histoire de la colonisation : réhabilitations, falsifications et instrumentalisations + Benjamin Stora : il faudrait qu’un consensus national se fasse sur la reconnaissance de la souffrance des autres
Posté par Isso le 18 avril 2008
histoire de la colonisation : réhabilitations,
falsifications et instrumentalisations
date de publication : mercredi 28 novembre 2007
Ce livre se veut cri d’alerte. Le cadavre du colonialisme empuantit toujours l’atmosphère, pour paraphraser François Mauriac… Une entreprise de réhabilitation de ce système est à l’œuvre. Réactionnaires, “nostalgériques”, anciens baroudeurs des guerres de décolonisation ont (re)commencé un travail patient et multiforme. Les laudateurs du colonialisme ont réussi le tour de force de faire passer un appareil idéologique des années 30-40-50 du siècle passé comme une nouveauté. La loi du 23 février 2005 n’était pas un épiphénomène, mais un épisode d’un mouvement de fond dans le monde des idées, et des actes. Cette constatation ne vise en aucun cas les historiens, avec lesquels il peut y avoir des débats, des désaccords, parfois des polémiques, mais qui appliquent les règles habituellement reconnues de la recherche historique. Aussi, face à cette offensive, il a paru nécessaire à un collectif d’historiens de rappeler quelques acquis de la recherche historique en matière coloniale.
HISTOIRE DE
LA COLONISATION :
REHABILITATIONS, FALSIFICATIONS ET INSTRUMENTALISATIONS sous la direction de Sébastien Jahan & Alain Ruscio
Editions Les Indes Savantes, collection Le Temps colonial, Paris, 2007
354 Pages — Format : 170 x 240 mm — ISBN : 978-2-84654-168-8 — Prix 32 € Contributions de Sidi Mohammed Barkat, Anissa Bouayed, Michele Brondino, Catherine Coquery-Vidrovitch, Philippe Dumont, Vincent Geisser, Mohammed Harbi, Sébastien Jahan, Gilles Manceron, Gilbert Meynier, Rosa Moussaoui, François Nadiras, Jean-Philippe Ould-Aoudia, Mickaëlla Perina, Delphine Robic-Diaz, Alain Ruscio, Odile Tobner, Trinh Van Thao, Jan Vandersmissen.
La France du début du XXI è siècle a la fièvre… post-coloniale. Aussi étonnant que cela puisse paraître – et que cela paraîtra aux historiens de l’avenir – le débat sur « l’œuvre de
la France outre-mer » a été réactivé et a de nouveau enflammé les passions. Une loi de février 2005 – heureusement amputée de son aspect le plus choquant par la suite – a prétendu imposer aux historiens, mais aussi au public, une lecture unilatérale de l’histoire coloniale française. Epiphénomène ? Non point, affirment les auteurs de ce livre, historiens, philosophes, politologues, journalistes, responsables associatifs… Il y a bel et bien un retour de l’esprit colonial, illustré par mille et un autres petits et grands faits de la vie politique contemporaine, de la réhabilitation de certains tueurs OAS au discours de Dakar (juillet 2007), de l’insulte contre les harkis (« sous-hommes ») à l’exaltation d’une identité nationale que certains rêvent blanche et chrétienne. S’ils dénoncent ce retour, les auteurs ne prêchent pourtant en aucun cas la repentance, ce concept né hors de la sphère de la recherche historique. Ils se contentent de rappeler à la décence les laudateurs du système. Ils exigent que les officiels de ce pays abandonnent leur morgue et regardent l’Histoire coloniale en face. Dans
la France pluriethnique et pluriculturelle d’aujourd’hui, c’est un enjeu, on en conviendra, qui dépasse largement les débats académiques. Sommaire
- Sébastien Jahan, Alain Ruscio : Introduction — Vous pourrez en lire un large extrait sur ce site : Pour en finir avec le chantage à la repentance.
Première partie : Histoire, Mémoire(s) : enjeux
- Mickaëlla Perina : Travail d’histoire, travail de mémoire :
la République à l’épreuve de son devenir - Sidi Mohammed Barkat : Les « rapatriés » d’Algérie et le simulacre de la loi
- Gilles Manceron : L’historien et la société : le cas de l’Histoire coloniale et des comparaisons avec le nazisme
- Trinh Van Thao : La « mission civilisatrice » en question. Le système éducatif indochinois (1862-1945) est-il un échec programmé ?
- Catherine Coquery-Vidrovitch : De la culture coloniale à la postcolonialité ; le rôle de Vichy
Deuxième partie : Comment on raconte l’Histoire
- Sébastien Jahan : Histoire-épopée et mémoire sélective. Remarques sur l’historiographie du premier Empire colonial français
- Anissa Bouayed : Variations sur un thème oriental : inflexions, silences, points d’orgue et résonnances de la perception du monde arabo-musulman dans l’école laîque
- Delphine Robic-Diaz : La guerre d’Indochine revue et corrigée par le cinéma américain des années 1950
- Philippe Dumont : L’Indochine racontée aux enfants. Une histoire mal ficelée en guise d’Histoire officielle
- Odile Tobner : Une très fausse image des choses. Du droit et de la liberté de critiquer le discours dominant. Remarques préliminaires
- Alain Ruscio : Les guerres coloniales sont-elles finies ? L’activité mémorielle des réactionnaires, nostalgériques, anciens OAS, militants d’extrême-droite…
- Gilles Manceron : Hélie Denoix de Saint Marc ou la fabrication d’un mythe
- Mohammed Harbi & Gilbert Meynier : La dernière frappe du révisionnisme médiatique. Réflexions sur le livre de Georges-Marc Benamou, Un mensonge français. Retours sur la guerre d’Algérie
- Jan Vandersmissen : Cent ans d’instrumentalisation de Léopold II, symbole controversé de la présence belge en Afrique centrale
- Michele Brondino : La gestion de la fracture coloniale. Considérations sur les cas français et italien
Troisième partie : Expériences de terrain
- Jean-Philippe Ould-Aoudia : L’OAS, aujourd’hui, au cœur de
la République. De la falsification à la réhabilitation - François Nadiras : Toulon-Marignane : Histoires de plaques et de stèles. L’implication de la section toulonnaise de
la Ligue des droits de l’Homme - Rosa Moussaoui : Internet : un espace propice à la réécriture de l’Histoire
- Vincent Geisser : Le révisionnisme municipal. Montpellier sous le mandat Frêche (1977-2004)
Epilogue
- Alain Ruscio : Le fond de l’air (colonial) effraie
Marc Ferro : un bilan globalement négatif
date de publication : samedi 10 décembre 2005
S’enrichir, christianiser, « civiliser » : les justifications de l’entreprise coloniale n’ont pas manqué au cours de l’histoire. Mais l’incapacité des colonisateurs, prisonniers de préjugés raciaux, d’accorder la citoyenneté aux peuples asservis a produit un désastre L’historien Marc Ferro [1] revisite cinq siècles de colonisation.
Extrait d’un dossier publié dans le Nouvel Obs du 8 décembre 2005.
Ainsi, selon la loi du 23 février 2005, il conviendrait d’enseigner les aspects positifs de la colonisation française. Folie ! Les historiens ne peuvent que s’insurger contre une telle disposition. L’Etat qui gouverne n’a pas à présenter la morale de l’histoire dont il a été l’agent ; sanctifiant sa politique comme s’il avait toujours incarné le bien. Voilà une tentation qui rappelle celles des Etats totalitaires et la célèbre phrase de Khrouchtchev considérant les historiens comme des « gens dangereux ». Signe de temps troublés, une association communautaire antillaise poursuit devant les tribunaux un historien – Olivier Pétré-Grenouilleau – qui aurait, lui, le grand tort de ne pas voir le mal où il faut. Son crime ? Avoir établi dans un récent ouvrage l’intrication de la traite atlantique (pratiquée par les esclavagistes occidentaux) avec les traites arabe et africaine. Au nom de ce genre d’oukase victimaire, nous faudra-t-il bientôt oublier que ce sont les nations européennes qui, après l’avoir pratiqué à grande échelle, ont aboli l’esclavage… Tandis qu’il subsiste encore aujourd’hui dans certains pays d’Afrique et d’Arabie ? A la vérité, ce n’est ni en écrivant de l’histoire officielle ni en sacrifiant aux passions communautaires que l’on pansera les plaies du passé. Car si l’on peut réparer des fautes, on ne peut réparer l’histoire. De la plantation à l’empire
Phénomène planétaire avant-coureur de la mondialisation, la colonisation est aussi ancienne que le monde occidental. Systématisée par les Grecs puis par les Romains, elle consiste à occuper une terre étrangère, à la mettre en culture et à y implanter des colons. Mais la tradition historique date véritablement le fait colonial à l’époque des grandes découvertes et de l’expansion européennes dans le Nouveau Monde. La conquête poursuit alors un but lucratif (l’or !) et religieux (la conversion des Indiens d’Amérique). Mais l’extermination des populations autochtones et l’économie de la plantation (canne à sucre, coton…) « justifient » bientôt l’organisation de la traite négrière. C’est le temps du pacte colonial cher à Colbert qui réserve une exclusivité commerciale à la métropole. Le projet colonial se métamorphose dans la seconde moitié du xviie siècle lorsque, aux possessions britanniques homogènes protestantes, axées sur le commerce, se substitue un empire qui s’étend brusquement au Québec, en Floride, aux Indes… de sorte que
la Grande-Bretagne devient maîtresse d’un empire immense et surtout hétérogène. Dès lors, c’est la volonté de domination qui prime, au-delà de toute limite. Cette expansion par la force, sans objectifs préétablis, est soutenue par une majorité de l’opinion fière de tels accomplissements. C’est l’ère des nations et de leur volonté de puissance. A cet égard l’apogée de l’impérialisme colonial se situe entre 1870 et 1914, lorsque les grandes nations européennes se livrent une course effrénée pour s’approprier l’Afrique : rivalités continentales et appétits économiques se mêlent inextricablement.
A tel point que cet impérialisme, de plus en plus coûteux et insupportable aux populations indigènes méprisées et aliénées, ne survivra pas à
la Seconde Guerre mondiale et aux mouvements d’émancipation nationale. C’est la « décolonisation », un terme mal choisi, européocentrique, qui ignore la part des peuples opprimés dans leur libération. Terminée la colonisation ? Pas vraiment. Aussitôt, en effet, une nouvelle forme d’expansionnisme s’est manifestée. Il s’est agi désormais d’une « colonisation » sans colons. Une domination économique des colonisateurs, doublée d’une ingérence politique, a pris le relais dans les pays ex-colonisés. On a pu parler de « néocolonialisme ». Singulièrement de la part de
la France, dont la stratégie a longtemps consisté à conserver des liens aussi occultes que privilégiés avec ses anciennes possessions africaines. Dans le même temps s’opérait une sorte d’inversion du mouvement de la colonisation. Maghrébins et Africains ont émigré vers les anciennes puissances coloniales pour y effectuer bon nombre de travaux pénibles, comme autrefois dans leur pays…
Le « modèle colonial français » Sous l’Ancien Régime, l’aventure coloniale française démarre presque fortuitement, pour contrer les visées espagnoles et britanniques dans le Nouveau Monde. Il s’agit d’une expansion par mesure préventive en quelque sorte, moins pour conquérir de nouveaux territoires que pour empêcher des concurrents de s’en emparer. Les plus grandes possessions ainsi conquises seront d’ailleurs cédées : le Québec reviendra aux Britanniques et
la Louisiane aux Etats-Unis. Après la période révolutionnaire marquée par la prise d’indépendance prémonitoire d’Haïti, le projet colonial est relancé par Charles X et Louis-Philippe : la conquête de l’Algérie est placée sous le signe de l’expansion nationale et de l’évangélisation. Ce programme « réactionnaire », prolongé par le Second Empire en Indochine, est en définitive repris par
la République qu’incarne Jules Ferry. Mais attention, à la poursuite des intérêts nationaux, économiques et religieux, les républicains ajoutent un nouvel argument : la mission civilisatrice ! A la différence notable du modèle commercial britannique fondé sur l’exploitation économique dont l’aboutissement sera la puissante Compagnie des Indes orientales, le colonisateur républicain prétend protéger, élever et assimiler – en les christianisant si besoin est – les populations indigènes. Le colonialisme de
la IIIe République table sur l’aspiration de tous les hommes à devenir citoyens, français de préférence, aussi cette « récompense » n’est-elle décernée qu’avec parcimonie. Unique en son genre, cette doctrine sera à l’origine d’un profond malentendu. Elle rendra particulièrement difficile le processus de la décolonisation, pour la simple raison qu’elle ne l’envisage pas.
Le triste statut des indigènes Sans excès, on peut affirmer que la colonisation a abouti à un développement du racisme et que ce racisme a principalement nourri la rancoeur des colonisés. Les humiliations subies par les Algériens, Africains, Annamites ou Malgaches sous l’administration coloniale française ont certainement contribué, plus que les violences extrêmes de la conquête ou les diverses formes d’exploitation et de spoliation, à la colère des offensés.
Mus par la doctrine des Lumières et l’éclat de
la Révolution de 1789, les Français, qui ont fini par abolir l’esclavage en 1848, prétendaient accomplir une mission libératrice. Leur résister était donc faire preuve de sauvagerie. C’est au nom de la civilisation et pour le maintien de l’ordre qu’on devait garantir les droits des Européens et de fait assurer leur prééminence. Ceux qui ne les respectaient pas devenaient des délinquants. En cas de révoltes – et elles furent nombreuses au Maghreb comme en Indochine -, la répression, laissée aux bons soins de l’armée coloniale, était violente, voire sanglante. En outre, au xixe et au début du xxe siècle, quand les idées de Darwin exerçaient une certaine fascination et que la lutte des classes constituait la version humaine de la lutte des espèces, la colonisation apparut comme un troisième versant de cette conviction scientiste : dans sa bonté l’homme blanc ne détruit pas les espèces inférieures, il les éduque, à moins qu’elles ne soient pas tout à fait humaines. Alors il les cantonne dans des ghettos : c’est ainsi que les Canaques de Nouvelle-Calédonie, jugés indignes de
la République, ont été parqués dans une réserve. A la colonie, l’administrateur ou le colon est le maître. Il lui suffit d’être français ou britannique pour dominer la société indigène. C’est bien la race qui désigne l’élite et justifie l’oppression. « Moi, disait le directeur d’une grande poste dans une colonie française d’Afrique du Nord, je ne tolérerais pas d’avoir directement un Arabe sous mes ordres. »
Pourtant, les « indigènes », dont seule une minorité pouvait accéder à l’école républicaine, ont longtemps accordé foi aux promesses des colonisateurs. Après leur participation aux deux guerres mondiales, il leur avait été promis qu’ils deviendraient citoyens à part entière. Mais en Algérie, comme ailleurs, les élections furent grossièrement truquées, les protestataires incarcérés et suppliciés. Dans l’incapacité de s’assimiler, les élites locales passées par l’école républicaine formèrent l’avant-garde de la contestation nationaliste. Ce fut l’enchaînement fatal de la violence : les insurgés devinrent criminels à leur tour alors même qu’au quotidien les deux communautés, européenne et indigène, avaient pu se côtoyer et expérimenter une réelle fraternité. Aussi réels que ne furent par la suite leur désenchantement et leur colère. Les colonies, un trésor ou un fardeau ?
Depuis l’origine de la colonisation, les économistes se disputent sur le point de savoir si l’aventure est « rentable ». Et de nombreux théoriciens libéraux en ont, sur ce point, contesté le bien-fondé. « Le revenu que le gouvernement tire des colonies est une ressource nulle pour l’Etat [...] si l’on compte ce qu’il en coûte chaque année pour la défense et l’administration des colonies, même pendant la paix », estimait Turgot, l’économiste de Louis XVI en 1776. Aujourd’hui, les travaux de l’excellent historien Jacques Marseille semblent abonder dans ce sens :
la France métropolitaine aurait plus investi dans les colonies qu’elle n’en a retiré de revenus. Voilà qui va à l’encontre des idées reçues. Mais cette approche demeure parcellaire. Le calcul de rentabilité financière ne prend pas en compte l’aspect social et humain de la colonisation. Les colons étaient souvent des relégués (après 1851 par Napoléon III), des réfugiés (Alsaciens ou Lorrains après 1871), des indésirables qui avaient tout perdu et s’en allaient refaire leur vie. Comment comptabiliser ce que la colonisation leur a apporté ? Quant aux colonisés, c’est avec Nehru qu’on évalue les avantages que la colonisation leur a apportés : « Un des traits les plus remarquables de cette domination est que les plus grands maux qu’elle a infligés présentent extérieurement l’apparence de bienfaits du Ciel : ils étaient nécessaires et nous avons une grande gratitude envers l’Angleterre de nous les avoir apportés. Mais nous ne devons pas oublier que leur premier objet fut le renforcement de l’impérialisme britannique sur notre sol en permettant le resserrement de l’étreinte administrative et la conquête de nouveaux marchés pour les produits de l’industrie anglaise. »
Ce jugement vaut aussi bien pour l’Indochine ou l’Afrique du Nord… En Algérie, Ferhat Abbas dressait le bilan de façon plus sarcastique : « Que m’importe qu’on mette de l’électricité dans la maison si cette maison n’est pas à moi. » L’ambiguïté de l’oeuvre coloniale est là : les colonisés ont sans doute un peu profité, surtout après l’indépendance, des infrastructures léguées par les colonisateurs. Mais ces réalisations ne leur étaient pas destinées. L’anticolonialisme, toujours minoritaire
L’ « anticolonialisme » – opposition fondamentale aux méfaits du colonialisme – plonge ses racines aux origines mêmes de la colonisation. Dès 1540, au nom de la foi chrétienne, l’évêque espagnol Bartolomé de Las Casas prend la défense des Indiens du Mexique persécutés par l’Eglise et les conquistadors. A cette tradition chrétienne s’ajoute, au xviiie siècle, la protestation humaniste de quelques philosophes. Mais la condamnation vigoureuse du « droit de conquête » par Jean-Jacques Rousseau ne produit guère d’effet :
la Révolution abolit l’esclavage. Mais la mesure ne sera guère appliquée et sera annulée par Napoléon en 1802. Ultérieurement, chez les socialistes et les marxistes, tantôt on condamne les méthodes de la colonisation sans en contester le principe (« on ne va pas rendre l’Amérique aux Indiens »), tantôt on juge, tel Jules Guesde, que la colonisation favorise la bourgeoisie et affaiblit ainsi le prolétariat dans sa lutte pour la révolution. « Le droit du divorce n’implique pas la nécessité du divorce », explique Lénine, pour qui le séparatisme des colonies affaiblit le camp de la révolution.
C’est en Algérie que la gauche ralliée dans sa majorité à la « République coloniale » déçoit le plus les colonisés. Avant l’insurrection algérienne, les communistes préférèrent prendre langue avec les extrémistes attachés à l’islam plutôt qu’avec les nationalistes de Ferhat Abbas, volontiers républicains mais réputés « bourgeois », donc « sans avenir ». Du postcolonialisme
Quarante ans après la décolonisation, l’écart qui s’accroît entre les pays développés et les autres ne peut qu’amener les victimes de l’histoire à y rechercher l’origine de leurs malheurs actuels. « Le colonialisme est mère de tous les vices », semblent dire les dirigeants de ces pays réunis à Durban en 2001 pour obtenir des réparations de l’Occident. Mais ces élites, qui n’ont guère ménagé leurs peuples et ont bien souvent failli, peuvent difficilement nier avoir une responsabilité dans le triste sort que connaît leur pays. N’oublions pas qu’en Asie du Sud-Est des pays ex-colonisés, sans ressources particulières, ont rejoint le club fermé des pays développés ; que certains pays arabes, riches en pétrole, ont fait de même ; que certains pays africains et arabes ont participé aussi au système colonial, comme agents, et pas seulement comme victimes. Voilà qui rend complexe le procès du colonialisme, étant entendu que ses pratiques les plus inhumaines – la traite et l’esclavage, le travail forcé, la torture… – ont bien constitué un crime contre l’humanité. Laurent Lemire
La République a trahi ses valeurs Il y a évidemment un scandale de la colonisation. En Indochine, en Afrique,
la République a trahi ses valeurs. Les peuples coloniaux n’ont jamais pu accéder au statut de citoyens à part entière. Sans parler du travail forcé… Mais il règne aujourd’hui une sorte de « culpabilisme » qui me frappe d’autant plus qu’une partie de l’opinion réagit comme si on lui avait tout caché. Ce n’est pas vrai. Simplement, cela ne choquait pas comme aujourd’hui, parce que nous n’avions pas la même sensibilité aux droits de l’homme mais plutôt une sensibilité de l’État-nation. C’était le progrès de la « civilisation » qui était en jeu et, si l’on tuait, c’était en son nom ! [2]
Notes
[1] Marc Ferro est directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales. Spécialiste de la révolution russe et de l’URSS, il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont une « Histoire des colonisations », Seuil, « le Livre noir du colonialisme », Robert Laffont, et « le Choc de l’islam », Odile Jacob. [2] Marc Ferro, Les collections de l’Histoire n°11, avril 2001.
Guy Môquet, Ahmed Zabana, Huynh Khuong An …
date de publication : mardi 23 octobre 2007
Le Président de
la République, Nicolas Sarkozy, avait demandé aux enseignants de lire à leurs élèves, ce 22 octobre, la dernière lettre de Guy Môquet, fusillé le 22 octobre 1941. Les réactions des enseignants ont été diverses. Brahim Senouci salue la mémoire de Guy Môquet en y associant celle d’Ahmed Zabana, héros de la guerre de libération algérienne, et rappelle le combat sans cesse renouvelé de l’humanité tout entière contre l’injustice.
Alain Ruscio a saisi cette occasion pour rappeler – et sans doute pour apprendre à beaucoup – que, ce même jour, un Vietnamien avait lui aussi versé son sang pour
la France.
Huynh Khuong An
Le 22 octobre, je lirai la lettre de Huynh Khuong An… pas à mes élèves, puisque j’ai quitté l’enseignement il y a bien des années. Mais, oui, je lirai la lettre de Huynh Khuong An, un patriote vietnamien, un communiste français et vietnamien. A mes proches, à mes amis et même, tiens, aux participants des VII è Assises de
la Coopération franco-vietnamienne qui commenceront, heureuse coïncidence, précisément ce 22 octobre, à Montreuil. Huynh comment ? Peu de Français, peu d’historiens, peu de ses camarades de Parti connaissent son nom.
Il a pourtant avec Guy Môquet deux points, au moins, en commun : il était communiste et il a été fusillé à Châteaubriant, comme otage, le 22 octobre 1941. Il était, par rapport au jeune Guy, un vieux. Pensez donc : il avait 29 ans ! Né à Saigon, dans ce Vietnam que les colonialistes s’obstinaient alors à appeler Indochine, il était venu en France, à Lyon, pour y poursuivre des études. Qu’il réussit brillamment, au point de devenir professeur stagiaire de français. Non sans s’investir à fond dans la vie politique française. Membre du PCF, Secrétaire des Etudiants communistes de la région lyonnaise, il milite beaucoup, en particulier au sein des Amis de l’Union soviétique aux côtés de son amie et compagne Germaine Barjon. En 1939, après l’interdiction du PCF, il participe à la vie clandestine de son Parti.
Nommé au lycée de Versailles, c’est là qu’il est arrêté (les sources divergent : en mars ou en juin 1941), puis envoyé à Châteaubriant. Le suite, terrible, est connue. Voici sa lettre :

Sois courageuse, ma chérie.
C’est sans aucun doute la dernière fois que je t’écris. Aujourd’hui, j’aurai vécu. Nous sommes enfermés provisoirement dans une baraque non habitée, une vingtaine de camarades, prêts à mourir avec courage et avec dignité. Tu n’auras pas honte de moi. Il te faudra beaucoup de courage pour vivre, plus qu’il n’en faut à moi pour mourir. Mais il te faut absolument vivre. Car il y a notre chéri, notre petit, que tu embrasseras bien fort quand tu le reverras. Il te faudra maintenant vivre de mon souvenir, de nos heureux souvenirs, des cinq années de bonheur que nous avons vécues ensemble.
Adieu, ma chérie. Il y a, à Paris, au père Lachaise, un monument érigé aux martyrs de Châteaubriant. Sous le nom de Huynh Khuong An, une simple mention, d’ailleurs anachronique : Annamite.
Je livre cette courte évocation à la réflexion. Et si la présence d’un immigré, d’un colonisé, aux côtés des martyrs français, était un clin d’œil de l’Histoire ? Et si elle prenait valeur de symbole ? Le régime de Vichy, qui a livré les otages, ou les nazis, qui les ont fusillés, ont très certainement considéré avec mépris cet étranger venu se mêler aux terroristes. Lui ont-ils demandé de prouver, par son ADN, le droit de mourir pour
la France ? Je ne suis pas partisan du boycott de la lecture de la lettre de Guy Môquet. Mais lisons également, comme en écho, comme en réponse à la xénophobie qui (re)pointe son mufle, celle d’un Vietnamien, un étranger et notre frère pourtant. Alain Ruscio, historien,
président du Centre d’information et de documentation sur le Vietnam contemporain
___________________________
Ahmed Zabana
Il y a quelques mois s’éteignait Lucie Aubrac. Son nom est associé à la résistance française à l’occupation allemande, moins aux combats qu’elle a menés après la chute du nazisme, combats qu’elle a menés jusqu’à son dernier souffle. Elle ne pouvait supporter quelque injustice que ce soit, quels qu’en soient l’auteur et la victime. Plus encore, elle disait que les raisons qui l’avaient conduite à
la Résistance et à la clandestinité restaient celles-là mêmes qui inspiraient sa lutte contre le sort fait aux exclus, contre les crimes de la colonisation, contre le racisme… Elle disait volontiers que « le verbe résister doit se conjuguer au présent ». Guy Môquet, exécuté en 1941, n’a pas vécu les lendemains de la chute du nazisme. Pour autant, serait-il si hasardeux d’avancer qu’il aurait sans doute cheminé de conserve avec Lucie et Raymond Aubrac et les autres résistants qui ont lutté et luttent encore pour la fin de toutes les injustices, y compris quand leur propre pays y a une part ? Non, sans doute.
Sans doute aurait-il reconnu comme un frère de combat Ahmed Zabana, militant de l’indépendance algérienne, premier résistant à mourir guillotiné en 1956 aux termes d’un simulacre de procès conduit par un tribunal colonial [1]. Il aurait reconnu comme un frère celui qui déclarait, du fond de la sinistre prison Barberousse d’Alger : « Le savoir, c’est la vie la plus noble et l’ignorance, la plus longue mort ». Et comment n’aurait-il pas vu un écho de sa lettre émouvante dans cette dernière missive qu’adressa Ahmed Zabana à ses parents, à la veille de son exécution ?
Mes chers parents, ma chère mère,
Je vous écris sans savoir si cette lettre sera la dernière et cela, Dieu seul le sait. Si je subis un malheur quel qu’il soit, ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu car la mort pour la cause de Dieu est une vie qui n’a pas de fin, et la mort pour la patrie n’est qu’un devoir. Vous avez accompli votre devoir puisque vous avez sacrifié l’être le plus cher pour vous. Ne me pleurez pas et soyez fiers de moi.
Enfin, recevez les salutations d’un fils et d’un frère qui vous a toujours aimés et que vous avez toujours aimé. Ce sont peut-être là les plus belles salutations que vous recevez de ma part, à toi ma mère et à toi mon père ainsi qu’à Nora, El Houari, Halima, El Habib, Fatma, Kheïra, Salah, Dinya et à toi, mon cher frère Abdelkader ainsi qu’à tous ceux qui partageront votre peine. Allah est Le Plus-Grand et IL EST SEUL à être équitable.
Votre fils et frère qui vous aime de tout son cœur. Hmida [*]
[*] Hmida : surnom affectueux d’Ahmed Zabana Saluer la mémoire de Guy Môquet est nécessaire, à condition de ne pas l’inscrire dans une histoire exclusivement nationale mais dans celle du combat sans cesse renouvelé de l’humanité tout entière contre l’injustice, dans sa tension vers un avenir de dignité, d’égalité et de fraternité. Brahim Senouci, enseignant
Notes
[1] Ahmed Zahana, plus connu sous le nom de Zabana, est né en 1926 dans le quartier d’El-Hamri, à Oran. Il y fit ses études primaires, obtient son certificat d’études et s’inscrit dans un centre de formation professionnelle, où il apprit le métier de soudeur. En 1949, Ahmed Zahana adhérait au Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD.) Son dynamisme ne tarda pas à attirer sur lui l’attention de la police française qui l’arrêta le 2 mars 1950. Il fut condamné par la justice coloniale à trois ans de prison et trois ans d’interdiction de séjour.
Dès sa libération, il reprit ses activités politiques avec autant d’ardeur que par le passé et participa aux préparatifs du déclenchement de la guerre de libération nationale. Dans la nuit du 1er novembre 1954, il organisa avec un groupe de patriotes l’attaque contre le poste des gardes forestiers d’Oran. Le 11 novembre de la même année, à l’issue d’un accrochage meurtrier au cours duquel il fut d’ailleurs blessé, à Gharboudjlid, il fut prisonnier et conduit d’abord à l’hôpital, ensuite à la prison d’Oran.
Jugé sommairement et condamné à mort, il fut le premier martyr depuis le déclenchement de la guerre de libération nationale à monter sur l’échafaud, le 19 juin 1956, dans l’enceinte de la prison de Barbarousse, sur les hauteurs d’Alger. [Source : http://www.algerie-monde.com/dossiers-algerie/ahmed-zabana.html].
Benjamin Stora : il faudrait qu’un consensus national
se fasse sur la reconnaissance de la souffrance des autres
article de la rubrique histoire et colonies > la France et son passé colonial
date de publication : mercredi 4 avril 2007
Benjamin Stora publie un livre d’entretiens avec Thierry Leclère, « La guerre des mémoires.
La France face à son passé colonial », dont vous trouverez la présentation ci-dessous [1]. Nous avons choisi de vous en proposer deux extraits en bonnes feuilles : dans le premier Benjamin Stora donne son point-de-vue sur le projet controversé de mémorial de
la France outre-mer à Marseille ; dans l’autre il tente de répondre à la question : « Que faire pour dépasser cette guerre des mémoires ? ».
Harkis, pieds-noirs, descendants d’esclaves ou petits-enfants de colonisés…, la guerre des mémoires enfle. Chaque communauté, réelle ou autoproclamée, réclame une stèle, un mémorial, une loi.
Communautarisme ! Atteinte à
la République ! Maladie de la repentance ! Tandis que les uns crient au sacrilège, des associations noires et des enfants de l’immigration post-coloniale revendiquent simplement leur place dans le récit national.
Dans un dialogue avec le journaliste Thierry Leclère, l’historien Benjamin Stora, spécialiste de la guerre d’Algérie et de la question coloniale, décode cette formidable foire d’empoigne, riche de passions, de douleurs enfouies et d’arrière-pensées politiques.
Comment se vivre comme descendant d’esclaves ou comme fils et fille de colonisés ? Ce choc des mémoires est-il une rumination vaine du passé ou, au contraire, une relecture « thérapeutique » de l’histoire ? Qu’est-ce qu’être Français, aujourd’hui ?
Un débat du présent, qui concerne chacun d’entre nous car il interroge le nouveau visage de
la France.
Le mémorial de
la France outre-mer à Marseille
- Dès les années 1980, des associations de rapatriés défendaient l’idée d’un lieu « à la gloire de
la France colonisatrice et de sa mission civilisatrice ». Ce projet politique, maintes fois remanié, puis aujourd’hui enterré à l’approche des élections municipales, a-t-il un intérêt historique ?
Il y a dix ans, Guy Forzy, le délégué interministériel chargé des rapatriés, proposait la réalisation d’un « mémorial de
la France d’Outre-mer » dans le fort Saint-Jean, à l’entrée du port de Marseille. Les associations de rapatriés, voulant être étroitement associées aux travaux, ont demandé que l’Algérie soit « le point central » du mémorial. La mairie de Marseille jurait en 2005, avant de mettre le projet en sommeil, que le mémorial ne serait « pas un projet politique » et qu’il « restera dans une rigueur historique » Un comité scientifique a été mis en place, mais qui n’a intégré aucun historien venant des pays anciennement colonisés comme Mohammed Harbi, Elikia M’Bokolo, ou bien d’autres…
- Position que défendent fermement les concepteurs Mémorial, arguant qu’il s’agit d’une histoire racontée à partir de la métropole !
Mais qu’est-ce que l’Outre-mer sans les colonisés ? Ce mémorial doit évidemment leur faire une place, mêlant l’histoire et les souffrances des uns et des autres. Ni « musée des indigènes », ni « musée des communautés françaises » : tout projet doit veiller à ne pas réduire l’histoire à une seule de ses dimensions. Il faut absolument préserver de tels lieux de la sanctuarisation communautaire.
Voilà donc un projet de musée, à Marseille conçu sans que l’on se préoccupe vraiment des ex-colonisés. Cette histoire est quand même la leur, aussi ! C’est déjà ce qui me frappait avec la loi de février 2005 :
la France décrète, de manière unilatérale, que la colonisation était positive… sans même entendre la voix de ceux qui vivaient sous ce système. La grandeur d’une civilisation se mesure aussi à son ouverture au monde. Une civilisation sur le déclin se ferme à l’autre, vit sur même, se replie, et fabrique des murs.
_________________________
Que faire pour dépasser cette guerre des mémoires ?
Cela tient en deux mots : reconnaissance et réparation. La reconnaissance se joue au plan scolaire, universitaire, intellectuel… Il s’agit d’approfondir la connaissance que nous avons de la question coloniale. Mais il revient aussi à l’État de reconnaître sa part de responsabilité en prenant notamment des mesures symboliques de réparation.
- Réparation matérielle ?
Les dommages matériels et moraux causés par la colonisation sont impossibles à chiffrer. Quand je dis réparation symbolique, je pense à un discours fondateur que le président de
la République pourrait prononcer sur le colonialisme, comme il l’a fait pour l’esclavage. Lors d’un voyage à Madagascar, en juillet 2005, Jacques Chirac a fait un premier pas en évoquant « le caractère inacceptable des répressions engendrées par les dérives du système colonial ». Dans cette ancienne colonie française, les milliers de morts des massacres de 1947 restent dans toutes les mémoires ; l’armée avait alors maté, avec une violence inouïe, une insurrection nationaliste [2].
Un autre pas, timide, a été fait à propos des massacres de Sétif, en Algérie. Chaque année les Algériens commémorent cet événement largement occulté dans la mémoire collective française : le jour de la capitulation nazie, le 8 mai 1945, des Algériens du Constantinois ont défilé, manifestant et scandant des slogans nationalistes. Leur colère s’est retournée contre les Français et plus d’une centaine d’entre eux ont été tués. Dans les jours qui ont suivi, la répression menée par l’armée française à Sétif et dans plusieurs villes de la région a fait des milliers de morts. Le 26 février 2005 – soit trois jours après l’adoption de la loi sur le « rôle positif » de la colonisation française –, l’ambassadeur de France a évoqué une « tragédie inexcusable » [3]. C’était la première reconnaissance officielle de la part de notre pays. Mais au niveau d’un ambassadeur, pas d’un chef d’État…
La demande de reconnaissance de l’inégalité coloniale est légitime. Mais peut-être faut-il s’arrêter, symboliquement, sur quelques exemples emblématiques comme la bataille d’Alger : il y a cinquante ans, le pouvoir civil, débordé, avait fait appel à l’armée pour « rétablir l’ordre ». C’est un événement considérable, une ligne de fracture qui a divisé profondément la société française : on a vu des intellectuels se lever, la censure s’exercer. C’est la bataille d’Alger qui a provoqué, in fine, la chute de
la IVe République. D’après Paul Teitgen, secrétaire général de la police à la préfecture d’Alger, le bilan de la répression, entre janvier et février 1957, est de 3 024 disparus ; il en a établi la liste. Ces trois mille corps qui n’ont jamais réapparu sont un drame connu des Algériens, mais rarement évoqué chez nous. Les victimes étaient embarquées dans des hélicoptères militaires, et larguées au large d’Alger ; la mer les ramenait au rivage si bien qu’on parlait des « crevettes Bigeard »… Il faut que
la France reconnaisse ces faits et, peut-être, envisage de présenter ses excuses. Ce n’est pas une question de repentance. Ce n’est pas se flageller, là encore, que de dire combien il y a eu de morts pendant la bataille d’Alger ! Mais la dénégation permanente des actes commis au nom du refus de « pénitence » en dit long sur les aveux à dissimuler.
- Qu’attendez-vous que le chef d’État dise, exactement, sur le passé colonial de
la France ?
Qu’il reconnaisse que
la France était à la tête d’un grand empire ayant dominé des populations, et que ces peuples se sont libérés, précisément, en rapport avec les idéaux des Lumières et de
la Révolution française. Alors, bien évidemment, c’est compliqué : si vous prenez la guerre d’Algérie, il y a eu beaucoup d’exactions, l’utilisation du napalm, la torture… Des accusations graves sont portées à l’égard d’hommes, toujours vivants, qui ont occupé des responsabilités très importantes. Il faudrait peut-être revoir les lois d’amnistie adoptées après 1962, qui interdisent tout débat public et toute poursuite judiciaire.
- Pour qu’il y ait excuses officielles de
la République, il faudrait d’abord arriver à un consensus national sur la question. C’est loin d’être le cas…
Il faut le fabriquer par la reconnaissance, l’acceptation de la souffrance des autres. Benjamin Stora répond aux questions de Thierry Leclère Benjamin Stora conclut que la gestion mémorielle de notre passé colonial est beaucoup plus difficile que cela ne l’a été pour l’esclavage, avec la loi Taubira et la journée de commémoration du 10 mai, car beaucoup d’anciens acteurs sont toujours vivants, et que la guerre d’Algérie a provoqué le déracinement d’un million de pieds-noirs.
Notes
[1] Collection l’Aube document. Format : 115 x 190 – 112 pages – 8,90 euros. En librairie le 5 avril 2007. Benjamin Stora est professeur d’histoire du Maghreb et de la colonisation française à l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales). Benjamin Stora a publié cette année Les trois exils, Juifs d’Algérie (Stock). Aux éditions de l’Aube : Algérie 1954 (poche essai, 2004). Thierry Leclère, journaliste, est grand reporter à Télérama. Il est aussi auteur et réalisateur de documentaires pour la télévision.
[2] Voir, sur ce site Madagascar : Chirac rappelle une page noire de la colonisation. [3] Voir soixante après, la France reconnaît que les massacres de Sétif étaient « inexcusables ».
Gilles Manceron : 1885, le tournant colonial de
la République
date de publication : jeudi 8 février 2007
Lors du débat public de 2005 en France sur la question coloniale, on a souvent oublié que
la République n’a jamais été vraiment unanime sur ce sujet. Ainsi, en 1885, quand certains républicains ont repris à leur compte l’idée monarchique de conquêtes coloniales, cela a donné lieu à des affrontements passionnés à
la Chambre des députés, à l’issue desquels le projet colonial ne s’est imposé que de justesse. Le « parti colonial » a tout fait par la suite pour faire oublier ce débat fondamental de 1885. D’où l’intérêt majeur aujourd’hui de relire les débats parlementaires de juillet et décembre 1885, lors du vote de crédits pour la poursuite de la conquête de Madagascar et de l’Indochine. L’historien Gilles Manceron [1] en propose une sélection raisonnée, assortie d’une introduction les remettant en perspective dans 1885 : le tournant colonial de
la République [2].
Vous trouverez ci-dessous le début, puis le dernier paragraphe, de l’introduction de cet ouvrage. [Publication le 10 avril 2006, mise à jour le 8 février 2007]
Guerre du Tonkin, prise de Lang-Son (1885) (imagerie d’Épinal). Les multiples résurgences de la mémoire coloniale dans le débat public français des années 2000, en particulier depuis 2005, n’ont pas manqué de susciter de fort vives réactions. Qu’il s’agisse de la reconnaissance de l’esclavage dans les premières colonies françaises comme crime contre l’humanité (loi Taubira de mai 2001), des revendications répétées des anciens harkis et de leurs enfants, de l’« Appel des indigènes de
la République » (janvier 2005), de la loi du 23 février 2005 reconnaissant le « rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord » ou de la réaffirmation bruyante des nostalgiques extrémistes de l’Algérie française, les motifs de réactions n’ont pas manqué.
Avec des points de vue souvent contrastés, les historiens ont tenu à réaffirmer leur propre rôle – et ses limites – dans ces débats [3]. Mais le plus frappant est de constater les traits communs des réactions du discours dominant – celui des grands médias, des intellectuels médiatiques et des principaux responsables politiques, à gauche comme à droite. Leur ultime et principal argument pourrait en substance être énoncé comme suit : tous ceux qui remettent aujourd’hui en cause le passé colonial de
la France expriment des revendications mémorielles dangereuses, car elles sont peu ou prou l’expression de « communautarismes » qui minent les fondements mêmes de
la République ; certes, celle-ci fut colonialiste, mais s’appesantir sur ses « pages noires », c’est au mieux faire preuve d’« anachronisme », au pire contester les valeurs universelles d’une République qui avait cru pouvoir engager en leur nom une « oeuvre civilisatrice » au XIXe siècle. Les deux grands débats parlementaires de 1885 et la conférence de Berlin
C’est là, en vérité, faire preuve d’un singulier aveuglement historique. Car les républicains du XIXe siècle, et surtout ceux des débuts de
la IIIe République – 1870-1940 : la plus longue à ce jour de l’histoire de
la France républicaine – sont très loin d’avoir été unanimes dans l’entreprise coloniale. C’est ce dont témoignent notamment les étonnants et trop oubliés débats parlementaires de l’année 1885, lors desquels les représentants de
la République française se sont profondément interrogés sur la compatibilité de la politique coloniale avec ses propres valeurs. En effet, 1885 a été une année charnière dans l’histoire coloniale de
la France. La IIIe République avait hérité à la fois de la « première colonisation » (celle conduite par la monarchie dès le XVIIe siècle, et si contestée par
la Ire République) et des conquêtes coloniales de
la Monarchie de juillet (l’Algérie) et du Second Empire (en Afrique, en Asie et dans le Pacifique). Mais c’est bien cette IIIe République qui s’est engagée avec le plus d’allant, à partir des années 1880 et 1890, dans la constitution d’un puissant Empire colonial français. Et c’est à une voix près, on le verra, que le grand basculement dans la logique d’expansion coloniale s’est opéré à
la Chambre des députés, lors du vote historique du 24 décembre 1885. La représentation nationale a alors longuement débattu du bien-fondé de se lancer dans un tel cycle de conquêtes. Et, tel Georges Clemenceau, nombre de députés républicains se sont illustrés par des interventions majeures contre cette politique, à la fois inquiètes et prémonitoires. À la veille de faire ce grand saut dans l’inconnu, ils étaient animés d’infiniment de doutes et de scrupules. Et rétrospectivement, ce n’est certainement pas faire preuve d’anachronisme que de considérer qu’ils étaient aussi attachés aux valeurs fondatrices de
la République que ceux qui, aujourd’hui, tiennent à faire reconnaître que la colonisation – comme ses séquelles contemporaines – leur était totalement étrangère (ce qui, soulignons-le, n’a rien à voir avec une quelconque revendication de « repentance »).
Plus de cent vingt ans après ce tournant colonial de
la République, on ne peut que conseiller aux parlementaires de 2005, qui ont soutenu ou laissé faire l’éloge posthume du « rôle positif » de la colonisation, de prendre, à la lecture des délibérations de leurs prédécesseurs de 1885, une petite leçon d’histoire. C’est en effet un comble de constater qu’alors que les défaites et les drames qu’avaient annoncés les plus lucides d’entre eux se sont effectivement produits au milieu du xxe siècle – de Diên Biên Phu aux tragédies frappant des populations entières au lendemain des Accords d’Évian -, la représentation nationale du début du xXie siècle est apparue moins animée de doutes républicains quant au principe même de la colonisation que celle des débuts de
la III’ République. Comme il est paradoxal de constater que les grands médias français de 2005 ont semblé moins méfiants vis-à-vis de l’idée d’une « mission civilisatrice » de
la France aux colonies que ne l’était le corps électoral de 1885 – lequel, lors des élections législatives d’octobre, avait infligé aux tenants du parti colonial une indiscutable défaite. C’est pour combler cette lacune qu’il nous a paru utile de republier ici les principaux extraits des deux grands débats parlementaires de 1885 sur la politique coloniale. Depuis quelques années, elle avait été mise en oeuvre sans débat public, en plusieurs points du globe, par les ministères de Jules Ferry (1880-1881 et 1883-1885). Ferry avait fait de la relance de la conquête lointaine l’un des axes majeurs de sa politique, en particulier en Tunisie, en Indochine, dans plusieurs régions d’Afrique et à Madagascar, avant de tomber précisément sur cette question, à l’annonce de l’évacuation précipitée de Lang Son : situé au nord du Viêt-nam, à la frontière du Tonkin et de
la Chine, ce poste occupé par les troupes françaises en février 1885 avait dû être évacué à la hâte le mois suivant par crainte d’une attaque massive des Chinois ; et la réception à Paris d’une dépêche demandant d’importants renforts avait provoqué un vote de défiance de
la Chambre, obligeant le président du Conseil à démissionner.
Lors des deux grands débats de l’année 1885 consacrés à cette question, c’est pourtant le même Jules Ferry qui, redevenu simple député, se fait encore l’avocat de la politique coloniale. Le premier, du 25 au 30 juillet, porte sur l’octroi au gouvernement d’un crédit extraordinaire pour poursuivre à Madagascar une guerre dont la finalité non avouée était bel et bien la conquête, à terme, de la totalité de
la Grande Île. Le second, le plus incertain, où le vote final ne sera acquis que d’extrême justesse et où une dénonciation encore plus vigoureuse de ces guerres lointaines est formulée, a lieu dans les derniers jours de cette même année, du 17 au 24 décembre. Il faut dire qu’entre ces deux débats se sont tenues, les 4 et 18 octobre, des élections législatives au cours desquelles le « parti colonial » – c’est-à-dire les candidats favorables aux conquêtes coloniales, appartenant pour la plupart au centre et au parti qu’on appelle les « modérés » ou les « opportunistes » – avait connu un net revers. Lors de ce scrutin, en effet, à gauche, les radicaux, avec 168 élus majoritairement hostiles à la politique coloniale, avaient progressé au détriment des opportunistes (206 députés), tandis que la droite monarchiste et bonapartiste étaient sortie grand vainqueur avec 220 députés au lieu de 90. Ces deux débats prennent place au lendemain de la conférence internationale de Berlin, où les puissances européennes se sont reconnues mutuellement le droit de se livrer à toutes les conquêtes coloniales en Afrique, sous réserve d’en faire des possessions durables et de s’entendre entre elles pour ne pas se disputer ces territoires. Dans sa lettre d’invitation, Bismarck leur avait proposé de se mettre d’accord sur les règles communes à observer dans les régions « dont aucun pays civilisé n’a encore pris possession ». Ouverte le 15 novembre 1884 avec quatorze États représentés – l’Allemagne,
la France, l’Autriche-Hongrie,
la Belgique, le Danemark, l’Espagne, les États-Unis, l’Angleterre, l’Italie,
la Suède,
la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal,
la Russie et l’Empire ottoman – et hors de toute représentation des Africains, les principaux concernés, la conférence s’est terminée le 26 février 1885 par un Acte final dont les articles 34 et 35 définissent une sorte de code de bonne conduite pour les conquêtes à venir. Il est fondé sur les règles suivantes : toute prise de possession d’un territoire devra être aussitôt notifiée aux autres puissances signataires afin qu’elles puissent faire valoir leurs éventuelles réclamations ; pas d’annexion sans occupation réelle ; et droit pour toute puissance installée sur une côte d’étendre son territoire à l’intérieur jusqu’à ce qu’elle rencontre une autre possession organisée.
Pas de droits de l’homme pour les Noirs ! Ce contexte, qui voit les conquêtes coloniales en quelque sorte proclamées licites par toutes les puissances occidentales, encourage en France ceux des républicains qui, au gouvernement, sont partisans des conquêtes outre-mer. Comme le fera remarquer Jules Ferry à
la Chambre, en tirant de cela argument pour les mesures qu’il soutient, « la politique d’expansion coloniale est le mobile général qui emporte à l’heure qu’il est toutes les puissances européennes ». Reste que, jusque-là, c’est le Second Empire qui s’était fait le champion d’une telle politique – et cela lui avait valu les vives critiques de l’opposition républicaine. C’est Napoléon III qui avait relancé l’expansion coloniale de
la France en annexant Mayotte, Tahiti, les îles Marquises,
la Nouvelle-Calédonie, le Sénégal,
la Cochinchine et le Cambodge. Moins heureuse avait été sa tentative de prendre pied au Mexique, qui s’était soldée par un fiasco. C’est là qu’avait fait ses premières armes un corps d’élite fondé sous l’Empire,
la Légion étrangère, laquelle verra son sort lié à toutes les guerres coloniales jusqu’à la tristement célèbre bataille d’Alger de 1957 ; et c’est aussi sous Napoléon III qu’ont été créées les premières troupes indigènes, les tirailleurs coloniaux, par Faidherbe au Sénégal. Pour la plupart des républicains qui s’étaient opposés à cette politique sous l’Empire,
la République se devait de rompre avec ces aventures coloniales. Mais …
[ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ]
La petite leçon d’histoire que l’on reçoit à la lecture de ces débats serait bien utile à nos parlementaires des débuts du XXIe siècle. Car, paraphrasant l’apostrophe de Georges Clemenceau à Jules Ferry en réponse à son éloge de la mission civilisatrice des « races supérieures » vis-à-vis des « races inférieures » – « Je ne comprends pas que nous n’ayons pas été unanimes ici à nous lever d’un seul bond pour protester violemment contre vos paroles » -, on a envie de leur dire aujourd’hui notre incompréhension de ne pas les avoir vus protester violemment contre l’inconscience et l’aveuglement de ceux d’entre eux qui, obnubilés par on ne sait quel électoralisme, sont restés figés dans une mythologie coloniale d’hier et, refusant de tirer parti, avec un minimum de bon sens, des constats de l’histoire, ont demandé aux historiens de revoir leur copie. Puisse cette lecture leur être profitable, ainsi qu’à tous nos concitoyens. Gilles Manceron
Notes
[1] Gilles Manceron, historien, est vice-président de
la Ligue des droits de l’homme. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont D’une rive à l’autre. La guerre d’Algérie de la mémoire à l’histoire (avec Hassan Remaoun, Syros, 1993) et Marianne et les colonies. Une introduction à l’histoire coloniale de
la France (
La Découverte, 2003). [2] 1885 : le tournant colonial de
la République. Jules Ferry contre Georges Clemenceau, et autres affrontements parlementaires sur la conquête coloniale (Éditions
La Découverte).
Disponible en librairie, au prix de 7 € – à partir du 22 février 2007.
http://www.editionsladecouverte.fr/.
[3] Voir notamment Claude LIAUZU et Gilles MANCERON (dir.),
La Colonisation, la loi et l’histoire, Syllepse, Paris, 2006.
Marc Ferro
Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.
Marc Ferro, né en 1924, est un historien français, spécialiste de la Russie et de l’URSS et de l’histoire du cinéma.
Sommaire
|
//Biographie
Marc Ferro participe pendant l’Occupation à la Résistance dans le maquis du Vercors. Après la guerre, il enseigne en Algérie. Très attaché à cette terre, il aura l’occasion de porter les valises du FLN.[réf. nécessaire] Il se spécialise à partir du début des années 1960 dans l’histoire soviétique (sa thèse de doctorat porte sur
la Révolution russe de 1917), domaine dans lequel il a tenté de porter un discours non idéologique. Ses études dans le domaine de l’histoire sociale tranchent avec les analyses alors dominantes de l’« école » du totalitarisme. Il montre que l’insurrection d’Octobre ne se réduit pas au coup d’État bolchevique, car elle est indissociable du mouvement révolutionnaire et populaire en cours[1]. Il analyse également le processus de bureaucratisation-absolutisation du pouvoir à partir du sommet, mais aussi de la base[2].
Après avoir enseigné à l’École polytechnique, il est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (groupe de recherches Cinéma et Histoire), président de l’Association pour la recherche à l’EHESS et co-directeur des Annales, où il est nommé par Fernand Braudel en 1970. Ancien directeur de l’Institut du monde soviétique et de l’Europe centrale, il est Docteur honoris causa de l’université de Moscou depuis 1999.
Marc Ferro a initié la réflexion sur le cinéma et l’histoire. Il utilise le cinéma comme instrument de connaissance de l’histoire des sociétés, considérant que le cinéma livre un témoignage au même titre que des sources traditionnelles. Il a présenté à la télévision, d’abord sur la Sept à partir de 1989, puis sur Arte à partir de 1992, une émission historique de visionnage d’archives avec un décalage de 50 ans, nommée « Histoire parallèle » : son démarrage correspond à la veille de
la Seconde Guerre mondiale, avec l’analyse d’actualités cinématographiques des différents camps, puis d’archives moins anciennes pour pouvoir comparer les époques. En 1993, il est co-scénariste du film Pétain de Jean Marbœuf.
En mars 2007, il signe avec 150 intellectuels un texte qui appelle à voter pour Ségolène Royal, « contre une droite d’arrogance », pour « une gauche d’espérance »[3].
Distinctions [modifier]
- Officier de l’Ordre national du Mérite
- Officier des Palmes académiques
- Chevalier des Arts et Lettres
- Colonel (honoraire) de l’Armée Rouge[réf. nécessaire]
- Prix de la ville de Paris du film d’histoire, 1975
- Prix Clio, 1988
- Prix Europe, 1994
Docteur honoris causa :
- Université de Moscou, 1998
- Université de Bordeaux, 2003
Ouvrages classés par thèmes
Classement secondaire par date de première publication.
Communisme, URSS et Russie
La Révolution de 1917, Aubier, coll. « Collection historique », Paris, 1967, 2 vol. (vol. 1 : La chute du tsarisme et les origines d’Octobre, 607 p. ; vol. 2 : Octobre : naissance d’une société, 517 p.), rééd. Albin Michel, Paris, 1997, 1092 p.- Les Grands révolutionnaires, t. 4 : Les Révolutionnaires communistes à la conquête du pouvoir : l’espoir d’un siècle (Marc Ferro, Jean Rous et Jean-Marcel Bichat), Martinsart, Romorantin, 1978, 445 p. – 40 p. de pl.
- Des Soviets au communisme bureaucratique : les mécanismes d’une subversion (avec la collaboration d’Hélène de Chavagnac), Gallimard et Julliard, coll. « Archives », Paris, 1980, 269 p. (ISBN 2-07-028768-8)
- L’Occident devant la révolution soviétique : l’histoire et ses mythes, Complexe, coll. «
La Mémoire du siècle », Bruxelles, 1980, 160p. (ISBN 2-87027-050-X) - 50 idées qui ébranlèrent le monde : dictionnaire de la glasnost (Iouri Afanassiev et Marc Ferro, dir., Galina Kolosova, réd., traduit du russe par Tamara Kondrateva, Marie-Hélène Mandrillon, Macha Tournié), Payot, coll. « Documents Payot », Paris, 1989, 521 p. (ISBN 2-228-88224-0)
- Culture et révolution (Sheila Fitzpatrick et Marc Ferro, dir.), Editions de l’EHESS, Paris, 1989, 183 p.
- De
la Russie à l’URSS. Histoire de
la Russie de 1850 à nos jours (René Girault et Marc Ferro), Nathan, Paris, 1989, 256 p. - Les Origines de la perestroïka, Ramsay, coll. « Essais », Paris, 1990, 147 p. (ISBN 2-85956-871-9)
- Nicolas II, Payot, Paris, 1991, 276 p.
- L’État de toutes les Russies,
La Découverte, Paris, 1993. - L’Internationale : d’Eugène Pottier et Pierre Degeyter, Noêsis, coll. « L’Œuvre », Paris, 1996, 108 p. (ISBN 2-911606-02-7)
- Naissance et effondrement du régime communiste en Russie, Librairie générale française, coll. « Le Livre de Poche. Références », Paris, 1997, 152 p. (ISBN 2-253-90538-0) (Réunit des cours donnés au Collège universitaire français de Moscou)
- Nazisme et communisme. Deux régimes dans le siècle (Marc Ferro, éd.), Hachette, Pluriel, Paris, 1999, 278 p.
- Russie, peuples et civilisations (Marie-Hélène Mandrillon et Marc Ferro, dir.),
La Découverte, coll. «
La Découverte-poche. L’État du monde », Paris, 2005, 203 p. (ISBN 2-7071-4547-5)
Monde arabe et colonisation
- Suez, Complexe, coll. «
La Mémoire du siècle », Bruxelles, 1982, 159 p. (ISBN 2-87027-101-8) - Histoire des colonisations : des conquêtes aux indépendances (XIIIe-XXe siècle), Le Seuil, coll. « L’Univers historique », Paris, 1994, 525 p. (ISBN 2-02-018381-1)
- Le Choc de l’Islam, Odile Jacob, coll. « Histoire », Paris, 2002, 270 p. (ISBN 2-7381-1146-7)
- Le Livre noir du colonialisme : XVIe-XXIe siècle, de l’extermination à la repentance, Éditions Robert Laffont, Paris, 2003, 843 p. (ISBN 2-221-09254-6)
Première et Seconde Guerre mondiale
La Grande Guerre : 1914-1918, Gallimard, coll. « Idées », Paris, 1968, 384 p.- Pétain, Fayard, Paris, 1987, 789 p. (ISBN 2-213-01833-2)
- Questions sur
la IIe Guerre mondiale, Casterman, coll. « XXe siècle », Paris, 1993, 191 p. (ISBN 2-203-61004-2) - Frères de tranchées (Malcolm Brown, Rémy Cazals, Olaf Mueller ; Marc Ferro, dir.), Perrin, Paris, 2005, 268 p. – 8 p. de pl. (ISBN 2-262-02159-7)
- Ils étaient sept hommes en guerre; Histoire parallèle, Robert Laffont, Paris, 2007, 365 p.
Histoire et Cinéma
- Analyse de film, analyse de sociétés : une source nouvelle pour l’Histoire, Hachette, coll. « Pédagogies pour notre temps », Paris, 1974, 135 p. (ISBN 2-01-002589-X)
- Cinéma et Histoire, Denoël et Gonthier, coll. « Bibliothèque Médiations », Paris, 1977, 168p.-[12] p. de pl
- Film et histoire, Éditions de l’EHESS, coll. « L’Histoire et ses représentations », Paris, 1984, 161 p. – 8 p. de pl. (ISBN 2-7132-0854-8)
- Le Cinéma, une vision de l’histoire, Le Chêne, Paris, 2003, 163 p. (ISBN 2842773926)
Sur l’écriture et le rôle de l’histoire
- Comment on raconte l’histoire aux enfants : à travers le monde entier, Payot, coll. « Aux origines de notre temps », Paris, 1981, 316 p. (ISBN 2-228-56020-0)
- L’Histoire sous surveillance : science et conscience de l’histoire, Calmann-Lévy, coll. « Intelligence de l’histoire », Paris, 1985, 216 p. (ISBN 2-7021-1393-1)
- Que transmettre à nos enfants (avec Philippe Jammet et Danièle Guilbert), Le Seuil, Paris, 2000, 224 p. (ISBN 2-02-032957-3)
- Les Tabous de l’histoire, Nil, Paris, 2002, 151 p. (ISBN 2-84111-147-4)
Autres thèmes
- L’Histoire : 1871-1971, Centre d’études et de promotion de la lecture, coll. « Dictionnaires du savoir moderne. Les Idées, les œuvres, les hommes », Paris, 1971, 2 vol. (vol. 1 : Les idées et les problèmes, 512 p. ; vol. 2 : Les faits, 577 p.)
- Comprendre les idées du XXe siècle, 1977, Marabout, coll. « Marabout Université », Verviers (Belgique), 1977, 254 p. (cet ouvrage reprend les articles essentiels de L’histoire de 1871 à 1971 : les idées et les problèmes)
- Une Histoire du Rhin (Pierre Ayçoberry et Marc Ferro, dir.), Éditions Ramsay, coll. « Des Fleuves et des hommes », Paris, 1981, 459 p. – 32 p. de pl. (ISBN 2-85956-237-0)
- Une Histoire de
la Garonne (Janine Garrisson et Marc Ferro, dir.), Éditions Ramsay, coll. « Des Fleuves et des hommes », Paris, 1982, 616 p. – 16 p. de pl. (ISBN 2-85956-303-2) - Les Sociétés malades du progrès, Plon, Paris, 1998, 219 p. (ISBN 2-259-02093-3)
- Histoire de France, Odile Jacob, coll. « Histoire », Paris, 2003, 764 p. (ISBN 2-7381-0927-6)
- Les Individus face aux crises du XXe siècle : l’histoire anonyme, Odile Jacob, coll. « Histoire », Paris, 2005, 430 p. (ISBN 2738115683)
Voir aussi
Article connexe
Liens externes
Voir aussi sur Wikiquote les citations « Marc Ferro ».
- Conférence avec Marc Ferro, « Le ressentiment et les fractures de la France contemporaine » Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal, 4 avril 2007.
- « À voix nue », série de cinq entretiens entre Marc Ferro et Benjamin Stora, France Culture, 11 au 15 décembre 2006.
Notes et références
- ↑
La Révolution de 1917, Aubier, Paris, 1967. - ↑ Des Soviets au communisme bureaucratique : les mécanismes d’une subversion, Gallimard et Julliard, Paris, 1980.
- ↑ « Avant qu’il ne soit trop tard », Nouvel Observateur, 1er mars 2007.






Laisser un commentaire