QUE SONT DEVENUS LES MYTHES EDUCATIFS DE L’AFRIQUE NOIRE APRES LES ANNEES 90 ?

Posté par issopha le 24 décembre 2007

Thomas Sankara ou la dignité de l’Afrique

Assassiné lors d’un coup d’Etat le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est une figure du panafricanisme et du tiers-mondisme. La pensée et l’action de l’ancien président burkinabé, réputé pour sa probité, annoncent l’altermondialisme. C’est pourquoi les commémorations qui ont lieu dans le monde (1), en dépit de certaines pressions, soulignent l’universalité de son héritage politique. Anti-impérialiste, Sankara avait rendu hommage à Ernesto Che Guevera, exécuté en 1967, dont des carnets inédits, enfin publiés, éclairent la pensée (lire « Le socialisme selon Che Guevara »). « Notre révolution n’aura de valeur que si, en regardant derrière nous, en regardant à nos côtés et en regardant devant nous, nous pouvons dire que les Burkinabés sont, grâce à elle, un peu plus heureux. Parce qu’ils ont de l’eau saine à boire, parce qu’ils ont une alimentation abondante, suffisante, parce qu’ils ont une santé resplendissante, parce qu’ils ont l’éducation, parce qu’ils ont des logements décents, parce qu’ils sont mieux vêtus, parce qu’ils ont droit aux loisirs ; parce qu’ils ont l’occasion de jouir de plus de liberté, de plus de démocratie, de plus de dignité. (…) La révolution, c’est le bonheur. Sans le bonheur, nous ne pouvons pas parler de succès (1). » C’est ainsi que Thomas Sankara, président du Burkina Faso, définissait le sens de son action, treize jours avant le coup d’Etat du 15 octobre 1987 au cours duquel il devait être assassiné.

Largement méconnu hors du continent noir, Sankara demeure dans bien des mémoires africaines. Aux yeux de beaucoup, il était celui qui disait la vérité, qui vivait proche de son peuple, qui luttait contre la corruption, qui redonnait l’espoir de voir l’Afrique retrouver sa dignité. Mais il était plus que cela encore : un stratège politique, un président créatif et énergique qui s’était engagé jusqu’au sacrifice suprême, une voix qui porta haut et fort les revendications du tiers-monde (2).

Sankara est né le 21 décembre 1949 dans ce qui s’appelait alors la Haute-Volta, une colonie française qui obtiendra son indépendance en 1960. A l’école, Sankara côtoie les fils de colons et découvre l’injustice. Il sert la messe mais refuse in extremis d’entrer au séminaire. C’est paradoxalement au prytanée militaire du Kadiogo qu’il va s’ouvrir à la politique au contact d’un enseignant marxiste, militant du Parti africain de l’indépendance (PAI). A l’école militaire interafricaine d’Anstirabé, à Madagascar, le jeune officier apprend aussi la sociologie, les sciences politiques, l’économie politique, le français, les « sciences agricoles ». C’est sur la Grande Ile, où il assiste en 1972 à la révolution qui renverse le régime néocolonialiste de Philibert Tsiranana, que naissent ses idées en faveur d’une « révolution démocratique et populaire ».

Une génération modernisatrice En 1974, lors de la guerre avec le Mali, il se fait remarquer par un exploit militaire. Puis crée, avec d’autres officiers (il est capitaine), une organisation clandestine. Il se rapproche de militants d’extrême gauche, lit beaucoup sur de nombreux sujets, questionne, approfondit, prend goût au débat politique. Depuis son indépendance, la Haute-Volta, petit pays enclavé d’Afrique de l’Ouest, connaît une alternance de périodes d’exception et de démocratie parlementaire. C’est l’unique Etat de la région à élire un président au second tour, le général Aboubacar Sangoulé Lamizana, en 1978. Celui-ci gère le pays de manière paternaliste. A gauche, seul le parti de l’historien Joseph Ki-Zerbo, le Front populaire voltaïque (FPV), participe aux élections, parfois aussi au pouvoir, tout en étant implanté dans les syndicats.

Se complaisant dans les joutes parlementaires, les politiciens se coupent de la réalité du pays et de ses forces vives, notamment la petite bourgeoisie urbaine très politisée. Des scandales financiers déconsidèrent les officiers supérieurs au pouvoir. Au sein de l’armée, une jeune génération ambitieuse et désireuse de modernisation s’oppose à des cadres plus âgés, moins éduqués.

Après une succession de grèves dans tout le pays, un premier coup d’Etat militaire reçoit, en novembre 1980, l’appui de l’opposition légale, dont celui du FPV. Mais le nouveau régime, qui bénéficie pourtant d’une certaine popularité, va se montrer répressif, poussant des dirigeants syndicaux à la clandestinité. Des officiers sont mêlés à des scandales. Secrétaire d’Etat à l’information, Sankara démissionne en direct à la télévision, prononçant cette phrase restée célèbre : « Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple ! »

C’est une nouvelle fraction de l’armée qui se voit déconsidérée, de même que le parti de Ki-Zerbo. Un second coup d’Etat a lieu en novembre 1982. Le clivage va alors se faire sentir entre ceux qui souhaitent la continuité institutionnelle et les officiers révolutionnaires regroupés autour du capitaine Sankara. Nommé premier ministre, celui-ci en profite pour exacerber les contradictions au cours de réunions publiques où il dénonce les « ennemis du peuple » et l’« impérialisme ».

Alors que M. Guy Penne, conseiller aux affaires africaines de François Mitterrand, atterrit à Ouagadougou, capitale du pays, Sankara est arrêté, le 17 mai 1983. Les organisations de gauche clandestines, le PAI et l’Union des luttes communistes reconstruite (ULC-R) manifestent pour demander sa libération. Il a su se faire respecter, non sans mal, par des organisations civiles qui se méfient des militaires, mais aussi par les militaires, qui reconnaissent en lui l’un des leurs, un soldat fier de l’être. Sankara libéré, toutes ces forces préparent ensemble la prise du pouvoir. Les commandos militaires de Po, dans le sud du Burkina Faso, dirigés par le capitaine Blaise Compaoré, montent sur la capitale le 4 août 1983 ; les employés des télécommunications coupent les lignes ; des civils attendent les soldats pour les guider dans la ville. Celle-ci tombe rapidement aux mains des révolutionnaires.

Devenu président, Sankara définit ainsi son objectif principal : « Refuser l’état de survie, desserrer les pressions, libérer nos campagnes d’un immobilisme moyenâgeux ou d’une régression, démocratiser notre société, ouvrir les esprits sur un univers de responsabilité collective pour oser inventer l’avenir. Briser et reconstruire l’administration à travers une autre image du fonctionnaire, plonger notre armée dans le peuple par le travail productif et lui rappeler incessamment que, sans formation patriotique, un militaire n’est qu’un criminel en puissance (3). » Et la tâche est immense, la Haute-Volta est alors parmi les pays les plus pauvres du monde (4) : un taux de mortalité infantile estimé à 180 pour 1000, une espérance de vie se limitant à 40 ans, un taux d’analphabétisme allant jusqu’à 98 %, un taux de scolarisation de 16 %, et enfin un produit intérieur brut par tête de 53 356 francs CFA (soit à peine plus de 72 euros).

Sankara cache à peine ses influences marxistes. En revanche, ceux qui se pressent autour de lui sont souvent loin de partager ses références politiques. Il cherche surtout à s’entourer de gens compétents et motivés, et regroupe à la présidence près de cent cinquante collaborateurs minutieusement choisis, quelques idéologues, mais surtout les meilleurs cadres du pays. Les projets ne cessent de fuser tandis qu’il impose en permanence des délais d’étude de faisabilité jugés souvent… irréalisables.

La révolution s’entend pour lui comme l’amélioration concrète des conditions de vie de la population. C’est la rupture dans tous les domaines : transformation de l’administration ; redistribution des richesses ; libération de la femme ; responsabilisation et mobilisation de la jeunesse ; mise à l’écart de la chefferie traditionnelle, jugée responsable du retard des campagnes ; tentative de faire des paysans une classe sociale révolutionnaire ; réforme de l’armée pour la mettre au service du peuple en lui assignant aussi des tâches de production ; décentralisation et recherche d’une démocratie directe à travers les comités de défense de la révolution (CDR) chargés de la mettre en œuvre localement ; lutte sans merci contre la corruption ; etc. Le 4 août 1984, la Haute-Volta est symboliquement rebaptisée Burkina Faso, le « pays des hommes intègres ».

Le Conseil national de la révolution (CNR) (5) lance le plan populaire de développement (PPD) : les provinces déterminent leurs objectifs et doivent se doter des moyens nécessaires pour les atteindre. Sankara en résume ainsi la philosophie : « Le plus important, je crois, c’est d’avoir amené le peuple à avoir confiance en lui-même, à comprendre que, finalement, il peut s’asseoir et écrire son développement ; il peut s’asseoir et écrire son bonheur ; il peut dire ce qu’il désire. Et en même temps, sentir quel est le prix à payer pour ce bonheur (6). »

Précurseur en matière d’écologie Le CNR pratique l’autoajustement : les dépenses de fonctionnement diminuent au profit de l’investissement, les moyens sont rationalisés. Mais l’effort populaire d’investissement (EPI) se traduit par des ponctions sur les salaires de 5 % à 12 %, une mesure tempérée par la gratuité des loyers pendant un an. Une zone industrielle en friche est réhabilitée à Ouagadougou.

Il s’agit de promouvoir un développement économique autocentré pour ne pas dépendre de l’aide extérieure : « Ces aides alimentaires (…) qui installent dans nos esprits (…) ces réflexes de mendiant, d’assisté, nous n’en voulons vraiment plus ! Il faut produire, produire plus parce qu’il est normal que celui qui vous donne à manger vous dicte également ses volontés (7). »

Un mot d’ordre s’impose : « Produisons et consommons burkinabé ». Les importations de fruits et légumes ont été interdites pour inciter les commerçants à aller chercher la production dans le sud-ouest du pays. Difficilement accessible, cette région était délaissée au profit des marchés de la Côte d’Ivoire, reliée au Burkina par une route goudronnée. Des circuits de distribution sont mis en place avec le développement d’une chaîne nationale de magasins. En outre, via les CDR, les salariés peuvent acheter les produits nationaux sur leur lieu de travail. Les fonctionnaires sont ainsi incités à porter le Faso dan fani, l’habit traditionnel, fabriqué à l’aide de bandes de coton tissées de façon artisanale. Effet d’entraînement, de très nombreuses femmes se mettent à tisser dans la cour de leur maison, ce qui leur permet d’acquérir un revenu propre.

Sankara apparaît comme un précurseur en matière de défense de l’environnement. Non seulement il pointe les responsabilités humaines dans l’avancée du désert, mais il en tire aussi les conséquences. Dès avril 1985, le CNR lance les « trois luttes » : contre la coupe abusive du bois, accompagnée de campagnes de sensibilisation à l’utilisation du gaz ; contre les feux de brousse ; contre la divagation des animaux. Partout, les paysans construisent des retenues d’eau, souvent à mains nues, pendant que le gouvernement relance des projets de barrage. Sankara dénonce les insuffisances de l’aide de Paris, dont les entreprises sont les principales bénéficiaires des marchés de grands travaux.

Porte-parole du tiers-monde, Sankara critique l’ordre international. Les thèmes qu’il développe reçoivent un écho dans le mouvement altermondialiste d’aujourd’hui : les injustices de la mondialisation et du système financier international, l’omniprésence du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, le cercle vicieux de la dette des pays du tiers-monde. Pour Sankara, cette dette trouve son origine dans les « propositions alléchantes » des « assassins techniques » venus des institutions financières internationales. Elle est devenue un moyen de « reconquête savamment organisée de l’Afrique, pour que sa croissance et son développement obéissent à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangers (8) ». Le Burkina Faso décidera d’ailleurs de ne pas signer de prêts avec le FMI, qui souhaitait imposer ses « conditionnalités ».

Révolutionnaire, Sankara n’en développe pas moins une réflexion sur la démocratie et sa traduction concrète par la mobilisation de toutes les composantes de la population. Ce qui implique l’émancipation des classes populaires et des femmes. « La démocratie est le peuple avec toutes ses potentialités et sa force, énonce-t-il. Le bulletin de vote et un appareil électoral ne signifient pas, par eux-mêmes, qu’il existe une démocratie. Ceux qui organisent des élections de temps à autre, et ne se préoccupent du peuple qu’avant chaque acte électoral, n’ont pas un système réellement démocratique. (…) On ne peut concevoir la démocratie sans que le pouvoir, sous toutes ses formes, soit remis entre les mains du peuple ; le pouvoir économique, militaire, politique, le pouvoir social et culturel (9). »

Créés très rapidement après la prise du pouvoir le 4 août 1983, les CDR sont chargés d’exercer localement le pouvoir au nom du peuple. Ils assument de nombreuses responsabilités bien au-delà de la seule sécurité publique : formation politique, assainissement des quartiers, développement de la production et de la consommation des produits locaux, participation au contrôle budgétaire dans les ministères, etc. Ils rejettent même, après débats, plusieurs projets nationaux, comme celui de l’« école nouvelle », jugé trop radical. Mais les CDR sont aussi à l’origine de nombreux débordements et exactions. Ils servent de fer de lance contre les syndicats jugés dangereux puisque contrôlés par des organisations comme le PAI, entré dans l’opposition en août 1984, et le Parti communiste révolutionnaire voltaïque (PCRV). Sankara est le premier à dénoncer les excès et insuffisances des CDR, souvent dus aux querelles que se livrent les différentes organisations soutenant la révolution (10).

Ce président d’un type nouveau, dont tout le monde veut bien louer aujourd’hui le patriotisme et l’intégrité, l’engagement personnel et le désintéressement, était en 1987 devenu gênant. Sa lutte de plus en plus populaire contre le néocolonialisme menaçait le pouvoir des autres présidents, plus dociles, d’Afrique de l’Ouest, et plus généralement la place de la France sur le continent noir.

Le complot va se mettre en place implacablement. Second du régime, l’actuel président du Burkina Faso Blaise Compaoré s’en charge, avec le soutien probable de la France, de la Côte d’Ivoire et de la Libye. Selon Jeune Afrique (2 juin 1998), hebdomadaire désigné légataire des écrits de Jacques Foccart (11), « à cette époque numéro deux d’une révolution à laquelle il ne croit plus, de plus en plus proche d’Houphouët[-Boigny] grâce auquel il fit connaissance de sa future femme, le beau Blaise rencontra son homologue français [Jacques Chirac] alors premier ministre, via le président ivoirien, et Jacques Foccart, qui lui présenta l’état-major de la droite française, en particulier Charles Pasqua ».

Pour François-Xavier Verschave, il n’y a aucun doute : « [Mouammar] Kadhafi et la Françafrique multipliaient les causes communes. Cimentées par l’antiaméricanisme. Agrémentées d’intérêts bien compris. L’élimination du président burkinabé Thomas Sankara est sans doute le sacrifice fondateur. Foccart et l’entourage de Kadhafi convinrent en 1987 de remplacer un leader trop intègre et indépendant, au point d’en être agaçant, par un Blaise Compaoré infiniment mieux disposé à partager leurs desseins. L’Ivoirien Houphouët fut associé au complot (12). »

Le 15 octobre 1987, Sankara est assassiné. M. Compaoré lui succède, qui deviendra un fidèle exécutant des thèses libérales et le successeur de Félix Houphouët-Boigny en tant que meilleur allié de Paris dans la région. Son rôle stratégique dans la « françafrique » est illustré par la création récente de l’Association française d’amitié franco-burkinabé, présidée par M. Penne. On y retrouve M. Michel Roussin, ancien des services secrets, membre du Mouvement des entreprises de France (Medef) et numéro deux du groupe Bolloré en Afrique. Ancien ministre de la coopération de M. Edouard Balladur en 1993, il côtoie ses successeurs à ce poste : M. Jacques Godfrain, autrefois proche de Foccart ; M. Pierre-André Wiltzer, membre de l’Union pour la démocratie française (UDF) ; et le socialiste Charles Josselin.

L’arrivée de M. Compaoré à la tête du Burkina, en 1987, a eu des conséquences au-delà de ses frontières. L’alliance qui se fait jour via les réseaux « françafricains » mêle des personnalités politiques, des militaires ou des affairistes de Côte d’Ivoire, de France, de Libye et du Burkina Faso. Elle soutiendra M. Charles Taylor, responsable des effroyables guerres civiles qui se dérouleront au Liberia, puis en Sierra Leone, sur fond de trafic de diamants et d’armes (13). Aujourd’hui, après avoir abrité les militaires rebelles ivoiriens, M. Compaoré est présenté comme un homme de paix puisqu’il parraine la réconciliation des acteurs de la crise.

Tout a été fait pour effacer Sankara de la mémoire de son pays. Pourtant, il reste présent (disques et tradition orale, films, documentaires, livres) ; Internet ne fait qu’amplifier le phénomène. Enfin la Campagne internationale justice pour Thomas Sankara (CIJS) demande qu’une enquête soit officiellement ouverte sur l’assassinat de Sankara. Une recommandation historique du Comité des droits de l’homme des Nations unies lui a donné raison en mars 2006, mais la procédure n’est pas terminée et Ouagadougou compte sur le caractère peu coercitif du droit international. Le CIJS maintient la pression en lançant une pétition (14).

De nouveaux horizons pourraient s’ouvrir. Une expérience révolutionnaire se renforce en Amérique latine ; le Venezuela multiplie les initiatives en direction de l’Afrique et reprend certains thèmes de la révolution sankariste, mais avec les moyens de son pétrole en plus. L’espoir doit revenir. Il sera d’autant plus fécond qu’on aura tiré les enseignements des réussites de la révolution burkinabé et des difficultés auxquelles elle a été confrontée.

Bruno Jaffré. (1)(www.sankara20ans.net),



La liberté se conquiert

Par Thomas Sankara(…) Il est nécessaire, il est urgent que nos cadres et nos travailleurs de la plume apprennent qu’il n’y a pas d’écriture innocente. En ces temps de tempêtes, nous ne pouvons laisser à nos seuls ennemis d’hier et d’aujourd’hui le monopole de la pensée, de l’imagination et de la créativité.

Il faut avant qu’il ne soit trop tard – car il est déjà tard – que ces élites, ces hommes de l’Afrique, du tiers-monde, reviennent à eux-mêmes – c’est-à-dire à leur société, à la misère dont nous avons hérité – pour comprendre non seulement que la bataille pour une pensée au service des masses déshéritées n’est pas vaine, mais qu’ils ne peuvent devenir crédibles sur le plan international qu’en inventant réellement, c’est-à-dire en donnant de leurs peuples une image fidèle, une image qui leur permette de réaliser des changements profonds de la situation sociale et politique, susceptibles de nous arracher à la domination et à l’exploitation étrangères qui livrent nos Etats à la seule perspective de la faillite.

C’est ce que nous avons perçu, nous, peuple burkinabé (…). Il nous fallait donner un sens aux révoltes grondantes des masses urbaines désœuvrées, frustrées et fatiguées de voir circuler les limousines des élites aliénées qui se succédaient à la tête de l’Etat et qui ne leur offraient rien d’autre que les fausses solutions pensées et conçues par les cerveaux des autres. Il nous fallait donner une âme idéologique aux justes luttes de nos masses populaires mobilisées contre l’impérialisme monstrueux. (…)

Nous voudrions que notre parole s’élargisse à tous ceux qui souffrent dans leur chair. Tous ceux qui sont bafoués dans leur dignité par une minorité d’hommes ou par un système qui les écrase. (…) Je ne parle pas seulement au nom de mon Burkina Faso tant aimé, mais également au nom de tous ceux qui ont mal quelque part.

Je parle au nom de ces millions d’êtres qui sont dans les ghettos parce qu’ils ont la peau noire ou qu’ils sont de cultures différentes, et qui bénéficient d’un statut à peine supérieur à celui d’un animal. (…) Je m’exclame au nom des chômeurs d’un système structurellement injuste et conjoncturellement désaxé, réduits à ne percevoir de la vie que le reflet de celle des plus nantis.

Je parle au nom des femmes du monde entier, qui souffrent d’un système d’exploitation imposé par les mâles. En ce qui nous concerne, nous sommes prêts à accueillir toutes les suggestions du monde entier nous permettant de parvenir à l’épanouissement total de la femme burkinabé. En retour, nous donnons en partage à tous les pays l’expérience positive que nous entreprenons avec des femmes désormais présentes à tous les échelons de l’appareil d’Etat et de la vie sociale au Burkina Faso. (…) Seule la lutte libère, et nous en appelons à toutes nos sœurs de toutes les races pour qu’elles montent à l’assaut pour la conquête de leurs droits.

Je parle au nom des mères de nos pays démunis qui voient mourir leurs enfants de paludisme ou de diarrhée, ignorant qu’il existe pour les sauver des moyens simples que la science des multinationales ne leur offre pas, préférant investir dans les laboratoires de cosmétiques et dans la chirurgie esthétique pour les caprices de quelques femmes ou d’hommes dont la coquetterie est menacée par les excès de calories de leurs repas trop riches. (…)

Je parle aussi au nom de l’enfant. L’enfant du pauvre qui a faim et qui louche furtivement vers l’abondance amoncelée dans une boutique pour riches. (…)

Je parle au nom des artistes – poètes, peintres, sculpteurs, musiciens, acteurs –, hommes de bien qui voient leur art se prostituer pour l’alchimie des prestidigitations du show-business. Je crie au nom des journalistes qui sont réduits soit au silence, soit au mensonge, pour ne pas subir les dures lois du chômage. Je proteste au nom des sportifs du monde entier dont les muscles sont exploités par les systèmes politiques ou les négociants de l’esclavage moderne. (…)

Mes pensées vont à tous ceux qui sont touchés par la destruction de la nature et à ces trente millions d’hommes qui vont mourir comme chaque année, abattus par la redoutable arme de la faim. Militaire, je ne peux pas oublier ce soldat obéissant aux ordres, le doigt sur la détente, et qui sait que la balle qui va partir ne porte que le message de la mort. (…)

Notre révolution, au Burkina Faso, est ouverte aux malheurs de tous les peuples. Elle s’inspire aussi de toutes les expériences des hommes depuis le premier souffle de l’humanité. Nous voulons être les héritiers de toutes les révolutions du monde, de toutes les luttes de libération des peuples du tiers-monde. (…)

Ouverts à tous les vents de la volonté des peuples et de leurs révolutions, nous instruisant aussi de certains terribles échecs qui ont conduit à de tragiques manquements aux droits de l’homme, nous ne voulons conserver de chaque révolution que le noyau de pureté qui nous interdit de nous inféoder aux réalités des autres, même si par la pensée nous nous retrouvons dans une communauté d’intérêts. (…)

Il n’y a plus de duperie possible. Le nouvel ordre économique mondial pour lequel nous luttons et continuerons de lutter ne peut se réaliser que si nous parvenons à ruiner l’ancien ordre qui nous ignore, si nous imposons la place qui nous revient dans l’organisation politique du monde, si, prenant conscience de notre importance dans le monde, nous obtenons un droit de regard et de décision sur les mécanismes qui régissent le commerce, l’économie et la monnaie à l’échelle planétaire.

Le nouvel ordre économique international s’inscrit tout simplement à côté de tous les autres droits des peuples – droit à l’indépendance, au libre choix des formes et des structures de gouvernement – comme le droit au développement. Et comme tous les droits des peuples, il s’arrache dans la lutte et par la lutte des peuples. Il ne sera jamais le résultat d’un acte de générosité d’une puissance quelconque. (…)

J’ai parcouru des milliers de kilomètres. Je suis venu ici pour demander à chacun de vous que nous puissions mettre ensemble nos efforts pour que cesse la morgue des gens qui n’ont pas raison, pour que s’efface le triste spectacle des enfants mourant de faim, pour que disparaisse l’ignorance, pour que triomphe la rébellion légitime des peuples, pour que se taise le bruit des armes (…).

Discours de Thomas Sankara devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 4 octobre 1984. Extrait de Thomas Sankara parle. La révolution au Burkina Faso, 1983-1987, Pathfinder, 2007 (www.pathfinderpress.com, livres.pathfinder@laposte.net). Femmes, Impérialisme, Tiers-monde, Afrique, Burkina

Sources :
- monde diplomatique
- africatime.com

Pourquoi SANKARA a été assassiné ?

Réflexion proposée par Ouékouri A.

15 octobre 1987, le malheur allait frapper encore une fois l’Afrique. Un de ses dignes fils venait de s’écrouler devant l’ennemi dans son combat pour la liberté, le développement. Thomas SANKARA est mort ! Mais pourquoi ?

Pour que ce genre de crimes ne se reproduise plus, nous devons de chercher les vraies causes de l’assassinat de cet Espoir africain.

Les raisons évoquées jusque là s’articulent autour de la trahison des amis et frères d’armes d’hier, manipulés par l’impérialisme. Cependant, la principale à mon sens, est que ses alliés ignoraient ce qu’était la révolution. SANKARA est mort parce que ses amis ne voyaient pas la pertinence de ses actes, le sens de son combat, de son sacrifice. SANKARA a été assassiné car il semblait être le seul à savoir et à comprendre ce qu’il faisait. SANKARA a été assassiné car il était entouré de personnes qui suivaient un phénomène de « mode ». Si les frères d’armes de Thom SANK étaient convaincus qu’en prenant le pouvoir un certain 04 août 1983, le régime qu’il fallait pour le Burkina était la révolution, ils allaient comprendre comme le disait SANKARA dans ses discours, que l’impérialiste allait essayer d’infiltrer le groupe. Ils allaient comprendre que le 15 octobre 1987 ne devait pas exister. Mais il y en a qui étaient habitués ou, qui voulaient goûter aux véhicules de luxe, aux voyages en première classe et à la caisse noire. Répondant à une question d’un journaliste de savoir s’il se sentait isolé en Afrique (les dirigeants) SANKARA répondit « mal compris, mal aimé ».

Oui SANKARA a été mal compris par ceux qui ne voulaient pas le comprendre, comprendre sa révolution. Mais comme un cycliste grimpant une pente raide, il était obligé de continuer.

SANKARA est mort physiquement mais ses idées restent et sont vivantes ! Il revient aux nouveaux « SANKARA » de se les approprier, de les améliorer pour poursuivre le combat pour une nouvelle Afrique !

L’encombrant héritage de Thomas Sankara

Source : Le monde diplomatique

Minutieusement planifié, le coup d’Etat du 15 octobre dernier au Burkina Faso n’a laissé aucune chance au président Thomas Sankara. Le nouvel homme fort, le capitaine Blaise Compaoré a clos ainsi de manière sanglante, la première expérience « nationaliste et révolutionnaire » menée dans ce pays très pauvre, depuis août 1983, par une génération de « cadets » de l’armée. Le Burkina Faso entre sans doute dans une période d’instabilité. Les ressentiments et les sourdes luttes intérieures prendront-ils le pas sur les indispensables projets de développement ?

Par Pascal Labazée

En quatre ans de pouvoir, le président du Conseil national de la révolution (CNR) avait su redéfinir la somme du possible et du pensable par laquelle le développement d’un pays comptant parmi les plus démunis du monde pouvait être envisagé. Au moment où s’essoufflaient les idéologies de la « malédiction » et celles de la « négritude », où les recettes du FMI et les bonnes intentions du plan de Lagos s’érigeaient en mythes de rechange, Thomas Sankara rappela à l’ensemble du continent africain – et singulièrement à sa jeunesse – que le déficit vivrier, le sous-développement manufacturier et la dépendance ne pourraient trouver d’issue sans l’intégration des habituels exclus du jeu social : les paysans, les femmes, les ruraux prolétarisés. Le charisme du « camarade-président » tenait dans cette révolte de la pensée, plus pragmatique que son discours d’orientation politique (DOP) du 2 octobre 1983 ne le laissait supposer, et qui constitua quatre ans durant un nécessaire point de passage de la réflexion, y compris pour ceux qu’elle ne ménageait pas (1).

Le projet politique, et plus encore le rythme de son application, a suscité des réserves parmi les salariés urbains et les opérateurs économiques, sommés de consacrer au développement rural une part importante de leurs ressources et de leur temps (2). De plus, les comités de défense de la révolution (CDR), implantés dans les villages, détenaient de larges pouvoirs administratifs, économiques (depuis août 1985, une réorganisation foncière leur donne un rôle-clé en matière de gestion des terres) et judiciaires (les responsables des CDR siègent aux tribunaux de conciliation chargés de juger « tout comportement antisocial » ) : cette évolution a heurté de front la puissante chefferie traditionnelle, notamment en pays mossi (3), contestée tant dans son autorité que dans les valeurs qu’elle incarne. Le soutien de la paysannerie devait, à terme, marginaliser ces oppositions et assurer le régime d’une assise populaire. Or la mise en scène de sa mobilisation au sein de réunions organisées par les comités et, plus récemment, dans l’Union nationale des paysans du Burkina (4) n’a jamais signifié son adhésion aux objectifs de la révolution. La faiblesse de l’expérience révolutionnaire fut d’abord celle du renversement des alliances sociales.

Le tragique coup d’Etat du 15 octobre révèle en outre que les quatre principaux dirigeants militaires du CNR n’ont pas réussi à porter les débats d’orientation au-delà de la sphère étroite du Conseil et des groupes politiques qui s’y trouvaient représentés (5). Dès l’origine, les CDR ont été conçus comme une instance d’exécution des décisions, un instrument plus ou moins maîtrisé de mobilisation. D’autres organisations de masse – l’Union des femmes du Burkina (UFB), une organisation de jeunesse et l’Union des anciens du Burkina (UNAB) – sont venues compléter la trame du contrôle social sans qu’il en résultât une réelle décentralisation du débat politique. Le coup d’Etat, habituelle figure du changement politique au Burkina, dont l’exécution s’était jusqu’à présent déroulée de façon pacifique, était l’issue prévisible des conflits ouverts qui traversaient depuis six mois l’instance suprême du pays.

Contre les fléaux de l’agriculture

Incontestablement, l’acquis principal de la révolution d’août 1983 réside dans la restauration, certes fragile, des conditions de production agricole. Les actions ont privilégié la maîtrise de l’eau et l’aménagement des terroirs. Jusqu’en décembre 1985, près de huit mille chantiers ont ainsi couvert le pays, les taux de réalisation les plus élevés concernant ceux que la paysannerie avait elle-même définis et gérés. La conjonction d’un ambitieux Plan quinquennal engagé en 1986 (6) et d’une saison des pluies enfin abondantes avait permis de rompre avec le déficit vivrier structurel : un excédent de 20 000 tonnes de céréales fut dégagé pendant la campagne 1986-1987. Les cultures commerciales ont aussi bénéficié de la progression des rendements et des surfaces : la production cotonnière, principale recette d’exportation du pays, atteignait 150 000 tonnes en 1987, soit un doublement par rapport à 1983. Il revient en outre au CNR d’avoir courageusement engagé la lutte contre les trois fléaux de l’agriculture burkinabé – la coupe abusive du bois, les feux de brousse, la divagation du cheptel, – heurtant ainsi des pratiques profondément ancrées dans la paysannerie, au moment même où les dirigeants recherchaient son appui. Un tel programme n’était envisageable qu’à la double condition d’une compression du coût des travaux et d’un renversement des flux financiers entre villes et campagnes. De ce point de vue, la participation des organisations non gouvernementales (soixante-dix travaillent régulièrement dans le pays) et la coordination de leurs activités dans un « bureau de suivi » ont facilité la compression des charges d’exécution des projets en mettant l’accent sur des microréalisations à technologie légère. Leur participation au développement (20 milliards de francs CFA d’investissements en 1985, 34 milliards prévus sur la période 1986-1990) intervient d’ailleurs dans un contexte de désengagement de l’assistance financière internationale (- 25% de 1982 à 1985) et particulièrement de l’aide bilatérale française (de 88 à 19 millions de dollars entre ces deux dates). Quant au renversement des termes d’échange entre villes et campagnes, il reposa d’abord sur un net relèvement du prix d’achat des produits agricoles. Cette mesure, qui entraîna une baisse du pouvoir d’achat des salariés, était destinée à inciter les ruraux à accroître leur production et à accéder au marché des intrants (on peut rappeler que, selon la FAO, 15 % à 30% des récoltes sont détruites chaque année faute d’une protection efficace des stocks vivriers).

« Consommons burkinabé ! »

La recommandation du discours présidentiel du 4 août 1986 a surpris, concernant un Etat enclavé dont la dépendance externe s’est régulièrement accentuée depuis l’indépendance. Une stratégie d’autarcie partielle était pourtant esquissée, dont la valeur symbolique ne manqua pas d’indisposer les partenaires de la Communauté économique de l’Afrique de l’Ouest (CEAO), notamment la Côte-d’Ivoire et le Mali. L’interdiction des importations de fruits, le relèvement de la taxe sur la bière et, récemment, l’obligation faite aux fonctionnaires de porter le faso dan fani – pagne en coton tissé localement, – furent les premières tentatives de création d’un marché local de substitution. Plus généralement, la révolution s’est accompagnée d’une gestion des grands équilibres financiers que, à bien des égards, le Fonds monétaire n’aurait pas reniée : stabilisation du service de la dette extérieure, rigueur dans l’administration d’un budget de 100 milliards de francs CFA dont l’équilibre, jusqu’en 1987, tenait à la compression des charges de fonctionnement et au relèvement de la pression fiscale urbaine (7). Enfin, le capitaine Sankara devait engager un difficile combat contre la corruption dans la fonction publique et parapublique. Dès 1984, des tribunaux populaires furent chargés d’instruire nombre de dossiers de détournements de fonds ; le dispositif de contrôle s’accentua lorsque, en 1986, une session budgétaire se consacra à l’étude de la gestion des entreprises d’Etat. En février 1987, une commission de « prévention contre la corruption » étendit ses investigations à « toute personne appelée à des fonctions de responsabilité » et commença à disséquer le patrimoine des dirigeants du CNR. De plus, le traditionnel turn-over gouvernemental et la réduction du train de vie des hauts fonctionnaires ont contribué à rompre avec l’usage, développé par les trois premières républiques, des rentes de situation ministérielle. Si la crédibilité des autorités est sortie renforcée de ces opérations, il est néanmoins incontestable que des rancoeurs personnelles, nées parmi plusieurs centaines de fonctionnaires, ont ici trouvé leurs racines.

Le modèle « sankariste » de développement n’a pourtant pas endigué la montée de deux formes de résistance sur lesquelles ont cru pouvoir s’appuyer les auteurs du coup d’Etat du 15 octobre. D’une part, le rythme des réformes a multiplié les mécontentements bien au-delà de l’étroite sphère urbaine ; à partir de 1985, des formes passives et non organisées d’opposition aux contraintes sociales sont apparues. D’autre part, les puissantes confédérations syndicales et les groupes politiques ont vu, dans ces mécontentements, l’occasion d’affirmer leur audience. Le président semblait conscient des difficultés économiques et de la progressive dissolution de son assise politique. Prononcé le 4 août 1987, le discours de l’An V évoquait, en effet, l’indispensable « unité des révolutionnaires » et la pause « dont nous avons besoin pour consacrer nos efforts aux tâches d’organisation politique ». Le premier front de mécontentement s’est constitué en milieu urbain. La réduction du pouvoir d’achat des salaires (- 30 % par rapport à 1982), la récession commerciale et manufacturière (fin 1985, quarante-huit des soixante-sept établissements d’envergure nationale connaissaient de graves difficultés financières) et le discrédit des CDR où l’opportunisme politique était devenu le plus sûr moyen d’accéder aux postes de pouvoir ont accéléré la démobilisation. La présence des salariés aux réunions politiques, aux entraînements sportifs obligatoires et aux travaux d’intérêt collectif se faisait moins assidue. Plus grave pour le suivi des opérations de développement fut l’expatriation d’intellectuels, de cadres et de techniciens attirés par l’écart entre les salaires burkinabés et ceux des Etats limitrophes.

Exacerbation des contradictions

Mais les paysans, pourtant prompts à se mobiliser sur des projets coïncidant avec leur stratégie de survie, ont eux-mêmes réagi aux diverses tentatives de contrôle social d’un pouvoir qui s’est obstiné à voir en eux une composante « économiquement et culturellement arriérée » de la petite bourgeoisie. Dans une large mesure, la paysannerie a su intégrer l’institution des CDR à ses pratiques sociales : les représentants des comités ont été choisis parmi les fils des chefs coutumiers, tandis que les militants les plus avisés, redoutant les armes de la tradition (8), ont préféré le compromis à l’épreuve de force. La réforme foncière d’août 1985, qui devait révolutionner le mode de gestion des terroirs, est aussi restée lettre morte. Faute de correspondre à la diversité des contraintes régionales – litiges entre communautés autochtones et migrants mossis dans l’Ouest, fragilité des équilibres fonciers dans la région surpeuplée du plateau mossi, – les CDR ne se sont guère pressés d’intervenir dans l’administration des surfaces cultivées. De même, les formes étatiques, supposées supérieures, d’organisation de la production au sein des grands projets d’aménagement rural du Sourou et de Douna ont créé un lourd contentieux entre les autorités et les populations concernées, attachées aux parcelles familiales. Ultime revers de la politique agricole : faute de moyens de stockage, d’infrastructures commerciales et, plus encore, de débouchés solvables, les surplus de production des années 1986 et 1987 n’ont pu être écoulés. La mévente du karité, des mangues et même des produits céréaliers a stimulé un circuit commercial spéculatif et passablement découragé les agriculteurs. Certes, par deux fois, le capitaine Sankara a tenté de construire une médiation entre le pouvoir et la paysannerie. La création de l’Union des anciens de Burkina en février 1986, outre qu’elle permit de jeter un pont en direction de deux anciens présidents restés populaires, MM. Maurice Yaméogo et Sangoulé Lamizana, nommés membres d’honneur, donnait à la gérontocratie une reconnaissance implicite. Plus récemment, la formation d’une Union des paysans venait compléter l’ouverture. Il reste qu’aucune de ces organisations ne détenait de réels pouvoirs et qu’elles apparurent plus comme des tentatives de contrôle que comme des instances de dialogue. Enfin, un troisième front de mécontentement, à la fois économique et idéologique, s’est formé dans les milieux du négoce, dont l’influence sur la communauté islamique (40 % de la population) est prépondérante. D’une part, le contentieux économique s’est alourdi depuis un an : la contraction des débouchés intérieurs et le relèvement de l’impôt sur les transactions (+ 38 % prévus au budget 1987), la mise en place d’une « police économique de distribution », formaient autant de griefs pour un secteur dont la spéculation est la base fondamentale d’accumulation (9). En outre, le CNR décidait, il y a cinq mois, de mener campagne contre la consommation de noix de kola, dont la commercialisation assure l’assise financière des réseaux importateurs dioula et yarsé. D’autre part, les mesures d’interdiction de la mendicité, et plus encore le projet de code de la famille prévoyant, au détour de 984 articles, l’obligation de la monogamie et l’égalité des descendants en matière d’héritage, sont venus raviver les blessures des premières heures de la révolution, où les représentants de l’islam étaient rangés parmi les « ennemis du peuple ». L’ampleur de la crise devait apparaître, en décembre 1985, lorsque la bande frontalière de l’Agacher fut l’objet d’un conflit armé entre le Mali et le Burkina. La « guerre de Noël » révéla la précarité des alliances passées avec les Etats frères. En particulier, l’Algérie et le Ghana se contentèrent de vagues appels au calme, excluant tout soutien direct au Burkina. De plus, l’ouverture par les forces armées maliennes d’un front proche de Bobo-Dioulasso visait à radicaliser les oppositions diffuses des populations islamisées de l’Ouest burkinabé, sur lesquelles les CDR n’ont jamais eu de réelle emprise. Le conflit militaire posait finalement une question relative à l’avenir même de la révolution : quel soutien espérer d’une paysannerie restée méfiante, et d’une petite bourgeoisie urbaine lassée par l’austérité ?

Les résistances à la fois économiques, sociales, culturelles parmi la population ont été à l’origine des divergences d’analyse entre les responsables politiques. Elles ont amorcé le processus de désagrégation de l’ « unité des révolutionnaires » et l’accumulation des défiances dans le CNR à l’égard de son leader. Thomas Sankara a tenté d’y répondre en réorientant, au cours de l’année 1986, les structures de la mobilisation sociale. Dès avril, il essayait de reprendre en main les CDR, passablement discrédités, et dénonçait à leur première conférence les exactions commises par quelques « pillards » et « terroristes » contrôlant les comités de base. Les diverses unions de jeunes, de femmes, d’anciens et de paysans créées depuis lors devaient en outre resserrer la trame du contrôle social, tandis que la réhabilitation d’anciens dignitaires amorçait une relative décrispation politique. Enfin, une opération de recomposition des forces représentées dans le CNR fut tentée. En donnant son aval à la création de l’Union des communistes burkinabés (UCB), le président pensait à la fois s’assurer d’un relais politique capable d’intervenir hors des forces armées, et pondérer l’influence dans le CNR des groupes prochinois et pro-albanais. Las contours de cette organisation étaient du reste suffisamment imprécis pour que l’UCB apparaisse comme le premier jalon d’un regroupement de l’extrême gauche, au sein d’un parti unique dont elle aurait formé l’ossature. Le réveil du front syndical, muselé depuis 1984, devait pourtant entraîner la perte du contrôle de la situation par le président Sankara, tant sur le CNR que dans l’armée. A la veille du 1er mai 1987, alors que M. Fidèle Toé (ministre du travail) se félicitait d’avoir mis un terme au « rite du cahier des doléances » habituellement présenté par les « syndicats petits bourgeois », les quatre principales centrales, notamment la Confédération syndicale burkinabé (CSB) de M. Soumane Touré, présentaient leurs revendications dans l’unité et exigeaient un retour immédiat aux « libertés démocratiques ». Faisant suite à la plainte pour violation du droit syndical, déposée à Genève par la CSB, la démonstration de force des organisations de salariés fut suivie d’une vague de répression. Malgré les réticences d’une partie des responsables militaires – en particulier du capitaine Blaise Compaoré, – une trentaine de dirigeants syndicaux et de cadres de la LIPAD (10) étaient arrêtés. La fraction dure du CNR envisageait un temps l’exécution de M. Soumane Touré.

« Que l’armée se fonde dans le peuple »

L’épreuve de force avec les syndicats – et la création en Côte-d’Ivoire d’un Rassemblement voltaïque pour les libertés (RVL) regroupant divers opposants exilés, dont l’historien Joseph Ki Zerbo, – n’est certes pas la cause directe du coup d’Etat du 15 octobre. Mais elle a ouvert des lignes de fracture entre les dirigeants, et doublement isolé le président Sankara. D’une part, isolement dans le CNR : alors qu’il évinçait du gouvernement ceux qui avaient adopté une attitude modérée au cours de la crise syndicale (notamment MM. Valère Somé et Basile Guissou, leaders de l’ULC), le capitaine Sankara perdait progressivement le contrôle de l’UCB, sous la pression de responsables des CDR. D’autre part, isolement dans l’armée : plutôt favorables à une réelle pause sociale, préférant à la perspective d’un parti unique celle d’une pluralité d’expression à l’intérieur d’un « front », plusieurs responsables militaires, dont le capitaine Blaise Compaoré, avaient pris leurs distances par rapport aux orientations de Thomas Sankara. Le tassement du rythme des réunions du CNR, la multiplication des conflits en son sein comme au gouvernement – la veille du coup d’Etat, ce dernier devait entériner la nomination à la tête d’une force d’intervention d’élite de Vincent Sigué, dont les méthodes policières étaient violemment contestées, – témoignaient d’une radicalisation des oppositions personnelles, latentes depuis quelques mois. Il reste que les paysans, éternels « damnés de la terre » burkinabés, paraissent bien éloignés des byzantines querelles politiques, que le coup d’Etat du 15 octobre conclut dramatiquement. « Nous voulons que l’armée se fonde dans le peuple », souhaitait Thomas Sankara ; elle reste une fois encore maîtresse des destinées politiques du pays. La mort du président rompt cependant avec la tradition postcoloniale, solidement ancrée au Burkina, des coups d’Etat sans effusion de sang. Par ailleurs, l’enterrement de son corps à la sauvette rompt avec la tradition tout court, celle que partagent à la fois ses amis et ses détracteurs. Il est à craindre que le processus de « rectification » engagé par les nouveaux dirigeants n’ouvre une ère d’instabilité où les ressentiments compteront autant que les projets de développement.

Pascal Labazée.

Membre du conseil scientifique de la revue Politique africaine.

(1) Le 4 août 1983, un Conseil national de la révolution, dirigé par les capitaines Thomas Sankara, Blaise Compaoré, Henri Zongo et par le commandant J.-B. Lingani, mettait fin à une courte expérience d’équilibre des forces au sein de l’armée voltaïque, menée par le Conseil de salut du peuple et dirigée par M. Jean-Baptiste Ouédraogo, cf. P. Labazée, « La voie étroite de la révolution au Burkina-Faso », Le Monde diplomatique, février 1985.

(2) Depuis mai 1987, chaque Burkinabé devait ainsi consacrer trois semaines par an à travailler sur les chantiers nationaux, dans le cadre du Service populaire de construction de la patrie (SPCP).

(3) Occupant le plateau central du Burkina, le pays mossi concentre 50 % des 7,5 millions de Burkinabés recensés en 1985. Sur l’influence de la chefferie mossi, voir C. Savonnet-Guyot, « Le prince et le naaba » in Politique africaine, n° 20, décembre 1985.

(4) En 1987, la commémoration du 4 août fut d’ailleurs l’occasion d’un premier symposium de l’UNPB, afin de marginaliser les revendications des confédérations syndicales.

(5) En mai 1986, était publiée la liste des quatre organisations membres du CNR : l’Organisation militaire révolutionnaire (OMR), dont les capitaines Sankara et Compaoré étaient les principaux dirigeants ; l’Union des luttes communistes (ULC) mouvement prochinois reconstruit en 1984 ; le Groupe des communistes burkinabés (GCB) issu de la scission d’un mouvement pro-albanais, le PCRB ; enfin, dernier venu des groupes politiques, l’Union des communistes burkinabés (UCB), contrôlée avec l’assentiment de Thomas Sankara par le secrétaire général des CDR, M. Pierre Ouédraogo.

(6) Ce plan prévoit un volume de 112 milliards de F CFA d’investissements annuels (soit + 60 % par rapport au rythme d’investissement de la période 1979-1984), affectés pour 85 % aux activités de production.

(7) La hausse des impôts directes devait atteindre + 13 % en 1987 ; une « opération commando » de récupération des impôts, menée en mai, avait du reste permis d’élever sensiblement le taux de recouvrement.

(8) La sorcellerie fut, entre autres, l’un des moyens de préserver l’ordre social. Cf. M. Duval, Un totalitarisme sans Etat, essai d’anthrologie politique à partir d’un village burkinabé, L’Harmattan, Paris, 1985.

(9) Cf. Pascal Labazée, Entreprises et Entrepreneurs du Burkina-Faso, Karthala, Paris, à paraître.

(10) Ligue patriotique pour le développement, organisation prosoviétique évincée en août 1984 du gouvernement, et dont M. Soumane Touré fait partie.

Édition imprimée — novembre 1987 — Page 15

Discours prononcé le 4 octobre 1984 à l’ONU.

« Permettez, vous qui m’écoutez, que je le dise : je ne parle pas seulement au nom de mon Burkina Faso tant aimé mais également au nom de tous ceux qui ont mal quelque part. Je parle au nom de ces millions d’êtres qui sont dans les ghettos parce qu’ils ont la peau noire, ou qu’ils sont de cultures différentes et qui bénéficient d’un statut à peine supérieur à celui d’un animal.

Je souffre au nom des Indiens massacrés, écrasés, humiliés et confinés depuis des siècles dans des réserves, afin qu’ils n’aspirent à aucun droit et que leur culture ne puisse s’enrichir en convolant en noces heureuses au contact d’autres cultures, y compris celle de l’envahisseur.

Je m’exclame au nom des chômeurs d’un système structurellement injuste et conjoncturellement désaxé, réduits à ne percevoir de la vie que le reflet de celle des plus nantis.

Je parle au nom des femmes du monde entier, qui souffrent d’un système d’exploitation imposé par les mâles. En ce qui nous concerne, nous sommes prêts à accueillir toutes suggestions du monde entier, nous permettant de parvenir à l’épanouissement total de la femme burkinabè. En retour, nous donnons en partage, à tous les pays, l’expérience positive que nous entreprenons avec des femmes désormais présentes à tous les échelons de l’appareil d’Etat et de la vie sociale au Burkina Faso. Des femmes qui luttent et proclament avec nous, que l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort.

Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère et nous en appelons à toutes nos sœurs de toutes les races pour qu’elles montent à l’assaut pour la conquête de leurs droits.

Je parle au nom des mères de nos pays démunis qui voient mourir leurs enfants de paludisme ou de diarrhée, ignorant qu’il existe, pour les sauver, des moyens simples que la science des multinationales ne leur offre pas, préférant investir dans les laboratoires de cosmétiques et dans la chirurgie esthétique pour les caprices de quelques femmes ou d’hommes dont la coquetterie est menacée par les excès de calories de leurs repas trop riches et d’une régularité à vous donner, non, plutôt à nous donner, à nous autres du Sahel, le vertige. Ces moyens simples recommandés par l’OMS et l’UNICEF, nous avons décidé de les adopter et de les populariser.

Je parle aussi au nom de l’enfant. L’enfant du pauvre qui a faim et louche furtivement vers l’abondance amoncelée dans une boutique pour riches. La boutique protégée par une épaisse vitre. La vitre défendue par une grille infranchissable. Et la grille gardée par un policier casqué, ganté et armé de matraque. Ce policier placé là par le père d’un autre enfant qui viendra se servir ou plutôt se faire servir parce que présentant toutes les garanties de représentativité et de normes capitalistiques du système.

Je parle au nom des artistes – poètes, peintres, sculpteurs, musiciens, acteurs – hommes de bien qui voient leur art se prostituer pour l’alchimie des prestidigitations du show-business.

Je crie au nom des journalistes qui sont réduits soit au silence, soit au mensonge, pour ne pas subir les dures lois du chômage.

Je proteste au nom des sportifs du monde entier dont les muscles sont exploités par les systèmes politiques ou les négociants de l’esclavage moderne.

Mon pays est un concentré de tous les malheurs des peuples, une synthèse douloureuse de toutes les souffrances de l’humanité, mais aussi et surtout des espérances de nos luttes.

C’est pourquoi je vibre naturellement au nom des malades qui scrutent avec anxiété les horizons d’une science accaparée par les marchands de canons. Mes pensées vont à tous ceux qui sont touchés par la destruction de la nature et à ces trente millions d’hommes qui vont mourir comme chaque année, abattus par la redoutable arme de la faim…

Je m’élève ici au nom de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils pourront faire entendre leur voix et la faire prendre en considération, réellement. Sur cette tribune beaucoup m’ont précédé, d’autres viendront après moi. Mais seuls quelques-uns feront la décision. Pourtant nous sommes officiellement présentés comme égaux. Eh bien, je me fais le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils peuvent se faire entendre. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

Source : continentpremier.info

Thomas SANKARA, le capitaine immortel

Thomas Sankara est l’inventeur d’une révolution originale qui aura marqué l’histoire. A la tête du Burkina Faso, l’un des pays les plus pauvres du monde, le jeune capitaine a osé parler de valeurs authentiques, combattre la corruption au plan national, refuser des prêts de la Banque mondiale, qualifier d’impérialistes certaines pratiques dans les relations Nord-Sud. Toute sa philosophie et sa stratégie se résumaient à une valeur : la patrie ou la mort.

Vingt (20) ans après sa mort, Thomas Sankara est toujours dans les cœurs. Né en 1949, le jeune capitaine est arrivé au pouvoir le 4 août 1983. Elégant et éloquent, il aura marqué sa génération par son audace. Dès sa prise de pouvoir, il décide de décoloniser les mentalités en abandonnant le nom Haute-Volta du colonisateur pour un autre plus original, Burkina Faso. Une combinaison du mooré et du dioula signifiant le pays des Hommes intègres. “On ne décide pas de devenir chef de l’Etat, on décide d’en finir avec telle ou telle forme de brimade, d’exploitation, c’est tout. Vivre africains pour vivre libres et dignes”, disait-il.

Pour lui, les Africains doivent se libérer totalement du joug occidental en assurant une vision propre à eux. Lui et ses compagnons d’armes Henri Zongo, Boukary Jean-Baptiste Lingani, Blaise Compaoré… veulent à travers une révolution, redonner une chance à leur pays classé parmi les plus pauvres au monde. Ils mettent sur pied des comités de défense de la Révolution. Ils parlent de centralisme démocratique, masse laborieuse, lutte de classes. Les jeunes soldats puisent leur vocabulaire et solutions chez Marx, Lénine, Mao, Guévara. Dans la bibliothèque de Sankara, il y avait tous les classiques du marxisme-léninisme et le jeune capitaine reconnaît “qu’il a bu tout Lénine”, témoigne Sennen Andriamirado dans “Sankara le Rebelle”.

Thom Sank, comme ses fans l’appellent affectueusement a d’ailleurs rencontré des révolutionnaires et communistes de renom. Kim II Sung de la Corée du Nord en 1983. Ce dernier lui a offert un pistolet à crosse d’ivoire “qu’il ne quittait jamais” , selon Sennen. Le capitaine a aussi rencontré Jerry Rawling en février 1984, Kadhafi en février 1983 en tant que Premier ministre et en 1984, en qualité de président. En 1986, il a été reçu au Kremlin par Mikhaïl Gorbatchev. Ces rencontres ne sont pas fortuites. Thomas s’inspire de Rawling, le premier, selon lui, à avoir libéré les jeunes officiers et les hommes de troupes et les avoir placés devant leurs responsabilités. “Sank veut démocratiser l’armée”. Finie l’armée budgétivore. Désormais l’armée nationale populaire construira des écoles, des routes. Pour “Thom Sank”, un militaire sans formation politique et idéologique est un criminel en puissance. Les populations, elles aussi, sont invitées à prendre leur destin en main en s’impliquant dans les projets et programmes.

La révolution à la Burkinabè

Tous les secteurs sont en marche. Sur le plan agricole, les Burkinabè sont invités à consommer burkinabè. En 1984, 400 tonnes de haricot vert ne purent être exportés. Le gouvernement mèna une campagne pour inviter les populations à consommer leurs propres productions. “Quand vous mangez le grain de mil, riz importés, c’est ça l’impérialisme”, soutenait Thom Sank. Il exhorte les populations à porter le Faso dan Fani tissé localement. Sur le plan hydraulique, 18 barrages sont construits en 1985 contre deux en moyenne avant la Révolution. Le taux de scolarisation passe de 16,5% à 24%. Au cours de la même période, il augmente le taux d’enseignants à 16%.

Les paysans “déœuvrés” sont alphabétisés dans dix langues. Les langues locales sont même introduites dans l’enseignement. Dans le secteur du logement, Sankara fait construire de nouvelles cités à la portée des populations. En matière de santé, il est question de l’opération “Un village, un poste de santé primaire”. Deux millions et demi de Burkinabè sont vaccinés. L’OMS félicite Sankara pour ses actions contre la polio, la rougeole et la méningite. L’environnement n’est pas en reste. En quinze (15) mois, dix millions d’arbres ont été plantés pour faire reculer le Sahel. Des aménagements de sites anti-érosifs sont mis en place avec les populations. Sankara prône également l’émancipation de la femme par l’instruction et un pouvoir économique. “C’est avec ces armes qu’elles pourront se libérer d’elles-mêmes” , soutien-t-il.

Sankara, l’incorruptible et l’éternel insoumis

Dans la mise en œuvre de son programme de développement, le jeune capitaine lutte contre toutes les formes de gaspillage et de corruption. Il a déjà donné l’exemple en reversant ses indemnités de mission après un séjour libyen alors qu’il était encore Premier ministre. Il s’est rendu à son premier conseil des ministres en 1981 à l’époque en bicyclette. Une fois président, il roulera en Renault 5. Thomas Sankara a aussi créé la radio en direct avec le CPS, au cours de laquelle tous les mardis soir, les populations peuvent interpeller personnellement les ministres, officiers… Il promet de chasser de l’administration et de l’armée les “fonctionnaires pourris”. Les Burkinabè retiendront aussi de lui les Tribunaux populaires de la Révolution (TPR) où les anciens dirigeants ont dû s’expliquer sur leur gestion antérieure. Le révolutionnaire a refusé des prêts de la Banque mondiale pour financer “des projets que son pays n’a pas choisis”. Parlant de la dette du Burkina, Thom Sank a demandé aux pays du Sud lors de son discours à l’OUA en 1987, de faire front pour ne pas la rembourser. “Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence”.

Deux mois et demi après ce discours, il décède le 15 octobre de la même année. Sankara savait qu’il dérangeait. “Nous avons clairement conscience que nous dérangeons. La question est de savoir qui nous dérangeons : la minorité ou la majorité” ? Sankara a été perçu comme celui qui voulait faire perpétuer un nouvel ordre autre que celui qui prévalait en Afrique de l’Ouest. Il est accusé de s’inspirer par moments du “Livre vert” de Khadafi, alors que Sankara a dit au président libyen que “votre expérience nous intéresse mais nous voulons vivre la nôtre”, rapporte Sennen. Thom Sank a eu des relations difficiles avec certains de ses voisins. Toujours est-il que longtemps, poursuivra l’écrivain, le coup du complot d’un coup d’Etat fomenté par la lagune Ebrié fait bruit à Ouagadougou. En 1985 éclate “la deuxième guerre des pauvres” entre le Burkina Faso et le Mali suite à un différend frontalier. A force de parler sans détour, Sankara est clairement étiqueté comme un provocateur. Pour avoir décrié publiquement la politique française en Afrique, il a obligé le président François Mitterrand de passage au Burkina Faso a réempoché son discours initial d’où sa fameuse phrase : “Sankara parle un peut trop”. Parfois incompris par certains de ses proches et également par d’autres chefs d’Etat, Thom avait la fougue et l’envie de vite et bien faire. Il fonçait sans répit.

Thom le visionnaire

Son programme révolutionnaire inachevé est perçu par d’aucuns, comme celui d’un clairvoyant. N’est-ce pas lui qui a dit depuis 1986 que la perturbation impunie de la biosphère par les engins dégageant du gaz propagent des carnages ? Odile Tabner, présidente de “Survie” rapproche même le discours de Nicolas Sarkozy à l’ONU en septembre 2007 à celui prononcé le 4 octobre 1984 par le capitaine Thomas Sankara.

Le premier parle d’une réforme de l’ONU pour l’adapter aux réalités du monde d’aujourd’hui, alors que le second proposait que les structures des Nations unies soient repensées et que soit mis fin au scandale du droit de veto. “Sarko” estime qu’il faut poser et résoudre les problèmes du monde à l’échelle planétaire parce que personne ne peut se mettre seul à l’abri du réchauffement climatique, du choc des civilisations. “Sank” a une proposition “que tous les budgets de recherches spatiales soient amputés de 1/10-000e et consacrés à des recherches dans le domaine de la santé et à la reconstruction de l’environnement perturbé par les feux d’artifices nuisibles à l’écosystème”. Le président français a prévenu que les pauvres et les affamés se révolteront contre l’injustice qui leur est faite. Le capitaine avait demandé la lutte contre la misère en mettant fin à l’arme de la faim qui fait plus de victime que l’arme nucléaire.

Thom Sank, l’homme de “la dernière révolution africaine” pour emprunter le terme de Aziz Salmone Fall, coordinateur de la Compagne internationale “pour Sankara”, voulait d’un monde juste. Le capitaine croyait au changement comme N’Krumah, Cabral mais “tout comme Lumumba qui parlait de révolution de mentalité à son peuple qui vivait dans les arbres et comme tous ceux qui rêvent éveillés, Sankara se nourrit d’utopie”, constate Sennen. Sankara est donc parti à 37 ans comme Che Guevara qu’il admirait. Mais la jeunesse voit en lui le verve et l’énergie de l’espoir, la probité et le symbole de l’inaliénation.

La jeunesse africaine a proclamé 2007 “année Sankara” lors des deux fora sociaux de Bamako en 2006 et de Nairobi. Des ouvrages, des films, monuments portent son nom. En guise d’illustration, le lycée Thomas-Sankara à Brazzaville. La commémoration de sa disparition cette année sera marquée par diverses manifestations dont l’arrivée à Dakar et pour la première fois en Afrique, de la caravane “Thom Sank 2007” en provenance d’Amérique latine et d’Europe.

Hamadou TOURE

source : sidwaya.bf

Comment Sankara a tutoyé la mort

 

Manifestement, Thomas Sankara a eu très tôt la certitude qu’on allait le tuer. Les éléments de preuves se sont amoncelés à mesure que le jour du complot approchait. En interne, il a été régulièrement avisé par ses proches et n’en a jamais tenu compte, en tout cas pas devant eux. Mais dans la solitude, il déprimait parfois, confie un de ses amis maliens qui a été interviewé par Bruno jaffré, le biographe de Sankara, dans son livre à paraître bientôt. A l’extérieur aussi, ses amis se sont mobilisés pour le sauver en vain. Sankara avait-il décidé de se laisser abattre ? On est en tous les cas dans un scénario de tragédie que les révélations, surtout pendant cette commémoration du vingtième anniversaire de son assassinat, permettent de scénariser. Certes, il reste encore beaucoup de zones d’ombre. Mais il faut croire que le virage est amorcé. Dans les jours et semaines à venir, nous pourrons apprendre plus que nous n’en avons su pendant ces dernières années. Il est certainement très difficile d’écrire la tragédie. Mais on peut se la représenter à travers de petits récits, documentés, parfois anecdotiques, que nous avons pu recueillir des acteurs clés. Il faut cependant avoué que du côté des partisans de Blaise Compaoré, c’est pour l’essentiel, silence radio. Beaucoup étaient injoignables. Certains ont accepté opiner sur ce moment important de l’histoire de notre pays. Voici des témoignages inédits, dont certains n’étaient jusque-là pas connu du grand public.

*********************

Anecdotique, ou pas, cette histoire de sésame, à elle seule, résume la tragédie du président Sankara. Un divin fait dire à Sankara qu’il y a un projet pour l’assassiner. Entre autres sacrifices qu’il lui prescrit, le sésame. Une céréale produite surtout dans la partie frontalière avec le Mali. Le haut commissaire de Banfora reçoit l’ordre d’acheter et d’acheminer le sésame en question à Ouagadougou. Le paquet se perd en route. Sankara, informé, apostrophe Valère Somé, en usant de l’autodérision :  » tu vois, le sort est scellé, je te l’ai dit… « . Un autre témoignage, celui de la villa que les Ghanéens ont aménagé pour recevoir Sankara, quand il est devenu très évident à leurs yeux, que le complot était réel. L’ambassadeur du Ghana au Burkina Faso, en tandem avec son homologue Cubain à Ouaga, informe Sankara du projet, qui vise à l’assassiner. Ils transmettent à Sankara l’invitation de son homologue ghanéen à se retirer un temps à Accra, où une villa a été aménagée pour lui, le temps juste d’observer et de voir clair dans le jeu de son entourage. Un peu à l’image de la dérobade du général de Gaulle à Baden Baden. Sankara promet aux deux diplomates, qu’il va les rappeler incessamment. L’ambassadeur de Cuba restera toute la journée à son bureau attendant le coup de fil de Sankara qui ne viendra pas. Les sources citent comme témoin de cette entrevue, le représentant résident de l’UNICEF au Burkina Faso à cette époque M. Adotévi.

*********************

Denis Sassous Nguesso, le président congolais, qui a eu les détails du projet d’assassinat de Sankara dépêche rapidement l’écrivain Seydou Badian, l’auteur de « Sous l’orage », pour l’informer à Ouagadougou et lui demander de prendre des dispositions. L’émissaire du président Sassou emprunte un vol régulier de Air Afrique qui fait escale à Abidjan le 15 Octobre 1987. Il devait continuer le lendemain sur Ouaga. C’est dans sa chambre d’hôtel, qu’il apprendra que le coup d’Etat a eu lieu et sankara est mort.

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Au Conseil des ministres du 7 octobre 1987, Thomas Sankara distribue aux ministres un extrait de la lettre du Che dans laquelle, il annonçait à Castro qu’il s’en allait et laissait sa famille et ses enfants à Cuba en étant sûr que la révolution cubaine en prendrait soin. Au Conseil des ministres du 14 octobre, celui qui a adopté le projet de création de la FIMAT, à la fin des travaux, Moussa Michel Tapsoba (l’actuel président de la CENI) interpelle Sankara sur la signification du texte de la lettre du Che. Sankara lui répond : « comprenne qui pourra… » et le camarade ministre de l’Eau revient à la charge en demandant est-ce que c’est révolutionnaire, quelqu’un qui quitte et abandonne comme ça sa famille ? Sankara lui répond encore : « comprenne qui pourra… « 

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Le 15 Octobre 1987 à 16 heures, alors que le président Sankara se prépare à sortir de son bureau pour aller au Conseil pour le sport et la réunion avec son staff, il reçoit un coup de fil. C’était, expliquera-t-il à un témoin oculaire, un coup de fil d’une dame qui m’enjoigne de ne pas aller à ma rencontre, car ils veulent m’assassiner. Il s’y rendra. Et effectivement, il sera assassiné.

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Le père de Sankara explique comment il a connu définitivement Blaise Compaoré. Il était allé un jour rendre visite au général Bila Zagré, dont Blaise Compaoré était l’aide de camp. Arrivé sur les lieux, on le fait patienter avant d’être introduit chez le général. Dans l’attente, un jeune militaire frêle se lève sur sa chaise et lui dit : « papa venez prendre place ». Le père de Sankara vient s’asseoir et remercie chaleureusement ce jeune homme aux bonnes manières. Et Blaise de lui demander : « On dirait que vous ne me connaissez pas, papa ? » Et le père de Sankara de s’excuser et de demander à son interlocuteur de bien vouloir se présenter. Blaise Compaoré lui explique que c’est à lui que Thomas remet les mandats chaque fin de mois pour lui. Le père de Sankara s’excuse une fois de plus et promet qu’il ne se tromperait plus à l’avenir, après avoir bien dévisagé son interlocuteur.

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Le 9 octobre 1987, un soir, explique Fidèle Toé, alors ministre du Travail, j’appelle Thomas Sankara, mon ami d’enfance, pour lui demander si on pouvait se voir ? Sankara lui répond où ? Je propose chez moi, dit Fidèle Toé. Sankara réfléchit un instant et lui répond : « viens plutôt au palais de la présidence ». Quand Toé prend la route de la présidence, il trouve la sécurité présidentielle sur les dents. On l’oblige lui-même ministre à descendre de sa voiture de fonction et les mains en l’air. Après une fouille minutieuse, il est autorisé à aller voir Sankara. De cet incident, il n’en parlera pas à Sankara. Mais sur le chemin du retour, un autre ami du président, un musicien du nom de Vitnic, lui explique, qu’en fait, la sécurité présidentielle venait d’arrêter des intrus, militaires, qui affirmaient s’être trompés de chemin. La sécurité de Sankara était sur le-qui-vive depuis le 4 août 1987 à Bobo et après les évènements de Tenkodogo, où il était apparu qu’un projet de liquidation physique de Sankara était à l’œuvre. C’est pourquoi du reste, Sankara n’a pas attendu la fin des manifestations et a du regagner Ouaga.

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Le 13 octobre, une mission conduite par Jean Baptiste Lingani, en présence de Boukary le lion se rend à Accra, chez Rawlings. Au cours de cette rencontre, le président Rawlings rabroue particulièrement Jean Baptiste Lingani, en lui disant ceci :  » la honte que vous projetez au Burkina, en voulant assassiner Thomas Sankara, sachez que cette honte ne sera pas seulement burkinabè, elle sera africaine. Et je pense que c’est vous le doyen, vous Jean Baptiste Lingani qui pouvez ramener les autres à la raison.. « . Quand le coup se produit, Rawlings est furieux. Il refuse dans un premier temps de donner suite aux sollicitations du nouveau pouvoir. Quand il consent à recevoir Blaise Compaoré, c’est à Tamalé, une ville du nord Ghana. Des sources ghanéennes disent qu’avant de recevoir Blaise Compaoré à Tamalé, Rawlings aurait proposé à Jean Baptiste Lingani, le deal suivant : « Dès qu’il arrive à Tamalé, je le fais enfermer et vous prenez le pouvoir à Ouagadougou…. » Mais Lingani aurait décliné l’offre, en promettant qu’ils allaient régler par eux-mêmes le problème. Selon un observateur, Lingani avait une vénération pour Blaise Compaoré. Tout commandant qu’il était, c’est lui qui le premier se mettait en garde à vous quand il apercevait Blaise Compaoré.

Ramata SORE

evenement-bf.net

Bibliographie de Thomas SANKARA

Issu d’une famille catholique, Thomas Sankara était un « Peul-Mossi ». Son père était un ancien combattant et prisonnier de guerre de la Seconde Guerre mondiale. Il a fait ses études secondaires au Lycée Ouézin Coulibaly de Bobo-Dioulasso, deuxième ville du pays. Il a suivi une formation d’officier à Madagascar et devint en 1976 commandant du centre de commando de Pô. La même année, il fait la connaissance de Blaise Compaoré avec lequel il formera le Regroupement des officiers communistes (ROC) dont les autres membres les plus connus sont Henri Zongo et Jean-Baptiste Boukary Lingani.

En septembre 1981, il devient secrétaire d’État à l’information dans le gouvernement du colonel Saye Zerbo. Il démissionnera le 21 avril 1982, déclarant « Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple ! »

Le 7 novembre 1982, un nouveau coup d’État portait au pouvoir le médecin militaire Jean-Baptiste Ouédraogo. Sankara devint premier ministre en janvier 1983, mais fut limogé et mis aux arrêts le 17 mai, après une visite de Guy Penne, conseiller de François Mitterrand.

Un nouveau coup d’État, le 4 août 1983 place Thomas Sankara à la présidence. Il définit son programme comme anti-impérialiste, en particulier dans son « Discours d’orientation politique », écrit par Valère Somé. Son gouvernement retira aux chefs traditionnels les pouvoirs féodaux qu’ils continuaient d’exercer. Il créa les CDR (Comités de défense de la révolution), qui eurent toutefois tendance à se comporter en milice révolutionnaire faisant parfois régner une terreur peu conforme aux objectifs de lutte contre la corruption.

Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara fut assassiné lors d’un coup d’État organisé par celui qui était considéré comme son frère, Blaise Compaoré. Plusieurs jours plus tard, il fut déclaré « décédé de mort naturelle » par un médecin militaire. L’absence de tout procès ou de toute enquête de la part du gouvernement burkinabè a été condamnée en 2006 par le Comité des droits de l’homme des Nations unies.

Depuis le 28 décembre 2005, une avenue de Ouagadougou porte son nom, dans le cadre plus général d’un processus de réhabilitation décrété en 2000 mais bloqué depuis lors.

Source : Wikipédia

Pour tout savoir sur Thomas SANKARA => www.thomassankara.net

 

1

QUE SONT DEVENUS LES MYTHES EDUCATIFS

DE L’AFRIQUE NOIRE APRES LES ANNEES 90 ?

RESUME

Une précédente recherche faite par Valléan (1989) avait constaté l’importances de l’imaginaire

social au sens de Ansart (1977) et particulièrement des mythes au sens de Barthes (1957) dans

les projets de réforme de l’éducation en Afrique noire dans les premières années après les

indépendances. Or, il y a eu le contexte de la mondialisation décrit comme étant un processus

qui gomme les spécificités.. La présente étude, à travers une analyse de contenu catégorielle

portant sur un texte relatif à la réforme de l’Université de Ouagadougou (MESSRS et CRDI,

1998) cherche à savoir si les gestionnaires de l’éducation burkinabè continuent de puiser leurs

inspirations dans l’imaginaire collectif local ou s’ils se focalisent uniquement sur les principes

de la mondialisation.

L’analyse du texte révèle qu’une part importante est attribuée à la mondialisation. Ce résultat

amène le chercheur à se demander si le Burkina gagne à se conformer de préférence aux

impératifs de la mondialisation comme le laisse penser le texte analysé cependant que la

Banque Mondiale (2000) elle-même invite les politiques à tenir compte de la localisation, cette

autre force contraire à la mondialisation.

MOTS CLEFS

Mythes. Analyse de contenu Réforme de l’éducation. Afrique noire. Burkina Faso. Efficacité

ABSTRACT

A research made by Vallean (1989) noted the importance of social imagery (Ansart, 1977) and

specially of the african myths (Barthes, 1957) in the projects of school reforms in Africa.

However, globalisation stands as a levelling process that suppresses all peculiarities. The

current research aims at describing whether the administrators of Burkina education are still

influenced by the local social imagery or whether they only rely on world principles. It is based

on a content analysis of a document reforming Ouagadougou University (MESSRS and CRDI,

1998). This analysis of the document reveals that people now depend on universal principles.

This leads to the following query : does the Burkina gain analysing in conforming to World

2

requirements as might be deduced from document we ? This question derives from the World

Banque’s suggestion that political leaders should take localisation into account as it stands as a

counter to globalisation (Banque Mondiale 2000).

KEY WORDS

Myth. Content analysis. Educational reform. Black Africa. Burkina Faso. Efficiency.

INTRODUCTION

Les années d’indépendance ont créé en Afrique noire beaucoup d’espoir en matière de

développement social, espoir maintenu jusqu’aux environs de 1975 selon le PNUD (1997 :.3).

L’éducation a été généralement considérée comme la clef principale de ce développement

social, surtout dans les années 60 (Coombs, 1985). A cause de cette importance qu’elle revêt

et du fait que l’éducation est en soi un projet, « l’éducation en Afrique s’est donné comme unterrain favorable au surgissement de l’imaginaire social » (Valléan, 1989) au sens de Ansart

(1977). Le présent travail vient à la suite d’une recherche de Valléan (1989) sur la place du

mythe (au sens de Barthes, 1957) dans les projets de réforme des systèmes éducatifs en

Afrique entre les indépendances et les années 80. Cette recherche avait conclu à l’importance

accordée aux mythes dans le discours sur l’Ecole Nouvelle telle que celle-ci était envisagée par

les responsables africains. Ces derniers puisaient dans le fond imaginaire commun les raisons et

les motivations de leurs projets d’éducation et de société. Mais ce fond imaginaire commun at-

il résisté à la pression de la mondialisation envahissante ainsi que cette mondialisation est

comprise par certains observateurs (Amin, 1996 ; MESSRS et CRDI, 1998 ; Hadjadj, 1998) ?

Sinon, que deviennent les mythes éducatifs de l’Afrique dans lesquels les réformes du système

éducatif burkinabè en particulier tiraient leurs principes directeurs ?

Pour répondre à ces questions, nous définirons d’abord le concept de mythe (pp 2-5) pour

poser ensuite le problème de la recherche (pp 5-7). La partie méthodologique définira ce qu’est

l’analyse de contenu catégorielle (pp 7-10) et la 4e partie livrera les résultats de l’analyse (pp

10-11). Ces résultats permettront une discussion (pp 11-15) à partir de laquelle on pourra

conclure (p. 15).

CADRE THEORIQUE

Qu’est que le mythe ?

3

En tant que concept le mythe fait partie de l’imaginaire social défini par Ansart (1977) comme

étant « l’ensemble des évidences implicites, des normes et des valeurs qui assurent lerenouvellement des rapports sociaux ». L’imaginaire social regroupe alors les idéologies, les

mythes, les utopies et les mystères (Ansart, 1977). Ces notions constituent des clefs disponibles

qui permettent à toute société de forger l’image qu’elle veut avoir d’elle-même et qu’elle veut

donner à voir aux autres. Cet imaginaire social a pris de l’importance dans les nations

anciennement colonisées d’Afrique, condamnées pour ainsi dire à s’affirmer face au reste du

monde et, en particulier, face à l’ancien colonisateur. Comme objet de connaissance, le mythe

fait partie de la sémiologie, ou science des signes, dont le problème central est la signification

(Barthes, 1957), c’est-à-dire « au sens large, interprétation attribuée à un signe quelconquedans un contexte donné » (Raynal et Rieunier, 1997). Or, dans tout système sémiologique, il y

a un rapport entre trois termes différents qui sont le signifiant, le signifié et le signe. Pour la

langue, considérée comme système sémiologique, les termes sont ainsi appréhendés :

Le signifiant est l’image acoustique, d’ordre psychique (tel le son [arbr] en français) sur lequel

un groupe de locuteurs d’une langue s’entend par convention pour lui donner un sens. Le

signifiant change d’une langue à une autre.

Le signifié est le concept de manière générale. Par exemple [arbr] est un concept en français

qui renvoie à plusieurs types d’arbres.

Le signe est le total associatif du signifiant et du signifié.

Or, pour Barthes (1957), le mythe est une parole (aspect individuel et actuel du langage) et un

langage (la faculté humaine de communiquer au moyen de signes) . Selon Barthes (1957), « on

entendra donc, ici désormais par langage, discours, parole, etc., toute unité ou toute

synthèse significative, qu’elle soit verbale ou visuelle ». Dans ce sens, tout ce qui est formepeut être investi par le mythe, comme « le discours écrit, mais aussi la photographie, le

cinéma, le reportage, le sport, les spectacles, la publicité, tout cela peut servir de support à la

parole mythique ». Ce sont autant de formes qui peuvent être saisies par le mythe en tant que

parole, sur le modèle tridimensionnel de la sémiologie et cela dès lors que le langage

linguistique (que Barthes appelle langage-objet) devient le point de départ d’une seconde

chaîne signifiante elle aussi tridimensionnelle. Le signe (terme final de la chaîne linguistique)

saisi par le mythe devient un nouveau signifiant , premier terme de la nouvelle chaîne (Barthes

le nomme forme).

4

Le second terme du mythe, correspondant du signifié linguistique, est appelé concept et ledernier signification. C’est cette parole ainsi reconstituée qui est la parole mythique et non pas

la forme qui porte le mythe. En d’autres termes, ce n’est pas l’objet du mythe qui le définit

comme mythe, c’est l’intention qui est toujours une déformation du signe linguistique

(unajout de sens

) (Barthes, 1957).De fait, tout objet, toute forme, est susceptible d’être récupéré

par le mythe. Il suffit que le mythe ajoute au sens propre un sens mythique. Le mythe qui

fonctionne en fait comme un second langage par rapport à celui de la langue est dit être un

métalangage (un langage sur le langage) par glissement de sens.

Fonctionnement du mythe

Comme métalangage, le mythe est déboîté par rapport au système de la langue comme le

montre le schéma ci-dessous. Il part du langage et le déforme. Le mythe vide le langage de son

sens immédiat et le remplit d’un sens médiat, qui en est un dérivé, un plus déformé, doublé. Le

mythe donne au langage un fonctionnement double qui lui permet d’avoir un jeu de cachecache

entre le sens premier et le sens second. C’est ce jeu de cache-cache, qui ne cache rien et

qui ne révèle rien non plus, qui définit le mythe. Ce fonctionnement transforme ce qui est

historique en ce qui est naturel, le mythe fait comme si les choses ont toujours été ainsi. Mircéa

(1957) dira que le mythe se contente de dire la nature des choses. Sa nature n’est jamais de

problématiser mais de constater, ni de nier mais d’affirmer et cette affirmation a valeur

d’explication. C’est ce qu’affirme Valabrega (1980) lorsqu’il écrit que tout mythe vise à une

explication du monde et est donc d’essence gnoséologique. Le mythe

agit comme un révélateur en remplaçant la complexité des actes par la simplicité des essences

sous forme de vérités entendues et de fausses évidences, de constats indiscutés et de pétitions

de principes, de tautologies circulaires et de phraséologie officielle que personne du reste ne

songe à questionner. En effet, qui ne serait d’accord qu’une femme est une femme ? Qui

refuserait que nos ancêtres furent de braves hommes ? Qui ne voit que les Blancs sont

différents des Noirs ? etc.

5

Sur ces fausses évidences ou ces vérités circulaires , la littérature noire par exemple a tenté, à

travers notamment le mouvement de la Négritude (entendu comme « la simple reconnaissancedu fait d’être noir », Kesteloot, 1992), de définir le noir en l’opposant au Blanc, le colonisé en

l’opposant au colonisateur (Hadjadj, 1998). Certains de ces écrivains noirs ont pour ainsi dire

peint des figures mythiques dans le but de les donner en exemple à leur peuple. Tel fut le cas de

Niane (1960) dans son livre « Soundjata ou l’épopée mandingue », oeuvre qui relate l’histoire

merveilleuse de « l’homme aux multiples noms contre lequel les sortilèges n’ont rien pu

», ouplus récemment, Ndao (1985) dans «

l’exil d’Albouri » (roi noir qui a régné au XIXe siècle au

Sénégal) qui déclare que « mon but est de créer des mythes qui galvanisent le peuple etportent en avant, dussé-je rendre l’histoire plus historique

». On le voit bien, il s’agit de

prélever dans l’imaginaire collectif, la force qui justifie l’action et qui y pousse. Car, écrit

Caillois (1978), « le mythe appartient par définition au collectif » et il « justifie, soutient et

inspire l’existence et l’action d’une communauté, d’un peuple, d’un corps de métier ou d’une

société secrète ».

1 signifiant

2 Signifié

3 Signe

I FORME

II CONCEPT

III

SIGNIFICATION

6

Le travail de Valléan (1989) a consisté à dépister et à analyser ces mythes dans les discours sur

les projets de réformes des systèmes éducatifs africains.

Dans la présente étude, ce sont également ces imageries collectives qu’il s’agit relever à travers

un texte portant sur la réforme de l’Université de Ouagadougou à la recherche de l’efficacité.

PROBLEMEL’objectif

de cette partie est de donner une vue rapide des recherches de solution aux

problèmes éducatifs africains à travers les grandes rencontres continentales, ce qui permettra

par la suite de poser clairement la question de la recherche.

Aux premières années après les indépendances, les pays africains étaient très optimistes par

rapport au devenir de leur école. Cet optimisme ressort à l’analyse des résultats de la première

Conférence des Ministres de l’Education des Etats membres d’Afrique (MINEDAF I) en mai

1961. Les objectifs communément fixés à l’éducation lors de cette Conférence prévoyaient en

effet, pour 1980-81, la scolarisation universelle au niveau du primaire, l’enseignement

secondaire dispensé à 30% des enfants ayant achevé leurs études primaires (soit 23% du

groupe d’âge) et l’enseignement supérieur dispensé à environ 20% des jeunes qui auront

terminé leurs études secondaires (soit 2% du groupe d’âge). Il était prévu également que le

pourcentage de revenu national réservé au financement de l’éducation passerait de 3 à 4%

entre 1961 et 1965 et à 6% entre 1965 et 1980 (UNESCO, 1961 ; UNESCO/BREDA, 1997).

Cette Conférence d’Addis Abeba fut donc celle de tous les espoirs.

Les deux conférences qui ont suivi celle de 1961 (celles de 1964 et de 1968) furent des

conférences de bilan des objectifs à mi-parcours de MINEDAF I. Les participants constatent

simplement l’échec du plan d’Addis-Abeba (UNESCO, 1968). C’est pourquoi à la quatrième

Conférence tenue en 1976, il ne s’agira plus d’améliorer l’école mais de la transformer suivant

trois idées-forces qui sont l’affirmation de l’identité culturelle par l’introduction des langues

nationales dans l’enseignement; la démocratisation de l’éducation et sa ruralisation pour rendre

celle-ci immédiatement productive pour éviter ainsi le spectre du chômage des diplômés

(UNESCO, 1976).

Avant et surtout à la suite de cette Conférence de 1976, les Etats africains entreprennent de

rénover leur éducation selon le nouveau plan dit de Lagos. Des idées nobles dirigent et

orientent le sens des réformes. Il était généralement question du retour ou du recours aux

sources africaines ancestrales; par exemple la « Ujama’a »

(ou famille africaine traditionnelle)

7

fut reprise par Julius Nyéréré dans la réforme de 1967 en Tanzanie (Nyéréré, 1967.); la

tradition culturelle des ancêtres inspire la réforme de 1979 au Burkina Faso (ex-Haute Volta).

Or, cet enthousiasme sera encore de courte durée. A la cinquième Conférence tenue en 1982,

le constat est que malgré un taux de croissance de 6% supérieur à ce qui était prévu (5,6%),

l’objectif de scolarisation de tous les enfants n’a pas été atteint et le nombre absolu

d’analphabètes n’a cessé de croître. De même certaines innovations menées ça et là restaient

décevantes (UNESCO, 1982).

Les participants à cette Conférence s’engagent cependant pour d’autres défis que sont

l’élimination de l’analphabétisme avant l’an 2000, l’amélioration de l’enseignement des

sciences et de la technologie ainsi que le renforcement du rôle de l’enseignement supérieur.

A la sixième Conférence tenue en 1991, les participants prennent acte du fait que les résultats

escomptés n’ont pas été atteints et qu’au contraire l’éducation africaine reste confrontée à

beaucoup de difficultés. En effet, la crise économique et sociale pose à l’éducation un défi en

termes de démocratisation et de pertinence. L’éducation est en passe de stagnation et de

régression, les ressources allouées au secteur de l’éducation étant en diminution tandis que les

conditions d’enseignement et d’apprentissage se sont détériorées (UNESCO, 1991 ;

UNESCO/BREDA, 1997).

La septième Conférence tenue en 1998 arrive à la conclusion aussi que l’évolution attendue ne

s’est pas produite. En effet, pour toute l’Afrique, seuls 15 pays avaient de la place pour tous les

enfants en âge d’aller à l’école : dans dix-sept pays où habitent plus de la moitié des enfants

d’Afrique, le taux brut de scolarisation a baissé; le taux d’analphabétisme concernait toujours

33% des hommes et 54% des femmes parmi les adultes en Afrique (UNESCO ,1998).

Les projets de réforme du système éducatif du Burkina Faso ont suivi cet élan observé en

Afrique. La première grande réforme entreprise au Burkina date de 1979 et elle avait tenté

d’introduire les langues nationales dans l’enseignement. Elle a voulu également ruraliser la

formation conformément aux recommandations du Plan de Lagos de 1976. Mais cette réforme

fut supprimée en 1986 par un nouveau gouvernement qui ne lui a pas reconnu de la pertinence

par rapport aux besoins éducatifs des Burkinabè. La même année, un nouveau projet de

réforme fut décidé qui ne connu pas d’aboutissement plus heureux, puisque celle-ci fut

supprimée la même année, ayant été rejetée par l’ensemble de la population.

8

Au total, on peut donc constater que de MINEDAF I en 1961 à MINEDAF VII en 1998,

l’Afrique est passée de l’optimisme des premières années d’indépendance au désenchantement

lié à la crise économique après les euphories des années 60. Les espoirs dans la mise en place

d’une école imaginée par les Africains sont chaque fois reportés à plus tard. De plus le

contexte actuel que traverse l’Afrique dans son ensemble ne semble pas laisser une place au

rêve. Les pays d’Afrique sont en effet confrontés à la démographie galopante, au poids de la

dette, à l’instabilité politique, à la chute des prix des matières premières sur le marché mondial

(UNESCO, 1995). Ces différentes raisons expliquent sans doute pourquoi en matière de

projets d’éducation, les objectifs sont devenus plus modestes comme cela se remarque à partir

de MINEDAF VI en 1991.

Dans un tel contexte de mondialisation de l’économie, y a –t-il encore de la place pour les

mythes africains des années d’indépendance dans les projets de réforme ?

Telle est la question à laquelle cette recherche ambitionne de répondre.

METHODOLOGIE

Ce chapitre est consacré d’une part à un exposé de la méthodologie utilisée et, d’autre part, à

la présentation du texte sur lequel sera faite l’analyse.

Qu’est-ce que l’analyse de contenu de manière générale et par suite, qu’est ce que l’analyse de

contenu catégorielle ?

Globalement, « L’analyse de contenu est un ensemble de techniques d’analyse des

communications »

et par communication il faut entendre « tout transport de significationd’un émetteur à un récepteur

» (Bardin, 1977). En quelque sorte, « tout ce qui est dit ou écrit

est susceptible d’être soumis à une analyse de contenu » (Bardin, 1977).La technique utilisée dans la présente étude est l’analyse de contenu catégorielle qui «

vise à

prendre en considération la totalité d’un texte pour le passer à la moulinette de la

classification et du dénombrement par fréquence de présence (ou d’absence) par item de

sens » (Bardin, 1977). Dans ce sens, l’analyse de contenu catégorielle définit des catégories de classement, c’est-à-dire « sortes de casiers ou rubriques significatives, permettant la

classification des éléments de signification constitutifs du message » (Bardin, 1977).

9

L’analyse de contenu catégorielle choisit des indicateurs qui sont la présence, l’absence, la

fréquence.

La présence est la mention explicite d’une unité de comptage (le mot, la phrase, le thème, etc.).

On parlera d’absence en fonction de l’attente d’une unité de comptage qui n’apparaît pourtant

pas et la fréquence est le nombre de fois où apparaît une unité de comptage (Bardin, 1977).

Dans notre étude, l’unité de comptage est le thème, c’est-à-dire « une unité de signification

complexe, de longueur variable…Une affirmation mais aussi une allusion peuvent constituer

un thème » (D’Unrug, 1974). Le thème peut être aussi un événement, un personnage (acteur

ou actant), un objet ou un référent. Dans la présente recherche, le thème est un actant tel que

celui-ci est défini dans le schéma actantiel que postule que les personnages dans un récit donné

ont des fonctions et « par fonction, nous entendons l’action d’un personnage, définie du point

de vue de sa portée significative dans le déroulement du récit » (Propp, 1970). Ce que Proppnomme

fonction est appelé par d’autres actants (Uberfield, 1966), d’où le terme de schémaactantiel ou schéma de quête (Piret, Nizet et Bourgeois, 1996). L’actant peut être un être

surnaturel (Dieu, Eros, la Cité, etc.) ou même une abstraction (la Liberté, la Sagesse, la Foi,

etc.), un personnage collectif (le choeur antique) ou un simple individu (le Roi par exemple).

Un actant peut assumer simultanément ou successivement des fonctions différentes. Il peut être

scéniquement absent , mais sa présence textuelle peut être inscrite dans le discours d’autres

sujets de l’énonciation (Uberfield, 1966).Le schéma actantiel se présente de la manière suivante:

Destinateur Sujet Destinataire

Adjuvant Objet Opposant

Le Destinateur est celui qui destine, qui donne un Objet recherché (le Développement, la Paix,

l’Abondance matérielle ou le Bonheur moral…) à un Destinataire

(une Société donnée, ungroupe précis, un Héros…) Le

Sujet est l’acteur mandaté par le Destinateur pour conquérir

l‘Objet

de la quête au profit du Destinataire. Il a, pour l’aider, un Adjuvant qui lui signale lespièges et contre lui un

Opposant, c’est-à-dire le héros négatif dont la fonction consiste à créer

des obstacles au Sujet.

10

Faire de l’analyse actantielle consiste donc à distribuer l’ensemble des personnages d’un récit

entre ces 6 fonctions. C’est de type d ‘analyse qui est appliquée sur le texte décrit ci-après.

Texte à analyser

L’analyse de contenu a porté sur un texte relatif à l’Université de Ouagadougou telle qu’elle

doit être au XXIe siècle (MESSRS et CRDI, 1998), texte issu d’une rencontre sur l’efficacité

de l’Université de Ouagadougou en 1998. Pourquoi avoir choisi ce texte ?

Une première raison est que la rencontre dont il est question a regroupé la plupart des acteurs

de l’enseignement supérieur du Burkina Faso, c’est-à-dire les responsables du ministère de

tutelle et des ministères impliqués en plus des enseignants et gestionnaires de l’université. Ils

sont par ailleurs appuyés par le Centre de Recherche sur le Développement International

(CRDI) sur le double plan technique et financier.

Une deuxième raison est que la dite rencontre est la dernière après une série d’autres

rencontres sur l’enseignement supérieur comme celle de Saria en 1988, à Bobo Dioulasso en

1992, les Etats Généraux de l’éducation en 1994, etc. Ce texte capitalise ainsi les réflexions

menées antérieurement et fait des propositions pour rendre l’Université de Ouagadougou

efficace..

La troisième tient au fait que les débats de ce séminaire évoquent pour la première fois

certaines questions jusque là ignorées ou méconnues par l’université, comme la mise en cause

des enseignants dans l’évaluation des apprentissages, l’efficacité externe de l’université,

l’implication de la société civile dans la gestion de l’université, etc.

La quatrième raison importante est que le processus de la refondation de l’Université de

Ouagadougou, entreprise depuis 2000 dans le sens de la professionnalisation des filières

d’études, suit les recommandations issues de cette rencontre.

Le texte est un document de 241 pages organisé en 7 chapitres.

Le premier chapitre fait un exposé sur l’efficacité interne de l’Université tandis que le deuxième

s’intéresse à son efficacité externe. Le troisième chapitre est consacré à la recherche utilitaire et

le quatrième a trait aux prestations de services faites par les enseignants au profit des sociétés

de la place. Le cinquième chapitre parle du financement de la recherche en Afrique et le

sixième porte sur les nouvelles technologies. Le septième tire parti de tous les autres pour dire

ce que doit être l’Université de Ouagadougou au XXIe siècle.

Le résultat de l ‘analyse est consigné dans le tableau suivant.

11

RESULTATS

Les résultats de l’analyse sont livrés sous forme de tableau de six lignes, chaque ligne

représente un actant. Dans la première colonne du tableau, on a cité les principaux actants. La

deuxième colonne regroupe les sous-thèmes relatifs à chaque actant. La troisième donne en

chiffre le nombre de fois où chaque actant a été compté dans le texte. La dernière colonne se

rapporte à l’indicateur de l’absence et compare les résultats de la présente analyse avec celle

de Valléan (1989).

ACTANTS PRESENCE FREQUENCE ABSENCE

1 la mondialisation 88

2 Les institutions Destinateur internationales 12

3 La société 3

La tradition (comme

dans la réforme de

1979 au Burkina ou

de 1967 en Tanzanie

1 les étudiants efficaces 33

Destinataire 2 La société/les populations 19

3 L’Etat burkinabè 5

Les populations

pauvres des zones

rurales

1 L’efficacité dans l’université du

XXIe siècle :

. interne

. externe

175

. 47

. 128

Objet

2 le développement

L’affirmation de

l’identité culturelle et

l’indépendance

politique (comme

dans toutes les

réformes antérieures)

1 Université de Ouagadougou

personnifiée

51

2 Les enseignants-chercheurs de

l’Université

18

3 Le CRDI 3

Sujet

4 L’Etat

1 Le politique, l’idéologue

La population comme acteur

12

1 Réformes

. administratives

. pédagogiques

. sociales

118

. 51

. 57

. 34

2 La coopération nationale et

internationale

98

3 L’expertise nationale et

internationale

66

4 Les moyens matériels 62

5 les NTIC 55

6 l’Etat burkinabè 29

Adjuvant

7 la mondialisation 2

L’identité culturelle à

travers les langues

nationale

La réforme politique

(socialisme africain,

révolution)

1 Insuffisance matérielles et humaines

112

2 Problèmes d’organisation et de

gestion

59

3 Difficultés liées aux approches

pédagogiques et aux effectifs

73

4 Problèmes de partenariat 78

5 la mondialisation 22

Opposant

6 l’Etat burkinabè 7

L’opposition Noirs-

Blancs

DISCUSSION DES RESULTATS

La discussion des résultats se fera en deux temps. Dans un premier temps, la comparaison se

fera actant par actant et, dans un deuxième temps, on procédera par groupe d’actants.

On constate qu’il y a , en termes de présence, 3 Destinateur que sont la mondialisation, les

institutions internationales et la société burkinabè (de façon indivise). Dans le texte de 1998

soumis à l’analyse, ce sont ces trois actants qui déterminent les règles du jeu du changement à

adopter pour l’Université de Ouagadougou du XXIe siècle. Ce n’est plus la Tradition des

ancêtres (comme dans les réformes antérieures ) qui inspire les actions et les attitudes. Il n’y a

plus de référence à la société et au modèle traditionnel.

La société est devenue ici la voix

13

anonyme, c’est-à-dire l’approbation ou la désapprobation populaires que sont les utilisateurs

des diplômés et l’opinion nationale. Le modèle marxiste ou la révolution (réforme de 1986 au

Burkina Faso) a aussi disparu.

 

Sous l’angle de la fréquence, c’est la mondialisation (citée 88 fois) qui est le prescripteur de

la réforme alors que cette mondialisation est décrite comme gommant les identités locales au

profit de la pensée unique, laquelle instaure « une culture de la compétition à l’université »

avec ses règles que sont la concurrence acharnée et l’efficacité dans le cadre du village

planétaire (MESSRS et CRDI, 1998). L’importance accordée à la mondialisation se renforce

quand on considère les autres actants.

Le Destinataire, c’est-à-dire le bénéficiaire de la réforme envisagée, sont au nombre de trois

dans le texte de 1998. Le premier bénéficiaire est constitué par les étudiants à condition qu’ils

sont efficace et compétitifs pour devenir « citoyens du monde » (MESSRS et CRDI, 1998 :

154), c’est-à-dire « stratèges économistes

», « gestionnaires les plus efficaces » (MESSRS etCRDI, 1998 : 151), «

ayant un sens du business » (MESSRS et CRDI, 1998 : 153), qui « sont

plus autonomes, prennent davantage d’initiative pour résoudre des problèmes, s’adaptent

plus facilement à l’évolution des circonstances… » (MESSRS et CRDI, 1998 : 163). La

société est aussi bénéficiaire mais c’est la société indéterminée, indivise qui se confond

quelquefois avec l’Etat. Dans les précédentes réformes, le bénéficiaire était avant tout les

populations des zones rurales grâce à la promotion collective et au développement prioritaire

des zones de campagnes (réforme de 1967 en Tanzanie, réforme de 1979 au Burkina). On ne

retrouve plus les idées généreuses des années 70 (Coombs, 1985) mais le discours impitoyable

« rude, voire féroce » (MESSRS et CRDI, 1998 : 151) de la compétition et de la concurrenceimparfaite imposée aux Etats et aux individus sommés de savoir « vendre » et « se vendre »

(MESSRS et CRDI, 1998 : 149).

L’Objet de la quête qui est l’efficacité de l’Université de Ouagadougou du XXIe siècle (citée

175 fois) a varié. Dans les réformes analysées en 1989, il s’agissait de passer par l’Ecole

Nouvelle pour renouer avec le passé ancestral (ce fut le rôle de la Ujama’a, ou famille

traditionnelle, dans la réforme de 1967 en Tanzanie), condition d’une efficacité économique

(Ecole productive) et politique (indépendance politique). L’objet était essentiellement une

quête collective de nature à la fois politique , culturelle et économique. Mais le culturel

dominait le reste. Dans le texte de 1998, il est question de jouer aux règles de l’avenir pour

s’insérer dans « le village planétaire

» (MESSRS et CRDI, 1998 : 150). Ces règles sont avant

14

tout économiques ; il s’agit d’être compétitif, stratège, efficace. La mondialisation est venue

pour « la fin des idéologies » et « la chute de la société comme modèle d’ordre et

d’intégration », « dans l’économie mondiale qui est en train de naître

» (MESSRS et CRDI,

1998 :151 et 154).

Le Sujet de la réforme est avant tout l’Université de Ouagadougou, entendue au sens d’une

institution dispensatrice de compétences, lieu de la connaissance scientifique personnifiée. Les

enseignants-chercheurs, à travers les activités d’enseignement, de recherche et de prestation de

service, accompagnés par des institutions comme le CRDI, sont les principaux acteurs de la

réforme attendue. Ce qu’on remarque, c’est que le sujet est avant tout un expert, détenteur de

compétences attestée. Ce fait contraste avec les sujets des réformes précédentes qui étaient

avant tout des politiques, des idéologues visionnaires au service d’une cause nationale, motif

de la quête. Ils agissaient comme leaders politiques (la réforme de 1967 en Tanzanie suivait les

idées-guides de Nyéréré, président de la Tanzanie à cette époque ; la réforme de 1986 au

Burkina était inspirée par le gouvernement révolutionnaire de Thomas Sankara, etc.). A

l’opposée, le sujet de 1998 est d’abord un technocrate, cherchant à inventer, innover, imaginer

des solutions inédites (MESSRS et CRDI, 1998 : 163). Des mots comme nouveau, inédit,

original, inventer, imaginer, etc., sont répétés 36 fois dans le texte.

L’Adjuvant, celui qui aide le sujet dans sa quête, était, dans les textes analysés en 1989,

l’interprète d’une idéologie qui faisait de lui un indicateur, un guide montrant la voie à son

peuple. Il remplissait sa mission de guide à travers le plus souvent un organe politique (le

renouveau National en 1979 au Burkina, Le TANU en 1967 en Tanzanie). Dans le texte de

1998, l’aide est plutôt technique et matérielle et dépend d’une volonté de réforme qui mettrait

l’université sur la ligne de départ de la conquête et de la compétition. Le succès de la réforme

dépend alors des enseignants, de la coopération nationale et internationale, des Nouvelles

Technologies de l’Information et de la Communication envisagées comme des instruments de

la mondialisation et qui créent pour l’université « comme une opportunité », « une solution àcertains problèmes internes » (MESSRS et CRDI, 1998 : 151). L’aide espérée est donc

intellectuelle et matérielle et non plus idéologique.

Dans les textes de 1998, l’Opposant

est surtout matérielle, organisationnelle et pédagogique à

travers « la cécité des enseignants »(MESSRS et CRDI, 1998 : 11). La mondialisation est elle15

même interprétée comme étant un contexte difficile imposant des mesures d’austérité comme

les PAS et les dévaluations des monnaies (MESSRS et CRDI, 1998 : 151). Cette

mondialisation défavorise les petits Etats comme le Burkina à travers la concurrence imparfaite

féroce du jeu économique qui n’est autre qu’une forme déguisée de la guerre militaire car « lesstratèges militaires sont remplacés par des stratèges économistes » dans le cadre de cette

mondialisation (MESSRS et CRDI, 1998 : 151). La conséquence, c’est la marginalisation des

pays pauvres. La plupart des Etats se trouvent dès lors dans l’incapacité de faire face aux

besoins de leurs peuples. Par exemple, le manque de perspective imposé par la mondialisation

contraint les étudiants à négliger le travail universitaire au profit des grèves et des fraudes aux

examens.

Cette première partie de l’analyse, actant par actant, fait bien ressortir l’importance de la

mondialisation dans le texte de 1998 qui agit désormais comme principe fondateur

(Destinateur) des projets d’éducation et de société. La mondialisation est aussi Adjuvant en

tant que opportunité à travers notamment les NTIC mais aussi Opposant à travers la

concurrence imparfaite. L’importance accordée à la mondialisation se renforce quand on fait

une analyse par groupe d’actant et par axe de sens.

L’axe Destinateur Destinataire est appelé dans le schéma actantiel l’axe idéologique. Il

indique à qui , idéalement, devraient revenir les biens matériels ou immatériels disponibles ou à

produire dans une société. Ainsi, dans le texte de 1998, on constate, en termes de fréquence,

que la mondialisation (88 fois répétée comme Destinateur) destine en priorité la réussite

représentée par l’efficacité dans l’université du XXIe siècle, à l’étudiant efficace, stratège,

technocrate, compétitif (cité 175 fois). Ainsi, le principe fondateur (la mondialisation), son

Objet et son Destinataire idéal ont d’abord des attributs économiques. Dans les textes analysés

en 1989, le Destinataire idéal était la population et surtout la population déshéritée des zones

rurales (réforme de 1979 , réforme de la Tanzanie en 1967).

L’axe Opposant-Adjuvant est, dans le schéma actantiel, celui de la lutte et il indique la nature

des forces en conflit dans une société. Dans le texte de 1998, l’Opposant est surtout d’ordre

matériel et l’Adjuvant d’ordre organisationnel. Cela revient à penser que les problèmes de

16

l’Université de Ouagadougou relèvent de la pauvreté économique d’abord. Dans les textes

analysés en 1989, l’axe Opposant-Adjuvant est animé par le couple Noir-Blanc. C’était donc

un problème de personne et de système, de politique et de culture.

L’axe Sujet-Objet est celui de la quête. Il indique qui est idéalement mandaté pour procurer à

une société ce dont elle a besoin. Dans ce sens, l’axe Sujet-Objet est aussi celui du pouvoir

dans la mesure où le Sujet mandaté reçoit une délégation de pouvoir qu’il exerce au nom du

Destinateur. Dans le texte de 1998, le Sujet est d’abord un expert (l’université dispensatrice de

savoir, les enseignants-chercheurs pour leurs compétences scientifiques). L’Objet recherché,

l’efficacité, est lui aussi du même ordre et comprend des capacités comme la créativité, la

compétitivité, « la manipulation des symboles » (MESSRS et CRDI, 1998 :151-152). Ces

capacités dressent le portrait-robot d’un économiste technocrate . Dans les réformes

antérieures, le Sujet était d’abord un idéologue et l’Objet recherché était idéologique.

CONCLUSION

Le Socialisme africain, la culture traditionnelle ou la révolution de type marxiste ont constitué

un moment les échelles de valeurs où les idéologues-guides africains allaient puiser inspiration

et légitimité pour refaire l’école. Désormais, la mondialisation surdétermine tout. Or, cette

mondialisation est d’essence économiste et « marque la fin des idéologies » (MESSRS et

CRDI, 1998 : 151). La générosité des premières réformes fait place à la concurrence déloyale

impitoyable du contexte de la mondialisation.

A l’analyse comparée des discours issus des textes d’avant 1989 et de celui de 1998, il ressort

l’impression d’une dérive économiste où les hommes pourraient devenir des jouets de forces

extérieures au nom des principes économiques.

En effet, l’efficacité qui est l’objet principal de l’université du XXIe siècle est un concept

propulsé par les experts de la Banque Mondiale selon Sall (1996 : 93). Or, l’efficacité est une

affaire de technocrates et de comptables (Cazalis, 1988 : 17-18) de gestionnaires froids et non

d’idéologues et de rêveurs (MESSRS et CRDI, 1998 : 151-152).

il est à remarquer que l’Afrique semble perdue dans le contexte de la Mondialisation. Elle ne

sait plus contre qui lutter. La Mondialisation est perçue à la fois comme une chance grâce aux

17

perspectives nouvelles qu’elle ouvre à travers les NTIC et comme un défi à travers les

programmes d’austérité que sont la dévaluation des monnaies locales et les politiques

d’ajustement structurel dont les bilans restent mitigés (ACCT, 1992 : 47-48).

Une remarque a trait aux silences du texte de 1998 sur les exigences sociales exprimées tout

autant par la Banque Mondiale à travers le concept d’équité défini en rapport avec la façon

dont les avantages des investissements éducatifs sont redistribués entre les différents membres

de la société (Psacharopoulos et Woodhall, 1988 : 259-300; Sall et De Ketele, 1997 : 132-

138). Le texte semble ainsi pousser trop loin dans le sens d’une Mondialisation comme pensée

unique irrésistible (MESSRS et CRDI, 1998 : 152) alors que la Banque Mondiale insiste de

plus en plus sur la Localisation comme autre dynamique contraire à la Mondialisation et qui

représente l’aspiration des peuples à l’autonomie et à la spécificité (Banque Mondiale, 2000 :

33). Le Burkina Faso et partant l’Afrique gagneraient t-ils donc à abandonner leurs idéologies

et sleur spécificité au profit de la pensée unique du monde qui vient ?

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Publié dans AFRIQUE NOIRE : Réécrire l'Histoire, POUVOIR ET DOMINATION : Mécanismes de contruction et lé, THOMAS SANKARA | Pas de Commentaire »

Thomas SANKARA : “ L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort ”

Posté par issopha le 23 octobre 2007

Thomas Sankara  

sankar3.jpg

“ L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas

que l’on s’apitoie sur son sort ”

Le 4 octobre 1984, Thomas Sankara prononçait à la tribune de la 39e Assemblée générale des Nations unies, un discours profondément émouvant, où l’Afrique parle au monde de ses souffrances cruelles, et reproche aux Africains de se rendre complices enchantés de leur perpétuel asservissement. 23 ans après, ce message reste étonnamment d’actualité et parle encore à nos consciences endormies. Puisse le poids de ces mots nous tirer de ce profond sommeil.



Permettez, vous qui m’écoutez, que je le dise : je ne parle pas seulement au nom du Burkina Faso tant aimé mais également au nom de tous ceux qui ont mal quelque part.
Je parle au nom de ces millions d’êtres qui sont dans les ghettos parce qu’ils ont la peau noire ou qu’ils sont de culture différente et bénéficient d’un statut à peine supérieur à celui d’un animal.
Je souffre au nom des Indiens massacrés, écrasés, humiliés et confinés depuis des siècles dans des réserves afin qu’ils n’aspirent à aucun droit et que leur culture ne puisse s’enrichir en convolant en noces heureuses au contact d’autres cultures, y compris celle de l’envahisseur.


Je m’exclame au nom des chômeurs d’un système structurellement injuste et conjoncturellement désaxé, réduits à ne percevoir de la vie que le reflet de celle des plus nantis.
Je parle au nom des femmes du monde entier, qui souffrent d’un système d’exploitation imposé par les mâles. Pour ce qui nous concerne, nous sommes prêts à accueillir toutes les suggestions du monde entier, nous permettant de parvenir à l’épanouissement total de la femme burkinabè. En retour, nous donnons en partage à tous les pays, l’expérience positive que nous entreprenons avec des femmes désormais présentes à tous les échelons de l’appareil de l’État et de la vie sociale au Burkina Faso. Des femmes qui luttent et proclament avec nous, que l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère et nous en appelons à toutes nos sœurs de toutes les races pour qu’elles montent à l’assaut pour la conquête de leurs droits.
Je parle au nom des mères de nos pays démunis, qui voient mourir leurs enfants de paludisme ou de diarrhée, ignorant qu’il existe, pour les sauver, des moyens simples que la science des multinationales ne leur offre pas, préférant investir dans les laboratoires de cosmétiques et dans la chirurgie esthétique pour les caprices de quelques femmes ou d’hommes dont la coquetterie est menacée par les excès de calories de leurs repas trop riches et d’une régularité à vous donner, non, plutôt à nous donner, à nous autres du Sahel, le vertige. Ces moyens simples recommandés par l’Oms et l’Unicef, nous avons décidé de les adopter et de les populariser.

Je parle aussi au nom de l’enfant. L’enfant du pauvre, qui a faim et qui louche furtivement vers l’abondance amoncelée dans une boutique pour riches. La boutique protégée par une vitre épaisse. La vitre défendue par une grille infranchissable. Et la grille gardée par un policier casqué, ganté et armé de matraque. Ce policier, placé là par le père d’un autre enfant qui viendra se servir ou plutôt se faire servir parce que représentant toutes les garanties de représentativité et de normes capitalistiques du système.
Je parle au nom des artistes (poètes, peintres, sculpteurs, musiciens, acteurs), hommes de bien qui voient leur art se prostituer pour l’alchimie des prestidigitations de show-business.
Je crie au nom des journalistes qui sont réduits soit au silence, soit au mensonge pour ne pas subir les dures lois du chômage.
Je proteste au nom des sportifs du monde entier dont les muscles sont exploités par les systèmes politiques ou les négociants de l’esclavage modernes.

“ Nous voulons être les héritiers de toutes les révolutions du monde, de toutes les luttes de libération des peuples du Tiers Monde ”

Mon pays est un concentré de tous les malheurs des peuples, une synthèse douloureuse de toutes les souffrances de l’humanité, mais aussi et surtout des espérances de nos luttes. C’est pourquoi je vibre naturellement au nom des malades qui scrutent avec anxiété les horizons d’une science accaparée par les marchands de canons. Mes pensées vont à tous ceux qui sont touchés par la destruction de la nature et à ces trente millions d’hommes qui vont mourir comme chaque année, abattus par la redoutable arme de la faim.
Militaire, je ne peux oublier ce soldat obéissant aux ordres, le doigt sur la détente, et qui sait que la balle qui va partir ne porte que le message de la mort.

Enfin, je veux m’indigner en pensant aux Palestiniens qu’une humanité inhumaine a choisi de substituer à un autre peuple, hier encore martyrisé. Je pense à ce vaillant peuple palestinien, c’est-à-dire à ces familles atomisées errant de par le monde en quête d’un asile. Courageux, déterminés, stoïques et infatigables, les Palestiniens rappellent à chaque conscience humaine la nécessité et l’obligation morale de respecter les droits d’un peuple : avec leurs frères juifs, ils sont antisionistes.

Aux côtés de mes frères soldats de l’Iran et de l’Irak, qui meurent dans une guerre fratricide et suicidaire, je veux également me sentir proche des camarades du Nicaragua dont les ports sont minés, les villes bombardées et qui, malgré tout, affrontent avec courage et lucidité leur destin. Je souffre avec tous ceux qui, en Amérique latine, souffrent de la mainmise impérialiste.
Je veux être aux côtés des peuples afghan et irlandais, aux côtés des peuples de Grenade et de Timor Oriental, chacun à la recherche d’un bonheur dicté par la dignité et les lois de sa culture.
Je m’élève ici au nom des tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils pourront faire entendre leur voix et la faire prendre en considération réellement. Sur cette tribune beaucoup m’ont précédé, d’autres viendront après moi. Mais seuls quelques-uns feront la décision. Pourtant nous sommes officiellement présentés comme égaux. Eh bien, je me fais le porte voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre. Oui je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».
Notre révolution au Burkina Faso est ouverte aux malheurs de tous les peuples. Elle s’inspire aussi de toutes les expériences des hommes depuis le premier souffle de l’Humanité. Nous voulons être les héritiers de toutes les révolutions du monde, de toutes les luttes de libération des peuples du Tiers Monde. Nous sommes à l’écoute des grands bouleversements qui ont transformé le monde. Nous tirons des leçons de la révolution américaine, les leçons de sa victoire contre la domination coloniale et les conséquences de cette victoire. Nous faisons nôtre l’affirmation de la doctrine de la non-ingérence des Européens dans les affaires américaines et des Américains dans les affaires européennes. Ce que Monroe clamait en 1823, “ L’Amérique aux Américains ”, nous le reprenons en disant “ l’Afrique aux Africains ”, “ Le Burkina aux Burkinabè ”. La Révolution française de 1789, bouleversant les fondements de l’absolutisme, nous a enseigné les droits de l’homme alliés aux droits des peuples à la liberté. La grande révolution d’octobre 1917 a transformé le monde, permis la victoire du prolétariat, ébranlé les assises du capitalisme et rendu possible les rêves de justice de la Commune française.

Ouverts à tous les vents de la volonté des peuples et de leurs révolutions, nous instruisant aussi de certains terribles échecs qui ont conduit à de tragiques manquements aux droits de l’homme, nous ne voulons conserver de chaque révolution, que le noyau de pureté qui nous interdit de nous inféoder aux réalités des autres, même si par la pensée, nous nous retrouvons dans une communauté d’intérêts.
Monsieur les Présidents,
Il n’y a plus de duperie possible. Le Nouvel Ordre Economique Mondial pour lequel nous luttons et continuerons à lutter, ne peut se réaliser que :
- si nous parvenons à ruiner l’ancien ordre qui nous ignore,
- si nous imposons la place qui nous revient dans l’organisation politique du monde,
- si, prenant conscience de notre importance dans le monde, nous obtenons un droit de regard et de décision sur les mécanismes qui régissent le commerce, l’économie et la monnaie à l’échelle planétaire.

“ La recherche de la paix va de pair avec l’application ferme du droit des pays à l’indépendance, des peuples à la liberté et des nations à l’existence autonome ”

Le Nouvel Ordre Economique international s’inscrit tout simplement, à côté de tous les autres droits des peuples, droit à l’indépendance, au libre choix des formes et de structures de gouvernement, comme le droit au développement. Et comme tous les droits des peuples, il s’arrache dans la lutte et par la lutte des peuples. Il ne sera jamais le résultat d’un acte de la générosité d’une puissance quelconque.
Je conserve en moi la confiance inébranlable, confiance partagée avec l’immense communauté des pays non-alignés, que sous les coups de boutoir de la détresse hurlante de nos peuples, notre groupe va maintenir sa cohésion, renforcer son pouvoir de négociation collective, se trouver des alliés parmi les nations et commencer, de concert avec ceux qui peuvent encore nous entendre, l’organisation d’un système de relations économiques internationales véritablement nouveau.

Monsieur le Président,
Si j’ai accepté de me présenter devant cette illustre assemblée pour y prendre la parole, c’est parce que malgré les critiques qui lui sont adressées par certains grands contributeurs, les Nations unies demeurent la tribune idéale pour nos revendications, le lieu obligé de la légitimité des pays sans voix.

C’est cela qu’exprime avec beaucoup de justesse notre Secrétaire général lorsqu’il écrit :
« L’organisation des Nations unies est unique en ce qu’elle reflète les aspirations et les frustrations de nombreux pays et gouvernements du monde entier. Un de ses grands mérites est que toutes les Nations, y compris celles qui sont faibles, opprimées ou victimes de l’injustice, (il s’agit de nous), peuvent, même lorsqu’elles sont confrontées aux dures réalités du pouvoir, y trouver une tribune et s’y faire entendre. Une cause juste, même si elle ne rencontre que revers ou indifférence, peut trouver un écho à l’Organisation des Nations unies ; cet attribut de l’Organisation n’est pas toujours prisé, mais il n’en est pas moins essentiel ».
On ne peut mieux définir le sens et la portée de l’Organisation.

Aussi est-il, pour chacun de nous, un impératif catégorique de consolider les assises de notre Organisation, de lui donner les moyens de son action. Nous adoptons en conséquence, les propositions faîtes à cette fin par le Secrétaire Général, pour sortir l’Organisation des nombreuses impasses, soigneusement entretenues par le jeu des grandes puissances afin de la discréditer aux yeux de l’opinion publique.

Monsieur le Président,
Reconnaissant les mérites mêmes limités de notre Organisation, je ne peux que me réjouir de la voir compter de nouveaux adhérents. C’est pourquoi la délégation burkinabè salue l’entrée du 159ème membre de notre Organisation : l’Etat du Brunei Darussalam.
C’est la déraison de ceux entre les mains desquelles la direction du monde est tombée par le hasard des choses qui fait l’obligation au Mouvement des pays non alignés, auquel je l’espère, se joindra bientôt l’Etat du Brunei Darussalam, de considérer comme un des objectifs permanents de sa lutte, le combat pour le désarmement qui est un des aspects essentiels et une condition première de notre droit au développement.

Le messager
Le 17-10-2007

Publié dans AFRIQUE : Ceux qui luttent, QUESTIONS DES MINORITES, QUESTIONS NOIRES, THOMAS SANKARA | Pas de Commentaire »

Thomas SANKARA , afin que nul n’en oublie

Posté par issopha le 16 octobre 2007

Amis Lecteurs , respectées amies lectrices ,

Je m’appelle Issopha.

le 15 octobre 1987 , j’avais alors 10 ans , disparaissait sous le ciel d’Africa , un grand homme sur le perron du palais présidentiel burkinabè. Aujourd’hui , il se rappelle puissamment à mon bon souvenir et m’inspire ces mots. 

Nous, jeune génération africaine dite consciente, prenons à cœur, chacun à notre rythme, à notre couleur, à notre échelle, de restaurer l’œuvre et la mémoire de celui dont le titre de Grand Timonier ne rendrait pas compte de la grandeur et de la splendeur…

j’ai nommé le capitaine Thomas SANKARA. 

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Afin que nul n’en oublie, afin de préserver  et pérenniser cet héritage que les ennemis locaux de l’Afrique  tentent malgré tout de brader, il est important de garder l’esprit alerte, de se bétonner idéologiquement, et surtout de ne pas céder à quelque résignation au prétexte que les anciens ont échoué et que  fatalement la jeunesse essuiera les mêmes déconvenues. La révolution des mentalités, au rebours de toutes les idées reçues, est en marche. Conscient des obstacles protéiformes et surtout des pesanteurs liées à l’auto-disqualification choisie ou subie de l’Afrique des peuples ou à cette détestable résignation en raison d’échecs répétés succédant aux audaces démocratiques ; la résistance elle aussi se mondialise, de plus en plus les alternatives s’invitent au banquet des « puissants » et autres fossoyeurs de nos libertés et droits fondamentaux.   

Quel que soit le temps nécessaire  pour y arriver, les peuples d’Afrique, bon gré mal gré, finiront bien par « écrire leur propre développement, leur propre bonheur », pour reprendre des termes chers à SANKARA, à force d’éclairage et d’éducation des masses aux enjeux du pouvoir , aux mécanismes d’occultation et de prostitution des faits d’histoire, aux réalités cyniques de la  » Politics in Shadow «   , aux ignobles legs de la Françafrique.

Qui a le pouvoir n’a pas nécessairement le savoir, et nos Chefs d’Etat de l’Afrique francophone surtout  en savent long sur la question; mais qui a le savoir peut conquérir le pouvoir  , le pouvoir d’accélérer la MARCHE de cette Afrique sur le chemin de la modernité, la vraie modernité politique, l’Afrique  enfin débarrassée des oripeaux des années de postcolonialisme infantilisant.  

Nul n’a le droit de renoncer à ses rêves, nous avons le devoir et le potentiel pouvoir de ressusciter politiquement, économiquement et culturellement cette Afrique là, reprenons déjà possession de nous, dans tous les sens du terme, une autonomie raisonnable  et pragmatique, est le gage d’une victoire; je ne doute pas une seule seconde de cette issue. Pourvu que tous nous le voulions. 

L’Afrique veut renaître, elle va renaître, par tous les moyens nécessaires. L’Afrique francophone  veut s’émanciper,  elle s’émancipe déjà par nos savoirs , par nos lumières , du joug de la détestable Françafrique. Nous y veillons, j’y veille. Les langues se délient , petit à petit , les mémoires se libèrent , s’épandent,  s’épanchent , Verschave à sa façon a bousculé les montagnes , comme l’avait déjà fait avant lui Mongo BETI , comme le fait encore aujourd’hui courageusement l’association SURVIE et de nombreux acteurs , loin des feux de la rampe. La complexité de la tâche , le caractère rude du combat appelle toutes les bonnes consciences , et elles sont là , rassemblées sous le chapiteau de l’humanité , de la solidarité,  de la paix entre peuples et braves gens. Blancs , Noirs , rouges , jaunes , la France des petites gens , le monde dans son entièreté redécouvre SANKARA , et toutes les voix héroïques tues par tant d’années d’impostures , d’occultation de la parole vraie , tant d’année de prostitution de l’Histoire.

La jeunesse africaine court sur tous les fronts. Elle bouge , elle se frotte à d’autres civilisations , à d’autres expériences , elle s’émancipe , elle mûrit , elle n’a pas manqué le train de la modernité politique , technologique , démocratique , elle évolue avec les enjeux majeurs de son temps , elle murmure , elle parle , elle hurle , elle est sage et souvent révoltée , impatiente et volontaire , elle s’éclaire à la lumière des anciens , ces jusqu’auboutistes de la liberté et de l’ordre juste qui ont pour nous payé de leurs vies.

 Cette jeunesse sémillante , vigourreuse et désireuse de changement  , dit sa présence au monde , parfois dramatiquement , frigorifiée dans les soutes à bagages des appareils d’Air France , éconduite aux portes de Ceuta et Melilla , noyée dans les eaux de Gibraltar ,  écharnée sur les barbelés de Lampedusa, fouettée sur le macadam d’Aubervilliers et des centres de rétention, aux limites marginales d’Ile-de-France , ces zones de non-droit …Mais une jeunesse négro-africaine qui s’illumine aussi et se grandit  des enseignements de Fanon , de Césaire , de Lumumba , de Malcolm X , de Sankara , de Nkrumah , de Cabral , de Nyerere , de Biko , de Mandela , d’Angela Davis , de Stokely Carmichael , d’Um Nyobe…sur les bancs d’amphithéâtres , dans le silence cogitant des bibliothèques , sur la Toile qui libère et nourrit de la parole alternative. Une jeunesse africaine en quête d’un nouvel ici, qu’impose souvent , hélas , un  » aller là-bas  » . L’aventure n’est plus seulement ambiguë , elle est conscience actante , elle prend sens , elle est déjà à elle seule un combat , un appel à l’autre monde possible.

Et cette jeunesse africaine qui se découvre progressivement sa vigueur, sa mouvante sève, a besoin de la sagesse des femmes et des Anciens , de tous les cadets et aînés sociaux.

   Nous avons besoin de toi, Femme.   

Ils s’appellent Bongo , Biya , Sassou , Déby , Obiang , Eyadéma Faure , Dos Santos… virus qui mettent à mal le système immunitaire de nos économies locales , ou en tout cas aggravent la fêlure , « gouverneurs à la peau noire » à la solde des anciens maîtres de France , gaullistes  sans conviction , « ces anti-héros » ,  ces antithèses du bonheur du peuple dont l’histoire ne retiendra jamais rien que les tristes fins ,  des Mobutu agonisants en puissance. Car nul prévaricateur de la souveraineté populaire n’échappera indéfiniment au glaive de la justice du peuple. Et si Bob Denard , Jacques Foccart , François Mitterand , Guy Penne et autres émissaires officieux de la glorieuse Lutèce n’ont pas méritoirement payé du sang versé sur la terre d’Africa , le Très-Haut s’en chargera.

Il est donc admis que les puissants ne nous ferons pas le cadeau de la liberté ou de quelque émancipation politique, cet impératif catégorique nous incombe donc à nous , jeunes , continuateurs de l’oeuvre et de la vision déjà matures de l’homme SANKARA. C’est lui qui avait raison. Au jusqu’auboutisme des autocraties africaines , nous savons pouvoir opposer aujourd’hui plusque jamais un jusqu’auboutisme résistant   , intellectuel , idéologique et démocratique.

A la question du COMMENT ? Je dis, LET’S GATHER OUR IDEAS, rassemblons nos idées. Ensemble , uni , nous sommes plus forts. Les vrais ennemis de nos républiques , ces chevaux de troies à toque de léopard et autres kleptocrates en mal de compassion , n’y pourront rien. De la discussion jaillit la lumière. Le disensus est une nécessité en démocratie , mais je me battrai jusqu’à la mort pour que s’exprime l’idée qui diffère de la mienne.

Le temps a passé , les dictateurs sont toujours en place , mais les esprits se sont éclairés et le sentiment du devoir à accomplir s’affermit. Par tous les moyens nécessaires. Jusqu’à l’ultime recours.

Issopha.

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La « Françafrique », accusée d’avoir assassiné Thomas Sankara

Posté par issopha le 15 octobre 2007

La « Francafrique », accusée d’avoir assassiné

Thomas Sankara

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BURKINA FASO – 14 octobre 2007 – APANEWS
Les partisans de l’ex-président du Burkina Faso, Thomas Sankara, à la veille de la date commémorative de sa disparition il y a 20 ans, ont nommément désigné la « Francafrique » comme « principal auteur et commanditaire » de l’assassinat du père de la révolution burkinabè, dimanche 14 octobre à Ouagadougou. Venus prendre part au premier symposium international baptisé « Thomas Sankara », qui s’est achevé dimanche, ils ont pointé du doigt les relations nébuleuses de la France avec l’Afrique, appelée couramment « Francafrique ».

 La

Ils indexent Guy Penne, ancien secrétaire d’Etat français aux affaires africaines et persona non grata pendant la révolution, et ses « man?uvres » dès mai 1983 qui viseraient l’arrestation du capitaine Thomas Sankara.

Ils accusent aussi certains pays membres de la Francafrique qui auraient trempé dans le complot ayant engendré les événements du 15 octobre 1987.

Les participants venus d’Europe et d’Afrique, exigent à cet effet l’ouverture des archives françaises, togolaises, ivoiriennes et libyennes afin que toute la lumière soir faite sur la mort de l’ex-président.

C’est la première fois que les sankaristes impliquent officiellement la France et d’autres pays dans le coup d’Etat de Sankara. Le président Blaise Compaoré était jusque?là le seul accusé.

Les sankaristes, réunissant des politiciens, des membres d’Association et des chercheurs et étudiants, ont par ailleurs attaqué le bien fondé du droit de veto accordé aux Etats-Unis, à la Chine, à la France, à l’Angleterre et à la Russie au sein du Conseil de sécurité. Ce droit jugé « antidémocratique » à leurs yeux, est incapable de prévenir et d’empêcher les conflits armés dans le monde.

Il a été dénoncé dans son principe et dans son usage. Le droit de veto doit être selon les sankaristes, abandonné au profit d’un mécanisme plus respectueux du principe d’égalité entres les Etats membres du Conseil.

Le symposium s’est achevé sur un total de six recommandations, dont l’une d’elle défend la femme burkinabè. Les participants ont dénoncé à cet égard le rôle de « figuration » dont les femmes sont confinées aux pays des hommes intègres et « l’exploitation à large échelle » dont ces femmes sont victimes.

Les sankaristes ont appelés les femmes burkinabè à un sursaut d’orgueil pour restaurer leur dignité en s’impliquant dans les partis sankaristes afin de constituer une « alternance crédible », fondement de leur promotion et de leur épanouissement.

Les activités commémoratives des 20 ans de la disparition de Sankara se poursuivent ce soir avec l’arrivée à Ouagadougou d’une caravane internationale en provenance de Bobo Dioulasso et de la veuve Mariam Sankara dès 23 heures. Une procession en direction de la tombe du défunt et prévue demain.

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DISCOURS DU CAPITAINE THOMAS SANKARA : Un peuple convaincu non vaincu

Posté par issopha le 5 octobre 2007

  

Nous avons besoin d’un peuple convaincu plutôt que d’un peuple vaincu  

2 Octobre 1987 

Camarades militantes et militants de la Révolution démocratique et populaire, chers amis du Burkina Faso : Aujourd’hui nous célébrons le quatrième anniversaire de notre guide ; notre guide d’action révolutionnaire, notre guide idéologique, le Discours d’orientation politique (DOP). 

Tenkodogo a été choisi pour abriter ces manifestations, pour concentrer les pensées des Burkinabè, pour recevoir les sentiments et les voeux de nos amis. Tenkodogo a été retenu pour matérialiser tant de réflexions de quatre ans d’action révolutionnaire, de quatre ans de lutte. Je voudrais féliciter les militantes et les militants de la province du Boulgou qui se sont mobilisés ensemble pendant des nuits, pendant des jours pour permettre que le quatrième anniversaire du DOP reçoive l’éclat de nos intérêts et qu’en même temps il traduise la marche radieuse de notre peuple vers le bonheur. 

Les militantes et militants de la province du Boulgou sont méritants à plus d’un titre, eu égard à tout ce qui a pu se tramer pour barrer la route à leurs initiatives, à leurs efforts pour décourager leurs sacrifices et faire échouer cette manifestation grandiose qu’est le quatrième anniversaire du Discours d’orientation politique. 

Nos camarades de la province de Boulgou avec leurs structures révolutionnaires nous donnent là des raisons d’espérer, de croire, d’avoir confiance en l’avenir, d’avoir confiance en nos masses quel que soit le lieu où elles se trouvent sur le plan géographique. La province du Boulgou nous permet aussi de croire aux transformations miraculeuses, aux bonds en avant avec le peuple, toujours avec le peuple, sans fuite en avant. La province du Boulgou nous accueille dans des conditions qui font d’elle une province exemplaire à plus d’un titre ; une province méritoire à plus d’un titre ; non seulement de par ses réalisations socio-économiques mais surtout de par sa mobilisation politique et conséquente, ferme et déterminée. 

S’il y a eu échec à Tenkodogo, s’il y a eu échec dans la province du Boulgou, c’est bel et bien l’échec de ceux qui ont tenté de quelque manière que ce soit, à droite comme à gauche, de perturber la marche de la révolution, croyant pouvoir abuser des masses populaires, tromper les militants, se servir de l’obscurité artificiellement créée par eux pour dominer les militants. 

La révolution est invincible. Elle vaincra en ville comme en campagne. Elle vaincra au Burkina Faso parce que déjà au Boulgou, elle est victorieuse. 

Camarades, à l’adresse de toutes les masses populaires de la province du Boulgou, je voudrais simplement dire merci. Merci pour votre accueil enthousiaste ; merci d’avoir fait commencer ces manifestions par cette pluie bienfaisante. Un ancien me rappelait il y a quelques instants que le premier anniversaire du DOP a été célébré sous la pluie. Aujourd’hui aussi, nous célébrons le quatrième anniversaire du DOP sous la pluie. Cela est un élément heureux. Et nos masses paysannes sur lesquelles nous 1 comptons, nos masses paysannes qui font de la pluie un élément matériel fondamental de notre système agricole, ne nous démentiront certainement pas. 

C’est, hélas, parmi ceux qui manipulent à tort et à travers la phrase révolutionnaire que la pluie est symbole de perturbation de la fête, de perturbation de la « bamboula ». Chez le paysan, la pluie est joie, la pluie est espoir, la pluie est victoire et allégresse. Nous sommes avec notre peuple, nous luttons avec notre peuple en nous démarquant de toutes les idées erronées. C’est pourquoi nous sommes à Tenkodogo dans l’allégresse sous la pluie au quatrième anniversaire du DOP. 

Camarades, le Discours d’orientation politique, notre guide d’action révolutionnaire est à la disposition des Burkinabè ; il est à la disposition de tous les révolutionnaires. Notre guide joint son apport au mouvement de l’Humanité pour réaliser un grand bonheur, pour lutter contre les forces de domination, pour lutter contre les forces d’oppression. C’est pourquoi, il est normal que nous nous situions dans un cadre international. C’est pourquoi, il est normal que le DOP soit pour nous un trait d’union, une affirmation de notre appartenance à cette lutte collective de toute l’Humanité, l’Humanité des masses populaires, l’Humanité des peuples en lutte. 

Nous saluons par conséquent le soutien qualitatif, le soutien fraternel et amical des peuples voisins qui, d’une façon ou d’une autre, se sont associés à nous, franchissant les frontières artificielles qui nous séparent pour tendre la main à une réalité concrète qu’est le coeur des Burkinabè. Du Togo sont venus des Togolais, amis du Burkina. Nous leur disons merci. Du Ghana sont venus des Ghanéens, militant avec nous pour la révolution africaine. Frères dans le combat, dans les victoires, ils acceptent aussi de vivre nos échecs qui sont autant d’indications pour nous tous pour aller toujours de l’avant. Nous souhaitons la bienvenue à ces amis, nous souhaitons la bienvenue à tous les autres amis tant ils sont nombreux et tant il est inutile de les énumérer. 

Le Discours d’orientation politique s’impose à nous comme guide. II est l’oeuvre collective des Burkinabè. II est la réflexion collective de tous ceux qui se sont engagés consciemment dans la Révolution démocratique et populaire. C’est pourquoi, le Discours d’orientation politique doit être notre référence, notre étoile polaire qui nous guide et nous indique le chemin. Cette étoile qui nous évite de nous égarer. Le Discours d’orientation politique est venu nous enseigner que nous devons aller au-delà de la simple révolte, par une démarche scientifique, par une démarche rigoureuse, méthodique, pour formuler de manière précise d’où nous sommes venus et où nous allons. Faute de quoi, notre révolution se serait simplement limitée à un élan subjectif, à un élan de révoltés qui n’aurait connu que des lendemains de feux de paille, c’est-à-dire une mort lente, du fait d’un manque de souffle le souffle qui permet à une révolution d’aller toujours de l’avant, d’éclairer et de réchauffer. 

Le guide d’action révolutionnaire nous rassemble, nous éduque et nous appelle à nous discipliner dans les rangs de la révolution. C’est en s’appuyant sur le Discours d’orientation politique que nous remettrons sur le droit chemin ceux-là qui ont failli, ceux-là qui se sont égarés. 

Le Discours d’orientation politique nous réchauffe et nous fournit la chaleur cette chaleur qui permet aux timorés de reprendre pied dans la lutte et d’avoir confiance en la révolution. C’est pourquoi nous devons constamment nous référer au Discours d’orientation politique. Constamment nous devons non seulement en ouvrir les pages, les lire, les comprendre, mais surtout les appliquer aux réalités concrètes qui nous entourent ; les réalités qui évoluent, qui changent, qui se transforment, parce que notre nature est matérielle. Elle n’est pas une idée en l’air. Une idée que nous pouvons décrire au gré de nos rêves, au gré de nos visions. 

Le Discours d’orientation politique a un passé. II a déjà quatre ans d’existence. C’est beaucoup pour un pays comme le nôtre. Mais s’il a un passé, le Discours d’orientation politique a aussi un présent, c’est celui d’aujourd’hui : le regroupement de tous les révolutionnaires. II a surtout un avenir. Quel est l’avenir du Discours d’orientation politique ? 

L’avenir du Discours d’orientation politique doit être le fruit des efforts des révolutionnaires ; efforts pour l’approfondir, efforts pour nous mettre toujours à la hauteur des combats qui se présentent à nous, efforts pour rendre le Discours d’orientation politique toujours à l’avant des combats qui se mènent à présent, afin de donner aux révolutionnaires les réponses aux questions théoriques et pratiques qu’ils se posent devant les multiples problèmes qui nous assaillent. Le Discours d’orientation politique se veut aussi rassembleur, rassembleur des révolutionnaires. C’est-à-dire que c’est autour du Discours d’orientation politique en l’affinant de façon conséquente, en l’approfondissant de façon responsable que les révolutionnaires pourront transformer la réalité au Burkina Faso pour le peuple burkinabé. 

Car notre révolution n’est pas un concours de rhétorique. Notre révolution n’est pas un affrontement de phrases. Notre révolution n’est pas simplement l’affichage d’étiquettes qui sont autant de signes que les manipulateurs cherchent à établir comme des clés, comme des laisser-passer, comme des faire-valoir. Notre révolution est et doit être en permanence l’action collective des révolutionnaires pour transformer la réalité et améliorer la situation concrète des masses de notre pays. Notre révolution n’aura de valeur que si, en regardant derrière nous, en regardant à nos côtés et en regardant devant nous, nous pouvons dire que les Burkinabè sont, grâce à la révolution, un peu plus heureux, parce qu’ils ont de l’eau saine à boire, parce qu’ils ont une alimentation abondante, suffisante, parce qu’ils ont une santé resplendissante, parce qu’ils ont l’éducation, parce qu’ils ont des logements décents, parce qu’ils sont mieux vêtus, parce qu’ils ont droit aux loisirs ; parce qu’ils ont l’occasion de jouir de plus de liberté, de plus de démocratie, de plus de dignité. Notre révolution n’aura de raison d’être que si elle peut répondre concrètement à ces questions. 

Tant que la révolution ne sera pas en mesure d’apporter bonheur matériel et moral à notre peuple, elle sera simplement l’activité d’un ramassis, d’un certain nombre de personnes avec plus ou moins de mérite, mais qui représentent tout simplement des momies, qui représentent tout simplement un rassemblement statique de valeurs décadentes, incapables de mouvoir et de faire mouvoir la réalité ; incapables de transformer cette réalité. La révolution, c’est le bonheur. Sans le bonheur nous ne pouvons pas parler de succès. Notre révolution doit répondre concrètement à toutes ces questions. 

C’est pourquoi, il est indispensable que le Discours d’orientation politique soit connu de tous et joue son rôle éveilleur et rassembleur. II va sans dire que tout au long de notre action, nous rencontrons des difficultés. Nous avons déjà connu des difficultés dans nos rangs et hors de nos rangs. Ces difficultés-là ne doivent pas nous arrêter. Ces difficultés-là ne doivent pas nous décourager. Ces difficultés ne doivent pas être un frein, un obstacle insurmontable pour nous. Au contraire, elles nous enseignent tout simplement que c’est bel et bien sur le terrain de la lutte révolutionnaire que nous nous situons, c’est-à-dire affronter chaque jour des obstacles qui ont empêché d’autres de réaliser le bonheur qu’ils promettaient. Parce qu’eux s’en tenaient à leurs discours et ne s’engageaient pas dans l’action avec le peuple et pour le peuple. 

Le Discours d’orientation politique est celui autour duquel nous nous réunirons, celui autour duquel nous renforcerons notre cohésion, celui à partir duquel nous expliquerons, nous discuterons nos désaccords, nos divergences, nos points de vue parce que l’objectif est un et reste le même. Toute divergence qui n’est pas en mesure de se résoudre dans le cadre du Discours d’orientation politique à l’heure actuelle au Burkina Faso, est une divergence qui concerne des objectifs purement et simplement différents. Si les objectifs sont identiques, le Discours d’orientation politique se chargera de réaliser la convergence des méthodes d’action. 

Notre unité se fera en faveur de notre peuple. Notre unité ne se fera pas comme un match de football auquel se livreraient des équipes brillantes peut-être, émérites certainement, mais offrant un spectacle, juste le temps de 90 minutes, avec éventuellement des prolongations, et peut-être se terminant par des tirs de pénalités. Non, notre unité se fera en luttant avec le peuple et sous l’appréciation du peuple. C’est-à-dire que nous nous réunirons en révolutionnaires et seuls les révolutionnaires viendront à cette unité. 

Qui alors sera révolutionnaire ? Sera révolutionnaire celui-là qui clans ses actes, dans sa pratique mais également dans sa, conscience arrivera à prendre une position efficace, indiscutable, incontestable dans le cadre de notre combat qui est concret. Ce combat est par exemple la construction de retenues d’eau par centaines, par milliers ; ce combat est la pose des rails avec nos bras pour réussir la bataille du rail, la gagner ; ce combat, est l’ouverture de routes, la construction de postes de santé, la dispense d’une partie de notre savoir à nos frères, à nos camarades qui n’ont pas eu la chance d’accéder à l’instruction. 

C’est là que nous verrons les révolutionnaires. Nous les verrons dans les combats économiques, social, sanitaire, culturel… Livrer combat ailleurs serait inutile. II faut faire la différence entre les combats utiles pour nous et les autres combats… Les combats qui nous intéressent, ce sont ceux qui nous permettent d’être chaque jour plus heureux, ceux qui permettent de rendre notre peuple indépendant en luttant farouchement contre l’impérialisme. 

Nous verrons les révolutionnaires lorsqu’il s’agira de dire non aux produits que l’impérialisme nous déverse dessus pour exercer la domination capitaliste sur notre peuple. Seront révolutionnaires ceux-là qui auront choisi de composer avec la rigueur des transformations ; ceux-là qui auront choisi le devoir d’abandonner des habitudes de vie, de consommation pour vivre avec les masses. Tout le monde n’est pas apte à vivre conséquemment notre mot d’ordre : « Consommons burkinabè ». Ils sont nombreux ceux qui ne consomment burkinabè qu’avec le langage et gardent leur langue et leur bouche pour réellement se délecter et consommer « impérialiste ». Ceux-là ne sont pas révolutionnaires. Ce sont ceux-là que nous allons démasquer. Ce sont ceux-là qu’il faut mettre à l’écart. 

Nos paysans au Burkina Faso ne gagneront jamais la bataille de leur libération tant que nous, consommateurs des villes ne serons pas disposés à boire des boissons produites à partir de leurs récoltes par exemple. Pourquoi veut-on nous imposer la consommation de produits venus de loin ? 

Cela est très grave et inacceptable. Cela est en plus criminel quand ce sont des camarades, des révolutionnaires qui sont vecteurs de cette imposition, vecteurs de cette domination. Ceci veut dire que ces camarades-là n’ont pas compris la profondeur et l’intérêt de leur discours de haut niveau et de grande qualité. Ceci veut dire qu’il y a nécessité de débat. Et retournons au Discours d’orientation politique. Consultons de nouveau le Discours d’orientation politique, il nous indiquera la voie. Elle est unique et nous conduit à un objectif : le bonheur de notre peuple. 

Notre unité se fera donc dans le combat, dans la lutte, par le respect scrupuleux de nos statuts et de nos méthodes de travail. II faut que nous soyons fermement organisés autour de nos statuts. Des statuts clairs mettront en évidence les complots et les intrigues que les révolutionnaires conséquents combattront avec une rage légitime. Notre unité se fera également autour du programme des révolutionnaires du Burkina Faso dans l’application de l’éthique révolutionnaire, la morale révolutionnaire. 



La morale révolutionnaire nous indiquera quels sont nos droits mais surtout quels sont nos devoirs. La morale révolutionnaire nous indiquera quelle est la pratique sociale que nous devons avoir pour que les masses nous apprécient positivement ou négativement, pour que les masses chaque jour viennent à nous, non pas parce que nous les aurons vaincues mais parce que nous les aurons convaincues par l’exemple. Il faut que le Discours d’orientation politique nous ouvre cette porte. Cette porte, elle existe déjà dans chaque ligne, dans chaque page de notre DOP. Faisons-en le meilleur usage qui soit. 

Notre révolution est une révolution qui ne peut se démarquer des lois scientifiques qui existent déjà et qui régissent toutes les révolutions. Et c’est quand nous manquons d’appliquer ces lois scientifiques que nous nous égarons. Sans théorie révolutionnaire point de révolution. II faut que nécessairement un jour notre révolution rencontre, aussi loin qu’elle sera avancée, d’autres révolutions par l’application de la théorie révolutionnaire, par l’approfondissement de notre Discours d’orientation politique. 

Nous avons connu des difficultés, il ne faut pas s’en cacher. Des difficultés qui ont amené des affrontements çà et là. Des affrontements entre des éléments tout aussi bons, valables et engagés dans le processus révolutionnaire. Tous ceux-là sont des éléments auxquels nous devons faire confiance. C’est chaque fois que nous nous enfermons dans l’idée que seul un noyau, seul un groupe est valable, et que tout le reste n’est que lamentations et échecs que nous nous isolons. C’est-à-dire que nous compromettons notre révolution. 

L’objectif de la révolution n’est pas de disperser les révolutionnaires. L’objectif de la révolution est de consolider nos rangs. Nous sommes 8 millions de Burkinabè, nous devons avoir 8 millions de révolutionnaires. Et aucun révolutionnaire n’a le droit de dormir tant que le dernier des réactionnaires au Burkina Faso n’aura pas été en mesure d’expliquer conséquemment le Discours d’orientation politique. Ce ne sont pas les réactionnaires qui doivent faire l’effort pour comprendre. Ce sont les révolutionnaires qui doivent faire l’effort pour leur faire comprendre. Le réactionnaire a choisi sa position de réactionnaire. Le révolutionnaire a choisi sa position de révolutionnaire, c’est-à-dire de mouvement vers les autres pour les gagner à lui. S’il n’arrive pas à convaincre les réactionnaires à adhérer à la révolution, la réaction se développera dans le monde. 

Par conséquent, le devoir de tout révolutionnaire, c’est d’éviter que la révolution ne se replie sur elle-même ; que la révolution ne commence à se scléroser ; que la révolution ne commence à se rétrécir en peau de chagrin. Ainsi de 1 000, nous ne serons que 500 ; de 500 nous ne serons plus que deux. Or, notre Révolution démocratique et populaire est une révolution qui se démarque de tout regroupement de sectes ou regroupement sectaire. II faut que chaque jour nous constations que du mouvement pionnier jusqu’à l’UNAB nous avons davantage de militants. 

Bien sûr, tout le monde ne sera pas au même niveau. Ce serait de l’utopie, ça serait un rêve que de penser que tout le monde sera au même niveau d’engagement et de compréhension. Mais il appartient aux révolutionnaires chaque jour de ne point se décourager, de ne point se lasser, d’accepter l’effort physique, moral et intellectuel pour aller vers les autres. Ce qui exige bien souvent que nous fassions violence sur nous-mêmes : expliquer et encore expliquer. Lénine disait une chose que nous oublions souvent : « à l’origine de toute révolution, il y a la pédagogie ». Ne l’oublions jamais. Et l’art d’enseigner, c’est la répétition. II faut répéter, et encore répéter. 

Le Discours d’orientation politique nous indique également la nécessité de la fermeté pour pouvoir nous situer de façon responsable dans la lutte des classes qui nous interpelle. Le 4 août 1987 à Bobo-Dioulasso, je vous invitais à renforcer la lutte révolutionnaire pour gagner davantage de révolutionnaires à notre révolution. Je vous invitais à comprendre que nous avons besoin d’un peuple de convaincus et non d’un peuple de vaincus. Un peuple de vaincus est une succession interminable de prisons. C’est-à-dire la nécessité de trouver en permanence des gardiens de prisons. Quand nous aurons mis quatre millions de Burkinabè en prison, il nous faudra en trouver deux fois quatre pour garder ces prisons. 

Cela ne veut pas dire que nous ne devons pas savoir sévir contre ceux qui croient que la révolution est synonyme de faiblesse, ceux qui confondent le débat démocratique dont nous avons besoin avec la condescendance et le sentimentalisme. Ceux-là récolteront ce qu’ils auront semé. S’il faut les sanctionner, ils seront sanctionnés. Que ce soit au Burkina ou hors du Burkina. Nous savons que nous serons parfois incompris. Mais nous savons aussi que la sanction est éducation. II faut sanctionner ceux qui ont tort, ceux qui se mettent en travers de la révolution afin de gêner la révolution. 

Nous reviendrons à eux quand le temps nous permettra de le faire. Du reste, nous l’avons prouvé, nous n’avons jamais jeté l’anathème définitivement sur qui que ce soit. Nous avons toujours tenté de repêcher ceux que nous pouvions repêcher. Et nous le ferons chaque fois que les conditions seront réunies. Ne demandez pas que l’on coure et que l’on se gratte en même temps. Ne demandez pas que l’on s’occupe de ceux qui sont déjà très loin en avant et qu’en même temps l’on s’arrête pour s’occuper de ceux qui tirent en arrière comme les réfractaires à notre action et les tractés… 

Nous devons avoir le courage d’examiner calmement tout cela en face. C’est pourquoi il faut que chaque militant comprenne que tout Burkinabé doit avoir l’éducation politique conséquente. L’éducation politique, c’est d’abord que ceux qui ont été pour la sanction sans convaincre agencent méthodiquement leur argumentation. Convaincre celui-là qui a été sanctionné, faire des observations sur son éconduite, sur ses manquements et lui donner des conseils qui lui permettront de se racheter. 

Éduquons notre peuple. Éduquons ceux-là que nous sanctionnons par un débat démocratique. Nous verrons par la suite, en tant que révolutionnaires, si le sanctionné a fait amende honorable et peut être racheté. Le meilleur rachat, c’est celui qu’on développe soi-même ; ce n’est pas celui que les autres développent. C’est reconnaître ses fautes et s’engager solennellement à ne plus jamais les recommettre. C’est aussi pratiquer chaque jour une vie de révolutionnaire ayant reconnu ses fautes. Dans ces conditions, les révolutionnaires apprécieront et prendront une décision en faveur de celui-là qui aura été sanctionné. 

Mais il faut d’abord que partout où sont nos structures, elles commencent par poser des questions sur tous les révolutionnaires. Et à partir d’aujourd’hui 2 octobre 1987, nous invitons le peuple du Burkina, les militants du Burkina à s’organiser parce que le Conseil national de la révolution va leur demander d’avoir à apprécier tous les révolutionnaires au travail. II appartiendra aux CDR de dire sur les lieux de travail ou dans les secteurs géographiques qu’elle est la pratique sociale, révolutionnaire de tel ou tel militant. 

Camarades, la révolution ne peut confier le pouvoir d’État, ne peut confier le pouvoir tout court, ne peut confier la possibilité d’agir qu’à ceux qui veulent le faire en faveur de notre peuple. Nous ne pouvons pas appeler à quelque responsabilité que ce soit, à quelque niveau que ce soit ceux-là qui oeuvrent contre notre peuple. Désormais, nul ne pourra être nommé responsable à quelque niveau que ce soit si préalablement nos CDR et nos autres structures n’ont pas eu à se prononcer sur ce camarade. 

Périodiquement, nous retournerons à la base pour savoir si tel camarade est un bon militant. Que pensez-vous de tel camarade ? Est-il un bon militant ? Assiste-t-il à vos veillés débats ? Participe-t-il concrètement à vos conférences ? Participe-t-il à vos travaux d’intérêt commun ? 

Participe-t-il à la résolution des problèmes de son secteur ou de son service ? Est-il exemplaire ? Arrive-t-il à l’heure ? Respecte-t-il les mots d’ordre du Conseil national de la révolution ? C’est-à-dire lutte-t-il conséquemment contre l’impérialisme ? Cela se verra désormais grâce aux yeux, aux oreilles que constituent les sens infaillibles de notre peuple. 

Ces notes seront démocratiques et populaires. Et alors nous pourrons dire à chacun, directeur, chef de service, responsable : « Camarade, tout au long de l’année, vous avez eu un comportement conforme au Discours d’orientation politique, conforme aux statuts, conforme au programme, conforme à l’éthique révolutionnaire ». Ou bien, nous pourrons dire : « Camarade, nous avons le regret de vous dire que vous avez été en porte-à-faux, en contradiction avec vos engagements révolutionnaires ». Et nous prendrons les mesures qui s’imposent. 

Cela veut dire que désormais, tous ceux qui ont subi une sanction licenciée, dégagés, suspendus doivent être convoqués par les CDR pour savoir ce qu’ils sont devenus, ce qu’ils font pour la révolution. Celui qui ne fait rien fait quelque chose contre la révolution. Pour la révolution, chacun doit répondre devant les structures populaires. Parce qu’il y a certains qui croient mais ils ont tort que dès lors que la sanction a été prise contre eux, ils sont devenus des ennemis de la révolution et qu’ils doivent agir comme ennemis de la révolution. La sanction a été prise, mais la révolution a toujours besoin d’eux. Parce que la sanction suprême c’est de faire disparaître son ennemi. Or la révolution offre l’avantage aux sanctionnés d’être encore avec nous pour voir, pour entendre, pour comprendre afin de se racheter. Donc tous doivent être effectivement suivis ; pas forcément pour être repris, mais pour que nous sachions exactement ce qu’ils font pour la révolution. 

Le Discours d’orientation politique est à la disposition de tous. Personne ne peut vivre sur le dos de notre peuple en se disant qu’il a été mis à l’écart. Celui qui s’est mis à l’écart sera retrouvé par le peuple qui reçoit mission d’agir, de rechercher, d’éduquer tous ceux qui ont essayé de se terrer dans quelque trou que ce soit. C’est ainsi que nous pourrons être sûrs que nous avons fait des efforts pour éduquer, car certains sanctionnés disent qu’ils ont été mis à l’écart… 

Combien sont-ils à participer aux travaux d’intérêt commun ? Combien sont-ils à apporter leur contribution à l’avancée de la révolution ? 

Camarades, la révolution est constamment victorieuse. La révolution maîtrisant la situation peut se permettre le rachat des uns et des autres. C’est pourquoi, en ce quatrième anniversaire du Discours d’orientation politique, je voudrais vous annoncer deux mesures : la première mesure est la mise en liberté des détenus qui, de par leurs comportements sociaux, ont eu à porter préjudice à notre peuple par des actes, des crimes, par des délits de droit commun contre des hommes, des femmes, des biens de notre peuple. Nous allons les mettre en liberté parce que nous les avons observés dans le travail de réinsertion sociale. Réinsertion sociale qui se fait tous azimuts et doit être poursuivie. Pour nous révolutionnaires, notre victoire, c’est la disparition des prisons. 

Pour les réactionnaires, leur victoire est la construction d’un maximum de prisons. Telle est la différence entre eux et nous. Nous mettrons en liberté 88 personnes. Le ministère de la Justice publiera les noms de ces 88 personnes qui, sur les chantiers, ont eu un comportement correct au travail. 

Chaque jour, elles ont compris qu’elles ont fauté et que le travail libère. Bien sûr, il y aura toujours des éléments qui n’auront pas su profiter de cette mesure de clémence de la révolution. Et naturellement, ils retourneront d’où ils sont sortis. Mais je suis convaincu que la plupart d’entre eux, peut-être tous, sauront profiter de cet acte de clémence pour que nous puissions en libérer d’autres encore. 

La deuxième mesure concerne les éleveurs. Depuis longtemps nous avons pratiqué un impôt qui a pesé sur les éleveurs. Le Conseil national de la révolution décide tout simplement de supprimer cet impôt-là. Nous le supprimons, non pas que les caisses de l’État soient pleines. Nous supprimons cet impôt parce qu’il nous dessert et traumatise inutilement notre peuple. II démobilise cette fraction de la paysannerie que sont nos éleveurs. II porte préjudice à notre économie en perturbant notre élevage. Par conséquent, nous le supprimons. 

  

Nous invitons les structures concernées, le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage, le secrétariat d’État à l’Élevage, le ministère de la Question paysanne et toutes les autres structures à faire en sorte que nous tirions plus de profit de cet acte de suppression d’impôt, plutôt que d’avoir à constater une situation administrative et budgétaire devenue difficile. J’invite donc le personnel des services des impôts à imaginer d’autres formes de mobilisation de nos ressources pour que nous puissions construire mieux encore notre Faso. 

Mais il ne faut pas que la joie de certains soit la tristesse des autres. Par conséquent que chacun de nous tous, éleveurs directs, ceux vivant de l’élevage ou tirant profit de l’élevage soit en amont ou en aval, soit parce que nous sommes derrière les boeufs ou devant les boeufs, soit parce que nous sommes sous les bœufs tire profit de la mesure. Et je vous remercie camarades, du soutien que vous apporterez à cette mesure. 

Enfin, camarades, le Discours d’orientation politique nous a été présenté traduit en langues nationales : fulfuldé, dioula et mooré. C’est là un moyen d’atteindre davantage de personnes, davantage de Burkinabè. Je voudrais féliciter tous ceux qui ont contribué à ce travail. Un travail intellectuel qui a certainement demandé beaucoup d’effort, beaucoup de travail, beaucoup de réflexion pour adapter, traduire des concepts parfois nouveaux dans notre milieu et les rendre également accessibles, sans pédantisme. Je les félicite car ils ont fait oeuvre utile. Je félicite également tous ceux qui ont eu l’initiative de cette opération de traduction du DOP. 

Je félicite par avance tous ceux qui, chaque jour, font un travail pour que notre peuple soit davantage alphabétisé : ministères de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, de la Question paysanne. C’est leur contribution directe à l’enrichissement du DOP. Le DOP traduit en langues nationales n’aura aucun intérêt si les paysans ne savent pas le lire, parce qu’ils n’ont pas appris à lire. Ils restent des aveugles. Et par conséquent, offrir le DOP non traduit en langues nationales à un analphabète, c’est insulter un aveugle en lui donnant une lampe torche. L’aveugle a d’abord besoin de voir, ensuite de lampe torche pour mieux voir. Donnons à tous les analphabètes la capacité de lire, ensuite nous leur donnerons de la lecture saine et de la lecture utile comme le DOP traduit en langues nationales. 

Camarades du Bouleau, je renouvelle mes félicitations au Haut-commissaire et au PRP de la province. Je renouvelle mes félicitations au Comité de défense de la révolution de la province, je renouvelle mes félicitations à la section provinciale de l’Union nationale des anciens du Burkina. Je renouvelle mes félicitations à la section provinciale de l’Union des femmes du Burkina. Je renouvelle mes félicitations à l’Union nationale des paysans du Bouleau et je n’oublie pas les Pionniers qui nous agrémentent cette fête, et qui nous montrent également que l’avenir est plein d’espoir. 

Je n’oublie pas ces travailleurs, notamment cet ingénieur qui, au cours des travaux, s’est gravement blessé en construisant le monument du 2 octobre à Tenkodogo. Malgré sa blessure, il est revenu immédiatement après quelques soins sur le chantier pour se préoccuper de la finition correcte de ce monument. Le miracle est venu. Le monument, en quelques jours, a été mis sur pied. Et les langues fourchues de nos ennemis ont été coupées en quatre. Nous féliciterons désormais plus souvent par décoration comme nous venons de le faire ceux qui auront brillé par leur travail. 

Camarades, ce matin à l’inauguration du monument du 2 octobre, le camarade ministre d’Etat vous a déjà sensibilisés sur la signification de ce symbole. Je suis persuadé qu’il a mis en chacun de vous un levain qui vous prédispose à aller encore plus loin. Et c’est pourquoi, il m’est aisé, il m’est facile, il m’est agréable de vous dire aujourd’hui : 

Camarades, en avant pour mille anniversaires du DOP ! 

En avant pour un DOP encore plus profond, encore plus rassembleur malgré tout ce qui aura pu nous diviser ! 

En avant pour un DOP qui sera le fondement matériel du bonheur moral et matériel de notre peuple ! 

En avant pour un DOP qui sera ce phare qui nous éclairera et éclairera également d’autres peuples au profit de ce bonheur en lequel nous avons tous foi ! 

La patrie ou la mort, nous vaincrons ! Je vous remercie. 

Sidwaya du 8 octobre 1987 

Publié dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE, THOMAS SANKARA | Pas de Commentaire »

DISCOURS DU CAPITAINE THOMAS SANKARA : Notre Maison Blanche se trouve dans le Harlem Noir

Posté par issopha le 5 octobre 2007

Affirmer notre identité.

« Faisons en sorte, chers frères et camarades que les générations à venir ne nous accusent pas d’avoir bradé, d’avoir étouffé l’homme noir. »

Venu à New York pour s’adresser à l’Assemblée générale des Nations unies, Sankara profite de ce séjour pour se rendre le 2 octobre 1984 à Harlem. Le texte ci-dessous est la retranscription d’un enregistrement du discours que Sankara a fait l’occasion de l’inauguration d’une exposition d’art burkinabé au Centre de commerce du Tiers Monde de Harlem.



Haute Volta ou Burkina Faso

… Notre Maison blanche se trouve dans le Harlem noir…

Un centre de recherche pour l’homme noir

Faisons en sorte, chers frères et camarades que les générations à venir ne nous accusent pas d’avoir bradé, d’avoir étouffé l’homme noir.



Haute Volta ou Burkina Faso ?

Chers amis, je vous dis merci. Je vous dis merci parce que vous nous avez donné l’occasion de présenter le Burkina Faso. Comme vient de le dire si brillamment notre frère, nous avons décidé de changer de nom. Cela correspond à un moment où nous sommes en train de renaître. Nous avons voulu tuer la Haute-Volta pour faire renaître le Burkina Faso. Pour nous, le nom de Haute-Volta, symbolise la colonisation.

Et nous estimons que pas plus que nous n’avons d’intérêt pour la Haute-Volta nous n’en avons pour la Basse Volta, l’Ouest Volta, l’Est Volta. Cette exposition nous permet ici de donner à la face du monde entier le véritable nom que nous avons choisi : Burkina Faso. Cela est une très grande opportunité pour nous.

… Notre Maison blanche se trouve dans le Harlem noir…

On peut se poser la question de savoir pourquoi nous avons préféré commencer notre exposition par Harlem. Parce que nous estimons que le combat que nous menons en Afrique et principalement au Burkina Faso est le même combat que vous menez à Harlem. Nous estimons que nous en Afrique, nous devons apporter à nos frères de Harlem tout le soutien nécessaire pour que leur combat soit connu également. Quand à travers le monde entier l’on saura que Harlem est devenu un coeur vivant qui bat au rythme de l’Afrique, alors tout le monde respectera Harlem. Tout chef d’État africain qui vient à New York devrait d’abord passer par Harlem : parce que nous considérons que notre Maison blanche se trouve dans le Harlem noir.

Cette exposition que vous êtes venus voir ce soir, a pour nous une grande signification. Elle traduit tout notre passé, elle traduit également notre présent. En même temps, cette exposition ouvre la porte sur notre avenir. Elle constitue un lien vivant entre nous et nos ancêtres, nous et nos enfants. Chaque objet que vous verrez ici exprime la douleur de l’Africain. Chaque objet exprime également la lutte que nous menons contre les fléaux naturels mais aussi contre les ennemis qui sont venus nous dominer.
Chaque objet ici exprime les sources d’énergie auxquelles nous faisons confiance pour le combat que nous menons. Que ce soit d’une façon ancestrale ou d’une façon moderne, nous pensons que notre avenir se dessine aussi, s’inscrit dans ces objets d’art.

Un Centre de recherche pour l’homme noir

La magie qui se cache dans ces objets, dans ces masques, est peut-être cette même magie qui a permis à d’autres d’avoir confiance en l’avenir, d’explorer le ciel et d’envoyer des fusées sur la lune. Nous voulons qu’on nous laisse libre de donner toute sa signification à notre culture et à notre magie. C’est quand même un phénomène magique que d’appuyer simplement sur un bouton et de voir la lumière surgir. Si l’on avait voulu barrer la route à Jules Vernes certainement qu’il n’y aurait pas eu aujourd’hui tout ce développement astronomique.
Nos ancêtres en Afrique avaient engagé une certaine forme de développement. Nous ne voulons pas qu’on assassine ces grands savants africains. C’est pourquoi au Burkina Faso nous avons décidé de créer un
centre de recherche pour l’homme noir.

Dans ce centre nous étudions les origines de l’homme noir. Nous étudions également l’évolution de sa culture, la musique africaine à travers le monde entier, l’art vestimentaire à travers le monde entier, l’art culinaire africain à travers le monde entier, les langues africaines à travers le monde entier. Bref, tout ce qui nous permet d’affirmer notre identité sera étudié dans ce centre.
Ce centre ne sera pas un centre fermé. Nous appelons tous les Africains à venir étudier dans ce centre. Nous appelons les Africains d’Afrique, nous appelons les Africains hors d’Afrique, nous appelons les Africains de Harlem : que chacun vienne participer à son niveau pour le développement et l’épanouissement de l’homme africain. Nous souhaitons que cette exposition constitue une espèce de prélude à ce gigantesque travail qui nous attend.

Faisons en sorte, chers frères et camarades que les générations à venir ne nous accusent pas d’avoir bradé, d’avoir étouffé l’homme noir.

Faisons en sorte, chers frères et camarades que les générations à venir ne nous accusent pas d’avoir bradé, d’avoir étouffé l’homme noir.
Je ne voudrais pas être plus long que cela. D’autres objets d’art sont attendus pour compléter cette exposition notamment, je crois, des objets en bronze et j’espère aussi que j’aurai l’occasion, peut-être demain, ou après-demain de repasser par ici, à Harlem et de discuter avec vous de cette exposition.
Tout en vous remerciant d’avoir permis à un pays d’Afrique, le Burkina Faso, de se manifester, je voudrais au nom du peuple du Burkina Faso, et au nom de nos frères qui sont ici à Harlem je voudrais déclarer cette exposition ouverte.
Je vous remercie.

Source : Sidwaya



Affirmer notre identité.

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Forum

  • > « Notre Maison Blanche se trouve dans le Harlem Noir » – Discours à Harlem le 2 Octobre 1984

    28 juin 2007, par abaga obiang Isaac

    Des lumières,dans quel pays au monde,on n’en voudrait ?Pour une cause juste, noble et salutaire,des hommes se sont investis.Ils ont mobilisé leurs efforts,concentré leur énergie avec pour leitmotiv,sortir le peuple noir de son étau, de l’emprise des grandes puissances.Ces moments de luttes acharnées restent à jamais gravés dans les mémoires.Qui oubliera Thomas Sankara,Martin Luther King,Nelson Mandela… pour leur franc parler,seule arme reconnue en eux.Ces ex-noirs,oui je préfère les appeler ainsi,sont restés des éternels enfants,des enfants qui n’ont jamais eu peur de mettre en lumière les absurdités de l’homme avec que ils étaient liés par la force du mal,une malédiction dont on ignore l’origine à ce jour, leur père commun,le colon.De génération en génération,les opprimés d’hier,ont reçu,ne serait-ce une fois,à une période spécifique de l’histoire révélée, l’écho de la fibre africaine à travers les discours de ces braves hommes.La franchise qui enveloppait leurs « pistolets chargés » fît épouser l’éthos dont ils étaient le créateur au continent noir et sa diaspora.En s’érigeant en leaders d’opinion,ils ont su imposer leur présence aux malfaiteurs venus de l’occident dont l’unique ambition se résumait au pillage du continent noir. Ces bonimenteurs ont brandi l’argument de la civilisation oubliant que le noir s’était auto »civilisé jusqu’à la moëlle des os ».De la civilisation prônée à la destruction orchestrée,l’humanité ne retiendra qu’un seul mot,la « ruse », comme facteur explicatif de ce glissement.

    La patrie ou la mort,nous vaincrons.

 

QUI SONT LES ENNEMIS DU PEUPLE ?

Les ennemis du peuple, ce sont encore les hommes politiques qui ne parcourent la campagne que lorsqu’il y a des élections

C’est en sa qualité de Premier ministre du Conseil du salut du peuple (CSP) que, le 26 mars 1983, Sankara prononce ce discours lors d’un meeting à Ouagadougou. Le CSP dirigé par Jean-Baptiste Ouédraogo avait vu le Jour à la suite du coup d’État militaire du 7 novembre. Le texte ci-après est tiré de l’ hebdomadaire burkinabé Carrefour africain du 1er avril 1983.



 

Lorsque le peuple se met debout, l’impérialisme tremble

les ennemis, qui sont-ils

En avant pour le combat

…L’impérialisme est un mauvais élève…

…Ouagadougou sera la bolibana de l’impérialisme…

…Si vous avez volé, tremblez ! …

Sur les relations internationales du CSP

…Celui qui aime son peuple aime les autres peuples…

…On nous traite de communistes …

Vive la démocratie !



 

Lorsque le peuple se met debout, l’impérialisme tremble

Je vous remercie d’avoir bien voulu vous rassembler ici, sur cette place du 3 janvier. Je vous salue d’avoir accepté de répondre à l’appel du Conseil du salut du peuple : vous démontrez ainsi que le peuple de Haute-Volta est un peuple majeur.
Lorsque le peuple se met debout, l’impérialisme tremble. L’impérialisme qui nous regarde est inquiet : il tremble. L’impérialisme se demande comment il pourra rompre le lien qui existe entre le CSP et le peuple. L’impérialisme tremble. Il tremble parce qu’il a peur, il tremble parce qu’ici à Ouagadougou même, nous allons l’enterrer.
Je vous salue également d’être venu démontrer que tous nos détracteurs qui sont à l’intérieur comme à l’extérieur ont tort. Ils se sont trompés sur notre compte. Ils ont cru que par leurs manoeuvres d’intoxication et d’intimidation, ils pourraient arrêter la marche du CSP vers le peuple. Vous êtes venus, vous avez démontré le contraire. L’impérialisme tremble et il tremblera encore. Peuple de Haute-Volta, ici représenté par les habitants de la ville de Ouagadougou, merci. Je vous remercie parce que vous nous donnez l’occasion de vous donner une information saine, une information qui vient de la base.

les ennemis, qui sont-ils ?

De quoi s’agit-il ? Il s’agit de vous dire exactement ce que veulent nos ennemis, ce que veut le CSP et ce à quoi le peuple a droit. Le peuple aime la liberté, le peuple aime la démocratie. Par conséquent, le peuple s’attaquera à tous les ennemis de la liberté et de la démocratie.

Mais qui sont les ennemis du peuple ? Les ennemis du peuple sont à l’intérieur comme à l’extérieur. Ils tremblent actuellement, mais il faut que vous les démasquiez. Il faut que vous les combattiez jusque dans leurs trous. Les ennemis du peuple à l’intérieur, ce sont tous ceux qui se sont enrichis de manière illicite, profitant de leur situation sociale, profitant de leur situation bureaucratique. Ainsi donc, par des manoeuvres, par la magouille, par les faux documents, ils se retrouvent actionnaires dans les sociétés, ils se retrouvent en train de financer n’importe quelle entreprise ; ils se retrouvent en train de solliciter l’agrément pour telle ou telle entreprise. Ils prétendent servir la Haute-Volta. Ce sont des ennemis du peuple. Il faut les démasquer, il faut les combattre. Nous les combattrons avec vous.

Qui sont les ennemis du peuple ? Les ennemis du peuple, c’est encore cette fraction de la bourgeoisie qui s’enrichit malhonnêtement par la fraude, par la corruption, par le pourrissement des agents de l’État, pour arriver à introduire en Haute-Volta toutes sortes de produits dont les prix sont multipliés par dix. Ce sont les ennemis du peuple. Cette fraction de la bourgeoisie, il faut la combattre et nous la combattrons.

Qui sont les ennemis du peuple ? Les ennemis du peuple, ce sont encore les hommes politiques qui ne parcourent la campagne que lorsqu’il y a des élections. Ce sont encore ces hommes politiques qui sont convaincus qu’eux seuls, peuvent faire marcher la Haute-Volta. Or nous, CSP, nous sommes convaincus que les sept millions de Voltaïques représentent sept millions d’hommes politiques capables de conduire ce pays. Voilà les ennemis du peuple ; il faut les démasquer et les combattre, et nous les combattrons avec vous.

Les ennemis du peuple, ce sont également ces forces de l’obscurité, ces forces qui, sous des couverts spirituels, sous des couverts coutumiers, au lieu de servir réellement les intérêts moraux du peuple, au lieu de servir réellement les intérêts sociaux du peuple, sont en train de l’exploiter. Il faut les combattre, et nous les combattrons.

En avant pour le combat

Je voudrais vous poser une question : est-ce que vous aimez ces ennemis du peuple, oui ou non ? [Cris de « Non ! »]
Est-ce que vous les aimez ? [Cris de « Non ! »]
Alors, il faut les combattre.

À l’intérieur du pays, est-ce que vous les combattrez ? [Cris de « Oui ! »] En avant pour le combat !
Les ennemis du peuple sont également hors de nos frontières. Ils s’appuient sur des apatrides qui sont ici, parmi nous, à tous les échelons de la société : chez les civils comme chez les militaires ; chez les hommes comme chez les femmes ; chez les jeunes comme chez les vieux ; en ville comme à la campagne. Ils sont là, les ennemis du peuple. Ils sont là, les ennemis extérieurs. C’est le néo-colonialisme, c’est l’impérialisme.
S’appuyant donc sur ces apatrides, sur ceux qui ont renié la patrie, ceux qui ont renié la Haute-Volta, en fait ceux qui ont renié le peuple de Haute-Volta, l’ennemi extérieur développe une série d’attaques. Des attaques en deux phases : la phase non violente et la phase violente.
Nous sommes actuellement dans la phase non violente.
Et l’ennemi extérieur, c’est-à-dire l’impérialisme, c’est-à-dire le néo-colonialisme, tente de semer la confusion au sein du peuple voltaïque. Ainsi donc, à travers leurs journaux, leurs radios, leurs télévisions, ils font croire que la Haute-Volta est à feu et à sang.

« …L’impérialisme est un mauvais élève… »

Or, vous êtes là, peuple de Haute-Volta, et votre présence démontre que l’impérialisme a tort, et que ses mensonges ne passeront pas. Vous êtes présents, vous êtes debout et c’est lui qui tremble aujourd’hui.
Un journaliste étranger, dans un pays lointain, assis dans son bureau climatisé, dans son fauteuil roulant, a osé dire qu’actuellement, le CSP connaît un échec dans ses tournées d’information. Est-ce un échec ? Vous êtes là, répondez-moi ! [Cris de « Non ! »]
Est-ce que c’est un échec ? [Cris de « Non »]
Je souhaiterais que l’impérialisme soit là, qu’il vous entende dire non. Répétez : est-ce que c’est un échec ? [Cris de « Non ! »]

Voyez-vous, l’impérialisme a tort. Mais l’impérialisme est un mauvais élève. Quand il est battu, quand il est renvoyé de la classe, il revient encore. C’est un mauvais élève. Il n’a jamais appris la leçon de son échec, il n’a jamais tiré la leçon de son échec. Il est là-bas en Afrique du Sud en train d’égorger les Africains, simplement parce que ces Africains pensent à la liberté comme vous aujourd’hui. L’impérialisme est là-bas au Moyen-Orient en train d’écraser les peuples arabes : c’est le sionisme. L’impérialisme est partout. Et à travers sa culture qu’il répand, à travers ses fausses informations, il nous amène à penser comme lui, il nous amène à nous soumettre à lui, à le suivre dans toutes ses manoeuvres. De grâce, il faut que nous barrions la route à cet impérialisme.

« …Ouagadougou sera la bolibana de l’impérialisme… »

Comme je vous l’ai déjà dit, il passera à une phase violente. Cet impérialisme, c’est lui qui a organisé des débarquements dans certains pays que nous connaissons. Cet impérialisme, c’est encore lui qui a armé ceux qui en Afrique du Sud tuent nos frères. Cet impérialisme, c’est encore lui qui a assassiné les Lumumba, Cabral, Kwamé Nkrumah.

Mais je vous dis et je vous promets que, parce que j’ai confiance en vous et que vous avez confiance dans le CSP, parce que nous formons le peuple, quand l’impérialisme viendra ici, nous l’enterrerons. Nous enterrerons l’impérialisme ici. Ouagadougou sera la bolibana de l’impérialisme, c’est-à-dire la fin de sa route. L’impérialisme a essayé par des méthodes qui sont très raffinées, de faire en sorte qu’au sein même du CSP, il y ait la division. Il a fait en sorte qu’au sein même du peuple voltaïque, il y ait l’inquiétude et la psychose. Mais nous n’avons pas peur.

Pour la première fois, il se passe en Haute-Volta quelque chose de fondamental, quelque chose de tout à fait nouveau. Le peuple n’a jamais eu le pouvoir d’instaurer ici une démocratie politique. L’armée a toujours eu la possibilité de prendre le pouvoir, mais elle n’a jamais voulu la démocratie. Pour la première fois, nous voyons l’armée qui veut le pouvoir, qui veut la démocratie et qui veut se lier réellement au peuple. Pour la première fois aussi, nous voyons le peuple qui vient massivement pour tendre la main à l’armée. C’est pourquoi nous considérons que cette armée qui est en train de prendre les destinées de la Haute-Volta, c’est l’armée du peuple. C’est pourquoi je salue aussi ces pancartes qui parlent de l’armée du peuple.

« …Si vous avez volé, tremblez ! … »

Nos ennemis de l’intérieur comme ceux de l’extérieur s’appuient sur un certain nombre d’éléments pour nous nuire. J’en citerai quelques-uns et je vous laisserai le soin de compléter la liste. Ils essaient de faire croire que le CSP va arrêter la marche normale de l’appareil de l’État, parce que le CSP a pris des décisions contre des cadres civils. Si nous prenons ces décisions c’est simplement parce que nous estimons qu’à cette phase de notre lutte, il y a des hommes qui ne peuvent pas suivre notre rythme. Il y a des fonctionnaires qui ne viennent au bureau qu’à 9 heures et qui ressortent à 10 heures 30 pour aller dans leurs vergers et surveiller leurs villas. Est-ce que c’est normal ? Quand nous voulons chasser ce genre de fonctionnaires, nos ennemis disent que le CSP veut bloquer l’appareil de l’État. Mais qui a peur de qui ?
Nous, nous sommes avec le peuple. Eux, ils sont contre le peuple. Alors nous prendrons des décisions qui seront contre les ennemis du peuple, parce que ces décisions iront en faveur du peuple, le peuple militant de Haute-Volta.
Est-ce que vous êtes d’accord que nous maintenions dans notre administration des fonctionnaires pourris ? [Cris de « Non ! »]

Alors il faut les chasser. Nous les chasserons.
Est-ce que vous êtes d’accord que nous maintenions dans notre armée des militaires pourris ? [Cris de « Non ! »]
Alors, il faut les chasser. Nous les chasserons.
Cela va nous coûter la vie peut-être, mais nous sommes là pour prendre les risques. Nous sommes là pour oser et vous êtes là pour continuer la lutte coûte que coûte.
Nos ennemis disent que le CSP se prépare à nationaliser, que le CSP se prépare à confisquer leurs biens. Qui a peur de qui ?

Lorsque vous faites un tour à Ouagadougou et que vous faites le compte de toutes les villas qu’il y a, vous verrez que ces villas n’appartiennent qu’à une minorité. Combien d’entre vous, affectés à Ouagadougou à partir des coins les plus reculés de Haute-Volta, ont dû tourner chaque nuit parce qu’on les avait chassés de la villa qu’ils avaient louée ? Et chaque jour le propriétaire qui fait monter un peu plus les prix. Pour ceux qui ont acquis normalement leurs maisons, il n’y a pas de problèmes, il n’y a pas d’inquiétude à avoir. Par contre, ceux qui ont acquis leurs terrains, leurs maisons grâce à la magouille, nous leur disons : commencez à trembler. Si vous avez volé, tremblez ! Parce que nous allons vous poursuivre. Non seulement le CSP va vous poursuivre, mais le peuple se chargera de vous. Oui ou non ? [Cris de « Oui ! »]
Citoyens honnêtes, même si vous avez mille villas, n’ayez crainte ! Par contre, citoyens malhonnêtes, même si vous n’avez qu’un demi-carré en zone non lotie, « entrée coucher », commencez à trembler, le CSP arrive ! Nous n’avons pas commencé pour nous arrêter en si bon chemin. Nous ne sommes pas là pour collaborer, nous ne sommes pas là pour trahir le peuple.

On nous dit que nous voulons nationaliser. Le CSP ne comprend pas et ne comprendra jamais, comme vous également vous ne comprendrez jamais, que l’on vienne s’installer en Haute-Volta, qu’on crée en Haute-Volta une entreprise, que l’on réussisse à obtenir des faveurs exonérations de taxes diverses sous prétexte qu’on veut créer des emplois, qu’on veut contribuer au développement économique et puis, qu’après un certain nombre d’années d’exploitation éhontée, on déclare : compression de personnel. À quelle condition vous avait-on donné ces faveurs ? À la condition que vous créiez des emplois pour les Voltaïques. Aujourd’hui que vous avez pressé le citron, vous voulez le rejeter. Non ! C’est à cela que nous disons non !

Nos ennemis disent que le CSP a proclamé la liberté d’expression et de presse mais que le CSP commence à mettre un frein à cette liberté. Le camarade Jean-Baptiste Lingani l’a dit tout à l’heure et le camarade Jean-Baptiste Ouédraogo le dira mieux que moi tout à l’heure. Nous ne voulons pas meure fin à la liberté. Seulement nous disons que la liberté de critiquer déclenche la liberté également de protester. Et la liberté pour les hommes sincères ne doit pas être la liberté pour les hommes malhonnêtes.

Ceux qui utilisent la liberté que le CSP a créée pour s’attaquer au CSP, pour en fait s’attaquer au peuple voltaïque, à ceux-là nous allons retirer la liberté. Nous leur retirons la liberté de nuire et nous leur donnons la liberté de servir le peuple. Nous ne pouvons pas donner la liberté de mentir, d’intoxiquer collectivement les consciences voltaïques. Ce serait travailler contre les masses populaires de Haute-Volta.

Sur les relations internationales du CSP

On dit également du CSP que certains de ses éléments, comme le capitaine Thomas Sankara, sont allés en Libye et en Corée (du Nord) et que cela est dangereux pour la Haute-Volta. Peuple de Haute-Volta, une question : la Libye ne nous a jamais rien fait ; la Corée n’a jamais exploité la Haute-Volta ; la Libye n’a jamais attaqué la Haute-Volta. Pourtant nous connaissons des pays qui ont attaqué la Haute-Volta, qui ont mis nos parents en prison. Nos grands-parents sont morts sur des champs de bataille pour ces pays. Nous coopérons avec eux et l’on ne se plaint pas.

Sangoulé Lamizana est parti en Libye. Saye Zerbo a été en Libye et en Corée. Pourquoi ne s’est-on pas plaint ? Il y a de la malhonnêteté quelque part. Hier, on a préparé le voyage de Saye Zerbo chez Khadafi avec l’avion de Khadafi et on en a fait une publicité. Aujourd’hui que nous partons en Libye, on se plaint.
Mais nous sommes partis en Libye de manière responsable et intelligente ! Nous sommes partis en Libye après que le colonel Khadafi nous eut envoyés par trois fois des émissaires. Nous avons dit aux dirigeants libyens que nous n’avons rien contre la Libye, mais que nous avons nos positions. Sur le plan idéologique, nous ne sommes pas vierges. Nous sommes prêts à collaborer avec la Libye, mais nous sommes prêts à lui dire aussi ce que nous lui reprochons, de manière responsable. C’est après trois démarches que nous avons décidé d’y aller, et nous avons posé des conditions concrètes, conformes aux intérêts du peuple voltaïque.
Lorsque le ciment va venir de Tripoli et que nous en vendrons à bon prix, est-ce que le peuple sera content, oui ou non ? [Cris de « Oui ! »]
Pourquoi voudrait-on le ciment de Khadafi et ne voudrait-on pas que nous allions négocier avec Khadafi ? Lorsque nous allons négocier avec certains pays deux millions, trois millions de francs CFA’, on en parle à la radio. Avec Khadafi, nous avons négocié 3,5 milliards [de francs CFA]. Et alors ? Le peuple est-il content, oui ou non ? [Cris de « Oui ! »]
Le peuple aime la coopération entre les États qui respectent leurs peuples. Le peuple de Haute-Volta ne veut pas qu’on lui indique sa voie. Nous disons non à la domestication de la diplomatie voltaïque ! Nous disons non au despotisme de la diplomatie voltaïque ! Nous sommes libres d’aller où nous voulons.
Et je vais vous dire une chose, un secret. Ne le répétez pas aux impérialistes. Ceux qui nous reprochent d’avoir été en Libye ont pris les dollars de Khadafi pour développer leurs pays. Se croient-ils plus malins que nous ? Ils vont traiter avec Khadafi. Pourquoi ? Qui est plus malin que qui ?

Nous irons partout où se trouve l’intérêt des masses voltaïques. Nous avons vu des réalisations sociales en Libye : des hôpitaux, des écoles, des maisons et tout cela, accessible gratuitement. Comment la Libye a-t-elle pu réaliser ces investissements sociaux ? Grâce au pétrole. Ce pétrole existait sous l’ancien régime du roi Idriss, mais ce pétrole était exploité par les impérialistes et au profit du roi. Le peuple ne bénéficiait absolument de rien. Aujourd’hui, les Libyens ont des maisons gratuitement, des routes bitumées. Si demain, nous pouvions transformer la Haute-Volta comme Khadafi a transformé la Libye, seriez-vous contents, oui ou non ? [Cris de « Oui ! »]

Donc, lorsque dans nos rapports avec les autres États, nous prenons ce qu’il y a de bon chez eux, nous ne faisons qu’appliquer une politique d’indépendance diplomatique, appliquer une règle du CSP : travailler pour le peuple. Il n’y a pas de honte à se mettre à genoux lorsqu’il s’agit des intérêts du peuple.
Nous sommes en train de vous parler et nous savons que dans cette foule, il y a des gens qui voudraient bien nous fusiller actuellement. Ce sont des risques que nous prenons, convaincus que c’est pour l’intérêt du peuple. Nous leur disons : tirez ! Lorsque vous allez tirer, vos balles feront demi-tour et vous atteindront. C’est ce qui s’appelle la victoire du peuple sur les ennemis du peuple. Aujourd’hui nous parlons avec la force du peuple et non avec notre propre force.

« …Celui qui aime son peuple aime les autres peuples… »

Les ennemis du CSP disent que certaines fractions du CSP sont favorables à tels pays, à tels camps, au camp pro-occidental, etc… Nous, nous disons que nous ne sommes contre aucun camp, nous sommes pour tous les camps. Nous l’avons répété à New Delhi, au sommet du Mouvement des pays non alignés : nous sommes pour tous les camps.

Nous disons également que celui qui aime son peuple aime les autres peuples. Nous aimons le peuple voltaïque et nous aimons le peuple du Nicaragua, d’Algérie, de Libye, du Ghana, du Mali, tous les autres peuples.
Ceux qui n’aiment pas leur peuple n’aiment pas le peuple voltaïque. Ceux qui sont inquiets actuellement à cause des transformations qui se font en Haute-Volta, ceux-là n’aiment pas leur peuple. Ils s’imposent par la dictature et par des manoeuvres policières contre leur peuple. Nous ne sommes pas de ceux-là.
On nous dit que le CSP a une certaine admiration pour le capitaine Jerry Rawlings. Rawlings est un homme  ! Tout homme doit avoir des amis et des ennemis. Si Rawlings a des admirateurs en Haute-Volta, à qui la faute ? C’est la faute à l’impérialisme. C’est parce qu’on a créé au Ghana une situation telle que les nouvelles autorités étaient obligées de lutter pour les intérêts du peuple ghanéen. Lorsque le Ghana était prospère, nous, Voltaïques, nous en profitions bel et bien ! Aujourd’hui que le Ghana se trouve dans des difficultés, pourquoi voudrait-on que nous oubliions le Ghana ?
Non, nous sommes sincères. Le peuple garde ses attachements. Peut-être des hommes peuvent se trahir, mais les peuples ne se trahissent pas. Le peuple ghanéen a besoin du peuple voltaïque comme le peuple voltaïque a besoin du peuple ghanéen.

Lorsque le capitaine Rawlings a fermé ses frontières’, on a protesté. Vous n’aimez pas Rawlings, il ferme ses frontières pour rester chez lui et vous protestez ?
Le Ghana ne peut rien nous imposer. Nous non plus, nous ne pouvons rien imposer au Ghana. Rawlings ne peut pas nous donner des leçons. Mais nous non plus, nous ne pouvons pas donner des leçons à Rawlings. Cependant lorsque Rawlings dit : « No way for kalabule I », c’est-à-dire halte à la magouille, il dit cela pour l’intérêt du peuple ghanéen. Mais c’est en fait pour l’intérêt de tous les peuples, parce que le peuple voltaïque est aussi contre la magouille,
Les ennemis du CSP disent aussi que nous sommes des « rouges », des communistes. Cela nous fait plaisir ! Parce que cela prouve que nos ennemis sont en désarroi. Ils sont perdus. Ils ne savent plus ce qu’il faut faire, ce qu’il faut dire. Nous n’avons rien fait de communiste ici, nous avons simplement dit : assainissement, justice sociale, liberté, démocratie. Lorsque nous avons pris la décision de supprimer le décret du CMRPN [Comité militaire de redressement pour le progrès national], qui défendait l’ouverture des bars à certaines heures, nous avons entendu des gens du peuple dire : Ces gens du CSP, qu’ils soient des rouges ou des verts, des communistes ou non, nous, nous avons nos intérêts et nous préférons cela. C’est ce qui s’appelle être près des masses populaires. Ce ne sont pas les étiquettes qui comptent.

« …On nous traite de communistes … »

On nous traite de communistes pour effrayer le peuple. On nous taxe de communistes et on dit au peuple que le communisme est mauvais. Nous n’avons pas l’intention de vous dire que le communisme est bien, non plus de vous dire le contraire. Nous avons l’intention de vous dire seulement que nous poserons des actes avec vous et pour vous. Peu importe l’étiquette qui sera collée sur ces actes.
Les ennemis du peuple disent également que nous nous attaquons aux étrangers. Non. Nous aimons tous les étrangers : ceux qui sont ici ou qui y viendront. Nous les aimons parce que nous supposons qu’ils aiment le peuple voltaïque. Nous ne considérons pas qu’ils sont des étrangers qui veulent nous exploiter.
Le CSP entend créer avec vous les conditions de mobilisation, de travail. Nous voulons que le peuple s’organise pour le travail, pour le combat qu’on va mener. Par exemple, nous savons que dans certaines régions de Haute-Volta comme à Orodara, il y a des cultures de fruits et de légumes qui sont très réussies. Mais nous savons aussi que dans ces régions, les fruits et les légumes pourrissent par manque de moyens d’évacuation. Alors, nous disons que le peuple mobilisé à Orodara construira des pistes d’atterrissage et des avions se poseront là-bas. Les mangues viendront à Ouaga, iront à Dori et ce sera bon pour le peuple de Haute-Volta.

Il s’agit de ce genre de travail. Nous voulons que chaque jour maintenant car nous allions commencer les grands chantiers, vous sortiez massivement pour construire. Nous allons construire un monument et un théâtre populaire à Ouagadougou. Nous construirons les mêmes choses dans tous les départements et cela se fera avec la jeunesse. Vous allez construire pour démontrer que vous êtes capables de transformer votre existence et de transformer vos conditions réelles de vie. Vous n’avez pas besoin qu’on aille chercher des bailleurs de fonds étrangers, vous avez seulement besoin qu’on donne la liberté et le droit au peuple. Cela se fera.

Le CSP entend également mettre fin à certaines pratiques. Lorsque vous allez à l’hôpital pour une hémorragie ou une fracture, même si vous êtes sur le point de tomber en syncope, on préfère vous laisser sans soins et s’occuper du rhume d’un président, d’un Premier ministre ou d’un ministre, simplement parce que vous êtes homme du peuple, ouvrier. Il faut dénoncer tout cela chaque jour. Nous y mettrons fin. Ayez confiance. Nous allons mettre fin à la spéculation, au détournement, à l’enrichissement illicite. Et c’est pourquoi nous internons et nous internerons tous ceux qui vont voler l’argent du peuple.

« Vive la démocratie ! »

Nous disons au peuple d’être prêt à se battre, d’être prêt à prendre les armes, à résister chaque fois qu’il sera nécessaire. N’ayez crainte, il ne se passera rien. L’ennemi sait que le peuple voltaïque est désormais mûr. C’est pourquoi lorsqu’on nous dit que deux ans c’est peu pour le retour à une vie constitutionnelle normale, nous disons que c’est bien suffisant. Parce que lorsque vous donnez la parole en toute liberté et en toute démocratie au peuple, en 30 minutes, le peuple vous dira ce qu’il veut. Donc nous n’avons pas besoin de deux ans.
Le CSP vous remercie parce que vous êtes mobilisés. Il a eu raison de vous donner sa confiance, il a eu raison de s’engager à vos côtés pour le combat contre les ennemis du peuple : l’impérialisme.

C’est pourquoi nous devons crier ensemble :
À bas l’impérialisme,
À bas l’impérialisme,
À bas l’impérialisme !
À bas les ennemis du peuple !
À bas les détourneurs des fonds publics !
À bas les « faux-types » en Haute-Volta ! Fini le « faux-typisme » !
À bas les hiboux au regard gluant !
À bas les caméléons équilibristes !
À bas les renards terrorisés !
À bas les lépreux qui ne peuvent que renverser les calebasses !
À bas ceux qui se cachent derrière les diplômes du peuple, et qui à cause de leurs diplômes se permettent de parler au nom du peuple, mais sont incapables de servir au nom du peuple !
À bas ceux qui sont contre les liens entre l’armée et le peuple !
À bas ceux qui sont contre les liens entre le peuple et l’armée !
À bas ceux qui se cachent sous des habits divers blancs ou noirs contre le peuple !
L’impérialisme sera enterré en Haute-Volta ! Ses valets seront enterrés en Haute-Volta !
Vive la Haute-Volta !
Vive la démocratie !
Vive la liberté !
Je vous remercie et à très bientôt !

Source : Carrefour africain du 1 er avril 1983

Publié dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE, THOMAS SANKARA | Pas de Commentaire »

Victime d’un coup d’état, son « lieutenant », Blaise Compaoré, s’est installé au pouvoir.

Posté par issopha le 5 octobre 2007

Victime d’un coup d’état, son « lieutenant »,

Blaise Compaoré, s’est installé au pouvoir.

 

Jeudi 15 octobre 1987. Il est 16 heures. Des armes crépitent au Conseil de l’entente, l’état-major du Conseil national de la révolution à Ouagadougou, tout près des ministères et de la présidence. Un groupe de soldats para-commando vient de débarquer avec, à l’évidence, pour mission de liquider tout le monde.
Dans la cour, tous les gardes sont abattus. Dans un bureau, le capitaine Thomas Sankara en réunion avec des conseillers lance à son entourage : « restez-là, c’est moi qu’ils veulent ! » Le président, en tenue de sport, se précipite dehors les mains en l’air. Mais il est immédiatement fauché à l’arme automatique. Aucun de ses gardes ni conseillers ne sera épargné. En tout, une quinzaine de personnes sont abattues. Ils seront tous enterrés à la hâte, la même nuit, au cimetière de Dagnoen, un quartier de l’est de Ouagadougou.
Dans toute la zone de la présidence et du Conseil de l’entente, militaires et civils courent dans tous les sens.
Les Burkinabés qui sont au bureau ou à la maison se précipitent vers les postes transistors. Sur Radio Burkina, les programmes sont suspendus. On ne diffuse plus que de la musique militaire. Pour des Burkinabés déjà habitués aux coups d’État, c’est un signe qui ne trompe pas : le pouvoir a changé de main. La confirmation ne tarde pas. Un communiqué lu à la radio par un officier annonce notamment la démission du président du Faso, la dissolution du Conseil national de la révolution et proclame la création d’un Front populaire dirigé par le capitaine Blaise Compaoré, jusque-là numéro deux du régime révolutionnaire.

La confusion est totale. Le citoyen de base ne comprend pas pourquoi un règlement de comptes aussi sanglant entre deux leaders considérés comme « amis et frères ».
Mais les observateurs, eux, ne sont pas surpris. Depuis quelques mois, la guerre des chefs avait commencé au sommet de l’État entre les deux capitaines, numéros un et deux du régime. L’entente entre ces deux hommes, qui partageaient même des repas familiaux ensemble, s’effritait alors que la révolution déclenchée le 4 août 1983 entamait tout juste sa cinquième année.
A Ouagadougou, les rumeurs de coup d’État se faisaient de plus en plus persistantes. « Le jour que vous entendrez que Blaise Compaoré prépare un coup d’État contre moi, ce n’est pas la peine de me prévenir. Car, ce serait trop tard », avait lancé avec prémonition Thomas Sankara à des journalistes.
Il faisait ainsi allusion à la forte amitié qui le liait à Compaoré. Par naïveté ou par impuissance, le charismatique chef de la révolution burkinabé n’échappera donc pas aux balles de son entourage.

L’effet d’une bombe sur le continent

Sa mort fit l’effet d’une bombe.
Au Burkina et partout sur le continent, tout le monde est sous le choc. La consternation est générale notamment au sein de la jeunesse africaine.
Le rêve placé dans ce jeune officier de 38 ans vient de se briser. Arrivé au pouvoir 4 ans plus tôt à la suite d’un coup d’Etat mené par un groupe de jeunes officiers, le capitaine Thomas Sankara avait engagé une révolution pour changer les mentalités dans son pays, la Haute-Volta, l’un des États les plus pauvres de la planète. Il encourage ses compatriotes à compter sur leurs propres forces. Son gouvernement engage alors de vastes chantiers dans les domaines de la production, de l’éducation, de la santé, du logement, des infrastructures, etc.

Un président à convictions

Ses successeurs dresseront un bilan positif de ces quatre années de révolution.
Thomas Sankara reprend à son compte les discours panafricanistes de Kwamé Nkrumah ou de Lumumba. Il pourfend l’impérialisme dans ses discours et appelle à de nouveaux rapports entre le Nord et le Sud.
Invité au sommet Franco-africain de Vittel quelques mois après son arrivée au pouvoir en 1983, il refuse de serrer la main à Guy Penne, le conseiller de François Mitterrand venu l’accueillir à l’aéroport à Paris pour protester ainsi contre le manque de considération à un chef d’État africain.

Thomas Sankara s’attaque avec force à l’apartheid. A la tribune de l’OUA, des Nations unies, son discours dérange. « Je dis que les Africains ne doivent pas payer la dette. Celui qui n’est pas d’accord peut sortir tout de suite, prendre son avion et aller à la Banque mondiale pour payer », avait lancé le président burkinabé dans un tonnerre d’applaudissements à la tribune d’un sommet de l’OUA à Addis-Abeba.

Un président rigoureux et modeste

L’homme tranchait des autres présidents par sa simplicité et la rigueur imposée aux membres de son gouvernement. Il avait mis au garage les Limousines du parc automobile de l’Etat, imposant des Renault 5 comme voitures de fonction pour lui et ses ministres.
Pour inciter la consommation locale, il imposait des tenues en cotonnade tissée à la place des costumes occidentaux. La corruption avait disparu dans ce pays qu’il avait rebaptisé en 1984 Burkina Faso : la patrie des hommes intègres en langue locale.

La révolution multiplie les victoires mais aussi les erreurs, comme la décision de rendre gratuit durant toute une année les loyers, ou les dérives des Comités de défense de la révolution (CDR) qui faisaient la loi dans les quartiers et les services ou encore les nombreux « dégagements » de fonctionnaires pour manque d’engagement dans la révolution, ou une diplomatie régionale très critique à l’égard de ses voisins, en dehors du Ghana de Jerry John Rawlings.

Quinze ans après sa disparition, les Burkinabés gardent de lui l’image d’un homme intègre, qui a changé les mentalités de ses concitoyens et donné une dignité à son pays. Une image et un idéal qui résistent encore au temps et dont se réclament une demi-douzaine de partis politiques, détenteurs de sept sièges à l’Assemblée nationale depuis les élections législatives de mai dernier.

 

Vous trouverez sur le même sujet un chapitre intitulé « L’exécution » extrait du livre de Bernard Doza à l’adresse http://www.thomassankara.net/article.php3 ?id_article=0189. Il s’agit du premier écrit ettayant d’un certain nombre de faits l’hypothèse du complot fomenté de l’extérieur. Ce chapitre est tiré du livre « Liberté confisquée » que nous présentons à l’adresse http://www.thomassankara.net/article.php3 ?id_article=0162

Par ailleurs, un des messages postés sous cet article intitulé « THOMAS SANKARA : héros révolutionnaire, prophète et mahdî » de Amadou Diallo a été déplacé dans la rubrique « articles » compte tenu de sa qualité. Vous pouvez le lire à l’adresse http://www.thomassankara.net/article.php3 ?id_article=0153

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Forum

  • > Sa mort

    31 juillet 2007, par kinima

    pour moi, thomas sankara a été un prophète,sa mission était de montrer la voie du succès à ses frères africains, et sa mort est une preuve pour montrer que seul les africains sont coupables de ce qui arrive à ce continent et non l’occident comme on aime le dire

    Répondre à ce message

    • > Sa mort

      9 septembre 2007, par Sigur

      Kinima comment oses-tu dire que l’occident n’est pas responsable de la situtation en Afrique ? Qui as financé les seigneurs de guerre ? (Et biensur continue à le faire.) Qui détient les richesses de l’Afrique ? Qui se sert des ONG pour développer les routes et infrastructures nécessaires au développement du pillage de l’Afrique ? Je n’ai pas l’intention de développer plus, je finirais juste par cette ultime question :

      Comment se fait-il qu’il y ait plus d’armes que d’eau en Afrique ?

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      • > Sa mort

        15 septembre 2007, par sarambé frank

        j’approuve tes propos.je suis d’accord sur le fait que tu dises que l’occident est responsable de ce qui nous arrive.mais les africains sont également en partie responsable.

        Répondre à ce message

    • > Sa mort

      10 septembre 2007, par Le Ché

      salut !je suis d’avis avec vous quand vous dites que seul les africains sont coupables de ce qui arrive à l’Afrique. Il faut donc que la jeunesse africaine se revoltent contre les chefs d’etats qui,sans aucune honte vendent notre continent aux occidentaux. Il faut un mouvement d’ensemble de notre jeunesse pour qu’enfin reviennent des presidents comme Thom Sank a la tète de nos Etats

      Sa mort

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  • > Sa mort

    3 mai 2007, par Peace and Love

    A chaque fois que j’y pense j’ai des larmes aux yeux.A quand le reveil de l’AFRIQUE ?Je ne n’arrive point a comprendre un tel acte ignoble de la part de ses tombeurs qui fremissent toujours quand ils entendent son nom.J’aimerais bien signaler que l’occident n’est pas le seul coupable de la misere que nous vivons ;les africains et surtout nos gouvernants sont aussi coupables et complices des occidentaux qui ont jure de toujours avoir la main mise sur notre continent.Cette revolution de l’apres independance fut de courte duree cependant je puisse vous assurer que le continent africain connaitra et doit connaitre une seconde revolution si rellement ces fils et filles veulent reellement leur independance et etre consideres comme des humains en entier et non coe sous humains.. »Un SANKARA est mort des SANKARA SONT NES ».Vive l’Afrique et que Dieu benisse l’Afrique .Peace and Love

    Répondre à ce message

    • > Sa mort

      8 août 2007, par MARC

      Salut Votre message est passé il faut se rebeller de façon optimiste pour faire changer notre chère continent. Je suis fanatique Sankaris j’ai des idées et compte sur ma jeunesse pour les appliquer…

      Répondre à ce message

    • > Sa mort

      30 août 2007

      je suis burkinabée et je ne cesse de couler des larmes depuis que j’aie lu les discours et la procédure de disparition de notre chèr capitaine ; a la fin de la lecture , je me suis dis dans quel monde je suis maintenant et automatiquement penser au suicide car on a tout perdu ;mais j’essayerai de m’adapter à la situation car la majorité des Burkinabés s’est préparée avec une mentalité forte pour la construction du pays et l’Afrique tout entière. C’est triste mais il est tard pour nous. Que son âme répose en paix !

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  • > Sa mort

    31 mars 2007, par van

    Rien ne susprend-moi car togolaise que je suis ;je me suis dite que les bonnes choses n’existent pas en AFRIQUE. ce n’est pas de notre volonté mais de la volonté de rester des fournisseurs gratuits de l’EUROPE et des consommteurs riches qui veulent payer plutard ses dettes qui augmentent chaque an.

    DEla pourquoi n’élimineront-nous pas celui qui ne veut plus payer de dettes

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L’Homme Thomas Sankara : biographie , oeuvre , politique et chronologie

Posté par issopha le 5 octobre 2007

 

 

 

L’Homme Thomas Sankara

Né à Yako le 21 décembre 1949, en Haute-Volta (actuel Burkina Faso), Thomas SANKARA fait d’abord une carrière militaire, notamment à Madagascar, où il assiste à la révolution qui renverse le régime néocolonialiste.
Ici, naissent ses idées d’une  » révolution démocratique et populaire « .
De retour en Haute-Volta, il est d’abord secrétaire d’Etat à l’information sous le régime de Saye ZERBO (1981) d’où il démissionnera.

Il devient Premier ministre sous la présidence de Jean-Baptiste OUEDRAOGO (1983). Dans son discours d’investiture, le mot  » peuple  » revient 59 fois !
Il rencontre aussi en 1983, à New-Dehli Fidel CASTRO et Samora MACHEL (alors Président du Mozambique).
Cette même année, OUEDRAOGO emprisonne SANKARA, mais il est libéré par son ami Blaise COMPAORE et devient Président.

Commencent ici ses ouvres pour redonner au Burkina Faso une dignité, une autonomie et une indépendance économique (le fameux  » consommons Burkinabé « ) de par ses actes et ses discours (Thomas SANKARA fût très tôt contre l’injustice) : contre la domination historique des grandes puissances sur son pays et pour la participation du peuple au pouvoir, le mot d’ordre est que le pays doit vivre de ses propres forces et au niveau de ses propres moyens.

Ses grandes actions furent : . campagne massive de vaccination des Burkinabé qui fera chuter le taux de mortalité infantile alors le plus haut d’Afrique, . construction considérable d’écoles et d’hôpitaux, . campagne de reboisement : plantation de millions d’arbres pour faire reculer le Sahel, . grande réforme agraire de redistribution des terres aux paysans, élévation des prix et suppression des impôts agricoles,, . institution de Tribunaux Populaires de la Révolution (TPR), . grandes mesures de libération de la femme (interdiction de l’excision, réglementation de la polygamie, participation à la vie politique, etc.), . aides au logement (baisse des loyers, grandes constructions de logement pour tous), et tant d’autres.

Il est assassiné suite à un coup d’état orchestré le 15 octobre 1987.
Toute la population Burkinabé défile dans les rues pour pleurer l’enfant chéri et les jours suivants, des milliers de personnes se rendent sur sa tombe et condamnent ainsi le crime.
Ses grands discours  » Tant qu’il y aura l’oppression et l’exploitation, il y aura toujours deux justices et deux démocraties : celle des oppresseurs et celle des opprimés, celle des exploiteurs et celle des exploités.
La justice sous la révolution démocratique et populaire sera toujours celle des opprimés et des exploités contre la justice néo-coloniale d’hier, qui était celle des oppresseurs et des exploiteurs.  »
3 janvier 1984, ouverture des 1ères assises des TPR –  » Il n’y a pas de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée. Que jamais mes yeux ne voient une société où la moitié du peuple est maintenue dans le silence. J’entends le vacarme de ce silence des femmes, je pressens le grondement de leur bourrasque, je sens la furie de leur révolte. J’attends et espère l’irruption féconde de la révolution dont elles traduiront la force et la rigoureuse justesse sorties de leurs entrailles d’opprimées. »

8 mars 1987, Ouagadougou
 » Le pillage colonial a décimé nos forêts sans la moindre pensée réparatrice pour nos lendemains  »

1983, Paris, Conférence Internationale sur l’arbre et la forêt
 » Il faut proclamer qu’il ne peut y avoir de salut pour nos peuples que si nous tournons radicalement le dos à tous les modèles que tous les charlatans de même acabit ont essayé de nous vendre 20 années durant. Il ne saurait y avoir pour nous de salut en dehors de ce refus là. Pas de développement en dehors de cette rupture là. Il faut ranimer la confiance du peuple en lui-même en lui rappelant qu’il a été grand hier et donc, peut-être aujourd’hui et demain. Fonder l’espoir.  »
 » La plus grande difficulté rencontrée est constituée par l’esprit de néo-colonisé qu’il y a dans ce pays. Nous avons été colonisés par un pays, la France, qui nous a donné certaines habitudes.
Et pour nous, réussir dans la vie, avoir le bonheur, c’est essayer de vivre comme en France, comme le plus riche des Français. Si bien que les transformations que nous voulons opérer rencontrent des obstacles, des freins. »
A un journaliste américain –  » L’esprit de liberté, de dignité, de compter sur ses propres forces, d’indépendance et de lutte anti-impérialiste [.] doit souffler du Nord au Sud, du Sud au Nord et franchir allègrement les frontières. D’autant plus que les peuples africains pâtissent des mêmes misères, nourrissent les mêmes sentiments, rêvent des mêmes lendemains meilleurs.  »
Août 1984, Conférence de presse –  » Nous n’avons pas compris comment ils [Jonas SAVIMBI de l’Angola et Pieter BOTHA d’Afrique du Sud, pro Apartheid] ont eu le droit de parcourir la France si belle et si propre. Ils l’ont tachée de leurs mains et de leurs pieds couverts de sang. Et tous ceux qui leur ont permis de poser ces actes en portent l’entière responsabilité ici et ailleurs, aujourd’hui et toujours.  »
Novembre 1986, discours fait à François Mitterrand, en visite à Ouagadougou :
.-  » Parce que de toutes les races humaines, nous appartenons à celles qui ont le plus souffert, nous nous sommes jurés de ne plus jamais accepter sur la moindre parcelle de cette terre le moindre déni de justice .  »

Source : Rastafusion

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Forum

  • > Biographie

    6 août 2007, par femme actuelle

    sankara a ete le seul president qui a lutte pour son peuple.il a acepte la mort comme jesus

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    • > Biographie

      18 septembre 2007, par foromine

      En fait je le considère comme le Sauveur qu’il fallait pour les Burkinabè d’aujourd’hui. Puisqu’il ne combattait rien d’autre que ce que nous sommes devenus aujourd’hui. Mais je pense qu’avec ses idéologies dans nos esprit, celles-ci resteront notre foi et nous donneront le salut un jour.

      Sankara notre Sauveur

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  • > Biographie

    5 août 2007

    N’oubliez pas que les premiers cadavres politiques du faso sont de du fait de sankara..Voila un dictateur qui est presente comme un hero…N »importe quoi !!!

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    • > Biographie

      16 août 2007, par Abe verdic

      Meme s’il a une part de responsabilite dans les premiers assassinas politiques au faso,cela ne justifie pas sa mort.Il doit etre considerer comme un hero car il est de tout les chefs d’etat africain le seul qui a vraiment lutte pour la liberte de son peuple.Ses assassins n’ont fait que mettre le Burkina en retard.

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    • > Biographie 03 septembre 2007

      3 septembre 2007

      N’importe quoi. C’est surement un voltaique qui a oublié ce que LAMIZANA a fait à Ouahigouya en assassinant cet autre Capitaine valeureux Moumouni OUEDRAOGO en présence de son propre père. Merci

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    • > Biographie

      12 septembre 2007

      Peut être mais ça m’étonnerais. ce que je sais c’est que seul, SANKARA ne pouvait la révolution, il avait un numéro 2 et d’autres collaborateurs qui vivent encore aujourd’hui. Combien d’hommes sont morts sous la révolution de SANKARA ? combien sont morts pour la rectification ?! SANKARA était, est, et demeure un grand homme qui restera dans l’histoire du Burkina Faso, mieux dans celle de l’Afrique.

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    • > Biographie

      17 septembre 2007, par TAPSOBA Pascal dit DECODEUR

      Chacun y va de son commentaire, mais de grace n’essayez pas de salir ce qui représente la mémoire du peuple Burkinabè. Le Président SANKARA mort, c’est la dignité et l’intégrité du Bukina Faso qui sont enterrées. Avec le peuple victoire pour le peuple, la Patrie ou la Mort, nous vaincrons.

      Répondre à ce message

  • > Biographie

    8 juin 2006, par un frére

    oh frer papadam, ne gache pas un si beau hommage !! mettons de coté ces rivalités entre africains, nous sommes ensemble dans la mm barque, allons dans le mm sens !! sinon gandaogo, merci pour cette biblio c plus qu’émouvant ! merci

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  • > Biographie

    8 juin 2006, par papadam

    Bonjour un bon article et il est tres emouvant,mais pourquoi ne pas dire un seul mot sur sa formation au togo ? cela vous embette vraiment… ?

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CHRONOLOGIE

 

1949-1979

 

-  21 décembre 1949 : Naissance de Thomas Sankara à Yako, Haute-Volta.

-  11 décembre 1958 : La République de Haute-Volta, État membre de la Communauté française (1958-1960), est proclamée. Maurice Yaméogo en est élu président en décembre 1959.

-  5 août 1960 : Proclamation de l’indépendance.

-  3 janvier 1966 : Manifestations de masse à Ouagadougou contre la politique d’austérité de Yaméogo. Il est renversé et remplacé par le gouvernement militaire du colonel plus tard général Lamizana.

-  1966 : Sankara entre à l’école militaire de Ouagadougou d’où il sortira en 1969.

-  1970 : Sankara entre à l’académie militaire d’Antsirabé (Madagascar).

-  1972 : Sankara assiste à Madagascar à la Révolution de mai qui renverse la régime néo-colonial de Tsiranana. Il rentre en Haute-Volta la même année, puis va faire un stage de parachutisme en France, à Pau.

-  Décembre 1974 – janvier 1975 : Premier conflit frontalier Mali / Haute-Volta.

-  17-18 décembre 1975 : Grève générale en Haute-Volta ; augmentations de salaires et réductions d’impôts pour les fonctionnaires.

-  1976 : Sankara prend le commandement du centre de formation de commandos de Pô qui vient d’être créé.

-  Janvier-mai 1978 : Sankara en stage à l’école des parachutistes de Rabat au Maroc. Il s’y lie avec Blaise Compaoré.

-  24-31 mai 1979 : Grève lancée par quatre centrales syndicales voltaïques ; elle obtient la libération des syndicalistes emprisonnés.

 

1980

-  1er octobre – 22 : novembre Grève des enseignants contre la baisse du pouvoir d’achat, qui devient par deux fois grève générale, les 4-5 octobre et 4-5 novembre.

-  25 novembre : Un coup d’État renverse le gouvernement Lamizana ; le colonel Saye Zerbo prend la tête d’un Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN).

 

1981

-  9 septembre Invité par Saye Zerbo à prendre le poste de secrétaire d’État à l’information, Sankara refuse d’abord, puis finit par accepter.

 

1982

 

-  Avril : La Confédération syndicale voltaïque (CSV) lance une grève de trois jours contre l’interdiction du droit de grève par Saye Zerbo.

-  12 avril : Le secrétaire d’Etat à l’information Sankara démissionne en signe de protestation contre les atteintes aux libertés ; il est aussitôt envoyé dans la garnison éloignée de Dédougou. Le capitaine Zongo démissionne du CMRPN et le capitaine Compaoré du Conseil des Forces armées voltaïques ; ils sont également envoyés dans des garnisons éloignées.

-  1er novembre Le CMRPN reconfirme l’interdiction de faire grève.

-  7 novembre : Un coup d’Etat militaire dont le véritable initiateur est le colonel Somé Yoryan renverse Saye Zerbo ; après de longues discussions, le nouveau Conseil provisoire du salut du peuple (CPSP, plus tard Conseil du salut du peuple, CSP) désigne le médecin-commandant Jean-Baptiste Ouédraogo comme président. Sankara et ses amis officiers n’ont pas participé au coup d’État.

 

1983

-  10 janvier : Le CSP nomme Sankara Premier ministre.

-  7-12 mars : Sankara au sommet des Non-alignés de New-Delhi, où il rencontre notamment le président cubain Fidel Castro, le président mozambicain Samora Machel et le premier ministre de Grenade Maurice Bishop.

-  26 mars : [Discours de Sankara à un meeting de masse à Ouagadougou. -> art26]

-  30 avril : Visite de Khadafi à Ouagadougou.

-  15 mai : Discours anti-impérialiste de Sankara à Bobo-Dioulasso.

-  16 mai : Arrivée à Ouagadougou de Guy Penne, conseiller du président Mitterrand pour les affaires africaines.

-  17 mai : Coup de force dirigé par Somé Yoryan ; arrestation de Sankara, du commandant Lingani ; Zongo, qui a échappé à l’arrestation le matin, doit se rendre, mais Compaoré peut s’échapper et rejoindre la base des commandos de Pô dont il a le commandement et y entrer en dissidence.

-  20-22 mai : Dans les rues de Ouagadougou, d’immenses manifestations réclament la libération de Thomas Sankara. Le 27, J.B. Ouédraogo est contraint d’annoncer qu’il va libérer les prisonniers politiques, mais en fait, ils restent en résidence surveillée, et la protestation continue.

-  Juin-août : A Pô où Compaoré résiste toujours, les partisans de Sankara affluent et reçoivent une formation militaire accélérée.

-  4 août : Compaoré avec 250 hommes marche sur Ouagadougou, libère Sankara et les autres détenus ; le gouvernement de J.B. Ouédraogo est renversé. Le Conseil national de la révolution (CNR) prend le pouvoir et désigne Sankara comme président. Dans [son premier discours radiodiffusé au pays -> art27], le nouveau président appelle à la formation immédiate et partout de Comités de défense de la révolution (CDR)-

-  5 août : Grande manifestation populaire de soutien au nouveau régime à Ouagadougou.

-  7 août Nouvelle manifestation de soutien au CNR.

-  30 septembre : A Pô, Sankara rencontre Rawlings, chef d’Etat du Ghana.

-  2 octobre : Sankara présente au nom du CNR le [Discours d’orientation politique (DOP)->art51].

-  31 octobre : La Haute-Volta élue membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour deux ans.

-  4-8 novembre :Manoeuvres militaires communes Ghana – Haute-Volta.

-  Décembre : Signature d’un accord de coopération scientifique,économique et technique avec Cuba.

-  21 décembre : Le président angolais Eduardo dos San tos est àOuagadougou.

 

1984

-  3 janvier :[Première session des Tribunaux populaires de la révolution (TPR)->art28]. Parmi ceux qui comparaissent se trouve l’ex-président Lamizana,

qui sera acquitté. Les audiences sont radiodiffusées.

-  Février : Le CNR abolit tous les payements et corvées obligatoires

envers la chefferie.

-  10-12 février : Rawlings se rend en visite officielle à Ouagadougou. 20-21 mars-Grève du Syndicat national des enseignants africains de Haute-Volta (SNÉAHV) à la suite de l’arrestation de trois personnes

accusées de subversion.

-  22 mars : 1 500 enseignants sont licenciés par le CNR.

-  31 mars : Sankara part pour un voyage officiel en Algérie, Mauritanie et République arabe sahraouie démocratique.

-  8 avril : Distribution de terrains à construire à Ouagadougou pour faire face à la crise du logement.

-  26 avril : Lancement du projet de la vallée du Sourou qui a pour objectif l’irrigation de près de 16 000 hectares.

-  27 mai : Un voyage officiel en Cote d’Ivoire est annulé à la suite du refus d’Houphouët-Boigny d’autoriser Sankara à rencontrer les étudiants et travailleurs voltaïques à Abidjan.

-  26-27 mai : Découverte d’un complot contre-révolutionnaire ayant des liens avec Joseph Ki-Zerbo, qui vit en exil ; sept des comploteurs sont exécutés peu après.

-  23 juin : Sankara part pour un grand voyage officiel en Afrique et se rend successivement en Éthiopie, en Angola, au Congo, au Mozambique, au Gabon et à Madagascar.

-  12 juillet :Institution du service militaire obligatoire.

-  4 août 1er : anniversaire de la révolution avec défilé des milices populaires à Ouagadougou. La Haute-Volta change de nom et devient le Burkina Faso, ou Pays des hommes intègres (mots empruntés aux deux langues les plus parlées, le mooré et le dioula). La terre et les ressources minières sont nationalisées.

-  19 août : Le premier gouvernement est dissous. Un autre sera formé peu après.

-  22 septembre : Journée de solidarité avec les ménagères à Ouagadougou. Les hommes sont invités à accomplir les tâches ménagères jusque-là réservées aux femmes et à faire le marché pour se rendre compte des conditions de vie des femmes.

-  25-30 septembre : Première visite de Sankara à Cuba où il reçoit la distinction de l’Ordre de José Marti.

-  Octobre : Sankara devient président de la Communauté économique d’Afrique de l’Ouest (CEAO).

-  ler octobre : Le CNR abolit l’impôt de capitation et lance le Programme de développement populaire, qui s’étend jusqu’à décembre 1985.

-  4 octobre : [Discours de Sankara à la Trente-neuvième session de l’Assemblée générale des Nations unies.-> art7]

-  5-9 novembre : Sankara visite la Chine.

-  12-15 novembre : Sankara au sommet de l’OUA à Addis-Abeba où il se bat pour la reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD).

-  25 novembre : Début d’une campagne de 15 jours de vaccination de tous les Burkinabè de moins de 15 ans contre la méningite, la fièvre jaune et la rougeole, avec la participation de volontaires cubains. 2 500 000 enfants sont vaccinés.

-  3 décembre : Conférence nationale sur le budget à Ouagadougou avec la participation de 3 000 délégués. Elle adopte la proposition de réduire les salaires des hauts fonctionnaires de l’équivalent d’un mois de salaire, ceux des autres fonctionnaires de l’équivalent d’une quinzaine, pour assurer le financement des projets de développement.

-  31 décembre : Sankara annonce la suppression des loyers pour l’année 1985 pour les logements d’habitation et le lancement d’un programme de construction de logements.

 

1985

Lancement d’une campagne de reboisement : 10 millions d’arbres à planter en 1985 pour enrayer l’avancée du Sahara vers le sud.

-  ler février : Début de la bataille du rail pour construire un nouveau chemin de fer de Ouagadougou à Tambao dans le nord.

-  12 février : Sankara participe à la réunion du Conseil de l’entente à Yamoussoukro (Côte d’Ivoire) où il est acclamé par la population.

-  1-8 mars : Conférence nationale pour la promotion de la femme avec 3 000 déléguées.

-  17-23 mars : Manoeuvres militaires communes avec le Ghana.

-  4 août Second anniversaire de la Révolution, célébré par un défilé féminin pour souligner les progrès vers l’égalité des femmes.

-  10 septembre : Réunion extraordinaire du Conseil de l’entente à Yamoussoukro, où se manifeste l’hostilité des gouvernements conservateurs de la région à l’égard du Burkina et du Ghana.

-  11 septembre Discours [LA REVOLUTION BURKINABE EST AU SERVICE DES AUTRES PEUPLES ->art31]

-  25 décembre : Seconde guerre Mali / Burkina, avec bombardements aériens par le Mali ; plus de 100 morts de part et d’autre.

-  Le 29 décembre, le cessez-le-feu est signé.

 

1986

-  3 février :Sankara libère tous les prisonniers de guerre maliens.

-  Février-avril : Campagne d’alphabétisation en langues nationales qui concerne quelque 35 000 personnes dans les zones rurales.

-  31 mars – 4 avril : lère Conférence nationale des CDR.

-  4 août : 3e anniversaire de la révolution ; le lancement prochain d’un plan de développement quinquennal est annoncé.

-  27 août : Le président du Nicaragua Daniel Ortega arrive pour une visite officielle à Ouagadougou.

-  3 septembre : Discours de Sankara au 8e Sommet du Mouvement des pays non-alignés à Harare (Zimbabwe)

-  6-12 octobre :Sankara visite l’Union soviétique.

-  8 novembre : Nouvelle rencontre avec Fidel Castro à Cuba ; Sankara se rend au Nicaragua et prend la parole à Managua pour le 25e anniversaire du la fondation du Front sandiniste de libération nationale et le 10e anniversaire de la mort au combat de son principal fondateur Carlos Fonseca. Sankara parle au nom des 180 délégations étrangères présentes.

-  9 novembre : Sankara est décoré de l’Ordre de Carlos Fônseca. Au retour, nouvel arrêt à Cuba pour des entretiens avec Fidel Castro.

-  17 novembre : [Le président de la république française, François Mitterrand, à Ouagadougou. Devant lui, Sankara critique les liens de la France avec le régime de l’apartheid en Afrique du Sud ->art32].

 

1987

 

Au début de cette année, le programme de lutte contre l’onchocercose mené avec l’aide de l’ONU donne des résultats : la maladie est sous contrôle.

-  8 mars : [Discours de Sankara à l’occasion de la Journée internationale des femmes.->art40]

-  30 mars – 4 avril : 2e Conférence nationale des CDR.

-  11 avril : Une déclaration de Sankara annonce le lancement de l’Union nationale des paysans du Burkina (UNPB).

-  4 août : [Le 4e anniversaire de la Révolution est célébré à Bobo-Dioulasso.->art42]

-  2 octobre : [Discours de Sankara à Tenkodogo pour le 4e anniversaire du Discours d’orientation politique.->art41]

-  8 octobre : Discours de Sankara pour l’ouverture d’une exposition marquant le 20e anniversaire de l’assassinat de « Che » Guevara en Bolivie.

-  8-11 octobre : Conférence panafricaine anti-apartheid Bambata à Ouagadougou, où sont représentés 29 pays et 40 organisations. Discours de clôture de Sankara.

-  15 octobre : Vers 4 heures et demie de l’après-midi, Sankara et 12 de ses collaborateurs sont assassinés par un détachement militaire ; Blaise Compaoré prend le pouvoir, dissout le CNR qu’il remplace par un prétendu Front populaire du 15 octobre. L’appel à des manifestations de soutien tombe dans le vide. Au contraire, le lendemain matin et les jours suivants, des milliers et des milliers de Burkinabè se rendent sur la tombe de Sankara et condamnent ainsi le crime.

 

Sources : Thomas Sankara – L’espoir assassiné
Valère Somé

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Forum

  • > La chronologie

    22 septembre 2006

    Pourquoi vous cherchez à disculper les Sankara et compagnies du coup d’Etat de 1982 ? Qui vous a dit que ce ne sont pas eux qui ont tout ficelé ?

    Répondre à ce message

    • > La chronologie

      23 septembre 2006, par jaffre

      Voilà une question intéressante En réponse à votre question, je vous livre ce que Sankara décalirat en juillet 83 au cours d’un entretien qui à l’époque n’était pas destiné à être rendu public :

      « Notre participation personnelle était modeste dans le coup d’état du 7 novembre. Ce n’est pas un combat populaire ni de classe. Notre cause a été utilisée pour réussir ce coup d’état au profit de ceux qui dirigent aujourd’hui. Il s’agissait seulement d’un clan anti-CMRPN en faveur du retour de la 3 ème république, d’autres étaient regroupés autour de Somé Yorian. Ce n’était pas un objectif suffisamment sérieux. On a parlé de quelque chose de plus acceptable. Nous sommes entrés dans le régime. Nous avons essayé de défendre notre ligne dans des conditions de compromis, voire de compromissions, voire d’incohérence, mais nous ne pouvions pas faire autrement. Le CSP n’était pas progressiste. »

      Vous avez le texte complet de cette interview dans ce même site à l’adresse http://www.thomassankara.net/article.php3 ?id_article=0210

      Bruno Jaffré

      Répondre à ce message

  • > La chronologie

    8 juin 2006, par papadam

    Mes chers amis soyez justes, pour un homme juste qu etait T.Sankara , parlez de sa visite au Togo pays le plus proche ,ou du moins mentionnez cela… bref en faite je suis burkinabe.

    Répondre à ce message

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Thomas Sankara

Posté par issopha le 5 octobre 2007

  

  

  

Thomas Sankara

 

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.

 

Thomas Sankara dans THOMAS SANKARA 200px-Thomas_Sankara_%28Jezwy%29
Mandat
4 août 1983 – 15 octobre 1987
Precédé par Jean-Baptiste Ouédraogo
Suivi par Blaise Compaoré
Naissance 21 décembre 1949
Yako
Décès 15 octobre 1987
Ouagadougou

Thomas Isidore Noël Sankara (21 décembre 1949 à Yako15 octobre 1987 à OuagadougouBurkina Faso), militaire et homme politique panafricaniste et tiers-mondiste burkinabè, il incarna et dirigea la révolution burkinabè du 4 août 1983 jusqu’à son assassinat lors du coup d’État de son successeur Blaise Compaoré. Il est considéré comme le Che Guevara Africain[1]. Il a notamment fait changer le nom issu de l’impérialisme de la Haute-Volta en un nom issu de la tradition africaine le Burkina Faso, le pays des hommes intègres et a conduit une politique d’affranchissement du peuple Burkinabé jusqu’à son assassinat.

Sommaire

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Biographie

L’héritage politique et « identitaire » de Thomas Sankara — tout comme ceux de Patrice Lumumba, Amílcar Cabral ou Kwame Nkrumah — est considérable en Afrique et en particulier dans la jeunesse africaine.

Son gouvernement entreprit des réformes majeures pour combattre la corruption et améliorer l’éducation, l’agriculture et le statut des femmes. Son programme révolutionnaire se heurta à une forte opposition du pouvoir traditionnel qu’il marginalisait ainsi que d’une classe moyenne peu nombreuse mais relativement puissante. Ajoutés aux tensions entre radicaux et modérés, ces facteurs provoquèrent son assassinat lors du coup d’État sanglant du 15 octobre 1987.

Issu d’une famille catholique, Thomas Sankara était un « Peul-Mossi ». Son père était un ancien combattant et prisonnier de guerre de la Seconde Guerre mondiale. Il a fait ses études secondaires au Lycée Ouézin Coulibaly de Bobo-Dioulasso, deuxième ville du pays. Il a suivi une formation d’officier à Madagascar et devint en 1976 commandant du centre de commando de Pô. La même année, il fait la connaissance de Blaise Compaoré avec lequel il formera le Regroupement des officiers communistes (ROC) dont les autres membres les plus connus sont Henri Zongo et Jean-Baptiste Boukary Lingani.

En septembre 1981, il devient secrétaire d’État à l’information dans le gouvernement du colonel Saye Zerbo. Il démissionnera le 21 avril 1982, déclarant « Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple ! »

Le 7 novembre 1982, un nouveau coup d’État portait au pouvoir le médecin militaire Jean-Baptiste Ouédraogo. Sankara devint premier ministre en janvier 1983, mais fut limogé et mis aux arrêts le 17 mai, après une visite de Guy Penne, conseiller de François Mitterrand.[2],[3],[4]

Un nouveau coup d’État, le 4 août 1983 place Thomas Sankara à la présidence. Il définit son programme comme anti-impérialiste, en particulier dans son « Discours d’orientation politique », écrit par Valère Somé. Son gouvernement retira aux chefs traditionnels les pouvoirs féodaux qu’ils continuaient d’exercer. Il créa les CDR (Comités de défense de la révolution), qui eurent toutefois tendance à se comporter en milice révolutionnaire faisant parfois régner une terreur peu conforme aux objectifs de lutte contre la corruption.

Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara fut assassiné lors d’un coup d’État organisé par celui qui était considéré comme son frère, Blaise Compaoré. Plusieurs jours plus tard, il fut déclaré «décédé de mort naturelle» par un médecin militaire. L’absence de tout procès ou de toute enquête de la part du gouvernement burkinabè a été condamnée en 2006 par le Comité des droits de l’homme des Nations unies[5].

Depuis le 28 décembre 2005, une avenue de Ouagadougou porte son nom, dans le cadre plus général d’un processus de réhabilitation décrété en 2000 mais bloqué depuis lors[6]. Diverses initiatives visent à rassembler les sankaristes et leurs sympathisants, notamment par le biais d’un comité national d’organisation du vingtième anniversaire de son décès, de célébrer sa mémoire, notamment par des manifestations culturelles, tant au Burkina Faso qu’en divers pays d’implantation de l’immigration burkinabée.

Informations complémentaires

Ses discours

   

Accueil

Voir sur Wikisource : Thomas Sankara.

Bibliographie

  • Andriamirado Sennen :
    • Il s’appelait Sankara, Paris, Jeune Afrique Livres, 1989
    • Sankara, le rebelle, Paris, Jeune Afrique Livres, 1987
  • Ludo Martens: Sankara, Compaoré et la révolution burkinabé. EPO (Anvers), 1989
  • Bruno Jaffré: Burkina Faso. Les années Sankara, de la révolution à la rectification. L’Harmattan, 1989
  • Skinner, Elliot P., The Mossi of Burkina Faso : Chiefs, Politicians and Soldiers, Waveland Press, Inc., 1989.
  • Valère D Somé: Thomas Sankara, l’espoir assassiné. L’Harmattan, 1990
  • Thomas Sankara: Oser inventer l’avenir. Pathfinder, 1991
  • Basile Guissou: Burkina Faso, un espoir en Afrique. L’Harmattan, 1995
  • René Otayek et Al.: Le Burkina entre révolution et démocratie, 1983-1993. Karthala, 1996
  • Bruno Jaffré: Biographie de Thomas Sankara. La patrie ou la mort. L’Harmattan, 1997
  • Sawadogo, Alfred Yambangba, Le Président Thomas Sankara : chef de la Révolution burkinabé, 1983-1987 : portrait. Paris/Montréal, l’harmattan, 2001.
  • La liste complète de livres sur le capitaine Thomas Sankara

Liens externes

Notes

  1. Thomas Sankara, le Che Guevara Africain
  2. Association France-Burkina : Guy Penne pour des relations d’amitié renforcées, Le Faso.net, 15 novembre 2005
  3. Jean-Baptiste Ouédraogo, Jeune Afrique, 21 janvier 2007.
  4. The Historical, Economic, and Political Bases of France’s African Policy, Guy Martin, The Journal of Modern African Studies, Vol. 23, No. 2 (Jun., 1985), pp. 189-208.
  5. Voir Thomas Sankara : décision historique des Nations unies, Monde diplomatique, 11 avril 2006
  6. Une avenue pour Thomas Sankara, Radio France internationale, 9 janvier 2006.

v · d · m

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