La violence de la fraternité : hommage à Malcolm X

Posté par issopha le 4 novembre 2007

Malcolm X 

 La violence de la fraternité : hommage à Malcolm X dans GALERIE DES GRANDES AMES doc malcolmx.doc 

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Malcolm X dans les derniers mois de sa vie. 

Nom : 

Malcolm K. Little 

Surnom : 

Malcolm X ou El-Hajj Malik El-Shabazz 

Naissance : 

19 mai 1925
à Omaha, NE 

Décès : 

Assassiné
le
21 février 1965 (à 39 ans)
à l’Audubon Ballroom,
à
New York, NY 

Nationalité : 

Américain 

Profession : 

Meneur musulman du
Mouvement des Droits Civiques 

Formation : 

Autodidacte 

Autres fonctions : 

Prêcheur,
porte-parole de Nation of Islam
de
1954 au 8 mars 1964 

Famille : 

Marié (à Betty Shabazz), six enfants 

Malcolm X (né Little, 19 mai 192521 février 1965, assassiné), aussi connu sous le nom de El-Hajj Malik El-Shabazz, fut un prêcheur musulman afro-américain et pendant une période le porte-parole national de Nation of Islam. Il fonda également Muslim Mosque, Inc. et l’Organisation pour l’unité afro-américaine (Organization of Afro-American Unity, OAAU). 

Ayant débuté dans la vie comme trafiquant de drogue et cambrioleur, il finit par devenir un grand meneur du mouvement nationaliste noir aux États-Unis. Il est considéré par certains comme l’un des martyrs de l’Islam et un grand avocat de l’égalité. Meneur militant, Malcolm X soutenait la fierté noire (Black Pride), l’autosuffisance économique et l’identité politique de la communauté afro-américaine (Black Nationalism). Dans les derniers mois de sa vie, il s’éleva au rang de panafricaniste mondialement connu et d’avocat inconditionnel des droits des noirs américains. 

Suite à un pèlerinage à la Mecque en 1964, il devint Sunnite. Moins d’un an plus tard, le premier jour de
la National Brotherhood Week (Semaine nationale de la fraternité), il fut assassiné à New York. Bien que trois membres de Nation of Islam aient été condamnés pour ce crime (l’un d’eux ayant avoué), un certain nombre de théories impliquant la participation active de membres du gouvernement des États-Unis circulent ; aucune source fiable ne les a encore confirmées[1]

Sommaire 

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Enfance et jeunesse 

Malcolm Little est né à Omaha (Nebraska) de Earl Little et Louise Little (née Norton). Il vécut une courte période au 3448, Pinkney Street dans les quartiers nord d’Omaha. Son père était un prêcheur baptiste convaincu, fervent soutien de Marcus Garvey et charpentier. Celui-ci prônait le retour en Afrique (Libéria), refusant l’intégration à la société américaine, ce qui a très largement marqué les vues politiques de Malcolm sur ce sujet. Earl Little était également membre de l’Association universelle d’amélioration de la condition des Noirs (Universal Negro Improvement Association, UNIA). Malcolm, dans son Autobiography of Malcolm X as told to Alex Haley, a décrit son père comme un imposant homme noir borgne. Selon lui, trois de ses oncles avaient été tués par des Blancs, dont un lynché. 

Earl Little avait trois enfants (Ella, Mary et Earl Jr.) d’un premier lit. Son mariage avec Louise Norton produisit huit enfants, Malcolm étant le quatrième. Leur nom était, par ordre de naissance : Wilfred, Hilda, Philbert, Malcolm, Reginald, Wesley, Yvonne et Robert. 

Louise Little était née à la Grenade aux Antilles et, selon Malcolm, ressemblait plutôt à une femme blanche. Son père était un homme blanc dont Malcolm ne savait rien, si ce n’est ce qu’il décrivait comme « la honte de ma mère ». C’est de lui que Malcolm tenait son teint relativement clair. D’abord, il pensait qu’être métissé était une chance, un « symbole de statut social ». Plus tard, il dirait qu’il « haïssait chaque goutte de ce sang de violeur » en lui. Comme il était celui des enfants qui avait le teint le plus clair, il pensait que son père le favorisait, mais sa mère était d’autant plus dure avec lui, pour la même raison. L’un de ses surnoms, « Red », lui venait de la rousseur de ses cheveux. À la naissance, il avait été décrit comme ayant des « cheveux blond-cendre… teints avec de la cannelle », et, à quatre ans, des cheveux « blond-roux ». Ses cheveux foncèrent avec le temps, mais ressemblaient à ceux de sa grand-mère paternelle, « rougissant sous le soleil d’été ». 

Selon son autobiographie, sa mère avait été menacée par des membres du Ku Klux Klan (KKK) alors qu’elle était enceinte de lui, en décembre 1924. Elle se rappelait que la famille avait été sommée de quitter Omaha du fait des liens de son père avec l’UNIA qui, selon les membres du KKK, « cherchait les ennuis ». 

Peu après la naissance de Malcolm, en 1926, la famille emménagea à Milwaukee, Wisconsin, puis déménagea peu après vers Lansing, Michigan. En 1931, son père était retrouvé mort, un tramway lui ayant roulé dessus. Malcolm affirma que la cause de la mort avait à l’époque été remise en question par la communauté noire. Il la refusa lui-même par la suite, arguant que sa famille avait souvent été la cible de Black Legion, un groupe de suprématistes Blancs affilié au KKK que son père avait accusé d’avoir mis le feu à leur maison en 1929. L’état du Michigan comptait 70 000 membres du KKK, soit cinq fois plus qu’au Mississippi [2]

Bien que le père de Malcolm eût deux assurances-vie, sa mère ne toucha que la plus faible des deux. Malcolm affirma que la compagnie d’assurance auprès de laquelle avait était contractée la plus important soutenait qu’il s’agissait d’un suicide et avait donc refusé de payer. Malcolm, à l’instar de l’ensemble de la communauté noire de la ville, se demandait comment son père avait pu se taper lui-même derrière la tête puis rester allongé sur les rails afin de se faire écraser. Louise Little tomba en dépression et fut déclarée folle au regard de la loi en décembre 1938. Malcolm et ses frères et sœurs furent éparpillés dans plusieurs foyers d’accueil. En 1939, leur mère fut admise à l’hôpital psychiatrique de Kalamazoo, Michigan, et y resta jusqu’à ce que Malcolm et ses frères et sœurs l’en fassent sortir vingt-six ans plus tard. 

Toujours selon son autobiographie, suite à la mort de son père, Malcolm vécut à Charles Street, dans le centre d’East Lansing. Cependant, le recensement de 1930 (paru en 2002) montre qu’il a vécu dans une tout autre Charles Street, dans un quartier urbain pauvre de Lansing Township, entre Lansing et East Lansing. Plus tard, alors qu’il était en primaire, il vivait à Mason, une petite ville presque entièrement blanche 12 miles au sud. 

Scolarité dans la communauté blanche 

Malcolm affirma avoir été l’un des Noirs les plus intégrés à la communauté blanche [3]

Malcolm obtint le diplôme de son école en tête de la classe, mais quitta le système scolaire après qu’un professeur qu’il admirait lui eut dit que ses aspirations à devenir avocat n’étaient « pas du tout réalistes pour un Nègre ». Il refuse d’être charpentier, comme son professeur le lui propose. Il essaye de rendre ses cheveux moins crépus et son teint plus clair, mais malgré la souffrance endurée c’est un échec. Après avoir voyagé d’une maison d’accueil à l’autre, Malcolm fut envoyé une première fois dans un centre de détention puis emménagea à Boston pour vivre avec sa demi-sœur, plus âgée, Ella Little Collins. À Boston, il accumula les petits emplois. Il fut également employé par intermittence par
la New Haven Railroad (compagnie de trains). En 1942, Malcolm prit part à la pègre bostonienne. 

Délinquance 

Malcolm quitta Boston afin de vivre pendant quelque temps dans le Michigan, mais emménagea dès 1943 à New York. Il y travailla de nouveau peu de temps à New Haven Railroad. Il trouva même un travail de cireur de chaussures dans le Lindy Hop Nightclub. Dans son autobiographie, il affirme avoir ciré les chaussures de Duke Ellington et d’autres musiciens noirs célèbres. Peu de temps après, à Harlem, alors appelé « Detroit Red »[4], il prit part à des activités de revente de drogue, de jeu, de racket et de cambriolage. Entre 1943 et 1946, Malcolm voyagea entre Boston et New York trois autres fois. Il fut arrêté en 1946 à Detroit pour cambriolage, et mis en prison dans le Michigan. 

Lorsque Malcolm fut examiné pour l’enrôlement dans l’armée pendant
la Deuxième guerre mondiale, les médecins militaires durent le réformer pour le motif 4-F (« mentalement inapte au service militaire »). Il expliqua dans son autobiographie qu’il dut jouer un rôle pour être réformé, et soutenir au médecin militaire qu’il était impatient de s’organiser avec les autres soldats Noirs et mettre la main sur une arme afin de « tuer quelques crackers« , c’est-à-dire des Blancs. Dans son dossier FBI apparaît une lettre dans laquelle il se désigne comme communiste (cette sympathie semble ne pas avoir duré) et dans lequel il explique certaines raisons de son vœu d’être réformé :
« J’ai toujours été un communiste. J’ai essayé de m’enrôler dans l’Armée japonaise, pendant la dernière guerre, maintenant ils ne m’enrôleront ni ne m’accepteront jamais dans l’Armée américaine. Tout le monde a toujours dit… Malcolm est fou donc il n’est pas difficile de convaincre les gens que le je suis.[5] » 

Au début de 1946, il retourna à Boston. Il fut arrêté le 12 janvier pour avoir essayé de voler à nouveau une montre de près de mille dollars[6] qu’il avait laissée dans une bijouterie pour la faire réparer. Deux jours plus tard, il fut également poursuivi en justice pour port d’arme. Le 16 janvier, il dut faire face aux charges de vol caractérisé et d’entrée par effraction. Il fut condamné à huit à dix ans de prison dans la prison d’État du Massachusetts à Charleston, dans laquelle il arriva le 27 février[7]. Ses relations sexuelles avec des femmes blanches (il y en avait deux dans sa bande, dont sa maîtresse) faillirent lui valoir en plus une condamnation pour viol, mais elles refusèrent de l’accuser malgré les incitations de l’instance judiciaire.[8] 

L’éducation en prison 

En prison, Malcolm gagna le surnom de « Satan » du fait de sa haine inextinguible pour la Bible, Dieu et la religion en général. Il commença à lire les livres de la bibliothèque de la prison. Il développa bientôt un appétit féroce pour la lecture, puis un astigmatisme

Dans plusieurs lettres de prison, mais aussi par la suite, Malcolm insistera sur l’importance de son éducation d’autodidacte. Ainsi, dans une lettre du 15 février 1950, il écrit à un certain Raymond : « Mon confinement est d’une autre nature ; je finis ma quatrième année d’une peine de prison de 8 à 10 ans … mais ces quatre ans de réclusion se sont révélé être les plus enrichissants de mes 24 ans sur cette terre et je ressens que ce « cadeau du Temps » était un cadeau qu’Allah me fit, sa manière de me sauver de la destruction certaine vers laquelle j’avançais.[9] » 

On lui attribue également la phrase : « Sans éducation, on ne va nulle part dans ce monde »[10] ou encore « L’éducation est le passeport pour le futur, car demain appartient à ceux qui s’y préparent aujourd’hui ».[11] 

Pendant cette période, il correspondit avec son frère Reginald et échangea avec lui des idées à propos de Nation of Islam, mouvement auquel Malcolm se convertit par la suite. Ce sont ses frères, déjà membres, qui lui firent connaître l’organisation[12]-[13].
La Nation de l’Islam était à l’époque une petite organisation de quelques centaines de membres, basés à Chicago. L’organisation avait une idéologie marquée par trois thématiques principales : une forme très hétérodoxe d’islam, un vigoureux nationalisme noir (revendication d’un état pour les noirs dans le sud des USA) et un total rejet des blancs (du racisme), considérés comme l’incarnation du démon sur la terre (
« Nous avons vu la race blanche (démons) dans le ciel, parmi les justes, causant des troubles [...], jusqu’à ce qu’ils aient été découverts. [...] Ils ont été punis en étant privé des conseils divins [...] presque ravalés au rang des bêtes sauvages. [...] sautant d’arbre en arbre. Les singes en procèdent. [...] Avant eux, il n’y avait rien comme les singes et les cochons »[14]). 

La fin de son incarcération, après la conversion à l’Islam 

Pendant le reste de son incarcération, Malcolm correspondit régulièrement avec Elijah Poole, dit Muhammad, le meneur de
la Nation. Toujours selon son autobiographie, Malcolm commença à être renommé parmi les prisonniers, alors qu’il restait sous la surveillance attentive des autorités qui reconnaissaient en lui une source potentielle de troubles. On ne lui accorda pas la possibilité d’être libéré au bout de cinq ans pour bonne conduite car les autorités pensaient qu’il était trop dangereux de le libérer par avance. 

En février 1948, largement grâce aux efforts de sa sœur, Malcolm fut transféré dans une prison expérimentale à Norfolk, Massachussetts, qui avait une bibliothèque bien plus fournie. Malcolm réfléchit par la suite sur ce temps passé en prison : « Les mois passaient, et il ne me semblait même pas être emprisonné. En fait, jusqu’à ce moment là, je n’avais jamais été aussi libre de ma vie ». Le 7 août 1952, Malcolm fut libéré sur parole. 

Malcolm X et Nation of Islam 

Article détaillé : Nation of Islam

 

 

Un drapeau de Nation of Islam. Les lettres signifient Justice, Freedom (liberté), Equality (égalité), Islam. 

 

 

Malcolm X. 

Peu après sa libération, Malcolm Little rencontra Elijah Muhammad à Chicago[15], ce qui marqua son intégration complète à Nation of Islam

Assez rapidement, il changea son nom de famille pour « X ». Malcolm expliqua que ce nom représentait le rejet de son « nom d’esclave » en l’absence de son véritable nom d’origine africaine. Il est à noter que dans l’Amérique esclavagiste d’avant 1863, le maître imposait à ses esclaves de prendre son nom afin de les « marquer » comme ses choses, d’où le rejet. Le « X » représente également à la fois la marque appliquée sur le bras de certains esclaves et l’inconnue mathématique, qui symbolise l’inconnue du nom d’origine[16]. Cette vision conduisit de nombreux membres de Nation of Islam à changer leur nom pour « X », comme sa future femme, Betty X, ou à prendre des noms musulmans, supposés plus authentiques. 

Le 17 février 1953, le FBI ouvrit un dossier sur la base de la lettre dans laquelle il se disait communiste (cf. supra) en 1950, soit en pleine période de Red Scare ou de Reds under the bed (peur du communisme marquant l’Amérique des années 1950, et résumée par les passions du maccarthysme et du procès des époux Rosenberg).
Selon le Church Committee, le FBI était habitué à surveiller, bloquer et réprimer des radicaux comme Malcolm. Sont incluses dans son dossier les deux lettres dans lesquelles Malcolm utilise le pseudonyme « Malachi Shabazz »[17]. Dans Message to the Blackman in America, Elijah Muhammad explique que le nom « Shabazz » était celui des descendants d’une « nation noire asiatique ». Le soupçon de communisme s’étant révélé sans fondement, Malcolm X ne fut ensuite plus surveillé que pour son appartenance à un culte nationaliste noir

En mai 1953, le FBI conclut que Malcolm X avait une « personnalité associale avec des tendances paranoïaques (paranoïa schizophrénique prépsychotique) »[18] et qu’il avait en réalité cherché à traiter son désordre mental[19]. Cela fut soutenu plus précisément par la lettre interceptée par le FBI, datée du 29 juin 1950 (cf. supra). 

Responsabilités 

Plus tard dans l’année, Malcolm quitta le foyer de sa demi-sœur Ella pour aller vivre chez Elijah Muhammad à Chicago. Il devint assez vite le prêcheur du onzième temple[20] de Nation of Islam. En 1954, Malcolm fut choisi pour diriger le temple N°7 de Nation of Islam sur Lenox Avenue à Harlem, NY[21] (appelé conjointement « Boulevard Malcolm X » depuis 1987). Il multiplia les effectifs des fidèles en peu de temps. Malcolm X dégageait une très grande énergie et était capable de travailler d’un jour sur l’autre avec seulement quatre heures de sommeil ou moins. Il lisait beaucoup, et lorsqu’il adhérait à une cause, il s’y dévouait entièrement. 

C’était un orateur convaincant, et il devint connu nationalement après une émission de télévision locale consacrée à Nation of Islam, The Hate That Hate Produced, diffusée en 1959, émission ou il était interviewé[22]. L’organisation était jusqu’alors peu connue. Suite à l’émission, l’intérêt médiatique pour l’organisation et pour Malcolm X grandit considérablement. La presse, la radio et les émissions télévisées aux États-Unis puis dans le monde entier recherchèrent et retranscrire régulièrement ses déclarations les plus marquantes. 

Dans l’intervalle qui sépare sa conversion à la cause de Nation of Islam en 1952 et sa séparation de l’organisation en 1964, il épousa pleinement les enseignements de Elijah Muhammad, notamment le fait de faire référence aux Blancs comme à des « diables », créés par un programme d’élevage mal orienté d’un scientifique Noir, Yacoub[23]. X prédisait l’inévitable et imminent retour des Noirs à leur place naturelle, à savoir en haut de l’échelle sociale et de l’ordre social. 

Malcolm savait que sa renommée était une cause de jalousie considérable à Nation of Islam, et il s’efforça de ne pas l’alimenter lors de ses apparitions en public. Malcolm X apparut cependant bientôt comme le deuxième meneur le plus influent de Nation of Islam, après Elijah Muhammad lui-même. Il ouvrit des temples supplémentaires, et notamment un à Philadelphie. On lui attribue souvent un rôle important dans la croissance de l’organisation, passée de 500 membres en 1952 à 30 000 en 1963. 

Mariage 

En 1958, Malcolm épousa Betty X (née Sanders) à Lansing, Michigan. Ils eurent six filles, toutes portant le nom de Shabazz. Leurs prénoms étaient : Attallah (née en 1958), Qubilah (née en 1960), Ilyasah (née en 1962), Gamilah (née en 1964) et les jumelles Malaak et Malikah (nées sept mois après la mort de Malcolm, en 1965). 

Conversion de Cassius Clay 

Malcolm X jouera un rôle important dans la conversion du boxeur Cassius Clay, qui rejoignit officiellement Nation of Islam en 1964, et changea son nom pour celui Cassius X, en l’honneur de Malcolm. Il est à noter que cette conversion de Cassius Clay se fit à un moment où Malcolm X n’était pas en très bons termes avec son organisation. Clay prendra ensuite le nom de Muhammad Ali, et critiquera X pour sa rupture avec Elijah Muhammad, avant de suivre son exemple et de rallier l’islam sunnite

Rencontre avec Castro 

En septembre 1960, Fidel Castro se rendit aux États-Unis afin de s’adresser à l’Assemblée Générale des Nations Unies. 

Castro ne reçut pas un chaleureux accueil de la part du gouvernement des États-Unis durant son séjour à New York. La délégation cubaine dut se déplacer du Shelbourne Hotel au Hotel Theresa à Harlem car Castro s’était plaint qu’on lui eût demandé de payer par avance[24]

Malcolm X rencontra Castro en tant que membre de tête d’un comité d’accueil qui avait été mis en place à Harlem plusieurs semaines auparavant. Le but de ce groupe, qui rassemblait un nombre important de meneurs de la communauté noire, était de rencontrer les chefs d’État, particulièrement ceux venant d’Afrique, qui allaient s’adresser à l’Assemblée générale de l’ONU. Seize pays africains devinrent membre de l’ONU à l’occasion de cette session. 

Tensions et séparation 

 

 

L’intérêt des médias 

À partir du début des années 1960, plusieurs controverses vont progressivement éloigner Malcolm X et Elijah Muhammad

Tout d’abord des affaires de mœurs : des rumeurs couraient depuis quelque temps sur les nombreux adultères commis par Elijah Muhammad avec de jeunes secrétaires du mouvement. Warith Deen Muhammad, le propre fils d’Elijah Muhammad, et un ami proche de X, informa ce dernier « en 1963, que son père Elijah Muhammad avait mis enceinte six de ses secrétaires »[25]. L’adultère est totalement contraire aux enseignements de Nation of Islam. Après avoir écarté ces informations, Malcolm X aurait fini par en obtenir confirmation en 1963. Elijah Muhammad lui-même[26] aurait finit par indiquer qu’étant l’envoyé de Dieu sur terre, il n’était pas soumis aux même règles que le commun des mortels[27], et expliquant que cette activité avait pour but de suivre la lignée des prophètes bibliques. Malcolm X indique qu’il ne fût pas satisfait par l’explication, mais que sa foi en Elijah Muhammad ne vacilla pas. Malcolm indique aussi qu’il était navré de voir d’autres prêcheurs faire un usage personnel des fonds de Nation of Islam

Le second sujet de divergence porte sur la politique : Malcolm X était intéressé par le mouvement pour les droits civiques des Noirs tels qu’il se développait depuis 1955. Si l’idéologie officielle du mouvement était opposée au nationalisme noir, et revendiquait simplement un statut d’américain normal pour les Noirs, X considérait qu’il devait y avoir une présence des nationalistes noirs et des black muslims dans ce qui apparaissait comme le premier grand mouvement de masse noir de l’histoire des États-Unis. Elijah Muhammad était par contre hostile à la fin de la ségrégation raciale[28] et au soutien à un mouvement dans lequel se trouvaient de nombreux blancs progressistes. Il craignait la dissolution des Noirs dans un ensemble américain dominé par les Blancs.
Conformément à la position officielle de
la Nation, Malcolm X Malcolm critiqua
la Marche sur Washington (March on Washington for Jobs and Freedom) du 28 août 1963, ne comprenant pas pourquoi les Noirs s’ébahissaient d’une manifestation « menée par les Blancs devant une statue d’un président mort depuis cent ans et qui ne nous aimait pas lorsqu’il était en vie », mais la tentation d’un rapprochement avec les autres organisations noires semble avoir été forte, et un point de divergence avec Muhammad. 

Le troisième contentieux porte sur la religion : Malcolm X a commencé à s’intéresser à l’islam sunnite officiel, semble-t-il sous l’influence du propre fils de Muhammad, Warith Deen Muhammad, lequel indique qu’il s’était intéressé à l’islam orthodoxe dès les années 1950, en prison[29]. Or la religion prêchée par Elijah Muhammad en était très éloignée. L’intérêt montré par X à l’égard de l’islam orthodoxe ne pouvait donc que l’éloigner de son mentor. 

On peut enfin citer des divergences d’ambitions : l’aura de X au sein de la communauté noire en général et de Nation of Islam en particulier, sa médiatisation importante, semblent avoir inquiété Elijah Muhammad. 

Au printemps de 1963, Malcolm commença à collaborer avec Alex Haley pour écrire son autobiographie. 

En novembre 1963, après l’assassinat du président Kennedy, toutes les divergences éclatèrent sur la place publique, après une déclaration controversée de X. Celui-ci déclara en effet que la violence que Kennedy n’avait pas pu arrêter se retournait contre lui. Il ajouta « Chickens coming home to roost never made me sad. It only made me glad » (« les poulets revenant au poulailler ne me rendent jamais triste, ils me rendent seulement heureux » – En français, Chickens coming home to roost a une signification proche de « qui sème le vent récolte la tempête »). Cette phrase pouvait se comprendre comme une approbation de l’assassinat. Elijah Muhammad désavoua cette déclaration, et interdit à X toute déclaration publique pendant 90 jours, injonction à laquelle Malcolm X obéit. Mais les relations entre les deux hommes atteignaient leur point de rupture. Dans son autobiographie, X affirme même qu’un de ses assistants lui aurait alors indiqué avoir reçu l’ordre de la direction de
la NoI de le tuer[30]

Le 8 mars 1964, il annonça officiellement le fait qu’il quittait Nation of Islam. Le 11 mars 1964, il fit peser la responsabilité de la rupture sur Nation of Islam : « Les Officiels nationaux ici au Siège de Chicago savent que je n’ai jamais quitté Nation of Islam de ma propre initiative. Ce sont eux qui ont conspiré avec le Capitaine Joseph ici à New York pour me forcer à quitter
la Nation. Afin de sauver les Officiels nationaux et Capitaine Joseph de la disgrâce d’avoir à s’expliquer… de m’avoir évincé, j’ai annoncé par voie de presse que j’étais parti de ma propre initiative. Je n’ai pas pris la faute sur moi pour protéger ces Officiels nationaux, mais pour protéger la foi que vos fidèles ont en vous et en Nation of Islam.[31] »

Le 12 mars, il annonça la fondation de sa propre organisation religieuse, « The Muslim mosque inc. ». 

 

 

Malcolm X dans une mosquée sunnite (Mosquée Mohammed Ali), au Caire

Peu de temps après, il se convertit à l’islam sunnite orthodoxe[32]. Le 13 avril 1964, Malcolm X partit de l’aéroport John Fitzgerald Kennedy pour faire le pèlerinage à la Mecque (le hajj) dont il revint sous le nom musulman de Malik El-Shabazz[33]. Sa femme et ses filles prirent alors le nom de famille de Shabazz. 

Il condamna le racisme anti-blanc de
la Nation de l’Islam. Il écrivit ainsi à propos de son pèlerinage : 

« Il y avait des dizaines de milliers de pèlerins, de partout dans le monde. Ils étaient de toutes les couleurs, des blonds aux yeux bleus aux Africains à la peau noire. Mais nous étions tous les participant d’un même rituel, montrant un esprit d’unité et de fraternité que mes expériences en Amérique m’avaient mené à croire ne jamais pouvoir exister entre les blancs et les non-blancs. L’Amérique doit comprendre l’Islam, parce que c’est la seule religion qui efface de sa société le problème des races [34]. » 

Mais Malcolm X resta fidèle à une action tournée de façon privilégiée vers le peuple noir. Il refusa aussi de condamner la violence des opprimés, et eut des paroles assez dures pour les tenants de la non-violence, qu’il accusa d’encourager à la soumission. C’est ainsi le cas dans son célèbre discours du 3 mai 1964, peu après son retour de
la Mecque, The Ballot or the Bullet[35], où il menace de recourir à la violence, et traite certains politiciens blancs de crackers, un terme péjoratif anti-blanc. Dans le même discours, il déclare : 

« Si l’homme blanc ne veut pas que nous soyons contre lui, qu’il cesse de nous opprimer, de nous exploiter et de nous dégrader. Que nous [les noirs] soyons chrétiens, ou musulmans, ou nationalistes, ou agnostiques, ou athées, nous devons d’abord apprendre à oublier nos différences. [...] Nous allons être forcés d’employer le vote ou la balle. [...] Je ne me considère même pas comme un américain. Je ne suis pas un Américain. Je suis l’une de 22 millions de personnes noires qui sont les victimes de l’Américanisme [...] Il y aura des cocktails Molotov ce mois-ci, des grenades à main le mois prochain, et autre chose le mois suivant. [...] Ce sera la liberté, ou ce sera la mort[36]. » 

Pour lui, la priorité n’est pas d’unir les blancs et les noirs, il faut d’abord que l’union des noirs soit complète, et ensuite, il se battra pour l’union noir-blanc [réf. nécessaire]

Peu de temps après son retour de la Mecque, Malcolm X fonda l’« organisation pour l’unité afro-américaine », un groupe politique non religieux. Il affirme ainsi sa volonté de mener à la fois une lutte religieuse pour l’Islam, et une lutte politique pour les Noirs, les deux fonctionnant de façon autonome. 

Si Malcolm X romp avec
la NOI dans le domaine religieux, il reste assez largement fidèle à ses idées dans le domaine du nationalisme noir, en particulier en matière de nationalisme économique (l’insistance sur l’existence d’entreprises noires indépendantes des blancs) et d’auto-organisation de la communauté. 

Peu de temps après son retour de
la Mecque, Malcolm X fonde l’« organisation pour l’unité afro-américaine », un groupe politique non religieux. Il affirme ainsi sa volonté de mener à la fois une lutte religieuse pour l’Islam, et une lutte politique pour les noirs, les deux fonctionnant de façon autonome. 

L’assassinat 

La tension entre Malik El-Shabazz et Nation of Islam ne cessa de croître. Le 14 février 1965, sa maison fut l’objet d’un attentat à la bombe. 

Deux mois avant son assassinat, Louis Farrakhan avait écrit « un tel homme est digne de mourir »[37]

Le 21 février 1965, Malcolm X prononce un discours dans le quartier de Harlem à New York, devant un auditoire de 400 personnes, où sont également présents sa femme et ses enfants. Le discours commence à peine lorsqu’une dispute éclate dans la foule, un homme accuse un autre d’avoir ses mains dans ses poches. Malcolm X, au micro, les incite au calme lorsqu’un homme s’avance vers lui avec un fusil à canon scié; il touche au ventre Malcolm X, qui s’effondre, tandis que deux autres personnes lui tirent 16 fois dessus avec des revolvers. Malcolm X décède sur le coup. L’identité des commanditaires reste inconnue, même si les soupçons se portent principalement sur
la Nation de l’Islam, d’où plusieurs agents du FBI infiltrés avaient appris l’existence d’un projet d’assassinat de Malcolm X. 

Trois membres de Nation of Islam seront reconnus coupables en 1966 : Norman 3X Butler, Thomas 15X Johnson et Talmadge Hayer. L’organisation elle-même niera toute participation à l’assassinat. « Betty Shabazz [la femme de Malcolm X], qui est morte en 1997, a publiquement accusé Farrakhan d’un rôle dans le meurtre »[37]. Celui-ci a admis au début 2007 « j’ai pu être complice en mots », tout en niant une implication directe de l’organisation[37]. En 1994, Qubilah Shabazz, une des filles de Malcolm X sera arrêtée et inculpée pour avoir payé un tueur à gage chargé de tuer Farrakhan, accusation abandonnée en 1995[38]. Il a également été envisagé que le FBI ait eu connaissance du projet d’assassinat et l’ait couvert, voire aidé. Cette hypothèse a été reprise par la NoI[39]

Voir aussi 

Bibliographie en Français 

  • Malcolm X, par tous les moyens nécessaires, D. de Roulet – Desmaret Éditions (09/2004) – ISBN-10: 2742725555 – ISBN-13: 978-2742725557. 

  • Le pouvoir noir, Malcolm X & G. Breitman -
    La Découverte (02/2002) – ISBN-10: 2707136840 – ISBN-13: 978-2707136848. Une très bonne anthologie des écrits de Malcolm X. Le choix est éclairé et le panel est bien plus vaste que dans la plupart des livres anglophones, puisque cet ouvrage inclut des discours du « début » comme de la fin de la fin de la vie de Malcolm X. D’autant plus utiles que la plupart des discours de Malcolm X ne sont pas encore disponible en Français en ligne. 

  • Malcolm X, M. Rouabhi – Actes Sud-Papiers (02/2000) – ISBN-10: 2913675271 – ISBN-13: 978-2913675278. 

  • Malcolm : Les Trois Dimensions d’une révolution inachevée, F. Steiger & S. Molla – Éditions L’Harmattan (05/2003) – ISBN-10: 2747545229 – ISBN-13: 978-2747545228. 

  • L’autobiographie de Malcolm X, Malcolm X & Alex Haley – Presses Pocket (09/1999) – ISBN-10: 2266056336 – ISBN-13: 978-2266056335. 

Bibliographie en Anglais 

  • The Autobiography of Malcolm X as told to Alex Haley, Malcolm X & Alex Haley – Ballantine Books (10/1987) – ISBN-10: 0345350685 – ISBN-13: 978-0345350688. LA référence. 

  • Malcolm X Speaks: Selected Speeches and Statements (ISBN 0802132138) édité par George Breitman. Ses discours faits pendant les huit derniers mois de sa vie et qui manifestent le pouvoir de ses idéaux nouveaux. 

  • « Malcolm X: The Man and His Times » (ISBN 0865432007), édité avec une introduction et un commentaire de John Henrik Clarke. Une anthologie d’écrits, de discours et de manifestes complétée d’ajouts sur Malcolm X par un groupe international d’africains et d’afro-américains spécialistes et militants. 

  • « Malcolm X: The FBI File » (ISBN 0881847518), le commentaire est de Clayborne Carson, l’introduction de Spike Lee et l’édition de David Gallen. Une source d’informations provenant des dossiers du FBI sur ses débuts, en passant par sa sortie de prison en mars 1953, et se terminant en 1980 par l’enquête sur son assassinat. 

Articles en anglais 

Articles sur Malcolm X 

  • Parks, Gordon. The White Devil’s Day is Almost Over. Life, May 31, 1963. 

  • Speakman, Lynn. Who Killed Malcolm X? The Valley Advocate, November 26, 1992, pp. 3-6. 

  • Vincent, Theodore. The Garveyite Parents of Malcolm X. The Black Scholar, vol. 20, #2, April, 1989. 

  • Handler ,M.S.Malcolm X cites role in U.N. Fight. New York Times, Jan 2, 1965; pg. 6, 1. 

  • Montgomery, Paul L. Malcolm X a
    Harlem Idol on Eve of Murder Trial
    .
    New York Times, Dec 6, 1965; pg. 46, 1 

  • Bigart, Homer. Malcolm X-ism Feared by Rustin. New York Times, Mar 4, 1965; pg. 15, 1 

  • Arnold, Martin. Harlem is Quiet as Crowds Watch Malcolm X Rites. New York Times, Feb 28, 1965; pg. 1, 2 

  • Loomis, James. Death of Malcolm X. New York Times. Feb 27, 1965; pg. 24, 1 

  • n/a. Malcolm X and Muslims. New York Times, Feb 21, 1965; pg. E10, 1 

  • n/a. Malcolm X. New York Times, Feb 22, 1965; pg. 20, 1 

  • n/a. Malcolm X Reports He Now Represents Muslim World Unit. New York Times, Oct 11, 1964; pg. 13, 1 

  • Lelyveld, Joseph. Elijah Muhammad Rallies His Followers in
    Harlem
    .
    New York Times, Jun 29, 1964; pg. 1, 2 

  • n/a. Malcolm X Woos 2 Rights Leaders. New York Times, May 19, 1964; pg. 28, 1 

  • n/a. 1,000 In
    Harlem Cheer Malcolm X
    . New York Times, Mar 23, 1964; pg. 18, 1 

  • Handler, M.S. Malcolm X Sees Rise in Violence. New York Times, Mar 13, 1964; pg. 20, 1 

  • n/a. Malcolm X Disputes Nonviolence Policy. New York Times, Jun 5, 1963; pg. 29, 1 

  • Apple, R.W. Malcolm X Silenced for Remarks On Assassination of Kennedy. New York Times, Dec 5, 1963; pg. 22, 1 

  • Ronan, Thomas P. Malcolm X Tells Rally In
    Harlem Kennedy Fails to Help Negroes
    .
    New York Times, Jun 30, 1963; pg. 45, 1 

  • n/a. 4 Are Indicted Here in Malcolm X Case. New York Times, Mar 11, 1965; pg. 66, 1 

  • Handler, M.S. Malcolm X Seeks U.N. Negro Debate. Special to The New York Times; New York Times, Aug 13, 1964; pg. 22, 1 

Essais 

Essais sur Malcolm X 

  • Acuna, Rodolfo. Occupied
    America: A History of Chicanos
    .
    New York: Harper & Row, 1981. 

  • Alkalimat, Abdul. Malcolm X for Beginners.
    New York: Writers and Readers, 1990. 

  • Als, Hilton. « The Women. » (a chapter on Malcolm’s mother) 

  • Asante, Molefi K. Malcolm X as Cultural Hero: and Other Afrocentric Essays. Trenton, N.J.: Africa World Press, 1993. 

  • Baldwin, James. One Day, When I Was Lost: A Scenario Based On Alex Haley’s « The Autobiography Of Malcolm X ». New York: Dell, 1992. 

  • Breitman, George, ed. Malcolm X Speaks. New York: Merit, 1965. 

  • Breitman, George. The Last Year of Malcolm X: The Evolution of a Revolutionary. New York: Pathfinder, 1967. 

  • Breitman, George and Herman Porter. The Assassination of Malcolm X.
    New York: Pathfinder, 1976. 

  • Brisbane, Robert. Black Activism.
    Valley Forge, Pennsylvania: Judson Press, 1974. 

  • Carson, Claybourne. Malcolm X: The FBI File. New York: Carroll & Graf, 1991. 

  • Carson, Claybourne, et al. The Eyes on the Prize Civil Rights Reader. New York: Penguin, 1991. 

  • Clarke, John Henrik, ed. Malcolm X; the Man and His Times. New York: Macmillan, 1969. 

  • Cleage, Albert B. and George Breitman. Myths About Malcolm X: Two Views. New York: Merit, 1968. 

  • Collins, Rodney P. The Seventh Child. New York: Dafina;
    London: Turnaround, 2002. 

  • Cone, James H. Martin & Malcolm & America: A Dream or A Nightmare. Maryknoll, N.Y.: Orbis Books, 1991. 

  • Davis, Thulani. Malcolm X: The Great Photographs.
    New York: Stewart, Tabon and Chang, 1992. 

  • DeCaro, Louis A. On The Side of My People: A Religious Life of Malcolm X. New York:

    New York
    University, 1996. 

  • DeCaro, Louis A. Malcolm and the Cross: The Nation of Islam, Malcolm X, and Christianity. New York: New York University, 1998. 

  • Doctor, Bernard Aquina. Malcolm X for Beginners.
    New York: Writers and Readers, 1992. 

  • Dyson, Michael Eric. Making Malcolm: The Myth and Meaning of Malcolm X. New York:

    Oxford
    University Press, 1996. 

  • Essien-Udom, E. U. Black Nationalism. Chicago:

    University of
    Chicago Press, 1962. 

  • Evanzz, Karl. The Judas Factor: The Plot to Kill Malcolm X.
    New York: Thunder’s Mouth Press, 1992. 

  • Franklin, Robert Michael. Liberating Visions: Human Fulfillment And Social Justice In African-American Thought. Minneapolis, MN : Fortress Press, 1990. 

  • Friedly, Michael. The Assassination of Malcolm X.
    New York: Carroll & Graf, 1992. 

  • Gallen, David, ed. Malcolm A to Z: The Man and His Ideas.
    New York: Carroll and Graf, 1992. 

  • Garrow, David. Bearing the Cross: Martin Luther King, Jr. and the Southern Christian Leadership Conference. New York: Vintage, 1988. 

  • Goldman, Peter. The Death and Life of Malcolm X. Urbana:

    University of
    Illinois Press, 1979. 

  • Hampton, Henry and Steve Fayer. Voices of Freedom: Oral Histories from the Civil Rights Movement from the 1950s Through the 1980s. New York: Bantam, 1990. 

  • Harding, Vincent, Robin D. G. Kelley and Earl Lewis. We Changed the World: African Americans, 1945-1970. The Young
    Oxford History of African Americans, v. 9. New York:

    Oxford
    University Press, 1997. 

  • Hill, Robert A. Marcus Garvey: Life and Lessons. Los Angeles:

    University of
    California Press, 1987. 

  • Jamal, Hakim A. From The Dead Level: Malcolm X and Me.
    New York: Random House, 1972. 

  • Jenkins, Robert L. The Malcolm X Encyclopedia. Westport, Conn.: Greenwood Press, 2002. 

  • Karim, Benjamin with Peter Skutches and David Gallen. Remembering Malcolm.
    New York: Carroll & Graf, 1992. 

  • Kly, Yussuf Naim, ed. The Black Book: The True Political Philosophy of Malcolm X (El Hajj Malik El Shabazz). Atlanta: Clarity Press, 1986. 

  • Leader, Edward Roland. Understanding Malcolm X: The Controversial Changes in His Political Philosophy. New York: Vantage Press, 1993. 

  • Lee, Spike with Ralph Wiley. By Any Means Necessary: The Trials and Tribulations of The Making Of Malcolm X.
    New York, N.Y.: Hyperion, 1992. 

  • Lincoln, C. Eric. The Black Muslims in
    America
    .
    Boston, Beacon. 1961. 

  • Lomax, Louis. When the Word is Given. Cleveland: World, 1963. 

  • Maglangbayan, Shawna. Garvey, Lumumba, and Malcolm: National-Separatists. Chicago, Third World Press 1972. 

  • Marable, Manning. On Malcolm X: His Message & Meaning. Westfield, N.J.: Open Media, 1992. 

  • Martin, Tony. Race First. Westport, Connecticut:
    Greenwood, 1976. 

  • Myers, Walter Dean. Malcolm X By Any Means Necessary. New York: Scholastic, 1993. 

  • Perry, Bruce. Malcolm: The Life of A Man Who Changed Black
    America
    .
    New York: Station Hill, 1991. 

  • Randall, Dudley and Margaret G. Burroughs, ed. For Malcolm; Poems on The Life and The Death of Malcolm X. Preface and Eulogy By Ossie Davis. Detroit: Broadside Press, 1967. 

  • Sales, William W. From Civil Rights To Black Liberation: Malcolm X And The Organization Of Afro-American Unity. Boston, MA: South End Press, 1994. 

  • Shabazz, Ilyasah. Growing Up X.
    New York: One World, 2002. 

  • Strickland, William, et al. Malcolm X: Make It Plain. Penquin Books, 1994. 

  • Terrill, Robert. Malcolm X: Inventing Radical Judgment. Michigan State University Press, 2004. 

  • T’Shaka, Oba. The Political Legacy of Malcolm X. Richmond,
    Calif.: Pan Afrikan Publications, 1983. 

  • Tuttle, William. Race Riot:
    Chicago, The Red Summer of 1919
    .
    New York: Atheneum, 1970. 

  • Vincent, Theodore. Black Power and the Garvey Movement. San Francisco: Ramparts, 1972. 

  • Wood, Joe, ed. Malcolm X: In Our Own Image. New York:
    St. Martin’s Press, 1992. 

  • Woodward, C. Vann. Origins of the New South. Baton Rouge:

    Louisiana
    State
    University Press, 1967. 

Filmographie 

 

 

Malcolm X et Martin Luther King 

Liens internes 

Liens externes 

    

 

Wikimedia Commons propose des documents multimédia libres sur Malcolm X. 

Notes et références 

  1. La plupart des informations de cet article sont tirées de The Autobiography of Malcolm X as told to Alex Haley, par Malcolm X et Alex Haley parue en 1987 chez Ballantine Books (cf. Bibliographie). Rédigée par Alex Haley entre 1964 et 1965, elle est fondée sur des entretiens courts dirigés juste avant l’assassinat de Malcolm X (avec un épilogue rajouté après), et publiée en 1972. Le livre a été désigné par Time magazine comme l’un des dix livres les plus importants de non-fiction du XXe siècle, et comme« appartenant à la petite étagère des plus grandes autobiographies » selon Wendy Smith d’Amazon.com. Les informations proposées ici sont dans leur grande majorité confirmées par le dossier FBI de Malcolm ou le documentaire Make It Plain produit par la chaîne anglaise BBC. Se reporter à l’article pour des renvois plus précis à chacune de ces sources. 

  2. Make it Plain, BBC. 

  3. Notamment dans une interview de 1963 dans l’émission City Desk, dont un enregistrement est visible sur Google Video

  4. Il est intéressant de noter qu’il était appelé « New York Red » à Boston. 

  5. « Tell … to go in shape. It looks like another war. I have always been a Communist. I have tried to enlist in the Japanese Army, last war, now they will never draft or accept me in the
    U.S. Army. Everyone has always said … Malcolm is crazy so it isn’t hard to convince people that I am. »
    Tiré du dossier du FBI sur Malcolm X: partie I, page 7 ; disponible ici

  6. Make it plain, un documentaire de
    la BBC, disponible sur Google Video 

  7. Tiré du dossier du FBI sur Malcolm X: partie I, p. 6-7 ; disponible ici 

  8. Make it Plain, BBC. 

  9. « My confinement is of a different type; I’m just completing my fourth year of an 8 to 10 year term in prison … but these four years of seclusion have proven to be the most enlightening years of my 24 years upon this earth and I feel this ‘gift of Time’ was Allah’s reward to me as His way of saving me from the certain destruction for which I was heading. » Lettre issue d’une vente aux enchères, disponible ici 

  10. « Without education, you’re not going anywhere in this world, » tiré d’un site Internet qui rassemble des citations de Malcolm X. 

  11. « Education is the passport to the future, for tomorrow belongs to those who prepare for it today, » tiré de Wikiquote

  12. Make it Plain, BBC. 

  13. Voir aussi sur la conversion une lettre dans laquelle il demande à un certain Raymond : « Tell me all about yourself how you came to the Truth… and every thing else that you care to speak of » (Dis-moi tout de tout, comment tu en vins à
    la Vérité… and tout ce que tu veux me dire). Texte disponible ici

  14. Chapitre 55 de Message to the Blackman in
    America
    , par Elijah Muhammad, 1965.
    Voir le chapitre 55

  15. Voir une lettre du 23 septembre 1952 : « I had dinner in
    Chicago last week with our Leader. He is All-Wise. The words which flow from His Lips prove that Allah is the Best-Knower, and that Allah Himself taught our Leader. »
    Tiré du dossier du FBI sur Malcolm X: partie I, p. 9 ; disponible ici 

  16. Voir l’introduction de l’interview par Playboy Magazine (Alex Haley). 

  17. Dossier du FBI sur Malcolm X: partie I, p. 9-11 ; disponible ici 

  18. « Malcolm Little… was suffering « a social personality with paranoid trends (pre-psychotic paranoid schizophrenia) ». » Tiré du dossier du FBI sur Malcolm X: partie I, p. 88 ; disponible ici 

  19. Dossier du FBI sur Malcolm X: partie I, p. 6 ; disponible ici 

  20. Le terme de Mosquée n’était pas encore utilisé par
    la NOI, à l’époque. 

  21. Malcolm X est alors considéré comme le « Traveling Minister of
    Temple #7, NYC of the Muslim Cult of Islam,
    102 West 116th Street, NY, NY

    . » Tiré dossier du FBI sur Malcolm X: partie I, p. 61 ; disponible ici. L’adresse exacte, 113 Lenox Avenue, est donnée dans certaines lettres de Malcolm à d’autres meneurs du Mouvement des Droits Civiques, comme cette lettre adressée à Martin Luther King (autre version ; lettre à Whitney Young : ici et ici). 

  22. The Hate That Hate Produced ; voir sur ce point Make it Plain, BBC ou la vidéo de l’une des émissions sur Google Video

  23. Chapitre 55 de Message to the Blackman in
    America
    , par Elijah Muhammad, 1965.
    Voir le chapitre 55


  24. Cuba. A New History
    , Richard Gott, p. 185. 

  25. Brother Minister: The Martyrdom of Malcolm X,
    Alona Wartofsky,
    Washington Post, 17 février 1995, [1] 

  26. D’après l’autobiographie de Malcolm X, 1965, P. 299 de l’édition américaine. 

  27. Nation of Islam conteste, et parle d’une « mauvaise interprétation de la vie domestique de l’honorable Elijah Muhammad ». Voir An historical look at the honorable Elijah Muhammad
  28. « Nous croyons que les mariages mixtes ou le mélange des races devraient être interdits » : THE MUSLIM PROGRAM, texte d’Elijah Muhammad, sur le site officiel de
    la NOI. 

  29. d’après [2]

  30. D’après l’autobiographie de Malcolm X, 1965, P. 308 de l’édition américaine. 

  31. « The National Officials there at
    Chicago Headquarters know that I never left the Nation of Islam on my own free will. It was they who conspired with Captain Joseph here in
    New York to pressure me out of the Nation. In order to save the National Officials and Captain Joseph the disgrace of having to explain … for forcing me out, I announced through the press that it was my own decision to leave. // I did not take the blame to protect those National Officials, but to preserve the faith your followers have in you and the Nation of Islam »
    . Texte complet de la lettre disponible ici (autre version). 

  32. Voir sa déclaration de foi : lien vers le manuscrit. Malcolm X fait ici référence non pas à Elijah Muhammad, mais bien au prophète Mahomet. On remarquera donc que c’est une manière de revenir sur certaines des affirmations de membres de Nation of Islam qui associaient Elijah Muhammad à la notion de prophète. En réalité, Malcolm réfutait déjà cette idée dès 1963 (voir la vidéo disponible sur Google Video d’une interview dans l’émission City Desk où il explique ceci), qualifiant Elijah Muhammad de « messager » (« Messenger »). 

  33. Il est à noter que dans les dossiers du FBI apparaissent la reproduction de lettres du début des années 1950, que X signe sous le nom de Malachi Shabazz, une version très proche de son nouveau nom musulman de 1964. Voir par exemple la page 10 du dossier PDF [3]

  34. (en) Letter from Malcolm X 

  35. (en) The Ballot or the Bullet

  36. (en) The Ballot or the Bullet 

  37. a b c Voir sur le site de CBS le compte rendu de son émission 60 Minutes de janvier 2007, ou Farrakhan a admis pour s’en excuser « que ce que j’ai dit a causé la perte de la vie d’un être humain »
  38. Sur la vision de
    La NoI sur l’affaire, voir cette page [4] 

  39. An historical look at the honorable Elijah Muhammad

 

Portail des États-Unis 

Récupérée de « http://fr.wikipedia.org/wiki/Malcolm_X » 

  

Hommage à Malcolm X 

Par Saïd Branine
lundi 21 février 2005 

  

Il y a 40 ans, le 21 février 1965, Malcolm X, l’une des figures les plus puissantes du mouvement noir aux USA était assassinée Orateur de talent, doté d’un esprit brillant et intuitif, ainsi que d’une grande probité morale et intellectuelle, l’ex-leader de la « Nation of Islam » ne se contentait pas de discours incantatoires. Son engagement sans relâche au service de sa communauté et des droits de l’Homme reflétait la personnalité d’un homme courageux, vertébré par de fortes convictions, et une foi inébranlable en Dieu. Nous tenterons de retracer à travers cet hommage, le parcours de ce militant exceptionnel, et d’expliquer les raisons de son assassinat. 

Au crépuscule d’un jour de mai 1924, la vie intra-utérine de Malcolm fut tirée de sa douce quiétude par les violences des militants du Ku Klux Klan, abreuvés d’une haine des Noirs qu’ils dissimulaient sous la blancheur immaculée de leurs cagoules. Telle une horde sauvage, ils brisèrent les vitres de la maison familiale pour en découdre avec un père absent ce jour-ci, et dont l’épouse enceinte, terrorisée par la lâcheté de ces cavaliers, ignorait encore qu’elle portait dans son ventre les prémisses du destin fulgurant d’un fils, digne héritier de la lutte des Noirs aux USA. Malcolm Little naîtra quelques jours plus tard, le 19 mai 1925 à Omaha dans l’Etat du Nebraska. Il était le septième d’une famille de huit enfants. Son père Earl avait déjà trois enfants issus d’un premier mariage. Il était pasteur, militant de l’Association universelle pour le progrès fondée par Marcus Garvey qui estimait que seul un retour en Afrique des Noirs d’Amérique leur permettrait d’être de véritables hommes libres. Sa mère Louise était une antillaise qui avait la particularité d’avoir le teint clair en raison du viol de sa mère par un blanc. D’où les cheveux roux et la peau rougeâtre de Malcolm surnommé « red » (le rouquin). Ce qui inspirait à ce dernier un sentiment de répulsion, il avait ainsi appris « à haïr chaque goutte de sang qu’il tenait de l’homme blanc qui avait violé sa grand-mère. » 

Sa famille résida plusieurs années à Omaha avant de s’installer à Milwaukee. Une ville qui sera le théâtre du premier traumatisme subi par Malcolm au cours d’une nuit de cauchemar. Il avait en effet à peine 5 ans lorsque les cavaliers récidivistes du Ku Klux Klan imposèrent impunément leur terreur. Ils mirent le feu à leur maison afin de sanctionner l’engagement du père au service d’idées jugées révolutionnaires : « Je me rappelle que nous nous retrouvâmes dehors, en pleine nuit, en caleçon, pleurant et hurlant de toutes nos forces. Les policiers, les pompiers blancs étaient là ; ils regardèrent la maison brûler jusqu’à ce qu’il n’en restât rien. » Des violences qui marqueront à jamais Malcolm. De Milwaukee, la famille Little fut contrainte de déménager à Lansing dans l’Etat du Michigan. La jeune existence de Malcolm semble être vouée à la damnation, comme pour mieux creuser le sillon d’une destinée qui lui donnera son viatique pour l’histoire. 

L’année 1931 fut marquée pour lui par l’image d’une mère, nerveuse et bouleversée. Cet état psychologique fut suscité par une vision : celle de la mort de son mari, qui se confirma au cours de cette même année. La promesse du sang des cavaliers imprécateurs du Ku Klux Klan fut tenue. Le décès du père de Malcolm, dont la famille avait déjà été décimée par le meurtre de cinq de ses six frères par ces mêmes racistes, marqua le nouvel acte d’une tragédie qui frappa la dynastie Little et que rien ne vint conjurer. 

Enlevé à sa famille 

Le tempérament d’une mère courage émergea alors sous le coup de ce destin funeste. Confrontée sans aide à l’éducation de ses enfants, la veuve Little en perdit le goût de la vie. L’ultime épreuve fut infligée par l’assistance sociale qui s’empressa d’arracher tous les enfants à l’affection de leur mère. Seule et sous le choc de ce drame, elle perdit la raison avant d’être internée à l’hôpital psychiatrique de Kalamazoo. Malcolm X se souvient en 1957 d’une de ses visites : « Je ne peux pas vous dire ce que j’éprouvai alors. La femme qui m’avait mis au monde, choyé, conseillé, puni, aimé, ne me reconnaissait pas. Je la regardais. Je l’écoutais ‘’parler.’’ Mais je ne pouvais rien pour elle. Je crois vraiment que, si jamais famille fut détruite par l’Assistance publique, c’est bien la nôtre. Cette désintégration du foyer n’était pas nécessaire. Mais les gens de l’assistance, les tribunaux et leurs médecins nous ont donné le coup de grâce. Et nous n’étions pas les seuls dans ce cas . » 

Malcolm est un adolescent sans repère, dévoré par un terrible sentiment d’injustice. Il erre dans les dédales d’une vie mouvante, d’où se profile comme un déterminisme, un horizon sans énigme qui se confond avec la couleur de son épiderme. Après un passage auprès d’une famille d’accueil blanche, le jeune adolescent atterrit dans une maison de détention à Mason, dirigée par un couple de notables blancs du Michigan : les Swerling. Cette maison de détention constituait en fait une escale avant l’entrée dans une maison de redressement. Mais grâce aux relations de Mme Swerling, Malcolm fut inscrit dans un lycée à Mason échappant ainsi à la maison de redressement. Evoquant son séjour chez le couple Swerling, Malcolm écrivait : « Devant moi, ils parlaient de tout et de rien, comme on dit n’importe quoi devant son canari. Ils parlaient même de moi, ou des niggers, comme si je n’étais pas là, comme si je ne comprenais pas le sens de ce mot. Mais ce n’était pas par méchanceté… ils ne leur est jamais venu à l’esprit que j’étais capable de comprendre, que je n’étais pas un toutou, mais un être humain. » 

Au lycée blanc de Mason, Malcolm se distingua rapidement par de brillants résultats, notamment dans ses matières de prédilection que sont la littérature et l’histoire. Son professeur d’Anglais qui l’appréciait particulièrement, interrogea un jour Malcolm (à l’occasion d’une conversation après la classe), sur la profession qu’il souhaiterait exercer plus tard. Malcolm répondit « avocat » avec la naïveté d’un adolescent pour qui le rêve et l’ambition n’avaient pas de couleur. Le professeur Ostrowski invita alors le jeune élève « ambitieux » à faire preuve de plus de réalisme en le conseillant de s’orienter vers un métier manuel plus conforme à son « statut de noir ». Ce fut alors que Malcolm comprit que le noir de sa peau déterminerait plus son futur professionnel que ses bons résultats scolaires. Il décida de quitter sans regret le lycée pour rejoindre sa demi-sœur Ella à Boston. Paradoxalement, avec le recul, Malcolm jugera salvateurs les propos du professeur Ostrovski : « Je remercie Allah de m’avoir envoyé à Boston à ce moment- là, sinon je serais sans doute un chrétien noir au cerveau bien lavé. » 

Au bout de l’arrestation le destin 

Nouvellement arrivé à Boston, « red » ne tarda pas à préférer le ghetto au quartier de la classe moyenne noire où résidait sa demi-sœur Ella. Malcolm affiche son mépris pour ces Noirs qui aspirent à être plus blancs que blanc. Il est hanté par sa négritude dont il ne parvient pas à dessiner les contours. Sa mémoire est tourmentée par les récits de l’histoire de ses ancêtres déracinés de la terre mythique d’Afrique. Il se mit à la recherche d’un emploi et rencontra Shorty qui l’introduisit dans le milieu des cabarets de nuit de la région. Il devint cireur de chaussures dans les bals du Roseland. Il astiqua les chaussures de grands « jazzmen » tels que Duke Ellington ou Lionel Hampton. Pour l’anecdote Malcolm ne manqua jamais de rappeler avec humour, que le grand musicien Duke lui doit toujours « quinze cents pour un cirage ». Ce travail était en fait une couverture. La brosse à reluire de Malcolm dissimulait une autre activité beaucoup moins reluisante : celle de vendeur de Marijuana. Mais le rouquin dont les ambitions de délinquants se trouvaient à l’étroit à Boston, entreprit d’élire domicile dans le fameux quartier d’ Harlem à New York. Sur les nouveaux lieux de ses « exploits » d’apprenti caïd, Malcolm connut la consécration. Rompu à toutes les combines de la rue, il se construisit une réputation de petit prince de la pègre, doté néanmoins d’un véritable code d’honneur. Auréolé de ce titre, Malcolm consuma sa vie entre les filles faciles et la drogue. Mais le trône de ‘’red’’ est très convoité. La disgrâce le guette dans le ghetto. Au cœur de Harlem, Malcolm fut rapidement pris dans un règlement de compte entre les différents gangs du milieu. Menacé dans sa vie, Malcolm se replia sur Boston où il monta, en association avec son ami de toujours Shorty, une petite équipe de cambrioleurs. Son retour à Boston ne fut que la poursuite de sa vie nihiliste. Avec sa nouvelle équipe de malandrins, Malcolm étoffa son palmarès de nageur en eaux troubles, avant que son arrestation ne lui fît boire la tasse. Contrairement au film de Spike Lee, l’arrestation de Malcolm X n’a pas eu lieu alors qu il était en train de se défriser les cheveux. La véritable arrestation de Malcolm s’est déroulée ainsi : « J’avais donné à réparer une montre volée. Mes armes faisaient partie de mes vêtements, comme mes cravates. J’avais mis mon pistolet dans un étui accroché à mon épaule, sous mon manteau. J’appris par la suite que le propriétaire de la montre avait indiqué la réparation dont elle avait besoin. Une très belle montre, c’est pourquoi je l‘avais gardée pour moi. Et tous les horlogers de Boston étaient alertés. Le juif attendit d’être payé avant de poser la montre sur le comptoir. Puis il donna le signal. Un autre type apparut, du fond de la boutique, et se dirigea vers moi. Il avait la main droite dans la poche. C’était un flic, évidemment.  

- Passez au fond, dit-il d’une voix calme. 

- Je m’apprêtais à obéir lorsqu’un autre Noir, innocent celui-là, entra dans le magasin. J’appris plus tard qu ‘il avait fini son service militaire justement ce jour-là. Le flic pensa que c’était un associé, et se tourna vers lui. 

Je demeurais là, armé, immobile, pendant que l’inspecteur, me tournant le dos, interrogeait l’autre Noir. Encore aujourd ‘hui je suis persuadé que même alors Allah était avec moi. Je n’ai pas essayé de le descendre. Et c’est ce qui m’a sauvé la vie. Je me souviens que l’inspecteur s’appelait Shark. Je levai les bras en l’air et lui fis signe :’’ Prenez mon pistolet’’ dis-je. Je le regardais faire. Il était comme hébété. En voyant entré l’autre noir, il n’avait plus pensé que je pouvais être armé. Il était vraiment très ému parce que je ne l’avais pas descendu. Mon arme à la main, il donna le signal. Deux autres inspecteurs sortirent de leurs cachettes. Ils m’avaient donc tenu en joue. Un faux mouvement et ils auraient tiré. J’ai du revenir mille fois dans mon esprit sur cette journée où j’ai échappé à la mort. C’est pourquoi je suis convaincu que tout est écrit. » 

La révélation en prison 

Après son arrestation, Malcolm est jugé et condamné à 10 ans de prison en février 1946. Son tempérament fougueux souffre de l’enfermement. Il ne lui reste qu‘ à méditer ses rêves de liberté dans l’exiguïté de sa cellule. Dans la prison de Charleston, il se prend d’amitié avec un détenu très respecté nommé Bimbi qui le fascine par son savoir et sa grandiloquence. En 1948, Malcolm est transféré à la prison de Concord, où il reçoit une lettre de ses frères Philbert et Reginald qui lui affirment « avoir découvert la religion naturelle de l’homme noir et lui demande de ne plus manger de porc. » Ils concluent la lettre en lui annonçant : « Que Dieu venu en Amérique était apparu à un homme nommé Elijah Mohammed. » L’année suivante, Malcolm est à nouveau transféré dans la ‘’confortable’’ prison de Norfolk dans le Massachusetts. Les détenus ont un accès sans autorisation à une bibliothèque qui avait été léguée par un millionnaire du nom de Parkhurst. Malcolm dévore tous les livres qui se présentent à lui et recopie dans son intégralité le dictionnaire. La découverte de la lecture éveille en Malcolm : « le désir profond, latent, de vivre intellectuellement. » Servi par une mémoire phénoménale, et de grandes facultés d’apprentissage, Malcolm acquiert rapidement une solide culture qui lui permet d’effectuer en prison des exposés sur l’historien grec Hérodote, le philosophe Socrate ou encore sur Shakespeare. Son esprit qui jadis divaguait sous l’effet de la drogue, exulte désormais au rythme de ses prestations intellectuelles. Il renoue également en prison avec sa négritude. 

Au service de la « Nation of Islam »  

A sa sortie de prison en 1952, Malcolm se précipite vers le bain turc afin d’enlever le relent de prison qui « lui collait à la peau. » Il s’installe à Détroit chez son frère Wilfried et occupe un poste dans le magasin de meuble de ce dernier. Le soir après le travail, Malcolm part prêcher dans le ghetto la doctrine véhiculée par Elijah Mohammed au sein de la « Nation Of Islam ». Il est nommé l’année suivante assistant pasteur du temple numéro 1 de Detroit. Le rouquin se prénomme désormais Malcolm X, abandonnant ainsi définitivement son nom d’esclave. Ce X, symbole de l’inconnu en mathématique, enclenche la quête identitaire de Malcolm dont l’anonymat est compté. Le recrutement de Malcolm par les Blacks Muslims constitue une véritable aubaine. Il contribue rapidement au prestige et au développement de cette organisation. La « Nation of Islam » fut véritablement créée en 1930 à Detroit par un commerçant du nom de W D. FARD qui mourut en 1934. Un autre hurluberlu, Elijah Poole succède à Fard, et substitue son nom d’esclave Poole par celui de Mohammed. La « Nation of Islam » insiste sur le comportement moral de ses adeptes et prône la séparation des races blanches et noires. Les origines de L’Islam aux Etats-Unis remontent en fait à l’arrivée des premiers esclaves d’Afrique dont certains étaient musulmans. En août 1966, dans sa préface du livre de Georges Breintman, Malcolm X, le pouvoir noir, Claude Julien rapporte le témoignage d’un correspondant du TIMES qui relate sa réception chez un riche blanc où le service domestique était assuré par des esclaves musulmans : « James Cooper (1794-1866) possédait en Géorgie cinq cents esclaves dont une douzaine au moins étaient musulmans. » Il écrivit à propos de l’un deux : « Sali Bul Ali est un strict mahométan ; il ne boit pas d’alcool, respecte certains jeûnes, en particulier celui du Ramadan. » Claude Julien poursuit en signalant : « qu‘un esclave musulman atteignit une incontestable notoriété : un certain Job, né en 1701 ou 1702 sur les rives de
la Gambie, fut capturé en 1730 et expédié au Maryland où il travailla dans une plantation de tabac, s’évada, fut capturé et emprisonné. Des abolitionnistes achetèrent sa liberté et lui payèrent le voyage jusqu’en Angleterre, où il fut reçu à
la Cour royale. Il rentra chez lui vers 1735 et s’adonna au commerce. Il savait le Coran par cœur. » 

Le dévouement de Malcolm X et ses qualités de tribun font merveille. Il connaît une ascension fulgurante au sein de la « Nation of Islam » devenant l’objet de sollicitations régulières de la presse américaine. 

En 1958, il se marie avec Betty X dans l’Indiana. De cette union naîtront 4 filles : Atilah Kubilah, Ilyasah, et Amilah. Betty disparaîtra (ironie d’un sort cruel) en 1997 suite à un incendie provoqué dans sa maison par son petit-fils prénommé Malcolm ! 

Trahi par les siens 

La popularité de Malcolm X suscite alors beaucoup d’envieux et de jalousies parmi les dirigeants de la « Nation of Islam » dont certains s’emploient à le discréditer en faisant circuler des rumeurs d’enrichissement personnel. 

Durant l’automne 1963, Elijah Mohammed profite d’une déclaration ambiguë de Malcolm X sur la mort du président Kennedy pour le suspendre 90 jours de la « Nation of Islam ». Malcolm X transforme cette suspension en une rupture. Il crée la « Muslim Mosque » (
La Mosquée Musulmane) en 1964, avant de programmer son départ pour
la Mecque afin de s’initier à la connaissance d’un Islam authentique. Il rencontre le docteur Chawarbi, un imminent savant musulman en poste à l’ONU qui lui remet une lettre approuvant sa candidature au pèlerinage, facilitant ainsi l’obtention d’un visa pour l’Arabie Saoudite. Au cours de ce voyage, il rédige le 20 avril 1964 à Djeddah (Arabie Séoudite) une lettre qui dépeint l’atmosphère chaleureuse et fraternelle entre toutes les races unies autour de L’Islam : « Dans le monde musulman, je venais de voir pour la première fois de ma vie des hommes à la peau blanche se conduire avec moi comme des frères. » Il est également surpris de sa notoriété et du prestige que rencontre dans le monde son combat. Il est l’hôte du prince Faycal d’Arabie Saoudite, ainsi que de prestigieux chefs d’Etats africains 

A son retour de
la Mecque, Malcolm X fonde l’organisation pour l’unité afro-américaine. Il prend conscience de l’intérêt de donner une dimension internationale à la lutte des Noirs aux USA. Il entreprend une autre tournée en Afrique, ponctuée par des visites de la casbah de Casablanca et de celle d’Alger, suivie d’une autre tournée au Proche-Orient. La pensée de Malcolm s’enrichit et s’ouvre sur l’universalisme. Il abandonne définitivement le projet séparatiste avec la société américaine au profit d’une transformation du système américain à même d’assurer l’émancipation de la communauté noire. 

Sa rupture avec la « Nation of Islam » était en fait prévisible. Le 1er juin 1964, il déclare au magazine Jeune Afrique : « Si j’ai quitté le mouvement des Blacks Muslims, c’est parce que j’estimais qu’il était trop sectaire et que ce sectarisme finissait par paralyser son action militante. » Cette évolution idéologique forgera en partie la grandeur de Malcolm X dont la disparition précoce annihilera la nécessaire maturation d’une pensée encore naissante. Le 13 février 1965, il regagne les USA après un long périple en Europe marqué par une interdiction d’accès du territoire français par les autorités françaises qui ont agi visiblement sous la pression du gouvernement américain. Cette décision a provoqué l’indignation de Malcolm X, qui devait s’exprimer dans un rassemblement en faveur de la lutte des Noirs aux USA, organisé par des parisiens, des Afro-américains, ainsi que des militants des Caraïbes, et d’Afrique. Une interdiction d’autant plus scandaleuse, que Malcolm X avait effectué un séjour plutôt réussi en France en novembre 1964. 

Il sera assassiné le 21 février 1965 dans la salle de bal Audubon. Son corps sera criblé de 13 chevrotines et de plusieurs balles : « J’ai toujours pensé que je mourrais de mort violente et j’ai fait mon possible pour m’y préparer » pressentait Malcolm X. Deux membres des Black Muslim : Norman 3x Butler, Thomas 15 X Johnson, et Talmadge Hayer seront condamnés à la prison à vie, le 14 avril 1966 pour le meurtre de Malcolm X. Ses obsèques se déroulèrent devant une foule immense. Malcolm X fut enterré au cimetière de Farncliff à New-York. Sur la plaque de son cercueil fut gravé : « El Hadj Malik ‘’El-Shabazz-19mai1925-21février1965. » Sa fille de 6 ans Attilah exprima avec candeur son chagrin à travers une lettre : « Cher papa, je t’aime tant, mon Dieu, mon Dieu, comme je voudrais que tu ne sois pas mort. » 

Qui sont les véritables commanditaires de l’assassinat de Malcolm X ? 

Jusqu’à ce jour les commanditaires de l’assassinat de Malcolm X n’ont jamais été clairement identifiés. Cependant, l’hypothèse d’une action concertée entre Le « FBI » et la « Nation Of Islam » n’est pas à exclure. Ces deux milieux avaient en effet quelques intérêts à la liquidation de Malcolm X. Depuis 1964, date de sa rupture avec la « Nation of Islam », Malcolm X ne se privait pas de dénoncer la corruption et le charlatanisme des dirigeants de cette organisation. Dans un entretien accordé le 8 janvier 1965 au Young Socialist, il déclare que : « La « Nation Of Islam » ne prend aucune autre part dans la lutte des noirs de ce pays pour changer leurs conditions, si ce n’est celle d’offrir une force morale pour amener nos gens à cesser de se saouler ou de se droguer. C’est insuffisant une fois sobre, vous restez pauvre(…) Tous ces militants déterminés ont été paralysés par une organisation qui ne prend aucune part active dans aucun combat. » Pire encore pour la « Nation of Islam », dans un discours daté du 3 avril 1964 prononcé à l’église méthodiste de Cory, Malcolm X soulignait son impuissance en offrant une alternative politique crédible à la lutte des Noirs : « Pour terminer, j’aimerais vous dire quelques mots de la « Muslim Mosque » que nous avons récemment fondée à New-York. C’est vrai nous sommes musulmans, notre religion est l’Islam, mais nous ne mélangeons pas notre religion et notre politique (nous ne les mélangerons plus). Une fois nos offices terminés, nous nous engageons, en tant que musulmans, dans l’action politique, l’action économique et l’action sociale et civique. Nous y participons en tous lieux, en tous temps, et de toutes les façons aux côtés de tous ceux qui luttent pour mettre un terme aux maux politiques, économiques et sociaux, qui affligent notre communauté. » D’autre part, quelques jours avant son assassinat, Malcolm X menaça au cours d’un meeting à Détroit organisé par l’Afro-American Broadcasting Compagny de faire des révélations sur les dirigeants de la « Nation of Islam » : « Ils ont ouvert la polémique contre moi et qui plus est, tenté de me réduire au silence, parce qu’ils n’ignorent pas ce que je sais sur leur compte. A mon avis, ils devraient me connaître assez bien pour savoir qu’ils ne parviendront sûrement pas à me faire peur. Mais lorsque je révèlerai ce que je sais, il est des faits relatifs à
la Nation of Islam qui vous scandaliseront, lorsque vous en aurez connaissance. » 

Le tournant idéologique de Malcolm X dérange 

Dans une correspondance rédigée depuis Lagos (capitale du Nigéria) le 10 mai 1964, Malcolm X confirme clairement son évolution qui l’amène à transcender le clivage racial entre Noirs et Blancs : « ‘Le Coran fait au monde et au musulman une obligation de prendre le parti de ceux dont les droits humains sont violés, quelle que soit la conviction religieuse des victimes. La religion de l’Islam tient à cœur les droits de tout le genre humain, sans distinction de race, de couleur ou de croyance. Pour elle, tous (et chacun) sont membres d’une seule et même famille, la famille humaine. » 

Cette évolution de la pensée de Malcolm X s’accompagne d’une nouvelle stratégie politique. Il décide de projeter la question du statut des Noirs américains au delà des frontières américaines, à travers la recherche de soutiens et de relais à son combat sur une scène internationale marquée alors, par l’émergence de nouvelles nations en lutte contre toutes les formes d’impérialisme et de colonialisme : « La seule façon dont nous nous libérerons passe par notre identification avec les peuples opprimés du tiers monde.(…) quand les 22 millions d’Américains noirs s’apercevront que nous avons le même problème que les opprimés du Vietnam du Sud, du Congo et de l’Amérique Latine – étant donné que les opprimés constituent la majorité et non la minorité sur cette terre, nous serons amenés à envisager notre problème en majorité capable de revendiquer et non plus en minorité réduite à la mendicité. » (Meeting à New-York, salle Audubon, le 20 décembre 1964) 

Le tournant idéologique opéré par Malcolm X (abandon du projet fantaisiste de séparatisme, passage du nationalisme noir à l’universalisme, déplacement de la lutte des Noirs à un niveau plus politique) conférait à son combat une efficacité et un réalisme qui faisait de lui un opposant redoutable à certains cercles du gouvernement américain. Malcolm X ne manquait jamais de fustiger la politique étrangère américaine. Sur le plan intérieur, il renvoyait dos à dos les partis républicain et démocrate en plaidant pour un vote noir indépendant, ainsi qu ‘il a annoncé au cours du Harvard Law School Forum le 16 décembre 1964 : « Il faut que nous acquérions une meilleure compréhension de la science politique et que nous nous fassions inscrire sur les listes électorales. Nous ne devons pas prendre, de quelque façon que ce soit, fait et cause pour l’un quelconque de ces partis. A mon avis, nous devrions limiter notre action politique à la situation donnée, sans du tout chercher à nous identifier ou à nous vendre à l’un des deux partis, mais en nous engageant dans une action politique consacrée au bien des êtres humains et destinée à en finir avec toutes ces injustices. » L’évolution idéologique de Malcolm X enlevait en fait tout argument de « diabolisation » à ses ennemis qui souhaitaient le confiner dans une marginalisation stérile. Bénéficiant d’une aura internationale, il devenait un interlocuteur et un acteur politique crédible de la société américaine. Ce qui explique qu’il était sous la surveillance permanente du FBI et de
la CIA dont Malcom X n’avait de cesse de dénoncer : « On nous surveillait. Nos téléphones étaient sur table d’écoute. Aujourd’hui encore, si je devais parler au téléphone de bombarder l’empire State Building, je vous garantis que ce gratte-ciel serait cerné dans les cinq minutes ». Le journaliste Alex Haley (auteur du fameux roman Racine transposé en feuilleton à l’écran) avec qui il rédigea son autobiographie, rappelait qu’avant de rentrer chez lui, Malcom X prononçait la formule rituelle « Allo ! allo ! le FBI, vous êtes branchés ? Parfait, ici Malcolm X. » 

Cette surveillance du FBI n’est que le compartiment d’un programme de contre-espionnage mis en place en 1956 et surnommé le Cointelpro. Ce programme qui avait été initialement élaboré en direction des sympathisants et militants du parti communiste américain, sera prioritairement orienté en 1967 vers les mouvements noirs. Le FBI a ainsi défini en des termes pour le moins explicites la mission du Cointelpro qui : « est de démasquer, briser, fourvoyer, discréditer, ou au moins neutraliser les activités des organisations nationalistes noires qui prêchent la haine. » L’objectif du Cointelpro tel qu‘il a été assigné en 1967, visait à l’époque un des principaux mouvements nationalistes noirs influencé par Malcolm X : les Blacks Panthers, (Blacks Panthers Party fondé en Californie par deux étudiants en droit : Huey P.Newton et M.Bobby Seale). Certes ce programme intervient deux années après la mort de Malcolm X, mais il démontre la volonté notoire du FBI de recourir à toutes les méthodes de répression y compris le crime pour étouffer toute voix contestataire noire du système américain. 

L’ignoble Hoover, responsable du FBI durant cette période n’avait-il pas rédigé une note qui annonçait clairement que : « Le Cointelpro doit empêcher la naissance d’un messie qui pourrait unifier et électriser le mouvement nationaliste noir (…) Il faut faire comprendre aux jeunes Noirs modérés que, s’ils succombent à l’enseignement révolutionnaire, ils seront des révolutionnaires morts (…) ne vaut-il pas mieux être une vedette sportive, un athlète bien payé ou un artiste, un employé ou un ouvrier plutôt qu‘un Noir qui ne pense qu’à détruire l’establishment et qui, ce faisant, détruit sa propre maison, ne gagnant pour lui et son peuple que la haine et le soupçon des Blancs ! » 

Malcolm X qui se définissait comme le Noir « le plus en colère de l’Amérique » reste une des figures les plus emblématiques de la lutte des Noirs contre l’oppression, et le racisme. Il a inscrit son nom dans le panthéon des personnalités musulmanes du siècle précèdent. Sa méfiance viscérale de tous les pouvoirs honorait un homme pour qui la défense de son idéal avait le prix du sacrifice. Son combat désintéressé et sans compromission était marqué du sceau de la foi en Dieu. Ainsi dans son autobiographie, il concluait le dernier chapitre sur ces paroles : « Si je meurs en ayant apporté la plus petite lumière, la plus petite parcelle de vérité, si je meurs en ayant pu contribuer à détruire le cancer raciste qui ronge la chair américaine, alors, tout le mérite en revient à Allah. Ne m’imputez que les erreurs. » Rien, pas même l’ombre de la mort, ne venait altérer la détermination d’un homme mû par de puissantes convictions et dont la bravoure n’avait d’égale que son immense humilité. La rigueur morale de son engagement demeure un modèle dont feraient bien de s’inspirer certaines associations musulmanes membres du CFCM, qui restent figées dans une mentalité tribale. Elles préfèrent, au détriment de l’intérêt général de la « communauté », s’investir dans une course au leadership, susceptible d’offrir un strapontin à même d’assouvir les ambitions personnelles d’individus dénués de modestie et dominés par un besoin irrépressible de faire briller leur pâle étoile. Mais l’Imâm Ali n’affirmait-il pas : « Aktar Masâri al-uqûl tahta burûq al-matâmi ! » Que d’effondrements sous les éclairs des ambitions ! 

Saïd Branine 

Du même auteur, à lire en ligne sur Oumma.com : 

  

 

 

L’Autobiographie de Malcolm X 

  

Malcolm X et Alex Haley 

 

L’Autobiographie de Malcolm X
Auteur: Malcolm X et Alex Haley
Titre original: The autobiography of Malcolm X
Première édition: 1965
Prix littéraires: Elu par le Times comme étant l’un des 10 essais les plus importants du 20e siècle
Voir aussi sur iphri.net: Le Pouvoir Noir 

By any means necessary 

J’étais donc là, avec mon revolver, derrière le détective qui parlait à ce Nègre en me tournant le dos. Aujourd’hui je crois qu’Allah était avec moi, même à cette époque-là. Je n’essayai pas de le descendre. Et cela me sauva la vie. 

Je me rappelle que son nom était Détective Slack.
Je levai mon arme, en l’approchant vers lui, “Voilà, prenez mon revolver.”
Je vis sa face quand il le prit. Il était choqué. A cause de l’irruption de l’autre Nègre, il n’avait pas une seule seconde pensé à une arme. Il était vraiment touché que je n’aie pas essayé de le tuer.
Alors, tenant mon arme dans sa main, il fit un signe. Et dehors, de là où ils s’étaient cachés, s’approchèrent deux autres détectives. Ils étaient en couverture. Un seul faux mouvement, et j’aurais été tué. 

J’allais avoir un long séjour en prison pour repenser à tout ça. 



“Vous êtes une autre marionnette de l’Homme Blanc envoyée pour m’espionner !” 

Le premier contact aurait pu être plus cordial entre Malcolm X, ministre de
la Nation of Islam (NOI), et Alex Haley, pigiste du magazine Playboy, venu pour l’interviewer. Qui aurait pu croire alors que le respect, l’estime, la confiance puis l’amitié finiraient par s’installer entre les deux hommes? Trois ans plus tard, en 1963, Alex Haley proposera à Malcolm X d’écrire sa biographie. Ce dernier hésite, tergiverse, atermoie: “Vous ne me croiriez pas si je vous parlais de mon passé”. Puis enfin il se décide et accepte. Pendant deux ans, trois heures par jour à chaque fois qu’il le pouvait, Malcolm X racontera dans les détails cette vie incroyable à Alex Haley. Il en sortira un livre-monument, un livre-testament, L’autobiographie de Malcolm X, considéré par les critiques comme l’un des livres les plus importants du 20e siècle. 

Déjà dans le ventre de sa mère, le futur à naître Malcolm Little eut un avant goût de la terreur institutionnalisée dans laquelle en tant qu’africain-américain il serait amené à vivre: des membres du Ku-Klux Klan venant à la maison familiale pour lyncher son père, ce membre de l’UNIA de Marcus Garvey, accusé de “répandre le trouble parmi les bons Nègres” avec ses théories “Back to Africa”, “Africa to Africans”, et autres “Wake up, Mighty Race!”. Malcolm naîtra quelques jours plus tard, le 19 mai 1925, à Omaha, dans le nord des Etats-Unis. 

L’expérience de l’école primaire sera marquante pour le petit Malcolm. Ce sera d’abord le contact direct avec la dure réalité de la non-blanchitude dans l’Amérique des années 30. Il est pourtant l’un des élèves les plus brillants de sa classe. Il veut être avocat, mais très vite, son maître d’école, blanc, le conseille paternellement: “Tu dois être réaliste à propos du fait que tu est un négro. Avocat, ce n’est pas un objectif réaliste pour un négro”

Il s’écarte alors très vite des bancs de l’école. Il ira à l’aventure, à Boston d’abord, puis New-York, l’autre dimension. Et là ce fut la plongée dans les abysses de la grande délinquance: trafics et escroqueries en tous genres, tripots clandestins, deals de joints et de dope. Puis les vols à main armée, les courses-poursuites avec les tueurs. 

Un jour de poisse, il se fait pêcher. Nous sommes en 1946, Malcolm Little écope de 10 ans de prison. Il est si diablement mauvais et anti-religieux qu’en prison, ses co-détenus qui en ont pourtant vu d’autres le surnomment “Satan”. Et là survient le miracle: son frère lui parle durant une visite du “Vrai Dieu, Allah”, et de la “Vraie Religion des Noirs”, l’Islam. Celui qui la répand en Amérique, Elijah Muhammad, dit que l’Homme Blanc a falsifié l’Histoire des Noirs, qu’il leur a lavé la cervelle après les avoir esclavagisé. Que les Noirs doivent mener une vie honnête et saine, se séparer des Blancs et surtout s’auto-défendre. 

Le message touche Malcolm. Il se met en contact avec Elijah Muhammad, et en même temps décide de parfaire son instruction en dévorant tous les livres de la bibliothèque de la prison. Le dictionnaire, d’abord, qu’il recopiera de A à Z pour en savoir tous les mots; puis les livres de W. E. B. du Bois, ceux sur l’Histoire et les civilisations de l’Afrique Noire, ceux sur des rebelles africains-américains comme Nat Turner. Sa boulimie le mènera même a lire des ouvrages comme ceux de Gregor Mendel sur la génétique, ou des ouvrages purement philosophiques comme ceux de Spinoza, Kant, ou Nietzsche

En 1952, Malcolm est libéré sur parole. Selon la tradition de
la Nation of Islam, il abandonne son nom d’esclave et devient Malcolm X. C’est un homme neuf, totalement différent de la loque physique et mentale qu’il était six ans auparavant. Il est prêt à affronter son destin. Pendant 12 ans, aux côtés de Elijah Muhammad auquel il voue une admiration et une fidélité sans faille, il véhiculera le message et les dogmes de
la Nation of Islam. Interviews, conférences, articles: Malcolm devient rapidement une star médiatique. Photogénique, acerbe et direct dans le discours, tout le monde veut avoir l’avis du “Noir le plus en colère d’Amérique”

Et ce qui devait arriver arriva: la rupture avec Elijah Mohammed. Jalousie? Peur de l’aura sans cesse grandissante de Malcolm? Peu importe, celui-ci quitte
la NOI au début de l’année 1964. Cette indépendance nouvelle permet à Malcolm X de voyager en Afrique (Ghana, Nigeria, Sénégal, Libéria, etc…), en Asie, en Europe, bref, de s’internationaliser. Son discours politique devient plus mûr, s’éloignant de la démonologie de
la NOI. Il fonde l’OAAU (Organization of the Afro-American Unity), une structure non-religieuse de lutte pour les droits des africains-américains. C’est la seconde mue, Malcolm X n’est plus un agitateur politique, défendant des théories souvent farfelues: il est devenu un homme politique, un leader qui rassemble, avec un programme, avec des moyens potentiellement conséquents, avec une base électorale. Il est devenu un homme qui peut faire basculer le système, et le premier point de son agenda de présenter le problème afro-américain à l’ONU. Les menaces fusent. D’oú viennent-elles? Du FBI? De
la NOI? Nul ne le sait. Malcolm confiera à Alex Haley, durant un de leurs derniers entretiens: “Si je suis encore vivant quand ce livre sortira, ce serait un miracle.”  

Le miracle n’aura pas lieu. Le dimanche 21 février 1965, Malcolm X donne une conférence au Audubon Ballroom, à New York. “Enlève ta main de ma poche!”, crie quelqu’un dans le public. Cafouillage, brouhaha, bruits de chaises, les gens se lèvent en ergotant pour essayer de voir ce qui se passe. “Let’s cool it, Brothers” (Calmons-nous, mes frères), tels seront les deniers mots de Malcolm X. Quelques secondes plus tard, trois hommes montent en peloton d’exécution sur l’estrade, et vident leurs chargeurs. Malcolm X expire sur place. Il avait 40 ans. 

“De toutes les façons, maintenant, je vis chaque jour comme si j’étais déjà mort, et je vais vous dire ce que je voudrais que vous fassiez. Quand je serai mort -je le dis de cette manière parce que à partir de ce que je sais, je ne m’attends pas à vivre assez longtemps pour lire ce livre sous sa forme achevée- je veux juste que vous observiez et que vous voyiez si je n’ai pas raison quand je dis: que le blanc, dans sa presse, va m’identifier à “la haine”. 

Il va m’utiliser mort de même qu’il m’a utilisé vivant, comme le prototype parfait du “haineux” – et cela va l’aider à fuir la vérité qui est que tout ce que j’ai fait a été de tenir un miroir pour refléter, pour montrer, l’histoire des crimes indicibles que sa race a commis contre la mienne”. 

Malcolm X 

Le livre sera donc publié posthumément. 

Et Malcolm X avait mille et une fois raison : l’histoire de sa vie est à peine croyable. L’intérêt du regard qu’il jette sur sa vie est d’autant plus grand que le Malcolm qui parle au début du livre n’est pas celui de la fin : le premier appartient à
la NOI, le second en a été chassé : “Comment est-il possible d’écrire l’autobiographie de quelqu’un dans un monde aussi rapidement changeant que celui-ci ?”, demandera-t-il à Alex Haley. 

C’est ici que pour la première fois l’immense talent littéraire de Alex Haley se fait reconnaître. Déjà parce qu’au-delà du style qui est très prenant, très fluide, c’est surtout la variabilité de la texture de cet essai qui impressionne : sous sa plume, on a parfois l’impression de lire un roman policier quand Malcolm nous entraîne dans l’univers carcéral ou dans celui des malfrats de Harlem ; de lire un essai de sociologie quand Malcolm analyse (au vitriol, comme à son habitude) toutes les manifestations de l’aliénation des africains-américains de son époque ; de lire un traité de politique lorsqu’il aborde les questions relatives aux droits des africains-américains, et à tous les moyens nécessaires pour qu’ils soient respectés ; et bien sûr on éprouve la sensation de lire une très juste et très sincère biographie quand Malcolm nous raconte mille et une anecdotes qui ont jalonné sa courte vie, sans rien cacher les aspects les plus désopilants comme par exemple ses aventures de jeunesse avec son défrisage, ses chaussures oranges, sa sape d’enfer, ses joints, et la laiteuse Sophia accrochée à ses bras. 

La vie d’un des plus grands leaders politique au monde, relatée par l’un des plus grands écrivains de l’histoire de la littérature, ne pouvait donner que ceci : un classique de la littérature contemporaine, le témoignage d’un homme qui sacrifia sa vie pour les siens et pour toute l’Humanité. 

  

  

La violence de la fraternité : hommage à Malcolm X 

  

par  Michael Hardt 

Mise en ligne le jeudi 22 mai 2003 

Vingt-six ans après sa mort la vision de Malcolm X conserve une fraîcheur particulière et aux États-Unis on assiste actuellement à une renaissance de sa pensée politique aussi bien chez les intellectuels que chez les jeunes noirs. Cela témoigne non seulement de la profondeur de sa vision politique mais aussi du fait que les problèmes raciaux qu’il a vécus n’ont pas changé substantiellement dans nos sociétés. Les mouvements de libération des noirs aux États-Unis avaient beaucoup régressé d’une part à cause de la récupération d’une couche dirigeante noire et d’autre part à cause d’une répression directe et brutale. Aujourd’hui les mouvements sont beaucoup moins forts, moins organisés qu’il y a vingt ans, mais cela n’implique pas que l’incidence de la violence raciale soit réduite. En Europe comme aux États-Unis, dans les banlieues comme dans les grandes villes, on assiste à l’apparition de conflits raciaux et ethniques, d’étincelles qui peuvent annoncer une explosion sociale, et qui présentent peut-être le danger d’une violence plus importante précisément parce qu’ils ne sont pas organisés en mouvements cohérents et parce que les problèmes de base ne sont pas pris en compte. Nous proposons donc cette conférence de Malcolm X, prononcée seulement cinq jours avant son assassinat, car nous avons été touchés par l’actualité de son analyse du phénomène racial et la fécondité de ses stratégies politiques.
On peut résumer toute la pensée de Malcolm X en disant que c’est une théorie de la fraternité. Et sur le terrain politique la fraternité est une manifestation du pouvoir de la communauté.
Cette perspective politique déplace la série d’oppositions qui souvent encadrent la pensée des conflits raciaux. Il n’est pas suffisant de concevoir le problème et la solution du racisme en termes de haine et d’amour. Malcolm explique que le racisme comporte la haine – non seulement la haine des Blancs pour les Noirs mais aussi la haine des Noirs pour eux-mêmes, véhiculée par la culture blanche. Pourtant le racisme n’est pas seulement un phénomène psychologique ou affectif, c’est aussi un dispositif social et économique : les États-Unis se sont construits grâce au travail des Noirs comme
la France s’est construite grâce au travail des immigrés. Le racisme prend la forme d’un colonialisme intériorisé ; il y a un tiers-monde au sein du pouvoir occidental qui est en droit de revendiquer une indépendance économique, une libération nationale comme dirait Malcolm. C’est ainsi que parler d’amour dans une situation de haine institutionnalisée et d’exploitation, c’est faire de l’amour une abstraction, c’est vider l’amour de son contenu réel.
On assiste également chez Malcolm à un déplacement de l’opposition violence/non-violence pour penser le racisme. Il est certain que le racisme comporte une violence extrême, mais cela n’implique pas que l’on puisse simplement poser la non-violence comme solution. La non-violence en tant que stratégie politique est seulement une confirmation que nous sommes des victimes, que nous sommes dans une position de faiblesse. Malcolm, par contre, essaie de penser le contre-pouvoir et invoque le principe de la réciprocité : j’aime tous ceux qui m’aiment mais dans une situation réelle où l’on est menacé par la violence, il faut répondre d’une façon appropriée. En fait, le problème ne se pose pas en termes d’amour ou de haine, de violence ou de non-violence, mais en ternes de pouvoir. C’est seulement quand Malcolm emploie le « nous » – au nom de la communauté noire – qui revendique un pouvoir de gré ou de force dans une pratique politique, qu’il touche du doigt une véritable fraternité. La communauté constitue pour Malcolm un sujet fort, plein de souffrance, de rage, de désir et d’amour. C’est là qu’on trouve le lyrisme de son discours. Et c’est là aussi qu’on commence à comprendre le pouvoir des conflits raciaux et ethniques en Europe occidentale aujourd’hui, dans leurs pratiques communautaires. La constitution du pouvoir de la communauté, la politique de la fraternité sont la menace de Malcolm, menace qui a donné bien des sueurs froides au monde blanc. 

Plus qu’un problème américain, un problème mondial 

Ce discours a été prononcé par Malcolm X, à l’église Méthodiste de Corn Hill Rochester, New York, le 16 février 1965. Le texte a paru dans Malcolm X : The Last Speeches, présenté par Bruce Perry, Path Linder, New York, 1989. 

Avant toute chose, mes frères et soeurs, je tiens à vous remercier d’avoir pris le temps de venir ici ce soir, à Rochester, et surtout de m’avoir invité, à cette petite tribune informelle pour débattre de préoccupations communes à tous les membres de la communauté, de la communauté de Rochester dans son ensemble. Si je suis ici, c’est pour parler avec vous de la révolution Noire, en marche sur cette terre, des formes qu’elle prend sur le continent africain et de son impact sur les communautés noires. Non seulement ici, en Amérique, mais aussi aujourd’hui en Angleterre, en France, et dans toutes les anciennes puissances coloniales.
La plupart d’entre vous ont sans doute appris par la presse, la semaine dernière, que j’avais pris la peine d’aller à Paris et qu’on m’avait éconduit. Or Paris n’éconduit personne. Comme chacun sait, qui veut est supposé pouvoir se rendre en France ; ce pays a la réputation d’être très libéral. Pourtant,
la France connaît des problèmes dont elle n’a pas fait grand étalage. L’Angleterre aussi, connaît des problèmes dont elle n’a pas fait grand étalage, parce que l’Amérique elle, étale ses problèmes. Mais ces trois partenaires, ces trois alliés, rencontrent aujourd’hui des difficultés communes, dont les Noirs américains, les Afro-américains, n’ont pas vraiment idée.
Afin que vous et moi connaissions la nature de la lutte dans laquelle vous et moi sommes engagés, nous devons connaître les différents éléments qui entrent en jeu, au niveau local et national, mais aussi sur le plan international. Les problèmes de l’homme Noir ici, dans ce pays, aujourd’hui, ne sont plus seulement le problème du Noir Américain, ou un problème Américain. C’est un problème devenu si complexe, aux implications si nombreuses, qu’il faut le considérer dans son ensemble, dans le contexte mondial ou international, afin de bien le voir tel qu’il est en réalité. Sinon, vous ne pouvez même plus prendre la mesure des problèmes locaux, à moins d’en saisir la portée dans le contexte international tout entier. Et quand vous l’observez en contexte, il vous apparaît sous un jour nouveau, mais avec plus de clarté.
Vous devriez vous poser cette question : pourquoi un pays comme
la France devrait autant s’inquiéter de la venue d’un pauvre petit Noir américain, au point qu’elle lui en interdise ses frontières, quand tout un chacun ou presque peut s’y rendre quand bon lui semble ? C’est avant tout parce que ces trois pays font face aux mêmes problèmes. Or le problème est précisément celui-ci : dans l’hémisphère Ouest, vous et moi n’en avons pas pris conscience mais, nous ne formons pas précisément une minorité sur cette terre. Sur ce continent, il y a les … c’est le peuple brésilien, dont les deux-tiers ont la peau foncée, comme vous et moi. Ce sont les Africains par leurs origines, Africains sont leurs ancêtres ; Africain est leur passé. Et pas seulement au Brésil, mais à travers toute l’Amérique Latine, les Antilles, les États-Unis et le Canada, vous avez des gens d’origine africaine.
Beaucoup d’entre nous se pourvoient en imaginant que seuls sont afro-américains ceux qui se trouvent aux États-Unis… l’Amérique, c’est l’Amérique du Nord, l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud. Quiconque a des ancêtres africains en Amérique du Sud, est afro-américain. Quiconque en Amérique Centrale a du sang africain, est afro-américain. Quiconque ici, en Amérique du Nord y compris au Canada, est afro-américain s’il a des ancêtres africains… et même jusqu’aux Antilles, c’est un Afro-américain. Quand je parle des Afro-américains, je ne parle pas seulement des vingt-deux millions d’entre-nous qui sommes ici, aux États-Unis. Les Afro-américains, c’est ce grand nombre d’être humains de l’hémisphère Ouest, depuis l’extrême sud de l’Amérique du Sud, jusqu’à la pointe la plus au Nord de l’Amérique du Nord. Tous ont un héritage commun, une origine commune, quand vous remontez jusqu’à leurs racines.
Aujourd’hui, il existe quatre sphères d’influence dans l’hémisphère Ouest, que subit le peuple noir. II y a l’influence espagnole, héritage du passé colonial de l’Espagne sur une partie du Continent. Il y a l’influence française qui concerne la région qu’elle a autrefois colonisée. La région que les britanniques ont autrefois colonisée. Et puis ceux d’entre nous qui sommes ici, aux États-Unis (…)
A cause de la mauvaise santé économique de l’Espagne, et parce qu’elle a perdu sa position prédominante sur la scène mondiale en termes d’influence, très peu de gens de peau noire ont émigré en Espagne. En revanche, le niveau de vie élevé en France et en Angleterre a poussé nombre de Noirs à émigrer des Antilles anglaises en Grande-Bretagne, et nombre de Noirs des Antilles françaises à émigrer en France, et puis vous et moi, déjà ici.
Ça signifie donc que les trois grands alliés, les États-Unis,
la France et
la Grande-Bretagne ont un problème aujourd’hui, un problème commun. Mais on ne nous a jamais donné suffisamment d’informations, ni à vous, ni à moi, pour comprendre qu’ils avaient un problème commun. Et ce problème commun, c’est ce nouvel état d’esprit qui est reflété dans la complète division du peuple Noir, en France métropolitaine, en Angleterre et ici, aux États-Unis. Et ce… c’est état d’esprit a évolué au même rythme que les transformations dans les mentalités, sur le continent africain. Donc, quand vous considérez le processus de la révolution africaine et par révolution africaine je veux dire que l’émergence des nations africaines dans l’indépendance qui a lieu depuis les dix ou douze dernières années, a absolument affecté l’état d’esprit des Noirs en occident. A tel point que lorsqu’ils émigrent en Angleterre, ils posent des problèmes aux anglais. Et lorsqu’ils émigrent en France, ils posent des problèmes aux français. Et quand ils… déjà ici aux États-Unis… mais une fois qu’ils s’éveillent, ce même état d’esprit se reflète chez l’homme Noir, aux États-Unis, alors il pose un problème à l’homme blanc, ici en Amérique.
Et ne pensez pas que le problème du blanc en Amérique soit unique.
La France a le même.
La Grande-Bretagne a le même. Mais la seule différence entre
la France,
la Grande-Bretagne et nous, c’est que de nombreux leaders Noirs se sont levés ici à l’Ouest, aux États-Unis, et ont créé une sorte d’engagement (militancy) qui a effrayé les américains blancs. Mais ça n’a pas eu lieu en France ou en Angleterre. Ce n’est que récemment que la communauté noire américaine et la communauté anglaise des
Antilles, ainsi que la communauté africaine en France ont commencé à s’organiser entre elles.
La France meurt de peur. C’est le même phénomène en Angleterre. Jusqu’à … très récemment, c’était la désorganisation complète. Et c’est seulement depuis peu qu’en Angleterre, les Antillais, la communauté africaine et les Asiatiques, ont commencé à s’organiser et à travailler en coordination et en étroite collaboration. Et cela a posé un problème très sérieux à l’Angleterre.
Il me fallait exposer cette situation afin que vous compreniez quelques-uns des problèmes actuels qui se développent ici sur cette terre. Et vous pouvez rapidement comprendre les problèmes entre les Noirs et les Blancs ici à Rochester, entre les Noirs et les Blancs du Mississippi, et entre les Noirs et les Blancs de Californie, à moins que vous ne compreniez le problème fondamental entre Noirs et Blancs… non limité à l’échelle locale, mais au niveau international et de la planète toute entière aujourd’hui. Si vous essayez de le considérer dans cette perspective, vous comprendrez. Mais si vous essayez uniquement de l’appréhender dans sa dimension locale, vous ne le comprendrez jamais. Vous devez considérer la tendance qui se dessine sur cette terre. Et le but de ma venue ici ce soir, est de vous en donner une vision aussi actuelle que possible.
Comme beaucoup d’entre vous le savent, j’ai quitté le mouvement des Black Muslims, et pendant l’été, j’ai passé cinq mois au Moyen-Orient et sur le continent africain. Pendant cette période, j’ai visité de nombreux pays dont le premier a été l’Égypte, puis l’Arabie, puis le Koweit, le Liban, le Soudan, le Kenya, l’Éthiopie, Zanzibar, le Tanganyika – qui s’appelle aujourd’hui
la Tanzanie – le Nigeria, le Ghana,
la Guinée, le Liberia, l’Algérie. Et pendant ces cinq mois, j’ai eu la chance de discuter longuement avec le président Nasser en Égypte, le président Julius Nierait en Tanzanie, Jomo Kenyatta au Kenya, Milton Obote en Ouganda, Azikiwe au Nigeria, N’krumah au Ghana et Sékou Touré en Guinée. Les nombreuses informations échangées avec les hommes et d’autres africains, sur ce continent, au cours de ces entretiens, ont élargi ma compréhension et, je le sens, mon acuité intellectuelle. Car, depuis mon retour, je n’ai eu aucun désir d’aucune sorte de me retrouver embourbé dans quelque querelle stérile avec des cervelles d’oiseaux, des esprits étroits qui font partie d’organisations. On y débat de faits trompeurs et qui ne mènent nulle part quand on essaie de trouver des solutions à des problèmes aussi complexes que le nôtre.
Je ne suis pas ici ce soir pour parler de certains de ces mouvements qui sont en désaccord total les uns avec les autres. Je suis ici pour vous parler du problème auquel nous sommes tous confrontés. Et pour avoir… et pour le faire de façon très informelle. Je n’aime pas être tenu à être formel dans ma méthode ou ma façon de procéder, lorsque je m’adresse au public, parce que je trouve qu’habituellement la conversation dans laquelle je m’engage tourne autour des problèmes de race ou de choses raciales, ce qui n’est pas de ma faute. Je n’ai pas créé le problème de race. Et vous le savez, je ne suis pas venu en Amérique sur le Mayflower ou de mon propre gré. Notre peuple a été conduit ici malgré lui, contre notre volonté. Donc, si nous posons le problème maintenant, ils ne devraient pas nous blâmer d’être ici. Ils nous ont amenés ici. (Applaudissement) (…).
Pour défendre ma propre position, tout comme je l’ai fait plus tôt aujourd’hui à Colgate, je suis Musulman, ce qui signifie simplement que ma religion est l’Islam. Je crois en Dieu, l’Être Suprême, le Créateur de l’Univers. C’est une forme de religion très simple, facile à comprendre. Je crois en un Dieu unique. Et c’est simplement bien mieux comme ça. Mais je crois en un Dieu et je crois que ce Dieu avait une religion, a une religion et aura toujours une religion. Et que ce Dieu enseigna la même religion à tous les prophètes, il n’y a donc pas à se quereller à propos de qui était le plus grand, ou qui était le meilleur : Moïse, Jésus, Mahomet, ou quelques autres. Tous étaient des prophètes et venaient d’un seul Dieu. Ils avaient une doctrine, et cette doctrine était conçue pour apporter la lumière sur l’humanité, de telle sorte que toute l’humanité pouvait voir qu’elle était Une et partager une sorte de fraternité qui pourrait être vécu ici sur cette terre. Je crois en cela.
Je crois en la fraternité des hommes. Mais en dépit du fait que je crois en cette fraternité, je dois être réaliste et comprendre qu’ici, en Amérique, nous sommes dans une société qui ne connaît pas la fraternité. Elle n’applique pas ce qu’elle prêche. Elle prêche la fraternité, mais ne l’applique pas. Et parce que… cette société n’applique pas la fraternité, ceux d’entre nous qui sont
musulmans – ceux d’entre nous qui ont quitté le mouvement des Black Muslims et se sont regroupés en tant que Musulmans, dans un mouvement fondé sur l’Islam orthodoxe… nous croyons en la fraternité de l’Islam.
Mais nous comprenons aussi que le problème auquel sont confrontés les Noirs de ce pays est si complexe et si difficile, existe depuis si longtemps sans solution, qu’il nous est absolument nécessaire de former une autre organisation. Ce que nous avons fait, sous la forme d’une organisation non religieuse dans laquelle… est connue comme étant l’Organisation de l’Unité afro-américaine, et dont la structure est organisée de manière à permettre une participation active de tout Afro-américain, tout Noir américain, selon un programme conçu pour éliminer les maux politiques, économiques et sociaux auxquels notre peuple est confronté dans la société. Et nous avons mis cela en place parce que nous comprenons que nous devons nous battre contre les maux d’une société qui a échoué à créer la fraternité pour chaque membre de cette société. Ceci ne veut en aucun cas dire que nous sommes anti-blancs, anti-bleus, anti-verts ou antijaunes. Nous sommes anti-Mal. Anti-Discrimination. Anti-Ségrégation. Nous sommes contre quiconque désirant appliquer quelque forme de ségrégation, ou de discrimination contre nous, parce que nous n’avons pas la chance d’être d’une couleur acceptable à vos yeux… (Applaudissements)
Nous ne jugeons pas un homme à cause de la couleur de sa peau. Nous ne vous jugeons pas parce que vous êtes Blancs ; nous ne vous jugeons pas parce que vous êtes Noirs ; nous ne vous jugeons pas parce que vous êtes foncés de peau. Nous vous jugeons à cause de ce que vous faites et de ce que vous appliquez. Et aussi longtemps que vous appliquerez le mal, nous serons contre vous. Et pour nous la plus… la pire forme de mal, c’est le mal fondé sur la condamnation d’un homme à cause de la couleur de sa peau. Et je ne pense pas que quelqu’un ici puisse nier que nous vivons dans une société qui ne juge pas un homme uniquement en fonction de ses talents, de son savoir-faire, de sa possibilité… de son milieu, ou de son manque de diplôme. Cette société juge un homme seulement sur la couleur de sa peau. Si vous êtes blancs, vous pouvez avancer, et si vous êtes noir, vous devez vous battre à chaque pas, sans toute fois pouvoir avancer. (Applaudissements)
Nous vivons dans une société entièrement contrôlée par des gens qui croient en la ségrégation. Nous vivons dans une société entièrement contrôlée par des gens qui croient au racisme, et qui pratiquent la ségrégation, la discrimination et le racisme. Nous croyons en une… et je dis qu’elle est contrôlée non pas par des blancs bien intentionnés, mais contrôlée par les ségrégationnistes, les racistes. Et vous pouvez voir par le schéma que cette société suit partout dans le monde. A l’heure actuelle en Asie, l’armée américaine lance ses bombes sur des gens à peau sombre. Vous ne pouvez pas dire que… c’est comme si vous pouviez justifier le fait d’être si loin de chez soi et de lancer des bombes sur quelqu’un d’autre. Si vous habitiez tout près, j’en suis certain, mais vous ne pouvez pas partir si loin de ce pays, lancer des bombes sur quelqu’un d’autre, et justifier votre présence là-bas, pas avec moi. (Applaudissements)
C’est du racisme. Le racisme tel que l’Amérique le pratique. Du racisme qui entraîne une guerre contre le peuple à peau foncée d’Asie, un e autre forme de racisme réside dans le fait d’engager une guerre contre le peuple à peau foncée du Congo… tout comme il entraîne une guerre contre le peuple à peau foncée du Mississipi, de l’Alabama, de Georgie et de Rochester, État de New York. (Applaudissements)
Nous ne sommes pas contre les gens parce qu’ils sont blancs. Mais nous sommes contre ceux qui pratiquent le racisme. Nous sommes contre ceux qui lancent des bombe sur des gens parce que leur couleur a la malchance d’être d’une teinte différente de la vôtre. Et parce que nous sommes contre ça, la presse dit que nous sommes violents. Nous ne sommes pas pour la violence. Nous sommes pour la paix. Mais les gens contre lesquels nous nous battons sont pour la violence. Vous ne pouvez pas être pacifiques quand vous avez à faire à eux. (Applaudissements)
Ils nous accusent de ce dont ils sont coupables. C’est toujours ce que fait un criminel. Es vous lancent des bombes, puis vous accusent de vous les lancer vous-mêmes. Ils vous fracassent le crâne, puis vous accusent de vous frapper. C’est ce que les racistes ont toujours fait… le criminel, celui qui développe en une science son processus criminel. Ils appliquent l’action criminelle.
Puis, ils utilisent la presse pour faire de vous une victime… voyez comme la victime est le criminel et le criminel la victime. C’est ainsi qu’ils procèdent. (Applaudissements) (…)
Donc, ils n’aiment rien faire sans le soutien du public blanc. Les racistes qui ont habituellement beaucoup d’influence dans la société, ne font pas un geste sans l’opinion publique à leurs côtés. Alors, ils utilisent la presse pour mettre l’opinion publique de leur côté. Lorsqu’ils veulent supprimer ou opprimer la communauté noire, que font-ils ? Ils prennent les statistiques et, par le biais de la presse les communiquent au public. Es font apparaître que la criminalité est plus élevée dans la communauté noire qu’ailleurs.
Quel effet cela produit-il ? (Applaudissements). Ce message… c’est un message très astucieux utilisé par les racistes pour faire croire aux Blancs qu’ils ne sont pas racistes, que le taux de criminalité dans la communauté noire est très élevé. Cela maintient l’image de criminel de la communauté noire. Et dès que cette impression est donnée, alors on rend possible ou on trace la voie de l’instauration d’un État policier dans la communauté noire, tout en obtenant l’approbation complète du public blanc quand la police y entre et utilise toutes sortes de mesures brutales pour supprimer les Noirs, leur fracasse le crâne, leur lance des chiens, ou des choses de ce genre. Et les Blancs les suivent, parce qu’ils croient que tous là-bas sont des criminels. C’est ce que… la presse fait cela. (Applaudissements)
C’est de l’habileté. Et cette habileté s’appelle… cette science s’appelle : « faire de l’image ». Ils vous tiennent en échec par le biais de cette science de l’imagerie. Ils vous conduisent même au mépris de vous-mêmes en vous donnant une mauvaise image de vous. Certains d’entre nous ont ingurgité cette image, et l’ont digérée… jusqu’à ce que d’eux-mêmes, ils ne veuillent plus vivre dans la communauté noire. Ils ne veuillent plus approcher les Noirs eux-mêmes. (Applaudissements)
C’est une science qu’ils utilisent avec beaucoup d’habileté pour faire du criminel la victime et de la victime, le criminel. Par exemple : pendant les émeutes de Harlem j’étais en Afrique, heureusement ! (rires). Pendant ces émeutes, ou à cause de ces émeutes ou bien après ces émeutes, la presse, à nouveau, a dépeint les émeutiers avec une grande habileté, comme étant des truands, des criminels, des voleurs, parce qu’ils s’étaient approprié des biens.
Maintenant, figurez-vous, il est vrai que des biens ont été détruits. Mais considérons cela sous un autre angle. Dans ces communautés noires, l’économie de la communauté n’est pas entre les mains de l’homme Noir. L’homme Noir n’est pas son propre propriétaire. Les bâtiments dans lesquels il vit appartiennent à d’autres. Les magasins de la communauté sont tenus par d’autres. Tout, dans la communauté est hors de son contrôle. Il n’a rien à dire en la matière, il ne peut rien faire si ce n’est y vivre et payer le loyer le plus élevé en échange de l’habitation la plus médiocre, (applaudissements) payer les prix les plus élevés pour se nourrir, pour la plus mauvaise nourriture. Il est victime de cela, victime de l’exploitation économique, de l’exploitation politique et de tout autre type.
Aujourd’hui, il est si frustré, tellement sous la pression de cette énergie explosive qui l’habite, qu’il voudrait attraper celui qui l’exploite. Mais celui qui l’exploite n’habite pas dans son voisinage. Il est seulement le propriétaire de sa maison. Il est seulement le propriétaire de son magasin. Il est seulement le propriétaire du voisinage. Si bien que lorsque l’homme Noir explose, celui qu’il voudrait attraper n’est pas là. Alors, il détruit ses biens. Ce n’est pas un voleur. Il n’essaie pas de voler vos meubles ou votre nourriture de médiocre qualité. Il veut vous attraper, mais vous n’êtes pas là. (Applaudissements)
Au lieu que les sociologues n’analysent le vrai problème, tel qu’il est, n’essaient de le comprendre, tel qu’il est, ils utilisent la presse pour faire croire que ces gens sont des voleurs, des truands. Non ! ce sont des victimes du vol organisé, des propriétaires organisés qui ne sont rien d’autre, que des voleurs, des marchands qui ne sont rien d’autre que des voleurs, des politiciens qui siègent au gouvernement et qui ne sont rien d’autre que des voleurs complices des propriétaires et des marchands. (Applaudissements)
Mais, une fois de plus, la presse est habituée à faire de la victime le criminel et du criminel la victime… c’est de l’imagerie. Et tout comme cette imagerie est employée à l’échelon local, vous pourrez la comprendre mieux grâce à cet exemple pris au plan international : le meilleur exemple, et le plus récent témoignant de mes paroles se trouve dans la situation du Congo. Écoutez ce qui s’est passé : nous nous sommes trouvés dans une situation où des avions lançaient des bombes sur des villages africains. Un village africain n’a aucune défense contre les bombes ; un village africain ne constitue pas une menace suffisante pour être bombardé ! Les avions lançaient pourtant des bombes sur les villages africains. Et lorsque les bombes frappent, elles ne font pas la distinction entre les amis et les ennemis, elles ne font pas la différence entre les hommes et les femmes. Lorsque les bombes sont lancées sur les villages africains du Congo, elles sont lancées sur des femmes noires, sur des enfants noirs, sur des bébés noirs. Les êtres humains se retrouvent déchiquetés… Je n’ai entendu aucun cri de protestation, aucune compassion à l’égard de ces milliers de Noirs abattus par les avions. (Applaudissements)
Et pourquoi n’y eut-il pas de cris de protestation ? Pourquoi ne nous sommes nous pas sentis concernés ? Parce que une fois de plus, très habilement, la presse fait des victimes les criminels et des criminels, les victimes. (Applaudissements)
(…) Mais c’est une chose que vous devez considérer et à laquelle vous devez répondre. Parce qu’il y a des avions américains, des bombes américaines, des parachutistes américains armés de mitrailleuses. Mais vous savez, ils disent que ce ne sont pas des soldats, qu’ils sont simplement là-bas en services d’escorte, qu’ils ont commencé comme conseillers au Sud Vietnam. Vingt mille hommes uniquement conseillers et uniquement en « service d’escorte ». Ils sont capables de commettre ces tueries, et de s’en tirer à bon compte en les qualifiant d’ « humanitaires », d’actions humanitaires. Ou d’agir au nom de l’ « indépendance », de la « liberté ». Toutes sortes de slogans retentissants, mais c’est un crime de sang-froid, une tuerie. Et c’est fait si habilement, que vous et moi nous qualifions d’êtres subtils, en ce vingtième siècle, sommes capables d’en être les spectateurs et de l’approuver. Simplement parce que tout cela est perpétré contre des hommes à peau noire, par des hommes à peau blanche.
(…) Bien que je vous cite cet exemple, vous pourriez me dire : « Qu’est-ce que cela a-t-il à voir avec l’homme noir, en Amérique ? et qu’est-ce que cela a-t-il à voir avec les relations entre Noirs et Blancs, ici à Rochester ? »
Vous devez comprendre une chose. Jusqu’à 1959, l’image du continent africain fut créée par des ennemis de l’Afrique. L’Afrique était dominée par des puissances extérieures dominée par les européens. Et comme ces européens dominaient le continent africain, ils créèrent eux-mêmes l’image de l’Afrique qui fut projetée à l’étranger. Et ils projetèrent une image négative de l’Afrique et du peuple africain. Une image détestable. Ils nous ont fait croire que l’Afrique était un pays de jungles, d’animaux, un pays de cannibales et de sauvages. C’était une image détestable.
Et parce qu’ils réussissaient si bien à projeter cette image négative de l’Afrique, nous qui, ici à l’ouest, étions d’ancêtres africains, les Afro-américains, nous avons considéré l’Afrique, comme un lieu détestable. Nous avons considéré l’africain comme une personne détestable. Et, se référer à nous comme à des africains, c’était nous prendre pour des serviteurs, des enfants, ou parler de nous d’une façon dont nous ne voulions pas que vous parliez de nous.
Pourquoi ? Parce que ceux qui oppriment savent que l’on ne peut faire haïr les racines, sans faire haïr l’arbre. Vous ne pouvez pas haïr les vôtres, sans finir par vous haïr vous-mêmes. Et puisque nous avons tous des origines africaines, on ne peut nous faire haïr l’Afrique, sans nous faire nous haïr nous-mêmes. Et ils l’ont fait, très habilement.
Quel en a été le résultat ? Ils se sont retrouvés avec vingt-deux millions de Noirs, ici, en Amérique qui haïssaient tout ce qu’il y avait d’africain en eux. Nous haïssions les caractéristiques africaines, les caractéristiques africaines. Nous haïssions nos cheveux, nous haïssions notre nez, la forme de notre nez et celle de nos lèvres, la couleur de notre peau. Oui, nous les haïssions. Et c’est vous qui nous avez appris à nous haïr nous-mêmes simplement en usant de votre stratégie astucieuse pour nous faire haïr la terre de nos ancêtres et le peuple de ce continent…
Aussi longtemps que nous avons haï ce à quoi nous pensions qu’ils ressemblaient, nous avons haï ce à quoi nous ressemblions. Et vous dites que j’enseigne la haine ! Pourquoi ? C’est vous qui nous avez enseigné la haine de nous-mêmes. Vous avez enseigné au monde la haine de tout une race, et vous avez maintenant l’audace de nous blâmer parce que nous vous haïssons,
simplement parce que nous refusons la corde que vous nous avez mise au cou. (Applaudissements)
Lorsque vous enseignez à un homme la haine de ses lèvres, des lèvres que Dieu lui a donné, de la forme de ce nez que Dieu lui a donné, de la nature de ces cheveux que Dieu lui a donnés, de la couleur de cette peau que Dieu lui a donnée, vous commettez le crime le plus hideux qu’une race puisse commettre. Et c’est le crime que vous avez commis.
Notre couleur est devenue une chaîne. Une chaîne psychologique. Notre sang… le sang africain… est devenu une chaîne psychologique, une prison parce que nous avions honte. Nous croyons… ils vous le lanceraient à la figure, et vous diraient que non. Mais si, ils en avaient honte ! Nous nous sommes sentis piégés parce que notre peau était noire. Nous nous sommes sentis piégés parce que nous avions du sang africain dans nos veines.
Voici comment vous nous avez emprisonnés. Non pas uniquement en nous émanant ici et en faisant de nous des esclaves. Mais l’image que vous avez créée de notre terre et l’image que vous avez créée de notre peuple sur ce continent était un piège, une prison, une chaîne, c’était la pire forme d’esclavage jamais inventée par une race soi-disant civilisée et une nation civilisée, depuis le commencement du monde.
Vous en voyez encore le résultat dans notre peuple, dans ce pays, aujourd’hui. Parce que nous haïssions notre sang africain, nous ne nous sentions pas à la hauteur, nous nous sentions inférieurs, impuissants et notre sentiment d’impuissance ne nous a pas été favorable. Nous nous sommes tournés vers vous pour vous demander de l’aide et vous avez refusé de nous aider. Nous ne nous sentions pas à la hauteur. Nous nous sommes tournés vers vous pour vous demander conseil et vous nous avez donné le mauvais conseil. Nous nous sommes tournés vers vous pour vous demander notre chemin et vous nous avez laissé tourner en rond.
Mais un changement est apparu. En nous. Et de quoi provient-il ? En 1985, en Indonésie, à Bandung, un rassemblement d’hommes de peau foncée fut organisé. Ces hommes d’Afrique et d’Asie sont venus ensemble pour la première fois depuis des siècles. Ils n’avaient pas d’armes nucléaire, pas d’aviation, pas de flotte. Ils ont discuté de leur situation et ont découvert une chose que nous tous en commun… l’oppression, l’exploitation, la souffrance. Et nous avions en commun un oppresseur, un exploiteur.
Si un frère venait du Kenya, il appelait son oppresseur, anglais. Si un autre frère venait du Congo, il appelait son oppresseur, belge. Si un autre venait de Guinée, il appelait son oppresseur, français. Mais, quand vous placiez les oppresseurs ensemble, ils avaient tous une chose en commun, ils venaient tous d’Europe. Et cet européen opprimait le peuple d’Afrique et d’Asie.
Et puisque nous pouvions voir que nous partagions l’oppression et l’exploitation en commun, le chagrin, la tristesse et la douleur, en commun, notre peuple a commencé à se rassembler et à décider, à la conférence de Bandung, qu’il était temps d’oublier nos différences. Nous avions des différences. Certains étaient bouddhistes, hindous, chrétiens ou musulmans, certains n’avaient pas de religion. D’autres étaient socialistes, capitalistes, communistes ou ne revendiquaient aucun système économique. Pourtant, malgré toutes ces différences, ils se mirent d’accord sur un point : l’esprit de Bandung était dès lors d’adoucir les ères de différence et d’accentuer les ères communes.
Et ce fut l’esprit de Bandung qui nourrit les flammes du nationalisme et de la liberté non seulement en Asie, mais particulièrement sur le continent africain. De 1955 à 1960, les flammes du nationalisme, de l’indépendance sur le continent africain devinrent si lumineuses et furieuses qu’elles pouvaient tout brûler et tout atteindre sur leur passage. Et ce même esprit ne resta pas en Afrique. Il se faufila subrepticement à l’ouest et pénétra l’âme et le coeur de l’homme Noir, sur le continent américain qui était séparé de l’Afrique depuis quatre cents ans.
Mais ce même désir de liberté qui avait bouleversé l’âme et le coeur de l’homme Noir sur le continent africain, commença à brûler dans l’âme et le coeur de l’homme Noir ici, en Amérique du sud, en Amérique centrale et en Amérique du nord, nous prouvant que nous n’étions pas séparés. Bien qu’il y ait un océan entre nous, nous étions toujours mus par le même battement de coeur.
L’esprit du nationalisme, sur le continent africain… il commença à retomber ; les puissances… les puissances coloniales ne pouvaient rester là. Les Britanniques eurent des problèmes au Kenya, au Nigeria, au Tanganyika, à Zanzibar et dans d’autres pays du Continent. Les Français eurent des problèmes dans toute l’Afrique du Nord équatoriale, y compris en Algérie, qui devient un point de tension extrême pour
la France. Le Congo ne voulait plus tolérer la présence belge. Le continent africain tout entier devint explosif entre 1954 et 1955 et jusqu’en 1959. En 1959, ces puissances ne pouvaient plus rester.
Ce n’est pas qu’elles voulaient partir. Ce n’est pas que tout à coup elles devenaient généreuses. Ce n’est pas que tout à coup elles ne souhaitaient plus exploiter les ressources de l’homme noir. Mais, c’est cet esprit d’indépendance qui consumait l’âme et le coeur de l’homme noir.
Il ne s’autorisait plus à être colonisé, opprimé et exploité. Il ressentait cette volonté d’être maître de son existence et de prendre la vie de ceux qui essayaient de lui prendre la sienne. C’était cela, le nouvel esprit.
Ces puissances ne partirent pas, mais que firent-elles ? Lorsque quelqu’un joue au basket-ball, si… vous le regardez… les joueurs de l’équipe adverse le piègent et s’il ne veut pas se débarrasser de la balle, de la laisser entre les mains de l’autre équipe, il doit la passer à quelqu’un qui n’est pas dans une position dangereuse, qui est de la même équipe que lui. Et puisque
la Belgique,
la France,
la Grande-Bretagne et les autres puissances coloniales étaient piégées… se trouvaient exposées en tant que puissances coloniales… elles devaient trouver quelqu’un qui n’étaient pas dans cette position dangereuse, et les seuls à ne pas être dans cette position à l’égard des Africains étaient les États-Unis. Donc, elles passèrent la balle aux États-Unis. Le gouvernement la ramassa et court comme un fou depuis. (Rires et applaudissements)
Dès qu’ils saisirent la balle, ils comprirent qu’ils étaient confrontés à un nouveau problème. Les Africains s’étaient réveillés, et n’avaient plus peur. Il était devenu impossible aux puissances européennes de rester sur le continent de force. Donc, notre ministère des Affaires Étrangères, tout en saisissant la balle, comprit dans sa nouvelle analyse, qu’il faudrait déployer une nouvelle stratégie, s’il fallait remplacer les puissances coloniales européennes.
Quelle fut sa stratégie ? L’approche amicale. Au lieu d’aller sur place, les dents serrées, il a commencé par sourire aux Africains : « Nous sommes vos amis » (…) C’était une approche pleine de bienveillance, philanthropique. Appelez cela du colonialisme bienveillant, de l’impérialisme philanthropique. De l’humanitarisme soutenu par le dollarisme. De la politique de pure forme (tokenism). C’est l’approche qu’il choisit. Il ne s’est pas rendu là-bas avec de bonnes intentions : comment peut-on partir d’ici et se rendre sur le continent africain avec le « peace Corps », les « Cross roads » et d’autres organisations, lorsque l’on pend des Noirs dans le Mississipi ? Comment peut-on faire cela ? (Applaudissements)
(…) On peut considérer la période allant de 1954 à 1964 comme celle de l’émergence de l’État africain. Comme l’État africain a commencé à se dessiner entre 1954 et 1964, quel impact, quel effet cela eut-il sur les Afro-américains ? sur les Noirs américains ? Comme l’homme Noir en Afrique devenait indépendant, cela le mettait dans la position d’être enfin l’artisan de sa propre image. Jusqu’en 1964, lorsque vous et moi pensions à un Africain, nous l’imaginions nu avec des tam-tams et un os dans le nez. Oh oui !
C’était la seule image d’un Africain qui nous venait à l’esprit. Et depuis 1959, lorsqu’ils ont commencé à rejoindre les Nations-Unies et que vous les voyiez à la télévision, vous étiez sous le choc. On vous présentait un Africain parlant un anglais meilleur que le vôtre. Doué d’un raisonnement plus pertinent que le vôtre. Plus libre que vous. Pourquoi ces pays où vous ne pouviez vous rendre ? (Applaudissements. Ces pays où vous ne pouviez pas vous rendre, tout ce qu’il avait à faire était d’enfiler son costume et de marcher juste devant vous. (Rires et applaudissements)
Il devait vous ébranler et ce n’est qu’à ce moment-là, que vous avez commencé à vous réveiller. (Rires)
Donc, les nations africaines ayant gagné leur indépendance, et l’image du continent africain commençant à charger, les choses s’harmonisèrent, l’image de l’Afrique passant du négatif au positif. Inconsciemment. En Occident l’homme Noir commençait à s’identifier à l’image positive qui apparaissait.
Et lorsqu’il vit que l’homme noir du continent africain prenait une assise, il se sentit empli du désir de prendre une assise aussi.
La même image, la même… aussi négative… on entendait parler d’air servile, d’esprit de compromis, de regard empli de crainte… de la même façon. Mais, lorsque nous avons commencé à en savoir plus sur Jomo Kenyatta, Mau-Mau et les autres, on a trouvé des Noirs dans ce pays qui commençaient à suivre la même ligne. Et qui s’en retrouvaient plus proches que certains ne voulaient l’admettre.
Lorsqu’ils virent… tandis qu’ils devaient changer leur approche du peuple du continent africain, ils ont aussi commencé à modifier leur approche des Noirs sur notre continent. Comme ils appliquaient une politique de pure forme (tokenism) et toute une série d’approches amicales, bienveillantes, et philanthropiques du continent africain, qui n’étaient que des efforts de pure forme, ils commencèrent à faire la même chose avec nous, ici, aux États-Unis.
La politique de pure forme (tokenism)… Ils proposèrent toutes sortes de mesures qui n’étaient pas réellement conçus pour résoudre les problèmes. Chacun de leur mouvement n’était qu’un mouvement de pure forme. Ils n’ont jamais entrepris aucune action réaliste, pour réellement résoudre le problème. Ils proposèrent une décision visant à désagréger
la Cour Suprême, qu’ils n’ont jamais appliquée. Pas même à Rochester et encore moins dans le Mississipi. (Applaudissements)
Ils ont grugé les gens du Mississipi en essayant de leur faire croire qu’ils allaient imposer la déségrégation à l’université du Mississipi. Ils y firent venir un Nègre, escorté d’environ six mille à quinze mille soldats, si je me souviens bien. Et je crois bien que ça leur a coûté six millions de dollars. (Rires)
(…) Cette politique de pure forme, consistait en un programme conçu pour protéger les avantages d’à peine quelques Noirs, soigneusement sélectionnés. On leur attribuait une importante situation, ce qui leur permettait ensuite de proclamer haut et fort : « Regardez comme nous faisons des progrès ! » Ils devraient plutôt dire, regarde comme il fait des progrès. Car, pendant que ces Nègres choisis avec soin, vivaient comme des princes, parmi les Blancs, siégeaient à Washington D.C., les masses d’hommes et de femmes noirs de ce pays continuaient à vivre dans des bidonvilles et dans le ghetto. Les masses, (applaudissements) les masses d’hommes et de femmes noirs dans ce pays demeuraient sans emploi et les masses d’hommes et de femmes Noirs de ce pays continuaient à fréquenter les pires écoles et à recevoir le plus mauvais enseignement.
C’est à cette même époque qu’apparut le mouvement des Black Muslims. Et voici ce qu’il fit : jusqu’à l’apparition du mouvement des Black Muslims , le NAACP était considéré comme un mouvement radical. (Rires). Ils voulurent faire une enquête à son sujet. CORE et tous les autres étaient suspects… étaient l’objet de suspicions. On n’entendait plus parler de King. Lorsque les Black, Muslims sont arrivés avec leur discours, l’homme blanc s’est écrié : « Heureusement que le NAACP existe ! » (Rires et applaudissements).
Le mouvement des Black, Muslims avait rendu le NAACP acceptable aux yeux des blancs. Il avait rendu ses leaders acceptables. Alors, ils commencèrent à se référer à eux comme à des leaders Noirs responsables. (Rires) Ce qui signifiaient qu’ils étaient responsables aux yeux des Blancs (applaudissements). Je ne suis pas en train d’attaquer le NAACP. Je vous en parle (rires). Et ce qui le rend si ridicule, vous ne pouvez pas le nier. (Rires).
(…) Le mouvement en soi, attire les éléments de la communauté noire, les plus militants, les plus insatisfaits, les plus intransigeants. Il attira aussi les éléments le plus jeunes de la communauté noire. Le mouvement se développant, il attira les éléments militants, intransigeants et insatisfaits.
Le mouvement était censé être fondé sur la religion de l’islam et par conséquent être un mouvement religieux. Cependant, parce que le monde de l’islam et le monde des musulmans orthodoxes, n’auraient jamais reconnu l’appartenance véritable des Black Muslims à l’islam, il prit ceux d’entre nous qui étaient dans une sorte de vide religieux. Il nous mit dans la position de nous identifier nous-mêmes par le biais de la religion, tandis que le monde dans lequel cette religion était pratiquée, nous rejetait parce ,que nous n’étions pas des pratiquants véritables, des pratiquants de cette religion.
Le gouvernement essaya de nous étiqueter comme politiques, plus que comme religieux de telle sorte qu’il pouvait nous accuser de sédition et de subversion. C’était la seule raison. Mais, bien qu’il nous ait étiqueté comme politiques, parce qu’aucun engagement politique ne nous a autorisé, nous étions dans le vide politiquement. Nous étions dans un vide religieux. Nous étions dans un vide politique. Nous étions aliénés, en fait, coupés de tout type d’activités, même avec le monde contre lequel nous nous battions.
(…) Nous pouvions alors comprendre qu’il nous fallait agir, et ceux qui, parmi nous, étaient activistes commencèrent à se sentir insatisfaits, désillusionnés. La dissension s’installa en définitive, et nous nous séparâmes. Ceux qui rompirent étaient les vrais activistes du mouvement. Ils étaient suffisamment intelligents pour vouloir un programme qui nous permettrait de nous battre pour les droits de tous les Noirs, ici, à l’Ouest.
Cependant, nous voulions aussi notre religion. Si bien que lorsque nous avons quitté le mouvement, la première chose que nous fîmes, fut de nous regrouper au sein d’une nouvelle organisation : « 
la Mosquée musulmane », dont le siège se trouve à New York. Dans cette organisation, nous avons adopté la religion musulmane, réelle et orthodoxe, qui est une religion de l’islam, une religion de fraternité. Tandis que nous acceptions cette religion et mettions en place cette organisation qui nous permettait de pratiquer cette religion… immédiatement, cette « Mosquée musulmane » particulière était reconnue et acceptée par les officiels religieux du monde musulman.
Nous avons compris en même temps que nous avions un problème dans cette société qui dépassait la religion. Et c’est pour cette raison que nous avons fondé l’Organisation de l’Unité Afroaméricaine, à laquelle tous pouvaient se joindre dans la communauté, grâce à un programme d’action visant à la reconnaissance et au respect des Noirs, en tant qu’être humains.
La parole d’ordre de l’Organisation de l’Unité Afroaméricaine est « Par tous les moyens nécessaires ». Nous ne croyons pas en une lutte menant à… dont les règles sont fixées par ceux qui nous suppriment. Nous ne croyons pas en une lutte dont les règles sont fixées par ceux qui nous exploitent. Nous ne croyons pas pouvoir continuer la bataille en essayant de gagner l’affection de ceux qui nous oppriment et nous exploitent depuis si longtemps.
Nous croyons en la légitimité de notre combat. Nous croyons en la légitimité de nos revendications. Nous croyons que les pratiques mauvaises à l’encontre des Noirs dans cette société sont criminelles et que ceux qui engagent de telles pratiques criminelles ne sont rien d’autre que des criminels. Et nous estimons être en droit de nous battre contre ce criminels, par tous les moyens nécessaires.
Ceci ne veut pas dire que nous sommes pour la violence. Mais nous… nous avons vu l’incapacité du gouvernement fédéral, son manque d’absolu de disposition à protéger les vies et les biens des Noirs. Nous avons vu où les Blancs racistes et organisés, les membres du Klu-Klux-Klan, ceux du Citizen’s Council et les autres peuvent aller dans la communauté noire, pour prendre un homme noir et le faire disparaître, sans que rien ne soit fait. Nous avons vu qu’ils peuvent y entrer. (Applaudissements)
Nous avons à nouveau analysé notre condition. Si nous remontons à 1939, les Noirs, en Amérique, étaient cireurs de chaussures. Les plus éduqués ciraient les chaussures dans le Michigan, à Lansing, la capitale, d’où je viens. Les meilleurs emplois que l’on pouvait trouver, étaient de porter les plateaux et les plats destinés à nourrir les blancs du Country club. Le serveur était toujours considéré comme ayant la plus enviable position, parce qu’il occupait un bon emploi, au milieu des « bons » blancs, vous voyez ! (Rires).
(…) Ça, c’était la condition du Noir jusqu’en 1939… jusqu’à ce que la guerre commence, nous étions confinés dans ce rôle domestique. Lorsque la guerre a éclaté, ils ne voulaient même pas que nous nous enrôlions dans l’armée. Un Noir n’avait pas le droit de s’engager sous les drapeaux. Le pouvait-il ou pas ? Non ! vous ne pouviez pas vous engager dans la marine. Vous vous souvenez ? Ils n’en prenaient pas un seul. C’était en 1939, aux États-Unis d’Amérique !
Ils nous ont appris à chanter : « Sweet land of liberty » et tout le reste. Mais non ! vous ne pouviez pas vous engager. Vous ne pouviez pas incorporer la marine non plus, ils ne voulaient pas que vous vous engagiez. Ils ne prenaient que des blancs. ils n’avaient pas le droit de nous incorporer, jusqu’à ce que les leaders noirs clament haut et fort. (Rires). Qu’ils disent : « Si les blancs doivent mourir, alors nous devons mourir aussi ». (Rires et applaudissements).
Les leaders noirs envoyèrent un bon nombre de noirs se faire tuer, pendant
la Seconde Guerre mondiale. Si bien que lorsque
l’Amérique entra dans la guerre, elle manqua très vite d’hommes. Jusqu’à la guerre, vous ne pouviez pas entrer dans une usine. J’habitais à Lansing où se trouvaient les usines Oldsmobile et Reo. Il y en avait environ trois dans toute l’usine, et chacun tenait son balai. Ils avaient fait des études. Us étaient allés à l’école. Je crois même que l’un d’entre eux était allé au collège. Il était diplômé de « balaillogie ». (Rires).
Lorsque la vie est devenue difficile, et que l’on a manqué d’hommes, alors, ils nous ont laissé entrer à l’usine. Sans que nous ayions fait le moindre effort. Sans aucun réveil moral soudain. Ils avaient besoin de nous. Ils avaient besoin de main-d’oeuvre, de toutes sortes d’ouvriers. Et lorsque la situation devint désespérée et que le besoin se fit sentir, ils ouvrirent tout grand les portes de l’usine et nous firent entrer.
Alors, nous avons appris à faire fonctionner les machines, lorsqu’ils avaient besoin de nous. Ils firent entrer nos femmes ainsi que nos hommes. Comme nous commencions à faire marcher les machines, nous avons commencé à gagner plus d’argent. Comme nous gagnions plus d’argent, nous pouvions vivre dans un meilleur quartier. Comme nous avions changé de quartier, nous allions dans une école un peu meilleure. Comme nous étions dans une école un peu meilleure, nous voulions recevoir un enseignement un peu meilleur, et nous nous trouvions dans de meilleures dispositions pour trouver un emploi un peu meilleur.
Ceci ne provenait pas d’un changement d’inclination de leur part. Ceci ne correspondait à un réveil soudain de leur conscience morale. C’était Hitler. C’était Tojo. C’était Staline. Oui, c’était la pression de l’extérieur, mondiale, qui nous donnait cette possibilité de faire quelques pas en avant.
Pourquoi ne nous autorisèrent-ils pas à nous engager dans l’armée, dès le début ? Ils nous avaient si mal traités, ils avaient peur qu’en nous plaçant dans l’armée, en nous donnant un fusil et en nous montrant comment l’utiliser (rires)… ils avaient peur de ne pas avoir à nous dire sur quoi tirer ! (Rires et applaudissements).
Ils n’auraient probablement pas eu à le faire. C’était leur conscience. Je fais remarquer cela pour insister sur le fait que ce n’est pas un changement d’inclination de la part d’Oncle Sam qui permit à certains d’entre nous de faire quelques pas en avant. C’était la pression mondiale. C’était la menace qui provenait de l’extérieure, le danger venant de l’extérieur qui provoqua… qui occupa son esprit et qui l’obligea à nous autoriser, à vous et à moi, de nous lever un peu plus. Ce n’est pas parce qu’il voulait que nous levions. Ce n’est pas parce que qu’il voulait que nous avancions. Mais parce qu’il était forcé de le faire.
Une fois que vous analysez correctement ces éléments qui ont ouvert les portes, même si elles le furent de force, quand vous considérez leur nature, vous comprendrez mieux votre situation, aujourd’hui. Et vous comprendrez mieux la stratégie que vous devez suivre aujourd’hui. tout mouvement vers la liberté du peuple Noir, s’il est limité à la seule Amérique, est voué à l’échec. (Applaudissements).
Aussi longtemps que votre problème ne sera de portée américaine, vos seuls alliés seront les Américains. Aussi longtemps qu’il paraîtra sous la dénomination de droits civiques, il demeurera un problème intérieur dépendant de la juridiction du gouvernement des États-Unis. Le gouvernement des États-Unis est constitué de ségrégationnistes et de racistes. Les hommes les plus puissants du gouvernement sont-ils racistes. (…).
Maintenant, qu’allons-nous faire ? Comment allons-nous trouver justice avec un Congrès qu’ils contrôlent, un sénat qu’ils contrôlent, une Maison Blanche qu’ils contrôlent une Cour Suprême qu’ils contrôlent ?
Regardez cette décision déplorable rendue par
la Cour Suprême. Mes frères, regardez donc ! Ne savez-vous pas que ces messieurs de
la Cour Suprême sont passés maîtres dans l’art du juridique… pas uniquement du droit, mais de la phraséologie juridique. Ils sont devenus si bons maîtres en l’art du langage juridique, qu’ils ont pu sans difficulté rendre un décret sur la déségrégation scolaire, et en termes si bien choisis que personne n’aurait pu le contourner. Ils ont proposé cette chose tournée de si belle manière, que dix années plus tard, on y trouve toutes sortes de vides. Ils savaient très bien ce qu’ils faisaient. Il feignent de vous donner quelque chose, tout en sachant à chaque fois que vous ne pourrez jamais l’utiliser.
L’année dernière, ils ont déposé un projet de loi sur les Droits Civiques à grand renfort de publicité, un peu partout dans le monde, comme si cela devait nous conduire à
la Terre Promise de l’intégration. Oh oui ! La semaine dernière, le Bon Révérend Martin Luther King est sorti de prison et s’est rendu à Washington D.C., disant qu’il demanderait chaque jour une nouvelle loi sur la protection du droit de vote des Noirs en Alabama. Pourquoi ? Vous venez à peine d’obtenir une loi. Vous venez à peine d’obtenir le projet de loi sur les Droits Civiques. Vous voulez dire que cette loi dont les mérites furent si longtemps vantés, ne donne même pas suffisamment de pouvoir au gouvernement fédéral pour protéger les Noirs d’Alabama qui n’ont qu’un seul désir, celui de s’inscrire sur les listes électorales ? Pourquoi cette autre ruse infecte, parce qu’ils… nous ont eu par la ruse, année après année. une autre ruse infecte. (Applaudissements).
Donc, depuis nous voyons… je ne veux pas que vous pensiez que je professe la haine. J’aime tous ceux qui m’aiment. (Rires). Mais je peux vous assurer que je n’aime pas ceux qui ne m’aiment pas. (Rires).
Donc, depuis que nous avons compris ce subterfuge, cette supercherie, cette manipulation… non seulement au niveau fédéral, mais national, local, à tous les niveaux. La jeune génération de Noirs qui arrive peut voir qu’aussi longtemps que nous attendrons le Congrès, le Sénat,
la Cour Suprême ou le Président pour résoudre nos problèmes, nous serons relégués à être serviteurs pendant encore mille ans. Or, ces temps sont révolus.
Depuis la proposition du projet de loi sur les Droits Civiques… j’ai vu des diplomates africains aux Nations-Unies exprimer haut et fort leur indignation contre l’injustice perpétrée contre les Noirs au Mozambique, en Angola, au Congo et en Afrique du Sud et je me suis demandé comment et pourquoi ils pouvaient rentrer à leur hôtel, allumer la télévision et voir des chiens mordre des Noirs, juste au coin de la rue, des policiers saccager des magasins de Noirs à coups de matraques, juste au coin de la rue, et diriger vers les Noirs leurs lances à eau de pression si forte que leurs vêtements s’en trouvaient mis en pièces, juste au bas de la rue. Je me demandais comment ils pouvaient dire tout ce qu’ils disaient sur ce qui se passait en Angola, au Mozambique et ailleurs, voir ce qui se passait juste au coin de la rue, et montrer à la tribune des Nations-Unies sans rien permettrait un règlement de la situation, avant qu’elle ne devienne en dire explosive et incontrôlable. Je vous remercie. (Applaudissement).
Je suis donc allé en discuter avec certains d’entre eux. Ils (Traduit par Pascale About).
m’ont alors dit qu’aussi longtemps que le Noir d’Amérique appellerait sa lutte, une lutte pour les Droits Civiques… que dans le contexte des Droits Civiques, cela resterait intérieur et demeurerait partie intégrante de la juridiction des États-Unis. Et que, si quiconque se permettait d’émettre le moindre commentaire à ce sujet, il serait considéré comme une violation des lois et des règles du protocole. La différence avec les autres est qu’ils ne considèrent pas leurs revendication comme des revendications concernant les Droits Civiques, mais les Droits de l’Homme. Les Droits Civiques appartiennent à la juridiction de leur pays, tandis que les Droits de l’Homme font partie de
la Charte des NationsUnies.
Toutes les nations qui ont signé
la Charte des Nation-Unies, ont voté
la Déclaration des Droits de l’Homme et quiconque considère ses revendications comme étant une violation des Droits de l’Homme, peut les porter devant les Nations-Unies et les faire ainsi porter à la connaissance du Monde. Car, aussi longtemps que vous les considérez comme Droits Civiques, vos seuls alliés seront les membres de la communauté avoisinante, dont la plupart sont responsables de l’injustice causée. Mais dès lors que vous les considérerez comme Droits de l’Homme, leur portée deviendra internationale et vous pourrez les porter devant
la Cour Mondiale. Vous pourrez les porter à la connaissance du Monde. Et chacun, partout sur cette terre, pourra devenir votre allié.
L’une des premières dispositions que nous ayons prise, pour ceux d’entre nous qui ont rejoint l’Organisation de l’Unité AfroAméricaine, était de présenter un programme qui donnerait à nos revendications une portée internationale et qui montrerait au monde que notre problème n’est plus un problème Noir, ou un problème américain, mais un problème humain. Un problème qui concerne l’humanité. Et un problème qui devrait concerner tous les aspects de l’humanité. Un problème si complexe pour l’Oncle Sam, qu’il lui fut impossible de le résoudre. En conséquence, nous aimerions créer un corps et entrer en consultation avec ceux dont la position nous aiderait à trouver une forme d’ajustement qui permettrait un règlement de la situation, avant qu’elle ne devienne explosive et incontrôlable. Je vous remercie. (Applaudissement). 

(Traduit par Pascal About)
  

Malcolm X : le meneur du mouvement nationaliste noir aux Etats-Unis 

Malcolm X – X représentant le refus de l’aliénation que représentait « Little », son nom à l’état civil attribué à la famille de son père pendant l’esclavagisme au XIXème siècle – aussi surnommé El-Hajj Malik El-Shabazz, est un meneur du mouvement dit « nationaliste noir américain », assassiné en 1965 à l’âge de 40 ans. Son engagement et sa vie rocambolesque ont inspiré le film éponyme de Spike Lee, avec Denzel Washington dans le rôle de Malcolm X. Car Malcolm X est l’un de ses hommes qui font l’histoire ! 



 

 

On pourrait d’ailleurs le rapprocher dans sa volonté d’émancipation du peuple musulman américain et plus largement du peuple noir, de Martin Luther King – bien que leurs méthodes et leurs points de vue soient parfois radicalement différents, voire même en opposition. L’enfance de Malcolm X se déroule dans un climat tendu, où les Etats-Unis sont encore marquées par les agressions racistes. Après l’assassinat présumé de son père par un groupuscule proche du Ku Klux Klan, il vit en foyer, séparé de sa famille. A ce moment de sa vie, il est « le noir le plus intégré » parmi les blancs, selon ses propres propos, et Malcolm X poursuit une scolarité exemplaire. Pourtant, le système social américain ne lui permet pas d’aspirer à son rêve de devenir avocat, et de tentative de se blanchir la peau en déceptions de ne pas réussir à grimper les échelons sociaux, Malcolm X finit par intégrer la pègre de la ville de Boston en 1942. En 1943, son arrivé à New-York marquera un moment de répit dans ses activités illégales : il s’y plie au poids de la société et trouve alors des petits boulots réservés aux « Nègres ». 

  



 

Mais sa soif de se libérer des barrières sociales racistes lui fait franchir une nouvelle fois les limites de la délinquance, notamment en pratiquant le trafic de drogue. De nombreux délits, réels ou fantasmés par une institution raciste qu’il rejettera en bloc de plus en plus violemment le mènent en prison. 



 

C’est là que le personnage de Malcolm X se construit, grâce à la culture autodidacte et le dialogue qu’il entretient avec des membres de Nation Of Islam (qui mélange nationalisme afro- américain et religion musulmane, étant du fait considérée comme une secte par les autres organisations musulmanes du pays). En 1964, Malcolm X se retirera pourtant de cette organisation qu’il jugera raciste après sa conversion au Sunnisme et son pèlerinage à
La Mecque. Durant ces années de prison, l’éducation qu’il se construisit le fit se sentir plus libre que jamais – il finit par être physiquement libéré sur parole, après de nombreuses tentatives vaines. C’est à cette époque qu’il change son nom pour X, et crée par ses explications de nombreux émules. En 1950, surveillé par le FBI pour son appartenance à Nation Of Islam, Malcolm X devient prêcheur musulman dans l’une des mosquées du groupe. C’est une période pendant laquelle Malcolm X fait connaître son organisation grâce à ses formidables talents d’orateur. Sa fougue toucha par exemple le boxeur Cassius Clay qui changea son nom en Muhammad Ali en intégrant l’organisation. 

  



 

Après avoir montré son approbation de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, Malcolm X se voit interdire par son groupe nationaliste la parole publique pendant 90 jours. C’est l’un des nombreux points qui font monter la tension entre l’homme et l’organisation. Il la quitte d’ailleurs, et élargit les préceptes du groupe, basés exclusivement sur le terrain religieux, aux terrains économiques et sociaux. Il semble alors délaisser dans la foulée les théories racistes anti-blanc (mais garde d’abord pour but l’unité des noirs entre eux, plutôt qu’avec les blanc) et se convertit à un islam orthodoxe. Développant dès lors une lutte politique pour le peuple noir et une lutte religieuse pour l’islam de manière autonome, Malcolm X devient la cible de ses anciens camarades de Nation Of Islam mais aussi de certains membres du gouvernement américain. Son assassinat lors d’un de ses discours politiques n’est à ce jour clairement imputé ni à l’un, ni à l’autre groupe de ses opposants. 



Le Mardi 31 Juillet 2007 à 10:56
Article écrit par gonzague 

Publié dans GALERIE DES GRANDES AMES, MALCOLM X, VISAGES DE LA RESISTANCE | Pas de Commentaire »

Malcolm X

Posté par issopha le 4 novembre 2007

Malcolm X 

 Malcolm X dans MALCOLM X doc malcolmx1.doc 

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre. 

 


 

Malcolm X dans les derniers mois de sa vie. 

Nom : 

Malcolm K. Little 

Surnom : 

Malcolm X ou El-Hajj Malik El-Shabazz 

Naissance : 

19 mai 1925
à Omaha, NE 

Décès : 

Assassiné
le
21 février 1965 (à 39 ans)
à l’Audubon Ballroom,
à
New York, NY 

Nationalité : 

Américain 

Profession : 

Meneur musulman du
Mouvement des Droits Civiques 

Formation : 

Autodidacte 

Autres fonctions : 

Prêcheur,
porte-parole de Nation of Islam
de
1954 au 8 mars 1964 

Famille : 

Marié (à Betty Shabazz), six enfants 

Malcolm X (né Little, 19 mai 192521 février 1965, assassiné), aussi connu sous le nom de El-Hajj Malik El-Shabazz, fut un prêcheur musulman afro-américain et pendant une période le porte-parole national de Nation of Islam. Il fonda également Muslim Mosque, Inc. et l’Organisation pour l’unité afro-américaine (Organization of Afro-American Unity, OAAU). 

Ayant débuté dans la vie comme trafiquant de drogue et cambrioleur, il finit par devenir un grand meneur du mouvement nationaliste noir aux États-Unis. Il est considéré par certains comme l’un des martyrs de l’Islam et un grand avocat de l’égalité. Meneur militant, Malcolm X soutenait la fierté noire (Black Pride), l’autosuffisance économique et l’identité politique de la communauté afro-américaine (Black Nationalism). Dans les derniers mois de sa vie, il s’éleva au rang de panafricaniste mondialement connu et d’avocat inconditionnel des droits des noirs américains. 

Suite à un pèlerinage à la Mecque en 1964, il devint Sunnite. Moins d’un an plus tard, le premier jour de
la National Brotherhood Week (Semaine nationale de la fraternité), il fut assassiné à New York. Bien que trois membres de Nation of Islam aient été condamnés pour ce crime (l’un d’eux ayant avoué), un certain nombre de théories impliquant la participation active de membres du gouvernement des États-Unis circulent ; aucune source fiable ne les a encore confirmées[1]

Sommaire 

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Enfance et jeunesse 

Malcolm Little est né à Omaha (Nebraska) de Earl Little et Louise Little (née Norton). Il vécut une courte période au 3448, Pinkney Street dans les quartiers nord d’Omaha. Son père était un prêcheur baptiste convaincu, fervent soutien de Marcus Garvey et charpentier. Celui-ci prônait le retour en Afrique (Libéria), refusant l’intégration à la société américaine, ce qui a très largement marqué les vues politiques de Malcolm sur ce sujet. Earl Little était également membre de l’Association universelle d’amélioration de la condition des Noirs (Universal Negro Improvement Association, UNIA). Malcolm, dans son Autobiography of Malcolm X as told to Alex Haley, a décrit son père comme un imposant homme noir borgne. Selon lui, trois de ses oncles avaient été tués par des Blancs, dont un lynché. 

Earl Little avait trois enfants (Ella, Mary et Earl Jr.) d’un premier lit. Son mariage avec Louise Norton produisit huit enfants, Malcolm étant le quatrième. Leur nom était, par ordre de naissance : Wilfred, Hilda, Philbert, Malcolm, Reginald, Wesley, Yvonne et Robert. 

Louise Little était née à la Grenade aux Antilles et, selon Malcolm, ressemblait plutôt à une femme blanche. Son père était un homme blanc dont Malcolm ne savait rien, si ce n’est ce qu’il décrivait comme « la honte de ma mère ». C’est de lui que Malcolm tenait son teint relativement clair. D’abord, il pensait qu’être métissé était une chance, un « symbole de statut social ». Plus tard, il dirait qu’il « haïssait chaque goutte de ce sang de violeur » en lui. Comme il était celui des enfants qui avait le teint le plus clair, il pensait que son père le favorisait, mais sa mère était d’autant plus dure avec lui, pour la même raison. L’un de ses surnoms, « Red », lui venait de la rousseur de ses cheveux. À la naissance, il avait été décrit comme ayant des « cheveux blond-cendre… teints avec de la cannelle », et, à quatre ans, des cheveux « blond-roux ». Ses cheveux foncèrent avec le temps, mais ressemblaient à ceux de sa grand-mère paternelle, « rougissant sous le soleil d’été ». 

Selon son autobiographie, sa mère avait été menacée par des membres du Ku Klux Klan (KKK) alors qu’elle était enceinte de lui, en décembre 1924. Elle se rappelait que la famille avait été sommée de quitter Omaha du fait des liens de son père avec l’UNIA qui, selon les membres du KKK, « cherchait les ennuis ». 

Peu après la naissance de Malcolm, en 1926, la famille emménagea à Milwaukee, Wisconsin, puis déménagea peu après vers Lansing, Michigan. En 1931, son père était retrouvé mort, un tramway lui ayant roulé dessus. Malcolm affirma que la cause de la mort avait à l’époque été remise en question par la communauté noire. Il la refusa lui-même par la suite, arguant que sa famille avait souvent été la cible de Black Legion, un groupe de suprématistes Blancs affilié au KKK que son père avait accusé d’avoir mis le feu à leur maison en 1929. L’état du Michigan comptait 70 000 membres du KKK, soit cinq fois plus qu’au Mississippi [2]

Bien que le père de Malcolm eût deux assurances-vie, sa mère ne toucha que la plus faible des deux. Malcolm affirma que la compagnie d’assurance auprès de laquelle avait était contractée la plus important soutenait qu’il s’agissait d’un suicide et avait donc refusé de payer. Malcolm, à l’instar de l’ensemble de la communauté noire de la ville, se demandait comment son père avait pu se taper lui-même derrière la tête puis rester allongé sur les rails afin de se faire écraser. Louise Little tomba en dépression et fut déclarée folle au regard de la loi en décembre 1938. Malcolm et ses frères et sœurs furent éparpillés dans plusieurs foyers d’accueil. En 1939, leur mère fut admise à l’hôpital psychiatrique de Kalamazoo, Michigan, et y resta jusqu’à ce que Malcolm et ses frères et sœurs l’en fassent sortir vingt-six ans plus tard. 

Toujours selon son autobiographie, suite à la mort de son père, Malcolm vécut à Charles Street, dans le centre d’East Lansing. Cependant, le recensement de 1930 (paru en 2002) montre qu’il a vécu dans une tout autre Charles Street, dans un quartier urbain pauvre de Lansing Township, entre Lansing et East Lansing. Plus tard, alors qu’il était en primaire, il vivait à Mason, une petite ville presque entièrement blanche 12 miles au sud. 

Scolarité dans la communauté blanche 

Malcolm affirma avoir été l’un des Noirs les plus intégrés à la communauté blanche [3]

Malcolm obtint le diplôme de son école en tête de la classe, mais quitta le système scolaire après qu’un professeur qu’il admirait lui eut dit que ses aspirations à devenir avocat n’étaient « pas du tout réalistes pour un Nègre ». Il refuse d’être charpentier, comme son professeur le lui propose. Il essaye de rendre ses cheveux moins crépus et son teint plus clair, mais malgré la souffrance endurée c’est un échec. Après avoir voyagé d’une maison d’accueil à l’autre, Malcolm fut envoyé une première fois dans un centre de détention puis emménagea à Boston pour vivre avec sa demi-sœur, plus âgée, Ella Little Collins. À Boston, il accumula les petits emplois. Il fut également employé par intermittence par
la New Haven Railroad (compagnie de trains). En 1942, Malcolm prit part à la pègre bostonienne. 

Délinquance 

Malcolm quitta Boston afin de vivre pendant quelque temps dans le Michigan, mais emménagea dès 1943 à New York. Il y travailla de nouveau peu de temps à New Haven Railroad. Il trouva même un travail de cireur de chaussures dans le Lindy Hop Nightclub. Dans son autobiographie, il affirme avoir ciré les chaussures de Duke Ellington et d’autres musiciens noirs célèbres. Peu de temps après, à Harlem, alors appelé « Detroit Red »[4], il prit part à des activités de revente de drogue, de jeu, de racket et de cambriolage. Entre 1943 et 1946, Malcolm voyagea entre Boston et New York trois autres fois. Il fut arrêté en 1946 à Detroit pour cambriolage, et mis en prison dans le Michigan. 

Lorsque Malcolm fut examiné pour l’enrôlement dans l’armée pendant
la Deuxième guerre mondiale, les médecins militaires durent le réformer pour le motif 4-F (« mentalement inapte au service militaire »). Il expliqua dans son autobiographie qu’il dut jouer un rôle pour être réformé, et soutenir au médecin militaire qu’il était impatient de s’organiser avec les autres soldats Noirs et mettre la main sur une arme afin de « tuer quelques crackers« , c’est-à-dire des Blancs. Dans son dossier
FBI apparaît une lettre dans laquelle il se désigne comme communiste (cette sympathie semble ne pas avoir duré) et dans lequel il explique certaines raisons de son vœu d’être réformé : « J’ai toujours été un communiste. J’ai essayé de m’enrôler dans l’Armée japonaise, pendant la dernière guerre, maintenant ils ne m’enrôleront ni ne m’accepteront jamais dans l’Armée américaine. Tout le monde a toujours dit… Malcolm est fou donc il n’est pas difficile de convaincre les gens que le je suis.[5] » 

Au début de 1946, il retourna à Boston. Il fut arrêté le 12 janvier pour avoir essayé de voler à nouveau une montre de près de mille dollars[6] qu’il avait laissée dans une bijouterie pour la faire réparer. Deux jours plus tard, il fut également poursuivi en justice pour port d’arme. Le 16 janvier, il dut faire face aux charges de vol caractérisé et d’entrée par effraction. Il fut condamné à huit à dix ans de prison dans la prison d’État du Massachusetts à Charleston, dans laquelle il arriva le 27 février[7]. Ses relations sexuelles avec des femmes blanches (il y en avait deux dans sa bande, dont sa maîtresse) faillirent lui valoir en plus une condamnation pour viol, mais elles refusèrent de l’accuser malgré les incitations de l’instance judiciaire.[8] 

L’éducation en prison 

En prison, Malcolm gagna le surnom de « Satan » du fait de sa haine inextinguible pour la Bible, Dieu et la religion en général. Il commença à lire les livres de la bibliothèque de la prison. Il développa bientôt un appétit féroce pour la lecture, puis un astigmatisme

Dans plusieurs lettres de prison, mais aussi par la suite, Malcolm insistera sur l’importance de son éducation d’autodidacte. Ainsi, dans une lettre du 15 février 1950, il écrit à un certain Raymond : « Mon confinement est d’une autre nature ; je finis ma quatrième année d’une peine de prison de 8 à 10 ans … mais ces quatre ans de réclusion se sont révélé être les plus enrichissants de mes 24 ans sur cette terre et je ressens que ce « cadeau du Temps » était un cadeau qu’Allah me fit, sa manière de me sauver de la destruction certaine vers laquelle j’avançais.[9] » 

On lui attribue également la phrase : « Sans éducation, on ne va nulle part dans ce monde »[10] ou encore « L’éducation est le passeport pour le futur, car demain appartient à ceux qui s’y préparent aujourd’hui ».[11] 

Pendant cette période, il correspondit avec son frère Reginald et échangea avec lui des idées à propos de Nation of Islam, mouvement auquel Malcolm se convertit par la suite. Ce sont ses frères, déjà membres, qui lui firent connaître l’organisation[12]-[13].
La Nation de l’Islam était à l’époque une petite organisation de quelques centaines de membres, basés à Chicago. L’organisation avait une idéologie marquée par trois thématiques principales : une forme très hétérodoxe d’islam, un vigoureux nationalisme noir (revendication d’un état pour les noirs dans le sud des USA) et un total rejet des blancs (du racisme), considérés comme l’incarnation du démon sur la terre (« Nous avons vu la race blanche (démons) dans le ciel, parmi les justes, causant des troubles [...], jusqu’à ce qu’ils aient été découverts. [...] Ils ont été punis en étant privé des conseils divins [...] presque ravalés au rang des bêtes sauvages. [...] sautant d’arbre en arbre. Les singes en procèdent. [...] Avant eux, il n’y avait rien comme les singes et les cochons »[14]). 

La fin de son incarcération, après la conversion à l’Islam 

Pendant le reste de son incarcération, Malcolm correspondit régulièrement avec Elijah Poole, dit Muhammad, le meneur de
la Nation. Toujours selon son autobiographie, Malcolm commença à être renommé parmi les prisonniers, alors qu’il restait sous la surveillance attentive des autorités qui reconnaissaient en lui une source potentielle de troubles. On ne lui accorda pas la possibilité d’être libéré au bout de cinq ans pour bonne conduite car les autorités pensaient qu’il était trop dangereux de le libérer par avance. 

En février 1948, largement grâce aux efforts de sa sœur, Malcolm fut transféré dans une prison expérimentale à Norfolk, Massachussetts, qui avait une bibliothèque bien plus fournie. Malcolm réfléchit par la suite sur ce temps passé en prison : « Les mois passaient, et il ne me semblait même pas être emprisonné. En fait, jusqu’à ce moment là, je n’avais jamais été aussi libre de ma vie ». Le 7 août 1952, Malcolm fut libéré sur parole. 

Malcolm X et Nation of Islam 

Article détaillé : Nation of Islam

 

 

Un drapeau de Nation of Islam. Les lettres signifient Justice, Freedom (liberté), Equality (égalité), Islam. 

 

 

Malcolm X. 

Peu après sa libération, Malcolm Little rencontra Elijah Muhammad à Chicago[15], ce qui marqua son intégration complète à Nation of Islam

Assez rapidement, il changea son nom de famille pour « X ». Malcolm expliqua que ce nom représentait le rejet de son « nom d’esclave » en l’absence de son véritable nom d’origine africaine. Il est à noter que dans l’Amérique esclavagiste d’avant 1863, le maître imposait à ses esclaves de prendre son nom afin de les « marquer » comme ses choses, d’où le rejet. Le « X » représente également à la fois la marque appliquée sur le bras de certains esclaves et l’inconnue mathématique, qui symbolise l’inconnue du nom d’origine[16]. Cette vision conduisit de nombreux membres de Nation of Islam à changer leur nom pour « X », comme sa future femme, Betty X, ou à prendre des noms musulmans, supposés plus authentiques. 

Le 17 février 1953, le FBI ouvrit un dossier sur la base de la lettre dans laquelle il se disait communiste (cf. supra) en 1950, soit en pleine période de Red Scare ou de Reds under the bed (peur du communisme marquant l’Amérique des années 1950, et résumée par les passions du maccarthysme et du procès des époux Rosenberg).
Selon le Church Committee, le FBI était habitué à surveiller, bloquer et réprimer des radicaux comme Malcolm. Sont incluses dans son dossier les deux lettres dans lesquelles Malcolm utilise le pseudonyme « Malachi Shabazz »[17]. Dans Message to the Blackman in America,
Elijah Muhammad explique que le nom « Shabazz » était celui des descendants d’une « nation noire asiatique ». Le soupçon de communisme s’étant révélé sans fondement, Malcolm X ne fut ensuite plus surveillé que pour son appartenance à un culte nationaliste noir

En mai 1953, le FBI conclut que Malcolm X avait une « personnalité associale avec des tendances paranoïaques (paranoïa schizophrénique prépsychotique) »[18] et qu’il avait en réalité cherché à traiter son désordre mental[19]. Cela fut soutenu plus précisément par la lettre interceptée par le FBI, datée du 29 juin 1950 (cf. supra). 

Responsabilités 

Plus tard dans l’année, Malcolm quitta le foyer de sa demi-sœur Ella pour aller vivre chez Elijah Muhammad à Chicago. Il devint assez vite le prêcheur du onzième temple[20] de Nation of Islam. En 1954, Malcolm fut choisi pour diriger le temple N°7 de Nation of Islam sur Lenox Avenue à Harlem, NY[21] (appelé conjointement « Boulevard Malcolm X » depuis 1987). Il multiplia les effectifs des fidèles en peu de temps. Malcolm X dégageait une très grande énergie et était capable de travailler d’un jour sur l’autre avec seulement quatre heures de sommeil ou moins. Il lisait beaucoup, et lorsqu’il adhérait à une cause, il s’y dévouait entièrement. 

C’était un orateur convaincant, et il devint connu nationalement après une émission de télévision locale consacrée à Nation of Islam, The Hate That Hate Produced, diffusée en 1959, émission ou il était interviewé[22]. L’organisation était jusqu’alors peu connue. Suite à l’émission, l’intérêt médiatique pour l’organisation et pour Malcolm X grandit considérablement. La presse, la radio et les émissions télévisées aux États-Unis puis dans le monde entier recherchèrent et retranscrire régulièrement ses déclarations les plus marquantes. 

Dans l’intervalle qui sépare sa conversion à la cause de Nation of Islam en 1952 et sa séparation de l’organisation en 1964, il épousa pleinement les enseignements de Elijah Muhammad, notamment le fait de faire référence aux Blancs comme à des « diables », créés par un programme d’élevage mal orienté d’un scientifique Noir, Yacoub[23]. X prédisait l’inévitable et imminent retour des Noirs à leur place naturelle, à savoir en haut de l’échelle sociale et de l’ordre social. 

Malcolm savait que sa renommée était une cause de jalousie considérable à Nation of Islam, et il s’efforça de ne pas l’alimenter lors de ses apparitions en public. Malcolm X apparut cependant bientôt comme le deuxième meneur le plus influent de Nation of Islam, après Elijah Muhammad lui-même. Il ouvrit des temples supplémentaires, et notamment un à Philadelphie. On lui attribue souvent un rôle important dans la croissance de l’organisation, passée de 500 membres en 1952 à 30 000 en 1963. 

Mariage 

En 1958, Malcolm épousa Betty X (née Sanders) à Lansing, Michigan. Ils eurent six filles, toutes portant le nom de Shabazz. Leurs prénoms étaient : Attallah (née en 1958), Qubilah (née en 1960), Ilyasah (née en 1962), Gamilah (née en 1964) et les jumelles Malaak et Malikah (nées sept mois après la mort de Malcolm, en 1965). 

Conversion de Cassius Clay 

Malcolm X jouera un rôle important dans la conversion du boxeur Cassius Clay, qui rejoignit officiellement Nation of Islam en 1964, et changea son nom pour celui Cassius X, en l’honneur de Malcolm. Il est à noter que cette conversion de Cassius Clay se fit à un moment où Malcolm X n’était pas en très bons termes avec son organisation. Clay prendra ensuite le nom de Muhammad Ali, et critiquera X pour sa rupture avec Elijah Muhammad, avant de suivre son exemple et de rallier l’islam sunnite

Rencontre avec Castro 

En septembre 1960, Fidel Castro se rendit aux États-Unis afin de s’adresser à l’Assemblée Générale des Nations Unies. 

Castro ne reçut pas un chaleureux accueil de la part du gouvernement des États-Unis durant son séjour à New York. La délégation cubaine dut se déplacer du Shelbourne Hotel au Hotel Theresa à Harlem car Castro s’était plaint qu’on lui eût demandé de payer par avance[24]

Malcolm X rencontra Castro en tant que membre de tête d’un comité d’accueil qui avait été mis en place à Harlem plusieurs semaines auparavant. Le but de ce groupe, qui rassemblait un nombre important de meneurs de la communauté noire, était de rencontrer les chefs d’État, particulièrement ceux venant d’Afrique, qui allaient s’adresser à l’Assemblée générale de l’ONU. Seize pays africains devinrent membre de l’ONU à l’occasion de cette session. 

Tensions et séparation 

 

 

L’intérêt des médias 

À partir du début des années 1960, plusieurs controverses vont progressivement éloigner Malcolm X et Elijah Muhammad

Tout d’abord des affaires de mœurs : des rumeurs couraient depuis quelque temps sur les nombreux adultères commis par Elijah Muhammad avec de jeunes secrétaires du mouvement. Warith Deen Muhammad, le propre fils d’Elijah Muhammad, et un ami proche de X, informa ce dernier « en 1963, que son père Elijah Muhammad avait mis enceinte six de ses secrétaires »[25]. L’adultère est totalement contraire aux enseignements de Nation of Islam. Après avoir écarté ces informations, Malcolm X aurait fini par en obtenir confirmation en 1963. Elijah Muhammad lui-même[26] aurait finit par indiquer qu’étant l’envoyé de Dieu sur terre, il n’était pas soumis aux même règles que le commun des mortels[27], et expliquant que cette activité avait pour but de suivre la lignée des prophètes bibliques. Malcolm X indique qu’il ne fût pas satisfait par l’explication, mais que sa foi en Elijah Muhammad ne vacilla pas. Malcolm indique aussi qu’il était navré de voir d’autres prêcheurs faire un usage personnel des fonds de Nation of Islam

Le second sujet de divergence porte sur la politique : Malcolm X était intéressé par le mouvement pour les droits civiques des Noirs tels qu’il se développait depuis 1955. Si l’idéologie officielle du mouvement était opposée au nationalisme noir, et revendiquait simplement un statut d’américain normal pour les Noirs, X considérait qu’il devait y avoir une présence des nationalistes noirs et des black muslims dans ce qui apparaissait comme le premier grand mouvement de masse noir de l’histoire des États-Unis. Elijah Muhammad était par contre hostile à la fin de la ségrégation raciale[28] et au soutien à un mouvement dans lequel se trouvaient de nombreux blancs progressistes. Il craignait la dissolution des Noirs dans un ensemble américain dominé par les Blancs.
Conformément à la position officielle de
la Nation, Malcolm X Malcolm critiqua
la Marche sur Washington (March on Washington for Jobs and Freedom) du 28 août 1963, ne comprenant pas pourquoi les Noirs s’ébahissaient d’une manifestation « menée par les Blancs devant une statue d’un président mort depuis cent ans et qui ne nous aimait pas lorsqu’il était en vie », mais la tentation d’un rapprochement avec les autres organisations noires semble avoir été forte, et un point de divergence avec Muhammad. 

Le troisième contentieux porte sur la religion : Malcolm X a commencé à s’intéresser à l’islam sunnite officiel, semble-t-il sous l’influence du propre fils de Muhammad, Warith Deen Muhammad, lequel indique qu’il s’était intéressé à l’islam orthodoxe dès les années 1950, en prison[29]. Or la religion prêchée par Elijah Muhammad en était très éloignée. L’intérêt montré par X à l’égard de l’islam orthodoxe ne pouvait donc que l’éloigner de son mentor. 

On peut enfin citer des divergences d’ambitions : l’aura de X au sein de la communauté noire en général et de Nation of Islam en particulier, sa médiatisation importante, semblent avoir inquiété Elijah Muhammad. 

Au printemps de 1963, Malcolm commença à collaborer avec Alex Haley pour écrire son autobiographie. 

En novembre 1963, après l’assassinat du président Kennedy, toutes les divergences éclatèrent sur la place publique, après une déclaration controversée de X. Celui-ci déclara en effet que la violence que Kennedy n’avait pas pu arrêter se retournait contre lui. Il ajouta « Chickens coming home to roost never made me sad. It only made me glad » (« les poulets revenant au poulailler ne me rendent jamais triste, ils me rendent seulement heureux » – En français, Chickens coming home to roost a une signification proche de « qui sème le vent récolte la tempête »). Cette phrase pouvait se comprendre comme une approbation de l’assassinat. Elijah Muhammad désavoua cette déclaration, et interdit à X toute déclaration publique pendant 90 jours, injonction à laquelle Malcolm X obéit. Mais les relations entre les deux hommes atteignaient leur point de rupture. Dans son autobiographie, X affirme même qu’un de ses assistants lui aurait alors indiqué avoir reçu l’ordre de la direction de
la NoI de le tuer[30]

Le 8 mars 1964, il annonça officiellement le fait qu’il quittait Nation of Islam. Le 11 mars 1964, il fit peser la responsabilité de la rupture sur Nation of Islam : « Les Officiels nationaux ici au Siège de Chicago savent que je n’ai jamais quitté Nation of Islam de ma propre initiative. Ce sont eux qui ont conspiré avec le Capitaine Joseph ici à New York pour me forcer à quitter
la Nation. Afin de sauver les Officiels nationaux et Capitaine Joseph de la disgrâce d’avoir à s’expliquer… de m’avoir évincé, j’ai annoncé par voie de presse que j’étais parti de ma propre initiative. Je n’ai pas pris la faute sur moi pour protéger ces Officiels nationaux, mais pour protéger la foi que vos fidèles ont en vous et en Nation of Islam.[31] »

Le 12 mars, il annonça la fondation de sa propre organisation religieuse, « The Muslim mosque inc. ». 

 

 

Malcolm X dans une mosquée sunnite (Mosquée Mohammed Ali), au Caire

Peu de temps après, il se convertit à l’islam sunnite orthodoxe[32]. Le 13 avril 1964, Malcolm X partit de l’aéroport John Fitzgerald Kennedy pour faire le pèlerinage à la Mecque (le hajj) dont il revint sous le nom musulman de Malik El-Shabazz[33]. Sa femme et ses filles prirent alors le nom de famille de Shabazz. 

Il condamna le racisme anti-blanc de
la Nation de l’Islam. Il écrivit ainsi à propos de son pèlerinage : 

« Il y avait des dizaines de milliers de pèlerins, de partout dans le monde. Ils étaient de toutes les couleurs, des blonds aux yeux bleus aux Africains à la peau noire. Mais nous étions tous les participant d’un même rituel, montrant un esprit d’unité et de fraternité que mes expériences en Amérique m’avaient mené à croire ne jamais pouvoir exister entre les blancs et les non-blancs. L’Amérique doit comprendre l’Islam, parce que c’est la seule religion qui efface de sa société le problème des races [34]. » 

Mais Malcolm X resta fidèle à une action tournée de façon privilégiée vers le peuple noir. Il refusa aussi de condamner la violence des opprimés, et eut des paroles assez dures pour les tenants de la non-violence, qu’il accusa d’encourager à la soumission. C’est ainsi le cas dans son célèbre discours du 3 mai 1964, peu après son retour de
la Mecque, The Ballot or the Bullet[35], où il menace de recourir à la violence, et traite certains politiciens blancs de crackers, un terme péjoratif anti-blanc. Dans le même discours, il déclare : 

« Si l’homme blanc ne veut pas que nous soyons contre lui, qu’il cesse de nous opprimer, de nous exploiter et de nous dégrader. Que nous [les noirs] soyons chrétiens, ou musulmans, ou nationalistes, ou agnostiques, ou athées, nous devons d’abord apprendre à oublier nos différences. [...] Nous allons être forcés d’employer le vote ou la balle. [...] Je ne me considère même pas comme un américain. Je ne suis pas un Américain. Je suis l’une de 22 millions de personnes noires qui sont les victimes de l’Américanisme [...] Il y aura des cocktails Molotov ce mois-ci, des grenades à main le mois prochain, et autre chose le mois suivant. [...] Ce sera la liberté, ou ce sera la mort[36]. » 

Pour lui, la priorité n’est pas d’unir les blancs et les noirs, il faut d’abord que l’union des noirs soit complète, et ensuite, il se battra pour l’union noir-blanc [réf. nécessaire]

Peu de temps après son retour de la Mecque, Malcolm X fonda l’« organisation pour l’unité afro-américaine », un groupe politique non religieux. Il affirme ainsi sa volonté de mener à la fois une lutte religieuse pour l’Islam, et une lutte politique pour les Noirs, les deux fonctionnant de façon autonome. 

Si Malcolm X romp avec
la NOI dans le domaine religieux, il reste assez largement fidèle à ses idées dans le domaine du
nationalisme noir, en particulier en matière de nationalisme économique (l’insistance sur l’existence d’entreprises noires indépendantes des blancs) et d’auto-organisation de la communauté. 

Peu de temps après son retour de
la Mecque, Malcolm X fonde l’« organisation pour l’unité afro-américaine », un groupe politique non religieux. Il affirme ainsi sa volonté de mener à la fois une lutte religieuse pour l’
Islam, et une lutte politique pour les noirs, les deux fonctionnant de façon autonome. 

L’assassinat 

La tension entre Malik El-Shabazz et Nation of Islam ne cessa de croître. Le 14 février 1965, sa maison fut l’objet d’un attentat à la bombe. 

Deux mois avant son assassinat, Louis Farrakhan avait écrit « un tel homme est digne de mourir »[37]

Le 21 février 1965, Malcolm X prononce un discours dans le quartier de Harlem à New York, devant un auditoire de 400 personnes, où sont également présents sa femme et ses enfants. Le discours commence à peine lorsqu’une dispute éclate dans la foule, un homme accuse un autre d’avoir ses mains dans ses poches. Malcolm X, au micro, les incite au calme lorsqu’un homme s’avance vers lui avec un fusil à canon scié; il touche au ventre Malcolm X, qui s’effondre, tandis que deux autres personnes lui tirent 16 fois dessus avec des revolvers. Malcolm X décède sur le coup. L’identité des commanditaires reste inconnue, même si les soupçons se portent principalement sur
la Nation de l’Islam, d’où plusieurs agents du
FBI infiltrés avaient appris l’existence d’un projet d’assassinat de Malcolm X. 

Trois membres de Nation of Islam seront reconnus coupables en 1966 : Norman 3X Butler, Thomas 15X Johnson et Talmadge Hayer. L’organisation elle-même niera toute participation à l’assassinat. « Betty Shabazz [la femme de Malcolm X], qui est morte en 1997, a publiquement accusé Farrakhan d’un rôle dans le meurtre »[37]. Celui-ci a admis au début 2007 « j’ai pu être complice en mots », tout en niant une implication directe de l’organisation[37]. En 1994, Qubilah Shabazz, une des filles de Malcolm X sera arrêtée et inculpée pour avoir payé un tueur à gage chargé de tuer Farrakhan, accusation abandonnée en 1995[38]. Il a également été envisagé que le FBI ait eu connaissance du projet d’assassinat et l’ait couvert, voire aidé. Cette hypothèse a été reprise par la NoI[39]

Voir aussi 

Bibliographie en Français 

  • Malcolm X, par tous les moyens nécessaires, D. de Roulet – Desmaret Éditions (09/2004) – ISBN-10: 2742725555 – ISBN-13: 978-2742725557. 

  • Le pouvoir noir, Malcolm X & G. Breitman -
    La Découverte (02/2002) – ISBN-10: 2707136840 – ISBN-13: 978-2707136848. Une très bonne anthologie des écrits de Malcolm X. Le choix est éclairé et le panel est bien plus vaste que dans la plupart des livres anglophones, puisque cet ouvrage inclut des discours du « début » comme de la fin de la fin de la vie de Malcolm X. D’autant plus utiles que la plupart des discours de Malcolm X ne sont pas encore disponible en Français en ligne. 

  • Malcolm X, M. Rouabhi – Actes Sud-Papiers (02/2000) – ISBN-10: 2913675271 – ISBN-13: 978-2913675278. 

  • Malcolm : Les Trois Dimensions d’une révolution inachevée, F. Steiger & S. Molla – Éditions L’Harmattan (05/2003) – ISBN-10: 2747545229 – ISBN-13: 978-2747545228. 

  • L’autobiographie de Malcolm X, Malcolm X & Alex Haley – Presses Pocket (09/1999) – ISBN-10: 2266056336 – ISBN-13: 978-2266056335. 

Bibliographie en Anglais 

  • The Autobiography of Malcolm X as told to Alex Haley, Malcolm X & Alex Haley – Ballantine Books (10/1987) – ISBN-10: 0345350685 – ISBN-13: 978-0345350688. LA référence. 

  • Malcolm X Speaks: Selected Speeches and Statements (ISBN 0802132138) édité par George Breitman. Ses discours faits pendant les huit derniers mois de sa vie et qui manifestent le pouvoir de ses idéaux nouveaux. 

  • « Malcolm X: The Man and His Times » (ISBN 0865432007), édité avec une introduction et un commentaire de John Henrik Clarke. Une anthologie d’écrits, de discours et de manifestes complétée d’ajouts sur Malcolm X par un groupe international d’africains et d’afro-américains spécialistes et militants. 

  • « Malcolm X: The FBI File » (ISBN 0881847518), le commentaire est de Clayborne Carson, l’introduction de Spike Lee et l’édition de David Gallen. Une source d’informations provenant des dossiers du FBI sur ses débuts, en passant par sa sortie de prison en mars 1953, et se terminant en 1980 par l’enquête sur son assassinat. 

Articles en anglais 

Articles sur Malcolm X 

  • Parks, Gordon. The White Devil’s Day is Almost Over. Life, May 31, 1963. 

  • Speakman, Lynn. Who Killed Malcolm X? The Valley Advocate, November 26, 1992, pp. 3-6. 

  • Vincent, Theodore. The Garveyite Parents of Malcolm X. The Black Scholar, vol. 20, #2, April, 1989. 

  • Handler ,M.S.Malcolm X cites role in U.N. Fight. New York Times, Jan 2, 1965; pg. 6, 1. 

  • Montgomery, Paul L. Malcolm X a
    Harlem Idol on Eve of Murder Trial
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    New York Times, Dec 6, 1965; pg. 46, 1 

  • Bigart, Homer. Malcolm X-ism Feared by Rustin. New York Times, Mar 4, 1965; pg. 15, 1 

  • Arnold, Martin. Harlem is Quiet as Crowds Watch Malcolm X Rites. New York Times, Feb 28, 1965; pg. 1, 2 

  • Loomis, James. Death of Malcolm X. New York Times. Feb 27, 1965; pg. 24, 1 

  • n/a. Malcolm X and Muslims. New York Times, Feb 21, 1965; pg. E10, 1 

  • n/a. Malcolm X. New York Times, Feb 22, 1965; pg. 20, 1 

  • n/a. Malcolm X Reports He Now Represents Muslim World Unit. New York Times, Oct 11, 1964; pg. 13, 1 

  • Lelyveld, Joseph. Elijah Muhammad Rallies His Followers in
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  • n/a. Malcolm X Woos 2 Rights Leaders. New York Times, May 19, 1964; pg. 28, 1 

  • n/a. 1,000 In
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    . New York Times, Mar 23, 1964; pg. 18, 1 

  • Handler, M.S. Malcolm X Sees Rise in Violence. New York Times, Mar 13, 1964; pg. 20, 1 

  • n/a. Malcolm X Disputes Nonviolence Policy. New York Times, Jun 5, 1963; pg. 29, 1 

  • Apple, R.W. Malcolm X Silenced for Remarks On Assassination of Kennedy. New York Times, Dec 5, 1963; pg. 22, 1 

  • Ronan, Thomas P. Malcolm X Tells Rally In
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    New York Times, Jun 30, 1963; pg. 45, 1 

  • n/a. 4 Are Indicted Here in Malcolm X Case. New York Times, Mar 11, 1965; pg. 66, 1 

  • Handler, M.S. Malcolm X Seeks U.N. Negro Debate. Special to The New York Times; New York Times, Aug 13, 1964; pg. 22, 1 

Essais 

Essais sur Malcolm X 

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  • Alkalimat, Abdul. Malcolm X for Beginners.
    New York: Writers and Readers, 1990. 

  • Als, Hilton. « The Women. » (a chapter on Malcolm’s mother) 


  • Asante, Molefi K. Malcolm X as Cultural Hero: and Other Afrocentric Essays. Trenton, N.J.: Africa World Press, 1993. 

  • Baldwin, James. One Day, When I Was Lost: A Scenario Based On Alex Haley’s « The Autobiography Of Malcolm X ». New York: Dell, 1992. 

  • Breitman, George, ed. Malcolm X Speaks. New York: Merit, 1965. 

  • Breitman, George. The Last Year of Malcolm X: The Evolution of a Revolutionary. New York: Pathfinder, 1967. 

  • Breitman, George and Herman Porter. The Assassination of Malcolm X.
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  • Brisbane, Robert. Black Activism.
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  • Carson, Claybourne. Malcolm X: The FBI File. New York: Carroll & Graf, 1991. 

  • Carson, Claybourne, et al. The Eyes on the Prize Civil Rights Reader. New York: Penguin, 1991. 

  • Clarke, John Henrik, ed. Malcolm X; the Man and His Times. New York: Macmillan, 1969. 

  • Cleage, Albert B. and George Breitman. Myths About Malcolm X: Two Views. New York: Merit, 1968. 

  • Collins, Rodney P. The Seventh Child. New York: Dafina;
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  • Cone, James H. Martin & Malcolm & America: A Dream or A Nightmare. Maryknoll, N.Y.: Orbis Books, 1991. 

  • Davis, Thulani. Malcolm X: The Great Photographs.
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  • DeCaro, Louis A. On The Side of My People: A Religious Life of Malcolm X. New York:

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  • Doctor, Bernard Aquina. Malcolm X for Beginners.
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  • Dyson, Michael Eric. Making Malcolm: The Myth and Meaning of Malcolm X. New York:

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  • Evanzz, Karl. The Judas Factor: The Plot to Kill Malcolm X.
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  • Franklin, Robert Michael. Liberating Visions: Human Fulfillment And Social Justice In African-American Thought. Minneapolis, MN : Fortress Press, 1990. 

  • Friedly, Michael. The Assassination of Malcolm X.
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  • Gallen, David, ed. Malcolm A to Z: The Man and His Ideas.
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  • Goldman, Peter. The Death and Life of Malcolm X. Urbana:

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  • Jamal, Hakim A. From The Dead Level: Malcolm X and Me.
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  • Jenkins, Robert L. The Malcolm X Encyclopedia. Westport, Conn.: Greenwood Press, 2002. 

  • Karim, Benjamin with Peter Skutches and David Gallen. Remembering Malcolm.
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  • Kly, Yussuf Naim, ed. The Black Book: The True Political Philosophy of Malcolm X (El Hajj Malik El Shabazz). Atlanta: Clarity Press, 1986. 

  • Leader, Edward Roland. Understanding Malcolm X: The Controversial Changes in His Political Philosophy. New York: Vantage Press, 1993. 

  • Lee, Spike with Ralph Wiley. By Any Means Necessary: The Trials and Tribulations of The Making Of Malcolm X.
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  • Lincoln, C. Eric. The Black Muslims in
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  • Lomax, Louis. When the Word is Given. Cleveland: World, 1963. 

  • Maglangbayan, Shawna. Garvey, Lumumba, and Malcolm: National-Separatists. Chicago, Third World Press 1972. 

  • Marable, Manning. On Malcolm X: His Message & Meaning. Westfield, N.J.: Open Media, 1992. 

  • Martin, Tony. Race First. Westport, Connecticut:
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  • Myers, Walter Dean. Malcolm X By Any Means Necessary. New York: Scholastic, 1993. 

  • Perry, Bruce. Malcolm: The Life of A Man Who Changed Black
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    New York: Station Hill, 1991. 

  • Randall, Dudley and Margaret G. Burroughs, ed. For Malcolm; Poems on The Life and The Death of Malcolm X. Preface and Eulogy By Ossie Davis. Detroit: Broadside Press, 1967. 

  • Sales, William W. From Civil Rights To Black Liberation: Malcolm X And The Organization Of Afro-American Unity. Boston, MA: South End Press, 1994. 

  • Shabazz, Ilyasah. Growing Up X.
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  • Strickland, William, et al. Malcolm X: Make It Plain. Penquin Books, 1994. 

  • Terrill, Robert. Malcolm X: Inventing Radical Judgment. Michigan State University Press, 2004. 

  • T’Shaka, Oba. The Political Legacy of Malcolm X. Richmond,
    Calif.: Pan Afrikan Publications, 1983. 

  • Tuttle, William. Race Riot:
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    New York: Atheneum, 1970. 

  • Vincent, Theodore. Black Power and the Garvey Movement. San Francisco: Ramparts, 1972. 

  • Wood, Joe, ed. Malcolm X: In Our Own Image. New York:
    St. Martin’s Press, 1992. 

  • Woodward, C. Vann. Origins of the New South. Baton Rouge:

    Louisiana
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    University Press, 1967. 

Filmographie 

 

 

Malcolm X et Martin Luther King 

Liens internes 

Liens externes 

    

 

Wikimedia Commons propose des documents multimédia libres sur Malcolm X. 

Notes et références 

  1. La plupart des informations de cet article sont tirées de The Autobiography of Malcolm X as told to Alex Haley, par Malcolm X et Alex Haley parue en 1987 chez Ballantine Books (cf. Bibliographie). Rédigée par Alex Haley entre 1964 et 1965, elle est fondée sur des entretiens courts dirigés juste avant l’assassinat de Malcolm X (avec un épilogue rajouté après), et publiée en 1972. Le livre a été désigné par Time magazine comme l’un des dix livres les plus importants de non-fiction du XXe siècle, et comme« appartenant à la petite étagère des plus grandes autobiographies » selon Wendy Smith d’Amazon.com. Les informations proposées ici sont dans leur grande majorité confirmées par le dossier FBI de Malcolm ou le documentaire Make It Plain produit par la chaîne anglaise BBC. Se reporter à l’article pour des renvois plus précis à chacune de ces sources. 

  2. Make it Plain, BBC. 

  3. Notamment dans une interview de 1963 dans l’émission City Desk, dont un enregistrement est visible sur Google Video

  4. Il est intéressant de noter qu’il était appelé « New York Red » à Boston. 

  5. « Tell … to go in shape. It looks like another war. I have always been a Communist. I have tried to enlist in the Japanese Army, last war, now they will never draft or accept me in the
    U.S. Army. Everyone has always said … Malcolm is crazy so it isn’t hard to convince people that I am. »
    Tiré du dossier du FBI sur Malcolm X: partie I, page 7 ; disponible ici

  6. Make it plain, un documentaire de
    la BBC, disponible sur
    Google Video 

  7. Tiré du dossier du FBI sur Malcolm X: partie I, p. 6-7 ; disponible ici 

  8. Make it Plain, BBC. 

  9. « My confinement is of a different type; I’m just completing my fourth year of an 8 to 10 year term in prison … but these four years of seclusion have proven to be the most enlightening years of my 24 years upon this earth and I feel this ‘gift of Time’ was Allah’s reward to me as His way of saving me from the certain destruction for which I was heading. » Lettre issue d’une vente aux enchères, disponible ici 

  10. « Without education, you’re not going anywhere in this world, » tiré d’un site Internet qui rassemble des citations de Malcolm X. 

  11. « Education is the passport to the future, for tomorrow belongs to those who prepare for it today, » tiré de Wikiquote

  12. Make it Plain, BBC. 

  13. Voir aussi sur la conversion une lettre dans laquelle il demande à un certain Raymond : « Tell me all about yourself how you came to the Truth… and every thing else that you care to speak of » (Dis-moi tout de tout, comment tu en vins à
    la Vérité… and tout ce que tu veux me dire). Texte disponible
    ici

  14. Chapitre 55 de Message to the Blackman in
    America
    , par Elijah Muhammad, 1965.
    Voir le chapitre 55

  15. Voir une lettre du 23 septembre 1952 : « I had dinner in
    Chicago last week with our Leader. He is All-Wise. The words which flow from His Lips prove that Allah is the Best-Knower, and that Allah Himself taught our Leader. »
    Tiré du dossier du FBI sur Malcolm X: partie I, p. 9 ; disponible ici 

  16. Voir l’introduction de l’interview par Playboy Magazine (Alex Haley). 

  17. Dossier du FBI sur Malcolm X: partie I, p. 9-11 ; disponible ici 

  18. « Malcolm Little… was suffering « a social personality with paranoid trends (pre-psychotic paranoid schizophrenia) ». » Tiré du dossier du FBI sur Malcolm X: partie I, p. 88 ; disponible ici 

  19. Dossier du FBI sur Malcolm X: partie I, p. 6 ; disponible ici 

  20. Le terme de Mosquée n’était pas encore utilisé par
    la NOI, à l’époque. 

  21. Malcolm X est alors considéré comme le « Traveling Minister of
    Temple #7, NYC of the Muslim Cult of Islam,
    102 West 116th Street, NY, NY

    . » Tiré dossier du FBI sur Malcolm X: partie I, p. 61 ; disponible ici. L’adresse exacte, 113 Lenox Avenue, est donnée dans certaines lettres de Malcolm à d’autres meneurs du Mouvement des Droits Civiques, comme cette lettre adressée à Martin Luther King (autre version ; lettre à Whitney Young : ici et ici). 

  22. The Hate That Hate Produced ; voir sur ce point Make it Plain, BBC ou la vidéo de l’une des émissions sur Google Video

  23. Chapitre 55 de Message to the Blackman in
    America
    , par Elijah Muhammad, 1965.
    Voir le chapitre 55


  24. Cuba. A New History, Richard Gott, p. 185. 

  25. Brother Minister: The Martyrdom of Malcolm X,
    Alona Wartofsky,
    Washington Post, 17 février 1995, [1] 

  26. D’après l’autobiographie de Malcolm X, 1965, P. 299 de l’édition américaine. 

  27. Nation of Islam conteste, et parle d’une « mauvaise interprétation de la vie domestique de l’honorable Elijah Muhammad ». Voir An historical look at the honorable Elijah Muhammad

  28. « Nous croyons que les mariages mixtes ou le mélange des races devraient être interdits » : THE MUSLIM PROGRAM, texte d’Elijah Muhammad, sur le site officiel de
    la NOI. 

  29. d’après [2]

  30. D’après l’autobiographie de Malcolm X, 1965, P. 308 de l’édition américaine. 

  31. « The National Officials there at
    Chicago Headquarters know that I never left the Nation of Islam on my own free will. It was they who conspired with Captain Joseph here in
    New York to pressure me out of the Nation. In order to save the National Officials and Captain Joseph the disgrace of having to explain … for forcing me out, I announced through the press that it was my own decision to leave. // I did not take the blame to protect those National Officials, but to preserve the faith your followers have in you and the Nation of Islam »
    . Texte complet de la lettre disponible ici (autre version). 

  32. Voir sa déclaration de foi : lien vers le manuscrit. Malcolm X fait ici référence non pas à Elijah Muhammad, mais bien au prophète Mahomet. On remarquera donc que c’est une manière de revenir sur certaines des affirmations de membres de Nation of Islam qui associaient Elijah Muhammad à la notion de prophète. En réalité, Malcolm réfutait déjà cette idée dès 1963 (voir la vidéo disponible sur Google Video d’une interview dans l’émission City Desk où il explique ceci), qualifiant Elijah Muhammad de « messager » (« Messenger »). 

  33. Il est à noter que dans les dossiers du FBI apparaissent la reproduction de lettres du début des années 1950, que X signe sous le nom de Malachi Shabazz, une version très proche de son nouveau nom musulman de 1964. Voir par exemple la page 10 du dossier PDF [3]

  34. (en) Letter from Malcolm X 

  35. (en) The Ballot or the Bullet

  36. (en) The Ballot or the Bullet 

  37. a b c Voir sur le site de CBS le compte rendu de son émission 60 Minutes de janvier 2007, ou Farrakhan a admis pour s’en excuser « que ce que j’ai dit a causé la perte de la vie d’un être humain »

  38. Sur la vision de
    La NoI sur l’affaire, voir cette page
    [4] 

  39. An historical look at the honorable Elijah Muhammad

 

Portail des États-Unis 

Récupérée de « http://fr.wikipedia.org/wiki/Malcolm_X » 

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