Barack Obama (né en 1961), 44ème président des Etats-Unis d’Amérique . Par Paul YANGE de grioo.com

Posté par issopha le 4 février 2009

 Barack Obama (né en 1961), 44ème président des Etats-Unis d’Amérique

 
 
Barack Obama (né en 1961), 44ème président des Etats-Unis d’Amérique . Par Paul YANGE de grioo.com dans DISCRIMINATION POSITIVE artsubtitleleft transparent dans ETATS-UNIS D'AMERIQUE
Né d’un père kenyan et d’une mère américaine, élevé à Hawaii et en Indonésie, travailleur social, avocat devenu sénateur des Etats-Unis, Barack Hussein Obama est officiellement devenu le premier président noir des Etats-Unis le 20 janvier 2009. Un accomplissement qui le place d’ores et déjà à une place d’exception dans l’histoire. Ce premier volet d’une série de deux retrace la constitution de l’identité du futur président
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L’enfance et l’environnement familial
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Barack Hussein Obama naît le 4 août 1961 à Hawaii. Il est le fils de Stanley Ann Dunham, une étudiante blanche âgée de 18 ans, dont les parents sont originaires du Kansas, et de Barack Obama Sr, un étudiant africain de 23 ans, originaire du Kenya d’où il est arrivé via une bourse. Le petit Barack n’est pas le premier fils de Barack senior qui a déjà deux enfants et une femme au Kenya lorsque naît son fils à Hawaii. Il a néanmoins épousé Ann Dunham le 2 février 1961. A la fin de ses études à Hawaii, deux nouvelles bourses lui sont attribuées :

une prend en charge sa scolarité et sa famille, mais provient d’une université moins prestigieuse que la seconde, qui lui est offerte par Harvard. La bourse de Harvard a l’inconvénient de ne pas prendre en charge Ann et Barack. Barack Obama sr choisit pourtant Harvard et quitte Hawaii laissant derrière lui Stanley Ann qu’il avait pourtant épousée, et le petit Barack. Au bout de deux ans, les liens se distendent et en 1964, c’est le divorce. Le petit Barack ne reverra que de façon très épisodique son père, notamment à l’âge de 10 ans lorsque ce dernier viendra passer un séjour d’un mois à Hawaii. Barack Obama confessera plus tard que le temps cumulé qu’il a passé avec son père ne dépasse pas un an.

quote_left Ce gars parle comme s’il est déjà président du pays. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui pouvait laisser une telle impression après cinq minutes quote_right

Barack Sr qui a des nouvelles de son fils via sa mère est néanmoins fier de lui, car celui-ci obtient d’excellents résultats à l’école. Charismatique, brillant, fier, ambitieux et orgueilleux, Barack Sr de retour au Kenya travaille dans une compagnie pétrolière, puis y sera ministre. Mais ne pratiquant pas la langue de bois, il critique souvent les collègues qu’ils jugent incompétents (« comment peux tu être mon supérieur alors que c’est moi qui t’apprends à faire ton boulot dit-il à un ministre »), s’insurge contre le tribalilsme et le népotisme.

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Il finit par être blacklisté par le président kenyan Jomo Kenyatta qui empêche même les firmes étrangères de le recruter. Contacté par la Banque Africaine de Développement (BAD) il ne peut pas saisir cette opportunité qui se présente à l’étranger car son passport a été confisqué. C’est ainsi qu’il devient alcoolique, se contentant d’essayer de sauver les apparences auprès de ses proches. Il ne retrouvera un poste à la hauteur de ses qualifications que suite au décès de Kenyatta. Il mourra lui-même en 1982 à la suite d’un accident de circulation.

Barack Senior aura huit enfants de quatre femmes différentes : Keziah Obama, Stanley Ann Dunham, Ruth Niedesand (une américaine rencontrée à Harvard) et une femme prénommée Jael qui résiderait actuellement à Atlanta aux Etats-Unis. Auma, Malik, Abo, Bernard sont les enfants de Keziah. Barack Junior est le fils de Stanley Ann, Mark et David Ndesanjo (décédé dans un accident de moto) sont les fils de Ruth. George Onyango est le 8ème enfant de Barack Senior, qu’il a eu avec Jael.

quote_left Quoi qu’en dise mon père, il était maintenant trop tard pour prétendre me réclamer de l’Afrique. Et si j’avais fini par me considérer comme un Noir américain, et si j’étais regardé comme tel, je n’avais encore jeté l’ancre nulle part. quote_right

Barack Obama compte donc six demi-frères ou demi-sœurs encore vivants du côté paternel. Du côté maternel, il a une demi-sœur, Maya Soetero NG (prénommée Maya en hommage à l’écrivain Maya Angelou ndlr) qui est la fille de Stanley Ann Dunham et de son second mari Lolo Soetero. Lorsque cette dernière se remarie avec cet indonésien qu’elle a rencontré à Hawaii, elle et Barack qui a alors six ans vont s’installer en Indonésie où Barack grandit de 1967 à 1971. Sa mère le réveille à quatre heures du matin pour lui donner des cours d’anglais.

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transparent transparent Ann Dunham et son fils Barack Obama
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Barack racontera plus tard dans son autobiographie « Les rêves de mon père » comment les différences criardes d’inégalité en matière de répartition de richesses dans la société indonésienne l’ont marqué. Il évoquera aussi un numéro du magazine « Life » dans lequel pour la première fois, il prendra conscience du fait que la couleur de peau n’est pas anodine (il s’agissait d’un article sur un noir qui essayait de se blanchir la peau). Sa mère estimant que l’environnement américain serait meilleur pour ses études décide de le renvoyer à Hawaii à l’âge de 10 ans où ses grands-parents maternels s’occupent de lui avant qu’elle ne revienne l’année suivante. Barack Jr qui sera surnommé « Barry » suit une scolarité sans encombre, entre au lycée de Punahou (un des plus prestigieux lycées privés de Hawaii).

Essayant de se conformer à l’image de ce que doit être un jeune Noir Il commet quelques bêtises (essaye un peu de marijuana, goûte à la cocaïne), mais se reprend rapidement et va poursuivre ses études supérieurs à l’Occidental College de Los Angeles. Il se lie rapidement d’amitié avec plusieurs étudiants afro-américains. Au menu des discussions il y a notamment des débats sur la place des Noirs en Amérique, le racisme, le nationalisme noir etc Désireux de changer d’environnement, Barack Obama demande à effectuer sa troisième année à l’université de Columbia qui est basée à New York. Il explique ce changement dans « les rêves de mon père »

quote_left J’appris à zigzaguer entre mes mondes, le noir et le blanc, car j’avais compris que chacun d’eux possédait son propre langage, ses propres coutumes et ses propres structures et m’étais convaincu qu’avec un minimum de traduction de ma part les deux mondes finiraient par devenir cohérents quote_right

: « Quoi qu’en dise mon père, il était maintenant trop tard pour prétendre me réclamer de l’Afrique. Et si j’avais fini par me considérer comme un Noir américain, et si j’étais regardé comme tel, je n’avais encore jeté l’encre nulle part. Je compris que ce qu’il me fallait était une communauté, une communauté qui irait plus loin que le désespoir partagé avec quelques amis noirs à la lecture des dernières statistiques de la criminalité (…) un endroit où je pourrais me poser et tester mon engagement. Aussi quand j’appris qu’Occidental avait organisé un programme de transfert avec l’université de Columbia, je me dépêchai de poser ma candidature. Je me disais que même s’il n’y avait pas plus d’étudiants noirs à Columbia qu’à Oxy, je serais là au cœur d’une vraie ville avec des quartiers noirs à proximité. »

Travailleur social en tant qu’organisateur de communautés à Chicago
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transparent transparent Barack Obama et son père en 1972
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C’est à New York qu’il rencontre pour la première fois sa demi-sœur Auma, qui effectue ses études en Allemagne. De passage aux Etats-Unis elle est venue lui rendre visite et ils s’entendent immédiatement très bien. C’est elle qui lui fera découvrir certains aspects de la vie de Barack Senior qu’il avait jusque là toujours idéalisé et qu’il ne connaissait qu’à travers les récits de sa mère, de ses grands-parents maternels et des lettres échangées. Auma l’encouragera également à faire le voyage au Kenya qu’il avait envisagé, afin d’aller à la découverte de ses racines paternelles.

A la fin de ses études, il a l’opportunité de travailler dans une firme financière dans laquelle il effectue un stage de fin d’études, mais décide de travailler dans le domaine social en devenant « organisateur de communautés » : « le changement ne viendra pas d’en haut il viendra de la base. Voilà pourquoi il faut la mobiliser (…) je vais travailler à organiser la base, les Noirs, pour le changement » écrit-il dans les « rêves de mon père ».

quote_left je doutais que tout le bla bla sur l’estime de soi des Noirs pût être la pièce maîtresse d’une politique efficace en faveur des Noirs quote_right

Cette ambition de travailler pour améliorer le sort de membres de sa communauté n’est pas toujours bien comprise. Ainsi, Ike, un vigile noir travaillant dans l’immeuble où est installée la firme financière dans laquelle Obama, 22 ans, effectue un stage lui conseille « d’oublier cette histoire d’organisation et de faire quelque chose qui pourra lui rapporter de l’argent ». Un coup de fil reçu de la part de Gerard Kelman, qui dirige une organisation opérant dans le social à Chicago et à la recherche d’un collaborateur noir enverra Barack Obama travailler à Chicago. Une ville où Harold Washington vient tout juste d’être élu premier maire noir de la ville.

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transparent transparent Une photo prise au Kenya à la fin des années 80 : on reconnait notamment assises de gauche à droite : Auma, Keziah et Sarah Obama. Debout en 3è position en partant de la gauche, Malik Obama transparent transparent  
transparent transparent Une photo prise au Kenya à la fin des années 80 : on reconnait notamment assises de gauche à droite : Auma, Keziah et Sarah Obama. Debout en 3è position en partant de la gauche, Malik Obama
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Pendant trois ans, Barack Obama s’investit dans le social, dans les quartiers pauvres, rencontre des acteurs influents des quartiers noirs pauvres, va dans les églises, organise des réunions avec les services municipaux pour améliorer la vie des habitants. Au fil de ses expériences, il s’interroge sur des problématiques telles que l’estime de soi des noirs : « je doutais que tout le bla bla sur l’estime de soi des Noirs pût être la pièce maîtresse d’une politique efficace en faveur des Noirs (…) je me disais qu’avec plus d’estime de soi il y aurait peut être moins de Noirs pauvres, mais qu’il était évident que la pauvreté ne faisait rien pour notre estime de nous-mêmes. Mieux valait se concentrer sur les choses recueillant un consensus général. Donnez à ce Noir pauvre des qualifications tangibles et du travail. Apprenez à cet enfant noir la lecture et l’arithmétique dans une école où il sera en sécurité et qui dispose des moyens nécessaires. Donnez-nous d’abord de bonnes bases, et ensuite nous nous mettrons en quête de ce que nous valons à nos propres yeux ».

quote_left Rafiq était moins intéressé à changer les règles du pouvoir qu’à changer la couleur de ceux qui le détenaient quote_right

Il est également sceptique en ce qui concerne le nationalisme noir prôné par la Nation de l’Islam. « Tant que le nationalisme restait une malédiction cathartique lancée contre la race blanche, il pouvait recueillir les applaudissements, aussi bien de l’adolescent au chômage (…) que de l’homme d’affaires (…) Mais la pente qui partait de cette ferveur unificatrice pour aboutir aux choix pratiques auxquels étaient confrontés quotidiennement les Noirs était rude à avaler. Partout, il fallait faire des compromis. Le comptable noir demandait : comment voulez-vous que j’ouvre un compte dans cette banque appartenant à des Noirs si elle me facture des frais supplémentaires pour la tenue des comptes et si elle ne veut pas assumer le risque ? L’infirmière noire disait : Les Blancs avec qui je travaille ne sont pas si mauvais, et même s’ils l’étaient, je ne peux pas quitter mon travail…Qui va payer mon loyer demain, donner à manger à mes enfants aujourd’hui ? Rafiq -un membre de la nation de l’islam NDLR- n’avait pas de réponses toutes prêtes à ce genre de questions ; il était moins intéressé à changer les règles du pouvoir qu’à changer la couleur de ceux qui le détenaient et qui, de ce fait, profitaient de ses bienfaits. »

Président de la Harvard Law Review
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Un de ses plus grand succès est obtenu lorsqu’il arrive à mobiliser les habitants d’un quartier pauvre afin qu’ils aillent demander à des responsables de la Chicago Housing Authority (l’organisme qui s’occupe du logement à Chicago NDLR) d’effectuer toutes les vérifications nécessaires et certifier que les cités ne comportaient pas d’amiante. C’est à cette époque qu’il fait la connaissance du pasteur Jeremiah Wright qui célèbrera son mariage et baptisera ses deux filles.

Après les trois années passées à Chicago à sa sortie de Columbia, Obama postule dans des universités prestigieuses (Harvard, Stanford, Yale) pour étudier le droit. Une fois son dossier accepté, il quitte Chicago pour Boston. Perçu comme à gauche par ses camarades de promotion, il participe à certaines manifestations qui ont lieu sur le campus, notamment une manifestation contre l’apartheid. C’est une époque politiquement agitée aux Etats-Unis et sur le campus. En février 1990, Barack Obama est élu président de la « Harvard Law Review », la revue juridique de la fac de droit de l’université de Harvard. Etant le premier noir à présider la revue, les médias s’intéressent à lui :

Vanity Fair, le Los Angeles Times, le Boston Globe, le New York Times et l’Associated Press publient des articles sur le jeune Barack, alors âgé de 28 ans. Au Los Angeles Times, Obama confie : « l’un des privilèges de fréquenter la faculté de droit de Harvard c’est que vous pouvez prendre des risques dans votre vie. Vous pouvez essayer de faire des choses pour améliorer la société et toujours retomber sur vos pieds. » Selon le journal, Obama est venu à Harvard pour apprendre comment utiliser le système politique en vue d’effectuer le changement social. Racontant que son grand-père paternel avait été cuisinier pour les Britanniques, le Los Angeles Times écrit : « deux générations plus tard, au sein de la revue juridique la plus respectée du pays, le petit fils du cuisiner donne les ordres ».

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Vanity Fair souligne que le titre du New York Times a mentionné qu’Obama était le premier noir président de la revue, et que ce ne sera probablement pas la dernière fois que le qualificatif de « premier noir » à réussir quelque chose sera accolé au nom de Barack Obama…Une prédiction quasi visionnaire ! Dans le New York Times, Barack Obama déclare que le fait qu’il ait été élu est un « signe de progrès » mais ajoute que des histoires comme la sienne ne doivent pas être utilisées pour dire que tout va bien pour les Noirs. « Vous devez vous rappeler que pour un Barack Obama, il ya des centaines de milliers d’étudiants noirs au talent au moins égal qui n’ont pas la même chance ».

quote_left Les histoires comme la mienne ne doivent pas être utilisées pour dire que tout va bien pour les Noirs. Il faut se rappeler que pour un Barack Obama, il y a des centaines voire des milliers d’étudiants noirs qui à talent au moins égal ne se voient pas offrir une chance quote_right

Un des professeurs de Barack Obama déclare à propos de son élection à la tête de la revue : « pour le meilleur ou pour le pire, les gens perçoivent cet événement comme significatif. » Cette victoire peut également être analysée comme la capacité d’Obama à rassembler au-delà de son camp, une qualité qu’il montrera lors de son duel face à John McCain. En effet, les étudiants conservateurs ont voté pour lui car ils lui ont confiance en sa capacité à prendre en compte les points de vue qu’il ne partage pas forcément. A Harvard, Obama laisse aussi l’image d’un étudiant extrêmement brillant. Laurence Tribe, un de ses professeurs à l’époque dira des années plus tard dans une émission de télévision en 2008, diffusée sur la chaîne ABC : « J’avais déjà eu 5000 étudiants en droit à l’époque où j’ai eu Barack Obama comme étudiant. C’était l’étudiant le plus impressionnant avec lequel j’ai jamais travaillé. Et maintenant que j’ai eu 5000 étudiants supplémentaires, cela reste vrai. J’avais même écrit son nom dans mon agenda, chose que je faisais assez rarement ».

Avocat et directeur du « project vote » à Chicago
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transparent transparent Barack et Michelle Obama au début des années 90
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En 91, Obama retourne définitivement à Chicago où il a effectué des stages dans des cabinets d’avocats. Il a notamment rencontré en 1989 sa future épouse Michelle chez Sydley Austin, une prestigieuse firme de la ville de Chicago où cette dernière travaille. Alors qu’il y est arrivé comme stagiaire, Michelle est chargée de l’encadrer. D’abord réticente lorsque Barack la courtise, elle accepte une invitation au bout d’un mois. Ils vont voir le film de Spike Lee « Do the right thing ».

Michelle présente Barack à son frère Craig, et au reste de sa famille. Ils se marient en 1992 et leur première fille Malia Ann nait en 1998. Sasha naît en 2001. Michelle Obama a grandi à Chicago et permettra à son mari d’étendre son réseau dans la ville. Michelle est par exemple une amie d’enfance de Santita Jackson, fille du révérend Jesse Jackson. Marty Nesbitt, qui deviendra un des meilleurs amis d’Obama, et qui servira de lien avec lui et la communauté noire des affaires de Chicago, joue fréquemment au basket avec Craig, le frère de Michelle, qui est diplômé de Princeton, tout comme John Rogers, président d’Ariel Capital Fund, lui aussi résident de Chicago et futur ami d’Obama.

quote_left Cette campagne d’enregistrement des électeurs issus des minorités fut la campagne la plus efficace que j’ai vue en 20 ans de politique. A la tête de cette opération, un avocat afro-américain peu connu de 31 ans, du nom de Barack Obama quote_right

En 1992, Obama conduit le « project vote » qui est la déclinaison à Chicago d’une opération nationale visant à pousser de nouveaux électeurs, principalement issus des minorités, à aller s’enregistrer sur les listes électorales. L’opération est un énorme succès (Plus de 150 000 personnes, majoritairement des afro-américains, s’enregistrent sur les listes électorales) et permet à Obama de se faire remarquer. Il est ainsi désigné comme un des « 40 jeunes de moins de 40 ans les plus prometteurs de la ville de Chicago ». Le Chicago Magazine affirme à l’époque que cette opération a fait de lui à 31 ans, une nouvelle star de la politique à Chicago. Il tisse des liens avec les leaders de la communauté afro-américaine, et des blancs de gauche comme Bettylu Saltzman. C’est cette dernière qui l’invitera en octobre 2002 à un meeting contre la guerre en Irak, au cours duquel il dira dans un discours « ne pas être contre toutes les guerres, mais contre les guerres idiotes ». A l’époque où il le prononcera, Obama ne sait pas encore que ce discours va constituer quelques années plus tard un gros avantage politique.

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Barack Obama travaille comme avocat pour le cabinet Davis, Miner, Barnhill & Gallard où il s’occupe principalement de dossiers portant sur les droits civiques, donne des cours de droit constitutionnel à l’université de Chicago de 1993 à 2004. Il arrêtera de travailler à plein temps en cabinet après son entrée au sénat local. En 1995, il publie son autobiographie, « les rêves de mon père ». Un éditeur a en effet montré de l’intérêt pour son parcours qui apparait déjà atypique. Il participe aussi à la « One million march » organisée par Louis Farrakhan, le leader de la Nation de l’Islam qui rassemble plus d’un million d’hommes afro-américains. Dans une interview intitulée « qu’est ce qui fait courir Obama » accordée au Chicago Reader, Barack Obama se montre circonspect quant à ce genre de manifestations :

« C’était une puissante démonstration du besoin pour les hommes afro-américains de se rassembler et d’affirmer leurs places dans la société. Mais ce qui manquait chez les organisateurs de la marche, c’était un agenda pour le changement. Sans cet agenda, une grande partie de cette énergie va se dissiper. Se tenir la main et chanter  » we shall overcome »] ne va pas changer les choses. Exhorter les jeunes à être fiers d’être noir, d’abandonner la drogue et le crime ne changera rien si nous ne pouvons pas trouver des emplois et un futur pour les 50% de jeunes noirs qui sont sans emploi, sous employés ou plein d’amertume et de rage. Les exhortations ne suffiront pas, pas plus que la notion selon laquelle nous pouvons créer une économie noire aux Etats-Unis qui serait hermétiquement séparée du reste de l’économie et nous attaquer aux problèmes majeurs qui nous affectent ».

Cette année 95 est également marquée par le décès de Ann Dunham, la mère de Barack, d’un cancer des ovaires. Docteur en anthropologie, elle partageait son temps entre Hawaii et l’Indonésie. Tout au cours de ses études, le jeune homme brillant qu’est Obama a songé à entrer un jour en politique et briguer un mandat électif. Il s’est fait les dents en tant qu’animateur social, a fréquenté l’université la plus prestigieuse des Etats-Unis, et commence à se faire un nom à Chicago. En 1996, l’occasion de briguer un mandat électif se présentera, lui permettant de faire le premier pas d’un voyage qui le mènera à la Maison-Blanche en 12 ans seulement, non sans difficultés et incidents de parcours.

Citations
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transparent transparent Au lycée de Punahou. Barack Obama est tout à droite, sur la 2ème rangée transparent transparent  
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pucemenu Je me suis dit : Ce gars parle comme s’il est déjà président du pays. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui pouvait laisser une telle impression après cinq minutes, John Owens, ex-collègue de Barack Obama interrogé en 1990 par le Botson Globe après l’élection de ce dernier à la tête de la Harvard Law Review

pucemenu Ayant eu accès au système, à un « langage » qui est parfois étranger aux Noirs, j’ai une mission certaine de faire en sorte que les dons que j’ai reçus soient redistribués dans la communauté, Barack Obama, Boston Globe, 1990

pucemenu Mon élection symbolise un progrès, mais je ne veux pas que les gens oublient qu’il y a encore beaucoup de travail à faire, Barack Obama, Los Angeles Times, 1990 au sujet de son élection comme premier noir à diriger la Havard Law Review

pucemenu Ironiquement, il a été le plus critiqué par ses camarades noirs qui estiment qu’il est trop conciliant envers les conservateurs et qu’il n’a pas placé assez de Noirs dans les postes importants de la revue. Los Angeles Times, 1990

pucemenu Ce sont des gens qui sous une forme ou une autre dirigeront le pays quand ils seront diplômés. Si je discute avec un blanc conservateur qui veut démanteler l’aide sociale, il doit m’écouter et réciproquement. C’est ce qui a le plus de valeur dans la Harvard Law Review. Les idées s’échangent et il n’y a pas de ligne partisane à suivre. Barack Obama, Los Angeles Times, 1990

pucemenu Une forte participation des électeurs afro-américains aux élections de novembre 1992 a changé le paysage électoral et propulsé sur le devant de la scène une nouvelle star politique : un avocat de 31 ans nommé Barack Obama, Chicago Magazine, janvier 1993

pucemenu Au niveau de ses exigences techniques, une opération d’enregistrement d’électeurs ressemble à une mini-campagne électorale. Barack l’a dirigée de façon superbe. Je n’ai aucun doute qu’il pourrait de la même façon diriger une campagne politique tout aussi bonne si c’est ce qu’il décide de faire après John Schmidt, conseiller du maire de Chicago cité par le Chicago Magazine en 1993

pucemenu « Des politiciens noirs moins doués que Harold Washington (1er maire noir de Chicago NDLR) découvrirent ce que les politiciens blancs savaient depuis très longtemps, à savoir que l’incitation à la haine raciale pouvait compenser une foule de limites (…) comme le sexe à la télé ou la violence, la fureur noire trouvait toujours une colère disponible » Barack Obama, les rêves de mon père (1995)

pucemenu « Aux Etats-Unis, nous avons ce fort penchant pour l’action individuelle. Nous idolâtrons le héros du type John Wayne qui arrive et change les choses avec ses deux pistolets étincellants. Mais les actions individuelles, les rêves individuels ne sont pas suffisants. Nous devons nous unir dans l’action collective, construire des institutions collectives et des organisations » Barack Obama, Chicago Reader (1995)

 

 

 

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Cette même année 95, un scandale touche Mel Reynolds un représentant de l’Illinois au congrès. Pressentant sa démission prochaine, plusieurs personnalités politiques locales sont candidates à son remplacement. Parmi ces candidats figure une afro-américaine du nom d’Alice Palmer. Cette dernière est une sénatrice locale, au sein du sénat de l’Etat de l’Illinois et aspire à un mandat sur le plan national. Barack Obama va voir Toni Preckwinkle, une afro-américaine membre du conseil municipal de la ville de Chicago et lui fait part de son envie de remplacer Alice Palmer.

Preckwinkle apporte rapidement son soutien à Obama. Cependant, l’aventure tourne court pour Alice Palmer (Jesse Jackson Jr emporte le siège) qui est battue et désire revenir sur la promesse faite à Obama de lui céder son siège de sénatrice d’Etat. Plusieurs personnalités de la communauté noire de Chicago proches de Palmer demandent à Barack Obama de lui « rendre » son siège. Ce dernier contre toute attente refuse. Palmer maintient sa candidature et arrive à rassembler en peu de temps assez de signatures pour être candidate. Obama et son équipe vont vérifier les signatures et constatent qu’un grand nombre d’entre elles peuvent être invalidées car l’identité des signataires est douteuse.

La candidature de Palmer est effectivement invalidée. Dans la foulée, Obama vérifie également les signatures rassemblées par les autres candidats. La conclusion est la même que pour Alice Palmer. Il arrive à faire invalider les autres candidatures. Au final, il est élu sénateur local au sénat de l’Illinois en étant le seul candidat. Si cet épisode lui vaut un certain respect dans les cercles politiques de Chicago (il montre que dans une certaine mesure, il n’est pas prêt à se laisser faire), ses relations avec Alice Palmer se gâtent (cette dernière sera aperçue aux côtés du clan Clinton lors des primaires démocrates).

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En 1999, Barack Obama décide de se porter candidat au poste de représentant de l’Illinois au congrès des Etats-Unis. Il a en effet cru voir une opportunité dans la défaite de Bobby Rush, le titulaire du poste, lors de la course à la mairie de Chicago. Bobby Rush est un ancien black panther que plus de 40 années de militantisme ont rendu très populaire dans la communauté noire, ce qui lui a permis de se reconvertir en politique. (Rush a pris la succession de Fred Hampton à la tête des black panthers de l’Illinois lorsque celui-ci fut abattu par la police et le FBI en 1969). S’il s’est fait battre lors de la course à la mairie de Chicago, il demeure bien implanté dans son district du South Side, très largement composé d’une population afro-américaine qui lui est acquise.

Obama se lance dans la bataille. Mais la campagne est difficile. Lorsqu’il entre dans la course, il s’aperçoit après un sondage que le taux de notoriété de Bobby Rush auprès des électeurs est de 90% alors que le sien n’est que de 11%. Par ailleurs, Obama qui est assez idéaliste, n’a sollicité le soutien d’aucune personnalité politique, ce qui est un handicap d’autant qu’il est inconnu. Le duel entre les deux hommes est rapidement présenté comme le duel entre le « black panther » et le « professeur ». Rush questionne l’expérience d’Obama qui n’a que 38 ans, son engagement en faveur de la communauté noire et sa connaissance du combat menés par les Noirs : « Qu’a-t-il déjà fait » dit-il au sujet d’Obama dans un débat qui les oppose sur une chaîne de télévision locale.

Autre thème complémentaire utilisé par Rush et qui réapparaitra plus tard est celui du « Is he black enough » (« est-il assez noir »)…Il est vrai que le contraste entre un Rush autodidacte et ancien Black Panther et un Barack Obama chez qui les électeurs ne voient qu’un diplômé de Harvard est assez saisissant. Les accusations d’élitisme pleuvent, et les soutiens de Rush iront même jusqu’à dire d’Obama : « il est vu comme un homme blanc à la peau noire parcequ’il est lié à Harvard et à l’université de Chicago, deux bastions du pouvoir blanc ».

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La thématique utilisée par Rush trouve un écho auprès de ses électeurs et Obama est littéralement écrasé en mars 2000 : Bobby Rush conserve son siège de représentant du district au congrès des Etats-Unis avec environ 65% des voix. Le coup est sévère pour Barack Obama qui songe un moment à arrêter la politique. A postériori cependant, certains de ses proches disent qu’être battu n’a finalement pas été une mauvaise chose pour lui. Selon Dan Shomon, son directeur de campagne lors de cette élection, une victoire dans ce district aurait pu le cantonner dans la défense de thématiques afro américaines et réduire sa capacité à attirer une base plus large d’électeurs. De plus, malgré la défaite, il a fait preuve d’une bonne capacité à lever des fonds (600 000 dollars levés pour un débutant), et a aussi pu constater que son profil passait bien auprès d’électeurs blancs. Sa capacité d’attraction va donc au-delà de la communauté noire. L’épisode révèle aussi selon le New York Times sa grande confiance en lui, son impatience et la frustration d’être cantonné au sénat local, de même que la capacité d’apprendre de ses erreurs.

En 2003, Obama qui s’est remis de sa défaite, souhaite cette fois-ci se présenter au sénat des Etats-Unis. Il pense qu’il peut battre le sénateur sortant Peter Fitzgerald. Une réunion se tient avec ses proches et ses relations au sein de la communauté noire (Marty Nesbitt, Valerie Jarett, John Rogers…), au cours de laquelle il apprend à tout le monde son désir de se porter candidat au sénat des Etats-Unis. Les premières réactions sont empreintes de scepticisme. Valerie Jarrett, à la fois amie et mentor d’Obama, qui a embauché Michelle Obama à la mairie de Chicago une dizaine d’années plus tôt, lui dit que s’il perd à nouveau, il sera difficile pour lui de poursuivre une carrière politique. Les autres personnes présentes (Marty Nesbitt, Quentin E Primo III etc) sont du même avis. Finalement, Obama réussit à les convaincre, et ces derniers mettent la main à la poche, ce qui lui permet de réunir les premiers fonds nécessaires à sa course au sénat. Une aide capitale pour lui. Dans son livre « L’audace d’espérer », Obama écrira d’ailleurs : « Sur les premiers 500 000 dollars que j’ai collectés pendant la primaire, près de la moitié provenait d’hommes d’affaires et de membres noirs des professions libérales ».

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Mais pour pouvoir se présenter, Obama a besoin d’être certain que Carol Mosely Braun, qui a montré qu’être noir et devenir sénateur était possible en étant élue sénatrice des Etats-Unis en 1992, ne se représente pas. Sa présence serait en effet un handicap quasi insurmontable pour lui : elle est plus connue, ils auraient la même base de donateurs, la même base d’électeurs dont les voix seraient divisées. Après quelques mois de réflexion, Mosely Braun annonce qu’elle est candidate…à la course à la Maison Blanche. La voie est donc libre pour Barack Obama. Entre temps, il a revu certains de ses principes. Extrêmement critique vis-à-vis de la classe politique de Chicago, Obama a compris qu’il doit néanmoins se rapprocher d’elle pour être élu sans néanmoins perdre son indépendance. D’autant que le système politique de Chicago est fait d’alliances, de réseaux difficiles à pénétrer pour quelqu’un qui n’est pas recommandé.

Emil Jones Jr, un homme politique afro-américain président du sénat local, devient ainsi un mentor pour Obama, et l’aide à faire passer certaines lois importantes, comme celle qui rend obligatoire l’enregistrement en vidéo de confessions de criminels. En avril 2003, Fitzgerald, le sénateur sortant, annonce qu’il ne se représente pas, ce qui signifie qu’il n’y a pas de candidat sortant et que la course à l’investiture démocrate pour ce siège de sénateur est très ouverte. De fait, sept candidats démocrates y compris Obama se présentent. Deux se démarquent : Dan Hynes et Blair Hull un ancien banquier extrêmement riche. Sa présence permet à Obama de bénéficier d’une loi qui relève à 12 000 dollars (au lieu de 2000) le plafond de dons qu’il peut recevoir de la part d’un seul donateur.

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En février 2004, Blair Hull est accusé de violence domestique lorsque des extraits de procès verbaux de son divorce sont publiés. Hull ne renonce par à la course pour autant et finit avec 10% des votes. Dan Hynes est devancé par Obama qui arrive en tête avec 53% des votes. Un des éléments remarquables de sa victoire dans la primaire au sénat est qu’il se comporte bien avec toutes les catégories d’électeurs. Il arrive ainsi en tête dans des quartiers de Chicago où il n’y pas d’électeurs noirs, et où Harold Washington (le premier maire noir de Chicago ndlr) avait été très mal accueilli et ne s’était pas imposé malgré sa victoire en 1983. Après la primaire, Obama doit maintenant affronter le républicain Jack Ryan. Le parti démocrate prend note et envisage de donner la possibilité à Obama de s’exprimer lors de la convention démocrate 2004 qui doit investir John Kerry, le candidat démocrate.

Lorsqu’il apprend que son nom circule comme possible orateur lors de cette convention démocrate, Obama se montre sceptique. Mais son nom figure effectivement sur la liste et John Kerry qui a eu l’occasion de le voir à l’œuvre lorsqu’il faisait campagne dans l’Illinois en cette année 2004 a donné son feu vert. David Axelrod qui conseille Obama a plaidé sa cause auprès de l’establishment du parti en disant qu’il était une figure « transcendante » qui pouvait prôner un message d’unité et venait de remporter une victoire spectaculaire dans la primaire sénatoriale.

D’autres personnalités comme la consultante afro-américaine Donna Brazile ont fait un lobbying discret pour qu’il puisse être choisi. Par ailleurs, les républicains à cette époque avaient la majorité des sièges au sénat (51 contre 48) et les démocrates avaient besoin du futur siège d’Obama au sénat. De son côté, Obama avait besoin de soutien du parti face au candidat républicain. Tous ces éléments contribuèrent à désignation comme orateur lors de la convention.

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Le jour « J » il prononce un discours mémorable de 17 minutes qui lui vaut les acclamations des ténors du parti démocrate massés dans les tribunes, comme Hillary Clinton ou Jesse Jackson. Obama évoque son parcours personnel, ses origines, parle de l’Amérique comme du pays où tout est possible et prône l’union quand l’heure est à la division. En à peine un quart d’heure, il se fait connaitre des Américains et des dirigeants du parti. 9 millions de personnes l’ont vu s’exprimer grâce à la télévision.

A la fin du discours, une brochette de journalistes spécialisés commentant le discours s’extasient devant la performance d’Obama qui est comparé à Tiger Woods. Certains n’en reviennent pas que celui qui a réalisé cette prestation étourdissante ne soit qu’un sénateur local. Un autre commentateur qui connaît bien la région de Chicago affirme qu’on y parle ouvertement de Barack Obama comme du futur « premier président noir » et ajoute qu’Obama transcende les barrières raciales dans l’électorat.

Ce discours donne à Obama le coup de pouce dont il avait besoin pour être connu. L’affluence à ses meetings s’accroit et il devient le favori. Lors des premiers meetings suivant son discours, plus de 500 personnes au lieu des 100 attendues se pressent pour l’écouter. Craig Robinson, son beau-frère confiera au Washington Post qu’après ce discours, « marcher avec Barack c’était comme marcher avec Michael Jackson ». Un consultant politique ajoutera qu’après le discours, il ne s’agissait plus pour Obama de lever des fonds, mais simplement de les collecter.

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Après un nouveau rebondissement (Jack Ryan, le candidat républicain quitte la course au sénat à la suite d’un scandale sexuel) le parti républicain, qui n’a personne sous la main, envoie à un mois du vote un candidat noir diplômé d’une grande université, Alan Kayes qui a donc en apparence un profil similaire à celui d’Obama. Il est certes intelligent, mais arrogant et parachuté à la dernière minute, il ne pourra pas faire barrage à Barack Obama qui est élu haut la main sénateur de l’Etat de l’Illinois avec 70% des votes. Sa belle victoire fait de lui une star au sein du parti démocrate, et les médias ne tardent pas à le qualifier « d’étoile montante » du parti.

George Bush reçoit les sénateurs nouvellement élus parmi lesquels Barack Obama à qui il dit qu’il est promis à un très brillant avenir. Dans les sondages, les mots qui reviennent désormais à l’évocation du nom « Barack Obama » sont « neuf, jeune, charismatique, intelligent ». Le fait qu’Obama soit noir, assume son héritage noir sans y être limité, et le fait qu’il puisse représenter une réconciliation raciale au sein d’une société américaine en proie à des conflits raciaux est également attractif pour les électeurs.

Obama prend ses fonctions au sénat, avec une stratégie bien arrêtée sur deux ans. Tom Daschle, ex-leader du parti démocrate au sénat, lui « prête » son ancien directeur de cabinet, Pete Rouse, qui du fait de son expérience des arcanes de l’illustre chambre est souvent surnommé le 101ème sénateur. La stratégie d’Obama, consiste durant les deux premières années à faire son apprentissage, se présenter comme un sénateur sérieux, à capitaliser sur l’intérêt que lui portent les médias et le public sans être individualiste, à éviter les sujets controversés, à éviter de faire du Al Sharpton, c’est-à-dire être le porte-parole de la communauté noire et à voir s’il y a une ouverture pour lui pour une candidature à la présidence.

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L’année 2006, sa deuxième année au sénat, se révèle faste pour lui avec la publication de son livre « l’audace d’espérer », et une belle côte d’approbation, aussi bien chez ses collègues que dans l’opinion. On commence à parler de lui comme d’un possible vice-président des Etats-Unis. Lors de ses déplacements, ce sont des foules en délire qui assistent à ses meetings. Obama profite de sa popularité pour aider certains de ses collègues qui doivent se faire réélire.

Sa popularité le pousse à envisager sérieusement de se porter candidat à la présidence. Il prend donc conseil auprès de diverses personnalités. Tom Daschle l’encourage à se présenter et à ne pas laisser passer son tour car, lui dit-il, une configuration pareille ne se reproduira pas forcément quatre ans plus tard. Daschle lui demande également de s’interroger sur les conséquences : est-il prêt à voir sa femme être attaquée par les républicains ? Vernon Jordan, avocat influent proche de Bill Clinton de son côté conseille à Obama de ne pas se présenter. Pour lui, il y a un temps pour tout et le temps d’Obama n’est pas encore venu. Il dit cependant à Obama qu’il le soutiendra si jamais il gagne la primaire. A un de ses amis qui lui dit qu’il pense que les Américains ne sont pas prêts à élire un président noir, Obama répond que s’ils ne sont pas prêts maintenant, ils ne le seront pas de son vivant. Conclusion : il ne sert à rien de reporter sa candidature et autant y aller le plus tôt possible.

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Obama rencontre également Penny Pritzker via son ami Marty Nesbitt. Cette dernière est une femme d’affaires de Chicago, classée 135ème fortune américaine par Forbes en 2007 (la fameuse chaîne d’hôtels américaine Hyatt appartient par exemple à la famille Pritzker). Elle dit sans ambages à Obama que ses points faibles sont son inexpérience en matière de sécurité nationale et le fait qu’il n’ait pas occupé de poste de direction de grande envergure . Elle accepte néanmoins de le soutenir et de lui ouvrir son carnet d’adresses. Elle jouera un rôle important dans la campagne présidentielle puisqu’elle sera la directrice des finances des finances de la campagne de Barack Obama.

Un pasteur qu’Obama connaît depuis ses années à Chicago l’encourage à se présenter en lui disant qu’il faut battre le fer tant qu’il est chaud. « Le fer n’a jamais été aussi chaud » répond ce dernier. Il en discute avec son épouse Michelle (initialement sceptique) et ses conseillers, et finalement, la décision est prise. Axelrod, Gibbs et Plouffe estiment notamment qu’il sera plus facile pour lui d’être candidat alors qu’il a de jeunes enfants qui seront peu affectés par l’événement.

David Plouffe, directeur de la campagne d’Obama, donnera un aperçu complémentaire de la situation à l’époque dans une interview post campagne présidentielle : « j’ai toujours cru qu’il –Barack Obama- avait les capacités intellectuelles, la personnalité et le tempérament pour être un bon président. La grande question était en fait de savoir s’il pouvait être un bon candidat car c’est quelque chose de très éprouvant. Il ne s’était jamais rendu dans l’Iowa, ni dans le New Hampshire, n’avait pas de base pour lever des fonds. Il avait de jeunes enfants qu’il ne verrait pas très souvent ».

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En février 2007, Barack Obama annonce officiellement à Springfield, capitale de l’Illinois, qu’il est candidat à la présidence des Etats-Unis. Il reconnaît lui-même qu’il est « un peu présomptueux de se lancer dans la course à la maison blanche » tant l’écart qui le sépare d’Hillary Clinton (entre 20 et 30 points y compris chez les électeurs noirs), favorite logique, est abyssal dans les sondages. Mais il sait aussi que la campagne n’a pas vraiment commencé, et qu’il dispose donc d’une marche de progression.

Lors d’un entretien avec le journaliste Tavis Smiley en octobre 2007, Barack Obama précisera que sa candidature n’est pas une candidature symbolique (« il ya déjà eu des candidatures symboliques dans le passé dit-il et ça ne m’intéresse pas »). Il ajoute qu’il a réfléchi aux conséquences pour sa famille (« ma famille imploserait t-elle dans cette course à la présidence ?») Dans la même émission, Obama se montre confiant même s’il est largement derrière Hillary Clinton dans les sondages.

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Selon lui, les électeurs ne le connaissent pas encore et lorsqu’ils le connaitront avec le travail fait sur le terrain et la médiatisation entourant la campagne, ses sondages vont s’améliorer. « Hillary Clinton a toujours été considéré comme la candidate par défaut (…) nous savions en entrant dans cette course que nous ne serions pas les favoris. Et la clé pour nous a toujours été que si les gens me connaissaient aussi bien qu’ils connaissaient Hillary Clinton, alors nous gagnerions… » dit encore Obama à Tavis Smiley. A l’époque, même chez les afro-américains, Obama est devancé par Clinton.

David Plouffe expliquera plus tard qu’en s’engageant dans la course présidentielle, Obama et son équipe savaient qu’ils n’avaient qu’une seule voie menant à la victoire lors des primaires là où le camp Clinton en avait plusieurs : « nous devions gagner dans l’Iowa [1er Etat de la campagne ndlr] et gagner la bataille des délégués si la course se prolongeait ». Grace à une levée de fonds excellente, une organisation à toute épreuve, la mobilisation de bénévoles et volontaires, la bonne ambiance et la qualité de son équipe, Barack Obama aborde la première élection de l’Iowa avec de réelles chances de l’emporter. Il a aussi bénéficié entretemps de renforts de poids comme le soutien d’Oprah Winfrey, l’animatrice vedette de la télévision américaine qui met tout son poids dans la balance, et organise des levées de fonds pour son favori. Elle se déplace même avec lui dans des meetings précédant la première primaire prévue dans l’Etat de l’Iowa.

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Le 3 janvier 2008, la victoire d’Obama dans l’Iowa, un Etat avec une très faible population afro-américaine montre qu’Obama est un candidat sérieux et qu’il faudra compter avec lui. La victoire d’Hillary Clinton dans le New Hampshire permet à cette dernière de survivre alors qu’une défaite aurait quasiment condamné sa candiature. S’ensuit une bataille épique entre les deux candidats démocrates. Alors que les observateurs pensent que le Super Tuesday sera décisif, Barack Obama en sort à égalité avec Hillary Clinton. Mais surtout, il enchaine 11 victoires consécutives face à une Hillary Clinton qui refuge de jeter l’éponge. Tout semble aller pour le mieux lorsque la télévision américaine diffuse de vieux extraits (ils datent de 2001) de sermons du pasteur Jeremiah Wright, de l’église unie du Christ. Ce dernier n’est pas n’importe qui puisqu’il a baptisé les deux filles d’Obama, célébré son mariage avec Michelle, et inspiré le titre de son livre « l’audace d’espérer ».

La crise avec son ex pasteur Jeremiah Wright, dont les propos, soigneusement découpés par les médias, sont diffusés en boucle à la télévision américaine menace de faire dérailler la campagne de Barack Obama. Il avait demandé au cours de la campagne à ses conseillers de vérifier les sermons de ce dernier pour que ses propos ne lui soient pas attribués. Mais cela n’a été fait et l’équipe se retrouve prise au dépourvu. L’Amérique et les partisans de Barack Obama se demandent combien il va bien pouvoir ce sortir de cette impasse. Après réflexion, il décide de faire un discours sur les relations raciales à Philadelphie le 18 mars 2008. En une quarantaine de minutes, il redéfinit les relations raciales aux Etats-Unis. Il évoque le pêché originel que constitue l’esclavage qui a souillé la constitution américaine, redit sa croyance en la capacité du pays changer, se prononce en faveur de l’affirmative tout en cernant les limites de cette politique. Dit qu’il ne peut pas plus rejeter le révérend Wright que sa grand-mère blanche à qui il est arrivé de manifester des préjugés à l’égard des noirs qui l’ont fait bondir.

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Extrêmement bien accueilli par la presse et le public, le discours est considéré comme un des discours les plus pertinents sur le sujet depuis des années, voire des décennies. Ce discours a tellement d’effet qu’à la fin de l’allocution, Michelle Obama est en pleurs, de même que certains des ses amis comme Valerie Jarrett et Marty Nesbitt. Il permet à Obama de rebondir, même s’il sera obligé un peu plus tard de couper définitivement les ponts avec le pasteur Wright qui a poursuivi dans la surenchère lors d’une conférence de presse au lieu de calmer le jeu. Valerie Jarrett, conseillère et amie de Barack Obama, confiera plus tard que l’expérience a été douloureuse pour Barack et Michelle. Cette dernière dira qu’elle pressentait que la relation avec le pasteur allait mal se terminer, mais que ça n’a pas rendu cela moins douloureux pour autant.

Les primaires sont presque mathématiquement gagnées pour Barack Obama après ses 11 victoires consécutives dans de petits Etats. A la mi-mai, il compte plus de 155 délégués d’avance sur Hillary Clinton, un retard mathématiquement impossible à combler car l’allocution de délégués après chaque victoire est proportionnelle. Mais Hillary Clinton ne renonce pas et se bat jusqu’au bout. Finalement, Le 4 juin, Barack Obama l’emporte car les leaders du parti et les super délégués qui se prononcent en sa faveur lui permettant ainsi de franchir la barre fatidique des 2118 délégués nécessaires pour être investi candidat chez les démocrates.

Après l’investiture à la convention du parti démocrate en août s’enclenche alors la bataille contre John McCain qui l’a emporté chez les républicains. Elle tourne à l’avantage d’Obama qui surclasse son adversaire en matière de levée de fonds, mais qui bénéficie aussi d’une conjoncture favorable : l’impopularité de George Bush rend les Américains plus sensibles à son message d’unité et de changement. Le « Yes we can », son slogan, est plus que jamais ancré chez les électeurs.

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Lorsque la crise s’aggrave, John McCain qui est considéré comme moins crédible que son rival démocrate dans ce domaine perd du terrain. Bien que le choix de Sarah Palin comme vice-présidente lui ait permis de rebondir un peu avant la convention du parti républicain, McCain est définitivement distancé avec la crise La veille des élections, les 160 derniers sondages effectués au cours des dernières semaines le donnent gagnant.

Certains analystes évoquent un possible « effet Bradley », selon lequel les électeurs qui disent être prêts à voter pour Barack Obama mentiraient et s’apprêteraient en fait à voter pour John McCain. Mais rien de tout cela ne se produit et le 4 novembre, Barack Obama est élu 44ème président des Etats-Unis avec plus de 52% des voix. Cette nuit là, Jesse Jackson bouleverse le monde en versant quelques larmes. « Je pensais à tous ceux qui n’étaient plus là » dira plus tard le pasteur qui fut l’un des lieutenants de Martin Luther King. Ce 4 novembre marque aussi l’aboutissement du rêve de ce dernier, qui disait dans son discours « I have a dream » qu’il espérait qu’un jour en Amérique, on jugerait les gens sur ce qu’ils sont et non sur la base de la couleur de leur peau.

Le 20 janvier 2009, le lendemain du Martin Luther King’s day (jour férié en l’honneur du leader noir NDRL), Barack Obama prête serment et devient officiellement le 44ème président des Etats-Unis. Il entre dans l’histoire aux côtés de ses prédécesseurs à la Maison Blanche, mais c’est aussi un jour de triomphe, pour tous ceux disparus ou non, qui se sont battus pour mettre fin à l’esclavage, puis à la ségrégation raciale, qui ont milité pour les droits civiques. C’est aussi le passage de témoin entre la génération de la lutte pour les droits civiques et une nouvelle génération de leaders afro-américains, désormais présents dans tous les domaines (affaires, politique) de la société américaine.

Publié dans DISCRIMINATION POSITIVE, ETATS-UNIS D'AMERIQUE, QUESTIONS DES MINORITES, QUESTIONS NOIRES | 1 Commentaire »

La Discrimination positive en débat ( Le blog du Monde diplomatique )

Posté par issopha le 19 janvier 2008

30 avril 2007

Discrimination positive

 

par la rédaction


Le Monde diplomatique, mai 2007

 

L’expression « discrimination positive » a fait son apparition dans le vocabulaire politique français il y a une vingtaine d’années. Mais sa véritable vogue date des années 2000 : on l’a invoquée à propos de la suggestion de rendre anonymes les curriculum vitae de candidats à l’embauche ou au sujet de la convention passée entre l’Institut d’études politiques et un certain nombre de lycées classés dans des zones d’éducation prioritaire (ZEP).

M. Nicolas Sarkozy a été le premier homme politique à s’en réclamer… un temps, avant de l’utiliser comme un gadget lors de ses (rares) apparitions en banlieue. Curieusement, alors que la discrimination positive suscite, du moins dans les médias, un débat relancé par la révolte des banlieues de l’automne 2005 (lire l’article de Dominique Vidal, « Un faux débat à la française »), nul ne sait vraiment comment la définir. A défaut, on se satisfait d’une référence à ses versions étrangères. La situation de la France n’est pourtant en rien comparable à celle des pays concernés.

Aux Etats-Unis, l’« affirmative action » visait à compenser les inégalités héritées de l’esclavage dont la population noire a été victime : mise en œuvre depuis plus de quarante ans, cette pratique présente un bilan mitigé (lire l’article de John D. Skrentny, « L’“affirmative action” américaine en déclin »). Il en va d’ailleurs de même en Afrique du Sud, où la politique dite d’« embauche équitable » a eu des effets pervers (lire « “Embauche équitable” pour les Sud-Africains », par Johann Rossouw). Quant à l’Inde, le système des « places réservées », étendu des intouchables aux « autres classes arriérées », commence à montrer ses limites (lire « En Inde, des quotas pour les basses castes », par Purushottam Agrawal).

Les lecteurs de ce dossier sont invités à en débattre sur le forum ci-dessous.

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21 commentaires

  • Discrimination positive 30 avril 2007 17:49, par xéno

    Discrimination positive et liberté sont incompatibles parce qu’imposer des quotas , c’est imposer et imposer c’est le contraire de la liberté.

    Discrimination positive et égalité sont incompatibles, car pour instaurer une discrimination positive dans un système, il faut que celui-ci soit inégalitaire, car son objectif est de restaurer une égalité disparue.

    Discrimination positive et fraternité sont incompatibles, car l’objectif de la discrimination est la définition de l’autre par sa différence et la fraternité c’est l’acceptation de l’autre par sa ressemblance.

    La discrimination positive est un principe anti-républicain.

    Promouvoir la discrimination positive c’est conspirer contre la République.

    Répondre à ce message

  • Discrimination positive 30 avril 2007 18:21, par vlg

    Je ne sais pas qui a eu l’idée du terme « discrimination positive » pour traduire « affirmative action », mais son but devait être de plomber le principe. Qui peut bien se déclarer en faveur de la discrimination, fut elle positive ?. Un terme du genre « action anti-discrimination » aurait été bien mieux.

    Pour le fond, le problème de ce genre de loi c’est qu’elle ne remet pas en cause les discriminations sociales, ce qui fais qu’à un moment on oppose ceux qui n’ont pas grand chose (c’est eux qui vont subir les inconvénient de ces lois) à ce qui n’ont rien (Thomas Franck a écrit sur le sujet).

    N.B. A propos d’opposer ceux qui n’ont pas grand chose à ceux qui n’ont rien, c’est la grande mode en ce moment. Par exemple on nous dit doctement qu’il ne faut pas augmenter le RMI, puisque qu’avec les aides aux RMIstes, cela fait que les travailleurs pauvres auraient un revenu moindre. En même temps, ou plutôt juste après sinon cela serait trop visible, on nous dit qu’il ne faut pas augmenter le smic parce que cela augmenterait le cout de la vie des rmistes et chômeurs.

    Un double chantage bien dégueulasse. (et désolé d’avoir débordé du sujet).

    Répondre à ce message

  • clivage de classe vs clivage des minorites 30 avril 2007 18:48, par eriol

    « Discrimination positive et liberté sont incompatibles parce qu’imposer des quotas , c’est imposer et imposer c’est le contraire de la liberté. » ca reste a voir. selon ce genre d’arguments on pourrait tres bien justifier le CPE, par exemple, ou encore invalider le code du travail. il s’agit en effet d’une attiente a la liberte si on veut. la question est de quelle liberte parle t’on ? a mon sens il est clair que la liberte du plus grand nombre necessite des entailles dans la liberte des exploitants. en ce sens l’argument qui dit que la discrimination positive est une atteinte a la liberte ce rapproche de l’argumentaire de la droite.

    cela ne valide pas pour autant le principe de discrimination positive. il s’agit a mon avis que d’une mesure « poudre aux yeux » visant a combler tant bien que mal (plutot mal d’ailleur) les defauts d’un systeme inegalitaire. la discrimination positive ne regle pas le probleme des inegalites et de la discrimination mais il permet de faire croire qu’on fait des efforts. il suffit de voir ce que fait l’IEP de paris (science po) : on prend quelques banlieusards plus doues que les autres, on les faits rentrer a science po et on laisse pourrir le reste. resultat : rien.

    j’y vois aussi une manoeuvre insidieuse (parmis d’autres) visant a deplacer le clivage de classe (exploitant/exploites) vers un clivage factice ou mineur qui serait celui des minorites (noir/blanc). ca fait en effet bien longtemps qu’on entend plus le vieux slogan « les arabes sont des ouvriers comme les autres ». cela a pour effet d’attiser les tensions entre francais blanc et francais basanes ou noirs, les premiers etant d’une part plus representes dans le discours politique et d’autrepart discrimines negativement par la discrimination positive (positif pour les uns est forcement negatif pour les autres, le terme discrimination positive est particulierment idiot). consequence au lieu d’etre solidaire contre le patronnat les ouvriers se tapent dessus entres eux. diviser pour mieux regner…

    d’autre part si une mesure telle que la discrimination positive pouvait trouver sa justification dans le contexte etats unien des ghettos noirs, elle n’a aucun sens en france ou il n’y a pas de ghettos ethniques.

    bref, la discrimination positive c’est du foutage de gueule de debut a la fin, mais qui malheureusement trouve un certain public dans une partie de la gauche qui ayant abandonne le discours de classe est passe a une defense des minorites…

    Répondre à ce message

  • Discrimination positive 30 avril 2007 19:31, par xéno

    ériol, vous avez raison quant à la liberté parce ce que vous présupposez que la liberté n’est pas possible.

    C’est un principe, comme tous les principes son objectif c’est de différencier l’homme de la nature, alors que la discrimination positive c’est une combine dans un système inégalitaire, liberticide, basé sur la loi du plus roublard (népotisme et oligarchie), pour donner l’illusion de l’égalité et du choix dans un système supposé concurrentiel et sauvegarder des privilèges par ailleurs exorbitants.

    Si la discrimination positive peut s’appliquer a un système, c’est que celui-ci n’est pas républicain.

    Dit autrement, soyons d’abord vigilants sur le respect des principes républicains et ensuite seulement posons nous la question d’invention de nouvelles formules.

    Lors des émeutes de banlieue, l’oligarchie dominante a vu son pouvoir vaciller, sa réponse a été d’appeler les banlieusards à voter en masse (en inventant au passage la notion de primo-électeurs qui les replongeaient dans l’univers de la primo-délinquance), en omettant évidemment de leur rappeler qu’ils étaient aussi éligibles. Pour enfoncer le clou, Bayrou en tête, cette oligarchie a dénoncé la perversion de ces députés qui s’octroyaient 5 ans de retraite au frais des contribuables. Sauf que les députés c’est pas « eux » mais nos représentants et éventuellement chacun d’entre nous, et que les députés cotisent pour leur retraite et que celà ne s’applique qu’aux « retraités » en recherche d’emploi.

    Ce genre de bidouilles ne sont ni de gauche ni de droite, mais sont une corruption de pouvoirs jamais remis en question, et sont de véritables atteintes aux principe de Liberté.

    Répondre à ce message

  • Discrimination positive 30 avril 2007 21:13, par jps

    mais quel serait le discriminant ?

    Voir en ligne : à visionner

    Répondre à ce message

  • Discrimination positive 1er mai 2007 12:34, par Mohamed Pascal Hilout

    Il me semble que la misère noire bien africaine et nord-africaine dont nous avons hérité est à la base de notre position sociale. Le chômage aussi y est pour quelque chose : il touche en premier les couches sociales les plus démunies, les moins qualifiées.

    La question sociale est donc bien posée et c’est la création d’emplois qui pourrait, en bonne partie mais pas en totalié, y remédier. Ce n’est certainement pas en « positivant » qu’on va réparer l’ascenseur social bien en panne.

    La France a pourtant une réponse originale : l’égalité des chances. Encore faut-il nous battre au quotidien pour que cette égalitité, toute théorique, soit appliquée, surveillée, sanctionnée et toujours désirée.

    Je ne voudrais pas qu’on « fasse » de cadeaux à mes enfants du seul fait que je suis noir, musulman ou qu’ils aient hérité les yeux bridés de leurs mère. Je ne veux pas qu’on puissent soupçonner mes enfants d’avoir leurs diplômes ou leurs jobs sans les mériter. Ce serait une insulte à leur dignité de citoyens à part entière et c’est immonde pour la République qu’elle ait publiquement décliné la conviction religieuse d’un de ses préfets.

    Voir en ligne : http://nouvel-islam.org

    Répondre à ce message

  • Discrimination positive 1er mai 2007 13:42, par nylon

    Bonjour

    C’est étonnant de voir que tous les intervenants sur ce sujet vont dans le même sens.

    Arrêtons de nous voiler la face : Il y a en France un sérieux problème de discriminations.

    Je ne prétends guère que la sécu, le Rmi et les Allocs ne profitent pas à tous résidents en France ; Plus quelques infimes réussites individuelles.

    Mais en France, nous ne savons pas et nous ne connaissons pas ce que c’est que le racisme et la discriminination.

    Les seuls français blancs qui mesurent ce genre de problème sont ceux qui vivent avec des noirs et des arabes français ou non.( attention les fondements de notre culture ne nous permettent pas de parler des races) Ou les spécialistes de ces genres de problèmes.

    Ceci semble pourtant normal : nous sommes élevés dans l’Egalité, la Fraternité et la Liberté. Et nous n’avons jamais connus ni la franche discrimination raciale ni l’apparteid anglosaxons et ses effets dévastateurs souvent incompréhensibles pour un français.

    Ne connaisant pas la discrimination négative pourquoi nous parle-on de la positive ?

    Il existe et c’est insupportable, des poches de racisme et de discrimination trés inquiétantes :

    - plusieurs jeunes sont réjetés des discothéques. SOS racisme l’as très bien mis en évidence.
    - les personnes dont les noms ne sonnent pas « comme il faut » sont écartés dans les demandes de logement ou de travail. plusieurs associations viennent de le démontrer.
    - Certains débuts de réussite sont expèssement cassés par des vrais,faux français.Et tous les prétexres sont bons.
    - Mais le plus grave c’est le problème de la représentativité de tous ces minorités.

    Il eût fallu pour surmonter ces difficultés qu’à chaque regroupement de 10 personnes en France, 1 soit d’une minorité visible. Et ceci dans toutes les instances. Car il est comique qu’à la télé une dizaine de personnes se réunissent pour parler de discrimination sans la présence d’au moins 1 discriminé.

    Comme pour la parité homme-femme, problème qui n’est toujous pas définitivement réglé, il faut faire appel à la loi et rester très très vigilent. La discrimination positive n’est rien d’autre qu’une tentative de régler des injustices. Et ça, c’est très répiblicain.

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  • Discrimination positive 1er mai 2007 13:51

    En Espagne le concept de « discrimination positive » ne s’applique qu’à un seul cas : il vise à réduire certaines différences (de salaire et de nombre, notamment) entre hommes et femmes (les minorités ne sont pas concernées ; seuls les handicapés ont droit à des places dans l’administration et l’entreprise). Le concept est à l’origine d’une nouvelle loi, récemment approuvée, appelée « loi d’égalité ». Un objectif de la loi est qu’il y ait un nombre égal de femmes et d’hommes au sein des centres de décisión (conseils d’administration, conseil des ministres, etc..). Curieusement, les premiers cas d’effraction sont apparus au sein du PS -qui a rédigé la loi-, car il n’a pas placé exactement la même quantité de femmes et d’hommes, comme l’exige la loi, dans certaines listes pour les élections municipales qui vont avoir lieu prochainement.

    Le problème de l’absence des femmes -et des minorités- dans les centres de décision éxiste et il est très évident : sur la dernière « photo de famille » des présidents et premiers ministres européens, Angela Merkel est la seule femme parmi une demi centaine d’hommes. La photo est très inquiétante. Or ¿où est réellement le problème ? Hommes et femmes recevons la même éducation et, naturellement, avons les mêmes droits dans les pays de l’UE. Ségolène Royal est un bon exemple. Que je sache, personne ne l’a discriminnée parceque c’est une femme ; et j’ose imaginer que son adversaire n’a pas utilisé cet argument pour l’attaquer. Si elle ne gagne pas les élections, ce sera parceque les électeurs préfèrent l’autre candidat, l’autre parti ou l’autre programme.

    On pourrait plutôt dire que c’est la situation inverse qui se produit : un candidat féminin donne une image de modernité et de progrès -c’est un peu comme utiliser le concept d’écologie, si l’on me permet cette impertinence- et, dans ce sens, être une femme est un atout. Il s’agirait même d’une utilisation politique du genre ; et certainement, ce serait désastreux pour le féminisme si de telles manoeuvres pouvaient garantir le succés d’un candidat. J’ignore si Mme. Royal a essayé d’attirer le vote féminin ou féministe ; mais je garantis qu’en Espagne une candidate du PS n’aurait que ça en tête ; on a déjà assité à des spectacles hallucinants : sa huitaine de ministres femmes a posé pour Vogue -taper « ministras zapatero vogue » dans Google- comme s’il s’agissait de modèles de haute couture, dans les jardins de La Moncloa.

    Le problème de l’absence de femmes dans les postes de décision ne se résoudra pas avec des mesures arbitraires et ridicules qui, à mon avis, dégradent la femme et corrompent le féminisme : on ne peut pas obliger les entreprises -ni les partis- à choisir leurs dirigeants en fonction de leur sexe, leur race, leur religion, ou leur goût culinaire. Il ne manquerait plus que ça.

    X.R.N.

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  • Discrimination positive 1er mai 2007 16:05, par picco

    Il me semble que tous ceux qui ont ecrit que la discrimination positive est en port-a-faux avec la liberte n’ont pas suffisamment compris le sens de la liberté. concevoir la liberté comme ils l’ont fait est restreindre la liberté a sons sens le plus simple et simpliste. la liberte ne saurait etre une declaration formelle ou legale, la liberte n’est pas un slogan ki se lit sur les panneaux de manifestants dans nos rues. etre libre c avoir la possibilite, les ressources, la connaissance et les outils necessaires pour se realiser pleinement.si nous nous en tenons a la liberte dans sons sens primaire on pourrait dire que bien que chacun ayant la liberte de manger dans un restaurant, le pauvre evidemment ne pourra jamais beneficier de cette liberté, et elle devient ainsi l’attribut du riche.

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  • Discrimination positive 1er mai 2007 19:05, par xéno

    … sauf s’il mange à la place du pauvre… c’est ça la discrimination positive !

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  • Discrimination positive 2 mai 2007 13:07, par Matthieu

    J’aimerais vous faire profiter de ma modeste observation sur les quotas d’entrée dans les établissements de prestige tel que la prépa Henry IV. Sur cet exemple, la discrimination positive est vraiment du foutage de gueule en puissance : en effet dans cet exemple, l’établissement a ouvert une classe réservée à personnes issues de « milieux sociaux défavorisés », une sorte de prépa à la prépa afin de les réhabiliter. Derrière cet « effort » qui peut paraître en premier lieu fort louable se posent à moi 3 questions :
    Les élèves issus de « milieux sociaux défavorisés » sont-il à ce point si mauvais qu’ils aient besoin d’une année supplémentaire par rapport aux autres ? Je rappelle qu’eux-mêmes sont déjà triés sur le volet. D’ailleurs un professeur s’exprimant à propos de la création de cette classe disait que toutes les personnes issues de « milieux sociaux défavorisés » qui étaient dans le cursus prépa « normal » s’en sortaient très bien…
    La deuxième question est la suivante : est-ce que le fait de mettre les personnes issues de « milieus sociaux défavorisés » dans une même classe (grâce à des quotas) va permettre un quelconque « brassage social » ? (argument avancé pour la création de ces classes)
    On peut penser que ce quotas change la donne sur l’origine sociale de ces élèves. Il n’en est rien, en 2006 le pourcentage de « cadre, prof. libéral » parmi les parents étaient toujours autour des 75%.

    Alors ma question est la suivante, quel est l’intérêt d’une telle mesure ? N’est-elle pas simplement là pour se donner bonne conscience en oubliant (délibérément ?) d’analyser la cause des inégalités sociales ? Il y a effectivment un problème de discrimation en France, mais on dit toujours que forcer les gens à donner n’en ont jamais fait des généreux (bien au contraire)…. Est-ce donc par ces mesures que l’on fondera une réelle « acceptation » ?

    Je vous laisse forger votre propre opinion…

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  • Discrimination positive 2 mai 2007 19:25, par Ph. Arnaud

    Le défaut consubstantiel de la discrimination positive repose sur l’adjectif de l’expression : positif. Car, qui est le plus digne d’être distingué : un Noir ? Un Arabe ? Une femme ? Un handicapé ? Un pauvre ? Un habitant d’un quartier stigmatisé ? Comment établir une hiérarchie ? Ne va-t-on pas au devant de complications – et de récriminations – infinies ? Ne vaut-il pas mieux partir d’un point de vue « négatif » et dire, par exemple : on ôte, devant un être humain, tous les obstacles qui l’empêchent d’épanouir ses capacités ? [Dans cette hypothèse, seuls les handicapés ou les pauvres ont besoin de quelque chose de « positif » : des aménagements pour les premiers, des compensations financières pour les seconds. En effet, les « minorités visibles » ou les femmes n’ont rien, intrinsèquement, qui constitue un manque : leur seul handicap réside dans la représentation que les autres se font d’eux (ou d’elles)].

    Mais là, on touche à l’idée d’égalité et, comme on dit par euphémisme, l’esprit public a, dans ce domaine, encore des marges de progrès…

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  • Mode d’emploi 3 mai 2007 11:30, par Dominique Vidal

    Le débat est ouvert, et je ne veux évidemment pas le fermer, ni le corseter. Mais il me semble nécessaire de préciser pourquoi et comment nous l’avons lancé.

    A l’époque où il ne présentait pas les jeunes de banlieue comme des « racailles » à « kärsheriser », mais s’efforçait au contraire de les séduire – en particulier les enfants de l’immigration -, M. Nicolas Sarkozy a mis en avant, un temps, l’idée de « discrimination positive ». Il l’a, depuis, remisée au magasins des gadgets électoraux, sans d’ailleurs l’avoir jamais clairement définie. Ce flou artistique pèse sur la discussion, comme on le voit dans les premières réactions des Internautes.

    Traduction négative de l’expression américaine affirmative action, la « discrimination positive » fait d’abord référence à des expériences menées, dans un certain nombre de pays marqués, pour surmonter de terribles inégalités héritées d’une histoire spécifique : ainsi l’esclavage aux Etats-Unis, le système des castes en Inde ou l’apartheid en Afrique du Sud. Les études que nous publions montrent les acquis de ces expériences, mais aussi leurs limites.

    La question des inégalités, en France, ne se pose évidemment pas dans les mêmes termes, même si elles se sont beaucoup accrues dans les vingt dernières années, et pour une part du fait de notre histoire spécifique, y compris coloniale. Comment combattre efficacement ces inégalités propres à notre pays ? Au lieu d’emprunter des recettes empruntées à l’étranger, où de surcroît elles sont déjà essoufflées, il faut élaborer de imposer des solutions françaises.

    A ce sujet, juste une piste, que je développe dans mon article. On s’oppose souvent à toute avancée dans la lutte contre les inégalités au nom de l’article 1 de la Constitution de 1958, selon lequel la République « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion » – ce qui exclut le recours à des critères ethnico-religieux. Mais cet article n’interdit nullement des mesures reposant sur d’autres critères. A tel point que le Conseil d’Etat a pris acte, en 1996, de l’existence de « certaines discriminations positives “à la française” dont l’objet est de réduire des inégalités de fait ».

    Voilà qui donne des arguments et des armes à tous ceux qui entendent, quel que soit l’élu(e) de dimanche, faire reculer les discriminations dans l’accès à l’enseignement, à l’emploi, à la santé, à la culture, etc.

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  • Discrimination positive 3 mai 2007 15:00, par xéno

    « (…) l’idée de « discrimination positive ». Il l’a, depuis, remisée au magasins des gadgets électoraux (…) »

    Il est possible que la discrimination positive soit plus qu’un gadget électoral. Les institutions sécrètent leurs propres anticorps, face à l’intrusion massives d’éléments extérieurs.

    Faute de pouvoir se réformer suffisamment rapidement elles développent des stratégies de survies pour travestir les intrus et « normaliser » leur fonctionnement (le rôle des intrus c’est d’adapter l’institution à leur propre culture).

    Lors de l’arrivée des fils d’ouvriers dans les universités à la fin des années 60 (Il y a 10 % de fils d’ouvriers dans l’enseignement supérieur.), cette honorable institution digne héritière des « humanités éclairées », na pas su transformer en « costumes cravates » les « pulls à col ronds « qui 20 ans après l’euphorie de la libération revendiquaient leur place au soleil du savoir. Les anticorps ont mis un certain temps à se mettre en place (IUT, « filières garages », « filières réservées », enseignement privé, etc.).

    Au moment (1986) où les enfants issus du rapprochement familiale se sont présentés aux portes du savoir, la stratégie a été une forme de discrimination négative (loi Devaquet) et a entraîné une brutale mise au pas des institutions : le « Mouvement contre le projet Devaquet« .

    Le « marché » du travail s’est vu (entre autre) avec l’arrivée de nouveaux venus jusqu’alors canalisés dans les « filières garage », dans l’impossibilité d’absorber les tensions qui se focalisaient dans les banlieues.

    La discrimination positive a été un un anticorps généré par les « filières réservées » pour absorber cette poussée. Les émeutes de banlieue ont montré que la réponse n’était pas à la hauteur du phénomène.

    Ce n’est plus une anecdote politique, mais un phénomène « physiologique ».

    Ramené à l’échelle politique, ces contre-feux à l’insurrection montrent l’incapacité des hommes à contrôler les évènements qu’ils ont eux-même déclenchés, et la parfois la pauvreté des réponses.

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  • Discrimination positive 3 mai 2007 16:25

    Bonjour, Cet ouvrage récent qui contribue à la réflexion sur cette notion de disrimination positive

    Voir en ligne : Ouvrage récent traitant de la discrimination positive et des recrutements

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  • Discrimination positive 6 mai 2007 01:44

    Ce principe ne veut pas dire : incompétence, voir privilège !!?! Ce n’est que du bricolage et nous en sommes tous conscients. Toutefois, le grand soir n’est toujours pas arrivé, et le constat social (redondance : fracture sociale) est accablant ! La souffrance est sourde mais vive. Alors pour ne pas totalement nous diviser (avant que les pensées soient suffisamment claires sur ce qu’est la politique et la dignité due à tous), la discrimination positive peut etre un pare-feu nécessaire, un tremplin !?

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  • Discrimination positive 7 mai 2007 12:46, par Hatim

    Une notion essentielle associee a toute les mesures de « discrimination positive » est leur caractere temporaire bien que dans les faits il soit tres difficile de mettre fin a ces mesures (et specialement dans le cas de l’Inde ou chaque remise en cause de reservations s’accompagne d’emeutes).

    S’il on regarde donc la « discrimination positive » sous cet angle de mesure corrective temporaire, elle devient a mon sens plus acceptable. Il faut toutefois definir au prealable les modalites et les limites de son applicabilite. Si cela permet a des personnes issues de communautes trop longtemps victimes d’inegalites de participer plus activement a la vie du pays a tous les niveaux, la societe se doit de retablir autant que possible une certaine justice. Et si cette mesure corrective et temporaire permet de prouver que partout une mixite sociale et communautaire est possible alors on pourra y mettre fin.

    Seulement pour creer suffisament de vocations au sein des communautes beneficiaires et faire oublier les trop nombreux prejuges qui les poursuivent, il faut un certain temps et il faut aussi s’assurer de ne pas blesser le sens du merite auquel croient injustement encore beaucoup d’entre nous. C’est pourquoi je pense que les initiatives menees au niveau de l’enseignement superieur et meme des le lycee sont les plus importantes. Elles permettent de former des generations de diplomes plus a l’image de la societe toute entiere et n’ayant rien a envier aux promotions precedentes puisqu’elles seront passees par le meme cursus. Quant aux victimes de cette temporaire injustice qui devront pour quelques annees ceder leur places a d’autres moins « meritants » qu’eux, ils devront difficilement accepter cette reparation de l’histoire et comprendre que s’ils etaient eux aussi nes « du mauvais cote du periph’ », ils auraient peut-etre « merites » qu’on leur donne plus de chance.

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  • Discrimination positive 9 mai 2007 17:06

    On a beau tordre dans tous les sens la dialectique, y compris sophiste, aucune conciliation n’est possible entre les deux termes, et encore moins comme sujet et prédicat. Et dans la réalité historique présente, les émeutes des banlieux nous font exploser dans la figure leur antinomie, leur impossible résolution dans un terme unitaire. A ceux qui insistent, se basant sur les USA, il faut être myope… pour ne pas se rendre compte que ce n’est pas deux ministres des affaires étrangères qui ont résolu l’impossible. Et pour cause, remplacer les classes sociales par groupes éthniques, c’est faire fi de tous les outils de travail de réflexion accumulés depuis, allez, bientôt deux siécles.

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  • Discrimination positive et concept de diversité 9 mai 2007 18:05, par Bruno Mer

    L’idée de discrimination positive qui occupe l’espace médiatique depuis certaines déclarations et nomination n’a rien à voir avec la conception française qui existe depuis plusieurs décades.

    Je me permets de mettre en lien un article que j’ai publié il y a quelques temps dans la revue du SNES.

    Bruno Mer

    Voir en ligne : Discrimination positive et concept de diversité

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  • un livre à lire d’urgence sur la discrimination positive 10 mai 2007 11:12, par Stéphane

    Je viens de lire un très bon livre qui vient de sortir sur le sujet de la discrimination positive. Le livre y fait un constat accablant sur cette politique qu’il qualifie de politique élitiste appliquée aux minorités. Il attire également l’attention sur le fait que cela créera de nouvelles fractures dans notre société dont les classes populaires seront les premières à souffrir.

    L’auteur a un blog et y a déposé des avis qu’il a reçus de la part d’hommes politiques qui ont lu son livre.

    Voici l’adresse de son blog

    http://puzzledelintegration.blogspirit.com/

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  • Discrimination positive 2 juillet 2007 19:30, par Daniel

    La discrimination dite positive est de la discrimination ordinaire et une insulte au mérite. Les états-unis en sont d’ailleurs revenus. D’une certain façon elle est appliquée depuis très longue date lors la correction des examens comme le BAC qui se font au niveau départemental et l’on peut constater les ravages que cela fait… Les employeurs savent parfaitement que le BAC n’a pas du tout le même niveau d’un département à l’autre. Les correcteurs abaissent un peu le pourcentage de réussite pour donner le change mais personne n’est dupe… Si les corrections s’effectuaient au moins au niveau régional il y aurait sans aucun doute de très grosses surprises. C’est au moment de l’entretien d’embauche ou de l’entrée dans les écoles supérieures que cela se gâte… Le BAC corrigé au niveau régional serait plus équitable et redonnerait à la fois une valeur universelle à cet examen et serait à nouveau un indication fiable du niveau scolaire … Cela éviterait aussi que certains prétendent qu’ils sont rejetés en raison de leurs origines alors que le problème est le plus souvent avant tout le niveau scolaire dont les examens ne sont pas plus toujours représentatifs

    Voir en ligne : http://server13.kproxy.com/servlet/…

Publié dans DISCRIMINATION POSITIVE, LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY, QUESTIONS DES MINORITES | 2 Commentaires »

LA DISCRIMINATION POSITIVE : UNE PRESENTATION

Posté par issopha le 23 octobre 2007


 


 


LA DISCRIMINATION POSITIVE : UNE PRESENTATION

 

     La « discrimination positive » est un principe : il s’agit d’instituer des inégalités pour promouvoir l’égalité, en accordant à certains un traitement préférentiel. On espère de la sorte rétablir une égalité des chances compromise par deux phénomènes : la généralisation ou la persistance de pratiques racistes ou sexistes d’une part, une accentuation des inégalités socio-économiques d’autre part. Selon que l’on se trouve dans le premier ou le second cas, la mise en œuvre des politiques de discrimination positive obéira à deux logiques très différentes : quand il s’agira de résorber des pratiques racistes ou sexistes, cela nécessitera la définition d’une « population-cible » à partir de traits innés et indélébiles, appartenant à l’identité de l’individu (le sexe et la race aux Etats-Unis, le sexe et l’origine étrangère en France) ; en revanche, quand il s’agira de réduire des inégalités socio-économiques, la définition des bénéficiaires passera par le critère de leur situation socio-économique. Il y a donc deux formes de discrimination positive à ne pas confondre.

I/ La « discrimination positive » comme instrument de lutte contre les pratiques racistes et sexistes

  1. La « discrimination positive » est un problème propre aux « sociétés polyethniques »

     Le problème de la discrimination positive se pose aujourd’hui de manière accrue parce que nous vivons dans des sociétés de plus en plus diverses sur le plan ethnoculturel. C’est là une problématique que l’on regroupe sous les termes fourre-tout de « multiculturalisme » ou de « justice ethnoculturelle ». Pour commencer, sans doute faut-il rappeler une distinction fondamentale entre « sociétés multinationales » et « sociétés polyethniques ». Une société « multinationale » est une société dans laquelle coexistent, à l’intérieur d’un Etat donné, plusieurs nations. Dans ce cas, c’est l’incorporation, volontaire ou non (par constitution d’une fédération ou par un processus de conquête), de diverses nations au sein d’une entité politique plus vaste qui est la source du pluralisme culturel (exemples : le Canada, avec le cas du Québec ; l’Union européenne si elle devenait une fédération dans le futur). Une société polyethnique, en revanche, est une société où la source de la diversité culturelle renvoie à l’immigration. Le pluralisme culturel résulte alors du fait qu’un pays a accepté ou accepte encore d’accueillir des immigrants ; ils n’occupent pas alors un territoire défini, mais sont plus ou moins dispersés à travers le territoire national. Or, les aspirations de ces deux types de minorités sont foncièrement différentes : dans le premier cas, nous avons affaire à des « minorités nationales » dont le principal souci est de se préserver comme des « sociétés distinctes » à côté de la culture majoritaire (leur principale revendication est donc l’autonomie) ; dans le second cas, nous avons affaire à des « minorités ethniques » qui veulent s’intégrer dans la société. C’est dans le cadre des sociétés « polyethniques », c’est-à-dire dans le second cas, que se pose la question de la « discrimination positive »

  1. La « discrimination positive » est un mode de traitement différencié et préférentiel 

     Le problème est alors de savoir comment, dans ces sociétés polyethniques, on va intégrer ces « minorités ethniques » à la société. Deux modèles d’intégration concurrents coexistent : dans le premier, le modèle républicain (mais qui est aussi, dans ce cas précis, celui du libéralisme politique), la séparation de l’Etat et de l’ethnicité interdit toute reconnaissance juridique des groupes ethniques et toute référence à un critère ethnique en vue de l’attribution de droits, de ressources et d’obligations. L’Etat se veut neutre, « aveugle » aux différences, notamment à la couleur de peau des citoyens dont il a la charge (c’est ce qu’on appelle en Amérique du Nord le principe de « color-blindness »). L’un des principes majeurs du républicanisme, c’est en effet celui d’indifférenciation du corps politique. Tous les individus doivent être traités de manière égale, uniforme, sans tenir compte, par exemple, de leur appartenance ethnoculturelle ou de leur sexe.

     En face, il existe un autre modèle, qui a émergé récemment et propose de remettre en cause le principe, que certains trouvent hypocrite, de « color-blindness », lequel, sous couvert de traitement soi-disant égal, d’indifférence aux différences, favoriserait en réalité le groupe majoritaire et le principe d’une intégration par assimilation. Au contraire, il s’agit d’établir une différenciation entre les individus, et de donner des avantages à ceux dont on constate qu’ils subissent ou ont subi par le passé des inégalités réelles, quand bien même leur égalité formelle n’est pas mise en cause. Il ne s’agit plus de prendre pour principe d’une politique démocratique la reconnaissance de droits égaux, mais de corriger, quitte pour cela à transgresser l’égalité des hommes en droit, des inégalités dont certains groupes sont victimes dans leurs conditions concrètes d’existence. On peut alors parler de « traitement différentiel » des individus, le traitement que l’Etat réserve aux individus étant fonction de critères définis (par exemple le sexe, ou l’origine ethnoculturelle). On introduit des mesures compensatoires, correctives pour promouvoir une égalité effective dans des contextes où l’égalité purement légale (l’égalité formelle qu’est l’égalité des chances) masque ou justifie en réalité des inégalités.

     Sans doute est-il intéressant de parler de « discrimination positive » aujourd’hui parce que nous ne pouvons pas oublier le 21 avril et le passage au deuxième tour d’un candidat prônant la « préférence nationale », c’est-à-dire l’exact contraire de la « discrimination positive ». On peut se demander si, pour redonner aux populations immigrées le sentiment d’être intégrées, nous n’avons pas aujourd’hui intérêt à mettre en place des politiques de discrimination positive. Peut-être (ce n’est absolument pas sûr, mais ne faut-il pas prendre le risque, quitte à revenir dessus si ça ne fonctionne pas, dans un système d’expérimentation ?) ne pourra-t-on réimpliquer dans la vie de la cité les populations immigrées (qui, souvent, notamment quand elles habitent en banlieue, subissent aussi des handicaps socio-économiques) qu’en leur montrant que le modèle républicain de « mobilité sociale » n’est pas qu’un vain mot, et peut aussi leur profiter (ce qui passe peut-être par la mise en place de quotas). L’accès de certains membres de ces groupes ethnoculturels à des études de niveau supérieur ou à des postes à responsabilité dans la fonction publique peut redonner confiance à ces groupes : ceux-ci peuvent éprouver, du fait de cette promotion sociale, de cette intégration sociale, même si elle ne profite pas à tous mais seulement à quelques-uns, le sentiment d’être reconnu par la société à laquelle ils appartiennent. Or la reconnaissance, toute symbolique qu’elle soit, peut peut-être entraîner un regain d’intérêt pour les affaires de la cité, fréquemment abandonnées par les populations immigrées qui se sentent marginalisées ou tout simplement ignorées. Le modèle d’intégration par le travail, s’il fonctionne bien, peut peut-être faire décroître l’insécurité et les activités illicites qui, souvent, rapportent plus aux jeunes des banlieues qu’un poste fixe dans une entreprise. Le risque étant, dans une société où persiste un fort taux de chômage, de renforcer le sentiment de xénophobie du reste de la population à l’égard de ceux à qui profiterait cette hypothétique politique de quotas.

     Tout cela va de pair avec le fait que, depuis une vingtaine d’années, une nouvelle conception de ce qui constitue l’identité d’un individu semble avoir émergé : avant, on considérait que l’identité ethnoculturelle renvoyait à une dimension personnelle qu’il était loisible aux individus d’exprimer dans leur vie privée, mais qui ne concernait pas l’Etat et la sphère publique en général. Mais aujourd’hui, il semble que les individus issus de l’immigration, dans des sociétés polyethniques, aient besoin, pour s’impliquer dans la société à laquelle ils appartiennent désormais, de sentir, de la part de l’Etat, une certaine reconnaissance de leur culture. Il s’agit là d’une remise en cause du modèle d’intégration par assimilation, qui a dominé aux Etats-Unis jusqu’au début des années 1980 (le fameux modèle du « melting-pot » étant accusé d’être en fait un modèle assimilationniste) et semble encore dominer en France aujourd’hui (cf. les « contrats d’intégration » proposés par le gouvernement). Ce modèle pense que les individus issus de l’immigration doivent adopter la culture du pays dans lequel ils viennent, et pour cela, abandonner, au moins partiellement, leur culture d’origine.

  1. La « discrimination positive » a pour caractéristique fondamentale d’être temporaire

     Mais il faut là encore introduire une distinction fondamentale si l’on veut comprendre en quoi consiste précisément la discrimination positive. En effet, on peut concevoir les politiques de traitement différentiel des individus de deux manières : soit comme des politiques permanentes, auquel cas on accordera aux individus des droits individuels ou collectifs à l’identité culturelle (ce que prônent les communautariens) ; on aboutira alors à une différenciation permanente des droits et des statuts octroyés aux membres de certains groupes (sans doute cela n’est-il pas souhaitable, car on court le risque d’un repli communautaire et d’une indifférence, voire d’une haine mutuelle des communautés) ; soit au contraire on envisage ces politiques de « traitement différentiel » comme des politiques temporaires, provisoires, transitoires : c’est dans ce second cas, et dans ce cas seulement, qu’on pourra parler de « discrimination positive ».La discrimination positive est donc une action qui vise à éliminer une inégalité passée ou actuelle subie par un groupe de personnes en lui accordant temporairement certains avantages préférentiels, notamment en matière de recrutement, par exemple par la mise en place de quotas. La discrimination positive est une exception au principe libéral de « color-blindness » (il faut en effet désigner une « population-cible » à laquelle vont s’appliquer les mesures de discrimination positive, et pour cela transgresser le principe républicain d’indifférenciation du corps politique), mais une exception qui en quelque sorte confirme la règle, dans la mesure où elle est défendue en tant que mesure temporaire, jugée nécessaire pour accélérer l’évolution vers une société indifférente à la couleur de la peau de ses membres (« color-blind society »). La discrimination positive vise donc à nous rapprocher du type de société qui aurait existé si nous avions toujours vécu sous un régime réel de séparation de l’Etat et de l’ethnicité (ce qui n’est pas le cas aux Etats-Unis, d’où la politique d’ « affirmative action », considérée comme compensation des discriminations réelles subies par les minorités avant 1964). La discrimination positive cherche donc à corriger des désavantages accumulés au fil des générations par certains groupes, du fait du mécanisme de « reproduction sociale » qui fait que, pour les bonnes situations ou les places à l’université, il y a une surreprésentation de certains groupes sociaux ou ethniques, proportionnellement à la population totale. Ces droits sont donc considérés comme provisoirement nécessaire sur le trajet qui, réparant les torts passés, conduirait à une société où disparaîtrait, à terme, le besoin de quelconque représentation spécifique (c’est-à-dire de quotas). D’ailleurs,
la Convention des Nations unies sur la discrimination raciale n’approuve les programmes de discrimination positive que dans les seuls cas où ils revêtent ce caractère temporaire et remplissent cette fonction de rééquilibrage. Loin de s’opposer à l’idéal de la séparation de l’Etat et de l’ethnicité, la discrimination positive est une façon de tenter de la réaliser. L’objectif ultimement visé est le retour à une société aveugle aux différences, et non l’accomplissement d’une société où l’on différencierait de manière définitive les groupes ethnoculturels.

La discrimination positive passe par la mise en place de quotas destinés à améliorer la représentation des groupes

     Concrètement, la discrimination positive passe la plupart du temps (mais ce n’est pas absolument nécessaire : la discrimination positive est un principe, l’établissement de quotas est une mesure concrète pour réaliser ce principe) par la définition de quotas, de manière à favoriser l’accès des minorités vulnérables à l’université, à l’emploi, aux marchés, aux postes d’encadrement. Il y a là une volonté de se rapprocher de l’idéal, prôné par certains, d’une « représentation-miroir » de la société dans différentes institutions : les établissements scolaires, les institutions publiques, etc. Ainsi, on s’inquiète de plus en plus de la non-représentativité, notamment du processus politique, au sens où celui-ci ne parvient pas à représenter la diversité de la population. On estime qu’un système plus représentatif devrait comprendre des membres de minorités ethniques ou raciales, des femmes, des personnes économiquement défavorisés, des personnes handicapées, etc. La sous-représentation des groupes défavorisés est un phénomène général : par exemple, aux Etats-Unis et au Canada, une étude statistique a montré que les femmes et les minorités raciales disposent de moins du tiers des sièges qu’ils occuperaient si l’on se fondait sur leur importance démographique. On peut réformer le processus politique en amenant les partis politiques à être plus ouverts et en réduisant les obstacles qui découragent les femmes, les minorités ethniques et les personnes économiquement défavorisées de s’engager dans la vie politique. Mais on peut douter de l’efficacité de telles mesures si elles ne sont pas assorties de sanctions, c’est-à-dire si elles ne sont pas incarnées dans le droit. On s’intéresse de plus en plus à l’idée de réserver un certain nombre de siège, dans chaque législature, aux membres des groupes défavorisés ou marginalisés. C’est dans cet esprit que s’inscrit la loi sur la parité en France.

II/ La « discrimination positive » comme forme équitable de l’égalité, comme correction des inégalités socio-économiques

Etat-providence égalitaire ou Etat-providence sélectif ?

     Une autre forme de discrimination positive consiste à orienter vers les plus démunis une part accrue des prestations sociales et des dépenses publiques, par la mise en place d’un Etat-providence désormais sélectif, qui choisit les ayants droits et les usagers en fonction de critères socio-économiques, recentrage vers les plus démunis qui se traduit par une mise sous condition de ressources d’un nombre accru de prestations (comme l’avait décidé le gouvernement Jospin pour les allocations familiales en 1997, avant de renoncer à cette idée un an plus tard). L’idée est de faire face à la crise financière que traverse partout, aujourd’hui, l’Etat-providence. Un principe d’égalité compensatrice remplace une stricte égalité de traitement entre les ayants droits et les usagers. Cette forme de discrimination positive a directement inspiré un certain nombre de réformes opérées en terme de protection sociale, d’aménagement du territoire ou d’accès au service public, notamment en France. Cette allocation de ressources rares est ouvertement discriminante, et elle s’avère aussi, du coup, discriminatoire : à budget constant, donner plus à ceux qui ont moins implique de donner moins à ceux qui ont plus. Cela contrevient au principe républicain d’universalité des prestations et d’égalité devant le service public, puisqu’il s’agit de développer des prestations modulées selon les revenus ou soumises à des conditions de ressources. Jusqu’alors, l’Etat-providence a fonctionné comme suit : prendre aux plus aisés par l’impôt et donner à tous par des prestations sociales, sans aucune distinction (ou alors avec des plafonds très hauts). Le conflit oppose ici équité et égalité, une conception dominante dans le monde anglo-saxon et une conception dominante en France.

     Le principe de sélectivité fait courir le risque de stigmatiser les pauvres et de provoquer un retour en arrière aux temps moralisateurs de l’assistance. Il découpe en effet la société en deux blocs, les bénéficiaires et les exclus, ce qui fait qu’elle ne peut être légitime que si elle isole soit les privilégiés en haut, soit les exclus en bas. « La distribution sélective des prestations sociales se heurte à une contradiction. Pour qu’elle soit efficace économiquement, elle doit fixer des plafonds relativement bas et donc exclure une bonne partie des classes moyennes. Mais elle est alors difficile à gérer politiquement. Pour que la sélectivité soit facilement acceptée socialement, elle ne doit par contre éliminer qu’une petite frange de la population. Mais l’économie réalisée est alors très faible. Il n’y a dons que deux voies praticables : celle d’une sélectivité modérée, telle qu’elle existe actuellement en France pour une bonne partie des prestations, ou au contraire celle d’une aide très ciblée, orientée vers des populations en état de détresse » (Pierre Rosanvallon, La nouvelle question sociale. Repenser l’Etat-providence). Le risque inhérent à un recentrage de la protection sociale sur les plus démunis, c’est de faire éclater le pacte républicain et de se retourner à terme contre ceux-là même que l’on veut aider : la force du système de Sécurité sociale comme facteur de cohésion sociale réside effectivement sans doute dans le fait que tous peuvent en attendre un bénéfice. Risque alors de se développer une société duale à l’américaine, avec d’un côté ceux qui ont suffisamment de ressources pour recourir à l’assurance privée et les autres, qui perdent leur statut d’assuré au profit de celui d’assisté. Corrélativement à cela, une segmentation des statuts et une parcellisation des droits qui risque d’opposer des catégories de population les unes aux autres. « Lorsqu’on en sera arrivé là, le risque sera grand que tous ceux qui paient tout en étant exclus du bénéfice des prestations soient enclin à penser que l’aide consentie représente une charge à la fois trop lourde pour la société et néfaste (car démobilisatrice) pour ses bénéficiaires » (Michel Borgetto, « La réforme de la sécurité sociale : continuité ou déclin du modèle républicain ? », in Droit social).

  1. La discrimination positive territoriale

     La discrimination positive territoriale est partie de l’interrogation suivante : faut-il traiter à l’identique des populations vivant dans des régions montagneuses ou sur le littoral, des zones de désertification rurales et des agglomérations en expansion démographique, des banlieues défavorisées et des villes prospères, etc. ? Face à cette diversité de situations, la loi a très tôt admis que l’homme concret de l’espace économique ne doit pas être considéré comme l’homme abstrait du droit de la citoyenneté ; elle a élaboré la théorie des différences de situation qui permet d’adapter les règles aux réalités. Par exemple, l’article 40 de la loi de finances rectificative pour 1989 crée une taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux en Ile-de-France, dont le taux est modulé en fonction de chacune des trois zones définies. Le Conseil constitutionnel a jugé cette disposition compatible avec le principe d’égalité en considérant qu’elle contribuait à « corriger les déséquilibres les plus graves » que connaît cette région en matière d’accès de ses habitants à des logements locatifs. Entrent dans cette catégorie de discrimination positive aussi les 44 « zones franches urbaines » (ZFU) et les 416 « zones de redynamisation urbaine » (ZRU) établies en France par une loi de 1996 relative à la mise en œuvre du pacte de relance pour la ville.Le dispositif des « zones d’éducation prioritaires » (ZEP) est lui aussi significatif de cette politique : il s’agit d’une répartition géographique volontairement inégalitaire des moyens (cf. l’article consacrée à ce problème). Ce système a l’avantage d’éviter la désignation d’une « population-cible » (il touche un public très hétérogène). Il ne rentre pas dans une discrimination positive relevant de la « justice ethnoculturelle », mais plutôt de la justice sociale, dans la mesure où la définition des zones se fait sur des critères tels que le niveau socio-économique moyen des habitants ou le taux d’échec scolaire (le critère du taux d’enfants immigrés, un temps utilisé, ayant été abandonné). Toutefois, ce système favorise aussi, indirectement, les populations immigrées, dans la mesure où il y a souvent corrélation entre statut d’immigré et condition socio-économique modeste.

III/ Les effets pervers induits par la politique de discrimination positive

  1. Les effets pervers

     Quelle est l’efficacité des politiques de discrimination positive ? Le problème est de savoir si les effets pervers des programmes de discrimination positive ne sont pas pires que les problèmes qu’ils sont censés corriger. En effet, dans le cas où se mettent en place des politiques de « discrimination positive », quelle est ou quelle pourrait être la réaction des non-bénéficiaires d’une telle politique ? Ne considéreront-ils pas qu’il s’agit là d’une entorse au principe républicain de non-discrimination, c’est-à-dire de traitement égal, uniforme, de tous, quelque soit son appartenance ethnoculturelle ou générique ? Aujourd’hui, l’affirmative action est ainsi remise en cause aux Etats-Unis par les conservateurs, ce qui va de pair avec la domination de l’idéologie libertarienne (ou néo-libérale), laquelle refuse toute mesure qui rend imparfaite la concurrence des individus sur le marché ; or, c’est bien le cas de la politique d’affirmative action, puisqu’elle réserve un certain nombre de postes à des groupes d’individus, par la définition de quotas, sans que soit suffisamment pris en compte, d’après eux, des critères tels que la compétence (dans la recherche d’un emploi) ou le niveau scolaire (dans le recrutement des établissement scolaires) : certains parlent ainsi de « privilèges ». On arrive à des cas, affirment les conservateurs, où un Noir incompétent est préféré à un Blanc compétent, ce qui remettrait en cause le principe de méritocratie (lequel est cependant trop schématique, parce qu’il confond égalité formelle et égalité réelle). Ainsi, depuis 1996, l’affirmative action est fortement contestée par les conservateurs américains devant les tribunaux fédérés et fédéraux, parce qu’ils lui reprochent une « discrimination inversée » ou « discrimination à rebours » à l’encontre des Américains blancs. Par exemple,
la California Civil Rights Initiative (CCRI) a réussi à entériner par un référendum, en novembre 1996, le démantèlement des programmes de l’AA (par 56 % à 44). Ce texte interdit de prendre en compte le sexe ou la race lorsqu’il s’agit de l’entrée dans les universités ou des offres d’embauche dans le secteur public.

     De plus, certains pensent qu’il est contre-productif de chercher à réaliser l’idéal de « color-blindness » par le moyen de politiques qui s’appuient sur l’idée de « race » (c’est le terme officiellement utilisé aux Etats-Unis). La discrimination positive, prétendent-ils, exacerbe précisément le problème qu’elle devrait résoudre en rendant les gens davantage conscients des différences entre les groupes et en accentuant leur ressentiment à l’égard des groupes autres que le leur. Les avantages accordés aux femmes ou aux victimes de discriminations racistes ne risquent-ils pas de légitimer la catégorisation sexuelle et raciale des individus, contrairement à l’objectif ultime qui est de revenir à une société aveugle aux différences, au terme de cette parenthèse que constitue la discrimination positive ?Autre argument contre la discrimination positive : certains pensent que c’est faire une injure aux personnes appartenant à des groupes défavorisés que de pratiquer une politique de discrimination positive, car on a l’impression d’une politique de charité, d’assistance, ce qui pousse ces populations à ne pas faire d’efforts pour s’intégrer par elles-mêmes, et qui provoque, de la part des non-bénéficiaires de ces politiques, une stigmatisation des « assistés ». Le risque des « facilités » accordées à certaines catégories de personnes est, en effet, de créer une accoutumance aux aides, de telle sorte qu’elles risquent de développer ce que l’on appelle une mentalité d’assistés ou d’ayants droits. Certains pensent qu’il est illusoire d’attendre des bénéficiaires qu’ils reconnaissent jamais avoir atteint l’égalité et acceptent de renoncer à leur bénéfice. Tout projet de suppression risque d’être dénoncé comme une atteinte à des droits acquis. Il est plus facile d’accorder une discrimination positive que d’y mettre un terme. Les mêmes personnes ont tendance à penser que les mesures de discrimination positive, résolvant rarement les problèmes qu’elles prétendent régler, entraînent des surenchères, de sorte que la spirale s’auto-alimente, et que l’on finit par devoir imaginer des adaptations aux effets pervers des adaptations !

Conclusion : le problème de l’évaluation des politiques de discrimination positive

     Le caractère temporaire des politiques de discrimination positive est lié à leur efficacité. Puisqu’elles ont pour finalité de rétablir l’égalité, on admet qu’elles doivent y parvenir dans un délai raisonnable, et que leur efficacité doit donc être incontestablement démontrée. Or, l’observation sur le terrain permet en général de constater l’efficacité très relative de ces politiques (cf. les ZEP), et souligne parfois leur capacité à aggraver les situations par le jeu d’effets pervers en spirale. D’autres travaux soulignent au contraire les bienfaits de ces politiques préférentielles. Il n’y a donc jamais consensus sur l’évaluation des politiques de discrimination positive, en terme de calcul coûts / avantages. Il y a au contraire conflit permanent d’interprétation. « C’est l’évaluation empirique des réalités sociales et politiques qui conduit à voir en elle un grand remède appelé par de grands maux, ou à redouter que le remède, in fine, s’avère pire que le mal » (Gwénaële Calvès, avant-propos aux Politiques de discrimination positive).

Bibliographie utilisée pour rédiger ce texte (des passages entiers sont cités) :

Les politiques de discrimination positive, revue « Problèmes économiques et sociaux », n°822, juin 1999, sous la direction de Gwénaële Calvès : l’outil indispensable. Très intéressant et très clair, il fait le tour de la question de manière approfondie.

La citoyenneté multiculturelle, de Will Kymlicka ; cf surtout les pages 13-14, 52 à 54, 189 à 216 (sur la représentation juste des groupes)Alter ego, de Sylvie Mesure et Alain Renaut, surtout les pages 124 à 126 et 217 à 229

L’échec scolaire, de Francine Best, surtout le chapitre concernant les ZEP (p. 89 à 102)

 

 

Les politiques de discrimination positive

Problèmes politiques et sociaux,
La Documentation française, n° 822, 04/06/1999.

Dossier constitué par Gwénaële Calvès à partir d’extraits de publications (livres, articles, textes officiels).

Avant-propos (G.Calvès) :

Les politiques de discrimination positive visent à rétablir une égalité des chances compromise par le creusement des inégalités socio-économiques ou par la persistance de pratiques racistes ou sexistes   en instituant des inégalités provisoires et correctrices.. Elles prennent deux formes différentes : sélectivité de l’Etat-providence selon un principe d’égalité correctrice et plus une stricte égalité de traitement ; et traitement préférentiel de certaines catégories de population afin de contrebalancer les effets d’une exclusion raciste ou sexiste. Ce qui pose deux problèmes majeurs.

D’une part celui de l’efficacité de ces politiques et de leurs éventuels effets pervers : stigmatisation des assistés, parcellisations des droits, légitimation des catégories sexuelles et raciales des individus, cercles vicieux… L’évaluation de ce point relève du bilan avantages/coûts à partir des données empiriques disponibles.

De l’autre celui de leur compatibilité avec les principes républicains : universalité des prestations, égalité devant le service public… Trois thèses s’affrontent sur ce point : 1) rien ne justifie de transiger avec ces principes fondateurs (donc pas de DP) ; 2) il faut suspendre ces principes quand la situation l’exige (question : quelle nécessité + quelle efficacité) ; 3) il faut changer de paradigme :
la DP représente par rapport au modèle républicain un dépassement vers un nouveau principe d’égalité : l’équité (première étape vers reconnaissance d’une société multiculturelle).

  Dans les deux cas, seul l’objectif poursuivi (la réduction des inégalités de fait) permet de dire que la discrimination est positive.

La discrimination positive, une forme équitable de l’égalité

Un Etat-providence plus sélectif : aménagement du dispositif…

Cibler les prestations sociales ? (P. Rosanvallon) :

Le ciblage des prestations sociales est à la mode : les limiter aux plus nécessiteux est un moyen de répartir efficacement des ressources rares en temps de crise. Pourtant, historiquement (1945 en France),
la Sécurité sociale est fondée sur un principe universaliste  : « La sécurité sociale appelle l’aménagement d’une vaste organisation d’entraide obligatoire qui ne peut atteindre sa plein efficacité que si elle présente un caractère de très grande généralité à la fois quant aux personnes qu’elle englobe et quant aux risques qu’elle couvre. Le but final à atteindre est un plan qui couvre l’ensemble de la population du pays contre l’ensemble des facteurs d’insécurité  » (Ordonnance 04/10/45). Ce principe est traditionnellement défendu par la gauche (effacement symbolique des différences de classe ; on donne à tous par les prestations sociales et on reprend aux plus aisés par l’impôt), la droite prônant une « sélectivité sociale modérée » avec des plafonds élevés. Aujourd’hui, beaucoup pensent que le remède à la crise financière de l’Etat-providence est à chercher du côté de la sélectivité des prestations. Mais le passage à celle-ci rencontre une aporie en raison de l’importance des classes moyennes : pour un maximum d’efficacité économique, il faut des plafonds bas et l’exclusion du système d’une bonne part de celles-ci, ce qui est difficile à mettre en œuvre politiquement, tandis qu’il est plus aisé de faire accepter l’exclusion d’une petite frange supérieure de la population (plafonds hauts), mais pour des économies faibles. (Problème de légitimité  : le principe de sélectivité découpe par principe la société en deux blocs, les bénéficiaires et les exclus, dès lors seules deux formes de sélectivité sont évidentes : très bas et très haut).

L’exemple des allocations familiales (J.Fagnani, A.Math) :

            L’exemple, en 1997, de la tentative du gouvernement Jospin de mettre sous condition de ressources les allocations familiales (finalement remplacée en 1998 par une baisse du plafond du quotient familial) est à cet égard révélateur de l’attachement qui existe, en France, pour le principe d’universalité des prestations. La mesure avait des enjeux pratique faible (7 à 8% des familles allocataires seulement étaient concernées) et symbolique fort (sélectivité contre universalité).

…Ou subversion de ses fondements ?

Le risque d’une société duale (M.Borgetto) :

L’enjeu du débat sur le plafonnement éventuel des allocations familiales est de savoir s’il convient de substituer au principe d’égalité un principe d’équité (qui provient des théories de Rawls, distinguant les inégalités injustes des inégalités justes – celles qui profitent aux plus défavorisés tout en n’affectant pas les droits fondamentaux). Le principe d’équité implique un recentrage des aides sur les plus démunis, un déclin du principe d’universalité et, à terme, la multiplication des différenciations entre usages ou ayants droits (boîte de Pandore…). Il y aurait plusieurs risques à un tel changement de philosophie : 1) extension progressive à toutes les prestations à caractère universel : maladie, handicap…(une fois le principe accepté pour une prestation il est légitimé), 2) risques d’inéquité (effets de seuil) et de dérapages (si les plafonds sont abaissés ou non réévalués), 3)  surtout danger pour la cohésion sociale : risque d’une société « duale », où les plus aisés se tournent vers l’assurance privée tandis que les plus démunis tombent dans l’assistanat. Risque aussi d’une ségrégation grandissante. La force du système de Sécurité sociale dans le cadre du « pacte républicain » vient précisément de ce que tous peuvent en attendre un bénéfice (noyau de prestations universelles accordées à tous.

Egalité ou équité ? (M.Blondel) :

            Le recours au principe d’équité est un alibi pour éviter de s’attaquer au fond des problèmes (on met en place un RMI « équitable » parce que l’on considère que le droit au travail est devenu impossible).

Des politiques publiques mieux adaptées : mesures différenciées…

Les nouvelles politiques d’aménagement du territoire (Rapport public 199- du Conseil d’Etat) :

Les nouvelles politiques d’aménagement du territoire mises en place à partir des années 1980 entrent dans le cadre des discriminations positives. La théorie des différences de situation, élaborée par le CE et confirmée par le CC, permet une application souple du principe d’égalité dans l’espace, afin de tenir compte de la diversité des situations (cf. les lois « montagne » de 1985 et « littoral » de 1986 qui instaurent des mesures de protection de l’environnement spécifique à ces zones). Les DP sont notamment nombreuses en faveur de certaines zones urbaines : les ZEP, les mesures fiscales incitatives pour les entreprises (que le CC, en 1984, a jugées compatibles avec le principe d’égalité, au nom de l’intérêt général), les avantages accordés aux fonctionnaires travaillant dans ces zones,… Ce sont bien là des discriminations positives, ainsi que
la Loi d’orientation pour l’aménagement et le développement du territoire du 04/02/1995 l’affirme : « la politique d’aménagement et de développement du territoire corrige les inégalités de conditions de vie des citoyens liées à leur situation géographique  », avec pour objectif d’ « assurer, à chaque citoyen, l’égalité des chances sur l’ensemble du territoire », ce qui n’est pas contraire au principe d’égalité tant que les mesures adoptées sont proportionnelles au but de la loi et qu’elles ont un caractère provisoire, dans la mesure justement où elles visent un retour à l’égalité dans l’intérêt général.

Un premier bilan de la discrimination positive territoriale (Rapport au Parlement, 4 mars 1999) :

Le bilan tiré en 1999 à propos des 44 zones franches urbaines et 416 zones de redynamisation urbaine mises en place par la loi du 14/11/1996 est plutôt négatif :  existence d’un certain nombre d’effets pervers (délocalisations, effets d’aubaine, spéculation immobilière,…) et un impact limité sur l’emploi (la majorité des emplois implantés provient d’activités transférées, les habitants bénéficient peu des emplois créés…). Mais constat est à nuancé : grande variété des situations Cependant le dispositif reste et fait l’objet de tentatives d’amélioration.

…Ou politiques différentialistes ?

La logique identitaire : l’exemple de
la Nouvelle-Calédonie (Préambule de l’Accord sur
la Nouvelle-Calédonie signé à Nouméa le 5 mai 1998) :

  Le préambule de l’accord du 05/05/1998 reconnaît les torts de la colonisation française vis-à-vis du « peuple kanak », ainsi que sa « souveraineté », prélude à une auto-détermination prévue 20 ans plus tard. L’histoire et l’identité spécifiques de
la Nouvelle-Calédonie lui donne droit à un traitement spécifique. Outre un statut juridique et politique particulier,
la Nouvelle-Calédonie, en raison de l’ « étroitesse du marché du travail », se voit appliquer une politique favorisant l’emploi des personnes « durablement établies ».

Les ZEP : une prise en compte partielle des spécificités culturelles (D.Martucelli) :

Le propre de la démocratie française est son indifférence au problème identitaire qui est supposé toujours traduisible, via les droits universels, en problème civil ou social : les individus ont des « appartenances » mais jamais des « identités ». L’égalité républicaine tire ainsi son sens de la référence à un individu abstrait et universel. L’équité reconnaît au contraire la pertinence politique des spécificités culturelles des individus et des groupes. Les ZEP sont un bon exemple d’une politique publique à mi-chemin entre l’égalité et l’équité : la définition des établissements scolaires classés en ZEP combine des critères proprement scolaires (taux de redoublement, nombre d’élèves immigrés, âges et retard…) et des critères externes à l’éducation nationale (origine et disparité sociales…). La nouvelle perception du problème (corrélation entre échec scolaire et origine sociale) entraîne des politiques publiques compensatoires, pédagogiques et même urbaines. Le dispositif des ZEP correspond donc à une prise en compte, mais incomplète, des spécificités culturelles : il introduit une discrimination positive, mais au profit d’un territoire et non d’une catégorie de population distincte. La non prise en compte du thème identitaire marque les limites des ZEP : la différence culturelle reste en marge du processus pédagogique : les enseignants sont censés appliquer des instructions identiques et dispenser des enseignements uniformes. Les ZEP sont une petite dose d’équité dans un système animé par des principes égalitaires.

Les effets pervers (A-M Le Pourhiet) :

Parler de discrimination territoriale est hypocrite : ce sont les individus qui sont régis pas le droit, c’est seulement entre individus qu’on peut parler d’inégalités. De plus ses politiques, qui sont pensées comme provisoires (ce qui suppose le rétablissement à terme d’une égalité de fait) font preuve d’inefficacité. Elles entraînent en effet nombre d’effets pervers. 1) Le risque d’une accoutumance à l’assistance est réel, et rend illusoire le caractère temporaire des dérogations au strict principe d’égalité. C’est l’exemple des avantages consentis aux DOM, comme le fameux octroi de mer. Il est illusoire d’attendre des bénéficiaires de telles mesures qu’ils reconnaissent jamais avoir atteint l’égalité et acceptent de renoncer à leur bénéfice. De plus l’inefficacité de ces politiques risque d’entraîner une surenchère perpétuelle. 2) Les effets sur l’égalité des chances peuvent aussi être négatifs (si les recrutements de la fonction publique se font sur des privilèges locaux par exemple), en même temps que risque de se développer une conception féodale des fonctions et deniers publics, tels un « gâteau » à partager.

La discrimination positive, instrument de lutte contre les discriminations

La discrimination positive (affirmative action) désigne aux Etats-Unis un ensemble de dispositions mises en place à partir de la fin des années 1960 à l’initiative d’une fraction de l’appareil administratif fédéral, qui octroient un traitement préférentiel aux membres de certains groupes ayant fait l’objet dans le passé, à des degrés divers, de pratiques discriminatoires juridiquement sanctionnées : les Noirs, les femmes, les Hispaniques, les descendants des populations autochtones… Ces mesures s’exercent dans trois domaines : l’emploi, l’admission dans les établissement d’enseignement supérieur et l’attribution de marchés publics. Elles ont pour but d’accroître la proportion que représentent les membres de ces groupes parmi les détenteurs de certains biens valorisés, afin de remédier à leur marginalisation persistante au sein de la société américaine.

Les politiques d’affirmative action : des politiques préférentielles…

Une notion complexe (M.Rosenfeld) :

Définition de l’AA par Kent Greenwlat :  « L’expression Affirmative action désigne l’ensemble des mesures visant à accroître les avantages que les membres d’un groupe sous-représenté, qui a été victime de discrimination, retirent d’une politique sociale donnée, [en instituant ou non] un traitement préférentiel ». Le traitement préférentiel (à niveau de qualification égal, est favorisé un membre du groupe qui en profite) ne se fonde pas sur la « race » (il ne s’agit pas de discrimination à rebours), mais sur le caractère sous-représenté ou discriminé du groupe considéré (qui n’est pas forcément « racial » mais peut l’être). Ces deux notions sont ambiguës et recouvrent une multitude de réalités très  différentes.

L’idéal de la « vraie diversité » (D.Lacorne) :

            Derrière le débat sur l’AA se profile un débat sur la nature de la nation américaine. L’AA  se fonde sur l’image des USA comme « Nation of many people », très différente de la conception française de la « République une et indivisible ». Par ailleurs la jurisprudence de
la Cour suprême considère que la « race » n’est un élément préférentiel que parmi d’autres (origine géographique, talents individuels particuliers), et les quotas rigides sont interdits : il s’agit par exemple dans les cas des universités des produire des élites qui seraient à l’image des « nombreux peuples » américains.

…très contestées et toujours en débat.

Les effets pervers de l’affirmative action (S.Stelle) :

L’AA produit des effets pervers, même au sein de la communauté noire : elles entretiennent chez les Noirs une culture de la victimisation tout en les plaçant en situation d’infériorité. Plus généralement on assiste à un processus de stigmatisation, qui tend à laisser planer le doute sur les compétences réelles des bénéficiaires, et à faire surévaluer les mérites des autres. L’AA ne peut remplacer une vraie politique sociale : « au lieu d’en attendre la garantie de l’égalité des chances, nous lui avons demandé d’instituer la parité entre les races. Or le traitement préférentiel n’enseigne aucun savoir-faire, n’a aucune valeur éducative, ne fait naître aucune motivation ». En réalité, le système de préférence profiterait surtout à des gens non défavorisés, femmes blanches et Noirs de la classe moyenne. L’AA ne permet de réaliser aucun des deux objectifs prioritaires que son le développement économique et scolaire des personnes défavorisées quelle que soit leur race et l’éradication de la discrimination à raison de l’ethnie ou du sexe.

Dette raciale, droits raciaux : système raciste (A.Scalia) :

            Par ailleurs le fait de raisonner en termes de « justice réparatrice », en utilisant des concepts comme « dette raciale » ou « droits raciaux » a quelque chose, justement, de profondément raciste. Dès 1979 A. Scalia, un des juges de
la Cour suprême le montrait par l’absurde : il imaginait, dans la perspective de perfectionner l’action réparatrice, un système de créditeurs et débiteurs « raciaux », chacun recevant un certain nombre de points en fonction de son appartenance « raciale ». Les américains d’origine irlandaise recevraient ainsi un certain nombre de points de débiteurs, mais moins que ceux d’origine anglaise (arrivé plus tôt, qui ont plus participé à l’oppression des noirs par exemple). L’établissement des différents degrés de culpabilité des races débitrices mène à la prise en compte exacte et mesurée du mélange des sangs, etc. « Un tel système est profondément raciste : je ne dois rien à un homme, ni lui à moi, à cause du sang qui coule dans nos veines  » .

Des politiques en sursis ? (Arrêt l’arrêt Adarand Constructors v. Pena de
la Cour Suprême, 1995) :

            Après une histoire jurisprudentielle assez complexe (avec notamment un revirement inattendu en 1990, désavoué par la suite), le cadre juridique des politiques d’affirmative action a été fixé explicitement par
la Cour suprême dans l’arrêt Adarand Constructors v. Pena, autour de trois grandes notions :

le scepticisme vis-à-vis de toute mesure prévoyant des distinctions « raciales » instituées par les pouvoirs publics, ce qui entraîne l’obligation pour les tribunaux d’un examen « strict » des motifs de celles-ci, qui doivent répondre à des objectifs « impérieux », et des moyens mis en œuvre, qui doivent leur être « précisément ajustés » ,

la systématicité : « le degré de contrôle mis en œuvre en application de
la Clause d’Egale Protection
[équivalent du principe d’égalité de
la Constitution française ; elle découle, pour les mesures prises par les Etats, du 14ème amendement à
la Constitution, et pour celles prises par l’Etat fédéral, de la jurisprudence de
la Cour suprême concernant le 5ème amendement] ne dépend pas de la race de ceux qui se trouvent lésés ou avantagés par une différence de traitement donnée ».

la cohérence entre les analyses concernant le niveau des Etats et le niveau fédéral.


La Cour a pris soin de préciser deux points qui sont sujets à controverse. Tout d’abord, « la protection juridique contre les classifications fondées sur l’origine raciale ou ethnique est accordée à l’individu à raison du fait qu’elles empiètent sur se droits individuels, et non en raison de son appartenance à un groupe donné ». Ensuite, l’obligation d’un « contrôle strict » des mesures discriminatoires ne signifie pas pour autant l’interdiction de fait de celles-ci.

L’importation en France des politiques d’affirmative action : un refus de principe fondé sur les principes constitutionnels et les valeurs républicaines …

Il n’y a pas de peuple corse (Décision du Conseil Constitutionnel du 9 mai 1991) :

Le Conseil Constitutionnel a eu l’occasion à diverses reprises de réaffirmer son refus de toute différenciation fondée sur des critères prohibés par
la Constitution. L’article premier de la loi portant statut de la collectivité territoriale de
la Corse, qui consacrait l’existence d’un « peuple corse, composante du peuple français » a ainsi été annulé par une décision de 1991.Ce refus est fondé tout d’abord sur les principes constitutionnels. En effet le concept juridique de « peuple français », au titre de
la Déclaration de 1789, du préambule de
la Constitution de 1946 et de celle de 1958 (en particulier en son article 2), a
valeur constitutionnelle
, et il est une « catégorie insusceptible de toute subdivision ».

Inconstitutionnalité des quotas par sexe en matière électorale (Décisions du Conseil Constitutionnel des 18 novembre 1982 et 14 janvier 1999) :

Autre exemple : en se fondant sur l’article 3 de
la Constitution et l’article 6 de
la Déclaration de 1789 (« sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents »), le CCl a déclaré inconstitutionnels les quotas par sexe en matière électorale (décision du 18/11/1982, à propos des modalités d’élection des conseillers municipaux, confirmée pour les mêmes raisons par celle du 14/01/1999 concernant les conseillers régionaux), ce qui a motivé la révision constitutionnelle de 1999.

Refus au nom des valeurs républicaines (C.Jelen) :

Les « valeurs républicaines » sont également convoquées pour refuser les politiques de discrimination positive.
La France a pour caractéristique d’être une nation « non ethnique » (J-P Chevènement : « on ne définit pas un Français par son origine, mais par son adhésion à
la France
 »). Tout recours à la discrimination représenterait donc une dérive « à l’américaine ». A la différence du multiculturaliste, le républicain fait le choix de l’égalité des citoyens.

Un contresens sur l’affirmative action ? (D.Sabbagh) :

Les représentations françaises sur les politiques américaines sont entachées d’un amalgame injustifié entre l’ affirmative action  (qui vise à l’origine une meilleure intégration  et assimilation des membres des groupes marginaux dans le mainstream de la société américaine), l’idéologie multiculturaliste (traitement politique différencié non provisoire des différents groupes culturels existant au sein de la société) et la political correctness (qui renvoie à une entreprise de codification des comportements), qui sert à former une vision caricaturale de la société américaine, construite par opposition systématique au « modèle français d’intégration ». Les partisans du multiculturalisme eux-mêmes entretiennent un amalgame entre affirmative action et gestion de la pluralité des cultures dans un Etat donné, le débat ne peut que s’enliser dans un confrontation stérile de termes abstraits (égalité/équité, individu/groupe, républicain/communautaire).

…Face au poids croissant du principe de réalité.

Femmes en politique : une exclusion persistante (G.Calvès) :

            Les défenseurs français de la parité se réfèrent notamment à l’AA américain, même si aucune discrimination positive en faveur des femmes n’existe au niveau électoral aux Etats-Unis. La loi sur la parité vise à faire contrepoids à des mécanismes d’exclusion structurels (poids de la haute fonction publique et des notabilités elles-mêmes peu ouvertes, frilosité des partis en matière d’investitures), de manière à faire évoluer les mentalités et briser le phénomène de reproduction sociale des inégalités. Elle vise à encourager le récent et fragile progrès des candidatures féminines (10% de femmes à l’Assemblée nationale en 1997 : un record !). Une telle mesure, adoptée à titre provisoire ou expérimental, ne constitue pas une discrimination à l’égard des hommes et ne porte pas atteinte au principe méritocratique de sélection, car les hommes ne doivent évidemment pas leur position quasi-hégémonique en politique à la supériorité de leurs vertus et talents. De plus la loi ne joue qu’au niveau des candidatures et non au niveau de l’élection, qui est faite par le corps électoral. Par ailleurs, une élection n’a rien à voir avec un concours.  La parité ne prétend pas faire entendre la voix des femmes mais plutôt montrer qu’elles sont des » hommes comme les autres ».Dans ce cas précis, la discrimination positive n’est pas une mise entre parenthèse regrettable mais nécessaire des principes démocratiques, mais un moyen de réaliser un droit ancien : l’égalité.

           

Jeunes issus de l’immigration : des discriminations avérées (Rapport du Haut Conseil à l’Intégration, 1998) :

            Différents rapports et étude montrent que la discrimination à l’emploi ne repose par sur le critère de nationalité mais sur celui de l’origine immigrée. La naturalisation n’est donc pas la solution à ces discriminations. En Alsace par exemple, en 1996, à niveau de qualification V et VI comparable, 34% des demandeurs d’emploi sont d’origine étrangères alors qu’ils ne représentent que 15% des actifs. Les discriminations à l’embauche, apparentes ou non,  sont une réalité quotidienne du monde du travail. 14 missions locales évaluaient en 1992 à un sur deux ou sur trois la proportion d’offre d’emplois discriminatoires.

Faut-il ethniciser les statistiques ?(A.Blum, P.Simon,  A.Spire) :

Il existe un débat récurrent en sciences sociales sur l’ « ethnicisation » des statistiques. La question de la description des populations immigrées, de la recherche des critères qui peuvent ou doivent être utilisés pour identifier (au sens statistique) et caractériser les immigrants, est devenue centrale en France. L’étude des phénomènes d’immigration demande par exemple des outils statistiques sur l’origine des personnes que l’INSEE ne fournit pas. Le problème est qu’il n’existe pas de catégorie plus « objective » qu’une autre : elles sont toutes liées à un certain ordre social. Or, aujourd’hui, les acteurs sociaux utilisent spontanément des catégories « ethniques » ou « raciales ». Cela implique la prise en compte de cette réalité sociale, ne serait-ce que pour combattre efficacement les discriminations (Martine Aubry a ainsi créé en 1998 un « observatoire de la discrimination »). En même temps, l’utilisation de tels outils statistiques présente un certain nombre de dangers, dont le moindre n’est pas un processus de réification et de légitimation des catégories stigmatisantes (assimilation « délinquance et immigration »…).

Vers une affirmative action française ? (Déclarations ministérielles de 1999) :

            Certaines déclarations ministérielles récentes (1999) semblent indiquer une tendance vers une sorte d’affirmative action « à la française », notamment en ce qui concerne les discriminations dont sont victimes les jeunes issus de l’immigration (embauche, entrée en discothèque…).

Elisabeth Guigou dans un entretien au journal « Le Monde » : « Ces jeunes […] sont renvoyés à leur étrangeté et leur différence de façon trop souvent discriminatoire. […] Où sont-ils ces diplômés, fils et filles d’émigrés, dans les médias, dans l’administration, dans l’entreprise, dans la magistrature ? […] Il faudrait qu’il se sentent représentés, notamment dans les élections locales. Pourquoi y a-t-il si peu de jeunes étrangers dans nos partis politiques et sur nos listes de candidats aux élections ? »

J-P Chevènement dans un discours aux préfets : « Je vous ai dit qu’il convenait que
la Police nationale soit à l’image de la population. Je vous demande de faire en sorte que cet objectif devienne immédiatement réalité dans les recrutements des adjoints de sécurité dont le responsabilité vous incombe [… ] il s’agit appelle un effort significatif pour faire reculer les préjugés et lutter contre les discriminations, silencieuses mais persistantes, qui touchent les jeunes français issus de l’immigration. Pour éviter tout malentendu, je souligne qu’il ne s’agit nullement de créer une quelconque discrimination positive, mais de donner seulement une traduction pratique au principe de l’égalité
. »

La parité : un objectif constitutionnel (Projet de loi constitutionnelle sur la parité) :

L ‘exemple le plus flagrant de cette tendance est la révision constitutionnelle du 28/06/1999 rendue nécessaire par l’institution de la parité.. La promotion de l’égalité hommes/femmes par des mesures volontaires était possible dans les autres domaines grâce à
la Constitution (« la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme »), mais il existait un blocage constitutionnel dans le domaine des élections (CC 1982, cf. ci-dessus). L’article 3 (qui affirme le caractère indivisible et universel de la souveraineté nationale) donc été modifié par ajout d’un alinéa : « La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives ». L’article 4 a lui aussi reçu un alinéa supplémentaire : « [Les partis et groupements politiques] contribuent à la mise en œuvre du principe énoncé au dernier alinéa de l’article 3 dans les conditions déterminées par la loi ».

Résumé rédigé par Gabriel Cumenge et Charles Girard. Novembre 2002.


Qu’est-ce que la discrimination positive ?

Le 6 juillet 2005 

La discrimination positive a longtemps été présentée, en France, comme une technique de recentrage de l’Etat-providence [1]. Elle s’identifiait à une « forme équitable de l’égalité », qui imposait de rompre avec un principe d’universalité ou de gratuité des prestations sociales pour donner plus à ceux qui ont moins ». Elle désignait, ni plus ni moins, une politique de ciblage des conditions d’accès au service public ou aux revenus de transfert. Mais la discrimination positive « à la française » tend, depuis quelques années, à s’éloigner du champ des politiques sociales pour gagner un terrain balisé de longue date dans de nombreux pays sous le label d’« affirmative action ». Ce label recouvre, partout où il a cours, une série de mesures préférentielles qui poursuivent un triple objectif : un objectif de rattrapage entre groupes inégaux, un objectif de lutte contre les discriminations, un objectif de promotion de la « diversité ».

La discrimination positive est une politique de rattrapage entre groupes inégaux

L’affirmative action désigne initialement une politique d’intégration prioritaire adoptée dans un contexte de transition entre un régime d’oppression institutionnelle et la proclamation du principe d’égalité des droits et des chances. L’Inde libérée du joug britannique, les Etats- Unis des années 60 ou l’Afrique du Sud des années 90 voient naître une nouvelle société profondément marquée par le fossé qu’y ont creusé des décennies ou même des siècles d’inégalité statutaire. Dans un tel contexte, la consécration juridique du principe de non-discrimination apparaît comme radicalement insuffisante : « On ne peut pas rendre sa liberté à un homme qui, pendant des années, a été entravé par des chaînes, l’amener sur la ligne de départ d’une course et croire qu’on est ainsi parfaitement juste. » Comme le souligne cette célèbre métaphore du président des Etats-Unis Lyndon B. Johnson, des mesures de rattrapage accéléré s’imposent, à titre transitoire, lorsqu’il s’agit de combler une différence de positions initiales dont l’ampleur est telle qu’elle frappe d’absurdité l’idée même de compétition entre des hommes libres et égaux. On décide alors d’aménager, au bénéfice des groupes traditionnellement opprimés, un accès préférentiel aux ressources qui sont la clé de leur développement socio-économique : l’emploi, les capitaux, l’enseignement supérieur et, plus rarement, la propriété foncière ou les fonctions politiques.

Cette philosophie générale de l’affirmative action explique deux de ses traits essentiels : ce sont des politiques centrées sur le groupe, et ce sont des politiques élitistes. Leurs destinataires ne sont pas des regroupements ou des catégories d’individus, mais bien des groupes d’appartenance. On conserve en effet le critère qui avait permis de maintenir ces groupes dans une position subalterne (la race, la caste, le sexe, l’ethnie, la tribu…), mais pour en inverser la fonction : ce critère était un handicap et enfermait les individus dans un destin ; il fait dorénavant figure d’atout et ouvre devant eux les voies de la mobilité sociale. Mais c’est bien le même critère qui préside à la discrimination hostile et à la discrimination positive : naturalisé par une idéologie d’exclusion, ce critère dessine les contours de groupes auxquels on accède par la naissance exclusivement, et dont on ne se libère que par la mort.

Polarisées sur le groupe, les politiques d’affirmative action sont des politiques foncièrement élitistes : elles ne cherchent pas à lutter contre la pauvreté, mais à réduire l’écart entre différents groupes. La stratégie retenue consiste à faire surgir, au sein de ceux qu’on cherche à intégrer dans la société globale, des élites sociales, économiques ou politiques, dont on parie qu’elles joueront ensuite un rôle moteur dans le progrès général du groupe. L’effort porte donc sur des couches moyennes et supérieures qu’on veut aider à atteindre les positions sociales qu’elles auraient « normalement » occupées en l’absence de discrimination.

Le type de priorités retenues par les différentes politiques d’affirmative action manifeste clairement cette volonté de permettre à l’élite du groupe d’accéder aux « lieux de pouvoir » dont elle a si longtemps été exclue : cession préférentielle, en Afrique du Sud ou en Malaisie, de parts sociales des grandes entreprises majoritairement détenues par des Blancs et des Chinois ; priorité d’accès, en Inde, à une fonction publique traditionnellement monopolisée par les hautes castes ; accès facilité, dans tous les pays, aux perspectives de mobilité sociale ouvertes par les établissements d’enseignement supérieur. Rien de tout cela ne concerne, à l’évidence, les membres du « groupe cible » qui croupissent dans la misère : ils n’ont tiré ni ne tirent le moindre bénéfice direct d’une politique qui, de toute façon, ne leur est pas destinée. Aux Etats-Unis, par exemple, l’alternative entre l’affirmative action et le « plan Marshall pour l’Amérique noire » que réclamaient certains membres du mouvement pour les droits civiques a été clairement formulée, et délibérément tranchée [2]. Il est en outre avéré que la réduction des inégalités entre groupes (plus ou moins forte d’un pays à l’autre, mais partout attestée), s’est accompagnée, dans tous les pays concernés, d’un accroissement des inégalités internes aux groupes bénéficiaires.

De nombreux esprits semblent aujourd’hui séduits, en France, par cette approche de la discrimination positive. Son faible coût n’est pas le moindre de ses attraits. Il semble commode, par exemple, d’instituer, ici ou là, des « filières ZEP » permettant un accès préférentiel à des écoles plus ou moins grandes, plutôt que d’entreprendre un vaste programme de rétablissement de l’égalité dans l’accès au savoir, ou même une refonte de la carte scolaire. Les réformateurs « réalistes » proposent ainsi, lorsque le concours, « sous une apparence égalitaire, avantage les candidats qui maîtrisent les codes socioculturels essentiels », d’instiller dans les écoles où se reproduisent les élites une petite dose d’élèves qui ne maîtrisent pas ces « codes socioculturels essentiels » [3]. L’élite découvrira ainsi la « diversité », le concours sera préservé, et on se sera évité la peine d’analyser les ressorts sociaux de l’effet discriminatoire qu’il produit de manière sans cesse accrue depuis le début des années 80 (car qui sait jusqu’où pourrait mener une telle enquête…).

La discrimination positive est une politique contre-discriminatoire

Parallèlement à ce premier objectif de réduction des inégalités entre groupes, les politiques de discrimination positive entendent également contrebalancer une discrimination devenue illégale, mais qui continue à sévir dans divers domaines de la vie sociale. Lorsque la discrimination est ancienne et solidement ancrée dans les structures sociales, politiques et mentales, il est illusoire de tabler sur la seule force du droit. Les mécanismes d’exclusion sont perçus comme naturels, l’inégalité est dans l’ordre des choses, et le statu quo est voué à se perpétuer indéfiniment. Seules des mesures volontaristes peuvent rompre ce cercle vicieux. En imposant la présence d’indésirables en des lieux où, de l’avis de tous et, bien souvent, de leur propre avis, ils ne sont pas « à leur place », la discrimination positive cherche à dissoudre les stéréotypes des uns et le sentiment d’illégitimité des autres. La discrimination positive est ainsi solidaire d’une nouvelle définition de la discrimination, qu’on ne traque plus seulement dans les textes (discrimination de jure), mais aussi dans les faits (discrimination de facto). Dans un domaine où l’imagination humaine est sans limite, il est en effet clairement apparu – dès 1971 aux Etats-Unis, partout ailleurs au fil du temps -, qu’une définition du fait discriminatoire centrée sur la situation et le comportement respectifs des acteurs individuels ne permettrait pas de démanteler les pratiques d’exclusion les mieux dissimulées, ou anciennes au point de passer pour « naturelles ». Le juge américain, pour débusquer ce type de discrimination, a décidé de décentrer la perspective, en posant qu’un déséquilibre statistique entre groupes suffirait à faire naître une présomption de discrimination : c’est la consécration de la notion de discrimination indirecte qui manifeste un véritable changement de perspective.

Cette notion a en effet pour fonction de faire tomber sous le coup de la loi des différences de traitement qui, apparemment irréprochables, s’avèrent, en pratique, génératrices d’inégalités. Une présomption d’illégalité est établie à l’encontre d’une mesure, d’une pratique ou d’un critère apparemment neutre (la taille, par exemple), dès lors qu’elle affecte en proportion nettement plus élevée les membres d’un groupe vulnérable que les individus qui n’en relèvent pas. La discrimination n’est plus seulement définie comme un acte ponctuel et intentionnel : elle est désormais repérable objectivement, indépendamment des intentions et mobiles des acteurs. La relation entre la discrimination positive et la discrimination arbitraire change alors du tout au tout : la discrimination positive, qui apparaissait comme une dérogation ponctuelle et provisoire au principe de l’égalité de traitement, s’impose désormais comme une nécessité pratique, et peut-être permanente, des politiques de lutte contre la discrimination.

La discrimination positive est une politique de diversité

L’inspiration initiale des politiques d’affirmative action n’a strictement rien à voir avec le multiculturalisme. Ces politiques de rééquilibrage des positions socio-économiques globales ne s’étaient pas fixé pour idéal de faire advenir des entreprises, des administrations, des universités ou un gouvernement « à l’image de la population ».

Mais le relatif échec d’une démarche foncièrement assimilationniste (au sein des universités notamment) a conduit l’Amérique des années 80 à reformuler les objectifs de l’affirmative action ou, à tout le moins, à infléchir le discours de légitimation qui lui est appliqué. On la justifie désormais au nom de la « diversité », ou de la « représentation équitable » des différents groupes qui composent la population du pays.

Ce nouveau discours repose sur une approche renouvelée de l’égalité, qui ne s’identifie plus à l’égalité des conditions ni au principe de non-discrimination, mais à l’impératif de reconnaissance des identités, des différences et de l’égale dignité des minoritaires. Sur un plan plus pragmatique, la diversité est également présentée comme une force, une richesse, un atout…

Ce thème de la « diversité », s’il est le produit d’une évolution historique propre aux Etats-Unis, n’en a pas moins franchi les frontières avec un indéniable succès. Sur le continent européen, il s’est d’abord épanoui dans le cadre du Conseil de l’Europe. Les travaux menés en son sein, à partir de 1989, sur la « démocratie paritaire », ont ainsi intégré dès l’origine une réflexion sur la place des hommes et des femmes dans la haute fonction publique et ont conduit à préconiser le « rééquilibrage » de leur part respective. Ces initiatives déboucheront, en France, sur d’importantes réformes destinées à favoriser la parité entre hommes et femmes dans l’accès aux fonctions électives. Au cours de la même période, l’aide à la transition démocratique en Europe centrale et orientale a mis à l’ordre du jour, dans le contexte du développement du droit des minorités nationales et linguistiques, la question du « management public de la diversité ethnique » dans la fonction publique notamment. De manière plus générale, les organes du Conseil de l’Europe affirment leur conviction que « la composition (…) de toute administration publique doit normalement être représentative de la collectivité qu’elle sert », afin d’instaurer « un climat plus confiant » et de donner à l’administration « une vision plus juste, plus respectueuse et plus sensible des divers groupes ethniques ou raciaux ». [4]

Le thème de la diversité a ensuite été développé dans le cadre de l’Union européenne, lorsque la lutte contre les discriminations a été intégrée à la liste des compétences communautaires. Il figure au tout premier rang du programme d’action contre les discriminations élaboré pour la période 2001-2006, ainsi que dans la campagne d’information lancée en juin 2003, éloquemment baptisée « Pour la diversité. Contre les discriminations ». En France, les chefs d’entreprise et les responsables politiques ont affirmé, dès la fin des années 90, leur souci d’introduire du « métissage », de la « diversité » et une certaine forme de « représentativité » dans le monde du travail, à la télévision ou sur la scène politique. Ces initiatives s’épanouissent aujourd’hui sous forme de diverses chartes de la diversité – à l’instar de l’accord publié en septembre 2004 par PSA Peugeot Citroën [5] -, ou de la charte de la diversité dans l’entreprise signée, le mois suivant, par trente-cinq grands groupes. Les entreprises de travail temporaire comme Adecco ou Adia avaient ouvert, dès 2002, une voie dans laquelle s’engouffre aujourd’hui un nombre croissant de grands groupes français.

Les motivations de ces entreprises sont diverses : les unes cherchent à rectifier une image ternie par des pratiques discriminatoires avérées ou fortement suspectées (voir encadré). D’autres entendent désamorcer les tensions sociales qu’elles rencontrent (groupe Casino), d’autres encore essaient d’anticiper la pénurie de main-d’œuvre qui, dans certains secteurs, menace de s’installer très prochainement. Les multinationales, en outre, sont plus directement exposées à la pression de ce mouvement nord-américain en faveur de la diversité ethnoraciale du lieu de travail. Les gains proprement économiques qu’elles peuvent espérer de cette opération de diversification s’annoncent, en revanche, nuls ou quasi nuls. Deux économistes américains, Jonathan S. Leonard et David I. Levine, ont en effet testé les deux hypothèses centrales de la théorie de la diversité comme source de productivité accrue (facilitation de la relation-client, d’une part, meilleure synergie dans le travail en équipe, d’autre part). Aucune de ces deux hypothèses ne semble confirmée, sauf dans les cas où la diversité recouvre une différence des compétences linguistiques (elle est alors un atout) ou dans le cas d’une diversification de la structure par âges (elle apparaît comme un handicap).

La discrimination positive est ce qui reste quand on a tout essayé…

Ces trois approches de la discrimination positive, dans le discours contemporain, se superposent volontiers, tout en demeurant analytiquement distinctes. Elles présentent le point commun de se définir par rapport au fait discriminatoire. La discrimination positive peut vouloir compenser une oppression passée dont la société contemporaine porte encore les cicatrices ; elle peut chercher à contrebalancer des pratiques d’exclusion actuelles et persistantes ; elle peut, enfin, prendre acte de l’échec du long combat destiné à démontrer l’inanité de certaines formes de « différences » entre les êtres humains, pour valoriser ou sublimer (de guerre lasse ?) la « diversité » et la « nature multiraciale » de nos sociétés.

Dans les trois cas, la discrimination positive ne prend sens qu’en fonction de discriminations dont l’ampleur, la persistance et le caractère destructeur sont clairement avérés. Les sociétés qui ont institué ce type de politiques s’y sont résignées comme on se résout à ingurgiter un remède amer mais efficace : « Pour en finir avec le racisme, affirmait un juge américain dans une formule qui a fini par acquérir la force d’un slogan, nous devons commencer par prendre la race en compte. Il n’y a pas d’autre voie. »

La discrimination positive est ce qui reste quand on a tout essayé, ou quand on sait d’avance qu’une approche exclusivement répressive ne produira ses fruits qu’à très long terme. Mais elle n’a pas vocation – sauf peut-être aux yeux de ses nouveaux zélotes français -, à supprimer le symptôme de causes que l’on n’a pas le courage de traiter.

Texte initialement publié dans Alternatives économiques, n°232, juin 2005, repris ici avec l’aimable autorisation de l’auteure et de l’éditeur.

 

[1] Voir
La France de l’an 2000, Commissariat général au Plan, rapport au Premier ministre de la commission présidée par Alain Minc, éd. Odile Jacob et
La Documentation française, 1994.

[2] Voir The Ironies of Affirmative Action, par John D. Skrentny, University of Chicago Press, 1996, pp. 31-33.

[3] A titre d’illustration, voir le manifeste publié par Le Monde du 18 octobre 2004, « Etendre la discrimination positive “socio-économique” à toutes les grandes écoles ».

[4] Formation de la police concernant les relations avec les migrants et les groupes ethniques. Directives pratiques, Conseil de l’Europe, éd. du Conseil de l’Europe, 1994.

[5] « PSA, un employeur black, blanc, beur », Liaisons sociales, octobre 2004, p.

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