L’envers de la pilule-Les dessous de l’industrie pharmaceutique et Autres scandales

Posté par issopha le 11 mars 2009

L’envers de la pilule-Les dessous de l'industrie pharmaceutique et Autres scandales dans LES LOBBIES et L'INDUSTRIE DU MENSONGE t119 L’envers de la pilule
Les dessous de l’industrie pharmaceutique

Nouvelle édition revue et augmentée

J.-Claude St-Onge


Préface d’Amir Khadir

ISBN 978-2-923165-40-0
311 pages – 24 $
Octobre 2008

Les succès de l’industrie pharmaceutique ne doivent pas nous fermer les yeux sur des pratiques devenues injustifiables. Que faut-il penser quand nous apprenons qu’un fabricant:

- supprime volontairement les données sur les effets indésirables de son produit ou embellit les résultats d’une étude;
- continue de commercialiser un produit qu’il sait à l’origine de nombreux décès;
- tente de bâillonner des chercheurs dont les découvertes mettent en question l’efficacité et la sécurité de son médicament;
- verse le prix fort à des médecins et des pharmaciens pour faire la promotion d’un produit;
- et engrange, bien sûr, chaque année des milliards de profits sans payer sa juste part d’impôts?

La situation est d’autant plus inquiétante que le retrait de produits potentiellement dangereux est en hausse depuis les années 1980 et 1990 et que la part des budgets consacrée au remboursement de médicaments est en train d’entamer sérieusement la portion qui reste pour payer médecins et infirmières. À petites doses, on finit par digérer ces faits. Mais, mis bout à bout, la pilule devient difficile à avaler.
Dans L’envers de la pilule, nouvelle édition revue et augmentée, J.-Claude St-Onge dresse un portrait aussi clair qu’inquiétant de l’industrie pharmaceutique et de notre rapport au médicament.
De sa plume cynique et alerte, il présente des analyses plus affolantes les unes que les autres: de l’invention de pathologies aux essais cliniques en passant par les vitamines, le Vioxx, le Prozac et autres… Il nous guide au sein de l’empire du médicament et de ses fabricants où la surconsommation et la rentabilité sont reines.
 

À l’heure où le Québec laisse de plus en plus de place au privé dans notre système de santé, J.-Claude St-Onge montre avec éloquence que les moyens financiers pour soigner la population ne sont pas entre les bonnes mains…

«Une recherche très fouillée qui aide à comprendre comment des cas comme celui du Vioxx peuvent encore se produire au XXIe siècle.»
Julie Gobeil,
Bulletin de Santé publique

«La plume de Jean-Claude St-Onge est lapidaire. L’essayiste jette […] les bases d’une réflexion urgente et nécessaire»
Ulysse Bergeron, Le Devoir

J.-Claude St-Onge enseigne la philosophie au Collège Lionel-Groulx. Il détient une maîtrise en philosophie et un doctorat en socio-économie.
À la suite de la première publication de L’envers de la pilule, il a participé à de nombreuses émissions d’information et d’affaires publiques et prononcé plusieurs conférences, notamment au 1er congrès international du médicament à Montréal en 2005 et au 11e congrès international de la santé publique à Rio de Janeiro en 2006.
Il s’est mérité le prix Orange 2005 de l’Association des groupes d’intervention en défense des droits en santé mentale du Québec. Il est également l’auteur de
Les dérives de l’industrie de la santé, Dieu est mon copilote, ADQ, voie sans issue, L’imposture néolibérale et de nombreux articles
.


TABLE DES MATIÈRES

Glossaire des sigles
Préface par Amir Khadir m.d
Introduction

CHAPITRE I – Un empire en bonne santé financière
Des profits mirobolants : une industrie qui croule sous l’or
Une industrie à risque ?
Des coûts en nette progression et une consommation qui explose
Évolution des dépenses de santé : le privé, voie sans issue
Crois ou meurs : les dures lois de l’accumulation

CHAPITRE II – Des prix dopés
Des écarts considérables
Pourquoi des prix si élevés ?
Un marché captif
Les brevets et le monopole des médicaments
L’« evergreening » ou comment étendre la durée de vie des brevets
et multiplier les profits sans se fatiguer

L’introduction de nouveautés coûteuses
Les explications de l’industrie
Et dans le tiers-monde… quelques centaines de milliers de morts plus tard
Des brevets, de la charité et des vies humaines

CHAPITRE III – Recherche et développement : tigre ou baudruche ?
Anatomie d’une illusion
Le tigre de 802 millions
Les « nouveaux » médicaments ?
À qui appartiennent les médicaments ?
Les brevets : incitation ou entrave à l’innovation ?

CHAPITRE IV – Les médicaments, c’est pas des bonbons.
Le danger des pilules : une industrie à mettre sous haute surveillance

Tout médicament comporte des risques
Des victimes inévitables ?
Le retrait de médicaments dangereux :une tendance à la hausse
Une profonde crise de confiance
Le Sénat demande une commission d’enquête sur la sécurité des médicaments
Un peu d’histoire : pour ne pas répéter les erreurs du passé. Héroïne, élixirs & Co
Diéthylstilbestrol : « pour des bébés plus forts »
La catastrophe de la thalidomide lance la pharmacovigilance
Ciba-Geigy : une compagnie qui a commercialisé des produits « à risques »
Les anti-inflammatoires : des produits banals ou à risque insoupçonné ?
Le Baralgin « tue la douleur efficacement »… et plus ?
Un produit contre le cholestérol cause des maux de tête à la compagnie
Les gourous de la minceur
Rezulin : un médecin écarté du processus d’évaluation
Le refus de divulguer des informations compromettantes

CHAPITRE V – Quand nouveau ne rime pas avec beau. Des médicaments plus ou moins utiles et plus ou moins efficaces que les anciens traitements
Tout nouveau tout beau ?
Des nouveautés moins efficaces que les vieilles pilules !
Quand les preuves d’efficacité accrue se font attendre
Avandia : tout n’est pas rose avec le rosiglitazone
Ketek : un autre antibiotique dont on aurait pu se passer ?
Celebrex : un médicament révolutionnaire ?
Vioxx : une catastrophe monumentale
Des médicaments à l’efficacité douteuse
Démystifier les traitements du rhume et de la toux
Des vitamines pour la croissance… des barons de l’industrie
Vingt-cinq ans pour retirer un produit inefficace

CHAPITRE VI – Une industrie malade du secret : les essais cliniques
Procédure d’approbation des médicaments
Les essais contrôlés
Des études biaisées
Suppression des résultats gênants et morbidité à la clé…
Les résultats déprimants d’un antidépresseur
Bâillonner les chercheurs : à qui appartiennent les résultats ?
Le tamoxifène : présenter les résultats sous un jour favorable
L’étrange couple science et profit : les sociétés de développement clinique
Des experts au service des compagnies pharmaceutiques : les leaders
d’opinion transformés en promoteurs
La prévention chimique des maladies
L’harmonisation des protocoles d’approbation

CHAPITRE VII – Danser avec les sous : esprit critique et profits,
un mélange incompatible
Olivieri tient tête au géant
« Qu’ils mangent du Prozac » : l’affaire Healy
La sécurité n’est pas une priorité : la saga des implants mammaires
La culture du secret à Santé Canada : 200 scientifiques
dénoncent les normes insuffisantes de l’agence
Quand l’État ne doit pas se désengager

CHAPITRE VIII – La médicalisation des événements de la vie
ou l’art de forger des pathologies
Vendre aux malades comme aux bien-portants
Les chasseurs de maladies
Quelques figures de surconsommation
L’industrie cible les femmes. L’hormonothérapie : « à jamais féminine »
Des promesses de jeunesse éternelle

Une vieille controverse
L’étude du Women’s Health Initiative
La One Million Women Study : 20 000 cancers du sein excédentaires

Le spectre de l’ostéoporose : la promotion d’une maladie
D’autres traitements préventifs pour l’ostéoporose
La dysfonction sexuelle chez les femmes

CHAPITRE IX – La main très visible du marketing : pour que la pilule
passe plus facilement
Les milliards coulent à flots
Des budgets colossaux pour les grosses bombes
Une information de qualité douteuse
Prescrire sous influence
Un phénomène qui prend de l’ampleur
Effets sur la pratique : études de cas et enquêtes
Les médecins qui s’en remettent aux visiteurs médicaux
Des témoignages d’ex-représentants et de médecins
« Les autres, pas moi »

PharmFree
Des effets sur les patients
Les médicaments en vente libre : trop d’information est nuisible
La publicité directe au consommateur : inutile, nuisible, coûteuse
La publicité dans les magazines spécialisés
La commandite d’associations de malades pour contourner les règles
L’art d’utiliser les médias
La promotion des utilisations non approuvées
L’information distribuée par les pharmacies

CHAPITRE X – On y trouve de tout : un ami, des ristournes,
des croisières…
Des ristournes pour les pharmaciens
Des millions pour empêcher la commercialisation des génériques
Des accusations de fraude pour avoir détroussé les systèmes de santé publics
Pendant ce temps en Europe…
Cartels et monopoles des principes actifs
« On ne peut empêcher les gens de recevoir des cadeaux »
Épilogue
Couper la facture des médicaments
Pour une réforme en profondeur : la santé et la protection du citoyen avant les profits Bibliographie partielle
Notes
Table des matières

MISE EN GARDE
Ne jamais arrêter une médication sans avoir consulté
son médecin au préalable.

LE FIL TéLéVISION – C’est un film ravageur, une enquête implacable. En cinquante-deux minutes aussi drôles que stupéfiantes, “Les Médicamenteurs” révèle les dessous peu glorieux de l’industrie pharmaceutique. Nous l’avons vu en avant-première, en attendant sa diffusion par France 5. Bientôt ?

La salle riait de bon cœur. Il y avait pourtant de quoi pleurer. Lors de leur présentation en avant-première, Les Médicamenteurs a conquis le public. Cette enquête, conduite par Brigitte Rossigneux, journaliste au Canard enchaîné, et coréalisée par Stéphane Horel et Annick Redolfi, dévoile les secrets de l’industrie pharmaceutique en suivant les pérégrinations des médicaments, depuis leur conception jusqu’à leur exploitation commerciale. Ses interviews incisives, son ton décapant et son invention visuelle (avec le recours à l’animation d’objets) en font une arme de dénonciation massive, une œuvre de salubrité publique. Petit avant-goût.

Réalisation : Stéphane Horel, Annick Redolfi et Brigitte Rossigneux. © Beau comme une image / France 5, 2008.

Pour les multinationales du médicament, le marketing et les parts de marché ont bien plus d’importance que la santé des patients. On s’en doutait un peu, mais ce film démonte parfaitement les rouages de la manipulation. Tout le monde en prend pour son grade : les labos, bien sûr, mais aussi les politiques qui les choient (Roselyne Bachelot, Nicolas Sarkozy), les autorités de régulation qui les adoubent, les médecins qui leur font une confiance aveugle (ou intéressée). Les conséquences sont catastrophiques, tant au niveau économique (le trou de la Sécu) qu’au niveau de la santé publique (les victimes de la surmédication se comptent par milliers).

Saluons le courage et la perspicacité de France 5, qui a participé à la naissance de ce film. Cependant, livré depuis un bon moment, il attend toujours une date de diffusion. Le temps de peaufiner quelques détails et de prendre toutes les précautions juridiques, explique la chaîne. Devant la sévérité de la charge, on comprend qu’elle veuille assurer ses arrières. Mais on lui fait confiance pour mettre en valeur Les Médicamenteurs d’ici peu de temps. Nous ne manquerons pas alors de vous faire une piqûre de rappel pour vous prévenir de la programmation de ce film qui devrait être remboursé par la Sécurité sociale – elle y gagnerait.

Comité invisible : L’insurrection qui vient (PDF)

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arton215 dans PROJETS DES MAITRES DU MONDE

Comité invisible

Chaque secteur spécialisé de la connaissance fait à sa manière le constat d’un désastre. Les psychologues attestent d’inquiétants phénomènes de dissolution de la personnalité, d’une généralisation de la dépression qui se double, par points, de passages à l’acte fou. Les sociologues nous disent la crise de tous les rapports sociaux, l’implosion-recomposition des familles et de tous les liens traditionnels, la diffusion d’une vague de cynisme de masse ; à tel point que l’on trouve dorénavant des sociologues pour mettre en doute l’existence même d’une quelconque « société ». Il y a une branche de la science économique – l’« économie non autistique » – qui s’attache à montrer la nullité de tous les axiomes de la prétendue « science économique ». Et il est inutile de renvoyer aux données recueillies par l’écologie pour dresser le constat de la catastrophe naturelle.

Le Comité invisible croit au contraire que tous les remous qui agitent la surface du présent émanent d’un craquement tectonique dans les couches les plus profondes de la civilisation. Ce n’est pas une société qui est en crise, c’est une figure du monde qui passe. Les accents de fascisme désespéré qui empuantissent l’époque, l’incendie national de novembre 2005, la rare détermination du mouvement contre le CPE, tout cela est témoin d’une extrême tension dans la situation. Tension dont la formule est la suivante : nous percevons intuitivement l’étendue de la catastrophe, mais nous manquons de tout moyen pour lui faire face. L’insurrection qui vient tâche d’arracher à chaque spécialité le contenu de vérité qu’elle retient, en procédant par cercles. Il y a sept cercles, bien entendu, qui vont s’élargissant. Le soi, les rapports sociaux, le travail, l’économie, l’urbain, l’environnement, et la civilisation, enfin. Arracher de tels contenus de vérité, cela veut dire le plus souvent : renverser les évidences de l’époque. Au terme de ces sept cercles, il apparaît que, dans chacun de ces domaines, la police est la seule issue au sein de l’ordre existant. Et l’enjeu des prochaines présidentielles se ramène à la question de savoir qui aura le privilège d’exercer la terreur ; tant politique et police sont désormais synonymes.

L’insurrection qui vient nous sort de trente ans où l’on n’aura cessé de rabâcher que « l’on ne peut pas savoir de quoi la révolution sera faite, on ne peut rien prévoir ». De la même façon que Blanqui a pu livrer les plans de ce qu’est une barricade efficace avant la Commune, nous pouvons déterminer quelles voies sont praticables hors de l’enfer existant, et lesquelles ne le sont pas. Une certaine attention aux aspects techniques du cheminement insurrectionnel n’est donc pas absente de cette partie. Tout ce que l’on peut en dire ici, c’est qu’elle tourne autour de l’appropriation locale du pouvoir par le peuple, du blocage physique de l’économie et de l’anéantissement des forces de police.

t116 L’impasse de
la globalisation
Une histoire sociologique et philosophique du capitalisme

Michel Freitag

Propos recueillis par Patrick Ernst

Collection Théorie

ISBN 978-2-923165-41-7  
416 pages  
39 $


Derrière cette globalisation « incontournable », aujourd’hui financiarisée et virtualisée, se cache toute la question du rapport entre l’économique et le politique. Pourquoi cette suprématie de l’économie ? Comment à travers la genèse du capitalisme, comprendre les sources de l’aveuglement néolibéral ?      
                                                        
Associant les perspectives herméneutiques de l’histoire, de l’économie, de la sociologie et de la philosophie, Michel Freitag met en lumière les développements du capitalisme, réactualisant au passage le terme grec d’oikonomia – une économie centrée le cadre privé – en l’opposant à celui de chrématistique, « l’art » individualiste de faire de l’argent par l’accumulation de richesses. Dans cette lente évolution, la chrématistique généralisée a fini par supplanter l’oikonomia traditionnelle.

Prédateur par essence, le capitalisme ne crée rien à l’extérieur de lui mais s’approprie les conditions de son changement et règne désormais sur le monde. Le néolibéralisme actuel qui en découle conserve le même discours sur la liberté individuelle et les lois naturelles du marché que le libéralisme classique ; il lui ajoute cependant une déconstruction systématique des concepts, des limites institutionnelles et identitaires, s’émancipant de tout cadre normatif. Avec la période moderne, nous avons réalisé l’idéal de liberté individuelle et nous nous sommes affranchis de tout… sans voir que la libération de l’économie prenait la place de la libération de l’homme ! C’est la disparition annoncée de la société comme ordre symbolique et politique.

La véritable question qui se pose alors à nous aujourd’hui est celle-ci : Qui du capitalisme ou du monde entamera le premier la descente vers l’éclatement ou la destruction ?

L’impasse de la globalisation nous propose une réflexion critique sur les formes que devrait prendre un réaménagement postcapitaliste des conditions de vie sur Terre. Il s’agit de se ressaisir de notre capacité politique et de s’en servir : revenir à une autonomisation du politique qui s’inscrirait dans un véritable ordre oikonomique mondial ; retrouver l’âme de l’humanité en accordant une place de choix aux civilisations.

Il existe de multiples chemins explique Michel Freitag, mais, pour cela, il nous faut choisir l’expérience qualitative plutôt que quantitative : « Préférer la beauté des papillons plutôt que la valeur des titres en Bourse. » Car réfléchir à un autre chemin mène à questionner la nature essentielle de ce qu’il s’agit de préserver et de sauver, et notre propre rapport au monde.

Michel Freitag est professeur émérite au département de sociologie de l’UQAM. Il a surtout travaillé à l’élaboration d’une théorie sociologique générale à caractère dialectique. Il est l’auteur de Dialectique et Société, Introduction à une théorie générale du symbolique;  Culture, pouvoir, contrôle: les modes de reproduction formels de la société, de Le naufrage de l’université – Et autres essais d’épistémologie politique, prix du gouverneur général 96 et de L’oubli de la société, Pour une théorie critique de la postmodernité.

TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos de Patrick Ernst
Prologue de Michel Freitag

Introduction Les enjeux de le mondialisation et de la globalisation :
critique de l’économie néolibérale

Partie I Le développement du capitalisme et sa critique
De l’émergence de l’économie de marché dans les sociétés traditionnelles à la notion de marché généralisé dans le capitalisme industriel
De l’Oikonomia à la chrématistique : la science économique comme justification idéologique d’un nouvel ordre social global
L’idéologie libérale : de la finalité sociale de la propriété comme fondement de la liberté bourgeoise au contrat de travail comme nouvelle forme d’assujettissement au mode de production capitaliste
Le développement de la contradiction du capitalisme et le dépassement du matérialisme historique de Marx par une nouvelle « métaphysique » de la technologie productive

Partie II La mutation du capitalisme en Amérique
et ses conséquences globales
La mutation du capitalisme entrepreneurial en capitalisme organisé et corporatif en Amérique
La mutation managériale du capitalisme américain
L’essor mondial du capitalisme financier spéculatif
Les conséquences sociales de la globalisation financière

Partie III Le nouvel ordre « globalitaire » et systémique du capitalisme financier
Le programme global de l’AMI comme verrouillage de la souveraineté législative des États
Les alternatives financières et économiques à la globalisation : taxer le capital ou l’affranchir du contrôle fiscal ?
Penser la globalisation comme une question de civilisation

Partie IV Comment sortir de l’impasse ?
Globalisation ou mondialisation : une question de civilisations Entre sociétés et civilisations : le politique comme forme d’action pour sauver l’avenir
La dynamique de l’Occident
Pour une reconnaissance politique de la diversité civilisationnelle de l’humanité
De quelques principes susceptibles de guider la constitution
d’instances politiques mondiales diversifiées

Conclusion
Combien de temps le développement peut-il encore durer ?
Glossaire des mots grecs

fév 27 2009

La guerre psychologique du LEAP/E2020

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Par Chevalier Jedi

Nous avons publié, le 16 février dernier, un extrait du bulletin (GEAB) du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (LEAP) qui nous alertait sur les conséquences de la crise financière et ses répercussions aux Etats-Unis et au Royaume-Uni au troisième trimestre 2009, à savoir une possible cessation de payement pour ces deux pays. Nous nous sommes donc naturellement intéressé à ce LEAP, qui se présente comme « le seul et l’unique think-tank européen indépendant ». La réalité des objectifs de cette organisation semble bien différents que ceux affichés.

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Il est tout d’abord nécessaire de comprendre que nous sommes entré dans une phase essentielle pour les tenants de l’économie mondiale, pour qui cette crise systémique globale est l’ultime instrument pour redessiner la carte du monde et, à terme, faire éclore ce « gouvernement mondial » qu’ils n’ont de cesse de présenter comme étant la « solution finale » à tous les problèmes de la planète.

A cette « guerre économique » auquel se livrent les puissances financières internationales pour se partager les parts du pouvoir, il va bientôt être nécessaire d’associer une « guerre psychologique », dont le but sera de contraindre les populations à accepter l’abandon des derniers principes démocratiques qui régissent leur existence.

Générer des situations anxiogènes afin de manipuler les masses par la peur pour faire entériner des changements qui, en temps normal, auraient été inacceptables est un grand classique de l’Histoire du monde. Plus récemment, dans un genre différent mais qui n’est toutefois ni sans lien ni sans similitudes, les « évènements du 11 septembre » nous ont démontré ce à quoi une démocratie était capable de renoncer en terme de libertés individuelles, sous prétexte de « lutte contre le terrorisme ».

A l’approche du G20, qui se tiendra à Londres le 2 avril prochain, les chefs d’Etats réunis à cette occasion ne manqueront de définir les principes de base de cette « gouvernance mondiale ». Et c’est dans ce cadre qu’il faut analyser les informations du LEAP quand il indique que ce G20 sera la « réunion de la dernière chance » pour arrêter un plan d’action « convaincant et audacieux ».

Le LEAP est dirigé par Frank Biancheri, qui est aussi le Président du comité directeur du parti « Newropean », dont ont peut lire, sur leur site, qu’il est le « premier mouvement politique trans-européen (…) car l’UE est trop importante pour être laissée aux mains des partis nationaux et des bureaucrates. »

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Les visées mondialistes de Newropean sont clairement affichées. Leur « manifeste » indique : «Pour la planète, un des problèmes centraux au 21ième siècle sera de répondre à cette question : « Comment combiner l’immense diversité de taille, de culture, de puissance des pays du globe en évitant que la loi du plus fort prédomine ? » La réponse ne peut-être que l’abandon de leur souveraineté pour les États membres de l’Union européenne. Bien sûr, le LEAP ne l’indique pas directement, mais il ne peut être question d’autre chose quand, dans leur programme politique (point 4), ils proposent un « siège unique au conseil de sécurité de l’ONU ; une politique de défense européenne commune ; une politique d’immigration qui aille de pair avec une politique de développement ; un rôle européen proéminent pour reconstruire le système international ».

Le LEAP, qui fait parvenir ses bulletins d’informations à plus de 50′000 acteurs économiques et politiques en Europe, ne serait-il pas plutôt l’organe de propagande de Newropean, un parti politique en faveur d’un mondialisme pro-européen ?

Comme dit le proverbe : « Les ennemis de nos ennemis ne sont pas toujours nos amis. » Et dans ce sens, le LEAP à manifestement intérêt à nous annoncer que des bouleversement sociaux catastrophiques vont avoir lieux aux États-Unis, de sorte promouvoir avantageusement un mondialisme hégémoniquement européen. Mais il n’est pas nécessaire d’être un fin analyste pour savoir que cette crise systémique globale va faire apparaitre des révoltes et des contestations. Elle sont d’ailleurs déjà en marche, et les appareils répressifs travaillent d’arrache-pied pour mettre au point des plans d’urgence et des scénarios pour contrecarrer émeutes et révolutions populaires (voir notre article « But et techniques de la guerre psychologique ») .

Plus que jamais, il est nécessaire d’analyser les informations qui nous parviennent et, à chaque fois, de se poser les questions sur les objectifs des organisations qui en font la promotion. Si nous voulons conserver les libertés fondamentales qui nous restent et garder l’espoir qu’un monde libre puisse émerger, nous ne devons pas participer à choisir un mondialisme plutôt qu’un autre, mais les dénoncer tous, sans exception.

Chevalier Jedi, pour Mecanopolis

mar 11 2009

Non aux manœuvres de diversion pour cacher les erreurs américaines

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Après la «capitulation de la Suisse» face aux autorités américaines, ils occupent à nouveau le devant de la scène. Eux, ce sont les «puritains» et «moralistes» de la fiscalité, comme les appelle Konrad Hummler. Dans une chronique publiée hier dans Handels­blatt, relayée via un communiqué diffusé par la banque privée saint-galloise Wegelin, son directeur se livre à une attaque en règle à l’encontre de l’attitude des Etats-Unis et de l’Union européenne (UE) dans le dossier du secret bancaire. Il estime que les Etats-Unis et l’UE veulent faire de la Suisse «un bouc émissaire» pour détourner l’attention de leurs propres erreurs, comme nous l’indiquions dans les colonnes de Mecanopolis le 2 mars dernier.

welt-gross

Pour le président de l’Association des banquiers privés suisses, pas de doute: le combat politique livré à l’encontre du secret bancaire helvétique constitue avant tout une «manœuvre de diversion». Et de mentionner les trusts britanniques basés dans les îles Anglo-Normandes ou dans les Caraïbes. De même, les Etats-Unis devraient d’abord s’intéresser à leurs propres places financières telles que le Delaware ou la Floride. Il s’étonne aussi de l’attitude des autorités américaines, d’ordinaire si agressives, mais qui ont agi de manière très hésitante dans le cas de l’affaire ­Madoff.

Selon le banquier saint-gallois, la Suisse a d’excellentes raisons de renvoyer la balle à ses détracteurs. La Suisse doit être prête à discuter de tout avec ses partenaires américains et européens, mais vraiment de tout, ironise-t-il. Et de citer tour à tour l’argent de la cocaïne aux Etats-Unis, de Berlusconi ou des modalités de paiement sur le marché noir en Allemagne.

Les USA inversent le fardeau de la preuve

Quant aux 52′000 noms supplémentaires exigés par le fisc américain, Konrad Hummler reproche aux «Etats-Unis d’inverser le fardeau de la preuve». Pour les Américains, toutes ces personnes sont considérées comme suspectes, critique-t-il lors d’un entretien accordé au «Bund» du 21 février. Une approche «très problématique», selon lui, car il est impossible pour un établissement de connaître avec certitude si chacun de ses clients étrangers paie ou non ses impôts dans son pays d’origine.

Que se passerait-il si UBS transmettait l’ensemble des noms de ses clients au fisc américain? «Le prix de l’évasion fiscale augmentera. L’argent se dirigera vers des structures plus complexes et affluera vers de quelconques îles douteuses», conclut-il. Au final, en cas de suppression du secret bancaire, la place financière helvétique perdrait environ la moitié des avoirs placés par la clientèle étrangère, estime le banquier privé, soit un montant de l’ordre de 1400 milliards de francs.

Mecanopolis

mar 06 2009

Un vaccin expérimental contaminé par le virus H5N1 de la grippe aviaire

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D’après un article d’AlterInfo

La presse canadienne nous apprend que, lors d’expérimentation sur des vaccins, le virus de la grippe H3N2 aurait été contaminé par le virus H5N1 de la grippe aviaire, au risque de produire un virus hybride qui pourrait se transmettre à l’homme. Cette manipulation aurait été faite dans les laboratoire Baxter en Autriche. Ce produit contaminé aurait été envoyé à des sous-traitants en Slovénie, en Allemagne et en République Tchèque, qui a découvert l’anomalie après avoir fait une injection sur des furets, qui en seraient morts .

bio-terror

Baxter confirme qu’elle a fabriqué un produit contaminé par le virus H5N1

La compagnie Baxter a confirmé, vendredi, qu’elle a fabriqué un vaccin expérimental qui a accidentellement été contaminé par le virus H5N1de la grippe aviaire. Dr Roberta Andraghetti, une porte-parole de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a affirmé que l’OMS suivait de près l’enquête qui retrace le fil des événements ayant mené à cette bévue.

“A ce stade-ci du processus, nous pouvons affirmer que les risques pour la santé publique et pour les professionnels ayant été mis en contact avec le virus sont à un très bas niveau”, a-t-elle déclaré.

L’erreur, que les autorités de santé publique ont décrite comme étant “grave”, a eu lieu au laboratoire de recherche de Baxter International à Orth-Donau, en Autriche. Mais les circonstances entourant l’incident sont encore floues.

Le produit contaminé, un mélange de virus de la grippe humaine H3N2 et de virus de la grippe aviaire H5N1 qui n’étaient pas correctement identifiés, a été envoyé à l’entreprise Avir Green Hills Biotechnology, une firme autrichienne. Celle-ci a par la suite transmis des portions du mélange à des sous-traitants en République tchèque, en Slovénie et en Allemagne.

C’est le sous-traitant tchèque qui s’est rendu compte que quelque chose ne tournait pas rond, lorsque des furets auxquels il avait injecté le mélange sont morts. Ceux-ci ne devraient pas mourir après une exposition au virus H3N2, ce qui signifiait donc qu’ils avaient également reçu le virus actif du H5N1.

Christopher Bona, porte-parole de Baxter, a confirmé l’information vendredi. Mais la compagnie n’a livré que peu de détails entourant l’incident.

Des spécialistes en biosécurité se sont montrés fort préoccupés du fait que le virus de grippe humaine H3N2 ait été mélangé avec le virus de la grippe aviaire H5N1. Il s’agit d’une pratique dangereuse qui devrait être interdite, ont signifié plusieurs experts.

Une propagation accidentelle du mélange de H5N1 et de H3N2 aurait pu mener à des conséquences désastreuses.

Le H5N1 ne contamine pas facilement les humains, mais le H3N2 si. Dans l’éventualité où une personne exposée au mélange était infectée simultanément par les deux souches, elle pourrait servir d’incubateur à un virus hybride capable de se propager facilement d’un humain à un autre.

Ce mélange de souches, appelé réassortiment, est l’une des deux manières de créer un virus pandémique.

Mais rien ne laisse croire qu’un tel phénomène se soit passé dans ce cas-ci.

“Nous n’avons aucune information nous portant à croire qu’il y a eu un quelconque réassortiment”, a dit Dr Roberta Andraghetti.

Source : Alterinfo

mar 05 2009

La Suisse veut interdire les minarets, débat avec Tariq Ramadan (vidéo)

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Mecanopolis

A l’heure ou la Suisse se retrouve attaquée de toute part sur le secret-bancaire et l’évasion fiscale, où ses relations avec la Libye sont au plus mal, où deux otages helvètes sont retenus prisonnier par Al-Qaeda au Maghreb, l’UDC (parti politique d’extrême droite) n’a rien trouvé de mieux que de défendre une initiative populaire « contre la construction de minarets » Le peuple suisse devra donc se rendre aux urnes prochainement afin de se prononcer.

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C’est une attaque en règle contre les frères Ramadan, mais aussi à l’encontre de tous les musulmans vivant en Suisse qu’a du subir Tariq Ramadan, lors d’un débat avec un député de l’Union démocratique du centre (UDC), l’islamophobe Oskar Freysinger, diffusé mercredi soir sur la télévision suisse romande.

En Suisse, les églises ressemblent à des églises, les synagogues à des synagogues, mais il faudrait cacher ces mosquées que l’on ne saurait voir…

Jasmin Hutter, vice-présidente de l’UDC, indignait ses collègues députés, pas plus tard que hier, en déclarant que les « minarets participent à l’islamisation rampante de la Suisse ».

Le message pourrait bien se répandre très rapidement, comme une trainée de poudre, à travers tout le Moyen-Orient.

Mecanopolis

Vous avez dit complot ?

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Le siècle dernier, l’histoire du terrorisme a démontré qu’il s’agit toujours, pour une faction politique, de manipuler des groupes terroristes en vue de provoquer un revirement avantageux de l’opinion publique dont le but peut être de renforcer des dispositifs policiers pour contrer une agitation sociale, présente ou prévisible, ou de déclancher une opération militaire offensive, et son cortège d’intérêts économiques, à laquelle s’oppose la majorité de la nation (voir la note 1 en fin de page).

Tout individu notoirement ennemi de l’organisation sociale ou politique de son pays, et, d’avantage encore, tout groupe d’individus contraint de se déclarer dans cette catégorie est connu de plusieurs services de renseignements. De tels groupes sont constamment sous surveillance. Leurs communications internes et externes sont connues. Ils sont rapidement infiltrés par un ou plusieurs agents, parfois au plus haut niveau de décision, et dans ce cas aisément manipulable. Cette sorte de surveillance implique que n’importe quel attentat terroriste ait été pour le moins permis par les services chargés de la surveillance du groupe qui le revendique, parfois encore facilité ou aidé techniquement lorsque son exécution exige des moyens hors d’atteinte des terroristes, ou même franchement décidé et organisé par ces services eux-mêmes. Une telle complaisance est ici tout à fait logique, eu égard aux effets politiques et aux réactions prévisibles de ces attentats criminels.

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L’exaltation idéologique peut conduire à toutes sortes de crimes, et l’héroïsme individuel comme les assassinats en série appartiennent à toutes les sociétés humaines. Ces sortes de passions ont contribué depuis toujours à construire l’histoire de l’humanité à travers ses guerres, ses révolutions, ses contre-révolutions. On ne peut donc être surpris qu’un mitrailleur, un kamikaze ou un martyre commettent des actes dont les résultats politiques seront exactement opposés à ceux qu’ils prétendent rechercher, car ces individus ne sont pas ceux qui négocient sur le marché des armes, organisent des complots, effectuent minutieusement des opérations secrètes sans se faire connaître ni appréhendés avant l’heure du crime.

Mais il n’y a rien de nouveau à tout cela. Thucydide écrivait déjà, 400 ans avant Jésus-Christ, dans “La guerre du Péloponnèse” : « Qui plus est, ceux qui y prenaient la parole étaient du complot et les discours qu’ils prononçaient avaient été soumis au préalable à l’examen de leurs amis. Aucune opposition ne se manifestait parmi le reste des citoyens, qu’effrayait le nombre des conjurés. Lorsque que quelqu’un essayait malgré tout des les contredire, on trouvait aussitôt un moyen commode des les faire mourir. Les meurtriers n’étaient pas recherchés et aucune poursuite n’était engagée contre ceux qu’on soupçonnait. Le peuple ne réagissait pas et les gens étaient tellement terrorisés qu’ils s’estimaient heureux, même en restant muet, d’échapper aux violences. Croyant les conjurés bien plus nombreux qu’ils n’étaient, ils avaient le sentiment d’une impuissance complète. La ville était trop grande et ils ne se connaissaient pas assez les uns les autres, pour qu’il leur fût possible de découvrir ce qu’il en était vraiment. Dans ces conditions, si indigné qu’on fût, on ne pouvait confier ses griefs à personne. On devait donc renoncer à engager une action contre les coupables, car il eût fallut pour cela s’adresser soit à un inconnu, soit à une personne de connaissance en qui on n’avait pas confiance. Dans le parti démocratique, les relations personnelles étaient partout empreintes de méfiance, et l’on se demandait toujours si celui auquel on avait à faire n’était pas de connivence avec les conjuré ».

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Quoiqu’elle veuille s’en donner l’allure, l’action terroriste ne choisit pas au hasard ses périodes d’activités, ni selon son bon plaisir ses victimes. On constate inévitablement une strate périphérique de petits terroristes, dont il est toujours aisé de manipuler la foi ou le désir de vengeance, et qui est, momentanément, tolérée comme un vivier dans lequel on peut toujours pécher à la commande quelques coupables à montrer sur un plateau : mais la « force de frappe » déterminante des interventions centrales ne peut-être composée que de professionnels ; ce que confirme chaque détails de leur style.

L’incompétence proclamée de la police et des services de renseignements, leurs mea-culpa récurrent, les raisons invoquées de leurs échecs, fondées sur l’insuffisance dramatique de crédits ou de coordination, ne devraient convaincre personne : la tâche la première et la plus évidente d’un service de renseignements est de faire savoir qu’il n’existe pas ou, du moins, qu’il est très incompétent, et qu’il n’y a pas lieu de tenir compte de son existence tout à fait secondaire. Pourtant, ces services sont mieux équipés techniquement aujourd’hui qu’ils ne l’ont jamais été.

Aujourd’hui, les manipulations générales en faveur de l’ordre établi sont devenues si denses qu’elles s’étalent presque au grand jour. Pourtant, les véritables influences restent cachées, et les intentions ultimes ne peuvent qu’être assez difficilement soupçonnée, presque jamais comprises.

Notre monde démocratique qui, jusqu’il y a peu, allait de succès en succès, n’est aujourd’hui plus que l’arme idéologique d’une mécanique de domination, dont l’aboutissement du mensonge mondialiste pourrait devenir notre pire cauchemar.

Alors que nous sommes pris dans une réalité aussi mouvante que violement destructrice, nous ne devons pas perdre de vue que l’action de quelques individus, ou de groupes humains très restreint, peut, avec un peu de chance, de rigueur, de volonté, avoir des conséquences incalculables…

Le temps est venu d’organiser la résistance !

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Note 1 :

Allemagne 1933 : Hitler

Le 30 janvier 1933, Hitler est nommé chancelier d’Allemagne et chef du pouvoir exécutif. Pourtant, deux adversaire potentiels sont encore devant lui : le Reichstag, qui vote les lois, arrête le budget et décide la guerre, ainsi que le parti communiste allemand, qui, dans le marasme économique de l’époque, pouvait se relever inopinément et constituer un dangereux concurrent. Le 22 février, Goering, alors président du Reichstag attribue aux SD (Sicherheitsdienst : Service de renseignements de sûreté) des fonctions de police auxiliaire. Le 23, la police perquisitionne au siège du parti communiste et y « découvre » un plan d’insurrection armée avec prises d’otages, multiples attentats et empoisonnements collectifs. Le 27 février, un militant gauchiste s’introduit sans difficultés dans le Reichstag et, avec quelques allumettes, y provoque un incendie. Le feu s’étend si rapidement que le bâtiment est détruit. Tous les experts, techniciens et pompiers, ont témoigné qu’un tel incendie ne pouvait être l’œuvre d’un seul homme. Bien après la guerre, d’anciens nazis confirmeront le rôle des SD dans cet attentat. Dès le lendemain de l’incendie, plusieurs milliers d’élu et de militants communistes sont arrêtés, l’état d’urgence décrété, le parti communiste interdit. Quinze jours plus tard les nazis remportent les élections au Reichstag, Hitler obtient les pleins pouvoirs et, dès juillet 1933, interdit tous les autres partis.

Italie 1970 : les Brigades rouge

Au cours des années septante, l’Italie était au bord d’une révolution sociale. Grèves, occupations d’usines, sabotage de la production, remise en question de l’organisation sociale et de l’Etat lui-même ne semblaient plus pouvoir être jugulé par les méthodes habituelle de la propagande et de la force policière. C’est alors que des attentats terroristes, destinés à provoquer de nombreuses victimes, et attribués à un groupe « révolutionnaire », les Brigades Rouges, sont venu bouleverser l’opinion publique italienne. L’émotion populaire permit au gouvernement de prendre diverses mesures législatives et policières : des libertés furent supprimées sans résistance, et de nombreuses personnes, parmi les plus actives du mouvement révolutionnaire, furent arrêtées : l’agitation sociale était enfin maîtrisée. Aujourd’hui, les tribunaux eux-mêmes reconnaissent que la CIA était impliquée, de même que les services secrets italiens, et que l’Etat était derrière ces actes terroristes.

USA 1995 : Timothy Mc Veigh

Le 19 avril 1995, un vétéran de la première guerre du Golfe, Timothy Mc Veigh, lance contre un bâtiment du FBI, à Oklahoma City, un camion chargé d’engrais et d’essence. Le bâtiment s’effondre et fait cent soixante-huit victimes. Au cours de l’instruction, Mc Veigh a déclaré avoir été scandalisé par l’assaut donné par le FBI, deux ans plus tôt, à une secte d’adventiste à Wacco, dans le Texas. Assaut au cours duquel périrent plus de quatre-vingt membres de la secte, dont vingt-sept enfants. Révolté par ce crime, Mc Veigh était donc parti en guerre, seul, contre le FBI. Et au terme de son procès, largement médiatisé, il a été exécuté, seul, par une injection mortelle, devant les caméras américaines.
Après l’attentat, 58 % des Américains se sont trouvés d’accord pour renoncer à certaine de leur liberté afin de faire barrage au terrorisme. Et dans l’effervescence populaire entretenue par les médias, le président Clinton du signer le consternant antiterrorism Act autorisant la police à commettre de multiples infractions à la constitution américaine.
Au vu des ravages causés par l’attentat, Samuel Cohen, le père de la bombe à neutrons, avait affirmé : « Il est absolument impossible, et contre les lois de la physique, qu’un simple camion remplis d’engrais et d’essence fassent s’effondrer ce bâtiment. » Deux experts du Pentagone étaient même venu préciser que cette destruction avait été « provoquée par cinq bombes distinctes », et avaient conclu que le rôle de Mc Veigh dans cet attentat était celui de « l’idiot de service ».

Au cours de son procès, Mc Veigh a reconnu avoir été approché par des membres d’un « groupe de force spéciales impliquées dans des activités criminelles ». Le FBI ne les a ni retrouvé, ni recherchés. Mais dans cette affaire, la police fédérale a dissimulé tant d’information à la justice qu’au cours de l’enquête, l’ancien sénateur Danforth a menacé le directeur du FBI d’un mandat de perquisition, mandat qu’il n’a pu malheureusement obtenir. L’écrivain Gore Vidal affirme, dans son livre La fin de la liberté : vers un nouveau totalitarisme, sans hésiter : « Il existe des preuves accablantes qu’il y a eu un complot impliquant des milices et des agents infiltrés du gouvernement afin de faire signer à Clinton l’antiterrorism Act ».

USA : 11/9

La situation mondiale exige l’ouverture continuelle de nouveaux marchés et demande à trouver l’énergie nécessaire pour faire fonctionner la production industrielle en croissance constante. Les immenses réserve des pays arabes, et la possibilité des se les approprier, d’acheminer cette énergie à travers des zones contrôlées, font désormais l’objet de conflits entre les USA, décidés à asseoir leur hégémonie, et les autres pays d’Europe et d’Asie. S’emparer de telles réserves aux dépends du reste du monde exige une suprématie militaire absolue et d’abord une augmentation considérable du budget de la défense. Mesures que la population américaine n’était, il y a quelques années encore, aucunement disposée à entériner. Le 11 janvier 2001, la commission Rumsfeld évoquait qu’un « nouveau Pearl Harbour constituera l’évènement qui tirera la nation de sa léthargie et poussera le gouvernement américain à l’action.»

Les services de renseignements américains, qui prétendaient tout ignorer de l’attentat du 11 septembre, étaient si bien averti dans les heures qui ont suivi, qu’ils pouvaient nommer les responsables, diffuser des comptes rendus de communications téléphonique, des numéros de carte de crédit, et même retrouver inopinément le passeport intact d’un des pilotes terroristes dans les ruines fumantes des deux tours, permettant ainsi de l’identifier ainsi que ses présumés complices. La version des autorités américaines, aggravée plutôt qu’améliorée par cent retouches successives, et que tous les commentateurs se sont fait un devoir d’admettre en public, n’a pas été un seul instant croyable. Son intention n’était d’ailleurs pas d’être crue, mais d’être la seule en vitrine.

Le pouvoir est devenu si mystérieux qu’après cet attentat, on a pu se demander qui commandait vraiment aux Etats-Unis, la plus forte puissance du monde dit démocratique. Et donc, par extension, on peut se demander également qui peut bien commander le monde démocratique ?

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Les stratégies utilisées par l’industrie du tabac pour contrer les activités de lutte antitabac

Posté par issopha le 10 mars 2009

Industrie du Tabac, la manipulation ou Les méthodes secrètes de l’industrie du tabac

 

Les stratégies utilisées par l’industrie du tabac
Pour contrer les activités de lutte antitabac

À l’Organisation mondiale de  la Santé


Rapport du Comité d’experts de l’OMS  sur les documents de l’industrie du tabac

Extraits du résumé d’orientation


Le contenu des documents de l’industrie du tabac révèle que les cigarettiers ont agi pendant de nombreuses années dans le but délibéré de contrer les efforts déployés par l’Organisation mondiale de  la Santé (OMS) pour lutter contre le tabagisme. Cette action subversive a été très complexe, a bénéficié d’un financement important et est généralement restée invisible. […] Bien que ces stratégies et tactiques aient souvent été mises au point au plus haut niveau des entreprises, le rôle des responsables de l’industrie du tabac dans la mise en oeuvre de ces stratégies a souvent été occulté. Dans leur campagne contre l’OMS, les documents montrent que les cigarettiers se sont dissimulés derrière divers organismes à vocation pseudo-universitaire, de politique publique ou d’affaires prétendument indépendants, mais dont les liens financiers avec l’industrie du tabac n’ont pas été dévoilés. Les documents montrent également que les stratégies mises en oeuvre par l’industrie du tabac pour saper l’action de l’OMS reposaient en grande partie sur des experts scientifiques et internationaux dont les liens financiers avec l’industrie du tabac étaient cachés. (page 2)

Il est inadmissible que de hauts responsables d’entreprises productrices de tabac se soient réunis pour concevoir et mettre en oeuvre des stratégies complexes visant à contrer l’action d’une organisation de santé publique et une telle attitude doit être condamnée. Le Comité d’experts est convaincu que les activités mises en oeuvre par les cigarettiers ont ralenti des programmes efficaces de lutte antitabac dans le monde entier et en ont gêné l’action. Compte tenu de l’ampleur des dégâts imputables au tabagisme, le Comité d’experts estime que, sur la base du volume de tentatives et d’actes réussis de subversion recensés lors des recherches limitées qu’il a effectuées, il est raisonnable de penser que l’action subversive des cigarettiers à l’encontre des activités de lutte antitabac de l’OMS a causé des torts non négligeables. Et si l’on ne pourra jamais dire précisément quel a été le nombre de vies perdues ou de maladies imputables à l’action subversive des cigarettiers, il est extrêmement important de condamner la conduite de ces entreprises et de prendre les mesures qui s’imposent. (page 2)

Le Comité d’experts invite instamment l’OMS et les Etats Membres à prendre fermement position contre la conduite des cigarettiers telle qu’elle ressort de son rapport. Ce rapport contient plusieurs recommandations visant à contrer les stratégies employées par les cigarettiers. Parmi les plus importantes figurent les suivantes : 1) les Etats Membres devraient procéder au même type de recherches concernant l’influence de l’industrie du tabac sur leurs efforts de lutte antitabac, 2) l’OMS devrait surveiller à l’avenir la conduite de l’industrie du tabac afin de déterminer si les stratégies recensées dans ce rapport sont toujours en vigueur et 3) l’OMS devrait aider les Etats Membres à déterminer quelles mesures il conviendrait de prendre pour réparer les torts causés par le passé par les cigarettiers. (pages 2-3)

Certaines entreprises productrices de tabac aux Etats-Unis d’Amérique ont publiquement fait amende honorable et déclaré avoir modifié leur comportement et donc, ne pas devoir être pénalisées pour leur conduite passée. Ces promesses, même sincères, ne doivent pas se limiter à leur action dans un seul pays. Il ne suffit pas que les cigarettiers prétendent maintenant agir « de façon responsable » aux Etats-Unis s’ils continuent d’appliquer des stratégies et des tactiques inacceptables dans le reste du monde. […] Les Etats Membres doivent évaluer avec soin l’impact des politiques passées de l’industrie du tabac sur la santé et le bien-être de leurs citoyens et envisager les mesures qu’il convient de prendre pour réparer les abus passés et décourager les abus futurs. (page 3)

Au cours de son enquête, le comité d’experts a répertorié de nombreux sujets d’inquiétude quant à l’intégrité du processus de prise de décisions international en matière de tabagisme. Les données montrent que l’industrie du tabac a agi pendant de nombreuses années dans le but délibéré de miner les efforts de l’OMS dans ce domaine. Les tentatives de subversion ont été complexes, ont bénéficié d’un financement important et sont restées généralement invisibles. Il n’est pas étonnant que les cigarettiers opposent une résistance aux projets de lutte antitabac, mais l’on sait désormais quelle a été l’ampleur de leurs efforts et, plus important encore, quelles sont les tactiques utilisées lors de ces campagnes. Pour une grande partie de la communauté internationale, la lutte antitabac peut être considérée aujourd’hui comme une lutte contre la dépendance chimique, les cancers, les maladies cardio-vasculaires et d’autres conséquences du tabagisme pour la santé. Cette enquête montre en outre qu’il s’agit bien d’une lutte contre une industrie active, organisée et calculatrice. (pages 19-20)

Recommandations[1]

Extraits

4. L’OMS doit encourager des enquêtes supplémentaires sur le comportement de l’industrie du tabac par des chercheurs indépendants et par des institutions dont les décisions peuvent avoir été compromises.

5. L’OMS doit encourager et soutenir les efforts déployés dans le but d’identifier et de rendre public le rôle de groupes tiers de façade ou d’agents travaillant sous l’influence des compagnies de tabac.

8. L’OMS doit recommander vivement aux Etats Membres d’entreprendre leurs propres enquêtes sur l’influence possible des compagnies de tabac sur les décisions et politiques nationales, et de rendre publics les rapports faisant état de leurs constatations.

49. Un-e chercheur-se qui dissimule ou donne des informations trompeuses sur les sources de son financement doit être exclu pour une période de temps appropriée de la participation aux travaux de recherche parrainés par l’OMS ou le CIRC et de publication dans les revues cautionnées par l’OMS ou du CIRC.

La commercialisation du tabac : Un écran de fumée

Document(s) 11 de 13

Linda Waverley Brigden

Une fois de plus l’industrie du tabac a recours à la tromperie pour mettre en marché un produit qui peut être mortel : c’est ce que mettent en évidence les recommandations du Conseil consultatif ministériel sur la lutte contre le tabagisme dans son dernier rapport sur l’utilisation des épithètes « légère » et « douce » sur les emballages de cigarettes.

Le gouvernement canadien a pris des mesures audacieuses pour réglementer la commercialisation du tabac. L’industrie a contesté ces lois à maintes reprises. D’ailleurs une autre cause plaidée par l’industrie canadienne du tabac devant
la Cour supérieure du Québec a marqué le début de la nouvelle année. L’industrie conteste une loi fédérale de 1997 qui restreint la publicité sur le tabac et exige l’ajout de messages d’avertissement avec images sur les paquets de cigarettes, une mesure sans précédent.

L’Union européenne et le Brésil ont déjà interdit l’utilisation des adjectifs « légère » et « douce » dans la publicité sur les cigarettes. Tous les pays n’ont pas la chance d’avoir un gouvernement aussi éclairé en la matière. La majorité des pays du tiers-monde ne disposent que de lois très sommaires pour lutter contre le tabagisme et on ne peut que blâmer la commercialisation du tabac dans bon nombre de ces pays.

L’industrie du tabac vend beaucoup plus qu’un produit, elle vend du rêve, un rêve qui vise à appâter des consommateurs qui deviendront dépendants. Une fois « accros », ces derniers ne peuvent qu’être des clients fidèles de cette industrie.

En Égypte, des personnes spécialement choisies ont reçu dernièrement une enveloppe rouge vif qui contenait une pochette de carton rigide ornée du logo de Marlboro et d’une illustration en couleur d’un cow-boy savourant tranquillement une cigarette près d’un paisible cours d’eau. La légende indiquait : « Changez de rythme! Venez passer dix jours dans un monde en harmonie avec la nature! » À l’intérieur de la pochette, on trouvait une brochure de 18 pages, également en couleur, remplie d’illustrations de cow-boys et de paysages spectaculaires. On y expliquait comment gagner un voyage au « pays de Marlboro » ou l’un des nombreux autres prix. On exhortait les concurrents : « Venez au pays de Marlboro, un pays de grands espaces où vous serez libres et découvrirez la magie de la nature! » La très grande majorité des Égyptiens ne pourra jamais s’offrir un tel voyage ni voir un tel paysage. Mais le rêve est là, à portée de la main. Il suffit de joindre la preuve d’achat de cinq paquets de cigarettes, « régulières » ou « légères ».

Toujours en Egypte, des affiches conçues par le fabricant Philip Morris, lors d’une campagne visant manifestement à restreindre le tabagisme chez les jeunes, proclamaient : « Moins de 18 ans, c’est inacceptable! » « Plus de 18 ans, c’est ta responsabilité! » Quel jeune veut attendre ses 18 ans pour choisir de son plein gré? Autant agiter une cape rouge devant un taureau!
Comme dans maints autres pays en développement, le tabagisme est une habitude bien ancrée chez les Égyptiens adultes (44 % d’entre eux fument). Si la société réprouve toujours cette habitude chez les femmes (seulement 5 % fument), l’utilisation de la chicha ou pipe à eau est de plus en plus à la mode quand elles se réunissent. Une publicité parue récemment dans le magazine de la compagnie Egypt Air montre de petites boîtes décorées de fruits frais de différentes couleurs et de feuilles de menthe et précise « saveurs de fruits, de menthe et de pomme ». Une théière placée au centre de l’annonce, juste derrière le narguilé, laisse entendre qu’il s’agit peut-être d’une publicité pour tisanes. Ce n’est certes pas une coïncidence, le thé étant un élément central des réunions en Égypte. Les efforts de l’industrie du tabac pour répandre l’utilisation de la chicha à l’heure du thé relèvent d’une stratégie soigneusement préparée visant à intégrer cette habitude aux comportements les plus courants des Égyptiens.

En outre, comme dans bien des pays en développement, les restrictions sur la vente et la promotion des produits du tabac en Égypte ne sont que partielles. La publicité sur le tabac est interdite à la radio et à la télévision, mais il n’y a aucune restriction sur la distribution gratuite de produits ou d’échantillons ni sur la vente aux mineurs. La promotion du tabagisme au moyen de concours et d’annonces dans les magazines encourage les hommes à continuer de fumer et incite les femmes à envisager un usage plus féminin du tabac. Et l’industrie prétend dissuader les jeunes de fumer à l’aide de publicités à peine déguisées.

L’exemple de l’Égypte n’en est qu’un parmi d’autres qui illustrent les astuces utilisées dans la commercialisation du tabac partout dans le monde. Mais elles se répandent de plus en plus dans les pays en développement où la population nombreuse, le faible taux de tabagisme chez les femmes et l’absence de lois se conjuguent pour offrir de nouveaux marchés à l’industrie.
En 2002, il y aura d’autres réunions de l’Organe intergouvernemental de négociation créé pour débattre de
la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la santé pour la lutte antitabac. Ce traité international, le premier lié à la santé, cherchera à établir des normes mondiales antitabac, normes qui devraient inclure l’interdiction des épithètes « légère » et « douce » dans le monde entier.

En fait, l’une des grandes questions à l’étude dans l’élaboration de ce traité touche à la restriction de la promotion et de la commercialisation du tabac. L’interdiction partielle de la publicité sur le tabac n’est pas efficace, on n’a plus à le prouver. L’industrie du tabac ne fait que réorienter ses énergies (et ses ressources financières considérables) vers d’autres formes de promotion : commandite de manifestations sportives et de concours de beauté, promotion de concerts rock ou de discothèques, distribution d’échantillons gratuits, logos sur les t-shirts, sacs à dos et autres articles populaires auprès des enfants, organisation de concours faisant miroiter l’aventure comme celui de Marlboro. Ces dernières années, l’industrie du tabac a contourné les interdictions de publicité adoptées dans certains pays en annonçant furtivement sur Internet. Tout en facilitant l’accès à la publicité sur le tabac aux jeunes qui n’ont pas l’âge requis, les sites Web qui s’adressent à eux font la promotion de soirées dansantes pour les attirer dans des endroits où ils pourront obtenir gratuitement des cigarettes et seront exposés à d’autres activités de promotion du tabagisme. L’industrie du tabac doit rejoindre les gens, et surtout les jeunes gens, avec sa publicité, afin de créer la dépendance chez la prochaine génération de fumeurs, que l’on qualifie parfois de « fumeurs de remplacement ». Les images utilisées dans la publicité sont axées sur l’enthousiasme, le dynamisme, la séduction et l’aventure. Elles ne vendent pas que des cigarettes : elles vendent le sexe, la beauté, des corps d’athlète, la prospérité et la liberté. Mais ces images de personnes jeunes, dynamiques et en santé vendent aussi la mort..
La cigarette sans danger n’existe pas. Laisser entendre qu’une cigarette « légère » ou « douce » peut réduire les risques est trompeur. Les fumeurs qui troquent des cigarettes ordinaires contre d’autres dites « légères » ou « douces » peuvent s’attendre à inhaler la même quantité de goudron cancérigène. Les Canadiens devraient féliciter leur gouvernement du courage dont il fait preuve en s’opposant à cette publicité insidieuse. Ils devraient également appuyer une action à l’échelle mondiale pour empêcher que les hommes, les femmes et les enfants d’autres pays ne soient dupés par ces qualificatifs mensongers. Il faut continuer d’appuyer le rôle de chef de file que joue la délégation canadienne dans l’élaboration de
la Convention-cadre pour la lutte antitabac* et mettre en oeuvre de vigoureuses campagnes de sensibilisation du public au pays et à l’étranger pour démystifier le jargon publicitaire et diffuser de l’information exacte.

Il est temps que cet écran de fumée se dissipe afin qu’apparaisse la vérité.

Linda Waverley Brigden est directrice exécutive du secrétariat international Recherche pour la lutte mondiale contre le tabac (RMCT) qui loge au Centre de recherches pour le développement international (CRDI), une société d’État canadienne dont le siège est à Ottawa. http://www.idrc.ca/ritc/fr/index.html

* Cette convention veille à la mise en place de mesures de réglementation uniformes en ce qui concerne la publicité sur le tabac partout dans le monde.

Source: http://issopha.unblog.fr/2007/10/24/industrie-du-tabac-la-manipulation/

Comment l’industrie du tabac a réussi à manipuler la politique du tabac en Suisse

Rapport de l’Ecole de Médecine de l’Université de Californie, préparé par Chung-Yol Lee et Stanton A. Glantz à la demande de l’OMS

 

 

A la demande de l’OMS, les chercheurs Chung-Yol Lee et Stan Glantz, de l’Ecole de Médecine de l’Université de Californie, ont étudié la façon dont la politique suisse de la santé publique a été manipulée et contrôlée par l’industrie du tabac au cours de ces dernières décennies. Leur rapport, publié en janvier 2001, est édifiant et accablant pour les cigarettiers et la Suisse.

Que de tels faits soient d’abord révélés en dehors de notre pays, et sur une commande de l’Organisation mondiale de la Santé, en dit déjà long sur l’incapacité de nos autorités face à ce grave problème de santé publique, incapacité qui est l’aboutissement de la stratégie victorieuse du lobby du tabac. Les non-fumeurs ont été les principaux perdants de cette situation, car l’offensive de manipulation de l’opinion publique orchestrée par les cigarettiers s’est concentrée sur la question du tabagisme passif. Sur ce point, le verdict du rapport de l’Université de Californie est on ne peut plus clair:

For all practical purposes, there are no effective protections for nonsmokers from the toxic chemicals in second tobacco smoke in Switzerland. [Quels que soient les aspects pratiques considérés, il n'y a pas en Suisse de protection réelle des non-fumeurs contre les composants chimiques toxiques contenus dans la fumée ambiante du tabac.](p. 14)

Les cigarettiers ont artificiellement entretenu la «controverse» sur les méfaits rééls du tabagisme passif, en jetant le discrédit sur les études scientifiques qui avaient mis en évidence ces méfaits. La Suisse est tombée dans le piège tendu par les cigarettiers; une partie de sa classe politique a été séduite au point de former un groupe électoral puissant à la solde de l’industrie du tabac. Le résultat en est que la Suisse a perdu plus de dix ans dans la lutte contre le tabagisme. A raison de près de 10’000 décès par an liés au tabagisme actif et passif, cela représente des centaines de milliers d’années-vie détruites et une quantité encore plus grande de souffrances qui auraient pû être évitées.

On peut toujours espérer qu’un jour viendra où les responsabilités de cette tragédie devront être assumées et où les principaux instigateurs seront appelés à rendre des comptes.

Nous reproduisons ci-contre le résumé en français. (Texte complet en anglais)

Résumé

L’industrie du tabac et son influence sur la politique du tabac en Suisse couronnée de succès

La consommation de cigarettes chez les personnes âgées de 15 ans ou plus en Suisse a atteint son apogée au début des années 70 avec 3,700 cigarettes par personne et par an, puis a décliné jusqu’à 2800 cigarettes par personne et par an en 1994. Pendant les années 80 la proportion de fumeurs diminua de 37% en 1980 jusqu’à 31% en 1992, mais pendant les années 90 cette proportion augmenta jusqu’à atteindre 33% en 1997. Les femmes, surtout les jeunes, les enfants et les adolescents, ont vu leur prevalence de tabagisme augmenter continuellement, malgré des efforts de prévention visant particulièrement les enfants et les adolescents.

Chaque année, plus de 10,000 personnes meurent à cause du tabac en Suisse, à peu près un sixième de la mortalité annuelle de la Suisse, rendant le tabagisme la plus importante cause prévantable de décès dans ce pays. Ce chiffre est plus de 20 fois plus important que le nombre de morts causées par les drogues illégales.

La taxe sur le tabac en Suisse est la plus basse de l’Europe de l’ouest.

Les lois gouvernant les produits de tabac, leur marketing et leur vente, sont faibles et ont peu d’effets pratiques sur l’industrie du tabac.

Il n’y a aucune véritable protection des non fumeurs contre les composantes chimiques toxiques de la fumée de cigarette, que ce soit dans les endroits publics ou sur les lieux de travail. Un sondage commissionné par Philip Morris International sur les expériences et les attitudes à propos du tabac et du tabagisme dans dix pays en 1989 démontra que les Suisses étaient conscients des effets du tabagisme passif sur la santé, mais que seulement une minorité favorisait le contrôle gouvernemental du tabac dans les restaurants et sur les lieux de travail.

Un premier programme compréhensif de prévention du tabagisme, de 1996 à 1999, émit par l’Office Fédéral Suisse de la Santé Publique, a été caractérisé par un manque de financement adéquat, d’interventions précises, de coopération entre les associations de lutte contre le tabagisme, et de gestion. De plus, le programme a ignoré le rôle que joue l’industrie du tabac.

Grâce aux événements récents aux Etats-Unis et à l’attaque montée par l’OMS contre l’industrie du tabac, le programme quinquennal proposé pour 2001-2005 identifie l’industrie du tabac comme étant un obstacle majeur dans la lutte contre le tabagisme.

Avant la fusion de British American Tobacco (BAT) avec Burrus-Rothmans en 1999, le plus important producteur de produits de tabac en Suisse était Philip Morris (PM), avec près de 50% du marché (et près de 25% pour Marlboro uniquement). Depuis cette fusion, le marché du tabac est dominé par PM et BAT, qui ont chacune entre 45% et 50% du marché.

Comme c’était le cas aux Etats-Unis dans le début des années 60, les chercheurs des laboratoires de l’industrie du tabac (dans ce cas, FTR (Fabriques de Tabac Réunies)/Philip Morris) ont accepté et discuté des effets nocifs du tabagisme sur la santé dans les communications internes des compagnies. A ce moment-là, ces chercheurs ont honnêtement essayé de trouver des moyens de réduire les effets cancérigenes des cigarettes en éliminant les éléments cancérigènes.

Contrairement à ses opinions exprimées en privé, la position publique de l’industrie du tabac en Suisse était qu’il existait encore une polémique à propos de la question de savoir si le tabagisme est nuisible à la santé.

La « polémique » fut entretenue grâce à de nombreuses conférences de presse et réunions scientifiques avec des chercheurs qui étaient soutenus par l’industrie mais qui déclaraient leur support public de la position de l’industrie sans parler de leurs liaisons avec l’industrie. Les relations entre l’industrie et ces « consultants » ou « témoins » étaient entretenues à travers des paiements directs et à travers le financement de leurs travaux de recherche.

A la fin des années 80 l’industrie du tabac avait identifié la perte d’acceptabilité sociale du tabagisme en Europe comme étant l’une des plus importantes menaces pour sa viabilité. Cette prise de conscience mena au développement d’une stratégie compréhensive visant la question du tabagisme passif. « La courtoisie et la tolérance » et les arguments économiques furent utilisés afin de détourner l’attention du public et des figures politiques des questions de santé. Ces stratégies furent souvent créées en consultation avec les cadres d’autres filiales de Philip Morris et du siège de Philip Morris International à New York. Bien au courant de leur manque de crédibilité dans le public, les compagnie de tabac accordaient des interviews aux journalistes mais les mettaient en garde de ne pas mentionner le nom de la compagnie de tabac dans leur article.

L’industrie du tabac attaqua en masse les documents officiels tels que « La mortalité due au tabac en Suisse » publié par l’Office Fédéral de la Santé Publique, le rapport sur les effets respiratoires du tabagisme passif publié par l’Agence de la Protection de l’Environment des Etats-Unis, ainsi que des articles scientifiques comme l’article publié dans American Journal of Respiratory and Critical Care Medecine sur le tabagisme passif et les symptômes respiratoires en Suisse (étude SAPALDIA) écrit par un groupe de chercheurs Suisses. Les compagnies de tabac employèrent des « consultants » et des figures politiques qui avaient des liens avec l’industrie, et qui utilisèrent les arguments standards de l’industrie.

L’un des consultants les plus actifs était Peter Atteslander, un citoyen Suisse et un professeur à l’Université d’Augsburg en Allemagne. Il écrit des livres blancs pour l’industrie du tabac et fit un compte rendu des conférences de toutes les parties du monde..Atteslander semblait être essentiellement le seul membre du « Groupe de travail pour la recherche de santé », basé en Suisse, et qui publiait ses œuvres sans révéler ses liens avec l’industrie du tabac.

Pour combattre les limites sur le tabagisme dans les restaurants et les hôtels, les compagnies de tabac développèrent leurs relations avec l’association hôtelière International HoReCa. Le secrétaire général d’International HoReCa à ce moment-là était le Dr. Xavier Frei, le président de la SCRA (probablement l’Association des Cafés et Restaurants Suisses). L’association hôtelière fit recours aux ressources de l’industrie du tabac et à maintes reprises publia les opinions de l’industrie dans les bulletins de l’industrie hôtelière, sans que les membres de l’International HoReCa ou de la SCRA ne soient avertis des liens étroits qui existaient entre leur organisme et l’industrie du tabac.

Le « programme d’accommodation, » un programme bien connu développé par l’industrie du tabac aux Etats-Unis pour empêcher que ne soient établies des lois contre le tabagisme dans les restaurants et lieux de travail, fut employé en Suisse. Le fait que même le logo était le même que celui utilisé aux Etats-Unis est un autre exemple de la manière dont les compagnies de tabac recyclent leurs stratégies et leurs tactiques dans le monde entier.

La stratégie qui consiste à détourner l’attention du public du problème du tabagisme passif en faisant appel au problème de la qualité de l’air intérieur en général était (et demeure) une des stratégies majeures employées par l’industrie du tabac pour diluer le problème du tabagisme passif avec ceux d’autres produits polluants et de la ventilation des bâtiments. A ces fins, une compagnie de contrôle de la qualité de l’air intérieur ayant des liens étroits avec l’industrie du tabac, ACVA Atlantic Inc., USA, plus tard renommée Healthy Buildings International (HBI), receuillit une large quantité de données pour l’industrie du tabac afin de l’aider à minimiser le rôle de la fumée de tabac comme polluant de l’air intérieur. Des employés de HBI furent envoyés en Suisse pour récolter des données sur les immeubles suisses, et ces informations furent utilisées dans les bulletins de HoReCa pour soutenir le programme d’accommodation et décourager les réglementations contre le tabagisme. HBI a depuis été discréditée aux Etats-Unis en tant qu’autorité impartiale sur le sujet de contrôle de la qualité de l’air intérieur.

Les compagnies de tabac essayèrent d’influencer la réglementation sur le tabagisme dans les avions à travers le financement partiel des congrès mondiaux de l’IFAA (International Flight Attendants’ Association). Cette influence fut établie en favorisant de bonnes relations avec le président de l’association, une stratégie souvent utilisée par l’industrie du tabac pour influencer les associations. Quand, suivant l’établissements des vols non fumeurs aux Etats-Unis et dans d’autres pays, Swissair imposa enfin l’interdiction de fumer sur ses vols, elle fut sévèrement critiquée dans les journaux par le « Club des Fumeurs » Suisse, et plus tard par le « Club des Amis du Tabac » Suisse, dont le président et fondateur est un ancien cadre de relations publiques pour l’industrie du tabac.

L’Association Suisse des Fabricants de Cigarettes influença la réglementation sur le tabagisme dans les trains avec succès grâce à des lettres envoyées aux éditeurs de quotidiens et des requêtes directes auprès des autorités cantonales et du directeur du réseau ferroviaire national. Deux référendums sur l’interdiction de publicité pour le tabac et l’alcool en 1979 et 1993 furent rejetés par les électeurs Suisses, malgré les sondages pré-vote positifs, à cause de l’alliance de l’industrie du tabac avec les agences de publicité et la presse écrite. Les compagnies de tabac réussirent à dissimuler leur rôle dans cette campagne afin d’éviter toute publicité négative, tout en finançant la campagne contre l’interdiction de publicité et en lui fournissant des arguments développés par des sociétés de relations publiques et des avocats à travers le centre international d’information sur le tabac, INFOTAB. Les compagnies de tabac et leurs alliés employèrent des arguments économiques et politiques, tels que la menace d’effets négatifs sur l’emploi, les revenus, les impôts, et le droit des individus et des entreprises de combattre les interdictions de publicité.

Les liens étroits entre l’industrie du tabac et les figures politiques et officielles furent développés et maintenus à travers de nombreuses réunions avec les dirigeants des partis politiques et de nombreux briefings du « comité électoral pro-tabac » au Parlement. Ce comité électoral permit à l’industrie du tabac de rester bien informée au sujet de l’agenda politique et de facilement influencer le processus politique.

Bien que la Suisse ait certains des programmes de santé publique les plus progressistes et innovateurs, la plupart des partisans de la santé publique sous-estiment le pouvoir et la force motrice de l’industrie du tabac et qu’une minorité parmi eux a confronté l’industrie directement.

Journée mondiale sans tabac = un monde sans publicité pour le tabac

L’OMS invite tous les Etats à interdire la publicite sur le tabac partout dans le monde

Il faut interdire toute forme de publicité directe et indirecte pour le tabac, y compris la promotion des produits du tabac et le parrainage par l’industrie du tabac de manifestations ou d’activités. Tel est le message que l’Organisation Mondiale de la Santé lance le 31 mai 2008 à l’occasion de la « Journée mondiale sans Tabac »

Tabac dans PARFUMS DE SCANDALES

La plupart des fumeurs commencent à fumer avant l’âge de 18 ans et près d’un quart d’entre eux ont commencé à consommer du tabac avant l’âge de 10 ans. Plus les jeunes commencent à fumer tôt, plus ils risquent de devenir des fumeurs réguliers et moins ils auront de chances de pouvoir arrêter de fumer.

Il est clairement établi que l’exposition à la publicité directe et indirecte en faveur du tabac ainsi que d’autres stratégies de commercialisation utilisées par l’industrie du tabac poussent les jeunes à faire davantage l’expérience du tabac et accroissent, par conséquent, pour eux le risque réel de consommer régulièrement des produits du tabac. L’industrie du tabac dépense des dizaines de milliards de dollars dans le monde chaque année pour commercialiser ses produits de manière efficace en faisant appel à un maximum de moyens.

Face à cette menace pour les jeunes, la Journée mondiale sans tabac de cette année met l’accent sur le message suivant:

Un des moyens les plus efficaces pour les pays d’éviter que les jeunes ne fassent l’expérience du tabac et ne deviennent des consommateurs réguliers consiste à interdire toute forme de publicité directe et indirecte pour le tabac, y compris la promotion des produits du tabac et le parrainage par l’industrie du tabac de manifestations ou d’activités.

POURQUOI FAUT-IL FAIRE CAMPAGNE EN FAVEUR D’UNE INTERDICTION TOTALE DE LA PUBLICITE, DE LA PROMOTION ET DU PARRAINAGE?
• Parce qu’environ la moitié des enfants vivent dans des pays qui n’interdisent pas la distribution gratuite de produits du tabac.

• Parce que seules des interdictions totales et complètes peuvent permettre de réduire la consommation de tabac.

• Parce que les études au niveau national comparant la situation avant et après l’interdiction de la publicité ont constaté une diminution de la consommation pouvant aller jusqu’à 16%.

• Parce que les interdictions partielles ont un impact limité ou nul sur la demande car la publicité peut utiliser d’autres médias.

La publicité directe et indirecte en faveur du tabac utilise des supports très variés: la télévision; la radio; les films; Internet; les revues; les banderoles, panneaux et affiches; le courrier; les coupons; les offres de sweepstake; l’extension des marques; les programmes de fidélisation à une marque; le parrainage d’activités sportives; le parrainage de manifestations dans les lieux fréquentés par les jeunes tels que les clubs et les bars; et les revues à circulation limitée diffusées aux personnes figurant sur les listes d’adressage importantes de l’industrie du tabac.

Appel à l’action
UNE INTERDICTION TOTALE SUR LA PUBLICITE, LA PROMOTION ET LE PARRAINAGE DES PRODUITS DU TABAC PERMET DE REDUIRE LA CONSOMMATION
Appel aux responsables politiques:
Imposez une interdiction totale sur toutes les formes de publicité, de promotion et de parrainage des produits du tabac au moyen d’une loi. Soyez conscients que les mesures facultatives n’ont aucun effet et ne constituent pas une réaction acceptable pour protéger la population et notamment les jeunes face aux moyens de commercialisation de l’industrie du tabac;
Mettez en œuvre des politiques et des programmes qui ne ciblent pas uniquement les jeunes. Les interventions visant l’ensemble de la population telles que l’interdiction de toutes les formes de publicité en faveur du tabac, l’augmentation des taxes sur le tabac et la création de milieux 100 % sans fumée sont celles qui réussissent le mieux à réduire la consommation de tabac chez les jeunes.
Appel aux jeunes:
Faites connaître votre point de vue aux responsables politiques de votre pays. Préconisez une interdiction totale de la publicité, de la promotion et du parrainage des produits du tabac dans votre pays.
Participez à une campagne d’éducation des jeunes sur les moyens utilisés par l’industrie du tabac pour vous inciter à fumer ou utiliser d’autres formes de tabac par la publicité, la promotion et le parrainage. Faites savoir à l’industrie que les efforts promotionnels coûteux qu’elle déploie n’auront aucune prise sur vous.
Appel aux ONG:
Sensibilisez les responsables politiques à l’importance d’une interdiction totale de la publicité, de la promotion et du parrainage des produits du tabac dans votre pays.
Aidez à organiser des groupes de jeunes qui puissent faire partie de la campagne et s’engager en faveur de la conception, de la mise au point, de l’application, du suivi et de l’évaluation des politiques et programmes de lutte antitabac visant à interdire la publicité, la promotion et le parrainage.
Appel au public:
Incitez les responsables politiques à interdire la publicité, la promotion et le parrainage des produits du tabac pour protéger les jeunes. 
 

Jeunesse sans tabac
Pourquoi l’industrie du tabac doit-elle séduire les adolescents et les jeunes adultes ?
Pour pouvoir survivre, l’industrie du tabac doit remplacer les usagers qui meurent ou cessent de fumer par de nouveaux usagers qu’elle doit recruter lorsqu’ils sont jeunes.
La plupart des jeunes commencent à fumer avant l’âge de 18 ans et près d’un quart d’entre eux avant l’âge de dix ans.
Plus l’enfant est jeune quand il fait l’expérience du tabac, plus le risque est grand qu’il deviendra un fumeur régulier et plus il lui sera difficile d’arrêter de fumer.
En quoi la publicité, la promotion et le parrainage constituent-ils une menace pour les jeunes ?
Plus les jeunes sont exposés à la publicité en faveur du tabac, plus le risque est grand qu’ils en consomment. L’industrie du tabac associe l’usage de ses produits avec des qualités recherchées – prestige, énergie ou séduction – ainsi qu’avec des activités passionnantes et avec l’esprit d’aventure.
La publicité très répandue en faveur du tabac banalise la consommation du tabac qui devient pour les jeunes un produit de consommation comme un autre ; ils ont ensuite du mal à comprendre les risques qu’ils encourent.
Les jeunes sous-estiment le risque de dépendance de la nicotine et les conséquences tragiques qu’elle peut avoir pour leur santé.
Pourquoi faut-il une interdiction totale de la publicité, de la promotion et du parrainage ?
L’industrie du tabac consacre des milliards de dollars chaque année à jeter ses filets aussi largement que possible de façon à piéger de nouveaux usagers, en ciblant notamment les jeunes dans les milieux qu’ils fréquentent – cinéma, Internet, revues, concerts et manifestations sportives.
L’industrie du tabac fait preuve d’une imagination croissante pour accroître ses ventes. Les panneaux publicitaires, la publicité dans les revues et sur Internet ne constituent qu’un aspect de sa stratégie complexe de marketing. Elle veille aussi à ce que ses produits soient très visibles dans les films, à la télévision et dans le monde de la mode. Les cigarettiers parrainent des manifestations sportives ou autres, distribuent des articles portant leur marque et organisent de nombreuses activités de promotion populaire afin d’attirer des clients et de les fidéliser.
Seule une interdiction totale peut mettre en échec leur stratégie de marketing. L’industrie dispose de nombreux moyens pour s’adresser aux jeunes et les interdictions partielles permettent aux sociétés de réorienter leurs ressources en remplaçant une activité promotionnelle par une autre.
Les jeunes des pays en développement sont-ils particulièrement exposés ? Qu’en est-il des jeunes femmes et des jeunes filles ?
On compte 1,8 milliard de jeunes âgés de 10 à 24 ans dans le monde. Plus de 80 % d’entre eux vivent dans des pays en développement et sont la cible de campagnes agressives en faveur du tabac. Quatre adolescents sur cinq dans ces pays déclarent avoir récemment été exposés à des opérations de marketing du tabac.
L’industrie du tabac cible spécifiquement les jeunes femmes dans leurs activités de publicité, de promotion et de parrainage. Les stratégies de marketing soigneusement mises au point encouragent les jeunes femmes et les jeunes filles à consommer les produits du tabac et cherchent à réduire l’opposition culturelle à cette tendance dans les pays où traditionnellement les femmes n’en consomment pas.
L’augmentation de la consommation chez les jeunes femmes et les jeunes filles est un aspect particulièrement inquiétant de l’épidémie mondiale de tabagisme.
L’interdiction totale de la publicité est-elle le seul moyen de protéger les jeunes du tabac ?
L’interdiction de la publicité, de la promotion et du parrainage est un important moyen de protéger les jeunes et constitue l’une des six stratégies MPOWER de l’Organisation mondiale de la Santé qui visent à lutter contre le tabagisme, principale cause de décès évitable aujourd’hui dans le monde.
Les six stratégies MPOWER permettent aux pays de protéger les jeunes d’une épidémie qui pourrait faire un milliard de morts au cours du XXIe siècle.
 

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Petite histoire de lobbying ordinaire : un amendement à vau-l’eau

Posté par issopha le 20 mai 2008

BIG BIZNESS

Petite histoire de lobbying ordinaire : un amendement à vau-l’eau

 

A jeûn / jeudi 15 mai par Hélène Constanty

 

Le lobby de l’eau fait flic-flac dans les couloirs du ministère de la Santé pour éviter que les particuliers installent des récupérateurs d’eau de pluie.

Il était une fois un gentil député qui proposa une idée toute simple à ses collègues. Constatant :

– que la sécheresse faisait jaunir les fanes des radis dans les potagers ;

– que, dans de nombreuses régions, l’été, les restrictions d’eau empêchaient les conducteurs de nettoyer leur auto le dimanche et de brancher le jet pour que les enfants s’aspergent dans le jardin…

Patrick Beaudouin, maire de Saint-Mandé et député UMP du Val-de-Marne déposa donc, le 8 décembre 2005 (j’ai calculé pour vous, ça fait déjà deux ans et demi), une proposition de loi sur le bureau du président de l’Assemblée nationale. Une proposition bien modeste, ma foi, visant à « encourager l’installation de citernes d’eau de récupération des eaux de pluie ». L’idée ne date pas d’hier : l’eau de pluie qui ruisselle sur le toit est recueillie dans une citerne, filtrée, et repart dans les tuyaux de la maison. Évidemment, on ne peut pas la boire, mais on peut l’utiliser pour arroser le jardin, remplir le réservoir des toilettes et laver le linge. Cela permet d’économiser, mine de rien, jusqu’à 70 m3 d’eau par an et par famille. Et de réduire d’autant la facture d’eau. Remarquons au passage que Patrick Beaudoin n’a rien inventé : en Allemagne, ce genre d’installation écolo est subventionnée depuis… 1986 !

Logiquement, sa proposition aurait dû finir au panier, comme l’écrasante majorité des idées déposées par les députés. Dans notre système institutionnel, seuls les projets présentés par le gouvernement parviennent à trouver leur place dans l’ordre du Parlement… Mais Patrick Beaudouin, qui a de la suite dans les idées, revint à la charge et proposa à nouveau son idée, sous forme d’amendement, lors du vote de la loi sur l’eau, en 2006. Et là, miracle, l’amendement fut adopté à l’unanimité par ses collègues, qui eurent la fugace impression, une fois n’est pas coutume, de faire œuvre utile pour leurs concitoyens. La loi sur l’eau du 30 décembre 2006 prévoit donc un crédit d’impôt de 25% pour les particuliers qui installent ce système.

Pas de ristourne d’impôts pour les économes de l’eau

Nous sommes en mai 2008. Question : si j’installe un récupérateur d’eau de pluie dans ma cour, est-ce que je peux demander une ristourne sur mes impôts ? Eh bien non ! Le décret d’application de la loi n’est toujours pas publié. Pas besoin de vous faire un dessin… « Un grand nombre de personnes concernées par la réforme commencent à penser que ce retard pourrait être dû au lobbying actif et efficace des compagnies de traitement et de distribution d’eau craignant la diminution de leurs recettes » a osé Patrick Beaudouin, lors d’une séance de questions orales, le 8 avril. L’eau, dans notre pays, est le domaine réservé de trois puissantes firmes : Véolia, Suez et Saur, qui se donnent un mal fou pour choyer les élus. Qu’ont-elles fait ? D’abord, elles ont essayé de mobiliser les sénateurs. En décembre 2006, les députés avaient voté, en première lecture, un crédit d’impôt de 40%. Les sénateurs, bien briefés par les lobbyistes de l’eau, ont tenté de réduire ce cadeau fiscal à 15%. Un compromis fut finalement trouvé à 25% en deuxième lecture.

Mais une fois la loi votée, que faire ? Bon sang, mais c’est bien sûr ! L’eau de pluie, c’est sale et ça donne des boutons ! Les « chargés de relations institutionnelles » des compagnies d’eau ont fort opportunément ressorti un avis émis par le Conseil supérieur d’hygiène publique, en septembre 2006. Cette vénérable institution, fondée au 19ème siècle, conseillait alors le gouvernement sur un certain nombre de questions sensibles, comme l’eau et le nucléaire. Elle a été dissoute mi-2007, pour laisser place au Haut Conseil de la santé publique. Bref, ils en ont fait des tonnes auprès du ministère de la Santé pour faire traîner les choses en longueur.

Le gouvernement, par la voix d’Hubert Falco, a promis à Patrick Beaudouin (« je comprends votre exaspération », lui a-t-il dit, plein de compassion) que l’arrêté serait bientôt publié. Chiche !

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Forum

  • Lobbying, maladie évolutive endement à vau-l’eau

    le dimanche 18 mai à 21:34

    Malheureusement, le lobbying , tel un cancer est en train de se généraliser. La France et bien sur l’Europe sont gravement touchés. Lorsque la population va se rendre compte et ressentir les effets du lobbying sur leur société et en subir les conséquences, leur confiance envers leurs élus et autres gouvernants va sombrer. A partir de ce moment là, je crois que notre société risque la déstabilisation qui pourrait entrainer des conflits de différents degrés . Mais peut être suis je pessimiste, je l’espère……….

  • Petite histoire de lobbying ordinaire : un amendement à vau-l’eau

    le jeudi 15 mai à 18:29, impots-utiles.com a dit :

    à côté de cela le lobby agroalimentaire peut crier victoire… si c’etait encore compliqué hier avec le non vote de la loi OGM, ça à l’air de s’arranger pour leurs affaires puisque la majorité s’est concertée hier et en a ressorti le meme texte de loi, identique a la virgule près, qu’ils vont revoter d’ici peu.. gageons qu’apres s’etre fait tiré les oreilles hier par sarkozy, les députés de la majorité vont finalement rentré ds le moule et voté cette loi … Et oui, les lobbies ont plus de pouvoir que les 90% de français contre les OGM… elle est belle la democratie selon sarkozy…

    http://www.impots-utiles.com/ogm-projet-de-loi-rejete-a-l-assemblee-nationale.php

    http://www.impots-utiles.com/ogm-pr…

  • ah ! ça fait du bien de le dire !!!

    le vendredi 16 mai à 01:14, lecteur agressé (à force) a dit :

    Y’en a marre des « il s’est fait tiré » et « je suis fatiguer » à longueur de posts !

    Je finis par me demander comment tant de gens infoutus de comprendre la différence entre infinitif et participe passé peuvent prétendre comprendre quoi que ce soit à des choses plus complexes. Accordez donc vos verbes au hasard, au moins vous n’aurez que 50% de chances de vous tromper !! (ah non, c’est vrai que j’en oublie une… Donc : « 33% de chances de vous trompez », avec un z pour pas dépaysait le lecteur accoutumer).

    (Finalement,avec -ait ou -ais en plus, au hasard c’est seulement 20/25% de chances d’avoir bon, ce qui est à peu près le score habituel. Donc, mettons que je n’ai rien dit, vous les mettez bien au hasard)

    …Il y a des fautes d’orthographe dont la cause ne peut être qu’une insuffisance des facultés intellectuelles : c’est ainsi que j’appelle l’incapacité de comprendre ce que, soi-même, on écrit, ce qui discrédite quelque peu le contenu. Désolé.

    • ah ! ça fait du bien de le dire !!!

      le vendredi 16 mai à 16:43, mat a dit :

      Franchement, comme si c’etait important, je sais bien que la question revient de facon recurrente sur ce genre de site. Ne peut-on pas se contenter de comprendre ? faut-il absolument s’attacher a des details tels que l’orthographe (pour mes enfants je fais attention, mais y a t-il besoin d’eduquer tous les internautes ?) Personnellement je n’ai pas d’accents sur le clavier de mon entreprise, est-ce vital ? se sentir aggresse par la mauvaise orthographe de parfaits inconnus revient pour moi a etre un grave maniaque. Bonne journee

      • le doigt montre la lune…

        le samedi 17 mai à 00:16, grave maniaque a dit :

        C’est pas les fautes qui me gênent, c’est ce qu’elles montrent : la confusion mentale, ce truc qui fait que quand on se fait dévaliser on trouve révoltant …que celui qui nous dépouille ait une tache sur sa cravate.

  • Petite histoire de lobbying ordinaire : un amendement à vau-l’eau

    le jeudi 15 mai à 16:59

    Rappelons que l’arrêté du 4 mai 2007 rend possible le crédit d’impôt pour les usages extérieurs à l’habitation, principalement donc l’arrosage.

    La difficulté rencontrée ne serait-elle pas plutôt liée à la volonté de taxer les rejets d’eau pluviale recyclée une fois usée à l’intérieur (les eaux d’arrosage ne sont pas rejetées) ? Aujourd’hui les particuliers ont le droit de recycler et de rejeter au réseau sans aucun frais… Le contrôle imposé par le crédit d’impôt pourrait en fait servir à la mise en place de cette taxation… Processus qui nécessite non seulement la pose d’un compteur de l’eau recyclée et usée, mais aussi l’organisation du relevé du compteur. Tout cela commence à être bien compliqué, et pourrait expliquer un certain retard ?

    Dans le même temps, sous la pression des collectivités, l’Etat annonce être prêt à autoriser l’usage d’eaux pluviales dans les bâtiments collectifs (aujourd’hui interdit même en extérieur). Mais là aussi il semble qu’on s’achemine vers un dispositif de taxation de ces eaux au cas où elles seraient rejetées au réseau une fois usées…

    Justement, la loi sur l’eau avait acquis le principe d’une taxation du rejet des eaux pluviales au réseau, ce qui est la bonne logique car ce sont ces eaux pluviales qui diluent les eaux usées et empêchent leur bon traitement dans les stations, et qui obligent dans le même temps à la construction de bassins de rétention, coûteux en investissement et en fonctionnement.

    Le recyclage des eaux pluviales, lui, diminue la présence d’eaux pluviales dans les réseaux, puisqu’il les transforme en eaux usées avant de les rejeter : ces eaux usées sont les seules eaux pluviales qui ne devraient pas être taxées !

    Or il semble précisément qu’avec la mise en place de cette taxation on s’oriente vers la situation inverse : la taxation des eaux pluviales recyclées (et usées) et la non taxation des eaux pluviales non recyclées….

    Le jeu ne consisterait-il pas à passer ce point le plus discrètement possible ?

    A propos du recyclage d’eau pluviale en bâtiment collectif :

    www.label-eau-de-pluie.com

  • label eau de pluie

  • Petite histoire de lobbying ordinaire : un amendement à vau-l’eau

    le jeudi 15 mai à 13:22, Jo a dit :

    Vu comment cela s’est passé pour les lois sur l’économie numérique (ne pas lâcher les copains Universal, Sony, Microsoft, Apple, …), pour les lois sur les OGM (idem pour Monsanto & Co), … et tout ce qui peut, de près ou de loin toucher aux « amis » et leurs intérêts particuliers, il ne faut pas se leurrer sur l’avenir de ce genre d’initiative. D’ailleurs, que fait encore dans la majorité ce député qui se soucie d’intérêt général ?

  • Petite histoire de lobbying ordinaire : un amendement à vau-l’eau. Une des raisons qui peut gêner les compagnies d’eau

    le jeudi 15 mai à 11:35

    Un argument des compagnies d’eau et régies municipales

    Aujourd’hui le consommateur recoit 2 factures pour l’eau calculées à partir du volume consommé (compteur d’eau)

    1) la fourniture d’eau =l’eau du reseau consommée (ce qui entre)

    2) l’assainissement de l’eau usée(ce qui ressort, non mesuré, d’ou principe ce qui entre = ce qui sort)

    Demain si le consommateur injecte de l’eau de pluie chez lui, le principe devient faux : il ressort plus d’eau usée que ce qu’il rentre d’eau de réseau puisque on y rajoute de l’eau de pluie qui ne repart plus par les réseaux d’eau pluviales mais par le reseau d’eau usée….

    donc manque à gagner pour la compagnie d’eau qui en assainit plus que qu’elle peut facturer..

    • Petite histoire de lobbying ordinaire : un amendement à vau-l’eau. Une des raisons qui peut gêner les compagnies d’eau

      le jeudi 15 mai à 12:22, Rensk a dit :

      Je ne sais pas ce qu’il en est chez-vous mais ici en Suisse l’eau récupéré des routes sont aussi nettoyé car bien trop sale pour les liquider simplement dans les cours d’eau. (Facture payé par les automobilistes). Ici on calcule aussi avec deux factures et donc, en arrosant le jardin avec l’eau du robinet est facturé 2 fois… alors qu’il n’est pas pollué par le lave linge, ils ont donc assez de compensation pour ne rien perdre si jamais je mets de l’eau de pluie dans mes toilettes ! PS : la centrale d’épuration qui regroupe plusieurs villages vient d’être réduite car construite trop grande (frais 800’000 CHF) ce qui reste de cette centrale nous demande maintenant de récupérer l’eau des toits car elle est aussi pollué par l’air ! (Payé par les propriétaires d’immeuble au mètre carré du toit)

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Profession : manipulator ! Pleins Feux sur le Lobbying-La démocratie et les entreprises sous influence

Posté par issopha le 17 mai 2008

Lobbying

La démocratie et les entreprises sous influence

Profession : manipulator !

 

 

Plus fort que le Da Vinci Code, plongez dans l’incroyable univers du lobbying avec cette interview fleuve de Roger Lenglet ! Philosophe et journaliste d’investigation, il est co-auteur du livre-événement de John Stauber & Sheldon Rampton, “L’industrie du mensonge : lobbying, communication, publicité & médias”. Ceux qui étymologiquement “passaient par le couloir” ont verrouillé presque toutes les portes… Burning zone !
En prime : une petite histoire du lobbying à travers les âges !



Le Lobbying, qu’est-ce que c’est ? Profession : manipulator ! Pleins Feux sur le Lobbying-La démocratie et les entreprises sous influence dans LES LOBBIES et L'INDUSTRIE DU MENSONGE couv_lidm Roger Lenglet : Pour en donner une définition simple, le lobbying c’est l’ensemble des pratiques d’influence exercées par des groupes d’intérêts auprès des décideurs et de tous ceux qui ont du poids sur l’opinion et la législation.

Les pratiques qui posent problème sont celles qui, sous couvert de communication ou d’information, mettent en péril le jeu normal de la démocratie et sont exercées par des cabinets de lobbying, capables de mettre en œuvre des procédés d’influence moralement très douteux.

Aujourd’hui, ces cabinets se sont multipliés. Ils ont pignon sur rue, concurrence oblige, et se présentent comme des experts en relations, communication et stratégie. Pour mener à bien leurs opérations, ils utilisent toutes les personnes qui peuvent leur apporter un relais d’influence au sein des réseaux politiques, juridiques, économiques…

Chacun d’eux se spécialise : certains interviennent sur les produits toxiques et maîtrisent parfaitement l’art de duper les journalistes et de rassurer l’opinion publique, d’autres montent des opérations de déstabilisation des industries concurrentes, livrent «clés en main» des lois ou des réglementations favorables à leur marché, espionnent les milieux associatifs, etc.

Pour y parvenir, ils instrumentalisent souvent leurs cibles, c’est-à-dire qu’ils peuvent aller jusqu’à en faire des alliés à leur insu : médias, journalistes, élus, directeurs d’administration, leaders d’opinion se trouvent ainsi soumis à toutes sortes de manipulations, soit à leur insu, soit avec leur complaisance consciente.

D’où vient le mot « lobbying » ?

95cd1901opt dans ROGER LENGLET Roger Lenglet : C’est un terme anglais qui renvoie étymologiquement à l’idée de «passer par le couloir», d’utiliser le moyen et le lieu opportuns pour atteindre le décideur.

A l’origine, les lobbyistes étaient ceux qui attendaient dans les couloirs du parlement les élus pour tenter de les influencer «entre deux portes». Mais aujourd’hui, les vrais lobbyistes ne sont pas ceux qui attendent dans les couloirs pour soumettre leur dossier ou leur point de vue, l’efficacité passe par d’autres démarches qui exigent beaucoup plus d’opacité, une connaissance fine des rouages politiques, des moyens très convaincants et une proximité plus soutenue.

C’est d’ailleurs pourquoi le mot lobbying a des connotations désormais négatives en Europe, et c’est aussi la raison pour laquelle le Congrès américain a voté une loi pour rendre le lobbying plus transparent en obligeant les lobbyistes à déclarer deux fois par an les sommes consacrées à leurs missions et les noms des élus qu’ils ont «démarchés».

La corruption fait-elle partie des «arguments» ?

Roger Lenglet : Dans l’arsenal des moyens utilisés, acheter un élu ou un parti ne gêne pas la plupart des lobbyistes pourvu que leurs commanditaires payent. Ouvrir et alimenter des comptes (souvent à l’étranger), offrir des emplois fictifs ou semi-fictifs, faire passer des enveloppes ou des mallettes, tout cela existe à grande échelle et aucun secteur économique n’est épargné, de même qu’aucun grand parti…

Ce n’est plus vraiment un tabou mais on en sous-estime encore communément l’ampleur de ses pratiques et l’on ferme les yeux sur les acteurs qui servent de relais. La vie des réseaux politiques dominants est assise là-dessus. L’ignorance des grands élus est feinte, cette perfusion est banalisée. En réalité, ils y ont presque tous perdus leur faculté d’indignation et sont souvent dans une confusion morale inquiétante.

Quand il s’agit de faire du lobbying avec des pratiques déloyales pour installer son supermarché ou obtenir une affaire dans une localité à la place d’un concurrent, c’est une atteinte aux règles de la démocratie et c’est scandaleux.

Mais quand c’est pour retarder l’interdiction d’un produit qui tue ou rend malade, c’est criminel ! Or, les grandes industries qui diffusent des substances cancérigènes ou neurotoxiques dans notre alimentation et notre environnement quotidien parviennent à paralyser la décision politique et sanitaire avec des véritables stratégies de lobbying qui feraient l’effet d’une bombe si elles étaient faites au grand jour.

Avez-vous des exemples de cabinets de lobbying spécialisés dans les produits sensibles ?

Roger Lenglet : L’Association française des conseils en lobbying regroupe environ une dizaine de cabinets gérant des dossiers potentiellement explosifs sur le plan sanitaire.

Leur objectif est, soit d’éviter tout débat public en confiant la gestion du dossier à des «tours de table» feutrés réunissant des politiques, des industriels et des experts, soit d’orienter rapidement ou d’éteindre les débats naissants en édulcorant habilement les informations.

Le dossier de l’amiante, qui a été géré de cette façon par un cabinet reste aujourd’hui l’exemple le plus scandaleux de ce procédé. Dans le même but, les cabinets font souvent de la veille commanditée, payée par les industriels soucieux d’éviter que la toxicité de leur produit soit connue.

Les futures crises sanitaires sont souvent connues des années, voire des décennies à l’avance, car les industriels disposent de données épidémiologiques sur leurs propres salariés exposés et en finançant des recherches qu’ils verrouillent.

Bien avant qu’une crise surgisse en France, il est fréquent que des pays aient déjà mis en cause ou interdit le produit – souvent ceux de l’Europe du Nord ou les Etats-Unis.

Leur stratégie est d’agir au plus tôt, avant même que les législateurs découvrent le problème, et de retarder le plus possible la prise de conscience claire des dégâts, pour continuer à vendre ou à déstocker, pour avoir le temps de délocaliser vers des pays moins informés ou plus souples, de débarrasser le groupe financier de la branche à risque ou de dissocier juridiquement les sociétés avant que les victimes n’agissent en justice pour faire payer les responsables.

Ils parviennent couramment à prolonger de plusieurs années des marchés très juteux mais aussi à étanchéifier et à diluer les responsabilités, etc.

Et lorsque le dossier arrive sur le bureau du législateur, il n’est pas rare que le cabinet de lobbying ait déjà concocté un texte de loi protégeant astucieusement les intérêts de leurs clients.

Certains cabinets obtiennent même parfois le recul du législateur. Des politiques sont ainsi revenus sur des interdictions de produits toxiques ou des projets d’interdictions. L’amiante est le grand cas d’école, mais des centaines d’autres produits suivent le même chemin alors que les experts connaissent déjà leur extrême nocivité.

Ces derniers, d’ailleurs, sont le plus souvent sensibilisés aux arguments économiques des industriels et finissent par banaliser la mortalité induite par les produits, acceptant le sacrifice de vies humaines en grand nombre avec une relative mauvaise conscience ou en s’imaginant qu’ils font ainsi preuve de «responsabilité politique», voire de maturité.

A cet égard, le carriérisme et les habitudes mentales jouent à fond. On se remet très peu en question dans ce milieu discret où les plus intègres avalent chaque jour des couleuvres sanitaires pour conserver leur fonction.

L’homme politique est le cœur de cible des lobbyistes ?

Roger Lenglet : Oui, car la décision finale passe toujours par les politiques. Ils obéissent aux pressions mais ce sont leurs lois et leurs décrets qui ouvrent, ferment ou maintiennent les marchés. Législateurs et gouvernements décident concrètement de l’avenir des produits.

Le rouage politique est incontournable. C’est d’ailleurs si vrai que le lobbying est un métier très ouvert aux anciens élus et aux ministres sortants. Nombre d’ex-ministres et de députés en fin de mandat viennent régulièrement grossir les rangs des lobbyistes, en attendant de revenir dans l’arène politique.
Qu’il s’agisse de rejoindre la direction d’un laboratoire pharmaceutique, d’un groupe chimique ou d’une banque, c’est efficace. Evidemment, ce n’est pas très sain…

Les anciens élus préfèrent faire du lobbying pour les grandes sociétés que pour les associations, ce qui ne profite pas vraiment à la démocratie. De grandes carrières politiques et financières se sont faites ainsi dans ce va-et-vient entre les grands groupes et les responsabilités ministérielles, voire le fauteuil présidentiel.

Georges Pompidou en a été une illustration éloquente, mais d’innombrables autres politiciens à tous les niveaux de l’Etat font ainsi office de têtes de pont pour les banques et les industriels, notamment à la direction des services administratifs, pour ne pas parler des structures judiciaires où l’on trouve également des juges et des commissaires aux comptes qui se livrent également à ce jeu et se retrouvent en situation de conflit d’intérêt évident.

De même, les attachés parlementaires, dont l’emploi est très fragile, se convertissent aussi facilement après avoir été les meilleurs relais des groupes de pression industriels ou financiers auprès de leur député. Le plus souvent, en effet, le député n’a pas entre ses mains tous les tenants et aboutissants des dossiers sur lesquels il va légiférer.

L’attaché parlementaire reste le cerveau indispensable, celui qui effectue le travail de fond, rédige les textes, oriente certains paragraphes parfois à l’insu de son député… De plus, il connaît mieux que quiconque l’art et la manière de solliciter ou de présenter les choses aux élus.

Bref, ce que l’on appelle le «pantouflage» cache en fait un véritable travail de lobbying. Certains grands lobbyistes font même profession de placer les politiques au sein des cabinets de conseil ou des directions d’entreprises.

Et les chercheurs ?

Roger Lenglet : Les chercheurs représentent aussi une cible du lobbying. Si une recherche met en cause l’innocuité d’un produit, l’opinion publique et les journalistes y sont sensibles, les politiques in fine.

Les chercheurs fondent le jugement sur la toxicité des substances et sont une pierre angulaire du discours. Plus ou moins à leur insu, ils représentent un formidable outil de communication dont l’impact est certain.
Les industriels et les politiques roués n’hésitent donc pas à faire monter au créneau leurs lobbyistes pour les aider à présenter leurs résultats, aussi dramatiques soient-ils, de façon rassurante.

Les procédés sont nombreux mais, pour n’en citer qu’un ici, j’évoquerais celui qui consiste à diviser en deux, voire plusieurs tomes, les rapports des organismes sanitaires présentant à la presse les résultats des recherches menées sur des produits de grande consommation.

Le premier tome, le plus lu, et souvent même le seul à être parcouru (les journalistes sont toujours pressés) est fréquemment rédigé de façon à donner le sentiment qu’il synthétise l’ensemble et que les volumes suivants ne sont pas d’une réelle utilité, sauf pour ceux qui voudraient approfondir le sujet (les rédacteurs en chef n’en laissent généralement pas le loisir).

Or, j’ai mené une petite étude épistémologique consistant à comparer la teneur des différents volumes. Conclusion : le premier tome, la «synthèse», est systématiquement beaucoup plus rassurant que les suivants, lesquels sont d’ailleurs le plus souvent présentés sous la dénomination d’Annexes, terme qui, logiquement, ne devrait être employé que pour désigner des documents de référence et non les comptes rendus des recherches.

Autre remarque, le premier volume n’est généralement pas rédigé par un scientifique mais par un représentant des autorités en collaboration avec ceux de l’industrie concernée… CQFD.

Mais le lobbying intervient aussi plus en amont. En finançant la recherche sur leurs produits ou en la co-finançant, les groupes privés suivent au plus près l’apparition progressive des résultats.

Cette surveillance est rendue possible par les rapports d’étape et les réunions régulièrement organisées avec les groupes de recherche. On ne compte plus les travaux stoppés par les financeurs quand ils ne conduisent pas vers des conclusions optimistes !

Pour prendre un exemple récent, j’attends toujours que les recherches sur la toxicité de l’aluminium dans l’eau du robinet soient reprises et le groupe de l’INSERM reconstitué alors que leurs résultats confirmaient les pires craintes. Je pourrais citer aussi les procédés dissuasifs obligeant les chercheurs à se taire, à rejoindre d’autres services, à accepter que leurs résultats soient réécrits pour gommer les morts, etc.

En donnant une place toujours plus grande aux industriels dans la recherche publique, l’Etat a facilité ce travail des lobbyistes en amont.

Je ne dis pas que les ministres de la recherche l’ont fait dans ce but mais le résultat est là alors que les crises sanitaires survenues au cours des dernières années montrent que l’intrusion des industriels dans les structures de prévention et de recherche leur a permis de paralyser l’alerte.

Et je connais des dossiers d’une importance folle aujourd’hui qui, ainsi bloqués, dissimulent les dégâts actuels et préparent les scandales sanitaires de demain.

De façon générale, la première question à se poser face à des résultats scientifiques est la suivante : qui a financé la recherche ? Financement privé, public, conjoint ? Aujourd’hui, les chercheurs sont de moins en moins loquaces auprès des journalistes, comportement qui coïncide avec l’intensification des privatisations du domaine de la recherche.

Quant au chercheur qui ne veut pas courber l’échine ou qui déroge à la réserve, les moyens de rétorsion sont redoutables. En France, il n’y a pas encore de loi qui protège l’éventuel lanceur d’alerte. Etat de fait qui autorise les pires sanctions, dont le licenciement pur et simple, comme on l’a vu notamment à l’INRS avec André Cicolella, viré pour avoir refusé d’oublier les études suspectant les éthers de glycol et avoir voulu communiquer à ce sujet. Une loi protégeant les lanceurs d’alerte, comme aux Etats-Unis, est une nécessité urgente en France, elle permettrait aux chercheurs de se libérer un peu du lobbying des industriels.

Les médias sont-ils alors vraiment instrumentalisés ?

Roger Lenglet : Les médias, parce qu’ils éclairent et conditionnent l’opinion publique, sont une des autres cibles-clés. Mieux vaut distinguer médias et journalistes : nombreuses sont les diffusions médiatiques, comme des films ou reportages, présentés sous forme d’information, qui ne sont pas le fait des journalistes mais de lobbyistes, c’est-à-dire des produits conçus dans le cadre d’opérations de manipulation, par exemple pour contrebalancer la progression d’une information inquiétante à l’origine d’une prudence des consommateurs. Cela peut concerner aussi bien l’agroalimentaire que les médicaments, l’eau du robinet, le nucléaire, etc.

Il faut savoir que les lobbyistes se placent de plus en plus en amont de l’information, et cela pas seulement en intervenant sur l’orientation des recherches mais sur les produits médiatiques : être en amont de la veille, quitte à prendre l’initiative de projets, avec un rôle d’incitateur de films, d’émissions et de reportages au niveau du financement, de la conception et de la diffusion.

Ils sont aussi plus souvent à l’initiative de groupes de veille sanitaire, ce qui leur permet de choisir les membres qui les composent et, à l’arrivée, l’information qui sera relayée par les médias. Il s’agit toujours d’emprunter des formes non soupçonnables de manipulation, d’avancer masqué.

En matière de santé publique, les lobbyistes exploitent la pauvreté culturelle ambiante… Ce n’est pas très glorieux pour les journalistes mais il faut bien reconnaître qu’ils ont laissé le plus souvent les médecins occuper les rubriques de santé publique dans la presse écrite et à la télévision.

Résultat : on est toujours en France dans une situation où les symboles tiennent lieu d’argument. Le titre de professeur, de médecin ou une simple blouse blanche peuvent encore suffire à convaincre un journaliste de sa bonne foi.

Et l’on peut trouver mille illustrations de ces ressorts du jugement ordinaire parfaitement disposés à la manipulation : une campagne de vaccination œuvre par nature pour le bien-être des gens, la recherche génétique sur la prédisposition aux grandes maladies est forcément un axe à privilégier, les causes de la maladie d’Alzheimer restent ignorées et sont sans doute à trouver dans les gènes puisque de grands gérontologues le disent, quels que soient les errances ou les erreurs du corps médical, il partage nécessairement les mêmes intérêts que les patients, etc.

Toutes ces croyances forment une doxa solide qui fait la fortune de ceux qui commercialisent notre santé. On pourrait faire une encyclopédie entière des idées reçues et des préjugés communs en matière de santé publique.
Dans ce domaine, les lobbyistes sont les sophistes d’aujourd’hui : comme ceux de l’antiquité, ils vendent aux riches et aux dirigeants leur savoir-faire en matière de communication.

Et ils jouent sur du velours malgré les scandales sanitaires. La sacralisation du monde médico-scientifique est telle que la vigilance et le recul critique reste un arrachement pour les journalistes eux-mêmes, sans parler de leur complexe face à des dossiers qui leur paraissent trop complexes.

Or, les tricheries scientifiques sont particulièrement courantes dans ce secteur : lisser les courbes statistiques, faire disparaître les «pics» expressifs ou les «excès significatifs» de cancers par exemple, gonfler les chiffres selon les besoins, montrer des résultats en phase avec la volonté de rassurer et de reconduire le budget du service…

Découvrir ces supercheries nécessite de l’investigation matérielle et intellectuelle que les rédacteurs en chef rechignent à commander à leurs troupes, car une véritable enquête est coûteuse et risque toujours de déboucher sur un échec, sans compter le fait que les journalistes sont peu formés à l’investigation. Au final, toutes les conditions sont réunies pour faire des médias une bonne courroie de transmission assez facile à utiliser.

Du coup, les grands investigateurs viennent souvent de la marge du journalisme : les pigistes sortent plus d’affaires que les autres, ils y mettent plus de temps et d’énergie sans que ça coûte beaucoup aux médias qui vont leur ouvrir leurs colonnes.

On voit aussi des écrivains, de simples citoyens opiniâtres ou des associations mener ces enquêtes au long cours. Reste que la culture médiatique française privilégie plus le reportage que le travail d’investigation proprement dit, qui demande un énorme investissement. Les reportages s’appuient d’ailleurs fréquemment sur le travail accompli par ces derniers.

Vous expliquez que les lobbyistes multiplient les masques…

Roger Lenglet : Les lobbyistes se cachent volontiers derrière des institutions au nom ronflant, des cabinets d’expertise, des associations à noble cause prônant par exemple la défense du consommateur, la protection de l’environnement…

Cherchez les financements et à qui profite les actions menées, vous ferez la différence entre les structures de lobbying et les autres. Parfois, c’est plus difficile, les liens directs avec le groupe industriel n’apparaissent pas facilement et leurs messages sont habiles, apparemment opposés aux intérêts de l’industrie. Ce qui leur permet d’apporter finalement une caution solide aux industriels quand ils «valident» certains dossiers.

On dupe ainsi l’opinion publique pour faire passer des décisions aussi bien au niveau local que national. Il ne faut pas hésiter à les approcher de très près, à approfondir les discussions avec eux, la plupart finissent par se trahir. Et puis il y a aussi les divines surprises, des lobbyistes qui passent dans votre camp et se rachètent une âme en vous balançant des dossiers extraordinaires…

Certains tentent aussi de vous manipuler encore plus habilement, en vous livrant des infos qui feront exploser le concurrent du groupe pour lequel ils travaillent réellement. La complexité de ce monde n’a rien à envier à celle de l’espionnage décrit par John Le Carré.

Internet est devenu, selon vous, un outil de lobbying…

Roger Lenglet : Avec Internet, la rumeur des crises est pressentie beaucoup plus tôt. Auparavant, la montée des scandales était discernable plus tard, en général trop tard pour permettre de préparer les contre-attaques à l’avance.

Dans le meilleurs des cas, les lobbyistes faisant de la veille médiatique ou scientifique apercevaient d’abord quelques allusions dans l’actualité de la recherche, puis des brèves dans la presse, des petites bulles qui disparaissaient somme toute assez vite.

L’intensification des forums de discussion et des pétitions par email a démultiplié la vitesse, le nombre et l’importance des crises dans l’opinion publique, mais cela permet aussi aux lobbyistes d’apercevoir beaucoup plus vite les premiers signes de crises, des alertes et des fausses alertes de manière quasi abusives.

Ça leur permet aussi d’intervenir plus efficacement pour étouffer des alertes, éteindre ou contrarier des rumeurs, de participer aux forums pour identifier les leaders, de faire circuler des arguments plus ou moins mensongers, et même de créer des discussions pour mieux aimanter les participants sur certains sujets…

C’est une source et un amplificateur de crise, un véritable outil pour le lobbying, qui, pouvant s’adresser directement à l’opinion publique, peut aussi l’influencer.

La toile est plus qu’un système de veille pour tous les sujets qui concernent l’entreprise, c’est un outil qui permet de contrôler l’information et de la diriger, d’en connaître les sources, les cibles, de bâtir des stratégies de communication et de dissimulation.

On pourrait aussi évoquer les techniques de relégation des sources d’information gênantes en saturant régulièrement certains thèmes et en occupant le terrain des réponses sélectionnées par les moteurs de recherche sur les sujets sensibles…

La communication de crise est-elle devenue plus efficace ?

Roger Lenglet : La communication de crise a indiscutablement profité des progrès du lobbying. C’est bon pour les industriels mais fort malsain pour la démocratie. Des logiciels pour gestion de crise ont été créés, qui permettent de répondre aux attaques et contre-attaques, de trouver des formules adaptées…

Et les résultats des lobbyistes sont de plus en plus stupéfiants. Pour exemple, les études épidémiologiques menées en France pour évaluer la corrélation éventuelle entre le taux d’aluminium de l’eau des robinets et les cas d’Alzheimer.

Ces études, qui ont duré 12 ans, ont constaté une situation assez terrible : deux fois plus de victimes de cette maladie là où le taux dépasse les 100 mg par litre d’eau. Première publication : cinq colonnes dans la presse.

Le ministère de la Santé évoque des soupçons, propose de mener des études et d’en reparler dans un an. Un an plus tard, le ministère de la santé n’est pas revenu sur la question.

Mieux valait s’abstenir au vu des bilans des 7 études épidémiologiques internationales confirmant le lien entre le taux d’aluminium et la maladie d’Alzheimer, deux à trois plus dans la population là où le seuil de 100 était dépassé…

Certains observateurs de santé publique s’alarment et préparent des déclarations à la presse. Mais soudainement, après des années de silence, les autorités sortent un communiqué de presse et un rapport de synthèse pour dire qu’il n’y a pas de problème, aucune relation démontrée, etc. !

Les médias reprennent le communiqué. Affaire étouffée. Voilà une communication de crise sidérante avec une distance sidérale entre le discours des autorités et la gravité de la situation. Des toxicologues diront à ce sujet qu’ils n’ont jamais observé un tel écart entre les résultats de la recherche réelle et le discours officiel.

La communication interne en entreprise va-t-elle tourner à la paranoïa ?

Roger Lenglet : La communication auprès de ses propres salariés dissimule en fait ce que l’on peut appeler du «lobbying interne». Il est développé pour éviter que les informations sensibles ne se diffusent à l’extérieur. Il s’agit de surveiller ce qui se dit, mais aussi d’inciter les salariés à un discours qui transmette l’image de l’efficience de l’entreprise, de neutraliser les tentatives d’intrusion des journalistes et des concurrents, de faire circuler des informations qui font perdre du temps ou égarent…

Au sein d’une entreprise, les actions des lobbyistes sont regardées avec une certaine naïveté, une incrédulité consternée, comme si la direction devenait paranoïaque. Les salariés sont habitués à ce qu’on leur demande de valoriser l’entreprise vis-à-vis de l’extérieur mais pas à se méfier à ce point. D’ailleurs, même certaines directions d’entreprises restent naïves.

Pour les convaincre, les lobbyistes en quête de clients les sensibilisent en leur apportant des preuves des opérations dont elles font l’objet de la part de la concurrence, des faits réels, comme des marchés perdus par l’entreprise et les procédés employés pour y parvenir…

Les stages se multiplient actuellement pour apprendre aux salariés (de la base de l’entreprise à son sommet) ce qu’il faut dire à l’extérieur, les précautions qu’il faut prendre quand on parle du boulot entre collègues dans les lieux publics, sensibiliser les salariés face aux lobbyistes, comment cloisonner l’information, superviser ce qui se dit…

On y apprend que le moindre agent d’entretien, videur de corbeille ou réceptionniste peut sortir des informations capitales. D’ailleurs, les journalistes d’enquête ne peuvent pas dire le contraire, ils savent depuis longtemps qu’ils connaissent souvent des choses très utiles. Autrement dit, en découvrant le lobbying dans toutes ses formes, on découvre un peu la lune.

Vous analysez l’impact d’un simple changement de nom de société…

Roger Lenglet : Apparemment anodin, le changement de nom d’une entreprise, par exemple après un scandale qu’on veut faire oublier (implication dans des versements occultes, licenciement massif, opérations ruineuses…) a en réalité des conséquences considérables.

Même si personne n’est dupe, l’effet sera finalement très positif. Par exemple quand Vivendi décide de s’appeler Veolia après les opérations ruineuses de Jean-Marie Messier et son départ houleux dans un contexte où l’on veut redorer le blason du groupe dont il faut faire remonter le cours en bourse, le simple fait de modifier le nom a un impact bien réel.

Ce qui est fort, qu’on le veuille ou non, sur le plan psycholinguistique, c’est que le nouveau mot réduit de fait les associations négatives, les images collées au précédent. N’oublions pas que les mots et leurs connotations conditionnent la pensée, les changements induits par une modification du nom sont à terme profonds.

Le fait de créer une discontinuité nominative va permettre à l’entreprise de renaître symboliquement comme si quelque chose avait effectivement changé pour l’inconscient collectif. C’est une façon de signifier au public que la direction change d’orientation, que la culpabilité a été endossée mais qu’on veut changer et rompre avec le passé fautif.

Quant aux journalistes qui, durant quelques temps, vont préciser que Veolia est le nouveau nom de Vivendi, ils vont finir par se lasser et songer que chacun ayant désormais fait le lien, il n’est plus utile de le rappeler. Ainsi, changer de nom, pour une entreprise comme pour un homme, c’est de la chirurgie identitaire, c’est changer d’identité. Le nom Vivendi restera à jamais attaché à l’ère Messier, en revanche celui de Veolia rendra les liens nauséeux, plus filandreux, et à terme les effacera de la pensée de l’opinion.

La novlangue, ou l’art d’aseptiser les vilains maux…

Roger Lenglet : On retrouve des opérations fondamentalement similaires avec les mots communs et les néologismes.

Créer de nouveaux noms pour désigner des choses désagréables peut permettre d’aseptiser le discours, employer des mots positifs pour dire des choses négatives est toujours payant, les politiques font ça sans arrêt, instruits par des conseillers qui savent que les mots c’est des stimuli et du conditionnement.

Pour un peu, vous pourriez rendre heureux des gens en leur annonçant une très mauvaise nouvelle si vous maniez bien la communication d’influence.

Trouver un nom sympathique pour des produits malsains leur donne bonne figure. Prenez le problème des boues toxiques utilisées en épandage dans les champs agricoles pour s’en débarrasser à bon compte sans s’interroger sur la contamination des légumes qui vont y pousser : dans certains pays, comme aux Etats-unis, les lobbyistes les ont fait compresser pour leur donner la forme de petites galettes et les ont renommées « nutrigalettes » car elles contiennent effectivement, outre les métaux lourds très dangereux, des résidus organiques qui ont des propriétés d’engrais.

Comme en cuisine, le nom donné au plat compte pour beaucoup dans le sentiment qu’il inspire, il vend une image, transmet un jugement. Comme l’expliquait Roland Barthes, un plat qui fait songer à du vomi tant qu’il n’est pas nommé positivement n’a aucune chance de plaire, mais donnez-lui une appellation ronflante et il fera des adeptes.

L’objectif est clairement de permettre aux multinationales du traitement des eaux de s’en débarrasser en réduisant les phénomènes de résistance dans la population. Boues toxiques, cela rappelle trop la véritable nature du produit (les pollutions dont l’eau a été débarrassée).

En revanche, nutrigalettes coupe le lien entre l’origine et le produit final. Il permet bien sûr de rassurer l’opinion, d’endormir la conscience du citoyen et sa faculté d’indignation face à un produit de cette nature répandu parmi les légumes qu’il va manger. Mieux : il lui cache ainsi le motif d’une réaction de rejet instinctive.

Trop de gens croient encore que le langage n’est qu’un outil d’expression de la pensée. Or, la linguistique a démontré depuis près d’un siècle déjà que le langage précède la plupart de nos pensées et non l’inverse.

N’est pas penseur qui veut et encore moins hors des mots. On sait depuis longtemps que le fait de réduire le vocabulaire réduit l’analyse, la synthèse et la critique. Ces conclusions de la linguistique avaient été illustrées par G. Orwell : la refonte du langage permet de s’occuper de la bonne santé des pensées de la population.

Ainsi peut-on élaguer le langage de tous les mots à « connotation bourgeoise » et surtout réduire la polysémie embarrassante de termes qu’on préfère redéfinir de manière plus étroite : liberté, démocratie, responsabilité, autonomie, art, raison…

Changer les choses, est-ce possible ?

Roger Lenglet : Chaque échec, chaque crise sanitaire qui débouche sur l’interdiction d’un produit ou sur la mise en cause de responsables, est traduit par les lobbyistes comme un échec en termes de communication dont ils tirent des leçons. Ils deviennent ainsi de plus en plus redoutables, et ils évoluent très vite.

Aux Etats-Unis et dans les pays nordiques où les contre-pouvoirs associatifs sont plus développés qu’en France, les scandales sanitaires éclatent des années avant qu’ils soient dénoncés chez nous. Ce décalage permet aux lobbyistes d’analyser les erreurs de communication qu’ils y ont commises et de se préparer à ne pas les reproduire chez nous.

En d’autres termes, ils sont plus retors en France et dans les pays qui se réveillent plus tard, car l’expérience les a instruit.

Changer les choses nécessiterait de commencer par mieux repérer les actions des lobbyistes. Il faut s’y habituer et rapidement. Une loi de transparence sur les missions des lobbyistes deviendra tôt ou tard une obligation si l’on veut sauver la démocratie.

Quant à l’autonomie et l’indépendance des chercheurs, c’est désormais un rêve. Cependant, des sources de financement parfaitement identifiées, une pluralité systématique des expertises, un peu plus de maturité éthique de la part des chercheurs qui devraient organiser leur déontologie (leur corporation est-elle plus bête que celles qui se sont dotées de protections morales et juridiques ?), plus d’investigation de la part des journalistes, plus de vigilance de la part de l’opinion publique, permettrait de contrer le jeu des lobbyistes. Si nous démissionnons devant ça, c’est tout simplement foutu.

En savoir plus :

Petite histoire du lobbying à travers les âges

Roger Lenglet : Le lobbying est aussi vieux que le pouvoir. On le rencontre à toutes les époques sous des noms divers et il s’adapte aux différentes formes de gouvernement.

Mais on peut dire que par le passé, il ne pouvait s’exercer qu’en se tenant au plus près des gouvernants, si possible du roi. C’est le phénomène de la cour, composée de tous ces intrigants qui vivent finalement dans le palais royal et qui tentent de réduire toujours plus la distance qui les sépare des décideurs, lesquels se disputent la proximité du trône et du lit. Le but est toujours de défendre ses propres intérêts, ceux de sa famille et ceux de sa corporation.

Le bien du peuple passe après, bien sûr. Il est étonnant, de ce point de vue, de voir un Machiavel, conseiller du prince, dresser une longue théorie du gouvernement essentiellement basée sur la ruse mais pour le bien public (cette fameuse fin qui justifie les moyens).

Reste qu’il préconise, pour consolider le pouvoir, de faire croire au peuple qu’il prend certaines décisions… Ce qui était bon pour Machiavel, comme lacher du lest, faire croire à l’opinion publique que c’est d’elle qu’émane la décision finale, l’est toujours aux yeux de la majorité des politiques.

D’ailleurs Machiavel est toujours enseigné comme «le fin du fin» dans les grandes écoles. Dans la formation des politiques, il est encore le plus souvent présenté comme l’indépassable. Démocrates nos hommes politiques ? Allons, allons… Mais le sujet est tabou. En réalité, pressés par l’action et les lobbies, ils sont très rares à prendre le temps de réfléchir sincèrement aux conditions d’un réel épanouissement de la démocratie.

Certains manipulateurs ont le mérite de faire des tours pendables aux rois. Beaumarchais, par exemple, faisait croire à Louis XV que des auteurs préparaient à l’étranger des pamphlets au vitriol contre lui. Puis il proposait d’aller lui-même étouffer l’affaire avant qu’elle ne s’ébruite… se faisant fort de dissuader les auteurs de publier leur brûlot en leur versant de rondelettes sommes d’argent. Il continua avec son fils, Louis XVI.

Avec le développement de la démocratie, des sciences puis des médias, les conditions de la décision se sont complexifiées, les acteurs multipliés. Le lobbying s’est donc diversifié et vise désormais non seulement les décideurs politiques mais aussi tous acteurs qui influencent les décideurs.

A partir des années 1990, la visibilité des lobbyistes commence à devenir plus grande car ils sont devenus très nombreux et se font concurrence, tout particulièrement à Bruxelles.

Ils ont besoin d’une certaine publicité auprès de leurs clients potentiels, les groupes d’intérêts.

Du coup, on les discerne mieux dans l’ensemble. A présent, les cabinets de lobbying ont souvent pignon sur rue et affichent une partie de leurs grands clients pour mettre en valeur leur réputation. Pour autant leurs opérations restent très opaques, ils vivent de l’ombre, dans l’ombre. La lumière les détruit.

Net & Digest

« L’industrie du mensonge : lobbying, communication, medias & publicité » de John Stauber & Sheldon Rampton aux éditions Agone.

Présentation de John Stauber.

Interview de Sheldon Rampton sur un de ses précédents ouvrages : « Banana Republicans ».

Association française des conseils en lobbying et affaires publiques.

le site du cabinet conseil, Communication économique et sociale.

Les péripéties du livre de Roger Lenglet et de Jean-Luc Touly.

 

 

 

L'Industrie du mensonge

Parution : 28/10/2004
ISBN : 2-7489-0012-X
364 pages
12 x 21 cm
20.00 euros

John StauberSheldon Rampton

L’Industrie du mensonge

Lobbying, communication, publicité & médias

Préfacé & complété par Roger Lenglet. Traduit de l’anglais par Yves Coleman

Duper l’opinion et plier les autorités aux intérêts des grands groupes industriels est un métier qui porte un nom : le lobbying. Ce livre révèle les procédés qu’utilisent les lobbyistes pour nous vendre aussi bien les vertus du tabac ou du nucléaire que celles des OGM ou de la guerre ; il dit dans quelles circonstances et sur quelles personnes ils les emploient. La diversité des protagonistes abordés, des stratégies exposées et la précision des faits répondent au souci d’analyser au plus près ce domaine, qui a pris une ampleur nouvelle et que l’on peut définir comme « l’art des pratiques d’influence appliqué à la décision politique ». Un art du secret recourant à des procédés inavouables et qui donne au mensonge une place sans précédent dans nos sociétés.

A-t-on pris assez conscience du rôle paradoxal que l’on fait jouer à l’« opinion publique » ? Objet d’un immémorial mépris dissimulé derrière les discours « démocrates » qui servent de masque à la plupart des gouvernants contemporains, formés aux mêmes certitudes qu’un Machiavel convaincu de l’éternelle bêtise du peuple et de la nécessité de le manipuler. L’immense majorité de nos élites est intimement convaincue que les citoyens sont dénués des qualités de jugement qui leur permettraient d’accéder à une bonne intelligence des informations sensibles et de fonder réellement la démocratie, en un mot que nos opinions sont condamnées à se nourrir des produits de l’« industrie du mensonge ». La seule différence entre la philosophie de Machiavel et le pragmatisme sans portée de nos dirigeants tient précisément à la finalité inaliénable du premier : la défense de l’intérêt général. User de mensonges pour accomplir le bien public, même si ce principe reste moralement et intellectuellement condamnable, reste une attitude philosophique diamétralement opposée à celle qui fait du mensonge l’instrument de fins viles, le moyen d’un mercantilisme passant s’il le faut sur le corps de ses semblables. »
(Roger Lenglet)

John Stauber (né en 1953 vit à Madison, Wisconsin)
Directeur et fondateur du Center for Media & Democracy, une association à but non lucratif spécialisée dans les investigations sur les entreprises de relations publiques créée en 1993. Depuis le lycée, il a collaboré à diverses organisations de défense des consommateurs et de l’environnement en militant à tous les niveaux, du local au national. Il écrit régulièrement pour la revue du Center for Media & Democracy, PR Watch, et compte déjà quatre ouvrages à son actif, tous co-écrits avec Sheldon Rampton : Toxic Sludge Is Good For You en 1995 (que nous traduisons ici sous le titre L’Industrie du mensonge), Mad Cow USA : Could The Nightmare Happen Here ? en 1997, Trust Us We’re Experts en 2001 et Weapons of Mass Deception : The Uses of Propaganda in Bush’s War on Iraq l’année dernière.
Avant de fonder cette association, il travailla cinq ans pour la Foundation on Economic Trends une association à but non lucratif basée à Washington DC.

Sheldon Rampton ( né en 1957 et vit à Madison, Wisconsin).
Diplômé de l’université de Princeton, il est rédacteur en chef de PR Watch. En plus des ouvrages co-écrits avec John Stauber, il est l’auteur de Friends In Deed : The Story of US-Nicaragua Sister Cities (en collaboration avec Liz Chilsen, le livre a paru en 1998). Il a collaboré étroitement au Wisconsin Coordinating Council on Nicaragua, pour lequel il était chargé du NICA Fund, projet visant à soutenir le développement économique des pays pauvres d’Amérique Centrale. Il a écrit de nombreux articles qui ont trouvé leur place dans des publications aussi variées que The Nation, Harper’s Magazine et In These Times. Il est également régulièrement interviewé ou cité dans The New York Times et The Washington Post.

Revue de presse

- Consulter Normand Baillargeon À Babord !, février-mars 2007
- Consulter Lobbying – La démocratie et les entreprises sous influence Com’Ent, 11/2005
- Consulter Profession manipulator ! Karine Salmon Com’Ent, 11/2005
- Se libérer du bruit médiatique dominant Roland Pfefferkorn La Marseillaise, 29/10/2005
- Consulter Infoguerre.com, 19/10/2005
- Consulter Les nouveaux propagandistes Imagine, 07-08/2005
- Consulter Alternatives économiques, n°233, 02/2005
- Consulter Marie Benilde Le Monde diplomatique, 02/2005
- Consulter Invasion de taupes dans les plates-bandes des ONG Albert Drandov Charlie Hebdo, 05/01/2005

Malheureusement trop peu connu du grand public, le travail effectué, tout particulièrement pour le compte des entreprises ou des gouvernements, par les firmes de relations publiques, les lobbyistes, les entreprises de communication, les publicitaires et les think tanks contribue depuis longtemps déjà à une profonde et dangereuse perversion du débat démocratique.
Les deux auteurs du présent ouvrage sont pour leur part particulièrement bien placés pour savoir cela. John Stauber est en effet le fondateur de l’important Center for Media and Democracy et de son magazine, PR Watch, qui surveille l’industrie des relations publiques. Sheldon Rampton est quant à lui le directeur de la recherche au même centre.
Les deux hommes ont à ces titres rédigé conjointement plusieurs ouvrages documentant les multiples stratégies permettant de duper l’opinion publique, d’orienter débats et discussions, d’occulter certains faits ou d’en minorer (ou d’en exagérer) la portée.
Le présent ouvrage est un catalogue d’horreurs présentées en quelques soixante-dix courts articles ventilés en douze chapitres qui portent des titres aussi prometteurs que : « Arts de l’arnaque et science de la propagande »; « Le nucléaire est économique, propre et sans danger »; « Un bon écologiste est un écologiste vendu »; « Empoisonner les petites gens »; et ainsi de suite.
La promesse est tenue et nous est offert un ouvrage important et tout à fait à la hauteur (élevée) de ce que nous propose Agone – qui a par ailleurs eu l’excellente idée de demander à Roger Lenglet de compléter et d’adapter la prose de Stauber et Rampton pour les lecteurs francophones.
On ne peut que souhaiter qu’un travail similaire à celui de Stauber et Rampton sera bientôt accompli et fera connaître aux Québécois les lobbyistes et autres firmes de relations publiques qui prennent si grand soin d’eux et veulent tellement leur bien.

Normand Baillargeon

À Babord !, février-mars 2007

Lobbying – La démocratie et les entreprises sous influence

Le Lobbying, qu’est-ce que c’est ?

Roger Lenglet : Pour en donner une définition simple, le lobbying c’est l’ensemble des pratiques d’influence exercées par des groupes d’intérêts auprès des décideurs et de tous ceux qui ont du poids sur l’opinion et la législation. Les pratiques qui posent problème sont celles qui, sous couvert de communication ou d’information, mettent en péril le jeu normal de la démocratie et sont exercées par des cabinets de lobbying, capables de mettre en œuvre des procédés d’influence moralement très douteux. Aujourd’hui, ces cabinets se sont multipliés. Ils ont pignon sur rue, concurrence oblige, et se présentent comme des experts en relations, communication et stratégie. Pour mener à bien leurs opérations, ils utilisent toutes les personnes qui peuvent leur apporter un relais d’influence au sein des réseaux politiques, juridiques, économiques… Chacun d’eux se spécialise : certains interviennent sur les produits toxiques et maîtrisent parfaitement l’art de duper les journalistes et de rassurer l’opinion publique, d’autres montent des opérations de déstabilisation des industries concurrentes, livrent « clés en main » des lois ou des réglementations favorables à leur marché, espionnent les milieux associatifs, etc. Pour y parvenir, ils instrumentalisent souvent leurs cibles, c’est-à-dire qu’ils peuvent aller jusqu’à en faire des alliés à leur insu : médias, journalistes, élus, directeurs d’administration, leaders d’opinion se trouvent ainsi soumis à toutes sortes de manipulations, soit à leur insu, soit avec leur complaisance consciente.

D’où vient le mot « lobbying » ?

Roger Lenglet : C’est un terme anglais qui renvoie étymologiquement à l’idée de «passer par le couloir», d’utiliser le moyen et le lieu opportuns pour atteindre le décideur. A l’origine, les lobbyistes étaient ceux qui attendaient dans les couloirs du parlement les élus pour tenter de les influencer «entre deux portes». Mais aujourd’hui, les vrais lobbyistes ne sont pas ceux qui attendent dans les couloirs pour soumettre leur dossier ou leur point de vue, l’efficacité passe par d’autres démarches qui exigent beaucoup plus d’opacité, une connaissance fine des rouages politiques, des moyens très convaincants et une proximité plus soutenue. C’est d’ailleurs pourquoi le mot lobbying a des connotations désormais négatives en Europe, et c’est aussi la raison pour laquelle le Congrès américain a voté une loi pour rendre le lobbying plus transparent en obligeant les lobbyistes à déclarer deux fois par an les sommes consacrées à leurs missions et les noms des élus qu’ils ont «démarchés».

La corruption fait-elle partie des « arguments » ?

Roger Lenglet : Dans l’arsenal des moyens utilisés, acheter un élu ou un parti ne gêne pas la plupart des lobbyistes pourvu que leurs commanditaires payent. Ouvrir et alimenter des comptes (souvent à l’étranger), offrir des emplois fictifs ou semi-fictifs, faire passer des enveloppes ou des mallettes, tout cela existe à grande échelle et aucun secteur économique n’est épargné, de même qu’aucun grand parti… Ce n’est plus vraiment un tabou mais on en sous-estime encore communément l’ampleur de ses pratiques et l’on ferme les yeux sur les acteurs qui servent de relais. La vie des réseaux politiques dominants est assise là-dessus. L’ignorance des grands élus est feinte, cette perfusion est banalisée. En réalité, ils y ont presque tous perdus leur faculté d’indignation et sont souvent dans une confusion morale inquiétante. Quand il s’agit de faire du lobbying avec des pratiques déloyales pour installer son supermarché ou obtenir une affaire dans une localité à la place d’un concurrent, c’est une atteinte aux règles de la démocratie et c’est scandaleux. Mais quand c’est pour retarder l’interdiction d’un produit qui tue ou rend malade, c’est criminel ! Or, les grandes industries qui diffusent des substances cancérigènes ou neurotoxiques dans notre alimentation et notre environnement quotidien parviennent à paralyser la décision politique et sanitaire avec des véritables stratégies de lobbying qui feraient l’effet d’une bombe si elles étaient faites au grand jour.

Avez-vous des exemples de cabinets de lobbying spécialisés dans les produits sensibles ?

Roger Lenglet : L’Association française des conseils en lobbying regroupe environ une dizaine de cabinets gérant des dossiers potentiellement explosifs sur le plan sanitaire. Leur objectif est, soit d’éviter tout débat public en confiant la gestion du dossier à des « tours de table » feutrés réunissant des politiques, des industriels et des experts, soit d’orienter rapidement ou d’éteindre les débats naissants en édulcorant habilement les informations. Le dossier de l’amiante, qui a été géré de cette façon par un cabinet reste aujourd’hui l’exemple le plus scandaleux de ce procédé. Dans le même but, les cabinets font souvent de la veille commanditée, payée par les industriels soucieux d’éviter que la toxicité de leur produit soit connue. Les futures crises sanitaires sont souvent connues des années, voire des décennies à l’avance, car les industriels disposent de données épidémiologiques sur leurs propres salariés exposés et en finançant des recherches qu’ils verrouillent. Bien avant qu’une crise surgisse en France, il est fréquent que des pays aient déjà mis en cause ou interdit le produit – souvent ceux de l’Europe du Nord ou les États-Unis. Leur stratégie est d’agir au plus tôt, avant même que les législateurs découvrent le problème, et de retarder le plus possible la prise de conscience claire des dégâts, pour continuer à vendre ou à déstocker, pour avoir le temps de délocaliser vers des pays moins informés ou plus souples, de débarrasser le groupe financier de la branche à risque ou de dissocier juridiquement les sociétés avant que les victimes n’agissent en justice pour faire payer les responsables. Ils parviennent couramment à prolonger de plusieurs années des marchés très juteux mais aussi à étanchéifier et à diluer les responsabilités, etc. Et lorsque le dossier arrive sur le bureau du législateur, il n’est pas rare que le cabinet de lobbying ait déjà concocté un texte de loi protégeant astucieusement les intérêts de leurs clients. Certains cabinets obtiennent même parfois le recul du législateur. Des politiques sont ainsi revenus sur des interdictions de produits toxiques ou des projets d’interdictions. L’amiante est le grand cas d’école, mais des centaines d’autres produits suivent le même chemin alors que les experts connaissent déjà leur extrême nocivité. Ces derniers, d’ailleurs, sont le plus souvent sensibilisés aux arguments économiques des industriels et finissent par banaliser la mortalité induite par les produits, acceptant le sacrifice de vies humaines en grand nombre avec une relative mauvaise conscience ou en s’imaginant qu’ils font ainsi preuve de «responsabilité politique», voire de maturité. A cet égard, le carriérisme et les habitudes mentales jouent à fond. On se remet très peu en question dans ce milieu discret où les plus intègres avalent chaque jour des couleuvres sanitaires pour conserver leur fonction.

L’homme politique est le cœur de cible des lobbyistes ?

Roger Lenglet : Oui, car la décision finale passe toujours par les politiques. Ils obéissent aux pressions mais ce sont leurs lois et leurs décrets qui ouvrent, ferment ou maintiennent les marchés. Législateurs et gouvernements décident concrètement de l’avenir des produits. Le rouage politique est incontournable. C’est d’ailleurs si vrai que le lobbying est un métier très ouvert aux anciens élus et aux ministres sortants. Nombre d’ex-ministres et de députés en fin de mandat viennent régulièrement grossir les rangs des lobbyistes, en attendant de revenir dans l’arène politique. Qu’il s’agisse de rejoindre la direction d’un laboratoire pharmaceutique, d’un groupe chimique ou d’une banque, c’est efficace. Evidemment, ce n’est pas très sain… Les anciens élus préfèrent faire du lobbying pour les grandes sociétés que pour les associations, ce qui ne profite pas vraiment à la démocratie. De grandes carrières politiques et financières se sont faites ainsi dans ce va-et-vient entre les grands groupes et les responsabilités ministérielles, voire le fauteuil présidentiel. Georges Pompidou en a été une illustration éloquente, mais d’innombrables autres politiciens à tous les niveaux de l’État font ainsi office de têtes de pont pour les banques et les industriels, notamment à la direction des services administratifs, pour ne pas parler des structures judiciaires où l’on trouve également des juges et des commissaires aux comptes qui se livrent également à ce jeu et se retrouvent en situation de conflit d’intérêt évident. De même, les attachés parlementaires, dont l’emploi est très fragile, se convertissent aussi facilement après avoir été les meilleurs relais des groupes de pression industriels ou financiers auprès de leur député. Le plus souvent, en effet, le député n’a pas entre ses mains tous les tenants et aboutissants des dossiers sur lesquels il va légiférer. L’attaché parlementaire reste le cerveau indispensable, celui qui effectue le travail de fond, rédige les textes, oriente certains paragraphes parfois à l’insu de son député… De plus, il connaît mieux que quiconque l’art et la manière de solliciter ou de présenter les choses aux élus. Bref, ce que l’on appelle le « pantouflage » cache en fait un véritable travail de lobbying. Certains grands lobbyistes font même profession de placer les politiques au sein des cabinets de conseil ou des directions d’entreprises.

Et les chercheurs ?

Roger Lenglet : Les chercheurs représentent aussi une cible du lobbying. Si une recherche met en cause l’innocuité d’un produit, l’opinion publique et les journalistes y sont sensibles, les politiques in fine. Les chercheurs fondent le jugement sur la toxicité des substances et sont une pierre angulaire du discours. Plus ou moins à leur insu, ils représentent un formidable outil de communication dont l’impact est certain. Les industriels et les politiques roués n’hésitent donc pas à faire monter au créneau leurs lobbyistes pour les aider à présenter leurs résultats, aussi dramatiques soient-ils, de façon rassurante. Les procédés sont nombreux mais, pour n’en citer qu’un ici, j’évoquerais celui qui consiste à diviser en deux, voire plusieurs tomes, les rapports des organismes sanitaires présentant à la presse les résultats des recherches menées sur des produits de grande consommation. Le premier tome, le plus lu, et souvent même le seul à être parcouru (les journalistes sont toujours pressés) est fréquemment rédigé de façon à donner le sentiment qu’il synthétise l’ensemble et que les volumes suivants ne sont pas d’une réelle utilité, sauf pour ceux qui voudraient approfondir le sujet (les rédacteurs en chef n’en laissent généralement pas le loisir). Or, j’ai mené une petite étude épistémologique consistant à comparer la teneur des différents volumes. Conclusion : le premier tome, la «synthèse», est systématiquement beaucoup plus rassurant que les suivants, lesquels sont d’ailleurs le plus souvent présentés sous la dénomination d’Annexes, terme qui, logiquement, ne devrait être employé que pour désigner des documents de référence et non les comptes rendus des recherches. Autre remarque, le premier volume n’est généralement pas rédigé par un scientifique mais par un représentant des autorités en collaboration avec ceux de l’industrie concernée… CQFD. Mais le lobbying intervient aussi plus en amont. En finançant la recherche sur leurs produits ou en la co-finançant, les groupes privés suivent au plus près l’apparition progressive des résultats. Cette surveillance est rendue possible par les rapports d’étape et les réunions régulièrement organisées avec les groupes de recherche. On ne compte plus les travaux stoppés par les financeurs quand ils ne conduisent pas vers des conclusions optimistes ! Pour prendre un exemple récent, j’attends toujours que les recherches sur la toxicité de l’aluminium dans l’eau du robinet soient reprises et le groupe de l’INSERM reconstitué alors que leurs résultats confirmaient les pires craintes. Je pourrais citer aussi les procédés dissuasifs obligeant les chercheurs à se taire, à rejoindre d’autres services, à accepter que leurs résultats soient réécrits pour gommer les morts, etc. En donnant une place toujours plus grande aux industriels dans la recherche publique, l’État a facilité ce travail des lobbyistes en amont. Je ne dis pas que les ministres de la recherche l’ont fait dans ce but mais le résultat est là alors que les crises sanitaires survenues au cours des dernières années montrent que l’intrusion des industriels dans les structures de prévention et de recherche leur a permis de paralyser l’alerte. Et je connais des dossiers d’une importance folle aujourd’hui qui, ainsi bloqués, dissimulent les dégâts actuels et préparent les scandales sanitaires de demain. De façon générale, la première question à se poser face à des résultats scientifiques est la suivante : qui a financé la recherche ? Financement privé, public, conjoint ? Aujourd’hui, les chercheurs sont de moins en moins loquaces auprès des journalistes, comportement qui coïncide avec l’intensification des privatisations du domaine de la recherche. Quant au chercheur qui ne veut pas courber l’échine ou qui déroge à la réserve, les moyens de rétorsion sont redoutables. En France, il n’y a pas encore de loi qui protège l’éventuel lanceur d’alerte. État de fait qui autorise les pires sanctions, dont le licenciement pur et simple, comme on l’a vu notamment à l’INRS avec André Cicolella, viré pour avoir refusé d’oublier les études suspectant les éthers de glycol et avoir voulu communiquer à ce sujet. Une loi protégeant les lanceurs d’alerte, comme aux États-Unis, est une nécessité urgente en France, elle permettrait aux chercheurs de se libérer un peu du lobbying des industriels.

Les médias sont-ils alors vraiment instrumentalisés ?

Roger Lenglet : Les médias, parce qu’ils éclairent et conditionnent l’opinion publique, sont une des autres cibles-clés. Mieux vaut distinguer médias et journalistes : nombreuses sont les diffusions médiatiques, comme des films ou reportages, présentés sous forme d’information, qui ne sont pas le fait des journalistes mais de lobbyistes, c’est-à-dire des produits conçus dans le cadre d’opérations de manipulation, par exemple pour contrebalancer la progression d’une information inquiétante à l’origine d’une prudence des consommateurs. Cela peut concerner aussi bien l’agroalimentaire que les médicaments, l’eau du robinet, le nucléaire, etc. Il faut savoir que les lobbyistes se placent de plus en plus en amont de l’information, et cela pas seulement en intervenant sur l’orientation des recherches mais sur les produits médiatiques : être en amont de la veille, quitte à prendre l’initiative de projets, avec un rôle d’incitateur de films, d’émissions et de reportages au niveau du financement, de la conception et de la diffusion. Ils sont aussi plus souvent à l’initiative de groupes de veille sanitaire, ce qui leur permet de choisir les membres qui les composent et, à l’arrivée, l’information qui sera relayée par les médias. Il s’agit toujours d’emprunter des formes non soupçonnables de manipulation, d’avancer masqué. En matière de santé publique, les lobbyistes exploitent la pauvreté culturelle ambiante… Ce n’est pas très glorieux pour les journalistes mais il faut bien reconnaître qu’ils ont laissé le plus souvent les médecins occuper les rubriques de santé publique dans la presse écrite et à la télévision. Résultat : on est toujours en France dans une situation où les symboles tiennent lieu d’argument. Le titre de professeur, de médecin ou une simple blouse blanche peuvent encore suffire à convaincre un journaliste de sa bonne foi. Et l’on peut trouver mille illustrations de ces ressorts du jugement ordinaire parfaitement disposés à la manipulation : une campagne de vaccination œuvre par nature pour le bien-être des gens, la recherche génétique sur la prédisposition aux grandes maladies est forcément un axe à privilégier, les causes de la maladie d’Alzheimer restent ignorées et sont sans doute à trouver dans les gènes puisque de grands gérontologues le disent, quels que soient les errances ou les erreurs du corps médical, il partage nécessairement les mêmes intérêts que les patients, etc. Toutes ces croyances forment une doxa solide qui fait la fortune de ceux qui commercialisent notre santé. On pourrait faire une encyclopédie entière des idées reçues et des préjugés communs en matière de santé publique. Dans ce domaine, les lobbyistes sont les sophistes d’aujourd’hui : comme ceux de l’antiquité, ils vendent aux riches et aux dirigeants leur savoir-faire en matière de communication. Et ils jouent sur du velours malgré les scandales sanitaires. La sacralisation du monde médico-scientifique est telle que la vigilance et le recul critique reste un arrachement pour les journalistes eux-mêmes, sans parler de leur complexe face à des dossiers qui leur paraissent trop complexes. Or, les tricheries scientifiques sont particulièrement courantes dans ce secteur : lisser les courbes statistiques, faire disparaître les « pics » expressifs ou les « excès significatifs » de cancers par exemple, gonfler les chiffres selon les besoins, montrer des résultats en phase avec la volonté de rassurer et de reconduire le budget du service… Découvrir ces supercheries nécessite de l’investigation matérielle et intellectuelle que les rédacteurs en chef rechignent à commander à leurs troupes, car une véritable enquête est coûteuse et risque toujours de déboucher sur un échec, sans compter le fait que les journalistes sont peu formés à l’investigation. Au final, toutes les conditions sont réunies pour faire des médias une bonne courroie de transmission assez facile à utiliser. Du coup, les grands investigateurs viennent souvent de la marge du journalisme : les pigistes sortent plus d’affaires que les autres, ils y mettent plus de temps et d’énergie sans que ça coûte beaucoup aux médias qui vont leur ouvrir leurs colonnes. On voit aussi des écrivains, de simples citoyens opiniâtres ou des associations mener ces enquêtes au long cours. Reste que la culture médiatique française privilégie plus le reportage que le travail d’investigation proprement dit, qui demande un énorme investissement. Les reportages s’appuient d’ailleurs fréquemment sur le travail accompli par ces derniers.

Vous expliquez que les lobbyistes multiplient les masques…

Roger Lenglet : Les lobbyistes se cachent volontiers derrière des institutions au nom ronflant, des cabinets d’expertise, des associations à noble cause prônant par exemple la défense du consommateur, la protection de l’environnement… Cherchez les financements et à qui profite les actions menées, vous ferez la différence entre les structures de lobbying et les autres. Parfois, c’est plus difficile, les liens directs avec le groupe industriel n’apparaissent pas facilement et leurs messages sont habiles, apparemment opposés aux intérêts de l’industrie. Ce qui leur permet d’apporter finalement une caution solide aux industriels quand ils « valident » certains dossiers. On dupe ainsi l’opinion publique pour faire passer des décisions aussi bien au niveau local que national. Il ne faut pas hésiter à les approcher de très près, à approfondir les discussions avec eux, la plupart finissent par se trahir. Et puis il y a aussi les divines surprises, des lobbyistes qui passent dans votre camp et se rachètent une âme en vous balançant des dossiers extraordinaires… Certains tentent aussi de vous manipuler encore plus habilement, en vous livrant des infos qui feront exploser le concurrent du groupe pour lequel ils travaillent réellement. La complexité de ce monde n’a rien à envier à celle de l’espionnage décrit par John Le Carré.

Internet est devenu, selon vous, un outil de lobbying…

Roger Lenglet : Avec Internet, la rumeur des crises est pressentie beaucoup plus tôt. Auparavant, la montée des scandales était discernable plus tard, en général trop tard pour permettre de préparer les contre-attaques à l’avance. Dans le meilleurs des cas, les lobbyistes faisant de la veille médiatique ou scientifique apercevaient d’abord quelques allusions dans l’actualité de la recherche, puis des brèves dans la presse, des petites bulles qui disparaissaient somme toute assez vite. L’intensification des forums de discussion et des pétitions par email a démultiplié la vitesse, le nombre et l’importance des crises dans l’opinion publique, mais cela permet aussi aux lobbyistes d’apercevoir beaucoup plus vite les premiers signes de crises, des alertes et des fausses alertes de manière quasi abusives. Ça leur permet aussi d’intervenir plus efficacement pour étouffer des alertes, éteindre ou contrarier des rumeurs, de participer aux forums pour identifier les leaders, de faire circuler des arguments plus ou moins mensongers, et même de créer des discussions pour mieux aimanter les participants sur certains sujets… C’est une source et un amplificateur de crise, un véritable outil pour le lobbying, qui, pouvant s’adresser directement à l’opinion publique, peut aussi l’influencer. La toile est plus qu’un système de veille pour tous les sujets qui concernent l’entreprise, c’est un outil qui permet de contrôler l’information et de la diriger, d’en connaître les sources, les cibles, de bâtir des stratégies de communication et de dissimulation. On pourrait aussi évoquer les techniques de relégation des sources d’information gênantes en saturant régulièrement certains thèmes et en occupant le terrain des réponses sélectionnées par les moteurs de recherche sur les sujets sensibles…

La communication de crise est-elle devenue plus efficace ?

Roger Lenglet : La communication de crise a indiscutablement profité des progrès du lobbying. C’est bon pour les industriels mais fort malsain pour la démocratie. Des logiciels pour gestion de crise ont été créés, qui permettent de répondre aux attaques et contre-attaques, de trouver des formules adaptées… Et les résultats des lobbyistes sont de plus en plus stupéfiants. Pour exemple, les études épidémiologiques menées en France pour évaluer la corrélation éventuelle entre le taux d’aluminium de l’eau des robinets et les cas d’Alzheimer. Ces études, qui ont duré 12 ans, ont constaté une situation assez terrible : deux fois plus de victimes de cette maladie là où le taux dépasse les 100 mg par litre d’eau. Première publication : cinq colonnes dans la presse. Le ministère de la santé évoque des soupçons, propose de mener des études et d’en reparler dans un an. Un an plus tard, le ministère de la santé n’est pas revenu sur la question. Mieux valait s’abstenir au vu des bilans des 7 études épidémiologiques internationales confirmant le lien entre le taux d’aluminium et la maladie d’Alzheimer, deux à trois plus dans la population là où le seuil de 100 était dépassé… Certains observateurs de santé publique s’alarment et préparent des déclarations à la presse. Mais soudainement, après des années de silence, les autorités sortent un communiqué de presse et un rapport de synthèse pour dire qu’il n’y a pas de problème, aucune relation démontrée, etc. ! Les médias reprennent le communiqué. Affaire étouffée. Voilà une communication de crise sidérante avec une distance sidérale entre le discours des autorités et la gravité de la situation. Des toxicologues diront à ce sujet qu’ils n’ont jamais observé un tel écart entre les résultats de la recherche réelle et le discours officiel.

La communication interne en entreprise va-t-elle tourner à la paranoïa ?

Roger Lenglet : La communication auprès de ses propres salariés dissimule en fait ce que l’on peut appeler du «lobbying interne». Il est développé pour éviter que les informations sensibles ne se diffusent à l’extérieur. Il s’agit de surveiller ce qui se dit, mais aussi d’inciter les salariés à un discours qui transmette l’image de l’efficience de l’entreprise, de neutraliser les tentatives d’intrusion des journalistes et des concurrents, de faire circuler des informations qui font perdre du temps ou égarent… Au sein d’une entreprise, les actions des lobbyistes sont regardées avec une certaine naïveté, une incrédulité consternée, comme si la direction devenait paranoïaque. Les salariés sont habitués à ce qu’on leur demande de valoriser l’entreprise vis-à-vis de l’extérieur mais pas à se méfier à ce point. D’ailleurs, même certaines directions d’entreprises restent naïves. Pour les convaincre, les lobbyistes en quête de clients les sensibilisent en leur apportant des preuves des opérations dont elles font l’objet de la part de la concurrence, des faits réels, comme des marchés perdus par l’entreprise et les procédés employés pour y parvenir… Les stages se multiplient actuellement pour apprendre aux salariés (de la base de l’entreprise à son sommet) ce qu’il faut dire à l’extérieur, les précautions qu’il faut prendre quand on parle du boulot entre collègues dans les lieux publics, sensibiliser les salariés face aux lobbyistes, comment cloisonner l’information, superviser ce qui se dit… On y apprend que le moindre agent d’entretien, videur de corbeille ou réceptionniste peut sortir des informations capitales. D’ailleurs, les journalistes d’enquête ne peuvent pas dire le contraire, ils savent depuis longtemps qu’ils connaissent souvent des choses très utiles. Autrement dit, en découvrant le lobbying dans toutes ses formes, on découvre un peu la lune.

Vous analysez l’impact d’un simple changement de nom de société…

Roger Lenglet : Apparemment anodin, le changement de nom d’une entreprise, par exemple après un scandale qu’on veut faire oublier (implication dans des versements occultes, licenciement massif, opérations ruineuses…) a en réalité des conséquences considérables. Même si personne n’est dupe, l’effet sera finalement très positif. Par exemple quand Vivendi décide de s’appeler Veolia après les opérations ruineuses de Jean-Marie Messier et son départ houleux dans un contexte où l’on veut redorer le blason du groupe dont il faut faire remonter le cours en bourse, le simple fait de modifier le nom a un impact bien réel. Ce qui est fort, qu’on le veuille ou non, sur le plan psycholinguistique, c’est que le nouveau mot réduit de fait les associations négatives, les images collées au précédent. N’oublions pas que les mots et leurs connotations conditionnent la pensée, les changements induits par une modification du nom sont à terme profonds. Le fait de créer une discontinuité nominative va permettre à l’entreprise de renaître symboliquement comme si quelque chose avait effectivement changé pour l’inconscient collectif. C’est une façon de signifier au public que la direction change d’orientation, que la culpabilité a été endossée mais qu’on veut changer et rompre avec le passé fautif. Quant aux journalistes qui, durant quelques temps, vont préciser que Veolia est le nouveau nom de Vivendi, ils vont finir par se lasser et songer que chacun ayant désormais fait le lien, il n’est plus utile de le rappeler. Ainsi, changer de nom, pour une entreprise comme pour un homme, c’est de la chirurgie identitaire, c’est changer d’identité. Le nom Vivendi restera à jamais attaché à l’ère Messier, en revanche celui de Veolia rendra les liens nauséeux, plus filandreux, et à terme les effacera de la pensée de l’opinion.

La novlangue, ou l’art d’aseptiser les vilains maux…

Roger Lenglet : On retrouve des opérations fondamentalement similaires avec les mots communs et les néologismes. Créer de nouveaux noms pour désigner des choses désagréables peut permettre d’aseptiser le discours, employer des mots positifs pour dire des choses négatives est toujours payant, les politiques font ça sans arrêt, instruits par des conseillers qui savent que les mots c’est des stimuli et du conditionnement. Pour un peu, vous pourriez rendre heureux des gens en leur annonçant une très mauvaise nouvelle si vous maniez bien la communication d’influence. Trouver un nom sympathique pour des produits malsains leur donne bonne figure. Prenez le problème des boues toxiques utilisées en épandage dans les champs agricoles pour s’en débarrasser à bon compte sans s’interroger sur la contamination des légumes qui vont y pousser : dans certains pays, comme aux États-unis, les lobbyistes les ont fait compresser pour leur donner la forme de petites galettes et les ont renommées « nutrigalettes » car elles contiennent effectivement, outre les métaux lourds très dangereux, des résidus organiques qui ont des propriétés d’engrais. Comme en cuisine, le nom donné au plat compte pour beaucoup dans le sentiment qu’il inspire, il vend une image, transmet un jugement. Comme l’expliquait Roland Barthes, un plat qui fait songer à du vomi tant qu’il n’est pas nommé positivement n’a aucune chance de plaire, mais donnez-lui une appellation ronflante et il fera des adeptes. L’objectif est clairement de permettre aux multinationales du traitement des eaux de s’en débarrasser en réduisant les phénomènes de résistance dans la population. Boues toxiques, cela rappelle trop la véritable nature du produit (les pollutions dont l’eau a été débarrassée). En revanche, nutrigalettes coupe le lien entre l’origine et le produit final. Il permet bien sûr de rassurer l’opinion, d’endormir la conscience du citoyen et sa faculté d’indignation face à un produit de cette nature répandu parmi les légumes qu’il va manger. Mieux : il lui cache ainsi le motif d’une réaction de rejet instinctive. Trop de gens croient encore que le langage n’est qu’un outil d’expression de la pensée. Or, la linguistique a démontré depuis près d’un siècle déjà que le langage précède la plupart de nos pensées et non l’inverse. N’est pas penseur qui veut et encore moins hors des mots. On sait depuis longtemps que le fait de réduire le vocabulaire réduit l’analyse, la synthèse et la critique. Ces conclusions de la linguistique avaient été illustrées par G. Orwell : la refonte du langage permet de s’occuper de la bonne santé des pensées de la population. Ainsi peut-on élaguer le langage de tous les mots à « connotation bourgeoise » et surtout réduire la polysémie embarrassante de termes qu’on préfère redéfinir de manière plus étroite : liberté, démocratie, responsabilité, autonomie, art, raison…

Changer les choses, est-ce possible ?

Roger Lenglet : Chaque échec, chaque crise sanitaire qui débouche sur l’interdiction d’un produit ou sur la mise en cause de responsables, est traduit par les lobbyistes comme un échec en termes de communication dont ils tirent des leçons. Ils deviennent ainsi de plus en plus redoutables, et ils évoluent très vite. Aux États-Unis et dans les pays nordiques où les contre-pouvoirs associatifs sont plus développés qu’en France, les scandales sanitaires éclatent des années avant qu’ils soient dénoncés chez nous. Ce décalage permet aux lobbyistes d’analyser les erreurs de communication qu’ils y ont commises et de se préparer à ne pas les reproduire chez nous. En d’autres termes, ils sont plus retors en France et dans les pays qui se réveillent plus tard, car l’expérience les a instruit. Changer les choses nécessiterait de commencer par mieux repérer les actions des lobbyistes. Il faut s’y habituer et rapidement. Une loi de transparence sur les missions des lobbyistes deviendra tôt ou tard une obligation si l’on veut sauver la démocratie. Quant à l’autonomie et l’indépendance des chercheurs, c’est désormais un rêve. Cependant, des sources de financement parfaitement identifiées, une pluralité systématique des expertises, un peu plus de maturité éthique de la part des chercheurs qui devraient organiser leur déontologie (leur corporation

Com’Ent, 11/2005

Profession manipulator !

Plus fort que le Da Vinci Code, venez découvrir « the lobbying zone » ! Ceux qui, étymologiquement, « passaient par le couloir » ont verrouillé presque toutes les portes… en gardant les clés pour eux. C’est en tout cas l’opinion de Roger Lenglet. Philosophe et journaliste d’investigation, il est le co-auteur avec John Stauber et Sheldon Rampton de L’industrie du mensonge : lobbying, communication, publicité & médias. Un ouvrage lucide ou alarmiste? Réaliste ou parano ? Com’Ent donne la parole à Roger Lenglet. À vous de juger.

À I’origine, les lobbyistes étaient ceux qui attendaient dans les couloirs du parlement les élus pour tenter de les influencer « entre deux portes ». Mais aujourd’hui, l’efficacité des vrais lobbyistes passe par d’autres démarches qui exigent beaucoup plus d’opacité, une connaissance fine des rouages politiques, des moyens très convaincants et une proximité plus soutenue. Les pratiques posant problème sont celles qui, sous couvert de communication ou d’information, mettent en péril le jeu normal de la démocratie et sont exercées par des cabinets de lobbying capables d’employer des procédés d’influence aussi performants qu’insidieux.

**Des cabinets qui ont du pignon**… Aujourd’hui, ces cabinets se sont multipliés. L’Association française des conseils en lobbying regroupe environ une dizaine de cabinets gérant, par exemple, des dossiers potentiellement explosifs sur le plan sanitaire. Ils ont pignon sur rue, concurrence oblige, et se présentent comme des experts en relations, communication et stratégie. Pour mener à bien leurs opérations, ils utilisent toutes les personnes qui peuvent leur apporter un relais d’influence au sein des réseaux politiques, juridiques, médiatiques, économiques. Leur objectif est soit d’éviter tout débat public en confiant la gestion du dossier à des « tours de table » feutrés réunissant des politiques, des industriels et des experts ; soit d’orienter rapidement ou d’éteindre les débats naissants en édulcorant habilement les informations.

Des blouses qui font encore le médecin. Il faut savoir que les lobbyistes se placent de plus en plus en amont de l’information, pas seulement en intervenant sur l’orientation des recherches mais aussi sur les produits médiatiques; être en amont de la veille, quitte à prendre l’initiative de projets avec un rôle d’incitateur de films, d’émissions et de reportages au niveau du financement de la conception et de la diffusion. Ils sont aussi le plus souvent à l’initiative de groupes de veille sanitaire, ce qui leur permet de choisir leurs orientations et les membres qui les composent et, à l’arrivée, l’information relayée par les médias. II s’agit toujours d’emprunter des formes non soupçonnables de manipulation. D’avancer masqué. En matière de santé publique. Les lobbyistes exploitent la pauvreté culturelle ambiante… Résultat : on est toujours en France dans une situation où les symboles tiennent lieu d’argument. Le titre de professeur, de médecin ou une simple blouse blanche peut encore suffire à convaincre un journaliste de sa bonne foi. Ajoutez-y les formules traditionnelles et la technicité apparente qui convient vous obtenez une mise en scène très rassurante qui donne le sentiment que tout est fait pour protéger au mieux la population, I’opinion est encore pétrie de naïveté face à ceux dont le métier est de rassurer. Dans ce domaine, les lobbyistes sont Ies sophistes d’aujourd’hui : comme ceux de l’Antiquité, ils vendent aux riches et aux dirigeants leur savoir-faire en matière de communication. Les cabinets de lobbying ne travaillent jamais pour les associations de victimes qui elles, n’ont pas les moyens de se payer leurs services.

La toile: un rêve de veille… De même, avec Internet la rumeur des aises est pressentie beaucoup plus tôt. La toile est plus qu’un système de veille, c’est aussi un outil qui permet de contrôler l’information et de la diriger, d’en connaître les sources, les cibles, de bâtir des stratégies de communication et de dissimulation en un temps record. Le web a la capacité d’amplifier les crises. L’intensification des forums de discussion et des pétitions par email a démultiplié la puissance et la vitesse de réaction de l’opinion publique face aux dangers. Cela permet aussi aux lobbyistes d’apercevoir beaucoup plus vite les premiers signes d’alertes et de les déjouer. Les entreprises en font d’ailleurs une arme redoutable pour lancer des rumeurs contre leurs concurrents. Reléguer des sources d’information gênantes en saturant régulièrement certains thèmes ou moteurs de recherche pour étouffer des alertes, participer aux forums pour identifier les leaders, créer des rumeurs, les éteindre ou les contrarier en faisant circuler des arguments plus ou moins mensongers, ouvrir des discussions pour mieux aimanter les participants sur certains sujets font aujourd’hui partie des opérations ordinaires menées par les lobbyistes sur le web…

En communication interne : pas su, pas dit. Au sein d’une entreprise, les actions des lobbyistes sont regardées avec une certaine naïveté, une incrédulité consternée. D’ailleurs, même certaines directions d’entreprises restent naïves. Pour les convaincre, les lobbyistes en quête de clients les sensibilisent en leur apportant des preuves des opérations dont elles font l’objet de la part de la concurrence. Des faits réels, comme des marchés perdus par l’entreprise et les procédés employés pour y parvenir… La communication auprès de ses propres salariés dissimule en fait ce que l’on peut appeler du « lobbying interne ». Il est développé pour éviter que les informations sensibles ne se diffusent à l’extérieur, il s’agit de surveiller ce qui se dit. Mais aussi d’inciter les salariés à un discours qui transmette l’image de l’efficience de l’entreprise, de neutraliser les tentatives d’intrusion des journalistes et des concurrents, de faire circuler des informations qui font perdre du temps ou égarent… Dans ce sens, des stages se multiplient actuellement pour apprendre aux salariés (de la base de l’entreprise à son sommet) ce qu’il faut dire à l’extérieur, comment cloisonner l’information, superviser ce qui se dit… On y apprend que le moindre collaborateur, y compris l’agent d’entretien ou le réceptionniste, peut sortir des informations capitales.

Chirurgie identitaire… plus qu’esthétique. Apparemment anodin, le changement de nom d’une entreprise – par exemple, après un scandale qu’on veut faire oublier – a, en réalité, des conséquences considérables. Même si personne n’est dupe, l’effet sera finalement très positif. Ainsi Vivendi, après les opérations ruineuses de Jean-Marie Messier et son départ houleux, décide-t-elle de s’appeler Veolia pour redorer son blason et faire remonter le cours en bourse. Créer une discontinuité nontinative est une façon de signifier au public que la direction change d’orientation. Que la culpabilité a été endossée mais qu’on veut changer et rompre avec le passé fautif. A moyen terme, cela va permettre à l’entreprise de renaître symboliquement comme si quelque chose avait effectivement changé pour l’inconscient collectif. Quant aux journalistes qui, durant quelque temps, vont préciser que Veolia est le nouveau nom de Vivendi, ils vont finir par abandonner ce rappel. Changer de nom, pour une entreprise comme pour un homme, c’est donc de la chirurgie identitaire qui revient à changer d’identité.

Coupe, des mots, c’est aussi coupe, des têtes… De même, trouver un nom sympathique pour des produits malsains leur donne bonne figure. Ce fut le cas des boues toxiques utilisées en épandage dans les champs agricoles pour s’en débarrasser à bon compte sans s’interroger sur la contamination des légumes qui vont y pousser. Dans certains pays, comme aux États-Unis, les lobbyistes les ont fait compresser pour leur donner la forme de petites galettes et les ont renommées « nutrigalettes » : elles contiennent effectivement, outre les métaux lourds très dangereux, des résidus organiques qui ont des propriétés d’engrais… Trop de personnes croient encore que le langage n’est qu’un outil d’expression de la pensée. Or,la linguistique a démontré depuis près d’un siècle déjà que le langage précède la plupart de nos pensées et non l’inverse. Retrancher des mots, c’est toujours retrancher de la pensée, et cette dernière ne repousse pas vite…

Karine Salmon

Com’Ent, 11/2005

À l’origine, L’Industrie du mensonge. Lobbying, communication, publicité & médias a été rédigé pour mettre à jour les opérations de manipulation de l’opinion publique et de la politique gouvernementale par les cabinets de relations publiques. La démarche cherchait à révéler les actions et les procédés mis en place par ces agences de lobbying pour influencer les décisions. Force est de constater que cet ouvrage remplit pleinement ses objectifs.

Face aux entreprises, le citoyen-consommateur détient un énorme pouvoir que lui-même soupçonne à peine : choisir de consommer ou non tel ou tel produit. Ce choix reste au demeurant « trop dangereux » pour être laissé au seul bon vouloir du citoyen ; ce dernier doit être guidé ! Les agences de lobbying jouent ce rôle de conseiller « éclairé » pour simplement et distinctement expliquer ces sujets trop complexes que sont le nucléaire, le tabac, les OGM, la santé…

Les auteurs passent en revue les procédés et les savoir-faire en prenant appui sur de réelles campagnes d’opinion : financement de partis politiques et création d’associations regroupant des pseudo-scientifiques pour soutenir l’industrie du tabac, utilisation des bandes dessinées à destination des enfants par les compagnies d’électricité pour promouvoir le nucléaire aux États-Unis…
La création d’associations fantômes ou la récupération de mouvements existants sont des pratiques couramment employées pour influencer les leaders d’opinion. Pour se faire, des structures sont créer ex-nihilo, d’autres agrégent de réels militants ou des personnalités connues du secteur servant ainsi de gages… l’objectif étant qu’au final les associations sur lesquelles reposent les campagnes paraissent authentiques. Cette stratégie se présente comme une « démocratie synthétique ».

L’ouvrage présente également les stratégies des agences de lobbying visant à contrer les militants trop « gênants ». Selon Ronald Duchin, vice-président d’un cabinet de relations publiques, il existe quatre types de militants : les révolutionnaires, les opportunistes, les idéalistes et les réalistes. Voici sa démarche pour les maîtriser : isoler les révolutionnaires ; puis flatter les idéalistes et les éduquer pour les transformer en réalistes ; enfin récupérer les réalistes pour qu’ils adoptent le point de vue de l’industrie menacée.

Malgré des exemples souvent anciens et avant tout localisés aux Etats-Unis, cet ouvrage brille par sa clarté d’écriture, la précision de ses exemples et la démonstration du pouvoir détenu par ceux qui « murmurent à l’opinion publique ».

Précisions de Roger Lenglet qui a préfacé l’ouvrage et l’a complété d’exemples européens.


« Duper l’opinion et plier les autorités aux intérêts des grands groupes industriels est un métier qui porte un nom : le lobbying. Ce livre révèle les procédés qu’utilisent les lobbyistes pour nous vendre aussi bien les vertus du tabac ou du nucléaire que celles des OGM ou de la guerre ; il dit dans quelles circonstances et sur quelles personnes ils les emploient. La diversité des protagonistes abordés, des stratégies exposées et la précision des faits répondent au souci d’analyser au plus près ce domaine, qui a pris une ampleur nouvelle et que l’on peut définir comme « l’art des pratiques d’influence appliqué à la décision politique ». Un art du secret recourant à des procédés inavouables et qui donne au mensonge une place sans précédent dans nos sociétés.

A-t-on pris assez conscience du rôle paradoxal que l’on fait jouer à l’« opinion publique » ? Objet d’un immémorial mépris dissimulé derrière les discours « démocrates » qui servent de masque à la plupart des gouvernants contemporains, formés aux mêmes certitudes qu’un Machiavel convaincu de l’éternelle bêtise du peuple et de la nécessité de le manipuler. L’immense majorité de nos élites est intimement convaincue que les citoyens sont dénués des qualités de jugement qui leur permettraient d’accéder à une bonne intelligence des informations sensibles et de fonder réellement la démocratie, en un mot que nos opinions sont condamnées à se nourrir des produits de l’« industrie du mensonge ». La seule différence entre la philosophie de Machiavel et le pragmatisme sans portée de nos dirigeants tient précisément à la finalité inaliénable du premier : la défense de l’intérêt général. User de mensonges pour accomplir le bien public, même si ce principe reste moralement et intellectuellement condamnable, reste une attitude philosophique diamétralement opposée à celle qui fait du mensonge l’instrument de fins viles, le moyen d’un mercantilisme passant s’il le faut sur le corps de ses semblables. »

Infoguerre.com, 19/10/2005

  

Les nouveaux propagandistes

« Espion, lobbyiste et agent de relations publiques sont des métiers qui se recoupent largement », estime le journaliste français Roger Lenglet, qui préface et complète un ouvrage éclairant. Traduction attendue d’un best-seller étasunien – Toxic Sludge Is Good For You, de John Stauber et Sheldon Rampton –, le livre dévoile en détail les stratégies utilisées par les professionnels de la persuasion pour duper l’opinion publique et amener les autorités à se plier aux intérêts des grands groupes industriels.
Véritables propagandistes de l’industrie, les agences de relations publiques vendent différents services, de la communication d’entreprise au conseil stratégique, en passant par le lobbying sous toutes ses formes. Né aux États-Unis au début du XXe siècle, le secteur des « PR » est aujourd’hui devenu une industrie florissante et mondialisée qui, en 2002, pesait plus de 5,4 milliards de dollars. De Nike à Monsanto, de MacDo à DHL, toutes les grandes multinationales y ont désormais recours.
Mensonge par omission, espionnage, neutralisation « proactive » d’opposants, « location » ou « achat » d’experts « neutres » pour défendre des intérêts particuliers, livraison de reportages clé sur porte aux médias, etc. : tous les moyens sont bons pour soigner l’image d’une entreprise – ou d’un État –, désamorcer la contestation ou obtenir de nouveaux marchés.
Et Stauber et Rampton savent de quoi ils parlent : depuis dix ans déjà, ils animent PR Watch, une des seules ONG au monde à suivre de près les agissements du secteur aux États-Unis. Jamais ses stratégies et son cynisme institutionnalisé n’avaient été mis à jour avec autant de clarté et de détails. En ce sens, écrit Lenglet, l’ouvrage constitue « une contribution fondamentale à l’histoire contemporaine de nos sociétés ». Vous voilà prévenus.

Imagine, 07-08/2005

Les auteurs nous entraînent dans les méandres du lobbying, ou l’art de plus en plus savant et de mieux en mieux organisé de défendre ses intérêts, notamment auprès des médias. Les mécanismes de ce qu’ils nomment « l’industrie du mensonge » sont particulièrement bien décrits. L’art d’influencer l’opinion remonte à la Grèce antique, mais les moyens de ce qu’il faut bien appeler de la propagande prennent aujourd’hui une autre échelle. Selon les auteurs, 10 milliards de dollars au minimum étaient dépensés dans ce domaine chaque année par les entreprises américaines au milieu des années 90.
On retiendra notamment la façon dont les entreprises constituent autour d’elles des groupes de soutien soi-disant indépendants, d’associations qu’elles subventionnent ou d’« experts » qu’elles rémunèrent. Et comment elles façonnent le message médiatique en fournissant des reportages clés en main.
On ne peut que regretter qu’il ait fallu dix ans pour traduire cet ouvrage qui, même si le fond a peu évolué, y perd en actualité. Heureusement, Roger Lenglet a eu la bonne idée de compléter de nombreux chapitres par la situation française.

Alternatives économiques, n°233, 02/2005

Le père du lobbying s’appelle Ivy Lee. Après avoir soutenu l’effort de guerre américain pendant la Première Guerre mondiale, il s’est mis au service des Rockefeller au cours d’une « guerre privée » qui opposa les propriétaires de mines de charbon à des milliers de mineurs en grève de Virginie-Occidentale. Tracts, valorisation des œuvres de charités, discrédit jeté sur les syndicats – depuis, les méthodes ont fait florès, même si le fait que Ivy Lee œuvrait en 1934 à l’amélioration des relations germano-américaines a un peu terni sa réputation… Désormais, les agences de lobbying sont au service des centrales nucléaires, de Monsanto, de l’industrie alimentaire ou des fabricants de pesticides. Le constat des auteurs est implacable : chaque année, des milliards de dollars sont dépensés par des propagandistes qui se dévouent à la « fabrication du consensus ».

Marie Benilde

Le Monde diplomatique, 02/2005

Invasion de taupes dans les plates-bandes des ONG

« Boissons fortes, blondes plantureuses et bakchichs généreux ». C’était au temps du lobbying « à la papa », lorsque la fameuse stratégie des « trois B » était la référence absolue des lobbyistes américains pour « convaincre » leurs interlocuteurs. Aujourd’hui, le métier est devenu une véritable industrie lourde, qui absorbe un milliard de dollars par an en provenance des industriels, rien que pour contrer les arguments écolos et donner une image « verte » aux multinationales. Dans cet ouvrage édifiant, deux fins connaisseurs du lobbying américain passent en revue les méthodes raffinées et plus ou moins avouables de la communication industrielle.
Exemple classique : un livre s’apprête à révéler que les aliments produits aux USA contiennent des substances cancérigènes. Coup de sand des industriels de l’agro-alimentaire. Lesquels en appellent à un cabinet de « conseil stratégique en marketing alimentaire », qui organise aussitôt le dénigrement de l’auteur. Il casse sa crédibilité professionnelle, envoie des courriers bien placés – jusqu’à la Maison-Blanche –, fait pression pour que le scientifique qui a rédigé la préface retire sa signature, etc. Résultat : le bouquin n’intéresse personne. Ni les journalistes ni les réseaux des libraires. Et le public ne sait pas que ce livre existe.

Mais les plus malins savent anticiper et font appel à des boîtes de « conseil », qui analysent directement les idées et les actions des militants associatifs (avec profils des responsables, sources de financement…), afin de les exploiter à bon escient. Le patron d’un de ces bureaux d’étude explique, notamment, qu’il faut savoir « isoler les révolutionnaires », « flatter les idéalistes » et les transformer en réalistes. Puis, « récupérer les réalistes afin qu’ils adoptent le point de vue de l’industrie menacée ». Quitte à financer toutes leurs initiatives (journaux, colloques…). Quitte aussi à employer des taupes, comme le faisait le patronnat américain au début du siècle en envoyant des détectives privés infiltrer les syndicats.

De quoi, peut-être, expliquer comment Nestlé, par exemple, est parvenu à tuer de l’intérieur une campagne contre le lait en poudre pour les bébés du tiers-monde. Ou pourquoi la présidente de l’Association des mères contre la conduite en état-d’ivresse s’est fait embaucher par une association de producteurs d’alcool opposée à des lois favorables aux alcootests…
Plus fort encore, certaines sociétés de relations publiques montent des associations bidon. Comme l’Alliance nationale des fumeurs (3 millions d’adhérents), financée par le lobby du tabac, et censée défendre la liberté de s’empoisonner. Ou comme la Coalition pour la liberté de choix en matière d’assurance-santé, une émanation des compagnies d’assurance chargée, en son temps, de tuer dans l’œuf la réforme santé de Clinton.
On le devine, l’objectif suprême d’un industriel – ou d’un politique – est de pouvoir contrôler directement l’informaion produite par un journaliste. Rien de plus facile aujourd’hui avec les « kits de reportage » : des milliers de sujets, réalisés par différents lobbies, livrés gratuitement aux chefs des télés. Et ça marche ! Par flemme, par conviction ou pour réduire les coûts, beaucoup acceptent de publier régulièrement tout ou partie de ces publi-reportages maquillés. Une méthode qui devrait toutefois faire sourire Bouygues, Dassault et Lagardère. Eux ont préféré acheter carrément les trois quarts des médias français.

Albert Drandov

Charlie Hebdo, 05/01/2005

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UNE DOMINATION SANS PARTAGE.Règne des multinationales et dégâts collatéraux

Posté par issopha le 14 mai 2008

 UNE DOMINATION SANS PARTAGE 

Règne des multinationales

 

Est considérée comme multinationale toute firme ayant réalisé des investissements durables à l’étranger et disposant de filiales hors de son pays d’origine, ou ayant pénétré certains pays hôtes grâce à des alliances avec des entreprises locales. Si l’on s’en tient à cette définition, les multinationales ont connu une expansion sans précédent en quarante ans : de 6.000 en 1960, on en comptait 65.000 en 2001, contrôlant 800.000 filiales actives de par le monde. 

Bien que détenu uniquement par un faible nombre d’entre elles, le pouvoir qu’elles exercent sur les habitants et les richesses de la planète est devenu pratiquement absolu. 

 

 Etat des lieux 

Fait sans précédent dans l’histoire de l’humanité, certaines entreprises, prises individuellement, disposent désormais de plus d’avoirs et d’influence que des pays riches. C’est ainsi que le chiffre d’affaires de Wal Mart, le géant mondial de la distribution, s’élève désormais à 350 milliards de dollars, soit l’équivalent du PIB de
la Belgique, ou encore de l’Arabie Saoudite. Le chiffre d’affaires de General Motors dépasse quant à lui le PIB du Danemark, le chiffre d’affaires d’Exxon Mobil celui de d’Autriche. En 2005, la multinationale pétrolière a repoussé le record historique concernant les bénéfices nets engendrés en un seul trimestre : 10,7 milliards de dollars ! 

Cette course au gigantisme ne semble connaître aucune limite : alors que la plus grosse capitalisation boursière en 1982 était détenue par IBM à hauteur de 92 milliards de dollars, elle est désormais détenue par Exxon à hauteur de 406 milliards de dollars. Les pays émergents sont également touchés par la démesure. Leurs cent plus grosses multinationales ont totalisé en 2006 un chiffre d’affaires de 1.200 milliards de dollars, en augmentation de 30% en deux ans seulement. Ces sommes démesurées sont à l’image de l’influence et de la force de frappe dont disposent aujourd’hui les multinationales les plus puissantes. En toute logique, les fusions et les acquisitions se sont multiplié, traduisant une voracité sans limites. En croissance continue pour la quatrième année consécutive, les opérations de fusions et de rachats ont connu une augmentation record en 2006, représentant la bagatelle de 3.610 milliards de dollars dans le monde, soit 35% de plus qu’en 2005, année déjà plutôt « faste » en la matière. Mais ce qui frappe, c’est que la jungle financière est de plus en plus impitoyable. Le nombre d’opérations hostiles a bondi à près de 500 milliards de dollars, soit une évolution de 87% par rapport à l’exercice précédent. 

D’un point de vue collectif, les multinationales les plus influentes disposent de richesses qui leur confèrent un pouvoir démesuré : en 2002, les 200 plus grandes sociétés multinationales contrôlaient ensemble le quart du produit mondial brut. En 2006, elles se rapprochaient des 30%. Certains secteurs sont également presque entièrement sous contrôle des grands groupes financiers. Il en est ainsi des facteurs les plus cruciaux de l’économie, comme dans le domaine de l’alimentation. Les 30 plus grandes chaînes d’alimentation contrôlent environ le tiers du marché alimentaire mondial. Et leur évolution est tentaculaire : le nombre de pays où les 5 plus grosses multinationales sont implantées a augmenté de 270% entre 1980 et 2001. Dans certains sous-secteurs, la domination est encore plus totale. Ainsi, les 4 plus grosses multinationales productrices de céréales se partagent 90 % du marché mondial tandis que les 4 majors du disque se partagent 80% du marché européen. Au niveau des semences transgéniques, on frise l’hégémonie avec la multinationale américaine Monsanto qui en détient 80% du marché mondial. La majeure partie du commerce du café est contrôlée par une poignée de multinationales. Quant au secteur du coton, une dizaine de groupes s’y partagent la majorité des échanges. Ces situations de quasi-monopoles se retrouvent tout aussi fréquemment aux niveaux nationaux ou régionaux. Au niveau des semences transgéniques, la domination est encore plus totale avec la multinationale américaine Monsanto qui en détient 80% du marché mondial. La majeure partie du commerce du café est contrôlée par une poignée de multinationales. Quant au secteur du coton, une dizaine de groupes s’y partagent la majorité des échanges. Ces situations de quasi-monopoles se retrouvent tout aussi fréquemment aux niveaux nationaux ou régionaux. 

Mais en réalité, ce ne sont pas seulement les multinationales, mais bien tous les acteurs financiers dont les fortunes atteignent des proportions démesurées. Les actifs des « Hedge Funds » (fonds d’investissement spéculatifs) pèsent désormais 1.760 milliards de dollars, soit trois fois plus qu’il y a à peine 5 ans. Les fonds de pension réunis valent désormais 3.000 milliards de dollars. Les banques et les assurances accumulent les profits avec une régularité de métronome. En 2006, les 5 banques américaines les plus importantes ont combiné ensemble un nouveau record de profit net : 28 milliards de dollars. Au plus grand bonheur des courtiers et des « spécialistes » des marchés financiers. À
la City de Londres, le montant des primes qui leur a été versé fin 2006 atteignait un nouveau record de 13,2 milliards d’euros.

 

Les multinationales, ou la configuration d’une nouvelle économie 

L’émergence des multinationales comme acteur principal de l’économie mondial ne s’est pas produite sans une évolution « interne » au sein même des entreprises. Le changement majeur dans la gestion d’entreprise, c’est que tout est désormais conçu et pensé dans l’intérêt des actionnaires. En effet, en quelques décennies, l’actionnariat a profondément changé de visage. Parmi ses anciennes composantes, l’Etat et l’actionnariat familial ont pratiquement disparu, laissant place aux assurances et aux divers fonds d’investissement, des fonds spéculatifs aux fonds de pension. Les objectifs de rentabilité à outrance et les méthodes appliquées par les multinationales pour y parvenir s’expliquent par la nature même de ces nouveaux actionnaires. En effet, les fonds d’investissement ne sont pas là pour accompagner les entreprises dans leur développement, loin s’en faut. Au contraire, leur seul intérêt est à court terme, aussi exigent-ils des rendements immédiats très élevés, la barre des 15% étant couramment imposée. Les multinationales sont donc plus que jamais devenues une projection du monde de la finance. Et en toute logique, les deux convergent vers un unique objectif : l’accumulation sans limites du profit. 

Le cours de l’action est donc devenu la priorité essentielle de l’entreprise, éclipsant toutes les autres au rang de faire-valoir. Pour s’assurer la docilité des dirigeants, souvent issus des milieux financiers et déjà acquis à leur cause, les « nouveaux actionnaires » les associent au cours de l’action en bourse, notamment en leur accordant des stock-options (un lot d’actions que les dirigeants ont tout intérêt à « valoriser » pendant leur mandat pour en tirer le bénéfice le plus juteux possible lors de la revente). Cette pratique, ainsi que les rémunérations mirobolantes qui leur sont attribuées – ou qu’ils s’attribuent eux-mêmes – conduisent aux dérives salariales auxquelles nous assistons pour le moment. 

Face à cette « dictature des 15% », les salariés en sont réduits à de simples variables d’ajustement, bon à être vendus, restructurés ou licenciés sur l’autel du profit à court terme. Les fonds d’investissement, eux, n’en ont cure. Non seulement ils prospèrent, mais en plus, ils ne doivent jamais répondre de leurs actes. Car lorsque les médias se focalisent sur des délocalisations ou des licenciements collectifs, ce sont toujours les multinationales qui sont citées. Jamais les actionnaires qui très souvent tirent les ficelles en coulisse. 

Aujourd’hui, la classe financière n’habite plus uniquement la sphère de l’économie. Elle est devenue un pouvoir autonome qui en a largement débordé, ses intrusions s’étendant désormais aux mondes scientifique, culturel et plus grave encore, à la gouvernance. En sapant une monnaie, en soutenant un régime docile à ses injonctions, en provoquant des crashs boursiers sur fonds de spéculation, la classe financière affirme son pouvoir absolu sur la vie sociale, économique et politique de tous les individus de la planète. Car c’est bien cela que la mondialisation a permis aux nouveaux maîtres du monde : repousser sans cesse les limites de leur pouvoir et de l’appropriation des richesses de la planète.

 

Collusion avec l’administration Bush 

Première arme de choix pour les multinationales : l’administration présidée par George W. Bush. En réalité, les multinationales américaines n’ont nul besoin d’exercer une quelconque pression sur le gouvernement américain. Elles sont le gouvernement. Que
la Maison-Blanche ait des connexions avec le milieu des affaires n’a évidemment rien de révolutionnaire, loin de là. L’unique nouveauté, c’est le peu de souci qu’a l’administration Bush d’occulter cette réalité. 

Pour s’en persuader, rien de tel que de rappeler le coût du financement de la campagne électorale de Georges Bush pour sa réélection en 2004, estimé à 200 millions de dollars, un montant sans précédent. Rien de tel ensuite que de passer l’administration Bush en revue. 

Le président tout d’abord, a (mal) dirigé plusieurs firmes pétrolières, dont l’influente Harken. Le vice-président, Dick Cheney, est l’ancien PDG d’Halliburton, multinationale très active dans le pétrole, l’armement et la construction. Son épouse a repris son ancienne fonction de directeur de Lockheed Martin, une autre grosse multinationale active dans la défense. En parlant de défense, son ministre, Donald Rumsfeld est l’ancien directeur de Gilead Sicences (biotech), dont il a touché au passage l’équivalent de 30 millions de dollars de stock options. Condoleezza Rice est une ancienne conseillère d’administration d’Halliburton et de la multinationale pétrolière Chevron. Robert Zoellik, représentant des USA pour le commerce extérieur est un ancien conseiller d’Enron et est actuellement toujours le directeur de Said Holdings, spécialisée en commerce d’armement. Et ainsi de suite. 

Tous les membres de l’administration Bush, des ministres aux conseillers en passant par les adjoints, sont issus sans exception des secteurs financiers américains les plus influents. L’industrie pétrolière y est la mieux représentée. Historiquement, le parti républicain et le pétrole ont toujours fait bon ménage. Il est dans l’intérêt évident des pétroliers de conserver les républicains au pouvoir. Une majorité démocrate serait favorable à la limitation des gaz à effet de serre et pourrait même s’en prendre à leurs bénéfices en les surtaxant. Les multinationales pétrolières américaines ne s’y sont pas trompées, elle qui, en octobre 2004 comme en octobre 2006, ont réduit volontairement le prix du baril à des fins électorales pour le moins évidentes.

 

L’ONU cadenassé par les Etats-Unis 

L’Organisation des Nations Unies est financée à hauteur de 26% par les Etats-Unis. Dans le vaste et complexe système onusien, pas un secteur n’échappe à la contribution financière et à l’influence américaine. Cette mainmise s’exerce jusque dans les recrutements. Pas un seul des hauts fonctionnaires de l’ONU ne bénéficie de la moindre promotion sans l’aval exprès de
la Maison-Blanche. Jean Ziegler qui, en tant que rapporteur spécial du PAM (Programme Alimentaire Mondial), connaît bien l’institution, nous explique dans « L’Empire de
la Honte » qu’un bureau de
la Maison-Blanche abrite une équipe spécifique composée de hauts fonctionnaires et de diplomates. Leur mission exclusive est « de suivre la carrière et les faits et gestes de chacun des principaux dirigeants de Nations Unies ou de leurs organisations spécialisées. Quiconque ne marche pas droit a peu de chances de survivre dans le système ». 

Mais c’est certainement au niveau militaire que la mainmise américaine sur les instances onusiennes est la plus visible. Les Etats-Unis disposent, comme les quatre autres membres permanents (Russie, France, Angleterre et Chine), d’un droit de veto au Conseil de Sécurité de l’ONU, droit dont ils usent et abusent en vue d’assouvir leurs objectifs économiques et géopolitiques. À titre d’exemple, ce droit de veto a déjà utilisé à huit reprises ces six dernières années par les Etats-Unis, contre une seule fois pour tous les autres membres permanents durant la même période. Concernant la seule question israélo-arabe, la seule délégation américaine a déjà posé 33 fois son veto. Par contre, lorsque le Conseil de Sécurité ne suit pas la délégation états-unienne, comme ce fut le cas pour la guerre en Irak, les Etats-Unis passent outre les résolutions. Rappelons que l’invasion de l’Irak avait surtout pour but sa « reconstruction », dont le terme a permis de masquer une gigantesque privatisation des secteurs rentables de l’économie irakienne au profit principal. des multinationales américaines. 

Ces dernières sont du reste très présentes dans les instances onusiennes. Mais contrairement aux intrigues discrètes qui viennent d’être décrites, les multinationales agissent en plein jour. Et ce par la grâce du Global Compact. Visant, selon la formule du secrétaire général de l’ONU, à « unir la force des marchés à l’autorité des idéaux universels », le Global Compact, créé en janvier 1999, est un code de bonne conduite proposé aux multinationales désireuses d’y participer. Englobant des sujets aussi variés que le respect des droits de l’homme et des travailleurs, la liberté syndicale, le respect environnemental ou encore la lutte contre la corruption, le Global Compact aurait pu être l’outil idéal. Seulement, le mécanisme a un défaut, qui change fondamentalement toute la donne : l’absence de contraintes juridiques, empêchant de fait le contrôle du respect des engagements des multinationales. Ce qui explique pourquoi plus d’un millier d’entreprises – dont certaines, telles Shell et bien d’autres, bafouent allègrement ces droits – se sont ruées sur l’occasion. Coup double ! Non seulement elles bénéficient d’un impact médiatique considérable et redorent leur image de marque, mais surtout, elles n’ont rien signé qui les obligent à respecter l’accord. Le Global Compact consacre un renversement inquiétant que la FIDH ne manquait pas de signaler : les droits de l’homme sont proposés aux entreprises comme une disposition facultative, alors qu’ils devraient s’imposer à elles, puisqu’ils sont par essence les valeurs communes de l’humanité. 

À ce jour, le Global Compact représente certainement la pire des impostures que les multinationales aient mises en place. Pire même, en assujettissant l’intérêt général à l’intérêt des milieux financiers, il symbolise la démission de la communauté internationale. Les multinationales ont une fois encore démontré qu’elles ne tolèrent rien de ce qui pourrait entraver leur « liberté » d’investir.

 

Les institutions financières sous contrôle des multinationales 

Les trois principales institutions financières mondiales sont l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC),
la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI). Toutes sont, chacune à leur manière, assujetties aux intérêts des multinationales. 

De ces trois institutions financières internationales, l’OMC dispose en apparence du système le plus démocratique, chaque pays membre y possédant une voix. Les multinationales n’en contrôlent pas moins l’ensemble de l’institution. Depuis sa création, l’OMC a édicté, systématiquement à l’initiative des grands groupes financiers, toutes sortes d’accords commerciaux en leur faveur. Les libéralisations successives des télécommunications, des transports publics, puis finalement de l’ensemble des services publics (via l’AGCS) en sont une des nombreuses illustrations. Sur des questions aussi essentielles que le domaine agricole, l’OMC n’a toujours pas remis en question les subventions agricoles des pays riches qui profitent à leurs multinationales de l’agroalimentaire, asphyxiant ainsi les petits producteurs des pays riches comme des pays pauvres. Ces exemples à foison démontrent la totale dépendance de l’OMC aux grands groupes financiers des pays riches. 

Ce déséquilibre est également visible au sein de l’ORD (Organe de Règlement des Différents), sous-institution de l’OMC qui règle les conflits du commerce international. Des experts sont certes mis à disposition des pays en litige. Mais outre que ces experts sont généralement issus de pays développés et donc rarement neutres, les délégations des pays pauvres, qui n’ont déjà souvent pas les moyens d’y faire siéger un membre permanent, se retrouvent désavantagées de fait. Les nouveaux adhérents se retrouvent également dans cette même position de faiblesse. On s’en persuadera lorsque l’on voit les veto successifs imposés par les Etats-Unis au Viêt-Nam, finalement accepté au prix d’une cession complète de son secteur public aux investissements étrangers. Quant à l’adhésion de
la Russie, celle-ci a été pour la énième fois rejetée en juillet 2006, sur simple veto de la délégation américaine.

 

 
La Sous-Comission de la promotion et de la protection des droits de l’homme de l’ONU commanda durant l’année 2000 une enquête sur l’influence des sociétés transcontinentales au sein de l’OMC. Les experts conclurent de la manière suivante : « L’OMC est presque totalement entre les mains des sociétés transcontinentales privées ». Malgré de nombreuses pressions extérieures, le rapport fut maintenu. Il s’agit désormais d’un document officiel des Nations Unies


La Banque Mondiale et le FMI ont également été des promoteurs acharnés de l’idéologie néo-libérale.
La Banque Mondiale finança et finance encore de nombreux projets de privatisations dans les pays en voie de développement. Le FMI, en contrepartie des prêts qu’il leur accordait, exigeait d’eux une libéralisation totale des secteurs publics, opportunité juteuse dans laquelle se sont engouffrées de nombreuses multinationales
.

 

 Ces deux institutions ont comme dénominateur commun un assujettissement total aux pays développés, puisque les Etats-Unis et les pays européens (pour autant qu’ils se mettent d’accord sur le sujet) disposent de plus de 15% des droits de vote. Or, il faut minimum obtenir 85% de votes pour toute prise de décision. Faites le compte : les Etats-Unis et l’Europe disposent donc formellement d’un droit de veto permanent. 

C’est du reste ce même droit de veto que la délégation américaine utilisa pour enterrer les projets de réforme discutés en 2003. C’est également elle qui s’opposa farouchement à toutes les propositions de réforme structurelle des deux institutions, ne voulant pas mettre en péril sa possibilité de contrer toute décision contraire aux intérêts de ceux qu’elle représente : les milieux financiers américains, qui ont été les premiers à profiter des politiques de déréglementation menées par
la Banque Mondiale et le FMI pendant plus de deux décennies.

 

Les groupes de lobbying 

À Washington, ils sont près de 12.000. À Bruxelles, plus de 15.000. Ce sont les lobbyistes. Vous n’en avez jamais entendu parler ? Rien d’étonnant car tous cultivent une discrétion à toute épreuve et un goût du secret prononcé nécessaires à leurs affaires. Les groupes de lobbying sont en réalité des groupes de pression, dont les plus nombreux et les plus influents représentent les principaux secteurs économiques, chargés de procéder à des interventions destinées à influencer directement ou indirectement les processus de décision des pouvoirs publics. Le phénomène, qui trouve son origine dans les pays anglo-saxons, n’est certes pas nouveau, mais son expansion a été considérable ces dernières années, notamment à Bruxelles, nouvelle terre de concentration du pouvoir. 

Que chacun défende son pré carré est de bonne guerre. Pour autant, il ne faut pas se leurrer : le discours des propagandistes du lobbying, qui y voient la matrice d’une civilisation à en devenir, un formidable creuset pour l’échange des idées, la renaissance de la démocratie, relève de la pure mystification. Du lobbying, il ne faut surtout pas attendre un nouvel élan du dialogue démocratique : ses pères fondateurs et ses représentants actuels n’ont que faire du débat contradictoire, de l’échange de points de vue, du respect de l’autre, base et fondement d’une démocratie vivante. Faire du lobbying, c’est dans la majorité des cas viser une fin par tous les moyens possibles sans tenir compte de l’opinion, des intérêts ou de l’existence même d’autrui. Dans cette guerre d’influence où les groupes financiers pèsent de tout leur poids, tout est permis : le mensonge, le dénigrement, la calomnie, le trucage des faits, les rapports et les analyses orientés, ou plus grave la corruption. La sphère économique a réussi, grâce aux méthodes du lobbying, à phagocyter le pouvoir politique issu du choix démocratique des citoyens jusqu’à l’assimiler complètement. Machiavel l’a emporté sur Rousseau.

 

Le lobbying maître des institutions européennes 

La création des institutions européennes a représenté une véritable aubaine pour les groupes de lobbying, qui y augmentent sans cesse leurs présences et leurs influences. La concentration de pouvoir couplée à la logique communautaire ont entraîné de nombreux conflits d’intérêts dans les lesquels les groupes de lobbying se sont engouffrés, les plus puissants d’entre eux défendant avec ardeur l’intérêt de leurs principaux représentants : les grandes multinationales européennes. L’enjeu est de taille : 75% des mesures de politique économique et sociale qui touchent le quotidien des citoyens européens sont préparées et édictées à Bruxelles avant d’être transposées dans le droit national des Etats membres. 

Ce travail d’influence est grandement facilité par un rapport de force largement en leur faveur : on recense pas moins de 15.000 lobbyistes qui exercent leur profession dans le quartier européen de Bruxelles, pour 25.000 fonctionnaires européens. Selon le commissaire européen chargé des affaires administratives, d’audit et de fraude, les lobbyistes représentent la bagatelle de quelque 3.000 groupes d’intérêt et drainent à eux seuls un budget annuel de 60 à 90 millions d’euros. 

À grand renfort d’analyses, de rapports d’expertises et de médiations, les groupes de lobbying préparent le terrain pour les intérêts qu’ils représentent. Bien que les groupes de lobbying soient d’horizons très divers (d’une certaine manière, les ONG et les groupes altermondialistes exercent eux aussi une forme de lobbying) une majorité de ces groupes sont les portes paroles des intérêts du milieu financier. Mais il serait superflu de comparer leurs influences respectives. Ainsi, le groupe de lobbying européen le plus puissant, l’ERT (« Table Ronde des Industriels Européens »), pesait en 2004 un chiffre d’affaires annuel cumulé… de 940 milliards d’euros ! À elle seule, l’ERT est quasiment aussi influente que tous les autres groupes réunis. C’est ainsi que toutes les prises de décisions essentielles à l’échelon européen portent la « griffe » de l’ERT et des groupes de lobbying les plus influents : des traités économiques européens, tels ceux de Maastricht ou d’Amsterdam, aux décisions de la plus haute importance, telles l’établissement de la monnaie unique, l’élargissement de l’Union européenne, le pacte de stabilité financière ou l’élaboration le politique agricole commune (PAC). Que ce soit en vue de réduire le coût de transactions financières, de faciliter l’implantation dans les nouveaux marchés que représentent les dix nouveaux adhérents, ou de préserver les généreuses subventions agricoles qui leur sont accordées, chacune de ces décisions a largement favorisé les multinationales européennes les plus influentes. Plutôt que d’œuvrer pour le seul « groupe d’intérêts » à qui ils sont redevables, les citoyens européens, les institutions européennes, évoluant dans un cadre défavorable d’absence de projet politique européen, sont tournées vers les intérêts des multinationales. 

Voilà principalement pourquoi l’Europe des peuples est à l’arrêt, alors que celle de Bruxelles poursuit tranquillement son bonhomme de chemin.

 

Le lobbying maître des institutions américaines 

Historiquement, le lobbying est une pratique inhérente au modèle de société anglo-saxon. Son utilisation et son mode de fonctionnement ont donc toujours fait partie du paysage politique américain. Mais depuis une dizaine d’années, les groupes de lobbying connaissent un essor et une influence sans précédent : rien qu’à Washington, les agences de lobbying ont plus que doublé entre 2000 et 2005, leurs effectifs passant de 16.000 à 35.000. Les sommes dépensées par les groupes de lobbying ont atteint en 2004 un record : 2,1 milliards de dollars ! L’exemple d’Hewlett-Packard démontre l’importance des enjeux. En 2004, l’entreprise a doublé son budget annuel de lobbying – 734.000 dollars – pour faire passer au Congrès une législation « sur mesure » qui lui a permis de rapatrier 14,5 milliards de dollars de ses filiales à l’étranger (majoritairement établies dans des paradis fiscaux), économisant ainsi des millions de dollars d’impôts. 

Les méthodes varient selon les objectifs à atteindre : actions médiatiques, dons aux campagnes électorales, apport intellectuel et soutien des gros « think tank » américains. Mais les cibles privilégiées des groupes de lobbying restent bien évidemment les membres du Congrès des Etats-Unis et du Sénat, dont la moitié des anciens élus l’ayant quitté se reconvertissent en lobbyistes ! Cet exemple démontre à quel point l’élite économique et la classe politique se confondent, le tout fonctionnant en vase clos. Les élus vendent alors des programmes déconnectés de la réalité pendant que les lobbies organisent le pillage des fonds publics aux profits des multinationales américaines les plus influentes. Aux Etats-Unis, les activités des groupes de lobbying ne se limitent pas à la plus haute sphère du pouvoir. Leur influence s’étend également au niveau local. Seuls 23 états ont une commission indépendante d’éthique réglant tant bien que mal la conduite de leurs parlementaires. Les états restants laissent la surveillance des lobbies à des comités déontologiques… ce qui équivaut à peu près à ce que les élus se surveillent eux-mêmes. 

Comme on le voit, la démocratie américaine n’est qu’un mirage puisqu’elle obéit à un système qui ne répond qu’aux intérêts des milieux financiers. Finalement, la classe politique est soumise aux mêmes lois que celles du marché : les élus eux-mêmes se vendent en respectant une forme de libre concurrence. Dans les Etats du tiers-monde, on encaisse discrètement des dessous-de-table. Aux Etats-Unis, on déclare des pots-de-vin sous le nom politiquement correct de « contributions ». Dans les Etats du tiers-monde, on peut acheter des dérogations aux lois. Aux Etats-Unis, on peut tout simplement acheter des lois.

 

La « lutte » contre les groupes de lobbying 

Il existe une autre preuve de l’énorme influence qu’exercent les groupes de lobbying sur les institutions européennes et américaines : aucune n’a jugé utile d’encadrer le fonctionnement des groupes de lobbying ou de leur imposer des règles d’éthique ou de transparence. Jugez plutôt : en janvier 2006, le monde politique américain est ébranlé par l’affaire Abramoff. Ce lobbyiste américain, proche des républicains et de
la Maison-Blanche, avait organisé avec l’ancien chef de la majorité républicaine de
la Chambre des représentants, Tom DeLay, un véritable réseau d’influence nommé le projet K-Street, du nom de la rue où la plupart des cabinets de lobbying sont installés. Le but de ce projet était de rallier un maximum d’hommes influents à la « cause » républicaine, en échange de donations, de largesses ou de faveurs. L’affaire n’est pas mince, puisqu’il ne s’agit rien de moins que la planification à grande échelle d’une corruption de hauts responsables publics. C’est d’ailleurs sur ce chef d’accusation que Jack Abramoff a plaidé coupable, entraînant avec lui de nombreux parlementaires. La révélation du scandale a fait vaciller l’ensemble du système politique américain. 

Le Sénat américain a donné suite à l’affaire Abramoff. Mais pas de la manière escomptée. Le 28 mars, un amendement visant à réformer le Comité de l’éthique du Sénat (actuellement en charge de « surveiller » les activités des lobbyistes) et à encadrer les pratiques des groupes de lobbying était largement rejeté, autant par les républicains que par les démocrates. Malgré 14.000 documents manquant et plus de 300 groupes de lobbying sans enregistrement, il fut conclu que le Comité « avait rempli quotidiennement les tâches qu’il était supposé faire ». Mais en janvier 2007, retournement de situation. Le Congrès, à majorité désormais démocrate, propose un texte de loi visant à réformer les relations entre le monde politique et les groupes de lobbying. Parmi les mesures prises, l’interdiction aux groupes de pression d’offrir des voyages, repas et autres formes de cadeaux aux responsables politiques. Quant aux élus sortants, ils devront respecter un délai de deux ans avant d’être un délai de deux ans avant de pouvoir faire partie d’un groupe de lobbying. Si le système n’est nullement remis en question, ces avancées sont néanmoins significatives. 

Egalement en étroite relation avec les groupes de lobbying,
la Commission Européenne s’est inquiétée des retombées éventuelles de l’affaire Abramoff. Manouvrant habilement, elle a devancé toute proposition de régulation des pratiques des cabinets de lobbying en proposant elle-même une réforme. Mais à y regarder de plus près, les groupes de pression peuvent dormir tranquille. Des directives contraignantes ? Que nenni.
La Commission Européenne publie le 3 mai 2006 un Livre vert qui lui permet bien plus de se donner bonne conscience que d’encadrer réellement les activités des groupes de lobbying. C’est donc sur base volontaire qu’ils pourront désormais s’enregistrer et suivre un code de bonne conduite. La directive est bien compréhensible si l’on rappelle que
la Commission Européenne est et reste le « partenaire » privilégié des groupes de lobbying à Bruxelles. En attendant, ceux-ci sont toujours maîtres à bord des institutions européennes, et
la Commission peut désormais publiquement se vanter d’avoir pris le problème au sérieux et les mesures adéquates. Triste comédie.

 

Quelques puissants groupes de lobbying 

Si la théorie de la conspiration ne peut être retenue, force est de constater que lorsque leurs intérêts sont communs, les multinationales sont tout à fait capables d’unir leurs ressources dans un objectif unique. Les groupes de lobbying sont la plus parfaite illustration de cette solidarité. Démonstration avec quatre des groupes de lobbying les plus influents au monde : 

Le TABD (TransAtlantic Business Dialogue) : le TABD n’est pas une organisation officielle, mais bien un groupe informel, regroupant – dans un magnifique élan de solidarité – le gratin des multinationales européennes… et américaines. Depuis sa création en 1995, le TABD dispose d’accès privilégiés au sein des institutions européennes. Négociations secrètes, recommandations, rapports annuels, le groupe de lobbying ne lésine pas sur les moyens pour imposer une zone de libre-échange où tout obstacle au commerce serait supprimé, au plus grand profit des multinationales qu’il représente. Le TABD a également préparé le terrain au Partenariat économique transatlantique (TEP), accord signé en 1998 entre l’Europe et les Etats-Unis dont l’essentiel des propositions contenues sont un préalable à l’objectif final du TABD. 

GCC (Global Climate Coalition) : lobbying américain au nom trompeur, le GCC s’est farouchement opposé au protocole de Kyoto , visant à réduire les émissions de CO2. À coup de coûteuses campagnes médiatiques, il tenta dans un premier temps de faire échouer l’accord de Kyoto en fournissant des « études scientifiques » à contre-courant, qui concluaient en l’absence de lien entre les activités économiques des grandes multinationales et le réchauffement climatique. Le protocole de Kyoto fut finalement avalisé mais malgré cet échec, le GCC, emmené par le pétrolier Exxon, poursuivit dans cette voie en soutenant massivement une vaste campagne de soutien à l’administration Bush. Les millions de dollars ainsi dépensés ne le furent pas en vain puisque G.Bush accéda à la présidence et annonça le aussitôt que les Etats-Unis ne ratifieraient pas l’accord. Si le protocole a perdu aujourd’hui une bonne partie de sa consistance – les Etats-Unis produisent 25% des émissions mondiales de CO2 – c’est en grande partie à cause du GCC. 

ERT (European Roundtable of Industrialists ) : cette table ronde des industriels européens est assurément le groupe de lobbying le plus influent au niveau des institutions européennes. Rien d’étonnant si l’on sait que le chiffre d’affaires annuel cumulé par les multinationales qui en font partie représente des centaines de milliards d’euros ! Très active dans le cadre des négociations sur le traité de Maastricht, l’ERT a pesé de tout son poids dans de nombreux domaines : monnaie unique, réseau routier européen… Toutes les grandes orientations de
la Commission Européenne porte la griffe de l’ERT.
La Table Ronde se flatte également d’avoir exercé la pression décisive afin que soient signés les accords de Marrakech, fondateurs de l’OMC. 

ICC (International Chamber of Commerce) : la chambre de commerce internationale composée de nombreux poids lourds, tels General Motors, Bayer, Nestlé ou Novartis, l’ICC est très active si le moindre de ses intérêts est menacé. Lorsqu’en 2003,
la Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies a formulé une proposition en faveur de normes contraignantes pour les multinationales, l’ICC s’est insurgée « considérant que ces normes entrent en concurrence avec l’approche d’autres institutions des Nations Unies ». Ce qui est fort compréhensible lorsqu’on sait que l’ICC a massivement contribué à la préparation d’une autre initiative, le Global Compact, où les normes contraignantes font place à des initiatives volontaires et où tout système de contrôle et d’application est absent.

 

 

 

 Paradis fiscaux 

C’est véritablement dans les années 1920 qu’apparaissent les premiers paradis fiscaux tels que nous les connaissons actuellement.
La Suisse, le Luxembourg et d’autres pays développent une législation qui permet d’accueillir les capitaux étrangers désireux d’échapper à l’impôt ou aux taxes en vigueur dans leur pays d’origine. Le mouvement gagne en ampleur avec le renforcement d’un libéralisme débridé à tel point qu’aujourd’hui, selon l’ONU, plus de 70 paradis fiscaux sont recensés ! 

> Définition
> Des montants qui dépassent l’imagination
> Une anomalie de l’économie mondiale ? Au contraire…
> Un impact sur les pays en voie de développement
> La criminalité organisée prospère
> Le blanchiment d’argent
> Faillites et crises financières : l’économie mondiale en péril
> Deux paradis fiscaux très distincts : la Suisse et les Bahamas  

 

Définition 

Les définitions varient selon les experts et les organismes spécialisés.
Les paradis fiscaux ont tous en commun la caractéristique suivante : il s’agit d’Etats (ou micro territoires) où la réglementation monétaire et la législation fiscale sont plus favorables que dans le reste du monde et qui par conséquent sont susceptibles d’attirer les capitaux étrangers. À cela s’ajoute un détail d’importance : les paradis fiscaux permettent généralement de réaliser des opérations financières dans le secret le plus total. 

On parle plus volontiers de centres offshore, si ces paradis fiscaux ont développé une haute technicité leur permettant de développer des activités bancaires tout à fait sans rapport avec la taille et les besoins de leur marché interne. La notion d’éloignement géographique ou de micro territoires se rapportent également assez souvent aux centres offshore.

 

Des montants qui dépassent l’imagination 

Par définition il est difficile d’estimer précisément les sommes qui y sont amassées. Selon un recoupement des chiffres du GAFI (Groupe d’action financière contre le blanchiment de capitaux), de l’OCDE et de l’ONU, de 11 milliards de dollars détenus dans les paradis fiscaux en 1968, on se situerait maintenant entre 5.000 et 6.000 milliards de dollars ! Oui, vous avez bien lu. On ajoutera encore que plus de 4.000 banques offshore y sont installées et que l’on compte plus de 2,4 millions de « sociétés écrans ». 

Le système ne profite d’ailleurs pas qu’aux multinationales, loin de là. Les fonds illégaux, issus de la corruption ou de trafics divers, sont conséquents puisqu’ils représenteraient 10 à 20% des capitaux amassés, à savoir 500 à 1000 milliards de dollars. 

Il est encore plus stupéfiant d’apprendre qu’à l’heure actuelle, la moitié du stock d’argent de la planète transite ou réside dans des paradis fiscaux ou des centres offshore. Entre 1990 et 2000, le flux des capitaux transitant par les paradis fiscaux a été multiplié par 5. Preuve, si besoin en était encore, de l’attractivité exercée par les paradis fiscaux, dont on peut sans hésiter affirmer qu’ils constituent désormais un rouage essentiel au fonctionnement de l’économie mondiale.

 

Une anomalie de l’économie mondiale ? Au contraire… 

D’une manière générale, on constate que les paradis fiscaux sont parfaitement adaptés au nouvel ordre mondial économique. 

Tout d’abord, ils correspondent largement à la logique du profit maximal. Les multinationales voient dans le fisc et les taxations en général un obstacle à leur accumulation de profits. Echapper à l’impôt est devenu un exercice de style obligé pour la rentabilité du capital. Le phénomène est considérable : plus de la moitié des transactions financières internationales passent par les paradis fiscaux. Des milliers de banques offshore et des millions de sociétés écrans y sont implantées. Plus qu’une caractéristique de l’économie mondiale, ils sont en passe d’en constituer l’ossature. 

On constate également que les banques sont très largement implantées dans les paradis fiscaux. Pour prendre un exemple révélateur, en 2000, les Îles Cayman abritaient pas moins de 575 banques (pour une population totale de 35.000 habitants!) qui géraient des dépôts équivalents à plus de 500 milliards de dollars… Les banques défendent naturellement leur intégrité en prétendant qu’elles mettent en place des procédures pour détecter les mouvements de fonds douteux et les clients « indésirables ». En vérité, les banques sont peu armées pour ce rôle de police, de toute manière incompatible à leurs intérêts, le secret bancaire en vigueur dans la quasi-totalité des paradis fiscaux enlevant définitivement toute crédibilité à cette « lutte ». 

Un autre lien peut être établi avec le nouvel ordre mondial économique : les paradis fiscaux connaissent une multiplication croissante, aussi bien en nombre que dans leurs secteurs d’activités et leurs spécialisations. Il faut y voir une parfaite osmose avec deux des principales caractéristiques de la mondialisation : l’augmentation des flux financiers et le développement des nouvelles technologies. 

Une dernière observation est à faire, mais elle démontre à elle seule l’échec du système économique mondial. Il est en effet surprenant de constater que les derniers territoires souverains, c’est-à-dire capables d’opposer fermement à la communauté internationale leur législation propre, ne sont en réalité pas les plus puissantes nations de la planète mais bien de simples micro-états. Ceci n’est évidemment pas le fruit du hasard mais bien les conséquences d’un nouvel ordre économique mondial pour qui le profit est la priorité absolue.

 

Un impact sur les pays en voie de développement 

L’attractivité des paradis fiscaux ont favorisé deux phénomènes qui aggravent la situation financière des pays en voie de développement (PED).

 

Nivellement vers le bas

 

 On remarque par exemple qu’en moyenne, les filiales américaines ont vu leurs taux d’imposition (taxes) baisser de 54% en 1983 à 28% en 1996 dans les PED. Le phénomène continue de s’accentuer et il s’explique largement par un nivellement vers le bas, les multinationales brandissant la menace de délocaliser leurs firmes dans d’autres pays où le taux d’imposition est plus faible. Les gouvernements des PED se retrouvent alors devant un choix kafkaïen : laisser les capitaux produits sur leur territoire s’envoler vers les paradis fiscaux ou diminuer les taux d’imposition, ce qui signifie la retenue des capitaux certes, mais une diminution des rentrées financières, car la taxation est plus faible. Quelle que soit l’option retenue, les PED sont toujours perdants et les entreprises multinationales toujours gagnantes. 

On notera que les pays développés sont également touchés par ce phénomène de concurrence. Ainsi, lorsque l’Allemagne instaura un impôt à la source de 30% en 1993, entre 50 à 60 milliards de dollars « migrèrent » vers le voisin luxembourgeois. Cet exemple n’est qu’un parmi beaucoup d’autres, mais illustre parfaitement ce nivellement vers le bas des taux d’imposition des multinationales qui, une nouvelle fois, démontrent leur nouvelle prédominance sur les états…

 

Transfert des capitaux 

Selon un rapport de
la CNUCED, 84% des PED s’estimaient également lésés par le transfert des capitaux amassés par les filiales des multinationales présentes sur leur territoire vers leur société mère. Le « transfert de prix » est un point essentiel dans l’explication des pertes de recette pour les PED. Il permet des bénéfices plantureux aux multinationales. 

On généralisera en prenant l’exemple classique: la multinationale X achète la production locale à bon marché. Le produit est ensuite facturé à ce bas prix et transféré dans une société écran offshore. La facture d’exportation de cette même société offshore est augmentée pour se placer à un prix légèrement inférieur à ceux en vigueur sur le marché où il doit être revendu. Donc concurrentiel. Le bénéfice est accompli avant même la vente du produit. Le plus ironique est que la société écran n’est elle-même qu’une simple boîte aux lettres : aucun produit n’y transite, aucun employé même n’y travaille, les facturations étant gérées de la société mère. 

Le capitalisme est malade mais refuse de se soigner. L’une de ses pires pathologies : l’essor parallèle de la criminalité organisée. Le terrorisme international, exemple par l’absurde s’il en est, s’est longtemps nourrit du système en abritant ses avoirs dans les paradis fiscaux et les centres offshore. Voici un nouvel exemple de la dépendance et de la subordination de l’administration Bush à ses multinationales, leur profit étant prioritaires à la possibilité d’enrayer les sources financières d’approvisionnement du terrorisme international. 

Aujourd’hui, la criminalité organisée mondiale draine des actifs estimés. à plus de 2.000 milliards de dollars. Les estimations qui suivent représentent une année de profit à l’échelon mondial :

 

§            500 milliards $ pour le trafic de drogues ; 

§            450 milliards $ pour le trafic des véhicules volés

§            200 milliards $ pour le marché de la contrefaçon, dont 50 rien que pour le commerce de faux médicaments ; 

§            25 milliards $ pour la traite des êtres humains ; 

§            12 milliards $ pour le trafic de déchets polluants.

 

Bien que ces chiffres ne soient que des estimations, l’ordre de grandeur est toutefois sans appel. Mais pour que le tableau soit complet, il y manque toutefois le créneau principal qui lui n’a jamais fait l’objet d’études statistiques sérieuses : la criminalité financière. Sa forme la plus courante reste l’échange entre multinationales de sous-produits entre différentes filiales à des prix calculés au mieux pour échapper au fisc. On pourrait rajouter les multiples délits d’initiés. On devrait surtout rappeler que cette pratique représente à elle seule entre 700 et 1.000 milliards de dollars de profits annuels. 

La criminalité organisée dans son ensemble profite de l’opacité d’un système qui cautionne beaucoup trop la discrétion concernant l’origine des montants accumulés dans les paradis fiscaux. Ainsi se mêlent librement les capitaux légalement accumulés et ceux provenant de la criminalité organisée. À tel point qu’elle représenterait désormais de 2 à 5 % du PIB mondial, et de 10 à 20 % des avoirs existant dans les paradis fiscaux et les centres offshore ! Le recyclage de cet argent, devenu « propre  » par la grâce des habituelles transactions de blanchiment d’argent , lui permet d’être réinjecté dans le circuit financier mondial sans qu’on ne puisse plus l’identifier. 

La criminalité organisée est donc, à côté des acteurs majeurs de la finance, l’autre grand vainqueur de cette mondialisation. En toute discrétion.

 

 

Le blanchiment d’argent 

Le blanchiment d’argent suit généralement trois étapes : 

- le placement : les capitaux sont transférés des lieux d’acquisition vers les paradis fiscaux, ventilés sur une multiplicité de comptes, appartenant de préférence à d’innombrables filiales fictives (les « sociétés écran »). 

- le brassage (ou « smurfing ») : les capitaux sont soit éclatés en sous-comptes, soit échangés et déplacés via de nombreuses transactions. Le cas le plus fréquent est de cumuler ces deux opérations pour brouiller davantage les pistes. 

- le regroupement : l’intégration planifiée des capitaux qui sont regroupés sur des comptes bancaires sélectionnés. Ils sont désormais prêts à être utilisés en toute légalité et sons considérés comme blanchis car à ce stade, plus rien ne permet de retrouver leur origine. 

On considère que c’est lors de la phase de placement que doit s’exercer la vigilance du contrôle anti-blanchiment car lorsque l’argent a été introduit dans le circuit financier, il est pratiquement impossible de l’identifier.

  

Faillites et crises financières : l’économie mondiale en péril 

À force de tricher, vient un moment où l’on ne peut plus masquer la réalité. Nombre de multinationales ont par exemple recours à la falsification de bilan. Prenons le cas tristement célèbre d’Enron, géant américain de l’énergie. Enron a pratiqué des montages comptables d’une extrême complexité effectués sur base de plus de 3.000 filiales basées dans des paradis fiscaux. Ces manœuvres ont permis de dissimuler des milliards de dollars de dettes et de pertes, contribuant à l’opacité sur la véritable santé financière de la multinationale. Enron n’a pas survécu à ses propres tricheries. Le cabinet d’audit Arthur Andersen qui avait docilement fermé les yeux sur la situation financière d’Enron et détruit ses archives compromettantes, a subi le même sort. Quant aux banques Citigroup (premier groupe financier mondial), Merrill Lynch et JP Morgan Chase, qui ont participé activement et sciemment aux malversations comptables, elles ont préféré verser 255 millions de dollars d’amende pour éviter des investigations compromettantes. 

Autre grosse multinationale à avoir eu recours au même mécanisme : Parmalat. Ce géant italien, a éprouvé la même recette dans lesquelles on retrouve les ingrédients habituels : complicité active des banques, falsification de bilans et détournement d’argent, pour la modique somme de 10 milliards d’euros. 

Enfin, de nombreux analystes économiques s’accordent majoritairement pour affirmer que la grave crise financière asiatique de 1997-98 a trouvé partiellement son origine dans les caractéristiques – semblables aux paradis fiscaux – du fonctionnement de
la BIBF (Bangkok international Banking Facility), dont l’effondrement a provoqué une énorme fuite de capitaux et le déclencheur de la grave crise financière qui a secoué les places boursières asiatiques. Comme on le voit par ses deux exemples, c’est le fonctionnement de l’économie mondiale dans son ensemble qui est menacé par l’existence des places offshore et des paradis fiscaux.…

 

 

 

Deux paradis fiscaux très distincts :
la Suisse et les Bahamas

 

 


La Suisse


 

 Si
la Suisse propose un taux d’imposition aux entreprises assez favorables (20%, soit 8 de moins que la moyenne mondiale), elle représente davantage un pôle d’attraction pour les grosses fortunes étrangères, puisqu’en 2000, les capitaux liés aux gestions de patrimoine s’élevaient à 2.300 milliards de dollars.dont plus de la moitié d’origine étrangère. Longtemps protégées par le secret bancaire, les banques suisses les plus honorables ont contribué à amasser dans leurs banques des avoirs phénoménaux appartenant à tous les dictateurs les plus corrompus du monde. Citons à titre d’exemple les 700 millions de dollars du dictateur nigérian Sani Abacha, les 350 millions de dollars du dictateur philippin Ferdinand Marcos, ou encore la fortune colossale entassée par le général Mobutu. 

Contrainte de restaurer son image de marque,
la Suisse adopte en 1998
la LBA (loi sur le blanchiment d’argent), obligeant banquiers et intermédiaires financiers à connaître les ayant droit du compte et à signaler toute transaction suspecte. Mais l’application de
la LBA se solde actuellement par un échec, principalement imputable à la persistance des vieilles habitudes des banques en matière de secret bancaire. Quant aux procédures de restitution de l’argent obtenu par la corruption aux pays spoliés, elles sont malheureusement lourdes et parfois carrément inefficaces. La somme totale à rembourser dans les dossiers toujours en cours de détournement de fonds correspondrait à 1,6 milliards de dollars.

 

Les Bahamas 

Dans la course effrénée à la concurrence que se livrent entre eux les paradis fiscaux, les Bahamas disposent de deux armes incomparables pour attirer les capitaux étrangers : l’IBC et le trust. Si le trust est une institution bien connue – un particulier ou une entreprise confie sa fortune à un « gestionnaire » chargé de l’optimaliser au mieux – l’IBC est par contre une spécialité locale. L’IBC (International Business Company) est une société par actions mais qui ne nécessite pas d’enregistrer le gérant ou l’actionnaire réel. Elle est non seulement protégée par le secret bancaire mais en plus, de toute indiscrétion extérieure : aucun gouvernement ou organisme extérieur ne peut consulter les bilans ou les transactions de l’IBC ! En bref, l’IBC est l’outil par excellence pour le placement de capitaux illégaux en vue de leur blanchiment, ainsi que pour les multinationales en quête de discrétion ou de falsification de bilans.…

 

Corruption

 

 La corruption est définie comme étant l’offre d’un avantage à un agent de l’autorité publique ou à un agent d’une entreprise afin que celui-ci trahisse sa responsabilité vis-à-vis de son employeur. La corruption se manifeste généralement par des versements de sommes d’argent, soit par des prélèvements sur les transactions financières, soit par des avantages en nature, soit encore par une combinaison de celles-ci. 

Malgré l’existence de dizaines de conventions internationales – sans parler des législations nationales – la condamnant sévèrement, la corruption reste un phénomène en excellente santé. L’implication des classes dirigeantes des pays pauvres et des sociétés multinationales dans le système mondial de corruption n’y est pas étrangère.

 

Des montants astronomiques 

Bien que les estimations en la matière sont à prendre avec précaution, la Banque Mondiale estime à plus de 1.000 milliards de dollars les sommes annuellement affectées aux transactions liées à la corruption ! Les dictateurs et les chefs de gouvernement corrompus trustent naturellement les accessits avec des sommes détournées tout simplement effarantes : 

- Mohamed Suharto, président de l’Indonésie (67-98) : entre 15 et 35 milliards de dollars
- Mobutu Sese Soko, président du Zaïre (65-97) : entre 5 et 10 milliards
- Sani Abacha, président du Nigéria (93-98) : entre 2 et 5 milliards
- Slobodan Milosevic, président de Serbie (89-00) : de 3 à 4 milliards de dollars
- Jean-Claude Duvalier, président de Haïti (71-86) : 800 millions 

Voilà pour les principaux. À cette liste doivent encore se rajouter des dirigeants encore en activité, tels le président angolais Dos Santos ou le président kazakh Nazarbaev. Puis, il y a tous les autres, les anonymes : hommes d’affaire, banquiers, membres d’administrations ou d’organisations internationales. Il n’est pas un étage de pouvoir où la corruption ne soit pas active et elle touche, bien qu’à des degrés divers, tous les pays du monde.

 

 

La « succes story » de la corruption 

Alors qu’elle est unanimement réprouvée et qu’il n’a jamais existé autant de conventions et de recommandations pour l’éradiquer, pourquoi la corruption joue-t-elle toujours un rôle si prédominant dans les rouages de l’économie mondiale ? 

En tout premier lieu, le manque de sanctions appliquées au niveau international. Les rapports et les analyses des organisations les plus combattives en la matière, l’OCDE et T.I. (Transparency International), sont en réalité des recommandations. À part une convention de l’ONU d’octobre 2003, aucun instrument juridique contraignant de droit international n’a été clairement établi, chaque état étant seul juge en la matière. La balance entre le risque encouru et les gains obtenus penche actuellement toujours largement en faveur de l’appât du gain. Ensuite, la prolifération des paradis fiscaux joue un rôle majeur, car elle permet aux détournements d’argent liés à la corruption d’être non seulement protégés des regards indiscrets, mais également d’être fructifiés avec la complicité de banques plus que jamais conciliantes, voire collaborantes. 

L’expansion grandissante de la corruption trouve également sa source première dans un facteur trop peu souvent souligné : le nombre croissant de transactions financières. Le modèle économique ultra-libéral prône une ouverture totale des marchés et une suppression généralisée de tout type de barrière susceptible de freiner les mouvements de capitaux. Plus nombreuses sont les transactions, plus nombreux sont les risques de corruption. et moins nombreuses les chances de se faire prendre. Pour autant qu’il ne souhaite pas se doter d’instruments juridiques contraignants au niveau mondial, le modèle économique ultra-libéral est donc, de par son essence même, un facteur de risque élevé de corruption. 

Pour bien saisir l’ampleur du phénomène, il faut se pencher sur une analyse sociologique qu’on ne met que trop peu souvent en avant. Tout est question de statut social. Dans les pays où les hauts fonctionnaires ont un statut social inférieur aux dirigeants d’entreprise (notamment dans certains pays d’Amérique latine), ces derniers peuvent les corrompre sans pour autant paraître les insulter. Pour comprendre et endiguer le problème de la corruption, n’oublions pas que l’homme est un animal social qui interprète ses propres actions à l’aune des indices que lui donne la société.

 

Corrélation entre corruption et pays en développement 

Peter Eigen, président Transparency International a déclaré que « la corruption politique anéantit tout espoir de prospérité et de stabilité dans les pays en développement ». Rien n’est plus exact. Le paiement d’un pot-de-vin est à considérer comme un crime, car il est un obstacle au développement économique, social et moral du pays dont les dirigeants ou les agents sont corrompus. Outre que la corruption a pour effet de vider les caisses des Etats qui paradoxalement sont ceux qui sont déjà les plus démunis, elle décourage les investisseurs potentiels au point que les investissements réalisés par les pays les plus corrompus sont en moyenne de 5% inférieurs aux autres. Les autres, dont de nombreuses multinationales peu scrupuleuses, voient dans les pays corrompus un marché où la concurrence est potentiellement moins grande. Il « suffit » dès lors d’être le plus offrant et de s’adapter aux pratiques locales. Les problèmes de corruption sont particulièrement aigus dans les pays en voie de développement, c’est également pour une autre raison : l’identité nationale et les frontières semblent à leurs citoyens souvent plus arbitraires comparées aux traditions de loyauté familiales ou tribales. 

Des quatre types de transactions répertoriées par l’OCDE, l’extorsion de fonds est la plus sauvage et la plus nuisible. Elle se produit lorsque c’est le corrompu qui fixe le prix des transactions, mettant très souvent en concurrence les candidats corrupteurs pour en retirer un bénéfice plus large encore. Les pays en développement sont un contexte idéal pour opérer de la sorte, en raison de l’inexistence ou presque des droits de propriété et des droits de l’homme.

 

Les secteurs les plus touchés 

Sans surprises, ce sont les secteurs des travaux publics et de la construction, ceux de l’armement et de la défense, et enfin, celui du pétrole et du gaz qui sont les plus corrompus. Sur une échelle de 0 (totalement corrompu) à 10 (aucune corruption), ces secteurs connaissent dans les pays en développement les désastres suivants : 

- travaux publics et construction : 1.3
- armement et défense : 1.9
- pétrole et gaz : 2.7 

Si le secteur des travaux publics connaît un « engouement » pareil dans le domaine de la corruption, c’est principalement en raison de législations laxistes ou de prélèvements sur les montants des aides au développement. Les pratiques dans le secteur peuvent pourtant avoir des conséquences mortelles, comme par exemple pour les habitants dont les édifices risquent de s’effondrer comme un château de cartes lors de tremblements de terre. Les deux autres secteurs, armement et pétrole, brassent des intérêts financiers tellement conséquents qu’il n’est pas difficile d’imaginer les moyens mis en oeuvre par les multinationales étrangères pour s’approprier des contrats ou des parts de marché. L’appropriation quasi-exclusive des ressources gazières et pétrolières en Irak à des multinationales américaines en est la plus parfaite illustration… 

Et comble de malheur pour les populations spoliées, des études ont permis d’aboutir aux conclusions, somme toute logiques, que les pays où la corruption sévit dépensent peu dans l’éducation et la santé, car ce sont des secteurs de corruption moins « rentables » que les autres.

 

 

Transparency International 

Créée en 1993, l’ONG Transparency International est rapidement devenue une référence en la matière. Elle publie chaque année un rapport sur la corruption dans le monde. La transposition du degré de corruption de chaque pays peut apparaître assez fantaisiste au premier abord. Et pourtant. 

À l’aide de bénévoles et sur base de rapports rédigés par des acteurs économiques de confiance, Transparency collecte les informations sur les différents terrains d’analyse et les centralise dans son siège central à Berlin. L’état-major de l’ONG (constitué principalement de juristes et d’économistes) établit sur base des rapports son index annuel de la corruption. Le site internet de Transparency regorge d’informations détaillées et précises sur l’ampleur et les techniques de corruption. Il fournit également de nombreuses recommandations afin d’enrayer le fléau. Mais si Transparency juge le degré de corruption de chaque état, l’ONG ne dispose ni des mandats ni des moyens pour étudier aussi profondément les autres intervenants. À l’exception du rapport annuel de 2002, intitulé « Indice de corruption des pays exportateurs », les multinationales échappent donc souvent à l’analyse.

 

La corruption entretenue par les multinationales 

« Les résultats de l’ICPE font apparaître le rejet par les sociétés multinationales de l’esprit des conventions internationales de lutte contre la corruption alors que leurs actions entraînent un détournement considérable des rares ressources des pays en développement ». 

La déclaration n’émane pas de n’importe qui. C’est en ces termes que, suite au rapport sur l’indice de corruption des pays exportateurs de 2002 (ICPE), le président du conseil consultatif de TI décrit les méthodes des entreprises multinationales. La revue de presse regorge d’exemples qui lui donne raison. On se souvient que Total a été partie prenante dans le système de corruption mis en place dans le programme « pétrole contre nourriture » en Irak. En 2005, Monsanto a dû s’acquitter d’une amende d’1,5 millions de dollars pour faits de corruption en Indonésie. L’année 2006 a été émaillée de nombreux faits impliquant des multinationales dans des affaires de corruption. Thales doit comparaître aux côtés d’autres entreprises devant la justice sud-africaine pour des pratiques de corruption impliquant l’ancien vice-président sud-africain. En mai 2006, ce n’est rien moins que le PDG de Hyundai qui est inculpé pour détournements de fonds. Enfin, en juillet 2006, c’est une gigantesque système de corruption qui est à mis à jour dans le secteur automobile européen, impliquant plusieurs poids lourds et au moins six équipementiers automobiles. Le PDG de Faurecia, au cour du système, a déjà démissionné. Si l’on part de la thèse somme toute irréfutable qu’une grande minorité des transactions de corruption est repérée et dévoilée au grand jour, la corruption est dès lors une pratique très répandue, pour ne pas dire systématisée, au sein des multinationales. Le problème principal réside dans les conséquences – souvent bien plus désastreuses pour les fondations fragiles des démocraties des pays en voie de développement que pour les multinationales elles-mêmes – que de tels actes engendrent. 

Par leurs agissements, elles entretiennent un cercle vicieux qui en sape même le fondement. Dans les cas les plus graves, elles disposent de leur avenir politique. Nombre de multinationales soit arment le pouvoir corrompu en place, comme le fit Elf en Angola, soit encore alimentent secrètement les campagnes électorales de ceux qui leur sont favorables, comme lorsqu’en 2001,
la Titan Corporation contribua à raison de 2 millions de dollars à la campagne électorale du président béninois au moment où elle tentait d’obtenir une revalorisation de son projet de télécommunications dans ce pays. Le cas de figure le plus extrême est celui du financement ou l’armement par de puissantes multinationales d’une force destinée à remplacer un gouvernement trop peu sensible à leurs intérêts. Ces exemples tendent à prouver que depuis plusieurs décennies, il n’y a pas que les puissances occidentales qui faussent la donne démocratique des pays du tiers-monde.

 

 

Techniques d’asservissement

 

La mondialisation sous l’égide du modèle économique néo-libéral ne profite qu’à une infime partie de l’humanité. Autant pour maintenir ce rapport de force disproportionné que pour continuer à maximaliser leurs profits, les multinationales ont recours à diverses formes d’asservissement pour assurer leur position dominante sur les démocraties et les populations de la planète. 

Cette rubrique consiste donc en un passage en revue des techniques d’asservissement utilisées pour maintenir le rapport de force en leur faveur. La dette , et dans une moindre mesure les paradis fiscaux , en font également partie.

 

Des démocraties illusoires 

Que reste-t-il de nos démocraties ? À première vue, les nouvelles sont bonnes. Le débat démocratique est entretenu par des partis aux couleurs politiques différentes. Les citoyens exercent – pour la plupart – leur droit de vote et les partis recueillant la majorité des suffrages se retrouvent au pouvoir. Mais au-delà des apparences, les démocraties actuelles connaissent une crise sans précédent. En voici les raisons. 

La démocratie est permise. pour autant que le contrôle exercé par le grand capital échappe aux délibérations et aux changements voulus par le peuple. A-t-on jamais vu un gouvernement d’un pays développé remettre en cause la primauté des intérêts des grands groupes financiers au profit de ses citoyens ? La réponse est bien évidemment négative. Tout gouvernement qui poursuivrait des intérêts contraires, comme le fit par exemple brièvement celui de Salvator Allende au Chili, est donc antidémocratique, quand bien même il jouirait d’un large soutien populaire. Nous connaissons le sort réservé au président chilien. L’avertissement est clair : seules les démocraties de façade sont tolérées. 

C’est certainement aux Etats-Unis que l’on observe la plus grande parodie de démocratie. Les deux uniques partis depuis plus de deux siècles sont à la fois dominés, infiltrés et subventionnés par les multinationales et les groupes de lobbying. Rien d’étonnant à ce qu’ils refusent de réformer les lois qui rendent pratiquement impossible de créer de nouveaux partis politiques, lesquels pourraient représenter des intérêts contraires à ceux des grands groupes financiers. 

La médiocrité du débat électoral et l’absence d’alternatives sérieuses à la célébration des « bienfaits » du marché engendre des taux d’abstention de plus en plus élevés. Aux Etats-Unis toujours, un record fut atteint lors des élections au Congrès en 1998 : un tiers seulement des inscrits se rendit aux urnes. Bien que le phénomène y est un peu moindre, l’Europe n’est toutefois pas épargnée. L’inexorable chute des taux de participation aux élections depuis plusieurs décennies, ainsi que la désertion observée lors des élections européennes, sont des signaux très clairs. 

On voit donc se renforcer dans la majorité de la population le sentiment que les élections ne servent jamais à rien, ce qui fait bien évidemment le jeu des multinationales et contribue à la continuité de leur domination mondiale. Le système néo-libéral sous-tend donc une constante nécessaire à sa pérennité : des citoyens dépolitisés, marqués par l’apathie et le cynisme. En réalité, le terme « citoyen » est trompeur. Car la démocratie imposée par le modèle néo-libéral produit non pas des citoyens mais des consommateurs ; non pas des communautés mais des centres commerciaux. Ce qui débouche sur une société atomisée, peuplée d’individus désocialisés et politiquement désengagés. La démocratie illusoire créée et entretenue par le système en place est à l’opposé de l’authentique démocratie participative. En se faisant passer pour telle, elle n’est rien d’autre que son pire ennemi.

  

La propagande 

Entre la réalité, la mondialisation sous domination du capital financier et des multinationales, et les grands discours « présentant une mondialisation humaine qui profite à tous » qui nous ont été servis à longueur d’années, il existe une marge stupéfiante. Durant des décennies, les idéologues néo-libéraux ont appuyé un énorme effort de conditionnement idéologique. Il a s’agit, avec l’aide de nombre de médias complices et acquis à leur cause, de provoquer une sorte d’anesthésie collective, susceptible d’émousser les consciences. Rien qu’aux Etats-Unis, ce sont pas moins de 170.000 personnes qui sont employées par les grandes firmes pour s’occuper des relations avec une presse déjà largement sous influence. L’ampleur des moyens mis en œuvre pour le contrôle des citoyens est à la hauteur des inégalités que le modèle économique néo-libéral a créées et qu’il tente d’occulte. 

Les discours économiques dominants œuvrent actuellement à convaincre nos contemporains que certains concepts issus de la pensée économique mériteraient d’approcher, en valeur et en universalité, des lois et des régularités qui se dégagent de l’observation des sciences. Ce processus fonctionne d’autant mieux qu’il est sorti des cénacles d’initiés pour investir les médias grand public, ce qui lui offre au passage de fort intéressantes possibilités de simplifications et d’approximations qui n’ont dès lors que peu de chance d’être discutées ou contestées. 

Au-delà de ce constat général, on peut retenir deux artifices de propagande bien différents: l’utilisation de terminologies à double sens et la justification du système existant.

 

 

Terminologies à double sens 

La majorité des nouvelles terminologies économiques a été conçue par les économistes du courant ultra-libéral. Toutes sont à doubles sens, à tel point que les discours politique et économique s’en retrouve systématiquement embelli. Pourtant, sous les apparats de la modernité se dissimulent des politiques visant uniquement à maintenir le système ultra-libéral et à garantir la pérennité des profits sans cesse accumulés. Quelques exemples concrets de ces artifices de langage s’imposent pour mieux se rendre compte des effets pervers que peut engendrer ce nouveau langage technocratique. 

Le protectionnisme représente pour beaucoup de pays pauvres un réel moyen de préserver leur souveraineté alimentaire et d’ainsi pouvoir nourrir leurs cortèges d’affamés. Pourtant, le « protectionnisme » est uniquement présenté comme une attitude craintive de repli sur soi et un manque d’ouverture au reste du monde. Le « libéralisme » par contre évoque la liberté. Mais de quelle liberté parle-t-on au fait ? Si l’on en croit le PDG de la multinationale suédoise ABB, ce serait davantage « la liberté pour mon groupe d’investir où il veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut et en ayant à supporter le moins de contraintes possibles en matière de droit du travail et de conventions sociales ». Dès qu’il est dénué de terminologies à double sens, le discours est tout de suite beaucoup plus clair. 

Ces techniques servent très souvent à camoufler des réalités bien plus dramatiques. Ainsi, lorsqu’on vous parle de « dégraissage », il faut traduire par « licenciements collectifs » qui affectent des centaines ou des milliers de salariés mis sur la paille. L’ « effet de synergie » d’une fusion entre deux multinationales se conclut fatalement par la liquidation massive d’emplois que les fusions entraînent presque systématiquement. Somme toute, dans le nouveau jargon des économistes, « dégraissage » et « effet de synergie » sont des synonymes. La « flexibilité » en est un autre, puisque le travailleur « flexible » est celui qui dispose du moins de protections sociales et qui sera parmi les premières victimes des « dégraissages » et des « effets de synergie ». Parallèlement à l’utilisation de ces terminologies à double sens, l’exclusion et le chômage se banalisent à tel point que plus personne n’oserait remettre leur existence en cause. Un rapport de cause à effet qui est loin d’être innocent. 

En vérité, les discours économiques et politiques sont truffés de ces artifices. La chasse aux chômeurs devient l’activation des chômeurs, les privatisations se transforment en consolidations stratégiques. Quant aux services publics, c’est vraiment désuet, mieux vaut désormais dire les services d’intérêt économique général. De tous ces concepts inventés de toutes pièces, il en est un qui revient comme une litanie : la « compétitivité ». Lorsqu’une multinationale en parle, elle sous-entend évidemment pour elle le moins de contraintes salariales et le plus de libertés d’investissement possibles. Pourtant la compétitivité d’une entreprise ne serait certainement pas incompatible avec l’emploi de salariés plus nombreux. 

La conclusion de tous ces exemples est fort simple : le discours économique est à ce point falsifié qu’il en est devenu totalement déconnecté de la réalité. Mais l’optimisme et la confiance en soi sont deux vertus des « experts » économiques. Heureusement pour le système en place du reste : il ne faudrait surtout pas que nous sortions de la torpeur dans laquelle ces discours inlassablement répétés nous ont plongé.

 

La justification du système en place 

Venons en maintenant à la justification du système existant, tâche à priori insurmontable vis-à-vis de l’immense majorité des populations mondiales qui n’en recueillent aucun fruit. C’est alors que les économistes et les experts autoproclamés interviennent et se muent en prophètes. 

Commençons par la prophétie du marché autorégulateur, qui est probablement la plus grande supercherie économique de ces dernières décennies. C’est ce qu’a appelé Adam Smith, économiste du XVIIIè siècle, la « main invisible » : le marché allouerait spontanément production et consommation de manière équilibrée. Pourtant, Mr Smith ne l’a jamais démontré, pas plus que les évènements ne l’ont fait. Comment en effet croire à cette fable de « la main invisible » lorsque surviennent à intervalles fréquents et réguliers des crises financières, des effondrements de monnaie ou des faillites en chaîne ? Le marché est par essence instable et nécessite, comme dans la majorité des domaines un contrôle extérieur. 

La concurrence est elle aussi une notion très intéressante à analyser. Valorisée, voire sanctifiée, elle est devenue le credo de toute la mouvance économique ultra-libérale. Pour faire taire ses détracteurs, l’OCDE rappelait récemment que la concurrence « stimule les ventes et donc les débouchés pour les entreprises, les incitant à recruter ». Pourtant, les vertus prêtées à ce principe reposent moins sur la science que sur la croyance, intéressée. Elles permettent aux économistes ultra-libéraux de rejeter hors du débat des thèmes qui leur font horreur : le protectionnisme, les aspects positifs des entreprises publiques ou encore l’intervention plus marquée des Etats dans le monde économique. 

La concurrence ne résiste pas à l’analyse. Ni dans les faits (le nombre de recrutements des grandes multinationales est stable, alors que les bénéfices sont en hausse constante), ni sur l’origine de la croyance. En effet, les trois théories existantes n’ont pas tendance à se cumuler, mais plutôt à s’annuler. Et leurs rares points communs, telle que la nécessité d’une information complète et parfaite des agents économiques, sont bien souvent irréalistes. 

Et si tout cela ne devait pas avoir suffi pour nous convaincre, il ne reste plus qu’à invoquer la fatalité. Les lois du marché seraient inéluctables. Après tout, la seule alternative connue – le communisme – n’a-t-elle pas misérablement échoué ? C’est faire fi de l’ancien système, le capitalisme libéral, où l’Etat jouait son rôle prépondérant de protecteur des plus faibles et de redistributeur de richesses, ainsi que de tout nouveau système qui reprendrait davantage en considération le bien-être humain. 

Il ne s’agit ici rien d’autre que l’utilisation d’une bonne vielle recette : la peur du changement, régulièrement distillée par ceux qui ont intérêt à ce que le système actuel reste en place et une majorité de médias ralliés à leur cause. Il n’en est pas moins exact, comme le dit Albert Jacquard, « que cette vision de la fatalité des forces à l’œuvre imprègne en profondeur les réflexes de notre société ». À nous de nous en défaire.

 

Le pouvoir de la marque 

Les années 1980 marquent un tournant dans le domaine de la publicité : le développement de la marque. Les théoriciens du management se rendent compte que la prospérité des multinationales, du moins celles qui vendent leurs produits en commerce, passe bien plus par la vente d’une image que par celle du produit. Le concept de vendre une marque, en tant qu’expérience ou style de vie, va littéralement révolutionner la publicité, permettant aux multinationales qui en useront d’accroître autant leurs bénéfices que leur influence sur les consommateurs. La marque est en quelque sorte une valeur ajoutée. Par exemple, la valeur de la marque L’Oréal constitue la différence entre le prix d’un shampoing sans marque et celui d’un shampoing où il est écrit L’Oréal. Par cet exemple, on comprend mieux la volonté des multinationales à accroître la diffusion de leur marque. 

La jeunesse va rapidement s’imposer comme la catégorie de consommateurs la plus rentable. Les marques vont d’autant plus facilement s’imposer à ce public cible que la télévision va y jouer un rôle capital, avec l’incontournable MTV et les nombreux messages publicitaires qui y sont diffusés sur la grande majorité des chaînes. Les marques se présentent aux jeunes comme étant des créatrices d’attitudes ou de modes de vie (à croire qu’il n’existait-il pas des gens « cool » avant qu’on en invente le concept.), qui se veulent multiethniques et ouvertes à tous. Les multinationales ont beau jeu de parler de diversité, la mondialisation du marché rejette catégoriquement cette diversité car elle met en danger l’hégémonie culturelle qu’elles entendent imposer. L’objectif est donc bien de « standardiser » la jeunesse, sous le couvert de la « différence ». La tactique est assurément aussi fine qu’efficace. 

Cet exemple montre bien que les marques ne se contentent plus aujourd’hui d’une aventure d’un soir avec le consommateur. Trop peu rentable. Elles veulent habiter avec lui. 

Lorsque le sponsoring prit son envol dans les années 1980, à l’époque comme palliatif au manque de fond publics, nul ne pouvait imaginer qu’il finirait par investir tous les milieux de notre société : les milieux scolaires, les manifestations sportives et culturelles, et même, phénomène plus accentué en Amérique du Nord, le milieu universitaire, notamment via ses modes de financement. C’est également dans cet objectif de recherche de proximité avec le consommateur que se sont développés, principalement aux Etats-Unis, les « super magasins », sorte de temples de la consommation dédiés à la marque qu’ils représentent. Nike, Diesel, Tommy Hilfiger, Sony Virgin, Microsoft, tous se sont lancés à pieds joints dans la vente au détail associée à leur marque, histoire de pouvoir « accompagner » le consommateur le plus loin possible dans sa vie de tous les jours. 

L’ampleur du développement de la marque s’est faite au détriment d’autres secteurs d’activité des multinationales. On l’a dit, le concept de la marque est apparu dans les années 1980. Rien qu’aux Etats-Unis, les dépenses publicitaires représentaient en l’an 2000 la somme totale de 210 milliards de dollars, soit quatre fois plus qu’en 1980 ! À l’échelle mondiale, ces dépenses dépassent désormais allègrement les 500 milliards de dollars. Les profits, bien réels, qu’engendre la diffusion à grande échelle de la marque n’ont toutefois pas suivi cette courbe phénoménale. Le premier secteur de l’entreprise qui a fait les frais de ces nouveaux et coûteux investissements financiers est bien naturellement la masse salariale. 

Enfin, il est à noter que de nombreux citoyens, rassemblés en ONG telle que RTS (Reclaim The Streets), ont commencé à s’élever contre l’intrusion de la marque dans notre sphère privée. Les aliments, les vêtements, le mobilier, les supports technologiques : tout nous rappelle à chaque instant les marques. Or, aucun subconscient ne peut s’opposer à l’enregistrement dans notre mémoire de la marque. Nous ne pouvons que décider de ne pas la consommer. À chacun d’entre nous de voir jusqu’où il est prêt à tolérer cette compagnie imposée.

 

Les lacunes entretenues du droit international 

Conditions de travail et salaires misérables, répression syndicale, détournement de fonds, destructions écologiques, implications à petite ou grande échelle dans des conflits : il existe une multitude d’évènements à travers le monde qui pourraient valoir aux acteurs économiques, petits ou grands, d’être - comme quiconque - traduits devant la justice. Le contexte y est favorable puisque la communauté internationale s’organise pour lutter contre les formes « traditionnelles » d’impunité. L’entrée en vigueur de
la Cour pénale internationale a consacré une victoire essentielle contre l’impunité des responsables politiques. Par contre, la justice sociale et économique à l’échelon international reste à construire. D’où vient ce paradoxe ? 

Alors que l’essence du droit est de fixer des limites aux plus forts et de défendre les plus faibles, les seules instances (l’OCDE et l’OIT) qui peuvent tenir les multinationales et leurs filiales pour responsable de leurs actes ne disposent que de procédures… non contraignantes. La raison de ce laxisme est excessivement simple : les tentatives qui ont eu lieu en vue d’encadrer juridiquement l’activité des multinationales ont été contrées par ces dernières. L’épisode suivant est riches d’enseignements. 

L’ONU est actuellement la plus à même de combler ce vide juridique, car elle est dispose d’un cadre juridique et d’une influence suffisante pour y remédier. Parmi les nombreuses agences onusiennes, il existe pourtant
la Sous-Commission des Droits de l’Homme, toute désignée pour faire le nécessaire. Et ce n’est pas faute de ne pas avoir essayé. En 1998, en réaction à la découverte des négociations secrètes portant sur l’AMI,
la SCDH crée un groupe de travail spécialement consacré aux activités des multinationales. Dès les premiers instants, le groupe de travail fut torpillé par la délégation américaine et son mandat dénaturé. Sauvé de la dissolution en 2001, il se remet à la tâche, présentant successivement deux projets. Le premier texte, en 2002, propose une convention internationale qui rendrait responsable les entreprises coupables ou complices de violations des droits humains. On lui préféra le « projet » de la délégation américaine. Les multinationales pouvaient dormir tranquille. En 2004, le groupe revint à la charge avec un nouveau texte à caractère contraignant : « Normes sur les responsabilités des multinationales ». Sous la pression de l’ICC, groupe de lobbying emmené par Shell, le projet est enterré. À chaque fois, les milieux d’affaire américains sont fermement intervenus. 

Au demeurant, on aurait tort d’imaginer que cette pression n’existe qu’à l’ONU. On la retrouve dans la majorité des institutions internationales les plus influentes. Le cas de l’OMI, l’Organisation Maritime Internationale, mérite qu’on s’y attarde. Le poids de chaque pays y est fonction du tonnage qu’il enregistre. Les « pavillons de libre immatriculation », plus connus comme « pavillons de complaisance », qui regroupent 60% de la flotte mondiale, y font donc la loi. Des pays comme les Bahamas, le Liberia ou le Panama, décident des contraintes qu’ils s’appliquent. Malgré la récente condamnation de Total dans le procès sur la marée noire causée par l’Erika et la jurisprudence qui pourrait s’ensuivre, l’opacité reste la règle d’or. Dans le cas du Prestige, naufragé en novembre 2002 près des côtes espagnoles, la cargaison appartenait à un intermédiaire, une obscure société helvético-russe basée à Zoug, en Suisse. Évidemment insolvable. 

Qu’il se produise au sein de l’ONU, de l’OCDE, ou de tout autre organisme, le travail de sape des multinationales est facilité par la complexité de la matière. Mais le nœud du problème, qui tourne autour de la responsabilité des personnes morales, est systématiquement cadenassé. Les multinationales se retranchent fréquemment derrière l’argumentation qu’elles ne peuvent pas répondre des actes commis par leurs différentes filiales et entités. Le fait que nombre de violations des droits de l’homme liés aux activités des multinationales se produisent dans des pays peu soucieux de les condamner représente un obstacle supplémentaire. Ces difficultés rencontrées sont à peu près comparables à celles qui ont entravé un long moment la création de
la CPI (Cour Pénale Internationale). Ce qui n’a toutefois pas empêché qu’elle finisse par voir le jour…

 

La répression des syndicats 

L’année 2005 a été à nouveau marquée par la répression syndicale, puisqu’on y dénombre 115 syndicalistes assassinés de par le monde,
la Colombie détenant toujours le triste privilège de figurer en tête de peloton avec à son actif 70 syndicalistes décédés. Au-delà des assassinats purs et simples, il existe bien d’autres formes de violences : plus de 1.600 syndicalistes ont été victimes d’agressions violentes, 9.000 ont été arrêtés, 1.700 placés en détention arbitraire et 10.000 licenciés en raison de leurs activités syndicales. Si Coca-Cola, soupçonné de financer des groupes de répression syndicale, a eu maille à partir avec la justice colombienne à plusieurs reprises, d’autres multinationales ne sont pas en reste. Ainsi, dans son rapport 2005,
la CISL (Confédération Internationale des Syndicats Libres) épingle notamment le géant américain de la distribution Wal-Mart. Harcèlement, espionnage, incitation à la délation ou encore filature de militants syndicaux : autant de griefs attestant d’une véritable stratégie d’élimination. Le monde du « moins cher qu’ailleurs » a lui aussi son prix. 

Au-delà de ses constats, c’est à une lente érosion du droit de grève, pourtant si chèrement acquis par les générations précédentes, à laquelle on est en train d’assister. Les chiffres cités par
la CISL dans son rapport sont sans appel. Mais ce n’est pas tout : on assiste également à un dangereux glissement sémantique Les organisations syndicales sont désormais requalifiées de « partenaires » dans les pays développés. Dans la plupart des pays pauvres, on parle plus volontiers de « gêneurs ». Si la plupart des violences à l’encontre des syndicats ont eu lieu dans des pays en voie de développement, il ne faudrait pourtant pas en conclure que l’exercice du droit de grève est un long fleuve tranquille dans les pays développés. Les cas de figure où les entreprises saisissent les juridictions compétentes pour faire interdire certaines actions relevant du droit de grève, souvent assorties d’astreintes, se multiplient et mettent à mal l’exercice effectif du droit de grève. Nombre de gouvernements des pays développés adoptent désormais des mesures pour limiter les conditions ou le droit pur et simple aux actions de grève. 

La palme de la répression syndicale organisée à l’échelle gouvernementale revient toutefois aux Etats-Unis, où la « guerre contre le terrorisme » a servi d’alibi pour monter des opérations de guérillas contre les militants ouvriers et les syndicats. L’administration Bush est intervenue à plusieurs reprises pour briser des grèves dans des secteurs fragilisés par les attentats du 11 Septembre, assimilant l’interruption de l’activité économique à un danger pour la sécurité nationale. À titre d’exemple, l’organisateur de la grève qui avait paralysé les transports publics à New York en décembre 2005 s’est vu condamné à dix jours de prison ferme et son organisation syndicale à 2,5 millions de dollars d’amende. 

lors que les syndicats sont en réalité souvent l’unique contre-pouvoir dont disposent les travailleurs pour faire défendre leurs droits sociaux les plus élémentaires, les multinationales les présentent davantage comme un frein à la concurrence et à la rentabilité de l’entreprise. La manipulation du langage est insidieuse et perverse, mais elle porte malheureusement ses fruits.

 

La rareté organisée 

Trop peu souvent analysée, la rareté organisée n’en est pas moins une pratique répandue qui mérite que l’on s’y attarde. En économie, la rareté, reflétant l’écart entre les besoins et des ressources limitées, s’exprime par le théorème suivant : le prix d’un bien dépend principalement de sa rareté. Plus un bien est rare, plus il est cher. Inversement, s’il est courant, sa valeur et son prix diminuent. L’abondance ? La rareté garantissant le profit, il ne reste donc plus qu’à la planifier. 

L’usage de cette technique peut se faire à deux niveaux différents. Au niveau géopolitique d’une part, et au niveau économique de l’autre. Le cas d’école est assurément le mode de fonctionnement de l’OPEP . En octobre 2006, l’ OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), qui regroupe 11 des pays exportateurs de pétrole, fait une démonstration éclatante de cette théorie. Après avoir connu des sommets historiques, les cours du pétrole chutent de 25% en quelques mois. Inquiets de cette évolution et soucieux de leurs deniers, les principaux pays producteurs s’accordent pour réduire leur production journalière d’1 million de barils, soit une baisse réelle de près de 2% de leur production précédente. L’OPEP ne fait que rééditer une tactique qui avait déjà rapporté ses fruits en 2004 lorsque suite à une dégringolade de près de 30% des cours, l’OPEP avait réduit sa production et ainsi pu enrayer la chute. Mais ces évènements ne sont qu’une timide résurgence de l’exemple connu le plus retentissant et le plus dévastateur : la crise de 1973.
Petit retour en arrière. À l’époque, l’Amérique est devenue depuis quelques années dépendantes en matière de pétrole. En automne éclate la guerre du Kippour, où Israël bénéficie du soutien américain et européen. Furieux de ce soutien, les pays membres de l’OPEP réagissent en décidant d’augmenter le prix du baril tout en diminuant leur production. C’est le premier choc pétrolier. Il fut totalement artificiel. La rareté organisée rentre dans l’histoire : pour la première fois, des nations détentrices d’une matière première hautement stratégique utilisent la pénurie comme arme politique. Vladimir Poutine, en fin tacticien, n’a finalement jamais fait que remettre au goût du jour cette technique redoutable en planifiant des interruptions de livraisons de gaz à ses voisins, alliés ou non, et donc en bout de chaîne à l’Europe, dont plus de 30% des besoins proviennent de
la Russie. On pourrait sans trop se hasarder avancer qu’avec la raréfaction des ressources vitales pour l’humanité, qu’il s’agisse du gaz, du pétrole ou encore de l’eau, la rareté organisée ne devienne un outil de plus en plus fréquemment utilisé dans une optique géopolitique. 

On aurait toutefois tort de limiter cet usage aux Etats. Les acteurs économiques ne sont pas en reste, loin de là. Le secteur pétrolier recèle une fois encore certains exemples riches d’enseignement. Ainsi, aux Etats-Unis, les grandes multinationales du pétrole ont-elles volontairement sous investi dans leur capacité de raffinage : en trente ans, aucune nouvelle raffinerie n’a été créée aux Etats-Unis. Ces dernières années, la marge de profit liée au raffinage est passée en moyenne de 5 à 25 dollars par baril. Les entreprises pétrolières, qui engrangent des bénéfices records, ont largement les moyens de se payer de nouveaux équipements. En créant une situation d’approvisionnement tendu, elles contrôlent les prix. Augmenter la capacité de raffinage n’est évidemment pas dans leur intérêt. 

En réalité, la souveraineté du client n’est qu’un leurre. Dans le monde réel, l’entreprise et l’industrie contribuent lourdement à fixer les prix et à créer la demande. Elles le font par le monopole, l’oligopole, la conception et la différenciation des produits, la maîtrise de l’ensemble de la chaîne de production, la publicité et les autres méthodes de promotion de ventes et de commerce. La manipulation sémantique qui à substitué au mot « capitalisme » le terme « économie de marché » permet d’entretenir l’illusion que le consommateur est celui qui détermine la demande. C’est tout le contraire qui se produit. Le pouvoir est aux producteurs, qui influencent et dirigent la demande des consommateurs. La rareté comme l’abondance sont deux paramètres qui, exception faite d’une minorité de ressources réellement en voie de raréfaction, sont déterminés à tout instant. Car, dans un monde où le développement des nouvelles technologies permet de supprimer les distances et permet d’atteindre les « niches » de rareté les plus inaccessibles, comment pourrait-elle encore subsister ?

 

DOMMAGES «COLLATERAUX» 

 

La mondialisation, telle qu’elle s’est développée ces dernières décennies, masque une gigantesque opération de redistribution des richesses qui s’opèrent au sein des marchés financiers. Pendant que les multinationales et les fonds d’investissement s’arrachent toutes les richesses produites sur la planète, les populations du globe ne récoltent que les miettes. Et encore. 

Les souffrances indicibles endurées quotidiennement par les centaines de millions de pauvres et de travailleurs exploités ne semblent pas devoir diminuer.
Le creusement de plus en plus visible des inégalités, dépassant désormais l’habituel clivage nord-sud pour apparaître au sein même des pays, et la généralisation de la précarité sont devenus deux menaces qui planent désormais sur une très grande majorité de la population mondiale, y compris dans les pays développés. À côté de ceux qui tentent de survivre, ou qui n’y arrivent pas et meurent, il y a aussi toutes les autres victimes du système économique. Car dans le grand jeu mondial de la concurrence à outrance, il n’y a pratiquement que des perdants : parmi eux, les salariés victimes des délocalisations ou des fusions et les exclus de toute sorte sont devenus chez nous les symboles d’une mondialisation qui a perdu tout visage humain. Plus loin de nous, le sort est encore moins enviable : ils sont des millions dans les pays en voie de développement à travailler comme des forçats pour quelques maigres dollars. Les soldats de la guerre économique mondiale ont plusieurs visages mais ils sont tous les victimes du même système de domination. 

Il est une autre victime de taille : la planète. Malgré avoir dépensé des sommes folles pour contester les preuves scientifiques du réchauffement climatique, les milieux financiers n’ont pu empêcher que la vérité éclate au grand jour : en conservant son rythme actuel de consommation et de croissance, l’humanité détruira irrémédiablement sa planète, entraînant sa propre perte. Le « rapport Stern », publié en novembre 2006, marquera sans doute un tournant dans la lutte contre le réchauffement climatique. Pour la première fois, les coûts présumés ont été évalués (à 5.500 milliards de dollars en 10 ans si aucune mesure n’est prise). Ce rapport rajoute la seule dimension qui manquait jusqu’à présent dans le débat : l’économique, le seul langage des décideurs. Car pour contrer le réchauffement climatique, il faudra bien plus que des mesures éparses : une redéfinition de notre mode de consommation s’impose… Tout préalable à la préservation de notre planète passera obligatoirement par une remise en cause du système néo-libéral, prônant la croissance sans limites. La croissance infinie sur un monde fini est de fait une absurdité. Il faut en finir avec cette aberration. La qualité de vie, voire la survie de nos enfants et des générations futures, est à ce prix. 

Point commun de ces observations : le rapport de force entre les milieux financiers et les états, qui s’est inversé en faveur des premiers. L’Etat existe toujours, mais le démantèlement de l’Etat-Providence se poursuit parallèlement aux exigences toujours grandissantes des milieux financiers. Bien que disposant toujours d’une certaine influence, même dans les matières économiques, l’affaiblissement des états et de leur capacité de protection de leurs couches sociales les plus défavorisées se poursuit. Inexorablement. La privatisation des secteurs publics en est une autre caractéristique. Aujourd’hui, ce sont tous les biens communs de l’humanité, de l’eau aux services publics, qui sont déjà passés, ou sont menacés à terme de passer dans les mains du secteur privé. 

DOMMAGES «COLLATERAUX» 

Les victimes de la guerre économique 

C’est une guerre invisible, mondiale, sans armes ni armées. Pourtant, les ravages qu’elle engendre sont largement supérieurs à ceux des conflits armés. Des millions de personnes atteintes de malnutrition en passant par les millions d’enfants exploités au travail, les travailleurs touchés par les délocalisations ou exploités dans l’enfer des zones franches industrielles, les peuples primitifs expropriés de leurs terres ou encore les innombrables victimes des maladies curables faute de médicaments abordables : tous ont un point en commun. Ils sont les victimes de la guerre économique mondiale. 

> Le commerce international ou la loi du plus fort
> Une mondialisation toujours plus inégale
> Les affres de la malnutrition
> Pauvreté et précarité : deux compagnes tenaces
> Les derniers peuples indigènes menacés
> L’ADPIC, un accord aux accents génocidaires
>
Des épidémies aussi dévastatrices. qu’évitables
>
L’enfance exploitée
>
L’enfer quotidien des zones franches

 

Le commerce international ou la loi du plus fort 

Les règles actuelles du commerce international ont un point commun avec celles qui ont existé depuis que l’humanité a jugé nécessaire de les élaborer : elles sont établies par ceux qui sont en position de force, afin de la conforter. Les « règles » de commerce instaurées lors de ces dernières décennies ont accentué cette tendance, conduisant aujourd’hui à une domination totale des nations riches sur les nations les plus pauvres. La moitié des échanges commerciaux mondiaux sont actuellement contrôlés par 22 pays, représentant à peine 14% de la population mondiale. 

Bien qu’elle se drape de « négociations » et se vante d’un système démocratique où chaque pays dispose d’une voix, l’OMC , la plus haute instance traitant de commerce international, n’échappe pas à la mainmise des plus puissants. Car ce sont bien les pays riches qui fixent les objectifs de « négociations » et les pays pauvres qui les subissent. De même, lors de litiges commerciaux, ce sont uniquement les nations développées qui ont les moyens de se doter des batteries d’experts nécessaires à la défense de leurs intérêts. Les pays pauvres, qui éprouvent déjà toutes les difficultés à y maintenir un représentant permanent, ne peuvent rivaliser. Mais, dans de très nombreux domaines, les véritables vainqueurs des règles de commerce édictées par l’OMC sont en réalité les multinationales, notamment dans les secteurs de l’industrie pharmaceutique et de l’agroalimentaire. Pourtant, malgré ces faiblesses évidentes, ce système n’est pas le pire. L’échec actuel du dernier cycle de négociations (le cycle de Doha) est en train de céder la place à un danger encore plus grand : la multiplication des accords bilatéraux de commerce entre deux ou plusieurs nations, qui laissent le champ totalement libre à la loi du plus fort. 

Les subventions agricoles accordées par les pays industrialisés de l’OCDE à ce secteur sont tout bonnement astronomiques. En 2006, elles atteignaient 350 milliards de dollars, contre 330 milliards de dollars en 1998. Le PNUD épingle ces subventions qui « permettent aux pays riches de garder un quasi-monopole sur le marché mondial des exportations agricoles ». En effet, les barrières commerciales auxquelles sont confrontés les pays en voie de développement pour leurs exportations sont insurmontables : elles sont en moyenne trois fois plus élevées que celles qui frappent les échanges entre les pays riches. N’oublions pas que les pays pauvres sont aussi ceux qui comptent le plus d’agriculteurs. Avec ses 75% de paysans, l’Afrique paie certainement le plus lourd tribut face aux subventions des pays développés. Ce sont ces aberrations du commerce international qui font qu’à Sandaga, le plus grand marché de l’Afrique de l’Ouest situé au Sénégal, les fruits et légumes européens sont vendus à la moitié ou au tiers du prix des produits locaux. Un exemple parmi tant d’autres. 

Mais lorsqu’on observe la répartition de ces subventions à l’exportation, on se rend compte que ce ne sont pas uniquement les pays pauvres qui sont les victimes du système. Par exemple, la fameuse Politique Agricole Commune (PAC) de l’Union Européenne est loin d’être favorable aux petits paysans. Avec comme conséquence qu’au sein de l’Union Européenne, une ferme disparaît. toutes les 30 secondes. Au contraire, elle est taillée sur mesure pour les grandes multinationales de l’agroalimentaire qui empochent la majeure partie du budget annuel colossal de
la PAC, soit près de 50 milliards d’euros. L’exemple de
la France est révélateur de cet énorme déséquilibre : sur les 630.000 agriculteurs que comptent encore le pays, 170.000 touchent moins de 5.000 euros par ans et 70.000. rien du tout. Par contre, 80% des aides sont captées par seulement 20% de bénéficiaires. La raison en est très simple : en France, élevages et cultures sont l’affaire d’influents
lobbys agricoles qui négocient avec le Ministère, seul apte à traiter avec
la Commission Européenne. 

Mais les pays pauvres n’ont pas dû seulement faire face à l’insurmontable obstacle que représentent les subventions des pays développés. Ils ont également subi de plein fouet les conséquences de la chute des prix de leurs ressources essentielles. La grande majorité de ces produits de base ont connu depuis les années 1980 un effondrement sans précédent. Selon la CNUCED, entre 1977 et 2001, la chute annuelle des prix a été de 2,6% pour les denrées alimentaires, de 3,5% pour les oléagineux et les huiles et de 5,6% pour les boissons tropicales. Bien que cette tendance se soit un peu résorbée ces dernières années, la dégradation des termes de l’échange marque un manque à gagner considérable pour de nombreux pays pauvres qui ne disposent de peu, voire d’aucune autre richesse à l’exportation. 

Ce processus complexe s’explique par de nombreux facteurs, dont certains sont admis, comme la fragilité des prix de ces matières premières face aux fluctuations des taux de change, et d’autres sont sujets à contestation. L’un des principaux est pratiquement reconnu par tous : le rôle néfaste joué par les ajustements structurels imposés par le FMI et la Banque Mondiale. En échange de prêts financiers, les pays concernés (la quasi-totalité des pays pauvres de la planète) devaient assainir leurs finances publiques. Parmi les mesures imposées : le « tout à l’exportation », sensé permettre de faire rentrer un maximum de capitaux. Le résultat obtenu fut tout le contraire : les pays pauvres inondèrent les marchés des pays développés de leurs ressources exportées, cette abondance - parfaitement inutile et évitable dans ce cas de figure – se traduisant comme toujours par une baisse de leurs valeurs.

 

Une mondialisation toujours plus inégale 

Bien qu’il faille toujours les prendre à titre indicatif, les données chiffrées qui permettent de mesurer l’accroissement des inégalités sont sans appel : le PNUD estimait qu’en 2005, les 500 personnes les plus riches du monde avaient un revenu combiné supérieur à celui. des 416 millions les plus pauvres. En parallèle à ces extrêmes, les 2,5 milliards d’individus vivant avec moins de 2 dollars par jour – 40% de la population mondiale – représentent à peine 5% du revenu mondial ! Contre 54% pour les 10% les plus riches. Un déséquilibre sans précédent dans l’histoire de l’humanité. 

La progression des richesses continue de s’accentuer fortement pour les plus riches, ne semblant connaître aucune limite. Les capitaux détenus par les 15 personnes les plus riches du monde – majoritairement PDG ou ex-PDG de multinationales - sont supérieurs aux PIB de tous les états du monde situés au sud du Sahara. D’une manière générale, les inégalités de patrimoine sont encore plus fortes que les inégalités liées aux revenus. L’ONU publiait en décembre 2006 une étude dont les résultats se passent de tout commentaire. La moitié du patrimoine des ménages est détenue par seulement 2% de la population mondiale. À l’inverse, la moitié la plus pauvre de la population planétaire en possède seulement. 1%. 

Pourtant, les inégalités ne sont plus seulement visibles entre les pays du nord et les pays du sud, mais se développent également à grande vitesse à l’intérieur même de chaque pays. Le lien entre l’inégalité croissante entre les êtres humains et l’émergence du capitalisme financier et du libre-échange est incontestable. Alors que l’écart des revenus entre les 5% les plus riches et les 5% les plus pauvres était de 30 pour 1 en 1960, il est aujourd’hui passé à 75 pour 1. Pourtant, la richesse produite au niveau planétaire, le PIB mondial, atteint des sommets inégalés : plus 44.000 milliards de dollars rien que pour l’année 2005. Mais la répartition de ses fruits est très inégale. Où qu’ils opèrent dans le monde, les opérateurs des marchés financiers s’approprient les ressources et les fortunes, ne laissant derrière eux que des miettes. 

La première économie du monde elle-même ne résiste pas à l’analyse. Les inégalités s’accroissent aux Etats-Unis, où désormais un américain sur huit n’arrive pas à vivre décemment. 47 millions d’américains, dont de nombreux salariés, sont dépourvus d’assurance maladie. Au Royaume-Uni, le « blairisme » aura lui aussi apporté son lot d’inégalités. 0,1% des britanniques concentrent désormais 5% du revenu national. Tony Blair laissera donc à son successeur deux pays. D’un côté, les 20% qui travaillent dans le secteur des services financiers et qui prospèrent. De l’autre, le reste d’une population en proie à une précarisation croissante, évincée d’un marché du logement constamment en hausse, affecté par une sévère baisse de la production industrielle et par une hausse du chômage à 5%, un taux très élevé pour ce pays. En réalité, il n’est pas un coin du globe qui échappe au renforcement des inégalités. Dans un rapport paru en juin 2006, le PNUD rappelait qu’en Asie – où l’augmentation annuelle de la croissance est pourtant la plus forte – le libre-échange a malgré tout aggravé les inégalités en matière de revenus. Le « miracle chinois », si souvent vanté, laisse 5% de sa population avec une dizaine de dollars par mois.
La Banque Mondiale enfonce le clou avec une étude parue en novembre 2006 : le revenu réel des 10% les plus pauvres de la population chinoise a chuté de 2,4% entre 2001 et 2003, alors que dans le même temps, les 10% les plus riches ont vu leur revenu grimper de 16%. 

Dans cet exemple – et plus généralement dans presque tous les cas de figure – on observe que ce sont très souvent les zones rurales qui sont les plus sévèrement touchées. Le modèle économique actuel en est là aussi la principale cause. Dans une économie de plus en plus virtuelle, où les réservoirs de main d’ouvre sont essentiels aux objectifs de rentabilité, les zones à forte concentration d’activités économiques et d’accès technologiques (les villes) supplantent totalement les zones à faible concentration (les campagnes). Alors qu’en 1950, seul 30% de la population mondiale vivait en ville, ce n’est pas un hasard si, pour la première fois dans l’existence de l’humanité, la moitié de ses membres habite désormais dans des zones urbaines. Pourtant, on aurait tort de croire que le niveau de vie y est plus favorable : aujourd’hui, un milliard d’habitants vivent dans des bidonvilles, privés d’eau, d’électricité et d’accès aux services sociaux de base.

 

Les affres de la malnutrition 

Et si on commençait pour une fois par une bonne nouvelle ? Depuis quelques années, le nombre de personnes sous-alimentées est en très légère régression ! Pour autant bien sûr que l’on parle d’un pourcentage de la population mondiale, mis en parallèle avec l’augmentation de la démographie (17% de la population mondiale contre 20% il y a 15 ans). Mais en chiffres absolus, la sous-alimentation augmente constamment, 12 millions d’individus étant venus, entre 2004 et 2006, se rajouter aux 840 autres millions d’affamés. Là, déjà, il n’y a plus de quoi pavoiser. 

Saviez-vous que les historiens s’accordent pour dire qu’en six années, le régime Nazi est responsable directement de la mort de près de 50 millions de personnes ? Saviez-vous également que la malnutrition tue chaque jour 100.000 personnes ? Faites le calcul : la malnutrition dépasse donc largement le pire génocide jamais commis dans l’histoire de l’humanité. Mais la grande faiblesse des chiffrages, c’est leur caractère impersonnel. Alors, faites-vous plutôt la réflexion suivante : pendant le temps qui vous a été nécessaire pour lire ce petit paragraphe – une vingtaine de secondes – 4 enfants dans le monde sont morts de faim. Présenté de cette manière, c’est autrement plus interpellant. 

Au total, ce sont 42 pays qui ont été en état de crise alimentaire en 2006. On constate que la malnutrition est avant tout un phénomène rural, puisque 70% des personnes touchées vivent dans les campagnes. L’Afrique est le continent le plus durement touché, avec un tiers de ses habitants sous-alimentés. Mais la malnutrition n’engendre pas que la mort. Ses conséquences sont multiples, et toutes tragiques. Tout enfant frappé par la malnutrition au début de son existence ne rattrapera plus jamais son retard. Le fer et le zinc jouent en effet un rôle essentiel dans le développement des capacités mentales. Les risques de souffrir de difformités ou de cécité en sont également accrus. Et comme si cela ne suffisait pas, malnutrition et pandémies font bon ménage. La malnutrition diminue les capacités de résistance au VIH et accroît d’une manière plus générale les chances de contracter certaines maladies. La plupart des décès ne sont pas directement le résultat de la famine, mais bien plus souvent des maladies qui s’attaquent aux enfants vulnérables dont le corps est affaibli par la malnutrition. En réalité, les deux fléaux sont intimement liés car inversement, le décès de nombreux parents des ouvres des grandes pandémies engendre des orphelins qui, pour autant qu’ils n’en faisaient pas déjà partie, rejoignent les rangs des sous-alimentés. 

Enfin, et on aurait tendance à l’oublier trop vite, la faim est facteur d’instabilité politique et de sous-développement dans les pays où elle sévit. Car un homme qui a faim ne se soucie pas de ses droits démocratiques. On ne saurait manger son bulletin de vote. La faim occulte toute préoccupation ou revendication sociale. 

Mais dans ce massacre quotidien, ce qui est certainement le plus révoltant, c’est d’apprendre de
la FAO que la production alimentaire mondiale permettrait de nourrir 12 milliards d’individus. Bien sûr, le défaut majeur de ce chiffrage est de ne tenir compte ni des distances entre les lieux de production et de consommation, ni de la relation inégale entre le type de nourriture produit et les besoins réels des populations affamées, ni même de la faiblesse des pouvoirs d’achat des plus mal nantis. Mais ces chiffres, au demeurant incontestés, démontrent que potentiellement, la faim peut donc être totalement éradiquée de la surface de la planète. Dans le destin tragique de ces millions de victimes de la malnutrition, il n’y a donc aucune fatalité. Dès lors, chaque souffrance, chaque décès lié à la sous-alimentation en devient intolérable et moralement inacceptable.


 


 


 

Pauvreté et précarité : deux compagnes tenaces 

À l’échelle planétaire, ce sont 1,2 milliard de personnes qui vivent dans une pauvreté extrême avec moins d’un dollar par jour, et 2,8 milliards qui vivent sous le seuil de pauvreté, fixé communément à un revenu journalier inférieur à 2 dollars. Ce qui ne signifie pas que l’on échappe à la pauvreté avec 3 dollars par jour. Ni que l’on évite une manipulation des données concernant l’affichage du taux de pauvreté, celui-ci représentant pour de nombreux pays un enjeu politique de première importance pour attirer les investisseurs et faciliter l’accès aux crédits. 2,8 milliards de pauvres donc, mais au vu de ces considérations, probablement bien plus. À ces observations se rajoute aussi un facteur plutôt déroutant : les nombreuses statistiques publiées sur l’évolution de la pauvreté dans le monde sont souvent fort contradictoires. Dans ces conditions, chiffrer la pauvreté et suivre son évolution s’apparente donc à un exercice d’équilibriste. Tentons dès lors d’en retirer les tendances de fond. 

Lors de la création par l’ONU de la catégorie « Pays moins avancés » en 1971, appellation pudique pour désigner les pays pauvres, on en comptabilisait 21. Aujourd’hui, alors que seul le Botswana a réussi à s’en extraire, on en compte. 50. Les politiques néo-libérales des institutions financières internationales ne sont pas étrangères à cette augmentation drastique. Si l’on se focalise par contre sur l’évolution de la pauvreté ces dernières années, on constate certaines améliorations. Le continent qui a fait incontestablement le plus de progrès à ce sujet est l’Asie, tirée par une croissance soutenue depuis l’effondrement boursier asiatique de 1997. Tout est pourtant loin d’être rose puisqu’en Asie, paradoxalement, les très pauvres le sont encore plus notamment en Chine où leur niveau de vie a baissé ces six dernières années. L’Afrique par contre stagne, avec un niveau de pauvre proportionnellement égal à sa population, donc en augmentation quantitative constante. 

Contrairement aux idées reçues, le fléau ne touche pas seulement les pays pauvres mais également les pays développés. Pire même, dans certains, la pauvreté y gagne du terrain. On a tendance à l’oublier mais dans les pays industrialisés, plus de 100 millions de personnes vivent toujours en dessous du seuil de pauvreté. Rien qu’aux Etats-Unis, selon un rapport du Bureau de Recensement, on évalue ce nombre à 37 millions de personnes, soit 17% de plus que sous la seconde présidence de Bill Clinton, dont 16 millions d’américains vivant dans « une pauvreté profonde et sévère ». La politique ultra-libérale de l’administration Bush n’y est évidemment pas étrangère. L’influence la plus néfaste de cette politique se ressent aussi au niveau de l’accès aux soins de santé, le nombre d’américains ne bénéficiant d’aucune assurance-santé ayant atteint les 47 millions en 2004, un record. Dans le reste des autres pays développés, en Europe et ailleurs, le nombre de pauvres fluctue, tantôt augmentant, tantôt diminuant, tantôt se maintenant à son niveau antérieur. 

Finalement, les nombreux débats sur la pauvreté dans le monde occultent l’évolution réelle de la situation de la très grande majorité des individus sur la planète. Alors que les organisations, officielles ou non-gouvernementales, se battent à coup de statistiques contradictoires sur le thème de la pauvreté, une crainte supplémentaire fait son apparition, bien moins chiffrable, mais visiblement tenace : la précarité. À ce sujet, le plus interpellant est sans aucun doute un sondage inhabituel réalisé en France, en 2006, par Emmaüs. Dans ce pays classé pourtant parmi les six plus riches nations de la planète, un habitant sur deux considère comme « très possible » de devenir un jour SDF ! Seulement 17% des sondés affirment que « jamais » ils ne finiront à la rue. C’est probablement l’indication la plus nette du sentiment oppressant de précarité qui s’immisce au sein de la majorité des sociétés occidentales. La crainte, réelle ou injustifiée, de basculer vers la pauvreté n’est pas seulement révélatrice des conséquences dramatiques engendrées par les politiques économiques ultra-libérales. Elle tend paradoxalement à les renforcer, car l’appauvrissement de la population a généralement tendance à la déstabiliser, ravivant les sentiments extrémistes, populistes et nationalistes. Gardons constamment en mémoire que c’est dans des circonstances similaires que s’est développé le nazisme autrefois et qu’actuellement, le fanatisme et le populisme y puisent leur influence proportionnellement grandissante.

 

Les derniers peuples indigènes menacés 

Les derniers peuples indigènes de la planète, véritables mémoires vivantes de l’humanité, présentent tous une même similitude : celle d’être chassés et expropriés de leurs terres ancestrales. On estime aujourd’hui la population indigène mondiale à environ 350 millions de personnes, répartie en quelque 5.000 ethnies. Les peuplades les plus primitives, souvent les plus anciennes, sont également celles qui sont le plus en péril. Et pas seulement pour ne pas avoir su s’adapter à leur nouvel environnement. La plupart d’entre elles ont dû quitter leurs terres ancestrales, victimes des politiques d’expansion des multinationales et de leurs agissements. Shell est connu pour ses liens avec les factions militaires qui répriment les Ogoni. Petrobras a obtenu un permis d’exploitation forestière sur un gisement pétrolifère, chassant le peuple Huaorani. Les Quechua d’Equateur ont été expulsés de leur territoire ancestral pour les mêmes motifs. Au Botswana, les Gana et les Gwi ont connu la même destinée, déportés en vagues successives afin de permettre l’exploitation de leur sous-sol riche en diamants. 

La disparition des peuples indigènes est en marche depuis plusieurs siècles, des conquistadors espagnols qui massacrèrent et réduisirent en esclavage les ethnies du continent sud-américain en passant par l’éradication des indiens d’Amérique, pour ne citer que les épisodes les plus tristement célèbres. Mais le XXème siècle a assurément a été le théâtre du plus grand nombre de d’exactions commises sur les peuples primitifs. Les raisons en sont souvent identiques : la volonté de repousser toujours plus loin le contrôle des ressources de la planète. Nombre d’entre elles se trouvent sur des terres qui appartiennent aux derniers peuples indigènes. Leurs destins se croisent alors : extermination, expulsion ou assimilation aux populations les entourant. Sans surprise, ce sont les activités des multinationales qui sont pratiquement à la base de toutes les exactions à leur encontre. S’ils songent à résister, les peuples indigènes s’exposent à l’élimination pure et simple. La réponse à la résistance pacifique de la tribu Ogoni, habitant le delta du Niger connu pour ses très nombreux gisements de champs pétrolifères, est devenue emblématique. Le 10 novembre 1995, cette résistance pacifique avait coûté la vie au poète ogoni Ken Saro-Wiva et à huit autres militants ogonis, condamnés par les tribunaux nigérians alors sous les ordres du dictateur Sani Abacha. et de la multinationale Shell, implantée sur le territoire ogoni. 

Cruelle ironie de l’Histoire : les seuls peuples indigènes qui échapperont aux expropriations car leurs terres n’intéressent personne, comme les Inuits du Pôle Nord ou les nomades Touaregs du Sahara, sont également menacés de disparition : ils seront en effet parmi les premières grandes victimes du réchauffement climatique

Petite lueur dans la grisaille : le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a finalement adopté en juin 2006 la déclaration des droits des peuples indigènes, en discussion depuis douze longue années au cours desquelles les groupes financiers avaient exercé une forte pression, principalement sur les délégations américaines et britanniques. Cette mesure reconnaît les droits des peuples indigènes sur leurs terres et leurs modes de vie. Elle stipule également qu’ils ne peuvent être expulsés de leurs territoires sans leur libre consentement. Reste à voir si dans les faits, elle sera réellement appliquée.

 

L’ADPIC, un accord aux accents génocidaires 

L’OMS a récemment rappelé ce scandale quotidien : 10 millions d’enfants meurent chaque année dans le monde de maladies évitables, faute de vaccin ou de traitement. Au cour du problème de l’accès des pays pauvres aux médicaments figure la question des brevets, ce qui nous renvoie à l’accord conclu en 1996 à l’OMC, mieux connu sous le nom d’ADPIC (Accord sur le Droit de Propriété Intellectuelle lié au Commerce). Remanié en 2003, il ne change pourtant en rien l’effet principal : l’assurance d’un profit optimal pour les multinationales pharmaceutiques. 

En effet, la création, l’invention et la recherche sont des paramètres qui occupent une part de plus en plus importante dans le commerce. La valeur de nombres de produits de haute technicité, dont les médicaments, en dépend. Un certain degré de protection et de respect de ces droits apparaît donc fondamental au vu des dépenses engagées dans le domaine de la recherche et du développement. Les règles de commerce international concernant les droits de propriété intellectuelle – tout domaine confondu – ont ainsi été fixées et regroupées à l’OMC dans l’ADPIC. Dans le cas des médicaments, « Big Pharma » a assurément touché le gros lot. Récoltant les fruits d’un intense lobbying, les industries pharmaceutiques ont obtenu une protection de leurs brevets pour une période. de vingt années suivant leur dépôt ! Ce qui signifie concrètement qu’il est formellement interdit de copier les médicaments protégés durant cette période. Exit les génériques. 

Il existe pour toutes les pandémies majeures de ce début de siècle, comme le sida, le paludisme ou la tuberculose, des médicaments génériques. Or, avec la meilleure volonté du monde, les pays pauvres n’ont bien évidemment pas les moyens de payer à leurs populations décimées les médicaments brevetés. Pour se figurer de l’énorme différence entre médicaments brevetés et médicaments génériques, il suffit de rappeler qu’avant l’arrivée des productions génériques indiennes contre le sida au début des années 2000, les prix étaient cent fois plus élevés qu’aujourd’hui. Soucieux de garantir leurs profits et de cadenasser leur position dominante, les leaders du secteur pharmaceutique ont multiplié les manouvres d’intimidations à l’encontre des pays qui ont osé s’opposer à leur volonté et celle de l’OMC. On se rappellera qu’en avril 2001, 39 laboratoires américains et européens avaient porté plainte contre le gouvernement d’Afrique du Sud – qui souhaitait fabriquer des génériques de médicaments brevetés contre le sida – avant de finalement se retirer face au tollé et à l’indignation qu’avait suscité cette action. Le procès qu’a intenté la multinationale Sanofi-Aventis début 2007 au gouvernement indien va dans le même sens. 

Force est donc de constater que concernant les médicaments génériques, cette affaire ne met pas en présence un génial inventeur dépossédé des bénéfices de son invention, mais des multinationales, dominant un marché qu’elles ont pris soin de protéger de toute forme de concurrence et qui engrangent des bénéfices de plus en plus gargantuesques (le chiffre d’affaire annuel de l’industrie pharmaceutique est estimé actuellement à environ 600 milliards de dollars, contre 300 milliards en 1999). Les brevets ne sont plus là pour protéger et récompenser l’invention, ils n’existent plus que pour prolonger la rente des industriels.

 

Des épidémies aussi dévastatrices qu’évitables 

Certaines grosses multinationales exercent leur talent dans le domaine pharmaceutique. Et de talent il est réellement question. Entre 1975 et 2004, les laboratoires pharmaceutiques ont développé plus de 1500 nouvelles molécules. Mais les multinationales pharmaceutiques ne s’intéressent pas aux populations non rentables. C’est ainsi que seulement 26 de ces nouvelles découvertes concernaient le traitement des maladies tropicales. Or, le sida bien sûr, mais aussi la tuberculose, la malaria ou la fièvre noire déciment des millions d’individus chaque année. Or, pour certaines de ces maladies, les remèdes existent. Et pour toutes, il existe des médicaments génériques. Dès lors, pourquoi les populations des pays pauvres sont-elles si touchées ? Il y a tout d’abord la question des dépenses de l’industrie pharmaceutique mondiale. Rien qu’en campagnes de commercialisations, elle consacre la somme annuelle de 60 milliards de dollars, soit plus du double de son budget de recherche, 10 fois les montants nécessaires annuellement pour la lutte contre le sida et près de 70 fois les sommes nécessaires à la lutte globale contre la tuberculose. 

Les choix opérés par « Big Pharma » sont limpides. Mais si aujourd’hui, des millions de malades décèdent à travers le monde de maladies curables, la raison première en est toujours l’ADPIC (voir section précédente). 

Premier exemple avec le sida. La pire pandémie de ce début de millénaire continue son inexorable progression avec désormais 32 millions de personnes infectées par le virus sur la planète, dont plus de 4 millions supplémentaires chaque année. La maladie a déjà emporté 22 millions de personnes depuis son apparition, les décès annuels s’élevant actuellement à plus de 2 millions. Les seuls soins un tant soit peu efficaces, les trithérapies, sont encore et toujours hors de portée de trop nombreux malades dans les pays pauvres : moins de 30% d’entre eux y ont en effet accès. En Afrique, le taux est d’à peine 20% et en Asie du Sud-Est de 16%. L’ADPIC en est naturellement la cause principale, les pays pauvres éprouvant toutes les peines du monde à distribuer des médicaments génériques pour leurs populations. Et s’ils veulent s’affranchir du parcours du combattant que représentent les licences obligatoires (clause spéciale de l’ADPIC permettant à un pays « moins avancé », membre de l’OMC, de faire appel à une entreprise fabriquant des génériques afin de copier un médicament sous brevet, sous certaines conditions), il leur faut patienter longtemps avant d’obtenir des génériques qui de toute manière restent toujours inabordables pour les malades les plus pauvres. Quant aux traitements de « deuxième ligne », dont la prise est indispensable dans la seconde phase de la maladie, ils restent toujours largement inabordables, faute de génériques disponibles et autorisés sur le marché. 

La tuberculose est, après le sida, la pandémie la plus dévastatrice : 1,7 millions de personnes y ont succombé en 2005 et 1,6 millions en 2006. Les régions du monde les plus touchées restent l’Europe de l’Est, l’Afrique et
la Méditerranée orientale. L’OMS s’inquiète également de l’émergence de formes ultra-résistantes aux médicaments, nées de trop nombreuses interruptions de traitements par les patients, 450.000 nouveaux cas étant recensés chaque année. Le lien avec le VIH doit également être souligné : 50% des séropositifs sont atteints de tuberculose. 

Comme dans le cas du VIH, des traitements existent qui permettent de guérir de la maladie, du moins sous sa forme initiale. L’accès aux traitements pour les plus démunis est pourtant largement compromis par l’ADPIC. En dépit de l’urgence de la situation et du problème épineux que représente la version ultra-résistante de la tuberculose, les recherches actuellement menées ne sont pas à la mesure des besoins en nouveaux tests, vaccins et médicaments. Le financement de la recherche est pointé régulièrement du doigt par MSF, 200 millions de dollars étant actuellement investis alors que 100 millions seraient nécessaires rien que concernant la forme ultra-résistante et 900 millions pour la lutte globale contre la pandémie. 

Sida, tuberculose, mais aussi paludisme, choléra ou fièvre noir : le scénario est à chaque fois le même. Ces cas de figures représentent le dilemme de ces populations, soumises à une double « tyrannie industrielle » : les produits officiels inabordables, ceux des entreprises pharmaceutiques qui en aucun cas ne renonceraient à leurs profits, et ceux de l’économie parallèle, dont les produits de contrefaçon, aux effets pourtant redoutables, sont largement plus abordables. Personne ne devrait mourir pour des raisons économiques, faute de pouvoir s’acheter un médicament. C’est pourtant ce qui se produit chaque minute sur notre planète.

 

L’enfance exploitée 

Les enfants paient eux aussi un lourd tribut à la guerre économique mondiale. Plus d’1,5 millions d’enfants de moins de cinq ans meurent chaque année par manque d’eau potable. La malnutrition et les épidémies en emportent encore bien davantage. Ceux qui auraient survécu à ces fléaux ne sont pas pour autant tirés d’affaire. Vivant souvent dans des régions à risques, où pauvreté et guerres font souvent bon ménage, ils peuvent également succomber aux conflits armés. Sur les quelque 4 millions de personnes tuées depuis 1990 lors de guerres, la moitié était des enfants. Mais pour ceux qui ont échappé à la mort, l’avenir ne s’annonce pas pour autant radieux. L’étude la plus complète jamais réalisée par l’UNICEF et publiée en décembre 2004 est sans appel. 

> 640 millions d’enfants n’ont pas de logement adéquat ;
> 500 millions d’enfants n’ont pas accès à des installations d’assainissement d’eau ;
> 400 millions d’enfants n’ont pas accès à l’eau salubre;
> 270 millions d’enfants sont totalement privés de services de soins de santé ;
> 140 millions d’enfants, dont une majorité de filles, n’ont jamais été scolarisés ;
> 90 millions d’enfants souffrent de privations alimentaires graves ;
> 15 millions d’enfants sont orphelins, dont les parents ont souvent succombé au sida. 

Une dernière catégorie d’enfants, qui du reste font souvent partie de celles citées précédemment, sont les exploités. Selon le Bureau International du Travail (BIT), le nombre d’enfants qui travaillent a reculé de 11% entre 2000 et 2004. Il convient néanmoins de tempérer cette bonne nouvelle en rappelant qu’il en reste malheureusement toujours. 218 millions à travers le monde. Parmi eux, le nombre d’enfants de 5 à 17 ans astreints à des travaux dangereux est de 126 millions, dont 1 million dans les exploitations minières où surviennent des centaines de décès chaque année. Quant aux formes les plus graves de travail des enfants, elles sont principalement situées an Afrique où le phénomène est très répandu : un enfant sur quatre de la tranche d’âge 5-14 ans travaille. Parmi eux, les enfants-soldats, que l’on estime entre 250.000 et 300.000. Pourtant, c’est en Asie que sont recensées les pires exploitations des enfants. Car la pire destinée pour un enfant n’est pas toujours l’exploitation au travail : exploitation sexuelle, traite, servitude pour remboursement de dettes, recrutement dans les conflits armés ou les mafias, trafics de stupéfiants sont le quotidien de millions d’enfants asiatiques. 

‘impact de ces travaux forcés ne se limite pas à la souffrance de ces enfants. Pour ces millions d’exploités, il ne sera jamais question de fréquenter les bancs de l’école. Or, l’éducation est un facteur essentiel pour sortir du sous-développement. Et comme on vient de le constater, le sous-développement, qui induit misère et lutte pour survivre, pénalise l’accès à l’éducation. Les pays pauvres sont englués dans une spirale infernale et ne disposent que d’un seul moyen de l’enrayer : l’adoption et l’application de législations contraignantes destinées à protéger les droits fondamentaux des enfants. L’opération a malheureusement toutes les chances de se révéler infructueuse, car ces droits ont des coûts que les Etats pauvres ne peuvent financer. Pendant ce temps, les investisseurs étrangers risquent fort de se retirer pour partir vers d’autres cieux plus « concurrentiels » . et les familles pauvres auront encore moins de moyens pour subsister, les obligeant à envoyer leurs enfants travailler pour survivre. L’impossibilité pour les pays en voie de développement de sortir du cycle de la pauvreté trouve certainement sa source fondamentale ici.

 

L’enfer quotidien des zones franches 

La zone franche (ZF) est une zone géographique d’un pays qui permet aux entreprises qui s’y installent de bénéficier d’avantages fiscaux et d’une main d’oeuvre à faible coût, les législations sociales y étant pratiquement inexistantes. Ces deux avantages en ont fait de véritables eldorados pour les multinationales des pays développés. La preuve la plus visible en est leur prolifération : de 80 en 1975, elles sont passées à 850 en 1998 et à plus de 5.000 en 2004, recrutant désormais 42 millions d’hommes, de femmes et d’enfants. Cette augmentation est à la hauteur de l’intérêt que représente cette nouvelle main d’ouvre. Les multinationales l’ont bien compris. Mais, soucieuses de leur image, elles préfèrent généralement passer commandes auprès d’entrepreneurs ou d’intermédiaires locaux plutôt que de s’y installer elles-mêmes. 

Les terminologies varient en fonction des endroits où elles sont implantées, des « maquiladoras » en Amérique Latine aux « sweatshop » en Inde et aux Philippines . Mais si les dénominations de ces ZF varient très souvent d’une région à l’autre, les conditions de travail de la main d’oeuvre qui y est exploitée sont par contre identiquement abominables.
La Chine est de loin le plus grand pourvoyeur en zones franches d’exportation avec une main d’oeuvre avoisinant les 30 millions de travailleurs. Leurs conditions de travail sont encore plus misérables qu’on ne l’imagine : semaines entre 60 et 70 heures de travail, revenus inférieurs au minimum salarial – fixé en Chine à. 44 dollars par mois – ou encore mises à pied à la moindre rebuffade ou au moindre accident de travail.
L’industrie textile au Bangladesh et en Argentine, les ateliers de vêtements et de jouets en Chine : partout, ce sont les mêmes conditions de travail épouvantables, la même sueur, les mêmes souffrances. Pour les multinationales qui exploitent ces esclaves modernes, le système fonctionne à merveille. Lorsqu’ils arrivent sur les marchés européens, les jouets qui y sont fabriqués défient toute concurrence : les coûts salariaux ne dépassent en effet jamais 6% du prix de vente. 

De même que l’argent possède ses zones de non-droit avec les paradis fiscaux , la main d’ouvre est désormais victime du phénomène identique avec les zones franches, caractérisées par l’absence totale de taxations et de législation de travail contraignantes. Un enfer permanent pour les travailleurs qui y sont exploités, mais un eldorado éphémère pour les multinationales qui y retirent de juteux bénéfices. Car comme le rappelle très justement
la CISL dans son rapport intitulé « L’envers des marques », les investissements étrangers dans les zones franches d’exportation sont de par leur propre nature précaires. Leurs auteurs sont en effet susceptibles d’abandonner un pays sur-le-champ pour un autre où une main d’oeuvre meilleur marché et plus docile leur serait proposée.


 


 


 

CONTESTATIONS 

Résistances  

> Un procureur en guerre
>
L’AMI mis en échec
> Révolte ouvrière au Bangladesh
>
La récupération des entreprises en faillite en Argentine
> Les femmes du Kerala face à Coca-Cola
> Bouygues « contraint » de se retirer du Mali
> Bechtel et La Lyonnaise des Eaux expulsés de Bolivie

 

Révolte ouvrière au Bangladesh 

Pour les multinationales du textile, le Bangladesh a tout du paradis : la main d’œuvre y est abondante et pratiquement gratuite (10 cents le pull-over !), les conditions de travail y sont épouvantables pour les salariés (si on peut encore utiliser ce terme.). Il n’existe pratiquement aucune représentation syndicale dans le secteur et le gouvernement ferme les yeux sur ces pratiques. Mais tout a une fin. 

Le début de la révolte trouve sa source en février, lors de plusieurs incendies et effondrements dans les usines de production qui ont coûté la vie à plus d’une centaine de personnes. Les travailleurs se rassemblent et organisent des manifestations pour dénoncer la vétusté des infrastructures , les conditions de travail effroyables et les bas salaires qui leur sont alloués. 

La police réprime durement les manifestants, tuant trois ouvriers et en blessant plusieurs dizaines d’autres. La contestation se transforme alors en révolte. Les ouvriers déclenchent une grève généralisée, incendient et saccagent plusieurs usines et manifestent par milliers dans la capitale, Dacca, pour réclamer une hausse de salaire et de meilleures conditions de travail.

 

Sources
Le Soir, Metro, Campagne Vêtements Propres

 

Revue de presse
Textile : à l’autre bout de la chaîne (08/08/2006)
Les travailleurs en révolte (24/05/2006)
Incendies et effondrements d’usines au Bangladesh (03/03/2206)

 

 

Un procureur en guerre

 

« Il a plus contribué à augmenter les coûts des entreprises que n’importe quelle réforme législative votée dans le pays ». C’est en ces termes que la « National Association of Manufacturers », un puissant lobby industriel américain, fait part de son désarroi en évoquant Eliot Spitzer. C’est qu’en huit années d’exercice dans sa fonction de procureur général de New-York, l’homme a fait trembler Wall Street en menant un combat de tous les instants contre les abus de la finance. Il n’est pas inutile de rappeler que lorsqu’il rentre en fonction en 1998, les grands banquiers de Wall Street sont à juste raison considérés comme les « maîtres du monde », selon l’expression de l’auteur du Bûcher des vanités, Tom Wolfe. Eliot Spitzer va les faire tomber de leur piédestal. Sous sa conduite, New York devient le premier Etat à poursuivre des centrales électriques en vertu de la loi sur la pollution atmosphérique, le Clean Air Act. La procédure se conclut par un règlement sans précédent : deux géants de l’industrie électrique acceptent de payer 2,6  milliards de dollars. Le début d’une longue série de faits d’armes, dont les principaux furent : 

- avril 2003 : plusieurs établissements financiers prestigieux sont poursuivis pour corruption et malversations. Pour mettre un terme aux poursuites pénales engagées sur les pratiques de leurs analystes, elles acceptent collectivement de débourser 1,4 milliard de dollars, la sanction la plus importante jamais infligée à des institutions financières aux Etats-Unis ! L’amende la plus lourde revient à Citigroup. 

- septembre 2003 : Eliot Spitzer opère une purge dans le milieu des hedge funds, dont certains sont accusés de « late trading » (qui consiste à laisser des clients privilégiés acheter ou vendre des parts de fonds au cours de clôture, mais après la clôture. alors que des informations sur le cours du lendemain sont déjà disponibles). 

- octobre 2004 : le PDG du premier courtier en assurance américain Marsh & McLennan (MMC), est contraint à la démission sous le poids des charges qui lui sont reprochées, à savoir encaissement de commissions occultes et organisation d’enchères truquées (notamment en dirigeant ses clients à leur insu vers d’autres sociétés d’assurance qui, en retour, versaient à MMC de substantielles commissions). Soit 800 millions de dollars pour la seule année 2003. Ce qui, proportion inouïe, représente à l’époque plus de la moitié des profits du groupe. 

- novembre 2005 : Warner Music, l’une des plus importantes maisons de disques des Etats-Unis, paie 5 millions de dollars pour clore à l’amiable une enquête sur la manière dont l’industrie influence financièrement la programmation musicale des stations de radio. Ce règlement fait suite à un autre de 10 millions de dollars de Sony BMG, poursuivie pour avoir versé de l’argent à plusieurs stations de radio en échange de temps d’antenne. 

- mai 2006 : Universal Music Group, filiale de Vivendi, accepte à son tour de débourser 12 millions de dollars pour mettre fin aux poursuites engagées portant sur des soupçons de versements illégaux destinés à assurer la diffusion de sa production sur certaines radios. 

Eliot Spitzer troqua son ancienne fonction le 1er janvier 2007 pour exercer celle de gouverneur de l’Etat de New York, pour laquelle il a été largement plébiscité (69% des voix). Toutefois, le « sheriff de Wall Street » ne fit pas preuve de la même vertu que celle qu’il prônait aux autres : une affaire de prostitution dans laquelle il était largement impliqué causa sa chute en mars 2008.

 

Sites spécialisés
Eliot Spitzer – Wikipedia
Eliot Spitzer – Forêt des Médias

 

Revue de presse
Les entreprises font campagne contre le « spitzerisme » (20/10/2006)
Règlement à l’amiable de 12 millions pour Universal Music (12/05/2006)
Les majors américaines soupçonnées d’entente sur les prix de la musique en ligne (28/12/2005)
Warner Music coopère avec Spitzer (26/12/2005)
Eliot Spitzer épingle les difficultés de résiliation chez AOL (25/08/2005)
Eliot Spitzer porte plainte pour fraude contre AIG et son ex-PDG (27/05/2005)
Eliot Spitzer obtient la tête du PDG de Marsh & McLennan (26/10/2004)
Eliot Spitzer ne s’arrête jamais (22/10/2004)
Eliot Spitzer, le juge qui fait trembler Wall Street (01/01/2004)
Les SICAV américaines sur la sellette (20/11/2003)
Deux ans après Enron, de nouveaux scandales agitent Wall Street (11/11/2003)
Portrait : le shérif de Wall Street (15/09/2003)
Les fonds de pension américains dans le collimateur de la justice (04/09/2003)

 

L’AMI mis en échec 

L’Accord Multilatéral sur l’Investissement (AMI) représente certainement la réalisation qui a trahi le plus clairement les véritables intentions des multinationales et de leurs alliés. Son objectif avoué était de créer un modèle économique mondial où les multinationales disposeraient du « droit » et de la « liberté » d’investir, d’acheter, de vendre et de transférer leurs activités quand et où elles le voudraient, partout dans le monde, sans qu’aucun gouvernement ne puisse les en empêcher. Rien que ça. 

Craignant une fronde des pays émergents et en voie de développement, les Etats-Unis ont préféré comme cadre de négociation l’OCDE , qui réunit seulement les pays les plus riches de la planète. Entamées en 1995, poursuivies dans le plus grand secret jusqu’en 1998, les négociations ont été rendues publiques grâce à la vigilance de militants et de chercheurs nord-américains et du Third World Network, ONG altermondialiste. 

Le contenu de l’AMI instaurait véritablement le règne des multinationales. En sus de ce qui a déjà été expliqué plus haut, il convient de signaler que tous les secteurs de l’activité humaine étaient concernés. Enfin, pour rendre ce « droit » des investisseurs à disposer des peuples inéluctable, un principe astucieux de verrouillage obligeaient les Etats à adapter toute nouvelle loi de telle sorte à ce qu’elle ne soit pas en contradiction avec l’AMI, permettant à terme son expansion mondiale sans la moindre possibilité de retour. 

En tout, ce furent près de 600 organisations de 67 pays qui se sont battus contre l’AMI. Le Parlement européen lui-même ne lui réserva pas un accueil très chaleureux puisque son principe fut rejeté massivement en mars1998. Suite à ces contestations, les négociations sur l’AMI furent d’abord reportées, puis finalement abandonnées. Cette victoire représente sans doute jusqu’à ce jour le plus beau succès du mouvement alter mondialiste. Il convient toutefois de nuancer la portée de cette victoire puisque l’AGCS , adopté entre-temps par l’OMC , a permis d’imposer une partie du contenu de l’AMI. Plus que jamais, la vigilance est de mise. 

Sources
CETIM, C.De Brie 

Bibliographie
« Lumière sur l’AMI, le test de Dracula » de l’Observatoire de la mondialisation (l’Esprit frappeur, 1999)
« AMI. Attention ! Un accord peut en cacher un autre » du CETIM (CETIM, 1998) 

Revue de presse
L’AMI nouveau va arriver (01/05/1999)
Comment l’AMI fut mis en pièces (01/12/1998)

 

Révolte ouvrière au Bangladesh 

Pour les multinationales du textile, le Bangladesh a tout du paradis : la main d’œuvre y est abondante et pratiquement gratuite (10 cents le pull-over !), les conditions de travail y sont épouvantables pour les salariés (si on peut encore utiliser ce terme.). Il n’existe pratiquement aucune représentation syndicale dans le secteur et le gouvernement ferme les yeux sur ces pratiques. Mais tout a une fin. 

Le début de la révolte trouve sa source en février, lors de plusieurs incendies et effondrements dans les usines de production qui ont coûté la vie à plus d’une centaine de personnes. Les travailleurs se rassemblent et organisent des manifestations pour dénoncer la vétusté des infrastructures , les conditions de travail effroyables et les bas salaires qui leur sont alloués. 

La police réprime durement les manifestants, tuant trois ouvriers et en blessant plusieurs dizaines d’autres. La contestation se transforme alors en révolte. Les ouvriers déclenchent une grève généralisée, incendient et saccagent plusieurs usines et manifestent par milliers dans la capitale, Dacca, pour réclamer une hausse de salaire et de meilleures conditions de travail. 

Sources
Le Soir, Metro, Campagne Vêtements Propres 

Revue de presse
Textile : à l’autre bout de la chaîne (08/08/2006)
Les travailleurs en révolte (24/05/2006)
Incendies et effondrements d’usines au Bangladesh (03/03/2206)

 

La récupération des entreprises en faillite en Argentine 

L’Argentine fut longtemps citée comme élève modèle des réformes économiques ultra-libérales prônées par le FMI… Mais en 2001, c’est la chute. Minée par les détournements de fonds opérés par les régimes successifs et par les nombreuses privatisations imposées par le FMI et
la Banque Mondiale, l’économie argentine s’effondre et le pays se déclare officiellement en faillite. La crise économique qui s’ensuit est dévastatrice : le chômage atteint 20 % (perte de 830.000 emplois rien que sur l’année 2002 !) et 45 % de la population se retrouve sous le seuil de pauvreté. 

De nombreux chômeurs décident alors de réemployer les usines et les entreprises désaffectées. Le MNER (Mouvement national des entreprises récupérées) se crée et tente d’amorcer une véritable tendance généralisée avec pour objectif : « Occuper, résister, produire ! ». Sans aucune réglementation ni législation appropriée, les travailleurs ont réussi avec plus ou moins de succès à créer un modèle de production, de vie et d’organisation, comme en témoignent les quelques 161 coopératives recensées qui regroupent au total 9.100 travailleurs. La métallurgie et les autres industries concernent la moitié, le reste se répartissant dans l’alimentaire, le textile, les industries graphiques et la céramique. 

Sources
A.Zacharie, O.Malvoisin, T.Vachon, C.Raimbeau, E.Peredo, 

Revue de presse
Les entreprises récupérées en Argentine (06/06/2006)
Témoignage sur les entreprises récupérées en Argentine (17/05/2006)
Autogestion : la récupération d’entreprises en Argentine (06/03/2006)
Lutte à la pauvreté et développement durable en Argentine (13/02/2006)
Remède à la crise, l’entreprise sans patron fleurit en Argentine (10/10/2005)
En Argentine, occuper, résister, produire (01/09/2005)
Des « entreprises récupérées » illégales qui cartonnent ! (02/05/2005)
Les entreprises récupérées en Argentine : le nouveau modèle de résistance (05/04/2005)
Les entreprises récupérées, le nouveau modèle argentin (29/04/2005) 

Ouvrages
« Argentine rebelle : un laboratoire de contre-pouvoirs » de C.Raimbeau/ D.Hérard (Alternatives, 2006)
« Rébellions d’Argentine. Tiers-état, luttes sociales et autogestion » d’A.Guillermo (Syllepse, 2006)
« Le désastre argentin » de H.Moreno (Syllepse, 2005)
« Argentine. Enjeux et racines d’une société en crise » de D.Quatrocchi-Woisson (Félin, 2003)

 

Les femmes du Kerala face à Coca-Cola

 

C’est à une véritable fronde populaire que Coca-Cola doit faire face au Kerala, en Inde. Accusé de tous les maux, le géant américain a été condamné en janvier 2004 par le tribunal local, puis par
la Haute Cour de Justice du Kerala. Retour sur les faits. 

Alors que Coca y est implanté depuis peu, la grogne populaire monte pourtant rapidement. En cause, l’assèchement dramatique des nappes phréatiques, entraînant un appauvrissement des récoltes locales et obligeant les autorités à ravitailler la région en eau. L’argument avancé par la multinationale – les faibles précipitations locales des deux dernières années – est un facteur certain, mais qui ne peut expliquer à lui seul le phénomène. En effet, la région a déjà été touchée par des sécheresses sévères dans le passé sans pour autant en arriver à des extrêmes pareils. La polémique s’aggrave encore lorsqu’on découvre que les déchets de l’usine, distribués gratuitement aux paysans des alentours comme engrais, contiennent des métaux lourds. Résultat : des taux élevés de cadmium et de plomb dans les puits et les champs qui se répercutent en cascade dans la chaîne alimentaire. Les conséquences sur la santé des populations locales sont encore inconnues, mais on imagine difficilement que ces produits peu recommandables soient inoffensifs. Coca a rapidement rapatrié les engrais non-utilisés. 

Mais malgré tout cela ô surprise,
la Haute Cour revient sur sa décision, autorisant Coca-Cola à pomper jusqu’à 500.000 litres d’eau par jour. Business is business. 

Sources
Monde diplomatique, le Courrier 

Revue de presse
Coca-Cola obtient l’accord de la Haute Cour de Justice (31/05/2005)
Le Kerala trouve le Coca-Cola imbuvable (05/03/2005)
Les femmes du Kerala contre Coca-Cola (01/03/2005)
En Inde, le Coca donne soif aux paysans (22/04/2004)
Coca-Cola perd son procès de l’eau (09/01/2004)

 

Bouygues « contraint » de se retirer du Mali

 

Le Mali est l’un des exemples les plus édifiants des politiques de réajustement structurel imposées par le FMI et
la Banque Mondiale… Profitant de la privatisation imposée aux rares secteurs rentables du pays, la multinationale française Bouygues Telecom reprend la distribution d’eau et d’électricité du pays. Entre 1998 et 2002, les tarifs font un bond de près de 60%. Dans celui qui est considéré comme l’un des pays les plus pauvres du monde, le nombre de mauvais payeurs explose finit fatalement par s’augmenter. EdM, la filiale locale de Bouygues, se met en chasse des mauvais payeurs, attisant la colère grandissante de la population. Dans un premier temps, l’Etat verse 16 millions de compensations à EdM pour soulager les consommateurs. Le monde à l’envers. 

Mais les investissements prévus dans le contrat passé avec l’Etat et
la Banque Mondiale faisaient état de 97 localités à raccorder au réseau d’électricité. EdM n’en couvrira qu’une trentaine, laissant 80% de la population malienne sans raccords. 

Lassé de tant de « tracas »pour un marché dérisoire et peu rentable, Bouygues décide de jeter l’éponge et de quitter le marché malien. 

Sources
CGSP, B.Perez 

Revue de presse
Le néolibéralisme à l’assaut du Mali (02/01/2006)
Le Mali reprend à Bouygues le contrôle de l’eau et de l’énergie (12/11/2005)
L’adduction et le traitement de l’eau au Mali (01/06/2005)

 

 

Bechtel et
La Lyonnaise des Eaux expulsés de Bolivie

 

 Dans les résistances aux privatisations des biens communs , l’expulsion de ces deux multinationales de gestion des eaux potables et usagées figure en bonne place.
La Banque Mondiale , actionnaire minoritaire des multinationales en question, avait préalablement exigé du gouvernement bolivien la libéralisation de plusieurs secteurs d’activité comme condition préalable à un nouveau prêt de capitaux. 

Bechtel est une multinationale californienne qui se voit accorder en 1999 une concession pour la gestion de l’eau de la vallée de Cochabamba. L’activité de Bechtel sur place ne dure que quelques mois, les tarifs étant brusquement augmenté de 300%, rentabilité oblige. La population très pauvre de cette région n’ayant plus les moyens de se fournir en eau potable, la révolte éclate, conduisant Bechtel à se retirer malgré des répressions violentes de l’armée. Malheureusement, les Boliviens n’en ont pas fini avec la multinationale américaine. Bechtel a depuis intenté une plainte auprès de
la Banque Mondiale et réclame à l’état bolivien la modique somme de 25 millions de dollars, correspondant aux « profits escomptés » sur les 40 ans prévus par le contrat de concession ! Pour arriver à ses fins, la multinationale a transféré son siège fiscal des Îles Cayman,
paradis fiscal bien connu, vers les Pays-Bas pour pouvoir bénéficier des avantages d’un traité bilatéral signé entre les deux pays. Là où les profits peuvent être facilement engrangés, fût-ce sur le dos d’une des populations les plus pauvres d’Amérique du Sud, l’indécence ne connaît pas de limites. 

Avec l’aide de
la Banque Mondiale ,
la Lyonnaise des eaux s’implante en Bolivie en 1997 au travers d’une filiale dénommée AISA. L’entreprise gère les services d’eau potable et des eaux usées de la capitale bolivienne,
La Paz. Rapidement, la grogne monte. Alors que les cadres dirigeants voient leurs salaires quintuplés, l’accès à l’eau potable est coupé dans certaines zones éloignées, jugées non-rentables, et les prix augmentent vertigineusement : jusqu’à 600% dans certains quartiers excentrés ! Face à la pression de la rue, coordonnée par plusieurs centaines associations de quartiers, le gouvernement décide d’éviter une révolte populaire semblable à celle qui avait succédé aux agissements de Bechtel et met fin au contrat de l’AISA. 

Sources
W.Chavez, E.Peredo, I.Herraiz 

Revue de presse
L’eau de Cochabamba : la guerre non achevée (11/04/2007)
Pas d’armistice dans la guerre de l’eau (05/03/2005)
Effervescence populaire en Bolivie (01/03/2005)
L’escroquerie du siècle : Bechtel contre les Boliviens (10/01/2005)
En Bolivie, l’eau est un combat de tous les jours (30/12/2004)
Bolivie : la seconde guerre de l’eau (19/12/2004)
Les Uruguayens rejettent la privatisation de leur entreprise pétrolière (17/02/2004)
La Bolivie : état des lieux (01/11/2003) 

 

 

 

 

THEMATIQUES 

> La guerre des sexes aura-t-elle lieu ?
> Aux origines des crises financières
> Les fonds de pension, nouveaux sheriffs de Wall Street
> Chine et USA : unis pour le meilleur et pour le pire
> Les dérives salariales des patrons
> La Mer d’Aral ou le plus grand désastre écologique de tous les temps
> La contrefaçon, une entreprise criminelle qui prospère
> Les Hedge Funds, nouveaux maîtres de la finance
>
Le Carlyle Group
> Réserves pétrolières : la conspiration du mensonge
> L’espionnage, nouveau nerf de la guerre économique

 

Les Hedge Funds, nouveaux maîtres de la finance

 

Les Hedge Funds sont des fonds d’investissement à court terme à la recherche de la moindre opération fructueuse sur les marchés boursiers. Leurs pratiques varient mais le but reste inchangé : gagner un maximum d’argent en un minimum de temps. Quel qu’en soit le prix. Certains ciblent des sociétés qu’ils estiment sous-valorisées en bourse, d’autres rachètent les entreprises en faillite, les démantèlent et revendent les « pièces détachées » aux plus offrants. D’autres enfin identifient les sociétés ayant l’intention de sortir de Bourse, achètent quelques parts de leur capital afin de bloquer l’opération. puis exigent que leurs titres soient rachetés au prix fort. Ces stratégies répandues ne sont pas les seules que déploient les Hedge Funds, mais elles ont toutes en commun l’absence totale d’éthique ou de morale. 

Au premier trimestre 2006, les actifs gérés par les Hedge Funds s’élevaient à 1540 milliards de dollars, soit un triplement de leurs actifs depuis l’an 2000 ! C’est une évidence : les Hedge Funds règnent en maître sur le monde de la finance, au point d’en concurrencer sérieusement les multinationales les plus puissantes. L’opacité et le secret, caractéristiques communes aux Hedge Funds, sont un autre atout. Bien qu’ils soient très majoritairement américains, 70% d’entre eux sont domiciliés dans des paradis fiscaux. N’étant toujours pas soumis aux mêmes contraintes que les sociétés cotées, les Hedge Funds disposent ainsi de le marge de manœuvre nécessaire pour agir, camouflant leur stratégie, leurs transactions financières et retardant ainsi jusqu’au dernier moment leurs offensives. Certains fonds poussent le vice jusqu’à recourir aux services d’agences de détectives privés ou d’autres limiers plus ou moins scrupuleux. Un document dérobé, une information confidentielle ou des chiffres compromettants suffisent souvent à orienter une stratégie… 

Le hic, c’est qu’il existe de sérieux risques de dérapages. Et pas des moindres. 

En septembre 2006, le fonds spéculatif Amaranth a perdu, à la suite d’une spéculation hasardeuse sur le marché du gaz, en quelques jours les deux tiers de son capital – soit la bagatelle. de 5 milliards d’euros ! L’affaire a réveillé le souvenir de la faillite du fonds d’investissement LTCM en 1998, obligeant
la Fed (Réserve fédérale américaine) à baisser ses taux d’intérêts pour empêcher des effets en chaîne sur les marchés et les banques à renflouer le LTCM en urgence. La crise financière avait été évitée de peu. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Le crash boursier asiatique de la fin des années 1990 n’est pas étranger aux spéculations des Hedge Funds, puisque certains d’entre eux s’étaient attaqués à des devises locales liées au dollar, faisant craquer un système de change déjà fragilisé et mal géré. Pour rappel, la crise asiatique a conduit à la faillite de plusieurs milliers d’entreprises et a provoqué la mise à pied de plusieurs millions de travailleurs. Les agissements peu scrupuleux des Hedge Funds peuvent donc conduire à des conséquences désastreuses. 

Tout homme sensé serait donc tenté de réguler ces pratiques spéculatives, bien plus souvent dommageables pour les salariés des entreprises victimes des « stratégies » des Hedge Funds que pour ces derniers. Pourtant, malgré la réelle volonté des gendarmes boursiers, telle
la SEC aux Etats-Unis, de les encadrer, rien n’a été entrepris. La raison de ce non-sens est à mettre sur le compte des protections d’instances très haut placées.
La Fed, très liée au secteur bancaire et à l’administration Bush, s’est prononcée plusieurs fois contre toute transparence supplémentaire. Enfin,
la SEC, qui avait réussi à contraindre les Hedge Funds à s’enregistrer auprès d’elle, a été déboutée par une cour d’appel fédérale, jugeant cette obligation (pourtant déjà fort peu contraignante) illégale. Rien ne semble donc devoir entraver la domination croissante des Hedge Funds sur le monde de la finance.

 

La guerre des sexes aura-t-elle lieu ?

 

« Trois bombes menacent le monde : la bombe atomique, qui vient d’exploser, la bombe de l’information, qui explosera vers la fin du siècle et la bombe démographique, qui explosera au siècle prochain, et qui sera la plus terrible ». Les deux premières prédictions d’Albert Einstein se sont vérifiées. Quant à la troisième, il semble que l’humanité n’en ait pas encore pris la véritable mesure.  

Généralement, à l’évocation de « problème démographique », on se focalise sur les prévisions de croissance mondiale de la population. Les grandes tendances futures et les problèmes inévitables qu’ils engendreront sont connus de tous : selon l’hypothèse moyenne retenue par l’ONU en 2004, après une période de croissance jusque vers 2050 où elle atteindrait 9,1 milliards d’habitants, la population mondiale se mettrait à décroître, retrouvant en 2100 son niveau de 2006. Les prévisions de l’ONU sont cependant régulièrement revues à la baisse. Mais la tendance est là et la poussée démographique, sauf conflit mondial majeur ou nouvelle pandémie dévastatrice, inéluctable. La cohorte de difficultés qu’elle engendrera est connue : partage supplémentaire des ressources en eau, alimentaires, énergétiques et environnementales, entraînant une aggravation certaine des multiples problèmes auxquels l’humanité est déjà confrontée actuellement. Et pourtant, on aurait tort de s’arrêter à ce seul constat car une autre menace démographique fait lentement son apparition : la perturbation du ratio naturel entre filles et garçon. De l’ordre de 105 naissances masculines pour 100 naissances féminines, ce ratio est en effet grandement menacé par deux facteurs totalement distincts et à priori sans aucun rapport : les dérèglements biologiques et la sélection artificielle après la naissance. À cela se rajoute un troisième facteur, la sélection artificielle avant la naissance, encore sous le stade de risque potentiel mais qui, en fonction de l’utilisation qui en sera faite, pourrait dans un futur proche encore davantage aggraver les dérèglements observés. 

La sélection artificielle après la naissance est le facteur assurément le plus médiatisé : c’est un phénomène croissant qui touche presque exclusivement l’Inde et certains pays d’Asie. Où sont passées les 90 millions de femmes qui manquent actuellement en Asie ? Elles ne sont pas nées ou bien sont mortes en bas âge, victimes d’avortements sélectifs ou d’infanticides. Cette anomalie démographique, dénoncée dès 1990 par l’économiste Amartya Sen dans
la New York Review of Books, touche
la Chine, l’Inde et le Pakistan mais aussi le Bangladesh, Taïwan ou
la Corée du Sud. Si l’on appliquait à l’Asie un taux de masculinité « normal » de 105 hommes pour 100 femmes – pour le calculer, les démographes prennent en compte la proportion naturelle de filles et de garçons à la naissance, les différences de mortalité infantile entre les deux sexes et le décalage d’espérance de vie entre les hommes et les femmes -, ce continent compterait 90 millions de femmes supplémentaires.
La Chine et l’Inde, où ce phénomène provoque déjà des tensions, sont les pays les plus touchés. Rien qu’en Inde, ce sont 60 millions de femmes qui manquent à l’appel. Les déséquilibres les plus extrêmes ont été enregistrés dans les Etats indiens du Pendjab et de l’Haryana où ont été recensées, en 1998-2000, 125 naissances de garçons pour 100 de filles et dans les provinces chinoises du Jiangxi et du Guangdong, en 2000, où le nombre de garçons avait atteint 138 pour 100 filles. Les causes de ce déséquilibre sont d’ordre social. En Inde, la préférence pour les garçons est une tradition solidement ancrée dans le sous-continent indien. Le fils, par qui se transmet l’héritage, est censé s’occuper de ses parents jusqu’à leur mort. C’est lui qui libère, selon les rites hindous, l’âme de leur corps en récitant une ultime prière devant le bûcher funéraire. Considérée comme « celle qui part », la femme part vivre dans la famille de son époux en échange d’une dot, ce qui amène certains parents à ouvrir des comptes-épargne dès la naissance de leur fille. En Chine, la limitation des naissances a renforcé l’attractivité pour les garçons. L’héritage sera, à n’en pas douter, très lourd à porter pour les générations futures de ces pays. Car ces avortements sélectifs ne représentent pas seulement le degré ultime de violence contre les femmes, celui qui leur refuse le droit même de naître. Ce déséquilibre a déjà entraîné une hausse du nombre de mariages d’enfants et du trafic de femmes en provenance des régions pauvres de l’Inde et des pays voisins comme le Bangladesh et le Népal. Dans les décennies à venir, il modifiera en profondeur le visage du continent asiatique. Dans sa fiction « 
Le premier siècle après Béatrice », Amin Maalouf démontre avec réalisme le potentiel explosif, pouvant conduire à l’implosion sociale d’une région tout entière, que représente un déséquilibre dans la parité fille/garçon en faveur de ces derniers. Aujourd’hui déjà, c e déséquilibre a déjà entraîné une hausse du nombre de mariages d’enfants et du trafic de femmes en provenance des régions pauvres de l’Inde et des pays voisins comme le Bangladesh et le Népal. Les prémices d’une très forte déstabilisation régionale sont déjà visibles. 

Le deuxième facteur n’a obtenu par contre jusqu’à présent que très peu, voire pas du tout d’écho médiatique. Or, deux études menées dans des circonstances totalement différentes sont arrivées à la même conclusion : certains composants chimiques semblent grandement affecter le ratio naturel entre fille et garçon à la naissance. La première étude, menée chez les Inuits en Russie et au Groenland par le Programme de surveillance de l’Arctique (AMAP), souligne la corrélation entre la concentration de polluants organiques persistants, dont le PCB, dans le sang des femmes enceintes et le sexe de l’enfant. Un expert de l’AMAP explique que « pour certains PCB, au-delà de 4 microgrammes/litre, on observe un renversement du sex ratio en faveur des filles. La majorité des oufs qui auraient dû être des garçons subissent un avortement spontané précoce ». Le résultat est la naissance dans certaines communautés Inuites de deux filles pour un garçon, ce qui en fait le déséquilibre le plus grand jamais observé. Son ampleur trouve partiellement son origine dans la fonction de « super-prédateurs » que les Inuits occupent dans un éco-système et une chaîne alimentaire confinés. Toutefois, cette observation ne s’arrête pas aux lointains Inuits. Le professeur gantois Nik Van Larebeke, interviewé dans le quotidien flamand « Het Laatste Nieuws » le mardi 22 octobre, confirme des observations similaires, mais qu’il qualifie de « phénomène européen ». Le constat est identique : certains embryons mâles n’arrivent pas à se développer complètement et meurent. Cette fragilité est selon lui en relation directe avec l’utilisation massive de certains polluants. Le scientifique pointe du doigt certains dérivés du plastique, des détergents, des pesticides et des conservateurs qui se trouvent par exemple dans les cosmétiques et les produits d’entretien, dont certains entrent dans le corps via la respiration ou la peau. À ce stade, il est encore trop tôt pour affirmer scientifiquement, avec certitude, que certains produits chimiques sont de nature à bouleverser la diversité naturelle des embryons. Le recoupement de ces deux études, couplées aux nombreuses autres qui ont déjà démontré les conséquences d’une exposition soutenue à certains produits chimiques sur le corps humain, ne laisse toutefois que peu de place au doute. 

Le troisième facteur, la menace d’une sélection artificielle du sexe de l’enfant avant la naissance, se posera à terme à l’ensemble de l’humanité. La méthode commercialisée depuis deux ans par la société britannique DNA Worldwide, peut potentiellement aboutir à ce résultat. Le procédé est fort simple : pour la modique somme de 350 euros, les parents ont la possibilité de connaître le sexe de l’enfant dès la sixième semaine sur base de l’analyse de l’ADN d’un échantillon sanguin de la mère. Or, l’avortement est généralement autorisé entre la 12 ème semaine (cas de la majorité des pays européens) et la 24 ème semaine (cas de
la Grande-Bretagne).
Marcy Darnovsky, directrice adjointe du Center for Genetics and Society, résume mieux que quiconque les possibles dérives : « Jamais auparavant la possibilité de choisir le sexe de l’enfant dans une optique purement sociale – c’est-à-dire parce que les parents préfèrent simplement avoir un garçon plutôt qu’une fille, ou inversement – n’avait fait l’objet d’une promotion en direction de clients potentiels dans une publication grand public. C’est pourquoi je dis que la sélection du sexe est entrée dans la culture consumériste ». En réalité, le choix « à la carte » du sexe de l’enfant représente l’acte consumériste ultime. Celui dont l’humanité pourrait ne jamais se relever si elle ne l’entoure pas d’infinies précautions.

 

Aux origines des crises financières

 

Plusieurs crises financières ont émaillé l’histoire du capitalisme, de la grande dépression de 1929 jusqu’à la bulle Internet au début de ce siècle, en passant par l’effondrement boursier de 1987 et de la crise asiatique dix ans plus tard. À chaque fois, les analyses passent volontairement, par un mécanisme de déni psychologique parfaitement rôdé, à côté de l’élément central et majeur de toutes ces crises : la spéculation. 

Des tulipes à Internet
L’instinct grégaire, l’effet de levier et le déni psychologique
À quand la prochaine ?

 

Des tulipes à Internet

Pour retrouver la première véritable explosion spéculative connue, il faut remonter jusqu’en 1637, où
la Hollande fut le théâtre d’une grave récession économique. La découverte des tulipes déclencha une spéculation frénétique qui prit la forme d’un marché spécialisé dont les cours s’envolèrent pendant quelques années. pour retomber à grand fracas peu de temps après.
Depuis, l’histoire se résume à une succession assez régulière de crises financières : les crises financières en France et en Grande-Bretagne en 1720 ; le « cycle américain » de 1819, 1837, 1857 et 1873 qui précéda la grande dépression de1929 ; la débâcle américaine de 1987 ; la crise des marchés asiatiques en 1997 ; et la bulle Internet à l’aube de ce siècle. 

Cette liste impressionnante ne devrait pour autant pas nous faire oublier que toute une série d’autres bulles spéculatives, de petite ou moyenne importance, ont éclaté ci et là. Ces répétitions ont de quoi surprendre. Il se fait tout simplement que dans la pratique, la mémoire financière n’excède pas vingt années, au-delà desquelles le souvenir du désastre précédent est effacé et qu’une variante de l’épisode antérieur ne resurgisse. Cela peut sembler aberrant, mais l’« homo economicus » est ainsi. 

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L’instinct grégaire, l’effet de levier et le déni psychologique

Ce qui est absolument remarquable dans les exemples qui précèdent, c’est que tous, sans exception, se sont déroulés de la même manière. Certes, des différences existent dans le fonctionnement des marchés financiers entre 1720, 1929 ou notre époque, mais elles ne sont que d’autres formes déguisées de spéculation. Car à chaque fois, le processus est le même et se déroule en trois étapes. 

La première est le point de départ de la spéculation. Dans le monde des investisseurs, le rapport à l’argent est pour le moins curieux : plus on en a, et plus il découle de la maîtrise absolue des paramètres financiers. Il est signe d’intelligence et d’intuition financière hors du commun. Lorsque l’un de ses esprits éclairés se manifeste, le reste de la meute accourt aussitôt, espérant récolter les dividendes de ce qui ne peut être qu’un choix judicieux. C’est l’instinct grégaire. 

La deuxième étape est la constitution de la bulle spéculative, où se produit le décalage avec le réel. Un enthousiasme collectif s’empare des acteurs financiers qui se mettent à investir à tout va, persuadés que les cours monteront sans limites. On le sait, la perspective d’enrichissement rapide et sans frais peut engendrer de tels comportements chez l’être humain. Plus fort encore, pour justifier cet enrichissement, l’épisode euphorique est volontairement protégé et soutenu par ceux qui y participent. Leur grand nombre et leur supposée intelligence les confortent dans leurs choix.
Mais encore faudrait-il que les marchés tolèrent de telles envolées. Chaque crise financière de l’Histoire comprend un « effet de levier », c’est-à-dire un pouvoir démultiplicateur d’endettement qui permet aux investisseurs de combler le besoin exprès de capitaux. Le levier a pris des formes bien différentes à travers les siècles mais il joue systématiquement le même rôle : accumuler des capitaux qui contribuent à faire enfler encore davantage la bulle. Généralement, plus fort est le levier, plus dure est la chute. 

Quelque chose, peu importe quoi, déclenche la troisième étape : le renversement final. Et les milliards s’évaporent comme par enchantement. Seulement, au lieu de se concentrer sur la raison principale de la crise, la spéculation des investisseurs, les analyses se déplacent sur l’élément déclencheur, ce « quelque chose ». Il existe deux explications à cet étrange raisonnement.
La première raison tient sans doute dans la quantité impliquée d’individus et d’institutions réputées, des banques aux cabinets d’expertise. Comment imaginer qu’autant de gens aient pu se tromper ? Le mythe, qui associe argent et intelligence, est bien plus profondément ancré qu’on ne le croit. Le bouc émissaire est donc nécessairement ailleurs.
La deuxième est d’ordre dogmatique. L’idéologie du libre-échange ne tolère aucune anomalie, considérant les marchés financiers comme un reflet neutre et exact de facteurs externes. Il n’est pas sensé porter les germes d’une dynamique d’erreur interne. Le marché est infaillible. 

Parés de ces affirmations, les intervenants de la crise occultent toute responsabilité directe sur les évènements. C’est uniquement pour ces raisons que les crises financières ont resurgies. et resurgiront certainement encore. 

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A quand la prochaine ?

De nos jours, la menace de crise financière semble particulièrement évidente. Mais à la différence d’autrefois, elle pèse sur plusieurs fronts à la fois. Les agissements des fonds d’investissement spéculatifs, les « hedge funds », en sont la raison principale. 

On l’a dit, les « effets de levier » jouent un rôle essentiel dans la formation d’une bulle spéculative. Actuellement, deux types de leviers, bien qu’utilisant des recettes déjà éculées, paraissent les plus susceptibles de provoquer d’énormes dégâts.
Le premier concerne le marché des dérivés de crédit. Dans une économie totalement virtuelle soumise aux intuitions subjectives des « traders », le phénomène a pris une ampleur considérable, puisqu’une transaction financière sur cinq concerne des dérivés de crédits (dont le principe général permet à un investisseur de se prémunir contre un risque ou un retournement de conjoncture en transférant ce risque sur un autre investisseur), le tout portant sur des milliards de dollars. L’investisseur américain Warren Buffet, bien placé pour connaître les dessous de la finance estime lui qu’il s’agit rien moins que d’« armes financières de destruction massive ».
Ensuite, on ne peut passer sous silence la magnifique technique du LBO (Leverage Buy Out), qui permet à un investisseur de s’endetter afin de réunir des sommes qui lui permettent ensuite d’investir ou de racheter bien plus gros que ce qu’il pourrait faire habituellement. Le nombre constamment croissant de fusions et d’acquisitions (les fusions et acquisitions dans le monde ont augmenté de 53% rien que sur le premier semestre de l’année 2007) s’explique principalement par cet artifice. Il est à noter qu’à l’intérieur de ce système, les principaux prêteurs, banques et crédits d’assurance, contribuent largement à l’esprit festif.
On aurait une fois encore tort de minimiser les risques que présentent le comportement des hedge funds. Les faillites retentissantes de LVTCM en 1998 et celle d’Amaranth en 2006, où plusieurs milliards de dollars se sont instantanément évaporés comme neige au soleil, sont là pour nous le rappeler. Si la crise boursière a à chaque fois été évitée, il s’en est fallu de très peu. Mais face à cette menace omniprésente sur les marchés boursiers, pour la première fois, une partie de la communauté des économistes met en garde les investisseurs. Il est assez savoureux de constater que ce sont d’anciens apôtres du libre-échange, le
FMI et l’OCDE, que viennent les remontrances. Des mesures toutefois insuffisantes pour empêcher l’histoire de se répéter. 

Les prochaines années seront réellement celles de tous les dangers. Du côté transatlantique, c’est la spéculation dans le crédit immobilier qui nourrit les plus sérieuses craintes. La focalisation constante sur la lutte contre le réchauffement climatique alimente aussi la spéculation, qui s’est emparée des énergies renouvelables et des produits agricoles permettant l’élaboration des biocarburants. La bourse chinoise a montré de grands signes d’instabilité, en février et juin 2007, avant de remonter. Mais
la Chine représente plus que jamais l’eldorado qui fait saliver les investisseurs. Un contexte idéal pour une future crise financière, on en conviendra. Enfin, comment passer sous silence le plus grand
déséquilibre structurel entre les Etats-Unis et ceux qui financent sa dette en rachetant leurs bons du Trésor. Les Etats-Unis n’étant plus capable de produire autant que ce qu’ils consomment, viendra un moment où l’on atteindra le point de non-retour.
Il est à parier que la prochaine crise d’ampleur se propagera en ondes sur toute la planète. Car l’une des différences fondamentales avec le passé réside dans la caractéristique essentielle de la globalisation : l’interdépendance accrue des marchés, qui favorise la diffusion des emballements spéculatifs entre des pays pourtant fort distants géographiquement les uns des autres. Aujourd’hui, l’éclatement d’une bulle financière sur un marché provoque aussitôt un effet de contagion sur les autres. C’est ainsi que les marchés des pays développés furent, dans une moindre mesure tout de même, également touchés par la crise asiatique de 1997. 

Force est de constater après une telle analyse que ce n’est pas seulement le capitalisme qui porte en lui les germes des crises financières, mais l’utilisation qu’en fait l’être humain lui-même. On voit dès lors très mal la réglementation préventive qui pourrait servir de garde-fou ou faire ouvre préventive. La minimalisation des risques de crises financières majeures ne pourra se réaliser qu’en exerçant un contrôle accru sur la finance internationale. Mais surtout, c’est la conscience aiguë du phénomène, tant individuelle que collective, qui permettra d’éviter une nouvelle réédite de l’Histoire.

 

Les fonds de pension, nouveaux sheriffs de Wall Street 

Les fonds de pension sont les organismes financiers qui gèrent l’épargne issue du système de retraite des salariés des secteurs publics ou privés en vue de constituer ou d’améliorer leurs pensions de retraite. Leurs actifs sont devenus tels qu’aujourd’hui, ils sont devenus les actionnaires les plus influents dans les milieux financiers. À la recherche de très hauts rendements, ils sont à la base de la profonde mutation du capitalisme entamée à la fin du siècle passé. 

Des poids lourds de la finance
Deux modèles diamétralement opposés
Le grand paradoxe

 

Des poids lourds de la finance
Les fonds de pension existent depuis la fin du XIXè siècle, mais se sont principalement développés dans les pays anglo-saxons, en Scandinavie et au Japon. À titre comparatif, les actifs des fonds de pension représentaient en 2004 95% du PIB des Etats-Unis contre seulement 3% en Allemagne. Ce qui ne signifie pas pour autant que les fonds de pension n’investissent que dans leur pays d’origine. Il est de notoriété publique que les grandes entreprises françaises sont contrôlées à près de 40% par des capitaux étrangers, dont un bon nombre de fonds de pension anglo-saxons. Dans la galaxie des fonds d’investissement, qui comprend notamment les « hedge funds », les fonds de pension sont les plus puissants et les plus influents. Leur soif d’extension et de boulimie semble sans limites puisqu’à l’échelon mondial, leurs actifs cumulés sont passés en dix ans de 5.900 milliards de dollars à 15.600 milliards, soit un taux de croissance composé de 10% par an ! Ces ressources colossales représentent plus de la moitié de la capitalisation boursière de la place de New York, première bourse mondiale. En affirmant que Wall Street est sous leur contrôle, on force à peine le trait.

 

Deux modèles diamétralement opposés
On peut distinguer deux grands systèmes de financement des retraites dans les pays développés : celui par répartition et celui par capitalisation. 

Le système de retraites par répartition, issu généralement des acquis de l’Etat-providence, est présent notamment en France et en Italie. Les entreprises et leurs employés actifs versent des cotisations qui permettent de financer la distribution des pensions de retraites à ceux qui ont quitté l’exercice professionnel. Ce système, plus consensuel, qui induit une solidarité entre générations, est à l’opposé de son pendant, le système de retraites par capitalisation. Son seul défaut est sa fragilité par rapport aux changements démographiques qui frappent les pays développés : le nombre des retraités qui augmente par rapport au nombre de salariés actifs et l’augmentation constante de l’espérance de vie. Ces deux facteurs expliquent en partie le manque d’attractivité de ce modèle qui, de plus en plus, se voit supplanter par le système de retraites par capitalisation. 

Ce dernier repose par contre sur la propre épargne des salariés, à laquelle s’ajoute une contribution patronale, ayant effet pendant la période active du salarié. C’est le système des fonds de pension côtés en bourse, modèle proche des valeurs libérales et anglo-saxonnes. Du jackpot à la banqueroute, tous les scénarios sont naturellement possibles. L’insécurité sociale qui en découle est par contre identique : le salarié sait ce qu’il verse, mais ne sait pas ce qu’il va toucher. Demandez aux employés d’Enron ce qui reste de leurs pensions. Pas une miette.

 

Le grand paradoxe
Le débat sur les fonds de pension, on l’a vu, est indissociable du facteur démographique. Ce n’est pas un hasard si le modèle de capitalisation, jugé à tort comme plus rémunérateur (il « suffirait » d’augmenter l’âge des pensions et les cotisations versées par les entreprises pour rendre le modèle par répartition plus attractif), est en train de se substituer au modèle de répartition. Ce constat est essentiel si l’on veut réellement comprendre la profonde mutation du capitalisme. 

Ainsi surgit, au nom de l’intérêt collectif, la volonté personnelle d’enrichissement. Si l’on peut légitimement estimer qu’une retraite décente fasse partie des acquis sociaux, force est de constater la perversité du système. Les fonds de pensions côtés en bourse recherchent en effet systématiquement les placements à la fois rapides et rentables (en général, les fonds de pension exigent de l’entreprise dont ils possèdent une part des rendements de l’ordre de 15%). Par leur poids financier considérable et leurs comportements hautement spéculatifs, ils alimentent l’instabilité des marchés financiers et pèsent fortement sur les politiques des entreprises dont ils rachètent une partie de la capitalisation boursière. Si aujourd’hui, les multinationales sont rivées sur le cours de leurs actions et prêtes à sacrifier tout ce qui peut l’être, des salariés aux préoccupations environnementales, c’est bien pour parvenir aux objectifs de rentabilité fixés par leurs actionnaires principaux, les fonds d’investissement. L’explication de la profonde mutation du capitalisme à laquelle nous assistons tient en très grand partie à ce phénomène. 

Finalement, nous vivons l’un des plus grands paradoxes de notre temps. Si le financement des pensions est pourtant en soi un objectif à long terme, le moyen de les financer réside actuellement dans l’utilisation de stratégies. à court terme.
Le capitalisme a-t-il définitivement perdu la tête ?

 

Chine et USA : unis pour le meilleur et pour le pire

 

Entre la première puissance économique mondiale, et celle qui à terme menace de la supplanter, il existe une sorte d’ « équilibre de la terreur économique ». Les économies de
la Chine et des Etats-Unis sont à ce point imbriquées et organiquement si indépendantes que la chute de l’une entraînerait automatiquement la chute de l’autre. Ce qui explique que les deux puissances se trouvent actuellement dans un état de neutralisation réciproque : la croissance de l’une dépend de l’autre
.
 

Le plus grand déséquilibre économique mondial
Faiblesses chinoises
Faiblesses américaines
Comment désamorcer la bombe à retardement ?

 

Le plus grand déséquilibre économique mondial
Le déficit de la balance courante américaine est sur le point d’atteindre 7% de son PIB. Le déficit des comptes extérieurs américains est le plus grand déséquilibre financier de l’histoire en valeur absolue : en 2005, il s’élevait à 790 milliards de dollars et en 2006 à 764 milliards de dollars ! Bien qu’il se soit amplifié ces dernières années avec une hausse continue du déficit commerciale depuis 2002, le problème majeur de l’économie américaine était déjà perceptible dans les années 1990 : les Etats-Unis consomment largement plus de biens qu’ils n’en produisent. Les échanges commerciaux avec
la Chine représentent à eux seuls 232,5 milliards de dollars de déficit, soit plus du quart du déficit commercial total. 

De manière plus simplifiée,
la Chine finance la dette américaine en assurant sa propre croissance. L’Américain consomme trop par rapport à ce qu’il produit et le Chinois fait l’inverse. Selon la majorité des économistes, ce grand déséquilibre, qui s’aggrave d’années en années, ne peut durer indéfiniment sans déboucher sur une crise financière majeure. 

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Faiblesses chinoises
L’une des principales faiblesses de l’économie chinoise réside dans son secteur énergétique. La nécessité d’importer du pétrole a commencé en 1993,
la Chine en important désormais 45% de ses besoins. Mais, ses réserves s’épuisant parallèlement à l’explosion de sa croissance, elle se dirige vers un état de dépendance quasi total (80% vers 2030 selon les estimations). À titre indicatif, la hausse des importations chinoises de pétrole en 2006 était de 20% supérieurs à 2005. 

L’essentiel de son approvisionnement en pétrole lui vient du Moyen-Orient. Mais les 12.000 km séparant cette source d’approvisionnement de
la Chine sont étroitement contrôlés par l’US Navy. En cas de conflit, une intervention rapide des Etats-Unis aurait pour effet de bloquer son approvisionnement principal. L’économie chinoise se retrouverait aussitôt étranglée et entrerait en phase de récession majeure. Ce n’est pas par hasard que
la Chine tente de desserrer l’étau en accumulant les rencontres avec les pays africains – où elle s’approvisionne du reste en matières premières autres que le pétrole – et en intensifiant ses liens avec le Venezuela d’Hugo Chavez. De même, elle fait les yeux doux à
la Russie et au Kazakhstan, dont les transferts continentaux sur terre paraissent plus sûrs. Mais ces tentatives, quand bien même couronnées de succès, s’avèreront insuffisantes pour permettre à
la Chine de pouvoir contourner à court terme le Moyen-Orient pour satisfaire ses besoins énergétiques. Du moins pas selon son rythme de croissance actuel. Les Etats-Unis disposent donc d’un atout dissuasif majeur pour de nombreuses années encore. 


La Chine doit également se méfier du revers du « made in China » qui contribue pour l’instant majoritairement à sa réussite. L’explosion d’un conflit avec les Etats-Unis se ressentirait très durement au sein de l’Empire du Milieu. L’Asie abrite en effet une nouvelle répartition des tâches, en vertu de laquelle
la Chine importe de ses voisins, Japon, Corée du Sud et Taïwan en tête : le « made in China » ne l’est en réalité qu’à 40%. Une dépendance qui expose
la Chine à une crise majeure en cas de conflit avec les Etats-Unis et, par extension, avec l’environnement régional : si l’on additionne les exportations chinoises vers les Etats-Unis et deux de ses alliés, le Japon et
la Corée du Sud, on arrive à 40% de ses débouchés

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Faiblesses américaines
Consciente de ses faiblesses et soucieuse de préserver sa compétitivité,
la Chine n’est pas restée inactive. Assise sur un trésor de réserves de changes qui ne cesse d’augmenter (1455 milliards de dollars à la fin 2007),
la Chine a procédé à des achats massifs de bons du Trésor américains, faisant d’elle le principal créancier de l’économie américaine. 

L’effet dissuasif de cette manoeuvre est considérable : la vente massive de ces bons entraînerait la chute du dollar et une récession économique majeure aux Etats-Unis. Face à cette perspective, les américains sont dans l’incapacité de donner la réplique : le déficit commercial des Etats-Unis est à ce point abyssal qu’ils ne peuvent espérer inverser suffisamment la tendance pour pouvoir encaisser le choc éventuel que causerait une revente de ces bons. L’Empire consomme bien trop par rapport à ce qu’il produit. Le système a ses limites que l’administration Bush, focalisée sur d’autres priorités comme l’approvisionnement énergétique, n’a entrevues que très tardivement. 

Incapables de résoudre leur problème structurel, les Etats-Unis exercent donc leur pression sur d’autres domaines qui renforcent la position de
la Chine dans leur relation. Ainsi, c’est la valeur de la monnaie chinoise, le yuan, qui est dans la ligne de mire américaine. Les dirigeants chinois maintiennent en effet leur monnaie à un niveau quasi égal au dollar afin de doper les revenus tirés de leurs nombreuses exportations. Le yuan serait sous-évalué au dollar d’au moins 40% ! Le problème des Etats-Unis est qu’aucune institution, pas même l’OMC, ne peut contraindre un pays à ajuster ses taux de change sous la pression extérieure. Ce n’est pas par hasard si de nombreux pays asiatiques, dont le Japon, utilisent ce procédé pour favoriser leur économie. Le regain économique de la région s’explique en partie par ces manipulations de monnaie, que d’aucuns jugent d’ailleurs comme un facteur possible d’une crise majeure du système monétaire dans le continent. 

Restent les tentatives diplomatiques américaines visant à exiger de
la Chine qu’elle modifie sa politique de taux de change. Mais elles se sont jusqu’à présent toutes soldées par un échec. La force de dissuasion américaine n’est définitivement plus ce qu’elle était autrefois. 

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Comment désamorcer la bombe à retardement ?
Les deux puissances ont tout intérêt à trouver une issue progressive et pacifique à cette situation. En tout premier lieu car les deux puissances sont dotées d’un arsenal nucléaire, même si les forces en présence sont disproportionnées (le budget militaire chinois est 5 fois moindre que celui de son homologue américain). 

Mais surtout car, dans la situation actuelle, aucune des deux économies n’en sortirait intacte. Que se passerait-il dans le cas où
la Chine ou les Etats-unis déciderait de déclencher les hostilités ? Les relations économiques des deux puissances sont devenues à ce point interdépendantes que la chute de l’une entraînerait la chute de l’autre. L’effet domino des monnaies est saisissant. Si le dollar devait chuter, il entraînerait de facto le yuan avec lui, puisque le cours du yuan est arrimé et maintenu sur celui du dollar. La marge de manouvre de
la Chine n’est donc pas si large qu’il n’y paraît à première vue. 

Mais que dire alors de celle des États-Unis ? Le pays vit tout simplement au-dessus de ses moyens, s’endette de plus en plus et dépend majoritairement des capitaux étrangers pour financer son déficit. La crise des « subprime » a fragilisé encore davantage l’économie américaine. L’économie chinoise pourrait prendre pour la première fois dans cette étrange relation le dessus, pourvu qu’elle résiste à la crise boursière qui se prépare.

 

 

Les dérives salariales des patrons

   

Voici certainement l’un des aspects actuels les plus écourants du capitalisme : les dérives salariales des PDG des multinationales. Sur fond de rémunérations indécentes et de primes de départ exorbitantes (appelées plus communément les « parachutes dorés »), les profits accumulés par les grands patrons ne connaissent plus de limites. Et cela alors que bien trop souvent, l’entreprise est mal gérée, déficitaire, ou conduite à la faillite pure et simple. 

Le PDG et le star system
Les dérives liées aux « stock-options »
Dérives européennes
Dérives américaines

 

Le PDG et le star system
L’apparition assez récente de ce phénomène est intimement liée à l’évolution ultra-libérale du capitalisme financier. Les multinationales, et même parfois les PME, ont subi une profonde mutation structurelle. L’actionnariat a changé de visage : il est désormais majoritairement composé de fonds d’investissement ou de fonds spéculatifs, de crédits d’assurance, voir même de concurrents. Pour tous ces acteurs, le rendement prime sur tous les autres facteurs. Pour mieux s’assurer de leurs profits, ces composantes dominantes de l’actionnariat ont notamment recours à des rémunérations sous forme de « stock-options », liant une partie du salaire du PDG aux résultats de son entreprise et les engageant dans un processus de rentabilisation à outrance. L’augmentation toujours croissante du nombre d’OPA et de fusions entre multinationales n’est pas étrangère à ce phénomène. 

Cette course au profit et au gigantisme a engendré une nouvelle « race » de PDG. Assis sur des responsabilités énormes, risquant à tout moment de tomber de leur pied d’estal, capables de décider du sort de milliers de salariés en un instant, ces nouveaux dirigeants se comportent en despotes mégalomanes. Ces comportements irrationnels vont parfois jusqu’à les conduire à l’autodestruction, faisant malheureusement plonger avec eux la majorité des salariés. Le cas de Jean-Marie Messier est un cas d’école, mais pas un cas isolé. Le star system des patrons les conduit à tous les extrêmes, y compris à leur propre chute. 

Mais finalement, la première raison de ces dérives ne serait-elle pas celle-ci : la fascination du pouvoir même de l’argent, à qui les dirigeants d’entreprise préfèrent être sacrifiés plutôt que de supporter l’idée d’un monde plus égal ? 

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Les dérives liées aux « stock-options »
Une stock-option est un droit attribué à un salarié d’acquérir une action de son entreprise à un cours prédéterminé dans un délai donné. Pendant cette période, le salarié peut y renoncer, empochant la valeur de l’action, ce qui peut conduire à des sommes considérables si les actions sont nombreuses et leurs cours ont augmenté pendant la période où le salarié en était propriétaire. Dans la réalité, rares sont les cadres ou les petits salariés qui sont concernés, puisqu’il s’agit quasi-exclusivement des PDG. 

Il faut tout d’abord mettre en évidence que le phénomène des stock-options a accru de manière inconcevable la disproportion entre les rémunérations des dirigeants de grosses entreprises et celles de leurs salariés. Exemple parmi tant d’autres, la prime de départ de l’ex-PDG de Carrefour, Daniel Bernard, débarqué en 2005 pour résultats insuffisants, équivaut à 350 années du salaire d’une caissière ! L’autre malaise provient du fait que les stock-options incitent les PDG à prendre certains types de décision dans le seul but d’augmenter encore leurs magots (une bonne vague de licenciements et le cours de l’action remonte très souvent.). On signalera enfin qu’elles sont exonérées de cotisations sociales et ne sont pas taxées comme une rémunération sur l’impôt du revenu, mais qu’elles peuvent aussi être sujettes à manipulations, comme en témoigne la récente affaire aux Etats-Unis des stock-options antidatées. Entre 1996 et 2005, plus de 2.200 entreprises ont manipulé la date à laquelle les stock-options étaient attribuées à leurs cadres dirigeants pour la faire coïncider avec celle où le cours de l’entreprise était le plus bas, permettant à nombre de PDG d’engranger un pactole phénoménal. Comme on le voit, les stock-options permettent de repousser toutes les limites de l’indécence et du cynisme : 200 d’entre elles ont même profité de l’effondrement des marchés qui ont suivi les attentats du 11 Septembre pour attribuer des stock-options à leurs dirigeants et leur garantir ainsi de belles perspectives de profits. 

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Dérives européennes
Comment ne pas entamer ce chapitre avec celui qui a symbolisé à la perfection les dérives mégalomanes et autodestructrices des grands patrons : Jean-Marie Messier, éphémère président de Vivendi Universal. Ce dernier avait en effet touché une « indemnité de départ » de 20,6 millions d’euros, montant particulièrement scandaleux pour celui qui, à coup d’acquisitions et de fusions, avait eu les yeux plus gros que le ventre et avait conduit Vivendi Universal à la banqueroute. La même « mésaventure » arrive également à André Lussi, patron tout-puissant de Clearstream, débarqué par ses actionnaires en 2001 suite à « Révélation$ », ouvrage d’un ancien cadre de la trop célèbre chambre de compensation luxembourgeoise qui en décrivait les pratiques comptables douteuses. La coquette indemnité de départ du PDG fut de 8 millions d’euros, prix probable de son silence… 

Les exemples de PDG s’attribuant des primes de départ faramineuses, alors que parallèlement leur gestion de l’entreprise s’est avérée moyenne, voire médiocre, sont à ce point nombreux qu’il en devient inutile d’en donner une liste exhaustive. Mais qu’ils réussissent ou qu’ils chutent de leur pied d’estal, les grands patrons français ne sont de toute façon pas à plaindre. Les 40 patrons des plus grosses multinationales trônent sur un gisement de richesses virtuelles de 700 millions d’euros. De quoi voir venir. 

En Allemagne aussi, la critique monte et la colère gronde contre les salaires des patrons, qui ont progressé de 15% en 2005 pour atteindre une moyenne de 3,75 millions d’euros, stock-options incluses. C’est que parallèlement à cet enrichissement, les restructurations et les appels à la modération salariale n’en finissent pas dans les grandes multinationales allemandes. Même les entreprises en bénéfices confortables multiplient les suppressions d’emplois. À titre d’exemple, le puissant groupe s’assurance et de banques Allianz, a supprimé en juin 2006 7.500 emplois, alors qu’il enregistrait des bénéfices annuels records : 5 milliards d’euros ! « Manager Magazin », mensuel allemand spécialisé en économie, estime en outre que « la hausse considérable des rémunérations des dirigeants n’est guère justifiée par leurs performances financières et boursières ». Et effectivement, comme on l’a vu à travers tous ces exemples, la corrélation entre le salaire du patron et les résultats de son entreprise pendant la durée de son mandat est devenue totalement inexistante. 

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Dérives américaines
Aux Etats-Unis où traditionnellement on préfère plutôt s’extasier devant l’aboutissement du « rêve américain » que de le contester, la polémique commence sérieusement à enfler. Il est vrai que ces derniers mois, plusieurs exemples édifiants se sont succédé. Selon une étude réalisée par un cabinet de recherche, après avoir augmenté de 10% en 2002 et 15% en 2003, le salaire moyen des patrons américains a augmenté de 30% en 2004. Ce qui conduit au constat suivant : les rémunérations des dirigeants d’entreprises américaines représentaient en 2005 une moyenne 262 fois supérieure à celle des salariés moyens (et donc encore bien plus par rapport aux employés non-qualifiés.). En 1970, le multiple était de 40. Vous avez dit folie des grandeurs ? 

Robert Nardelli, patron du groupe de distribution Home Depot, déclenche ainsi la révolte de ses actionnaires lorsque ceux-ci apprennent sa rémunération lors des cinq dernières années : 245 millions de dollars. Et les services rendus à l’entreprise le valent bien puisque l’action a perdu durant cette même période 12% de sa valeur. 

Lee Raymond, connu comme étant le PDG de la multinationale Exxon Mobil, a fait la une de l’actualité à deux reprises. Il est le PDG dont l’entreprise a généré en 2005 le profit net annuel le plus considérable de toute l’histoire de l’humanité : accrochez vos ceintures .une. deux. trois. 36 milliards de dollars ! Il a également collecté à titre de salaire et de prime de retraite la modique somme de 170 millions de dollars. Heureusement, il existe des variantes, histoire d’éviter la routine. Ainsi, l’ancien président de Delta Airline touche-t-il une rente annuelle de 500.000 dollars par an jusqu’à la fin de ses jours. L’ancien PDG de General Electric se fait quant à lui payer, aux frais de son ex-société, son appartement à New York, dont le modeste loyer mensuel est de 50.000 dollars. 

Loin d’être des exemples isolés, ces excès ont fait réagir la SEC, l’autorité américaine des marchés, qui a voté à l’unanimité un projet de réforme qui obligera les entreprises cotées à publier les rémunérations et les avantages dont bénéficient les patrons des multinationales. La réaction semble bien peu à la hauteur des indécences commises. Rien d’incompréhensible toutefois, surtout si l’on sait que
la SEC est très sensible aux
groupes de lobbying. À tel point que son ancien président, William Donaldson, trop virulent, avait été contraint à la démission en 2005. 

 

 

La Mer d’Aral ou le plus grand désastre écologique
de tous les temps 

Autrefois,
la Mer d’Aral constituait le 4 ème plus grand lac de la planète. Aujourd’hui, il n’en reste pratiquement plus rien, puisque 80% de sa surface initiale a disparu. 

Les causes de ce qui reste actuellement le plus grand désastre écologique jamais commis sont multiples. Mais toutes ont en commun des activités humaines inappropriées à l’environnement local. 

Tout commence dans les années 1950 lorsque le programme soviétique décide d’imposer sur place une culture du coton. Les deux fleuves qui approvisionnent
la Mer d’Aral, le Syr-Daria et l’Amou-Daria, sont alors détournés, dans le dessein d’irriguer les champs de coton. Dans les années 1960,
la Mer d’Aral commence son reflux pour finalement se diviser en deux en 1989 : une petite mer au nord et une grande au sud. Aujourd’hui, il ne reste plus que 20% de sa surface initiale. Ce qui était auparavant la grande Mer d’Aral n’est plus qu’une région désertique où s’entassent les épaves des bateaux qui autrefois avaient coulé en mer. 

À la chute du bloc soviétique, les populations de la région ont demandé l’aide de la communauté internationale. De nombreuses institutions (Banque Mondiale, PNUD – Programme des Nations Unies pour le Développement, UNESCO, Union Européenne) ont accouru. Divers organismes ont été créés. Pourtant, après 10 ans de « sauvetage »,
la Mer d’Aral reste en tête de liste des catastrophes écologiques mondiales. Selon les ONG présentes dans la région, dont MSF, trop d’acteurs sont arrivés avec des vues différentes et des moyens financiers souvent insuffisants. Le manque de coordination entre les pays limitrophes (Kazakhstan, Ouzbékistan, Turkménistan, Tadjikistan et Kirghizstan), dont certains abritent encore des dictatures où les manquements en matière de droits de l’homme sont indéniables, sont également pointés du doigt. Ces pays ont rivalisé entre eux pour obtenir de l’aide internationale et des fonds au lieu de coopérer. 

Pour les populations locales, les conséquences de ce désastre écologique sont catastrophiques. En effet, le drame ne se limite pas à la quasi-disparition de
la Mer d’Aral. Les systèmes d’irrigation mis en place ont entraîné une salinisation des nappes phréatiques, les rendant impropres à la consommation. Cette salinité croissante a détruit la faune et la flore marines, ravageant le secteur de la pêche. Des 30 espèces de poisson autrefois répertoriées, deux ont subsisté. De plus, le fermage intensif a provoqué une contamination des sols par les pesticides utilisés. On assiste dans la région à une multiplication de maladies respiratoires, d’hépatites, et d’anémies. Les fausses couches se multiplient tandis que le taux de mortalité infantile y est l’un des plus élevés au monde. 

L’exemple de
la Mer d’Aral résonne comme un avertissement : voilà à quoi l’humanité s’expose si elle n’essaie pas de vivre plus en symbiose avec la nature.

 

La contrefaçon, une entreprise criminelle qui prospère

 

Le nouveau créneau de la criminalité organisée
Un commerce mondial parallèle. C’est en ces termes que l’on peut qualifier la contrefaçon. Selon des estimations de l’OCDE, ce phénomène qui consiste à reproduire ou à utiliser une marque sans l’autorisation de son titulaire a évolué dans des proportions alarmantes au point de représenter aujourd’hui près de 10% du commerce mondial. Les 128 millions d’objets saisis dans l’Union Européenne en 2006 – contre 68 millions en 2000 – attestent de l’excellente santé du nouveau créneau en vogue de la criminalité organisée

L’expansion du phénomène a ses raisons. En tout premier lieu, la responsabilité principale incombe aux politiques économiques ultra-libérales successives qui se sont acharnées durant les dernières décennies à supprimer les barrières douanières, rendant la diffusion des biens contrefaits plus faciles et les revenus qui en découlent plus lucratifs. Car la contrefaçon est étroitement imbriquée à l’économie légale mondialisée, dont elle utilise les mêmes schémas de fonctionnement : les contrefacteurs ont recours à l’externalisation et aux délocalisations afin de réduire les coûts de production. Pour la distribution, ils empruntent les grands circuits mêlant leurs marchandises aux millions d’autres, leurs transports de prédilection étant les gigantesques conteneurs. Un véritable clone. 

Ensuite, l’émergence du marché intérieur chinois sur la scène économique internationale a dopé un créneau dont le pays s’est fait une spécialité : environ 30% du commerce chinois est « consacré » à la contrefaçon.
La Chine qui officiellement fait preuve de bonne volonté pour enrayer le phénomène peut difficilement contrôler en permanence un territoire si vaste. Avec un tel impact sur le bilan de santé économique du pays, on peut douter de la réelle « volonté » de
la Chine de se priver d’un de ses atouts économiques principaux. 

Le dernier aspect, marginalisé par les institutions capitalistes, semble pourtant sauter aux yeux. La précarité grandissante de la majorité de la population mondiale augmente l’attrait pour des produits quasi-identiques aux originaux, mais qui se vendent beaucoup moins cher sur le marché. La loi de l’offre et de la demande se stimulent ainsi mutuellement. 

Pour toutes ces raisons, le marché de la contrefaçon est devenu aujourd’hui largement aussi rentable que le trafic de drogue ou la contrebande de cigarettes. Ce marché parallèle représente selon l’OCDE un chiffre d’affaires mondial de l’ordre de 200 milliards de dollars. Cet essor peut aussi s’expliquer par le fait que la contrefaçon est très rémunératrice et les peines qui sont encourues plus légères, la faute à un secteur encore peu réglementé par la majorité des législations nationales. Et pourtant, bien qu’elle paraisse à première vue plus « anodine » que les autres secteurs d’activité du crime organisé, la contrefaçon représente pourtant une réelle menace. Pour les Etats tout d’abord, privés de rentrées financières (le manque à gagner est estimé entre 100 et 200 milliards de dollars) et qui dépensent des moyens de plus en plus conséquents pour contrecarrer les mafias criminelles, notamment russes et italiennes, qui ont pris le contrôle de l’écoulement et de la revente des produits contrefaits. L’emploi dans les pays développés en subit également les conséquences directes. Toujours selon l’OCDE, on estime à 100.000 les emplois perdus à cause de l’industrie du faux.

 

Le fléau des médicaments contrefaits
Si la majorité des produits contrefaits sont inoffensifs pour leur acheteur, il existe toutefois une exception qui prend des proportions inquiétantes : celle des médicaments contrefaits. Le secteur est devenu très prisé par les spécialistes de la contrefaçon, le marché planétaire des médicaments brassant chaque année plus de 3.000 milliards de dollars. Les préoccupations sont grandissantes en matière de santé publique, surtout dans les pays en voie de développement, dont la majorité des citoyens ne disposent pas d’un pouvoir d’achat suffisant pour se permettre les médicaments originaux. La rareté des produits génériques, protégés par l’Accord sur
la Propriété des Droits Intellectuels (
ADPIC) édicté par l’OMC, parachève le travail. Le résultat est un nombre croissant de décès liés à l’ingestion de médicaments contrefaits, dont les plus nocifs sont fabriqués sans le moindre scrupule avec des produits toxiques, tel le goudron ou l’antigel. À titre d’exemple, 2500 personnes décédèrent au Niger en 1995 suite à des faux vaccins contre la méningite. 89 personnes connurent le même sort à Haïti la même année, cette fois pour avoir consommé un sirop pour la toux contenant de l’antigel. Trois ans plus tard, le même produit tua trente enfants en Inde. 

Le phénomène a pris une telle ampleur, qu’aujourd’hui, on s’accorde à dire que les médicaments de contrefaçon représentent de 7 à 10% du marché mondial des produits pharmaceutiques, à savoir l’équivalent de 40 milliards de dollars. Les exemples tragiques détaillés plus haut démontrent que les pays pauvres sont les première victimes de ce trafic. Le taux de médicaments contrefaits atteint ainsi 20% sans les pays de l’ex-Union soviétique et pratiquement 40% en Afrique. Les médicaments les plus contrefaits sont les antibiotiques (28% du total), devant les hormones. Les stimulants sexuels sont également largement copiés. Lequel d’entre vous aurait-il échappé à ces millions de spams ventant les mérites d’un viagra… contrefait ?

 

  

Les Hedge Funds, nouveaux maîtres de la finance 

Les Hedge Funds sont des fonds d’investissement à court terme à la recherche de la moindre opération fructueuse sur les marchés boursiers. Leurs pratiques varient mais le but reste inchangé : gagner un maximum d’argent en un minimum de temps. Quel qu’en soit le prix. Certains ciblent des sociétés qu’ils estiment sous-valorisées en bourse, d’autres rachètent les entreprises en faillite, les démantèlent et revendent les « pièces détachées » aux plus offrants. D’autres enfin identifient les sociétés ayant l’intention de sortir de Bourse, achètent quelques parts de leur capital afin de bloquer l’opération. puis exigent que leurs titres soient rachetés au prix fort. Ces stratégies répandues ne sont pas les seules que déploient les Hedge Funds, mais elles ont toutes en commun l’absence totale d’éthique ou de morale. 

Au premier trimestre 2006, les actifs gérés par les Hedge Funds s’élevaient à 1540 milliards de dollars, soit un triplement de leurs actifs depuis l’an 2000 ! C’est une évidence : les Hedge Funds règnent en maître sur le monde de la finance, au point d’en concurrencer sérieusement les multinationales les plus puissantes. L’opacité et le secret, caractéristiques communes aux Hedge Funds, sont un autre atout. Bien qu’ils soient très majoritairement américains, 70% d’entre eux sont domiciliés dans des paradis fiscaux. N’étant toujours pas soumis aux mêmes contraintes que les sociétés cotées, les Hedge Funds disposent ainsi de le marge de manœuvre nécessaire pour agir, camouflant leur stratégie, leurs transactions financières et retardant ainsi jusqu’au dernier moment leurs offensives. Certains fonds poussent le vice jusqu’à recourir aux services d’agences de détectives privés ou d’autres limiers plus ou moins scrupuleux. Un document dérobé, une information confidentielle ou des chiffres compromettants suffisent souvent à orienter une stratégie… 

Le hic, c’est qu’il existe de sérieux risques de dérapages. Et pas des moindres. 

En septembre 2006, le fonds spéculatif Amaranth a perdu, à la suite d’une spéculation hasardeuse sur le marché du gaz, en quelques jours les deux tiers de son capital – soit la bagatelle. de 5 milliards d’euros ! L’affaire a réveillé le souvenir de la faillite du fonds d’investissement LTCM en 1998, obligeant
la Fed (Réserve fédérale américaine) à baisser ses taux d’intérêts pour empêcher des effets en chaîne sur les marchés et les banques à renflouer le LTCM en urgence. La crise financière avait été évitée de peu. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Le crash boursier asiatique de la fin des années 1990 n’est pas étranger aux spéculations des Hedge Funds, puisque certains d’entre eux s’étaient attaqués à des devises locales liées au dollar, faisant craquer un système de change déjà fragilisé et mal géré. Pour rappel, la crise asiatique a conduit à la faillite de plusieurs milliers d’entreprises et a provoqué la mise à pied de plusieurs millions de travailleurs. Les agissements peu scrupuleux des Hedge Funds peuvent donc conduire à des conséquences désastreuses. 

Tout homme sensé serait donc tenté de réguler ces pratiques spéculatives, bien plus souvent dommageables pour les salariés des entreprises victimes des « stratégies » des Hedge Funds que pour ces derniers. Pourtant, malgré la réelle volonté des gendarmes boursiers, telle
la SEC aux Etats-Unis, de les encadrer, rien n’a été entrepris. La raison de ce non-sens est à mettre sur le compte des protections d’instances très haut placées.
La Fed, très liée au secteur bancaire et à l’administration Bush, s’est prononcée plusieurs fois contre toute transparence supplémentaire. Enfin,
la SEC, qui avait réussi à contraindre les Hedge Funds à s’enregistrer auprès d’elle, a été déboutée par une cour d’appel fédérale, jugeant cette obligation (pourtant déjà fort peu contraignante) illégale. Rien ne semble donc devoir entraver la domination croissante des Hedge Funds sur le monde de la finance.

 

Le Carlyle Group 

Le groupe Carlyle a été créé à la fin des années 1980 dans les salons du palace new-yorkais du même nom. Depuis, il est devenu l’un des fonds d’investissement les plus puissants de la planète. En 2003, il possédait 13 milliards de dollars d’actifs boursiers et des participations dans pas moins de 164 sociétés. La lecture de ses membres les plus éminents révèle le secret de sa réussite :
- Frank Carlucci, ami de Donald Rumsfeld et ancien secrétaire de la défense sous Reagan, dont la présidence a fait décoller le groupe ;
- James Baker, autre ancien secrétaire de la défense ;
- John Major, ancien premier ministre conservateur de
la Grande-Bretagne ;
- Fidel Ramos, ancien président des Philippines et allié américain de longue date ;
- Georges Soros, ancien roi de la finance devenu milliardaire grâce à ses
«  Hedge Funds  » ;
- Otto Pohl, ancien président de
la Bundesbank ;
- Louis Gerstner, ancien patron d’IBM ;
- George Bush père. 

Cette liste, loin d’être exhaustive, laisse présager d’un nombre de connexions dans les milieux politiques et financiers uniques en son genre. La réussite de Carlyle s’explique en tout premier lieu par ces collusions. La prospection du marché est du reste un élément clé du groupe, dont la principale tactique est d’acquérir à bas prix des entreprises porteuses boudées sur les marchés ou des entreprises en difficulté financière, et de les revendre à la faveur d’un retournement de conjoncture. Entières ou en pièces détachées. Avec ou sans les salariés… Sans surprise, c’est dans le secteur de la défense que le Carlyle Group est à la fois le plus actif et le plus influent. 

Autre particularité, à priori impensable pour un fonds d’investissement : ce fonds d’investissement n’est pas côté en bourse. La raison en est fort simple : une introduction en bourse ne représente aucun intérêt pour le Carlyle Group. Il le rendrait plus vulnérable sans pour autant offrir de perspectives de profits plus faramineuses que ses connexions le lui permettent déjà. Mais surtout, si Carlyle n’est pas côté en bourse, c’est avant tout pour ne pas être obligé de divulguer à la SEC (la commission américaine chargée de veiller à la régularité des opérations boursières) le nom de ses associés et de ses actionnaires, pas plus que leurs parts respectives. 

L’attention va pourtant se focaliser sur le groupe Carlyle à la suite des attentats du 11 septembre, notamment sous la houlette de Michael Moore, dont le documentaire « Farenheit 9/11 », devenu célèbre, y consacre un chapitre. On y apprend notamment que parmi les investisseurs du groupe, on dénombre de puissantes familles saoudiennes… dont celle d’Oussama Ben Laden. 

Au vu des faits cependant, rien ne permet encore de conclure à une conspiration secrète des puissants de ce monde. Le groupe Carlyle doit se résumer à un redoutable outil financier, au service d’une élite politique et économique, Les relations accumulées par tous ses membres hauts placés offrent de belles perspectives de profit, mais aussi de nuisance. En témoigne le rachat du groupe suédois Bofors Defense en 2000, le rendant un acteur incontournable d’une future Europe unie de la défense. En témoigne également la prise de participation dans des actionnariats de certains médias européens. Ces petites combines, parmi les nombreuses autres dont les fonds à caractère spéculatif ont le secret, ont notamment permis au Carlyle Group de racheter Hertz Corp en 2005 et Kinder Morgan en 2006, pour une valeur totale de 42 milliards de dollars.

 

Réserves pétrolières : la conspiration du mensonge 

Imaginez un instant que le pic pétrolier – le maximum de pétrole que l’on puisse produire sur terre avant un déclin progressif et inexorable – ne soit pas prévu dans quelques décennies, comme l’affirment en chœur les multinationales pétrolières, l’Agence Internationale de l’Energie et les pays producteurs, mais dans les prochaines années. Panique sur les marchés financiers, économie mondiale en récession, montée irrémédiable du prix du baril, pertes d’influences pour les multinationales pétrolières et les pays producteurs : autant d’hypothèses très réalistes. qui pourraient se produire bien plus tôt qu’annoncé ! Selon l’ASPO (Association pour l’étude du pic pétrolier), les données officielles sur les réserves de pétrole encore disponibles sont systématiquement falsifiées ! Et l’ASPO est loin d’être une association fantaisiste. Elle rassemble en effet plusieurs départements universitaires européens de géologie rassemblés autour d’un noyau d’une dizaine de géologues de renom, tous anciens hauts responsables de la prospection de grands groupes pétroliers, qui peuvent désormais s’exprimer sans contraintes. En octobre 2007, un groupe de chercheurs issus de l’« Energy Watch Group » va plus loin en publiant un rapport encore plus alarmiste qui situe le pic pétrolier en. 2006 ! 

La divergence entre ces différentes estimations tient dans les interprétations des données fournies par les principaux acteurs. Les scénarios les plus optimistes tiennent en effet pour acquis les chiffres fournis par les pays producteurs. Or, ceux-ci ne sont soumis à aucune expertise indépendante. Pour rappel, le pic des découvertes majeures se situe dans les années 1960. Or, les données techniques montrent que les réserves restantes décroissent alors que les données politiques augmentent parallèlement… Les experts de l’ASPO et d’EWG dénoncent des artifices comptables autour des réserves « prouvées », ainsi que des biais et des tricheries systématiques dans la mesure, le report et l’agrégation des réserves de champs pétrolifères sur la planète. À ces probables manipulations se rajoute encore les coûts volontairement sous-estimés dans le secteur de l’extraction de champs toujours plus profonds et plus difficiles d’accès. On peut dès lors s’interroger sur le maintien volontaire d’un tel flou dans un domaine aussi capital pour le futur de l’humanité. Il est la conséquence de plusieurs facteurs. 

Au ban des accusés tout d’abord : les pays producteurs qui, comme on l’a vu, ont les mains libres pour manipuler à leur guise leurs réserves dites « prouvées » ou « supposées ». Plus que jamais en cette fin de règne du pétrole, les différents pays producteurs, qui ont compris que le temps où ils pourraient en tirer profit leur est compté, se sont engagés dans une lutte d’influence à distance. Publier un chiffre de réserves est avant tout un acte politique, qui dépend de l’image que veut se donner son auteur, car ces données représentent aussi un patrimoine financier qu’ils ont tout intérêt à gonfler artificiellement, que ce soit pour faciliter l’obtention de prêts bancaires ou attirer les investissement étrangers. 

En deuxième ligne, on retrouve l’industrie pétrolière, très influencée par les États-Unis. Toutes les règles pour établir les réserves mondiales sont américaines et proviennent de
la SEC (Security and Exchange Commission). Ces règles, complètement périmées, ont trente ans d’âge et n’ont pour seul but que de garantir et maintenir le rapport de force en faveur des multinationales pétrolières.
Pour cette raison mais aussi à cause des bénéfices engendrés et de l’influence stratégique qu’ils en retirent, voir naître un débat autour de l’authenticité des chiffres officiels sur les réserves de pétrole est sans doute la dernière chose au monde que les grands bénéficiaires de la manne pétrolière souhaitent. 

Enfin, au bout de la chaîne, se trouvent les gouvernements des pays consommateurs, dont la docilité est sans égale. On imagine aisément pourquoi. Tout d’abord, les taxes sur le pétrole sont généralement sources de revenus appréciables pour les gouvernements, quand bien même le pétrole cher peut plomber partiellement leur économie. Ensuite, il faudrait une belle dose de courage pour oser braver les chiffres « officiels ». Les enjeux autant que les implications qui gravitent autour de l’« après-pétrole » sont d’un ordre de grandeur que l’on peut à peine imaginer.  

Alors que l’intérêt majeur de l’humanité serait de pouvoir anticiper plus progressivement la fin très proche du pétrole et de tenter de s’y adapter, c’est une nouvelle fois la vision à court terme, avec pour unique motivation le profit immédiat, qui l’emporte. L’humanité dans son ensemble le paiera très cher. Mais il existe encore un moyen de réduire la facture : la mobilisation citoyenne et la diffusion de l’information. S’informer, c’est déjà agir.

 

L’espionnage, nouveau nerf de la guerre économique

 

L’espionnage économique étant sujet à toutes sortes d’interprétations, il paraît d’abord essentiel de le définir le plus largement possible. Est considéré comme espionnage économique le fait, pour une personne physique ou morale, de rechercher dans un but économique, pour soi ou pour autrui, des informations techniques ou de toute nature lorsque ces informations présentent une valeur, dont la divulgation ou l’appropriation serait de nature à nuire aux intérêts essentiels de ce dernier.  

Cette pratique est naturellement illégitime, c’est-à-dire le plus souvent à l’insu et contre le gré de son détenteur. Elle peut même parfois revêtir un caractère illégal en fonction du moyen qui est utilisé pour s’approprier ces informations.

 

Des pratiques de plus en plus diversifiées et nombreuses
Des conséquences aussi diverses qu’imprévisibles
Mittal et Suez, maîtres espions
L’utilisation des services secrets au nom du nationalisme économique

 

Des pratiques de plus en plus diversifiées et nombreuses
L’espionnage économique fait partie des nombreux phénomènes que la mondialisation a amplifiés. En cinq ans, le nombre de sociétés de sécurité spécialisées dans le secteur de l’espionnage économique a été multiplié par six ! Certaines d’entre elles enseignent des techniques de protection face à l’espionnage économique, d’autres par contre – de loin les plus nombreuses – vendent leurs services à des entreprises ou des multinationales désireuses de percer les secrets de la concurrence. Rien qu’en France, les renseignements généraux estiment qu’une entreprise française sur quatre est ou a été victime d’espionnage industriel ! 

Le développement de ces sociétés spécialisées n’est certainement pas étranger avec la diversification et l’évolution des moyens utilisés par l’espionnage économique. Car à côté de techniques vieilles comme le monde (vol de matériel, corruption de salarié ou de dirigeant de la société visée, etc.) sont apparues d’autres méthodes, souvent plus discrètes et tout aussi efficaces. Certaines sont liées aux nouvelles technologies (vol d’ordinateur portable, piratage informatique). D’autres par contre puisent leur force de leur apparence anodine. Dans son dossier très complet consacré au sujet, l’Expansion nous en livre quelques-unes. 

On y apprend par exemple que le faux sondage auprès des assistantes de direction est particulièrement efficace pour connaître les faits et gestes de leur patron et organiser ensuite une filature. Le fait d’inventer une demande de devis à un rival peut également s’avérer redoutable, puisqu’il place la cible en position de se dévoiler. Les services d’un intermédiaire, souvent une société spécialisée dans l’espionnage économique, permettent d’endormir la méfiance de l’entreprise victime de la manœuvre. Le faux appel d’offre, méthode au demeurant illégale, peut s’avérer encore plus efficace pour connaître dans les moindres détails la stratégie d’un concurrent. Mais finalement, il n’est pas toujours nécessaire de faire appel à des « spécialistes ». Une grande quantité d’informations précieuses est publiée en libre accès, que ce soit à l’occasion de colloques, de salons professionnels, de séminaires, de congrès internationaux, ou sur Internet. 

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Des conséquences aussi diverses qu’imprévisibles
Fusion, OPA, acquisition, attribution de nouveaux contrats : nombreux sont les cas de figure où le recours à l’espionnage économique peut s’avérer décisif. 

C’est ainsi qu’en 1994 déjà, la multinationale Thomson perd au Brésil un gigantesque contrat portant sur la création d’un système de surveillance des pluies en forêt amazonienne. Les communications avec les autorités locales avaient été piratées par un concurrent américain,
la Raytheon Corporation, qui empocha finalement le marché. Rebelote l’année suivante lors des transactions entre Airbus et les autorités saoudiennes, interceptées par Boeing et McDouglas. Les multinationales américaines purent ainsi ajuster leur offre, juste assez pour se montrer plus convaincantes… et remporter le contrat. Deux épisodes célèbres de l’espionnage industriel qui ne doivent pas masquer tous ceux moins médiatisés… et tous ceux que l’on ne saura jamais. 

Au-delà de cette finalité qui consiste à doubler ou à racheter un concurrent, d’autres aspects beaucoup plus pervers se développent en amont. La corruption s’en trouve ainsi renforcée, notamment dans le cas du salarié présent dans l’entreprise ciblée et que l’on soudoie, ou lors de l’attribution d’un nouveau marché, situation dans laquelle la «générosité» est un facteur primordial. Dans le cas qui «opposa» Airbus et Boeing, ces derniers furent encore plus généreux… en terme de pots-de-vin. Mais les dégâts collatéraux ne s’arrêtent pas là. Les techniques utilisées à des fins d’espionnage économique ont notamment contribué à l’essor grandissant des produits de contrefaçon auquel nous assistons ces dernières années. Avec des conséquences désastreuses pour les entreprises dont les produits sont contrefaits, et davantage encore pour les futurs consommateurs desdits produits. Ainsi, près de la moitié des comprimés de Viagra achetés en ligne sont des faux. Quant à l’antirétroviral de GlaxoSmithKline, nombre de versions sont contrefaites et souvent destinées à l’Afrique. Dans ces deux cas et d’autres encore, les dangers sanitaires sont énormes, pouvant conduire jusqu’au décès. 

Somme toute, il n’est pas surprenant de retrouver dans les techniques liées à l’espionnage économique un condensé de fourberies, de mensonges, de vols ou de trahisons. Elles sont à l’image d’un capitalisme sauvage dont le moteur essentiel est la concurrence effrénée et impitoyable que se livrent entre eux les acteurs économiques. Parfois aux mépris des lois. Toujours au mépris de l’éthique. 

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Mittal et Suez, maîtres espions
Pour illustrer ces pratiques, rien de tel que de détailler deux évènements récents où l’espionnage économique a joué un rôle essentiel. L’OPA finalement victorieuse de Mittal sur Arcelor en est un premier exemple. La réussite du raid hostile mené par le géant de l’acier doit beaucoup aux informations livrées par une taupe située au cour du dispositif adverse. Au plus fort de la tension entre les deux multinationales, Mittal connaissait tout de la position exacte de sa cible, lui permettant d’ajuster à plusieurs reprises sa stratégie et le prix offert pour le rachat des actions convoitées… et de finalement rafler la mise. Invitée dans la partie, c’est
la DGSE (services secrets français), qui parvint finalement à identifier la taupe. 

L’ « Electragate » est également révélateur. Cette affaire d’espionnage dans les milieux franco-belges a débuté en février 2004 lorsqu’un salarié d’Electrabel a découvert qu’un ordinateur du groupe avait été piraté. Le 17 août 2006, le parquet de Bruxelles a inculpé la multinationale française Suez et cinq français pour « piratage informatique » et « tentative d’interception de communications privées ». Les enquêtes menées en Belgique et en France ont déjà démontré que deux hommes s’étaient introduits, avec la complicité d’un complice, dans les locaux de la firme pour y poser des micros espions dans les ordinateurs. Interrogés par la justice française, les coupables ont avoué avoir agi pour le compte d’une société spécialisée dans l’espionnage économique, qui elle-même agissait pour… le secrétaire général de Suez et son représentant au sein du conseil d’administration d’Electrabel. La suite est connue : actionnaire alors minoritaire au sein de l’entreprise belge, Suez est finalement parvenu à ses fins, bien que sous le couvert d’une « fusion », en mettant la main sur la majorité du capital d’Electrabel. 

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L’utilisation des services secrets au nom du nationalisme économique
Alors que les multinationales ont démantelé progressivement les capacités de protection économique des Etats, elles sont pourtant les premières à utiliser leurs services lorsque ceux-ci sont à leur avantage. Ainsi les services secrets des grandes puissances sont loin de se cantonner à des missions liées à l’ordre public ou à la « guerre contre le terrorisme ». Ils sont aujourd’hui largement tournés vers les secteurs économiques et financiers. 

Les Etats-Unis, l’Angleterre et
la Suède ont, depuis longtemps, engagé leurs services spéciaux aux côtés de leurs champions nationaux.
La Chine, le Japon ou
la Russie leur ont entre-temps emboîté le pas. Alors que les entreprises françaises ne consacrent en moyenne pas plus de 0,3% de leur chiffre d’affaires dans l’espionnage économique, les multinationales américaines, japonaises ou britanniques peuvent quant à elles y affecter jusqu’à 20 fois plus d’investissements. 

Dans ce domaine, les Etats-Unis disposent avec
la NSA (National Security Agency) d’un atout maître.
La NSA s’apparente vraiment aujourd’hui au Big Brother de 1984 , de Georges Orwell. Ses moyens matériels et humains, capables de surveiller et de collecter des dizaines de millions de communication, sont sans équivalent. La découverte d’ « Echelon », réseau planétaire de stations d’écoute et de satellites espions mis en place par les Etats-Unis avec la coopération du Royaume-Uni de
la Nouvelle-Zélande et de l’Australie, a mis en lumière l’ampleur des moyens de surveillance de
la NSA. La collusion entre les multinationales et l’administration Bush permet aisément d’imaginer les précieux avantages dont les financiers américains disposent sur leur concurrence. 

Les fonds d’investissement américains, plus particulièrement les «hedge funds», peuvent également, dans un rôle d’éclaireur, contribuer à cette stratégie. Du Carlyle Group à Capital Strategy, nombreux sont ceux qui disposent d’une part du capital de très nombreuses entreprises à travers le monde, dont certaines sont spécialisées dans les technologies de pointe. S’il est peu crédible d’imaginer que ces fonds obéissent au doigt et à l’oil aux directives de
la Maison-Blanche, il paraît beaucoup plus réaliste de penser que ces acteurs sont avant tout des informateurs de premier plan. Cet avantage dans le domaine de la prospection est encore renforcé par le concours d’autres organismes « spécialisés » dans l’intelligence économique, dont l’Advocacy Center. Ce dispositif de veille et d’influence fonctionne selon la méthode suivante : les consulats américains envoient des émissaires visiter des sociétés innovantes qu’ils savent en mal de financement pour leur proposer soit un coup de pouce, soit… une délocalisation sur le sol américain. Comme on le voit au travers de ces exemples, l’intelligence économique peut parfois prendre des formes inattendues. Ce qui en revanche est certain, c’est qu’aux Etats-Unis, le renseignement d’Etat et les entreprises privées collaborent main dans la main, sans le moindre complexe.
 

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Petition : LE MONDE SELON MONSANTO diffusé SUR ARTE : UN SCIENTIFIQUE CONTRAINT A LA DEMISSION

Posté par issopha le 23 mars 2008

 Petition :

LE MONDE SELON MONSANTO  diffusé SUR ARTE :

UN SCIENTIFIQUE CONTRAINT A LA DEMISSION


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Christian Vélot est Enseignant-Chercheur en Génétique Moléculaire à l’Université Paris-Sud. Depuis 2002, il est responsable d’une équipe de recherche à l’Institut de Génétique et Microbiologie (Institut mixte CNRS-Université) sur le Centre Scientifique d’Orsay. Parallèlement à son activité d’enseignement et de recherche, il anime sur son temps personnel de nombreuses conférences à destination du grand public sur le thème des OGM. Ses conférences didactiques, dont l’une a notamment servi de document de travail à l’intergroupe OGM du Grenelle de l’Environnement, ont permis à de nombreux citoyens d’avoir accès à une connaissance de la réalité des OGM et ont contribué à la prise de conscience raisonnée des risques qu’ils portent. Il est souvent intervenu en tant que témoin dans les procès de faucheurs volontaires. Christian Vélot fait partie de ces lanceurs d’alerte qui oeuvrent pour faire valoir la réalité de certains risques et engager des débats démocratiques, là où l’obscurité et l’opacité sont de règle. Ses prises de position lui valent aujourd’hui, de la part de la direction de son Institut, de nombreuses pressions matérielles, depuis la confiscation de la totalité de ses crédits pour 2008, la privation d’étudiants stagiaires, la menace d’un déménagement manu militari, jusqu’à l’annonce de l’exclusion de son équipe de l’Institut à partir de fin 2009. Nous, signataires de cette pétition, demandons que toutes les conditions soient rassemblées pour que Christian Vélot, avec son équipe, puisse poursuivre ses activités de recherche indépendante, ce qui implique notamment que la totalité de ses crédits lui soient restitués et qu’il puisse rester dans ses locaux au moins jusqu’à la fin de son actuel contrat (fin 2009). Au-delà du cas de Christian Vélot, nous appelons également à une très grande vigilance face aux atteintes à la liberté d’expression des chercheurs, et demandons un véritable statut juridique des lanceurs d’alerte, dans le cadre d’une loi de protection de l’alerte et de l’expertise, dont le principe a été acté par le Grenelle de l’Environnement.

Cette pétition sera remise aux instances de l’Université Paris-Sud, à la Direction du Département des Sciences de la Vie du CNRS, ainsi qu’à Valérie Pécresse, Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Jean-Louis Borloo, Ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement Durables, et Nathalie Kosciusko-Morizet, Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, chargée de l’Ecologie.

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A tous ceux (et les autres !) qui ont vu l’excellent reportage de Marie Dominique Robin sur la firme agro-alimentaire américaine Monsanto et son hégémonie planétaire, et le débat qui a suivi avec Christian Velot, voici une pétition indispensable et très facile à signer pour protester contre le licenciement de ce chercheur *sommé de quitter son poste* depuis la programmation de son intervention à la télévision !
On peut bien se foutre de la tronche des russes et de leur nouveau président fantoche : ce qui se passe ici n’est pas mieux !
A vos clics, urgent ! La pétition sera close dimanche 23 mars.
Voici le sujet :
*Christian Vélot* est le chercheur qui est intervenu le 11 mars, invité sur Arte pour débattre scientifiquement et « moralement » suite à la diffusion d’un documentaire sur Monsanto, société américaine qui produit, invente et préconise à outrance l »usage des OGM.
Cette société a vendu à l’Inde du riz stérile, elle fait tout pour réduire la diversité des maïs mexicains au profit de son maïs transgénique, enfin fait ce qu’il faut pour amener la population mondiale à dépendre d’elle pour l’accès à la nourriture.
TRES SERIEUSEMENT, nous devrons bientôt payer pour cultiver des plantes dont les gênes seront « brevetés » par Monsanto…
Vu que les gênes de leurs plantes auront infiltré ceux des autres !!!
C’est déjà le cas aux Etats-Unis où des centaines de paysans luttent comme ils peuvent pour arrêter cette horreur. Idem au Canada ! L’Inde a failli plonger dans une famine phénoménale lorsque les paysans ont voulu replanter, l’année suivante, les graines obtenues par les semis de Monsanto. STERILES ! Des graines stériles !
Monsanto a trouvé normal d’incorporer à son riz un gêne surnommé « TERMINATOR », et qui rend la plante stérile dès la première floraison !!! L’Inde s’en est sortie en achetant du riz à la Chine…
Le reportage sur ARTE parlait de tout cela, images à l’appui, commentaires et preuves scientifiques irréfutables et faisant froid dans le dos !
Christian Vélot a appuyé le reportage lors d’un débat qui a suivi la diffusion.
Et bien depuis,* »on » lui demande de démissionner !*
Trouvant insoutenable qu’en France un scientifique se battant pour éclairer le débat sur les OGM soit pénalisé de la sorte dans son travail, je vous appelle à faire circuler ce mail le plus possible, au delà de la sphère écologiste que cette problématique dépasse très largement…
La politique ici à l’œuvre est emblématique de la soumission croissante de la science aux intérêts des firmes privées, avec les dangers que cela représente pour l’humanité. En effet, les chantiers actuels de la science déterminent les choix de sociétés futures… Mieux vaut que ces choix restent dictés par des intérêts collectifs.
En l’état actuel de l’organisation de la science, de la politique et de l’agriculture, nous avançons assurément vers une société humaine dépendante des firmes pour l’accès à la nourriture.
L’enjeu n’est donc pas anodin.
Signer la pétition est super simple.
Cliquez sur l’adresse en dessous, allez vers le bas et mettez vos coordonnées. Validez. Fermez.
Un message de confirmation vous arrive : cliquez dessus. La confirmation se fait toute seule !


Pascal-Emmanuel Luneau
www.sciencescitoyennes.org

Les OGM expliqués par Christian Vélot,dans son Laboratoire de recherche en Génétique Moleculaire, à Orsay.

merci au collectif des faucheurs volontaires www.monde-solidaire.org

POUR INFO :
www.infogm.org

Forum « Nyeleni » pour la souveraineté alimentaire
http://nyeleni2007.org/

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« L’or africain. Pillages, trafics & commerce international »

Posté par issopha le 4 février 2008

« L’or africain. Pillages, trafics & commerce international« 

 Dossier noir n°22, Agone, Survie Oxfam France-Agir ici.

Sortie le 12 oct. 2007. 12 euros.

Olivier
30 octobre 2007

 

L’or africain est un livre-enquête qui s’attache à dévoiler les dysfonctionnements chroniques et les aspects occultes de l’exploitation de l’or (à partir de l’exemple de Sadiola au Mali) pour les mettre en relation avec les caractères généraux et les enjeux de l’exploitation des ressources naturelles en Afrique.

Un éclairage particulier y est porté sur le rôle des paradis fiscaux et des multinationales européennes et américaines dans ce qui s’apparente à un véritable pillage.

L’ouvrage s’attache également à mettre en avant les mouvements de résistance qui, au Mali, dans le reste de l’Afrique et dans le monde, s’opposent à une exploitation incontrôlée des ressources de ce continent qui paye depuis trop longtemps le prix le plus fort de la mondialisation libérale, après avoir servi les empires coloniaux.

Sommaire

  L’or, un minerai névralgique 
  Stratégies occultes & services secrets

- I. Comment l’or ruine l’Afrique 
  Sadiola : cyanure, maladies & fausses couches 
  Méthodes d’exploitation héritées de l’apartheid 
  Détour par Morila 
  AngloGold & Randgold : bénéfices compris

- II. Multinationales de l’or 
  Les projets en or de la Banque mondiale 
  La ruée sur l’or ouest-africain 
  Mali : IAMGOLD, « Je suis l’or »

- III. Pillages, trafics, conflits armés 
  Lobbying minier & faucons à Washington 
  Tanzanie : Barrick Gold & monsieur Bush 
  Trafics & syndicats de la contrebande

- IV. Commerces de l’or africain 
  Rwanda, Ouganda : fuites de métaux précieux 
  Raffinage, ports francs & paradis fiscaux 
  Apartheid, banques suisses & famille Oppenheimer 
  Des affaires atomiques : or, uranium, CIA

- V. La part de la Françafrique 
  Razzias coloniales 
  De Gaulle & la ruée vers l’or 
  « Prêts au développement » & sous-traitance de l’or

- VI. Imposer la transparence 
  Grèves & mobilisations africaines 
  Paris, Montreuil, Sadiola 
  Transparence & campagnes internationales 
  Or, blanchiment des capitaux & terrorisme 
  Un processus Kimberley pour l’or ?

L’or oublié de l’Afrique

L’un des rares livres sur le sujet, L’or africain est une plongée vertigineuse dans un secteur de production qu’aucune règle ou presque ne régit et qui donne lieu à une véritable course contre la montre à qui s’enrichira le plus et le plus rapidement, que se mènent les compagnies d’extraction.

Ecrire un livre n’est pas toujours aisé. L’écrire collectivement l’est encore moins. Celui-ci a cette particularité qu’il a été rédigé à partir d’un premier projet de François-Xavier Verschave. Décédé en juin 2005, celui-ci n’avait pu mener son projet à terme. L’exercice n’était donc pas facile. Toutefois, Gilles Labarthe, journaliste et déjà auteur du Dossier noir n° 20 sur le Togo, a su exprimer sa propre plume, tout en faisant une place à celle de F-X Verschave, le citant et mettant ainsi en valeur le travail original de celui à qui ce livre tenait tout particulièrement à cœur.

A partir de l’exemple de la mine d’or de Sadiola au Mali et de l’enquête de la documentariste Camille ce Vitry sur les conséquences humaines et environnementales de son exploitation, ce livre propose un zoom arrière sur les acteurs de l’exploitation de l’or en Afrique, les réseaux et les circuits financiers qu’ils utilisent, afin de mettre à nu cet autre secteur du pillage des richesses du continent africain. Véritable livre-enquête, L’or africain repose sur un minutieux travail de recherche que Gilles Labarthe, journaliste spécialisé sur les questions de criminalité économique en Afrique, avait déjà abordé, pour avoir notamment enquêté à Morila, une autre cité minière du Mali.

Afrique, continent stratégique

Ce livre, l’un des rares sur le sujet, documenté, nous plonge donc dans l’exploitation de cet or africain qui, avec ses 600 tonnes par an, représente environ le quart de la production annuelle mondiale. Son exploitation (l’Afrique détient la moitié des réserves d’or mondiales identifiées) est quant à elle très juteuse : la part des recettes qui revient aux Etats est minime, parfois nulle ; la main d’œuvre est très bon marché ; les mouvements syndicaux vite réprimés et les normes environnementales, pas appliquées ou peu contraignantes ; sans compter la flambée qu’a connu le cours du minerai précieux ces dernières années.

Le livre nous amène ainsi à Sadiola et à Morila (Mali), au Ghana, en Afrique du Sud ou au Botswana, pour constater le cynisme des compagnies minières et leurs « méthodes d’exploitation héritée de l’apartheid ». Les conséquences environnementales liées à l’utilisation du cyanure et du mercure pour purifier le minerai sont « inhumaines ». L’auteur remonte ensuite les filières du commerce légal de l’or, pour découvrir les filières parallèles, les trafics transfrontaliers, les sociétés off shore et le rôle des paradis fiscaux dans le blanchiment de capitaux dont l’or est un des principaux vecteurs. Il nous apprend que la Banque mondiale (BM), censée œuvrer au développement des pays africains, constitue le plus gros investisseur dans l’extraction de l’or, livrant à une poignée de multinationales américaines (telle Newmont Minin), canadiennes (telle IAMGOLD), anglaises ou sud-africaines (telle AngloGold), 80% des ressources aurifères du continent.

La ruée vers l’or

Il faut dire qu’à partir des années 1990, avec la fin de la Guerre froide et la libéralisation des économies africaines sous les injonctions de la BM et autres Plans d’ajustements structurels du FMI, le secteur a littéralement explosé.

La France, elle, y apparaît quelque peu marginale. Après la « razzia coloniale », Gilles Labarthe montre dans le chapitre « la part de la Françafrique » comment le Bureau de recherche géologique et minière (BRGM) a quadrillé l’ensemble du pré-carré français pour permettre une exploitation qui a parfois alimenté les caisses de partis politiques. La présence d’Areva dans ce secteur révèle les passerelles avec le lobby nucléaire, tandis que des groupes comme Bouygues, offrent en sous-traitance leurs services aux grandes compagnies étrangères.

L’enquête nous mène également en République Démocratique du Congo où les conflits armés sont directement alimentés par le trafic de l’or. L’auteur consacre un gros chapitre aux opérations qu’y mènent les banques suisses. Il faut dire que Gille Labarthe est suisse lui-même, ressortissant de ce paradis fiscal en plein cœur de l’Europe, une des principales plaques tournantes des trafics d’or, mais aussi de diamant et autres pierres précieuses.

Comme pour boucler la boucle et ne pas laisser le dernier mot aux trafiquants, cette enquête se termine par un point sur les différentes mobilisations au Nord comme au Sud, pour une exploitation raisonnée et contrôlée de la ressource aurifère.

Au-delà de l’enquête de fond sur un sujet difficile, la grande force de ce livre est probablement dans le témoignage qu’il offre, pour les générations futures, de la mobilisation des ressortissants de Sadiola et de nombreuses autres villes minières d’Afrique.

L’exploitation de l’or en Afrique. Caractéristiques et enjeux socio-économiques.

Interview de Gilles Labarthe.

-  Quels sont les principaux pays producteurs d’or en Afrique ?

Il s’agit principalement de l’Afrique du Sud (une moyenne de 300 tonnes ces dernières années), du Ghana (plus de 75 tonnes), du Mali (50 tonnes en moyenne), de la Tanzanie (idem), de la Guinée et du Zimbabwe (de 10 à 20 tonnes selon les années), de la République démocratique du Congo… au total, plus de 34 pays africains produisent de l’or, réalisant une production totale de plus de 600 tonnes d’or par an – soit environ le quart de la production annuelle mondiale.

-  Pourquoi l’Afrique reste-t-elle un continent stratégique dans le secteur minier ?

Le continent noir détient la moitié des réserves d’or mondiales identifiées. Après le pétrole, l’or représente un des cinq premiers marchés mondiaux dans le secteur des minéraux : il “ pèse ” environ 65 milliards de dollars par an. L’Afrique est de plus en plus convoitée par les multinationales d’extraction : outre les réserves d’or importantes, la part des recettes d’exploitation qui revient à l’Etat a été minorée à l’extrême (20%, voire même 0% comme c’est le cas d’une mine d’or au Botswana). La main d’œuvre africaine est très bon marché, les mouvements syndicaux vite réprimés et les normes environnementales, pas appliquées ou peu contraignantes. Résultat : la marge de bénéfice réalisée par les grandes compagnies minières occidentales est plus importante que dans n’importe quel autre endroit de la planète. Depuis une dizaine d’années, avec la hausse spectaculaire du cours de l’or, les investissements étrangers montent en flèche dans le secteur aurifère, surtout en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.

-  Quelles sont les trois plus grandes multinationales de l’or opérant en Afrique ?

Ce livre d’enquête décrit entre autres les activités polluantes des trois plus grandes multinationales d’extraction (« majors ») qui se disputent la première place sur ce marché, et qui sont omniprésentes en Afrique : AngloGold (Afrique du Sud), Barrick Gold (Canada) et Newmont Mining (USA). Ces trois compagnies, soutenues par le gratin de la haute finance internationale, produisent elles seules chaque année plus de 500 tonnes de tout l’or extrait sur la planète. Elles sont régulièrement dénoncées pour pollution à large échelle et violation des droits de l’homme. Le dossier noir présente aussi les méthodes d’autres compagnies de dimension plus modeste (« juniors »), associées à ces géants de l’or, qui mènent sur place une politique de prospection et d’acquisition très agressive, souvent aux limites de la légalité.

-  Quels sont les principaux acheteurs sur le marché mondial ?

Les principaux acheteurs de la production d’or africain extrait par ces trois compagnies anglo-saxonnes sont des grandes banques commerciales comme la Royal Bank of Canada, J. P. Morgan, Union des Banques Suisses (UBS) ou la française Société Générale. Ces banques occidentales avancent aux multinationales précitées d’importants crédits finançant l’exploitation industrielle de l’or sur les plus importants gisements en Afrique. Ces crédits sont gagés sur la production d’or.

Pour les actionnaires comme pour les grands établissements bancaires, l’industrie de l’or représente un des placements les plus rentables. Valeur-refuge par excellence, l’or conserve un bel avenir. Son cours actuel a dépassé un de ses plus hauts niveaux depuis les années 1980, avoisinant 16 000 euros le kilo. La demande est importante, comme toujours en temps de crise. Les attentats du 11 septembre 2001 auraient contribué à relancer cette fringale. La demande est garantie par les marchés indien et chinois. La bijouterie et l’horlogerie de luxe absorbent une part considérable de la production.

-  Quels problèmes sociaux et environnementaux posent l’extraction de l’or ?

Ce livre part de l’exemple des communautés de Sadiola, au sud-ouest du Mali, qui dénoncent depuis dix ans la pollution effroyable causée par l’extraction industrielle de l’or par les multinationales. Déversement des eaux polluées, intoxications au cyanure, normes de sécurité mal appliquées, déplacement massif des populations locales… les mêmes ravages sociaux et environnementaux sont aussi dénoncés depuis longtemps au Ghana, comme en Tanzanie, notamment par l’Organisation de la société civile africaine, une coalition de vingt-neuf ONG représentant quinze pays, travaillant dans le secteur de l’extraction minière ou concernées par ses répercussions. Qui va payer la facture sociale et environnementale liée à l’exploitation industrielle de l’or ? Certainement pas les multinationales d’extraction, qui cherchent à se décharger du coût lié à la réhabilitation des sites. La somme des dégradations écologiques et des atteintes à la santé provoquées par l’exploitation des mines d’or à ciel ouvert – qui sont les plus polluantes – va ruiner les régions productrices pour des générations à venir. Un rapport américain avance déjà le chiffre de 55 milliards de dollars pour réparer les dégâts.

-  Que dénoncent aujourd’hui la société civile africaine et les ONG internationales ?

Outre les ravages causés sur l’environnement, il s’agit de lutter contre les injustices sociales. La mobilisation est très large. Le secteur de l’or concerne autant la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), qui s’insurge contre les conditions inhumaines d’exploitation – comme au Mali – qu’Amnesty International, qui a documenté de crimes commis en 1996 sur le site minier de Bulyanhulu en Tanzanie. L’exploitation de l’or, souvent associée à des activités de mercenariat, peut se révéler encore plus meurtrière dans des régions en conflit, comme dans les provinces de l’est en République démocratique du Congo. L’or risque de financer des mouvements armés, comme l’avertit l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW). Il représente aussi l’un des principaux vecteurs du blanchiment d’argent, au niveau international.

-  On a beaucoup parlé du “ processus Kimberley ” pour lutter contre les “ diamants du sang ”. Peut-on imaginer un processus de certification similaire, pour l’or ?

Les experts du Conseil de sécurité des Nations unies le recommandent. Ils y travaillent même depuis plusieurs années. Rien n’a encore abouti de manière officielle. En plus des phénomènes de contrebande, laquelle sert parfois à financer l’effort de guerre, l’origine de l’or est particulièrement difficile à contrôler : il peut être fondu et refondu, à l’infini… Vu la porosité des frontières, le manque de moyens de contrôle dont disposent les Etats africains, la corruption ambiante, le caractère instable ou kleptocrate de certains régimes (République démocratique du Congo, République centrafricaine, Guinée, pour ne citer que ces pays-là), on peut raisonnablement estimer qu’un quart, voire un tiers de la production totale issue de l’orpaillage africain – estimée à 50 tonnes – est exfiltrée par des réseaux de contrebande. Ces réseaux, qui alimentent les marchés asiatiques, européens et américains de l’or, parviennent aussi à détourner parfois une part significative de la production issue de l’extraction industrielle, comme en Afrique du Sud. En 1996, le gouvernement de Pretoria recherchait ainsi en Suisse plus de 7 tonnes d’or (soit une valeur actuelle avoisinant une centaine de millions de dollars) qui avaient été acheminés clandestinement vers l’entreprise suisse de raffinage Metalor. Le manque à gagner pour les Etats africains est considérable.

-  L’Afrique produit beaucoup d’or, mais reste pauvre. Pourquoi ?

Plus de 80% des sites aurifères ouest et centrafricains de grande envergure sont aujourd’hui aux mains d’une poignée de multinationales, qui prétendent avoir découvert les gisements, alors que la quasi-totalité de ces derniers était déjà connue des orpailleurs locaux depuis bien longtemps. Les réformes des codes miniers mis en place dans la plupart des pays africains producteurs depuis la fin des années 1980, sous la pression des institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale), ont conduit à privilégier les grandes compagnies d’extraction étrangères, aux dépens des petites sociétés minières d’État et, surtout, des mineurs artisanaux, qui pouvaient autrefois justifier de permis d’exploitation.

Le secteur de l’or reste très opaque et la question de la redistribution des revenus se pose, comme l’indique Oxfam. Un exemple : en dix ans, le Mali est devenu le troisième exportateur d’or en Afrique, après l’Afrique du Sud et le Ghana. Ses exportations d’or ont triplé, dépassant les 56 tonnes en 2006. Dans le même temps, le pays a dégringolé dans l’Indice de développement humain des Nations unies, tombant dans la catégorie des trois Etats les plus pauvres du monde. Les richesses sont mal redistribuées. Où vont les profits ? Où s’envole l’or ? Même les fonctionnaires maliens et responsables officiels du secteur des mines ont toutes les peines du monde à obtenir des informations complètes et transparentes de la part des grandes firmes occidentales sur les conditions d’extraction des ressources aurifères nationales. La campagne “ Publiez ce que vous payez ”, soutenue par trois cents ONG dans le monde entier, a pour principal objectif d’aboutir à ce que les compagnies extractives (pétrole, gaz et ressources minières) publient, de façon systématique et transparente, le montant des taxes et redevances de toute nature qu’elles versent aux États.



Retrouvez la revue de presse du livre L’or africain sur le site d’Agone



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Le Lobby ( Pro-israélien )

Posté par issopha le 16 novembre 2007

ALTER INFO

 Le Lobby ( Pro-israélien )


 

Par Paul Craig Roberts, le 13 novembre 2007

​​​​Les experts en Occident et les gens ordinaires en terres arabes ont compris depuis de nombreuses années que les États-Unis n’ont pas de politique indépendante envers le Moyen-Orient. Le président Jimmy Carter, un homme de bonne volonté, a essayé d’utiliser l’influence des USA pour régler le conflit israélo-palestinien, une dangereuse source d’instabilité au Moyen-Orient. Pourtant, Israël a réussi à bloquer la tentative de Carter tout en rejetant la faute sur Yasser Arafat. Le plan de Carter aurait donné naissance à un État palestinien. Israël ne veulent pas d’un tel État pour la raison évidente que l’agression militaire est nécessaire pour voler le territoire d’un État aux frontières définies. Il est beaucoup plus facile de voler des terres non étatiques.

​​​​En empêchant l’avènement d’un État palestinien, Israël a été en mesure de poursuivre son vol de la Cisjordanie. Les Palestiniens qui n’ont pas été expulsés ont été forcés dans des ghettos, coupés des écoles, des hôpitaux, de l’eau, de leurs oliveraies et de leurs terres agricoles. Dans un livre récent, le président Carter appelait « apartheid » la situation actuelle. Carter fut diabolisé par le lobby d’Israël pour avoir utilisé ce mot, mais certains experts considèrent que le choix des mots de Carter est un euphémisme pour la continuation de ce que I. Pappe et NG Finkelstein appellent « le nettoyage ethnique de la Palestine. »

​​​​Le fait que la grande majorité des Étasuniens ne sache rien de tout ça témoigne de la puissance du lobby israélien.

​​​​Un certain nombre d’auteurs ont exposé l’inconduite d’Israël et la puissance du lobby, mais jusqu’à présent, celui-ci a réussi à marginaliser ses détracteurs en les traitant d’« antisémites, » de « nazis » et d’« ennemis des Juifs. » Dans un nouveau livre, John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt ont brisé le pouvoir du lobby israélien à étouffer la vérité en diabolisant et en intimidant tous ceux qui critiquent Israël.

​​​​Mearsheimer et Walt sont de distingués savants tenant des positions importantes à l’Université de Chicago et à l’Université de Harvard, deux des plus éminentes universités des USA. Leur ouvrage, The Israël Lobby and US Foreign Policy (Le lobby d’Israël et la politique étrangère US), publié par l’éditeur étasunien réputé, Farrar, Straus et Giroux , est un chef-d’œuvre d’érudition et de documentation. Les notes prennent 23 pour cent des pages du livre.

​​​​Mearsheimer et Walt réussissent facilement à construire leurs arguments qui démontrent que le soutien des USA à Israël ne peut s’expliquer par des raisons ni stratégiques ni morales. Seul le pouvoir du lobby d’Israël peut expliquer l’amenuisement des causes morales et stratégiques qui ne cesse de s’amplifier avec le soutien d’Israël par les États-Unis, même au détriment de leurs intérêts stratégiques et nationaux. En fait, le pouvoir exécutif et législatif sont si totalement compromis par le lobby, que les différents éléments de la politique US sur le Moyen-Orient « ont été conçus entièrement ou en partie au profit d’Israël, contre ses divers rivaux. »

​​​​Chapitre après chapitre, Mearsheimer et Walt démontrent les effets délétères que le lobby a eu sur les relations avec les Palestiniens, l’Irak, la Syrie, l’Iran et le Liban. Les deux chercheurs concluent :

L’influence du lobby a aidé à amener les États-Unis dans une guerre désastreuse en Irak et a paralysé les efforts pour négocier avec la Syrie et l’Iran. Elle a aussi encouragé les États-Unis à avaliser l’attaque mal conçue d’Israël contre le Liban, une campagne qui a renforcé le rapprochement du Hezbollah avec la Syrie et l’Iran, et a encore terni l’image mondiale des USA. Le lobby porte la responsabilité considérable, mais pas complète, de tous ces développements, et aucun d’entre eux n’était bon pour les États-Unis. Il est difficile d’échapper aux problèmes, même si les difficultés US dans la région du Moyen-Orient ne disparaissaient pas si le lobby était moins influent, les dirigeants US trouveraient plus facile d’explorer d’autres approches, et seraient plus enclins à adopter une politique plus conforme aux intérêts US.

​​​​Il n’y a rien d’antisémite à propos de ce livre. Mearsheimer et Walt ne remettent pas en cause le droit d’Israël à exister ou la légitimité de l’État israélien. Ils estiment que les États-Unis doivent défendre Israël contre les menaces à sa survie. Ils ont même de la considération pour l’AIPAC, l’American Israel Public Affairs Committee, à titre de lobby US légitime et non pas en tant qu’agent d’un État étranger.

​​​​Les mobiles de ces deux savants, mis à part le respect de la vérité et l’obligation de parler, sont de servir les intérêts légitimes d’Israël et des USA. Mearsheimer et Walt, en accord avec de nombreux historiens et commentateurs israéliens sur le fait que la politique israélienne envers la Palestine et les Arabes, de concert avec la répression des critiques du lobby, ont été « directement nuisibles pour Israël. » La rigidité qu’Israël a imposé à la politique étrangère des USA a enlisé ces derniers dans des guerres, vieilles maintenant d’une demi décennie ou plus, en Irak et en Afghanistan. Alors même que les Musulmans en colère menacent de submerger la marionnettes des USA au Pakistan, le vice-président Dick Cheney, Israël et ses alliés néo-conservateurs s’efforcer d’amorcer la guerre avec l’Iran.

​​​​C’est un prix élevé à payer pour l’expansion territoriale d’Israël même si la politique de guerre et de coercition US-israélienne réussit. Si l’agression militaire ne parvient pas à placer le Moyen-Orient sous l’hégémonie des USA et d’Israël, les dangers qui pèseront sur les flux d’énergie et l’existence d’Israël pourraient aboutir à l’utilisation d’armes nucléaires. Il est littéralement fou pour les États-Unis d’exposer le monde à de tels risques pour les intérêts de la politique malavisée d’Israël envers la Palestine.

​​​​D’autres chercheurs, surtout ceux dont le sens de justice est blessé par l’oppression cruelle dont souffrent les Palestiniens aux mains d’Israël, sont plus critiques que Mearsheimer et Walt. Ces derniers font d’Israël et du lobby une question de bons offices en définissant le problème comme l’un des intérêts nationaux légitimes des États-Unis et d’Israël plutôt qu’une affaire de crimes, d’inhumanité et d’injustice.

​​​​Plutôt que les intérêts nationaux légitimes, James Petras, professeur émérite de sociologie à l’Université de Binghamton à New York, voit « un niveau de crimes parallèle à celui des nazis durant la Seconde Guerre Mondiale » (The Power of Israel in the United States (Le pouvoir d’Israël aux Etats-Unis), 2006). Petras écrit que « les architectes de la guerre d’Iraq ont planifié une série de guerres de conquêtes agressives, basées sur le principe de la domination par la violence, de la torture, du châtiment collectif, de la guerre totale contre les populations civiles, leurs maisons, leurs hôpitaux, leur patrimoine culturel, leurs églises et leurs mosquées, leurs moyens d’existence et leurs institutions éducatives. Ce sont les plus grands crimes contre l’humanité. »

​​​​« Les pires crimes, » écrit Petras, « sont commis par ceux qui prétendent être un peuple élu divinement, un peuple avec la revendication justifiée de victime suprême. »

​​​​Il reste à voir combien plus de sang et de trésors de fanatisme les Sionistes vont tirer des Étasuniens. Mais une chose est certaine : le lobby israélien est beaucoup trop puissant pour les gens estimables des USA et d’Israël.

​​​​Il y a quarante ans, le lobby était assez puissant pour forcer le président Lyndon Johnson à dissimuler l’attaque israélienne intentionnelle contre l’USS Liberty, qui faisait 34 Étasuniens morts et 174 blessés. L’amiral Thomas Moorer, chef des opérations navales et président de l’état-major déclarait : « Nul président étasunien ne peut tenir tête à Israël. »

​​​​Quarante ans plus tard, le lobby d’Israël est en mesure de suborner les universités catholiques et d’annuler les décisions de titularisation. Le savant courageux Norman Finkelstein s’est vu refuser une fonction à l’Université DePaul de Chicago dans l’Illinois, pour avoir effectivement critiqué la politique israélienne.

​​​​En Amérique aujourd’hui, les universitaires et les intellectuels qui omettent de s’aligner sur le lobby ont peu de chances de recevoir le soutien des institutions conservatrices ou libérales. Même l’article de Mearsheimer et de Walt, The Israel Lobby, commandé par Atlantic Monthly et duquel a été développé leur livre, a dû être publié à l’étranger par The London Review of Books lorsque l’éditeur d’Atlantic Monthly n’en a pas eu le courage.

​​​​Les Étasuniens patriotes qui se glorifient de la position de leur pays comme « unique superpuissance » ont beaucoup à apprendre sur la soumission de leur politique extérieure à un petit pays de cinq millions d’habitants.

​​​​Pour commencer à apprendre, il n’y a pas meilleur chose que The Israel Lobby de Mearsheimer et de Walt.

​​​​Paul Craig Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor dans l’administration Reagan. Il est l’auteur de Supply-Side Revolution : An Insider’s Account of Policymaking in Washington ; Alienation and the Soviet Economy et Meltdown: Inside the Soviet Economy, et est coauteur avec Lawrence M. Stratton de The Tyranny of Good Intentions : How Prosecutors and Bureaucrats Are Trampling the Constitution in the Name of Justice. Clic ici pour l’entrevue [en anglais] de Peter Brimelow de Forbes Magazine avec Roberts au sujet de la récente épidémie d’inconduite des procureurs.

Original : http://www.informationclearinghouse.info/article18714.htm
Traduction au mieux de Pétrus Lombard pour Alter Info


Vendredi 16 Novembre 2007

Paul Craig Roberts

Publié dans COULISSES ET RESEAUX DU POUVOIR, LES LOBBIES et L'INDUSTRIE DU MENSONGE, Vous avez dit THEORIE du COMPLOT ? | Pas de Commentaire »

Industrie du Tabac, la manipulation ou Les méthodes secrètes de l’industrie du tabac

Posté par issopha le 24 octobre 2007

Les stratégies utilisées par l’industrie du tabac 

 

Pour contrer les activités de lutte antitabac 

 

À l’Organisation mondiale de
la Santé


 


 


 

 

Rapport du Comité d’experts de l’OMS

 

sur les documents de l’industrie du tabac

 

Juillet 2000

 

Extraits du résumé d’orientation

 

Le contenu des documents de l’industrie du tabac révèle que les cigarettiers ont agi pendant de nombreuses années dans le but délibéré de contrer les efforts déployés par l’Organisation mondiale de
la Santé (OMS) pour lutter contre le tabagisme. Cette action subversive a été très complexe, a bénéficié d’un financement important et est généralement restée invisible. […] Bien que ces stratégies et tactiques aient souvent été mises au point au plus haut niveau des entreprises, le rôle des responsables de l’industrie du tabac dans la mise en oeuvre de ces stratégies a souvent été occulté. Dans leur campagne contre l’OMS, les documents montrent que les cigarettiers se sont dissimulés derrière divers organismes à vocation pseudo-universitaire, de politique publique ou d’affaires prétendument indépendants, mais dont les liens financiers avec l’industrie du tabac n’ont pas été dévoilés. Les documents montrent également que les stratégies mises en oeuvre par l’industrie du tabac pour saper l’action de l’OMS reposaient en grande partie sur des experts scientifiques et internationaux dont les liens financiers avec l’industrie du tabac étaient cachés. (page 2)

 

Il est inadmissible que de hauts responsables d’entreprises productrices de tabac se soient réunis pour concevoir et mettre en oeuvre des stratégies complexes visant à contrer l’action d’une organisation de santé publique et une telle attitude doit être condamnée. Le Comité d’experts est convaincu que les activités mises en oeuvre par les cigarettiers ont ralenti des programmes efficaces de lutte antitabac dans le monde entier et en ont gêné l’action. Compte tenu de l’ampleur des dégâts imputables au tabagisme, le Comité d’experts estime que, sur la base du volume de tentatives et d’actes réussis de subversion recensés lors des recherches limitées qu’il a effectuées, il est raisonnable de penser que l’action subversive des cigarettiers à l’encontre des activités de lutte antitabac de l’OMS a causé des torts non négligeables. Et si l’on ne pourra jamais dire précisément quel a été le nombre de vies perdues ou de maladies imputables à l’action subversive des cigarettiers, il est extrêmement important de condamner la conduite de ces entreprises et de prendre les mesures qui s’imposent. (page 2)

 

Le Comité d’experts invite instamment l’OMS et les Etats Membres à prendre fermement position contre la conduite des cigarettiers telle qu’elle ressort de son rapport. Ce rapport contient plusieurs recommandations visant à contrer les stratégies employées par les cigarettiers. Parmi les plus importantes figurent les suivantes : 1) les Etats Membres devraient procéder au même type de recherches concernant l’influence de l’industrie du tabac sur leurs efforts de lutte antitabac, 2) l’OMS devrait surveiller à l’avenir la conduite de l’industrie du tabac afin de déterminer si les stratégies recensées dans ce rapport sont toujours en vigueur et 3) l’OMS devrait aider les Etats Membres à déterminer quelles mesures il conviendrait de prendre pour réparer les torts causés par le passé par les cigarettiers. (pages 2-3)

 

 

Certaines entreprises productrices de tabac aux Etats-Unis d’Amérique ont publiquement fait amende honorable et déclaré avoir modifié leur comportement et donc, ne pas devoir être pénalisées pour leur conduite passée. Ces promesses, même sincères, ne doivent pas se limiter à leur action dans un seul pays. Il ne suffit pas que les cigarettiers prétendent maintenant agir « de façon responsable » aux Etats-Unis s’ils continuent d’appliquer des stratégies et des tactiques inacceptables dans le reste du monde. [...] Les Etats Membres doivent évaluer avec soin l’impact des politiques passées de l’industrie du tabac sur la santé et le bien-être de leurs citoyens et envisager les mesures qu’il convient de prendre pour réparer les abus passés et décourager les abus futurs. (page 3)

 

Au cours de son enquête, le comité d’experts a répertorié de nombreux sujets d’inquiétude quant à l’intégrité du processus de prise de décisions international en matière de tabagisme. Les données montrent que l’industrie du tabac a agi pendant de nombreuses années dans le but délibéré de miner les efforts de l’OMS dans ce domaine. Les tentatives de subversion ont été complexes, ont bénéficié d’un financement important et sont restées généralement invisibles. Il n’est pas étonnant que les cigarettiers opposent une résistance aux projets de lutte antitabac, mais l’on sait désormais quelle a été l’ampleur de leurs efforts et, plus important encore, quelles sont les tactiques utilisées lors de ces campagnes. Pour une grande partie de la communauté internationale, la lutte antitabac peut être considérée aujourd’hui comme une lutte contre la dépendance chimique, les cancers, les maladies cardio-vasculaires et d’autres conséquences du tabagisme pour la santé. Cette enquête montre en outre qu’il s’agit bien d’une lutte contre une industrie active, organisée et calculatrice. (pages 19-20)

 

Recommandations[1]

 

Extraits

 

4. L’OMS doit encourager des enquêtes supplémentaires sur le comportement de l’industrie du tabac par des chercheurs indépendants et par des institutions dont les décisions peuvent avoir été compromises.

 

5. L’OMS doit encourager et soutenir les efforts déployés dans le but d’identifier et de rendre public le rôle de groupes tiers de façade ou d’agents travaillant sous l’influence des compagnies de tabac.

 

8. L’OMS doit recommander vivement aux Etats Membres d’entreprendre leurs propres enquêtes sur l’influence possible des compagnies de tabac sur les décisions et politiques nationales, et de rendre publics les rapports faisant état de leurs constatations. 

 

49. Un-e chercheur-se qui dissimule ou donne des informations trompeuses sur les sources de son financement doit être exclu pour une période de temps appropriée de la participation aux travaux de recherche parrainés par l’OMS ou le CIRC et de publication dans les revues cautionnées par l’OMS ou du CIRC.

 

 

La commercialisation du tabac : Un écran de fumée 

 

 Document(s) 11 de 13 

Linda Waverley Brigden

 

 

Une fois de plus l’industrie du tabac a recours à la tromperie pour mettre en marché un produit qui peut être mortel : c’est ce que mettent en évidence les recommandations du Conseil consultatif ministériel sur la lutte contre le tabagisme dans son dernier rapport sur l’utilisation des épithètes « légère » et « douce » sur les emballages de cigarettes.

 

Le gouvernement canadien a pris des mesures audacieuses pour réglementer la commercialisation du tabac. L’industrie a contesté ces lois à maintes reprises. D’ailleurs une autre cause plaidée par l’industrie canadienne du tabac devant
la Cour supérieure du Québec a marqué le début de la nouvelle année. L’industrie conteste une loi fédérale de 1997 qui restreint la publicité sur le tabac et exige l’ajout de messages d’avertissement avec images sur les paquets de cigarettes, une mesure sans précédent.

 

L’Union européenne et le Brésil ont déjà interdit l’utilisation des adjectifs « légère » et « douce » dans la publicité sur les cigarettes. Tous les pays n’ont pas la chance d’avoir un gouvernement aussi éclairé en la matière. La majorité des pays du tiers-monde ne disposent que de lois très sommaires pour lutter contre le tabagisme et on ne peut que blâmer la commercialisation du tabac dans bon nombre de ces pays.

 

L’industrie du tabac vend beaucoup plus qu’un produit, elle vend du rêve, un rêve qui vise à appâter des consommateurs qui deviendront dépendants. Une fois « accros », ces derniers ne peuvent qu’être des clients fidèles de cette industrie.

 

En Égypte, des personnes spécialement choisies ont reçu dernièrement une enveloppe rouge vif qui contenait une pochette de carton rigide ornée du logo de Marlboro et d’une illustration en couleur d’un cow-boy savourant tranquillement une cigarette près d’un paisible cours d’eau. La légende indiquait : « Changez de rythme! Venez passer dix jours dans un monde en harmonie avec la nature! » À l’intérieur de la pochette, on trouvait une brochure de 18 pages, également en couleur, remplie d’illustrations de cow-boys et de paysages spectaculaires. On y expliquait comment gagner un voyage au « pays de Marlboro » ou l’un des nombreux autres prix. On exhortait les concurrents : « Venez au pays de Marlboro, un pays de grands espaces où vous serez libres et découvrirez la magie de la nature! » La très grande majorité des Égyptiens ne pourra jamais s’offrir un tel voyage ni voir un tel paysage. Mais le rêve est là, à portée de la main. Il suffit de joindre la preuve d’achat de cinq paquets de cigarettes, « régulières » ou « légères ».

 

Toujours en Egypte, des affiches conçues par le fabricant Philip Morris, lors d’une campagne visant manifestement à restreindre le tabagisme chez les jeunes, proclamaient : « Moins de 18 ans, c’est inacceptable! » « Plus de 18 ans, c’est ta responsabilité! » Quel jeune veut attendre ses 18 ans pour choisir de son plein gré? Autant agiter une cape rouge devant un taureau!

 

Comme dans maints autres pays en développement, le tabagisme est une habitude bien ancrée chez les Égyptiens adultes (44 % d’entre eux fument). Si la société réprouve toujours cette habitude chez les femmes (seulement 5 % fument), l’utilisation de la chicha ou pipe à eau est de plus en plus à la mode quand elles se réunissent. Une publicité parue récemment dans le magazine de la compagnie Egypt Air montre de petites boîtes décorées de fruits frais de différentes couleurs et de feuilles de menthe et précise « saveurs de fruits, de menthe et de pomme ». Une théière placée au centre de l’annonce, juste derrière le narguilé, laisse entendre qu’il s’agit peut-être d’une publicité pour tisanes. Ce n’est certes pas une coïncidence, le thé étant un élément central des réunions en Égypte. Les efforts de l’industrie du tabac pour répandre l’utilisation de la chicha à l’heure du thé relèvent d’une stratégie soigneusement préparée visant à intégrer cette habitude aux comportements les plus courants des Égyptiens.

 

En outre, comme dans bien des pays en développement, les restrictions sur la vente et la promotion des produits du tabac en Égypte ne sont que partielles. La publicité sur le tabac est interdite à la radio et à la télévision, mais il n’y a aucune restriction sur la distribution gratuite de produits ou d’échantillons ni sur la vente aux mineurs. La promotion du tabagisme au moyen de concours et d’annonces dans les magazines encourage les hommes à continuer de fumer et incite les femmes à envisager un usage plus féminin du tabac. Et l’industrie prétend dissuader les jeunes de fumer à l’aide de publicités à peine déguisées.

 

L’exemple de l’Égypte n’en est qu’un parmi d’autres qui illustrent les astuces utilisées dans la commercialisation du tabac partout dans le monde. Mais elles se répandent de plus en plus dans les pays en développement où la population nombreuse, le faible taux de tabagisme chez les femmes et l’absence de lois se conjuguent pour offrir de nouveaux marchés à l’industrie.

 

En 2002, il y aura d’autres réunions de l’Organe intergouvernemental de négociation créé pour débattre de
la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la santé pour la lutte antitabac. Ce traité international, le premier lié à la santé, cherchera à établir des normes mondiales antitabac, normes qui devraient inclure l’interdiction des épithètes « légère » et « douce » dans le monde entier.

 

En fait, l’une des grandes questions à l’étude dans l’élaboration de ce traité touche à la restriction de la promotion et de la commercialisation du tabac. L’interdiction partielle de la publicité sur le tabac n’est pas efficace, on n’a plus à le prouver. L’industrie du tabac ne fait que réorienter ses énergies (et ses ressources financières considérables) vers d’autres formes de promotion : commandite de manifestations sportives et de concours de beauté, promotion de concerts rock ou de discothèques, distribution d’échantillons gratuits, logos sur les t-shirts, sacs à dos et autres articles populaires auprès des enfants, organisation de concours faisant miroiter l’aventure comme celui de Marlboro. Ces dernières années, l’industrie du tabac a contourné les interdictions de publicité adoptées dans certains pays en annonçant furtivement sur Internet. Tout en facilitant l’accès à la publicité sur le tabac aux jeunes qui n’ont pas l’âge requis, les sites Web qui s’adressent à eux font la promotion de soirées dansantes pour les attirer dans des endroits où ils pourront obtenir gratuitement des cigarettes et seront exposés à d’autres activités de promotion du tabagisme. L’industrie du tabac doit rejoindre les gens, et surtout les jeunes gens, avec sa publicité, afin de créer la dépendance chez la prochaine génération de fumeurs, que l’on qualifie parfois de « fumeurs de remplacement ». Les images utilisées dans la publicité sont axées sur l’enthousiasme, le dynamisme, la séduction et l’aventure. Elles ne vendent pas que des cigarettes : elles vendent le sexe, la beauté, des corps d’athlète, la prospérité et la liberté. Mais ces images de personnes jeunes, dynamiques et en santé vendent aussi la mort..

 

La cigarette sans danger n’existe pas. Laisser entendre qu’une cigarette « légère » ou « douce » peut réduire les risques est trompeur. Les fumeurs qui troquent des cigarettes ordinaires contre d’autres dites « légères » ou « douces » peuvent s’attendre à inhaler la même quantité de goudron cancérigène. Les Canadiens devraient féliciter leur gouvernement du courage dont il fait preuve en s’opposant à cette publicité insidieuse. Ils devraient également appuyer une action à l’échelle mondiale pour empêcher que les hommes, les femmes et les enfants d’autres pays ne soient dupés par ces qualificatifs mensongers. Il faut continuer d’appuyer le rôle de chef de file que joue la délégation canadienne dans l’élaboration de
la Convention-cadre pour la lutte antitabac* et mettre en oeuvre de vigoureuses campagnes de sensibilisation du public au pays et à l’étranger pour démystifier le jargon publicitaire et diffuser de l’information exacte.

 

Il est temps que cet écran de fumée se dissipe afin qu’apparaisse la vérité.

 

Linda Waverley Brigden est directrice exécutive du secrétariat international Recherche pour la lutte mondiale contre le tabac (RMCT) qui loge au Centre de recherches pour le développement international (CRDI), une société d’État canadienne dont le siège est à Ottawa. http://www.idrc.ca/ritc/fr/index.html

 

* Cette convention veille à la mise en place de mesures de réglementation uniformes en ce qui concerne la publicité sur le tabac partout dans le monde.

 

Pour plus de renseignements :

Société candienne du cancer:

http://www.ontario.cancer.ca/siteboth/english/cigarette_package_warnings.asp

Santé Canada :

http://www.hc-sc.gc.ca/francais/IMAGES/media/photos/tabac_etiquetage/index.htm

 

Document d’origine en anglais

http://repositories.cdlib.org/ctcre/tcpmi/Swiss2001/

 

 

L’industrie du tabac et son influence

sur la politique du tabac en Suisse couronnée de succès

 

Chung-Yol Lee Stanton A. Glantz,


University of
California,
San Francisco

 

  

La consommation de cigarettes chez les personnes âgées de 15 ans ou plus en Suisse a atteint son apogée au début des années 70 avec 3,700 cigarettes par personne et par an, puis a décliné jusqu’à 2800 cigarettes par personne et par an en 1994. Pendant les années 80 la proportion de fumeurs diminua de 37% en 1980 jusqu’à 31% en 1992, mais pendant les années 90 cette proportion augmenta jusqu’à atteindre 33% en 1997. Les femmes, surtout les jeunes, les enfants et les adolescents, ont vu leur prevalence de tabagisme augmenter continuellement, malgré des efforts de prévention visant particulièrement les enfants et les adolescents.

 

Chaque année, plus de 10,000 personnes meurent à cause du tabac en Suisse, à peu près un sixième de la mortalité annuelle de
la Suisse, rendant le tabagisme la plus importante cause prévantable de décès dans ce pays. Ce chiffre est plus de 20 fois plus important que le nombre de morts causées par les drogues illégales.

 

La taxe sur le tabac en Suisse est la plus basse de l’Europe de l’ouest.

 

 

Les lois gouvernant les produits de tabac, leur marketing et leur vente, sont faibles et ont peu d’effets pratiques sur l’industrie du tabac.

 

Il n’y a aucune véritable protection des non fumeurs contre les composantes chimiques toxiques de la fumée de cigarette, que ce soit dans les endroits publics ou sur les lieux de travail.

 

Un sondage commissionné par Philip Morris International sur les expériences et les attitudes à propos du tabac et du tabagisme dans dix pays en 1989 démontra que les Suisses étaient conscients des effets du tabagisme passif sur la santé, mais que seulement une minorité favorisait le contrôle gouvernemental du tabac dans les restaurants et sur les lieux de travail.

 

Un premier programme compréhensif de prévention du tabagisme, de 1996 à 1999, émit par l’Office Fédéral Suisse de
la Santé Publique, a été caractérisé par un manque de financement adéquat, d’interventions précises, de coopération entre les associations de lutte contre le tabagisme, et de gestion. De plus, le programme a ignoré le rôle que joue l’industrie du tabac.

 

Grâce aux événements récents aux Etats-Unis et à l’attaque montée par l’OMS contre l’industrie du tabac, le programme quinquennal proposé pour 2001-2005 identifie l’industrie du tabac comme étant un obstacle majeur dans la lutte contre le tabagisme.

 

Avant la fusion de British American Tobacco (BAT) avec Burrus-Rothmans en 1999, le plus important producteur de produits de tabac en Suisse était Philip Morris (PM), avec près de 50% du marché (et près de 25% pour Marlboro uniquement). Depuis cette fusion, le marché du tabac est dominé par PM et BAT, qui ont chacune entre 45% et 50% du marché.

 

Comme c’était le cas aux Etats-Unis dans le début des années 60, les chercheurs des laboratoires de l’industrie du tabac (dans ce cas, FTR (Fabriques de Tabac Réunies)/ Philip Morris) ont accepté et discuté des effets nocifs du tabagisme sur la santé dans les communications internes des compagnies. A ce moment-là, ces chercheurs ont honnêtement essayé de trouver des moyens de réduire les effets cancérigenes des cigarettes en éliminant les éléments cancérigènes.

 

Contrairement à ses opinions exprimées en privé, la position publique de l’industrie du tabac en Suisse était qu’il existait encore une polémique à propos de la question de savoir si le tabagisme est nuisible à la santé.

 

La “polémique” fut entretenue grâce à de nombreuses conférences de presse et réunions scientifiques avec des chercheurs qui étaient soutenus par l’industrie mais qui déclaraient leur support public de la position de l’industrie sans parler de leurs liaisons avec l’industrie. Les relations entre l’industrie et ces “consultants” ou “témoins” étaient entretenues à travers des paiements directs et à travers le financement de leurs travaux de recherche.

 

A la fin des années 80 l’industrie du tabac avait identifié la perte d’acceptabilité sociale du tabagisme en Europe comme étant l’une des plus importantes menaces pour sa viabilité. Cette prise de conscience mena au développement d’une stratégie compréhensive visant la question du tabagisme passif. “La courtoisie et la tolérance” et les arguments économiques furent utilisés afin de détourner l’attention du public et des figures politiques des questions de santé. Ces stratégies furent souvent créées en consultation avec les cadres d’autres filiales de Philip Morris et du siège de Philip Morris International à New York. Bien au courant de leur manque de crédibilité dans le public, les compagnie de tabac accordaient des interviews aux journalistes mais les mettaient en garde de ne pas mentionner le nom de la compagnie de tabac dans leur article.

 

L’industrie du tabac attaqua en masse les documents officiels tels que “La mortalité due au tabac en Suisse” publié par l’Office Fédéral de
la Santé Publique, le rapport sur les effets respiratoires du tabagisme passif publié par l’Agence de
la Protection de l’Environment des Etats-Unis, ainsi que des articles scientifiques comme l’article publié dans American Journal of Respiratory and Critical Care Medecine sur le tabagisme passif et les symptômes respiratoires en Suisse (étude SAPALDIA) écrit par un groupe de chercheurs Suisses. Les compagnies de tabac employèrent des “consultants” et des figures politiques qui avaient des liens avec l’industrie, et qui utilisèrent les arguments standards de l’industrie.

 

L’un des consultants les plus actifs était Peter Atteslander, un citoyen Suisse et un professeur à l’Université d’Augsburg en Allemagne. Il écrit des livres blancs pour l’industrie du tabac et fit un compte rendu des conférences de toutes les parties du monde..Atteslander semblait être essentiellement le seul membre du “Groupe de travail pour la recherche de santé”, basé en Suisse, et qui publiait ses œuvres sans révéler ses liens avec l’industrie du tabac. Pour combattre les limites sur le tabagisme dans les restaurants et les hôtels, les compagnies de tabac développèrent leurs relations avec l’association hôtelière International HoReCa. Le secrétaire général d’International HoReCa à ce moment-là était le Dr. Xavier Frei, le président de
la SCRA (probablement l’Association des Cafés et Restaurants Suisses).

 

L’association hôtelière fit recours aux ressources de l’industrie du tabac et à maintes reprises publia les opinions de l’industrie dans les bulletins de l’industrie hôtelière, sans que les membres de l’International HoReCa ou de
la SCRA ne soient avertis des liens étroits qui existaient entre leur organisme et l’industrie du tabac.

 

Le “programme d’accommodation,” un programme bien connu développé par l’industrie du tabac aux Etats-Unis pour empêcher que ne soient établies des lois contre le tabagisme dans les restaurants et lieux de travail, fut employé en Suisse. Le fait que même le logo était le même que celui utilisé aux Etats-Unis est un autre exemple de la manière dont les compagnies de tabac recyclent leurs stratégies et leurs tactiques dans le monde entier.

 

La stratégie qui consiste à détourner l’attention du public du problème du tabagisme passif en faisant appel au problème de la qualité de l’air intérieur en général était (et demeure) une des stratégies majeures employées par l’industrie du tabac pour diluer le problème du tabagisme passif avec ceux d’autres produits polluants et de la ventilation des bâtiments. A ces fins, une compagnie de contrôle de la qualité de l’air intérieur ayant des liens étroits avec l’industrie du tabac, ACVA Atlantic Inc., USA, plus tard renommée Healthy Buildings International (HBI), receuillit une large quantité de données pour l’industrie du tabac afin de l’aider à minimiser le rôle de la fumée de tabac comme polluant de l’air intérieur. Des employés de HBI furent envoyés en Suisse pour récolter des données sur les immeubles suisses, et ces informations furent utilisées dans les bulletins de HoReCa pour soutenir le programme d’accommodation et décourager les réglementations contre le tabagisme. HBI a depuis été discréditée aux Etats-Unis en tant qu’autorité impartiale sur le sujet de contrôle de la qualité de l’air intérieur.

 

Les compagnies de tabac essayèrent d’influencer la réglementation sur le tabagisme dans les avions à travers le financement partiel des congrès mondiaux de l’IFAA (International Flight Attendants’ Association). Cette influence fut établie en favorisant de bonnes relations avec le président de l’association, une stratégie souvent utilisée par l’industrie du tabac pour influencer les associations. Quand, suivant l’établissements des vols non fumeurs aux Etats-Unis et dans d’autres pays, Swissair imposa enfin l’interdiction de fumer sur ses vols, elle fut sévèrement critiquée dans les journaux par le “Club des Fumeurs” Suisse, et plus tard par le “Club des Amis du Tabac” Suisse, dont le président et fondateur est un ancien cadre de relations publiques pour l’industrie du tabac.

 

L’Association Suisse des Fabricants de Cigarettes influença la réglementation sur le tabagisme dans les trains avec succès grâce à des lettres envoyées aux éditeurs de quotidiens et des requêtes directes auprès des autorités cantonales et du directeur du réseau ferroviaire national.

 

Deux référendums sur l’interdiction de publicité pour le tabac et l’alcool en 1979 et 1993 furent rejetés par les électeurs Suisses, malgré les sondages pré-vote positifs, à cause de l’alliance de l’industrie du tabac avec les agences de publicité et la presse écrite. Les compagnies de tabac réussirent à dissimuler leur rôle dans cette campagne afin d’éviter toute publicité négative, tout en finançant la campagne contre l’interdiction de publicité et en lui fournissant des arguments développés par des sociétés de relations publiques et des avocats à travers le centre international d’information sur le tabac, INFOTAB. Les compagnies de tabac et leurs alliés employèrent des arguments économiques et politiques, tels que la menace d’effets négatifs sur l’emploi, les revenus, les impôts, et le droit des individus et des entreprises de combattre les interdictions de publicité.

 

Les liens étroits entre l’industrie du tabac et les figures politiques et officielles furent développés et maintenus à travers de nombreuses réunions avec les dirigeants des partis politiques et de nombreux briefings du “comité électoral pro-tabac” au Parlement. Ce comité électoral permit à l’industrie du tabac de rester bien informée au sujet de l’agenda politique et de facilement influencer le processus politique.

 

Bien que
la Suisse ait certains des programmes de santé publique les plus progressistes et innovateurs, la plupart des partisans de la santé publique sous-estiment le pouvoir et la force motrice de l’industrie du tabac et qu’une minorité parmi eux a confronté l’industrie directement.

 

Document d’origine en anglais

http://repositories.cdlib.org/ctcre/tcpmi/Swiss2001/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les méthodes secrètes de l’industrie du tabac 

           

 

           

Publié en avril 2003 aux éditions du Seuil, en France, Le Rideau de fumée – Les méthodes secrètes de l’industrie du tabac, de Gérard Dubois, dresse un portrait complet des multinationales du tabac. Retraçant les débuts de l’industrie jusqu’à nos jours, l’ouvrage est basé sur des documents internes des compagnies de cigarettes. La préface est d’ailleurs de Jeffrey Wigand, le transfuge américain de l’industrie ayant inspiré le film L’Initié.

 

À dévorer comme un roman, Le Rideau de fumée rappelle que les fabricants savent depuis fort longtemps que la cigarette cause le cancer, crée une dépendance et tue bon nombre de ses consommateurs. L’auteur relate également la collaboration des cigarettiers afin de se protéger des initiatives antitabac, sans oublier les courantes questions de la contrebande et des cigarettes douces et légères. Gérard Dubois est professeur de santé publique et correspondant de l’Académie nationale de médecine française.

 

Le Rideau de fumée est distribué au Québec par Diffusion Dimédia de l’arrondissement Saint-Laurent, à Montréal. Le livre de 370 pages coûte 42 $.

 

Source : Info-Tabac

 

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L’amiante et le tabagisme passif tuent 

 

« L’exposition à la fumée passive du tabac entraîne la maladie, l’incapacité et la mort » (OMS, Convention cadre pour le contrôle du tabac, ratifiée par
la France en 2004). Aussi, le Comité national contre le tabagisme (CNCT) a-t-il entrepris une campagne d’information sur TF1 concernant les dangers pour la santé liés au tabagisme passif : risques cardio-vasculaires et cancers. Un spot comparait les risques respectifs de cancer du poumon induits par les expositions au tabagisme passif et à l’amiante, en s’appuyant sur une étude publiée par le British Journal of Cancer (R. Doll, J. Peto, 1986, 54, pp 381-383). 

Compte tenu de la brièveté du message (30 sec.), l’INRS craint des risques de compréhension incomplète ou erronée, alors qu’elle entreprend d’importants efforts d’information vis-à-vis des chantiers de désamiantage. Le CNCT est pleinement conscient des risques sanitaires liés à l’inhalation de fibres d’amiante ; d’ailleurs, la présentation dans ce spot d’une tenue réglementaire de désamiantage traduit l’importance de ce risque. Toutefois, pour ne laisser aucun doute, le CNCT a décidé de privilégier la diffusion des deux autres spots de cette campagne. 

Le CNCT tient à rappeler le risque majeur pour la santé constitué par la pollution par la fumée du tabac dans les locaux, l’insuffisance de sa prise en compte à l’échelle nationale dans les lieux de travail et/ou accueillant du public, et l’absence préoccupante de mesures spécifiques proposées à ce jour. L’importance de ce risque est confirmée par l’INRS, qui précise que 1.162.264 employés sont exposés en France aux cancérogènes présents dans la fumée du tabac (Base CAREX, rapport « Salariés non-fumeurs et tabagisme passif dans les cafés et restaurants : mise au point », INRS, 2004). 

Le CNCT rappelle que le respect des exigences réglementaires sur le désamiantage et l’interdiction totale de fumer dans les lieux de travail et d’accueil du public permettraient de sauver plusieurs milliers de vies humaines en France, et, face à la gravité de la situation, demande aux pouvoirs publics d’intervenir de façon rigoureuse en faveur des populations, sans aucune concession aux lobbies

 

 L’industrie du tabac nuit gravement à la société 

 

Hier, jeudi 19 janvier 2006, un million de Français ont découvert les pratiques de l’industrie du tabac au cours des dernières décennies (« Tabac, retenez votre souffle », France 2, 23:00) : mensonges, minimisations de la toxicité du tabagisme actif et passif, de la dépendance, manipulations du produit pour accroître cette dernière, corruption de chercheurs, … 

Le Comité national contre le tabagisme (CNCT) félicite Madame Nadia Collot, réalisatrice de ce documentaire exceptionnel, et soutient les initiatives du producteur Kuiv productions visant à pérenniser le travail d’investigation entrepris et son effet de conscientisation auprès du grand public en créant une version inédite pour le cinéma (à suivre). 

France 2, dans son annonce du documentaire, dit : « Fumer tue, mais à qui profite ce crime ? …Une industrie mafieuse aux agissements criminels ». Aujourd’hui comme hier, l’industrie du tabac se livre à la stratégie du mensonge sanitaire, économique, et politique. En France, à l’Assemblée nationale, par exemple. 

L’enjeu, au seul échelon national, est colossal : des dizaines de millions d’euros de profits contre des dizaines de milliers de vies. Ces manœuvres sont criminelles, car, lorsque l’on fabrique et vend un produit qui tue un sur deux de ses clients, les responsabilités sont immenses. Toute manipulation et tout mensonge qui alimentent la pandémie industrielle en question, sont meurtriers. Le CNCT ne laissera pas sans réponse les manœuvres honteuses et perverses de l’industrie du tabac auprès des représentants du peuple français.

 

 DELINQUANCE EN COL BLANC 

 

Philip Morris affirme haut et fort qu’elle est une entreprise responsable et qu’elle dissuade les jeunes de fumer. La réalité vient une nouvelle fois contredire le discours de façade. Philip Morris continue à faire la promotion de ses produits et à inciter les jeunes à fumer au travers de cadeaux offerts en contrepartie de l’achat de tabac. Les faits ont été à nouveau saisis ors des internationaux de tennis de Roland Garros de 2000 où Philip Morris assurait des animations promotionnelles. Des hôtesses présentes sur deux stands attiraient les visiteurs et leur remettaient briquets, porte-clés, montres, tee-shirts … en échange de paquets de cigarettes vendus. 

Sur plainte du CNCT, une perquisition a été réalisée au sein de la société permettant de mettre à jour un plan de fraude de la loi Evin interdisant la publicité en faveur du tabac dans une trentaine de villes françaises. 

Après une première condamnation par le TGI de Paris il y a un an,
la Cour d’Appel de Paris a confirmé le 8 novembre dernier la culpabilité des prévenus et est venue doubler les sanctions : 50 000 Euros d’amende et 50 000 Euros de dommages et intérêts, assortis de 10 000 Euros au titre des frais de procédure.
La Cour a écarté les arguments de la défense fondés notamment sur : l’absence de logo de la marque sur les objets offerts et l’absence d’affichage des barèmes des cadeaux, confirmant que le seul « fait d’assortir d’un cadeau une proposition d’achat d’un produit constitue une incitation faite au consommateur de modifier son comportement habituel et doit donc s’analyser comme une opération de promotion ou de publicité en faveur du produit en cause ». 

Le Comité National Contre le Tabagisme se félicite que les sanctions prononcées dans cet arrêt qui tendent à rendre ce genre d’opération promotionnelle nettement moins rentable pour le fabricant de tabac, condition sine qua non pour que ce dernier mette un terme à ses pratiques délictuelles. 

 

L’industrie du tabac 

discours officiels et réalités

septembre 2003 

Avec 66 000 décès par an en France, le tabagisme est la cause de plus d’un décès sur 10 et cette catastrophe sanitaire actuelle et surtout à venir concerne de nombreux autres pays, notamment les pays en voie de développement.
L’industrie du tabac est directement responsable de cette épidémie. En France, les agissements quotidiens de cette industrie demeurent encore largement méconnus. L’étude de l’opposition entre les informations émanant de documents secrets internes de ces sociétés de tabac et les déclarations officielles de ses représentants est particulièrement révélatrice1. Ces informations rendues publiques grâce à une décision de justice nous permettent de mieux comprendre les stratégies des fabricants de tabac où prédominent le mensonge, la manipulation sous des aspects qui se veulent toujours respectables.
Quelques exemples de positions officielles communes des sociétés de tabac illustrent parfaitement cette stratégie2. 


Nier les risques du tabagisme pour la santé « J’affirme que tout bien considéré, il n’y a aucune preuve que fumer est une cause de cancer du poumon » Imperial Tobacco (branche de BAT) 1958. Or, dès cette époque, les sociétés de tabac savaient parfaitement les risques encourus par les fumeurs mais elles se sont entendues pour nier la causalité des relations entre tabac et maladies : « Si les gouvernements proposent une rédaction impliquant ou disant que le tabagisme cause certaines maladies, les Compagnies doivent y résister avec acharnement et par tous les moyens à leur disposition. » 

Nier que la nicotine est une drogue, source de dépendance :Public, le discours est « Dire que les cigarettes sont addictives est contraire au bon sens…C’est une escalade de la rhétorique antitabac… sans fondement médical ou scientifique » (Tobacco Institute 1988).
Or, les cigarettiers connaissaient tellement bien les propriétés de la nicotine qu’ils l’ont même manipulée afin de rendre leurs produits encore plus dépendants (exemple ajout d’ammoniaque). 

Nier que l’industrie vise les jeunes comme nouveaux fumeurs
« Il faut présenter (aux jeunes) la cigarette comme une des quelques initiations au monde adulte » Agence de publicité Ted Bates en 1975, pour BAT.
Les milliards de dollars dépensés par les cigarettiers dans la publicité et le parrainage (dont
la Formule 1) n’ont d’autre but que d’obtenir l’essai de leurs produits par les enfants et les adolescents le plus tôt possible. La nicotine en fait ensuite de fidèles consommateurs. 

Dénoncer une contrebande par ailleurs organisée et favorisée par ces mêmes cigarettiers L’augmentation des prix du tabac a une incidence sur la diminution de la consommation dès lors que ces hausses sont brutales et répétées. Cette incidence est bien connue des cigarettiers qui essaient au maximum de la contourner et la limiter. Dans certains pays, l’augmentation des taxes est suivie d’un accroissement de la contrebande que les cigarettiers s’empressent d’annoncer, de dénoncer et qui devient leur argument principal pour s’opposer à ces hausses. Or, Leslie Thomson, directeur d’une filiale de RJR, est condamné en 1999 aux Etats-Unis et en février 2000 au Canada pour avoir organisé la contrebande entre les deux pays. Après deux années d’enquête par l’Office Européen de Lutte Anti-Fraude (OLAF),
la Commission européenne porte plainte le 6 novembre 2000 aux Etats-Unis contre PM, RJR et Japan Tobacco Internatio-nal. Les exemples pourraient être multipliés. Globalement cette industrie fabrique 5 600 milliards de cigarettes par an et 30% des 1 000 milliards de cigarettes exportées en 2000 ont disparu ! 

Acheter des scientifiques pour maintenir la désinformation, en particulier dans le domaine des risques causés par le tabagisme passif
Les effets sur la santé de l’exposition à la fumée de tabac des non-fumeurs constituent pour les cigarettiers « la plus dangereuse menace ayant jamais existé sur la viabilité de l’industrie du tabac » Roper Organisation pour le Tobacco Institute en 1978.
A tous les niveaux de décision, des consultants sont payés, ensuite présentés comme indépendants, des réseaux d’information et d’influence sont mis en place, des organisations faussement indépendantes sont créées et financées, des pressions sont faites pour orienter la politique de l’OMS dans d’autres domaines, des informations fausses ou tronquées relayées par des intermédiaires financés visent à influencer médias et décideurs. Aujourd’hui, l’industrie du tabac affirme qu’elle « aurait changé » et elle prétend même dans de nombreux pays participer à l’éducation des enfants. En réalité, son objectif demeure bien celui de vendre ses produits et elle poursuit son œuvre de mort avec les mêmes méthodes en Afrique, en Asie, en Europe Centrale et de l’Est. En Europe, aux Etats-Unis, Canada…, elle procède de manière certes plus masquée (via des structures intermédiaires) mais elle demeure tout aussi redoutable. 

1. Dubois G., Dubois C.E. Le Rideau de Fumée, 2003, Le Seuil, 360 p.
2. Dubois G., Tramier B. La responsabilité de l’industrie du tabac dans la pandémie tabagique. Rev Pneumol Clin. 2000 ; 56 : 339-43 

Source : “Tabac, une plante aux multiples façettes”,
Presse Parlementaire, septembre 2003. 

Par le Professeur Gérard Dubois, Président de l’Alliance pour
la Santé – Coalition Contre le Tabagisme et le Professeur Yves Martinet, Président du Comité National Contre le Tabagisme

 

Le tabac t’abat, ou l’industrie du tabac meurtrière

 

Introduction

 

Le tabagisme est une pandémie unique, et une industrie curieuse qui tue près de la moitié de ses clients. Elle a tué 62 millions de personne depuis la seconde guerre mondiale, et en tuera encore plus de 100 millions d’ici à 2017. Comment un tel phénomène a-t-il pu se produire. Les responsabilités sont-elles ici individuelles ou collectives ? Qu’en est-il exactement de celles de l’industrie du tabac qui reste invaincue, malgré plus de 40 années d’histoire judiciaire ?

 

Histoire judiciaire 

On peut découper l’histoire judiciaire en 3 phases. 

La première, de 1954 à 1973, suit la démonstration de l’effet cancérigène sur la souris. 

La seconde phase, de 1973 à 1994, se base sur des preuves scientifiques mieux établies. Pourtant, les cigarettiers, s’en sortent indemnes, souvent protégés par une armada d’avocats épuisant rapidement les ressources des plaignants. En 1994, les dirigeants des principales firmes se parjurent devant une commission de
la Chambre des Représentants Américains, niant une dernière fois les dangers du tabagisme et le côté addictif de la nicotine. 

En 1994 commence la troisième phase. Des cabinets d’avocats spécialisés dans le droit des consommateurs décident de s’alliers afin de défendre les victimes du tabagisme face aux firmes. Dans le même temps, quatre états américains décident d’attaquer les cigarettiers pour obtenir réparation des frais médicaux engagés pour les plus pauvres. A la même époque, le directeur de la  » Food and Drugs Administration « , avec le soutient de l’appui du président des Etats-Unis, classifie et réglemente le tabac comme une drogue. Surgissent alors des documents internes à l’industrie du tabac et 530 cabinets d’avocats attaquent l’industrie du tabac qui, acculée, accepte une conciliation. L’industrie du tabac paiera prs de 500 milliards de dollars sur 25 ans à l’ensemble des 39 états et s’engage à démanteler ses organes de désinformations. Pendant ce temps, 3 des 4 états ont accepté la conciliation pendant que le 4eme, le Minnesota, la refuse et poursuit dans la voie judiciaire. Cette action judiciaire a pour mérite de rendre public des millions de documents issus de l’industrie du tabac, révélant les pires côtés de cette industrie… 

Encore un exemple des bienfaits du néolibéralisme… On découvre qu’un produit, le tabac tue, et au lieu de l’interdire, on lui fait payer des amendes? Pour dédommager ses clients, morts ou malades, et le surcoût qu’ils entraînent, elle devra en infecter et tuer d’autres… Belle logique n’est-il pas? Les lobbyings sont puissants de nos jours, et le bien public pèse peu contre l’industrie du tabac.

 

Désinformation 

Effet cancérigène 

L’industrie du tabac sait depuis 1958 que le tabac a un effet cancérigène par ses recherches internes, et ne rend pas l’information publique, au contraire, face aux scientifiques qui découvrent peu à peu la vérité, elle la nie, et brouille les pistes en finançant des études douteuses, ou manipule des scientifiques et leurs résultats. 

En 1962, première pierre de la preuve scientifique par le  » Royal College of Physicians  » de Londres qui établit les conséquences du tabagisme. Ce qui a pour effet de faire monter les inquiétudes des chercheurs de l’industrie du tabac. Il faudra attendre un procès en Floride en 1997 pour qu’enfin un représentant de la filière tabac (CEO de Philip Morris) avoue que le tabac est dangereux pour la santé, ce qui met fin à des décennies de dénégations. 

La nicotine est une drogue 

De nombreux documents internes montrent que l’industrie du tabac savait au plus tard en 1962 que le tabac pouvait, de par son côté addictif, être assimilé à une drogue : 

  • Sir John Ellis, British American Tobacco 1962. « La motivation première pour fumer est l’obtention de l’effet pharmacologique de la nicotine ». 

  • « La nature du business du tabac et le rôle crucial qu’y joue la nicotine ». C’est le titre du rapport de C.E. Teague Jr, adjoint au directeur de la recherche de RJ Reynolds, en 1972, dans lequel on lit : « Les produits du tabac, de manière unique, contiennent et fournissent la nicotine, une drogue puissante… Donc, un produit du tabac est, par essence, un support qui fournit la nicotine, réalisé pour fournir la nicotine sous une forme généralement acceptable et attractive. ». 

  • Le sommet est atteint chez British American Tobacco « BAT devrait apprendre à se considérer comme une entreprise vendant une drogue et non du tabac. » Dr Robin A. Crellin Il avril 1980. 

Ceci est évidemment la voix interne, puisque rien de transpirera avant 1997.

 

Manipulation des produits 

Manipulation Chimique 

RJ Reynolds (Marlboro) découvre en premier que dans l’ammoniaque réside le succès de Marlboro dès 1973.
En effet, l’ammoniaque accroît la nicotine dans sa forme libre qui pénètre plus rapidement dans le sang que la nicotine liée. Jeff Wigan est le premier chimiste qui rompt l’omerta, et sur le plateau de 60 minutes (célèbre émission américaine) il déballe tout ce que l’industrie du tabac a fait pour augmenter l’addiction de ses consommateurs. 

Bien sûr, on vous a dit mille fois que vos cigarettes contenaient de la nicotine et des goudrons, mais vous ne savez pas qu’une fois allumées, une véritable usine chimique se met en route…

 

Plus de 40 substances cancérigènes 

La combustion provoque la formation de très nombreuses substances toxiques, qu’on retrouve dans tous les types de cigares et cigarettes. On a réussi à identifier plus de 4 000 substances dans la fumée dont les concentrations peuvent varier. Plus de 40 de ces substances sont classées comme cancérigènes. Des gaz toxiques (monoxyde de carbone, oxyde d’azote, acide cyanhydrique, ammoniac) et des métaux lourds (cadmium, mercure, plomb, chrome, mercure) sont aussi présents dans la fumée de tabac. Leur diamètre étant compris entre 0,1 et 1 micron (millième de millimètre), les particules peuvent pénétrer dans les alvéoles des poumons.

 

Manipulation génétique 

En 1983
la British American Tobacco obtient par manipulation génétique le plan de tabac YI qui produit 50% de nicotine en plus, pour 20% de feuilles en moins. En 1994, devant la chambre des représentants, Brown et Wiliamson de
la British American Tobacco déclarent : « Non, nous ne manipulons pas le niveau de nicotine dans nos cigarettes ». 17 jours plus tôt, le rapport du Dr Bevans de la même British American Tobacco disait « C’est un succès, avec moins de goudrons, la nicotine supplémentaire de YI est absorbée plus rapidement ».

 

La cible des cigarettiers 

Alors qu’elle a longtemps nié cibler les jeunes, l’industrie du tabac a crée les concepts de pré fumeurs (pre-smoker) et d’apprenti (learner). Un mémo secret de Camel en dit long :  » Pour assurer la croissance à long terme de Camel Filtre, la marque doit accroître sa part de marché des 14-24 ans qui ont des valeurs plus libérales et qui représentent l’avenir du buisness cigarettier  » (RJ Reynolds, 1975). 

L’industrie du tabac est bannie des écrans de télévisions depuis les années 70, mais via le  » Product Placement « , ils financent l’apparition de leurs produits au cinéma pour atteindre les enfants et adolescents. Un exemple avec une lettre de 1983 signée Sylvester Stallone :  » Comme nous en avons discuté, je garantis que j’utiliserai les produits du tabac de Brown et Williamson dans 5 de mes films. J’ai bien compris que Brown et Williamson me paiera un droit de 500.000 $ « . Il en sera de même avec nombre d’acteurs et de productions hollywoodiennes. Sans parler des produits dérivés tels vêtements, dessins animés (selon une étude Joe Camel est aussi bien identifié que Mickey Mouse par les enfants et ados américains). 

  • Une étude de l’agence de pub Ted Bates en 1975 pour British American Tobacco est éloquente : « les fumeurs doivent affronter le fait qu’ils sont illogiques, irrationnels et stupides… Il faut partir du fait que fumer est dangereux pour la santé et tenter de contourner d’une manière élégante sans le combattre, ce qui serait peine perdue… Présentez (aux jeunes) la cigarette comme une des quelques initiations au monde adulte ; présentez la cigarette comme appartenant à la catégorie plaisante des produits et activités illicites ; dans vos publicités, créez des situations de la vie de tous les jours mais qui, de manière élégante, ont une touche de symboles marquant le processus de maturité et de passage vers la vie adulte au mieux que vous puissiez le faire légalement, liez la cigarette au vin, à la bière, au sexe, etc. » 

  • Les milliards de dollars dépensés par les cigarettiers dans la publicité et le parrainage (Formule 1) n’ont d’autre but que d’obtenir l’essai de leurs produits par les enfants et les adolescents le plus tôt possible. La nicotine en fait ensuite de fidèles consommateurs. 

  • « Un marché potentiel massif existe encore chez les femmes et les jeunes adultes… Le recrutement de ces millions de futurs fumeurs constitue l’objectif majeur pour le futur immédiat mais aussi pour le long terme » (United States Tobacco Journal 1950).

 

La contrebande: 30 % de la production mondiale 

La contrebande a des effets négatifs sur la consommation de tabac. Elle prive l’Etat de ressources fiscales, et empêche le rôle garde fou de la fiscalité (7% d’augmentation = 4% de fumeurs en moins). Elle est co-organisée par les grandes firmes elles-mêmes qui pourtant s’en plaignent depuis des années. Certains pays, comme le Canada, ont essayé de l’endiguer en baissant la fiscalité, l’argument des firmes était que la contrebande était causée par une fiscalité trop élevée, en vain. Cette contrebande met également en lumière un autre aspect négatif de la mondialisation, a savoir l’extrême déséquilibre existant entre des états lents et des firmes et associations criminelles anticipantes, rapides et disposant de moyens parfois supérieurs aux états, lobbying et armées d’avocats déroutent souvent les politiques ainsi mises en place… Les cas récents du Canada et de
la Colombie illustrent la position pour le moins ambigue des firmes de cigarettiers.

 

L’industrie du tabac est-elle coupable ? 

L’industrie du tabac a écrit son propre réquisitoire car : 

  • elle a caché les dangers du tabac, puis les a niés 

  • elle a caché que la nicotine est une drogue, puis l’a nié 

  • elle a manipulé chimiquement et génétiquement la nicotine pour accroître la dépendance à ses produits, puis l’a nié en se parjurant 

  • elle a visé spécifiquement les enfants et les adolescents, les femmes et les minorités 

  • elle s’est servie de l’écran des cabinets d’avocats complices pour couvrir du secret ses correspondances et agissements coupables 

  • elle a organisé la désinformation par de faux organismes d’information ou de recherche qu’elle a été contrainte de fermer aujourd’hui aux Etats-Unis 

Sur les éléments présentés, il est évident que les 62 millions de morts dus au tabac depuis la seconde guerre mondiale ne sont pas le résultat du choix conscient de consommateurs adultes et responsables (60 à 80 % des fumeurs désirent arrêter) mais qu’ils sont les victimes d’une politique volontaire, agressive et conquérante d’une industrie qui a voulu imposer mondialement ses intérêts financiers au mépris de la vie humaine et du droit par la duperie, la tromperie, la fourberie, la duplicité et la corruption. 

Il n’est pas d’exemple d’un plus grand mensonge d’une industrie entière, d’une attitude fausse, suffisante et hypocrite, d’une recherche de profit sans limite menant au plus grand désastre sanitaire planétaire de tous les temps. 

Nous savions l’industrie cigarettière meurtrière. Nous la découvrons assassine.

 

Les manipulations de l’industrie du tabac

 

 L’une des nombreuses motivations pour arrêter de fumer pourrait être l’envie de ne plus subventionner l’industrie du tabac. Cette branche a sur la conscience des millions de morts (5 millions par an actuellement), et ne cherche en rien à amender son comportement. Au contraire d’autres secteurs économiques polluants, l’effort n’est pas mis sur le développement de produits moins nocifs mais dans la désinformation organisée. 

Le paragraphe qui précède ne constitue pas une prise de position militante, c’est la conséquence de l’analyse de documents de l’industrie du tabac qui sont tombés dans le domaine public suite à des décisions de justice aux Etats-Unis. Les chercheurs qui ont analysé ces tonnes de documents ont été sidérés par le cynisme de l’industrie. Dans des notes internes, des cadres admettaient par exemple que la cigarette rendait dépendant, ce qui ne les empêchait pas de prétendre le contraire devant les tribunaux. Un site québécois passe en revue une partie de ces mensonges. Morceaux choisis: 

 » Non seulement la nicotine est-elle une très bonne drogue, mais les techniques d’administration (par inhalation) ont de considérables avantages psychologiques…  » [British American Tobacco (maison-mère de Imperial Tobacco), 1962] 

 » Heureusement pour l’industrie du tabac, aucune de ces deux approches [cesser ou réduire la consommation] n’a eu beaucoup de succès auprès des fumeurs. [ …]  » [Robert Bexon, Imperial Tobacco, " R&D/Marketing Structures Creativity Conference ", 1984] (Monsieur Bexon a depuis été nommé président de la compagnie). 

« Un consensus apparaît quant au besoin de coordonner quelques-uns des joueurs clés s’opposant aux interdictions de fumer à travers l’Amérique du Nord » [Mémo du Conseil canadien des manufacturiers des produits du tabac, 1998] 

Source: Coalition québécoise pour le contrôle du tabac 

Par ailleurs, le placement du produit « tabac » dans les médias est l’un des objectifs que les cigarettiers ont poursuivi avec une froide détermination – et beaucoup d’argent. Des milliers de dollars ont été proposés à des acteurs pour qu’on les voie en train de fumer, ou avec un paquet de telle ou telle marque dans la main. Parce que les cigarettiers savent que si une star fume, à l’écran ou hors-écran, cela rend le produit plus acceptable. 

Message 062: Le placement de la cigarette dans les films 

L’industrie du tabac et son influence sur la politique du tabac en Suisse
L’industrie du tabac a attaqué des documents officiels tels que « La mortalité due au tabac en Suisse » publié par l’Office fédéral de la santé publique, le rapport sur les effets respiratoires du tabagisme passif publié par l’Agence de la protection de l’environnement des Etats-Unis, ainsi que des articles scientifiques comme celui publié dans l’American Journal of Respiratory & Critical Care Medicine sur le tabagisme passif et les symptômes respiratoires en Suisse (étude SAPALDIA) écrit par un groupe de chercheurs suisses. Les compagnies de tabac ont employé des « consultants » et des figures politiques qui avaient des liens avec l’industrie …

 

L’industrie du tabac et son influence sur la politique du tabac en Suisse

 

Le Rideau de fumée : les Méthodes secrètes de l’industrie du tabac. Ecrit par Gérard Dubois, professeur de médecine à Amiens et l’un des plus grands spécialistes européens dans le domaine, cet ouvrage lève le rideau derrière lequel se cache l’industrie du tabac et montre son vrai visage, documents « secrets » à l’appui. Le site de l’association Oxygenève livre son appréciation de ce pamphlet qui ne mâche pas ses mots. 

Enfin, la liste ne serait pas complète si on ne faisait pas référence à l’incroyable Affaire Rylander, du nom de ce professeur suédois qui a longtemps travaillé à l’Université de Genève, alors qu’il était salarié en parallèle – et en secret – par Philip Morris. Campus, le magazine de l’Université de Genève, revient sur cette affaire dans un numéro consacré à l’Université sans fumée (le travail de M. Rylander consistait notamment à prétendre que la fumée passive n’était pas un problème sérieux) 

Campus numéro 72 

Affaire Rylander, Communiqué de presse de l’Université de Genève

 

Que manigancent

les grandes industries du tabac

à travers le monde

Janvier 2002


Eh bien, comme d’habitude, il semble que l’industrie du tabac prépare de mauvais coups dans le monde entier! Les annonces publicitaires sur le tabac avant la projection des films (Yougoslavie). Des shows télévisés au cours de la célébration musulmane de Eid (Pakistan). Des panneaux montrant des femmes enceintes (Ukraine). Des automobiles couverts de logos offerts en don aux instituts de recherche médicale dans le cadre de leurs travaux de lutte contre la malaria (Kenya). Des cigarettes de la marque “American Dream” (le Rêve Américain) avec un logo de la statue de
la Liberté. La promotion de la santé à l’intention des agriculteurs (Bangladesh). Et “un prix de courage” décerné à un homme qui envoie des cadavres aux écoles de médecine pour le bien de l’humanité (Inde)!

Beaucoup de pratiques et de tendances traversent les frontières: les dons “caritatifs”, les programmes bidons de “prévention du tabagisme à l’intention des jeunes”, les campagnes publicitaires pour faire connaître les nouveaux timbres fiscaux (afin de détourner l’attention des signes évidents qui incriminent la contrebande coordonnée par l’industrie?), le patronage des manifestations populaires de jeunes et la commercialisation aggressive croissante qui cible les femmes.

Preparez-vous à être dégoûtés…

… et à être inspirés pour agir! Les protestations publiques dans un pays peuvent faire pression sur l’industrie du tabac pour qu’elle change d’attitude dans d’autres pays. Par exemple, une femme hollandaise en visite en Ukraine a été horrifiée par la publicité de L&M montrant une femme enceinte. A son retour en Hollande, elle a téléphoné au bureau hollandais de Philip Morris et a également alerté les médias. Le résultat? Les publicités ont été rapidement retirées. Voir ci-dessous pour en connaître davantage!


QUE MANIGANCENT LES GRANDES INDUSTRIES DU TABAC

A TRAVERS LE MONDE


BANGLADESHKuheli Mustafa, WACC
British American Tobacco (BAT), la principale compagnie de tabac du Bangladesh, a lancé un Programme de Prévention du Tabagisme à l’Intention des Jeunes qui, à notre avis, suscitera chez les jeunes de l’attirance et de la curiosité pour la cigarette au lieu de limiter le désir de fumer. Très récemment, BAT a introduit le système de timbre enroulé autour d’une bague pour “montrer” qu’ils ne sont pas impliqués dans la contrebande. Pour s’assurer une influence politique, ce programme a été rehaussé par la participation de l’honorable Ministre des Finances du Bangladesh. Afin de véhiculer une image positive, BAT a également développé un programme de promotion de la santé à l’intention des agriculteurs.

CAMEROUNJoel Maradona et Kamandeu Michel, Action pour le Volontariat et
la Solidarité des Jeunes

Le patronage des manifestations socio-culturelles est le principal moyen utilisé par l’industrie du tabac pour faire de la promotion. Ce patronage se présente sous diverses formes: appui financier direct, distribution d’articles de promotion, création et placement de panneaux, véhicules de promotion et distribution gratuite de cigarettes.
      En particulier, l’industrie cible les étudiants du primaire, du secondaire et des universités. Presque toutes les manifestations de jeunes, que ce soit les tournois de basketball, les danses, les concours de rap, ou les soirées théâtrales, reçoivent un appui quelconque des fabricants et des distributeurs de tabac. Il en résulte une augmentation continue du taux de fumeurs chez les jeunes. Vous pouvez consulter le texte intégral:
http://www.essentialaction.org/fr/tobacco/qofm/0201/cameroun.html

COSTA-RICADoug Blanke, Ecole de Droit William Mitchell (EUA – MN)
Les cigarettes de la marque Derby montrent des femmes en train de vaincre les hommes dans les compétitions de bras de fer?!
http://www.essentialaction.org/tobacco/photos/cr/derby.jpg

REPUBLIQUE TCHEQUEEva Kralikova, Université Charles de Prague
Lucky Strike sponsorise les concerts des “Lucky People” (les fans de Lucky) et Marlboro sponsorise les concerts des “Ultimate Clubbing” (sorties dans les boîtes dernier cri) [qui comprend des orchestres américains] pour “Animer la Soirée”
http://www.essentialaction.org/tobacco/photos/cz/lightnight.tif.

GEORGIEKhatuna Doliashvili, Association Médicale de Georgie
Fumer “le Rêve Américain” (traduction littérale!)
“Vous rendez le pays plus fort” lit-on dans une pub de BAT qui montre des personnes du troisième âge. Remarquez la nouvelle étiquette de BAT, la “preuve” qu’il ne fait pas de contrebande.
Marlboro vers l’ouest
La dernière pub pour Fusion
Edition limitée, boîtes de collection Lucky Strike

INDEKinner Shah, Institut Shree Shree Maa Anantanand du Cancer
Le 13 janvier 2002, dans le Sundays Time de l’Inde, il y avait une interview de Brad Pitt qui le montrait tenant une cigarette entre les mains. Je ne sais pas si Pitt était dans le coup ou si cela vient de l’imagination de notre auteur malade qui possède un mauvais goût pour la publicité.

KENYAElisha Oongo, Social Needs Network
BAT a offert une voiture flambant neuve portant l’emblème BAT à l’Institut de Recherches Médicales du Kenya. D’après le Dr. Vulule, Directeur du Centre de Biologie Vectorielle, ce don a été fait par la firme en mémoire de Jean-Marie Donner, qui a contracté
la Malaria au Congo et a été hôpitalisé à Nairobi mais qui n’a pas malheureusement pas survécy. Le don, qui comprend également un microscope est destiné aux travaux de lutte contre la malaria réalisés dans la région.
Mettez-vous en liaison avec la lettre de l’éditeur

ILE MAURICEVeronique LeClezio, Visa
British American Tobacco est implanté en Ile Maurice depuis 1926. La “Loi sur
la Santé Publique” de l’Ile Maurice a été amendée en 1999 pour interdire toutes les formes de publicité et de parainage des produits du tabac. Mais depuis, BAT viole régulièrement cette loi avec la complicité du gouvernement de l’Ile Maurice, par exemple, dans:
1. Les dons officiels de bibliothèques aux villages défavorisés en présence de ministres.
2. Les publicités déguisées – possibilités d’emplois offerts par BAT et annonces à travers les journaux.
3. Les Programmes de Prévention du Tabagisme destinés aux Jeunes en herbe: Plan du Détaillant. Les supports visuels (Tremblements de mains de couleur rouge disant “NON – pas de vente de cigarettes aux mineurs”) ont été distribués à tous les points de vente, uniquement pour attirer l’attention des consommateurs sur l’étalage de cigarettes.
4. Le “Plan BAT de Bourses pour les Etudiants” est un concours qui a lieu chaque année pour financer 10 étudiants de l’Université de l’Ile Maurice pour un montant de 2000 roupies par mois.
5. En 1999, BAT de concert avec le Ministère de
la Santé de l’Ile Maurice a lancé une campagne nationale “Fumer ou non, une décision IMPORTANTE qui ne doit pas être prise par des MINEURS” présentant ainsi la cigarette comme un fruit défendu pour attirer les mineurs!
6. Le calendrier 2002 de la publicité BAT vient juste d’être publié et distribué. Chaque page du calendrier se vante de toutes ses violations officielles de
la Loi sur la Santé Publique.
Plus d’information

NIGER Inoussa Saouna, SOS Tabagisme
Une nouvelle marque de cigarette a été rendue publique à Niamey en janvier, B. Bruno, qui est supposément fabriquée en Bulgarie par une entreprise dénommée “BTH Ltd” selon ce qu’indique la pochette. La marque “légère” cible les jeunes filles.

PAKISTANJavaid Khan, Hôpital de l’Université Aga Khan
Les compagnies de tabac ont fait une commercialisation aggressive durant le Eid, célébré par les mulsulmans le 17 décembre après le mois sacré du Ramadan. Durant les trois jours de Eid, la télévision pakistanaise a consacré un temps d’antenne considérable aux compagnies de tabac. Certaines retransmissions de Eid ont même reçu le nom de la nouvelle marque de cigarette “Diplomate”. Les compagnies de tabac savaient très bien que Eid est un événement familial au cours duquel les gens se réunissent et regardent des programmes intéressants à la télévision. Beaucoup d’enfants ont regardé ces programmes avec leurs familles. En même temps, plusieurs panneaux dans les rues de Karachi disaient “nous ne vendons pas de cigarettes aux moins de 18 ans.” Les deux principales compagnies de tabac – la compagnie pakistanaise de tabac, une filiale de BAT, et la compagnie Lakson Tobacco – ont participé à cette manifestation.
        Et le journal a rapporté récemment la nomination d’un nouveau Directeur Adjoint de
la Compagnie de Tabac Pakistanaise (contrôlée par BAT), qui a une “passion spéciale pour l’environnement et la responsabilité sociale des entreprises”. Outre un programme de reboisement avec 4 millions d’arbres plantés par an, la compagnie appuie les Centres IT d’Apprentissage pour les Ressources Humaines, un Programme de Médecins Mobiles, et un projet d’Evacuation des Déchets Solides. Consulter
l’article
http://www.essentialaction.org/tobacco/qofm/0201/pakistan.jpg.

TOGOPatrick Agbavon, Association Togolaise des Jeunes pour le Développement (ATJD)
Une importante caractéristique de la population togolaise est son extrême jeunesse, en effet 70% des togolais ont moins de 20 ans. Cette population jeune et impressionnable attire les multinationales du tabac pour la commercialisation de leur produit au Togo. Les problèmes économiques et le manque de connaissances des risques de l’utilisation du tabac pour la santé fait de la population du Togo une proie facile pour les TNT.
      Au Togo, le football est roi. En coopération avec la fédération togolaise de football, les cigarettes Royal sponsorisent un concours annuel pour identifier la meilleure équipe de football du pays. La marque “Fine” a sponsorisé le tour de cyclisme du Togo ainsi que les Prix Togolais de Musique 2000. Les publicités qui sont faites à l’occasion de ces manifestations sont diffusées par la station nationale de radiodiffusion du Togo. Dans ce pays, les distributions gratuites de T-shirts, de briquets, de cigarettes, de casquettes portant les différents logos sont courantes. Selon les déclarations des adolescents, ces derniers considèrent qu’ils sont plus à la mode et plus élégants que les autres lorsqu’ils possèdent des paquets de cigarettes.
Consulter le texte intégral

OUGANDAPhillip Karugaba, TEAN
Le mois de décembre a été un mois très chargé pour BAT, Ouganda. Conjointement avec deux autres compagnies (bières et boissons non alcoolisées), BAT a rénové la cantine qui se trouve dans la caserne des officiers de l’armée à Gaddafi, Jinja. BAT a également lancé son premier bar Benson & Hedges dans une discothèque. Il a également invité le responsable de la perception des impôts à inaugurer sa nouvelle ligne. La nouvelle ligne produit des cigarettes qui portent le timbre fiscal.

UKRAINEKonstantin Krasovsky, Centre d’Informations sur l’Alcool et les Stupéfiants
Philip Morris a une campagne publicitaire spéciale pour les cigarettes L&M avec le slogan “ l’arôme unit le monde.” Ils ont une série de photos de gens avec le nom de villes célèbres telles que Stockholm, Bangkok, Brasilia ect. La photo actuelle contient le message suivant: “Vous êtes en liaison avec le Luxembourg.” La femme est enceinte et cela est mis en évidence par la main de l’homme. Ils suggèrent délibérément que la femme est enceinte. En bas se trouve l’avertissement sur la santé: Le Ministère de
la Santé met en garde: fumer est dangereux pour votre santé.”
Un compte-rendu de la mini-campagne réussie pour retirer la pub (en anglais), la photo

URUGUAYEduardo Bianco & Adriana Menendez, Commission de Lutte contre le Tabagisme –Syndicat Médical Uruguayen
Philip Morris entreprend la campagne”Je suis puissant” qui s’adresse aux enfants des écoles publiques (n’y a-t-il pas quelque chose de scandaleux là-dessus???). Pire, cette campagne est realisée et appuyée par le Ministère de l’Education et de
la Culture [dirigée] par l’avocat de l’industrie du tabac.

ETATS-UNIS – CA – Rick Kropp
L’article de Rick “le monde du tabac sens dessus dessous” examine la multitude d’aspects contradictoires et hypocrites des produits du tabac et de l’industrie du tabac — tout ce qui constitue le monde inquiétant et bizarre de l’industrie du tabac, par exemple “Publicité sur le tabagisme protégée par
la Constitution” , “Les complices du commerce de détail pour l’industrie du tabac” “Punir les enfants pour les protéger”, et “la notion insultante des droits des Fumeurs.”
Le texte intégral

EUA – FLArthur Pitchenik, Centre Médical de l’Université de Miami
A Miami, dans un grand nombre de Seven Eleven, commerces de proximité ouverts 24 heures sur 24, j’ai remarqué une pancarte de la compagnie de tabac à côté des paquets de cigarettes et également sur la fenêtre du magasin sur laquelle on lit ceci “devenir majeur” qui se réfèrent aux mineurs qui achètent des cigarettes Ceci me suggère que le droit d’acheter des cigarettes représente d’une certaine façon un rite de passage à l’âge adulte. Je crois que cette formule spécifique est adoptée par la compagnie de tabac à dessein pour paraître responsable et respectueux des lois mais représente une autre manière sournoise de séduire les jeunes pour les inciter à acheter leur produit.

EUA – KS – Mary Jayne Hellebust, Kansas Smokeless Kids Initiative, Inc.
“A US Smokeless Tobacco Co”, nous sommes fiers de fabriquer des produits de tabac sans fumée de la plus haute qualité pour les adultes du monde entier et d’être également un citoyen d’entreprise très responsable. La citation tirée d’une lettre à l’éditeur parue dans le Topeka Journal a été expédiée par un représentant de
la US Smokeless Tobacco Company, qui défend la promotion qu’il fait pour un nouveau tabac sans fumée qu’on essaie de commercialiser à Topeka, Kansas qui est censé “ne pas faire cracher” présenté dans une petite pochette et qui peut être mâchée. Le produit est supposément conçu pour être utilisé par les fumeurs à tout moment et dans des endroits où il est interdit de fumer. Le slogan pour le nouveau produit nommé Revel est “tout le temps, partout”. Avec Revel, les fumeurs peuvent utiliser les cigarettes ET le tabac pour maintenir leur dépendance.

EUA – TX – Joel Dunnington, Centre de Cancer U.T.M.D. Anderson
Jusqu’à ce que cela soit rendu public, le principal conseiller politique du président des Etats-Unis était un lobbyist de Philip Morris.

YOUGOSLAVIE (SERBIE ET MONTENEGRO)Andjelka Dzeletovic, Institut de
la Santé Publique de Serbie

La plus grande perfidie de l’industrie du tabac est de faire de la publicité pour leurs produits par le biais fes sportifs et les manifestations sportives. La publicité pour la cigarette de marque BEST se fait à travers le handball yougoslave. Le panneau le plus récent du centre ville est “VOUS êtes le MEILLEUR” accompagné d’une photo de nos célèbressportifs. La publicité pour la cigarette de la marque WINSTON se fait à travers la ligue Winston UBA (Première ligue nationale de basketball). La signature du contrat entre l’Association de Basketball de Yougoslavie et Winston e été très remarquée dans les médias. D’autres marques organisent actuellement des campagnes agressives de commercialisation à l’aide d’affiches : Lucky “Je chosis”’; Davidoff “Plus vous savez” President “Goûtez àla liberté”; West “La marque de
la Puissance” “Essayez-la”. Les étalages des rues et des marchés qui vendent les produits de tabac sont couverts avec les logos des marques Winston, Lucky Strike, Boss… Avant la projection des films dans les salles de cinéma, plusieurs marques de cigarettes font passer leurs annonces publicitaires.

Enfin et surtout de Globalink

INDEPrakash Gupta
Ce fait ressemble à une illustration bien conçue d’une plaisanterie de mauvais goût. Une compagnie indienne de cigarette, Godfrey Philips, une filiale de Philip Morris a reçu le prix de Courage Rouge & Blanc pour ces dernières années. Rouge et Blanc est leur principale marque de cigarette en Inde et il est évident que la compagnie dépense davantage en publicité en faisant de la publicité pour le prix (page entière du journal, pub dans les magazines, pubs à la télé et au cinéma, etc…) qu’en le décernant. Le premier prix est décerné à quelqu’un qui envoie des cadavres aux écoles de médecine pour le bien de l’humanité. La citation ne dit pas que la compagnie l’aide beaucoup à trouver plus de cadavres. Au moins 630.000 décès enregistrés en Inde chaque année chez les adultes sont attribués au tabagisme. Lisez davantage à:
http://www.essentialaction.org/tobacco/qofm/0201/india.html

Pour la compilation de l’année écoulée sur les attitudes scandaleuses de l’industrie du tabac dans le monde, consulter: http://www.essentialaction.org/tobacco/qofm/0101a.html

 

Industrie du Tabac, la manipulation. 

 

L’industrie du tabac nuit gravement à la société, elle se livre à la stratégie du mensonge sanitaire, économique, et politique. Minimisations de la toxicité du tabagisme actif et passif, de la dépendance, manipulations du produit pour accroître cette dernière, corruption de chercheurs, … Une industrie mafieuse aux agissements criminels, car, lorsque l’on fabrique et vend un produit qui tue un sur deux de ses clients, les responsabilités sont immenses. Toute manipulation et tout mensonge qui alimentent la pandémie industrielle en question, sont meurtriers. (CNCT) 

 

Arrêter la cigarette : additifs et toxiques. (8) 

 

Tabac, sexe et cigarette. (4) 

 

Santé : les femmes et la cigarette. (12) 

 

Le tabac et votre santé. (15) 

 

Sondage Ifop sur les fumeuses. (1) 

 

Substituts à la nicotine. (11) 

 

Cannabis, effets et dangers. (3) 

 

Le tabac et les ados. (7) 

 

En bref, les inclassables sur le tabac. (14) 

 

Le tabagisme passif. (6) 

 



 

Le cancer de  » Winston Man »

Alan Landers était modèle pour les publicités des cigarettes Winston. Il a été opéré
2 fois pour cancer du poumon. Aujourd’hui, il témoigne.

Alan Landers is the former  » Winston Man « , now a spokesperson for the World Health Organization.

Source : (www.winstonman.com) 


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Est-il vrai que l’industrie du tabac organise la contrebande de cigarettes ?

Il est désormais clairement établi que les industriels du tabac ont facilité plus ou moins directement la contrebande de cigarettes dans de nombreux pays. Cette contrebande va à l’encontre des efforts de santé publique et privé. Des actions en justice contre la plupart des cigarettiers ont été lancées, notamment aux États-Unis, au Canada et dans l’Union européenne.

Source : ATC-Basset (www.tabac-stop.net). 

 

 

 



 

Rapport du Royal College of Physicians (UK)

Conclusions du rapport « Nicotine Addiction in Britain » (en 2000) : 

·  La plupart des fumeurs ne fument pas par choix mais parce qu’ils sont dépendants de la nicotine. Un décès sur 5 en GB est causé par le tabac. 

·  Les cigarettes sont des instruments extrêmement efficaces destinés à fournir de la nicotine, et elles causent une dépendance aussi forte que la dépendance à l’héroïne et à la cocaïne. 

 

 

 



 

Quels sont les principaux fabricants de tabac ?

L’industrie du tabac regroupe des compagnies internationales qui sont parmi les plus puissantes du monde. Six principaux fabricants de tabac se partagent 99% du marché des cigarettes : 

·  Philip Morris, nouvellement renommé Altria (Marlboro, Philip Morris, Chesterfield, L & M). 

·  British American Tobacco (Winfield, Peter Stuyvesant, Lucky Strike). 

·  Japan Tobacco International (Camel, Winston). 

·  Altadis (Gauloises, News, Royale, Gitanes, Fortuna). Altadis est un groupe franco-espagnol issu de la fusion de
la Seita avec Tabacalera. 

·  Imperial Tobacco (JPS, Route 66). 

·  Gallaher (Benson & Hedges).

Source : ATC-Basset (www.tabac-stop.net). 

 

 

 



 

Que reproche-t-on à l’industrie du tabac ?

Des procès lancés aux Etats-Unis contre des fabricants de tabac dans les années 1990 ont permis de découvrir des millions de documents internes et confidentiels révélant les comportements délinquants de l’industrie du tabac.
Ces documents ont dévoilé les stratégies des industriels du tabac pour contrer les politiques de santé publique. Ils ont en effet délibérément caché qu’ils savaient depuis les années 1960 que la cigarette était nocive, que la nicotine engendrait une dépendance physique importante et qu’ils jouaient sur la teneur en nicotine des cigarettes pour en augmenter les effets.

Sources : (www.cnct.org) et ATC-Basset (www.tabac-stop.net). 

 

 

 



 

Pourquoi l’industrie du tabac fait-elle des campagnes de prévention ?

L’industrie du tabac mène des campagnes de prévention du tabagisme en direction des jeunes dans certains pays : 

·  Programme  » Think. Don’t smoke  » – (Réfléchissez, ne fumez pas) orchestré par Philippe Morris. 

·  La campagne  » Be cool, be yourself  » – (Sois cool, sois toi-même) lancée par British American Tobacco et Japan Tobacco International.
Des études ont démontré que ce type de messages n’avait aucun impact ou pouvait même être contreproductif, en renforçant l’attrait du tabac pour les jeunes. D’autre part, des documents internes de certains cigarettiers montrent que les véritables objectifs de ces campagnes sont moins louables : il s’agit, en fait, d’un exercice de relations publiques visant à améliorer l’image d’une industrie qui a beaucoup à se faire pardonner.

Sources : (www.cnct.org) et ATC-Basset (www.tabac-stop.net). 

 

 

 



 

Rapport OMS sur les manipulations de l’industrie du tabac.

L’OMS vient de publier un rapport explosif sur les manipulations de l’industrie du tabac, destinées à saper les efforts de l’OMS.

Source : (http://filestore.who.int/~who/home/tobacco/tobacco.pdf). 

 

 

 



 

Manipulation :

Les contenus en goudrons et nicotine inscrits sur les paquets de cigarettes sont établis par des machines. Ils ne correspondent pas à ce qu’un fumeur absorbe réellement. Si le paquet indique 1 mg de goudrons et 0.1 mg de nicotine, les fumeurs peuvent absorber en réalité 15 mg de goudrons et 1 mg de nicotine, soit 10 à 15 fois plus !

Les nombres de mg de nicotine et de goudrons inscrits sur les paquets de cigarettes sont manipulés (à la baisse) par les fabricants de cigarettes.

Source : (www.tsr.ch). 

 

 

 



 

Philip Morris, une nouvelle fois condamnée pour incitation et promotion illicite en faveur du tabac.

Philip Morris affirme haut et fort qu’elle est une entreprise responsable et qu’elle dissuade les jeunes de fumer. La réalité vient une nouvelle fois contredire le discours de façade. Philip Morris continue à faire la promotion de ses produits et à inciter les jeunes à fumer au travers de cadeaux offerts en contrepartie de l’achat de tabac.

Les faits ont été à nouveau saisis lors des internationaux de tennis de Roland Garros de 2000 où Philip Morris assurait des animations promotionnelles. Des hôtesses présentes sur deux stands attiraient les visiteurs et leur remettaient briquets, porte-clés, montres, tee-shirts … en échange de paquets de cigarettes vendus.

Sur plainte du CNCT, une perquisition a été réalisée au sein de la société permettant de mettre à jour un plan de fraude de la loi Evin interdisant la publicité en faveur du tabac dans une trentaine de villes françaises. Philip Morris a été condamné par le TGI de Paris a payer, 110.000 Euros.

Source : (www.cnct.org). 

 

 

 



 

Philip Morris, c’est aussi … 

·  1985 : Philip Morris rachète General Foods Corporation. 

·  1988 : Philip Morris rachète Kraft Inc. 

·  1989 : Kraft Inc. et General Foods fusionnent en une société d’exploitation Kraft General Foods Inc. et l’unité européenne Kraft General Foods est créée. 

·  1990 : Philip Morris reprend Jacobs Suchard, le producteur des chocolats Toblerone, Milka et Côte d’Or, ainsi que les cafés Jacobs, Carte Noire et Jacques Vabre.
Kraft Foods France est une filiale du groupe agroalimentaire Kraft Foods Inc.,
nº 2 mondial de l’alimentation et de la boisson.

Les marques du groupe Kraft Foods sont présentes dans plus de 150 pays dans le monde ; 94 000 employés dans 70 pays veillent à toujours mieux satisfaire les besoins des consommateurs.
Kraft Foods France est leader sur les marchés du café torréfié et du chocolat en tablette.

Vous alimentez aussi les caisses de Philip Morris quand vous mangez les marques :

Carte Noire, Grand’Mère, Jacques Vabre, Maxwell House, Velours Noir, Côte d’Or, Daim, Milka, Suchard, Toblerone et le système de boissons chaudes TASSIMO … Mais aussi,les chewing-gums Hollywood, Hula-Hoops, et les marques Delacre, Biscuiterie Nantaise, mini-Cheddard , etc, …

Sources : Kraft Food France (www.kraftfoods.fr) et ATC-Basset (www.tabac-stop.net). 

 

 

 



 

Contrebande organisé par certaines multinationales du tabac.

Enfin, pour couronner le tout, il est désormais avéré que les industriels de la nicotine ont organisé eux-mêmes la contrebande de cigarettes à destination des pays où la hausse des taxes dissuasives rend le marché noir attractif.

L’Etat fédéral canadien a déposé plainte contre R.J. Reynolds et le Conseil canadien des fabricants des produits du tabac pour << avoir élaboré des plans dans le but de frauder, corrompre, tricher et voler.>>

Comment d’ailleurs la contrebande pourrait-elle atteindre les énormes volumes de ventes qui sont les siens sans le concours des cigarettiers puisque, par exemple, dans les ventes de BAT au Canada, la fourniture par contrebande représente environ 30% du total ?

<< A la lumière de ces révélations - écrit sans ambages le Pr Dubois -, ce qui sépare l’industrie cigarettière de l’industrie du crime n’a plus guère que l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette.>>

<< Sur les éléments présentés - écrit-il -, il est évident que les 100 millions de morts dus au tabac pendant le XXe siècle ne sont pas le résultat du choix conscient de consommateurs adultes et responsables (60 à 80% des fumeurs désirent arrêter), mais qu’ils sont les victimes d’une politique volontaire, agressive et conquérante d’une industrie qui a voulu imposer mondialement ses intérêts financiers, au mépris de la vie humaine et du droit, par la duperie, la tromperie, la fourberie, la duplicité et la corruption.>>

 

 

 

 



 

Le sinisme de l’industrie du tabac.

l’industrie du tabac est directement responsable de plus de 66 000 décès par an en France.
Quelques exemples de positions officielles communes des sociétés de tabac illustrent parfaitement cette stratégie basée sur le mensonge et la manipulation. 

·  Nier que l’industrie vise les jeunes comme nouveaux fumeurs  » Il faut présenter (aux jeunes) la cigarette comme une des quelques initiations au monde adulte « . Agence de publicité Ted Bates en 1975, pour BAT. Les milliards de dollars dépensés par les cigarettiers dans la publicité et le parrainage (dont
la Formule 1) n’ont d’autre but que d’obtenir l’essai de leurs produits par les enfants et les adolescents le plus tôt possible. La nicotine en fait ensuite de fidèles consommateurs. 

·  Nier que la nicotine est une drogue, source de dépendance : Public, le discours est  » Dire que les cigarettes sont addictives est contraire au bon sens … C’est une escalade de la rhétorique antitabac … sans fondement médical ou scientifique » (Tobacco Institute 1988).
Les cigarettiers connaissaient tellement bien les propriétés de la nicotine qu’ils l’ont même manipulée afin de rendre leurs produits encore plus addictif en y ajoutant de l’ammoniaque). 

·  Nier les risques du tabagisme pour la santé  » J’affirme que tout bien considéré, il n’y a aucune preuve que fumer est une cause de cancer du poumon  » Imperial Tobacco (branche de BAT) 1958. Or, dès cette époque, les sociétés de tabac savaient parfaitement les risques encourus par les fumeurs mais elles se sont entendues pour nier la causalité des relations entre tabac et maladies :
 » Si les gouvernements proposent une rédaction impliquant ou disant que le tabagisme cause certaines maladies, les Compagnies doivent y résister avec acharnement et par tous les moyens à leur disposition. » 

·  Dénoncer une contrebande par ailleurs organisée et favorisée par ces mêmes cigarettiers L’augmentation des prix du tabac a une incidence sur la diminution de la consommation dès lors que ces hausses sont brutales et répétées. Cette incidence est bien connue des cigarettiers qui essaient au maximum de la contourner et la limiter. Dans certains pays, l’augmentation des taxes est suivie d’un accroissement de la contrebande que les cigarettiers s’empressent d’annoncer, de dénoncer et qui devient leur argument principal pour s’opposer à ces hausses. Or, Leslie Thomson, directeur d’une filiale de RJR, est condamné en 1999 aux Etats-Unis et en février 2000 au Canada pour avoir organisé la contrebande entre les deux pays. Après deux années d’enquête par l’Office Européen de Lutte Anti-Fraude (OLAF),
la Commission européenne porte plainte le 6 novembre 2000 aux Etats-Unis contre PM, RJR et Japan Tobacco International. Les exemples pourraient être multipliés. Globalement cette industrie fabrique 5.600 milliards de cigarettes par an et 30% des 1 000 milliards de cigarettes exportées en 2000 ont disparu ! 

·  Acheter des scientifiques pour maintenir la désinformation, en particulier dans le domaine des risques causés par le tabagisme passif Les effets sur la santé de l’exposition à la fumée de tabac des non-fumeurs constituent pour les cigarettiers  » la plus dangereuse menace ayant jamais existé sur la viabilité de l’industrie du tabac  » Roper Organisation pour le Tobacco Institute en 1978.
A tous les niveaux de décision, des consultants sont payés, ensuite présentés comme indépendants, des réseaux d’information et d’influence sont mis en place, des organisations faussement indépendantes sont créées et financées, des pressions sont faites pour orienter la politique de l’OMS dans d’autres domaines, des informations fausses ou tronquées relayées par des intermédiaires financés visent à influencer médias et décideurs.
Aujourd’hui, l’industrie du tabac affirme qu’elle « aurait changé » et elle prétend même dans de nombreux pays participer à l’éducation des enfants.

En réalité, son objectif demeure bien celui de vendre ses produits et elle poursuit son œuvre de mort avec les mêmes méthodes en Afrique, en Asie, en Europe Centrale et de l’Est. En Europe, aux Etats-Unis, Canada …, elle procède de manière certes plus masquée (via des structures intermédiaires) mais elle demeure tout aussi redoutable.

Sources : ATC-Basset (www.tabac-stop.net).  » Tabac, une plante aux multiples façettes « , Presse Parlementaire, septembre 2003. Le Pr. Gérard Dubois et le Pr. Yves Martinet du (CNCT). 

 

 

 



 

Est-il vrai que l’industrie aurait  » acheté  » ; des acteurs de cinéma, des chercheurs, des hommes politiques ?

D’après les documents internes de l’industrie, on sait que certains cigarettiers ont payé des acteurs pour fumer dans les films où ils jouaient.

Par exemple, Sylvester Stallone a accepté d’être payé par Brown et Williamson pour fumer dans des films comme Rambo et Rocky IV.
Dans une lettre du 28 avril 1983 signée de sa main, on peut lire :  » Comme convenu, je garantis que j’utiliserai les produits du tabac de Brown et Williamson dans au moins cinq de mes films. J’ai bien compris que Brown et Williamson me versera un droit de 500 000 dollars. »

 


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On sait également qu’ils ont mis en œuvre des stratégies pour saper l’action de l’Organisation mondiale de la santé : paiement d’experts, organisation de campagnes de communication pour semer le doute dans la communauté scientifique, modification de résultats d’études, etc.

Enfin, dans certains pays (Allemagne, Etats-Unis, etc.), des partis politiques sont financés par l’industrie du tabac, pratique qui influe directement ou indirectement sur les stratégies nationales et internationales de prévention du tabagisme.

Source : ATC-Basset (www.tabac-stop.net). 

 

 

 



 

La justice condamne les paquets  » fun « .

Le Comité National Contre le Tabagisme (CNCT) vient de remporter une victoire importante pour la santé publique et la lutte contre le cancer. Il a obtenu la condamnation par la justice des paquets  » fun  » utilisés par les fabricants de tabac de la marque de cigarettes Winfield du groupe British American Tobacco (BAT). Il s’agit de paquets  » amusants  » et  » branchés « , pour séduire les consommateurs de la tranche d’âge 10-14 ans, communiquant des messages ludiques invitant les jeunes à en faire collection (Cour d’appel de Rennes, par décision du 23 juin 2005).

la Cour d’Appel de Paris en date du 26 novembre 2004, qui avait également condamné les paquets  » fun  » des cigarettes de la marque Camel. Ceux-ci utilisaient en effet le sympathique personnage du chameau, Joe Camel, interdit aux Etats-Unis, pour rentrer en communication avec les adolescents, par des slogans ciblés (<< Qui vous aide à rentrer dans vos jeans serrés ? >>, << Qui adore partager vos vacances ? >>, …). Compte tenu de la gravité de l’infraction et du nombre de paquets en cause,
la Cour d’Appel de Paris avait condamné le groupe Japan Tobacco International (JTI) à payer au CNCT la somme de 224.700 €.

Source : (www.cnct.org). 

 

 

 



 

L’un des objectifs de l’industrie du tabac est d’assujettir la science.

(AT) Aux États-Unis, l’industrie du tabac a commencé en 1987 un programme à visées internationales sur la fumée passive. Sous le couvert de la science, des conseillers payés par l’industrie du tabac ont fait courir le bruit que la fumée passive était sans danger pour la santé. Ces conseillers n’ont pas tardé à exporter leur programme en Europe, en Asie et en Amérique latine. Il va de soi que ces déclarations de l’industrie du tabac sont destinées à mettre un frein aux efforts législatifs de protection des non-fumeurs.

Les deux premières années du programme, ces conseillers ont notamment déjà réussi à : 

·  Donner 1.150 interviews radiophoniques et télévisées en faveur de l’industrie du tabac; 

·  participer à 36 congrès scientifiques; 

·  publier 43 rapports scientifiques; 

·  préparer 33 autres rapports sur le même sujet; 

·  mener 32 débats avec des scientifiques sur la situation et 41 avec des politiques; 

·  publier 3 ouvrages en plusieurs langues sur la question.
Le programme n’avait rien de scientifique. Il avait pour objet d’assujettir la science, la vraie, aux objectifs de l’industrie en matière de législation et de politique. C’est à cette conclusion que parvient l’équipe de chercheurs qui a procédé à l’évaluation de nouveaux documents secrets de l’industrie du tabac.

Source : M. E. Muggli et al., Science for hire : A tobacco industry strategy to influence public opinion on secondhand smoke, in : Nicotine & Tobacco Research 2003; 5 : p. 303 à 314 et Nouvelles de l’AT, (www.at-suisse.ch). 

 

 

 



 

Infiltration – Une taupe à la solde de Philip Morris.

Une fraude scientifique sans précédent. En mars 2001, Pascal Diethelm, ancien cadre de l’OMS, tombe sur de surprenants documents. Un professeur de
la Faculté de médecine de Genève,
Ragnar Rylander, collabore secrètement depuis 30 ans avec Philip Morris. Son credo : organiser des symposiums pseudo-scientifiques et publier des études conformes aux attentes de l’industrie du tabac. L’objectif : faire croire à l’innocuité de la fumée passive.

Pascal Diethelm et Jean-Charles Rielle, médecin actif dans la prévention du tabagisme, flairent la fraude. Ils alertent la presse. Mais c’est devant les tribunaux qu’ils devront s’expliquer. Ragnar Rylander revendique son honnêteté scientifique. De coups de théâtre en révélations, l’affaire Rylander durera près de trois ans. Elle plongera les protagonistes au cœur de la stratégie de dénégation de l’industrie du tabac et les confrontera à une justice pas toujours bien disposée à leur égard.

Source : Les journalistes Sophie Malka et Marco Gregori ont rencontré les principaux acteurs de cette intrigue aux multiples facettes. Ils ont exhumé les nombreuses pièces du dossier, correspondance, études, témoignages, et jugements. Sur le mode du récit, ils emmènent le lecteur dans un imbroglio juridico-scientifique dont ils dénouent les fils les uns après les autres.  » Infiltration « , Sophie Malka et Marco Gregori, éditions GEORG, paru le 27 mai 2005, en vente en librairie. 

 

 

 



 

Cigarettes « légères » = aucun bénéfice pour la santé

(AT) : Ces dernières décennies, l’introduction sur le marché de cigarettes à filtre intitulées « légères » ou « ultra-légères » n’a apporté aucun bénéfice à la santé de la population.

C’est la conclusion d’une étude scientifique largement étayée, émanant de l’Institut américain d’étude sur le cancer (NCI). Aux États-Unis en effet, les cigarettes à plus faible teneur en goudron n’ont en rien enrayé la constante augmentation des carcinomes pulmonaires chez les fumeurs d’un certain âge. Espoir trompeur, depuis les années quatre-vingt-dix aux Etats-Unis, si le nombre de cancers pulmonaires a reculé dans l’ensemble, ce n’est pas en raison des cigarettes dites « légères », mais parce que les gens fument moins.

Les fumeurs consommant des cigarettes à faible teneur en goudron ne sauraient échapper plus facilement aux maladies dues au tabagisme. La publicité pour le tabac donne délibérément l’illusion que les cigarettes avec filtre et à taux de goudron réduit seraient moins nuisibles que les cigarettes normales. Ce type de publicité induit les fumeurs à se sentir faussement sécurisés, les empêchant ainsi de tirer un trait sur leurs habitudes tabagiques.

Source : News de l’AT (http://www.at-suisse.ch) et National Cancer Institute, Monograph 13 : Risks Associated with Smoking Cigarettes with Low Machine-Measured Yields of Tar and Nicotine, 27 novembre 2001 (http://newscenter.cancer.gov/pressreleases/lowtar.html). 

 

 

 



 

Les compagnies de tabac et
la Chine :


La Chine est un marché énorme : 70% des hommes fument ! Des documents internes des compagnies internationales de tabac, révélés sur tobaccoarchives.com, montrent que ces compagnies sont intervenues en Chine pour empêcher la législation anti-tabac, pour saboter les actions anti-tabac et subvertir le débat tabac + santé.

Sources : Tobacco Control 2000;9 : 292. 

 

 

 



 

Révélation d’un plan international de l’industrie du tabac dans le domaine scientifique.

Une récente étude des documents internes de l’industrie du tabac révèle que dans la perspective de lutter contre les menaces d’interdictions de fumer, l’industrie du tabac et ses juristes ont mis en place un programme réunissant des scientifiques internationaux afin d’influencer l’opinion publique sur la fumée de tabac environnementale, (tabagisme passif), plan intitulé : « Le programme des consultants de la fumée environnementale ». Cette étude a été confiée à des consultants et chercheurs indépendants du Centre de Recherche sur la dépendance à la nicotine de Rochester MN et de l’Université de droit de St Paul.

Sources : Science for hire : A tobacco industry strategy to influence public opinion on secondhand smoke, Nicotine & Tobacco Research, Volume 5, Number 3/2003, Pages : 303-314. (www.ncbi.nlm.nih.gov/entrez/query.fcgi?cmd=Retrieve&db=PubMed&list_uids= 12791525&dopt=Abstract) et Bulletin Européen du Comité National Contre le Tabagisme – site : (www.cnct.org). 

 

 

 



 

Manipulations scientifiques de l’industrie du tabac.

Pour tout savoir sur les manipulations de l’industrie du tabac, visant à discréditer la recherche scientifique sur le tabagisme passif (en anglais) : 

·  Elisa K. Ong and Stanton A. Glantz. Constructing « Sound Science » and « Good Epidemiology » : Tobacco, Lawyers, and Public Relations Firms Am J Public Health 2001 91: 1749-1757. 

·  Jonathan M. Samet and Thomas A. Burke. Turning Science Into Junk : The Tobacco Industry and Passive Smoking. Am J Public Health 2001 91 : 1742-1744. 

·  Derek Yach and Stella Aguinaga Bialous. Junking Science to Promote Tobacco. Am J Public Health 2001 91 : 1745-1748.

Versions PDF (en anglais) :

http://www.ajph.org/cgi/reprint/91/11/1749.pdf
http://www.ajph.org/cgi/reprint/91/11/1745.pdf
http://www.ajph.org/cgi/reprint/91/11/1742.pdf 

 

 

 



 

Nos équipes répondent Gratuitement à vos questions :   01.45.85.61.60 

Arrêter la cigarette : additifs et toxiques. 

 

Additifs et toxiques : arrêter la cigarette, est bien le seul choix qu’il nous reste !
Voici un apperçu de ce qui est ajouté au tabac d’une cigarette : arsenic, ammoniac, cyanure, acétone, cadmium, formol, benzopyrène, glycol, sulfate d’ammonium, coumarine, eugénol qui est un « phénol », théobromine, glycyrrhizine, pyridine, … Mais aussi, du chocolat, sucre, miel, cacao, caramel, réglisse, etc, … Tantôt mutagènes, parfois cancérigènes, ces additifs sont devenus le dilemme d’une industrie : réduire la toxicité ou réduire les ventes ? 

 

Industrie du Tabac, la manipulation. (20) 

 

Tabac, sexe et cigarette. (4) 

 

Santé : les femmes et la cigarette. (12) 

 

Le tabac et votre santé. (15) 

 

Sondage Ifop sur les fumeuses. (1) 

 

Substituts à la nicotine. (11) 

 

Cannabis, effets et dangers. (3) 

 

Le tabac et les ados. (7) 

 

En bref, les inclassables sur le tabac. (14) 

 

Le tabagisme passif. (6) 

 

La composition de la fumée issue de la combustion de votre cigarette c’est près de : 4.000 substances Chimiques et Toxiques dont plus de 50 cancérigènes. En outre, les fabricants utilisent près de 600 additifs chimiques qui ont pour but de développer la consommation en agissant sur le goût, l’odeur ou la dépendance. Ils peuvent représenter plus de 30% du poids de vos cigarettes pour les rendre plus consommable ! 

 



 

Du cacao dans le tabac de nos cigarettes !

Les fabricants de cigarettes ajoutent du cacao au tabac pour rendre la fumée plus facile à inhaler. Le cacao contient un broncho-dilatateur : la théobromine. Cela permet à la fumée de pénétrer plus profondément dans les poumons. Cela rend les cigarettes plus dangereuses pour les poumons. La firme BAT ajoute 1250 tonnes de cacao à ses cigarettes chaque année.

Source : ASH (www.ash.org.uk/papers/additives.html). 

 

 

 



 

Des additifs pour masquer la fumée dans l’air ambiant.

Des additifs chimiques sont ajoutés au tabac des cigarettes, dans le but de rendre moins désagréable la fumée dans l’air ambiant (odeur, irritation), et ainsi de diminuer la pression des non-fumeurs sur les fumeurs.

Source : Tobacco Control 2000;9:283. 

 

 

 



 

Additifs : l’ammoniac dope les ventes des cigarettes.

Les ventes de cigarettes Marlboro ont augmenté en même temps que de l’ammoniac était ajouté à ces cigarettes. L’ammoniac augmente le pH du tabac, ce qui augmente la proportion de nicotine libre (freebase). Conséquence : l’absorption de la nicotine est accélérée, ce qui augmente son « impact » et donc la satisfaction et la dépendance des fumeurs.

Source : (www.ash.org.uk/?additives). 

 

 

 



 

Du sucre et du miel dans vos cigarettes !

On trouve aussi la fameuse coumarine, substance très cancérigène. Les sucres et les miels ont pour but de faciliter l’inhalation de la fumée, ce qui rend les cigarettes plus dangereuses et renforce la dépendance

Source : (www.admin.ch/ch/f/rs/817_06/a4.html). 

 

 

 



 

Additifs du tabac :

Des additifs comme le cacao et en particulier la théobromine qu’il contient, la glycyrrhizine de la réglisse, dilatent les bronches. Ceci ouvre une meilleure voie de passage à la fumée vers les alvéoles pulmonaires, augmente l’effet d’impact de la nicotine et la toxicité de contact des goudrons.

Source : (www.afectt.com/additifs.htm). 

 

 

 



 

Les nouveaux additifs :

Le cacao, le café et le caramel. Nul doute que le goût de chocolat et de caramel plaira aux enfants fumeurs. De plus, le cacao contient 1% de théobromine, un broncho- dilatateur. Cette substance facilite l’inhalation de la fumée, et donc l’exposition des poumons à la fumée, et la dépendance (la nicotine est absorbée dans les poumons). Il est important d’empêcher l’ajout de ces nouveaux additifs. 

 

 

 



 

Substances utilisées pour la fabrication des produits du tabac. 

·  Agents humectants : glycérol, sorbitol, 1,2-propylèneglycol, 1,3-butylèneglycol, triéthylèneglycol, acide orthophosphorique et acide alphaglycérophosphorique et leurs sels de sodium, de potassium, de calcium et de magnésium, etc. 

·  Produits de blanchiment des cendres et accélérateurs de combustion : hydroxyde d’aluminium, oxyde d’aluminium, silicate d’aluminium, sulfate d’aluminium, alun, acide silicique, talc, oxyde de magnésium, dioxyde de titane, acides carbonique, acétique, malique, citrique, tartrique, lactique et formique et leurs sels de sodium, de potassium, de calcium et de magnésium, phosphates d’ammonium, de sodium, de potassium, de calcium et de magnésium, chlorure d’ammonium et sulfate d’ammonium, etc; pour les cigares et le tabac coupé : en sus, nitrate de potassium, etc. 

·  Agents conservateurs pour les cigarettes : acide benzoïque ainsi que ses sels de sodium, de potassium et de calcium et acide sorbique ainsi que ses sels de potassium et de calcium, ester éthylique ou propylique de l’acide parahydroxybenzoïque ainsi que ses sels de sodiumetc, etc. 

·  Pour les cigares, le tabac coupé, le tabac en rouleaux et le tabac reconstitué : acide benzoïque ainsi que ses sels de sodium, de potassium et de calcium, acide sorbique et ses sels de potassium et de calcium et ester éthylique ou propylique de l’acide parahydroxybenzoïque et ses sels de sodium, 2(thiazolyl-4-)-2-benzimidazole et acide formique, etc. 

·  Adhésifs et liants : les agents gélifiants et épaississants ainsi que gélatine, gomme laque, collodion, éthylcellulose, acétylcellulose, hydroxyéthylcellulose, hydroxyéthylméthylcellulose, hydroxypropylguar et glyoxal, etc. 

·  Pour les colles d’enveloppes : dispersions aqueuses d’acétate de polyvinyle et copolymères d’acétate de polyvinyle, (les enveloppes en matériaux étrangers au tabac ne sont pas prises en compte).

En Suisse, jusqu’à un quart du poids des cigarettes peut être composé d’additifs chimiques. Il n’y a donc pas que du tabac dans une cigarette. Ces substances ont notamment pour but de rendre la fumée plus facile à inhaler.

Source : www.admin.ch/ch/f/rs/817_06/a4.html 

 

 

 



 

Arrêter la cigarette … Additifs & Toxiques.

 

 

 

Voici quelques-unes des substances que respirent les fumeurs et les fumeurs passifs.
La fumée passive, tue près de 4.000 personnes en France chaque année. 

 

Aider-nous à compléter ce tableau surtout si vous détenez des secrets de fabrication …
E-mail : ou en appelant : 01.45.85.61.60 

 

Substances 

Couramment utilisés dans … 

Objectifs des fabricants de cigarettes
et effets sur votre santé 

Acétone,
acides acétique,
* dioxyde de titane,
Hydroxyde-oxyde,
sulfate d’ammonium, etc. 

Les dissolvants, les vernis … 

Produits de blanchiment des cendres et accélérateurs de combustion.
l’acétone, peut provoquer des troubles vagodépresseurs pouvant allez jusqu’au coma. Irritation des muqueuses, céphalées, salivation, nausées, vertige, etc.
Le dioxyde de titane peut être cancérigène. 

Ammoniac,
acétaldehyde, etc. 

Détergents pour le nettoyage des WC. un composé alcalin employé dans la fabrication d’explosifs, de fertilisants et de désinfectants … 

Renforce l’absorbion de la nicotine et augmente votre dépendance. 

Arsenic, Coumarine, acide cyanhydrique, cyanures d’hydrogène 

Mort aux rats. La cyanure était utilisée par les nazis dans les chambres à gaz. 

Toxicité pour le foie.
La coumarine posséde des propriétés anticoagulantes. 

* Benzopyrène 

  

Pénétre dans dans les noyaux cellulaires et altère l’ADN : autoréplication des cellules et développement de tumeurs cancéreuses. 

* Chlorure de vinyle 

Utilisé dans les matières plastiques, c’est un narcotique. 

Dépression et cancer du système nerveux central, du foie et du cerveau. Modifications dégénératives des os et des dommages à la rate et aux poumons. 

* Cadmium 

Métal lourd.
Batteries cadmium-nickel,
barres de contrôle des réacteurs,
Teinture et impression … 

Risque de cancer du poumon par inhalation.
Atteinte pulmonaire et emphysème par irritation, atteinte osseuse (ostéoporose et ostéomalacie), atteinte rénale,
Anémie, décoloration jaunâtre des dents, rhinite, ulcération occasionnelle du septum nasal, dommages au nerf olfactif et perte de l’odorat. 

* DDT 

Pesticide pour lutter contre les insectes (moustiques). 

Cancer (IARC) a classé le DDT dans la catégorie 2B << peut-être cancérogène pour l’homme >>. Polluants Organiques Persistants (POP). 

* FORMALDEHYDE (Formol). 

gaz d’échappement des véhicules à moteur, particules agglomérées, la laine de verre et la laine de roche, matières plastiques et des revêtements, les moquettes, la pâte à papier, les peintures et vernis, la fumée de tabac, … On utilise le formaldéhyde comme désinfectant ou pour la conservation d’organes (formol). 

Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) et l’OMS CLASSE LE FORMALDEHYDE COMME CANCEROGENE.
(Juin 2004).
le Formaldehyde, provoque le cancer du rhinopharynx, des fosses nasales et des sinus et un risque accru de leucémie. 

Glycérol, sorbitol, propyléne glycol, acide alphaglycérophosphorique. 

(l’acroléine issue de la combustion du glycérol est irritante et extrêmement toxique. L’acroléine est aussi Utilisée comme arme chimique de guerre, considérée dangereuse à 0,100 ppm et pourtant présente à plus de 0,120ppm dans une atmosphère enfumée d’un lieu clos). Ces substances chimiques présentes dans de nombreux produits (peinture, vernis, cosmétiques, produits d’entretien, …) 

Les agents humectants rendent la fumée plus facile à inhaler : augmentent les effets nocifs des substances sur les poumons. 

Mercure. 

  

Toxique par inhalation. Danger d’effets cumulatifs car insoluble. Lésion des muqueuses du tube digestif et des voies respiratoires.
Trouble du rythme cardiaque, inflamation de la cavité buccale pouvant aller jusqu’à la perte des dents … 

Méthanol 

Le méthanol est utilisé comme solvant dans les vernis-lacque, peintures, vernis, ciments, encres, antigel, colorants, plastiques et diverses peintures industrielles. C’est aussi un carburant pour les fusées. 

On a découvert que l’exposition à long terme au méthanol peut provoquer des maux de tête, des changements d’humeur, l’irritation des yeux et de la peau, des troubles du sommeil, des problèmes d’estomac et la déficience visuelle. 

Miel, épices, cacao, réglisse, théobromine. 

Différents arômes 

Agents de goût et de saveur : favorise la consommation de cigarettes. Dilate les bronches et facilite l’absorbtion de la fumée 

Monoxyde de carbone. 

Le monoxyde de carbone est un gaz toxique très dangereux. (Gaz d’échappement des véhicules motorisés). 

Un asphyxiant qui empêche l’oxygène, vital pour l’organisme, de se fixer sur l’hémoglobine. Les tissus et les organes d’un fumeur (1 paquet) reçoivent jusqu’à 15% d’oxygène en moins. 

* Naphtalène. 

Anti-mite 

Risque de cancer chez l’homme. Provoque des anémies hémolytiques. 

Nicotine. 

La nicotine est l’un des poisons les plus violents qui existe. Ainsi, une dose comprise entre 30 et 50 milligrammes suffit pour tuer un homme. Elle est à l’origine de la dépendance vis à vis de la cigarette. La nicotine est aussi utilisée comme herbicide et insecticide. 

la nicotine accélère le rythme cardiaque. elle entraîne une baisse de la température cutanée due au rétrécissement des vaisseaux. Favorise la formation de thromboses (caillots sanguins) dans les artères. A la fin d’une journée, un fumeur à la chaîne a déjà pris la dose mortelle de 30 à 50 milligrammes. Cependant, comme l’absorption de la nicotine est étalée sur de nombreuses heures, le foie peut l’éliminer au fur et à mesure. 

* Nitrosopyrolidine,
* Dimethylnitrosamine,
* Diéthylnitrosamine. 

Nitrosamines (NNN et NNK). 

Provoque des lésions cancéreuses. 

* Polonium 210. 

le niveau du polonium 210 dans le tabac américain en 25 ans a triplé. Ceci a coïncidé avec l’augmentation de l’utilisation des engrais de phosphate par des cultivateurs de tabac.
- le minerai de phosphate de calcium accumule l’uranium et libère lentement le gaz de radon. 

Le polonium 210 est le seul composant de la fumée de cigarette qui a produit des cancers par par inhalation.
- les tumeurs apparaissent a un niveau cinq fois plus bas qu’un fumeur qui fume 1 à 2 paquets.
Dommages génétiques, cancer du foie, ulcère d’estomac, leucémie, cirrhose du foie, et maladies cardiovasculaires. 

Toluène, Acide formique, nitrique et chloridrique. 

Solvants industriels 

Irritations des bronches, rhinites 

 

* Substances Cancérogènes connues. 

© Thierry Basset. 

 

Santé : les femmes et la cigarette.

 

 

 

Les femmes font un tabac. Les hommes fument de moins en moins mais les femmes et surtout les adolescentes fument de plus en plus. La cigarette aujourd’hui ne séduit plus, elle vous enlève votre liberté et abîme votre beauté puis, un peu plus tard, se sera votre santé qu’elle écrasera. 

 

Industrie du Tabac, la manipulation. (20) 

 

Tabac, sexe et cigarette. (4) 

 

Arrêter la cigarette : additifs et toxiques. (8) 

 

Le tabac et votre santé. (15) 

 

Sondage Ifop sur les fumeuses. (1) 

 

Substituts à la nicotine. (11) 

 

Le tabac et les ados. (7) 

 

Cannabis, effets et dangers. (3) 

 

En bref, les inclassables sur le tabac. (14) 

 

Le tabagisme passif. (6) 

 



 

Tabac et diabète :

Les mères qui fument pendant la grossesse augmentent le risque que leurs enfants développent plus tard dans la vie du diabète ou de l’obésité. L’étude porte sur 17.000 naissances en 1958, les participants ont été suivis jusqu’à l’âge de 33 ans.

Source :
Montgomery. Smoking during pregnancy and diabetes mellitus in a British longitudinal birth cohort.
BMJ 2002;324:26-27 ( 5 January )
(http://bmj.com/cgi/content/full/324/7328/26). 

 

 

 



 

Tabagisme et cancer du sein :

Une nouvelle étude montre que le risque de cancer du sein est plus élevé chez les femmes qui ont commencé à fumer à un jeune âge, par rapport aux non-fumeuses. L’effet du tabagisme sur le risque de cancer du sein dépendait de l’âge au début du tabagisme. Cela suggère qu’il y a un effet carcinogène de la fumée du tabac lors du développement du tissu mammaire.

Source : (Lancet 2002;360:1044-9). 

 

 

 



 

Mort subite du nourrisson

Le tabagisme des parents multiplie par 2 à 3 le risque de mort subite du nourrisson, il est responsable de 300 cas sur les 1500 cas annuels de mort subite du nourrisson en France. 

 

 



 

Métastases pulmonaires du cancer du sein plus fréquentes chez les fumeuses.

Parmi les femmes atteintes de cancer du sein, les fumeuses ont un risque doublé (x 1.96) de développer des métastases pulmonaires, par rapport aux non-fumeuses.

Source: Susan Murin and John Inciardi. Cigarette Smoking and the Risk of Pulmonary Metastasis From Breast Cancer. Chest. 2001;119:1635-1640. (http://www.chestjournal.org/current.shtml). 

 

 

 



 

Pilule + cigarette = danger.

Il est dangereux de fumer tout en prenant la pilule contraceptive, notamment à cause du risque accru de thrombose veineuse qui est alors multiplié par dix (caillot qui bouche les veines). Le tabagisme à la pilule contraceptive multiplient par 100 le risque de maladie coronaire.

Les maladies cardiovasculaires sont à l’origine du décès de près de plus de 180.OOO personnes chaque année en France. C’est la première cause de mortalité féminine. 

·  L’association pilule-cigarette (plus de 15 cigarettes par jour) multiplie par trois à cinq le risque cardiovasculaire. Au-delà de 15 cigarettes par jour, le risque est multiplié par 20.(1) 

·  Le tabagisme est le risque majeur pour les maladies cardiovasculaires et les accidents vasculaires cérébraux. Pour les femmes, le risque d’infarctus est multiplié par 1,7 en cas d’une consommation tabagique modérée et par 4 chez les grosses fumeuses.(2)
Le tabagisme passif augmenterait le risque cardiovasculaire de 30% pour les femmes.(3)

Sources : 1 – N Engl J Med 2000;343: 16-22.


2 – BMJ 1980; 2: 967-71.
3 – BMJ 1997; 315:973-80.
 

 

 

 



 

Fumer abîme la peau :

Selon des chercheurs anglais et allemands
la MMP1 qui est une métalloprotéase qui dégrade le collagène, est en quantité plus élevée dans le derme des fumeurs.

Source : Le Courrier Médical : (http://www.courriermedical.com/2001032807.shtml). 

 

 

 



 

Le tabac accélère l’apparition des rides.

Une étude publiée dans le New Scientist montre que les fumeurs ont plus de rides que les non-fumeurs parce que la fumée de cigarettes fait que la peau s’attaque elle-même.

Source: ASH daily news. (www.newscientist.com/news/news_223422.html). 

 

 

 



 

Exposition in utero.

Une étude américaine a suivi pendant 30 ans des enfants dont la mère fumait ou non. L’étude montre que fumer pendant la grossesse augmente de 50 à 60% le risque que l’enfant, une fois devenu adulte, soit fumeur.

Source : (Nicotine and Tobacco Research 2000;2:287). 

 

 

 



 

Les contraceptifs oraux peuvent être mortels pour les fumeuses.

Une étude examinant l’usage des contraceptifs oraux associés au tabagisme a démontré que les pilules contraceptives peuvent être fatales pour les fumeuses.
L’étude qui s’est prolongée sur 35 années au Royaume Uni, a porté sur 17.000 femmes âgées entre 25 et 39 ans, et elle a souligné que les fumeuses de 15 cigarettes et plus chaque jour présentaient deux fois plus de risque de mourir d’une maladie cardio-vasculaire que les non-fumeuses.

Les fumeuses de « légères » présentaient un risque accru de 25% alors que les non fumeuses ne présentaient pas de risque majoré associé à l’usage de contraceptifs oraux.

Sources : Nouvelles du Comité National contre le Tabagisme – (www.cnct.org) et Smoking and Oral Contraceptives : A Deadly Combination, Ivanhoe, 18 Juil. 2003, (http://search.ivanhoe.com/channels/p_channelstory.cfm?storyid=6618&channelid=CHAN-100018). 

 

 

 



 

Le tabagisme nuit à la fertilité future des enfants à naître de sexe féminin.

(AT) La fumée au cours de la grossesse peut nuire à la fertilité future des enfants à naître de sexe féminin. Une équipe de l’Université de Leeds, en Grande-Bretagne a examiné 239 femmes en traitement pour une insémination artificielle.
L’équipe est parvenue à la conclusion selon laquelle la fumée pendant la grossesse aurait un effet nocif immédiat et durable sur le développement de l’utérus d’enfants à naître de sexe féminin. Il s’agit principalement du tiers supérieur de l’organe concerné où se produit habituellement la nidation. Le groupe de femmes se soumettant à une insémination artificielle présentent, il est vrai, plus de troubles utérins que l’ensemble de la population féminine.

Il n’en demeure pas moins que cette première étude montre que la fumée au cours de la grossesse augmente de manière significative les risques de dysfonctionnements utérins de la génération à venir.
Par ailleurs, la fumée pendant la grossesse augmente le risque de naissances prématurées ou d’avortements spontanés, ainsi que le risque de mort subite du nourrisson après la naissance.

Source : Nouvelles de l’AT (at.suisse.ch) et Smoke could ruin child’s fertility, BBC News Online : Health, 03.07.2002. (http://news.bbc.co.uk/hi/english/health/newsid_2090000/ 2090070.stm). 

 

 

 



 

Le cancer du poumon augmente de 600% chez les femmes américaines.

Le cancer du poumon a augmenté de 600% chez les femmes américaines entre 1950 et 2000. Le cancer du poumon représente 25% des décès par cancer chez les femmes américaines, contre 3% en 1950.

Source : rapport du Surgeon General américain. (http://bmj.com/cgi/reprint/322/7289/752/b.pdf), et (www.surgeongeneral.gov/library). 

 

 

 



 

Lacunes dans les connaissances sur les risques du tabac chez les femmes.

Une étude auprès de 388 femmes américaines travaillant dans un hôpital montrent que : 

·  99% d’entre elles savent que fumer provoque le cancer du poumon. 

·  22% savent que fumer favorise l’infertilité. 

·  30% l’ostéoporose. 

·  17% la ménopause précoce. 

·  24% le cancer du cervix.
Conclusion : même parmi les professionnelles de la santé, les risques du tabac sont largement sous-estimés.

Source : Risks of Smoking to Reproductive Health : Assessment of Women’s Knowledge. Roth, L. K.; Taylor, H. S. American Journal of Obstetrics and Gynecology 184 (5) : 934-939, April 2001. (www.ncbi.nlm.nih.gov/entrez/query.fcgi?cmd=Retrieve&db=PubMed&list_uids=11303201&dopt=Abstract/). 

Le tabagisme passif 

 

La prévention contre le tabagisme passif c’est prendre conscience que celui qui fume dans un lieu public gêne ses voisins et que sa fumée augmente de manière significative les risques de cancers, d’allergies ou de problèmes respiratoires pour toutes les personnes qui y sont exposées, sans que celles-ci puissent se soustraire à ces nuisances. Il n’y a donc plus aucune raison de continuer à tolérer le tabac dans les lieux publics fermés. 

 

Industrie du Tabac, la manipulation. (20) 

 

Tabac, sexe et cigarette. (4) 

 

Arrêter la cigarette : additifs et toxiques. (8) 

 

Le tabac et votre santé. (15) 

 

Santé : les femmes et la cigarette. (12) 

 

Substituts à la nicotine. (11) 

 

Sondage Ifop sur les fumeuses. (1) 

 

Cannabis, effets et dangers. (3) 

 

En bref, les inclassables sur le tabac. (14) 

 

Le tabac et les ados. (7) 

 



 

Interdiction de fumer dans les lieux publics :

Combien d’articles, de rapports faudra-t-il pour qu’une décision qui relève de l’évidence soit prise ?
Le Premier ministre, Dominique de Villepin, après consultation du ministre de la santé, Xavier Bertrand, ont décidé de laisser les non-fumeurs sans protection ignorant ainsi la demande de 80% des Français et de deux tiers des jeunes ! 

·  L’Irlande a été la première à imposer une interdiction de fumer dans tous les lieux publics le 29 mars 2004, rejointe par l’Italie le 10 janvier 2005 et
la Suède en juin. Aux Etats-Unis, plusieurs états, dont New York, interdisent également l’usage du tabac dans tous les lieux publics. 

·  Alors que la convention internationale contre le tabac, signée en mai 2003 par les 192 États membres de l’Organisation mondiale de la santé, vient enfin d’entrer en vigueur début 2005, et au moment ou nos voisins européens interdisent les uns après les autres le tabac dans tous les lieux publics,
la France, continue à prendre du retard dans cette lutte qui s’inscrit pourtant pleinement dans le cadre du vaste plan anti-cancer lancé à l’initiative du Président de
la République. 

·  Quant aux arguments invoquant la liberté du fumeur, ils ne résistent pas à une analyse sérieuse. Il est démontré scientifiquement et depuis longtemps, que le fumeur qui fume dans un lieu public nuit à ses voisins et que sa fumée augmente de manière significative les risques de cancers, d’allergies ou de problèmes respiratoires pour toutes les personnes qui y sont exposées, sans que celles-ci puissent se soustraire à ces nuisances. Il n’y a donc plus aucune raison de continuer à tolérer le tabac dans les lieux publics fermés. Seuls l’industrie du tabac et ses porte-voix (buralistes et UMIH co-financée par cette industrie) s’opposent à cette proposition.
Source : ATC-Basset (avril 2006). (www.tabac-stop.net). 

 

 

 



 

Un quart des caries de dents de lait est dû à la fumée passive.

(AT) Si les enfants sont exposés régulièrement à la fumée du tabac, leur santé dentaire va également en souffrir. 

·  Le risque est de 1,8 fois plus élevé de voir les dents de lait attaquées par la carie. 

·  Le risque est de 1,4 fois plus élevé de devoir procéder à des plombages des dents de lait.
On estime que 27% des caries et 14% des plombages chez les enfants entre quatre et onze ans sont dus à la fumée passive. Tel est le résultat d’une enquête menée auprès de 3.531 enfants aux Etats-Unis.
La fumée passive endommage les dents de lait. Les petits enfants sont davantage livrés à la fumée du tabac à la maison que les adolescents, qui sortent davantage de la maison familiale, déclare le groupe de chercheurs américains.
Ces scientifiques ont établi l’importance d’un foyer sans fumée pour la santé dentaire des enfants, chez qui la carie dentaire constitue la maladie chronique la plus fréquente.

Sources : Nouvelles de l’AT (at-suisse.ch) et C. Andrew Aligne et al., Association of Pediatric Dental Caries With Passive Smoking, in : JAMA 2003; 289: p. 1258 à 1264. (http://jama.ama-assn.org). 

 

 

 



 

Philip Morris a dissimulé les risques de l’exposition passive à la fumée.

(AT) Un document daté du 26 mai 1987 et intitulé strictement confidentiel, émanant du siège lausannois de Philip Morris évoque une réunion des responsables de l’Europe, du Moyen-Orient et de l’Afrique. Le seul point à l’ordre du jour concerne l’attitude à avoir de la part de la multinationale du tabac par rapport à la fumée passive en Europe. Les personnalités suivantes ont participé à la réunion: Helmut Gaisch, directeur de la recherche et du développement auprès des Fabriques de tabac réunies (FTR) à Neuchâtel, et Helmut Reif, scientifique des FTR à Neuchâtel.

Philip Morris poursuivait trois objectifs : 

·  Influer sur l’approche scientifique et publique de la fumée passive. La multinationale du tabac est parvenue à la conclusion que la fumée passive était réellement nocive pour la santé, ce qui pouvait ainsi porter atteinte au commerce de la cigarette. 

·  Restaurer l’image sociétale de la fumée de manière à laisser les nicotinodépendants fumer