Droits de l’homme : la position de Sarkozy vivement critiquée

Posté par issopha le 30 avril 2008

TUNISIE

Droits de l’homme : la position de Sarkozy vivement critiquée

NOUVELOBS.COM | 30.04.2008 | 08:34

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Le chef de l’Etat français, qui  achève ce mercredi sa visite d’Etat, a estimé que « l’espace des libertés progresse » en Tunisie. Les opposants tunisiens dénoncent un brevet de respectabilité attribué au président Ben Ali.

Nicolas Sarkozy et Zine el Abidine ben Ali (Reuters)

Nicolas Sarkozy et Zine el Abidine ben Ali (Reuters)

Des militants tunisiens des droits de l’homme critiquent le brevet de respectabilité dans ce domaine décerné lundi 28 avril au président Zine el Abidine ben Ali par son homologue français Nicolas Sarkozy à l’occasion de sa visite d’Etat en Tunisie.
« Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m’ériger en donneur de leçons », a déclaré le président français dans un toast prononcé lundi soir lors d’un dîner offert en son honneur par son hôte tunisien.
Le chef de l’Etat français a dit au contraire vouloir rendre hommage à la « lutte déterminée » de son homologue tunisien contre le terrorisme, « qui est le véritable ennemi de la démocratie ».
Les organisations de défense des droits de l’homme accusent le pouvoir tunisien d’attenter aux libertés fondamentales sous couvert de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme islamique, au nom de laquelle un millier de personnes auraient été arrêtées depuis 2003, selon des avocats.

« Sarkozy a esquivé la question »

Amnesty International et Human Rights Watch ont dénoncé les restrictions à la liberté de la presse et les emprisonnements d’opposants politiques, faisant état de mauvais traitements et de cas de torture – ce que Tunis nie.
Les défenseurs tunisiens des droits de l’homme souhaitaient que Sarkozy réclame la libération de ces prisonniers politiques, mais il a estimé que, « aujourd’hui, l’espace des libertés progresse » dans le plus petit Etat du Maghreb et il a crédité son président de « la volonté de vouloir continuer à (l’)élargir.
« Sarkozy a esquivé la question des droits de l’homme et de la démocratie en Tunisie pour privilégier les intérêts commerciaux », a réagi mardi Rachid Kechana, rédacteur en chef d’Al Mawqaf, hebdomadaire du Parti démocratique progressiste (PDP) d’opposition.
« Cela a choqué les militants des droits civiques ici car ils attendaient une prise de position différente de la France, la patrie des droits de l’homme et des libertés », a ajouté Kechana.
Ce dernier et Mongi Ellouze, directeur d’Al Mawqaf, en sont au quatrième jour d’une grève de la faim au siège de l’hebdomadaire pour protester contre ce qu’ils présentent comme les efforts du gouvernement pour asphyxier les finances et entraver la distribution de la publication.

« Une question tunisienne »

« Sarkozy encourage ce gouvernement à poursuivre sa répression parce qu’il a dit aux dirigeants du pays qu’ils étaient sur la bonne voie », a déploré de son côté l’avocate Radia Nasraoui, autre militante des droits de l’homme.
Toutefois, selon Reda Kefi, rédacteur en chef du magazine indépendant L’Expression, des pressions trop ostensibles de la France n’auraient pas fait avancer la cause de la démocratie en Tunisie, seul pays du Maghreb interdisant l’expression politique de l’islamisme.
« Sarkozy est président de la France et il est venu ici pour défendre les intérêts français. La question de la démocratie et de l’amélioration des droits de l’homme en Tunisie est une question tunisienne qui doit être réglée entre Tunisiens », a affirmé Kefi. (avec Reuters)

 

TUNISIE

Ben Ali accepte les « critiques », Sarkozy pas « donneur de leçons »

NOUVELOBS.COM | 30.04.2008 | 08:34

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Lundi soir à Tunis, le président français s’est refusé à critiquer la Tunisie, déclarant notamment: « Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais de m’ériger en donneur de leçons ». Dans un entretien publié ce mardi matin, le président tunisien déclare quant à lui: « Nous acceptons volontiers la critique ».

Nicolas Sarkozy accueilli à l'aéroport de Tunis par le président tunisien Zine al Abidine ben Ali

Nicolas Sarkozy accueilli à l’aéroport de Tunis par le président tunisien Zine al Abidine ben Ali

(c) Reuters  

Le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali a indiqué être « conscient » que beaucoup restait à faire en matière des droits de l’Homme en Tunisie et affirmé « accepter volontiers la critique ».
« Dans ce domaine, comme dans d’autres, nous sommes conscients que beaucoup reste à faire. Néanmoins, les réalisations sont déjà nombreuses et l’évolution réelle », déclare-t-il dans un entretien au mensuel Afrique-Asie paraissant en mai à Paris et publié mardi à Tunis.
A la question de savoir si la Tunisie accuse un retard en matière de droits de l’homme, Zine El Abidine Ben Ali répond: « ceux qui le prétendent ignorent totalement la réalité tunisienne. Par contre, si vous parlez de critiques, je vous précise que nous acceptons volontiers la critique » a-t-il assuré.
Le président tunisien a affirmé sa volonté de faire évoluer les droits de l’Homme, énumérant « les grands progrès réalisés par la Tunisie, et constatés, dit-il, lors de l’examen périodique universel du Conseil des droits de l’Homme du 8 avril à Genève ».

« L‘espace des libertés progresse »


« Nous entendons tirer amplement profit des recommandations que nous fera le Conseil des droits de l’Homme de l’Onu », a-t-il encore assuré.
L’épineux dossier des libertés et droits de l’Homme est à l’ordre du jour de la visite en Tunisie du président français Nicolas Sarkozy, qui a rendu hommage aux efforts de ce pays en la matière.
« Aujourd’hui, l’espace des libertés progresse. Ce sont des signaux encourageants que je veux saluer », avait-il déclaré en présence de son hôte lundi soir au premier jour de sa visite d’Etat de 48 heures en Tunisie.
Il faisait allusion aux réformes engagées par la Tunisie « sur le chemin, étroit et difficile, mais essentiel, celui de la liberté et du respect des individus ».
« Ce chemin, aucun pays ne peut l’avoir entièrement parcouru et personne ne peut se poser en censeur », a-t-il martelé.

« Pleinement confiant »

« Je viens d’un continent dont l’histoire, y compris l’histoire récente, recèle d’abominables tragédies et je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m’ériger en donneur de leçons », a noté le président français qui s’est dit « pleinement confiant » de la volonté du président Ben Ali de « continuer à élargir l’espace des libertés ».
Le régime tunisien est régulièrement critiqué par certaines organisations non gouvernementales locales et internationales pour ses « atteintes aux libertés et aux droits de l’Homme », des accusations réfutées par Tunis.
Les autorités tunisiennes considèrent ces allégations comme des « partis pris de certaines ONG systématiquement hostiles ». Elles font valoir que la Tunisie a fait « le choix volontaire de la démocratie et des droits de l’Homme » et entend « poursuivre résolument le processus de réformes en toute souveraineté ».

Les ONG déçues

Deux dirigeants d’ONG défenseurs des droits de l’Homme Khadija Cherif et Mokhtar Trifi se sont dit « déçus » mardi par les déclarations de Nicolas Sarkozy.

« Je suis déçue. Il ne s’agit pas de donner des leçons mais de reconnaître la réalité. Je vois que le président Sarkozy ne s’intéresse pas à la réalité de ce pays », a déclaré à l’AFP Khadija Cherif, militante des droits de l’Homme et présidente d’une ONG féministe.
« Sa priorité c’est le commerce, mais il devrait savoir que le développement ne peut être qu’économique, a-t-elle ajouté, jugeant les déclarations de Nicolas Sarkozy comme « une marque de mépris pour la société civile tunisienne ».
« On est habitué à ce discours. M. Chirac nous l’avait servi en 2003, on nous le ressert différemment malgré les promesses de campagne de M. Sarkozy », a poursuivi Khadija Cherif.
La présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD, indépendante) a confirmé la visite, mardi, au siège de son association, de la secrétaire d’Etat française aux droits de l’Homme Rama Yade.
« Si des garanties ont été données à M. Sarkozy pour que les libertés progressent, tant mieux! C’est notre demande », s’est étonné de son côté Mokhtar Trifi, président de la Ligue de défense des droits de l’Homme. (avec AP, AFP)

TUNISIE

Pour Sarkozy, l’Europe a « l’intelligence », les Tunisiens ont « la main d’œuvre »

NOUVELOBS.COM | 30.04.2008 | 09:09

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Devant 500 patrons français et tunisiens, au deuxième jour de sa visite d’Etat, le président français a déclaré : « Vous avez une main d’oeuvre qui ne demande qu’à être formée, nous avons beaucoup d’intelligence et beaucoup de formation (…), ce n’est pas les uns contre les autres, c’est les uns avec les autres ». Il a été très applaudi.

Nicolas Sarkozy et Zine el Abidine ben Ali (Reuters)

Nicolas Sarkozy et Zine el Abidine ben Ali (Reuters)

Le président français Nicolas Sarkozy a défendu, mardi 29 avril, au deuxième jour de sa visite d’Etat en Tunisie, son Union pour la Méditerranée entre l’Europe et les pays du Sud, alors que sa bonne note décernée au régime tunisien sur les droits de l’Homme suscite la polémique.
S’exprimant devant 500 patrons français et tunisiens, Nicolas Sarkozy a défendu son projet de nouveau partenariat entre les deux rives de la Méditerranée, qui doit être officiellement lancé le 13 juillet, assurant qu’il doit permettre la création d’un « pôle gagnant-gagnant qui concurrencera l’Asie ».
« Il n’y a pas un bon avenir pour l’Europe si l’Afrique en général, et l’Afrique du Nord en particulier, ne connaît pas le développement (…), nous pouvons créer un modèle qui triomphera dans le monde entier », a-t-il estimé.
« En Asie, ils ont su, entre les pays riverains, s’intégrer et se compléter. Et le drame de la Méditerranée, il est dans un chemin inverse où l’on s’oppose et on s’exclut », a-t-il ajouté.
« Vous avez une main d’oeuvre qui ne demande qu’à être formée, nous avons beaucoup d’intelligence et beaucoup de formation (…), ce n’est pas les uns contre les autres, c’est les uns avec les autres. C’est ça le partenariat », a insisté le président français sous les applaudissements.

« Des polémiques qui m’importent bien peu »

A titre d’exemple, Nicolas Sarkozy a cité l’accord conclu dans la nuit de lundi à mardi entre la compagnie nationale Tunisair et Airbus qui prévoit, outre la livraison de 19 avions (10 A320, 3 A330 et 3 A350, ainsi que 2 A320 et 1 A350 en options) l’installation en Tunisie d’une usine aéronautique qui emploiera à terme, selon lui, « près de 2.000 personnes ».
Rejetant « des polémiques qui m’importent bien peu », le président français a ainsi une nouvelle fois justifié la signature lundi d’un accord de coopération en matière d’énergie nucléaire civile.
« L’énergie nucléaire, c’est l’énergie du futur (…) la France vous dit que sa technologie, qui est une des plus sûres du monde, une des meilleures du monde, elle est décidée à la mettre au service du développement de vos économies (…), l’Europe ne connaîtra pas la stabilité si vous ne connaissez pas le développement, voilà pourquoi il faut s’unir », a-t-il plaidé.

« Reconnaître la réalité »

Le texte paraphé par Paris et Tunis, identique à d’autres déjà signés avec le Maroc, l’Algérie ou la Libye, suscite les critiques des ONG écologistes et de plusieurs partenaires européens de la France, qui estiment qu’il augmente les risques de prolifération nucléaire militaire.
Plus encore que l’accord sur le nucléaire civil, c’est le satisfecit attribué lundi soir par Nicolas Sarkozy au président tunisien Zine El Abidine Ben Ali sur le terrain des droits de l’Homme qui a suscité la polémique, aussi bien en France qu’en Tunisie.
« L’espace des libertés progresse » en Tunisie, avait-il jugé devant son hôte, assurant ne pas vouloir s’ériger « en donneur de leçons ».
« Il ne s’agit pas de donner des leçons mais de reconnaître la réalité. Je vois que le président Sarkozy ne s’intéresse pas à la réalité de ce pays », a déclaré à l’AFP Khadija Cherif, militante des droits de l’Homme et présidente d’une ONG féministe. « Sa priorité c’est le commerce, mais il devrait savoir que le développement ne peut pas être qu’économique », a-t-elle ajouté.
« Malheureusement sur le terrain, nous n’avons pas remarqué de progrès notables, c’est peut-être même le contraire », a regretté le président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, Me Mokhtar Trifi.

Yade annule un rendez-vous

La secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme Rama Yade, qui accompagnait Nicolas Sarkozy, a reçu dans l’après-midi Me Trifi, mais a annulé un rendez-vous prévu avec l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), sa présidente Khadija Cherif.
La France a signé mardi avec Tunis quatre conventions de crédits d’un montant de 138 millions d’euros pour l’agriculture, l’habitat et l’énergie.
Nicolas Sarkozy devait rencontrer mardi soir la communauté française.
Son épouse, Carla, a visité de son côté, mardi après-midi, un centre d’enfants orphelins à Gammarth, dans la banlieue chic de Tunis. (avec AFP)

LA VISITE DE NICOLAS SARKOZY EN TUNISIE

« Ben Ali doit sa longévité à la France »

Comment réagissez-vous aux déclarations de Nicolas Sarkozy estimant que « l’espace des libertés progresse » en Tunisie ?

- Il doit certainement avoir un bon décimètre pour mesurer cela. Cet espace des libertés a bien été gagné, mais par Ben Ali, et non pas par les droits-de-l’hommistes ou par les citoyens tunisiens. Ben Ali a gagné des libertés contre les Tunisiens. Ben Ali et Sarkozy sont tout simplement en train de s’auto-congratuler.

Nicolas Sarkozy a refusé de se poser en « donneur de leçons » au nom de l’amitié franco-tunisienne. Des protestations françaises pourraient-elles cependant faire évoluer la situation en Tunisie ?

- C’est une question que l’on ne devrait même pas poser. Depuis Mendès-France, en passant par De Gaulle, Giscard, Mitterrand, Chirac… jusqu’à Sarkozy, la France n’a jamais vraiment envoyé de sermons à la Tunisie. Bourguiba ou Ben Ali n’ont jamais entendu dire par la France qu’ils devraient donner davantage de libertés à la Tunisie. La France en serait pourtant capable, car c’est l’ancien colonisateur et la Tunisie est encore aujourd’hui quasiment une colonie française. Ben Ali doit sa longévité à la France.
Quant à savoir si la France pourrait agir en faveur des droits de l’homme en Tunisie… Je ne crois pas. Elle pourrait nous aider en laissant faire les citoyens tunisiens, c’est-à-dire en s’écartant quelque peu. Aujourd’hui, Paris aide encore Ben Ali à asseoir son régime.

Comment peut être perçue une telle attitude du président de la République française par les Tunisiens ?

- Nous nous attendions à ça, d’autant plus que nous avons déjà été leurrés par les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy. Mitterrand ou Chirac ont fait de même. Mais Sarkozy, c’est le chef d’œuvre puisqu’il va jusqu’à féliciter Ben Ali pour ses soi-disant réalisations. De qui se moque-t-il ? Les Tunisiens ont cru pendant un moment que la France, terre de la Boétie, pourrait aider à la liberté ici. Aujourd’hui, on assiste plutôt à « L’Avare » de Molière.

Interview de Taoufik Ben Brik par François Sionneau
(le mardi 29 avril 2008)

 

 

 

 

LA VISITE DE NICOLAS SARKOZY EN TUNISIE

Sarko, les droits de l’homme et la courte vue

C’EST une rupture…Peut-être pas celle annoncée, mais c’est une rupture. En voyage chez le président tunisien Ben Ali, Nicolas Sarkozy a fait du zèle.Depuis vingt ans, le régime du président Ben Ali est régulièrement épinglé par les ONG pour ses violations des droits de l’Homme. Des actes de torture ont été récemment dénoncés par les Nations-Unies, des militants des droits de l’homme sont traqués, la censure règne en maitre. Par pure curiosité, allez sur les sites d’Amnesty International ou de Human Rights Watch et vous serez édifiés. Or, Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à affirmer, malgré cela, que « l’espace des libertés progresse » et que « ce sont des signaux encourageants que je veux saluer », ajoutant qu’il voyait « pas au nom de quoi je m’érigerais en donneur de leçons » !,laissant à Ben Ali le beau rôle puisque le président tunisien a indiqué être « conscient » que beaucoup restait à faire en matière des droits de l’Homme en Tunisie et affirmé « accepter volontiers la critique » ! Mais Ben Ali est maintenu au pouvoir grâce au soutien de la France et il le lui rend bien : treize Airbus assortie de trois options pour un montant d’un milliard d’euros et la construction d’une centrale thermique pour environ 360 millions d’euros, selon la même source, sans parler d’un accord-cadre de coopération en matière de nucléaire civil ! Qui en Mars 2007 disait : « Je ne passerai jamais sous silence les atteintes aux droits de l’homme au nom de nos intérêts économiques. Je défendrai les droits de l’homme partout où ils sont méconnus ou menacés et je les mettrai au service de la défense des droits des femmes » ? Nicolas Sarkozy. Or qu’a fait hier le même Nicolas Sarkozy ? Il est allé jusqu’à encourager Ben Ali à poursuivre dans la voie autoritaire, affirmant: « Qui peut croire que si, demain, après demain, un régime du type taliban s’installait dans un de vos pays, au nord de l’Afrique, l’Europe et la France pourraient considérer qu’elles sont en sécurité? ».Or c’est exactement ce raisonnement spécieux qui, partout dans le monde musulman, fait le lit de l’extrémisme islamiste. Il faudrait fermer les yeux sur les actes de torture couramment pratiqués en Tunisie, au nom de la lutte contre le terrorisme. Or, ce n’est pas seulement moralement discutable, du fait que l’on accepte pour certains pays ce que nous refusons chez nous, mais c’est politiquement à courte vue. Ce sont les régimes autoritaires qui ont fait le lit d’Al Qaïda et de ses variantes salafistes. Jean-Marcel Bouguereau
(le mercredi 30 avril)

mardi, 29 avril 2008

Sarkozy et les dictatures

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Comment ne pas voir l’évidence – presqu’obscène?

Il y a moins d’une semaine, Nicolas Sarkozy se disait  »choqué » par la répression au Tibet. 

Et voilà qu’aujourd’hui, à Tunis, il ne voit rien à redire au régime féroce de Ben Ali.  

Nicolas Sarkozy ne défend donc les droits de l’homme que lorsqu’il est en campagne électorale ou lorsque la rue française l’y contraint. 

La preuve?

Souvenez-vous du silence pesant de l’Elysée pendant les émeutes à Lhassa.

Il a fallu attendre les premières grandes manifestations, les « coups » de Robert Ménard et les sondages pour que Nicolas Sarkozy sorte progressivement de cette troublante réserve et définisse, après moultes couacs, une nouvelle ligne qui laisse (un peu) de place à la promotion des droits de l’homme.

Mais, faute de pression, il ne dit rien sur la situation en Tunisie. 

Ou plutôt si:

« Je ne vois pas au nom de quoi je m’érigerais en donneur de leçons »,a-t-il déclaré hier au premier jour de sa visite d’Etat.

Terrible phrase. 

Quelqu’un aurait dû lui rétorquer:

« Mais au nom, Monsieur le président, de ce que vous avez déclaré pendant votre campagne, il y a moins d’un an »

Ou

« Au nom cette Charte universelle des Droits de l’Homme, écrite, vous en souvenez-vous?, par le Français René Cassin. »

Mais personne, aucun militant tunisien des droits de l’homme, n’a pas lui dire quoi que ce soit.

Puisque, comme la mobilisation de l’opinion française est quasi-nulle sur le sujet, Nicolas Sarkozy n’a pas cherché à les entendre.

Pire, il a encouragé Ben Ali à poursuivre dans la voie autoritaire.

Il a affirmé:

« Qui peut croire que si, demain, après demain, un régime du type taliban s’installait dans un de vos pays, au nord de l’Afrique, l’Europe et la France pourraient considérer qu’elles sont en sécurité? »

Autrement dit, nous autres Européens devons fermer les yeux sur les exactions du régime Ben Ali au nom de la sacro-sainte lutte contre le terrorisme.

Fermer les yeux sur les arrestations arbitraires, sur la torture, qui frappent aussi bien sur les islamistes que les démocrates.

Sarkozy avait tenu à peu près le même raisonnement à propos de Moubarak qu’il préférait, disait-il, aux Frères Musulmans.

Ces déclarations sont évidemment moralement discutables.

Elles sous-entendent que, lorsqu’il s’agit de défendre les droits de l’homme, nous devrions faire deux poids deux mesures, selon que nous serions ou non menacés par les éventuelles conséquences d’une libéralisation des régimes en place.

Et ces déclarations sont politiquement de courte vue.

Car on sait bien que l’autoritarisme et la corruption des régimes arabes sont justement les ferments principaux de l’islamisme radical.

Les réactions des lecteurs

Léon
Orphee73
Pouvez-vous émettre une idée sans vous référer systématiquement à la famille Mitterand ? Je ne veux émettre d’idée sur le fait déjà ancien dont vous parlez mais mme Mitterand, je vous le rappelle n’était pas élue président de la République et représentait une association française et ne parlait pas au nom de la France.
Vous dépeignez une Tunisie dure pour l’Islamisme radical et doux pour les tunisiennes et les tunisiens très éloignée de ce qu’ils vivent et de ce qu’ils en disent eux-mêmes.
Cela n’est pas à votre honneur ni à celui de votre camp de faire ici l’éloge d’un tel régime.
30.04 à 09h21
Léon
Orphée73
Pour ne pas prendre mes vacances ni envisager de prendre ma retraite en Tunisie je me permets donc de critiquer cette position de Sarkozy je suppose avec votre bénédiction.
La Tunisie et les tunisiens forment un pays extrêmement agréable et accueillant, je peux le dire pour y être allé du temps du président Bourguibah. La rencontre idéale pour nous entre la culture d’afrique du nord et celle de Rome.
Mais depuis la montée de l’islamisme le durcissement du régime est incontestable et la liberté politique n’y règne pas. Il suffit de parler avec les tunisiens ou de lire leurs journaux officiels pour s’en rendre compte.
Le jour de cette déclaration j’ai parlé ici de complicité de la France et l’on m’a critiqué à ce sujet : « quoi, quelle complicité ». Je vois que le opposants tunisiens le ressentent aussi !
Encore une fois, sans être donneur de leçon, il n’était pas nécessaire de donner à un président dictatorial le certificat de conformité du pays des droits de l’homme.
30.04 à 08h59
fisc
Aaaaaaah !
Enfin, l’argument final !Sarkozy a reconnu la « spécificité » Russe.Ses amis ont, en son nom, défini la Chine comme une non-dictature.Les violations des droits de l’Homme ont été relégués au rang d’affaire intérieure (malgré la présence de qui-vous-savez au Quai d’Orsay !).

Enfin, on rend hommage à la lutte des dictateurs contre le terrorisme. La France valide officiellement l’argument que les Etats-Unis ont généreusement fourni aux dictateurs du monde entier pour justifier l’autoritarisme de leur régime !

D’autres ont été aussi cyniques, certes.

Mais que jamais, plus jamais, on ne prétende que Nicolas Sarkozy est un homme qui tient ses promesses !
30.04 à 08h52

L’habile-bête
Question de chimie.
1 – Quelle quantité* d’encre utilisée pour l’impression des billets de banque est nécessaire pour insensibiliser le nerf olfactif contre les particules olfactives de la putréfaction?
* Cette quantité peut sensiblement varier en fonction du pays.2 – Sachant que les billets de banque sont hématophages et entrainent quelquefois une cécité ou une amnésie temporaire, quelle quantité de « droits de l’homme » est-elle nécessaire pour réactiver les sens défaillants?Réponses à envoyer à « Monsieur le Président de la République Française ».
30.04 à 08h49
MINUIT
Dans tous les pays…
il ya toujours des « opposants » pour se prévaloir des droits de l’homme!….ce sont toujours les memes qui,une fois qu’ils sont au pouvoir les oublient!…les communistes se sont toujours bien servis des « droits de l’homme » quand ça les arrangeaient….on voit ce que les communisme chinois,nord coréen et cubains ont fait des droits de l’homme!….ne parlons pas des pays islamisés ou les droits de l’homme et encore plus de la femme sont une chimère….il existe de par le monde de nombreux pays ou la tunisie pourraient etre qualifiée de paradis au niveau des libertés individuelles,il suffit de regarder le voisin immédiat pour voir un exemple de négation des droit humains…Mr BOUTEFLIKA ne supporte pas la contradiction et les prisons algériennes sont pleines « d’opposants »….NE JUGEONS PAS LA TUNISISE en fonction de nos propres critères;contentons nous de la visiter en toute liberté et sécurité…. et laissons Mr BEN ALI s’occuper des affaires de son pays….
30.04 à 08h49
Tango1
Le plus important pour …
… Sarkosconi c’est de privilégier le côté matériel au détriment de l’humain (apanage de tous les dictateurs), même au détriment des 53% de décomplexés qui l’ont mis au pouvoir avec le soutien de la plupart des médias.
Il a tout simplement un porte feuille à la place du c?ur.
30.04 à 08h42
orphee73
autre chose…
Au fait, lorsque cette chère Mme Mitterrand allait se prosterner devant son Fidel Castro adoré avez vous souvenir qu’elle lui ait demandé avec fermeté d’ouvrir son pays, d’y laisser entrer une lueur de liberté et de démocratie??? Je n’ai pas entendu beaucoup de gauchistes et mêmes socialistes s’offusquer de cela ni critiquer, critiquer, critiquer Mitterrand et sa clique. Quand son fils faisait des « affaires » avec les génocidaires (armes et autres….au Rwanda….) Qui s’en offusquait??? Voius les « doirts de l’Hommistes convaincus??? Un peu d’honnêteté intellectuelle messieurs-dames les donneurs de leçon de « morale » dont vous ne voulez même pas à l’école!!De plus en plus de français vont prendre leur retraite en Tunisie. C’est drôle non pour un pays où régnerait une dictature implacable….
Les échanges économiques devraient-ils donc ne se faire qu’avec des pays démocratiques….donc principalement occidentaux. Avec ça il serait beau notre PIB tiens!! La bêtise a la vie dure!
30.04 à 08h34
al1-46
propos d’un candidat…..
« Je ne passerai jamais sous silence des atteintes aux droits de l’Homme au profit d’intérêts commerciaux »N.Sarkozy candidat à l’élection présidentielle.Dont acte…………
30.04 à 08h30
orphee73
Lamentable
Ceux qui critiquent, critiquent, et….qui vont passer leurs vacances dans ce pays horrible, où toutes les libertés sont paraît-il bafouées! Pour m’y être rendu à plusieurs reprises je n’y ai pas senti un manque absolu de libertés. Ceux qui se plaignent se sont bien évidement les « progressistes » tunisiens affiliés à nos bons gauchistes bobo habituels. La femme en Tunisie a bien plus de liberté et de modernité que dans aucun autre pays du Maghreb. Ce sont des femmes d’affaires, elles travaillent librement, ont accès à la contraception, aux soins, aux études contrairement au Maroc et à l’Algéri.; Ne confondez pas s’il vous plaît!
Ben Ali lutte très durement contre l’islam radical et c’est ça qui ne plaît pas aux « droits de l’Hommistes ». Il n’en veut pas sur son territoire et s’il faut payer une démocratisation de ce pays par un laxisme laissant la part belle aux islamistes radicaux alors je trouve qu’une certaine fermeté n’est pas mauvaise.Hélas chez nous…..
on voit ce qu’il en est!
30.04 à 08h27
gloups
droits de l’homme versus business
on voit bien que ce qui prime pour Sarko, c’est de jouer les VRP pour vendre des airbus ou des centrales (c’est sa spécialité, il ne sait pas vendre autre chose)
les droits de l’homme ne l’ont intéressé que le temps d’une campagne électorale, tout comme le bien être des Français et leur pouvoir d’achat
ce temps passé, il privilégie le business et ses potes
c’est sûr qu’il pourra se recaser après avoir fait président, il fera vendeur et fortune comme il le souhaite tant
et les Français dans tout ça, et les droits de l’homme ?
30.04 à 08h25
regine
laissez
lui faire son mandat
30.04 à 08h01
CR85
Oh les gars !
C’est Sarkozy que vous avez chez vous, vouvvouv attendiez à quoi ?
30.04 à 07h57

Publié dans AFRIQUE de SARKOZY, DROITS DE L'HOMME ET ACTION HUMANITAIRE, POLITIQUE ET BUSINESS | 1 Commentaire »

Dérive intellectuelle.Ces docteurs en doctorats qui abêtissent le Cameroun

Posté par issopha le 30 avril 2008

Dérive intellectuelle

Ces docteurs en doctorats

qui abêtissent le Cameroun

La génération « école supérieure » qui a gouverné le Cameroun après
l’indépendance, dont on disait qu’elle était limitée intellectuellement pour
véritablement élever le Cameroun vers les cimes qu’il mérite, a cédé la place
depuis 25 ans à la race des « Professeurs-Docteurs-Ingénieurs-Experts ». Mais
alors qu’on pensait que le pays allait emprunter le TGV du développement, il ne
s’est jamais aussi mal porté. Nos docteurs en doctorats, au contraire, donnent
du Cameroun aujourd’hui une image d’Etat idiot, qui ne sait pas où il va, et
dans lequel les valeurs nobles ont disparu. Ceux qui devaient être nos lumières
nous ont plongés dans les ténèbres de la bêtise humaine. Voici une petite
palette des tares de ces abêtisseurs du Cameroun.

Ils ont fait du diplôme une consécration
Ils usent leurs culottes à étudier, ils investissent les amphis d’ici et
d’ailleurs à accroître leur savoir, et ils engrangent de nombreux diplômes,
parfois brillamment. Mais dès qu’ils obtiennent un emploi, ils succombent aux
délices faciles du quotidien, caractérisés par le cycle travail-espaces
intermédiaires (circuits, restaurants, auberges)-maison (télé, dodo). Ils
affichent désormais leurs diplômes comme de simples médailles rappelant leurs
exploits scolaires passés. Ils ne lisent presque plus, ils n’apprennent plus,
ils ne se remettent plus en cause, ils ne font plus de la recherche. Les
diplômes leur ont servi à acquérir des strapontins sociaux, un point c’est
tout. Ne leur demandez surtout pas ce qu’ils peuvent apporter au pays avec les
connaissances qu’ils sont supposés avoir acquises, ils ne vous diront rien,
parce qu’ils n’y ont jamais pensé.

Ils ne sont que des consommateurs d’idées
Pour nos docteurs en doctorats, leur rôle se limite à énoncer les problèmes (et
encore !), les solutions venant de là où elles sont conçues d’habitude. Voyez
comment des gens qui sont supposés mieux connaître les réalités de leur pays,
se font dicter les mesures économiques par des jeunes cadres parfois sans
expérience du FMI et de la Banque mondiale ! « Là-bas » on en est au système
LMD à l’université, c’est bon, on l’adopte chez nous. Et quand quelques-uns
d’entre eux essayent de produire de la connaissance, ils sont carrément
raillés, comme le fut Pr Anomah Ngu avec ses essais de vaccin contre le
VIH/Sida. Seulement, en général, les solutions fabriquées ailleurs sont
inadaptables à notre pays, et comme nos docteurs en doctorats n’en produisent
pas, le résultat est celui que nous vivons.

Ils sont complexés
Un recteur à Douala visitait sa faculté de sciences avec son staff de grands
professeurs, et ce qu’il a relevé de grave c’est que les enseignants ne
s’habillent pas en costume et cravate. Et vous voulez que CICAM se porte bien
quand des dirigeants d’une université située dans la chaude capitale économique
du pays imposent des costumes trois pièces comme « tenue décente » à des
enseignants travaillant dans des amphis surchauffés? Parce que chez les «
autres », c’est ça la grande tenue, chez nous aussi ce doit être pareil.
Regardez ces « érudits » dans les débats (façon de parler), et observez que
leur argument massue préféré pour défendre une idée, c’est « même en France ou
aux USA, ça se passe comme ça ». Notre pays n’avancera jamais si nous pensons
que ce sont les « autres » qui doivent décider de ce qui est bon pour nous.
Dire que nous pensions que ce complexe était dû à l’illettrisme !

Ils renient leur savoir pour de la flagornerie
Lorsqu’un linguiste agrégé appelle l’épouse du chef de l’Etat « Madame la
présidente, Son Excellence… », on se demande si on ne rêve pas. Qui d’autre que
le linguiste devait tirer la sonnette d’alarme sur les abus de langage au
Cameroun ? C’est la même surprise désagréable qu’on a lorsqu’une « sommité » du
droit estime qu’on peut retoucher la Constitution chaque fois qu’on le désire,
comme un simple règlement intérieur d’association. Un « grand » politologue
officiant à l’IRIC s’invite à tous les plateaux TV du Cameroun pour démontrer
que la limitation des mandats présidentiels est « antidémocratique ». C’est
grave ! Nos docteurs en doctorats n’ont plus aucun garde fou dans leur
flagornerie à l’endroit du Prince : même les connaissances sont tronquées pour
ces bas desseins. Pas étonnant que les taux de croissance et de chômage (les
chiffres sur la population aussi) tiennent plus de l’affabulation que de la
statistique réelle. Un pays peut-il avancer quand la science est sacrifiée à
l’autel des lubies de ses dirigeants ?

Ils sont lâches et irresponsables
Leur posture favorite lorsqu’ils font semblant de critiquer le pouvoir en place,
c’est d’imputer tous les maux de notre pays à l’entourage du président. Couards
comme ils sont, ils veulent faire croire aux Camerounais qu’ils sont gouvernés
par Dieu Le Père lui-même (l’infaillible), simplement parce qu’ils redoutent
d’éventuels « coups de tête ». Nos agrégés en agrégations admettent volontiers
qu’ils ne pensent pas, chacun de leurs actes étant posé « sous la haute
impulsion de… ». Aucune de leurs interventions publiques ne peut s’achever sans
qu’ils citent « Le chef de l’Etat, Son Excellence… ». Quand ils se font
interviewer dans leur bureau, ils font tout pour que la photo de celui qui
parle à travers leur bouche apparaisse à l’image. Or, comme une seule personne
ne peut produire des idées géniales pour tous les secteurs de la vie du pays,
on se retrouve dans une situation où rien n’est fait nulle part. Et flop !

Ils se prostituent dans les sectes et réseaux
Pour accéder à des postes importants et/ou pour se garantir un « enrichissement
scandaleux », nos « longs crayons » adhèrent aux sectes et réseaux qui
pullulent (à découvert depuis l’avènement du Renouveau) dans notre pays.
Malheureusement pour eux, ils ne découvrent le vrai « mode d’emploi » de ces
cercles mystiques et maléfiques que lorsqu’ils sont déjà à l’intérieur, et les
voilà soumis aux pires humiliations : sodomie, cession d’épouses aux « maîtres
» pour besoins sexuels, etc. Ils roulent carrosse, ils ont l’illusion de
posséder un pouvoir puisqu’on se lève à leur passage, mais comme les
prostituées, ils souffrent dans leur chair et leur psychique. Ils deviennent
donc envieux de la liberté et de la tranquillité d’esprit des simples citoyens,
ce qui engendre la méchanceté. Pas question d’avoir le bien-être social en
restant propre, sans endurer les humiliations comme eux. On comprend ainsi
aisément pourquoi le bonheur du peuple est le cadet de leurs soucis. Mais
dites, comment à ce niveau d’instruction nos docteurs en doctorats ne
savent-ils pas que rien sur cette terre ne s’obtient sans contrepartie ?

Ils sont tribalistes
La déclaration des « élites » du Mfoundi après les émeutes de février 2008 au
Cameroun en est une illustration forte, qu’il n’est point besoin de commenter.
Dès que nos « savants » sont nommés à des fonctions de pouvoir sur le plan
national, ils courent festoyer au village natal. Comme pour dire qu’ils sont
ministres, députés, recteurs, DG ou autres pour leurs frères du village. Ils
soutiennent sans honte l’injuste système des « équilibres régionaux » au
détriment de la compétence, y compris dans les examens et concours, et lors des
recrutements et nominations à des postes de responsabilité. Ainsi, « the right
man at the right place » est purement une vue de l’esprit au Cameroun, et
l’évolution à reculons du pays est une conséquence logique.

Ils sont menteurs et fourbes
Quand on affirme, pince-sans-rire, devant les caméras de télévisions que les
morts lors des émeutes de février 2008 doivent leur triste sort aux bagarres
entre casseurs et pilleurs qui ne s’entendaient pas lors du partage du butin de
leurs forfaitures ; ou lorsqu’on déclare triomphalement qu’il y a eu « zéro mort
» à Bamenda pendant les années de braise, alors que des personnes sont mortes
sous les balles des forces de l’ordre, c’est grave. C’est grave parce qu’on est
parent d’enfants, et même (hélas !) enseignant, donc celui qui est supposé dire
aux jeunes que le mensonge est un vice. Le mensonge a tellement été banalisé
dans notre pays par ceux qui ont la charge de sa gestion, que le terme «
politique » est désormais synonyme de « mensonge ». Vous vous rendez compte
qu’on a donné des quitus de « bonne gestion » pendant des années à des DG
d’entreprises étatiques, alors qu’ils étaient en train de piller et tuer ces
structures ? SNEC, CAMAIR, CAMTEL, ONCPB, CNR, la liste est longue des
entreprises mortes au Cameroun à cause du mensonge et de la fourberie de nos «
experts ».

Ils sont amnésiques
Au début des années 1990, beaucoup de nos « érudits » sont montés au créneau
pour dire que le Cameroun n’était pas encore prêt pour le multipartisme.
Quelques semaines plus tard, les mêmes revenaient sans honte expliquer la
justesse du choix du chef de l’Etat de promulguer les lois qui consacrent le
multipartisme. En 1996, ils ont envahi les médias pour présenter la nouvelle
Constitution comme un modèle du genre en matière de démocratie. Il n’y avait
mieux nulle part : motions de soutien, marches triomphales. Aujourd’hui, voici
les mêmes qui reviennent, toute honte bue, décrier « l’une des meilleures
constitutions du monde ». Que dire de ce professeur qui, plus jeune, avait vécu
des grèves d’élèves au lycée à Bonabéri et à l’université de Yaoundé, qui vient
appuyer la thèse de la manipulation des jeunes dans leurs récentes
revendications. Il n’y a donc que la jeunesse du Cameroun qu’il faut manipuler
pour qu’elle réalise qu’elle a faim ? Au Burkina, au Sénégal et ailleurs, les
jeunes sont donc plus « mûrs » qu’au Cameroun ! Une telle amnésie ambiante
confine notre pays à l’éternel recommencement, donc à la stagnation et au
recul.

Ils sont faibles et manipulables
Il n’y a pas longtemps, on a dit aux Professeurs-Docteurs-Ingénieurs-Experts du
Cameroun qu’il fallait devenir chef de village pour montrer qu’on « maîtrise »
une portion de la population, et obtenir ainsi une meilleure part du gâteau
national. Alors ça a été la ruée vers les chefferies dans les villages du pays
: quand on était vraiment éloigné de la famille régnante, on mettait sa fortune
à contribution pour porter au trône « sa » personne. L’autorité traditionnelle a
été fragilisée, décrédibilisée.
Demandez à ces trouillards de marcher à quatre pattes en invoquant de « hautes
instructions », et ils vont faire mieux : ils vont ramper. De petits « indics »
leur extorquent ainsi de fortes sommes d’argent sous prétexte de pouvoir faire
avancer leur dossier en haut lieu. Le plus grave c’est que des maîtres d’EPS et
de petits informaticiens conçoivent des slogans et des arguments ridicules, et
nos « profs » les répètent comme des perroquets. Etre allé à l’école si
longtemps pour n’être que des marionnettes, c’est triste. Malheureusement
l’incidence de cette réalité n’est pas qu’individuelle ; le Cameroun en pâtit,
car ces grands diplômés qui nous dirigent sont tout autant manipulables par les
étrangers. Et nos entreprises, même de souveraineté, sont bradées ; les marchés
et contrats de dupes en notre défaveur sont légion.

Ils sont corrompus et voleurs
Jadis, on identifiait les gens qui avaient « beaucoup lu » par leur détachement
pour les biens matériels. Ils ne rêvaient que de reconnaissance pour leurs
performances dans leur domaine de connaissance. Aujourd’hui, les super diplômés
rêvent de grosses voitures, de châteaux, et de comptes bancaires obèses. Même au
sein des universités, on voit comment ils se battent comme des chiffonniers pour
décrocher des « missions juteuses ». Quand vous circulez dans nos grandes
villes, on vous montre les immeubles construits par tel agrégé, ou tel expert
avec l’argent volé à l’Etat. On s’est même servi de l’argent destiné à stopper
l’expansion du VIH/SIDA pour bâtir de colossales fortunes. Si la lutte contre
la corruption et les détournements était réelle dans notre pays, aucune
université au monde n’aurait une plus forte concentration de
Professeurs-Docteurs-Ingénieurs-Experts que nos prisons. Conséquence, comme
ceux qui devaient avoir assez de distance avec le quotidien pour penser le
devenir du pays sont absorbés par la recherche des gains faciles, le Cameroun
est sur pilotage automatique.
Il faut préciser que les tares relevées ici ne sont pas exhaustives. Ce qu’il y
a de plus inquiétant, c’est que cette race de « docteurs en doctorats » sans
consistance est en train de se renouveler, ce qui est normal, puisque beaucoup
d’entre eux sont assez cyniques pour continuer à enseigner. Une des preuves de
ce nivellement par le bas est le comportement des mototaximen : ils sont
discourtois, imprudents, ils ignorent le code de la route, pourtant on nous dit
qu’ils sont en grande partie titulaires de licences et de maîtrises.
Alors, quand les grands diplômés d’un pays donnent une telle image d’ignorance
de la vie en société, il y a de quoi croire que le peuple dont ils sont
supposés être les « éveilleurs de consciences » est d’une idiotie proverbiale.
Heureusement que cette déduction ne résiste pas à l’affirmation de cette
grand-mère qui disait toujours qu’il y a l’intelligence de l’école, et il y a
aussi l’intelligence humaine tout court qui ne se mesure pas au nombre de
diplômes. Il n’y a donc pas lieu de désespérer du Cameroun, car un pays ne se
construit pas uniquement avec des agrégés, et les couches moyennes qui portent
le pays à bout de bras, sont en train d’apprendre à satiété ce qu’il ne faut
surtout pas faire si on veut faire avancer un pays. Expérience qu’elles
mettront à profit lorsque l’alternance se fera dans la manière de penser et de
conduire le Cameroun.

Par Charles MONGUE chmongue@yahoo.fr

Publié dans CAMEROUN : laideurs et décadence | 1 Commentaire »

Colonisation en Algérie: «C’est la première fois que la France reconnaît sa responsabilité»

Posté par issopha le 29 avril 2008

  Colonisation en Algérie: «C’est la première fois que la France reconnaît sa responsabilité» 

Colonisation en Algérie: «C’est la première fois que la France reconnaît sa responsabilité»

La casbah d'Alger, le 10 janvier 1957, durant la guerre d'Algérie, au cours de la bataille d'Alger 

En ce moment à la une

AFP/Archives ¦ La casbah d’Alger, le 10 janvier 1957, durant la guerre d’Algérie, au cours de la bataille d’Alger

 

L’ambassadeur de France en Algérie, Bernard Bajolet, a déclaré dimanche à Guelma (est) que le «temps de la dénégation» des massacres perpétrés par la colonisation était «terminé». Pour Benjamin Stora, historien spécialiste de l’Algérie et auteur de «Appelés en guerre d’Algérie» (Editions Gallimard, La Découverte, 2008), il s’agit d’une déclaration importante. Interview.

En quoi les propos de Bernard Bajolet marquent-ils une nouvelle étape dans les rapports entre la France et l’Algérie?

C’est la première fois que la France reconnaît officiellement sa responsabilité. Non seulement l’ambassadeur a qualifié les faits, en parlant de «massacres», mais il a reconnu «la très lourde responsabilité des autorités françaises de l’époque dans ce déchaînement de folie meurtrière (qui a fait) des milliers de victimes innocentes, presque toutes algériennes». Son prédécesseur, Hubert Colin de Verdière, avait seulement évoqué en 2005 une «tragédie inexcusable».

Comment expliquer ce tournant?

On observe depuis le discours de Nicolas Sarkozy à Constantine en décembre dernier une véritable volonté de tourner la page en vue de construire l’Union méditerranéenne, dont le premier sommet est prévu le 13 juillet à Paris. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard si cette déclaration intervient au moment où Nicolas Sarkozy est en Tunisie. L’Algérie, avec ses 1.200 km de frontières le long de la Méditerranée, est un partenaire économique et politique incontournable de cette Union.

La France va-t-elle finir par présenter des excuses, comme le souhaiterait l’Algérie?

Pas forcément. La France est prête à la reconnaissance, pas à la repentance. La presse algérienne l’a regretté ce lundi. Les propos de Bernard Bajolet ont toutefois fait la une des journaux, ce qui prouve leur portée. Reconnaître la blessure de l’autre, c’est déjà une étape importante.

AFP/Archives ¦ La casbah d’Alger, le 10 janvier 1957, durant la guerre d’Algérie, au cours de la bataille d’Alger

 

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Propos recueillis par Catherine Fournier
 

vos réactions

Peace__ | 29.04.2008 – 10h18

Les africains étaient cannibales avant que la France viennent mettre de l’ordre là bas… Ils se bouffaient entre eux si si véridique…

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Peace__ | 29.04.2008 – 10h17

J’ai lu aussi que si la France est en crise aujourd’hui c’est à cause des africains qui la pillent, particulièrement des algériens qui volent, violent et pillent

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Peace__ | 29.04.2008 – 10h16

Ils ont même pas dit merci pour tout ce que l’europe leur a rapporté

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Peace__ | 29.04.2008 – 10h16

J’ai lu que les pays d’Amérique du Sud, d’Asie du Sud et d’Afrique avaient pillé l’Europe et réduit en esclavage un milliard d’européens pour s’enrichir

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Peace__ | 29.04.2008 – 10h14

Bah du coup ça repasse

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Peace__ | 29.04.2008 – 10h14

Pourquoi mes post ne passent plus?

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rlgonesse | 29.04.2008 – 10h13

Pourquoi Gilou87 qui dit la vérité et qui en oublie beaucoup a-t-il été signalé au modérateur. Avec les Lobbies actuels les poêtes qui disent la vérité doivent être exécutés. l’inquisition est de retour !

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rlgonesse | 29.04.2008 – 10h09

Les français ? quels français ? cet ambassadeur ne parle que pour lui mais certainement au nom DES Français. Que seraient devenus ces pays pleurnichards sans la colonisation ? là est la vrai question. Vite 20mn censurez comme d’hab.

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la normande | 29.04.2008 – 09h59

On ne peut malheureusement pas changer le cours de l’histoire… les japonais et les chinois, les japonais et les américains… les allemands et l’europe… la guerre de 100 ans avec les anglais…

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la normande | 29.04.2008 – 09h54

et mon fils qui a deux ans, doit-il faire acte de repentance ? et charles martel en 732 ? On fait quoi ?

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emcaun | 29.04.2008 – 09h32

Une chose m’inquiète à lire le ressenti « des minorités visibles qui s’accroissent » sur le territoire national. Lorsque la tendance va s’équilibrer et qu’il devront cotiser pour les retraites, croyez vous que cela va se passer gentiment si le ressentiment est si vif ? A cela aussi il conviendrait de réfléchir……..

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minoucha | 29.04.2008 – 09h30

la question est reconnaissons nous avoir massacré a tour de bras en Algérie oui ou non. Reconnaissons nous avoir massacré plus de 45000 personne hommes femmes vieillards le 08 mai 1945 pendant que les alliés fetaient la libération.Si nous le reconnaissons ce sera tout à notre honneur, sinon ça ne changera rien pour les algeriens qui de toute façons commémorent chaque année cet événement tragique de leur histoire.

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Agnotisme | 29.04.2008 – 09h24

Agnotisme | 29.04.2008 – 09h00 merci a tous ceux qui recommande mon post

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HailieJade | 29.04.2008 – 09h21

Grace a nous ils ont des routes et un semblant de civilisation…..

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Hani | 29.04.2008 – 09h00

@Agnotisme Ces entreprises etaient payées par l’etat francais qui se faisait payer largement par les richesses de l’Algerie. Il y a double paiement ou pillage, on l’entend comme on veut. Ceci dit je pense du bien de beaucoup de français que j’ai rencontré en France, des gens sensés et justes.

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PAVE | 29.04.2008 – 08h59

Quand la France aura t’elle terminé avec ses regrets, cela confine au ridicule, tous les pays ont été un jour dominés par d’autres, les régimes totalitaires copmme les démocratie, celui qui n’arrive pas a s »en convaincre devrait relire l’histoire du monde; De plus, vous remarquerez pour l’ensemble des décolonisés sans exception, que leurs dirigeants ont amené la liberté et la prospérité à chacun, n’en déplaise aux porteurs de valises du FLN et autres pourritures. Bouteflika vient se faire soigner à Paris, quelle honte

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Agnotisme | 29.04.2008 – 08h52

@Hani :: ces entreprise avais investi dans ce pays construit des routes des écoles il est normal qu’il récupère leurs fonds et j’en passe que dirais tu si ont ne versai pas de salaire aux immigrés pour leurs travail

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Agnotisme | 29.04.2008 – 08h45

La France a oublier de faires des excuses a ::: L’Indochine française (Liên bang Đông Dương, Đông Dương thuộc Pháp) est une ancienne colonie française, création de l’administration coloniale, regroupant : * le Tonkin, l’Annam et la Cochinchine sous le nom d’État du Viêt Nam (territoire indentique a celui de l’actuelle République Socialiste du Viêt Nam * le Laos ; * et le Cambodge.::::::Pourquoi toujours nous faires croire qu’il n ‘y avais des colonies qu’en Afrique ::::comme le dis( France_Amerique )qu’on t’il de ce pays âpres la décolonisation et le pillage des biens des coloniaux

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Hani | 29.04.2008 – 08h37

Le pays est riche et ceux qui sont en France, viennent recupérer 130 ans de pillage de l’Algerie par la France. Je sais que l’ignorence fait dire n’importe quoi mais pas plus tard qu’en 1971, la France avait droit à 49% des recettes du petrole et du gaz algerien. Naturellement, y en a toujours qui crachent dans la soupe.

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Hani | 29.04.2008 – 08h33

La france continue de faire des excuses et des courbettes à certains et refuse d’en faire à d’autres c’est ça LE PAYS DES DROITS DE L’HOMME. L’histoire tourne.

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minoucha | 29.04.2008 – 08h09

la question est: reconnaissons nous avoir massacré a tour de bras en Algérie oui ou non. Reconnaissons nous avoir massacré plus de 45000 personne hommes femmes vieillards le 08 mai 1945 pendant que les alliés fetaient la libération.Si nous le reconnaissons ce sera tout à notre honneur, sinon ça ne changera rien pour les algeriens qui de toute façons commémorent chaque année cet événement tragique de leur histoire.

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paulcool | 29.04.2008 – 08h08

cela date de 50 ans.. et je ne me souviens pas que dans les années 90 on ait demandé des excuses aux allemands…

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garbure64 | 29.04.2008 – 07h59

Les « massacres » dus aux guerres coloniales n’ont rien de différent avec ceux commis lors des guerres de conquête des Maures et leur colonisation de nombreux pays (dont près de nous l’Espagne). A-t-on jamais entendu un quelconque pays musulman faire repentance pour autant? Arrêtons donc de toujours vouloir juger aujourd’hui devant notre télévision, confortablement assis dans notre fauteuil et un verre à la main, de ce qui aurait du être politiquement correct 200 ans en arrière. Les soubresauts de notre histoire, avec leurs bons et mauvais côtés, sont une réalité mais pas un motif de repentance.

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minoucha | 29.04.2008 – 07h34

oncledonald tu veux déverser ta haine ? et bien fais le! mais de grace arrete de raconter des histoires! l’algerie est assise sur des centaines de milliards de dollars et à ce jour elle n’a jamais demander l’aide de qui que ce soit! tu dois confondre avec d’autres pays!

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enchine | 29.04.2008 – 07h34

Jojolafrite: Merci d’avoir corrigé mon « en tent » par « en tant ». je n’ai aucune excuse pour ceete faute. Bonne journée.

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oncledonald | 29.04.2008 – 07h28

quel géant ? géant de recevoir tous les ans un chéque de la france , depuis la fin de la guerre, ils n’ont pas avancé d’un pouce, si aussi géant que cela pourquoi l’immigration. ?

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minoucha | 29.04.2008 – 07h24

Que de fiel déversé sur un pays marthyr que nous avons asservi pendant 130 ans! Aujourd’hui ce pays est devenu un géant incontournable (avec ses problèmes)et qui ne nous demande rien qui plus est! La question est :D evons nous oui ou non reconnaitre les pages noires de notre histoire récente dans ce pays?(pour setif c’est 45000 morts en qq jours)

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oncledonald | 29.04.2008 – 07h12

personne n’a rien compris, d’abord des escuses , ensuite des chéques pour réparation.

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alexandrelameth | 29.04.2008 – 07h05

devront nous nous excuser de tout ce qu’on a fait … bientot des excuses apres les guerres Napoléoniennes … et la guerre de 100 ans ! on ne s’est pas excusés auprès des anglais … et l’occupation des DOM ? Martinique et guadeloupe ? bientot des excuses ?

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lockz | 29.04.2008 – 00h04

@Jojolafrite ahah ça fait un momment que je me dit ça. Mais c’est bien connu de toute facon en France on a rien à craindre suffit d’avoir confiance en nos politiciens: Les allemands ne passeront pas la ligne Maginot .. Le nuage de chernobyl ne passera pas la frontière.. La crise US n’atteindra pas la France..

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enchine | 28.04.2008 – 23h41

Reconnaitre ses erreurs montre l’intelligence d’un pays.

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Jojolafrite | 28.04.2008 – 23h39

Dans la baisse de pantalon, notre gouvernement est tout à fait impressionnant ! Il excelle dans ce domaine ! Jamais vu une telle palanquée de poules mouillées, que ce soit avec la Chine, la Tunisie, ou l’Algérie…

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paulcool | 28.04.2008 – 22h52

encore , cette histoire? ils attendent qu’on leur donne quoi, en echange?

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lockz | 28.04.2008 – 21h54

L’histoire n’est que succession de guerres et de conquêtes apportant mort et souffrance pour les vaincus. Aucun pays ne peut se vanter d’être blanc comme neige à ce sujet. Heureusment que les niait de Français sont là . Toujours volontaires pour baisser nos pantalons en premier et se faire m.. à la moindre occasion.

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vladana | 28.04.2008 – 21h20

« J’ai fait un rêve, c’est que les peuples de la Méditerranée du Nord comme du Sud soient aussi imaginatifs et courageux que les peuples d’Europe continentale » (Nicolas Sarkozy, Monaco, 25/04/2008)

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lafayette | 28.04.2008 – 20h58

la non repentance « dixit Sarkozy pendant la campagne ! maintenant tout est permis pour son projet ! après va-t-il s’excuser ??????? d’avoir menti pendant la campagne électorale !!! pour moi il ya eu des morts et de la souffrance de chaque coté !

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France_Amerique | 28.04.2008 – 20h53

Azertie: tout ca parceque je ne pense pas comme vous. C’est inquietant!!!

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mario | 28.04.2008 – 20h50

A force la France va se mettre a plat ventre,les massacres les algériens en ont commis beaucoup du temps de la guerre d’Algérie et eux aussi devraient s’excuser platement. Quand a cet ambassadeur c’est un nul.Bravo Sarkozy qui devait nous sortir de la repentance.Les excuses de la France ne nous concernent pas et ne nous engagent pas.

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Peace__ | 28.04.2008 – 20h50

Dire que la France doit reconnaitre ses erreurs ne veut pas dire que la France est pourrie, simplement hypocrite…

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Peace__ | 28.04.2008 – 20h48

La France demande aux Turques de reconnaître le génocide arménien, elle ne reconnait même pas le massacre de Sétif, du pont St Michel, et autres exactions commises durant cette période. « Délaisse la paille dans l’oeil de ton voisin, et occupe toi de la poutre qui encombre le tien »

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tawfik | 28.04.2008 – 20h43

France_Amerique : Tu en a pas marre de te foutre la honte ?

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France_Amerique | 28.04.2008 – 20h40

« La valise ou le Cercueil » phrase dite de la part des Algeriens aux Francais, maintenant resultat il faudrait que les Francais s’excusent.Imaginez une seconde si les Francais emploient cette phrase a l’heure actuelle a tous les Algeriens en leur disant: ‘La valise ou le cercueil » on se ferait incendier, toutes les associations de Gauche se mobiliseraient en nous traitant de Fachistes etc… Conclusion: Il faut penser a la reciprocite lorsque l’on emploie des termes pareilles: A EUX DE FAIRE DES EXCUSES, car en plus ce n’etait pas seulement une phrase en l’air, ils l’ont appliquees cette phrase.

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lebedouin3 | 28.04.2008 – 20h38

la purée de nous ôôôôôtres , c’est vraiment des calamars ces politiques ….ah ah ah

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Mohamed | 28.04.2008 – 20h37

Et si un jour il me prends l’envie de rentrer chez quelqu’un parce qu’il vit différemment de moi et que je pense que ma façon de vivre est meilleur, que je l’enchaine, l’asservisse pour soi-disant l’éduquer à ma façon de vivre, que je mange dans son frigo et qu’au final je parte en laissant un pot de fleur dans son salon… Dirait-on que j’ai amené chez lui un quelconque progrès?

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lebedouin3 | 28.04.2008 – 20h32

Et puis disons le clairement , la France n’etait pas si pourrie que ca puisque beaucoup d’algèrien sont venus en France tout de suite aprés l’indépendance nous avons meme un secretaire d etat de la république Francaise dont le pere etait un militant du FLN ….. euh !!! et …. la valise ou le cercueil …. faut pas oublié les deux cotés ,

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emcaun | 28.04.2008 – 20h28

C’est bizare, la dernière fois que Chirac y est allé, on voyait des étudiantes en jean, cheveux libres, qui réclamaient des visas pour venir étudier en France. Il n’était pas question d’autre chose. Lorsque Bouteflika vomit sur la France et vient ensuite se faire opérer au Val de Grâce par d’horribles médecins militaires.

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aubeline | 28.04.2008 – 20h19

Pas suffisant ! … on va demander des excuses à tous nos amis, aux Anglais pour avoir oser nous « brûler » Jeanne d’Arc, aux Russes pour avoir « engendré » Staline, aux Allemands pour nous avoir « pondu » Adolphe, aux Italiens pour Mussolini, aux espagnols pour Franco … et … et … et (gag) !

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Crouzeille | 28.04.2008 – 20h12

En 1850 les Francais, puis les Suisses, et d’autres sont venus en Algérie pour exploiter les terres, c’est vrai ! Que ce serait-il passé si d’autres étaient venus ? Que ce serait-il passé si personne n’était venu ? Donner des visas ? C’est déjà fait….En faut-t-il plus encore ? Peut-être…

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v71620 | 28.04.2008 – 20h08

Tant qu’on y est, on devrait aller jusqu’au bout de la démarche, et retirer toutes les « saletés » qu’on a laissé en Algérie: les routes, les chemins de fer, les hôpitaux, etc…

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Azertie | 28.04.2008 – 20h07

Vous vous demandez pourquoi demander des excuses maintenant et pourquoi à l’Algérie en particulier.C’est simple l’Algérie est un pays très riche en matières premières que sont pétrole et gaz ; petit rappel le sahara c’est les 2/3 du pays.

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emcaun | 28.04.2008 – 20h05

l’Algérien moderne at’il demandé pardon aux Chleus, Berbères, kabyles qui ont été conquis et pour certains convertis par la coercition à l’Islam ?

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emcaun | 28.04.2008 – 20h04

l’Algérien moderne at’il demandé pardon aux Chleus, Berbères, kabyles qui ont été conquis et pour certains convertis par la coercition à l’Islam ?

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France_Amerique | 28.04.2008 – 20h04

Azertie: Le mal!!! je ne pige pas, une colonisation n’est pas toujours le mechant blanc avec un fouet, et les pauvres noirs enchaines. Les Algeriens etaient bien traites, L’algerie etait magnifique, du boulot pour tout le monde, ils nous aimaient je vous le jure.Il faut cesser ces cliches de Gauche pour se faire passer pour des monstres alors qu’il n’y a pas de raison d’etre.

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phantom | 28.04.2008 – 20h03

Il serait peut-être temps qu’ils arrêtent de jouer les victimes ! Ils vont nous sortir la colonisation encore combien de temps ? 10 ans, 1 siècle, 1 millénaire ?

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alvi | 28.04.2008 – 20h00

Je me demande quand même pourquoi on ne demande pas aux Romains, aux Grecs, aux huns, aux Vikings, etc etc de reconnaître leurs invasions, leurs colonisations, d’avoir apporté une certaine culture qu’on visite quand on se déplace en Europe, en Afrique du Nord, au Moyen Orient. Il me semble que les Maures (ou Arabes) ont colonisé l’Espagne, sont arrivés jusqu’à Poitiers, les Espagnols sont arrivés au moins jusque dans le Pas de Calais … Ca devrait en faire des excuses ! Le passé permet de construire l’avenir, on devrait en rester là.

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France_Amerique | 28.04.2008 – 19h59

Zeta_2_Recticuli: Tout a fait d’accord. Une question de bon sens aussi, Ne pensez-vous pas que si la France etait un pays qui a fait souffert et tyrannise ce peuple, les Algeriens eviteraient a venir en France. On ne se jette pas dans la gueule du loup comme ca, il faut etre debile. Nous les vilains Francais qui ont fait tant de mal. C’est la ou je ne comprends pas.

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Azertie | 28.04.2008 – 19h55

Il était temps même si le mal est déja fait , un siècle de colonisation …

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France_Amerique | 28.04.2008 – 19h53

tawfik: Tu ne fais qu’insulter et non debattre. bref c’est pas grave, ce ne sont que quelques mots. Au revoir

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bastet 17 | 28.04.2008 – 19h43

désolée pour le « bug »

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bastet 17 | 28.04.2008 – 19h42

ben, que de cicatrices non guéries…

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bastet 17 | 28.04.2008 – 19h41

ben, que de cicatrices non guéries…

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tawfik | 28.04.2008 – 19h37

France_Amerique : Internet doit être un outil plutôt très intéressant pour toi car dans la vrai vie je pense et je parierais même que tu est le premier a la baisser, la culotte.

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France_Amerique | 28.04.2008 – 19h36

tawfik: Mon cher anarchiste, on s’en moque des fautes d’ortographe, le tout c’est que le message soit passe.tawfik

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tawfik | 28.04.2008 – 19h34

France_Amerique : Le patriotisme passe aussi par savoir écrire le français, il faut revoir ta copie petit facho complexer.

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Oracle | 28.04.2008 – 19h28

@ mario, il faut demander des excuses aux wisigoths avant , a moins que vous etes un, dans ce cas il faut que vous le faites pour les premiers habitants de l’iberie.

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France_Amerique | 28.04.2008 – 19h27

Toujours s’excuser, toujours debourser, toujours baisser sa culotte, ce n’est pas la France qu’il faille reformer mais ces Francais qui ont la tete tournait en arriere avec le pantalon baisse.

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privileges | 28.04.2008 – 19h23

Enfin un début d’honneteté .C’est bien court et un peu tardif.Mais esperons que ce n’est qu’un premier pas…

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la normande | 28.04.2008 – 19h14

@fabrice 1327 tu as été signalé, moi ça m’arrive souvent…

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fabrice1327 | 28.04.2008 – 18h53

Toujours s’étendre devant eux. Quand on voit ce qu’ils font de leur pays (et du notre).

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aubeline | 28.04.2008 – 18h52

Jusqu’à quand allons « porter » sur nos épaules les « erreurs » de l’ Histoire ? … on va finir par demander à nos amis Anglais de s’excuser pour avoir brûler Jeanne d’Arc !

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marsouin | 28.04.2008 – 18h49

@la normande: cela te va bien de dire cela, on t’a pas demandé d’envahir la france avec tes drakkars, le roi t’as donné ce que l’on appelle normandie pou eviter le sac de paris! la normande tu finiras en camp de retention (lol)

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marsouin | 28.04.2008 – 18h38

la colonisation est un mal pour un bien. apres 134 ans d’un territoire de clans est sortie une nation. une nation qui s’egorgeait a tour de bras… mais entre eux! c’est mieux.

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sabreena75 | 28.04.2008 – 18h36

Un petit pas mais c’est deja mieux que le denie

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85976rep64 | 28.04.2008 – 18h33

Reconnaitre c’est bien mais ce n’est pas suffisant !

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Publié dans AFRIQUE NOIRE : Réécrire l'Histoire, LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY | Pas de Commentaire »

Nicolas Sarkozy atteint au mois d’avril un record absolu d’opinions négatives

Posté par issopha le 29 avril 2008

SONDAGE

Nicolas Sarkozy atteint au mois d’avril un record absolu d’opinions négatives

NOUVELOBS.COM | 29.04.2008 | 07:17

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Avec 64% d’opinions négatives, jamais un président n’avait enregistré un taux de mécontentement aussi fort depuis la création du baromètre mensuel BVA, en 1981. Le Premier ministre, François Fillon, baisse lui aussi, à 43% de satisfaits (-8) contre 46% de mécontents (+10). Le sondage a été réalisé avant l’interview télévisée du chef de l’Etat.

Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy

(c) Reuters  

Nicolas Sarkozy établit un record d’impopularité dans le baromètre BVA-L’Express, rendu public lundi 28 avril. Il perd 8 points de popularité en un mois, à seulement 32% de bonnes opinions, selon ce sondage réalisé avant l’interview télévisée du chef de l’Etat.
Le président réunit en avril 64% de mauvaises opinions (+9), selon cette enquête. 4% des personnes interrogées ne se prononcent pas.
Selon le directeur de BVA Opinion, Jérôme Sainte-Marie, ce taux de mauvaises opinions est « le plus élevé jamais enregistré » par son institut depuis la création de son baromètre de l’exécutif en 1981. En revanche le faible taux de bonnes opinions (32%) s’est déjà rencontré (Jacques Chirac en novembre 1995, et même 31% pour François Mitterrand en mars 1992).
La popularité de François Fillon baisse elle aussi fortement. Le Premier ministre inspire désormais une majorité de mécontents: 46% (+ 10) contre 43% de satisfaits (-8 points). 11% ne se prononcent pas.

Delanoë reste devant Royal

Du côté de l’opposition, le sondage BVA montre par ailleurs un resserrement de l’écart de popularité entre Bertrand Delanoë et Ségolène Royal. 49% des Français souhaitent que le maire de Paris « ait davantage d’influence dans la vie politique française », en baisse de 2 points, contre 43% pour la présidente de Poitou-Charentes (+2 points). Ségolène Royal devance cependant Bertrand Delanoë parmi les sympathisants de gauche: 71% contre 64%.
Derrière les deux socialistes, les Français placent en troisième position le centriste François Bayrou (42%, -3 points), puis le trotskiste Olivier Besancenot (41%, en baisse de 2 points).

65 % favorables au mouvement lycéen

Parmi les ministres, Jean-Louis Borloo arrive en tête avec 39% (-5 points), devant Michèle Alliot-Marie (37%, -4). La secrétaire d’Etat à l’écologie Nathalie Kosciusko-Morizet, qui s’est illustrée pour avoir accusé Jean-Louis Borloo et Jean-François Copé de « lâcheté », fait son entrée dans le baromètre avec 23% des sondés qui souhaitent lui voir jouer un rôle plus grand à l’avenir.
En outre, 65 % des sondés se disent « plutôt favorables » au mouvement lycéen pour la défense du service public d’éducation, contre 30% qui y sont opposés et 5% qui n’ont pas d’opinion.

- Sondage réalisé en face à face du 22 au 24 avril (l’émission télévisée de Nicolas Sarkozy ayant eu lieu le 24 au soir) auprès d’un échantillon national représentatif de 994 personnes de 18 ans et plus (méthode des quotas). Notice détaillée disponible auprès de la commission nationale des sondages.

Les réactions des lecteurs

jajounette
banalite
N’y a-t-il aucune autre derniere nouvelle a publier que ces statistiques ridicules fondees sur une echantillon de population bien cible qui satisfera les antisarko? Quelle mauvaise foi!
29.04 à 09h41
Guy Charre
Futur
J’attends avec impatience le moment où vous l’aurez élu votre égérie et que vous continuerez dans votre vieux pardessus rapé à vous en aller l’hiver l’été pour gagner sa vie comme on peut, mes vieuuuux!
Je vous chanterais: « faut paaaas. pleurer comme caaaa ».
29.04 à 09h32
L’habile-bête
Le blingblinguisme !!!!
Il s’agit d’un mode général de fantaisies ou de comportements grandioses, de besoin d’être admiré et de manque d’empathie qui apparaissent au début de l’âge adulte.
Le sujet a un sens grandiose de sa propre importance. Il surestime ses réalisations et ses capacités, s’attend à être reconnu comme supérieur sans avoir accompli quelque chose en rapport.
Est absorbé par des fantaisies de succès illimité et de pouvoir.
Pense être spécial et unique et pense ne pouvoir être admis ou compris que par des institutions ou des gens de haut niveau.
A un besoin excessif d’être admiré.
Pense que tout lui est dû et s’attend à bénéficier d’un traitement particulier et favorable à ses attentes.
Exploite les autres et utilise autrui pour parvenir à ses propres fins.
Manque d’empathie et n’est pas disposé à reconnaître les sentiments ou les besoins des autres.
Envie les autres et croit que tout le monde l’envie.
Fait preuve d’attitudes et de comportements hautains et arrogants.
29.04 à 09h27
andgiee
mécontentement
J’ai écouté le discour du président, il est clair qu’il ne peut pas remonter une france qui se trouve en déficit depuis 1976 ou 78 dans l’espace d’un an, mais il faudrait qu’il nous explique comment il va nous sortir de cette panade avant 2012, il aurait pour certaines choses une bonne politique (il nous endort) car lui même hésite devant les journalistes, comment va-t-il appliquer certaines promesses alors que les caisses de l’état sont soit-disant vide? j’ai quand même bien peur qu’il soit obliger de faire quelque chose avant qu’un mai 68 nous tombe dessus car il faut être réaliste entre l’euro qui nous tue s’ajoute l’augmentation du gazoil et l’augmentation de la vie qui monte en flêche, le petit en prend plein la figure, c’est pour cela que j’ai peur que ça éclate – malheur quand même à ceux qui tomberont pendant que lui sera à l’abri.
29.04 à 09h24
Caverne
vais attendre ici
en lisant quelques inepties pro sarko d’aveugles peau de saucissonnés de frais.

Des interrogations sur la pertinence des sondages, d’autres sur la sincérité des sondeurs. Des critiques acerbes sur les gauchos qui ne proposent rien (on se demande d’ailleurs qui gouverne…).

Des approximations de posteurs sur la comparaison entre ex président et actuel occupant de la rue du Faubourg St Honoré.

Enfin, je vais lire des insultes à l’égard de ceux qui, comme moi, ne supportent plus l’arrogance et la fatuité de notre Président Magnanime.

Tout ça en t’attendant….
29.04 à 09h15

MaxBeeting
Réjouissons nous
mes Frères … La FIN est proche …. !
29.04 à 09h03
guronsan
@regard75
MITTERAND 2 SEPTENNATS ET SARKO 1 AN, battu à plates coutures le sarko
29.04 à 08h56
beb06
la question est ..
La question est « jusqu’où ira-t-il sans qu’on l’arrête? »
29.04 à 08h56
regard75
Victoire
Il va bientôt battre Mitterrand

CQFD


29.04 à 08h46

Stéphounet
Sondages = rigolade
Ce qui me fait rigoler par dessus tout, c’est le « sondage 994 personnes », comme si la france entière était représenté par 994 personne, ridicule.
29.04 à 08h20
Anne
Répliques de cinéma
Vous avez dit « bizarre » ?
Je vous réponds « t’as de beaux yeux, « regard 75″ :) )
Désolée, je n’ai pas pu m’en empêcher …
29.04 à 08h09
christina7
record Sarkozy
Depuis que l’on nous annonce 6, 7 ou points de baisse de popularité du président le céritable score de satisfaits devrait être aujourd’hui en dessous de zéro.
Oui c’est un zéro face à la politique partisane du gouvernement toutes persoinnalités confondues.
Toutes ces réformes en forme de cadeaux visibles ou induits aux plus riiches commencent à porter leurs fruits d’insuffisance économique.
Que la consommation soit en baisse sensible n’a rien d’étonnant puisque ceux qui ont besoin de tout n’ont pas de ressources pour consommer, mieux celles-ci s’amenuisent quant ils en ont. Tandis que ceux qui n’ont besoin de rien et qui consomment ou placent leur argent à l’étranger sont favorisés par toutes ces mesures archaïquement droitières.
Va va mal finir.
29.04 à 08h08
regard75
On se demande parfois qui sont les sondés….
Parfois les sondages nous révèlent des choses étonnantes, et celui-ci n’échappe pas à la règle.
Voir un 1er ministre qui baisse autant d’un sondage à l’autre alors qu’il est resté discret, bizarre…
Voir un homme politique d’extrême gauche (Besancenot) dont 41% des sondés souhaiteraient le voir jouer un rôle dans les prochains mois, alors qu’ils souhaitent aussi que ce soit le cas de Bayrou, je m’interroge…

Car ce souhait ne se traduisant pas dans les urnes, c’est bizarre…

Les Français qui sont sondés (toujours les mêmes du reste) en auraient ils marre des sondages ? au point de répondre n’importe quoi ?

CQFD


29.04 à 08h04

Greg
>>>LUNIAC
Désolé pour vous mais la compétence d’une personne ne se juge pas à ses opinions politiques. De gauche comme de droite il y a pas mal d’incompétents et pour preuve !
Sarkozy est un incompétent tout juste bon à faire briller sa Rolex sur un yatch, les réformes qu’il souhaite lancer manquent cruellement d’intelligence et de logique. Laissons le au bord de son navire qui est en train de couler.
29.04 à 07h30
luniac
soyonsérieux
il s’agit d’éviter de se retrouver sur la pailles,les réformes sont une nécessité,les gauchistes ont beau-jeu de critiquer,se souvenir que Jospin à laché le navire et qu’il s’est tiré comme un voleur,gauchistes relevés les manches at au turff
29.04 à 07h01
fred
la faim…..
Je suis bénévole au secours populaire, je doit dire que la misère atteint des niveaux records. Nous manquons d’aliments a distribuer les dotations européenne ont beaucoup baisées nous ne pouvons faire face aux demandes. J’aurais jamais cru qu’au 21 ieme siècle la famine réapparaitrait en France, oui la FAMINE et je pèse mes mots. Tout cela a cause des spéculations de quelques nantis qui eux ont reçus un paquet fiscal de 15 milliards.
Comment un président qui vit dans l’opulence et le bling bling peut il le comprendre et bientôt il passera des vacances de rêve avec son top modèle sans se soucier des milliers d’enfants qui mangent pas a leur faim
29.04 à 05h35
jif37
C’est Séglène qu’il nous faut, Ô,Ô, Ô…..
Ah ! Oui ! Comme tout irait mieux en France si on avait élu Ségolène !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
29.04 à 03h06
artmorik
Serait ce
notre Bush à nous , les p’tits français
29.04 à 02h27
Camille
@ alternaute
En tant que plus mauvais Président de la Vème, Sarkozy n’est pas à même de bien représenter la France.
Il te faut donc partir du postulat que la France, ce n’est pas Sarkozy.
29.04 à 01h33
alternaute
j’pige pas…
…considérant le portrait que « vous » faites de ce qu’est devenue la France sous Sarko, comment voudriez-vous qu’elle puisse encore se réclamer des  » Droits de l’Homme  » et faire la donneuse de leçons…Contradictoire, non ???
29.04 à 01h02

marief
@ destoc
Et bien enfin vous appréciez la gauche ! comme NS !!!
Carla Bruni a déclaré qu’elle n’aurait jamais voté pour lui et qu’elle avait toujours défendu les causes soutenues par la gauche!
C’est fou quand même comme à l’UMP on n’arrive pas à comprendre !!!
Cordialement
29.04 à 00h52
enzo
le comble !!!
ça mérite que je revienne: je viens de lire sur un autre site que ce président venait de déclarer à Tunis, qu’il n’avait pas de leçon à donner à Ben Ali en matière de droits de l’homme !!!!!
qu’en pensent rama yade, couchner , fadela ???
29.04 à 00h48
cantalouse
enzo
bonne nuit ,et à tous les démocrates du forum ,comme vs dîtes ;
29.04 à 00h46
marief
@ destoc
On se calme !
Il est là et impossible de le nier… et je rappellerai même qu’il coûte certainement plus que 15 milliards puisque c’était le chiffre annoncé pour le « bouclier fiscal » soit limiter le prélèvement d’impôt à 50% On y a ajouté les heures sup, défiscalisées et avec un forfait sur les charges sociales, manque à gagner pour les caisses et coût pour l’état, c’est à dire nous tous. Les intérêts d’emprunt, mesure ancienne pour relancer l’immobilier, qui se trouve aujourd’hui au plus haut, et n’avait pas besoin de cela. Néanmoins, cela ne fera pas baisser les prix et comme il faut majoritairement prendre un emprunt sur 40 ans, les primo accédants ne peuvent être des personnes démunies. Quand aux droits de successions, là encore il faut avoir des moyens…
cela ne correspond en rien à ce que nous avons entendu tout au long de la campagne….travailler plus pour gagner plus.
Cordialement.
29.04 à 00h46
cantalouse
bonne nuit flo
oui je sais ,tu ne parles pas pour toi ;
on le savait les 47% que sarko ns mènerait à la faillite ,mais pas aussi vite ;
bises et bonne nuit ;je ferme car destoc est out fini ;tu as raison …
29.04 à 00h44
alternaute
@cantalouse…
…petit salut final du seul « ump » qui t’ai conseillé de lire G.E. Debord !!
29.04 à 00h42
enzo
bonne nuit aussi
à tous les amis démocrates, flo’, canta , duchiron . demain, il fera jour ;
29.04 à 00h42
flo44
‘soir Canta
ne te fatigue pas,il ne reste que le sieur Destoc sur ce forum, et je ne pense pas qu’il soit en état de capter tes arguments..
pour nous qui savions où nous mènerait ce triste personnage, ce n’est que confirmation.. Et tu es bien placée pour savoir que je ne parle pas ici de mon intérêt personnel, non ???
bisous*
flo
29.04 à 00h37
enzo
eh oui cantalouse !!
le ptit nicolas n’a pas du tout réhabilité la valeur « travail », qui n’en avait d’ailleurs pas besoin, mais favorise au contraire les rentiers….. Encore une promesse (stupide, car il est stupide de prendre les Français pour des fainéants) non tenue ….

Bonsoir à vous au fait, ça fait toujours plaisir de vous lire . Et ça change des inepties de quelques bas du front qui viennent épancher leur rancoeur ici.
29.04 à 00h37

destoc
Grâce à Nicolas….
la France a eu la plus belle des 1ères dames de son Histoire!
29.04 à 00h32
cantalouse
destoc ns dit
que sarko soit plus agressif envers les pauvres ,c’est fait ;
par le rsa qui sera en partie financer par le ppe ;
pour la maladie d’alzheimer qui sera financée par les malades ;

et pendant ce temps les très grosses successions seront exonérées à hauteur de 150 000 E par enfant et par parent ;
soit pour un couple de 3 enfants :
150 000 Ex2 parents x3enfants x7 donations =6,3millions d’euros ;
lorsque les donations anticipent les 75 ans la tranche d’imposition est réduite de moitié
le couple pourra alors donner tous les 6 ans 520 000E de plus par enfant en ne payant que 9 ,8% d’impôt sur cette tranche ;
soit:520 000 Ex2 parents x3enfants x7donations =21,8millions ,7,3millions par héritier qui s’ajoutent aux 2,1millions transmis sans impôt ;
on atteint 9,6millions par enfant ;
et si le couple prévoit de donner la nue propriété des biens en gardant l’usufruit ,il porra leur donner en plus 13 millions en franchise au lieu de 6,3 millions et 60 millions taxés à 9,9% ;

lu sur l’obs …
29.04 à 00h31

flo44
pour destoc qui a la langue bien pendue ce soir
dans ma famille de ploucs de gauche caviar, on préfère les bm aux rav4, car on n’aime pas le toc, et c’est pourquoi on n’aime pas le sarkoprésident de pacotille qui fait pschiiit dans les sondages, bien fait pour sa gueule
et bonne nuit
29.04 à 00h26
destoc
Je l’adore….
la belle italienne qui rend notre Sarko si heureux…Quel bonheur !
29.04 à 00h25
enzo
record absolu
d’opinions négatives ….Plus mauvais président que la V° ait jamais connu…. eh bé, il nous avait promis pomis la rupture, eh bien il l’a faite, mais je ne crois pas que les Français attendaient cette rupture là!!!
Mais hélas, cet individu à l’ego démesuré n’était pas capable de véritable rupture !!! Comment les 53% ont-ils pu être aveuglés à ce point….mystère…
29.04 à 00h25
destoc
Il a retrouvé son équilibre…
notre très cher Président….et grâce à qui ?
La femme est l’avenir de l’homme.
Merci Carlita ! et si vous pouviez aussi nous le rendre encore un plus agressif à l’égard des sans papiers, des manifestants, des gauchos et des pauvres
29.04 à 00h12
PHIL
@destoc
L’avoir ,c’est une chose ,la garder ça risque d’être plus difficile!!
29.04 à 00h10
cdéblabla
@Duchiron
Ventrecouille! Voilà de la prose à modo…
29.04 à 00h09
alternaute
Et pour faire…
…dans la clarification je vais simplement préciser que ce que je ne supporte pas c’est tout simplement le positionnement archétypal !!
Que l’on retrouve aussi à droite…genre destoc ce soir !!
29.04 à 00h02
destoc
Non mais je maintiens….
Vous n’en aurez jamais des comme ça, bande de ploucs !
Vous pouvez vous consoler avec Bécassine qui sent bon le chabichou
29.04 à 00h02
cdéblabla
Délit d’initié ?
Une rumeur circule, il faut acheter de la « nouvelle droite ».
Selon des sources bien informées,malgré le plan de relance, et les annonces du PDG de résultats en hausse, le cours de l’actuelle, continue à chuter.
Les gros actionnaires et dirigeants de la SA UMPFNFrance, seraient en train secrètement, de vendre massivement leurs actions, sur le marché à terme.
Rassurez vous Fils de Mai, ils vont faire une part du boulot que vous ne pouvez encore faire, je le crains…
Ils se préparent à devoir mener, dans les mois qui viennent, un petit putch légal, pour… »Remanier la direction », avant que l’Europe avec les petits actionnaires, ne viennent les secouer au siège social…
Le Golden parachute réclamé, sera d’un montant d’autant plus élevé que le cours sera bas. Le PDG joue la montre.
29.04 à 00h00

 

marief
Petit rappel aux petites têtes…
Les sondés sont choisis de façon aléatoire et pas obligatoirement inscrits sur les listes électorales. Il y a donc une différence entre les résultats d’un sondage et d’un scrutin.
De même que 53% des votants ne représentent pas 53% des français, mais seulement 53% des votants…non comptabilisés les bulletins blancs…
Cordialement.
28.04 à 23h57
rapace
Mauvaise politique et casse sociale.
Une chose est sûr maintenant , depuis que Sarkozy est au pouvoir les classes moyennes en prennent plein la figure et leur pouvoir d’achat dégringole comme leur moral d’ailleurs.
Pour les milieux aisés , pas de probléme tout va bien pour eux et ils peuvent remercier M.Sarkozy.
Dans le même temps , politique économique et sociale désastreuse avec résultat catastrophiques.
D’autres réformes- régression sont en préparation et le pire est devant nous.
Conformément à l’idéologie du pouvoir en place , la démolition systématique des services publiques est en route.

Inutile de rappeler le mépris et le manque de respect absolu de certains ministres pour les salariés de bases de l’ensemble des 3 fonctions publiques ( état , hospitaliére , térritoriale).
L’état d’esprit actuel est l’écoeurement et le dégôut.
28.04 à 23h53

PHIL
@destoc
peut-être ,mais FABIUS …et quelques autres l’ont eu avant!!
28.04 à 23h50
PHIL
@alternaute
Vous exagèrez beaucoup l’impopularité nécessaire et obligatoire des dirigeants.Par exemple la popularité de SARKO reste intacte…dans les quartiers où on paie beaucoup l’ISF;Allez savoir pouquoi??
28.04 à 23h46
Philou
Sarko chute
Heureusement qu’on a Raffarin.
28.04 à 23h42
cantalouse
une dernière avant d aller
dormir ;
alternaute ns dit que tous les gvts vont subir la crise pétrolière et le reste ;

mais l’allemagne a un excédent du commerce extérieur de 969mds pour 2007 ,alors que la france enregistre son pire déficit du commerce :40mds ;du jamais vu ;
et qui était à bercy ?

l’espagne qui a une croissance de 6% pendant que celle de la france s’effondre ;
il y a chez eux la crise des subprimes ;
mais avec un excédent budgétaire de 50mds ,zapatero va injecter une partie de cette somme à construire des logements sociaux ;il rallonge sans frais la durée de remboursement des propriétaires ;ect ;

la france est le seul pays d’europe à s’enfoncer depuis des années ;
le financial time ,après la prestation de sarko a été très dur pour sa politique économique ;même eux …
28.04 à 23h42

alternaute
mettons un peu…
…nos lunettes panoramiques ( pour ceux qui en ont !) et essayons d’imaginer quels chefs d’état, quel gouvernements de droite comme de gauche, dans nos sociétés occidentales, vont pouvoir conserver une parcelle de popularité dans les « Trentes Pleureuses  » qui s’avancent !?
Choc pétrolier, flambée des matières premières, crise financière and so one vont rendre tous les  » dirigeants » imbuvables….et basta !!
28.04 à 23h33
cantalouse
alternaute
inutile de vouloir ns faire croire que vs n’êtes pas ump ;
c’est votre droit ,ok ,mais votre façon de voler ds les plumes de tous ceux qui sont contre sarko prouve votre bord ;

ensuite oui ,le paquet fiscal ,avec l’exonération honteuse des grosses successions ,pouvoir transmettre à chaque enfant tous les 6 ans 150 000 E ;alors que le travail ,l’épargne ,sont les plus taxés d’ europe :10 fois plus que les autres pays ;

je peux détailler pour presque tout le bouclier fiscal l’iniquité de cette mesure ;
avec des sources « honnêtes » ,comme « le rapport de l’observatoire des inégalités » ,rapport demandé par l’assemblée nationale ;
on ne peut être plus neutre ;

alors vos railleries tombent à plat ;
sarko est minable ds sa politique sociale ;

sur ce bonne nuit monsieur ump ;
28.04 à 23h28

destoc
Faut pas toujours croire les candidats….
moi en votant pour lui je savais à quoi m’en tenir. Et je ne le regrette pas. Allez continue Sarko…tu rentres dans l’Histoire !
28.04 à 23h26
Michel04
Phil
Moi aussi, j’en connais. Et ils le regrettent amèrement. Bien sûr que ce gouvernement agit sous les ordres et pour le compte du Medef et surtoutdles patrons du CAC 40 et autres milliardaires. Ce type est fasciné par l’argent et le clinquant. Il n’a en lui aucune des valeurs de la France telles que beaucoup de Français les conçoivent. Quand on pense qu’un de ses meilleurs amis est un repris de justice !
28.04 à 23h19
rusepublique
Après le bling-bling c’est le cass-cass
Pendant une année il s’est éclaté ( hausse de son salaire, a magnifié l’Elysée de dorure, courtisé les riches, les manequins, voyage partout, pass-droit pour ses serviteurs, des fêtes presque tous les jours, des cadeeaux pour les riches qui lui ont bien rendu…) maintenant il est venu le temps pour lui de tout casser ..les minima-sociaux, les acquis, les retraitres, la politique familiale, les institutions…bref les fondamentaux qui permettent à la République de tenir debout et qui permettent surtout aux français de vivre ensemble.

L’érè du cass-cass a commencé.
28.04 à 23h15

PHIL
@destoc
Je crois plutôt qu’il y a parmi les 53% qui ont voté pour lui (et j’en connais) un nombre grandissant qui désapprouve une politique qui ne correspond pas aux promesses de campagne.Dans un lapsus révélateur lors de son intervention télévisée,il a dit que les français avaient raison de croire qu’il faisait une politique pour quelques-uns.C’estaujourd’hui une évidence pour le plus grand nombre.
28.04 à 23h13
alternaute
@delas…
…il était bien inutile d’en rajouter quant à l’altitude stratosphérique de ton approche du politique…( et c’est même pas un de tes opposants de droite qui le relève ! )
28.04 à 23h05
Michel04
destoc
Je ne savais pas qu’il y avait 64 ù de gauchos en France ! Mme Royal aurait donc dû être élue haut la main. Vous ne semblez pas faire preuve de beaucoup de réflexion. Les Français se rendent compte qu’avec un attelage comme celui-là, tout est à craindre pour notre pays, aussi bien à l’intérieur au niveau économique et social, qu’en matière de politique étrangère. Cet énergumène n’arrive pas à la cheville du général De Gaulle, à tous les points de vue.
28.04 à 23h01
delas
à l’heure du Sarko Show
alternaute
@delas…

…qui semble avoir  » une certaine idée de la politique  » que pourrait lui envier n’importe quel politologue stagiaire à la LCaire…

Jeudi, à l’heure du Sarko Show, j’était dans une grande surface. Une vingtaine d’écrans montraient le grand manipulateur. Personne, je dis bien PERSONNE, ne s’arrêtait pour l’écouter. Ni les vendeurs ni les clients. Même ma femme, plutôt à Droite, est allé faire ses courses. Je suis resté seul 1 quart d’heure pour voir ce guignol mentir comme ses grandes oreilles.
28.04 à 22h58

alternaute
@delas…
…qui semble avoir  » une certaine idée de la politique  » que pourrait lui envier n’importe quel politologue stagiaire à la LCaire…
28.04 à 22h51
destoc
Tant mieux
ça veut dire qu’il est sur la bonne voie. Bonjour la rigueur et les pleurnicheries des gauchos
28.04 à 22h51
fredo
@TNO
parfaitement bien vu et bien dit! Sarkozy a ete élu pour 5ans… Pas pour 4, ni pour 3 ou pour deux!

Les autres, soyez en forme le jour J!
28.04 à 22h44

Mickey l’ange
Pensées en passant
Moi je n’ai pas envie de m’engueuler avec tout le monde.
Expatrié, je ne vais pas profiter de cette occasion de contact avec mes compatriotes pour me dérouiller verbalement avec eux.
Je me pose toutefois une question: Si Sarko était viré comme le rêvent de nombreux intervenants, sur qui comptent-ils pour reprendre efficacement le contrôle du navire?
Il faudra bien donner le job à quelqu’un, parce que c’est une fois que le président en place est prié de bien vouloir dégager que le vrai boulot commence.
Que l’on casse du sucre sur le dos de Sarko m’indifère, en revanche, j’ai la désagréable impression que l’on est concentré que sur cela au point que l’on oublie totalement de préparer l’après Sarko.
Je crains que l’euphorie que provoquera la chute de l’actuel gouvernement soit suivi d’un réveil douloureux et surtout décevant lorsqu’on s’apercevra qu’on a rien prévu de consistant pour la relève.
28.04 à 22h44
micolon
qu’est ce que ça peut faire?
Il est là encore pour 4 ans, les réformes qu’il fait sont très impopulaires, mais il faut et il doit les faire. Résultat: même s’il descend à 10% de contents, j’en ferais toujours partie et ma devise est comme la sienne « bien faire et laisser braire »!
28.04 à 22h44

H
32%, c’est pas ou – le pourcentage de votes..
… en sa faveur au 1er tour il y a un an ??

Comme quoi, ceux qui l’aiment, l’aiment vraiment
ah ah ah
28.04 à 22h37

XXX
à cobra
Quel optimisme délirant, vous avez la foi chevillée au corps.
28.04 à 22h33
alternaute
@pflimlin…
…c’est vrai, on avait dit ni dérision sur le physique, ni sur le pseudo…
Sinon le ptit piège des ptits 280 mille euros a fonctionné…les fameux incontournables 15 milliards aux plus riches ont vite suivi !!
28.04 à 22h33
pekin
Encore un petit effort….
Bravo Sarko, 64 % de mécontents, encore un petit effort et c’est gagné… Ce que nous n’avons pas compris c’est qu’il joue à « qui perd gagne ». Il faut savoir que la publicité, bonne ou mauvaise est toujours de la pubicité, donc en 2012, les français risquent de voter pour lui. Et pendant ce temps là, les socialistes, sans programme, attendent la mort du taureau de peur de se faire encorner. Mais! pendant que j’y pense, nous n’avons pas entendu les communistes pour les jeux de Pékin… C’est à ne plus comprendre : les bleus deviennent roses, les rouges sont verts, les verts veulent parfois être roses…Quel cirque vivons nous… A cette cadence la France ne va pas durer longtemps. Merci aux élus de tous bords…
28.04 à 22h23
Pflimlin
à Zazou
Bonsoir
La colère gronde en effet ici et il n’y a rien de plus amer qu’un Alsacien déçu
Comme dit Alternaught (alter-néant), les Alsaciens commencent à penser sérieusement à voler chez Lufthansa, au moins c’est du sérieux
Bien sûr 280 000 euros c’est une paille par rapport aux 15 milliards mais à raison d’une par mois… la com coûte cher

oui ensemble plus rien n’est possible :)
28.04 à 22h17

cdéblabla
A « Chocolat » dit ….c.moi..lol
Selon les sondages
Il y a au moins 25% d’amateurs de chocolat Suisse, qui ne croient plus que leurs « Mon chéri » vont se transformer en lingots dorés…
28.04 à 22h17
TheNewObserver
Je croyais que Sarko tenait les médias
c’est du moins ce que la gauche voulait nous faire accroire lorsqu’elle se faisait régulièrement battre par le petit bonhomme.

Mais Sarko est grand seigneur. Il manipule les gauchos lorsqu’il n’y a pas d’enjeux et lorsqu’une élection se profile il culmine dans les sondages.

Tant qu’il n’y a pas d’enjeux Sarko peut descendre à presque zéro. Les sondages c’est l’opium du peuple : ca doit calmer les syndicats, les trostskistes et les gauchos de tout poil.
LOL
28.04 à 22h15

Camille
Clearstream et moi, c’est du sérieux !
Conflit d’intérêt entre le Président et sa fonction.
Cadeau fiscal de 15 milliards ajoutés aux 38 milliards d’évasion fiscale annuels.
Appauvrissement du Peuple et menace sur son système de santé.
Qu’a-t-on fait de l’Appel de Genève ?
28.04 à 22h13
alternaute
@plein-fin…
…280 000 euros !! En effet c’est du dilapidage…redistribués cela ferait -approximativement- 3 dixièmes de centimes d’euros par français….
T’es en plein vol cher lufthansa….
28.04 à 22h04
zazou
pfimlin
Salut !

Sentez vous la colère gronder par chez vous ?

car si cela se sntait vu que c’es tune region tres à droite ..cela demontrerait l effrondement du roytelet !

il voulait la rupture il aura la fracture !

Nous ces tchaud car entre les nouveaux programmes, les suppressions de poste et les deux heures/heb de moins d ‘ecole pour les gosses plus le soutien..on a du mal à savoir comment se fera la rentree et où va notre profession ..et otus les secteurs sont touches…crise de defiance de deception de desilluion

ce mec a tant promis qu il deçoit des gens qui avaient besoin d’ aides et de soutien … ouvriers petites retraites personnes âgees handicapes…

>>>Ce qui etait « Ensemble tout est possbile  » devient tout devient impossible  » en gros demerdez vous !
28.04 à 22h04

psycho
ah les français !
Les français sont forts contradictoires, ils ont voté pour Sarko avec les eyux fermés et le cerveau débranché, et maintenant ils se revéillenet de la léthargie, dommage c’est trop tard pour se regretter. Il manque un peu moins de 5 ans d’un gouvernement à la dérive, tant en politique nationale comme internationale, le pire n’est pas encore là.
28.04 à 22h04
cobra
à 3 fourchettes
Votre commentaire les mérite à peine, 64% aujourd’hui : de mécontents
Dans 4 ans ce sera 64% de satisfaits
Et dans la foulée , une réélection triomphale
28.04 à 22h02
XXX
C’est pas mal 64% de mécontents , mais …
C’est mieux qu’hier et bien moins que demain.
28.04 à 21h55
Pflimlin
La majorité des Alsaciens a voté
comme les 53% mais il suffit d’écouter une conversation en Alsacien dans un marché pour surprendre des propos étonnants dans la bouche de ces gens d’habitude peu disserts de leurs opinions politiques
L’amertume est totale et les gens n’ont pas assez de mots grossiers et rudes pour exprimer leur idée de celui pour qui ils avaient voté
Parmi les mots les plus acceptables : Littfanger (attrape-gens) ou Littùfwickler (enrouleur de gens)

Personnellement, cette profusion m’amuse car j’avais prédi ce retournement de situation et je savais que la colère serait immense ici car on ne se satisfait pas des promesses et de leurs excuses, des trucages de chiffres du chômage ni des émissions de propagande comme celle de jeudi dernier dont le coût avoisine les 280.000 euros.. et pour dire quoi…
28.04 à 21h52

jack
c’est risible
Les français sont des veaux..

ça change d’opinions au fil des interventions télévisées..

Un bon plan de comm’ et ça change d’avis.

C’est sidérant comme les gens sont manipulables.

70% d’insatisfaits? je suis certain qu’il sera réélu en 2012..

Réveillez-vous les gens!!!
28.04 à 21h50

Anne
C’est pas si mal
un record est un record. Celui-ci est bien mérité. Bravo §
28.04 à 21h48
vladana
SVP nouvelobs faites quelquechose sur cet lapsus t
« Les français se disent au fond il fait une politique pour quelques uns et pas pour tous, si les franaçais croient c’est qu’ils ont raison de le croire »
28.04 à 21h43
alternaute
@ cher Fred…
…pas encore en retraite l’prof de non-gauche et de non-droite qui doit encore apprendre aux djeuns à voir, observer et comprendre par l’intelligence de la main…
Mais la nouvelle guerre de  » Trente ans  » m’emportera…
28.04 à 21h41
Hypocrisie
@sapeurcamenbert
Sauf que la dette à plus déraper durant le gouvernement Balladur que sous les quatre gouvernement de gauche Mauroy, Fabius, Cresson et Berigovoy réunie passant de 35% avant 93 à 58% en 95 et sachant qu’elle était à 15% avant l’arrivé de Mitterand.

Je ne parle pas du dérapage de la période Raffarin ce serait indécent comme dirait le guignol de Sarko.
28.04 à 21h40

La_Vigie
Vivement décembre!
Touché, coulé, le naufrage est inéluctable.
Le Nicolas dont le talent a été de jouer la comédie depuis son enfance, est désormais nu.
Ce n’était pas une vocation la politique, il s’est fourvoyé lui même, auréolé d’une couronne factice, poussé par ceux qui dans son sillage se sont servi de sa naïveté.
Ce Nicolas n’a pas su acquérir la sagesse que notre belle culture apporte à ceux qui épousent la France et ses lumières. Il a cru épouser la France, il n’a fait que flirter sans l’embrasser et l’étreindre à corps perdu.
Mauvais amant donc pour les Français aujourd’hui, boudé, il doit faire chambre à part, le divorce, un de plus, sera inéluctable.
Marianne, notre République est bonne fille, mais demande a être respectée. Il y a des tabous que l’on ne viole pas impunément, elle n’aime pas les hussards qui ont de mauvaises façons.
28.04 à 21h40

Publié dans LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY, NICOLAS SARKOZY | 1 Commentaire »

Après l’acquittement de 3 policiers pour le meutre d’un noir

Posté par issopha le 29 avril 2008

TENSION A NEW-YORK

Après l’acquittement de 3 policiers pour le meutre d’un noir

NOUVELOBS.COM | 28.04.2008 | 09:59

Réagissez à l'article 7 réactions

Plus de 300 personnes ont manifesté à New York samedi pour protester contre cet acquittement. Les trois policiers étaient accusés d’avoir tiré à près de 50 reprises sur trois jeunes noirs qui se trouvaient dans une voiture à la sortie d’une discothèque en novembre 2006.

Des manifestants symbolisant le nombre de balles tirées par la police (AP)

Des manifestants symbolisant le nombre de balles tirées par la police (AP)

Plus de 300 personnes ont manifesté samedi 26 avril dans le quartier de Harlem, à New York, pour faire part de leur colère au lendemain de l’acquittement de trois policiers jugés pour avoir abattu de plusieurs balles un jeune noir, Sean Bell, la veille de son mariage en novembre 2006.
Vingt-quatre heures après le verdict, l’émotion était vive samedi dans la communauté noire new-yorkaise, alors que la fiancée de Sean Bell a demandé justice. Lors de la manifestation à laquelle participaient des membres de la famille de la victime et le révérend Al Sharpton, militant pour les droits civiques, plusieurs personnes portaient des pancartes blanches indiquant le nombre de balles reçues par Sean Bell et ses deux amis le 25 novembre 2006.
Les trois policiers new-yorkais Michael Oliver, 36 ans, Gescard Isnora, 29 ans, et Marc Cooper, 40 ans étaient accusés d’avoir tiré à près de 50 reprises sur les trois jeunes noirs alors qu’ils se trouvaient dans une voiture à la sortie d’une discothèque le 25 novembre 2006. Les trois jeunes enterraient la vie de garçon de Sean Bell, qui devait se marier le lendemain. Bell avait été tué et ses deux amis blessés.

« Ils ont tué Sean à nouveau »

Pour expliquer l’acquittement, le juge Arthur Cooperman a indiqué que des témoignages inconsistants, principalement de la part d’amis de Bell, et des comportements inappropriés dans la salle du tribunal « avaient eu pour effet d’éviscérer » la crédibilité des témoins. « A certains moments, les témoignages n’avaient tout simplement pas de sens », a-t-il affirmé.
Samedi, Nicole Paultre Bell, fiancée de Sean Bell, a déclaré que « le système judiciaire (l)’a laissée tomber ». « Le 25 avril 2008: ils ont tué sean à nouveau », a-t-elle déclaré devant plusieurs centaines de personnes rassemblées devant le siège de l’association d’Al Sharpton. « Voilà l’effet que ça nous a fait ».
« Je continue à prier pour la justice car ce n’est pas fini », a ajouté Nicole Paultre Bell, qui s’exprimait pour la première fois depuis le verdict.

« Encore un long combat »

Après le jugement, le ministère américain de la Justice a annoncé qu’il étudierait l’affaire et « prendrait les mesures appropriées si les preuves montrent une violation des statuts des droits civiques fédéraux susceptible de poursuite ».
Les proches de la victime ont, eux, porté plainte contre la municipalité de New York, et Al Sharpton a menacé de « paralyser la ville » par des actes de désobéissance civile.
« Nous avons encore un long combat », a déclaré samedi Joseph Guzman, blessé par les tirs lors de la soirée du 25 novembre 2006. « Nous allons nous battre ».
Après les faits, l’affaire avait déclenché une nouvelle polémique sur l’usage de la violence fait par les forces de l’ordre de New York et leur racisme présumé. Face au climat de tension, les trois accusés avaient opté pour un verdict rendu par le juge plutôt que par un jury. Michael Oliver et Gescard Isnora étaient jugés pour meurtre, tandis que Marc Cooper était poursuivi pour mise en danger de la vie d’autrui.
Oliver avait tiré 31 fois ce soir-là, Isnora 11 fois, et Cooper quatre fois. Les deux premiers risquaient 25 ans de prison, et le dernier un an.
Les autorités craignaient que l’acquittement des trois policiers ait les mêmes conséquences que celui de policiers accusés d’avoir abattu en 1999 Amadou Diallo, un immigré africain de 41 balles. Le verdict avait alors déclenché une vague de manifestations à New York qui avaient conduit à plusieurs centaines d’arrestations. (AP)

Les réactions des lecteurs

pierre60
vague de saturnisme
Oliver avait tiré 31 fois ce soir-là, Isnora 11 fois, et Cooper quatre fois. Les deux premiers risquaient 25 ans de prison, et le dernier un an.

Ce sont peut-etre les 4 balles qui ce sont averees mortelles.
4 fois, 11 fois ou 31 fois, c’est toujours tirer pour tuer.
Pourquoi 25 ans pour les 2 premiers et 4 ans seulement pour le troisieme?
J’ai du mal a comprendre la logique du droit US.
Pouf Pouf,…
De toute facon, ca ne compte pas : ils ont ete blanchis.
Ils l’etaient deja au depart, ils n’avaient pas besoin de l’etre a nouveau. Si? Bon alors d’accord.

Desproges nous disait que dans les regimes d’apartheid, il y avait 2 types de balles : les balles a blanc et les balles a noir.
Force est de constater que la police newyorkaise a choisi les balles adequates. Donc, il n’y a rien a reprocher a ces fontionnaires zeles.
29.04 à 05h36

cafetiere
racisme blanc ou racisme noir
Sauf erreur deux des trois policiers incriminés dans cette affaire étaient noirs.
Parler du racisme de la police new yorkaise me parait être encore un coup des bien-pensants toujours prêts à accuser la police des plus noirs desseins.
28.04 à 16h50
VEAUDOR
Odeur de fin d’Empire
50 balles pour transpercer un seul homme. Quel gâchis. Vraiment les US sont dans la démesure alors qu’on nous demande de serrer la ceinture sur tout !

Si cet événement défraie la chronique notamment avec l’acquittement de ces braves policiers, il n’en reste pas moins que les crimes racistes restent constants aux US depuis et malgré l’assassinat de M.L. King. Peut-être se donnent-ils bonne conscience avec Obama mais rien n’est gagné car ils ont la gâchette facile, notamment avec les présidents « gêneurs ».

Pour le reste, dans une Amérique qui cautionne la torture (toujours pratiquée par CIA depuis la guerre froide), rien de neuf au pays évangélique de l’oncle SAM.

Ca sent la fin de l’Empire et le pire comme toute fin reste à venir.
28.04 à 12h47

othello
au « nationaliste »
Désolé mais je dois etre surement idiot car je ne vois pas le rapport entre vos propos et le sujet traité par l’article dont il est question ICI 124
28.04 à 09h46
pierre60
blacks out
Le terroriste peut etre tres dangereux: surtout quand il porte un uniforme et une arme de service.
Mais on ne dit pas terrorisme mais « law enforcement ».
On ne dit pas non plus bavure mais principe de precaution,… ou « lynchage » aussi.
28.04 à 06h53
le nationaliste
@la justice
en france pour ce donner bonne conscience comme tous les moralistes trouvent toujours une excuse a tous ces gens issue de l’immigration pour eviter de les comdamner
27.04 à 13h15
BLACK
DISCRIMINATION
Ce n’est pas parce que la victime est noire, blanche ou jaune que ces policiers doivent être punis ou acquittés.
27.04 à 11h50

Publié dans QUESTIONS NOIRES | Pas de Commentaire »

Les robins des bois de la Françafrique ont frappé. Saisie symbolique d’un hôtel particulier d’Omar Bongo à Paris

Posté par issopha le 28 avril 2008

 

 

Les robins des bois de la Françafrique ont frappé

Saisie symbolique d’un hôtel particulier d’Omar Bongo à Paris

 

Le 27 avril 2008, par Antoine Houphouët-Boigny, Jean Denard,

Alors qu’ Alain Joyandet consacrait, jeudi 9 avril 2008, son premier voyage en tant que secrétaire d’Etat à la coopération à Omar Bongo (pour une entrevue d’une demi-heure !!), la Cellule Françafrique organisait la saisie symbolique d’un des biens mal acquis du président gabonais (un hôtel particulier de plus de 2000m² acquis par la famille Bongo en juin 2007 pour plus de 18 millions d’euros).

Deux semaines après sa nomination, Alain Joyandet, nouveau secrétaire d’Etat à la coopération, après la relégation de Jean-Marie Bockel aux Anciens combattants, a réservé son premier voyage en Afrique au président Omar Bongo… 30 minutes d’entretien pour le remercier de lui avoir libéré la place :-) et réaffirmer l’engagement de la France derrière un régime pourtant notoirement corrompu et autoritaire, comme en témoigne la répression, ces derniers jours, des manifestations contre la vie chère à Libreville (Voir ci-après le texte de protestation des organisateurs). Mais Omar Bongo affirme détenir suffisamment de secrets pour faire sauter la Vème République…

Un aperçu de cette diplomatie gignolesque, qui implique Joyandet mais aussi le N°2 de l’Elysée, Claude Guéant, dans ce reportage de Canal +, « Francafrique, la non rupture«  :

http://www.dailymotion.com/video/x5337w
Françafrique : la non-rupture
envoyé par Ptite_Mule

Au même moment, dans un des quartiers les plus chics de la capitale française, les huissiers de la Cellule Françafrique saisissaient symboliquement l’une des dernières acquisitions de la famille Bongo à Paris : un hôtel particulier de 2000 m² acquis en juin 2007 pour 18,875 millions d’euros par une société civile immobilière (SCI) dont les associés ne sont autres que deux enfants du président gabonais : Omar Denis, 13 ans et Yacine Queenie, 16 ans. Ils ont ensuite remis le titre de propriété aux membres de la société civile gabonais représentés par Marc Ona, président de l’ONG Brainforest et de la Coalition « Publiez ce que vous payez » au Gabon. Reportage de la chaîne LCI :

http://www.dailymotion.com/video/x5792g
SAISIE D UN BIEN MAL ACQUIS D OMAR BONGO
envoyé par Cellule-Francafrique

De nombreux journalistes étaient présents pour couvrir cet événement. Parmi eux , France Télévisions, Radio France, Libération, Rue89,, BFM TV, Afrik.com , et des journalistes de la presse étrangère…

 

Publié dans FRANCE A FRIC EN AFRIQUE | Pas de Commentaire »

Hommage à Aimé Césaire au Théâtre de la Main d’Or à Paris.

Posté par issopha le 27 avril 2008

Vendredi 25 avril 2008

Hommage à Aimé Césaire au Théâtre de la Main d’Or à Paris.

Hommage à Aimé Césaire au Théâtre de la Main d'Or à Paris. dans AFRIQUE NOIRE : Réécrire l'Histoire g1322


« Je ne conçois pas que l’artiste puisse rester un spectateur indifférent, refusant de prendre une option (…). Etre engagé, cela signifie, pour l’artiste, être inséré dans son contexte social, être la chair du peuple, vivre les problèmes de son pays avec intensité, et en rendre témoignage ».

Aimé Césaire (extraits « Moi Laminaire »)

 

AU NEUVIÈME JOUR, AIMÉ CÉSAIRE EST PLUS QUE JAMAIS PARMI NOUS.

 

LE PÈRE DE LA NÉGRITUDE CONTINUE D’ÉCLAIRER LES COMBATS POUR LA DIGNITÉ , LA FRATERNITÉ , L’HONNEUR ET LE RESPECT.

 

AFIN DE RENDRE HOMMAGE

 

A CELUI QUI FUT NOTRE MAÎTRE À PENSER

A CELUI QUI N’A JAMAIS PLIÉ DEVANT LE COLONIALISME, NI LE RACISME

A CELUI QUI A DENONCÉ TOUTES LES DISCRIMINATIONS

A CELUI QUI, PAR SES ÉCRITS, SA POÉSIE, SA RAISON D’ÊTRE ET SA JOIE DE VIVRE, QU’IL NOUS LAISSE EN HERITAGE, MERITE TOUS LES HONNEURS

 

NOUS VOUS INVITONS À PARTICIPER

À LA JOURNÉE « AIMÉ CÉSAIRE »

 

RENCONTRE-DÉBAT, TÉMOIGNAGES, POÉSIE ET CHANTS

AUTOUR DE L’HÉRITAGE POLITIQUE, CULTUREL, HUMANISTE

DU CHANTRE DE LA NÉGRITUDE

 

DIMANCHE LE 27 AVRIL A PARTIR DE 14 HEURES

 

TOUS AU THEÂTRE DE LA MAIN D’OR

15, passage de la Main d’Or, 75011, Paris

Métro : Ledru Rollin (Ligne 8, Balard-Créteil)

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Vendredi 25 avril 2008

En mai au Musée Dapper.

Mus--e-Dapper-copie-1 dans AIME CESAIRE

EXPOSITION

 

Animal

Exposition prolongée jusqu’au 20 juillet 2008

 

L’exposition Animal invite à découvrir, à travers quelque cent cinquante œuvres provenant de musées européens, de collections particulières ou du fonds propre du musée, le riche bestiaire des arts africains et à appréhender les relations symboliques qui unissent les hommes et les animaux.

 

Le musée Dapper a choisi de présenter, parallèlement à cette exposition, Ombres portées, une installation de l’artiste martiniquaise Julie Bessard


Tous les jours de 11 h à 19 h et les 1er, 8, 11 et 12 mai. Fermé le mardi.

Visite guidée sur inscription individuelle
Par Egidia Souto (adultes et enfants)
Samedi 24 mai, à 14 h 30

Tarif : 5 € + entrée de l’exposition (min. 10 personnes)
Réservation obligatoire au 01 45 00 91 75

Week-end « Portes ouvertes »
Samedi 31 mai et dimanche 1er juin
Une occasion de découvrir librement, en famille ou avec des amis, l’incroyable bestiaire de l’Afrique

Visites guidées gratuites
de l’exposition Animal animées par Egidia Souto à 11 h 30, 14 h 30 et 16 h (durée env. 45 min.)

Pour les visites guidées, le nombre est limité à 25 personnes maximum et il est indispensable de réserver au 01 45 00 91 75.

 

MÉMOIRE PARTAGÉE

3e édition

 

 

 

 du 2 au 18 mai 2008

 

 

Depuis 2006, le 10 mai est la journée officielle de Commémoration nationale des « Mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions ». Conformément à son objectif - promouvoir les cultures de l’Afrique, des Caraïbes et de leurs diasporas – , le musée Dapper a souhaité, cette année encore, apporter sa contribution à cet événement marquant.



Programme téléchargeable ici

 

 

Vendredi 2 mai
18 h 30 : Trous de mémoire, de Nicolas Guibert, Batiste Combret et Sébastien Gouverneur (Débat en présence de Nicolas Guibert)
20 h 30 : Hommage à Aimé Césaire – Soirée d’ouverture introduite par Makéna Diop accompagné de Seydina Insa Wade - Aimé Césaire, un nègre fondamental, de Laurent Chevallier et Laurent Hasse (Débat en présence des réalisateurs)

Samedi 3 mai – Héros et résistances
15 h : Toussaint Louverture, le Napoléon noir, d’Antoine Lassaigne et L’Arbre de la liberté, de Maxence Denis (Débat en partenariat avec Collectif 2004 Images et le Centre international des recherches sur les esclavages)
18 h 30 : Maluala, de Sergio Giral (Débat en présence de Sergio Giral)
20 h 30 : El Otro Francisco, de Sergio Giral (Débat en présence de Sergio Giral et Armando Dorrego)

Dimanche 4 mai – Regards croisés
15 h : Victor Schoelcher, un homme contre l’esclavage, d’Antoine Lassaigne (Débat en partenariat avec Gens de la Caraïbe et le Centre international des recherches sur les esclavages) et Trous de mémoire, de Nicolas Guibert, Batiste Combret et Sébastien Gouverneur (Débat en présence de Nicolas Guibert)
18 h 30 : Sucre amer, de Christian Lara (Débat en présence de Jean-Michel Martial, en partenariat avec Gens de la Caraïbe et le Centre international des recherches sur les esclavages)

Lundi 5 mai – Traces et héritage
18 h 30 : Sankofa, de Hailé Gerima (version anglaise non sous-titrée)
20 h 30 : Retour à Gorée, de Pierre-Yves Borgeaud (Débat en présence de Pierre-Yves Borgeaud)

Mardi 6 mai  – Focus sur Cuba
18 h 30 : El Otro Francisco, de Sergio Giral (Débat en présence de Sergio Giral)
20 h 30 : La Ultima Cena, de Tomas Gutierrez Alea (Débat en présence de Sergio Giral et Armando Dorrego)

Mercredi 7 mai
18 h 30 : 1802, l’épopée guadeloupéenne, de Christian Lara
20 h 30 : Soirée de clôture - Mange, ceci est mon corps, de Michelange Quay (Débat en présence de Michelange Quay)

Samedi 10 mai – Voyage au cœur de l’héritage musical (avec Générations)
15 h : Marrons : la piste créole en Amérique, d’André Gladu
17 h 30 : Soca fever, de Claude Santiago (Débat en présence de Claude Santiago)
19 h 30 : Retour à Gorée, de Pierre-Yves Borgeaud

Avec le soutien de la Mairie de Paris
En partenariat avec ARTE, Générations, Africultures, Gens de la Caraïbe, le Centre international des recherches sur les esclavages et France 5.

 

Tarif plein : 5 €
Tarif réduit : 3 € (étudiants, Les Amis du musée Dapper, Association Racines)
Pass pour cinq séances : 15 €
Merci de retirer vos places 20 minutes avant les séances
 

Tarif plein : 5 €
Tarif réduit : 3 € (étudiants, Les Amis du musée Dapper, Association Racines)
Pass pour cinq séances : 15 €
Merci de retirer vos places 20 minutes avant les séances
 


  • Dimanche 18 mai, à 15 h

Avec Gilles Gauvin (enseignant et auteur de l’Abécédaire de l’esclavage des Noirs  - Éditions Dapper, septembre 2007)
Gilles Gauvin évoquera à partir de documents visuels, quelques aspects majeurs de l’histoire de l’esclavage. Son approche claire et vivante permettra aux jeunes de mieux comprendre les événements clés et de découvrir les acteurs principaux de cette période de notre histoire.

et
Igo Drané (conteur)
Inspirés de la mémoire collective antillaise marquée par l’esclavage, les récits du conteur martiniquais Igo Drané prolongeront cet après-midi.

Durée : 1 h. Entrée libre. Un goûter sera offert aux enfants présents à l’issue du spectacle.
Réservation au 01 45 00 91 75

MUSIQUE 

 

Jacques Coursil

Clameurs

Vendredi 16 et samedi 17 mai, à 20 h 30

Oratorios pour trompette et voix

Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Martinique, et de la Mairie de Paris – Délégation générale à l’Outre-Mer
En partenariat avec France Ô, Gens de la Caraïbe, Respect Magazine et Télérama.

Tarif plein : 14 €
Tarif réduit (étudiants, demandeurs d’emploi, intermittents) : 10 €
Les Amis du musée Dapper : 8 €
Renseignements et réservations au 01 45 00 91 75 

 

  

Retrouvez toute l’actualité du musée Dapper
www.dapper.com.fr

 

MUSÉE DAPPER – 35 bis, rue Paul Valéry – 75116 PARIS – M° Victor Hugo

Ouvert tous les jours de 11 h à 19 h et les 1er, 8, 11 et 12 mai. Fermé le mardi et hors expositions temporaires

Tél. : 01 45 00 91 75 – Fax : 01 45 00 27 16
Entrée exposition Animal : 6 €. Demi-tarif : seniors, enseignants, étudiants, demandeurs d’emploi, familles nombreuses

Gratuit : Les Amis du musée Dapper,  les moins de 18 ans, étudiants en arts plastiques, en histoire de l’art et en ethnologie et le dernier mercredi du mois
Librairie (accès libre) : 01 45 00 91 74 – Café Dapper (accès libre) : 01 45 00 31 73

Retrouvez nos publications sur le site de la librairie en ligne des Éditions Dapper : www.dapper.com.fr/boutique

Renseignements et réservations au 01 45 00 91 75 


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Sarkozy: Ce qu’il faut retenir de son intervention télévisée

Posté par issopha le 25 avril 2008

Sarkozy: Ce qu’il faut retenir de son intervention télévisée

 

 

 

Nicolas Sarkozy lors de son interview télévisée, le 24 avril 2008.

 

Sur le même sujet

En ce moment à la une

Eric Feferberg AFP ¦ Nicolas Sarkozy lors de son interview télévisée, le 24 avril 2008.

Avec David Pujadas et Patrick Poivre d’Arvor en maîtres de cérémonie, Nicolas Sarkozy s’est plié au jeu de l’interview télévisée, depuis l’Elysée, où rideaux rouges et lustres étincelants étaient de sortie. >> Revivez le live ici.

Tout en reconnaissant qu’il avait fait des erreurs, le chef de l’Etat a maintenu le cap et souligné la nécessité des réformes engagées, balayant plusieurs thèmes sur lesquels il était attendu. Entre accents gaulliens du président habité par sa fonction, déni de la guerre en Afghanistan et agacements face à la journaliste de France 3, Véronique Auger…

Pouvoir d’achat

«Les prix ont augmenté au moment de l’euro, et c’est un beau mensonge que de le contester, a reconnu le Président, qui a renvoyé aux «cinq milliards d’euros de pouvoir d’achat (…) distribués avec les heures supplémentaires». Et d’ajouter:«Le problème de la France, c’est qu’on ne travaille pas assez et que, par conséquence, nous n’avons pas assez de croissance et de pouvoir d’achat.»

La relance du pouvoir d’achat passera également par la redistribution des bénéfices engendrés par les entreprises, estime Nicolas Sarkozy. «Je rendrais aux Français du pouvoir d’achat, soit par la baisse des prix, je pense qu’il faut changer la loi Galland, soit grâce à la richesse des entreprises, a-t-il affirmé. Le Premier ministre déposera un texte dans les 15 jours sur l’intéressement: une entreprise qui distribuera ses bénéfices aux salariés paiera moins d’impôts.» Une carotte qui profitera aux salariés des grands groupes. Et les plus précaires?

Le chef de l’Etat n’a pas l’intention d’enterrer le revenu de solidarité active (RSA), défendu par Martin Hirsch. «Le RSA est une très bonne idée» a-t-il assuré, précisant qu’il serait généralisé, sans doute «l’année prochaine». Le RSA serait versé aux personnes qui perçoivent entre 1,1 et 1,2 fois le smic. «Nous devons encore nous mettre d’accord avec Martin Hirsch», a néanmoins prévenu le chef de l’Etat.
 

Autre sujet sensible: les sanctions à l’égard des chômeurs. En plus des mesures déjà engagées, Nicolas Sarkozy propose, qu’à l’avenir, un chômeur soit «obligé d’accepter un emploi représentant 95% de son salaire au bout de trois mois de chômage». Quant au couac de la carte familles nombreuses de la SNCF, le chef de l’Etat l’a assuré: «C’est l’Etat qui paiera la politique familiale», reconnaissant «une erreur» que «je prends à mon compte, bien sûr».

Immigration

En pleine période de manifestations de travailleurs sans-papiers, Nicolas Sarkozy s’est voulu ferme, dans la droite ligne de Brice Hortefeux: «Il n’est pas question que nous fassions une régularisation globale, car elle conduit à la catastrophe.» Et de dénoncer le coup médiatique des associations qui ont organisé la manifestation des sans-papiers. «On ne devient pas Français parce qu’on travaille dans la cuisine d’un restaurant, aussi sympathique soit-il.» «Il y a 22% de chômeurs chez les immigrés légaux», a-t-il soutenu, fustigeant les patrons qui affirment devoir passer par les clandestins pour trouver des travailleurs.
 

Education Réaffirmant son soutien à Xavier Darcos, «très bon ministre de l’Education», Nicolas Sarkozy est resté sur la même ligne que son ministre: «On maintient les réformes qui permettront les suppressions de poste», a-t-il assuré. «Ce n’est pas en mettant toujours plus de profs qu’on aura des résultats», a-t-il assuré, soulignant les cas d’analphabétisme observés à l’issue de l’école primaire. «Nous avons 1,1 million de personnes à l’Education nationale, nous n’avons pas les résultats à hauteur des moyens engagés», a-t-il jugé, estimant que la France n’a pas «mis en oeuvre les réformes nécessaires
 

Quant aux «couacs» observés dans la majorité, Nicolas Sarkozy a réfuté toute animosité entre lui et son Premier ministre. Réaffirmant sa confiance à François Fillon, il a balayé une éventuelle nomination de Xavier Bertrand à Matignon.

Chine et Tibet

«Je n’ai pas accepté ce qu’il s’est passé au Tibet, j’ai été choqué par ce qu’il s’est passé et je l’ai dit au président chinois», a affirmé Nicolas Sarkozy avant de plaider pour «davantage d’indépendance pour la province du Tibet», sur le modèle de Hong Kong. Mais Nicolas Sarkozy n’appelle pas à l’indépendance de la province. Une indépendance «que même le dalaï-lama ne réclame pas», a-t-il indiqué. Ce qui n’est pas sans rappeler Bernard Kouchner et son «ne soyons pas plus tibétains que les tibétains».

Quant à sa présence à Pékin pour la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, Nicolas Sarkozy a refusé de se prononcer. «Ce serait bien que sur cette affaire-là, l’Europe s’exprime d’une même voix», a-t-il tout de même souhaité.

Diplomatie

Au sujet de l’Afghanistan :«Ce n’est pas une guerre, nous sommes du côté des Afghans», a-t-il assuré, arguant que les 700 hommes supplémentaires envoyés sur place étaient «une aide pour que l’armée afghane prenne le relais». Comprendre: pour éviter l’embourbement. Réaffirmant son refus d’intégrer la Turquie dans l’Europe, il a néanmoins souligné que «si la question se pose, je suis prêt à un référendum sur la Turquie».

Le président français a également renouvelé son soutien à l’initiative d’Hugo Chavez dans l’affaire Betancourt, sur laquelle le chef de l’Etat ne s’est pas étendu. Enfin, il s’est voulu clair envers le Hamas: «En tant que chef d’Etat, je ne dois pas parler au Hamas. Je ne peux pas parler des gens qui ont appelé à rayer Israël de la carte, et je ne peux pas parler avec le président iranien», a-t-il affirmé, soulignant néanmoins qu’il n’y aurait pas d’avenir pour Israël sans la création d’un Etat palestinien sûr.

Eric Feferberg AFP ¦ Nicolas Sarkozy lors de son interview télévisée, le 24 avril 2008.

Les centres de rétention épinglés

 

 

Deux sans-papiers sont allongés dans leur chambre dans un centre de rétention à Toulouse, le 7 mars 2005 

 

Eric Cabanis AFP/Archives ¦ Deux sans-papiers sont allongés dans leur chambre dans un centre de rétention à Toulouse, le 7 mars 2005

Le constat est inquiétant. Seul représentant de la société civile dans les lieux de rétention français, la Cimade (Comité intermouvements auprès des évacués), présentait hier son rapport 2007. Selon elle, la «course au chiffre» menée en matière d’expulsion d’étrangers en situation irrégulière mène à l’«absurde et à des drames humains».

Le rapport souligne que depuis 2003, on assiste à «l’industrialisation du dispositif d’éloignement des étrangers en situation irrégulière». La France multiplie ainsi le nombre de centres de rétention administrative, mais aussi le nombre de places. Alors qu’il y en avait 786 en 2003, on en recensait 1.700 en 2007. La durée de rétention s’est également allongée passant de douze à trente-deux jours. Plus frappant, le nombre de mineurs présents dans ces centres: 250 en France métropolitaine et près de 3 000 à Mayotte, où les conditions de vie sont encore pires. Par ailleurs, le rapport dénonce «certaines dérives» engendrées par la pression du chiffre, comme des contrôles d’identité «abusifs».
Multiplication des actes de désespoir

La Cimade, qui est aussi présente dans les centres pour conseiller les migrants, dénonce les conditions d’enfermement, qu’elle qualifie d’«atteinte à aux droits et à la dignité des migrants». L’association a d’ailleurs constaté une multiplication des «actes de désespoir», notamment des tentatives de suicides. Enfin, la Cimade souligne que pour demander l’asile, «les migrants ne disposent que de cinq jours alors qu’il est difficile pour un étranger de rédiger une lettre en français».

Eric Cabanis AFP/Archives ¦ Deux sans-papiers sont allongés dans leur chambre dans un centre de rétention à Toulouse, le 7 mars 2005

Sophie Bouquet

20 Minutes, éditions du 25/04/2008 – 07h16

dernière mise à jour : 25/04/2008 – 09h34

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Les fausses explications de la crise alimentaire dans la presse

Posté par issopha le 24 avril 2008

LES FAUSSES EXPLICATIONS

DE LA CRISE ALIMENTAIRE

DANS LA PRESSE

Depuis plusieurs jours, des manifestations populaires prennent forme dans de nombreux pays du Sud. Les raisons de ce mécontentement sont partout semblables ; les prix de la nourriture de base ont augmenté de manière aussi brutale qu’importante et les populations, déjà paupérisées par la mondialisation, se retrouvent dans l’incapacité d’assumer cette charge supplémentaire. Les peuples ont faim ! Les causes de cette flambée sont multiples mais elles sont globalement issues des jeux économiques. D’une part, une spéculation de replis sur les denrées alimentaires suite à la crise des subprimes, d’autre part la production d’agrocarburants et le réchauffement climatique. Pourtant, certains journalistes pointent dans leurs articles les autorités locales africaines comme responsables des choix catastrophiques en matière de politiques alimentaires, semblant ignorer que les politiques agricoles des pays du Sud sont soumises aux conditionnalités de
la Banque mondiale, du Fonds monétaire international (FMI) ou encore aux Accords de partenariat économique (APE). Ceux qui façonnent l’opinion publique font ici preuve d’une légèreté étonnamment orientée. C’est ainsi que l’on peut lire dans la presse écrite belge : « de nombreux pays du continent [africain] importent des aliments au lieu de les produire, parce que les autorités locales donnent la priorité aux cultures d’exportation afin d’en retirer les devises pour acheter ce qu’ils ne produisent pas |
1
| ». Raccourci étonnant. Aussi étonnant que simplificateur et qui dédouane à peu de frais les politiques néolibérales de privatisation, de plans d’ajustement structurel, imposés depuis bientôt trente ans par les institutions financières internationales (IFI) et les gouvernements du Nord au reste de la planète. 

par Eric De Ruest

Les PAS (plans d’ajustement structurel) ont été imposés par les institutions de Bretton Woods aux pays du Sud dans le contexte de la crise de la dette du début des années 1980 |2|. Ces mécanismes, tout droit issus de l’idéologie néolibérale, englobent l’ensemble des secteurs des sociétés visées. En effet, pour les théoriciens du néolibéralisme, la mondialisation déploiera l’ensemble de ses bienfaits quand chaque région produira ce en quoi elle excelle et laissera donc le soin aux autres régions de produire la majorité de ce dont elle a besoin. C’est en substance la théorie des avantages comparatifs datant de 1817. Plus simplement, un pays reconnu comme étant particulièrement adapté à la culture du cacao doit renoncer à produire les céréales, les huiles végétales, les légumineuses nécessaires à l’alimentation de base de ses habitant(e)s et doit échanger sur le marché mondial sa production contre tout ce qui lui manque. Il s’agit donc de se couper des cultures vivrières séculaires et essentielles à la souveraineté alimentaire des peuples pour se plier aux jeux des économistes. Jeux dangereux qui ont montrés leurs limites très rapidement et dont on peut contempler toute la déraison à travers les échecs observés dans de nombreux pays ( Haïti, le Sénégal, le Burkina Faso, etc.). Dangereux car ignorants la destruction de la biodiversité au profit des monocultures d’exportations, ignorants aussi les impacts écologiques désastreux des transports nécessaires pour toutes ces marchandises. De plus, comment imaginer, sans une politique volontariste de contrôle des prix, qu’un pays qui exporte l’arachide dont les cours restent bas pendant 20 ans sur le marché mondial pourra importer les tracteurs et le pétrole nécessaires à son maintien sur ce marché ? Quand on connaît la tendance des cours du Brent à s’envoler toujours plus vers de nouveaux sommets et des prix des biens manufacturés à rester démesurément supérieurs aux cours de cette pauvre cacahuète, on imagine la catastrophe. C’est immanquablement la ruine et la famine pour la paysannerie locale et l’inévitable migration vers les bidonvilles pour une large partie de cette population.

Quelle est donc cette théorie issue des milieux intellectuels réputés sérieux qui fait fi de la biodiversité, de la souveraineté alimentaire des peuples, des risques de destruction par différents fléaux naturels ou humains accrus par le choix de la monoculture, de l’essence chaotique du marché |3|, de la pollution généralisée ?

Une stratégie délibérée de transformation sociale à l’échelle mondiale 

Dans son premier rapport de 1999 consacré aux PAS, M. Fantu CHERU |4| explique que l’ajustement structurel va « au delà de la simple imposition d’un ensemble de mesures macroéconomiques au niveau interne. Il est l’expression d’un projet politique, d’une stratégie délibérée de transformation sociale à l’échelle mondiale, dont l’objectif principal est de faire de la planète un champ d’action où les sociétés transnationales pourront opérer en toute sécurité. Bref, les PAS jouent un rôle de ’courroies de transmission’ pour faciliter le processus de mondialisation qui passe par la libéralisation, la déréglementation et la réduction du rôle de l’Etat dans le développement national. » Réduction du rôle de l’Etat. Et cela vient d’un rapporteur spécial des Nations-Unies. M. CHERU n’est d’ailleurs pas le seul rapporteur des Nations-Unies à avoir évoqué dans ses travaux les conséquences néfastes des PAS. Des critiques détaillées issues des travaux d’autres experts onusiens font feu de tout bois dans les domaines du droit au logement, du droit à l’alimentation ou encore à celui de l’éducation |5|. Là où les IFI imposent la privatisation et ouvrent une voie royale à l’appétit gargantuesque des multinationales. C’est donc à cause d’une dette trop souvent issue de dictatures ou d’emprunts réalisés par les puissances coloniales (l’un n’empêchant pas l’autre) et transférés aux états nouvellement indépendants, que les gouvernements des pays du Sud (d’Afrique en particulier) |6| ont été contraints d’accepter les PAS et ainsi concéder une part importante de leur souveraineté. Si bien qu’avancer aujourd’hui que les choix stratégiques pour l’alimentation seraient encore dans les mains des gouvernements du Sud relève de l’escroquerie intellectuelle à moins d’un manque d’information indigne du journalisme que l’on est en droit d’attendre en démocratie. Entendons par là que fustiger à tort les Africains est une contre-vérité lourde de sens et qui n’aide en rien à créer un climat fraternel entre les peuples.

Un exemple pour mieux comprendre les impacts négatifs des PAS : Haïti 

Les émeutes qui se sont déclenchées la semaine dernière à Port-au-Prince, mais aussi dans d’autres villes haïtiennes, ont été réprimées dans le sang. Une quarantaine de blessés au total dont quatorze par balles et au moins 5 morts. Pourtant, ces manifestations n’étaient que le résultat prévisible d’une flambée subite du prix du riz (de l’ordre de 200%). Quand on sait qu’aujourd’hui 82% de la population vit dans une précarité absolue avec moins de 2$ par jour, on comprend facilement de telles réactions face à cette augmentation. Haïti utilise 80% de ces recettes d’exportations uniquement pour couvrir les importations nécessaires à ses besoins alimentaires |7|. Cependant, il n’en a pas toujours été comme cela. Avant la chape de plomb dictatoriale des Duvalier père et fils (de 1957 à 1986), l’île connaissait l’autosuffisance alimentaire. Mais la tendance qu’ont les IFI’s à soutenir les dictatures s’est encore confirmée ici et le peuple haïtien, en plus des blessures personnelles (tortures, exécutions sommaires, climat de terreur permanent instauré par les tontons macoutes), se voit réclamer le remboursement de la dette externe qui culminait en septembre 2007 à 1,54 milliard de dollars |8| Le secteur agricole aura été le plus durement touché par les exigences des prêteurs et puisque la population était majoritairement rurale, l’ampleur des dégâts n’en a été que plus importante. En cause ? Principalement l’abaissement des droits de douane imposé aux pays du Sud mais rarement respecté entre l’Europe et les Etats-unis. Et l’enchaînement fatal s’est mis en place ; arrivée d’un riz produit à l’étranger à moindre coût (car subventionné) donc exode vers les villes de nombreux paysans ruinés et donc impossibilité de réaction du marché local en cas de flambée des prix sur le marché international. Ici comme ailleurs, les bénéfices de la libéralisation sont inexistants pour la très grande majorité de la population, les dégâts sont par contre considérables.

Un tsunami d’origine bien humaine 

Quand les pompiers pyromanes communiquent, partout la presse y fait écho. Le (pas très bon) mot de L.Michel est cité par tous les journalistes de la place européenne : « un tsunami économique et humanitaire ». On pourrait croire par là que la crise a une cause extra-humaine, comme le fruit d’une catastrophe naturelle. Pourtant, comme nous l’avons développé plus haut, les causes de la crise sont par trop le résultat de politiques dictées par les milieux financiers aux gouvernements du Sud. C’est aussi à notre voracité énergétique qu’il faut imputer une des causes de cette crise ; Les agrocarburants rentrent bien en concurrence, sur le marché, avec les denrées alimentaires. La spéculation qui se fait autour de cette nourriture changée en carburant tire le prix des céréales et du sucre vers de nouveaux plafonds. Même Peter Brabeck, patron de la multinationale Nestlé, s’inquiète de la situation dans une interview au journal suisse « NZZ am Sonntag » du 23 mars 2008. Pour lui, si l’on veut couvrir 20% de la demande pétrolière avec des agrocarburants, il n’y aura plus rien à manger |9|.

Il est donc plus que temps d’abandonner ce modèle de (sous-)développement néfaste et de laisser le choix aux populations de cultiver prioritairement pour leur marché intérieur. Actuellement, avec les connaissances acquises dans le domaine de l’agriculture respectueuse de l’environnement, nous pouvons viser l’autonomie alimentaire régionale sur l’ensemble de la planète et donc satisfaire à un droit humain fondamental, celui de se nourrir décemment. Les conséquences positives de ces progrès tant attendus seraient de favoriser rapidement la santé dans un premier temps, puis l’éducation, induisant une qualité de vie meilleure sous toutes les latitudes.

notes articles: 

|1| p.4 de « la libre Belgique », un article de M.F.C. (avec l’AFP et Reuters) ce jeudi 10 avril 2008 

|2| Lire E.Toussaint « la finance contre les peuples : La bourse ou la vie » chap.8 p.187 coédition Syllepse /CADTM/CETIM, 2004. 

|3| Benoît Mandelbrot a conçu, développé et utilisé une nouvelle géométrie de la nature et du chaos. On sait moins que la géométrie fractale est née des travaux que Mandelbrot avait consacrés à la finance au cours des années 1960. Pour de plus amples informations lire : « Fractales, hasard et finance », de Benoît Mandelbrot, 1959-1997 en poche. 

|4| Expert indépendant auprès de l’ancienne commission des droits de l’homme des Nations-Unies (sur les effets des PAS sur la jouissance effective des droits humains – rapport E/CN.4/1999/50 du 24 février 1999) 

|5| Lire à ce propos la brochure éditée par le CETIM « Dette et Droits Humains », décembre 2007. 

|6| Pour le Congo par exemple, au 30 juin 1960, jour de l’indépendance, la dette directe s’élève à un total de 921 096 301,44 US$ » (Tiré de l’article de Dieudonné Ekowana). 

|7| Ce qui laisse très peu de marge pour tout le reste, tout ce qui est pourtant nécessaire au développement d’un pays. Jamais d’ailleurs le duo infernal FMI/BM ne s’est vanté d’une quelconque réussite de ses politiques sur cette île. 

|8| Selon la Banque mondiale et l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) Bébé Doc. aurait détourné au total entre 300 et 800 millions de dollars. 

|9| Tout comme le Premier ministre italien, Romano Prodi, sceptique sur les bénéfices des agrocarburants et qui a affirmé qu’une transition vers ce type de palliatif au pétrole aurait un impact négatif sur la production alimentaire. 

infos article
URL:
http://www.cadtm.org

GLOSSAIRE ECONOMIQUE , par le CADTM

 


Accord sur les aspects des Droits de Propriété Intellectuelle relatifs au commerce (ADPIC) 

(en anglais, TRIP’s, Trade Related Intellectual Property Rights

Cet accord est entré en vigueur en 1995 dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Il concerne des domaines aussi diversifiés que la programmation informatique et la conception de circuits imprimés, les produits pharmaceutiques et les cultures transgéniques. Il définit des normes minimales sur les brevets, les droits d’auteur, les marques commerciales et les secrets de fabrication. Ces normes sont issues de la législation des pays industrialisés et imposent donc à tous les membres de l’OMC le type et le niveau de protection de ces pays. Elles sont nettement plus strictes que la législation en vigueur dans la plupart des pays en développement et entrent souvent en conflit avec les intérêts et besoins propres à ces pays. Il est possible d’obliger un pays à appliquer l’accord ADPIC de l’OMC au moyen du système intégré de règlements des différends. En pratique, cela signifie que si un pays ne respecte pas ses obligations en termes de droits de propriété intellectuelle, il peut se voir imposer des sanctions commerciales, ce qui constitue une menace sérieuse (PNUD 1999, p. 67). 

Aide publique au développement (APD) 

On appelle aide publique au développement les dons ou les prêts consentis à des conditions financières privilégiées accordés par des organismes publics de pays industrialisés. Il suffit donc qu’un prêt soit consenti à un taux inférieur à celui du marché (prêt concessionnel) pour qu’il soit considéré comme une aide, même s’il est ensuite remboursé jusqu’au dernier centime par le pays bénéficiaire. Les prêts bilatéraux liés (qui obligent le pays bénéficiaire à acheter des produits ou des services au pays prêteur) et les annulations de dette font aussi partie de l’APD. Outre l’aide alimentaire, on peut distinguer trois grands types d’utilisation des fonds ainsi dégagés : le développement rural, les infrastructures, l’aide hors projet (financement des déficits budgétaires ou de la balance des paiements). C’est ce dernier poste qui augmente le plus. Cette aide est  » conditionnée  » par la réduction du déficit public, la privatisation, la bonne conduite écologique, l’attention aux plus pauvres, la démocratisation, etc. Toutes ces conditions sont définies par les principaux gouvernements du Nord et le couple Banque mondiale/FMI. Cette aide passe par trois canaux : l’aide multilatérale, l’aide bilatérale et les ONG. 

Agence de crédit à l’exportation 

Quand une entreprise privée du Nord obtient un marché dans un pays en développement, il existe un risque que des difficultés économiques ou politiques empêchent le paiement de la facture. Pour se prémunir, elle peut s’assurer auprès d’une agence de crédit à l’exportation, comme
la COFACE en France ou le Ducroire en Belgique. En cas de problème, cette agence paie à la place du client défaillant, et l’entreprise du Nord est assurée de récupérer son dû. 

Selon la déclaration de Djakarta pour la réforme des agences publiques de crédit aux exportations et d’assurance-crédit, ces agences  » sont désormais la plus grande source de financement public dans le monde, elles soutenaient 8% des exportations mondiales en 1998, soit 391 milliards de dollars d’investissements principalement pour des grands contrats civils et militaires dans les pays en voie de développement. C’est bien plus que la moyenne annuelle d’aide publique au développement (…) qui avoisine 50 milliards de dollars. L’encours des agences de crédit aux exportations représente 24% de la dette des pays en développement et 56% des créances publiques détenues sur ces pays. «  

L’une des principales critiques formulées à leur encontre est qu’elles sont peu regardantes sur la nature des contrats assurés (armement, mégaprojets d’infrastructure et d’énergie comme le gigantesque barrage des Trois-Gorges en Chine) ni sur leurs conséquences sociales et environnementales, apportant bien souvent leur soutien à des régimes répressifs et corrompus (comme Total en Birmanie), et soutenant implicitement des violations des droits humains fondamentaux. 

Ajustement structurel 

Politique économique imposée par le FMI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts. 

Aléa moral ou risque moral 

En anglais, moral hazard

Argument fréquemment utilisé par les adversaires de l’annulation de la dette. Il s’appuie sur la théorie libérale qui donne la situation mettant en présence un emprunteur et un prêteur comme un cas d’asymétrie d’information. En l’occurrence, l’emprunteur sait seul s’il compte réellement rembourser son créancier. Annuler la dette aujourd’hui ferait donc courir le risque de répandre à l’avenir cette facilité accordée aux débiteurs et, par conséquent, d’accroître les réticences des prêteurs à engager leur capital qui n’auraient d’autre solution que d’exiger un taux d’intérêt augmenté d’une prime de risque croissante. On le voit, la  » morale  » est placée exclusivement du côté des prêteurs et l’ » amoralité  » placée du côté des emprunteurs suspectés a priori de malveillance. Or, il est facile de montrer que cet aléa moral est un produit direct de la liberté totale accordée aux capitaux de circuler : il est proportionnel à l’ouverture des marchés financiers puisque celle-ci multiplie les potentialités de contrats marchands censés apportés le bonheur à l’humanité mais qui apportent bien plus assurément leur lot de contrats risqués. Donc, les financiers voudraient voir multiplier à l’infini leurs possibilités de gagner de l’argent sans risque dans une société dont on nous dit qu’elle est et qu’elle doit être une société du risque… Belle contradiction. 

Arrimage 

Régime de change par lequel le taux de change d’une monnaie nationale est fixé à celui d’une devise étrangère de référence (le plus souvent le dollar). 

Balance commerciale et balance des biens et services 

La balance commerciale d’un pays mesure la différence entre ses ventes de marchandises (exportations) et ses achats (importations). Le résultat est le solde commercial (déficitaire ou excédentaire). Si l’on tient compte également des opérations sur les services, comme les frais de transports, les commissions bancaires, les frais d’assurances, les achats et vente de brevets ou les versements de redevances, on obtient alors la balance des biens et services. Elle inclut aussi les dépenses des touristes, et les paiements de salaires, d’intérêt et de dividendes à des étrangers ou de la part d’étrangers. 

Balance des transactions courantes & balance des paiements 

La balance des transactions courantes d’un pays ajoute à la balance des biens et services la balance des transferts unilatéraux, concernant des biens ou services importés ou exportés sans rétribution apparente : dons, subventions, envois d’argent à l’étranger par des travailleurs immigrés, etc. Le solde, appelé solde des paiements courants, traduit la position financière d’un pays par rapport au reste du monde. Un pays disposant d’un excédent de ses paiements courants est un pays prêteur vis-à-vis du reste du monde. Inversement, si la balance d’un pays est déficitaire, ce pays devra se tourner vers les prêteurs internationaux afin d’emprunter pour ses besoins de financement. 

La balance des opérations en capital, dont le solde est l’opposé du solde des paiements courants, vient boucler la balance des paiements, qui est donc, par définition, équilibrée. 

Banque centrale 

La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. 

Banque des Règlements Internationaux – BRI 


La Banque des Règlements Internationaux (BRI, ou Bank of International Settlements – BIS en anglais) a été fondée en 1930 pour gérer les réparations allemandes après
la Première Guerre mondiale. Etablie à Bâle, en société anonyme, elle gère une partie des réserves en devises des banques centrales. Son capital de 1,5 milliard de francs-or est divisé en 600 000 actions dont la plupart sont souscrites par les banques centrales européennes. Les autres peuvent être détenues par des agents privés qui perçoivent un dividende mais n’ont pas de droit de vote. 

Les gouverneurs des banques centrales affiliées, principalement du groupe des 10, s’y rencontrent régulièrement pour faciliter l’échange d’informations et une coopération étroite entre elles. Les banques fédérales de New York, du Canada et du Japon y envoient régulièrement des observateurs. 

Cette banque joue un rôle important dans la collecte des statistiques relatives aux opérations bancaires internationales qu’elle publie dans un rapport trimestriel depuis le début des années 80.
La BRI est chargée de gérer les risques financiers liés à la libéralisation des marchés financiers. Elle est aussi elle-même une banque qui fait des opérations : elle reçoit, principalement des banques centrales, des dépôts en or et en devises et elle place ces devises sur les marchés; elle accorde aussi des crédits à certaines banques centrales. 

Banque mondiale  

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international,
la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux.
La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes. 


La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires. 

L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de
la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. 

Avec l’accroissement de l’endettement,
la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi
la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés.
La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix.
Enfin,
la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982. 

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR
LA BM :

1) Les prêts-projets: prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale: énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté. 

Site web: <www.banquemondiale.org/

Bons du Trésor 

Titres d’emprunts émis par le Trésor public pour se financer. Leur durée peut aller de quelques mois à trente ans. 

Bourse 


La Bourse est l’endroit où sont émises les obligations et les actions. Une obligation est un titre d’emprunt (l’émetteur la vend à l’acheteur qui doit la rembourser à un taux et une échéance déterminés) et une action est un titre de propriété d’une entreprise. Les actions et les obligations peuvent être revendues et rachetées à souhait sur le marché secondaire de
la Bourse (le marché primaire est l’endroit où les nouveaux titres sont émis pour la première fois). 

Club de Londres 

Ce Club réunit les banques privées qui détiennent des créances sur les États et les entreprises des PED. Dans les années 1970, les banques de dépôt étaient devenues la principale source de crédit des pays en difficulté. Dès la fin de la décennie, ces dernières allouaient déjà plus de 50 % du total des crédits accordés, tous prêteurs confondus. Lorsque la crise de la dette éclate en 1982, le Club de Londres se tourna vers le FMI pour trouver un soutien. Aujourd’hui ces groupes de banques de dépôt se rencontrent pour coordonner le rééchelonnement de la dette des pays emprunteurs. On qualifie plus précisément ces groupes de commissions consultatives. Ces rencontres (à la différence du Club de Paris qui se réunit toujours à Paris) ont lieu à New York, Londres, Paris, Francfort ou ailleurs selon les préférences du pays et des banques. Les commissions consultatives, formées dans les années 1980, ont toujours conseillé aux pays débiteurs d’adopter immédiatement une politique de stabilisation et de demander le soutien du FMI, avant de solliciter un rééchelonnement ou de l’argent frais auprès des banques de dépôt. Il est exceptionnel que les commissions consultatives donnent suite à un projet sans l’aval du FMI. Elles ne le font que si elles sont convaincues que le pays mène une politique adéquate.

Club de Paris 

Créé en 1956, il s’agit du groupement d’Etats créanciers spécialisés dans la normalisation des défauts de paiement des PED. Depuis sa création, la présidence est traditionnellement assurée par un Français – en 2003, c’est le directeur du Trésor français, Jean-Pierre Jouyet, qui en assure la présidence. Les Etats membres du Club de Paris ont rééchelonné la dette de près de 80 pays en développement. Les membres du Club de Paris détiennent près de 30% du stock de la dette du Tiers Monde. 

Les liens entre le Club de Paris et le FMI sont extrêmement étroits; ils se matérialisent par le statut d’observateur dont jouit le FMI dans les réunions – confidentielles – du Club de Paris. Le FMI joue un rôle clé dans la stratégie de la dette mise en oeuvre par le Club de Paris qui s’en remet à son expertise et son jugement macro-économiques pour mettre en pratique l’un des principes essentiels du Club de Paris : la conditionnalité. Réciproquement, l’action du Club de Paris préserve le statut de créancier privilégié du FMI et la conduite de ses stratégies d’ajustement dans les pays en voie de développement. 

Site web : <www.Clubdeparis.org

Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED)  

Elle a été créée en 1964, sous la pression des pays en voie de développement pour faire contrepoids au GATT (prédécesseur de l’OMC). 

Site web : <www.unctad.org

Convertibilité 

Désigne la possibilité légale de passer d’une monnaie à une autre ou d’une monnaie à l’étalon dans laquelle elle est officiellement définie. Dans le système actuel de taux de change libéralisés (c’est l’offre et la demande de devises qui détermine leurs cours respectifs – taux de change flottants), les monnaies flottent autour du dollar (étalon-dollar). 

Créances privées 

Prêts consentis par les banques commerciales quel que soit l’emprunteur. 

Créances publiques 

Prêts consentis par des prêteurs publics quel que soit l’emprunteur. 

Dépréciation 

Dans un régime de taux de changes flottants, une dépréciation consiste en une diminution de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux autres monnaies due à une contraction de la demande par les marchés de cette monnaie nationale. 

Dette 

  • Dette multilatérale
    Dette qui est due à
    la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme
    la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement. 

  • Dette privée
    Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur. 

  • Dette publique
    Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics. 

Dévaluation 

Modification à la baisse du taux de change d’une monnaie par rapport aux autres. 

Document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) 

En anglais, Poverty Reduction Strategy Paper (PRSP). 

Mis en œuvre par
la Banque mondiale et le FMI à partir de 1999, le DSRP, officiellement destiné à combattre la pauvreté, est en fait la poursuite et l’approfondissement de la politique d’ajustement structurel en cherchant à obtenir une légitimation de celle-ci par l’assentiment des acteurs sociaux.
Parfois appelés Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP). 

Dollarisation 

Substitution du dollar à la monnaie nationale, laquelle, à la différence d’un régime d’arrimage, disparaît totalement. La dollarisation est l’ultime stade de la disparition de l’autonomie monétaire. 

Eurodollars 

Le marché des eurodollars trouve son origine anecdotique dans le souci des autorités soviétiques, dans le contexte de guerre froide des années cinquante, de faire fructifier leurs réserves en dollars sans avoir à les placer sur le marché financier américain. C’est toutefois l’ampleur des sorties de capitaux américains qui constitue la cause structurelle de l’essor spectaculaire de ce marché dans la seconde partie des années soixante. Le déficit croissant de la balance des capitaux américaine pendant cette période résulte de la conjugaison de trois éléments : les investissements massifs des firmes américaines à l’étranger, en Europe notamment; le plafonnement des taux d’intérêt par la réglementation Q, qui encourage les emprunts étrangers sur le marché américain et décourage les dépôts aux Etats-Unis; le financement de la guerre du Viêt-nam. Pour freiner ces sorties de capitaux, les autorités américaines ont introduit en 1963 une taxe sur les emprunts des non-résidents. Celle-ci a eu pour effet de déplacer la demande de financements en dollars du marché américain vers les euromarchés, où les filiales des banques américaines pouvaient opérer en toute liberté. L’offre de dollars sur ces marchés émane, d’une part, des institutions et des firmes américaines découragées par le niveau très faible des taux d’intérêt aux Etats-Unis, d’autre part, des banques centrales du reste du monde qui y placent leurs réserves de change en dollars.
Echappant à tout contrôle étatique, non contraintes de constituer des réserves obligatoires, les eurobanques – autrement dit les banques travaillant en dollars sur le sol européen et, par extension, les xénobanques, banques travaillant en toutes monnaies en dehors de leurs territoires d’émission – peuvent offrir des rémunérations élevées à leurs déposants et des taux compétitifs à leurs clients sans pour autant réduire leurs marges bénéficiaires (Adda, 1996, t. 1, p. 94 et suiv.). 

Excédent principal 

Dans la comptabilité nationale, l’excédent principal est la différence entre les recettes et les dépenses de l’Etat hors charges des intérêts de la dette. 

Facilité d’Ajustement Structurel – FAS – et Facilité d’Ajustement Structurel Renforcé -FASR
(Structural Ajustment Faciliy – SAF – et Enhanced Structural Ajustment Facility – ESAF -en anglais) 

Les FAS sont des facilités de crédits octroyées par le FMI, qui mettent l’accent sur la croissance, la lutte contre la pauvreté, les réformes structurelles et un financement extérieur adapté sur une période de trois ans. Les pays qui peuvent y avoir accès doivent être très pauvres.
Les FASR, qui ont pris le relais, comportent des prêts d’un montant plus élevé mais exigent des efforts importants dans le domaine structurel et font l’objet d’une conditionnalité rigoureuse : un programme d’ajustement structurel à moyen terme (trois ans). Pour pouvoir en bénéficier, un pays doit présenter un document-cadre de politique économique (DCPE) définissant son programme d’ajustement structurel.
La FASR est financée par plus de 40 Etats-membres du FMI, dont la moitié environ sont des pays en développement. Ces Facilités d’ajustement ont été rebaptisées ‘Facilités pour la réduction de la pauvreté et la croissance ‘ en septembre 1999.
(D’après Lenain, 1993, p. 99) 

Facilité pour
la Réduction de
la Pauvreté et
la Croissance (FRPC)
 

Facilité de crédit du FMI avalisée en 1999, en remplacement de
la FASR, qui concerne 81 pays à faible revenu (dont le revenu par habitant en 2002 est inférieur à 875 dollars). La nouveauté par rapport à
la FASR consiste en l’apparition de la notion de lutte contre la pauvreté, dans une stratégie économique globale toujours axée sur la croissance. Les autorités nationales sont alors chargées de rédiger un vaste document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), sorte de programme d’ajustement structurel avec une touche de social, en accord avec les institutions multilatérales. En cas d’éligibilité, le pays peut emprunter, dans le cadre d’un accord de 3 ans, un montant variable suivant ses difficultés de balance des transactions courantes et son passé envers le FMI, en général dans la limite de 140 % de sa quote-part au FMI. Le taux annuel est de 0,5 %, sur une durée de 10 ans, avec une période de grâce de 5 ans et demi. 

Financiarisation d’une nation ou d’une entreprise 

Le degré de financiarisation d’une nation ou d’une entreprise peut se mesurer par un indicateur simple où le numérateur est composé des actifs financiers et le dénominateur de ces derniers auxquels sont ajoutés les actifs réels. D’une manière plus précise, nous dirons qu’il y a financiarisation lorsque les entreprises industrielles consacrent une partie croissante de leurs ressources à des activités strictement financières et que cela tend à se réaliser au détriment de l’activité principale (Salama, in Chesnais, 1996). 

Fonds de pension 

Un fonds de pension collecte une part du salaire mensuel de ses clients et spécule sur les marchés financiers pour faire fructifier ce capital collecté. Le but est double : primo, assurer à ses clients une retraite à la fin de leur carrière ; secundo, dégager des bénéfices supplémentaires pour leur propre compte. Ces deux objectifs sont aléatoires et à de nombreuses reprises, des salariés se sont retrouvés sans économies ni retraite à la suite de faillites retentissantes, comme l’empire de Robert Maxwell au Royaume-Uni. Ce système de retraite par capitalisation est généralisé dans les pays anglo-saxons. En 2002, certains pays d’Europe continentale comme
la France conservaient un système de retraite par répartition, basé sur la solidarité entre les générations. 

Fonds propres 

Fonds possédés qui ne proviennent pas de l’endettement, notamment le capital social et les réserves. 

Fonds Monétaire International 

Le FMI est né le même jour que
la Banque mondiale avec la signature des Accords de Bretton Woods. 

A l’origine, le rôle du FMI était de défendre le nouveau système de changes fixes.
A la fin de Bretton Woods (1971), le FMI est maintenu et se révèle petit à petit le gendarme et le pompier du capitalisme mondialisé : gendarme lorsqu’il impose ses programmes d’ajustement structurels, pompier lorsqu’il intervient financièrement pour renflouer des Etats touchés par une crise financière. 

Le capital du FMI est composé de l’apport en devises fortes (et en monnaies locales) des pays membres. En fonction de cet apport, chaque membre se voit allouer des droits de tirage spéciaux (DTS) qui sont en fait des actifs monétaires échangeables librement et immédiatement contre des devises d’un pays tiers. Le fonctionnement d’utilisation de ces DTS correspond à une politique dite de stabilisation à court terme de l’économie, destinée à réduire le déficit budgétaire des pays et à limiter l’accroissement de la masse monétaire. Cette stabilisation constitue le plus souvent la première phase de l’intervention du FMI dans les pays endettés. Mais le FMI considère qu’il est désormais de son ressort (depuis le premier choc pétrolier de 1974-1975) d’agir sur la base productive des économies du Tiers Monde en restructurant des pans entiers de celles-ci; il s’agit là d’une politique d’ajustement à plus long terme de l’économie. Il fait de même avec les pays dit en transition vers une économie de marché (Norel et Saint-Alary, 1992, p. 83). 

Son mode de décision est le même que pour
la Banque mondiale et se base sur une répartition des droits de vote en fonction du montant de la cotisation des Etats membres. Il faut 85% des voix pour modifier
la Charte du FMI (les USA possèdent donc une minorité de blocage, vu qu’ils possèdent 17,35% des voix). 

FMI : La répartition des droits de vote des administrateurs (24) se répartit comme suit: 

USA 17,14%
Japon 6,15%
Allemagne 6,01%
Royaume-Uni 4,96%
France 4,96%
Espagne 4,29%
Italie 4,19%
Canada 3,72%
Belgique 5,15%
Pays-Bas 4,86% 

soit 10 pays industrialisés 56,28% 

Site web: < www.imf.org

G5 

Le G5 est né d’une initiative des Etats-Unis et du Royaume-Uni qui en 1967 ont réuni les ministres des Finances des cinq premiers pays industrialisés (Allemagne, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Japon). Le G5 donne le ton au niveau du G7. 

G7 

Groupe réunissant les pays les plus puissants de la planète : Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon. Leurs chefs d’Etat se réunissent chaque année généralement fin juin, début juillet. Le G7 s’est réuni la première fois en 1975 à l’initiative du président français, Valéry Giscard d’Estaing. 

G8  

Ce groupe correspond au G7 plus
la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. 

G10 

Il réunit les 10 pays (G7 + Belgique/Luxembourg, Pays-Bas, Suède) qui ont signé en 1962 les Accords Généraux d’Emprunt, sans cesse renouvelés depuis.
La Suisse s’est associée en 1976 et est devenue un membre à part entière. 

G24 

Le G24 a été créé en 1972 par le G77, inquiet devant la montée en puissance du G10. Au début, ses travaux ont consisté à préparer des positions des PED pour le Comité des Vingt. Depuis la mise en place du Comité Intérimaire et du Comité de Développement, il a élargi le champ de ses préoccupations aux problèmes liés au développement. Il est un porte-parole des PED comme le G10 est celui des pays de l’OCDE. 

G77 

Le G77 est une émanation du Groupe des pays en voie de développement qui se sont réunis pour préparer la première Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) à Genève en 1964. Le Groupe offre un forum aux PED pour discuter des problèmes économiques et monétaires internationaux. En 2000, le G77 regroupait plus de 130 pays. 

GATT 

Forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les Etats avaient seulement le statut de  » parties contractuelles « . Il est remplacé en le 1er janvier 1995 par l’OMC. 

Globalisation (voir aussi Mondialisation)
(extrait de Chesnais, 1997a) 

Origine et sens de ce terme anglo-saxon. En anglais, le mot « global » se réfère aussi bien à des phénomènes intéressant la (ou les) société(s) humaine(s) au niveau du globe comme tel (c’est le cas de l’expression global warming désignant l’effet de serre) qu’à des processus dont le propre est d’être « global » uniquement dans la perspective stratégique d’un « agent économique » ou d’un « acteur social » précis. En l’occurrence, le terme « globalisation » est né dans les Business Schools américaines et a revêtu le second sens. Il se réfère aux paramètres pertinents de l’action stratégique du très grand groupe industriel. Il en va de même dans la sphère financière. A la capacité stratégique du grand groupe d’adopter une approche et conduite « globales » portant sur les marchés à demande solvable, ses sources d’approvisionnement, les stratégies des principaux rivaux oligopolistiques, font pièce ici les opérations effectuées par les investisseurs financiers, ainsi que la composition de leurs portefeuilles. C’est en raison du sens que le terme global a pour le grand groupe industriel ou le grand investisseur financier que le terme « mondialisation du capital » plutôt que « mondialisation de l’économie » m’a toujours paru – indépendamment de la filiation théorique française de l’internationalisation dont je reconnais toujours l’héritage – la traduction la plus fidèle du terme anglo-saxon. C’est l’équivalence la plus proche de l’expression « globalisation » dans la seule acceptation tant soit peu scientifique que ce terme peut avoir.
Dans un débat public, le patron d’un des plus grands groupes européens a expliqué en substance que la « globalisation » représentait « la liberté pour son groupe de s’implanter où il le veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de conventions sociales »

Hedge funds 

Un Hedge funds (ou fonds spéculatif) est une institution d’investissement empruntant afin de spéculer sur les marchés financiers mondiaux. Plus un fonds aura la confiance du monde financier, plus il sera capable de prendre provisoirement le contrôle d’actifs dépassant de beaucoup la richesse de ses propriétaires. Les revenus d’un investisseur d’un Hedge funds dépendent de ses résultats, ce qui l’incite à prendre davantage de risques. Les Hedge funds ont joué un rôle d’éclaireur dans les dernières crises financières : spéculant à la baisse, ils persuadent le gros du bataillon (les zinzins des fonds de pension et autres compagnies d’assurance) de leur clairvoyance et crée ainsi une prophétie spéculative auto-réalisatrice. 

Indicateur de développement humain (IDH) 

Outil de mesure, utilisé par les Nations unies pour estimer le degré de développement d’un pays, et prenant en compte le revenu par habitant, le degré d’éducation et l’espérance de vie moyenne de sa population. 

Indicateur de pauvreté humaine (IPH)  

Depuis 1997, le Rapport du PNUD tente de mesurer la misère dans le Tiers-Monde, à travers un indicateur de la pauvreté humaine qui prend en considération d’autres critères que les revenus monétaires. Ces critères sont les suivants :
- la probabilité à la naissance de ne pas atteindre l’âge de 40 ans;
- le pourcentage d’adultes analphabètes;
- les services procurés par l’économie dans son ensemble. Pour déterminer la qualité de ceux-ci, deux éléments sont pris en compte : le pourcentage d’individus n’ayant pas accès à des points d’eau aménagés et le pourcentage d’enfants de moins de cinq ans souffrant d’insuffisance pondérale.
Malgré une pauvreté monétaire certaine, des pays arrivent à atténuer l’impact de la pauvreté par l’accès aux services qu’ils rendent à la population. En tête des pays considérés se trouvaient en 2002, l’Uruguay, le Costa Rica, le Chili et Cuba. Ces pays étaient parvenus à réduire la pauvreté humaine jusqu’à un IPH inférieur à 5 %. 

Industrialisation par substitution d’importation 

Cette stratégie renvoie principalement à l’expérience historique de l’Amérique latine des années trente et quarante, et à l’école théorique dite de
la CEPAL (Commission Economique Pour l’AmériqueLatine de l’ONU), avec notammentles écrits de l’Argentin Raúl Prebisch. Le point de départ est le constat selon lequel, confrontés à une réduction drastique des échanges, les principaux pays d’Amérique latine avaient su répondre à la demande intérieure en remplaçant les produits importés par le développement de la production locale. La théorisation de
la CEPAL vise à étendre ce procédé successivement à tous les secteurs de l’industrie en créant une  » déconnexion  » vis-à-vis du Centre. En s’appuyant sur une bonne dose de protectionnisme et sur une intervention coordonnée de l’Etat, on vise à permettre l’essor des industries naissantes. C’est en quelque sorte une version réformiste des théories de la dépendance, qui compte sur le dynamisme des entrepreneurs locaux (Coutrot et Husson, 1993, p. 117; Prebish, 1981; Clairmont, 1987; Ugarteche, 1996). 

Inflation 

Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donné. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. 

Intrants 

Éléments entrant dans la production d’un bien. En agriculture, les engrais, pesticides, herbicides sont des intrants destinés à améliorer la production. Pour se procurer les devises nécessaires au remboursement de la dette, les meilleurs intrants sont réservés aux cultures d’exportation, au détriment des cultures vivrières essentielles pour les populations. 

Investissements directs à l’étranger (IDE)
(extrait de CHESNAIS, 1994, p. 40) 

Les investissements étrangers peuvent s’effectuer sous forme d’investissements directs ou sous forme d’investissements de portefeuille.
Même s’il est parfois difficile de faire la distinction pour des raisons comptables, juridiques ou statistiques, on considère qu’un investissement étranger est un investissement direct si l’investisseur étranger possède 10% ou plus des actions ordinaires ou de droits de vote dans une entreprise. Bien qu’arbitraire, ce critère a été retenu car on estime qu’une telle participation est un investissement à long terme qui permet à son propriétaire d’exercer une influence sur les décisions de gestion de l’entreprise.

En revanche, un investissement étranger qui est inférieur à 10% sera comptabilisé comme un investissement de portefeuille. On considère que les investisseurs de portefeuille n’exercent aucune influence sur la gestion d’une société dont ils possèdent des actions. Les investissements en portefeuille désignent l’ensemble des dépôts bancaires et des placements financiers sous forme de titres publics ou privés.

Les flux d’investissement directs, quelle que soit leur destination, représentent la somme des éléments suivants:
- apports nets en capital accordés par l’investisseur direct sous forme d’achat d’actions ou de parts, d’augmentation de capital ou créations d’entreprise;
- prêts nets, y compris les prêts à court terme et avances consenties par la maison mère à sa filiale;
- bénéfices non distribués (réinvestis). 

LIBOR (
London Interbank Offered Rate)
 

Taux interbancaire de
la City londonienne (très proche du prime rate des Etats-Unis, autre taux de base des prêts internationaux). 

Libre convertibilité 

La libre convertibilité désigne la possibilité légale de passer librement d’une monnaie à une autre. 

Lobby 

Les lobbies sont des groupes de pression d’intérêt privé, défendant le plus souvent les intérêts de groupes industriels ou financiers. On décompte quelque 40 000 lobbyistes à Washington. 

Marché des changes 

Marché sur lequel s’échangent et sont cotées les devises. 

Mercosur 

Le Mercosur est une zone régionale de coopération économique du Cône Sud (marché du Cône Sud) qui rassemble le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay, en plus de deux pays associés, le Chili et
la Bolivie. 

Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a) 

Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La  » mondialisation de l’économie  » (Adda, 1996) ou, plus précisément la  » mondialisation du capital  » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus – ou même tout autre chose – qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique – et à plusieurs égards important, nouveau – du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font  » système « . Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu – en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de
la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de  » régime d’accumulation mondial à dominante financière « .

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre Etats, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’Etat est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des Etats capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970. 

Monoculture 

Culture d’un seul produit. De nombreux pays du Sud ont été amenés à se spécialiser dans la culture d’une denrée destinée à l’exportation (coton, café, cacao, arachide, tabac, etc.) pour se procurer les devises permettant le remboursement de la dette. 

Moratoire 

Situation dans laquelle une dette est gelée par le créancier, qui renonce à en exiger le paiement dans les délais convenus. Cependant, durant la période de moratoire, les intérêts continuent de courir. Un moratoire peut également être décidé par le débiteur, comme ce fut le cas de
la Russie en 1998 et de l’Equateur en 1999. 

Mouvement des non-alignés 

Le mouvement des non-alignés s’est développé dans la foulée de
la Conférence de Bandung, réunissant en avril 1955 vingt-trois pays d’Asie et six d’Afrique, à l’invitation du président indonésien Sukarno et sous le patronage du président indien Nehru. Refusant de s’engager dans la guerre froide et revendiquant une indépendance envers les deux blocs, le mouvement des non-alignés demande un juste prix pour ses matières premières, des relations internationales pacifiques et une égalité entre les races et les nations. Il prendra officiellement naissance en septembre 1961 à Belgrade, à l’invitation du président yougoslave Tito. 

Mutual fund 

Fonds d’investissement collectif aux États-Unis, équivalent des Sicav. 

Nasdaq 

Créé en 1971, le Nasdaq (National Association of securities dealers automated quotation) est la bourse électronique des valeurs américaines à forte croissance (celles de la ‘nouvelle économie’ liées à l’Internet). 

New Deal 

Le terme New Deal (nouvelle donne) est utilisé pour la première fois, devant
la Convention du Parti démocrate à Chicago en juillet 1932. Il désignera l’expérience tentée, dès 1933, par le président Franklin Roosevelt pour mettre fin à la profonde crise économique que les Etats-Unis traversaient depuis 1929. L’expression New Deal recouvre un ensemble de mesures allant de l’aide aux secteurs économiques les plus touchés par la crise jusqu’à des réformes sociales. Dès 1938, une nouvelle récession intervient et marque les limites du New Deal. La relance se fera sous les auspices de
la Seconde Guerre mondiale. Roosevelt n’a pas développé un programme cohérent qui serait similaire au programme des Travaillistes britanniques de 1945. 

Obligation 

Titre émis par un emprunteur collectant des fonds pour une période d’au moins cinq ans et précisant les conditions de rémunération (taux d’intérêt, modalités de versement, existence éventuelle de primes tirées au sort, etc.) et de remboursement (échéance, modalités de remboursement, etc.). 

Liste des pays membres de l’OCDE par ordre alphabétique: Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Corée du Sud, Danemark, Espagne, Etats-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Turquie. 

Oligopole 

La situation d’oligopole tient à l’interdépendance entre firmes qu’il comporte,  » les firmes ne réagissant plus à des forces impersonnelles en provenance du marché, mais personnellement et directement à leurs rivales  » (Pickering, 1974). L’oligopole mondial est un  » espace de rivalité « , délimité par les rapports de dépendance mutuelle de marché reliant le petit nombre de grands groupes qui parviennent, dans une industrie (ou dans un complexe d’industries à technologie générique commune), à acquérir et à conserver le statut de concurrent effectif au plan mondial. L’oligopole est un lieu de concurrence féroce, mais aussi de collaboration entre groupes (Chesnais, 1996). 

Onde longue  

Les économies capitalistes ont un caractère cyclique: phases de croissance et phases de récession ou de dépression alternent périodiquement. Deux catégories principales de cycle sont étudiées habituellement: les cycles courts, appelés également cycles de Juglar (Clément Juglar est l’économiste qui les a étudiés), et les cycles longs, mieux connus sous le nom d’ondes longues ou cycles Kondratief (du nom de l’économiste Nicolaï Kondratief). Les cycles courts ont une durée de six à dix ans et les ondes longues, de cinquante à soixante ans. Les ondes longues incluent des cycles courts. elles se divisent en deux phases. Dans la phase ascendante, les années de croissance prédominent et, plus significatif, les crises caractéristiques des cycles courts sont moins aiguës et moins longues. Pendant la phase descendante ou dépressive, la croissance enregistrée pendant les bonnes années des cycles courts est plus modeste et les mauvaises années, celles de faible croissance, de stagnation ou de récession prédominent. La question des cycles économiques, les courts comme les longs, est un des thèmes les plus controversés entre économistes. Un des analystes les plus intéressants en ce qui concerne les ondes longues est Ernest Mandel (1923-1995) qui a analysé l’interaction complexe entre facteurs économiques et socio-politiques dans le déroulement des ondes longues. Ernest Mandel fit un apport substantiel en ce qui concerne le rôle du facteur politique sur le processus de démarrage et de développement des ondes longues expansives, apport qui devra encore être enrichi et complété (Mandel, 1972, Mandel 1978). 

Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) 

Créée en 1960 et basée au Château de
la Muette à Paris, l’OCDE regroupe les quinze membres de l’Union européenne auxquels s’ajoutent
la Suisse,
la Norvège, l’Islande ; en Amérique du Nord, les États-Unis et le Canada ; en Asie-Pacifique, le Japon, l’Australie et
la Nouvelle-Zélande. Entre 1994 et 1996, trois pays du Tiers-Monde ont fait leur entrée :
la Turquie, candidate à entrer également dans l’Union européenne ; le Mexique qui forme l’ALENA avec ses deux voisins du Nord ;
la Corée du Sud. Depuis 1995, se sont ajoutés trois pays de l’ex-bloc soviétique :
la République tchèque,
la Pologne et
la Hongrie. En 2000,
la République slovaque est devenue le trentième membre.
Liste des pays membres de l’OCDE par ordre alphabétique : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Corée du Sud, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Turquie. 

Site web :<www.oecd.org

Organisation Internationale du Travail (OIT) 

Créée en 1919 par le traité de Versailles, l’Organisation internationale du travail (OIT, siège à Genève) est devenue, en 1946, la première institution spécialisée des Nations unies. L’OIT réunit les représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs, dans le but de recommander des normes internationales minimales et de rédiger des conventions internationales touchant le domaine du travail. L’OIT comprend une conférence générale annuelle, un conseil d’administration composé de 56 membres (28 représentants des gouvernements, 14 des employeurs et 14 des travailleurs) et le Bureau international du travail (BIT) qui assure le secrétariat de la conférence et du conseil. Le pouvoir du BIT (Bureau International du Travail) est très limité : il consiste à publier un rapport annuel et regroupe surtout des économistes et des statisticiens. Leurs rapports défendent depuis quelques années l’idée que le chômage provient d’un manque de croissance (de 5% dans les années 60 a 2% aujourd’hui), lui-même suscité par une baisse de la demande. Son remède est celui d’un consensus mondial sur un modèle vertueux de croissance économique, ainsi que sur des réflexions stratégiques au niveau national (du type hollandais par exemple). L’OIT affirme qu’il est naïf d’expliquer le chômage par le manque de flexibilité et que les changements technologiques n’impliquent pas une adaptation automatiquement par le bas en matière de salaires et de protection sociale. 

Organisation Mondiale du Commerce (OMC) 

Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les Etats avaient seulement le statut de  » parties contractuelles « . Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.
Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements: directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux  » habits  » de l’AMI. 

L’OMC fonctionne selon le mode  » un pays – une voix  » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les  » green rooms « . Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord. 

Site web : <www.wto.org

Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) 

En anglais, OPEC : Organization of the Petroleum Exporting Countries. 

L’OPEP regroupe 11 PED producteurs de pétrole : Algérie, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Indonésie, Irak, Iran, Koweït, Libye, Nigeria, Qatar, Venezuela. Ces 11 pays représentent 41 % de la production de pétrole dans le monde et possèdent plus de 75 % des réserves connues. Créée en septembre 1960 et basée à Vienne (Autriche), l’OPEP est chargée de coordonner et d’unifier les politiques pétrolières de ses membres, dans le but de leur garantir des revenus stables. À cette fin, la production obéit en principe à un système de quota. Chaque pays, représenté par son ministre de l’Énergie et du Pétrole, se charge à tour de rôle de la gestion de l’organisation. Le 1er juillet 2002, le Vénézuélien Alvaro Silva-Calderón est devenu le secrétaire général de l’OPEP. 

Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) 

Elle assure aux Européens la protection militaire des États-Unis en cas d’agression, mais elle offre surtout aux États-Unis la suprématie sur le bloc occidental. Les pays d’Europe occidentale ont accepté d’intégrer leurs forces armées à un système de défense placé sous commandement américain, reconnaissant de ce fait la prépondérance des États-Unis. Fondée en 1949 à Washington et passée au second plan depuis la fin de la guerre froide, l’OTAN comprenait 19 membres en 2002 :
la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis,
la France,
la Grande-Bretagne, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg,
la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, auxquels se sont ajoutés
la Grèce et
la Turquie en 1952,
la République fédérale d’Allemagne en 1955 (remplacée par l’Allemagne unifiée en 1990), l’Espagne en 1982,
la Hongrie,
la Pologne et
la République tchèque en 1999. 

Organisme génétiquement modifié (OGM) 

Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes. 

- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées. 

- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les Etats se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de
la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté. 

- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon
la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante. 

Pacte de Varsovie 

Pacte militaire entre pays de l’ex-bloc soviétique (URSS, Albanie, Bulgarie, Hongrie, Pologne, République démocratique allemande, Roumanie, Tchécoslovaquie). Il fut signé à Varsovie en mai 1955, en réaction à l’intégration de
la République fédérale d’Allemagne à l’OTAN. L’Albanie s’en est retirée en 1968 suite à l’intervention en Tchécoslovaquie. Suite à la dislocation de l’URSS, l’organisation militaire du pacte a été dissoute en avril 1991. 

Pays émergents 

Les pays émergents désignent la vingtaine de pays en développement ayant accès aux marchés financiers. 

Pays Moins Avancés (PMA) 

Notion définie par l’ONU en fonction des critères suivants : faible revenu par habitant, faiblesse des ressources humaines et économie peu diversifiée. La liste comprend actuellement 49 pays, le dernier pays admis étant le Sénégal, en juillet 2000. Elle n’en comptait que 25 il y a 30 ans. 

Plan Marshall 

Programme de reconstruction économique proposé en 1947 par George C. Marshall, secrétaire d’État des États-Unis. Doté d’un budget de 12,5 milliards de dollars de l’époque (environ 80 milliards de dollars de 2002) sous forme de dons et de prêts à long terme, le plan Marshall permit à 16 pays (notamment
la France,
la Grande-Bretagne, l’Italie et les pays scandinaves) de profiter de fonds pour leur reconstruction après la seconde guerre mondiale. 

Pétrodollars 

Les pétrodollars sont les dollars issus du pétrole. 

Plus-value 

La plus-value est la différence entre la valeur nouvellement produite par la force de travail et la valeur propre de cette force de travail, c’est-à-dire la différence entre la valeur nouvellement produite par le travailleur ou la travailleuse et les coûts de reproduction de la force de travail.
La plus-value, c’est-à-dire la somme totale des revenus de la classe possédante (profits + intérêts + rente foncière) est donc une déduction (un résidu) du produit social, une fois assurée la reproduction de la force de travail, une fois couverts ses frais d’entretien. Elle n’est donc rien d’autre que la forme monétaire du surproduit social, qui constitue la part des classes possédantes dans la répartition du produit social de toute société de classe : les revenus des maîtres d’esclaves dans une société esclavagiste ; la rente foncière féodale dans une société féodale ; le tribut dans le mode de production tributaire, etc. 

Le salarié et la salariée, le prolétaire et la prolétaire, ne vendent pas  » du travail « , mais leur force de travail, leur capacité de production. C’est cette force de travail que la société bourgeoise transforme en marchandise. Elle a donc sa valeur propre, donnée objective comme la valeur de toute autre marchandise : ses propres coûts de production, ses propres frais de reproduction. Comme toute marchandise, elle a une utilité (valeur d’usage) pour son acheteur, utilité qui est la pré-condition de sa vente, mais qui ne détermine point le prix (la valeur) de la marchandise vendue. 

Or l’utilité, la valeur d’usage, de la force de travail pour son acheteur, le capitaliste, c’est justement celle de produire de la valeur, puisque, par définition, tout travail en société marchande ajoute de la valeur à la valeur des machines et des matières premières auxquelles il s’applique. Tout salarié produit donc de la  » valeur ajoutée « . Mais comme le capitaliste paye un salaire à l’ouvrier et à l’ouvrière – le salaire qui représente le coût de reproduction de la force de travail -, il n’achètera cette force de travail que si  » la valeur ajoutée  » par l’ouvrier ou l’ouvrière dépasse la valeur de la force de travail elle-même. Cette fraction de la valeur nouvellement produite par le salarié, Marx l’appelle plus-value. 

La découverte de la plus-value comme catégorie fondamentale de la société bourgeoise et de son mode de production, ainsi que l’explication de sa nature (résultat du surtravail, du travail non compensé, non rémunéré, fourni par le salarié) et de ses origines (obligation économique pour le ou la prolétaire de vendre sa force de travail comme marchandise au capitaliste) représente l’apport principal de Marx à la science économique et aux sciences sociales en général. Mais elle constitue elle-même l’application de la théorie perfectionnée de la valeur-travail d’Adam Smith et de David Ricardo au cas spécifique d’une marchandise particulière, la force de travail (Mandel, 1986, p. 14). 

PPTE (Pays pauvres très endettés) – En anglais : HIPC 

L’initiative PPTE, mise en place en 1996 et renforcée en septembre 1999, est destinée à alléger la dette des pays très pauvres et très endettés, avec le modeste objectif de la rendre juste soutenable. 

Elle se déroule en 4 étapes particulièrement exigeantes et complexes. 

Tout d’abord, le pays qui sollicite une aide au titre de cette initiative doit mener docilement, en général pendant 3 ans, des politiques économiques approuvées par le FMI et
la Banque mondiale, sous forme de programmes d’ajustement. Il continue alors à recevoir l’aide classique de tous les bailleurs de fonds concernés. Pendant ce temps, il doit adopter un document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), parfois juste sous une forme intérimaire, et avoir obtenu des résultats dans l’application de cette stratégie pendant au moins un an. 

A la fin de ces 3 années, arrive le point de décision : le FMI analyse le caractère soutenable ou non de l’endettement du pays candidat. Si la valeur nette du ratio stock de la dette extérieure / exportations est supérieure à 150 % après application des mécanismes traditionnels d’allégement de la dette, le pays peut être déclaré éligible. Cependant, les pays à niveau d’exportations élevé (ratio exportations/PIB supérieur à 30 %) sont pénalisés par le choix de ce critère, et on privilégie alors leurs recettes budgétaires plutôt que leurs exportations. Donc si leur endettement est manifestement très élevé malgré un bon recouvrement de l’impôt (recettes budgétaires supérieures à 15 % du PIB, afin d’éviter tout laxisme dans ce domaine), l’objectif retenu est un ratio valeur nette du stock de la dette / recettes budgétaires supérieur à 250 %. 

Troisième temps, si le pays est déclaré admissible, il bénéficie de premiers allégements de la part des États créanciers et des banques privées, et doit poursuivre avec les politiques agréées par le FMI et
la Banque mondiale. La durée de cette période est déterminée par la mise en œuvre satisfaisante des réformes clés convenues au point de décision, dans un souci de maintien de la stabilité macroéconomique.
A l’issue, arrive le point d’achèvement. Le reste de l’allégement est alors fourni, pour permettre au pays de revenir à des critères de soutenabilité (exposés ci-dessus) jugés satisfaisants. 

Le coût de cette initiative est estimé à 54 milliards de dollars, soit environ 2,6% de la dette extérieure du Tiers Monde. 

Les PPTE sont au nombre de 42 seulement, dont 34 en Afrique subsaharienne, auxquels il convient d’ajouter le Honduras, le Nicaragua,
la Bolivie,
la Guyana, le Laos, le Vietnam et Myanmar. 

Au 30 septembre 2003, 27 pays ont atteint le point de décision, et seulement 8 sont parvenus au point d’achèvement : l’Ouganda,
la Bolivie, le Mozambique,
la Tanzanie, le Burkina Faso,
la Mauritanie, le Mali et le Bénin. 

Prime de risque 

Quand des emprunts sont accordés, les créanciers tiennent compte de la situation économique du débiteur pour fixer le taux d’intérêt. Un éventuel risque pour le débiteur de ne pas pouvoir honorer ses remboursements entraîne une hausse des taux d’intérêt pratiqués à son encontre. De la sorte, le créancier perçoit des intérêts plus élevés, censés le dédommager du risque pris en accordant ce prêt. Aussi, le coût est-il bien supérieur pour le débiteur, ce qui accentue la pression financière sur lui. Par exemple, en 2002, l’Argentine devait faire face à des primes de risque supérieures à 4.000 points de base, ce qui signifie que si le taux d’intérêt du marché était de 5 %, l’Argentine devait emprunter à un taux de 45 %. Cela lui interdit de facto l’accès au crédit, l’enfonçant davantage dans la crise. Pour le Brésil en août 2002, cette prime de risque était d’environ 2.500 points. 

Produit dérivé 

Un produit dérivé est une opération à terme dérivant d’un actif dit  » sous-jacent  » (qui peut être une devise, une action, une matière première ou n’importe quel actif financier). Un exemple de produit dérivé est l’option d’achat (call) : une banque émet sur le marché une option d’achat sur, par exemple, le cours de l’action Monsanto (action  » sous-jacente  » de laquelle dérive l’option) au prix de 100 et à 10 mois ; moyennant le versement d’une prime, un investisseur va acheter cette option d’achat et ainsi détenir un droit d’achat sur l’action Monsanto au prix de 100 et sur un terme de 10 mois. A cette échéance, soit l’action vaut plus que 100 et l’investisseur peut acheter une action moins cher qu’elle ne vaut. Dans le cas inverse d’une action valant moins de 100 au terme des 10 mois, l’investisseur abandonne son option et le banquier empoche la prime. Si ces produits ont à l’origine été créés pour répondre aux fluctuations (sorte d’assurance offerte par un opérateur d’accord de courir le risque), ils en causent en définitive davantage en provoquant des vagues spéculatives (l’émetteur et l’acheteur de l’option vont ainsi spéculer sur l’action sous-jacente durant les 10 mois). Il existe une multitude de produits dérivés plus complexes les uns que les autres. Certains sont négociés sur des marchés organisés et contrôlés, mais la plupart des opérations se déroulent de gré à gré, c’est-à-dire en dehors de tout contrôle et dans une totale opacité. 

Produit intérieur brut (PIB) 

Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. 

Produit national brut (PNB) 

Le PNB traduit la richesse produite par une nation, par opposition à un territoire donné. Il comprend les revenus des citoyens de cette nation vivant à l’étranger. 

Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) 

Créé en 1965 et basé à New York, le PNUD est le principal organe d’assistance technique de l’ONU. Il aide – sans restriction politique – les pays en développement à se doter de services administratifs et techniques de base, forme des cadres, cherche à répondre à certains besoins essentiels des populations, prend l’initiative de programmes de coopération régionale, et coordonne, en principe, les activités sur place de l’ensemble des programmes opérationnels des Nations unies. Le PNUD s’appuie généralement sur un savoir-faire et des techniques occidentales, mais parmi son contingent d’experts, un tiers est originaire du Tiers-Monde. Le PNUD publie annuellement un Rapport sur le développement humain qui classe notamment les pays selon l’Indicateur de développement humain (IDH). 

Site web : <www.undp.org

Récession 

Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres. 

Rééchelonnement de dette 

Modification des termes d’une dette, par exemple en modifiant les échéances ou en reportant les paiements du principal et/ou des intérêts. Le but est en général de donner un peu d’oxygène à un pays en difficultés en allongeant la période des remboursements pour en diminuer le montant ou en accordant une période de grâce où les remboursements n’ont pas lieu. 

Retraite par capitalisation/par répartition 

Le système de retraite par répartition est basé sur la solidarité inter-générationnelle garantie par l’Etat : les salariés cotisent pour financer la retraite des pensionnés. Le système de retraite par capitalisation est basé sur l’épargne individuelle : les salariés cotisent dans un fonds de pension qui investit sur les marchés internationaux et est chargé de leur verser leur retraite à la fin de leur carrière. 

Service de la dette 

Somme des intérêts et de l’amortissement du capital emprunté. 

SICAV 

Une SICAV est une Société d’Investissement à Capital Variable, c’est-à-dire la gestion collective par une banque de fonds collectés auprès de clients. Ce système est similaire à celui des Fonds Communs de Placement ou des Mutual Funds anglo-saxons et il participe à la concentration financière, source de bulles spéculatives et de crises financières (effet moutonnier). 

Stock de la dette 

Montant total des dettes. 

Spéculation 

Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation. 

Système monétaire international (SMI) 

Le SMI est un système de règles et de mécanismes institué par les Etats et les organisations internationales pour favoriser les échanges internationaux et assurer la coordination des politiques monétaires nationales. Celui qui est utilisé actuellement, est issu des accords de
la Jamaïque (1976). Il a profondément amendé le système précédent organisé par les accords de Bretton Woods (Etats-Unis) en 1944. 

Taux d’intérêt 

Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts. Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5millions de dollars, donc en tout 15millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé… 

Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation. 

Taxe Tobin 

Taxe sur les transactions de change (toutes les conversions de monnaie), proposée à l’origine en 1972 par l’économiste américain James Tobin pour stabiliser le système financier international. L’idée a été reprise par l’association ATTAC et par d’autres mouvements altermondialistes dont le CADTM, dans le but de diminuer la spéculation financière (de l’ordre de 1.200 milliards de dollars par jour en 2002) et de redistribuer le bénéfice de cette taxe aux plus démunis. Les spéculateurs internationaux qui passent leur temps à changer des dollars en yens, puis en euros, puis en dollars, etc., parce qu’ils estiment que telle monnaie va s’apprécier et telle autre se déprécier, devront payer une taxe minime, entre 0,1 % et 1 %, sur chaque transaction. Selon ATTAC, elle pourrait rapporter au moins 100 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Qualifiée d’irréaliste par les classes dirigeantes pour justifier leur refus de la mettre en place, l’analyse méticuleuse de la finance mondialisée menée par ATTAC et d’autres a au contraire prouvé la simplicité et la pertinence de cette taxe. 

Titrisation
(extrait de Adda, p. 101, t. 1, 1996, p. 101-102) 

Cette notion décrit la prépondérance nouvelle des émissions de titres (obligations internationales classiques émises pour le compte d’un emprunteur étranger sur la place financière et dans la monnaie du pays prêteur, euro-obligations libellées dans une monnaie différente de celle de la place où elles sont émises, actions internationales) dans l’activité des marchés. A quoi s’ajoute la transformation d’anciennes créances bancaires en titres négociables, technique qui a permis aux banques d’accélérer leur désengagement à l’égard des pays en voie de développement après l’irruption de la crise de la dette.

La caractéristique principale de cette logique de titrisation est la diffusion du risque qu’elle permet. Diffusion numérique tout d’abord, puisque le risque de défaut des emprunteurs cesse d’être concentré sur un petit nombre de banques transnationales en relation étroites les unes avec les autres. Diffusion qualitative ensuite, puisque chacune des composantes du risque afférent à un titre particulier peut donner lieu à la création d’instruments spécifiques de protection négociables sur un marché : contrats à terme pour se prémunir du risque de change, contrats de taux d’intérêt pour faire face au risque de variation des taux, marchés d’option négociables, etc. Cette prolifération des instruments financiers et des marchés dérivés donne aux marchés internationaux l’allure d’une foire aux risques, selon l’expression de Charles Goldfinger. 

Transfert financier net (Dette + Investissement) 

On appellera transfert financier net la soustraction du service de la dette (remboursements annuels – intérêts plus principal – aux pays industrialisés) et du rapatriement de bénéfices par les multinationales du Nord, des versements bruts de l’année (prêts et investissements venant de ces mêmes pays créditeurs).
Le transfert financier net est dit positif quand le pays ou le continent concerné reçoit plus (en prêts, en don et en investissement) que ce qu’il rembourse et que ce qu’il verse sous forme de rapatriement de bénéfices par les multinationales. Il est négatif si les sommes remboursées sont supérieures aux sommes qui entrent dans le pays. 

De 1982 à 1990, en ce qui concerne l’Amérique latine, le transfert net a été négatif chaque année. Pendant cette période, plus de 200 milliards de dollars ont été transférés de manière nette d’Amérique latine vers les pays du Nord (Ugarteche, 1996, p. 235). 

Triade 

Les expressions  » Triade  » et  » triadique  » sont dues à K. Ohmae (1985). Elles ont été utilisées d’abord par les business schools et le journalisme économique, avant d’être adoptées très largement. Les trois pôles de
la Triade désignent les Etats-Unis, l’Union européenne et le Japon, mais autour de ces pôles se forment des associations un peu plus larges. Selon Ohmae, le seul espoir d’un pays en développement – il faut y ajouter désormais les anciens pays dits socialistes – est de se hisser au statut de membre associé, même périphérique, d’un des trois  » pôles « . Cela vaut également pour les nouveaux pays industrialisés (NPI) d’Asie, qui ont été intégrés par étapes, avec notamment des différences de pays à pays, dans le pôle dominé par le Japon (Chesnais, 1997, p. 85-86). 

Tyrannie des marchés 

 » Elle ne signifie rien d’autre que le droit de ceux qui centralisent le capital-argent, après l’avoir créé et démultiplié, à s’arroger une part démesurée des richesses créées dans le procès de production  » (Serfati, in Chesnais, 1996). 

Vivrières (cultures) 

Cultures destinées à l’alimentation des populations locales (mil, manioc, etc.), à l’opposé des cultures destinées à l’exportation (café, cacao, thé, arachide, sucre, etc.). 

Welfare State 

La terminologie Welfare State remonte à 1942. Il s’agit d’un jeu de mot qui opposait le Welfare State au Warfare State (état de guerre). Sir William Beveridge écrira deux rapports pour le gouvernement conservateur, dont le dernier, publié en 1944, est intitulé : Le plein emploi dans une société de liberté. Il y reprend des idées de l’économiste John Maynard Keynes pour lutter contre la pauvreté, le chômage, etc.
Dans l’immédiat après-guerre, avec la montée des Travaillistes, l’expression Welfare State s’applique à un ensemble de mesures économiques (nationalisations, planification indicative) et à un ensemble de réformes sociales. Au cours des années 1950, l’acceptation de ce terme se réduira aux aspects plus strictement sociaux. Le terme anglais Welfare State est actuellement traduit en français par Etat-providence, ce qui laisse entendre que les droits sociaux  » tombent du ciel  » sur des citoyens  » passifs  » et  » déresponsabilisés « . Il ne faut pas confondre l’acceptation britannique et européenne du Welfare State avec celle, américaine, qui fait référence à l’assistance sociale. 

Zinzins 

On surnomme ‘zinzins’ les investisseurs institutionnels, c’est-à-dire les gestionnaires de fonds collectifs qui ont atteint un poids financier paroxysmique sur les marchés financiers, tels les fonds de pension, les compagnies d’assurance et autres organismes de placements collectifs. 

Zone franche industrielle 

Zone géographiquement circonscrite dans laquelle les industriels qui produisent pour l’exportation n’ont pas à payer de droits sur les facteurs de production qu’ils importent et à laquelle ne sont pas applicables, souvent, certains éléments de réglementation nationale. (source : Banque mondiale) 

 

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DISPARITION D’AIME CESAIRE : Cahier d’un retour au racisme banal.La farandole des politiques hypocrites.

Posté par issopha le 22 avril 2008

  

DISPARITION D’AIME CESAIRE :

Cahier d’un retour au racisme banal.

La  farandole des politiques hypocrites.

 

 

  

Amis lecteurs , bonjour.

Je vous espère en pleine forme

 

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Ci dessous des Morceaux choisis d’ insultes à la mémoire de l’Homme Fort de France.

Je vous propose  de faire ensemble un tour d’horizon  , non exhaustif , de l’actualité du racisme en terre de la douce France , et ce , sous l’angle de la la récupération politique qu’a donné lieu la disparition  et les obsèques nationales de l’immense humaniste , homme de lettres et politique Aimé Césaire.

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Ce sont ceux-là même , nouveaux réacs , chantres du républicanisme à tout crin ,  animateurs de la droite décomplexée et d’une gauche  qui se cache mal de ses velleiétés  racistes ou xénophobes ( c’est selon ) , laudateurs d’une France épurée de son trop gros cheptel d’étrangers noirs et basanés  ,  ceux-là même donc qui se confondent aujourd’hui en émotions médiatiques à peine crédibles…Oh oui , Les médias en imposent , n’est-ce pas .

Ils étaient donc tous dimanche 20 avril 2008 aux obsèques nationales du Nègre Fondamental , ces quelques fronts réprobateurs et contestataires qu’ils furent encore hier de l’idéal pour lequel l’homme fort de France  a consacré toute son oeuvre , toute sa vie : une pleine reconnaissance du droit des Noirs et de toutes les minorités à ETRE , à vivre les valeurs que s’est proclamée la République ; Liberté , Egalité , Fraternité. On aime la France ( avec ses verrues et furoncles racistes  menteusement hospitalières), ou on la quitte. Dixit un certain Président de la République.

« Qui, entre ces deux moments, « Travail » et « Famille », a mené une campagne extrêmement violente sur la « fierté d’être français », le « refus de la repentance », et même la fierté de l’œuvre réalisée par la France dans ses colonies ? Qui a décliné la thématique de « l’identité nationale » menacée par l’immigration, au point de déclarer qu’il faille créer un « ministère » réunissant les deux domaines ? « 

« Qui a repris le slogan lepéniste « la France, on l’aime ou on la quitte », en l’appliquant bien entendu aux seuls enfants d’immigrés non-blancs — puisque n’importe quel Français blanc peut dire du mal de la France sans être ainsi stigmatisé, et que Nicolas Sarkozy lui-même – car c’est évidement de lui qu’il s’agit – a déclaré aux Etats-Unis « se sentir parfois comme un étranger en France » (allusion à l’opposition de la majorité des Français à la guerre américaine en Irak), sans en tirer la conséquence pour lui : si je n’aime pas la France, je la quitte ?

Qui a multiplié les déclarations et allusions xénophobes, racistes et islamophobes, associant systématiquement le thème du droit des femmes à celui de l’immigration, comme si les immigrés étaient les seuls à menacer les droits des femmes ? Qui a multiplié les allusions à la polygamie et à l’excision, en les amalgamant à l’Islam ? Sans parler des références grossières à l’égorgement du mouton dans les baignoires… »

Par Collectif Les mots sont importants, Mai 2007

Consulter quelques lignes plus bas les articles suivants :

  • La République du mépris, Les métamorphoses du racisme dans la France des années Sarkozy suivi de 

  • Chronique du racisme républicain : Les années Sarkozy

Du bal des hypocrites ,  des chroniques du racisme républicain banalisé , Sébastien Fontenelle et quelques autres auteurs  réunis sur le site http://www.lmsi.net  nous ramènent un florilège qui vaut le détour  de la réflexion et…hélas , de l’indignation !

 

 

Et pour vous édifier un peu plus sur les références citées par l’auteur de l’article  , je vous recommande vivement le livre intitulé , DU RACISME FRANCAIS  , Quatre siècles de négrophobie, Editions Les Arènes, 260 pages, 19,80 euros , par Odile TOBNER , présidente de l’association SURVIE , et qui rend compte de plus de 4 siècles de construction  du racisme français anti-noir  et de la légitimation du postulat de la supériorité blanche sur le reste  , par l’élite politique et intellectuelle. Celle-là même qui se veut héritières des Lumières de la Raison et du raisonnable.

 Césaire  , rigolant de tant de « théâtrage » bien français , doit  bien se retourner dans son autre monde.

Avé Césaire !

Tes épigones continueront ton combat, même peu  , même mal .

Ils ne nous la feront pas.

A voir absolument !!!

Issopha, administrateur du blog  , http://issopha.unblog.fr

 

 

 

Recel de cadavres : nouvelle récidive !

Après Guy Môquet : Aimé Césaire

 

 

Par Sebastien Fontenelle, 19 avril

Introduction

L’obscénité, certaines fois, met du temps à bien apparaître pour ce qu’elle est, dans notre sale époque. D’autres fois : non. Je me pince, quand je lis ce matin les réactions [1] du régime, après le décès d’Aimé Césaire. Les vautours volent bas et font main basse, déjà, sur la mémoire d’un nègre dont tout soudain ils s’éprennent…

Article

Sarkozy chante « l’esprit libre » qui a « incarné, sa vie durant, le combat pour la reconnaissance de son identité ». Fillon feule qu’il « ne craignait ni la force des images, ni leur ruptures ».

Identité, rupture(s) : vois comme le défunt était sarkozyste. Vois comme ces gens-là osent tout. Vois les charognards qui, déjà, dépècent la dépouille de Césaire.

Les mêmes, rappelle-toi, qui invoquent aujourd’hui, comme le chef de l’Etat français, « le chagrin immense de toute la population (…) ultramarine » (sic).

Les mêmes, disais-je, voulaient, il y a trois ans, graver dans un marbre législatif « le rôle positif de la présence française outre-mer ».

La saine émulation de la colonisation.

Les mêmes, rappelle-toi, veulent que cesse la repentance – et que renaisse la Fierté Blanche, car aussi bien, n’est-ce pas, « le drame de l’Afrique » n’est pas que Montagnac, « un des conquérants de l’Algérie », ait fait « couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts, mais bien des têtes d’hommes » [2]

Aussi bien, n’est-ce pas, « le drame de l’Afrique » n’est pas que Bugeaud ait voulu faire « une grande invasion (…) qui ressemble à ce que faisaient les Francs, à ce que faisaient les Goths » [3] . Aussi bien, comme tu sais : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire », et « ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles ». Ainsi que l’a proclamé l’henriguainique chef de l’Etat français à Dakar [4].

Les mêmes, rappelle-toi, ne veulent plus que les Grands Héros de l’Occident continuent de sangloter (comme de tristes pédales) – et voudraient plutôt que l’ONU inscrive « le racisme anti-blanc au rang des crimes contre l’humanité ». Comme l’a réclamé naguère un essayiste médiatique – partisan, par ailleurs, de la fermeture des frontières à trop d’immigration.

Attends : j’ai pas fini. Les mêmes, rappelle-toi, passent depuis des années une main caressante au(x) fondement(s) des clercs de gros niveau qui noient le chagrin de l’Homme Blanc dans la négrophobie. Les mêmes, rappelle-toi, aiment à considérer que le crâne philosophe du sport qui a su dévoiler qu’il y avait tout de même beaucoup de Noirs dans l’équipe de France de football « fait honneur à l’intelligence française » [5]. Les mêmes, rappelle-toi, se plaisent à convier à déjeuner, en leur élyséen palais, telle historienne, décomplexée – qui a su trouver les mots justes pour fustiger la polygamie endémique des nègres de nos possessions d’outre-périphérique.

Les mêmes, rappelle-toi, ont fermé leurs gueules, qui s’ouvrent désormais pour de vibrants hommages au « chantre de la négritude » – quand un entertaineur au petit pied a déploré que la bite des Noirs (ces gens l’ont grosse et longue) fasse en Afrique tant de ravages.

Les mêmes, rappelle-toi. Persécutent au faciès tous ceux qui dans nos rues sont de la couleur de peau d’Aimé Césaire – et qu’aussi bien tu retrouves noyés dans la Marne, s’ils n’ont pas les papiers où se joue désormais leur vie.

Les mêmes, pour finir. Encouragent depuis des années – au nom de leur nécessaire décomplexion. Ne serait-ce que par leur(s) silence(s), dans le meilleur des cas. La banalisation d’un racisme dégueulasse.

Qui réagit ?

« Personne. Je veux dire : pas un écrivain patenté, pas un académicien, pas un prédicateur, pas un politicien, pas un croisé du droit et de la religion, pas un « défenseur de la personne humaine » » [6].

Et les voilà qui veulent mettre Césaire au Panthéon. Maintenant qu’il est mort, n’est-ce pas : ce foutu nègre n’est plus si dangereusement subversif, qu’on ne puisse l’honorer. Maintenant qu’il est mort, nous ferons oublier qu’il écrivit naguère :

« Une civilisation qui justifie la colonisation – donc la force – est déjà une civilisation malade, une civilisation moralement atteinte ».

Au large, de grâce : ôtez de là vos pattes.

Post-scriptum

Ce texte est d’abord paru sur le blog Vive le feu !. NOus le republions avec l’accord de l’auteur.

Notes

[1] Voici les réactions à la suite de la mort du poète martiniquais Aimé Césaire, jeudi 17 avril.

Nicolas Sarkozy : « J’apprends avec une très grande tristesse le décès d’Aimé Césaire. J’imagine le chagrin immense de toute la population martiniquaise, antillaise et ultramarine qui perd, aujourd’hui, l’un de ses pères spirituels. Mais, en vérité, c’est toute la nation française qui est en deuil ». « Esprit libre et indépendant, il a incarné, sa vie durant, le combat pour la reconnaissance de son identité et la richesse de ses racines africaines. Par son appel universel au respect de la dignité humaine, à l’éveil et à la responsabilité, il restera un symbole d’espoir pour tous les peuples opprimés ». « On retiendra de lui qu’il est l’initiateur, avec (le Sénégalais) Léopold Senghor, du concept de la Négritude. Ce fut un grand humaniste dans lequel se sont reconnus tous ceux qui ont lutté pour l’émancipation des peuples au XXème siècle ». Enfin, il « salue son engagement politique, sa longue carrière d’élu de la Martinique et de parlementaire de la Nation ». (Communiqué, jeudi 17 avril)

Abdou Diouf, Sénégalais, secrétaire général de la Francophonie : « Je salue la mémoire d’un homme qui a consacré sa vie aux multiples combats menés sur tous les champs de bataille où se jouait le destin culturel et politique de ses frères de race, un combat noble car exempt de cette haine qu’il avait en horreur ». Il a notamment salué le « poète qui a su prendre les dimensions de l’univers, tout en restant profondément attaché aux valeurs culturelles du monde noir ». Mais aussi « l’homme qui a vécu sa francophonie dans l’abondance de ses oeuvres qui font chanter la langue que nous avons en partage ». (Communiqué, jeudi 17 avril)

François Hollande, patron du PS : Aimé Césaire « n’était pas seulement l’auteur talentueux du ’Cahier d’un retour au pays natal’. Il avait aussi dans son ’Discours sur le colonialisme’ proposé la critique la plus aboutie d’un système qu’il combattait depuis 1934″. « Aimé Césaire était un homme de gauche. Tout au long de ses mandats de maire et de député de Fort-de-France, il a agi aux côtés de ceux qui se battent pour la reconnaissance de leurs droits et de l’égalité sociale ». « François Mitterrand l’avait reconnu comme un des plus grands poètes du XXe siècle, mais ’un poète voué à la gestion des affaires humaines’ », poursuit le communiqué du PS. « Aimé Césaire, leader historique de la gauche martiniquaise d’après-guerre, a toujours été un soutien indéfectible des socialistes lors de chacune des grandes échéances électorales nationales ». Il exprime sa « solidarité à l’égard de tous les Martiniquais, profondément meurtris par cette disparition, mais fiers d’avoir été représentés par un homme aussi exceptionnel qu’Aimé Césaire ». (Communiqué, jeudi 17 avril)

Christian Paul, député de la Nièvre, ancien secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-Mer : « Pour cacher notre tristesse, il faut relire Césaire. L’annonce de sa mort pousse à le faire découvrir ou à replonger dans ses textes poétiques qui affrontent l’universel. Le lumineux et libérateur Césaire, terriblement actuel et si éloigné des modes et des facilités, a tant à nous dire. Sur le courage de rompre et de révolutionner, cet homme fraternel possédait des trésors de lucidité qui fondait une liberté indomptable. Pour la vision d’un monde qui exige une perpétuelle émancipation, Césaire le poète, ne fait pas de politique sans faire une civilisation. Pour le quotidien, Césaire le maire n’avait pas déserté la Martinique, son soleil et ses souffrances. Je le tiens pour un porte-voix majeur de la politique, contre le colonialisme et tous les totalitarismes, contre le racisme et pour des identités ouvertes sur le monde. » (Communiqué, jeudi 17 avril)

Jean-Marie Le Guen, vice-président PS de l’Assemblée nationale : « Je viens d’apprendre une bien triste nouvelle, le décès de notre ancien collègue Aimé Césaire ». « Je me fais l’interprète de l’Assemblée unanime et du gouvernement en exprimant notre profonde émotion devant la disparition du grand poète ». Sur demande du président de l’Assemblée, Bernard Accoyer (UMP), « l’Assemblée observera une minute de silence et un hommage particulier lors d’une prochaine séance solennelle ». (Déclaration à l’Assemblée, jeudi 17 avril)

René Depestre, écrivain franco-haïtien : s’est déclaré « bouleversé » par le décès d’Aimé Césaire, « un penseur, un homme politique brillant et surtout un très grand poète ». « On perd un fils illustre de la Martinique, de la France, de la francophonie ». René Depestre avait 17 ans lorsqu’il fit la connaissance d’Aimé Césaire. »Je n’ai pas perdu le contact depuis 64 ans ». »Je me sens presque orphelin à nouveau ». « C’était un homme très généreux. Toute sa vie, il m’a aidé. Sans lui je ne serais pas devenu ce que je suis ». La France n’a « pas encore réalisé la stature, l’importance de Césaire dans la littérature et dans la conscience publique française ». (Déclaration, jeudi 17 avril)

Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale (UMP) : salue « un immense poète » et « un homme politique de premier plan », qui détient « le record de longévité parlementaire depuis 1945″. « Par son oeuvre littéraire comme par son action politique, Aimé Césaire n’a jamais eu qu’un but : dire et servir l’identité antillaise. Il y est magistralement parvenu ». « Aimé Césaire, le poète, l’homme politique, l’opposant au colonialisme, fut et restera l’une des grandes consciences du XXème siècle ». (Déclaration, jeudi 17 avril)

François Fillon, Premier ministre : fait part de sa « très vive émotion ». Le poète martiniquais disparu « avait, jusqu’à son dernier jour, tourné son regard vers les combats de demain ». Il « ne craignait ni la force des images, ni leurs ruptures ». « Il laissait naître de sa colère des chants puissants et durs ». « Il mettait ses mots au service de la lutte pour la dignité humaine, en particulier celle des peuples colonisés et humiliés ». Les concitoyens domiens voyaient en lui « un porte-parole d’une autorité et d’un charisme remarquables ». (Communiqué, jeudi 17 avril)

Jean-Christophe Lagarde, député-maire de Drancy (Nouveau Centre) : « Je pense qu’au regard de l’oeuvre et de la vie d’Aimé Césaire, il serait souhaitable, monsieur le président, que vous puissiez proposer, sous réserve naturellement de l’accord de sa famille et de ses proches, son entrée au Panthéon », écrit-il. (Communiqué, jeudi 17 avril)

Yves Jégo, secrétaire d’Etat à l’Outremer : « La France perd l’une de ses plus nobles consciences », « un homme de combat, en politique comme en littérature » . « La nation salue le fils d’instituteur, enfant de la République qui a su éclairer la face sombre de l’esclavage et du colonialisme », communiqué. « La littérature pleure le fils d’une couturière qui, brodant avec ses mots, a magnifié la langue française. Dès 1938, avec sa première grande oeuvre, ’le cahier d’un retour au pays natal’, Aimé Césaire découvre ce fil qui mène de Breton à du Bellay ». »La République rend hommage à l’ardent défenseur de la départementalisation de la Martinique pour qui la vraie liberté a toujours résidé dans l’affirmation d’une appartenance pleine, fière et entière à la France ». « Aimé Césaire, dont l’histoire ne peut se détacher de sa ville Fort-de-France, fut, sa vie durant, un homme de combat, en politique comme en littérature. ’Je suis de la race de ceux qu’on opprime’, proclamait-il ». (Communiqué, jeudi 17 avril)

Victorin Lurel, député et président (PS) de la Région Guadeloupe : salue en Aimé Césaire un « nègre total, nègre fondamental », qui « aura tutoyé l’excellence et magnifié l’identité afro-antillaise pour en faire le socle de notre culture ». « Ce phare qui nous a éclairé sa longue vie durant et jusqu’au soir même de sa vie, devient aujourd’hui une lueur dans nos coeurs ». (Communiqué, jeudi 17 avril)

Christine Albanel, ministre de la Culture : Aimé Césaire « a pétri la langue française de sa liberté et de sa révolte ». « Il a fait battre (la langue française) au rythme de ses incantations, de ses cris, de ses appels à vaincre l’oppression, invoquant l’âme des peuples asservis pour adjurer les vivants de relever la tête », Christine Albanel dit sa « très vive émotion » à l’annonce du décès d’Aimé Césaire, « poète radical, chantre de la négritude, bâtisseur lucide du quotidien ». (Communiqué, jeudi 17 avril)

Jacques Chirac, ancien président de la République : « La France et le monde perdent un immense poète et un homme de lumière ». « Avec sa disparition, c’est aussi un sage qui s’en va, un homme qui, par son rayonnement, aura su faire progresser les consciences, car à travers son engagement pour la négritude, c’est un message universel pour la dignité humaine, le respect et le dialogue des cultures qu’il a su porter au plus haut », poursuit l’ex-chef de l’Etat. Jacques Chirac, qui entretenait, selon son entourage, des relations soutenues avec l’écrivain et homme politique défunt, adresse ses condoléances « à sa famille, ses proches, à tous nos concitoyens de Martinique et d’Outre-mer ». (Communiqué, jeudi 17 avril)

Cheikh Hamidou Kane, écrivain sénégalais : Aimé Césaire « était un homme d’une dimension mondiale. Un Noir qui a acquis une stature mondiale du fait de la prise de conscience par l’Homme noir de sa condition et aussi de la prise de conscience par le reste du monde de la condition de l’Homme noir ». « C’est l’homme qui a éveillé à cette conscience de l’identité noire non seulement les Noirs de la diaspora mais, nous, les Noirs d’Afrique », a souligné Cheikh Hamidou Kane, auteur d’un des monuments de la littérature africaine « L’aventure ambiguë ». « Il a été aussi éveilleur de conscience en ce qui concerne le débat sur le colonialisme », a-t-il précisé. « Il était vraiment très Sénégalais, très Africain. C’était admirable car au moment où il a vécu les Antillais que les Africains connaissaient étaient considérés un peu comme des auxiliaires du colonisateur, comme des Français à peau noire », a-t-il rappelé. « Cahier d’un retour au pays natal, était un peu notre livre de chevet lorsque nous étions lycéens. Nous avions lu ce livre avec délectation, l’avons récité de mémoire, moi-même et ceux de ma génération. Il a été un homme considérable dans notre vie ». Mais « je regrette qu’il n’ait pas été honoré, consacré, salué comme il le méritait au plan international », notamment avec « un prix Nobel, de la paix ou de la littérature ». « Je regrette qu’il n’ait pas été honoré, comme l’a été Léopold Sedar Senghor, par l’Académie française. Il méritait aussi d’être membre de cette académie », a-t-il affirmé. (Déclaration à l’AFP, jeudi 17 avril, à Dakar)

Lilian Thuram, défenseur de Barcelone et de l’équipe de France : « je l’ai rencontré plusieurs fois, a indiqué le recordman de sélections chez les Bleus (138). Au moment de France-Costa Rica (match amical en Martinique en novembre 2005) j’avais pris la décision d’organiser une rencontre entre les joueurs de l’équipe de France et lui, parce que c’était important que les joueurs sachent qui c’est. » « C’est quelqu’un qui a compté énormément, dans ma vie, on a tous besoin d’un guide, c’était un peu mon guide, a poursuivi le joueur guadeloupéen. Il a laissé une oeuvre pour les générations à venir. » « Il n’a pas eu assez de consécration en France, a estimé Thuram. Il est étudié en université aux USA et en Afrique. En France, très peu d’étudiants le connaissent, parce que Césaire évoque des choses que l’on ne veut pas entendre. » « Léopold Sedar Senghor était à l’académie française, Césaire non, parce qu’il avait un discours critique sur le rôle de la France dans la colonisation, a ajouté le défenseur du Barça. Il dérange car il dit la vérité, c’est un homme droit. Il aurait pu avoir les honneurs mais il aurait dû pour ça courber l’échine et ne pas dire certaines choses. » « Ce que je retiens, c’est le discours sur le colonialisme et sa poésie, même si elle est difficile, a encore confié le footballeur, connu pour ses engagements en dehors du terrain. C’est quelqu’un qui m’inspire avec Mandela ou Luther King. La tentation serait de les enfermer dans un discours d’émancipation des noirs, mais il s’agit avec eux de l’émancipation de l’homme tout court. » (Déclaration à l’AFP, jeudi 17 avril)

François Bayrou, le président du Mouvement démocrate (MoDem) : a salué en Aimé Césaire, le « sage que l’on visitait et qui, de ses yeux devenus fragiles, voyait souvent au-delà de l’horizon ». « Je pense au poète et à cette langue si rare, maîtrisée, animant le pamphlet comme la poésie », a poursuivi François Bayrou, se souvenant l’avoir « longuement rencontré en 2006″. Rappelant qu’Aimé Césaire avait retrouvé Léopold Sédar Senghor au lycée Louis-le-Grand dans les années 30, M. Bayrou a estimé « qu’en se croisant, ces deux destins ont changé la société française et une partie du monde ». « Ils ont donné aux Africains, aux Antillais et à beaucoup d’autres la fierté de la peau noire et relevé ainsi des générations jusque-là courbées », a souligné le président du MoDem. François Bayrou retient aussi « le jeune professeur, de retour en Martinique, qui commence à forger pour les siens une identité politique différente, capable de se rebeller contre le colonialisme aveugle et de dire non à un certain stalinisme ». « Je pense ensuite à l’élu, maire de Fort-de-France pendant plus de cinquante ans, et au combat pour la départementalisation dont il fut le rapporteur de la loi à l’Assemblée nationale », a-t-il ajouté. (Déclaration à l’AFP, jeudi 17 avril)

Lionel Jospin, l’ancien Premier ministre socialiste : a rendu hommage à Aimé Césaire disparu jeudi, « un alliage rare », « un être fier de sa singularité d’homme noir et un humaniste attaché à l’universel », un « homme de gauche et un ennemi du sectarisme ». « Aimé Césaire était fait d’un alliage rage. C’était un magnifique écrivain et un vrai politique. Un maître de notre langue et un poète de sa terre. Un être fier de sa singularité d’homme noir et un humaniste attaché à l’universel. Un combattant de l’anticolonialisme et un fidèle de la République », affirme Lionel Jospin. Il était « un leader profondément antillais et pleinement français. Un porteur de rêves et bâtisseur de projets. Un homme de gauche et un ennemi du sectarisme », a-t-il ajouté. « C’est pourquoi, il était aimé, admiré et respecté. Je suis fier de l’avoir connu. Je suis triste, avec les Martiniquais, les Antillais et les Français, de le perdre ». (Communiqué, le 17 avril)

Alain Juppé, maire de Bordeaux et ancien Premier ministre : a déclaré que la disparition d’Aimé Césaire, marque la perte d’un « grand poète amoureux de la langue française, un défenseur acharné de la francophonie ». « J’ai eu le plaisir de le rencontrer à plusieurs reprises et j’ai pu apprécier sa faculté à concilier intransigeance et élévation d’esprit. Il avait une conception très généreuse de l’humanisme », a affirmé Alain Juppé. L’ancien premier ministre a également souligné son combat « pour la reconnaissance, la défense de ses racines ». Il a « porté haut l’identité antillaise », selon lui. « Sa disparition est une grande perte pour ses chères Antilles mais aussi pour toute la communauté nationale et francophone ». (Communiqué, jeudi 17 avril)

Yves Jégo, secrétaire d’Etat à l’Outre-mer : estime qu’il était « normal que la France rende hommage à un homme de la dimension d’Aimé Césaire ». Il a également insisté sur la nécessité d’un hommage « à la hauteur de ce que fut la vie d’Aimé Césaire », évoquant « la dimension immense et planétaire de l’homme ». (Point presse, jeudi 17 avril)

Abdoulaye Wade, président sénégalais : « Ce qu’on retiendra, c’est le chant de la négritude et la lutte contre le colonialisme », à propos d’Aimé Césaire, concédant se sentir plus proche du poète antillais que de l’autre « père » de la négritude, Léopold Sedar Senghor. « Cet homme a consacré sa vie à la lutte pour le peuple noir, à la lutte pour l’indépendance de l’Afrique, à la promotion des valeurs de la négritude », a-t-il indiqué, rappelant avoir rencontré la première fois Aimé Césaire à la Sorbonne à Paris en 1956. Abdoulaye Wade était « contre la conception de la négritude senghorienne. Les deux ne disaient pas la même chose. Pour Césaire, c’était une sublimation de la valeur noire ». « Tous les deux avaient réagi car ils étaient isolés dans un monde blanc. On comprend parfaitement leur volonté d’affirmer l’existence d’une civilisation qui n’était pas celle de l’environnement dans lequel ils étaient ». Il ajoute que Césaire et Senghor « sont les premiers qui dans un contexte blanc ont pris conscience de la nécessité de faire comprendre qu’ils étaient différents. Ce refus d’être assimilé, ce refus de l’assimilation est une attitude très positive, d’affirmation de personnalités ». (Communiqué à l’AFP, jeudi 17 avril)

[2] Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Présence Africaine, 1950.

[3] Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Présence Africaine, 1950.

[4] Cf. Achille Mbembe, « L’afrique de Monsieur Sarkozy

[5] On aura reconnu, ici, l’hommage que Nicolas Sarkozy avait rendu, en décembre 2005, à Alain Finkielkraut, alors sur la sellette médiatique pour des blagues négrophobes. Cf. « Finkielkraut n’est qu’un symptôme »

[6] Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Présence Africaine, 1950.

 

 

 

Le racisme d’Etat en France

Alain Vidal

   DISPARITION D'AIME CESAIRE : Cahier d'un retour au racisme banal.La farandole des politiques hypocrites.  dans AIME CESAIRE puce2 
 

Le 28 Juin 1881, la France instituait officiellement le racisme d’Etat. Sous l’autorité de Jules Ferry, alors chef du gouvernement, le Code de l’indigénat était promulgué. A l’époque, l’Algérie, faisait partie intégrante du territoire de la France, tous ses habitants étaient français. Avec ce Code, plus de deux millions de sujets français deviennent « légalement » des sous-hommes.

 
DES LOIS ANTI-ARABES AUX LOIS ANTI-JUIVES,
LE RACISME D’ETAT, DE JULES FERRY AU MARECHAL PETAIN
Les Arabes de ces trois départements d’Algérie sont soumis à une législation raciale. Règne dorénavant, un état d’exception permanent. Ce Code fait de l’Arabe, un serf taillable et corvéable à merci. A l’époque, des hommes politiques, d’éminents juristes, s’élevèrent contre ce « monument de monstruosité juridique »…mais en vain.

Avec Jules Ferry triomphe « un principe hiérarchique et racial qui ruine le concept même d’humanité et d’universalisme » proclamé en 1789. C’est, sans le reconnaître, une remise en question radicale des idées de la Révolution considérées par les républicains modérés comme dangereuses pour les intérêts de la bourgeoisie au pouvoir, dangereuses pour la « grandeur » de la France. Digne héritier du Code Noir édicté sous Colbert, le Code de l’indigénat fait de l’exception la règle, dans le but d’entretenir un état de peur permanent dans une population présumée coupable de tous délits présents et à venir. Délits et peines institués ne relèvent que de la seule administration en dehors de toute ingérence judiciaire.

Dans la rue, « l’outrage par regard » envers un Européen devient un délit.… Réunions et fêtes sans autorisation sont interdites. Un permis de voyage est exigé pour sortir du territoire de la commune. Le travail forcé est de rigueur, un travail forcé aux forts relents d’esclavagisme. Sans jugement, l’internement peut être ordonné pour une durée indéterminée. L’interné n’est plus considéré comme un individu, « ni même comme un homme au sens juridique du terme. » Le principe de la responsabilité collective peut se traduire par une amende, elle aussi collective, au nom d’une « culpabilité sans faute ni responsabilité. » Le séquestre des biens immobiliers devient « un moyen essentiel de spoliation légale des terres des indigènes au profit des colons. » Dans les faits, une razzia à l’européenne. Pour clore cette liste non exhaustive, mentionnons la généralisation des châtiments corporels et la déportation vers le bagne où sévit l’extermination par le travail. Ce Code fut par l! a suite étendu aux possessions françaises d’Afrique Noire et d’Asie.

Le Code de l’indigénat portait en son sein « l’exclusion par la race », matrice des lois anti-juives promulguées sous Vichy. Des lois anti-juives rédigées, entre autres, par Peyrouton, garde des sceaux de Pétain, ancien haut fonctionnaire de la Coloniale, spécialiste de l’internement et de la déportation des Arabes. Antérieur de 59 ans aux lois anti-juives, puis contemporain de ces dernières, ce « racisme d’Etat » n’est mentionné ni dans les programmes ni dans les manuels d’histoire. Emboîtant le pas à la France républicaine, l’Allemagne nazie allait adopter des lois raciales en 1933. Aujourd’hui encore, malgré tout, les programmes officiels demandent aux enseignants de reconnaître le rôle positif de la troisième « République [qui]s’installe durablement, [et] consolide les libertés fondamentales.» Le Code de l’indigénat ne serai-il qu’un « détail » ?

Aux négationnistes de tout poil, rappelons que la troisième République était cependant traversée par un fort courant anticolonialiste et humaniste, ce qui contredit la thèse de l’unanimisme supposé de l’époque. Thèse si souvent véhiculée de nos jours pour exonérer de leurs crimes « ces hommes qui firent la grandeur de la France ». A la tribune de l’Assemblée Nationale, le 28 juillet 1885, Clémenceau dénonce solennellement les massacres commis par l’armée française, ce même jour, au nom de la République, Jules Ferry, méprisant cette opposition, théorise les concepts de races supérieures, de races inférieures, et d’espace vital. Des concepts, fer de lance d’un colonialisme, source colossale de profits pour les industriels et les banquiers. Des concepts qui furent plus tard des moteurs de l’expansion du grand Reich hitlérien.

Dès les débuts de l’Ecole laïque, sous couvert de liberté de pensée proclamée, les programmes d’histoire eurent pour objectif d’enseigner un roman national à grands coups de mythes et d’imaginaire. Les crimes du colonialisme deviennent de glorieuses épopées, les généraux décorés et statufiés. Par la même, Jules Ferry trahissait Condorcet qui affirmait cent ans plus tôt, à propos du rôle imparti à l‘Etat, ‘qu’il serait coupable de vouloir s”emparer de l”imagination des enfants. » Cette propagande pèse encore lourdement aujourd’hui sur la rédaction des manuels scolaires comme sur certaines de nos représentations inconscientes de l’Arabe et du Noir. L’Ecole, sous couvert de défense des droits de l’homme, servira à légitimer le pouvoir en place, pour mieux défendre les intérêts de la bourgeoisie.

A coup de méthodes inspirées de celles de la hiérarchie de l’Eglise, seront ainsi jetées les bases d’un « catéchisme républicain » considéré comme neutre puisque décrété laïc… Le cours d’histoire sera, comme le définissait Jules Ferry, le propagandiste zélé, d’ «une religion de la patrie, une religion qui n’a pas de dissident. » Ce même Jules Ferry qui rappelait sans détour, et fermement, aux enseignants : « Il y a deux choses dans lesquelles l’Etat enseignant et surveillant ne peut pas être indifférent, c’est la morale et la politique, car en morale et en politique l’Etat est chez lui.» En 1946, les femmes obtiennent le droit de vote. Cependant, le poids de l’idéologie assénée par l’Ecole est tel que, par impuissance de conscience, on qualifie, de nos jours encore, d’universel, un suffrage dont furent exclus des millions de Françaises et de Français, en l’occurrence les Arabes d’Algérie.

Les non-dits que masque le mythe de Jules Ferry… et de son école, constituent un obstacle majeur à la compréhension d’un racisme qu’aujourd’hui, on qualifie pudiquement de discrimination. Les racines républicaines du racisme sont incontestables. Le combat antiraciste exige de les prendre en compte. Il faut analyser lucidement la forfaiture de Jules Ferry qui osa promulguer un corpus de lois raciales, tout en se réclamant des idéaux de la République. Mais peut-on évoquer le Code de l’indigénat, les lois anti-arabes entre autre, dans un pays qui s’enorgueillit d’écoles et de rues portant le nom de Jules Ferry ? Imagine-t-on un seul instant l’évocation des lois anti-juives dans une école portant le nom du maréchal Pétain ?

01-02-06 Alain Vidal, professeur des écoles à Nantes vidal.mothes@wanadoo.fr

 

 

Des Talibans à Villiers-le-Bel ?,

À propos de l’imaginaire alliot-mariste

 

Par Sebastien Fontenelle, 23 février

Introduction

On sait depuis longtemps que la droite haineuse et revancharde qui a pris le pouvoir en mai dernier a l’ambition de mener dans nos départements et territoires d’outre-périphérique (DOP-TOP) sa petite guerre à deux balles, minutieux démarquage banlieusard des menées internationales de la racaille bushiste [1]…

Article

Le petit chef de l’Etat français, en même temps qu’il fait, refait, puis refait encore à George W. la promesse de lui envoyer du renfort en Afghanistan, déploie dans nos faubourgs, à grands coups de grands coups de son petit menton, genre teuma comment que je mets au pas chez moi les populations arabo-musulmanes, le glauque arsenal de la War on Terror : hélicoptères, drones, snipers (et autres substituts, comme dit un psy de mes amis).

Quand il promet (par exemple) d’aller chercher « un par un » les jeunes émeutiers des cités, qui ont eu le front de se révolter en novembre après que deux des leurs ont encore trouvé la mort dans une collision avec la police, il répète, mot pour mot, en moulinant des (petits) bras, ce que braient quotidiennement ses potes yankee et moscovite, à chaque fois qu’ils s’apprêtent à broyer de l’indigène : il est dans le même registre, exactement, que Poutine jurant de buter du Tchétchène jusque « dans les chiottes ».

Pourquoi je te (re)parle de ça ?

Parce que la ministre des keufs, Michèle Alliot-Marie, vient juste, sur ce sujet, de lâcher une considération qui en dit long, très long, sur l’inconscient collectif du régime décomplexé qui étend sur nous son emprise. Avant-hier, Le Monde le narre, la ministre avait « convié » place Beauvau, où se trouve son ministère, « une poignée de journalistes ». Pour leur expliquer, sans rire, qu’elle n’était « pour rien » dans la médiatisation, l’avant-veille, de l’ « opération de Villiers-le-Bel », où 1.200 perdreaux se sont, je te rappelle, abattus sur le Val d’Oise, afin que d’y capturer, sur la foi de (courageuses) dénonciations anonymes [2], une trentaine de « suspects », dont une moitié a déjà été relâchée.

Mme Alliot-Marie a même confessé, devant les journaleux accourus à son coup de sifflet, qu’elle a « pensé à tout annuler » quand elle a su que des charogn… – des journalistes collaient aux semelles des flics.

(Cependant, elle a pris sur elle, et finalement la descente a fait, comme prévu, l’ouverture des jités – bienvenue à Sarkoland.)

Et donc, j’en arrive à ce qui motive ce billet : pour bien établir qu’elle n’était vraiment « pour rien » dans cette belle opération de com(munication), Mme Alliot-Marie a finalement osé (car elle ose beaucoup) une comparaison qui devrait marquer durablement l’histoire du versaillisme désinhibé. Elle a tranquillement expliqué :

« Rendez-vous compte, le jour où on lance des commandos contre les talibans, si on prévient la presse internationale… »

Hhhhh… Hhhhhhhhhh…

J’espère que tu apprécies à sa juste valeur cette ouverture, béante, sur l’imaginaire des fidèles collaborateurs du petit chef de l’Etat français ?

Dans l’esprit de Mme Alliot-Marie, dont nul(le) ne pourra prétendre que trop de pudeurs l’entravent dans le choix de ses métaphores, les (valeureux) fonctionnaires-de-police qui ont investi le Val d’Oise lundi matin sont des « commandos », façon troupes d’élite aéroportées, je te largue seul avec ta queue et ton couteau derrière les lignes mahométanes et tu me nettoies cette vermine – et les habitants des cités de Villiers-le-Bel sont, logiquement, des « talibans ».

Faut reconnaître que Mme Alliot-Marie se la donne en (très) grand : je doute qu’on puisse, dans la criminalisation des ressortissants de nos possessions banlieusardes, faire plus directement insultant.

Et en même temps, admets : c’est bien commode, hein, ces rapprochements – parce que, naturellement, si les jeunes-des-cités sont des « talibans », faudra plus qu’ils s’étonnent, quand des « commandos » viendront leur savater la face.

Ouais, ouais, c’est vrai, on a eu la main lourde, on lui a tiré dans la gueule, à c’t’enculé de barbu – mais il n’avait qu’à pas détruire les Bouddhas géants de Sarcelles.

A ce propos, et pour finir, message personnel pour Mouloud, livreur de pizzas dans le Val d’Oise : roule pas trop vite sur ta mobylette, camarade – faudrait pas que nos troupes de choc te prennent pour le mollah Omar.

Post-scriptum

Ce texte est d’abord paru sur le blog Vive le feu. Nous le reproduisons avec l’autorisation de l’auteur.

Racistes, nous ?

Ah ben merde alors, ça me ferait bien chier !

 

Par Sebastien Fontenelle, Octobre 2007

Introduction

Nos (dignes) journaleux sont décidément hyper-sélectifs, dans le choix des infos qu’ils daignent porter à notre connaissance…

Article

Est-ce que vous savez, par exemple, que l’ONU nous trouve, nous, Françai(se)s, indécrottablement racistes ?

Réponse : non.

Vous ne le savez pas.

Sauf si vous avez lu, sur nouvelObs.com, que :

« De retour d’une mission de 10 jours en France, l’émissaire de l’ONU Gay Mac Dougall a déclaré, vendredi 28 septembre, qu’un racisme pernicieux perdure en France, où des minorités sont reléguées dans des « ghettos » sans espoir de promotion sociale ».

Et alors, que je vous dise : quand elle envoie, elle envoie, Gay Mac Dougall.

Elle nous met le compte, faut voir comme.

Elle s’est « rendu compte que le racisme était un sentiment pernicieux dans la société française ».

(Bienvenue au club, Gay.)

Elle a notamment relevé, après avoir fait un tour « dans des banlieues défavorisées de Paris, Marseille et Strasbourg », que :

« Des personnes qui ont beaucoup travaillé, qui ont respecté toutes les règles du jeu et qui croient sincèrement aux principes de la République française se retrouvent piégées dans des ghettos urbains où le taux de chômage dans certains cas peut dépasser 40 % ».

Elle a noté que : « Les jeunes d’origine immigrée « se sentent discriminés et rejetés par une conception rigide de l’identité nationale française qui ne leur convient pas ».

Elle a enfin « regretté « l’ambiguïté » de certaines mesures et déclarations des responsables politiques français sur l’immigration, citant notamment le débat sur l’introduction de tests ADN pour les candidats au regroupement familial et la mise en avant systématique de la notion d’ « identité nationale » ».

Ce n’est pas la première fois, je vous prie de le retenir, que l’ONU balance de grosses pierres dans le jardin (à la française) du colonel Brice Hortefeux et de son Chef Suprême.

Déjà au mois de juin dernier, Doudou Diène, « rapporteur spécial de l’ONU contre le racisme et la xénophobie  », leur décochait dans la face de vigoureux taquets, dénonçant notamment « la lecture ethnique et raciale des questions politiques, économiques et sociales et le traitement idéologique et politique de l’immigration comme un enjeu sécuritaire et comme une menace à l’identité nationale ».

Vous, je ne sais pas, mais moi je trouve quand même ça plutôt intéressant, que l’ONU, qui n’est pas exactement un foyer de subversion nestormakhnoviste, parle de notre cher et vieux pays en des termes qui étaient réservés naguère, toutes choses égales par ailleurs, à, mettons, la Rhodésie.

Mais ce qui est encore plus intéressant, à mon avis, c’est que nos (dignes) journaleux oublient, avec beauuuucoup d’application, de nous restituer ce message.

Pas un mot dans Libé, le matin.

Pas un mot dans Le Monde, le soir.

Du racisme ?

Dans la (doulce) France de Nicolas Sarkozy (et de ses fidèles féaux) ?

Mais vous n’y pensez pas : on le saurait.*

La République du mépris,

Les métamorphoses du racisme

dans la France des années Sarkozy

 

 

Par Pierre Tevanian, Octobre 2007

Introduction

Féminisme, laïcité, devoir de mémoire, liberté d’expression, droit au blasphème et à la critique des religions… De ces principes incontestables, la classe politique française, le microcosme intellectuel et les grands médias font aujourd’hui un usage particulièrement retors. Au travers de « débats » mal posés – l’ « insécurité », les « tournantes en banlieue », le « problème du voile islamique », la « repentance coloniale », l’« impossibilité de critiquer l’Islam » – ils construisent un même ennemi, ou un même bouc émissaire : le jeune issu de l’immigration postcoloniale et de culture musulmane. Car c’est bien lui, au final, qui se retrouve toujours accusé de menacer la sécurité des biens et des personnes, la condition des femmes, la laïcité de l’école, la fierté nationale et « notre tradition libertaire ». C’est ce que montre Pierre Tevanian, citations à l’appui, dans son dernier livre La république du mépris. Le texte qui suit est un extrait de la longue introduction du livre, qui précise ce qu’il faut entendre par « république du mépris » et par « racisme républicain », et qui présente les quatre « métaphores du racisme » analysées dans les quatre chapitres du livre : la « métaphore féministe », la « métaphore laïque », la « métaphore mémorielle » et la « métaphore libertaire ».

Article

Le racisme républicain peut par exemple être défini par des caractéristiques formelles : il procède par allusions, euphémismes, métonymies. Il a ceci de remarquable qu’il n’exprime pas frontalement de haine à l’encontre des Noirs, des Arabes ou des Musulmans, mais emprunte des détours et méprise plus qu’il ne hait. La haine ne lui est pas totalement étrangère, mais elle n’advient que dans des conditions particulières : lorsque les subalternes manifestent trop ostensiblement, effrontément, radicalement, leur prétention à l’égalité [1]. Le racisme républicain s’exprime le plus souvent sous la forme d’un discours « raisonnable » – ou simulant la raison – opposant de manière manichéenne des entités vagues : « la République » du côté du bien, et du côté du mal plusieurs entités tout aussi vagues (« la violence », « l’insécurité », « l’incivilité », les « caïds de banlieue », l’« intégrisme », le « communautarisme », la « victimisation », la « repentance », etc.) qui ont toutes pour point commun de se rattacher, par le biais de détours rhétoriques bien balisés, à l’immigration et aux populations issues des anciennes colonies. Ce discours structure un monde binaire d’une reposante simplicité, dans lequel même le plus « déboussolé » des « petits Blancs » trouvera aisément des repères et des consolations narcissiques, en opposant :

- l’« ordre » au « désordre », la « sécurité » à l’« insécurité », le « respect d’autrui » à la « violence », la « force de loi » à la « délinquance », l’ « État de droit » aux « zones de non-droit » ;

- le féminisme et la mixité hommes-femmes aux « traditions » patriarcales, aux « tournantes » et au « voile, symbole d’oppression » ;

- l’« islam modéré » à l’« islam radical » (également nommé « islamisme » ou « intégrisme »), les « Lumières » à l’« obscurantisme », le « rationalisme » au « fanatisme », la « modernité » aux traditions « archaïques », la bonne religiosité, celle qui reste « intérieure » (c’est-à-dire invisible), aux expressions religieuses « ostentatoires » et aux tendances envahissantes de « l’islam politique » ; l’ « universalisme à la française » au « communautarisme à l’anglo-saxonne » ; la « cohésion nationale » et le « vivre-ensemble » à l’« éclatement », au « repli » ou à la « guerre ethnique » ;

- le bon usage de la mémoire et de l’histoire à la « haine de la France », à la « victimisation » et à la « culpabilisation » qui s’exprime du côté des descendants de colonisés, et à l’« auto-flagellation », la « mauvaise conscience » et la « repentance » qui lui répond du côté des autres Français ; ou encore le bon usage du « devoir de mémoire » et la pleine reconnaissance de l’« unicité de la Shoah » à la « banalisation » de cette dernière et à la « concurrence des victimes ».

Ces séries d’opposition binaires, dans lesquelles la République tient systématiquement le bon rôle et l’« immigration » ou sa « descendance » tiennent tout aussi systématiquement le mauvais, forment les principaux registres du racisme républicain tel qu’il a pu se formuler ces dernières années : le registre « sécuritaire », le registre « féministe », le registre « laïque », le registre « mémoriel » et le registre « libertaire ».

Si des guillemets s’imposent autour de tous ces termes c’est qu’en réalité, il est très rarement question de liberté, de sécurité, de laïcité ou de mémoire – et encore moins de féminisme ! Ces mots jouent plutôt le rôle de métaphores. Ils ne sont utilisés que pour parler d’autre chose. Le véritable objet de tous ces discours est le même : la défense d’un certain ordre social et symbolique, dans lequel certaines populations sont infériorisées et assignées à des places dominées.

La métaphore sécuritaire et féministe

Si l’on s’en tient aux pétitions de principe de nos dirigeants et éditorialistes autorisés, le souci de sécurité n’a en soi rien de raciste. Loin de revendiquer une quelconque affinité idéologique avec le racisme, les politiques sécuritaires se présentent au contraire comme une simple gestion technique, visant à remplir plus efficacement une mission régalienne et incontestable de l’État : assurer la protection des biens et des personnes – et notamment du groupe statistiquement le plus exposé aux violences : les femmes.

Mais dès qu’on y regarde de plus près, ni la manière dont le problème de « la sécurité » est posé, ni les réponses qui sont apportées n’ont une quelconque chance de prévenir la violence en général et la violence sexiste en particulier. Les discours et les politiques publiques qualifiées de sécuritaires sont au mieux sans effet, au pire elles aggravent l’insécurité de nombreux citoyens : en semant la haine, le mépris ou la méfiance entre les différents groupes sociaux ; en entretenant un « sentiment d’insécurité » proche de la psychose là où les problèmes à régler sont souvent de simples problèmes de bon voisinage ; en enfermant massivement les jeunes aux comportements déviants, dissidents ou vindicatifs dans des carrières délinquantes sans issue et dans des identités de « macho congénital » ; en laissant de côté le principal vecteur d’insécurité tant objective que subjective : la précarité sociale ; et enfin en diffusant à grande échelle une idéologie de la « responsabilité individuelle » qui culpabilise les chômeurs et les précaires, et les déstabilise d’autant plus psychologiquement [2].

Au fond, ce que combat la politique dite sécuritaire, c’est moins « la violence » en général qu’une certaine part de la violence, bien localisée : celle qui est exercée par les classes populaires, dans l’entre-soi de la délinquance de rue et des règlements de comptes interpersonnels, inter-clans ou inter-quartiers, ou celle qui se tourne vers l’extérieur, contre « le système » et ses représentants : outrages et rebellions, affrontements avec la police, casse, émeutes, etc. Pendant que les projecteurs sont braqués sur ces formes de violence, on laisse perdurer une autre violence sans la réprimer, sans la réprouver, sans même la nommer et la montrer : la précarité, le harcèlement moral au travail, la discrimination à l’embauche ou au logement, les abus policiers – en bref : la violence exercée par les dominants. Des vols avec effraction mais sans violence ni mise en danger d’autrui sont ainsi punis plus sévèrement que les formes les plus brutales de l’exploitation au travail – y compris lorsque, par négligence, des conditions de travail épuisantes, dangereuses, voire mortelles, sont imposées aux salariés. Tout aussi emblématiques de ce « deux poids deux mesures », les « lois Perben 2 » de 2004 : en même temps qu’elles durcissent démesurément les peines et démantèlent les libertés publiques pour les personnes inculpées ou simplement soupçonnées de délits « en bande organisée », elles prennent garde de soustraire la délinquance financière du champ d’application de la loi, et même d’assouplir la législation dans ce domaine.

Les politiques sécuritaires construisent en somme des « classes dangereuses », sur lesquelles elles concentrent l’essentiel de l’attention et de l’action policière et judiciaire – et c’est en cela qu’on peut parler de « racisme ». Un racisme qui se subdivise bien sûr en plusieurs racismes, articulés les uns aux autres : au critère strictement économique (le « racisme de classe ») s’ajoute la discrimination xénophobe (par la nationalité, comme dans le cas de la double peine), la discrimination raciste (au faciès, au patronyme ou à la pratique religieuse, réelle ou supposée [3]) ou encore la discrimination « moraliste » (à l’encontre notamment des prostituées, des drogués et des SDF). Il y a bien racisme dans tous les cas, dans la mesure où les différentes cibles sont construites par essentialisation (« ils sont tous pareils »), différenciation (« ils ne sont pas comme nous »), production d’un « type » (« le délinquant étranger », « la prostituée », « le Roumain », « le SDF », « le toxicomane »), infériorisation (« nous » valons indiscutablement, fondamentalement, définitivement mieux qu’« eux »), production d’une peur (xénophobie, négrophobie, islamophobie, mais aussi « romanophobie », « putophobie » ou peur du SDF) et enfin articulation de ces différentes opérations à des pratiques violentes qu’elles viennent légitimer (exploitation, répression, enfermement, exclusion, relégation voire déportations).

On se concentrera toutefois, dans ce livre, sur le racisme « racialiste », « ethniciste » ou « culturaliste », celui qui est le plus communément qualifié de racisme – et notamment les racismes anti-noirs, anti-arabes et anti-musulmans – et sur une figure particulière du discours sécuritaire : le discours pseudo-féministe. D’abord parce que plusieurs ouvrages ont déjà analysé et démonté les discours dits « sécuritaires », et mis en lumière leurs dérives culturalistes et ethnicistes [4]. Ensuite parce que, si le registre sécuritaire « traditionnel » est loin d’avoir disparu après la campagne présidentielle de 2002 (durant laquelle il fut hégémonique), il a néanmoins été considérablement renouvelé et enrichi à partir de 2003 par une tonalité « féministe » qui lui a redonné une légitimité « progressiste » que le « séisme du 21 avril 2002 » avait sensiblement entamée. C’est donc aux nouveaux discours sur « la violence sexiste en banlieue » que nous nous intéresserons plus spécifiquement dans le premier chapitre de ce livre, et plus précisément à l’interprétation ethniciste qui s’est imposée autour de cette violence à partir de l’année 2003, notamment à la faveur de l’opération « Ni putes ni soumises ».

La métaphore laïque

A priori, la laïcité, pas plus que la sécurité ou l’antisexisme, n’a en elle-même un quelconque lien avec le racisme. Bien au contraire, la laïcité bien comprise implique un traitement égalitaire de tous les citoyens, quelles que soient leurs convictions religieuses ou idéologiques. Ce qui est raciste est la manière très particulière dont la laïcité est de plus en plus mobilisée dans le débat public, en particulier depuis la « bataille du voile » de 2003-2004 : un discours est tenu sur les rapports entre le religieux et le politique et entre les Églises et l’État, mais ce discours dérive de manière systématique vers une opposition binaire entre « l’Islam » et « la laïcité » – laquelle joue à nouveau le rôle de métaphore puisque le signifiant « laïcité », choisi comme ceux de « sécurité » et de « droits des femmes » pour sa forte charge affective et symbolique, est artificiellement rattaché à une nouvelle chaîne de signifiants (« République », « Modernité », « Occident »…), et il ne sert au bout du compte qu’à dire, métaphoriquement, le refus ou l’infériorisation de l’Islam et des musulmans.

En somme, de même qu’il n’est pas réellement question de sécurité dans le discours dit « sécuritaire » ni de féminisme dans les discours pseudo-féministes, il n’est pas davantage question de laïcité dans les discours incantatoires et incontinents qui invoquent, célèbrent et sacralisent ladite laïcité à chaque détour de phrase. Bien plus : de même que les politiques dites sécuritaires ont pour effet – et parfois pour but – d’accroître le sentiment d’insécurité, et mêmes certaines formes d’insécurité objective, de même les offensives idéologiques et législatives dites laïques qui ont été menées ces dernières années sont, au sens le plus rigoureux du terme, des atteintes profondes au principe de laïcité tel qu’il a été défini en France entre les années 1880 et la fameuse loi de 1905. C’est ce que démontre notre second chapitre : ce qui s’est joué entre 2003 et 2004 est une véritable révolution conservatrice, qui a donné à la laïcité un contenu idéologique et une forme juridique contraires à tout ce qui la fondait, généré des exclusions scolaires et des discriminations à l’encontre des femmes voilées, et contribué plus largement à la diffusion massive d’un « racisme respectable » : l’islamophobie.

La métaphore mémorielle

Après « la sécurité » en 2001 et 2002, « la condition des femmes » et « la laïcité » en 2003 et 2004, c’est autour de « la mémoire » que s’est cristallisé le racisme républicain au cours de l’année 2005 – une année qui s’est ouverte par une loi célébrant le « rôle positif » de la colonisation et s’est achevée par une immense mobilisation antillaise contre cette loi, aboutissant à son retrait. « Fierté d’être français », refus de la « repentance », des « rancoeurs » et du « ressassement », mises en garde contre « l’enfermement mémoriel », tels ont été les leitmotivs des élites politiques de droite, mais aussi d’une partie de la gauche et du monde intellectuel. Des leitmotivs qui, nous le démontrons dans le troisième chapitre, ont permis de réaffirmer une hiérarchie des mémoires et des histoires, et donc – par métonymie – une hiérarchie des communautés.

La métaphore libertaire

Enfin, l’année 2006 s’est ouverte avec l’« affaire des caricatures de Mahomet » et terminée avec l’« affaire Redeker ». Au-delà de leurs différences, qui sont loin d’être négligeables, les deux « affaires » ont ceci de commun qu’elles reposent sur une profonde islamophobie déguisée en « défense de la liberté d’expression ». Il ne faut évidemment pas entendre par là que la liberté d’expression n’est pas en elle même un principe important, qu’elle n’a pas à être défendue, ou que toutes les réactions à l’islamophobie sont légitimes, y compris les attaques d’ambassades ou les menaces de mort – mais simplement ceci : que sans l’islamophobie ambiante, ni le limogeage du directeur de France Soir suite à la publication de caricatures « blasphématoires » (pour certaines) et racistes (pour d’autres), ni les mails de menaces de mort reçus par Robert Redeker suite à sa prise de position islamophobe n’aurait pris l’ampleur d’une « affaire », occupant la une des journaux et provoquant un « débat national » sur l’« Islam ». Laurent Lévy l’a démontré avec une grande rigueur sur le cas de l’« affaire des caricatures » [5] ; on se concentrera, dans le dernier chapitre de ce livre, sur l’« affaire Redeker », qui donne à voir, de manière encore plus pure, la manière dont la « liberté d’expression » est en passe de devenir une nouvelle métaphore du racisme.

 

Notes

[1] Cf. Pierre TEVANIAN « Le corps d’exception et ses métamorphoses ».

[2] Tous ces points sont développés dans : Pierre TEVANIAN, Le Ministère de la peur. Réflexions sur le nouvel ordre sécuritaire, Paris, L’Esprit Frappeur, 2004

[3] Comme dans le cas du licenciement « préventif » des « bagagistes de Roissy » en octobre 2006. Cf. « Chronique du racisme républicain ».

[4] Cf. Pierre TEVANIAN, Le Ministère de la peur, op. cit., 2004 ; Laurent MUCCHIELLI, Violences et insécurité. Mythes et réalités dans le débat français, La Découverte, 2002. Parmi ces dérives racistes, la principale est la propension à incriminer l’« origine ethnique » des délinquants, le « manque de repères » et d’« intégration » que constitue leur ascendance étrangère, le rôle funeste de l’amour maternel excessif et de la démission parentale dans les familles maghrébines, ou encore l’effet tout aussi funeste de la polygamie des familles maliennes. On nous a même expliqué, dans le Rapport Bénisti de novembre 2004, que les parents étrangers qui parlaient leur langue d’origine à la maison déstabilisaient leurs enfants et leur prédisposaient à la délinquance.

[5] Cf. Laurent LÉVY, « Censure, droit au blasphème et islamophobie ».

 

Chronique du racisme républicain (Première partie),

Les années Sarkozy : 2002

 

Par Collectif Les mots sont importants, Avril 2007

Introduction

Notre contribution à la campagne présidentielle est un simple rappel historique de ce qui s’est passé, sur le terrain du racisme et des politiques d’immigration, entre 2002 et 2007, au cours du second mandat de Jacques Chirac, dominé par la figure et l’activité législative de Nicolas Sarkozy. Si un fait important a été oublié, n’hésitez pas à nous le signaler…

Article

Janvier-avril 2002. Campagne présidentielle dominée par la problématique « sécuritaire » et triomphe de l’extrême droite. Le 21 avril, Jean-Marie Le Pen devance Lionel Jospin et se retrouve qualifié au second tour. Entre les deux tours, le traitement de « l’insécurité« par les grands médias est mis en accusation, notamment par les manifestants. Au Parti socialiste, rien ne change : comme au lendemain des élections municipales de 2001, plusieurs dirigeants expliquent que c’est d’avoir négligé la thématique sécuritaire qui a fait perdre le candidat Jospin. Le sénateur Henri Weber affirme par exemple, avec le plus grand sérieux, que si le Parti Socialiste s’est aliéné les classes populaires, c’est à cause de son excès d’angélisme sur l’insécurité d’une part, et d’autre part à cause de l’ouverture de la « Couverture Maladie Universelle » aux étrangers et aux sans-papiers… Cf. P. Tevanian, « Un séisme prévisible ».

Mai 2002. Ré-élection de Jacques Chirac et premières mesures « sécuritaires ». Ré-élu avec 82% des suffrages, Jacques Chirac nomme Jean-Pierre Raffarin Premier ministre, et lui donne pour « première mission » de « rétablir » la « sécurité » et « l’autorité de l’État ». Nicolas Sarkozy est nommé ministre de l’Intérieur. Il annonce aussitôt que les policiers îlotiers seront armés de « flashballs » , et que de nouvelles unités seront conçues, afin de mener des opérations « coup de poing » dans les cités « chaudes ». Il annonce enfin qu’il est déterminé à arrêter les « délinquants » avant qu’ils commettent leurs délits…

Mai 2002. Publication du pamphlet islamophobe d’Oriana Fallaci : La rage et l’orgueil. Best-seller en Italie, ce livre écrit au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 s’en prend aux « fils d’Allah », que l’auteure accuse de tous les maux. Oriana Fallacci accuse par exemple les féministes : « Vous êtes toutes tombées amoureuses du fascinant Oussama Ben Laden, de ses grands yeux de Torquemada, de ses grosses lèvres, de ce qu’il a sous sa soutane ? Vous le trouvez romantique, vous rêvez toutes d’être violées par lui ? ». Elle écrit également : « Oussama Ben Laden et les talibans, je ne cesserai jamais de le dire, sont seulement la manifestation la plus récente d’une réalité qui existe depuis mille quatre cents ans. Une réalité sur laquelle l’Occident ferme stupidement les yeux ». « J’affirme que neuf imams sur dix sont des Guides spirituels du terrorisme ». « Au lieu de contribuer au progrès de l’humanité, [les fils d’Allah] passent leur temps avec le derrière en l’air à prier cinq fois par jour [...] Ils se multiplient comme des rats. » (…) Il y a quelque chose, dans les hommes arabes, qui dégoûte les femmes de bon goût. ».  [1]

Malgré une plainte déposée par le MRAP et la Ligue des droits de l’homme, ce livre reçoit dans plusieurs médias français un accueil d’une grande complaisance. Dans Le Point du 24 mai, Alain Finkielkraut ne déplore que quelques excès, et écrit : « Oriana Fallaci a l’insigne mérite de ne pas se laisser intimider par le mensonge vertueux. Elle met les pieds dans le plat, elle s’efforce de regarder la réalité en face. ». Un mois plus tard, dans Actualité juive, Pierre-André Taguieff confirme : « Fallaci vise juste, même si elle peut choquer par certaines formules. ». Quelques mois plus tard, en novembre, Robert Misrahi écrira dans Charlie Hebdo : « Oriana Fallaci fait preuve de courage intellectuel. [...] On ne veut pas voir ni condamner clairement le fait que c’est l’islam qui part en croisade contre l’Occident et non pas l’inverse. » Cf. Bruno Cousin, Tommaso Vitale, « Oriana Fallaci ou la rhétorique matamore » et Mona Chollet, « Dernières nouvelles du front de la haine ».

Mai-juin 2002. Premières « bavures » de l’ère Sarkozy : deux morts à Dammarie les Lys. Le 23 mai, Mohammed Berrichi, au volent d’une moto, est pris en chasse pendant plus d’un quart d’heure au seul motif qu’il ne porte pas de casque. L’accident, prévisible, advient, et Mohammed Berrichi décède de ses blessures. Deux jours auparavant, un jeune marginal, Xavier Dem, est abattu lors d’une interpellation alors qu’il ne menace pas les policiers. L’association Bouge qui bouge organise une marche pacifique et une mobilisation politique pour réclamer la vérité et la justice sur ces décès. Le maire et le Préfet répondent par une série de déclarations diffamatoires contre l’association (qui portera plainte et remportera son procès), et un bouclage policier de tout le quartier, au cours duquel les violences et les humiliations se multiplient. Une procédure est lancée pour priver l’association de son local : elle échoue mais le local est alors détruit par un mystérieux incendie. Le harcèlement policier durera des mois : Kader Berrichi, le frère de Mohammed, sera notamment poursuivi pour avoir collé sur son pare-brise un tract intitulé « La police tue, la Justice couvre ». (Cf. Collectif Les mots sont importants, « Une gestion néo-coloniale de la contestation politique » )

Au même moment se tient à St Denis le Forum « Résistons ensemble contre les violences policières et sécuritaires », regroupant le MIB, les Syndicat de la magistrature et plusieurs associations dont le MRAP et le GISTI. Le forum donnera naissance au réseau « Résistons ensemble ». Au même moment, le très médiatique président de SOS Racisme, Malek Boutih, multiplie les déclarations « sécuritaires » contre les « caïds des banlieues ». À propos des « bavures policières », Malek Boutih déclare : « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ». Cf. Act Up et le MIB, « Malek Boutih au coeur du sécuritaire ». Cf. aussi la chronologie détaillée et le dossier réalisés par la revue Vacarme (n°21, automne 2002).

Juillet 2002. Première « bavure médiatique » sur « l’insécurité » : « l’affaire de Pantin ». Le 24 juillet 2002, TFI annonce que « des jeunes auraient agressé des policiers à coups de poing et de battes de base-ball » dans la ville de Pantin, en région parisienne, tandis que Le Figaro parle d’un « véritable guet-apens comme on en connaît de plus en plus souvent… ». Le conditionnel disparaît rapidement, et un déferlement médiatique répercute une version des faits construite uniquement à partir des déclarations d’un syndicaliste policier. L’instruction établira rapidement (sans que la presse ne revienne sur les contre-vérités qu’elle a diffusées) qu’il n’y a jamais eu de batte de base ball ni de guet-apens tendu aux policiers, et que la « dizaine » de jeunes se réduisait en fait à deux personnes. Jean-Pierre Raffarin, Nicolas Sarkozy et Dominique Perben dénoncent « l’exceptionnelle gravité », « l’horreur », « la sauvagerie des voyous ». Pierre Bédier, le ministre des « programmes immobiliers de la justice », invente, « parmi les agresseurs », la présence d’un « un enfant de onze ans », sans être démenti par les journalistes.

Une fois retombée la fièvre médiatique, deux jeunes seront inculpés, incarcérés puis jugés et condamnés (respectivement à trois ans et demi de prison dont un an avec sursis et trente mois dont huit avec sursis), dans des conditions très douteuses : des images de vidéosurveillance sont évoquées comme moyens ayant permis de procéder à des interpellations, avant d’être déclarées « inexploitables » ; aucune reconstitution n’a lieu ; le juge refuse de procéder à l’examen ADN des chaussures des protagonistes, qui aurait pu permettre d’identifier l’auteur du coup porté à la policière ; les jeunes sont condamnés sur la seule base des témoignages des policiers, alors que l’instruction a prouvé qu’ils ont menti en essayant d’incriminer d’autres jeunes, absents des lieux. Cf. Sylvie Tissot, « Une bavure médiatique ».

Septembre-octobre 2002. Vote de la loi Perben sur la « délinquance des mineurs ». Cette loi radicalise les options répressives prises par le gouvernement socialiste à partir de septembre 2001, et poursuit le démantèlement des dispositifs d’éducation et de réinsertion mis en place à partir de 1945.

- Elle crée notamment, à destination des mineurs de plus de 13 ans, des centres dits « éducatifs » mais désormais fermés.

- L’âge minimum pour les sanctions judiciaires passe de 13 à 10 ans, et celui de la détention provisoire passe de 16 à 13 ans.

- La durée de la garde à vue passe de 10 heures à 24 heures pour les plus de 10 ans.

- Un nouveau délit est créé : l’outrage à enseignant, passible de six mois de prison et/ou de 7500 euro d’amende.

- Une juridiction spéciale est créée, dite « justice de proximité », que le Syndicat de la Magistrature dénonce comme une sous-justice « d’abattage ».

- Les acquis de la loi Guigou sur la présomption d’innocence sont remis en cause, et la détention provisoire est à nouveau facilitée.

- Les mesures de surveillance par bracelet électronique, introduites au départ comme des alternatives « plus humaines » à la détention, sont désormais généralisées à des délits non-passibles de prison.

- Le recours à des témoignages anonymes, réservé au départ aux crimes et délits les plus graves, est généralisé à presque toutes les infractions.

- Les jugements expéditifs appelés « comparution immédiate » sont également généralisés.

- Des moyens sont enfin débloqués pour construire 35 nouvelles prisons, permettant d’incarcérer 11000 personnes supplémentaires. Un « secrétariat d’Etat au mobilier de la Justice » a d’ailleurs été créé spécialement à cet effet par Jean-Pierre Raffarin.

Octobre 2002. Fermeture du camp de réfugiés de Sangatte. Alors que les violences policières se multiplient contre les réfugiés kurdes et afghans, désormais « à la rue », Jack Lang déclare, « tirer son chapeau » à Nicolas Sarkozy, et ajoute, sans aucune ironie : « ce ministre-là fait bien son travail ». Sur ce centre de Sangatte et les effets de sa fermeture, cf. le dossier du GISTI

Octobre 2002. Meurtre de Sohane Benziane, parution du livre Dans l’enfer des tournantes et lancement de la campagne médiatique sur « le sexisme en banlieue ». Sohane Benziane, une adolescente de 17 ans meurt brûlée vive des suites d’une agression dans une cave de la cité Balzac à Vitry-sur-Seine. Le mouvement naissant « Ni putes ni soumises » s’empare de ce fait divers atroce pour en faire l’emblème de la condition des « filles des quartiers ». Au même moment, paraît Dans l’enfer des tournantes de Samira Bellil. L’expérience extrême de son auteure (victime d’un viol collectif) est présentée dans tous les grands médias comme l’emblème, voire comme le quotidien de « la vie d’une fille de banlieue », aux prises avec « la loi de la cité ». Le discours médiatique tenu autour de ce livre – comme celui tenu autour du meurtre de Sohane Benziane – omet surtout de dire que les violences en question n’ont rien de spécifique aux « banlieues ». Sur cette campagne, cf. Laurent Mucchielli, « Les “tournantes” : mythes et réalités ».

Octobre-novembre 2002. Débats parlementaires sur les « lois Sarkozy ». Le ministre de l’Intérieur bénéficie d’un véritable et « état de grâce » politique et médiatique. Des députés socialistes, interrogés par Libération, se montrent admiratifs à l’égard du maire de Neuilly, en particulier à l’égard de sa capacité à « s’adresser au peuple » (sic). Georges Frêche, maire socialiste de Montpellier, se déclare favorable aux mesures de répression de la « mendicité agressive », qu’il se vante d’avoir « demandées depuis des années. » La presse et la télévision multiplient les « portraits » du ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy, souvent d’une grande complaisance. Un portrait hagiographique est même consacré à son épouse et assistante Cécilia Sarkozy dans l’émission de reportages « Envoyé spécial » .

Décembre 2002. « Affaire des roms de Choisy ». À la demande de Nicolas Sarkozy, 300 gendarmes mobiles assistés de 150 policiers débarquent dans un bidonville de Choisy-le-roi pour une expulsion hyper-médiatisée. Le jour même, 71 personnes sont placées en garde-à-vue pour séjour irrégulier et sont en instance d’expulsion. Quatre personnes seront envoyées en Roumanie par un charter franco-espagnol dès le lendemain. Cependant, dans les deux jours qui suivent, la totalité des gens interpellés sont remis en liberté par le Tribunal de Créteil pour nullité de procédure. Cf. Caroline Damiens, « Sarkozy, les médias et l’invention de la “mafia roumaine” ».

Décembre 2002. Abolition de la « préférence nationale » à la RATP. La Régie annonce que ses 45 000 emplois ne seront plus réservés aux Français et aux ressortissants de l’Union européenne. Cette démarche, malheureusement unique en son genre, est le fruit d’un travail en commun entre la direction et les syndicats. Des négociations semblables ont été entamées à la SNCF, mais n’ont pas abouti. Au total, le nombre d’emplois de titulaires dans les trois fonctions publiques, interdits aux étrangers non communautaires, atteint 5,2 millions. Si l’on ajoute les entreprises sous statut gérant des services publics tels que La Poste, EDF-GDF, Air France et les établissement publics industriels et commerciaux, qui comptent plus d’un million de salariés, ce sont plus de 6 millions d’emplois publics qui sont interdits aux étrangers « non-européens ». Enfin, si l’on rajoute les emplois fermés aux étrangers dans le secteur privé, pour des conditions de nationalité ou de diplôme, ce sont environ 30 % de l’ensemble des emplois qui demeurent réservés aux Français ou aux Européens. Sur cette question des emplois réservés, cf. le dossier réalisé par le GISTI.

Décembre 2002-janvier 2003. « Affaire du bagagiste de Roissy ». Le 29 décembre, Abderrezak Besseghir, bagagiste à l’aéroport de Roissy, est arrêté et incarcéré. À la suite d’une dénonciation, des armes et des explosifs ont été retrouvés dans le coffre de sa voiture. Un simple document religieux « en langue arabe » ainsi qu’un « tract pro-palestinien » sont également cités comme des éléments probants, permettant de postuler l’appartenance du bagagiste à un réseau terroriste « islamiste ». Des éléments permettant de mettre en doute cette hypothèse sont dans un premier temps écartés de l’enquête : les explosifs retrouvés ne correspondent pas à ceux qui sont traditionellement utilisés pour les attentats dans les avions, et le dénonciateur est un personnage trouble, militaire à la retraite reconverti dans le buiseness de la sécurité et récemment condamné pour trafic d’armes. On apprend par ailleurs dès le 3 janvier 2003 que les empreintes digitales retrouvées sur les armes et les explosifs retrouvés ne sont pas celles d’Abderrezak Besseghir. On découvre finalement, le 10 janvier, que le bagagiste a été victime d’une machination de la part de sa belle-famille, comme il le soutenait depuis son arrestation. Tout au long de ces quinze jours, l’hypothèse de la culpabilité de Besseghir a été présentée par l’ensemble des médias comme un fait quasi-acquis. Cf. Aberrazak Besseghir, « Bagagiste à Roissy, présumé terroriste », Michel Lafon, 2003, et Pierre Laniray, « La brigade anti-terroriste du Parisien », Almanach critique des médias, Editions Les Arènes, 2005 et l’analyse publiée par le site ACRIMED.

 

 

Chronique du racisme républicain (Deuxième partie),

Les années Sarkozy : 2003

 

Par Collectif Les mots sont importants, Avril 2007

Introduction

Notre contribution à la campagne présidentielle de 2007 est un simple rappel historique de ce qui s’est passé, sur le terrain du racisme et des politiques d’immigration, entre 2002 et 2007, au cours du second ma ndat de Jacques Chirac, dominé par la figure et l’activité législative de Nicolas Sarkozy. Si un fait important a été oublié, n’hésitez pas à nous le signaler…

Article

Janvier-Décembre 2002

Janvier 2003. Mort brutale de deux sans-papiers au cours de leur expulsion. Le 30 décembre 2002, Ricardo Barrientos, un Argentin de 52 ans meurt d’une crise cardiaque au cours de son expulsion forcée, après avoir été maintenu immobile, plié en deux sur son siège, par des agents de police. Trois semaines plus tard, Mariame Getu Hagos, un Somalien de 24 ans, meurt dans des conditions similaires. Ces deux morts se produisent dans une indifférence quasi-générale de la classe politique. Aucun débat n’est ouvert sur lqa question des expulsions forcées. un Argentin reconduit vers son pays le 30 décembre 2002 et un Somalien refoulé vers l’Afrique du Sud le 16 janvier 2003.

Janvier 2003. Publication et médiatisation du livre collectif Les Territoires perdus de la République. Coordonné par Emmanuel Brenner, il rassemble des contributions d’enseignants qui dressent un tableau apocalyptique des « banlieues ». Les « arabo-musulmans » apparaissent dans ce livre comme les sources principales des problèmes qui se posent dans les écoles des quartiers populaires. Ce livre marque une rencontre des thèses et arguments habituels de deux mouvances : les soutiens inconditionnels d’Israël et les « nationaux-républicains » nostalgiques de « l’élitisme républicain » de « jadis ». À propos de ce livre, cf. Alain Gresh, « Grandeur des principes et bassesse des pratiques ».

Janvier-février 2003. Offensive de la droite sur le thème de la « nouvelle judéophobie ». Reprenant à son compte les thèses développées un an plus tôt par Pierre-André Taguieff dans La nouvelle judéophobie, Jean Pierre Raffarin se rend au dîner annuel du C.R.I.F. et y dénonce la « montée des communautarismes ». Roger Cukierman, président du C.R.I.F., dénonce de son côté l’existence d’une alliance antisémite « rouge-brun-vert » et accuse nommément Gilles Lemaire, secrétaire national des Verts, et Olivier Besancenot, porte parole de la L.C.R. Une première vague de déclarations et de débats médiatiques s’en suivent assimilant antisémitisme et antisionisme d’une part, antisémitisme et jeunes issus de la colonisation d’autre part. Plusieurs essayistes, comme Alain Finkielkraut ou Alain-Gérard Slama, prétendent d’établir un lien organique entre « judéophobie » et « francophobie ». Cette opposition entre les « intégristes » et « communautaristes » « arabo-musulmans » d’un côté et « les Juifs » et « la France » de l’autre, est reprise par le ministre des écoles Xavier Darcos : dans un entretien accordé au Figaro le 14 février 2003, il dénonce « un communautarisme souvent lié à l’islamisme qui s’installe dans les établissements scolaires », et il ajoute que « le problème s’envenime avec la réapparition d’insultes racistes et antisémites ». Il conclut qu’il faudrait « que le drapeau français flotte au-dessus de l’entrée de chaque école ». Quant au ministre de l’éducation nationale Luc Ferry, lors d’une réunion consacrée au racisme et à l’antisémitisme (le 27 février), il met en cause l’idéologie du « droit à la différence », qu’il qualifie de « calamité ». Sur cette campagne, cf. notamment Fatiha Kaoues, « Tous antisémites ? », et Mona Chollet, « Les apprentis sorciers du communautarisme », Dominique Vidal, « Les pompiers pyromanes de l’antisémitisme » et « Non, la France n’est pas l’objet d’une flambée antisémite ». Sur les thèses de Pierre-André Taguieff, cf. Vincent Mespoulet, « Taguieff, allumeur d’incendies ».

Février 2003. Vote de la LOPSI (Loi d’orientation pour la sécurité intérieure), dite « Loi Sarkozy ».

- De nouveaux délits sont créés, parmi lesquels : l’outrage au drapeau et à l’hymne national (passible de six mois de prison et 7500 euro d’amende), le regroupement dans les halls d’immeuble (passible de deux mois de prison et 3750 euro d’amende), l’occupation d’un terrain appartenant à autrui (passible de six mois fermes, 3750 euro d’amende et confiscation du permis de conduire), le « racolage passif » (laissé à l’appréciation des policiers, et passible de deux mois de prison et 3750 euro d’amende), « l’exploitation de la mendicité » (incluant toute personne qui partage les subsides de la mendicité, et passible 45000 euro d’amende et 3 ans de prison – voire dix ans si le délit est commis « en bande organisée ».

- Le délit d’outrage à personne dépositaire de la force publique est généralisé : en plus des agents de police, il s’applique désormais pour les outrages commis à l’encontre des personnels de santé, des gardiens d’immeuble, de leurs conjoints, de leurs ascendants, de leurs descendants, et de « toute personne vivant habituellement avec eux ». Les peines peuvent aller jusqu’à 30000 euro d’amende et deux ans de prison. Elles atteignent 5 ans de prison pour les menaces de mort.

- Les échoppes vendant de la nourriture et/ou diffusant de la musique peuvent désormais être fermées pour une durée de trois mois sous prétexte de « tranquillité publique ».

- Les contrôles d’identité sont désormais autorisés sans que l’agent fasse valoir des « indices » laissant présumer une infraction ou un projet d’infraction.

- La fouille des véhicules, désormais réservée aux enquêtes sur les activités terroristes, est désormais autorisée pour presque tous les délits, notamment le vol et le recel.

- L’obligation faite aux policiers d’informer un prévenu qu’il a le droit de garder le silence est supprimée.

- Un fichier informatique, dit fichier STIC, est créé, dans lequel figurent non seulement les personnes condamnées mais aussi les personnes simplement suspectées d’avoir commis un délit, les témoins et les victimes. Ce fichier est consultable dans le cadre d’enquêtes, mais aussi dans le cadre d’une procédure d’embauche. Il est également consultable par les services de police d’un pays étranger.

- Un fichier génétique est prévu.

- La police a désormais le droit de filmer les espaces publics.

- Enfin, les étrangers soupçonnés de « trouble à l’ordre public » peuvent se voir retirer leur titre de séjour sans procès, de manière immédiate et définitive.

Février-mars 2003. Lancement du mouvement « Ni putes ni soumises » et de la marche « pour l’égalité et contre les ghettos ». Cette marche, organisée par la « Maison des potes », soulève le problème de la condition des femmes en banlieue, sans jamais relier ce problème à celui du sexisme dans l’ensemble de la société française. Le mouvement ne prononce pas un mot sur les lois Sarkozy qui viennent d’être votées, prétextant qu’il a suffisamment à faire ne se concentrant sur le problème précis des violences sexistes dans « les quartiers ». Le mouvement multipliera pourtant les prises de position sur d’autres questions, plus éloignées de leur problématique que l’oppression « sécuritaire » que les lois Sarkozy exercent sur « les quartiers » : la lapidation et les « crimes d’honneur » dans les pays arabo-musulmans, ou encore le conflit israélo-palestinien. Chose inhabituelle pour un mouvement qui est loin d’être un mouvement de masse, la mobilisation bénéficie d’une très importante couverture médiatique, et reçoit le soutien de tous les principaux dirigeants socialistes, ainsi que celui de plusieurs ministres du gouvernement de droite. Cf. Elise Lemercier, « L’association Ni putes, ni soumises : une inflation politico-médiatique démystifiée par le terrain ».et sur ce site, « Le cas Ni putes ni soumises ». Cf. aussi Sarah Ayito N’Guema N’Dong, Construction politique d’un sexisme de banlieue : émergence du collectif « Ni putes ni soumises », Mémoire soutenu sous la direction de Michel Camau à l’Institut d’Etudes Politique d’Aix-Marseille 3, 2005.

Mars 2003. Reprise des expulsions de sans-papiers par « vol groupé ». À trois reprises en un mois, plusieurs dizaines de sans-papiers sont expulsés par charter, notamment vers le Sénégal et la Côte d’Ivoire (alors en pleine guerre civile). Le ministre annonce que ces « vols groupés » seront désormais hebdomadaires, sans susciter la moindre protestation dans l’opposition parlementaire de gauche. Il reçoit même le soutien du socialiste Julien Dray, qui déclare que les expulsions par « vols groupés » sont « normales » et « naturelles ».

Mars 2003. Publication d’un rapport accablant sur les violences policières commises dans les « zones d’attente ». Réalisé par l’Anafé (association d’aide aux étrangers retenus aux frontières), ce rapport révèle l’existence de nombreuses violences (injures, sévices, privations de nourriture ou de soins), attestées par des témoignages multiples (celui des militants associatifs, mais aussi celui des passagers, des employés des compagnies aériennes, des médecins, des services sociaux). Cf. le site de l’ANAFE.

Mars 2003. Première proposition de loi sur « l’œuvre positive accomplie par les Français Outre-mer ». Présentée par soixante députés, sous la direction de Jean Léonetti et Philippe Douste-Blazy, elle ne sera pas votée telle quelle, mais constitue la première version de la fameuse loi adoptée le 23 février 2005. Cf. le site de la LDH de Toulon.

Mars 2003. Nouvelle offensive médiatique sur « la violence à l’école ». Le ministre délégué à la famille, Christian Jacob, se déclare favorable à des amendes contre les parents des élèves absentéistes. Le ministre de l’éducation nationale, Xavier Darcos, invoque la violence sexuelle pour remettre en cause publiquement le principe de la mixité garçons-filles à l’école.

Mars 2003. Début d’une nouvelle campagne contre « le voile à l’école ». Dans un lycée de Lyon, une forte majorité des enseignants se met en grève pour protester contre l’acceptation en cours d’une élève qui porte un bandana. Cette grève est fortement médiatisée. Dans les semaines qui ont précédé, les médias se sont illustrés par la mise en premier plan de toute une série de thème ayant pour point commun apparent : l’islam. Ont notamment été médiatisés et dramatisés : le refus d’une supérette d’Evry de vendre de la viande non halal, et la polémique autour de la décision de Martine Aubry d’accepter des séances de piscines réservée aux seules femmes.

Mars 2003. Entrée en guerre des Etats-Unis contre l’Irak, et relance en France du plan « Vigipirate renforcé ». Les manifestations contre la guerre en Irak, comme celles contre l’oppression du peuple palestinien, réunissent de plus en plus de jeunes issus de l’immigration post-coloniale.

Avril 2003. Publication d’un rapport accablant sur les « violences illégitimes » commises par la police. Présidée par le magistrat Pierre Truche, la commission de déontologie dénonce notamment les « conditions d’exercice de la police en région parisienne la nuit » , le « manque d’encadrement des jeunes policiers » et le traitement de certains mineurs. Cf. le site de la LDH de Toulon.

Avril 2003. Ouverture du premier centre fermé pour jeunes mineures délinquantes. Le règlement intérieur de ce centre, situé à Lusigny, fixe comme objectif la « rectification » des jeunes filles enfermées, et il leur impose un test de grossesse et une mesure du tour de poitrine. Les détenues sont également incitées à « s’identifier » à des modèles « féminins » dans leur habillement et leurs activités. Il leur est enfin interdit de parler une langue étrangère et d’écouter de la musique individuellement. Plusieurs associations (parmi lesquelles le Syndicat de la Magistrature) se mobilisent pour la suppression de ces orientations rétrogrades. Quelques mois plus tard, le directeur de ce centre sera mis en cause pour harcèlement sexuel sur ses employées. Cf. le site de la LDH de Toulon.

Avril 2003. Publication par le journal Libération du projet de loi Sarkozy sur l’immigration. Le droit au mariage est remis en cause : il est prévu que ce droit soit conditionné par la régularité la possession d’un titre de séjour. Il est également prévu de donner aux Préfets et aux procureurs la possibilité de suspendre un mariage lorsqu’existent des soupçons de « mariage de complaisance ». Le Projet de loi prévoit enfin de rallonger d’un an le délais qui sépare le mariage du plein droit à une carte de résident de dix ans ; et un nouveau délit apparaît : la « simulation » de mariage « en vue d’obtenir ou de faire obtenir un titre de séjour ». Ce nouveau délit de solidarité serait passible de cinq ans d’emprisonnement. L’accès à la carte de résident de dix ans est également remis en cause. Il ne devient possible qu’au bout de cinq ans (au lieu de trois), et des conditions supplémentaires sont introduites, notamment des « conditions d’intégration », laissées à l’appréciation de l’administration… Le projet de loi prévoit également un quintuplement de la durée légale de « rétention administrative » : un étranger sans papiers peut déjà être détenu sans jugement pendant douze jours ; il est question de passer à soixante jours. Cf. le dossier réalisé sur cette loi par le GISTI.

Avril-mai 2003. « Incident du Bourget » et politisation du débat sur « le voile à l’école ». Le 19 avril, au Bourget, Nicolas Sarkozy s’adresse aux sympathisants de l’UOIF et se fait siffler alors qu’il évoque l’obligation pour les femmes musulmanes voilées de se découvrir sur les photographies de leurs papiers d’identité. Ces sifflets sont traités dans les jours suivants comme un véritable scandale, et l’incident sert de prétexte à la relance d’un autre « problème de voile », le plus ancien et le plus « classique » : celui de l’école publique. À gauche, Jack Lang annonce aussitôt une proposition de loi visant à interdire le port du « foulard » à l’école, tandis que , le 18 mai, Laurent Fabius exige devant le congrès du PS l’interdiction législative des « signes religieux ostentatoires » à l’école bien sur mais plus largement dans l’espace public. Libération publie enfin une pétition initiée par l’Union des Familles laïques et plusieurs intellectuels parmi lesquels Pierre André Taguieff et Michèle Tribalat. Un Appel anti-prohibitionniste est lancé en réaction à cette offensive : cf. « Oui à la laïcité, non aux lois d’exception » (Appel publié aussi par Libération) et Pierre Tevanian, Le voile médiatique. Un faux problème : « l’affaire du foulard islamique ».

Juin 2003 : Création des Commissions Stasi et Debré. Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée nationale, compose une mission d’information « sur la question des signes religieux à l’école », présidée par lui-même. Il se dit d’ores-et-déjà favorable à une loi. En juillet, Jacques Chirac crée une « Commission de Sages » chargée de réfléchir sur « l’application du principe de laïcité dans la République ». Il en confie la présidence à son ami Bernard Stasi, connu pour être un catholique soucieux de ne pas céder aux emportements fantasmatiques à propos de l’islam. Prise en charge par Rémy Schwartz, la sélection des « témoins » auditionnés sera plus que tendancieuse : une réfugiée iranienne forcée à porter le voile en Iran, mais pas de lycéennes françaises portant le voile ; plusieurs enseignants militants radicaux de l’éradication des voiles, mais aucun enseignant d’un des 90% d’établissements scolarisant des filles voilées sans qu’il y ait jamais eu de crise. Le battage médiatique ne faiblit pas. Sur cette commission, cf. Alain Gresh, « Grandeur des principes et bassesse des pratiques. Les faux semblants de la Commission Stasi », Jean Baubérot, « Lettre ouverte à la commission Stasi »

Juillet 2003. Réforme « en trompe-l’œil » de la double peine. Nicolas Sarkozy crée de nouvelles catégories d’étrangers « protégés », c’est-à-dire soustraits au régime de la double peine. Les médias, mais aussi certaines associations, saluent l’« avancée », sans préciser qu’elle est minime : elle ne concerne qu’une petite partie des victimes de la double peine, dont le principe n’est aucunement remis en question. À partir de cette date, Nicolas Sarkozy se vantera pourtant, sans être démenti, d’avoir « abrogé la double peine ». Libération (en décembre 2005, dans une interview réalisée par le service politique) et même Le Monde diplomatique (en septembre 2006, dans un article de Marie Bénilde) concèderont au ministre cette chimérique « abrogation de la double peine ». Cf. Stéphane Maugendre, « Sarkozy et la double peine : une réforme de dupes ».

Septembre-octobre 2003 : « Affaire d’Aubervilliers », publication du livre Bas les voiles ! et recrudescence de déclarations islamophobes. À l’initiative d’un petit groupe de professeurs responsables nationaux de mouvements d’extrême gauche (LO et la LCR), une immense campagne médiatique aboutit à l’exclusion d’Alma et Lila Lévy au seul motif qu’elles portent un foulard. Un rassemblement de protestation est organisé devant le lycée, regroupant notamment des militants des JCR, de « Socialisme par en bas », du collectif « Les mots sont importants », du MIB, de Femmes Publiques… L’exclusion des deux élèves est saluée comme une victoire du féminisme par Gisèle Halimi dans une tribune du journal Le Monde. Quant au ministre des écoles, Xavier Darcos, il déclare à propos de ces deux élèves : Quand on n’aime pas la république, il faut aller ailleurs ». Au même moment paraît chez Gallimard un pamphlet prohibitionniste intitulé Bas les voiles ! Son auteure Chahdorrt Djavann est invitée sur toutes les chaînes de télévision et de radio, où elle s’autorise de son expérience iranienne pour tenir les propos islamophobes les plus extrêmistes : le patriarcat puise ses racines dans le Coran, l’Islam légitime la pédophilie, etc. Le 24 octobre, lors d’une émission sur LCI, l’éditorialiste du Point, Claude Imbert, se déclare « islamophobe » et dénonce la « débilité » de « l’Islam », sans être exclu ni même suspendu du Haut Conseil à l’Intégration où il siège (ni poursuivi, ni inquiété d’une quelconque manière). Cf. Alma et Lila Lévy, Des filles comme les autres, La découverte, 2004 ; Laurent Lévy, « Quand la fin justifie les moyens », et Jérome Vidal, « Anatomie d’un pamphlet prohibitionniste ».

Octobre 2003. Mort d’un immigrant clandestin congolais de 16 ans dans une soute à bagages. Le corps du jeune homme est retrouvé frigorifié, dans la soute à bagages d’un avion assurant un vol Kinshasa-Paris. Selon des témoignages recueillis par l’Anafé, le commandant de bord a eu très tôt connaissance de la présence d’un passager clandestin dans les soutes de l’avion, mais n’a pas été autorisé à modifier son plan de vol pour débarquer le passager et éviter qu’il meure de froid.

Octobre 2003. « Université d’automne » des « Ni putes, ni Soumises ». L’événement, très médiatisé, bénéficie du soutien et de la présence de nombreuses personnalités du monde politique (toutes tendances confondues) et du show-buiseness. Cf. Mona Chollet, « Aïcha et les “gros tas”. Fortune médiatique des Ni putes ni soumises_et des filles voilées ».L’association refuse alors de se joindre à la demande d’une loi interdisant le voile. Sa présidente Fadela Amara publie au même moment un livre [1] où elle dénonce une telle loi comme une provocation irresponsable à l’encontre des musulmans. Deux mois plus tard, elle signera une pétition dans le magazine Elle réclamant une telle loi, et engagera son mouvement dans un Tout de France de la Laïcité assurant la promotion de la loi anti-voile.

Novembre 2003. Forum Social Européen et « Affaire Tariq Ramadan ». La présence de l’intellectuel suisse Tariq Ramadan au Forum Social Européen de Saint-Denis suscite une controverse importante, menée notamment par Claude Askolovitch dans Le Nouvel Observateur. L’offensive, qui vise pour les uns à disqualifier le mouvement « altermondialiste » et pour les autres à le « purifier » de ses éléments « rétrogrades », prend pour prétexte la publication d’un texte de Tariq Ramadan critiquant les « intellectuels communautaires », juifs ou non, qui font preuve de complaisance avec les agissements de l’Etat d’Israël. Ce texte, qui appelle les intellectuels juifs à se désolidariser d’Israël et les intellectuels musulmans à se désolidariser des régimes « islamiques » les plus oppressifs, est dénoncé par des associations (SOS Racisme, l’UEJF), des journalistes (Claude Askolovitch) et des intellectuels (Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut, Pierre-André Taguieff, André Glucksmann) comme un texte antisémite, mais aucune plainte n’est déposée. Mis en cause dans le texte de Tariq Ramadan, Alexandre Adler réagit en reconnaissant à l’intellectuel « musulman » le droit de défendre « les siens » comme lui défend « les Juifs », et en réservant son animosité aux « traîtres juifs, comme Rony Brauman ». Ces propos ne sont pas condamnés par tous ceux qui se sont scandalisés de l’approche « communautaire » du texte de Tariq Ramadan. Ce dernier devient, à l’occasion de cette « affaire » démesurément médiatisée, un personnage médiatique connu de tous, incarnant un « intégrisme retors », maître dans l’art du « double discours ». Interrogé par Thierry Ardisson sur ce qu’il dirait à Tariq Ramadan s’il le croisait, le socialiste Julien Dray répond : « Rien, je lui casserais la gueule ». Cf. Mona Chollet, « Affaire Tariq Ramadan : deux poids, deux mesures » et « Tariq Ramadan, Caroline Fourest et l’islamisation de la France ». Cf. aussi Aziz Zemmouri, « Renaud (Camus) ou Tariq (Ramadan), le tribunal de la pensée te rendra blanc ou noir » et Faut-il faire taire Tariq Ramadan ?, Editions de l’Archipel, 2005, et sur ce site, « Tariq Ramadan, mythes et réalités » et Laurent Lévy, « L’Arabe est fourbe », Brèves réflexions sur les accusations de « double langage » de Tariq Ramadan. Le texte litigieux de Tariq Ramadan est disponible par exemple ici.

Décembre 2003 : Annonce de la loi anti-voile et naissance du Collectif Une école pour tou-te-s/Contre les lois d’exclusion. Les commissions Debré et Stasi rendent leurs conclusions, favorables à une loi interdisant « tous les signes religieux ». Comme les pétitions prohibitionnistes parues dans Libération et dans Elle, le discours présidentiel appelle à une prohibition de « tous les signes religieux ostensibles », mais son argumentaire ne cible que le voile : « Je considère que les Français étant ce qu’ils sont, le port du voile est, qu’on le veuille ou non, une sorte d’agression qu’il leur est difficile d’accepter. » Deux nouveaux appels sont lancés contre le projet de loi, et les signataires des trois appels se réunissent au CEDETIM et fondent le Collectif unitaire Une école pour tou-te-s / Contre les lois d’exclusion.

Janvier-Décembre 2004

Notes

[1] Ni putes ni soumises, Editions de al Découverte

 

 

Chronique du racisme républicain (Troisième partie),

Les années Sarkozy : 2004

 

Par Collectif Les mots sont importants, Avril 2007

Introduction

Notre contribution à la campagne présidentielle de 2007 est un simple rappel historique de ce qui s’est passé, sur le terrain du racisme et des politiques d’immigration, entre 2002 et 2007, au cours du second mandat de Jacques Chirac, dominé par la figure et l’activité législative de Nicolas Sarkozy. Si un fait important a été oublié, n’hésitez pas à nous le signaler…

Article

Janvier-Décembre 2002

Janvier-Décembre 2003

Janvier 2004. Nomination « explosive » d’un « préfet musulman ». Nicolas Sarkozy nomme Aissa Dermouche préfet du Jura. À l’occasion de cette nomination fortement médiatisée, Nicolas Sarkozy parle de « préfet musulman », tandis que Jacques Chirac le qualifie de « préfet issu de l’immigration » – mais tous deux soulignent la capacité de la République à reconnaître le mérite. Entre le 19 et le 30 janvier, trois attentats à la bombe sont perpétrés, visant la voiture, le lieu de travail et l’école des enfants de M. Dermouche.

Janvier 2004. Publication et médiatisation du livre de Gaston Kelman, Je suis noir et je n’aime pas le manioc. Invité sur tous les plateaux et interviewé par tous les magazines, l’auteur est érigé en modèle de l’Africain « intégré », amateur d’escargots, de vin rouge et de « fermeté » contre la « délinquance immigrée ». Gaston Kelman critique notamment la formule « Les immigrés sont en France chez eux », prononcée par François Mitterrand au début de son premier septennat, à laquelle il dit préférer la formule de Charles Pasqua : « Les immigrés sont ici chez nous ». L’Express s’enthousiasme de voir l’auteur « dénoncer le penchant des Noirs pour la victimisation », « exiger la tolérance zéro », et « faire des Africains vivant en France les premiers responsables d’une intégration qui n’avance pas ». Le magazine apprécie aussi que l’auteur « ne voie pas la nécessité de refaire l’histoire d’un peuple qui a beaucoup souffert ». Cf. Mona Chollet, « Je suis blanche et je n’aime pas les couillonnades ».

Janvier-février 2004. Débats parlementaires et manifestations de rue contre la loi anti-voile. Le 17 janvier, une manifestation contre la loi anti-voile est organisée par Mohamed Latrèche, leader du groupusculaire Parti des Musulmans de France. Le Collectif Une école pour tou-t-es décide de ne pas y participer à la en raison des positions et accointances politiques d’extrême droite Mohamed Latrèche. Il participe en revanche à une rencontre appelée le même jour par des dizaines d’associations musulmanes, parmi lesquelles le Collectif des musulmans de France et Participation et spiritualité musulmane, membres actifs d’Une école pour tou-te-s [1]. Au même moment, la loi interdisant le voile est adoptée par le Conseil supérieur de l’éducation (CSE), dont les avis sont consultatifs. Sur 70 membres présents, seuls 16 ont voté pour cette loi, 9 ont voté contre, les autres s’abstenant ou refusant de prendre part au vote. Votent pour : les représentants du gouvernement et du MEDEF ; votent contre : les représentants des élèves et des parents d’élèves (FCPE). Les principaux syndicats enseignants, pour leur part, choisissent de s’abstenir (UNSA, SDEN-CGT, FO) ou de ne pas prendre part au vote (FSU). Pendant l’examen du projet de loi à l’Assemblée Nationale, le Collectif Une école pour tou-te-s organise un rassemblement, un meeting et une grande manifestation nationale qui est un succès : plus de 10000 manifestants à Paris, autour de 30000 sur toute la France. L’UOIF (Union des organisations islamiques de France) n’appelle pas à la manifestation. Une quinzaine de collectifs locaux se constituent.

Février-mars 2004. Vote de la loi sur la « criminalité organisée », dite « loi Perben 2 ». Toutes les organisations d’avocats, ainsi que le Syndicat de la magistrature, descendent dans la rue pour dénoncer ce qu’ils appellent « un Etat d’exception permanent ».

- Cette loi établit une notion floue de criminalité organisée qui lui permet d’introduire un ensemble de procédures d’exception, telles que les perquisitions de nuit en l’absence de la personne suspectée ou la pose de micros ou de caméras dans son domicile. Ces techniques d’exception sont généralisables au niveau de la plupart des délits, puisqu’elles peuvent s’appliquer à tout groupe d’au moins deux personnes.

- Par ailleurs, les policiers peuvent désormais mettre en oeuvre des techniques spéciales de recherches, telles que la mise sous écoute, l’infiltration, la surveillance rapprochée. Il s’agit d’une procédure secrète, non contradictoire et d’une durée illimitée.

- En opposition avec les procédures habituelles, les policiers peuvent aussi, en l’absence des personnes suspectées, procéder à des perquisitions la nuit et saisir des pièces à conviction.

- Les personnes interpellées peuvent désormais être placées pendant 96 heures en garde à vue, au lieu des 48 heures prévues auparavant.

L’objectif déclaré de cette loi est de s’attaquer aux mafias et à la traite des êtres humains, mais la liste des délits concrets, susceptibles d’être identifiés, ne comprend aucunement les infractions économiques ou financières. Au contraire, la loi généralise le dispositif de « composition pénale », et permet désormais aux auteurs de délits financiers (tels que l’escroquerie, le trafic d’influence ou l’abus de biens sociaux) d’ échapper aux poursuites, en échange de l’indemnisation de la victime ou de travaux d’intérêt général. Par contre, la loi inclut sous la catégorie de « criminalité organisée » la « dégradation de biens » ou « l’aide au séjour irrégulier », commis en « bande organisée » – autrement dit= l’engagement associatif en faveur des sans papiers. La loi instaure enfin une procédure de « plaider coupable », qui permet de contourner les procédures contradictoires en exerçant sur l’inculpé un chantage : une réduction de peine contre un aveu de culpabilité. Cf. Françoise Martres, « Une volonté d’adapter la justice aux priorités du pouvoir politique », CIRDEL, « Une loi scélérate », Jean-Claude Paye, « Lois Perben : un état d’exception permanent », et l’appel publié par « Raisons d’agir ».

Mars 2004 : Vote de la loi anti-voile. Le 15 mars, le Parlement adopte à la quasi-unanimité la loi interdisant « les signes manifestant ostensiblement une appartenance religieuse » . Une semaine auparavant, à l’occasion de la Journée des femmes, le Collectif Une école pour tou-t-es/Contre les lois d’exclusion défile en reprenant les mots d’ordre unitaires de la Coordination nationale du droit des femmes (CNDF) tout en dénonçant le caractère anti-féministe de la loi anti-foulard, dont les victimes sont essentiellement des femmes. Cette présence dans le cortège de la Marche des femmes suscite un déchaînement de réactions violentes : injures racistes (« retournez en Arabie ») et sexistes (« salopes »), menaces, bousculades, crachats. Cf. Djamila Bechoua, « Et toi, pourquoi tu ne le portes pas le foulard ? » et Java, « La Marche de toutes les femmes ? ». Cf. aussi, sur les contradictions des arguments prohibitionnistes se réclamant du féminisme, Nouvelles Questions Féministes, Volume 25, No 1, 2006, « Sexisme et racisme » (Présentation en ligne : « De l’affaire du voile à l’imbrication du sexisme et du racisme »)et Nacira Guénif-Souilamas et E. Macé, Les féministes et le garçon arabe, Editions de l’Aube, 2004, et : Cecilia Baeza et Marielle Debos, « Le féminisme à l’épreuve du foulard islamique » ; Christine Delphy, « Débat sur le voile au Collectif Droits des femmes » et « Intervention contre une loi d’exclusion » ; Femmes Publiques, « Être féministe, ce n’est pas exclure » ; Caroline Damiens, « Le corps des femmes n’est pas un champ de bataille » ; Collectif Les mots sont importants, « Un féminisme à visage inhumain » ; Houria Bouteldja, « Féminisme ou maternalisme ? » ; Monique Crinon, « Féminisme et laïcité : non aux amalgames ».

Avril 2004 : Congrès annuel de l’UOIF. À six mois de la rentrée scolaire, le président Lhaj Thami Breze déplore la nouvelle loi tout en appelant les filles musulmanes à s’y plier. Il préconise une application souple, consistant à accepter les petits foulards, du type bandana, tout en ajoutant que, de toute façon, l’UOIF se pliera à la loi. « Le savoir est plus important que le voile, nous disons aux jeunes filles : « S’il le faut, retirez-le ! ». Des collectes sont par ailleurs organisées lors du Congrès pour la construction d’écoles privées musulmanes.

Mai 2004 : Publication de la circulaire Fillon sur les « signes ostensibles ». Le ministre de l’Éducation François Fillon rend précise par circulaire les modalités d’application de la loi du 15 mars 2004. Lors du Congrès national de la FCPE (Fédérations des Conseils de Parents d’Eleves), le président de l’association, Georges Dupon-Lahitte, dénonce « une école qui renonce à sa mission d’éducation, quand elle repousse hors de ses murs des jeunes, de surcroît filles et voilées, auxquelles on ferme les voies de l’autonomie et de l’émancipation ». Il dénonce également l’ « hypocrisie » du « dialogue » prévu par la loi, « alors que l’issue de celui-ci, c’est-à-dire à terme l’exclusion, est déjà fixée ». Il s’inquiète enfin des « excès de zèle » que la loi risque de provoquer. Cf. le site de la FCPE.

Juin 2004 : Publication du rapport Obin sur les manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires. Constitué, de l’aveu même de son auteur, d’une collection d’incidents recueillis « là où ça se passe mal », ce rapport n’évite aucun écueil sensationnaliste, et ne propose aucune tentative d’évaluation quantitative et aucune mise en perspective. Il est pourtant présenté, dans les commentaires médiatiques qui accompagnent sa publication, comme un « état des lieux » sur la situation ordinaire des collèges et lycées « de banlieue ». Cf. Jean Baubérot, « Les carences du rapport Obin ».

Juin 2004 : Condamnation de la loi anti-voile par les Nations Unies. Le Comité des droits de l’enfant de l’ONU demande à l’Etat français de « garantir que les droits individuels ne seront pas bafoués et que des enfants ne seront pas exclus ou tenus en marge du système scolaire du fait d’une telle législation. » Ce Comité, qui rassemble 18 experts indépendants, se déclare inquiet du risque que la nouvelle loi « néglige le principe du meilleur intérêt de l’enfant et du droit d’accès à l’éducation et ne parvienne pas au résultat attendu ». L’organe de l’Onu, qui examine le respect par les pays signataires de la Convention sur les droits de l’enfant (CDE) de 1990, renvoie à l’article 14 de ce texte, qui stipule que « les Etats parties respectent le droit de l’enfant à la liberté de pensée, de conscience et de religion ». Le Comité « reconnaît l’importance que l’Etat français accorde à la laïcité dans les écoles publiques (…) mais s’inquiète des accusations de montée des discriminations, y compris de celles fondées sur la religion ». Au même moment ont lieu les Assises nationales des collectifs Une école pour tou-te-s/Contre les lois d’exclusion. Une Charte est adoptée à cette occasion, affirmant son soutien à tou-te-s les élèves, quels que soient leurs choix (garder le voile, le retirer, tenter d’obtenir un compromis).

Juillet 2004. « Affaire du RER D ». Le vendredi 9 juillet 2004, Marie Léonie Leblanc, jeune femme vivant à Aubervilliers, déclare à la police avoir été victime d’une agression à caractère sexiste et antisémite. Dès le lendemain soir, son témoignage, parvenu au cabinet du ministre de l’intérieur, et relayé par l’Agence France Presse, déclenche une vague d’indignation dans le milieu politique et associatif, et bénéficie d’une impressionnante couverture médiatique. Le président de la république lui même réagit immédiatement pour condamner cet acte de « barbarie ». De nombreuses réactions de dirigeants politiques et d’éditorialistes tirent de ces « faits » des conclusions définitives sur la « sauvagerie », le sexisme et l’antisémitisme de la jeunesse « arabo-musulmane » des « banlieues ». Trois jours plus tard, la jeune femme reconnaît avoir tout inventé, et s’être « choisi » des agresseurs noirs et arabes « parce qu’à la télévision, ce sont toujours eux qui sont accusés ». Cf. aussi Fatiha Kaoues, « L’affaire du RER D : les leçons d’une hystérie politico-médiatique » et Mehdi Ba et Olivier Cyran, Almanach critique des médias, Editions Les Arènes, 2005. Cf. aussi le dossier réaliser par le site ACRIMED, le manifeste « Marie n’est pas coupable ! ».

Juillet 2004. Publication et médiatisation d’un rapport des Renseignements généraux sur le « repli communautaire » dans les quartiers sensibles ». Ce rapport alarmiste est relayé sans recul critique par l’ensemble de la presse (notamment dans Le Monde), malgré le caractère confus et idéologiquement douteux du concept de « repli communautaire » et des huit critères choisis pour le définir et le mesurer : le nombre important de familles d’origine immigrée, « pratiquant parfois la polygamie » ; un « tissu associatif communautaire » ; la présence de « commerces ethniques » ; la multiplication des lieux de culte musulmans ; le port d’habits « orientaux et religieux » ; les graffitis « antisémites et anti-occidentaux » ; l’existence, au sein des écoles, de classes regroupant des primo-arrivants, ne parlant pas français ; la « difficulté à maintenir une présence de Français d’origine ».

- Ce rapport s’inquiète de la « concentration » de familles immigrées, sur un mode qui n’a rien de social : ce ne sont pas les problèmes d’accompagnement social de populations à faibles revenus qui sont soulevés, mais celui de la présence trop faible de « Français d’origine », considérés implicitement comme le « modèle identitaire » de référence pour l’ « éducation » des immigrés.

- Personne, ni le rapport ni la presse qui le relaie, n’explique en quoi une tenue vestimentaire « orientale » pose plus de problèmes qu’un jean ou un jogging américains, ou en quoi la présence de « commerces ethniques » africains à La Courneuve pose plus de problèmes que la concentrations de crêperies bretonnes à Montparnasse.

- Personne ne demande ce qu’a de si préoccupant l’existence d’un soutien scolaire spécifique pour les « primo-arrivants ».

- Personne ne critique non plus la notion de « graffitis anti-occidentaux », utilisée pour qualifier une expression politique (sur « la France » comme « système » oppressif, ou sur la guerre en Irak et en Palestine), et l’assimilation de ces graffitis « anti-occidentaux » à un racisme, mis sur le même plan que l’antisémitisme.

- Le fait que la simple existence de lieux de culte musulmans devienne un critère de repli communautaire ne choque pas grand monde non plus, pas plus que le silence du rapport sur le sous-équipement dont souffrent les musulmans en termes de lieux de cultes, comparativement aux autres communautés religieuses.

- Ni le silence du rapport sur les phénomènes de discrimination socio-économique et raciste qui expliquent les concentrations d’immigrés.

- Ni son silence sur le chômage massif (deux à quatre fois plus élevé que la moyenne nationale) et l’extrême précarité sociale qui règnent dans lesdits quartiers « sensibles ».

Pour une critique plus détaillée de ce rapport, Cf. Sylvie Tissot, « Le repli communautaire : un concept policier ».

Septembre 2004. Publication et forte médiatisation du livre de Stephen Smith, Négrologie. Écrit par un journaliste des pages « Afrique » du Monde (et auparavant de Libération), ce livre décrit l’Afrique comme « un paradis naturel de la cruauté », et explique que les Africains refusent « d’entrer dans la modernité autrement qu’en passager clandestin ou en consommateur vivant au crochet du reste du monde ». Il affirme également que « si six millions d’Israéliens pouvaient par un échange standard démographique prendre la place des tchadiens à peine plus nombreux, le Tibesti fleurirait ». Tout le propos du livre consiste à minimiser les responsabilités européennes dans la situation actuelle de l’Afrique, et à incriminer « les Africains », en distinguant rarement entre les dirigeants et les peuples. Ce livre est plébiscité par la grande presse et devient vite un best-seller, tout en provoquant un écoeurement massif dans les médias « communautaires » ou « associatifs » afro-antillais. Un an plus tard, les éditions Les Arènes publient un démontage implacable du pamphlet de Stephen Smith : Négrophobie, de Boris Boubacar Diop, François-Xavier Verschave et Odile Taubner.

Septembre 2004. « Affaire Alain Soral ». L’écrivain, spécialisé dans les provocations littéraires et télévisuelles à caractère sexiste, homophobe et xénophobe, défraye la chronique médiatique. Au cours de l’émission « Complément d’enquête » diffusée le 20 septembre 2004 sur France 2, l’écrivain fustige en bloc les Juifs, qui refusent de « se poser des questions » à propos du fait que « personne ne peut les blairer depuis 2500 ans ». Ces propos racistes, tenus en compagnie de l’humoriste Dieudonné, suscitent un tollé. L’écrivain cesse à partir de ce jour d’être invité à la télévision. Quelques jours plus tard, au cours d’une dédicace dans une librairie, Alain Soral est attaqué par un groupe qui saccage la librairie. Cf. Fatiha Kaoues et Pierre Tevanian, « Les ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément nos amis. Réflexions sur le cas Alain Soral ».

Septembre-octobre 2004. Entrée en application de la loi anti-foulard, et débordements à l’encontre des « mamans voilées ». La rentrée scolaire 2004 a lieu dans un contexte de grande tension : deux journalistes français travaillant en Irak ont été pris en otages par une mystérieuse « Armée islamique d’Irak », qui exige l’abrogation de la loi interdisant le voile à l’école. Les revendications évolueront dès les jours suivants, et les otages seront finalement libérés au mois de décembre. Certaines élèves abandonnent l’école, un grand nombre cède à la pression et se découvre la tête. Des dizaines viennent à l’école avec un voile, un bandana ou un béret, et tentent de se faire accepter ainsi.

Les collectifs locaux d’Une école pour tou-te-s apportent leur soutien à l’ensemble des élèves. Ils organisent également des projections-débat autour du film Un racisme à peine voilé, réalisé par Jérome Host et des membres du Festival Permanent contre les lois racistes et d’Une école pour tou-te-s/Strasbourg. Plus de cent projections-débat répertoriées auront lieu en une année. A plusieurs reprises, ces projections seront interdites dans des salles municipales ou universitaires, souvent au dernier moment après qu’un accord ait été donné dans un premier temps (notamment à Rennes, Mulhouse, Strasbourg, Bondy, Sarcelles, Saint-Denis et Bagnolet). À l’Université de Saint Denis, le courant sera coupé dans la salle où la projection était prévu. À La Rochelle, l’organisateur d’une projection recevra des menaces de mort. Par ailleurs, au même moment, de nombreuses agressions ou discriminations ont lieu contre des femmes voilées. Par exemple, le maire de Montreuil, Jean-Pierre Brard (apparenté PCF), interdit par arrêté municipal un défilé de « prêt à porter des femmes musulmanes » sous prétexte que « le voile porte atteinte à la laïcité ». Cette application « sauvage » de la loi anti-foulard en dehors du champ scolaire sera annulée le 1er juillet 2005 par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, et le Maire de Montreuil sera condamné à verser de 750 euros de dédommagement.

À Montreuil également, Jean-Pierre Brard rend publique une lettre envoyée aux directeurs d’école de la ville, rappelant que les accompagnateurs de sorties scolaires ne doivent pas « afficher leurs croyance ». On apprend aussi qu’à Villemomble, Nanterre, Romans sur Isère, des établissements refusent pour les mêmes motifs que des femmes voilées accompagnent les enfants lors de sorties. Le ministère de l’Education nationale a beau être catégorique, assurant qu’il est « absolument illégal d’empêcher les mères voilées d’accompagner les enfants », certaines mères se voient opposer une fin de non-recevoir.

Octobre 2004. Publication du rapport Rufin sur la lutte contre l’antisémitisme. Bâclé en quelques semaines par un écrivain qui n’a jamais effectué le moindre travail de recherche sur le sujet, ce rapport mèle des généralités et certains des clichés les plus éculés sur « les banlieues » et le « communautarisme ». Cf. Joëlle Marelli, « Usages et maléfices de l’antisémitisme en France ».

Novembre 2004. Manifestation unitaire contre tous les racismes. Organisée par une coordination regroupant la LDH, le MRAP, la FCPE, de nombreuses associations (comme Act Up ou les Panthères roses) et la totalité des syndicats, cette manifestation est boycottée et publiquement dénoncée par SOS Racisme, le CRIF, la LICRA et Ni putes ni soumises, au motif que le texte d’appel et/ou ses signataires (en particulier l’UOIF, le Collectif des Musulmans de France et le collectif Une école pour tou-te-s, explicitement désignés) manqueraient de clarté dans leur condamnation du sexisme et/ou de l’antisémitisme. Les organisateurs de la manifestation ont beau rappeler que le texte d’appel dénonce explicitement l’antisémitisme et le sexisme, une campagne de disqualification est menée par la LICRA et SOS Racisme avec le soutien de plusieurs médias, notamment l’hebdomadaire Charlie Hebdo, et la manifestation est un semi-échec : elle ne rassemble que quelques milliers de personnes, alors qu’elle était appelée par la quasi-totalité du mouvement social, syndical et associatif, et qu’elle avait été préparée pendant quatre mois. Sur cet épisode, cf. Denis Sieffert, « Les enjeux de la manifestation du 7 novembre » et B. Dreano, « SOS Charlie Hebdo ».

Novembre 2004. Premières exclusions d’élèves voilées. Des réunions, des rassemblements publics et des signatures de pétitions sont organisés par les collectifs Une école pour tou-te-s devant les établissements qui convoquent des conseils de discipline, notamment à Saint Etienne, Strasbourg et à Bobigny. Les pétitions rencontrent un très large écho auprès des élèves (par exemple : en deux demi journées, 500 élèves, soit plus de la moitié de l’effectif du lycée Louise Michel de Bobigny, ont signé une pétition demandant que les trois garçons sikhs portant un bandeau discret ne soient pas exclus) – mais n’ont aucun impact sur les décisions des conseils de discipline : tous se concluent par une exclusion définitive. À d’autres endroits, comme à Mantes-la Jolie, une forte mobilisation permet d’éviter le pire (un compromis est trouvé : le bandana est autorisé dans l’enceinte de l’établissement, bien que prohibé en cours). Cf. Collectif Une école pour tou-te-s, « Éléments d’un futur Livre Noir ».

Novembre-Décembre 2004. « Procès de La Rumeur ». Hamé, membre du groupe de rap La Rumeur, comparait devant la Justice pour « diffamation publique envers la police nationale ». Les propos jugés diffamatoires sont notamment ces phrases, extraites d’une brochure publiée par le groupe : « Les rapports du ministère de l’intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété ». « La réalité est que vivre aujourd’hui dans nos quartiers, c’est avoir plus de chances de vivre des situations d’abandon économique, de fragilisation psychologique, d’humiliations policières régulières… ». Le rappeur est finalement relaxé. Nicolas Sarkozy fera appel du jugement, et en mai 2006, la Cour d’Appel confirmera la relaxe. Le ministre de l’Intérieur saisira alors la Cour de Cassation. Cf. Hamé, « Insécurité sous la plume d’un barbare » et deux entretiens avec Hamé relatant le déroulement des audiences : premier entretien ; second entretien.

Décembre 2004. Déclarations négationnistes de Max Gallo. Le 4 décembre, au journal de 13 heures de France 3, l’écrivain, auteur biographie apologétique de Napoléon, est interrogé sur le rétablissement de l’esclavage par Napoléon. Il répond en qualifiant cet acte de « tache », tout en ajoutant : « Est-ce que c’est un crime contre l’humanité ? Peut-être, je ne sais pas. Je crois qu’il a incarné en tout cas les valeurs révolutionnaires en dépit de tout ça… ». Ces propos suscitent un tollé dans les médias « communautaires » africains et antillais, mais passent inaperçues dans la plupart des grands médias et ne suscitent aucun communiqué de protestation de la part des associations antiracistes et de défense des droits de l’homme. Le caractère massif des protestations de téléspectateurs oblige pourtant Max Gallo à présenter ses excuses et à affirmer clairement que l’esclavage des Noirs a été un « crime contre l’humanité ». Cf. Pierre Tevanian, « Un négationnisme respectable », et les propos négationnistes puis les excuses de Max Gallo sur le site du Collectif des Antillais Guyanais et Réunionais.

Décembre 2004 : Nouvelles discriminations à l’encontre des « mamans voilées ». Malgré les mises au point du ministre François Fillon [2], l’inspecteur de l’Education nationale de Torcy interdit aux mères d’élèves portant un foulard d’accompagner leurs enfants lors des sorties scolaires, au nom du pouvoir discrétionnaire du chef d’établissement et du « principe de précaution » : « Tout directeur d’école doit apprécier le contexte dans lequel se situe la demande – pas illégitime – mais s’il s’aperçoit que quelques troubles pourraient survenir, son devoir est d’adopter la prudence et de garantir la neutralité, c’est-à-dire de refuser la participation d’une personne voilée [...] ». À Nanterre, la même discrimination a lieu sur quatre écoles primaires, et provoque un mouvement de protestation, à l’initiative du Collectif pour la dignité des mères parents d’élèves (CDMPE), une association locale créée à Nanterre pour l’occasion. Contacté par l’AFP, l’inspecteur d’académie des Hauts-de-Seine affirme avoir « explicitement demandé en septembre au directeur de l’école Voltaire qu’il n’y ait aucune interdiction d’aucune sorte, pour les mères voilées ou non ». « L’Inspecteur nous a dit qu’il valait mieux éviter que des mères voilées accompagnent des sorties scolaires, selon le principe de la neutralité religieuse », se défend-on du côté des écoles.

Décembre 2004. Hommage officiel rendu par « La République » aux Français « venus de loin » qui ont « réussi ». Destinée à « donner l’exemple » et à montrer qu’il est « possible de s’en sortir » avec du talent, de la volonté et des efforts, cette cérémonie, savamment mise en scène et médiatisée, met en avant des success-stories d’immigrés ou d’enfants « issus de l’immigration ». Cf. Abellali Hajjat, Yamin Makri, Saïd Bouamama, « En finir avec les bougnouleries ! »

Décembre 2004. Création de la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour Egalité). Dirigée par l’ancien grand patron Louis Schweitzer, elle compte dans ses rangs l’entrepreneur en « sécurité publique » Alain Bauer, co-auteur, avec l’ancien militant d’extrême droite Xavier Raufer, d’un Que sais-je ? sur les « violences urbaines » qui incrimine les origines ethniques de la délinquance. Son rôle consiste à recueillir des témoignages et à saisir le Procureur, qui reste toutefois seul à choisir de poursuivre ou de classer sans suite.

Janvier-Décembre 2005

Textes de Collectif Les mots sont importants


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Notes

[1] L’appel fondateur du collectif est signé par les organisations suivantes : Agora (Vaux-en-Velin) ; ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins de France) ; Les Blédardes ; Bouge qui bouge (Damary-les-Lys) ; CCIPPP (Campagnes Civiles Internationales de Protection du Peuple Palestinien) ; Cedetim ; Citoyennes des deux rives ; Collectif des éducateurs du 93 ; Collectif des familles de disparu-e-s en Algérie ; CCIF (Collectif contre l’Islamophobie en France) ; CMF (Collectif des Musulmans de France) ; Collectif des Féministes pour l’égalité ; Collectif France Plurielle ; Collectif Les Mots Sont Importants ; CRLDHT (Comité pour le Respect et la Liberté des Droits de l’Homme en Tunisie) ; Cultures & Citoyenneté (La Ferté-sous-Jouarre) ; Divercité (Lyon) ; Droit des Femmes Musulmanes en France ; Droits Devant ! ; EMF (Etudiants Musulmans de France) ; Femmes Plurielles ; Femmes Publiques ; FTCR (Fédération des Tunisiens Citoyens des Deux Rives) ; H2B (Melun) ; IMAN (Initiative Musulmane de l’Agglomération Nouvelle) ; JMF (Jeunes Musulmans de France) ; JCR (Jeunesses Communistes Révolutionnaires) ; MIB (Mouvement de l’Immigration et des Banlieues) ; MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples) ; Oxygène (association des étudiants de ParisVIII) ; PSM (Participation et Spiritualité Musulmane) ; Les Sciences-Potiches Se Rebellent ; UNIR. Trois organisations divisées quant à leur participation quitteront le collectif à l’issue de la mobilisation de janvier-février : le MRAP, EMF et JMF. Des militants du MRAP resteront toutefois actifs au sein du collectif, à titre personnel. Autres soutiens à titre personnels : celui de personnalités politiques, syndicales ou intellectuelles qui ont signé le texte fondateur du collectif Une école pour tous : Christine Delphy (fondatrice de Nouvelles Questions Féministes), Françoise Gaspard (sociologue, historienne, militante féministe), Annick Coupé et Pierre Khalfa (syndicalistes : G10 Solidaires), José Bové (syndicaliste : Confédération paysanne), Gilles Lemaire (secrétaire général des Verts), Léon Crémieux et Léonce Aguirre (dirigeants de la LCR), Marie-Christine Blandin et Alima Boumediene Thiery (sénatrices Vertes), Noël Mamère (député vert), Patrick Braouzec et Jean-Claude Lefort (députés communistes), Sergio Coronado, Jérôme Gleizes et Suzanne D’Hermies (adjoint verts à la mairie de Paris), Roger Dubien (conseiller municipal de St-Etienne), Rémi Fargeas (maire-adjoint vert de Saint-Ouen), François Burgat, Dimitri Nicolaïdis et Catherine Samary (universitaires), Miguel Benasayag et Tariq Ramadan (écrivains).

[2] « La loi sur les signes religieux à l’école ne doit pas s’appliquer aux adultes, qui ne font pas partie de la communauté éducative, tels que les parents d’élèves. »

Chronique du racisme républicain (Quatrième partie),

Les années Sarkozy : 2005

 

Par Collectif Les mots sont importants, Avril 2007

Introduction

Notre contribution à la campagne présidentielle de 2007 est un simple rappel historique de ce qui s’est passé, sur le terrain du racisme et des politiques d’immigration, entre 2002 et 2007, au cours du second mandat de Jacques Chirac, dominé par la figure et l’activité législative de Nicolas Sarkozy. Si un fait important a été oublié, n’hésitez pas à nous le signaler…

Article

Janvier-Décembre 2002

Janvier-Décembre 2003

Janvier-Décembre 2004

Janvier 2005. Publication du bilan officiel de la loi anti-voile. Au total, le ministère de l’éducation nationale dénombre 48 exclusions par conseil de discipline et « une soixantaine » de démissions, auxquelles viennent s’ajouter les centaines de déscolarisations invisibles, non-comptabilisées (celles des élèves qui ont décidé, avant la rentrée scolaire, de ne pas « tenter leur chance » avec un foulard, et n’ont donc pas été comptabilisées par l’institution). Cf. Une école pour tou-te-s, « Eléments d’un futur, livre noir ».

Février 2005. Nouvelles violences policières en zone d’attente. De très graves allégations de violences policières sont recueillies par l’ANAFE sur le renvoi de quatre Congolais et d’un Camerounais depuis la zone d’attente de Roissy Charles de Gaulle. Avant même d’embarquer dans la camionnette qui devait les conduire jusqu’à l’avion, ces cinq personnes (deux femmes et trois hommes) disent avoir été menottées les bras dans le dos, et ligotées aux chevilles et aux cuisses. Une des deux femmes se serait vu refuser la possibilité d’aller aux toilettes avant ce ligotage. Cette jeune femme affirme avoir subi des violences et des injures de la part d’une policière, qui lui aurait donné des gifles et des coups de pieds avant de lui cogner la tête contre les parois du camion. Une fois arrivée sur le tarmac, elle aurait été soulevée et jetée à terre depuis la camionnette. Comme elle hurlait, les policiers l’auraient dans un premier temps maîtrisée en se jetant sur elle et en s’asseyant sur son dos pour lui maintenir la tête entre leurs jambes, avant de décider de la renvoyer en zone d’attente. Une femme est embarquée dans un avion, collée à son siège et frappée au visage, avant d’être débarquée sur intervention du pilote. Un certificat médical établi par le médecin de la zone d’attente prononce une incapacité totale de travail (au sens pénal) de 15 jours et atteste des nombreuses violences subies par K.M, qu’il a décrite comme « psychologiquement très choquée et physiquement percluse de douleurs de l’ensemble du corps l’empêchant de se lever sans aide de son lit et marchant à très petit pas ».

Février 2005. Vote de la loi dite du « du 23 février » sur « l’œuvre positive de la France Outre mer ». En même temps que des mesures visant à indemniser les Harkis pour le tort que leur a causés la République française, cette loi institue une histoire officielle de la colonisation. Dès l’article 1 de cette loi, « La nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France dans les anciens département français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française ». Quant à l’article 4, il assigne aux manuels scolaire la mission de célébrer « le rôle positif » de cette « œuvre » coloniale. La gauche laisse passer cette loi sans protester (un député communiste saluant même « l’œuvre accomplie sur des terres ingrates »). Un fort mouvement de protestation se construit en revanche assez vite chez les professeurs d’histoire et les chercheurs, mais aussi dans le milieu associatif de l’immigration. La Ligue des droits de l’homme participe également de manière active à la protestation contre cette loi. Cf. le dossier réalisé par la LDH de Toulon.

Février-mars 2005. Lancement de l’« Appel des indigènes de la République ». Ce texte dénonce l’oppression spécifique qui est faite aux immigrés et aux français issus de la l’immigration, souligne la permanence des représentations et des structures sociales discriminatoires héritées de la colonisation, et appelle à la tenue d’Assises de l’anticolonialisme post-colonial, en vue de construire un mouvement autonome des descendants d’esclaves et de colonisés. Bien que le texte s’inscrive clairement dans une perspective plus large de lutte sociale contre toutes les discriminations et toutes les injustices, il suscite assez vite un véritable tollé tant au sein de la gauche qu’au sein de la droite, ainsi que dans l’extrême gauche et le monde associatif.

Les accusations les plus diverses, les plus outrancières et les plus éloignées du contenu réel de l’appel, prolifèrent : l’initiative est qualifiée d’« inopportune », de « diviseuse », de « victimiste », on lui reproche d’être « culpabilisatrice », « communautariste », mais aussi « anti-laïque », « anti-féministe », « raciste anti-blancs », et même de « banaliser la Shoah » et de semer la « guerre ethnique ». Dans Charlie Hebdo du 16 mars, Gaston Kelman dénigre les initiateurs de cet appel en les qualifiant d’ « aigris de tous bords ». L’entretien est joliment intitulé : « Je suis noir, je n’aime pas le manioc et je ne suis pas un indigène de la république ». Une sélection des réactions les plus bêtes et méchantes – celles de Marianne, Le Nouvel Observateur, Charlie Hebdo, Respublica, Libération, Le Figaro, Rouge (organe de la LCR) et Lutte Ouvrière (organe du parti du même nom) – figurent sur le site des « Indigènes de la République » dans la rubrique « Ils ne nous aiment pas ». Cf. aussi Alix Héricord, Sadri Khiari et Laurent Lévy, « Indigènes de la république : réponse à quelques objections » et Laurent Lévy, « Une voix de trop. Quand l’avant-garde révolutionnaire sermonne les indigènes ». Cf. aussi Karim Ramadan, « Lettre ouverte d’un anarchiste indigène à un anarcho-colon ».

Mars 2005. « Affaire Dieudonné ». Des propos tenus par l’humoriste Dieudonné lors d’une conférence de presse à Alger en mars 2005 suscitent un tollé médiatique. Mélangeant dans la plus grande confusion la dénonciation de la non-reconnaissance de l’esclavage, la solidarité avec le peuple palestinien et des allusions douteuses sur les Juifs, leur prétention d’être un « Peuple élu » et leur rapport au « Dieu Argent », ces propos sont pourtant condamnés pour une autre formule : l’humoriste dénonce la commémoration du 60ème anniversaire de la libération des camps de concentration comme de la « pornographie mémorielle ». L’affaire est surmédiatisée (elle fait par exemple la « Une » du Monde) et suscite une surenchère dans les réactions (Patrick Klugman, vice-président de SOS Racisme, qualifie Dieudonné de « Le Pen bis » tandis que Harlem Désir, ancien président de SOS Racisme, membre du Parti Socialiste, en fait « un des plus grands antisémites de France ». Au même moment, Alain Finkielkraut s’en prend aux « victimes antillaises de l’esclavage, qui vivent aujourd’hui de l’assistance de la métropole ».  [1]. Les propos provoquent un tollé sur les sites internet « afro-antillais », qui n’a d’égal que le silence total des grands médias. Cf. Pierre Tevanian, « Un négationnisme respectable.

Mars 2005. Manifestations lycéennes, agressions par des « casseurs » et lancement d’un appel contre le « racisme anti-blancs ». À l’occasion de manifestations lycéennes, des violents affrontements ont lieu entre des manifestants majoritairement blancs et des bandes de jeunes majoritairement noirs, venus pour voler des téléphones portables. Un article de Luc Bronner dans Le Monde propose une analyse des faits en termes ethniques, et parle même de « racisme anti-blancs ». Cette analyse est reprise dans plusieurs journaux, dont l’hebdomadaire Marianne, qui qualifie les groupes de « casseurs » de « tribus » et les compare à des « criquets ». Un appel est lancé par des animateurs de Radio Shalom, qui va jusqu’à qualifier les faits de « ratonades anti-blancs » (le 12 mai 2005 dans Le Point, Alain Finkielkraut parlera aussi d’un « lien sans précédent entre judéophobie et francophobie »). Il est signé par Elie Chouraqui, Chahdortt Djavann, Alain Finkielkraut, Jacques Julliard, Bernard Kouchner et Pierre-André Taguieff. Au cours des manifestations suivantes, le Service d’Ordre assuré par des organisations syndicales bloque l’accès du cortège à tous les jeunes noirs et arabes porteurs de sweatshirts à capuche. Cf. Julien Salingue, « Quelques remarques sur les manifestations lycéennes et le prétendu “racisme anti-blancs” » et Sadri Khiari, « Y a-t-il un “racisme anti-blanc” ? ».

Avril 2005. Lancement du mouvement « Devoirs de mémoire ». Lancé par Olivier Besancenot, Joey Starr et Jean-Claude Tchicaya, ce mouvement organise des « rencontres-débat » autour du passé colonial et esclavagiste de la France. L’initiative sera médiatisée avant de retomber assez vite dans l’oubli. Quelques mois plus tard, au moment des « émeutes de novembre », le collectif organisera des débats « en banlieue » afin d’inciter les « jeunes » à s’inscrire sur les listes électorales.

Mai 2005. Marche des « Indigènes de la république ». Boycottée par la quasi-totalité des partis et associations de gauche à l’exception des JCR et des Verts, la Marche rassemble plusieurs milliers de personnes. Encouragés par ce premier succès, les initiateurs de l’Appel des indigènes réunissent une Assemble générale des signataires et décident de la constitution d’un Mouvement des indigènes de la république.

Mai 2005. Victoire du « non » au référendum sur le Projet de Traité Constitutionnel Européen. Alors que toutes les enquêtes « sortie des urnes » indiquent que le « non » a été un vote de classe (représentant 80% des électeurs chômeurs, ouvriers et employés) et que la principale motivation de ce vote a été « le refus du libéralisme et de la précarité », de nombreux commentateurs autorisés, furieux de la défaite du « Oui », qualifient les « non-istes » de « xénophobes » et comparent la victoire du « non » à la victoire du Front National le 21 avril 2002. Cf. Pierre Tevanian, « Le 21 avril : usages et mésusages » et Collectif Les mots sont importants, « Un “cri de douleur” de Serge July ».

Mai 2005. « Affaire Malek Boutih ». Le dirigeant socialiste rédige un rapport sur l’immigration, qui puise son inspiration dans le programme de la droite et même de l’extrême droite. Il préconise notamment une gestion utilitariste de l’immigration fondée sur des quotas, de nouvelles restrictions du droit au regroupement familial, et la suppression du droit à la double nationalité. Ce rapport suscite un tollé jusqu’au sein du PS, au point qu’il est immédiatement enterré, même si l’essentiel a « filtré » dans la presse (notamment dans L’Express). Seule Marine Le Pen félicite Malek Boutih. Ce dernier déclare au même moment : « Moi, je dis qu’il y a des parents qui sacrifient, un peu, l’avenir de leurs enfants. Je l’ai vu de mes propres yeux. Je vais dire ce que je pense : quand je vois des parents économiser tout leur argent, tous leurs moyens, pour aller construire un certain visage… une certaine image au bled. » Un an plus tard, Malek Boutih défendra, au sein du PS, une ligne « dure » sur l’immigration, en soutenant notamment les restrictions apportées par la loi Sarkozy au regroupement familial. Cf. Vincent Geisser, « Malek Le Pen ou Jean-Marie Boutih ? ».

Mai-juin 2005. « Affaires » de Perpignan et de La Courneuve, et déclarations racistes de Nicolas Sarkozy : « le karcher » et « les voyous vont disparaître ». À la suite d’une rixe qui se conclut par un meurtre, des affrontements ont lieu à Perpignan entre jeunes d’origine maghrébine et jeunes tziganes. Nicolas Sarkozy se rend sur place et déclare : Sarkozy : « Mon travail, c’est de débarrasser la France des voyous, et je ne vais pas me gêner ! ». Puis, à l’occasion de la mort d’un enfant, atteint par une balle perdue lors d’une fusillade entre bandes à La Courneuve, le ministre déclare qu’il compte « nettoyer au Karcher » la cité des 4000, où a eu lieu la fusillade. « Les voyous vont disparaître », ajoute le ministre.

Juin 2005. Nouvelles discriminations à l’encontre des « mamans voilées ». À Echirolles, des mères voilées sont à nouveau interdites de sorties scolaires. Le proviseur va à nouveau à l’encontre de son inspecteur d’académie, qui déclare à l’AFP que la loi de 2004 sur la laïcité ne s’applique qu’aux personnels payés par l’éducation nationale : « On demande seulement aux bénévoles d’avoir une tenue correcte et de respecter en parole leur devoir de neutralité, ce qui signifie que ces femmes ont le droit de venir avec leur voile ». Le directeur de l’école lui oppose une circulaire expliquant que les directeurs d’école ont « le devoir de s’assurer des qualités morales et laïques des intervenants »

Juin 2005. « Affaire Pétré-Grenouilleau ». Dans un entretien paru dans Le Journal du Dimanche le 12 juin 2005, en réponse à une question sur « l’antisémitisme véhiculé par Dieudonné », l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau tient ces propos extrêmement confus : « Cela dépasse le cas Dieudonné. C’est aussi le problème de la loi Taubira qui considère la traite des Noirs par les Européens comme un crime contre l’humanité, incluant de ce fait une comparaison avec la Shoah. » Cette mise en cause du qualificatif de « crime contre l’humanité » suscite une grande colère et amène le Collectif des Antillais et Guyannais à porter plainte. La grande presse apporte un soutien unanime à l’historien, au nom du refus de la « judiciarisation » des débats historiques, idéologiques ou politiques, mais aussi sur la base d’une contre-vérité : plusieurs journalistes prétendent que l’historien est attaqué pour avoir osé mentionner dans son dernier livre l’existence d’une Traite arabe et d’une Traite intra-africaine, ce qui est inexact [2] Sur les thèses, tout à fait critiquables, d’Olivier Pétré-Grenouilleau, et leur accueil médiatique dithyrambique, cf. Marcel Dorigny, « Traites négrières et esclavage : les enjeux d’un livre récent ».

Juillet 2005. Déclarations islamophobes de Philippe de Villiers. Interviewé par Claire Chazal au cours du journal de TF1, le député européen déclare que « la Troisième Guerre mondiale est déclarée » et ajoute que « la France ne peut assister impuissamment à son islamisation progressive ». Il affirme que « l’islam est le terreau de l’islamisme, et l’islamisme le terreau du terrorisme », et préconise la mise en place d’une Garde nationale ayant pour but de « rétablir les frontières françaises » et de contrôler les « quartiers islamistes » et les mosquées. Ces propos suscitent assez peu de réactions dans la classe politique.

Juillet 2005. Attaques de Nicolas Sarkozy contre l’accès aux soins des sans-papiers. Dans une interview publiée par Le Figaro, Nicolas Sarkozy déclare : « Aujourd’hui, un étranger en situation irrégulière a plus de droits aux soins gratuits qu’un smicard qui paie ses cotisations, ce n’est pas acceptable ! ».

Août-septembre 2005. Incendie mortel dans un immeuble insalubre occupé par des familles africaines. 17 personnes y trouvent la mort. Alors que l’enquête sur les causes directes de l’incendie a à peine commencé, que la crise du logement social est telle que des centaines de milliers de dossiers sont en attente dans la région parisienne, que les organismes officiels eux-mêmes reconnaissent l’existence de discriminations dans l’accès au logement, le ministre de l’intérieur préfère l’explication suivante : « La difficulté, c’est que tout un tas de gens, qui n’ont pas de papiers pour certains, s’amassent à Paris, et qu’il n’y a pas de conditions pour les loger ». Les familles victimes sont en réalité en situation régulière et, pour certaines, en attente d’un logement décent depuis plus de 15 ans. Très peu de médias songent alors à rappeler que Nicolas Sarkozy est maire d’une commune qui s’est toujours refusée à construire des logements sociaux.

Septembre 2005. Publication du Bilan officiel de la loi anti-voile, rédigé par Hanifa Chérifi. Ce fascicule de 50 pages constitue la seule « évaluation » de la loi. Il se borne à constater la disparition des voiles dans les écoles et en conclut que le bilan de la loi est positif. Il fait toutefois état de 48 exclusions par conseil de discipline, ainsi que d’une soixantaine de démissions. Aucune évaluation n’est proposée en revanche en ce qui concerne l’« exclusion invisible » des élèves qui ont renoncé à faire leur rentrée scolaire. Ce nombre est pourtant estimé à « plusieurs centaines » par le collectif Une école pour tou-te-s, qui publie au même moment son propre bilan : « Éléments d’un futur livre noir ».

Septembre 2005. Remise en cause du droit du sol par François Baroin. Dans un entretien daté du 17 septembre 2005, qui se veut « sans langue de bois » et prétend « faire bouger les lignes et sortir des tabous », le ministre de l’Outre-Mer remet en cause le droit du sol, c’est-à-dire l’automaticité de l’accès à la nationalité française pour tout enfant né sur le sol français (à 18 ans en l’état actuel de la législation). Ce retour à la conception vichyste de la nationalité (seul moment où le droit du sol a été aboli) suscite un tollé dans le monde associatif, mais assez peu de réactions dans la classe politique. Le socialiste Jean-Marie Bockel déclare même ne pas être choqué, et appelle à « trouver de nouvelles réponses sans aucun tabou ».

Septembre 2005. Nouvelle vague de déclarations islamophobes (Philippe de Villiers, Maurice G. Dantec). Le dirigeant du Mouvement pour la France réitère ses appels au combat contre « l’islamisation de la France ». Le MRAP, qui avait déjà réagi aux premières sorties islamophobes du député, dépose une plainte pour incitation à la haine raciale. Au même moment, le romancier Maurice G. Dantec est invité sur tous les plateaux de télévision, (« Tout le monde en parle », « Campus », « Cultures et dépendances »), et il y exprime une islamophobie primaire et viscérale. L’écrivain, qui avait déjà défrayé la chronique en janvier 2004 en publiant des lettres ouvertes au « Bloc identitaire » exprimant un profond racisme anti-musulman, continuera d’être invité à la télévision à de nombreuses reprises, malgré des propos d’une rare violence : l’écrivain répète qu’il s’est exilé au Canada pour fuir « l’Eurabie » et « protéger sa femme et sa fille » des « rats » et autres « bêtes sauvages des banlieues ». En 2007, Dantec se prononcera, pour l’élection présidentielle, en faveur du candidat… Philippe de Villiers.

Octobre 2005. Publication du Rapport Bénisti sur la prévention de la délinquance. Dénoncé comme un texte atterrant par tous les acteurs de la prévention de la délinquance, ce rapport rédigé par le député UMP Jacques-Alain Bénisti, propose une explication ethniciste de la délinquance de rue. Il incrimine notamment les mères africaines qui ont le tort de ne pas parler le français chez elles, et de provoquer ainsi le décrochage scolaire et la marginalisation de leurs enfants. Il préconise un dépistage précoce de la délinquance, et des mesures de contrôle et de pression pour contraindre les parents étrangers à parler le français chez eux. Il concède que l’amélioration des conditions d’existence est centrale, mais aucune préconisation n’est proposée dans ce domaine. Il préconise en revanche le développement de « scolarités alternatives » qui permettent un éloignement des élèves « décrocheurs » et turbulents et une orientation rapide (avant 16 ans) vers des métiers manuels en fonction des besoins de main-d’œuvre du marché du travail. Le rapport préconise enfin la levée du secret professionnel entre les institutions d’action sociale et les institutions judiciaires, sous « le contrôle » du maire. Cette dernière mesure déclanche un tollé chez les éducateurs, qui dénoncent une atteinte à leur métier, et une mise sous tutelle policière du travail social. Cf. le site de la LDH de Toulon.

Octobre 2005. Déclarations de Nicolas Sarkozy sur « la racaille ». En visite à Argenteuil pour promouvoir sa politique de « lutte contre l’insécurité », le ministre de l’intérieur est pris à partie par des jeunes du quartiers, qui se mettent à le siffler et à lui jeter des bouteilles en plastique. Il réagit alors en déclarant : « Vous en avez assez, hein ? Vous en avez assez de cette bande de racailles ? Eh ben on va vous en débarrasser ! ». Cette déclaration suscite un tollé dans le milieu associatif issu de l’immigration et des quartiers populaires. Cf. Raphaël Boutin, Le mythe de la racaille. Etude politique de l’emploi du mot « racaille » dans le processus de construction des nouvelles classes dangereuses et de mythification de la figure du « jeune de banlieue », Mémoire de fin d’études soutenu à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon II sous la direction de Denis Barbet, Août 2006.

Octobre-Novembre 2005. « Affaire de Clichy », « Émeutes de novembre » et instauration de l’« État d’urgence ». Le 27 octobre, une révolte éclate à Clichy sous Bois suite à la mort de Zyed Benna (17 ans) et Bouna Traoré (15 ans) . Les deux adolescents sont morts par électrocution dans l’enceinte d’un poste électrique alors qu’ils sont poursuivis par la police. La colère monte aussi en réaction à la désinvolture voire aux provocations des autorités face à cette mort. Nicolas Sarkozy déclare que les deux jeunes étaient impliqués dans un cambriolage, ce qui s’avère mensonger ; une grenade à gaz lacrymogène ayant appartenu aux forces de l’ordre est lancée aux bords de la mosquée où se sont réunis les proches des deux morts. Des émeutes ont lieu pendant cinq nuits à Clichy-sous-Bois ? Cf. Antoine Germa, « Zone de non-droit ou zone d’injustice ? »).

Les émeutes s’étendent rapidement aux villes voisines, puis au reste de la France à partir du 1er novembre. Pendant deux semaines, des affrontements ont lieu entre la police et des habitants, et des voitures ou du « mobilier urbain » sont détruits ou brûlés. Quelques agressions contre des personnes ont également lieu, et sont utilisées pour disqualifier l’ensemble du mouvement de révolte. Loin d’apaiser la situation, Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin multiplient les provocations, en couvrant la police et en diffamant les émeutiers, qu’ils assimilent à des délinquants organisés, « bien connus des services de police », et qui ne « reculent devant aucun moyen » pour « marquer leur territoire » et y poursuivre leurs « trafics ». Cette lecture devient hégémonique à droite, accompagnée de déclarations viriles et belliqueuses : Jacques Myard (député UMP) appelle à « mettre au pas », à l’aide de « bataillons disciplinaires », les « ghettos racistes anti-français » [3]. Seul Azouz Begag, secrétaire d’État à l’égalité des chances, critique ce registre guerrier, ce qui lui vaut d’être vivement rappelé à l’ordre par son camp, notamment par Pierre Goujon, président de l’UMP parisienne, qui lui demande publiquement s’il « soutient la racaille »

La quasi-totalité des responsables de gauche condamne « la violence » des émeutiers davantage que la misère sociale, les abus policiers et les provocations politiques qui les ont déclanchées. Seuls les Verts, l’extrême-gauche, des associations comme le MRAP ou la LDH, et surtout des travailleurs sociaux ou de « simples habitants » des banlieues populaires (ainsi que le footballeur Lilian Thuram) tiennent dans les médias un discours sensiblement différent, centré sur l’injustice sociale plutôt que sur « l’ordre public ». Un consensus se forme assez vite, y compris au PCF, pour opposer la « minorité » violente des émeutiers et « l’immense majorité de la population », qui « n’aspire qu’à vivre dans la tranquillité », et qui est donc désignée implicitement comme non-solidaire des émeutiers – une vision que de nombreux observateurs contesteront, en soulignant le fort soutien (ou tout au moins la compréhension) dont bénéficient les émeutiers dans leurs quartiers. Les socialistes se détournent du social, pour privilégier une approche sécuritaire et morale : dénonciation de la violence des émeutiers, et proposition (par la voix de Ségolène Royal et Jean Glavany notamment) d’un « service civique obligatoire », afin que les jeunes fassent l’apprentissage « de la citoyenneté et du civisme ». Le PS refuse aussi de se joindre aux appels à la démission de Nicolas Sarkozy qui émanent du monde associatif et de la société civile : « Ce serait donner raison aux casseurs », explique Julien Dray. Le maire communiste de Vaulx en Velin, Maurice Charrier, manifestement amnésique sur des épisodes comme la Commune ou la révolte des canuts, déclare : « Ces jeunes qui brûlent des voitures n’ont rien à voir avec les formes historiques de la révolution » [4]. Quant à Maxime Gremetz, également communiste, il est catégorique : « Il faut sévir » [5].

Et de fait, on va sévir : le 4 novembre, Marine Le Pen demande le recours à un décret de 1955 (élaboré pour réprimer le soulèvement de l’Algérie) afin d’instaurer « l’état d’urgence » ; sa proposition est adoptée dès le lendemain, et votée sans que le Parti socialiste s’y oppose. Cinq départements décrètent l’état d’urgence ; et une trentaine de maires décrètent des couvre-feux sont sur le territoire de leur commune. Le 9 novembre, quelques rassemblements ont lieu contre l’état d’urgence, qui ne regroupent que la LDH, le MRAP, les associations « issues de l’immigration » et l’extrême gauche. De même, un Appel à l’amnistie des émeutiers, lancé par des associations comme Divercité, Les Indigènes de la République, À toutes les victimes puis le MRAP, ne reçoit aucun soutien des grands partis de gauche. Cf. François Athané, « Ne laissons pas punir les pauvres ! », et Laurent Lévy, « Les étudiants et la racaille, À propos de l’exigence d’amnistie et de la hiérarchie des évidences ».

Malgré des comptes-rendus des RG qui soulignent l’absence d’orchestration religieuse ou maffieuse, et des juges qui soulignent que très peu des émeutiers inculpés ont un passé de « délinquant », Nicolas Sarkozy choisit de criminaliser le mouvement de révolte : « La vérité, c’est que la première cause d’exclusion dans nos quartiers, c’est qu’il y a des délinquants et des voyous qui font régner la terreur. Et c’est bien eux auxquels les services de police ont eu affaire. Et c’est d’eux dont il faut débarrasser les quartiers. »  [6]. Michèle Alliot-Marie s’inscrit dans cette logique de criminalisation de la révolte en dénonçant, toujours sans l’ombre d’une preuve, les « trafiquants de drogue » qui sont selon elle à l’origine des émeutes. Une étude publiée par les sociologues Laurent Mucchielli et Aurore Delon un an plus tard établira pourtant que seuls 34% des émeutiers interpellés étaient récidivistes (et non « multi-récidivistes ») .

Le 9 novembre, le ministre de la Justice Pascal Clément entérine cette lecture strictement « sécuritaire » et déclare avoir donné des « instructions » à tous les procureurs afin qu’ils prononcent « les peines les plus fermes » [7]. Il s’agit, explique le ministre, d’adresser « un message clair », « aux Français d’une part, aux délinquants d’autre part ». Le « message clair » que véhicule cette phrase est que les émeutiers, rebaptisés « délinquants », ne font pas partie des « Français ». Le même jour, Nicolas Sarkozy s’inscrit lui aussi dans ce registre xénophobe, en appelant publiquement les préfets à « expulser immédiatement » les émeutiers étrangers (réactivant ainsi la logique de la « double peine » qu’il se vante pourtant régulièrement d’avoir « supprimée »). Le PCF proteste contre cette mesure, ce que ne font ni le PS ni les partis d’extrême gauche.

Très rapidement, les lectures xénophobes ou racistes se multiplient. Les mardi 15 et mercredi 16 novembre 2005, le ministre délégué à l’emploi, Gérard Larcher, et le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, affirment que la polygamie constitue l’une des causes des « violences urbaines ». Nicolas Sarkozy renchérit, le 17 novembre dans L’Express : « La plupart de ces émeutiers sont français. Mais disons les choses comme elles sont : la polygamie et l’acculturation d’un certain nombre de familles font qu’il est plus difficile d’intégrer un jeune originaire d’Afrique qu’un jeune français d’une autre origine ». D’autres, de Philippe de Villiers à la « Gauche républicaine » (par le biais de son organe, le site « Respublica »), incriminent, comme ils en ont l’habitude, l’Islam ou « l’islamisme » – alors même que rien ne permet de l’avancer, que l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) a promulgué une « fatwa » décrétant les dégradations de biens anti-islamiques et appelant les émeutiers de confession musulmane à rentrer chez eux, et que ladite « fatwa » n’a eu aucun effet… (Une étude menée par le sociologue Patrick Haenni pour l’International Crisis Group confirmera, quelques mois plus tard, que la révolte a été sociale, et qu’aucune organisation musulmane n’a eu un quelconque rôle incitateur dans son déclanchement ou son extension). Quant à Azouz Begag, s’il tente d’adopter une posture moins guerrière que ses collègues de l’UMP, il cède lui aussi à la tentation de la « dénaturalisation symbolique », en renvoyant les émeutiers à leurs origines étrangères et en les invitant à « aller visiter leurs pays d’origine, pour voir ce que c’est que la véritable misère » [8].

- Pour une chronologie plus complète des événements, et des analyses reconnaissant pleinement le caractère politique de la révolte de novembre, cf. le livre collectif Une révolte en toute logique, paru aux Éditions Divergences en 2006.

- Pour un panorama complet des réactions de la classe politique, cf. Véronique Le Goaziou, « La classe politique et les émeutes : une victoire de plus pour l’extrême droite », in Laurent Mucchielli et Véronique Le Goaziou, Quand les banlieues brûlent, La Découverte, 2006.

- Sur le traitement médiatique de ces émeutes, cf. Collectif Les mots sont importants, « État de l’opinion ou opinion de l’État ? », ainsi que l’excellent documentaire de Christophe-Emmanuel Del Debbio, « Banlieues : sous le feu des médias ».

Novembre 2005. Croisade UMP contre le rap. À l’initiative de François Grosdidier, 52 parlementaires UMP présentent une proposition de loi visant à interdire les textes de rap incitant à la violence. L’initiative est médiatisée, mais se révèle un échec cuisant. Invité à la télévision et à la radio pour des face-à-face avec des rappeurs, le député se fait ridiculiser.

Novembre 2005. Fondation du CRAN : Conseil Représentatif des Associations Noires. Regroupant une soixantaine d’associations, et rassemblant des intellectuels, des personnalités médiatiques ou des militants politiques de tous bords (notamment UDF, PS et Verts) ce rassemblement, conçu sur le modèle du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France), assume son rôle de lobby et ses prétentions à être un interlocuteur de l’Etat.

Novembre-Décembre 2005. « Affaire Finkielkraut ». Après avoir qualifié les émeutes de novembre de « pogrom anti-républicain », Alain Finkielkraut tient dans le quotidien israélien Haaretz des propos qui déclenchent une importante polémique. Alain Finkielkraut qualifie notamment les émeutes de phénomène « ethnico-religieux. » Il déplore également : « On enseigne à aujourd’hui l’histoire coloniale comme une histoire uniquement négative. On n’enseigne plus que le projet colonial voulait aussi éduquer, apporter la civilisation aux sauvages. On ne parle que des tentatives d’exploitation, de domination, et de pillage (…) Ce n’était pas un crime contre l’humanité parce que ce n’était pas seulement un crime. C’était quelque chose d’ambivalent. Ainsi en est-il également de l’esclavage. Il a commencé bien avant l’Occident (…) Je suis né à Paris et suis le fils d’immigrants polonais, mon père a été déporté de France, ses parents ont été déportés et assassinés à Auschwitz, mon père est rentré d’Auschwitz en France. Ce pays mérite notre haine. Ce qu’il a fait à mes parents était beaucoup plus brutal que ce qu’il a fait aux Africains. Qu’a-t-il fait aux Africains ? Il n’a fait que du bien. » Alain Finkielkraut ironise également à propos de la composition « black-black-black » de l’équipe de France de football (en disant qu’elle « fait ricaner toute l’Europe »).

Le MRAP annonce qu’il porte plainte, avant de se rétracter. Une protestation importante s’exprime, qui ira jusqu’à des mobilisations contre la venue d’Alain Finkielkraut dans des colloques. Plusieurs journalistes et intellectuels (Philippe Raynaud, Pierre-André Taguieff, Pascal Bruckner ; Elisabeth Lévy) prennent toutefois la défense de l’essayiste. Elisabeth Badinter paraphrase une chanson de Guy Béart : Finkielkraut « doit être exécuté » parce qu’il a « dit la vérité »… Le 4 décembre, Nicolas Sarkozy déclare sur RTL et LCI qu’« Alain Finkielkraut fait honneur à l’intelligence française » et que « s’il y a tant de personnes qui le critiquent, c’est peut-être parce qu’il dit des choses justes ». Ceux qui dénoncent le racisme de Finkielkraut sont des « bien-pensants qui vivent dans un salon entre le café de Flore et le boulevard Saint-Germain », ajoute le ministre, par ailleurs Maire de Neuilly. Quant à Pascal Bruckner, il écrit dans Le Figaro : « Alain Finkielkraut joue, dans le monde intellectuel, le même rôle que Sarkozy dans le monde politique : il est le détonateur, celui qui donne un coup de pied dans la fourmilière des endormis. Je préfère mille fois ses outrances aux radotages du politiquement correct qui font, depuis vingt ans, le jeu du Front national. J’invite tous les esprits libres, quels que soient leurs désaccords par ailleurs, à le soutenir face à la tyrannie de minorités totalitaires porteuses d’un antisémitisme abject et d’une intolérance repeinte aux couleurs du progressisme. ». Cf. Collectif Les mots sont importants, « Finkielkraut n’est qu’un symptôme » et Henri Maler, « Les prédications d’Alain Finkielkraut : « Mon savoir absolu sur les quartiers populaires ».

Novembre-Décembre 2005. Intensification du mouvement contre la loi du 23 février 2005, et manifestations contre la venue de Nicolas Sarkozy aux Antilles. Le ministre est obligé d’annuler sa visite. Invité le 7 décembre au journal télévisé de France 3, le ministre de l’Intérieur dénonce comme « ridicule » « cette repentance permanente qui fait qu’il faudrait s’excuser de l’histoire de France », il déplore qu’on pas réduise Napoléon aux « aspects négatifs de son action », et conclut : « Laissons les historiens faire ce travail de mémoire, et arrêtons de voter sans arrêt des lois pour revenir sur un passé revisité à l’aune des idées politiques d’aujourd’hui, c’est le bon sens… ». Le 12 décembre, Azouz Begag, ministre délégué à l’égalité des chances, se prononce pour l’abrogation de l’article 4 de la loi ; il est vite « remis à sa place » par le député UMP Lionnel Luca, qui déclare que sans la colonisation, Azouz Begag ne serait pas ministre. Dans un sondage publié au mois de novembre, 65% des français (et 57% des Français de gauche et d’extrême gauche) se déclarent favorables à cette loi, contre 29% qui s’y déclarent opposés. Le mouvement de contestation grandit toutefois, une pétition commence à recueillir des milliers de signatures et une manifestation se prépare. Jacques Chirac intervient alors pour « apaiser » la situation en proposant la suppression de l’article 4 de cette loi, consacré aux programmes scolaires. Cette suppression aura lieu le 31 janvier 2006, tandis que l’article 1, valorisant la colonisation sous le nom d’« œuvre », sera maintenu. Sur cette abrogation très partielle, cf. le dossier de la LDH de Toulon et le communiqué des Indigènes de la République, « Nous remercions la France de nous avoir colonisés ! » .

Janvier-Décembre 2006

Textes de Collectif Les mots sont importants


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Notes

[1] Propos tenus le 6 mars sur Radio Comunauté Juive

[2] Pierre-André Taguieff écrit par exemple : « Qu’un chercheur du niveau d’Olivier Pétré-Grenouilleau puisse être poursuivi devant les tribunaux pour ses travaux d’historien sur les formes d’esclavage autres que la traite [des Noirs] atlantique (seule prise en compte par la loi Taubira de 2001), voilà qui suffit à montrer les inquiétants progrès de la soviétisation des esprits en France ».

[3] Le 2 novembre 2005

[4] Lyon Mag, 16/11/2005

[5] Le 14 novembre

[6] Le 23 décembre, Nicolas Sarkozy persiste et signe : il continue d’affirmer que « 70% des jeunes interpellés » étaient des délinquants bien connus des services de police parce que « multi-réitérants ». Pour étayer ce propos, contredit par toutes les sources, il explique que si de la prison ferme a été prononcée, c’est bien la preuve que ces jeunes étaient récidivistes.

[7] Ce sera le cas – à quelques exceptions près comme le Tribunal de Bobigny, qui tentera de juger les émeutiers avec sérénité, en prononçant des relaxes lorsque les preuves manquent. Des centaines de jeunes jusqu’alors inconnus de la police sont, sur la base de simples témoignages policiers, condamnés à de la prison ferme, pour des dégradations matérielles.

[8] Le 10 novembre

 

 

 

 

Chronique du racisme républicain (Cinquième partie),

Les années Sarkozy : 2006

 

Par Collectif Les mots sont importants, Avril 2007

Introduction

Notre contribution à la campagne présidentielle de 2007 est un simple rappel historique de ce qui s’est passé, sur le terrain du racisme et des politiques d’immigration, entre 2002 et 2007, au cours du second mandat de Jacques Chirac, dominé par la figure et l’activité législative de Nicolas Sarkozy. Si un fait important a été oublié, n’hésitez pas à nous le signaler…

Article

Janvier-Décembre 2002

Janvier-Décembre 2003

Janvier-Décembre 2004

Janvier-Décembre 2005

Janvier 2006. Suspension de l’État d’urgence et débats sur la loi « pour l’égalité des chances ». Le bilan judiciaire es émeutes est publié : 4800 personnes ont été interpellées, et 785 écrouées, et le gouvernement présente un ensemble de lois intitulées « sur l’égalité des chances » , censées constituer le volet social de la réponse aux émeutes, mais la plupart des mesures relèvent du contrôle social et de la répression.

- La loi prévoit notamment, à l’initiative du Président du Conseil général, la possibilité de suspendre les allocations familiales pendant au maximum un an pour les familles qui ne respectent pas le « contrat de responsabilité parentale » (mis en place en cas d’absentéisme scolaire, de trouble porté à l’établissement ou de toute autre difficulté liée a une « carence de l’autorité parentale », sur signalement du maire, du chef d’établissement, du conseil général ou de la CAF)… Ce qui revient à donner une base légale à la suppression administrative des allocations familiales ; et à imposer le « secret professionnel partagé » sans le dire, puisque la « famille-cible » fait l’objet d’une attention coordonnée des services de surveillance de l’Etat.

- La loi prévoit aussi une augmentation des pouvoirs de la police municipale et du maire, et notamment celui de prononcer des peines (de travail d’Intérêt Général non rémunéré de 30 h)…

- La loi instaure également un « service civil volontaire » pour former les jeunes de 16/25 ans aux « valeurs civiques »…

- Quant au volet sur « la lutte contre les discriminations », il prévoit une extension de la compétence de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations, qui peut désormais, lorsque des discriminations ont lieu dans l’entreprise, prévoir une transaction avec le chef d’entreprise – ce qui met fin à l’action publique. En d’autres termes, les constitutions de parties civiles devant les tribunaux de salariés étant victimes de ces délits deviennent impossibles.

- Enfin, un nouveau sous-statut, totalement précaire, est créé pour promouvoir l’accès à l’emploi des jeunes : le « contrat première embauche », qui peut être résilié à tout moment sans contestation possible.

Cf. Gilles Sainati, « La “nouvelle société” est en marche », et Alain Bihr et Roland Pfefferkorn, « L’égalité des chances contre l’égalité ».

Janvier-Février 2006. « Affaire des caricatures de Mahomet ». Des manifestations, plus ou moins pacifiques et plus ou moins spontanées ou instrumentalisées, ont lieu dans de nombreux pays du monde arabe et d’Europe pour protester contre la publication (le 30 septembre 2005) dans un journal danois (le Jyllands Posten) de dessins qui, sous prétexte de caricature, représentent le prophète Mahomet comme un terroriste, un égorgeur ou un oppresseur de femmes. Des ambassades sont attaquées et dégradées, et des mouvements de boycott sont organisés contre le Danemark. Les médias soulignent et dénoncent la violence de ces réactions, et privilégient la thèse du « complot islamiste » (notamment dans un film de Mohamed Sifaoui diffusé dans « Envoyé Spécial » sur France 2).

Les autres éléments d’explication de « l’embrasement » sont rarement rappelés : le racisme anti-musulman d’au moins trois des douze « caricatures », la nature du quotidien qui les a publiés (un journal populiste, coutumier des dérives xénophobes ou islamophobes), le contexte politique danois (une poussée de l’extrême droite, une législation xénophobe et une banalisation du racisme anti-arabe et de l’islamophobie) et enfin l’attitude intransigeante voire méprisante du journal et des autorités danoises face aux premières protestations (une manifestation au Danemark, et une demande d’audience d’ambassadeurs de pays arabes, dès octobre 2005 : le journal refuse de présenter ses excuses, le gouvernement refuse de recevoir les ambassadeurs). Ces omissions font apparaître une réaction de colère face à une provocation raciste, partagée par la plupart des musulmans, comme une nouvelle manifestation de l’intolérance « islamiste ». La plupart des éditorialistes et des signataires de « tribunes libres » esquivent la question de la « liberté d’exprimer le racisme », et optent pour le registre de la mobilisation générale pour sauver une série de droits que la plupart des manifestants français ne remettent pas en cause (« le droit à l’humour », « à la satire », « à la caricature », « au blasphème » ou à la « critique des religions »). L’ancien ministre Luc Ferry va jusqu’à déclarer que les manifestations contre les caricatures expriment « quelque chose d’effrayant qui est quasiment l’équivalent de la montée du nazisme, peut-être même pire, parce que plus nombreux et avec des objectifs comparables. » [1]. Cf. Laurent Lévy, « Censure, droit au blasphème et islamophobie », Mouvement des Indigènes de la République, « Liberté d’expression ou haine raciale ? » et le dossier consacré à l’affaire par Wikipedia.

Février 2006. Meurtre de Ilan Halimi. Un jeune français de confession juive, Ilan Halimi, est kidnappé, torturé puis assassiné par une bande de malfaiteurs, rapidement arrêtés, qui s’avèrent dirigés par un jeune noir, Youssouf Fofana, surnommé par ses complices « le cerveau des barbares ». Au cours des premiers interrogatoires, il ressort que l’enlèvement s’inscrivait dans une série de plusieurs enlèvements destinés à récolter une rançon. La question du racisme vient se superposer à celle du crime crapuleux ou de la violence dite gratuite lorsque les inculpés disent avoir le plus souvent choisi des cibles juives, au motif que « les Juifs ont de l’argent » et « s’aident entre eux ». Les généralisations les plus douteuses reprennent alors sur « l’antisémitisme en banlieue » ou chez les « noirs ». Cf. Laurent Lévy, « Réflexions sur un fait divers : Ilan Halimi, “les barbares” et la guerre des civilisations ».

Février-Mars 2006. « Affaire Georges Frèche ». Mis en cause lors d’une cérémonie publique par des militants associatifs harkis, le Président du conseil Général réagit en les traitant de « sous-hommes ». Les protestations se multiplient, d’abord dans le milieu associatif Harki, immigré et antiraciste, puis à droite, au PC et chez les Verts, et enfin au sein du PS. Les dirigeants de ce parti, d’abord demeurés silencieux (à quelques exceptions près, dont celle de Jack Lang, qui soutient Georges Frêche), finissent par exprimer leurs réserves voire leurs critiques, acculés par la pression médiatique. Ces premières prises de distance ne suffisent pas à endiguer le mouvement de colère qui monte, y compris au sein du PS : Georges Frêche est finalement poussé à présenter ses excuses publiques, suspendu de ses responsabilités nationales au PS, et convoqué devant une commission disciplinaire. Sur Georges Frèche, cf. Vincent Geisser, « Georges Frêche, un “sous-élu” récidiviste de la haine verbale ».

Mars 2006. Nouvelle offensive de Nicolas Sarkozy contre les sans-papiers. Le ministre se vante d’avoir fait passer le nombre des reconduites à la frontière est de 10.000 en 2003 à plus de 20.000 en 2005, et il annonce que ce nombre s’élèvera à 25.000 en 2006.

Mars 2006 : La rapporteure des Nations Unies sur la liberté de culte rend public un rapport critique sur la loi anti-foulard. Si le principe de la loi n’est pas remis en cause, le rapport émet malgré tout des critiques sur l’exclusion scolaire et l’humiliation des élèves qui portent le voile par choix personnel, et s’inquiète plus largement des discriminations que subissent les musulmans et les musulmanes, en particulier celles qui portent le foulard.

Mars-Avril 2006. Mouvement étudiant et lycéen contre la loi « sur l’égalité des chances » et le CPE. Suivi par de très nombreux jeunes issus de l’immigration et des banlieues populaires, notamment des élèves de lycées professionnels, ce mouvement occasionne de nouveaux moments de casse et d’affrontements avec la police, de nouvelles arrestations de manifestants ou de lycéens bloquant leurs lycées, et une nouvelle polémique sur « les casseurs ». Le mouvement, au départ peu soutenu par le PS et ignoré par les médias, gagne au fil des semaines en ampleur, en radicalité et en popularité. De nombreuses universités sont bloquées et occupées, et le CPE (Contrat Première embauche) est finalement retiré. Un appel à l’amnistie des lycéens inculpés est lancé à l’initiative de tous les syndicats et partis de gauche (et par le quotidien L’Humanité) – alors que rien de tel n’avait eu lieu en faveur de l’amnistie des émeutiers de novembre 2005. Cf. Janos et Siryne Z, « Ne pas rire, ne pas mépriser, ne pas détester mais connaître » et Laurent Lévy, « Les étudiants et la racaille. À propos de l’exigence d’amnistie et de la hiérarchie des évidences ».

Avril 2006. Nouvelles provocations racistes de Nicolas Sarkozy : la France, on l’aime ou on la quitte ! « S’il y en a que cela gêne d’être en France, qu’ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu’ils n’aiment pas ! » Ces propos, chaudement applaudis par une assistance composée de militants de l’UMP, sont la reprise d’une des formules de prédilection de Jean-Marie Le Pen : « la France, on l’aime ou on la quitte ». Le ministre est tout aussi applaudi lorsqu’il déclare : « On en a plus qu’assez d’avoir en permanence le sentiment de s’excuser d’être français. On ne peut pas changer ses lois, ses coutumes parce qu’elles ne plaisent pas à une infime minorité ». Ces propos suscitent une polémique publique, l’ensemble de la gauche – ainsi que certains centristes et de nombreux journalistes ou éditorialistes – soulignant la parenté entre les propos du ministre de l’Intérieur et la célèbre formule lepéniste.

Mai 2006. Examen et vote de la loi « CESEDA », seconde série de « lois Sarkozy » sur l’entrée et le séjour des étrangers. Présentée par le ministre comme le passage d’une « immigration subie » à une « immigration choisie », la loi restreint encore plus radicalement le droit au séjour pour les familles, les conjoints, les enfants, de toutes celles et ceux qui construisent leur vie en France. Cette loi s’inscrit délibérément dans une perspective utilitariste, en affichant sa volonté d’aller piller les « capacités » et « talents » dans les pays d’émigration, et en distinguant l’immigré « acceptable » parce que perçu comme rentable pour « l’économie française » et l’immigré indésirable parce que non-rentable (ou plutôt : parce que plus rentable maintenu dans l’irrégularité).

- Une nouvelle carte est créée pour les de « travailleurs temporaires », dont la durée du séjour est limitée au bon vouloir de leur patron.

- Le plein droit à la délivrance d’un titre de séjour pour les étrangers présents depuis au moins dix ans en France est supprimé.

- L’entrée des étudiants étrangers devient également plus difficile. Pour espérer obtenir et conserver leur titre de séjour les étrangers doivent désormais cumulativement être « bien intégrés », bien vus par le maire de leur commune, en bonne entente avec leur conjoint, appréciés par leur patron, disposant d’un bon salaire et d’un grand logement.

- Le contrat d’accueil et d’intégration devient obligatoire (article 5). Il inclut une formation civique et, si nécessaire, linguistique. L’objet de ce contrat est de préparer l’intégration de l’étranger qui s’installe durablement. L’octroi de la carte de résident de dix ans suppose « l’intégration de l’étranger dans la société française », appréciée selon trois critères (article 7) : un « engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française » ; un « respect effectif de ces principes » ; une connaissance « suffisante » du français (sauf pour les étrangers âgés de plus de soixante-cinq ans).

- Enfin la loi rajoute de nouvelles entraves au regroupement familial : l’immigré pourra désormais demander à bénéficier du regroupement familial après dix-huit mois (article 44), contre un an auparavant ; un conjoint immigré devra attendre trois ans après le mariage avec un Français pour demander une carte de résident ; il pourra obtenir la nationalité française après quatre ans (article 79) et non deux.

À l’occasion du débat sur ce projet de la loi, l’essayiste Pierre-André Taguieff publie dans Le Figaro du 9 mai 2006 une tribune intitulée « L’immigrationnisme, dernière utopie des bien-pensants », dans laquelle il présente comme allant de soi l’association entre les termes « immigration » et « menaces » [2]. Cf. l’analyse du GISTI.

Mai-juin 2006. Déclarations « sécuritaires » de Ségolène Royal. La candidate socialiste favorite des sondages défie son homologue de droite, Nicolas Sarkozy, en choisissant comme slogan « L’ordre juste » (Nicolas Sarkozy ne cesse de se réclamer de « l’ordre », et martèle depuis plusieurs années : « je peux être ferme, car je suis juste »), en s’alignant sur ses thèmes de campagne (l’insécurité comme priorité nationale) et en lui reprenant son programme (la répression, l’encadrement militaire des jeunes dès leur première « incivilité », la stigmatisation et l’humiliation de leurs parents, qu’elle propose de « responsabiliser » par la suspension des allocations familiales, et de renvoyer à l’école pour apprendre à être de bons parents). Le porte-parole du FN, Carl Lang, salue à cette occasion un nouveau progrès de la « lepénisation des esprits », la droite ironise et la gauche se divise, entre hommages au « courage » de Ségolène Royal et dénonciations de sa « démagogie ».

Un sondage réalisé une semaine plus tard dans Le Figaro mais ignoré par les commentateurs autorisés, révèle que les effets d’annonce sécuritaires de Ségolène Royal ne sont guère efficaces sur le plan stratégique : « assurer l’ordre et la sécurité » reste le seul thème sur lequel Nicolas Sarkozy devance de très loin la candidate socialiste en terme de « crédibilité » (72% des sondés lui « font confiance » sur ce thème, contre seulement 34% de « confiance » pour Ségolène Royal, soit 38% d’écart en faveur de Nicolas Sarkozy), tandis que les deux candidats font jeu quasi-égal sur « la baisse du chômage » (40% contre 36%, soit 4% de mieux pour Nicolas Sarkozy), « la représentation de la France dans à l’étranger » (62% contre 58%), « la modernisation de la vie politique » (60% contre 53%) ou « l’amélioration de la construction de l’Europe » (56% contre 51%) et que Ségolène Royal devance nettement Sarkozy sur « la défense de la sécurité sociale et des retraites » (54% pour la socialiste, 44% pour Sarkozy) et « la réduction des inégalités sociales » (56% contre 38%, soit une avance de 18% pour la socialiste). Cf. Collectif Les mots sont importants, « Perdre son âme ne fait pas gagner les élections ».

Juin 2006. Attaques de Nicolas Sarkozy contre « le laxisme » de la Justice et nouveau durcissement de la législation sur la délinquance. . Nicolas Sarkozy attaque publiquement le tribunal pour enfants de Bobigny, en lui reprochant de n’avoir « pas prononcé une seule décision d’emprisonnement » durant les émeutes des banlieues de novembre 2005. Les magistrats du tribunal protestent par pétition contre cette attaque. Au même moment, le ministre de l’Intérieur rend public un nouveau projet de loi sur la lutte contre la délinquance, faisant du Maire le « coordonnateur » et « animateur » de la prévention de la délinquance sur sa commune.

- Le « secret professionnel partagé » devient la règle de fonctionnement entre les travailleurs sociaux. Le maire doit par exemple être informé par l’inspecteur d’académie de la liste des élèves absentéistes. Il peut désormais réunir un « Conseil pour les droits et les devoirs des familles », qui peut adresser des recommandations aux familles. Il peut proposer un « contrat de responsabilité parentale » à la famille, et si des « troubles à l’ordre public » sont signalés sans que cela ne constitue une infraction, le Maire peut imposer à la famille à ses frais un « stage de responsabilité familiale » et même une mise en sous tutelle des prestations familiales. Le contrat de responsabilité parentale (avec la possibilité de suspension ultérieure de prestations familiales) peut résulter d’un refus de la famille de se conformer à l’accompagnement parental proposé par le maire.

- Le fichage se généralise : fichier municipal du versement des prestations familiales (incluant les informations recueillies sur absentéisme scolaire), fichier dépendant des personnes hospitalisées d’office, consultable par les autorités judiciaires et policières. Un fichier supplémentaire, suggéré dans un avant-projet, est finalement abandonné en raison du tollé qu’il suscite chez les professionnels de l’action sociale et de la justice : un fichier incluant le résultat du dépistage précoce des enfants présentant des « troubles du comportement ».

- Des « stages de responsabilité parentale » sont créés, censés « corriger » les parents jugés « défaillants ».

- De nouveaux délits et de nouvelles peines sont créés, comme la provocation à l’usage de stupéfiants dans un établissement d’enseignement et aux abords, punie de 10 ans de prison (sans que soit précisée la notion de « provocation » : un enseignant qui avouerait à ses élèves fumer du cannabis devient donc passible de dix ans de prison) ; les mesures d’éloignement et d’enfermement de mineurs sont généralisées.

- La police se voit dotée de nouveaux pouvoirs, notamment matière d’enquêtes dans le domaines des stupéfiants : extension des perquisitions dans les lieux à usage professionnel de transports publics et dépistage, possibilité d’infiltrations, de provocation aux délits, d’acquisition de stupéfiants.

Sur ce projet de loi, cf. Gilles Sainati, « Bienvenue en Sarkoland ».

Juin-juillet-août 2006. Manifestations de solidarité à l’égard des élèves sans-papiers et opération de régularisation « au compte-goutte ». Le mouvement de solidarité fédéré par le réseau « Education sans frontières », regroupant des professeurs et des parents d’élèves, gagne en ampleur et en popularité. Une opération de « parrainages » a lieu, et des groupes de veille sont organisés pour empêcher les expulsions pendant l’été. Certaines sont effectivement empêchées, d’autres sont exécutées malgré tout. Le rapport de force pousse Nicolas Sarkozy à organiser une régularisation sur critères. L’opération se déroule sous le patronage de l’avocat Arno Klarsfeld, chargé par Nicolas Sarkozy de veiller au bon déroulement de la procédure – et à son « image médiatique ». Comme lors des précédentes opérations du même type, mais de manière encore plus restrictive, les critères choisis sont totalement arbitraires et opaques, puisque centrés sur la notion éminemment subjective de « bonne intégration ». Les préfectures sont rapidement débordées par l’afflux des candidats à la régularisation, et l’examen des dossiers est expéditif. Le ministre intervient très vite pour décréter que le nombre de régularisations ne dépassera de toutes façons pas 6000 à 7000 personnes. C’est effectivement à 6900 personnes que s’élèvera le nombre de régularisations à l’issue de la procédure, le 18 septembre.

Juillet 2006. Nouvelles violences en zone d’attente. L’ANAFE révèle que cinq Camerounaises ont été agressées par des policiers en zone d’attente. Une femme enceinte de 4 mois a été retenue 11 jours en compagnie de cinq de ses compatriotes dont un enfant de 5 ans. Après plusieurs heures d’enfermement, les insultes fusent : « Nègres, on va vous enchaîner si vous refusez de partir », « fichez le camp, vous êtes venus faire quoi », « Pourquoi vous ne restez pas dans votre pays ? », « Si vous partez aujourd’hui, il n’y aura pas de brutalités. Si vous ne partez pas aujourd’hui, ce sera avec escorte. » Pour qu’elles portent elles-mêmes leurs bagages, un policier, en s’adressant à l’une d’elles, lui a ordonné de porter « ses pourritures ». Les agents refusent également de servir à boire ou à manger aux femmes retenues pendant plusieurs heures, et refusent de les laisser aller aux toilettes, les obligeant à uriner dans des gobelets – un policier observant la scène par la porte vitrée.

Juillet 2006. Création d’un fichier des étrangers et de leurs « hébergeants ». Un arrêté du 30 juillet, publié au Journal officiel le 18 août, crée un « traitement de données à caractère personnel », justifié par la nécessité de « faciliter l’éloignement des étrangers se maintenant sans droit sur le territoire ». Ce fichier, nommé ELOI, ne concerne pas seulement les étrangers en situation irrégulière, mais aussi les personnes qui les hébergent lorsqu’ils se voient assignés à résidence, et celles qui leur rendent visite quand ils sont placés en rétention administrative. La Cimade, le Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés), l’IRIS (Imaginons un réseau Internet solidaire) et la Ligue des droits de l’homme déposent un recours devant le Conseil d’Etat.

Août 2006. Publication d’un rapport accablant sur la discrimination au logement. La HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) publie les résultats des premiers testings menés dans le domaine de l’accès au logement. L’étude révèle qu’à ressources et conditions d’emploi égales, les candidats au logement locatif privé ont 35% de chances d’obtenir, par téléphone, une visite d’appartement s’ils sont blancs (candidats dits « de référence ») tandis que le pourcentage tombe à 20 % s’ils sont d’origine maghrébine et à 14 % s’ils sont originaires d’Afrique noire. Les candidats d’origine maghrébine ont donc 1,75 moins de chances d’obtenir une visite que le candidat de référence, tandis que les candidat d’origine noire africaine ont 2,5 fois moins de chances.

Août-septembre 2006. « Affaire de Cachan ». Le 17 août, le Préfet du Val de Marne interrompt les négociations engagées avec les habitants du squatt des « 1000 de Cachan » et fait évacuer les lieux par la force. Un gymnase est mis à disposition des expulsés par le maire socialiste de Cachan, Jean-Yves Le Bouillonnec. Près de 200 ex-squatteurs décident de s’unir pour refuser les hébergements en hôtel, provisoires et dispersés, que propose la préfecture, et revendiquer un relogement décent et une régularisation de ceux d’entre eux qui sont sans-papiers. Une grève de la faim est engagée le 24 août. Alors que la situation s’enlise, Joseph Rossignol, maire ex-PS de Limeil-Brévannes propose un relogement collectif dans des locaux disponibles de sa commune. Les footballeurs Lilian Thuram et Patrick Vieira, qui manifestent leur solidarité en invitant les familles à assister à un match de l’équipe de France, contribuent à populariser leur lutte. Le 9 septembre, plusieurs milliers de personnes manifestent en leur faveur à Paris. Cf. Alfred, « Lilian Thuram : combats avec tes défenseurs ! ».

Septembre 2006. Ralliement de Doc Gyneco à Nicolas Sarkozy. Le chanteur adhère à l’UMP, et déclare à cette occasion : « J’ai vécu 25 ans sous perfusion sociale. Avec lui, on a décidé peut être d’avoir une idée sociale de droite, qui pourrait faire stopper cette idée de vivre toujours avec des aides, et redynamiser des quartiers où les gens ne vivent à 100% que par des aides sociales ». Il déclare également : « Les banlieusards, c’est des clowns. Ils sont choqués d’avoir entendu “racaille” et “karcher” quand tous les jours, entre eux, ils s’insultent ». Cf. Afrikara, « Doc Gyneco, nègre de service ? »

Septembre 2006. Nouvelle offensive de Nicolas Sarkozy contre « le laxisme de la justice ». Le Monde publie une lettre adressée en juin par le préfet de Seine-Saint-Denis, Jean-Pierre Cordet, au cabinet de Nicolas Sarkozy, dans laquelle il lance « un cri d’alarme » sur l’insuffisance de policiers dans ce département. Au même moment, deux policiers sont agressés dans la cité des Tarterêts (Essonne). Le ministre de l’Intérieur profite des deux événements pour repartir en campagne sur le thème de la « tolérance zéro », en accusant la justice du département de « démission » face aux délinquants. Ces propos provoquent un tollé chez les magistrats. Guy Canivet, premier président de la Cour de cassation, qualifie les déclarations de « nouvelle atteinte à l’indépendance de l’autorité judiciaire » et demande à être reçu par Jacques Chirac. L’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) se félicite de cette prise de position dénonce « le silence assourdissant » du Garde des Sceaux. Le premier président de la Cour d’appel de Paris, le bâtonnier de l’ordre des avocats du barreau de Seine-Saint-Denis et le procureur général près la Cour de cassation dénoncent également les propos du ministre. Le Conseil supérieur de la magistrature remet à Jacques Chirac un avis dénonçant les atteintes à la séparation des pouvoirs par Nicolas Sarkozy.

Septembre 2006. Remise en cause de la « carte scolaire ». Nicolas Sarkozy préconise la suppression de la « carte scolaire », au nom du « libre choix » des familles. Le ministre de l’Education, Gilles de Robien, propose de l’ « assouplir ». Ségolène Royal appelle également à « desserrer la contrainte » et à laisser aux familles « le choix entre deux ou trois établissements ». La FCPE (Fédération des Conseils de Parent d’élèves) se retrouve presque seule à défendre le maintien et le renforcement de la carte scolaire, et à dénoncer son « assouplissement » comme un facteur d’aggravation de la ségrégation scolaire.

Septembre 2006. Multiplications des « rafles ciblées » à l’encontre des étrangers.. Plusieurs associations, dont la CIMADE er le GISTI, dénoncent la recrudescence des « arrestations ciblées » d’étrangers, par nationalité, pour remplir des charters de sans-papiers. Les policiers sont incités, en fonction des vols charter prévus pour chaque expulsion groupée, à pratiquer des contrôles au faciès ciblant les quartiers et les personnes susceptibles d’être « expulsables » par chaque vol.

Septembre 2006. Propos islamophobes du pape Benoit XVI Le 12 septembre 2006, lors d’un discours à l’université de Ratisbonne en Bavière, Benoît XVI oppose l’Islam, hostile par nature au libre l’usage de la raison critique, au christianisme, qui lui serait favorable par essence, en s’appuyant sur un obscur propos de l’empereur byzantin Manuel II Paléologue : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau. Tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, comme le droit de défendre par l’épée la foi qu’il prêchait ». Cette phrase déclenche l’indignation de l’ensemble des autorités politiques et spirituelles du monde musulman et est à l’origine de plusieurs actes de violence. Pour la première fois, des effigies du pape sont brûlées sur certaines places publiques. Quelques jours plus tard, Benoît XVI s’est dit « désolé » que ses propos sur l’islam aient été jugés offensants pour les musulmans, mais ne présente ps d’excuses.

Septembre-octobre 2006. Campagne médiatique contre « la repentance » et pour la « fierté d’être français ». La publication des ouvrages de Daniel Lefeuvre, Pour en finir avaec la repentance coloniale, Pascal Bruckner, La tyrannie de la repentance et Max Gallo, Fier d’être français, est soutenue par une intense promotion par voie de presse, de radio et de télévision. Ces auteurs ont en commun un certain nombre de thèses, et certaines libertés qu’ils prennent avec le principe logique de non-contradiction : ils accusent les descendants d’esclaves et de colonisés de vouloir culpabiliser les Français blancs en les rendant responsables des fautes de leurs ancètres, et soutiennent dans le même temps que « nous » (ce terme désigne chez eux les Français blancs) devons être fiers de tous ce que ces ancètres ont fait de grand, d’héroîque et de progressiste. Trois mois plus tard, Nicolas Sarkozy fera de cette thématique raciste l’un de ses principaux thèmes de campagne présidentielle. Sur ces discours, cf. Collectif Les mots sont importants, « Honte d’être français, honte d’être un homme » ; Patience Philips, « Les choses en main. Lettre ouverte à Éric Zemmour et à tous ceux qui se sont contentés de naître » ; Laurent Lévy, « Un gros mot. À propos du “ministère de l’immigration et de l’identité nationale” préconisé par Nicolas Sarkozy » et Catherine Coquery-Vidrovitch, « Une critique du livre de Daniel Lefeuvre : Pour en finir avec la repentance coloniale ».

Septembre-octobre 2006. « Affaire Redeker » Le 19 septembre 2006, Robert Redeker publie dans Le Figaro une tribune intitulés : « Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? ». Si le titre de l’article cible « les islamistes », le reste de l’article ne propose aucune définition permettant de circonscrire cette « mouvance », et consiste au contraire en une incrimination générale de « l’Islam » : « L’islam tient la générosité, l’ouverture d’esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des mœurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence » ; « L’islam est une religion qui, dans son texte sacré même, autant que dans certains de ses rites banals, exalte violence et haine » ; « Jésus est un maître d’amour, Mahomet un maître de haine » ; « Violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie à vocation hégémonique, l’islam, pour poser sa chape de plomb sur le monde » ; « L’islam essaie d’imposer à l’Europe ses règles »… Robert Redeker conclut d’ailleurs son article en soulignant bien, pour les lecteurs qui n’auraient pas compris ses sous-entendus, le lien qui s’impose entre phobie de « l’Islam » et phobie des musulmans : « Haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran. ». Le texte préconise également l’interdiction du voile dans la rue, reproche aux politiques et aux intellectuels de ne pas s’opposer à la construction de mosquées, et attribue même l’interdiction du string sur les rives de « Paris-Plage » pendant l’été 2006 à l’« islamisation des esprits ». (sur ce texte, cf. Cf. Pierre Tevanian, « Dix remarques sur un collègue »).

La Tunisie et l’Égypte protestent en interdisant la diffusion du Figaro comportant la tribune, ce qui amène le directeur de la publication à présenter ses excuses aux musulmans. Dans les jours qui suivent, l’affaire est relancée lorsqu’on apprend que Robert Redeker a fait l’objet de menaces de mort, diffusées par un site web d’extrémistes identifié comme proche d’Al-Qaida par la DST et les renseignements généraux. L’auteur de la tribune raciste est alors placé sous protection policière, et une gigantesque campagne médiatique est lancée sur le thème de « la défense de la liberté d’expression », au cours de laquelle les généralisations sur la nécessité pour « l’Islam » d’accepter « la critique » se multiplient (cf. [Pierre Tevanian, « Injures et menaces : pas en notre nom ! » et Collectif Les mots sont importants, « Deux poids, deux mesures. À propos de l’inégalité de traitement entre les menaces de mort reçues par Robert Redeker et douze autres menaces de mort »). Deux pétitions de « soutien sans limites » (c’est-à-dire sans un mot de critique sur le racisme de Redeker) sont lancées par des intellectuels médiatiques (sur ces pétitions, cf. Pierre Tevanian, « La faute à Voltaire ? Quelques conclusions sur le racisme et la liberté d’expression » »).

Octobre 2006. Nouvelle offensive contre les sans-papiers. Le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy se prononce pour une « l’interdiction » des régularisations massives, et il appelle ses préfets à « accentuer » le rythme des reconduites à la frontière.

Octobre 2006. Réforme de la retraite des immigrés. Jean-Louis Borloo ajoute un amendement au projet de loi de finances 2007, permettant aux immigrés de toucher l’intégralité de leur retraite sans être obligés de résider en France. Jusqu’alors, hormis la retraite de base, transférable dans le pays d’origine, les retraités immigrés qui bénéficiaient d’une allocation spécifique via le fond de solidarité vieillesse devaient résider en France durant au moins neuf mois dans l’année. Il serait prévu, en accord avec la Sonacotra, que ces retraités puissent bénéficier d’une adresse permanente et se relayent dans les chambres ou studios qu’ils loueraient trois mois dans l’année. Au total, fait-on valoir au ministère, quelque 56 500 personnes touchant l’allocation de solidarité aux personnes âgées seraient concernées.

Octobre 2006. Opération « coup de poing » aux Mureaux. Suite à une altercation entre des jeunes et des policiers, une opération spectaculaire mobilisant une centaine de policiers est organisée sur la cité Bizet des Mureaux, en présence d’une trentaine de journalistes de presse, de radio et de télévision, prévenus pour l’occasion. Une fois passé l’effet « choc », le raid s’avère être une gigantesque bavure : un seul suspect est arrêté, des portes et du mobilier sont détruits par les policiers, des parents et de enfants sont insultés, bousculés voire frappés. Une journaliste de l’AFP ayant relaté cet aspect de l’intervention se retrouve, en représailles, boycottée et empêchée de travailler par la police et la justice du département : cf. « Une journaliste de l’AFP frappée d’ « interdiction professionnelle » (Saj-Unsa).

Octobre 2006. Emballement médiatique autour de l’agression d’une collégienne. Quatre collégiens lyonnais sont mis en examen pour avoir lancé des pierres sur une jeune fille. Une association prétendument laïque prend contact avec le quotidien Le Progrès deux jours après les faits, en affirmant qu’une élève a été frappée à coup de pierres parce qu’elle n’observait pas le ramadan. Trois journalistes traitent l’affaire, et rédigé un papier prudent, mais le quotidien fait sa une sur le sujet, en titrant : « Jeûne du ramadan : une collégienne agressée. ». L’emballement au niveau national est relativement limité, il est loin d’atteindre le niveau de « l’affaire du RER D », mais la version « islamisée » des faits sera malgré tout régulièrement évoquée sans être démentie dans des émissions de débat, alors même que le Parquet a indiqué, dès les premier jours d’enquête, que « le ramadan » n’a eu aucun rôle dans le déclanchement du contentieux, et que plusieurs des agresseurs n’observaient pas, eux non plus le ramadan.

Octobre 2006. Condamnation par la HALDE de la « préférence nationale » sur la carte « famille nombreuse » de la SNCF. La Haute Autorité de Lutte contre les discriminations et pour l’égalité préconise l’ouverture à tous les résidents du pays de la carte « famille nombreuse », réservée depuis 1924 aux « citoyens français ou originaires des colonies françaises ou des pays de protectorat » et depuis 1993 aux ressortissants européens.

Octobre-Novembre 2006. Affaire des bagagistes de Roissy. La préfecture de Seine-Saint-Denis leur habilitation à travailler en zone sous-douane à plusieurs dizaines d’employés travaillant à l’aéroport de Roissy – et ayant en commun d’être musulmans pratiquants et de porter une barbe, Cette mesure est dénoncée comme arbitraire par les syndicats, et onze employés déposent un référé au tribunal administratif de Cergy (Val-d’Oise). Ces employés ont été convoqués à la préfecture où on leur a demandé s’ils sont musulmans, s’ils sont pratiquants, si des employés font des prêches dans leur entreprises, et si oui quels sont leurs noms. Quelques jours après cette convocation, ils ont reçu une lettre de la sous-préfecture de Roissy leur signifiant le retrait de leur badge au vu « d’éléments de comportement et de moralité (les) concernant ». Une autre plainte pénale contre X est déposée dans pour discrimination auprès du procureur de la République de Bobigny au nom de la CFDT. La Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde) s’autosaisit de l’affaire en raison de « présomptions de discrimination ».

Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France (MPF), se félicite de cette annonce, et rappelle qu’il avait lui même « préconisé cette mesure » dans son livre Les Mosquées de Roissy. Il estime que « les faits lui donnent donc raison ». Dans son livre paru en avril, Philippe de Villiers affirmait en effet que des islamistes avaient infiltré les services de sécurité et pris le contrôle de zones entières à l’aéroport de Roissy où transitent bagages et passagers. Le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy justifie la mesure en déclarant : « Je ne peux pas accepter, a-t-il déclaré, que des gens qui ont une pratique radicale travaillent sur une plateforme aéroportuaire., et le préfet de Roissy déclare que « la majorité des employés concernés sont considérés liés à « des mouvances fondamentalistes à visée potentiellement terroriste ». ». Il suffit donc pour être privé de son emploi, d’être considéré (sans qu’aucun critère et aucun élément de preuve ne soit apporté par la préfecture) comme lié (sans que la nature du lien ne soit explicitée, ni l’étroitesse du lien établie) à des mouvances (ce qui signifie qu’il n’y a pas nécessairement d’appartenance à un réseau organisé) qualifiées par la préfecture de fondamentalistes (là encore sans qu’aucun nom d’organisation ni aucun critère transparent de « fondamentalisme » ne soit donné), elles mêmes considérées comme menaçantes non pas en fonction e leurs pratiques réelles mais en fonctions de leurs visées – ou du moins de leurs visées présumées, lesquelles sont selon la préfecture potentiellement terroristes… On fait aussi savoir aux employés renvoyés qu’ils n’ont « pas démontré qu’ils avaient un comportement ’insusceptible’ de porter atteinte à la sûreté aéroportuaire » – ce qui signifie clairement une présomption de culpabilité et une inversion de la charge de la preuve.

De rares éléments sont toutefois fournis par la préfecture. Le cas le plus inquiétant, pour les services de police, est celui d’un bagagiste français de 34 ans, qui aurait passé trois ans au Yémen où il aurait séjourné dans un camp d’entraînement militaire tenu par des islamistes. Mais la plupart des autres cas sont beaucoup plus flous : certains employés sont suspectés du fait de leur fréquentation de salles de prières considérées comme radicales, de leurs voyages religieux à l’étranger ou de leur engagement « salafiste ». Cela ne signifie pas qu’ils ont commis des délits ou qu’ils sont des terroristes en puissance, mais la préfecture invoque « le principe de précaution » et se retranche derrière la loi sur la sécurité intérieure (LSI, dite aussi « Loi Sarkozy ») pour justifier la non-divulgation des « éléments » dont il prétend disposer. Il invoque aussi « l’exception » introduite par la loi de 1978 sur l’atteinte à la sûreté de l’Etat, pour soutenir qu’« informer les individus serait à la fois contraire au bon sens et à la protection des sources de renseignements ».

La CGT convie le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), la Ligue des droits de l’homme, SOS-Racisme et la Cimade à réfléchir, le 29 novembre à Bobigny, à une action commune. Elle appelle à un rassemblement « le plus large possible pour défendre les libertés individuelles attaquées ». Après avoir rencontré deux fois les syndicats, le MRAP demande « la restitution des badges retirés par excès de pouvoir » et « l’ouverture immédiate de négociations pour l’obtention du respect du droit du travail » pour les employés des aéroports. Dans les semaines et même les mois qui suivent, une chape de silence s’abat sur cette « affaire », qui pose pourtant de graves questions sur la liberté de culte et le droit au travail. Aucun travail d’enquête poussé n’a à ce jour été réalisé et publié, ni dans la presse ni sous forme de livre. Cf. Mouvement des Indigènes de la République, « Bagagistes de Roissy : un racisme d’État ».

Novembre 2006. Débats parlementaires et manifestations contre le projet de loi Sarkozy sur la délinquance » Le ministre de l’Intérieur fait l’unanimité contre lui parmi les acteurs de prévention (travailleurs sociaux et sanitaires), les psychiatres et les magistrats. Il suscite aussi des critiques importantes parmi les élus, alors que le ministre de l’Intérieur veut faire du maire le « patron » de la prévention de la délinquance. Pour les éducateurs et les assistantes sociales, le « partage «  du secret professionnel remet en cause l’essence même de leurs métiers. Par ailleurs, une pétition intitulée « Non au zéro de conduite », lancée un an plus tôt, alors que commençaient à circuler des avant-projets de loi évoquant une prévention précoce des troubles de la conduite chez l’enfant, recueille plus de 200000 signatures. Le mouvement de protestation fait reculer le ministre mais la loi votée accroît les pouvoirs des maires et durcit les sanctions contre les mineurs délinquants et les multirécidivistes. Il prévoit également des sanctions dès l’âge de 10 ans et de la détention provisoire dès 13 ans.

Novembre 2006. Publication du « Baromètre de la discrimination » de l’Agence ADIA. Élaborée par le chercheur Jean-François Amadieu suivant la méthode du testing, l’enquête révèle que les candidats à un emploi d’origine maghrébine ont près de trois fois moins (2,7 fois mois) de chances d’être convoqués à un entretien d’embauche que les « Français de souche ». La discrimination par l’origine est ainsi la seconde la plus pratiquée par les entreprises françaises, juste derrière celle par l’âge (3 fois moins de chances pour les plus de 50 ans), et devant les discriminations par le handicap, le sexe et l’apparence disgrâcieuse. Plus le poste fait appel à des fonctions de direction, moins les chances du postulant d’origine maghrébine sont importantes. Alors qu’il reçoit 47% de réponses positives pour un emploi d’ouvrier, il n’en reçoit plus que 39% pour une profession intermédiaire, 30% pour un poste d’employé, et 17% pour un poste de cadre. Et tandis que les candidatures reçoivent 49% de réponses favorables dans la construction et 41% dans l’industrie, le chiffre tombe à 31% dans le tertiaire. Jean-François Amadieu conclut que « le diplôme initial n’est pas une protection. Même lorsqu’une catégorie d’emploi (soudeur, plombier) est en pénurie, cela ne créé pas d’appel d’air permettant d’atténuer la discrimination ».

Novembre 2006. Nouvelle affaire Georges Frëche. Le quotidien régional Midi Libre rapporte les propos du Président PS de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, au sujet de l’équipe de France de football : « Dans cette équipe, il y a neuf Blacks sur onze. La normalité serait qu’il y en ait trois ou quatre. Ce serait le reflet de la société. Mais là, s’il y en a autant, c’est parce que les Blancs sont nuls. J’ai honte pour ce pays. Bientôt, il y aura onze Blacks. ». Ces propos provoquent une condamnation unanime de la la classe politique. Bizarrement, Alain Finkielkraut, qui avait tenu les mêmes – et quelques autres bien pires – un an auparavant, reste demeure l’un des intellectuels les plus médiatisés de France

Décembre 2006. « Affaire Pascal Sevran ». Un journaliste de Nice-Matin rapporte un extrait du dernier livre de l’animlateur-chanteur Pascal Sevran, Le privilège des jonquilles : « Des enfants, on en ramasse à la pelle dans ce pays (le Niger) -est-ce un pays ou un cimetière ?- où le taux de fécondité des femmes est le plus élevé du monde, neuf enfants en moyenne par couple. Un carnage. Les coupables sont facilement identifiables, ils signent leurs crimes en copulant à tout va, la mort est au bout de leur bite, ils peuvent continuer parce que ça les amuse, personne n’osera leur reprocher cela, qui est aussi un crime contre l’humanité : faire des enfants, le seul crime impuni. ». Pascal Sevran refuse de s’expliquer, et il surenchérit même : « L’Afrique crève de tous les enfants qui y naissent sans que leurs parents aient les moyens de les nourrir. Je ne suis pas le seul à le dire. Il faudrait stériliser la moitié de la planète. ». L’animateur, ancien mitterrandiste récemment rallié à la candidature de Nicolas Sarkozy, reçoit le soutien de SOS Racisme, qui lui accorde une entrevue et propose de « lever le malentendu » en lui offrant la possibilité de réaliser un documentaire sur la famine en Afrique ! France 2 ne juge pas utile de suspendre son animateur. Cf. Alain Ruscio, « Banal Sevran ».

Notes

[1] Le 7 février, sur RTL

[2] « L’impératif place le coupable potentiel devant un dilemme : “L’immigration, tu l’aimes et tu l’acceptes, ou bien tu es raciste et traité comme tel.” L’Occidental soupçonné de “racisme”, terrifié à la seule perception vague de la mort sociale qui le menace, va donner des gages à ses accusateurs en se présentant comme un chaud partisan de l’immigration providentielle. Tel est le grand chantage des bien-pensants. Il a pour principal effet de transformer la politique en une impolitique, et, ce faisant, de désarmer les nations démocratiques face aux nouvelles menaces. »

« Travail Famille Patrie », Appel à faire barrage au candidat (…) Nicolas Sarkozy

Par Collectif Les mots sont importants, Mai 2007

Introduction

De la même manière que nous avons appelé à voter en 2002 pour le candidat de la droite contre celui de l’extrême droite, nous appelons à voter pour la candidate du centre (centre-droit ou centre-gauche, selon les appréciations), sans illusions sur son programme, mais sans hésitation, pour faire barrage à un nouveau candidat d’extrême droite – une extrême droite beaucoup plus dangereuse que celle de 2002 dans la mesure où elle est sur le point d’accéder au pouvoir.

Article

Qui se déclaré fier d’être surnommé « Sarkozy l’américain » ?

Qui a critiqué la position française de refus d’une intervention en Irak ?

Qui s’est vanté d’avoir appelé le gouvernement israélien pendant la dernière guerre du Liban, en lui demandant combien de temps il leur fallait pour « finir le travail » ?

Qui a pour témoin de mariage et parrain de son fils Martin Bouygues, PDG de TF1, qui se dit lié « comme un frère » à Arnaud Lagardère, PDG du groupe Hachette, qui intervient pour faire renvoyer un directeur de journal (Paris Match) qui ne lui convient pas et pour faire embaucher le journaliste qui couvrira sa campagne (sur Europe 1) ?

Qui a été pris plusieurs fois en flagrant délit de mensonge, par exemple en affirmant que Zied Benna et Bouna Traoré, les deux jeunes tués à Clichy-sous-Bois, étaient en train de réaliser un cambriolage ?

Qui a ensuite récidivé dans le mensonge en affirmant que la plupart des émeutiers étaient des multi-récidivistes, alors que toutes les enquêtes sociologiques, aussi bien que les rapports des Renseignements généraux, réfutaient cette version ?

Qui a traité de « racailles » des gens qui avaient pour seul tort d’habiter en banlieue, d’être jeunes, et de le conspuer durant son passage dans leur cité ?

Qui a déclaré qu’il allait « débarrasser la France » des voyous, et même les « faire disparaître », en jouant parfaitement sur les sous-entendus xénophobes de la formule « débarrasser la France » (« voyous » = étrangers à expulser) et les connotations meurtrières du mot « faire disparaître » (= « éliminer », « rayer de la carte »…) ?

Qui a repris le slogan lepéniste « la France, on l’aime ou on la quitte », en l’appliquant bien entendu aux seuls enfants d’immigrés non-blancs — puisque n’importe quel Français blanc peut dire du mal de la France sans être ainsi stigmatisé, et que Nicolas Sarkozy lui-même – car c’est évidement de lui qu’il s’agit – a déclaré aux Etats-Unis « se sentir parfois comme un étranger en France » (allusion à l’opposition de la majorité des Français à la guerre américaine en Irak), sans en tirer la conséquence pour lui : si je n’aime pas la France, je la quitte ?

Qui a multiplié les déclarations et allusions xénophobes, racistes et islamophobes, associant systématiquement le thème du droit des femmes à celui de l’immigration, comme si les immigrés étaient les seuls à menacer les droits des femmes ? Qui a multiplié les allusions à la polygamie et à l’excision, en les amalgamant à l’Islam ? Sans parler des références grossières à l’égorgement du mouton dans les baignoires…

Qui a affiché son soutien à la publication de caricatures anti-musulmanes dans Charlie Hebdo au nom de la liberté d’expression, alors que dans le même temps, il harcelait judiciairement un rappeur qui avait eu le malheur de simplement constater l’existence et l’impunité (avérée et vérifiable) des homicides commis par des policiers contre des « jeunes des quartiers » ? Qui a défendu le droit de publier de caricatures islamophobes, tout en faisant voter des lois faisant de l’outrage public à La Marseillaise ou au drapeau national un blasphème, puni de milliers d’euros d’amende et même de prison ?

Qui déclarait déjà en 1998 : « ça ne dérange pas de débattre de la préférence nationale puisqu’elle est déjà à l’œuvre dans la fonction publique » ?

Qui a ouvert sa campagne sur le thème de la valorisation du « travail » (sans revalorisation des salaires) et sur la dénonciation des « assistés » ?

Qui a conclu sa campagne sur une charge hyper-violente contre « mai 68 » et la « fin des repères », ainsi qu’une défense de « la famille », valorisant la cellule familiale comme seule entité collective fondatrice de la société, et comme seul espace de solidarité (cf. sa politique sur la suppression des droits de succession) ? Qui a refusé l’ouverture du mariage et de la parentalité aux homosexuels, au nom là encore de sa « conception de la famille » ?

Qui, entre ces deux moments, « Travail » et « Famille », a mené une campagne extrêmement violente sur la « fierté d’être français », le « refus de la repentance », et même la fierté de l’œuvre réalisée par la France dans ses colonies ? Qui a décliné la thématique de « l’identité nationale » menacée par l’immigration, au point de déclarer qu’il faille créer un « ministère » réunissant les deux domaines ?

Bref : qui a articulé toute sa campagne, avec un caractère explicite dans le mimétisme jamais atteint par la droite française depuis la Libération, sur le tryptique du Maréchal Pétain :

« Travail Famille Patrie »

Avec y compris la même rhétorique mêlant biologisme (cf. les déclarations sur le caractère génétique de l’homosexualité et de la pédophilie) , « vitalisme » et nationalisme – « La haine de la France, c’est la haine de la vie », déclare par exemple Nicolas Sarkozy, dans la plus pure tradition de la droite pro-nazie des années 30-40.

L’œuvre législative passée de Sarkozy est tout aussi éloquente, surtout quand on l’entend dire que ce n’est qu’un début et qu’à l’avenir, s’il est élu, il ira beaucoup plus loin : atteintes sans précédent au droit d’asile et aux droits fondamentaux des immigrés, démantèlement de l’ordonnance de 1945 sur la protection des mineurs, atteinte aux libertés publiques et mise en place d’un État policier.

Bref : Nicolas Sarkozy n’est pas un « homme de droite » comme les autres. Il n’est pas un « libéral » comme les autres : ses valeurs, son vocabulaire, son programme, font vraiment apparaître une Ségolène Royal, ou même un Jacques Chirac, comme des sociaux-démocrates. Par ses idées en matière de politique économique et « sociale », par la force de frappe dont il dispose de par ses alliés dans le monde médiatique, et plus largement dans le monde patronal (son propre frère Guillaume Sarkozy a été vice-président du MEDEF), Nicolas Sarkozy fait peser une menace sur l’État redistributeur, les droits sociaux et les services publics, qui ferait de son passage aux affaires l’équivalent des épisodes Ronald Reagan (aux Etats-Unis), Margaret Thatcher (au Royaume Uni) ou Silvio Berlusconi (en Italie).

Sarkozy n’est pas non plus un « républicaniste paternaliste », « néo-colonialiste » voire « raciste-républicain » comme les autres : là encore, il fait apparaître le paternalisme « à la socialiste » (avec ses variantes le « fraternalisme » à la SOS Racisme, et le « maternalisme » à la « Ni putes ni soumises »), ou même celui de la droite, comme des moindres maux, tant, là encore, toute son attitude, son vocabulaire, ses déclarations belliqueuses, son œuvre législative et son programme, sont lourds de menaces sur les droits restants, et même la sécurité et l’intégrité physique des immigrés et des Français non-blancs.

Pour toutes ces raisons, sans être dupes des « insuffisances » (c’est un euphémisme), et même de la complicité du camp d’en face (la gauche socialiste) dans les reculs de l’État social, le renforcement de l’État policier et la gestion néo-coloniale de « l’immigration », de la même manière que nous avons appelé à voter en 2002 pour le candidat de la droite contre celui de l’extrême droite, nous appelons à voter pour la candidate du centre (centre-droit ou centre-gauche, selon les appréciations) pour faire barrage à un nouveau candidat d’extrême droite – une extrême droite beaucoup plus dangereuse que celle de 2002 dans la mesure où elle est sur le point d’accéder au pouvoir.

Le mal-être blanc (Première partie),

Le mal-être raciste

 

Par Pierre Tevanian, 11 février

Introduction

Ce texte, le premier que j’écris à la première personne, est le résultat d’une sollicitation des Indigènes de la République, pour une intervention à leur « Parlement anticolonialiste » d’octobre 2006. Après deux « indigènes » noirs et arabes répondant respectivement aux questions « Qu’est-ce qu’être noir dans la France de 2006 ? » et « Qu’est-ce qu’être arabe dans la France de 2006 ? », je devais en bonne logique répondre à la question « Qu’est-ce qu’être blanc dans la France de 2006 ? »…

Article

L’une des raisons pour lesquelles cette proposition m’a paru intéressante est son caractère déconcertant et difficile : jamais jusqu’à un passé récent je ne m’étais posé une telle question, car jamais on ne m’avait amené à me la poser. C’est du reste la première réponse que l’on peut apporter :

1. Être blanc, c’est ne pas avoir à se poser la question « qu’est-ce qu’être blanc ? », ne pas avoir, contrairement aux noirs, arabes et autres non-blancs, à s’interroger sur soi-même, son identité et la place qu’on occupe dans la société, parce que cette place va en quelque sorte de soi.

Du moins cette place va de soi dans la mesure où, en plus d’être blanc, je suis de sexe masculin, hétérosexuel, et d’origine sociale aisée. À peu près tout ce que je vais dire sur ce qu’est être un blanc peut s’appliquer à être un hétéro, être un mec ou être un bourgeois.

Etre blanc n’est en effet pas simplement une affaire de couleur de peau. Jack Lang ou Jacques Séguéla par exemple ont le teint plus mat que beaucoup d’Arabes, d’Antillais ou de métis, mais ce sont eux les blancs. Être blanc ne signifie pas simplement avoir la peau claire, mais plutôt : ne pas être identifié comme un noir, un arabe, un asiatique un turc, un musulman, bref : ne pas être un indigène. Être blanc ne veut rien dire d’autre que : ne pas porter certains stigmates – d’où une seconde réponse :

2. Être blanc, c’est avant tout ne pas subir la discrimination comme les non-blancs la subissent. Ce n’est pas avoir une certaine couleur mais occuper une certaine place – un certain rang social.

Blanc n’est en effet pas une catégorie raciale, mais une catégorie sociale. La race est, comme la classe et le sexe, une construction sociale, et le racisme, comme la domination économique et l’oppression sexiste, s’incarne dans une souffrance sociale : ne pas trouver d’emploi ou de logement parce qu’on est noir ou arabe, être exclu de l’école parce qu’on porte un voile, etc. La « question raciale » n’est donc pas dans un rapport d’altérité avec la « question sociale » : elle en est une composante. C’est tout l’intérêt d’un mouvement comme le mouvement des indigènes de la république que de l’avoir souligné : loin d’ethniciser le social et la politique, comme on le leur reproche, les Indigènes font exactement le contraire : ils socialisent et politisent la race – au sens où, d’un ordre symbolique et social racisé, ils proposent une analyse sociale et politique.

Être blanc, pour des raisons multiples qui devraient paraître évidentes à tous mais ne le sont pas et que je tâcherai d’évoquer, est plus confortable qu’être non-blanc. Mais il existe pourtant un « mal être blanc », ou plutôt diverses formes de mal-être blanc. J’emploie cette formule en clin d’oeil à deux livres de Dominique Vidal : Le mal-être juif et Le mal-être arabe. Indépendamment de l’intérêt – réel – de ces livres, j’ai toujours éprouvé un certain malaise, lié à leurs titres, car pour ma part, le plus urgent était de parler du mal-être blanc. J’entends par là que les Blancs sont malades d’une maladie qui s’appelle le racisme et qui les affecte tous, sur des modes différents, même – j’y reviendrai – lorsqu’ils ne sont pas à proprement parler des racistes, que ce racisme consiste en une oppression systémique aux dépens par exemple des arabes, et que c’est cette oppression raciste qui engendre chez celles et ceux qui la subissent ce fameux mal-être arabe dont parle Dominique Vidal.

Voilà donc un premier mal-être blanc. Une première maladie, qui s’appelle tout simplement le racisme, dont le stimulus extérieur est toujours le même : le noir, l’arabe, le musulman, bref les non-blancs, ou plus précisément les non-blancs lorsqu’ils se pensent, s’expriment et se comportent comme des égaux. Car c’est bien la prétention à l’égalité, et non pas une simple différence de couleur, qui littéralement rend malade un nombre considérable de blancs, petits et grands [1]. Cette maladie se traduit par des symptômes divers, qui peuvent s’apparenter entre autres à la névrose obsessionnelle, la phobie, la psychose, les maux d’estomac (les fameux problèmes d’assimilation), la constipation, les vomissements, les convulsions ou les crises de nerf. Cette forme exacerbée du mal-être blanc, dans lequel un Le Pen, un De Villiers, un Michel Houellebecq, un Max Gallo, un Alain Finkielkraut, un Philippe Val ou un Robert Redeker puisent leur inspiration, j’ai pour ma part la prétention de l’avoir dépassée – même si l’emprise des préjugés racistes et leur réactivation politique et médiatique quotidienne exige une vigilance de tous les instants.

Mais j’ai eu l’occasion de connaître un autre mal-être blanc : celui des antiracistes.

Le mal-être blanc (Deuxième partie),

Le mal-être anti-raciste

 

Par Pierre Tevanian, 2 janvier

Introduction

Il y a un mal-être raciste mais il y a aussi un autre mal-être blanc : celui des antiracistes. Dans la gauche dite antiraciste, je suis en effet tombé sur des gens qui devenaient littéralement malades lorsqu’on les qualifiait de blancs. Ils manifestaient donc un mal-être blanc au sens le plus littéral – puisque c’est le simple fait d’être blancs, ou plus précisément identifiés comme tels, qui provoquait tout le mal…

Article

Première partie : Le mal-être raciste

Qu’on m’entende bien : je ne parle pas de gens qui prendraient mal le fait d’être traités de « petits blancs », ce qui serait compréhensible étant donné qu’il s’agit d’une injure politique ; je parle de gens qui s’offusquent du seul fait d’être qualifiés de « blancs », sans que ce constat – car c’est un constat : ils sont blancs – ait la moindre intention injurieuse. J’ai été surpris par exemple de la violence des réactions lorsque j’ai fait remarquer que certains plateaux télévisés étaient composés à 100% de blancs, ou quand j’ai décrit l’assistance d’un meeting des Ni putes ni soumises comme une assemblée blanche.

Cela s’est reproduit au MRAP, dont j’étais membre et que j’ai fini par quitter, où l’on m’a plusieurs fois accusé de racisme ou de dérive ethniciste pour avoir simplement constaté – et problématisé – le fait que les assemblées du MRAP sont quasi-totalement blanches. On dit que lorsque le sage montre la lune, le fou regarde le doigt, et j’ai en l’occurrence la prétention d’avoir été le sage : j’ai pointé du doigt une discrimination systémique flagrante à l’encontre des non-blancs (le fait qu’ils sont non-représentés ou sous-représentés, y compris au sein d’une association antiraciste), et mes adversaires au sein du MRAP ont été les fous qui regardaient le doigt en me répondant très sérieusement que c’était moi le raciste – raciste contre les blancs présents dans la salle.

Voilà donc ce que j’appelle le second mal-être blanc : il existe une catégorie de blancs qui sont prêts à faire des efforts de solidarité avec les non-blancs, mais qui ne supportent pas que soient contesté leur privilège, leur monopolisation de la juste cause antiraciste, ou en tout cas qui ne supportent pas d’être qualifiés de « blancs ».

Ce qui est insupportable est d’abord le simple fait d’être particularisé, parce que nous avons été élevés depuis le berceau dans l’idée que nous représentons l’universel, l’homme tout court, l’homme achevé, l’homme complet, l’homme-même. A tel point d’ailleurs qu’on parle des gens « de couleur » pour parler des noirs, des arabes et des asiatiques, mais pas de nous mêmes – comme si nous n’avions pas, nous aussi, une couleur : blanc !

Ce qui peut être insupportable, c’est également de se représenter comme des privilégiés ou des dominants. C’est pourtant la vérité, mais cette vérité est insupportable – et cette remarque vaut là encore aussi bien pour des hommes, des hétéros et des bourgeois [1].

Cette seconde manière de vivre sa condition blanche, sur le mode de la dénégation : « Je ne suis pas un blanc, nous sommes tous des êtres humains, les races n’existent pas. », est sans doute la plus répandue. Elle peut se résumer par la formule suivante :

« Il n’y a pas de différence entre blancs et noirs »

Cet énoncé est à la fois vrai et faux – ou plus exactement, il est vrai abstraitement et concrètement faux :

- ce qui est vrai est que les races n’existent pas en tant que réalité biologique, pas plus que les ethnies ou les cultures en tant qu’essences homogènes ;

- ce qui est faux est de nier toute existence à « la race ».

En effet, si les races n’existent pas en tant que réalités biologiques, elles existent bel et bien en tant que croyance collective, et cette croyance se répercute dans la réalité sous la forme de paroles et d’actes – injures, discriminations – qui font qu’être blanc et être noir sont deux expériences très différentes.

En d’autres termes :

- il est vrai que nous ne sommes des noirs, des arabes ou des blancs – c’est-à-dire des êtres qui se réduisent à une couleur ou à une origine – que dans le regard de l’autre ;

- mais une fois cette évidence posée, le problème demeure, dans la mesure où toute l’existence humaine est une existence sociale, une existence avec les autres, une existence tout entière produite par les relations que nous tissons avec les autres, donc une existence conditionnée par le regard de l’autre.

On pourra donc toujours dire qu’entre blanc et noir, il n’y a pas de différence, mais entre blanc et noir, au-delà de la différence réelle ou supposée, il y a l’inégalité. Et c’est le déni de cette inégalité, ou plutôt l’écoeurement devant ce déni, qui m’a fait accepter avec un certain enthousiasme la question que me posaient les Indigènes de la République.

Ce second mal-être blanc, ce refus d’être nommé « blanc », n’est pas non plus le mien. Je ne me souviens pas m’être jamais mis en colère du simple fait qu’on m’ait qualifié de blanc – même si bêtement, parce que programmé ainsi, il est arrivé que cela me « fasse bizarre ».

Il m’arrive même, de plus en plus, de me qualifier moi même de blanc, parce que telle est bien ma couleur – et surtout tel est mon rang social, mon privilège.

Troisième partie : Mon propre mal-être

Quatrième partie : Que faire de ce qu’on a fait de nous ?

Post-scriptum

Une première version de ce texte, nettement plus courte, a été publiée en décembre 2007 dans le mensuel L’indigène de la république

Le mal-être blanc (Troisième partie),

Mon propre mal-être

 

Par Pierre Tevanian, 2 janvier

Introduction

J’en viens à un troisième mal-être blanc, que je ressens profondément celui-là : le mal-être des blancs que l’appel des Indigènes n’a pas rendus malades, le mal-être des blancs que ne rend pas malade le fait d’être nommés « blancs ». Car si être nommé blancs – et l’être par des non-blancs – ne nous rend pas malades, nous avons pourtant, nous aussi, notre propre maladie…

Article

Première partie : Le mal-être raciste

Deuxième partie : Le mal-être anti-raciste

Une première manière de parler de ce mal-être est la manière bête et méchante de nos ennemis :

« Haine de soi »

« Complexe »

« Culpabilité post-coloniale »…

Un responsable national du MRAP a aussi jugé pertinent et spirituel d’écrire que j’étais

« un bounty à l’envers : blanc à l’extérieur, noir ou arabe à l’intérieur, ou du moins se rêvant noir ou arabe, avec en prime un voile sur la tête. » [1]

Ce registre est assez classique chez tous les racistes : c’est l’idée banale selon laquelle le blanc qui se solidarise avec les noirs en lutte est un « négrophile », voir un « lécheur de nègres » comme on le disait aux Etats Unis à l’époque des droits civiques [2], ou que celui qui se solidarise avec des musulmans est « islamophile ». On peut donc, si on y tient, me qualifier d’islamophile, de lécheur de nègres ou même de suceur de bites de barbus [3] mais il se trouve que ce n’est pas ça. Il se trouve aussi que je ne me sens pas coupable des crimes d’arrière-grands parents colons qu’au demeurant je n’ai pas. Mon mal-être blanc est d’une autre nature. Il est lié à ce que c’est qu’être blanc, en France, en 2006.

Parce qu’être blanc en France, en 2006, en un mot, c’est être un dominant – même si, comme pour tout dominant, être blanc c’est aussi être élevé dans l’idée que l’on n’est pas dominant, que l’on est comme tout le monde, qu’on vit dans une société globalement égalitaire, et que notre réussite n’est que le fruit de nos dons et de nos efforts personnels. D’où une troisième réponse :

3. Etre blanc c’est être élevé dans cette double imposture : un privilège exorbitant, et la dénégation de ce privilège.

Une imposture dont on ne peut s’extraire que difficilement et imparfaitement, par une ascèse de tous les instants, en se mettant à l’écoute et en se laissant bousculer par des non-blancs – de la même manière qu’on s’extrait, tout aussi difficilement et tout aussi partiellement, de sa condition de mec, d’hétéro ou de bourgeois.

Le privilège blanc

Pour donner un aperçu concret de ce privilège blanc, je partirai d’une expérience personnelle. J’ai été amené, au fil de divers engagements, à écrire (dans des journaux, dans des livres, sur internet) à propos des violences policières et de leur impunité, de l’occultation du passé colonial (et notamment du 17 octobre 1961) et de la loi antivoile. Sur chacune de ces trois questions, j’ai vécu une expérience similaire : je me suis retrouvé dans cette situation assez gênante où des personnes directement concernées par ces questions – des descendants de colonisés, des gens dont les proches ont été victimes de violences policières, des filles voilées ou leurs frères et sœurs – me remerciaient d’une manière qui m’apparaissait démesurée ou paradoxale. J’entends par là que, oralement, par lettre ou par mail, ces gens me disaient en substance deux choses contradictoires : d’abord ils me remerciaient infiniment, comme on remercie en principe celui qui nous a sortis de l’erreur et qui nous a apporté un savoir et une intelligence du réel que nous n’avions pas avant de le lire ; puis, juste après, ils me disaient que j’étais dans le vrai, mais à un point que je ne soupçonnais pas, car ils savaient, eux, pour la vivre, que je n’avais fait qu’effleurer la situation de violence qui leur était faite.

Ces personnes me remerciaient donc comme si je leur apprenais tout et dans le même temps elles me signifiaient que je ne leur apprenais rien. Elles me signifiaient même que c’étaient elles qui avaient des choses à m’apprendre. Bref : elles me signifiaient, sans m’en tenir rigueur, bien au contraire [4], que mes écrits ne valaient pour elles pas tant pour ce qu’ils disaient que pour le fait que c’était moi, un blanc, qui parlait. Ce que ces personnes trouvaient dans mes textes n’était pas de l’ordre de la connaissance mais de la reconnaissance. Ces textes ne venaient pas combler un manque de savoir, ils levaient – ou contribuaient à lever – un interdit. Certains me demandaient même, purement et simplement, de parler à leur place. Et dans tous les cas, que ce soit pour me demander de parler ou pour simplement me remercier d’avoir parlé, on me disait, parfois indirectement, parfois explicitement :

« Quand c’est vous qui le dites ce n’est pas pareil ».

Et plus explicitement encore :

« Moi je ne peux pas le dire, si je le dis on me dit que je suis parano, que je suis dans la victimisation »

Ou encore (dans le cas de l’affaire du voile) :

« Si moi je le dis on croit que c’est du double discours ».

J’ai définitivement compris, à partir de ces expériences, que j’étais un blanc, et qu’

4. Être blanc c’est être légitime, crédible, pris au sérieux, comme ne peuvent pas l’être des non-blancs.

Être légitime

Là encore, je pourrais aussi parler, en des termes voisins, de ce que signifie, dans la France d’aujourd’hui, être hétérosexuel, de sexe masculin et d’origine bourgeoise. Il y a beaucoup de points communs avec le statut de blanc, et notamment celui-ci : quand on a l’une de ces propriétés, et a fortiori quand on les a toutes, on est légitime. J’entends par là

- qu’on se sent autorisé à penser, à parler, à viser des objectifs élevés, des diplômes et des professions prestigieuses

- qu’on bénéficie ensuite de davantage de ressources pour y parvenir

- que l’on rencontre moins d’obstacles.

Alors que, lorsqu’on est une femme, un homo, un prolo, un noir, un arabe, le simple fait de s’autoriser à penser, imaginer, prétendre à tel ou tel titre de prestige, est une conquête qui exige des efforts considérables. Ce que mon expérience de mec hétéro blanc fils de prof a de spécifique, quand je la confronte à celle de tous les homos, de tous les prolos, de toutes les femmes ou de tous les non-blancs que j’ai rencontrés dans mon existence, c’est avant tout cela : je n’ai pas le souvenir d’avoir eu un jour de véritables doutes sur le bien-fondé de mes ambitions scolaires, professionnelles, intellectuelles, et même existentielles. Contrairement à un non-blanc, je n’ai jamais eu à me battre contre l’idée que telles ou telles études, telle ou telle ambition, tel ou tel métier, telle ou telle activité – par exemple étudier la philosophie, l’enseigner, publier des textes, des articles, des livres, ou parler en public comme j’ai pu le faire au « Parlement des Indigènes » – ce n’était pas pour moi. Je ne me suis même jamais vraiment posé la question.

Je crois pourtant être quelqu’un qui se pose des questions. Mais pas celle-là. Je ne crois pourtant pas être, comme individu, quelqu’un de particulièrement sûr de lui ni de particulièrement prétentieux. Mais justement, être blanc c’est cela : parce que je suis blanc, je n’ai pas besoin d’avoir ou de développer, en tant qu’individu, ces traits de personnalité. Je n’ai pas à être quelqu’un de particulièrement prétentieux, mon statut de mec blanc hétéro fils de prof le fait pour moi. Je n’ai pas à être quelqu’un de particulièrement sûr de lui ou vaniteux pour m’autoriser à penser ou parler : mon statut d’hétéro blanc fils de prof suffit à m’autoriser à peu près tout. Je n’ai pas à être quelqu’un de particulièrement ambitieux pour ambitionner les plus hautes études, les plus hautes carrières : mon statut de bourgeois blanc hétéro m’amène à les ambitionner « tout naturellement ». Le grand bénéfice personnel que me procure cette république bourgeoise, raciste et hétérosexiste dans laquelle je suis né et dans laquelle je vis encore, le bénéfice qu’elle procure à n’importe quel bourgeois blanc de sexe masculin et de tendance hétérosexuelle – et qu’elle ne procure pas moins au plus antiraciste et au plus antisexiste qu’au plus raciste et au plus hétérosexiste – c’est celui-là :

- je peux tout ambitionner sans même m’abaisser à devenir « un ambitieux »

- je peux gagner beaucoup sans m’abaisser à devenir « un gagneur »

- une carrière m’est ouverte même si je ne suis pas « un carriériste »

- je peux « arriver » à quelque chose sans pour cela devoir être « un arriviste ».

On m’objectera le fameux mérite. Comme Alain Finkielkraut passe son temps à le répéter,cette république ne m’a pas tout donné : j’ai dû travailler pour réussir mes études, mes examens, mes concours de recrutement, ou pour écrire des livres acceptés par des éditeurs. Mais je sais aussi que pour réussir le même type de parcours, un non-blanc, comme une femme, comme un prolo, comme un homo, doit mobiliser deux fois plus de qualités individuelles. Ce qui peut se dire autrement : je dois mobiliser deux fois moins. J’ai dû travailler beaucoup pour réussir tout ce que j’ai réussi, mais deux fois moins que des prolos, des femmes ou des non-blancs.

Ou si l’on croit aux dons naturels plutôt qu’au travail : il a bien fallu que je sois naturellement doué pour réussir ce que j’ai réussi, mais deux fois moins doué que les non-blancs qui ont réussi les mêmes choses.

J’ai dû faire deux fois moins d’efforts pour réussir ce que j’entreprenais, mais auparavant j’avais déjà dû faire dix fois moins d’efforts pour seulement penser à l’entreprendre, pour m’autoriser à avoir ces aspirations. Pour s’autoriser la même chose, un non-blanc, comme une femme, un homo, un prolo, doit développer une personnalité particulière, avec des qualités ou des défauts particuliers. Il doit être tout ce que je n’ai pas eu à être : exceptionnellement intelligent, courageux, persévérant, confiant, inébranlable, ou bien prétentieux, ambitieux, arriviste, ou encore téméraire ou enfin complètement fou. Être un bourgeois blanc hétérosexuel me met à l’abri de cette folie.

Quatrième partie : Que faire de ce qu’on a fait de nous ?

Post-scriptum

Une première version de ce texte, nettement plus courte, a été publiée en décembre 2007 dans le mensuel L’indigène de la république.

Le mal-être blanc (Quatrième partie),

Que faire de ce qu’on a fait de nous ?

Par Pierre Tevanian, 2 janvier

Introduction

Cette dernière partie récapitule les trois grandes modalités sous lesquelles la condition blanche peut être vécue : l’adhésion, la dénégation ou la conscientisation – laquelle peut être vécue à son tour sous trois modalités : le cynisme, la mauvaise conscience ou la traîtrise. Par élimination, je choisis la traîtrise, voici pourquoi.

Cette condition blanche que je viens d’évoquer, chaque blanc a le « choix » [1] de le vivre sous différents modes, impliquant chacun une forme spécifique de mal-être – surtout lorsque, officiellement, notre système de valeurs se fonde sur la liberté l’égalité et la fraternité. Trois grandes options sont possibles :

- l’adhésion, qui consiste à faire corps avec son rôle de blanc, sans la moindre distance, le moindre recul, la moindre réflexivité, et à mépriser tranquillement les non-blancs ; mais alors le mal-être nous rattrapera forcément, sous la forme d’une peur panique, à chaque fois que des non-blancs relèvent la tête et viennent nous rappeler qu’ils existent, qu’ils sont là et qu’ils sont nos égaux.

- la dénégation (« il n’y a pas de couleurs, blanc et noir c’est pareil, il n’y a qu’une race la race humaine ») ; mais là encore le mal-être nous rattrape, à chaque fois que quelqu’un vient nous mettre sous les yeux nos privilèges de blanc, à chaque fois que quelqu’un nous appelle « blanc », à chaque fois que le mot « blanc » est prononcé.

-  la conscientisation, qui consiste à assumer pleinement sa condition de blanc, en considérant que le blanc n’existe certes pas comme race au sens biologique du terme mais existe bel et bien comme croyance et comme rang social.

Cette prise de conscience ouvre à son tour sur trois modes d’existence – sur lesquels on peut se fixer, mais entre lesquels on peut aussi hésiter ou naviguer, sans forcément en avoir une pleine conscience et une pleine maîtrise :

- La première possibilité, plutôt rare, est le cynisme :

« Je sais que j’occupe une place privilégiée, je sais que je n’ai eu qu’à naître blanc (comme, sur d’autres plans, je n’ai eu qu’à naître mec, hétéro, bourgeois) pour occuper cette place privilégiée, je jouis de mon privilège et tant pis pour les non-blancs ; la liberté, l’égalité et la fraternité, je sais que c’est du vent, mais la conscience de cette imposture ne m’empêche pas de vivre ».

- Plus fréquente est la seconde option : la mauvaise conscience, qui ne fait guère avancer la situation des non-blancs mais me paraît, à tout prendre, une posture subjective moins écoeurante que la bonne conscience et l’arrogance qui prédominent dans ce pays, jusque dans les milieux progressistes et antiracistes.

- La dernière solution, enfin, consiste à être autant que possible aux côtés des sans-papiers, des filles voilées exclues de l’école, des émeutiers emprisonnés, de tous ceux qui luttent contre l’impunité policière, des Indigènes de la république… – à être en somme partout où des non-blancs se réunissent pour détruire la domination blanche.

Cette dernière option est à mes yeux la meilleure. Elle consiste à être non pas un blanc honteux ou un blanc complexé, comme des adversaires m’accusent de l’être, mais un traître blanc. Il ne s’agit pas de détester sa couleur ou de détester les siens [2], mais de détester son privilège, et le système social qui le fonde.

Éloge de la traîtrise

Cette traîtrise est pour moi la meilleure solution. Le passage à l’ennemi est certes immoral lorsqu’on est issu de classe dominée et qu’on choisit de collaborer avec la classe dominante ; mais c’est un acte moral, le seul acte moral possible lorsqu’on est issu de la classe dominante et qu’on ne veut vivre ni dans le mensonge, ni dans le cynisme, ni dans l’impuissance et la mauvaise conscience.

Une telle conclusion laisse bien sûr en suspens une question énorme : celle des modalités concrètes de la traîtrise. De nombreux problèmes pratiques se posent, comme le problème complexe que certains ont appelé « la place des blancs » dans la lutte d’auto-émancipation des non-blancs. Cette place est tout aussi problématique que celle des hommes dans le mouvement féministe, celle des hétéros dans le mouvement homosexuel ou celle des bourgeois dans le mouvement ouvrier, et si un soutien et des actions en commun peuvent être nécessaires, des moments de non-mixité le sont tout autant voire davantage  [3]. Une série d’écueils menace sans cesse :

- confondre soutien, participation et leadership ;

- confondre identification partielle et identification totale, se croire arabe, noir, musulman, sans-papiers ou émeutier quand on ne l’est pas soi même et qu’on ne subit pas soi même les discriminations qui vont avec [4] ;

- « prendre la grosse tête », se complaire dans la posture du « juste », tirer un profit symbolique – voire matériel – excessif de la reconnaissance des non-blancs et de l’admiration des « blancs conscients ».

Il faut au contraire accepter de se voir renvoyer à la figure son statut de blanc de la part de non-blancs soucieux de nous rappeler cette réalité que nous avons toujours tendance à oublier ou à mésestimer : que ce sont eux qui morflent et pas nous. Bref, une fois prononcés les mots traîtrise, passage à l’ennemi, lutte politique pour la destruction de la domination blanche, tout reste à dire, à faire, à construire. Les difficultés, les problèmes, les contradictions, ne manquent pas, et le mal-être nous accompagne de bout en bout, sous de multiples formes :

- l’épuisement d’un combat où l’on est avec David contre Goliath

- le découragement

- la nécessité épuisante d’un perpétuel retour sur soi,

- les remises en question, les non-blancs qui parfois injustement, souvent à juste titre, nous reprochent des « réflexes de blancs » – une certaine aisance, une certaine assurance, une certaine facilité à prendre la parole quand d’autres n’arrivent pas à la prendre – dont nous ne sommes jamais complètement débarrassés

- une partie de la tension du rapport de domination blanc / non-blanc qui se répercute nécessairement « en interne » malgré le travail militant en commun…

« La place des blancs ? Payante ! »

Cette réponse qu’un ami non-blanc [5] avait faite en mai 2005 lors de la première « Agora des indigènes de la république » à Nanterre n’est pas une simple plaisanterie. Elle signifie d’abord que la place d’un blanc au sein ou aux côtés d’un mouvement de non-blancs en lutte contre la domination blanche n’est pas gratuite, qu’elle n’est ni acquise ni confortable, parce qu’il existe un contentieux ancien et profond entre les militants non-blancs et leurs « amis » blancs, et que ce contentieux pèse forcément – et légitimement – sur la relation de compagnonnage politique, sous la forme notamment d’un soupçon de paternalisme ou – pour reprendre la formule d’Aimé Césaire – de fraternalisme [6].

La place payante signifie aussi que les autres blancs – ceux qui croient en leur supériorité et font corps avec leur privilège, mais aussi ceux qui dénient ce privilège et professent qu’il n’y a « pas de races » – supportent mal notre trahison et nous la font payer. Le prix n’est pas nécessairement très élevé, on peut en rester à de simples quolibets – ceux que j’ai déjà évoqués : « complexe », « culpabilité postcoloniale », « bounty à l’envers », « islamophile », « suceur de bite de barbu », « dhimmi », « collabo » – mais il est parfois plus élevé : calomnies, cabales, ostracisme…

La place des blancs est enfin payante en un tout autre sens, à la fois plus positif et malgré tout piégeant : l’effort de remise en question et l’investissement militant aux côtés des non-blancs sont des « efforts payants », ils sont payés en retour par des gratifications essentiellement symboliques – notamment cette reconnaissance énorme que nous renvoient les non-blancs avec qui nous luttons, qui monte facilement à la tête et dans laquelle nous pouvons aussi nous perdre.

Bref : je sais que cette manière-là de vivre ma condition de blanc me pose une multitude de questions auxquelles je n’ai pas de réponse et de problèmes auxquels je ne suis pas préparé. Mais je sais aussi qu’il y a une joie dans la lutte, et parmi toutes les manières de vivre ma condition blanche, c’est celle-là que je choisis, par élimination, parce que toutes les autres me dégoûtent.

Post-scriptum

Une première version de ce texte, nettement plus courte, a été publiée en décembre 2007 dans le mensuel L’indigène de la république.

Textes de Pierre Tevanian


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Notes

[1] Par choix j’entends simplement l’existence d’une pluralité d’options possibles. Mais il ne s’agit pas – les guillemets sont là pour le rappeler – d’un pur choix rationnel, opéré par une conscience souveraine, détachée de tout déterminisme. Au contraire, l’option que chaque blanc « choisit » est largement déterminée par les univers sociaux dans lesquels il a été socialisé et dans lesquels il évolue, par les rencontres ou les influences extérieures, et par ses positions au sein des autres rapports de domination (riche /pauvre, homme /femme, hétéro /homo…).

[2] Aux sales cons qui, notamment au MRAP, me traitaient de blanc complexé, de « bounty à l’envers » ou de raciste anti-blanc, j’ai souvent eu envie de répondre : « Mais pas du tout, vous savez, j’ai des amis blancs ».

[3] Cf. Christine Delphy, La non-mixité : une nécessité politique

[4] Par identification partielle j’entends par exemple le fait que mon engagement contre l’exclusion des élèves voilées m’a valu d’être « associé » aux filles voilées et aux « islamistes », et de me retrouver, pour la première fois de mon existence, sinon porteur d’un stigmate, du moins précédé d’une mauvaise réputation et sommé de me justifier en permanence. Mais cette identification « par le camp d’en face » ne me permet pas de m’identifier moi même aux musulmans stigmatisés – et encore moins aux filles voilées – dans la mesure où la mauvaise réputation qui m’a été faite depuis cet engagement est moins infâmante et surtout beaucoup plus circonscrite dans l’espace et dans le temps. La différence de nature entre « ma stigmatisation » et celle des non-blancs, en l’occurrence des musulmans, réside dans le fait que j’ai toujours eu, en tant que blanc, la possibilité de me retirer, momentanément ou définitivement, dès lors que la pression liée aux injures, aux attaques ou à la nécessité permanente de se justifier devenait trop pénible. Une telle « porte de sortie » n’existe tout simplement pas pour les musulman-e-s, comme elle n’existe pas pour les noir-e-s ou les arabes, qui sont exposés à la stigmatisation, au soupçon et au risque de subir une offense raciste en tout lieu et en tout temps, qu’ils soient engagé dans une lutte politique ou qu’ils aillent s’attabler à la terrasse d’un café. Contrairement au non-blanc qui porte son stigmate sur lui (par son apparence physique ou son patronyme), le blanc, même le plus « compromis » et le plus diabolisé, le plus « négrophile » ou le plus « islamisé », ne porte son stigmate que dans des espaces bien délimités – les sphères militantes, la société des gens « bien informés » – et pour une durée qui peut être interrompue par lui-même : dès qu’il quitte l’arène politique, il redevient « respectable ».

[5] Christophe Gaudier, auteur notamment de « À quoi sert “la victimisation” ? » et du blog christophe.unblog.net.

[6] Aimé Césaire, Lettre à Maurice Thorez, 1956

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