Les défis de l’eau et de la gouvernance vont de pair

Posté par issopha le 19 décembre 2008

Les défis de l’eau et de la gouvernance vont de pair

 

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Les décisions relatives à la gestion des ressources en eau sont une priorité absolue. Qui a le droit à l’eau et à ses avantages ? Qui prend les décisions concernant la distribution des ressources en eau, et détermine qui est approvisionné ? Et à partir d’où, quand et comment ?

9 mars 2006

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Château d’eau au Sri Lanka © Photo UNESCO / P.Coles

La capacité des pays à fournir un service d’approvisionnement en eau et d’assainissement pour tous, à mettre en oeuvre des plans de gestion intégrée des ressources en eau (GIRE), à répondre aux nouvelles demandes en matière d’eau, à déterminer le partage de l’eau entre les usagers et à gérer les conflits et les risques, dépend en grande partie de leur aptitude à mettre en place des systèmes de gouvernance solides et efficaces.

- Le stress hydrique semble apparaître dès lors que les droits et les libertés individuels sont limités. Comparer la quantité d’eau disponible par habitant avec la gouvernance démocratique indiquerait que nombre de pays sont confrontés à un double défi : une pénurie d’eau ou un stress hydrique et la limitation des droits politiques et des libertés civiques. C’est le cas au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. La réforme du secteur de l’eau doit donc être menée de concert avec une réforme globale de la gouvernance. Tant que les questions liées à l’eau ne seront pas intégrées dans les mécanismes propres aux échanges commerciaux nationaux et internationaux, et ne seront pas associées à la stabilité et à une gouvernance plus équitable, il y a peu de chance que les objectifs internationaux en matière d’eau soient atteints.

- Le développement est davantage ancré dans les systèmes lorsque les gouvernements, les entreprises privées et la société civile travaillent ensemble à des projets communs. Au cours des dernières décennies, l’accent a été mis en particulier sur le rôle grandissant du secteur privé dans la gestion des ressources en eau. La privatisation complète des services de l’eau dans les pays en développement n’a toutefois pas permis de répondre aux attentes. Il est donc indispensable d’intensifier le dialogue sur l’eau entre les différents partenaires concernés.

- Pour lutter efficacement contre la corruption dans le monde, il faut redoubler d’efforts et multiplier les actions à tous les niveaux. Chaque année, la corruption coûte au secteur de l’eau des millions de dollars. Elle détourne des ressources financières déjà rares et réduit les chances d’un pays de pouvoir fournir à chacun de ses habitants un service d’approvisionnement en eau et d’assainissement approprié. Dans certains pays, où elle est systématique, la corruption est souvent considérée comme une pratique courante, propre au monde des affaires, entre les institutions publiques, les citoyens et le secteur privé, ainsi qu’au sein même du secteur public.

- Les systèmes de gouvernance sont liés de façon intrinsèque aux procédés et aux pouvoirs politiques. S’orienter vers une meilleure gouvernance sous-entend l’engagement des pouvoirs politiques et exige d’apprendre à manoeuvrer dans des contextes hautement politisés. L’amélioration de la gouvernance de l’eau est un vrai défi en ce qu’elle implique forcément des efforts de réforme qui s’étendent au-delà du secteur de l’eau.

- Il n’y a pas de recette type pour l’amélioration de la gouvernance ; chaque société doit trouver celle qui lui correspond. La planification traditionnelle en matière de ressources en eau demeure rigide. Il reste encore à développer des cadres et des institutions de gouvernance capables de s’adapter et de répondre réellement aux situations caractérisées par la variabilité, le risque, les incertitudes et les changements.

(nb. article rédigé sur la base du résumé officiel)


 

 

Sommet africain sur l’eau : un programme à 65 milliards de dollars

 

La ville de Syrte, en Libye, a hébergé pendant trois jours une conférence ministérielle sur l’eau pour l’agriculture et l’énergie en Afrique, avec un accent particulier mis sur les défis du changement climatique. À son ouverture, le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, a insisté sur le fait que « la maîtrise de l’eau est un élément clé de la sécurité alimentaire ». Cela a un coût, estimé par les experts à quelque 65 milliards de dollars répartis sur 20 ans.

17 décembre 2008

Cette conférence, à laquelle participaient les ministres et hauts fonctionnaires de 53 pays africains, était organisée du 15 au 17 décembre 2008 par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) et par le gouvernement libyen, en collaboration avec plusieurs partenaires, notamment l’Union africaine, le Conseil des ministres africains pour le développement de l’eau, la Banque africaine de développement et la Commission économique pour l’Afrique.

L’ordre du jour de la conférence a principalement porté sur un projet de programme pour une ‘Révolution bleue’ utilisant au mieux les ressources en eau inexploitées de l’Afrique. Etalé sur une vingtaine d’années, ce programme qui devrait coûter environ 65 milliards de dollars détaille les besoins en investissements dans l’irrigation et l’énergie hydro-électrique dans chaque pays africain.

Pour la première fois, des bilans pays par pays, basés sur des évaluations à court, moyen et long termes, ont été dressés de manière exhaustive en considérant les investissements pour la maîtrise de l’eau au niveau des villages, des périmètres irrigués et des grands bassins fluviaux, tant pour l’agriculture que pour la production hydro-électrique.

Il y a urgence : l’Afrique subsaharienne, qui a le plus fort taux de sous-alimentation au monde, sera durement touchée par le changement climatique et le continent devra tripler sa production alimentaire d’ici à 2050 pour nourrir une population qui atteindra 2 milliards d’individus.

L’exemple le plus symptomatique des menaces climatiques sur l’Afrique est sans aucun doute le Lac Tchad et sa « catastrophe humaine et environnementale annoncée”. En une trentaine d’années, il a en effet perdu près des 90 pour cent de sa superficie, mettant ainsi en péril les moyens d’existence des populations locales.

La Déclaration finale commune adoptée par la Conférence de Syrte souligne l’importance de la maîtrise de l’eau au plan national, régional et continental. Le développement du capital humain de l’Afrique passant de toute évidence par la sécurité alimentaire et énergétique, la mise en oeuvre de programmes intégrés sur l’eau, l’agriculture et l’énergie devrait donc être considérée comme une priorité. (Source : FAO)

Lien vers le site de la conférence 

 

 

2e Rapport mondial sur les ressources en eau

L’eau, de la crise de gouvernance à la « responsabilité partagée »

 

L’édition 2006 du Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau (rédigé sous les auspices d’un Programme mondial créé il y a six ans pour aider les États à tenir leurs engagements face aux grands défis liés à l’eau et hébergé par l’UNESCO) a été présentée le 9 mars en conférence de presse à Mexico. Sa publication officielle interviendra le 22 mars, à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau. En principe triennal et coïncidant avec la tenue du Forum mondial de l’eau, ce rapport fait désormais partie des documents de référence absolument incontournables dans le domaine de l’eau. Intitulé cette fois-ci « L’eau, une responsabilité partagée », il met le doigt sur ce qu’il appelle une « crise de gouvernance » dans la gestion des ressources mondiales en eau.

9 mars 2006

rmre_2006Plus d’un milliard de personnes n’ont toujours pas accès à des ressources suffisantes en eau potable et plus de deux milliards et demi à un service d’assainissement de base. Ces personnes font partie des plus pauvres au monde et plus de la moitié d’entre elles vivent en Chine ou en Inde. Il semble peu probable que l’ONU atteigne l’objectif qu’elle s’est fixé de réduire ces deux chiffres de moitié d’ici à 2015.

Et cela s’explique principalement, selon le Rapport sur la mise en valeur des ressources en eau, par « les mauvaises pratiques de gestion, la corruption, l’absence d’institutions appropriées, l’inertie bureaucratique et la faiblesse des investissements dans les domaines des ressources humaines et des infrastructures physiques ».

Le 20e siècle a vu la population mondiale tripler, mais la consommation en eau, elle, a été multipliée par six. La capacité de satisfaire la demande planétaire toujours croissante dépendra donc, selon le rapport, d’une bonne gouvernance et d’une bonne gestion des ressources disponibles.

« Il n’existe pas de recette type dans ce domaine complexe et variable, déclare Koïchiro Matsuura, Directeur général de l’UNESCO. Cependant, nous savons qu’une bonne gouvernance doit reposer sur des institutions adéquates, aux échelles nationale, régionale et locale, sur des cadres juridiques stables et efficaces, et sur des ressources humaines et financières suffisantes ». Cela suppose aussi le respect des libertés et l’information des citoyens sans quoi, dit encore le rapport, « ils n’ont quasiment aucune chance de pouvoir s’opposer à des aménagements hydrauliques qui nuisent à l’environnement ou de mettre les instances gouvernementales concernées devant leurs responsabilités ».

Des constats qui en disent long sur l’absence de volonté politique …

  • Le Plan de mise en oeuvre de Johannesburg, adopté par les États membres lors du Sommet mondial pour le développement durable (2002), invitait les gouvernements à élaborer des plans de gestion intégrée des ressources en eau et de valorisation de l’eau avant 2005. Le rapport indique qu’environ 12 % des pays seulement ont mené ce travail à terme.
  • Les crédits alloués à l’eau ne progressent pas. L’aide publique au développement totale consacrée au secteur de l’eau au cours de ces dernières années s’élève en moyenne à 3 milliards de dollars par an (plus un milliards et demi sous forme de prêts d’institutions financières internationales). Mais seul un faible pourcentage (12 %) de ces fonds parvient effectivement à ceux qui en ont le plus besoin.
  • Les investissements du secteur privé dans le domaine de l’approvisionnement en eau sont en recul. Au cours des années 1990, on estime que le secteur privé a investi 25 milliards de dollars dans les services d’approvisionnement en eau et d’assainissement dans les pays en développement, principalement en Amérique latine et en Asie. Cependant, beaucoup de grandes multinationales présentes dans le secteur de l’eau ont commencé à réduire leurs activités, voire à y renoncer, à cause des risques politiques et financiers importants auxquels elles étaient exposées.
  • Bien que l’on ne dispose pas de chiffres précis, on estime que la corruption coûte chaque année des millions de dollars au secteur de l’eau et qu’elle nuit fortement à l’approvisionnement en eau, en particulier à destination des plus pauvres. Le rapport cite les résultats d’une enquête menée en Inde selon laquelle 41 % des personnes interrogées avaient payé plus d’un pot de vin au cours des six mois précédents afin de falsifier leurs relevés de consommation en eau.

… et sur la dégradation des ressources en eau

  • La qualité de l’eau est de moins en moins bonne dans la plupart des régions. Les chiffres montrent que le nombre d’espèces d’eau douce est en recul et que les écosystèmes d’eau douce se détériorent rapidement, souvent plus vite que les écosystèmes terrestres et marins. Le rapport souligne que le cycle hydrologique, nécessaire à la vie, ne peut se dérouler que dans un environnement sain.
  • Les catastrophes naturelles sont de plus en plus nombreuses et la très grande majorité d’entre elles sont liées à l’eau. Elles sont la conséquence d’une mauvaise utilisation des sols. Exemple : le lac Tchad, en Afrique, a perdu près de 90 % de sa superficie depuis les années 1960, principalement à cause du surpâturage, de la déforestation et de grands projets d’irrigation non durables.
  • Deux personnes sur cinq vivent aujourd’hui dans des zones susceptibles d’être inondées, notamment du fait de l’élévation du niveau de la mer. Les pays les plus exposés sont le Bangladesh, la Chine, les États-Unis, l’Inde, le Pakistan, les Pays-Bas, les Philippines et les petits États insulaires en développement. Le rapport insiste sur le fait que les changements climatiques ne feront qu’aggraver cette situation.
  • La population mondiale aura besoin de 55 % de nourriture supplémentaire en 2030, ce qui se traduira par un recours plus important à l’irrigation, qui représente d’ores et déjà près de 70 % de la consommation d’eau douce.
  • La moitié ou presque de la population mondiale vit désormais dans des villes. Dans un quart de siècle, ce chiffre aura passé à deux tiers, ce qui entraînera une hausse vertigineuse de la demande en eau dans les zones urbaines. On estime que 2 milliards de personnes vivront dans des bidonvilles, là où l’on souffre le plus de l’insuffisance des approvisionnements en eau salubre et des installations d’assainissement.

(Source : Communiqué de l’UNESCO, 9 mars 2006)

Ile-de-France : la gestion de l’eau potable restera en mains privées

 

Par 88 voix contre 54, les élus du Syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif) réunis à Choisy-le-Roy (Val-du-Marne) se sont prononcés pour le maintien dans le secteur privé de la gestion du plus gros service d’eau potable en Europe. Le Sedif fournit en eau potable quelque 4 millions d’habitants répartis sur 144 communes et les sept départements de la banlieue parisienne. Depuis la création du syndicat en 1923, c’est le groupe Veolia qui gère ce service sous délégation de service public.

11 décembre 2008 – Article ouvert à la discussion >

Après la décision prise par la Ville de Paris de remunicipaliser son service de l’eau (voir article aqueduc.info), la décision du Sedif était très attendue et faisait l’objet de multiples prises de position entre les partisans du retour en régie publique et ceux de la reconduction du contrat passé avec Veolia en 1962 (pour un montant de 371 millions d’euros) et qui arrive à expiration fin 2010. La société Suez Environnement, concurrent direct de Veolia, avait également fait savoir que ce marché l’intéressait également.

Les élus de gauche et des associations de consommateurs dénonçaient une surfacturation de l’eau évaluée notamment par UFC-Que Choisir à quelque 90 millions d’euros par an. Les administrateurs du Sedif, qui avaient commandé une étude montrant que des économies substantielles pouvaient être réalisées, avaient alors proposé de maintenir le mode de gestion actuel en renforçant son contrôle et en l’accompagnant d’une « tarification sociale ». Une majorité d’élus de droite estimaient pour leur part que les entreprises privées offraient un plus grand savoir-faire en la matière.

À noter que le prix de l’eau distribuée dans les 144 communes du Syndicat des Eaux d’Ile-de-France est de 42% plus élevé qu’en ville de Paris et supérieur également à la moyenne nationale du fait, dit-on au Sedif, de conditions d’exploitation plus difficiles. Avec un million de mètres cubes distribués chaque jour, le Sedif est le plus grand service public d’eau en France. (Informations de sources diverses)

Site web du Syndicat des Eaux d’Ile-de-France (Sedif)

Paris remunicipalise son service de l’eau

 

C’est à une large majorité que le Conseil municipal de la Ville de Paris a voté la remunicipalisation du service de l’eau à partir de 2010. Il a pour cela autorisé la création d’une régie autonome autour de la société EAU DE PARIS, désormais chargée de la totalité de la chaîne d’alimentation en eau. Cette décision constitue une étape importante dans la mise en place de la réforme du service public de l’eau de la capitale française.

24 novembre 2008 – Article ouvert à la discussion >

Jusqu’ici c’est « Eau de Paris », une société d’économie mixte détenue à 70% par la Ville, qui était chargée de la production d’eau potable. Mais ensuite ce sont deux entreprises privées qui en assuraient la distribution suite à une décision prise par Jacques Chirac en 1985 : la Compagnie des Eaux de Paris, filiale de Veolia en rive droite, et Eau et Force-Parisienne des Eaux, filiale de Suez en rive gauche. Mais les contrats de délégation de service public de ces deux entreprises arrivant à leur terme, la Ville, sous l’impulsion de son maire Bertrand Delanoë, a opté pour le principe de la remunicipalisation de son service de l’eau autour de sa société « Eau de Paris », transformée en régie autonome.

La Mairie de Paris justifie le choix d’un opérateur unique par le fait que « l’organisation actuelle, éclatée, dilue les responsabilités et ne permet pas d’identifier clairement les compétences de chaque acteur. Ainsi, une goutte d’eau qui entre dans Paris, change en moyenne dix fois de responsable avant d’atteindre le robinet du consommateur. »

Le manque à gagner des deux entreprises privées dont les contrats n’ont pas été renouvelés se chiffrerait, selon les données connues, à quelque 132 millions d’euros pour Veolia et 62 millions pour Suez.

Dès janvier 2010, la nouvelle régie devrait regrouper l’ensemble des activités de production et de distribution de l’eau potable et disposer d’un grand laboratoire de recherche et de surveillance de la qualité de l’eau : « L’usager aura ainsi un seul interlocuteur, aux responsabilités claires. Cette organisation simplifiée sera plus lisible. L’accès à l’information sera plus aisé. »

Les autorités parisiennes espèrent plusieurs avantages de cette réappropriation publique de l’ensemble du service de l’eau, notamment : une amélioration de la qualité et de l’efficacité du service rendu, une stabilisation du prix de l’eau, un meilleur suivi et entretien des équipements et des réseaux, une plus grande maîtrise de la consommation d’eau, une réelle concertation avec les usagers et le développement de la solidarité avec les Parisiens les plus démunis comme avec les populations des pays du Sud privés d’accès à l’eau potable.

Par contre, les maires des 144 communes membres du Syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif), représentant quelque quatre millions d’habitants, ont décidé le 11 novembre (voir l’information aqueduc.info) de confier à nouveau la gestion de leurs services des eaux à un opérateur privé, en l’occurence Veolia, sous contrat depuis 1962. Avec un million de mètres cubes distribués chaque jour, le Sedif est le plus grand service public d’eau en France. (Sources : Eau de Paris, Sedif)

Site web de la Société anonyme de gestion des eaux de Paris (Eau de Paris)

 

 

 

L’eau n’appartient à personne. Donc…

13 janvier 2007

Les fans de Yann Arthus-Bertrand et de ses relevés d’arpenteur de terres « vues du ciel » continuent de s’en mettre plein les yeux. Début janvier, le deuxième volet du long documentaire proposé par France 2 les invitait à prendre conscience que « Défendre l’eau, c’est défendre la vie… Mais il faut la sauver aujourd’hui si nous voulons qu’il en reste demain. »

Peut-être avez-vous eu la chance de revoir ou de découvrir ces extraordinaires et parfois spectaculaires clichés : Mer Morte qui continue de s’assécher, fabuleuses cascades brésiliennes du Minas Gerais, champs d’oignons des Dogons maliens en plein Sahel, pépinières verdoyantes du Néguev israélien, fontaines géantes de Las Vegas, réservoirs de fortune sur les toits d’Amman la jordanienne. De retour au ras du sol, ce sont alors les mots qui font choc. Les pires et les meilleurs.

Las Vegas, Nevada. La ville américaine qui consomme le plus d’eau – 1000 litres par jour et par personne – dans le territoire le plus sec des États-Unis. Jardins, parcs, piscines, tout y est démesuré : Sin City, la pécheresse, déborde littéralement d’« extravagances aquatiques ». L’approvisionner en eau quotidienne, bonne et suffisante, c’est l’affaire de Pat Mullroy, dont on réalise qu’elle est sans doute la femme la plus puissante du territoire. Elle met en tout cas toute son énergie à faire en sorte que rien – surtout pas un manque d’eau – ne vienne freiner l’expansion de la capitale du jeu : « mon rôle est d’apporter de l’eau, quelle que soit l’utilisation qu’on en fait ». Coûte que coûte.

La patronne de la Water Authority avoue tout de même quelques soucis. Car le Lac Mead, ce vaste réservoir artificiel dont le Nevada partage l’exploitation effrénée avec six autres États, s’épuise rapidement. Le fleuve Colorado n’arrive plus à compenser les pompages. Diantre ! Las Vegas, avec un aqueduc de 500 kilomètres, ira donc soutirer l’or bleu souterrain de l’Est de l’État, provoquant la colère et le désespoir d’agriculteurs et de cow-boys privés d’avenir. Don’t let Las Vegas destroy Nevada ! Mais Pat Mullroy n’a que faire de leur mauvaise humeur : « cette eau ne leur appartient pas ». Leur bonheur et leurs droits passent après ceux des investisseurs et des touristes.

Cette loi du plus fort pour l’accès à l’eau, le Proche-Orient la vit au jour le jour. Une très récente étude arabe conclut par exemple que l’État israélien contrôle aujourd’hui quelque 80% de l’eau des territoires palestiniens. Et si Yann Arthus-Bertrand a concentré son reportage sur cette région du monde, c’est parce que c’est là, à ses yeux, que se cristallisent toutes les inquiétudes du monde, mais aussi de possibles promesses.

Celui qui, du ciel, regarde l’eau de Jordanie, d’Israël et de Palestine, comprend qu’elle n’appartient à personne. Mais il en tire une autre conclusion qu’à Las Vegas. C’est le bien commun de tous, elle est à tout ce qui vit : « c’est l’eau qui va sans doute forcer les hommes, ici, à faire la paix pour assurer leur survie ».

Bernard Weissbrodt



* VU DU CIEL, « Défendre l’eau, c’est défendre la vie »
Documentaire de Yann Arthus-Bertrand
Réalisation : Pascal Plisson et Xavier Lefebvre
Production France Télévisions, 2006

 

 

 

Rapport mondial sur le développement humain 2006

Pourquoi les plus pauvres paient-ils l’eau au prix fort ?

 

À Barranquilla, en Colombie, le prix moyen de l’eau fournie par les services collectifs est d’un demi dollar par mètre cube, contre 5 dollars et demi pour celle des sociétés qui la distribuent par camions-citernes aux familles non raccordées. De même, dans les bidonvilles d’Accra, au Ghana, et de Nairobi, au Kenya, la population achète son eau auprès de vendeurs qui pratiquent des prix au litre généralement huit fois plus élevés que celui de l’eau courante fournie à domicile par les services collectifs.

9 novembre 2006

Le dernier Rapport mondial sur le développement mondial met le doigt sur une flagrante situation d’injustice, à savoir que les prestataires de services publics, bien trop souvent, fournissent une eau bon marché aux familles à hauts revenus et un service de piètre qualité – voire aucun service du tout – aux populations pauvres.

Il y a certes une inégalité de départ : les ménages pauvres, parce qu’ils n’en ont pas les moyens financiers, ou plus simplement encore parce qu’ils vivent en dehors des réseaux de distribution, ont peu de chance d’avoir accès à une source d’eau potable. Le revers de la médaille est encore moins reluisant : des millions de gens parmi les plus pauvres paient leur eau à un prix parmi les plus hauts.

Pour en comprendre le pourquoi, il faut d’abord regarder où ces populations démunies vont chercher leur eau et comment les structures du marché leur rendent la vie extrêmement difficile. Tant il n’est pas simple pour elles, si l’on s’en tient aux normes minimales de qualité, de quantité et de proximité, d’avoir « au moins 20 litres par jour d’eau salubre provenant d’une source située à moins d’un kilomètre du domicile ».

De l’eau à sources multiples

Avoir accès à l’eau dans un pays pauvre n’a pas grand-chose à voir avec les robinets des habitations en pays riches où chaque immeuble est raccordé à un réseau de distribution géré par un prestataire de service.

Du point de vue de la qualité, raccordements privés, bornes-fontaines, pompes et puits protégés peuvent être considérés comme des accès à l’eau potable. Mais ce n’est pas le cas pour l’eau achetée à des revendeurs et à des camions-citernes, et encore moins pour l’eau puisée dans les cours d’eau et les puits non protégés.

Dans la réalité quotidienne, les usages de l’eau sont beaucoup plus variés – et dynamiques – que l’image simplifiée qu’on en a dans les pays du Nord. Des millions de familles doivent constamment modifier leur quête de l’eau pour répondre à leurs préoccupations immédiates (disponibilité, qualité, prix, etc.) si bien que la frontière entre eau potable et non potable a quelque chose d’un peu illusoire. On boit l’eau du robinet public, mais on puise l’eau des puits non protégés pour l’hygiène personnelle et la lessive.

De plus, il faut tenir compte des facteurs saisonniers : lorsque la pression est trop faible dans les fontaines ou que l’arrivée d’eau est trop irrégulière, il faut se tourner vers des sources de remplacement, y compris les cours d’eau, avec les conséquences faciles à imaginer quant aux risques de contamination et au nombre d’heures supplémentaires passées à s’approvisionner.

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Source : RDG 2006 (PNUD)

Le puzzle de l’offre

Si on regarde l’accès à l’eau du point de vue des distributeurs, les images se multiplient tout autant. Alors que les usagers des pays industrialisés s’approvisionnent généralement auprès d’un seul et unique prestataire de services, les familles pauvres des pays en développement se voient proposer « un éventail déconcertant » de vendeurs d’eau.

Faute de robinet privé, ce sont les bornes-fontaines qui représentent le point de contact privilégié, et le plus répandu, avec le réseau collectif de distribution. Ces points de distribution et de revente d’eau à un prix minimum sont souvent gérés par des comités de quartier, des associations locales ou des particuliers sous contrat avec le service municipal.

Ce n’est pourtant que la partie visible du système de distribution. Car, dans de nombreuses villes, ces bornes-fontaines ne sont de loin pas disponibles – ou en état de marche – dans tous les quartiers, surtout dans les zones plus éloignées. Et là où elles existent, l’approvisionnement peut être insuffisant, voire rationné en saison sèche.

L’eau marchandise

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© Green Belgium – Jeune porteur d’eau au Maroc

Les familles doivent alors s’adresser à des vendeurs d’eau. Certains en font le commerce dans des « kiosques » après l’avoir acquise auprès de propriétaires de camions-citernes qui ont accès, ailleurs, à des points d’eau du service collectif. D’autres s’en vont la vendre dans la rue en jerrycans ou bonbonnes, sur leurs vélos ou sur des charrettes attelées à des ânes. Ces revendeurs d’eau représentent un plus indéniable. Ils agrandissent en quelque sorte le réseau d’eau et proposent un service qui génère d’importants avantages pour les familles. Mais c’est un service qui a un prix (voir dans la colonne de droite), proportionnel à la distance qui les sépare du service collectif et au nombre d’intermédiaires entre le réseau et le consommateur final.

Autrement dit, et pour reprendre les termes mêmes du Rapport mondial sur le développement humain, « des millions de gens parmi les plus pauvres et les plus vulnérables au monde dépendent déjà de marchés qui traitent l’eau comme une marchandise et distordent les prix à leur détriment ». Pour bon nombre de ménages, le marché privé de l’eau est quoi qu’on en dise une réalité quotidienne. Qu’ils paient au prix fort et souvent pour un « produit » de piètre qualité. (bw)



Ces informations sont toutes extraites du Rapport mondial sur le développement humain 2006 (PNUD)

 

 

 

Un rapport du WWF international

La crise de l’eau touche aussi les pays riches

On a longtemps considéré que les crises de l’eau étaient d’abord un problème touchant les pays les plus pauvres, mais, aujourd’hui, elles affectent de plus en plus certaines des nations les plus prospères. Le constat émane du Fonds mondial pour la nature (WWF) qui publie un rapport (« Rich countries, poor water ») donnant une vue globale des enjeux de l’eau dans les pays développés.

16 août 2006

wwf2006_120Ce rapport montre que l’interaction entre les changements climatiques, les épisodes de sécheresse et la disparition des zones humides engendre une crise mondiale, qui s’aggrave encore de par l’inadéquation des aménagements et la mauvaise gestion de l’eau. Le rapport se base sur des exemples glânés en Australie, en Espagne, au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Japon.

Pour Jamie Pittock, directeur du programme global d’eau douce du WWF, « l’eau doit être employée plus efficacement dans le monde entier, la pénurie et la pollution deviennent des choses davantage communes et la responsabilité de trouver des solutions repose à la fois sur les nations riches et sur les nations pauvres. »

En Europe, les pays de la façade atlantique souffrent de sécheresses récurrentes, alors que dans le bassin méditerranéen le tourisme de masse,qui entraîne une consommation intensive de l’eau, et l’irrigation de certaines cultures gourmandes en eau mettent en danger les ressources aquatiques disponibles. En Australie, le continent le plus sec du monde, la salinité menace grandement une grande partie des principales zones agricoles.

Au Japon, et en dépit de précipitations élevées, la contamination des approvisionnements en eau est un problème extrêmement sérieux dans bien des secteurs. Aux Etats-Unis, de larges pans de l’économie emploient déjà nettement plus d’eau que ce que permet la reconstitution naturelle des réserves. Une situation qui se voit encore aggravée par le réchauffement climatique et ses conséquences comme l’augmentation des pluies, l’accroissement de l’évaporation et la fonte des glaces.

« Ne pas répéter les erreurs du passé »

Les pays émergents, poursuit Jamie Pittock, « ont encore la possibilité de ne pas répéter les erreurs du passé et de s’épargner les coûts élevés qu’entraînent la restauration des écosystèmes d’eau douce détériorés. Malheureusement, la majorité de ces pays a déjà été séduite par de grands projets d’infrastructures, sans qu’il n’y ait eu de réelle évaluation des besoins en eau ni de leurs coûts pour les populations et pour la nature ».

Au Brésil et en Chine, plusieurs projets de barrages suscitent l’inquiétude quant aux conséquences sur l’environnement et les populations. En Inde, l’agriculture est menacée par une surexploitation généralisée des ressources en eau.

Pour les responsables du WWF, l es problèmes liés à l’eau, qui touchent aujourd’hui tant les pays riches que les nations pauvres, sont des signaux d’alarme qui doivent nous rappeler notre devoir de protéger la nature, source de toute l’eau dont nous avons besoin.

Le bien-être matériel et la multiplication des infrastructures ne protègent pas des pénuries ou des pollutions, pas plus qu’ils ne constituent des substituts efficaces à la protection des cours d’eau et des zones humides, ni à la restauration des sites inondables.

Il appartient aux gouvernements de trouver des solutions adaptées, pour les riches comme pour les pauvres, notamment en réhabilitant les infrastructures vétustes, en réduisant la pollution des eaux et en modifiant les pratiques agricoles d’irrigation.

(Source : communiqué WWF et agences)

Le robinet et le cadenas

9 novembre 2006

C’est le graphisme de couverture du dernier Rapport mondial sur le développement humain, consacré cette année à la thématique de l’eau. Un robinet et un cadenas qui disent que des millions d’êtres humains de par le monde sont privés d’accès à une eau salubre. Non pas parce que cette eau serait rare, mais parce qu’ils en sont exclus pour cause de pauvreté, d’inégalité, ou d’incapacité des pouvoirs publics.

De ce rapport – qui postule que le développement humain se mesure d’abord par la qualité de vie et non par la richesse matérielle – on retiendra d’abord quelques informations-clés. Qu’ils sont rares les pays qui font de l’accès à l’eau une priorité politique nationale. Que la communauté internationale fait de même en négligeant la part de l’eau dans les budgets de coopération. Qu’elle fait pire encore dans le domaine de l’aide à l’assainissement, trop souvent relégué au chapitre des contributions annexes. Et surtout que, dans les pays pauvres, les plus démunis paient l’eau plus cher et en reçoivent moins.

rdh2006Cette publication, parrainée par le Programme des Nations Unies pour le développement, a également le mérite de rafraîchir la mémoire des gens du monde industriel. Pour qui le robinet est aujourd’hui quelque chose de totalement banal. Et qui ont oublié – ou ne savent pas – qu’il n’y a pas si longtemps que cela, l’un des puissants moteurs du développement de leur propre pays a consisté à purifier de l’eau et à la séparer des excréments. Ce qui fait que nous autres gens du Nord avons aussi beaucoup de mal à imaginer et à comprendre ce que veut dire l’insécurité de l’eau dans des pays en développement.

La sécurité humaine, c’est précisément l’un de ces rapports, en 1994 déjà, qui l’a introduite dans le débat sur le développement pour contrebalancer les conceptions étroites des stratèges militaires. Elle retrouve toute son actualité au moment où le mot sécurité devient quasiment synonyme de lutte contre le terrorisme. Mais si l’on regarde ce qui aujourd’hui menace une majorité de gens sur la planète – la crise de l’eau fait davantage de victimes que n’importe quelle guerre – on comprendra vite que l’approvisionnement en eau potable et l’accès à un assainissement digne de ce nom doivent faire partie des priorités absolues de la sécurité mondiale. Il est encore temps de déverrouiller le robinet. Avant que la rouille ne s’y mette.

Bernard Weissbrodt

 

Rapport mondial sur le développement humain 2006

Crise mondiale de l’eau : trop de paroles, trop peu d’actes

« En ce qui concerne l’eau et l’assainissement, le monde souffre d’un excédent de conférences et d’un manque d’action crédible ». Ce constat sans équivoque porte la signature de Kevin Watkins, rédacteur en chef du Rapport mondial sur le développement humain, publié chaque année par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Et dont la thématique 2006 porte sur la crise mondiale de l’eau.

9 novembre 2006 – Article ouvert à la discussion >

Faut-il rappeler les chiffres qui disent la cruauté de la pénurie d’eau ? Plus d’un milliard d’êtres humains de par le monde sont régulièrement privés d’eau salubre et plus de deux milliards et demi n’ont pas d’accès à un système d’assainissement même rudimentaire. Et la réalité est sans doute encore plus sombre que ne la laissent apparaître les statistiques.

Conséquence la plus visible et la plus dramatique : quelque cinq mille enfants meurent chaque jour suite à des diarrhées ou autres maladies directement provoquées par la consommation d’eaux sales ou par manque d’hygiène. La crise mondiale de l’eau fait davantage de victimes que n’importe quelle guerre.

rdh2006Le Rapport mondial sur le développement humain, dont c’est la 17e parution à chaque fois consacrée à une problématique particulière, invite à regarder « au-delà de la pénurie » et à s’interroger sur les véritables causes de la crise de l’eau. D’emblée il réfute l’argument de logique arithmétique selon lequel le manque d’eau serait le corollaire inévitable de l’augmentation de population : « La disponibilité en eau constitue certes un problème pour certains pays, mais la pénurie au centre de la crise mondiale de l’eau trouve ses origines dans le pouvoir, la pauvreté et les inégalités, non dans la disponibilité physique ».

Si donc la pénurie absolue est l’exception, et si la plupart des pays disposent de suffisamment d’eau pour répondre aux besoins de toutes sortes (domestiques, industriels, agricoles et environnementaux), c’est que « le problème réside dans la gestion » des ressources hydrauliques

Selon le rapport du PNUD, une réponse efficace aux défis de l’accès à l’eau et à l’assainissement passera sine qua non par un certain nombre d’actions décisives, à savoir :

- traduire dans les faits la reconnaissance du droit à l’eau comme un droit humain fondamental : les gouvernements sont invités à ne pas se contenter de vagues principes généraux inscrits dans les constitutions, mais de promulguer des lois qui garantissent « un approvisionnement suffisant, physiquement accessible et à un coût abordable, d’une eau salubre et de qualité acceptable pour les usages personnels et domestiques de chacun » (selon la définition onusienne aujourd’hui communément acceptée) et qui obligent les pouvoirs politiques et les prestataires de services de distribution à rendre des comptes à tous les citoyens, y compris aux plus pauvres.

- développer des stratégies nationales en matière d’eau et d’assainissement : les gouvernements devraient avoir pour objectif de consacrer au moins 1 % du produit intérieur brut à l’eau et à l’assainissement (actuellement, les dépenses publiques dans ce domaine sont en moyenne inférieures à 0,5 % du PIB, alors que les pourcentages consacrés aux budgets militaires sont nettement supérieurs) et adopter des stratégies nationales claires pour vaincre les inégalités dans l’accès à l’eau (pauvres, femmes, ruraux, etc.)

- accroître l’aide internationale : non seulement la part de l’aide accordée à l’eau et à l’assainissement a baissé par rapport à l’ensemble de l’aide au développement, mais, en termes réels, les niveaux d’aide dans ce secteur sont aujourd’hui inférieurs à ceux de 1997 ; si la communauté internationale veut atteindre les objectifs qu’elle s’est donnés de réduire de moitié d’ici 2015 le nombre de personnes qui n’ont pas accès à l’eau potable et à l’assainissement, elle doit absolument doubler ses crédits de coopération (aujourd’hui un peu plus de 4 milliards de dollars par an)

- construire un partenariat mondial : le maintien du statu quo ne pouvant pas être considéré comme une option, il est nécessaire – en prenant exemple sur le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme – de créer un cadre d’action au niveau mondial capable, entre autres, de dynamiser l’action politique, de renforcer les capacités techniques, de mobiliser des ressources, de coordonner les pratiques des différents partenaires.

Les gains en termes de développement humain seraient considérables : combler le fossé entre les tendances actuelles (à la baisse) et les objectifs fixés pour 2015 permettrait de sauver plus d’un million d’enfants au cours de la prochaine décennie et procurerait un bénéfice économique de quelque 38 milliards de dollars par an. « La véritable question – disent les auteurs du rapport – n’est pas de savoir si le monde a les moyens d’atteindre la cible fixée au titre des Objectifs du Millénaire pour le Développement, mais s’il peut se permettre de ne pas faire l’investissement nécessaire. » (bw)

- Lire l’édito et le dossier spécialement consacrés à ce Rapport



Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)
Rapport mondial sur le développement humain 2006 : _ « Au-delà de la pénurie : pouvoir, pauvreté et crise mondiale de l’eau »
Éditions Economica, Paris (version française), 422 pp.

* Ce rapport est une publication indépendante réalisée pour le compte du PNUD. Ses analyses et recommandations ne reflètent pas nécessairement les opinions de l’organisation ou de ses États membres.

Site internet du Rapport : http://hdr.undp.org

 

 

 

Rapport mondial sur le développement humain 2006

Accès à l’eau des petits agriculteurs : un ciel chargé de menaces

En Inde, le captage d’eaux souterraines par une multinationale de production de boissons a épuisé les nappes aquifères, asséché plusieurs puits et causé de graves dommages à l’environnement. En Chine, en Thaïlande, au Yémen et dans bien d’autres pays, des paysans protestent contre les transferts d’eau de l’agriculture vers des centres urbains et industriels en pleine croissance. Au Pakistan, des protestations s’élèvent contre la gestion de systèmes d’irrigation qui favorisent en amont les cultures céréalières très gourmandes en eau et qui provoquent des pénuries en aval.

9 novembre 2006

Les petits agriculteurs, gardiens de troupeaux et ouvriers agricoles représentent la grande majorité des quelque 830 millions de personnes souffrant de malnutrition dans le monde. Qui plus est, l’eau et la terre constituent deux biens fondamentaux dont ils sont totalement tributaires pour leur subsistance. Le danger, explique le Rapport mondial sur le développement humain, est que les métropoles et les industries en rapide expansion, qui ont besoin de toujours plus d’eau, n’étendent leur emprise hydrologique dans les régions rurales et restreignent du même coup l’accès des plus démunis à cette ressource primordiale.

Concurrence et changements climatiques

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Irrigation goutte à goutte en Californie © WWAP – A. Clayson

L’augmentation de la demande industrielle, l’urbanisation, la croissance démographique et la pollution exercent aujourd’hui en effet une pression sans précédent sur les systèmes hydrologiques et par voie de conséquence sur les activités agricoles. Plus cette concurrence sera forte, plus le risque sera grand que les conflits sociaux ne s’aggravent et que les populations les plus faibles en droit – petits paysans et, parmi eux, les femmes surtout – en soient les grands perdants. Ils ne pourront plus produire leur propre alimentation de façon sûre et encore moins rivaliser avec leurs concurrents commerciaux.

Les changements climatiques menacent eux aussi d’accentuer leur insécurité. Certaines régions d’Afrique subsaharienne risquent des pertes de cultures pouvant atteindre 25 % en raison de nouvelles conditions météorologiques, du bouleversement des régimes de pluie et de la disponibilité en eau. Avec, au bout du compte, une diminution des rendements et un regain de la malnutrition.

Un triple plan d’action

Pour prévenir au mieux la crise qui menace les agriculteurs pauvres de la planète, les rédacteurs du Rapport mondial sur le développement humain recommandent des actions dans trois domaines précis :

  • Défendre les droits des agriculteurs. Lorsque l’eau vient à manquer, les puissants se servent tandis que les faibles en sont privés. Des droits sûrs d’accès à l’eau peuvent donner aux plus démunis la possibilité d’échapper à la pauvreté, alors que, privés de ces droits, ils se voient incapables de rivaliser à quelque niveau que ce soit. Cet argument s’applique d’autant plus aux femmes qu’elle souffrent aussi, la plupart du temps, d’un manque de droits sur les terres.
  • Promouvoir davantage d’équité dans l’accès à l’irrigation. Dans les systèmes d’irrigation, l’inégalité de l’accès à l’eau est copie conforme de l’inégalité de l’accès à la terre. Comme l’attribution de l’eau est proportionnelle à la superficie des propriétés foncières, les plus grandes exploitations reçoivent davantage d’eau et aux points névralgiques. Les petits agriculteurs, recalés en fin de ligne d’irrigation, héritent donc d’un approvisionnement en eau moins important, ce qui les oblige à investir dans des moyens supplémentaires de pompage d’eaux souterraines. Et comme les coûts d’irrigation sont calculés sur la base des surfaces irriguées et non pas en fonction du volume d’eau reçue, les plus pauvres finissent par payer leur eau plus cher que les grands propriétaires.
  • Aider concrètement les agriculteurs à s’adapter aux changements climatiques. Ces changements sont déjà en train de se produire et les pauvres ont besoin d’être mieux et davantage soutenus pour y faire face. L’aide internationale en faveur de cette adaptation devrait constituer une pierre angulaire de l’action multilatérale, mais elle est actuellement inadéquate. Depuis le début des années 90, l’aide à l’agriculture des pays en développement a en effet chuté de 12 % à 3,5 %. Renverser ces tendances est un impératif. (bw)

    Ces informations sont toutes extraites du Rapport mondial sur le développement humain 2006 (PNUD)

 

 

 

Rapport mondial sur le développement humain 2006

L’assainissement, cette urgence que le monde ne veut pas voir

« Le manque d’accès à l’assainissement est une façon polie de dire que les gens puisent dans les rivières, les lacs, les fossés et les canaux de drainage souillés par des excréments humains et animaux l’eau dont ils ont besoin pour boire, cuisiner et se laver. Cela signifie que dans les bidonvilles comme Kibera, aux abords de Nairobi, les gens font leurs besoins dans des sacs en plastique qu’ils jettent ensuite dans la rue, faute d’autre solution. » (Kevin Watkins, rédacteur en chef du Rapport mondial sur le développement humain).

9 novembre 2006

Ne pas disposer de toilettes saines, privées et pratiques, constitue une atteinte quotidienne à la dignité et au bien-être de tout être humain. Séparer les populations et l’eau potable des déchets de l’organisme est également un défi ancestral. Pourtant, le fait que près d’un habitant sur deux des pays en développement n’ait pas accès à un système d’assainissement digne de ce nom n’empêche pas qu’il soit relégué dans l’arrière-boutique de la considération politique. Pour les hautes sphères du pouvoir, que des millions de personnes défèquent dans des sacs, des seaux, des champs ou des caniveaux est une réalité honteuse qu’il faut absolument soustraire à la vue.

Sous cet angle du tabou, on ne peut s’empêcher – ce que fait le Rapport mondial sur le développement humain – de tracer un parallèle avec la pandémie du sida. À son apparition, on a fortement escamoté cette « peste des temps modernes », avec les atermoiements que l’on sait. Plus récemment, face à la menace d’une crise sanitaire de grande envergure causée par la grippe aviaire, le monde s’est mobilisé en toute hâte pour dresser un plan d’action internationale.

Pourquoi la crise de l’eau et de l’assainissement en particulier ne suscite-t-elle que d’infimes réactions isolées et si peu d’énergies ? Pour les rédacteurs du Rapport du PNUD, « l’une des explications possibles est que, contrairement au VIH/SIDA et à la grippe aviaire, la crise de l’eau et de l’assainissement constitue la menace la plus immédiate et directe à l’encontre des personnes défavorisées vivant dans les pays pauvres – groupe dont le poids est insuffisant pour influencer la vision internationale de la sécurité humaine ».

Le sida a frappé toutes les couches de la société, riches et pauvres, du Nord et du Sud, sans distinction de statut social ou économique. La crise de l’assainissement ne touche que les populations pauvres et sans voix, dans les pays en développement. Toute la différence est là, le tabou reste résolument entier.

Les femmes plus concernées que les hommes, mais pas entendues

Une seconde entrave importante au progrès en matière d’assainissement est l’inégalité entre hommes et femmes. Des études menées en Asie du Sud-Est montrent que les femmes attachent une plus grande importance que les hommes à la possibilité d’accès à des équipements sanitaires privés, pour des raisons évidentes de dignité et de sécurité. On a également constaté, notamment en Afrique noire, que près de la moitié des filles, surtout après la puberté, abandonne l’école primaire si celle-ci n’est pas dotée d’installations sanitaires adaptées. Mais, lorsqu’il s’agit de prendre des décisions budgétaires, même au sein des ménages, la voix des femmes n’a guère de poids.

À ce propos, il faut aussi noter que généralement, les populations des pays en développement accordent moins de priorité à l’assainissement qu’à l’eau. Ce qui s’explique aisément car la carence en eau propre fait peser sur l’existence un risque plus immédiatement perceptible que l’absence de toilettes. Par ailleurs, les bénéfices liés à l’assainissement dépendent fortement du comportement cohérent de la collectivité : « les bienfaits que l’installation de latrines permet d’escompter en termes de santé publique peuvent ne se matérialiser qu’à partir du moment ou d’autres ménages agissent de même ». Des latrines n’offrent aucune protection contre les excréments du voisin.

Enfin, il apparaît que le progrès en matière d’assainissement soit paradoxalement entravé par la surabondance de technologies inadéquates. Il ne sert à rien de proposer des toilettes à chasse d’eau quand on sait que les collectivités n’ont aucune garantie que leurs installations soient régulièrement alimentées en eau. Sans parler de leur coût absolument prohibitif : un milliard et demi de gens sans accès à un système sanitaire vivent avec moins de deux dollars par jour.

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Source : RDH 2006 (PNUD)

Les initiatives à la base font la différence

Quand bien même les perspectives d’amélioration dans le domaine de l’assainissement soient fortement teintées de pessimisme, il n’en demeure pas moins que le Rapport conclut à « une impressionnante prolifération de réussites au plan local et même national qui contrastent avec le tableau mondial ». Avec deux points communs : la solidarité sociale et les responsabilités partagées.

Le Rapport du PNUD avance des exemples concrets montrant comment des actions menées à la base et combinées à l’engagement des services publics peuvent améliorer la situation des pauvres en matière d’assainissement. Dans le bidonville d’Orangi, dans la capitale pakistanaise de Karachi, la participation quasi-universelle à un projet d’assainissement géré dans les quartiers a contribué à faire chuter le taux de mortalité infantile, le faisant passer, en une vingtaine d’années, de 130 à 40 décès pour 1000 naissances vivantes.

Il y a dix ans, le Bangladesh présentait l’un des plus bas niveaux au monde d’accès à un assainissement adéquat dans les zones rurales. Figurant parmi les pays les plus pauvres au monde, il est néanmoins sur la voie de réaliser une couverture universelle à l’horizon 2010, grâce à une « campagne d’assainissement total » soutenue par les ONG et les autorités locales. Cette campagne fait appel à trois moteurs de changement : la répugnance, l’intérêt personnel et un sentiment de responsabilité individuelle à l’égard du bien-être collectif.

Le Rapport reste cependant prudent dans son analyse. Non seulement parce que les initiatives d’origine communautaire, aussi importantes et efficaces soit-elles, ne remplacent pas l’action gouvernementale. Mais aussi parce que les avancées possibles en matière d’assainissement ne donneront des résultats satisfaisants que si de gros efforts sont menés en parallèle dans le domaine de l’accès à l’eau et dans celui de l’hygiène. Comme les maladies diarrhéiques sont d’origine fécale, la prévention passe par le lavage des mains au savon et à l’eau. De ce point de vue, l’éducation des enfants à l’hygiène personnelle constitue l’un des facteurs les plus puissants de l’amélioration de la santé publique. (bw)



Ces informations sont toutes extraites du Rapport mondial sur le développement humain 2006 (PNUD)

Six Africains sur dix ne disposent toujours pas de toilettes convenables

En Afrique, la médiocrité de l’assainissement menace la santé publique. Le Programme conjoint OMS/UNICEF de surveillance de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement prépare sur ce sujet un rapport mondial sur ce thème, mais il a d’ores et déjà publié un certain nombre de données sur la situation africaine. D’où il ressort que 62 % des Africains n’ont pas accès à une installation sanitaire améliorée – des toilettes convenables – où les eaux usées sanitaires ne sont pas en contact avec l’homme.

20 mars 2008

Si l’OMS et l’UNICEF estiment que 1,2 milliard de personnes dans le monde ont pu accéder à un assainissement amélioré entre 1990 et 2004, 2,6 milliards d’autres – dont 980 millions d’enfants – n’ont toujours pas de toilettes à la maison. Si les tendances actuelles se poursuivent, 2,4 milliards de personnes seront encore dépourvues d’installations sanitaires de base en 2015. Et les enfants continueront d’en payer le prix par une mortalité prématurée, des problèmes de scolarité et davantage de maladies, de malnutrition et de pauvreté.

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Dans le bidonville de Kibera, à Nairobi, Kenya. (Photo Ecumenical water network)

Chacun sait que l’utilisation de toilettes convenables et le lavage des mains – de préférence au savon – évitent que des bactéries, des virus et des parasites présents dans les déchets humains contaminent les ressources en eau, le sol et les aliments. Cette contamination est une cause majeure de diarrhée, la deuxième cause de mortalité chez l’enfant dans les pays en développement, et provoque d’autres maladies comme le choléra, la schistosomiase et le trachome. L’amélioration de l’accès à l’assainissement est donc une mesure décisive qui permettrait de réduire l’impact de ces maladies. Elle créera également un environnement qui offre davantage de sécurité, de dignité et d’estime de soi. Les questions de sécurité sont particulièrement importantes pour les femmes et les enfants, qui sont exposés au harcèlement et aux agressions sexuelles s’ils doivent sortir la nuit ou se rendre dans des lieux isolés pour satisfaire leurs besoins naturels.

De plus, l’amélioration des installations sanitaires et de l’hygiène dans les écoles a des effets bénéfiques à la fois sur l’apprentissage et sur la santé des enfants. À condition qu’elles tiennent compte des besoins des enfants, qu’elles proposent des toilettes privées et séparées pour les filles et les garçons, et qu’elles mettent à leur disposition des installations d’hygiène des mains. Sans cela, les filles continueront de ne plus fréquenter l’école à l’âge de la puberté.

(Source : communiqué conjoint OMS/UNICEF)

Un consortium marocain pour gérer l’eau potable du Cameroun

Trois entités marocaines – l’Office national de l’eau potable du Maroc (Onep), une société financières (Delta Holding) et une entreprise de travaux publics (Ingema) – se sont vues confier l’exploitation et la commercialisation de l’eau potable au Cameroun. Cette adjudication est pour le moment provisoire, la décision définitive est cependant attendue pour la fin de l’année.

2 octobre 2007

Le gouvernement camerounais avait lancé un appel d’offres en juillet 2006, suite à sa décision d’opter pour une formule de partenariat privé-public et de privatiser la Société nationale des eaux du Cameroun (SNEC). Dans un premier temps, une société camerounaise (Camwater) a été créée pour planifier, financer, réaliser et gérer les infrastructures du réseau d’eau dont l’État reste propriétaire dans tout le pays.

Cette société de patrimoine à capitaux publics devra donc travailler de concert avec le consortium marocain chargé quant à lui de la production, du transport, du traitement, du stockage, de la distribution et de la commercialisation de l’eau. Le contrat de fermage devrait porter sur dix ans. (Sources : agences)

Au Forum social mondial de Nairobi

Création d’un Réseau Africain de l’Eau

Quelque 250 représentants de divers mouvements sociaux actifs dans une quarantaine de pays africains ont annoncé à Nairobi, dans le cadre du 7e Forum social mondial, leur soutien à la création d’un Réseau Africain de l’Eau destiné à contrer les pressions en faveur de la privatisation des services de l’eau.

24 janvier 2007

« En dépit des résultats désastreux des privatisations de l’eau en Afrique, lit-on dans un communiqué publié lors du Forum social mondial de Nairobi, les agences internationales et les gouvernements continuent à favoriser le partenariat public- privé et la marchandisation de l’eau comme solution à la crise de l’eau en Afrique. »

« Avec le lancement de ce réseau, déclare Adam Al-Hassan, membre de la Coalition ghanéenne contre la privatisation de l’eau, nous disons clairement aux privatiseurs de l’eau, aux gouvernements et aux institutions financières internationales que les Africains résisteront à la privatisation (…) Nous demandons aux gouvernements du monde entier de faire en sorte que toute personne ait accès à une eau salubre grâce à un service public efficace. »

Un message repris par Virginie Setshedi, de la Coalition sud-africaine contre la privatisation de l’eau : « Aujourd’hui nous célébrons la naissance de ce réseau pour résister au vol de notre eau, demain nous célèbrerons l’accès à l’eau salubre pour tous ! »

La déclaration qui accompagne la création de ce réseau africain formule cinq principes non négociables, à savoir :

  1. La lutte contre la privatisation de l’eau sous toutes ses formes
  2. Une gestion publique et participative des ressources en eau
  3. L’opposition à toutes les formes de systèmes d’eau prépayés
  4. L’inscription de l’eau comme un droit humain dans les constitutions nationales
  5. La gestion de l’eau comme un domaine national d’intérêt public

(Source : communiqué)

Publié dans DROITS DE L'HOMME ET ACTION HUMANITAIRE, GEOPOLITIQUE ET ENJEUX DE L'OR BLEU | Commentaires fermés

 

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