APPEL A REJETER L’ÉLARGISSEMENT DU SECRET DÉFENSE , Communiqué de Survie et de l’ARDHD (Association pour le Respect des Droits de l’Homme à Djibouti), le 4 mars 2009

Posté par issopha le 20 mars 2009

Publié le mercredi 4 mars 2009

APPEL A REJETER L’ÉLARGISSEMENT DU SECRET DÉFENSE

Communiqué de Survie et de l’ARDHD (Association pour le Respect des Droits de l’Homme à Djibouti), le 4 mars 2009

Invoquant la nécessité de protéger le secret-défense, le gouvernement français envisage de restreindre fortement l’accès des juges d’instruction à des lieux sensibles tels que la présidence de la République, des ministères, les services secrets ou de grandes sociétés. Cette disposition figure dans le projet de loi de programmation militaire pour 2009-2014, qui doit être soumis dans les prochaines semaines au vote du Parlement.

Par opposition à la situation actuelle où la protection ne couvre que des documents classés, le projet de loi prévoit de généraliser la protection à des locaux « susceptibles d’abriter des éléments couverts par le secret de la défense nationale » et des « locaux d’entreprises privées intervenant dans le domaine de la recherche ou de la défense ».

Avant de perquisitionner dans ces lieux, le juge d’instruction devra prendre rendez-vous avec le président de la CCSDN qui l’accompagnera dans ses opérations. Le magistrat aura l’obligation d’indiquer par écrit les motifs de la perquisition et les documents recherchés. Sans l’effet de surprise propre aux perquisitions, on ne peut que craindre que les documents recherchés disparaissent …

Les deux principaux syndicats de magistrats français, Union Syndicale des Magistrats et Syndicat de la Magistrature, ont dénoncé, vendredi 27 février, la création, dans le projet de loi de programmation militaire 2009-2014, de « bunkers » ou de « citadelles d’impunités » à l’abri des juges, du fait de l’extension du « secret-défense » : celui-ci concerne aujourd’hui les documents, demain il pourrait s’étendre à des lieux entiers.

Pour le Syndicat de la Magistrature, ce projet « a été conçu à la suite d’investigations qui ont semé l’émoi dans les milieux politiques et militaires : l’instruction de l’affaire des frégates de Taïwan, la perquisition entreprise à l’Elysée dans l’affaire Borrel et surtout celle effectuée dans l’affaire Clearstream au siège de la DGSE » (Direction générale de la sécurité extérieure).

Nos associations, ARDHD et SURVIE, s’indignent de cette nouvelle disposition qui, de fait, aurait empêché l’accès à des éléments essentiels dans la recherche de la vérité et la justice sur l’assassinat du juge Borrel.

Elles demandent instamment aux députés d’exclure cette disposition de la loi de programmation militaire pour 2009-2014, afin de permettre à la justice française de poursuivre les investigations nécessaires et de conserver son indépendance face au pouvoir politique.

Contact presse : Stéphanie Dubois de Prisque – Chargée de communication de Survie 01 44 61 03 25 stephanie.duboisdeprisque(a)survie.org

Jean-Loup Schaal – Président de l’ARDHD 01 46 34 70 70 jlschaal(a)ardhd.org

Pour consulter le site de l’ARDHD

 

 

 

Jeudi 9 avril – 19h

Discussion sur les complicités françaises dans le génocide des tutsis au Rwanda en 1994

Jeudi 9 avril 2009, par Régis (Survie Paris) // Agenda Survie Paris

A l’occasion de la commémoration du génocide des tutsis en 1994, Survie Paris Ile-de-France invite a une discussion en lien avec l’actualité franco-rwandaise.

En particulier sera évoqué le colloque, non ouvert, à l’Assemblée Nationale sur les thèmes de la vérité, de la justice, la réforme de la politique de la France en Afrique, et la démocratisation du fonctionnement des institutions, colloque organisé par le groupe ’Rwanda’ de Survie le mercredi 8 avril.

- Quelles sont les évolutions politiques entre la France et le Rwanda ?
- Quelles sont les actions en cours pour obtenir la vérité et la justice, les revendications actuelles ?

Nous ferons le point ensemble sur les évolutions possibles et les procès en cours.

à la Maison des Associations du 3e, 5 rue Perrée, M° République / Temple

 

Publié dans AFRIQUE de SARKOZY, FRANCE A FRIC EN AFRIQUE | Pas de Commentaire »

L’association Survie dénonce la visite de Bongo à l’Elysée

Posté par issopha le 3 juillet 2008

DIPLOMATIE FRANÇAISE

L’association Survie dénonce la visite de Bongo à l’Elysée

 

NOUVELOBS.COM | 02.07.2008 | 18:57

Pour l’association, la visite du président gabonais Omar Bongo, au pouvoir depuis 41 ans, illustre le manque de cohérence de la diplomatie française puisque son homologue zimbabwéen Robert Mugabe est considéré comme « infréquentable » par Bernard Kouchner.

Nicolas Sarkozy et Omar Bongo, le 27 juillet 2007 à Libreville

Nicolas Sarkozy et Omar Bongo, le 27 juillet 2007 à Libreville (c) AFP

L‘association Survie dénonce mercredi 2 juillet dans un communiqué la visite à l’Elysée du président gabonais Omar Bongo, au pouvoir depuis 1967. Nicolas Sarkozy a reçu son homologue à 14h30 à l’Elysée ce même jour. La structure, qui milite pour un assainissement des relations entre la France et l’Afrique, rappelle que le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a déclaré lundi que le dictateur Robert Mugabe, à la tête du Zimbabwe, n’était pas « fréquentable ».

« Considération d’intérêts particuliers »

La structure exige « que cette règle de morale s’applique sans exception avec la même vigueur à tous les potentats ». L’association constate « une fois de plus que la politique africaine de la France est établie non sur des principes de morale politique bien définis mais sur la considération d’intérêts particuliers ». L’association indique que le président gabonais a interdit de sortie de territoire Marc Ona Essangui le 6 juin dernier alors qu’il s’apprêtait s’envoler aux Etats-unis pour une conférence sur la transparence des contrats en Afrique.
Le communiqué rappelle également qu’Omar Bongo soutient Robert Mugabe, réélu le 27 juin président du Zimbabwe, sur un score de 90,2%. Le scrutin avait pourtant été boycotté par l’opposant Morgan Tsvangirai en raison des violences, alors qu’il était arrivé en tête au premier tour avec 47%. Le dirigeant gabonais a déclaré lundi en marge du 11e sommet de l’Union Africaine que Robert Mugabe « a été élu, il a prêté serment, il est là avec nous, alors il est président ».

Publié dans AFRIQUE de SARKOZY, AFRIQUE DES PREDATEURS D'AILLEURS | Pas de Commentaire »

Le bilan « globalement positif » de l’armée française en Afrique ?

Posté par issopha le 17 juin 2008

AFRIQUE

Le bilan « globalement positif » de l’armée française en Afrique

 

Débat militaire / mardi 17 juin par Xavier Monnier

Le bilan « globalement positif » de l’armée française en Afrique ? dans AFRIQUE de SARKOZY
« ; $(« div#formulaire_recommander »).hide(); function recommander_js() { $(« div#formulaire_recommander »).css(« height », »"); $(« div#formulaire_recommander form ») .prepend( «  » ) .ajaxForm({« target »: »#formulaire_recommander », « after »:recommander_js, « before »:function() { $(« #formulaire_recommander »).prepend(ajax_image_searching); } }); } recommander_js(); $(« #recommander>a »).click(function(){ $(« div#formulaire_recommander:visible »).slideUp(« slow »); $(« div#formulaire_recommander:hidden »).slideDown(« slow »); }); } // -->

L’armée française ne déprime pas du tout. Non, non, non. Elle aime toujours l’Afrique et s’y balader. Et en tire de son action un bilan « globalement positif », comme en atteste le débat qui a eu lieu lundi 9 juin à l’IHEDN, à Paris.

Le lundi à l’institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN), installé dans la cossue école militaire de Paris, ce n’est jamais ravioli. Tous les premiers lundis du mois, c’est débat. Avec ce 9 juin, un thème fort distrayant : « La France en Afrique : présence, coopérations, opérations ». Comprendre l’armée française, on est entre képis et gens polis. Avec un discours bien rôdé. Au général Labaye, tout frais patron de l’institut, le soin de dérider un peu l’assistance. Retransmis en visio-conférence (et en direct) vers la Réunion, la conférence ne semble pas y avoir attiré les foules. Un écran montre un amphi vide, et six clampins regroupés au premier rang. Rire de la salle. « Vos questions seront sans doute nombreuses », glisse le général. Re-rires. Au général Beth, directeur de la coopération militaire et de défense (rattaché au Quai d’Orsay) le soin de les endormir, « en utilisant le moins possible la langue de bois ». Mais diffuser les vapeurs de Morphée a ses petits désagréments. On s’oublie vite. Et l’on dresse un bilan guère reluisant de la situation.

En pérorant sur la grande demande de formations émanant des gouvernements africains, l’ami haut gradé relève les différentes carences du secteur. Au Darfour par exemple, où l’Eufor et la France a le plus grand mal « à recruter les 6 000 gendarmes nécessaires ». Ou les différents ratés, toujours au Darfour que rencontrent les missions françaises « faute de sous-officiers africains bien formés ». Bref ça grince. Mais les Africains y mettent du leur. Huit projets d’école sont dans les tuyaux : deux au Gabon, indéfectible compagnon, une au Congo Brazzaville, en Éthiopie, à Madagascar et au Cameroun. Autre désagrément de l’assoupissement, le réveil, toujours difficile. Aux questions multiples de l’Assemblée, l’étoilé Beth a servi des réponses donnant au bilan français des contours encore plus pâteux. Et une vision politique fort éclairante.

« À l’africaine »

La Côte d’Ivoire, qui attend un scrutin depuis l’an 2005. « Les élections sont attendues d’ici à fin de l’année. Si Dieu veut. Mais l’on mise plutôt sur 2009 ». Le bidasse défend pourtant son naturel optimiste, et le prouve. En saluant la transition « démocratique du pouvoir au Togo en 2005, et ce grâce au grand rôle joué par l’armée ». Une vision originale des choses. Pour rappel, de 1967 à sa mort en février, Gnassingbé Eyadéma, grand ami du président Chirac, règne sans partage. Et c’est son fiston, Faure, qui lui succède, après des élections brillamment remportées, des urnes volées, et une centaine de cadavres. Quant à l’armée, chapeautée par Kpatcha Gnassingbe, fils du défunt président et frère du nouveau, elle a très bien encadré la succession, il s’entend. « Enfin, concède le général, cela s’est passé à l’africaine ». Merci pour eux.

 

Une transition démocratique en Afrique selon l’armée française

© baroug

Et pour finir un petit mot sur l’instable Centrafrique, où loge toujours l’armée française officiellement, et à l’occasion les commandos d’opérations spéciales (COS). « Avant on devait y intervenir tous les six mois, depuis 2002, nous n’y sommes pas intervenus ». Ce n’est pas beau de mentir. Comme l’a largement relayé la presse française, dont Bakchich, en décembre 2006, aviations et commando ont largement aidé le président général Bozizé à reprendre la ville de Birao aux mains des rebelles.

« La Centrafrique reste un élément de désolation permanent », conclut tout de même le général pas si Beth. Mensonge avoué à demi-pardonné, soldat.

Lire ou relire dans Bakchich :

Les grandes fautes de Joyandet

Mardi, le nouveau sous-ministre de la Coopération et de la Francophonie doit se rendre dans les Alpes-Maritimes à l’occasion du 61e festival de Cannes. « Bakchich » s’interroge. Le bon Joyandet serait-il victime de ses propres ambitions (…)

Congo, Jean-Pierre ne dansera plus la Bemba

L’ancien chef de guerre congolais, Jean-Pierre Bemba, a été arrêté à Bruxelles pour crimes de guerre le 24 mai dernier. Petit retour sur un politique au parcours exemplaire.

 

Suite à la dernière action de la Cellule Françafrique Représailles de Bongo contre le militant Marc Ona

 

Le 17 juin 2008, par Jean Denard,

Omar Bongo, échaudé par la restitution symbolique de l’un de ses biens mal acquis à Marc Ona, leader de la société civile gabonaise, l’empêche désormais de voyager. Nouvel épisode de la « démocratie gabonaise » chère au président français.

arton95100x155.jpg

Le 3 et le 4 juin 2008, Marc Ona a eu la surprise de recevoir la visite du chef de cabinet du Ministre de l’Intérieur Annick Donga, envoyée par son patron, André Mba Obame, lui signifier son interdiction de sortie du territoire alors qu’il était invité à New York du 6 au 14 juin 2008 par Revenue Watch Institute (voir l’invitation en pièce jointe).

Motif : Marc Ona, Président de l’ONG environnementaliste Brainforest et Coordonnateur de Publish What You Pay (PWYP) Gabon, menacerait la sécurité interieure par ses activités associatives. Il est vrai que les demandes de transparence que Publiez ce que vous payez Gabon a récemment émises concernant les contrats miniers de Belinga menacent le portefeuille de la clique au pouvoir à Libreville ! Le pouvoir lui reproche aussi son « refus de négocier »… une expression gabonaise pour stigmatiser les incorruptibles.

Les ONG américaines et les réseaux PWYP se sont mobilisées, une coalition des ONG et les leaders syndicaux ont accompagné Marc Ona à l’aéroport de Libreville, mais ça n’a pas suffi… Le voilà cloué au Gabon et régulièrement convoqué, depuis début juin, par le ministère de l’Intérieur.

En réalité, le gouvernement gabonais veut à tout prix éviter que ne se renouvelle aux Etats-Unis une opération comme la dernière action de la Cellule Françafrique, à laquelle Marc Ona a participé avec un courage inouï en avril dernier. The travel ban might be linked to PWYP Gabon recent criticism of the Belinga mining contract and the opacity around the renegotiation process (see ).

Difficile en effet de tolérer que les Gabonais voient apparaître dans les médias un palace parisien à 19 millions d’euros pour la descendance Bongo quand cette même population n’a pas accès aux soins… On ne se surprend guère, d’ailleurs, que ce soit le ministre de l’Intérieur gabonais qui soit intervenu quand on connait la proximité d’André Mba Obame avec l’un des gardiens émérites de l’héritage familial, Ali Bongo.

C’est au gouvernement français, désormais, de jouer. A Nicolas Sarkozy en particulier, si prompt à vanter en juillet dernier la « démocratie gabonaise », de rappeler à son cher ami Omar que de tels compliments s’accompagnent de quelques obligations – comme par exemple la liberté d’expression…

 pdf dans FRANCE A FRIC EN AFRIQUE detteodieuse.pdf 

 

Le projet Belinga toujours dans le collimateur des ONG
03-06-2008
spacer dans MENSONGES D'ETAT
 

L’ONG «Publiez ce que vous payez» (PCQVP) et la plateforme Environnement Gabon ont tenu une conférence de presse ce 2 juin à Libreville pour dénoncer l’opacité des renégociations des termes de la convention pour l’exploitation du gisement de fer de Belinga entre les parties gabonaises et chinoises signée le 24 mai 2008 au palais présidentiel. Les ONG environnementalistes gabonaises avaient vivement critiqué cet accord, accusant les autorités chargées du dossier d’avoir «bradé le patrimoine national en cédant tous les privilèges à la Chine». A la suite de ces protestations, le gouvernement gabonais avait décidé de rouvrir les pourparlers avec ses partenaires chinois afin de négocier de nouveaux accords sur l’exploitation de la mine de fer de Belinga. Pour les ONG, ce nouvel accord accorde toujours trop des privilèges à la partie chinoise comme le suggère leur communiqué de presse retranscrite in extenso.

«Nous avons appris par les médias que la signature de la convention entre le Gabon et le consortium chinois CMEC a été apposée à la Présidence de la République le samedi 24 mai 2008. Cette signature intervient au moment où la société civile regroupée au sein de la Coalition Publiez ce que vous payez et la plateforme Environnement Gabon avaient dénoncé les manœuvres du gouvernement visant à écarter certains acteurs clés des négociations des nouvelles clauses de la nouvelle convention, une renégociation intervenue à la suite de la protestation de la même société civile gabonaise sur le caractère indique du contrat signé en 2006.

En effet, alors que les séances de négociation d’un contrat qui profiterait aux intérêts du Gabon se déroulaient au ministère des Mines en présence de tous les acteurs impliqués, dont le représentant de la société civile depuis le mois de décembre, l’on annonce la suspension de celles-ci à la suite de nombreux désaccords entre la partie chinoise et les experts gabonais et leur reprise le 31 mars 2008, contre toutes attente, l’on apprend que deux membres du gouvernement se rendent en mission en chine accompagnés de quelques fonctionnaires sans associer les membres de la délégation gouvernementales chargée du contrôle et du suivi du projet Belinga, encore moins des gabonais siégeant au Conseil d’Administration de la COMIBEL.

Au cours d’une conférence de presse tenue dans les locaux de Brainforest au mois d’avril 2008, les organisations de la société civile avaient dénoncé cette démarche qui cachait une volonté de faire passer certaines clauses de la convention sur lesquelles les négociations achoppaient et que la partie chinoise ne voulait pas renégocier, comme par exemple le durée d’exonération d’impôts qui étaient de 25 ans dans le premier contrat et que les experts gabonais voulaient ramener à 10 ans maximum, ramener le périmètre de la concession minière de 7700 km2 à 600km2, la réalisation des études d’impact environnementale pour chaque étape du projet et non une seule étude, etc.

Au lieu de déplacer les autorités responsables du projet Belinga, pourquoi les responsables chinois de chaque composante dudit projet ne s’installent pas à Libreville de façon permanente, comme cela est prévu dans le procès verbal d’une réunion tenue entre une délégation gouvernementale et le CEMEC, le 20mai 2007 ?

Comment comprendre que les travaux de terrassement et d’aménagement des routes menant vers le site des chutes de Kongou n’aient pas été arrêtés au moment de la suspension du contrat de 2006 alors que l’absence des études d’impact environnemental fut à l’origine de la polémique entre le gouvernement et la société civile ?

Comment comprendre qu’un terrain de plus de 7000 km2 soit gelé autour de la concession minière au profit de la COMIBEL, alors que la zone s’exploitation et de dépendance n’excède pas les 600 km2 ? Faut il à la COMIBEL un terrain onze fois plus vaste que la concession minière qu’elle a sollicité pour rechercher les matériaux de construction ?

Comment expliquer que les 25 années d’exonération fiscales accordées à la partie chinoise dans le contrat litigieux soient maintenues, sachant que le retour sur investissement sera effectif après 8 à 10 ans d’exploitation ? A qui profitent réellement de telles facilités ? Et comment comprendre que la partie gabonaise confirme son engagement à supporter la responsabilité complète et assume tous les dommages directs et indirects environnementaux qui pourraient survenir en relation avec la réalisation du projet par la COMIBEL ?

Le contribuable gabonais est il disposé à endosser la facture des incidents graves causés par cette dernière ?

Autant de questions que se pose la société civile qui a, une fois encore, réaffirmé sa volonté de voir les intérêts des populations gabonaises définis et préservés dans les négociations en cours. Aussi a-t-elle renouvelé l’exigence pour toutes les parties de se conformer aux lois et règlement en vigueur en République gabonaise.

Tout en laissant le soin au Premier ministre de tirer les conclusions sur la mise à l’écart de la DGG en charge du suivi et du contrôle du projet Belinga, elle demande cependant «l’installation immédiate de celle-ci ainsi que la mise à sa disposition des moyens indispensables à l’accomplissement de ses missions».

En conclusion, elle met en garde les autorités responsables du projet Belinga contre une signature précipitée de la Convention qui ne respecterait pas les exigences de transparence et d’équité, ainsi que «sur certaines conséquences de leurs engagements qu’au fond, elle ne désirent peut être pas».

La société civile insiste sur la satisfaction des points suivants :

1- La réduction de 7000km2 500 m2 de la superficie de la concession attribuée à la CMEC ;
2- La réduction de 25 à 8 ans de la durée de l’exonération d’impôts accordée à la COMIBEL ;
3- L’abandon des chutes Kongou pour la construction du barrage hydroélectrique ;

4- Le refus de la prise en charge des dégâts environnementaux occasionnés dans le cadre de l’exploitation du gisement de fer de Belinga par la partie gabonaise ;

5- La réalisation préalable des études d’impacts environnementaux par projet avant le début des travaux. Car il ne s’agit pas d’une seule étude d’impact mais des études pour chaque phase du projet prévu dans le cadre de cette exploitation, etc.

Maintenant que cette convention est signée, il appartient à l’Assemblée nationale gabonaise de jouer son rôle de représentant du peuple, en examinant cette convention non pas dans l’intérêt personnel des individus au pouvoir et des intérêts chinois, mais pour l’intérêt du peuple gabonais et sa ratification en fait obligatoirement un texte de loi à la disposition de la population.»

Publié le 03-06-2008    Source : Gaboneco.com     Auteur : gaboneco   

Publié dans AFRIQUE de SARKOZY, FRANCE A FRIC EN AFRIQUE, MENSONGES D'ETAT | Pas de Commentaire »

Droits de l’homme : la position de Sarkozy vivement critiquée

Posté par issopha le 30 avril 2008

TUNISIE

Droits de l’homme : la position de Sarkozy vivement critiquée

NOUVELOBS.COM | 30.04.2008 | 08:34

Réagissez à l'article 12 réactions

Le chef de l’Etat français, qui  achève ce mercredi sa visite d’Etat, a estimé que « l’espace des libertés progresse » en Tunisie. Les opposants tunisiens dénoncent un brevet de respectabilité attribué au président Ben Ali.

Nicolas Sarkozy et Zine el Abidine ben Ali (Reuters)

Nicolas Sarkozy et Zine el Abidine ben Ali (Reuters)

Des militants tunisiens des droits de l’homme critiquent le brevet de respectabilité dans ce domaine décerné lundi 28 avril au président Zine el Abidine ben Ali par son homologue français Nicolas Sarkozy à l’occasion de sa visite d’Etat en Tunisie.
« Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m’ériger en donneur de leçons », a déclaré le président français dans un toast prononcé lundi soir lors d’un dîner offert en son honneur par son hôte tunisien.
Le chef de l’Etat français a dit au contraire vouloir rendre hommage à la « lutte déterminée » de son homologue tunisien contre le terrorisme, « qui est le véritable ennemi de la démocratie ».
Les organisations de défense des droits de l’homme accusent le pouvoir tunisien d’attenter aux libertés fondamentales sous couvert de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme islamique, au nom de laquelle un millier de personnes auraient été arrêtées depuis 2003, selon des avocats.

« Sarkozy a esquivé la question »

Amnesty International et Human Rights Watch ont dénoncé les restrictions à la liberté de la presse et les emprisonnements d’opposants politiques, faisant état de mauvais traitements et de cas de torture – ce que Tunis nie.
Les défenseurs tunisiens des droits de l’homme souhaitaient que Sarkozy réclame la libération de ces prisonniers politiques, mais il a estimé que, « aujourd’hui, l’espace des libertés progresse » dans le plus petit Etat du Maghreb et il a crédité son président de « la volonté de vouloir continuer à (l’)élargir.
« Sarkozy a esquivé la question des droits de l’homme et de la démocratie en Tunisie pour privilégier les intérêts commerciaux », a réagi mardi Rachid Kechana, rédacteur en chef d’Al Mawqaf, hebdomadaire du Parti démocratique progressiste (PDP) d’opposition.
« Cela a choqué les militants des droits civiques ici car ils attendaient une prise de position différente de la France, la patrie des droits de l’homme et des libertés », a ajouté Kechana.
Ce dernier et Mongi Ellouze, directeur d’Al Mawqaf, en sont au quatrième jour d’une grève de la faim au siège de l’hebdomadaire pour protester contre ce qu’ils présentent comme les efforts du gouvernement pour asphyxier les finances et entraver la distribution de la publication.

« Une question tunisienne »

« Sarkozy encourage ce gouvernement à poursuivre sa répression parce qu’il a dit aux dirigeants du pays qu’ils étaient sur la bonne voie », a déploré de son côté l’avocate Radia Nasraoui, autre militante des droits de l’homme.
Toutefois, selon Reda Kefi, rédacteur en chef du magazine indépendant L’Expression, des pressions trop ostensibles de la France n’auraient pas fait avancer la cause de la démocratie en Tunisie, seul pays du Maghreb interdisant l’expression politique de l’islamisme.
« Sarkozy est président de la France et il est venu ici pour défendre les intérêts français. La question de la démocratie et de l’amélioration des droits de l’homme en Tunisie est une question tunisienne qui doit être réglée entre Tunisiens », a affirmé Kefi. (avec Reuters)

 

TUNISIE

Ben Ali accepte les « critiques », Sarkozy pas « donneur de leçons »

NOUVELOBS.COM | 30.04.2008 | 08:34

Réagissez à l'article 212 réactions

Lundi soir à Tunis, le président français s’est refusé à critiquer la Tunisie, déclarant notamment: « Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais de m’ériger en donneur de leçons ». Dans un entretien publié ce mardi matin, le président tunisien déclare quant à lui: « Nous acceptons volontiers la critique ».

Nicolas Sarkozy accueilli à l'aéroport de Tunis par le président tunisien Zine al Abidine ben Ali

Nicolas Sarkozy accueilli à l’aéroport de Tunis par le président tunisien Zine al Abidine ben Ali

(c) Reuters  

Le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali a indiqué être « conscient » que beaucoup restait à faire en matière des droits de l’Homme en Tunisie et affirmé « accepter volontiers la critique ».
« Dans ce domaine, comme dans d’autres, nous sommes conscients que beaucoup reste à faire. Néanmoins, les réalisations sont déjà nombreuses et l’évolution réelle », déclare-t-il dans un entretien au mensuel Afrique-Asie paraissant en mai à Paris et publié mardi à Tunis.
A la question de savoir si la Tunisie accuse un retard en matière de droits de l’homme, Zine El Abidine Ben Ali répond: « ceux qui le prétendent ignorent totalement la réalité tunisienne. Par contre, si vous parlez de critiques, je vous précise que nous acceptons volontiers la critique » a-t-il assuré.
Le président tunisien a affirmé sa volonté de faire évoluer les droits de l’Homme, énumérant « les grands progrès réalisés par la Tunisie, et constatés, dit-il, lors de l’examen périodique universel du Conseil des droits de l’Homme du 8 avril à Genève ».

« L‘espace des libertés progresse »


« Nous entendons tirer amplement profit des recommandations que nous fera le Conseil des droits de l’Homme de l’Onu », a-t-il encore assuré.
L’épineux dossier des libertés et droits de l’Homme est à l’ordre du jour de la visite en Tunisie du président français Nicolas Sarkozy, qui a rendu hommage aux efforts de ce pays en la matière.
« Aujourd’hui, l’espace des libertés progresse. Ce sont des signaux encourageants que je veux saluer », avait-il déclaré en présence de son hôte lundi soir au premier jour de sa visite d’Etat de 48 heures en Tunisie.
Il faisait allusion aux réformes engagées par la Tunisie « sur le chemin, étroit et difficile, mais essentiel, celui de la liberté et du respect des individus ».
« Ce chemin, aucun pays ne peut l’avoir entièrement parcouru et personne ne peut se poser en censeur », a-t-il martelé.

« Pleinement confiant »

« Je viens d’un continent dont l’histoire, y compris l’histoire récente, recèle d’abominables tragédies et je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m’ériger en donneur de leçons », a noté le président français qui s’est dit « pleinement confiant » de la volonté du président Ben Ali de « continuer à élargir l’espace des libertés ».
Le régime tunisien est régulièrement critiqué par certaines organisations non gouvernementales locales et internationales pour ses « atteintes aux libertés et aux droits de l’Homme », des accusations réfutées par Tunis.
Les autorités tunisiennes considèrent ces allégations comme des « partis pris de certaines ONG systématiquement hostiles ». Elles font valoir que la Tunisie a fait « le choix volontaire de la démocratie et des droits de l’Homme » et entend « poursuivre résolument le processus de réformes en toute souveraineté ».

Les ONG déçues

Deux dirigeants d’ONG défenseurs des droits de l’Homme Khadija Cherif et Mokhtar Trifi se sont dit « déçus » mardi par les déclarations de Nicolas Sarkozy.

« Je suis déçue. Il ne s’agit pas de donner des leçons mais de reconnaître la réalité. Je vois que le président Sarkozy ne s’intéresse pas à la réalité de ce pays », a déclaré à l’AFP Khadija Cherif, militante des droits de l’Homme et présidente d’une ONG féministe.
« Sa priorité c’est le commerce, mais il devrait savoir que le développement ne peut être qu’économique, a-t-elle ajouté, jugeant les déclarations de Nicolas Sarkozy comme « une marque de mépris pour la société civile tunisienne ».
« On est habitué à ce discours. M. Chirac nous l’avait servi en 2003, on nous le ressert différemment malgré les promesses de campagne de M. Sarkozy », a poursuivi Khadija Cherif.
La présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD, indépendante) a confirmé la visite, mardi, au siège de son association, de la secrétaire d’Etat française aux droits de l’Homme Rama Yade.
« Si des garanties ont été données à M. Sarkozy pour que les libertés progressent, tant mieux! C’est notre demande », s’est étonné de son côté Mokhtar Trifi, président de la Ligue de défense des droits de l’Homme. (avec AP, AFP)

TUNISIE

Pour Sarkozy, l’Europe a « l’intelligence », les Tunisiens ont « la main d’œuvre »

NOUVELOBS.COM | 30.04.2008 | 09:09

Réagissez à l'article 10 réactions

Devant 500 patrons français et tunisiens, au deuxième jour de sa visite d’Etat, le président français a déclaré : « Vous avez une main d’oeuvre qui ne demande qu’à être formée, nous avons beaucoup d’intelligence et beaucoup de formation (…), ce n’est pas les uns contre les autres, c’est les uns avec les autres ». Il a été très applaudi.

Nicolas Sarkozy et Zine el Abidine ben Ali (Reuters)

Nicolas Sarkozy et Zine el Abidine ben Ali (Reuters)

Le président français Nicolas Sarkozy a défendu, mardi 29 avril, au deuxième jour de sa visite d’Etat en Tunisie, son Union pour la Méditerranée entre l’Europe et les pays du Sud, alors que sa bonne note décernée au régime tunisien sur les droits de l’Homme suscite la polémique.
S’exprimant devant 500 patrons français et tunisiens, Nicolas Sarkozy a défendu son projet de nouveau partenariat entre les deux rives de la Méditerranée, qui doit être officiellement lancé le 13 juillet, assurant qu’il doit permettre la création d’un « pôle gagnant-gagnant qui concurrencera l’Asie ».
« Il n’y a pas un bon avenir pour l’Europe si l’Afrique en général, et l’Afrique du Nord en particulier, ne connaît pas le développement (…), nous pouvons créer un modèle qui triomphera dans le monde entier », a-t-il estimé.
« En Asie, ils ont su, entre les pays riverains, s’intégrer et se compléter. Et le drame de la Méditerranée, il est dans un chemin inverse où l’on s’oppose et on s’exclut », a-t-il ajouté.
« Vous avez une main d’oeuvre qui ne demande qu’à être formée, nous avons beaucoup d’intelligence et beaucoup de formation (…), ce n’est pas les uns contre les autres, c’est les uns avec les autres. C’est ça le partenariat », a insisté le président français sous les applaudissements.

« Des polémiques qui m’importent bien peu »

A titre d’exemple, Nicolas Sarkozy a cité l’accord conclu dans la nuit de lundi à mardi entre la compagnie nationale Tunisair et Airbus qui prévoit, outre la livraison de 19 avions (10 A320, 3 A330 et 3 A350, ainsi que 2 A320 et 1 A350 en options) l’installation en Tunisie d’une usine aéronautique qui emploiera à terme, selon lui, « près de 2.000 personnes ».
Rejetant « des polémiques qui m’importent bien peu », le président français a ainsi une nouvelle fois justifié la signature lundi d’un accord de coopération en matière d’énergie nucléaire civile.
« L’énergie nucléaire, c’est l’énergie du futur (…) la France vous dit que sa technologie, qui est une des plus sûres du monde, une des meilleures du monde, elle est décidée à la mettre au service du développement de vos économies (…), l’Europe ne connaîtra pas la stabilité si vous ne connaissez pas le développement, voilà pourquoi il faut s’unir », a-t-il plaidé.

« Reconnaître la réalité »

Le texte paraphé par Paris et Tunis, identique à d’autres déjà signés avec le Maroc, l’Algérie ou la Libye, suscite les critiques des ONG écologistes et de plusieurs partenaires européens de la France, qui estiment qu’il augmente les risques de prolifération nucléaire militaire.
Plus encore que l’accord sur le nucléaire civil, c’est le satisfecit attribué lundi soir par Nicolas Sarkozy au président tunisien Zine El Abidine Ben Ali sur le terrain des droits de l’Homme qui a suscité la polémique, aussi bien en France qu’en Tunisie.
« L’espace des libertés progresse » en Tunisie, avait-il jugé devant son hôte, assurant ne pas vouloir s’ériger « en donneur de leçons ».
« Il ne s’agit pas de donner des leçons mais de reconnaître la réalité. Je vois que le président Sarkozy ne s’intéresse pas à la réalité de ce pays », a déclaré à l’AFP Khadija Cherif, militante des droits de l’Homme et présidente d’une ONG féministe. « Sa priorité c’est le commerce, mais il devrait savoir que le développement ne peut pas être qu’économique », a-t-elle ajouté.
« Malheureusement sur le terrain, nous n’avons pas remarqué de progrès notables, c’est peut-être même le contraire », a regretté le président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, Me Mokhtar Trifi.

Yade annule un rendez-vous

La secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme Rama Yade, qui accompagnait Nicolas Sarkozy, a reçu dans l’après-midi Me Trifi, mais a annulé un rendez-vous prévu avec l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), sa présidente Khadija Cherif.
La France a signé mardi avec Tunis quatre conventions de crédits d’un montant de 138 millions d’euros pour l’agriculture, l’habitat et l’énergie.
Nicolas Sarkozy devait rencontrer mardi soir la communauté française.
Son épouse, Carla, a visité de son côté, mardi après-midi, un centre d’enfants orphelins à Gammarth, dans la banlieue chic de Tunis. (avec AFP)

LA VISITE DE NICOLAS SARKOZY EN TUNISIE

« Ben Ali doit sa longévité à la France »

Comment réagissez-vous aux déclarations de Nicolas Sarkozy estimant que « l’espace des libertés progresse » en Tunisie ?

- Il doit certainement avoir un bon décimètre pour mesurer cela. Cet espace des libertés a bien été gagné, mais par Ben Ali, et non pas par les droits-de-l’hommistes ou par les citoyens tunisiens. Ben Ali a gagné des libertés contre les Tunisiens. Ben Ali et Sarkozy sont tout simplement en train de s’auto-congratuler.

Nicolas Sarkozy a refusé de se poser en « donneur de leçons » au nom de l’amitié franco-tunisienne. Des protestations françaises pourraient-elles cependant faire évoluer la situation en Tunisie ?

- C’est une question que l’on ne devrait même pas poser. Depuis Mendès-France, en passant par De Gaulle, Giscard, Mitterrand, Chirac… jusqu’à Sarkozy, la France n’a jamais vraiment envoyé de sermons à la Tunisie. Bourguiba ou Ben Ali n’ont jamais entendu dire par la France qu’ils devraient donner davantage de libertés à la Tunisie. La France en serait pourtant capable, car c’est l’ancien colonisateur et la Tunisie est encore aujourd’hui quasiment une colonie française. Ben Ali doit sa longévité à la France.
Quant à savoir si la France pourrait agir en faveur des droits de l’homme en Tunisie… Je ne crois pas. Elle pourrait nous aider en laissant faire les citoyens tunisiens, c’est-à-dire en s’écartant quelque peu. Aujourd’hui, Paris aide encore Ben Ali à asseoir son régime.

Comment peut être perçue une telle attitude du président de la République française par les Tunisiens ?

- Nous nous attendions à ça, d’autant plus que nous avons déjà été leurrés par les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy. Mitterrand ou Chirac ont fait de même. Mais Sarkozy, c’est le chef d’œuvre puisqu’il va jusqu’à féliciter Ben Ali pour ses soi-disant réalisations. De qui se moque-t-il ? Les Tunisiens ont cru pendant un moment que la France, terre de la Boétie, pourrait aider à la liberté ici. Aujourd’hui, on assiste plutôt à « L’Avare » de Molière.

Interview de Taoufik Ben Brik par François Sionneau
(le mardi 29 avril 2008)

 

 

 

 

LA VISITE DE NICOLAS SARKOZY EN TUNISIE

Sarko, les droits de l’homme et la courte vue

C’EST une rupture…Peut-être pas celle annoncée, mais c’est une rupture. En voyage chez le président tunisien Ben Ali, Nicolas Sarkozy a fait du zèle.Depuis vingt ans, le régime du président Ben Ali est régulièrement épinglé par les ONG pour ses violations des droits de l’Homme. Des actes de torture ont été récemment dénoncés par les Nations-Unies, des militants des droits de l’homme sont traqués, la censure règne en maitre. Par pure curiosité, allez sur les sites d’Amnesty International ou de Human Rights Watch et vous serez édifiés. Or, Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à affirmer, malgré cela, que « l’espace des libertés progresse » et que « ce sont des signaux encourageants que je veux saluer », ajoutant qu’il voyait « pas au nom de quoi je m’érigerais en donneur de leçons » !,laissant à Ben Ali le beau rôle puisque le président tunisien a indiqué être « conscient » que beaucoup restait à faire en matière des droits de l’Homme en Tunisie et affirmé « accepter volontiers la critique » ! Mais Ben Ali est maintenu au pouvoir grâce au soutien de la France et il le lui rend bien : treize Airbus assortie de trois options pour un montant d’un milliard d’euros et la construction d’une centrale thermique pour environ 360 millions d’euros, selon la même source, sans parler d’un accord-cadre de coopération en matière de nucléaire civil ! Qui en Mars 2007 disait : « Je ne passerai jamais sous silence les atteintes aux droits de l’homme au nom de nos intérêts économiques. Je défendrai les droits de l’homme partout où ils sont méconnus ou menacés et je les mettrai au service de la défense des droits des femmes » ? Nicolas Sarkozy. Or qu’a fait hier le même Nicolas Sarkozy ? Il est allé jusqu’à encourager Ben Ali à poursuivre dans la voie autoritaire, affirmant: « Qui peut croire que si, demain, après demain, un régime du type taliban s’installait dans un de vos pays, au nord de l’Afrique, l’Europe et la France pourraient considérer qu’elles sont en sécurité? ».Or c’est exactement ce raisonnement spécieux qui, partout dans le monde musulman, fait le lit de l’extrémisme islamiste. Il faudrait fermer les yeux sur les actes de torture couramment pratiqués en Tunisie, au nom de la lutte contre le terrorisme. Or, ce n’est pas seulement moralement discutable, du fait que l’on accepte pour certains pays ce que nous refusons chez nous, mais c’est politiquement à courte vue. Ce sont les régimes autoritaires qui ont fait le lit d’Al Qaïda et de ses variantes salafistes. Jean-Marcel Bouguereau
(le mercredi 30 avril)

mardi, 29 avril 2008

Sarkozy et les dictatures

b94c7b96ba59f57f97bcd5fb201623c1.jpg

Comment ne pas voir l’évidence – presqu’obscène?

Il y a moins d’une semaine, Nicolas Sarkozy se disait  »choqué » par la répression au Tibet. 

Et voilà qu’aujourd’hui, à Tunis, il ne voit rien à redire au régime féroce de Ben Ali.  

Nicolas Sarkozy ne défend donc les droits de l’homme que lorsqu’il est en campagne électorale ou lorsque la rue française l’y contraint. 

La preuve?

Souvenez-vous du silence pesant de l’Elysée pendant les émeutes à Lhassa.

Il a fallu attendre les premières grandes manifestations, les « coups » de Robert Ménard et les sondages pour que Nicolas Sarkozy sorte progressivement de cette troublante réserve et définisse, après moultes couacs, une nouvelle ligne qui laisse (un peu) de place à la promotion des droits de l’homme.

Mais, faute de pression, il ne dit rien sur la situation en Tunisie. 

Ou plutôt si:

« Je ne vois pas au nom de quoi je m’érigerais en donneur de leçons »,a-t-il déclaré hier au premier jour de sa visite d’Etat.

Terrible phrase. 

Quelqu’un aurait dû lui rétorquer:

« Mais au nom, Monsieur le président, de ce que vous avez déclaré pendant votre campagne, il y a moins d’un an »

Ou

« Au nom cette Charte universelle des Droits de l’Homme, écrite, vous en souvenez-vous?, par le Français René Cassin. »

Mais personne, aucun militant tunisien des droits de l’homme, n’a pas lui dire quoi que ce soit.

Puisque, comme la mobilisation de l’opinion française est quasi-nulle sur le sujet, Nicolas Sarkozy n’a pas cherché à les entendre.

Pire, il a encouragé Ben Ali à poursuivre dans la voie autoritaire.

Il a affirmé:

« Qui peut croire que si, demain, après demain, un régime du type taliban s’installait dans un de vos pays, au nord de l’Afrique, l’Europe et la France pourraient considérer qu’elles sont en sécurité? »

Autrement dit, nous autres Européens devons fermer les yeux sur les exactions du régime Ben Ali au nom de la sacro-sainte lutte contre le terrorisme.

Fermer les yeux sur les arrestations arbitraires, sur la torture, qui frappent aussi bien sur les islamistes que les démocrates.

Sarkozy avait tenu à peu près le même raisonnement à propos de Moubarak qu’il préférait, disait-il, aux Frères Musulmans.

Ces déclarations sont évidemment moralement discutables.

Elles sous-entendent que, lorsqu’il s’agit de défendre les droits de l’homme, nous devrions faire deux poids deux mesures, selon que nous serions ou non menacés par les éventuelles conséquences d’une libéralisation des régimes en place.

Et ces déclarations sont politiquement de courte vue.

Car on sait bien que l’autoritarisme et la corruption des régimes arabes sont justement les ferments principaux de l’islamisme radical.

Les réactions des lecteurs

Léon
Orphee73
Pouvez-vous émettre une idée sans vous référer systématiquement à la famille Mitterand ? Je ne veux émettre d’idée sur le fait déjà ancien dont vous parlez mais mme Mitterand, je vous le rappelle n’était pas élue président de la République et représentait une association française et ne parlait pas au nom de la France.
Vous dépeignez une Tunisie dure pour l’Islamisme radical et doux pour les tunisiennes et les tunisiens très éloignée de ce qu’ils vivent et de ce qu’ils en disent eux-mêmes.
Cela n’est pas à votre honneur ni à celui de votre camp de faire ici l’éloge d’un tel régime.
30.04 à 09h21
Léon
Orphée73
Pour ne pas prendre mes vacances ni envisager de prendre ma retraite en Tunisie je me permets donc de critiquer cette position de Sarkozy je suppose avec votre bénédiction.
La Tunisie et les tunisiens forment un pays extrêmement agréable et accueillant, je peux le dire pour y être allé du temps du président Bourguibah. La rencontre idéale pour nous entre la culture d’afrique du nord et celle de Rome.
Mais depuis la montée de l’islamisme le durcissement du régime est incontestable et la liberté politique n’y règne pas. Il suffit de parler avec les tunisiens ou de lire leurs journaux officiels pour s’en rendre compte.
Le jour de cette déclaration j’ai parlé ici de complicité de la France et l’on m’a critiqué à ce sujet : « quoi, quelle complicité ». Je vois que le opposants tunisiens le ressentent aussi !
Encore une fois, sans être donneur de leçon, il n’était pas nécessaire de donner à un président dictatorial le certificat de conformité du pays des droits de l’homme.
30.04 à 08h59
fisc
Aaaaaaah !
Enfin, l’argument final !Sarkozy a reconnu la « spécificité » Russe.Ses amis ont, en son nom, défini la Chine comme une non-dictature.Les violations des droits de l’Homme ont été relégués au rang d’affaire intérieure (malgré la présence de qui-vous-savez au Quai d’Orsay !).

Enfin, on rend hommage à la lutte des dictateurs contre le terrorisme. La France valide officiellement l’argument que les Etats-Unis ont généreusement fourni aux dictateurs du monde entier pour justifier l’autoritarisme de leur régime !

D’autres ont été aussi cyniques, certes.

Mais que jamais, plus jamais, on ne prétende que Nicolas Sarkozy est un homme qui tient ses promesses !
30.04 à 08h52

L’habile-bête
Question de chimie.
1 – Quelle quantité* d’encre utilisée pour l’impression des billets de banque est nécessaire pour insensibiliser le nerf olfactif contre les particules olfactives de la putréfaction?
* Cette quantité peut sensiblement varier en fonction du pays.2 – Sachant que les billets de banque sont hématophages et entrainent quelquefois une cécité ou une amnésie temporaire, quelle quantité de « droits de l’homme » est-elle nécessaire pour réactiver les sens défaillants?Réponses à envoyer à « Monsieur le Président de la République Française ».
30.04 à 08h49
MINUIT
Dans tous les pays…
il ya toujours des « opposants » pour se prévaloir des droits de l’homme!….ce sont toujours les memes qui,une fois qu’ils sont au pouvoir les oublient!…les communistes se sont toujours bien servis des « droits de l’homme » quand ça les arrangeaient….on voit ce que les communisme chinois,nord coréen et cubains ont fait des droits de l’homme!….ne parlons pas des pays islamisés ou les droits de l’homme et encore plus de la femme sont une chimère….il existe de par le monde de nombreux pays ou la tunisie pourraient etre qualifiée de paradis au niveau des libertés individuelles,il suffit de regarder le voisin immédiat pour voir un exemple de négation des droit humains…Mr BOUTEFLIKA ne supporte pas la contradiction et les prisons algériennes sont pleines « d’opposants »….NE JUGEONS PAS LA TUNISISE en fonction de nos propres critères;contentons nous de la visiter en toute liberté et sécurité…. et laissons Mr BEN ALI s’occuper des affaires de son pays….
30.04 à 08h49
Tango1
Le plus important pour …
… Sarkosconi c’est de privilégier le côté matériel au détriment de l’humain (apanage de tous les dictateurs), même au détriment des 53% de décomplexés qui l’ont mis au pouvoir avec le soutien de la plupart des médias.
Il a tout simplement un porte feuille à la place du c?ur.
30.04 à 08h42
orphee73
autre chose…
Au fait, lorsque cette chère Mme Mitterrand allait se prosterner devant son Fidel Castro adoré avez vous souvenir qu’elle lui ait demandé avec fermeté d’ouvrir son pays, d’y laisser entrer une lueur de liberté et de démocratie??? Je n’ai pas entendu beaucoup de gauchistes et mêmes socialistes s’offusquer de cela ni critiquer, critiquer, critiquer Mitterrand et sa clique. Quand son fils faisait des « affaires » avec les génocidaires (armes et autres….au Rwanda….) Qui s’en offusquait??? Voius les « doirts de l’Hommistes convaincus??? Un peu d’honnêteté intellectuelle messieurs-dames les donneurs de leçon de « morale » dont vous ne voulez même pas à l’école!!De plus en plus de français vont prendre leur retraite en Tunisie. C’est drôle non pour un pays où régnerait une dictature implacable….
Les échanges économiques devraient-ils donc ne se faire qu’avec des pays démocratiques….donc principalement occidentaux. Avec ça il serait beau notre PIB tiens!! La bêtise a la vie dure!
30.04 à 08h34
al1-46
propos d’un candidat…..
« Je ne passerai jamais sous silence des atteintes aux droits de l’Homme au profit d’intérêts commerciaux »N.Sarkozy candidat à l’élection présidentielle.Dont acte…………
30.04 à 08h30
orphee73
Lamentable
Ceux qui critiquent, critiquent, et….qui vont passer leurs vacances dans ce pays horrible, où toutes les libertés sont paraît-il bafouées! Pour m’y être rendu à plusieurs reprises je n’y ai pas senti un manque absolu de libertés. Ceux qui se plaignent se sont bien évidement les « progressistes » tunisiens affiliés à nos bons gauchistes bobo habituels. La femme en Tunisie a bien plus de liberté et de modernité que dans aucun autre pays du Maghreb. Ce sont des femmes d’affaires, elles travaillent librement, ont accès à la contraception, aux soins, aux études contrairement au Maroc et à l’Algéri.; Ne confondez pas s’il vous plaît!
Ben Ali lutte très durement contre l’islam radical et c’est ça qui ne plaît pas aux « droits de l’Hommistes ». Il n’en veut pas sur son territoire et s’il faut payer une démocratisation de ce pays par un laxisme laissant la part belle aux islamistes radicaux alors je trouve qu’une certaine fermeté n’est pas mauvaise.Hélas chez nous…..
on voit ce qu’il en est!
30.04 à 08h27
gloups
droits de l’homme versus business
on voit bien que ce qui prime pour Sarko, c’est de jouer les VRP pour vendre des airbus ou des centrales (c’est sa spécialité, il ne sait pas vendre autre chose)
les droits de l’homme ne l’ont intéressé que le temps d’une campagne électorale, tout comme le bien être des Français et leur pouvoir d’achat
ce temps passé, il privilégie le business et ses potes
c’est sûr qu’il pourra se recaser après avoir fait président, il fera vendeur et fortune comme il le souhaite tant
et les Français dans tout ça, et les droits de l’homme ?
30.04 à 08h25
regine
laissez
lui faire son mandat
30.04 à 08h01
CR85
Oh les gars !
C’est Sarkozy que vous avez chez vous, vouvvouv attendiez à quoi ?
30.04 à 07h57

Publié dans AFRIQUE de SARKOZY, DROITS DE L'HOMME ET ACTION HUMANITAIRE, POLITIQUE ET BUSINESS | 1 Commentaire »

Mais si, Monsieur Sarkozy, c’est le rôle de la France qui explique l’état présent de l’Afrique !

Posté par issopha le 3 avril 2008

 Retour sur le discours sarkozyen de Dakar

le 26 juillet 2007.

Mais si, Monsieur Sarkozy,

c’est le rôle de la France qui explique l’état présent de l’Afrique !

 

Lettre ouverte au Président Nicolas SARKOZY, suite à son voyage en Afrique

Monsieur le Président,

Permettez-moi de joindre ma modeste voix à celles, nombreuses et plus autorisées, (Alpha O. KONARE, Mater A. MBOW, Doudou DIENE, Mamadou Coulibaly, etc.) qui se sont déjà exprimées après votre visite-éclair au Sénégal et au Gabon.
Votre discours de près de 50 minutes à l’adresse de « l’élite de la jeunesse africaine », dans l’enceinte même de l’Université CHEIKH ANTA DIOP, ce haut lieu de la transmission du Savoir qui a vu passer les meilleures élites du continent, a agacé, révolté, et choqué bon nombre d’Africains qui se sont sentis « insultés »par vos propos.

 
Faut-il vous rappeler, Monsieur le Président, ce que symbolise aux yeux de la jeunesse africaine le nom que porte cette haute institution universitaire ?
Première entorse à la « Teranga » sénégalaise : vous n’avez même pas daigné saluer, ou évoquer la mémoire de cet illustre et savant africain, l’un des dignes fils que la terre africaine ait jamais porté. Ainsi,vous avez profané la mémoire de tout un continent, donnant raison à tous ceux qui qualifient vos penchants et postures « d’arrogants »,de « méprisants », et d’ « insultants ». Mais, cela peut se comprendre dans une moindre mesure, car pendant plus d’un demi-siècle, une certaine élite intellectuelle française acquise aux thèses négationnistes révisionnistes, voire négrophobes n’a eu de cesse de contester et de diaboliser l’auteur de « Nations Nègres et Cultures », l’ouvrage « le plus génial qu’un Nègre ait jamais écrit », si l’on en croit le Grand Maître de la pensée historique Nègre, Aimé CESAIRE, lui-même.
Que peut-on donc retenir grosso modo de votre longue litanie de récriminations contre L’Afrique et les Africains ?
-Que ces derniers ressassaient sans arrêt le procès de la colonisation.
-Qu’ils seraient des nostalgiques du temps mythique de L’Eternel Retour, d’où leur refus d’entrer dans la modernité.
-Que des Africains ont vendu d’autres Africains aux négriers.
Avant de répondre à quelques unes de vos nombreuses charges, permettez-moi de revenir sur l’idée de rupture, socle essentiel de votre législature, et leitmotiv de tous vos discours.
Au lendemain de votre intervention de DAKAR, un grand démocrate africain, le président Alpha O. KONARE vous répondait aussitôt en ces termes : « Je suis certain que le président souhaite la rupture […] je pense que pour l’aider dans la rupture, il a besoin de mieux connaître l’Afrique et nous sommes prêts dans ces échanges avec lui. » Avant d’ajouter : « SARKOZY a besoin de mieux connaître l’Afrique ». On ne pouvait pas mieux dire. Dans un article récent, moi-même, je m’interrogeais sur votre « vraie fausse rupture ». A l’évidence, en choisissant de visiter les deux postes avancés de la « Françafrique » qui constituent votre « pré carré » (même si vous récusez ce terme) : le SENEGAL, pays en net et inquiétant recul démocratique, et le GABON, vieille terre « françafricaine » dirigée votre «ami » OMAR, peu respectueux des règles élémentaires des droits de l’Homme, vous ne faites que poursuivre la voie tracée par vos prédécesseurs. Mais cela ne peut en être autrement car, malgré vos dénégations « La France n’a pas besoin économiquement de l’Afrique », le continent noir reste un enjeu économique majeur pour le Grand Patronat Français dont vous êtes très proche, et qui contrôle diverses activités économiques en Afrique sub-saharienne, à travers certaines entreprises telles que : Bouygues, Bolloré, Areva, Elf, Total, Lafarge, Air -France, …pour ne citer que celles-là.
En somme, votre prétendue rupture s’inscrit dans la continuité de la « Françafrique », initiée par vos prédécesseurs, le style en plus.
« La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de L’Afrique. Elle n’est pas responsable de guerres sanglantes [ … ] Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication [… ]» affirmiez-vous sans ambages.
Monsieur le Président, il est curieux que votre mémoire historique ne s’arrête qu’à une seule période : celle de la colonisation. De la période néocoloniale, aucune mention, ni allusion.
Avez-vous oublié que la corruption, la dictature, le clientélisme et leurs différentes déclinaisons, avant de devenir des pratiques néocoloniales, furent d’abord des inventions coloniales ? Les chefs d’Etats africains compradores n’ont fait que « tropicaliser » les vieilles habitudes clientélistes et prévaricatrices de leurs anciens maîtres (Commandants de cercle, Gouverneurs et autres relais de la puissance coloniale). C’est dire que les bons élèves « françafricains » (BIYA, BONGO, SASSOU, EYADEMA, DEBY, HABRE, BOZIZE, WADE, HOUPHOUET, COMPAORE…) ont bien assimilé les leçons de leurs maîtres au point de dépasser ces derniers, voire d’exceller en la matière .Derrière ces africains corrompus, se profile immanquablement l’ombre de leurs corrupteurs occidentaux, dont mon ami, le regretté François- Xavier VERSCHAVE, avait en son temps, dénoncé les méthodes et pratiques politico mafieuses dans ses nombreux ouvrages dédiés entre autres, à la « France à Fric ». Quelques exemples de corruption « françafricaines » pourraient vous rafraîchir la mémoire: Affaire Carrefour de Développement, Affaire ELF, Angolagate, les Diamants de BOKASSA etc.…
Pour en revenir aux dictatures dont la colonisation ne serait pas responsable, une question, Monsieur le Président : qui a armé, mis au pouvoir et soutenu des satrapes comme AHIDJO, MOBUTU, EYADEMA, BOKASSA et les autres, tous des marques de fabrique de la colonisation franco-belge ? Que sont devenus les véritables Panafricains qui avaient de grands desseins pour l’Afrique : Sylvanus OLYMPIO, Barthélemy BOGANDA , Patrice LUMUMBA,Ruben UM NYOBE , Afandé ASSANA , Félix MOUNIE (ces trois derniers, membres- fondateurs de L’armée de Libération Nationale du Kamerun), Thomas SANKARA , Amilcar CABRAL , Eduardo MONDLANE , Mehdi Ben BARKA … ? Tous assassinés soit directement par des agents de la colonisation, soit indirectement par les suppôts locaux de la néo- colonisation, pour avoir préféré la liberté et la dignité dans la pauvreté, plutôt que la servitude et la soumission dans l’opulence corruptrice.
Quant aux crimes et génocides coloniaux, pourquoi ne parlez-vous pas du massacre des militants de L’U.P.C. (Union du Peuple Camerounais), ainsi que des Bamiléké dans le maquis en 1958 (300 à 400. 000 morts), des massacres de Sétif et de Madagascar… ? Par ailleurs, on attend toujours les rapports complets de l’ONU pour connaître le véritable rôle joué par la France mitterrandienne dans le génocide rwandais, dont quelques initiateurs ont trouvé refuge en Europe, et notamment en France.
Offense suprême à nos morts ! Vous n’avez même pas, Monsieur le Président, sur cette terre sénégalaise de sueur, de sang, et de déportation, évoqué la mémoire de ces soldats, (« chairs à canon », comme on disait à l’époque), enrôlés dans l’Armée française, pour défendre la « Mère Patrie » pendant la Seconde guerre mondiale, et qui furent par la suite, honteusement massacrés à THIAROYE. Leur seul tort était d’avoir légitimement demandé que leurs pensions de guerre fussent alignées sur celles de leurs camarades d’armes français, eux, de « vraie » souche. Une simple allusion à cette histoire douloureuse vous aurait réconcilié avec les descendants de ces « Tirailleurs », et par voie de conséquence avec toute l’Afrique.
« Le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources des richesses qui ne lui appartenaient pas […]Il a construit des ponts, des routes, de hôpitaux, des dispensaires, des écoles… », Dites –vous aussi.
«La colonisation a été une grande faute » avez-vous ajouté en substance. Est-ce une repentance tardive de votre part, qui relèguerait dans les poubelles de l’Histoire la Loi du 23 février sur « les bienfaits de la colonisation » ?
Une simple « faute » la colonisation ? Pourquoi voulez-vous, Monsieur le Président, passer par pertes et profits, voire banaliser les crimes coloniaux en Afrique entre les 19ème et le 20ème siècles ? Déportations, dépersonnalisation et perte d’identité des peuples, division des familles, des ethnies et des tribus, ségrégation raciale (code de l’indigénat), balkanisation des territoires naguère homogènes, viol des cultures, assassinats et déportations des résistants à la colonisation, travaux forcés, expropriations…Voilà ce que vous qualifiez, sans sourciller de simple « faute ».
Tout cela au nom d’une certaine « Mission Civilisatrice » de la France, comme naguère, pendant la période esclavagiste.
Ces crimes coloniaux resteront des tâches indélébiles dans la profonde mémoire des Africains, tant qu’une certaine élite politique et intellectuelle française refusera d’assumer son histoire pour s’en démarquer et condamner ses postures contemporaines, au lieu de persister dans le déni de mémoire .Il ne s’agit pas de demander comme de l’aumône, une quelconque repentance. Les Africains dans leur grande majorité ne réclament pas cela, Monsieur le Président. La démarche contraire serait indigne de leur part..

Un des paradoxes, et non des moindres,de vos propos est que, tout en reconnaissant vous-même que la colonisation fut une de « grande faute »,curieusement, vous ne résistez pas à l’envie d’en faire le panégyrique. De fait, il apparaît que vous n’avez pas totalement renoncé à la Loi du 23 février qui vous colle de manière indécrottable à la peau. Lorsque vous vantez les ponts, les routes, les dispensaires, les écoles…, comme étant des « bienfaits de la colonisation », vous semblez ignorer la réalité de la colonisation en Afrique.
Bien avant les équipées coloniales en Afrique, ce continent était à l’époque, en avance sur l’Europe dans plusieurs domaines dont les traces encore visibles, sont révélées par l’archéologie, l’Anthropologie,l’Histoire et d’autres disciplines des sciences de l’Homme.
Et l’acharnement des historiens négationnistes ne peut rien changer à cette réalité historique. D’ailleurs, quelle certitude avez-vous que, sans la colonisation, l’Afrique n’aurait pas poursuivi son développement endogène, qui était déjà à son paroxysme ? Affirmer le contraire serait une insulte à l’intelligence et à l’esprit de créativité de ces peuples qui furent de grands bâtisseurs et inventeurs de tous les temps.
Aussi, les Africains qui se sont intéressés à la question sont unanimes pour reconnaître que les « bienfaits »matériels de la colonisation ne visaient qu’un seul et unique but : la satisfaction exclusive des besoins des colons et de leurs pays, à travers les captations dolosives et léonines des richesses minières, agricoles et énergétiques du continent. L’observateur averti remarquera que la plupart des ponts, routes et autres infrastructures construits sous la colonisation l’ont été en particulier dans des régions très florissantes, dans le but de favoriser plus facilement l’écoulement de certaines matières premières. On oublie trop souvent que ces infrastuctures furent l’œuvre de nos grands- parents, soumis aux travaux forcés, humiliés, et, courbant l’échine sous les fouets de féroces et impitoyables gardes-chiourmes coloniaux, assistés de leurs supplétifs locaux. Faut-il rappeler, à l’instar du regretté et talentueux Sembene OUSMANE dans son excellent ouvrage, « Les Bouts de Bois de Dieu » ,comment et dans quelles conditions fut construit le chemin de fer Dakar-Niger ? Que dire des chemins de fer « Congo Océan », « Daho-Niger », etc., où des milliers d’Africains laissèrent leur vie ?
S’agissant des hôpitaux et des écoles dont tous les adeptes de la colonisation bienfaitrice nous rabâchent sans arrêt, ils contribuaient tout simplement à soigner et à éduquer une masse de serviteurs et une main-d’œuvre corvéable, tel un cheptel que l’on entretient aux fins de rentabilité, dans lesquelles le colon pouvait puiser à satiété et sans vergogne.
Que dire également du recul des connaissances et transmissions des savoirs traditionnels (médecine et pharmacopée), et du patrimoine socio-culturel, (religion, éducation…) détruit par de multiples invasions et occupations étrangères sur le continent, au nom d’une prétendue civilisation blanche et chrétienne ?
Force donc est de reconnaître que la colonisation et son parangon, le néo-colonialisme, ont une lourde responsabilité dans l’état actuel de l’Afrique, en stoppant net ses grands progrès et son avance sur l’Europe.
Vous assénez ensuite, mutatis mutandis: « Le problème de L’Afrique […] c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, n’a jamais existé ».
N’en déplaise aux négationnistes et eurocentristes de tous poils : L’Afrique a véritablement connu un âge d’or. En effet, nous tenons du grand savant sénégalais, Cheikh Anta DIOP, propos confirmés par d’autres savants de renom, que les Sciences, les Arts, la Philosophie…, sont nés en Afrique et que la plupart des grands savants grecs qui furent à l’origine de la Pensée Occidentale, THALES, PYTHAGORE, SOCRATE, DIODORE de SICILE…, avaient eu comme Grands Maîtres, d’éminents érudits égyptiens, dont le vénérable professeur WENNOFER. « A l’époque où les Grecs commencèrent à venir en Egypte étudier aux 7ème et 8ème siècles, les philosophes égyptiens avaient déjà fondé d’immenses bibliothèques spécialisés dans l’Histoire, les Sciences, la Politique et les Religions », nous apprend le professeur MOLEFI ASANTE de L’ Université d’Etat de Philadelphie. C’est vous dire, Monsieur le Président, que cela fait des siècles et des siècles que nous étions dans la modernité. Au demeurant, celle-ci ne s’évalue pas, comme vous semblez l’imaginer, au nombre des bateaux négriers, de canons, de crimes coloniaux ayant entraîné des centaines de milliers de victimes africaines.
Il ne s’agit pas, comme vous le prétendez, de « ressasser le passé », mais d’en prendre conscience pour mieux appréhender le futur, fort en cela, de la sagesse de nos Ancêtres : « c’est au bout de l’ancienne corde que l’on tisse la nouvelle ».
« L’Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur. Ce sont des Africains qui ont vendu aux négriers d’autres Africains… » Dites –vous.
Monsieur le Président, vos propos vont à l’encontre de la vérité historique et sont faciles à identifier : leur base idéologique est le négationnisme dont certains intellectuels français comme PETRE GRENOUILLEAU, BRUCKNER, FINKIELKRAUT, CARRERE-D’ENCAUSSE, ZEMMOUR…, et quelques amuseurs publics du petit écran : SEVRAN, FOGIEL…., se sont faits les chantres tout récemment.
Le but manifeste de cette entreprise de déculpabilisation est de minimiser le rôle de l’Occident Négrier, dont la France, dans la Traite Négrière, et de culpabiliser les victimes et leurs descendants.
Prétendre, comme vous le faites, de manière péremptoire et sans aucune nuance, que « les Africains ont vendu leurs frères », révèle votre méconnaissance de l’Histoire de L’Afrique. Dans toute l’histoire des guerres d’occupation et des invasions étrangères,- cela est vrai depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours- des collaborateurs, traîtres, et renégats se sont toujours mis du côté des plus forts, soit par lâcheté, soit par intérêt .En témoigne l’exemple de la France pétainiste. Pourquoi ce qui est vérité au-delà de l’Hexagone serait-il mensonge en deçà, Monsieur le Président ?
L’histoire africaine ayant été longtemps occultée des programmes scolaires et de la mémoire française, vous n’avez, sans doute, jamais retenu les noms des grandes figures anti- esclavagistes du continent : NZINGA MBEMBA, ANA NZINGA MBANDI (Royaume du KONGO) ; NAZIR AL-DIN (Sénégambie) ; AMADOR (Sao Tomé) ; TEZIFON (Royaume d’ALLADA). Point n’est besoin de revenir sur les combats héroïques et multiformes des Jagas, des Bubi, des Angolares, qui s’opposèrent vaillamment à l’infâme commerce humain entre les 17ème et 18ème siècles.
Bien entendu, il n’est pas ici question de dédouaner quelques princes et rois collaborateurs, traites à leurs peuples qui furent souvent des supplétifs ou des créations des esclavagistes occidentaux. Ces « roitelets » dont nos chefs d’Etat « françafricains » actuels ne sont que de pâles et obscures répliques, n’agissaient qu’en leur nom propre et pour leur compte personnel, comme on peut encore le constater dans les ploutocraties post- coloniales.
D’ailleurs, Monsieur le Président, les Africains conscients, n’ont pas attendu la leçon de l’Occident, anciennement négrier, pour commencer leur devoir de mémoire.
Une dernière question si vous le permettez : qui a écrit le Code Noir, cet instrument juridique, barbare et déshumanisant qui ravalait les Nègres à l’état de « bien meuble » ? Ce ne sont pas des Africains contre d’autres Africains.
Avez-vous donc oublié ce qui fit naguère la prospérité des grandes villes comme BORDEAUX, NANTES, LA ROCHELLE, LE HAVRE, SAINT-MALO etc. ? Chacune des pierres des édifices de ces anciennes villes négrières porte la marque indélébile des filles et fils des Royaumes du Kongo, Dan Xomé, Mali, Ashanti, Bénin, Mossi…

Vous déclarez avec une arrogante certitude : « le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour [ … ] Le problème de l’Afrique c’est trop souvent, elle juge le présent par rapport à une pureté des origines totalement imaginaire et que personne ne peut espérer ressusciter […] »

Monsieur le Président, ce n’est pas vous faire injure que de vous rétorquer que vos connaissances sur l’Afrique méritent d’être réactualisées, car de toute évidence, elles se sont arrêtées au milieu du 19ème siècle. Tout d’abord, n’est pas Mircea ELIADE qui veut. Ensuite, votre conseiller spécial, Henri Guaino, l’inspirateur de votre discours devrait savoir que l’auteur du « Mythe de l’Eternel Retour » dut lui-même, passer au crible de la critique le concept hégélien de la « nécessité historique », qu’il a confronté à la problématique de « difficultés de l’historisme ». Et cela, Monsieur Guaino, par méconnaissance des éloquents travaux des chercheurs africains, américains et allemands, s’en est tenu –consciemment ou non – aux thèses négrophobes du philosophe allemand HEGEL, dont les idées furent à l’époque jugées par son compatriote, le philosophe SCHOPENHAUER de : « verbiage le plus creux (…) de galimatias le plus stupide qui ait jamais été entendu, du moins en dehors de maisons de fous ». HEGEL ne pensait-il pas, comme vous, aujourd’hui, que : « l’Afrique est le pays de la substance immobile et du désordre éblouissant, joyeux et tragique de la création ? Cette partie du monde n’a, à proprement parler, pas d’histoire », affirmait-il déjà, péremptoire. Les anthropologues E.TYLOR (Britannique) et L.LEVY-BRUHL (Français) reprirent plus tard les mêmes thèses racistes « du primitif rêveur, croyant à ses rêves » ainsi que celles de « la mentalité du primitif ignorant les principes logiques ». Ce sont donc toutes ces vieilles thèses, racistes et négrophobes des philosophes réactionnaires et des anthropologues colonialistes, décriées par des chercheurs sérieux, que vous avez maladroitement parodiées, ignorant que LEVY-BRUHL lui-même est revenu depuis, sur ses propres convictions. Quoique la réponse la plus pertinente à vos propos vous ait été apportée par le professeur camerounais, Achille MBEMBE de l’Université de Johannesburg, je me permettrai de relever encore une fois une énorme contradiction entre votre discours et la pratique courante en France. Ce pays est connu pour être, de tous les autres pays d’Europe, celui qui accumule les commémorations. Quel Africain vous a jamais fait le reproche de ressasser à longueur de commémorations des dates telles que le 11 novembre, le 8 mai, le 18 juin, le 14 juillet, la libération de la ville de Paris, l’anniversaire de l’autocrate et esclavagiste de Saint-Domingue, Napoléon Bonaparte, Le baptême de Clovis…, ou de ressasser à longueur d’ouvrages scolaires, la guerre de Cent ans, ou les deux Guerres mondiales ?

Monsieur le Président, mieux que quiconque, nous Africains, savons que notre Présent ne peut s’éclairer que par notre Passé et que seules ces deux temporalités peuvent nous permettre de projeter nos innovations dans le Futur. De grands sages Africains, dont l’illustre Amadou HAMPATE BÂ nous ont enseigné que la tridimensionnalité du temps (passé présent futur) est constitutive de l’ontologie de l’Être. Cette assertion transcende même la temporalité africaine pour ainsi participer d’une commune règle universelle.
Comme le disait encore le Président Alpha KONARE, vous avez « besoin de mieux connaître l’Afrique », j’ajouterai pour ma part, mieux connaître l’Afrique, mais la profonde, la vraie, celle qui avance et innove, envers et contre les aléas et les contraintes imposés par la nature et les hommes, souvent, d’une manière inique et cynique.
Or, visiblement, nous ne parlons pas de la même Afrique. Vous qui prétendez être proche du peuple, avez-vous demandé à vos pairs de vous promener dans les quartiers populaires des grandes capitales africaines ? Vous y rencontrerez cette jeunesse africaine inventive, imaginative et créatrice, qui semble tant vous préoccuper, et que malheureusement, vous enfermez dans des stéréotypes. Ce sont surtout, des étudiants de l’université Cheikh A. DIOP ou de Bamako suivant par visioconférence des cours d’économie ou de management dispensés par les meilleures universités d’Amérique du Nord, de jeunes chômeurs de Dakar surfant sur le net et dialoguant avec d’autres jeunes d’Asie, d’Europe, et d’ Amérique, de jeunes apprentis- mécaniciens de COTONOU essayant -fait pathétique- de faire fonctionner avec les moyens du bord, presque à mains nues, des voitures Peugeot vieilles de 20 ans, dites, « venues de France » , des turfistes d’ ABIDJAN suivant en direct et en temps réel des courses de chevaux à Vincennes ou à Longchamp, des étudiantes de LOME, diplômées mais sans emploi, passant commande -grâce aux solidarités familiales- de conteneurs de tissus à UTRECHT ou à ROTTERDAM, au moyen de « texto » ou des « MSN », si elles ne décident pas elles-mêmes, de prendre le premier vol pour Pékin ou Taiwan ; ce sont enfin, des rabatteurs de taxis d’ABUJA, capables de vous donner à la minute même, les cours des principales devises étrangères, comme sur n’importe quelle place boursière d’Europe, d’Amérique ou d’Asie, pour ne citer que ces exemples.
C’est vous dire, Monsieur le Président, que la jeunesse Africaine, est loin de « ressasser » le temps passé, mais vit au diapason du même temps que leurs homologues des autres pays du monde, et ne demande que des moyens pour se réaliser pleinement sur place au lieu d’aller « cramer » dans des immeubles vétustes à Paris, de risquer sa vie sur les côtes espagnoles ,ou de devenir d’éternels assistés des services sociaux de France et d’ailleurs, avec en prime, le mépris, le racisme et la menace des avions charters, à défaut d’être « karchérisés »dans des quartiers ghettos.
Cette jeunesse là n’attend plus rien de la France, 40 ans après les indépendances nominales; elle sait qu’il lui appartient de se prendre en charge. Elle se veut créatrice de modernité, luttant avec peu ou pas de moyens. Et, c’est par désespoir et par dépit qu’elle quitte le sol natal pour d’autres cieux plus cléments, bravant les mers, les océans, les obstacles bureaucratiques les consulats, et les fils barbelés des pays nantis.
Monsieur le Président, savez- vous que « l’élite de la jeunesse africaine » n’aspire qu’à travailler chez elle, au pays ? « Le terroir ne ment jamais », professe un vieux dicton africain du Sud- Togo. Croyez-vous donc que c’est de gaîté de cœur que ces jeunes Africains prennent le large vers l’inconnu, au mépris de leur vie ? En réalité, ils ne sont que des victimes expiatoires de votre politique « françafricaine », relayée sur place par certains de vos « amis », ainsi que de la mondialisation sauvage, néo libérale, que vous appelez de tous vos vœux à travers le fumeux concept « d’Eurafrique », version dépoussiérée en trompe- l’œil de l’obsolète « Françafrique ».
Aussi, tant que les moyens économiques demeureront concentrés dans les mains d’une minorité africaine prédatrice et corrompue avec le soutien et la complicité de leurs parrains étrangers, et aussi longtemps que les redistributions des ressources planétaires resteront inégalitaires, voyez-vous, Monsieur le Président, « l’élite de la jeunesse africaine » continuera à vider le continent, et, ni l’immensité insondable des océans, ni la hauteur démesurée des fils barbelés de Ceuta et Mélilla (enclaves espagnoles), ni enfin votre politique musclée de « reconduites aux frontières » ne pourront venir à bout de la détermination de ceux qui pensent, comme les Abidjanais que :« cabri mort n’a plus peur du couteau ».
Enfin, Monsieur le Président, dans le prolongement de vos élucubrations sur le « Mythe de L’Eternel Retour », vous avez interpellé le paysan africain en ces termes « […] Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. »
Encore une fois, quelle méconnaissance des réalités de la paysannerie africaine ! Et pourtant, les agronomes travaillant dans vos instituts de recherche (ORSTOM, INRA, CIRAD, IRD…), qui ont une longue expérience du terrain africain, auraient pu vous renseigner sur les conditions d’existence quotidienne des paysans africains victimes, non seulement des aléas climatiques naturels, mais aussi et surtout de la détérioration des termes de l’échange. Vous êtes-vous tout simplement demandé, au nom de quelle logique le F.M.I. et la Banque Mondiale interdisent-ils aux pays africains toute subvention à leurs paysans, pendant que les pays développés eux, (surtout les Etats-Unis) n’arrêtent pas de subventionner leurs propres agriculteurs ? Quand l’ « Association des Producteurs de coton Africains » a tenté de défendre ses intérêts face à L’O.M.C, lors de la dernière Conférence sur le coton, ce furent les pays du Nord qui se sont, comme toujours, opposés à leurs légitimes revendications. Vous feignez d’ignorer que les prix du café, du cacao et des autres matières premières dont vivent les paysans africains sont arbitrairement fixés à la Bourse de Londres, New-York, Paris, Milan,… Alors, Monsieur le Président, vos propos sonnent comme du mépris à l’égard de toute la paysannerie africaine brimée par une certaine mondialisation inhumaine et arrogante.
Avant de terminer cette lettre, permettez-moi de soumettre à votre sagacité une dernière question qui me taraude depuis votre visite en Afrique : auriez- vous eu la même outrecuidance, face à un chef d’Etat asiatique, arabe, ou même européen, pour réécrire l’Histoire de son peuple, lui dire avec condescendance qui étaient ses ancêtres, et lui dicter les règles de conduite de sa jeunesse ? Alors pourquoi cela fut-il possible avec les Africains ce 26 juillet 2007, où vous vous êtes arrogé le droit de remonter le temps du plus vieux continent, Matrice et Mère de l’Humanité, et donner des « leçons » à ses habitants ? Peut-être qu’à vos yeux, nous sommes toujours restés d’éternels « Damnés de la Terre »ou bien, il faut interpréter votre discours comme « L’Afrique insultée par elle-même », parce que nous-mêmes n’avons rien fait, pour qu’un étranger, fut-il Président chez lui, ne vienne travestir notre Histoire multi millénaire, profaner notre Mémoire, offenser nos Ancêtres et nos Morts, et nous insulter chez nous. Si aujourd’hui, j’ai davantage « mal à L’Afrique », c’est que, depuis votre forfaiture dakaroise, aucun Chef d’Etat Africain n’a pris la moindre peine de rompre le silence, bravant l’omerta « françafricaine », pour vous apporter une réponse à la hauteur de votre impudence et de votre opprobre, ne serait-ce que pour sauver la face.Il n’empêche que les peuples Africains eux, ont déjà pris acte par- devers leurs dirigeants

Lawoetey- Pierre AJAVON : Enseignant-Chercheur, Président du Cercle d’Initiatives pour l’Afrique (CEDIPA)

 

On va rédiger un Manuel d’Histoire rien que pour Sarkozy
Adame Ba Konaré

Mais si, Monsieur Sarkozy, c'est le rôle de la France qui explique l'état présent de l'Afrique ! dans AFRIQUE de SARKOZY puce2    puce2 dans AFRIQUE de SARKOZY 
 

L’épouse de l’ex-président malien met Nicolas Sarkozy au défi.

N.B. Nous signalons l’excellent livre de Walter Rodney, Et l’Europe sous-développa l’Afrique, Analyse historique et politique du sous-développement, Editions Caribéennes, Paris 1986. A rechercher d’urgence en bibliothèques ou chez les bouquinistes! (MC)

 

BAMAKO (Reuters)
Adame Ba Konaré, historienne et épouse de l’ancien président malien
Alpha Oumar Konaré, a invité dimanche les historiens africains à participer
à la rédaction d’un manuel d’histoire sur leur continent destiné à « mettre à
niveau » les connaissances de Nicolas Sarkozy sur l’Afrique.

L’invitation, rendue publique lors d’une conférence de presse à Bamako,
fait suite aux propos tenus par le chef de l’Etat français en juillet dans
l’enceinte de la prestigieuse université Cheick Anta Diop à Dakar.

L’orateur, dont c’était la première visite en Afrique sub-saharienne depuis
son élection en juin, y avait affirmé que l’Afrique était à la marge de
l’Histoire, qu’elle était immobile, stationnaire.

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré
dans l’Histoire. Le paysan africain (…) ne connaît que l’éternel
recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes
gestes et des mêmes paroles », avait affirmé le successeur de Jacques
Chirac devant un parterre d’intellectuels sénégalais.

Pour Adame Ba, dont l’époux préside aujourd’hui la Commission de l’Union
africaine, « ce sont des affirmations qui reposent sur des poncifs, sur les
théories euclidiennes sur l’Afrique, sur l’imagerie coloniale, qui disaient
que l’Afrique n’avait pas d’Histoire, qu’il fallait venir admirer l’enfance du
monde en Afrique, que l’Africain était installé dans l’immobilisme et qu’il n’ y
avait pas de dynamisme dans les sociétés africaines… ».

L’historienne a expliqué que sa démarche, qu’elle a qualifiée de
scientifique, consistait précisément à produire des connaissances censées
s’opposer à des affirmations qui, selon elle, ne reposaient que sur des
« pseudo-théories ».

« Donc, l’objectif c’est d’inviter mes collègues historiens à produire chacun
un article dans son domaine de compétence académique avant fin 2007.
Lorsque tous les textes seront rassemblés, nous en ferons un recueil à
paraître courant 2008.

« Et nous prendrons les mesures adéquates pour acheminer un exemplaire
de cet ouvrage collectif vers le président Sarkozy et les autorités
françaises, afin de les mettre à niveau de connaissance avec l’Histoire de
l’Afrique », a ajouté l’universitaire.

De nombreux intellectuels africains avaient été choqués par le discours de
Dakar du nouveau chef de l’Etat français, dont les thèses avaient été
jugées par certains comme condescendantes et dépassées.

 

A l’occasion de la visite en France du président du Botswana M. Festus Mogae, la section française de Survival International lui a rappelé le sort tragique des Bushmen du Kalahari et a appelé le gouvernement français à intercéder en leur faveur pour qu’ils puissent retourner vivre en paix sur leurs terres ancestrales. Survival a écrit à M. Bernard Kouchner, membre du comité d’honneur de Survival France, en lui demandant d’intervenir en faveur des Bushmen, ainsi qu’au président Nicolas Sarkozy qui a décoré Festus Mogae des insignes de Grand-Croix de commandeur de la Légion d’honneur pour le « modèle de démocratie et de bonne gouvernance » que représente le Botswana.

Lors d’une conférence donnée par M. Mogae à l’Université de la Sorbonne, il a été interrogé par un porte-parole de Survival sur le sort des Bushmen et plus particulièrement sur la question de leur accès à l’eau à l’intérieur de la réserve du Kalahari central.

Une manifestation a également été organisée devant le du siège du MEDEF où avait lieu une réunion de travail au cours de laquelle le président du Botswana rencontrait des entreprises françaises.

Après avoir gagné un procès historique à l’issue duquel leur expulsion a été jugée illégale par la Haute Cour du Botswana, les Bushmen avaient espéré pouvoir retourner dans leurs anciens villages.

Mais le gouvernement redouble d’efforts pour empêcher les Bushmen de rentrer chez eux. Il refuse notamment de les autoriser à pratiquer la chasse et à accéder à un puits situé à l’intérieur de la réserve, les obligeant à parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour se ravitailler en eau.
Dans le même temps, un projet de mine de diamants d’un coût de plus de 2,2 milliards de dollars a démarré dans la réserve. La mine aura accès à toute l’eau nécessaire à son fonctionnement.

Visite du président Mogae à Paris

Publié dans AFRIQUE de SARKOZY | Pas de Commentaire »

Jean-Marie-Bockel, secrétaire d’Etat à la Coopération, a bien été sanctionné par l’Elysée pour ses déclarations sur la « Françafrique »

Posté par issopha le 21 mars 2008

LES CONFIDENTIELS du NOUVELOBS

NOUVELOBS.COM | 21.03.2008 | 08:56

JEUDI 20 MARS

Remaniement. Jean-Marie-Bockel, secrétaire d’Etat à la Coopération, a bien été sanctionné par l’Elysée pour ses déclarations sur la « Françafrique » et évacué comme secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants lors du remaniement du gouvernement. En février, il avait demandé au président Sarkozy de concrétiser sa promesse de rupture et de signer « l’acte de décès de la Françafrique », ce qui avait suscité la colère de certains chefs d’Etat africains, dont le Gabonais Omar Bongo et le congolais Denis Sassou Nguesso. Jean-Marie Bockel avait demandé à Nicolas Sarkozy de ne plus « céder à un certain nombre de caprices (…) de certains pays qui ont (…) une rente pétrolière qu’ils ne consacrent pas aux investissements qu’ils nous demandent de financer ». Omar Bongo et Sassou N’Guesso se sont sentis directement visés et ont demandé la tête de Bockel à l’Elysée. Bernard Kouchner, chef de la diplomatie et ministre de tutelle de Jean-Marie Bockel -et comme lui ministre « d’ouverture et de rupture » venu du PS – ne l’a pas soutenu. Un UMP bon teint, Alain Joyandet, a été nommé à la Coopération. « Pour nous, c’est un signe intéressant », s’est réjouit le porte-parole du gouvernement gabonais René Ndemezo Obiang. (Jean-Baptiste Naudet)

20080320bongobockel.jpg

 

Reportage sur les biens d’Omar Bongo en France : le Gabon proteste

NOUVELOBS.COM | 07.03.2008 | 14:04

L’enquête diffusée lundi soir portait sur les biens immobiliers en France du président Omar Bongo. Le gouvernement gabonais « se réserve désormais le droit de réagir contre cet acharnement médiatique ».

Omar Bongo

Omar Bongo
(c) Reuters 

Un reportage de France 2 sur les biens immobiliers en France du président Omar Bongo Ondimba a suscité mercredi 5 mars les protestations du Gabon, qui « réfléchit à la suite à donner aux relations franco-gabonaises ».
Le gouvernement gabonais a « convoqué » l’ambassadeur de France pour lui exprimer son « étonnement sur la diffusion » d’un reportage concernant « les biens immobiliers en France » du président Bongo, a indiqué le ministère gabonais des Affaires étrangères.
« Dans ce contexte », le Gabon « se réserve désormais le droit de réagir contre cet acharnement médiatique (…) conformément aux principes de réciprocité et réfléchit actuellement à la suite à donner aux relations franco-gabonaises », a souligné le ministère dans un communiqué.
Un allié sûrLe Gabon exprime également « son étonnement sur la diffusion par l’audiovisuel d’Etat d’un dossier qui a fait l’objet d’un non-lieu de la justice française pour ‘infraction insuffisamment caractérisée’ ».
Il estime que cette diffusion, s’est faite « au mépris » des « intérêts mutuels, de l’excellence des relations qui lient » la France et le Gabon, alors que « le Gabon est toujours demeuré un allié sûr pour la France ».
Le ministère relève également que « la vive et hostile campagne de presse » sur les biens d’Omar Bongo s’est « intensifiée à l’ensemble des medias publics français ».
Important patrimoine immobilier

Un reportage a été diffusé lundi soir sur France-2, portant sur l’important patrimoine immobilier que détient le président Bongo en France. Selon des procès-verbaux publiés en janvier par le quotidien français Le Monde, Omar Bongo disposerait de trente-trois appartements ou maisons dont un hôtel particulier de 18 millions d’euros à Paris, acheté en juin 2007 par une société civile immobilière associant deux enfants du président gabonais.
La protestation intervient dans un contexte qui s’est tendu ces derniers jours après la reconduite aux frontières par la France de deux étudiants gabonais et une protestation « indignée » du Gabon qui a menacé « d’appliquer la réciprocité » à l’égard des Français en situation irrégulière au Gabon.
Le ministre de l’Intérieur précise que cela peut concerner « beaucoup de Français » présent au Gabon, estimant que « 5 à 10% » des quelque 10.000 Français qui y sont installés ne sont pas en règle.

Piliers de la Françafrique

Au pouvoir depuis 40 ans, Omar Bongo est des piliers de la Françafrique. Désormais doyen des chefs d’Etat du monde, il a connu tous les présidents de la Ve République française.
Il a été un des principaux relais du système « françafricain » où s’entremêlaient raison d’Etat, lobbies et réseaux politico-affairistes, permettant à la France de maintenir son influence sur le continent.
La France possède une base militaire à Libreville et Nicolas Sarkozy s’est rendu au Gabon en juillet, lors de son premier voyage en Afrique subsaharienne en tant que président français.
La base militaire de Libreville a accueilli les étrangers évacués de N’Djamena par la France après l’attaque rebelle de début février sur la capitale tchadienne.

AVIS D’INTERNAUTES

Ruthene
Omar rouge…
… ainsi donc notre très cher ami est rouge de colère à la vue du reportage de France 2.
Il n’a pas apprécié que soit révélée l’existence de ses propriétés et voitures luxueuses.
C’est bien dommage car cela démontre que Bongo rime avec Bingo.
Allons Omar remets-toi; en France nous sommes désormais en vraie démocratie et la télévision n’est plus aux ordres du gouvernement.
Certes ce n’est pas comme cela chez toi.
Tu excelles à mettre tes opposants au pas lorsqu’ils se font pincer.
Fais attention néanmoins, chez nous les « Omar » finissent tous dans le bouillon et le rouge marque la fin de leurs pérégrinations.
07.03 à 18h31
JL38
Bongo, et moi et moi…
Et moi et moi avec mes petits dons à MSF pour que des gens ne crèvent pas comme des chiens …
Et Bongo avec tout son fric piqué à ses concitoyens…
Et moi et moi comme un con avec mes petits dons et Bongo qui rigole …mais finalement je trouve qu’être un con c’est un million de fois mieux que d’être un Bongo , une racaille de la pire espèce J’ai déjà pas mal vécu et je n’ai pas beaucoup d’illusions sur la volonté de nos politiques d’en finir avec les dictateurs de tous poils ; mais comme finalement je suis vraiment trop con , je vais continuer à espérer.
06.03 à 22h24
COOL
à toto
En voilà une question impossible. Il vaut mieux s’adresser au Ministère des Armées!Mais le plus tôt sera le mieux, ras le bol que nos petits gars se fasse tuer pour des causes qui ne sont pas les nôtres, et pour des valeurs qui n’en sont pas!!!
06.03 à 20h17
cdéblabla
Errare !
lire Gabon, évidemment Lol
06.03 à 18h49
cdéblabla
@ Mamiwata, ambassade du Congo?
Pouvez vous communiquer le salaire officiel du président ?J’ai cru lire quelque part 15000 euros.Il gagne l’euro millions tous les 15 jours pour s’offrir, rien qu’en France ! , ces dizaines de propriétés de luxe?
Merci pour votre prochain communiqué…
06.03 à 18h46
Knock
@mamiwata
Merci.
J’avais lu votre mail de travers.
Je vous présente mes excuses.
06.03 à 18h12
campra
scandaleux
le comportement de Bongo et d’autres dictateurs africains qui s’accrochent au pouvoir pour piller les richesses de leurs pays.Le gabon, pays riche où il y a de nombreux enfants des rues , obligés de chercher leur nourriture dans les tas d’immondices! les dirigeants « investissent » en Europe pendant que leurs travailleurs immigrés envoient leurs économies en Afrique pour nourrir leurs familles. Quid des émeutes actuelles au cameroun? Seuls quelques pays comme l’Afrique du sud, le ghana ou le Mali sont exemplaires en matière d’élection car leurs chefs d’Etat ont quitté volontairement le pouvoir. L’amérique latine , il y 15,20 ans était un continent où régnait bon nombre de dictateurs. aujourd’hui, la démocratie a gagné. Espérons qu’en Afrique, les démocrates puissent un jour accéder au pouvoir et investir dans l’éducation et la santé, au lieu de l’immobilier et les grosses bagnoles à paris.
06.03 à 17h50
lorrain44
Omar Bongo
Qui a eu intérêt de diffuser ce reportage sur les » biens immobiliers » du président à vie du Gabon et ce quelques jours avant le discours de Sarkosy sur l’Afrique.Un avertissement sans frais de LElysée ou….
06.03 à 17h19
Mamiwata
Knock ou la faiblesse d’esprit…
Je vois la que j’ai affaire a un bien pietre connaisseur de l’Afrique qui se permet de juger ce qu’il ne connait pas!
Sachez qu’au lieu de me facher, vos propos m’ont amusés! hahaha
J’espere que vous allez répondre une fois de plus et jeter votre fiel sur le papier!! Cela me fera passer un bon moment que de lire vos imbécilités! :)
06.03 à 15h35
toto
@ COOL
C’est pour quand la fermeture des bases militaires en Afrique au fait?
06.03 à 14h19
COOL
à L.
Eh bien au moins c’est une bonne nouvelle, de savoir qu’on ne subventionne pas le Gabon avec l’argent de nos impôts.Et très franchement, la misère ici en France-même nous inciterait à garder plutôt les fonds pour les retraites « portion congrüe » des vieux français, pour bâtir les logements sociaux qui manquent partout, et pour trouver une solution durable aux sans abris.
06.03 à 13h12
Limasoyl
On parle souvent du Gabon
en disant qu’il s’agit d’un scandale géologique.
06.03 à 12h58
Limasoyl
Mise au point d’importance
En ce qui concerne le Gabon, ce ne sont certainement pas des subventions françaises et/ou européennes qui sont détournées. Ce pays est une éponge à pétrole, son sous-sol regorge de minerais de toutes sortes (uranium, manganèse, bauxite, fer, diamants, etc), sans parler de la forêt tropicale qui la recouvre totalement (bois précieux et exotiques). Ce pays d’un million et demi d’habitants est administré par Bongo et son clan depuis plus de 40 ans, comme une petite entreprise privée. Ces gens-là puisent dans les caisses de l’état comme des patrons voyous le font dans les caisses de leur entreprise. Ne pensez pas que vos impôts alimentent les achats de berlines de luxe de Mme Bongo et de ses enfants.
06.03 à 12h56
laverite
A quand
un reportage sur la richesse de ceux qui nous gouvernent,maitre de forge,industrie divers(parmaceutique,commerce,banque,etc..)chez nous en France et a contrario la pauvreté d’une frange de la population(personnes agées,retraités,SDF,chomeurs)
On pourrait s’apercevoir que le cas du gabon n’est pas seul.
Vous seriez surpris,non.
Quant au Gabon,les habitants ne meurent pas de faim.
Ce pays trop grand,, garni de forêts ,pour sa faible population demande des investissements énormes.
Heureusement que le pétrole ,l’uranium,les diamants permettent de monter petit a petit le niveau de vie des gabonais sinon ce serait la faillite.
Si on quite le Gabon,soyez sur que d’autres pays n’auront aucun scrupule à s’y installer et nous foutrent dehors.
Et l’uranium hein!
06.03 à 12h49
COOL
Très très intéressant …
Bien sûr grâce aux subventions, non seulement de la France, mais de l’Europe, entre autre.Une subvention a cependant une destination bien précise. Elle est attribuée pour financer un projet économique en général, s’agissant de pays en voie de développement.Il s’agit bien de détournements de fonds.Couper les subventions? Mais les dirigeants de l’Afrique crieraient au scandale,comment? les affreux jojos, anciens colonialisateurs, ne donnent plus de sous? C’est le serpent qui se mord la queue. On est déjà assez fustigés comme ça, non?

Il faut vraiment se retirer du continent africain et laisser s’arranger entre eux ces pays, ce qui ferait moins de tort aux africains eux-mêmes. Car ce n’est que de l’assistanat. Et on a trop tendance à se reposer dessus.
06.03 à 12h09

choua
c est vrai ça
laissez le tranquille ce brave homme
vous ne savez pas comment c est difficile de gruger un pays entier, cela demande beaucoup de conviction, alors laissez le acheter des villas luxueuses en France et surement autrepart pour lui se faire une petite retraite
lui n a pas bolore pour le soutenir voyons
MERCI POUR LUI
06.03 à 11h59
Vousavezdit
Et tout cela
grace aux subventions de l’ etat Français
06.03 à 11h50
mordicus
bravo à France 2 pour ce reportage courageux!
Ca fait du bien quand les journalistes commencent à faire un peu leur travail…
Continuez! On veut d’autres noms!
D’autres noms de dictateurs africain voleurs et co-responsables de la misère de leur pays!
D’autres noms de corrompus ailleurs qu’en Afrique aussi…
Des noms de corrompus en France!
06.03 à 11h48
Mamiwata
Suite persifflages
Regardez-donc autour de vous!! Etes-vous donc aveugles au point de ne pas savoir que ce ne sont pas les seuls a gagner de l’argent en France?? Mais surtout etes-vous aveugles a tel point que vous ne voyez pas qu’eux au moins viennent le dépenser en France au lieu d’investir ailleurs et de ne pas payer d’impots, comme d’autres compatriotes, eux francais, le font tous les jours??
Alors suite a tout ce linchage médiatique injuste autour de « mon président gabonais », je répondrai: « Mr le Président, réagissez, ne vous laissez pas faire et trainez dans la fange ces journalistes (si le mot existe encore) francais qui mériteraient qu’on leur rabaisse le caquet! »
06.03 à 11h45
mamiwata
A tous les persiffleurs ayant réagi a cet article
Francaise ayant grandi au Gabon, je réagis vivement a toutes ces mauvaises langues qui critiquent le president Bongo sans ne rien connaitre de la situation…
A ceux qui veulent que l’on lache l’Afrique, je répondrai: « la France s’est trop longtemps servie et essuyée les pieds sur l’Afrique pour pouvoir la dénigrer aujoud’hui! Etes-vous assez niais pour croire que la France a aidé le Gabon sans recevoir de contreparties??? Depuis quand « notre beau pays » verse dans l’humanitaire?? »
A ceux qui critiquent le fait que Mme Bongo achete des Mercedes et que le couple a 33 appartements en France, je répondrai: « de quoi vous plaignez-vous?? l’argent retourne en france, non? Ils pourraient tout aussi bien investir ailleurs ou acheter ailleurs! pensez-vous que ce soit les seuls au monde a avoir de l’argent et a venir le dépenser sur notre sol??
06.03 à 11h37

 

Nelse
Justice divine !!!
Sans être croyant, pour tous ces êtres malveillants, seule la « Justice divine » peut les punir, trop d’argent en cause pour que notre justice puisse intervenir, nos bons Français sont aussi assis sur le même banc; justice divine …utopie bien sûr.
06.03 à 11h30
Bercy
Sondages
Combien de DGFPistes présents?
06.03 à 11h30
Philw
La pointe de l’iceberg
Les 33 biens immobiliers cités sont des broutilles. Il faut lire un article paru le 22 janvier 2007 dans Libération où en résumé la question est : l?Afrique est-elle vraiment un débiteur croulant sous la dette. Pourquoi ? La fuite de capitaux est estimée à 30 milliards de dollars par an en moyenne, soit en l?espace de 10ans un montant de 274 milliards, supérieur à la dette ! Pendant ce temps, beaucoup meurent de faim, se noient en tentant de rejoindre l?Espagne pas exemple, pendant que d?autres, à côté de la fuite de capitaux, dépensent en plus pour de l?armement pour contrer des opposants au pouvoir, lesquels d?ailleurs s?ils parviennent à le prendre font ensuite pareil. Après on nous demande de les aider !
06.03 à 11h25
bobcestmoi
on peut toujours rêver
et si le Gabon commençait par rembourser ses dettes ?
06.03 à 11h20
Michel
moi ce qui me revolte le plus
Moi ce qui me révolte le plusOn me met du Darfour dans mon assiette de midi, on me dit qu’il y a beaucoup de pauvres morts, qu’il faut faire quelque chose pour les sauver et au repas du soir on me sert d’autres mets. J’observe et je vois sur France 2 toutes les richesses de Monsieur Omar Bango, des palaces construits chez nous à Paris, avec des limousines de luxe pour son épouse et sa garde royale. Nous bien sûr (mon pays et mon gouvernement) cautionnons et autorisons tout ces détournements d’argent à venir dans notre pays et par conséquent M. Omar Bango dépose une plainte contre notre chaîne nationale, pour avoir divulgué sa richesse… Alors je me demande toujours à midi, dans mon assiette, qui fait quoi ? Dans tous ces décors de marionnettes et laissant crever son peuple. et après on me parle du Darfour comme d’une pièce de théâtre,ils sont fort et culoter, ces Dictateurs que nous autorisons a faire tout leur semble bon dans notre pays Douce France.
06.03 à 11h19
NANTI
Fourmilière
Derrière tout cela je pense que la France et l’Europe essaient de se débarrasser detous ces dictateurs africains qui accaparent les richesses de leur pays et ce n’est pas facile la preuve la susceptibilité de BONGO sur des faits avérés montre qu’il n’est pas serein sur ce sujet.Mais le coup de pied dans la fourmilière risque de faire des degâts à tous les niveaux.
06.03 à 11h16
Limasoyl
Mme Bongo
Qui soit dit en passant n’est autre que la fille de Sassou NGuesso, président du Congo (grand état pétrolier) et autre cumulard immobiler à Paris. La boucle est bouclée.
06.03 à 11h04
NANTI
RMI
Le PIB (par habitant) du Gabon est égal au RMI, où passe les richesses?
06.03 à 10h50
observeur
De quel biens parle t’on !!!
Une fois de plus les idées répandus par les pseudo experts qui n’ont jamais mis pied dans ces pays !!!quel écoles?
quel routes? les pistes ouvertes à la machettes par les captifs des colons pour ramener le caoutchouc, ou pour chercher or et diamants pour orner les cou des femmes occidentales!!!la plus part des routes actuelles ne sont pas le fait des colons, mais plutôt du travail paresseux des dictateurs afin de contenter et corrompre une partie des chefs locaux, habitudes qu’ils tiennent des anciens maitres colons!Continuons à soutenir ces dictateurs et on pourra toujours parler de lutte contre l’immigration!
Comment peut on continuer à donner de l’aide financière sans garantie de remboursement? cet argent n’est pas rentabilisé dans des entreprises agricoles ou minières locales!
Tout cela va finir comme les emprunt russes, par une non reconnaissance de dette des prochaines générations!
06.03 à 10h49

regard75
a regard75
On est pareil: tu me fais rire et suis aussi à la DGFP. On est jumeaux ou jumelles…CQFD…
06.03 à 10h32
xeres
ce n’est qu’un début!!
Bravo Maîtrer BOURDON pour votre combat pour le scandale des despotes africians soutenus par notre bÔ pays de France au mérpis de la dignité de leurs peuples. Il y a des soupiers qui ont du souci à se faire : PS, ex RPR,… Les porteurs de valises dont d’anciens sous-officiers mariniers ont intérêt à serrer les fesses à Neuilly par exemple…recel d’abus de biens sociaux,…finies les rollex ? Ne rêvez pas Trop y ont mangé dans les pseudo élites de notre belle France.
06.03 à 10h12
regard75
@Davy_Xavier
Tout à fait d’accord. Il serait de bon ton que Conciléo fasse preuve de plus d’objectivités dans sa « censure ».Déjà, supprimer les posts insultants vis à vis de ceux qui en écrivent.
Ensuite, ceux n’ayant rien à voir avec l’article en question.
Enfin ne pas laisser les gens écrire sans être certifiés, car je ne suis pas le seul à être copié (même si ça me fait rire) car quand Cantalouse écrit qu’elle se verrait bien passer une nuit avec le Président, on sait bien que ce n’est pas la vraie Cantalouse…Mais bon, ce site est un géré comme la Star Ac’, on ne voit que ce qui peut faire vendre et créer la polémique. D’où la forte augmentation des visites du site et du nombre de pages lues.Personnellement, je viens sur le site au moins 20 fois dans la journée et comme je lis presque tout, je dois bien consulter pas loin de 200 pages dans la journée (quand je suis au travail, of course..). Je suppose donc que pour ceux qui écrivent plus de posts que moi c’est idem…

CQFD
06.03 à 10h11

COOL
Très intéressant
En 2007, en plus!L’Afrique a faim,l’Afrique souffre d’endémies, l’Afrique se fait coloniser par la Chine, bien plus insidieuse que l’Europe, l’Afrique continue à recevoir les subventions europénnes par charetées, elle ne garde pas ses techniciens supérieurs sur son territoire -ils émigrent pour gagner plus ailleurs-, l’Afrique nous fustige constamment…Et comme beaucoup de dirigeants africains, M.Bongo s’en met plein les poches et place « son » argent en acquisitions immobilères en Europe. Ca rappelle Bokassa, et consorts.Les Africains ont le droit de vote, non? Au lieu de voir la paille dans notre oeil, ils devraient regarder la poutre dans le leur, et arrêter de nous culpabiliser avec notre colonisation, qui leur a apporté plus de bien que de mal : écoles, hôpitaux, dispensaires, routes, ponts, accès à nos universités, bourses d’études et subventions.
06.03 à 10h07

Den
comme en france avec sarko
ce monsieur roule sur l’or pendant que son peuple crève la faim. Et si on vendait ses biens immobiliers pour donner l’argent aux pauvres de son pays, cela éviterait de nous en demander encore. Non?
06.03 à 09h53
margotjournalo
encore de l’argent d’ELF !
Encore un exemple de l’argent qui était largement distribué par ELF et ses complices. En tous cas bravo à ces journalistes qui ont eu le cran de faire ce reportage et on ne sait pas tout. Personnellement j’ai un ami (très aisé) qui possède un appartement dans la même résidence qu’un de ceux d’Omar Bongo et je peux vous dire que c’est du luxe du luxe du luxe…. un parmi beaucoup d’autres. Evidemment un reportage comme celui-là, ça gratte là où ça fait mal…
06.03 à 09h47
Lucide
Bravo France2
Félicitations à France 2 d’avoir osé dire la vérité sur les biens immobiliers d’Omar Bongo en France. Comme beaucoup de potentats dans le monde, ce type confond l’argent de l’Etat et sa cassette personnelle. Son patrimoine provient presque certainement des aides accordées par la France et la Communauté internationale pour le développement de son pays. Les pauvres et les misérables qui crèvent la faim au Gabon ne sont visiblement pas sa priorité.
06.03 à 09h34
Davy_Xavier
Merci Sarko
La France a compris qu’elle pouvait mepriser tous les pays d’afrique sauf que le Gabon est une exception. C’est la première fois qu’un pays proteste aussi vivement.
Je pense que nous en France, on a beaucoup à apprendre de ces étrangers. On nous rabache les oreilles avec l’immigration africaine mais on ne nous montre jamais qu’il ya aussi des français en situation irrégulière dans ces pays. Parfois ils sont traités comme des princes.
Il faut reconnaitre quelque chose, depuis l’arrivée de Sarko, la rébelion africaine ne cesse de monter.
Avant, on ne pouvait avoir ce genre d’incident. Je crois que nous assistons à la naissance des nouvelles relations franco africaines.
Expulsion de 2 gabonais, Reportage sur les avoirs du Khalife Bongo, on frole l’incident diplomatique. Riposte est arrivée hier de la part du Gabon: l’expulsion des français en situation irrégulières(plus 2300 environs)
Comme quoi nos politiques ont oubliés que les français pouvaient etre des clandestins.
06.03 à 09h29

 

Omar Bongo a eu la peau de Jean-Marie Bockel

Les déclarations du secrétaire d’Etat à la Coopération avaient déplu au président gabonais. Elles lui ont coûté son poste.

 20080320bongobockel.jpg

« C’est un signe intéressant. » Le porte-parole du gouvernement gabonais a accueilli chaleureusement la « bonne nouvelle » du départ de Jean-Marie Bockel du secrétariat d’Etat à la Coopération. En clair: victoire par KO d’Omar Bongo qui, ayant demandé sa tête, a obtenu la dépouille du maire Gauche moderne de Mulhouse. Celui qui, dans ses voeux à la presse, appelait à signer « l’acte de décès de la Françafrique ». Vous avez dit « rupture »?…

« L’un des premiers freins au développement, c’est la mauvaise gouvernance. »

L’affaire avait fait grand bruit du côté de Libreville. A peine revenu de vacances, dans la litanie monotone des vœux, Jean-Marie Bockel avait lâché un pavé dans le marigot. Bien que réécrit par les conseillers de l’Elysée, son discours entendait marquer une certaine rupture…

« L’un des premiers freins au développement, c’est la mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l’incurie de structures administratives défaillantes, la prédation de certains dirigeants.

« Quand le baril est à 100 dollars et que d’importants pays producteurs de pétrole ne parviennent pas à se développer, la gouvernance est en question.

« Quand les indicateurs sociaux de ces pays stagnent ou régressent, tandis qu’une minorité mène un train de vie luxueux, la gouvernance est en question.

« Que deviennent ces revenus pétroliers? Pourquoi la population n’en bénéficie-t-elle pas? Est-il légitime que notre aide au développement soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources? »

Devant les journalistes, Bockel avançait un message très clair: fini les liens occultes des coulisses franco-africaines, vive la transparence! Le secrétaire d’Etat à la Coopération appelait même à renforcer les mécanismes d’évaluation des programmes d’aide, en les conditionnant à la « bonne gouvernance ». Une idée pas vraiment neuve (voir le discours mitterrandien de la Baule en… 1990), mais pas forcément inutile.

Dans l’après-midi de ce mardi 15 janvier, le secrétaire d’Etat fait un addendum public à son discours où -détail important- il n’a pas lâché un seul nom. Dans un entretien au Monde, Jean-Marie Bockel cite un nom, un seul, celui du « président du Gabon ». Badaboum! Au Palais du bord de mer, le sang du « sage » Omar Ondimba Bongo ne fait qu’un tour. A tel point qu’un communiqué officiel du conseil des ministres rappelle, le 17 janvier, à la France les règles de bienséance:

« De tels propos ne peuvent être mus que par l’ignorance des réalités de la coopération franco-africaine. Aussi, le gouvernement gabonais marque-t-il sa surprise face au constat suivant: à savoir que, depuis l’arrivée à la tête de la France du président Nicolas Sarkozy, soient véhiculés a un tel niveau de responsabilité des clichés méprisants faisant des Etats africains de vulgaires mendiants sollicitant sans fin l’aumône de la France.

« Le Gabon s’étonne de cette attitude d’autant plus inacceptable quand on sait les avantages que tirent la France et les autres Etats occidentaux de leurs rapports économiques avec notre pays depuis toujours, avantages mutuels par ailleurs. »

En coulisse, le syndicat des chefs d’Etat africains s’organise. Bongo, Sassou (président du Congo) et Biya (président du Cameroun) prennent leur téléphone pour réclamer à Nicolas Sarkozy la tête de l’impétrant. Les jeux sont faits.

« Tuer les petites pratiques moribondes et renouveler le dialogue avec les Africains »

Deux mois plus tard, la sanction tombe, alors même que le flamboyant Bockel s’est ravisé. D’ailleurs, le secrétaire d’Etat à la Coopération faisait preuve d’une grande modération dans sa volonté de « rupture », misant sur la volonté du président de la République:

« Pour faire évoluer les choses, on peut provoquer le conflit. Ma méthode est différente, forte et pédagogique, non idéologique. Il s’agit de conditionner notre aide à une bonne gouvernance, faire comprendre à l’opinion et aux dirigeants que ce serait plus efficace.

« Le moment est venu d’une piqûre de rappel pour aller plus loin dans la démarche de rupture et mettre nos principes en actes. Tuer les petites pratiques moribondes et renouveler notre manière de dialoguer avec les Africains. Le Président sera en Afrique à la fin de février: c’est le bon moment. »

Présomptueux… En Afrique du Sud, devant le Parlement réuni au Cap, Nicolas Sarkozy a bien proposé une révision des accords militaires. Mais de vraie rupture, point. Et surtout, il n’a pas précisé sa méthode.

Jean-Marie Bockel a-t-il été victime d’un reportage de France 2?

Un reportage diffusé sur France 2 début mars n’a sans doute pas aidé à reconduire le patron de la Coopération. Reprenant les informations mises au jour par les policiers l’été dernier, la chaîne publique montre l’étendue du patrimoine immobilier du président Bongo: 33 appartements ou maisons, un hôtel particulier de 18 millions d’euros…

Re-colère d’Omar Bongo qui, en guise de représailles, expulse deux ressortissants français. Evoquant une véritable « cabale » et un « complot contre le Gabon et son président », le porte-parole du gouvernement, René Ndemezo’ Obiang, fustige la diffusion du reportage dans un communiqué:

« En autorisant la diffusion par les chaînes publiques de reportages divulguant l’adresse privée du président de la République gabonaise en France, mettant ainsi en danger son intégrité physique ainsi que celle de sa famille, les autorités françaises ont manqué à leurs obligations de protection d’un chef d’Etat en exercice. »

Le ton menaçant et inhabituellement peu diplomatique laisse augurer des conversations houleuses échangées entre les deux palais. Deux semaines plus tard, Bockel fait ses valises pour les Anciens combattants, où il pourra méditer sa propre réponse faite au Monde, qui l’interrogeait sur le précédent de Jean-Pierre Cot, écarté en 1982 de la Coopération par François Mitterrand pour cause de réformisme trop enthousiaste:

« C’est un vieil ami. Il s’est vite isolé et n’a pas forcément fait la bonne analyse. Moi, je suis avant tout un pragmatique. Je sais gérer les gens, les budgets, les contradictions.

« Je sais qu’on ne décalquera pas du jour au lendemain notre morale en Afrique. Je sais aussi que l’Afrique est le continent de demain, et qu’il en va de l’intérêt de la France de mettre en œuvre cette rupture. La jeunesse africaine l’attend. »

Elle attendra encore un peu, la jeunesse africaine.


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d’eux-même mais peuvent s’ouvrir d’un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de
vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

Par Thiery (voyageur)

17H55    20/03/2008

Ah ! les ruptures façon Sarkozy !
Les ennuis de Bockel ne sont peut être pas seulement africains. Faut il y ajouter, pour faire ‘bon poids’, un résultat plus que mitigé de l’ouverture à gauche et du micro parti constitué pour l’occasion ?
Plus grave : Sarko avait choisi les meilleurs, rappelez vous. Qu’allons nous devenir si les meilleurs n’arrivent à rien! Pauvres de nous !!!

Par FabiendeMénilmontant (Journaleux au placard depuis la première…)

17H38    20/03/2008

C’était annoncé dans La Lettre du Continent, David :

Le « déclassement » de Jean-Marie Bockel du secrétariat d’Etat à la coopération à celui des anciens combattants est l’épilogue de la guérilla qu’il avait engagée contre ce qu’il appelle « Les réseaux de la Françafrique ». En présentant ses vœux en début d’année, Jean-Marie Bockel avait mis la pression sur Nicolas Sarkozy en lui demandant de « ne plus céder à un certain nombre de caprices (…) de demandes incohérentes de certains pays (africains) qui ont une rente pétrolière qu’ils ne consacrent pas aux investissements qu’ils nous demandent de financer ». Message reçu cinq sur cinq par le président français qui venait d’annuler 20 % de la dette gabonaise à l’égard de la France - contre l’avis du Trésor - et d’accorder une aide substantielle au Congo-B contre l’avis… de Bockel.

Mais le boomerang est revenu de Libreville. Présidé par Omar Bongo, le conseil des ministres gabonais a considéré ce discours comme « un cliché méprisant faisant des Etats africains de vulgaires mendiants sollicitant sans fin l’aumône de la France ». Les « émirs » de la région ont alors décidé de « boycotter » Jean-Marie Bockel. Ils ont fait remonter le message à Nicolas Sarkozy via l’avocat Robert Bourgi. Ce dernier a été reçu par le chef de l’Etat le jeudi 13 mars en fin d’après-midi. A l’instar de Jean-Pierre Cot sous Mitterrand en 1982, Jean-Marie Bockel a bien été sacrifié sur l’autel du Grand sorcier Omar Bongo, gardien de tous les secrets du village franco-africain. Tout comme Christian Nucci après Cot, le député-maire UMP de Vesoul Alain Joyandet, nouveau « ministre de l’Afrique », s’en remettra désormais pour tous les dossiers sensibles, à l’Elysée…

Si tu y ajoutes ces embrouilles :
http://menilmontant.noosblog.fr/mon_weblog/2008/03/gabon-la-poli-1.html
de traque aux Gaulois en réplique à Hortefeux, ça fait tache…

Fabien
http://menilmontant.noosblog.fr/

Par noubadekau

17H42    20/03/2008

Franchement pour tailler un costard à Bongo il faut soit être fou ou bien totalement idiot…
Le Gabon c’est Elf, Total…et j’en passe. Tout le monde pense tout bas que le président Bongo est totalement pourri, que lui et sa famille ont mis en coupe sombre le pays et le peuple…ouais…mais il est de bon ton de la fermer et d’empocher les dividendes pharaoniques.
Ceci dit, pourquoi croyez vous que tout le monde, j’entends nos dirigeants, se font tout petit face à ce qui se passe au Tibet?
La liberté, la dignité, ça ne compte pas beaucoup face au fric…hélas.

Par adrak

19H45    20/03/2008

Je suis d’accord avec vous pour rappeler le fond du problème, la persistance de la Françafrique, c’est-à-dire du soutien des dirigeants corrompus africains par les élites françaises (politiques et économiques).

Mais je ne suis pas d’accord avec votre équation « de gauche » = solidaire, généreux, anti-politicien, démocrate… et son pendant « de droite » = conservateur, corporatiste, petit bourgeois, conformiste, etc… qu’on retrouve trop souvent dans les commentaires sur Rue89.

Je dirais plutôt que le problème principal des réformes en cours dans la politique française actuelle, c’est que le sarkosisme manque d’humanisme. La société (citoyens français et étrangers) est considérée comme une masse d’individus interchangeables, donc ce qui compte, c’est le résultat numérique, et pas la qualité du changement apprécié par chaque membre de la société.

FRANCAFRIQUE •  Les traditions ont la vie dure 

Pour avoir voulu assainir les relations entre la France et l’Afrique, Jean-Marie Bockel, ministre de l’ouverture chère à Nicolas Sarkozy, a perdu son poste de secrétaire d’Etat à la Coopération pour rejoindre celui des Anciens Combattants. Une décision qui attriste la presse béninoise. 
   

Jean-Marie Bockel
AFP 

 

Le désormais ex-secrétaire d’Etat à la Coopération et la Francophonie et actuel secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants Jean-Marie Bockel aura appris à ses dépens que la Françafrique a la vie dure comme la plupart des traditions. Ils sont nombreux les Africains qui avaient accueilli avec un grand enthousiasme ses déclarations sur sa vision des relations entre la France et l’Afrique. Non sans se demander si, en décidant de « signer l’acte de décès de la Françafrique », il ne risquait pas de signer sa propre sortie du gouvernement, même si Nicolas Sarkozy avait déjà annoncé dans un de ses discours une rupture avec les pratiques de la Françafrique.Pour avoir osé seulement prendre des libertés langagières vis-à-vis d’elle, la Françafrique a apprécié ses propos à leur juste valeur. Plutôt que de réclamer sa tête, elle a au contraire trouvé mieux de l’enfermer dans un bocal où on ne l’entendra plus, apprivoisé qu’il est maintenant comme un poisson sans défense. S’il s’agit d’une promotion telle que certains veulent bien le faire croire, le colonel de réserve sait mieux que quiconque qu’au secrétariat d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants, l’obligation de réserve est de mise, à défaut de devenir muet, puisqu’il est désormais le numéro deux de la Grande Muette. En effet, on se souvient que, lors de sa présentation des vœux, Jean-Marie Bockel avait déclaré à la presse que « l’un des premiers freins au développement de l’Afrique, c’est la mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l’incurie des structures administratives défaillantes, la prédation de certains dirigeants ». Allusion avait été ainsi faite aux pays producteurs de pétrole. Ce qui n’a pas eu l’heur de plaire à certains dirigeants, qui y ont trouvé un crime de lèse-Françafrique.

En conséquence, l’ovni qui menaçait la survie de l’organisation commune France-Afrique a été mis hors d’état de nuire. Mais quoi qu’il en soit, Jean-Marie Bockel restera dans le cœur de nombreux Africains à travers ses déclarations, à l’instar de Toussaint Louverture lorsqu’on l’a renversé. Et l’on retiendra, entre autres, ces phrases qui en disent long tant elles sonnent vraies : « Aujourd’hui, devant vous, je vais signer l’acte de décès de la Françafrique. Je veux tourner la page de pratiques d’un autre temps, d’un mode de relations ambigu et complaisant dont certains, ici comme là-bas, tirent profit au détriment de l’intérêt général du développement. » Des ministres comme lui en France, les peuples africains en rêvent. N’en déplaisent à leurs dirigeants et à leurs complices de l’Hexagone. Car, même s’il n’est pas pour aujourd’hui, le chant du cygne finira par être entonné à l’unisson un jour, aussi bien en France qu’en Afrique.

 

Marcus Boni Teiga 

Publié dans AFRIQUE de SARKOZY, FRANCE A FRIC EN AFRIQUE | Pas de Commentaire »

FRANCE-AFRIQUE :Accords de défense. « relations hypocrites »

Posté par issopha le 18 mars 2008

FRANCE-AFRIQUE :

Accords de défense , « relations hypocrites »

AFP – Vendredi 14 mars, 08h44ABIDJAN (AFP) -

 

Le président ivoirien
Laurent Gbagbo a dénoncé dans une interview diffusée jeudi soir
les « relations hypocrites » issues des accords de défense entre la
France et certains pays africains, appelant à des accords
interafricains pour régler les conflits régionaux.


Interrogé sur la récente remise en cause par le président français
Nicolas Sarkozy des accords signés entre la France et certains pays
africains, dont la Côte d’Ivoire, M. Gbagbo a estimé que « ces accords
sont dépassés depuis longtemps ».
« Quand même j’ai demandé qu’on applique ces accords, ils n’ont pas
été appliqués », a ajouté le chef de l’Etat ivoirien en référence à la
tentative de coup d’Etat de la rébellion des Forces nouvelles (FN) en
2002 que les autorités ivoiriennes avait qualifiée à l’époque
d’ »agression extérieure » venant du Burkina Faso.
« Aujourd’hui, la France n’intervient que quand elle pense qu’elle a
des intérêts ici et pas là. Et puis est-ce qu’il est bon qu’elle
intervienne? », s’est interrogé le chef de l’Etat, dénonçant
des « relations hypocrites ».

Le président Gbagbo, qui s’exprimait dans une émission sur
l’intégration africaine, diffusée simultanément sur plusieurs chaînes
de télévision d’Afrique de l’Ouest, a par ailleurs appelé les
Africains à ne pas faire de l’intégration régionale ou
continentale « un slogan » mais de poser « des actes réels et concrets ».

« Il faut que nous négociions (…) pour signer des accords de
défense, entre nous pays africains », a expliqué M. Gbagbo estimant
que ces pays étaient à même de régler leurs conflits.

« Dans nos pays, ce ne sont pas des conflits pays contre pays, Etat
contre Etat, mais des conflits internes à cause du fait que les
nations ne sont assez solidement formées », a estimé M. Gbagbo

« La sortie de crise en Côte d’Ivoire peut servir d’exemple », a-t-il
ajouté en référence à l’accord de paix qu’il a signé le 4 mars 2007
avec le chef des FN, Guillaume Soro.

« Il est quand même honteux de voir en Afrique de l’Ouest que le Niger
est confronté au problème des Touareg, que le Mali est confronté au
problème des Touareg et puis qu’on est tous là et qu’on ne fait
rien », a-t-il lancé.

« Mieux vaut une ingérence entre le Niger et la Côte d’Ivoire plutôt
qu’une ingérence avec les Etats-Unis, la France, la Chine », a estimé
le président Gbagbo.

Publié dans AFRIQUE de SARKOZY, FRANCE A FRIC EN AFRIQUE | Pas de Commentaire »

Tchad: la tentative de double diversion de DEBY et de son ami français

Posté par issopha le 9 mars 2008

Tchad: la tentative de double diversion de Déby et de son ami Français

 

Après l’arrivée en France pour se faire soigner de Ngarlejy Yorongar l’un des opposants tchadiens enlevés par les forces armées tchadiennes, Déby fait « une déclaration » que toute la « grande » presse s’est empressée de reprendre; il déclare qu’il est prêt à gracier les six de l’Arche de Zoé à condition que les 6,3 millions d’euros de dommages qui assortissaient le jugement tchadien soient versés aux familles; il ajoute toutefois que si d’aventure les membres de Zoé ne pouvaient pas payer la condamnation, l’Etat tchadien serait obligé d’indemniser les victimes.

Par cette déclaration du 6 mars 2008, Déby tente le coup d’une double diversion pour faire oublier le fond de la situation dramatique dans laquelle lui et le soutien appuyé des pouvoirs français ont plongé le pays.

Diversion par rapport à la réalité des intimidations, des arrestations et exécutions sommaires qui continuent de sévir au Tchad, réalité de la privation de liberté de la presse, de la mise au silence de l’opposition. Mise au silence cautionnée par la France quand elle propose l’asile politique à Yorongar au lieu d’exiger de son ami Déby Itno le rétablissement de la démocratie et le retour au dialogue.

Diversion par rapport à l’affaire Arche de Zoé en tentant de déplacer le débat sur le terrain financier pour en évacuer tant le fond criminel que le fond symbolique.

Car qui peut se permettre de croire que Déby n’a pas consulté la France, son seul soutien, avant cette déclaration reprise en cœur par les médias français ?

Pour preuve, c’est d’abord le porte-parole de l’Elysée qui répond que ce n’est pas à l’Etat français de payer pour les Arche de Zoé [que l'ont tient tout de même à libérer!].  Puis l’hypothèse a été émise que les dommages et intérêts pourraient se transformer en « aide au développement des villages des familles des 103″.
Le mot est lâché: « aide au développement ».
Autrement dit la France s’arroge non seulement le droit de ne pas respecter le jugement tchadien, mais elle en « profite » en plus pour « investir » via une soi-disant « aide au développement ».
En outre, se substituer aux condamnés de l’Arche de Zoé en payant à leur place, c’est les dédouaner de tout et les encourager à recommencer, comme certains d’entre eux l’ont promis dans l’enceinte même du tribunal de Créteil en banlieue parisienne.

Sur le fond de l’histoire, la France continue de soutenir Déby, les tchadiens sont arrêtés jetés en prison, torturés, éliminés, les opposants n’ont pas le droit à la parole au Tchad; ils sont expulsés avec la complicité et l’accord de la France,

Sur le fond de l’histoire, on n’a toujours pas de nouvelles précises de Ibn Oumar Mahamat Saleh, cet autre chef de l’opposition tchadienne enlevé avec le député Yorongar et l’ancien président Lol Mahamat Choua.

Sur le fond de l’histoire, au Tchad, au Cameroun, au Gabon, au Congo et ailleurs sur le continent africain, l’influence des pouvoirs français barre la route à l’émancipation des peuples.
 
Sur le fond de l’histoire, avec l’affaire Arche de Zoé, la France se dit prête à accepter que la liberté soit rendue à des individus qui ont enlevé frauduleusement  et collectivement des enfants Africains en bonne santé pour les déporter frauduleusement hors d’Afrique et qui n’ont eu de cesse de répéter qu’ils recommenceront.
Cela alors même que son président Nicolas Sarkozy s’apprête à faire modifier la Constitution pour enfermer à vie les auteurs de crimes contre les enfants;
Cette modification de la Constitution ne sera peut-être pas applicable quand les victimes sont Africaines et les criminels Blancs!

Sur le fond de l’histoire, la France montre qu’elle ne renie pas son passé colonial.
Pis, elle le renforce et renoue avec les habitudes les plus symptomatiques de l’esclavage et de la colonisation:
 - en installant et/ou en maintenant au pouvoir et contre l’avis du peuple et des autres dignitaires un « chef local »  qui ne sert plus son peuple, mais son intérêt personnel et celui de ses puissances alliées.
 - en encourageant, comme lors des razzias esclavagistes, les enlèvements frauduleux des enfants Africains en bonne santé par ses ressortissants qui accusent ensuite les parents Africains d’avoir vendu ou abandonné leurs enfants
- en expulsant manu militari ceux en âge de travailler qui veulent aider ceux restés au pays, pays pillé par les « chefs locaux » pour les intérêts des « pays amis »

Un Président n’est pas digne d’être président quand il accepte de gracier des étrangers qui ont tenté frauduleusement d’enlever des enfants à leurs parents pour les déporter dans un pays qui lui-même expulse manu militari leurs grandes sœurs et leurs grands frères qui essaient de les aider.

Les enfants de l’Afrique sont l’avenir de l’Afrique.
L’Afrique a le droit et le devoir de protéger ses enfants,
partout, en tout lieu et en tout temps, au-delà des querelles partisanes.

Une Afrique Unie, Forte et Respectée ne courbera pas l’échine.
L’Afrique a le droit et le devoir de se défendre.

Gilbert Léonard

29 février 2008. FRANCE-TCHAD. Le masque est tombé. Communiqué de Survie

 

Le voyage du président français Nicolas Sarkozy au Tchad ce 28 février n’aura servi à rien sauf à cautionner l’enlèvement et la probable élimination physique de représentants de l’opposition démocratique par le régime Déby. La France, qui essaie de faire croire le contraire (mais n’y arrive pas), se rend ainsi une nouvelle fois complice de la dictature tchadienne et fait déjà voler en éclat les promesses du discours du Cap prononcé par le président français ce même 28 février.

Tout un chacun sait (et Nicolas Sarkozy en premier lieu) que les autorités tchadiennes manient le mensonge au sujet des opposants tchadiens disparus depuis le 3 février dernier. Il n’y a plus de doute depuis plusieurs jours : ce sont bien des militaires du régime qui ont enlevé les deux opposants Ibni Oumar Mahamat Saleh, secrétaire général du Parti pour les Libertés et la Démocratie (PLD) et Ngarlejy Yorongar, dirigeant du Front d’Action pour le Renouveau (FAR). Si Lol Mahamat Choua, président du Rassemblement pour la Démocratie et le Progrès (RDP), également enlevé, a finalement été « retrouvé vivant », il apparaît de plus en plus clair aujourd’hui que les deux autres opposants ont probablement été éliminés. L’allocution d’Idriss Deby ce jeudi 28 février, affirmant que le bilan de la bataille de N’Djamena (des 2 et 3 février derniers) s’élevait finalement à « 400 morts ou disparus parmi lesquels des chefs de partis politiques », sonne comme un aveu.

La veille de l’arrivée du président français à N’Djamena, la primature tchadienne avait annoncé que le député Ngarlejy Yorongar, lui aussi « retrouvé vivant », allait prendre la parole publiquement à l’occasion de cette visite. Une annonce grotesque reprise par les autorités françaises qui sont depuis restées sourdes aux témoignages des proches des opposants disparus, que le président français a refusé d’entendre à l’occasion de sa visite.

C’est ainsi que l’annonce faite hier par le président français d’avoir obtenu « la création d’une commission d’enquête internationale sur la disparition des opposants et [...] plaidé pour une reprise du dialogue inter-tchadien » est plus qu’indécente. Elle est purement scandaleuse. Faut-il d’ailleurs préciser que cette commission d’enquête sera présidée par un dignitaire du régime, Nassour Ouaïdou, président de l’Assemblée nationale, ancien Premier ministre et membre de la majorité présidentielle ?

Comment ensuite interpréter les propos du président français tenus hier devant le Comité de suivi de l’accord du 13 août 2007 [1] auquel l’opposition refuse de participer dans l’attente que le sort des disparus soit clarifié ? Arguant que les membres de l’opposition « ne peuvent pas pratiquer la politique de la chaise vide », puisque « pour se réconcilier, il faut être deux », le président français fait ici preuve d’un cynisme et d’un dédain qui dépassent l’entendement.

Depuis plusieurs années, la France est priée d’encourager et soutenir les demandes de la société civile tchadienne pour l’organisation d’un dialogue inclusif (comprenant l’opposition armée et l’opposition non-armée) destiné à prendre le (long, difficile mais indispensable) chemin vers la paix et la réconciliation, suivi d’élections incontestables. Le drame que subit aujourd’hui le peuple tchadien est une conséquence de l’inconséquence française qui s’est constamment abstenue d’apporter une quelconque contribution à ce dialogue. Dans ces conditions, on ne pouvait que craindre le pire. On ne pouvait que craindre que Paris soutiendrait, quoiqu’il arrive, son dictateur préféré. Ainsi fut-il. Déby a bénéficié du soutien français (en renseignements, en armes, en munitions) nécessaire pour se maintenir au pouvoir, et entamer la chasse aux opposants et aux dirigeants des organisations de la société civile.

Qui va maintenant empêcher le régime criminel et corrompu d’Idriss Déby de poursuivre ses frasques ? Qui va protéger la population, le temps et l’espace nécessaires pour l’établissement d’un dialogue inclusif ? Qui va permettre le retour des dirigeants de la société civile et leur rétablissement dans leurs droits ? Certainement pas la France, qui s’est totalement disqualifiée pour une telle tâche et qui continue de disqualifier l’Eufor dont l’impartialité ne peut être que remise en cause du fait de la participation de plus de 500 soldats français détachés du dispositif Epervier, pierre angulaire du régime Déby.

C’est un appel à la Communauté internationale que nous lançons à nouveau aujourd’hui. L’ONU doit en effet prendre ses responsabilités. L’ONU doit intervenir afin que la France, juge et partie, cesse d’être un interlocuteur pour le « règlement » de la crise tchadienne.

En marge de cet engagement éhonté de la France au Tchad, les promesses de rupture à nouveau prononcées au Cap en Afrique du Sud par le président français ne font pas illusion. La France, et son tout nouveau président Nicolas Sarkozy, perpétuent une politique qui, sous couvert de « stabilité », n’en finit pas de contribuer à plonger le Tchad dans le chaos.

[1] Accord signé entre la majorité présidentielle et l’opposition politique, prévoyant l’organisation d’élections libres et transparentes d’ici à 2009 et dont Lol Mahamat Choua (arrêté puis placé en résidence surveillé par le pouvoir tchadien) préside le Comité de suivi.

167 – Mars 2008

Le déshonneur de la France au Tchad

Quand Rama Yadé, dans un élan d’indignation, s’est exclamée à la tribune de l’Assemblée nationale que « L’Afrique de papa c’est fini ! », nous étions loin d’imaginer que cela signifiait le pire, c’est-à-dire que l’Afrique de grand-papa était de retour, celle du mépris des Africains, affiché sans états d’âme. Celle de papa c’était un mépris honteux et dissimulé. Foin de ces chichis avec Sarkozy. On en a eu un avant-goût avec le discours de Dakar, on en a en ce moment une confirmation scandaleusement éclatante avec la conduite de
la France au Tchad. 

Le Tchad, c’est d’abord une forteresse militaire française en plein cœur de l’Afrique. Le régime tchadien, sous tous ses présidents successifs, de Tombalbaye à Idriss Déby, a été soutenu militairement. Tous ces présidents se sont distingués par leur férocité à l’égard des Tchadiens qui osaient s’opposer à leur tyrannie. De l’assassinat de Outel Bono en France, signé de pros des services spéciaux, jusqu’aux crimes contre l’humanité qui ont valu à Hissène Habré d’être aujourd’hui traduit devant le Tribunal pénal international, le pouvoir français n’a jamais eu honte de ses choix, quel qu’en soit le prix pour les Tchadiens. L’indéfectible soutien apporté à Idriss Déby, adjoint de Hissène Habré avant d’en être le tombeur, porte à son comble une politique de régression. Aucune considération du respect des Droits de l’homme, encore moins des droits civils et politiques des Tchadiens n’a jamais influencé la politique française, pour qui, à la lettre, les Tchadiens n’existent pas. Seul existe un pouvoir tchadien paravent de la puissance militaire française. 

Un tel pouvoir est régulièrement contesté par des rébellions. La dernière offensive contre la capitale N’Ddjamena l’aurait emporté sans l’appui français, symbolisé par l’occupation de l’aéroport de N’Ddjamena. Quand les combats ont fait rage dans la ville, la préoccupation unique du gouvernement français, exprimée par Hervé Morin, ministre de
la Défense, a été l’évacuation des Français et Européens, dans la plus pure tradition coloniale. Pas un mot pour ne serait-ce que compatir au sort de la population locale. Rien pour protéger les habitants qui ont fui en masse, rien sur le nombre des victimes civiles, détail futile. 
Enfin quand, au repli des rebelles, la soldatesque de Déby a pu se déchaîner sur la population civile, la réaction française a été déshonorante puisque Hervé Morin encore, aux nouvelles alarmantes sur la disparition de leaders de la société civile a répliqué qu’on verrait plus tard. Le pouvoir français s’est contenté de demander des « clarifications ». A la grande honte de
la France, l’Union européenne demandait, elle, la libération immédiate des leaders disparus, tandis que l’Autriche, qui doit fournir quelques centaines de soldats pour l’Eufor, déclarait la présence de ses soldats incompatible avec ces disparitions.Pendant cette tragédie humaine frappant les Tchadiens, Rama Yadé, apparemment devenue aphone après ses éclats de voix contre Kadhafi, a disparu des écrans. Quant à l’homme du « droit d’ingérence », après s’être tu il a fini dans l’ignoble en avalisant les mensonges répandus sur la disparition des opposants. Hervé Morin, tout sourire, serrait la main d’un Idriss Déby triomphant, qui désignait les opposants arrêtés comme des « prisonniers de guerre ». Enfin l’escale de Sarkozy a N’Djamena, avec photos, sourires et poignées de main à un Déby qui a répété « ne pas savoir » ce qui a bien pu arriver aux opposants disparus, porte à son comble la bassesse politicienne. On se demande quelle leçon de « Droits de l’homme » ces gens-là auront encore le front de donner, et à qui ? 
Odile Tobner                                     Publié le jeudi 6 mars 2008 

 Lire : Livre blanc pour une politique de la France en Afrique responsable et transparente 

  Livre blanc pour une politique de
la France en Afrique responsable et transparente, Plateforme citoyenne France-Afrique, L’Harmattan, 2007, 160 p, 13,30 euros.
 

Ce Livre blanc pour une politique de
la France en Afrique responsable et transparente reprend une grande partie des travaux du « Sommet citoyen France-Afrique » organisé en France en février 2007, alimentés par des propositions de la campagne « 2007 : état d’urgence planétaire, votons pour une France solidaire ! », coordonnée par le CRID. Il se fait également le relais de l’ »Appel des organisations de la société civile africaine pour une autre relation et
la France avec l’Afrique » finalisé lors du Forum Social de Nairobi en janvier 2007 par 150 organisations africaines. 
Le texte de cet ouvrage a été consolidé par la « Plate-forme citoyenne France-Afrique » créée à l’issue du printemps électoral 2007 dans le but d’assurer le suivi des engagements de campagne des candidats, à commencer par ceux du président élu, Nicolas Sarkozy. Publié 6 mois après l’élection de ce dernier, ce Livre Blanc tire un premier bilan d’une politique de rupture qui se fait attendre. 

Pour les contributeurs de cet ouvrage (militants des droits de l’Homme, responsables d’ONG, journalistes), la nécessité de rénover en profondeur et rapidement les relations franco-africaines apparaît pourtant comme une nécessité, du fait de la multiplication des tensions et des incompréhensions dans ces relations (politique migratoire, interventions militaires mais aussi « humanitaires », discours de N. Sarkozy à Dakar, etc.). Chapitre après chapitre ils appellent de leur vœu une politique de
la France en Afrique au service de la démocratie, une politique transparente, contrôlée par le Parlement et les citoyens, respectueuse des droits économiques, sociaux et politiques des Africains. Ils prônent également une remise en cause des outils de domination militaire, linguistique et monétaire, une meilleure utilisation de la coopération multilatérale et enfin, une politique migratoire respectueuse des droits des migrants. Un véritable défi lancé aux nouveaux dirigeants français. 

Sommaire 

  Introduction   Chapitre 1 : Pour une politique de
la France en Afrique au service de la démocratie 

  Chapitre 2 : Pour une relation France-Afrique respectant les droits économiques et sociaux des populations africaines   Chapitre 3 : Pour des flux financiers entre
la France et l’Afrique au service du développement 

  Chapitre 4 : Pour une remise en cause de la domination française dans les domaines monétaire, militaire et culturel * Pour une clarification du mandat politique de l’Organisation internationale de
la Francophonie 

* Pour l’ouverture d’un plan de transfert de souveraineté monétaire aux pays de la zone CFA * Pour la publication des accords de défense et la suppression des bases militaires permanentes 

  Chapitre 5 : Du local au multilatéral : pour une meilleure utilisation des espaces de coopération entre
la France et l’Afrique 
  Chapitre 6 : Pour une politique migratoire respectueuse des migrants 

  Chapitre 7 : Pour une politique de
la France en Afrique transparente et démocratique 
  Conclusion 

La plateforme citoyenne France-Afrique   La plateforme citoyenne France-Afrique a été créée en juin 2007 au sein du CRID, suite à l’organisation du « Sommet alternatif citoyen France-Afrique » de Bamako en novembre 2005 (en partenariat avec
la CAD Mali) et à celle du « Sommet citoyen France-Afrique » de février 2007 à Paris. 

  Cette plate-forme associative a notamment pour but de promouvoir auprès des élus une politique de
la France en Afrique responsable et transparente, dans le prolongement du travail d’interpellation sur les relations franco-africaines initié par la campagne « 2007, état d’urgence planétaire, votons pour une France solidaire ». 
  Les organisations participantes sont : CCFD, Secours Catholique, Oxfam France Agir Ici, Survie, Ipam, Peuples Solidaires, Mouvement de
la Paix, Cimade, ATTAC, Réseau Foi et Justice Europe-Afrique 

  Ses axes de travail sont : * Suivi du plaidoyer mené auprès des décideurs français dans le cadre de la campagne 2007 et du sommet citoyen France-Afrique 

* Elargissement des actions de plaidoyer au cadre européen. Participation au sommet Europe Afrique de décembre 2007 au Portugal. * Veille sur l’actualité politique, économique et militaire des relations franco-africaines 

* Echanges réguliers d’informations et actions communes avec les plates-formes associatives existantes (Dette & Développement, Paradis fiscaux et judiciaires, Publiez ce que vous payez !, groupes-pays, etc.) * Relais des mobilisations, campagnes menées par des organisations de la société civile africaines 

 

Publié dans AFRIQUE de SARKOZY, FRANCE A FRIC EN AFRIQUE | Pas de Commentaire »

Le discours de Sarkozy au Cap, nouvelle promesse de rupture

Posté par issopha le 28 février 2008

  

  

  

Le discours de Sarkozy au Cap, nouvelle promesse de rupture

 

Le 28 février 2008, par Jean Denard,

Ce jeudi 28 février au Cap (Afrique du Sud), Nicolas Sarkozy a prononcé un discours qui promet de nouveau une modernisation de la politique de la France en Afrique. Le programme est alléchant : transparence, renégociation des accords militaires… reste à traduire ces promesses en actes. Cette fois-ci.

ALLOCUTION DE MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

DEVANT LE PARLEMENT SUD-AFRICAIN

Le Cap Afrique du Sud

Jeudi 28 février – 14h15

 

Madame la Présidente (Mme Speaker) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs,

Avec le recul, le vingtième siècle apparaît comme l’un des siècles les plus brutaux de l’histoire : il engendra deux guerres mondiales ; il inventa le génocide et la shoah ; il vit des régimes dictatoriaux mettre en place des systèmes répressifs sans précédent par leur ampleur et leurs victimes. Le nombre des réfugiés, des déportés, de ceux qui durent fuir leur patrie et s’exiler, fut immense.

Ce siècle de fer, l’Afrique en a subi dans sa chair toute la violence et toute l’horreur. Elle a enduré la colonisation ; les conséquences des grands conflits mondiaux ne lui furent pas épargnées puisque ses fils en payèrent aussi le prix en combattant pour les puissances coloniales. Puis vinrent les victimes des luttes de décolonisation et des conflits africains qui accompagnèrent l’affrontement Est-Ouest. Enfin, elle connut elle aussi le génocide.

En outre, plus que d’autres, l’Afrique fut victime du mépris et du racisme.

Or c’est pourtant de ce continent souvent humilié et bafoué, et précisément d’Afrique du Sud, qu’est venue à la toute fin du siècle une magnifique leçon d’humanité. Alors que régnaient ici l’apartheid et ses violences, alors que la vengeance et de nouvelles oppressions auraient pu naître de tant d’humiliations, le peuple d’Afrique du Sud, guidé par des hommes hors du commun, a voulu rompre cette longue chaîne de malheur.

Cette extraordinaire réussite humaine doit beaucoup à l’homme qui après 27 ans de prison a dit à ceux qui l’avaient si longtemps privé de sa liberté : « L’oppresseur doit être libéré tout comme l’oppressé. L’opprimé et l’oppresseur sont tous deux dépossédés de leur humanité. »

Les Sud-Africains ont délibérément choisi pour leur pays le chemin de la réconciliation et de la « transformation ». En décidant d’emprunter ce chemin, vous avez en quelque sorte aussi racheté le siècle ; vous avez permis qu’en dépit de ses atrocités, il puisse se clore sur un immense signal d’espoir pour l’humanité tout entière, et que ce signal vienne d’Afrique.

C’est donc empreint de respect pour votre Nation que je me présente devant vous, Mesdames et Messieurs, les Représentants de ce grand peuple d’Afrique du Sud, hérauts d’une société plus juste et plus humaine parce que plus fraternelle. C’est pour saluer, à travers vous ce peuple et l’espoir qu’il nous donne, que j’ai souhaité m’adresser à vous aujourd’hui et je vous remercie de l’avoir accepté.

Parce que l’Afrique a su faire naître cet espoir, nous voulons aujourd’hui travailler avec elle à le faire grandir. Notre monde s’appuie désormais sur cet exemple pour construire un système plus juste et plus humain. La France apporte à cette tâche sa propre foi dans la liberté, l’égalité et la fraternité dont elle a fait sa devise et qui lui vient de sa propre Révolution.

Partageant les mêmes valeurs, nourrissant les mêmes espérances, j’ai la conviction que la France et l’Afrique du Sud, agissant ensemble, peuvent mieux que d’autres contribuer à l’émergence d’un monde apaisé.

Ce défi commun, nous l’avons en partage d’abord pour que l’Europe et l’Afrique tissent enfin des liens nouveaux ; des liens qui ne soient plus ceux de l’inégalité, de l’exploitation ou du ressentiment, mais comme je l’ai dit en juillet dernier à Dakar, des liens d’égalité, des liens d’équité et de respect.

La relation entre la France et l’Afrique, vous le savez, est ancienne.

Cette relation a pu être douloureuse. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer les crimes et les fautes commises. Il ne faut pas les oublier.

Il ne faut pas oublier non plus ce que la France doit à l’Afrique. Je pense notamment à l’aide précieuse que l’Afrique nous a apportée dans les deux guerres mondiales. Je pense notamment à l’Afrique du Sud qui a combattu à nos côtés.

La force de ces liens n’appartient pas qu’au passé. Elle s’inscrit aussi dans l’identité française : près de 10% de la population française peut revendiquer son origine africaine.

Elle s’inscrit aussi dans l’identité africaine à travers la langue française qui est une des langues officielles de l’Union Africaine.

En dépit de la profondeur et de l’ancienneté de ces liens, la relation de la France avec l’Afrique, particulièrement avec l’Afrique sub-saharienne, se distend.

Le nombre de Français vivant en Afrique, les exportations et les investissements français vers l’Afrique ont baissé.

Il en résulte que nos partenaires traditionnels en Afrique ont parfois le sentiment d’un abandon et d’un désintérêt de la France à leur égard.

Cette relation est compliquée parce que s’y mêlent depuis toujours à la raison le sentiment et la passion, parce qu’elle est depuis toujours chargée d’une grande affectivité, mais aussi parce qu’elle est en décalage par rapport à ce que veulent les Africains et à ce que perçoivent les Français.

Aujourd’hui l’ancien modèle de relations entre la France et l’Afrique n’est plus compris par les nouvelles générations d’Africains, comme d’ailleurs par l’opinion publique française.

Je sais qu’au sein-même de cette Assemblée, certains d’entre vous, militants de la lutte de libération, perçoivent eux-mêmes encore ces relations de la France et de l’Afrique, à travers le prisme de la colonisation.

Nous nous trouvons dans une situation où notre engagement politique, militaire ou économique aux côtés de l’Afrique est perçu par beaucoup non comme une aide sincère, mais comme une ingérence néocoloniale ; mais où, dans le même temps, une indifférence, un retrait ou une absence d’engagement nous sont reprochés comme un abandon ou une ingratitude.

Les Africains en ont assez de recevoir des leçons de morale ou de bonne gouvernance. Ils les perçoivent comme arrogantes et condescendantes ; mais dans le même temps, les sociétés civiles et les opinions publiques d’Afrique nous interpellent : elles souhaitent notre implication directe à leur côté, par exemple pour dénoncer la corruption ou la mauvaise gouvernance.

Il existe aujourd’hui une sorte d’exception africaine dans l’opinion publique : ce qui est considéré comme normal avec d’autres régions du monde fait naître le soupçon quant aux intentions du gouvernement français dès qu’il s’agit de l’Afrique.

La jeunesse africaine entretient avec la France une relation ambivalente d’attirance et de contestation.

Actuellement, plus de 100.000 Africains font des études supérieures en France. Contrairement aux idées reçues, il n’y a jamais eu autant d’étudiants africains dans les universités françaises. Et cependant, la jeunesse d’Afrique éprouve le sentiment que la France se ferme à elle.

Ces malentendus et ces paradoxes trahissent une situation qui n’est évidemment pas satisfaisante. C’est pourquoi j’ai appelé à de nombreuses reprises à l’établissement de nouvelles relations équilibrées, transparentes et décomplexées. Des relations qui se fondent sur les réalités contemporaines.

Ma conviction est que la relation franco-africaine est pleine d’avenir si nous lui donnons un nouvel élan.

De même que l’Afrique du Sud incarne une Afrique nouvelle, la relation franco-sud-africaine doit inspirer une relation nouvelle entre la France et l’Afrique.

Il est vrai, notre relation ne porte pas le poids du passé. Notre histoire commune est limitée.

La France et l’Afrique du Sud n’ont pas la même langue, n’ont pas la même histoire, n’ont pas la même culture et pourtant elles se comprennent.

Dénués de présupposés, les rapports entre nos deux pays sont exemplaires ; équilibrés, transparents et décomplexés.

L’Afrique du Sud est devenue notre premier partenaire en Afrique dans de nombreux domaines.

Premier partenaire commercial, votre pays est également la première destination des investissements français. Près de 160 sociétés françaises y développent des partenariats industriels et créent des emplois.

Les accords que nous avons signés ce matin, dans les domaines de l’énergie, des transports, de la science et du tourisme témoignent de la diversité de ces liens.

Cette relation peut encore être renforcée.

Le niveau de développement atteint par l’Afrique du Sud n’explique pas à lui seul la nature de nos relations. Entre nous, il n’y a place que pour une relation équilibrée, un partenariat véritable ; c’est-à-dire fondé sur l’égalité, la transparence et l’intérêt mutuel.

C’est en ce sens aussi que notre relation commune doit inspirer celle que nous voulons établir avec l’ensemble des pays du Continent africain.

Monsieur le Président, Cher Thabo, vous avez coutume de dire que « l’Afrique du Sud ne peut être un îlot de prospérité au milieu d’un océan de misère ». A Paris, nous pensons la même chose.

Je réaffirme devant vous que la sécurité et la prospérité de la France et de l’Europe sont indissociables de la sécurité et de la prospérité de l’Afrique.

Les 14 kilomètres du détroit de Gibraltar font de l’Europe et de l’Afrique des voisins immédiats.

J’ai eu l’occasion de dire lors de mon précédent voyage en Afrique, en juillet dernier, qu’il ne saurait y avoir d’autres finalités pour notre politique en Afrique que l’unité de l’Afrique et la Renaissance africaine. Celle-ci déterminera en partie la stabilité de l’Europe et l’avènement d’un monde plus juste.

Cette Renaissance, la France la souhaite, elle la souhaite de toute son âme, elle la souhaite de tout son cœur, elle la souhaite au nom de tout ce qu’il l’unit à l’Afrique.

Cette Renaissance, l’Afrique du Sud la veut. Elle en a donné le signal. Elle en a montré l’exemple.

La Renaissance, ce n’est pas d’abord une affaire de moyens. C’est d’abord une affaire de mentalités. L’homme de la Renaissance est un homme qui croit que tout est possible. L’homme de la Renaissance est un homme qui croit en l’Homme, qui croit que l’homme peut changer le monde. C’est un homme dont les rêves sont plus grands que ce qu’il peut accomplir.

Pour travailler à cette Renaissance, la France veut refonder ses relations avec l’Afrique. Elle ne veut pas être en Afrique pour perpétuer sous d’autres formes des rapports inégaux qui appartiennent à un passé révolu. La relation entre la France et l’Afrique ne peut plus être fondée sur des accords et sur des politiques qui sont des survivances d’une époque où le monde était bien différent de ce qu’il est aujourd’hui.

Si la France veut refonder sa relation avec l’Afrique, elle doit commencer par reconnaître et assumer ses intérêts en Afrique.

La paix et la sécurité du Continent africain, la lutte contre la pauvreté, la croissance économique du continent, son insertion dans la mondialisation, sont pour nos deux pays des intérêts communs.

Oui, la France, comme l’Afrique du Sud, a intérêt au développement de l’Afrique. Le potentiel de croissance de votre continent, ses richesses naturelles, son marché prometteur en font une partie du monde que nous ne pouvons négliger.

Oui, la France, comme l’Afrique du Sud, a intérêt à la sécurité de l’Afrique. D’abord parce que la paix et la stabilité sont les conditions indispensables du développement. Ensuite, parce que les guerres, les pandémies, les trafics ou le terrorisme en Afrique ont des conséquences directes en France.

Enfin, la France, comme l’Afrique du Sud, ont un même intérêt à une meilleure régulation de la mondialisation. Qu’on en conteste les effets ou pas, la mondialisation est entrée dans notre histoire. Et il serait totalement illusoire et dangereux de prétendre gérer les grandes affaires du monde sans l’Afrique.

L’Europe et l’Afrique représentent ensemble près de la moitié des pays de la planète. C’est ensemble, et ensemble seulement, que les Européens et les Africains pourront peser sur la mondialisation.

L’Afrique a tout pour profiter mieux de la mondialisation et y entrer davantage. Elle est déjà mondialisée. Mais, à l’image de l’Afrique du Sud, elle doit devenir un acteur de la mondialisation plutôt que d’être perçue comme un sujet de la mondialisation.

L’Afrique du Sud est déjà pour nous un partenaire dans la mondialisation.

La déclaration commune que nous avons adoptée ce matin sur le changement climatique en offre une bonne illustration.

Je pense encore à notre approche commune sur la démocratisation de la gouvernance mondiale. Je pense au G8 qui a vocation à se transformer en G13 et au sein duquel l’Afrique du Sud a toute sa place. Je pense enfin au FMI et au Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Il ne nous appartient pas de décider qui représentera l’Afrique. Mais je constate que l’Afrique du Sud marche à l’avant-garde de ce continent ; qu’elle a tous les atouts pour faire entendre sa voix dans ces enceintes.

Le partenariat franco-sud-africain me semble donc solide.

Le Président Mbeki a par le passé gratifié la France du titre de « Citoyenne d’Afrique ». C’est à mes yeux un vrai compliment et je souhaite que la France le mérite.

Pendant la campagne présidentielle j’ai exprimé ma volonté de rénover la relation entre la France et l’Afrique. J’ai commencé à le faire.

D’abord en matière de sécurité.

Ainsi, il y a trois semaines au Tchad, alors que des mouvements rebelles tentaient de renverser par les armes les autorités légales du pays, la France, qui, vous le savez, a dans le pays un dispositif militaire, s’est interdit de s’immiscer dans les combats.

Ce changement était nécessaire, et la raison en est simple.

La présence militaire française en Afrique repose toujours sur des accords conclus au lendemain de la décolonisation, il y a près de 50 ans !

Je ne dis pas que ces accords n’ont pas été justifiés. Mais je dis que ce qui a été fait en 1960 n’a plus le même sens aujourd’hui. Leur rédaction est obsolète. Il n’est plus concevable, par exemple, que nous soyons entraînés dans des conflits internes. L’Afrique de 2008 n’est pas l’Afrique de 1960 ! La France en tirera toutes les conséquences avec ses partenaires africains.

Je souhaiterais, à cet égard, faire quatre propositions.

La première porte sur les accords de défense entre la France et les pays africains. Ils doivent refléter l’Afrique d’aujourd’hui, et non pas l’Afrique d’hier. Ils doivent reposer sur les intérêts stratégiques de la France et de ses partenaires africains. Je ne dis pas qu’il faille nécessairement faire table rase et tout effacer d’un seul trait de plume. Mais je dis que la France souhaite engager des discussions avec tous les Etats africains concernés pour adapter les accords existants aux réalités du temps présent et en tenant le plus grand compte de leur propre volonté. Elle sera également ouverte au dialogue avec tous ceux qui souhaiteront nouer avec elle un nouveau partenariat en matière de sécurité.

Deuxièmement, je propose de refonder nos relations sur le principe de transparence. La transparence, c’est la meilleure garantie pour des relations solides et durables, le meilleur antidote aux fantasmes et aux incompréhensions si complaisamment répandus lorsqu’on évoque les liens qui unissent la France aux Africains. Contrairement à la pratique passée, nos accords devront être intégralement publiés. Je compte également associer étroitement le Parlement français aux grandes orientations de la politique de la France en Afrique.

Troisièmement, je propose que la présence militaire française en Afrique serve en priorité à aider l’Afrique à bâtir, comme elle en a l’ambition, son propre dispositif de sécurité collective. L’Union africaine souhaite disposer de forces en attente à l’horizon 2010 – 2012 ? Que cet objectif soit aussi celui de la France ! La France n’a pas vocation à maintenir indéfiniment des forces armées en Afrique.

Il ne s’agit pas d’un désengagement de la France en Afrique. Je souhaite au contraire que la France s’engage davantage au côté de l’Union Africaine pour construire le système de sécurité collective dont l’Afrique a besoin car la sécurité de l’Afrique c’est d’abord naturellement l’affaire des Africains.

Enfin, ma dernière proposition vise à faire de l’Europe un partenaire majeur de l’Afrique en matière de paix et de sécurité. C’est le sens du partenariat conclu entre nos deux continents à Lisbonne en décembre dernier. Il appartient désormais aux Européens et aux Africains de le construire ensemble. C’est dans notre intérêt à tous, car une Europe forte a besoin d’une Afrique forte.

Mais la France a une conviction, et je sais que l’Afrique du Sud la partage : le meilleur garant de la paix et de la sécurité en Afrique comme partout ailleurs, c’est la démocratie et la justice. C’est vrai en Côte d’Ivoire où je souhaite la tenue d’élections libres, justes et reconnues. Il en va de même au Zimbabwe. C’est aussi vrai au Tchad où l’enracinement de la démocratie appelle dès maintenant de nouveaux efforts de la part de tous. La démocratie et les Droits de l’Homme ne sont pas une conditionnalité imposée de l’extérieur. La démocratie et les Droits de l’Homme n’ont rien d’étranger à l’Afrique. Ce sont des aspirations des populations africaines que la France partage.

En matière de développement, je souhaite que la France contribue plus activement à la lutte contre la pauvreté en Afrique.

Elle le fera en continuant à soutenir la réalisation des Objectifs de Développement du Millénaire. Elle maintiendra son engagement financier dans ce domaine.

J’ai également souhaité que la France intervienne de manière plus ciblée pour favoriser l’accélération de la croissance économique. Je souhaite qu’elle contribue directement à la création d’entreprises africaines génératrices d’emplois.

C’est pourquoi j’ai décidé de lancer une initiative de soutien à la croissance économique, ouverte à d’autres partenaires.

Cette initiative, qui sera mise en œuvre par l’Agence Française de Développement comporte trois composantes :

D’abord un fonds d’investissement de 250 millions d’euros prendra des participations dans d’autres fonds mixtes ou thématiques.

La deuxième composante est la création d’un fonds de garantie doté aussi de 250 millions d’euros. Il doit permettre de faciliter l’accès des PME africaines au crédit bancaire et au capital.

La dernière composante est le doublement de l’activité de l’Agence Française de Développement en faveur du secteur privé, soit un engagement de 2 milliards d’euros sur 5 ans.

Au total, cette initiative mobilisera deux milliards et demi d’euros en 5 ans ; qui financeront directement ou indirectement prés de 2000 entreprises, pour la création de 300 000 emplois.

En intégrant cette initiative, le total des engagements financiers français bilatéraux pour l’Afrique subsaharienne s’élèvera donc à 10 milliards d’euros sur les 5 prochaines années.

Le secteur privé français doit également participer activement à la croissance économique africaine.

Je ne saurais parler de l’avenir des relations entre la France et l’Afrique sans évoquer la question des migrations. 65% des 200 000 étrangers qui s’installent chaque année en France viennent du continent africain.

Cependant, il ne s’agit pas seulement d’un phénomène Nord-Sud. La grande majorité de ces mouvements migratoires est interne au continent africain.

L’Afrique du Sud accueille d’ailleurs à elle-seule près d’un quart des populations migrantes en Afrique.

La réalité de l’immigration n’est pas satisfaisante aujourd’hui. Elle ne l’est pas pour nous ; elle ne l’est pas davantage pour vous. Européens et Africains du Sud, nous sommes confrontés au même défi. Alors que 500 000 personnes entrent illégalement en Europe tous les ans, l’ampleur du phénomène vers l’Afrique du Sud l’oblige également à un très grand nombre d’expulsions.

Je ne dis pas que l’immigration est un phénomène qu’il faudrait combattre. J’ai toujours rejeté l’idée d’immigration zéro, une idée à la fois irréaliste et dangereuse. La France comme l’Afrique du Sud sont deux nations qui doivent une part de leur essor à l’apport des migrants.

Aucun pays au monde ne peut se permettre de recevoir une quantité de migrants qui excède sa capacité à les accueillir dignement, dans le travail, le logement, l’éducation et les soins. La rupture de cet équilibre entraîne des phénomènes de chômage massif des étrangers, d’exclusion et de ghettos. A terme, elle favorise la violence et la xénophobie.

C’est la responsabilité de tout Gouvernement de décider combien de migrants il est prêt à accueillir sur son territoire et dans quelles conditions. Le principe vaut autant pour les Européens que pour les Africains.

La France prépare une réforme capitale de sa politique de l’immigration. Un quota annuel de nouveaux migrants accueillis en France sera débattu et voté chaque année par le Parlement. Ce plafond chiffré comportera des sous-catégories par motifs d’immigration – travail ou regroupement familial. Il sera négocié avec les pays d’origine dans le cadre des accords de gestion concertés des flux migratoires.

Le temps est venu de construire un partenariat euro-africain sur les migrations, en particulier sur trois sujets essentiels :

D’abord le pillage des cerveaux. Un rapport de l’OMS de 2006 souligne ainsi que l’Afrique qui supporte 24% du fardeau des maladies ne possède plus que 3% du personnel médical. Cette situation n’est pas tenable. Il nous faut organiser des migrations d’allers-retours ; éviter le départ définitif des élites africaines.

Ensuite, la répression des filières : il est temps que la communauté internationale se mobilise contre cet odieux trafic.

Enfin le co-développement, c’est-à-dire la mobilisation des populations migrantes pour le développement des pays d’origine.

Ce nouveau chantier fait partie d’un large paquet de mesures adopté lors du 2ème Sommet UE Afrique à Lisbonne. Je me réjouis qu’il ait pu se tenir en décembre dernier. La France soutient cet engagement européen accru en Afrique.

Mais cette relation nouvelle ne rend pas obsolètes les liens spécifiques entre la France et l’Afrique.

Au-delà de la relation entre Etats, ces liens s’établissent aussi entre parlementaires, collectivités locales, syndicats, associations, universitaires ou opérateurs économiques.

Ces liens sont forts et me conduisent aussi à souhaiter la poursuite des Sommets Afrique-France. Certes, j’entends bien les critiques. Ces rencontres ont débuté en 1973, mais elles n’ont pas vocation à être une simple perpétuation du passé. Il y aurait un paradoxe à les abandonner, au moment même où leur modèle est copié par de nombreux autres pays.

Pour autant, il est nécessaire de les adapter quant à leur finalité et à leur déroulement.

Il est nécessaire d’en changer les méthodes et les objectifs. Leur préparation mériterait plus de concertation ; les débats gagneraient à être structurés différemment ; il y a lieu d’ajuster leur périodicité à celle d’autres rencontres, dans le cadre de l’Union Européenne ou de l’Organisation Internationale de la Francophonie. On peut songer enfin à leur conférer un caractère plus concret, tirer des bilans ou formuler des orientations.

Je propose que la prochaine réunion ministérielle de suivi qui précèdera le prochain Sommet déjà prévu au Caire en 2009 soit l’occasion de se prononcer en commun sur de nouvelles modalités.

Alors que débute le XXIème siècle, notre génération porte la lourde responsabilité de lui éviter les drames qu’a connus le précédent. Le message d’humanité et de réconciliation venu d’Afrique du Sud doit nous guider.

Dans mon bureau, il y a une photo de Nelson Mandela qu’il m’a offerte lorsqu’il est venu à Paris l’année dernière. Quand je regarde ce visage qui pour le monde entier est devenu celui du pardon, je pense toujours à deux choses qu’il a dites.

La première, c’était pendant la campagne de 1994. Ils disait à ceux pour la dignité desquels il s’était tant battu : « Si vous voulez vivre mieux, vous devez travailler dur. Nous ne pouvons le faire à votre place ; vous devez le faire vous-mêmes. »

La deuxième, c’est ce passage magnifique à la fin de ses mémoires, quand il dit : « Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de son passé, ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, on peut leur enseigner aussi à aimer. »

Votre histoire nous enseigne que les hommes ne sont pleinement humains que par et grâce à d’autres hommes. Votre pays en fait tous les jours la démonstration en faisant coexister les descendants des esclaves et ceux des maîtres ; les descendants des fermiers venus d’Angleterre, des Pays-Bas ou de France et ceux des conquérants zoulous et des guerriers khossas ; les descendants des métayers venus du Gujarat et ceux des mineurs venus de toute l’Afrique Australe.

Votre histoire démontre que les valeurs de votre révolution, comme celles de la Révolution Française, peuvent toujours permettre de transformer le monde. Ensemble, nous croyons à l’égalité des droits et à l’égalité des dignités.

Il nous dit que le monde, pour réussir, a besoin de l’Afrique et de sa voix, d’une Afrique debout, vivante et libre.

Vive l’Afrique du Sud,

Vive la France.

Publié dans AFRIQUE de SARKOZY | Pas de Commentaire »

Qui a peur du postcolonial ? Savoirs et pouvoirs. Les enjeux du débat postcolonial en France aujourd’hui

Posté par issopha le 26 février 2008

Mouvements n° 51, sept.-oct. 2007 :

Qui a peur du postcolonial ?

Pourquoi ce texte?

Propos recueillis le 26 juin 2007 par Jim Cohen et Dimitri Nicolaïdis, avec l’aide de Malika Rahal et Patrick Simon.

Notes

[1] Romain Bertrand, Les sciences sociales et le moment colonial. De la problématique de la domination coloniale à celle de l’hégémonie impériale, CERI, Questions de recherche n°18, juin 2006, téléchargeable à l’adresse www.ceri-sciencespo.org.

Savoirs et pouvoirs. Les enjeux du débat postcolonial en France aujourd’hui

 

Table-ronde (version intégrale)

Par , et

FABRIQUE DES IDÉES. Si la controverse liée au regard que nous portons sur cet autre « passé qui ne passe pas » est aujourd’hui de moindre intensité qu’il y a encore un an, elle est loin d’être éteinte et ne le sera probablement pas avant que soient explicités les motivations qui conduisent hommes politiques et citoyens, chercheurs et militants, à s’y investir. La polémique est parfois caractérisée par l’absence d’un véritable dialogue, comme si, pour les uns et les autres – pas seulement pour les « minorités vociférantes » en quête de reconnaissance, mais aussi pour l’État républicain ou pour le monde académique – l’enjeu était existentiel. D’où notre envie de mettre en abyme ce « débat postcolonial », de réfléchir aux ingrédients de la polémique, avec l’aide de trois chercheurs venus d’horizons variés et qui n’entretiennent pas les mêmes relations avec la sphère politique. 4 octobre 2007.

Mouvements : Nous voudrions aborder avec vous la question postcoloniale « au second degré », en se demandant pourquoi en France, ces dernières années, le thème postcolonial s’est tellement développé. Qu’est-ce qui se joue ? Pourquoi cette polarisation sur le rapport passé-présent ? Comment analyser l’articulation entre le débat dans les milieux universitaires, le retour des mémoires militantes et les enjeux proprement politiques ? Nous voudrions, confronter les points de vue, puisque ces débats ont souvent été marqués par des dialogues de sourds et que les différences ne sont pas seulement liées au contenu mais aussi aux positions occupées par les différents protagonistes.

Commençons par les termes eux-mêmes : postcolonial, postcolonialité, voire postcolonialisme. Ces mots ont des significations et des connotations différentes pour les uns et les autres, et des jugements positifs ou négatifs sont souvent implicites dans les définitions que l’on donne. Faut-il commencer par s’entendre sur les mots ?

Postcolonial, postcolonialité, postcolonialisme

Nacira Guénif : En effet, ces mots suscitent parfois des réactions avant même d’être pensés. Mais on ne peut pas parler de l’utilité des notions avant de les avoir interrogées. Plutôt que de raisonner sur les mots eux-mêmes, il serait sans doute plus utile de les mettre en discussion, et cette discussion a eu assez peu lieu jusqu’à maintenant.

Les trois termes mentionnés se placent, d’emblée, au-delà du colonial, le colonial n’étant pas débattu mais constitué comme un fait avéré. Ne faudrait-il pas plutôt examiner de plus près le colonial, la colonialité, le colonialisme ? Je ne prétends pas clore cette question, j’aurais plutôt envie de l’ouvrir : comment établit-on, comment peut-on discuter des continuités entre les phénomènes et les termes qui sont censés les désigner ?

Le terme « postcolonial » a pour moi l’avantage d’être un adjectif et non un substantif. Il permet, du coup, de combiner différentes dimensions et de voir à quoi on peut les associer ou pas. Il permet de faire un travail qui, dans les sciences sociales, est plus intéressant que de définir et ainsi figer une réalité à un moment donné. Il n’est pas question pour moi de substantiver une réalité historique, de la clore définitivement et de la considérer comme avérée, surtout quand cette réalité est contemporaine. Si on admettait l’idée d’une « postcolonialité » en tant que réalité substantivée, on serait en train de clore un chapitre avant même de l’avoir ouvert. Je ne suis pas sûre que ce soit utile, ni en termes politiques, ni en termes universitaires. Ce qui m’intéresse est de voir comment les dynamiques se superposent, comment elles se répondent, comment aujourd’hui elles continuent à résonner, et pourquoi. Voilà ce qui me paraît le plus fécond dans la notion de « postcolonial ».

Avec « postcolonialité », on entre dans quelque chose de substantif, de clos, défini et définitif. L’intérêt possible de ce mot dans le contexte des discussions actuelles, c’est de l’associer à « modernité ». Il y a quelque chose de commun entre ces deux dynamiques, puisque la colonisation est consubstantielle de la modernité, continue à exister en son sein. Cela permet de travailler sur des dimensions qui pourraient sembler divergentes, comme si la modernité avait été « trahie » par la colonisation — mais ce n’est pas mon point de vue. En même temps, si l’on admet que l’une des promesses de la pensée postcoloniale est de se donner les moyens intellectuels et politiques de penser l’après, le « post », l’au-delà du colonial, l’a-colonial, de définitivement prendre congé avec cette forme de pouvoir, de passer à autre chose, alors la postcolonialité serait ce qui succède, ce qui fait place et fait pièce à la colonie.

De gauche à droite : Nacira Guénif-Souilamas, Romain Bertrand (de dos), Jean-Luc Bonniol

M. : Cette idée de dépassement est souvent ignorée, le mot n’est pas souvent utilisé dans ce sens là.

N.G. : Tout à fait. Il y a un palier qu’on ne franchit pas. La postcolonialité serait ce qui libèrerait la modernité de sa face sombre, puisque la modernité s’est largement appuyée sur la colonie. Ce qui permettrait aussi de repenser à nouveau le statut de la modernité.

Je ne sais pas en revanche ce que peut apporter la notion de « postcolonialisme », qui semble impliquer un véritable projet doctrinal, politique, idéologique. Peut-on dire que, puisqu’il y a eu colonialisme, il y a donc postcolonialisme ? Je n’en suis pas convaincue, je serais plutôt tentée de dire que la notion de colonialisme a encore son utilité, y compris pour travailler des phénomènes d’aujourd’hui. Mais je veux bien que cette notion comme les autres soit mise en discussion, qu’elle soit soumise à un dépliage, une déconstruction, avec beaucoup plus d’imagination et de liberté qu’on a été amené à le faire jusqu’à présent en France.

Jean-Luc Bonniol : Je serais réticent en effet à adopter un terme comme postcolonialisme dans la mesure où il fait référence, me semble-t-il, à un projet doctrinal ou du moins à un processus intentionnel. Tout l’intérêt de cette constellation de termes qui sont apparus dans notre ciel intellectuel depuis quelques années, c’est justement de ne pas faire référence à un processus intentionnel. Ils permettent aussi de se dégager du terme, pas mal galvaudé à mon avis, de « néocolonialisme ».

Ces termes, il est vrai, ont été reçus sur le mode de l’évidence et de façon très diverse, il est donc nécessaire de les penser ou repenser. Ils me paraissent utiles pour caractériser des situations, notamment pour qualifier un moment qui se situe « après la colonie », après la colonisation. Le postcolonial évoque donc la situation qui succède à la colonie et ne saurait être rabattu sur le colonial. Bien sûr, dans ce moment postérieur à la colonie, il reste quelque chose de la colonie, dans la réalité objective, dans les têtes, mais le problème qui se pose est de mesurer quelle est cette part, ce résidu, ou cet héritage.

Si l’on distingue les deux dimensions principales que sont d’un côté la situation de l’ex-colonie, dans le lieu même où la colonisation s’est produite, et de l’autre la situation dans l’ex-puissance colonisatrice, il serait nécessaire de mieux explorer les relations entre les lieux, entre la colonie et l’ex-puissance coloniale (qu’il s’agisse de relations entre nations ou à l’intérieur d’un même état, comme pour les relations entre la France métropolitaine et ses territoires d’outre-mer), mais aussi les effets de la présence d’ex-colonisés arrivés dans le pays colonisateurs avec les flux migratoires de ces dernières années, qui posent une série de problèmes spécifiques. Très souvent, la qualification de postcolonial réfère à cette présence des ex-colonisés au sein même de la puissance autrefois colonisatrice.

Sur le lien entre modernité et colonialité, il faut bien se rendre compte des durées. La colonisation commence effectivement à l’aube de l’ère moderne, au début du XVIe siècle, avec une division du travail à l’échelle d’une économie-monde qui se met alors en place. La colonialité est en congruence avec la modernité et va durer plusieurs siècles, nous en sortons à peine (cela fait tout juste quatre décennies…). Ce qui fait que par rapport au moment postcolonial, nous avons pour le moment peu de recul. La simple confrontation des durées permet d’avoir une première appréhension de ce qui peut rester de la longue période antérieure.

N.G. : Ne sommes-nous pas dans un moment que nous percevons avec beaucoup de confusion ? Si on avait dit au navigateur qui partait à la conquête de l’Amérique ou à la recherche de la route des Indes qu’il était en train d’inaugurer une nouvelle ère, il aurait été déconcerté par cette affirmation. Il y a une myopie liée au fait que nous parlons d’un phénomène dans lequel nous sommes profondément enserrés, dont nous sommes parties prenantes, il n’est donc pas facile de réfléchir sur la contemporanéité. On pourrait d’ailleurs poser la question inverse : par quel miracle les effets d’une période aussi longue pourraient avoir disparu dans la société française contemporaine ? Il me paraît plus logique de formuler l’hypothèse ainsi, en inversant la charge de la preuve.

J.-L.B. : A l’époque de mes études, il y avait un autre terme qui était très employé : « pré-colonial ». Il serait peut-être intéressant de réfléchir à l’encadrement du temps colonial entre, d’un côté, en amont, le pré-colonial (avec toute la connotation téléologique plaquée sur ce terme…), et, en aval, le post-colonial. En anthropologie il y a eu tout un effort pour se dégager de l’emprise du colonial, avec cette illusion qu’on pouvait peut-être retrouver une sorte d’« authenticité », avec tous les guillemets possible, précoloniale – une sorte d’authenticité humaine qui ne serait pas entachée par ce qui a été altéré par le colonial. A l’inverse, il y avait à la Sorbonne des spécialistes de l’histoire de la colonisation, et cela me paraissait le comble du ringard ! C’était essentiellement l’histoire des colonisateurs censés modeler la réalité : les gouverneurs, le chemin de fer, les hôpitaux, etc. Si j’ai préféré me tourner vers l’anthropologie, malgré ses chimères, c’était parce que je n’avais pas du tout envie de m’engager dans cette voie-là.

J’ai en fait été très marqué par un ouvrage de Nathan Wachtel paru au début des années 70 : La vision des vaincus. Les Indiens du Pérou devant la conquête espagnole. L’auteur s’efforçait de restituer la manière dont du « précolonial » peut subsister au travers de toute l’épaisseur coloniale jusqu’à nos jours. Cela me paraissait une voie prometteuse. Car elle permettait de ne pas concevoir toute la réalité « indigène » comme entièrement déterminée par la situation coloniale…

M. : Justement, une autre façon de penser le postcolonial, plus courant dans le monde anglophone qu’en France, est en termes de déplacement du regard : il s’agit non seulement d’un déplacement chronologique mais aussi d’une remise en cause du regard du monde blanc et occidental dominant, de ses formes de classification des groupes humains, de l’orientation eurocentrique imposée aux sociétés colonisées.

N.G. : La perception est relative selon les lieux et les moments que l’on investit. On dit que la question du postcolonial surgit dans des lieux où elle n’est pas attendue, mais il n’est peut-être pas si étonnant qu’elle surgisse dans ces lieux-là : elle surgit là où il y a une urgence temporelle plus grande que sous les anciennes puissances coloniales. Penser le moment de l’après-colonie était devenu impérieux dans certains lieux et pour certaines personnes. Voilà ce qui donne parfois ce sentiment de distorsion ou de divorce (y compris intellectuel), d’incompréhension. Les travaux de Stuart Hall et de Paul Gilroy montrent qu’il y a un enracinement existentiel dans l’expérience qui ne doit pas être systématiquement disqualifiée. Il y a une difficulté à admettre qu’une pensée postcoloniale critique est générée par une expérience humaine.

Mes enseignants en ethnologie et en sociologie dans les années 70 étaient Louis-Vincent Thomas et Georges Balandier à l’Université de Paris V. A l’époque déjà, ils enseignaient l’anthropologie dans la perspective de la rupture coloniale. Du coup, je n’ai jamais eu l’impression d’être en dehors du postcolonial ! Le jour où le mot est arrivé, j’étais déjà depuis longtemps familière de l’approche théorique. On voit bien qu’elle a été éclipsée, à cause de l’importance de la question sociale, à cause de la prédominance de certains dans le champ universitaire. Cette pensée a disparu de la circulation pendant toute une période, mais elle était là ! Elle transparaissait à travers les réminiscences coloniales de certains enseignements, on parlait de l’ « Afrique noire » et de l’ « Afrique blanche », terminologie qui serait aujourd’hui éminemment problématique. Il y a matière à penser la manière dont une certaine démarche critique était à la fois pensée, donnée à entendre, et, en même temps, complètement éludée.

Romain Bertrand : Je me contenterai ici d’une remarque de synthèse. Soit le terme « postcolonial » n’est qu’un marqueur chronologique, un indicateur de séquence historique, et alors il peut tout aussi bien, dans la plupart des cas, être remplacé par l’adjectif « contemporain ». Soit il a vocation à qualifier un certain régime d’expérience historique – une « historicité » spécifique, pour reprendre la notion de François Hartog –, et alors son usage est irrévocablement lié à la question de savoir ce qu’a représenté l’expérience coloniale, non seulement pour les sociétés européennes, mais aussi et surtout pour les sociétés asiatiques, ou africaines. Et c’est là, bien sûr, que commence le travail de recherche : un travail qui consiste à comprendre ce que le moment colonial (une expression que je préfère à celle de « situation coloniale » avancée par G. Balandier [1]) a signifié à l’aune non pas de la chronologie européenne, mais des trajectoires historiques, irréductiblement spécifiques, des sociétés extra-européennes – des trajectoires qui débordent ce moment colonial de toutes parts. On ne peut évidemment pas accepter l’idée, criante de fausseté, que la colonisation européenne aurait été l’alpha et l’oméga des entrées en modernité (politique, économique, etc) de ces sociétés. Il n’y a qu’à constater la richesse des formes d’organisation sociale et politique de l’Asie du Sud-Est lors de la période des grands empires hindou-bouddhistes (9ème -13ème siècles) ou celle de l’Afrique des royaumes sénégambiens et de l’empire éthiopien (aux 17ème et 18ème siècles) pour comprendre que ni l’Etat, ni les théories du contrat social, ni les formes complexes d’individualisation juridique et politique ne sont arrivés avec les Européens – quoiqu’en dise à Dakar un président français ignare. Et on ne peut pas plus tenir pour acquis, par avance, que toute la vie morale et politique de ces sociétés s’est retrouvée brusquement annihilée ou prise au piège du face-à-face avec les Européens. Penser le « postcolonial », ce n’est donc possible, et profitable, que si l’on poursuit le grand chantier de l’écriture des histoires non-européennes.

M. : Pourquoi cette question postcoloniale a-t-elle été explicitement nommée dans le monde anglophone, alors qu’en France, si la question existait, on ne la nommait pas ?

Le savant, le militant et le politique

J-L.B. : En France, dans la période immédiatement postérieure à la fin de la colonisation, vers le milieu des années 60, une sorte de silence sur la période coloniale qui venait juste de s’achever s’est installé. Ce silence n’était pas celui des historiens mais un silence mémoriel, régnant sur le corps social et politique. Le problème colonial n’est alors plus à l’ordre du jour, et ce silence peut être considéré, selon une idée de Jacques Berque, comme l’expression d’une déception… Peut-être fallait-il évoquer le moins possible cette conjonction historique où le principe républicain d’indifférenciation des individus face à l’Etat, qui paraissait intangible, s’était accommodé de l’érection d’un statut d’infériorité pour les indigènes ? Il faut bien se rendre compte cependant que les historiens, à ce moment-là, continuaient leur métier, mais ils ne voulaient absolument pas avoir partie liée avec un quelconque investissement mémoriel, et leur travail n’était pas inséré à l’intérieur d’un paradigme unificateur qui aurait pu être qualifié de « postcolonial ».

R.B. : En effet, il faudrait faire un jour l’histoire de l’Histoire des historiens, et cela impliquera de faire l’histoire d’un moment de grand partage entre Histoire et Mémoire. La catégorie de la mémoire est une invention ou une désignation d’historiens face à une situation particulière, au tournant des années 70, lorsque prolifèrent les « historiens-amateurs », c’est-à-dire des gens qui ne sont pas régulés professionnellement, qui ne sont pas pris dans les hiérarchies universitaires, et lorsque s’accélère le processus de « patrimonialisation » des lieux-dits et des collections privées – mouvement qui par exemple va favoriser l’éclosion des musées régionalistes. D’où le réflexe très fort qui consiste à rabattre l’histoire des « amateurs », considérée comme illégitime parce que n’obéissant pas aux protocoles méthodologiques en vigueur dans le champ académique, sur le terme de « mémoire ». La mémoire se trouve dès lors définie comme mauvaise histoire, comme histoire sauvage : elle devient une sous-catégorie du témoignage. Si on piste les premiers textes qui mobilisent la distinction, on voit un groupe d’historiens, dont Pierre Nora, qui, pour essayer de maintenir les frontières d’un espace de production centralisée de l’histoire légitime, créent cette catégorie stigmatisante de « mémoire ». Cette coupure a ensuite été très rapidement avalisée par les historiens, ce qui n’était pas quelque chose de forcément évident – le modèle des history workshops fonctionnant au contraire suivant le principe d’une confrontation et d’un dialogue entre historiens professionnels et témoins / « historiens-amateurs ». Mais c’est probablement aux historiens qu’il appartient en priorité de réfléchir sur cet épisode de leur histoire professionnelle.

J.-L.B. : Les termes ont aussi leur histoire ! La mémoire, telle qu’en parle aujourd’hui les historiens (et cet emploi a largement diffusé dans le marché public des idées…), si elle a effectivement la couleur et le goût de la mémoire, ne correspond pas véritablement à de la mémoire, dans son sens originel, mais se présente plutôt comme une histoire dégradée, plus ou moins savante, telle que se l’approprient les acteurs sociaux, un ensemble de représentations relatives au passé, avec tous les affects qui les environnent…

N.G. : Je ferais volontiers une hypothèse : peut-être qu’il y a eu une sorte de partage du butin colonial entre l’université et le politique. L’université n’a jamais eu aucune entrave pour mener ses travaux, mais ce silence était peut-être le résultat d’un endiguement politique. Il y a eu une sorte de mise à distance mutuelle et respectueuse, d’un côté l’université gardant jalousement son autonomie et poursuivant ses travaux, et de l’autre le politique qui était dans une logique d’endiguement de ces travaux — ce qui ne gêne pas trop le monde académique qui se vit hors du monde, comme une sorte de clergé régulier, tandis que le politique, depuis les indépendances, est dans une logique de l’amnistie, logique qui s’accommode très bien d’un monde universitaire à part…

Au fond, le passage de témoin se fait entre qui et qui ? Il se fait sans doute entre une certaine anthropologie qui a assumé son passé colonial, et cette génération postcoloniale et post-migratoire. C’est comme si entre les deux il n’y avait rien eu. La génération qui incarne aujourd’hui de la manière la plus forte la pensée postcoloniale la reprend telle qu’elle a été travaillée par les anthropologues français. Cette pensée a été largement éludée par les politiques et peu traitée jusqu’à récemment par les historiens pour des raisons qu’il faudrait creuser .Cette génération qui est définie comme postcoloniale se trouve obligée d’endosser non seulement une identité mais un fardeau car elle se retrouve en situation de délivrer un message : la décolonisation n’est pas finie. Ce n’est pas simple ! Les positions qu’ils développent font l’objet de projections qui débordent le propos postcolonial : leurs positions leur sont attribuées et ils y sont assignés. Entre la revendication et l’obligation mémorielles, on ne voit pas toujours très bien comment faire la part des choses.

R.B. : A propos de l’état du champ des sciences sociales sur un certain nombre de questions qui nous intéressent, il ne faudrait pas se laisser aveugler par la construction a posteriori qui a été l’un des traits caractéristiques de la controverse autour du « fait colonial ». Cette idée que la France aurait été, du début des années 80 au début des années 2000, un territoire scientifique dans lequel aucune recherche n’aurait été menée sur la question des discriminations « ethno-raciales », sur la question des migrations ou sur le « fait colonial », alors qu’on a au contraire connu un phénomène important de renouveau des recherches sur cette question au début des années 90, voilà un des jeux de la controverse qui ne correspond pas forcément à la réalité. La controverse produit ses propres interprétations de l’état du savoir, c’est l’une des conditions de son émergence et de son déploiement.

N.G. : La question est celle de la façon dont les objets ont été construits. Sur l’immigration, depuis le début des années 70, beaucoup de travaux ont été produits. Mais en quoi les questions qui sont celles soulevées par le moment colonial, par le questionnement postcolonial, ont-elles irriguées la construction des objets ? Pourquoi, pour prendre un exemple assez classique, toute une partie de la production sur le phénomène migratoire et les descendants de migrants, s’est essentiellement préoccupée de mettre en coïncidence deux notions : immigration et intégration ? Certes, il existe une production très importante sur cette question, mais en faisant cela, on a systématiquement éludé les logiques de désajustement, d’inadéquation, tout ce qui constitue précisément la question postcoloniale. L’intégration n’est pas une notion sociologique, mais une doctrine. On peut peut-être, par ce biais là, saisir comment il y a eu un angle mort dans la construction des objets et dans les espaces d’observation qu’on a voulu constituer : il y a littéralement quelque chose qui a été perdu de vue. On n’a pas vu que les Français d’ascendance migrante qui arrivent sur la scène publique au début des années 80 sont aussi d’ascendance coloniale. Je fais moi aussi mon mea-culpa de ce point de vue — j’étais pourtant mal placé pour ne pas le voir !

A travers ces effets de voilement, de dissimulation, c’est la question du champ des sciences sociales qui est en cause : pourquoi a-t-il fallu si longtemps pour qu’un tel phénomène apparaisse pour ce qu’il était, c’est-à-dire une histoire croisée, un récit multiple, qui à la fois combinait une société post-industrielle, le post-national tel que la France est en train de l’éprouver, et enfin le postcolonial ?

M. : Ne pourrait-on pas dire que cette nouvelle visibilité de la question postcoloniale est aussi l’effet d’un amoindrissement de la question sociale ?

J.-L.B. : Un nouveau régime d’identité et de mémoire s’est en effet mis en place progressivement depuis trois décennies, avec des groupes apparus sur la scène publique qui revendiquent une histoire propre, mouvement qui n’est pas seulement français et qui ne concerne pas uniquement le passé colonial… Dans la mesure où, pour un segment important de la société, celui qui a été généré par l’immigration en provenance de pays qui ont été colonisés, cette histoire puise ses sources dans le passé colonial, ont pu émerger des postures identitaires fondées sur l’origine et des demandes de reconnaissance, à l’heure même où se sont épuisés les anciens paradigmes des luttes sociales. Alors que le Parti communiste disparaissait comme structure d’encadrement des populations défavorisées, le paradigme marxiste de lecture du devenir social et la conscience de classe ont eu tendance à devenir de plus en plus marginaux, résiduels, débouchant sur une certaine panne dans le profilage des horizons d’attente. A partir de là, on est passé à d’autres systèmes de sens, avec l’entrée en force de termes comme « ethnicité », qui jusque-là n’avaient pas été tellement utilisés, dans le contexte français tout du moins… On voit bien aujourd’hui comment le combat contre les inégalités à fait place à une lutte pour la reconnaissance, comment on est passé d’un point de vue strictement politique à un point de vue plus « moral ».

N.G. : Si on vous suit, les politiques de reconnaissance, qui ont parfois flirté avec les politiques d’identité, seraient en fait des oxymores, puisqu’on serait soit dans le politique, soit dans la morale, mais on ne pourrait pas être dans les deux en même temps. Il me semble bien qu’il y a une possibilité de réconcilier ces différentes dimensions (Jean-Luc Bonniol acquiesce) à condition, effectivement, de savoir ce qu’elles recouvrent, ce qu’on prétend amener à reconnaissance, ce qui prétend être reconnu, donc de bien poser les termes de la dialectique telle qu’elle se déploie sous nos yeux. Après cette éclipse de la pensée coloniale, lorsque tout était traduit en termes socio-politiques, que la lutte des classes était la seule grille de lecture possible, et alors que cette pensée ressurgit aujourd’hui à travers sa traduction postcoloniale, on peut se demander si faire advenir sur la scène publique la question de la reconnaissance n’est pas une autre modalité de lutte. En quoi n’est-ce pas aussi une manière d’arrimer de nouveau les questions sociales aux questions politiques ? Alors que le politique est de moins en moins localisable, et que les luttes sociales sont largement inopérantes, est-ce que l’identitaire ne serait pas quelque chose qui permettrait une nouvelle alchimie entre le social et le politique ? Est-ce que cette lecture de type identitaire, qui introduit les questions ethno-raciales ou d’ethnicité, qui fait entrer ce vocabulaire, parfois de force, dans une pensée qui jusque là s’en était prémuni, ne correspond pas à une nouvelle façon d’appréhender le réel ?

Je ne souhaite pas, pour ma part, considérer que tout ce qui est de l’ordre de la revendication de reconnaissance serait en fait toujours mobilisé sous influence d’une seule catégorie, celle de l’identité. Au fond, les luttes ouvrières étaient aussi des luttes pour la reconnaissance, et des luttes identitaires. Et les identités revendiquées d’aujourd’hui ne sont pas plus substantialisées que celles d’hier, dans la mesure où ceux qui se revendiquent d’une certaine identité sont toujours dans une dynamique de construction ; il n’y a pas d’identité primordiale à laquelle on se référerait, pas d’essentialisation donc, même pas dans le cas des « Indigènes de la République » qu’on a souvent accusé à tort de se prendre pour des colonisés.

J.-L.B. : On est tout de même dans des logiques de lignée…

N.G. : Plutôt d’héritage, ce n’est pas pareil. Il y a bien un héritage à gérer, avec un droit d’inventaire, comme toujours…

J.-L.B. : Il y a tout de même une certaine ancestralité qui est revendiquée…

N.G. : Je n’en suis pas convaincu. Il peut exister une tentation de magnifier un passé imaginaire, y compris précolonial, mais notre préoccupation à nous est d’interroger ces mises en forme à la fois imaginaires et traduites dans les rapports sociaux, afin de les comprendre. Je ne suis pas là pour porter un jugement sur ceux qui héroïsent les ancêtres colonisés, en font des figures de consolation…

J.-L.B. : Certes, mais il faut bien se rendre compte des tentations essentialistes toujours possibles. On le voit bien par exemple dans le cas de certains secteurs afro-américains aux Etats-Unis, avec notamment la glorification de la mélanine [qui détermine la couleur de la peau], en tant que substance.

N.G. : Il y a eu cette tentation-là, qui n’a pas disparu parce que cet essentialisme stratégique reste un moyen de se réhabiliter à ses propres yeux ; en même temps la discussion a eu lieu aux Etats-Unis, car cela procède d’un processus historique. On pourrait dire la même chose aujourd’hui à propos des circonstances historiques de la constitution du CRAN, de l’émergence du débat, à la fois interne et externe, sur la situation des noirs en France, ou même de ce que signifie être noir aujourd’hui en France, qui n’est pas quelque chose d’univoque, d’unifié, qu’on pourrait réduire à une substance.

M. : Sur son site, le CRAN se défend de tout essentialisme, se moule dans un discours très républicain.

J.-L.B. : On peut faire crédit à ses promoteurs de leurs bonnes intentions en la matière. Mais c’est le lexique même qui est employé qui pose problème, un lexique coloriste et racialisant ; même s’il est métaphorique, il y a toujours le danger que représente toute métaphore, qui est de prendre le mot pour la chose.

N.G. : Est-ce que le CRAN n’est pas d’abord la résultante d’une certaine conjoncture politique, historique, qui a rendu sa fondation nécessaire, voire même inéluctable, parce qu’à un moment donné, il n’y avait pas d’autres solutions que de le constituer ?

De gauche à droite : Jean-Luc Bonniol, Nacira Guénif-Souilamas (de dos), Romain Bertrand

M. : Dans quelle mesure ces revendications identitaires ne devraient-elles pas avant tout être interprétées comme une réaction au discours plus ou moins explicite des dominants, qui, sous couvert d’universalisme, assigne une place aux dominés, ces derniers — comme dans le cas emblématique des Indigènes — s’appropriant un terme emprunté à un autre régime d’historicité pour renverser une configuration dans laquelle ils se trouvent enfermés ?

R.B. : Le problème est qu’on entre très vite dans des batailles de qualification qui, du côté des acteurs eux-mêmes, continuent à faire rage. De ce point de vue, moi qui ne suis ni sociologue ni anthropologue de la société politique française, j’aurais assez peu de choses à dire. L’essentialisme stratégique est certes à la fois une posture militante revendiquée et une accusation brandie par des adversaires dans une arène de débats et de conflits politiques, mais la question reste posée de savoir ce que des observateurs extérieurs, notamment des gens qui font profession de sciences sociales, ont à dire ou pas par rapport à cela. J’ai une posture assez minimaliste qui consiste à dire qu’il faut enregistrer les propos dans ce qu’ils ont de polémique, donc dresser la grammaire de leurs emplois et contre-emplois, mais évidemment en dehors de tout arbitrage scientifique de paroles militantes. Inversement, je suis partisan du non-arbitrage militant des discours scientifiques, étant donné que nous sommes dans des domaines qui obéissent à des programmes de vérité distincts, des domaines où les conditions d’efficience d’une proposition ne sont pas les mêmes et sont pour partie incommensurables. Le risque est autrement de glisser dans un registre mixte assez délicat, et qui a été au cœur des controverses qui ont suivi les débats autour de la loi du 23 février 2005, puisqu’un certain nombre d’historiens de profession ont exprimé à cette occasion des positions dans ces registres mixtes, usant de l’argument ou de la parole d’autorité liée à leur position d’extériorité par rapport au débat public tout en prenant des positions en nom propre clairement référées à des préférences politiques.

J.-L.B. : C’est bien la caractéristique fondamentale de tout ce débat. Finalement, nous sommes en permanence dans un régime mixte où s’entrelacent à la fois l’argument militant et l’argument scientifique, avec des effets assez fâcheux. On voit bien dans les forums sur Internet le processus d’équivalence des discours, de nivellement des paroles, entre celle du chercheur qui travaille depuis des années sur un problème, et celle d’un quidam qui réfléchit à la question depuis dix minutes.

R.B. : C’est même ce registre mixte qui est le lieu propre de la controverse. Je pense aussi, sous réserve d’études plus approfondies, que ce phénomène est lié au fonctionnement nouveau d’un certain nombre de réseaux militants, à la circulation beaucoup plus rapide des paroles et des opinions. On le voit y compris dans nos univers de colloques scientifiques, où apparaissent des militants qui enregistrent les intervenants et parfois mettent aussitôt en ligne leur propos. On observe aussi des mixités très prononcées entre milieux militants et académiques, en particulier sur la scène parisienne. Or, c’est précisément cela qui fait la matière ou le milieu ambiant d’une controverse : le fait qu’une parole qui est proférée dans un lieu spécifique, par un locuteur investi de certaines propriétés d’autorité, à destination d’un certain public et donc sous certaines conditions locales d’intelligibilité, échappe à ce lieu et, en se répandant, produit toute une série d’effets inattendus. Ces effets peuvent évidemment être jugés intéressants d’un point de vue proprement politique, et c’est évidemment le cas lorsqu’ils favorisent la dénonciation des mensonges d’Etat concernant la guerre d’Algérie, mais la circulation totalement immaîtrisée des travaux scientifiques emporte aussi le risque d’instrumentations dangereuses. Ainsi lorsque les mouvances d’extrême-droite se servent de travaux d’historiens ou de sociologues des migrations, tronqués à dessein, pour étayer leurs discours xénophobes.

N.G. : En effet, il ne s’agit pas seulement de montrer en quoi certaines questions sont élaborées dans le champ scientifique, mais en quoi leur captation par l’espace politique est devenue éminemment problématique et a fini par contaminer de manière rétroactive le champ scientifique. Il faut que les chercheurs puissent dire quelque chose de cette forme d’envahissement du champ scientifique par des rhétoriques et des polémiques issues du champ politique. Sinon, on retourne dans notre tour d’ivoire. Mais si on accepte les prémisses du questionnement postcolonial, on ne peut pas faire le départ aussi facilement entre les expériences qui nous portent et la façon dont nous élaborons nos objets, et dont nous nous heurtons aussi à l’espace politique qui nous convoque !

Or, de ce point de vue, à quoi assiste-t-on ? A un double mouvement contradictoire, avec d’un côté la montée en puissance de toutes les interprétations de type ethno-racial, qui ont littéralement culturalisé l’interprétation des rapports sociaux, et de l’autre l’interdit qui pèse aujourd’hui sur ces mêmes interprétations ethno-raciales, parce qu’elles favoriseraient le communautarisme, l’exacerbation de la guerre des mémoires… on n’arrive pas à tenir un juste équilibre entre les deux. Pour prendre l’exemple des travaux sur l’école, on voit bien comment l’argument culturaliste dans l’analyse de l’échec scolaire a été systématiquement battu en brèche par la recherche, qui montre comment s’installe une certaine banalisation de l’ethnicisation des carrières scolaires. Or, on ne peut pas à la fois conduire ces analyses et ignorer que cette banalisation a des effets pour les élèves concernés, qui sont ainsi assignés. Pourquoi avoir cette réaction de défiance par rapport à la question ethno-raciale ? Cette dimension est vraisemblablement présente dans les émeutes de novembre 2005, mais il y a une prudence de mise vis-à-vis de catégories utilisées par les médias comme par les politiques pour tenter d’ethniciser les émeutes ou de mettre en avant l’islam comme facteur explicatif. Du coup, on tombe dans l’excès inverse, il n’y a plus rien d’ethno-racial, ou de l’ordre de l’identitaire dans ces émeutes qui ne sont que sociales, voire proto-sociales, proto-politiques. Si on parle en termes ethno-raciaux, on se voit accusé d’être dans un espace exclusivement idéologique. Du coup le postcolonial n’est plus qu’idéologique !

J.-L.B. : Je n’ai pas l’impression qu’il y ait un tel retour à des explications strictement sociales. Il me semble au contraire que les réflexions les plus intéressantes se sont orientées vers un dévoilement des subjectivités confrontées. L’affirmation des situations multiculturelles dans les sociétés contemporaines a exacerbé la tension dialectique entre assignation d’un côté, identification de l’autre : un discours commun unit les acteurs sociaux opposés. D’un côté on constate une lecture ethnicisante ou racialiste de ces situations, qui met systématiquement en scène l’immigration, en termes de successions de générations et en réaction à un communautarisme supposé (l’ethnico-religieux d’A. Finkielkraut…). De l’autre côté, il y a des affirmations de soi qui émanent de ceux qui sont discriminés, et les deux logiques vont à la rencontre l’une de l’autre. Une étude ethnographique de David Lepoutre, Cœur de banlieue, montre comment les logiques ethniques irriguent de l’intérieur les auto-nominations, comment l’univers des pairs est structuré par ces appellations, qui s’appuient sur une ethnicité inventée ou reconstruite (comme, chez ceux qui s’affirment « Noirs », la mémoire ardente du passé héroïque de résistance du peuple esclave, ou, chez d’autres, les prescriptions religieuses, ou bien l’identification aux différents nationalismes des pays d’origine de leurs ascendants, certains se déclarant de nationalité étrangère, alors qu’ils sont français de droit…). Il ne faut pas perdre de vue que la « race » est à la fois assignée du dehors mais aussi perpétuellement reconstruite du dedans, expression de la façon dont un agrégat d’individus minorés peut se définir en tant que groupe contre un système d’oppression, à partir d’une expérience partagée de souffrances et de luttes. La « race » est devenue un moyen de se percevoir, elle vous donne immédiatement un ensemble de coordonnées dans l’espace et dans le temps, accès à une mémoire collective, elle structure l’imaginaire, établissant les paramètres pour toute action collective…

Catalogage de l’Autre et affirmation de soi vont donc de pair. Il existe par là une connivence entre un mode de désignation par la société globale et une auto-nomination de la part des acteurs discriminés, ce qui aboutit à des attentes qui sont parfaitement compréhensibles de part et d’autre. Ainsi en va-t-il des revendications de discrimination positive, où, clairement, une identification de groupe est en congruence avec un mode de catégorisation émanant de la société globale. Cela alors même que le chercheur doit savoir quant à lui sait faire la part de ce qui relève de croyances subjectives, voire d’illusions ou de chimères (avec toute leur efficacité sociale) et de ce qui a trait à des variables sociales (enclavement urbain, rang socio-économique, niveau culturel…), en repérant au passage tous les essentialismes sans cesse renaissants, fussent-ils « stratégiques »… Ce qui l’amène à articuler en permanence ce qui est le produit de conditions historiques dites « objectives » et ce qui est subjectivement construit par les acteurs sociaux (« question sociale » versus « question raciale », pour faire référence au titre d’un ouvrage récent…).

N.G. : En tout cas, je ne pense pas que l’apparition d’un nouveau registre de questionnement, qui conduise à une interpénétration des sphères académique et politique, soit un phénomène fâcheux. Doit-on regretter l’époque où tout un registre de pensée a été totalement éclipsé, pendant plus de vingt ans, et ressurgit aujourd’hui dans des conditions d’extrême tension et d’effervescence ?

R.B. : Est-ce que c’est fâcheux ? On ne peut qu’être satisfait de la diffusion plus rapide et plus libre du savoir scientifique, de la fin du monopole absolu du Savant sur sa production et de la participation des acteurs sociaux au débat qui touche à la définition de la vérité scientifique : cette évolution devrait être à la fois acceptable et gérable par la communauté scientifique. Par contre, il ne faut pas confondre perte de légitimité et perte d’autonomie institutionnelle : le jour où il n’y aura plus de lieu propre d’élaboration de la pensée scientifique, peut-être ce jour là prendra-t-on la mesure de l’importance qu’avait cette autonomie du champ académique. Il suffit de lire les derniers appels à contribution du nouveau ministère de l’immigration et de l’identité nationale pour comprendre ce que va être la recherche sur projet — il s’agissait en l’espèce de réaliser une enquête sur les demandes de naturalisation pour savoir si les demandeurs sont mus par un « désir profond d’intégration » ou par pur opportunisme administratif !

M. : Alors, peut-on essayer de faire la généalogie de l’apparition du postcolonial en France ? Quels ont été les questionnements fondateurs au départ des polémiques sur l’héritage colonial ?

Généalogie du moment postcolonial en France

J.-L.B. : Le terme « postcolonial », tel qu’il s’est développé dans littérature scientifique de langue anglaise depuis au moins deux décennies, réfère plutôt à un « au-delà » de la colonie : il s’agit de sortir de la référence à la domination occidentale sur le reste du monde, de provincialiser l’Occident… On peut remarquer que c’est le sens « après » la colonie qui marque sa réception en France, où le terme n’est apparu que tardivement, dans certains travaux savants caractérisés par leur dimension militante et l’amplification médiatique dont ils ont été l’objet. L’expression de « fracture coloniale » a ainsi connu depuis 2005 une remarquable fortune : elle était disponible lorsqu’ont éclatées les émeutes de 2005, ce qui a représenté une opportunité éditoriale inespérée, mais a également orienté la lecture qui a pu être faite alors des événements…

Au-delà de son usage académique, il faut bien se rendre compte que la référence postcoloniale a beaucoup servi ces derniers temps comme boussole identitaire pour un certain nombre d’acteurs sociaux, avec la montée des revendications mémorielles en liaison avec le passé colonial de la France. On peut repérer deux abcès principaux de fixation, liés tous les deux à la présence sur le sol français d’importants volants de population concernés : l’Algérie, et la guerre d’Algérie (Pieds-Noirs, harkis, immigrants originaires d’Afrique du Nord et leurs descendants, anciens combattants…) ; l’esclavage et la traite atlantique (Antillais, Réunionnais et immigrants en provenance d’Afrique sud-saharienne) : la mémoire des tragédies peut en effet être considérée comme une ressource identitaire de première grandeur…. Il s’agit là de mémoires diverses, souvent affrontées, en lien avec l’affirmation d’identités singulières. On note en particulier l’entrée en scène des « descendants », dans une logique de lignée (« descendants d’esclaves », Indigènes de la République…), avec une floraison d’associations et de groupes de pression. La mémoire de la Shoah joue en la matière un rôle de modèle, pour d’autres groupes de descendants de victimes de tragédies plus ou moins anciennes, qui se comportent comme si leur identité était en jeu à travers le souvenir du malheur de leurs ancêtres. Ces dernières années, force est de reconnaître par exemple que l’affirmation mémorielle relative à l’esclavage a eu tendance, au nom d’un « devoir de mémoire » revendiqué avec force affects, à se faire plus exigeante et à se déployer dans un champ lexical au confluent de la morale, de la justice et de la religiosité : il s’agit désormais de « régler le passé », de « solder les comptes », d’obtenir, à l’instar d’autres groupes victimes, des « réparations »… Voici venu le temps de la concurrence des victimes (mémoire « noire » contre mémoire « juive »…) tandis que se met en place une doxa mémorielle qui ne peut être remise en cause, et qui en arrive à se dresser contre l’entreprise historique elle-même, comme en atteste l’affaire Pétré-Grenouilleau. L’Etat, interpellé, s’est lancé dans une politique de la mémoire, marquée par des commémorations (comme le cent-cinquantenaire de l’esclavage en 1998) et la promulgation de lois mémorielles, chacune étant censée satisfaire un segment particulier de la société française. J’ajouterai qu’il s’agit d’un débat très franco-français, qui met en jeu la République et ses contradictions (principes universalistes versus traitement différentiel de l’altérité). Même si, ailleurs, on peut aussi parler de mémoire de l’Empire (en Grande Bretagne, ou aux Pays-Bas…). Et même s’il faut aussi prendre en compte un certain affaiblissement de la référence nationale, sous l’effet de la mondialisation et des phénomènes de diaspora.

En tant que spécialiste des « vieilles colonies », je vois pour ma part le débat se dessiner clairement à partir de 1998, au moment de la commémoration du cent-cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage, dans la mesure où l’Etat se lance dans une polémique officielle de commémoration qui ne convient ni aux populations des départements d’outre-mer ni aux migrants installés en France métropolitaine. Or, ces migrants originaires des DOM-TOM se sont constitués en groupe de pression de plus en plus efficace, et ne se satisfont pas de la glorification qui leur est proposée de la République libératrice, alors que la résistance des esclaves eux-mêmes, la part qu’ils ont pris à leur propre libération, est largement éludée. Il y a alors toute une série de réactions qui se font jour aux Antilles ou à Paris même, avec la fameuse marche du 23 mai 1998 ; c’est à partir de ce moment que certains linéaments du débat sont déjà présents. En réaction à ce « raté » de la commémoration officielle, il y a eu ensuite une prise de conscience de la part du pouvoir socialiste, qui a confié à Christiane Taubira, députée de Guyane, le soin de peaufiner une loi « mémorielle », finalement adoptée en mai 2001 : c’est la première loi de ce type au monde, concernant l’attitude de l’ensemble de l’Occident face à ses propres crimes et constituant une catharsis évidente pour une personne morale, en l’occurrence nationale (la France), seule entité à même d’endosser, en ce qui la concerne, une responsabilité pour ce qui s’est passé il y a plus d’un siècle et demi (ce qui ne préjuge pas de l’attitude des autres nations, ni des autres traites que la traite transatlantique…). Mais le dérapage n’a pas tardé, avec l’assignation en justice de l’historien Pétré-Grenouilleau par un collectif d’originaires des DOM, qui a provoqué la vive réaction des historiens face aux entrepreneurs de mémoire (sur des positionnements relativement contrastés, de la « pétition des 19 » au Comité de vigilance des usages publics de l’histoire…).

N.G. : C’est intéressant de constater qu’on perçoit des temporalités assez différentes en fonction des perspectives y compris universitaires dans lesquelles on se trouve,. Je placerais personnellement le curseur plus haut, à partir de l’« affaire du voile » et de ses différentes étapes, depuis 1989, en passant par 1994, avec une logique étatique de sous-traitance et d’externalisation du problème, jusqu’à la séquence qui commence en 2003, lorsque le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, enjoint les jeunes femmes voilées au congrès de l’UOIF d’ôter leur voile pour la photographie sur la carte nationale d’identité, séquence qui se poursuit avec le rapport de la Commission Stasi, puis la loi de mars 2004 sur l’interdiction des signes religieux ostensibles à l’école publique. Parallèlement, une autre temporalité se met en place avec l’apparition d’un mouvement de résistance à cette loi dans le cadre du collectif « Une école pour toutes et tous », qui va générer le « Mouvement des Indigènes » dont l’Appel en janvier 2005 va se télescoper avec la loi du 23 février de la même année, télescopage qui révèle une temporalité commune. La loi de mars 2004, sur les signes religieux, fait partie d’une scansion législative qui va rebondir en février 2005 avec la loi sur « le rôle positif de la présence française outre-mer », de sorte qu’on ne peut pas penser ces deux lois séparément puisqu’on voit bien comment les mobilisations vont en quelque sorte s’enrouler autour.

R.B. : Je ne vois pas tout à fait les choses comme cela. Je suis d’accord avec la généalogie, qui est d’ailleurs peu ou prou celle des acteurs eux-mêmes : en amont des controverses de 2005, on observe un phénomène de rupture avec la génération des Marches [des beurs en 1983], la dénonciation du parrainage socialiste de l’antiracisme, l’apparition de lignées d’acteurs qui pour la première fois éprouvent des grammaires tactiques communes au moment de la mobilisation de 2004 et se retrouvent après, pour partie, dans le Mouvement des Indigènes. Il y a là une temporalité militante, générationnelle aussi, qu’on situe maintenant assez bien, depuis la fin des années 80 jusqu’aux Indigènes. Mais je pars de l’hypothèse inverse que ces deux textes, l’Appel des Indigènes d’un côté et la loi du 23 février de l’autre, n’ont rien à voir l’un avec l’autre au début. Et ce qui fait la controverse, c’est justement le fait de les lier ensemble, de construire un espace de débat entre ces deux textes. Autrement dit, l’Appel des Indigènes, qui est publié bien avant qu’on ne mette l’accent public sur la loi du 23 février, devient rétrospectivement une dénonciation de cette loi. Est-ce le produit d’un même moment ? En tout cas, on les fait dialoguer, et on institue ce faisant un espace de problématisation, on consacre comme légitimes certaines manières seulement de poser des questions.

Or, à propos de la généalogie de la loi du 23 février, on voit qu’elle répond à des temporalités beaucoup plus longues, plus anciennes, avec un article 13 qui complète des dispositifs d’amnistie de l’Etat républicain à l’endroit des anciens partisans de l’« Algérie française », de l’OAS, un article qui se situe dans la lignée de toutes les lois d’amnistie, celles de 1962, 1966, 1982. En ce sens, il ne s’agit pas d’une « loi mémorielle » qui n’aurait d’effet que déclaratif ou commémoratif, comme a essayé de le faire croire Arno Klarsfeld dans son rapport pour l’UMP ; c’est aussi une loi d’amnistie qui a des effets pratiques (indemnités forfaitaires pour d’anciens condamnés de l’OAS). D’autre part, c’est une loi de dispositions techniques budgétaires qui vise à harmoniser des régimes d’aide, de compensation au bénéfice des « rapatriés » et des harkis. Au départ, d’ailleurs, l’article 4 ne figure pas dans le projet de loi : il est le produit d’abord de rapports commandés par le gouvernement et qui introduisent l’argument des « pionniers modestes de la colonisation bienfaitrice » (les rapports Diefenbacher de 2003 et Kert de 2004), ensuite de la synthèse de tout un ensemble de projets d’amendements discutés en sous-commission par une trentaine de députés. S’il est donc le produit de la contingence, de la routine législative, c’est aussi que les répertoires de revalorisation de la colonisation sont là, à disposition, depuis longtemps. Les revendications des associations « Algérie française » n’ont jamais cessé depuis 1962, des stèles pro-OAS ont été érigées de façon continue. Mais, en revanche, la manière dont cela se noue en objet législatif correspond à une trajectoire de télescopage, avec d’un côté un texte de dispositions techniques financières et, de l’autre, ce qui appartient à l’ordinaire des routines d’assemblée et qui peut éventuellement déboucher sur… l’article 4. Soit dit en passant, c’est le député socialiste du Puy-de-Dôme, Alain Néri, qui n’a pourtant rien à voir avec les groupes de pression de « rapatriés », qui est à l’origine de l’une des motions de synthèse ayant abouti à l’article 4. Ce qui est fascinant, par ailleurs, c’est que tous les débats de novembre 2005 autour de l’abolition de l’article 4 contribuent à détourner l’attention de l’article 13, qui a depuis été mis en application — ce qui est très instructif sur la façon dont l’Etat républicain gère sa propre mémoire sous la Ve République.

J.-L.B. : A propos de généalogie, on ne peut pas évacuer la façon dont est vécu dans l’opinion le problème des cités et dont est appréhendée la dimension multiculturelle de la société française, concentrée dans certains lieux emblématiques. La généalogie est longue, depuis la Marche des Beurs en 1983 jusqu’à l’assomption qu’a représenté la victoire de l’équipe de France « black-blanc-beur » à la Coupe du Monde en 1998, un rêve d’harmonie qui semble prendre corps ; puis, trois ans plus tard, c’est le fameux match amical France-Algérie au cours duquel la Marseillaise est sifflée, événement qui donne à voir l’absence d’allégeance nationale de la part de ces jeunes des cités issus de l’immigration et la force des attachements originaires.

N.G. : C’est la question de la loyauté. Il faut bien voir comment la politique d’amnistie a parfaitement joué son rôle de compartimentage, a rendu complètement étanche une partie de l’histoire de France, qui n’avait pas vocation à être revisitée. Le problème est que cette histoire ressurgit sous une forme incarnée à travers la migration postcoloniale et sa descendance, et que de surcroît elle s’incarne sous une forme particulièrement fâcheuse, c’est-à-dire le retournement du récit émancipateur à travers son investissement par des femmes voilées. On est dans une espèce de cauchemar : si les choses ne s’étaient pas passées comme cela, peut-être n’aurait-on pas atteint un tel niveau paroxystique, avec des registres qui frisent l’hystérie sur la question du voile. En toile de fond de tous ces événements médiatiques, la Coupe du Monde ou le match France-Algérie, on trouve bien les réminiscences des échecs passés, ce sentiment d’un gâchis générationnel hérité de 1983 et de ses suites, de la fin de non-recevoir opposé à toutes les marches pour l’égalité et pour la reconnaissance citoyennes — car politiquement il s’agissait bien de marches pour la reconnaissance, fondées à l’époque sur des critères essentiellement politiques et sociaux. Ces critères n’ayant jamais été entérinés, on a glissé vers une nouvelle hybridation des revendications qui vont inclure la dimension ethno-raciale, reprendre à leur compte et réhabiliter les dimensions identitaires qui avaient été bafouées, effacées par l’amnistie, etc… Il y a bien une cohérence politique et historique dans ce parcours.

La question de l’islam

R.B. : Reste que, par rapport à ce que peuvent être les perceptions occidentales de l’islam, il ne faut pas oublier un événement très fort : le 11 septembre 2001.

N.G. : Mais à cette date, la France est déjà dans une culture de la terreur et de la peur depuis très longtemps, a déjà connu plusieurs campagnes d’attentats, en 1986, 1995…

R.B. : Oui, mais cet événement change la donne politique générale. L’alignement « anti-taliban » de la France à l’occasion de l’offensive américaine en Afghanistan, le retour d’un climat sécuritaire, favorisent un regain de discours sur la question de la loyauté dans les banlieues, sur la mise en réseau de la cause pro-palestinienne avec des soutiens potentiels aux organisations islamistes… D’où ces magnifiques extraits de notes des renseignements généraux qui apparaissent dans les journaux en 2001, 2002, 2003. Tout cela fait système autour de la question de la loyauté des « musulmans » envers la République.

N.G. : Pour le comprendre, il faut remonter bien avant 2001. La raison pour laquelle, dès 1983, il existe une forme de mise en congé des descendants de migrants qui réclament l’accès au droit, c’est parce qu’ils sont considérés comme déloyaux. Ils sont les enfants des anciens colonisés, qui de surcroît étaient musulmans. Car dans ce monde colonial dont ils sont issus, l’islam a joué un rôle particulier, non pas parce qu’il était déjà là avant mais parce qu’il a aussi servi à réguler l’organisation coloniale, qu’il a été un élément dans l’organisation coloniale, dans l’exercice du pouvoir. Ce n’était évidemment jamais formulé en ces termes, mais l’islam comme fait problématique, comme ressort de la mise en suspicion de la loyauté, est déjà là dans les années 80, dès que la question de la citoyenneté française de ces descendants de migrants se pose.

J.-L.B. : Il est là de façon implicite. L’entrée en scène du facteur religieux va devenir explicite dès la première affaire du voile, et cela va ensuite aller crescendo. Cette entrée en scène du facteur religieux va complètement déstabiliser la société politique française, surtout la gauche, dans la mesure où celle-ci est issue d’une tradition laïque, d’une longue opposition à la mainmise du clergé catholique sur la vie sociale et sur les mœurs, qui s’est accompagnée de la promotion du principe de laïcité, entériné par la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905 : le fait qu’on ait réussi à confiner la religion dans la sphère privée a représenté pour toute cette mouvance politique une conquête extraordinaire, qui semblait représenter un acquis définitif. Or il semble que l’islam vienne perturber cet acquis en réintroduisant le religieux dans la sphère publique.

M. : Mais ne faut-il pas mettre en parallèle ce phénomène avec l’échec de la gauche depuis 1981 à promouvoir ces jeunes issus de l’immigration postcoloniale ?

N.G. : Tout à fait. Les premiers « retours » à la religion de jeunes militants qui faisaient partie de la Marche pour l’égalité sont observés juste après 1983. A l’occasion d’une enquête de terrain dans le quartier des Minguettes à Venissieux au début des années 90, j’ai rencontré des acteurs associatifs qui n’avaient toujours pas compris cette manière de leur fermer la porte alors qu’ils avaient fait allégeance à l’Etat français. Ils étaient effectivement devenus des musulmans pratiquants par consolation, dans une démarche de réhabilitation personnelle. Donc la question de l’islam est bien là, depuis le début.Si on fait le travail d’exploration de l’action militante locale, dans le contexte où se déploie la politique de la ville, on voit bien que la question de l’islam était visible à l’époque. Mais il y a toujours eu une espèce de déni qui pousse les acteurs, mais plus encore les chercheurs en sciences sociales à l’époque, à requalifier ce qu’ils observent, retardant la prise de conscience. Toutes ces reformulations, ce maintien d’un vocabulaire le plus étroitement et strictement socio-politique, nourrissent la démarche postcoloniale en France.

M. : A propos de la mise en avant par les acteurs eux-mêmes de l’idée d’une continuité, d’un lien passé/présent, avec le thème de « fracture coloniale » que le livre du même nom a popularisé, est-ce que la résurgence de la question de l’islam est aussi un héritage de la période coloniale ?

R.B. : On a déjà fait la généalogie critique de la polémique telle qu’elle se déploie dans les espaces militants, politiques, etc… Or, derrière la question de la continuité, il y a une polémique proprement scientifique, au sens positif et productif du terme, à savoir : comment construit-on un objet et lui applique-t-on des protocoles de preuve pour démontrer une continuité historique ? Voilà une question qui a beaucoup obsédé les historiens et les sociologues, mais ce n’est pas une question qu’on peut rabattre d’un côté sur ce qui serait un gang de professeurs républicains-intégristes, et de l’autre sur une parole postcoloniale intrinséquement novatrice et généreuse. Il s’agit d’une vraie question de méthode, et un certain nombre de travaux passent beaucoup trop vite sur la question de savoir comment on prouve la continuité, c’est-à-dire comment on la décèle et comment on l’interprète.

Si on prend l’exemple de l’islam, des « représentations coloniales de l’islam », on doit premièrement se demander sur quels types de représentations d’acteurs situés, et donc sur quels corpus documentaires, on travaille, et de quelle façon on les sollicite ; deuxièmement, on sait qu’on a affaire à des appréciations dépréciatives de l’islam, en particulier inspirées du christianisme, qui sont bien antérieures à la construction coloniale de l’islam : il faut donc en apprécier l’historicité au long cours ; troisièmement, on sait que le rapport des orientalistes, parties prenantes du projet impérial, à l’islam est beaucoup plus complexe que la simple dépréciation systématique : il est au contraire souvent caractérisé par la fascination, par un émerveillement mêlé d’effroi. Parler aujourd’hui d’un « héritage colonial » correspond à un choix interprétatif : cela veut dire qu’un groupe, une collectivité qui reste à caractériser sociologiquement, « porte » quelque chose qu’on peut identifier, délimiter, et qui « pèse » directement sur les choix des acteurs. Mais que veut vraiment dire l’expression « les représentations coloniales de l’islam », étant entendu que ces représentations n’étaient pas unifiées, que la question même de savoir ce qu’était l’islam et comment se comporter face à lui était en débat dans les milieux colonialistes et chez les orientalistes ?

J.-L.B. : Loin de la stigmatisation, on sait que dans l’Afrique sub-saharienne, l’islam a pu être considéré par les administrateurs coloniaux comme quelque chose de positif, une religion d’« évolués » qui permettait de mieux encadrer les populations que l’animisme. Ainsi, la confrérie des Mourides au Sénégal était-elle étroitement contrôlée par le pouvoir colonial…

N.G. : Il y a d’ailleurs eu des vagues de conversion à l’islam très importantes en Afrique subsaharienne, encouragées par l’administration coloniale.

R.B. : Il y a en effet une ambiguïté totale : il existe d’un côté un islam légitimiste ou coopté — les marabouts du bassin arachidier au Sénégal, une fraction de l’association des Oulémas en Algérie à partir des années 20 — et de l’autre côté un islam contestataire, qui déborde très largement l’autorité coloniale, qui dans certains cas la subvertit, qui en tous cas fréquemment lui échappe parce qu’il plonge ses racines dans des bassins d’historicité anciens, locaux tout autant que transrégionaux, par exemple ottoman (dans le cas de l’ancienne Régence d’Alger ou de l’Egypte) ou moghol (dans le cas des sultanats de Delhi). Donc, l’islam a été à la fois la bordure extérieure du projet colonial, son envers menaçant, et un des outils de la cooptation politique des sociétés colonisées, ambivalence qui se retrouve dans l’ambiguïté très profonde des représentations. Et on pourrait largement dire la même chose à propos de l’Orient. Alors, l’« héritage », certes, mais de quoi ?

J.-L.B. : Le problème de la continuité est effectivement essentiel : il faut se donner les moyens scientifiques de mettre en évidence un lien entre situation présente est configurations passées. Que faire en effet du changement historique, et des nouvelles contradictions qui surgissent dans de nouveaux contextes ? Peut-on affirmer que les immigrés de l’ex-Empire et leurs descendants subissent des discriminations spécifiques ? Peut-on parler en la matière d’une persistance des représentations coloniales ? Le Kurde originaire de Turquie, dont les ancêtres n’ont pas été colonisés, est-il moins discriminé que le Sénégalais ou le Malien ? Pour répondre à ces questions, il faut certainement décaper les situations présentes de toutes les variables sociales qui les déterminent, parmi lesquelles joue le fait migratoire lui-même, afin d’éventuellement repérer un résidu de discrimination en fonction de l’origine. Qu’entend-on enfin par discrimination : restreint-on le terme à l’intention raciste, ou bien lui fait-on englober des phénomènes d’inégalité structurelle, qui relèvent de bien d’autres types de détermination ? Il y a là un problème terminologique à régler en priorité.

Que reste-t-il par exemple, dans l’Occident post-esclavagiste, de l’ancien préjugé de couleur ? J’ai pour ma part longuement argumenté sur l’origine coloniale de nos schèmes cognitifs de différenciation raciale (« Noirs », « Blancs », « Mulâtres »…). Il est certain que le préjugé ne réside plus dans des discours explicites et des pratiques manifestes. Mais il reste embusqué dans nombre d’interactions sociales, que l’on peut encore aujourd’hui repérer, même si ces phénomènes ne peuvent souvent être révélés que par des observations comparatives clandestines, dites « testing », qui permettent effectivement de mettre en évidence les discriminations à l’embauche, au logement, à l’entrée en boîtes de nuit… Une récente émission de télévision, en France, où deux familles, « blanche » et « noire », ont pu intervertir leurs rôles grâce à un patient travail de maquillage (renouvelant, de manière certes plus soft, l’expérience de John Howard Griffin en 1959 aux USA, qui donna lieu au récit « dans la peau d’un noir »), a été particulièrement éloquente à cet égard… Et on ne peut que prendre acte de l’impuissance des politiques publiques à véritablement éradiquer ces phénomènes, ce qui prend un relief particulier en France, avec l’affichage officiel des principes républicains. Mais, dans le même temps, les formes actuelles de catégorisation sont de plus en plus influencées par la règle binaire américaine de distinction raciale, alors que l’affirmation réactive du principe d’égalité se fait sur un fondement de différenciation et non plus, comme autrefois, d’assimilation.

N.G. : Ce serait en tout cas utile de ne pas entériner un certain type de représentations et se demander à la place comment elles se constituent, de manière à les rendre vivantes, dans leurs vibrations, leur évolution, voire leur involution. Sur la question de l’islam, on est face à un problème politique qui nous amène à prendre en compte une forme d’islamophobie relativement prégnante en France aujourd’hui, tout en étant bien conscient que cette islamophobie n’est pas seulement fondée sur une haine de l’islam. On pourrait du coup rattacher ce phénomène à toutes les analyses qui sont faites de l’orientalisme, entre fascination et répulsion. Le fait qu’il n’y ait pas uniquement des représentations négatives ne signifie pas qu’il n’y ait pas diffusion et reprise de préjugés. Ce qui est en cause dans la fameuse « continuité », c’est la reprise de représentations forgées au cours de l’expérience coloniale.

M. : Quand on observe la nature des rapports sociaux, hier dans l’empire colonial comme aujourd’hui en France, la façon dont le « musulman » a été érigé en catégorie socio-politique et non plus en simple indicateur religieux, ne peut-on pas dire que le « musulman » continue à incarner la figure même de l’altérité ?

N.G. : Ce qui est intéressant, lorsqu’on reprend à nouveau frais cette figure-là pour voir comment elle se décline à nouveau dans le contexte français contemporain, c’est que le musulman est désormais l’égal. Il n’est plus le subalterne ou le supplétif. Il n’est plus seulement « musulman », il est aussi Français, citoyen, il a ses identités multiples qui, du coup, le font échapper à la réduction de l’altérité dans lequel on voudrait tendanciellement l’enfermer. Les musulmans, aujourd’hui en France, échappent à cette image de l’altérité, ne peuvent plus y être réduits. C’est bien cela qui explique cette relation problématique vis-à-vis d’un « islam français ». L’islam n’est plus une entité externe, y compris externalisée à travers le fonctionnement et le bon ordonnancement de l’empire colonial ; dans l’espace français contemporain, l’islam est une réalité propre à la société.

M. : Le problème est qu’il n’est pas perçu de cette façon, que persiste un décalage énorme entre cette réalité d’un islam proprement français ou européen, et la perpétuation de représentations où l’islam reste surdéterminant (voir la nomination d’un préfet « musulman » par Sarkozy) et rejeté dans une radicale altérité, inassimilable.

N.G. : La mobilisation de la figure du musulman comme incarnation de l’altérité radicale ne devrait-elle pas être rapportée à l’impossibilité pratique de maintenir cette altérité radicale ? Cette figure, finalement, s’est largement dissoute, non pas parce que l’intégration aurait marché, mais parce que l’islam s’inscrit dans la modernité. Ceux qui portent l’islam parfois comme un stigmate, le vivent aussi comme quelque chose qu’ils construisent, qu’ils élaborent et qu’ils transforment, avec eux-mêmes. Du coup, l’islam devient insaisissable pour ceux qui voudraient le constituer comme une altérité absolue. Et plus il est insaisissable, plus il faut le ressaisir, lui réassigner une place, le réifier, et donc réduire ceux qui se définissent comme tel. Or, personne aujourd’hui ne peut être réduit à cette seule identité. Les personnes qui se disent « musulmane » recourent à des combinatoires qui les font échapper à la représentation négative : elles se disent « musulmane et laïque », « musulmane et républicaine », « musulmane et femme »,… il y a toujours une combinatoire qui fait qu’on ne peut plus remplir ce réduit de ceux qui devraient s’y trouver.

C’est pour cette raison que les représentations de l’islam sont aussi figées et aussi puissantes, précisément parce qu’elles ne désignent plus personne en France, pas même ceux qui pourraient être tentés par le radicalisme terroriste islamiste. Alors que dans le monde colonial, il était plus facile de faire s’incarner, sous les yeux de la République coloniale, les indigènes musulmans.

Continuités / discontinuités

R.B. : Revenons sur la question des continuités, et plus précisément sur le problème de la construction scientifique de la preuve de la continuité. L’idée d’un dialogue de sourds entre les « objectivistes », acharnés à rechercher les traces matérielles de la continuité, et ceux qui parlent d’un environnement culturel, de « représentations », me paraît être une façon extrêmement régressive de poser les termes du débat. En réalité, formulée telle quelle, la question n’a pas de sens : l’état du débat, en histoire du fait colonial aujourd’hui, ne se réduit pas à l’opposition fantasmée entre des « objectivistes » bornés, crypto-bourdieusiens, et de l’autre côté, on ne sait pas trop quoi : des gens « ouverts à la complexité du monde » (comme le disait une collègue historienne lors d’une réunion récente) ?. La question ne se pose pas de cette façon, qui revient à construire des moulins à vent et à peindre des paysages d’oppositions scientifiques qui sont non pertinents lorsqu’on construit des dispositifs pratiques de recherche. Mais, pour le coup, la question des continuités matérielles est quand même importante : en termes de méthode — et c’est ce qui a été beaucoup reproché à un courant des postcolonial studies, d’ailleurs par un autre, aux Etats-Unis dans les années 90 —, cela suppose de travailler avec un corpus aisément datable, identifiable. Si on prend deux textes à cinquante ans de distance, deux fragments flottants qu’on fait dialoguer, on ne prouve pas grand chose, en tout cas certainement moins que le travail que font ces malheureux archivistes besogneux, un travail qui consiste tout de même à établir des biographies politiquement très signifiantes, en particulier concernant le reclassement des personnels administratifs et policiers de l’Algérie coloniale dans les nouvelles polices préfectorales de l’immigration ou les nouvelles brigades volantes anti-immigration en métropole.

Je veux dire par là qu’il n’y a pas du tout d’opposition entre les deux : penser la continuité en établissant des continuités matérielles, en restituant des parcours concrets, ce n’est pas refuser d’établir une histoire sociale, une histoire idéologique s’intéressant aux « représentations », mais c’est au contraire se donner les moyens de l’étayer, et notamment en mettant au jour des responsabilités individuelles et institutionnelles. Les travaux de sociohistoire de l’immigration, dont les publications sont au final assez récentes, apportent de ce point de vue un vrai renouveau. Alors pourquoi ces historiens et ces sociologues, qui ont fait un vrai travail de plongée en archives, se retrouveraient-ils cloués au pilori ?

N.G. : Tout le monde a fait sa part de travail, chacun à sa manière. Ce qui m’a le plus frappé ce n’est pas que ces travaux soient le fait « d’objectivistes acharnés », ce qui ne me dérange aucunement, c’est beaucoup plus que ce travail une fois établi, un mode d’emploi implicite semble avoir été livré avec qui disait « voilà la limite à ne pas dépasser ! ». Comme si, à partir de là, il était impossible d’affirmer qu’il existe des continuités non seulement dans les imaginaires mais aussi dans les pratiques (policières, administratives…).

R.B. : Je pense que les choses ne se sont pas présentées exactement de cette manière. Je pense que les auteurs de ces travaux-là – comme Emmanuel Blanchard [voir « Police judiciaire et pratiques d’exception pendant la guerre d’Algérie, in Vingtième siècle revue d’histoire, n° 90, avril-juin 2006, pp. 61-72], Françoise de Barros [voir « Contours d’un réseau administratif « algérien » et construction d’une compétence en « affaires musulmanes ». Les conseillers techniques pour les affaires musulmanes en métropole (1952-1965) », in Politix, n° 76, 2006, pp. 97-117], Sylvain Laurens, Choukri Hmed [voir leurs contributions au dossier « La colonie rapatriée », Politix, n° 76, 2006], Alexis Spire [voir Etrangers à la carte. L’administration de l’immigration en France, Paris, Grasset, 2005], etc. – ont dit deux choses. Premier problème : lorsqu’on cherche à isoler la spécificité coloniale d’un certain nombre de pratiques administratives ou policières répressives liées à l’administration de l’immigration, l’idée de la spécificité du colonial tend in fine à se nuancer au profit d’une vision beaucoup plus historicisée d’une répression républicaine graduée en fonction de cibles multiples, toutes érigées en horizons d’altérité. Il existe, en effet, une grammaire proprement républicaine de l’oppression et de la répression, qui, sous la IIIème République, vise simultanément le subalterne « populaire », l’ouvrier « barbare » ou le paysan à patois de métropole, que l’Indigène dans les colonies. C’est très frappant dans les travaux sur le personnel policier et administratif en Algérie coloniale, ne serait-ce qu’à cause du statut très particulier de l’Algérie, passée à la départementalisation, donc dans le circuit administratif français « normal ». On se rend compte alors que ce qu’on pourrait assigner au moment algérien de la trajectoire de ces personnels, on peut aussi le retrouver avant, y compris dans des épisodes vichystes purs. Tout cela n’a rien à voir, chez ces auteurs, avec une négation de l’échelle différentielle des massacres et des souffrances entre Indigènes et « prolétaires ». Il s’agit simplement, pour eux – du moins c’est ainsi que je lis leurs travaux et que j’entends ce qu’ils en disent –, d’essayer d’affiner la caractérisation du colonial au-delà de sa dénonciation morale, en faisant jouer un plus grand nombre de variables et de contextes dans l’analyse. Ce n’est donc pas défendre une image idéalisée de la République : c’est au contraire, me semble-t-il, contribuer à l’écriture d’une histoire qui fait de l’exercice de la violence une dimension constitutive de l’imposition de l’ordre républicain, aussi bien sur le sol métropolitain que dans les domaines coloniaux.

Deuxième problème : lorsqu’on transfère une technologie de gouvernement positive ou répressive en métropole, on change la situation d’usage de cette technologie, du fait notamment qu’il existe en métropole des possibilités de dénonciation de ces technologies qui n’existent pas dans les colonies. Ce qui fait, par exemple, que les foyers Sonacotra sont certes une espèce de réplique quasi parfaite d’une institution coloniale en terre métropolitaine, avec un personnel d’encadrement qui est majoritairement constitué d’anciens sous-officiers ayant servi pendant les dernières années de la guerre d’Algérie, mais en même temps, la grève des foyers Sonacotra est également l’un des grands mouvements politiques de la fin des années 70, un des points de raccordement entre les mouvements des travailleurs français et immigrés. Ce raccordement, cette possibilité de contestation de la nature coloniale de l’institution, existe dans une situation d’usage métropolitaine et pas dans la situation d’origine coloniale.

J.-L.B. : Vouloir à tout prix établir une continuité en matière de brutalité répressive entre colonie et post-colonie, apparaît finalement sans objet, dans la mesure où la généalogie de la violence répressive est beaucoup plus longue… Par contre, il y a des éléments de continuité qui ont pu être clairement attestés de manière objective, et cela Herman Lebovics [auteur notamment de Bringing the Empire Back Home : France in the Global Age, Durham & London : Duke UP, 2004] l’a très bien montré : comment les administrateurs coloniaux sont reconvertis à l’aube des années 60 dans un ministère en formation, celui de la culture, où ils sont un peu comme dans une terre de mission…

R.B. : En effet, ce qui est intéressant, c’est que, dans les travaux de certains chercheurs, comme ceux de Julien Meimon sur le ministère de la Coopération ou de Véronique Dimier sur les reconversions dans la préfectorale ou à la Commission européenne, on voit que la valorisation des compétences dites coloniales (la « connaissance de l’indigène », le « maniement des hommes »), qui était un argument d’autojustification de ces personnels une fois rentrés en métropole, parfois marche, et parfois pas du tout. Par exemple, les personnels reversés au ministère de la Coopération – ceux que leurs collègues énarques appelaient avec ironie et une pointe de mépris « les Africains » – étaient souvent considérés comme des brutes racialistes, avec une vision complètement datée, archaïque du monde : leurs trajets de reconversion ont donc été très difficiles. Ce qui est assez révélateur de la disparition rapide du sens commun de ce qu’était la colonie.

N.G. : Pour le moment on est essentiellement en train de se saisir des pratiques de ceux qui ont été en charge de ces politiques, qui effectivement passe d’un monde à l’autre, celui de la France coloniale à celui de la France métropolitaine. Il ne faut pas, en effet, sous-estimer la piste que vous évoquez qui est celle d’une forme – à la fois le motif de la colonisation et le rapport colonial – toujours là, même si elle se mélange à d’autres formes (c’est l’exemple de la répression policière que l’on connaît bien) ; mais aussi la manière dont cette forme peut être investie et retraduites dans d’autres dimensions. Autrement dit, on a affaire à des pratiques mais aussi à des discours sur les pratiques. Il serait intéressant de ressaisir dans ces discours là ce qui aujourd’hui est retraduit dans le répertoire policier et qui en fait a longtemps appartenu au répertoire de l’exercice du pouvoir colonial. Ce sont des éléments qui sont extrêmement fins et qui de fait sont en train de disparaître par les effets du temps. Cela ne veut pas dire, d’une part, que ce qu’on observe aujourd’hui n’a pas été là depuis longtemps, et, d’autre part, il y a aussi les rémanences de tout ce qui est de l’ordre de l’imaginaire et qui renvoie à tout un ensemble de mimétismes, de pratiques imitatives qui se ressaisissent d’un répertoire qui était peut-être complètement clos mais qui est rouvert.

Pourquoi ? Parce que ceux qui sont dans ces pratiques, ceux qui ont en charge les pratiques administratives et qui ont peut-être perdu de vue cette dimension-là, qui se sont reconvertis dans tous les sens du terme, ils ont face à eux des individus qui ont réinvestis ou sont attachés à ces répertoires. Et là je prends l’autre perspective, qui est celle des acteurs d’ascendance migrante et coloniale, qui eux réactivent ces images, les incarnent volontairement ou involontairement. Etre Noir ou Arabe en France, c’est aussi cela, c’est réactiver et en même temps se trouver piéger dans des répertoires d’actions, des répertoires sociaux, qui pendant très longtemps ont été en quelque sorte mis en sommeil. Et l’on pourrait se donner là les moyens de voir effectivement en quoi il y a une véritable continuité peut être avec un espace de discontinuité, de réactivation des continuités, qui résulte de ce rapport frontal, un rapport social entre des personnes qui sont égales mais qui continuent de ne pas être pensées comme telles.

Je reviens à la question du droit que vous évoquiez, effectivement dans les foyers Sonacotra il y a eu des luttes, et des travaux qui se préparent sur ces luttes de l’immigration, mais ce qu’on observe lorsqu’on regarde sur vingt à trente ans, c’est que ces luttes se sont heurtées à des inerties très fortes. Autrement dit, pour ne prendre que l’exemple des foyers Sonacotra, quand on va dans ces foyers, quel est le résultat du point de vue des conditions de vie et de dignité : il n’y a pas eu reconversion, mais au contraire une inertie administrative qui fait que les habitudes coloniales restent une toile de fond qui s’activent comme lors de l’évacuation des 1000 de Cachan. Donc la question de ces pratiques, avec toute la complexité que vous évoquez, aujourd’hui elle n’est pas suffisamment documentée.

Ces personnes ont de plus en plus conscience qu’elles appartiennent à des histoires multiples, mais sont parfois saisies à leur corps défendant par ces histoires, les histoires migratoires, les histoires de la société française contemporaine qui n’est pas au clair avec sa propre identité, et puis les histoires coloniales. Autrement dit, elles incarnent tout cela, pas seulement dans leur existence, mais dans leur corps.

R.B. : Vis-à-vis du débat qu’il y a eu autour de La fracture coloniale, et de la posture qui a été choisie par les auteurs eux-mêmes dans cet ouvrage et par la suite, il me semble que, pour rester dans les bornes d’un débat qui ne vire pas à l’imprécation, il devrait être possible d’affirmer que trouver de la continuité entre mondes coloniaux passés et monde métropolitain contemporain est une démarche complexe sans qu’on soit pour autant immédiatement accusé de vouloir défendre un projet républicain conservateur. Au contraire. Je pense que l’on peut noircir encore plus la République, si tel était le propos, en montrant que malheureusement, en ce qui concerne notamment la pratique républicaine du maintien de l’ordre, il n’y a pas eu de spécificité coloniale si prononcée par rapport à la métropole. Dans cet ouvrage, il y a finalement très peu de choses qui sont dites sur ce qu’étaient les pratiques de la République en France métropolitaine entre 1875 et 1914 : une République qui ne donne pas le droit de vote aux femmes, qui reconduit les dominations notabiliaires par peur du « petit peuple », qui fait tirer sur les grévistes à Fourmies, qui envoie la Garde républicaine contre les manifestants du monde viticole, etc. Du coup, très paradoxalement, pour construire une spécificité coloniale durcie, absolutisée, on idéalise ce qu’était la République sur le sol métropolitain.

J.-L.B. : Je voudrais revenir sur ce thème de la continuité mais dans un autre registre et sur une plus grande durée. La colonie ne commence pas avec la République, mais bien avant. Il me semble en effet que l’on peut tracer une continuité évidente entre des schémas cognitifs qui ont été établis à l’époque des vieilles colonies (du XVIe au XVIIIe siècles) et ceux qui encore aujourd’hui continuent à hanter les esprits. Il est évident que le racialisme dans lequel nous sommes encore, c’est-à-dire la distinction des couleurs, le fait de dire Blanc ou Noir, trouve son origine dans la plantation esclavagiste et l’instauration d’un nouveau type de division du travail à l’échelle de l’économie-monde. Il s’agit là d’un phénomène qui s’inscrit dans la très longue durée, qui a finalement induit dans l’ensemble de l’Occident un certain nombre de schémas cognitifs d’appréhension des apparences, de fixation des identités à partir des caractéristiques physiques, dont nous sommes extrêmement prisonniers. Il est très difficile de sortir de ce racialisme qui nous imprègne depuis des siècles.

N.G. : … et qui bat en brèche l’idée que la République serait aveugle aux différences et aux couleurs.

J.-L.B. : Oui, il y a là une continuité évidente, mais la réserve que j’apporterais à cet argument, c’est qu’on ne peut pas dire malgré tout que ce soit aujourd’hui quelque chose de coextensif à l’ensemble de la société. Je pense qu’il y a d’abord des degrés différents dans les niveaux de conscience, les acteurs jouissent de marges de liberté plus ou moins relatives par rapport à ces dites déterminations, et indépendamment des contraintes qui pèsent sur eux. Il n’y a pas de continuité absolue, le présent me semble toujours marqué d’un certain sceau de nouveauté, d’un certain mixte d’éléments perpétuellement produits, ce qui me semble invalider la thèse d’une continuité mécanique. Certes, il y a le poids de ce passé colonial, mais il s’agit de spécifier dans chaque contexte ce poids. Donc à côtés des continuités, il faut aussi et toujours faire la part des discontinuités.

N.G. : Effectivement, et c’est cela qui donne sa force à l’argument de la continuité. C’est pour cela qu’il n’est pas recherché sur un mode mécaniste, mais sur un mode de la réinvention, de la reconstruction, voire même de l’éclipse, c’est-à-dire du moment où les choses auraient pu se passer autrement. Ce que met en évidence le moment postcolonial, c’est comment quelque chose dans les pratiques administratives a pu, à un moment donné, s’infléchir et se colorer autrement, pour filer la métaphore, changer de coloration, puis retrouver une autre coloration à la faveur de quelque chose comme l’entrée de la France dans sa multiculturalité. En devenant multiconfessionnelle, multiethnique, multiculturelle, la cité politique construit un autre rapport à l’altérité, qui n’est plus assignée ailleurs mais est aujourd’hui à l’intérieur. Si nous nous posons la question des continuités, c’est parce que des pratiques, notamment dans le registre policier répressif, retrouvent cette coloration colonialiste, alors même qu’elles sont le fait d’acteurs administratifs qui n’ont rien à voir avec la colonisation. Ce qui est intéressant ce n’est pas de dire « ils ont continué à agir comme », mais que des jeunes générations de policiers, d’employés administratifs, réactivent ce répertoire. Ils n’ont pas été acclimatés à un certain monde, alors comment se fait-il que ce répertoire trouve un espace d’expression chez des individus trop jeunes pour avoir un lien quelconque avec la colonie ?

R.B. : Pour autant, le paradigme continuiste a été énoncé, dans une première version, de manière très déterministe, très mécaniste – c’est-à-dire comme si il y avait une consubstantialité absolue entre, d’une part, le domaine du républicanisme émergent dans les années 1870-1880, et, d’autre part, le projet colonial. On est passé trop rapidement sur les débats très vigoureux au sein du milieu républicain, entre Opportunistes et Radicaux, sur le principe même de l’expansion coloniale, avec la question éminemment épineuse des antécédents monarchiques à gérer – comme l’armée d’Afrique, essentiellement composée d’hommes d’Ancien Régime. Deux questions fondamentales me semblent avoir été laissées en suspens : la première, c’est : comment s’instituent conjointement le national et le colonial ? Historiquement, la définition de ce qui est « étranger », au sens de non-national, dénué de certains droits de citoyenneté, se fixe dans les remous de Sedan puis de la Première Guerre mondiale. C’est ce que montrent très bien les travaux de Gérard Noiriel ou de Patrick Weil. Du coup, on peut se demander ce qu’était le monde d’avant l’identité nationale, et notamment ce monde de ‘‘sujets d’empire’’. Si on historicise le moment de durcissement institutionnel et idéologique de la nationalité ou de la « citoyenneté nationale » comme catégorie, on doit aussi se demander quelles étaient les relations d’allégeance ou d’appartenance qui lui préexistaient, en particulier dans les espaces ultramarins des systèmes impériaux. On voit très bien quel était le monde monarchique du XVIIe siècle, et bien sûr celui de la fin du XIXe, qui s’achemine vers une identité à carte, mais entre les deux, il y a ce moment charnière du XVIIIe siècle, à propos duquel un certain nombre d’historiens des formations impériales se disent désormais qu’il faudrait réinterroger ce qui s’y joue en matière de transformation des critères et des échelles d’allégeance.

La deuxième question laissée en suspens, c’est – une fois encore – celle que pose la notion de « postcolonie » et celle, connexe, de « postcolonialité » – c’est là-dessus que portent les débats avec Achille Mbembe, Akhil Gupta, Mamadou Diouf, etc. C’est la question de savoir jusqu’où la raison coloniale avait prise sur les univers indigènes, de savoir ce qui a échappé, d’une certaine manière, dans la juxtaposition de mondes sociaux différents, à l’autorité coloniale. Cette question de la définition souvent très essentialisante de la colonialité est directement en prise avec les débats sur la continuité, donc est susceptible de modifier notre conception de la « postcolonialité ». Pour qu’il y ait continuité, encore faut-il que l’expérience ait « marqué » historiquement, qu’elle ait fait une empreinte forte dans le terreau social local – ce qui suppose, pour l’apprécier, de se placer de l’autre côté, du côté des sociétés dites « indigènes ». Or, probablement l’une des grandes avancées de ce point de vue, notamment avec les auteurs subalternistes qui ont commencé dans les années 80 à travailler sur les énoncés en langues vernaculaires, c’est qu’on a appris à ne pas croire sur parole le pouvoir colonial lorsqu’il est question de ses réalisations. Il existait des points aveugles de la domination coloniale : des pans entiers des territoires que revendiquait une puissance coloniale n’étaient administrés qu’a minima, par un nombre dérisoire d’administrateurs coloniaux. Dans certaines régions, au Soudan ou à Sumatra, la rencontre directe avec des agents du pouvoir colonial était rarissime ; les mots et les choses de l’ordre colonial ne pénétraient que de façon discontinue et très fragmentaire dans certaines régions. Frederick Cooper dit ainsi très bien que le pouvoir colonial « coagulait » en certains lieux et à certains moments, mais qu’en d’autres lieux et en d’autres moments, il se diluait jusqu’à n’être plus même perceptible.

On s’est ainsi rendu compte qu’il y avait des historicités indigènes du moment colonial, que ces sociétés que l’Europe « colonise » ont elles-mêmes souvent un passé impérial, et donc que la domination impériale européenne s’encastre dans des espaces-temps politiques vernaculaires qui sont déjà à caractère impérial. C’est le cas de façon exemplaire en Asie du sud-est, où au début de l’histoire coloniale, au XVIIe s. pour ce qui est de la colonisation hollandaise, au XIXe s. pour ce qui est de la colonisation française, l’empire n’est pas tellement du côté des Européens. Si on se met sur un piton asiatique ou africain, et qu’on regarde comment s’est opérée la mise en ordre militaire et administrative européenne de ces sociétés, on voit que le processus a été beaucoup plus lent et plus incertain que ce qu’on en a dit pendant très longtemps ; on voit les historicités au long cours de ces sociétés non pas disparaître face aux avancées européennes, mais traverser de part en part le moment colonial. D’où une certaine perplexité vis-à-vis de la notion de « postcolonial » comme simple indicateur chronologique, parce qu’elle suppose l’idée d’un moment colonial déterminant à tous égards, de sorte que l’on en viendrait à dire que l’ensemble de l’être historique de ces sociétés, à un moment donné, a été piégé par la relation, involontaire souvent, volontaire parfois, avec l’Europe. Et cela fait resurgir en outre cette notion absolument horripilante du « précolonial », qui est certainement la notion la moins pertinente qui soit – comme si, à propos de l’histoire de la France avant la Révolution, on parlait de France « pré-révolutionnaire », point à la ligne ! Le « précolonial » n’existe pas comme catégorie chronologique naturelle pour l’étude des sociétés extra-européennes.

J.-L.B. : A propos de l’encastrement du colonisateur dans une structure impériale préexistante, on a le cas exemplaire de la conquête espagnole des Andes, où on voit le colonisateur espagnol remplacer l’Inca au sommet de la hiérarchie en organisant à son profit le prélèvement fiscal, avec tout le jeu entre la centralité du pouvoir et les communautés locales qui se perpétue d’un système à l’autre.

N.G. : Que faut-il chercher à comprendre du phénomène postcolonial contemporain ? Comment peut-on échapper à une forme de réductionnisme idéologique et maintenir la viabilité et la relative praticabilité de cette notion et de ce qu’elle propose, avec toute la polysémie qui la constitue, dans la perspective contemporaine ? Autrement dit, comme le fait colonial est bien avéré par les historiens, on ne voit pas très bien ce que les sociologues viennent faire là-dedans. Or, il y a là un enjeu heuristique auquel il faut se coller. Au fond, il y a toujours une forme de disqualification a priori qui consiste à dire justement qu’il n’y a pas de consistance théorique de la pensée postcoloniale dans les sciences sociales et qu’il faut donc en rester à ce qui est déjà établi c’est-à-dire une historiographie, des explorations historiques, à quelque chose qui n’aurait pas vocation à déborder ou à irriguer l’espace des sciences sociales.

R.B. : Je dirais que dans un certain courant des études postcoloniales, qui s’est intéressé à l’expérience historique de la colonisation – ce qui n’est pas le cas, loin s’en faut, de l’ensemble des auteurs qui revendiquent ce label théorique –, on a atteint certaines limites, et le renouveau historiographique viendra sûrement de la prise en compte de ces limites. Pour moi, l’une des limites, c’est le fait que très peu d’études dites postcoloniales ont fait le détour par les documentations en langues vernaculaires. Rares sont les études qui tentent de restituer l’univers de sens et de pratiques des « colonisés » autrement qu’en paraphrasant, sur un mode ironique, le commentaire des colonisateurs. De ce point de vue, le renouveau est plutôt venu d’ailleurs, d’historiens de l’Afrique comme Bruce Berman, John Lonsdale ou John Peel et d’historiens de l’Asie comme Sanjay Subrahmanyam, Prasenjit Duara ou Merle Ricklefs. Les historiens subalternistes, de leur côté, ont prôné de manière très forte cette obligation du détour par les documentations vernaculaires, mais ils n’ont pas toujours réussi à faire entendre la voix du « colonisé » comme ils en avaient l’intention, notamment parce que plusieurs d’entre eux ont évolué rapidement vers des visions dichotomiques et essentialistes de la « situation coloniale ».

N.G. : Mais dans les sciences sociales en France, on n’en est pas encore là, on n’arrive même pas à s’engager dans un travail de constitution du champ de recherche, car les objets postcoloniaux se voient dénier toute légitimité, restent aux frontières de la sociologie. Une forme de division du travail s’est opérée qui conduit à considérer que les sciences sociales ne sont ni les plus aptes, ni les plus légitimes à parler des questions postcoloniales.

R.B. : Pour ma part, je dis simplement aux auteurs postcoloniaux, que je côtoie depuis assez longtemps déjà aux Etats-Unis et aux Pays-Bas, que s’ils veulent faire entendre la voix des subalternes des sociétés extra-européennes, alors qu’ils se donnent les moyens de les lire dans leurs propres termes, de les comprendre dans leurs propres langues, comme ont tenté de le faire les auteurs subalternistes ou les praticiens d’histoire connectée. Ce qui impose un décentrement total en termes de documentation, et surtout de travail du matériau. Un courant de l’anthropologie néomarxiste, dans les années 70, avait déjà initié un tel mouvement : il faut aussi capitaliser sur ces stocks de travaux. C’est important de le faire parce que ce n’est pas seulement le dada d’un auteur comparatiste : on peut véritablement, en faisant valoir cet horizon théorique, renouveler en profondeur notre compréhension de ce qu’a été le moment colonial des sociétés politiques extra-européennes. Et ce n’est qu’à condition de progresser dans cette voie qu’on pourra poser la question de la « postcolonialité » dans toute son étendue. Le débat ne doit pas rester au niveau d’abstraction où il est aujourd’hui : il faut le nourrir d’études de cas.

N.G. : Ce que vous décrivez là est extrêmement éclairant, mais pourquoi ne pas commencer par le faire ici et maintenant, à travers une démarche sociologique, dans le cadre de notre propre société contemporaine. Au moment où le débat rebondit ou prend une tournure tout à fait paroxystique avec l’Appel des Indigènes, la loi du 23 février, qui se télescopent mais qui finalement sont amenés à se répondre, on constate que, malgré l’accumulation de connaissances qui pourraient être réinjectées dans la compréhension de nos sociétés contemporaines, on est face à une fin de non recevoir, une impossibilité de produire des recherches qui pourraient permettre de comprendre à partir de cette traçabilité théorique des phénomènes contemporains. Au demeurant, j’ai l’impression que ces travaux balbutiants existent mais qu’ils restent labellisés dans le giron de la sociologie de l’immigration ou pire de l’intégration. Il est dès lors possible de ne pas entendre les voix recueillies par des chercheurs et articulées à une analyse qu’il faut bien appeler par son nom : postcoloniale.

M. : Pour terminer le débat tout en l’ouvrant, on peut se demander quelles réponses apporter aux revendications mémorielles qui mettent en avant un « héritage » dans le but de défendre un projet politique et tenter de subvertir le récit national. Que faut-il entendre par la « décolonisation » des sociétés ? dans quelle mesure, à travers les politiques de « reconnaissance », l’Etat joue-t-il un rôle central dans ce « travail de mémoire » ? peut-on véritablement « dépasser » cette « guerre des mémoires », réconcilier les points de vue divergents sur le passé et parvenir à une mémoire nationale plurielle ? Est-ce que les sciences sociales ont quelque chose à apporter dans le cadre de ce projet politique qui vise à une réconciliation des mémoires antagonistes ?

Après la polémique, le temps du pédagogue ?

J.-L. B. : On peut partir d’un constat, celui de la « guerre des mémoires actuelles ». Comment établir des passerelles ? Est-ce qu’il est possible de comprendre la souffrance de l’autre, d’établir une empathie réciproque ? Quels sentiments faut-il développer par rapport au passé ? S’agit-il de favoriser une certaine nostalgie ? Ou de cultiver le ressentiment ? Rappelons-nous la mise en garde de M. Bloch contre l’histoire-procès, et gardons-nous d’une plate forme qui soumettrait tout travail scientifique à des impératifs politiques.… Est-ce qu’il est d’autre part besoin de revenir obligatoirement à une mémoire unifiée qui relèverait d’un nouveau discours officiel ? On saisit là tous les enjeux que ces questions soulèvent pour le devenir d’une France plurielle. Comment articuler des niveaux différents de récit, dont l’un, enfermé chaque fois dans sa particularité, prend pour base l’histoire de l’individu et de ses ascendants, alors que l’autre, qui se veut général, entretient son lien principal avec l’imaginaire national ? Comment apprécier les demandes de reconnaissance mémorielle : désir de séparation et de repliement sur soi ou volonté d’intégration dans le récit national ? Comment la France peut-elle, au-delà de son équipe de football, assumer la diversité de ses héritages ? On se rend bien compte que la neutralité affichée de son espace public est largement illusoire : l’universalisme affiché semble largement le reflet de l’investissement de l’espace public, lieu de construction de la citoyenneté et de déploiement de l’identité politique, par une culture majoritaire hégémonique, produisant des effets discriminatoires que la résurgence de la mémoire coloniale contribue aujourd’hui à révéler. Comment dès lors délimiter un « monde commun » prenant en compte la diversité désormais constitutive du corps social ?

L’Etat a son rôle à jouer dans la mesure où il peut mener des politiques volontaristes, d’abord pour garantir la liberté des historiens face aux entrepreneurs de mémoire, ensuite pour accomplir un certain nombre d’actes symboliques visant à des reconnaissances. En matière éducative, il y a aussi une large marge de manœuvre pour arriver à parler des passés dans lesquels s’inscrivent les ascendants de tous ceux qui constituent la communauté scolaire. En même temps, l’action de l’Etat a ses limites, et beaucoup de choses pourraient être fait au niveau sociétal. Nous avons en France du retard en ce qui concerne le travail sur l’imaginaire, à travers par exemple les œuvres de fiction… J’affirmerai enfin toujours pour ma part une exigence que j’emprunte à Frantz Fanon : ne jamais se laisser enfermer dans la « tour substantialisée du passé », ne pas se faire l’esclave du passé lorsqu’on regarde vers l’avenir. Les mémoires proclamées « blessées » n’ont-elles pas pour effet l’installation dans le statut de victimes ? Point n’est besoin d’insister longtemps, après T. Todorov, sur le fait que ce positionnement postule une dette qui, ne pouvant jamais être éteinte, ouvre une « ligne de crédit inépuisable… » L’attente passive de la réparation risque d’aboutir à la négation de tout caractère d’acteur social, et au non engagement dans les combats du présent. Sans parler du caractère oppressif d’une telle posture pour ceux qui ne se reconnaissent pas dans ce statut de victimes immuables… Il est assez paradoxal que, dans le cas de la mémoire de l’esclavage, le choix d’une lignée, et la victimisation par héritage ainsi induite, surviennent à peu près au même moment où s’est affirmée la créativité créole, qui se situe pourtant dans une logique fondamentalement différente, puisqu’elle met l’accent sur la diversité des racines à l’origine des sociétés post-esclavagistes, sur les richesses humaines imprévisibles qui ont pu y apparaître, ainsi que sur la singularité de dispositifs de résilience collective au long cours, permettant de dépasser les déchirures fondatrices. Une expression comme « fracture coloniale » me paraît oublieuse des pratiques réelles des populations qui ont été colonisées, de leur capacité de résistance – mais aussi de contournement (le « Détour », selon une formulation d’Edouard Glissant) – en bref de tous les métissages qui sont à l’œuvre dans la construction plurielle de notre modernité.

R.B. : Ce qui m’intéresse dans ce débat, en tant que chercheur, c’est d’aller résolument à l’encontre d’un récit d’histoire nationale, non par choix idéologique mais par réalisme historique. Le plus gros décalage entre la recherche sur le « fait colonial » et ce qui est enseigné, c’est cette idée qu’il faut maintenir un récit national, alors que parmi les chercheurs qui travaillent sur le sujet, du moins chez les comparatistes, la question ne se pose plus vraiment dans ces termes. Parce que travailler sur le « fait colonial », c’est d’un côté travailler sur ce qui le constitue à son origine, aux XVIIe et XVIIIe s., qui sont des siècles impériaux et donc largement pré-nationaux ; de l’autre, c’est écrire des histoires globales, interconnectées, qui n’ont souvent que marginalement une dimension ou une pertinence « nationales ». Il y a probablement même une contradiction forte entre ces nouvelles historiographies et la volonté de les intégrer dans un récit national, il y a un problème de format. S’il s’agit de redonner une histoire propre à des individus dont les familles ont vécu à une certaine période dans le cadre de la domination coloniale française en Afrique ou en Asie, alors ce récit, nécessairement plus complexe, plus profond, fait voler en éclats le cadre national… et je ne suis pas sûr que ces deux démarches soient facilement conciliables. Voilà un problème concret qui touche au dialogue entre enseignants et chercheurs du « fait colonial ».

A ce propos, il me semble que la question de savoir comment enseigner une histoire toujours en débat est délicate. D’un côté il y a la recherche, qui ne doit connaître aucun tabou par rapport au récit national, et de l’autre l’enseignement, et c’est ce passage, lorsqu’il s’agit d’enseigner l’histoire en débat, qui, d’après les enseignants du secondaire ou de l’université avec qui j’ai pu discuter à la suite des controverses de 2005, semble être problématique. Pédagogiquement, il est très difficile de faire coexister, par exemple dans le cadre d’un cours de quatre heures sur la décolonisation, de l’Algérie en particulier, deux documents qui disent des choses différentes, puis d’organiser un débat avec les élèves. On peut faire une histoire sans tabou, mais pédagogiquement, c’est aussi risqué et potentiellement immaîtrisable. C’est une chose qu’il faut prendre en considération.

M. : Le vrai enjeu n’est-il pas tout de même d’intégrer cette histoire-là dans l’histoire nationale ? Comment faire pour que cette histoire coloniale, où le colonisé était pensé comme extérieur, ne soit plus transmise comme une histoire du rapport à l’autre, mais comme une histoire du rapport à soi, un peu sur le modèle de ce qui a été fait pour l’enseignement de la Shoah ?

N.G. : Mais ce processus a demandé du temps. Ce serait intéressant d’étudier la temporalité de l’entrée de la Shoah dans l’enseignement, sa mise en perspective par rapport à la période fasciste. Il y a en tout cas certainement quelque chose à tirer de cette expérience, sur la façon d’aborder l’histoire en débat. Le problème est que la question postcoloniale nous submerge et que nous n’acceptons pas d’être débordés.

J.-L.B. : On peut voir aussi l’exemple de l’intégration de l’esclavage et de la traite dans les programmes scolaires…

R.B. : C’est bien en effet un problème de débordement, car il ne s’agit pas seulement d’enseigner l’histoire du rapport à l’autre, ce qui maintiendrait un lieu fixe d’histoire nationale dans laquelle il s’agirait de faire rentrer tout le monde, quitte à retoucher au marqueur les identités vécues et à tailler à la serpe dans le matériau. Le problème, c’est aussi qu’on touche très vite à l’histoire des autres, ou plutôt à des histoires autres. Si on prend le cas d’un élève d’ascendance sénégalaise, dont la famille a connu la présence coloniale française, il ne s’agit pas seulement de lui dire que son histoire est l’histoire triste de la présence coloniale, mais de lui expliquer qu’elle est aussi celle des royaumes sénégambiens qui ont précédé, puis d’une certaine manière modelé la domination coloniale. L’histoire de la péninsule indochinoise n’est que très temporairement et très partiellement celle de l’Indochine française : c’est aussi celle de l’empire pluricentenaire de Hue, de sa « descente » vers l’ancien royaume du Champa et de sa contestation millénariste, c’est l’histoire des royautés khmères et des principautés de Luang Prabang, une histoire magnifique, d’une richesse fascinante. L’histoire moderne des sociétés du sud-est asiatique ne peut pas être réduite à leur moment colonial ; leur historicité s’est déployée sur bien d’autres fronts – géographiques et référentiels – que sur celui de l’interaction avec les Européens. Ecrire l’histoire de ces sociétés dans leurs propres termes, en partant des documentations vernaculaires, comme nous y ont incité les historiens des subaltern studies et comme nous y incitent à présent les praticiens de l’histoire connectée, c’est ne pas préjuger de l’omnipotence du pouvoir colonial, mais au contraire scruter ses interstices, et donc aussi les lieux et les pensées qui ont échappé à sa prise, les récits qui l’ont ignoré, « indigénisé » ou relativisé. La notion même de « sociétés colonisées » est à manier avec prudence, car elle accrédite l’idée que la totalité de la vie politique et morale de ces sociétés s’est trouvée piégée dans l’espace réduit de la confrontation aux Européens, alors qu’il a existé des en-dehors, des hors-champs indigènes en situation coloniale.

C’est donc une histoire qui déborde de toutes parts : on le voit bien avec l’enseignement de l’histoire de l’islam. Les enseignants n’ont pas nécessairement une peur républicaine viscérale d’aborder cette question, mais ils sont souvent dépassés par les questions des élèves qui ont une pratique domestique de l’islam et peuvent confronter la matière enseignée à leur propre expérience. L’histoire de l’esclavage, c’est la même chose : s’il s’agit de faire une histoire du moment esclavagiste, de la honte esclavagiste de la Révolution et de la République, c’est encore faire une histoire nationale coincée aux entournures. Si, en revanche, c’est faire une histoire de ce qu’ont été les espaces de la traite et de la mise en dépendance, dans toutes leurs composantes, leur profondeur et leur complexité historiques, alors il est nécessaire de maîtriser des volumes conséquents de littérature spécialisée.

N.G. : Pour le moment. Car ce travail de retraduction, dans le but de mettre en forme des manuels notamment, a été nécessaire à toutes les époques, ce n’est pas propre à l’histoire de l’esclavage ou de la colonisation. Il faudrait peut-être y consacrer plus d’effort, car c’est un débat dont j’entends parler depuis vingt ans. A propos du rôle de l’Etat, ne devrait-il pas y avoir un engagement prioritaire sur cette question ? Les blocages à la fois structurels et mécaniques sont connus, et si on ne se donne pas les moyens de mettre ensemble au travail les pédagogues avec les chercheurs, on continuera à faire ce constat qu’on ne peut pas parler de ces questions dans une salle de classe…

 

Jean-Luc Bonniol est professeur d’anthropologie à l’Université d’Aix-Marseille III et chercheur à la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, Aix-en-Provence.

Nacira Guénif-Souilamas est sociologue, maître de conférences à l’Université de Paris Nord-XIII.

Romain Bertrand est politiste, directeur de recherches au Centre d’études et de recherches internationales (CERI-FNSP).

Guy Môquet et le théâtre politique des émotions

Par

INTERVENTIONS. Aujourd’hui 22 octobre 2007, la dernière lettre à ses parents du jeune Guy Mocquet devrait être lue à tous les lycéens de France qui, le coeur serré, redécouvriront à cette occasion le sens du courage patriotique et de la piété filiale. Telle est la volonté de notre président qui semble, malheureusement pour lui, se heurter à une certaine résistance de la part de trop nombreux enseignants. Au coeur de cette controverse emblématique, la place des émotions en politique. 22 octobre 2007

Ce fut la « première décision » du nouveau Président de la République : dès le 16 mai 2007, jour de son investiture, il annonçait la lecture de la lettre de Guy Môquet à tous les lycéens de France. Pendant la campagne présidentielle, sous l’inspiration d’Henri Guaino, le candidat avait déjà invoqué à mainte reprise ce jeune communiste, fusillé en représailles par l’occupant allemand le 22 octobre 1941. Il contribuait ainsi à faire connaître la lettre de ce garçon de dix-sept ans, à la veille de son exécution : « ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré, mon petit papa chéri, je vais mourir ! »

Quel est le sens politique de cette décision ? « Je veux que chacun comprenne que pour moi, cette lecture, c’est un grand symbole. » Sans doute s’agit-il, comme pour Jaurès ou Blum, de détourner l’une des figures du patrimoine historique de la gauche. Mais il y a plus. « Je n’ai jamais pu lire ou écouter la lettre de Guy Môquet sans en être profondément bouleversé ». Cette phrase n’est pas seulement un aveu ; elle a valeur d’explication. L’émotion justifie la lecture : on doit lire la lettre pour émouvoir, et pour être ému. Bref, pour Nicolas Sarkozy, la référence à Guy Môquet participe d’une politique de l’émotion.

Les journalistes ne s’y trompent pas, qui décrivent inlassablement le Président dans les mêmes termes : « visiblement ému ». C’est dire que l’émotion doit être visible : elle peut ainsi être partagée avec les spectateurs. La même esthétique politique, dont la télévision nous diffuse depuis longtemps les scénarios compassionnels, pousse Nicolas Sarkozy vers les victimes de faits divers (à la rencontre du père d’un enfant enlevé) ou vers les blessés de la vie (avec un garçon handicapé) – et vers toutes les souffrances. Le dolorisme est au cœur de sa politique.

C’est ainsi que le Président s’adresse à ses invités, le 14 juillet à l’Elysée : « Nous avons voulu, avec Cécilia, que cette garden-party, comme l’on dit, soit réservée à toutes celles et tous ceux d’entre vous pour lesquels la vie n’avait pas été indulgente cette année. Tous ceux qui ont dû mettre un genou à terre. Tous ceux qui ont rencontré l’épreuve. Oh, je ne dis pas que c’est une consolation d’être invité à l’Elysée. Je veux simplement que vous sachiez que c’est du fond du cœur que nous avons voulu que ceux d’entre vous qui avez souffert puissent se dire : au bout de la peine, au bout de la souffrance, eh bien cette peine elle est prise en compte par la nation tout entière. »

Plus généralement, le Président exprime la compassion nationale envers « les opprimés du monde » : « c’est le message de la France, c’est l’identité de la France, c’est l’histoire de la France. » C’est plus vrai encore du sexe faible : « Chaque fois qu’une femme sera martyrisée dans le monde, cette femme devra être reconnue comme citoyenne française ». Sans doute est-ce trop promettre : la France ne peut accueillir toute la misère féminine du monde. Mais c’est justement là le signe de sa sincérité : le Président se laisse emporter par ses sentiments. C’est la raison du cœur. Ainsi des infirmières bulgares emprisonnées en Libye : « moi, j’avais dit aux Français pendant la campagne électorale, et j’avais dit le soir de mon élection, que ces infirmières étaient françaises, pas juridiquement, mais dans mon cœur. » Pourquoi ? « Parce qu’elles souffraient ».

C’est donc le cœur qui est au travail pour leur libération : « Il s’agissait de femmes, il s’agissait d’un problème humanitaire, j’ai pensé que Cécilia pouvait mener une action utile. Ce qu’elle a fait avec beaucoup de courage et beaucoup de sincérité, beaucoup d’humanité, beaucoup de brio, en comprenant tout de suite qu’une des clefs résidait dans notre capacité à prendre toutes les douleurs en considération : celle des infirmières, bien sûr, mais celles des cinquante familles qui avaient perdu un enfant. Cela compte. Avec la sensibilité qui est la sienne, elle l’avait parfaitement perçu. » On comprend l’importance de l’épouse du Président dans cette économie des émotions : la sensibilité toute féminine de cette femme de cœur la rend utile pour aider les victimes, en s’associant (et en nous associant) à « toutes les douleurs ».

On savait déjà que la gauche n’avait pas le monopole du cœur ; mais avec Nicolas Sarkozy, le cœur devient une valeur de droite. C’est l’enjeu de son discours du Zénith pendant la campagne. Le testament de Guy Môquet nous parle d’amour ; or, comme l’expliquait le candidat aux « jeunes actifs » de l’UMP, « être jeune, demeurer jeune, c’est savoir accepter d’être bouleversé par la sincérité d’un sentiment si fort. » Car au fond, « aimer, c’est la seule chose qui compte vraiment. » Mais ce sentiment intime n’est pas seulement un enjeu privé : « réapprendre à aimer, c’est le plus grand défi auquel se trouve confrontée la civilisation moderne. »

C’est que Nicolas Sarkozy propose une économie politique des sentiments, où l’émotion nourrit le dynamisme des acteurs sociaux. Lui-même en est l’illustration vivante : « longtemps j’ai cru que pour être fort il fallait donner à croire que l’on n’avait jamais eu de faiblesse ». Mais c’est tout le contraire : « Je sais maintenant que ce sont ces failles, ces blessures, ces souffrances que j’ai surmontées qui font ma force. » C’est pourquoi « ce risque vaut mieux que celui de ne rien vivre, de ne rien éprouver, aucun sentiment fort, aucune passion, de n’avoir aucun projet, aucune ambition. » C’est bien la force de l’émotion qui anime l’action : « Je ne suis pas né pour subir, je suis fait pour agir. »

Avec Nicolas Sarkozy, la passion devient donc (paradoxalement) la condition de l’action. « Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir » : le vers de Corneille pourrait devenir la devise d’une ambition héroïque qui est le moteur de la réussite économique et du succès politique (sinon, semble-t-il, de la victoire sportive…). Mais le Président veut éviter que l’émotion ne s’égare : compassion n’est point solidarité. Sans doute Nicolas Sarkozy soulignait-il l’importance de la « fraternité » envers les « accidentés de la vie » et tous ceux qui ont besoin d’une « deuxième chance ». Mais il prévenait aussitôt tout malentendu : la nationalité française n’est pas (seulement) une affaire de cœur. Et l’on ne saurait être « victime » de sa politique, mais seulement d’un accident.

En effet, « la fraternité, ce n’est pas le refus de lutter contre l’immigration clandestine qui met tant de malheureux à la merci des exploiteurs, qui condamne tant de pauvres gens à vivre dans des conditions sordides parce qu’il est impossible de pouvoir accueillir dignement toute la misère du monde. » C’est justement par compassion qu’on doit protéger les sans-papiers contre eux-mêmes : s’il faut avoir le courage de résister à la tentation d’accueillir « toute la misère du monde », c’est faute de pouvoir le faire « dignement » – d’une manière qui soit digne d’eux, comme de nous. Bref, quoiqu’en disent les belles âmes, c’est bien par charité qu’on expulse aujourd’hui.

Si la lettre de Guy Môquet doit être lue dans les lycées le 22 octobre, il conviendrait certes d’en rappeler le contexte historique passé, mais aussi de restituer le théâtre politique où elle est aujourd’hui mise en scène. Ce travail pédagogique pourrait s’appuyer sur une seconde lecture : la « Lettre à d’Alembert sur les spectacles ». Dans une critique de l’émotion théâtrale, Jean-Jacques Rousseau y explique pourquoi « le cœur s’attendrit plus volontiers à des maux feints qu’à des maux véritables ».

C’est que, « en donnant des pleurs à ces fictions, nous avons satisfait à tous les droits de l’humanité, sans avoir plus rien à mettre du nôtre ; au lieu que les infortunés en personne exigeraient de nous des soins, des soulagements, des consolations, des travaux qui pourraient nous associer à leurs peines, qui coûteraient du moins à notre indolence, et dont nous sommes bien aises d’être exemptés. Au fond, quand un homme est allé admirer de belles actions dans des fables, et pleurer des malheurs imaginaires, qu’a-t-on encore à exiger de lui ? N’est-il pas content de lui-même ? Ne s’applaudit-il pas de sa belle âme ? Que voudrait-on qu’il fît de plus ? Qu’il la pratiquât lui-même ? Il n’a point de rôle à jouer : il n’est pas comédien. » La mort de Guy Môquet est certes réelle ; mais ce que nous propose le théâtre politique des émotions de Nicolas Sarkozy, c’est d’en jouir sans agir, voire pour ne pas agir.

  • Guy Môquet et le théâtre politique des émotions

    24 octobre 2007 17:50, par grellety

    C’est que, pour un homme politique qui a cherché à obtenir les suffrages des électeurs du Front National et qui les a obtenu, il est gênant d’être le premier Président d’extrême-droite depuis la chute de Pétain. Alors, évidemment, lui n’a jamais fait de déclarations du genre de Le Pen (Durafour, etc), mais il applique une part essentielle du programme frontiste, et cet été, Jean-Marie Le Pen a même félicité Nicolas Sarkozy pour ses trois premiers à l’Elysée – avant de changer de musique à la rentrée septembre, puisque plus de micros et d’oreilles l’écoutaient. Il n’empêche : pour cet homme ainsi élu, le seul moyen de se recentrer était de continuer à choisir des références d’hommes et d’idées de gauche. Mais pour ceux-là, il est douloureux de voir un tel homme prétendre rendre hommage à guy Môquet (et encore un hommage douteux en raison de la valorisation sacrificielle), alors qu’il mène une politique que Guy Môquet et ses amis auraient exécré.

    Voir en ligne : L’action littéraire

    24 octobre 2007 17:53, par Christine Meslier

  • Félicitations pour l’article et c’est bien la raison pour laquelle je me suis insurgée depuis le début contre la lecture de cette lettre, tout particulièrement en classe, lieu par excellence de la construction de la raison, au prix éventuel, d’ailleurs, d’un cantonnement des sentiments aux frontières de cette même raison. De ce point de vue la lecture rendue obligatoire (qui plus est) de la lettre au coeur de l’institution scolaire dont l’objet est la construction par le travail sur soi, souvent douloureux au demeurant, de la raison me semble être un contre-sens grave et, en effet, lourd de sens quant à la transmission des valeurs souhaitées par le Président.

  • Merci pour cet article intéressant. Il conviendrait peut-être d’élargir le champs de l’analyse, tant le « primat de l’émotionnel » me semble dépasser le seul cadre héxagonal. Et puis quel rôle jouent les médias dans cette mise en scène ? Sarkozy n’exploite-t-il pas simplement (et avec quelle adresse) un terrain médiatique plus friand d’émotions que de réflexions ?

    • Il est plus que jamais urgent de former des citoyens qui savent penser autant que ressentir !

Publié dans DE LA POSTCOLONIE EN AFRIQUE, LA FRANCE ET SON PASSE COLONIAL | Pas de Commentaire »

12345
 

Kabylie News |
Ensemble, Préservons Rognac... |
Elections 2008 Municipales ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Transferring the UNITED NAT...
| l'Algérie au quotidien
| Yüzyıla Ağıt