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AFIN QUE NUL N’EN OUBLIE : « Je suis noir et je n’aime pas le manioc » du détestable Gaston Kelman

Posté par Isso le 6 avril 2008

  

 AFIN QUE NUL N’EN OUBLIE

Souvenez-vous , il y a 3 ans…

  

 

Je suis blanche et je n’aime pas les couillonnades,

Retour sur le best-seller de Gaston Kelman,

Je suis noir et je n’aime pas le manioc

 

Par Mona Chollet, Juillet 2005

Article

« Si je me fais pincer dans le métro sans ticket, il suffit que je bredouille deux ou trois mots en petit nègre pour que le contrôleur passe son chemin en haussant les épaules. C’est intolérable.

Eh, oui : en France, comme chacun sait, avoir la peau noire est une circonstance atténuante dans toutes les situations de la vie quotidienne. Les contrôleurs de la RATP vous fichent une paix royale, alors qu’ils poursuivent de leur zèle agressif vos compagnons de voyage qui ont le malheur d’être blancs. Lorsque vous croisez une patrouille de police, elle s’arrête, vous interpelle, s’informe de votre identité, alors que, quand vous êtes blanc, elle passe son chemin en vous manifestant une indifférence à la limite du supportable… Heureusement, avec son best-seller Je suis noir et je n’aime pas le manioc [1], Gaston Kelman, Bourguignon d’origine camerounaise, est arrivé pour frapper un grand coup sur la table et mettre fin à ces discriminations honteuses.

Effarée par cette déclaration, faite par l’auteur à L’Express [2], ainsi que par d’autres, entendues par exemple sur France-Inter, je vais voir le livre de plus près. Là, surprise : le propos est plus nuancé (pas difficile, certes) que ne le laisse croire sa promo à l’emporte-pièce. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas ici et là des passages qui font bondir : on peut ne pas partager le point de vue de Kelman selon lequel devenir soldat d’élite dans l’armée française équivaut à une « conquête de la citoyenneté absolue » ; le florilège de blagues nauséeuses sur les Noirs n’était pas forcément indispensable ; et on est franchement terrifié, vers la fin, par son idée d’opérer un recensement maniaque des populations immigrées afin de « mesurer la relation entre les groupes ainsi définis et les dysfonctionnements observés dans la société ». Brrr… Comme si c’était l’immigration la cause de tous les maux, et non les politiques sociales, urbanistiques, scolaires, les pratiques discriminatoires…

Il y a chez lui, quoi qu’il en dise, un besoin de se poser comme le « bon » immigré, en se distinguant des paysans mal dégrossis qui viennent semer le désordre en France (il va jusqu’à dédouaner Chirac de sa sortie sur « le bruit et l’odeur », qu’il aurait jugée acceptable si elle n’avait pas été prononcée dans un contexte de drague de l’extrême droite), ce qui est assez problématique.

Mais, par ailleurs, on peut comprendre sa colère quand l’institutrice de son fils lui confie qu’elle se demande « si son fils n’est pas si doux parce qu’il est loin de son milieu naturel » ; ou encore quand des anthropologues étudiant la population soninké d’Evry écrivent que, « au risque de choquer, on pourrait parler de la polygamie comme facteur sinon d’intégration au moins de mieux vivre en France ». Rien à redire, en somme, quand il affirme son refus de voir son fils et sa fille, nés en France, « enfermés dans des schémas préétablis et à jamais pétrifiés » :

« Je veux être le seul qui décide ce que je garde de mes racines et ce que je transmettrai à mes enfants sans que l’Education Nationale ou le quidam du coin s’en mêlent. »

Que les regards extérieurs fassent de sa couleur de peau un déterminant identitaire intégral, et l’assignent à une « culture d’origine » de pacotille, en l’empêchant de s’approprier comme il le souhaite la culture « gauloise », en confinant ses enfants dans les filières qui semblent « adaptées » à leurs origines, c’est effectivement affligeant. Le problème, c’est, que, du même mouvement, il prône l’assimilation totale. A aucun moment il n’envisage l’hypothèse d’une « culture de l’entre-deux » dans laquelle on réunirait librement ce à quoi on est attaché à la fois dans la culture dominante du pays où l’on vit et dans sa culture d’origine. La seule alternative à ses yeux, c’est soit « rester scotché à ses origines », soit « se fondre dans le modèle culturel de son espace de vie ».

Dès lors, il n’est pas très difficile de deviner les raisons de l’engouement médiatique autour de Je suis noir et je n’aime pas le manioc. Les Français n’aiment rien tant que les étrangers qui viennent les conforter dans leur ethnocentrisme nombriliste, dans leur conviction que leur culture est le must absolu, ce qu’on fait de mieux à la surface du globe, et que les autres ne rêvent que de connaître la rédemption en faisant corps avec elle, en abandonnant sans regret les quelques particularismes pittoresques et plus ou moins barbares qui leur tiennent lieu, à eux, les pauvres, de culture. Kelman clame son amour pour la Bourgogne, et plus précisément pour la Côte d’Or :

« C’est le pays du charolais et du bon vin, des escargots et des épices. »

Il récuse le terme « black » d’abord « parce que nous sommes en France, et qu’en France on parle français. C’est bien la moindre des choses ». On croit voir d’ici Bernard Pivot ôtant ses lunettes pour essuyer une larme.

Comment peut-on être pas-comme-nous ?

Sur France-Inter, le 19 février, la romancière Françoise Dorin, invitée du « Treize-quatorze » en même temps que Kelman, roucoulait :

« Vous êtes un modèle d’intégration réussie ! J’ai envie de boire un verre de bourgogne à votre santé ! »

Le public et les journalistes gloussaient d’attendrissement. Dans la presse, c’est un concert de louanges. Tout le monde est follement émoustillé par le chapitre qui s’intitule « Je suis noir et j’en ai une petite ». Dans Le Nouvel Observateur Ile-de-France du 18 mars 2004, Kelman est systématiquement appelé par son seul prénom (« la République selon Gaston », « merci Gaston »…), mais ce serait sûrement du mauvais esprit que d’y voir une marque de paternalisme. L’Express est en extase :

« Il se sent plus proche de la Corrèze que du Zambèze et préfère la valse viennoise à la danse dombolo. Pour lui, un Noir n’est rien d’autre qu’un Blanc à la peau foncée. »

(Euh, et ça ne peut pas être le Blanc qui est un Noir pas très bronzé, c’est bien sûr ?…)

Enfin, on en tient un, d’étranger qui veut bien nous dire que c’est nous les meilleurs du monde, que le moule de l’humanité a été façonné aux mesures du Français, et qu’aucun individu sur cette terre ne peut raisonnablement souhaiter autre chose que de nous ressembler le plus possible ! L’Express, toujours, se félicite de voir Kelman tancer les milieux associatifs et politiques qui « brandissent le droit à la différence » (une différence ! vous imaginez ? quelle horreur !), « justifient la polygamie » ou « prônent la pratique des cultures d’origine ». Etrange, cette expression : « pratiquer les cultures d’origine », comme on dirait « pratiquer la zoophilie »… Et en plus, en l’accolant à la polygamie, comme si les cultures étrangères ne pouvaient pas avoir d’autre contenu que la polygamie ! Décidément, les discours plus ou moins voilés sur la supériorité de l’Occident en général et de la France en particulier sont moins révélateurs des failles de ceux qu’ils stigmatisent que de l’ignorance abyssale de leurs auteurs quant à tout ce qui dépasse un tant soit peu leur horizon immédiat.

Ce qui joue aussi à plein en la faveur de Kelman, c’est qu’il va dans le sens de l’idéologie réactionnaire décomplexée qui triomphe actuellement : ces gens-là ne savent que venir se plaindre et pleurnicher, l’esclavage et la colonisation ont bon dos, si l’Afrique va si mal c’est de la faute de ces incapables d’Africains, voilà tout, et pareil pour l’intégration sociale des Noirs en France : c’est comme les chômeurs, ça irait mieux pour eux s’ils se sortaient un peu les pouces du cul ! Alors, vous pensez, quand c’est un Noir qui le dit, c’est un peu comme quand Malek Boutih dit qu’il faut frapper fort dans les banlieues : on travestit son opportunisme en « courage », et il devient instantanément un héros. Kelman, souligne avec délectation L’Express, « dénonce le penchant des Noirs pour la victimisation » et « exige la tolérance zéro ». Il « fait des Africains vivant en France les premiers responsables d’une intégration qui n’avance pas » et « ne voit pas la nécessité de refaire l’histoire d’un peuple qui a beaucoup souffert ».

Il y aurait donc des histoires de souffrances qui seraient bonnes à mettre au rebut, surtout quand elles concernent les ancêtres de populations aujourd’hui en difficulté, dont elles continuent à obérer les conditions de vie : il faut avouer que c’est pratique, ce système. Ça permet de se dédouaner à bon compte de toute responsabilité passée, en même temps que de ne pas lever le petit doigt pour changer la situation actuelle… A propos du colonialisme et de l’esclavage, on rappellera donc fort opportunément qu’après tout, ces Africains (comme l’a dit Kelman chez Ardisson) ont été vendus par d’autres Africains, et que, de surcroît, le monde étant décidément bien fait, les Arabes aussi ont pratiqué la traite ! Le journaliste du Nouvel Observateur se sent encouragé par le livre de Kelman à « oser engueuler un jeune crétin qui se comporte comme un sagouin dans un bus même s’il est noir ». Parfaitement. Assez de passe-droits ! Ou à « oser dire que l’auto-victimisation de certains jeunes d’origine africaine n’est qu’un alibi ». Et qu’on arrête de nous bassiner avec les ghettos, l’ascenseur social en panne, les discriminations à l’embauche et autres broutilles gauchistes.

Il faut dire qu’en plus, Gaston Kelman tombe à pic. On avait bien besoin d’un métèque aussi exemplaire pour se remonter le moral au moment où toutes ces petites emmerdeuses nous font tellement suer avec le bout de chiffon dont elles s’obstinent à s’entourer la tête :

« C’est fou ce que ce Gaston-là peut faire comme bien ! Du bien sur ce qui fait mal : ces contractures, lumbagos et autres violents claquages identitaires qui nous plombent. » [3]

On avait cru comprendre, oui. L’Express, lui aussi, la joue « suivez mon regard » : Kelman, dit-il, a d’abord cru à l’invite de Mitterrand aux travailleurs immigrés – « Vous êtes ici chez vous » – avant d’adhérer plutôt à l’hospitalité façon Pasqua : « Vous êtes chez nous ». Kelman écrit en effet dans son livre :

« Si les Bédouins du Sahara vont s’installer au pôle Nord, la banquise ne va pas se transformer en désert. Ce sont eux qui vont devoir s’adapter à la banquise. »

Si Gaston Kelman fait un tel tabac, c’est aussi pour cela : parce qu’il donne l’illusion qu’un étranger n’est qu’un Gaulois qui s’ignore, et qui ne demande qu’à se fondre dans le paysage autant que faire se peut (il exprime dans son livre le fantasme de dissoudre complètement « la négrité, cette maladie millénaire » en rendant obligatoires les mariages mixtes, et visiblement il ne plaisante qu’à moitié. D’accord, vivent les mariages mixtes, mais pour la vitalité des mélanges, pas pour la disparition d’une des parties !). Le problème, c’est que la différence n’est pas un droit, mais une réalité. Et qu’il est probable que la plupart des immigrés et descendants d’immigrés ne la laissent pas « araser » avec le même enthousiasme que Kelman.

Etant donné le caractère à la fois sinistre – morbide, même -, absurde et effrayant de ce projet d’uniformisation (« je ne veux voir qu’une seule tête ! »), ça n’a rien d’étonnant. On ne pourrait que se réjouir de la résistance qui lui est opposée, si cette résistance ne risquait pas, en réponse à l’agressivité qu’elle suscite, de s’exprimer par une surenchère dans la revendication des éléments les plus archaïques des identités d’origine. Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux relâcher tout de suite cette pression infernale sur les descendants d’immigrés, et leur foutre la paix ? Comment ne pas voir que toute autre stratégie ne peut aboutir qu’à aggraver, voire à susciter ce qu’elle prétend combattre ?

Une version de ce texte est parue sur le site Peripheries.net en avril 2004

L’obscurantisme beauf,

À propos du tête-à-queue idéologique

de Charlie Hebdo

 

 

Par Mona Chollet, Mars 2006

Introduction

Nous reproduisons, avec son autorisation, l’excellent texte que Mona Chollet a consacré à la lamentable dérive de Charlie Hebdo. Une dérive qui a fait d’un hebdomadaire satirique de gauche, de tradition libertaire, une espèce de Crapouillot [1] républicaniste, de plus en plus complaisant avec les classes dominantes, leurs médias, leurs intellectuels organiques, et de plus en plus hautain, méprisant, voire haineux à l’égard des classes populaires, des Arabes et des musulmans.

Article

Mercredi 19 novembre 1997, sous le titre « Les perroquets du pouvoir », Philippe Val consacrait la quasi-intégralité de son éditorial de Charlie Hebdo à l’enthousiasme délirant que lui inspirait la parution des Nouveaux chiens de garde de Serge Halimi. Il y évoquait les « BHL, Giesbert, Ockrent, Sinclair », etc., tous « voguant dans la même croisière de milliardaires qui s’amusent », et qui « n’ont aucune envie de voir tarir le fleuve de privilèges qui prend sa source dans leurs connivences ou leurs compromissions ». Il jugeait certains passages « à hurler de rire », en particulier le chapitre « Les amis de Bernard-Henri », qu’il conseillait de « lire à haute voix entre copains ».

Six mois plus tard, mercredi 27 mai 1998, sous le titre « BHL, l’Aimé Jacquet de la pensée » (c’était juste avant la Coupe du monde de football), il volait encore au secours du livre de Halimi, contre lequel toute la presse n’en finissait plus de se déchaîner. Il épinglait le chroniqueur du Point pour avoir, dans son « Bloc-notes », assimilé Bourdieu à Le Pen. Et le futur défenseur du « oui » à la Constitution européenne se désolait :

« Penser que le désir d’Europe sociale des uns est de même nature que le refus nationaliste de l’Europe des lepénistes ne grandit pas le penseur… »

En 2005, Philippe Val comparerait l’attitude des partisans du « non » à celle de Fabien Barthez crachant sur l’arbitre.

Mercredi 1er mars 2006. Continuant d’exploiter le filon providentiel des caricatures danoises, Charlie Hebdo publie à grand fracas un « Manifeste des Douze » (hou, hou ! morte de rire !) intitulé « Ensemble contre le totalitarisme islamique » (sur la prolifération actuelle du mot « ensemble » et sa signification, lire l’analyse d’Eric Hazan dans LQR, La propagande du quotidien, [2], signé notamment par Philippe Val, Caroline Fourest (auteure de best-sellers sur la menace islamique et membre de la rédaction de Charlie Hebdo), Salman Rushdie, Taslima Nasreen, et… Bernard-Henri Lévy. « L’Aimé Jacquet de la pensée » a droit, comme les autres signataires, à sa notice biographique (moins longue que celle de Caroline Fourest, quand même, hein ! Faut pas déconner !), qui commence ainsi :

« Philosophe français, né en Algérie, engagé contre tous les « ismes » du XXe siècle (fascisme, antisémitisme, totalitarisme et terrorisme). »

Ce coup des « ismes », le journal nous le refait dans son « manifeste » foireux, qui semble avoir été torché en cinq minutes sur un coin de table en mettant bout à bout tous les mots creux et pompeux dont se gargarisent en boucle, sur les ondes et dans la presse, les « perroquets du pouvoir » :

« Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l’islamisme. »

Les opprimés ont une manière tout à fait malséante d’exprimer leur désespoir

Il en manque pas mal, des « ismes », dans cette liste : colonialisme, impérialisme, racisme, libéralisme… Autant de notions qui, à une époque, avaient pourtant droit de cité dans les colonnes de Charlie. Balayer d’un revers de main, ou ne même pas voir, depuis son pavillon cossu de la banlieue parisienne, les conditions de vie et les spoliations subies par les perdants du nouvel ordre mondial ; s’incommoder de ce que les opprimés, décidément, aient une manière tout à fait malséante d’exprimer leur désespoir, et ne plus s’incommoder que de cela ; inverser les causes et les conséquences de leur radicalisation (il n’y a pas d’attentats en Israël parce qu’il y a une occupation, mais il y a une occupation parce qu’il y a des attentats), et, au passage, accorder sa bénédiction à la persistance de toutes les injustices qui empoisonnent le monde ; parer l’Occident de toutes les vertus et l’absoudre de tous ses torts ou ses crimes : non, il fut un temps où on n’aurait jamais trouvé dans ce journal une pensée aussi odieuse.

Mais c’était à une époque où Charlie vivait et prospérait en marge du microcosme médiatique, qu’il ne fréquentait pas, et qu’il narguait de sa liberté de ton et de ses finances florissantes – quand il ne lui adressait pas de splendides bras d’honneur. L’équipe, dans sa grande majorité, se satisfaisait parfaitement de cette situation…. Mais pas Philippe Val, à qui la reconnaissance du méprisable ramassis de gauchistes que constituait à ses yeux le lectorat du journal suffisait de moins en moins – avant de finir par carrément l’insupporter. Son besoin de voir sa notoriété se traduire en surface médiatique devait le pousser d’abord à nouer un partenariat avec Libération, en convenant d’un échange d’encarts publicitaires entre les deux journaux. Pour justifier la chose aux yeux d’un lectorat très hostile à la publicité, il se livra à des contorsions rhétoriques dont la mauvaise foi fut impitoyablement disséquée par Arno sur Uzine.

Philippe Val, qui, par un hasard facétieux, venait justement d’être connecté à Internet, tomba sur l’article, et piqua une crise de rage dont ses collaborateurs se souviennent encore. Le mercredi suivant [3], les lecteurs de Charlie purent découvrir un édito incendiaire intitulé : « Internet, la Kommandantur libérale », qui fut suivi d’un autre, tout aussi virulent, quinze jours plus tard. On y lisait notamment que, si Internet avait existé en 1942,

« les résistants auraient tous été exterminés en six mois, et on pourrait multiplier par trois les victimes des camps de concentration et d’extermination ».

Il faut le savoir : contredire Philippe Val est aussi grave qu’envoyer un résistant en camp de concentration. Bien sûr, le « Kim Il-Sung de la rue de Turbigo », comme le surnomme aimablement PLPL, ne faisait nulle part mention de l’article d’Arno (il expliquait avoir choisi de traiter ce sujet cette semaine-là parce qu’on lui demandait souvent pourquoi Charlie n’avait pas de site !), et ne précisait pas que la seule forme de négationnisme à laquelle il avait été personnellement confronté dans ce repaire de nazis virtuel ne remettait en cause que son propre génie.

Flatter les plus bas instincts des masses tout en se prenant pour Jean Moulin

S’étant peu à peu aliéné son lectorat d’origine, et ayant vu ses ventes baisser dangereusement, Charlie Hebdo en est désormais réduit, pour exister, à multiplier les coups de pub aussi lucratifs qu’insignifiants et à développer le « cobranding » tous azimuts. Après d’innombrables tentatives infructueuses pour créer un « buzz » médiatique autour du journal, comme en témoignaient semaine après semaine les titres d’un sensationnalisme maladroit étalés dans l’encart publicitaire de Libération, avec les caricatures danoises, enfin ! ça a pris. Le créneau ultra-vendeur de l’islamophobie, sur lequel surfe déjà sans vergogne l’écrasante majorité des médias, permet de copiner avec les puissants et de flatter les plus bas instincts des masses tout en se prenant pour Jean Moulin : bref, c’est idéal. Sauf que, en s’y précipitant comme sur une aubaine, le journal achève sa lente dérive vers un marécage idéologique dont la fétidité chatouille de plus en plus les narines.

Dans son éditorial de ce fameux numéro publiant les caricatures danoises, Philippe Val écrit doctement que

« le racisme s’exprime quand on rejette sur toute une communauté ce que l’on reproche à l’un des membres »

Ce qui lui permet de conclure que

« quand un dessinateur danois caricature Mahomet et que dans tout le Moyen-Orient, la chasse aux Danois est ouverte, on se retrouve face à un phénomène raciste comparable aux pogroms et aux ratonnades »).

Or, « rejeter sur toute une communauté ce que l’on reproche à l’un des membres », c’est exactement ce que fait le dessin danois représentant Mahomet avec un turban en forme de bombe. Par une amère ironie du sort, Charlie Hebdo, ancien journal du combat antiraciste, a donc érigé en symbole de la liberté d’expression une caricature raciste. Dans Le Monde diplomatique de mars 2006, Alain Gresh cite le journaliste Martin Burcharth :

« Nous, Danois, sommes devenus de plus en plus xénophobes. La publication des caricatures a peu de relations avec la volonté de voir émerger un débat sur l’autocensure et la liberté d’expression. Elle ne peut être comprise que dans le climat d’hostilité prégnante à tout ce qui est musulman chez nous. » Il précise aussi que le quotidien conservateur Jyllands-Posten, qui a fait paraître les caricatures de Mahomet, « avait refusé, il y a quelques années, de publier une caricature montrant le Christ, avec les épines de sa couronne transformées en bombes, s’attaquant à des cliniques pratiquant l’interruption volontaire de grossesse ».

Et c’est dans ce journal-là que Charlie Hebdo vient de publier la version anglaise de son « manifeste » [4] !

Mais peu importe, car le créneau islamophobe a un autre avantage, qui, dans le cas de nos amis, s’avère particulièrement précieux : il est tellement en phase avec la bien-pensance majoritaire qu’il permet de raconter plein de conneries, ou de recourir au terrorisme intellectuel le plus éhonté, sans jamais être discrédité ou sérieusement contesté. S’il en allait autrement, Val pourrait-il affirmer par exemple à la télévision que, si on fait l’amalgame entre islam et terrorisme, c’est de la faute des terroristes islamistes – un peu comme si on rendait responsables du vieux cliché sur les juifs et l’argent, non pas les antisémites, mais les juifs riches ?! Ou pourrait-il se féliciter, dans son édito, de ce que le dessin avec le turban en forme de bombe ne soit « pas très bon », car cela permet « d’exclure du débat sa valeur esthétique pour le recentrer sur la question de la liberté d’expression » – un sophisme qui, comme toutes ces pirouettes dont il est coutumier et dont il semble retirer une fierté sans bornes, est remarquablement débile ?

Sur ce dernier point, d’ailleurs, Caroline Fourest donne une version un peu différente de celle de son patron. Dans la page de publicité gratuite offerte par Libération [5] à ce numéro spécial de Charlie, elle commentait :

« On ne s’est pas lâché cette semaine. Le dessin qui nous a fait le plus rire n’est pas passé. C’était trop facile, gratuit et sans message derrière. »

Parce que, derrière le turban en forme de bombe, il y a un « message » ? Tiens donc ! Et lequel ? (Au passage, cet article de Libération était cosigné par Renaud Dély, qui est, ou en tout cas a été, chroniqueur politique à Charlie Hebdo sous un pseudonyme : le cobranding, ça marche !) Il semblerait qu’on rie beaucoup aux dépens des Arabes – pardon, des « intégristes » – à Charlie Hebdo en ce moment.

Ça ne date d’ailleurs pas d’hier : il y a quelques années, quand Nagui était arrivé sur Canal Plus pour présenter Nulle part ailleurs, Cabu l’avait caricaturé en Une de Charlie Hebdo en chameau des publicités Camel. Canal Plus avait alors fait livrer par coursier à la rédaction un montage dans lequel, au-dessus de ce dessin, le titre « Charlie Hebdo » avait été remplacé par « National Hebdo ».

« Esprit des Lumières » ou bombe éclairante ?

Le plus comique, c’est peut-être les tentatives désespérées de l’équipe pour nous faire croire que, malgré tout, elle reste de gauche. Dans son dernier opus, La tentation obscurantiste, consacré à l’épuration de la gauche telle qu’elle la rêve (168 pages avec que des listes de noms, un livre garanti sans l’ombre du début d’une idée dedans !), Caroline Fourest se désole parce que, dans un article, j’ai osé douter de sa légitimité à prétendre incarner la « vraie » gauche (par opposition à celle qui refuse de partager ses fantasmes d’invasion islamique).

Outre le fait que la pensée qu’on a décrite plus haut, et que propage désormais Charlie, est une pensée d’acquiescement passionné à l’ordre du monde, ce qui n’est pas très « de gauche », nos vaillants éradicateurs devraient examiner d’un peu plus près le pedigree de leurs nouveaux amis. Caroline Fourest et Fiammetta Venner – elle aussi « journaliste » à Charlie – sont adulées par Le Point et L’Express (lequel publie lui aussi le « manifeste »), deux titres, comme chacun sait, furieusement progressistes. Elles sont copines avec Ayaan Hirsi Ali, députée néerlandaises, amie de Théo Van Gogh intronisée en politique par le très libéral Frits Bolkestein, qui « fut le premier [aux Pays-Bas] à déclarer incompatibles, au début des années 1990, les valeurs des immigrés musulmans et celles de son pays » [6] – Ayaan Hirsi Ali a elle aussi signé le « manifeste ». Fiammetta Venner ne voit aucun problème à donner une interview à un site répondant au doux nom de « Primo-Europe », créé par des « citoyens qui considèrent que l’information sur le Moyen Orient est, en Europe en général et en France en particulier, diffusée en fonction de préjugés manichéens où le commentaire l’emporte sur le fait », et sur lequel elle figure aux côtés d’un Alexandre Del Valle, par exemple.

Mieux : comme l’a relevé PLPL, Venner et Fourest écrivent désormais aussi dans le Wall Street Journal, « organe de Bush, des néoconservateurs américains, de la droite religieuse et de Wall Street » ; elles s’y alarment de l’« incapacité des immigrants arabes à s’intégrer » et de la « menace pour les démocraties occidentales » de les voir rejoindre des « cellules terroristes islamistes » [7]. La tribune dont sont extraites ces lignes s’intitule « War on Eurabia », « Eurabia » (« Eurabie ») étant l’un des termes de prédilection d’Oriana Fallaci (dont le livre avait d’ailleurs été encensé dans les colonnes de Charlie par Robert Misrahi).

Quant à Philippe Val, la même page de PLPL nous apprend qu’en août 2005, un hommage lui a été rendu dans un discours par un dirigeant du MNR de Bruno Mégret : `

« Les musulmans sentent bien la force de leur nombre, ont un sentiment très fort de leur appartenance à une même communauté et entendent nous imposer leurs valeurs. En ce moment, des signes montrent que nous ne sommes pas seuls à prendre conscience de ce problème. (…) J’ai eu la surprise de retrouver cette idée chez un éditorialiste qui est à l’opposé de ce que nous représentons, Philippe Val, de Charlie Hebdo, dans un numéro d’octobre 2004. »

Commentaire perfide du mensuel :

« Il y a dix ans, Philippe n’avait qu’une idée : interdire le Front national, dont Mégret était alors le numéro 2. Désormais, Val inspire certains des chefs du MNR. »

Enfin, le 2 mars 2006, dans Libération, Daniel Leconte vient d’offrir à ses amis une tribune d’une page intitulée « Merci Charlie Hebdo ! ». Le présentateur-producteur d’Arte [8] y rend hommage à ses confrères qui ont « refusé de céder à la peur », et se répand au passage en lamentations sur l’injustice dont la France a fait preuve à l’égard des Etats-Unis après le 11-Septembre, et sur les errements dont elle s’est rendue coupable lors de la guerre d’Irak, en les isolant devant le Conseil de sécurité de l’ONU et en « laissant entendre que, de victime, ils étaient devenus les fauteurs de troubles ». On se demande effectivement où on a bien pu aller chercher une idée pareille. Il conclut en réclamant sans rire le prix Albert-Londres pour Charlie Hebdo, estimant que le journal a défendu un « esprit des Lumières » qu’il confond visiblement avec la lueur des bombes éclairantes de l’armée américaine.

Cadeau un brin empoisonné que cette tribune. On commence par prétendre ne faire que critiquer la religion musulmane, opium de ces pouilleux d’Arabes, en se prévalant de son passé de bouffeurs de curés, et on finit intronisé journal néoconservateur par des faucons à oreillette ! Mince, alors ! Quelque chose a dû merder en chemin, mais quoi ? Les voies de l’anticléricalisme sont parfois impénétrables.

Tu la sens, ma défense de la démocratie ?

Leconte se félicite de ce que Charlie ait témoigné de ce que « la France n’est pas seulement cet assemblage de volontés molles ». Déjà, la déclaration de Luz (attribuée par erreur à Philippe Val) selon laquelle la rédaction de Charlie, dans son choix des caricatures qu’elle allait publier, avait « écarté tout ce qui était mou de la bite », avait mis la puce à l’oreille du blogueur Bernard Lallement :

« Toute la tragédie est là. Faire, comme du Viagra, de l’islamophobie un remède à son impuissance, expose aux mêmes effets secondaires indésirables : les troubles de la vue ; sauf, bien sûr, pour le tiroir caisse. »

La volonté agressive d’en découdre, de « ne pas se dégonfler », suinte de partout dans cette affaire. Val affirme que ne pas publier les dessins serait aller à « Munich » – comme le faisait déjà Alain Finkielkraut, dont il partage la paranoïa identitaire, lors des premières affaires de voile à l’école. On n’est pas dans la défense des grands principes, mais dans cette logique d’escalade haineuse et guerrière, « œil pour œil dent pour dent », qui constitue le préalable indispensable de tous les passages à l’acte, et les légitime par avance. Tout le monde, d’ailleurs, fait spontanément le rapprochement entre les dessins danois et certains feuilletons antisémites diffusés par des chaînes arabes, admettant ainsi implicitement qu’ils sont de même nature. Le journal allemand Die Welt a par exemple publié les caricatures en les assortissant de ce commentaire :

« Nous attacherions plus d’importance aux critiques musulmanes si elles n’étaient pas aussi hypocrites. Les imams n’ont rien dit quand la télévision syrienne, à une heure de grande écoute, a présenté des rabbins comme étant des cannibales buveurs de sang. »

Une telle attitude dénote en tout cas une mentalité à des années-lumière de la sagesse philosophique dont voudrait par ailleurs se parer le Bourgeois gentilhomme du marigot médiatique parisien. Répéter toutes les deux phrases, d’un air sinistre et pénétré, le mot magique de « démocratie », suffit peut-être à Philippe Val pour se faire adouber par ses compères éditorialistes, mais, pour prétendre au statut de penseur, il faudrait peut-être commencer par envisager le monde d’une manière un peu moins… caricaturale.

En témoigne le tableau grotesque qu’il nous brosse du Danemark, merveilleuse démocratie peuplée de grands blonds aux yeux bleus qui achètent un tas de livres, ont une super protection sociale et ont refusé de livrer leurs ressortissants juifs aux nazis, tandis que le monde musulman se réduirait à un grouillement de masses incultes et fanatiques qui n’ont même pas la carte Vitale. Peu importe si par ailleurs la presse regorge d’articles sur la prospérité du racisme et l’actuelle montée de l’extrême droite au Danemark (bah, si on a sauvé des juifs pendant la guerre, on a bien le droit de ratonner un peu et de profaner quelques tombes musulmanes soixante plus tard, tout ça n’est pas bien méchant !). Et si on nous rappelle ici et là que le Danemark est un pays où l’Eglise n’est pas séparée de l’Etat :

« Il existe une religion d’Etat, le protestantisme luthérien, les prêtres sont des fonctionnaires, les cours de christianisme sont obligatoires à l’école, etc. » [9].

Mais notre va-t-en guerre des civilisations ne s’encombre pas de tels détails. Lors de l’éclatement de la seconde Intifada, déjà, il avait décrété que Charlie devait défendre la politique israélienne, parce qu’Israël était une démocratie et parce que tous les philosophes importants de l’Histoire étaient juifs, tandis que son équipe effarée – il faut dire que sa composition était alors assez différente – tentait d’évaluer en un rapide calcul le nombre d’erreurs grossières, de raccourcis vertigineux et de simplifications imbéciles qu’il était ainsi capable d’opérer dans la même phrase. Pour ma part, abasourdie de devoir en arriver là, je m’étais évertuée à le persuader qu’il existait aussi des « lettrés » dans le monde arabe ; je m’étais heurtée à un mur de scepticisme réprobateur. Prôner la supériorité de sa propre civilisation, et faire preuve, par là même, d’une vulgarité et d’une inculture assez peu dignes de l’image qu’on veut en donner : c’est le paradoxe qu’on avait déjà relevé chez Oriana Fallaci, qui écrivait dans La rage et l’orgueil :

« Derrière notre civilisation il y a Homère, il y a Socrate, il y a Platon, il y a Aristote, il y a Phidias. (…) Alors que derrière l’autre culture, la culture des barbus avec la tunique et le turban, qu’est-ce qu’on trouve ?… »

Eh bien, je ne sais pas, moi… Ça, par exemple… ?

Comme on le disait à l’époque, en voilà, un argument hautement « civilisé » : « Dans ma culture il y a plein de génies alors que chez toi il n’y a que des idiots, nana-nè-reu ! » Les civilisations n’ont rien à s’envier les unes aux autres, ni du point de vue des connaissances, ni de celui des valeurs. Comme écrivait le prix Nobel d’économie Amartya Sen :

« Tenter de vendre les droits de l’homme comme une contribution de l’Occident au reste du monde, n’est pas seulement historiquement superficiel et culturellement chauvin, c’est également contre-productif. Cela produit une aliénation artificielle, qui n’est pas justifiée et n’incite pas à une meilleure compréhension entre les uns et les autres. Les idées fondamentales qui sous-tendent les droits de l’homme sont apparues sous une forme ou une autre dans différentes cultures. Elles constituent des matériaux solides et positifs pour étayer l’histoire et la tradition de toute grande civilisation. »

Non seulement le discours des Val et des Fallaci témoigne d’une méconnaissance crasse des autres cultures, mais il néglige aussi le fait que, comme n’a eu de cesse de le rappeler un Edward Saïd, aucune civilisation n’a connu un développement étanche, et toutes se sont constituées par des apports mutuels incessants, rendant absolument vain ce genre de concours aux points.

Défendre la démocratie, ne serait-ce pas plutôt refuser la logique du bouc émissaire, si utile aux démagogues qui veulent la subvertir à leur profit ?

Par les temps qui courent, raisonner à partir de telles approximations, en se contentant de manier des clichés sans jamais interroger leur adéquation au réel, peut s’avérer rien moins que meurtrier. Il est stupéfiant que, dans un « débat » comme celui suscité par les caricatures danoises, tout le monde pérore en faisant complètement abstraction du contexte dans lequel il se déroule : un contexte dans lequel un certain nombre d’instances de par le monde tentent de dresser les populations les unes contre les autres en les persuadant que « ceux d’en face » veulent les anéantir. En Occident, ces instances sont celles qui tentent de faire du musulman le bouc émissaire de tous les maux de la société, la nouvelle menace permettant d’opérer une utile diversion.

Dès lors, de deux choses l’une : soit on adhère à cette vision, et alors on assume sa participation active à cette construction, avec les responsabilités que cela implique ; soit on la récuse, et on estime que la nécessité de l’enrayer – ou d’essayer de l’enrayer – commande d’observer la plus grande prudence. Laquelle prudence ne signifie pas qu’on est « mou de la bite », mais plutôt qu’on a peu de goût pour les stigmatisations déshumanisantes, sachant à quoi elles peuvent mener. Le courage ne commanderait-il pas plutôt de résister aux préjugés majoritaires, et la véritable défense de la démocratie, de refuser cette logique du bouc émissaire si utile aux démagogues qui veulent la subvertir à leur profit ? Ce qui est sûr, c’est qu’en aucun cas on ne peut se dédouaner en écrivant, comme le fait Philippe Val, que

« si la Troisième Guerre mondiale devait éclater, elle éclaterait de toute façon », et que « l’amalgame entre racisme et critique de la religion est à peu près aussi cohérent que l’était, à l’époque de Franco, l’amalgame entre critique du fascisme et racisme anti-ibérique »

Voilà vraiment ce qui s’appelle jouer au con.

En décembre dernier, toujours pour essayer de faire parler du journal, les caricaturistes de Charlie Hebdo avaient postulé par dérision à la succession de Jacques Faizant. Qu’ils se rassurent, ils ont toutes leurs chances : en matière d’ethnocentrisme rance, ils n’ont déjà plus rien à envier au défunt dessinateur du Figaro. Ils ont seulement un peu modernisé le trait…

Post-scriptum

Ce texte est paru en mars 2006 sur le site Périphéries. Sur « l’affaire des caricatures danoises », lire aussi Domenico Joze, « Quand des médias caricaturaux pérorent sur des caricatures »

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Quand la finance prend le monde en otage.Spéculation immobilière, ralentissement économique

Posté par Isso le 6 avril 2008

Septembre 2007

Quand la finance prend le monde en otage.Spéculation immobilière, ralentissement économique dans LE NOUVEL ORDRE MONDIAL rubon1826

Spéculation immobilière, ralentissement économique

Quand la finance prend le monde en otage

 

 

« La tourmente que traversent actuellement les marchés financiers va peser sur la croissance mondiale », estime le directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), M. John Lipsky. Plus soucieux que lui de rassurer l’opinion (et les investisseurs), les gouvernants des Etats-Unis, d’Europe et du Japon prétendent que les fluctuations boursières ne constitueraient qu’un simple accident de parcours dans un ciel dégagé. L’agitation a été enclenchée par la faillite aux Etats-Unis d’un marché de l’immobilier gorgé de crédits distribués sans discernement : pour le seul segment des prêts les plus risqués, dits « subprime », les créances hypothécaires en circulation atteindraient 1 300 milliards de dollars ; de un à trois millions d’Américains pourraient devoir vendre leur habitation. Propageant le risque à l’ensemble de l’économie mondiale, une innovation financière débridée a, tour à tour, favorisé la bulle immobilière, la crise du logement et la spéculation. Un nouveau relâchement du crédit contiendrait peut-être (ou différerait) certains des dégâts. Mais il encouragerait à la récidive les « mathématiciens fous de Wall Street ». La prochaine crise est-elle donc déjà annoncée ?

Par Frédéric Lordon

Hegel, il y a deux siècles, déplorait l’incapacité chronique des Etats à tirer les leçons des expériences de l’histoire. Les gouvernements ne sont pas les seules puissances incapables d’apprentissage. Le capital – tout particulièrement financier – semble lui aussi condamné à la persévérance dans l’erreur, à l’aberration récurrente et à l’éternel retour de la crise financière. Quoique portant sur des « objets » nouveaux, la crise actuelle des marchés de crédit donne à voir une fois de plus les ingrédients chimiquement purs du désastre, offrant à qui voudra bien s’en saisir une occasion de plus de méditer sur les « bienfaits » de la libéralisation des marchés de capitaux.

C’est qu’il faut tout de même avoir la foi chevillée au corps pour continuer de chanter, contre toute évidence, les vertus de la financiarisation qui répand la prospérité générale, contribue à la stabilité économique et au progrès du genre humain. Mais la croyance financière ne désarme pas facilement et, elle qui se targue d’être le principe de réalité incarné, elle qui soumet les entreprises à la seule « validation par les faits », sous les critères du reporting (livraison trimestrielle des comptes) et du track record (« historique » des performances), demeure bêtement ignorante de ce que l’histoire récente – sa propre histoire – lui livre, de manière pourtant accablante. C’est qu’en effet le track record de la libéralisation financière n’est pas bien fameux… Il faut tout de même rappeler que, depuis qu’elle sévit, il aura été difficile de passer plus de trois ans d’affilée sans un accident majeur, presque chaque fois appelé à entrer dans les livres d’histoire économique : 1987, krach mémorable des marchés d’actions ; 1990, krach des « junk bonds » (« obligations pourries ») et crise des Savings and Loans (caisses d’épargne américaines) ; 1994, krach obligataire américain ; 1997, première tranche de crise financière internationale (Thaïlande, Corée, Hongkong) ; 1998, deuxième tranche (Russie, Brésil) ; 2001-2003, éclatement de la bulle Internet…

Et nous voici en 2007. Lecture des dévots : « Une mondialisation heureuse mais heurtée (1) »… Dans Le Monde, Pierre-Antoine Delhommais se gargarise de la résilience de la bête face à tant de secousses majeures, dont on s’est chaque fois demandé si elles n’allaient pas la tuer, et qui, chaque fois, non seulement se relève mais repart de plus belle. Le fait est qu’on ne peut pas ne pas être étonné avec lui. A ceci près que le journaliste oublie ce qu’il en a coûté à chaque fois aux salariés de régler les ardoises de l’ébriété financière. Car, invariablement, la dégringolade des marchés frappe les banques, donc le crédit, puis l’investissement, la croissance… et l’emploi.

Aussi faudra-t-il sans doute une reprise de son journal par un fonds d’investissement un peu brutal pour que, faisant l’expérience concrète du « downsizing » (« dégraissage »), Delhommais soit plus incité à faire le compte du cumul de points de croissance perdus et d’emplois détruits du fait des pratiques de la finance et (plus encore) de ses crises, et que les « heurts » de la mondialisation lui deviennent personnellement pénibles pour cesser de la trouver « heureuse ».

La crise des marchés du crédit qui frappe l’économie américaine offre pourtant un panorama presque idéal des enchaînements fatals de la spéculation libérée. Comme à la parade défilent à nouveau les toxines générales de la finance, toujours les mêmes et identiquement ordonnancées :

1. les tendances « Ponzi » de la spéculation ; 2. le laxisme de l’évaluation des risques dans la phase haussière du cycle financier ; 3. la vulnérabilité structurelle à une petite modification d’environnement et l’effet catalytique d’une défaillance locale qui précipite le retournement ; 4. la révision en catastrophe des évaluations ; 5. la contagion latérale des doutes à d’autres compartiments du marché ; 6. le choc sur les banques trop exposées ; 7. la menace d’un accident systémique, c’est-à-dire d’un effondrement global, puis d’une récession généralisée par strangulation du crédit… et l’appel au secours adressé aux banques centrales par tous ces grands fanatiques de la libre initiative privée…

1. Les tendances « Ponzi » des marchés

Nul probablement mieux que Hyman Minsky n’a mis en évidence cet enchaînement de la finance des marchés, résumé par lui sous l’appellation parlante d’« aveuglement face au désastre » (2). Or Minsky prête une particulière attention aux déboires de Charles Ponzi, spéculateur des années 1920, qui avait écrémé l’épargne de gogos alléchés par des promesses de rendements extraordinaires. Faute de tout actif réel capable de livrer les performances annoncées, Ponzi servait ses premiers clients non pas avec d’inexistants dividendes… mais avec le capital apporté par les derniers arrivés, la « soutenabilité » de l’ensemble supposant donc de maintenir impérativement un flux de nouveaux entrants !

A l’escroquerie près, c’est sur un mécanisme assez semblable que reposent toutes les bulles, qui nécessitent un afflux constant de liquidités investies pour maintenir un marché haussier et l’illusion que tout le monde y gagne. L’enrôlement spéculatif, voilà le secret de la bulle, et, bien sûr, passé l’engagement des premiers initiés, ce sont des agents de plus en plus ordinaires, donc de moins en moins avertis – mais de plus en plus nombreux – qui sont invités à former le gros des bataillons.

Pour que se prolonge, si possible ad aeternam, la croissance du marché immobilier américain, il fallait donc que des cohortes toujours plus importantes de ménages soient poussées vers le marché de l’emprunt hypothécaire. Il n’a pas été trop difficile, rêve américain de la propriété aidant, de les y convaincre au départ, et cela d’autant plus qu’échaudés par la débâcle des actions de la bulle Internet les ménages étaient à la recherche d’autres formules d’investissement. Mais le contingent des emprunteurs « sains » étant vite épuisé, et le marché devant impérativement être soutenu, les courtiers de prêts immobiliers sont allés de plus en plus loin chercher de nouvelles recrues… Pieds plats ? asthmatiques ? décalcifiés ? P4 ? Pas de problème, bons pour le service ! Et comment la guerre ne serait-elle pas fraîche et joyeuse ? Les acquéreurs entrent en rangs serrés sur le marché et les prix s’envolent.

Même si on ne peut pas rembourser, se disent uniment ménages et courtiers, on revendra la maison avec plus-value pour les uns et commission pour les autres. Et puisque, sur la foi de la croissance indéfinie du marché, tout le monde finit par être déclaré apte, les robinets du crédit sont maintenant grands ouverts, et la hausse spéculative ainsi nourrie semble donner raison à tous. Voilà comment émerge la catégorie, appelée à passer à la postérité, des « subprime mortgages », ces prêts immobiliers dont les attributaires, inconnus des établissements de crédit, sont d’une solvabilité plus que douteuse. Et puisque l’euphorie est à son comble, toutes les limites s’offrent à être franchies : en la matière, on fera difficilement mieux que les prêts dits « Ninja », pour « no income, no job or asset », soit « pas de revenu, pas d’emploi ni d’actif (à mettre en garantie) », et le champagne en prime sans doute…

2. Le laxisme dans l’évaluation des risques

Mais la finance a de la ressource, ne se dit-elle pas d’ailleurs experte en traitement des risques ? Le fait est en tout cas qu’elle ne manque pas d’inventivité. Sa botte secrète ? Les « produits dérivés ». Le problème d’un crédit, à plus forte raison quand il est risqué, c’est qu’il reste dans les livres du prêteur jusqu’à conclusion – bonne… ou mauvaise. La grande trouvaille, qui remonte au début des années 1990, consiste à « fondre » ensemble un certain nombre de crédits pour en faire une ligne de titres obligataires négociables. Le grand avantage de cette opération, adéquatement nommée « titrisation », tient au fait que les titres ainsi « manufacturés » peuvent être vendus sur les marchés par petits paquets aux divers investisseurs (institutionnels) qui voudront bien les acheter. Voilà donc les crédits douteux sortis du bilan de la banque – dont on comprend maintenant qu’elle les accorde avec d’autant plus de légèreté qu’elle sait pouvoir s’en débarrasser sitôt titrisés !

Mais pourquoi des investisseurs voudraient-ils acheter ce dont la banque désire se défaire ? D’abord parce qu’ils les prennent par plus petites quantités, et surtout parce que ces titres sont négociables, c’est-à-dire susceptibles d’être à nouveau cédés. Ensuite parce que la ligne de titres dérivée du groupe initial de crédits est en fait découpée en différentes tranches de risques homogènes. Selon son propre profil et son aversion pour le risque, chaque investisseur institutionnel piochera dans la tranche qui lui convient, sachant qu’il s’en trouvera toujours – notamment les hedge funds (fonds d’investissement spéculatifs) – pour vouloir de la tranche la plus risquée… puisqu’elle est aussi la plus rémunératrice – tant que tout va bien.

Evidemment, tous les droits (flux financiers) et risques (de défaut) attachés aux crédits initiaux sont transférés aux porteurs de ces titres dits « RMBS » (residential mortgage backed securities, soit « titres adossés à des crédits immobiliers »), mais ces porteurs sont tellement nombreux – et changeants – qu’il en résulte une formidable dispersion du risque global. Là où la banque génératrice faisait face seule au défaut (de paiement) d’un de ses prêts, non seulement elle en est maintenant totalement débarrassée, mais les conséquences en sont fragmentées entre une myriade d’investisseurs dont chacun n’assume qu’une part tout à fait minime, qui plus est diluée dans l’ensemble de son propre portefeuille.

(2. bis) Risques dilués… ou surmultipliés ?

Mais alors, dira-t-on, pourquoi s’alarmer si, avec la panacée de la titrisation, la finance a résolu la quadrature du cercle ? Et ceci d’autant plus que l’opération de titrisation va être réitérée à partir des RMBS, dont les plus vilaines tranches demandent un retraitement spécial pour être plus facilement écoulées. A partir de leurs RMBS, certains investisseurs vont ainsi émettre une nouvelle sorte de titres négociables, les CDO (collateralised debt obligations). L’émission de CDO, titres dérivés de titres, réarrange la fraction concernée du portefeuille de RMBS en différentes tranches. La tranche supérieure, dite « investment grade », soustrait ses porteurs aux premiers 20 ou 30 % de défauts sur les crédits immobiliers initiaux. Suit une tranche intermédiaire, dite « mezzanine », puis enfin une tranche basse qui, elle, prendra le choc des premières défaillances.

On nomme pudiquement cette tranche « equity », mais le langage des marchés dit les choses plus carrément : « toxic waste », soit « déchets toxiques », voilà le nom réservé à ces produits qui élèvent en quelque sorte le risque au carré puisqu’ils représentent la tranche la plus risquée (des CDO) dérivée de la tranche la plus risquée (des RMBS) tirée du portefeuille de crédits initial… Mais tant que le marché immobilier monte et que les ménages continuent de rembourser, il y aura toujours preneur, puisque, la toxicité n’étant pas encore matérialisée, ne restent que les formidables rémunérations.

Les hedge funds, qui peuvent lever des fonds à des taux plutôt bas, investissent dans des titres à haut risque – qu’on croit pouvoir revendre ad libitum tant que le marché est supposé liquide – et qui rapportent en conséquence – c’est-à-dire beaucoup. Les marges sont énormes, on prend les « déchets toxiques » pour de l’or et les golden boys font la fête. Les profits faramineux masquent les risques objectifs, que personne ne veut voir pour laisser vivre le plus longtemps possible la vache à lait, et, pendant ce temps, les courtiers immobiliers continuent de recruter à la pelle.

3. De la vulnérabilité structurelle à la défaillance qui frappe les esprits

La dispersion des risques par les opérations de titrisation empilées a fini par faire croire qu’ils n’existaient plus. C’est une illusion. D’autant plus que cette douce ivresse a logiquement induit, à la base, des comportements de plus en plus aventureux. Puisque je me défais de mes crédits même les plus mauvais, se dit le prêteur immobilier, autant y aller franchement ; et tant que le marché des dérivés est liquide, se dit à l’autre bout le fonds spéculatif, pourquoi ne pas prendre les CDO les plus défaillants puisqu’ils sont aussi les plus juteux ? Les risques sont certes dilués, mais la dilution même a poussé à la croissance totalement incontrôlée de leur volume global, et la situation, pour finir, devient de plus en plus critique.

La fragilité structurelle de l’édifice est maintenant telle qu’il devient vulnérable à des modifications d’environnement a priori insignifiantes. Les quarts de point supplémentaire de relèvement de taux d’intérêt par la Réserve fédérale semblent infimes. Sauf qu’à l’autre bout de la courbe des risques, le crédit immobilier de Mrs Brimmage est passé de 6,3 % en 2005 à 11,25 %, et ses mensualités de 414 à 691 dollars (3)… C’est plus qu’il ne lui en faut pour aller à la cessation de paiement. Comme elle, 14 % des emprunteurs « subprime » sont défaillants au premier trimestre 2007.

Pour être modestes, les hausses de taux d’intérêt de la banque centrale ont un double effet de cisaillement. D’une part, il y a moins de nouveaux entrants sur le marché immobilier et les prix commencent à baisser ; d’autre part, ceux qui y sont déjà voient leurs mensualités devenir insupportables et la « sortie » compromise. De fait, la réalisation de leur actif non seulement se solde par une moins-value pour eux-mêmes, mais accentue la pression baissière pour tout le monde.

Comme toujours dans les crises financières, un organisme spécialisé boit le bouillon et c’est sa déconfiture qui, frappant les esprits, donne le signal du grand retournement. En l’espèce, deux défaillances – aux deux extrémités de la chaîne – viennent dégriser les marchés. C’est d’abord la banque d’investissement Bear Stearns qui doit fermer deux de ses fonds « dynamiques », sans doute un peu trop, et en fait dopés aux CDO. Mais c’est aussi American Home Mortgage Investment (AHMI), courtier immobilier, qui doit carrément se mettre sous la protection du chapitre XI de la loi sur les faillites (4). Cette mésaventure-là est plus inquiétante que la précédente. Car AHMI n’est pas spécialement engagé dans le compartiment des subprime – qu’est-ce que ça doit être ailleurs ?…

4. La révision en catastrophe de l’évaluation des risques

Cette fois, un léger vent de panique s’est levé. Les déchets toxiques sentent déjà bien mauvais et l’on commence aussi à se dire que les triples ou doubles A (5) des tranches « investment grade » de CDO sont peut-être passablement frelatés. Mais comment a-t-on pu en arriver à des erreurs d’évaluation aussi monumentales ? Certes, la complexité objective de l’évaluation des produits dérivés n’y est pas pour rien. Certes, c’est par centaines que les agences de notation évaluent les tranches de CDO et de RMBS. Pour autant, elles ne sont pas que ces bonnes ouvrières ployant quelque peu sous l’ampleur de la tâche. Leur chiffre d’affaires même leur vient des institutions financières, émettrices en folie de ces titres à évaluer – 40 % des revenus 2006 de Moody’s ont été réalisés avec les évaluations de produits structurés… Or, pour qu’il y en ait de nouveaux à traiter, il est sans doute préférable que les précédents soient déclarés bien portants…

A quoi s’ajoute une démonstration supplémentaire que les agences de notation n’ont jamais vraiment su être indépendantes des engouements du marché, qu’il leur reviendrait de tempérer, alors que, de fait, elles les ont la plupart du temps aimablement accompagnés. C’est qu’il est difficile, quand on est si proche de la finance, et qu’accessoirement on vit à son crochet, de crier « casse-cou » quand tout le monde s’en met plein les poches… Catastrophiquement procycliques là où elles devraient être contraclyliques, les agences laissent faire à la hausse… et se mettent, paniquées, à réviser dès que le retournement s’amorce, contribuant ainsi à le changer en effondrement.

Et la crise n’en est probablement qu’à ses commencements. C’est que les défaillances immobilières à venir des ménages s’accumulent silencieusement dans l’antichambre des teasing rates, ces taux d’appel très attrayants à l’aide desquels les courtiers appâtent les chalands selon la règle dite des « 2 + 28 » – les deux premières années au taux sympathique, les vingt-huit suivantes au taux plein qui fait mal. On n’a donc pas encore vu débouler la promotion 2006, et à peine celle de 2005, celles du plus fort de la bulle immobilière, et qui vont sans doute faire des étincelles. Tout comme les admirables fonds spéculatifs gavés de leurs produits dérivés.

Et comme la mondialisation mondialise la finance, et avec elle la bêtise financière, rien de tout cela ne se limite aux frontières américaines. Certes, c’est bien là-bas que le marché hypothécaire délire, mais la titrisation dérivée s’offre magnifiquement à tous les fonds spéculatifs de la planète ! Les Allemands, longtemps réputés ternes et ennuyeux, accrochés à leurs banques de détail grisâtres, ont, au tournant du siècle, décidé de devenir « modernes », et de s’orienter plus franchement vers les activités de marché. Résultat des courses : après le grand frisson de 1998 (risque russe), les raclées de l’Internet (2001), voici qu’une banque, IKB, se trouve au bord de la faillite pour cause de surexposition aux subprime

5. Contagion de la suspicion

Tout s’enchaîne maintenant d’un bout à l’autre du globe et des marchés. Le fragile équilibre des produits dérivés résistait tant que… personne ne le sollicitait, c’est-à-dire tant que tout le monde feignait de croire liquide le marché où ils s’échangent. Mais sitôt qu’un des acteurs souffre exagérément et commence à vouloir se dégager en vendant ses CDO, la crainte latente se cristallise et tous les acheteurs disparaissent. La liquidité évaporée, les actifs, formellement négociables, cessent pratiquement de l’être, et deviennent même inévaluables puisque leurs prix peuvent virtuellement tomber à zéro.

Hilarant – avant qu’on en pleure –, le communiqué de BNP Paribas qui, le 9 août, ferme trois de ses fonds – « dynamiques » eux aussi : « La disparition sur certains segments du marché de la titrisation aux Etats-Unis conduit à une absence de prix de référence et à une illiquidité quasi totale des actifs , quelle que soit leur qualité ou leur rating (6). » Ce qui n’avait pas empêché un instant M. Baudoin Prot, patron de la banque, d’affirmer catégoriquement une semaine auparavant que la liquidité des trois fonds était assurée. C’est dire surtout que l’inquiétude dépasse largement le périmètre des produits les plus risqués et contamine les tranches réputées les plus sûres.

Or la contagion ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Non seulement elle gagne toutes les classes de risque dans le compartiment des RMBS et dérivés, mais elle s’étend à d’autres compartiments de marché, qui n’ont rien à voir avec celui-là. Sauf de s’être adonnés, eux aussi, à l’orgie de crédits indiscriminés. C’est tout particulièrement le cas du secteur de la private equity, ces fonds d’investissement, vedettes de la finance de ces dernières années, qui rachètent intégralement des entreprises jugées prometteuses, les font sortir de la Bourse, les restructurent au knout pour les revendre deux à quatre années plus tard avec force plus-values.

Or ces fonds n’engagent que très peu de leurs capitaux propres et « carburent » massivement à la dette – dont ils font d’ailleurs payer le service par l’entreprise rachetée ! Les bénéfices qui en résultent sont tout simplement exceptionnels. Ceux-ci ont atteint de tels niveaux que les banques se sont littéralement précipitées pour financer ces opérations. Dans un état de quasi-mystification et persuadées qu’à tous les coups on gagne, elles ont consenti à ces fonds des conditions d’emprunt proprement ahurissantes. Ainsi celles des prêts dits « covenant-lite », c’est-à-dire allégés de toutes les clauses respectant les ratios financiers élémentaires, auxquelles sont normalement soumis les emprunteurs – « faites n’importe quoi, nous vous suivons ! »…

Mieux encore, les prêts dits « PIK » (payment in kind), ou encore « IOU » (I owe you), dont les intérêts et le principal sont remboursés non pas en cash, mais en supplément de dette ajouté à la dette initiale ! Les encours de crédit dirigés vers les fonds de private equity ont ainsi atteint des volumes faramineux. Or les opérations de ce type sont particulièrement vulnérables au moment de leur « débouclage » puisqu’il s’agit de revendre des actifs notoirement « illiquides » : non pas des blocs d’actions mais des entreprises tout entières ! Que vienne le premier accident de débouclage – revente impossible, différée, ou avec moins-value – et tout le secteur de la private equity connaîtra à son tour son moment de stupéfaction.

Des opérations de levée de fonds récemment lancées s’achèvent plutôt laborieusement, par rapport à l’aisance triomphante des mois précédents. C’est que les banques, de complices laxistes, deviennent soudainement réticentes. Car, par un effet d’amalgame typique des crises financières, la soudaine révélation des risques dans un secteur suscite des interrogations dans d’autres où l’euphorie a, à peu près, autant dégénéré. De même que les déboires du Mexique en 1994 avaient induit le doute sur la Thaïlande – pourtant pas la porte à côté ! – par pur effet d’amalgame avec la catégorie « marchés émergents », de même ici l’immobilier produit des effets sur la private equity, qui n’a rien à voir avec lui… sinon qu’il s’y est commis des excès à peu près aussi pendables.

6. Choc sur les banques

Si elles ont réussi dans l’ensemble à se défaire de leurs portefeuilles de crédits immobiliers par le jeu de la titrisation, les banques encaissent tout de même le retour de manivelle, et par de multiples voies. D’abord, elles ont laissé leurs fonds de gestion se charger des produits dérivés, et le risque hypothécaire, chassé par la porte, est revenu par la fenêtre. Mais c’est aussi la contagion latérale qui les menace, et notamment via la private equity, où elles sont, là, directement exposées.

Or la régulation prudentielle du secteur bancaire ne plaisante pas : les banques sont priées de maintenir soigneusement des ratios dits « de solvabilité » entre leurs capitaux propres et leurs engagements. Si des moins-values, même latentes, se manifestent – et les voici qui s’annoncent d’autant plus fortes que les agences de notation sont en train de se réveiller et de revoir toutes les évaluations à la baisse –, les banques doivent passer dans leurs comptes les provisions correspondantes, et, pour maintenir leurs ratios, il leur faudra réduire le dénominateur (les crédits accordés) en proportion de la contraction du numérateur (les capitaux propres entamés par les provisions).

Au total, et comme toujours, ce sont les agents de l’économie réelle, entreprises et salariés, éloignés de toutes les turpitudes de la spéculation, qui se retrouveront face à des robinets à crédit fermés sans même comprendre ce qu’ils ont pu faire pour mériter ça. Car, pour restaurer les bilans des banques, la contraction du crédit sera générale, tous emprunteurs confondus.

7. Les banques centrales sont appelées à la rescousse

Ils ont maintenant fière allure les héros de la finance. Modernes et arrogants quand les marchés étaient haussiers, les voilà, tel le juge de Brassens face au gorille, « criant maman, pleurant beaucoup », et se jetant dans le giron de la « mamma étatique » qu’ils vomissent quand la fortune leur fait lâcher toutes les vannes de la régurgitation idéologique. Certes, la banque centrale, priée de venir les tirer de la déconfiture en baissant ses taux pour restaurer la liquidité générale, n’est pas l’Etat lui-même, mais elle est le pôle public, le « hors-marché », abhorré quand les profits coulent à flots, supplié quand il fait mauvais temps.

Jim Cramer, qui tient sur la chaîne boursière CNBC une émission de conseil financier tout en hurlements et en chemisette à manches courtes, sur fond de hard rock saturé, de buzzers et de bulls (7) en surimpression, pique une crise de nerfs (8), vitupérant M. Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, aux cris de « cut ! cut ! (9) ». Et comme M. Bernanke semble prendre son temps, M. Cramer lui décoche l’insulte suprême : il ne comprend rien, car c’est un « universitaire » (academic) (10)…

Mieux habillés et moins ostensiblement vulgaires, les autres gestionnaires de fonds interrogés sur la même chaîne sont tout à fait d’accord. Ah ! que de regrets pour M. Alan Greenspan, qui « coupait » les taux sans rechigner. Un vrai praticien, lui, pas encombré d’inutiles études, et à qui il suffisait de tâter le cul de la bête pour savoir qu’il fallait lâcher du lest.

Les moins dingues commencent pourtant à se dire que cette longue tolérance monétaire aux excès de la finance n’a pas été complètement étrangère à la formation et à l’accumulation des risques qui crèvent aujourd’hui telles des bulles. Quant à M. Bernanke, il semble pour l’heure plutôt d’avis de laisser les opérateurs les plus imprudents supporter les conséquences de leur inconséquence. Mais il ne faut pas s’y tromper. Cette position du banquier central n’est tenable que si les défaillances demeurent localisées. Qu’elles « coagulent » et précipitent un « risque de système » – c’est-à-dire, par effet domino, d’effondrement général –, et il n’aura pas d’autre choix que d’intervenir, et massivement.

C’est bien là d’ailleurs le plus insupportable dans les méfaits de la finance, toujours encouragée à aller trop loin, c’est-à-dire au-delà du seuil où les autorités ne peuvent plus se désintéresser de ses infortunes et doivent plonger pour lui sauver la mise – la parfaite prise d’otages.

Frédéric Lordon.

Frédéric Lordon

Economiste, auteur de Et la vertu sauvera le monde… Après la débâcle financière, le salut par l’« éthique » ?, Raisons d’agir, 2003.

(1) Pierre-Antoine Delhommais, Le Monde, 9 août 2007.

(2) Hyman P. Minsky, Stabilizing an Unstable Economy, Yale University Press, New Haven, 1986.

(3) Gretchen Morgenson, « Mortgage maze may increase foreclosures », The New York Times, 6 août 2007.

(4) Cette disposition permet aux entreprises de ne pas sombrer en les protégeant de créanciers trop impatients (moratoire des dettes sociales). Elle délie aussi l’employeur de ses engagements et permet de renégocier les accords salariaux.

(5) La notation financière désigne par AAA et AA les titres les plus sûrs.

(6) Communiqué BNP Paribas, 9 août 2007.

(7) Le taureau (bull) est l’animal représentatif de la hausse boursière.

(8) CNBC, 3 août 2007 ; www.youtube.com/watc h ?v=GKZgfrsItmw

(9) C’est-à-dire « baisse ! baisse ! » (les taux d’intérêt).

(10) M. Ben Bernanke a un long passé d’économiste universitaire.

Nos précédents articles

- Enfin une mesure contre la démesure de la finance, le SLAM !, par Frédéric Lordon (février 2007).
- 
Une économie d’apprentis sorciers, par Gabriel Kolko (octobre 2006).
- 
A crise du marché, remèdes de marché…, par Serge Halimi (septembre 2002).
- 
Les institutions financières sous le feu de la critique, par Bernard Cassen (septembre 2000).
- 
Du blanchiment aux crises, par Guilhem Fabre (avril 2000).
- 
Demain, le krach, par Ignacio Ramonet, (mars 1999).
- 
Libre-échange, la dernière Bastille, par Bernard Cassen (janvier 1999).
- 
Finance et silence, par Noam Chomsky (décembre 1998).
- 
Tempête sur les économies d’Amérique latine, par Carlos Gabetta (novembre 1998).
- 
Le système bancaire dans la tourmente, par Ibrahim Warde (novembre 1998).

Mars 2008

rubon1847 dans LE NOUVEL ORDRE MONDIAL

1987, 1997, 2000, 2007

Crises financières, n’en tirer aucune leçon…

 

 

Ailleurs, on aurait jugé la décision « populiste ». Mais c’est bien à Londres, fief de la City et poumon financier de l’Europe, que le gouvernement de M. Gordon Brown a décidé de nationaliser une grande banque en difficulté, la Northern Rock. Certes, il ne s’agirait que d’un « transfert temporaire de propriété au secteur public ». Reste que c’est bien dans la patrie de Mme Margaret Thatcher que l’Etat intervient. Ses missions : éponger les dettes, après avoir déjà garanti les dépôts sur fonds publics, soit un engagement de 55 milliards de livres (72 milliards d’euros) ; puis chasser les mauvais payeurs – ceux qui se sont inconsidérément endettés. Une fois le nettoyage réalisé, la banque doit retourner au privé, selon un vieux principe : nationalisation des pertes et privatisation des bénéfices. L’Allemagne a volé au secours de la IKB Deutsche Industriebank. Aux Etats-Unis, Citigroup et Merrill Lynch ont dû faire appel à des fonds souverains d’Asie et du Proche-Orient. Ces bourrasques financières ne sont pas inédites. Prévisibles, elles s’inscrivent dans un mouvement de déréglementation qui, en France, a démarré il y a tout juste vingt-cinq ans.

Par Frédéric Lordon

Au moment où des nouvelles ordinairement tenues pour bonnes sont instantanément perçues comme mauvaises, la gravité de la crise est avérée. La Réserve fédérale américaine (Fed) baisse plusieurs fois ses taux ? Cela n’est jamais assez. Elle annonce, le 12 décembre dernier, de concert avec les autres grandes banques centrales, un élargissement inouï de ses procédures de refinancement (1) ? C’est que la situation est pire qu’on ne l’imaginait. Le 17 janvier, son président, M. Ben Bernanke, plaide – fait sans précédent – pour un accroissement de la relance budgétaire ? C’est donc que la Fed, ayant épuisé ses marges de manœuvre, demande le relais de l’Etat.

Et, comme si ce n’était que le premier acte d’une comédie un peu lourdement orchestrée, voilà que M. George W. Bush annonce dès le lendemain un paquet de mesures de relance presque exactement ajusté aux « suggestions » du banquier central – si ces deux-là en sont à coordonner ce genre de sketch, c’est que l’heure est grave… Un tel enraiement des recettes classiques de la politique économique est le signe le plus spectaculaire, et le plus inquiétant, de la profondeur du désarroi de la finance, qui n’est plus qu’un bloc d’inquiétude et ne répond plus, ou de manière erratique, aux guidages de la politique monétaire.

La chronique quotidienne des mouvements boursiers, autrement vouée à demeurer incompréhensible, ou bien dissoute dans le chaos des nouvelles crachées à jet continu par les agences d’information financière, ne prend sens que réinscrite dans le moyen terme, lequel donne à la présente crise son profil caractéristique, en particulier son étirement temporel. Les amis du système, pressés de certifier l’innocuité d’un événement tenu pour négligeable et d’annoncer le retour à l’ordre dès l’été, vont sans doute être déçus : leurs écrits restent… et la crise aussi.

Elle a de bonnes raisons. Car, pour imaginer l’épisode résorbé avec la facilité d’une anodine anomalie de marché, il fallait être parfaitement oublieux de son origine : l’enrôlement délirant de cohortes de ménages insolvables dans la forme la plus lourde de la dette, l’emprunt hypothécaire. Par un retournement qui a tout d’une justice immanente, la clause du reset (2), qui a d’abord fait merveille pour recruter massivement les clients et propulser les prix de l’immobilier vers les sommets – et avec eux les gains spéculatifs sur les dérivés –, est désormais devenue la malédiction de la finance. Et elle qui aime tant vivre dans l’instantanéité se trouve contrainte de composer avec un « arriéré » de ménages endettés dont on ne se débarrasse pas comme on solde une position exposée. Le pic des resets, c’est-à-dire de ces relèvements de taux d’intérêt qui jettent les ménages dans le défaut de paiement, devrait être atteint en mars-avril 2008.

En supposant – hypothèse favorable – que les recrutements des candidats au crédit ont cessé début 2007, il faudra donc attendre début 2009 pour avoir fini d’écluser la masse des faillis potentiels, dont le sort n’aurait strictement rien d’intéressant pour la finance si leurs vulgaires déconfitures n’étaient également à l’origine de l’effondrement des produits spéculatifs dérivés de leurs crédits immobiliers – les pauvres ne savent décidément pas être à la hauteur de la créativité des riches. Voilà donc que la finance, qui n’aime rien tant que la liquidité des flux, redécouvre l’inertie des stocks : tous ces gens, qu’elle a traités comme de la chair à canon hypothécaire, ne sont plus maintenant que des choses encombrantes.

Pendant ce temps, le délabrement général s’étend. Il touche une catégorie d’acteurs dont nul n’avait entendu parler jusqu’ici : les monolines, ces institutions spécialisées qui assurent les détenteurs de portefeuilles d’obligations (en général des fonds ou des banques). Alors qu’ils étaient d’abord paisiblement occupés à couvrir les risques plan-plan d’obligations municipales aux Etats-Unis (3), la fièvre leur est venue comme à tout le monde, et ils ont été logiquement tentés d’assurer des produits tellement plus séduisants, dont le volume en explosion garantissait un juteux chiffre d’affaires et que tout le monde se plaisait à considérer comme aussi peu risqués que les meilleures obligations : les dérivés de subprime, bien sûr !

Qui s’étonnera de la suite ? Les deux plus importants monolines, MBIA et Ambac, sont en quasi-faillite ; banques et fonds sont conviés à leur recapitalisation d’urgence – enfin ceux qui le peuvent. L’affaire n’est pas qu’anecdotique car la dégradation de la notation des monolines a pour conséquence réglementaire d’obliger à une révision similaire de la notation de tous les titres qu’ils assuraient… et dont la valeur telle qu’elle est inscrite dans les bilans de leurs clients – les banques faisaient assurer ainsi leurs colossaux volumes de produits dérivés – devra par conséquent être revue à la baisse.

A ce compte-là, la sortie de crise est d’autant moins à l’ordre du jour que la dynamique de l’effondrement financier a, entre-temps, commencé de diffuser ses effets les plus toxiques. La détérioration des bilans des banques, à la suite des pertes sur les dérivés de subprime, les tensions persistantes sur la liquidité interbancaire, en raison de l’extrême incertitude qui les fait toutes se regarder mutuellement comme de potentielles pestiférées, conduisent fatalement à une contraction du crédit dont l’économie productive, aussi distante fût-elle des jongleries spéculatives, aura à pâtir. Par une résistance à l’aveu comparable à celle des intellectuels organiques du libéralisme, les institutions financières auront mis plus de six mois avant de se rendre à l’idée d’un ralentissement prochain de la croissance, et peut-être d’une récession.

Or l’installation dans les esprits de l’idée de la récession change beaucoup de choses, notamment dans l’extension du domaine financier promis à la déstabilisation. Les secousses plus violentes des marchés d’action, début 2008, en témoignent. Ce n’est pas que ceux-ci aient été d’une forme olympique depuis huit mois. Mais les baisses ont d’abord été limitées aux valeurs bancaires – il est vrai en première ligne… Puis sensiblement plus fortes, à partir de septembre, dans les périodes où l’assèchement du marché monétaire et l’impossibilité d’y lever des fonds ont contraint de nombreuses institutions à des ventes de détresse d’une partie de leurs portefeuilles d’actions pour se procurer en urgence de la liquidité. Au moment où la perspective du ralentissement se précise, prend corps avec elle une interrogation générale sur l’activité, et la profitabilité, de tous les secteurs.

Cette entrée probable des marchés d’actions dans un cycle baissier promet quelques rudes effets collatéraux. En particulier dans le secteur aussi discret que sensible de la private equity, cette forme de capitalisme actionnarial où les entreprises jugées prometteuses sont entièrement rachetées, sorties de la Bourse, restructurées au yatagan, avec vocation, au terme de deux ou trois ans, à être grassement revendues, le plus souvent par réintroduction en Bourse (4). Mais, si cette dernière se montre mollassonne, il faudra oublier les réintroductions en fanfare à des cours étincelants. Aussi le « débouclage » de nombre d’opérations de private equity s’annonce-t-il particulièrement délicat, soit que les plus-values ne soient pas au rendez-vous, soit qu’il faille aux repreneurs différer leur « sortie » et porter la dette bien plus longtemps qu’ils ne l’avaient prévu. Car ces opérations ont été financées par des montants de crédits faramineux, alloués parfois dans des conditions aussi scabreuses que les subprime… et les banques voient venir le moment où de bonnes tranches de leurs en-cours private equity vont tomber à leur tour dans la catégorie « mauvaises créances » – avec toutes les dépréciations qui s’ensuivent.

Baisse directe de la valeur de leurs portefeuilles d’actions, ralentissement de leurs activités d’origination (5) et de fusions-acquisitions, menace sur les crédits de private equity (et sur bien d’autres également : crédits à la consommation, cartes de crédit…), réduction des profits de trading dans des marchés baissiers : tout, dans le ralentissement économique, concourt à entamer la situation financière des banques et à diminuer leur inclination à prêter. Dans le monde merveilleux de la finance, la crise nourrit la crise…

Tout cela n’est pas tombé du ciel. Contre tous ceux qui, à l’image de M. Daniel Bouton, président de la Société générale, pensent s’acquitter de ces événements avec la thèse du « fâcheux accident de parcours », disponible pour être déclinée à toutes les échelles, depuis le trader indélicat – « terroriste », selon le mot de M. Bouton – jusqu’au « manque de chance » sur les subprime, il faut rappeler combien ces événements sont l’expression des logiques pures de la finance de marché.

Qui pourrait s’étonner que les agents de la finance courent après toutes les occasions de goinfrerie ; qu’au besoin ils en inventent moyennant des « innovations » qui leur font croire un temps s’être libérés du risque ; qu’ils se précipitent sur toute dynamique haussière et qu’ils la transforment aussitôt en bulle ; qu’à peine capables de surveiller leur risque individuel ils ne se sentent concernés en rien par le risque global ? Qui pourrait s’étonner que tout cela finisse régulièrement en catastrophe, et surtout qui pourrait s’en étonner alors que c’était le but même de la déréglementation financière que d’abolir toute entrave à l’action des investisseurs et de ramener sans la moindre restriction à la forme du profit la plus addictive et au plus fort pouvoir de sidération : la rentabilité financière ?

La Société générale singe Goldman Sachs

Monsieur Bouton est particulièrement mal placé pour plaider « un accident hors norme et tout à fait regrettable (6)  », lui qui préside une Société générale en laquelle on pourrait voir un parfait raccourci de vingt-cinq ans de glissements progressifs vers le délire. Car la Générale, de tradition banque de détail d’un classicisme qui porte modérément au récit épique, avec ses agences, ses guichets et ses cadres moyens, plutôt faible dans la banque d’affaires, est tardivement mordue par la tarentule de la mondialisation, rêve de sophistication et d’écrans scintillants, singe la prestigieuse Goldman Sachs, apprend l’anglais, installe ses boys à Londres et enfin respire le grand air des marchés de capitaux – autre chose que de renouveler le crédit du chaudronnier de Romorantin. C’est pourquoi, lorsque M. Bouton se défend dans Le Figaro que « le modèle de la Société générale n’a absolument pas été atteint ni été contesté (7) », il faut entendre l’exact contraire : le modèle, qui n’est d’ailleurs pas que celui de la Société générale, mais est bien le sien en particulier, vient d’en prendre une belle, et sous la ligne de flottaison. La fascination pour les marchés, qui lui aura beaucoup rapporté, s’apprête à beaucoup lui coûter. Aussi, un peu plus visible que les autres, comme toujours les tard-venus, la Société générale illustre à merveille cette fantastique distorsion de l’univers bancaire en direction des marchés qui aura été l’effet magnétique de la déréglementation.

Toutes les dénégations du monde n’empêcheront pas que la crise présente apparaisse pour ce qu’elle est : une expérience en vraie grandeur, la démonstration de la malfaisance intrinsèque de marchés, et d’opérateurs de marché, hors de tout contrôle. Mais cette expérience n’est pas la première du genre, et il semble qu’aucune conclusion n’en soit jamais tirée.

Le krach Internet de 2000 (8) ne nous avait-il pas déjà joué les scènes grandiloquentes de l’indélicatesse et de la fraude, de l’appel solennel à la transparence, à la régulation et à la réintégration des hors-bilans ? « Plus jamais ça », jure à chaque fois la finance en repartant pour un tour. Mais ses serments d’ivrogne, et l’idée pénible entre toutes qu’elle s’enrichit fabuleusement et solitairement pendant la hausse, puis met toute l’économie en péril à l’éclatement de ses impérities, et pour finir contraint les pouvoirs publics à lui sauver la mise là où on laisserait tomber n’importe quel failli ordinaire, donnent furieusement envie de fracasser le manège, seule solution semble-t-il pour que ce soit vraiment le « dernier tour ».

Un bilan un peu plus analytique des « accomplissements » de la finance déréglementée, où les nuisances causées l’emportent si visiblement sur les services rendus, devrait au moins convaincre de l’urgence d’en briser quelques engrenages. Contrairement à ce qu’on dit, les idées ne manquent pas sur le sujet. La taxe Tobin en était une, prématurément tombée dans l’oubli. Dans son registre propre, le SLAM (9) comme projet de limiter la rentabilité actionnariale autorisée et de supprimer ainsi les incitations à intensifier indéfiniment l’exploitation des salariés, en est une autre. Le schéma d’une politique monétaire dédoublée, pour financer à des taux d’intérêt différenciés économie productive et économie spéculative, une troisième (10). A l’image de ce que fit le Glass-Steagall Act aux Etats-Unis à la suite de l’effondrement des années 1930 (11), pourquoi ne pas envisager d’établir une séparation hermétique entre banques commerciales et banques de marché ? La communauté d’inspiration avec la mesure précédente est assez évidente, à ceci près que le principe de la cloison étanche a pour propriété supplémentaire d’atténuer sensiblement la transmission des désastres financiers à l’économie réelle, via le canal du crédit.

Vos salaires baissent ? Endettez-vous !

Qui voudrait prendre un peu plus de profondeur de champ encore pourrait alors apercevoir que, s’il s’avère que l’économie française souffrira moins que d’autres de la crise des subprime, comme on l’entend parfois, c’est surtout parce qu’elle est allée moins loin que d’autres dans la déréglementation généralisée… où nous poussent cependant avec entrain les « réformateurs », libéraux et socialistes confondus ! Le plus remarquable tient sans doute à leur constance dans l’ardeur depuis maintenant vingt-cinq ans qu’ils ont lancé la « grande transformation » – et qu’elle n’a pas cessé de montrer ses nuisances. On objectera qu’elle ne nuit pas à tout le monde. Sans doute. Mais, curiosité persistante même à vingt-cinq ans de distance, elle nuit incontestablement à tous ceux que le parti socialiste était supposé défendre. Car, verdict terrible de l’arithmétique : 2008 – 25 = 1983, c’était « eux ». Pour être exact, il faudrait compter un peu plus largement : 1983-1986 – et l’on n’en revient pas du peu de temps qu’il faut pour changer le visage de la société française. 1983 : le tournant de politique économique, mais surtout le grand déverrouillage idéologique (lire « Et la droite française devint libérale »).

1984, année chargée : d’abord le commandement du premier ministre socialiste Laurent Fabius aux entreprises publiques de n’avoir plus pour objectif que le profit, proclamant ainsi l’inanité de leur statut de nationalisées et préparant de fait les privatisations ; ensuite le sommet européen de Fontainebleau, antichambre de l’Acte unique et du « Grand Marché », c’est-à-dire de la « concurrence-libre-et-non-faussée ». 1986 : la déréglementation financière. C’est beaucoup pour si peu d’années.

Sans doute la société française n’a-t-elle pas cessé de manifester depuis une rétivité de mauvais aloi au plein déploiement du brillant destin qu’on lui a fabriqué alors. A sa décharge, il faut bien reconnaître que le destin en question a l’inconvénient de laisser échapper à intervalles réguliers qu’il a tout de la calamité, « démonstrations » auxquelles les crises financières apportent un incontestable concours. Sous ce rapport d’ailleurs, la présente crise rencontre une conjoncture générale de la plus inopportune des façons et fait voir sous un jour nouveau la cohérence, mais dans la nocivité, du « modèle complet » qu’on voudrait nous faire épouser.

Parce qu’elle met une pression permanente et sans cesse croissante sur les prix, donc sur les coûts, et in fine sur le coût salarial, la concurrence instaure en effet un régime « prix-salaires » dans lequel toute discussion sur le pouvoir d’achat est immédiatement renvoyée à la seule question des prix – lorsque le salarié revendique, on répond au consommateur… Mais la baisse des prix qu’on sert à ce dernier est cela même qui fait baisser le salaire nominal du premier ! Les salariés jetés à la rue par un plan de délocalisation n’ont pas d’autre ressource que d’aller faire leurs courses au hard discount, qui est l’extrémité la plus féroce de la chaîne concurrentielle, et activent précisément tous les mécanismes qui viennent de faire leur infortune. Les salariés, à leur corps défendant, donnent ainsi « raison » à l’enchaînement même qui les maltraite, et contribuent, faute de toute autre solution, à le reconduire (12). De ce bouclage remarquablement pervers résulte un régime de basse pression permanente du pouvoir d’achat, qui déprime à sa suite la consommation et la demande globale.

Mais le modèle libéral se flatte d’apporter lui-même les solutions à ses propres problèmes. Car la parade au défaut de consommation intrinsèque du régime « prix-salaires » concurrentiel s’impose comme une évidence : l’endettement ! Si le pouvoir d’achat des ménages stagne ou régresse, mais que le capital réclame malgré tout des débouchés intérieurs, quoi de plus logique que d’étendre par le crédit la capacité de dépense des salariés au-delà de leur revenu ? On ne s’étonnera pas qu’aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, qui ont quelques longueurs « d’avance » sur cette pente, le taux d’endettement des ménages par rapport à leur revenu disponible soit respectivement de 120 % et 140 %…

Le président Nicolas Sarkozy se flatte qu’il n’en soit pas ainsi en France. Mais tout ce qu’il fait y mène, ou plutôt y conduit encore plus vite, car ce taux, de 68 % en 2006, explose littéralement depuis dix ans… date d’installation dans un régime de « mondialisation franche », qui trouve ici un de ses symptômes les plus caractéristiques. Voilà pourquoi les économies anglo-saxonnes sont appelées à souffrir plus que les autres : le crédit à la consommation y est une indispensable soupape, et celle-ci s’apprête à être brutalement fermée. Et voilà pourquoi l’économie française est appelée à les rejoindre bientôt, grâce notamment aux efforts méritoires de la commission Attali, qui, sans doute mue par un esprit scientifique, se propose de franchir quelques crans dans la déréglementation concurrentielle pour être tout à fait certaine que les mêmes causes entraînent bien les mêmes effets (13)…

C’est cependant dans l’implication financière massive du salariat que la cohérence libérale atteint des degrés insoupçonnés de raffinement. Versant symétrique de l’aliénation par la dette, c’est cette fois l’épargne qui en est l’opérateur. La déconfiture des institutions financières ne parvient pas exactement à nous tirer des larmes… jusqu’au moment où on s’interroge sur l’origine des fonds perdus par elles. Or c’est bien, pour une part, avec l’épargne des salariés que ces institutions jouent et perdent. Le cas français, ici aussi, continue de faire relativement exception puisque la plupart des salariés n’ont guère les moyens d’aller au-delà de l’épargne sur livret, et que seuls les plus fortunés accèdent aux placements de marché – moyennant quoi d’ailleurs les accidents spéculatifs, pénalisant surtout les seconds, ont d’inattendues propriétés de réduction des inégalités. Heureusement, là encore l’exemple nous est montré par les économies anglo-saxonnes, qui ont eu l’intéressante idée de passer à la trappe les systèmes de retraite par répartition pour capter d’énormes masses d’épargne salariale propulsées sur les marchés via les fonds de pension. Charme particulier de l’« universalité financière » : ce sont tous les salariés qui dégustent quand les marchés plongent. M. Sarkozy n’en est pas encore aux fonds de pension – en tout cas en actes… –, mais l’idée des « stock-options pour tout le monde » est bien du même métal. Trouver un succédané au salaire direct – dont on a bien compris maintenant que son augmentation n’est plus à l’ordre du jour – est déjà en soi une manœuvre frauduleuse, mais l’accomplir en exposant directement les salariés aux instabilités de la finance, et en tentant de les rendre solidaires de ce qui, majoritairement, les asservit, c’est beaucoup, un peu trop même.

Pris dans l’étau de la concurrence, qui ne fait diminuer les prix qu’à condition de réduire leurs salaires, dans la servitude de l’endettement, devenu aussi indispensable que le revenu pour vivre, les salariés ont, pour couronner le tout, la chance d’être tyrannisés à leurs frais, puisque l’épargne qu’instrumentalise la finance actionnariale, celle qui réclame du rendement à n’en plus finir, c’est bien la leur ! Et la perversité confine à l’esthétique quand, d’une part, tous les accidents de la finance sont voués à leur retomber dessus, car ce sont eux qui paieront les pertes de croissance, et que, suprême finale, il devient interdit de toucher quoi que ce soit aux structures financières au motif – bien fondé, c’est ça le pire ! – que ce serait attenter à leurs pensions. Dans ce piège parfait, s’en prendre à la rentabilité financière, n’est-ce pas s’attaquer à la retraite des vieux ?

Soyons justes : il n’y a pas que des ânes ou des singes savants du côté du libéralisme, répétant en boucle les articles de foi du gospel des marchés. Comme souvent, les plus efficaces de ses soutiens ne sont pas forcément les plus visibles. Ceux-là laissent à l’enthousiasme un peu benêt des économistes de service le soin d’opérer la transfiguration en « science naturelle des marchés », réputée n’avoir affaire qu’à des « offres » et des « demandes », et donc supposée pure de toute idéologie ou de toute politique, d’un processus de transformation du capitalisme qui n’est qu’idéologie et politique ! Ce cynisme lucide – et agissant –, qui fait intensément de la politique là où l’économisme s’entête dans la dénégation et répète que les marchés ne sont l’affaire que de la neutre « administration des choses », a, lui, parfaitement compris qu’il y avait une économie politique de la financiarisation. Mouiller le salariat dans la finance en est la stratégie, et elle est redoutable. Comment mieux sanctuariser les marchés de capitaux qu’en rendant les salariés solidaires de leurs « bienfaits » ? Reconstruire ses intérêts au travers de la finance, n’est-ce pas reconstruire le salariat comme soutien objectif de la financiarisation ?

Bien sûr, cette « solidarité » est celle du cheval et de l’alouette dans le pâté du même nom : quelques miettes de participation financière contre une servitude désormais acquise pour l’éternité (14). Et puis, la servitude actionnariale procède de mécanismes abstraits, lointains, et qui savent se faire oublier, alors que les miettes, même miettes, pèsent d’un poids concret qui peut suffire à faire croire que « toucher à la finance », c’est « toucher aux intérêts des salariés »…

On comprend que certains, comme M. Denis Kessler, qu’on rangerait plutôt dans la catégorie des cyniques que dans celle des ahuris, rêvent tout haut que le piège, encore incomplet en France, puisque y font toujours défaut les fonds de pension, sa composante la plus vicieuse, soit achevé au plus vite. On comprend moins bien que la candidate socialiste à l’élection de 2007, sans doute confortée par le très honorable bilan de la gauche en matière de financiarisation, ait pu proposer d’y œuvrer par une extension de l’actionnariat salarié et de la retraite capitalisée à partir du Fonds de réserve pour les retraites (15). Et l’on ne voit pas qu’il y ait eu depuis la moindre prise de conscience en cette matière au Parti socialiste. Il est vrai que nous « fêtons » leurs vingt-cinq ans de belle continuité…

Frédéric Lordon.

(1) Par lesquelles elle fournit les banques privées en liquidités.

(2) Un taux d’appel avantageux est accordé pendant les deux premières années, avant un relèvement au « taux plein » pendant les très nombreuses années qui suivent…

(3) Où les collectivités locales ont la possibilité de se financer en émettant des titres sur les marchés.

(4) Lire « Comment la finance a tué Moulinex », Le Monde diplomatique, mars 2004.

(5) Emissions de titres (actions, obligations…) pour le compte de leurs clients.

(6) « Message à nos clients », publicité de la Société générale parue dans Les Echos, Paris, 4 février 2008.

(7) Le Figaro, Paris, 25 janvier 2008.

(8) A Paris, l’indice CAC 40 est passé de 6 922 points le 4 septembre 2000 à 2 403 points le 12 mars 2003, soit une chute de 65 % en deux ans et demi. Le 6 février 2008, l’indice CAC 40 se situait aux alentours de 4 800 points.

(9) Shareholder Limited Authorized Margin (SLAM), ou marge actionnariale limite autorisée. Lire « Enfin une mesure contre la démesure de la finance, le SLAM ! », Le Monde diplomatique, février 2007.

(10) Voir sur notre site « Comment protéger l’économie réelle », septembre 2007.

(11) Aboli par M. William Clinton en 1998…

(12) Lire Serge Halimi, « Wal-Mart à l’assaut du monde », Le Monde diplomatique, janvier 2006.

(13) La commission pour la libération de la croissance française, présidée par M. Jacques Attali, installée par le président de la République le 30 août 2007, préconise de déréglementer les professions protégées et de favoriser l’épargne-retraite individuelle ou collective.

(14) Lire Antoine Rémond, « L’épargne salariale ou comment flexibiliser les salaires », Le Monde diplomatique, juin 2006.

(15) Mis en place par M. Lionel Jospin en 1999, le Fonds de réserve pour les retraites (FRR) fonctionne de fait comme un fonds de pension.

Frédéric Lordon

Economiste, auteur de Et la vertu sauvera le monde… Après la débâcle financière, le salut par l’« éthique » ?, Raisons d’agir, 2003.

La valise diplomatique

 

mercredi 8 août 2007

Spéculation internationale : l’heure de vérité ?

 

 

Les crises économiques se succèdent, presque toujours nourries par des engouements spéculatifs. La déréglementation financière lancée au cours des années 1980 ainsi que la fin des parités fixes de change ont déjà provoqué le scandale des « junk bonds » (affaire Michael Milken (1)), le krach de Wall Street en octobre 1987, la (longue) agonie des caisses d’épargne américaines, la crise du système monétaire européen de 1993, la débâcle russe ainsi que celle de nombreux Etats d’Asie du Sud-Est et d’Amérique latine (1997-1998), enfin l’éclatement de la « bulle Internet » en 2001-2002. La faillite de l’immobilier aux Etats-Unis annonce-t-elle de nouvelles secousses pour l’économie mondiale ?

Chaque fois, le mécanisme semble identique. Pour pallier le risque de crise systémique et préserver le taux de croissance économique sans rien remettre en cause d’essentiel, les gouvernements et les banques centrales alimentent une bulle spéculative ; ils encouragent les prêts les plus risqués, en particulier grâce à des taux d’intérêt exagérément attractifs.

Un jour, le risque, qui a contaminé des secteurs toujours plus étendus de l’économie et de la société (aux Etats-Unis, l’université Harvard vient de perdre 350 millions de dollars après avoir investi une partie de ses énormes actifs dans un fonds spéculatif), se retourne contre elles à mesure que les dettes impayées s’empilent. Les propriétaires de logements qui se sont endettés inconsidérément (conformément aux encouragements des banques et des entreprises de prêts qui prolifèrent) font faillite, ils revendent leurs logements au moment où leur valeur se tasse ou s’écroule, les institutions financières ne savent plus comment récupérer leurs créances, les taux d’intérêt se tendent pour apprécier plus justement les risques encourus, la facture des propriétaires d’immobilier qui ont souscrit des emprunts à taux variables s’alourdit…

Bien sûr, dans une première période, tout allait bien : les prêts les plus irresponsables alimentaient l’inflation immobilière ou le rachat spéculatif d’entreprises, ce qui nourrissait la hausse des cours. Aujourd’hui les bulles (immobilière, boursière) éclatent.

Il ne manque pourtant pas de précepteurs d’économie, d’experts et de responsables du lobby immobilier qui, semblables à Pangloss (le spécialiste de métaphysico-théologo-cosmolonigologie précepteur de Candide), professent un optimisme d’autant plus béat qu’il est intéressé. Comment ne pas mentionner, dans le cas de la France, la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim) toujours présente pour expliquer aux journalistes (bien accommodants) que les prix de l’immobilier vont continuer à augmenter, mais à un rythme plus raisonnable, que le marché du logement est sain, que la pratique des prêts risqués (ces fameux taux de « subprime » concédés à des emprunteurs insolvables) ne concernerait que les Etats-Unis (là-bas, ils étaient au départ destinés aux acheteurs de caravanes…). Seul problème de ces ritournelles apaisantes destinées à soutenir les cours (et les affaires des agences immobilières) : l’île heureuse abritée des vents contraires n’existe guère dans un marché financier – mais aussi immobilier – mondial parce que largement décloisonné au cours des ans. Les prix des appartements français ont d’ailleurs baissé de 1,5% en juillet et, le 9 août 2007, la BNP-Paribas a annoncé qu’elle suspendait la cotation de trois de ses fonds, victimes de la crise du « subprime ». En Allemagne, la déroute de la banque IKB a déjà été assimilée par le régulateur boursier lui-même à la « plus grave crise bancaire depuis 1931 ».

(1) Michael Milken, coupable de délits d’initié et d’extorsions qui ont ruiné nombre de caisses d’épargne et de fonds de retraite, a été condamné en 1990 à dix ans de prison (lire Ibrahim Warde, « Michael Milken, ange et martyr », Le Monde diplomatique, août 1993).

Les maîtres auxiliaires des marchés

Ces puissantes officines qui notent les Etats

La finance internationale ayant, elle aussi, horreur du vide, le repli des Etats a permis de conforter le pouvoir d’une poignée d’agences de notation privées. Alimentées par un flot montant d’innovations, elles évaluent la solvabilité de tous les intervenants sur « les marchés », entreprises et gouvernements confondus. Une mauvaise note peut coûter très cher, une bonne note se négocier… Cet engrenage n’est pourtant pas fatal : des économistes suggèrent les moyens de restaurer l’autonomie des Etats et de jeter du sable dans les rouages de la finance. Leurs propositions butent contre le mur du silence.

Par Ibrahim Warde

« Le monde de l’après-guerre froide compte deux superpuissances, les Etats-Unis et l’agence Moody’s. » Thomas Friedman, éditorialiste de politique étrangère du New York Times, explicite ainsi sa formule : si les Etats-Unis peuvent anéantir un ennemi en faisant usage de leur arsenal militaire, l’agence de notation financière Moody’s possède les moyens d’étrangler financièrement un pays en lui décernant une « mauvaise note ».

Jusqu’à une période récente, le pouvoir des agences de rating se limitait au monde des entreprises et des collectivités locales, dont elles notaient les émissions d’obligations. La note – étalée de AAA à D – se fonde sur une analyse de la solvabilité des emprunteurs. Le mythique triple A, très convoité mais rarement décerné, est accordé aux meilleurs emprunteurs et indique une totale sécurité de paiement. A mesure que la probabilité de non-paiement s’accroît, la note baisse. Le triple B constitue la mention « passable » car on est encore, mais de justesse, dans la catégorie « investissement » (investment grade) : un investisseur prudent peut donc s’y aventurer. En deçà, on tombe dans la catégorie de « spéculation » (speculative grade), qui ne convient qu’aux téméraires, prêts à assumer le risque, en échange d’un rendement élevé. La note D, accordée aux obligations en défaut, constitue le zéro pointé du système.

Une bonne note permet d’emprunter au moindre coût. Plus la note baisse, plus le taux d’intérêt augmente, car les investisseurs exigeront une prime de risque. Les obligations mal notées (ou pas notées du tout) sont considérées comme des obligations « pourries » (junk bonds), même si leurs vendeurs préfèrent l’appellation d’« obligations à haut rendement » (high yield bonds). La procédure de notation est bien rodée : le client présente son dossier, une équipe d’examinateurs lui rend visite et épluche ses comptes avant de présenter un rapport interne ; ce dernier est ensuite soumis à un comité qui fixe la note.

Pour certains types d’établissements, un bon rating est vital. Une banque mal notée se trouve automatiquement en position défavorable face à des concurrents mieux notés, qui paieront moins cher leurs fonds. De même, pour une compagnie d’assurances, dans la mesure où la note reflète la capacité de faire face aux engagements à l’égard des assurés, toute dégradation est de nature à susciter la méfiance des clients, et donc une baisse du chiffre d’affaires.

Bien que privées, les agences de notation financière reçoivent la caution des pouvoirs publics et sont en mesure de définir les règles du jeu financier. D’une part, la plupart des émetteurs sont tenus d’obtenir une note. D’autre part, certains investisseurs institutionnels – compagnies d’assurances, fonds de pension, caisses d’épargne – doivent investir l’essentiel, voire la totalité, de leurs capitaux dans des émissions bien notées. Par ailleurs, les institutions financières bénéficiant des meilleures notes sont souvent soumises à une réglementation moins contraignante. Aux Etats-Unis, six agences – Standard and Poor’s, Moody’s, Fitch Investors Services, Duff and Phelps, Thomas BankWatch, IBCA – sont agréées par la Securities and Exchange Commission (SEC), le « gendarme de la Bourse » (1).

Cette emprise sur les marchés ne va pas sans controverses. Première critique : bien qu’en théorie ouvert à tous, le marché de la notation est, sauf sur des créneaux bien précis, un duopole de fait, constitué par Standard and Poor’s, filiale de la maison d’édition McGraw Hill, dont l’origine remonte à 1860, et par Moody’s, filiale du groupe d’information financière Dun and Bradstreet, fondée en 1900. Ces deux sociétés jouissent d’une rente de situation puisqu’un nombre toujours croissant d’émissions doit être noté – au coût de 50 000 à 100 000 dollars par émission – et usent de méthodes musclées pour élargir leur emprise et éliminer leurs concurrentes.

Moody’s est l’objet d’une enquête du ministère de la justice, pour concurrence déloyale, et d’un procès intenté par le district scolaire de Jefferson County dans l’Etat du Colorado. En 1993, cette collectivité, refusant de solliciter Moody’s, demanda à la petite agence Fitch Investors Services de noter son émission d’obligations. En réplique à l’affront, Moody’s décerna une note « non sollicitée » (ou « note sauvage »), et bien entendu mauvaise, ce qui rendit l’émission impossible. Pour l’agence de notation, il ne s’agissait pas là d’un chantage, mais d’un service rendu au public et couvert par le premier amendement de la Constitution, qui garantit le droit à la libre expression (2).

Le procédé revient pourtant à dire : « Payez-nous, sinon cela vous coûtera cher. » Autrefois, les revenus des agences provenaient essentiellement des usagers de leurs notations. Désormais ce sont les notés qui paient pour l’être. Les émetteurs ont certes le droit de s’adresser à une agence moins connue, voire celui de ne solliciter aucune notation. Mais ils courent le risque de se voir infliger une note « non sollicitée »… D’où le raisonnement de bon sens qui prévaut : solliciter une notation et la payer coûte moins cher qu’une prime de risque rendue nécessaire par une mauvaise note non sollicitée (3).

Deuxième critique : les agences de notation commettent de graves erreurs. En 1975, à la veille de sa mise en cessation de paiements, la ville de New York était encore bien notée. Plus récemment, à la suite de la faillite du comté d’Orange, Standard and Poor’s a été prise en défaut de vigilance et fait l’objet de nombreuses poursuites judiciaires. Là encore, l’agence assurait les investisseurs que le comté d’Orange était en bonne santé et bien géré, alors même que 2 milliards de dollars partaient en fumée, à la suite de spéculations sur les produits dérivés (4). En octobre 1994, le bulletin de la Réserve fédérale américaine cautionna les investisseurs. Tout en reconnaissant que « les notations jouent un rôle important et estimable dans le fonctionnement et la surveillance des marchés financiers », l’article suggérait que « les investisseurs devaient en faire une utilisation critique ».

Les agences de notation poursuivent malgré tout leur fulgurante expansion. En effet, plus l’innovation financière et la titrisation se répandent, plus le besoin de notation se fait pressant (5). Tant Standard and Poor’s que Moody’s s’apprêtent à noter les fonds mutuels, qui continuent de proliférer, en fonction de leur niveau de risque. Mais c’est surtout à l’étranger, la plupart des places financières ayant connu une évolution à l’anglo-saxonne, que la croissance des géants de la notation est le plus spectaculaire. Forts de leur expérience et de leur notoriété, ils ont multiplié leurs succursales extérieures où ils coopèrent souvent avec les autorités boursières nationales. En France, par exemple, depuis que la notation par des agences agréées des titres de créances négociables et des opérations de cotation a été instaurée par la loi, la Commission des opérations de Bourse (COB) exige une note pour les entreprises ou les collectivités locales accédant pour la première fois au marché obligataire.

C’est cependant le pouvoir de noter des Etats qui vaut aux agences l’image de superpuissance politique. En effet, depuis 1990 – la crise de la dette, l’asséchement de l’aide extérieure et des prêts bancaires, et les recettes néo-libérales des organisations internationales étant passés par là – l’essentiel du financement extérieur des Etats se fait sur les marchés obligataires. Depuis que la « loi Wriston » n’a plus cours (6), les investisseurs veulent s’assurer de la solvabilité des Etats emprunteurs… que seules les agences de notation se disent capables d’apprécier. La notation des différentes formes de la « dette souveraine » d’un pays (en monnaie nationale, en devises, etc.) revient à noter le pays (les entreprises privées s’y trouvant sont notées séparément, et en général plus sévèrement). Une mauvaise note ne signifie pas seulement un renchérissement du financement. A l’heure où emprunteurs privés et publics se livrent, à l’échelle mondiale, à une concurrence acharnée pour attirer les capitaux, elle peut aussi mener à l’étranglement financier d’un pays dont « les marchés » se méfient.

Une bonne note contre des « cadeaux »

Si la lecture d’un bilan d’une compagnie anglo-saxonne peut se prêter à des procédures codifiées et à des grilles d’analyse classiques, la notation d’un pays, surtout dans un contexte d’incertitude quasi totale, est semée d’embûches. Seuls quelques critères (revenu par habitant, croissance du produit national brut, inflation, dette extérieure, etc.) sont quantifiables (7) ; la plupart (« bonne gestion » de l’économie, perspectives à long terme, stabilité politique, etc.) ne le sont pas. Mais, dans le doute, les agences de notation ne s’abstiennent pas. L’arbitrage comprend alors une grande part d’arbitraire. Les pays riches peuvent compter sur de bonnes notes, tandis que les plus pauvres – et donc ceux qui ont souvent les besoins les plus pressants – sont pénalisés. Mieux vaut coopérer, c’est-à-dire fournir tous les documents demandés et recevoir la visite d’« examinateurs », que se voir décerner une note non sollicitée. Le système renforce les inégalités et regorge d’effets pervers. Le plus spectaculaire étant celui que les Anglo-Saxons appellent « self-fulfilling prophecy » : le simple fait de prévoir, même à tort, une déconfiture amène la déconfiture.

Tout gouvernement qui dépend pour son financement des marchés internationaux se trouve à la merci des agences de notation. Un pays peut voir sa note modifiée du jour au lendemain, ou se trouver placé « sous surveillance », en anticipation d’une éventuelle rétrogradation. De tels « avertissements » conduisent souvent à un changement de politique, histoire d’éviter la sanction financière des « marchés ». Tels des potaches nerveux, les gouvernements guettent les changements d’humeur des agences. Ainsi, au cours des dernières semaines, tant en Argentine qu’en Israël, de simples rumeurs de rétrogradation relayées par la presse ont provoqué des effondrements boursiers et des remous politiques. De nombreux pays font valoir que des pratiques qui ont cours hors du monde anglo-saxon ne sont pas prises en compte dans la notation. La « solidarité de place », par exemple : dans de nombreux pays, certains établissements, tels les banques, sont sauvés de la faillite par leurs concurrents. Ou les rapports privilégiés entre gouvernements et entreprises publiques : lorsque les banques d’Etat chinoises et leurs établissements associés à Hongkong se voient rétrogradés par Moody’s, un porte-parole du gouvernement accuse l’agence soit « d’une ignorance de la situation actuelle en Chine », soit d’une « distorsion intentionnelle des faits (8) ».

Un nombre croissant de pays se sont vu décerner des notes en 1996. Les considérations politiques n’en ont pas toujours été absentes. Ainsi, vu l’inquiétude qu’inspire le pays, les notes – très attendues – de la Russie furent meilleures que prévu : Ba2 (Moody’s) et BB – (Standard and Poor’s). A titre de comparaison, la Slovénie, la Slovaquie, la Pologne, la Hongrie et la Tchéquie ont reçu des notes les plaçant dans la catégorie « investissement » (Baa3/BBB – et plus) tandis que la Roumanie, le Kazakhstan et la Lituanie sont dans la catégorie « spéculative » (Ba1/BB + et moins). A l’occasion de son grand retour sur les marchés obligataires, Moscou avait certes pris l’engagement d’un nouveau train de réformes et de « rembourser » son dernier emprunt (qui remonte à 1917), mais la note reçue n’était pas sans lien avec les différents « cadeaux » accordés par les gouvernements occidentaux à M. Boris Eltsine avant et après sa réélection (9).

L’autre note dont l’annonce déclencha un long suspense fut celle de l’Egypte. En septembre 1996, après que l’agence Moody’s eut annoncé qu’elle s’apprêtait à émettre une note non sollicitée, le gouvernement décida de demander à être noté (tout en affirmant qu’il n’avait pas l’intention d’émettre des obligations). S’entourant des banques d’investissement Goldman Sachs et EFG Hermes, les dirigeants égyptiens se livrèrent à un bachotage forcené et s’empressèrent d’accéder aux exigences du Fonds monétaire international en matière d’ajustement structurel. L’Egypte se vit décerner la note Ba2, se trouvant du coup au même niveau que le Mexique ou le Venezuela, soit un cran au-dessus d’autres pays émergents tels la Turquie, le Brésil ou la Jordanie, mais cependant derrière Israël, la Tunisie ou Bahrein. Pour M. Youssef Boutros Ghali, ministre d’Etat pour les affaires économiques, « cela vaut mieux que pas de note du tout, mais cela ne reflète ni la force ni le potentiel de l’économie égyptienne. J’espère que les notes qui nous seront bientôt décernées par d’autres agences de notation en tiendront compte (10) ».

Très sourcilleuses en matière de transparence lorsqu’il s’agit des notés, les agences de notation restent elles-mêmes bien mystérieuses. Leur pouvoir exorbitant et leurs abus appellent à un contrôle plus strict de leurs pratiques ou du moins à l’adoption d’un code de déontologie. De telles initiatives sont à l’étude, mais on peut douter de leurs succès. Les agences ne peuvent en effet être contrôlées que par ces mêmes gouvernements qu’elles tiennent sous haute surveillance.

Ibrahim Warde.

(1) Les agences agréées sont celles ayant reçu le label d’« organismes nationalement reconnus de notation statistique » (NRSRO : Nationally Recognized Statistical Rating Organizations). Cinq d’entre elles sont américaines. IBCA, spécialisée dans la notation bancaire, est franco-britannique.

(2) Business Week, 8 avril 1996.

(3) Financial Times, 10 juin 1996.

(4) Ibrahim Warde : « Orange-citron, les mécomptes d’un comté », Le Monde diplomatique, janvier 1995.

(5) Ibrahim Warde : « Les assises du système bancaire détruites par la déréglementation », Le Monde diplomatique, janvier 1991.

(6) M. Walter Wriston, ancien président de la Citibank, a donné son nom à la « loi » selon laquelle les Etats paient toujours leur dette. Les grandes banques internationales se bousculèrent alors pour accorder des crédits aux gouvernements étrangers, jusqu’à l’annonce en 1982 que le Mexique n’était plus en mesure d’honorer ses engagements.

(7) Richard Cantor and Frank Packer : « Determinants and Impacts of Sovereign Credit Ratings », Economic Policy Review, Federal Reserve Bank of New York, octobre 1996.

(8) Far Eastern Economic Review, 1er août 1996.

(9) The Wall Street Journal, 22 novembre 1996.

(10) Financial Times, 23 octobre 1996.

Ibrahim Warde

Professeur associé à l’université Tufts (Medford, Massachusetts, Etats-Unis). Auteur de Propagande impériale & guerre financière contre le terrorisme, Agone – Le Monde diplomatique, Marseille-Paris, 2007.

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La marchandisation de l’eau s’accélère : la nouvelle offensive du « biocapital »

Posté par Isso le 6 avril 2008

La valise diplomatique

mercredi 19 mars 2008

La marchandisation de l’eau s’accélère

La communauté internationale célèbre le 20 mars 2008 (1), sous l’égide de l’ONU, la 15ème « Journée mondiale de l’eau ». L’absence d’accès à l’eau affecte 1,1 milliard d’êtres humains ; l’absence de moyens sanitaires de base touche 2,6 milliards de personnes. Paradoxalement, alors que les premières étapes de la marchandisation de ce bien commun ont suscité de fortes mobilisations populaires sur les cinq continents, le mouvement mondial de libéralisation des marchés de l’eau, initié dans les années 1980, semble s’accélérer.

La « libéralisation » des marchés de l’eau s’est au départ fortement inspirée du « modèle français » : le partenariat-public-privé (PPP). Un dogme s’affirmait avec force : la puissance publique est défaillante ; le recours au secteur privé est indispensable ; la bonne gouvernance repose sur le trépied de fer — dérégulation, décentralisation, privatisation ; les services de l’eau ont un coût, qui doit être payé intégralement par les usagers.

Dans ce cadre, les signatures de contrats avec des grandes métropoles du Sud se succèdent à un rythme impressionnant. Mais les conflits surgissent dès la moitié des années 1990, quand les opérateurs privés entendent faire payer des usagers fraîchement raccordés, qui n’ont ni la culture du paiement d’un bien jusqu’alors largement subsidié par la puissance publique, ni, le plus souvent, les moyens de payer. De nombreuses luttes se succèdent sur les cinq continents. La tenue des premiers grands forums altermondialistes publicise le thème du refus de la « marchandisation » de l’eau.

Le discours évolue à l’aube des années 2000, le sustainable cost recovery (recouvrement soutenable des coûts) succède au full cost recovery (recouvrement intégral). Place à l’ingénierie sociale et politique. Les engagements largement médiatisés de la communauté internationale se succèdent lors de la tenue de forums qui s’enchaînent à un rythme soutenu. Sommet du Millénaire pour le développement à New York en 2000, Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002 (« La maison brûle et nous regardons ailleurs », y proclamera le président de la République française, M. Jacques Chirac…), Troisième Forum mondial de l’eau à Kyoto en 2003. Le rapport du « panel » Camdessus publié en juin 2003 martèle que l’engagement financier pour fournir de l’eau à tous à l’horizon 2025 doit atteindre la somme phénoménale de 180 milliards de dollars par an. Il appelle à une plus grande implication des acteurs locaux : collectivités, communautés de base, ONG…, au nom de l’« empowerment ». Qui consiste à conférer un réel pouvoir de décision à la société civile. Conjointement, on envisage de nouveaux crédits consentis par les institutions financières internationales (IFI). De nouvelles normes d’organisation ou de gestion sont mises en avant, impliquant de façon croissante des acteurs extra-étatiques, privés ou associatifs, dans des dispositifs de plus en plus décentralisés.

Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Le PPP apparaît pour ce qu’il est en réalité : une branche industrielle prestataire de services dont la gestion échappe à la sanction du marché. Aujourd’hui 7 % à 8 % des marchés de l’eau et de l’assainissement ont été libéralisés dans le monde, avec des fortunes diverses. La cartographie mondiale du marché laisse apparaître une grande hétérogénéité. Globalement non solvable, l’Afrique n’enregistre que quelques contrats, dûment garantis par de l’argent public, dans quelques métropoles de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb. L’eldorado sud-américain a réservé de cinglantes déconvenues aux opérateurs privés qui l’abandonnent dans la confusion. Ils se recentrent sur l’Europe où émergent les marchés considérables de la dépollution d’une ressource sans cesse plus dégradée. Les contrats mirobolants signés en Chine par Veolia, souvent pour des durées de 50 ans, et des dizaines de milliards de dollars, le sont dans une configuration politique pour le moins hypothétique. Quid de la Chine en 2050 ?

Parmi les marchés en pleine expansion, on trouve l’externalisation du traitement des eaux usées industrielles. Suez-Ondeo détient un portefeuille de 50 000 contrats de ce type. Autre marché émergent, promis à un développement fulgurant, le dessalement de l’eau de mer. Ou encore, celui de la réutilisation des eaux usées pour l’industrie et l’agriculture. Et un nouveau Far-East, déjà à peu près totalement conquis : les ex-démocraties populaires de l’Europe de l’est. Un marché potentiel de 100 millions de clients, qui auront recouvré, à horizon de 20 ans, un niveau de vie équivalent à celui de l’Europe occidentale. Des infrastructures, certes anciennes, mais qui ont le mérite d’exister. Des financements communautaires pré et post adhésion, qui ont tout de la fontaine miraculeuse. Et — last but not least — un personnel politique majoritairement constitué d’ex-apparatchiks fermement résolus à céder aux sirènes de l’ultralibéralisme le plus débridé…

Mais, en dépit des engagements répétés de la communauté internationale, l’argent promis pour l’eau fait défaut. La manne n’est pas aussi importante que prévu. Rétrospectivement, nombre d’analystes stigmatisent l’ivresse de l’euphorie économique de la fin des années 1990, qui, à l’image de la bulle Internet, aurait précipité la course à la croissance mondiale des majors de l’eau. Plusieurs initiatives se sont révélées catastrophiques dans des pays confrontés à des crises monétaires, comme en Argentine, et ont conduit les majors à se retirer de nombreux projets trop risqués. Un paradoxe pour les apôtres de la liberté d’entreprendre et de la « prise de risques »… Les déclarations des apologistes de la libéralisation des « marchés » de l’eau lors du 4ème Forum mondial de l’eau, à Mexico, du 16 au 22 mars 2006, tranchaient dès lors singulièrement avec les discours martelés depuis une dizaine d’années. Ils y proclamaient unanimement que ce sont bien la puissance publique, et l’argent public, qui doivent procéder aux investissements qui doivent impérativement être déployés pour promouvoir l’eau et l’assainissement pour tous. Manière de garder la main, quand de nouvelles coalitions regroupant services publics et militants de l’eau s’organisent afin de promouvoir de nouveaux « partenariats-public-public », Nord-Sud et Sud-Sud dans le monde entier.

Changement climatique et crise écologique

Le changement climatique, qui affecte les modèles météorologiques, les précipitations et le cycle hydrologique, et par conséquence la disponibilité des eaux de surface, l’humidité des sols et l’alimentation des nappes souterraines, pourrait provoquer une augmentation de l’ampleur et de la fréquence des catastrophes naturelles liées aux précipitations : inondations, sécheresses, glissements de terrain, ouragans et cyclones. Et, en conséquence, provoquer de grandes vagues de « réfugiés environnementaux ». Si les prévisions actuelles se confirment, avec un climat plus irrégulier dans les années à venir, le rendement des cultures serait menacé tant dans les pays développés que dans les pays en développement, et près de 3 milliards de personnes seraient exposées à des pénuries d’eau.

Dans de vastes régions de l’Europe de l’Est, de la Russie occidentale, du centre du Canada et en Californie, les débits de pointe des cours d’eau sont désormais enregistrés en hiver, car la proportion des pluies par rapport à la neige y est plus importante, et les eaux de ruissellement atteignent les rivières plus rapidement. Dans les bassins du Niger, du lac Tchad et du Sénégal, qui font partie des bassins versants les plus grands d’Afrique, la quantité totale d’eau disponible a déjà baissé de 40 % à 60 %.

Si des changements radicaux du cycle de l’eau se généralisent, les tendances observées par le passé ne peuvent plus fournir de modèles fiables pour prévoir la gestion de la ressource en eau dans le futur. De nouveaux modèles devront être mis en œuvre pour anticiper les inondations et les sécheresses, déterminer la taille des réserves d’eau et décider de l’allocation de la ressource entre les usages domestiques, industriels et agricoles. Les implications en sont très lourdes, si l’on considère que l’investissement mondial annuel dans l’infrastructure de l’eau représente 500 milliards de dollars, et que celui-ci est réalisé en fonction de l’hypothèse, déjà dépassée, selon laquelle le cycle de l’eau oscillerait dans les limites relativement étroites constatées dans le passé.

Fuite en avant technologique

Pour répondre au défi de l’épuisement des ressources, à défaut de remettre en cause des modèles de développement générateurs de prélèvements excessifs, de gaspillage et de pollution, la tentation est grande d’une fuite en avant technologique lourde de risques, et génératrice de nouvelles inégalités.

Plus d’un tiers des terres du globe arides ou semi-arides manquent d’eau. Les perspectives d’évolution démographique permettent d’augurer qu’en 2050 près de 40 % de la population du globe souffrira de stress hydrique, entrave majeure à toute perspective de développement. Avec pour conséquences l’absence de sécurité alimentaire, des pertes économiques, une pollution sans cesse accrue et de possibles conflits.

Face à ces défis émerge depuis quelques années l’idée de déployer une nouvelle « gestion raisonnée » de la ressource, s’appuyant sur des réponses technologiques innovantes. Les projets de transferts d’eau massifs, à l’échelle d’un pays ou d’un sous-continent, en Libye, au Canada ou en Espagne, le dessalement de l’eau de mer, la réutilisation des eaux usées pour des usages agricoles, industriels, voire pour l’alimentation humaine, comme la mobilisation de nouvelles ressources par le biais de la réalimentation artificielle des nappes phréatiques, sont désormais fortement promus comme autant de réponses pertinentes à la crise de l’eau.

Le dessalement permettrait ainsi un accès illimité à la ressource. Sachant que 40 % de la population mondiale vit à moins de 100 kilomètres de la mer et, que sur 70 villes de plus de 1 million d’habitants sans accès direct à des ressources supplémentaires en eau douce, 42 sont situées sur la côte, le dessalement par osmose inverse est ainsi présenté comme une solution compatible à l’avenir avec des énergies renouvelables, telles que les éoliennes.

Nécessitant un fort apport d’énergie, ces technologies ne sont aujourd’hui mobilisables que par les émirats du Golfe, l’Australie, l’Espagne, l’Algérie, la Chine, ou les Etats-Unis. Mais on compte déjà dans le monde près de 15 000 unités de dessalement, et la capacité de production pourrait être multipliée par deux dans les dix prochaines années. Reste la facture environnementale de cette nouvelle technologie : pour produire un litre d’eau dessalée, on rejette à la mer un litre de saumure, qui affecte l’équilibre des milieux aquatiques.

De même, le constat qu’aujourd’hui, dans le monde, 165 milliards de mètres cubes d’eaux usées sont collectées et traitées dans des stations d’épuration avant d’être rejetées dans le milieu naturel, conduit à la proposition d’utiliser cette eau comme ressource alternative. Le développement de technologies de pointe, notamment la mise en œuvre de procédés utilisant des membranes d’ultrafiltration, permettrait de mettre à disposition une eau traitée, dont la qualité rendrait possible leur réutilisation à des fins agricoles et industrielles, ou pour les loisirs, qui consomment de plus en plus d’eau dans les pays développés. Procédé qui réduirait d’autant les prélèvements directs dans la ressource, la réservant à la consommation humaine.

Les entreprises qui maîtrisent ces technologies affirment qu’on sait aujourd’hui produire une eau totalement potable à partir d’eaux usées et qu’il serait possible de fonctionner quasiment en circuit fermé pour faire face à une demande croissante. De plus, cette technologie est moins onéreuse que le dessalement. Les habitants de Singapour et la capitale de la Namibie boivent déjà en partie de l’eau recyclée. En Australie, les autorités ont été contraintes de demander l’avis de la population par referendum avant de recourir à l’eau recyclée.

Ce vertige technologique semble repousser toute limite. M. Mark Shannon, directeur du Centre de matériaux avancés pour la purification de l’eau à l’université de l’Illinois, aux Etats-Unis, déclarait ainsi à l’Agence France Presse le 18 mars 2008 que : « L’eau, même douce, doit encore être décontaminée, car il y a de nombreux composants toxiques dans l’eau en petites quantités, mais les traitements chimiques sont très coûteux et posent des problèmes. » Et d’indiquer que le recours à des matières nanostructurées, dont les particules ont une taille de quelques millionièmes de millimètre, ainsi qu’aux rayons ultra-violets pour transformer et lier les substances toxiques, permettraient à l’avenir d’améliorer les traitements de l’eau…

L’ensemble de ces innovations expriment aussi des choix politiques, environnementaux, qui devraient susciter un large débat, aujourd’hui inexistant. Car c’est bien la dégradation accélérée de la ressource qui légitime cette nouvelle approche de la question de l’eau. Avec pour perspective un risque croissant d’appropriation marchande de la ressource elle-même, et de tous les services qui garantissent son usage le plus efficient, pour les besoins énergétiques, industriels, agricoles, et bien sur humains.

Un nouveau facteur accroît les tensions sur la disponibilité de la ressource et sa qualité. Dans la perspective de l’« après-pétrole », les Etats-Unis, l’Europe et plusieurs pays émergents se fixent pour objectif l’utilisation croissante de carburants issus de produits agricoles pour les transports routiers. Redessinant la carte de l’agriculture mondiale, bouleversant le paysage des productions et des échanges commerciaux, agricoles et énergétiques, cette « nouvelle économie » va à son tour peser sur l’allocation des ressources en eau, et contribuer à la dégradation de leur qualité.

Nouvelles inégalités

La nouvelle régulation des besoins pourrait donc à l’avenir reposer sur le déploiement de ces nouvelles technologies, qui n’emportent malheureusement aucune remise en cause des pratiques énergétiques, agricoles, industrielles, économiques, qui sont au fondement de la dégradation accélérée, sur toute la planète, des ressources en eau.

Comment par ailleurs imaginer que les milliards d’êtres humains qui survivent avec moins d’un dollar par jour pourront demain bénéficier des bienfaits du dessalement de l’eau de mer ou de la réutilisation des eaux usées ? Déjà dans nombre de pays pauvres l’alimentation sous forme d’eaux embouteillées est ouvertement privilégiée, et bénéficie aux seules élites qui peuvent en faire l’acquisition, au détriment de l’accès à l’eau pour les populations défavorisées.

Le déploiement industriel de cette nouvelle « gestion raisonnée » à l’échelle planétaire repose sur l’imposition massive de nouveaux process et de nouvelles technologies, notamment les technologies « membranaires » (ultra et nano-filtration, osmose inverse), protégées par des normes et des brevets qui garantissent la captation de rente par les firmes transnationales. Lesquelles se substitueraient, avec l’appui des institutions financières internationales et des pays du Nord, aux pratiques traditionnelles de gestion de l’eau, héritage de l’histoire, que possèdent et maîtrisent les communautés humaines des pays pauvres.

Marc Laimé

(1) Avec deux jours d’avance sur la date officielle, pour cause de week-end pascal.

 

 

Carnets d’eau

Carnets du Diplo

7 avril 2007

Marchandisation de l’eau :

la nouvelle offensive du « biocapital »

par Marc Laimé

Après l’échec relatif de la première phase de libéralisation forcée des « marchés de l’eau », initiée dans les années 1980 par les institutions financières internationales et les entreprises transnationales du secteur, symbolisée par la signature de dizaines de contrats de « Partenariat-Public-Privé », une seconde offensive est en cours. Elle vise cette fois, sur fond de dérèglement climatique, de dégradation croissante des ressources en eau, de pénuries et de surconsommation, l’appropriation marchande de la ressource elle-même et de sa gestion. Ces perspectives d’exploitation du risque écologique planétaire signent l’émergence d’un nouveau « biocapital ».


La première étape du projet de marchandisation de l’eau a été initiée à l’orée des années 80 par une coalition regroupant les dominants actuels de la planète : les gouvernements du monde développé, les gouvernements du second et du troisième monde qui leur sont inféodés, les institutions financières internationales (IFI) et les entreprises transnationales du secteur, notamment françaises.

Affirmant que la gestion publique de l’eau au bénéfice de tous les habitants de la planète, traditionnellement mise en œuvre par des collectivités locales et diverses autorités dépendant des états nationaux, avait failli et était totalement inopérante, plutôt que de travailler à renforcer ces interventions, en lien avec les usagers des services publics, ils ont dès lors affirmé que seul le marché, le secteur privé, pouvaient apporter des solutions efficaces, marchandes, sous forme de services dont tous les bénéficiaires devaient acquitter l’intégralité du recouvrement des coûts (« full cost recovery »).

Un dogme en ligne avec le « consensus de Washington », dessinant le trépied de fer d’une libéralisation sans limites : le recours au secteur privé est indispensable et la « bonne gouvernance » exige dérégulation, décentralisation et privatisation.

Cette violente offensive néo-libérale, qui confie à la « main invisible du marché » la régulation de l’ensemble des activités humaines, s’est incarnée dans une première étape par la signature de dizaines de contrats de Partenariat-Public-Privé (PPP) sur les cinq continents, et plus particulièrement dans les mégalopoles du second et du troisième monde.

Quelques années plus tard l’échec de cette première phase de libéralisation est patent.

Sur les cinq continents les collectivités humaines frappées de plein fouet par les effets de cette logique marchande qui monétarise l’accès à un droit humain fondamental se sont organisées et ont combattu cette offensive violente des dominants actuels de la planète.

Les transnationales et les institutions financières internationales ont commencé à battre en retraite, en Amérique du Sud, en Afrique, dans le Sud-Est asiatique, voire aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne.

Nous vivons depuis peu une période transitoire.

L’offensive d’un nouveau biocapital Retour à la table des matières

Loin de reconnaître leur échec, qu’ils imputent aux « défauts de gouvernance » ou à une posture « idéologique » anti-libérale affichée par les gouvernements des pays qui ont rompu nombre de ces contrats, les apologistes du marché ont formulé une nouvelle doctrine.

Ils ont observé attentivement les lignes de force, les valeurs, les modes d’organisation des communautés humaines qu’ils affrontent et ne sont pas parvenus à soumettre.

Et s’apprêtent aujourd’hui à lancer une seconde offensive, tout aussi brutale mais plus insidieuse. Elle a en fait déjà débuté.

Cette fois c’est la dégradation accélérée des ressources en eau sur toute la planète, sur fond d’absence persistante de réponse au défi majeur du 21ème siècle, l’accès à l’eau pour tous, pour lequel la communauté internationale multiplie pourtant en apparence les engagements, à travers par exemple les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), qui légitime cette seconde offensive.

L’objectif prioritaire n’est plus désormais d’intervenir comme prestataire de services, sous forme de Partenariats-Public-Privés pour le compte des autorités locales ou des structures étatiques responsables de la gestion de l’eau.

L’enjeu désormais réside dans l’appropriation de la ressource elle-même, et de tous les services qui garantissent son usage le plus efficient, pour les besoins énergétiques, industriels, agricoles, et bien sur humains.

Le réchauffement climatique, les sécheresses, les inondations, les pressions excessives sur des ressources qui ne peuvent se renouveler et garantir la pérennité du cycle de l’eau, l’urbanisation galopante et son lot de pollutions qui vont sans cesse croissant, sur fond de libéralisation sans fin des marchés des biens et des services, des échanges agricoles, de l’énergie, restructurent en profondeur l’économie mondiale…

Afin d’assurer leur emprise sur l’ensemble des activités hydriques, c’est donc désormais la ressource elle-même, et tous les services qui autorisent ses différents usages qui sont la cible de cette seconde offensive.

Technologies innovantes Retour à la table des matières

Quelle que soit l’étape du cycle hydrologique naturel que l’on observe c’est une démarche systématique de marchandisation qui est désormais à l’œuvre, sous forme de régulation des besoins par la seule loi de l’offre et de la demande.

Le tout sans aucune remise en cause des pratiques énergétiques, agricoles, industrielles, économiques, qui sont au fondement de la dégradation accélérée, sur toute la planète, de cette ressource essentielle.

Si l’on considère que des régions entières du monde sont menacées, et par une absence criante d’infrastructures, et par un usage immodéré de la ressource, la nouvelle réponse du marché va s’incarner par la mise en œuvre de technologies de plus en sophistiquées et dispendieuses.

Dessalement de l’eau de mer, ré-utilisation des eaux usées pour des usages agricoles, industriels et de loisirs (« re-use »), recharge artificielle de nappes phréatiques, création de réserves, transferts d’eau massifs, constitution de marchés de l’eau…

Dans certains pays l’alimentation sous forme d’eaux embouteillées sera privilégiée et bénéficiera aux seules élites qui peuvent en faire l’acquisition, au détriment de l’accès à l’eau pour les populations défavorisées.

La montée en puissance du concept « d’eau virtuelle » vise par ailleurs à légitimer l’échange inégal dans le domaine de la production agricole, au détriment de la souveraineté alimentaire des pays pauvres.

La garantie du succès de cette offensive repose sur l’imposition massive de nouveaux « process » et de nouvelles technologies, notamment les technologies « membranaires » (ultra et nano-filtration, osmose inverse), protégés par des normes et des brevets, normes élaborées par les acteurs industriels dominants du marché, et brevets qui garantissent la captation de rente sur les procédés développés par les transnationales des pays développés.

Qui se substitueraient, avec l’appui sans faille des institutions financières internationales et des pays du Nord, aux pratiques traditionnelles de gestion de l’eau, héritage de l’histoire, que possèdent et maîtrisent les communautés humaines du second et du troisième monde.

C’est donc l’organisation même de la gestion de l’eau, tous les services qui y sont associés, qui sont désormais visés par le biais d’une captation massive de la recherche-développement, de la normalisation, des brevets, des technologies innovantes…

Dès lors les tenants d’une libéralisation sans limite de la gestion de l’eau apparaissent bien davantage sous l’angle de véritables opérateurs des politiques publiques de l’eau et de l’assainissement que sous celui de prestataires de services.

Depuis peu, un nouveau facteur va de surcroît accroître les tensions sur la disponibilité de la ressource et sa qualité. Dans la perspective de « l’après-pétrole », les Etats-unis, l’Europe et plusieurs pays émergents se fixent pour objectif l’utilisation croissante de carburants issus de produits agricoles pour les transports routiers. Redessinant la carte de l’agriculture mondiale, bouleversant le paysage des productions et des échanges commerciaux, agricoles et énergétiques, cette « nouvelle économie » va à son tour peser sur l’allocation des ressources en eau, et contribuer à la dégradation de leur qualité.

Les menaces dont est porteuse cette seconde offensive sont sans commune mesure avec celles de la première étape de la libéralisation des marchés de l’eau initiée à l’orée des années 80 du siècle dernier.

Les transnationales françaises créent un nouveau « biocapital » Retour à la table des matières

La nouvelle « Charte d’engagements pour une gestion durable de l’eau », que l’entreprise Suez-Lyonnaise des eaux publie largement dans la presse française depuis le début de l’année 2007 affiche ainsi clairement les nouvelles priorités stratégiques de l’entreprise :

- prévenir la pollution de la ressource en eau ;

- garantir l’alimentation en eau en période de sécheresse ;

- lutter contre le gaspillage ;

- rendre à la nature une eau plus propre ;

- promouvoir la boisson eau du robinet ;

- participer aux plans climats des collectivités locales ;

- aider les plus démunis à payer leur facture d’eau ;

- faciliter l’intégration dans l’emploi ;

- valoriser les hommes et les femmes du service de l’eau ;

- sensibiliser les jeunes et les moins jeunes générations à la gestion durable de l’eau ;

- renforcer le contrat de confiance avec nos clients ;

- contribuer au débat démocratique sur l’eau. »

Dans le même registre l’Institut Veolia Environnement (France), le Centre Pew sur les changements climatiques globaux (États-Unis) et la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie (Canada) organisent la conférence Climat 2050 qui aura lieu au Palais des Congrès de Montréal du 24 au 26 octobre 2007.

Cette conférence « explorera les possibilités technologiques et les politiques innovantes qui mèneront à des résultats concrets en termes de lutte contre les changements climatiques au cours des 50 prochaines années. »

Ses objectifs sont sans équivoque :

« Partout dans le monde, des pays et des entreprises mettent en œuvre un large éventail de stratégies visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) tout en maintenant ou en renforçant la croissance économique. De nombreux gouvernements établissent aussi des objectifs à plus long terme afin de procéder à des réductions encore plus importantes au cours des prochaines décennies. Atteindre ces objectifs nécessitera des avancées technologiques radicales soutenues par des politiques gouvernementales efficaces ainsi que par le leadership du secteur privé.

(…) Organisée en sessions axées sur des secteurs clés, la conférence mettra en lumière le potentiel et les insuffisances de la technologie, les mesures novatrices du secteur public et du secteur privé, ainsi que les besoins cruciaux en matière de politiques.

(…) Grâce à cette combinaison de perspectives sectorielles et transversales, la conférence contribuera à identifier les approches et les actions concrètes devant être impérativement mises en œuvre dès à présent et jusqu’en 2050 tant sur le plan des technologies que des politiques.

(…) Le programme de la conférence sera conçu de manière à établir des liens entre la recherche, les affaires et les politiques, dans le but de définir des solutions aux différents défis sectoriels et régionaux en ce qui a trait aux changements climatiques. »

Nouveaux instruments financiers Retour à la table des matières

A ce stade on note aussi la multiplication de nouveaux instruments financiers, les « Private Equity Funds », fonds d’investissement privés dont l’intervention massive se justifie par l’échec du modèle d’intervention financier initial, qui était lié au modèle de l’opérateur privé, financé sur fonds publics dans le cadre de PPP.

Ces « Private Equity Funds » assurent ainsi la croissance, à l’image d’Internet, de véritables « start-ups » technologiques, qui développent, entre mille exemples, un sel qui, massivement épandu à la surface d’une retenue d’eau, va réduire de 30% le processus d’évaporation. Ce qui va permettre dans ce cas de figure de maximiser l’usage de la ressource pour l’irrigation agricole…

Cette refonte du modèle initial de la libéralisation du marché de l’eau est apparue clairement au dernier Forum mondial de l’eau de Mexico en mars 2006, lors duquel les opérateurs privés et les IFI qui les soutiennent ont clamé que c’était à la puissance publique d’assurer le financement et le « monitoring » de la gestion de l’eau, dont ils ne se présentent plus désormais que comme de modestes opérateurs, intervenant dans le cadre de « concessions light ».

L’importance nouvelle apportée à l’assainissement, et non plus seulement à l’accès à l’eau, confirme et conforte ce virage stratégique.

En témoignent les deux thèmes majeurs retenus par les protagonistes de la réunion de préparation du prochain Sommet mondial de l’eau qui doit se tenir à Istanbul en 2009, réunion tenue en mars 2007, sous l’égide du « Partenariat français sur l’eau », dont les transnationales françaises sont les chefs de file.

Le premier d’entre eux est intitulé « eau et changement climatique » : sécheresses, inondations, gestion intégrée de la ressource en eau (GIRE), protection de la ressource,

Le second « eau et sécurité » : santé, assainissement, écosystèmes.

A quoi il faut ajouter d’autres thèmes moins prioritaires, comme « eau et agriculture » ciblant les responsables religieux et les jeunes, ainsi que « grands barrages » et « gestion transfrontalière ».

Patriotisme biocapitalistique Retour à la table des matières

La France, dont les entreprises Veolia et Suez sont devenues les leaders mondiales des services de l’eau et de l’assainissement, a par ailleurs adopté le 20 décembre 2006 une nouvelle loi sur l’eau qui incarne, jusqu’à la caricature, cette nouvelle offensive d’appropriation marchande de la gestion de l’eau. Cette loi démantèle en effet des pans entiers de l’action publique dans le secteur de l’eau et de l’assainissement afin d’ouvrir de nouveaux marchés aux entreprises dominantes du secteur.

Dans un autre registre, l’intense lobbying qui vise à promouvoir les concepts de « coopération décentralisée » en faveur des pays du Sud, coopération financée par un prélèvement autoritaire sur la facture d’eau des usagers, dont la version française s’incarne dans la loi « Oudin-Santini », a pour objectif stratégique de conférer aux transnationales l’image d’acteurs fortement impliqués dans des démarches humanitaires auxquelles adhèrent gouvernements, services publics et société civile des pays développés.

Dans le cas français cette dynamique revêt l’allure d’une véritable caricature, avec la création, financée par le ministère de l’Ecologie et du développement durable (MEDD), le ministère des Affaires étrangères (MAE) et l’Agence française de développement (AFD) d’une « Coalition française des ONG », qui s’inscrit dans la stratégie portée par les acteurs du « Partenariat français pour l’eau », dont les transnationales françaises du secteur sont les chefs de file.

Si cette nouvelle offensive massive, puissamment relayée en France et à l’échelle internationale par tous les tenants de ce biocapital en émergence atteint ses objectifs, ceux d’une mainmise graduelle sur la ressource en eau elle-même, ses effets seront sans commune mesure avec ceux de la première phase de libéralisation des « marchés de l’eau » initiée à l’orée des années 80 du siècle dernier.

Note 1 :

Le directeur général de Suez environnement, M. Jean-Louis Chaussade, a publié le 4 avril 2007 dans le quotidien économique français La Tribune un « point de vue » confirmant… au mot près, les perspectives évoquées ci-dessus.

La Tribune, 4 avril 2007.

« Le point de vue de… Jean-Louis Chaussade (*)

(*) Directeur général Suez Environnement.

« La pénurie d’eau n’est pas une fatalité

« Plus d’un tiers des terres du globe sont actuellement arides ou semi-arides et manquent d’eau. Des changements climatiques importants sont à craindre dans un contexte de réchauffement de la planète. Les doubles explosions dont nous sommes témoins, démographique et économique, entraînent à elles seules une augmentation de la consommation d’eau telle que, d’ici à 2050, 40% de la population mondiale souffrira de stress hydrique. Le stress hydrique, dernière étape en quelque sorte avant la pénurie, est un réel obstacle au développement, avec des impacts réels sur la sécurité alimentaire, la pollution, les pertes économiques, sans parler des conflits potentiels pour garder la maîtrise de la ressource.

« Les faits sont là et l’opinion publique s’empare du sujet. Mais dans ce domaine la surenchère alarmiste ne mène à rien et la fatalité n’a pas sa place. L’eau, contrairement aux ressources carbonées comme le pétrole, ne disparaît pas. Le cycle de l’eau est immuable même s’il peut être menacé. La planète dans son ensemble ne manque pas d’eau douce. Les ressources, en revanche, sont inégalement réparties et leur accès est conditionné en majorité par la gestion qu’on lui apporte. Ce qui implique des choix politiques, environnementaux et idéologiques.

« Solutions technologiques

« Face aux problèmes de stress hydrique et au risque de pénurie, la gestion raisonnée est une des solutions. Le savoir-faire dont nous disposons aujourd’hui permet de fournir des réponses technologiques pertinentes et soutenables, capables d’apporter une approche rationnelle et experte de la gestion de la ressource en eau.

« La réutilisation des eaux usées, le dessalement de l’eau de mer, la réalimentation artificielle des nappes phréatiques et bien sur l’optimisation des réseaux de distribution par la mise en œuvre de systêmes de détection de fuites sont autant de solutions à partir desquelles les différentes collectivités peuvent s’engager selon leurs besoins. Il s’agit donc de volonté et d’action.

« La réutilisation des eaux usées est une des options emblématiques de la gestion raisonnée de la ressource en eau.

« Actuellement, dans le monde, 165 milliards de mètres cubes d’eaux usées sont collectées et traitées, et parmi elles seulement 2% sont réutilisées. Aujourd’hui, une fois traitée dans les stations d’épuration, l’eau est rejetée dans le milieu naturel, alors qu’elle pourrait être utilisée comme une ressource alternative. Mais le développement des technologies de pointe, notamment la mise en œuvre de procédés utilisant des membranes d’ultrafiltration, permet désormais de mettre à disposition une eau traitée dont la qualité rend possible la réutilisation à des fins agricoles et industrielles. Un tel procédé réduit d’autant les prélèvements directs dans la ressource, la réservant à la consommation humaine.

« En France, une station comme celle de Grasse est une première. Cette usine de traitement des eaux usées utilise une technologie d’ultrafiltration membranaire qui permet d’atteindre une telle qualité de rejet qu’en quelques mois la biodiversité a repris ses droits. La qualité de l’eau ainsi traitée permettra même à terme d’envisager une utilisation pour l’entretien des golfs et des espaces verts. C’est ce modèle qui a inspiré le gouvernement du Qatar pour deux usines du même type, actuellement en construction.

« Autre solution pour parvenir à une gestion raisonnée de la ressource en eau : le dessalement, qui s’impose aujourd’hui comme une option pertinente. Il permet un accès illimité à la ressource en eau. Dans le monde 40% de la population vit à moins de 100 kilomètres de la mer et, sur 70 villes de plus de 1 million d’habitants sans accès direct à des ressources supplémentaires en eau douce, 42 sont situées sur la côte. Rendu accessible par la baisse des coûts de production, le dessalement par osmose inverse est une solution peu gourmande en énergie et compatible avec des énergies renouvelables telles que les éoliennes.

« Un choix politique

« Les pénuries d’eau ne sont pas une fatalité. Le dessalement, la réutilisation des eaux usées, les mesures de préservation des réseaux, les techniques de réalimentation de nappes phréatiques sont des solutions sur mesure qui, adaptées aux contextes locaux, permettent une maîtrise raisonnée de nos cycles de l’eau tout en préservant les milieux naturels.

« C’est le progrès technique qui peut vaincre les pénuries d’eau, mais c’est évidemment aux pays et aux régions de se saisir de cette offre technologique en fonction de leurs besoins, au travers de partenariats aboutis. C’est ainsi que l’ensemble des parties prenantes parviendra à répondre efficacement aux défis de la gestion de l’eau. »

Note 2 :

L’hebdomadaire français Paris-Match annonçait en Une de son édition du 14 juin 2007 la publication d’un « grand reportage » intitulé : « Sauver l’eau, le grand défi du XXIème siècle »

« Sécheresse, pollution, accroissement de la population, l’or bleu va cruellement manquer dans les prochaines années. Et devenir l’enjeu de conflits mondiaux.

« Cette eau-là pourrait bientôt mettre le feu au Moyen-Orient. La Turquie a construit le barrage Atatürk sur l’Euphrate pour irriguer le Sud-Est anatolien. Au détriment de la Syrie et de l’Irak qui se voient confisquer une part importante des flots de ce fleuve mythique, berceau de la civilisation. Un jour, peut-être, ses deux voisins interpréteront l’entreprise turque comme un acte de guerre. C’est loin d’être la seule région du monde où le contrôle de l’eau est devenu une source de conflits : l’Onu en a identifié 300. De plus en plus rare pour une population en constante augmentation, de plus en plus chère, de plus en plus sale, au point de devenir mortelle pour les plus fragiles, accaparée et dilapidée par les pays riches, désespérément revendiquée par les contrées pauvres, l’eau est déjà un problème bouillant pour les nations du IIIe millénaire. C’est l’humanité tout entière, solidaire, qui devra trouver des solutions radicales. Ou ce sera la catastrophe. »

En conclusion d’un portfolio présentant un « tour du monde » des situations les plus alarmantes, l’hebdomadaire publiait aussi une interview reprenant, cette fois pour le compte de Veolia Eau, les grandes thématiques qui sont au fondement du nouveau « bio-pouvoir » :

« Antoine Frérot, directeur général de Veolia Eau, recense les solutions possibles et salue la vigilance de la France : déjà nous savons faire de l’eau potable avec des eaux usées »

PM : L’humanité pourra-t-elle toujours faire face à la pénurie d’eau ?

Antoine Frérot : On entend dire que les êtres humains vont avoir de moins en moins d’eau. Mais ce n’est pas exact, il y aura toujours autant d’eau ! La molécule d’eau est stable. L’eau ne s’envole pas, elle ne se perd pas, elle retombe dans le sol. Alors, c’est vrai que l’évolution du climat change sa répartition, mais à une échelle de temps extrêmement longue. En revanche, la tension viendra inévitablement. L’augmentation du nombre d’êtres humains et leur concentration dans les villes posent des problèmes de plus en plus complexes. Il faut aussi prendre en compte les nouveaux usages de l’eau liés au tourisme par exemple. Plus il y a de gens, plus il faut de l’eau, et plus ils la polluent. Ce qui est d’autant plus compliqué à gérer dans les pays pauvres.

Mais quelles sont les solutions pour remédier à cette demande croissante d’eau ?

Il y a d’abord des nouvelles ressources. Nous n’avons pas encore inspecté tous les sous-sols. Nous pouvons aller puiser de l’eau dans les nappes profondes, à 200 ou même 300 mètres, comme nous le faisons à Narbonne, si ces nappes se régénèrent. Nous avons aussi une formidable réserve d’eau de mer que nous savons dessaler. Cela coûte deux fois plus cher que d’utiliser une eau douce polluée mais, il y a vingt ans, c’était vingt fois plus. Maintenant, nous butons sur la poursuite de la réduction des coûts car le dessalement nécessite de l’énergie. Notre principe de dessalement thermique (principe de la bouilloire… mais une bouilloire très sophistiquée !) ou celle d’osmose inverse (principe du tamis) sont à la portée d’un certain nombre de pays et de collectivités comme les pays du Golfe, l’Espagne, l’Algérie, la Chine, ou d’Etats comme la Floride ou la Californie. La capacité de production d’eau dessalée pourrait être multipliée par deux dans les dix années qui viennent. Et surtout nous savons aujourd’hui faire une eau totalement potable à partir d’eaux usées. Elles constituent une ressource alternative. Elles se trouvent là où on en a besoin et plus on en consomme, plus on en a. Il serait possible de fonctionner quasiment en circuit fermé et de faire face à la demande croissante. C’est moins cher que le dessalement et nous ferons encore des progrès pour réduire ce coût.

Mais n’y-a-t-il pas des réticences insurmontables à consommer ces eaux usées ?

En France nous avons une vingtaine d’exploitations de recyclage d’eaux usées (plus de 120 dans le monde) mais seulement à usage d’irrigation (agricole, de golfs ou d’espaces verts) ou industriel. Il y a dans le monde deux endroits où l’on boit en partie de l’eau recyclée : en Namibie et à Singapour. Mais, c’est vrai, il y a parfois une réticence des habitants. En Australie, les autorités ont préféré demander l’avis de la population par referendum avant de recourir à l’eau recyclée. Et la population l’a rejetée. La sécheresse qui perdure depuis trois ans dans ce pays ne va sans doute pas leur laisser le choix. Et nous venons d’obtenir un gros projet de recyclage des eaux usées pour une grande agglomération de ce pays.

Apparemment Veolia Eau n’a pas de soucis à se faire pour son avenir ?

Cela fait plus de dix ans que nous mettons en jeu des solutions techniques qui nous permettent d’apporter localement les bonnes réponses selon les besoins des villes. Le traitement des eaux usées présente de grandes perspectives de développement. Techniquement, nous savons faire de l’eau potable, sans aucun danger. Reste à lever les craintes psychologiques. Et dans le domaine du dessalement, il y a aussi de nombreux projets en cours. A Bahrein, nous sommes en train de construire la plus grosse usine du monde à partir d’une technologie thermique (Med) permettant des économies d’énergie. Par ailleurs, dans l’émirat d’Oman nous démarrons la construction d’une nouvelle grosse usine de dessalement. A Ashkelon, en Israël, l’usine achevée à la fin 2005 produit 100 millions de mètres cubes par an, soit la consommation d’une population de 1,2 million d’habitants. Et nous attendonc beaucoup du marché chinois. La France est leader mondial avec Veolia Eau comme numéro un. Nous sommes présents en permanence dans 60 pays et intervenons dans une centaine au total. Le marché du dessalement croît de 25% par an. C’est certain, la France possède le savoir-faire pour répondre aux problèmes nouveaux de la gestion de l’eau.

Vous retraitez, vous dessalez, mais pourra-t-on, un jour, créer de l’eau ?

On ne va pas inventer de l’eau ! Quoique les scientifiques sachent la synthétiser mais avec un coût exorbitant. Il y a d’autres idées à développer ! Comme le système qui consiste à réinjecter les eaux recyclées dans le sol. Le sol continue le travail naturel d’épuration, et c’est aussi une solution de stockage et de réalimentation des nappes. La réinfiltration se fait déjà à Berlin, où plus d’un tiers de l’eau distribuée est issue de ce procédé.

Quelles sont les perspectives pour les pays les plus asséchés ?

Certaines villes du Golfe transportent de l’eau mais c’est très cher. Nous travaillons sur un projet d’usine de dessalement en Afrique, qui fonctionnerait à partir d’énergie solaire. Mais si certains pays connaissent des problèmes importants d’approvisionnement en eau, en réalité ils ne manquent pas tous d’eau. Par exemple, savez-vous que le Congo est le pays le plus arrosé du monde, et que le Niger souffre avant tout d’un problème d’infrastructures ? Nous participons à des projets aidés par la Banque mondiale ou d’autres organismes publics internationaux dédiés au développement.

Et dans nos pays riches, avons-nous suffisamment compris que l’eau valait de l’or ?

Ca dépend où ! En France, oui. Il y a vingt-cinq ans, chaque Français consommait 200 litres par jour, contre 135 litres aujourd’hui. Maintenant, les gens réparent les fuites ! Aux Etats-unis, la consommation est de 400 litres par jour et par personne. Au Niger, c’est 30 litres par personne, et encore dans les villes. La prise de conscience est en route : l’eau ne vaut pas de l’or, mais c’est un bien précieux qu’il faut préserver du gaspillage et de la pollution.

Prix du mètre cube d’eau

En France, le prix du mètre cube d’eau est en moyenne de 2,95 euros. Il varie de 2,50 euros en Auvergne et en Rhône-Alpes à 4 euros dans le Morbihan. Aux Etats-unis, il coûte 0,50 euro ; au Danemark et en Allemagne, 1,70 euro. Au Niger, un mètre cube d’eau tiré à une borne fontaine vaut 0,18 euro alors que 1 mètre cube d’eau tiré au robinet d’un particulier vaut 0,35 euro. La même quantité achetée à un vendeur dans le bidonville de Guatemala City coûtera environ 2,60 euros. Le coût du dessalement a chuté, passant de 1,50 euro à 0,37 euro en dix ans. »

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3 commentaires

  • Marchandisation de l’eau : la nouvelle offensive du « biocapital » 9 avril 2007 02:43, par bluerider1

    Bonjour,

    et merci pour ces éclairages, nous parlerons bientôt de « verdissement » ou de « bleuissement » d’argent…

    Pour vos lecteurs qui comme moi s’initient aux subtilités des « prédateurs de l’eau », concernantla première phase que vous évoquez, lire le livre de Roger Lenglet et Jean Luc Touly « L’EAU DES MULTINATIONALES, les vérités inavouables » (Fayard, déc 2005, isbn 2-213-62823-8).

    Ce livre conseille aussi les sites :

    www.acme-eau.com (Fondation Danielle Mitterand)

    www.ades-grenoble.org

    www.seaus.org

    www.psiru.org

    http://eausecours.free.fr

    www.eau.apinc.org

    www.h2o.net

    www.fame2005.org

    www.france.attac.org

    www.contrattoacqua.it

    www.polaris.institute.org

    www.publicitizen.org

    www.wateractivist.org (sur Veolia)

    www.canadians.org

    www.assemblee-nationale.fr/dossiers/eau.asp

    Voilà…

    Bluerider1

    Répondre à ce message

  • Marchandisation de l’eau : la nouvelle offensive du « biocapital » 11 avril 2007 03:46, par Alberto

    merci beaucoup pour cet analyse, plus important encore, car je suis mexicain et le Mexique est un des cibles du cet offensive.

    Répondre à ce message

  • Marchandisation de l’eau : la nouvelle offensive du « biocapital » 15 juillet 2007 12:15, par Félicien

    MAIS Il faut en finir une bonne fois pour toute avec l’idée selon laquelle la consommation domestique serait par excès, responsable de la mort des rivières. La fabrication des objets qui encombre nos maisons y participe également mais de manière tout aussi marginale. Le nœud du problème est ailleurs : le compteur s’affole vraiment quand on ajoute l’eau qui sert à produire tout ce que nous mangeons et buvons :

    Il faut entre 2000 et 5000 litres d’eau pour produire 1 kilo de riz plus d’eau que n’en consomment la plupart des foyers tout au long d’une semaine pour un simple sachet de riz. Il en faut 1000 litres pour un kilo de blé, 500 litres pour 1 kilo de pomme de terre. Et quand on commence à donner du grain au bétail, afin que ce dernier nous fournisse de la viande et du lait, les chiffres deviennent encore plus étourdissants. Il faut 11000 litres d’eau pour nourrir ce qu’il y a de viande de bœuf dans un hamburger, de 2000 à 4000 litres d’eau pour que les mamelles d’une vache puissent produire 1 litre de lait. Le fromage ? Comptez 5000 litres d’eau par kilogramme de camembert. Si vous estimez que votre panier à provision devient quelque peu encombrant, au point où nous en sommes, vous feriez mieux de laisser ce kilogramme de sucre sur rayonnage. Il a fallu pour l’obtenir environ 3000 litres d’eau, ou 20 tonnes d’eau…

    …150 litres pour le pain de votre sandwich, 500 litres pour une omelette de 2 œufs ou une salade mixte, 1000 litres pour un verre de lait, 1500 litres pour une glace, 2000 litres pour 1 côte de porc, 3000 pour un hamburger et 5000 litres pour un malheureux steak haché…

    Un verre de vin ou une pinte de bière demande 250 litres d’eau, 1 verre de digestif pas moins de 2000 litres…

    (Src : Fred Pearce Quand meurent les grands Fleuves-Enquête sur la crise mondiale de l’eau)

    Voir en ligne : l’eau

 

 

 

14 mars 2008

Pourquoi plus d’un milliard d’êtres humains

n’ont-ils pas accès à l’eau ?

par Marc Laimé

En dépit des engagements répétés de la communauté internationale, l’accès à l’eau n’est toujours pas assuré pour des quantités croissantes d’êtres humains. Si rien ne change, la moitié des habitants du monde risque de manquer d’eau dans 20 à 30 ans. Symbolisant cruellement les inégalités qui déchirent la planète, l’accès à l’eau sera l’un des enjeux majeurs pour l’humanité au 21ème siècle. Les solutions existent. Mais le capitalisme dominant n’a que faire de la pauvreté et de l’accès à l’eau. Jamais peut-être la démonstration n’en aura été aussi aisée à établir.


 

A l’approche de la Journée mondiale de l’eau, qui se tiendra le jeudi 20 mars 2008, et non le 22 mars comme c’était l’usage depuis 1993, la communauté internationale va renouveler ses engagements de « tout faire » pour apporter des réponses à un scandale mondial majeur : le manque d’accès à l’eau et à l’assainissement, qui affecte respectivement 1,1 et 2,6 milliards d’êtres humains. Ceci d’autant plus que 2008 a aussi été consacrée par l’ONU « Année internationale de l’assainissement ».

World Water Day 2008

Mais sous les discours empreints de compassion affleure une autre « vérité qui dérange ». Loin de se résumer à l’humanitaire, la question de l’eau est d’abord politique. Elle renvoie directement aux inégalités qui déchirent la planète. Ce sont les choix et les arbitrages auxquels procèdent gouvernements et collectivités qui sont à la source de ce véritable déni d’humanité qu’imposent sur toute la planète les dominants aux dominés.

Ressources, consommations, pertes : une inégalité d’accès structurelle Retour à la table des matières

Cette précieuse ressource semble pourtant abondante. Environ 40 000 km3 d’eau douce s’écoulent chaque année sur les terres émergées. La consommation en eau s’élevant à environ 30.000 km3 par an, il devrait être possible de fournir 7000 mètres cubes d’eau à chacun des 6 milliards et demi d’individus vivant sur Terre. Il faut toutefois noter que l’intégralité de ces ressources ne sont pas mobilisables car cela s’effectuerait au détriment des milieux aquatiques, qui jouent un rôle fondamental pour la qualité des milieux ou l’épuration.

Par ailleurs, ces réserves sont réparties de façon très inégale à la surface du globe. Neuf pays seulement se partagent 60 % des réserves mondiales d’eau douce : le Brésil, la Russie, le Canada, la Chine, l’Indonésie, les Etats-unis, l’Inde, la Colombie et le Pérou. L’Asie, qui concentre près de 60 % de la population mondiale, ne dispose que de 30 % des ressources disponibles en eau douce.

En fait les ressources moyennes par pays et par habitant varient par exemple dans une proportion de 1 à 20 000 entre les Emirats du Golfe et l’Islande. Le manque d’eau est structurel dans le vaste triangle qui s’étend du Maroc au Soudan et au Pakistan, soit plus de 20 pays d’Afrique du Nord, du Proche et du Moyen-Orient et de l’Asie centrale. Chaque habitant y dispose en moyenne de moins de 1 000 mètres cubes d’eau douce par an, une situation dite de « pénurie chronique ».

Par ailleurs le gaspillage croît avec le niveau de vie des populations, les nombreux équipements qui apparaissent dans les foyers facilitant l’usage de l’eau. Les Européens consomment aujourd’hui 8 fois plus d’eau douce que leurs grands-parents pour leur usage quotidien. Un habitant de Sydney consomme en moyenne plus de 1 000 litres d’eau potable par jour, un Américain 600 litres, et un Européen de 100 à 200 litres… alors que dans certains pays en développement, la consommation moyenne par habitant n’atteint qu’une vingtaine de litres par jour.

Il faudrait aussi impérativement réduire les pertes considérables enregistrées sur les réseaux des pays pauvres, quand ils existent, pertes qui peuvent atteindre jusqu’à 50% de l’eau mise en distribution ! Aujourd’hui, seuls 55 % des prélèvements en eau sont réellement consommés. Les 45 % restants sont soit perdus, par drainage, fuite et évaporation lors de l’irrigation, ou par fuite dans les réseaux de distribution d’eau potable.

L’accès à l’eau : une question politique Retour à la table des matières

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié en janvier 2008 les résultats d’une étude réalisée par deux de ses chercheurs, qui propose un nouveau chiffrage des investissements qui devraient être effectués à l’échelle de la planète, d’ici à 2015, afin de fournir de l’eau potable et des services d’assainissement à la moitié de la population mondiale qui en est encore privée. Soit respectivement la moitié des 1,1 milliards d’êtres humains qui n’ont pas accès à l’eau potable, et la moitié des 2 ,6 milliards d’habitants qui ne disposent pas d’un service d’assainissement de base.

Cette nouvelle étude est particulièrement intéressante à plus d’un titre. Elle souligne ainsi d’emblée que « le manque de données à jour sur la dépense réelle réalisée par les gouvernements et les ménages pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement dans les pays en développement, ne permet pas de fournir d’ estimation du financement actuel au niveau international. »

C’est dire s’il convient de relativiser le déluge de chiffres et de promesses accompagnant désormais de manière rituelle les messages émis chaque année lors de la « Journée mondiale de l’eau ».

L’eau figure, depuis une dizaine d’années, au tout premier plan de l’agenda international. Depuis lors un lancinant bruit de fond fait désormais figure de mantra : « Tant de milliards d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau, tant en meurent chaque année, si rien ne change ils seront plus nombreux l’an prochain, il faudrait chaque année mobiliser x milliards de dollars pour en finir avec ce scandale, etc. »

Ce message finit par anesthésier toute réflexion, toute remise en perspective réelle, et toute prise de conscience du caractère éminemment politique de la question de l’eau, qui n’est pas soluble dans de lénifiantes approximations humanitaires.

La nouvelle étude de l’OMS fournit les éléments de cette remise en perspective. Elle souligne donc l’absence de données fiables sur les dépenses effectives réalisées par les gouvernements et les ménages (pour l’accès à l’eau et à l’assainissement) dans les pays en voie de développement.

Quant on sait que le budget militaire du Pakistan est près de 50 fois supérieur à celui de l’eau et de l’assainissement, on voit poindre l’explication du manque de données fiables…

Plus largement, si les données fiables semblent aussi faire défaut quant aux dépenses annuelles mondiales dans le domaine de l’eau, on estime généralement qu’elles se situeraient dans une fourchette comprise entre 500 et 800 milliards de dollars US. Un montant qui englobe toutes les dépenses relatives à l’eau dans le monde, tant en fonctionnement qu’en investissement.

C’est bien à cette aune qu’il convient d’apprécier les évaluations, au demeurant mouvantes, de l’effort que « devrait » accomplir la communauté internationale pour financer l’accès à l’eau et à l’assainissement dans le monde entier.

Or, étrangement, cette corrélation qui tombe pourtant sous le sens, n’est jamais effectuée. Sans doute parcequ’elle fait apparaître crûment une « vérité qui dérange »…

Comparés à ces 500 à 800 milliards de dollars de dépenses annuelles mondiales déjà effectives dans le secteur de l’eau, dans un contexte de surexploitation et de gaspillage outrancier de ressources qui s’épuisent, tant les financements concrets de l’accès à l’eau pour les populations les plus pauvres de la planète, que les « plaidoyers » et les annonces de « promesses d’engagements financiers », toujours en faveur des plus pauvres, sont au final absolument dérisoires. Pire, obscènes.

Le capitalisme et les pauvres Retour à la table des matières

En 2004, comme l’annonçait le quotidien français Libération le 12 mars 2008, « le bénéfice cumulé des entreprises composant l’indice phare de la Bourse de Paris, le CAC 40, était de 66 milliards d’euros. En 2005, de 84,5 milliards. En 2006, de 97,7 milliards. Pour 2007, la hausse devrait être limitée (de l’ordre de 2 %). Mais pour la première fois, la barre symbolique des 100 milliards devrait être franchie.

« Les entreprises industrielles n’ont pas été atteintes par la conjoncture. Certaines en ont même profité. Tel Total qui occupe, comme pour 2006, la première place de ce Top 40 des profits. Avec 12,2 milliards de profits, la major pétrolière a bénéficié de la hausse des prix du brut. Les tensions sur le marché énergétique ont aussi profité à Suez (+ 9 %), et à Gaz de France (+ 7,6). Quant à ArcelorMittal (+ 30 % de résultat, à 7,5 milliards), il a pu augmenter ses prix grâce à une demande mondiale en acier toujours poussée par la croissance chinoise et indienne. Massivement présentes sur ce continent, d’autres multinationales ont surfé sur la bonne santé économique de l’Asie. C’est le cas du secteur du luxe et des produits cosmétiques : L’Oréal fait + 29 %, PPR + 35 % et LVMH + 8 %.

(…) « Deux entreprises, enfin, ont connu une année exceptionnelle. La vente de son pôle biscuit a permis à Danone d’afficher une hausse de son résultat de 300 %. Quant à Peugeot, son bénéfice a été multiplié par cinq, après une mauvaise année 2006, grâce aux premiers effets du plan initié par son PDG, Christian Streiff. Face à ces océans de profits, les trois entreprises déficitaires font mauvais genre, mais ne représentent pas grand-chose. Deux sont dans le secteur des équipementiers en électronique (Alcatel-Lucent et STMicroelectronics). Quant à EADS, sa perte doit être relativisée : les comptes du groupe sont affectés par son plan de restructuration et la baisse du dollar, tandis que ses commandes battent tous les records.

(…) « Les actionnaires se frottent déjà les mains. Le taux de distribution (le pourcentage du bénéfice réparti aux actionnaires) devrait augmenter par rapport à l’année dernière. Et c’est plus de 40 milliards d’euros qui devraient leur revenir sous forme de dividendes. »

Ainsi, en toute rigueur mathématique, la moitié seulement des dividendes distribués aux actionnaires des seules plus grandes entreprises françaises pour 2007, soit une vingtaine de milliards d’euros, suffiraient à financer l’accès à l’eau et à l’assainissement de la moitié des milliards d’êtres humains qui en sont aujourd’hui privés. Et qui en meurent par millions.

On mesure mieux à cette aune pourquoi les palinodies rituelles en matière de financement d’accès à l’eau des plus pauvres demeurent cantonnées dans le registre de l’humanitaire, alors que la question est politique.

Le manque d’accès à l’eau symbolise impitoyablement les inégalités qui déchirent la planète. Sous cet angle chaque état, chaque collectivité sont donc directement responsables s’ils ne permettent pas à leur population d’accéder à ces services essentiels. Le prix à payer pour un modèle de société qui procure des dividendes somptuaires aux privilégiés de la planète doit aussi s’apprécier à l’aune des « dégâts collatéraux » qu’il suscite.

La nouvelle étude de l’OMS sur le financement de l’accès à l’eau et à l’assainissement Retour à la table des matières

Adoptés à New-York en 2000 par l’Assemblée générale de l’ONU, les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), s’étaient fixés comme 10ème cible de « réduire de moitié, d’ici à 2015, le pourcentage de la population qui n’a pas accès de façon durable à un approvisionnement en eau de boisson salubre et à des services d’assainissement de base ». En raison de son impact sur une série de maladies, cette dixième cible entretient évidemment un lien étroit avec la santé publique.

L’objectif de ne réduire que « de moitié » le pourcentage de la population qui ne dispose pas d’un accès à l’eau et à l’assainissement corrects a très souvent été critiqué, mais force est de constater qu’il a désormais quasiment acquis force de loi pour la communauté internationale, et que toutes les estimations effectuées à ce jour en matière de financement de l’accès à l’eau s’inscrivent dans ce cadre de référence.

L’étude a estimé la population à couvrir pour atteindre cette cible en analysant les données existantes sur l’utilisation par les ménages de sources d’eau et d’assainissements améliorés en 1990 et 2004, et en tenant compte de la croissance de la population.

Les chercheurs ont supposé que cette estimation avait été atteinte par incréments annuels de l’année de référence 2005 jusqu’en 2014. Puis ont appliqué les coûts d’investissement et de fonctionnement par habitant. Les données nationales disponibles ont été agrégées pour les 11 sous-régions de développement de l’OMS, et pour l’ensemble du monde.

Pour ce qui concerne l’évaluation des besoins financiers, elle prend en compte les coûts de fonctionnement, de maintien et de remplacement de la couverture existante, ainsi que les coûts de nouveaux services et les coûts programmatiques. Et le rapport souligne que des études de coûts au niveau national sont nécessaires pour guider le secteur.

L’analyse effectuée permet donc de présenter les investissements qui devraient être effectués chaque année de 2005 à 2014 pour atteindre la cible 10 des OMD, sachant que l’investissement annuel pour l’eau (50,2%) est un peu plus élevé que celui de l’assainissement (49,8%).

L’étude estime donc que les dépenses globales à réaliser dans les pays en voie de développement d’ici à 2014, simplement pour y raccorder la moitié de la population qui ne l’est pas aujourd’hui, conformément à la cible 10 des OMD, se chiffrent à des montants de 42 milliards US $ pour l’eau, et à 142 milliards US $ pour l’assainissement.

Soit, au total, pour l’eau et l’assainissement, un équivalent annuel de 18 milliards US $ (12,4 milliards d’euros), pour raccorder la moitié de la population des pays pauvres qui ne l’est pas aujourd’hui.

Mais elle souligne dans le même temps que le maintien des services existants nécessite déjà, à lui seul, 322 milliards US $ supplémentaires pour l’approvisionnement en eau, et 216 milliards US $ pour l’assainissement. Soit un total de 538 milliards de dollars US pour la période de 2005 à 2014.

Et donc 54 milliards US $ par an (35,8 milliards d’euros), pour l’entretien des installations existantes, majoritairement présentes dans les pays développés, ou qui bénéficient aux minorités les plus aisées des pays en voie de développement.

Si l’on additionne les deux postes, soit la création ex-nihilo de nouvelles infrastructures pour les pays pauvres, et l’entretien des infrastructures existantes, surtout dans les pays développés, l’étude chiffre donc à 70 milliards de dollars US (48,2 milliards d’euros), les montants qui devront, selon l’OMS, être dépensés annuellement de 2005 à 2014 pour l’eau et l’assainissement.

Elle met aussi en exergue le fait que les dépenses effectuées pour étendre la couverture bénéficieront principalement au ruraux (64 %), tandis que celles consacrées au maintien de la couverture déjà existante profiteront largement aux urbains (73 %).

De plus il apparaît qu’une mise en œuvre efficace du programme imposerait un « supplément de dépenses de 10 à 30 % pour couvrir des coûts administratifs en dehors du point de délivrance des interventions. »

Ces évaluations pourront être critiquées. Elles ont le mérite de permettre une mise en perspective bienvenue, quand les messages régulièrement émis par la communauté internationale conduisent, par défaut, à circonscrire la question de l’eau à une dimension humanitaire, et non politique.

Changement climatique et aide au développement Retour à la table des matières

Par ailleurs, si l’on considère que l’investissement mondial annuel dans l’infrastructure de l’eau représente 500 milliards de dollars, celui-ci est aujourd’hui réalisé en fonction de l’hypothèse, déjà dépassée, selon laquelle le cycle de l’eau oscillerait dans les limites relativement étroites constatées dans le passé.

Or de nombreuses études scientifiques attestent que le changement climatique a déjà radicalement modifié le cycle de l’eau et que les évolutions déjà identifiables marquent le début d’une crise de la ressource.

De nouveaux modèles vont devoir être mis en œuvre pour anticiper les inondations et les sécheresses, déterminer la taille des réserves d’eau et décider de l’allocation de la ressource entre les usages domestiques, industriels et agricoles.

A cet égard le risque est grand de voir les pays du Nord préférer « la Corrèze au Zambèze. » Vu sous cet angle, le déluge de propagande humanitaire qui accompagne désormais rituellement chaque « Journée mondiale de l’eau » ne parviendra plus très longtemps à dissimuler que le changement climatique, dont l’impact affecterait tout autant les pays riches du nord que les pays pauvres du sud, risque très sérieusement de restreindre encore davantage l’aide publique au développement.

Si les pays du Nord érigent la lutte contre le réchauffement climatique au rang de priorité absolue car elle menacerait désormais la sécurité internationale, et celle de chacun des pays développés qui n’entendent pas renoncer à leur modèle de croissance, comme vient de le proclamer M. Javier Solana devant le Conseil des ministres de l’Union le 13 mars 2008 à Bruxelles, les égoïsmes nationaux des pays du Nord réduiront inévitablement à chiffons de papier les « engagements » de la communauté internationale à promouvoir l’accès à l’eau dans les pays pauvres du Sud.

Polémique en France sur l’aide pour l’accès à l’eau Retour à la table des matières

Le directeur général d’Action contre la faim, M. François Danel, a publié dans le quotidien Le Monde daté du 20 mars 2008 une Tribune intitulée : « L’eau, un droit pour tous. »

Il y présente l’action que va conduire Action contre la faim le 20 mars, en lien avec l’Agence française de développement (AFD), soit des appels aux dons lors de manifestations publiques organisées dans une douzaine de grandes villes, sur fond de promotion de la loi « Oudin-Santini. »

En matière d’aide à l’accès à l’eau, la France a en effet adopté en janvier 2005 la loi « Oudin-Santini », dispositif qui divise profondément le monde associatif et politique français impliqué dans l’aide au développement. Lire l’analyse magistrale de Gérard Borvon, animateur de l’association bretonne S-Eau-S, responsable des Verts et membre du Comité national de l’eau :

Elus municipaux et Associations de Solidarité : ce qu’on ne vous dit pas sur la loi « Oudin-Santini ».

Sources :

Hutton, G. and Bartram, J. (janvier 2008). Coûts globaux pour l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement.

Publié en ligne le 20 novembre 2007.

Edition papier : Bulletin de l’Organisation mondiale de la santé ; vol. 86, no. 1 ; p. 13-19., janvier 2008.

Contact :

Guy Hutton, Programme eau et assainissement (WSP), Banque mondiale au Cambodge.

ghutton@worldbank.org

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Pourquoi plus d’un milliard d’êtres humains n’ont-ils pas accès à l’eau ? 17 mars 18:16, par Club des Vigilants

Pour une Communauté Mondiale de l’Eau

Dans ma jeunesse, j’ai travaillé à la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier et me souviens de la genèse de cette première institution européenne. Jean Monnet est parti de la conviction que l’Europe ne se ferait pas d’un coup mais pas à pas.

Voulant commencer par créer une « solidarité de fait », il a pensé que le charbon et l’acier, qui avaient été utilisés pour faire la guerre, pouvaient être un symbole de reconstruction pacifique et servir de base tant à la réconciliation franco-allemande qu’à l’unité de l’Europe. Il a persuadé Robert Schuman de lancer l’idée et s’est assuré qu’elle serait bien reçue par Konrad Adenauer et fortement appuyée par l’Administration américaine.

L’Europe d’aujourd’hui ne ressemble pas à celle dont rêvait Monnet mais la CECA a néanmoins servi de socle à une prise de conscience européenne. Maintenant, les menaces visent l’humanité entière et il s’agit de faire émerger une conscience planétaire. D’où la question : existe-t-il un domaine qui aiderait à cristalliser une « solidarité de fait » à l’échelle mondiale, un domaine où l’urgence et la gravité des problèmes justifieraient la mise en commun de certains pouvoirs et de certaines ressources ?

Après avoir beaucoup consulté et beaucoup réfléchi, je suis arrivé à la conclusion que la création d’une Communauté Mondiale de l’eau (CME) serait la plus prometteuse des initiatives possibles. Les hommes peuvent vivre sans pétrole, ils ne peuvent pas vivre sans eau. Des guerres peuvent éclater pour le contrôle des ressources. Des populations peuvent migrer pour fuir la sécheresse. L’insalubrité peut provoquer des épidémies. Emotionnellement c’est intolérable. Rationnellement, la nécessité de l’action crève les yeux. Le problème de l’eau est au cœur des préoccupations mondiales : guerres et paix, agriculture et mégalopoles, santé et développement, tout ne dépend pas de l’eau mais l’eau affecte tout.

Le chemin à parcourir avant qu’une CME fonctionne est si périlleux que l’initiative ne peut être lancée dans le cadre modeste du Club des Vigilants. Nous pouvons seulement réfléchir aux processus qu’il conviendrait d’enclencher. Concrètement, il s’agirait surtout de :

- trouver la ou les personnalités les plus aptes à prendre l’initiative et chercher les moyens de les convaincre ;

- dresser la liste des pays qui accepteraient de se placer sur la ligne de départ et négocieraient un éventuel traité ;

- définir les points qui, dans cet éventuel futur traité, devraient être considérés comme primordiaux.

Une réflexion préliminaire est en route sur ces trois points. Ceux qui voudraient contribuer à cette étude de faisabilité seraient les bienvenus.

Marc Ullmann

 

 

25 février 2007

Le scandale mondial de l’eau

 

par Riccardo Petrella

Fondateur du Comité International pour le Contrat Mondial de l’Eau.


 

La santé de 2,8 milliards de personnes est fragilisée et leur vie est écourtée par manque de latrines. C’est parce qu’ils n’ont pas de systèmes appropriés de traitement de leurs excréments humains que des milliards de personnes pauvres dans le monde n’ont pas droit à une vie humainement digne, à la vie. Tel est le constat, cru, insensé, intolérable ; le sens tragique de la condition humaine actuelle marquée par la pauvreté de la moitié de la population mondiale.

Les sociétés « riches » dépensent annuellement des milliards d’euros pour l’utilisation d’eau potable dans leurs WC, soit un tiers de la consommation domestique d’eau par habitant par jour, pour une consommation de 600 litres par personne et par jour aux Etats-Unis, 358 litres en Italie, 310 litres en France… mais 130 en Allemagne et 119 en Suède.

En outre l’économie mondiale est capable d’allouer des milliards d’euros pour produire (et faire acheter à grands frais publicitaires), des centaines de milliers de SUV, ces voitures 4×4 de plus en plus grosses, puissantes, chères et voraces en matières premières et en énergie, qui ne répondent à aucun besoin effectif, mais uniquement à des motivations déraisonnables, en une obscène exhibition de puissance consommatrice.

En revanche, cette même économie qui se dit mondialisée, globale, s’affirme incapable de produire des latrines dont des milliards de personnes ont un besoin vital, et dont le coût est estimé entre 15 et 20 milliards d’euros, soit l’équivalent de 5 jours et demi des dépenses militaires mondiales.

Pourtant, les ressources financières existent. Le 17 novembre dernier deux groupes financiers privés ont dépensé respectivement 36 et 26 milliards de dollars US pour l’achat de la propriété du capital de deux autres groupes financiers. Quelques jours auparavant, la banque australienne Macquarie a déboursé 14 milliards d’euros pour acheter la troisième entreprise privée mondiale de l’eau, la britannique Thames Water, dans le but, évidemment, de faire de l’argent, beaucoup d’argent, par la distribution d’eau potable.

La bombe hydrique Retour à la table des matières

Des milliards d’êtres humains meurent par manque d’eau potable, alors que des entreprises privées, notamment françaises, les premières au monde dans le domaine de l’eau, réalisent des milliards d’euros de profit en vendant l’eau potable. Tel est le scandale mondial de l’eau.

Ne parlons pas, en outre, de l’état de dévastation croissante des ressources hydriques de la planète. Lacs qui rétrécissent, voire disparaissent ; fleuves qui meurent (Niger, Po… ) , qui ne portent plus l’eau à la mer pendant de nombreux mois de l’année (Colorado, Yang Tse… ) ; nappes phréatiques qui baissent dangereusement (aux Etats-Unis et en Chine les nappes ont baissé en moyenne sur les cinq dernières décennies de 1,5 et 3,5 mètres respectivement) ; cours hydriques pollués devenus des sources inutilisables pour les usages humains (plus de 80% des eaux de surface en France sont contaminées) ; calottes polaires (représentant la très grande partie des réserves d’eau douce de la planète) en train de fondre en raison de l’action humaine appelée “croissance économique”.

La bombe hydrique, non seulement produit déjà des effets désastreux pour la vie de milliards d’êtres humains, mais elle est en train de décupler sa puissance meurtrière : dans 30 à 40 ans elle pourra “exploser” de manière à provoquer la mort de dizaines de millions de personnes par an. Ce à quoi nos sociétés sont désormais confrontées est le double défi de la vie, la vie pour tous, et sur la planète.

Une refondation démocratique Retour à la table des matières

Les mouvements et les ONG engagés, à travers le monde, dans la mobilisation culturelle et politique contre la marchandisation de l’eau et la privatisation des services hydriques ont voulu relever ce défi et essayer de contribuer à sa solution en organisant l’Assemblée mondiale des élus et des citoyens pour l’eau (AMECE).

Relever ce défi implique nécessairement de re-constituer le lien entre les institutions, notamment démocratiques représentatives, et les citoyens, lien qui a été rompu au cours des trente dernières années. La question de la « renaissance politique » de la relation entre citoyens et institutions est au coeur de l’AMECE.

A l’origine de la rupture se trouvent principalement les choix effectués par nos classes dirigeantes en faveur d’une société orientée vers l’optimisation de l’utilité individuelle, par l’appropriation et l’usage privé des biens et des services considérés aujourd’hui « faire » le bien-être de vie.

Nos sociétés sont fondées de plus en plus sur l’antagonisme compétitif de tous contre tous, à l’enseigne de la victoire et survie des meilleurs, à savoir des plus forts. L’une des sources principales d’alimentation de la violence structurelle qui caractérise nos sociétés « développées » gît dans la « libre » concurrence, et dans la conséquente exclusion de tous ceux « qui ne sont pas capables d’être compétitifs ».

La politique ne s’occupe plus des droits des personnes, du bien commun. Elle s’occupe de l’efficience des marchés, du taux de croissance économique, de la productivité du capital financier, de la sécurité des riches, et, donc, de la guerre, laissant aux scories du « petit gouvernement » la gestion de la vie et du quotidien.

Les citoyens, réduits à des consommateurs et à des épargnants principalement intéressés au ROE (Return on Equity), au rendement financier, sont « actifs » essentiellement pour défendre leur « richesse ».

Si des changements radicaux n’interviennent pas dans les choix politiques économiques et sociaux actuels, la bombe hydrique provoquera de terribles dévastations humaines, pas seulement dans les régions habitées par les pauvres du monde.

La permanence de la pauvreté et l’aggravation de la santé de la vie de la planète font de la mise en place d’un pouvoir politique mondial, à partir des communautés locales, et d’une politique mondiale de la vie, les conditions indispensables pour le devenir des sociétés humaines.

Il est temps de changer.

Ici se situe la motivation fondamentale de l’AMECE : le « changement réel » passe à travers l’établissement d’un nouveau rapport entre les citoyens – qui trouvent, pour le moment, dans les mouvements sociaux davantage de possibilités d’expression et d’engagement qu’auprès des institutions – et les institutions elles-mêmes, en particulier les institutions parlementaires et les collectivités locales, qui doivent se renouveler.

Un rapport qui sera nouveau du fait d’être re-fondé sur le principe des droits, et axé sur les biens communs, l’eau notamment. L’AMECE se veut un des lieux et des temps de promotion d’un parcours orienté dans cette direction.

L’eau, bien commun public Retour à la table des matières

L’Assemblée des élus et des citoyens pour l’eau (AMECE) se tiendra à Bruxelles du 18 au 20 mars 2007 à l’initiative d’une quarantaine d’organisations (ONG, mouvements…), belges et d’autres régions du monde, parmi lesquelles, en France, l’Université de l’eau du Conseil général du Val-de-Marne, l’association E-A-U (Elus-Associations-Usagers), créée le 13 février dernier, suite à “ l’Appel de Varages” de 2006, signé par des dizaines de communes, en faveur de la re-publicisation des services hydriques et contre la marchandisation de l’eau, la Convention internationale des collectivités locales hors AGCS…

L’Assemblée est structurée autour de cinq catégories d’acteurs :

• les parlementaires,

• les maires et représentants des collectivités locales,

• les entreprises publiques de l’eau,

• les syndicats,

• la société civile.

S’agissant d’une « assemblée », 80 interventions sont programmées (dont plus de la moitié de personnes venant d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie), auxquelles il faut ajouter les interventions spontanées dans les espaces temps laissés pour de larges échanges.

Le but de la rencontre, dans ce lieu hautement symbolique qu’est le Parlement européen, est de conduire tous les participants à prendre, ensemble, des engagements précis concernant la réalisation des quatre objectifs fondamentaux, sur lesquels l’AMECE vise à promouvoir un parcours d’action le plus riche et efficace possible, à savoir :

• le droit à l’eau potable et aux services sanitaires pour tous, ici et maintenant,

• la promotion d’un gouvernement de l’eau en tant que bien commun public aux divers niveaux territoriaux,

• la mise en place d’institutions et d’instruments financiers appropriés pour le financement public de l’eau (droit humain et bien commun),

• la participation effective des citoyens au gouvernement de l’eau, de toutes les eaux, à partir des communautés locales.

Perspectives Retour à la table des matières

Le principal résultat attendu de l’AMECE est le lancement d’un Plan d’engagements 2007-2010 pour le droit à la vie pour tous, ici et maintenant.

Partons de l’eau.

Les 3 milliards de personnes qui aujourd’hui sont pauvres et ont soif ne peuvent pas attendre 2025-2030. On ne peut pas non plus accepter qu’ils deviennent 5 milliards en 2040, et plus de 6 milliards en 2060.

La concrétisation du droit à l’eau – donc à la vie –, pour tous est le défi politique majeur de ce début de siècle, et il peut et doit être gagné en 15 ans. Il faut agir contre la crise mondiale de l’eau et désactiver la « bombe de l’eau ».

Sans évidemment préjuger des engagements qui seront pris par les participants à l’AMECE, ses promoteurs souhaitent que le plan de concrétisation puisse s’articuler autour :

➢ du lancement, à l’initiative de deux/trois gouvernements présents à l’AMECE d’une campagne visant la reconnaissance formelle le 10 décembre 2008 par l’ONU du droit humain à l’eau.

Le 10 décembre 2008 se célébrera en effet le 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits humains.

Certains pays d’Amérique latine (Venezuela, Uruguay, Bolivie), l’ont déjà fait. Le Parlement européen a adopté à l’unanimité, le 16 mars 2006, une résolution demandant que l’accès à l’eau soit reconnu en tant que droit humain. La Confédération suisse a proposé, il y a quelques années, la signature d’une convention internationale sur le droit à l’eau. Récemment, le gouvernement fédéral allemand a proposé au Conseil des droits humains de l’ONU de nommer un rapporteur sur le droit à l’eau.

Il faut accentuer la pression et faire « précipiter » des engagements solides et concrets à cet égard.

➢ de l’adoption, aux niveaux communal, provincial, régional, national, continental et international, du statut de l’eau en tant que bien commun public et, par conséquence, l’engagement en faveur de l’exclusion de l’eau des nouvelles négociations OMC + .

L’eau, source de vie, n’est pas une marchandise et il faut prévoir, pour ses services, « l’exception de vie », comme c’est le cas pour « l’exception culturelle ».

A cet égard, il faut redéfinir l’imaginaire politique mondial en mettant en place une nouvelle architecture politique de la société mondiale, à partir des communautés locales, axée sur le du droit à la vie pour tous et la valorisation des biens communs tels que l’eau, la terre, l’air, l’espace, la connaissance, l’éducation, la santé.

Les mesures à prendre dans cette direction sont nombreuses.

Par exemple, la mise en place de taxes mondiales sur l’énergie, les transports, les transactions financières spéculatives, selon les propositions déjà faites par la France et le Brésil ; la prise en charge par l’ONU – ou par une agence publique mondiale de l’eau –, de la responsabilité de l’organisation du prochain Forum mondial de l’eau en 2009 à Istanbul, en le soustrayant à l’initiative et à la mainmise d’une organisation privée, le Conseil mondial de l’eau, ouvertement connue pour être sous l’influence des compagnies multinationales privées de l’eau.

➢ de la prise de mesures appropriées concernant le financement public des investissements nécessaires pour assurer l’accès à l’eau pour tous dans la quantité et la qualité indispensables, sans que les collectivités locales et nationales deviennent dépendantes des capitaux privés.

A ce propos, il s’agit surtout de ré-inventer les sujets financiers publics, face à la privatisation généralisée des Caisses de dépôt et consignation, des caisses d’épargne, des organismes de crédit local, et de donner un nouveau souffle aux finances publiques par des mécanismes de collecte et de gestion des ressources disponibles transparents et fondés sur la participation réelle des citoyens.

La définition d’une nouvelle génération de fonds d’investissement publics au plan régional, national, continental et mondial s’impose.

Dans ce cadre il est urgent de multiplier les actions dites de coopération décentralisée et/ou répondant à l’approche dite « agenda local pour le développement ». Ces actions ont démontré pouvoir être un cadre de référence efficace au service d’une culture des biens communs et de la valorisation des ressources hydriques, guidée par le principe du droit d’accès à l’eau potable et aux services hygiéniques pour tous, notamment dans les villages et le communautés des pays pauvres et dans les grandes agglomérations urbaines du « Sud ».

Les actions en cours dans le cadre de cette coopération décentralisée sont nombreuses et significatives. L’AMECE vise à faciliter la mise en commun de certains schémas de coopération, certains dispositifs financiers, certains parcours socio-culturels, notamment dans le domaine de l’éducation.

Pour le droit universel à l’eau Retour à la table des matières

L’AMECE est partie d’un double constat : primo, le devenir démocratique de nos sociétés et du monde passe par la participation directe des citoyens au gouvernement de la res publica, renforçant ainsi le fonctionnement de la démocratie représentative ; secundo, le devenir juste, solidaire et durable de nos sociétés passe par le droit à la vie pour tous et par un « gouvernement » sage de la vie sur la planète. Le droit universel à l’eau, et le gouvernement de l’eau en tant que bien commun, en constituent la concrétisation préalable.

Pour ces raisons, l’eau est devenue ces dernières années le terrain politique d’affrontement entre une vision antagoniste et oligarchique de la société et du monde, et une vision coopérative et juste. La prédominance actuelle de la première vision se traduit effectivement par le refus brutal de la vie pour tous et la prédation des biens communs.

Pour la première fois, l’AMECE permet que se rencontrent à Bruxelles des parlementaires, des maires et administrateurs locaux, des syndicats, des entreprises publiques et des mouvements sociaux, dans la perspective de l’élaboration d’un parcours commun d’actions visant à bloquer une fois pour toutes les processus de marchandisation et de privatisation de l’eau, et à faire émerger des alternatives concrètes élaborées démocratiquement.

Riccardo Petrella est notamment l’auteur de Désir d’humanité.

Le droit de rêver, Editions Labor, Bruxelles et Ecosociété, Montréal.

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6 commentaires

  • Le scandale mondial de l’eau 25 février 2007 20:08, par agnès

    Quel brio !

    Je vous ai vu et entendu au Mans en 2005 et j’ai lu votre livre « désir d’humanité »… Là encore, je retrouve la même vitalité, le même humanisme lesquels tirent la sonnette d’alarme tout en emplissant nos âmes de bon sens, d’espoirs et d’énergie, préalables nécessaires pour résister et lutter contre des quotidiens souvent mesquins. Je ne sais si notre maire a prévu de participer à cette assemblée mais à nous citoyens de l’inviter à s’engager : 2007 est pour lui une année pré-électorale. C’est une bataille difficile car, comme le souligne Marc Laimé, source intarissable sur le sujet s’il en est, la gestion de l’eau potable en France est et demeure souterraine depuis un siècle et demi. Cependant, il semble que le débat commence à faire surface… Courage, espoir, ténacité. Merci pour votre pertinence et les bulles d’air que vous nous apporter.

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  • Le scandale mondial de l’eau 27 février 2007 17:48, par Muléro Philippe

    Bonjour Je cherche des personnes vraiment motivés pour  » agir  » et créer des emplois pour protéger l’environnement et même fournir dans des régions où il y a un manque d’eau potable des pompes qui marcheraient à l’energie solaire. voir le site en construction : www.oh-secours.fr la page comment agir ? En commercialisant des pages Web sur un site par ville pour les commarçants et les entreprises. J’ai sollicité la Fondation de France pour gérer les fonds je compte sur vous ! Merci. * Avec l’UE et pour les 50 ans du Traité de Rome j’organise une souscription internationale pour l’achat d’oliviers symbole de la Paix. ATTENTION les anti européen sont de plus en plus nombreux nationalistes de droite et de gauche. L’europe va mal et il faut se souvenir que les 2 guerres mondiales ont débuté en Europe ; Et je me sens particulièrement concerné parce-que mes amis ont été envoyé dans les camps de la mort avec les Juifs ; AUSSI NE VOUS LAISSEZ PAS INFLUENCER PAR CEUX QUI NE VEULENT PAS DE LA PAIX

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  • Le scandale mondial de l’eau 28 février 2007 09:59, par Bastille

    «  »Des milliards d’êtres humains meurent par manque d’eau potable, alors que des entreprises privées, notamment françaises, les premières au monde dans le domaine de l’eau, réalisent des milliards d’euros de profit en vendant l’eau potable. Tel est le scandale mondial de l’eau. »" Je ne vois pas le rapport. Si les entreprises privées faisaient du profit en vendant de l’eau potable a ceux qui en manquent, ils ne mourraient plus. Non ? Le reste est du même « tonneau ». Pour en finir avec les droits créance, je suggère une fois pour toute d’imposer le DROIT A TOUT (pour rien).

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  • Le scandale mondial de l’eau 6 mars 2007 00:01, par jacques

    Désir d’humanité ! Le droit de réver ! Je crois que tout est dit dans ces deux titres . Belle naiveté donc de penser que la ….charité ? humaine va l’emporter sur le désir de profits et de pouvoir d’un nouveau marché qui semble hélas anodin à tous .

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  • Le scandale mondial de l’eau 12 mars 2007 10:34, par Claudio

    Monsieur Petrella,

    Je me reconnais dans votre combat , vous félicite et vous encourage !

    Mon souhait est que la terre se remplisse de gens comme vous .Courage et bonnne continuation !

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  • Le scandale mondial de l’eau 15 mars 2007 23:04, par ernest

    Neuf milliards de terriens en 2050, comment va-t-on les nourrir ? Il semble qu’un groupe de scientifiques et de courageux militants ait trouvé une solution originale et efficace. C’est expliqué sur le blog www.thedino.eu

    Voir en ligne : NEUF MILLIARDS D’HUMAINS

 

 

 

16 novembre 2007

Mobilisation internationale

contre les partenariats public-privé

 

par Marc Laimé

En 1999 la Grande-Bretagne, la Banque mondiale et treize autres pays donateurs décidaient d’orienter une partie des fonds publics investis dans les projets d’accès à l’eau vers les partenariats publics-privés en créant la Public-Private Infrastructure Advisory Facility (PPIAF). Cette initiative est fortement combattue en Europe et dans le reste du monde par une large coalition de citoyens, d’ONG et de syndicats qui s’opposent à la marchandisation croissante d’un droit humain essentiel. Par ailleurs une agence des Nations unies vient à son tour de dénoncer dans un rapport décapant 15 ans de privatisation de l’eau et de l’assainissement dans les pays pauvres…


 

En dépit des proclamations qui se succèdent lors de chaque grand sommet international, les pays développés ont considérablement diminué leur aide publique au développement dans le secteur de l’eau ces dernières années.

Ainsi, les aides bilatérales pour l’eau et l’assainissement ont-elles décru de 2,7 à 1,3 milliards de dollars entre 1997 et 2002. Et l’annulation de la dette des pays pauvres n’est toujours pas effective. Dette qui suscite de surcroît désormais l’appétit de « fonds vautours ».

La pénurie persiste et les inégalités d’accès vont croissant. Plus d’un milliard d’êtres humains ne disposent toujours pas d’accès à l’eau potable, sans compter les 2,4 milliards qui ne peuvent pas compter sur un système d’assainissement adéquat.


La Banque mondiale et la plupart des institutions internationales ont clairement pris le virage du partenariat des gouvernements avec le secteur privé, ainsi que les pays donateurs qui pensent échapper par ce biais à l’augmentation de l’aide internationale

La controverse autour des modalités de financement de l’accès à l’eau dans les pays pauvres n’a cessé de monter en puissance depuis une dizaine d’années, finissant par ébranler les « Tables de la loi » issues du « consensus de Washington. »

Les PPP sont ainsi clairement sur la sellette.

Et leur recette, faire en sorte que les États ou les collectivités publiques n’aient plus à financer des projets publics, puisque c’est le privé qui va s’en charger, de plus en plus décriée. Les contribuables-consommateurs payant sur vingt ou trente ans le coût du projet, augmenté des bénéfices considérables que réalise à l’occasion le promoteur privé de l’opération.

Une logique qui prive de surcroît à terme la puissance publique de toute capacité de planification et de contrôle de ses investissements .

Le PPIAF, bras armé de la libéralisation Retour à la table des matières

Or le PPIAF a pour mission d’offrir des conseils et de promouvoir les PPP.

S’il intervient dans différents domaines qui incluent les transports ou les télécommunications, ce sont ses activités liées à l’eau qui lui valent d’être pointé du doigt par une large coalition d’activistes.

Il compte au rang de ses donateurs la Banque asiatique de développement, la Banque mondiale, la Commission européenne et les gouvernements du Canada, de France, d’Allemagne, d’Italie, du Japon, des Pays Bas, de Suède, de Suisse, d’Angleterre et des Etats Unis.

Mais la Grande-Bretagne est de très loin son plus important soutien, puisqu’elle verse une contribution de plus de 50 % des fonds alloués à l’agence (soit 53 millions de livres sterling, 104 millions de dollars US à verser de 1999 jusqu’en 2008).

Il a ainsi récemment financé en février 2007 une conférence en Inde destinée à y promouvoir les PPP.

Mais de nombreuses organisations, dont L’Internationale des services publics et le Mouvement pour un développement mondial (WDM), reprochent au PPIAF de contribuer au paiement des consultants pour promouvoir la libéralisation des services d’eau et d’assainissement.

 



Les échecs du PPP Retour à la table des matières

En 1993 la désormais tristement célèbre entreprise Enron se voyait concéder la gestion de l’eau dans la province de Buenos Aires

Après la faillite d’Enron, huit ans plus tard, le gouvernement argentin s’est tourné vers le syndicat représentant les employés. Une entreprise publique a été mise sur pied par le syndicat et assure le service depuis lors

A Bombay, les controverses portent sur le choix d’une entreprise néo-zélandaise et sur celui du consultant associé à l’opération, Castalia. Le contrat signé entre le PPIAF et Castalia, qui visait à définir quel serait le meilleur modèle de gestion pour la ville de Bombay, a fait litière de toute participation des organisations citoyennes, comme de celle des autorités locales, exemple caricatural du fameux « empowerment » vanté à longueur de colloques par les tenants de la libéralisation…

Au Paraguay le PPIAF et la Banque mondiale ont exercé des pressions afin de faciliter l’ouverture du secteur aux entreprises privés, lors même que la société et les élus locaux refusent cette libéralisation. Et le congrès paraguayen travaillait à l’élaboration d’une loi sur l’eau qui garantit le rôle de l’état comme gestionnaire des ressources naturelles du pays.

Le Malawi, l’un des pays les plus pauvres d’Afrique, est la cible des études du PPIAF depuis 1998. En 2000, un cabinet de conseil américain a reçu la somme de 194 000 US dollars pour réaliser une étude prônant la libéralisation de l’eau. En dépit de la résistance de la société civile et d’un rapport attestant l’absence de participation des institutions locales, la Banque mondiale a continué à y prôner une concession au secteur privé. 



La riposte s’organise Retour à la table des matières

En mars 2005 à Genève, le second Forum alternatif mondial de l’eau (FAME) adoptait son tout premier principe, dénué de toute équivoque :

« L’accès à l’eau en quantité et en qualité suffisante à la vie doit être reconnu comme un droit constitutionnel humain et social, universel, indivisible et imprescriptible. »

Si la plupart des pays donateurs ne sont pas de cet avis, la force des mobilisations trouvait un écho jusqu’au sein du 4ème Forum mondial de l’eau (officiel celui-là), qui se tenait en mars 2006 à Mexico, comme en témoigne un extrait (page 108) de la synthèse du 4th World Water Forum :

« Water is complex, as it is at the same time an essential resource, a common good, an economic factor and a basic human right, as well as performing other functions that make it critical to each citizen in different and sometimes contradictory ways. »

« Avancée » que se gardera bien de reprendre la déclaration ministérielle conclusive de Mexico…

Le PPIAF sur la sellette Retour à la table des matières

En 2006 le WDM (World Développement Mouvement, UK) et FIVAS (Centre d’études internationales sur l’eau, Norvège) réalisent un rapport sur le PPIAF et documentent précisément les résultats des privatisations.

A partir de ces études, d’autres ONGs, Friends of the earth, France Libertés, CRBM (Campagne pour la reforme de la banque mondiale), PSIRU (Unité de recherche de l’internationale des services publics) sont sollicités pour participer à un forum prévu en 2007.

Trois cas concrets font l’objet d’une étude plus approfondie : Bombay, le Malawi et le Paraguay (voir supra).

Le rapport soulignait que l’agence a financé des structures destinées à développer une participation du secteur privé ou une privatisation dans le secteur de l’eau et les services de l’hygiène dans 37 pays.

Dans 16 d’entre eux le PPIAF a tenté de formaliser un « consensus » pour la mise en place de la privatisation des services de l’eau. Le principe du consensus fait référence à la promotion des bénéfices engendrés par la privatisation des secteurs de l’eau, et s’adresse aux membres hésitants des gouvernements, des parlements, du monde des affaires, des syndicats, de la société civile, et aux simples citoyens, afin de les convaincre que la privatisation est dans leur intérêt.

Mais la Norvège retirait dès février 2007 son appui au PPIAF

Un mois plus tard, en mars 2007, la Banque asiatique de développement annonçait qu’elle venait de lui octroyer 500 000 US $

Le gouvernement britannique annonçait toutefois le 22 mars 2007, Journée mondiale de l’eau, qu’il considérerait désormais l’éventualité de financer également des partenariats public-public…

Mais l’Italie retirait à son tour son appui à la Facilité consultative publique-privée de l’infrastructure, un jour avant la tenue de la réunion annuelle de l’Agence à la Haye aux Pays Bas, le 23 mai 2007.

Sa vice-ministre des affaires étrangères, Mme Patrizia Sentinelli, adressait en outre une lettre de soutien aux ONGs, avec l’engagement formel de retirer le soutien de l’Italie.

Elle indiquait que « les conséquences néfastes » du système pour la fourniture de l’eau et de l’assainissement aux pauvres du monde par la privatisation nécessitaient d’être examinées.

Le groupe d’ONG en campagne saluaient l’action de l’Italie pendant que leurs représentants arrivaient à la Haye pour manifester en marge de la conférence.

Ils présentaient ensuite une lettre ouverte aux donateurs du PPIAF, signée par 138 ONG et syndicats de 48 pays, à un représentant du gouvernement des Pays Bas.

Les ONG critiquaient particulièrement le financement du PPIAF pour les « projets de consensus » qui tentent de persuader les parties prenantes des pays en développement d’accepter la privatisation de l’eau, en particulier si les multinationales y sont impliquées.

Face à la pression de la société civile, les hauts responsables du PPIAF acceptaient de recevoir les ONG pour écouter les critiques et proposer des « convergences ».

La réunion de trois heures, tenue dans un espace « neutre » cédé par la presse hollandaise, se caractérisa par la position arrêtée des représentants officiels, refusant toute critique, quoique se disant ouverts au dialogue pour financer aussi des solutions publiques. Après cette rencontre, ils publiaient une « déclaration » adressée aux ONG :

« Nous partageons un même idéal. Au centre de nos préoccupations restent les milliards de personnes qui n’ont pas accès aux infrastructures. Il faut travailler tous ensemble pour s’assurer de l’accès à l’eau pour tous. » 



Le débat Retour à la table des matières

Dans une lettre ouverte aux donateurs, les ONG et syndicats avancaient l’idée que le secteur privé de l’eau a témoigné en réalité d’une très grande frilosité à s’investir financièrement dans la bataille de l’accès à l’eau potable pour les plus pauvres à un prix abordable.

« Nous arrivons à la conclusion que ces aides et subventions devraient être mieux dépensées et nous demandons à tous ces donateurs de retirer leur appui financier, » déclaraient-ils, rejoints par certains états très pauvres, ceux-là même qui avaient vu le PPIAF mener une politique de privatisation du secteur de l’eau sur leur territoire…

Elas Dias Pena, représentant des Amis de la Terre au Paraguay déclarait qu’en dépit d’une forte opposition des habitants et un net refus lors d’un vote sur cette orientation, la privatisation de l’eau reste toujours prônée par le PPIAF, le FMI et les puissants groupes privés du secteur de l’eau. L’opposition n’a pas faibli et s’est même intensifiée. Une loi nouvelle sur l’eau, présentée par les membres de la société civile et les membres du parlement stipule que « l’eau est propriété de l’Etat du Paraguay et l’accès à l’eau est un droit humain fondamental et continu ». Loi qui attendait d’être votée devant la chambre des députés du Paraguay.

Le PPIAF se défendait des critiques de ses détracteurs, rappelant l’ampleur et la qualité de ses actions.

« Afin d’atteindre les Objectifs du développement du millénaire (OMD), adoptés par l’ONU à New-York en 2000, les investissements financiers doivent doubler », déclarait-il, soulignant que 55 pays ont déjà réussi à sortir de l’ornière et atteindre leurs buts. Le secteur public qui finance environ 70 % des besoins en infrastructures, ne peut pas tout faire et tout seul. Les donateurs, le secteur privé et les consommateurs, tous doivent jouer leur rôle. »

Et de citer le Kenya comme exemple positif du financement de son système de production et de distribution d’eau. Le Kenya laisse les communes exploiter les réseaux, avec une faible participation financière de l’Etat. Afin d’aider à une meilleure compréhension du marché de l’eau par ses différents acteurs, le PPIAF et ses partenaires ont mis en place un projet pilote afin de mieux construire une base commerciale de développement de services et les aider à construire une planification de la commercialisation, de l’accès aux marchés et des audits.

Le projet pilote devra créer une structure financière innovante afin de rendre les prêts plus accessibles aux petites communautés, propriétaires des systèmes de fournitures d’eau, et responsables de la maintenance du réseau. Le Global Partnership on output based aid, un trust financier multi-donateurs créé en 2003 par le Département pour le développement international britannique et la Banque Mondiale, apporte son soutien financier en subventions couvrant 40 % du coût du projet. Les 21 systèmes serviront 60 000 personnes.

Mais Agsar Jafri, membre de Mumbai Paani, une ONG indienne opposée à une privatisation du secteur de l’eau en Inde, rétorquait que le PPIAF ne croit pas en une gouvernance démocratique, avec des infrastructures publiques, et agit comme un représentant de groupes privés du secteur de l’eau avec l’aval de la Banque Mondiale.

« Nous avons démontré cela à Mumbai (Bombay), où des consultants de Castalia, structure d’audit fondée par le PPIAF et la Banque mondiale réalisent une étude sur l’amélioration de la distribution de l’eau. Et ont recommandé de faire appel à des groupes privés, soulignait-il. »

Une agence de l’ONU stigmatise la privatisation Retour à la table des matières

L’excellent bulletin électronique mensuel Sources Weekly relate par ailleurs dans son édition de novembre 2007 que l’Institut de recherche pour le développement social des Nations Unies (UNRISD) vient de publier une étude qui présente 15 ans de recherches sur la privatisation de l’eau et de l’assainissement.

Intitulée « Politique sociale, régulation et implication du secteur privé dans l’approvisionnement en eau », elle souligne que ces politiques de promotion de la Participation du secteur privé (PSP) dans l’approvisionnement en eau des pays en développement sont économiquement viciées.

Les expériences de la PSP à travers le monde évoquent en effet l’existence d’un conflit profond entre le développement social, la santé publique et les préoccupations environnementales et la réduction de la pauvreté, d’une part, et le souci de rentabilité du secteur privé d’autre part.

Le capital étranger ne s’intéresse qu’aux grands marchés avec le minimum de risques. Par ailleurs, l’aide au développement pour l’eau et l’assainissement d’Outre-mer ne va pas aux pays les moins développés.

Seuls 13 % des pays d’Asie du sud font la promotion de la PSP, contre 64 % en Asie de l’Est et Pacifique. Il est maintenant évident que :

- les multinationales dominantes du secteur de l’eau ne s’intéressent pas aux pays à faible revenu, qui manquent d’approvisionnement en eau commercialement viable ;

- pour réduire les risques dans les pays plus pauvres, le secteur privé cible les clients mieux nantis dans les zones urbaines et/ou recherche des subventions, des prêts à des conditions souples et la renégociation des accords, afin de fournir des services aux personnes pauvres ;

- la privatisation en général augmente les prix de l’eau et accroît l’inégalité.

La PSP n’a pas produit les résultats escomptés et les exemples d’échec et de difficultés dans le secteur privé de l’eau augmentent.

Cependant, des groupes favorables à la privatisation se sont bien organisés et reformulent le concept la dénommant « Partenariat public-privé ».

L’auteur recommande que les politiques sociales sur l’approvisionnement en eau (tels que l’augmentation des tarifs de gros, les subventions croisées et une interdiction de débranchement) ne devraient pas être ignorée lors de la réforme du secteur de l’eau.

Lire :

- Prasad, N. (2006). Résultats de privatisation : participation du secteur privé aux services de l’eau 15 ans après. Revue de politique de développement, vol. 24, no 6 ; p. 669-692. DOI:10.1111/j.1467-7679.2006.00353.x

Contact : Naren Prasad (prasad@unrisd.org), [http://tinyurl.com/2dgru9], Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social (UNRISD).

- Privatisation : les échecs en Afrique subsaharienne entravent l’impact des OMD), Source Weekly, 10 avril 2007.

- Privatisation de l’eau et de l’assainissement : les pauvres en profitent-ils ?, id21, 14 août 2007.

- Philippines : Water Privatisation – Boon or MNC Conspiracy ? Kalinga Seneviratne, International Press Service, 12 novembre 2007.

Le dossier des PPP :

Adieu services publics : L’institut de la gestion déléguée redessine la France d’après

Les eaux glacées du calcul égoïste, 30 mai 2007

Les PPP sont nuisibles et minent la démocratie

Carnets d’eau, 8 septembre 2007

La France soumise au PPP

Carnets d’eau, 25 octobre 2007

AUDIO : le rôle des multinationales dans la gestion de l’eau en France

Les eaux glacées du calcul égoïste, 29 octobre 2007

Mobilisation internationale contre les PPP

Carnets d’eau, 16 novembre 2007

Les PPP, nouvelle offensive de privatisation de l’action publique

Drôle d’En-Droit, Gilles J. Guglielmi, 11 janvier 2008.

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3 commentaires

  • Mobilisation internationale contre les partenariats public-privé 17 novembre 2007 06:53, par Pierre Leclerc

    Cet excellent article devient un bon outil d’éducation pour les militants de l’eau au Canada. Nous embarquons à notre tour dans le mouvement de mobilisation internationale contre les PPP.

    En effet, trois organisations canadiennes (Association Québécoise pour un Contrat Mondial de l’Eau, Développement et Paix et le Conseil des Canadiens) viennent récemment d’unir leurs efforts et lançent une pétition à l’échelle nationale afin que le Canada cesse d’appuyer la privatisation et reconnaisse le droit humain à l’eau.

    Nous demandons au gouvernement du Canada de :

    1. S’opposer au modèle actuel de privatisation mis de l’avant par la Banque mondiale, et conséquemment retire son soutien et sa participation financière au PPIAF.

    2. Soutenir les divers modèles de gestion publics alternatifs, démocratiques et participatifs développés par les organisations syndicales et les groupes de la société civile qui ont réussi à améliorer l’accès à l’eau sur le terrain.

    3. Affirmer clairement devant le Conseil des droit de l’Homme sa volonté de reconnaître le droit humain à l’eau.

    4. Adopter et mettre en oeuvre, au plan national, une stratégie et un plan d’action pour assurer le droit humain à l’eau et à l’assainissement.

    5. Protéger la ressource, en appliquant la motion adoptée le 5 juin 2007 par la majorité parlementaire de la Chambre des Communes demandant l’exclusion de l’eau dans l’accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA.

    En visitant le www.aqcme.org, vous trouverez le texte de la pétition ainsi qu’un article qui explique et dénonce la position actuelle du gouvernement canadien.

    Nous espérons recueillir des milliers de signatures pour appuyer notre action de lobbying qui se déroulera en 2008, année marquant le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.

    Merci à notre confrère Marc !

    Pierre Leclerc Association québécoise pour un Contrat mondial de l’eau

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  • Mobilisation internationale contre les partenariats public-privé 18 novembre 2007 17:26, par CB

    Je tenais à vous remercier de la qualité de l’ensembe des articles que vous écrivez sur l’eau… Grâce à leur lecture, j’ai enfin pu m’orienter dans la multitude de textes aux contenus disparates disponibles sur Internet, et avoir une vision globale sur la question qui comble enfin des ’trous’ d’informations ou ’incertitudes’ quant aux enjeux sous-jacents. J’en fait profité le maximum de stagiaires (et responsables de structures liées à l’eau).

    Répondre à ce message

  • Mobilisation internationale contre les partenariats public-privé 23 novembre 2007 15:58, par bobmorane

    Une question, comment les collectivités locales des pays du sud peuvent-elles financer des infrastructures d’accès à l’eau potable (puis à l’assainissement, car c’est pas bien de relâcher les eaux usées dans les rivières, ça pollue) avec des moyens si dérisoires ?

    La rénovation des réseaux des grandes villes de la méditerranées, par exemple comme Alexandrie ou encore Alger coûte plusieurs MILLIARDS de dollars par ans.

    C’est bien de dénoncer les PPP pour les télécoms ou pour les hôpitaux mais il restera toujours la question du financement des infrastructures de base pour les États qui sont ruinés. On arrive à un problème très difficile, pas d’investissement= pas d’eau potable. Pas d’argent=pas d’infrastructures. Pas d’infrastructure= pas d’eau potable.

    Le PPP est un moyen simple de financement de l’eau, car c’est un secteur qui n’intéresse pas les Etats les plus pauvres, ils font tout reposer sur l’aide au développement ( plus de 2 milliards de dollars depuis 2005 uniquement sur l’eau) et la situation ne s’arrange pas. Les villes et les pays qui font l’effort du PPP (ex : Casablanca) voient la qualité, la disponibilité de l’eau augmenter et les pertes dans le réseau diminuer (donc une meilleure gestion de l’eau).

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FLAGRANT DELIT D’INTOX , ATTENTION MEDIAMENSONGES : CHAVEZ ANTISEMITE ?

Posté par Isso le 6 avril 2008

FLAGRANT DELIT D'INTOX  , ATTENTION MEDIAMENSONGES : CHAVEZ ANTISEMITE ? dans MANIPULATIONS liberationInquiétudes de la communauté juive(1) après un discours du président vénézuélien ?

Le credo antisémite de Hugo Chávez

Par Jean-Hébert ARMENGAUD
lundi 09 janvier 2006

(1) FAUX : Cela vient juste d’une organisation pro-US et pro-Israël. Les Juifs du Venezuela vivent sans problème.

(2) ATTENTION :  » Antisémite  » fait partie des nouvelles armes de propagande massive pour diaboliser quiconque dérange. Etiquette commode, faut vérifier le contenu du flacon !

(3) CITATION FALSIFIEE ET TRONQUEE : Libé triche en omettant un passage essentiel du discours, qui montrait bien qu’il ne pourrait pas s’agir des Juifs. Nous reproduisons ci-après le vrai discours.

(4) RESPECTABLE ? Libé cache que ce Centre se bat pour la mémoire anti-nazie (très bien), mais aussi pour de discutables campagnes pro-Israël. En 2004, il bombarda Oxfam-USA de 40.000 mails en 24h, menaçant de le rayer de la liste des ONG US pour arrêter la participation d’Oxfam-Belgique à un boycott des produits israéliens. En 92, il avait appelé à attaquer la Yougoslavie.
(5) UN OUTIL US : Bush ayant besoin de diaboliser Chavez, on utilise le prestige d’organisations juives pour diaboliser Chavez. Le vrai crime ? Aujourd’hui, l’argent du pétrole sert non plus aux super-riches et aux multinationales US, mais aux pauvres. Cela, Libé le cache à ses lecteurs. Pourquoi ?

Antinéolibéral, anti-impérialiste… et antisémite(2) ? Le président vénézuélien Hugo Chávez, héros de la gauche radicale latino-américaine, a identifié les « maîtres du monde » : « Les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ. » Cette « minorité s’est emparée des richesses du monde(3)« . Des déclarations tenues le 24 décembre, passées d’abord inaperçues et qui inquiètent la petite communauté juive vénézuélienne, 0,1 % de la population, d’autant que d’autres soupçons visaient déjà depuis longtemps le président vénézuélien. La veille de Noël, Hugo Chávez visite un centre d’hébergement et de réinsertion de personnes sans domicile fixe à Miranda, dans l’Etat de Zulia. Il discute avec la directrice et les personnes qui vivent là, se lance dans des diatribes habituelles contre « l’impérialisme » et célèbre « Jésus, le commandant des commandants des peuples, Jésus le justicier (…), le Christ révolutionnaire, le Christ socialiste« . « Plus que jamais, le Christ nous manque (…), mais il se trouve qu’une minorité, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ (…) s’est emparée des richesses du monde [...] et a concentré ces richesses entre quelques mains. » « Dans ses mots convergent deux arguments centraux de l’antisémitisme, a réagi la délégation du centre Simon Wiesenthal(4)(5) pour l’Amérique latine, en Argentine, celle qui accuse les juifs d’avoir tué Jésus, et celle qui les associe avec les richesses. » « Il est particulièrement paradoxal, poursuit ce communiqué, que le président d’un pays qui dans quelques jours va être hôte d’un des rassemblements de la pensée progressiste, le Forum social mondial, utilise wune rhétorique réactionnaire et moyenâgeuse. »

Le centre Simon Wiesenthal réclame des « excuses publiques » : « Le silence pourra seulement être interprété comme une réaffirmation d’une pensée raciste. » Excuses publiques qui ne viendront jamais. Le texte intégral de la « soirée de Noël » de Hugo Chávez était toujours en ligne hier sur le site officiel du ministère de la Communication et de l’Information vénézuélien.

 

 

chavez_liberation dans MANIPULATIONS

 

 

Le vrai discours de Chavez Les preuves de la tricherie
de Libération
 » Je viens de terminer ce matin le dernier rapport de l’ONU sur la situation du monde et c’est alarmant. C’est pour ça que je dis qu’aujourd’hui plus que jamais en 2005 ans, il nous manque Jesus Christ, parce que le Monde est en train de se consumer jour après jour ainsi que les richesses du monde, parce que Dieu et la nature sont sagesse, le monde a de l’eau en quantité suffisante pour que chacun ait de l’eau, le monde a suffisamment de richesses et de terres pour produire de la nourriture pour la population mondiale, le monde a suffisamment de pierres pour construire afin que personne ne soit laissé sans habitat.
Le monde possède assez pour tous, donc, mais dans les faits DES minorités(1), les descendants de ceux qui crucifièrent le Christ, les descendants de ceux qui jetèrent Bolivar(2) hors d’ici et le crucifièrent aussi à leur manière à Santa Marta en Colombie.
Une minorité s’est appropriée les richesses du monde
, une minorité s’est appropriée l’or de la planète, de l’argent, des richesses minérales, des eaux, des bonnes terres, du pétrole, de toutes les richesses donc, et a concentré les richesses entre quelques mains : moins de 10% de la population du monde est propriétaire de la moitié de la richesse du monde entier et … plus de la moitié des habitants de la planète sont pauvres et chaque jour il y a de plus en plus de pauvres dans le monde. Ici, nous avons décidé de changer l’Histoire.
 »
CHAVEZ ET LE CHRIST :
L’Amérique latine est très chrétienne, Chavez aussi, et ses discours associent fréquemment son interprétation du Christ à son projet de libération sociale des pauvres.

(1) TRICHERIE N° 1 :
Libé essaie de faire croire qu’ici Chavez vise les juifs. Or, Chavez n’en parle jamais dans ce discours. Si on lit avec honnêteté, on voit que pour lui, ce sont  » les riches  » qui  » crucifièrent le Christ « . L’Empire romain en effet aurait réprimé Jésus non pour sa religion, mais parce qu’il soulevait les pauvres. La religion, une fois encore, est employée seulement pour diviser.
(2) TRICHERIE N° 2 :
Bolivar fut un grand dirigeant qui tenta d’unir les peuples latinos contre l’impérialisme US naissant au début 19ème siècle. Libé peut difficilement faire croire que Chavez accuse les Juifs de l’avoir crucifié également et d’avoir pillé l’or et l’argent de l’Amérique latine. Alors, Libé triche en supprimant cette phrase car elle montre clairement que Chavez parle contre les super-riches et non contre les Juifs.

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Révision de la constitution camerounaise :Paul Biya poursuit son initiative

Posté par Isso le 6 avril 2008

CEEAC

Révision de la constitution camerounaise :

Paul Biya poursuit son initiative

Linternationalmagazine.com , publié le 05/04/2008

Révision de la constitution camerounaise : Paul Biya poursuit son initiative
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Le projet de révision constitutionnelle, prévoyant la suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels et pouvant donc permettre au président camerounais Paul Biya de se représenter en 2011, après 25 ans au pouvoir, a été déposé à l’Assemblée nationale.

Le président de l’Assemblée, Djibril Cavayé Yéguié a indiqué que le projet, déposé par le Rassemblement démocratique du Peuple camerounais (RDPC), le parti de M. Biya, était « recevable » et allait être transmis « pour examen à la commission des lois constitutionnelles », selon des propos retransmis par la radio nationale camerounaise.

Au pouvoir depuis 1982, le président Biya, 75 ans, tente de faire passer une révision constitutionnelle qui supprime la limitation des mandats présidentiels, et ainsi pouvoir se représenter en 2011.

Cette annonce a immédiatement soulevé la colère des 15 députés du principal parti d’opposition, le Social Democratic Front (SDF), qui ont alors occupé la tribune pour manifester leur mécontentement, selon le député SDF Jean-Michel Nintcheu, joint par l’AFP.

La séance devait initialement durer trois heures mais n’a duré que 15 minutes après l’interruption provoquée par les députés du SDF puis la levée de la séance annoncée par le président de l’Assemblée.

Selon M. Biya, l’article de la Constitution de 1996 interdisant un troisième mandat « apporte (…) une limitation à la volonté populaire, limitation qui s’accorde mal avec l’idée même de choix démocratique ».

L’opposition y est vigoureusement hostile et a organisé de nombreux rassemblements pour protester contre le projet gouvernemental.

Les manifestations dans la région du Douala, bastion de l’opposition, sont d’ailleurs interdites depuis la mi-janvier par le pouvoir afin d’éviter « un scénario à la kenyane », selon un responsable provincial. L’opposition a répété à plusieurs reprises qu’elle ne respecterait pas l’arrêté.

Des organisations de défense de la presse ont dénoncé la suspension de plusieurs medias opposé à la révision par le pouvoir.

Fin février, une personne était morte lors de la dispersion par la police d’une manifestation contre la révision à Douala. Puis, de violentes émeutes avaient éclaté en protestation de la vie chère. Ces émeutes qui ont secoué le Cameroun pendant plusieurs jours ont fait plus de 100 morts selon une ONG et 40 selon le gouvernement.

Le président Paul Biya, qui avait fait appel à l’armée, avait répondu à ces émeutes par un discours musclé parlant « d’apprentis sorciers qui dans l’ombre ont manipulé ces jeunes (émeutiers) » afin « d’obtenir par la violence ce qu’ils n’ont pas eu par la voie des urnes ». Il avait aussi fait part de sa « détermination » à poursuivre la lutte contre la corruption.

Le gouvernement avait ensuite pris des mesures pour amoindrir la hausse des prix avec notamment des baisses de TVA ou des coûts de l’électricité.

Constitution Camerounaise :

premieres fissures dans le camp de Paul Biya

Linternationalmagazine.com avec Xinhua , publié le 05/04/2008

L’opposition camerounaise ainsi que certains membres du parti au pouvoir ont vivement critiqué samedi un projet de réforme constitutionnelle visant à supprimer la limite du nombre de mandats présidentiels pour le président Paul Biya, au pouvoir depuis 26 ans.

Le gouvernement a présenté vendredi soir devant le parlement ce projet qui permettrait à Biya de se maintenir au pouvoir à l’expiration de son mandat de sept ans, en 2011.

Le pouvoir contrôlant 153 sièges sur 180 au parlement, le projet devrait être facilement adopté mais certains membres du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) estiment que cette initiative étouffera la vie politique.

« Cette idée d’un seul homme se maintenant au pouvoir n’est pas bonne pour notre pays. Ce n’est pas démocratique », a déclaré Paul Abine Ayah, un député du RDPC. « Si le projet est adopté, cela nous ramènera 200 ans en arrière. »

Il a affirmé que depuis deux mois, le gouvernement distribuait de grosses sommes d’argent aux membres du parti au pouvoir pour qu’ils votent en faveur de la réforme.

« Ils sont venus me vois plusieurs fois, même tard dans la soirée, mais j’ai refusé de prendre l’argent », a-t-il assuré. « Je ne vendrai pas ma conscience et mon pays pour de l’argent. »

D’autres membres du parti ont refusé de commenter ces allégations.

Dans un discours de Nouvel An, Biya avait confirmé son intention de briguer à nouveau la présidence, expliquant qu’il répondait ainsi à des appels à son maintien au pouvoir et que la limitation du nombre de mandats est selon lui antidémocratique.

La colère suscitée par ce projet avait toutefois été une des causes des cinq jours d’émeutes qui ont fait une centaine de morts dans le pays en février, selon un bilan des défenseurs des droits civiques.

« Il n’a pas de coeur. Il est insensible aux sentiments et aux pensées des Camerounais », a estimé John Fru Ndi, chef de file du principal parti d’opposition, le Front social démocratique. « Seul le pouvoir lui importe. »

Après avoir exercé le pouvoir pendant quatorze ans, Biya a fait réviser la Constitution en 1996, faisant passer la durée du mandat de cinq à sept ans, renouvelable une seule fois.

Il a obtenu un premier mandat de sept ans en 1997 et a été réélu en 2004.

10% des français installés au Gabon sont sans papier

selon le Gouvernement gabonais

Linternationalmagazine.com avec Xinhua , publié le 07/03/2008

10% des français installés au Gabon sont sans papier selon le Gouvernement gabonais
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« Beaucoup de Français » en situation irrégulière au Gabon pourraient être reconduits aux frontières, a affirmé mercredi le ministre gabonais de l’Intérieur en réaction à la reconduite par la France dans leur pays de deux Gabonais en février.

« Il y a beaucoup de Français en situation irrégulière au Gabon. Ils pourront être reconduits à la frontière si, au cours d’un contrôle de police, ils ne justifient pas de carte de séjour », a affirmé à l’AFP le ministre de l’Intérieur André Mba Obame.

Il a regretté que les « services français » n’aient pas « avisé les services » consulaires gabonais en France lors de la reconduite de ses compatriotes.

Selon le ministre, « 5 à 10% » des Français installés au Gabon ne seraient pas en règle avec la réglementation gabonaise. La communauté française au Gabon est estimée à environ 10.000 personnes.

Immigration France/Gabon :

Bongo décide d’appliquer la réciprocité contre la France

Linternationalmagazine.com avec Xinhua, publié le 05/03/2008

Immigration France/Gabon : Bongo décide d'appliquer la réciprocité contre la France
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Le gouvernement gabonais a décidé lundi d’appliquer la réciprocité contre la France ayant expulsé deux Gabonais en 10 jours, a annoncé le porte-parole du ministère gabonais des Affaires étrangères, Jean Claude Franck Mendome.

« Rappelant les principes d’égalité et de respect mutuel entre Etats, le gouvernement gabonais entend désormais appliquer la réciprocité », a annoncé le gouvernement dans une déclaration officielle.

Le gouvernement gabonais a estimé inadmissible les conditions d’expulsion de ses compatriotes qui étudiaient en France. Il s’agit de Raïssa Mengué Ondo et Léguy Mbira.

Raïssa Mengue Ondo, 29 ans a été expulsée de France le 19 février dernier alors qu’elle prépare une licence en droit. Arrivée en France en 2002, l’étudiante s’est vue refuser le renouvellement de son visa d’étudiant par les autorités préfectorales de la Haute-Garonne au motif qu’elle « n’est pas menacée dans son pays » et « manquerait de sérieux dans ses études ».

Son compatriote, Léguy Mbira, 32 ans a subi le même sort. Il a été mis de force dans un avion à destination de Libreville. Arrivé en France en septembre 1998, le jeune étudiant comptait préparer un doctorat. Le coût de cette formation était de 5 000 euros, le jeune gabonais ayant déjà obtenu une maîtrise en France avait conclu un contrat de travail à durée indéterminée pour espérer financer ses études de doctorat. La préfecture de Reims où il résidait a refusé de proroger son séjour en France d’où son rapatriement forcé.

Ces expulsions provoquent l’émoi au sein de la population gabonaise. Le directeur général des affaires consulaires au ministère gabonais des Affaires étrangères a révélé lundi que la France avait expulsé ou refoulé à l’entrée de son territoire 53 gabonais en 2007.

Libreville déplore aussi « la survivance de tracasseries et de nombreux refus de visas, parfois abusifs, au Consulat Général de France à Libreville ». Cette brouille intervient alors que les deux pays ont conclu en juillet dernier un accord « préférentiel » de gestion concertée du flux migratoire entre les deux Etats. L’accord qui doit être ratifié par les parlements deux pays n’est cependant pas encore applicable.

Environ 8.000 Français vivent au Gabon contre 7.000 Gabonais en France, rappelle-t-on.

Publié dans AGORA SUR L'AFRIQUE, CAMEROUN : laideurs et décadence | 1 Commentaire »

Décès du jeune malien poursuivi par la police en région parisienne.

Posté par Isso le 6 avril 2008

Dimanche 6 avril 2008

France :

Mort d’un autre sans papier malien

pourchassé par la police

Linternationalmagazine.com avec Xinhua , publié le 06/04/2008

mort d'un autre sans papier malien pourchassé par la police
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La mort, vendredi, d’un sans-papiers malien qui tentait d’échapper à un contrôle de police suscite des réactions de colère de la gauche et d’associations alors qu’est organisée ce samedi une manifestation de soutien aux immigrés.

Le Malien de 29 ans est mort d’un arrêt cardiaque après s’être jeté dans la Marne en tentant d’échapper à un contrôle de police à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne), a-t-on appris de source policière. L’homme, qui était sous le coup d’un arrêté de reconduite à la frontière, s’était jeté dans la Marne en début d’après-midi après un contrôle dans la gare RER de Joinville et avait été repêché peu après dans un état critique. Il est mort à l’hôpital des suites d’un arrêt cardiaque.

« Depuis que le gouvernement a décidé de pratiquer une absurde politique du chiffre, les drames humains frappant les sans-papiers se multiplient », a déploré le Parti socialiste dans un communiqué.

« La politique du chiffre tue », renchérit l’association Réseau Education sans frontières (RESF) pour qui cette mort s’ajoute à une « liste déjà longue ».

En février, un Kenyan de 19 ans s’était pendu après avoir appris le rejet définitif de sa demande d’asile, quelques mois après la mort d’une Chinoise qui s’était défenestrée à l’approche de policiers. L’été dernier, un garçon d’une famille russo-tchétchène était resté entre la vie et la mort après avoir tenté de fuir avec son père, par le balcon, la police venue au domicile.

Pour le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), « après la répétition de ces drames du désespoir, et le risque d’autres tragédies, il y a une urgence absolue à mettre un terme à cette chasse aux sans-papiers par un arrêt immédiat de toutes expulsions ».

L’affaire de Joinville coïncide avec l’organisation, samedi après-midi à Paris et dans plusieurs villes de province, d’une manifestation « contre la xénophobie d’Etat » organisée par RESF, le mouvement « UniEs contre une immigration jetable » et des collectifs de sans-papiers.

Une enquête sur les évènements de Joinville a été confiée à l’Inspection générale des services (IGS), la « police des polices ».

 

 

Décès du jeune malien

poursuivi par la police en région parisienne.

 

Bonjour à tous,

Un des nôtres vient d’être victime de la répression sans visage humain des étrangers en situation irrégulière. Et il n’est autre que mon neveu Baba Traoré, 29 ans.

Rentré en France en 2004 pour donner un de ses reins à sa grande sœur Maimouna Traoré, il était suivi et contrôlé par leur médecin traitant depuis l’opération qui a eu lieu en juin 2004 et bénéficiait d’un récépissé de titre de séjour renouvelé à chaque fois. Seulement, depuis mars 2007, ce récépissé n’a pas été renouvelé, mais le dossier reste toujours en cours.

Arrêté quelques fois par la police, il avait toujours été relâché. Selon la version donnée, par peur des policiers, il se serait jeté du pont de Joinville. Repêché par les secouristes et re animé, il aurait recouvré la vie, mais décédera 2h plu tard à l’hôpital Lariboisière.

Une enquête est ouverte et nous attendons la suite. Les autorités maliennes en France, Consulat et Ambassade, se sont saisis du dossier, depuis l’annonce du décès et sont en contact direct avec la famille. Merci pour eux.

Paix à son âme et qu’il repose en paix.

gmhachim@yahoo.fr

 

 

Mali/France :

Le CRAN exige toute la lumière

sur la mort du jeune malien sans-papiers.

 

Décès du jeune malien poursuivi par la police en région parisienne.  dans LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY logo-cran-copie-1

Communiqué de presse
Paris, le 5 avril 2008

 

Décès d’un homme d’origine malienne poursuivi par la police :

Le CRAN  exige toute la lumière

et demande l’arrêt des contrôles au faciès

 

Un jeune homme de 29 ans pourchassé par la police a été retrouvé mort
après une chute dans la Marne. Il est mort à l’hôpital des suites d’un
arrêt cardiaque.
Le gouvernement insiste trop lourdement sur une chute volontaire alors
qu’aucun témoignage ne le confirme.
Cette précipitation à annoncer la cause d’un décès est plus que suspecte
alors même que l’Inspection générale des services a diligenté une enquête
dont les résultats ne sont pas connus.

 

Que craint le gouvernement ?

Ce nouveau drame est l’une des conséquences directes des honteux quotas
d’immigration instaurés par le président de la République et mis en place
d’une main de fer par M. Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration, de
l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire.
Le CRAN appelle le gouvernement à renoncer à ces indignes quotas d’êtres
humains qui conduisent les policiers à multiplier les contrôles au faciès
dans les restaurants, les foyers, les transports en commun, sur les
chantiers, et partout ailleurs afin de parvenir au chiffre fatidique de 25
000 expulsions par an fixé par le président de la République.
La pression sur les préfets, les policiers et les gendarmes pour qu’ils
atteignent des objectifs chiffrés ne pouvait qu’aboutir à la
multiplication des contrôles au faciès.

Ces contrôles au faciès perturbent la vie des personnes d’apparence noire,
arabo-maghrébine ou asiatique qui sont l’objet du zèle des policiers pour
atteindre leurs quotas.
Dans ces conditions de nouveaux drames sont hélas à prévoir.

Le CRAN dénonce la pratique illégale des contrôles de police qui ne se
fondent pas sur des actes délictueux ou sur une réquisition de la Justice.

Le CRAN exige l’arrêt immédiat des contrôles au faciès et demande au
gouvernement d’informer sans délai nos concitoyens sur les chiffres de ces
contrôles qui sont en augmentation exponentielle.

Contact :
Patrick Lozès, Président du CRAN,
Tél : 06 85 93 95 45
E-mail :
contact@lecran.org

par APPA publié dans : ONG/Associations. communauté : Actualité panafricaine.

Samedi 5 avril 2008

Un sans-papiers malien meurt noyé dans la Marne.

Un homme d’une vingtaine d’années, d’origine malienne, s’est jeté dans la Marne, à Joinville-le-Pont, pour échapper à un contrôle de police. Le réseau éducation sans frontières appelle à manifester ce samedi à 14h30, place d’Italie à Paris.


U
n homme sans-papiers âgé d’une vingtaine d’années est décédé vendredi 4 avril après-midi à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne) après avoir tenté d’échapper à un contrôle de police, a-t-on appris de source policière.
Après s’être jeté dans la Marne, l’inconnu avait été transporté dans un hôpital parisien. Une autopsie devrait permettre d’établir les causes de cette mort.
Selon les premiers éléments de l’enquête, le suspect avait été interpellé dans la station RER alors qu’il souhaitait prendre un train sans titre de transport. Alors que des policiers de la Bac tentaient de le contrôler, l’individu a pris la fuite et s’est jeté ensuite à l’eau.

Appel à manifester

D’après sa carte de transport, il serait de nationalité malienne et en situation irrégulière. Mais la police devait établir avec certitude son identité. L’inspection générale des services (IGS), la police des polices, a été chargée de l’enquête.
Le réseau éducation sans frontières (RESF) appelle à manifester ce samedi à 14h30 à Paris, place d’Italie, pour protester contre « cette politique du chiffre qui génère tant d’angoisse et provoque tant de drames ». « Non à la xénophobie d’Etat et à ses conséquences meurtrières! », dénoncent RESF et le collectif « UniEs contre une immigration jetable » dans un communiqué. (AP)

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/societe/20080405.OBS8310/un_sanspapiers_meurt_en_echappant_a_la_police.html

 

RESF : Manifestation suite à la mort

d’un sans-papiers malien.

logo-resf dans SUR L'IMMIGRATION DANS LE MONDE

La politique du chiffre a encore tué,

ce 4 avril à Joinville-le-Pont (94).

Ce vendredi 4 avril 2008, un jeune Malien de 29 ans est mort à Joinville-le-Pont (94), après s’être jeté dans la Marne pour échapper à un contrôle de police dans la gare RER de Joinville. Il avait montré son abonnement de transport, mais il était frappé d’un arrêté de reconduite à la frontière.


Cet événement tragique est une nouvelle illustration du climat créé par la multiplication des contrôles de police. Oui, la politique du chiffre tue et ce n’est malheureusement pas un slogan.

La mort de ce jeune homme ajoute une victime à une liste déjà longue. En été 2007, Yvan, enfant de treize ans d’une famille russo-tchétchène déboutée de l’asile, est resté quelque temps entre la vie et la mort après avoir tenté de fuir avec son père, par le balcon, la police venue au domicile. En septembre, c’est une femme chinoise, Chulan Zhang Liu, qui est décédée après s’être défénestrée de son appartement à l’approche des policiers. En février, c’est un Kenyan de 19 ans, John Maïna, qui s’est pendu après avoir appris le rejet définitif de sa demande d’asile. Aucune de ces victimes n’a eu le bon goût de relever de l’immigration « choisie » exigée par le président Sarkozy et son ministre de l’identité nationale.


Il faut mettre un point final à cette politique du chiffre qui génère tant d’angoisse et provoque tant de drames. C’est ce que nous dirons, avec le collectif UniEs contre une immigration jetable, avec les collectifs de sans-papiers, avec les syndicalistes qui refusent la mise en concurrence des salariés, avec tous les citoyens épris de solidarité, ce samedi 5 avril, dans la manifestation qui partira à 14h30 de la place d’Italie (Paris), de même que dans certaines villes de province: NON à la xénophobie d’Etat et à ses conséquences meurtrières!

La loi sur l’immigration en 5 points

 

Par La rédaction du Post , le 18/09/2007

Le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, Brice Hortefeux, présente aujourd’hui son premier projet de loi devant l’Assemblée nationale. Durcissement des conditions du regroupement familial au programme. Précisions.

Test de langue : les personnes souhaitant bénéficier d’un regroupement familial doivent « connaître la langue française et les valeurs de la République ». Elles doivent donc passer un test. Si leurs résultats sont insuffisants, elles sont soumises à une formation de « deux mois maximum ». Contrairement aux règles en vigueur dans certains pays européens, cet examen n’est pas éliminatoire.

Brice Hortefeux, ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, présente aujourd'hui son projet de loi sur l'immigration et le regroupement familial. (photo d'archives)

Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, présente aujourd’hui son projet de loi sur l’immigration et le regroupement familial. (photo d’archives)

© Antoine Gyori/AGP/Corbis/Antoine Gyori

Revenu minimum : un immigré se trouvant en France ne peut faire venir sa famille que s’il a des revenus suffisants, que la loi fixe à 1 à 1,33 fois le smic, hors prestations sociales comme les allocations familiales, selon le nombre de personnes à charge.

Contrat d’accueil et d’intégration : à l’arrivée en France de leurs enfants, les parents devront signer un contrat avec l’Etat. Son non-respect peut entraîner la suppression des allocations familiales.

Tests ADN : cette proposition a fait grand bruit. Proposé par le député UMP Thierry Mariani, la loi prévoit de faire passer un test ADN aux enfants candidats (sur la base du volontariat) au regroupement familial pour s’assurer de leur filiation avec la personne se trouvant déjà en France.

Origines ethniques : sous le contrôle de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), une proposition de deux députés UMP prévoit d’établir une base de données faisant apparaître l’origine ethnique (cnil.fr) de chaque personne accueillie sur le territoire.

 

 

Une Béninoise menacée d’expulsion

après le décès de son mari français

 

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En un mois, la vie d’Elisabeth Guerin a basculé. Cette Béninoise de 38 ans, entrée légalement en France le 16 octobre 2005 pour se marier, menait depuis deux ans une vie heureuse et tranquille. Le 3 octobre 2007, Claude, son conjoint français, meurt d’un cancer. Le second choc survient à peine un mois plus tard, avec l’envoi par la préfecture d’un courrier qui lui refuse le renouvellement de sa carte de séjour et lui donne un mois pour quitter la France.

 

Manifestation contre la politique d’immigration

Le collectif Uni(e)s contre une immigration jetable, le Réseau Education sans frontières, divers collectifs de soutien aux sans-papiers et plusieurs syndicats et organisations ont appelé, samedi 5 avril, à une manifestation nationale à Paris contre la politique d’immigration du gouvernement. Rappelant que « cinq lois sur l’immigration ont été adoptées depuis cinq ans », les organisations dénoncent une « xénophobie d’Etat et de gouvernement ». Elles soulignent en particulier « le climat de peur généralisé », où « insidieusement, on s’habitue à vivre dans une société où des gens peuvent être interpellés et expulsés à tout moment ».

Vendredi 4 avril, un sans-papiers s’est jeté dans la Marne à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne), en fuyant un contrôle d’identité par la brigade anticriminalité à la station RER. L’homme, âgé de 29 ans et d’origine malienne, s’est échappé lorsque les policiers lui ont réclamé ses papiers.

« Nous nous connaissions depuis des années, avec Claude. Il venait très souvent au Bénin, et puis un jour il m’a demandée en mariage. Amoureuse, j’ai abandonné les deux salons de coiffure que j’avais, pour faire ma vie avec lui ici », raconte Elisabeth, qui ne comprend toujours pas l’enchaînement des malheurs qui l’accablent. 

C’est en toute confiance qu’en septembre 2007 Mme Guerin, titulaire d’un titre de séjour temporaire, car elle n’avait pas encore trois ans de mariage, commence les démarches nécessaires pour le renouvellement de sa carte.

« Claude était alors encore vivant. Mais j’ai dit à la préfecture que, malade, il ne pouvait plus se déplacer pour signer le dossier. Et après son décès, je suis allée les en informer. Je suis une femme honnête », explique-t-elle. A toutes ses raisons d’être traumatisée s’en est ajoutée une autre : une brève interpellation.

Mardi 1er avril, Elisabeth Guerin a été interpellée à son domicile et conduite en centre de rétention à Tours. Jeudi, le juge des libertés et de la détention (JLD) l’a libérée en l’assignant à résidence et en lui ordonnant de se présenter chaque jour à la gendarmerie de sa commune. « Je n’ai plus désormais le droit de travailler, s’inquiète-t-elle, salariée d’une entreprise d’aide à la personne.

Le tribunal administratif ayant rejeté le 6 mars le recours qu’elle avait déposé contre la décision du préfet, Elisabeth Guerin attend le jugement de la cour d’appel, qu’elle a saisi. Mais depuis, elle vit cette attente avec d’autant plus d’angoisse. « Elle est très insérée dans la commune, elle travaille, a un appartement, des amis », insiste Reine Gasque, une voisine, directrice d’une des écoles maternelles de la commune où s’est constitué un collectif de soutien. « Voilà à quoi conduit la précarisation du séjour ! On n’a pas arrêté de repousser le moment où les conjoints de Français peuvent avoir une carte de résident », dénonce Nicolas Ferran du mouvement Les Amoureux au banc public, qui défend le droit à une vie normale pour les couples mixtes. Depuis la loi de 2006, les conjoints de Français doivent attendre trois ans pour faire la demande d’une carte de résident. Avant cela, un titre de séjour temporaire leur est délivré de plein droit, mais « à condition que la communauté de vie n’ait pas cessé ».

Le préfet d’Indre-et-Loire a considéré que l’administration ne pouvait renouveler le titre de séjour de Mme Guerin, « même si cette rupture de communauté de vie résulte malheureusement du décès du conjoint français » comme il l’indique dans son courrier.

Laetitia Van Eeckhout

 

 

COMMENTAIRES  D’INTERNAUTES

N_d_M
05.04.08 | 19h51
Le préfet d’Indre et Loire qui a pris cette décision a déjà été condamné à 2000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Paris pour provocation à la haine raciale en raison de propos publiés dans l’édition du 23 novembre 2006 de La Nouvelle République du Centre-Ouest.

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Philippe D.
05.04.08 | 19h35
On peut signer une pétition pour la soutenir et protester contre ces traitements inhumains : http://placeauxdroits.net/petition/?petition=26 C’est trop peu, mais cela est toujours mieux que rien. Oui, il nous faut résister collectivement contre ces méthodes ignobles, indignes de la République (même si celle-ci n’a pas toujours été irréprochable au long de l’histoire).

NICOLE S.
05.04.08 | 19h07
triste affaire; mais le plus triste est que cette femme aura surement un titre de séjour, étant donné la médiatisation de l’affaire; alors, et notamment depuis qu’un député, ou du gouvernement, je ne sais plus, a exigé que le conjoint d’un français ait un visa long séjour, certains personnes qui devrait être en règle peuvent rester sans papiers pendant des années…

Pauvre Blaise
05.04.08 | 18h56
Tout simplement inouï ! Si une pareille cruauté se produisait dans une dictature, on s’en indignerait, on stigmatiserait la bête immonde, le racisme et la xénophobie. Mais c’est arrivé chez nous, dans cette douce France, cher pays de notre enfance, bercée de tendre insouciance… J’en suis malade !

JEAN PIERRE J.
05.04.08 | 18h27
Triste société française…peureuse..égoîste.. On pourrait faire réfléchir les enfants sur ces histoires de vie familiales brisées..à l’école, le matin….Puisque certains demandent à grand cris le retour de la morale…

Marie Claire G.
05.04.08 | 18h24
C’est tellement écoeurant. Je ne suis pas pour que la France accueille le monde entier, elle ne le peut pas, mais il y a des limites à ne pas dépasser dans les expulsions si nous ne voulons pas que la France de 2008 prennent des aspects de le France de Vichy.

tn
05.04.08 | 18h19
Tout simplement ignoble.

Mady M.
05.04.08 | 18h12
L’incompréhension pour les couples mixtes se manifeste. La répression s’accentue dans le silence de la plupart des média. Les associations, les collectifs sont là pour exprimer la colère:cette jeune femme n’a donc aucune existence juridique propre hormis celle que lui confère son mari aujourd’hui décédé! Cela s’appelle un droit dérivé et non un droit propre. Si Mme Guérin avait été originaire d’un autre pays, par ex. ressortissante de l’U.E., la situation serait différente!

JLMGC
05.04.08 | 18h05
J’ai honte d’être Français devant ce drame. Dès que ce sera possible, nous devrons demander des comptes aux décideurs de ces faits honteux président et ministre en tête. Et sans oublier les arrivistes locaux qui par leur zèle permettent ces indignités contre avancement « au mérite ».

Véronique V.
05.04.08 | 18h05
Purement scandaleux ! Souhaitons avec Elisabeth que la Cour d’appel soit moins aveugle que le tribunal administratif. Ou, N. Sarkozy pourrait prendre exemple sur son confrère Idriss Deby et gracier cette femme qui a fait la preuve de son « intégration », non ?

JEAN MARIE C.
05.04.08 | 18h01
Je suis sidéré, choqué, voire écoeurè de ce qui se passe. Ce Préfet ne respecte aucun droit de la personne humaine après avoir perdue un être cher. Un homme au service de sa médiocre petite carrière.

Alain B.
05.04.08 | 17h45
Je suis sarkoziste convaincu, mais suis scandalisé par ce drame. Que puis-je faire pour l’aider.

Jérôme
05.04.08 | 17h30
Le sort d’E. Guérin illustre hélas à merveille les injustices du droit français à l’égard des conjoints immigrés. La France fait preuve ici d’un manque total d’humanité en appliquant bêtement des paragraphes, sans égard pour le drame personnel du conjoint survivant. Même si la France doit avoir la maîtrise de son immigration, elle doit aussi avoir le sens de la générosité. Y-a-t-il dans notre droit une clause d’appel à la générosité et à l’ouverture d’esprit?

ALLAIN D.
05.04.08 | 17h27
Cette politique est écoeurante… Qu’en pense notre secrétaire d’état au(x) droit(s) de l’Homme. Entre ceux qui se jettent par les fenêtres, ceux qui se noient et ceux qu’on expulse la France donne une image déplorable… Au secours, Monsieur Bling-Bling !!!

Gérard H.
05.04.08 | 17h17
Dégueulasse!

 

Kerlagatu
05.04.08 | 16h50
Encore une fois la France de Sarkozy prend modèle sur l’Amérique de Bush, où les services de l’immigration s’acharnent sur les femmes devenues veuves avant d’avoir été complètement régularisées. Quel mépris pour les droits de la personne, et quelle honte, quelle petitesse.

Jean Marie F.
05.04.08 | 16h49
Depuis que j’ai appris ce fait, un de plus, dans le pays des droits de l’Homme, je sens germer en moi une colère sourde, et je sais qu’elle renforcera mon adhésion à tout mouvement qui sera capable de dire haut et fort, dans la non-violence, mais avec intelligence, avec la plus grande fermeté : maintenant, ça suffit ! Après la signature de nombreuses pétitions, d’autres idées d’actions me viennent en tête. Je pense que mai 68 n’est pas du tout mort, même si un certain pantin à cru le rêver…

Sally+Mara
05.04.08 | 16h48
jusqu’où nous, européens, accepterons-nous de descendre dans la honte et l’inhumanité ?

Bruce L.
05.04.08 | 16h42
Et pendant ce temps Rama et Nicolas pérorent devant les Chinois au sujet des droits de l’homme.

thomas S.
05.04.08 | 16h37
Je suis au regret de voir que même les gens qui souffrent de la pire des absences sont encore les victimes de l’acharnement administratifs des services de préfectures. Ce même préfet a d’ailleurs piégé des sans paps en les faisant venir pour remplir des papiers à la préfecture, résultat arrestation et reconduite a peine les portes du bâtiment franchises. Ce pays va mal, il dégénère rapidement du fait de la peur des autres qui étreint ses riches habitants, un peu comme les pays bas. RépFr=HONTE

serge a.
05.04.08 | 16h18
Quelle honte !

JB
05.04.08 | 16h12
Encore un exemple des conséquences de la politique démagogique de Sarkozy sur l’immigration…

Un citoyen du monde
05.04.08 | 16h03
C’est révoltant, j’ai honte d’être français… où est la valeur fraternité? L’administration Sarkozy flirte avec des pratiques de dictatures…

TTT
05.04.08 | 15h59
L’administration aveugle et bornée dans toute sa splendeur. Des histoires comme celle-là font peur. On se dit que n’importe qui peut se retrouver expulsé ou jeté en prison sans raison, sans pouvoir s’expliquer. Confiance en la justice de mon pays ? Pas vraiment, non !

caroune
05.04.08 | 15h44
Ne nous inquiétons pas trop, un jour viendra ou les candidats immigrants prendront conscience du traitement qu’on inflige à leurs frères. Ce jour là, ils refuseront de venir travailler chez nous, même si on les y appelle. Insultés, mal traités,jetés même, parfois ceux qui reviendront chez eux la tête basse diront la honte ! Pour ma part, j’espère quand même qu’ils ne sèmeront pas la haine. Mais malheureusement vu nos manières, çà m’étonnerait bien que çà n’arrive pas…

jack k.
05.04.08 | 15h41
Moi qui ai vécu tranquille et heureux 24 ans dans d’autres pays, j’ai profondément honte du traitement haineux et, dans ce cas, injuste et injustifié, appliqué chez nous aux étrangers. C’est simplement dégoûtant.

Pascool17
05.04.08 | 15h33
C’est difficile d’ouvrir le ban des réactions… La première réaction qui me vient en pensant à la double peine que subit cette femme (la perte de son amour et l’expulsion en consolation) est :  » c’est positivement dégeulasse », bien plus révoltante que la banderole déployée lors du fameux match.. J’espère que les réactions seront à la hauteur de cette monstruosité administrative…

Sadi Carnot
05.04.08 | 15h25
J’ai honte pour ce gouvernement et cette « présidence ».

Thierry H.
05.04.08 | 15h10
Cette situation est profondément malsaine et inhumaine. C’est quand même incroyable d’expulser une femme intégrée, qui a un travail et un appartement, parce que son mari est décédé au mauvais moment. De quelle « immigration choisie » va-t-on parler alors, si des cas aussi limpides conduisent à des situations aussi délétères?

reactions_anon LEILA le 03/04 à 13h05

JE ME SUIS MARIEE AU MAROC DON INTERROGE PAR LE CONSULAT DE FRANCE PUIS INTERROGE PAR LE TRIBUNAL AU MAROC ET PUIS UN COMISSARIAT APRES TT SA VOUS DEMANDER ENCORE DE PASSE D AUTRE TEST POUR MA PART IL Y A DES MARIAGES BLANC C SUR JE COMPREND LES INTERROGATION MAIS IL Y A DE L ABUS JE TROUVE QUE DES FRANCAIS PEUVENT SE MARIER SANS TANT DE CONTRAINTE C GRAVE DE VOIR SA TTSA PCK SES DES ETRANGER ALORS QUE QUAND ONT VA AL ETRANGER ONT EST TRES BIEN RECU MECI

» Répondre à LEILA

reactions_anon un marocain le 02/04 à 13h02

seulement dans la ville de marrakeche reside 26000 francais on na besoin aussi de brice hortefeux

» Répondre à un marocain

reactions_anon sedy le 26/03 à 14h50

mon opinion sur ce proleme immigratoire je ne suis ni pour ou contre mais une chose est sur l immigre dans un pays jous un tres grand role non seulement sur l economie mes aussi dans la vie quotidienne la ou il reside c est vraiment domage j aimerai que ces blancs sachent que si nous les africains nous sortons de notre beau continent c est pour une bonne cause que ces dirigeants europeens ne sont pas sense meconnaitre la cause ils ont trop pille l afrique

» Répondre à sedy

reactions_anon Rageuse65 le 09/03 à 15h37

Je suis t(ellement blazée que la France soit tombée si bas …
Si on en arrive la, c’est que même les ministres ne se respectent plus tellement ils dégradent notre pays ..
HØNTE A EUX !!
A nous de réagir, pas par la force mais par ce qui nous restent et qui les mettra sur le cul, nos conaissances, nos cultures et nos mots !!

» Répondre à Rageuse65

reactions_anon likouli le 02/03 à 14h34

on se crache tous dessu alor kil ya de koi dir la plu grande puissance usa es passer par la

» Répondre à likouli

reactions_anon buna le 10/03 à 12h34

Sauriez vous estimer le nombre de clandestins en Belgique en 2007? Merci

reactions_anon ken2brak le 27/02 à 12h42

Le geste fait par le ministre de l’immigration envers Dakar est une bonne chose en soi , mais c’est plutôt un act qui vise a divisé davantage les pays africains en donnant l’impréssion d’être sincère et amie pour tel ou tel pays. Il faut savoir surtout que ce geste est fait non pas pour les besoins du peuple Senegalais mais pour les besoins de l’economie Française. Nous les africains avons besoins plutôt d’un développement de notre continent ,nous devont plus servir de main d’oeuvre pour qui que ce soit . J’interpelle les chefs d’états à ^^etre vigilants pour ne pas laisser des hypocrites semer la pagalle entre eux.

» Répondre à ken2brak

reactions_anon komba512 le 04/01 à 13h57

g sui d’acort avec mn frere canadien ils sont malin ils ne peu pa essaye ce tes sur des français de sourse car il yaura de trè gros surprise monsieur brise qui est ministre de l’immigration et qui a evoquè tout ses probleme quil aye faire les tes ADN entre lui et ses enfants on verra bien il aura des gros surprise.

» Répondre à komba512

reactions_anon foune2000 le 04/01 à 13h45

moi g pense que les français se sont des vrai ipocrite .ses nous les africain qui tout leurs salles boulo d’ici .et a propo de leur tes ADN ge trouve ça ridicule ils ont vraiment depasser les borne cette foi si.mai dans tout ça se sont nos president de l’afrique qui me nerve car si moi j’etai la presidente g jure devant dieu q’uil yaura au q’un blanc en afrique car ses des pure ipocrite ils taime juste si tu as quelque chose et ça ce genre de personne ne fait jamais amitiè avec.

» Répondre à foune2000

reactions_anon Marlise le 25/03 à 11h40

Dabords nous les français nou n’avons rien a nous reprocher et se cela ne vous plait pas allez voir ailleur car nou on a la vie dur aussi il faut croire que on paye pour des personnes qui ne foutent rien et qui n’ont pas de boulo ce n’est pas normal que des gens ont des loyés et n’ont rien a payer!! « g jure devant dieu q’uil yaura au q’un blanc en afrique » et après on nous traite nous FRANCAIS d’hypocrite !!non mais sa veut dire quoi sa !! et pour le salle boulo vous n’etes pas le seul!!! cela est irrespectueux et honteux de votre par de nou accusées et de ous montrer comme cela !

reactions_anon cool le 26/12 à 11h01

La France a le droit de choisir son immigration. Je regrette que l’on ne dise pas tout haut à certains pays : limiter votre natalité et développer vous. Les matières premières sont payées au cours mondial mais ou passe l’argent. Donc la seule solution est de former des élites pour qu’ils apportent les changements nécessaires dans leur pays d’origine quitte à faire la révolution.
Beaucoup de réactions me semblent démesurées et hors de propos.
Merci à nos dirigeants.

» Répondre à cool

reactions_anon ASSAMA le 10/02 à 13h15

Vous n’avez rien compris,vous n’etes qu’une victime de la désinformation que subisse la majorité des français au sujet des relations entre la France et les pays dits du tiers monde.

reactions_anon Zaza le 18/12 à 10h25

Je suis horrifiée des propos qui se tiennent ici. Ca ne m’étonne pas du coup que les choses n’avancent pas. Les propos sont à mon sens, dans les deux cas pour ou contre ces lois, démesurés et très limites.

» Répondre à Zaza

reactions_anon minou le 12/12 à 17h11

et monsieur hortefeux qui faite de si bonnes loi sur l’immigration a vous regarde vous avey pas l’air pur francais on prends les emmigres quand cela arrane defende la france pendant la guerre construire nos hlm ect et en suite aller voir ailleurs

» Répondre à minou

reactions_anon Tha Truth le 03/12 à 20h19

What ??????????
I think french people’re very cool but also equally prejudice, i’m a african american i visited france 2 years ago and it seems that the caucasian french are scared when they run to a black person, i don’t know what give them the right to turn against needy people, 65 yrs ago they were the needy and we saved them so all y’all caucasian racist french Fuck off and let my people be free.

» Répondre à Tha Truth

reactions_anon Paterfilius le 19/11 à 21h16

mais vous savez pas écrire ou quoi? apprenez le français avant de parler !

» Répondre à Paterfilius

reactions_anon momo60 le 18/11 à 18h36

et les ignorants avants de blames les immigres regarde votre president il est pas tres francais.De plus sans nous les africain vous francais aujourd’huit vous serai allemand et je dirai meme que vos grand mere on dut faire 1petite gaterie et plus a tous les soldats africains du magrebe jusqu’a l’afrique noir maintenant on est la on reste on prend vos femme vos travail car vous francais vous vous prenne pour des aristocrates, mais en cherchant bien vous etes des hipocryte sans valeur

» Répondre à momo60

reactions_anon KOHABITATION à 13h40

Je suis tout à fait d’accord avec toi si momo. Bsahtek mon frère. Je pense que tout le monde devrais avoir la même manière de penser, après tout nous sommes tous frères et soeurs.

reactions_anon yassine français musulman le 15/12 à 22h20

garçon avec tes propos comment veux tu que les français t’aiment apres.je suis d’accord pour dire que les français n’ont pas a traiter les etrangers ainsi , mais les etrangers aussi doivent avoir un bon comportement en france pour montrer qu’ ils savent vivre normalement et montrer qu’ils ont du savoir-vivre eux-aussi que les europeens ne sont pas superieurs .

reactions_anon mama le 04/03 à 11h48

notre president nous convients , personne ne t’a obligé de venir , sans propos rassiste !!
Mais les opignons que tu as envers les francais ou notre président vous pouvez les gardez , nous avons été élevée comme sa vous avez qu’a suivre nos opignons et notre vie , comme sa vous serez peut-etre accépté

reactions_anon bernard le 15/11 à 19h28

si cela ne va pas cassez vous .dehors les idealistes prenez exemple sur le tchad et vive la france

» Répondre à bernard

reactions_anon Tiline le 15/11 à 17h39

Arrêtez de tomber dans ce piège blanc / noir, privé / public, riche / pauvre catho / islamiste…
En fait, on a tous peur de ce que l’on ne connait pas et surtout de notre avenir à tous entre la nature et l’homme qui se derèglent … ou va t on ?
Et pourquoi prendre les problèmes à la base ? Se connaître les uns les autres et ne pas donner toute notre confiance aux médias …. . Vous connaissez diviser pour mieux regner ?
En ce qui concerne l’afrique et autres pays ou continents : pourquoi ne pas donner aux gens la même envie et fierté que nous de la france et d’y vivre bien . Tous les immigrés sont fiers de leur pays mais y vivent mal alors plutôt que de s’entretuer ou se soudoyer ou subventionner juste.. S’AIDER .
Certains diront que je suis naïve mais on le voit tous les jours à petite échelle cela fonctionne super bien alors merde BOUGEONS NOUS ET TOUS ENSEMBLES … et surtout ne pas leur laisser le plaisir de diviser pour mieux régner… Un peu d’amour et mais d’agressivité … pour nos enfants merci .
Et je ne vie pas à Bisounours land.

» Répondre à Tiline

reactions_anon Un citoyen du monde le 18/12 à 21h47

Merci Tiline pour cette analyse. Je suis parfaitement dacord. Vivons heureux et solidaires. Amitié

reactions_anon michel75020 le 12/11 à 23h37

bon…je suis français de france et je ne suis ni pour ni contre les étrangers!
yen a trop, yen a pas assez, je sais pas? tout ce que je sais, c’est que ou je bosse (HPH), yen a plein dans des tafs pas cools et pas reconnus mais essentiels!
et sur la chasse aux sans papiers: pourquoi ne pas sensibiliserles policiers français sur la chasse « &ux sans papiers »en leur rappelant la »chasse aux juifs »ar leurs collégues de la police parisienne en 1942!!! :15 000 déportés, 12 000 massacrés (ou tués ou assassinés) dans les chambres à gaz???
qu’en pensez vous?

» Répondre à michel75020

reactions_anon LAURE1212 le 11/11 à 15h36

Qui est vraiement francais????

» Répondre à LAURE1212

reactions_anon joseph le 25/03 à 11h50

moi

reactions_anon kkkz2007 le 11/11 à 04h53

je vais te dire une chose demande a tes dirigeant de laisser l’afrique se mouvoir comme elle veut tu verras si la france ne sera pas en manque de mais d’oeuvre et puis demande a tes parents pour quoi ils sont venus en france pourquoi pas dans un autre payes ,bientôt une grève de tous les gens qui se considèrent comme etranger une journée sans travail tu verras combien ça va couté pour l’economie

» Répondre à kkkz2007

reactions_anon fdfef le 05/11 à 17h44

c’est vrai quoi, y’aura jamais assez de huttes dans notre beau pays pour acceuillir tous ces etrangers, non desires….

» Répondre à fdfef

reactions_anon kkkz2007 le 11/11 à 04h25

toute personne rêvant d’une france blanch est nulle même le temps de napoleon il y avait des hommes de couleurs dans ce payes d’ipocrisie merci si tu voix que tu parle de payes parce que on a libere tes gds parent

Publié dans LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY, SUR L'IMMIGRATION DANS LE MONDE | Pas de Commentaire »

Congo : Banque mondiale et multinationales ont organisé le super-pillage des matières premières ( et autres sujets )

Posté par Isso le 6 avril 2008

Congo : Banque mondiale et multinationales ont organisé le super-pillage des matières premières

Tony Busselen

Congo : Banque mondiale et multinationales ont organisé le super-pillage des matières premières ( et autres sujets ) dans LA MONDIALISATION puce2 
 

La commission congolaise qui a examiné durant un an et demi les principaux accords du secteur minier a publié son rapport la semaine dernière. L’enquête a révélé pas moins qu’un véritable hold-up au détriment de l’État congolais. Le gouvernement de Kinshasa ne tire pour ainsi dire pas de recettes d’un secteur au sein duquel l’emploi est soumis à une spéculation à grande échelle.

 

Comment est-il possible qu’un des pays les plus riches de la planète fasse en même temps partie des plus pauvres ? Naturellement, la base de cette situation a déjà été posée sous la dictature de Mobutu, qui s’est exercée de 1961 à 1996. À la fin des années 1980, le Congo envoyait bien plus d’argent vers le Nord qu’il n’en recevait. Il payait des intérêts impossibles sur des emprunts et les produits qu’il importait du Nord étaient de plus en plus chers alors que les prix de ses propres matières premières s’effondraient. Le fameux marché libre rendait tout développement économique impossible.

En outre, le régime mobutiste obéissait servilement aux moindres desiderata des multinationales occidentales. C’est ainsi qu’à cette époque, des contrats à long terme furent conclus, permettant aux multinationales d’exporter des matières premières à des prix fixes, sans tenir compte des véritables prix du marché. Le journal Le Phare cite un exemple de contrats selon lesquels, aujourd’hui, on facture toujours la tonne de cuivre à 500 dollars, alors que le prix sur le marché mondial tutoie les 8.000 dollars (soit… 1500 % de bénéfice !).

Mais, ces dernières années, les grandes sociétés minières ont-elles aussi commis un véritable hold-up des richesses congolaises.

En 2006, les rentrées de l’État concernant le secteur minier étaient bien loin de répondre aux attentes. Elles ne représentaient que 6 % du budget du gouvernement alors qu’en 2002, en pleine guerre, elles s’élevaient encore à 30 % du budget. Dixit le ministre de l’Économie et du Commerce, André-Philippe Futa. C’est d’autant plus honteux quand on sait que, ces dernières années, au Katanga, 1644 permis d’exploitation de mines ont été délivrés et que le prix des matières premières a considérablement augmenté. Le prix du cuivre, par exemple, n’était encore que de 4000 dollars la tonne voici quatre ans, alors qu’aujourd’hui, il approche les 8000 dollars .

La commission gouvernementale de révision des contrats miniers décrit la façon dont ce hold-up a été perpétré :

- les entreprises minières bénéficié d’une exemption complète d’impôts durant une période anormalement longue ;
- la sous-évaluation de l’apport du côté congolais ;
- la surévaluation de l’apport du partenaire étranger.

Des 60 contrats examinés, aucun ne s’est avéré « normal » [lisez « acceptable »], 39 devraient être renégociés et 22 devraient tout simplement être résiliés.

L’ONG IPIS cite quelques exemples du rapport :
- Anvil Mining à Dikulushi

La commission est surtout outrée du fait qu’Anvil y a obtenu, pour elle-même et pour tous ses sous-traitants, durant 20 années, une exemption complète d’impôts et de royalties, grâce à un contrat signé en sous-main en 1998.

AngloGold Kilo
La commission prétend qu’au fil des années, la convention minière d’Okimo, signée avec AngloGold Kilo, n’a cessé de subir de vilaines entorses de la part du partenaire privé. La superficie d’exploitation allouée à AngloGold a quadruplé, alors que le loyer pour le territoire a diminué. En outre, AngoGold n’y a toujours pas entamé la production.

Tenke Fungurume Mining
Parmi les joint-ventures de Gécamines, c’est surtout Tenke Fungurume Mining qui saute aux yeux. Là aussi, la commission dit que la participation de Gécamines doit regrimper à 45 %. Selon la commission, cette participation a été indûment ramenée de 45 % à 17,5 %. Le contrat de 2005, qui réduisait également la rémunération financière pour l’apport de Gécamines de 250 millions à 100 millions de dollars, doit être annulé, estime la commission. Mais il y a une complication : le partenaire d’origine, Lundin, a vendu une partie de sa participation à la société minière américaine Phelps Dodge. Illégalement, prétend la commission. Il convient de noter que, fin 2006, Phelps a été repris par Freeport McMoran qui, aujourd’hui, détient ainsi une participation de presque 58 % dans Tenke Fungurume Mining.

Spéculation sur un monceau de misères
La population congolaise vit dans une misère noire. Mais les entreprises minières ne sont pas pressées d’entamer la production. Entre-temps, elles spéculent toutefois sur leurs concessions, « obtenues » de l’État congolais, afin de réaliser des profits maximaux.

Elles laissent leurs concessions minières intactes jusqu’au moment où les prix (entre autres, du cuivre et du cobalt) auront augmenté le plus possible et que leurs conditions d’exploitation se seront développées de façon optimale au détriment de l’État congolais.

À la mi-mars, à Kinshasa, le ministre congolais des Mines, Martin Kabuelulu, expliquait qu’à ce moment, 4542 titres d’exploitation de mines et de carrières avaient été délivrés à 642 firmes et que les concessions auxquels ces titres avaient trait, constituaient 33 % du territoire national. Le ministre expliquait par la même occasion que, des 60 contrats miniers examinés, 5 seulement étaient actuellement en phase de production et 6 au stade d’étude préparatoire.

De la sorte, l’État congolais ne peut pratiquement percevoir aucun impôt du secteur, alors que ces rentrées lui permettraient de financer la reconstruction du pays. De leur côté, les travailleurs congolais ne peuvent gagner le moindre salaire en vue d’entretenir leurs familles.

Comment une telle situation a-t-elle été possible et que faire pour y remédier ?

Dans les capitales occidentales comme Londres et Bruxelles, on suggère que « les dirigeants congolais, incompétents » sont coresponsables de cette situation. Ils auraient en effet signé les contrats et ils ont palpé suffisamment de pots-de-vin pour laisser se produire ce pillage des ressources nationales.

L’Occident réclame dont la « transparence » : Des spécialistes internationaux neutres et des représentants du monde des ONG devraient pouvoir participer aux négociations. D’après les capitales européennes, cela ne doit certainement pas se faire « dans la discrétion », sinon les opérations risqueraient d’être encore entachées par « des pots-de-vin supplémentaires ».

Mais cette analyse des causes et des remèdes à envisager est totalement erronée. En fait, la discussion doit se focaliser en premier lieu sur la façon de mettre sous pression les multinationales minières et les banques. Car ce sont elles, en effet, les principales responsables de cette situation.

1°) les grandes sociétés minières occidentales accaparent le gros du butin. Il s’agit d’entreprises qui réalisent de superprofits. IPIS cite, par exemple, les bénéfices 2007 de deux géants miniers : BHP Billiton (13,496 milliards de dollars) et Rio Tinto (7,746 milliards de dollars). Des chiffres faramineux et il ne s’agit que de deux acteurs importants parmi d’autres. Ces mastodontes de l’exploitation minière sont aujourd’hui lancés dans une véritable ruée vers l’or dans un pays qui a été ravagé par des décennies de dictature et une longue guerre sanglante au cours de laquelle 5 millions de personnes au moins ont perdu la vie. Un pays qui a besoin de toute l’aide qu’il pourrait recevoir.

La TOTALITÉ du secteur minier au Congo ne paie que 26,7 millions de dollars d’impôts (soit environ 0,3 euro par habitant). En Occident, on ne veut pas entendre parler de nouvelles véritables négociations. Le ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht (Open VLD), disait le 13 mars dans De Tijd que ce ne sont pas des négociations, quoi qu’il en soit, qui pourront accroître ce montant de 26,7 millions de dollars. « La Banque mondiale vise un montant de 200 millions de dollars par an (environ 154 millions d’euros) de rentrées d’impôts en provenance du secteur minier congolais. » L’hebdomadaire Trends-Tendances y va de la réflexion suivante : « 200 millions de dollars, c’est étonnamment peu. En comparaison avec 2006, la Zambie (un pays plus petit que le Congo et disposant de beaucoup moins de matières premières, NdlR) a engrangé 2 milliards d’euros de recettes sur ses exportations de cuivre. »

Les entreprises particulièrement prospères ont donc imposé des accords qui, durant les décennies à venir, priveront l’État congolais d’un gros paquet de milliards de dollars, alors que cet argent est absolument indispensable pour la reconstruction du pays.

2°) Depuis les années 1990, la Banque mondiale réclame la privatisation du secteur minier en Afrique. Au Congo, elle a surveillé de près les opérations et elle a donné son approbation à la signature de tous ces accords scandaleux avec les sociétés minières. C’est donc un euphémisme que de dire que la Banque mondiale a au moins été complice de ce hold-up. L’hebdomadaire Trends-Tendances explique que, quelques jours avant la publication du rapport du gouvernement congolais, James Wolfowitz, directeur de la Banque mondiale, avait déjà fait comprendre clairement qu’il entendait maintenir les contrats existants, sous le prétexte « de ne pas vouloir créer d’insécurité juridique ».

En fait, on ne peut donc qu’espérer que, tôt ou tard, le gouvernement congolais se laissera inspirer par les positions adoptées par les gouvernements du président bolivien Evo Morales et du président vénézuélien Hugo Chávez et, si la chose est nécessaire, qu’il recourra à l’arme de l’expropriation ou de la nationalisation. En même temps, on ne peut qu’adopter un avis très critique lorsque des hommes politiques comme De Gucht ou des institutions comme la banque mondiale se permettent en outre de sermonner les dirigeants congolais à propos de la nécessité d’une « bonne et saine gestion » ou de se plaindre des « États faillis » (ou plus rien ne fonctionne).

3°) La plupart des contrats ont été conclus à une époque où le Congo ne disposait pratiquement d’aucune marge de négociation.

À partir d’août 1998, le Congo a été attaqué par deux importantes armées, très bien entraînées, de la région : les armées du Rwanda et de l’Ouganda. En faillite totale après la période mobutiste, avec une armée pour ainsi dire inexistante, le père Kabila ne se voyait accorder aucune chance par personne. Cette guerre avait d’ailleurs éclaté parce que Laurent-Désiré Kabila « avait adopté une attitude impossible » aux yeux du capital international. Imaginez : Kabila osait résilier des contrats injustes et, au moment même du déclenchement de la guerre d’agression, ç’avait encore été le cas du contrat avec le géant minier canadien Banro. Aldo Ajello, à l’époque représentant de l’Union européenne pour l’Afrique centrale, résume dans les termes suivants ce qui se disait dans les capitales européennes au début de cette guerre d’agression : « En août 1998, l’opération menée par l’actuel chef d’état-major rwandais James Kabarebe aurait dû prendre la forme d’une guerre éclair qui aurait duré une semaine au maximum. (…) Il est vrai que Kabila n’est pas sympathique. Au fond, tout le monde aurait préféré voir le blitz réussir (…) » (Le Soir, 4 mars 2007).

Laurent-Désiré Kabila n’a alors pu faire autrement que de signer certains accords afin de pouvoir disposer d’un minimum d’argent pour financer la défense du pays.

Après l’assassinat du président Kabila, l’Occident obligeait le Congo à accepter un gouvernement d’Unité nationale au sein duquel seraient représentés les fameux « mouvements rebelles » qui avaient collaboré avec les armées étrangères ayant organisé l’invasion du territoire congolais. C’est au sein de ce gouvernement de transition que le chef rebelle et allié de l’armée ougandaise, Jean-Pierre Bemba, est devenu président de la commission des Affaires économiques.

Il ne fait pas de doute que, dans plusieurs situations, un certain nombre d’opportunistes se sont servis de leur position dans l’État congolais pour s’enrichir personnellement en « fermant les yeux » sur certaines choses. Mais, en comparaison avec les bénéfices des multinationales minières, ils n’ont tout au plus récolté ici que des miettes.

4°) L’actuel gouvernement, qui a fait établir ce rapport, est d’un tout autre calibre. Il résulte d’élections. Il est à remarquer que peu de commentateurs font la distinction entre ce gouvernement constitué autour de l’alliance entre Kabila et Gizenga et le précédent « gouvernement de transition ». Gizenga est connu pour son intégrité. Son parti est à peu près le seul à ne s’être jamais compromis avec le mobutisme. Gizenga avait déjà été Premier ministre sous Lumumba. Il n’a jamais été, il est vrai, un révolutionnaire comme son camarade de parti Mulele, mais, depuis les années 1960, il s’est toujours opposé à la dictature. Le parti de Gizenga, le PALU, a été le seul qui, sur base de son organisation et de sa force de conviction, et non sur base de l’argent, ait obtenu des résultats spectaculaires lors des élections (14 % au premier tour).

Le choix de Joseph Kabila de s’embarquer avec Gizenga précisément a causé pas mal de tiraillements au sein de sa propre famille politique où de nombreux opportunistes et anciens mobutistes s’étaient emparés de postes importants au gouvernement.

Ce n’est pas un hasard si la commission chargée d’examiner les contrats a été instaurée par le ministre des Mines, un membre du PALU. Et que c’est également ce ministre qui a annoncé la publication du rapport. La « Task Force », un groupe de travail qui devra assurer le suivi et se charger des négociations avec les compagnies minières, est un reflet de l’alliance gouvernementale .

Les entreprises minières ont fait inscrire des clauses particulièrement hermétiques dans les accords et elles disposent des meilleurs juristes en vie de défendre leurs intérêts devant les instances internationales. L’alliance Kabila-Gizenga n’est pas une alliance révolutionnaire. Elle ne prendre vraisemblablement pas de mesures révolutionnaires telles l’expropriation ou la nationalisation. Cette commission va donc plutôt louvoyer et elle évitera plus que probablement les grosses confrontations. Mais on ne peut tout simplement trouver au Congo d’autre force ou alliance politique susceptible de mener ces négociations de façon plus intègre.

 

 

5 questions à propos du soulèvement au Tibet
Peter Franssen  

1. Que s’est-il réellement passé ?
2. Quel était le but des émeutes ?
3. Des médiamensonges : dans quel but ?
4. Le mouvement tibétain est-il spontané et indépendant ?
5. Toute la communauté internationale condamne-t-elle la Chine ?

 

Vendredi 14 mars dernier, une émeute éclatait à Lhassa, la capitale de la Région autonome du Tibet. Partout dans le monde, ces événements ont donné lieu à des protestations contre l’intervention de la police anti-émeute et l’armée chinoises.
Voici cinq questions à ce propos et, chaque fois, une esquisse de réponse.

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1. Que s’est-il réellement passé ?
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En Occident, l’opinion publique a eu l’impression que des manifestants pacifiques, sous la direction de moines, avaient défilé dans les rues pour réclamer la liberté et que la police et l’armée chinoises étaient intervenues de façon très répressive.
Entre une semaine et dix jours après les faits, il y a toujours, dans l’opinion publique, nombre de gens qui retiennent cette version des faits. Comme la présidente du parlement américain, Nancy Pelosi, numéro deux des États-Unis dans la hiérarchie politique, qui prétend que le comportement de la Chine est « un défi à la conscience du monde entier ».
( lisez l’article http://www.iht.com/articles/ap/2008/03/21/news/Pelosi-Dalai-Lama.php )
« Si nous ne parlons pas maintenant, nous n’aurons plus jamais le droit de parler », ajoute cette dame.
Le dalaï-lama l’a remerciée en disant que les États-Unis étaient « les champions de la liberté et de la démocratie ». Le dalaï-lama peut dire qu’il a de la chance d’être tibétain et de ne pas habiter, d’aventure, au Vietnam, au Laos, au Cambodge, en Afghanistan ou en Irak, pour ne citer que quelques pays contre lesquels les États-Unis, ces « champions de la liberté et de la démocratie », ont déclenché des guerres. Guerres qui, par ailleurs, ont toutes reçu le soutien de ce pacifiste à l’éternel sourire qu’est le dalaï-lama.

Deux jours après Nancy Pelosi, c’était le tour du président du parlement européen, l’Allemand Hans-Gert Poettering. « Si le gouvernement chinois suit cette ligne dure contre le Tibet, nous devons envisager un boycott des JO », a-t-il dit.
(Lisez l’article. http://www.ft.com/cms/s/0/7f31888c-f8e5-11dc-bcf3-000077b07658.html )
Auparavant, cette suggestion avait déjà été faite par le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Son homologue allemand Frank Walter Steinmeier a mis en garde la Chine contre le fait que son approche de la crise compromettait les JO
(lisez l’article http://ap.google.com/article/ALeqM5h79xS2DH2a0P1VYcF_2aHikRFJtAD8VHTPG00 ).
On peut se poser des questions à propos de la bonne foi de Pelosi, Poettering, Kouchner, Steinmeier. Toutes les déclarations, reportages, films et photos des témoins directs des événements montrent précisément le contraire de ce que ces politiciens prétendent. Nous pouvons désormais affirmer avec certitude que, ce vendredi 14 mars à
Lhassa, il n’a nullement été question de manifestations, mais bien d’une émeute. Des groupes de jeunes, parfois sous la conduite de moines et armés de couteaux, de sabres, de machettes, de pierres et de cocktails Molotov, ont bouté le feu à des maisons, des commerces et des voitures. Sauf les touristes, toutes les personnes qui n’étaient pas tibétaines étaient en danger. Non seulement les Chinois Han, mais également les musulmans Hui, ont été battus, tabassés sauvagement, voire battus à mort. La violence a été extrêmement brutale et de nature ethnique et raciste.

Ci-dessous, vous pouvez lire une série de témoignages, surtout de sources occidentales.

« En face de notre hôtel, ils ont bouté le feu à quatre bâtiments ». « Au carrefour en face de mon hôtel, j’ai vu comment des Tibétains en colère criblaient des pierres des Chinois passant en scooter. Quand l’un d’eux tombait de son scooter, il se faisait horriblement tabasser. Ils étaient maltraités » , déclare un touriste hollandais dans De Volkskrant.
(Lisez l’article http://www.volkskrantreizen.nl/blogpost.php?username=reisredactie&webtitle=nederlanders_over_onluste&usergroup=redactie )
« Les vieilles personnes n’ont pas été épargnées non plus ».
Le journal français Le Parisien donne la parole au touriste canadien John Kenwood, qui raconte comment une bande a arraché un vieillard à son vélo, l’a battu à coups de poing et de pied. Un passant occidental a pu tirer le vieillard d’affaire.
(Lisez l’article http://www.leparisien.fr/home/info/international/articles/SCENES-DE-LYNCHAGE-DE-CHINOIS-PAR-DES-TIBETAINS_296267549#header )

Des images d’émeute
Voici un petit film qui montre comment un homme en furie s’en prend à un Chinois roulant en scooter.
À six ou sept reprises, il frappe le Chinois à la tête avec une pierre. D’autres se précipitent pour jeter le Chinois à bas de son scooter et ils continuent de le battre. Le Chinois tombe sur le sol et reçoit encore des coups et des pierres. Un peu plus tard, cet homme a été admis à l’hôpital. Il a perdu un oeil.
Mise en garde : le film est particulièrement choquant.
Le film : http://www.youtube.com/watch?v=Jr3vhPo0pK0

Hôpitaux et écoles n’ont pas été épargnés.
Le bilan est très lourd : 13 morts, 325 blessés, 422 magasins, 120
maisons d’habitation, 6 hôpitaux et 7 écoles ont subi des déprédations à des degrés divers.
(Lisez l’article http://english.peopledaily.com.cn/90001/90776/90882/6376824.html )

Cinq jeunes filles brûlées vives.
Un groupe de manifestants a incendié un magasin à Lhassa. Six vendeuses y travaillaient. Cinq ont péri, brûlées vives. La plus vieille avait 24 ans, la plus jeune 18 ans.
(Lisez l’article http://www.chinadaily.com.cn/china/2008-03/20/content_6553129.htm)

« Des manifestants, non. Des criminels ! ».
Le journal allemand Junge Welt dit dans un de ses titres qu’il ne s’agissait pas de manifestants, mais de criminels.
(Lisez l’article http://www.jungewelt.de/2008/03-20/059.php )

« Partout autour de moi, le feu faisait rage ».
Le journaliste Benjamin Morgan interviewe un certain nombre de touristes étrangers qui sont rentrés de la capitale tibétaine Lhassa. Les touristes avaient du mal à trouver leurs mots pour décrire les brutalités auxquelles ils avaient assisté.
(Lisez l’article http://www.smh.com.au/news/world/crackdown-as-10-burnt-to-death-in-tibet-riots/2008/03/15/1205472170804.html )

« Ils battaient les gens à coups de pierres, de couteaux de boucherie, de machettes ».
Le témoignage de l’Espagnol Juan Carlos Alonso.
(Lisez l’article http://www.straitstimes.com/Latest%2BNews/Asia/STIStory_217614.html )

Des blessés racontent.
Depuis leur lit à l’hôpital, deux musulmans racontent.
(Lisez l’article http://news.xinhuanet.com/english/2008-03/16/content_7802771.htm )

Un petit film de la BBC montre des images des événements.
Lundi (17 mars), la BBC a présenté un petit film des violences dans la capitale tibétaine Lhassa. (Visionnez le film)

Les musulmans aussi étaient agressés.
Depuis Lhassa, le journaliste James Miles témoigne de la façon dont les émeutiers s’en sont pris à tous ceux qui n’étaient pas tibétains.
(Lisez l’article http://www.economist.com/daily/news/displaystory.cfm?story_id=10870258)

« J’ai vu comment ils battaient des gens à mort ».
Un touriste danois témoigne. L’article est en danois, mais vous pouvez en lire une partie ici en anglais.

http://www.guardian.co.uk/world/feedarticle/7386817

Un touriste : « Le quartier musulman a été entièrement détruit ».
Des magasins ont été pillés, incendiés dans le quartier musulman, tout a été détruit.
(Lisez l’article http://www.arabtimesonline.com/client/pagesdetails.asp?nid=13971&ccid=18 )

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2. Quel était le but des émeutes ?
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Provoquer le gouvernement chinois

Le soulèvement était-il spontané ? Etait-ce une explosion de colère populaire qui, hélas, a mal tourné ? C’est ce que veut nous faire croire le dalaï-lama. Pourtant, des organisations extrémistes ont admis qu’elles avaient effectivement voulu et planifié ces événements. Provoquer les autorités chinoises, telle était la tactique prévue. Le 15 mars, c’est-à-dire le lendemain des événements, paraît dans The Seattle Times un article intitulé « Tester la Chine ». Tsewang Rigzin, le président de la très extrémiste Ligue de la jeunesse tibétaine, y déclare que les JO constituent une occasion unique de porter leur cause à l’attention de l’opinion mondiale : « Nous voulons tester la Chine. Nous voulons qu’elle montre son vrai visage. C’est pourquoi nous les provoquons à ce point. »
(Lisez l’article http://seattletimes.nwsource.com/html/nationworld/2004284049_tibetanalysis.html)

Ce qui était prévu s’est également déroulé sur place. Dans ce film,

http://news.cctv.com/china/20080320/107214.shtml

on voit, après environ 90 secondes, un homme armé de deux bâtons, debout sur le toit d’une voiture de police. Il dirige une bande d’incendiaires, de pillards et de lyncheurs. Cet homme est cadre de la Ligue de la jeunesse tibétaine et il est bien connu des services de police. Il est entré dans la clandestinité. Cet homme faisait partie d’un groupe de 40 Tibétains qui, un mois avant les faits, ont subi un entraînement intensif de trois jours dans la ville indienne de Dharamshala, où séjourne le dalaï-lama. L’un des formateurs n’était autre que le rédacteur en chef de The Voice of Tibet, une station de radio financée par la CIA. Les cours traitaient de l’approche des médias, de la situation au Tibet, de l’importance des jeux Olympiques, de l’importance d’une action coordonnée sur le terrain même… Vous pouvez lire l’article à ce propos ici.

http://www.phayul.com/news/article.aspx?id=19302

Deux de ces manuels de cours ont déjà été utilisés plus tôt, entre autres en Europe de l’Est. Des jeunes des organisations d’extrême droite Otpor (Serbie) et Pora (Ukraine), encadrés et formés par la CIA et d’autres services de renseignements, ont suivi ces cours en guise de préparation aux fameuses « révolutions orange ». En 2006, l’Institut Albert Einstein a traduit ces cours. L’un d’eux a été préfacé par le dalaï-lama en personne. On peut lire cette préface ici .

http://www.aeinstein.org/organizationsTibetanFDTD.html

Restaurer la théocratie
La déclaration du président de l’organisation de jeunesse ci-dessus concorde avec les objectifs de l’émeute tels qu’ils ont été fixés par cinq organisations séparatistes tibétaines. Dans ce texte, il est écrit que les cinq organisations visent à déclencher une révolte qui annoncerait la fin de « l’occupation ». Ces cinq organisations sont : le Congrès de la jeunesse tibétaine, l’Association des femmes tibétaines, le Mouvement Gu-Chu-Sum du Tibet, le Parti national démocratique du Tibet et les Étudiants pour un Tibet libre. Dans leur cahier de revendications, on peut lire qu’elles veulent le retour au Tibet du dalaï-lama, à qui « il convient de donner la place qui lui revient de droit comme dirigeant légitime du peuple tibétain ». Ces organisations veulent donc le retour de la théocratie. C’est donc la même chose que si les fondamentalistes catholiques réclamaient la restauration en Europe de l’ordre du haut moyen âge, tout « en donnant au pape sa place légitime » à la tête du pouvoir temporel.

Declaration Tibetan Uprising (Déclaration à propos de l’insurrection tibétaine), 4 janvier 08
Lire l’article… http://tibetanuprising.org/2008/03/11/background/

Choisir la voie de l’escalade dans la violence
Auprès de l’opinion publique, le mouvement tibétain passe pour être très amical et pacifiste, essentiellement spirituel et porté sur l’élévation des âmes. Mais la réalité est tout autre. Six jours après qu’il y a eu des morts à Lhassa et qu’on aurait pu espérer voir apparaître quelques tiraillements de conscience chez les instigateurs des troubles, ils surenchérissent au contraire dans la violence. Le 20 mars, des cadres des cinq organisations séparatistes mentionnées plus haut avaient une rencontre avec le dalaï-lama. Ils lui ont demandé de lancer un appel direct à la violence.

Tibetan Youth Congress meets Dalai Lama Meyul (Le Congrès de la jeunesse tibétaine rencontre le dalaï-lama), 20 mars 2008 Lisez l’article…

http://meyul.com/2008/03/20/tibetan-youth-congress-meets-dalai-lama/

Essayer de faire éclater la Chine
Certaines figures de proue du mouvement tibétain visent l’éclatement de la Chine et ils veulent que, non seulement le Tibet, mais également la Région autonome du Xinjiang et la Mongolie intérieure se séparent de la Chine. Les cinq organisations susmentionnées ont organisé une « marche de la paix » qui est partie le 10 mars de la ville indienne de Dharamsala, durera cinq mois et franchira la frontière sino-indienne au Tibet le 8 août, c’est-à-dire le jour même de l’inauguration des JO. Les Tibétains ne marchent pas seuls. Ils le font, disent-ils, « avec des gens d’autres territoires occupés comme la Mongolie et le Turkestan oriental (Xinjiang) ». Ces « territoires occupés » doivent eux aussi être libérés.

Tibetaanse Vredesmars: ‘Return Home March’ Passie voor de Rechten van de Mens (Marche tibétaine de la paix : « La marche du retour au pays », une passion pour les droits de l’homme), 8 mars 2008
Lisez l’article…

http://passievoormensenrechten.web-log.nl/passie_voor_mensenrechten/2008/03/127-tibetaanse.html

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3. Des médiamensonges : dans quel but ?
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La plupart des hommes politiques et des médias occidentaux ont condamné la Chine pour ce qui s’est passé à Lhassa. Mais comment réagiraient-ils si des bandes de jeunes se mettaient à piller et à incendier les magasins de l’avenue Louise, à Bruxelles ? Ne réclameraient-ils pas des interventions musclées et des sanctions sévères ? À Lhassa, la police a opéré avec une très grande retenue durant toute la journée du vendredi 14 mars. Pourtant, on peut lire que la Chine a fait montre d’une « violence excessive ». Pour faire avaler cette absurdité à l’opinion publique, divers médias ont joué un rôle peu recommandable. Ils ont voulu nous faire croire que les meurtriers et les incendiaires étaient des combattants de la liberté qu’on avait atrocement massacrés. Manifestement, ils voulaient discréditer la Chine, même s’il fallait pour ce faire user des pires mensonges.
Ce vendredi 14 mars, à Lhassa, les Tibétains étaient « abattus comme des chiens », prétend ABC
(lire ici http://www.abcnews.go.com/International/Story?id=4468783&page=4 ).

L’International Herald Tribune fait savoir à ses lecteurs que 30 Tibétains ont été abattus (lire ici). Le Sydney Morning Herald prétend de son côté que 80 Tibétains ont été abattus
(lire ici http://www.iht.com/articles/ap/2008/03/15/asia/AS-GEN-India-Tibet-Deaths.php ).

Radio Free Asia a placé un petit film sur son site Internet en prétendant que des centaines de personnes « protestaient pacifiquement à Lhassa jusqu’au moment où la police chinoise en a abattu deux ». Cette station de la CIA croit manifestement ses propres mensonges car, dans le film, on voit uniquement des voitures et des bâtiments qui sont la proie des flammes. Et pas un seul policier.

http://meyul.com/

Les médiamensonges éreintés par la critique
Les étudiants chinois à l’étranger ont été très indignés par le traitement des informations dans les médias occidentaux. Ils ont lancé un site Internet

http://www.anti-cnn.com/

et y réfutent les médiamensonges. Vous trouverez un résumé de ces mensonges et de leurs réfutations sur ce petit film de 4 minutes.

Reporters sans honte
Outre les milieux entourant le dalaï-lama, c’est surtout l’organisation Reporters sans frontières qui a joué un rôle prépondérant dans la campagne mensongère. RSF se prétend une organisation indépendante défendant partout la liberté de la presse et les droits de l’homme. RSF a pas mal d’influence sur les médias occidentaux, même si, en tant qu’organisation, ce n’est qu’une usine à mensonges. RSF n’a cessé de publier des articles haineux et de tenter d’imputer à la Chine les troubles et les victimes. L’organisation lance un appel en vue de boycotter les JO (lisez ici). Reporters sans frontières est dirigée et cofinancée par le service américain de renseignements, la CIA. Son patron est Robert Ménard, un homme qui entretient d’étroits liens avec la mafia de Miami. RSF dit de Cuba que « c’est la plus grande prison de journalistes au monde ». Une allégation qui a quand même de quoi vous couper le souffle car, ces quarante dernières années, 791 journalistes ont été assassinés en Amérique latine, mais pas un seul à Cuba.
(lisez ici http://www.rsf.org/article.php3?id_article=26254 ).

Robert Ménard et son équipe sont aussi très actifs contre la Chine. Ménard est l’homme qui, la semaine dernière, a perturbé la cérémonie d’ignition de la flamme olympique. Si bien des médias tombent encore dans le panneau des mensonges de Ménard, l’Unesco ne s’y trompe plus : il y a peu, cette organisation a mis un terme à son soutien de RSF et a expliqué, dans une déclaration, que RSF avait fait preuve à plusieurs reprises d’une absence d’éthique en traitant certains pays de façon très peu objective.
Lisez ici un article sur la décision de l’Unesco. http://www.cubanews.ain.cu/2008/0313fracasaintento.htm

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4. Le mouvement tibétain est-il spontané et indépendant ?
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Quelque 5,4 millions de Tibétains vivent en Chine, soit 0,4 % de la population totale du pays. Le petit et courageux David contre le grand et méchant Goliath : voilà l’image que l’on propose à l’opinion publique. Ici aussi, la vérité est tout autre. Le principal soutien du mouvement tibétain, ce sont les États-Unis et plus spécifiquement la CIA et le ministère des Affaires étrangères. Depuis un demi-siècle, le dalaï-lama entretient des rapports très étroits avec ces deux piliers de la politique étrangère américaine. C’est sur l’insistance de la CIA et en échange d’un beau paquet de dollars que le damaï-lama quitte le pays pour l’Inde et ce, malgré un accord avec le gouvernement de Beijing. Depuis des années, la CIA s’emploie à mijoter une révolte armée au Tibet. Laquelle éclate en 1959. À l’époque, la CIA a un camp d’entraînement dans le Colorado et elle y initie des centaines de Tibétains à la guérilla et au terrorisme. Ce programme se poursuit jusqu’en 1961. Mais le conflit de faible intensité (LIC) qu’entretient la CIA au Tibet se poursuit aujourd’hui encore. Seules les méthodes et les tactiques de ce LIC ont été modifiées. On peut en apprendre plus ici :

http://www.atimes.com/atimes/China/JC26Ad02.html

Un financement via la CIA

L’emprise des États-Unis sur le mouvement tibétain est évidente quand on voit que ce sont principalement les Américains qui maintiennent financièrement ce mouvement. En 1998, le journaliste Jim Mann écrit dans le journal australien The Age un article intéressant qui s’appuie sur des documents des autorités américaines. Il y est entre autres révélé que, dans les années 1960, la CIA offrait 1,7 millions de dollars par an au mouvement tibétain à l’étranger. Le dalaï-lama lui-même recevait 180.000 dollars par an de la CIA
(lisez l’article http://listserv.muohio.edu/scripts/wa.exe?A2=ind9809c&L=archives&P=14058 ).
On peut naturellement se demander quelle est la teneur démocratique du dalaï-lama lorsque les assises financières de son mouvement sont assurées par une organisation dont le palmarès s’orne de millions de morts un peu partout sur la planète.

Un financement opéré via le NED

Dans la même période et celle qui suit, la CIA est mise en cause en raison de l’application au Vietnam du programme Phoenix, qui coûte la vie à 26.000 personnes, du coup d’État contre le président Allende au Chili et du soutien aux escadrons de la mort en Amérique latine. Il s’ensuit qu’une partie des activités de la CIA sont transférées à un nouvel organisme à l’appellation cynique de National Endowment for Democracy (NED, Dotation nationale en faveur de la démocratie). Une grande partie du soutien financier au mouvement tibétain émane désormais de cette source.
L’argent arrose entre autres l’International Campaign for Tibet (ICT), une organisation qui tente de gagner l’opinion mondiale aux points de vue du dalaï-lama. Au conseil d’adminsitration de l’ICT siègent entre autres l’agent de la CIA et président tchèque Vaclav Havel et l’ancien président de la Lituanie Vytautas Landsbergis. Les deux hommes sont également membres du Comité international pour la démocratie à Cuba, un club très huppé d’extrême droite. On peut admirer ce groupe ici : http://www.cubanismo.net/teksten_nl/democratie/eu_voor_cuba.htm

Un autre bénéficiaire de l’aide financière américaine est le Tibet Fund (Fonds Tibet). Cette organisation voulait convaincre les Tibétains et le monde entier de la légitimité du dalaï-lama. Il a également formé des journalistes dans la même vision. En 2001, Sharon Bush en était la directrice : elle n’est autre que la belle-sœur de l’actuel président des États-Unis.
Un autre groupe reçoit de l’argent du NED : le Tibet Information Network (Réseau d’information sur le Tibet), dont le siège est situé à Londres. Le groupe a également une vocation propagandiste. Il est dirigé par Richard Oppenheimer, un journaliste qui a travaillé pendant 22 ans pour la BBC.
De même, la Tibetan Literary Society (Société littéraire tibétaine) palpe les deniers du NED pour sa publication du journal Bod-Kyi-Dus-Bab (Tibet Times).
Le Tibet Multimedia Center figure lui aussi sur les feuilles de paie du NED : il diffuse des cassettes audio et vidéo avec les messages du dalaï-lama.
La Tibetan Review Trust Society a reçu de l’argent du NED pour la publication du mensuel Tibetan Review.
Depuis 1996, l’émetteur de radio Voice of Tibet est financé par le NED pour ses émissions en tibétain et en chinois.
Dans le rapport du NED pour 2006
(ici : http://www.ned.org/grants/06programs/grants-asia06.html#chinaTibet
, on peut lire que cinq organisations tibétaines reçoivent de l’argent pour un total de 173.000 dollars. La liste n’est pas complète en raison du « caractère confidentiel » de certaines donations.

Un financement via les Affaires étrangères

Le NED n’est pas le seul bailleur de fonds du mouvement tibétain. De l’argent américain arrose également le dalaï-lama et son entourage via le Bureau of Democracy, Human Rights and Labor (DRL – Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail) du ministère des Affaires étrangères. Ce DRL reçoit de l’État de l’argent qu’il peut utiliser afin de favoriser la « démocratie et les droits de l’homme » partout dans le monde. Un quart de tout cette manne va à des organisations qui s’intéressent à la « démocratie et aux droits de l’homme » en Chine. Il s’agit en grande partie d’organisations tibétaines. L’an dernier, le DRL a pu ainsi distribuer 23 millions de dollars. Un bon tiers de cet argent va au NED, le reste est distribué par le DRL même. Entre autres, au Tibet Fund déjà mentionné. Le rapport annuel le plus récent du Tibet Fund date de 2005
(lisez-le ici en PDF

http://tibetfund.org/annual_reports/2005report/2005_annualreport.pdf).

Il y est écrit qu’en 2005, le fonds avait un budget de 5 millions de dollars, dont une moitié en provenance du gouvernement américain, surtout du Bureau de la population, des réfugiés et de l’immigration du ministère des Affaires étrangères. Ce bureau est une composante du DRL. Cette année-là, le Fonds a offert 500.000 dollars au dalaï-lama en personne.

Un financement en provenance de l’Europe

Le gouvernement américain est le principal financier du mouvement tibétain. La prédilection du dalaï-lama pour la politique étrangère des États-Unis est donc très compréhensible. Mais les gouvernements européens n’hésitent pas non plus de mettre la main à la poche. Une grande partie du financement se fait non pas directement, mais par le biais de fondations dont, entre autres, la Friedrich Naumann Stiftung (fondation) et la Heinrich Böll Stiftung. Afin d’exprimer sa reconnaissance, le dalaï-lama a remis en 2005 le prix Light of Truth (Lumière de la vérité) au comte Otto Lambsdorff, président de la Friedrich Naumann Stiftung. Vous pouvez lire ici un rapport à ce sujet :

http://www.savetibet.org/nl/news/news.php?id=12

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5. Toute la communauté internationale condamne-t-elle la Chine ?
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S’il faut en croire les informations occidentales, la Chine est complètement isolée, désormais : le monde entier la condamne. En réalité, depuis le 14 mars, une bonne centaine de pays ont exprimé leur soutien à la Chine. Les mots de « communauté internationale », dans la bouche du président américain Bush, du président français Sarkozy et de la chancelière allemande Merkel, ne couvrent surtout qu’eux-mêmes. L’Asie, l’Amérique latine et l’Afrique n’entrent pas en ligne de compte, pas plus que les pays de l’ancienne URSS. On se souviendra de ce que la « communauté internationale » de George W. Bush avait également soutenu la guerre de ce dernier contre l’Irak. Mais, à y regarder de plus près, ce n’était absolument pas le cas.

Pour le Vietnam, le Cambodge, le Bangladesh, la Chine a agi correctement

Les gouvernements du Vietnam, du Cambodge et du Bangladesh ont été les premiers à exprimer leur soutien à la Chine. Le vice-ministre vietnamien des Affaires étrangères a déclaré : « Le Vietnam soutient pleinement le gouvernement chinois dans ses mesures en vue de stabiliser la situation au Tibet. »
(lisez l’article http://news.xinhuanet.com/english/2008-03/21/content_7832281.htm )

Hugo Chávez : soutien à la Chine et aux JO

Le président vénézuélien a exprimé sa répulsion pour ce que les incendiaires de Lhassa ont fait. Il est convaincu que les États-Unis sont coresponsables de ces événements.
(lisez l’article http://www.standaard.be/Artikel/Detail.aspx?artikelId=B080326 )

La Russie, la Biélorussie, le Pakistan, les nations arabes…

http://www.chinadaily.com.cn/china/2008-03/21/content_6554245.htm

Il n’y a pas que les voisins directs de la Chine qui ont exprimé leur soutien à Beijing.
(lisez l’article http://news.xinhuanet.com/english/2008-03/22/content_7836298.htm )

Les pays de l’Asie centrale, le Sierra Leone, le Bénin, la Syrie…
La Mongolie, le Népal, le Tadjikistan… La liste est longue. Le ministre syrien des Affaires étrangères a dit des émeutes à Lhassa : « la Syrie condamne ces événements et les milieux qui se trouvent derrière. Nous exprimons notre solidarité avec la Chine et nous rangeons aux côtés de la Chine. »
(lisez l’article http://news.xinhuanet.com/english/2008-03/22/content_7836298.htm )

Cuba condamne les séparatistes tibétains
C’est dans des termes très sévères que le gouvernement cubain a condamné le soulèvement de Lhassa. Cuba a également déclaré que les attentats contre les ambassades chinoises à l’étranger constituaient de graves infractions à la Convention de Vienne sur mes relations diplomatiques.
(lisez l’article http://english.peopledaily.com.cn/90001/90776/90883/6379900.html )

L’Amérique Latine est hors de contrôle
Noam Chomsky r
 

04/04/2008. Interview de Noam Chomsky par Angélica Lagos Camargo et Juan Camilo Maldonad. L’analyste nord-américain affirme que la Colombie et les Etats-Unis ne veulent pas permettre « l’échange des otages » et qu’avec l’assassinat de Raúl Reyes les chances de voir la libération des otages s’éloignent.

 

Noam Chomsky est professeur émérite au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et il est un critique sévère de la politique des Etats-Unis.

Noam Chomsky est un des analystes les plus critiques de la politique des Etats-Unis. Auteur de plusieurs livres sur la politique des Etats-Unis dans le monde, ce professeur nord-américain se définit comme « un défenseur des causes perdues ». Depuis son bureau de l’Institut de Technologie du Massachusetts (MIT) le professeur émérite a conversé avec El Espectador et il nous explique pourquoi John McCain sera le prochain président des Etats-Unis, les raisons qui font qu’on ne peut faire aboutir l’accord humanitaire en Colombie et les craintes que font naître, à Washington, les changements que connaît l’Amérique Latine.

- En novembre prochain, George W. Bush abandonne la présidence. Quel héritage, selon vous, va-t-il nous laisser ?

Son héritage sera d’avoir détruit tout ce qu’il touche. Sur le plan international, il a créé une incroyable catastrophe en Irak et il a abîmé l’image des Etats-Unis dans le monde. En outre, sa politique intérieure, la plus néfaste depuis la Seconde Guerre Mondiale, nous a plongés dans une crise économique aux proportions gigantesques.

- Bush est-il, comme le disent de nombreux analystes, le pire président de l’histoire des Etats-Unis ?

Oui, je dirais ça.

- Quelle a été la pire de ses actions?

L’Irak, sans aucun doute. Ce pays est la plus grande tragédie de ce siècle. L’invasion a détruit ce pays ; c’est une catastrophe. Sa stratégie, qu’il défend avec tant de force, c’est de créer une série de « seigneurs de la guerre » qui contrôlent de petits territoires mais qui, dans un avenir proche, finiront par se faire la guerre les uns les autres. Bush est un désastre total qui a conduit à un énorme développement du terrorisme.

- Quand croyez-vous que prendra fin cette boucherie en Irak?

Je pense comme John McCain, le prochain président des Etats-Unis, qui affirme que cela durera cent ans. Les candidats démocrates parlent de retirer des troupes, mais avec beaucoup de précautions et de réserves. En plus, si on considère ce que font le Gouvernement et le Congrès on ne peut pas croire que la fin soit proche : on construit d’énormes bases en Irak, peut-être les plus grandes au monde, et ils ne font pas ça pour les démanteler ensuite.

- Mais pourquoi rester en Irak si la guerre est perdue?

On n’aurait pas envahi l’Irak si ça ne représentait pas une très grosse prise et c’est ce que c’est puisque c’est en Irak que se trouvent les secondes réserves de pétrole les plus importantes au monde. L’Irak est au milieu des principaux pays producteurs de pétrole dans le monde. George W. Bush a été très clair lorsqu’il a déclaré qu’il n’y aurait pas de limites aux actions militaires des Etats-Unis en Irak pendant qu’il soutient que l’économie irakienne doit être ouverte aux investissements étrangers, tout en privilégiant les investissements nord-américains. Il a été très franc. Nous allons voir ce que fait son successeur.

- A propos des élections, qui les électeurs redoutent-ils le plus de voir à la Maison Blanche : un noir ou une femme?

Pourquoi pas un militaire, qui reste la troisième possibilité ? C’est très difficile de dire. Mon sentiment c’est que McCain va probablement l’emporter. La raison est que le Parti Républicain dispose d’un appareil à diffamer hautement efficace et très professionnel qu’il n’a pas encore mis en route. Mais dès que l’un des deux candidats sera désigné, il mettra en application ces stratégies qui seront très efficaces.

- C’est ce qui s’est passé lors des précédentes élections quand tout le monde pariait que Bush allait être battu?

Oui. Lors des élections de 2004 il y avait deux candidats. Bush qui avait évité le service militaire au Vietnam et Kerry qui, lui, avait fait l’armée, avait pris part aux combats dans les zones le plus dangereuses et avait été décoré pour son courage. Comment ça s’est terminé ? Lorsque les républicains eurent mis en marche leur appareil à diffamer, Kerry fut présenté comme le candidat le moins patriote et Bush fut présenté comme un héros militaire.

- Et où en est le phénomène Obama? Beaucoup de gens parient sur lui comme futur président.

Lorsque le Parti Républicain aura procédé à ses énormes opérations de diffamation fondées sur des mensonges, nous verrons bien s’il est si bien placé.

- Comment ça marcherait avec Hillary Clinton?

Eh bien, il y a toute une machination de haine envers Clinton qui est déjà en train de produire son effet. On parle de beaucoup de crimes durant l’administration Clinton. Elle figure dans le classement des personnes les moins appréciées du pays, comme résultat de 10 ans de turpitudes et de mensonges. C’est une machinerie très efficace.

- Comment évaluez-vous les relations entre les Etats-Unis et l’Amérique Latine?

Eh bien, si on regarde les sondages faits dans la région, l’animosité envers les Etats-Unis et leur politique a beaucoup augmenté durant la présidence de Bush. Tant son administration que les leaders politiques des deux partis sont très préoccupés par ce qui est en train de prendre de l’ampleur en Amérique Latine. La Colombie est une exception.

- Essentiellement, sur quels points la stratégie des Etats-Unis échoue-t-elle en Amérique Latine ?

Pendant très longtemps les Etats-Unis ont considéré comme un fait acquis qu’ils domineraient et contrôleraient l’Amérique Latine, ses richesses naturelles, les investissements, les gouvernements, entre autres. En fait, un point clé de la politique des Etats-Unis c’est que “si nous ne pouvons pas contrôler l’Amérique Latine, comment pourrons-nous contrôler le reste du monde ? » Eh bien, pour la première fois de son histoire, l’Amérique Latine est hors de contrôle. Il y a une tendance vers l’intégration de l’Amérique Latine : la Banque du Sud, les réunions de Cochabamba où les leaders d’Amérique Latine ont discuté d’une union du genre Union Européenne, et le Mercosur, entre autres. Ces données sont une nouveauté dans l’histoire du continent.

- Vers où se dirige l’Amérique Latine avec tous ces changements?

Pour la première fois, la majorité du continent est en train de commencer à mettre le nez dans ses graves problèmes intérieurs et ce développement est très préoccupant pour les Etats-Unis. Par le passé, ils avaient été capables de les contenir en usant de deux méthodes : la première c’était la violence et la seconde : l’étranglement économique. La Colombie est un bon exemple de la méthode violente : en 1962 Kennedy envoya en Colombie une mission de forces spéciales pour conseiller les forces militaires colombiennes et le conseil fut qu’il fallait contrôler la population au moyen de la terreur paramilitaire. Cela a changé la nature des militaires colombiens. Même si la Colombie était déjà une société violente, inutile d’expliquer ce qui s’est passé par la suite. Le conseil fut suivi avec des conséquences horribles. Mais il n’est plus aussi simple d’utiliser la violence pour abattre des gouvernements et mettre en place des dictatures. La dernière fois qu’ils ont essayé, c’est au Venezuela, en 2002, mais ça n’a pas marché en partie à cause de la forte opposition manifestée par le reste de l’Amérique Latine.

- On a supputé la participation des Etats-Unis dans l’opération qui a causé la mort de Raúl Reyes. Y a-t-il des faits pour corroborer cette hypothèse ?

Vous parlez de l’assassinat de Reyes… Nous n’avons pas d’information probante, mais c’est une hypothèse très raisonnable. Rappelez-vous quand et qui a été assassiné. Ils ont tué une personne qui était au centre des négociations pour l’échange de prisonniers et celui qui était le plus engagé pour une possible négociation.
Il n’y a pas besoin d’être un génie pour comprendre ce que cela signifie : la Colombie et les Etats-Unis ne veulent pas rendre possible l’échange de prisonniers et ils ne veulent pas de la diplomatie ni de la négociation. Le moment où cela s’est produit aussi est intéressant puisque l’opération a eu lieu juste avant la convocation d’une manifestation de masse contre la terreur paramilitaire en Colombie. Il est difficile d’éviter de tirer des conclusions en partant de tels faits.

- Croyez-vous qu’il y ait une possibilité qu’Ingrid Betancourt ou les trois nord-américains soient libérés ?

Il y a des possibilités, mais la mort de Reyes les réduit considérablement. Je présume qu’elle avait été planifiée dans ce but étant donné que les conséquences sont évidentes. La personne qu’ils ont tuée était au centre des négociations.

- Pourquoi George Bush a-t-il été si passif à l’heure de chercher une sortie négociée pour libérer les trois nord-américains ?

Il n’a pas été passif. Il a été actif dans la mesure où il s’est opposé à cette libération. Son administration, comme ses prédécesseurs, a offert une énorme quantité d’aide militaire à la Colombie, la seconde la plus importante au monde. Les négociations sont humiliantes pour les Etats-Unis. Ils préfèrent une solution militaire plutôt qu’une solution diplomatique.

- Que pensez-vous du rôle de Chavez dans ces négociations ?

Il était au centre de la négociation. On pourrait lui reprocher bien des choses quant à son style, mais le fait est qu’il jouait indiscutablement le rôle nécessaire pour mettre en route les négociations. Il est en contact avec les FARC et il a des relations avec la Colombie, il est donc le médiateur le plus naturel. Les gens peuvent critiquer sa façon de mener à bien le processus, mais l’importance de son rôle est indiscutable.

- Précisément à cause de son style, Chavez ne devient-il pas un danger régional?

Bien entendu le Venezuela est une menace, mais c’est une menace pour le modèle de développement et, en raison de ses initiatives, il favorise l’intégration de la région. Le Brésil ne considère pas le Venezuela comme une menace ; ils ont, en fait, de très bonnes relations.

- La Colombie, par contre, n’a pas de très bonnes relations avec ses voisins. Ses relations spéciales avec les Etats-Unis n’en sont-elles pas la cause?

Oui, mais il faut ajouter ses propres problèmes intérieurs. Ce n’est pas moi qui vous apprendrai que l’histoire violente de la Colombie a débuté il y a cent ans.

- Que pensez-vous de la politique étrangère d’Alvaro Uribe ?

Sa politique étrangère ?

- Oui.

En Colombie?

- Oui.

La politique étrangère de la Colombie est, pour l’essentiel, sous la dépendance des Etats-Unis.

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Texte traduit par Manuel Colinas et révisé par Olga Flores pour Investig’Action.
Article original : « El Partido Republicano tiene una máquina de difamación altamente eficiente que pondrá a trabajar cuando sea elegido el candidato demócrata »
01/04/2008, Rebelión

Mort aux Arabes!
Uri Avnery r
 

Mondialisation.ca, le 2 avril 2008. DEMAIN, ce sera le 32e anniversaire du premier « Jour de la Terre », un des événements qui jalonnent l’histoire d’Israël.

 

Je me souviens bien de ce jour. J’étais à l’aéroport Ben Gourion, au départ pour une rencontre secrète à Londres avec Saïd Hamami, émissaire de Yasser Arafat, quand quelqu’un m’a dit : « Ils ont tué beaucoup de manifestants arabes ! »

Cela n’était pas totalement inattendu. Quelques jours auparavant, nous – les membres du tout nouveau Conseil israélien pour la paix israélo-palestinienne – avions remis au Premier ministre, Yitzhak Rabin, un mémorandum urgent l’avertissant que l’intention du gouvernement d’exproprier d’énormes parcelles de terres de villages arabes provoquerait une explosion. Nous y avions joint une proposition de solution alternative, élaborée par Lova Eliav, un vétéran expert des colonies.

Quand je suis revenu de l’étranger, le poète Yevi suggéra que nous fassions un geste symbolique de chagrin et de regret pour les morts. Trois d’entre nous, Yevi lui-même, le peintre Dan Kedar et moi sommes allés déposer des couronnes sur la tombe des victimes. Ceci déclencha une vague de haine contre nous. J’ai senti qu’il s’était passé quelque chose d’une grande portée, que les relations entre Juifs et Arabes à l’intérieur de l’État avaient fondamentalement changé.

Et en effet, l’impact du Jour de la Terre – comme l’événement fut appelé – fut encore plus fort que le massacre de Kafr Kassem de 1956 ou les tueries des événements d’octobre 2000.

LES RAISONS en remontent au tout premier jour de l’État.

Après la guerre de 1948, seule une communauté arabe petite, faible et apeurée pu rester à l’intérieur de l’État. Non seulement environ 750.000 Arabes avaient été déracinés du territoire qui était devenu l’État d’Israël, mais ceux qui restaient n’avaient pas de dirigeants. Les élites politiques, intellectuelles et économiques avaient disparu, la plupart d’entre elles dès le début de la guerre. Le vide fut d’une certaine façon comblé par le Parti communiste, dont les dirigeants avaient été autorisés à rentrer de l’étranger – principalement pour plaire à Staline qui, à l’époque, soutenait Israël.

Après un débat interne, les dirigeants du nouvel État décidèrent d’accorder aux Arabes de l’ »État juif » la citoyenneté et le droit de vote. Cela n’allait pas de soi. Mais le gouvernement voulait apparaître aux yeux du monde comme un État démocratique. De mon point de vue, la raison principale était de politique partisane : David Ben Gourion croyait qu’il pourrait amener les Arabes à voter pour son propre parti.

Et en effet, la grande majorité des citoyens arabes votèrent pour le parti travailliste (qui s’appelait alors Mapai) et ses deux partis arabes satellites qui avaient été créés dans le même but. Ils n’avaient pas le choix : ils vivaient dans un état de peur, sous l’étroite surveillance des services de sécurité (alors appelés Shin Bet). On disait à chacune hamulah (famille étendue) arabe exactement comment voter, soit pour le Mapai, soit pour l’un des deux autres partis subsidiaires. Étant donné que chaque liste électorale avait deux piles de bulletins de vote, une en hébreu, une en arabe, il y avait six possibilités pour les fidèles arabes dans chaque bureau de vote, et il était facile pour le Shin Bet de faire en sorte que chaque Hamula vote exactement comme on lui avait dit. Plus d’une fois Ben Gourion n’a atteint la majorité à la Knesset que grâce à ces votes captifs.

Au nom de la « sécurité » (dans les deux sens) les Arabes furent soumis à un « gouvernement militaire ». Chaque détail de leur vie en dépendait. Ils avaient besoin d’un permis pour quitter leur village et aller à la ville ou au village voisin. Sans la permission du gouvernement militaire, ils ne pouvaient pas acheter un tracteur, envoyer une fille au collège, obtenir un travail pour un fils, obtenir une licence d’importation. Sous l’autorité du gouvernement militaire et d’un ensemble de lois, d’énormes portions de terres furent expropriées pour des villes juives et des kibboutz.

Une histoire gravée dans ma mémoire : mon regretté ami, le poète Rashed Hussein du village Musmus, fut convoqué par le gouverneur militaire de Netanya, qui lui dit : Le Jour de l’Indépendance approche et je veux que vous écriviez un poème pour l’occasion. Rashed, fier jeune homme, refusa. Quand il vint chez lui, il trouva toute sa famille assise sur le sol et en larmes. D’abord, il pensa que quelqu’un était mort, mais ensuite, sa mère cria : « Tu nous as détruits ! Nous sommes finis ! » Alors le poème fut écrit.

Chaque initiative politique arabe indépendante fut étranglée à sa naissance. Le premier groupe indépendant – le groupe nationaliste al-Ard (« la terre ») – fut purement et simplement supprimé. Il fut déclaré illégal, ses dirigeants furent exilés, son journal interdit – tout cela avec la bénédiction de la Cour suprême. Seul le parti communiste fut autorisé à rester, mais ses dirigeants furent aussi persécutés de temps à autre.

Le gouvernement militaire ne fut démantelé qu’en 1966, après le départ du pouvoir de Ben Gourion et peu de temps après mon élection à la Knesset. Après avoir manifesté contre lui si souvent, j’eus le plaisir de voter pour son abolition. Mais en pratique, très peu a changé – au lieu du gouvernement militaire officiel, un gouvernement militaire non officiel est resté, comme l’essentiel de la discrimination.

‘LE JOUR DE LA TERRE » a changé la situation. Une seconde génération d’Arabes avait grandi en Israël, plus aussi timidement soumise, une génération qui n’avait pas connu les expulsions de masse et dont la situation économique s’était améliorée. L’ordre donné aux soldats et aux policiers de tirer sur eux provoqua un choc. Ainsi un nouveau chapitre a commencé.

Le pourcentage de citoyens arabes dans l’État n’a pas changé : des premiers jours de l’État à aujourd’hui, il tourne autour de 20%. Le taux plus élevé de croissance naturelle de la communauté musulmane était compensé par l’immigration juive. Mais les nombres absolus ont cru de façon significative : de 200.000 au début de l’État à près d’1,3 million – deux fois la taille de la communauté juive qui avait fondé l’État.

Le Jour de la Terre changea aussi spectaculairement l’attitude du monde arabe et des Palestiniens à l’égard des Arabes d’Israël. Jusqu’alors ils étaient considérés comme des traîtres, des collaborateurs de l’ »entité sioniste ». Je me rappelle une scène en 1965 d’une rencontre organisée à Florence par le légendaire maire Giorgio La Pira, qui essayait de réunir ensemble des personnalités d’Israël et du monde arabe. A l’époque ce fut considéré comme une entreprise courageuse.

Durant une des pauses, j’étais en train de bavarder avec un diplomate égyptien de haut rang sur une place ensoleillée à l’extérieur du lieu de la conférence, quand deux jeunes Arabes d’Israël, qui avaient entendu parlé de la conférence, s’approchèrent de nous. Après nos accolades, je les ai présentés à l’Égyptien, mais celui-ci leur tourna le dos et s’exclama : « Je suis prêt à parler avec vous, mais pas avec ces traitres ! »

Les événements sanglants de la Journée de la Terre ramenèrent les « Arabes d’Israël » dans le sein de la nation arabe et du peuple palestinien, qui aujourd’hui les appellent « les Arabes de 1948″.

En octobre 2000, des policiers ont encore tiré et tué des citoyens arabes, quand ceux-ci ont essayé d’exprimer leur solidarité avec les Arabes tués l’Esplanade des Mosquées (Mont du Temple) à Jérusalem. Mais entretemps, une troisième génération d’Arabes avaient grandi en Israël, nombre d’entre eux, en dépit de tous les obstacles, avaient fait des études supérieures et étaient devenus hommes d’affaires, hommes politiques, professeurs, avocats, et médecins. Il est impossible d’ignorer cette communauté – même si l’État essaie de tout faire pour cela.

De temps en temps, on entend des réclamations à propos de la discrimination, mais tout le monde se dérobe devant la question fondamentale : quel est le statut de la minorité arabe qui a grandi dans l’État qui se définit lui-même officiellement comme « juif et démocratique » ?

UN DIRIGEANT de la communauté arabe, le regretté membre de la Knesset Abd-el-Aziz Zuabi, a ainsi exprimé ce dilemme : « Mon État est en guerre avec mon peuple ». Les citoyens arabes appartiennent à la fois à l’État d’Israël et au peuple palestinien.

Leur appartenance au peuple palestinien va de soi. Les citoyens arabes d’Israël, qui depuis quelque temps ont tendance à s’appeler « Palestiniens d’Israël », ne sont qu’une part du peuple palestinien dispersé, qui comprend de nombreuses branches : les habitants des territoires occupés (aujourd’hui eux-mêmes séparés entre la Cisjordanie et la bande de Gaza), les Arabes de Jérusalem-Est (officiellement « résidents » mais pas « citoyens » d’Israël), et les réfugiés vivant dans de nombreux pays différents, chacun sous un régime particulier. Toutes ces branches ont un fort sentiment d’appartenance commune, mais la conscience de chacune est formée par sa situation particulière.

Quelle est la force de la composante palestinienne dans la conscience des citoyens arabes d’Israël ? Les Palestiniens des territoires occupés se plaignent souvent qu’elle s’exprime principalement en mots, mais pas en actions. Le soutien apporté par les citoyens arabes d’Israël à la lutte de libération est surtout symbolique. Ici et là un citoyen est arrêté pour avoir aidé un kamikaze, mais ce sont de rares exceptions.

Quand l’extrémiste anti Arabe Avigdor Lieberman proposa qu’un groupe de villages arabes d’Israël proches de la Ligne verte (appelés ‘ »Le Triangle ») reviennent au futur État palestinien en échange des blocs de colonies juives en Cisjordanie, pas une seule voix arabe ne s’est élevée pour le soutenir. Cela est un fait très significatif.

La communauté arabe est beaucoup plus attachée à Israël qu’il ne semble à première vue. Les Arabes jouent un rôle important dans l’économie israélienne, ils travaillent dans l’État, paient les impôts à l’État. Ils bénéficient de la sécurité sociale – c’est normal puisqu’ils paient pour cela. Leur niveau de vie est beaucoup plus élevé que celui des frères palestiniens des territoires occupés et d’ailleurs. Ils prennent part à la démocratie israélienne et ne désirent pas vivre dans des régimes comme ceux d’Égypte et de Jordanie. Ils ont de nombreuses raisons de se plaindre – mais ils vivent en Israël et continueront de le faire.

CES DERNIÈRES ANNÉES, des intellectuels de la troisième génération arabe d’Israël ont publié plusieurs propositions pour la normalisation des relations entre la majorité et la minorité.

Il existe, en principe, une alternative principale :

Première solution : Israël est un État juif, mais un autre peuple y vit aussi. Si les Israéliens juifs ont défini des droits nationaux, les Israéliens arabes doivent aussi définir des droits nationaux. Par exemple dans les domaines de l’éducation, de l’autonomie culturelle et religieuse (comme le jeune Vladimir Jabotinsky l’a demandé il y a une centaine d’années pour les Juifs de la Russie tsariste). Ils doivent être autorisés à avoir des relations libres et ouvertes avec le monde arabe et le peuple palestinien, comme les relations entre les citoyens juifs avec les Juifs de la Diaspora. Tout ceci doit être inscrit dans la future constitution de l’État.

Deuxième solution : Israël appartient à tous ses citoyens, et seulement à eux. Tout citoyen est israélien, tout comme tout citoyen des États-Unis est citoyen américain. Dès lors que l’État est concerné, il n’y a pas de différence entre un citoyen et un autre, qu’il soit juif, musulman ou chrétien, Arabe ou Russe, tout comme, du point de vue de l’État américain, il n’y a pas de différence entre les citoyens blancs, bruns ou noirs, qu’ils soient d’origine européenne, africaine ou asiatique, protestants, catholiques, juifs ou musulmans. Dans le langage israélien, cela s’appelle « un État de tous ses citoyens ».

Il va sans dire que je préfère la seconde solution, mais je suis prêt à accepter la première. Chacune des deux est préférable à la situation existante, où l’État prétend qu’il n’y a pas de problème à part quelques traces de discrimination qui subsistent (sans faire quoi que ce soit contre cela).

Si on n’a pas le courage de soigner une blessure, celle-ci s’infecte. Dans les matchs de football, la racaille crie « Mort-aux-Arabes ! » et les députés d’extrême droite de la Knesset menacent d’expulser les membres arabes de leur Institution, et aussi de l’État.

Au trente-deuxième anniversaire de la Journée de la Terre, alors que le soixantième anniversaire du Jour de l’Indépendance est proche, il est temps de prendre le taureau par les cornes.

Article en anglais, « Death to the Arabs ! », Gush Shalom, 29 mars 2008:

http://zope.gush-shalom.org/home/en/channels/avnery/1206829001/

Traduit de l’anglais pour l’AFPS : RM/SW. Révisé par Mondialisation.

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