COMMENT LA CIA DESTABILISE LES ENTREPRISES FRANCAISES

Posté par issopha le 11 mars 2009

COMMENT LA CIA DESTABILISE

LES ENTREPRISES FRANCAISES

es Baudin, Yves Deguilhem et Jérôme Thorel, Jean-François Jacquier et Marc Nexon -  10/07/1995  

L’Expansion  http://www.lexpansion.com/economie/comment-la-cia-destab-ilise-les-entreprises-francaises_3594.html

Côté pile, Alcatel. Depuis trois semaines, le dossier est classé confidentiel défense . Les services secrets français ont acquis la conviction qu’une tentative de déstabilisation du géant des télécoms a été orchestrée depuis les Etats-Unis par un grand rival.

Côté face, Schneider. Selon les milieux du contre-espionnage, les démêlés de Didier Pineau-Valencienne, le patron du groupe, avec la justice belge auraient été attisés par un souffleur d’outre-Atlantique. En ligne de mire : le cabinet d’investigation Kroll. Derrière ce superprivé, habitué à ne pas laisser de preuves sur son passage, les Français ont vu la patte de l’ennemi héréditaire de Schneider. Une fois encore, c’est un géant américain.

Troublant… Dans les deux cas, deux affaires retentissantes, deux leaders mondiaux, férocement combattus sur leurs marchés. Et le même soupçon à l’égard d’une même puissance étrangère.

L’Amérique a beau crier à la paranoïa, les autorités françaises n’en démordent pas. Sur le terrain économique, le grand allié n’a plus de scrupule. Que ce soit les petites phrases de Bill Clinton prononcées à Seattle dans la cour de Boeing, accusant Airbus de voler des emplois , celles de Ron Brown, le secrétaire d’Etat au Commerce, insistant sur les liens désormais inextricables qui doivent exister entre la sécurité nationale et la sécurité économique , ou encore celles de James Woosley, l’ancien chef de la CIA, racontant aux géants de l’automobile à Detroit comment la mobilisation des forces de la nation avait permis d’engranger 20 milliards de dollars à l’exportation… Les vibrants appels au patriotisme économique ne laissent aucun doute. La machine de guerre américaine est en marche.

Et tous les coups sont permis. Surtout ceux capables de briser les reins des derniers porte-drapeaux industriels de l’Europe. Fini les barbouzes à la grand-papa ! Terminé les cravates des visiteurs trempées dans les solutions chimiques des laboratoires ou les semelles de crêpe destinées à recueillir les copeaux de métal le long d’une ligne de production ! L’espionnage a changé d’âge et gagné en perversité. Place à la déstabilisation ! Que pèse désormais un vol de brevets face au préjudice inestimable que fait supporter à son entreprise l’image souillée d’un grand patron ? Dans cette nouvelle partie d’échecs, la France est devenue une cible de choix. Pour une raison simple : ses intérêts vitaux recoupent en tous points ceux du grand protecteur : la défense, l’aéronautique, le secteur spatial, l’agriculture, les télécommunications… Aucun autre pays d’Europe n’offre aux Américains une telle concurrence frontale dans des métiers aussi stratégiques , tranche François David, président de la Coface et ancien directeur général des affaires internationales d’Aérospatiale. Conscient du problème, le Centre français du commerce extérieur (CFCE) tente de bâtir une grande centrale d’intelligence économique à destination des entreprises (nom de code R3I). Il est grand temps.

Jusqu’à présent, la méthode adverse a prouvé sa remarquable efficacité. Au point que le gouvernement français, excédé, a voulu marquer sa réprobation en demandant à Washington, en février dernier, le renvoi de cinq espions américains. Ils s’intéressaient de trop près à la stratégie de la France en matière de réglementation européenne des télécoms et de l’audiovisuel. Une première dans l’histoire des relations entre les deux pays. Et un message de fermeté adressé à cette Amérique qui ravit aux Français le leadership dans les télécommunications, s’arroge la quasi-totalité des contrats d’armement dans le Golfe et menace la prééminence d’Ariane dans les lancements de satellites. Symbole d’une compétitivité retrouvée, avec le renfort d’un dollar de combat . Mais aussi symbole de la diversité des instruments de déstabilisation économique patiemment mis au point par les Américains. En voici la revue de détail.

officines spécialisées

Compromettre des firmes Cherche société capable d’enquêter sur les faiblesses de l’état-major d’un groupe français. Cet appel d’offres clandestin à plusieurs millions de dollars, lancé au début de 1994 par une mystérieuse compagnie d’outre-Atlantique, a mis sur la brèche une bonne partie de la communauté américaine du renseignement privé. Trois ou quatre cabinets ont remporté le contrat mais n’ont jamais voulu révéler le nom du commanditaire , confie Philippe Baumard, rapporteur du groupe de travail intelligence économique au commissariat général du Plan.

Et voilà comment plusieurs officines ont pris d’assaut Alcatel et décortiqué l’emploi du temps et les méthodes de travail de Pierre Suard et de son entourage. Mais l’exploitation de leurs investigations demeure un mystère…

La chute du mur de Berlin, la contraction des effectifs de la CIA (1 500 départs) – et la reconversion dans le privé de nombre d’entre eux -, le rôle désormais crucial du renseignement économique, tout concourt à l’épanouissement des sociétés de renseignements privées aux Etats-Unis. Leur mission ? Monter des dossiers compromettants sur des entreprises, parfois à la commande, parfois de leur propre initiative, pour les revendre ensuite à la concurrence. Ces privés sont de formidables couvertures pour les multinationales et les agences fédérales d’intelligence. Et donc de redoutables instruments de déstabilisation.

Dans l’affaire Schneider, l’antenne française du cabinet d’investigation Kroll a été soupçonnée par les milieux patronaux d’avoir fourni des pièces accusatrices au juge belge Van Espen. Ce que dément son directeur, Jean-Claude Chalumeau. Il reste que Kroll disposait bien d’un dossier sur Schneider, constitué à la demande de l’américain Square D, à l’époque où Didier Pineau- Valencienne se lançait à l’assaut de cette société. Une enquête extrêmement fouillée sur les faits et gestes du patron français et de son état-major.

Pourtant, DPV lui-même retournera, sur les conseils de son entourage, réclamer l’aide de Kroll pour le tirer de ce mauvais pas belge. Une affaire inextricable, dans laquelle le véritable rôle des acteurs américains demeure trouble aux yeux de bien des enquêteurs français.

Des Kroll, il en prospère par centaines aux Etats-Unis ! Futures Group, Kirk Tyson International, Fuld and Company, SIS International figurent parmi les quelque 2 600 membres rassemblés au sein de Scip, l’association américaine du renseignement privé. Une communauté dont les instances dirigeantes côtoyent les représentants de firmes aussi prestigieuses que McDonnell-Douglas ou ATT. Une communauté qui vient également de se renforcer avec l’arrivée de quarante pointures de la CIA dont on imagine mal qu’elles n’aient pas conservé des liens avec leur ancienne maison.

En dépit d’une déontologie sans cesse proclamée, l’Amérique de Clinton tisse sans vergogne un immense réseau d’influence entre ses entreprises, ses agences de renseignements et l’administration.

Apôtre du renseignement ouvert à tous , Robert Steele, un ancien des marines et de la CIA, à la tête de la société Open Source Solutions, tente de s’implanter en France depuis deux ans. Comble de l’audace, il a même proposé ses services à Intelco, une entité apparentée à la Délégation générale à l’armement et spécialisée dans l’intelligence économique. En décourageant la venue de ce nouvel acteur, les autorités françaises espèrent avoir déjoué le stratagème d’une nouvelle couverture . Mais d’autres continuent d’avoir leurs entrées dans les états-majors industriels tricolores.

Parmi eux, William Lee, aux commandes d’un cabinet d’avocats international baptisé Triangle, a offert ses conseils aux plus grandes firmes françaises, notamment Thomson, qui utilise toujours ses services. Cet Américain d’origine taïwanaise, vice-président de Kroll il y a encore deux ans, mène depuis la mi-1993 une fronde de petits actionnaires contre Matra. Motif ? La direction les aurait spoliés lors de la fusion avec Hachette en dissimulant une vente de 1 500 missiles à Taïwan. Une manoeuvre destinée à sous-évaluer leurs titres. Saisis, la Commission des opérations de Bourse et le tribunal de commerce ont donné raison au groupe de Jean-Luc Lagardère. Si l’existence du contrat n’a pas été révélée pour des raisons de confidentialité, son incidence sur la valeur des actions a bien été prise en compte. Mais William Lee, qui n’hésite pas à se montrer sur les gradins de Roland-Garros, refuse de rendre les armes.

Les enjeux sont tels qu’on ne peut exclure qu’un ou plusieurs adversaires de Matra tirent les ficelles de cette affaire depuis le début.

Les soupçons ne pèsent pas seulement sur les francs-tireurs. De grands cabinets d’audit américains, employant d’anciens agents de la CIA, font eux aussi l’objet de la plus grande attention des services secrets. Peu de temps avant d’installer le comité Compétitivité et sécurité, chargé de coordonner l’intelligence économique en France, Edouard Balladur avait reçu une mise en garde écrite de ses services accusant certaines de ces respectables maisons de jouer un rôle non négligeable dans les systèmes d’intelligence économique anglo-saxons . Réaction gauloise face à l’omnipotence du grand oncle d’Amérique dans un secteur éminemment stratégique ? De quoi, en tout cas, déclencher une soupçonnite aigu« : 85 % des sociétés cotées à la Bourse de Paris, mais aussi les plus grandes entreprises nationalisées, font appel à des grands cabinets anglo-saxons pour leurs missions d’audit ou de certification des comptes.

réseau internet

Infiltrer et désinformer Depuis deux mois, des entreprises du secteur spatial, de l’aéronautique et du high-tech sont victimes de piratages informatiques. Cette note laconique et confidentielle rédigée par le ministère de la Défense est parvenue le mois dernier sur le bureau du Premier ministre, Alain Juppé. Le nom de l’accusé n’y figure pas.

Mais la toile d’araignée électronique géante d’Internet (40 millions d’abonnés), activée depuis les Etats-Unis, soulève bien des interrogations chez les industriels français. Aérospatiale, France Télécom, Arianespace, Renater (le réseau scientifique français), et même l’Inria (l’Institut national de recherche en informatique et en automatique), ont vu récemment leurs systèmes informatiques infiltrés via Internet et quelques-unes de leurs données sensibles mises au jour. Ne m’en parlez pas , soupire Louis Gallois, le patron d’Aérospatiale, quand le sujet est abordé. L’avionneur n’a pas eu de chance. Au cours des derniers mois, il a subi une vaste campagne de désinformation sur ce réseau. A deux reprises. Peu de temps après le crash d’un ATR aux Etats-Unis, en octobre 1994, et après celui d’un Airbus roumain, en mars dernier. Des fiches techniques erronées, destinées à mettre en évidence les imperfections des deux appareils, ont circulé sur le réseau. Pour leur part, les ingénieurs français n’ont aucun doute : Des informations aussi pointues proviennent à l’évidence d’un organisme spécialisé. Le nom de la FAA, l’administration de l’aviation civile américaine, est le plus souvent cité.

Mais en utilisant Internet, l’industrie française s’expose à tous vents. Il serait extrêmement naïf de considérer que les Etats-Unis n’utiliseront pas ce réseau comme un instrument de propagande et de désinformation planétaire , peut-on lire dans un rapport remis l’an passé à Edouard Balladur par des experts militaires. Plus que jamais la puissance technologique américaine se met au service de la nouvelle profession de foi de l’administration Clinton. La NSA (National Security Agency), avec ses 3,5 milliards de dollars de budget, a pour mission d’intercepter toutes les communications électroniques (fax, téléphone…) stratégiques, en s’appuyant notamment sur un site d’écoute anglo-américain installé en Grande-Bretagne et employant 12 000 hommes. Un arsenal gigantesque qui n’est pas l’exclusivité de l’Etat. Kroll, le plus influent cabinet de renseignements privé, est en mesure de repérer, grâce à une batterie d’ordinateurs, les déplacements quotidiens à travers le monde de plusieurs dizaines de décideurs politiques et économiques européens. Il est vrai que le principal système de réservation aérienne est d’origine américaine ! Les moyens informatiques de certaines sociétés de renseignements privées sont maintenant supérieurs à ceux de nos services secrets , enrage un haut fonctionnaire du ministère de la Défense.

diplomates et firmes

Espionner des PME Depuis l’arrivée de Bill Clinton à la Maison-Blanche, les services diplomatiques américains ont été redéployés. En France, le réseau consulaire des Etats-Unis est devenu particulièrement actif auprès du tissu des PME-PMI de province. Avec un ciblage adapté et un personnel formé au profil de chaque région : l’agroalimentaire à Nantes, l’aéronautique et la défense à Bordeaux, le nucléaire et la chimie pour Rhône-Alpes et Méditerranée… Ainsi, raconte Yves Sillard, le patron de Défense conseil international, ex-délégué général à l’armement, on s’est rendu compte récemment que les Américains s’adonnaient au recueil méthodique d’informations sur l’évolution de l’activité aéronautique de certaines PME du Sud-Ouest.

Les Etats-Unis ont dressé un véritable plan d’attaque contre nos PME , confirme un agent de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure). Objectif : assurer un suivi systématique des petites entreprises susceptibles de détenir de l’information stratégique, ou constituant le maillon indispensable d’une filière clé.

Des récits édifiants commencent à circuler. On rapporte l’histoire d’une société chargée de compacter les archives des ministères qui s’est vu offrir les services d’un sous-traitant américain. Mais, pour prouver l’efficacité de son système, ce dernier avait besoin qu’on lui expédie une tonne de ces archives ultraconfidentielles…

Une opération un peu grossière, rapidement déjouée par les services secrets. Autre cas, l’entrée d’actionnaires américains dans le capital public d’un groupe détenant une importante société de fournitures aéronautiques. Ou encore ce fabricant de papier cadeau qui s’est aperçu, en remplissant un questionnaire pour une société de conseil anglo-saxonne, que trois questions, parmi beaucoup d’autres anodines, permettraient à un concurrent de reconstituer ses secrets de fabrication.

Aucun secteur n’est à l’abri. L’épisode Merck a ému la communauté des 350 laboratoires français de pharmacie. Tablant sur le sous-équipement informatique des médecins, Medco, filiale du géant américain Merck, semblait avoir trouvé le moyen de s’introduire chez les généralistes français, principaux prescripteurs de médicaments.

Comment ? En offrant à 15 000 d’entre eux un micro-ordinateur doté d’un logiciel de prescription automatique – un investissement de l’ordre de 400 millions de francs – et bourré à plus de 80 % de références de médicaments américains. Il fallait y penser !

Aujourd’hui, le laboratoire dément.

A la japonaise, les sociétés américaines multiplient les implantations de minilaboratoires, ou de petits établissements, près des pôles français de recherches appliquées. Les compétences acquises dans l’activité vétérinaire par le zoopôle de Saint-Brieuc, à travers l’étude des maladies propres à certains élevages, lui ont valu le voisinage du laboratoire américano-britannique SmithKline-Beecham. Ce phénomène d’essaimage, apparu au cours des dernières années, n’est pas toujours innocent.

informateurs

Torpiller les grands contrats L’échiquier invisible : dans cet espace se perdent ou se gagnent les batailles pour des grands contrats , écrit en substance, dans la revue Défense nationale, le général Pichot-Duclos, ancien directeur de l’Ecole interarmes du renseignement. Dassault ouvre des discussions dans le Golfe pour vendre des avions de combat ? On l’accuse aussitôt d’avoir versé des pots-de-vin (pratique incontournable dans l’armement) pour obtenir, contre l’américain Litton, le contrat de modernisation des F16 de l’armée de l’air belge. Le scénario est devenu classique, confie Pierre Lellouche, un proche de Jacques Chirac. La CIA a décidé de casser systématiquement tous nos réseaux commerciaux à l’étranger en révélant l’identité de nos intermédiaires.

Le consortium Thomson-Alcatel vient d’en faire les frais au Brésil.

La puissance publique américaine a employé des moyens démesurés afin de permettre à Raytheon d’emporter le contrat de 7 milliards de francs que les deux firmes françaises s’apprêtaient à conclure avec le gouvernement brésilien pour la couverture radar de l’Amazonie.

Thomson a d’abord été accusé par les services secrets américains de fausser le marché en versant des commissions. Comme l’explique Maurice Botbol, directeur de la lettre confidentielle Le Monde du renseignement : C’est l’exemple type de déstabilisation où le pouvoir politique prend le relais de la CIA. Durant quinze jours, tous les matins à 8 heures, un conseil de guerre s’est tenu autour de Jeffrey Garten, sous-secrétaire d’Etat au Commerce. Bill Clinton y a parfois participé en personne, avec l’appui du National Security Council, organisme destinataire de toutes les productions de la communauté américaine du renseignement. Au final, les Américains ont sorti leur joker. En exigeant le remboursement d’une créance détenue par l’Eximbank (la Coface américaine) sur Varig, la compagnie aérienne brésilienne, ils ont obtenu gain de cause. Les Brésiliens n’avaient plus le choix. A moins de supporter la faillite de leur compagnie nationale.

Contrairement à l’idée avancée, ce ne sont pas seulement les coups de fil de Clinton qui ont convaincu le roi Fahd d’Arabie Saoudite de confier à ATT un contrat de 20 milliards de francs et un autre de 30 milliards au duo Boeing-McDonnell-Douglas. Des fonctionnaires du Quai d’Orsay restent persuadés qu’Alcatel et Airbus ont été écartés de la compétition parce que la CIA a transmis opportunément à l’Arabie Saoudite l’enregistrement de tractations menées par des pétroliers français avec des émissaires de Saddam Hussein, les ennemis jurés de Riyad.

La déstabilisation prend aussi la forme de manipulations de presse.

Aux Pays-Bas, l’Apache de McDonnell-Douglas dispute au Tigre franco-allemand d’Eurocopter un marché de 4 milliards de dollars.

Pure coïncidence ? Le Telegraaf, un quotidien hollandais, a annoncé le 16 février dernier que le ministre de la Défense avait été contraint à un atterrissage forcé à Marignane au cours d’un vol de démonstration à bord du Tigre. Pas de chance, les enregistrements réalisés par Eurocopter prouvent que le vol s’est déroulé sans incident.

Plus difficile en revanche de trouver confirmation d’un soupçon qui a pris des allures de certitude dans les milieux industriels français de l’armement. La fausse alerte à l’invasion du Koweït par l’Irak déclenchée en octobre dernier par la Maison-Blanche n’aurait eu qu’un objectif : effrayer les Emirats pour mieux les contraindre à acheter des avions de combat américains F15. Et puis parfois on recourt aux vieilles ficelles du métier. Les équipes commerciales d’une grande firme d’électronique française, venues négocier un important contrat en Malaisie, ont ainsi retrouvé leurs chambres d’hôtel truffées de micros et de caméras.

Dans le domaine spatial, la tension est à son comble. Selon Le Canard enchaîné de la semaine dernière, un rapport secret de la DGSE avance la thèse de l’assassinat dans l’accident survenu le 5 mai dernier au centre spatial de Kourou, qui a coûté la vie à deux techniciens .

Faute d’une urgente mobilisation, les entreprises françaises resteront les grandes perdantes de cette chasse aux agents secrets.

C’est pourtant le scénario inverse que CNN s’apprête à révéler. La chaîne américaine devrait diffuser à la fin du mois un reportage décrivant la France comme un nid d’espions, sur la base de témoignages de firmes américaines… Un nouvel épisode de la guerre des nerfs. Jean-François Jacquier et Marc Nexon

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Mais qui a tué Lehman Brothers ?

Vendredi 06 Février 2009 à 07:58

Publié par Rag dans Guerre économique

Mais qui a tué Lehman Brothers ?

LE MONDE | 07.10.08 | 13h43 
LONDRES CORRESPONDANT

COMMENT LA CIA DESTABILISE LES ENTREPRISES FRANCAISES dans LE NOUVEL ORDRE MONDIAL 22

Ce sont des pages qui portent le poids d’invraisemblables soupçons. Leurs conclusions pourraient ébranler une bonne partie de l’establishment new-yorkais sur fond d’une planète financière devenue folle. C’est même un réquisitoire sans précédent dans les annales des tourmentes boursières que contiennent ces documents déposés par un groupe de créanciers la semaine dernière auprès d’un tribunal des faillites de New York – et exposés par le Sunday Times. 
     
JPMorgan Chase (JPMC) aurait tout simplement précipité la faillite de Lehman Brothers en gelant près de 17 milliards de dollars (12,6 milliards d’euros) d’actifs en liquidités et titres appartenant à l’entreprise en quasi faillite vendredi 12 septembre au soir. Le 15 septembre au matin, victime de la crise du crédit, cette vénérable institution de Wall Street a déposé son bilan. « En conséquence des actions de JPMorgan, Lehman a souffert d’une crise de liquidités immédiates, qui aurait pu être évitée par un certain nombre d’événements, dont aucun ne s’est produit », souligne ce « comité des créanciers » regroupant la plupart des poids lourds de la finance, aux Etats-Unis, en Asie et en Europe.

A écouter l’acte d’accusation, JPMC, principale chambre de compensation de Lehman Brothers, a pris ces actifs en otage pour garantir le remboursement du gros des prêts octroyés à Lehman, soit 23 milliards de dollars. De quoi nourrir la réflexion du juge qui doit examiner le 16 octobre la demande des créanciers d’ouvrir les livres de comptes de JPMC.

« C’est probablement vrai. JPMorgan devait se protéger. L’ordre aurait pu très bien venir du département négoce voulant récupérer les actions prêtées à Lehman ou de la trésorerie inquiète du volume des créances. Et si JPMorgan refuse de faire des affaires avec vous, vous êtes mort », indique un banquier londonien, l’un des rares à accepter de commenter les allégations, même sous couvert d’anonymat. JPMC a qualifié ces accusations d’ »infondées ».

Dans cette surproduction à la new-yorkaise, la fin est déjà connue. Pas de « happy end » comme à Hollywood, mais la mort d’un fleuron de Wall Street, 24 000 salariés sur le carreau, les activités de banque d’affaires aux Etats-Unis et en Europe vendues à l’encan à Barclays et à Nomura, des auditions au Congrès et une enquête du FBI. Et, désormais, cette interrogation que même John Grisham, l’auteur du thriller La Firme n’aurait pas pu inventer : Lehman Brothers est-elle tombée à la suite d’un complot de ses concurrents déterminés à chasser du Temple ses banquiers garnements ? Selon le Financial Times, Lehman Brothers a demandé l’aide de la Réserve fédérale américaine (Fed) en juillet en proposant un assouplissement des règles de crédit. Son refus a effectivement « tué » Lehman Brothers. Or, deux mois plus tard, après la mise sous administration de cette dernière, la banque centrale a accepté de permettre à ses rivaux, Goldman Sachs et Morgan Stanley, de se transformer en holding pour obtenir des liquidités supplémentaires.

Le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, a été consulté. Or le grand argentier est l’ancien directeur général de Goldman Sachs, une banque qu’il a sauvée in extremis du naufrage à la mi-septembre. M. Paulson a aussi encouragé JPMC, fort de son bilan et de sa faible exposition aux subprimes hypothécaires, à reprendre successivement et au rabais Bear Stearns et Washington Mutual, au bord de la banqueroute. En favorisant JPMC, le Trésor a créé un deuxième supermarché de la finance capable de rivaliser avec Citigroup en offrant toute la panoplie des services financiers.

Petit retour en arrière. Entré à Lehman en 1969, Richard Fuld, qui est devenu PDG en 1994, a radicalement transformé un spécialiste obligataire en l’une des banques les plus agressives de Wall Street.

Son objectif affiché est de rattraper à tout prix les trois géants que sont Goldman, Morgan Stanley et Merrill Lynch. Se retrouver à l’époque en deuxième division, aux côtés de JPMorgan, est vécu comme une humiliation par ce banquier avide de pouvoir et imbu de sa légitimité. Mais en 2001, à la suite de son rachat par Chase, JPM devient la deuxième banque des Etats-Unis. Lehman est alors marginalisée, reléguée à un rang subalterne dans les métiers les plus nobles, le conseil aux entreprises ou la gestion de patrimoine.

M. Fuld accélère alors l’histoire de cette maison en la transformant en petit bijou de l’ingénierie financière. Les produits structurés, comme le crédit immobilier, les fameux subprimes, constituent un mode de rattrapage idéal.

Mais on ne met pas les pieds dans la cour des grands sans recevoir quelques perfidies pour prix de son audace.

M. Fuld n’en a cure. Avec cet air froid et méprisant qui lui a valu l’une des plus détestables réputations à Wall Street, « Poison », le surnom peu amène que lui a donné un célèbre commentateur de télévision, ne se soucie guère de se faire des ennemis. L’homme, dont l’activisme en agace plus d’un, a été diffamé, mais jamais on n’a trouvé sur lui ce qu’il est convenu d’appeler un dossier. Rien, juste cette implication dans la déroute, en 1998, de Long Term Capital Management (LCTM), le hedge fund (fonds spéculatif) sauvé de la faillite par une intervention de la Réserve fédérale de New York.
Parmi les seize plus importants établissements financiers mondiaux appelés à sauver LCTM figure Travelers. Le numéro deux de ce groupe est un certain Jamie Dimon. Il est aujourd’hui PDG de JPMorgan Chase.

Sur le bureau de M. Dimon, un cadre doré protège la photo légèrement jaunie d’un homme trapu au visage compact, comme écrasé dans un étau d’énergie : J. Pierpont Morgan. Pour expliquer son hostilité envers M. Fuld, le patron de JPMC depuis janvier 2006 aime citer le fondateur de la mythique dynastie bancaire : « Le caractère d’un homme est plus important que sa fortune. » On n’ira pas jusqu’à prétendre que si M. Dimon travaille au minimum quinze heures par jour et exige de ses cadres qu’ils fassent de même, c’est hors de souci d’enrichissement personnel. Mais ce New-Yorkais de souche manifeste un franc dédain pour ceux dont l’action est uniquement motivée par le profit. Tel est le cas à ses yeux de M. Fuld. La commission de la Chambre des représentants a reproché, le 6 octobre, à l’ancien patron d’avoir empoché au bas mot 500 millions de dollars de salaires et de primes depuis 1993 alors que les contribuables se retrouvent avec une ardoise de 700 milliards de dollars.

Par son ampleur et ses conséquences, la déconfiture de Lehman Brothers, produit du système financier mondialisé, transcende bien sûr les questions de personnes. Reste que Wall Street est aussi une serre portée à très haute température où s’exacerbent rancoeurs, jalousies et états d’âme de chacun. Selon l’administrateur judiciaire chargé des avoirs européens, la liquidation de Lehman pourrait prendre dix ans.

Quel que soit l’arrêt du tribunal new-yorkais, l’attente paraîtra longue aux créanciers.
Marc Roche

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«Quelles leçons tirer de la faillite de Lehman Brothers ?»
Nous ne connaissons donc toujours pas clairement les raisons précises pour lesquelles Lehman a fait faillite…
Il y a en effet un «mystère Lehman» !

http://www.jdf.com/indices/2008/10/23/02003-20081023ARTJDF00019-quelles-lecons-tirer-de-la-faillite-de-lehman-brothers-.php

Pour s’en convaincre, il suffit de relire les commentaires des analystes juste avant la faillite. A partir des comptes arrêtés aux 31 août 2008, ils considéraient que Lehman avait, certes, subi des pertes importantes au troisième trimestre 2008, mais que c’était une société toujours rentable et sans véritables problèmes de liquidités.
Or, une semaine plus tard, fort brutalement, Lehman fait faillite. Il s’agit d’une première surprise car une telle faillite ne semblait représenter qu’une possibilité assez éloignée.Mais la véritable surprise est ce qui se passe après la faillite.
Précisons tout d’abord quelques ordres de grandeur. Le bilan de Lehman faisait environ 640 milliards de dollars dont environ 30 milliards de fonds propres et 170 milliards de dettes non collatéralisées. A l’actif, les titres illiquides représentaient 280 milliards de dollars dont 40 milliards de dollars environ d’actifs difficiles à valoriser (dits «Level 3» en comptabilité US).
Or après la faillite, la dette Lehman traite à 20% puis à 10% de sa valeur, pour finir à moins de 9 centimes par dollar. Au total, les investisseurs dans cette dette ont donc perdu quelques 150 milliards de dollars. C’est l’énormité de cette somme qui constitue la véritable «surprise Lehman» !

A ce stade, cette déconfiture peut avoir deux types d’explications qui ont des conséquences très différentes pour le jugement que l’on peut porter sur l’action des autorités américaines :

La faillite elle-même crée une perte de valeur monumentale car la liquidation conduit à céder à vil prix certaines activités. Barclays Capital a ainsi indiqué avoir fait une excellente affaire en rachetant une partie des activités américaines de Lehman ; Beaucoup d’actifs étaient mal valorisés dans le bilan de Lehman. Cela soulève donc la question de la sincérité du bilan de cette institution tel qu’établi à la fin août et notamment quant aux normes de valorisation des actifs illiquides. L’avenir et les enquêtes en cours de la SEC et du FBI diront où est la vérité.

Mais, si la deuxième thèse était avérée, on comprendrait mieux la position rigide des autorités américaines, dans l’impossibilité politique de dépenser 100, 150 ou 200 milliards de dollars pour sauver Wall Street ! La découverte de ce trou a nourri les inquiétudes des autres banques qui ont alors pensé que ce qui était arrivé chez Lehman pouvait aussi survenir dans d’autres institutions telles Morgan Stanley ou Goldman Sachs qui sont aussi très «leveragées» et avec une grande quantité d’actifs illiquides et difficiles à valoriser au bilan.

La faillite de Lehman soulève des interrogations sur la pertinence d’un changement des normes comptables pour les institutions financières, et notamment pour les banques ? On peut effectivement avoir deux points de vue sur les normes comptables.

Le premier, probablement dominant en France, consiste à soutenir que l’usage exagéré de la «juste valeur», c’est dire la mise en valeur de marché de l’essentiel du bilan des banques, a aggravé la crise actuelle. En effet, en situation de crise, la dépréciation de certains actifs oblige les banques à lever du capital à un moment défavorable.
Notons au passage que cette critique conduit à deux recommandations assez différentes : soit on réduit l’utilisation de la juste valeur dans les institutions financières -on casse le thermomètre pour qu’il n’indique pas de maladie-, soit on maintient ces règles comptables mais on limite leurs conséquences en termes de ratios prudentiels -on conserve le thermomètre mais on laisse le patient récupérer à son rythme-. Dans ce dernier cas, on pourrait constater la dégradation du bilan d’une institution financière, mais celle-ci disposerait d’un certain temps pour faire face à ces besoins en capital.

Un deuxième point de vue, assez différent, apparaît au prisme de la faillite Lehman. Ici, le principal problème est plutôt l’énorme différence d’appréciation entre la situation que décrivent les comptes au 31 août et celle que l’on constate après la faillite. On revient à la question que nous posions précédemment, Lehman a-t-il appliqué correctement les principes de «juste valeur» ?
Il semble d’ailleurs que la SEC se pose la même question à propos de Bear Stearns. Ceci suggère une grande prudence avant de procéder à un changement des normes comptables. Ne risque-t-on pas d’abandonner le principe de «juste valeur» trop rapidement alors qu’une partie du problème révélé par la crise actuelle serait plutôt une mise en œuvre défaillante de ce principe ?

Un post mortem rigoureux de la faillite de Lehman sera donc précieux.

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Crise financière ou guerre secrète ?
http://www.alterinfo.net/Crise-financiere-ou-guerre-secrete-_a25421.html?PHPSESSID=c34d196c0b24eca81236b95c076318cc

Le 14 octobre 2008, le gestionnaire de fonds et l’analyste financier Mostafa Belkhayate a accordé une interview au Capitale.fr, qu’on retrouve également sur son site personnel à cette adresse.

Curieusement l’une des questions et l’analyse de Monsieur Belkhayate sur des possibles causes profondes de cette crise, a complètement disparu sur le site du Capital ?! Cependant, Capital a pris le soin de laisser un lien vers le site de Belkhayate (indiqué plus haut) où l’on peut lire le suivant :
Capital.fr : Qu’est ce qui vous fait penser que la chute n’est pas terminée ?

Mostafa Belkhayate : Lorsqu’il y a un crime, cherchons le coupable du coté de celui qui en profite. Washington a résolu en moins d’une semaine le grave problème des créances américaines : en faisant croire que Freddie Mac et Fannie Mae, deux organismes américains de financement, risquaient la faillite, les financiers yankee ont coupé l’herbe sous les pieds des chinois, qui possèdent près de 400 milliards de dollars d’obligations émises par ces institutions. Ces dernières, aujourd’hui loin de leur valeur initiale, ne peuvent plus être revendues. Tous ceux qui pourraient en acheter en ont déjà ; les japonais, les européens, les russes, les arabes,… Voilà comment on peut dissoudre des milliers de milliards de dollars de dette. Pour moi, c’est la seule explication du sacrifice de Lehman Brothers. C’est ingénieux, d’autant plus que Washington a manipulé le prix du pétrole à la hausse à partir d’avril 2008 pour « offrir » sur un plateau venimeux un maximum d’obligations aux arabes, qui leur ont toujours fait une confiance aveugle. Une fois le plein fait, on lâche le pétrole et les obligations. Le mécanisme a parfaitement marché puisque aujourd’hui les créanciers amis de l’Amérique n’ont que du papier sans valeur entre les mains. Voilà la vraie guerre ! Sauf qu’il me semble qu’on ait sous-estimé la réaction de « ces amis ». Leur réaction sera violente, foudroyante…car ils ne vont pas se laisser faire. La crise boursière ne fait que commencer. On va assister à une attaque en règle sur le billet vert…

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Confessions d’un tueur à gages économique

Lundi 08 Décembre 2008 à 14:27

Publié par Rag dans Guerre économique

Confessions d’un tueur à gages économique

www.geostrategie.com/cogit_content/verbatim/Confessionsduntueurgagesco.shtml

Retranscription d’une interview de John Perkins, ancien membre respecté de la communauté bancaire. Dans son livre « Confession of an Economic Hit Man » (confessions d’un tueur à gages économique ) il décrit comment, en tant que professionnel très bien payé, il a aidé les Etats-Unis à extorquer des milliards de dollars aux pays pauvres à travers le monde en leur prêtant plus d’argent qu’ils ne pouvaient rembourser pour ensuite prendre le contrôle de leurs économies

Il y a 20 ans, Perkins a commencé à écrire un livre intitulé « La Conscience d’un Tueur à gage Economique »

Perkins écrit, « le livre à l’origine était dédié aux Présidents de deux pays, des hommes qui avaient été mes clients et que j’ai respecté et que je tenais en estime – Jaime Roldos, président de l’Equateur, et Omar Torrijos, président du Panama. Les deux sont morts dans des crashs d’avion. Leurs morts ne sont pas accidentelles. Ils ont été assassinés parce qu’ils s’opposaient à l’alliance entre les dirigeants des multinationales, les gouvernement et les banques dont l’objectif est de construire l’Empire Global. Nous, les tueurs à gages économiques, n’avons pas réussi à retourner Roldos et Torrijos, alors un autre type de tueurs à gages, les chacals de la CIA, qui étaient toujours dans notre sillage, sont entrés en scène.« 

John Perkins écrit aussi : « On m’a convaincu de ne pas écrire le livre. Je l’ai commencé quatre fois au cours des vingt dernières années. A chaque fois, ma décision était motivée par des événements mondiaux : l’invasion du Panama par les Etats-Unis en 1980, la première Guerre du Golfe, la Somalie, et la montée d’Oussama Ben Laden. Cependant, des menaces et des pots de vin m’ont toujours convaincu de m’arrêter. »

Perkins a finalement publié son livre intitulé « Confessions of an economic hit man » [confession d'un tueur à gages économique]. Il est avec nous dans les studios.

Amy Goodman : Nous sommes avec John Perkins. Bienvenu à « Democracy Now » [titre de l'émission - NDT]

John Perkins : Merci, Amy. Je suis heureux d’être avec vous.

AG : Et nous sommes heureux de vous recevoir. Bien, expliquez-nous ce terme « tueur à gages économique », comme vous dites.

JP : En gros, nous étions formés et notre travail consistait à construire l’empire américain. De créer des situations où le maximum de ressources étaient drainées vers ce pays, vers nos multinationales, notre gouvernement, et nous avons été très efficaces. Nous avons construit le plus grand empire de l’histoire du monde. Et nous l’avons fait au cours des 50 ans qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, avec peu de moyens militaires en réalité. En de rares occasions, comme en Irak, les militaires interviennent mais uniquement en dernier recours. Cet empire, contrairement à tout autre empire de l’histoire du monde, a été crée d’abord par la manipulation économique, par la
fraude, par la corruption de personnes avec notre mode de vie, et à travers les tueurs à gages économiques. J’en faisais partie.

AG : Et comment en êtes-vous arrivé là ? Pour qui avez-vous travaillé ?

JP : J’ai été recruté lorsque j’étais encore étudiant dans une école de commerce, à la fin des années 60, par l’Agence de Sécurité Nationale [NSA - acronyme anglais, NDT], la plus grande et la moins connue des agences d’espionnage du pays. A la fin, j’ai travaillé pour des compagnies privées. Le premier tueur à gage économique était Kermit Roosevelt, dans les hannées 50, le petit-fils de Teddy [président des Etats-Unis - NDT] , qui renversa le gouvernement Iranien, un gouvernement démocratiquement élu, le gouvernement de Mossadegh qui avait été désigné « homme de l’année » par le magazine Time. Il a réussi à le faire sans verser de sang – enfin, il y en a eu un peu, mais sans intervention militaire, juste en dépensant des millions de dollars et en remplaçant Mossadegh par le Chah d’Iran. A ce stade, nous avons compris que l’idée d’un tueur à gages économique était une très bonne idée. Nous n’avions plus à nous préoccuper d’un risque de conflit armé avec la Russie en opérant ainsi. Le problème était que Roosevelt était un agent de la CIA. Il était donc un employé du gouvernement. S’il avait été découvert, nous aurions eu de gros ennuis. Cela aurait été très embarrassant. Alors la décision a été prise de faire appel à des organisations comme la CIA et la NSA pour recruter des tueurs à gages économiques comme moi et nous faire travailler pour des sociétés privées, des sociétés de conseil, de construction. Ainsi, si on se faisait prendre, il n’y avait aucun lien avec le gouvernement.

AG : D’accord. Pour qui avez-vous travaillé ?

JP : Et bien, le compagnie pour laquelle je travaillais s’appelait Chas. T. Main à Boston, Massachusetts. Nous avions environ 2000 employés, et je suis devenu leur économiste en chef. J’avais 50 personnes sous mes ordres. Mais mon véritable job était de conclure des affaires. J’accordais des prêts à des pays, des prêts énormes, qu’ils ne pouvaient pas rembourser. Une des clauses du prêt – disons 1 milliard de dollars pour un pays comme l’Indonésie ou l’Equateur – était que le pays devait retourner 90% du prêt à des compagnies états-uniennes, pour reconstruire des infrastructures, des compagnies comme Halliburton ou Bechtel. Ce sont de grosses compagnies. Ces compagnies ensuite construisaient des réseaux électriques ou des ports ou des autoroutes qui ne servaient qu’aux quelques familles les plus riches de ces pays. Les pauvres de ces pays se retrouvaient en fin de compte avec une dette incroyable qu’ils ne pouvaient absolument pas payer. Un pays aujourd’hui comme l’Equateur consacre 50% de son budget national juste pour rembourser sa dette. Et il ne peut pas le faire. Ainsi nous les tenons à la gorge. Si nous avons besoin de plus de pétrole, nous allons voir l’Equateur et nous leur disons, « Bon, vous ne pouvez pas nous rembourser, alors donnez à nos compagnies les forêts d’Amazonie qui regorgent de pétrole. » C’est ce que nous faisons aujourd’hui et nous détruisons les forêts amazoniennes, obligeant l’Equateur à nous les donner à cause de cette dette. Ainsi, nous accordons ce gros prêt, et la majeure partie revient aux Etats-Unis. Le pays se retrouve avec une dette plus d’énormes intérêts et il devient notre serviteur, notre esclave. C’est un empire. Ca marche comme ça. C’est un énorme empire. Qui a eu beaucoup de succès.

AG : (…) Vous dites que vous avez longtemps retardé l’écriture de ce livre pour cause de pots de vin et d’autres raisons. Que voulez-vous dire par là ? Qui a tenté de vous acheter ou quels sont les pots de vin que vous avez acceptés ?

JP : Et bien, dans les années 90, j’ai empoché un demi million de dollars pour ne pas écrire le livre.

AG : De qui ?

JP : D’une grosse société de construction.

AG : Laquelle ?

JP : C’était la compagnie Stoner-Webster. Légalement, ce n’était pas un pot de vin. J’étais payé comme consultant. C’était tout à fait légal. Mais je n’avais pas de travail, en réalité. Il était entendu, comme je l’explique dans mon livre, que je n’aurais en réalité pas grand chose à faire si j’acceptais cet argent en tant que consultant, alors qu’ils savaient que j’étais en train d’écrire le livre qui, à l’époque, devait s’intituler « la conscience d’un tueur à gage économique ». Il faut dire que c’est une histoire extraordinaire, c’est presque du James Bond.

AG : En tous cas, c’est l’impression que l’on retire à la lecture du livre

JP : Oui, et ça l’était réellement, vous savez. Lorsque la NSA m’a recruté, ils m’ont fait passer au détecteur de mensonges pendant une journée entière. Ils ont découvert toutes mes faiblesses et m’ont immédiatement séduit. Ils ont utilisé les drogues les plus puissantes de notre culture, le sexe, le pouvoir et l’argent, pour me soumettre. Je venais d’une très vieille famille de la Nouvelle Angleterre, Calviniste, fortement imprégéé de valeurs morales. Vous savez, je crois que je suis plutôt quelqu’un de bien, et je crois que mon histoire montre réellement comment ce système et ses puissantes drogues comme le sexe, l’argent et le pouvoir peuvent exercer une séduction, parce que j’ai été réellement séduit. Et si je n’avais pas mené moi-même cette vie de tueur à gages économique, je crois que j’aurais eu du mal à croire que quelqu’un puisse faire de telles choses. Et c’est la raison pour laquelle j’ai écrit ce livre, parce que notre pays a vraiment besoin de comprendre. Si les gens de ce pays comprenaient la nature réelle de notre politique étrangère, la nature réelle de notre aide à l’étranger, comment fonctionnent les multinationales, où passe l’argent de nos impôts, je sais qu’ils demanderaient que cela change.

AG : Dans votre livre, vous expliquez comment vous avez participé à la mise en place d’un plan secret destiné à rapatrier des milliards de dollars du pétrole Saoudien vers les Etats-Unis, ce qui a renforcé les liens entre le régime Saoudien et les administrations successives US.

JP : Oui, c’était une époque fascinante. Je me souviens bien, vous étiez probablement trop jeune pour vous en souvenir, mais je me souviens au début des années 70 comment l’OPEP exerçait son pouvoir pour réduire la fourniture de pétrole. Nous avions des files de voitures devant les pompes à essence. Le pays avait peur d’une nouvelle crise comme celle de 1929, une récession. Et ceci était inacceptable. Alors le Département du Trésor m’a embauché avec quelques autres tueurs à gages économiques. Nous sommes allés en Arabie Saoudite.

AG : On vous appelle réellement des tueurs à gages économiques ?

JP : Oui, c’est comme ça que nous nous appellons. Officiellement, j’étais un économiste en chef. Mais nous nous appelions les tueurs à gage économiques. C’était de l’ironie. C’était pour dire que personne ne nous croirait si nous le disions, vous comprenez ? Alors nous sommes allés en Arabie Saoudite au début des années 70. Nous savions que l’Arabie Saoudite était la clé de notre indépendance énergétique, ou le moyen de contrôler la situation. Et nous avons donc monté cet accord où la Maison Royale Saoudienne était d’accord pour nous envoyer la majeure partie de leurs petro-dollars, et les investir aux Etats-Unis. Le Département du Trésor utiliserait les intérêts de ces investissements pour engager des compagnies US pour reconstruire de nouvelles villes en Arabie Saoudite, de nouvelles infrastructures, et c’est que nous avons fait. Et la Maison Royale garantirait le prix du pétrole dans des limites acceptables pour nous, chose qu’ils ont fait pendant tout ce temps. En échange, nous assurions leur maintien au pouvoir tant qu’ils respecteraient l’accord, ce que nous avons fait, et c’est une des raisons pour lesquelles nous sommes entrés en guerre en Irak. En Irak, nous avons essayé la même politique avec Saddam Hussein, mais Saddam n’a pas marché dans la combine. Lorsque les tueurs à gages économiques échouent, l’étape suivante est d’envoyer ce
que nous appelons les chacals de la CIA, à savoir des personnes qui tentent de fomenter un coup d’état ou une révolution. Si ça ne marche pas, ils recourent aux assassinats, ou ils essaient. Dans le cas de l’Irak, ils n’ont pas réussi à atteindre Saddam Hussein. Ses gardes du corps étaient trop efficaces. Il avait des sosies. Ils n’ont pas réussi à l’atteindre. Alors la troisième ligne de défense, si les tueurs à gages économiques échouent et si les chacals échouent, c’est d’y envoyer des jeunes hommes et des jeunes femmes pour tuer et se faire tuer. Ce qui est évidemment en train de se passer en Irak.

AG : Pouvez-vous nous expliquer comment est mort Torrijos ?

JP : Omar Torrijos, le président du Panama, avait signé un accord sur le Canal du Panama avec Carter. Vous savez que cet accord n’a été approuvé par le Congrès que par une majorité d’une seule voix. C’était un sujet très controversée. Puis Torrijos est allé de l’avant et a commencé à négocier avec les Japonais la construction d’un nouveau canal. Les Japonais voulaient financer et construire un nouveau canal au Panama. Torrijos leur en a parlé, ce qui n’a pas plus du tout à Bechtel Corporation, dont le président était George Schultz, et son conseiller principal était Casper Weinberger. Lorsque Carter a été viré (et il serait intéressant de raconter comment il a été effectivement viré), lorsqu’il a perdu les élections, et que Reagan est arrivé au pouvoir, Schultz est devenu Secrétaire d’Etat et Weinberger est devenu Secrétaire à la Défense et ils étaient très en colère contre Torrijos. Ils ont essayé de l’amener à renégocier le traité du Canal et de laisser tomber les Japonais. Il a platement refusé. C’était un homme de principes. Il avait ses défauts, mais c’était un homme de principes. C’était un homme étonnant. Puis il est mort dans un crash d’avion, un magnétophone relié à une bombe avait été placé dans l’appareil. J’y étais. J’avais travaillé avec lui. Je savais que nous, les tueurs à gages économiques, avions échoué. Je savais que les chacals avaient été appelés. Puis son avion a explosé avec un magnétophone piégé. Il ne fait aucun doute pour moi que c’était un travail de la CIA. De nombreux enquêteurs latino-américains sont arrivés à la même conclusion. Bien sûr, nous n’en avons jamais entendu parler chez nous.

AG : Et quand avez-vous changé d’idées ?

JP : J’ai toujours eu un sentiment de culpabilité, depuis le début, mais j’étais séduit. Le pouvoir, le sexe, l’argent exerçaient une forte attirance sur moi. Et bien sûr, je faisais des choses pour lesquelles j’étais félicité. J’étais un économiste en chef. Je faisais des choses qui plaisaient à des gens comme Robert McNamara, et ainsi de suite.

AG : Quels étaient vos relations avec la Banque Mondiale ?

JP : Je travaillais en très étroite collaboration avec la Banque Mondiale. La Banque Mondiale fournit la majeure partie de l’argent utilisé par les tueurs à gages économiques, ainsi que le FMI. Mais après les attentats du 11 Septembre, j’ai changé. Je savais que je devais raconter l’histoire parce que les événements du 11 septembre sont le résultat direct du travail des tueurs à gages économiques. Et la seule manière pour retrouver la sécurité dans ce pays et retrouver une conscience tranquille serait d’utiliser ces mécanismes que nous avons mis en place pour apporter des changements positifs à travers le monde. Je crois réellement que nous pouvons le faire. Je crois que la Banque Mondiale et d’autres institutions peuvent être changées et être amenées à faire ce qu’elles sont censées faire, qui est de reconstruire les zones dévastées de la planète. Aider, aider réellement les pauvres. 24 000 personnes meurent de faim chaque jour. Nous pouvons changer cela.

Source : Democracy Now, 28 octobre 2005,
Traduction Viktor Dedaj

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Les États-Unis sont en guerre en Macédoine

Vendredi 20 Février 2009 à 15:36

Publié par Rag dans Guerre économique

 LES ETATS-UNIS SONT EN GUERRE EN MACEDOINE


Michel Chossudovsky keyimg20010804_778651_0p dans PROJETS DES MAITRES DU MONDE

La guerre en sous-main des États-Unis en Macédoine a pour objectif de consolider une sphère d’influence américaine dans le sud-est de l’Europe. L’enjeu principal est le « corridor » stratégique de pipeline, de lignes de communications et de transport, qui relie la mer Noire à la côte adriatique. La Macédoine se situe au carrefour stratégique du corridor du pipeline pétrolier contrôlé par le compagnie américaine AMBO (Albania, Macedonia, Bulgaria Oil Company).

La politique étrangère des États-Unis vise à installer des protectorats dans cette région des Balkans. Également en sous-main, par l’entremise des actions menées par la CIA, Washington mobilise le nationalisme albanais et le projet de « Grande Albanie » en apportant son soutien financier et militaire à l’Armée de libération du Kosovo (UCK) ainsi qu’à ses différents groupes affiliés dont l’Armée nationale de libération (ALN) responsable des assauts terroristes contre la Macédoine.

Washington, de concert avec la Grande-Bretagne, développe sa sphère d’influence dans le sud-est européen afin de soutenir les intérêts des géants pétroliers anglo-américains dont la BP-Amoco-Arco, Chevron et Texaco. Les actions menées par Washington dans le sud des Balkans ainsi que la « protection » des pipelines constituent un appui aux investissements du capital américain se chiffrant dans les milliards de dollars

Le consortium anglo-américain contrôle le projet de pipeline trans-balkanique AMBO du port bulgare de Burgas jusqu’à Vlore sur la côte adriatique albanaise avec l’appui du gouvernement américain. Le géant pétrolier européen Total-Fina-Elf est tenu à l’écart des négociations. Le contrôle stratégique exercé par les États-Unis a pour but d’affaiblir la présence de l’Union européenne dans le sud des Balkans.

Qui est derrière le pipeline trans-balkanique ?

Les liens du consortium américain AMBO remontent directement au siège du pouvoir politique et militaire aux États-Unis, plus précisément à la compagnie Halliburton Energy liée étroitement au vice-président Dick Cheney qui fut jusqu’à récemment son p.-d.g.

L’étude de rentabilité du projet de pipeline trans-balkanique fut effectuée par la compagnie d’ingénierie Brown & Root, la filiale britannique de Halliburton. Et une fois complétée, un membre de la direction de Halliburton fut nommé p.-d.g. de la AMBO. La compagnie Halliburton obtenait également un contrat afin de construire au Kosovo la plus importante base militaire américaine en territoire étranger depuis la guerre du Vietnam.

La militarisation du corridor des pipelines

Le pipeline trans-balkanique rejoindra les pipelines qui relient la mer Noire et le bassin de la mer Caspienne, où se trouvent d’énormes réserves pétrolières. La militarisation de ces différents corridors fait partie intégrante de la politique américaine. À peine quelques mois avant les bombardements de la Yougoslavie en 1999, le secrétaire à l’Énergie Bill Richardson de l’administration Clinton avait énoncé la politique américaine de « protection des routes de pipelines » desservant le bassin de la mer Caspienne et traversant les Balkans.

« Il est ici question de la sécurité énergétique de l’Amérique, a déclaré Richardson. Il s’agit également d’empêcher des percées stratégiques par ceux qui ne partagent pas nos valeurs. Nous cherchons à attirer vers l’Ouest ces pays nouvellement indépendants. Nous voudrions qu’ils s’alignent sur les intérêts politiques et commerciaux occidentaux plutôt que de se diriger dans une autre direction. Nous nous sommes engagés au plan politique dans la région de la mer Caspienne et il est très important que les tracés des pipelines soient conformes à nos intérêts politiques. »

Une lutte acharnée se déroule actuellement, dans les riches champs pétrolifères du Kashagan, dans le nord-est du Kazakhstan, entre les géants pétroliers anglo-américains BP-Amoco-Arco, Texaco et Chevron – appuyés par la puissance militaire américaine – et leur concurrent européen Total-Fina-Elf, associé à la compagnie italienne ENI. Les enjeux sont énormes. Selon certaines estimations, les réserves du Kashagan dépasseraient celles de la mer du Nord.

Le consortium européen est nettement désavantagé car les principaux projets de pipelines reliant la mer Caspienne à l’Europe occidentale en passant par la mer Noire et les Balkans (incluant le projet de AMBO et celui reliant Bakou et Ceyhan à travers la Turquie jusqu’à la Méditerranée – sont aux mains de leurs rivaux anglo-américains, soutenus par la puissance politique et militaire américaine.

L’objectif de Washington consiste à affaiblir l’influence allemande et européenne dans les trois pays du corridor du pipeline AMBO, c’est-à-dire la Bulgarie, la Macédoine et l’Albanie, et d’installer dans ces pays des protectorats en dehors de toute ingérence de l’Union européenne. La militarisation et le contrôle géopolitique par les États-Unis du corridor reliant Burgas en Bulgarie et le port adriatique de Vlore en Albanie a pour but de miner l’influence européenne tout en affaiblissant les intérêts du consortium pétrolier concurrent franco-belge-italien.

Les États-Unis sont intervenus dans les négociations concernant le pipeline AMBO par l’entremise du Trade and Development Agency (TDA) dans le but « d’aider l’Albanie, la Bulgarie et la Macédoine à développer et à intégrer leurs infrastructures de transport dans le corridor est-ouest qui les relie ». Dans ce contexte, la TDA souligne la nécessité pour les trois pays « d’utiliser les synergies régionales afin d’attirer de nouveaux capitaux publics et privés [de compagnies américaines] ». La TDA souligne à ce titre « la responsabilité » du gouvernement américain « dans cette initiative ». Il apparaît clairement que l’Union européenne est exclue de la planification et des négociations entourant le projet d’oléoduc AMBO.

Une « lettre d’intention » signée par les gouvernements de l’Albanie, de la Bulgarie et de la Macédoine, accorde des « droits exclusifs » au consortium anglo-américain, dépouillant de la sorte ces pays de leur souveraineté nationale sur le tracé du pipeline ainsi que sur les différents corridors de transport et de lignes de communications.

« Le Corridor 8 »

Le projet de pipeline AMBO est lié à un autre projet stratégique, à savoir le « Corridor 8 » proposé à l’origine par l’administration Clinton dans le contexte du Pacte de stabilité des Balkans. D’importance stratégique à la fois pour les États-Unis et l’Union européenne, le projet du « Corridor 8 » comprend la construction d’infrastructures routières, ferroviaires, électriques et de télécommunications. Il vaut d’être mentionné que ces secteurs sont également visés par les politiques de privatisation sous la supervision du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. À ce titre, il est déjà prévu qu’une partie importante de ces infrastructures sera vendue à rabais à des sociétés étrangères.

Bien qu’approuvées par les ministres du Transport de l’Union européenne dans le cadre du processus d’intégration économique européenne, les études de projet du « Corridor 8 » furent réalisées par des entreprises américaines, financées par la Trade and Development Agency (TDA). Washington semble donc se préparer à mettre la main sur les infrastructures de transport et de communications de ces pays. Des corporations américaines comme Bechtel, Enron et General Electric, soutenues financièrement par le gouvernement américain, sont en concurrence avec des entreprises de l’Union européenne.

L’objectif visé par Washington est d’ouvrir aux multinationales américaines un territoire qui se situe en quelque sorte dans « l’arrière-cour » de l’Union européenne. Autre facteur de confrontation entre l’Amérique et l’Union européenne 0 dans les Balkans, le deutschmark a tendance à dominer les structures bancaires au détriment du dollar américain.

L’élargissement de l’Union européenne contre l’élargissement de l’OTAN

Au début de l’an 2000, la Commission européenne avait entrepris des négociations pour l’admission de la Macédoine, de la Bulgarie et de l’Albanie à titre de membres associés de l’Union européenne. En avril 2001, au moment même des assauts terroristes contre son territoire, la Macédoine devenait le premier pays des Balkans à signer un soi-disant « accord de stabilisation et d’association » qui constituait une étape importante dans la voie de l’obtention du statut de membre à part entière de l’Union européenne. En vertu de cet accord, la Macédoine serait intégrée dans le système monétaire et commercial européen, avec libre accès au marché de l’Union européenne.

Les assauts terroristes ont coïncidé avec le calendrier des négociations avec la Commission européenne. Qui plus est, ils se sont intensifiés quelques semaines avant la signature de « l’accord d’association » avec la Macédoine. Il est avéré que Washington appuie l’UCK et que des conseillers militaires américains collaborent avec les terroristes. Était-ce là pure coïncidence ?
Au cours de la même période, un « ancien diplomate américain », Robert Frowick, fut nommé (mars 2001) à la tête de la mission de l’Organisation européenne pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à Skopje. En étroite liaison avec Washington et l’ambassade américaine à Skopje, Frowick s’empressait d’établir des liens étroits avec le leader Ali Ahmeti de l’Armée de libération nationale. Et à ce titre, Frowick a joué un rôle important dans l’accord intervenu entre Ahmeti et les dirigeants des partis albanais, qui faisaient partie de la coalition gouvernementale.

Cet accord négocié par Frowick a rapidement mené à la fracture de la coalition gouvernementale ainsi qu’à la déstabilisation des institutions politiques, ce qui a également du même coup compromis le processus d’adhésion de la Macédoine à l’Union européenne. Qui plus est, cette détérioration de la vie politique menant à l’ìmplosion sociale a également servi de prétexte à l’interférence politique, « humanitaire » et militaire des États-Unis, contribuant à l’affaiblissement des liens économiques et politiques de la Macédoine avec l’Allemagne et l’Union européenne. Soulignons qu’une des conditions de « l’accord d’association » est que la Macédoine devra se conformer aux « normes démocratiques européennes ». Inutile de préciser qu’avec un pays en guerre et un gouvernement totalement paralysé, le processus d’adhésion à l’Union européenne ne pourra se réaliser.

L’intention ultime de Washington est de freiner l’expansion de la sphère d’influence de l’Allemagne dans le sud-est de l’Europe par le blocage du processus d’élargissement de l’Union européenne. Dans la poursuite de ses intérêts stratégiques en Europe de l’Est et dans les Balkans, Washington a surtout privilégié le processus d’élargissement de l’OTAN. Prônée par l’administration Bush, cette stratégie vise à bloquer l’adhésion des pays d’Europe de l’Est et des Balkans à l’Union européenne.

Bien que le ton de la diplomatie internationale demeure poli, la politique étrangère américaine sous l’administration Bush est devenue carrément anti-européenne. Selon un analyste politique 0 « Au sein de l’équipe Bush, Colin Powell est perçu comme un ami des Européens, alors que les autres ministres et conseillers sont arrogants, durs et peu disposés à écouter ou donner une place aux Européens. »

L’Allemagne et les États-Unis

Il est avéré que la CIA appuie l’UCK et l’ALN responsable des attaques terroristes contre la Macédoine. Bien que les services secrets allemands (BND) aient, avant et durant la guerre de 1999, fourni un appui à l’UCK, il semblerait qu’ils ne soient pas impliqués dans les actions militaires de l’ALN menées contre la Macédoine.

Quelques semaines avant la signature de « l’accord d’association » avec l’Union européenne, les troupes allemandes stationnées dans la région de Tetovo en Macédoine furent « accidentellement » la cible de tirs de l’Armée de libération nationale (ALN). Les médias occidentaux – faisant écho aux déclarations officielles – ont tout de suite déclaré qu’il s’agissait d’un malentendu. Pourtant, des informations en provenance de Tetovo laissent croire à une action délibérée de la part de l’ALN, encadrée par des conseillers militaires américains. Chose certaine, l’incident n’aurait pas eu lieu si le BND allemand avait été impliqué avec l’armée rebelle.

Comble de l’ironie, deux des commandants de l’ALN, Adem Bajrami et un autre répondant au nom de guerre de Bilal, identifiés comme responsables des tirs contre les positions allemandes, ont été entraînés par les Forces spéciales britanniques. Ces deux commandants ont d’ailleurs déclaré qu’ils considéraient l’Allemagne comme un pays « ennemi » parce que les troupes allemandes stationnées en Macédoine et au Kosovo ont à maintes reprises (contrairement au comportement des militaires américains et britanniques) arrêté des membres de l’ALN à la frontière. Dans un article du Sunday Times de Londres (18 mars 2001), le journaliste Tom Walker rapporte les propos d’un porte-parole de l’ALN à Pristina. Celui-ci « avertissait la Bundeswehr que son intervention pourrait être interprétée comme une déclaration de guerre par la République fédérale allemande ».

En réponse à ces menaces, l’Allemagne envoyait en mars des troupes supplémentaires. Plus récemment, cependant, il s’avère que Berlin a choisi de retirer la plupart de ses troupes de la région de Tetovo et de ne pas s’opposer ouvertement à Washington. Des troupes allemandes ont quitté la zone des combats et sont maintenant stationnées au Kosovo.

Alors que les dissensions entre « alliés de l’OTAN » ne sont jamais rendues publiques, le ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer n’a pas hésité (sans mentionner le rôle de Washington) à s’en prendre directement devant le Bundestag aux « extrémistes albanais en Macédoine » en plaidant en faveur d’un « accord à long terme qui permettrait de rapprocher l’ensemble de cette région de l’Europe ». Cette position contraste avec celle des États-Unis, négociée par l’envoyé spécial Robert Frowick. La proposition américaine demande au gouvernement macédonien d’accorder l’amnistie aux terroristes et de modifier la constitution du pays pour permettre la participation des rebelles de l’ALN à la vie politique.

La guerre, la « dollarisation » et le Nouvel ordre mondial

L’affrontement entre l’Allemagne et les États-Unis dans les Balkans s’inscrit dans un processus beaucoup plus large qui frappe le cœur de l’alliance militaire occidentale. Depuis le début des années 1990, les États-Unis et l’Allemagne sont intervenus conjointement dans les Balkans en tant que partenaires au sein de l’OTAN, en coordonnant leurs initiatives militaires, d’intelligence et de politique étrangère.

Malgré les apparences, de sérieuses divergences ont vu le jour dans la foulée des Accords de Dayton de 1995, alors que les banques allemandes s’empressaient d’imposer le deutschmark et de prendre le contrôle du système monétaire des anciennes républiques de l’ex-Yougoslavie.

L’axe anglo-américain

Après la guerre de 1999 contre la Yougoslavie, les États-Unis ont renforcé leur alliance stratégique, militaire et des services de renseignement, avec la Grande-Bretagne, alors que celle-ci a rompu plusieurs de ses liens avec l’Allemagne et la France, particulièrement dans les domaines de la production d’armes et de l’aérospatiale.

Au début de l’an 2000, le secrétaire américain à la Défense William Cohen et son homologue britannique, Geoff Hoon, signaient une Déclaration de principes sur le matériel militaire et la coopération industrielle.

L’industrie de la défense américaine – qui inclut maintenant British Aerospace Systems dans son système d’appels d’offres – affronte le consortium franco-allemand EADS, un conglomérat formé du groupe français Aerospatiale-Matra, de la Deutsche Aerospace, qui fait partie du groupe allemand Daimler, et de la CASA espagnole. Une rupture est donc intervenue dans le complexe militaro-industriel occidental, avec les États-Unis et la Grande-Bretagne d’un côté et l’Allemagne et la France de l’autre.
Le pétrole, les armes et l’alliance militaire occidentale sont des processus intimement liés.

 L’objectif de Washington est d’assurer la domination du complexe militaro-américain en alliance avec les géants pétroliers anglo-américains et l’industrie de l’armement britannique.

Ces développements ont évidemment un impact sur le contrôle des pipelines stratégiques et des différents corridors dans les Balkans, l’Europe de l’Est et l’ancienne Union soviétique. Cet axe anglo-américain est également marqué par une coopération plus étroite entre la CIA et le MI5 britannique, notamment en ce qui concerne l’entraînement des terroristes de l’UCK par les Forces spéciales britanniques (SAS).

Wall Street veut déstabiliser l’Euro

La protection des pipelines, l’appui en sous-main aux insurrections armées, la militarisation des corridors stratégiques font aujourd’hui partie intégrante de cet axe anglo-américain qui domine les routes du pétrole et du gaz en provenance de la mer Caspienne, par la Mer noire et les Balkans.

De façon plus générale, ce qui se produit actuellement dans cette vaste région reliant l’Europe de l’Est et les Balkans aux anciennes républiques soviétiques n’est rien d’autre qu’une ruée pour le contrôle du territoire et des économies nationales. Derrière ce processus, on voit se profiler le pouvoir financier de Wall Street – en alliance avec les géants de la Défense et du pétrole – pour déstabiliser et discréditer le deutschmark et, bien entendu, l’Euro, et imposer le dollar américain comme seule monnaie dans la région.

La « dollarisation » faite partie intégrante de l’expansionnisme américan. À cet égard, les manoeuvres militaires de Washington ne visent pas uniquement à contrer l’élargissement de l’Union européenne, mais également à miner la domination des grandes institutions bancaires allemandes, comme la Deutsche Bank, la Commerzbank et WestLandes Bank, à travers les Balkans.

Le Nouvel ordre mondial est marqué par une confrontation entre l’Europe et les États-Unis pour le contrôle des monnaies nationales et du marché des devises. Ce conflit entre blocs capitalistes s’intensifiera lorsque plusieurs centaines de millions de personnes en Europe de l’Est, dans les Balkans et dans les républiques de l’ex-Union soviétique jusqu’en Asie centrale commenceront à utiliser l’Euro plutôt que le dollar à partir du 1er janvier 2002.

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L’affaire Jérome kerviel partie 1

Jeudi 25 Décembre 2008 à 10:58

Publié par Rag dans Guerre économique

Bel organigramme

www.marketvisual.com/d/Ro/Robert_A_Day_f677_2.htm
www.marketvisual.com/d/So/Societe_Gener … 5c52_1.htm

 

Société Générale : Robert A Day a vendu 1M de titres les 9 et 10/01


www.easybourse.com/Website/article/5452 … titres.php

(Easybourse.com) L’information aurait du passer inaperçue si elle n’était pas intervenue dans cette période troublée. L’AMF a révélé ce matin que Robert A.Day a procédé à titre personnel et pour le compte de fondations qui lui sont liées, à des ventes d’actions Société Générale pour un montant global de 95,3M€. Le prix unitaire moyen de vente ressort à un 95,2€, soit 38% au-dessus du cours actuel. Une cession qui risque de faire polémique au moment où la Société Générale doit se justifier pour la perte record enregistrée sur son activité de trading, imputée au seul Jerome Kerviel, qui s’en défend. L’enquête est en cours et la réputation de la SocGen en jeu…

Alors que la Société Générale est au coeur d’un scandale planétaire après la découverte d’opérations frauduleuses à l’origine d’une perte record de 4,9 milliards d’euros, l’AMF a publié ce lundi trois déclarations dans lesquelles il est mentionné qu’un membre du conseil d’administration de la banque française a procédé les 9 et 10 janvier à des cessions importantes de titres.

Sans y voir une quelconque corrélation, ces cessions de titres ne font qu’amplifier la polémique autour de la communication interne et externe de la Société Générale.

Administrateur du Groupe, Robert A.Day a vendu au cours de la séance du 9 janvier 2008 , un bloc de 900 000 actions Société Générale au prix unitaire moyen de 95,27€ ce qui lui a rapporté 85 744 953€ (déclaration 208D0458)

Le lendemain, la Robert A.Day Foundation, personne morale liée à Robert A.Day a cédé de 90 000 actions Société Générale au prix unitaire moyen de 95,9066€ soit un total de 8 631 594€ (déclaration 208D0459)

Le même jour, la Kelly Day Foundation, personne morale liée à Robert A.Day, a procédé le 10 janvier à la vente de 10 000 titres à un prix unitaire de 95,9066€ pour un total 959 066€ (déclaration 208D0460

Des mouvements qui n’ont pas eu d’incidences sur le cours du titre au moment où elles ont été réalisées puisque l’action GLE a terminé la séance du jeudi 10 janvier sur un gain de 0,27% à 95,25€ (2 717 988 actions ont changé de mains ce jour) et celle de vendredi sur une hausse de 1,95% à 97,11€ (3 223 363 titres échangés).

A noter selon la déclaration mensuelle de la Société Générale que l’établissement dirigé par Daniel Bouton a procédé pour sa part, au cours du mois de décembre 2007 à la cession de 6 696 actions propres et au transfert de 91 199 titres.

Daniel Bouton avait lui-même, au cours de la journée du 17 décembre 2007 procédé à des souscriptions pour un montant global de 1 652 800€, à un prix unitaire moyen de 51,65€.

A la bourse de Paris, l’action Société Générale s’échange ce lundi 28 janvier à un cours de 68,70€, en chute de 7% par rapport à son niveau de vendredi. Elle accuse une perte de 30% depuis le 1er janvier 2008 et de 46% sur six mois. La capitalisation de la deuxième banque française est tombée à 32 milliards d’euros ce qui l’expose à une OPA même si les pouvoirs publics veilleront à éviter tout raid hostile.

B.R.

mardi 29 janvier 2008 (17h59) :

Mais qui est Robert Addison Day ?

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article60345

29/01/2008

Comme l’a révélé l’Autorité des Marchés financiers, Robert Day, administrateur de la Société générale, a vendu pour 85 millions d’euros d’actions Soc Générale le 9 janvier, puis 10 millions d’euros le 10 janvier, puis 40 millions d’euros le 18 janvier, soit très exactement pendant les jours précédant l’effondrement des cours.

Bien que la banque le démente, le soupçon de délit d’initié est donc extrêmement fort.

Les medias ont relayé cette information. Mais ils restent en revanche muets sur un aspect très intéressant : qui est Robert A. Day ? Selon le site de l’Union Populaire Républicaine que préside le Conseiller de Paris François Asselineau, il suffit de chercher sur internet.

On y découvre que Robert Day, de nationalité américaine, est un multimilliardaire très proche de George W. Bush et l’un des principaux financiers de ses deux campagnes présidentielles. En remerciement, le même président Bush l’a nommé en 2001 dans le sein des seins des services de renseignements américains : le « Presidential Intelligence Advisory Board » de la Maison Blanche?

Robert Day est en outre membre de plusieurs lobbys euro-atlantistes, tels le CSIS ou la Brookings Institution, qui militent ardemment pour la « Constitution européenne » recyclée dans le traité de Lisbonne, et qui sont par ailleurs fortement soupçonnés d’être des couvertures de la CIA.

Et le site de l’UPR de conclure qu’une fois de plus, les journalistes français ne font pas vraiment  « leur métier, qui est d’informer le public en menant quand même quelques investigations ». Encore faut-il en effet savoir se servir de Google…

http://www.observatoiredeleurope.com/index.php

Rebondissement de l’affaire Société Générale : Le « présumé initié » est l’un des financiers de George W. BUSH
www.u-p-r.org/ab/index.php?page=article&id=17
Il s’agit en effet d’un multimilliardaire américain, M. Robert A. Day, président-fondateur de la société Trust Company of the West, basée à Los Angeles (le site de TCW révèle que la société « TCW est une filiale de gestion de capitaux de la Société Générale, avec approximativement 500 milliards de $ en gestion »)
Ce monsieur est membre du conseil d’administration de la Société générale depuis que la banque française a racheté TCW en avril 2001 (Trust Company of the West est ainsi devenue une filiale américaine de Société Générale Asset Management depuis 2001).

Mais M. Robert A. Day porte d’autres casquettes. Il a fait partie des principaux « leveurs de fonds » (« fund raisers » en américain) pour les campagnes électorales de George W. Bush en 2000 et en 2004. Le milliardaire a d’ailleurs déjà accueilli le président des Etats-Unis chez lui dans sa maison de Bel Air, le quartier le plus chic de Los Angeles, par exemple le 21 octobre 2005.

« Bush Fundraiser Held at the Bel Air home of Robert Day.
by FYI Friday, Oct. 21, 2005 at 6:46 PM

The Republican Fundraiser that Bush attended last night was held at the Bel Air home of a Mr. Robert A. Day.

The information comes a day too late for anti-war protesters who were scrambling with only a few days advance notice of the visit to find out where to stage a protest. However, now that the word is out about Robert Day, the next time Bush comes to town he will have to find another place to sneak in and out of to avoid protesters. »

Pour le remercier d’avoir largement contribué à ses campagnes électorales, le Président Bush a su remercier Robert A. Day comme il convenait.

Il l’a notamment nommé,de 2001 à 2003, au « Foreign Intelligence Advisory Board », un service officiel de la Maison Blanche (sources :  http://query.nytimes.com/gst/fullpage.h … A9649C8B63

et http://www.nndb.com/gov/404/000052248/

Or le « Foreign Intelligence Advisory Board » (Conseil sur les services de renseignements étrangers) est un service de la Maison Blanche qui est au cœur même de la politique des services de renseignements américains. Ses membres sont en effet chargés de fournir directement au Président des Etats-Unis des analyses et des analyses sur la qualité des services de renseignements américains et étrangers. 

source : site web de la maison Blanche  :

http://209.85.135.104/search?q=cache:BD … &gl=fr

Par ailleurs, M. Robert A. Day est membre de plusieurs « think tanks » très proches des services de renseignements américains et des néo-conservateurs.

Il est ainsi membre du CSIS (Center for Strategic and International Studies), qui est un des organismes de renseignements et d’influence les plus puissants des USA, très proche du lobby pétrolier américain. Je suggère de lire le très intéressante analyse faite sur le CSIS par le réseau Voltaire à l’adresse

http://209.85.135.104/search?q=cache:Vv … lr=lang_fr

En particulier, vous pourrez y découvrir que le CSIS a organisé, en 1997, une vaste conférence internationale autour de Zbigniew Brzezinski et Jacques Delors pour l’unité euro-états-unienne. Après les attentats du 11 septembre, il analyse la montée de ce qu’il appelle l’anti-américanisme en Europe. Avec le German Marshall Fund (fonds de la CIA) , il publie une déclaration commune Pour le renouveau du partenariat transatlantique pour réaffirmer le lien entre l’Union européenne et l’OTAN et demander que les États-Unis soient associés à l’élaboration du projet de Constitution européenne.

(Cela permet de douter sérieusement de la thèse lancée sur un blog du Wall Street Journal et immédiatement reprise les yeux fermés par Libération selon laquelle ce vilain petit Français serait à lui tout seul, avec ses petits bras, responsable de l’effondrement du capitalisme financier mondial, cet affreux trader « mentalement faible » qui aurait « trompé la FED ». Quoi que fasse la presse aux ordres, il semble maintenant très probable que l’énormité du scandale ne finisse par rendre bien dérisoires toutes ces minables manipulations.)

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L’affaire Jérôme kerviel partie 2

Jeudi 25 Décembre 2008 à 10:59

Publié par Rag dans Guerre économique

BONNE QUESTION : Mister DAY connaît-il Mrs LAGARDE ?

Parmi les personnalités membres du CSIS a longtemps figuré en bonne place… Mme Christine Lagarde, actuelle ministre français des finances. Source :  http://www.voltairenet.org/article17340.html

Extrait :

« Bien que cela ne figure pas sur sa biographie officielle, Madame Lagarde militait aux États-Unis au Center for Strategic & International Studies (CSIS) [3]. Au sein de ce think tank, elle co-présidait avec Zbigniew Brzezinski la commission Action USA/UE/Pologne et suivait plus particulièrement le groupe de travail Industries de défense USA-Pologne (1995-2002) et les questions liées à la libéralisation des échanges polonais. Or, dans ces instances, elle représentait les intérêts états-uniens contre ceux du Commerce extérieur français dont elle est aujourd’hui la ministre. En sa qualité d’avocate du cabinet Baker & McKenzie, elle poussait plus particulièrement les intérêts de Boeing et Lockheed-Martin contre ceux d’Airbus et de Dassault.

En 2003, Christine Lagarde est également devenue membre, toujours au sein du CSIS, de la Commission pour l’élargissement de la communauté euro-atlantique aux côtés de son ami Brzezinki et de diverses personnalités dont l’ancien directeur de l’OMC Reanto Ruggiero et l’ancien ambassadeur spécial pour la restitution des biens religieux en Europe centrale, Stuart Eizenstat. Cette commission s’est occupée des investissements possibles en Pologne, Slovaquie, Lettonie, Roumanie, République tchèque et Hongrie. »

(Mme Lagarde, dont aucun Français ne sait vraiment pourquoi elle est ministre des finances, sans avoir jamais été élue par quiconque ni jamais avoir fait de politique, a donc fréquenté les mêmes institutions étrangères que M. Robert Day. Ce n’est bien sûr qu’un hasard. Et cela ne devrait surtout pas expliquer le soutien indéfectible de Mme Lagarde à la thèse officielle de la Société Générale, thèse que personne, sauf Mme Lagarde, ne prétend sérieusement croire.)



http://www.boursier.com/vals/FR/societe … 269810.htm
Robert Day n’était pas au courant des problèmes de la banque Société Générale au moment ou l’on se renseignait sur Kerviel.
La transaction est de 40 millions d’euros et chaque titre valant 90 euros faîtes le calcul.
De plus comme dans tout blanchiement il existe des sociétés éponyme (même nom) comme sa fondation qui porte son nom et qui vendit aussi 4,5 millions d’actions.Donc au total soit 95 millions d’action Société Générale.

La Robert A. Day Foundation et la Kelly Day Foundation, ont également vendu le 10 janvier pour 8,63 millions d’euros et 959066 euros d’actions.
Le volume des transactions sur le titre Socgen a été multiplié par 2 et demi, de 4 millions de titres échangés en moyenne par jour habituellement, à 10 millions par jour entre le 18 janvier, jour où la direction a appris le problème, et le 24 janvier, jour où l’affaire a été rendu publique. Délit d’initié ? C’est curieux que l’AMF ne réagisse pas sur ces échanges. Ils n’ont réagi que sur une vente survenu le 9 janvier. Il est aussi curieux que la banque de France, au courant depuis le 18, ne prévienne le gouvernement que le 23.

Tribune : ‘Fraude’ à la Société Générale, génie isolé ou insouciance généralisée ?
28-01-2008
www.silicon.fr/fr/news/2008/01/28/tribu … eneralisee
Par E.B. Sirius (*)

Un communiqué de cinq pages publié par la Société Générale le 27 janvier liste les « techniques de fraude » employées par Kerviel. Or cette liste peut se lire comme un florilège assez classique des mauvaises pratiques en sécurité informatique, extraits

Publicité Le plus gros : Kerviel a usurpé « des codes d’accès informatiques appartenant à des opérateurs pour annuler certaines opérations ». Cela veut dire qu’il a conservé d’anciens mots de passe ? Qu’il en a obtenus ? Qu’il s’est fait passer pour ces opérateurs qui auraient dû voir quelque chose ! A moins que lesdits opérateurs ne puissent voir ce que l’on fait en leur nom ? À moins qu’ils ne soient plus en poste ?

Dans tous les cas de figure, il y a là une très mauvaise gestion des login et une sensibilisation très insuffisante des intéressés à la sécurité. Et un contrôle absent. Trouver cette situation dans une grande banque française est surprenant. La préoccupation de la sécurité doit amener la hiérarchie à sensibiliser en permanence sur ces points : il y a là un manquement grave de la hiérarchie. Par ailleurs, il est très étonnant que les audits n’aient rien vu… cela peut laisser penser que ces manquements à la sécurité sont absolument courants.

Deuxième point surprenant : le trader aurait justifié certaines opérations fictives « en falsifiant des documents » dont on peut penser que certains sont des courriels. Etant donné l’importance de ces envois, il est surprenant de constater qu’ils ne sont pas protégés dans un système de dépôt sécurisé. Là encore le contrôle ou les audits se contentent de vraiment peu ! Il est donc possible de se justifier avec un courriel trafiqué ?

Troisième point un peu plus subtil tout de même : il semble que Kerviel connaissant bien les contrôles se soit glissé dans les failles. Faut-il en déduire que ces failles n’étaient pas connues des auditeurs ou contrôleurs ? Des failles minimes et peu risquées, passe encore ; mais des failles à 50 milliards d’Euro d’exposition ? L’analyse de risque n’est pas correcte ! A-t-elle seulement eu lieu ?

Enfin, il semble que le contrôle ne soit pas systématique sur toutes les opérations, mais plutôt statistique ou sur les opérations les plus courantes ou les plus grosses financièrement. Le compromis entre le risque et la complétude du contrôle est toujours difficile à trouver, mais dans le cas qui nous préoccupe, il est très défavorable !

Pour finir, la page 5 du communiqué donne un renseignement important : » la position [de la banque] sur futures a été rapprochée de la position de notre contrepartie (compensateur) », ceci, afin de s’assurer que toutes les opérations fictives ont été identifiées. Cette phrase indique donc qu’il existe un moyen externe et ‘holistique’ de contrôle qui visiblement n’a pas été utilisé jusque là.

Sans préjuger des torts de Kerviel, on peut dire à la lecture de ce communiqué que l’analyse des risques liés à l’usage de l’informatique est très insuffisante dans cette banque. La politique de sécurité et la préoccupation de son maintien auprès des utilisateurs de l’informatique est aussi déficiente. Partant de là, les contrôles et audit passent à côté de la réalité opérationnelle. C’est un retour aux vrais risques informatiques qui doit s’opérer avant tout, car sans informatique de base sécurisée, tout n’est qu’illusion.
____
(*) Consultant, Duquesne Research



Affaire de la Société générale
http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_de … %C3%A9rale
Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.
Le jeudi 7 novembre 2002, en début d’après midi, s’est ouvert à Paris le procès de l’un des plus grands scandales politico-financiers des années 1980. Seuls quatre hommes (dont Georges Soros), sur les 11 mis en examen, ont comparu devant le tribunal correctionnel pour des « délits d’initiés », en s’étant enrichis illégalement lors d’un raid boursier manqué contre la banque Société générale, le premier groupe bancaire privé français, lancé par Georges Pébereau en 1988.

À l’époque des faits, ce sont les grands noms de la finance française et ceux de plusieurs hommes politiques du Parti socialiste, dont celui de Pierre Bérégovoy, alors ministre des Finances de François Mitterrand qui étaient cités. Depuis, cinq des mis en examen ont bénéficié d’un non-lieu et deux, Marc Viénot, ex-pdg de la Société générale, et Georges Pébereau, ex-pdg de la société Marceau investissements (aussi surprenant que cela puisse paraître), ont été amnistiés.

Il restait donc quatre prévenus : le financier américain Georges Soros, 72 ans, le financier libanais Samir Traboulsi, 64 ans, l’ex-patron de la banque Rivaud, Jean-Pierre Peyraud, 88 ans (en raison de son âge, il était absent à l’ouverture du procès) et l’ex-directeur de cabinet de Pierre Bérégovoy, devenu PDG de la société Euris, propriétaire du groupe de distribution Casino, Jean-Charles Naouri, 53 ans. Ces personnes étaient soupçonnées d’avoir spéculé sur des actions Société générale au cours du deuxième semestre 1988, avant que le raid boursier lancé par Georges Pébereau ne soit connu du public.

L’enquête a mis au jour un montage financier, à l’initiative de Georges Pébereau, permettant à un groupement d’hommes d’affaires de faire d’importants bénéfices. Plus de 30 millions d’actions de la Société générale ont été échangées sur le seul marché parisien. Ces transactions ont mobilisé quelque 2,07 milliards d’euros de capitaux, et Jean-Pierre Peyraud a encaissé une plus-value de 5,3 millions d’euros, Georges Soros 2,4 millions d’euros, Samir Traboulsi 3,96 millions d’euros, et Jean-Charles Naouri un peu moins de 53.000 euros.

La substitut du procureur Marie-Christine Daubigney avait requis 2,2 millions d’euros d’amende contre Georges Soros. L’amende demandée était égale au profit que le prévenu était soupçonné d’avoir réalisé. La substitut a estimé que Samir Traboulsi ne pouvait être condamné que pour recel de délit d’initié et a demandé qu’il paie une amende qui représente la moitié de son profit présumé, soit 1,98 millions d’euros. Il s’agissait là des peines minimales prévues par la loi en cas de condamnation.

Finalement, le tribunal correctionnel de Paris condamnera le financier américain George Soros à 2,2 millions d’euros d’amende. Jean-Charles Naouri et Samir Traboulsi furent relaxés et ainsi innocentés dans un volet judiciaire qui fut critiqué par toutes les parties pour avoir été un des procès les plus longs (plus de 15 ans) de la République française.



Michel Pébereau
http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_P%C3%A9bereau
Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.
Michel Pébereau (23 janvier 1942 – ) est un homme d’affaires français, président du conseil d’administration de BNP Paribas et membre de l’Institut. Il est le frère de Georges Pébereau.

Carrière
Ancien élève de l’École polytechnique (X 1961) et de l’École nationale d’administration, Michel Pébereau a choisi à la sortie de cette dernière l’Inspection des Finances.
A partir de 1970, il sera chargé de mission puis conseiller technique auprès du ministre de l’Économie et des finances, Valéry Giscard d’Estaing. Il occupera ces fonctions durant 4 ans. Il restera au ministère jusqu’en 1982 où il occupera notamment la direction du Trésor.
Parallèlement il devient directeur de cabinet de René Monory à partir de 1978.
Par la suite, il a mené à bien la privatisation du Crédit commercial de France (1986), qu’il a présidé de 1983 à 1993, puis de la Banque nationale de Paris (1993), qu’il préside de 1993 à 2000.
En août 1999, il lance une double offre publique d’échange sur les titres de la Société générale et de Paribas. La première offre échoue, mais le succès de la seconde permet la création de BNP Paribas, entité dont il est PDG de 2000 à 2003, date à laquelle les fonctions de président et de directeur général sont séparées.
Depuis lors, il assume les fonctions de président du conseil d’administration de BNP Paribas.
Parallèlement à son activité de banquier, il a enseigné à l’Institut d’études politiques de Paris en tant que maître de conférences de 1968 à 1980, puis en tant que professeur de 1980 à 2000. Il est président du conseil de direction de l’établissement.

En 2005, il est chargé par Thierry Breton, ministre des finances, de créer une commission chargée d’étudier la dette de la France. Il rend son rapport le 14 décembre 2005.

M. Pébereau est aussi réputé pour être un grand amateur d’ouvrages de science-fiction.

Autres mandats sociaux
En 2005, il devient président de l’Institut de l’entreprise[1].
Depuis novembre 2004, il est président de l’Institut Aspen France et par là même président du conseil de surveillance[2] et du conseil d’orientation[3].
Il est membre du Haut Conseil de l’éducation[4] (HCE), désigné par le président du Conseil économique et social, depuis sa création en 2005.
En 2007, il devient représentant de l’Etat au conseil d’administration d’EADS, posté laissé vacant par Louis Gallois.
Il est membre du club Le Siècle
Il a été élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques le 26 novembre 2007 au fauteuil de Pierre Tabatoni.
Président du Conseil d’administration de BNP Paribas et divers mandats sociaux dans les filiales de ce groupe.
Administrateur de Total
Administrateur de Saint-Gobain
Administrateur de Lafarge
Membre du conseil de surveillance d’Axa
Censeur des Galeries Lafayette



Le raid de la BNP sur la Société Générale ne se fit pas attendre après l’affaire Kervièl. On voit que les frères Pebereau ont une longue histoire avec la Société Générale mais aussi  que Georges est en relation avec Bolloré.
Que du beau monde de la finance avec en 88 Soros l’américain et Robert Day en 2008
On voit aussi que Michel Pebereau est administrateur D’EADS et comme par hasard toutes cs affaires ont en point commun le délit d’initié.


www.marketvisual.com/d/Ge/Georges_Pebereau_1e39_1.htm
http://img444.imageshack.us/img444/7461/pasdenomyt5.png
http://img444.imageshack.us/img444/7461/pasdenomyt5.f7d21a0b9b.jpg

 

Concernant les institutions bancaires Clearstream et  le Patriot Act

Le USA PATRIOT Act (qui signifie Uniting and Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism Act ou en français Loi pour unir et renforcer l’Amérique en fournissant les outils appropriés pour déceler et contrer le terrorisme) est une loi américaine qui a été votée par le Congrès des États-Unis et signée par George W. Bush, le 26 octobre 2001.

Une loi d’exception à l’origine 
Cette loi, conséquence directe des attentats du 11 septembre 2001, renforce énormément les pouvoirs des différentes agences gouvernementales des États-Unis (FBI, CIA, NSA et l’armée) . Elle fut considérée comme une loi d’exception, dont les dispositions n’étaient valables que pour quatre années. Le 15 juin 2005, le Congrès a voté un amendement pour empêcher le FBI et le ministère de la Justice d’utiliser le Patriot Act afin d’avoir accès aux fichiers de lecteurs des bibliothèques et des librairies. Sont également modifiées, les lois sur l’immigration, les lois d’opérations bancaires, la loi de surveillance d’intelligence étrangère (FISA). Il crée une nouvelle catégorie de crime du « terrorisme intérieur » (section 802). Cette accusation s’applique par exemple à la consultation privée de documents qui réfutent la théorie officielle.

Les « axes » du Patriot Act sont les suivants :

Titre I : Augmenter la sécurité intérieure contre le terrorisme
Titre II : Procédures augmentées de surveillance
Titre III : Réduction du blanchiment d’argent international et Lois de financement anti-terroriste de 2001
Titre IV : Protection des frontières
Titre V : Enlèvement des obstacles sur l’investigation dans le terrorisme
Titre VI : Aide aux victimes du terrorisme, des officiers de securité publique et des familles
Titre VII : Partage accru des informations pour la protection d’infrastructures critiques
Titre VIII : Renforcement de la législation pénale contre le terrorisme
Titre IX : Amélioration du renseignement
Les cours fédérales ont affirmées que quelques dispositions sont des infractions inconstitutionnelles sur des libertés civiles. Le Patriot Act fut renouvelé par un vote du Sénat et de la chambre des représentants le 2 mars 2006 avec 89 pour et 11 contre dans le Sénat, et le 7 mars 280 pour 138 à la Chambre des représentants. Le renouvellement a été signé par le Président George W. Bush le 9 mars 2006.

Voici ce que l’on peut lire sur le site de Clearstream
www.clearstream.com/ci/dispatch/en/kir/ … atriot_act
USA Patriot Act Certification
Conformément à l’USA Patriot Act et les dernières règles édictées par le Département américain du Trésor, une banque américaine ou un courtier US-revendeur (une «institution financière couvert») est nécessaire pour obtenir une certification de toute « banques étrangères » qui maintient une correspondant compte avec elle.
Tel que permis par les règles définitives, Clearstream Banking Luxembourg a établi une certification pour l’utilisation par toute institution financière qui a besoin ..

http://74.125.39.104/search?q=cache:H4X … &gl=fr
Enfin, nous pouvons relever parmi les contributeurs de la FAF de New York, EADS, l’Oréal USA [14] ou encore la Société Générale [15].

La FAF française n’a, de son côté, pas à rougir de sa jumelle new-yorkaise. Dirigée à ses débuts par le président de Péchiney, Pierre Jouven, la Fondation est présidée depuis 1997 par Michel Garcin [16], directeur général de Hervé Consultants (spécialiste en accompagnement d’entreprises). Le Conseil de surveillance [17] réunit EADS France, BNP Paribas, la Caisse des dépôts ainsi que des représentants comme Yves de Gaulle (secrétaire général de Suez), Jean-Louis Gergorin (vice-président de la coordination stratégique chez EADS, mais dont les activités ont cessé avec l’affaire Clearstream) ou Marwan Lahoud, PDG du leader européen dans le secteur des missiles MBDA dont EADS est actionnaire à 37,5% et dont le frère Imad Lahoud [18] a connu quelques démêlées judiciaires en liaison avec Jean-Louis Gergorin lors de l’affaire Clearstream.

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La « rupture » de Nicolas Sarkozy a cédé devant la réalité

Posté par issopha le 4 janvier 2009

La « rupture » de Nicolas Sarkozy a cédé devant la réalité

 

Où est passée la « rupture » ? Il a fallu reculer face aux lycéens ; les emplois aidés pour endiguer le chômage sont de retour ; une volonté d’alliance avec la Russie est mise en avant… Lors des voeux aux Français, le 31 décembre 2008, Nicolas Sarkozy a annoncé un « monde nouveau ». N’est-il pas en train de retourner vers le monde ancien de son prédécesseur, Jacques Chirac ? Transformé en gestionnaire de crise permanent, le chef de l’Etat n’a-t-il pas abandonné cette rupture qu’il ne cessait d’invoquer et qui avait fortement contribué à son succès ? L’Elysée s’en défend. La rupture est là, elle s’appelle Nicolas Sarkozy. Quant aux réformes, explique-t-on, le président a annoncé leur poursuite : il demande à être jugé au terme du quinquennat. L’autonomie des universités, la réforme de la Constitution, celle de la représentativité syndicale finiront par porter leurs fruits, tandis que les réformes de l’hôpital, des collectivités locales, de la recherche, c’est promis, seront engagées. « On est dans la réforme, pas dans la révolution », assure Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale.

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Eclairage M. Sarkozy devra obtenir des résultats concrets face à la crise

Réactions M. Hamon (PS) : le président « à l’aise pour se décerner des palmes »

Les faits Nicolas Sarkozy : « Nous allons sortir renforcés de cette crise »

Verbatim L’intégralité de l’allocution présidentielle

Le concept de rupture avait été forgé après la prise de l’UMP, fin 2004. M. Sarkozy comprend alors qu’il ne peut remporter la présidentielle que s’il n’apparaît pas comme l’héritier de M. Chirac. Sa campagne contre l’immobilisme lui vaudra d’être taxé de libéralisme et d’atlantisme. Jusqu’au non français au référendum européen, bientôt suivi par la quasi-défaite d’Angela Merkel qui manque de perdre les élections en raison d’une campagne trop libérale. Nicolas Sarkozy « dope » alors sa rupture aux promesses sociales pour la France qui souffre. Il arrondit les angles en parlant de « rupture tranquille », clin d’oeil à la « force tranquille » de François Mitterrand.

Après un an et demi de présidence, le mot a disparu. « La rupture, c’est le refus de l’impuissance publique », assure un conseiller du président. « L’essentiel de la rupture réside dans le style, la pratique des institutions transformées », estime M. Copé. Le président fait tout, décide de tout. Ostensiblement. Malmenant la séparation des pouvoirs, il n’hésite pas à saisir la Cour de cassation après une décision du Conseil constitutionnel qui lui déplaît sur la rétention des criminels dangereux. Cette pratique est aux antipodes de celle prônée, en 2006, par M. Sarkozy ministre, qui plaidait « pour une présidence moins monarchique ». Mais elle apporte « plus de transparence ».

Après la parole présidentielle rare, inventée par Jacques Pilhan, conseiller en communication de François Mitterrand puis de Jacques Chirac, M. Sarkozy est partout en première ligne et ses conseillers, les vrais décideurs de la France, apparaissent dans les médias. Cette omniprésidence contredit l’esprit de la réforme constitutionnelle, adoptée en juillet 2008 et censée renforcer les droits du Parlement, paradoxalement défendue bec et ongles par le chef de l’Etat.

Le style Sarkozy menace la vraie rupture, celle qui devait réformer plus vite la France. A court-circuiter les corps intermédiaires, on les braque. La magistrature, malmenée par la garde des sceaux Rachida Dati, n’est pas seule concernée. Les syndicats ont été ravis d’être reçus aussi souvent, avant de déchanter quand ils ont compris que M. Sarkozy déciderait tout seul sur les 35 heures.

La petite musique élyséenne met ouvertement en cause l’inertie des corps intermédiaires. « L’impulsion politique est en totale rupture. Mais la difficulté est de faire embrayer l’administration, le Parlement, les institutions », assure Franck Louvrier, responsable de la communication du président. « C’est Sisyphe », soupire le conseiller Henri Guaino. M. Sarkozy, qui dénonçait, en 2005, les réformes « homéopathiques » dont on a « tous les inconvénients sans les avantages », aura vite réduit ses ambitions. « Dès l’été 2007, il a choisi d’avoir un tempo de réforme plus lent. Mais peut-être que sa micheline ira plus loin qu’un TGV qui serait rentré dans le mur », explique un proche.

Le doute sur la rupture est aussi né d’un non-choix en matière économique. Le quinquennat débute par une révolution idéologique : avec son «  »travailler plus pour gagner plus« , le nouvel élu croit avoir remporté la bataille des valeurs contre la gauche, ce qui lui permet de vider de leur substance l’impôt sur la fortune, les droits de succession, les 35 heures. La loi passe, mais il se fait, selon ses propres mots, « enfoncer » politiquement par le PS, qui dénonce un cadeau aux riches. Surtout, il n’a pas choisi entre baisse brutale des impôts, qui forcerait ensuite à réduire le poids de l’Etat, et maintien d’une certaine orthodoxie budgétaire. La crise financière met un voile sur l’échec politique du paquet fiscal, mais marque un retour à une France dépensière et étatiste. « Il va falloir surveiller la comptabilité de la relance pour gérer la crise et la réduction de la dette. C’est très explosif pour l’avenir », souligne M. Copé.

La promesse de réduire de quatre points les prélèvements obligatoires est caduque. La priorité accordée aux classes moyennes, oubliée. « Nous avions dit que nous soutiendrions notre électorat et les classes moyennes, mais on a décidé de réintroduire les emplois aidés. La prime de Noël n’a jamais été aussi élevée, le RSA n’est pas financé par une réduction de la prime pour l’emploi », note un proche du président. Les marges de manoeuvre sont limitées par la crise. Un conseiller déplore qu’il soit impossible de mener une révolution fiscale pour baisser le coût du travail, la TVA sociale ayant été torpillée, tandis que le contrat unique n’a pas vu le jour.

Sur le fond, la rupture la plus forte est intervenue en politique étrangère, domaine où le président a les mains les plus libres. « M. Sarkozy est revenu aux fondamentaux de la droite française d’avant le gaullisme, l’occidentalisme », analyse l’ancien ministre des affaires étrangères socialiste Hubert Védrine. Le président français est par conviction dans le camp des Etats-Unis et d’Israël. « Je veux rompre avec ce cancer qu’est l’anti-américanisme, qui empêche la diplomatie française de se déployer », expliquait-il en juillet 2008. M. Sarkozy a utilisé efficacement cette stratégie pour s’imposer en Europe, dont il a compris, à la différence de M. Chirac, qu’elle pouvait être un levier pour l’influence française. Ce levier est toutefois précarisé par la mésentente durable avec l’Allemagne d’Angela Merkel.

En revanche, l’engagement en faveur des droits de l’homme, proclamé le soir de son élection, a fait long feu. Le président Sarkozy est séduit par la brutalité du premier ministre russe Vladimir Poutine et veut dialoguer avec le président Dmitri Medvedev ; il a cafouillé sur la Chine et sa rencontre avec le dalaï-lama et n’a pas rompu avec la Françafrique. L’aveu du retour à la « realpolitik » a été prononcé par Bernard Kouchner lui-même, qui a regretté, en décembre 2008, la création d’un secrétariat aux droits de l’homme.

Arnaud Leparmentier

La écouvrez les réactions des abonnés du Monde.fr à la lecture de cet article.

PHILIPPE L.
04.01.09 | 10h54
Arnaud Leparmentier a raison de noter le mépris du pouvoir central à l’égard des corps intermédiaires et la difficulté qui en résulte pour la mise en oeuvre des réformes. Même si ces corps sont conservateurs par nature, ils constituent, dans un « vieux pays », des points d’appui indispensables. Il en va ainsi des collectivités locales, méprisées, humiliées, accusées en permanence, alors que 500 000 élus locaux et 1,5 million de fonctionnaires territoriaux travaillent au quotidien pour les Français

Guy L.
04.01.09 | 10h47
Laborieux… dédales et labyrinthes d’explications pour finalement constater qu’on ne navigue pas de la même manière par gros temps que par mer calme. Prendre de la hauteur ou préfèrer la loupe, l’auteur a choisi la deuxième solution…

JUAN H. à THIERRY P.
04.01.09 | 10h44
Non ! MITTERRAND et les autres n’ont pas essayé grand chose pour aller vers une société plus égalitaire et solidaire. Bien au contraire : ils n’ont fait que du réformisme à tout crin, renforçant les prérogatives du capitalisme, tout en lui laissant grignoter les droits sociaux arrachés par les générations antérieures… Et le si «réaliste» SARKOZY, après CHIRAC, ne fait que poursuivre cette destruction sociale… Le réveil inéluctable de ses victimes ne fera-t-il pas un jour des ravages ?

ALAIN T.
04.01.09 | 10h07
Français, Françaises, le Parti socialiste est au travail… alors tout espoir est permis…!

ALAIN T.
04.01.09 | 10h04
Pour une fois que l’on a un homme qui se soucie de l’adaptation constante aux accidents de terrain… Les « bavardages intelligents » continuent à nous démontrer que tout est raté…

Clovis
04.01.09 | 09h03
Mais cette rupture n’est-elle pas précisément la volonté de réconcilier la politique en France avec un certain pragmatisme? Rompre avec des fractures et préjugés idéologiques jugés dépassés par la prise en compte de la réalité dans toute sa complexité? Rien à voir avec l’immobilisme chiraquien ou l’hypocrisie mitterrandienne… bien au contraire!

Fabio F.
04.01.09 | 08h52
Du temps de Chirac, la France n’aurait pu jouer le rôle de médiateur lors de la crise Georgie-Russie, ni celui que les différentes parties du conflit du Proche-Orient lui demandent de jouer dans l’actuelle crise à Gaza. Le Chirac pote de Poutine, et d’ »Ils ont perdu une opportunité de se taire », n’aurait eu aucune crédibilité auprès des Georgiens, comme non plus auprès d’Israël après l’esclandre médiatique recherché par lui lors de sa visite à Jérusalem en 96. Voilà la rupture!

Christian M.
04.01.09 | 08h27
Bling bling a le mérite selon ses amis de tenir compte de la réalité, son pragmatisme étant sa force. Quel dommage qu’il n’ait pas fait campagne sur ce thème unique, il aurait tout bon et les sondages a 65% qui vont avec.

Christian M.
04.01.09 | 08h17
Le pragmatisme, nouvelle clef de voute de la politique de Bling Bling, a « l’inconvénient » de mettre sous le boisseau ses promesses électorales de réformes. Mais il a pour avantages de pouvoir continuer à en parler dans le poste. Les promesses verbales n’engagent que ceux qui y croient ; à ce titre le bilan 2012 va faire perdre leurs cheveux aux Bling Bling plumes.

Michèle R.
04.01.09 | 08h08
La crise a aidé NS dans un premier temps à masquer sa responsabilité dans la débâcle des middle class, dans un deuxième temps elle révèle la part d’opportunisme et de calculs machiavéliques du personnage. Après le « tout pour parvenir au pouvoir », c’est le « va-tout pour s’y maintenir » : mais l’échéance à 5 ans ne donnera pas d’autre résultat que l’achèvement de la curée du service public en faveur du « tout pour le privé » qui lui a valu ses principaux soutiens pour parvenir au faîte de l’Etat.

antan
03.01.09 | 23h23
Comme il s’était écrié à Neuilly en 1984 « Je les ai tous niqués », il l’a fait aussi en Mai 2007 avec tous les Français avec de belles promesses qu’il n’a pas tenues. S’il veut garder le pouvoir il a intérêt a bien s’accrocher car nous les classes moyennes, on a de la mémoire, surtout lorsqu’on touche à notre fric ; et je lui rapelle qu’on est 12,5 millions d’épargnants qu’il a « couillonnés ».

paolo
03.01.09 | 23h11
Rappelons à Sarko ce qu’il advint de G. Bush père : battu après une campagne militaire victorieuse contre l’Irak de S. Hussein. Il avait trop négligé les affaires intérieures en faveur de sujets plus spectaculaires sur la scène internationale. Sarko l’Américain fait la même chose. Il recherche les succès internationaux, grisé par sa présidence de l’UE. Un petit conflit hors des frontières, c’est mieux que dedans et c’est supposé bon pour le moral. Les dictatures finissent toujours ainsi.

JUAN H.
03.01.09 | 22h12
À ceux qui ne l’auraient toujours pas compris, il faut dire que le but du «maître du haut château» est le POUVOIR pour lui-même, son parti, sa famille, et copains, pour les décennies à venir. Avec l’aide de conseillers zélés et de collaborateurs soumis, il transforme notre «République historique»… en ce que LE PEN lui-même n’aurait pu rêver : une «dictature molle»… Son dernier abus de pouvoir : la main mise sur les «mass média publics»… n’est-elle pas une preuve suffisamment convaincante ?

LibertéEquitéSolidarité
03.01.09 | 22h10
Plutôt que de gloser sur les reculs de Sarkozy devant la « réalité », il serait préférable de s’étendre sur les conséquences à moyen et long terme de la non-mise en oeuvre de ces réformes. Le renvoi de la réforme des lycées aux calendes grecques est beaucoup plus une défaite pour les jeunes sans capital culturel et social que pour Sarkozy ! Idem pour la santé, les retraites, etc. En bout de chaîne, c’est pour les plus démunis que la défaite sera la plus cinglante. Comme d’habitude.

THIERRY P.
03.01.09 | 21h49
NS a le mérite de tenir compte de la réalité, à l’inverse de Mitterrand qui prétendait adapter la société à l’idéologie socialiste (souvenons- nous du fameux « Ministère du temps libre ») avant de reconnaître son impuissance (le « on a tout essayé » contre le chômage), ou du tandem Jospin-Aubry et de leur calamiteuse initiative des 35 h. NS est aux manettes et il choisit, pour l’heure, entre le possible et le souhaitable. Son activisme menace tant de citadelles bâties sur tant de renoncements…

LE PETIT RAPPORTEUR
03.01.09 | 21h09
Il existe indéniablement une rupture depuis l’élection de Sarkozy. Les déficits sont jugulés, le service de santé est socialement rénové, le système de retraite est préservé, le déficit extérieur est limité, la gestion du pays est saine et redistributive, la solidarité a le vent en poupe et le paupérisme est en voie d’extinction malgré la crise économique due à un libéralisme débridé dont Sarkozy a toujours été le pourfendeur. Le pays est bien gouverné par un génie et les résultats sont là !

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Fabien
03.01.09 | 20h41
Rupture, rupture… Déjà, fin 2007, il annonçait des restrictions pour ses ministres et des déplacements en province pour lui : http://menilmontant.numeriblog.fr/mon_ weblog/2007/12/sarkozy-serre-l.html Et que fait-il cette année ? En fait de rupture, il en a fait une, au moins : celle du jeûne du Ramadan, à la Grande mosquée de Paris, notre Chanoine honoraire de l’archibasilique de Saint-Jean de Latran. C’est mieux que rien.

j pierre b.
03.01.09 | 20h12
La seule réalité est qu’il n’a pas réussi à sortir de son « commisariat de quartier  » pour devenir président, la rupture n’a pas eu lieu….

a
03.01.09 | 20h11
Je ne pense pas que la crise « jette un voile » sur le calamiteux TEPA. Ou alors, un voile très précaire,et bien transparent: Côté heures sup, TEPA conduit en pleine recrudescence du chômage, à subventionner les entreprise qui recourent aux H.S. plutôt qu’à l’embauche. Côté bouclier fiscal, elle exonère par avance les plus riches de l’accroissement de l’effort qui devra être demandé à tous sauf eux pour rembourser les dizaines de milliards d’aide fournies sans contreparties aux banques.

Solemnis
03.01.09 | 20h02
Rupture? Est-il besoin de rappeler qu’après avoir été l’exceptionnel ministre du budget du novateur Balladur, NS a toujours été un « suiveur » opportuniste. Et sa présence dans tous les gouvernements depuis 2002 l’a amplement démontré. Mais de quelle rupture voulez-vous parler? ?? Combien de temps faudra-t-il encore pour que la phraséologie vide de sens du candidat Sarkozy ne soit plus confondue avec une véritable pensée politique? Les vessies et les lanternes, vous connaissez?

ilud
03.01.09 | 19h42
mon dieu, mais que va-t-on pouvoir écrire pour Sarko II en 2012 ?

C’est long !
03.01.09 | 19h35
Et il y en a encore pour 1219 jours.

THOMAS T.
03.01.09 | 19h35
Franchement, il faut que j’arrête mon abonnement au Monde, car je paie une somme d’argent par mois, pour lire une critique…qui n’est pas une critique de la politique de monsieur Sarkozy ! Et puis zut, autant attendre la fin des temps pour voir la merde dans laquelle on est à cause d’une bande d’illuminés qui finance avec nos impôts la richesse de certains ! Que faire, que faire ! Rien, le néant, place au néant, tellement c’est affligeant ! Affligeant, vive le parti unique, l’UMP !

Brice Blazy
03.01.09 | 19h34
le Président élu réalise que ce qui apparaîssait comme le pouvoir suprème ne peut s’exercer sans relais. les relais sont devenus des contre pouvoirs très puissants du fait des vagues de décentralisations (état, région, département, agglos, sictom, mairie,…) Au lieu de cela nous assistons à des guerre de chapelles de plus en plus couteuses aux frais du contribuable qui ne sait plus vers qui se tourner afin de régler les problèmes de la vie quotidienne. Le Président doit trouver ses relais.

Suggestion
03.01.09 | 19h33
Puisqu’on ne peut pas le virer avant 3 ans et demi, on pourrait lui suggérer de nommer Aubry comme premier ministre (si vous préférez Delannoë, va pour Delannoë) qui s’occuperait de la France (Hôpitaux, Education, Développement durable, etc.) et il serait libre de voyager comme bon lui semble. Un peu comme Chirac avec Jospin.

Sylvie P.
03.01.09 | 19h31
certes écrire « a cédé » sonne comme une anticipation. Mais je crains que la rupture d’un seul (NS), un leurre électoral, devienne tout ou tard une grand solitude, car un pays, ça se gouverne.

De ma presqu’ile
03.01.09 | 19h13
Quelque que soit le contexte, croissance ou crise,cette analyse néglige totalement les raisons profondes de l’ambition personnelle de NS: vendre, sous prétexte de réforme(s),les derniers avoirs collectifs des français à ses amis ou pour le profit de ses amis. Une analyse approfondie du dossier Alstom par ex. permettrait au Monde de commencer à y voir clair.Tout le reste n’est que rideau de fumée et cirque pour le petit peuple. Son objectif : enrichir ses amis qui le lui rendront bien ensuite.

kickaha – Baratin
03.01.09 | 19h06
Le plus drôle c’est le baratin qu’il nous a fait au sujet du rétablissement de l’Autorité a l’école. Pour ensuite faire mettre en prison un enseignant qui avait gifflé un élève l’ayant insulté… Dommage que le pays reste figé dans l’immobilisme, mandature après mandature…

Francois F.
03.01.09 | 18h54
Comme déjà dit: « s’il ne peut assurer la catastrophe, l’opposition pourrait s’en emparer »

olivier M.
03.01.09 | 18h51
Avant de mettre en cause les « corps intermédiaires », il faudrait peut être regarder du coté des « concepteurs » de ces réformes qui n’ont pas du passer beaucoup de temps à analyser la situation et identifier ce qui est vraiment à réformer. Si toutes les réformes sont aussi bien préparées que celle des universités il ne faut pas s’attendre à beaucoup de progrès.

Yves
03.01.09 | 18h44
Oui, la rupture promise par NS n’était destinée qu’à gagner l’élection en évitant de se poser en héritier de Jacques Chirac, tout en étant un membre éminent des différents gouvernements du second mandat. Le volontarisme ne suffit pas à faire une bonne politique. Le problème essentiel de notre pays est celui de la répartition de la valeur ajoutée entre capital et travail. Les différents gouvernements (de droite et de gauche) n’ont pas su pour le moment attaquer de problème. Alors…

if (provenance_elt !=-1) {OAS_AD(‘x40′)} else {OAS_AD(‘Middle’)} dans NICOLAS SARKOZY

Louis D.
03.01.09 | 18h43
La seule vraie rupture ce serait celle qui abandonne le capitalisme au profit d’un système plus performant et plus juste au sens humain. Sans doute trop difficile pour des hommes politiques dont la pensée est coulée dans l’occidentalisme triomphant de l’après-guerre.

yoousmarais
03.01.09 | 18h42
Rupture…mais en quoi? Lorsqu’un ultra libéral prend la place d’un ultra libéral, je m’interroge sur la nature de la rupture. La grande majorité des décisions prises vise à accroitre la richesse de ceux qui l’ont acquise et à appauvrir les autres. Quant à l’impuissance, elle serait plutot l’apanage de ces libéraux qui préconisent de privatiser les services qui dégagent de la marge pour, en revanche, étatiser les pertes et crier à l’aide dès que leur incurie met les comptes dans le rouge.

Gladiator
03.01.09 | 18h37
La rupture n’est pas idéologique puisque Sarkozy malgré ses rodomontades a été de tous les gouvernements depuis 2002, a soutenu la politique qu’il dénonce maintenant et qu’il était patron de l’UMP avant 2007; tout ça c’est bling-bling- abracadabrantesque! Par contre, la rupture avec les Français, elle est bien là ….

Jean-Alain L.
03.01.09 | 18h37
Une volonté de réformer ne suffit pas. Il faut qu’elle soit portée par une confiance dans un plus de justice et plus de progrès social. Rien depuis 2 ans ne va dans ce sens et la critique du capitalisme par le président bling bling et ses amis du Fouquet’s n’est tout simplment pas crédible. La « rupture a cédé devant la réalité » ? Etait elle authentique ou participait elle du vent médiatique qui emporte le système des néocons ? Le jouet est cassé Mr le président.

Zébulon II
03.01.09 | 18h37
La seule rupture qu’incarne Zébulon Ier, c’est celle de la France qu’il s’ingénie, qque que soit le sujet, à couper en 2 : privé contre fonctionnaires, actifs contre chômeurs, vieux contre jeunes. Zébulon Ier n’agit que dans la confrontation, il est en train de briser la solidarité qui régnait dans la société française et cela sera lourd, très lourd de conséquences, surtout en période de crise, quand la rue s’enflammera !!!

michel a.
03.01.09 | 18h28
La réalité est quelque chose de tout à fait encombrant, en politique comme ailleurs. Le mieux à faire, c’est de ne jamais en tenir compte et de vivre dans le rêve. C’est plus facile quand on est riche et bien portant, mais les autres n’ont qu’à faire un effort…

Gigi23
03.01.09 | 18h13
Les Francais ont elu un pompier… Specialiste des incendies, il n’a aucune vision pour la France.

LIONEL P.
03.01.09 | 18h10
Comment incarner un état « protecteur » quand on le désosse à l’image de ces bateaux entrevus en Inde sur des chantiers de démolition? Comment justifier qu’on maltraite les enseignants, les personnels soignants et qu’on en réduise le nombre, quand ceux-ci incarnent non seulement une dépense mais aussi et surtout un investissement pour le bien commun présent et à venir, et accessoirement des salariés qui consomment? Combien de jeunes sans emplois stables pour créer des CDD dans le secteur public?

GURA4316
03.01.09 | 17h52
Certes, il y a les contingences.La crise du système libéral oblige NS à biaiser. Mais quant à la ligne globale elle reste, noyée dans un tourbillon de paillettes destiné à distraire l’attention. Le souci affiché des classes moyennes, le travailler plus… n’étaient que de la propagande pour gagner les élections. Le fond demeure, diminuer les couts salariaux, diminuer les impots pour les riches et continuer à démolir le service public au bénéfice de ses copains, Bouygues, Leclerc , Bolloré.

Pierre G.
03.01.09 | 17h43
Cet article est un tableau. Une belle description bien reflechi. L’auteur aimerait bien conclure par une petite démonstration d’anti-sarkozysme, mais n’y arrive pas. Oui, la crise change totalement la donne. Les engagements ne peuvent logiquement plus être tenu. Il faut s’adapter. Et ensuite ? quelle démonstration ? Il assure ou il se plante ? La faiblesse de l’opposition me donne un élement de réponse.

fejjf
03.01.09 | 17h33
c’était juste la rurupture, a droite toutes… Plus de ministres et de conseillers qu’avant toujours plus de dépenses, bref ce qu’on appelle une noyade forcée

THIERRY L.
03.01.09 | 17h31
Monsieur Sarkozy aurait pu, selon la tradition, être inutile comme beaucoup d’autres avant lui, mais monsieur Sarkozy a choisi une autre voie, gouverner le pays selon ses pulsions (et celles de ses proches conseillers) moyennant quoi il est devenu nocif. Qui peut par exemple justifier aujourd’hui le « Paquet Fiscal » ? (réduction d’impôts de 15 milliards d’€/an réservée aux contribuables les plus aisés). Le chomage explose ? Le déficit budgétaire est indécent ? pas grave les riches sont à l’abri !

Roger L.
03.01.09 | 17h24
L’inventaire est complet, ce qui rend le constat plutôt cruel. L’échouage du projet sarkozien était de toute manière inévitable, même sans la crise, tant paraissaient inconciliables les promesses. Pour l’instant, curieusement, le Président continue à vivre sur son capital de mots. On lui accorde encore un vague crédit de réforme mais le mirage, une fois dissipé, risque de révéler les échecs: cadeaux aux riches, demi réformes qui ne donneront pas de résultats significatifs, dette effroyable.

Emile G.
03.01.09 | 17h07
Un inventaire triste, sinistre même pour le citoyen. Mensonges, reniements, tromperies, reculades, dérobades, faux semblants, artifices : voilà les mots que l’on peut accrocher à chaque ligne de cet inventaire. Et ce monsieur ose s’appeler chef d’Etat ! Il est sain et courageux que M. Leparmentier ait osé établir ce funeste bilan.

THIERRY L.
03.01.09 | 17h05
« Transformé en gestionnaire de crise permanent », l’expression est juste. Moyennant quoi monsieur Sarkozy ne sait pas où il va et nous non plus. Comme ces prédécesseurs, il occupe la fonction suprême, peu importent la manière et les circonstances pourvu qu’il laisse une trace, SA trace, dans l’histoire. L’histoire qui oubliera peut-être ses comportements mafieux (grâce de Marchiani) et ses amitiés avec les milliardaires mais sûrement pas le torrent de promesses devenues caduques avec le temps.

G.
03.01.09 | 16h32
Pourtant la réalité, ce n’est pas M.Sarkosy et le gotha qui l’entoure qui la vivent, ce sont avant tout les gens de milieu modeste et peu fortuné.

OMER
03.01.09 | 16h30
« travailler plus pour gagner plus  » est un slogan de campagne de Sarkozy rappelé ici par lemonde.fr d’une manière un peu étrange .En effet , son auteur indique avant que « travailler plus …. » renvoie à une « révolution idéologique » qui serait le début quinquennat . Attribuer à ce slogan le qualificatif d’ « idéologique » n ‘est -il pas excessif ? Quant à lui attribuer un caractère  » révolutionnaire  » , de quelle révolution s’agit -il ? Copé confirme : « on est (..)pas dans la révolution « .

z
03.01.09 | 16h25
origine de la dite rupture : NS ayant quitté le camp Chirac pour le camp Balladur lors des présidentielles de 95 il est devenu la bête noire des Chiraquiens. Il s’est alors servi de ses mauvaises relations avec la camp Chirac pour apparaitre comme une rupture par rapport au camp chiraquien. Le camp chiraquien étant discédité, la tactique s’est révélée payante. Mais sans l’épisode Balladur, NS se poserait il aujourd’hui comme la rupture ?

Laurent L.
03.01.09 | 16h17
… de « lâcher les freins », et en particulier de réduire le poids de l’Etat. En contexte de crise, il s’agit d’abord de limiter la casse « sociale » => retour à certaines recettes précédentes. Que les déficits augmentent et qu’on prenne des mesures de soutien en période de récession, c’est logique. Les vrais coupables de la situation de la France sont ceux qui, par opportunisme électoral, ont fait vivre le pays au dessus de ses moyens pendant 35 ans: principalement Mitterrand et Chirac.

Laurent L.
03.01.09 | 16h11
Il y a beaucoup de points vrais dans cet article, mais à force de vouloir enfoncer Sarko (ligne éditoriale majeure du Monde depuis le changement de direction, et, j’imagine, depuis qu’il a compris que c’est ça qui fait vendre auprès de son public), il oublie l’essentiel: c’est qu’il est évident qu’on ne pilote pas un pays en période de crise mondiale comme en période de prospérité. La campagne de 2007 s’est déroulé dans un contexte de croissance où la France était à la traîne. L’enjeu était…

olivier l.
03.01.09 | 16h10
« A cédé » ? Vous vous moquez de nous? Sarkozy est en train de tout casser : l’école, l’université, la santé publique, la télé publique, et tout ce qui reste de service public sans que personne de fasse rien (les français sont aux sports d’hiver disent les journaux).Pourtant il n’y a plus d’opposition, et les gens ont peur de l’ouvrir. Quant à la réalité, notre Zébulon national l’a congédié depuis longtemps. Il n’a rien cédé du tout, le déni de réalité continue, et c’est là le problème.

Dubonsens
03.01.09 | 16h06
Article globalement plutôt critique mais, par souci de ménager la chèvre et le chou, le journaliste s’emmêle un peu les pinceaux et surtout n’aboutit nulle part ! Le nouveau « style » du Monde le conduit inéluctablement à son enlisement et au désamour de son lectorat fidèle.

michel j.
03.01.09 | 16h02
finalement, cher journaliste arnaud, tout est noir pour vous !!!

artru+marie
03.01.09 | 15h35
Ou comment Leparmentier nie la realite du changement car la France qui marche, ca l’embete…

Christiane D.
03.01.09 | 15h33
« l’Elysée met ouvertement en cause l’inertie des corps intermédiaires ». En effet, Ces corps sont devenus des Etats dans l’Etat ! C’est ce que le Français lambda voulait changer, mais comme d’habitude effrayé par son audace et possible perte de privilièges, il recule. Ce pays cigale vit en blocage permanent, d’où son déclin marqué. Quant à s’aligner sur la politique américaine, c’est une sottise quand on en voit les résultats. Par contre, si c’est pour faire tourner l’industrie, c’est réussi.

baragiano
03.01.09 | 15h29
tel était pris qui croyait prendre?

Renaud d.
03.01.09 | 15h29
Un article extremenent partisan que pourrait signer la totalite ( 50%+50%) du parti socialiste. Aucun commentaires sur la capacite d’adaptation et l’absence totale d’ideologie qui permet de faire des choix en face de chaque nouvelles situation. Rupture par rapport a Jospin et la gauche plurielle qui ne decide que par ideologie et rupture par rapport a Chirac qui decide de ne rien faire.

Olivier R.
03.01.09 | 15h21
Le problème au fond est que le paysage politique français est totalement misérable, et que la « meilleure tête » est Sarkozy. C’est dire l’état de déliquescence de la classe politique.

christophe d.
03.01.09 | 14h51
Journalisme ou militantisme PS ??

alain sager (nogent sur oise)
03.01.09 | 14h49
La meilleure preuve de la continuité est là. Comme les autres présidents de la République, l’actuel s’amuse beaucoup plus en politique étrangère qu’en politique intérieure. En fait, la France, c’est le boulet qu’il faut se coltiner, alors qu’on se sent des ailes dans l’international. Qu’on se rappelle de Gaulle. Il préside une réunion sur la stratégie militaire. A un moment, un officier s’inquiète : « mais l’intendance, mon général ? » – « L’intendance suivra » réplique-t-il. Un détail encombrant…

L’exercice du pouvoir a eu raison des tentations communautaristes

 

Discrimination positive, politique de quotas et statistiques ethniques, en passant par les lois mémorielles : vingt mois d’exercice du pouvoir ont effacé de la vulgate sarkozyste tout ce qui, de près ou de loin, pouvait être interprété comme un signal favorable au communautarisme.

Le chef de l’Etat a refermé ce chapitre essentiel de la « rupture » lorsqu’il a présenté, le 17 décembre 2008, à l’Ecole polytechnique, les mesures qu’il souhaite voir mises en oeuvre en faveur d’une « égalité réelle des chances ». « Répondre au défi de la diversité en recourant à des critères ethniques ou religieux conduirait à prendre le risque de dresser les communautés les unes contre les autres et enfermer chacun dans son identité et son histoire », a affirmé le président, en indiquant « avoir mûrement réfléchi » à la question.

 

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Verbatim L’intégralité de l’allocution présidentielle

Nicolas Sarkozy avait déjà mûrement réfléchi à ces questions bien avant d’entrer à l’Elysée. Pour en conclure, alors, qu’il y avait là matière à se distinguer nettement de ses principaux adversaires et rivaux, au premier rang desquels figuraient Jacques Chirac et Dominique de Villepin. Arguant de l’échec du modèle républicain d’intégration – qui assigne à chaque citoyen, quelles que soient ses origines, des droits et des devoirs -, M. Sarkozy a longtemps plaidé en faveur d’une prise en compte explicite de ces origines. Il estimait que c’était le seul moyen de mesurer et de corriger des discriminations persistantes.

GARANT DES MÉMOIRES

Partant de ce diagnostic, M. Sarkozy a multiplié les gestes et les déclarations visant à faire reconnaître l’identité culturelle et religieuse des minorités vivant en France. Ses deux passages Place Beauvau – dans les gouvernements Raffarin (2002-2004) et Villepin (2005-2007) – lui ont permis de creuser ce sillon.

Ce fut d’abord la mise en place du Conseil français du culte musulman (CFCM). Puis des plaidoyers de portée plus générale et systématique en faveur de la discrimination positive – jusqu’à souhaiter publiquement la nomination d’un « préfet musulman » – et de son outil, le comptage ethnique. « Je n’ai toujours pas compris pourquoi certains trouvent choquant que l’on répertorie en France les catégories de populations selon leur origine. (…) Si l’on refuse de reconnaître la composition de la société française, comment pourrons-nous intégrer ceux à qui l’on nie leurs spécificités et leur identité ! », s’est ainsi exclamé M. Sarkozy, le 2 mai 2006, lors de l’examen par les députés de son texte sur l’immigration.

Quelques mois plus tôt, M. Sarkozy avait déjà fait une incursion remarquée dans la vaste querelle de frontière entre histoire et mémoire qui avait surgi après le vote d’un amendement sur « le rôle positif » de la colonisation, et relancé de multiples revendications identitaires. En confiant à l’avocat Arno Klarsfeld un « travail approfondi sur la loi, l’histoire et le devoir de mémoire », le président de l’UMP s’était érigé en garant des mémoires ; et des « communautés » correspondantes, qui représentaient des réserves de voix non négligeables dans la perspective de l’élection présidentielle de 2007. M. Sarkozy a toutefois atténué ce type de messages lorsqu’il est entré de plain-pied dans la campagne présidentielle. En décembre 2006, son conseiller Henri Guaino était formel : « La France est foncièrement anticommunautariste. Le principe d’égalité est sa clé de voûte. L’unité est une obsession. On ne peut revendiquer le communautarisme si on veut incarner ce pays. »

Deux rapports ont récemment achevé de convaincre le président d’oublier certains de ses anciens penchants. Le 18 novembre 2008, la mission d’information de l’Assemblée nationale sur les questions mémorielles a invité le Parlement à ne plus légiférer sur l’histoire ni prescrire le contenu des manuels scolaires. Un mois plus tard, Simone Veil a remis à M. Sarkozy un autre rapport excluant, celui-ci, toute réécriture du préambule de la Constitution qui permettrait d’instaurer une politique de discrimination positive sur des fondements ethniques.

Jean-Baptiste de Montvalon

La direction de l’UMP veut investir la Toile pour fonder un réseau communautaire

 

Le nouveau secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, devra mettre en œuvre la mutation : basculer le parti sur Internet. Inspiré par les méthodes de Barack Obama, qui avait fait de la Toile son arme de communication, Nicolas Sarkozy a donné six mois aux dirigeants de l’UMP pour se doter d’une infrastructure performante.

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Depuis l’été 2008, une cellule stratégique, composée d’un spécialiste des études d’opinions, Pierre Giacometti, du communicant Christophe Lambert, du publicitaire Jean-Michel Goudard et de l’ancien journaliste Patrick Buisson, a élaboré un diagnostic. Chaque semaine, la cellule s’est réunie autour de Xavier Bertrand et de Nathalie Kosciusko-Morizet. A la lecture des études apportées par M. Giacometti, la direction de l’UMP a étudié à la loupe les attentes des Français et leurs relations aux partis politiques.

Le diagnostic posé, l’UMP a sélectionné, en décembre, l’agence Isobar pour refonder son site Internet et inventer les outils d’un réseau communautaire. Le chef de l’Etat veut faire de l’UMP un parti de masse, capable de dépasser les seuls militants pour s’ouvrir à des publics non encartés mais intéressés par la chose publique. Et susceptible, en période électorale, de transformer un membre de la communauté en relais d’opinion.

Premier parti de France avec 280 000 adhérents, l’UMP a vu fondre ses effectifs comparé à la campagne présidentielle de 2007, où elle avait atteint 375 000 adhérents. Sous la pression de M. Sarkozy, Patrick Devedjian avait dû inventer des stratagèmes pour regagner des militants.

L’EXEMPLE DE BARACK OBAMA

Il avait notamment décidé d’avancer l’échéance du renouvellement des instances locales pour inciter les militants à renouveler leur adhésion. Il avait acté l’organisation de primaires pour les élections régionales. Mais les dirigeants savent qu’ils ont atteint un plafond dans la configuration actuelle.

Le tournant d’Internet va impliquer des choix stratégiques et financiers, ainsi que des redéploiements de personnel pour ce parti qui emploie déjà 110 personnes. « Nous allons changer les métiers de l’UMP, aller vers plus de professionnalisation », explique un membre de la direction. Là aussi, le parti prend exemple sur Barack Obama, qui s’était entouré des meilleurs professionnels de la Toile, en recrutant notamment le cofondateur du réseau Facebook, Chris Hughes.

Jusqu’à présent, les tentatives de l’UMP pour investir Internet n’ont pas été vraiment concluantes. Les « ateliers du changement » organisés autour d’économistes sur le thème de la refondation du capitalisme et diffusés en direct sur le site n’ont pas drainé un public massif. Ni les nouveaux formats de débats de société, « Controverses » et « Agit’pop », animés par Mme Kosciusko-Morizet.

« Le but est de montrer que le débat d’idées s’exerce à l’UMP et non plus à gauche », justifie la direction. Les conseillers de M. Sarkozy ont pour seule ligne d’horizon 2012. « C’est dans la campagne présidentielle qu’un parti, un candidat, peut susciter des mouvements de fond d’adhésions. Et c’est à ce rendez-vous que nous nous préparons », expliquent-ils.

Sophie Landrin

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David T.
03.01.09 | 18h58
Et quel slogan ces génies vont ils nous pondre: la continuité agitée, ou la rupture tranquille? Obama avait un truc à vendre lui!

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David I.
03.01.09 | 11h04
Je suis étonné par le contenu de toutes les informations que nous offre la journaliste du Monde… quelle précision! J’attends donc le 24 janvier pour trouver confirmation. Je ne manquerai pas d’en faire l’analyse. Et puisque c’est le moment des voeux… j’aimerais que monsieur Le Monde soit pour l’année qui vient et les autres… un peu plus précis, un peu plus analytique, un peu plus objectif! C’est un des voeux! Alain de C

VISITEUR DU SOIR
03.01.09 | 00h07
Voila Patrick Buisson qui sort du coin du bois ! Le crypto frontiste qui a inspiré le programme réac de Sarkozy et du sinistre Hortefeux !Avec lui la France n’est pas préte d’élire un B.OBAMA !

LE SYCOPHANTE DECHAINE
02.01.09 | 20h48
Sarkozy n’a pas compris que l’on ne gouverne pas la France par des effets d’annonce, des coups médiatiques ou des gesticulations itératives. Gouverner, c’est d’abord avoir une vision cohérente pour l’avenir, c’est aussi donner l’exemple et faire en sorte que les efforts nécessaires soient partagés par tous. Or, les mesures sarkozyennes se situent aux antipodes de ces données basiques, d’où les ravages prévisibles d’une politique erratique sans véritable cap, hormis celui de servir une coterie !

thierry g.
02.01.09 | 18h54
c’est zarbi, mais Ségolène Royal a organisé sa campagne hors PS sur Désirs d’avenir, elle a organisé des réseaux sur l’internet …etc…zarbi, sinon cohérent que Martine Aubry refuse avec sa bande de ringards cette modernisation de l’action miltitante et que le congrés du Ps se soit fait « contre » l’idée d’un parti de masse et les militants à 20 euros : camarades, tenez bons ! Et restez sur la « ligne politique » : pas d’internet.

L’OURS
02.01.09 | 18h50
La com c’est son point fort à Sarkozy, son dada même, de plus il bénéficie du soutien partial de quasiment tous les medias français. Alors la Toile avec notre argent et celui des riches militants UMPistes, c’est une suite logique sauf que, nous internautes on n’est pas dupes, on n’est pas des spectateurs de TF1. C’est malheureux que son point fort ne soit pas l’économie, le social, l’éducation et toutes ces choses qui font un bon président… En 2012, on en trouvera un(e) bon(ne) président(e)!

Martine D.
02.01.09 | 18h48
Interet c’est le débat et la liberté, avec parfois, des conséquences imprévisibles… Bien loin de la culture UMP, et encore plus loin de ce que nous savons NS! Qui se laissera prendre? Les naïfs qui ont cru aux précédentes promesses? Ce n’est pas gagné!

C.Quest
02.01.09 | 18h45
investir la toile, lol, ils n’y sont pas encore? bah cela ne feras que du bruit en plus su le net, l’UMP seras noyé dans la masse comme tout les autres. en tout les cas, il est clair que cette stratégie signe la fin probable de TF1 comme relais prioritaire de l’infos gouvernentale ou de la télé comme 1er lieu d’investisseent du politique. la télé a « papa » vie sans doute ces dernières années.

Guy D.
02.01.09 | 18h45
simplement efficace, et une bonne leçon pour les amateurs du ps. Heureusement que l’ on avait pas ces guignols en ce moment. Alors martine si on veut gagner, fais en autant, c ‘est l’ avenir

02.01.09 | 17h53
Décidément, NS sait s’y prendre : un coup d’avance sur ses adversaires : pendant que le PS continue à chercher son identité, le président de la république et de l’UMP passe déjà à l’étape suivante. C’était déjà le cas pour la présidentielle de 2007. Alors, camarades, on se réveille ou on attend 2017 ?

Perplexe
02.01.09 | 17h51
Obama n a pas ete elu grace a la Toile. A un moment donne, Mc Cain et lui se divisaient l’electorat. Les erreurs des republicains, la crise financiere, la montee du chomage ont fait basculer l electorat en faveur du changement qu incarnait les democrates en general, Obama, en particulier. Si NS base son programme de 2012 sur Giacometti et compagnie en faisant du sur-mesure, il est perdu. L’electorat ne sera pas dupe.

Pas glop
02.01.09 | 16h50
Le but étant évidemment de rebaptiser internet : UMP. Ainsi, chaque français aura sa connection UMP pour parler avec Dieu.

PROLO
02.01.09 | 16h23
Depuis les Municipales j’ai créé le Réseau Victor Hugo de la France libre. J’organise des commentaires dans Le Monde et le Figaro puis je communique leurs contenus à mon réseau… Bien entendu ce réseau n’est encore qu’une initiative modeste mais il permet de mieux organiser les poussées politiques. On peut multiplier cette initiative. Chaque adhérent à l’UMP peut aussi créer le sien..! Il faut investir la Toile et créer un Grand réseau communautaire et fédérateur pour que Vive La France libre.!

michel a.
02.01.09 | 15h55
Un outil de communication, c’est comme un gant, ça se retroune… S’il y a des gens que cela amuse, invitons-les à participer aux « débats » mis en place par la nouvelle partie pensante de la société… Et à les rendre contre-productifs : la comm’, c’est de la comm’, ça ne sert qu’à faire semblant en disant plutôt qu’en faisant. Alors, alllez-y, les petits, amusez-vous avec les jouets qu’un pouvoir infantilisant vous propose ! Vous pouvez en faire autre chose que ce qui était prévu !

Ju
02.01.09 | 13h42
« Le but est de montrer que le débat d’idées s’exerce à l’UMP » Ah bon il y a un débat d’idées à l’UMP? Alors un débat d’idées ou le président officieux de ce parti (N.S) fixe les règles, régit le débat et statut au final sur les idées à adopter… Un débat ou une seule personne à le droit de s’exprimer sans se faire remonter les bretelles, le concept me laisse dubitative tout de même.

in vino veritas
02.01.09 | 13h33
cela me rappelle Carnaval : où chacun se fabrique de beaux chars ridicules destinés à la parade … PS ou UMP ? A tout le moins, le plus soviétique et le moins démocratique reste quand même l’UMP. Et ce n’est pas en mettant le rouge à lèvre INTERNET que le maquillage ne risque pas de couler sous la pluie de la Crise. Allez bon année Nicolas car c’est dur d’être aimé par etc etc

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florian
02.01.09 | 13h30
Quand on sait que se doter d’un véritable outil de communication online de nos jours, couplé à des campagnes publicitaires internet bien ciblées, le tout dans le cadre d’un stratégie digitale sur 3 ans peut couter de 1 a 3 Millions d’euros, on peut en conclure que dorénavant, l’argent est bien devenu le meilleur atout pour l’accès au pouvoir.

Des vessies pour des lunes!
02.01.09 | 12h24
Communautaire ou « communautariste »? Ils se sentent si mal que ça, menacés par la Toile? C’est la meilleure nouvelle… l’UMP en minorité sur le Net. Qu’ils y restent à ressasser tous seuls les palabres de leur Grand Manitou « fils de lunes »! Sarko essaierait de vous faire croire qu’il en a plusieurs dans son télescope…Moi, je me mets sur anti-spam UMP… ce logiciel est-il déjà commercialisé? Je suis intéressé!

Flying_Lolo
02.01.09 | 12h24
Mes bonnes résolutions en ce début d’année : 1 – Lorsque l’Internet se sera réduit complètement au réseau de l’UMP, je me déconnecterais ! 2 – D’ici là et plus que jamais, je me protégerais…

legrosminou
02.01.09 | 12h01
Une suggestion : se souvenir du Président de l’Augmentation du Pouvoir d’Achat, promis il y a deux ans. Mais l’Omniprésent a trouvé d’autres urgences supérieures, comme la réorganisation de l’UMP.

Guy L.
02.01.09 | 11h45
La multiplication des sites UMP 1)pour QUI? aux adhérents pour enrayer la défection? aux sympathisants pour qu’ils franchissent le pas? ceux de l’opposition à convaincre? 2)pour QUOI? du prosélytisme en distillant le catéchisme à l’aide de questions/réponses types?ou devenir un service pointu, répondant aux préocupations de chaque français? Les USA ne sont pas la France,la campagne Obama fût plus apparentée à du harcelement qu’aux débats d’idées.45% seront réfractaires 45% acquis,10% indécis

C. A.
02.01.09 | 11h29
Dans la mesure où c’est M. Sarkosy qui décide de tout ça occupera la direction de l’ump, une bonne initiative !

OLIVIER M.
02.01.09 | 11h24
Pour faire passer un message sur la toile, encore faut-il en avoir un. Le bombardement d’idées saugrenues auxquels le président donne le nom de communication agacera autant sur le web que sur les ondes.

THERESE M.
02.01.09 | 11h06
Un parti de masse;tiens ,tiens cela me rappelle quelqu’un.N’est ce pas la nouvelle équipe du PS,

Michèle R.
02.01.09 | 10h59
Pour le pot de fer contre le pot de terre, ils sont fortiches ! Manque de pot, le sigle UMP et le détournement hypocrite du P de Présidentielle, remplacé aux élections 2007 par le P honteusemement usurpé de « Populaire » n’attirera guère que quelques poussières égarées sur la toile d’araignée et fera fuir le gros du gros gibier, prêt depuis longtemps à prendre le maquis : Moralité on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre !

CHARLES C.
02.01.09 | 10h59
Le net est un média à part entière qui tient aujourd’hui le rôle de la place de village qui n’existe plus ! Investir le net est incontournable. Surtout pour un parti politique. Il n’y a pas d’autres solutions. Le PS devrait aussi y consacrer ses principaux moyens. La toile, pour chacun, doit être à plusieurs niveaux. Et à chaque niveau l’objectif est de rechercher le contact avec le non encarté. Le plus dur sera le supplément d’âme, le french touch à définir pour chaque niveau.. joli challenge

 

 

 

Télévision sans « pub » : le choc du 5 janvier

A partir de lundi 5 janvier 2009, France Télévisions ne pourra plus diffuser de publicité entre 20 heures et 6 heures. La mesure avait été annoncée, à la surprise générale, il y a tout juste un an, par le président de la République, Nicolas Sarkozy.

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Entretien « A mes yeux, c’est comme si on avait démantelé une filière importante de la drogue »

 

Faut-il pour autant s’attendre à un « big bang » dans le paysage télévisuel ? Et quand ? Le rythme de la vie quotidienne des Français va-t-il changer ?

Pour inaugurer ses nouvelles soirées sans publicité, France Télévisions a avancé la pendule de ses programmes d’un quart d’heure. Finis les tunnels de publicités et d’autopromotions : les prime times de France 2 et France 3 démarreront désormais à 20 h 35 et non plus à 20 h 50.

Et les chaînes privées ? Lundi, pour cette première, la soirée avancée du service public ne bousculera pas celles de TF1 et M6 ni celles des chaînes de la télévision numérique terrestre (TNT). France 2 diffusera un documentaire ; France 3 proposera une version « spécial juniors » de son jeu quotidien « Questions pour un champion ». TF1 offrira à son audience Avalanche, une fiction catastrophe, et M6 le film Podium.

Les deux grandes chaînes privées semblent pour l’instant privilégier la prudence, sinon l’attentisme, face aux changements de France Télévisions. Officiellement, TF1 ne bouge pas : début de soirée à 20 h 50, comme à l’habitude. Mais, ainsi que l’indique le directeur de l’information, Jean-Claude Dassier : « TF1 va être pragmatique. »

Preuve de son « pragmatisme », TF1 a cessé la commercialisation d’un de ses écrans de publicité de prime time. Celui de 20 h 40. La direction de la chaîne leader ne semble pas s’attendre à des changements rapides. Les habitudes de consommation de la télévision en soirée sont « quasiment des biorythmes », explique M. Dassier. Mais TF1 veut pouvoir réagir vite si ses téléspectateurs fuient vers la concurrence. Le carrefour du 20 h 30-21 heures est stratégique. A lui seul, il draine 15 % des revenus publicitaires des télévisions commerciales en clair. Interrogée, la direction de M6 « ne veut faire aucun commentaire ». Pourtant, la chaîne a déjà réagi. A partir du 5 janvier, ses prime times sont avancés de dix minutes. Ils commenceront à 20 h 45.

Numéro un de la télévision payante, Canal+ a choisi, comme TF1, de ne pas bouger. « Toute la question est de savoir si les gens vont modifier leurs modes de vie », analyse Rodolphe Belmer, directeur général de Canal+. Dans un premier temps, Canal+ « va attendre de voir si les gens bougent ». Mais rien ne dit que la démarche de France Télévisions fasse école.

« Il ne faut pas sous-estimer l’intérêt du temps mort entre la fin du « 20 heures » et le début des programmes de prime time. Cela permet aux gens de faire leur choix et de s’installer pour la soirée », pointe Jean-Pierre Cottet, directeur du business development chez Lagardère, ancien directeur général de France 3, France 5 et ex-patron des programmes de France 2. A l’en croire, il existe une règle d’airain à la télévision : « Les chaînes les plus faibles doivent se caler sur le rythme de la grille des télévisions les plus fortes. »

Les acteurs de la TNT n’ont pas encore arbitré entre TF1 et France Télévisions. A l’image de TMC, elles ont « un tout petit peu avancé leur prime time en attendant que les choses se mettent en place ». Désormais, à TMC, Direct8, NRJ12 et W9, la soirée de la TNT commence à 20 h 40.

« DES AJUSTEMENTS DANS L’ANNÉE »

In fine, indique M. Cottet, « tout dépendra de la force d’attraction et de la qualité des programmes ». Il prévoit déjà qu’il y aura « des ajustements tout au long de l’année ». Faute de publicité après 20 heures, France Télévisions devrait donner une visibilité supplémentaire à ses programmes de deuxième ou troisième parties de soirée. Ainsi, « Ce soir (ou jamais !) », le magazine culturel quotidien de Frédéric Taddeï est avancé, dès lundi, à 23 heures.

Annoncée il y a un an par M. Sarkozy, la suppression de la publicité sur France Télévisions a suscité – et continue de susciter – de vives polémiques. Les partisans de cette réforme se réjouissent qu’enfin « chaînes privées riment avec argent privé et télévisions publiques avec fonds publics ». Les opposants dénoncent les cadeaux faits aux chaînes privées, notamment à TF1. Ils disent leurs craintes pour la pérennité du financement et l’indépendance future de France Télévisions.

Pour ce premier exercice, le manque à gagner des chaînes publiques, estimé à 450 millions d’euros, devrait être compensé à l’euro près. Mais l’avenir n’est pas garanti. L’Etat mettra la main à la poche. En contrepartie, il choisira les futurs présidents de France Télévisions. Conformément au voeu de M. Sarkozy, les prochains PDG des chaînes publiques seront directement nommés en conseil des ministres. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) n’aura plus qu’un avis consultatif. Pour certains, cette procédure renvoie France Télévisions aux heures grises de l’ORTF. Le projet de loi crée aussi une unique société nationale de programmes. Une menace, selon les syndicats des chaînes publiques, qui redoutent un plan social. Voire un démantèlement de France Télévisions.

Guy Dutheil

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Quince
04.01.09 | 09h39
Enfin des émissions qui débutent à 20H35 !!! La couche-tôt que je suis apprécie !! Marre des pubs qui n’en finissent plus et qui prennent les gens pour des c… Pour moi, moins de pubs = plus de crédibilité pour une chaîne !!

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Gigi23
04.01.09 | 01h00
Cher Thibaut d., votre commentaire m’attriste. D’abord parce que vous parlez de qqe chose qui ne semble pas vous concerner, puisque vous ne regardez pas la television. Ensuite, parce que cette reforme va poser un gros probleme de finacement, comme le souligne Louis. Enfin, parce qu’en tant que socialiste, vous devriez vous inquieter de l’independance des medias et de leur role dans notre societe. Cette reforme est mauvaise et il y avait possiblite d’amenager autrement la publicite sur le S P.

HENRI G.
03.01.09 | 23h43
A « Louis D. » Je préfére payer un petit impot direct pour financer la télévision qu’un gros impot indirect: la publicité n’est pas gratuite, lorsque vous consommez vous payez plusieurs fois les dépenses publicitaires sous forme de hausse de tarif.

LE PLOUTOCRATE EN ACTION
03.01.09 | 20h54
Nous sommes vraiment gouvernés par des hommes d’Etat soucieux de l’intérêt général. La suppression de la publicité sur les chaînes publiques et la nomination de leurs dirigeants par Sarkozy ccnstituaient une priorité absolue. Et, comme gouverner c’est prévoir, le manque à gagner sera compensé à l’euro prés par de nouvelles taxes tout en maintenant globalement le même nombre de salariés. Cette réforme conjugue bonne gestion et démocratie. Loué soit notre grand président, héraut de la rupture !

Olivier R.
03.01.09 | 20h19
Je vais donc devoir payer davantage pour qqchose que je ne regarde pas au motif que j’ai une TV pour regarder des DVD ? Cela me conforte neanmoins dans mon choix, les chaines ne sont meme pas parametrées sur ma TV.

Lucien A.
03.01.09 | 20h06
Les chaînes privées continuent à raisonner en audimat, plutôt qu’en qualité de programme, pour sauver leurs ressources publicitaires. Elles ont tort. La menace n’est pas dans le changement d’horaire du prime time des chaînes généralistes, mais bien dans la multiplicité des chaînes thematiques. Espérons que les chaînes puubliques, libérées de l’audimat, sauront saisir l’opportunité de jouer sur la qualité des programmes et de captiver leur public.

Thibaut d.
03.01.09 | 19h58
Non consommateur de télévision, je me réjouis malgré tout de cette mesure que notre parti socialiste a si longtemps préconisée … Enfin libres…adieu jambon,lessive, déodorant, crème anti-rides…l’honnêteté intellectuelle doit nous pousser à reconnaitre le bien fondé de ce choix plutôt que de reprendre en chœur les hurlements corporatistes …dans tout gouvernement, tout n’est pas forcément mauvais par principe …à gauche comme à droite

Louis D.
03.01.09 | 19h06
450 millions de manque à gagner pour la Tv publique. C’est cela le vrai choc ! Même en licenciant la moitié du personnel, le contribuable mettra la main à la poche. Le genre du moment « réforme-bricolage » en dit long sur l’état d’esprit économique de nos dirigeants: Colonne dépenses pleine; Colonne recettes remplie d’impôts nouveaux. Merci pour le mur !

Gigi23
03.01.09 | 17h58
La vrai choc, c’est celui de voir un pouvoir politique prendre le controle d’un pouvoir mediatique, sans scrupule, sans « hypocrisie ». Comment en est-on arrive la ? Ou est la liberte de l’information ? Ou va notre Democratie ? Qui s’en indigne ? Quelle apathie, quelle resignation !!

Guillaume P.
03.01.09 | 16h49
Je n’ai pas bien compris le rapport entre le titre et l’article. Où est le choc ? Tout le monde (de la télé) dit juste qu’ils vont attendre de voir si quelquechose change avant de s’adapter (ou pas). Celà ressemble plus à une danse nuptiale d’escargots qu’à un choc…

Pierre D.
03.01.09 | 15h32
n’exagère-t-on pas l’importance de cette modification du financement de l’audiovisuel public? Certes crucial pour la machine médiatique mais quand on parle d’un « changement des habitudes de vie des français » ne sous estime-t-on pas le morcellement continuel d’un auditoire qui n’est désormais plus captif? À l’image de son éponyme religieuse, la messe de 20h fait-elle encore vraiment recette? Les générations montantes considèrent-elles vraiment encore cela comme un rendez-vous important? à suivre.

Publié dans LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY, LE NOUVEL ORDRE MONDIAL, NICOLAS SARKOZY | Pas de Commentaire »

Le Darfour ? une guerre du pétrole…

Posté par issopha le 14 mai 2008

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Le Darfour ? une guerre du pétrole

 

31 mai 2007

Le conflit du Darfour est qualifié de génocide. Les USA font pression pour intervenir sur place, afin de protéger les populations déplacées. Voila la version officielle. Mais si les victimes sont bien réelles, cette guerre a pour véritable enjeu le contrôle du nouvel Eldorado pétrolier du Sahara. Et les protagonistes en sont la Chine et les Etats Unis, qui comme en Irak s’abritent derrière une noble cause pour mener une politique qui l’est fort peu.

Par F. William Engdahl, 20 mai 2007

Pour paraphraser la célèbre réplique lors des débats de la présidentielle de 1992, lorsqu’un Bill Clinton alors inconnu, a lancé à George H. W. Bush, « c’est l’économie, idiot ! » le souci de l’actuelle administration de Washington concernant le Darfour au sud du Soudan n’est pas, si nous y regardons de plus près, celui du génocide contre les peuples dans la partie la plus pauvre d’une zone pauvre et abandonnée de l’Afrique.

Non. « C’est le pétrole, idiot ! »

Il y a là un histoire extrêmement cynique. Une histoire à l’image d’une administration américaine qui n’a cure du génocide dont elle est responsable en Irak, là où son contrôle des principales réserves de pétrole est en jeu. Qu’est ce qui est en jeu dans la bataille pour le Darfour ? Le contrôle du pétrole, de beaucoup, beaucoup de pétrole.

Le cas du Darfour, un endroit désolé et aride dans la région sud du Soudan, illustre la nouvelle guerre froide pour le pétrole, où l’énorme augmentation de la demande de pétrole en Chine pour alimenter sa croissance vertigineuse a conduit Beijing à se lancer dans une politique agressive de diplomatie du « dollar » – ce qui ne manque pas de sel.

Avec plus de mille trois cent milliards de dollars de réserves monétaires, essentiellement en dollars US, à la Banque Nationale du Peuple de Chine, Beijing s’est engagé dans une géopolitique active du pétrole. L’Afrique est un objectif majeur, et en Afrique, la région centrale entre le Soudan et le Tchad est une priorité. C’est ce qui en fait un nouveau front majeur entre Washington et Pékin, dans cette nouvelle guerre froide pour le contrôle des ressources principales de pétrole, débutée depuis l’invasion des USA de l’Irak en 2003. Jusqu’ici Pékin a abattu ses cartes un peu plus habilement que Washington. Le Darfour est un champ de bataille important dans cette rivalité à hauts enjeux pour le contrôle du pétrole.

La diplomatie du pétrole de la Chine

Ces derniers mois, Pékin s’est lancé dans une série d’initiatives conçues pour s’assurer des ressources à long terme de matières premières dans l’une des régions la plus dotée de la planète – le sous-continent africain. Aucune matière première ne revêt plus d’importance que le pétrole pour Beijing actuellement quant à son approvisionnement à long terme.

Aujourd’hui la Chine obtient 30% environ de son pétrole brut de l’Afrique. C’est ce qui explique une remarquable série d’initiatives diplomatiques qui ont rendu Washington furieux. La Chine octroie des crédits en dollar sans exiger de contreparties afin d’accéder aux vastes richesses de matières premières de l’Afrique, prenant à contre-pied les règles du jeu par lesquelles Washington exerce habituellement son contrôle via la banque mondiale et le FMI. Qui donc voudrait utiliser les remèdes douloureux du FMI alors que la Chine offre des conditions avantageuses, et construit des routes et des écoles, pour commencer ?

En novembre de l’année dernière Beijing a accueilli un sommet extraordinaire réunissant 40 chefs d’Etat africains. La Chine leur a littéralement déroulé le tapis rouge à ces dirigeants, entre autres d’Algérie, du Nigéria, du Mali, de l’Angola, de la République Centrafricaine, de la Zambie, de l’Afrique du Sud.

La Chine vient tout juste de signer un contrat qui lie la République Populaire de Chine aux deux plus grandes nations du continent – le Nigéria et l’Afrique du Sud. La compagnie pétrolière nationale chinoise offshore, la CNOOC extraira le pétrole au Nigéria, par l’intermédiaire d’un consortium qui inclut également le South African Petroleum Co donnant l’accès a la Chine de ce qui pourrait représenter 175.000 barils par jour d’ici 2008. C’est un contrat de 2.27 milliards de dollars qui donne à la CNOOC une part de 45% dans un vaste gisement pétrolier au large du Nigéria. Précédemment, le Nigéria était considéré par Washington comme étant sous le contrôle des grands majors anglo-américains du pétrole comme ExxonMobil, Shell et Chevron.

La Chine a distribué généreusement des prêts souples, sans intérêt ou droits de concession à certains des états débiteurs les plus pauvres de l’Afrique. Ces prêts sont allés à l’infrastructure, y compris des routes, des hôpitaux, et des écoles, en net contraste par rapport aux exigences brutales d’austérité de la banque mondiale et du FMI. En 2006 la Chine a distribué plus de 8 milliards de dollars au Nigéria, à l’Angola et au Mozambique, à comparer aux 2.3 milliards émanant de la banque mondiale pour toute l’Afrique sub-saharienne. Le Ghana négocie un prêt Chinois pour son secteur d’électricité de 1.2 milliards. À la différence de la banque mondiale, qui représente en réalité une arme de la politique économique étrangère des USA, la Chine ne pose astucieusement aucune condition à ses prêts.

Cette diplomatie chinoise du pétrole a conduit Washington à porter l’étrange accusation que Beijing essaye « se garantir le pétrole à sa source, » alors que c’est la préoccupation de la politique étrangère de Washington depuis au moins un siècle.

Aucune région pétrolière n’a été autant une cause du conflit pétrolier Chine-USA que le Soudan, et sa région du Darfour.

Richesses pétrolières du Soudan

La China National Petroleum Company, CNPC, de Beijing, est le plus grand investisseur étranger du Soudan, avec environ $5 milliards dans le développement des gisement de pétrole. Depuis 1999 la Chine a investi au moins 15 milliards de dollars au Soudan. Elle possède 50% d’une raffinerie de pétrole près de Khartoum avec le gouvernement du Soudan. Les gisements de pétrole (voir le graphique) sont concentrés dans le sud, emplacement d’une longue guerre civile larvée, en partie financée secrètement par les Etats-Unis, pour entraîner une rupture entre le sud et Khartoum l’islamique, située au nord.

La CNPC a construit un oléoduc à partir de ses blocs de concession 1, 2 et 4 au sud du Soudan qui aboutit à un nouveau terminal à Port-Soudan sur la mer rouge où le pétrole est chargé sur des super-tankers à destination de la Chine. Huit pour cent du pétrole de la Chine viennent maintenant du sud du Soudan. La Chine prend jusqu’à 65% à 80% des 500.000 barils/jour de production de pétrole du Soudan. L’année dernière le Soudan était la quatrième plus grande source d’approvisionnement à l’étranger de la Chine. En 2006 la Chine a dépassé le Japon en tant que second plus grand importateur du monde de pétrole après les Etats-Unis, important 6.5 millions de barils d’or noir par jour. Avec sa demande de pétrole qui s’accroît de 30% par an environ, la Chine dépassera les Etats-Unis en quantité de pétrole importée dans quelques années. C’est cette réalité qui est le principal déterminant de la politique étrangère de Pékin en Afrique.

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(Source : USAID)

La carte des concessions de pétrole du sud du Soudan montre que la CNPC Chinoise détient des droits sur le bloc 6 qui traverse le Darfour, près de la frontière avec le Tchad et la République Centrafricaine. En avril 2005 le gouvernement du Soudan a annoncé qu’il avait trouvé du pétrole au sud du Darfour qui pourrait permettre une fois exploité de pomper 500.000 barils/jour. La presse mondiale a oublié de signaler ce fait essentiel en informant sur le conflit du Darfour.

L’accusation de génocide utilisée pour militariser la région pétrolière du Soudan

Le génocide a été un thème choisi, et Washington en a été le chef d’orchestre. Curieusement, alors que tous les observateurs reconnaissent que le Darfour a connu de grands déplacements de population, une grande misère humaine et des dizaines de milliers ou même jusqu’a 300.000 décès lors des dernières années, seuls Washington et les ONG qui lui sont proches utilisent le terme accusateur de « génocide » pour décrire le Darfour. S’ils peuvent obtenir un appui populaire de l’accusation de génocide, cela ouvre la possibilité d’une intervention énergique pour un « changement de régime » par l’OTAN et de fait par Washington dans les affaires intérieures du Soudan.

Le thème de génocide est employé, avec le soutien de Hollywood au grand complet, par l’intermédiaire de vedettes populaires comme George Clooney, pour orchestrer la cause d’une occupation de facto de la région par l’OTAN. Jusqu’ici le gouvernement du Soudan a énergiquement refusé, sans surprise.

Le gouvernement des USA emploie de façon récurrente le terme de « génocide » en se référant au Darfour. C’est le seul gouvernement à le faire. L’Assistante de la Secrétaire d’Etat, Ellen Sauerbrey, responsable du « Bureau of Population, Refugees and Migration », a déclaré lors d’une interview en ligne sur USINFO le 17 novembre dernier, « le génocide en cours dans le Darfour, au Soudan – « une violation flagrante » des droits de l’homme – fait partie des plus importantes questions internationales préoccupant les Etats-Unis. » L’administration Bush continue à insister sur le fait que le génocide est en cours au Darfour depuis 2003, malgré le fait qu’une mission de l’ONU composée de cinq hommes menés par le juge italien Antonio Cassese a rapporté en 2004 qu’il n’y avait pas eu de génocide au Darfour, mais plutôt que des abus graves concernant les droits de l’homme avaient été commis. Ils ont réclamé des poursuites en justice pour crime de guerre.

Marchands de Mort

les Etats-Unis, agissant par l’intermédiaires de ses alliés au Tchad et dans les états voisins ont formé et armé l’Armée de Libération du Peuple Soudanais, dirigée jusqu’à sa mort en juillet 2005, par John Garang, formé à l’école US Special Forces a Fort Benning, en Géorgie.

En distribuant des armes d’abord au Sud du Soudan dans la partie orientale et depuis la découverte de pétrole au Darfour, dans cette région également, Washington a alimenté le conflit qui a mené aux dizaines de milliers de morts et à plusieurs millions de déplacés. L’Erhytrée accueille et soutient le SPLA, qui regroupe les groupes d’opposition du NDA, ainsi que le Front de l’Est et les rebelles du Darfour.

Il y a deux groupes rebelles qui combattent dans la région du Darfour contre le gouvernement central de Khartoum du Président Omar Al-Bashir : le groupe Justice pour la Marche de l’Egalité (JEM) et l’Armée de Libération du Soudan (SLA) qui est plus nombreuse.

En février 2003 le SLA a lancé des attaques sur des positions du gouvernement soudanais dans la région du Darfour. Le Secrétaire général du SLA Minni Arkou Minnawi a appelé à la lutte armée, accusant le gouvernement d’ignorer le Darfour. « L’objectif du SLA est de créer un Soudan démocratique uni. » En d’autres termes, le changement de régime au Soudan.

Le sénat américain a adopté en février 2006 une résolution qui réclamait la présence de troupes de l’OTAN au Darfour, ainsi qu’une plus puissante force de maintien de la paix de l’ONU avec un mandat robuste. Un mois plus tard, le Président Bush a également appelé à renforcer numériquement les forces de l’OTAN au Darfour. Hem hem.. Génocide ? Ou pétrole ?

Le Pentagone a formé un grand nombre de dirigeants militaires africains aux USA, tout comme il l’a fait pour les officiers latino-américains pendant des décennies. Son programme « International Military Education and Training » (IMET) a permis la formation d’officiers militaires du Tchad, de l’Ethiopie, de l’Erythrée, du Cameroun et de la République Centrafricaine, tous étant des pays frontaliers du Soudan. Une grande partie des armes qui ont alimenté les massacres au Darfour et dans le sud ont été introduits par l’intermédiaire d’occultes « marchands de la mort » privés et protégés comme Victor Bout le célèbre ancien employé du KGB, maintenant en fonction aux USA. Bout a été cité à plusieurs reprises ces dernières années comme vendeurs d’armes à travers l’Afrique. Les fonctionnaires du gouvernement des USA ferment étrangement les yeux sur ses opérations au Texas et en Floride en dépit du fait qu’il est sur la liste des recherchés d’Interpol pour blanchiment d’argent.

L’aide américaine au développement pour toute l’Afrique Sub-Saharienne y compris le Tchad, a été nettement diminuée ces dernières années tandis que son aide militaire a augmenté. Le pétrole et la bousculade pour les matières premières stratégiques en sont la raison évidente. La région du sud du Soudan du Haut Nil aux frontières du Tchad est riche en pétrole. Washington le savait bien avant le gouvernement soudanais.

Le projet pétrolier de 1974 de Chevron

Les majors du pétrole américains avaient connaissance de la richesse en pétrole du Soudan depuis le début des années 70. En 1979, Jafaar Nimeiry, chef d’Etat du Soudan, avait rompu avec les Soviétiques et invité Chevron à développer le pétrole du Soudan. Ce fut peut-être une erreur fatale. L’Ambassadeur à l’ONU George H.W. Bush avait personnellement mis au courant Nimeiry concernant des photos satellites montrant les emplacements du pétrole au Soudan. Nimeiry a mordu à l’hameçon. Les guerres pour le pétrole en ont été la conséquence depuis.

Chevron a trouvé de grandes réserves de pétrole au sud du Soudan. Il a dépensé 1.2 milliards de dollars en travaux de prospection et de contrôle de qualité. Ce pétrole a déclenché ce qui est appelé la seconde guerre civile du Soudan en 1983. Chevron fut la cible d’attaques et de massacres répétés et suspendit le projet en 1984. En 1992, il vendit ses concessions de pétrole soudanaises. Alors la Chine a commencé à développer les champs abandonnés de Chevron en 1999 avec des résultats notables.

Mais Chevron n’est pas loin du Darfour aujourd’hui.

Le pétrole Tchadien et la politique des pipe-lines

Le Chevron de Condi Rice est présent dans le Tchad voisin, tout comme l’autre géant du pétrole américain, ExxonMobil. Ils ont récemment construit un oléoduc pour 3.7 milliards de dollars qui achemine 160.000 barils de pétrole/jour de Doba au Tchad central près du Darfour Soudanais, jusqu’à Kribi au Cameroun sur l’Océan Atlantique, et qui sont destinés aux raffineries américaines.

Pour y arriver, ils ont travaillé avec le « président à vie, » du Tchad Idriss Deby, un despote corrompu qui a été accusé de faire parvenir les armes fournies par les américains aux rebelles du Darfour. Deby a joint la « Pan Sahel Initiative » à l’initiative de Washington contrôlé par l’ « US-European Command » du Pentagone, afin de former ses troupes pour combattre « le terrorisme islamique. » La majorité des tribus dans la région du Darfour sont islamiques.

Pourvu en aides militaire, en formation et en armes américains, Deby a lancé en 2004 la frappe à l’origine du conflit au Darfour, en utilisant les membres de sa garde d’élite présidentielle qui proviennent de la province, fournissant aux hommes des véhicules de terrain, des armes et des dispositifs anti-aériens destinés aux rebelles du Darfour qui combattent le gouvernement de Khartoum dans le sud-ouest Soudanais. Le soutien militaire américain à Deby avait en fait été l’élément déclenchant du massacre du Darfour. Khartoum a réagi et la débâcle qui s’en est suivie a été totale.

Les ONG soutenues par Washington et le gouvernement américain ont pris prétexte d’un génocide non confirmé comme prétexte pour introduire finalement des troupes ONU/OTAN dans les sites de gisements de pétrole du Darfour et du sud soudanais. C’est le pétrole, et non la misère humaine, qui est derrière le nouvel intérêt de Washington pour le Darfour.

La campagne « génocide du Darfour » a commencé en 2003, en même temps que l’oléoduc Tchad-Cameroun commençait à fonctionner. Les américains avaient alors une base au Tchad à partir de laquelle ils pouvaient accéder au pétrole du Darfour et, potentiellement, pour convoiter les nouvelles sources de pétrole de la Chine. Le Darfour est stratégique quant à sa proximité au Tchad, la République centrafricaine, l’Egypte et la Libye.

Selon Keith Harmon Snow : « Les objectifs militaires américains au Darfour- et plus largement dans la corne de l’Afrique- sont servis actuellement par l’appui des américains et de l’OTAN aux troupes de l’Union Africaine (UA) présentes au Darfour. A cet endroit, l’OTAN fournit un soutien terrestre et aérien aux troupes de l’UA qui sont présentés comme des « neutres » et des « soldats de la paix. Le Soudan est en guerre sur trois fronts, avec dans chaque pays concerné— L’Ouganda, le Tchad, et l’Ethiopie— une présence militaire américaine significative et des programmes militaires américains en cours. La guerre au Soudan est livrée par des opérations secrètes américaines et par les factions « rebelles » formées par les américains entrant au Darfour par le sud du Soudan, le Tchad, l’Ethiopie et l’Ouganda. »

Deby du Tchad regarde vers la Chine aussi

La réalisation de l’oléoduc qui va du Tchad à la côte camerounaise, financé par les USA et la Banque Mondiale, a été conçue comme l’une des pièces d’un plan bien plus vaste de Washington pour contrôler les richesses en pétrole de l’Afrique centrale du Soudan à l’ensemble du Golfe de Guinée.

Mais l’ancien compère de Washington, le président à vie du Tchad, Idris Deby, s’est senti insatisfait de sa petite part dans les profits réalisés sur le pétrole contrôlé par les américains. Quand lui et le Parlement du Tchad ont décidé au début de l’année 2006 de prendre une plus grande part des revenus du pétrole pour financer des opérations militaires et pour renforcer son armée, le nouveau président de la Banque Mondiale, architecte de la guerre d’Irak, Paul Wolfowitz, s’est employé à faire suspendre les prêts pour le pays. Lors de ce mois d’Août, après que Deby ait gagné sa réélection, il a créé la propre compagnie pétrolière du Tchad, SHT, et a menacé d’expulser Chevron et le Petronas malaisien pour non paiement des taxes dues, et a exigé une part de 60% sur l’oléoduc du Tchad. En fin de compte il est parvenu à un arrangement avec les compagnies pétrolières, mais les vents du changement avaient commencé à souffler.

Deby fait face lui aussi à une opposition interne croissante d’un groupe rebelle du Tchad, « le Front Uni pour le Changement », connu sous son nom français comme le FUC, qu’il affirme être secrètement financée par le Soudan. Dans cette région, la géographie des conflits est très complexe. Les bases du FUC se trouvent au Darfour.

Dans cette situation instable, Pékin est apparu au Tchad avec un coffre d’argent rempli à disposition. En janvier, le Président chinois Hu Jintao a fait une visite d’état au Soudan et au Cameroun entre autres Etats africains. En 2006, les leaders chinois ont visité pas moins de 48 Etats africains. En août 2006 Pékin a accueilli le ministre des affaires étrangères du Tchad pour des entretiens et la reprise de liens diplomatiques formels interrompus en 1997. La Chine a commencé à importer le pétrole tchadien comme le soudanais. Pas beaucoup de pétrole, mais si Pékin sait s’y prendre, cela changera bientôt.

Au mois d’avril dernier, le ministre des affaires étrangères du Tchad a annoncé que les entretiens avec la Chine pour une plus grande participation chinoise dans le développement du pétrole du Tchad « progressaient bien. » Il s’est référé aux propositions chinoises en faveur du développement du pétrole, en les qualifiant comme étant « beaucoup plus équilibrées que celles dont nous avons l’habitude. »

La présence économique chinoise au Tchad, ironiquement, peut être plus efficace pour diminuer les combats et les déplacements de population au Darfour que n’importe quelle présence des troupes de l’Union Africaine ou de l’ONU ne le pourrait jamais. Cette nouvelle situation pourrait ne pas être bien accueillie par certaines personnes à Washington et aux sièges sociaux de Chevron, dans la mesure ou elles risquent de ne plus voir du pétrole tomber dans leurs mains tachées de pétrole et de sang.

Le Tchad et le Darfour ne sont qu’une partie du vaste effort de la Chine pour s’assurer du « pétrole à la source » à travers l’Afrique. Le pétrole est également le premier facteur dans la politique africaine des USA aujourd’hui. Les projets de George W. Bush en Afrique comprennent une nouvelle base des USA a Sao Tomé/Principe, a 124 milles du Golfe de Guinée a partir d’ou il peut contrôler les gisements de pétrole du Golfe de Guinée, de l’Angola au sud jusqu’au Congo, au Gabon, en Guinée Equatoriale, au Cameroun et au Nigéria. Cette zone s’avère justement la même où la récente activité diplomatique et d’investissement chinoise s’est focalisée.

« Le pétrole de l’Afrique occidentale est devenu pour nous un objectif d’intérêt stratégique national, » avait déjà indiqué en 2002 le secrétaire d’état adjoint pour l’Afrique des USA, Walter Kansteiner. Le Darfour et le Tchad ne sont qu’une extension « par d’autres moyens » de la politique irakienne des USA – qui consiste a contrôler le pétrole partout. La Chine conteste ce contrôle « partout, » particulièrement en Afrique. Cela aboutit à une nouvelle guerre froide non déclarée sur le pétrole.

F William Engdahl est l’auteur de, A Century of War : Anglo-American Oil Politics, Pluto Press Ltd. Son prochain ouvrage, Seeds of Destruction : The Dark Side of Genetic engineering (Global Research Publishing) sera publié en juin. Il est joignable via son site, www.engdahl.oilgeopolitics.net.



Publication originale William Engdahl, traduction Karim Loubnani pour Contre Info

 



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Comprendre le conflit du Darfour

25 juin 2007

Si l’on en croit BHL, la situation du Darfour est simple. Un régime islamique sanguinaire appuyé par la Chine massacre sa population par milices interposées, et le boycott des JO devrait suffire à ramener tout le monde à la raison. En fait, la réalité – comme toujours – est un peu plus complexe. Le conflit a démarré en 1979, lors de la sécheresse qui frappait le Sahel, et opposait à ses débuts éleveurs déplacés et cultivateurs, nomades et sédentaires. Trente ans plus tard, il met désormais aux prises de nombreuses factions, milices, tribus et chefs de guerre, qui se regroupent ou se combattent au gré des renversements d’alliances dans un territoire grand comme la France, où le pouvoir central n’a jamais réussi à asseoir son autorité, et où les milices janjawids armées par Khartoum ne sont plus – loin de là – les seules responsables des violences que subissent les populations.

Une guerre qui vient de loin

Par Christophe Boisbouvier, Jeune Afrique, 1 avril 2007

D’emblée, un phénomène saute aux yeux. Malgré les multiples pressions internationales, les Djandjawids continuent de tuer, de violer et de piller au Darfour. Comme si les 200 000 morts (selon l’ONU) et les 2,5 millions de déplacés de ces quatre dernières années ne suffisaient pas. « Pour le seul mois de février 2007, 30 000 personnes ont été chassées de chez elles. Les camps de déplacés sont à leur capacité maximale », affirme l’ONU. « Les combats incessants rendent les populations encore plus vulnérables qu’avant », déclare le Comité international de la Croix-Rouge.

De deux choses l’une. Ou le régime de Khartoum s’est lancé dans une fuite en avant, une sorte de course vers l’abîme. Ou il est dépassé par les événements et ne maîtrise plus sa créature djanjawid.

Jusqu’en 2003, Omar el-Béchir et Ali Osman Taha, les deux hommes forts du Soudan, avaient pourtant réussi un quasi-sans-faute. La mise à l’écart d’Hassan el-Tourabi, les négociations de paix avec le Sud… Mais depuis quatre ans, le chef militaire et l’idéologue du régime islamiste se cassent les dents sur le problème du Darfour. Jamais le Soudan n’a été aussi isolé sur la scène internationale. En janvier 2006, il a même été humilié. Les autres pays africains lui ont refusé la présidence de l’UA lors d’un sommet… à Khartoum. Depuis le 27 février dernier, un ancien secrétaire d’État soudanais à l’Intérieur, Ahmed Haroun, et un chef djandjawid, Ali Kosheib, sont poursuivis par la Cour pénale internationale pour « crimes contre l’humanité et crimes de guerre ». En attendant d’autres citations à comparaître. Et si le Darfour devenait le tombeau du régime de Khartoum ?

Tout commence dans les années 1979-1985. Le Darfour est un immense espace sahélien de 500 000 km2, presque aussi grand que la France. À cette époque, les six millions d’habitants sont frappés par une grave sécheresse. Les éleveurs de chameaux et de bovins doivent faire descendre leurs troupeaux plus au Sud, vers le Djebel Mara, et plus tôt dans l’année. Entre pasteurs arabes et agriculteurs non arabes, les tensions montent, même si tous sont musulmans, noirs et de nationalité soudanaise. En 1988, un premier conflit éclate entre Arabes et Fours. Les Fours sont le principal groupe ethnique de la région – un tiers de la population. D’où le mot Darfour, « pays des Fours » en arabe. Mais ils n’ont plus le pouvoir. Avant son assassinat par les Anglais en 1916, leur sultan était tout-puissant. Il contrôlait la route des esclaves et de l’ivoire. En 1988, les Fours sont balayés par l’armée aidée par des milices. Des milices déjà… Des Djandjawids en puissance dès l’époque de Sadek el-Mahdi ! En 1996, nouvelle révolte. Cette fois, ce sont les Masalits qui s’opposent aux Arabes. Comme les Fours, ils veulent préserver leurs terres. Et ils protestent contre la réforme administrative de 1994 qui a dépossédé les chefs traditionnels masalits de leurs pouvoirs de redistribution des terres et de collecte des impôts au profit de nouveaux chefs, les Amirs. Le régime Béchir arme des milices. Des centaines de villageois sont tués. Cent mille Masalits se réfugient au Tchad.

Ce qui change en 2003, c’est l’alliance entre les Fours, les Masalits et les Zaghawas. Les deux premiers groupes sont sédentaires et cultivateurs de mil. Les Zaghawas, eux, sont en majorité nomades et éleveurs de chameaux. Surtout, beaucoup d’entre eux se sont aguerris au Tchad où ils sont allés combattre aux côtés de leurs cousins tchadiens. En 1986, sous les ordres de Hassan Djamous, le vainqueur des Libyens. Et en 1990, sous le commandement d’Idriss Déby, le tombeur d’Hissein Habré. En 2003, les Zaghawas du Tchad rendent la pareille. Ils viennent au secours de leurs cousins du Soudan. C’est alors que se forme une association redoutable entre le combattant zaghawa Mini Minawi et le jeune avocat four Abdul Wahid al-Nour. Le MLS (Mouvement de libération du Soudan) est né. Au même moment, un mystérieux personnage entre en scène. Khalil Ibrahim est un ancien compagnon de l’islamiste Hassan el-Tourabi. Avec quelques amis, il vient de publier clandestinement le Livre noir. Dans cet ouvrage, il dénonce « la confiscation de tous les pouvoirs et de toutes les richesses du Soudan par un petit groupe ethnique du Nord », en clair les Arabes de la vallée du Nil, la communauté à laquelle appartiennent Omar el-Béchir et Ali Osman Taha. Le docteur Khalil est zaghawa. C’est un homme de réseaux. Il est très proche de Daoussa et Timane Déby, les deux demi-frères du président tchadien Idriss Déby Itno. Il crée le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE).

C’est en février 2003 que la guerre commence. Le 26, les combattants d’Abdul Wahid al-Nour attaquent le poste de police de Golo, dans le Djebel Mara. Mais c’est deux mois plus tard, le 25 avril 2003, que les rebelles ouvrent vraiment les hostilités. Ce jour-là, le MLS et le MJE font un coup d’éclat. Ils attaquent ensemble l’aéroport d’el-Fasher, la capitale du Nord-Darfour. Plus de soixante soldats sont tués, et des hélicoptères détruits. Pour Khartoum, c’est un affront. Il doit être lavé dans le sang.

Arrivent alors les Djandjawids. Le régime de Khartoum met en place la même stratégie que dans les monts Nouba, le nord du Bahr el-Ghazal et les zones pétrolières du Haut-Nil, quelques années plus tôt. Il forme des milices locales et les arme massivement. Très vite, on les appelle les Djandjawids, les « cavaliers du diable ». Ils ne circulent pas seulement à cheval ou à dos de chameau. Ils sont aussi motorisés. Et leurs assauts sont souvent précédés par un bombardement de l’aviation gouvernementale. L’avantage est double. Ces milices connaissent le terrain. Et elles sont motivées. Le régime leur promet un butin de guerre substantiel : tout ce qu’elles trouveront dans les villages attaqués deviendra leur propriété, y compris la terre, les pâturages ! « Ces milices supplétives ont reçu l’autorisation de brûler, de violer et de tuer. En fait, le régime a créé une zone libre de toute contrainte morale », analyse le chercheur britannique Alex de Waal*.

Pour faire nombre, le pouvoir recrute dans de nombreuses tribus arabes et quelques groupes alliés. Dans beaucoup de familles, l’un des fils doit partir à la guerre. Quelque vingt mille hommes sont enrôlés. Salaire mensuel : de 70 à 200 dollars, l’équivalent du revenu annuel d’un éleveur ou d’un cultivateur… Sans compter les promesses de butin. Les tribus les plus combatives sont celles qui n’ont pas obtenu de terre au temps du sultanat du Darfour. Musa Hilal est le chef djandjawid le plus « célèbre ». Au Nord-Darfour, il a commandé jusqu’à douze mille Djandjawids. Il appartient précisément à une tribu qui n’a pas de terre. Plus le conflit s’aggrave, plus les tensions ethniques augmentent.

Le 9 février 2004, le président Omar el-Béchir annonce : « Les rebelles ont été anéantis. Les opérations militaires sont terminées. » Lourde erreur. La guerre continue de plus belle. Béchir décide alors de se débarrasser du principal allié des rebelles, le président tchadien Idriss Déby Itno. Le 18 décembre 2005, il lance un rebelle tchadien, Mahamat Nour, à l’assaut de la garnison frontière d’Adré. Puis le 9 avril 2006, il lâche Mahamat Nour sur N’Djamena. Le 13 avril, au terme d’une folle chevauchée de 800 kilomètres, c’est l’échec. Trois semaines plus tard, le 5 mai, le régime de Khartoum signe la paix à Abuja avec la faction MLS de Mini Minawi. Changement de pied ? Sans doute pas. Béchir fait la paix avec Minawi tout en continuant la guerre avec Déby Itno, Abdul Wahid et Khalil.

La preuve : en août 2006, les hostilités reprennent. L’armée soudanaise lance une offensive contre le MJE au Nord-Darfour. Elle est coupée nette le 7 octobre à Kari Yari, près de la frontière tchadienne. Le 25 novembre, un nouveau rebelle tchadien, Mahamat Nouri, s’empare d’Abéché, au Tchad. Mais le dernier protégé de Khartoum ne peut pas tenir la ville plus d’une douzaine d’heures. Depuis, les deux camps s’observent. Et les attaques de villageois sans défense se multiplient.

Combien de civils sont morts depuis quatre ans ? Au plus fort des attaques djandjawids, d’avril 2003 à septembre 2004, entre 30 000 et 70 000 selon la fondation MSF (Médecins sans frontières). Il faut y ajouter les décès par malnutrition. Dix mille par mois selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé). C’est ainsi que l’ONU arrive au chiffre de 200 000 morts depuis le début de la guerre.

Aujourd’hui, les Djandjawids ne sont plus les seuls criminels de guerre. Selon le bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha), 44 % des 78 000 personnes déplacées depuis le début de l’année 2007 ont été chassées de leurs villages par l’armée ou les Djandjawids. Les autres ont été victimes soit de la faction Minawi (20 %), soit de violences intertribales (36 %).

En fait, au Darfour, un conflit peut en cacher un autre. Depuis l’accord d’Abuja de mai 2006 entre le gouvernement soudanais et Mini Minawi, un nouveau conflit est apparu, cette fois entre rebelles d’Abdul Wahid al-Nour et ex-rebelles de Mini Minawi. Le 18 décembre dernier, au Sud-Darfour, des hommes de Minawi ont attaqué Gereida, le plus grand camp de déplacés du monde (130 000 personnes). Une expatriée a été violée, un autre soumis à un simulacre d’exécution. Quelquefois, des civils arabes sont aussi agressés. Soit parce qu’ils habitent une zone sous contrôle rebelle, soit parce qu’ils sont victimes de représailles aveugles. Désormais, la guerre est éclatée en plusieurs conflits, nationaux et locaux. Et chaque jour la paix s’éloigne un peu plus.

Quelle solution politique ? Sans doute un vrai partage du pouvoir entre le gouvernement central et une future autorité du Darfour. Avec 2,5 millions de km2, le Soudan est le plus grand pays d’Afrique. Est-il trop grand pour être bien gouverné ? En tout cas, de 1956 à 2005, tous les régimes qui se sont succédé à Khartoum ont appliqué la même politique : une centralisation à outrance et une répression sauvage de toutes les révoltes de la périphérie par milices interposées. Bilan : 1,7 million de morts et une impasse politique totale. Le 9 janvier 2005, à Naivasha (Kenya), Khartoum a enfin accepté de signer avec le Sud un accord qui prévoit un référendum d’auto­détermination en 2011. Aujourd’hui, au Darfour, on regarde ceux du Sud avec envie et on se dit : « Pourquoi eux et pas nous ? »

* Julie Flint et Alex de Waal, Darfur A Short History of a Long War, Zed Books, 2005.



Publication originale Jeune Afrique

Illustration : cavaliers janjawids

 

Michael T. Klare : Géostratégie de l’énergie (I/II)

7 mai 2008

L’approvisionnement en pétrole et matières premières en voie de raréfaction est devenu l’enjeu géostratégique majeur déterminant la politique des grandes puissances. C’est dans cette optique que le Pentagone reconfigure ses forces et repense sa doctrine stratégique. De l’Asie Centrale à l’Afrique en passant par les Balkans et le Moyen Orient, les USA veulent contrôler les zones de production et les voies d’acheminement des ressources vitales. Dans ce grand jeu, la Navy se voit attribuer un rôle clé, celui de s’assurer de la maîtrise des routes maritimes face au rival chinois. Des dizaines de milliards de dollars lui sont attribués pour financer cette montée en puissance.

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Par Michael T. Klare, The Nation, 1er mai 2008

Alors que les préoccupations au quotidien de l’armée américaine sont centrées sur l’Irak et l’Afghanistan, les stratèges militaires dirigent de plus en plus leurs regards au-delà de ces deux conflits. Ils envisagent désormais l’émergence d’un théâtre d’opération global où l’élément déterminant sera la lutte pour les ressources vitales bien plus que, comme par le passé, l’idéologie ou les politiques visant à l’équilibre des forces entre les puissances. Estimant que les États-Unis devaient repenser leur doctrine militaire et reconfigurer leurs forces afin de pouvoir l’emporter dans un tel environnement, les responsables militaires américains ont pris des mesures en vue d’améliorer tant la planification stratégique que les capacités de combat de la nation. Bien que peu d’éléments aient été portés à la connaissance du public, un certain nombre d’indications significatives de cette inflexion sont pourtant connus.

Depuis 2006, le ministère de la défense, dans son rapport annuel intitulé « Puissance Militaire de la République Populaire de Chine », met désormais sur le même plan la compétition pour les ressources et l’éventualité d’un conflit au sujet de Taiwan en tant que causes potentielles pouvant déclencher une guerre entre les États-Unis et la Chine. La préparation à un affrontement pour Taiwan reste « un facteur important » de la modernisation militaire entreprise par la Chine, note l’édition 2008 de ce rapport, mais « l’analyse des acquisitions militaires et de la réflexion stratégique chinoise suggèrent que Beijing développe également des capacités utilisables dans d’autres circonstances, telles qu’un conflit sur les matières premières. » Ce rapport suggère que les Chinois envisagent de renforcer leur capacité de « projection de puissance » dans des régions qui leur fournissent les ressources dont l’importance est critique, en particulier les combustibles fossiles, et que ces efforts constituent une grave menace pour l’Amérique en matière de sécurité.

Le Pentagone a également demandé des fonds cette année pour la mise en place du Commandement Afrique (AFRICOM). Il s’agit là de la première structure de commandement déployée outre-mer depuis 1983, à l’époque où le président Reagan avait créé le Commandement Central (CENTCOM) afin de s’assurer du pétrole du Golfe Persique. Ce nouveau QG est censé concentrer ses efforts sur l’aide humanitaire et la « guerre contre le terrorisme ». Mais lors d’une intervention effectuée à la National Defense University en février dernier, Le Vice Amiral Robert Moeller, commandant adjoint de l’Africom, déclarait que « l’Afrique a de plus en plus d’importance géostratégique » pour les Etats-Unis. Le pétrole est un facteur clé dans cette équation et parmi les défis majeurs posés aux intérêts stratégiques des USA dans la région se trouve l’ « influence croissante en Afrique » de la Chine.

La Russie est elle aussi vue à travers le prisme de la concurrence mondiale pour les approvisionnements en matières premières. Bien que la Russie, contrairement aux Etats-Unis et la Chine, n’ait pas besoin d’importer du pétrole et du gaz naturel pour satisfaire ses besoins propres, elle cherche à dominer le secteur du transport de l’énergie, en particulier vers l’Europe. Ce qui provoque l’inquiétude des hauts fonctionnaires de la Maison Blanche, redoutant la restauration par la Russie de son statut de grande puissance, et qui ont peur que son contrôle accru sur la distribution de d’énergie en Eurasie ne réduise l’influence de l’Amérique dans la région. En réponse à la politique énergétique russe, le gouvernement Bush a pris des mesures destinées à la contrer. « J’ai l’intention de nommer … un coordinateur spécial pour l’énergie qui pourrait notamment consacrer du temps à l’Asie centrale et la région de la Caspienne, » a déclaré la Secrétaire d’État Condoleezza Rice devant la Commission des Affaires Etrangères du Sénat en février dernier, précisant qu’ « il s’agit vraiment d’une partie importante de la diplomatie. » L’une des tâches majeures de ce coordinateur, a-t-elle suggéré, devrait être d’encourager la création d’oléoducs et de gazoducs contournant la Russie, ce qui réduirait d’autant son contrôle sur les flux régionaux d’énergie.

Prises ensemble, ces mesures et d’autres du même type suggèrent qu’un changement majeur est intervenu. Au moment où l’offre mondiale de pétrole de gaz naturel, d’uranium et des principaux minéraux industriels comme le cuivre et le cobalt commence à baisser, alors même que la demande pour ces produits explose, les grandes puissances industrielles sont de plus en plus désireuses de prendre le contrôle de ce qui reste de réserves inexploitées sur la planète [1]. Ces efforts donnent généralement lieu à d’intenses compétitions à coup d’appel d’offres sur les matières premières sur les marchés internationaux. Ceci explique les prix record atteints par tous ces produits de base. Mais ils ont également un aspect militaire, qui prend la forme de livraisons d’armes, de déploiement de missions militaires et de l’installation de bases à l’étranger. Ces mesures ont pour objectif de conforter l’avantage des USA ainsi que de contrer les initiatives prises sur ce terrain par la Chine et les autres concurrents en compétition pour les ressources. Désormais, le Pentagone a placé cette concurrence pour l’accès aux matières premières au centre de sa planification stratégique.

Une relecture d’Alfred Thayer Mahan

Ce n’est pas la première fois que les stratèges américains accordent la priorité à la lutte mondiale pour les ressources vitales. À la fin du XIXe siècle, un groupe très affirmé de penseurs militaires dirigé par l’historien naval et président du Naval War College Alfred Thayer Mahan et son protégé, le futur Sous-Secrétaire de la Marine Theodore Roosevelt, faisait campagne en faveur d’une marine américaine forte et pour l’acquisition de colonies, ceci afin de garantir l’accès aux marchés d’outre-mer et aux matières premières. En fin de compte, leur point de vue a contribué à gagner le soutien de l’opinion publique à la guerre hispano-américaine et, après celle-ci, à l’établissement d’une domination de la Caraïbe et du Pacifique par les États-Unis.

Durant la guerre froide, la vision idéologie était prédominante. La politique de « containment » de l’URSS et la défaite du communisme étaient les objectifs primordiaux de la stratégie américaine. Mais même pendant cette période, la prise en compte des considérations sur les ressources n’était pas totalement négligée. La doctrine Eisenhower de 1957 et la doctrine Carter de 1980, bien que rédigées selon les normes de la rhétorique anti-soviétique en vigueur, étaient principalement destinées à assurer l’accès des États-Unis dans un golfe Persique riche en réserves pétrolières. Et lorsque le Président Carter a créé le noyau de CENTCOM en 1980, sa mission première était de protéger les flux pétrolier en provenance du golfe Persique, pas de contenir l’influence de l’Union Soviétique.

Après la guerre froide, le premier Président Bush a tenté – et échoué – de mettre sur pied une coalition mondiale d’États partageant les mêmes convictions – le « nouvel ordre mondial » – qui permettrait de maintenir la stabilité internationale et autoriserait les intérêts et les entreprises occidentales (c’est-à-dire au premier chef américaines) à étendre leur influence sur toute la planète. Cette approche, sous une forme plus édulcorée, a ensuite été reprise par le Président Clinton. Mais le 11 septembre et la campagne incessante menée depuis par le gouvernement Bush contre les « Etats voyous », notamment l’Irak sous Saddam Hussein et l’Iran, a réintroduit une dimension idéologique dans la planification stratégique des États-Unis. Comme le déclare George W. Bush, la « guerre contre le terrorisme » et les Etats voyous sont des équivalents contemporains des combats idéologiques qui ont été livrés par le passé contre le fascisme et le communisme. Mais en examinant ces questions de près il est impossible de dissocier le problème du terrorisme au Moyen-Orient, ou le défi posé par l’Irak et l’Iran, de l’histoire de l’exploitation occidentale du pétrole dans cette région.

L’extrémisme islamique du type de celui propagé par Ousama Ben Laden et Al-Qaida a de nombreuses racines, mais l’un de ses principaux griefs est que l’agression et l’occupation par l’occident des terres de l’islam – et l’humiliation des peuples et de la culture musulmane qui en résulte – provient de sa soif de pétrole Moyen-Oriental. « Rappelez-vous aussi que la principale raison pour laquelle nos ennemis contrôlent nos terres c’est pour voler notre pétrole, » déclarait Ben Laden dans un discours enregistré à l’adresse de ses sympathisants en décembre 2004. « En conséquence, faites tout ce que vous pouvez pour mettre fin au plus grand vol de pétrole de l’histoire. »

De la même façon, le conflit opposant les Etats-Unis avec l’Iraq et l’Iran a été largement déterminé par le principe fondamental de la doctrine Carter énonçant que les États-Unis ne permettraient pas l’émergence d’une puissance ennemie qui puisse exercer un contrôle sur le flux de pétrole en provenance du Golfe Persique et donc – pour reprendre les termes employés par le Vice Président Dick Cheney – « d’être en mesure de dicter l’avenir de la politique énergétique mondiale. » Le fait que ces pays puissent vouloir se doter d’armes de destruction massive ne fait que compliquer la tâche pour neutraliser la menace qu’ils représentent, mais cela ne modifie pas la logique stratégique sous-jacente.

Les préoccupations concernant la sécurité des ressources vitales ont donc été au coeur de la planification stratégique depuis fort longtemps. Mais désormais, la place accordée à cette question indique un changement qualitatif dans la pensée stratégique des États-Unis, qui n’a d’égal au plan historique que le projet impérial qui a conduit à la guerre hispano-américaine il y a de cela un siècle. A la différence que cette fois, l’évolution en cours est motivée non par une foi optimiste en la capacité des USA à dominer l’économie mondiale, mais en grande partie par l’assombrissement des perspectives en ce qui concerne la disponibilité future de ces ressources vitales ainsi que par l’intense concurrence de la Chine et des autres locomotives économiques montantes. Face à ces deux défis, les stratèges du Pentagone pensent que le fait d’assurer la primauté des États-Unis dans cette lutte mondiale pour les ressources doit constituer la priorité de la politique militaire américaine.

Retour vers le futur

Conformément à cette perspective, une insistance nouvelle est mise sur le rôle mondial de la Marine. Reprenant un langage qui semblerait étonnamment familier à Alfred Mahan et au premier président Roosevelt, la Navy, le corps des Marines et les Gardes Côtes ont dévoilé en octobre une « Stratégie de Coopération pour la Puissance Maritime au 21ème siècle » qui met l’accent sur le fait que l’Amérique a besoin de dominer les océans et de défendre l’essentiel des voies maritimes qui relient l’Amérique avec ses marchés situés outre-mer et les régions d’où proviennent ses ressources :

Durant les quatre dernières décennies, le total du commerce maritime a plus que quadruplé : 90% du commerce mondial et les deux tiers du pétrole sont transportées par mer. Les routes maritimes et les infrastructures côtières sont le lien vital de l’économie mondiale moderne …. L’augmentation de la consommation de masse et la concurrence accrue pour les ressources, la raréfaction de celles-ci, pourraient encourager les états à revendiquer une souveraineté accrue sur de plus vastes étendues maritimes, les cours d’eau et les ressources naturelles, créant une source potentielle de conflit.

Pour faire face à ce danger, le ministère de la défense a entrepris une ambitieuse modernisation de la flotte de combat, incluant la conception et l’achat de nouveaux porte-avions, de destroyers, de croiseurs, de sous-marins et d’un nouveau type de navire de « combat littoral ». Cet effort pourrait nécessiter des décennies pour être achevé et coûter des centaines de milliards de dollars. Certains éléments de ce plan ont été dévoilés par le Président Bush et le Secrétaire à la défense Gates dans le projet de budget pour l’exercice 2009, présenté en février. Parmi les grands programmes de construction navale décrits dans le budget on trouve :

  4,2 milliards de dollars pour une nouvelle génération de porte-avions à propulsion nucléaire.

  3,2 milliards pour un troisième destroyer lance-missile de la classe Zumwalt. Ces navires dotés de capacités de furtivité avancées serviront également de « banc d’essai » pour une nouvelle classe de missiles de croisière, le CG(X).

  1,3 milliards pour les deux premiers navires de combat littoral.

  3,6 milliards pour un nouveau sous-marin de la classe Virginia, qui est à l’heure actuel le programme le plus sophistiqué au monde dans ce type de navire.

Les projets de programmes de construction navale coûteront 16,9 milliards de dollars au cours de l’exercice 2009, venant s’ajouter aux 24,6 milliards votés pour l’exercice 2007 et l’exercice 2008.

La nouvelle perspective stratégique de la Navy se traduit non seulement par l’achat de nouveaux navires, mais aussi dans le déploiement de ceux qui sont déjà en service. Jusqu’à une date récente la plupart des unités navales étaient concentrées dans l’Atlantique Nord, la Méditerranée et le Nord-Ouest du Pacifique, en appui des forces américaines affectées à l’OTAN et dans le cadre de la défense des pactes signés avec la Corée du Sud et le Japon. Ces liens figurent toujours en bonne place dans les calculs stratégiques, mais l’accent est mis de plus en plus sur la protection indispensable des routes commerciales dans le golfe Persique, le sud-ouest du Pacifique et le golfe de Guinée (proche des principaux producteurs de pétrole en Afrique). Ainsi en 2003, le chef des forces américaines en Europe a déclaré que le groupe aéronaval sous son commandement, passerait moins de mois en Méditerranée et serait « la moitié du temps le long de la côte ouest de l’Afrique. »

Ce sont des préoccupations semblables qui motivent la réorganisation des bases situées outre-mer entreprise au cours de ces dernières années. Lorsque le gouvernement Bush est entré en fonction, la plupart des bases principales se trouvaient en Europe occidentale, au Japon ou en Corée du Sud. Sous la direction de Donald Rumsfeld, alors Secrétaire à la Défense, le Pentagone a commencé à déplacer ses forces des régions situées au marges de l’Eurasie en direction des zones du sud et du centre de celle-ci, tout particulièrement dans la partie Centre-Est de l’Europe, en Asie centrale et en Asie du sud-ouest – ainsi que vers l’Afrique du Nord et l’Afrique Centrale. Ce sont certes les régions où se trouvent Al-Qaida et les « Etats voyous » Moyen-orientaux – mais elles recèlent également 80% ou plus des réserves mondiale de pétrole et de gaz, ainsi que les gisements d’uranium, de cuivre, de cobalt et d’autres matières premières utilisées par l’industrie. Comme nous l’avons déjà indiqué précédemment, il est impossible de séparer ces deux dimensions dans les calculs stratégiques des États-Unis.

Un exemple en est fourni par le projet américain consistant à installer une base de soutien logistique permettant de mener des opérations de combat dans le bassin de la mer Caspienne et en Asie centrale. Les relations des USA avec les États de la région ont été établies plusieurs années avant le 11 septembre et visent à protéger le flux de pétrole en provenance de la mer Caspienne en direction de l’occident. Estimant que le bassin de la mer Caspienne pourrait se révéler une nouvelle source précieuse de pétrole et de gaz naturel, le Président Clinton avait travaillé sans relâche pour ouvrir cette région pétrolière aux intérêts américains. Très conscient de l’existence de conflits ethniques endémiques dans cette région du monde, il a cherché à renforcer les capacités militaires des gouvernements amis et à préparer une éventuelle intervention des forces américaines. Le Président Bush a ensuite poursuivi ces efforts, en augmentant le volume de l’aide militaire américaine et en créant des bases militaires dans les républiques d’Asie centrale.

C’est un ensemble de priorités semblable qui amène le Pentagone à vouloir conserver un réseau de bases « permanentes » en Irak. Nombre de ces installations seront sans doute utilisées pour soutenir la poursuite des opérations contre les forces rebelles, pour des activités de renseignement ou pour la formation de l’armée et des de la police irakiennes. Même si toutes les troupes de combat américaines sont rapatriées conformément aux promesses faites par les sénateurs Clinton et Obama, certaines de ces bases seront probablement maintenues et consacrées à l’entraînement des forces irakiennes qu’ils affirment vouloir poursuivre. De plus, quelques bases au moins sont spécifiquement dédiées à la protection des exportations du pétrole irakien. En 2007, par exemple, la Navy a révélé qu’elle avait mis en place un centre de Commandement et de Contrôle des Opérations, situé au sommet d’une plate-forme pétrolière irakienne offshore dans le golfe Persique pour superviser la protection des terminaux essentiels.

Michael T. Klare : Géostratégie de l’énergie (II/II)



Publication originale The Nation, traduction Contre Info

Illustration : manoeuvres maritimes Rimpac, 2006

 

Michael T. Klare : Géostratégie de l’énergie (II/II)

13 mai 2008

L’approvisionnement en pétrole et matières premières en voie de raréfaction est devenu l’enjeu géostratégique majeur déterminant la politique des grandes puissances. Dans ce deuxième volet, Michael Klare analyse la concurrence qui oppose la Chine, la Russie et les USA en Afrique et en Asie Centrale. Dénonçant le choix d’une compétition militaire aussi coûteuse que dangereuse, il appelle à la mise en oeuvre d’une politique de coopération internationale ambitieuse en faveur des énergies nouvelles, seule solution raisonnable à moyen terme.

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Par Michael T. Klare, The Nation, 1er mai 2008

Aucune autre superpuissance n’est en mesure d’égaler la projection mondiale des forces armées qui permet aux États-Unis de garantir ou de protéger ses approvisionnements en matières premières vitales. Néanmoins, d’autres puissances montantes commencent à remettre en cause par leurs actions cette prééminence américaine. La Chine et la Russie livrent aujourd’hui des armes aux producteurs de pétrole et de gaz dans les pays en développement et elles renforcent leurs capacités militaires dans les principaux pays producteurs d’énergie.

C’est en Afrique que les efforts déployés par la Chine pour l’accès aux ressources sont le plus évidents. Beijing y a établi des liens avec de nombreux pays producteurs de pétrole : Algérie, Angola, Tchad, Guinée Equatoriale, Nigeria et Soudan. La Chine veut également accéder aux abondantes ressources du continent en minéraux : cuivre de Zambie et du Congo, chrome du Zimbabwe et gisements de minéraux en Afrique du Sud. Dans chaque cas, les Chinois ont courtisé les fournisseurs en pratiquant une diplomatie vigoureuse, en offrant une aide au développement et des prêts à faible taux d’intérêt, en développant des projets culturels remarquables – et, dans bien des cas, des armements. La Chine est désormais un important fournisseur de matériel militaire dans ces pays et est surtout connu pour ses ventes d’armes au Soudan – armes qui auraient été utilisés par les forces gouvernementales pour se livrer à des attaques contre des populations civiles au Darfour. En outre, à l’image des États-Unis, la Chine a complété ses livraisons d’armes par des accords de soutien logistique et de formation, ce qui conduit à une augmentation régulière du nombre des instructeurs, des conseillers et des techniciens chinois, qui sont maintenant en concurrence avec leurs homologues américains pour tenter de gagner la loyauté des officiers des armées africaines.

Un processus très semblable se déroule en Asie centrale, où la Chine et la Russie coopèrent sous les auspices de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) pour fournir des armes et une assistance technique aux forces militaires des « stans » d’Asie centrale – là encore en situation de concurrence avec les USA pour gagner la loyauté des élites militaires locales. Dans les années 1990, la Russie était trop préoccupée par la situation en Tchétchénie pour accorder beaucoup d’attention à cette région, et la Chine avait également d’autres priorités, ce qui a permis à Washington de bénéficier d’un avantage temporaire. Cependant, au cours des cinq dernières années, Moscou et Beijing ont fait des efforts concertés pour gagner en influence dans la région. De ce fait, l’environnement géopolitique y est désormais bien plus concurrentiel, et la Russie et la Chine, liées par l’OCS, gagnent du terrain grâce à leurs efforts pour réduire l’influence des USA.

L’une des preuves visible de cette situation a été fournie lors des manoeuvres militaire que l’OCS a effectuées l’été dernier, les premières du genre auxquelles aient participé tous les États membres de l’organisation. Ces manoeuvres ont réuni 6500 militaires en provenance de Chine, de Russie, du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan et se sont déroulées en Russie et en Chine. En dehors de sa signification symbolique, cet évènement est révélateur des efforts déployés par la Chine et la Russie pour renforcer leurs capacités, en mettant l’accent sur les forces d’assaut à long rayon d’action. Pour la première fois, un contingent de troupes aéroportées chinois a été déployé à l’extérieur du territoire national, ce qui constitue une indication nette de la posture de plus en plus affirmée de Beijing.

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Organisation de Coopération de Shanghai – en vert, les pays ayant le statut d’observateurs

Afin de s’assurer que le message implicite de ces manoeuvres ne passe pas inaperçu, les présidents chinois et russes ont mis a profit le sommet de l’OCS se déroulant dans le même temps au Kirghizistan pour mettre en garde les États-Unis (sans les nommer) contre l’ingérence dans les affaires de l’Asie centrale. En appelant à un monde « multipolaire », Vladimir Poutine a déclaré que « toute tentative visant à résoudre les problèmes mondiaux et régionaux de manière unilatérale est sans espoir. » Pour sa part, Hu Jintao a déclaré que « les nations de l’OCS ont une compréhension claire des menaces auxquelles est confrontée la région et, par conséquent, doivent assurer leur sécurité elles-mêmes. »

Ces efforts entrepris par la Russie et la Chine, en relation avec le renforcement de l’aide militaire américaine aux États de la région, font partie d’une lutte plus vaste, bien que souvent dissimulée, visant au contrôle du pétrole et du gaz naturel en provenance du bassin de la mer Caspienne qui transité vers les marchés d’Europe et d’Asie. Et cette lutte, à son tour, n’est qu’une partie d’un combat mondial pour l’énergie.

Le risque majeur, c’est que cette compétition ne délaisse les domaines économiques et diplomatiques pour se poursuive sur le plan militaire. Cette éventualité ne devrait pas résulter d’une décision délibérée de provoquer un conflit avec un concurrent prise par l’un des États impliqué. Les dirigeants des pays concernés savent tous que le prix à payer pour l’emploi de la force est beaucoup trop élevé pour pouvoir espérer tout gain en retour. Le problème en revanche, tient à leur comportement, collectivement, qui rend de plus en plus vraisemblable le déclenchement fortuit d’une escalade militaire. Le déploiement d’un nombre croissant d’instructeurs militaires et de conseillers américains, russes et chinois dans des zones d’instabilité fait courir le risque réel que ces forces étrangères puissent un jour être entraînées dans des conflits locaux et se trouvent dans des camps opposés.

Ce risque est d’autant plus grand que l’importance prise par la production du pétrole, du gaz naturel, de l’uranium et des minéraux est en soi une source d’instabilité, qui agit comme un aimant attirant les livraisons d’armes et les interventions extérieures. Les pays producteurs sont en grande partie des nations pauvres, où celui qui contrôle la ressource s’assure du même coup une source de revenus abondants. Il y a là une incitation à la monopolisation du pouvoir par des élites avides qui utilisent à leur profit l’armée et la police pour réprimer leurs rivaux politiques. Cela se traduit le plus souvent par des régimes où une oligarchie corrompue se maintient au pouvoir grâce à un appareil de sécurité brutal, entourée par des masses déshéritées, en proie au mécontentement, et qui plus est appartenant souvent à un groupe ethnique différent. C’est là la recette idéale pour une provoquer agitation et insurrection. Telle est pourtant la situation qui prévaut aujourd’hui dans la région du delta du Niger, au Nigeria, au Darfour au sud Soudan, dans la région d’où provient l’uranium au Niger, au Zimbabwe, dans la province de Cabinda de l’Angola (où est situé la majeure partie du pétrole) et dans de nombreuses autres régions affligées par ce qu’il est convenu d’appeler la « malédiction des ressources ».

Le danger, bien sûr, réside dans le fait que les grandes puissances soient entraînées dans ces conflits internes, et ce n’est pas là un scénario impensable. Les États-Unis, la Russie et la Chine ont déjà livré des armes et fourni une assistance militaire à des factions impliquées dans bon nombre de ces conflits. Les États-Unis arment les forces gouvernementales au Nigeria et en Angola, la Chine soutient les forces gouvernementales au Soudan et au Zimbabwe, etc. Une situation encore plus dangereuse prévaut en Géorgie, où les États-Unis appuient le gouvernement pro-occidental du Président Mikhail Saakashvili en lui fournissant armes et soutien militaire tandis que la Russie appuie les régions séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. La Géorgie joue un rôle stratégique important pour les deux puissances en présence, car elle abrite l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC), un projet soutenu par les USA, qui amène le pétrole de la Caspienne vers les marchés occidentaux. Des conseillers et des instructeurs américains et russes sont présents dans ces deux régions, parfois suffisamment proches pour s’observer directement. Dans ces circonstances, il n’est pas difficile d’imaginer des scénarios dans lesquels une future confrontation entre la Géorgie et les forces séparatistes pourrait conduire, volens nolens, à un affrontement direct entre soldats américains et russes, déclenchant une crise beaucoup plus grave.

Il est essentiel que l’Amérique abandonne cette conception consistant à aborder sous l’aspect militaire sa dépendance envers les importations d’énergie et qu’elle assouplisse sa politique actuelle de concurrence géopolitique avec la Chine et la Russie pour le contrôle des ressources au-delà de ses frontières. Lutter contre cette dépendance entraînerait un investissement plus important en matière d’énergies alternatives, mais conduirait aussi à une plus grande économie sur l’énergie sur le plan intérieur (en induisant une baisse des prix sur le long terme) et augmenterait les chances d’éviter le réchauffement de la planète.

Toute stratégie visant à réduire la dépendance des importations d’énergie, et en particulier le pétrole, doit inclure une forte augmentation des investissements dans les énergies de substitution, en particulier les sources renouvelables (solaire et éolien), les biocarburants de deuxième génération (qui sont issus de végétaux non comestibles), la gazéification du charbon mettant en oeuvre la capture et le stockage du carbone (pour éviter que le dioxyde de carbone en s’échappant dans l’atmosphère ne concoure au réchauffement la planète), sans oublier les piles à combustible alimentées par l’hydrogène, le train à grande vitesse, les transports en commun et tous autres systèmes de transport avancés. La science et la technologie requises sont déjà largement présentes, mais les investissements nécessaires pour les faire passer du stade du laboratoire ou du projet pilote à une grande échelle de développement ne le sont pas encore. Le défi consiste donc à rassembler les nombreux milliards – voire milliers de milliards – de dollars qui seront nécessaires.

Mais ce sont les dépenses militaires pour le contrôle de la ressource énergétique, à l’origine justifiées par la même préoccupation, qui sont aujourd’hui le principal obstacle à cette tâche herculéenne que nous devons entreprendre. Pour ma part, je chiffre le coût induit par la « Doctrine Carter » à une fourchette comprise entre 100 milliards à 150 milliards de dollars par an, non compte tenu de la guerre en Irak. L’extension de cette doctrine à la région de la mer Caspienne et de l’Afrique vient ajouter des milliards de dollars supplémentaires à cette somme. La nouvelle guerre froide qui se dessine avec la Chine, et la course aux armements sur mer qui l’accompagne, nécessitera des milliards de dépenses militaires supplémentaires au cours des prochaines décennies. Cette entreprise est une pure folie : elle ne garantira pas l’accès à un plus grand nombre de sources d’énergie, ni ne réduira le coût du carburant pour les américains pas plus qu’elle ne découragera la Chine de rechercher de nouvelles sources d’énergies. Cela n’aura pour effet que de gaspiller les sommes dont nous avons besoin pour développer d’autres sources d’énergie et prévenir les pires effets du changement climatique.

Cet exposé conduit à une dernière recommandation : plutôt que de s’engager dans une compétition militaire avec la Chine, nous devrions coopérer avec Beijing dans le développement de sources alternatives d’énergie et de systèmes de transport plus efficaces. Les arguments en faveur de cette collaboration sont imparables : les USA et la Chine réunis devraient consommer 35% de la production pétrolière mondiale d’ici à 2025. La majeure partie de ces importations proviendra d’états en situation instable. Si les réserves mondiales de pétrole ont commencé à diminuer d’ici là comme le prévoient de nombreux analystes, ces deux nations pourraient se retrouver piégées dans un dangereux conflit pour s’approprier des ressources devenues rares, situées dans des zones chroniquement instables de la planète. Les coûts induits par ce chois seraient prodigieux, que ce soit en termes d’augmentation des dépenses militaires ou d’incapacité à investir de façon plus utile dans des programmes sociaux, économiques et environnementaux. Il vaudrait beaucoup mieux renoncer à ce type de concurrence et œuvrer de concert pour le développement de solutions techniques alternatives novatrices remplaçant le pétrole, à la production de véhicules très économes en carburant ou d’autres innovations énergétiques. De nombreuses universités américaines et chinoises, tout comme des entreprises privées, ont déjà initié des projets conjoints de ce type, et il n’est pas difficile d’envisager un modèle de coopération bien plus étendue en la matière.

Au moment où se rapprochent les échéances électorales de 2008, deux voies s’offrent à nous. L’une conduit vers une plus grande dépendance aux importations de carburants, à un renforcement de l’approche militariste quant à notre dépendance vis-à-vis de l’étranger, qui ne pourra que renforcer la compétition à laquelle se livrent les puissances pour le contrôle des approvisionnements mondiaux en énergie fossile. L’autre conduit vers la diminution de la dépendance au pétrole comme source principale d’énergie, le développement rapide des énergies de remplacement, la réduction de la présence de l’armée américaine à l’étranger et la coopération avec la Chine dans le développement de nouvelles options énergétiques. Concernant l’avenir de la nation américaine, rarement un choix politique aura été aussi déterminant.

Première partie : Michael T. Klare : Géostratégie de l’énergie (I/II)



Publication originale The Nation, traduction Contre Info

Illustration : Oléoducs de la région de la mer Caspienne – source Energy Information Administration

 

Michael Klare : la fin du monde tel que vous l’avons connu

19 avril 2008

L’époque de la croissance occidentale illimitée et sans concurrence autorisée par l’abondance de l’énergie à bon marché est terminée. Le pouvoir appartiendra désormais aux pays producteurs, et les nations sans ressources vont engager une lutte sans merci pour se garantir un approvisionnement devenu insuffisant pour satisfaire aux besoins de tous. Bienvenue dans le nouveau monde, le nôtre.

Le Darfour ? une guerre du pétrole... dans LE NOUVEL ORDRE MONDIAL arton1933

Par Michael Klare, Tom Dispatch, 15 avril 2008  

Le pétrole à 110 dollars le baril. L’essence à 3,35 dollars (ou plus) le gallon. Le diesel à 4 dollars le gallon. Les camionneurs indépendants contraints de cesser leur activité. Le fuel domestique atteignant des niveaux de prix exorbitants. Le kérosène tellement cher que trois compagnies aériennes à bas coût ont interrompu leurs vols au cours des dernières semaines. Ce sont là quelques informations récentes sur le front de l’énergie, qui donnent un avant-goût des changements profonds dans la façon dont chacun d’entre nous vivra, aussi bien dans ce pays que partout ailleurs dans le monde. Et cette tendance ne fera, pour autant que quiconque puisse le prédire, que s’accentuer au fur et à mesure que diminuera l’approvisionnement en énergie et que s’intensifiera la lutte mondiale pour sa répartition.

Toutes sortes d’énergies étaient très abondantes jadis, et c’est ce qui a rendu possible l’expansion de l’économie mondiale au cours des six dernières décennies. Cette expansion a au premier chef bénéficié aux États-Unis ainsi qu’au « premier monde » de ses alliés en Europe et dans le Pacifique. Récemment, cependant, quelques pays appartenant à l’ancien « Tiers Monde » – la Chine et l’Inde, en particulier – ont voulu profiter de cette manne énergétique en industrialisant leurs économies et en exportant un large éventail de produits vers les marchés internationaux. Ce qui à son tour a entraîné une augmentation sans précédent de la consommation mondiale d’énergie – en progression de 47% durant ces 20 dernières années, selon le Département de l’Energie américain (DoE).

Une augmentation de cette nature ne serait pas devenue une source d’inquiétude profonde si les pays fournisseurs d’énergie primaire avaient été capables de produire la quantité de carburant nécessaire. Mais loin de là, nous faisons face à une réalité effrayante : nous assistons à un net ralentissement de la croissance de la production mondiale d’énergie au moment même ou la demande augmente de façon abrupte. L’offre ne disparaît pas réellement – bien que cela se produira tôt ou tard – mais elle ne croit pas suffisamment vite pour répondre à la flambée de la demande mondiale.

(JPG) La combinaison entre l’augmentation de la demande, l’émergence de nouvelles puissances consommatrices d’énergie et la contraction de l’offre énergétique mondiale anéantit le monde d’énergie abondante que nous connaissions et installe à sa place un nouvel ordre mondial que l’on pourrait définir par ce couple : puissances émergentes / planète rétrécie.

Ce nouvel ordre mondial sera caractérisé par une concurrence internationale féroce autour de stocks de pétrole, de gaz naturel, de charbon et d’uranium qui iront diminuant. Il sera également marqué par une redistribution majeure tant des pouvoir que de la richesse entre des nations déficitaires en énergie comme le sont la Chine, le Japon et les États-Unis et celles qui sont excédentaires comme la Russie, l’Arabie saoudite et le Venezuela. Dans ce processus, la vie de chacun d’entre nous sera affectée d’une manière ou d’une autre. Les consommateurs les plus pauvres tout comme ceux de la classe moyenne appartenant aux nations déficitaires en énergies subiront les plus lourdes conséquences. Cela concerne donc la plupart d’entre nous et de nos enfants, au cas où vous ne l’auriez pas encore perçu.

Voici résumées les cinq forces principales agissantes au sein de ce nouvel ordre international qui va redéfinir notre monde :

1. La concurrence intense entre anciens et nouveaux pouvoirs économiques pour les approvisionnements en ressources disponibles d’énergie

Jusqu’à très récemment, les anciennes puissances industrielles d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord consommaient la part du lion de l’énergie et ne laissaient que des miettes aux pays en développement. A une date aussi récente que l’année 1990, les membres de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), le club des pays les plus riches, consommaient environ 57% de l’énergie mondiale, l’Union Soviétique et les pays du Pacte de Varsovie 14%, et il ne restait que 29 % pour les pays en développement. Mais cette répartition est en train de changer : En raison de leur forte croissance économique, les pays émergents consomment désormais une plus grande partie des ressource mondiales d’énergie. En 2010, leur part devrait atteindre 40%, et si les tendances actuelles persistent, elle atteindra 47% d’ici à 2030.

La Chine joue un rôle crucial dans cette évolution. A eux seuls, les chinois devraient consommer 17% de l’énergie mondiale d’ici à 2015, et 20% d’ici à 2025 – date à laquelle, si les tendances se poursuivent, ils auront dépassé les États-Unis en tant que leader mondial de la consommation d’énergie. La part de l’Inde, qui en 2004 représentait 3,4% du total mondial, devrait atteindre 4,4% en 2025, et selon les projections, la consommation d’autres nations en voie d’industrialisation rapide comme le Brésil, l’Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande et la Turquie connaîtra une croissance semblable.

Ces puissances économiques montantes devront rivaliser avec les puissances économiques installées pour accéder aux réserves inexploitées d’énergie exportable restantes – qui dans bien des cas, ont été acquises il y a fort longtemps par les entreprises énergétiques du secteur privé des anciennes puissances comme Exxon Mobil, Chevron, BP, Total, et la Royal Dutch Shell. Face à cette contrainte, les nouveaux concurrents ont développé une stratégie ambitieuse pour soutenir la concurrence avec les « majors » de l’Occident : ils ont créé leurs propres entreprises étatiques et conclu des alliances stratégiques avec les compagnies pétrolières nationales qui contrôlent maintenant les réserves de pétrole et de gaz dans nombre des principaux pays producteurs d’énergie.

La compagnie chinoise Sinopec, par exemple, a noué une alliance stratégique avec l’entreprise saoudienne Aramco, le géant nationalisé qui était autrefois la propriété de Chevron et Exxon Mobil, pour explorer les gisements de gaz naturel en Arabie Saoudite et vendre le brut saoudien en Chine. De la même façon, la China National Petroleum Corporation (CNPC) collaborera avec Gazprom, la compagnie d’état russe qui a le monopole sur le gaz naturel, afin de construire des pipelines et de livrer le gaz russe vers la Chine. Plusieurs de ces entreprises détenues par l’état, y compris la CNPC et la Oil and Natural Gas Corporation Indienne, sont maintenant sur le point de collaborer avec la Petróleos de Venezuela dans le développement des champs pétrolifères de bruts extra-lourds de la ceinture de l’Orénoque, précédemment contrôlée par Chevron. Dans cette nouvelle phase de la concurrence énergétique, les positions dont jouissaient depuis longtemps les majors occidentales ont été érodées par cette vague de nouveaux projets soutenus par les états des pays en développement.

2. L’insuffisance de l’approvisionnement en énergie primaire

La capacité de l’industrie mondiale de l’énergie à satisfaire la demande diminue. Selon toutes les prévisions, l’offre mondiale de pétrole augmentera peut-être durant cinq ans, avant d’atteindre un pic puis de commencer à décliner. Les productions de gaz naturel, de charbon et d’uranium vont probablement continuer à se développer durant une décennie ou deux avant de d’atteindre elles aussi un sommet et d’entamer leur inévitable déclin. Dans l’intervalle la production mondiale de ces ressources se révélera incapable d’atteindre les niveaux élevés de la demande.

Voyons ce qu’il en est pour le pétrole. Le Département Américain de l’Energie affirme que la demande mondiale de pétrole devrait atteindre 117,6 millions de barils par jour en 2030, et sera satisfaite par une offre qui – miracle parmi les miracles – atteindrait exactement 117,7 millions de barils au même moment (y compris les carburants liquides produits à partir de substances comme le gaz naturel et les sables bitumineux du Canada). La plupart des professionnels de l’énergie considèrent cependant cette estimation hautement irréaliste. « Une centaine de millions de barils est maintenant à mes yeux, une vision optimiste », a déclaré de façon significative le PDG de Total, Christophe de Margerie, lors d’une conférence sur le pétrole qui s’est tenue à Londres en octobre 2007. « Ce n’est pas mon avis personnel, c’est le point de vue de l’industrie, ou celui de ceux qui préfèrent s’exprimer clairement, honnêtement, et n’essayent pas seulement d’être complaisants. »

De façon semblable, les auteurs du Rapport sur le Pétrole à Moyen Terme, publié en juillet 2007 par l’Agence Internationale de l’Energie, un organisme affilié à l’OCDE, ont conclu que la production mondiale de pétrole pourrait atteindre 96 millions de barils par jour d’ici 2012, mais n’a que peu de chances d’atteindre un niveau sensiblement supérieur, car l’absence de nouvelles découvertes rend toute croissance future impossible.

Les titres de la presse économique font état d’un maelstrom de tendances conflictuelles : la demande mondiale va continuer de croître à mesure que des centaines de millions de consommateurs chinois et indiens nouvellement enrichis se mettront sur les rangs pour acquérir leur première voiture (certaines sont vendues aussi peu cher que 2500 dollars). Les principaux champs pétroliers géants et déjà anciens, comme Ghawar en Arabie saoudite et Canterell au Mexique, sont déjà sur le déclin ou devraient l’être bientôt, et le taux de nouvelles découvertes de champs pétrolifères chute année après année. Il faut donc s’attendre à ce que la pénurie mondiale d’énergie et les prix élevés soient une source constante de difficultés.

3. Le développement douloureusement lent des énergies alternatives

Pour les décideurs politiques, il est depuis longtemps évident que de nouvelles sources d’énergie sont absolument nécessaires pour compenser la disparition prévue des combustibles existants, ainsi que pour ralentir l’accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère qui sont responsables du changement climatique. De fait, l’éolien et l’énergie solaire ont atteint un niveau significatif dans certaines régions du monde. D’autres solutions énergétiques innovantes ont déjà été élaborées et même testées dans les laboratoires universitaires et les entreprises. Mais ces solutions, qui ne contribuent aujourd’hui que pour un très faible pourcentage de la production énergétique mondiale, ne connaissent pas un développement assez rapide pour prévenir les multiples catastrophes énergétiques mondiales qui s’annoncent.

Selon le Département de l’Énergie des USA, les énergies renouvelables, notamment l’éolien, l’énergie solaire et l’énergie hydraulique (ainsi que les sources « traditionnelles » comme le bois de chauffage et le fumier), n’ont fourni que 7,4% de la consommation mondiale en 2004 ; la part supplémentaire des biocarburants s’élève à 0,3%. Dans le même temps, les combustibles fossiles – pétrole, charbon et gaz naturel – ont fourni 86% des ressources énergétiques, et enfin le nucléaire y a contribué à hauteur de 6%. Se fondant sur les taux actuels de développement et d’investissement, le DoE a établi une projection peu encourageante : En 2030, les combustibles fossiles continueront de représenter exactement le même pourcentage de l’énergie mondiale qu’en 2004. L’accroissement prévisible de la part des énergies renouvelables et des biocarburants est si réduite – à peine 8,1% – qu’elle en est quasiment dénuée de signification.

En termes de réchauffement de la planète, les répercutions sont tout simplement catastrophiques : la dépendance accrue à l’égard du charbon (en particulier en Chine, en Inde et aux États-Unis) signifie que les émissions mondiales de dioxyde de carbone devraient augmenter de 59% au cours du prochain quart de siècle, passant de 26,9 milliards de tonnes à 42,9 milliards de tonnes. La conclusion est évidente. Si ces chiffres sont atteints, il n’y a aucun espoir d’éviter les pires effets du changement climatique.

Pour ce qui est de l’approvisionnement mondial en énergie, les implications sont presque aussi catastrophiques. Pour parvenir à satisfaire l’envol de la demande énergétique, nous aurions besoin d’un afflux massif de carburants de substitution, ce qui signifierait aussi un investissement massif – de l’ordre de plusieurs milliers de milliards de dollars – pour permettre de faire passer rapidement les nouvelles technologies du stade du laboratoire à celui de la production industrielle sur une grande échelle. Mais aussi déplorable que cela soit, rien de tel n’est prévu. En revanche, les grandes entreprises du secteur de l’énergie (soutenues par le gouvernement américain à coup de somptueuses subventions et d’abattements fiscaux) mobilisent leurs méga-profits nés de la hausse des tarifs de l’énergie dans les projets fort coûteux (et écologiquement contestables) d’extraction du pétrole et du gaz de l’Alaska et de l’Arctique, ou pour effectuer des forages difficiles et coûteux en eaux profondes dans le golfe du Mexique et l’océan Atlantique. Le résultat ? Quelques barils de pétrole et quelques mètres cubes de gaz naturel supplémentaires à des prix exorbitants (accompagnés de dommages écologiques), au moment même où les énergies alternatives non fossiles progressent à une allure déplorable.

4. Le transfert à un rythme soutenu de la puissance et de la richesse des nations déficitaires en énergie en direction des nations excédentaires

Il y a peu de pays – une dizaine, peut-être, au total – disposant d’assez de pétrole, de gaz, de charbon et d’uranium (ou d’un mixte de ceux-ci) pour répondre à leurs propres besoins énergétiques et fournir d’importants excédents pour l’exportation. De toute évidence, ces nations seront en mesure d’obtenir des conditions de plus en plus avantageuses du nombre croissant de celles qui souffrent d’un déficit d’énergie et dépendront d’elles pour cette fourniture vitale. Ces nouvelles règles, essentiellement de nature financière, se traduiront par une augmentation des montagnes de pétrodollars accumulées par les principaux producteurs de pétrole, mais contraindront aussi à des concessions politiques et militaires.

En ce qui concerne le pétrole et le gaz naturel, les nations disposant d’un surplus d’énergie important se comptent sur les deux mains. Dix Etats riches en pétrole possèdent 82,2% des réserves mondiales prouvées. Par ordre d’importance, ce sont : Arabie saoudite, Iran, Irak, Koweït, Emirats Arabes Unis, Venezuela, Russie, Libye, Kazakhstan et Nigéria. La possession de gaz naturel est encore plus concentrée. De façon surprenante, trois pays seulement, c’est à dire la Russie, l’Iran et le Qatar, détiennent 55,8% de l’approvisionnement mondial. Ces nations sont dans la position enviable de bénéficier de l’augmentation spectaculaire des prix mondiaux de l’énergie et d’obtenir de leurs clients potentiels toutes concessions politiques qu’ils jugeront importantes.

Le transfert des richesses à lui seul a déjà atteint un niveau ahurissant. Les pays exportateurs de pétrole ont reçu un total estimé à 970 milliards de dollars en provenance des pays importateurs en 2006, et cette somme, lorsqu’elle sera établie pour 2007, devrait être encore bien plus élevée. Une fraction substantielle de ces dollars, de ces yens et de ces euros ont été placés dans les « fonds souverains » (SWF), ces fonds de placement géants appartenant aux pays pétroliers qui sont utilisés aux fins d’acquérir des investissements rentables de par le monde. Au cours des derniers mois, les fonds souverains du golfe Persique ont tiré profit de la crise financière aux États-Unis pour se rendre acquéreurs d’importantes participations dans les secteurs stratégiques de l’économie américaine. En novembre 2007, par exemple, l’Abu Dhabi Investment Authority (ADIA) a acquis une participation de 7,5 milliards de dollars dans Citigroup, la première banque américaine. En janvier dernier, Citigroup avait cédé une participation encore plus importante, d’une valeur de 12,5 milliards de dollars, à la Kuwait Investment Authority (KIA ) associée à plusieurs autres investisseurs du Moyen-Orient, dont le prince Walid Ben Talal de l’Arabie saoudite. Les responsables de KIA et d’ADIA insistent sur le fait qu’ils n’ont pas l’intention d’utiliser leurs participations dans Citigroup ou les banques et sociétés américaines pour influer sur l’économie des États-Unis ou leur politique étrangère. Mais il est difficile de penser qu’une évolution financière de cette ampleur, qui ne pourra que se renforcer dans les décennies à venir, ne se traduise pas par une certaine forme d’influence politique.

Dans le cas de la Russie, qui a ressuscité des cendres de l’Union soviétique pour redevenir la première superpuissance énergétique, elle dispose déjà de cette capacité. La Russie est aujourd’hui le premier fournisseur mondial de gaz naturel, le deuxième plus grand fournisseur de pétrole et l’un des principaux producteurs de charbon et d’uranium. Alors que de nombreuses entreprises du secteur avaient été brièvement privatisées sous le règne de Boris Eltsine, le président Vladimir Poutine a ramené la plupart d’entre elles sous le contrôle de l’Etat – par des moyens légaux extrêmement discutables dans certains cas. Il a ensuite utilisé la puissance de ces entreprises pour se livrer à des campagnes de corruption ou de contrainte visant les anciennes républiques soviétiques à la périphérie de la Russie, qui dépendent d’elle pour la majeure partie de leurs fournitures de pétrole et de gaz. Les pays de l’Union européenne se sont parfois déclarés consternés par les tactiques de Poutine, mais ils dépendent également de l’approvisionnement en énergie de la Russie, et ont appris à taire leurs critiques pour amadouer la puissance montante russe en Eurasie. On peut considérer que l’exemple de la Russie fournit un modèle de ce nouvel ordre énergétique mondial qui se dessine aujourd’hui.

5. Un risque croissant de conflit

Historiquement, les grands bouleversements de l’équilibre des pouvoir se sont en général accompagnés de violences – et parfois de bouleversements violents prolongés. Soit les états à l’apogée de leur puissance ont lutté pour prévenir la perte de leur statut privilégié, soit leurs challengers ont lutté pour renverser ceux qui se trouvaient au sommet. Cela va-t-il se reproduire aujourd’hui ? Les états affligés d’un déficit énergétique vont-ils lancer des campagnes pour arracher les réserves pétrolières et gazières des états qui contrôlent les surplus ? (La guerre menée en Irak par l’administration Bush, pourrait se définir comme une tentative de ce type). Les états déficitaires en énergie vont-ils tenter d’éliminer des concurrents parmi leurs rivaux atteints du même problème ?

Les coûts élevés et les risques associés à la guerre moderne sont évidents et le sentiment largement répandu est que ces problèmes d’énergie pourraient être mieux résolus par des moyens économiques et non militaires. Néanmoins, les grandes puissances emploient déjà des moyens militaires dans leurs efforts déployés pour prendre l’avantage dans cette lutte mondiale pour l’énergie, et nul ne devrait s’abuser sur cette question. Ces efforts pourraient aisément conduire à une escalade involontaire et au conflit.

L’une des preuves évidentes de l’utilisation des moyens militaires dans cette recherche de l’énergie est fournie par les livraisons d’armes et le soutien militaire que procurent les grands états importateurs d’énergie en direction de leurs principaux fournisseurs. Les États-Unis et la Chine, par exemple, ont accru leurs livraisons d’armes et de matériel aux États producteurs de pétrole en Afrique en Angola, au Nigéria et au Soudan, ainsi que dans le bassin de la mer Caspienne, en Azerbaïdjan, au Kazakhstan et au Kirghizistan. Les États-Unis ont en particulier déployés des efforts pour lutter contre l’insurrection armée dans la région vitale du delta du Niger au Nigéria, la région d’où provient la plus grande partie du pétrole produit dans le pays ; Beijing procède elle aussi à des livraisons d’armes vers le Soudan, où les exploitations pétrolières dirigées par les chinois sont menacées par les insurrections qui ont lieu dans le Sud du pays et au Darfour.

La Russie utilisent également ces livraisons d’armes comme l’un des instruments parmi les moyens qu’elle déploie pour gagner en influence dans les régions majeures de production pétrolière et gazière que sont les bassin de la mer Caspienne et le golfe Persique. Elle tente non pas de se procurer l’énergie pour son propre usage, mais de dominer les flux d’énergie destinés à d’autres. En particulier, Moscou cherche à obtenir pour Gazprom le monopole sur le transport du gaz en provenance d’Asie centrale vers l’Europe grâce à son vaste réseau d’oléoducs. Elle veut également profiter des énormes gisements de gaz de l’Iran, qui renforceraient encore davantage le contrôle qu’elle exerce sur le commerce de gaz naturel.

Le danger, bien sûr, tient au fait que de telles collaborations, qui se multiplient au fil du temps, ne provoquent des courses aux armements régionales, exacerbent les tensions et accroissent le danger d’implication des grandes puissances dans les conflits qui éclatent localement. L’histoire montre de trop nombreux exemples de telles erreurs de calcul aboutissant à des guerres qui échappent à tout contrôle, comme ce fut le cas durant les années précédant la Première Guerre mondiale. De fait, aujourd’hui l’Asie centrale et la Caspienne avec leurs multiples désordres ethniques et les rivalités entre grandes puissances, présentent plus d’une ressemblance avec les Balkans dans les années qui ont précédé 1914.

Tout ceci conduit à tirer une conclusion simple, mais qu’il faut méditer : il s’agit de la fin du monde tel que vous l’avons connu. Dans le nouveau monde ayant l’énergie pour centre de gravité dans lequel nous sommes tous désormais entrés, le prix du pétrole va dominer nos vies et la puissance sera aux mains de ceux qui contrôlent sa distribution au plan mondial.

Dans ce nouvel ordre du monde, l’énergie régira chaque jour nos vies selon de nouveaux modes. Elle déterminera à quel moment et à quelles fins nous utiliserons nos voitures ; à quel niveau, haut ou bas, nous réglerons nos thermostats ; vers quels lieux, quand, et même si nous voyagerons ; les aliments que nous mangerons en dépendrons de plus en plus (étant donné que le prix de la production et de la distribution de nombreuses viandes et des légumes est profondément affecté par le coût du pétrole ou le développement de la culture du maïs pour la production d’éthanol) ; pour certains d’entre nous, cela déterminera où nous vivrons, pour d’autres, le type d’activité que nous entreprendrons ; pour nous tous, quand et dans quelles circonstances nous ferons la guerre ou éviterons les dépendances envers l’étranger qui pourraient nous entraîner vers la guerre.

Une dernière observation : la décision la plus pressante qui attend le prochain président et le Congrès pourrait être : comment faire pour accélérer au mieux la transition des énergies fossiles vers un système basé sur les énergies alternatives respectueuses du climat.

Michael Klare est l’auteur de Resource Wars et de Blood and Oil. Il est professeur au Hampshire College où il enseigne sur les questions de sécurité mondiale et de la paix. Son dernier ouvrage, Rising Powers, Shrinking Planet : The New Geopolitic of Energy, vient de paraître. Une brève vidéo de Klare débattant des grandes questions qui y sont abordées peut être consultée ici



Publication originale Tom Dispatch, traduction Contre Info

Illustration : champs de pétrole en flammes – Koweit 1991

Les civilisations meurent aussi

4 avril 2008

Les civilisations ne sont pas immortelles. L’épuisement des ressources, les atteintes à l’environnement, les conflits, la complexité, source de fragilité, ont par le passé provoqué la disparition de civilisations entières. Jugée à cette aune, l’hyper technicité occidentale, la mondialisation des réseaux et des flux, sont-elles des forces, un gage d’adaptabilité, ou des faiblesses potentielles ? Chercheurs et scientifiques apportent des éléments de réponse.

arton1883 dans LE NOUVEL ORDRE MONDIAL

par Debora MacKenzie, New Scientist, 2 avril 2008

Apocalypse. La fin de la civilisation. La littérature et le cinéma regorgent de récits de peste, de famine et de guerres qui ravagent la planète, ne laissant que quelques survivants réduits à mener une existence primitive, parmi les ruines. Toutes les civilisations se sont effondrées finalement. Pourquoi en serait-il autrement pour la nôtre ?

Les scénarios d’apocalypse comportent en général une catastrophe majeure : un gigantesque astéroïde, une guerre nucléaire totale ou une pandémie catastrophique. Il existe cependant une autre possibilité glaçante : et si c’était dans la nature même des civilisations, la nôtre comme toutes les autres, que d’être destinées à s’effondrer tôt ou tard ?

Quelques chercheurs l’affirment depuis des années. Malheureusement, les recherches récentes effectuées dans des domaines comme la théorie de la complexité donnent à penser qu’ils ont raison. Il semble que lorsqu’une société se développe au-delà d’un certain niveau de complexité, elle devienne de plus en plus fragile. Finalement, elle atteint un point où même un incident relativement mineur peut provoquer l’écroulement de l’ensemble.

Ils sont quelques uns à considérer que nous avons déjà atteint ce point, et qu’il est temps de commencer à réfléchir sur la façon dont nous pourrions gérer l’effondrement. D’autres insistent sur le fait qu’il n’est pas encore trop tard, et que nous pouvons – nous devons – agir maintenant pour prévenir l’échec.

Les précédents historiques ne plaident pas en notre faveur. Pensez à Sumer, à l’Égypte ancienne et aux Mayas. Dans son ouvrage « Effondrement », paru en 2005, Jared Diamond, professeur à l’Université de Californie, considère que c’est leur mauvaise gestion de l’environnement qui est à l’origine de la chute de la civilisation Maya et des autres qui ont connu le même sort. Il avertit que nous pourrions prendre le même chemin si nous ne décidons pas de cesser de détruire l’environnement qui nous porte.

Lester Brown, du Earth Policy Institute à Washington, en convient. Il fait valoir depuis longtemps déjà que les gouvernements devraient accorder plus d’attention aux ressources environnementales vitales. « Il ne s’agit pas de sauver la planète. Il s’agit de sauver la civilisation », considère-t-il.

D’autres chercheurs estiment que nos problèmes ont une racine plus profonde. A partir du moment où nos ancêtres ont commencé à s’installer et à bâtir des villes, nous avons dû trouver des solutions aux problèmes nouveaux qu’apportait le succès. « Durant les 10 000 dernières années, la résolution des problèmes a produit une complexité croissante dans les sociétés humaines », remarque Joseph Tainter, un archéologue de l’Université de l’Utah, à Salt Lake City, et auteur de l’ouvrage L’Effondrement des Sociétés Complexes.

Si les récoltes périclitent parce que les pluies sont irrégulières, il faut construire des canaux d’irrigation. Quand ils s’envasent, il faut organiser des équipes de curage. Lorsque l’amélioration du rendement des cultures autorise une population plus nombreuse, il faut construire davantage de canaux. Quand l’étendue du réseau de canaux ne permet plus de se satisfaire de réparations ponctuelles, il faut mettre en place une bureaucratie de gestion, et la financer en levant l’impôt sur la population. Quand la population se plaint, il faut créer des inspecteurs des impôts et un système de comptabilité des sommes perçues. Tout cela était déjà bien connu des Sumériens.

Rendements décroissants

Il y a cependant un prix à payer. Chaque couche supplémentaire ajoutée à l’organisation impose un coût en terme d’énergie, l’unité de compte de tous les efforts humains, que ce soient la construction de canaux ou l’éducation des scribes. M. Tainter s’est aperçu qu’une complexité croissante entraîne des rendements décroissants. Le supplément de nourriture produite par chaque heure supplémentaire de travail – les joules d’énergie investis pour cultiver un hectare – diminue à mesure que cet investissement s’accroît. Nous assistons aujourd’hui au même phénomène avec la baisse du nombre de brevets par dollar investi dans la recherche au fur et à mesure de l’augmentation des investissements qui y sont consacrés. Cette loi des rendements décroissants semble être présente partout, note M. Tainter.

Pour continuer de croître, les sociétés doivent continuer à résoudre les problèmes à mesure qu’ils surviennent. Pourtant, chaque problème résolu signifie plus de complexité. Le succès induit une population plus nombreuse, plus de spécialistes, plus de ressources à gérer, plus d’informations à traiter – et, in fine, moins de retour sur l’argent dépensé.

Au bout du compte, estime M. Tainter, on atteint un point où toutes les énergies et les ressources à la disposition d’une société sont nécessaires uniquement pour maintenir son niveau actuel de complexité. Puis, quand le climat change ou qu’arrivent les barbares, les institutions proches du point de rupture s’effondrent et l’ordre civil avec elles. Ce qui émerge ensuite c’est une société moins complexe, organisée sur une plus petite échelle, ou qui est dirigée par un autre groupe.

M. Tainter voit dans les rendements décroissants la raison sous-jacente de l’effondrement de toutes les civilisations anciennes, des premières dynasties chinoises à la cité-état grecque de Mycènes. Ces civilisations, utilisaient l’énergie solaire sous la forme de cultures et de récoltes de nourriture, de fourrage et de bois, ainsi que l’énergie du vent. Lorsque ces ressources ont atteints leurs limites, le système s’est brisé.

La civilisation industrielle occidentale est devenue plus grande et plus complexe que toute les précédentes grâce à l’exploitation de nouvelles sources d’énergie, notamment le charbon et le pétrole, mais elles sont limitées. On observe de plus en plus de manifestations de la loi des rendements décroissants : l’énergie nécessaire pour obtenir chaque nouveau joule de pétrole augmente et bien que la production alimentaire mondiale ne cesse de croître, une innovation constante est nécessaire pour faire face à la dégradation de l’environnement et l’évolution des parasites et des maladies – le rendement par unité d’investissement dans l’innovation est en régression. « Dans la mesure où les problèmes sont inévitables », prévient M. Tainter, « ce processus est en partie inéluctable. »

M. Tainter a-t-il raison ? Une analyse des systèmes complexes a conduit Yaneer Bar-Yam, dirigeant du Complex Systems Institute de Cambridge, Massachusetts, à la même conclusion que celle à laquelle M. Tainter est parvenue en étudiant l’histoire. Les organisations sociales deviennent sans cesse plus complexes car elles doivent traiter à la fois des problèmes d’environnement et relever les défis posés par les sociétés des pays voisins qui sont également de plus en plus complexes, explique M. Bar-Yam. Cela mène au bout du compte à un changement fondamental dans la manière dont la société est organisée.

« Pour piloter une hiérarchie, les dirigeants ne peuvent pas être moins sophistiqués que le système qu’ils pilotent », explique M. Bar-Yam. Quand la complexité augmente, les sociétés doivent ajouter de plus en plus de niveaux de gestion, mais, en fin de compte dans une hiérarchie, un individu doit tenter de conserver une vue d’ensemble, et cela commence à devenir impossible. À ce moment-là, les hiérarchies cèdent leur place à des réseaux dans lesquels la prise de décision est distribuée. Nous en sommes à ce point.

La transformation des organisations en direction des réseaux décentralisés a donné naissance à l’idée largement répandue que la société moderne est plus résistante que les anciens systèmes hiérarchiques. « Je ne prévois pas un effondrement de la société en raison de la complexité accrue », déclare le futurologue et consultant pour l’industrie Ray Hammond. « Notre force réside dans notre prise de décision très distribuée. » Ceci rend les sociétés occidentales modernes plus résistants que celles dans lesquelles la prise de décision était centralisée, comme dans l’ancienne Union soviétique.

Les choses ne sont pas aussi simples que cela, remarque Thomas Homer-Dixon, politologue à l’Université de Toronto et auteur en 2006 du livre The Upside of Down. « Initialement, l’accroissement de la connectivité et de la diversité est une aide : si un village souffre d’une mauvaise récolte, il peut se procurer de la nourriture auprès d’un autre village. »

Cependant, avec l’augmentation des connexions les systèmes en réseau deviennent de plus en plus fortement couplés. Cela signifie que les impacts des défaillances peuvent se propager : plus ces deux villages deviennent fortement dépendants l’un de l’autre et plus les deux souffriront si l’un rencontre un problème. « La complexité conduit à plus grande vulnérabilité à certains égards », explique M.Bar-Yam. « Cet aspect est assez peu compris. »

La raison en est que lorsque les réseaux deviennent toujours plus couplés, ils commencent à transmettre les chocs plutôt que de les absorber. « Les réseaux complexes qui nous relient étroitement ensemble – et transportent des personnes, des matériaux, des informations, de l’argent et de l’énergie – transmettent et amplifient tous les chocs », affirme M. Homer-Dixon. « Une crise financière, une attaque terroriste ou une épidémie provoquent presque instantanément des effets déstabilisateurs d’un bout à l’autre du monde. »

Par exemple, en 2003, de vastes régions d’Amérique du Nord et de l’Europe ont subi des coupures d’électricité, lorsque que des nœuds apparemment insignifiants des réseaux d’électricité sont tombés en panne. Et cette année, la Chine a subi une panne similaire après que de fortes chutes de neige aient endommagé les lignes électriques. Les réseaux étroitement couplés comme ceux-ci, ont le potentiel de propager les défaillances dans de nombreuses activités critique, explique Charles Perrow de l’Université de Yale, un des experts réputé sur les accidents industriels et des catastrophes.

Credit crunch

M. Perrow estime que l’interdépendance dans le système mondial de production a maintenant atteint un point où « une défaillance survenant n’importe où implique de plus en plus une défaillance partout ». C’est particulièrement vrai dans le monde des systèmes financiers, où le couplage est très serré. « Nous avons à l’heure actuelle une crise du crédit concernant un acteur majeur, les États-Unis. Les conséquences pourraient être énormes. Les réseaux qui nous relient peuvent amplifier les chocs. »

« Une société en réseau se comporte comme un organisme multicellulaire, » explique M. Bar-Yam, « des défaillances aléatoires sont semblable à une ablation sur un être vivant. » Que cet être survive ou non dépend du l’organe qui est retiré. Et si nous savons de manière certaine quels sont les organes indispensables à la vie, il n’est pas évident de déterminer avant qu’il ne soit trop tard quelles sont les parties critiques dans notre civilisation à forte densité de réseau, et c’est peut-être même impossible.

« Lorsque nous procédons à cette analyse, nous constatons que presque toutes les partie sont critiques dès lors qu’elles sont gravement altérées, » observe M. Bar-Yam. « Maintenant que nous pouvons passer au crible de tels systèmes grâce à des moyens plus sophistiqués, nous découvrons qu’ils peuvent être très vulnérables. Cela signifie que la civilisation est très vulnérable. »

Que pouvons-nous donc faire ? « La question clé est de savoir si nous réussissons à réagir face aux nouvelles vulnérabilités que nous avons », explique M. Bar-Yam. Ce qui veut dire faire en sorte en tout premier lieu que notre « être vivant mondial » ne subisse pas de « blessure ». Cela peut s’avérer difficile à garantir avec les changements climatiques et les ressources mondiales de carburants et de minéraux qui s’épuisent.

Les scientifiques dans d’autres domaines avertissent eux aussi que les systèmes complexes sont sujets à effondrement. Des idées similaires sont apparues lors de l’étude des cycles naturels et des écosystèmes, à partir des travaux de Buzz Holling écologiste, à l’Université de Floride. Certains écosystèmes deviennent de plus en plus complexes au fil du temps : une nouvelle partie de la forêt grandit et se développe, des espèces spécialiste peuvent remplacer des espèces plus généraliste, la biomasse s’accumule et les arbres, les scarabées et les bactéries forment un système de plus en plus statique et de plus en plus étroitement couplé.

« Cela devient un système extrêmement efficace pour se maintenir dans une plage normale de conditions extérieures », affirme M. Homer-Dixon. Mais des conditions inhabituelles – une épidémie d’insectes, le feu ou la sécheresse – peuvent déclencher des changements dramatiques à mesure que l’impact se propage en cascade à travers le système. Le résultat final peut être l’effondrement de l’ancien écosystème et son remplacement par un nouveau, plus simple.

La mondialisation se traduit de la même façon par un couplage serré et un réglage fin de nos systèmes pour une étendue limitée de conditions, note-il. La redondance est systématiquement éliminée par les entreprises afin de maximiser les profits. Certains produits sont fabriqués par une seule usine dans le monde entier. Financièrement, c’est logique, car la production de masse maximise l’efficacité. Malheureusement, elle minimise aussi la résilience. « Nous avons besoin d’être plus sélectifs sur l’augmentation de la connectivité et de la rapidité de nos systèmes critiques », affirme M. Homer-Dixon. « Parfois, les coûts dépassent les bénéfices. »

Existe-t-il une alternative ? Pourrions-nous tenir compte de ces avertissements et commencer à redescendre prudemment l’échelle de la complexité ? M. Tainter ne connaît qu’un seul exemple de civilisation qui ait réussi à décliner sans tomber. « Après que l’empire byzantin ait perdu face aux arabes la plupart de ses territoire, il a simplifié l’ensemble de sa société. La plupart des villes disparurent, la lecture et l’aptitude au calcul ont diminué, leur économie est devenue moins monétisée, et ils sont passés d’une armée de professionnels à une milice de paysans. »

Réussir le même tout de passe-passe sera plus difficile pour une société plus avancée comme la notre. Néanmoins, M. Homer-Dixon pense que nous devrions prendre des mesures maintenant. « Premièrement, nous devons encourager la production décentralisée et distribuée de produits essentiels comme l’énergie et de la nourriture », prévient-il. « Ensuite, nous devons nous rappeler qu’une réserve n’est pas toujours un gaspillage. Une entreprise industrielle peut perdre un peu d’argent à cause de son stock et des frais d’entreposage, mais elle peut rester en fonctionnement, même si ses fournisseurs sont temporairement incapables de produire. »

L’industrie de l’électricité aux États-Unis a déjà commencé à identifier les points du réseau sans redondance disponible et y introduit des systèmes de secours, indique M. Homer-Dixon. Les gouvernements pourraient encourager d’autres secteurs à suivre cet exemple. Le problème est que dans un monde de concurrence féroce, les entreprises privées cherchent toujours à diminuer les coûts à moins que ce soient les gouvernements qui subventionnent les dépenses de sécurisation dans l’intérêt du public.

M. Homer-Dixon doute que nous puissions complètement échapper à l’effondrement. Il met en garde contre ce qu’il appelle les facteurs de stress « tectonique » qui bousculeront notre système rigide et étroitement couplé en dehors de la gamme de conditions pour laquelle il est de plus en plus finement réglé. Il s’agit notamment de la croissance démographique, du fossé croissant entre riches et pauvres, de l’instabilité financière, de la prolifération des armes, de la disparition des forêts et des pêcheries, et des changements climatiques. En mettant en oeuvre de nouvelles solutions complexes nous allons buter sur le problème des rendements décroissants – juste au moment ou nous allons être à court d’énergie bon marché et abondante.

« C’est le défi fondamental auquel est confrontée l’humanité. Nous devons permettre qu’ait lieu une salutaire rupture dans les fonction naturelles de nos sociétés d’une manière qui ne produise pas d’effondrement catastrophique, mais qui conduise plutôt à une saine rénovation », affirme M. Homer-Dixon. C’est ce qui se passe dans les forêts, qui sont un mélange disparate de vieilles et nouvelles zones créées par la maladie ou par le feu. Si l’écosystème s’effondre par endroit, il est renouvelé et recolonisé ailleurs par la forêt jeune. Nous devons permettre des ruptures partielles ici et là, suivies de rénovations, indique-t-il, plutôt que de tenter d’arrache-pied d’éviter la rupture par une complexité croissante dont les crises résultantes sont en fait plus fortes.

Lester Brown pense que nous manquons déjà de temps. « Le monde ne peut plus se permettre de perdre une journée. Nous avons besoin d’une grande mobilisation, comme nous l’avions fait en temps de guerre », dit-il. « Il y a eu d’énormes progrès par le passé effectués en quelques années seulement. Pour la première fois, je commence à voir la façon dont une économie alternative pourrait émerger. Mais c’est désormais une course entre deux seuils – qui viendra en premier lieu, le passage à des technologies durables, ou l’effondrement ? »

M. Tainter n’est pas convaincu que même une nouvelle technologie permettrait de sauver la civilisation à long terme. « Je considère parfois cela comme une croyance irrationnelle dans nos conceptions du futur », note-t-il. Même une société revigorée par de nouvelles sources d’énergie bon marché finira par faire face au problème des rendements décroissants, une fois de plus. L’innovation elle-même pourrait être soumise à la loi des rendements décroissants, ou peut-être des rencontrer des limites.

Des études sur le développement urbain menées par Luis Bettencourt du Laboratoire national de Los Alamos, au Nouveau-Mexique, viennent à l’appui de cette thèse. Les travaux de son équipe de recherche suggèrent qu’un taux d’innovation toujours plus élevé est nécessaire pour maintenir la croissance des villes et prévenir la stagnation ou l’effondrement, et à long terme cela ne peut pas être soutenable.

Les enjeux sont élevés. Historiquement, l’effondrement a toujours conduit à une baisse de population. « Aujourd’hui, les niveaux de population dépendent des carburants fossiles et de l’agriculture industrielle », observe M.Tainter. « Enlevez les du tableau et il y aurait une réduction de la population mondiale qui est bien trop horrible pour pouvoir y penser. »

Si les civilisation industrialisés faillissent, les masses urbaines – qui représentent la moitié de la population mondiale – seront les plus vulnérables. Une grande partie de nos connaissances durement acquises pourraient être perdues elles aussi. « Les gens qui ont le moins à perdre sont ceux qui pratiquent une agriculture de subsistance, » indique M. Bar-Yam, et pour ceux qui survivront, les conditions pourraient finalement s’améliorer.

Les humbles hériteront peut-être vraiment de la Terre.



Publication originale New Scientist via Richard Dawkins, traduction Contre Info

Illustration : Angkor Vat

2008 et 1929, la concordance des crises, par Paul Jorion

4 mai 2008

Le rapprochement est souvent fait aujourd’hui entre la situation que nous connaissons en ce moment et celle qui régna pour près de cinq ans à partir de 1929. Le rapprochement est amplement justifié : les symptômes des deux crises sont les mêmes et les causes en furent pratiquement identiques.

arton1952

Par Paul Jorion, 2 mai 2008

Même origine en effet dans une spéculation immobilière débutant dans les deux cas en Floride et résultant d’une disparité croissante des revenus aboutissant à la concentration de la richesse entre quelques mains. En 1929 les grandes fortunes étaient à la recherche de rendements élevés pour leurs placements et déléguaient leurs efforts à des établissements financiers dont le nom a simplement changé : appelés à l’époque « investment trusts » et « hedge funds » aujourd’hui. Ces officines avaient alors trouvé le moyen de découpler leurs opérations de leur responsabilité financière et utilisaient massivement l’effet de levier pour multiplier leurs chances de gain. Rien de nouveau donc sous le soleil.

Au moment où la crise éclata en 1929, la disparité des revenus s’était dramatiquement creusée. Dans son ouvrage intitulé The Great Crash – 1929, John Kenneth Galbraith expliquait pourquoi la catastrophe de 1929 ne pouvait plus, selon lui, se reproduire en 1954, l’année où il publiait son livre : « La répartition des revenus n’est plus aussi déséquilibrée. Entre 1929 et 1948, la part des revenus attribuée aux 5 % de la population aux revenus les plus élevés, qui était de près d’un tiers, est tombée à moins d’un cinquième du total » (1954 : 196).

Les choses évoluèrent rapidement cependant dans les années qui suivirent : la part attribuée aux 5 % de la population américaine la plus riche grimperait régulièrement pour atteindre 54,42 % en 1989 puis 57,70 %, selon les chiffres du recensement de 2000. La finance a joué un rôle particulier dans la disparité croissante des revenus : en 1980, les salariés du monde financier touchaient 10 % de plus que ceux des autres secteurs ; en 2007, l’écart était passé à 50 %.

Les profits du secteur financier américain représentaient 13 % du total en 1980 ; en 2007, la proportion avait plus que doublé avec 27 %. La part de la croissance consacrée aux salaires représentait aux États-Unis 56,5 % en 1981 ; en 2006, elle était tombée à 51,7 %. Au premier rang des facteurs déclencheurs des deux crises donc : la part croissante du produit de la croissance aboutissant entre les mains des patrons et des investisseurs, au détriment bien entendu des salariés.

L’actuel Président de la Fed, Ben Bernanke, est reconnu comme l’un des grands spécialistes des événements de 1929. Son livre Essays on the Great Depression (2005) fait, nous dit-on, autorité sur la question. Qu’a-t-il apporté de plus à notre compréhension de la Grande Crise ? Son approche est en fait essentiellement monétariste et pour lui la cause des événements de 1929 se situe dans la décision de la Fed de maintenir la parité du dollar avec l’or, parité à laquelle Nixon renoncerait en 1971. Bernanke met en avant, comme facteur aggravant, la résistance des employeurs à utiliser l’arme du licenciement pour recourir de préférence à la réduction du temps de travail journalier.

Dans la recension qu’il a consacrée aux Essays on the Great Depression, en réalité un recueil d’articles, Robert Margo, professeur d’économie à Vanderbilt University, souligne le glissement qui s’opère au fil des années sous la plume de Bernanke quand il évoque la décision des patrons de réduire le temps de travail journalier plutôt que de recourir à la suppression de postes : présentée initialement comme non-significative d’un point de vue statistique, elle finit par devenir cause déterminante (Margo 2000).

Bernanke a donc substitué à l’expérience commune de la Grande Crise – que Galbraith reflétait lui dans son livre – une interprétation de « science économique », essentiellement monétariste, et mettant en avant les revendications salariales comme la principale cause de déséquilibre des systèmes économiques.

On est en droit, me semble-t-il, d’appliquer à ses analyses l’expression qu’utilise Galbraith pour caractérise la politique du Président Hoover en 1929 : « le triomphe du dogme sur la pensée » (1954 : 191). L’avenir de la Fed est en de bonnes mains.

Ben S. Bernanke, Essays on the Great Depression, Princeton University Press, 2000

John Kenneth Galbraith, The Great Crash – 1929, Houghton Mifflin, 1954

Robert A. Margo, recension de Ben S. Bernanke, Essays on the Great Depression, H-Net Reviews in the Humanities and Social Sciences, 2000

Paul Jorion, sociologue et anthropologue, a travaillé durant les dix dernières années dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il a publié récemment Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte : 2007).



Article communiqué par Paul Jorion

Illustration : 29 octobre 1929, le « mardi noir »

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UNE DOMINATION SANS PARTAGE.Règne des multinationales et dégâts collatéraux

Posté par issopha le 14 mai 2008

 UNE DOMINATION SANS PARTAGE 

Règne des multinationales

 

Est considérée comme multinationale toute firme ayant réalisé des investissements durables à l’étranger et disposant de filiales hors de son pays d’origine, ou ayant pénétré certains pays hôtes grâce à des alliances avec des entreprises locales. Si l’on s’en tient à cette définition, les multinationales ont connu une expansion sans précédent en quarante ans : de 6.000 en 1960, on en comptait 65.000 en 2001, contrôlant 800.000 filiales actives de par le monde. 

Bien que détenu uniquement par un faible nombre d’entre elles, le pouvoir qu’elles exercent sur les habitants et les richesses de la planète est devenu pratiquement absolu. 

 

 Etat des lieux 

Fait sans précédent dans l’histoire de l’humanité, certaines entreprises, prises individuellement, disposent désormais de plus d’avoirs et d’influence que des pays riches. C’est ainsi que le chiffre d’affaires de Wal Mart, le géant mondial de la distribution, s’élève désormais à 350 milliards de dollars, soit l’équivalent du PIB de
la Belgique, ou encore de l’Arabie Saoudite. Le chiffre d’affaires de General Motors dépasse quant à lui le PIB du Danemark, le chiffre d’affaires d’Exxon Mobil celui de d’Autriche. En 2005, la multinationale pétrolière a repoussé le record historique concernant les bénéfices nets engendrés en un seul trimestre : 10,7 milliards de dollars ! 

Cette course au gigantisme ne semble connaître aucune limite : alors que la plus grosse capitalisation boursière en 1982 était détenue par IBM à hauteur de 92 milliards de dollars, elle est désormais détenue par Exxon à hauteur de 406 milliards de dollars. Les pays émergents sont également touchés par la démesure. Leurs cent plus grosses multinationales ont totalisé en 2006 un chiffre d’affaires de 1.200 milliards de dollars, en augmentation de 30% en deux ans seulement. Ces sommes démesurées sont à l’image de l’influence et de la force de frappe dont disposent aujourd’hui les multinationales les plus puissantes. En toute logique, les fusions et les acquisitions se sont multiplié, traduisant une voracité sans limites. En croissance continue pour la quatrième année consécutive, les opérations de fusions et de rachats ont connu une augmentation record en 2006, représentant la bagatelle de 3.610 milliards de dollars dans le monde, soit 35% de plus qu’en 2005, année déjà plutôt « faste » en la matière. Mais ce qui frappe, c’est que la jungle financière est de plus en plus impitoyable. Le nombre d’opérations hostiles a bondi à près de 500 milliards de dollars, soit une évolution de 87% par rapport à l’exercice précédent. 

D’un point de vue collectif, les multinationales les plus influentes disposent de richesses qui leur confèrent un pouvoir démesuré : en 2002, les 200 plus grandes sociétés multinationales contrôlaient ensemble le quart du produit mondial brut. En 2006, elles se rapprochaient des 30%. Certains secteurs sont également presque entièrement sous contrôle des grands groupes financiers. Il en est ainsi des facteurs les plus cruciaux de l’économie, comme dans le domaine de l’alimentation. Les 30 plus grandes chaînes d’alimentation contrôlent environ le tiers du marché alimentaire mondial. Et leur évolution est tentaculaire : le nombre de pays où les 5 plus grosses multinationales sont implantées a augmenté de 270% entre 1980 et 2001. Dans certains sous-secteurs, la domination est encore plus totale. Ainsi, les 4 plus grosses multinationales productrices de céréales se partagent 90 % du marché mondial tandis que les 4 majors du disque se partagent 80% du marché européen. Au niveau des semences transgéniques, on frise l’hégémonie avec la multinationale américaine Monsanto qui en détient 80% du marché mondial. La majeure partie du commerce du café est contrôlée par une poignée de multinationales. Quant au secteur du coton, une dizaine de groupes s’y partagent la majorité des échanges. Ces situations de quasi-monopoles se retrouvent tout aussi fréquemment aux niveaux nationaux ou régionaux. Au niveau des semences transgéniques, la domination est encore plus totale avec la multinationale américaine Monsanto qui en détient 80% du marché mondial. La majeure partie du commerce du café est contrôlée par une poignée de multinationales. Quant au secteur du coton, une dizaine de groupes s’y partagent la majorité des échanges. Ces situations de quasi-monopoles se retrouvent tout aussi fréquemment aux niveaux nationaux ou régionaux. 

Mais en réalité, ce ne sont pas seulement les multinationales, mais bien tous les acteurs financiers dont les fortunes atteignent des proportions démesurées. Les actifs des « Hedge Funds » (fonds d’investissement spéculatifs) pèsent désormais 1.760 milliards de dollars, soit trois fois plus qu’il y a à peine 5 ans. Les fonds de pension réunis valent désormais 3.000 milliards de dollars. Les banques et les assurances accumulent les profits avec une régularité de métronome. En 2006, les 5 banques américaines les plus importantes ont combiné ensemble un nouveau record de profit net : 28 milliards de dollars. Au plus grand bonheur des courtiers et des « spécialistes » des marchés financiers. À
la City de Londres, le montant des primes qui leur a été versé fin 2006 atteignait un nouveau record de 13,2 milliards d’euros.

 

Les multinationales, ou la configuration d’une nouvelle économie 

L’émergence des multinationales comme acteur principal de l’économie mondial ne s’est pas produite sans une évolution « interne » au sein même des entreprises. Le changement majeur dans la gestion d’entreprise, c’est que tout est désormais conçu et pensé dans l’intérêt des actionnaires. En effet, en quelques décennies, l’actionnariat a profondément changé de visage. Parmi ses anciennes composantes, l’Etat et l’actionnariat familial ont pratiquement disparu, laissant place aux assurances et aux divers fonds d’investissement, des fonds spéculatifs aux fonds de pension. Les objectifs de rentabilité à outrance et les méthodes appliquées par les multinationales pour y parvenir s’expliquent par la nature même de ces nouveaux actionnaires. En effet, les fonds d’investissement ne sont pas là pour accompagner les entreprises dans leur développement, loin s’en faut. Au contraire, leur seul intérêt est à court terme, aussi exigent-ils des rendements immédiats très élevés, la barre des 15% étant couramment imposée. Les multinationales sont donc plus que jamais devenues une projection du monde de la finance. Et en toute logique, les deux convergent vers un unique objectif : l’accumulation sans limites du profit. 

Le cours de l’action est donc devenu la priorité essentielle de l’entreprise, éclipsant toutes les autres au rang de faire-valoir. Pour s’assurer la docilité des dirigeants, souvent issus des milieux financiers et déjà acquis à leur cause, les « nouveaux actionnaires » les associent au cours de l’action en bourse, notamment en leur accordant des stock-options (un lot d’actions que les dirigeants ont tout intérêt à « valoriser » pendant leur mandat pour en tirer le bénéfice le plus juteux possible lors de la revente). Cette pratique, ainsi que les rémunérations mirobolantes qui leur sont attribuées – ou qu’ils s’attribuent eux-mêmes – conduisent aux dérives salariales auxquelles nous assistons pour le moment. 

Face à cette « dictature des 15% », les salariés en sont réduits à de simples variables d’ajustement, bon à être vendus, restructurés ou licenciés sur l’autel du profit à court terme. Les fonds d’investissement, eux, n’en ont cure. Non seulement ils prospèrent, mais en plus, ils ne doivent jamais répondre de leurs actes. Car lorsque les médias se focalisent sur des délocalisations ou des licenciements collectifs, ce sont toujours les multinationales qui sont citées. Jamais les actionnaires qui très souvent tirent les ficelles en coulisse. 

Aujourd’hui, la classe financière n’habite plus uniquement la sphère de l’économie. Elle est devenue un pouvoir autonome qui en a largement débordé, ses intrusions s’étendant désormais aux mondes scientifique, culturel et plus grave encore, à la gouvernance. En sapant une monnaie, en soutenant un régime docile à ses injonctions, en provoquant des crashs boursiers sur fonds de spéculation, la classe financière affirme son pouvoir absolu sur la vie sociale, économique et politique de tous les individus de la planète. Car c’est bien cela que la mondialisation a permis aux nouveaux maîtres du monde : repousser sans cesse les limites de leur pouvoir et de l’appropriation des richesses de la planète.

 

Collusion avec l’administration Bush 

Première arme de choix pour les multinationales : l’administration présidée par George W. Bush. En réalité, les multinationales américaines n’ont nul besoin d’exercer une quelconque pression sur le gouvernement américain. Elles sont le gouvernement. Que
la Maison-Blanche ait des connexions avec le milieu des affaires n’a évidemment rien de révolutionnaire, loin de là. L’unique nouveauté, c’est le peu de souci qu’a l’administration Bush d’occulter cette réalité. 

Pour s’en persuader, rien de tel que de rappeler le coût du financement de la campagne électorale de Georges Bush pour sa réélection en 2004, estimé à 200 millions de dollars, un montant sans précédent. Rien de tel ensuite que de passer l’administration Bush en revue. 

Le président tout d’abord, a (mal) dirigé plusieurs firmes pétrolières, dont l’influente Harken. Le vice-président, Dick Cheney, est l’ancien PDG d’Halliburton, multinationale très active dans le pétrole, l’armement et la construction. Son épouse a repris son ancienne fonction de directeur de Lockheed Martin, une autre grosse multinationale active dans la défense. En parlant de défense, son ministre, Donald Rumsfeld est l’ancien directeur de Gilead Sicences (biotech), dont il a touché au passage l’équivalent de 30 millions de dollars de stock options. Condoleezza Rice est une ancienne conseillère d’administration d’Halliburton et de la multinationale pétrolière Chevron. Robert Zoellik, représentant des USA pour le commerce extérieur est un ancien conseiller d’Enron et est actuellement toujours le directeur de Said Holdings, spécialisée en commerce d’armement. Et ainsi de suite. 

Tous les membres de l’administration Bush, des ministres aux conseillers en passant par les adjoints, sont issus sans exception des secteurs financiers américains les plus influents. L’industrie pétrolière y est la mieux représentée. Historiquement, le parti républicain et le pétrole ont toujours fait bon ménage. Il est dans l’intérêt évident des pétroliers de conserver les républicains au pouvoir. Une majorité démocrate serait favorable à la limitation des gaz à effet de serre et pourrait même s’en prendre à leurs bénéfices en les surtaxant. Les multinationales pétrolières américaines ne s’y sont pas trompées, elle qui, en octobre 2004 comme en octobre 2006, ont réduit volontairement le prix du baril à des fins électorales pour le moins évidentes.

 

L’ONU cadenassé par les Etats-Unis 

L’Organisation des Nations Unies est financée à hauteur de 26% par les Etats-Unis. Dans le vaste et complexe système onusien, pas un secteur n’échappe à la contribution financière et à l’influence américaine. Cette mainmise s’exerce jusque dans les recrutements. Pas un seul des hauts fonctionnaires de l’ONU ne bénéficie de la moindre promotion sans l’aval exprès de
la Maison-Blanche. Jean Ziegler qui, en tant que rapporteur spécial du PAM (Programme Alimentaire Mondial), connaît bien l’institution, nous explique dans « L’Empire de
la Honte » qu’un bureau de
la Maison-Blanche abrite une équipe spécifique composée de hauts fonctionnaires et de diplomates. Leur mission exclusive est « de suivre la carrière et les faits et gestes de chacun des principaux dirigeants de Nations Unies ou de leurs organisations spécialisées. Quiconque ne marche pas droit a peu de chances de survivre dans le système ». 

Mais c’est certainement au niveau militaire que la mainmise américaine sur les instances onusiennes est la plus visible. Les Etats-Unis disposent, comme les quatre autres membres permanents (Russie, France, Angleterre et Chine), d’un droit de veto au Conseil de Sécurité de l’ONU, droit dont ils usent et abusent en vue d’assouvir leurs objectifs économiques et géopolitiques. À titre d’exemple, ce droit de veto a déjà utilisé à huit reprises ces six dernières années par les Etats-Unis, contre une seule fois pour tous les autres membres permanents durant la même période. Concernant la seule question israélo-arabe, la seule délégation américaine a déjà posé 33 fois son veto. Par contre, lorsque le Conseil de Sécurité ne suit pas la délégation états-unienne, comme ce fut le cas pour la guerre en Irak, les Etats-Unis passent outre les résolutions. Rappelons que l’invasion de l’Irak avait surtout pour but sa « reconstruction », dont le terme a permis de masquer une gigantesque privatisation des secteurs rentables de l’économie irakienne au profit principal. des multinationales américaines. 

Ces dernières sont du reste très présentes dans les instances onusiennes. Mais contrairement aux intrigues discrètes qui viennent d’être décrites, les multinationales agissent en plein jour. Et ce par la grâce du Global Compact. Visant, selon la formule du secrétaire général de l’ONU, à « unir la force des marchés à l’autorité des idéaux universels », le Global Compact, créé en janvier 1999, est un code de bonne conduite proposé aux multinationales désireuses d’y participer. Englobant des sujets aussi variés que le respect des droits de l’homme et des travailleurs, la liberté syndicale, le respect environnemental ou encore la lutte contre la corruption, le Global Compact aurait pu être l’outil idéal. Seulement, le mécanisme a un défaut, qui change fondamentalement toute la donne : l’absence de contraintes juridiques, empêchant de fait le contrôle du respect des engagements des multinationales. Ce qui explique pourquoi plus d’un millier d’entreprises – dont certaines, telles Shell et bien d’autres, bafouent allègrement ces droits – se sont ruées sur l’occasion. Coup double ! Non seulement elles bénéficient d’un impact médiatique considérable et redorent leur image de marque, mais surtout, elles n’ont rien signé qui les obligent à respecter l’accord. Le Global Compact consacre un renversement inquiétant que la FIDH ne manquait pas de signaler : les droits de l’homme sont proposés aux entreprises comme une disposition facultative, alors qu’ils devraient s’imposer à elles, puisqu’ils sont par essence les valeurs communes de l’humanité. 

À ce jour, le Global Compact représente certainement la pire des impostures que les multinationales aient mises en place. Pire même, en assujettissant l’intérêt général à l’intérêt des milieux financiers, il symbolise la démission de la communauté internationale. Les multinationales ont une fois encore démontré qu’elles ne tolèrent rien de ce qui pourrait entraver leur « liberté » d’investir.

 

Les institutions financières sous contrôle des multinationales 

Les trois principales institutions financières mondiales sont l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC),
la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI). Toutes sont, chacune à leur manière, assujetties aux intérêts des multinationales. 

De ces trois institutions financières internationales, l’OMC dispose en apparence du système le plus démocratique, chaque pays membre y possédant une voix. Les multinationales n’en contrôlent pas moins l’ensemble de l’institution. Depuis sa création, l’OMC a édicté, systématiquement à l’initiative des grands groupes financiers, toutes sortes d’accords commerciaux en leur faveur. Les libéralisations successives des télécommunications, des transports publics, puis finalement de l’ensemble des services publics (via l’AGCS) en sont une des nombreuses illustrations. Sur des questions aussi essentielles que le domaine agricole, l’OMC n’a toujours pas remis en question les subventions agricoles des pays riches qui profitent à leurs multinationales de l’agroalimentaire, asphyxiant ainsi les petits producteurs des pays riches comme des pays pauvres. Ces exemples à foison démontrent la totale dépendance de l’OMC aux grands groupes financiers des pays riches. 

Ce déséquilibre est également visible au sein de l’ORD (Organe de Règlement des Différents), sous-institution de l’OMC qui règle les conflits du commerce international. Des experts sont certes mis à disposition des pays en litige. Mais outre que ces experts sont généralement issus de pays développés et donc rarement neutres, les délégations des pays pauvres, qui n’ont déjà souvent pas les moyens d’y faire siéger un membre permanent, se retrouvent désavantagées de fait. Les nouveaux adhérents se retrouvent également dans cette même position de faiblesse. On s’en persuadera lorsque l’on voit les veto successifs imposés par les Etats-Unis au Viêt-Nam, finalement accepté au prix d’une cession complète de son secteur public aux investissements étrangers. Quant à l’adhésion de
la Russie, celle-ci a été pour la énième fois rejetée en juillet 2006, sur simple veto de la délégation américaine.

 

 
La Sous-Comission de la promotion et de la protection des droits de l’homme de l’ONU commanda durant l’année 2000 une enquête sur l’influence des sociétés transcontinentales au sein de l’OMC. Les experts conclurent de la manière suivante : « L’OMC est presque totalement entre les mains des sociétés transcontinentales privées ». Malgré de nombreuses pressions extérieures, le rapport fut maintenu. Il s’agit désormais d’un document officiel des Nations Unies


La Banque Mondiale et le FMI ont également été des promoteurs acharnés de l’idéologie néo-libérale.
La Banque Mondiale finança et finance encore de nombreux projets de privatisations dans les pays en voie de développement. Le FMI, en contrepartie des prêts qu’il leur accordait, exigeait d’eux une libéralisation totale des secteurs publics, opportunité juteuse dans laquelle se sont engouffrées de nombreuses multinationales
.

 

 Ces deux institutions ont comme dénominateur commun un assujettissement total aux pays développés, puisque les Etats-Unis et les pays européens (pour autant qu’ils se mettent d’accord sur le sujet) disposent de plus de 15% des droits de vote. Or, il faut minimum obtenir 85% de votes pour toute prise de décision. Faites le compte : les Etats-Unis et l’Europe disposent donc formellement d’un droit de veto permanent. 

C’est du reste ce même droit de veto que la délégation américaine utilisa pour enterrer les projets de réforme discutés en 2003. C’est également elle qui s’opposa farouchement à toutes les propositions de réforme structurelle des deux institutions, ne voulant pas mettre en péril sa possibilité de contrer toute décision contraire aux intérêts de ceux qu’elle représente : les milieux financiers américains, qui ont été les premiers à profiter des politiques de déréglementation menées par
la Banque Mondiale et le FMI pendant plus de deux décennies.

 

Les groupes de lobbying 

À Washington, ils sont près de 12.000. À Bruxelles, plus de 15.000. Ce sont les lobbyistes. Vous n’en avez jamais entendu parler ? Rien d’étonnant car tous cultivent une discrétion à toute épreuve et un goût du secret prononcé nécessaires à leurs affaires. Les groupes de lobbying sont en réalité des groupes de pression, dont les plus nombreux et les plus influents représentent les principaux secteurs économiques, chargés de procéder à des interventions destinées à influencer directement ou indirectement les processus de décision des pouvoirs publics. Le phénomène, qui trouve son origine dans les pays anglo-saxons, n’est certes pas nouveau, mais son expansion a été considérable ces dernières années, notamment à Bruxelles, nouvelle terre de concentration du pouvoir. 

Que chacun défende son pré carré est de bonne guerre. Pour autant, il ne faut pas se leurrer : le discours des propagandistes du lobbying, qui y voient la matrice d’une civilisation à en devenir, un formidable creuset pour l’échange des idées, la renaissance de la démocratie, relève de la pure mystification. Du lobbying, il ne faut surtout pas attendre un nouvel élan du dialogue démocratique : ses pères fondateurs et ses représentants actuels n’ont que faire du débat contradictoire, de l’échange de points de vue, du respect de l’autre, base et fondement d’une démocratie vivante. Faire du lobbying, c’est dans la majorité des cas viser une fin par tous les moyens possibles sans tenir compte de l’opinion, des intérêts ou de l’existence même d’autrui. Dans cette guerre d’influence où les groupes financiers pèsent de tout leur poids, tout est permis : le mensonge, le dénigrement, la calomnie, le trucage des faits, les rapports et les analyses orientés, ou plus grave la corruption. La sphère économique a réussi, grâce aux méthodes du lobbying, à phagocyter le pouvoir politique issu du choix démocratique des citoyens jusqu’à l’assimiler complètement. Machiavel l’a emporté sur Rousseau.

 

Le lobbying maître des institutions européennes 

La création des institutions européennes a représenté une véritable aubaine pour les groupes de lobbying, qui y augmentent sans cesse leurs présences et leurs influences. La concentration de pouvoir couplée à la logique communautaire ont entraîné de nombreux conflits d’intérêts dans les lesquels les groupes de lobbying se sont engouffrés, les plus puissants d’entre eux défendant avec ardeur l’intérêt de leurs principaux représentants : les grandes multinationales européennes. L’enjeu est de taille : 75% des mesures de politique économique et sociale qui touchent le quotidien des citoyens européens sont préparées et édictées à Bruxelles avant d’être transposées dans le droit national des Etats membres. 

Ce travail d’influence est grandement facilité par un rapport de force largement en leur faveur : on recense pas moins de 15.000 lobbyistes qui exercent leur profession dans le quartier européen de Bruxelles, pour 25.000 fonctionnaires européens. Selon le commissaire européen chargé des affaires administratives, d’audit et de fraude, les lobbyistes représentent la bagatelle de quelque 3.000 groupes d’intérêt et drainent à eux seuls un budget annuel de 60 à 90 millions d’euros. 

À grand renfort d’analyses, de rapports d’expertises et de médiations, les groupes de lobbying préparent le terrain pour les intérêts qu’ils représentent. Bien que les groupes de lobbying soient d’horizons très divers (d’une certaine manière, les ONG et les groupes altermondialistes exercent eux aussi une forme de lobbying) une majorité de ces groupes sont les portes paroles des intérêts du milieu financier. Mais il serait superflu de comparer leurs influences respectives. Ainsi, le groupe de lobbying européen le plus puissant, l’ERT (« Table Ronde des Industriels Européens »), pesait en 2004 un chiffre d’affaires annuel cumulé… de 940 milliards d’euros ! À elle seule, l’ERT est quasiment aussi influente que tous les autres groupes réunis. C’est ainsi que toutes les prises de décisions essentielles à l’échelon européen portent la « griffe » de l’ERT et des groupes de lobbying les plus influents : des traités économiques européens, tels ceux de Maastricht ou d’Amsterdam, aux décisions de la plus haute importance, telles l’établissement de la monnaie unique, l’élargissement de l’Union européenne, le pacte de stabilité financière ou l’élaboration le politique agricole commune (PAC). Que ce soit en vue de réduire le coût de transactions financières, de faciliter l’implantation dans les nouveaux marchés que représentent les dix nouveaux adhérents, ou de préserver les généreuses subventions agricoles qui leur sont accordées, chacune de ces décisions a largement favorisé les multinationales européennes les plus influentes. Plutôt que d’œuvrer pour le seul « groupe d’intérêts » à qui ils sont redevables, les citoyens européens, les institutions européennes, évoluant dans un cadre défavorable d’absence de projet politique européen, sont tournées vers les intérêts des multinationales. 

Voilà principalement pourquoi l’Europe des peuples est à l’arrêt, alors que celle de Bruxelles poursuit tranquillement son bonhomme de chemin.

 

Le lobbying maître des institutions américaines 

Historiquement, le lobbying est une pratique inhérente au modèle de société anglo-saxon. Son utilisation et son mode de fonctionnement ont donc toujours fait partie du paysage politique américain. Mais depuis une dizaine d’années, les groupes de lobbying connaissent un essor et une influence sans précédent : rien qu’à Washington, les agences de lobbying ont plus que doublé entre 2000 et 2005, leurs effectifs passant de 16.000 à 35.000. Les sommes dépensées par les groupes de lobbying ont atteint en 2004 un record : 2,1 milliards de dollars ! L’exemple d’Hewlett-Packard démontre l’importance des enjeux. En 2004, l’entreprise a doublé son budget annuel de lobbying – 734.000 dollars – pour faire passer au Congrès une législation « sur mesure » qui lui a permis de rapatrier 14,5 milliards de dollars de ses filiales à l’étranger (majoritairement établies dans des paradis fiscaux), économisant ainsi des millions de dollars d’impôts. 

Les méthodes varient selon les objectifs à atteindre : actions médiatiques, dons aux campagnes électorales, apport intellectuel et soutien des gros « think tank » américains. Mais les cibles privilégiées des groupes de lobbying restent bien évidemment les membres du Congrès des Etats-Unis et du Sénat, dont la moitié des anciens élus l’ayant quitté se reconvertissent en lobbyistes ! Cet exemple démontre à quel point l’élite économique et la classe politique se confondent, le tout fonctionnant en vase clos. Les élus vendent alors des programmes déconnectés de la réalité pendant que les lobbies organisent le pillage des fonds publics aux profits des multinationales américaines les plus influentes. Aux Etats-Unis, les activités des groupes de lobbying ne se limitent pas à la plus haute sphère du pouvoir. Leur influence s’étend également au niveau local. Seuls 23 états ont une commission indépendante d’éthique réglant tant bien que mal la conduite de leurs parlementaires. Les états restants laissent la surveillance des lobbies à des comités déontologiques… ce qui équivaut à peu près à ce que les élus se surveillent eux-mêmes. 

Comme on le voit, la démocratie américaine n’est qu’un mirage puisqu’elle obéit à un système qui ne répond qu’aux intérêts des milieux financiers. Finalement, la classe politique est soumise aux mêmes lois que celles du marché : les élus eux-mêmes se vendent en respectant une forme de libre concurrence. Dans les Etats du tiers-monde, on encaisse discrètement des dessous-de-table. Aux Etats-Unis, on déclare des pots-de-vin sous le nom politiquement correct de « contributions ». Dans les Etats du tiers-monde, on peut acheter des dérogations aux lois. Aux Etats-Unis, on peut tout simplement acheter des lois.

 

La « lutte » contre les groupes de lobbying 

Il existe une autre preuve de l’énorme influence qu’exercent les groupes de lobbying sur les institutions européennes et américaines : aucune n’a jugé utile d’encadrer le fonctionnement des groupes de lobbying ou de leur imposer des règles d’éthique ou de transparence. Jugez plutôt : en janvier 2006, le monde politique américain est ébranlé par l’affaire Abramoff. Ce lobbyiste américain, proche des républicains et de
la Maison-Blanche, avait organisé avec l’ancien chef de la majorité républicaine de
la Chambre des représentants, Tom DeLay, un véritable réseau d’influence nommé le projet K-Street, du nom de la rue où la plupart des cabinets de lobbying sont installés. Le but de ce projet était de rallier un maximum d’hommes influents à la « cause » républicaine, en échange de donations, de largesses ou de faveurs. L’affaire n’est pas mince, puisqu’il ne s’agit rien de moins que la planification à grande échelle d’une corruption de hauts responsables publics. C’est d’ailleurs sur ce chef d’accusation que Jack Abramoff a plaidé coupable, entraînant avec lui de nombreux parlementaires. La révélation du scandale a fait vaciller l’ensemble du système politique américain. 

Le Sénat américain a donné suite à l’affaire Abramoff. Mais pas de la manière escomptée. Le 28 mars, un amendement visant à réformer le Comité de l’éthique du Sénat (actuellement en charge de « surveiller » les activités des lobbyistes) et à encadrer les pratiques des groupes de lobbying était largement rejeté, autant par les républicains que par les démocrates. Malgré 14.000 documents manquant et plus de 300 groupes de lobbying sans enregistrement, il fut conclu que le Comité « avait rempli quotidiennement les tâches qu’il était supposé faire ». Mais en janvier 2007, retournement de situation. Le Congrès, à majorité désormais démocrate, propose un texte de loi visant à réformer les relations entre le monde politique et les groupes de lobbying. Parmi les mesures prises, l’interdiction aux groupes de pression d’offrir des voyages, repas et autres formes de cadeaux aux responsables politiques. Quant aux élus sortants, ils devront respecter un délai de deux ans avant d’être un délai de deux ans avant de pouvoir faire partie d’un groupe de lobbying. Si le système n’est nullement remis en question, ces avancées sont néanmoins significatives. 

Egalement en étroite relation avec les groupes de lobbying,
la Commission Européenne s’est inquiétée des retombées éventuelles de l’affaire Abramoff. Manouvrant habilement, elle a devancé toute proposition de régulation des pratiques des cabinets de lobbying en proposant elle-même une réforme. Mais à y regarder de plus près, les groupes de pression peuvent dormir tranquille. Des directives contraignantes ? Que nenni.
La Commission Européenne publie le 3 mai 2006 un Livre vert qui lui permet bien plus de se donner bonne conscience que d’encadrer réellement les activités des groupes de lobbying. C’est donc sur base volontaire qu’ils pourront désormais s’enregistrer et suivre un code de bonne conduite. La directive est bien compréhensible si l’on rappelle que
la Commission Européenne est et reste le « partenaire » privilégié des groupes de lobbying à Bruxelles. En attendant, ceux-ci sont toujours maîtres à bord des institutions européennes, et
la Commission peut désormais publiquement se vanter d’avoir pris le problème au sérieux et les mesures adéquates. Triste comédie.

 

Quelques puissants groupes de lobbying 

Si la théorie de la conspiration ne peut être retenue, force est de constater que lorsque leurs intérêts sont communs, les multinationales sont tout à fait capables d’unir leurs ressources dans un objectif unique. Les groupes de lobbying sont la plus parfaite illustration de cette solidarité. Démonstration avec quatre des groupes de lobbying les plus influents au monde : 

Le TABD (TransAtlantic Business Dialogue) : le TABD n’est pas une organisation officielle, mais bien un groupe informel, regroupant – dans un magnifique élan de solidarité – le gratin des multinationales européennes… et américaines. Depuis sa création en 1995, le TABD dispose d’accès privilégiés au sein des institutions européennes. Négociations secrètes, recommandations, rapports annuels, le groupe de lobbying ne lésine pas sur les moyens pour imposer une zone de libre-échange où tout obstacle au commerce serait supprimé, au plus grand profit des multinationales qu’il représente. Le TABD a également préparé le terrain au Partenariat économique transatlantique (TEP), accord signé en 1998 entre l’Europe et les Etats-Unis dont l’essentiel des propositions contenues sont un préalable à l’objectif final du TABD. 

GCC (Global Climate Coalition) : lobbying américain au nom trompeur, le GCC s’est farouchement opposé au protocole de Kyoto , visant à réduire les émissions de CO2. À coup de coûteuses campagnes médiatiques, il tenta dans un premier temps de faire échouer l’accord de Kyoto en fournissant des « études scientifiques » à contre-courant, qui concluaient en l’absence de lien entre les activités économiques des grandes multinationales et le réchauffement climatique. Le protocole de Kyoto fut finalement avalisé mais malgré cet échec, le GCC, emmené par le pétrolier Exxon, poursuivit dans cette voie en soutenant massivement une vaste campagne de soutien à l’administration Bush. Les millions de dollars ainsi dépensés ne le furent pas en vain puisque G.Bush accéda à la présidence et annonça le aussitôt que les Etats-Unis ne ratifieraient pas l’accord. Si le protocole a perdu aujourd’hui une bonne partie de sa consistance – les Etats-Unis produisent 25% des émissions mondiales de CO2 – c’est en grande partie à cause du GCC. 

ERT (European Roundtable of Industrialists ) : cette table ronde des industriels européens est assurément le groupe de lobbying le plus influent au niveau des institutions européennes. Rien d’étonnant si l’on sait que le chiffre d’affaires annuel cumulé par les multinationales qui en font partie représente des centaines de milliards d’euros ! Très active dans le cadre des négociations sur le traité de Maastricht, l’ERT a pesé de tout son poids dans de nombreux domaines : monnaie unique, réseau routier européen… Toutes les grandes orientations de
la Commission Européenne porte la griffe de l’ERT.
La Table Ronde se flatte également d’avoir exercé la pression décisive afin que soient signés les accords de Marrakech, fondateurs de l’OMC. 

ICC (International Chamber of Commerce) : la chambre de commerce internationale composée de nombreux poids lourds, tels General Motors, Bayer, Nestlé ou Novartis, l’ICC est très active si le moindre de ses intérêts est menacé. Lorsqu’en 2003,
la Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies a formulé une proposition en faveur de normes contraignantes pour les multinationales, l’ICC s’est insurgée « considérant que ces normes entrent en concurrence avec l’approche d’autres institutions des Nations Unies ». Ce qui est fort compréhensible lorsqu’on sait que l’ICC a massivement contribué à la préparation d’une autre initiative, le Global Compact, où les normes contraignantes font place à des initiatives volontaires et où tout système de contrôle et d’application est absent.

 

 

 

 Paradis fiscaux 

C’est véritablement dans les années 1920 qu’apparaissent les premiers paradis fiscaux tels que nous les connaissons actuellement.
La Suisse, le Luxembourg et d’autres pays développent une législation qui permet d’accueillir les capitaux étrangers désireux d’échapper à l’impôt ou aux taxes en vigueur dans leur pays d’origine. Le mouvement gagne en ampleur avec le renforcement d’un libéralisme débridé à tel point qu’aujourd’hui, selon l’ONU, plus de 70 paradis fiscaux sont recensés ! 

> Définition
> Des montants qui dépassent l’imagination
> Une anomalie de l’économie mondiale ? Au contraire…
> Un impact sur les pays en voie de développement
> La criminalité organisée prospère
> Le blanchiment d’argent
> Faillites et crises financières : l’économie mondiale en péril
> Deux paradis fiscaux très distincts : la Suisse et les Bahamas  

 

Définition 

Les définitions varient selon les experts et les organismes spécialisés.
Les paradis fiscaux ont tous en commun la caractéristique suivante : il s’agit d’Etats (ou micro territoires) où la réglementation monétaire et la législation fiscale sont plus favorables que dans le reste du monde et qui par conséquent sont susceptibles d’attirer les capitaux étrangers. À cela s’ajoute un détail d’importance : les paradis fiscaux permettent généralement de réaliser des opérations financières dans le secret le plus total. 

On parle plus volontiers de centres offshore, si ces paradis fiscaux ont développé une haute technicité leur permettant de développer des activités bancaires tout à fait sans rapport avec la taille et les besoins de leur marché interne. La notion d’éloignement géographique ou de micro territoires se rapportent également assez souvent aux centres offshore.

 

Des montants qui dépassent l’imagination 

Par définition il est difficile d’estimer précisément les sommes qui y sont amassées. Selon un recoupement des chiffres du GAFI (Groupe d’action financière contre le blanchiment de capitaux), de l’OCDE et de l’ONU, de 11 milliards de dollars détenus dans les paradis fiscaux en 1968, on se situerait maintenant entre 5.000 et 6.000 milliards de dollars ! Oui, vous avez bien lu. On ajoutera encore que plus de 4.000 banques offshore y sont installées et que l’on compte plus de 2,4 millions de « sociétés écrans ». 

Le système ne profite d’ailleurs pas qu’aux multinationales, loin de là. Les fonds illégaux, issus de la corruption ou de trafics divers, sont conséquents puisqu’ils représenteraient 10 à 20% des capitaux amassés, à savoir 500 à 1000 milliards de dollars. 

Il est encore plus stupéfiant d’apprendre qu’à l’heure actuelle, la moitié du stock d’argent de la planète transite ou réside dans des paradis fiscaux ou des centres offshore. Entre 1990 et 2000, le flux des capitaux transitant par les paradis fiscaux a été multiplié par 5. Preuve, si besoin en était encore, de l’attractivité exercée par les paradis fiscaux, dont on peut sans hésiter affirmer qu’ils constituent désormais un rouage essentiel au fonctionnement de l’économie mondiale.

 

Une anomalie de l’économie mondiale ? Au contraire… 

D’une manière générale, on constate que les paradis fiscaux sont parfaitement adaptés au nouvel ordre mondial économique. 

Tout d’abord, ils correspondent largement à la logique du profit maximal. Les multinationales voient dans le fisc et les taxations en général un obstacle à leur accumulation de profits. Echapper à l’impôt est devenu un exercice de style obligé pour la rentabilité du capital. Le phénomène est considérable : plus de la moitié des transactions financières internationales passent par les paradis fiscaux. Des milliers de banques offshore et des millions de sociétés écrans y sont implantées. Plus qu’une caractéristique de l’économie mondiale, ils sont en passe d’en constituer l’ossature. 

On constate également que les banques sont très largement implantées dans les paradis fiscaux. Pour prendre un exemple révélateur, en 2000, les Îles Cayman abritaient pas moins de 575 banques (pour une population totale de 35.000 habitants!) qui géraient des dépôts équivalents à plus de 500 milliards de dollars… Les banques défendent naturellement leur intégrité en prétendant qu’elles mettent en place des procédures pour détecter les mouvements de fonds douteux et les clients « indésirables ». En vérité, les banques sont peu armées pour ce rôle de police, de toute manière incompatible à leurs intérêts, le secret bancaire en vigueur dans la quasi-totalité des paradis fiscaux enlevant définitivement toute crédibilité à cette « lutte ». 

Un autre lien peut être établi avec le nouvel ordre mondial économique : les paradis fiscaux connaissent une multiplication croissante, aussi bien en nombre que dans leurs secteurs d’activités et leurs spécialisations. Il faut y voir une parfaite osmose avec deux des principales caractéristiques de la mondialisation : l’augmentation des flux financiers et le développement des nouvelles technologies. 

Une dernière observation est à faire, mais elle démontre à elle seule l’échec du système économique mondial. Il est en effet surprenant de constater que les derniers territoires souverains, c’est-à-dire capables d’opposer fermement à la communauté internationale leur législation propre, ne sont en réalité pas les plus puissantes nations de la planète mais bien de simples micro-états. Ceci n’est évidemment pas le fruit du hasard mais bien les conséquences d’un nouvel ordre économique mondial pour qui le profit est la priorité absolue.

 

Un impact sur les pays en voie de développement 

L’attractivité des paradis fiscaux ont favorisé deux phénomènes qui aggravent la situation financière des pays en voie de développement (PED).

 

Nivellement vers le bas

 

 On remarque par exemple qu’en moyenne, les filiales américaines ont vu leurs taux d’imposition (taxes) baisser de 54% en 1983 à 28% en 1996 dans les PED. Le phénomène continue de s’accentuer et il s’explique largement par un nivellement vers le bas, les multinationales brandissant la menace de délocaliser leurs firmes dans d’autres pays où le taux d’imposition est plus faible. Les gouvernements des PED se retrouvent alors devant un choix kafkaïen : laisser les capitaux produits sur leur territoire s’envoler vers les paradis fiscaux ou diminuer les taux d’imposition, ce qui signifie la retenue des capitaux certes, mais une diminution des rentrées financières, car la taxation est plus faible. Quelle que soit l’option retenue, les PED sont toujours perdants et les entreprises multinationales toujours gagnantes. 

On notera que les pays développés sont également touchés par ce phénomène de concurrence. Ainsi, lorsque l’Allemagne instaura un impôt à la source de 30% en 1993, entre 50 à 60 milliards de dollars « migrèrent » vers le voisin luxembourgeois. Cet exemple n’est qu’un parmi beaucoup d’autres, mais illustre parfaitement ce nivellement vers le bas des taux d’imposition des multinationales qui, une nouvelle fois, démontrent leur nouvelle prédominance sur les états…

 

Transfert des capitaux 

Selon un rapport de
la CNUCED, 84% des PED s’estimaient également lésés par le transfert des capitaux amassés par les filiales des multinationales présentes sur leur territoire vers leur société mère. Le « transfert de prix » est un point essentiel dans l’explication des pertes de recette pour les PED. Il permet des bénéfices plantureux aux multinationales. 

On généralisera en prenant l’exemple classique: la multinationale X achète la production locale à bon marché. Le produit est ensuite facturé à ce bas prix et transféré dans une société écran offshore. La facture d’exportation de cette même société offshore est augmentée pour se placer à un prix légèrement inférieur à ceux en vigueur sur le marché où il doit être revendu. Donc concurrentiel. Le bénéfice est accompli avant même la vente du produit. Le plus ironique est que la société écran n’est elle-même qu’une simple boîte aux lettres : aucun produit n’y transite, aucun employé même n’y travaille, les facturations étant gérées de la société mère. 

Le capitalisme est malade mais refuse de se soigner. L’une de ses pires pathologies : l’essor parallèle de la criminalité organisée. Le terrorisme international, exemple par l’absurde s’il en est, s’est longtemps nourrit du système en abritant ses avoirs dans les paradis fiscaux et les centres offshore. Voici un nouvel exemple de la dépendance et de la subordination de l’administration Bush à ses multinationales, leur profit étant prioritaires à la possibilité d’enrayer les sources financières d’approvisionnement du terrorisme international. 

Aujourd’hui, la criminalité organisée mondiale draine des actifs estimés. à plus de 2.000 milliards de dollars. Les estimations qui suivent représentent une année de profit à l’échelon mondial :

 

§            500 milliards $ pour le trafic de drogues ; 

§            450 milliards $ pour le trafic des véhicules volés

§            200 milliards $ pour le marché de la contrefaçon, dont 50 rien que pour le commerce de faux médicaments ; 

§            25 milliards $ pour la traite des êtres humains ; 

§            12 milliards $ pour le trafic de déchets polluants.

 

Bien que ces chiffres ne soient que des estimations, l’ordre de grandeur est toutefois sans appel. Mais pour que le tableau soit complet, il y manque toutefois le créneau principal qui lui n’a jamais fait l’objet d’études statistiques sérieuses : la criminalité financière. Sa forme la plus courante reste l’échange entre multinationales de sous-produits entre différentes filiales à des prix calculés au mieux pour échapper au fisc. On pourrait rajouter les multiples délits d’initiés. On devrait surtout rappeler que cette pratique représente à elle seule entre 700 et 1.000 milliards de dollars de profits annuels. 

La criminalité organisée dans son ensemble profite de l’opacité d’un système qui cautionne beaucoup trop la discrétion concernant l’origine des montants accumulés dans les paradis fiscaux. Ainsi se mêlent librement les capitaux légalement accumulés et ceux provenant de la criminalité organisée. À tel point qu’elle représenterait désormais de 2 à 5 % du PIB mondial, et de 10 à 20 % des avoirs existant dans les paradis fiscaux et les centres offshore ! Le recyclage de cet argent, devenu « propre  » par la grâce des habituelles transactions de blanchiment d’argent , lui permet d’être réinjecté dans le circuit financier mondial sans qu’on ne puisse plus l’identifier. 

La criminalité organisée est donc, à côté des acteurs majeurs de la finance, l’autre grand vainqueur de cette mondialisation. En toute discrétion.

 

 

Le blanchiment d’argent 

Le blanchiment d’argent suit généralement trois étapes : 

- le placement : les capitaux sont transférés des lieux d’acquisition vers les paradis fiscaux, ventilés sur une multiplicité de comptes, appartenant de préférence à d’innombrables filiales fictives (les « sociétés écran »). 

- le brassage (ou « smurfing ») : les capitaux sont soit éclatés en sous-comptes, soit échangés et déplacés via de nombreuses transactions. Le cas le plus fréquent est de cumuler ces deux opérations pour brouiller davantage les pistes. 

- le regroupement : l’intégration planifiée des capitaux qui sont regroupés sur des comptes bancaires sélectionnés. Ils sont désormais prêts à être utilisés en toute légalité et sons considérés comme blanchis car à ce stade, plus rien ne permet de retrouver leur origine. 

On considère que c’est lors de la phase de placement que doit s’exercer la vigilance du contrôle anti-blanchiment car lorsque l’argent a été introduit dans le circuit financier, il est pratiquement impossible de l’identifier.

  

Faillites et crises financières : l’économie mondiale en péril 

À force de tricher, vient un moment où l’on ne peut plus masquer la réalité. Nombre de multinationales ont par exemple recours à la falsification de bilan. Prenons le cas tristement célèbre d’Enron, géant américain de l’énergie. Enron a pratiqué des montages comptables d’une extrême complexité effectués sur base de plus de 3.000 filiales basées dans des paradis fiscaux. Ces manœuvres ont permis de dissimuler des milliards de dollars de dettes et de pertes, contribuant à l’opacité sur la véritable santé financière de la multinationale. Enron n’a pas survécu à ses propres tricheries. Le cabinet d’audit Arthur Andersen qui avait docilement fermé les yeux sur la situation financière d’Enron et détruit ses archives compromettantes, a subi le même sort. Quant aux banques Citigroup (premier groupe financier mondial), Merrill Lynch et JP Morgan Chase, qui ont participé activement et sciemment aux malversations comptables, elles ont préféré verser 255 millions de dollars d’amende pour éviter des investigations compromettantes. 

Autre grosse multinationale à avoir eu recours au même mécanisme : Parmalat. Ce géant italien, a éprouvé la même recette dans lesquelles on retrouve les ingrédients habituels : complicité active des banques, falsification de bilans et détournement d’argent, pour la modique somme de 10 milliards d’euros. 

Enfin, de nombreux analystes économiques s’accordent majoritairement pour affirmer que la grave crise financière asiatique de 1997-98 a trouvé partiellement son origine dans les caractéristiques – semblables aux paradis fiscaux – du fonctionnement de
la BIBF (Bangkok international Banking Facility), dont l’effondrement a provoqué une énorme fuite de capitaux et le déclencheur de la grave crise financière qui a secoué les places boursières asiatiques. Comme on le voit par ses deux exemples, c’est le fonctionnement de l’économie mondiale dans son ensemble qui est menacé par l’existence des places offshore et des paradis fiscaux.…

 

 

 

Deux paradis fiscaux très distincts :
la Suisse et les Bahamas

 

 


La Suisse


 

 Si
la Suisse propose un taux d’imposition aux entreprises assez favorables (20%, soit 8 de moins que la moyenne mondiale), elle représente davantage un pôle d’attraction pour les grosses fortunes étrangères, puisqu’en 2000, les capitaux liés aux gestions de patrimoine s’élevaient à 2.300 milliards de dollars.dont plus de la moitié d’origine étrangère. Longtemps protégées par le secret bancaire, les banques suisses les plus honorables ont contribué à amasser dans leurs banques des avoirs phénoménaux appartenant à tous les dictateurs les plus corrompus du monde. Citons à titre d’exemple les 700 millions de dollars du dictateur nigérian Sani Abacha, les 350 millions de dollars du dictateur philippin Ferdinand Marcos, ou encore la fortune colossale entassée par le général Mobutu. 

Contrainte de restaurer son image de marque,
la Suisse adopte en 1998
la LBA (loi sur le blanchiment d’argent), obligeant banquiers et intermédiaires financiers à connaître les ayant droit du compte et à signaler toute transaction suspecte. Mais l’application de
la LBA se solde actuellement par un échec, principalement imputable à la persistance des vieilles habitudes des banques en matière de secret bancaire. Quant aux procédures de restitution de l’argent obtenu par la corruption aux pays spoliés, elles sont malheureusement lourdes et parfois carrément inefficaces. La somme totale à rembourser dans les dossiers toujours en cours de détournement de fonds correspondrait à 1,6 milliards de dollars.

 

Les Bahamas 

Dans la course effrénée à la concurrence que se livrent entre eux les paradis fiscaux, les Bahamas disposent de deux armes incomparables pour attirer les capitaux étrangers : l’IBC et le trust. Si le trust est une institution bien connue – un particulier ou une entreprise confie sa fortune à un « gestionnaire » chargé de l’optimaliser au mieux – l’IBC est par contre une spécialité locale. L’IBC (International Business Company) est une société par actions mais qui ne nécessite pas d’enregistrer le gérant ou l’actionnaire réel. Elle est non seulement protégée par le secret bancaire mais en plus, de toute indiscrétion extérieure : aucun gouvernement ou organisme extérieur ne peut consulter les bilans ou les transactions de l’IBC ! En bref, l’IBC est l’outil par excellence pour le placement de capitaux illégaux en vue de leur blanchiment, ainsi que pour les multinationales en quête de discrétion ou de falsification de bilans.…

 

Corruption

 

 La corruption est définie comme étant l’offre d’un avantage à un agent de l’autorité publique ou à un agent d’une entreprise afin que celui-ci trahisse sa responsabilité vis-à-vis de son employeur. La corruption se manifeste généralement par des versements de sommes d’argent, soit par des prélèvements sur les transactions financières, soit par des avantages en nature, soit encore par une combinaison de celles-ci. 

Malgré l’existence de dizaines de conventions internationales – sans parler des législations nationales – la condamnant sévèrement, la corruption reste un phénomène en excellente santé. L’implication des classes dirigeantes des pays pauvres et des sociétés multinationales dans le système mondial de corruption n’y est pas étrangère.

 

Des montants astronomiques 

Bien que les estimations en la matière sont à prendre avec précaution, la Banque Mondiale estime à plus de 1.000 milliards de dollars les sommes annuellement affectées aux transactions liées à la corruption ! Les dictateurs et les chefs de gouvernement corrompus trustent naturellement les accessits avec des sommes détournées tout simplement effarantes : 

- Mohamed Suharto, président de l’Indonésie (67-98) : entre 15 et 35 milliards de dollars
- Mobutu Sese Soko, président du Zaïre (65-97) : entre 5 et 10 milliards
- Sani Abacha, président du Nigéria (93-98) : entre 2 et 5 milliards
- Slobodan Milosevic, président de Serbie (89-00) : de 3 à 4 milliards de dollars
- Jean-Claude Duvalier, président de Haïti (71-86) : 800 millions 

Voilà pour les principaux. À cette liste doivent encore se rajouter des dirigeants encore en activité, tels le président angolais Dos Santos ou le président kazakh Nazarbaev. Puis, il y a tous les autres, les anonymes : hommes d’affaire, banquiers, membres d’administrations ou d’organisations internationales. Il n’est pas un étage de pouvoir où la corruption ne soit pas active et elle touche, bien qu’à des degrés divers, tous les pays du monde.

 

 

La « succes story » de la corruption 

Alors qu’elle est unanimement réprouvée et qu’il n’a jamais existé autant de conventions et de recommandations pour l’éradiquer, pourquoi la corruption joue-t-elle toujours un rôle si prédominant dans les rouages de l’économie mondiale ? 

En tout premier lieu, le manque de sanctions appliquées au niveau international. Les rapports et les analyses des organisations les plus combattives en la matière, l’OCDE et T.I. (Transparency International), sont en réalité des recommandations. À part une convention de l’ONU d’octobre 2003, aucun instrument juridique contraignant de droit international n’a été clairement établi, chaque état étant seul juge en la matière. La balance entre le risque encouru et les gains obtenus penche actuellement toujours largement en faveur de l’appât du gain. Ensuite, la prolifération des paradis fiscaux joue un rôle majeur, car elle permet aux détournements d’argent liés à la corruption d’être non seulement protégés des regards indiscrets, mais également d’être fructifiés avec la complicité de banques plus que jamais conciliantes, voire collaborantes. 

L’expansion grandissante de la corruption trouve également sa source première dans un facteur trop peu souvent souligné : le nombre croissant de transactions financières. Le modèle économique ultra-libéral prône une ouverture totale des marchés et une suppression généralisée de tout type de barrière susceptible de freiner les mouvements de capitaux. Plus nombreuses sont les transactions, plus nombreux sont les risques de corruption. et moins nombreuses les chances de se faire prendre. Pour autant qu’il ne souhaite pas se doter d’instruments juridiques contraignants au niveau mondial, le modèle économique ultra-libéral est donc, de par son essence même, un facteur de risque élevé de corruption. 

Pour bien saisir l’ampleur du phénomène, il faut se pencher sur une analyse sociologique qu’on ne met que trop peu souvent en avant. Tout est question de statut social. Dans les pays où les hauts fonctionnaires ont un statut social inférieur aux dirigeants d’entreprise (notamment dans certains pays d’Amérique latine), ces derniers peuvent les corrompre sans pour autant paraître les insulter. Pour comprendre et endiguer le problème de la corruption, n’oublions pas que l’homme est un animal social qui interprète ses propres actions à l’aune des indices que lui donne la société.

 

Corrélation entre corruption et pays en développement 

Peter Eigen, président Transparency International a déclaré que « la corruption politique anéantit tout espoir de prospérité et de stabilité dans les pays en développement ». Rien n’est plus exact. Le paiement d’un pot-de-vin est à considérer comme un crime, car il est un obstacle au développement économique, social et moral du pays dont les dirigeants ou les agents sont corrompus. Outre que la corruption a pour effet de vider les caisses des Etats qui paradoxalement sont ceux qui sont déjà les plus démunis, elle décourage les investisseurs potentiels au point que les investissements réalisés par les pays les plus corrompus sont en moyenne de 5% inférieurs aux autres. Les autres, dont de nombreuses multinationales peu scrupuleuses, voient dans les pays corrompus un marché où la concurrence est potentiellement moins grande. Il « suffit » dès lors d’être le plus offrant et de s’adapter aux pratiques locales. Les problèmes de corruption sont particulièrement aigus dans les pays en voie de développement, c’est également pour une autre raison : l’identité nationale et les frontières semblent à leurs citoyens souvent plus arbitraires comparées aux traditions de loyauté familiales ou tribales. 

Des quatre types de transactions répertoriées par l’OCDE, l’extorsion de fonds est la plus sauvage et la plus nuisible. Elle se produit lorsque c’est le corrompu qui fixe le prix des transactions, mettant très souvent en concurrence les candidats corrupteurs pour en retirer un bénéfice plus large encore. Les pays en développement sont un contexte idéal pour opérer de la sorte, en raison de l’inexistence ou presque des droits de propriété et des droits de l’homme.

 

Les secteurs les plus touchés 

Sans surprises, ce sont les secteurs des travaux publics et de la construction, ceux de l’armement et de la défense, et enfin, celui du pétrole et du gaz qui sont les plus corrompus. Sur une échelle de 0 (totalement corrompu) à 10 (aucune corruption), ces secteurs connaissent dans les pays en développement les désastres suivants : 

- travaux publics et construction : 1.3
- armement et défense : 1.9
- pétrole et gaz : 2.7 

Si le secteur des travaux publics connaît un « engouement » pareil dans le domaine de la corruption, c’est principalement en raison de législations laxistes ou de prélèvements sur les montants des aides au développement. Les pratiques dans le secteur peuvent pourtant avoir des conséquences mortelles, comme par exemple pour les habitants dont les édifices risquent de s’effondrer comme un château de cartes lors de tremblements de terre. Les deux autres secteurs, armement et pétrole, brassent des intérêts financiers tellement conséquents qu’il n’est pas difficile d’imaginer les moyens mis en oeuvre par les multinationales étrangères pour s’approprier des contrats ou des parts de marché. L’appropriation quasi-exclusive des ressources gazières et pétrolières en Irak à des multinationales américaines en est la plus parfaite illustration… 

Et comble de malheur pour les populations spoliées, des études ont permis d’aboutir aux conclusions, somme toute logiques, que les pays où la corruption sévit dépensent peu dans l’éducation et la santé, car ce sont des secteurs de corruption moins « rentables » que les autres.

 

 

Transparency International 

Créée en 1993, l’ONG Transparency International est rapidement devenue une référence en la matière. Elle publie chaque année un rapport sur la corruption dans le monde. La transposition du degré de corruption de chaque pays peut apparaître assez fantaisiste au premier abord. Et pourtant. 

À l’aide de bénévoles et sur base de rapports rédigés par des acteurs économiques de confiance, Transparency collecte les informations sur les différents terrains d’analyse et les centralise dans son siège central à Berlin. L’état-major de l’ONG (constitué principalement de juristes et d’économistes) établit sur base des rapports son index annuel de la corruption. Le site internet de Transparency regorge d’informations détaillées et précises sur l’ampleur et les techniques de corruption. Il fournit également de nombreuses recommandations afin d’enrayer le fléau. Mais si Transparency juge le degré de corruption de chaque état, l’ONG ne dispose ni des mandats ni des moyens pour étudier aussi profondément les autres intervenants. À l’exception du rapport annuel de 2002, intitulé « Indice de corruption des pays exportateurs », les multinationales échappent donc souvent à l’analyse.

 

La corruption entretenue par les multinationales 

« Les résultats de l’ICPE font apparaître le rejet par les sociétés multinationales de l’esprit des conventions internationales de lutte contre la corruption alors que leurs actions entraînent un détournement considérable des rares ressources des pays en développement ». 

La déclaration n’émane pas de n’importe qui. C’est en ces termes que, suite au rapport sur l’indice de corruption des pays exportateurs de 2002 (ICPE), le président du conseil consultatif de TI décrit les méthodes des entreprises multinationales. La revue de presse regorge d’exemples qui lui donne raison. On se souvient que Total a été partie prenante dans le système de corruption mis en place dans le programme « pétrole contre nourriture » en Irak. En 2005, Monsanto a dû s’acquitter d’une amende d’1,5 millions de dollars pour faits de corruption en Indonésie. L’année 2006 a été émaillée de nombreux faits impliquant des multinationales dans des affaires de corruption. Thales doit comparaître aux côtés d’autres entreprises devant la justice sud-africaine pour des pratiques de corruption impliquant l’ancien vice-président sud-africain. En mai 2006, ce n’est rien moins que le PDG de Hyundai qui est inculpé pour détournements de fonds. Enfin, en juillet 2006, c’est une gigantesque système de corruption qui est à mis à jour dans le secteur automobile européen, impliquant plusieurs poids lourds et au moins six équipementiers automobiles. Le PDG de Faurecia, au cour du système, a déjà démissionné. Si l’on part de la thèse somme toute irréfutable qu’une grande minorité des transactions de corruption est repérée et dévoilée au grand jour, la corruption est dès lors une pratique très répandue, pour ne pas dire systématisée, au sein des multinationales. Le problème principal réside dans les conséquences – souvent bien plus désastreuses pour les fondations fragiles des démocraties des pays en voie de développement que pour les multinationales elles-mêmes – que de tels actes engendrent. 

Par leurs agissements, elles entretiennent un cercle vicieux qui en sape même le fondement. Dans les cas les plus graves, elles disposent de leur avenir politique. Nombre de multinationales soit arment le pouvoir corrompu en place, comme le fit Elf en Angola, soit encore alimentent secrètement les campagnes électorales de ceux qui leur sont favorables, comme lorsqu’en 2001,
la Titan Corporation contribua à raison de 2 millions de dollars à la campagne électorale du président béninois au moment où elle tentait d’obtenir une revalorisation de son projet de télécommunications dans ce pays. Le cas de figure le plus extrême est celui du financement ou l’armement par de puissantes multinationales d’une force destinée à remplacer un gouvernement trop peu sensible à leurs intérêts. Ces exemples tendent à prouver que depuis plusieurs décennies, il n’y a pas que les puissances occidentales qui faussent la donne démocratique des pays du tiers-monde.

 

 

Techniques d’asservissement

 

La mondialisation sous l’égide du modèle économique néo-libéral ne profite qu’à une infime partie de l’humanité. Autant pour maintenir ce rapport de force disproportionné que pour continuer à maximaliser leurs profits, les multinationales ont recours à diverses formes d’asservissement pour assurer leur position dominante sur les démocraties et les populations de la planète. 

Cette rubrique consiste donc en un passage en revue des techniques d’asservissement utilisées pour maintenir le rapport de force en leur faveur. La dette , et dans une moindre mesure les paradis fiscaux , en font également partie.

 

Des démocraties illusoires 

Que reste-t-il de nos démocraties ? À première vue, les nouvelles sont bonnes. Le débat démocratique est entretenu par des partis aux couleurs politiques différentes. Les citoyens exercent – pour la plupart – leur droit de vote et les partis recueillant la majorité des suffrages se retrouvent au pouvoir. Mais au-delà des apparences, les démocraties actuelles connaissent une crise sans précédent. En voici les raisons. 

La démocratie est permise. pour autant que le contrôle exercé par le grand capital échappe aux délibérations et aux changements voulus par le peuple. A-t-on jamais vu un gouvernement d’un pays développé remettre en cause la primauté des intérêts des grands groupes financiers au profit de ses citoyens ? La réponse est bien évidemment négative. Tout gouvernement qui poursuivrait des intérêts contraires, comme le fit par exemple brièvement celui de Salvator Allende au Chili, est donc antidémocratique, quand bien même il jouirait d’un large soutien populaire. Nous connaissons le sort réservé au président chilien. L’avertissement est clair : seules les démocraties de façade sont tolérées. 

C’est certainement aux Etats-Unis que l’on observe la plus grande parodie de démocratie. Les deux uniques partis depuis plus de deux siècles sont à la fois dominés, infiltrés et subventionnés par les multinationales et les groupes de lobbying. Rien d’étonnant à ce qu’ils refusent de réformer les lois qui rendent pratiquement impossible de créer de nouveaux partis politiques, lesquels pourraient représenter des intérêts contraires à ceux des grands groupes financiers. 

La médiocrité du débat électoral et l’absence d’alternatives sérieuses à la célébration des « bienfaits » du marché engendre des taux d’abstention de plus en plus élevés. Aux Etats-Unis toujours, un record fut atteint lors des élections au Congrès en 1998 : un tiers seulement des inscrits se rendit aux urnes. Bien que le phénomène y est un peu moindre, l’Europe n’est toutefois pas épargnée. L’inexorable chute des taux de participation aux élections depuis plusieurs décennies, ainsi que la désertion observée lors des élections européennes, sont des signaux très clairs. 

On voit donc se renforcer dans la majorité de la population le sentiment que les élections ne servent jamais à rien, ce qui fait bien évidemment le jeu des multinationales et contribue à la continuité de leur domination mondiale. Le système néo-libéral sous-tend donc une constante nécessaire à sa pérennité : des citoyens dépolitisés, marqués par l’apathie et le cynisme. En réalité, le terme « citoyen » est trompeur. Car la démocratie imposée par le modèle néo-libéral produit non pas des citoyens mais des consommateurs ; non pas des communautés mais des centres commerciaux. Ce qui débouche sur une société atomisée, peuplée d’individus désocialisés et politiquement désengagés. La démocratie illusoire créée et entretenue par le système en place est à l’opposé de l’authentique démocratie participative. En se faisant passer pour telle, elle n’est rien d’autre que son pire ennemi.

  

La propagande 

Entre la réalité, la mondialisation sous domination du capital financier et des multinationales, et les grands discours « présentant une mondialisation humaine qui profite à tous » qui nous ont été servis à longueur d’années, il existe une marge stupéfiante. Durant des décennies, les idéologues néo-libéraux ont appuyé un énorme effort de conditionnement idéologique. Il a s’agit, avec l’aide de nombre de médias complices et acquis à leur cause, de provoquer une sorte d’anesthésie collective, susceptible d’émousser les consciences. Rien qu’aux Etats-Unis, ce sont pas moins de 170.000 personnes qui sont employées par les grandes firmes pour s’occuper des relations avec une presse déjà largement sous influence. L’ampleur des moyens mis en œuvre pour le contrôle des citoyens est à la hauteur des inégalités que le modèle économique néo-libéral a créées et qu’il tente d’occulte. 

Les discours économiques dominants œuvrent actuellement à convaincre nos contemporains que certains concepts issus de la pensée économique mériteraient d’approcher, en valeur et en universalité, des lois et des régularités qui se dégagent de l’observation des sciences. Ce processus fonctionne d’autant mieux qu’il est sorti des cénacles d’initiés pour investir les médias grand public, ce qui lui offre au passage de fort intéressantes possibilités de simplifications et d’approximations qui n’ont dès lors que peu de chance d’être discutées ou contestées. 

Au-delà de ce constat général, on peut retenir deux artifices de propagande bien différents: l’utilisation de terminologies à double sens et la justification du système existant.

 

 

Terminologies à double sens 

La majorité des nouvelles terminologies économiques a été conçue par les économistes du courant ultra-libéral. Toutes sont à doubles sens, à tel point que les discours politique et économique s’en retrouve systématiquement embelli. Pourtant, sous les apparats de la modernité se dissimulent des politiques visant uniquement à maintenir le système ultra-libéral et à garantir la pérennité des profits sans cesse accumulés. Quelques exemples concrets de ces artifices de langage s’imposent pour mieux se rendre compte des effets pervers que peut engendrer ce nouveau langage technocratique. 

Le protectionnisme représente pour beaucoup de pays pauvres un réel moyen de préserver leur souveraineté alimentaire et d’ainsi pouvoir nourrir leurs cortèges d’affamés. Pourtant, le « protectionnisme » est uniquement présenté comme une attitude craintive de repli sur soi et un manque d’ouverture au reste du monde. Le « libéralisme » par contre évoque la liberté. Mais de quelle liberté parle-t-on au fait ? Si l’on en croit le PDG de la multinationale suédoise ABB, ce serait davantage « la liberté pour mon groupe d’investir où il veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut et en ayant à supporter le moins de contraintes possibles en matière de droit du travail et de conventions sociales ». Dès qu’il est dénué de terminologies à double sens, le discours est tout de suite beaucoup plus clair. 

Ces techniques servent très souvent à camoufler des réalités bien plus dramatiques. Ainsi, lorsqu’on vous parle de « dégraissage », il faut traduire par « licenciements collectifs » qui affectent des centaines ou des milliers de salariés mis sur la paille. L’ « effet de synergie » d’une fusion entre deux multinationales se conclut fatalement par la liquidation massive d’emplois que les fusions entraînent presque systématiquement. Somme toute, dans le nouveau jargon des économistes, « dégraissage » et « effet de synergie » sont des synonymes. La « flexibilité » en est un autre, puisque le travailleur « flexible » est celui qui dispose du moins de protections sociales et qui sera parmi les premières victimes des « dégraissages » et des « effets de synergie ». Parallèlement à l’utilisation de ces terminologies à double sens, l’exclusion et le chômage se banalisent à tel point que plus personne n’oserait remettre leur existence en cause. Un rapport de cause à effet qui est loin d’être innocent. 

En vérité, les discours économiques et politiques sont truffés de ces artifices. La chasse aux chômeurs devient l’activation des chômeurs, les privatisations se transforment en consolidations stratégiques. Quant aux services publics, c’est vraiment désuet, mieux vaut désormais dire les services d’intérêt économique général. De tous ces concepts inventés de toutes pièces, il en est un qui revient comme une litanie : la « compétitivité ». Lorsqu’une multinationale en parle, elle sous-entend évidemment pour elle le moins de contraintes salariales et le plus de libertés d’investissement possibles. Pourtant la compétitivité d’une entreprise ne serait certainement pas incompatible avec l’emploi de salariés plus nombreux. 

La conclusion de tous ces exemples est fort simple : le discours économique est à ce point falsifié qu’il en est devenu totalement déconnecté de la réalité. Mais l’optimisme et la confiance en soi sont deux vertus des « experts » économiques. Heureusement pour le système en place du reste : il ne faudrait surtout pas que nous sortions de la torpeur dans laquelle ces discours inlassablement répétés nous ont plongé.

 

La justification du système en place 

Venons en maintenant à la justification du système existant, tâche à priori insurmontable vis-à-vis de l’immense majorité des populations mondiales qui n’en recueillent aucun fruit. C’est alors que les économistes et les experts autoproclamés interviennent et se muent en prophètes. 

Commençons par la prophétie du marché autorégulateur, qui est probablement la plus grande supercherie économique de ces dernières décennies. C’est ce qu’a appelé Adam Smith, économiste du XVIIIè siècle, la « main invisible » : le marché allouerait spontanément production et consommation de manière équilibrée. Pourtant, Mr Smith ne l’a jamais démontré, pas plus que les évènements ne l’ont fait. Comment en effet croire à cette fable de « la main invisible » lorsque surviennent à intervalles fréquents et réguliers des crises financières, des effondrements de monnaie ou des faillites en chaîne ? Le marché est par essence instable et nécessite, comme dans la majorité des domaines un contrôle extérieur. 

La concurrence est elle aussi une notion très intéressante à analyser. Valorisée, voire sanctifiée, elle est devenue le credo de toute la mouvance économique ultra-libérale. Pour faire taire ses détracteurs, l’OCDE rappelait récemment que la concurrence « stimule les ventes et donc les débouchés pour les entreprises, les incitant à recruter ». Pourtant, les vertus prêtées à ce principe reposent moins sur la science que sur la croyance, intéressée. Elles permettent aux économistes ultra-libéraux de rejeter hors du débat des thèmes qui leur font horreur : le protectionnisme, les aspects positifs des entreprises publiques ou encore l’intervention plus marquée des Etats dans le monde économique. 

La concurrence ne résiste pas à l’analyse. Ni dans les faits (le nombre de recrutements des grandes multinationales est stable, alors que les bénéfices sont en hausse constante), ni sur l’origine de la croyance. En effet, les trois théories existantes n’ont pas tendance à se cumuler, mais plutôt à s’annuler. Et leurs rares points communs, telle que la nécessité d’une information complète et parfaite des agents économiques, sont bien souvent irréalistes. 

Et si tout cela ne devait pas avoir suffi pour nous convaincre, il ne reste plus qu’à invoquer la fatalité. Les lois du marché seraient inéluctables. Après tout, la seule alternative connue – le communisme – n’a-t-elle pas misérablement échoué ? C’est faire fi de l’ancien système, le capitalisme libéral, où l’Etat jouait son rôle prépondérant de protecteur des plus faibles et de redistributeur de richesses, ainsi que de tout nouveau système qui reprendrait davantage en considération le bien-être humain. 

Il ne s’agit ici rien d’autre que l’utilisation d’une bonne vielle recette : la peur du changement, régulièrement distillée par ceux qui ont intérêt à ce que le système actuel reste en place et une majorité de médias ralliés à leur cause. Il n’en est pas moins exact, comme le dit Albert Jacquard, « que cette vision de la fatalité des forces à l’œuvre imprègne en profondeur les réflexes de notre société ». À nous de nous en défaire.

 

Le pouvoir de la marque 

Les années 1980 marquent un tournant dans le domaine de la publicité : le développement de la marque. Les théoriciens du management se rendent compte que la prospérité des multinationales, du moins celles qui vendent leurs produits en commerce, passe bien plus par la vente d’une image que par celle du produit. Le concept de vendre une marque, en tant qu’expérience ou style de vie, va littéralement révolutionner la publicité, permettant aux multinationales qui en useront d’accroître autant leurs bénéfices que leur influence sur les consommateurs. La marque est en quelque sorte une valeur ajoutée. Par exemple, la valeur de la marque L’Oréal constitue la différence entre le prix d’un shampoing sans marque et celui d’un shampoing où il est écrit L’Oréal. Par cet exemple, on comprend mieux la volonté des multinationales à accroître la diffusion de leur marque. 

La jeunesse va rapidement s’imposer comme la catégorie de consommateurs la plus rentable. Les marques vont d’autant plus facilement s’imposer à ce public cible que la télévision va y jouer un rôle capital, avec l’incontournable MTV et les nombreux messages publicitaires qui y sont diffusés sur la grande majorité des chaînes. Les marques se présentent aux jeunes comme étant des créatrices d’attitudes ou de modes de vie (à croire qu’il n’existait-il pas des gens « cool » avant qu’on en invente le concept.), qui se veulent multiethniques et ouvertes à tous. Les multinationales ont beau jeu de parler de diversité, la mondialisation du marché rejette catégoriquement cette diversité car elle met en danger l’hégémonie culturelle qu’elles entendent imposer. L’objectif est donc bien de « standardiser » la jeunesse, sous le couvert de la « différence ». La tactique est assurément aussi fine qu’efficace. 

Cet exemple montre bien que les marques ne se contentent plus aujourd’hui d’une aventure d’un soir avec le consommateur. Trop peu rentable. Elles veulent habiter avec lui. 

Lorsque le sponsoring prit son envol dans les années 1980, à l’époque comme palliatif au manque de fond publics, nul ne pouvait imaginer qu’il finirait par investir tous les milieux de notre société : les milieux scolaires, les manifestations sportives et culturelles, et même, phénomène plus accentué en Amérique du Nord, le milieu universitaire, notamment via ses modes de financement. C’est également dans cet objectif de recherche de proximité avec le consommateur que se sont développés, principalement aux Etats-Unis, les « super magasins », sorte de temples de la consommation dédiés à la marque qu’ils représentent. Nike, Diesel, Tommy Hilfiger, Sony Virgin, Microsoft, tous se sont lancés à pieds joints dans la vente au détail associée à leur marque, histoire de pouvoir « accompagner » le consommateur le plus loin possible dans sa vie de tous les jours. 

L’ampleur du développement de la marque s’est faite au détriment d’autres secteurs d’activité des multinationales. On l’a dit, le concept de la marque est apparu dans les années 1980. Rien qu’aux Etats-Unis, les dépenses publicitaires représentaient en l’an 2000 la somme totale de 210 milliards de dollars, soit quatre fois plus qu’en 1980 ! À l’échelle mondiale, ces dépenses dépassent désormais allègrement les 500 milliards de dollars. Les profits, bien réels, qu’engendre la diffusion à grande échelle de la marque n’ont toutefois pas suivi cette courbe phénoménale. Le premier secteur de l’entreprise qui a fait les frais de ces nouveaux et coûteux investissements financiers est bien naturellement la masse salariale. 

Enfin, il est à noter que de nombreux citoyens, rassemblés en ONG telle que RTS (Reclaim The Streets), ont commencé à s’élever contre l’intrusion de la marque dans notre sphère privée. Les aliments, les vêtements, le mobilier, les supports technologiques : tout nous rappelle à chaque instant les marques. Or, aucun subconscient ne peut s’opposer à l’enregistrement dans notre mémoire de la marque. Nous ne pouvons que décider de ne pas la consommer. À chacun d’entre nous de voir jusqu’où il est prêt à tolérer cette compagnie imposée.

 

Les lacunes entretenues du droit international 

Conditions de travail et salaires misérables, répression syndicale, détournement de fonds, destructions écologiques, implications à petite ou grande échelle dans des conflits : il existe une multitude d’évènements à travers le monde qui pourraient valoir aux acteurs économiques, petits ou grands, d’être - comme quiconque - traduits devant la justice. Le contexte y est favorable puisque la communauté internationale s’organise pour lutter contre les formes « traditionnelles » d’impunité. L’entrée en vigueur de
la Cour pénale internationale a consacré une victoire essentielle contre l’impunité des responsables politiques. Par contre, la justice sociale et économique à l’échelon international reste à construire. D’où vient ce paradoxe ? 

Alors que l’essence du droit est de fixer des limites aux plus forts et de défendre les plus faibles, les seules instances (l’OCDE et l’OIT) qui peuvent tenir les multinationales et leurs filiales pour responsable de leurs actes ne disposent que de procédures… non contraignantes. La raison de ce laxisme est excessivement simple : les tentatives qui ont eu lieu en vue d’encadrer juridiquement l’activité des multinationales ont été contrées par ces dernières. L’épisode suivant est riches d’enseignements. 

L’ONU est actuellement la plus à même de combler ce vide juridique, car elle est dispose d’un cadre juridique et d’une influence suffisante pour y remédier. Parmi les nombreuses agences onusiennes, il existe pourtant
la Sous-Commission des Droits de l’Homme, toute désignée pour faire le nécessaire. Et ce n’est pas faute de ne pas avoir essayé. En 1998, en réaction à la découverte des négociations secrètes portant sur l’AMI,
la SCDH crée un groupe de travail spécialement consacré aux activités des multinationales. Dès les premiers instants, le groupe de travail fut torpillé par la délégation américaine et son mandat dénaturé. Sauvé de la dissolution en 2001, il se remet à la tâche, présentant successivement deux projets. Le premier texte, en 2002, propose une convention internationale qui rendrait responsable les entreprises coupables ou complices de violations des droits humains. On lui préféra le « projet » de la délégation américaine. Les multinationales pouvaient dormir tranquille. En 2004, le groupe revint à la charge avec un nouveau texte à caractère contraignant : « Normes sur les responsabilités des multinationales ». Sous la pression de l’ICC, groupe de lobbying emmené par Shell, le projet est enterré. À chaque fois, les milieux d’affaire américains sont fermement intervenus. 

Au demeurant, on aurait tort d’imaginer que cette pression n’existe qu’à l’ONU. On la retrouve dans la majorité des institutions internationales les plus influentes. Le cas de l’OMI, l’Organisation Maritime Internationale, mérite qu’on s’y attarde. Le poids de chaque pays y est fonction du tonnage qu’il enregistre. Les « pavillons de libre immatriculation », plus connus comme « pavillons de complaisance », qui regroupent 60% de la flotte mondiale, y font donc la loi. Des pays comme les Bahamas, le Liberia ou le Panama, décident des contraintes qu’ils s’appliquent. Malgré la récente condamnation de Total dans le procès sur la marée noire causée par l’Erika et la jurisprudence qui pourrait s’ensuivre, l’opacité reste la règle d’or. Dans le cas du Prestige, naufragé en novembre 2002 près des côtes espagnoles, la cargaison appartenait à un intermédiaire, une obscure société helvético-russe basée à Zoug, en Suisse. Évidemment insolvable. 

Qu’il se produise au sein de l’ONU, de l’OCDE, ou de tout autre organisme, le travail de sape des multinationales est facilité par la complexité de la matière. Mais le nœud du problème, qui tourne autour de la responsabilité des personnes morales, est systématiquement cadenassé. Les multinationales se retranchent fréquemment derrière l’argumentation qu’elles ne peuvent pas répondre des actes commis par leurs différentes filiales et entités. Le fait que nombre de violations des droits de l’homme liés aux activités des multinationales se produisent dans des pays peu soucieux de les condamner représente un obstacle supplémentaire. Ces difficultés rencontrées sont à peu près comparables à celles qui ont entravé un long moment la création de
la CPI (Cour Pénale Internationale). Ce qui n’a toutefois pas empêché qu’elle finisse par voir le jour…

 

La répression des syndicats 

L’année 2005 a été à nouveau marquée par la répression syndicale, puisqu’on y dénombre 115 syndicalistes assassinés de par le monde,
la Colombie détenant toujours le triste privilège de figurer en tête de peloton avec à son actif 70 syndicalistes décédés. Au-delà des assassinats purs et simples, il existe bien d’autres formes de violences : plus de 1.600 syndicalistes ont été victimes d’agressions violentes, 9.000 ont été arrêtés, 1.700 placés en détention arbitraire et 10.000 licenciés en raison de leurs activités syndicales. Si Coca-Cola, soupçonné de financer des groupes de répression syndicale, a eu maille à partir avec la justice colombienne à plusieurs reprises, d’autres multinationales ne sont pas en reste. Ainsi, dans son rapport 2005,
la CISL (Confédération Internationale des Syndicats Libres) épingle notamment le géant américain de la distribution Wal-Mart. Harcèlement, espionnage, incitation à la délation ou encore filature de militants syndicaux : autant de griefs attestant d’une véritable stratégie d’élimination. Le monde du « moins cher qu’ailleurs » a lui aussi son prix. 

Au-delà de ses constats, c’est à une lente érosion du droit de grève, pourtant si chèrement acquis par les générations précédentes, à laquelle on est en train d’assister. Les chiffres cités par
la CISL dans son rapport sont sans appel. Mais ce n’est pas tout : on assiste également à un dangereux glissement sémantique Les organisations syndicales sont désormais requalifiées de « partenaires » dans les pays développés. Dans la plupart des pays pauvres, on parle plus volontiers de « gêneurs ». Si la plupart des violences à l’encontre des syndicats ont eu lieu dans des pays en voie de développement, il ne faudrait pourtant pas en conclure que l’exercice du droit de grève est un long fleuve tranquille dans les pays développés. Les cas de figure où les entreprises saisissent les juridictions compétentes pour faire interdire certaines actions relevant du droit de grève, souvent assorties d’astreintes, se multiplient et mettent à mal l’exercice effectif du droit de grève. Nombre de gouvernements des pays développés adoptent désormais des mesures pour limiter les conditions ou le droit pur et simple aux actions de grève. 

La palme de la répression syndicale organisée à l’échelle gouvernementale revient toutefois aux Etats-Unis, où la « guerre contre le terrorisme » a servi d’alibi pour monter des opérations de guérillas contre les militants ouvriers et les syndicats. L’administration Bush est intervenue à plusieurs reprises pour briser des grèves dans des secteurs fragilisés par les attentats du 11 Septembre, assimilant l’interruption de l’activité économique à un danger pour la sécurité nationale. À titre d’exemple, l’organisateur de la grève qui avait paralysé les transports publics à New York en décembre 2005 s’est vu condamné à dix jours de prison ferme et son organisation syndicale à 2,5 millions de dollars d’amende. 

lors que les syndicats sont en réalité souvent l’unique contre-pouvoir dont disposent les travailleurs pour faire défendre leurs droits sociaux les plus élémentaires, les multinationales les présentent davantage comme un frein à la concurrence et à la rentabilité de l’entreprise. La manipulation du langage est insidieuse et perverse, mais elle porte malheureusement ses fruits.

 

La rareté organisée 

Trop peu souvent analysée, la rareté organisée n’en est pas moins une pratique répandue qui mérite que l’on s’y attarde. En économie, la rareté, reflétant l’écart entre les besoins et des ressources limitées, s’exprime par le théorème suivant : le prix d’un bien dépend principalement de sa rareté. Plus un bien est rare, plus il est cher. Inversement, s’il est courant, sa valeur et son prix diminuent. L’abondance ? La rareté garantissant le profit, il ne reste donc plus qu’à la planifier. 

L’usage de cette technique peut se faire à deux niveaux différents. Au niveau géopolitique d’une part, et au niveau économique de l’autre. Le cas d’école est assurément le mode de fonctionnement de l’OPEP . En octobre 2006, l’ OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), qui regroupe 11 des pays exportateurs de pétrole, fait une démonstration éclatante de cette théorie. Après avoir connu des sommets historiques, les cours du pétrole chutent de 25% en quelques mois. Inquiets de cette évolution et soucieux de leurs deniers, les principaux pays producteurs s’accordent pour réduire leur production journalière d’1 million de barils, soit une baisse réelle de près de 2% de leur production précédente. L’OPEP ne fait que rééditer une tactique qui avait déjà rapporté ses fruits en 2004 lorsque suite à une dégringolade de près de 30% des cours, l’OPEP avait réduit sa production et ainsi pu enrayer la chute. Mais ces évènements ne sont qu’une timide résurgence de l’exemple connu le plus retentissant et le plus dévastateur : la crise de 1973.
Petit retour en arrière. À l’époque, l’Amérique est devenue depuis quelques années dépendantes en matière de pétrole. En automne éclate la guerre du Kippour, où Israël bénéficie du soutien américain et européen. Furieux de ce soutien, les pays membres de l’OPEP réagissent en décidant d’augmenter le prix du baril tout en diminuant leur production. C’est le premier choc pétrolier. Il fut totalement artificiel. La rareté organisée rentre dans l’histoire : pour la première fois, des nations détentrices d’une matière première hautement stratégique utilisent la pénurie comme arme politique. Vladimir Poutine, en fin tacticien, n’a finalement jamais fait que remettre au goût du jour cette technique redoutable en planifiant des interruptions de livraisons de gaz à ses voisins, alliés ou non, et donc en bout de chaîne à l’Europe, dont plus de 30% des besoins proviennent de
la Russie. On pourrait sans trop se hasarder avancer qu’avec la raréfaction des ressources vitales pour l’humanité, qu’il s’agisse du gaz, du pétrole ou encore de l’eau, la rareté organisée ne devienne un outil de plus en plus fréquemment utilisé dans une optique géopolitique. 

On aurait toutefois tort de limiter cet usage aux Etats. Les acteurs économiques ne sont pas en reste, loin de là. Le secteur pétrolier recèle une fois encore certains exemples riches d’enseignement. Ainsi, aux Etats-Unis, les grandes multinationales du pétrole ont-elles volontairement sous investi dans leur capacité de raffinage : en trente ans, aucune nouvelle raffinerie n’a été créée aux Etats-Unis. Ces dernières années, la marge de profit liée au raffinage est passée en moyenne de 5 à 25 dollars par baril. Les entreprises pétrolières, qui engrangent des bénéfices records, ont largement les moyens de se payer de nouveaux équipements. En créant une situation d’approvisionnement tendu, elles contrôlent les prix. Augmenter la capacité de raffinage n’est évidemment pas dans leur intérêt. 

En réalité, la souveraineté du client n’est qu’un leurre. Dans le monde réel, l’entreprise et l’industrie contribuent lourdement à fixer les prix et à créer la demande. Elles le font par le monopole, l’oligopole, la conception et la différenciation des produits, la maîtrise de l’ensemble de la chaîne de production, la publicité et les autres méthodes de promotion de ventes et de commerce. La manipulation sémantique qui à substitué au mot « capitalisme » le terme « économie de marché » permet d’entretenir l’illusion que le consommateur est celui qui détermine la demande. C’est tout le contraire qui se produit. Le pouvoir est aux producteurs, qui influencent et dirigent la demande des consommateurs. La rareté comme l’abondance sont deux paramètres qui, exception faite d’une minorité de ressources réellement en voie de raréfaction, sont déterminés à tout instant. Car, dans un monde où le développement des nouvelles technologies permet de supprimer les distances et permet d’atteindre les « niches » de rareté les plus inaccessibles, comment pourrait-elle encore subsister ?

 

DOMMAGES «COLLATERAUX» 

 

La mondialisation, telle qu’elle s’est développée ces dernières décennies, masque une gigantesque opération de redistribution des richesses qui s’opèrent au sein des marchés financiers. Pendant que les multinationales et les fonds d’investissement s’arrachent toutes les richesses produites sur la planète, les populations du globe ne récoltent que les miettes. Et encore. 

Les souffrances indicibles endurées quotidiennement par les centaines de millions de pauvres et de travailleurs exploités ne semblent pas devoir diminuer.
Le creusement de plus en plus visible des inégalités, dépassant désormais l’habituel clivage nord-sud pour apparaître au sein même des pays, et la généralisation de la précarité sont devenus deux menaces qui planent désormais sur une très grande majorité de la population mondiale, y compris dans les pays développés. À côté de ceux qui tentent de survivre, ou qui n’y arrivent pas et meurent, il y a aussi toutes les autres victimes du système économique. Car dans le grand jeu mondial de la concurrence à outrance, il n’y a pratiquement que des perdants : parmi eux, les salariés victimes des délocalisations ou des fusions et les exclus de toute sorte sont devenus chez nous les symboles d’une mondialisation qui a perdu tout visage humain. Plus loin de nous, le sort est encore moins enviable : ils sont des millions dans les pays en voie de développement à travailler comme des forçats pour quelques maigres dollars. Les soldats de la guerre économique mondiale ont plusieurs visages mais ils sont tous les victimes du même système de domination. 

Il est une autre victime de taille : la planète. Malgré avoir dépensé des sommes folles pour contester les preuves scientifiques du réchauffement climatique, les milieux financiers n’ont pu empêcher que la vérité éclate au grand jour : en conservant son rythme actuel de consommation et de croissance, l’humanité détruira irrémédiablement sa planète, entraînant sa propre perte. Le « rapport Stern », publié en novembre 2006, marquera sans doute un tournant dans la lutte contre le réchauffement climatique. Pour la première fois, les coûts présumés ont été évalués (à 5.500 milliards de dollars en 10 ans si aucune mesure n’est prise). Ce rapport rajoute la seule dimension qui manquait jusqu’à présent dans le débat : l’économique, le seul langage des décideurs. Car pour contrer le réchauffement climatique, il faudra bien plus que des mesures éparses : une redéfinition de notre mode de consommation s’impose… Tout préalable à la préservation de notre planète passera obligatoirement par une remise en cause du système néo-libéral, prônant la croissance sans limites. La croissance infinie sur un monde fini est de fait une absurdité. Il faut en finir avec cette aberration. La qualité de vie, voire la survie de nos enfants et des générations futures, est à ce prix. 

Point commun de ces observations : le rapport de force entre les milieux financiers et les états, qui s’est inversé en faveur des premiers. L’Etat existe toujours, mais le démantèlement de l’Etat-Providence se poursuit parallèlement aux exigences toujours grandissantes des milieux financiers. Bien que disposant toujours d’une certaine influence, même dans les matières économiques, l’affaiblissement des états et de leur capacité de protection de leurs couches sociales les plus défavorisées se poursuit. Inexorablement. La privatisation des secteurs publics en est une autre caractéristique. Aujourd’hui, ce sont tous les biens communs de l’humanité, de l’eau aux services publics, qui sont déjà passés, ou sont menacés à terme de passer dans les mains du secteur privé. 

DOMMAGES «COLLATERAUX» 

Les victimes de la guerre économique 

C’est une guerre invisible, mondiale, sans armes ni armées. Pourtant, les ravages qu’elle engendre sont largement supérieurs à ceux des conflits armés. Des millions de personnes atteintes de malnutrition en passant par les millions d’enfants exploités au travail, les travailleurs touchés par les délocalisations ou exploités dans l’enfer des zones franches industrielles, les peuples primitifs expropriés de leurs terres ou encore les innombrables victimes des maladies curables faute de médicaments abordables : tous ont un point en commun. Ils sont les victimes de la guerre économique mondiale. 

> Le commerce international ou la loi du plus fort
> Une mondialisation toujours plus inégale
> Les affres de la malnutrition
> Pauvreté et précarité : deux compagnes tenaces
> Les derniers peuples indigènes menacés
> L’ADPIC, un accord aux accents génocidaires
>
Des épidémies aussi dévastatrices. qu’évitables
>
L’enfance exploitée
>
L’enfer quotidien des zones franches

 

Le commerce international ou la loi du plus fort 

Les règles actuelles du commerce international ont un point commun avec celles qui ont existé depuis que l’humanité a jugé nécessaire de les élaborer : elles sont établies par ceux qui sont en position de force, afin de la conforter. Les « règles » de commerce instaurées lors de ces dernières décennies ont accentué cette tendance, conduisant aujourd’hui à une domination totale des nations riches sur les nations les plus pauvres. La moitié des échanges commerciaux mondiaux sont actuellement contrôlés par 22 pays, représentant à peine 14% de la population mondiale. 

Bien qu’elle se drape de « négociations » et se vante d’un système démocratique où chaque pays dispose d’une voix, l’OMC , la plus haute instance traitant de commerce international, n’échappe pas à la mainmise des plus puissants. Car ce sont bien les pays riches qui fixent les objectifs de « négociations » et les pays pauvres qui les subissent. De même, lors de litiges commerciaux, ce sont uniquement les nations développées qui ont les moyens de se doter des batteries d’experts nécessaires à la défense de leurs intérêts. Les pays pauvres, qui éprouvent déjà toutes les difficultés à y maintenir un représentant permanent, ne peuvent rivaliser. Mais, dans de très nombreux domaines, les véritables vainqueurs des règles de commerce édictées par l’OMC sont en réalité les multinationales, notamment dans les secteurs de l’industrie pharmaceutique et de l’agroalimentaire. Pourtant, malgré ces faiblesses évidentes, ce système n’est pas le pire. L’échec actuel du dernier cycle de négociations (le cycle de Doha) est en train de céder la place à un danger encore plus grand : la multiplication des accords bilatéraux de commerce entre deux ou plusieurs nations, qui laissent le champ totalement libre à la loi du plus fort. 

Les subventions agricoles accordées par les pays industrialisés de l’OCDE à ce secteur sont tout bonnement astronomiques. En 2006, elles atteignaient 350 milliards de dollars, contre 330 milliards de dollars en 1998. Le PNUD épingle ces subventions qui « permettent aux pays riches de garder un quasi-monopole sur le marché mondial des exportations agricoles ». En effet, les barrières commerciales auxquelles sont confrontés les pays en voie de développement pour leurs exportations sont insurmontables : elles sont en moyenne trois fois plus élevées que celles qui frappent les échanges entre les pays riches. N’oublions pas que les pays pauvres sont aussi ceux qui comptent le plus d’agriculteurs. Avec ses 75% de paysans, l’Afrique paie certainement le plus lourd tribut face aux subventions des pays développés. Ce sont ces aberrations du commerce international qui font qu’à Sandaga, le plus grand marché de l’Afrique de l’Ouest situé au Sénégal, les fruits et légumes européens sont vendus à la moitié ou au tiers du prix des produits locaux. Un exemple parmi tant d’autres. 

Mais lorsqu’on observe la répartition de ces subventions à l’exportation, on se rend compte que ce ne sont pas uniquement les pays pauvres qui sont les victimes du système. Par exemple, la fameuse Politique Agricole Commune (PAC) de l’Union Européenne est loin d’être favorable aux petits paysans. Avec comme conséquence qu’au sein de l’Union Européenne, une ferme disparaît. toutes les 30 secondes. Au contraire, elle est taillée sur mesure pour les grandes multinationales de l’agroalimentaire qui empochent la majeure partie du budget annuel colossal de
la PAC, soit près de 50 milliards d’euros. L’exemple de
la France est révélateur de cet énorme déséquilibre : sur les 630.000 agriculteurs que comptent encore le pays, 170.000 touchent moins de 5.000 euros par ans et 70.000. rien du tout. Par contre, 80% des aides sont captées par seulement 20% de bénéficiaires. La raison en est très simple : en France, élevages et cultures sont l’affaire d’influents
lobbys agricoles qui négocient avec le Ministère, seul apte à traiter avec
la Commission Européenne. 

Mais les pays pauvres n’ont pas dû seulement faire face à l’insurmontable obstacle que représentent les subventions des pays développés. Ils ont également subi de plein fouet les conséquences de la chute des prix de leurs ressources essentielles. La grande majorité de ces produits de base ont connu depuis les années 1980 un effondrement sans précédent. Selon la CNUCED, entre 1977 et 2001, la chute annuelle des prix a été de 2,6% pour les denrées alimentaires, de 3,5% pour les oléagineux et les huiles et de 5,6% pour les boissons tropicales. Bien que cette tendance se soit un peu résorbée ces dernières années, la dégradation des termes de l’échange marque un manque à gagner considérable pour de nombreux pays pauvres qui ne disposent de peu, voire d’aucune autre richesse à l’exportation. 

Ce processus complexe s’explique par de nombreux facteurs, dont certains sont admis, comme la fragilité des prix de ces matières premières face aux fluctuations des taux de change, et d’autres sont sujets à contestation. L’un des principaux est pratiquement reconnu par tous : le rôle néfaste joué par les ajustements structurels imposés par le FMI et la Banque Mondiale. En échange de prêts financiers, les pays concernés (la quasi-totalité des pays pauvres de la planète) devaient assainir leurs finances publiques. Parmi les mesures imposées : le « tout à l’exportation », sensé permettre de faire rentrer un maximum de capitaux. Le résultat obtenu fut tout le contraire : les pays pauvres inondèrent les marchés des pays développés de leurs ressources exportées, cette abondance - parfaitement inutile et évitable dans ce cas de figure – se traduisant comme toujours par une baisse de leurs valeurs.

 

Une mondialisation toujours plus inégale 

Bien qu’il faille toujours les prendre à titre indicatif, les données chiffrées qui permettent de mesurer l’accroissement des inégalités sont sans appel : le PNUD estimait qu’en 2005, les 500 personnes les plus riches du monde avaient un revenu combiné supérieur à celui. des 416 millions les plus pauvres. En parallèle à ces extrêmes, les 2,5 milliards d’individus vivant avec moins de 2 dollars par jour – 40% de la population mondiale – représentent à peine 5% du revenu mondial ! Contre 54% pour les 10% les plus riches. Un déséquilibre sans précédent dans l’histoire de l’humanité. 

La progression des richesses continue de s’accentuer fortement pour les plus riches, ne semblant connaître aucune limite. Les capitaux détenus par les 15 personnes les plus riches du monde – majoritairement PDG ou ex-PDG de multinationales - sont supérieurs aux PIB de tous les états du monde situés au sud du Sahara. D’une manière générale, les inégalités de patrimoine sont encore plus fortes que les inégalités liées aux revenus. L’ONU publiait en décembre 2006 une étude dont les résultats se passent de tout commentaire. La moitié du patrimoine des ménages est détenue par seulement 2% de la population mondiale. À l’inverse, la moitié la plus pauvre de la population planétaire en possède seulement. 1%. 

Pourtant, les inégalités ne sont plus seulement visibles entre les pays du nord et les pays du sud, mais se développent également à grande vitesse à l’intérieur même de chaque pays. Le lien entre l’inégalité croissante entre les êtres humains et l’émergence du capitalisme financier et du libre-échange est incontestable. Alors que l’écart des revenus entre les 5% les plus riches et les 5% les plus pauvres était de 30 pour 1 en 1960, il est aujourd’hui passé à 75 pour 1. Pourtant, la richesse produite au niveau planétaire, le PIB mondial, atteint des sommets inégalés : plus 44.000 milliards de dollars rien que pour l’année 2005. Mais la répartition de ses fruits est très inégale. Où qu’ils opèrent dans le monde, les opérateurs des marchés financiers s’approprient les ressources et les fortunes, ne laissant derrière eux que des miettes. 

La première économie du monde elle-même ne résiste pas à l’analyse. Les inégalités s’accroissent aux Etats-Unis, où désormais un américain sur huit n’arrive pas à vivre décemment. 47 millions d’américains, dont de nombreux salariés, sont dépourvus d’assurance maladie. Au Royaume-Uni, le « blairisme » aura lui aussi apporté son lot d’inégalités. 0,1% des britanniques concentrent désormais 5% du revenu national. Tony Blair laissera donc à son successeur deux pays. D’un côté, les 20% qui travaillent dans le secteur des services financiers et qui prospèrent. De l’autre, le reste d’une population en proie à une précarisation croissante, évincée d’un marché du logement constamment en hausse, affecté par une sévère baisse de la production industrielle et par une hausse du chômage à 5%, un taux très élevé pour ce pays. En réalité, il n’est pas un coin du globe qui échappe au renforcement des inégalités. Dans un rapport paru en juin 2006, le PNUD rappelait qu’en Asie – où l’augmentation annuelle de la croissance est pourtant la plus forte – le libre-échange a malgré tout aggravé les inégalités en matière de revenus. Le « miracle chinois », si souvent vanté, laisse 5% de sa population avec une dizaine de dollars par mois.
La Banque Mondiale enfonce le clou avec une étude parue en novembre 2006 : le revenu réel des 10% les plus pauvres de la population chinoise a chuté de 2,4% entre 2001 et 2003, alors que dans le même temps, les 10% les plus riches ont vu leur revenu grimper de 16%. 

Dans cet exemple – et plus généralement dans presque tous les cas de figure – on observe que ce sont très souvent les zones rurales qui sont les plus sévèrement touchées. Le modèle économique actuel en est là aussi la principale cause. Dans une économie de plus en plus virtuelle, où les réservoirs de main d’ouvre sont essentiels aux objectifs de rentabilité, les zones à forte concentration d’activités économiques et d’accès technologiques (les villes) supplantent totalement les zones à faible concentration (les campagnes). Alors qu’en 1950, seul 30% de la population mondiale vivait en ville, ce n’est pas un hasard si, pour la première fois dans l’existence de l’humanité, la moitié de ses membres habite désormais dans des zones urbaines. Pourtant, on aurait tort de croire que le niveau de vie y est plus favorable : aujourd’hui, un milliard d’habitants vivent dans des bidonvilles, privés d’eau, d’électricité et d’accès aux services sociaux de base.

 

Les affres de la malnutrition 

Et si on commençait pour une fois par une bonne nouvelle ? Depuis quelques années, le nombre de personnes sous-alimentées est en très légère régression ! Pour autant bien sûr que l’on parle d’un pourcentage de la population mondiale, mis en parallèle avec l’augmentation de la démographie (17% de la population mondiale contre 20% il y a 15 ans). Mais en chiffres absolus, la sous-alimentation augmente constamment, 12 millions d’individus étant venus, entre 2004 et 2006, se rajouter aux 840 autres millions d’affamés. Là, déjà, il n’y a plus de quoi pavoiser. 

Saviez-vous que les historiens s’accordent pour dire qu’en six années, le régime Nazi est responsable directement de la mort de près de 50 millions de personnes ? Saviez-vous également que la malnutrition tue chaque jour 100.000 personnes ? Faites le calcul : la malnutrition dépasse donc largement le pire génocide jamais commis dans l’histoire de l’humanité. Mais la grande faiblesse des chiffrages, c’est leur caractère impersonnel. Alors, faites-vous plutôt la réflexion suivante : pendant le temps qui vous a été nécessaire pour lire ce petit paragraphe – une vingtaine de secondes – 4 enfants dans le monde sont morts de faim. Présenté de cette manière, c’est autrement plus interpellant. 

Au total, ce sont 42 pays qui ont été en état de crise alimentaire en 2006. On constate que la malnutrition est avant tout un phénomène rural, puisque 70% des personnes touchées vivent dans les campagnes. L’Afrique est le continent le plus durement touché, avec un tiers de ses habitants sous-alimentés. Mais la malnutrition n’engendre pas que la mort. Ses conséquences sont multiples, et toutes tragiques. Tout enfant frappé par la malnutrition au début de son existence ne rattrapera plus jamais son retard. Le fer et le zinc jouent en effet un rôle essentiel dans le développement des capacités mentales. Les risques de souffrir de difformités ou de cécité en sont également accrus. Et comme si cela ne suffisait pas, malnutrition et pandémies font bon ménage. La malnutrition diminue les capacités de résistance au VIH et accroît d’une manière plus générale les chances de contracter certaines maladies. La plupart des décès ne sont pas directement le résultat de la famine, mais bien plus souvent des maladies qui s’attaquent aux enfants vulnérables dont le corps est affaibli par la malnutrition. En réalité, les deux fléaux sont intimement liés car inversement, le décès de nombreux parents des ouvres des grandes pandémies engendre des orphelins qui, pour autant qu’ils n’en faisaient pas déjà partie, rejoignent les rangs des sous-alimentés. 

Enfin, et on aurait tendance à l’oublier trop vite, la faim est facteur d’instabilité politique et de sous-développement dans les pays où elle sévit. Car un homme qui a faim ne se soucie pas de ses droits démocratiques. On ne saurait manger son bulletin de vote. La faim occulte toute préoccupation ou revendication sociale. 

Mais dans ce massacre quotidien, ce qui est certainement le plus révoltant, c’est d’apprendre de
la FAO que la production alimentaire mondiale permettrait de nourrir 12 milliards d’individus. Bien sûr, le défaut majeur de ce chiffrage est de ne tenir compte ni des distances entre les lieux de production et de consommation, ni de la relation inégale entre le type de nourriture produit et les besoins réels des populations affamées, ni même de la faiblesse des pouvoirs d’achat des plus mal nantis. Mais ces chiffres, au demeurant incontestés, démontrent que potentiellement, la faim peut donc être totalement éradiquée de la surface de la planète. Dans le destin tragique de ces millions de victimes de la malnutrition, il n’y a donc aucune fatalité. Dès lors, chaque souffrance, chaque décès lié à la sous-alimentation en devient intolérable et moralement inacceptable.


 


 


 

Pauvreté et précarité : deux compagnes tenaces 

À l’échelle planétaire, ce sont 1,2 milliard de personnes qui vivent dans une pauvreté extrême avec moins d’un dollar par jour, et 2,8 milliards qui vivent sous le seuil de pauvreté, fixé communément à un revenu journalier inférieur à 2 dollars. Ce qui ne signifie pas que l’on échappe à la pauvreté avec 3 dollars par jour. Ni que l’on évite une manipulation des données concernant l’affichage du taux de pauvreté, celui-ci représentant pour de nombreux pays un enjeu politique de première importance pour attirer les investisseurs et faciliter l’accès aux crédits. 2,8 milliards de pauvres donc, mais au vu de ces considérations, probablement bien plus. À ces observations se rajoute aussi un facteur plutôt déroutant : les nombreuses statistiques publiées sur l’évolution de la pauvreté dans le monde sont souvent fort contradictoires. Dans ces conditions, chiffrer la pauvreté et suivre son évolution s’apparente donc à un exercice d’équilibriste. Tentons dès lors d’en retirer les tendances de fond. 

Lors de la création par l’ONU de la catégorie « Pays moins avancés » en 1971, appellation pudique pour désigner les pays pauvres, on en comptabilisait 21. Aujourd’hui, alors que seul le Botswana a réussi à s’en extraire, on en compte. 50. Les politiques néo-libérales des institutions financières internationales ne sont pas étrangères à cette augmentation drastique. Si l’on se focalise par contre sur l’évolution de la pauvreté ces dernières années, on constate certaines améliorations. Le continent qui a fait incontestablement le plus de progrès à ce sujet est l’Asie, tirée par une croissance soutenue depuis l’effondrement boursier asiatique de 1997. Tout est pourtant loin d’être rose puisqu’en Asie, paradoxalement, les très pauvres le sont encore plus notamment en Chine où leur niveau de vie a baissé ces six dernières années. L’Afrique par contre stagne, avec un niveau de pauvre proportionnellement égal à sa population, donc en augmentation quantitative constante. 

Contrairement aux idées reçues, le fléau ne touche pas seulement les pays pauvres mais également les pays développés. Pire même, dans certains, la pauvreté y gagne du terrain. On a tendance à l’oublier mais dans les pays industrialisés, plus de 100 millions de personnes vivent toujours en dessous du seuil de pauvreté. Rien qu’aux Etats-Unis, selon un rapport du Bureau de Recensement, on évalue ce nombre à 37 millions de personnes, soit 17% de plus que sous la seconde présidence de Bill Clinton, dont 16 millions d’américains vivant dans « une pauvreté profonde et sévère ». La politique ultra-libérale de l’administration Bush n’y est évidemment pas étrangère. L’influence la plus néfaste de cette politique se ressent aussi au niveau de l’accès aux soins de santé, le nombre d’américains ne bénéficiant d’aucune assurance-santé ayant atteint les 47 millions en 2004, un record. Dans le reste des autres pays développés, en Europe et ailleurs, le nombre de pauvres fluctue, tantôt augmentant, tantôt diminuant, tantôt se maintenant à son niveau antérieur. 

Finalement, les nombreux débats sur la pauvreté dans le monde occultent l’évolution réelle de la situation de la très grande majorité des individus sur la planète. Alors que les organisations, officielles ou non-gouvernementales, se battent à coup de statistiques contradictoires sur le thème de la pauvreté, une crainte supplémentaire fait son apparition, bien moins chiffrable, mais visiblement tenace : la précarité. À ce sujet, le plus interpellant est sans aucun doute un sondage inhabituel réalisé en France, en 2006, par Emmaüs. Dans ce pays classé pourtant parmi les six plus riches nations de la planète, un habitant sur deux considère comme « très possible » de devenir un jour SDF ! Seulement 17% des sondés affirment que « jamais » ils ne finiront à la rue. C’est probablement l’indication la plus nette du sentiment oppressant de précarité qui s’immisce au sein de la majorité des sociétés occidentales. La crainte, réelle ou injustifiée, de basculer vers la pauvreté n’est pas seulement révélatrice des conséquences dramatiques engendrées par les politiques économiques ultra-libérales. Elle tend paradoxalement à les renforcer, car l’appauvrissement de la population a généralement tendance à la déstabiliser, ravivant les sentiments extrémistes, populistes et nationalistes. Gardons constamment en mémoire que c’est dans des circonstances similaires que s’est développé le nazisme autrefois et qu’actuellement, le fanatisme et le populisme y puisent leur influence proportionnellement grandissante.

 

Les derniers peuples indigènes menacés 

Les derniers peuples indigènes de la planète, véritables mémoires vivantes de l’humanité, présentent tous une même similitude : celle d’être chassés et expropriés de leurs terres ancestrales. On estime aujourd’hui la population indigène mondiale à environ 350 millions de personnes, répartie en quelque 5.000 ethnies. Les peuplades les plus primitives, souvent les plus anciennes, sont également celles qui sont le plus en péril. Et pas seulement pour ne pas avoir su s’adapter à leur nouvel environnement. La plupart d’entre elles ont dû quitter leurs terres ancestrales, victimes des politiques d’expansion des multinationales et de leurs agissements. Shell est connu pour ses liens avec les factions militaires qui répriment les Ogoni. Petrobras a obtenu un permis d’exploitation forestière sur un gisement pétrolifère, chassant le peuple Huaorani. Les Quechua d’Equateur ont été expulsés de leur territoire ancestral pour les mêmes motifs. Au Botswana, les Gana et les Gwi ont connu la même destinée, déportés en vagues successives afin de permettre l’exploitation de leur sous-sol riche en diamants. 

La disparition des peuples indigènes est en marche depuis plusieurs siècles, des conquistadors espagnols qui massacrèrent et réduisirent en esclavage les ethnies du continent sud-américain en passant par l’éradication des indiens d’Amérique, pour ne citer que les épisodes les plus tristement célèbres. Mais le XXème siècle a assurément a été le théâtre du plus grand nombre de d’exactions commises sur les peuples primitifs. Les raisons en sont souvent identiques : la volonté de repousser toujours plus loin le contrôle des ressources de la planète. Nombre d’entre elles se trouvent sur des terres qui appartiennent aux derniers peuples indigènes. Leurs destins se croisent alors : extermination, expulsion ou assimilation aux populations les entourant. Sans surprise, ce sont les activités des multinationales qui sont pratiquement à la base de toutes les exactions à leur encontre. S’ils songent à résister, les peuples indigènes s’exposent à l’élimination pure et simple. La réponse à la résistance pacifique de la tribu Ogoni, habitant le delta du Niger connu pour ses très nombreux gisements de champs pétrolifères, est devenue emblématique. Le 10 novembre 1995, cette résistance pacifique avait coûté la vie au poète ogoni Ken Saro-Wiva et à huit autres militants ogonis, condamnés par les tribunaux nigérians alors sous les ordres du dictateur Sani Abacha. et de la multinationale Shell, implantée sur le territoire ogoni. 

Cruelle ironie de l’Histoire : les seuls peuples indigènes qui échapperont aux expropriations car leurs terres n’intéressent personne, comme les Inuits du Pôle Nord ou les nomades Touaregs du Sahara, sont également menacés de disparition : ils seront en effet parmi les premières grandes victimes du réchauffement climatique

Petite lueur dans la grisaille : le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a finalement adopté en juin 2006 la déclaration des droits des peuples indigènes, en discussion depuis douze longue années au cours desquelles les groupes financiers avaient exercé une forte pression, principalement sur les délégations américaines et britanniques. Cette mesure reconnaît les droits des peuples indigènes sur leurs terres et leurs modes de vie. Elle stipule également qu’ils ne peuvent être expulsés de leurs territoires sans leur libre consentement. Reste à voir si dans les faits, elle sera réellement appliquée.

 

L’ADPIC, un accord aux accents génocidaires 

L’OMS a récemment rappelé ce scandale quotidien : 10 millions d’enfants meurent chaque année dans le monde de maladies évitables, faute de vaccin ou de traitement. Au cour du problème de l’accès des pays pauvres aux médicaments figure la question des brevets, ce qui nous renvoie à l’accord conclu en 1996 à l’OMC, mieux connu sous le nom d’ADPIC (Accord sur le Droit de Propriété Intellectuelle lié au Commerce). Remanié en 2003, il ne change pourtant en rien l’effet principal : l’assurance d’un profit optimal pour les multinationales pharmaceutiques. 

En effet, la création, l’invention et la recherche sont des paramètres qui occupent une part de plus en plus importante dans le commerce. La valeur de nombres de produits de haute technicité, dont les médicaments, en dépend. Un certain degré de protection et de respect de ces droits apparaît donc fondamental au vu des dépenses engagées dans le domaine de la recherche et du développement. Les règles de commerce international concernant les droits de propriété intellectuelle – tout domaine confondu – ont ainsi été fixées et regroupées à l’OMC dans l’ADPIC. Dans le cas des médicaments, « Big Pharma » a assurément touché le gros lot. Récoltant les fruits d’un intense lobbying, les industries pharmaceutiques ont obtenu une protection de leurs brevets pour une période. de vingt années suivant leur dépôt ! Ce qui signifie concrètement qu’il est formellement interdit de copier les médicaments protégés durant cette période. Exit les génériques. 

Il existe pour toutes les pandémies majeures de ce début de siècle, comme le sida, le paludisme ou la tuberculose, des médicaments génériques. Or, avec la meilleure volonté du monde, les pays pauvres n’ont bien évidemment pas les moyens de payer à leurs populations décimées les médicaments brevetés. Pour se figurer de l’énorme différence entre médicaments brevetés et médicaments génériques, il suffit de rappeler qu’avant l’arrivée des productions génériques indiennes contre le sida au début des années 2000, les prix étaient cent fois plus élevés qu’aujourd’hui. Soucieux de garantir leurs profits et de cadenasser leur position dominante, les leaders du secteur pharmaceutique ont multiplié les manouvres d’intimidations à l’encontre des pays qui ont osé s’opposer à leur volonté et celle de l’OMC. On se rappellera qu’en avril 2001, 39 laboratoires américains et européens avaient porté plainte contre le gouvernement d’Afrique du Sud – qui souhaitait fabriquer des génériques de médicaments brevetés contre le sida – avant de finalement se retirer face au tollé et à l’indignation qu’avait suscité cette action. Le procès qu’a intenté la multinationale Sanofi-Aventis début 2007 au gouvernement indien va dans le même sens. 

Force est donc de constater que concernant les médicaments génériques, cette affaire ne met pas en présence un génial inventeur dépossédé des bénéfices de son invention, mais des multinationales, dominant un marché qu’elles ont pris soin de protéger de toute forme de concurrence et qui engrangent des bénéfices de plus en plus gargantuesques (le chiffre d’affaire annuel de l’industrie pharmaceutique est estimé actuellement à environ 600 milliards de dollars, contre 300 milliards en 1999). Les brevets ne sont plus là pour protéger et récompenser l’invention, ils n’existent plus que pour prolonger la rente des industriels.

 

Des épidémies aussi dévastatrices qu’évitables 

Certaines grosses multinationales exercent leur talent dans le domaine pharmaceutique. Et de talent il est réellement question. Entre 1975 et 2004, les laboratoires pharmaceutiques ont développé plus de 1500 nouvelles molécules. Mais les multinationales pharmaceutiques ne s’intéressent pas aux populations non rentables. C’est ainsi que seulement 26 de ces nouvelles découvertes concernaient le traitement des maladies tropicales. Or, le sida bien sûr, mais aussi la tuberculose, la malaria ou la fièvre noire déciment des millions d’individus chaque année. Or, pour certaines de ces maladies, les remèdes existent. Et pour toutes, il existe des médicaments génériques. Dès lors, pourquoi les populations des pays pauvres sont-elles si touchées ? Il y a tout d’abord la question des dépenses de l’industrie pharmaceutique mondiale. Rien qu’en campagnes de commercialisations, elle consacre la somme annuelle de 60 milliards de dollars, soit plus du double de son budget de recherche, 10 fois les montants nécessaires annuellement pour la lutte contre le sida et près de 70 fois les sommes nécessaires à la lutte globale contre la tuberculose. 

Les choix opérés par « Big Pharma » sont limpides. Mais si aujourd’hui, des millions de malades décèdent à travers le monde de maladies curables, la raison première en est toujours l’ADPIC (voir section précédente). 

Premier exemple avec le sida. La pire pandémie de ce début de millénaire continue son inexorable progression avec désormais 32 millions de personnes infectées par le virus sur la planète, dont plus de 4 millions supplémentaires chaque année. La maladie a déjà emporté 22 millions de personnes depuis son apparition, les décès annuels s’élevant actuellement à plus de 2 millions. Les seuls soins un tant soit peu efficaces, les trithérapies, sont encore et toujours hors de portée de trop nombreux malades dans les pays pauvres : moins de 30% d’entre eux y ont en effet accès. En Afrique, le taux est d’à peine 20% et en Asie du Sud-Est de 16%. L’ADPIC en est naturellement la cause principale, les pays pauvres éprouvant toutes les peines du monde à distribuer des médicaments génériques pour leurs populations. Et s’ils veulent s’affranchir du parcours du combattant que représentent les licences obligatoires (clause spéciale de l’ADPIC permettant à un pays « moins avancé », membre de l’OMC, de faire appel à une entreprise fabriquant des génériques afin de copier un médicament sous brevet, sous certaines conditions), il leur faut patienter longtemps avant d’obtenir des génériques qui de toute manière restent toujours inabordables pour les malades les plus pauvres. Quant aux traitements de « deuxième ligne », dont la prise est indispensable dans la seconde phase de la maladie, ils restent toujours largement inabordables, faute de génériques disponibles et autorisés sur le marché. 

La tuberculose est, après le sida, la pandémie la plus dévastatrice : 1,7 millions de personnes y ont succombé en 2005 et 1,6 millions en 2006. Les régions du monde les plus touchées restent l’Europe de l’Est, l’Afrique et
la Méditerranée orientale. L’OMS s’inquiète également de l’émergence de formes ultra-résistantes aux médicaments, nées de trop nombreuses interruptions de traitements par les patients, 450.000 nouveaux cas étant recensés chaque année. Le lien avec le VIH doit également être souligné : 50% des séropositifs sont atteints de tuberculose. 

Comme dans le cas du VIH, des traitements existent qui permettent de guérir de la maladie, du moins sous sa forme initiale. L’accès aux traitements pour les plus démunis est pourtant largement compromis par l’ADPIC. En dépit de l’urgence de la situation et du problème épineux que représente la version ultra-résistante de la tuberculose, les recherches actuellement menées ne sont pas à la mesure des besoins en nouveaux tests, vaccins et médicaments. Le financement de la recherche est pointé régulièrement du doigt par MSF, 200 millions de dollars étant actuellement investis alors que 100 millions seraient nécessaires rien que concernant la forme ultra-résistante et 900 millions pour la lutte globale contre la pandémie. 

Sida, tuberculose, mais aussi paludisme, choléra ou fièvre noir : le scénario est à chaque fois le même. Ces cas de figures représentent le dilemme de ces populations, soumises à une double « tyrannie industrielle » : les produits officiels inabordables, ceux des entreprises pharmaceutiques qui en aucun cas ne renonceraient à leurs profits, et ceux de l’économie parallèle, dont les produits de contrefaçon, aux effets pourtant redoutables, sont largement plus abordables. Personne ne devrait mourir pour des raisons économiques, faute de pouvoir s’acheter un médicament. C’est pourtant ce qui se produit chaque minute sur notre planète.

 

L’enfance exploitée 

Les enfants paient eux aussi un lourd tribut à la guerre économique mondiale. Plus d’1,5 millions d’enfants de moins de cinq ans meurent chaque année par manque d’eau potable. La malnutrition et les épidémies en emportent encore bien davantage. Ceux qui auraient survécu à ces fléaux ne sont pas pour autant tirés d’affaire. Vivant souvent dans des régions à risques, où pauvreté et guerres font souvent bon ménage, ils peuvent également succomber aux conflits armés. Sur les quelque 4 millions de personnes tuées depuis 1990 lors de guerres, la moitié était des enfants. Mais pour ceux qui ont échappé à la mort, l’avenir ne s’annonce pas pour autant radieux. L’étude la plus complète jamais réalisée par l’UNICEF et publiée en décembre 2004 est sans appel. 

> 640 millions d’enfants n’ont pas de logement adéquat ;
> 500 millions d’enfants n’ont pas accès à des installations d’assainissement d’eau ;
> 400 millions d’enfants n’ont pas accès à l’eau salubre;
> 270 millions d’enfants sont totalement privés de services de soins de santé ;
> 140 millions d’enfants, dont une majorité de filles, n’ont jamais été scolarisés ;
> 90 millions d’enfants souffrent de privations alimentaires graves ;
> 15 millions d’enfants sont orphelins, dont les parents ont souvent succombé au sida. 

Une dernière catégorie d’enfants, qui du reste font souvent partie de celles citées précédemment, sont les exploités. Selon le Bureau International du Travail (BIT), le nombre d’enfants qui travaillent a reculé de 11% entre 2000 et 2004. Il convient néanmoins de tempérer cette bonne nouvelle en rappelant qu’il en reste malheureusement toujours. 218 millions à travers le monde. Parmi eux, le nombre d’enfants de 5 à 17 ans astreints à des travaux dangereux est de 126 millions, dont 1 million dans les exploitations minières où surviennent des centaines de décès chaque année. Quant aux formes les plus graves de travail des enfants, elles sont principalement situées an Afrique où le phénomène est très répandu : un enfant sur quatre de la tranche d’âge 5-14 ans travaille. Parmi eux, les enfants-soldats, que l’on estime entre 250.000 et 300.000. Pourtant, c’est en Asie que sont recensées les pires exploitations des enfants. Car la pire destinée pour un enfant n’est pas toujours l’exploitation au travail : exploitation sexuelle, traite, servitude pour remboursement de dettes, recrutement dans les conflits armés ou les mafias, trafics de stupéfiants sont le quotidien de millions d’enfants asiatiques. 

‘impact de ces travaux forcés ne se limite pas à la souffrance de ces enfants. Pour ces millions d’exploités, il ne sera jamais question de fréquenter les bancs de l’école. Or, l’éducation est un facteur essentiel pour sortir du sous-développement. Et comme on vient de le constater, le sous-développement, qui induit misère et lutte pour survivre, pénalise l’accès à l’éducation. Les pays pauvres sont englués dans une spirale infernale et ne disposent que d’un seul moyen de l’enrayer : l’adoption et l’application de législations contraignantes destinées à protéger les droits fondamentaux des enfants. L’opération a malheureusement toutes les chances de se révéler infructueuse, car ces droits ont des coûts que les Etats pauvres ne peuvent financer. Pendant ce temps, les investisseurs étrangers risquent fort de se retirer pour partir vers d’autres cieux plus « concurrentiels » . et les familles pauvres auront encore moins de moyens pour subsister, les obligeant à envoyer leurs enfants travailler pour survivre. L’impossibilité pour les pays en voie de développement de sortir du cycle de la pauvreté trouve certainement sa source fondamentale ici.

 

L’enfer quotidien des zones franches 

La zone franche (ZF) est une zone géographique d’un pays qui permet aux entreprises qui s’y installent de bénéficier d’avantages fiscaux et d’une main d’oeuvre à faible coût, les législations sociales y étant pratiquement inexistantes. Ces deux avantages en ont fait de véritables eldorados pour les multinationales des pays développés. La preuve la plus visible en est leur prolifération : de 80 en 1975, elles sont passées à 850 en 1998 et à plus de 5.000 en 2004, recrutant désormais 42 millions d’hommes, de femmes et d’enfants. Cette augmentation est à la hauteur de l’intérêt que représente cette nouvelle main d’ouvre. Les multinationales l’ont bien compris. Mais, soucieuses de leur image, elles préfèrent généralement passer commandes auprès d’entrepreneurs ou d’intermédiaires locaux plutôt que de s’y installer elles-mêmes. 

Les terminologies varient en fonction des endroits où elles sont implantées, des « maquiladoras » en Amérique Latine aux « sweatshop » en Inde et aux Philippines . Mais si les dénominations de ces ZF varient très souvent d’une région à l’autre, les conditions de travail de la main d’oeuvre qui y est exploitée sont par contre identiquement abominables.
La Chine est de loin le plus grand pourvoyeur en zones franches d’exportation avec une main d’oeuvre avoisinant les 30 millions de travailleurs. Leurs conditions de travail sont encore plus misérables qu’on ne l’imagine : semaines entre 60 et 70 heures de travail, revenus inférieurs au minimum salarial – fixé en Chine à. 44 dollars par mois – ou encore mises à pied à la moindre rebuffade ou au moindre accident de travail.
L’industrie textile au Bangladesh et en Argentine, les ateliers de vêtements et de jouets en Chine : partout, ce sont les mêmes conditions de travail épouvantables, la même sueur, les mêmes souffrances. Pour les multinationales qui exploitent ces esclaves modernes, le système fonctionne à merveille. Lorsqu’ils arrivent sur les marchés européens, les jouets qui y sont fabriqués défient toute concurrence : les coûts salariaux ne dépassent en effet jamais 6% du prix de vente. 

De même que l’argent possède ses zones de non-droit avec les paradis fiscaux , la main d’ouvre est désormais victime du phénomène identique avec les zones franches, caractérisées par l’absence totale de taxations et de législation de travail contraignantes. Un enfer permanent pour les travailleurs qui y sont exploités, mais un eldorado éphémère pour les multinationales qui y retirent de juteux bénéfices. Car comme le rappelle très justement
la CISL dans son rapport intitulé « L’envers des marques », les investissements étrangers dans les zones franches d’exportation sont de par leur propre nature précaires. Leurs auteurs sont en effet susceptibles d’abandonner un pays sur-le-champ pour un autre où une main d’oeuvre meilleur marché et plus docile leur serait proposée.


 


 


 

CONTESTATIONS 

Résistances  

> Un procureur en guerre
>
L’AMI mis en échec
> Révolte ouvrière au Bangladesh
>
La récupération des entreprises en faillite en Argentine
> Les femmes du Kerala face à Coca-Cola
> Bouygues « contraint » de se retirer du Mali
> Bechtel et La Lyonnaise des Eaux expulsés de Bolivie

 

Révolte ouvrière au Bangladesh 

Pour les multinationales du textile, le Bangladesh a tout du paradis : la main d’œuvre y est abondante et pratiquement gratuite (10 cents le pull-over !), les conditions de travail y sont épouvantables pour les salariés (si on peut encore utiliser ce terme.). Il n’existe pratiquement aucune représentation syndicale dans le secteur et le gouvernement ferme les yeux sur ces pratiques. Mais tout a une fin. 

Le début de la révolte trouve sa source en février, lors de plusieurs incendies et effondrements dans les usines de production qui ont coûté la vie à plus d’une centaine de personnes. Les travailleurs se rassemblent et organisent des manifestations pour dénoncer la vétusté des infrastructures , les conditions de travail effroyables et les bas salaires qui leur sont alloués. 

La police réprime durement les manifestants, tuant trois ouvriers et en blessant plusieurs dizaines d’autres. La contestation se transforme alors en révolte. Les ouvriers déclenchent une grève généralisée, incendient et saccagent plusieurs usines et manifestent par milliers dans la capitale, Dacca, pour réclamer une hausse de salaire et de meilleures conditions de travail.

 

Sources
Le Soir, Metro, Campagne Vêtements Propres

 

Revue de presse
Textile : à l’autre bout de la chaîne (08/08/2006)
Les travailleurs en révolte (24/05/2006)
Incendies et effondrements d’usines au Bangladesh (03/03/2206)

 

 

Un procureur en guerre

 

« Il a plus contribué à augmenter les coûts des entreprises que n’importe quelle réforme législative votée dans le pays ». C’est en ces termes que la « National Association of Manufacturers », un puissant lobby industriel américain, fait part de son désarroi en évoquant Eliot Spitzer. C’est qu’en huit années d’exercice dans sa fonction de procureur général de New-York, l’homme a fait trembler Wall Street en menant un combat de tous les instants contre les abus de la finance. Il n’est pas inutile de rappeler que lorsqu’il rentre en fonction en 1998, les grands banquiers de Wall Street sont à juste raison considérés comme les « maîtres du monde », selon l’expression de l’auteur du Bûcher des vanités, Tom Wolfe. Eliot Spitzer va les faire tomber de leur piédestal. Sous sa conduite, New York devient le premier Etat à poursuivre des centrales électriques en vertu de la loi sur la pollution atmosphérique, le Clean Air Act. La procédure se conclut par un règlement sans précédent : deux géants de l’industrie électrique acceptent de payer 2,6  milliards de dollars. Le début d’une longue série de faits d’armes, dont les principaux furent : 

- avril 2003 : plusieurs établissements financiers prestigieux sont poursuivis pour corruption et malversations. Pour mettre un terme aux poursuites pénales engagées sur les pratiques de leurs analystes, elles acceptent collectivement de débourser 1,4 milliard de dollars, la sanction la plus importante jamais infligée à des institutions financières aux Etats-Unis ! L’amende la plus lourde revient à Citigroup. 

- septembre 2003 : Eliot Spitzer opère une purge dans le milieu des hedge funds, dont certains sont accusés de « late trading » (qui consiste à laisser des clients privilégiés acheter ou vendre des parts de fonds au cours de clôture, mais après la clôture. alors que des informations sur le cours du lendemain sont déjà disponibles). 

- octobre 2004 : le PDG du premier courtier en assurance américain Marsh & McLennan (MMC), est contraint à la démission sous le poids des charges qui lui sont reprochées, à savoir encaissement de commissions occultes et organisation d’enchères truquées (notamment en dirigeant ses clients à leur insu vers d’autres sociétés d’assurance qui, en retour, versaient à MMC de substantielles commissions). Soit 800 millions de dollars pour la seule année 2003. Ce qui, proportion inouïe, représente à l’époque plus de la moitié des profits du groupe. 

- novembre 2005 : Warner Music, l’une des plus importantes maisons de disques des Etats-Unis, paie 5 millions de dollars pour clore à l’amiable une enquête sur la manière dont l’industrie influence financièrement la programmation musicale des stations de radio. Ce règlement fait suite à un autre de 10 millions de dollars de Sony BMG, poursuivie pour avoir versé de l’argent à plusieurs stations de radio en échange de temps d’antenne. 

- mai 2006 : Universal Music Group, filiale de Vivendi, accepte à son tour de débourser 12 millions de dollars pour mettre fin aux poursuites engagées portant sur des soupçons de versements illégaux destinés à assurer la diffusion de sa production sur certaines radios. 

Eliot Spitzer troqua son ancienne fonction le 1er janvier 2007 pour exercer celle de gouverneur de l’Etat de New York, pour laquelle il a été largement plébiscité (69% des voix). Toutefois, le « sheriff de Wall Street » ne fit pas preuve de la même vertu que celle qu’il prônait aux autres : une affaire de prostitution dans laquelle il était largement impliqué causa sa chute en mars 2008.

 

Sites spécialisés
Eliot Spitzer – Wikipedia
Eliot Spitzer – Forêt des Médias

 

Revue de presse
Les entreprises font campagne contre le « spitzerisme » (20/10/2006)
Règlement à l’amiable de 12 millions pour Universal Music (12/05/2006)
Les majors américaines soupçonnées d’entente sur les prix de la musique en ligne (28/12/2005)
Warner Music coopère avec Spitzer (26/12/2005)
Eliot Spitzer épingle les difficultés de résiliation chez AOL (25/08/2005)
Eliot Spitzer porte plainte pour fraude contre AIG et son ex-PDG (27/05/2005)
Eliot Spitzer obtient la tête du PDG de Marsh & McLennan (26/10/2004)
Eliot Spitzer ne s’arrête jamais (22/10/2004)
Eliot Spitzer, le juge qui fait trembler Wall Street (01/01/2004)
Les SICAV américaines sur la sellette (20/11/2003)
Deux ans après Enron, de nouveaux scandales agitent Wall Street (11/11/2003)
Portrait : le shérif de Wall Street (15/09/2003)
Les fonds de pension américains dans le collimateur de la justice (04/09/2003)

 

L’AMI mis en échec 

L’Accord Multilatéral sur l’Investissement (AMI) représente certainement la réalisation qui a trahi le plus clairement les véritables intentions des multinationales et de leurs alliés. Son objectif avoué était de créer un modèle économique mondial où les multinationales disposeraient du « droit » et de la « liberté » d’investir, d’acheter, de vendre et de transférer leurs activités quand et où elles le voudraient, partout dans le monde, sans qu’aucun gouvernement ne puisse les en empêcher. Rien que ça. 

Craignant une fronde des pays émergents et en voie de développement, les Etats-Unis ont préféré comme cadre de négociation l’OCDE , qui réunit seulement les pays les plus riches de la planète. Entamées en 1995, poursuivies dans le plus grand secret jusqu’en 1998, les négociations ont été rendues publiques grâce à la vigilance de militants et de chercheurs nord-américains et du Third World Network, ONG altermondialiste. 

Le contenu de l’AMI instaurait véritablement le règne des multinationales. En sus de ce qui a déjà été expliqué plus haut, il convient de signaler que tous les secteurs de l’activité humaine étaient concernés. Enfin, pour rendre ce « droit » des investisseurs à disposer des peuples inéluctable, un principe astucieux de verrouillage obligeaient les Etats à adapter toute nouvelle loi de telle sorte à ce qu’elle ne soit pas en contradiction avec l’AMI, permettant à terme son expansion mondiale sans la moindre possibilité de retour. 

En tout, ce furent près de 600 organisations de 67 pays qui se sont battus contre l’AMI. Le Parlement européen lui-même ne lui réserva pas un accueil très chaleureux puisque son principe fut rejeté massivement en mars1998. Suite à ces contestations, les négociations sur l’AMI furent d’abord reportées, puis finalement abandonnées. Cette victoire représente sans doute jusqu’à ce jour le plus beau succès du mouvement alter mondialiste. Il convient toutefois de nuancer la portée de cette victoire puisque l’AGCS , adopté entre-temps par l’OMC , a permis d’imposer une partie du contenu de l’AMI. Plus que jamais, la vigilance est de mise. 

Sources
CETIM, C.De Brie 

Bibliographie
« Lumière sur l’AMI, le test de Dracula » de l’Observatoire de la mondialisation (l’Esprit frappeur, 1999)
« AMI. Attention ! Un accord peut en cacher un autre » du CETIM (CETIM, 1998) 

Revue de presse
L’AMI nouveau va arriver (01/05/1999)
Comment l’AMI fut mis en pièces (01/12/1998)

 

Révolte ouvrière au Bangladesh 

Pour les multinationales du textile, le Bangladesh a tout du paradis : la main d’œuvre y est abondante et pratiquement gratuite (10 cents le pull-over !), les conditions de travail y sont épouvantables pour les salariés (si on peut encore utiliser ce terme.). Il n’existe pratiquement aucune représentation syndicale dans le secteur et le gouvernement ferme les yeux sur ces pratiques. Mais tout a une fin. 

Le début de la révolte trouve sa source en février, lors de plusieurs incendies et effondrements dans les usines de production qui ont coûté la vie à plus d’une centaine de personnes. Les travailleurs se rassemblent et organisent des manifestations pour dénoncer la vétusté des infrastructures , les conditions de travail effroyables et les bas salaires qui leur sont alloués. 

La police réprime durement les manifestants, tuant trois ouvriers et en blessant plusieurs dizaines d’autres. La contestation se transforme alors en révolte. Les ouvriers déclenchent une grève généralisée, incendient et saccagent plusieurs usines et manifestent par milliers dans la capitale, Dacca, pour réclamer une hausse de salaire et de meilleures conditions de travail. 

Sources
Le Soir, Metro, Campagne Vêtements Propres 

Revue de presse
Textile : à l’autre bout de la chaîne (08/08/2006)
Les travailleurs en révolte (24/05/2006)
Incendies et effondrements d’usines au Bangladesh (03/03/2206)

 

La récupération des entreprises en faillite en Argentine 

L’Argentine fut longtemps citée comme élève modèle des réformes économiques ultra-libérales prônées par le FMI… Mais en 2001, c’est la chute. Minée par les détournements de fonds opérés par les régimes successifs et par les nombreuses privatisations imposées par le FMI et
la Banque Mondiale, l’économie argentine s’effondre et le pays se déclare officiellement en faillite. La crise économique qui s’ensuit est dévastatrice : le chômage atteint 20 % (perte de 830.000 emplois rien que sur l’année 2002 !) et 45 % de la population se retrouve sous le seuil de pauvreté. 

De nombreux chômeurs décident alors de réemployer les usines et les entreprises désaffectées. Le MNER (Mouvement national des entreprises récupérées) se crée et tente d’amorcer une véritable tendance généralisée avec pour objectif : « Occuper, résister, produire ! ». Sans aucune réglementation ni législation appropriée, les travailleurs ont réussi avec plus ou moins de succès à créer un modèle de production, de vie et d’organisation, comme en témoignent les quelques 161 coopératives recensées qui regroupent au total 9.100 travailleurs. La métallurgie et les autres industries concernent la moitié, le reste se répartissant dans l’alimentaire, le textile, les industries graphiques et la céramique. 

Sources
A.Zacharie, O.Malvoisin, T.Vachon, C.Raimbeau, E.Peredo, 

Revue de presse
Les entreprises récupérées en Argentine (06/06/2006)
Témoignage sur les entreprises récupérées en Argentine (17/05/2006)
Autogestion : la récupération d’entreprises en Argentine (06/03/2006)
Lutte à la pauvreté et développement durable en Argentine (13/02/2006)
Remède à la crise, l’entreprise sans patron fleurit en Argentine (10/10/2005)
En Argentine, occuper, résister, produire (01/09/2005)
Des « entreprises récupérées » illégales qui cartonnent ! (02/05/2005)
Les entreprises récupérées en Argentine : le nouveau modèle de résistance (05/04/2005)
Les entreprises récupérées, le nouveau modèle argentin (29/04/2005) 

Ouvrages
« Argentine rebelle : un laboratoire de contre-pouvoirs » de C.Raimbeau/ D.Hérard (Alternatives, 2006)
« Rébellions d’Argentine. Tiers-état, luttes sociales et autogestion » d’A.Guillermo (Syllepse, 2006)
« Le désastre argentin » de H.Moreno (Syllepse, 2005)
« Argentine. Enjeux et racines d’une société en crise » de D.Quatrocchi-Woisson (Félin, 2003)

 

Les femmes du Kerala face à Coca-Cola

 

C’est à une véritable fronde populaire que Coca-Cola doit faire face au Kerala, en Inde. Accusé de tous les maux, le géant américain a été condamné en janvier 2004 par le tribunal local, puis par
la Haute Cour de Justice du Kerala. Retour sur les faits. 

Alors que Coca y est implanté depuis peu, la grogne populaire monte pourtant rapidement. En cause, l’assèchement dramatique des nappes phréatiques, entraînant un appauvrissement des récoltes locales et obligeant les autorités à ravitailler la région en eau. L’argument avancé par la multinationale – les faibles précipitations locales des deux dernières années – est un facteur certain, mais qui ne peut expliquer à lui seul le phénomène. En effet, la région a déjà été touchée par des sécheresses sévères dans le passé sans pour autant en arriver à des extrêmes pareils. La polémique s’aggrave encore lorsqu’on découvre que les déchets de l’usine, distribués gratuitement aux paysans des alentours comme engrais, contiennent des métaux lourds. Résultat : des taux élevés de cadmium et de plomb dans les puits et les champs qui se répercutent en cascade dans la chaîne alimentaire. Les conséquences sur la santé des populations locales sont encore inconnues, mais on imagine difficilement que ces produits peu recommandables soient inoffensifs. Coca a rapidement rapatrié les engrais non-utilisés. 

Mais malgré tout cela ô surprise,
la Haute Cour revient sur sa décision, autorisant Coca-Cola à pomper jusqu’à 500.000 litres d’eau par jour. Business is business. 

Sources
Monde diplomatique, le Courrier 

Revue de presse
Coca-Cola obtient l’accord de la Haute Cour de Justice (31/05/2005)
Le Kerala trouve le Coca-Cola imbuvable (05/03/2005)
Les femmes du Kerala contre Coca-Cola (01/03/2005)
En Inde, le Coca donne soif aux paysans (22/04/2004)
Coca-Cola perd son procès de l’eau (09/01/2004)

 

Bouygues « contraint » de se retirer du Mali

 

Le Mali est l’un des exemples les plus édifiants des politiques de réajustement structurel imposées par le FMI et
la Banque Mondiale… Profitant de la privatisation imposée aux rares secteurs rentables du pays, la multinationale française Bouygues Telecom reprend la distribution d’eau et d’électricité du pays. Entre 1998 et 2002, les tarifs font un bond de près de 60%. Dans celui qui est considéré comme l’un des pays les plus pauvres du monde, le nombre de mauvais payeurs explose finit fatalement par s’augmenter. EdM, la filiale locale de Bouygues, se met en chasse des mauvais payeurs, attisant la colère grandissante de la population. Dans un premier temps, l’Etat verse 16 millions de compensations à EdM pour soulager les consommateurs. Le monde à l’envers. 

Mais les investissements prévus dans le contrat passé avec l’Etat et
la Banque Mondiale faisaient état de 97 localités à raccorder au réseau d’électricité. EdM n’en couvrira qu’une trentaine, laissant 80% de la population malienne sans raccords. 

Lassé de tant de « tracas »pour un marché dérisoire et peu rentable, Bouygues décide de jeter l’éponge et de quitter le marché malien. 

Sources
CGSP, B.Perez 

Revue de presse
Le néolibéralisme à l’assaut du Mali (02/01/2006)
Le Mali reprend à Bouygues le contrôle de l’eau et de l’énergie (12/11/2005)
L’adduction et le traitement de l’eau au Mali (01/06/2005)

 

 

Bechtel et
La Lyonnaise des Eaux expulsés de Bolivie

 

 Dans les résistances aux privatisations des biens communs , l’expulsion de ces deux multinationales de gestion des eaux potables et usagées figure en bonne place.
La Banque Mondiale , actionnaire minoritaire des multinationales en question, avait préalablement exigé du gouvernement bolivien la libéralisation de plusieurs secteurs d’activité comme condition préalable à un nouveau prêt de capitaux. 

Bechtel est une multinationale californienne qui se voit accorder en 1999 une concession pour la gestion de l’eau de la vallée de Cochabamba. L’activité de Bechtel sur place ne dure que quelques mois, les tarifs étant brusquement augmenté de 300%, rentabilité oblige. La population très pauvre de cette région n’ayant plus les moyens de se fournir en eau potable, la révolte éclate, conduisant Bechtel à se retirer malgré des répressions violentes de l’armée. Malheureusement, les Boliviens n’en ont pas fini avec la multinationale américaine. Bechtel a depuis intenté une plainte auprès de
la Banque Mondiale et réclame à l’état bolivien la modique somme de 25 millions de dollars, correspondant aux « profits escomptés » sur les 40 ans prévus par le contrat de concession ! Pour arriver à ses fins, la multinationale a transféré son siège fiscal des Îles Cayman,
paradis fiscal bien connu, vers les Pays-Bas pour pouvoir bénéficier des avantages d’un traité bilatéral signé entre les deux pays. Là où les profits peuvent être facilement engrangés, fût-ce sur le dos d’une des populations les plus pauvres d’Amérique du Sud, l’indécence ne connaît pas de limites. 

Avec l’aide de
la Banque Mondiale ,
la Lyonnaise des eaux s’implante en Bolivie en 1997 au travers d’une filiale dénommée AISA. L’entreprise gère les services d’eau potable et des eaux usées de la capitale bolivienne,
La Paz. Rapidement, la grogne monte. Alors que les cadres dirigeants voient leurs salaires quintuplés, l’accès à l’eau potable est coupé dans certaines zones éloignées, jugées non-rentables, et les prix augmentent vertigineusement : jusqu’à 600% dans certains quartiers excentrés ! Face à la pression de la rue, coordonnée par plusieurs centaines associations de quartiers, le gouvernement décide d’éviter une révolte populaire semblable à celle qui avait succédé aux agissements de Bechtel et met fin au contrat de l’AISA. 

Sources
W.Chavez, E.Peredo, I.Herraiz 

Revue de presse
L’eau de Cochabamba : la guerre non achevée (11/04/2007)
Pas d’armistice dans la guerre de l’eau (05/03/2005)
Effervescence populaire en Bolivie (01/03/2005)
L’escroquerie du siècle : Bechtel contre les Boliviens (10/01/2005)
En Bolivie, l’eau est un combat de tous les jours (30/12/2004)
Bolivie : la seconde guerre de l’eau (19/12/2004)
Les Uruguayens rejettent la privatisation de leur entreprise pétrolière (17/02/2004)
La Bolivie : état des lieux (01/11/2003) 

 

 

 

 

THEMATIQUES 

> La guerre des sexes aura-t-elle lieu ?
> Aux origines des crises financières
> Les fonds de pension, nouveaux sheriffs de Wall Street
> Chine et USA : unis pour le meilleur et pour le pire
> Les dérives salariales des patrons
> La Mer d’Aral ou le plus grand désastre écologique de tous les temps
> La contrefaçon, une entreprise criminelle qui prospère
> Les Hedge Funds, nouveaux maîtres de la finance
>
Le Carlyle Group
> Réserves pétrolières : la conspiration du mensonge
> L’espionnage, nouveau nerf de la guerre économique

 

Les Hedge Funds, nouveaux maîtres de la finance

 

Les Hedge Funds sont des fonds d’investissement à court terme à la recherche de la moindre opération fructueuse sur les marchés boursiers. Leurs pratiques varient mais le but reste inchangé : gagner un maximum d’argent en un minimum de temps. Quel qu’en soit le prix. Certains ciblent des sociétés qu’ils estiment sous-valorisées en bourse, d’autres rachètent les entreprises en faillite, les démantèlent et revendent les « pièces détachées » aux plus offrants. D’autres enfin identifient les sociétés ayant l’intention de sortir de Bourse, achètent quelques parts de leur capital afin de bloquer l’opération. puis exigent que leurs titres soient rachetés au prix fort. Ces stratégies répandues ne sont pas les seules que déploient les Hedge Funds, mais elles ont toutes en commun l’absence totale d’éthique ou de morale. 

Au premier trimestre 2006, les actifs gérés par les Hedge Funds s’élevaient à 1540 milliards de dollars, soit un triplement de leurs actifs depuis l’an 2000 ! C’est une évidence : les Hedge Funds règnent en maître sur le monde de la finance, au point d’en concurrencer sérieusement les multinationales les plus puissantes. L’opacité et le secret, caractéristiques communes aux Hedge Funds, sont un autre atout. Bien qu’ils soient très majoritairement américains, 70% d’entre eux sont domiciliés dans des paradis fiscaux. N’étant toujours pas soumis aux mêmes contraintes que les sociétés cotées, les Hedge Funds disposent ainsi de le marge de manœuvre nécessaire pour agir, camouflant leur stratégie, leurs transactions financières et retardant ainsi jusqu’au dernier moment leurs offensives. Certains fonds poussent le vice jusqu’à recourir aux services d’agences de détectives privés ou d’autres limiers plus ou moins scrupuleux. Un document dérobé, une information confidentielle ou des chiffres compromettants suffisent souvent à orienter une stratégie… 

Le hic, c’est qu’il existe de sérieux risques de dérapages. Et pas des moindres. 

En septembre 2006, le fonds spéculatif Amaranth a perdu, à la suite d’une spéculation hasardeuse sur le marché du gaz, en quelques jours les deux tiers de son capital – soit la bagatelle. de 5 milliards d’euros ! L’affaire a réveillé le souvenir de la faillite du fonds d’investissement LTCM en 1998, obligeant
la Fed (Réserve fédérale américaine) à baisser ses taux d’intérêts pour empêcher des effets en chaîne sur les marchés et les banques à renflouer le LTCM en urgence. La crise financière avait été évitée de peu. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Le crash boursier asiatique de la fin des années 1990 n’est pas étranger aux spéculations des Hedge Funds, puisque certains d’entre eux s’étaient attaqués à des devises locales liées au dollar, faisant craquer un système de change déjà fragilisé et mal géré. Pour rappel, la crise asiatique a conduit à la faillite de plusieurs milliers d’entreprises et a provoqué la mise à pied de plusieurs millions de travailleurs. Les agissements peu scrupuleux des Hedge Funds peuvent donc conduire à des conséquences désastreuses. 

Tout homme sensé serait donc tenté de réguler ces pratiques spéculatives, bien plus souvent dommageables pour les salariés des entreprises victimes des « stratégies » des Hedge Funds que pour ces derniers. Pourtant, malgré la réelle volonté des gendarmes boursiers, telle
la SEC aux Etats-Unis, de les encadrer, rien n’a été entrepris. La raison de ce non-sens est à mettre sur le compte des protections d’instances très haut placées.
La Fed, très liée au secteur bancaire et à l’administration Bush, s’est prononcée plusieurs fois contre toute transparence supplémentaire. Enfin,
la SEC, qui avait réussi à contraindre les Hedge Funds à s’enregistrer auprès d’elle, a été déboutée par une cour d’appel fédérale, jugeant cette obligation (pourtant déjà fort peu contraignante) illégale. Rien ne semble donc devoir entraver la domination croissante des Hedge Funds sur le monde de la finance.

 

La guerre des sexes aura-t-elle lieu ?

 

« Trois bombes menacent le monde : la bombe atomique, qui vient d’exploser, la bombe de l’information, qui explosera vers la fin du siècle et la bombe démographique, qui explosera au siècle prochain, et qui sera la plus terrible ». Les deux premières prédictions d’Albert Einstein se sont vérifiées. Quant à la troisième, il semble que l’humanité n’en ait pas encore pris la véritable mesure.  

Généralement, à l’évocation de « problème démographique », on se focalise sur les prévisions de croissance mondiale de la population. Les grandes tendances futures et les problèmes inévitables qu’ils engendreront sont connus de tous : selon l’hypothèse moyenne retenue par l’ONU en 2004, après une période de croissance jusque vers 2050 où elle atteindrait 9,1 milliards d’habitants, la population mondiale se mettrait à décroître, retrouvant en 2100 son niveau de 2006. Les prévisions de l’ONU sont cependant régulièrement revues à la baisse. Mais la tendance est là et la poussée démographique, sauf conflit mondial majeur ou nouvelle pandémie dévastatrice, inéluctable. La cohorte de difficultés qu’elle engendrera est connue : partage supplémentaire des ressources en eau, alimentaires, énergétiques et environnementales, entraînant une aggravation certaine des multiples problèmes auxquels l’humanité est déjà confrontée actuellement. Et pourtant, on aurait tort de s’arrêter à ce seul constat car une autre menace démographique fait lentement son apparition : la perturbation du ratio naturel entre filles et garçon. De l’ordre de 105 naissances masculines pour 100 naissances féminines, ce ratio est en effet grandement menacé par deux facteurs totalement distincts et à priori sans aucun rapport : les dérèglements biologiques et la sélection artificielle après la naissance. À cela se rajoute un troisième facteur, la sélection artificielle avant la naissance, encore sous le stade de risque potentiel mais qui, en fonction de l’utilisation qui en sera faite, pourrait dans un futur proche encore davantage aggraver les dérèglements observés. 

La sélection artificielle après la naissance est le facteur assurément le plus médiatisé : c’est un phénomène croissant qui touche presque exclusivement l’Inde et certains pays d’Asie. Où sont passées les 90 millions de femmes qui manquent actuellement en Asie ? Elles ne sont pas nées ou bien sont mortes en bas âge, victimes d’avortements sélectifs ou d’infanticides. Cette anomalie démographique, dénoncée dès 1990 par l’économiste Amartya Sen dans
la New York Review of Books, touche
la Chine, l’Inde et le Pakistan mais aussi le Bangladesh, Taïwan ou
la Corée du Sud. Si l’on appliquait à l’Asie un taux de masculinité « normal » de 105 hommes pour 100 femmes – pour le calculer, les démographes prennent en compte la proportion naturelle de filles et de garçons à la naissance, les différences de mortalité infantile entre les deux sexes et le décalage d’espérance de vie entre les hommes et les femmes -, ce continent compterait 90 millions de femmes supplémentaires.
La Chine et l’Inde, où ce phénomène provoque déjà des tensions, sont les pays les plus touchés. Rien qu’en Inde, ce sont 60 millions de femmes qui manquent à l’appel. Les déséquilibres les plus extrêmes ont été enregistrés dans les Etats indiens du Pendjab et de l’Haryana où ont été recensées, en 1998-2000, 125 naissances de garçons pour 100 de filles et dans les provinces chinoises du Jiangxi et du Guangdong, en 2000, où le nombre de garçons avait atteint 138 pour 100 filles. Les causes de ce déséquilibre sont d’ordre social. En Inde, la préférence pour les garçons est une tradition solidement ancrée dans le sous-continent indien. Le fils, par qui se transmet l’héritage, est censé s’occuper de ses parents jusqu’à leur mort. C’est lui qui libère, selon les rites hindous, l’âme de leur corps en récitant une ultime prière devant le bûcher funéraire. Considérée comme « celle qui part », la femme part vivre dans la famille de son époux en échange d’une dot, ce qui amène certains parents à ouvrir des comptes-épargne dès la naissance de leur fille. En Chine, la limitation des naissances a renforcé l’attractivité pour les garçons. L’héritage sera, à n’en pas douter, très lourd à porter pour les générations futures de ces pays. Car ces avortements sélectifs ne représentent pas seulement le degré ultime de violence contre les femmes, celui qui leur refuse le droit même de naître. Ce déséquilibre a déjà entraîné une hausse du nombre de mariages d’enfants et du trafic de femmes en provenance des régions pauvres de l’Inde et des pays voisins comme le Bangladesh et le Népal. Dans les décennies à venir, il modifiera en profondeur le visage du continent asiatique. Dans sa fiction « 
Le premier siècle après Béatrice », Amin Maalouf démontre avec réalisme le potentiel explosif, pouvant conduire à l’implosion sociale d’une région tout entière, que représente un déséquilibre dans la parité fille/garçon en faveur de ces derniers. Aujourd’hui déjà, c e déséquilibre a déjà entraîné une hausse du nombre de mariages d’enfants et du trafic de femmes en provenance des régions pauvres de l’Inde et des pays voisins comme le Bangladesh et le Népal. Les prémices d’une très forte déstabilisation régionale sont déjà visibles. 

Le deuxième facteur n’a obtenu par contre jusqu’à présent que très peu, voire pas du tout d’écho médiatique. Or, deux études menées dans des circonstances totalement différentes sont arrivées à la même conclusion : certains composants chimiques semblent grandement affecter le ratio naturel entre fille et garçon à la naissance. La première étude, menée chez les Inuits en Russie et au Groenland par le Programme de surveillance de l’Arctique (AMAP), souligne la corrélation entre la concentration de polluants organiques persistants, dont le PCB, dans le sang des femmes enceintes et le sexe de l’enfant. Un expert de l’AMAP explique que « pour certains PCB, au-delà de 4 microgrammes/litre, on observe un renversement du sex ratio en faveur des filles. La majorité des oufs qui auraient dû être des garçons subissent un avortement spontané précoce ». Le résultat est la naissance dans certaines communautés Inuites de deux filles pour un garçon, ce qui en fait le déséquilibre le plus grand jamais observé. Son ampleur trouve partiellement son origine dans la fonction de « super-prédateurs » que les Inuits occupent dans un éco-système et une chaîne alimentaire confinés. Toutefois, cette observation ne s’arrête pas aux lointains Inuits. Le professeur gantois Nik Van Larebeke, interviewé dans le quotidien flamand « Het Laatste Nieuws » le mardi 22 octobre, confirme des observations similaires, mais qu’il qualifie de « phénomène européen ». Le constat est identique : certains embryons mâles n’arrivent pas à se développer complètement et meurent. Cette fragilité est selon lui en relation directe avec l’utilisation massive de certains polluants. Le scientifique pointe du doigt certains dérivés du plastique, des détergents, des pesticides et des conservateurs qui se trouvent par exemple dans les cosmétiques et les produits d’entretien, dont certains entrent dans le corps via la respiration ou la peau. À ce stade, il est encore trop tôt pour affirmer scientifiquement, avec certitude, que certains produits chimiques sont de nature à bouleverser la diversité naturelle des embryons. Le recoupement de ces deux études, couplées aux nombreuses autres qui ont déjà démontré les conséquences d’une exposition soutenue à certains produits chimiques sur le corps humain, ne laisse toutefois que peu de place au doute. 

Le troisième facteur, la menace d’une sélection artificielle du sexe de l’enfant avant la naissance, se posera à terme à l’ensemble de l’humanité. La méthode commercialisée depuis deux ans par la société britannique DNA Worldwide, peut potentiellement aboutir à ce résultat. Le procédé est fort simple : pour la modique somme de 350 euros, les parents ont la possibilité de connaître le sexe de l’enfant dès la sixième semaine sur base de l’analyse de l’ADN d’un échantillon sanguin de la mère. Or, l’avortement est généralement autorisé entre la 12 ème semaine (cas de la majorité des pays européens) et la 24 ème semaine (cas de
la Grande-Bretagne).
Marcy Darnovsky, directrice adjointe du Center for Genetics and Society, résume mieux que quiconque les possibles dérives : « Jamais auparavant la possibilité de choisir le sexe de l’enfant dans une optique purement sociale – c’est-à-dire parce que les parents préfèrent simplement avoir un garçon plutôt qu’une fille, ou inversement – n’avait fait l’objet d’une promotion en direction de clients potentiels dans une publication grand public. C’est pourquoi je dis que la sélection du sexe est entrée dans la culture consumériste ». En réalité, le choix « à la carte » du sexe de l’enfant représente l’acte consumériste ultime. Celui dont l’humanité pourrait ne jamais se relever si elle ne l’entoure pas d’infinies précautions.

 

Aux origines des crises financières

 

Plusieurs crises financières ont émaillé l’histoire du capitalisme, de la grande dépression de 1929 jusqu’à la bulle Internet au début de ce siècle, en passant par l’effondrement boursier de 1987 et de la crise asiatique dix ans plus tard. À chaque fois, les analyses passent volontairement, par un mécanisme de déni psychologique parfaitement rôdé, à côté de l’élément central et majeur de toutes ces crises : la spéculation. 

Des tulipes à Internet
L’instinct grégaire, l’effet de levier et le déni psychologique
À quand la prochaine ?

 

Des tulipes à Internet

Pour retrouver la première véritable explosion spéculative connue, il faut remonter jusqu’en 1637, où
la Hollande fut le théâtre d’une grave récession économique. La découverte des tulipes déclencha une spéculation frénétique qui prit la forme d’un marché spécialisé dont les cours s’envolèrent pendant quelques années. pour retomber à grand fracas peu de temps après.
Depuis, l’histoire se résume à une succession assez régulière de crises financières : les crises financières en France et en Grande-Bretagne en 1720 ; le « cycle américain » de 1819, 1837, 1857 et 1873 qui précéda la grande dépression de1929 ; la débâcle américaine de 1987 ; la crise des marchés asiatiques en 1997 ; et la bulle Internet à l’aube de ce siècle. 

Cette liste impressionnante ne devrait pour autant pas nous faire oublier que toute une série d’autres bulles spéculatives, de petite ou moyenne importance, ont éclaté ci et là. Ces répétitions ont de quoi surprendre. Il se fait tout simplement que dans la pratique, la mémoire financière n’excède pas vingt années, au-delà desquelles le souvenir du désastre précédent est effacé et qu’une variante de l’épisode antérieur ne resurgisse. Cela peut sembler aberrant, mais l’« homo economicus » est ainsi. 

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L’instinct grégaire, l’effet de levier et le déni psychologique

Ce qui est absolument remarquable dans les exemples qui précèdent, c’est que tous, sans exception, se sont déroulés de la même manière. Certes, des différences existent dans le fonctionnement des marchés financiers entre 1720, 1929 ou notre époque, mais elles ne sont que d’autres formes déguisées de spéculation. Car à chaque fois, le processus est le même et se déroule en trois étapes. 

La première est le point de départ de la spéculation. Dans le monde des investisseurs, le rapport à l’argent est pour le moins curieux : plus on en a, et plus il découle de la maîtrise absolue des paramètres financiers. Il est signe d’intelligence et d’intuition financière hors du commun. Lorsque l’un de ses esprits éclairés se manifeste, le reste de la meute accourt aussitôt, espérant récolter les dividendes de ce qui ne peut être qu’un choix judicieux. C’est l’instinct grégaire. 

La deuxième étape est la constitution de la bulle spéculative, où se produit le décalage avec le réel. Un enthousiasme collectif s’empare des acteurs financiers qui se mettent à investir à tout va, persuadés que les cours monteront sans limites. On le sait, la perspective d’enrichissement rapide et sans frais peut engendrer de tels comportements chez l’être humain. Plus fort encore, pour justifier cet enrichissement, l’épisode euphorique est volontairement protégé et soutenu par ceux qui y participent. Leur grand nombre et leur supposée intelligence les confortent dans leurs choix.
Mais encore faudrait-il que les marchés tolèrent de telles envolées. Chaque crise financière de l’Histoire comprend un « effet de levier », c’est-à-dire un pouvoir démultiplicateur d’endettement qui permet aux investisseurs de combler le besoin exprès de capitaux. Le levier a pris des formes bien différentes à travers les siècles mais il joue systématiquement le même rôle : accumuler des capitaux qui contribuent à faire enfler encore davantage la bulle. Généralement, plus fort est le levier, plus dure est la chute. 

Quelque chose, peu importe quoi, déclenche la troisième étape : le renversement final. Et les milliards s’évaporent comme par enchantement. Seulement, au lieu de se concentrer sur la raison principale de la crise, la spéculation des investisseurs, les analyses se déplacent sur l’élément déclencheur, ce « quelque chose ». Il existe deux explications à cet étrange raisonnement.
La première raison tient sans doute dans la quantité impliquée d’individus et d’institutions réputées, des banques aux cabinets d’expertise. Comment imaginer qu’autant de gens aient pu se tromper ? Le mythe, qui associe argent et intelligence, est bien plus profondément ancré qu’on ne le croit. Le bouc émissaire est donc nécessairement ailleurs.
La deuxième est d’ordre dogmatique. L’idéologie du libre-échange ne tolère aucune anomalie, considérant les marchés financiers comme un reflet neutre et exact de facteurs externes. Il n’est pas sensé porter les germes d’une dynamique d’erreur interne. Le marché est infaillible. 

Parés de ces affirmations, les intervenants de la crise occultent toute responsabilité directe sur les évènements. C’est uniquement pour ces raisons que les crises financières ont resurgies. et resurgiront certainement encore. 

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A quand la prochaine ?

De nos jours, la menace de crise financière semble particulièrement évidente. Mais à la différence d’autrefois, elle pèse sur plusieurs fronts à la fois. Les agissements des fonds d’investissement spéculatifs, les « hedge funds », en sont la raison principale. 

On l’a dit, les « effets de levier » jouent un rôle essentiel dans la formation d’une bulle spéculative. Actuellement, deux types de leviers, bien qu’utilisant des recettes déjà éculées, paraissent les plus susceptibles de provoquer d’énormes dégâts.
Le premier concerne le marché des dérivés de crédit. Dans une économie totalement virtuelle soumise aux intuitions subjectives des « traders », le phénomène a pris une ampleur considérable, puisqu’une transaction financière sur cinq concerne des dérivés de crédits (dont le principe général permet à un investisseur de se prémunir contre un risque ou un retournement de conjoncture en transférant ce risque sur un autre investisseur), le tout portant sur des milliards de dollars. L’investisseur américain Warren Buffet, bien placé pour connaître les dessous de la finance estime lui qu’il s’agit rien moins que d’« armes financières de destruction massive ».
Ensuite, on ne peut passer sous silence la magnifique technique du LBO (Leverage Buy Out), qui permet à un investisseur de s’endetter afin de réunir des sommes qui lui permettent ensuite d’investir ou de racheter bien plus gros que ce qu’il pourrait faire habituellement. Le nombre constamment croissant de fusions et d’acquisitions (les fusions et acquisitions dans le monde ont augmenté de 53% rien que sur le premier semestre de l’année 2007) s’explique principalement par cet artifice. Il est à noter qu’à l’intérieur de ce système, les principaux prêteurs, banques et crédits d’assurance, contribuent largement à l’esprit festif.
On aurait une fois encore tort de minimiser les risques que présentent le comportement des hedge funds. Les faillites retentissantes de LVTCM en 1998 et celle d’Amaranth en 2006, où plusieurs milliards de dollars se sont instantanément évaporés comme neige au soleil, sont là pour nous le rappeler. Si la crise boursière a à chaque fois été évitée, il s’en est fallu de très peu. Mais face à cette menace omniprésente sur les marchés boursiers, pour la première fois, une partie de la communauté des économistes met en garde les investisseurs. Il est assez savoureux de constater que ce sont d’anciens apôtres du libre-échange, le
FMI et l’OCDE, que viennent les remontrances. Des mesures toutefois insuffisantes pour empêcher l’histoire de se répéter. 

Les prochaines années seront réellement celles de tous les dangers. Du côté transatlantique, c’est la spéculation dans le crédit immobilier qui nourrit les plus sérieuses craintes. La focalisation constante sur la lutte contre le réchauffement climatique alimente aussi la spéculation, qui s’est emparée des énergies renouvelables et des produits agricoles permettant l’élaboration des biocarburants. La bourse chinoise a montré de grands signes d’instabilité, en février et juin 2007, avant de remonter. Mais
la Chine représente plus que jamais l’eldorado qui fait saliver les investisseurs. Un contexte idéal pour une future crise financière, on en conviendra. Enfin, comment passer sous silence le plus grand
déséquilibre structurel entre les Etats-Unis et ceux qui financent sa dette en rachetant leurs bons du Trésor. Les Etats-Unis n’étant plus capable de produire autant que ce qu’ils consomment, viendra un moment où l’on atteindra le point de non-retour.
Il est à parier que la prochaine crise d’ampleur se propagera en ondes sur toute la planète. Car l’une des différences fondamentales avec le passé réside dans la caractéristique essentielle de la globalisation : l’interdépendance accrue des marchés, qui favorise la diffusion des emballements spéculatifs entre des pays pourtant fort distants géographiquement les uns des autres. Aujourd’hui, l’éclatement d’une bulle financière sur un marché provoque aussitôt un effet de contagion sur les autres. C’est ainsi que les marchés des pays développés furent, dans une moindre mesure tout de même, également touchés par la crise asiatique de 1997. 

Force est de constater après une telle analyse que ce n’est pas seulement le capitalisme qui porte en lui les germes des crises financières, mais l’utilisation qu’en fait l’être humain lui-même. On voit dès lors très mal la réglementation préventive qui pourrait servir de garde-fou ou faire ouvre préventive. La minimalisation des risques de crises financières majeures ne pourra se réaliser qu’en exerçant un contrôle accru sur la finance internationale. Mais surtout, c’est la conscience aiguë du phénomène, tant individuelle que collective, qui permettra d’éviter une nouvelle réédite de l’Histoire.

 

Les fonds de pension, nouveaux sheriffs de Wall Street 

Les fonds de pension sont les organismes financiers qui gèrent l’épargne issue du système de retraite des salariés des secteurs publics ou privés en vue de constituer ou d’améliorer leurs pensions de retraite. Leurs actifs sont devenus tels qu’aujourd’hui, ils sont devenus les actionnaires les plus influents dans les milieux financiers. À la recherche de très hauts rendements, ils sont à la base de la profonde mutation du capitalisme entamée à la fin du siècle passé. 

Des poids lourds de la finance
Deux modèles diamétralement opposés
Le grand paradoxe

 

Des poids lourds de la finance
Les fonds de pension existent depuis la fin du XIXè siècle, mais se sont principalement développés dans les pays anglo-saxons, en Scandinavie et au Japon. À titre comparatif, les actifs des fonds de pension représentaient en 2004 95% du PIB des Etats-Unis contre seulement 3% en Allemagne. Ce qui ne signifie pas pour autant que les fonds de pension n’investissent que dans leur pays d’origine. Il est de notoriété publique que les grandes entreprises françaises sont contrôlées à près de 40% par des capitaux étrangers, dont un bon nombre de fonds de pension anglo-saxons. Dans la galaxie des fonds d’investissement, qui comprend notamment les « hedge funds », les fonds de pension sont les plus puissants et les plus influents. Leur soif d’extension et de boulimie semble sans limites puisqu’à l’échelon mondial, leurs actifs cumulés sont passés en dix ans de 5.900 milliards de dollars à 15.600 milliards, soit un taux de croissance composé de 10% par an ! Ces ressources colossales représentent plus de la moitié de la capitalisation boursière de la place de New York, première bourse mondiale. En affirmant que Wall Street est sous leur contrôle, on force à peine le trait.

 

Deux modèles diamétralement opposés
On peut distinguer deux grands systèmes de financement des retraites dans les pays développés : celui par répartition et celui par capitalisation. 

Le système de retraites par répartition, issu généralement des acquis de l’Etat-providence, est présent notamment en France et en Italie. Les entreprises et leurs employés actifs versent des cotisations qui permettent de financer la distribution des pensions de retraites à ceux qui ont quitté l’exercice professionnel. Ce système, plus consensuel, qui induit une solidarité entre générations, est à l’opposé de son pendant, le système de retraites par capitalisation. Son seul défaut est sa fragilité par rapport aux changements démographiques qui frappent les pays développés : le nombre des retraités qui augmente par rapport au nombre de salariés actifs et l’augmentation constante de l’espérance de vie. Ces deux facteurs expliquent en partie le manque d’attractivité de ce modèle qui, de plus en plus, se voit supplanter par le système de retraites par capitalisation. 

Ce dernier repose par contre sur la propre épargne des salariés, à laquelle s’ajoute une contribution patronale, ayant effet pendant la période active du salarié. C’est le système des fonds de pension côtés en bourse, modèle proche des valeurs libérales et anglo-saxonnes. Du jackpot à la banqueroute, tous les scénarios sont naturellement possibles. L’insécurité sociale qui en découle est par contre identique : le salarié sait ce qu’il verse, mais ne sait pas ce qu’il va toucher. Demandez aux employés d’Enron ce qui reste de leurs pensions. Pas une miette.

 

Le grand paradoxe
Le débat sur les fonds de pension, on l’a vu, est indissociable du facteur démographique. Ce n’est pas un hasard si le modèle de capitalisation, jugé à tort comme plus rémunérateur (il « suffirait » d’augmenter l’âge des pensions et les cotisations versées par les entreprises pour rendre le modèle par répartition plus attractif), est en train de se substituer au modèle de répartition. Ce constat est essentiel si l’on veut réellement comprendre la profonde mutation du capitalisme. 

Ainsi surgit, au nom de l’intérêt collectif, la volonté personnelle d’enrichissement. Si l’on peut légitimement estimer qu’une retraite décente fasse partie des acquis sociaux, force est de constater la perversité du système. Les fonds de pensions côtés en bourse recherchent en effet systématiquement les placements à la fois rapides et rentables (en général, les fonds de pension exigent de l’entreprise dont ils possèdent une part des rendements de l’ordre de 15%). Par leur poids financier considérable et leurs comportements hautement spéculatifs, ils alimentent l’instabilité des marchés financiers et pèsent fortement sur les politiques des entreprises dont ils rachètent une partie de la capitalisation boursière. Si aujourd’hui, les multinationales sont rivées sur le cours de leurs actions et prêtes à sacrifier tout ce qui peut l’être, des salariés aux préoccupations environnementales, c’est bien pour parvenir aux objectifs de rentabilité fixés par leurs actionnaires principaux, les fonds d’investissement. L’explication de la profonde mutation du capitalisme à laquelle nous assistons tient en très grand partie à ce phénomène. 

Finalement, nous vivons l’un des plus grands paradoxes de notre temps. Si le financement des pensions est pourtant en soi un objectif à long terme, le moyen de les financer réside actuellement dans l’utilisation de stratégies. à court terme.
Le capitalisme a-t-il définitivement perdu la tête ?

 

Chine et USA : unis pour le meilleur et pour le pire

 

Entre la première puissance économique mondiale, et celle qui à terme menace de la supplanter, il existe une sorte d’ « équilibre de la terreur économique ». Les économies de
la Chine et des Etats-Unis sont à ce point imbriquées et organiquement si indépendantes que la chute de l’une entraînerait automatiquement la chute de l’autre. Ce qui explique que les deux puissances se trouvent actuellement dans un état de neutralisation réciproque : la croissance de l’une dépend de l’autre
.
 

Le plus grand déséquilibre économique mondial
Faiblesses chinoises
Faiblesses américaines
Comment désamorcer la bombe à retardement ?

 

Le plus grand déséquilibre économique mondial
Le déficit de la balance courante américaine est sur le point d’atteindre 7% de son PIB. Le déficit des comptes extérieurs américains est le plus grand déséquilibre financier de l’histoire en valeur absolue : en 2005, il s’élevait à 790 milliards de dollars et en 2006 à 764 milliards de dollars ! Bien qu’il se soit amplifié ces dernières années avec une hausse continue du déficit commerciale depuis 2002, le problème majeur de l’économie américaine était déjà perceptible dans les années 1990 : les Etats-Unis consomment largement plus de biens qu’ils n’en produisent. Les échanges commerciaux avec
la Chine représentent à eux seuls 232,5 milliards de dollars de déficit, soit plus du quart du déficit commercial total. 

De manière plus simplifiée,
la Chine finance la dette américaine en assurant sa propre croissance. L’Américain consomme trop par rapport à ce qu’il produit et le Chinois fait l’inverse. Selon la majorité des économistes, ce grand déséquilibre, qui s’aggrave d’années en années, ne peut durer indéfiniment sans déboucher sur une crise financière majeure. 

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Faiblesses chinoises
L’une des principales faiblesses de l’économie chinoise réside dans son secteur énergétique. La nécessité d’importer du pétrole a commencé en 1993,
la Chine en important désormais 45% de ses besoins. Mais, ses réserves s’épuisant parallèlement à l’explosion de sa croissance, elle se dirige vers un état de dépendance quasi total (80% vers 2030 selon les estimations). À titre indicatif, la hausse des importations chinoises de pétrole en 2006 était de 20% supérieurs à 2005. 

L’essentiel de son approvisionnement en pétrole lui vient du Moyen-Orient. Mais les 12.000 km séparant cette source d’approvisionnement de
la Chine sont étroitement contrôlés par l’US Navy. En cas de conflit, une intervention rapide des Etats-Unis aurait pour effet de bloquer son approvisionnement principal. L’économie chinoise se retrouverait aussitôt étranglée et entrerait en phase de récession majeure. Ce n’est pas par hasard que
la Chine tente de desserrer l’étau en accumulant les rencontres avec les pays africains – où elle s’approvisionne du reste en matières premières autres que le pétrole – et en intensifiant ses liens avec le Venezuela d’Hugo Chavez. De même, elle fait les yeux doux à
la Russie et au Kazakhstan, dont les transferts continentaux sur terre paraissent plus sûrs. Mais ces tentatives, quand bien même couronnées de succès, s’avèreront insuffisantes pour permettre à
la Chine de pouvoir contourner à court terme le Moyen-Orient pour satisfaire ses besoins énergétiques. Du moins pas selon son rythme de croissance actuel. Les Etats-Unis disposent donc d’un atout dissuasif majeur pour de nombreuses années encore. 


La Chine doit également se méfier du revers du « made in China » qui contribue pour l’instant majoritairement à sa réussite. L’explosion d’un conflit avec les Etats-Unis se ressentirait très durement au sein de l’Empire du Milieu. L’Asie abrite en effet une nouvelle répartition des tâches, en vertu de laquelle
la Chine importe de ses voisins, Japon, Corée du Sud et Taïwan en tête : le « made in China » ne l’est en réalité qu’à 40%. Une dépendance qui expose
la Chine à une crise majeure en cas de conflit avec les Etats-Unis et, par extension, avec l’environnement régional : si l’on additionne les exportations chinoises vers les Etats-Unis et deux de ses alliés, le Japon et
la Corée du Sud, on arrive à 40% de ses débouchés

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Faiblesses américaines
Consciente de ses faiblesses et soucieuse de préserver sa compétitivité,
la Chine n’est pas restée inactive. Assise sur un trésor de réserves de changes qui ne cesse d’augmenter (1455 milliards de dollars à la fin 2007),
la Chine a procédé à des achats massifs de bons du Trésor américains, faisant d’elle le principal créancier de l’économie américaine. 

L’effet dissuasif de cette manoeuvre est considérable : la vente massive de ces bons entraînerait la chute du dollar et une récession économique majeure aux Etats-Unis. Face à cette perspective, les américains sont dans l’incapacité de donner la réplique : le déficit commercial des Etats-Unis est à ce point abyssal qu’ils ne peuvent espérer inverser suffisamment la tendance pour pouvoir encaisser le choc éventuel que causerait une revente de ces bons. L’Empire consomme bien trop par rapport à ce qu’il produit. Le système a ses limites que l’administration Bush, focalisée sur d’autres priorités comme l’approvisionnement énergétique, n’a entrevues que très tardivement. 

Incapables de résoudre leur problème structurel, les Etats-Unis exercent donc leur pression sur d’autres domaines qui renforcent la position de
la Chine dans leur relation. Ainsi, c’est la valeur de la monnaie chinoise, le yuan, qui est dans la ligne de mire américaine. Les dirigeants chinois maintiennent en effet leur monnaie à un niveau quasi égal au dollar afin de doper les revenus tirés de leurs nombreuses exportations. Le yuan serait sous-évalué au dollar d’au moins 40% ! Le problème des Etats-Unis est qu’aucune institution, pas même l’OMC, ne peut contraindre un pays à ajuster ses taux de change sous la pression extérieure. Ce n’est pas par hasard si de nombreux pays asiatiques, dont le Japon, utilisent ce procédé pour favoriser leur économie. Le regain économique de la région s’explique en partie par ces manipulations de monnaie, que d’aucuns jugent d’ailleurs comme un facteur possible d’une crise majeure du système monétaire dans le continent. 

Restent les tentatives diplomatiques américaines visant à exiger de
la Chine qu’elle modifie sa politique de taux de change. Mais elles se sont jusqu’à présent toutes soldées par un échec. La force de dissuasion américaine n’est définitivement plus ce qu’elle était autrefois. 

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Comment désamorcer la bombe à retardement ?
Les deux puissances ont tout intérêt à trouver une issue progressive et pacifique à cette situation. En tout premier lieu car les deux puissances sont dotées d’un arsenal nucléaire, même si les forces en présence sont disproportionnées (le budget militaire chinois est 5 fois moindre que celui de son homologue américain). 

Mais surtout car, dans la situation actuelle, aucune des deux économies n’en sortirait intacte. Que se passerait-il dans le cas où
la Chine ou les Etats-unis déciderait de déclencher les hostilités ? Les relations économiques des deux puissances sont devenues à ce point interdépendantes que la chute de l’une entraînerait la chute de l’autre. L’effet domino des monnaies est saisissant. Si le dollar devait chuter, il entraînerait de facto le yuan avec lui, puisque le cours du yuan est arrimé et maintenu sur celui du dollar. La marge de manouvre de
la Chine n’est donc pas si large qu’il n’y paraît à première vue. 

Mais que dire alors de celle des États-Unis ? Le pays vit tout simplement au-dessus de ses moyens, s’endette de plus en plus et dépend majoritairement des capitaux étrangers pour financer son déficit. La crise des « subprime » a fragilisé encore davantage l’économie américaine. L’économie chinoise pourrait prendre pour la première fois dans cette étrange relation le dessus, pourvu qu’elle résiste à la crise boursière qui se prépare.

 

 

Les dérives salariales des patrons

   

Voici certainement l’un des aspects actuels les plus écourants du capitalisme : les dérives salariales des PDG des multinationales. Sur fond de rémunérations indécentes et de primes de départ exorbitantes (appelées plus communément les « parachutes dorés »), les profits accumulés par les grands patrons ne connaissent plus de limites. Et cela alors que bien trop souvent, l’entreprise est mal gérée, déficitaire, ou conduite à la faillite pure et simple. 

Le PDG et le star system
Les dérives liées aux « stock-options »
Dérives européennes
Dérives américaines

 

Le PDG et le star system
L’apparition assez récente de ce phénomène est intimement liée à l’évolution ultra-libérale du capitalisme financier. Les multinationales, et même parfois les PME, ont subi une profonde mutation structurelle. L’actionnariat a changé de visage : il est désormais majoritairement composé de fonds d’investissement ou de fonds spéculatifs, de crédits d’assurance, voir même de concurrents. Pour tous ces acteurs, le rendement prime sur tous les autres facteurs. Pour mieux s’assurer de leurs profits, ces composantes dominantes de l’actionnariat ont notamment recours à des rémunérations sous forme de « stock-options », liant une partie du salaire du PDG aux résultats de son entreprise et les engageant dans un processus de rentabilisation à outrance. L’augmentation toujours croissante du nombre d’OPA et de fusions entre multinationales n’est pas étrangère à ce phénomène. 

Cette course au profit et au gigantisme a engendré une nouvelle « race » de PDG. Assis sur des responsabilités énormes, risquant à tout moment de tomber de leur pied d’estal, capables de décider du sort de milliers de salariés en un instant, ces nouveaux dirigeants se comportent en despotes mégalomanes. Ces comportements irrationnels vont parfois jusqu’à les conduire à l’autodestruction, faisant malheureusement plonger avec eux la majorité des salariés. Le cas de Jean-Marie Messier est un cas d’école, mais pas un cas isolé. Le star system des patrons les conduit à tous les extrêmes, y compris à leur propre chute. 

Mais finalement, la première raison de ces dérives ne serait-elle pas celle-ci : la fascination du pouvoir même de l’argent, à qui les dirigeants d’entreprise préfèrent être sacrifiés plutôt que de supporter l’idée d’un monde plus égal ? 

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Les dérives liées aux « stock-options »
Une stock-option est un droit attribué à un salarié d’acquérir une action de son entreprise à un cours prédéterminé dans un délai donné. Pendant cette période, le salarié peut y renoncer, empochant la valeur de l’action, ce qui peut conduire à des sommes considérables si les actions sont nombreuses et leurs cours ont augmenté pendant la période où le salarié en était propriétaire. Dans la réalité, rares sont les cadres ou les petits salariés qui sont concernés, puisqu’il s’agit quasi-exclusivement des PDG. 

Il faut tout d’abord mettre en évidence que le phénomène des stock-options a accru de manière inconcevable la disproportion entre les rémunérations des dirigeants de grosses entreprises et celles de leurs salariés. Exemple parmi tant d’autres, la prime de départ de l’ex-PDG de Carrefour, Daniel Bernard, débarqué en 2005 pour résultats insuffisants, équivaut à 350 années du salaire d’une caissière ! L’autre malaise provient du fait que les stock-options incitent les PDG à prendre certains types de décision dans le seul but d’augmenter encore leurs magots (une bonne vague de licenciements et le cours de l’action remonte très souvent.). On signalera enfin qu’elles sont exonérées de cotisations sociales et ne sont pas taxées comme une rémunération sur l’impôt du revenu, mais qu’elles peuvent aussi être sujettes à manipulations, comme en témoigne la récente affaire aux Etats-Unis des stock-options antidatées. Entre 1996 et 2005, plus de 2.200 entreprises ont manipulé la date à laquelle les stock-options étaient attribuées à leurs cadres dirigeants pour la faire coïncider avec celle où le cours de l’entreprise était le plus bas, permettant à nombre de PDG d’engranger un pactole phénoménal. Comme on le voit, les stock-options permettent de repousser toutes les limites de l’indécence et du cynisme : 200 d’entre elles ont même profité de l’effondrement des marchés qui ont suivi les attentats du 11 Septembre pour attribuer des stock-options à leurs dirigeants et leur garantir ainsi de belles perspectives de profits. 

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Dérives européennes
Comment ne pas entamer ce chapitre avec celui qui a symbolisé à la perfection les dérives mégalomanes et autodestructrices des grands patrons : Jean-Marie Messier, éphémère président de Vivendi Universal. Ce dernier avait en effet touché une « indemnité de départ » de 20,6 millions d’euros, montant particulièrement scandaleux pour celui qui, à coup d’acquisitions et de fusions, avait eu les yeux plus gros que le ventre et avait conduit Vivendi Universal à la banqueroute. La même « mésaventure » arrive également à André Lussi, patron tout-puissant de Clearstream, débarqué par ses actionnaires en 2001 suite à « Révélation$ », ouvrage d’un ancien cadre de la trop célèbre chambre de compensation luxembourgeoise qui en décrivait les pratiques comptables douteuses. La coquette indemnité de départ du PDG fut de 8 millions d’euros, prix probable de son silence… 

Les exemples de PDG s’attribuant des primes de départ faramineuses, alors que parallèlement leur gestion de l’entreprise s’est avérée moyenne, voire médiocre, sont à ce point nombreux qu’il en devient inutile d’en donner une liste exhaustive. Mais qu’ils réussissent ou qu’ils chutent de leur pied d’estal, les grands patrons français ne sont de toute façon pas à plaindre. Les 40 patrons des plus grosses multinationales trônent sur un gisement de richesses virtuelles de 700 millions d’euros. De quoi voir venir. 

En Allemagne aussi, la critique monte et la colère gronde contre les salaires des patrons, qui ont progressé de 15% en 2005 pour atteindre une moyenne de 3,75 millions d’euros, stock-options incluses. C’est que parallèlement à cet enrichissement, les restructurations et les appels à la modération salariale n’en finissent pas dans les grandes multinationales allemandes. Même les entreprises en bénéfices confortables multiplient les suppressions d’emplois. À titre d’exemple, le puissant groupe s’assurance et de banques Allianz, a supprimé en juin 2006 7.500 emplois, alors qu’il enregistrait des bénéfices annuels records : 5 milliards d’euros ! « Manager Magazin », mensuel allemand spécialisé en économie, estime en outre que « la hausse considérable des rémunérations des dirigeants n’est guère justifiée par leurs performances financières et boursières ». Et effectivement, comme on l’a vu à travers tous ces exemples, la corrélation entre le salaire du patron et les résultats de son entreprise pendant la durée de son mandat est devenue totalement inexistante. 

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Dérives américaines
Aux Etats-Unis où traditionnellement on préfère plutôt s’extasier devant l’aboutissement du « rêve américain » que de le contester, la polémique commence sérieusement à enfler. Il est vrai que ces derniers mois, plusieurs exemples édifiants se sont succédé. Selon une étude réalisée par un cabinet de recherche, après avoir augmenté de 10% en 2002 et 15% en 2003, le salaire moyen des patrons américains a augmenté de 30% en 2004. Ce qui conduit au constat suivant : les rémunérations des dirigeants d’entreprises américaines représentaient en 2005 une moyenne 262 fois supérieure à celle des salariés moyens (et donc encore bien plus par rapport aux employés non-qualifiés.). En 1970, le multiple était de 40. Vous avez dit folie des grandeurs ? 

Robert Nardelli, patron du groupe de distribution Home Depot, déclenche ainsi la révolte de ses actionnaires lorsque ceux-ci apprennent sa rémunération lors des cinq dernières années : 245 millions de dollars. Et les services rendus à l’entreprise le valent bien puisque l’action a perdu durant cette même période 12% de sa valeur. 

Lee Raymond, connu comme étant le PDG de la multinationale Exxon Mobil, a fait la une de l’actualité à deux reprises. Il est le PDG dont l’entreprise a généré en 2005 le profit net annuel le plus considérable de toute l’histoire de l’humanité : accrochez vos ceintures .une. deux. trois. 36 milliards de dollars ! Il a également collecté à titre de salaire et de prime de retraite la modique somme de 170 millions de dollars. Heureusement, il existe des variantes, histoire d’éviter la routine. Ainsi, l’ancien président de Delta Airline touche-t-il une rente annuelle de 500.000 dollars par an jusqu’à la fin de ses jours. L’ancien PDG de General Electric se fait quant à lui payer, aux frais de son ex-société, son appartement à New York, dont le modeste loyer mensuel est de 50.000 dollars. 

Loin d’être des exemples isolés, ces excès ont fait réagir la SEC, l’autorité américaine des marchés, qui a voté à l’unanimité un projet de réforme qui obligera les entreprises cotées à publier les rémunérations et les avantages dont bénéficient les patrons des multinationales. La réaction semble bien peu à la hauteur des indécences commises. Rien d’incompréhensible toutefois, surtout si l’on sait que
la SEC est très sensible aux
groupes de lobbying. À tel point que son ancien président, William Donaldson, trop virulent, avait été contraint à la démission en 2005. 

 

 

La Mer d’Aral ou le plus grand désastre écologique
de tous les temps 

Autrefois,
la Mer d’Aral constituait le 4 ème plus grand lac de la planète. Aujourd’hui, il n’en reste pratiquement plus rien, puisque 80% de sa surface initiale a disparu. 

Les causes de ce qui reste actuellement le plus grand désastre écologique jamais commis sont multiples. Mais toutes ont en commun des activités humaines inappropriées à l’environnement local. 

Tout commence dans les années 1950 lorsque le programme soviétique décide d’imposer sur place une culture du coton. Les deux fleuves qui approvisionnent
la Mer d’Aral, le Syr-Daria et l’Amou-Daria, sont alors détournés, dans le dessein d’irriguer les champs de coton. Dans les années 1960,
la Mer d’Aral commence son reflux pour finalement se diviser en deux en 1989 : une petite mer au nord et une grande au sud. Aujourd’hui, il ne reste plus que 20% de sa surface initiale. Ce qui était auparavant la grande Mer d’Aral n’est plus qu’une région désertique où s’entassent les épaves des bateaux qui autrefois avaient coulé en mer. 

À la chute du bloc soviétique, les populations de la région ont demandé l’aide de la communauté internationale. De nombreuses institutions (Banque Mondiale, PNUD – Programme des Nations Unies pour le Développement, UNESCO, Union Européenne) ont accouru. Divers organismes ont été créés. Pourtant, après 10 ans de « sauvetage »,
la Mer d’Aral reste en tête de liste des catastrophes écologiques mondiales. Selon les ONG présentes dans la région, dont MSF, trop d’acteurs sont arrivés avec des vues différentes et des moyens financiers souvent insuffisants. Le manque de coordination entre les pays limitrophes (Kazakhstan, Ouzbékistan, Turkménistan, Tadjikistan et Kirghizstan), dont certains abritent encore des dictatures où les manquements en matière de droits de l’homme sont indéniables, sont également pointés du doigt. Ces pays ont rivalisé entre eux pour obtenir de l’aide internationale et des fonds au lieu de coopérer. 

Pour les populations locales, les conséquences de ce désastre écologique sont catastrophiques. En effet, le drame ne se limite pas à la quasi-disparition de
la Mer d’Aral. Les systèmes d’irrigation mis en place ont entraîné une salinisation des nappes phréatiques, les rendant impropres à la consommation. Cette salinité croissante a détruit la faune et la flore marines, ravageant le secteur de la pêche. Des 30 espèces de poisson autrefois répertoriées, deux ont subsisté. De plus, le fermage intensif a provoqué une contamination des sols par les pesticides utilisés. On assiste dans la région à une multiplication de maladies respiratoires, d’hépatites, et d’anémies. Les fausses couches se multiplient tandis que le taux de mortalité infantile y est l’un des plus élevés au monde. 

L’exemple de
la Mer d’Aral résonne comme un avertissement : voilà à quoi l’humanité s’expose si elle n’essaie pas de vivre plus en symbiose avec la nature.

 

La contrefaçon, une entreprise criminelle qui prospère

 

Le nouveau créneau de la criminalité organisée
Un commerce mondial parallèle. C’est en ces termes que l’on peut qualifier la contrefaçon. Selon des estimations de l’OCDE, ce phénomène qui consiste à reproduire ou à utiliser une marque sans l’autorisation de son titulaire a évolué dans des proportions alarmantes au point de représenter aujourd’hui près de 10% du commerce mondial. Les 128 millions d’objets saisis dans l’Union Européenne en 2006 – contre 68 millions en 2000 – attestent de l’excellente santé du nouveau créneau en vogue de la criminalité organisée

L’expansion du phénomène a ses raisons. En tout premier lieu, la responsabilité principale incombe aux politiques économiques ultra-libérales successives qui se sont acharnées durant les dernières décennies à supprimer les barrières douanières, rendant la diffusion des biens contrefaits plus faciles et les revenus qui en découlent plus lucratifs. Car la contrefaçon est étroitement imbriquée à l’économie légale mondialisée, dont elle utilise les mêmes schémas de fonctionnement : les contrefacteurs ont recours à l’externalisation et aux délocalisations afin de réduire les coûts de production. Pour la distribution, ils empruntent les grands circuits mêlant leurs marchandises aux millions d’autres, leurs transports de prédilection étant les gigantesques conteneurs. Un véritable clone. 

Ensuite, l’émergence du marché intérieur chinois sur la scène économique internationale a dopé un créneau dont le pays s’est fait une spécialité : environ 30% du commerce chinois est « consacré » à la contrefaçon.
La Chine qui officiellement fait preuve de bonne volonté pour enrayer le phénomène peut difficilement contrôler en permanence un territoire si vaste. Avec un tel impact sur le bilan de santé économique du pays, on peut douter de la réelle « volonté » de
la Chine de se priver d’un de ses atouts économiques principaux. 

Le dernier aspect, marginalisé par les institutions capitalistes, semble pourtant sauter aux yeux. La précarité grandissante de la majorité de la population mondiale augmente l’attrait pour des produits quasi-identiques aux originaux, mais qui se vendent beaucoup moins cher sur le marché. La loi de l’offre et de la demande se stimulent ainsi mutuellement. 

Pour toutes ces raisons, le marché de la contrefaçon est devenu aujourd’hui largement aussi rentable que le trafic de drogue ou la contrebande de cigarettes. Ce marché parallèle représente selon l’OCDE un chiffre d’affaires mondial de l’ordre de 200 milliards de dollars. Cet essor peut aussi s’expliquer par le fait que la contrefaçon est très rémunératrice et les peines qui sont encourues plus légères, la faute à un secteur encore peu réglementé par la majorité des législations nationales. Et pourtant, bien qu’elle paraisse à première vue plus « anodine » que les autres secteurs d’activité du crime organisé, la contrefaçon représente pourtant une réelle menace. Pour les Etats tout d’abord, privés de rentrées financières (le manque à gagner est estimé entre 100 et 200 milliards de dollars) et qui dépensent des moyens de plus en plus conséquents pour contrecarrer les mafias criminelles, notamment russes et italiennes, qui ont pris le contrôle de l’écoulement et de la revente des produits contrefaits. L’emploi dans les pays développés en subit également les conséquences directes. Toujours selon l’OCDE, on estime à 100.000 les emplois perdus à cause de l’industrie du faux.

 

Le fléau des médicaments contrefaits
Si la majorité des produits contrefaits sont inoffensifs pour leur acheteur, il existe toutefois une exception qui prend des proportions inquiétantes : celle des médicaments contrefaits. Le secteur est devenu très prisé par les spécialistes de la contrefaçon, le marché planétaire des médicaments brassant chaque année plus de 3.000 milliards de dollars. Les préoccupations sont grandissantes en matière de santé publique, surtout dans les pays en voie de développement, dont la majorité des citoyens ne disposent pas d’un pouvoir d’achat suffisant pour se permettre les médicaments originaux. La rareté des produits génériques, protégés par l’Accord sur
la Propriété des Droits Intellectuels (
ADPIC) édicté par l’OMC, parachève le travail. Le résultat est un nombre croissant de décès liés à l’ingestion de médicaments contrefaits, dont les plus nocifs sont fabriqués sans le moindre scrupule avec des produits toxiques, tel le goudron ou l’antigel. À titre d’exemple, 2500 personnes décédèrent au Niger en 1995 suite à des faux vaccins contre la méningite. 89 personnes connurent le même sort à Haïti la même année, cette fois pour avoir consommé un sirop pour la toux contenant de l’antigel. Trois ans plus tard, le même produit tua trente enfants en Inde. 

Le phénomène a pris une telle ampleur, qu’aujourd’hui, on s’accorde à dire que les médicaments de contrefaçon représentent de 7 à 10% du marché mondial des produits pharmaceutiques, à savoir l’équivalent de 40 milliards de dollars. Les exemples tragiques détaillés plus haut démontrent que les pays pauvres sont les première victimes de ce trafic. Le taux de médicaments contrefaits atteint ainsi 20% sans les pays de l’ex-Union soviétique et pratiquement 40% en Afrique. Les médicaments les plus contrefaits sont les antibiotiques (28% du total), devant les hormones. Les stimulants sexuels sont également largement copiés. Lequel d’entre vous aurait-il échappé à ces millions de spams ventant les mérites d’un viagra… contrefait ?

 

  

Les Hedge Funds, nouveaux maîtres de la finance 

Les Hedge Funds sont des fonds d’investissement à court terme à la recherche de la moindre opération fructueuse sur les marchés boursiers. Leurs pratiques varient mais le but reste inchangé : gagner un maximum d’argent en un minimum de temps. Quel qu’en soit le prix. Certains ciblent des sociétés qu’ils estiment sous-valorisées en bourse, d’autres rachètent les entreprises en faillite, les démantèlent et revendent les « pièces détachées » aux plus offrants. D’autres enfin identifient les sociétés ayant l’intention de sortir de Bourse, achètent quelques parts de leur capital afin de bloquer l’opération. puis exigent que leurs titres soient rachetés au prix fort. Ces stratégies répandues ne sont pas les seules que déploient les Hedge Funds, mais elles ont toutes en commun l’absence totale d’éthique ou de morale. 

Au premier trimestre 2006, les actifs gérés par les Hedge Funds s’élevaient à 1540 milliards de dollars, soit un triplement de leurs actifs depuis l’an 2000 ! C’est une évidence : les Hedge Funds règnent en maître sur le monde de la finance, au point d’en concurrencer sérieusement les multinationales les plus puissantes. L’opacité et le secret, caractéristiques communes aux Hedge Funds, sont un autre atout. Bien qu’ils soient très majoritairement américains, 70% d’entre eux sont domiciliés dans des paradis fiscaux. N’étant toujours pas soumis aux mêmes contraintes que les sociétés cotées, les Hedge Funds disposent ainsi de le marge de manœuvre nécessaire pour agir, camouflant leur stratégie, leurs transactions financières et retardant ainsi jusqu’au dernier moment leurs offensives. Certains fonds poussent le vice jusqu’à recourir aux services d’agences de détectives privés ou d’autres limiers plus ou moins scrupuleux. Un document dérobé, une information confidentielle ou des chiffres compromettants suffisent souvent à orienter une stratégie… 

Le hic, c’est qu’il existe de sérieux risques de dérapages. Et pas des moindres. 

En septembre 2006, le fonds spéculatif Amaranth a perdu, à la suite d’une spéculation hasardeuse sur le marché du gaz, en quelques jours les deux tiers de son capital – soit la bagatelle. de 5 milliards d’euros ! L’affaire a réveillé le souvenir de la faillite du fonds d’investissement LTCM en 1998, obligeant
la Fed (Réserve fédérale américaine) à baisser ses taux d’intérêts pour empêcher des effets en chaîne sur les marchés et les banques à renflouer le LTCM en urgence. La crise financière avait été évitée de peu. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Le crash boursier asiatique de la fin des années 1990 n’est pas étranger aux spéculations des Hedge Funds, puisque certains d’entre eux s’étaient attaqués à des devises locales liées au dollar, faisant craquer un système de change déjà fragilisé et mal géré. Pour rappel, la crise asiatique a conduit à la faillite de plusieurs milliers d’entreprises et a provoqué la mise à pied de plusieurs millions de travailleurs. Les agissements peu scrupuleux des Hedge Funds peuvent donc conduire à des conséquences désastreuses. 

Tout homme sensé serait donc tenté de réguler ces pratiques spéculatives, bien plus souvent dommageables pour les salariés des entreprises victimes des « stratégies » des Hedge Funds que pour ces derniers. Pourtant, malgré la réelle volonté des gendarmes boursiers, telle
la SEC aux Etats-Unis, de les encadrer, rien n’a été entrepris. La raison de ce non-sens est à mettre sur le compte des protections d’instances très haut placées.
La Fed, très liée au secteur bancaire et à l’administration Bush, s’est prononcée plusieurs fois contre toute transparence supplémentaire. Enfin,
la SEC, qui avait réussi à contraindre les Hedge Funds à s’enregistrer auprès d’elle, a été déboutée par une cour d’appel fédérale, jugeant cette obligation (pourtant déjà fort peu contraignante) illégale. Rien ne semble donc devoir entraver la domination croissante des Hedge Funds sur le monde de la finance.

 

Le Carlyle Group 

Le groupe Carlyle a été créé à la fin des années 1980 dans les salons du palace new-yorkais du même nom. Depuis, il est devenu l’un des fonds d’investissement les plus puissants de la planète. En 2003, il possédait 13 milliards de dollars d’actifs boursiers et des participations dans pas moins de 164 sociétés. La lecture de ses membres les plus éminents révèle le secret de sa réussite :
- Frank Carlucci, ami de Donald Rumsfeld et ancien secrétaire de la défense sous Reagan, dont la présidence a fait décoller le groupe ;
- James Baker, autre ancien secrétaire de la défense ;
- John Major, ancien premier ministre conservateur de
la Grande-Bretagne ;
- Fidel Ramos, ancien président des Philippines et allié américain de longue date ;
- Georges Soros, ancien roi de la finance devenu milliardaire grâce à ses
«  Hedge Funds  » ;
- Otto Pohl, ancien président de
la Bundesbank ;
- Louis Gerstner, ancien patron d’IBM ;
- George Bush père. 

Cette liste, loin d’être exhaustive, laisse présager d’un nombre de connexions dans les milieux politiques et financiers uniques en son genre. La réussite de Carlyle s’explique en tout premier lieu par ces collusions. La prospection du marché est du reste un élément clé du groupe, dont la principale tactique est d’acquérir à bas prix des entreprises porteuses boudées sur les marchés ou des entreprises en difficulté financière, et de les revendre à la faveur d’un retournement de conjoncture. Entières ou en pièces détachées. Avec ou sans les salariés… Sans surprise, c’est dans le secteur de la défense que le Carlyle Group est à la fois le plus actif et le plus influent. 

Autre particularité, à priori impensable pour un fonds d’investissement : ce fonds d’investissement n’est pas côté en bourse. La raison en est fort simple : une introduction en bourse ne représente aucun intérêt pour le Carlyle Group. Il le rendrait plus vulnérable sans pour autant offrir de perspectives de profits plus faramineuses que ses connexions le lui permettent déjà. Mais surtout, si Carlyle n’est pas côté en bourse, c’est avant tout pour ne pas être obligé de divulguer à la SEC (la commission américaine chargée de veiller à la régularité des opérations boursières) le nom de ses associés et de ses actionnaires, pas plus que leurs parts respectives. 

L’attention va pourtant se focaliser sur le groupe Carlyle à la suite des attentats du 11 septembre, notamment sous la houlette de Michael Moore, dont le documentaire « Farenheit 9/11 », devenu célèbre, y consacre un chapitre. On y apprend notamment que parmi les investisseurs du groupe, on dénombre de puissantes familles saoudiennes… dont celle d’Oussama Ben Laden. 

Au vu des faits cependant, rien ne permet encore de conclure à une conspiration secrète des puissants de ce monde. Le groupe Carlyle doit se résumer à un redoutable outil financier, au service d’une élite politique et économique, Les relations accumulées par tous ses membres hauts placés offrent de belles perspectives de profit, mais aussi de nuisance. En témoigne le rachat du groupe suédois Bofors Defense en 2000, le rendant un acteur incontournable d’une future Europe unie de la défense. En témoigne également la prise de participation dans des actionnariats de certains médias européens. Ces petites combines, parmi les nombreuses autres dont les fonds à caractère spéculatif ont le secret, ont notamment permis au Carlyle Group de racheter Hertz Corp en 2005 et Kinder Morgan en 2006, pour une valeur totale de 42 milliards de dollars.

 

Réserves pétrolières : la conspiration du mensonge 

Imaginez un instant que le pic pétrolier – le maximum de pétrole que l’on puisse produire sur terre avant un déclin progressif et inexorable – ne soit pas prévu dans quelques décennies, comme l’affirment en chœur les multinationales pétrolières, l’Agence Internationale de l’Energie et les pays producteurs, mais dans les prochaines années. Panique sur les marchés financiers, économie mondiale en récession, montée irrémédiable du prix du baril, pertes d’influences pour les multinationales pétrolières et les pays producteurs : autant d’hypothèses très réalistes. qui pourraient se produire bien plus tôt qu’annoncé ! Selon l’ASPO (Association pour l’étude du pic pétrolier), les données officielles sur les réserves de pétrole encore disponibles sont systématiquement falsifiées ! Et l’ASPO est loin d’être une association fantaisiste. Elle rassemble en effet plusieurs départements universitaires européens de géologie rassemblés autour d’un noyau d’une dizaine de géologues de renom, tous anciens hauts responsables de la prospection de grands groupes pétroliers, qui peuvent désormais s’exprimer sans contraintes. En octobre 2007, un groupe de chercheurs issus de l’« Energy Watch Group » va plus loin en publiant un rapport encore plus alarmiste qui situe le pic pétrolier en. 2006 ! 

La divergence entre ces différentes estimations tient dans les interprétations des données fournies par les principaux acteurs. Les scénarios les plus optimistes tiennent en effet pour acquis les chiffres fournis par les pays producteurs. Or, ceux-ci ne sont soumis à aucune expertise indépendante. Pour rappel, le pic des découvertes majeures se situe dans les années 1960. Or, les données techniques montrent que les réserves restantes décroissent alors que les données politiques augmentent parallèlement… Les experts de l’ASPO et d’EWG dénoncent des artifices comptables autour des réserves « prouvées », ainsi que des biais et des tricheries systématiques dans la mesure, le report et l’agrégation des réserves de champs pétrolifères sur la planète. À ces probables manipulations se rajoute encore les coûts volontairement sous-estimés dans le secteur de l’extraction de champs toujours plus profonds et plus difficiles d’accès. On peut dès lors s’interroger sur le maintien volontaire d’un tel flou dans un domaine aussi capital pour le futur de l’humanité. Il est la conséquence de plusieurs facteurs. 

Au ban des accusés tout d’abord : les pays producteurs qui, comme on l’a vu, ont les mains libres pour manipuler à leur guise leurs réserves dites « prouvées » ou « supposées ». Plus que jamais en cette fin de règne du pétrole, les différents pays producteurs, qui ont compris que le temps où ils pourraient en tirer profit leur est compté, se sont engagés dans une lutte d’influence à distance. Publier un chiffre de réserves est avant tout un acte politique, qui dépend de l’image que veut se donner son auteur, car ces données représentent aussi un patrimoine financier qu’ils ont tout intérêt à gonfler artificiellement, que ce soit pour faciliter l’obtention de prêts bancaires ou attirer les investissement étrangers. 

En deuxième ligne, on retrouve l’industrie pétrolière, très influencée par les États-Unis. Toutes les règles pour établir les réserves mondiales sont américaines et proviennent de
la SEC (Security and Exchange Commission). Ces règles, complètement périmées, ont trente ans d’âge et n’ont pour seul but que de garantir et maintenir le rapport de force en faveur des multinationales pétrolières.
Pour cette raison mais aussi à cause des bénéfices engendrés et de l’influence stratégique qu’ils en retirent, voir naître un débat autour de l’authenticité des chiffres officiels sur les réserves de pétrole est sans doute la dernière chose au monde que les grands bénéficiaires de la manne pétrolière souhaitent. 

Enfin, au bout de la chaîne, se trouvent les gouvernements des pays consommateurs, dont la docilité est sans égale. On imagine aisément pourquoi. Tout d’abord, les taxes sur le pétrole sont généralement sources de revenus appréciables pour les gouvernements, quand bien même le pétrole cher peut plomber partiellement leur économie. Ensuite, il faudrait une belle dose de courage pour oser braver les chiffres « officiels ». Les enjeux autant que les implications qui gravitent autour de l’« après-pétrole » sont d’un ordre de grandeur que l’on peut à peine imaginer.  

Alors que l’intérêt majeur de l’humanité serait de pouvoir anticiper plus progressivement la fin très proche du pétrole et de tenter de s’y adapter, c’est une nouvelle fois la vision à court terme, avec pour unique motivation le profit immédiat, qui l’emporte. L’humanité dans son ensemble le paiera très cher. Mais il existe encore un moyen de réduire la facture : la mobilisation citoyenne et la diffusion de l’information. S’informer, c’est déjà agir.

 

L’espionnage, nouveau nerf de la guerre économique

 

L’espionnage économique étant sujet à toutes sortes d’interprétations, il paraît d’abord essentiel de le définir le plus largement possible. Est considéré comme espionnage économique le fait, pour une personne physique ou morale, de rechercher dans un but économique, pour soi ou pour autrui, des informations techniques ou de toute nature lorsque ces informations présentent une valeur, dont la divulgation ou l’appropriation serait de nature à nuire aux intérêts essentiels de ce dernier.  

Cette pratique est naturellement illégitime, c’est-à-dire le plus souvent à l’insu et contre le gré de son détenteur. Elle peut même parfois revêtir un caractère illégal en fonction du moyen qui est utilisé pour s’approprier ces informations.

 

Des pratiques de plus en plus diversifiées et nombreuses
Des conséquences aussi diverses qu’imprévisibles
Mittal et Suez, maîtres espions
L’utilisation des services secrets au nom du nationalisme économique

 

Des pratiques de plus en plus diversifiées et nombreuses
L’espionnage économique fait partie des nombreux phénomènes que la mondialisation a amplifiés. En cinq ans, le nombre de sociétés de sécurité spécialisées dans le secteur de l’espionnage économique a été multiplié par six ! Certaines d’entre elles enseignent des techniques de protection face à l’espionnage économique, d’autres par contre – de loin les plus nombreuses – vendent leurs services à des entreprises ou des multinationales désireuses de percer les secrets de la concurrence. Rien qu’en France, les renseignements généraux estiment qu’une entreprise française sur quatre est ou a été victime d’espionnage industriel ! 

Le développement de ces sociétés spécialisées n’est certainement pas étranger avec la diversification et l’évolution des moyens utilisés par l’espionnage économique. Car à côté de techniques vieilles comme le monde (vol de matériel, corruption de salarié ou de dirigeant de la société visée, etc.) sont apparues d’autres méthodes, souvent plus discrètes et tout aussi efficaces. Certaines sont liées aux nouvelles technologies (vol d’ordinateur portable, piratage informatique). D’autres par contre puisent leur force de leur apparence anodine. Dans son dossier très complet consacré au sujet, l’Expansion nous en livre quelques-unes. 

On y apprend par exemple que le faux sondage auprès des assistantes de direction est particulièrement efficace pour connaître les faits et gestes de leur patron et organiser ensuite une filature. Le fait d’inventer une demande de devis à un rival peut également s’avérer redoutable, puisqu’il place la cible en position de se dévoiler. Les services d’un intermédiaire, souvent une société spécialisée dans l’espionnage économique, permettent d’endormir la méfiance de l’entreprise victime de la manœuvre. Le faux appel d’offre, méthode au demeurant illégale, peut s’avérer encore plus efficace pour connaître dans les moindres détails la stratégie d’un concurrent. Mais finalement, il n’est pas toujours nécessaire de faire appel à des « spécialistes ». Une grande quantité d’informations précieuses est publiée en libre accès, que ce soit à l’occasion de colloques, de salons professionnels, de séminaires, de congrès internationaux, ou sur Internet. 

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Des conséquences aussi diverses qu’imprévisibles
Fusion, OPA, acquisition, attribution de nouveaux contrats : nombreux sont les cas de figure où le recours à l’espionnage économique peut s’avérer décisif. 

C’est ainsi qu’en 1994 déjà, la multinationale Thomson perd au Brésil un gigantesque contrat portant sur la création d’un système de surveillance des pluies en forêt amazonienne. Les communications avec les autorités locales avaient été piratées par un concurrent américain,
la Raytheon Corporation, qui empocha finalement le marché. Rebelote l’année suivante lors des transactions entre Airbus et les autorités saoudiennes, interceptées par Boeing et McDouglas. Les multinationales américaines purent ainsi ajuster leur offre, juste assez pour se montrer plus convaincantes… et remporter le contrat. Deux épisodes célèbres de l’espionnage industriel qui ne doivent pas masquer tous ceux moins médiatisés… et tous ceux que l’on ne saura jamais. 

Au-delà de cette finalité qui consiste à doubler ou à racheter un concurrent, d’autres aspects beaucoup plus pervers se développent en amont. La corruption s’en trouve ainsi renforcée, notamment dans le cas du salarié présent dans l’entreprise ciblée et que l’on soudoie, ou lors de l’attribution d’un nouveau marché, situation dans laquelle la «générosité» est un facteur primordial. Dans le cas qui «opposa» Airbus et Boeing, ces derniers furent encore plus généreux… en terme de pots-de-vin. Mais les dégâts collatéraux ne s’arrêtent pas là. Les techniques utilisées à des fins d’espionnage économique ont notamment contribué à l’essor grandissant des produits de contrefaçon auquel nous assistons ces dernières années. Avec des conséquences désastreuses pour les entreprises dont les produits sont contrefaits, et davantage encore pour les futurs consommateurs desdits produits. Ainsi, près de la moitié des comprimés de Viagra achetés en ligne sont des faux. Quant à l’antirétroviral de GlaxoSmithKline, nombre de versions sont contrefaites et souvent destinées à l’Afrique. Dans ces deux cas et d’autres encore, les dangers sanitaires sont énormes, pouvant conduire jusqu’au décès. 

Somme toute, il n’est pas surprenant de retrouver dans les techniques liées à l’espionnage économique un condensé de fourberies, de mensonges, de vols ou de trahisons. Elles sont à l’image d’un capitalisme sauvage dont le moteur essentiel est la concurrence effrénée et impitoyable que se livrent entre eux les acteurs économiques. Parfois aux mépris des lois. Toujours au mépris de l’éthique. 

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Mittal et Suez, maîtres espions
Pour illustrer ces pratiques, rien de tel que de détailler deux évènements récents où l’espionnage économique a joué un rôle essentiel. L’OPA finalement victorieuse de Mittal sur Arcelor en est un premier exemple. La réussite du raid hostile mené par le géant de l’acier doit beaucoup aux informations livrées par une taupe située au cour du dispositif adverse. Au plus fort de la tension entre les deux multinationales, Mittal connaissait tout de la position exacte de sa cible, lui permettant d’ajuster à plusieurs reprises sa stratégie et le prix offert pour le rachat des actions convoitées… et de finalement rafler la mise. Invitée dans la partie, c’est
la DGSE (services secrets français), qui parvint finalement à identifier la taupe. 

L’ « Electragate » est également révélateur. Cette affaire d’espionnage dans les milieux franco-belges a débuté en février 2004 lorsqu’un salarié d’Electrabel a découvert qu’un ordinateur du groupe avait été piraté. Le 17 août 2006, le parquet de Bruxelles a inculpé la multinationale française Suez et cinq français pour « piratage informatique » et « tentative d’interception de communications privées ». Les enquêtes menées en Belgique et en France ont déjà démontré que deux hommes s’étaient introduits, avec la complicité d’un complice, dans les locaux de la firme pour y poser des micros espions dans les ordinateurs. Interrogés par la justice française, les coupables ont avoué avoir agi pour le compte d’une société spécialisée dans l’espionnage économique, qui elle-même agissait pour… le secrétaire général de Suez et son représentant au sein du conseil d’administration d’Electrabel. La suite est connue : actionnaire alors minoritaire au sein de l’entreprise belge, Suez est finalement parvenu à ses fins, bien que sous le couvert d’une « fusion », en mettant la main sur la majorité du capital d’Electrabel. 

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L’utilisation des services secrets au nom du nationalisme économique
Alors que les multinationales ont démantelé progressivement les capacités de protection économique des Etats, elles sont pourtant les premières à utiliser leurs services lorsque ceux-ci sont à leur avantage. Ainsi les services secrets des grandes puissances sont loin de se cantonner à des missions liées à l’ordre public ou à la « guerre contre le terrorisme ». Ils sont aujourd’hui largement tournés vers les secteurs économiques et financiers. 

Les Etats-Unis, l’Angleterre et
la Suède ont, depuis longtemps, engagé leurs services spéciaux aux côtés de leurs champions nationaux.
La Chine, le Japon ou
la Russie leur ont entre-temps emboîté le pas. Alors que les entreprises françaises ne consacrent en moyenne pas plus de 0,3% de leur chiffre d’affaires dans l’espionnage économique, les multinationales américaines, japonaises ou britanniques peuvent quant à elles y affecter jusqu’à 20 fois plus d’investissements. 

Dans ce domaine, les Etats-Unis disposent avec
la NSA (National Security Agency) d’un atout maître.
La NSA s’apparente vraiment aujourd’hui au Big Brother de 1984 , de Georges Orwell. Ses moyens matériels et humains, capables de surveiller et de collecter des dizaines de millions de communication, sont sans équivalent. La découverte d’ « Echelon », réseau planétaire de stations d’écoute et de satellites espions mis en place par les Etats-Unis avec la coopération du Royaume-Uni de
la Nouvelle-Zélande et de l’Australie, a mis en lumière l’ampleur des moyens de surveillance de
la NSA. La collusion entre les multinationales et l’administration Bush permet aisément d’imaginer les précieux avantages dont les financiers américains disposent sur leur concurrence. 

Les fonds d’investissement américains, plus particulièrement les «hedge funds», peuvent également, dans un rôle d’éclaireur, contribuer à cette stratégie. Du Carlyle Group à Capital Strategy, nombreux sont ceux qui disposent d’une part du capital de très nombreuses entreprises à travers le monde, dont certaines sont spécialisées dans les technologies de pointe. S’il est peu crédible d’imaginer que ces fonds obéissent au doigt et à l’oil aux directives de
la Maison-Blanche, il paraît beaucoup plus réaliste de penser que ces acteurs sont avant tout des informateurs de premier plan. Cet avantage dans le domaine de la prospection est encore renforcé par le concours d’autres organismes « spécialisés » dans l’intelligence économique, dont l’Advocacy Center. Ce dispositif de veille et d’influence fonctionne selon la méthode suivante : les consulats américains envoient des émissaires visiter des sociétés innovantes qu’ils savent en mal de financement pour leur proposer soit un coup de pouce, soit… une délocalisation sur le sol américain. Comme on le voit au travers de ces exemples, l’intelligence économique peut parfois prendre des formes inattendues. Ce qui en revanche est certain, c’est qu’aux Etats-Unis, le renseignement d’Etat et les entreprises privées collaborent main dans la main, sans le moindre complexe.
 

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Quand la finance prend le monde en otage.Spéculation immobilière, ralentissement économique

Posté par issopha le 6 avril 2008

Septembre 2007

Quand la finance prend le monde en otage.Spéculation immobilière, ralentissement économique dans LE NOUVEL ORDRE MONDIAL rubon1826

Spéculation immobilière, ralentissement économique

Quand la finance prend le monde en otage

 

 

« La tourmente que traversent actuellement les marchés financiers va peser sur la croissance mondiale », estime le directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), M. John Lipsky. Plus soucieux que lui de rassurer l’opinion (et les investisseurs), les gouvernants des Etats-Unis, d’Europe et du Japon prétendent que les fluctuations boursières ne constitueraient qu’un simple accident de parcours dans un ciel dégagé. L’agitation a été enclenchée par la faillite aux Etats-Unis d’un marché de l’immobilier gorgé de crédits distribués sans discernement : pour le seul segment des prêts les plus risqués, dits « subprime », les créances hypothécaires en circulation atteindraient 1 300 milliards de dollars ; de un à trois millions d’Américains pourraient devoir vendre leur habitation. Propageant le risque à l’ensemble de l’économie mondiale, une innovation financière débridée a, tour à tour, favorisé la bulle immobilière, la crise du logement et la spéculation. Un nouveau relâchement du crédit contiendrait peut-être (ou différerait) certains des dégâts. Mais il encouragerait à la récidive les « mathématiciens fous de Wall Street ». La prochaine crise est-elle donc déjà annoncée ?

Par Frédéric Lordon

Hegel, il y a deux siècles, déplorait l’incapacité chronique des Etats à tirer les leçons des expériences de l’histoire. Les gouvernements ne sont pas les seules puissances incapables d’apprentissage. Le capital – tout particulièrement financier – semble lui aussi condamné à la persévérance dans l’erreur, à l’aberration récurrente et à l’éternel retour de la crise financière. Quoique portant sur des « objets » nouveaux, la crise actuelle des marchés de crédit donne à voir une fois de plus les ingrédients chimiquement purs du désastre, offrant à qui voudra bien s’en saisir une occasion de plus de méditer sur les « bienfaits » de la libéralisation des marchés de capitaux.

C’est qu’il faut tout de même avoir la foi chevillée au corps pour continuer de chanter, contre toute évidence, les vertus de la financiarisation qui répand la prospérité générale, contribue à la stabilité économique et au progrès du genre humain. Mais la croyance financière ne désarme pas facilement et, elle qui se targue d’être le principe de réalité incarné, elle qui soumet les entreprises à la seule « validation par les faits », sous les critères du reporting (livraison trimestrielle des comptes) et du track record (« historique » des performances), demeure bêtement ignorante de ce que l’histoire récente – sa propre histoire – lui livre, de manière pourtant accablante. C’est qu’en effet le track record de la libéralisation financière n’est pas bien fameux… Il faut tout de même rappeler que, depuis qu’elle sévit, il aura été difficile de passer plus de trois ans d’affilée sans un accident majeur, presque chaque fois appelé à entrer dans les livres d’histoire économique : 1987, krach mémorable des marchés d’actions ; 1990, krach des « junk bonds » (« obligations pourries ») et crise des Savings and Loans (caisses d’épargne américaines) ; 1994, krach obligataire américain ; 1997, première tranche de crise financière internationale (Thaïlande, Corée, Hongkong) ; 1998, deuxième tranche (Russie, Brésil) ; 2001-2003, éclatement de la bulle Internet…

Et nous voici en 2007. Lecture des dévots : « Une mondialisation heureuse mais heurtée (1) »… Dans Le Monde, Pierre-Antoine Delhommais se gargarise de la résilience de la bête face à tant de secousses majeures, dont on s’est chaque fois demandé si elles n’allaient pas la tuer, et qui, chaque fois, non seulement se relève mais repart de plus belle. Le fait est qu’on ne peut pas ne pas être étonné avec lui. A ceci près que le journaliste oublie ce qu’il en a coûté à chaque fois aux salariés de régler les ardoises de l’ébriété financière. Car, invariablement, la dégringolade des marchés frappe les banques, donc le crédit, puis l’investissement, la croissance… et l’emploi.

Aussi faudra-t-il sans doute une reprise de son journal par un fonds d’investissement un peu brutal pour que, faisant l’expérience concrète du « downsizing » (« dégraissage »), Delhommais soit plus incité à faire le compte du cumul de points de croissance perdus et d’emplois détruits du fait des pratiques de la finance et (plus encore) de ses crises, et que les « heurts » de la mondialisation lui deviennent personnellement pénibles pour cesser de la trouver « heureuse ».

La crise des marchés du crédit qui frappe l’économie américaine offre pourtant un panorama presque idéal des enchaînements fatals de la spéculation libérée. Comme à la parade défilent à nouveau les toxines générales de la finance, toujours les mêmes et identiquement ordonnancées :

1. les tendances « Ponzi » de la spéculation ; 2. le laxisme de l’évaluation des risques dans la phase haussière du cycle financier ; 3. la vulnérabilité structurelle à une petite modification d’environnement et l’effet catalytique d’une défaillance locale qui précipite le retournement ; 4. la révision en catastrophe des évaluations ; 5. la contagion latérale des doutes à d’autres compartiments du marché ; 6. le choc sur les banques trop exposées ; 7. la menace d’un accident systémique, c’est-à-dire d’un effondrement global, puis d’une récession généralisée par strangulation du crédit… et l’appel au secours adressé aux banques centrales par tous ces grands fanatiques de la libre initiative privée…

1. Les tendances « Ponzi » des marchés

Nul probablement mieux que Hyman Minsky n’a mis en évidence cet enchaînement de la finance des marchés, résumé par lui sous l’appellation parlante d’« aveuglement face au désastre » (2). Or Minsky prête une particulière attention aux déboires de Charles Ponzi, spéculateur des années 1920, qui avait écrémé l’épargne de gogos alléchés par des promesses de rendements extraordinaires. Faute de tout actif réel capable de livrer les performances annoncées, Ponzi servait ses premiers clients non pas avec d’inexistants dividendes… mais avec le capital apporté par les derniers arrivés, la « soutenabilité » de l’ensemble supposant donc de maintenir impérativement un flux de nouveaux entrants !

A l’escroquerie près, c’est sur un mécanisme assez semblable que reposent toutes les bulles, qui nécessitent un afflux constant de liquidités investies pour maintenir un marché haussier et l’illusion que tout le monde y gagne. L’enrôlement spéculatif, voilà le secret de la bulle, et, bien sûr, passé l’engagement des premiers initiés, ce sont des agents de plus en plus ordinaires, donc de moins en moins avertis – mais de plus en plus nombreux – qui sont invités à former le gros des bataillons.

Pour que se prolonge, si possible ad aeternam, la croissance du marché immobilier américain, il fallait donc que des cohortes toujours plus importantes de ménages soient poussées vers le marché de l’emprunt hypothécaire. Il n’a pas été trop difficile, rêve américain de la propriété aidant, de les y convaincre au départ, et cela d’autant plus qu’échaudés par la débâcle des actions de la bulle Internet les ménages étaient à la recherche d’autres formules d’investissement. Mais le contingent des emprunteurs « sains » étant vite épuisé, et le marché devant impérativement être soutenu, les courtiers de prêts immobiliers sont allés de plus en plus loin chercher de nouvelles recrues… Pieds plats ? asthmatiques ? décalcifiés ? P4 ? Pas de problème, bons pour le service ! Et comment la guerre ne serait-elle pas fraîche et joyeuse ? Les acquéreurs entrent en rangs serrés sur le marché et les prix s’envolent.

Même si on ne peut pas rembourser, se disent uniment ménages et courtiers, on revendra la maison avec plus-value pour les uns et commission pour les autres. Et puisque, sur la foi de la croissance indéfinie du marché, tout le monde finit par être déclaré apte, les robinets du crédit sont maintenant grands ouverts, et la hausse spéculative ainsi nourrie semble donner raison à tous. Voilà comment émerge la catégorie, appelée à passer à la postérité, des « subprime mortgages », ces prêts immobiliers dont les attributaires, inconnus des établissements de crédit, sont d’une solvabilité plus que douteuse. Et puisque l’euphorie est à son comble, toutes les limites s’offrent à être franchies : en la matière, on fera difficilement mieux que les prêts dits « Ninja », pour « no income, no job or asset », soit « pas de revenu, pas d’emploi ni d’actif (à mettre en garantie) », et le champagne en prime sans doute…

2. Le laxisme dans l’évaluation des risques

Mais la finance a de la ressource, ne se dit-elle pas d’ailleurs experte en traitement des risques ? Le fait est en tout cas qu’elle ne manque pas d’inventivité. Sa botte secrète ? Les « produits dérivés ». Le problème d’un crédit, à plus forte raison quand il est risqué, c’est qu’il reste dans les livres du prêteur jusqu’à conclusion – bonne… ou mauvaise. La grande trouvaille, qui remonte au début des années 1990, consiste à « fondre » ensemble un certain nombre de crédits pour en faire une ligne de titres obligataires négociables. Le grand avantage de cette opération, adéquatement nommée « titrisation », tient au fait que les titres ainsi « manufacturés » peuvent être vendus sur les marchés par petits paquets aux divers investisseurs (institutionnels) qui voudront bien les acheter. Voilà donc les crédits douteux sortis du bilan de la banque – dont on comprend maintenant qu’elle les accorde avec d’autant plus de légèreté qu’elle sait pouvoir s’en débarrasser sitôt titrisés !

Mais pourquoi des investisseurs voudraient-ils acheter ce dont la banque désire se défaire ? D’abord parce qu’ils les prennent par plus petites quantités, et surtout parce que ces titres sont négociables, c’est-à-dire susceptibles d’être à nouveau cédés. Ensuite parce que la ligne de titres dérivée du groupe initial de crédits est en fait découpée en différentes tranches de risques homogènes. Selon son propre profil et son aversion pour le risque, chaque investisseur institutionnel piochera dans la tranche qui lui convient, sachant qu’il s’en trouvera toujours – notamment les hedge funds (fonds d’investissement spéculatifs) – pour vouloir de la tranche la plus risquée… puisqu’elle est aussi la plus rémunératrice – tant que tout va bien.

Evidemment, tous les droits (flux financiers) et risques (de défaut) attachés aux crédits initiaux sont transférés aux porteurs de ces titres dits « RMBS » (residential mortgage backed securities, soit « titres adossés à des crédits immobiliers »), mais ces porteurs sont tellement nombreux – et changeants – qu’il en résulte une formidable dispersion du risque global. Là où la banque génératrice faisait face seule au défaut (de paiement) d’un de ses prêts, non seulement elle en est maintenant totalement débarrassée, mais les conséquences en sont fragmentées entre une myriade d’investisseurs dont chacun n’assume qu’une part tout à fait minime, qui plus est diluée dans l’ensemble de son propre portefeuille.

(2. bis) Risques dilués… ou surmultipliés ?

Mais alors, dira-t-on, pourquoi s’alarmer si, avec la panacée de la titrisation, la finance a résolu la quadrature du cercle ? Et ceci d’autant plus que l’opération de titrisation va être réitérée à partir des RMBS, dont les plus vilaines tranches demandent un retraitement spécial pour être plus facilement écoulées. A partir de leurs RMBS, certains investisseurs vont ainsi émettre une nouvelle sorte de titres négociables, les CDO (collateralised debt obligations). L’émission de CDO, titres dérivés de titres, réarrange la fraction concernée du portefeuille de RMBS en différentes tranches. La tranche supérieure, dite « investment grade », soustrait ses porteurs aux premiers 20 ou 30 % de défauts sur les crédits immobiliers initiaux. Suit une tranche intermédiaire, dite « mezzanine », puis enfin une tranche basse qui, elle, prendra le choc des premières défaillances.

On nomme pudiquement cette tranche « equity », mais le langage des marchés dit les choses plus carrément : « toxic waste », soit « déchets toxiques », voilà le nom réservé à ces produits qui élèvent en quelque sorte le risque au carré puisqu’ils représentent la tranche la plus risquée (des CDO) dérivée de la tranche la plus risquée (des RMBS) tirée du portefeuille de crédits initial… Mais tant que le marché immobilier monte et que les ménages continuent de rembourser, il y aura toujours preneur, puisque, la toxicité n’étant pas encore matérialisée, ne restent que les formidables rémunérations.

Les hedge funds, qui peuvent lever des fonds à des taux plutôt bas, investissent dans des titres à haut risque – qu’on croit pouvoir revendre ad libitum tant que le marché est supposé liquide – et qui rapportent en conséquence – c’est-à-dire beaucoup. Les marges sont énormes, on prend les « déchets toxiques » pour de l’or et les golden boys font la fête. Les profits faramineux masquent les risques objectifs, que personne ne veut voir pour laisser vivre le plus longtemps possible la vache à lait, et, pendant ce temps, les courtiers immobiliers continuent de recruter à la pelle.

3. De la vulnérabilité structurelle à la défaillance qui frappe les esprits

La dispersion des risques par les opérations de titrisation empilées a fini par faire croire qu’ils n’existaient plus. C’est une illusion. D’autant plus que cette douce ivresse a logiquement induit, à la base, des comportements de plus en plus aventureux. Puisque je me défais de mes crédits même les plus mauvais, se dit le prêteur immobilier, autant y aller franchement ; et tant que le marché des dérivés est liquide, se dit à l’autre bout le fonds spéculatif, pourquoi ne pas prendre les CDO les plus défaillants puisqu’ils sont aussi les plus juteux ? Les risques sont certes dilués, mais la dilution même a poussé à la croissance totalement incontrôlée de leur volume global, et la situation, pour finir, devient de plus en plus critique.

La fragilité structurelle de l’édifice est maintenant telle qu’il devient vulnérable à des modifications d’environnement a priori insignifiantes. Les quarts de point supplémentaire de relèvement de taux d’intérêt par la Réserve fédérale semblent infimes. Sauf qu’à l’autre bout de la courbe des risques, le crédit immobilier de Mrs Brimmage est passé de 6,3 % en 2005 à 11,25 %, et ses mensualités de 414 à 691 dollars (3)… C’est plus qu’il ne lui en faut pour aller à la cessation de paiement. Comme elle, 14 % des emprunteurs « subprime » sont défaillants au premier trimestre 2007.

Pour être modestes, les hausses de taux d’intérêt de la banque centrale ont un double effet de cisaillement. D’une part, il y a moins de nouveaux entrants sur le marché immobilier et les prix commencent à baisser ; d’autre part, ceux qui y sont déjà voient leurs mensualités devenir insupportables et la « sortie » compromise. De fait, la réalisation de leur actif non seulement se solde par une moins-value pour eux-mêmes, mais accentue la pression baissière pour tout le monde.

Comme toujours dans les crises financières, un organisme spécialisé boit le bouillon et c’est sa déconfiture qui, frappant les esprits, donne le signal du grand retournement. En l’espèce, deux défaillances – aux deux extrémités de la chaîne – viennent dégriser les marchés. C’est d’abord la banque d’investissement Bear Stearns qui doit fermer deux de ses fonds « dynamiques », sans doute un peu trop, et en fait dopés aux CDO. Mais c’est aussi American Home Mortgage Investment (AHMI), courtier immobilier, qui doit carrément se mettre sous la protection du chapitre XI de la loi sur les faillites (4). Cette mésaventure-là est plus inquiétante que la précédente. Car AHMI n’est pas spécialement engagé dans le compartiment des subprime – qu’est-ce que ça doit être ailleurs ?…

4. La révision en catastrophe de l’évaluation des risques

Cette fois, un léger vent de panique s’est levé. Les déchets toxiques sentent déjà bien mauvais et l’on commence aussi à se dire que les triples ou doubles A (5) des tranches « investment grade » de CDO sont peut-être passablement frelatés. Mais comment a-t-on pu en arriver à des erreurs d’évaluation aussi monumentales ? Certes, la complexité objective de l’évaluation des produits dérivés n’y est pas pour rien. Certes, c’est par centaines que les agences de notation évaluent les tranches de CDO et de RMBS. Pour autant, elles ne sont pas que ces bonnes ouvrières ployant quelque peu sous l’ampleur de la tâche. Leur chiffre d’affaires même leur vient des institutions financières, émettrices en folie de ces titres à évaluer – 40 % des revenus 2006 de Moody’s ont été réalisés avec les évaluations de produits structurés… Or, pour qu’il y en ait de nouveaux à traiter, il est sans doute préférable que les précédents soient déclarés bien portants…

A quoi s’ajoute une démonstration supplémentaire que les agences de notation n’ont jamais vraiment su être indépendantes des engouements du marché, qu’il leur reviendrait de tempérer, alors que, de fait, elles les ont la plupart du temps aimablement accompagnés. C’est qu’il est difficile, quand on est si proche de la finance, et qu’accessoirement on vit à son crochet, de crier « casse-cou » quand tout le monde s’en met plein les poches… Catastrophiquement procycliques là où elles devraient être contraclyliques, les agences laissent faire à la hausse… et se mettent, paniquées, à réviser dès que le retournement s’amorce, contribuant ainsi à le changer en effondrement.

Et la crise n’en est probablement qu’à ses commencements. C’est que les défaillances immobilières à venir des ménages s’accumulent silencieusement dans l’antichambre des teasing rates, ces taux d’appel très attrayants à l’aide desquels les courtiers appâtent les chalands selon la règle dite des « 2 + 28 » – les deux premières années au taux sympathique, les vingt-huit suivantes au taux plein qui fait mal. On n’a donc pas encore vu débouler la promotion 2006, et à peine celle de 2005, celles du plus fort de la bulle immobilière, et qui vont sans doute faire des étincelles. Tout comme les admirables fonds spéculatifs gavés de leurs produits dérivés.

Et comme la mondialisation mondialise la finance, et avec elle la bêtise financière, rien de tout cela ne se limite aux frontières américaines. Certes, c’est bien là-bas que le marché hypothécaire délire, mais la titrisation dérivée s’offre magnifiquement à tous les fonds spéculatifs de la planète ! Les Allemands, longtemps réputés ternes et ennuyeux, accrochés à leurs banques de détail grisâtres, ont, au tournant du siècle, décidé de devenir « modernes », et de s’orienter plus franchement vers les activités de marché. Résultat des courses : après le grand frisson de 1998 (risque russe), les raclées de l’Internet (2001), voici qu’une banque, IKB, se trouve au bord de la faillite pour cause de surexposition aux subprime

5. Contagion de la suspicion

Tout s’enchaîne maintenant d’un bout à l’autre du globe et des marchés. Le fragile équilibre des produits dérivés résistait tant que… personne ne le sollicitait, c’est-à-dire tant que tout le monde feignait de croire liquide le marché où ils s’échangent. Mais sitôt qu’un des acteurs souffre exagérément et commence à vouloir se dégager en vendant ses CDO, la crainte latente se cristallise et tous les acheteurs disparaissent. La liquidité évaporée, les actifs, formellement négociables, cessent pratiquement de l’être, et deviennent même inévaluables puisque leurs prix peuvent virtuellement tomber à zéro.

Hilarant – avant qu’on en pleure –, le communiqué de BNP Paribas qui, le 9 août, ferme trois de ses fonds – « dynamiques » eux aussi : « La disparition sur certains segments du marché de la titrisation aux Etats-Unis conduit à une absence de prix de référence et à une illiquidité quasi totale des actifs , quelle que soit leur qualité ou leur rating (6). » Ce qui n’avait pas empêché un instant M. Baudoin Prot, patron de la banque, d’affirmer catégoriquement une semaine auparavant que la liquidité des trois fonds était assurée. C’est dire surtout que l’inquiétude dépasse largement le périmètre des produits les plus risqués et contamine les tranches réputées les plus sûres.

Or la contagion ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Non seulement elle gagne toutes les classes de risque dans le compartiment des RMBS et dérivés, mais elle s’étend à d’autres compartiments de marché, qui n’ont rien à voir avec celui-là. Sauf de s’être adonnés, eux aussi, à l’orgie de crédits indiscriminés. C’est tout particulièrement le cas du secteur de la private equity, ces fonds d’investissement, vedettes de la finance de ces dernières années, qui rachètent intégralement des entreprises jugées prometteuses, les font sortir de la Bourse, les restructurent au knout pour les revendre deux à quatre années plus tard avec force plus-values.

Or ces fonds n’engagent que très peu de leurs capitaux propres et « carburent » massivement à la dette – dont ils font d’ailleurs payer le service par l’entreprise rachetée ! Les bénéfices qui en résultent sont tout simplement exceptionnels. Ceux-ci ont atteint de tels niveaux que les banques se sont littéralement précipitées pour financer ces opérations. Dans un état de quasi-mystification et persuadées qu’à tous les coups on gagne, elles ont consenti à ces fonds des conditions d’emprunt proprement ahurissantes. Ainsi celles des prêts dits « covenant-lite », c’est-à-dire allégés de toutes les clauses respectant les ratios financiers élémentaires, auxquelles sont normalement soumis les emprunteurs – « faites n’importe quoi, nous vous suivons ! »…

Mieux encore, les prêts dits « PIK » (payment in kind), ou encore « IOU » (I owe you), dont les intérêts et le principal sont remboursés non pas en cash, mais en supplément de dette ajouté à la dette initiale ! Les encours de crédit dirigés vers les fonds de private equity ont ainsi atteint des volumes faramineux. Or les opérations de ce type sont particulièrement vulnérables au moment de leur « débouclage » puisqu’il s’agit de revendre des actifs notoirement « illiquides » : non pas des blocs d’actions mais des entreprises tout entières ! Que vienne le premier accident de débouclage – revente impossible, différée, ou avec moins-value – et tout le secteur de la private equity connaîtra à son tour son moment de stupéfaction.

Des opérations de levée de fonds récemment lancées s’achèvent plutôt laborieusement, par rapport à l’aisance triomphante des mois précédents. C’est que les banques, de complices laxistes, deviennent soudainement réticentes. Car, par un effet d’amalgame typique des crises financières, la soudaine révélation des risques dans un secteur suscite des interrogations dans d’autres où l’euphorie a, à peu près, autant dégénéré. De même que les déboires du Mexique en 1994 avaient induit le doute sur la Thaïlande – pourtant pas la porte à côté ! – par pur effet d’amalgame avec la catégorie « marchés émergents », de même ici l’immobilier produit des effets sur la private equity, qui n’a rien à voir avec lui… sinon qu’il s’y est commis des excès à peu près aussi pendables.

6. Choc sur les banques

Si elles ont réussi dans l’ensemble à se défaire de leurs portefeuilles de crédits immobiliers par le jeu de la titrisation, les banques encaissent tout de même le retour de manivelle, et par de multiples voies. D’abord, elles ont laissé leurs fonds de gestion se charger des produits dérivés, et le risque hypothécaire, chassé par la porte, est revenu par la fenêtre. Mais c’est aussi la contagion latérale qui les menace, et notamment via la private equity, où elles sont, là, directement exposées.

Or la régulation prudentielle du secteur bancaire ne plaisante pas : les banques sont priées de maintenir soigneusement des ratios dits « de solvabilité » entre leurs capitaux propres et leurs engagements. Si des moins-values, même latentes, se manifestent – et les voici qui s’annoncent d’autant plus fortes que les agences de notation sont en train de se réveiller et de revoir toutes les évaluations à la baisse –, les banques doivent passer dans leurs comptes les provisions correspondantes, et, pour maintenir leurs ratios, il leur faudra réduire le dénominateur (les crédits accordés) en proportion de la contraction du numérateur (les capitaux propres entamés par les provisions).

Au total, et comme toujours, ce sont les agents de l’économie réelle, entreprises et salariés, éloignés de toutes les turpitudes de la spéculation, qui se retrouveront face à des robinets à crédit fermés sans même comprendre ce qu’ils ont pu faire pour mériter ça. Car, pour restaurer les bilans des banques, la contraction du crédit sera générale, tous emprunteurs confondus.

7. Les banques centrales sont appelées à la rescousse

Ils ont maintenant fière allure les héros de la finance. Modernes et arrogants quand les marchés étaient haussiers, les voilà, tel le juge de Brassens face au gorille, « criant maman, pleurant beaucoup », et se jetant dans le giron de la « mamma étatique » qu’ils vomissent quand la fortune leur fait lâcher toutes les vannes de la régurgitation idéologique. Certes, la banque centrale, priée de venir les tirer de la déconfiture en baissant ses taux pour restaurer la liquidité générale, n’est pas l’Etat lui-même, mais elle est le pôle public, le « hors-marché », abhorré quand les profits coulent à flots, supplié quand il fait mauvais temps.

Jim Cramer, qui tient sur la chaîne boursière CNBC une émission de conseil financier tout en hurlements et en chemisette à manches courtes, sur fond de hard rock saturé, de buzzers et de bulls (7) en surimpression, pique une crise de nerfs (8), vitupérant M. Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, aux cris de « cut ! cut ! (9) ». Et comme M. Bernanke semble prendre son temps, M. Cramer lui décoche l’insulte suprême : il ne comprend rien, car c’est un « universitaire » (academic) (10)…

Mieux habillés et moins ostensiblement vulgaires, les autres gestionnaires de fonds interrogés sur la même chaîne sont tout à fait d’accord. Ah ! que de regrets pour M. Alan Greenspan, qui « coupait » les taux sans rechigner. Un vrai praticien, lui, pas encombré d’inutiles études, et à qui il suffisait de tâter le cul de la bête pour savoir qu’il fallait lâcher du lest.

Les moins dingues commencent pourtant à se dire que cette longue tolérance monétaire aux excès de la finance n’a pas été complètement étrangère à la formation et à l’accumulation des risques qui crèvent aujourd’hui telles des bulles. Quant à M. Bernanke, il semble pour l’heure plutôt d’avis de laisser les opérateurs les plus imprudents supporter les conséquences de leur inconséquence. Mais il ne faut pas s’y tromper. Cette position du banquier central n’est tenable que si les défaillances demeurent localisées. Qu’elles « coagulent » et précipitent un « risque de système » – c’est-à-dire, par effet domino, d’effondrement général –, et il n’aura pas d’autre choix que d’intervenir, et massivement.

C’est bien là d’ailleurs le plus insupportable dans les méfaits de la finance, toujours encouragée à aller trop loin, c’est-à-dire au-delà du seuil où les autorités ne peuvent plus se désintéresser de ses infortunes et doivent plonger pour lui sauver la mise – la parfaite prise d’otages.

Frédéric Lordon.

Frédéric Lordon

Economiste, auteur de Et la vertu sauvera le monde… Après la débâcle financière, le salut par l’« éthique » ?, Raisons d’agir, 2003.

(1) Pierre-Antoine Delhommais, Le Monde, 9 août 2007.

(2) Hyman P. Minsky, Stabilizing an Unstable Economy, Yale University Press, New Haven, 1986.

(3) Gretchen Morgenson, « Mortgage maze may increase foreclosures », The New York Times, 6 août 2007.

(4) Cette disposition permet aux entreprises de ne pas sombrer en les protégeant de créanciers trop impatients (moratoire des dettes sociales). Elle délie aussi l’employeur de ses engagements et permet de renégocier les accords salariaux.

(5) La notation financière désigne par AAA et AA les titres les plus sûrs.

(6) Communiqué BNP Paribas, 9 août 2007.

(7) Le taureau (bull) est l’animal représentatif de la hausse boursière.

(8) CNBC, 3 août 2007 ; www.youtube.com/watc h ?v=GKZgfrsItmw

(9) C’est-à-dire « baisse ! baisse ! » (les taux d’intérêt).

(10) M. Ben Bernanke a un long passé d’économiste universitaire.

Nos précédents articles

- Enfin une mesure contre la démesure de la finance, le SLAM !, par Frédéric Lordon (février 2007).
- 
Une économie d’apprentis sorciers, par Gabriel Kolko (octobre 2006).
- 
A crise du marché, remèdes de marché…, par Serge Halimi (septembre 2002).
- 
Les institutions financières sous le feu de la critique, par Bernard Cassen (septembre 2000).
- 
Du blanchiment aux crises, par Guilhem Fabre (avril 2000).
- 
Demain, le krach, par Ignacio Ramonet, (mars 1999).
- 
Libre-échange, la dernière Bastille, par Bernard Cassen (janvier 1999).
- 
Finance et silence, par Noam Chomsky (décembre 1998).
- 
Tempête sur les économies d’Amérique latine, par Carlos Gabetta (novembre 1998).
- 
Le système bancaire dans la tourmente, par Ibrahim Warde (novembre 1998).

Mars 2008

rubon1847 dans LE NOUVEL ORDRE MONDIAL

1987, 1997, 2000, 2007

Crises financières, n’en tirer aucune leçon…

 

 

Ailleurs, on aurait jugé la décision « populiste ». Mais c’est bien à Londres, fief de la City et poumon financier de l’Europe, que le gouvernement de M. Gordon Brown a décidé de nationaliser une grande banque en difficulté, la Northern Rock. Certes, il ne s’agirait que d’un « transfert temporaire de propriété au secteur public ». Reste que c’est bien dans la patrie de Mme Margaret Thatcher que l’Etat intervient. Ses missions : éponger les dettes, après avoir déjà garanti les dépôts sur fonds publics, soit un engagement de 55 milliards de livres (72 milliards d’euros) ; puis chasser les mauvais payeurs – ceux qui se sont inconsidérément endettés. Une fois le nettoyage réalisé, la banque doit retourner au privé, selon un vieux principe : nationalisation des pertes et privatisation des bénéfices. L’Allemagne a volé au secours de la IKB Deutsche Industriebank. Aux Etats-Unis, Citigroup et Merrill Lynch ont dû faire appel à des fonds souverains d’Asie et du Proche-Orient. Ces bourrasques financières ne sont pas inédites. Prévisibles, elles s’inscrivent dans un mouvement de déréglementation qui, en France, a démarré il y a tout juste vingt-cinq ans.

Par Frédéric Lordon

Au moment où des nouvelles ordinairement tenues pour bonnes sont instantanément perçues comme mauvaises, la gravité de la crise est avérée. La Réserve fédérale américaine (Fed) baisse plusieurs fois ses taux ? Cela n’est jamais assez. Elle annonce, le 12 décembre dernier, de concert avec les autres grandes banques centrales, un élargissement inouï de ses procédures de refinancement (1) ? C’est que la situation est pire qu’on ne l’imaginait. Le 17 janvier, son président, M. Ben Bernanke, plaide – fait sans précédent – pour un accroissement de la relance budgétaire ? C’est donc que la Fed, ayant épuisé ses marges de manœuvre, demande le relais de l’Etat.

Et, comme si ce n’était que le premier acte d’une comédie un peu lourdement orchestrée, voilà que M. George W. Bush annonce dès le lendemain un paquet de mesures de relance presque exactement ajusté aux « suggestions » du banquier central – si ces deux-là en sont à coordonner ce genre de sketch, c’est que l’heure est grave… Un tel enraiement des recettes classiques de la politique économique est le signe le plus spectaculaire, et le plus inquiétant, de la profondeur du désarroi de la finance, qui n’est plus qu’un bloc d’inquiétude et ne répond plus, ou de manière erratique, aux guidages de la politique monétaire.

La chronique quotidienne des mouvements boursiers, autrement vouée à demeurer incompréhensible, ou bien dissoute dans le chaos des nouvelles crachées à jet continu par les agences d’information financière, ne prend sens que réinscrite dans le moyen terme, lequel donne à la présente crise son profil caractéristique, en particulier son étirement temporel. Les amis du système, pressés de certifier l’innocuité d’un événement tenu pour négligeable et d’annoncer le retour à l’ordre dès l’été, vont sans doute être déçus : leurs écrits restent… et la crise aussi.

Elle a de bonnes raisons. Car, pour imaginer l’épisode résorbé avec la facilité d’une anodine anomalie de marché, il fallait être parfaitement oublieux de son origine : l’enrôlement délirant de cohortes de ménages insolvables dans la forme la plus lourde de la dette, l’emprunt hypothécaire. Par un retournement qui a tout d’une justice immanente, la clause du reset (2), qui a d’abord fait merveille pour recruter massivement les clients et propulser les prix de l’immobilier vers les sommets – et avec eux les gains spéculatifs sur les dérivés –, est désormais devenue la malédiction de la finance. Et elle qui aime tant vivre dans l’instantanéité se trouve contrainte de composer avec un « arriéré » de ménages endettés dont on ne se débarrasse pas comme on solde une position exposée. Le pic des resets, c’est-à-dire de ces relèvements de taux d’intérêt qui jettent les ménages dans le défaut de paiement, devrait être atteint en mars-avril 2008.

En supposant – hypothèse favorable – que les recrutements des candidats au crédit ont cessé début 2007, il faudra donc attendre début 2009 pour avoir fini d’écluser la masse des faillis potentiels, dont le sort n’aurait strictement rien d’intéressant pour la finance si leurs vulgaires déconfitures n’étaient également à l’origine de l’effondrement des produits spéculatifs dérivés de leurs crédits immobiliers – les pauvres ne savent décidément pas être à la hauteur de la créativité des riches. Voilà donc que la finance, qui n’aime rien tant que la liquidité des flux, redécouvre l’inertie des stocks : tous ces gens, qu’elle a traités comme de la chair à canon hypothécaire, ne sont plus maintenant que des choses encombrantes.

Pendant ce temps, le délabrement général s’étend. Il touche une catégorie d’acteurs dont nul n’avait entendu parler jusqu’ici : les monolines, ces institutions spécialisées qui assurent les détenteurs de portefeuilles d’obligations (en général des fonds ou des banques). Alors qu’ils étaient d’abord paisiblement occupés à couvrir les risques plan-plan d’obligations municipales aux Etats-Unis (3), la fièvre leur est venue comme à tout le monde, et ils ont été logiquement tentés d’assurer des produits tellement plus séduisants, dont le volume en explosion garantissait un juteux chiffre d’affaires et que tout le monde se plaisait à considérer comme aussi peu risqués que les meilleures obligations : les dérivés de subprime, bien sûr !

Qui s’étonnera de la suite ? Les deux plus importants monolines, MBIA et Ambac, sont en quasi-faillite ; banques et fonds sont conviés à leur recapitalisation d’urgence – enfin ceux qui le peuvent. L’affaire n’est pas qu’anecdotique car la dégradation de la notation des monolines a pour conséquence réglementaire d’obliger à une révision similaire de la notation de tous les titres qu’ils assuraient… et dont la valeur telle qu’elle est inscrite dans les bilans de leurs clients – les banques faisaient assurer ainsi leurs colossaux volumes de produits dérivés – devra par conséquent être revue à la baisse.

A ce compte-là, la sortie de crise est d’autant moins à l’ordre du jour que la dynamique de l’effondrement financier a, entre-temps, commencé de diffuser ses effets les plus toxiques. La détérioration des bilans des banques, à la suite des pertes sur les dérivés de subprime, les tensions persistantes sur la liquidité interbancaire, en raison de l’extrême incertitude qui les fait toutes se regarder mutuellement comme de potentielles pestiférées, conduisent fatalement à une contraction du crédit dont l’économie productive, aussi distante fût-elle des jongleries spéculatives, aura à pâtir. Par une résistance à l’aveu comparable à celle des intellectuels organiques du libéralisme, les institutions financières auront mis plus de six mois avant de se rendre à l’idée d’un ralentissement prochain de la croissance, et peut-être d’une récession.

Or l’installation dans les esprits de l’idée de la récession change beaucoup de choses, notamment dans l’extension du domaine financier promis à la déstabilisation. Les secousses plus violentes des marchés d’action, début 2008, en témoignent. Ce n’est pas que ceux-ci aient été d’une forme olympique depuis huit mois. Mais les baisses ont d’abord été limitées aux valeurs bancaires – il est vrai en première ligne… Puis sensiblement plus fortes, à partir de septembre, dans les périodes où l’assèchement du marché monétaire et l’impossibilité d’y lever des fonds ont contraint de nombreuses institutions à des ventes de détresse d’une partie de leurs portefeuilles d’actions pour se procurer en urgence de la liquidité. Au moment où la perspective du ralentissement se précise, prend corps avec elle une interrogation générale sur l’activité, et la profitabilité, de tous les secteurs.

Cette entrée probable des marchés d’actions dans un cycle baissier promet quelques rudes effets collatéraux. En particulier dans le secteur aussi discret que sensible de la private equity, cette forme de capitalisme actionnarial où les entreprises jugées prometteuses sont entièrement rachetées, sorties de la Bourse, restructurées au yatagan, avec vocation, au terme de deux ou trois ans, à être grassement revendues, le plus souvent par réintroduction en Bourse (4). Mais, si cette dernière se montre mollassonne, il faudra oublier les réintroductions en fanfare à des cours étincelants. Aussi le « débouclage » de nombre d’opérations de private equity s’annonce-t-il particulièrement délicat, soit que les plus-values ne soient pas au rendez-vous, soit qu’il faille aux repreneurs différer leur « sortie » et porter la dette bien plus longtemps qu’ils ne l’avaient prévu. Car ces opérations ont été financées par des montants de crédits faramineux, alloués parfois dans des conditions aussi scabreuses que les subprime… et les banques voient venir le moment où de bonnes tranches de leurs en-cours private equity vont tomber à leur tour dans la catégorie « mauvaises créances » – avec toutes les dépréciations qui s’ensuivent.

Baisse directe de la valeur de leurs portefeuilles d’actions, ralentissement de leurs activités d’origination (5) et de fusions-acquisitions, menace sur les crédits de private equity (et sur bien d’autres également : crédits à la consommation, cartes de crédit…), réduction des profits de trading dans des marchés baissiers : tout, dans le ralentissement économique, concourt à entamer la situation financière des banques et à diminuer leur inclination à prêter. Dans le monde merveilleux de la finance, la crise nourrit la crise…

Tout cela n’est pas tombé du ciel. Contre tous ceux qui, à l’image de M. Daniel Bouton, président de la Société générale, pensent s’acquitter de ces événements avec la thèse du « fâcheux accident de parcours », disponible pour être déclinée à toutes les échelles, depuis le trader indélicat – « terroriste », selon le mot de M. Bouton – jusqu’au « manque de chance » sur les subprime, il faut rappeler combien ces événements sont l’expression des logiques pures de la finance de marché.

Qui pourrait s’étonner que les agents de la finance courent après toutes les occasions de goinfrerie ; qu’au besoin ils en inventent moyennant des « innovations » qui leur font croire un temps s’être libérés du risque ; qu’ils se précipitent sur toute dynamique haussière et qu’ils la transforment aussitôt en bulle ; qu’à peine capables de surveiller leur risque individuel ils ne se sentent concernés en rien par le risque global ? Qui pourrait s’étonner que tout cela finisse régulièrement en catastrophe, et surtout qui pourrait s’en étonner alors que c’était le but même de la déréglementation financière que d’abolir toute entrave à l’action des investisseurs et de ramener sans la moindre restriction à la forme du profit la plus addictive et au plus fort pouvoir de sidération : la rentabilité financière ?

La Société générale singe Goldman Sachs

Monsieur Bouton est particulièrement mal placé pour plaider « un accident hors norme et tout à fait regrettable (6)  », lui qui préside une Société générale en laquelle on pourrait voir un parfait raccourci de vingt-cinq ans de glissements progressifs vers le délire. Car la Générale, de tradition banque de détail d’un classicisme qui porte modérément au récit épique, avec ses agences, ses guichets et ses cadres moyens, plutôt faible dans la banque d’affaires, est tardivement mordue par la tarentule de la mondialisation, rêve de sophistication et d’écrans scintillants, singe la prestigieuse Goldman Sachs, apprend l’anglais, installe ses boys à Londres et enfin respire le grand air des marchés de capitaux – autre chose que de renouveler le crédit du chaudronnier de Romorantin. C’est pourquoi, lorsque M. Bouton se défend dans Le Figaro que « le modèle de la Société générale n’a absolument pas été atteint ni été contesté (7) », il faut entendre l’exact contraire : le modèle, qui n’est d’ailleurs pas que celui de la Société générale, mais est bien le sien en particulier, vient d’en prendre une belle, et sous la ligne de flottaison. La fascination pour les marchés, qui lui aura beaucoup rapporté, s’apprête à beaucoup lui coûter. Aussi, un peu plus visible que les autres, comme toujours les tard-venus, la Société générale illustre à merveille cette fantastique distorsion de l’univers bancaire en direction des marchés qui aura été l’effet magnétique de la déréglementation.

Toutes les dénégations du monde n’empêcheront pas que la crise présente apparaisse pour ce qu’elle est : une expérience en vraie grandeur, la démonstration de la malfaisance intrinsèque de marchés, et d’opérateurs de marché, hors de tout contrôle. Mais cette expérience n’est pas la première du genre, et il semble qu’aucune conclusion n’en soit jamais tirée.

Le krach Internet de 2000 (8) ne nous avait-il pas déjà joué les scènes grandiloquentes de l’indélicatesse et de la fraude, de l’appel solennel à la transparence, à la régulation et à la réintégration des hors-bilans ? « Plus jamais ça », jure à chaque fois la finance en repartant pour un tour. Mais ses serments d’ivrogne, et l’idée pénible entre toutes qu’elle s’enrichit fabuleusement et solitairement pendant la hausse, puis met toute l’économie en péril à l’éclatement de ses impérities, et pour finir contraint les pouvoirs publics à lui sauver la mise là où on laisserait tomber n’importe quel failli ordinaire, donnent furieusement envie de fracasser le manège, seule solution semble-t-il pour que ce soit vraiment le « dernier tour ».

Un bilan un peu plus analytique des « accomplissements » de la finance déréglementée, où les nuisances causées l’emportent si visiblement sur les services rendus, devrait au moins convaincre de l’urgence d’en briser quelques engrenages. Contrairement à ce qu’on dit, les idées ne manquent pas sur le sujet. La taxe Tobin en était une, prématurément tombée dans l’oubli. Dans son registre propre, le SLAM (9) comme projet de limiter la rentabilité actionnariale autorisée et de supprimer ainsi les incitations à intensifier indéfiniment l’exploitation des salariés, en est une autre. Le schéma d’une politique monétaire dédoublée, pour financer à des taux d’intérêt différenciés économie productive et économie spéculative, une troisième (10). A l’image de ce que fit le Glass-Steagall Act aux Etats-Unis à la suite de l’effondrement des années 1930 (11), pourquoi ne pas envisager d’établir une séparation hermétique entre banques commerciales et banques de marché ? La communauté d’inspiration avec la mesure précédente est assez évidente, à ceci près que le principe de la cloison étanche a pour propriété supplémentaire d’atténuer sensiblement la transmission des désastres financiers à l’économie réelle, via le canal du crédit.

Vos salaires baissent ? Endettez-vous !

Qui voudrait prendre un peu plus de profondeur de champ encore pourrait alors apercevoir que, s’il s’avère que l’économie française souffrira moins que d’autres de la crise des subprime, comme on l’entend parfois, c’est surtout parce qu’elle est allée moins loin que d’autres dans la déréglementation généralisée… où nous poussent cependant avec entrain les « réformateurs », libéraux et socialistes confondus ! Le plus remarquable tient sans doute à leur constance dans l’ardeur depuis maintenant vingt-cinq ans qu’ils ont lancé la « grande transformation » – et qu’elle n’a pas cessé de montrer ses nuisances. On objectera qu’elle ne nuit pas à tout le monde. Sans doute. Mais, curiosité persistante même à vingt-cinq ans de distance, elle nuit incontestablement à tous ceux que le parti socialiste était supposé défendre. Car, verdict terrible de l’arithmétique : 2008 – 25 = 1983, c’était « eux ». Pour être exact, il faudrait compter un peu plus largement : 1983-1986 – et l’on n’en revient pas du peu de temps qu’il faut pour changer le visage de la société française. 1983 : le tournant de politique économique, mais surtout le grand déverrouillage idéologique (lire « Et la droite française devint libérale »).

1984, année chargée : d’abord le commandement du premier ministre socialiste Laurent Fabius aux entreprises publiques de n’avoir plus pour objectif que le profit, proclamant ainsi l’inanité de leur statut de nationalisées et préparant de fait les privatisations ; ensuite le sommet européen de Fontainebleau, antichambre de l’Acte unique et du « Grand Marché », c’est-à-dire de la « concurrence-libre-et-non-faussée ». 1986 : la déréglementation financière. C’est beaucoup pour si peu d’années.

Sans doute la société française n’a-t-elle pas cessé de manifester depuis une rétivité de mauvais aloi au plein déploiement du brillant destin qu’on lui a fabriqué alors. A sa décharge, il faut bien reconnaître que le destin en question a l’inconvénient de laisser échapper à intervalles réguliers qu’il a tout de la calamité, « démonstrations » auxquelles les crises financières apportent un incontestable concours. Sous ce rapport d’ailleurs, la présente crise rencontre une conjoncture générale de la plus inopportune des façons et fait voir sous un jour nouveau la cohérence, mais dans la nocivité, du « modèle complet » qu’on voudrait nous faire épouser.

Parce qu’elle met une pression permanente et sans cesse croissante sur les prix, donc sur les coûts, et in fine sur le coût salarial, la concurrence instaure en effet un régime « prix-salaires » dans lequel toute discussion sur le pouvoir d’achat est immédiatement renvoyée à la seule question des prix – lorsque le salarié revendique, on répond au consommateur… Mais la baisse des prix qu’on sert à ce dernier est cela même qui fait baisser le salaire nominal du premier ! Les salariés jetés à la rue par un plan de délocalisation n’ont pas d’autre ressource que d’aller faire leurs courses au hard discount, qui est l’extrémité la plus féroce de la chaîne concurrentielle, et activent précisément tous les mécanismes qui viennent de faire leur infortune. Les salariés, à leur corps défendant, donnent ainsi « raison » à l’enchaînement même qui les maltraite, et contribuent, faute de toute autre solution, à le reconduire (12). De ce bouclage remarquablement pervers résulte un régime de basse pression permanente du pouvoir d’achat, qui déprime à sa suite la consommation et la demande globale.

Mais le modèle libéral se flatte d’apporter lui-même les solutions à ses propres problèmes. Car la parade au défaut de consommation intrinsèque du régime « prix-salaires » concurrentiel s’impose comme une évidence : l’endettement ! Si le pouvoir d’achat des ménages stagne ou régresse, mais que le capital réclame malgré tout des débouchés intérieurs, quoi de plus logique que d’étendre par le crédit la capacité de dépense des salariés au-delà de leur revenu ? On ne s’étonnera pas qu’aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, qui ont quelques longueurs « d’avance » sur cette pente, le taux d’endettement des ménages par rapport à leur revenu disponible soit respectivement de 120 % et 140 %…

Le président Nicolas Sarkozy se flatte qu’il n’en soit pas ainsi en France. Mais tout ce qu’il fait y mène, ou plutôt y conduit encore plus vite, car ce taux, de 68 % en 2006, explose littéralement depuis dix ans… date d’installation dans un régime de « mondialisation franche », qui trouve ici un de ses symptômes les plus caractéristiques. Voilà pourquoi les économies anglo-saxonnes sont appelées à souffrir plus que les autres : le crédit à la consommation y est une indispensable soupape, et celle-ci s’apprête à être brutalement fermée. Et voilà pourquoi l’économie française est appelée à les rejoindre bientôt, grâce notamment aux efforts méritoires de la commission Attali, qui, sans doute mue par un esprit scientifique, se propose de franchir quelques crans dans la déréglementation concurrentielle pour être tout à fait certaine que les mêmes causes entraînent bien les mêmes effets (13)…

C’est cependant dans l’implication financière massive du salariat que la cohérence libérale atteint des degrés insoupçonnés de raffinement. Versant symétrique de l’aliénation par la dette, c’est cette fois l’épargne qui en est l’opérateur. La déconfiture des institutions financières ne parvient pas exactement à nous tirer des larmes… jusqu’au moment où on s’interroge sur l’origine des fonds perdus par elles. Or c’est bien, pour une part, avec l’épargne des salariés que ces institutions jouent et perdent. Le cas français, ici aussi, continue de faire relativement exception puisque la plupart des salariés n’ont guère les moyens d’aller au-delà de l’épargne sur livret, et que seuls les plus fortunés accèdent aux placements de marché – moyennant quoi d’ailleurs les accidents spéculatifs, pénalisant surtout les seconds, ont d’inattendues propriétés de réduction des inégalités. Heureusement, là encore l’exemple nous est montré par les économies anglo-saxonnes, qui ont eu l’intéressante idée de passer à la trappe les systèmes de retraite par répartition pour capter d’énormes masses d’épargne salariale propulsées sur les marchés via les fonds de pension. Charme particulier de l’« universalité financière » : ce sont tous les salariés qui dégustent quand les marchés plongent. M. Sarkozy n’en est pas encore aux fonds de pension – en tout cas en actes… –, mais l’idée des « stock-options pour tout le monde » est bien du même métal. Trouver un succédané au salaire direct – dont on a bien compris maintenant que son augmentation n’est plus à l’ordre du jour – est déjà en soi une manœuvre frauduleuse, mais l’accomplir en exposant directement les salariés aux instabilités de la finance, et en tentant de les rendre solidaires de ce qui, majoritairement, les asservit, c’est beaucoup, un peu trop même.

Pris dans l’étau de la concurrence, qui ne fait diminuer les prix qu’à condition de réduire leurs salaires, dans la servitude de l’endettement, devenu aussi indispensable que le revenu pour vivre, les salariés ont, pour couronner le tout, la chance d’être tyrannisés à leurs frais, puisque l’épargne qu’instrumentalise la finance actionnariale, celle qui réclame du rendement à n’en plus finir, c’est bien la leur ! Et la perversité confine à l’esthétique quand, d’une part, tous les accidents de la finance sont voués à leur retomber dessus, car ce sont eux qui paieront les pertes de croissance, et que, suprême finale, il devient interdit de toucher quoi que ce soit aux structures financières au motif – bien fondé, c’est ça le pire ! – que ce serait attenter à leurs pensions. Dans ce piège parfait, s’en prendre à la rentabilité financière, n’est-ce pas s’attaquer à la retraite des vieux ?

Soyons justes : il n’y a pas que des ânes ou des singes savants du côté du libéralisme, répétant en boucle les articles de foi du gospel des marchés. Comme souvent, les plus efficaces de ses soutiens ne sont pas forcément les plus visibles. Ceux-là laissent à l’enthousiasme un peu benêt des économistes de service le soin d’opérer la transfiguration en « science naturelle des marchés », réputée n’avoir affaire qu’à des « offres » et des « demandes », et donc supposée pure de toute idéologie ou de toute politique, d’un processus de transformation du capitalisme qui n’est qu’idéologie et politique ! Ce cynisme lucide – et agissant –, qui fait intensément de la politique là où l’économisme s’entête dans la dénégation et répète que les marchés ne sont l’affaire que de la neutre « administration des choses », a, lui, parfaitement compris qu’il y avait une économie politique de la financiarisation. Mouiller le salariat dans la finance en est la stratégie, et elle est redoutable. Comment mieux sanctuariser les marchés de capitaux qu’en rendant les salariés solidaires de leurs « bienfaits » ? Reconstruire ses intérêts au travers de la finance, n’est-ce pas reconstruire le salariat comme soutien objectif de la financiarisation ?

Bien sûr, cette « solidarité » est celle du cheval et de l’alouette dans le pâté du même nom : quelques miettes de participation financière contre une servitude désormais acquise pour l’éternité (14). Et puis, la servitude actionnariale procède de mécanismes abstraits, lointains, et qui savent se faire oublier, alors que les miettes, même miettes, pèsent d’un poids concret qui peut suffire à faire croire que « toucher à la finance », c’est « toucher aux intérêts des salariés »…

On comprend que certains, comme M. Denis Kessler, qu’on rangerait plutôt dans la catégorie des cyniques que dans celle des ahuris, rêvent tout haut que le piège, encore incomplet en France, puisque y font toujours défaut les fonds de pension, sa composante la plus vicieuse, soit achevé au plus vite. On comprend moins bien que la candidate socialiste à l’élection de 2007, sans doute confortée par le très honorable bilan de la gauche en matière de financiarisation, ait pu proposer d’y œuvrer par une extension de l’actionnariat salarié et de la retraite capitalisée à partir du Fonds de réserve pour les retraites (15). Et l’on ne voit pas qu’il y ait eu depuis la moindre prise de conscience en cette matière au Parti socialiste. Il est vrai que nous « fêtons » leurs vingt-cinq ans de belle continuité…

Frédéric Lordon.

(1) Par lesquelles elle fournit les banques privées en liquidités.

(2) Un taux d’appel avantageux est accordé pendant les deux premières années, avant un relèvement au « taux plein » pendant les très nombreuses années qui suivent…

(3) Où les collectivités locales ont la possibilité de se financer en émettant des titres sur les marchés.

(4) Lire « Comment la finance a tué Moulinex », Le Monde diplomatique, mars 2004.

(5) Emissions de titres (actions, obligations…) pour le compte de leurs clients.

(6) « Message à nos clients », publicité de la Société générale parue dans Les Echos, Paris, 4 février 2008.

(7) Le Figaro, Paris, 25 janvier 2008.

(8) A Paris, l’indice CAC 40 est passé de 6 922 points le 4 septembre 2000 à 2 403 points le 12 mars 2003, soit une chute de 65 % en deux ans et demi. Le 6 février 2008, l’indice CAC 40 se situait aux alentours de 4 800 points.

(9) Shareholder Limited Authorized Margin (SLAM), ou marge actionnariale limite autorisée. Lire « Enfin une mesure contre la démesure de la finance, le SLAM ! », Le Monde diplomatique, février 2007.

(10) Voir sur notre site « Comment protéger l’économie réelle », septembre 2007.

(11) Aboli par M. William Clinton en 1998…

(12) Lire Serge Halimi, « Wal-Mart à l’assaut du monde », Le Monde diplomatique, janvier 2006.

(13) La commission pour la libération de la croissance française, présidée par M. Jacques Attali, installée par le président de la République le 30 août 2007, préconise de déréglementer les professions protégées et de favoriser l’épargne-retraite individuelle ou collective.

(14) Lire Antoine Rémond, « L’épargne salariale ou comment flexibiliser les salaires », Le Monde diplomatique, juin 2006.

(15) Mis en place par M. Lionel Jospin en 1999, le Fonds de réserve pour les retraites (FRR) fonctionne de fait comme un fonds de pension.

Frédéric Lordon

Economiste, auteur de Et la vertu sauvera le monde… Après la débâcle financière, le salut par l’« éthique » ?, Raisons d’agir, 2003.

La valise diplomatique

 

mercredi 8 août 2007

Spéculation internationale : l’heure de vérité ?

 

 

Les crises économiques se succèdent, presque toujours nourries par des engouements spéculatifs. La déréglementation financière lancée au cours des années 1980 ainsi que la fin des parités fixes de change ont déjà provoqué le scandale des « junk bonds » (affaire Michael Milken (1)), le krach de Wall Street en octobre 1987, la (longue) agonie des caisses d’épargne américaines, la crise du système monétaire européen de 1993, la débâcle russe ainsi que celle de nombreux Etats d’Asie du Sud-Est et d’Amérique latine (1997-1998), enfin l’éclatement de la « bulle Internet » en 2001-2002. La faillite de l’immobilier aux Etats-Unis annonce-t-elle de nouvelles secousses pour l’économie mondiale ?

Chaque fois, le mécanisme semble identique. Pour pallier le risque de crise systémique et préserver le taux de croissance économique sans rien remettre en cause d’essentiel, les gouvernements et les banques centrales alimentent une bulle spéculative ; ils encouragent les prêts les plus risqués, en particulier grâce à des taux d’intérêt exagérément attractifs.

Un jour, le risque, qui a contaminé des secteurs toujours plus étendus de l’économie et de la société (aux Etats-Unis, l’université Harvard vient de perdre 350 millions de dollars après avoir investi une partie de ses énormes actifs dans un fonds spéculatif), se retourne contre elles à mesure que les dettes impayées s’empilent. Les propriétaires de logements qui se sont endettés inconsidérément (conformément aux encouragements des banques et des entreprises de prêts qui prolifèrent) font faillite, ils revendent leurs logements au moment où leur valeur se tasse ou s’écroule, les institutions financières ne savent plus comment récupérer leurs créances, les taux d’intérêt se tendent pour apprécier plus justement les risques encourus, la facture des propriétaires d’immobilier qui ont souscrit des emprunts à taux variables s’alourdit…

Bien sûr, dans une première période, tout allait bien : les prêts les plus irresponsables alimentaient l’inflation immobilière ou le rachat spéculatif d’entreprises, ce qui nourrissait la hausse des cours. Aujourd’hui les bulles (immobilière, boursière) éclatent.

Il ne manque pourtant pas de précepteurs d’économie, d’experts et de responsables du lobby immobilier qui, semblables à Pangloss (le spécialiste de métaphysico-théologo-cosmolonigologie précepteur de Candide), professent un optimisme d’autant plus béat qu’il est intéressé. Comment ne pas mentionner, dans le cas de la France, la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim) toujours présente pour expliquer aux journalistes (bien accommodants) que les prix de l’immobilier vont continuer à augmenter, mais à un rythme plus raisonnable, que le marché du logement est sain, que la pratique des prêts risqués (ces fameux taux de « subprime » concédés à des emprunteurs insolvables) ne concernerait que les Etats-Unis (là-bas, ils étaient au départ destinés aux acheteurs de caravanes…). Seul problème de ces ritournelles apaisantes destinées à soutenir les cours (et les affaires des agences immobilières) : l’île heureuse abritée des vents contraires n’existe guère dans un marché financier – mais aussi immobilier – mondial parce que largement décloisonné au cours des ans. Les prix des appartements français ont d’ailleurs baissé de 1,5% en juillet et, le 9 août 2007, la BNP-Paribas a annoncé qu’elle suspendait la cotation de trois de ses fonds, victimes de la crise du « subprime ». En Allemagne, la déroute de la banque IKB a déjà été assimilée par le régulateur boursier lui-même à la « plus grave crise bancaire depuis 1931 ».

(1) Michael Milken, coupable de délits d’initié et d’extorsions qui ont ruiné nombre de caisses d’épargne et de fonds de retraite, a été condamné en 1990 à dix ans de prison (lire Ibrahim Warde, « Michael Milken, ange et martyr », Le Monde diplomatique, août 1993).

Les maîtres auxiliaires des marchés

Ces puissantes officines qui notent les Etats

La finance internationale ayant, elle aussi, horreur du vide, le repli des Etats a permis de conforter le pouvoir d’une poignée d’agences de notation privées. Alimentées par un flot montant d’innovations, elles évaluent la solvabilité de tous les intervenants sur « les marchés », entreprises et gouvernements confondus. Une mauvaise note peut coûter très cher, une bonne note se négocier… Cet engrenage n’est pourtant pas fatal : des économistes suggèrent les moyens de restaurer l’autonomie des Etats et de jeter du sable dans les rouages de la finance. Leurs propositions butent contre le mur du silence.

Par Ibrahim Warde

« Le monde de l’après-guerre froide compte deux superpuissances, les Etats-Unis et l’agence Moody’s. » Thomas Friedman, éditorialiste de politique étrangère du New York Times, explicite ainsi sa formule : si les Etats-Unis peuvent anéantir un ennemi en faisant usage de leur arsenal militaire, l’agence de notation financière Moody’s possède les moyens d’étrangler financièrement un pays en lui décernant une « mauvaise note ».

Jusqu’à une période récente, le pouvoir des agences de rating se limitait au monde des entreprises et des collectivités locales, dont elles notaient les émissions d’obligations. La note – étalée de AAA à D – se fonde sur une analyse de la solvabilité des emprunteurs. Le mythique triple A, très convoité mais rarement décerné, est accordé aux meilleurs emprunteurs et indique une totale sécurité de paiement. A mesure que la probabilité de non-paiement s’accroît, la note baisse. Le triple B constitue la mention « passable » car on est encore, mais de justesse, dans la catégorie « investissement » (investment grade) : un investisseur prudent peut donc s’y aventurer. En deçà, on tombe dans la catégorie de « spéculation » (speculative grade), qui ne convient qu’aux téméraires, prêts à assumer le risque, en échange d’un rendement élevé. La note D, accordée aux obligations en défaut, constitue le zéro pointé du système.

Une bonne note permet d’emprunter au moindre coût. Plus la note baisse, plus le taux d’intérêt augmente, car les investisseurs exigeront une prime de risque. Les obligations mal notées (ou pas notées du tout) sont considérées comme des obligations « pourries » (junk bonds), même si leurs vendeurs préfèrent l’appellation d’« obligations à haut rendement » (high yield bonds). La procédure de notation est bien rodée : le client présente son dossier, une équipe d’examinateurs lui rend visite et épluche ses comptes avant de présenter un rapport interne ; ce dernier est ensuite soumis à un comité qui fixe la note.

Pour certains types d’établissements, un bon rating est vital. Une banque mal notée se trouve automatiquement en position défavorable face à des concurrents mieux notés, qui paieront moins cher leurs fonds. De même, pour une compagnie d’assurances, dans la mesure où la note reflète la capacité de faire face aux engagements à l’égard des assurés, toute dégradation est de nature à susciter la méfiance des clients, et donc une baisse du chiffre d’affaires.

Bien que privées, les agences de notation financière reçoivent la caution des pouvoirs publics et sont en mesure de définir les règles du jeu financier. D’une part, la plupart des émetteurs sont tenus d’obtenir une note. D’autre part, certains investisseurs institutionnels – compagnies d’assurances, fonds de pension, caisses d’épargne – doivent investir l’essentiel, voire la totalité, de leurs capitaux dans des émissions bien notées. Par ailleurs, les institutions financières bénéficiant des meilleures notes sont souvent soumises à une réglementation moins contraignante. Aux Etats-Unis, six agences – Standard and Poor’s, Moody’s, Fitch Investors Services, Duff and Phelps, Thomas BankWatch, IBCA – sont agréées par la Securities and Exchange Commission (SEC), le « gendarme de la Bourse » (1).

Cette emprise sur les marchés ne va pas sans controverses. Première critique : bien qu’en théorie ouvert à tous, le marché de la notation est, sauf sur des créneaux bien précis, un duopole de fait, constitué par Standard and Poor’s, filiale de la maison d’édition McGraw Hill, dont l’origine remonte à 1860, et par Moody’s, filiale du groupe d’information financière Dun and Bradstreet, fondée en 1900. Ces deux sociétés jouissent d’une rente de situation puisqu’un nombre toujours croissant d’émissions doit être noté – au coût de 50 000 à 100 000 dollars par émission – et usent de méthodes musclées pour élargir leur emprise et éliminer leurs concurrentes.

Moody’s est l’objet d’une enquête du ministère de la justice, pour concurrence déloyale, et d’un procès intenté par le district scolaire de Jefferson County dans l’Etat du Colorado. En 1993, cette collectivité, refusant de solliciter Moody’s, demanda à la petite agence Fitch Investors Services de noter son émission d’obligations. En réplique à l’affront, Moody’s décerna une note « non sollicitée » (ou « note sauvage »), et bien entendu mauvaise, ce qui rendit l’émission impossible. Pour l’agence de notation, il ne s’agissait pas là d’un chantage, mais d’un service rendu au public et couvert par le premier amendement de la Constitution, qui garantit le droit à la libre expression (2).

Le procédé revient pourtant à dire : « Payez-nous, sinon cela vous coûtera cher. » Autrefois, les revenus des agences provenaient essentiellement des usagers de leurs notations. Désormais ce sont les notés qui paient pour l’être. Les émetteurs ont certes le droit de s’adresser à une agence moins connue, voire celui de ne solliciter aucune notation. Mais ils courent le risque de se voir infliger une note « non sollicitée »… D’où le raisonnement de bon sens qui prévaut : solliciter une notation et la payer coûte moins cher qu’une prime de risque rendue nécessaire par une mauvaise note non sollicitée (3).

Deuxième critique : les agences de notation commettent de graves erreurs. En 1975, à la veille de sa mise en cessation de paiements, la ville de New York était encore bien notée. Plus récemment, à la suite de la faillite du comté d’Orange, Standard and Poor’s a été prise en défaut de vigilance et fait l’objet de nombreuses poursuites judiciaires. Là encore, l’agence assurait les investisseurs que le comté d’Orange était en bonne santé et bien géré, alors même que 2 milliards de dollars partaient en fumée, à la suite de spéculations sur les produits dérivés (4). En octobre 1994, le bulletin de la Réserve fédérale américaine cautionna les investisseurs. Tout en reconnaissant que « les notations jouent un rôle important et estimable dans le fonctionnement et la surveillance des marchés financiers », l’article suggérait que « les investisseurs devaient en faire une utilisation critique ».

Les agences de notation poursuivent malgré tout leur fulgurante expansion. En effet, plus l’innovation financière et la titrisation se répandent, plus le besoin de notation se fait pressant (5). Tant Standard and Poor’s que Moody’s s’apprêtent à noter les fonds mutuels, qui continuent de proliférer, en fonction de leur niveau de risque. Mais c’est surtout à l’étranger, la plupart des places financières ayant connu une évolution à l’anglo-saxonne, que la croissance des géants de la notation est le plus spectaculaire. Forts de leur expérience et de leur notoriété, ils ont multiplié leurs succursales extérieures où ils coopèrent souvent avec les autorités boursières nationales. En France, par exemple, depuis que la notation par des agences agréées des titres de créances négociables et des opérations de cotation a été instaurée par la loi, la Commission des opérations de Bourse (COB) exige une note pour les entreprises ou les collectivités locales accédant pour la première fois au marché obligataire.

C’est cependant le pouvoir de noter des Etats qui vaut aux agences l’image de superpuissance politique. En effet, depuis 1990 – la crise de la dette, l’asséchement de l’aide extérieure et des prêts bancaires, et les recettes néo-libérales des organisations internationales étant passés par là – l’essentiel du financement extérieur des Etats se fait sur les marchés obligataires. Depuis que la « loi Wriston » n’a plus cours (6), les investisseurs veulent s’assurer de la solvabilité des Etats emprunteurs… que seules les agences de notation se disent capables d’apprécier. La notation des différentes formes de la « dette souveraine » d’un pays (en monnaie nationale, en devises, etc.) revient à noter le pays (les entreprises privées s’y trouvant sont notées séparément, et en général plus sévèrement). Une mauvaise note ne signifie pas seulement un renchérissement du financement. A l’heure où emprunteurs privés et publics se livrent, à l’échelle mondiale, à une concurrence acharnée pour attirer les capitaux, elle peut aussi mener à l’étranglement financier d’un pays dont « les marchés » se méfient.

Une bonne note contre des « cadeaux »

Si la lecture d’un bilan d’une compagnie anglo-saxonne peut se prêter à des procédures codifiées et à des grilles d’analyse classiques, la notation d’un pays, surtout dans un contexte d’incertitude quasi totale, est semée d’embûches. Seuls quelques critères (revenu par habitant, croissance du produit national brut, inflation, dette extérieure, etc.) sont quantifiables (7) ; la plupart (« bonne gestion » de l’économie, perspectives à long terme, stabilité politique, etc.) ne le sont pas. Mais, dans le doute, les agences de notation ne s’abstiennent pas. L’arbitrage comprend alors une grande part d’arbitraire. Les pays riches peuvent compter sur de bonnes notes, tandis que les plus pauvres – et donc ceux qui ont souvent les besoins les plus pressants – sont pénalisés. Mieux vaut coopérer, c’est-à-dire fournir tous les documents demandés et recevoir la visite d’« examinateurs », que se voir décerner une note non sollicitée. Le système renforce les inégalités et regorge d’effets pervers. Le plus spectaculaire étant celui que les Anglo-Saxons appellent « self-fulfilling prophecy » : le simple fait de prévoir, même à tort, une déconfiture amène la déconfiture.

Tout gouvernement qui dépend pour son financement des marchés internationaux se trouve à la merci des agences de notation. Un pays peut voir sa note modifiée du jour au lendemain, ou se trouver placé « sous surveillance », en anticipation d’une éventuelle rétrogradation. De tels « avertissements » conduisent souvent à un changement de politique, histoire d’éviter la sanction financière des « marchés ». Tels des potaches nerveux, les gouvernements guettent les changements d’humeur des agences. Ainsi, au cours des dernières semaines, tant en Argentine qu’en Israël, de simples rumeurs de rétrogradation relayées par la presse ont provoqué des effondrements boursiers et des remous politiques. De nombreux pays font valoir que des pratiques qui ont cours hors du monde anglo-saxon ne sont pas prises en compte dans la notation. La « solidarité de place », par exemple : dans de nombreux pays, certains établissements, tels les banques, sont sauvés de la faillite par leurs concurrents. Ou les rapports privilégiés entre gouvernements et entreprises publiques : lorsque les banques d’Etat chinoises et leurs établissements associés à Hongkong se voient rétrogradés par Moody’s, un porte-parole du gouvernement accuse l’agence soit « d’une ignorance de la situation actuelle en Chine », soit d’une « distorsion intentionnelle des faits (8) ».

Un nombre croissant de pays se sont vu décerner des notes en 1996. Les considérations politiques n’en ont pas toujours été absentes. Ainsi, vu l’inquiétude qu’inspire le pays, les notes – très attendues – de la Russie furent meilleures que prévu : Ba2 (Moody’s) et BB – (Standard and Poor’s). A titre de comparaison, la Slovénie, la Slovaquie, la Pologne, la Hongrie et la Tchéquie ont reçu des notes les plaçant dans la catégorie « investissement » (Baa3/BBB – et plus) tandis que la Roumanie, le Kazakhstan et la Lituanie sont dans la catégorie « spéculative » (Ba1/BB + et moins). A l’occasion de son grand retour sur les marchés obligataires, Moscou avait certes pris l’engagement d’un nouveau train de réformes et de « rembourser » son dernier emprunt (qui remonte à 1917), mais la note reçue n’était pas sans lien avec les différents « cadeaux » accordés par les gouvernements occidentaux à M. Boris Eltsine avant et après sa réélection (9).

L’autre note dont l’annonce déclencha un long suspense fut celle de l’Egypte. En septembre 1996, après que l’agence Moody’s eut annoncé qu’elle s’apprêtait à émettre une note non sollicitée, le gouvernement décida de demander à être noté (tout en affirmant qu’il n’avait pas l’intention d’émettre des obligations). S’entourant des banques d’investissement Goldman Sachs et EFG Hermes, les dirigeants égyptiens se livrèrent à un bachotage forcené et s’empressèrent d’accéder aux exigences du Fonds monétaire international en matière d’ajustement structurel. L’Egypte se vit décerner la note Ba2, se trouvant du coup au même niveau que le Mexique ou le Venezuela, soit un cran au-dessus d’autres pays émergents tels la Turquie, le Brésil ou la Jordanie, mais cependant derrière Israël, la Tunisie ou Bahrein. Pour M. Youssef Boutros Ghali, ministre d’Etat pour les affaires économiques, « cela vaut mieux que pas de note du tout, mais cela ne reflète ni la force ni le potentiel de l’économie égyptienne. J’espère que les notes qui nous seront bientôt décernées par d’autres agences de notation en tiendront compte (10) ».

Très sourcilleuses en matière de transparence lorsqu’il s’agit des notés, les agences de notation restent elles-mêmes bien mystérieuses. Leur pouvoir exorbitant et leurs abus appellent à un contrôle plus strict de leurs pratiques ou du moins à l’adoption d’un code de déontologie. De telles initiatives sont à l’étude, mais on peut douter de leurs succès. Les agences ne peuvent en effet être contrôlées que par ces mêmes gouvernements qu’elles tiennent sous haute surveillance.

Ibrahim Warde.

(1) Les agences agréées sont celles ayant reçu le label d’« organismes nationalement reconnus de notation statistique » (NRSRO : Nationally Recognized Statistical Rating Organizations). Cinq d’entre elles sont américaines. IBCA, spécialisée dans la notation bancaire, est franco-britannique.

(2) Business Week, 8 avril 1996.

(3) Financial Times, 10 juin 1996.

(4) Ibrahim Warde : « Orange-citron, les mécomptes d’un comté », Le Monde diplomatique, janvier 1995.

(5) Ibrahim Warde : « Les assises du système bancaire détruites par la déréglementation », Le Monde diplomatique, janvier 1991.

(6) M. Walter Wriston, ancien président de la Citibank, a donné son nom à la « loi » selon laquelle les Etats paient toujours leur dette. Les grandes banques internationales se bousculèrent alors pour accorder des crédits aux gouvernements étrangers, jusqu’à l’annonce en 1982 que le Mexique n’était plus en mesure d’honorer ses engagements.

(7) Richard Cantor and Frank Packer : « Determinants and Impacts of Sovereign Credit Ratings », Economic Policy Review, Federal Reserve Bank of New York, octobre 1996.

(8) Far Eastern Economic Review, 1er août 1996.

(9) The Wall Street Journal, 22 novembre 1996.

(10) Financial Times, 23 octobre 1996.

Ibrahim Warde

Professeur associé à l’université Tufts (Medford, Massachusetts, Etats-Unis). Auteur de Propagande impériale & guerre financière contre le terrorisme, Agone – Le Monde diplomatique, Marseille-Paris, 2007.

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Comprendre la dette odieuse ( Documents Word et PDF à consulter , d’urgence ! )

Posté par issopha le 28 février 2008

 

Comprendre la dette odieuse 

 Cliquer sur les documents WORD et  PDF ci-dessous pour plus d’infos sur la « Dette odieuse «  

Comprendre la dette odieuse ( Documents Word et PDF à consulter , d'urgence ! ) dans LE NOUVEL ORDRE MONDIAL doc comprendreladetteodieuse.doc

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pdf dans POLITIQUE ET BUSINESS biens mal acquis .doc travail ccfd 26 mars 2007.pdf  ( Biens mal acquis profitent trop souvent…)

LA DETTE ODIEUSE

  

1/ La dette des pays du Sud


- La dette : histoire d’une crise
- Illégitimité de la dette

2/ La dette odieuse, qu’est-ce que c’est ?


- Une doctrine de droit
- 3 critères pour définir la dette odieuse
- Une dette de dictateurs
- Combien représente la dette odieuse ?

3/ Peut-on annuler les dettes odieuses ?


- Des pays montrent l’exemple
- La jurisprudence
- Qui doit payer la dette odieuse ?

4/ Pourquoi faut-il annuler les dettes odieuses ?


- Abroger la double peine
- Reconnaître la responsabilité des créanciers
- Prévenir de nouveaux prêts odieux
 

La dette des pays du Sud 

La dette : histoire d’une crise 

Les pays du Sud s’endettent dans les années 60-70 pour financer leur développement. Le contexte économique et politique international y est favorable. D’une part la guerre froide pousse les blocs occidentaux et soviétiques à « acheter » le soutien des pays du Sud en leur prêtant massivement de l’argent, quitte à financer des régimes despotiques dans certains pays. D’autre part, après le choc pétrolier de 1973, les banques occidentales regorgent de « pétrodollars » et proposent des taux d’intérêt particulièrement bas. Entre 1970 et 1980, la dette des pays en développement est multipliée par 12.  

Mais à la fin des années 70, l’augmentation brutale des taux d’intérêts mondiaux et la chute du prix des matières premières plongent les pays du Sud dans une situation économique intenable.

Le 1er facteur augmente considérablement le coût des emprunts contractés ;

le 2ème diminue les recettes qu’ils peuvent consacrer au remboursement.

C’est le début d’une spirale infernale pour ces pays, contraints de contracter de nouveaux prêts pour rembourser les premiers. Ce phénomène aboutit en 1982 à l’annonce par le Mexique de sa situation de cessation de paiement. De nombreux pays suivront. Les plans drastiques imposés par le FMI et
la Banque mondiale provoqueront une crise sociale, sans pour autant résoudre la crise financière. En 1999 puis 2005, les pays du G8 promettent d’effacer la dette des pays les plus pauvres. A ce jour, seule une vingtaine de pays sont concernés. Environ 4% de la dette extérieure publique des pays en développement a été effacé. 
 

Illégitimité de la dette 

Seule une faible part des prêts accordés aux pays du Sud a bénéficié aux populations. La majorité a servi à renforcer des régimes despotiques et corrompus ou à financer des projets inadaptés et surfacturés. Par exemple la centrale nucléaire de Bataan aux Philippines, qui est à l’origine de la plus importante dette du pays. Achevée en 1984, pour un coût de 2,3 milliards $, elle n’a jamais été mise en service car elle a été construite sur une faille géologique au pied d’un volcan. Les créanciers continuent tous de percevoir le remboursement des Philippines. 

La notion d’illégitimité constitue une appréciation morale ou politique : elle n’a pas de définition en droit. Elle a été utilisée cependant en 2000, par la cour fédérale argentine pour qualifier la dette contractée par le régime dictatorial de 1976 à 1983. Plus récemment, le gouvernement norvégien l’a utilisé pour renoncer au remboursement de certaines de ses créances. On peut définir une dette illégitime comme contraire à la loi ou à la politique publique, injuste, inadaptée ou abusive. 

La dette odieuse, qu’est-ce que c’est ?  

Une doctrine de droit 

La dette odieuse est une doctrine de droit, théorisée en 1927 par Alexander Sack, ancien ministre russe de Nicolas II et professeur de droit à Paris. Selon lui, « si un pouvoir despotique contracte une dette non pas pour les besoins et dans les intérêts de l’Etat, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, etc., cette dette est odieuse pour la population de l’Etat entier. Cette dette n’est pas obligatoire pour la nation ; c’est une dette de régime, dette personnelle du pouvoir qui l’a contractée, par conséquent elle tombe avec la chute de ce pouvoir. » 

Cette doctrine cherche à formaliser la responsabilité des créanciers. Si ceux-ci connaissent les desseins de l’emprunteur, ils commettent « un acte hostile à l’égard du peuple » et s’exposent eux-mêmes au risque de non-remboursement si le régime est déchu. Ils ne peuvent donc réclamer leur dû. Certains préfèrent parler de « prêts odieux » plutôt que de « dette odieuse » pour insister sur la responsabilité des créanciers. 

3 critères pour définir une dette odieuse  

De nombreux auteurs ont cherché à rendre la doctrine de la dette odieuse opérationnelle au niveau juridique. La forme la plus aboutie définit une dette odieuse par la concordance de trois critères : 

> Absence de consentement : la dette a été contractée contre la volonté du peuple. 

> Absence de bénéfice : les fonds ont été dépensés de façon contraire aux intérêts de la population. 

> Connaissance des intentions de l’emprunteur par les créanciers. 

Si l’un des critères n’est pas respecté, on ne peut pas parler de dette odieuse. Il en est ainsi d’une dette utilisée par un despote pour construire des hôpitaux ou de créances détournées par un régime démocratique. On pourra débattre de leur caractère illégitime, mais non les définir comme odieuses.  

Une dette de dictateurs 

Les dettes odieuses sont généralement associées à des régimes dictatoriaux comme celui de Gnassingbé Eyadema au Togo, de Ferdinand Marcos aux Philippines, du régime de l’apartheid en Afrique du Sud, des juntes en Amérique latine ou encore de Saddam Hussein en Irak. Ces régimes liberticides ont tous contracté des dettes colossales auprès de pays et institutions internationales avertis, à des fins éloignées de l’intérêt de leur population. La doctrine de la dette odieuse aurait ainsi pu servir de fondement au Rwanda pour répudier la dette extérieure contractée par le régime responsable du génocide de 1994. 

Combien représente la dette odieuse ? 

Le montant de la dette odieuse est, par essence, malaisé à estimer. On se fie donc généralement à la dette contractée par des régimes dictatoriaux. Celle-ci est estimée entre 500 et 800 milliards $, soit 20 à 30 % de la dette totale des pays du Sud. La vente d’armes représente une part importante de ces dettes odieuses. Dans les années 80, les achats d’armes représentaient 15 à 20 % de la dette globale des pays du Sud.
La France figure, à cette période, parmi les principaux fournisseurs. Les avoirs détenus à l’étranger par les dictateurs du Sud, eux, sont estimés entre 100 et 180 milliards $ (cf.
l’étude du CCFD).    

Dette attribuable à quelques dictateurs (en milliards $) 

Indonésie   Suharto  126 
Brésil   Junte  100 
Argentine   Junte  65 
Philippines  Marcos  40 
Syrie    Assad  22  
Afrique du Sud   Apartheid   22  
Pakistan  Junte   14  
Soudan   Nimery/al-Mahdi   17  
Thaïlande    Junte   14  
Nigeria     Buhari/Abacha   14  
Chili         Pinochet   13  
Zaïre/ RDCongo  Mobutu   13  
Algérie           Junte   5  
Iran        Shah   5  
Kenya  Moi  4 
Ethiopie   Mengistu   4  
Bolivie    Junte   3  
Somalie    Siad Barre   2  
Paraguay     Stroessner   2  
Malawi  Banda   2  
Salvador   Junte   1  
Libéria  Doe   1  
Haïti  Duvalier   1  

Peut-on annuler les dettes odieuses ? 

Des pays montrent l’exemple 

La doctrine de la dette odieuse introduit une exception au principe de succession d’Etat, selon lequel tout gouvernement est légalement tenu de payer la dette héritée du gouvernement précédent. Mais plusieurs régimes, dont certaines puissances occidentales, ont déjà refusé d’honorer les engagements financiers de leurs prédécesseurs, invoquant le caractère odieux de la dette.   C’est le cas de la France qui, en 1878, a refusé d’assumer la dette de Madagascar après avoir annexé la Grande Ile. C’est également le cas des Etats-Unis et de Cuba deux décennies plus tard. En 1897, soutenant le peuple cubain et soucieux de leurs propres intérêts, les Etats-Unis entrent en guerre contre la couronne hispanique et obtiennent la souveraineté de l’île. L’Espagne, déchue, leur réclama le paiement des créances qu’elle détenait sur le peuple cubain. Selon les Etats-Unis, cette dette, imposée par la force des armes, constituait l’un des motifs de la rébellion cubaine. Ils déclarèrent que les créanciers devaient assumer les risques qu’ils avaient pris, en utilisant ces créances pour asservir un peuple. Ni les Etats-Unis ni Cuba ne remboursèrent la dette. 

Plus récemment, le cas de l’Irak a ravivé la rhétorique de la dette odieuse. Pressés de rendre solvable la nouvelle autorité irakienne pour financer la reconstruction, les Etats-Unis demandent l‘annulation totale de la dette irakienne. Selon le Secrétaire américain au Trésor John Snow, « le peuple irakien ne doit pas être accablé par des dettes contractées par le régime du dictateur déchu ». Puis, craignant de créer un précédent, ils obtiennent des principaux créanciers, en novembre 2004, une annulation de 80 % de la dette irakienne sans référence à son caractère odieux.  

En octobre 2006, c’est la Norvège qui a créé un précédent historique en annulant 65 millions d’euros de créances, qu’elle a reconnues comme illégitimes, envers 5 pays (Egypte, Equateur, Jamaïque, Pérou et Sierra Leone). Depuis, la Norvège a saisi la CNUCED (organe de l’ONU) et la Banque mondiale pour affiner le concept de dette odieuse et inciter d’autres prêteurs à assumer leurs responsabilités. 

La jurisprudence 

D’un point de vue strictement juridique, l’affaire entre le Costa Rica et la Grande-Bretagne constitue le principal élément de jurisprudence. En 1922, le Costa Rica dénonça la dette accumulée par le dictateur Tinoco (1917-1919).
La Grande-Bretagne accusa l’Etat costaricain de rompre ses engagements envers la banque britannique Royal Bank of Canada. Le président de
la Cour suprême américaine rejeta la prétention britannique, mettant en cause sa bonne foi et arguant qu’elle aurait dû « démontrer qu’elle a fourni l’argent au gouvernement pour un usage véritablement légitime. » 
 

Plus récemment, la sentence, prononcée par la Cour pénale de Buenos Aires en 2000 est également un élément de jurisprudence important. Au terme d’un processus d’audit judiciaire, la légitimité de la dette argentine est mise en cause. La Cour condamne fermement la dictature argentine et ses créanciers, dont les banques privées et le Fonds monétaire international. 

Cependant aujourd’hui, la doctrine de la dette odieuse n’est pas opposable aux créanciers : une doctrine n’ayant pas valeur de loi. Elle n’est qu’une source subsidiaire du droit. Cependant, les différents pays ayant invoqué avec succès la doctrine et les arbitrages qui ont été adoptés pourraient en faire une base pour la pratique du droit.    

Qui doit payer la dette odieuse ? 

Deux interprétations sont possibles. Si le contrat est jugé nul et non avenu, le poids de la dette retombe alors sur le créancier ; si on estime que le contrat ne lie pas le créancier à l’Etat mais au régime déchu, il appartient aux anciens dirigeants d’honorer ces dettes à titre privé.   Pour les créanciers, s’attaquer à la fortune amassée dans les pays occidentaux par les clans Mobutu (environ 6 milliards $), Marcos (10 milliards $) ou Suharto (environ 25 milliards $) ne serait pas un vain exercice. Non seulement la restitution de ces biens mal acquis représente un enjeu financier important, mais elle enverrait un signe très fort contre l’impunité. Mais la question se pose pour les entreprises et individus des pays du Nord qui ont bénéficié en connaissance de cause de ces créances odieuses. Dans les cas fréquents de prêts à des régimes autoritaires, destinés à promouvoir les exportations du pays prêteur ou pour des projets somptuaires accompagnés de généreux pots-de-vin et de rétro-commissions, les contribuables sont en droit de protester contre l’utilisation faite de l’argent public et de réclamer que les bénéficiaires complices de tels montages paient le prix de leurs forfaits.  

Pourquoi faut-il annuler les dettes odieuses ? 

Abroger la double peine des populations 

Il n’est pas acceptable de faire payer à des populations le prix de leur oppression. Ces populations ont subi la répression de régimes despotiques ; elles assument aujourd’hui le remboursement d’une dette, accumulée par ces derniers. Tout en étant les premières victimes des conditionnalités économiques drastiques imposées par le Fonds monétaire international, en contrepartie d’annulations ponctuelles de dettes. Il s’agit de rendre justice à des peuples qui héritent aujourd’hui de contrats d’endettement illégitimes ou illégaux. 

Reconnaître la responsabilité des créanciers 

Les créanciers portent une lourde responsabilité dans l’accumulation des dettes odieuses. Les pays occidentaux ont soutenu des régimes qu’ils savaient liberticides, liant leur soutien politique et financier à de juteux contrats commerciaux et au ralliement politique de ces pays. A travers l’annulation des dettes odieuses, il s’agit pour les pays riches d’en admettre le caractère illégitime, de reconnaître leur responsabilité et d’assumer le coût de leur politique passée. 

Prévenir de nouveaux  prêts odieux 

L’annulation des dettes  odieuses devrait jouer en faveur d’un meilleur discernement de la part des Etats et des organismes créditeurs dans l’octroi de nouveaux prêts, les encourageant à des pratiques responsables et transparentes. Elle permettrait de mettre un terme au système actuel qui garantit l’absence de risque pour les prêteurs, ces derniers étant assurés de recouvrer leurs créances,  aussi scandaleuses et illégitimes soient-elles. Les créanciers ne s’engageront pas à octroyer des prêts dont ils savent qu’ils ne seront pas remboursés. 

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Quelques LIVRES CONTRE LA PENSEE UNIQUE

Posté par issopha le 28 janvier 2008

Ami(e)s lecteurs et lectrices , bonjour.

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Ci-dessous une sélection de livres indispensables ( constituée par sylvain TIMSIT du site www.syti.net ) qu’il faut avoir lu au moins une fois dans sa vie pour se forger une opinion alternative à la pensée unique ; pour s’affranchir des prêt-à-penser de nos pseudo-intellectuels et autres « hommes de science  » qui pour des raisons occultes contribuent à véhiculer la pensée de ces hommes de pouvoir. Par ces réflexions non-exhaustives , on s’affranchit encore plus du déficit de distanciation critique et de la profondeur des analyses de nos  » experts cathodiques «  , de l’instantanéité et de la superficialité du traitement de l’information par les médias quels qu’ils soient d’ailleurs , médias qui déforment et éludent plus qu’ils n’informent . J’y rajouterai volontiers toute la bibliographie des économistes François-Xavier VERSCHAVE (pourfendeur mal connu en France de la Françafrique et des circuits parallèles de la finance internationale ) et l’égyptien Samir AMIN. Ouvrages et brochures que le lecteur pourra aisément trouver sur le web. 

Bonne visite !

Issopha , l’administrateur du blog

Quelques livres contre la « pensée unique »

  Un autre regard sur la mondialisation, la démocratie,

les nouveaux pouvoirs planétaires…
    

 

Quelques LIVRES CONTRE LA PENSEE UNIQUE dans ACTUALITES ET DEBATS DU MONDE CONTEMPORAIN ConeIndigovide dans ALTERMONDIALISME« Le grand bond en arrière – Comment l’ordre libéral s’est imposé au monde », Serge Halimi  Stars3 dans AU-DELA DES IDEES RECUES

livres_Halimi_BondArriere dans CONTRE LA PENSEE UNIQUE 
De l’Amérique de Reagan à la France de Mitterrand, en passant par la Nouvelle-Zélande, les transformations économiques du dernier quart de siècle n’ont été le produit ni du hasard ni de la nécessité. Si, à partir des années 80, les « décideurs » et les médias du monde occidental ont presque toujours interprété de manière identique les situations de « crise », c’est que tout un travail idéologique était intervenu au préalable, c’est que les solutions alternatives au marché avaient été détruites afin qu’il n’y ait « plus d’alternative ».

D’autres interprétations des événements auraient suggéré d’autres remèdes, mobilisé d’autres forces sociales, débouché sur d’autres choix.

La « mondialisation », ce fut aussi ce long labeur intellectuel de construction de la « seule politique possible » que favorisa la symbiose sociale entre ses principaux architectes d’un bout à l’autre de la Terre. Inspirées par des théoriciens de l’université de Chicago, dont l’influence sera considérable au Chili, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, les doctrines économiques libérales vont encourager les classes dirigeantes à durcir leurs politiques, à passer d’un système d’économie mixte acceptant une certaine redistribution des revenus à un nouveau capitalisme orienté par les seuls verdicts de la finance. Les artisans de cette métamorphose en tireront un avantage considérable; pour la plupart des autres, au contraire, ce sera le grand bond en arrière.

Une véritable enquête menée par Serge Halimi, qui débute aux Etats-Unis et se ramifie en Grande-Bretagne et en France. Étude qui touche le milieu politique et économique et leurs deux principaux relais, les intellectuels et les médias.

Serge Halimi, journaliste au Monde diplomatique, est notamment l’auteur des Nouveaux Chiens de garde (Raisons d’agir, 1997).

vide dans LA MONDIALISATION

 

ConeIndigo dans LE NOUVEL ORDRE MONDIALvide dans Vous avez dit THEORIE du COMPLOT ?« Comment les riches détruisent la planète« , Hervé Kempflivres_RichesPlanete 
Nous sommes à un moment de l’histoire qui pose un défi radicalement nouveau à l’espèce humaine: pour la première fois, son prodigieux dynamisme se heurte aux limites de la biosphère et met en danger son avenir. Vivre ce moment signifie que nous devons trouver collectivement les moyens d’orienter différemment cette énergie humaine et cette volonté de progrès. C’est un défi magnifique, mais redoutable. Or, une classe dirigeante prédatrice et cupide, gaspillant ses prébendes, mésusant du pouvoir, fait obstacle au changement de cap qui s’impose urgemment. Elle ne porte aucun projet, n’est animée d’aucun idéal, ne délivre aucune parole mobilisatrice. Après avoir triomphé du soviétisme, l’idéologie néolibérale ne sait plus que s’autocélébrer. Presque toutes les sphères de pouvoir et d’influence sont soumises à son pseudo-réalisme, qui prétend que toute alternative est impossible et que la seule voie imaginable est celle qui conduit à accroître toujours plus la richesse.

Cette représentation du monde n’est pas seulement sinistre, elle est aveugle. Elle méconnaît la puissance explosive de l’injustice, sous-estime la gravité de l’empoisonnement de la biosphère, promeut l’abaissement des libertés publiques. Elle est indifférente à la dégradation des conditions de vie de la majorité des hommes et des femmes, consent à voir dilapider les chances de survie des générations futures. Pour l’auteur de ces pages incisives et bien informées, on ne résoudra pas la crise écologique sans s’attaquer à la crise sociale concomitante. Elles sont intimement liées. Ce sont aujourd’hui les riches qui menacent la planète.

Hervé Kempf est un des journalistes d’environnement les plus réputés. Depuis près de vingt ans, il écrit sur le changement climatique, le nucléaire, la biodiversité ou les OGM. Après avoir fondé Reporterre, il a travaillé à Courrier international, à La Recherche, et maintenant au Monde.

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ConeIndigovide« Les nouveaux maitres du monde, et ceux qui leur résistent », Jean Ziegler  Stars3

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« Au coeur du marché globalisé, le prédateur. Banquier, haut responsable de société transnationale, opérateur du commerce mondial: il accumule l’argent, détruit l’Etat, dévaste la nature et les êtres humains.

Les Nouveaux maîtres du monde », ce sont les seigneurs du capital financier mondialisé. Ce livre révèle leurs visages, d’où ils viennent, ce qu’ils font au jour le jour: à la tête des sociétés mondialisées, au sein de l’OMC ou du Fonds Monétaire International, dans les officines interlopes, les paradis fiscaux, mais aussi les bureaux feutrés des banques de Suisse et d’ailleurs. Ce livre démonte l’idéologie qui les inspire et jette une lumière crue sur le rôle joué en coulisses par l’empire américain.

Analyses, portraits, informations bouleversantes, propositions concrètes, un livre écrit par un homme qui a souvent croisé les personnalités dont il brosse le portrait, et qui connait de l’intérieur les institutions qu’il critique. »

ConeIndigovide« Malheur aux vaincus« , Philippe Labarde et B.Maris livres_MalheurVaincus 
La mondialisation triomphe, les inégalités explosent. Un phénomène de sélection-exclusion a fragilisé les plus faibles dans un processus cumulatif qui ne pouvait que renforcer les handicaps du Sud par rapport au Nord, des défavorisés par rapport aux riches.

Darwin est à l’œuvre: tout est fait pour éliminer les faibles, profiter des différences d’âge, de sexe ou d’origine, pour « liquéfier » le travail, le soumettre à la peur, au risque. Un nouveau racisme, un véritable racisme social pointe son mufle.

Les auteurs de La Bourse ou la vie avaient déjà vu juste en pulvérisant la nouvelle économie avant qu’elle ne s’effondre sous le poids de la spéculation. Ils récidivent en dénonçant l’avènement d’une « nouvelle barbarie »: un monde au-delà de l’humain où des sous-hommes serviraient des surhommes.

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ConeIndigovide« L’Empire de la honte« , Jean Ziegler Stars3 

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« Nous assistons aujourd’hui à un formidable mouvement de reféodalisation du monde. C’est que le 11 septembre n’a pas seulement été l’occasion pour George W. Bush d’étendre l’emprise des Etats-Unis sur le monde, l’événement a frappé les trois coups de la mise en coupe réglée des peuples de l’hémisphère Sud par les grandes sociétés transcontinentales.

Pour parvenir à imposer ce régime inédit de soumission des peuples aux intérêts des grandes compagnies privées, il est deux armes de destruction massive dont les maîtres de l’empire de la honte savent admirablement jouer: la dette et la faim. Par l’endettement, les Etats abdiquent leur souveraineté; par la faim qui en découle, les peuples agonisent et renoncent à la liberté.

Cette formidable machine à broyer et à soumettre ne supporte plus aucune des limitations que le droit international prétendait traditionnellement imposer aux rapport entre les États et entre les peuples. Du coup, c’est le régime de la violence structurelle et permanente qui, partout, gagne du terrain au Sud, tandis que le droit international agonise.

Mais qui sont donc ces cosmocrates qui, peu à peu, privatisent jusqu’à l’eau que les peuples doivent désormais leur acheter? Ce livre traque leurs méthodes les plus sournoises: ici on brevète le vivant, là on casse les résistances syndicales, ailleurs on impose la culture des OGM par la force. Oui, c’est bien l’empire de la honte qui s’est mis subrepticement en place sur la planète. Mais c’est précisément sur la honte qu’est fondé le ressort révolutionnaire, comme nous l’ont appris les insurgés de 1789. Cette révolution, elle est en marche: insurrections des consciences ici, insurrections de la faim là-bas. Elle seule peut conduire à la refondation du droit à la recherche du bonheur, cette vieille affaire du XVIIIe siècle. Jean Ziegler, qui témoigne ici d’une connaissance exceptionnelle du terrain, y appelle sans réserve en conclusion. »

Jean Ziegler est rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, et professeur de sociologie à l’Université de Genève. Auteur de nombreuses enquêtes sur le Tiers-Monde, il a publié également des enquêtes explosives sur le système bancaire suisse.

ConeIndigovide« Tous pouvoirs confondus - Etat, capital et médias à l’ère de la mondialisation », Geoffrey Geuenslivres_TousPouvoirs 
« Bienvenue dans les entrailles du nouvel ordre mondial. Découvrez les membres des plus grands cercles de l’élite et des principaux lobbies agissant en coulisses pour conforter la configuration actuelle de la « mondialisation »: la Commission Trilatérale, le Council on Foreign Relations, le Groupe de Bilderberg, Aspen France… Vous n’y êtes jamais convié? Evidemment ! Top secret et réservé aux industriels, financiers, ministres, commissaires européens, journalistes célèbres, magistrats et militaires bardés d’étoiles…

Quelles sont les 100 plus grandes compagnies dans le monde, les géants sur le plan européen et les plus puissants monopoles financiers de la planète? L’auteur dévoile les noms et le parcours politique de ceux qui siègent dans leurs conseils d’administration…

La presse, les médias, un 4ème pouvoir? En procédant à une analyse méticuleuse des actionnaires des grands groupes médiatiques, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe, ce livre dévoile à quel point l’information est sous contrôle.

En décortiquant l’entrelacement des directoires politiques, économiques et militaires, l’auteur nous présente également le nouveau complexe militaro-industriel ou, comment la crise et la militarisation de l’économie sont à l’origine des nouvelles « croisades guerrières ».

Révéler tous ces réseaux croisés d’intérêts et de collusions, c’est dessiner le véritable organigramme de la « mondialisation » des grandes puissances. Indispensable pour entrer consciemment en résistance. »

Geoffrey Geuens est assistant à la section Information et Communication à l’Université de Liège. Il a déjà publié « L’information sous contrôle – Médias et pouvoir économique en Belgique » Triangle_bleu Table des matières, intro du livre, et revue de presse sur le site de l’éditeur.

ConeIndigovide« Skull and Bones – la vérité sur l’élite secrète qui dirige les Etats-Unis », Alexandra Robbinslivres_Skulls_ARobbins_s 
«Lors de ma dernière année d’étude (à l’université de Yale), j’ai rejoint la société secrète Skull and Bones, une société tellement secrète que je ne peux en dire plus» – Georges W. Bush

Un spectre hante l’Amérique. Le pays serait gouverné par une société secrète appelée Skull and Bones. Composé d’anciens élèves de l’université de Yale et fondé en 1832, ce club très fermé repose sur trois fondements : le principe de l’élection, le goût du secret et le développement d’un réseau. En effet, pour pouvoir être placé à des postes d’influence, le Bonesman est choisi et promet de taire à jamais son admission au sein de l’organisation. Skull and Bones intrigue par sa culture du mystère et l’exercice de son pouvoir occulte à travers l’Amérique. Un tel lobby aussi puissant qui fait du secret un objet de fétichisation méritait une enquête: Alexandra Robbins, journaliste d’investigation, elle-même ancienne élève de Yale, retrace ici l’histoire édifiante de cette société mystérieuse qui recrute parmi la crème de la crème de l’establishment. Un travail objectif et sérieux qui désamorce les fantasmes et permet de faire la part des choses entre mythe et réalité, entre conspiration et lobby ».

Ce livre a été publié aux Etats-Unis sous le titre « Secrets of the Tomb – Skull and Bones, the Ivy League and the hidden paths of power ».

ConeIndigovide« Europe Inc – Comment les multinationales construisent l’Europe et l’économie mondiale« , Observatoire de l’Europe Industrielle – B.Balanya, A.Doherty, O.Hoedeman, A.Ma’anit, E.Wesselius Stars3

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Ce livre montre l’incroyable imbrication du pouvoir polique européen et du pouvoir économique. On découvre que les multinationales ne font pas qu’exercer une influence sur les décisions de la Commission. Elles sont en fait à l’origine de toutes mesures importantes adoptées par l’Union Européenne durant ces 25 dernières années. La monnaie unique, l’élargissement à marche forcée, la directive Bolkestein, l’«agenda de Lisbonne» (qui érige la compétitivité en objectif prioritaire de l’Union), et le projet de constitution ont été conçues en amont des institutions européennes par un « groupe de réflexion » qui rassemble les présidents des 45 plus importantes multinationales européennes, l’ERT (European Round Table).

Le livre expose aussi le dense réseau des lobbies industriels et financiers qui gravitent autour de la Commission européenne et du Parlement, dont des organisations américaines comme la Chambre Américaine de Commerce qui exerce également une haute influence sur les décisions européennes.

Avec une préface extrêmement percutante de Raoul-Marc Jennar.
Ce livre est une version actualisée et complétée de « Europe Inc – liaisons dangeureuses entre institutions et milieux d’affaires européens » paru en 2000.

ConeIndigovide« L’industrie du mensonge: Lobbying, communication, publicité et médias », John Stauber et Sheldon Rampton Stars3

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« Duper l’opinion et plier les autorités aux intérêts des grands groupes industriels est un métier qui porte un nom: le lobbying. Ce livre révèle les procédés qu’utilisent les lobbyistes pour nous vendre aussi bien les vertus du tabac ou du nucléaire que celles des OGM ou de la guerre; il dit dans quelles circonstances et sur quelles personnes ils les emploient.

La diversité des protagonistes abordés, des stratégies exposées et la précision des faits répondent au souci d’analyser au plus près ce domaine, qui a pris une ampleur nouvelle et que l’on peut définir comme « l’art des pratiques d’influence appliqué à la décision politique ». Un art du secret recourant à des procédés inavouables et qui donne au mensonge une place sans précédent dans nos sociétés.

A-t-on pris assez conscience du rôle paradoxal que l’on fait jouer à « l’opinion publique »? Objet d’un immémorial mépris dissimulé derrière les discours « démocrates » qui servent de masque à la plupart des gouvernants contemporains, formés aux mêmes certitudes qu’un Machiavel convaincu de l’éternelle bêtise du peuple et de la nécessité de le manipuler. L’immense majorité de nos élites est intimement convaincue que les citoyens sont dénués des qualités de jugement qui leur permettraient d’accéder à une bonne intelligence des informations sensibles et de fonder réellement la démocratie, en un mot que nos opinions sont condamnées à se nourrir des produits de « l’industrie du mensonge ».

La seule différence entre la philosophie de Machiavel et le pragmatisme sans portée de nos dirigeants tient précisément à la finalité inaliénable du premier: la défense de l’intérêt général. User de mensonges pour accomplir le bien public, même si ce principe reste moralement et intellectuellement condamnable, reste une attitude philosophique diamétralement opposée à celle qui fait du mensonge l’instrument de fins viles, le moyen d’un mercantilisme passant s’il le faut sur le corps de ses semblables. »

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ConeIndigovide« Europe, la trahison des élites« , Raoul-Marc Jennar Stars3

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« L’Europe ne dit pas ce qu’elle fait; elle ne fait pas ce qu’elle dit. Elle dit ce qu’elle ne fait pas; elle fait ce qu’elle ne dit pas. Cette Europe qu’on nous construit, c’est une Europe en trompe l’œil. » Voilà ce que pensait Pierre Bourdieu. Sa réflexion est le point de départ de ce livre.

Aujourd’hui, l’Europe n’est pas une communauté de valeurs, mais une communauté d’intérêts où l’individualisme l’emporte chaque jour davantage sur le bien commun, à l’image d’une société américaine souvent décriée, mais de plus en plus imitée.

A l’aide de multiples cas concrets, Raoul Marc Jennar met en évidence cette « trahison » et montre comment l’Union européenne agit à l’opposé de ce qu’elle proclame. Ses institutions ne sont pas démocratiques et transparentes, mais technocratiques et opaques. Ses politiques ne servent pas l’intérêt général, mais celui des milieux financiers et des lobbies d’affaires. Au sein de l’Organisation mondiale du commerce, elle défend parfois les propositions ultralibérales avec plus de force que les Etats-Unis. Enfin, sous couvert de  » partenariats  » avec les pays du Sud, elle se livre en fait à une véritable recolonisation de leurs économies. »

Raoul Marc Jennar est docteur en science politique, diplômé des universités belge et française. Depuis 1999, il est chercheur sur les dossiers de l’Organisation mondiale du commerce dans l’ONG belge Oxfam Solidarité (Belgique) ainsi que pour l’Unité de recherche, de formation et d’information sur la globalisation (URFIG, France).

 

ConeIndigovide« Une étrange dictature« , Viviane Forrester

videVForresterBook2vide « Nous ne vivons pas sous l’emprise fatale de la mondialisation, mais sous le joug d’un régime politique unique et planétaire, inavoué, l’ultralibéralisme, qui gère la mondialisation et l’exploite au détriment du grand nombre. Son but principal : le profit, l’accroissement continu et maximal de la plus-value boursière. Loin de créer la richesse, ce système se révèle capable de détruire des pans entiers de l’activité ou de la recherche. Il crée et entretient le chômage. Il est prêt à sacrifier tous les investissements non immédiatement rentables, en particulier ceux concernant la santé et l’éducation.Cette dictature sans dictateur n’aspire pas à prendre le pouvoir, mais à avoir tout pouvoir sur ceux qui le détiennent.Nous pouvons résister à cette étrange dictature qui exclut un nombre toujours croissant d’entre nous, mais garde – c’est là le piège, et surtout notre chance – des formes démocratiques. »vide

 

ConeIndigovide« L’horreur économique« , Viviane Forrester Stars3

videVForresterBookvide « Nous vivons au sein d’un leurre magistral, d’un monde disparu que les politiques artificielles prétendent perpétuer. Nos concepts du travail et par là du chômage, autour desquels la politique se joue (ou prétend se jouer) n’ont plus de substance: des millions de vies sont ravagées, des destins sont anéantis par cet anachronisme. L’imposture générale continue d’imposer les systèmes d’une société périmée afin que passe inaperçue une nouvelle forme de civilisation qui déjà se pointe, où seul un très faible pourcentage de la population terrestre trouvera des fonctions. L’extinction du travail passe pour une simple éclipse alors que, pour la première fois dans l’histoire, l’ensemble des êtres humains est de moins en moins nécessaire au petit nombre qui façonne l’économie et détient le pouvoir. »« L’Horreur économique », prix Medicis 1996 de l’essai, s’est vendu en France à plus de 400.000 exemplaires, et a été traduit dans 24 langues.vide

ConeIndigovide« Contre-feux« , Pierre Bourdieu

videlivres_Bourdieuvide « Dans ce recueil de textes touchant des sujets variés, le célèbre sociologue joint sa voix au lot grandissant des critiques de la mondialisation et du néo-libéralisme. Les pages que Bourdieu consacre à la précarité de l’emploi sont éclairantes. Les engagements par contrats à court terme empêchent non seulement un nombre de plus en plus grand de citoyens d’avoir accès à une certaine sécurité de revenu, ils nous empêchent surtout de développer ce minimum de confiance en l’avenir pour pouvoir se révolter contre le présent, même le plus intolérable. Le sociologue démontre que la soumission aux lois du marché n’est pas le destin de nos sociétés, mais bien un choix de société, ce qui implique l’existence d’une solution de rechange. »vide

 

ConeIndigovide« Géopolitique du chaos« , Ignacio Ramonet Stars3

videlivres_GeopolitiqueDuChaosvide « La mondialisation, la logique des marchés et l’économie de l’information sont les nouveaux credo d’un monde où États-nations, partis, gouvernements perdent leurs repères. Changement de paradigme: la promesse du bonheur n’est plus un projet de société, mais un produit.Alors que triomphent, apparemment, la démocratie et la liberté, les censures et les manipulations font un paradoxal retour en force. De nouveaux et séduisants « opiums des masses » proposent une sorte de « meilleur des mondes« , distraient les citoyens et les détournent de l’action civique et revendicative. Dans ce nouvel âge de l’aliénation, les technologies de la communication jouent, plus que jamais, un rôle central. »vide

 

ConeIndigovide« Propagandes silencieuses« , Ignacio Ramonet

PropagandesSilencieuses
« Face à la puissance nouvelle des communications de masse, la question que se posent les citoyens n’est plus: sommes-nous manipulés? Car la réponse à cette interrogation, chacun le sait, est malheureusement affirmative. Il s’agit désormais de savoir comment nous sommes mentalement influencés, contrôlés, conditionnés? A l’heure d’Internet et de la révolution numérique, ce livre tente de répondre à cette question majeure. En rappelant comment se fabrique l’idéologie, comment se construit cette silencieuse propagande qui vise à domestiquer les esprits, à violer les cerveaux et à intoxiquer les coeurs. A l’aide de nombreux exemples puisés dans la télévision ou le cinéma, il nous explique quels sont les mécanismes et les procédés de l’endoctrinement contemporain. Comment, sans que nous nous en apercevions, les nouveaux hypnotiseurs entrent par effraction dans notre pensée et y greffent des idées qui ne sont pas les nôtres. Ainsi, par exemple, dans les modernes sociétés médiatiques, un enfant de quatre ans, avant même d’entrer à l’école, a déjà été soumis à plusieurs milliers d’heures de télévision et a gavé ses yeux de suggestions éphémères rapidement évanouies. Evanouies? Pas entièrement, nous dit Ignacio Ramonet, car toutes ces images (spots publicitaires, films-catastrophes, séries policières, comédies, scènes de guerre et de violence…) laissent des traces subliminales dont l’influence, à la longue, finit par fortement déterminer nos comportements. Et par réduire notre liberté. »

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ConeIndigovide« Les nouveaux chiens de garde« , Serge Halimi Stars3

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« Les médias français se proclament « contre-pouvoir ». Mais la presse écrite et audiovisuelle est dominée par un journalisme de révérence, par des groupes industriels et financiers, par une pensée de marché, par des réseaux de connivence.

Alors, dans un périmètre idéologique minuscule, se multiplient les informations oubliées, les intervenants permanents, les notoriétés indues, les affrontements factices, les services réciproques.

Un petit groupe de journalistes omniprésents – et dont le pouvoir est conforté par la loi du silence – impose sa définition de l’information-marchandise à une profession de plus en plus fragilisée par la crainte du chômage. Ces appariteurs de l’ordre sont les nouveaux chiens de garde de notre système économique. »

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ConeIndigovidevide« La fabrique de l’opinion publique« , Noam Chomsky

videlivres_Chomsky_Consent.jpg « Ce livre (dont le titre original est « Manufacturing Consent ») est la source de la pensée politique du célèbre linguiste Noam ‰.Comment se met en place un discours médiatico-politique dans une nation prospère? Qui désigne les ennemis d’un peuple et décide des guerres justes que celui-ci doit mener? Comment l’imaginaire collectif distingue les bonnes victimes des mauvaises? Quel rôle joue les institutions, les lobbies, les multinationales et le fameux « quatrième pouvoir » dans la fabrication d’une opinion publique? Disséquant le discours médiatique sur la politique américaine des 40 dernières années, Noam Chomsky et Edward S. Herman livrent une analyse sans concession du système d’information aux Etats-Unis. »vide

 

ConeIndigovide« Un totalitarisme tranquille« , André Bellon et Anne-Cécile Robert

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« Prétendre que notre société génère, et ce de façon paisible, une forme de totalitarisme peut être reçu comme une agression inacceptable. Et pourtant! Sommes-nous encore en démocratie? Certes, on nous en parle à longueur de journée. Mais ce n’est pas parce qu’on invoque perpétuellement quelque chose que cette chose existe. L’élection présidentielle américaine vient d’illustrer les incohérences des discours officiels.

La démocratie est en danger; au-delà des incantations, un travail de sape dépossède le citoyen de tout pouvoir politique et le peuple de toute souveraineté; la démocratie se vide de son contenu concret, elle est battue en brèche à la fois par les intérêts économiques dominants et par la passivité des esprits. Face à l’idéologie qui nous entraîne petit à petit, au nom de la modernité et de l’Europe, dans « l’après démocratie », l’ouvrage montre que les clés d’un renouveau de la démocratie sont à portée de main. »

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ConeIndigovide« Vivre et penser comme des porcs – De l’incitation à l’envie et à l’ennui dans les démocraties-marchés » Gilles Châtelet

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« Etre passé de la chair à canon à la chair à consensus et à la pâte à informer est certes un progrès. Mais ces chairs se gâtent vite: la matière première consensuelle se transforme en une unanimité populiste des majorités silencieuses qui n’est jamais innocente.
A ce populisme classique se greffe désormais un nouveau populisme yuppie, un techno-populisme qui entend bien afficher sa postmodernité carnassière, prompte à digérer le best-of des biens et services de la planète.
Gilles Châtelet dénonce la « Triple Alliance » politique, économique et cybernétique des néo-libéraux, qui cherche à rendre rationnelle et même festive la « guerre de tous contre tous ».vide

 

ConeIndigovide« Cybermonde, la politique du pire« , Paul Viriliot

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