Le discours de Ségolène Royal à Dakar – L’intégralité du texte qui suscite une vive polémique en France

Posté par issopha le 7 avril 2009

Le discours de Ségolène Royal à Dakar - L’intégralité du texte qui suscite une vive polémique en France  dans ACTUS ET DEBATS FRANCE arton16571 

Le discours de Ségolène Royal à Dakar
L’intégralité du texte qui suscite une vive polémique en France


Ségolène Royal a demandé « pardon » aux Africains, dans le discours qu’elle a prononcé lundi, à Dakar, au Sénégal, pour les propos tenus par Nicolas Sarkozy dans le même lieu, le 26 juillet 2007. Ce pardon a provoqué, mardi, une avalanche de réactions hostiles dans la majorité, tandis que ses « amis » socialistes ont été contraints de faire bloc derrière elle. Voici l’intégralité du discours de l’ancienne candidate socialiste française à la présidentielle 2007.


mardi 7 avril 2009




Ségolène Royal a une fois de plus réussi à créer l’événement. Son spectaculaire « pardon » aux Africains pour le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar a provoqué mardi une avalanche de réactions hostiles dans la majorité, tandis que ses « amis » socialistes étaient contraints de faire bloc derrière elle.

Merci, chers amis de votre hospitalité, dont je sais qu’en wolof, elle se dit teranga. Un mot magnifique qui exprime une valeur que, de longue date, les civilisations africaines exaltent.

Dans cette salle qui porte son nom, je pense bien sûr à l’œuvre de Léopold Sedar Senghor, à ce qu’il voulut et fit pour pour son pays.

Je pense aussi, et votre université porte aujourd’hui son nom, à Cheikh Anta Diop.

Je pourrais vous dire que je suis une amie ancienne et fidèle du peuple Sénégalais : mais je vous dirai beaucoup plus : je suis une fille de l’Afrique et une sœur des hommes et des femmes d’ici.

C’est sur votre terre que je suis née, à Ouakam. J’y ai vécu jusqu’à l’âge de deux ans. Je n’en ai pas beaucoup de souvenirs conscients. Mais tout s’est imprimé. Car on garde enfouis en soi les couleurs, les musiques, la chaleur, la lumière, les parfums engrangés dans les premiers jours de sa vie. De cette naissance j’ai toujours ressenti un profond sentiment de fierté. C’est une force d’être une citoyenne du monde et d’avoir toujours le réflexe de regarder ce qui se passe loin de nos frontières et plus loin encore dans l’hémisphère sud.

Avant de me lancer dans la campagne présidentielle, je suis revenue au Sénégal. J’avais besoin de retrouver mes racines et de renouer avec mes origines. A cette occasion, j’ai rencontré une femme à Thiaroye, avec une centaine d’autres. Elles avaient perdu leurs fils, noyés alors qu’ils tentaient de gagner l’Europe. Nous nous sommes longuement serrées dans nos bras. Cette femme, submergée par le chagrin, a décidé, avec d’autres, de le dépasser en s’investissant pour les jeunes de son village.

Nous nous sommes revus longuement hier. Que de progrès dans leurs actions dont j’avais vu les balbutiements en 2006 : activité de pêche, artisanat, alphabétisation des femmes. Avec quel courage toutes ces mères ont dépassé leurs souffrances pour prendre en main leur vie, leur subsistance, et donner à leurs enfants des raisons d’espérer et de vivre dignement de leur travail dans leur pays.

Ces femmes symbolisent la force des êtres humains quand ils utilisent leurs souffrances pour créer l’espoir. Quand ils agissent localement pour apaiser le monde dans sa globalité.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que je parle de l’Afrique. A Villepinte, dans le discours d’ouverture de la campagne présidentielle, ce continent était au cœur de mes préocupations (« De quoi souffre-t-elle l’Afrique ? D’une économie mondiale absolument débridée qui ne laisse aucune chance à des produits agricoles fragiles et incapables de rivaliser avec les politiques de pays bardés d’atouts financiers et technologiques ! »).

Elle était là aussi, l’Afrique, dans l’ouvrage coécrit avec Alain Touraine, Si la gauche veut des idées. J’y annonçais : « L’Afrique est notre avenir. Le développement de l’Afrique sera l’oeuvre des africains » et dans Femme debout, écrit avec Françoise Degois.

Dans chacune de mes responsabilités j’ai toujours pensé à l’Afrique. En 1992, ministre de l’Environnement, j’avais choisi le Mali comme pays partenaire d’actions communes environnementales. Devenue ministre de l’Enseignement scolaire, j’ai pris beaucoup de soin à intégrer le Sénégal dans des actions de développement commun de l’Education, comme la bibliothèque de Ouakam.

Je pourrais vous donner bien d’autres exemple de cette préoccupation au long cours et de ce lien indéfectible qui me ramène toujours vers l’Afrique tant est forte ma conviction que cette alliance entre le continent européen et le continent africain est une chance à saisir pour équilibrer un monde multipolaire qui doit construire la paix et la prospérité. C’est dire à quel point dans le contexte actuel de toutes les violences qui nous assaillent : crise économique brutale, dégâts environnementaux, désastres sanitaires, notre responsabilité est forte et notre capacité commune à oser les stratégies visionnaires qui nous donnent les clefs du monde d’après. L’Afrique, je ne l’ai jamais lâchée.

C’est une conviction très profonde. Ce n’est pas seulement une conviction d’ailleurs, c’est une raison d’agir. C’est pourquoi aujourd’hui, présidente d’une région française, j’ai choisi comme principale coopération décentralisée, une région du Sénégal, la région de Fatick. Et cette coopération est si efficace, si exemplaire (j’y reviendrai), qu’elle vient d’être retenue comme le premier modèle de réfèrence de coopération décentralisée par le Programme des Nations Unies pour le Développement.

Voilà chers amis, la démonstration politique par la preuve qu’il y a un lien très étroit, pour l’avenir de l’humanité entre le local et le global, c’est à dire entre les actions concrètes de terrain qui bénéficient directement aux gens et les échelons financiers à l’échelle des Etats et des organisations internationales qui doivent les permettre.

Oui il y aura un avenir pour l’humanité avec une Afrique forte, debout et respectée, partenaire d’une Europe forte, debout et respectée.

Oui, je veux devant vous porter une parole de respect, de fraternité et de justice, celle qu’aurait dû porter le G20 en associant davantage l’Afrique dans son ensemble. Au delà des avancées positives qu’il faut saluer et qui viennent poser d’autres règles du jeu, pourquoi l’Afrique ne s’y trouve-t-elle pas ? Pourquoi avoir écarté un milliard d’habitants et 1/3 des ressources naturelles de la planète ? Ce n’est ni juste ni efficace. Tout comme n’est ni juste ni efficace l’absence de ce continent au sein du Conseil de sécurité des Nations unies ou encore sa sous-représentation dans les conseils du FMI et de la Banque mondiale. L’Afrique doit enfin avoir toute sa place dans les instances internationales car nous avons besoin d’elle, de sa vision, de ses talents, de sa faculté de don, de ses idées.

Chers amis,

Nous vivons une époque historique, avec une crise sans précédent faite de drames mais aussi d’opportunités. L’opportunité de nous en sortir en décidant des changements profonds et des valeurs nouvelles qui nous permettront d’inventer le monde d’après, un monde plus humain et plus juste.

L’aménagement à la marge du système actuel ne permettra pas la sortie de crise. Les peuples doivent exiger de leurs gouvernants et de leurs élites qui n’ont su ni anticiper, ni guérir, qu’ils changent de logique.

Partout les peuples se révoltent. Il n’y aura pas de paix sans justice. Et il n’y aura pas de justice sans respect. La finance doit impérativement être mise au service de l’économie réelle et l’économie réelle au service des hommes et des femmes.

Une crise écologique sans précédent menace notre survie. Depuis 2000, le nombre de personnes touchées par des catastrophes naturelles a triplé. D’ici 2040 un milliard de personnes seront contraintes à se déplacer, victimes de la sécheresse, de l’appauvrissement des sols, de la hausse du niveau de la mer. La plupart seront originaires des pays en développement et du continent africain en particulier. Les forêts denses de ce continent sont menacées par la surexploitation des sols et par une agriculture intensive destinée non pas à nourrir les peuples mais aux seules exportations. En 2025, 750 millions de personnes vivront dans des zones désertiques. Aujourd’hui déjà, seule la moitié de la population africaine a accès à l’eau potable.

Une crise financière et bancaire d’une ampleur inouïe provoque par ailleurs une crise économique et sociale mondiale. Cette crise, l’Afrique et les pays émergents n’en sont pas responsables et pourtant ils en sont les premières victimes. Pour la première fois depuis 50 ans, le commerce mondial s’est contracté de près de 10%. L’accès au financement pour des projets de développement a lui aussi été réduit de plusieurs milliards de dollars. L’Afrique, trop souvent oubliée de la mondialisation, est aussi l’oubliée des plans de relance. Les bailleurs du Fonds monétaire international et en particulier les Pays du Nord, devront impérativement consacrer le triplement des réserves décidées lors du G20 aux pays en développement, notamment à l’Afrique.

La boulimie financière, l’avidité de profit, la gloutonnerie d’argent ont conduit le monde au bord du précipice en inversant les valeurs, en prenant l’accessoire pour l’essentiel, en oubliant que le bonheur des êtres humains – éducation, santé, culture, alimentation, cadre de vie – doit impérativement passer avant tout le reste, oui je dis bien tout le reste.

En oubliant ce principe fondamental « Par le peuple, pour le peuple » qui est d’ailleurs aussi le principe de gouvernement de la République du Sénégal, nous voici tous entraînés collectivement vers le gouffre si nous subissons. Mais nous sommes nombreux à l’échelle planétaire à avoir les moyens et la volonté de réagir et à refuser de subir.

Aujourd’hui plus que jamais, nous devons être à la hauteur du défi que le siècle nous pose. Les forces de vie doivent l’emporter sur les forces de l’argent.

Et d’abord, pour bâtir un monde commun, qui fait reculer la rupture intolérable qu’engendrent les inégalités dans la répartition des richesses. Selon l’ONU, 2% de la population mondiale possède 50% de la richesse mondiale quand la moitié de la population doit se contenter d’à peine 1% de cette richesse. La malnutrition est responsable de plus de la moitié de la mortalité infantile. 2/3 des séropositifs dans le monde se trouvent en Afrique. Rien qu’en 2007, un million de personnes sont mortes à cause de la pandémie. 40 millions d’enfants n’ont toujours pas accès à l’école et moins de la moitié des enfants en école primaire n’achèvent pas leur cursus alors même que, nous le savons tous, l’éducation est la condition absolue du développement.

Il existe un seuil de richesse, et un seuil de pauvreté, à partir desquels, ce qui est en cause, c’est l’unité même de l’espèce humaine.

Certes des progrès existent. Mais dans les pays pauvres, on le sait, la misère a doublé en 10 ans. L’aggravation de la pauvreté s’est traduite par les émeutes de la faim.

Je le dis avec la plus grande solennité : cette situation n’est pas tenable. C’est terminé le temps où certains pensaient pouvoir s’en sortir en fermant les yeux sur le péril.

Il est urgent que nous définissions ensemble à l’échelle planétaire d’autres façons de faire, d’autres formes de solidarité, d’autres transferts de richesse.

Il est urgent que les pays du Nord tiennent enfin leurs promesses et respectent leurs engagements internationaux. En aucun cas, la crise ne doit donner prétexte à baisser l’aide au développement.

De quelle aide publique parle-t-on ? Aujourd’hui elle se compose essentiellement des annulations de dettes et de prêts. La part des financements destinés à de nouveaux projets, elle, diminue. Ce qui a été donné d’un côté a été repris de l’autre.

Je veux pour mon pays, la France, et pour l’Europe le courage de ne pas se payer de mots. Et l’honnêteté de ne pas tromper ceux qu’on prétend aider. Le respect commence là.

Lorsque j’étais à Belém, j’ai entendu Lula dire qu’il en avait assez d’être convoqué dans les grandes capitales du Nord par de jeunes banquiers qui lui disent comment gérer son pays alors qu’ils n’y ont jamais mis les pieds et savent à peine où il se situe.

Sous la plume d’Aminata Traoré, j’ai lu que les Maliens en avaient assez que ceux qui n’ ont jamais vu une boule de coton, leur disent ce qu’ils devraient en faire.

Dans les textes d’artistes comme Tiken Jah Fakoly ou le rappeur Didier Awadi, j’ai entendu la colère que provoque l’injustice. De nombreux universitaires, et responsables politiques africains demandent que l’Europe tire la leçon d’accords de partenariats économiques qui ont échoué et qui sont perçus non comme une aide mais comme un rapport de force.

L’aide au développement ne doit plus être une version moderne de la charité, condescendante, assénant ses certitudes depuis Washington, Bruxelles ou Paris. Elle doit être construite avec, et non pas pour. Mais des progrès ont été faits, il faut le dire, et je voudrais vous rappeler comment nous nous en sommes inspirés.

Deux principes ont guidé la coopération décentralisée menée entre la Région de Fatick et la région Poitou-Charentes que je préside : ne jamais plaquer de solution toute faite mais chercher ensemble, en mutualisant nos expériences, les meilleures réponses ; appuyer les initiatives locales, fidèles à un esprit d’écoute qui conditionne le succès de tout programme.

Avec la région de Fatick, nous avons développé un programme de coopération qui comprend plusieurs volets : agricole, éco-énergétique, éco-touristique, économique, sanitaire et éducatif.

Notre coopération agricole a commencé à l’automne 2004. Nous avons déjà obtenu de très bons résultats en formation des éleveurs caprins, en amélioration des structures, en niveau de production, en respect de l’environnement.

Ces succès nous permettent aujourd’hui d’envisager de nouveaux partenariats, notamment avec Agronomes et Vétérinaires sans Frontières.

Nous avons développé l’énergie solaire pour l’accès à l’eau. Et nous pouvons maintenant, tout en économisant la consommation du bois, électrifier des chèvreries, des fromageries, des pompes à eau, des services publics, notamment des établissements scolaires et des unités sanitaires rurales. Je les visiterai demain et pendant trois jours avec les élus et les habitants de Fatick.

À terme, l’énergie solaire permettra d’électrifier les territoires isolés du réseau électrique conventionné, notamment les Îles du Saloum.

Et grâce à ces réalisations, la région de Fatick a été retenue par le Programme des Nations Unies pour le Développement comme région-pilote pour la lutte contre le changement climatique.

Voilà comment, en agissant localement, on transforme globalement.

Pour favoriser le développement de l’éco-tourisme, nous avons lancé des projets pilotes dans la zone du parc naturel du delta du Sine-Saloum et dans l’arrière-pays.

Bientôt, les habitants de ces régions pourront accueillir des visiteurs de tout le Sénégal, de toute l’Afrique de l’Ouest, et du monde entier, tout en respectant l’harmonie et les équilibres de la nature locale.

Voilà comment, en agissant localement, on transforme globalement.

Plus généralement, le Poitou-Charentes a soutenu la mise en place du microcrédit pour permettre aux éleveurs de financer les fourrages et les équipements dans les coopératives pour le lait.

La devise du microcrédit est la nôtre : agir localement, transformer globalement.

Ce programme dans son ensemble englobe de nombreux partenaires locaux et en particulier les Groupements de Promotion Féminine. Elles sont venues en Poitou Charentes. Elles m’ont raconté leur histoire. Elles m’ont dit tout leurs efforts en tant que mères, en tant qu’épouses, pour colmater les brèches du quotidien. Elles m’ont dit les trésors d’ingéniosité, d’opiniâtreté, de créativité qu’elles déploient.

Nous nous sommes appuyés sur cette ingéniosité et sur cette créativité pour imaginer des programmes de développement pionniers : microcrédit, foyers de cuisson améliorée, utilisation de l’énergie solaire pour les séchoirs et pour les fours. Les potentiels des savoir-faire locaux ont été valorisés. Des forgerons, des potières ont été formés, des centres de production d’inserts en céramique ont été construits, des villages ont été accompagnés dans leur démarche éco-touristique. Mais surtout nous avons beaucoup appris nous-mêmes par les missions d’échange et nos agriculteurs et nos techniciens en énergie solaire ont beaucoup appris en venant ici. C’est dans cet échange de réciprocité que nous sommes plus efficaces ensemble.

La qualité du partenariat a été reconnue par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) qui a signé une lettre d’intention le 17 novembre 2008 avec les deux Régions.

Notre programme de coopération décentralisée va faire de Fatick la première région du Sud à devenir neutre en émission de gaz carbonique.

C’est à travers ce type d’action, conjuguée naturellement à l’action d’un Etat que l’on peut changer les règles de la planète. Partout se mettent en place ces actions qui changent concrètement la vie des gens, créent de la ressource, développement des régions. Ces petites rivières font de grands fleuves.

La coopération décentralisée, bien sûr, ne remplace pas des coopérations à l’échelle des Etats et des continents. Mais on pourrait faire tellement plus si on n’avait ne serait-ce que quelques miettes des milliards perdus par les établissements bancaires.

L’aide au développement n’est pas un luxe de pays riche. C’est précisément parce que nous sommes tous confrontés, ensemble, au même moment, à la plus grave crise économique que nous devons agir ensemble. Car nul ne s’en sortira seul et encore moins contre les autres, mais les uns avec les autres.

Chers amis,

Vous le voyez il existe des raisons profondes d’espérer. J’aime cette phrase de Martin Luther King : « Il n’y a que quand il fait suffisamment sombre que l’on peut voir les étoiles. »

Une de ces lueurs est apparue récemment, aux Etats-Unis d’Amérique avec l‘élection de Barack Obama. Au-delà du symbole de cet homme noir, jeune qui accède à la première puissance du monde et redonne une fierté à tous les hommes et femmes de couleur et plus largement, à ceux qui se sentent opprimés, au-delà de ce symbole créateur d’espoir, il y a la politique américaine qui change radicalement.

Son économie s’est effondrée comme une maison rongée par les termites depuis des années et qui s’écroule subitement. Une violence qui oblige l’Administration Obama à mener une révolution sur tous les fronts. Front intérieur avec la refonte du système financier, la loi sur les superbonus, l’investissement dans la croissance verte. Front extérieur avec un tournant dans les relations internationales, le dialogue. Cette stratégie de la main tendue portera ses fruits, j’en suis convaincue. Dialoguer même lorsqu’il n’y a plus de mots pour le faire. Construire des médiations là où le dialogue est rompu. Voilà ce que doit être la diplomatie du XXIè siècle.

Il y a ensuite le forum de Belém. L’altermondialisme n’a jamais autant mérité de porter son nom. Penser le monde différemment, faire le serment de dépasser tous les schémas, les lieux communs, les systèmes de pensée qui rapetissent, être créatif et réaliste à la fois. A Belem comme à Washington, j’ai ressenti la même pulsation : celle de l’énergie vitale des peuples qui prennent les fausses vérités à contre-pied, se rassemblent, joyeux, sentant que le monde d’après se soulève.

Oui, je crois à la force citoyenne, la force du peuple qui se dresse, comme s’est dressé le peuple des outremers, autour d’un leader qui a porté la soif de justice et de respect : Elie Domota. Aucune atteinte à la dignité, aucune arrogance ne peut résister à la force de conviction et à la détermination d’un peuple qui a soif de respect et d’actions justes.

L’écoute, la démocratie participative, la médiation font leurs preuves partout où elles s’appliquent. Là où l’écoute est défaillante, là où l’exaspération et la violence surgissent.

Plusieurs révolutions soufflent sur le monde et notamment une révolution des couleurs. Nous sentons bien que nous sommes à un tournant. Mais nous ne savons pas quel en sera le sens.

Si bien que la question qui se pose à nous aujourd’hui, Sénégalais et Français, Africains et Européens, est celle-ci : Que faire naître ensemble ? Et comment le faire naître ?

La réponse commune, nous la vivons ici dans cette salle, nous la vivrons encore à Fatick demain, avec tous les exemples de développement durable. C’est celle de la fraternité qui nous permet de bâtir ensemble des solutions respectueuses de la planète que nous partageons. Vous avez autant si ce n’est plus d’atouts que nous avec l’énergie solaire pour réussir la croissance verte. Alors vous imaginez comment nous pouvons être efficaces en unissant nos efforts et nos volontés.

Chers amis,

Pour le meilleur et parfois hélas le pire, nos destins ont été liés. Ils sont liés.

Le pire : ce fut l’esclavage, cette « déportation la plus massive et la plus longue de l’histoire des hommes », comme l’a écrit Christiane Taubira dans l’exposé des motifs de notre loi de 2001 qui reconnaît ce « crime orphelin » pour ce qu’il fut : un crime contre l’humanité.

Le pire : ce fut la colonisation dont une partie de la droite, dans un projet de loi, a essayé de nous faire croire, en 2005, qu’elle eut des « aspects positifs ».

Voici ce que je disais en 2005 au ministre de l’Intérieur à ce sujet :

« La vive réaction de nos compatriotes des Antilles vous a permis de mesurer l’offense faite à la République par la loi adoptée par votre majorité, qui promeut une lecture révisionniste de la colonisation et heurte, dans l’Hexagone comme outremer, celles et ceux pour qui l’adhésion à la France ne peut s’inspirer que des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, bafouées hier par le colonialisme et aujourd’hui par les discriminations.

L’honneur de la République, c’est la lucidité d’une histoire partagée dans une France accueillante à tous les siens. »

Permettez-moi d’être très claire. Qu’il y ait eu à cette époque des hommes et des femmes sincères de bonne volonté, cela est sûr. Mais on n’a rien dit quand on n’a dit que cela. Le problème est que la colonisation fut un système. Ce système doit être condamné pour ce qu’il fut : une entreprise systématique d’assujettissement et de spoliation. Ses séquelles doivent être combattues sans fléchir.

Les colonisés n’avaient pas le choix. Le travail forcé et le Code de l’Indigénat étaient la règle. Et le mépris. Et le racisme. Et la violence d’un système qui fit les uns ployés sous le joug des autres.

Je veux rendre honneur à ceux qui, dans toute l’Afrique, se sont battus et sont morts dans une combat qui était le combat des Africains, oui, et de toute l’humanité.

Et je suis fière qu’il y ait eu en France des consciences pour s’insurger et des militants pour se porter aux côtés de ceux qui luttaient pour leur indépendance. Ceux-là défendaient nos valeurs quand la colonisation en était la négation.

Je crois que nous avons le devoir de poser les mots justes sur ce qui fut. Car les mots font plus que nommer : ils construisent la réalité et le regard qu’on porte sur elle. Nos plaies d’histoire ne sont pas toutes cicatrisées. Le devoir de mémoire n’a pas besoin de permission. Chacun s’en acquitte avec la subjectivité et l’héritage qui est le sien. Ce dont, en revanche, nous sommes collectivement comptables et responsables, c’est du droit à l’histoire et du devoir de vérité.

Ce droit à l’histoire et ce devoir de vérité, c’est ce qui permet de regarder les faits en face et de partager un récit qui ne soit pas ressassement du passé mais moyen de le dépasser sans amnésie et de se projeter ensemble dans l’avenir.

Dans la dernière lettre qu’il a écrite à sa femme avant d’être assassiné, Patrice Lumumba a dit sa foi inébranlée dans l’établissement de la vérité historique : « L’Histoire dira un jour son mot. L’Afrique écrira sa propre histoire ».

Honneur aux maîtres de la parole qui conservèrent et transmirent. Honneur aux historiens de l’Afrique qui ont rappelé au monde que non seulement l’Afrique était le berceau de l’humanité mais qu’elle était avec l’Asie mineure le berceau de la civilisation humaine.

Honneur aux historiens de l’Afrique qui ont rappelé au monde l’existence des grands royaumes et des grands empires de l’Afrique. Honneur aux historiens de l’Afrique qui ont retracé les mille et une relations nouées bien avant la conquête, en des temps où le Sahara, la Méditerranée et l’Océan Indien n’étaient pas des frontières mais des points de passage et de mise en contact.

Quelqu’un est venu ici vous dire que « l’Homme africain n’est pas entré dans l’Histoire ».

Pardon pour ces paroles humiliantes et qui n’auraient jamais dû être prononcées et qui n’engagent pas la France. Car vous aussi, vous avez fait l’histoire, vous l’avez faite bien avant la colonisation, vous l’avez faite pendant, et vous la faites depuis.

Et ce que Léopold Sedar Senghor et Aimé Césaire ont magistralement accompli avec le concept « négritude » , vous l’avez poursuivi avec le mot « Afrique », cet étendard d’une dignité reconquise.

C’est pour cela que les œuvres des historiens Cheikh Anta Diop du Sénégal et de Joseph Ki-Zerbo du Burkina Faso, constituent non seulement un sommet de la science, mais aussi un sommet de la lutte pour la liberté.

C’est pour cela qu’il était si important de démontrer comme ils l’ont fait que la Grèce ancienne devait tant à l’Egypte ancienne qui elle-même devait beaucoup à l’Afrique. Ils ont montré que les langues africaines permettent le même déploiement de la rationalité humaine que les langues européennes.

Il leur a souvent été reproché d’être partisans.

En insistant sur leur engagement indépendantiste et panafricain, on a voulu mettre en doute la rigueur scientifique de leurs recherches.

Mais aujourd’hui, chaque jour, les découvertes de l’égyptologie valident les thèses de Cheikh Anta Diop.

Une certaine histoire européenne de l’Afrique a voulu dénier aux Africains la fierté d’être Africains.

Et comme le pensait Lumumba, écrire c’est agir et agir c’est écrire.

Pour aujourd’hui, il est bon que se constituent autant que cela est possible des équipes mixtes de chercheurs africains et européens pour retracer le destin commun de l’Afrique et de l’Europe. Car c’est en élucidant ensemble les pages communes de nos histoires que nous pourrons écrire ensemble les pages communes de nos futurs.

Alors oui, il est temps que nous pratiquions davantage entre nous l’égalité vraie, loin des paternalismes, des misérabilismes, des ostracismes, loin des doubles langages qui masquent mal les doubles jeux.

Oui, la France doit honorer sa dette à l’égard de l’Afrique et que les Français doivent apprendre à l’école ce qu’ils ont reçu de l’Afrique.

Quand notre territoire national fut envahi, l’Afrique fut un refuge et une aide pour les forces de la France Libre.

Les soldats africains ont contribué, sur tous les champs de bataille, à inverser le cours de l’histoire.

Le 8 mai 1945, sans l’Afrique et les Africains, jamais la France n’aurait retrouvé sa liberté.

Alors comment oublier la sanglante répression menée au camp de Thiaroye contre des Tirailleurs qui réclamaient simplement le respect, leur dû et le droit de porter leurs galons car ils croyaient qu’à l’égalité du sang versé devait succéder l’égalité des droits. Ils avaient raison.

Il y a des mots que le peuple français doit au peuple sénégalais et à tous les peuples africains qui ont souffert pour nous et par nous, ce sont des mots simples mais puissants, trois mots que j’ai envie de dire ici en tant que citoyenne et élue de la République française :

Pardon. Merci pour le passé. Et s’il vous plaît, pour l’avenir, bâtissons ensemble.

Je veux que nous ayons la force de reconnaître enfin tout ce que nous vous devons et tout ce que nous pouvons ensemble.

Et c’est parce que j’aime la France, parce que je la crois suffisamment forte et généreuse, que je la veux capable de regarder son histoire en face. Je le veux capable d’assumer son devoir de vérité et son devoir de responsabilité.

Nous devons créer ensemble, à l’échelle de nos deux continents, une « Commission Vérité du passé et avenir commun » qui aurait accès à toutes les archives civiles et militaires, qui accueillerait tous les témoignages et qui aurait pour mission de dire le vrai, de pacifier les mémoires et de récueillir tous les témoignages.

La France républicaine mérite aussi que cesse ce qu’on appelle – et on sait ce que cela veut dire – la Françafrique et l’opacité de décisions prises dans le secret de quelques bureaux.

Chers amis,

Nos pays doivent inventer une relation fondée sur le respect et l’intérêt mutuel. Je veux une France du respect, dénuée d’arrogance, ouverte, mais exigeante sur la défense des libertés démocratiques partout où il le faut.

Il faut en finir avec cette idée fausse selon laquelle la démocratie et les droits fondamentaux n’auraient qu’un seul berceau, l’Occident. Dans une conférence donnée récemment par Stéphane Hessel sur l’histoire de la Déclaration universelle des droits de l’homme dont il fut l’un des rédacteurs, il avait donné la parole à Suleiman Bachir Diagne. Ce dernier rappelait que dans la Charte du Mandé du XIIIème siècle, ce « Serment des Chasseurs » qui se voulait aussi adresse au monde, on trouve une définition toujours actuelle des droits de la personne humaine.

Je veux rendre hommage au Sénégal, au Mali, au Ghana, au Bénin, au Liberia, à tous les pays du continent qui ont su s’ouvrir aux transitions démocratiques. Surtout, je veux rendre hommage à tous ceux qui, jeunes et moins jeunes, fidèles aux idéaux qui guidaient leurs aînés au moment des indépendances, se battent pour faire vivre leurs droits à la liberté, à l’égalité et à fraternité.

Pour nous, Français, cela veut dire que nous ne pouvons ni soutenir les dictatures, ni jamais abandonner les démocrates. Le refus absolu de l’ingérence dans les affaires intérieures d’un pays souverain ne signifie pas que l’on s’abstienne de lui demander des comptes toutes les fois que cela est nécessaire. C’est cela le dialogue entre égaux.

Chers amis, la démocratie est un droit ; elle est aussi une chance. Je crois qu’elle est un facteur fondamental de développement économique et social. Partout où les citoyens prennent part aux décisions qui les concernent, les inégalités diminuent, et l’efficacité économique augmente.

Nous devons favoriser toutes les initiatives pour faire de l’Afrique le continent du XXIe siècle.

Mesdames et messieurs, la crise que nous traversons est mondiale, et c’est parce qu’elle touche tous les recoins de la planète, toutes les activités humaines, que nous allons la surmonter ensemble. Le temps est venu de la citoyenneté planétaire.

Croyons pour cela aux forces de la vie. Ayons la certitude que le temps est venu de ne plus perdre un seul instant, de se consacrer corps et âme à jeter des ponts et non plus dresser des murs. Croyons aux hommes et aux femmes de bonne volonté, croyons à leur sincérité, leur créativité, leur courage, leur bon sens, leur espoir, leur aspiration à la paix : civile, économique, sociale, écologique, et à l’épanouissement personnel. Croyons à la défense des valeurs humaines comme arme politique à part entière. C’est la décision de placer coûte que coûte le progrès de l’être humain au cœur de toute action. D’en faire l’axe permanent et non plus la variable d’ajustement.

Le rôle de l’Afrique dans cette profonde mutation est majeur. Parce que l’Afrique a subi plus que tout autre endroit du monde, souffert plus que tout autre continent, elle peut imposer l’être humain au cœur du système et devenir un phare pour le monde. Qui mieux qu’elle peut saisir l’impasse de la déshumanisation, elle qui a subi à travers les siècles cette déshumanisation. C’est dans le feu qu’on forge les plus belles lames, c’est dans les larmes que l’on peut aussi forger les plus grandes joies. Alors imaginons ensemble, agissons ensemble, réussissons ensemble le nouveau monde qui vient.

Faisons notre cette jolie phrase que j’ai entendu de la bouche des jeunes de Thiaroye : soyons solidaires comme les grains de l’épi de maïs, forts comme le baobab, courageux comme le lion.

Ségolène Royal

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APPEL A REJETER L’ÉLARGISSEMENT DU SECRET DÉFENSE , Communiqué de Survie et de l’ARDHD (Association pour le Respect des Droits de l’Homme à Djibouti), le 4 mars 2009

Posté par issopha le 20 mars 2009

Publié le mercredi 4 mars 2009

APPEL A REJETER L’ÉLARGISSEMENT DU SECRET DÉFENSE

Communiqué de Survie et de l’ARDHD (Association pour le Respect des Droits de l’Homme à Djibouti), le 4 mars 2009

Invoquant la nécessité de protéger le secret-défense, le gouvernement français envisage de restreindre fortement l’accès des juges d’instruction à des lieux sensibles tels que la présidence de la République, des ministères, les services secrets ou de grandes sociétés. Cette disposition figure dans le projet de loi de programmation militaire pour 2009-2014, qui doit être soumis dans les prochaines semaines au vote du Parlement.

Par opposition à la situation actuelle où la protection ne couvre que des documents classés, le projet de loi prévoit de généraliser la protection à des locaux « susceptibles d’abriter des éléments couverts par le secret de la défense nationale » et des « locaux d’entreprises privées intervenant dans le domaine de la recherche ou de la défense ».

Avant de perquisitionner dans ces lieux, le juge d’instruction devra prendre rendez-vous avec le président de la CCSDN qui l’accompagnera dans ses opérations. Le magistrat aura l’obligation d’indiquer par écrit les motifs de la perquisition et les documents recherchés. Sans l’effet de surprise propre aux perquisitions, on ne peut que craindre que les documents recherchés disparaissent …

Les deux principaux syndicats de magistrats français, Union Syndicale des Magistrats et Syndicat de la Magistrature, ont dénoncé, vendredi 27 février, la création, dans le projet de loi de programmation militaire 2009-2014, de « bunkers » ou de « citadelles d’impunités » à l’abri des juges, du fait de l’extension du « secret-défense » : celui-ci concerne aujourd’hui les documents, demain il pourrait s’étendre à des lieux entiers.

Pour le Syndicat de la Magistrature, ce projet « a été conçu à la suite d’investigations qui ont semé l’émoi dans les milieux politiques et militaires : l’instruction de l’affaire des frégates de Taïwan, la perquisition entreprise à l’Elysée dans l’affaire Borrel et surtout celle effectuée dans l’affaire Clearstream au siège de la DGSE » (Direction générale de la sécurité extérieure).

Nos associations, ARDHD et SURVIE, s’indignent de cette nouvelle disposition qui, de fait, aurait empêché l’accès à des éléments essentiels dans la recherche de la vérité et la justice sur l’assassinat du juge Borrel.

Elles demandent instamment aux députés d’exclure cette disposition de la loi de programmation militaire pour 2009-2014, afin de permettre à la justice française de poursuivre les investigations nécessaires et de conserver son indépendance face au pouvoir politique.

Contact presse : Stéphanie Dubois de Prisque – Chargée de communication de Survie 01 44 61 03 25 stephanie.duboisdeprisque(a)survie.org

Jean-Loup Schaal – Président de l’ARDHD 01 46 34 70 70 jlschaal(a)ardhd.org

Pour consulter le site de l’ARDHD

 

 

 

Jeudi 9 avril – 19h

Discussion sur les complicités françaises dans le génocide des tutsis au Rwanda en 1994

Jeudi 9 avril 2009, par Régis (Survie Paris) // Agenda Survie Paris

A l’occasion de la commémoration du génocide des tutsis en 1994, Survie Paris Ile-de-France invite a une discussion en lien avec l’actualité franco-rwandaise.

En particulier sera évoqué le colloque, non ouvert, à l’Assemblée Nationale sur les thèmes de la vérité, de la justice, la réforme de la politique de la France en Afrique, et la démocratisation du fonctionnement des institutions, colloque organisé par le groupe ’Rwanda’ de Survie le mercredi 8 avril.

- Quelles sont les évolutions politiques entre la France et le Rwanda ?
- Quelles sont les actions en cours pour obtenir la vérité et la justice, les revendications actuelles ?

Nous ferons le point ensemble sur les évolutions possibles et les procès en cours.

à la Maison des Associations du 3e, 5 rue Perrée, M° République / Temple

 

Publié dans AFRIQUE de SARKOZY, FRANCE A FRIC EN AFRIQUE | Pas de Commentaire »

Réforme de la présence militaire en Afrique, un an après : Cap ou pas Cap ?

Posté par issopha le 12 mars 2009

Réforme de la présence militaire en Afrique, un an après : Cap ou pas Cap ?

Posté le 04 mars 2009

Il y a un an, à l’occasion d’un déplacement en Afrique du Sud, Nicolas Sarkozy annonçait la renégociation des accords de défense liant la France à huit pays africains et promettait un contrôle accru du Parlement français sur les opérations extérieures, quelques jours à peine après l’appui logistique fourni par l’armée française aux troupes tchadiennes confrontées à une rébellion.

Des promesses encourageantes mais insuffisantes, sans feuille de route précise avaient alors constaté les organisations de la Plate-forme citoyenne France-Afrique [1]. Celles-ci dressent aujourd’hui un bilan très mitigé de cette réforme qui malgré les timides aménagements apportés à l’article 35 de la Constitution, peine à entrer dans la phase opérationnelle.

Les inquiétudes et insatisfactions de la Plateforme citoyenne France-Afrique portent en particulier sur :

la promesse de révision et de publication des accords de défense
A ce jour, la « remise à plat annoncée » n’a toujours pas eu lieu. Le calendrier envisagé initialement par la diplomatie française (inférieur à un an) n’a pas été respecté et le rôle du Parlement dans ce processus reste largement flou (consultation ou simple information ?).

l’extension nécessaire de la renégociation aux autres accords de coopération militaire
Les accords de défense ne concernent que 8 pays africains [2] et rien ne semble envisagé pour les autres pays avec lesquels la France a tissé de nombreuses relations de coopération militaire, policière, de gendarmerie (etc.) qui nécessitent également un réexamen. Le Tchad, par exemple, où stationnent depuis 1986 les troupes de l’opération Epervier n’est pas lié à notre pays par un accord de défense.

le redéploiement de l’armée française en Afrique
Plus qu’une vraie volonté de mettre fin à un interventionnisme unilatéral, il s’agit pour la France de passer d’une logique de cantonnement à une logique de projection de forces et de réaliser des économies budgétaires substantielles. A ce jour, si certaines casernes sont amenées à être fermées (en Côte d’Ivoire et peut être au Sénégal ou au Gabon), le positionnement permanent de soldats dans des bases militaires françaises en Afrique n’est pas remis en cause. Il est pourtant aujourd’hui indispensable de concevoir la politique française de Défense dans un cadre multilatéral et de faire de l’Europe un partenaire majeur de l’Afrique en matière de paix et de sécurité. Nos organisations ont pris acte des engagements de la diplomatie française en ce sens mais réclament des processus de décision collective émancipés de l’influence excessive de certains Etats-membres ayant des intérêts géostratégiques à défendre.

le renforcement des capacités africaines de maintien de la paix
La volonté affichée de privilégier le renforcement des capacités africaines au détriment des interventions directes n’est pas une nouveauté et faisait partie des objectifs du redéploiement militaire français amorcé en 2005. L’absence de politique française de promotion des droits de l’Homme et de la démocratie dans un certain nombre de pays africains pose cependant clairement la question de l’opportunité de maintenir des relations militaires avec leurs régimes [3] , le soutien apporté à ces derniers, qualifié à tort de « doctrine de la stabilité », étant par ailleurs loin de constituer un élément de maintien de la paix.

le contrôle du parlement français sur les opérations militaires
Réclamé depuis longtemps tant par les parlementaires que par la société civile, il a fait l’objet d’un article de la réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008 et permet aux parlementaires de se prononcer sur le maintien d’une opération militaire d’une durée supérieure à 4 mois comme ce fut le cas le 28 janvier dernier ou d’être informé avant chaque nouvelle opération. Malheureusement, ce contrôle, opéré a posteriori, encadré par des modalités de débat très limitées ne fait pour l’instant du Parlement qu’une simple chambre d’enregistrement des décisions gouvernementales.

Nicolas Sarkozy, attendu sur le continent africain à la fin du mois de mars, sera-t-il politiquement capable de mettre réellement en œuvre les engagements pris au Cap et de prendre le contre-pied de la politique interventionniste et favorable aux régimes autoritaires poursuivie jusque là ? Ce n’est qu’à cette condition que nous pourrons véritablement entrer dans l’ère d’une politique de la France en Afrique responsable et transparente, souhait exprimé dans le Livre blanc [4] publié par nos organisations à la veille du discours du Cap, dont les préconisations en matière de droits de l’Homme, de démocratie, de transparence et de contrôle de la politique de la France en Afrique restent encore largement d’actualité.

Source : http://survie.org/Un-an-apres-le-discours-du-Cap-CP.html

 

FRANCE Appel à rejeter l’élargissement du secret défense

CP Survie-ARDHD 4mars2009

mercredi, 4 mars 2009

APPEL A REJETER L’ÉLARGISSEMENT DU SECRET DÉFENSE

Communiqué de Survie et de l’ARDHD (Association pour le Respect des Droits de l’Homme à Djibouti), le 4 mars 2009

Invoquant la nécessité de protéger le secret-défense, le gouvernement français envisage de restreindre fortement l’accès des juges d’instruction à des lieux sensibles tels que la présidence de la République, des ministères, les services secrets ou de grandes sociétés. Cette disposition figure dans le projet de loi de programmation militaire pour 2009-2014, qui doit être soumis dans les prochaines semaines au vote du Parlement.

Par opposition à la situation actuelle où la protection ne couvre que des documents classés, le projet de loi prévoit de généraliser la protection à des locaux « susceptibles d’abriter des éléments couverts par le secret de la défense nationale » et des « locaux d’entreprises privées intervenant dans le domaine de la recherche ou de la défense ».

Avant de perquisitionner dans ces lieux, le juge d’instruction devra prendre rendez-vous avec le président de la CCSDN qui l’accompagnera dans ses opérations. Le magistrat aura l’obligation d’indiquer par écrit les motifs de la perquisition et les documents recherchés. Sans l’effet de surprise propre aux perquisitions, on ne peut que craindre que les documents recherchés disparaissent …

Les deux principaux syndicats de magistrats français, Union Syndicale des Magistrats et Syndicat de la Magistrature, ont dénoncé, vendredi 27 février, la création, dans le projet de loi de programmation militaire 2009-2014, de « bunkers » ou de « citadelles d’impunités » à l’abri des juges, du fait de l’extension du « secret-défense » : celui-ci concerne aujourd’hui les documents, demain il pourrait s’étendre à des lieux entiers.

Pour le Syndicat de la Magistrature, ce projet « a été conçu à la suite d’investigations qui ont semé l’émoi dans les milieux politiques et militaires : l’instruction de l’affaire des frégates de Taïwan, la perquisition entreprise à l’Elysée dans l’affaire Borrel et surtout celle effectuée dans l’affaire Clearstream au siège de la DGSE » (Direction générale de la sécurité extérieure).

Nos associations, ARDHD et SURVIE, s’indignent de cette nouvelle disposition qui, de fait, aurait empêché l’accès à des éléments essentiels dans la recherche de la vérité et la justice sur l’assassinat du juge Borrel.

Elles demandent instamment aux députés d’exclure cette disposition de la loi de programmation militaire pour 2009-2014, afin de permettre à la justice française de poursuivre les investigations nécessaires et de conserver son indépendance face au pouvoir politique.

Contact presse : Stéphanie Dubois de Prisque – Chargée de communication de Survie 01 44 61 03 25 stephanie.duboisdeprisqu(a)survie.org

Jean-Loup Schaal – Président de l’ARDHD 01 46 34 70 70 jlschaal(a)ardhd.org

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 LE MONDE SELON K.

Sous couvert de « scoop » sur Bernard Kouchner, le nouveau livre de Pierre Péan constitue, en fait, la suite de la campagne négationniste au service de ceux qui craignent d’avoir à répondre un jour de complicité de génocide.

Alors que le livre Noirs fureurs, blancs menteurs, paru en 2005, n’avait touché qu’un public relativement restreint et avait valu à son auteur une volée de bois vert quasi-générale pour avoir défendu de manière caricaturale et haineuse « la synthèse de tous les négationnismes déjà publiés » (Le Soir, 26/11/05) sur le génocide des Tutsi du Rwanda, le dernier ouvrage de Pierre Péan, Le monde selon K., constitue une relance de la même campagne de propagande. Une campagne déguisée derrière un « scoop » retentissant et préparée par la publication des « bonnes feuilles » dans Marianne. La parution du livre a immédiatement fait l’objet d’une campagne de presse massive et a instantanément pris les allures d’une affaire d’Etat, obligeant Kouchner à s’expliquer devant les députés, et le président de la République à la mentionner lors d’une intervention télévisée. On ne sait si l’on doit s’étonner le plus de ce soudain emballement ou du mutisme qui l’a précédé dans les grands médias, car comme le reconnaît Péan lui-même, son livre ne contient en fait aucune révélations inédites sur la personnalité politique la plus appréciée des Français. On savait que, depuis la guerre du Biafra, l’image du French doctor était régulièrement utilisée au service de l’impérialisme français, pour ripoliner les politiques les plus criminelles. Son rapport visant à dédouaner Total des accusations de travail forcé en Birmanie, rédigé en 2003 à la demande de la multinationale et payé 25 000 euros, a été périodiquement rappelé dans certains journaux et ne laisse guère de doute sur le sens moral du personnage. Devenu ministre des Affaires étrangères, il cache d’ailleurs de moins en moins ses relations amicales avec quelques autocrates françafricains. Quant aux « expertises » sur les systèmes de santé qu’il est censé avoir réalisé pour certains d’entre eux, elles avaient été signalées à plusieurs reprises dans la Lettre du Continent. Péan révèle la très généreuse rémunération perçue pour ces travaux, et les efforts de Kouchner et de ses proches, placés à des postes officiels, pour récupérer les impayés.

Une lutte de clans

Sur la base des extraits publiés dans Marianne, la plupart des commentateurs s’en sont tenus à cette dernière affaire, qui n’occupe pourtant qu’une place très restreinte dans le livre de Péan. Paresse journalistique ou jubilation de voir enfin dégommer une icône en carton pâte, le reste a été ignoré, quitte à nourrir un contresens dans l’opinion [1] : celui d’un Péan pourfendeur de la françafrique. Un « concept » que ce dernier « déteste » pourtant et qu’il ne juge « plus d’actualité ». (Rue 89, 15 février). S’il la déteste, il la connaît pourtant de près, lui qui, entre autres, dit respecter la raison d’Etat, prend plaisir à discuter avec Omar Bongo et ne cache pas son amitié pour Bruno Delaye, ancien responsable de la cellule africaine de l’Elysée pendant le génocide des Tutsi. Depuis longtemps maintenant, Péan s’est fait le porte-drapeau de ceux sur qui pèse l’épée de Damoclès judiciaire de complicité de génocide, crime imprescriptible. En 2005, il expliquait avoir pris la plume pour ces militaires qu’il a « vu (…) pleurer devant [lui] tellement les attaques ont été violentes » et qui ne comprennent pas « pourquoi ils ne sont plus défendus » car depuis 1995 « personne ne sait ou ne veut gérer la communication » (AFP 25 novembre 2005). Péan s’est donc fait moins enquêteur que chargé de communication. Dans son dernier ouvrage, il souligne encore « la grogne des militaires » à l’encontre du pouvoir politique, accusé de n’avoir par répondu correctement à la publication du rapport Mucyo qui les mettait en cause (Billets d’Afrique n°172, septembre 2008). Il s’en s’indigne d’ailleurs : « les autorités françaises acceptaient ainsi une nouvelle fois de laisser Kagame salir la France  ». Le mois dernier encore, il n’a cessé de le répéter : ce ne sont pas les bonnes affaires françafricaines de Kouchner qui ont motivé la rédaction de son ouvrage, mais l’amorce de réconciliation diplomatique entre la France et le Rwanda dont le ministre des affaires étrangères fut l’un des protagonistes [2] . Il a aussi « trouvé insupportables  » les velléités d’extradition devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) de « prétendus génocidaires » vivant tranquellement en France (Le Monde selon K.). Une petite minorité de journalistes a tout de même relevé les obsessions rwandaises de Péan (parfois pour les justifier naïvement ( ?) comme Frédéric Bonnaud , Siné Hebdo du 18/02/07, au nom d’une continuité avec les articles que Stephen Smith publiait dans Le Monde en mars 2004…) mais il valait mieux lire la presse étrangère pour un décryptage sans langue de bois : « Il s’agit là d’une lutte de clans » (Le Soir, 04 février 09).

Du déni de la complicité française…

Lors du marathon médiatique qui lui fut offert, Péan a ainsi pu se répandre sans crainte d’être contredit, jusque dans certaines émissions qu’on a connues plus vigilantes sur le sujet, comme Là bas si j’y suis, de Daniel Mermet. Péan défend pourtant une thèse « très proche » de celle des services secrets français, lâchait Alexandre Adler en défense de Bernard Kouchner, lesquels n’ont « jamais encaissé » le virage du pouvoir politique à l’égard du Rwanda (France culture, 04 février 2009).
Pour récuser les accusations de complicité de génocide qui pèsent sur certains responsables politiques et militaires militaire, Péan et ses comparses ressassent indéfiniment le même sophisme qui sert également de ligne de défense aux génocidaires jugés à Arusha : c’est l’attentat contre l’avion du président Habyarimana qui a déclenché le génocide ; la responsabilité du génocide incombe donc principalement à ceux qui ont commandité cet attentat ; or « l’enquête » du juge Bruguière (ce même juge Bruguière dont Péan dénonçait il y a quelques années dans Manipulations Africaines « le côté barbouze » et les enquêtes « vides ou mal ficelées ».) a conclu à la culpabilité du Front patrioque rwandais (FPR) et de son chef Paul Kagame. Les responsables du génocide n’étant pas ceux que l’on croyait, les complicités françaises n’existent pas…
Dans l’émission de Daniel Mermet déjà citée, Xavier Monnier, directeur de publication de Bakchich.info, réagissant aux accusations de négationnisme contre Péan, déplorait : « ils sont tout un groupe à monter au créneau : dès qu’on parle du Rwanda, on est sûr de s’en prendre plein la gueule. » (5 février 2009). C’est malheureusement exactement l’inverse qui est vrai. La comparaison avec le génocide des Juïfs permet d’en prendre la mesure. Dans ce dernier cas, la distinction entre le débat légitime des historiens, soucieux d’approfondir les connaissances, et les tentatives de banalisation du génocide sous couvert de «  réviser l’histoire officielle » est communément admise. La seconde démarche est interprétée, à juste titre, non pas comme la simple expression d’une opinion, mais comme un acte antisémite, et ses promoteurs sont largement ostracisés. Concernant le génocide des Tutsi, l’ignorance et la confusion sont telles en France que la production historique semble n’avoir aucune valeur et qu’elle peut être mise sur le même plan que les propos de café du commerce ou que la propagande la plus grossière. Les différentes figures du négationnisme trouvent droit de cité dans les médias en toute décontraction. La rhétorique de Pierre Péan, qui bénéficie d’une audience de masse, en constitue le meilleur exemple.

…au négationnisme tout court.

Péan prétend réécrire l’« histoire officielle » du génocide des Tutsi, mais il se défend de faire partie des négationnistes (On ne sait pas s’il considère comme tels les personnes avec qui il participe si volontiers à des conférences sulfureuses, et sinon à qui d’autre ce qualificatif trouve à s’appliquer selon lui.). Comme la plupart de ces derniers, il ne va pas jusqu’à nier la qualification de génocide, mais il la dénature et la prive de sa signification historique. Il garde le mot sans son contenu. Ainsi il récuse d’abord l’idée d’une planification antérieure à l’exécution du génocide [3]. Le génocide ne serait ensuite qu’un dommage collatéral de la guerre civile, au cours de laquelle des massacres de même nature auraient été commis de part et d’autre. Représailles, crimes de guerre et génocide étant mis sur le même plan. Comme Mitterrand puis de Villepin, il défend ainsi, de manière plus ou moins explicite au gré de ses interventions, la thèse du double génocide. Enfin, il est prisonnier d’une vision ethniste de l’histoire à l’instar des officiers français avec lesquels il s’affiche en colloque. Il ne raisonne qu’en terme de responsabilité collective de « l’ethnie » tutsi ou de « l’ethnie » hutu. Si le FPR commet des crimes de guerre, c’est que « les victimes » deviennent à leur tour « les bourreaux », comme si les rescapés de la Shoah avaient dû collectivement porter, parce que Juifs, la responsabilité des exactions commises par l’armée israélienne. Dans sa logique de rééquilibrage des responsabilités, Pierre Péan développe d’ailleurs longuement, dans son dernier livre comme dans ses différentes interventions, un événement qu’il tient pour exemplaire : celui du massacre de Kibagabaga. Kouchner, qui a vu le charnier, aurait contribué à accréditer l’idée que la tuerie avait été commise par les génocidaires. Pierre Péan prétend au contraire démontrer qu’il doit être imputé au FPR, accusation reprise sans vérification par plusieurs quotidiens français. Sa « démonstrationn » repose sur les « témoignages » de la clique habituelle des négationnistes, qui d’un livre à l’autre se citent les uns les autres pour renforcer leurs falsifications. « Il est important de constater en premier lieu qu’il n’y a pas eu d’enquête sur ce massacre au TPIR », assure imprudemment Péan. « A fortiori, il n’y a pas eu de Rwandais condamnés pour celui-ci ». Sauf que le massacre des Tutsi de Kibagabaga a bel et bien été jugé par le TPIR et qu’il est mentionné et détaillé dans la sentence de génocide prononcée à l’encontre de Bagosora (Judgement and Sentence, Bagosora et al, ICTR-98-41-T, page 543 et 547). Un détail sans doute…

Une campagne de l’anti-France

Plus largement, Kouchner est présenté comme servant, depuis 1994, les intérêts de Kagamé, et parallèlement comme plus attaché à l’impérialisme anglo-saxon qu’à la Marseillaise. Prudemment, Nicolas Sarkozy qui n’a pas moins de « tropisme américain » et qui n’est pas moins otanien que son ministre, n’est pas mis en cause. C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre l’utilisation par Péan d’un vocabulaire fortement connoté (« cosmopolitisme anglo-saxon », « droit-de-l’hommiste », etc.) qui lui a valu d’être soupçonné d’antisémitisme. La polémique a fait diversion au regard des véritables enjeux. Il s’agit en fait du corollaire de la propagande distillée depuis 1994 et périodiquement réactivée, visant à contrer les accusations de complicité de génocide. En effet, mue par le complexe de Fachoda , la France n’aurait cherché qu’à s’opposer à l’hégémonisme anglo-saxon en Afrique ; ce dernier est le réel déstabilisateur de la région ; et les accusations à l’encontre de « l’honneur de la France » relève d’une campagne orchestrée de l’extérieur et relayées à l’intérieur par des idiots utiles ou des mauvais citoyens qui complotent contre l’intérêt de leur pays.
Si le terme d’« anti-France » n’est jamais utilisé explicitement, c’est bien de cela dont il est question, chez Péan comme chez d’autres avant lui (Balladur s’y est par exemple essayé à plusieurs reprises). Appliquée à Kouchner, l’accusation occulte un peu rapidement son rôle véritable en 1994. Comme l’attestent les témoignages du général Dallaire et les notes des collaborateurs de l’Elysée, Kouchner, qui se vante d’ailleurs d’avoir « vendu » l’opération militaire Turquoise encensée par Péan, travaillait bien pour le compte de la diplomatie mitterrandienne.
Un dernier point : l’absence des témoignages de ceux qui furent à la fois victimes et témoins du génocide devrait suffire à discréditer les bouillies infâmes qui prétendent en reconstruire la réalité. Mais qu’importe la douleur des survivants et le respect des disparus : les assassins de la mémoire par intérêt finissent par épouser la vision du monde des assassins de la mémoire par conviction. Pour Péan, les rescapés sont sans doute par définition suspects, puisque la « race » tutsi, et la justice française a reconnu, pour l’instant, qu’il n’était pas raciste de l’écrire, se caractérise d’abord selon lui par sa « culture du mensonge ». Depuis trop longtemps maintenant, chaque année à l’approche des commémorations du génocide, c’est en France la saison des crachats.

Victor Sègre

Réforme de la présence militaire en Afrique, un an après : Cap ou pas Cap ? dans AFRIQUE DES PREDATEURS D'AILLEURS pixel_couleur1

[1] Le même contresens continue d’être fait au sujet d’Une jeunesse française, livre non pas de dénonciation, mais de réhabilitation de Mitterrand, écrit sur commande pour couper l’herbe sous le pied à des travaux plus accusateurs.

[2] Selon Leparisien.fr, le livre de Péan pourrait également constituer un avertissement d’Omar Bongo à l’Elysée dans le cadre des affaires dites des Biens mal acquis. L’un n’empêche pas l’autre.

[3] Contrairement à ce qu’affirme Péan, le TPIR ne nie pas la planification du génocide, mais, et c’est regrettable, il s’est révélé incapable de juger à qui incombait la responsabilité de cette planification. 

 

 

arton1402-2aa92 dans FRANCE A FRIC EN AFRIQUELes sociétés minières et la Mafiafrique, le Canada, un paradis judiciaire

Alain Denault, auteur de

NOIR CANADA

Pillage, corruption et criminalité en Afrique

Publié le lundi 9 mars 2009

« [La] rigueur de l’enquête, livrée dans un style très soigné, démontre que la pauvreté entretenue du continent n’est que la conséquence d’un système où se mêlent diplomatie, politique, commerce et enjeux militaires. »

Vincent Munié – Le Monde diplomatique

Quel est l’impact des activités minières en Afrique ? Comment se fait-il que 60% des sociétés minières soient canadiennes ? Quel est le rôle des société minières dans la Mafiafrique ? Quel soutien reçoivent-elles du Canada ?

Après la Françafrique, Noir Canada nous éclaire sur un post-colonialisme peu connu…

Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique remet en question l’image factice répandue sur la scène internationale d’un Canada intrinsèquement bon, pacifiste et généreux. Le Canada appuie politiquement et financièrement des sociétés minières et pétrolières qui exploitent le sol africain, enregistrent des profits colossaux à la Bourse de Toronto, alors qu’on les accuse des pires abus en Afrique.

L’auteur recense avec soin et précision les nombreux cas (déjà rapportés ailleurs dans le monde par plusieurs ONG, journalistes, analystes ainsi qu’experts de l’ONU) dans lesquels les sociétés canadiennes sont accusées de corruption, d’exploitation abusive des ressources minières ou pétrolières des pays africains, et attisent ou maintiennent l’instabilité et les conflits pour obtenir de juteux contrats.

Alain Deneault décrit avec lucidité et ironie l’architecture du système politique et financier canadien qui soutient le pillage des ressources du continent africain. Dans la droite lignée des ouvrages de François-Xavier Verschave sur la Françafrique et de Jean Ziegler sur la criminalité financière, Alain Deneault montre que le Canada, pourtant vierge de tout passé colonialiste, maintient lui aussi l’Afrique dans un état de dépendance post-coloniale.

Un livre éloquent qui est en passe de devenir le plus cher du monde. En effet, deux géantes sociétés aurifères, Barrick Gold et Banro, poursuivent en diffamation la maison d’édition Écosociété et les auteurs de Noir Canada pour un total de 11 millions $.

Alain Deneault anime le collectif Ressources d’Afrique et enseigne la sociologie à l’Université du Québec à Montréal. Il est titulaire d’un doctorat de philosophie de l’Université de Paris-VIII sous la direction de Jacques Rancière. Ses recherches et publications autour de l’oeuvre de Georg Simmel portent sur les questions interdisciplinaires relatives à l’économie.Il écrit également sur les enjeux de développement en Afrique et sur la finance offshore du point de vue de la philosophie politique. Il est l’auteur de Paul Martin et compagnies, Soixante thèses sur l’alégalité des paradis fiscaux (VLB, 2004).

Mercredi 11 mars à 20 h à Paris Au FIAP, 30 rue Cabanis, 14e, Métro Glacière

Exposé:

Les traits generaux de criminalité en Afrique et de son évolution depuis les indépendances 

par Giberly MOUANDA-MOUANDA


Université de REIMS Champagne-Ardenne - Master 2 Administrateur Public et Privé en Afrique
Traductions: Original:
fr Source:

  

FACULTE DE DROIT ET SCIENCE POLITIQUE Master 2 :

Administrateur Public et Privé en Afrique 

Séminaire : Justice et Etat de Droit en Afrique Professeur Pierre WEISS Thème : Les traits généraux de la criminalité en Afrique et de son évolution depuis les indépendances. 

Intervenants: -Giberly MOUANDA-MOUANDA  -Guillaume YEBOUE -Mohamed KONE 

Introduction 

L’Afrique, continent composé de 53 Etats en incluant tous les archipels, est considérée depuis les temps les plus immémoriaux comme étant le lieu de l’être Humain et de la branche des Hominidés, c’est-à-dire le berceau de l’humanité. L’Afrique est le deuxième continent au monde de par sa population et le deuxième (ou le troisième si l’on considère l’Amérique comme formée de deux continents) par sa superficie, après l’Asie. D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l’Afrique couvre 6,0 % de la surface terrestre, et 20,3 % de la surface des terres émergées[]. Avec une population de 944 000 000 habitants (mi 2007)[], les Africains représentent 14 % de la population mondiale. Le continent est bordé par la mer Méditerranée au nord, le canal de Suez et la mer Rouge au nord-est, l’ océan Indien au sud-est et l’ océan Atlantique à l’ouest. Depuis lors, les pays Africains oscillent entre guerres civiles et processus de démocratisation, dont les aléas sont souvent liés aux stratégies des firmes multinationales et la lutte d’influence que se livrent en Afrique, les Etats-Unis et
la France essentiellement. 
Par ailleurs, les aspirations nationales africaines menèrent aux indépendances ; celles-ci s’étalèrent de 1910 à 1975 suivant les pays. Les régimes qui s’installèrent ne furent pas démocratiques et peinèrent à développer leurs pays. L’Afrique fut jusqu’aux années 1990 instrumentalisées par les puissances de la guerre froide. 

Ainsi, le continent Africain est l’objet de convoitises multiples des puissances occidentales et le lieu de rivalités entre elles. Cependant, le problème de la criminalité en Afrique et de son évolution depuis les indépendances est d’une importance capitale et pose de récurrents débats. La criminalité se définie comme un ensemble d’actes criminels et délictueux commis dans un groupe donné à une époque donnée. Et, l’évolution ici est entendue comme un ensemble de changements subis au cours des temps. (cf. ; le Petit Larousse 2008). Tout au long de notre étude, il ne sera pas question de faire une analyse de la criminalité avant les indépendances, pour ne point parler de la traite négrière et de l’Apartheid en Afrique du Sud, ni de la criminalité pendant les indépendances qui était plus liée aux revendications politique avec la déportation de certains opposants politiques à l’instar de Médine Ben Bartas au Maroc, de Patrice Lumumba au Congo-Kinshasa, de Fily Dabo Cissoko au Mali de Diallo Théry en Guinée Conakry, et Félix Mouniè au Cameroun pour ne citer que ceux-là. Une telle conception du sujet, serait tout à fait erronée dans ce sens qu’elle ne nous aiderait pas à mieux appréhender notre travail. 

Pour exprimer cette idée, nous nous focaliserons sur l’évolution, les origines de la criminalité et, de ces conséquences au sein de la société. Car la criminalité est rarement un phénomène isolé. C’est l’un de toute une série de cofacteurs liés au sous-développement, tous présents en Afrique. Il va s’en dire, qu’un tel sujet revêt un intérêt pratique plutôt que théorique car les gouvernements Africains jusqu’à nos jours ne ménagent aucun effort pour un processus de démocratisation fiable. Pour rendre compte de la complexité de notre travail, nous passerons en revue les points les plus pertinents afin de mieux cerner notre sujet. Notre plan se définira autours de deux (2) grands axes majeurs. Nous partirons de la genèse c’est-à-dire le problème de la criminalité en Afrique et ses composantes (Chapitre I). Pour enfin dégager ces impacts sur le développement (Chapitre II). 

I- Le problème de la criminalité en Afrique et ses composantes. Comme précédemment annoncer, la criminalité en Afrique est le fruit d’une longue évolution historique. Ainsi, nous évoquerons les origines(A), les causes (B) et enfin ces composantes (C). A- Les Origines de la Criminalité en Afrique. L’Afrique a souffert d’une longue histoire d’exploitation marquée successivement par la traite d’esclaves, de la colonisation et plus récemment de la manipulation héritée de la guerre froide. 

L’augmentation du commerce et des transports internationaux a fait de l’Afrique en raison de sa faible capacité de maintenir l’ordre et de ses agents publics mal payés un endroit idéal pour l’extraction et le transit d’un certain nombre de produits illicites. Ainsi donc, l’Afrique sert de plus en plus un lieu de passage pour les drogues et les produits illicites destinés à d’autres marchés. Les minerais, le bois, le pétrole etc. font l’objet d’une extraction illégale sur le continent et les zones de conflits sont les destinations privilégiées d’armes à feu ; sans oublier le trafic des enfants, comme on n’a pu le constater récemment au Tchad avec la fameuse histoire de l’Arche de Zoé. Les enfants soldats en République Démocratique du Congo (RDC) et au Rwanda. Ce fléau a eu des conséquences fâcheuses dans certains pays d’Afrique tel est le cas de la région des grands lacs,
la Sierra Leone etc. dont les causes seront énumérées en avale. 
B- Les causes de la criminalité Ce paragraphe touche les facteurs sociaux liés à la criminalité. Il s’agit entre autres : Les inégalités de revenus; une démographique jeune de la population ; l’urbanisation ; Un système judicaire défaillant ; la prolifération des armes a feu du aux nombreuses guerres civiles 

Les inégalités : L’Afrique est le continent le plus pauvre du monde. La totalité de son PIB est inférieur à celui de l’Espagne, alors qu’elle a une population 20 fois supérieure. Le PIB en Afrique subsaharienne est de 1,70 alors que la moyenne mondiale est de 7,804. En Afrique, l’on trouve les pays où il existe les plus grandes inégalités dans le monde. Ainsi donc, 10% de personnes les plus riches d’Afrique gagnent en moyenne 31 fois plus que les 10% les plus pauvres, alors que la moyenne mondiale est de 21 fois. Selon un rapport de
la Banque mondiale, une privation relative «crée des tensions sociales, les personnes défavorisées se sentent dépossédées lorsqu’elles se comparent aux plus riches», et donc «les Pauvres recherchent des compensations par tous les moyens, y compris en commettant des Crimes aussi bien contre les pauvres que contre les riches» 
Le Problème de la population jeune : L’Afrique a la population la plus jeune du monde, -43 % de la population du continent a moins de 15 ans. Une population jeune est un atout considérable mais peut aussi être une source de vulnérabilité sociale. Dans le monde entier, la plupart des crimes sont commis par des adolescents et de jeunes adultes de sexe masculin. De plus les taux concernant la fréquentation scolaire sont très faibles en Afrique Subsaharienne qui est de 44% alors qu’en comparaison les états Arabes est de 60% et en Amérique Latine et Caraïbes de 81%. Selon une étude de l’Agence canadienne pour le développement international, il apparait que c’est en Afrique que le taux de natalité continue de s’accroitre. Cette étude se vérifie car la mentalité africaine veut que l’on fasse beaucoup d’enfants, pour espérer voir survivre quelque uns et aussi pour voir un enfant réussir et les sortir de la misère. Tous ces faits nous poussent à croire que, cette jeunesse désoeuvrée risque de se trouver impliquée dans une activité criminelle. Urbanisation : L’urbanisation rapide, un facteur qui combine les éléments de la densité de la population, les chocs culturels et l’instabilité des populations, est également étroitement liée aux taux de la criminalité. L’Afrique s’urbanise à un rythme qui avoisine 4% chaque année, soit près de deux fois la moyenne mondiale. Partout dans le monde, la criminalité est plus importante dans les villes que dans les zones rurales, avec des taux qui augmentent généralement, en fonction de la taille de la ville. L’Afrique ne semble pas être une exception. Le problème des implantations informelles autour des villes se pose dans de nombreuses villes africaines, et sont un défi pour la sécurité. 

Les faibles moyens de la justice pénale : Comme l’on pourrait s’y attendre, il existe une corrélation significative entre le montant des ressources qu’un pays alloue à la justice pénale et son revenu national. Même si les états ne mettent pas la priorité sur les dépenses pour le maintien de l’ordre et la sécurité publique , il devrait y avoir un seuil au dessous duquel on ne peut s’attendre à ce que le système de justice pénale puisse efficacement décourager les futurs délinquants, mettre hors d’état de nuire les récidivistes ou réintégrer les anciens délinquants.  Par exemple, de grands débats encours sur l’importance des forces de police requises pour efficacement lutter contre la criminalité. Dans l’ensemble, le ratio police population en Afrique est sensiblement inférieur à celui de toutes les autres régions du monde, et, dans certains pays, le nombre des policiers est extrêmement faible. Lorsque la police est jugée corrompue, incompétente ou mal équipée, les populations prennent des mesures pour se protéger elles-mêmes. Pour les riches, cela signifie généralement, investir dans des services privés de sécurité. Pour les pauvres, cela peut signifier un retour à des formes traditionnelles de la justice ou des recours aux groupes d’auto défense, qui peuvent par la suite créer des dérives. 

La prolifération des armes à feu : L’Afrique a connu ces dernières décennies, plus de conflits que n’importe quelle autre région. Les conflits et la criminalité sont intimement liés. Les pays qui sortent d’un conflit peuvent s’attendre à une forte incidence de criminalité : Traumatisme psychologique ; catastrophes et déplacements ; persistance des comportements de guerre ; disparition de l’autorité etc. 

C- Les Composantes :  Il s’agira ici de voir les différentes composantes de la criminalité qui sont réparties au nombre de trois (3) : La criminalité organisée (trafic de drogue …) ; La corruption ; la criminalité conventionnelle (meurtres, vols …). 

La criminalité organisée : La criminalité organisée est un phénomène virulent qui exploite immédiatement les failles des mécanismes mondiaux d’applications des lois. L’Afrique paraît être particulièrement vulnérable du aux manques de ressources, le manque de moyens, de la corruption, du bas niveau de vie, de l’impunité qui sévit favorise l’émergence de la criminalité organisée. Voici une liste non exhaustive des crimes organisés qui sévissent sur le continent africain : Trafic de drogues ; traite des être humains ; le trafic à arme à feu ; la contrebande des ressources naturelles, braconnage et crime contre l’environnement ; le blanchiment d’argent. 

La corruption : L’expression « corruption » englobe des infractions extrêmement diverses allant du détournement de deniers publics à un échelon très élevé à la remise contre des pots-de-vin de documents ou de permis. La forme de corruption la plus communément rencontrée revêt la forme d’un paiement de pots-de-vin à des agents publics pour influencer leurs actes. La corruption apparaît comme particulièrement généralisée en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.  La criminalité conventionnelle : L’expression « criminalité » fait penser à une série de crimes, notamment les meurtres, le viol, le banditisme et le vol à main armée. On les qualifie de « crimes conventionnels » pour ne pas les confondre avec les crimes qui ont récemment émergés et pour lesquels des sanctions sont prévues aux termes d’une législation spéciale, comme les différentes formes de la criminalité organisée. En résumé, tous les indicateurs disponibles laissent supposer que l’Afrique souffre des niveaux très élevés de la violence criminelle. Le fait que toutes ces sources s’accordent sur la situation de la criminalité violente en Afrique devrait être pris au sérieux. 

II- L’Impact de la criminalité sur le développement en Afrique. Les conséquences de la criminalité sur l’épanouissement du continent Africain et qui favorisent le sous-développement sont multiples et de divers ordres. C’est ainsi que l’on constate les impacts dans le secteur social et humain (A), l’impact économique (B), et enfin l’impact lié à la bonne gouvernance (C). A- Impact social et Humain L’impact de la criminalité dans ce secteur nous laisse perplexe, car il est à noter que la criminalité peut avoir une incidence beaucoup plus forte sur la vie des citoyens dans les pays pauvres que dans les pays riches. Le commun des mortels en Afrique est plus que jamais exposé à des fortes violations, le plus souvent liées à un manque de conditions nécessaire pour son épanouissement. Et, cela freine la mise en oeuvre effective de certains droits (Les droits économiques, socioculturels, les droits civils et politique). Egalement, des blessures consécutives à des actes de violence peuvent avoir un effet catastrophique pour des gens qui gagnent leur vie en travaillant de leurs mains et n’ont qu’un accès limité aux soins. Le vol, en particulier lorsqu’il s’agit de biens productifs comme le bétail, peut priver des familles entières de leurs moyens de subsistance. La criminalité nuit à la qualité de vie et peut contribuer à l’émigration des travailleurs spécialisés. Donc, l’obligation la plus fondamentale de l’Etat consiste à assurer la sécurité de ces citoyens et favoriser un bon niveau de vie sociale. Et, lorsqu’il n’est pas à mesure de remplir cette obligation pire lorsqu’il assure la protection de certains groupes et pas d’autre, les populations réclament à juste titre le droit d’utilisé la force ou la violence. 

Par ailleurs, en entravant la liberté de mouvement, la criminalité réduit l’accès à l’emploi, le fonctionnement des petites et moyennes entreprises et des activités éducatives. Inévitablement, tout ceci cause un frein à l’activité économique.  B- L’Impact économique Nous pouvons dégager quatre (4) grands axes de l’impact de la criminalité sur l’économie. Il s’agira de : La peur des africains eux-mêmes d’investir ; la sécurité des personnes et des avoirs investis en Afrique ; la corruption  sans oublier le secteur du tourisme. La peur des africains a investir en Afrique : L’une des raisons qui explique que l’investissement direct étranger soit si important pour l’Afrique est que les Africains choisissent de placer leur richesse à l’étranger. C’est en Afrique que la fuite des capitaux est la plus forte, 40 % des portefeuilles privés étant détenus hors du continent: si l’Afrique parvenait à faire revenir cet élément de la richesse privée, le volume total du capital privé augmenterait des deux tiers environ. On estime que la fuite des capitaux réduit le PIB du continent de quelque 16 %. 

La sécurité des personnes et des avoirs investis en Afrique : La sécurité un réel sujet de préoccupation pour les hommes d’affaires étrangers. Plus de 29% des hommes d’affaires ont jugé que la criminalité était un obstacle majeur à l’investissement, soit une proportion de moitié supérieure à la moyenne mondiale. Entre 11 et 80% des personnes interrogées dans chaque pays ont indiqué qu’ils avaient subi des pertes directes en raison de la criminalité, et les coûts de ces pertes représentaient entre 2 et 12% du total des ventes. 


La Corruption : La corruption est certainement une source de préoccupation encore plus grande pour les investisseurs, et ses conséquences néfastes sur l’investissement ne sont plus à démontrer. Dans une étude de
la Banque mondiale portant sur huit pays d’Afrique subsaharienne, la corruption est classée en tête des obstacles à l’activité économique en Afrique, avant les impôts, les problèmes d’infrastructure et l’inflation. Les entreprises perdent l’équivalent de 2 % à 9 % de chiffre d’affaires en pots-de-vin. La corruption décourage donc l’investissement, mais peut-être pas autant qu’un autre formidable obstacle à l’activité économique en Afrique: les formalités administratives. Si la corrélation avec la corruption perçue n’est pas parfaite, il n’en reste pas moins que les pays qui sont généralement considérés comme les moins corrompus du continent sont ceux qui, soit prévoient le moins de démarches (Tunisie), soit imposent les délais d’attente les plus courts (Tunisie, Botswana), tandis que les pays considérés comme les plus corrompus (Nigeria, Tchad, République démocratique du Congo, Angola, Côte d’Ivoire, Cameroun) imposent de nombreuses démarches ou des délais très longs, voire les deux. Paradoxalement, les pays très pauvres ont parfois des administrations très lourdes. 

La criminalité freine le tourisme : Les agressions contre les touristes portent préjudice à l’industrie du tourisme. Les mises en garde contre la criminalité occupent une place importante dans les brochures touristiques de la plupart des pays africains et des conseils sur la sécurité sont régulièrement publiés par les Consulats pour éviter aux touristes de se rendre dans certaines destinations sur le continent. Malgré tous ces problèmes, le tourisme en Afrique continue de se développer, mais il se porterait sans doute beaucoup mieux, si le continent était perçu comme une destination sûre. 

C- L’Impact sur la gouvernance La gouvernance se définie au regard des principes suivants : La décentralisation de l’Etat ; La lutte contre la corruption ; l’impartialité du système judiciaire ; la démocratie participative. Il est à noter que dans certains pays Africains la décentration est en cours de processus. Les populations n’ont jusque là pas intégrer la notion de transfert de compétence. Au regard de tout ce qui précède la bonne gouvernance est mise en mal par l’absence d’une justice saine et équitable et la corruption généralisée. 

En Afrique, une frange de la population n’a pas confiance en la justice et la justice ne fait confiance qu’à l’argent, ce qui constitue sans doute un frein à la bonne gouvernance. Les populations n’ayant pas confiance aux gouvernants ne participent pas aux échéances électorales d’où l’échec de la démocratie participative. Conclusion En sommes, il ressort de ce travail que la criminalité à des effets néfastes sur la société. Il nous a permis de cibler les origines, les causes et l’impact de la criminalité sur le développement économique, et socioculturel du continent. 

Pour endiguer ce fléau, des efforts ont été préconisés et des recommandations faites au nombre desquelles, nous citerons : développer les connaissances dans un premier temps ; aider les gouvernements à garantir la sécurité efficacité et intégrité ; briser le lien entre la criminalité et les conflits ; prévoir des mesures de préventions de la criminalité dans l’intervention au niveau local, associer les entreprises privées à la solution. En effet, rien ne sert de prendre des mesures si elles ne sont pas appliquées avec rigueur. Il revient à dire, que la première recommandation peut être efficace, mais à une seule condition la communauté internationale devrait mettre une forte pression sur les Etats africains afin qu’ils prennent en compte les données de la criminalité et qu’ils les considèrent comme des indicateurs du développement. Ces pressions pourront être exercées lors de l’octroie des subventions. De plus, lorsque la criminalité est ciblée dans un pays Africain, il ne suffira d’envoyer les aides mais plutôt de renforcer la capacité des acteurs locaux et mettre en place une équipe dynamique pour le suivi régulier des opérations. S’agissant de l’aide aux gouvernements à garantir la sécurité efficacité et l’intégrité. Rappelons, qu’il convient tout d’abord à l’opinion internationale d’octroyer des aides aux dirigeants qui prônent la bonne gouvernance, car il n’est pas sans ignorer que la plupart des gouvernements africains sont corrompus et le fait que l’aide provienne de l’occident on croirait à une sorte d’encouragement de ces bailleurs de fonds qui savent autant bien que ces dirigeants ne participent pas à l’épanouissement de leur contient. Et, ces aides sont pour la plupart allouées aux prestations personnelles. Cela prouve une complicité de la communauté internationale à encourager ces Etats dans la marche vers la criminalité. 

En ce qui concerne, le fait de briser le lien entre la criminalité et les conflits, ici, mettant en place un gouvernement d’union nationale répondant aux aspirations de la population. Concernant des mesures de préventions de la criminalité dans l’intervention au niveau local, il s’agira de fournir des forces de sécurité en moyen Humain, matériel et logistique adéquats car les trafiquants profitent de la faiblesse des forces de sécurité au niveau des frontières pour acheminer des produits illicites où des armes à feu. Associer les entreprises privées à la solution. Il est question, tout d’abord de lutter efficacement contre la criminalité, et associer les entreprises privées à investir tout en garantissant la sécurité des biens en prenant l’Etat comme garant. Par ailleurs, s’agissant toujours de ce point, il serait souhaitable de réduire les coûts fiscaux pour les investisseurs étrangers en leur soumettant des travaux de développent en guise de compensation dans le but unique de contourner la corruption. Enfin, une dernière solution proposée lors de notre exposé oral, il faudrait mettre en place un organe de répression supra étatique qui se chargerait de contrôler les différentes actions. Et nous pouvons également ajouter, l’exploitation des ressources humaines internes qui sont à la disposition des états et qui sont très mal exploités. A noter, l’organisation de la société civile dans le processus d’appui ; la protection de la presse et des journalistes. A cet effet, il est important de mettre les moyens financiers et matériels pour que ces organes soient les plus indépendants possibles. 

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Vous avez dit complot ?

Posté par issopha le 11 mars 2009

Vous avez dit complot ?

 

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Le siècle dernier, l’histoire du terrorisme a démontré qu’il s’agit toujours, pour une faction politique, de manipuler des groupes terroristes en vue de provoquer un revirement avantageux de l’opinion publique dont le but peut être de renforcer des dispositifs policiers pour contrer une agitation sociale, présente ou prévisible, ou de déclancher une opération militaire offensive, et son cortège d’intérêts économiques, à laquelle s’oppose la majorité de la nation (voir la note 1 en fin de page).

Tout individu notoirement ennemi de l’organisation sociale ou politique de son pays, et, d’avantage encore, tout groupe d’individus contraint de se déclarer dans cette catégorie est connu de plusieurs services de renseignements. De tels groupes sont constamment sous surveillance. Leurs communications internes et externes sont connues. Ils sont rapidement infiltrés par un ou plusieurs agents, parfois au plus haut niveau de décision, et dans ce cas aisément manipulable. Cette sorte de surveillance implique que n’importe quel attentat terroriste ait été pour le moins permis par les services chargés de la surveillance du groupe qui le revendique, parfois encore facilité ou aidé techniquement lorsque son exécution exige des moyens hors d’atteinte des terroristes, ou même franchement décidé et organisé par ces services eux-mêmes. Une telle complaisance est ici tout à fait logique, eu égard aux effets politiques et aux réactions prévisibles de ces attentats criminels.

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L’exaltation idéologique peut conduire à toutes sortes de crimes, et l’héroïsme individuel comme les assassinats en série appartiennent à toutes les sociétés humaines. Ces sortes de passions ont contribué depuis toujours à construire l’histoire de l’humanité à travers ses guerres, ses révolutions, ses contre-révolutions. On ne peut donc être surpris qu’un mitrailleur, un kamikaze ou un martyre commettent des actes dont les résultats politiques seront exactement opposés à ceux qu’ils prétendent rechercher, car ces individus ne sont pas ceux qui négocient sur le marché des armes, organisent des complots, effectuent minutieusement des opérations secrètes sans se faire connaître ni appréhendés avant l’heure du crime.

Mais il n’y a rien de nouveau à tout cela. Thucydide écrivait déjà, 400 ans avant Jésus-Christ, dans “La guerre du Péloponnèse” : « Qui plus est, ceux qui y prenaient la parole étaient du complot et les discours qu’ils prononçaient avaient été soumis au préalable à l’examen de leurs amis. Aucune opposition ne se manifestait parmi le reste des citoyens, qu’effrayait le nombre des conjurés. Lorsque que quelqu’un essayait malgré tout des les contredire, on trouvait aussitôt un moyen commode des les faire mourir. Les meurtriers n’étaient pas recherchés et aucune poursuite n’était engagée contre ceux qu’on soupçonnait. Le peuple ne réagissait pas et les gens étaient tellement terrorisés qu’ils s’estimaient heureux, même en restant muet, d’échapper aux violences. Croyant les conjurés bien plus nombreux qu’ils n’étaient, ils avaient le sentiment d’une impuissance complète. La ville était trop grande et ils ne se connaissaient pas assez les uns les autres, pour qu’il leur fût possible de découvrir ce qu’il en était vraiment. Dans ces conditions, si indigné qu’on fût, on ne pouvait confier ses griefs à personne. On devait donc renoncer à engager une action contre les coupables, car il eût fallut pour cela s’adresser soit à un inconnu, soit à une personne de connaissance en qui on n’avait pas confiance. Dans le parti démocratique, les relations personnelles étaient partout empreintes de méfiance, et l’on se demandait toujours si celui auquel on avait à faire n’était pas de connivence avec les conjuré ».

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Quoiqu’elle veuille s’en donner l’allure, l’action terroriste ne choisit pas au hasard ses périodes d’activités, ni selon son bon plaisir ses victimes. On constate inévitablement une strate périphérique de petits terroristes, dont il est toujours aisé de manipuler la foi ou le désir de vengeance, et qui est, momentanément, tolérée comme un vivier dans lequel on peut toujours pécher à la commande quelques coupables à montrer sur un plateau : mais la « force de frappe » déterminante des interventions centrales ne peut-être composée que de professionnels ; ce que confirme chaque détails de leur style.

L’incompétence proclamée de la police et des services de renseignements, leurs mea-culpa récurrent, les raisons invoquées de leurs échecs, fondées sur l’insuffisance dramatique de crédits ou de coordination, ne devraient convaincre personne : la tâche la première et la plus évidente d’un service de renseignements est de faire savoir qu’il n’existe pas ou, du moins, qu’il est très incompétent, et qu’il n’y a pas lieu de tenir compte de son existence tout à fait secondaire. Pourtant, ces services sont mieux équipés techniquement aujourd’hui qu’ils ne l’ont jamais été.

Aujourd’hui, les manipulations générales en faveur de l’ordre établi sont devenues si denses qu’elles s’étalent presque au grand jour. Pourtant, les véritables influences restent cachées, et les intentions ultimes ne peuvent qu’être assez difficilement soupçonnée, presque jamais comprises.

Notre monde démocratique qui, jusqu’il y a peu, allait de succès en succès, n’est aujourd’hui plus que l’arme idéologique d’une mécanique de domination, dont l’aboutissement du mensonge mondialiste pourrait devenir notre pire cauchemar.

Alors que nous sommes pris dans une réalité aussi mouvante que violement destructrice, nous ne devons pas perdre de vue que l’action de quelques individus, ou de groupes humains très restreint, peut, avec un peu de chance, de rigueur, de volonté, avoir des conséquences incalculables…

Le temps est venu d’organiser la résistance !

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Note 1 :

Allemagne 1933 : Hitler

Le 30 janvier 1933, Hitler est nommé chancelier d’Allemagne et chef du pouvoir exécutif. Pourtant, deux adversaire potentiels sont encore devant lui : le Reichstag, qui vote les lois, arrête le budget et décide la guerre, ainsi que le parti communiste allemand, qui, dans le marasme économique de l’époque, pouvait se relever inopinément et constituer un dangereux concurrent. Le 22 février, Goering, alors président du Reichstag attribue aux SD (Sicherheitsdienst : Service de renseignements de sûreté) des fonctions de police auxiliaire. Le 23, la police perquisitionne au siège du parti communiste et y « découvre » un plan d’insurrection armée avec prises d’otages, multiples attentats et empoisonnements collectifs. Le 27 février, un militant gauchiste s’introduit sans difficultés dans le Reichstag et, avec quelques allumettes, y provoque un incendie. Le feu s’étend si rapidement que le bâtiment est détruit. Tous les experts, techniciens et pompiers, ont témoigné qu’un tel incendie ne pouvait être l’œuvre d’un seul homme. Bien après la guerre, d’anciens nazis confirmeront le rôle des SD dans cet attentat. Dès le lendemain de l’incendie, plusieurs milliers d’élu et de militants communistes sont arrêtés, l’état d’urgence décrété, le parti communiste interdit. Quinze jours plus tard les nazis remportent les élections au Reichstag, Hitler obtient les pleins pouvoirs et, dès juillet 1933, interdit tous les autres partis.

Italie 1970 : les Brigades rouge

Au cours des années septante, l’Italie était au bord d’une révolution sociale. Grèves, occupations d’usines, sabotage de la production, remise en question de l’organisation sociale et de l’Etat lui-même ne semblaient plus pouvoir être jugulé par les méthodes habituelle de la propagande et de la force policière. C’est alors que des attentats terroristes, destinés à provoquer de nombreuses victimes, et attribués à un groupe « révolutionnaire », les Brigades Rouges, sont venu bouleverser l’opinion publique italienne. L’émotion populaire permit au gouvernement de prendre diverses mesures législatives et policières : des libertés furent supprimées sans résistance, et de nombreuses personnes, parmi les plus actives du mouvement révolutionnaire, furent arrêtées : l’agitation sociale était enfin maîtrisée. Aujourd’hui, les tribunaux eux-mêmes reconnaissent que la CIA était impliquée, de même que les services secrets italiens, et que l’Etat était derrière ces actes terroristes.

USA 1995 : Timothy Mc Veigh

Le 19 avril 1995, un vétéran de la première guerre du Golfe, Timothy Mc Veigh, lance contre un bâtiment du FBI, à Oklahoma City, un camion chargé d’engrais et d’essence. Le bâtiment s’effondre et fait cent soixante-huit victimes. Au cours de l’instruction, Mc Veigh a déclaré avoir été scandalisé par l’assaut donné par le FBI, deux ans plus tôt, à une secte d’adventiste à Wacco, dans le Texas. Assaut au cours duquel périrent plus de quatre-vingt membres de la secte, dont vingt-sept enfants. Révolté par ce crime, Mc Veigh était donc parti en guerre, seul, contre le FBI. Et au terme de son procès, largement médiatisé, il a été exécuté, seul, par une injection mortelle, devant les caméras américaines.
Après l’attentat, 58 % des Américains se sont trouvés d’accord pour renoncer à certaine de leur liberté afin de faire barrage au terrorisme. Et dans l’effervescence populaire entretenue par les médias, le président Clinton du signer le consternant antiterrorism Act autorisant la police à commettre de multiples infractions à la constitution américaine.
Au vu des ravages causés par l’attentat, Samuel Cohen, le père de la bombe à neutrons, avait affirmé : « Il est absolument impossible, et contre les lois de la physique, qu’un simple camion remplis d’engrais et d’essence fassent s’effondrer ce bâtiment. » Deux experts du Pentagone étaient même venu préciser que cette destruction avait été « provoquée par cinq bombes distinctes », et avaient conclu que le rôle de Mc Veigh dans cet attentat était celui de « l’idiot de service ».

Au cours de son procès, Mc Veigh a reconnu avoir été approché par des membres d’un « groupe de force spéciales impliquées dans des activités criminelles ». Le FBI ne les a ni retrouvé, ni recherchés. Mais dans cette affaire, la police fédérale a dissimulé tant d’information à la justice qu’au cours de l’enquête, l’ancien sénateur Danforth a menacé le directeur du FBI d’un mandat de perquisition, mandat qu’il n’a pu malheureusement obtenir. L’écrivain Gore Vidal affirme, dans son livre La fin de la liberté : vers un nouveau totalitarisme, sans hésiter : « Il existe des preuves accablantes qu’il y a eu un complot impliquant des milices et des agents infiltrés du gouvernement afin de faire signer à Clinton l’antiterrorism Act ».

USA : 11/9

La situation mondiale exige l’ouverture continuelle de nouveaux marchés et demande à trouver l’énergie nécessaire pour faire fonctionner la production industrielle en croissance constante. Les immenses réserve des pays arabes, et la possibilité des se les approprier, d’acheminer cette énergie à travers des zones contrôlées, font désormais l’objet de conflits entre les USA, décidés à asseoir leur hégémonie, et les autres pays d’Europe et d’Asie. S’emparer de telles réserves aux dépends du reste du monde exige une suprématie militaire absolue et d’abord une augmentation considérable du budget de la défense. Mesures que la population américaine n’était, il y a quelques années encore, aucunement disposée à entériner. Le 11 janvier 2001, la commission Rumsfeld évoquait qu’un « nouveau Pearl Harbour constituera l’évènement qui tirera la nation de sa léthargie et poussera le gouvernement américain à l’action.»

Les services de renseignements américains, qui prétendaient tout ignorer de l’attentat du 11 septembre, étaient si bien averti dans les heures qui ont suivi, qu’ils pouvaient nommer les responsables, diffuser des comptes rendus de communications téléphonique, des numéros de carte de crédit, et même retrouver inopinément le passeport intact d’un des pilotes terroristes dans les ruines fumantes des deux tours, permettant ainsi de l’identifier ainsi que ses présumés complices. La version des autorités américaines, aggravée plutôt qu’améliorée par cent retouches successives, et que tous les commentateurs se sont fait un devoir d’admettre en public, n’a pas été un seul instant croyable. Son intention n’était d’ailleurs pas d’être crue, mais d’être la seule en vitrine.

Le pouvoir est devenu si mystérieux qu’après cet attentat, on a pu se demander qui commandait vraiment aux Etats-Unis, la plus forte puissance du monde dit démocratique. Et donc, par extension, on peut se demander également qui peut bien commander le monde démocratique ?


Le fascisme, le stalinisme et X
par Jean Bricmont, prof de physique à l’UCL

Un des thèmes privilégiés du discours politique contemporain est la révulsion provoquée par ces grandes horreurs du 20ème siècle que

sont le fascisme et le stalinisme, mises en pratique d’idéologies totalitaires.

En marge du quarantième anniversaire de l’indépendance du Congo, je voudrais faire quelques remarques sur ce qui me semble être un grand absent dans ce débat, et que, pour cette raison, j’appellerai X.

X est un système d’oppression politique qui s’est étendu à presque toute la planète, durant ici des siècles, là des décennies, et faisant, au total, plus de victimes que le stalinisme et le fascisme mis ensemble. X a déporté des populations entières, annihilé des cultures, utilisé l’esclavage, les camps et le travail forcé. X s’est justifié au moyen d’une idéologie fanatique, le racisme, qui a une grande parenté avec le nazisme ; mais cette parenté, contrairement à celle entre nazisme et stalinisme, est rarement soulignée. X a utilisé, là où il dominait, un obscurantisme imposé par des moyens totalitaires.

 Les séquelles de X affectent la vie de bien plus de gens que les séquelles du stalinisme ou du fascisme. Il est impossible de comprendre le monde contemporain, qu’il s’agisse de la dette du Tiers Monde, de la politique du FMI, des migrations, du racisme, des problèmes écologiques, ou les événements du Congo, du Zimbabwe, du Liban, ou même des Balkans, sans remonter à X. Des millions de gens dans le monde meurent chaque année, victimes des conséquences de X.

Pourtant, parler de X n’est pas simple ; l’histoire de X, telle que je l’ai apprise à l’école, était purement et simplement négationniste.

Publié dans ACTUS ET DEBATS CAMEROUN, ACTUS ET DEBATS FRANCE, ACTUS ET DEBATS MONDE, AU-DELA DES IDEES RECUES, QU'EST-CE QU'UN INTELLECTUEL ?, SAVOIR C'est déjà  POUVOIR, VISAGES DE LA RESISTANCE | 1 Commentaire »

DU 11 MARS AU 15 AVRIL :LE MOIS CONTRE LA FRANCAFRIQUE – DE SURVIE PARIS ILE-DE-FRANCE

Posté par issopha le 11 mars 2009

PROGRAMME DE MARS

DE SURVIE PARIS ILE-DE-FRANCE

DU 15 MARS AU 15 AVRIL :

MOIS CONTRE LA FRANCAFRIQUE

www.survie-paris.org/agenda-survie-paris

DU 11 MARS AU 15 AVRIL :LE MOIS CONTRE LA FRANCAFRIQUE - DE SURVIE PARIS ILE-DE-FRANCE dans ACTIONS CITOYENNES


Bonjour,Survie vous invite à participer à la campagne contre le référendum de Mayotte le 29 mars. Pétition en ligne:
http://www.tlaxcala.es/detail_campagne.asp?lg=fr&ref_campagne=11

Survie Paris Ile-de-France vous signale la campagne internet pour la vérité dans l »affaire Bruno Ossébi au Congo-Brazzaville

Pour y participer, vous pouvez vous connecter sur la page web du groupe d’activistes:
http://www.facebook.com/group.php?gid=56294956990

Plus d’informations sur le site www.survie-paris.org
A très bientôt,
Le CA Survie Paris Ile-de-France
contact@survie-paris.org
PS: La citation du mois:  » Vous parlez enfin de soutien aux dictatures. Non ! Tous les pays que nous soutenons ne sont pas dans ce cas … »,

Bernard Kouchner, Assemblée nationale, 28 Janvier 2009,

Débat – Autorisation de prolongation de cinq interventions des forces armées à l’étranger.

* * *

Chaque lundi de 17h30 à 19h !


Survie Paris à la radio : « Paris Françafrique », sur FPP 106,3 FM
L’émission radio de Survie et des luttes contre la Françafrique.


http://www.survie-paris.org/agenda-survie-paris/article/paris-francafrique-l-emission


programme N°9: Lundi 9 mars – Artistes unis contre la Francafrique :Sams’k Le Jah (Burkina Faso) Apkass (Congo-K)


programme N°10: Lundi 16 mars – Paris Françafrique reçoit Denis Robert et Alain Deneault auteur Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique

A suivre… Angolagate avec Thierry Brugvin - Noir Canada
Sur 106.3 FM ou sur Internet :
www.rfpp.net


Retrouvez aussi l’émission en écoute sur Afriradio.net :
http://www.afriradio.net/

* * *AGENDA

Du 11 mars au 15 avril
Le Mois contre la Françafrique

Mercredi 11 mars, 19h45
Les sociétés minières dans la Mafiafrique. Le Canada comme paradis judiciaire.
 

avec Alain Deneault auteur de Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique,

Vincent Munié, spécialiste des Grands Lacs à Survie, et

Eve Tessera de l’association de juristes Sherpa.

Au FIAP Jean Monnet, salle Bruxelles, 30 rue Cabanis, 14e, M° Glacière

Le Canada, comme ancienne colonie, a permis l’aménagement de structures économiques et juridiques permettant à de grandes sociétés d’exploiter massivement, sur son territoire, les ressources naturelles. Cette expertise coloniale, notamment dans le domaine minier, s’est affinée au point de faire du Canada le pôle de prédilection des sociétés minières mondiales. Le Canada permet ainsi, à la manière d’un paradis judiciaire, d’aménager un espace financier de choix au profit de sociétés minières et autres présentes en Afrique.

http://www.survie-paris.org/agenda-survie-paris/article/mercredi-11-mars-19h45-les

http://slapp.ecosociete.org/

Samedi 14 mars, 17h + 20h, (programme à confirmer)


Avec Duval MC, ouverture mois contre la françafrique de Survie Paris Ile-de-France
avec fanfare Vroum, au Rigoletto, 337 rue de Belleville, 19e, 1 euro minimum, table de presse Survie.

17h, projection débat sur la Francafrique et les résistances africaines (à confirmer)


Fratricide au Burkina, Thomas Sankara et la Françafrique Thuy-Tiên Ho (et Didier Mauro), docu, 52min, 2006, DVD ou Thomas Sankara, l’homme intègre Robin Shuffield, docu, 52min, 2006, DVD
Débat avec Sams’K le Jah et Bruno Jaffré (sous-réserve)

20h Concert Vroum + Duval MC

Du 12 au 15 Mars

Duval MC qui a participé à la compilation Survie ‘Décolonisons’ est en concert à Paris:

Jeudi 12 mars, 20h30, avec MAP (quasiment complet le 24.2), au Trois Baudets, 2 rue Coustou, 18e, 15euros avec table de presse Survie

Vendredi 13 mars, 19h, avec Nixon & the Jazzconrad Musicians (hip hop jazz), au Cithéa Nova, 114 rue Oberkampf, 11e, M° Parmentier ou Menilmontant, 5euros


Dimanche 15 mars, 18h, avec DJ Luke Sky, au Cannibale Café, 93 Rue Jean-Pierre Timbaud, 11e, gratuit

www.duvalmc.com.

Jeudi 19 mars, 19h

Vers la fin des paradis fiscaux ?
à la Maison des Associations du 3e, 5 rue Perrée, M° République / Temple

Avec Alain Deneault auteur de Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique
Alors que les journaux titrent régulièrement ces jours-ci : « Les paradis fiscaux dans le collimateur du G20 et de l’Union européenne », une soirée pour faire le point sur l’actualité des Paradis Fiscaux : avec Alain Deneault, auteur de travaux sur les Paradis Fiscaux.

Samedi 21 mars, 16h-23h

Concert-débat ‘Sarkozy, Business et dictatures’
En françafrique décomplexée, les affaires continuent
avec

  • Samuel Foutoyet auteur de ‘Sarkozy et la françafrique décomplexée’,
  • Olivier Thimonier Sec. G.al Survie

  • Sams’K le Jah (reggae, Burkina Faso), Jam, Slam, Apkass, Slam et hip-hop-jazz-soul
    A l’Olympic Café, 20 rue Léon, M° Marcadet Poissonnière


  • 16h Slam et poésie avec Jam et Apkass


  • 16h45-18h45 Débat ‘Pétrole et dictatures, où est la rupture ?’


  • Le scandale des Biens Mal Acquis a mis en lumière la spoliation par les régimes dictatoriaux de la françafrique dont sont victimes les populations. Le vétéran dictateur au Gabon semble à bout de souffle, des élections périlleuses auront lieu en juillet au Congo-Brazzaville. Une partie du pétrole de Total provient toujours de ces pays au coeur de la Françafrique , alors le business se déplace aussi en Angola ou ailleurs. Quelle chance y-a-t-il d’arrêter le pillage des ressources naturelles et de voir naître la démocratie tant que l’opacité perdure sur les contrats pétroliers ? Où en sont les résistances africaines aujourd’hui ? avec

  • Olivier Thimonier, Secrétaire Général de Survie qui présentera la campagne Diplomatie Business et Dictature de Survie,

  • Benjamin Moutsila de la Fédération des Congolais de la Diaspora , et

  • Michel Roy du Secours Catholique pour le collectif Publiez Ce Que Vous Payez. Survie et le Secours Catholique font partie de la Plateforme citoyenne France Afrique qui a publié le « Livre blanc. Pour une politique de la France en Afrique responsable et transparente », Ed. L’Harmattan, 2007. « Publiez ce que vous payez » est une coalition de plus de 350 organisations de la société civile, qui lutte pour la publication par les compagnies extractives du montant des versements qu’elles font aux Etats. 18h45 Pause repas (Le café est restaurant)


  • 19h30 Concert Sams’K le jah, reggae, Burkina Faso (et sous réserve Sira Camara, chanson)


  • 20h30 Débat ‘Sarkozy et la françafrique décompléxée’ avec Samuel Foutoyet de Survie, auteur du livre ‘Sarkozy et la françafrique décompléxée’ (2009), intervention de Sams’K sur la situation au Burkina Faso.


  • 22h Concert Apkass, hip-hop, soul, jazz


  • Métaphore des indépendances confisquées, regard d’un jeune africain sur la terre qui l’a vue naître, odyssée musicale au confluent du hip-hop, de la soul, du jazz, et des sonorités africaines.
    http://www.apkass.com

 

Jeudi 26 mars

2e rencontre ‘Un nouveau cycle de luttes sociales et politiques en Afrique sub-saharienne: Assurer des élections transparentes

au CICP, 21 ter rue Voltaire, 11e, M° Nation / Rue des Boullets

Organisé par Survie Paris Ile-de-France, le Cedetim, le site Libération Afrique.
Suite à la première soirée organisée par le CEDETIM, une seconde soirée pour aborder plus en profondeur la question des solidarités à mettre en place vis à vis des résistances sur le continent africain… Que réserve cette année à l’Afrique avec neuf élections présidentielles en préparation ? Sud-Africains, Algériens, Angolais, Congolais de Brazzaville, Ivoiriens, Equato-guinéens, Mozambicains, Nigériens et Tunisiens iront aux urnes cette année pour élire leurs chefs d’Etat respectifs. Sans rien enlever à l’intérêt que représente une élection présidentielle dans chaque pays où elle a lieu, les cas de l’Afrique du Sud et de la Côte d’Ivoire sortent quand même du lot parmi les neuf scrutins attendus en 2009 sur le continent. Sont invitées à participer les associations de la diaspora, les assocaitions CADTM et “Publiez Ce Que Vous Payez” et les associations membres de la Plateforme Citoyenne France Afrique: Survie, Peuples Solidaires, CCFD, Secours Catholique, Oxfam, Foi et justice, et CRID.

Samedi 28 mars, 15h

Comores: journée carton rouge à la France, rassemblement au Trocadéro à la veille du référendum pour la départementalisation de Mayotte/Maoré.

Rassemblement organisé par le Collectif des Associations et Amis des Comores (CAAC Comores) avec le soutien de plusieurs associations dont Survie et Survie Paris Ile-de-France. Rendez-vous à confirmer sur www.survie-paris.org car le 28 mars tombe pendant le voyage de Sarkozy en Afrique et pourrait être aussi une date de manifestation de revendication en lien avec ce voyage (contre la Françafrique, entre autre).Autour du 7 avril

15e anniversaire du génocide des tutsis au Rwanda

Le 7, Rassemblement Trocadero, 15h et cérémonie du souvenir 19 à 23h, 62 rue Marcadet, 18e.


Programme à préciserJeudi 9 avril

Discussion sur les complicités françaises dans le génocide des tutsis au Rwanda en 1994

à la Maison des Associations du 3e, 5 rue Perrée, M° République / Temple


A l’occasion de la commémoration du génocide des tutsis en 1994, Survie Paris Ile-de-France invite a une discussion en lien avec l’actualité. En particulier sera évoqué le colloque, non ouvert, à l’Assemblée nationale sur les thèmes de la vérité, de la justice, la réforme de la politique de la France en Afrique, et la démocratisation du fonctionnement des institutions, colloque organisé par le groupe ‘Rwanda’ de Survie le mercredi 8 avril. Quelles sont les évolutions politiques entre la France et le Rwanda? Quelles sont les actions en cours pour obtenir la vérité et la justice, les revendications actuelles?
* * *

Zone Libre avec Casey et Hamé de la rumeur
Survie Paris tiendra une table de presse.
Samedi 7 avril, 20h, au Point Ephémère, 200, quai Valmy,
www.pointephemere.org, Tarif : 16.7€* * *

Plus d’informations sur le site www.survie-paris.org

 

 

 

t117 dans FRANCE A FRIC EN AFRIQUE Noir Canada
Pillage, corruption et criminalité en Afrique


Alain Deneault
(Avec Delphine Abadie et William Sacher)

Photo de la couverture : Presse canadienne

ISBN 978-2-923165-42-4  
352 pages  
34$


S’il ne s’agissait pas de faits scrupuleusement recensés et vérifiés, ce livre serait un roman noir, un thriller économique qui fait froid dans le dos. Les horreurs ici rassemblées provoquent des hauts le coeur. Malheureusement, ce Noir Canada existe bel et bien et cet ouvrage se donne pour mission et devoir d’informer les citoyenNEs canadienNEs sur les agissements hautement critiquables des sociétés minières et pétrolifères canadiennes en Afrique.*

En dénonçant de nombreux abus qualifiables de crimes commis par ces sociétés privées, Alain Deneault s’attaque à l’image factice répandue sur la scène internationale d’un Canada intrinsèquement pacifiste, bon et généreux. Il recense avec soin et précision les nombreux cas (déjà rapportés ailleurs dans le monde par plusieurs ONG, journalistes, analystes ainsi qu’experts de l’ONU) dans lesquels les sociétés canadiennes se rendent coupables de corruption, de pillage institutionnalisé des ressources minières ou pétrolières des pays africains, et attisent ou maintiennent l’instabilité et les conflits pour obtenir de juteux contrats. La liste est longue : ingérence politique et contrats outrancièrement avantageux dans la fragile République démocratique du Congo, partenariats avec les seigneurs de guerre, vendeurs d’armes et mercenaires de la région à feu et à sang des Grands Lacs, collusions mafieuses dans l’Ouganda voisin, mineurs enterrés vifs en Tanzanie, empoisonnement massif et « génocide involontaire » au Mali, expropriations brutales au Ghana, transformation des Ivoiriens en cobayes pharmaceutiques, barrages hydroélectriques dévastateurs au Sénégal, privatisation sauvage du transport ferroviaire en Afrique de l’Ouest…

Ces abus sont rendus possibles par un soutien sans faille du gouvernement canadien. L’auteur décrit avec lucidité et ironie toute l’architecture d’un système politique et financier honteux dans lequel le Canada joue le rôle d’un véritable « paradis judiciaire » pour de nombreuses compagnies. La Bourse de Toronto, extrêmement permissive, est taillée sur mesure pour les compagnies minières et pétrolifères mondiales accueillies à bras ouverts par un gouvernement qui leur offre une couverture juridique quant aux abus qu’elles commettent à l’étranger. Ce soutien économique ne va pas sans un soutien diplomatique et politique dont ont fait preuve d’ex-premiers ministres se targuant d’être « amis de l’Afrique », tel que Jean Chrétien. Pourtant vierge de tout passé colonialiste, le Canada, notamment avec l’aide de l’ACDI, maintient l’Afrique dans un état de dépendance post-coloniale.
Le public canadien doit être informé des abus qui sont commis en son nom et qu’il se trouve à financer parfois lui-même, via les placements de ses gouvernements, ses portefeuilles d’actions privés, ses REÉR ou ses cotisations à des fonds de retraite.

En Afrique, comme au Canada, les sociétés privées obéissent à une même logique : prendre possession des ressources d’un pays pour une bouchée de pain puis en tirer des profits financiers colossaux sur les places boursières, pour enfin inscrire les actifs dans des paradis fiscaux. Ce système se résume à un déni profond de la souveraineté politique des États de droit et cela, au final, ne profite ni aux Africains, ni aux Canadiens.

Alain Deneault anime le collectif Ressources d’Afrique. Il est titulaire d’un doctorat de philosophie de l’Université de Paris-VIII et mène aujourd’hui des recherches en sociologie à l’UQAM. Ses recherches et publications portent sur la fonction sociale, conceptuelle, psychique et esthétique de l’argent ; les notions relatives au développement en Afrique de même que les concepts fondamentaux de la philosophie politique jaugés au regard des réalités financières offshore. Alain Deneault a fait paraître des articles dans de nombreuses revues scientifiques (Global Crime, Mouvements, Le Coq héron…) de même que dans des publications politiques telles que Billets d’Afrique, À bâbord !, ou encore dans Le Devoir. Il est l’auteur de Paul Martin et compagnies, Soixante thèses sur l’alégalité des paradis fiscaux (VLB, 2004).

 

* Il s’entend que toutes les lignes de cet ouvrage restent, au sens juridique, des allégations. Celles-ci nous proviennent de sources crédibles et réputées, de Goma à Kinshasa, en passant par Berlin, Bruxelles, Londres, Paris, New York, Washington, Toronto, Ottawa ou Montréal. Il s’agit de données relevées dans des rapports d’organisations reconnues, articles d’organes de presse réputés, mémoires consignés par des autorités dans le cadre d’auditions d’experts, documentaires fouillés et témoignages circonstanciés. Le plus souvent, ces données se sont recoupées. Leur nombre est effarant.
En réalité, un tel rapport sur le rôle du Canada en Afrique existait déjà. Il suffisait d’en colliger les données et de les analyser.
Ces allégations, ceux qui voudront les réfuter en bloc n’éviteront pas de donner eux-mêmes dans une théorie du complot qu’ils feindront précisément de dénoncer. Mais l’idée que tous ces témoins, reporters, acteurs sociaux médiraient à l’unisson contre d’honnêtes Canadiens qui oeuvrent pour la croissance de l’Afrique, manquera tout simplement de sérieux.
Ces allégations dont nous faisons la synthèse, nous ne prétendons pas les fonder au-delà des travaux qui les ont avancées. Et nous avons cité la contrepartie de sociétés visées par ces documents tous déjà rendus publics du moment que celles-ci y avaient également réagi publiquement.
Il ne serait pas convenable d’exiger d’un collectif d’auteurs sans financement d’aller sur tous ces sujets au-delà de ceux qui les ont déjà péniblement mis au jour dans leurs efforts respectifs. C’est d’ailleurs en ce sens que se formule notre seule requête auprès des autorités publiques, si elles donnent encore quelques raisons d’espérer d’elles, soit d’instaurer une commission dont l’indépendance des membres serait au-dessus de tout soupçon pour faire le point sur les effets des investissements politiques, industriels et financiers en Afrique depuis une vingtaine d’années.

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La traite des Noirs et ses acteurs africains , par Tidiane Diakite

Posté par issopha le 23 février 2009

La traite des Noirs et ses acteurs africains


 

 

La traite des Noirs et ses acteurs africains , par Tidiane Diakite dans AFRIQUE NOIRE : Réécrire l'Histoire Diakite1 Tidiane Diakité, La traite des Noirs et ses acteurs africains du 15° au 19° siècle , Berg International, nov. 2008, 240 p.

En librairies le : 15 novembre 2008 – Éditeur : Berg International – Reliure : Broché – Description : 240 pages au format 15 x 24 cm- ISBN : 978-2-917191-15-6 Prix : 19 €

A lire sur TERRA : le résumé, le sommaire et un chapitre en texte intégral

A lire ci-dessous, avec l’aimable autorisation de l’éditeur, un chapitre complet : Pour éteindre le feu

Pour acheter ce livre : en ligne

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PRESENTATION

Tidiane Diakité , professeur agrégé, originaire du Mali, fut très tôt sensible au phénomène de la traite atlantique dont il fit le thème de son mémoire de maîtrise universitaire. Il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’Afrique et les questions relatives au développement et d’articles sur l’école, l’immigration, la religion, la société…

Par sa conception, son organisation et ses effets, la traite atlantique, ou traite européenne, fut un phénomène sans précédent dans l’histoire de l’humanité, une « barbarie jusqu’alors inconnue dans l’histoire de la barbarie ».

Mais au « devoir de mémoire » et à la « repentance » qui ne font qu’exacerber ressentiment et culpabilisation, il faut substituer le « droit de savoir ». C’est à ce prix qu’on pourra refermer le livre de l’esclavage pour se tourner résolument vers l’avenir. Il importe avant tout d’essayer de comprendre, non de juger ou de condamner unilatéralement les peuples blancs ou noirs afin d’avoir enfin une approche honnête et dépassionnée de ce sujet.

Si l’histoire de l’esclavage et celle de la traite des Noirs sont généralement assez connues, leurs dimensions spécifiquement africaines n’ont jamais fait l’objet d’une étude autonome alors qu’elles constituent un des aspects essentiels de cette histoire. Certes, tous les peuples d’Afrique ne furent pas acteurs ni tous les rois africains marchands de « bois d’ébène », mais dire la vérité historique c’est rendre hommage aux victimes de cette tragédie multiséculaire.

Ce livre révèle le rôle précis des Africains dans ce commerce d’êtres humains qui saigna leur continent pendant cinq siècles.

Diakite0 dans AFRIQUE NOIRE : Réécrire l'Histoire

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TABLE DES MATIERES

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INTRODUCTION

CHAPITRE I
LES TEMPS PREMIERS : XVe-XVIe SIÈCLES
LES AFRICAINS COMPLICES OU VICTIMES ?

Derrière les épices et la croix, les esclaves
La primauté portugaise. Pour le salut des « âmes noires »

CHAPITRE II
LE TOURNANT DU XVIIe SIÈCLE :
LES ROIS VENDENT LEUR « BOIS D’ÉBÈNE »

Le Portugal au ban des nations
Le retournement des consciences
La mêlée européenne en Afrique
Les objets de traite : esclaves et marchandises

CHAPITRE III
EUROPÉENS ET AFRICAINS EN ACTION
Qui sont ces acteurs africains moteurs de la traite ?
Comment se procure-t-on des esclaves ?
Le XVIIIe siècle ou le siècle d’or des acteurs africains

CHAPITRE IV
L’ENGRENAGE OU L’ANARCHIE TRIOMPHANTE
La surenchère
Qui vend qui ?
Qui n’a pas vendu qui ?

CHAPITRE V
POUR ÉTEINDRE LE FEU

La voix des victimes. L’ Angleterre, figure de proue
À contre-courant : les résistances ailleurs et en Afrique
Les cendres encore fumantes
Les fruits de la traite

CONCLUSION

ANNEXES
Projet d’élimination du roi Congo
Projet de destitution du roi Damel
Description de la réception de l’ambassadeur du roi d’Ardres en France
La répression de la traite des Noirs
La traite en Afrique orientale selon le Capitaine Burton
Le Gouverneur du Sénégal, Faidherbe, au Commandant de Gorée

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE

POUR ÉTEINDRE LE FEU

© 2008 Éditions Berg International Editeurs – Paris

HAUT DE PAGE

La voix des victimes. L’Angleterre, figure de proue

L’incendie allumé sur la côte africaine depuis le milieu du XVe siècle continuait encore à la fin du XVIIIe siècle de consumer chaque jour et chaque mois ses contingents d’esclaves noirs. Les voix qui se sont élevées à l’intérieur du continent, dont l’émouvante supplique du roi Alfonso Ier du Congo au roi du Portugal Joao III, en 1521, au nom de l’humanité et du christianisme, les révoltes de populations généralement converties à l’islam, des Peuls, comme en Sénégambie au cours du XVIIIe siècle, de même que la résistance de groupes de populations ainsi que de souverains africains étaient faibles, trop faibles. Trop faibles également les objections répétées du courant antiesclavagiste en Europe depuis le XVIe siècle, pour venir à bout des éléments déchaînés qui attisaient ce brasier ardent et dévorant qu’était devenu le commerce des esclaves en Afrique. Les voix de l’extérieur devaient peser d’un poids plus conséquent. Parmi elles, d’abord celles des victimes déportées.

Le marronnage fut l’une des premières expressions de résistance à l’esclavage, et par extension à la traite, parce que tous les esclaves « marrons » des Antilles et d’Amérique étaient fils de la traite. Ce terme « marron » désignait à l’origine les esclaves noirs qui refusaient les rigueurs de la servitude et qui, pour y échapper, s’enfuyaient loin du domaine de leur maître pour se réfugier dans les montagnes ou la forêt. Si le marronage fut « la plaie continuelle des Antilles » depuis qu’on y introduisit les premiers esclaves noirs, il fut sans doute aussi la première fissure visible dans le système de l’esclavage en général.

Les esclaves qui osaient choisir la voie du marronnage savaient à quoi ils s’exposaient car, dès le début de la colonisation aux Antilles, « les mesures les plus rigoureuses furent prises contre les marrons. » [1] Plusieurs de ces mesures, décidées depuis la métropole et mises en application sur le terrain par l’administration des colonies, allaient toutes dans le sens de l’exigence d’une discipline stricte et sans faiblesse imposée aux esclaves. Elles furent sans cesse rappelées avec insistance et sans cesse appliquées avec rigueur, mais les fuites répétées d’esclaves et la violence des révoltes constituaient la meilleure réponse aux esclavagistes prétendant que la condition des esclaves était meilleure en Amérique, chez leurs maîtres blancs, que chez eux sur leur terre natale. Le marronnage et les terribles représailles qui en découlaient sont constitutifs de l’histoire de l’esclavage aux Antilles. « Toutes les îles à esclaves, à quelque nation qu’elles appartiennent, ont leurs marrons », affirmait Victor Schoelcher.

Les violences des révoltes d’esclaves furent telles au Surinam et à la Jamaïque que la Hollande et l’Angleterre, incapables de les réduire après des années de représailles féroces et de guerres sanglantes, finirent par reconnaître la liberté totale des esclaves sur une portion de chacune de ces îles [2].

Quant aux colonies françaises, les mêmes chasses et les mêmes guerres incessantes y furent menées contre les esclaves fugitifs ou révoltés. Voici quelques exemples de ces représailles :

  • « Par arrêt du Conseil de la Martinique du 5 juillet 1677, le nègre Petit Jean est condamné à avoir la jambe gauche coupée en présence de tous les autres nègres des habitations voisines ; le nègre Jacques à avoir le jarret coupé au dessous du genou et à être marqué sur le front de la fleur de lys. » [3]

Le 17 juillet 1679, le Conseil de la Martinique condamne quelques Nègres accusés d’avoir voulu s’évader de l’île, les hommes à avoir la jambe gauche coupée, les femmes le nez, les uns et les autres à être marqués de la fleur de lys sur le front. Le 3 septembre 1681, le même Conseil prend un arrêt général contre les marrons car, « si ces désordres continuaient, on serait exposé aux révoltes, dont les exemples encore récents donnent sujet d’en craindre de nouvelles. » [4]

En effet, ces révoltes se produisirent, de plus en plus nombreuses et de plus en plus violentes, ôtant au colon sécurité et tranquillité sur les terres qu’il considérait comme siennes. Les esclaves faisaient ainsi payer aux maîtres, chaque jour plus cher, le prix pour la production de ces denrées de luxe : sucre, café, tabac, ainsi que leur sécurité et celle de leurs proches.

Le Code Noir promulgué par Louis XIV en 1685 devait réglementer et « humaniser » les rapports maîtres-esclaves. Son article 38 précise :

  • « L’esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois à compter du jour que son maître l’aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lys sur une épaule ; s’il récidive un autre mois à compter pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et la troisième fois, il sera puni de mort ».

Ainsi, comme l’écrit Lucien Peytraud citant des documents d’archives coloniales, à la suite d’une lettre des administrateurs de la Martinique, le roi promulgua, le 1er février 1743, une ordonnance portant que :

  • « Les esclaves surpris en marronage avec armes blanches ou à feu, seraient condamnés à mort ; avec couteaux autres que ceux appelés jambettes [couteaux pliants, sans ressort ni virole], punis de peine afflictive et même à mort, au besoin […] ceux qui chercheraient à s’enfuir de la colonie auraient le jarret coupé […] ». [5]

Puis, une « Déclaration royale du 1er mars 1768, d’après laquelle les esclaves ayant mérité les galères seront marqués de la fleur de lys, auront une oreille coupée et seront attachés à la chaîne à perpétuité ; à la première évasion, ils auront la seconde oreille coupée, puis ils seront pendus ; ceux qui auront mérité la mort pour marronage seront marqués de la fleur de lys, auront les deux oreilles coupées et seront condamnés à la chaîne à perpétuité ; ils seront pendus à la première évasion. » [6]

Il y eut des esclaves marqués de la fleur de lys, des oreilles coupées, des condamnés à la chaîne à perpétuité. Et pourtant, malgré toutes ces mesures draconiennes le XVIIIe siècle fut celui qui enregistra le plus de révoltes et le plus grand nombre de marrons aux Antilles car, « il faut avouer que, de toutes les guerres, celle de Spartacus est la plus juste, et peut-être la seule juste ». [7] Si les colons des Antilles subissaient directement les conséquences des révoltes de leurs esclaves, celles-ci étaient aussi quelquefois ressenties dans les métropoles. La longue et sanglante révolte de Saint-Domingue à partir de 1791, priva un temps l’Europe de sa denrée de luxe du siècle, le sucre, et fit prendre conscience de la condition des esclaves aux Antilles. Cette révolte, devenue révolution, n’accoucha-t-elle pas d’une république de Haïti « fondée sur le massacre des colons français » ? Dès lors, on s’interrogea sur le sort du système esclavagiste, sur celui des plantations d’outre-mer et donc de la traite atlantique.

Des révoltes d’une violence extrême éclatèrent en bien d’autres lieux, au Brésil ou ailleurs en Amérique. Et comme l’affirme H. Thomas :

  • « Les révoltes d’esclaves obsédaient tous les colons. Plus d’une douzaine de rébellions majeures eurent lieu au XVIIIe siècle à la Jamaïque, lorsque des esclaves marrons, retranchés dans les forêts des montagnes, poursuivirent la guérilla contre plusieurs colonies. Long Island avait connu une révolte servile en 1708 et la ville de New York en 1712 et 1733 ; en 1739, un groupe d’esclaves en Caroline du sud s’empara d’armes et se mit en route vers le Sud et la Floride, c’est-à-dire croyaient-ils, vers la liberté. » [8]

La peur se propagea des colonies aux métropoles et l’on vit désormais dans les colonies des « barils de poudre » enfouis sous des milliers de mines menaçant d’exploser à tout moment et d’engloutir colons et plantations.

Néanmoins, au XVIIe siècle, des esclaves noirs amenés en France avaient été libérés par décision royale car « selon le droit de nature, chacun doit naître franc ». Une lettre ministérielle datée du 4 octobre 1691 nous apprend que :

  • « Le roi ayant été informé qu’il est passé sur le vaisseau L’Oiseau, deux nègres de la Martinique, Sa Majesté, pour punir le Chevalier de Hère qui le commande, de n’avoir pas eu à cet égard toute l’attention qu’il fallait pour les empêcher de s’embarquer […]. Elle n’a pas jugé à propos de les renvoyer aux îles, la liberté était acquise par les lois du royaume aux esclaves, aussitôt qu’ils en touchent la terre. » [9]

Dès lors, des esclaves tenteront par tous les moyens de se rendre en France, seuls ou en compagnie de leur maître pour enfin goûter à la liberté.

Après les nombreuses révoltes de captifs à bord des navires négriers, la première expression d’opposition à la traite atlantique fut le cri poussé sous les coups de fouet dans les plantations de café du Brésil ou de la Jamaïque, dans les plantations de canne à sucre aux Antilles ou de champs de coton en Alabama.

Ce cri des esclaves devint chant, le chant devint musique, la musique devint littérature, arme défensive et offensive, moyen de résistance censé rendre à l’esclave sa fierté et sa dignité. Le chant sera aussi art pour protester contre la servitude, pour résister.

La musique en général mais surtout le jazz, le negro-spiritual, le blues, seront à la foi cri de révolte et cri d’espérance. Les paroles de ces chants et cette musique seront autant de symboles de la résistance intérieure et, selon Lawrence Levine :

  • « Les chansons des Noirs ont exprimé le feu et la lutte de leurs vies depuis qu’ils ont ouvert la bouche pour la première fois dans cette région du monde [les États-Unis]. Ils ont toujours désiré un jour meilleur. Le blues permettait aux Noirs de s’exprimer collectivement et individuellement, d’en tirer de grands plaisirs, de perpétuer des traditions, de préserver des valeurs. » [10]

Valeurs et traditions qui les rattachaient à l’Afrique vers laquelle ils tendaient la main par delà l’océan en vue d’éteindre le feu qui la consumait, étaient célébrées par les chanteurs de jazz, de blues et de negro-spirituals américains auxquels les Noirs haïtiens descendants d’esclaves répondaient par la voix et la plume de leurs poètes :

  • « Afrique
    Tes enfants perdus t’envoient le salut.
    Maternelle Afrique.
    Des Antilles aux Bermudes et des Bermudes aux États-Unis,
    Ils soupirent après toi… » [
    11]

D’anciens esclaves libérés prendront le flambeau de la résistance et seront les militants de la liberté pour tous les esclaves, en Amérique comme en Afrique. C’est aux États-Unis en effet, pendant la période esclavagiste « […] dans la Nouvelle Angleterre et dans les villes de l’Est où le Noir est libre depuis le début du XIXe siècle que naît une littérature afro-américaine, imitant l’européenne certes, et souvent coupée de la tradition orale, mais qui va donner la preuve de l’ascension raciale et venir au secours de l’abolitionnisme » [12].

À cet égard comme le précise si bien E. M’Bokolo, les États-Unis constituent un parfait symbole, car ce pays était au centre de la traite atlantique à la fois comme fournisseur de navires spécialisés à l’Espagne et au Portugal mais aussi comme marchand d’esclaves et comme vivant de l’esclavage à travers ses plantations de coton et de tabac.

Cependant, c’est surtout l’Europe qui servit de caisse de résonance et d’amplificateur à la voix des esclaves ou d’anciens esclaves noirs d’Amérique. L’affaire James Somerset fut en ce sens riche de symbole. Esclave noir emmené par son maître de Virginie à Londres en 1769 « rattrapé par celui-ci après une tentative de fuite et revendu à un planteur en partance pour la Jamaïque », il recouvra sa liberté en 1772 à la suite d’un procès qu’il gagna contre son maître, la justice se référant « au droit naturel et au constat qu’aucune loi ni coutume n’autorisait l’esclavage en Angleterre. » [13] Ce procès eut un retentissement spectaculaire dans le monde entier et servit de déclencheur. Ce fut la brèche par laquelle allaient s’engouffrer tous les abolitionnistes britanniques et européens. Le mouvement était désormais en marche vers l’abolition de l’esclavage et par voie de conséquence, de la traite. Le témoignage et le combat de l’ancien esclave Ottobah Cuguano (originaire du Nigeria) s’inscrivirent dans le sillage du procès de James Somerset. Ardent militant de l’abolition de la traite atlantique, il publia en 1789 son célèbre livre autobiographique La Véridique histoire d’Olandah Equiano, Africain esclave aux Caraïbes, homme libre par lui-même. Cet ouvrage connut un succès phénoménal. Plusieurs fois réédité, il fut un excellent amplificateur de la voix et du combat de son auteur qui donna de nombreuses conférences à travers toute la Grande-Bretagne, jusqu’à sa mort en 1797. L’argumentation développée par Cuguano ne pouvait laisser indifférent ; en témoigne cet extrait du vibrant plaidoyer en faveur de l’abolition de la traite :

  • « La population, les entrailles et le sol de l’Afrique regorgent de ressources précieuses et utiles ; les trésors dissimulés pendant des siècles seront exhumés et mis en circulation. Les industries, les entreprises, les mines prendront leur véritable développement en fonction de la marche de la civilisation. En un mot, un champ infini s’ouvre au commerce du fabricant et du négociant britanniques qui oseront. L’intérêt des fabriques et l’intérêt général sont synonymes. L’abolition de l’esclavage sera véritablement un bienfait universel. [...]
  • J’avance cette théorie en m’appuyant sur des faits, c’est pourquoi elle est infaillible. Si l’on permettait aux Noirs de rester dans leur propre pays, leur nombre doublerait tous les quinze ans. C’est en proportion de cet accroissement que se feraient les demandes en objets manufacturés. Le coton et l’indigo poussent à l’état spontané presque partout en Afrique ; considération qui n’est pas sans avoir de grandes conséquences pour les villes industrielles de Grande-Bretagne.
  • Ceci ouvre des perspectives infinies, à la fois glorieuses et heureuses, – pour l’habillement, etc., à un continent de dix mille miles de circonférence dont les productions de toutes sortes, d’une richesse considérable, peuvent s’échanger contre des objets manufacturés. » [14]

Il conforta ainsi la lutte engagée par les abolitionnistes britanniques qui prit son plein essor à la fin du XVIIIe siècle. En effet, à ces voix de victimes répondirent l’action et la persévérance des abolitionnistes européens qui, sous la bannière de la Grande-Bretagne, entreprirent une véritable croisade en Afrique contre les trafiquants d’esclaves. Avant la croisade anglaise, il y eut de nombreux signes précurseurs et de légers frémissements ici ou là allant tous dans le sens d’une réflexion sur l’esclavage, voire d’une remise en cause du système de la traite. Sans remonter aux siècles antérieurs le XVIe siècle offre quelques références irréfutables. Ainsi, en 1560, l’archevêque de Mexico, un dominicain, s’adressait-il par écrit au roi Philippe II d’Espagne :

  • « Nous n’avons aucune raison valable qui justifie l’asservissement des Nègres plutôt que celui des Indiens, car on nous dit qu’ils reçoivent l’Évangile de bon gré sans faire la guerre aux chrétiens. » [15]

Quelques années plus tard, Tomas de Mercado, un autre dominicain, était encore plus direct en condamnant implicitement la traite dans un ouvrage publié en 1569, même si lui aussi considérait « que la situation des esclaves était souvent meilleure en Amérique qu’en Afrique ». Il mettait surtout l’accent « sur le caractère inhumain des traitements subis par les esclaves noirs, la manière dont tant d’êtres humains étaient capturés par le rapt ou la tricherie, même si voleurs et tricheurs étaient africains ». Il reconnaissait que :

  • Les fortes sommes proposées pour les esclaves par les Européens encourageaient aussi les rois africains à envahir les territoires les uns des autres, persuadaient les pères de vendre leurs enfants, parfois par malveillance […]. L’indulgence vis-à-vis de la traite vers l’Amérique obligeait automatiquement les responsables à vivre en état de péché mortel. » [16]

Il y eut d’autres réflexions de religieux. Ainsi, Joao Alvaras, un jésuite du début du XVIIe siècle, déclarait-il : « J’estime personnellement que les malheurs qui accablent le Portugal viennent des esclaves que nous obtenons injustement dans nos conquêtes et les pays où nous traitons. » [17] Enfin, l’historien Juan Suarez de Peralta (1580) se demandait pourquoi les Noirs sont traités différemment que les Indiens puisque, disait-il « […] la seule différence entre eux est une différence de couleur. » [18]

Si ces voix isolées, lointaines, frêles et timides, furent vite étouffées, enfouies sous le poids des siècles triomphants de la traite atlantique, elles n’en constituèrent pas moins un long et discret cheminement, une remontée du plus profond vers la surface des consciences.

Toujours au XVIIe siècle, des quakers nord-américains passaient progressivement du doute moral timidement exprimé à la véhémente condamnation. Ainsi, en 1688, des quakers allemands de Germantowm (Philadelphie) signèrent-ils un manifeste dénonçant la traite des Noirs. Ce mouvement parti des quakers, sous l’impulsion du professeur Benezet notamment, ira s’amplifiant jusqu’au XVIIIe siècle, unissant dans la même réprobation et la même condamnation de la traite, les quakers d’Amérique et ceux de Grande-Bretagne. C’est précisément dans ce pays que fut brandi officiellement et pour la première fois l’étendard de la lutte contre la traite des Noirs.

Comment expliquer une telle initiative au moment précisément où la Grande-Bretagne dominait de loin, et ce depuis le XVIIIe siècle, la traite par le nombre de ses navires négriers, par le nombre d’esclaves transportés ainsi que par les activités et le dynamisme sans précédent de ses ports de traite, tout particulièrement Londres, Liverpool et Bristol, ce dernier opérant alors une véritable métamorphose : hier simple hameau de pêcheur « devenu le deuxième en richesse et en population dans l’Empire britannique » [19] grâce à la traite ?

Pourquoi cette nation, dont les marchands négriers venaient d’obtenir après des siècles de revendication la libéralisation totale du trafic d’esclaves africains, avec la perspective et les moyens d’accroître encore plus les capacités de ses navires, le nombre de ses trafiquants et celui d’esclaves déportés, renonçait-elle à autant de prérogatives ?

Comment justifier l’abandon de tant de profits au moment même où l’Angleterre occupait le premier rang devant les grandes nations de traite qu’étaient le Portugal, la France, les Pays-Bas pour la déportation d’esclaves noirs, et alors que les négriers de Liverpool en étaient arrivés à vendre plus de la moitié des hommes arrachés à l’Afrique par les Européens ?

Le XVIIIe siècle s’ouvrait sur les meilleurs auspices pour la Grande-Bretagne qui venait, par les traités d’Utrecht en 1713, de se voir octroyer non seulement de nouvelles possessions en Amérique dont l’île de Saint-Christophe aux Antilles, mais surtout le contrat de l’asiento, ravi à la France et qui lui conférait le monopole de la traite. Ces traités lui assuraient une hégémonie politique, maritime et commerciale dans le monde et la domination sans partage du commerce des esclaves sur les côtes africaines.

Comment expliquer, enfin, au regard de tant d’atouts et de perspectives heureuses pour la traite anglaise, ce désengagement et ce spectaculaire revirement ? Si pratiquement dans toutes les grandes nations pratiquant l’esclavage, à des degrés et à des périodes divers, quelques voix commençaient à s’élever en faveur de l’abolition de la traite, comment comprendre également que l’Angleterre ait pris la tête d’une si vaste et si audacieuse campagne, avec une si constante détermination pour l’obtenir ? Les interrogations suscitées par l’initiative et l’action de la Grande-Bretagne sont nombreuses et justifiées.

Ces interrogations furent d’abord le fait des Britanniques, l’initiative de l’abolition émanant d’une minorité active tout au long du XVIIIe siècle. Ces pionniers, marginaux et incompris, durent s’atteler avec opiniâtreté à la conquête de leur opinion nationale. Des arguments multiples furent développés tout au long de la dernière décennie du siècle, arguments de toute nature et de toutes origines : humanitaires, moraux, juridiques, religieux. Avant d’en faire un sujet de bataille diplomatique et de campagne internationale, les abolitionnistes durent commencer par convaincre l’opinion britannique de la nécessité de l’abolition de la traite anglaise.

Des hommes s’y employèrent, de toutes tendances et longtemps, car la traite britannique avait ses partisans et parmi ses avocats attitrés des hommes de grande stature et d’influence dans tous les milieux : économique, politique, culturel, qui voyaient dans la traite l’un des fondements de l’économie et de la prospérité de la nation ou encore, pour quelques-uns parmi eux, un moyen « […] de civiliser l’Afrique et pour qui les Africains n’étaient pas assez mûrs pour la liberté. » [20]

Des abolitionnistes, de leur côté, affirmaient au contraire que « l’Afrique ne serait jamais civilisée tant que perdurerait la traite ». [21]

Enfin, certains arguments développés en faveur du maintien de la traite ne manquaient pas d’originalité ni de vision, tel le suivant exprimé dans un article relevé dans le London’s Magazine, dont l’auteur, parlant des habitants de la Guinée, prétendait que ces derniers :

  • […] connaissent l’état d’esclavage le plus déplorable sous les pouvoirs arbitraires de leurs princes, tant pour leur vie que pour leurs biens. Dans leurs divers degrés de subordination, tous les grands personnages sont les maîtres absolus de leurs dépendants immédiats. Plus bas, chaque chef de famille est propriétaire de ses épouses, enfants et serviteurs et peut les envoyer à la mort ou sur un meilleur marché […]. Un tel état est contraire à la nature et à la raison, car chaque créature humaine a un droit absolu à la liberté […] mais il n’est pas en notre pouvoir de guérir les maux de l’univers et de libérer tous les royaumes du monde de la domination des tyrans […]. Tout ce qu’on peut faire en l’occurrence, c’est donner autant de liberté et de bonheur que possible dans les circonstances et selon le désir des gens ; c’est certainement ce qui se passe dans la traite de Guinée. Car en achetant, ou plutôt en rachetant les Nègres pour les éloigner de leurs tyrans nationaux en les transplantant sous les influences bienfaisantes du droit et de l’Évangile, on les avance à de bien plus hauts degrés de liberté, quoique ce ne soit pas la liberté absolue. » [22]

Les arguments des partisans et des adversaires du trafic négrier furent nombreux et variés. L’argument économique vint opportunément conforter les motifs humanitaires et juridiques déjà exprimés et renforcer ainsi l’arsenal abolitionniste. Les travaux de l’économiste Adam Smith démontraient que « le travail accompli par des hommes libres coûte finalement moins cher que celui effectué par des esclaves ». [23]

William Pitt le jeune, Premier ministre fit un discours devant la Chambre des communes en avril 1792. Son vibrant appel à la conscience humaine est un condensé du plaidoyer pour l’arrêt de la traite :

  • S’il est évident que cet exécrable trafic est aussi contraire à l’utilité qu’aux préceptes de la pitié, de la religion, de l’équité et à tous ceux qui doivent remuer la poitrine […] comment pouvons-nous balancer un instant à abolir ce commerce de chair humaine qui défigure depuis trop longtemps notre pays, exemple qui contribuera sans doute à l’abolir à chaque coin du globe. » [24]

Pour lui, la traite « est le plus grand mal effectif qui eût jamais frappé l’espèce humaine. »

Cette lutte exceptionnelle qui finit par faire de l’abolition de la traite une cause nationale, fut menée et portée pendant deux décennies par des hommes d’exception : Palmerston (même s’il était « plein de mépris pour les Noirs »), William Pitt, Clarkson et surtout Wilberforce qui, au terme de ces 20 ans de lutte quotidienne acharnée et de débats harassants, de 1787 à 1807, virent triompher officiellement la condamnation de la traite par leur nation.

La loi votée le 23 février 1807 et appliquée à partir du 1er mai 1807 ouvrait la première brèche importante dans l’édifice multiséculaire de la traite atlantique.

Au discours du Premier ministre, W. Pitt, devant le Parlement, répondait, devant la même assemblée, celui du Lord Chancellor, après le vote historique de la loi d’abolition :

  • C’était notre devoir à l’égard de Dieu et de notre pays, le phare de l’Europe éclairée, dont la fierté et la gloire consistaient à accorder la liberté et la vie commune, à apporter l’humanité et la justice à toutes les nations, de remédier à ce mal. » [25]

Dans ces deux discours, Dieu, la justice, l’humanité sont les principes autour desquels s’est opéré le ralliement des Britanniques pour abolir chez eux le trafic d’esclaves noirs. Ces mêmes principes faisaient désormais obligation à la nation anglaise de porter la bannière d’une croisade internationale afin d’obtenir de toutes les nations l’arrêt définitif du commerce d’êtres humains.

L’Angleterre se tourna donc vers ces nations, en tout premier lieu celles d’Europe. Ce fut une autre étape, d’une autre dimension, associant diplomatie et armes. La France, le Portugal et l’Espagne restaient à convaincre, tout particulièrement les deux dernières où le commerce entre l’Afrique et le Brésil pour la première et entre l’Afrique et Cuba pour la deuxième apparaissait depuis si longtemps, mais plus encore vers la fin du XVIIIe siècle, non seulement comme une priorité économique, mais aussi comme un élément de stabilité politique. Ce furent en conséquence les États les plus déterminés à poursuivre la traite et où la diplomatie britannique se heurta aux obstacles les plus enracinés et les plus irréductibles. Incontestablement, l’Angleterre aura été la figure de proue de la lutte antiesclavagiste ; elle initia l’objection et même la guerre contre la traite atlantique, en jouant le rôle de gendarme, en ralliant les autres puissances à sa cause, car elle était désormais convaincue « […] que le devoir et la mission lui incombaient d’utiliser l’influence et la puissance qu’il a plu à Dieu de lui donner pour sortir l’Afrique de la poussière et la mettre à même d’abattre par ses propres moyens l’esclavage et le commerce des esclaves. » [26]

Ainsi par un curieux retournement de l’histoire, la nation qui exerça sa suprématie de façon incontestée sur le commerce des esclaves en Afrique durant tout le XVIIIe siècle devenait, à la fin de ce siècle, la championne de la lutte contre la traite. De toutes les nations, elle fut celle qui fournit les efforts les plus grands et les plus constants. Ses penseurs, ses philosophes et écrivains, ses religieux et industriels épousèrent la nouvelle cause :

  • Si l’on a pu évoquer l’Écriture pour justifier la traite, le libre arbitre qui libère les consciences contribua plus facilement que dans le monde catholique à utiliser la même Écriture pour la combattre. Dans l’Angleterre protestante, la philanthropie et l’esprit de la Réforme se donnèrent ainsi la main pour créer des œuvres charitables. » [27]

À contre-courant : les résistances ailleurs et en Afrique

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Lorsque, au tout début du XIXe siècle, la Grande-Bretagne décida d’entreprendre cette campagne énergique contre la traite atlantique, elle n’avait que deux arguments à faire valoir. D’abord, son exemple qui faisait d’elle un modèle en la légitimant dans ce rôle où elle s’auto-investissait désormais. C’est elle qui œuvra activement pour que le congrès de Vienne, en 1815, adopte la « Déclaration des puissances sur l’abolition de la traite des Nègres ».

Le second argument, non le moindre, était sa suprématie sur les mers et la puissance de son industrie par rapport à celle des autres nations de cette époque. Face à sa détermination se dressaient en revanche des forces qui avançaient autant de contre arguments pour battre en brèche sa volonté de parvenir à la suppression de la traite et de l’esclavage dans le monde entier.

La première de ces forces était celle de l’habitude, car depuis le milieu du XVIe siècle la traite était devenue une tradition qui avait modelé les mentalités de part et d’autre de l’Atlantique. La deuxième force était celle des intérêts nationaux et individuels des grandes puissances engagées dans ce commerce. De plus, aussi bien en Europe qu’en Amérique, ceux qui avaient baigné dans ce trafic durant tant de siècles et de générations n’entendaient pas – quel que soit l’argumentation développée – y renoncer du jour au lendemain.

Le Royaume-Uni eut ainsi à convaincre d’abord les grandes nations esclavagistes, comme les États-Unis et la France, du bien-fondé de sa politique d’interdiction de la traite. Il devait les amener à en accepter le principe et à coopérer à son application. Mais comment suivre dans cet élan abolitionniste la nation qui, depuis le début du XVIIIe siècle, avait tiré les plus gros profits de ce commerce qu’elle dominait en tous points sur les côtes africaines ? D’où la suspicion légitime des Français, Portugais, Espagnols et Américains face à cette nouvelle attitude.

Ce revirement anglais semblait si étrange et inattendu qu’il suscita chez les autres nations adversaires et concurrentes scepticisme d’abord, puis accusation d’hypocrisie. La Grande-Bretagne fut soupçonnée de chercher à asseoir sa suprématie sur les mers et à ruiner par un humanitarisme de façade le commerce et l’économie des nations concurrentes. Cette suspicion contribua à durcir leur attitude à l’égard des Anglais et de l’abolitionnisme. Elles y verront longtemps ou feindront d’y voir une manœuvre déguisée destinée à nuire à leurs intérêts.

Dès 1808, l’Angleterre institua le « droit de visite » qui consistait pour les différentes nations à accepter des visites réciproques de leurs navires en mer pour s’assurer qu’ils ne transportaient pas d’esclaves. Seuls le Danemark, la Suède et les Pays-Bas l’acceptèrent d’emblée. L’Espagne et le Portugal décidèrent de se soumettre à cette mesure de droit de visite à condition qu’elle ne concerne pas les régions de l’Afrique situées au sud de l’Équateur, ces régions qui s’étendent du Congo à l’Angola étant considérées par le Portugal depuis le XVe siècle comme sa « zone d’exclusive. » L’Espagne et le Portugal obtinrent en outre une substantielle compensation financière à leur adhésion au droit de visite s’élevant pour la première à 1 135 000 livres et pour la seconde à 2 850 000 livres.

En vue d’une plus grande efficacité dans la répression de la traite, en 1822, la Grande-Bretagne ajouta au droit de visite une nouvelle mesure dite « clause d’équipement » qui permettait de monter à bord d’un navire afin de vérifier qu’il ne disposait pas d’instruments de traite : chaînes, fers pour entraver les mains et les pieds ainsi que des aménagements spécifiques. Cette dernière mesure ne reçut pas l’agrément de toutes les nations concernées ; les États-Unis et la France notamment s’y opposèrent. Les premiers qui avaient toujours refusé le droit de visite n’acceptèrent pas davantage la clause d’équipement. Quant à la France, elle n’accepta pas non plus cette mesure mais se résolut à accepter et à appliquer le droit de visite en 1831. Cependant, signer les accords internationaux ne signifia pas appliquer sans réserve les mesures édictées. Les intérêts en jeu constituaient un obstacle de taille. Déjà, à la fin du XVIIIe siècle, des voix s’étaient élevées avec vigueur contre toute idée de suppression de l’esclavage, comme le laisse supposer cette argumentation du député révolutionnaire Barnave devant l’Assemblée Constituante en 1791, pour qui l’esclavage se confondait avec une cause nationale :

  • « Ce régime [l’esclavage] est absurde, mais il est établi, et on ne peut y toucher brusquement, sans entraîner les plus grands désastres : ce régime est oppressif mais il fait exister en France plusieurs millions d’hommes : ce régime est barbare, mais il y aurait une plus grande barbarie à vouloir y porter les mains, sans avoir les connaissances nécessaires ; car le sang d’une nombreuse génération coulerait par votre imprudence, bien loin d’avoir recueilli le bienfait qui eût été dans votre pensée : ainsi ce n’est pas pour le bonheur des hommes, c’est pour les maux incalculables que l’on peut se hasarder, dans les connaissances louches, à porter des lois sur des colonies. Chaque fois que vous croiriez faire peu pour la philosophie, vous feriez infiniment trop contre la paix et la tranquillité. » [28]

Bien d’autres voix s’élevèrent aussi ailleurs avec véhémence contre cet inconcevable projet d’abolition. Pour les Hollandais, on ne pouvait accepter « l’idée d’abolition car elle causerait un tort considérable à [leur] plus riche source de traite. » [29]

La France aussi eut ses abolitionnistes militants de la fin du XVIIIe siècle : Lafayette, Mirabeau, La Rochefoucaud, Condorcet, Lavoisier, l’abbé Sieyès, l’abbé Grégoire, Brissot, Benjamin Constant, Madame de Staël, son fils Gustave et son gendre le duc de Broglie… Ils furent tous menacés de mort par les représentants des intérêts des planteurs des Antilles et par ceux des grands marchands et armateurs négriers.

À l’image de Londres, Paris aussi eut sa société des Amis des Noirs mais celle-ci n’eut pas la même envergure ni la même durée pour élever la moralité générale de la nation ou infléchir le cours de l’histoire en faveur de l’abolition de la traite.

En 1818, le député Benjamin Constant, s’adressant à l’Assemblée nationale, dénonçait l’hypocrisie des pouvoirs publics français en matière d’application des mesures d’interdiction de la traite :

  • « La traite se fait, elle se fait impunément : on sait la date des départs, des achats, des arrivées ; on publie des prospectus pour inviter à prendre des actions dans cette traite ; seulement on déguise l’achat des esclaves en supposant l’achat de mulets sur la côte d’Afrique, où jamais on n’acheta de mulets. La traite se fait plus cruellement que jamais, parce que les capitaines négriers, pour se dérober à la surveillance, recourent à des expédients atroces pour faire disparaître les captifs. » [30]

Cette hypocrisie était également constatée sur le terrain en Afrique ou ce trafic clandestin est ainsi attesté deux années plus tard :

  • « L’an dernier, le ministre de la Marine affirmait : ‘‘Quant à la traite des Noirs, je peux dire que le gouvernement a fait tout ce qui dépendait de lui pour qu’elle s’arrête partout. Nous avons poursuivi les auteurs de cet odieux trafic. Nous l’avons empêché au Sénégal.’’ Cependant, le bateau Élisa de Saint-Louis, appartenant à monsieur Jaffro, commerçant, a transporté 150 Noirs en 1817, dont plusieurs appartenant à des employés du gouvernement. Le chargement et la destination de ce navire étaient connus de tous. Je peux affirmer que ce commerce inhumain ne peut continuer dans la région du Sénégal sans l’accord des autorités. Mais on ne peut espérer le voir cesser tant que le gouverneur prendra lui-même part à ce commerce illicite. » [31]

D’autres noms mériteraient de figurer parmi cette liste des « justes » de la cause abolitionniste y compris dans les nations les plus récalcitrantes. En Espagne, Isidoro Antillon fut parmi les premiers à dénoncer la traite. Il mourut assassiné en 1813 pour avoir œuvré en faveur de son abolition. Le Luso-brésilien Soares de Souza fut un autre combattant inlassable de la cause.

Mais la force de la demande et le besoin d’esclaves noirs dans les États utilisateurs constituaient l’obstacle majeur. Cette demande et ces besoins étaient colossaux, parce que multipliés depuis le début du XVIIIe siècle. En outre, les profits devenaient énormes pour les armateurs et trafiquants qui, pour échapper aux mesures d’abolition, n’hésitaient pas désormais à prendre des risques en imaginant toutes les voies de contournement possibles.

Aux Antilles françaises comme aux États-Unis, la demande d’esclaves africains était plus forte que jamais, car leurs besoins en main-d’œuvre servile n’y avaient jamais été pleinement satisfaits. (L’esclavage intérieur ne fut aboli aux États-Unis qu’en 1865 même si le principe de l’interdiction de la traite fut admis dès 1808). Le Brésil et Cuba étaient sans doute les plus gros demandeurs à cette époque, leur économie étant pour l’essentiel basée sur la culture du café pour le premier, de la canne à sucre pour le second, dépendait du travail des esclaves.

De la fin du XVIIe au début du XIXe siècle, la consommation de café, d’abord réservée aux classes privilégiées, s’était peu à peu étendue à une fraction importante de la population de l’Europe. Il en fut de même pour la consommation du sucre qui s’était considérablement popularisé, au point de devenir une denrée de première nécessité tant pour son usage gustatif que pour son emploi en pharmacie, en chimie… Or la majorité du sucre consommé dans le monde provenait des plantations des îles d’Amérique, Cuba se classant en tête des pays producteurs. Tous ces facteurs d’ordre principalement économique contribuaient à multiplier par dix ou par vingt les besoins annuels d’esclaves noirs par rapport aux besoins du début du XVIIIe siècle. Ce fut aussi le cas pour les États-Unis où la croissance de la production cotonnière du Sud dans la deuxième moitié du XIXe siècle nécessitait un effectif de main-d’œuvre noire plus important que jamais. Ce pays avait souscrit à l’interdiction de la traite dès 1808, mais l’esclavage, le commerce intérieur des esclaves, y resta légal jusqu’en 1865. Des trafiquants américains pratiquèrent le commerce des esclaves, via Cuba, en faisant des profits colossaux. Durant cette période, un esclave acheté 10 dollars en Afrique était revendu entre 600 et 700 dollars aux États-Unis, ce qui, par ricochet, stimulait les activités esclavagistes des acteurs africains.

Cuba et le Brésil resteront pour longtemps les bastions actifs de la traite et le lieu de convergence de tous les négriers interlopes : Américains, Britanniques, Français en particulier. Sous la pression, voire le harcèlement des Britanniques, les résistances s’érodèrent peu à peu dans les grandes nations de traite. Le Portugal abolit officiellement la traite en 1835 (même si le vote de la loi d’abolition ne signifia pas l’arrêt définitif du trafic d’esclaves), après les Pays-Bas dont la loi d’interdiction date de 1818. Le Brésil vota la loi d’interdiction le 17 juillet 1850. Quant à l’Espagne, après de multiples revirements et rebondissements, la loi abolissant la traite vit le jour en mai 1867.

Enfin, la campagne internationale pour l’abolition bénéficia d’une conjonction favorable : la lutte des colonies de l’Empire espagnol d’Amérique du Sud contre l’Espagne (le pays le plus réfractaire à toute idée d’abolition) pour leur indépendance incluait la libération de leurs esclaves, de même que l’abolition de la traite et de l’esclavage. Les dirigeants de la guerre d’indépendance obtenaient ainsi le concours des Britanniques en faveur de leur cause en même temps qu’ils renforçaient leur potentiel militaire par l’enrôlement d’esclaves affranchis. Pour le libérateur et grand héros de l’Amérique latine, Simon Bolivar, « l’abolition de l’esclavage constituait la clef de l’indépendance de l’Amérique espagnole » [32]. De fait, cette lutte d’indépendance accéléra le mouvement de l’abolition. Les uns après les autres les futurs et nouveaux États libérèrent leurs esclaves en interdisant la traite. Le Chili et le Venezuela en 1811, la Colombie et l’Argentine en 1812, l’Uruguay, le Mexique… suivirent. De 1811 à 1829, l’esclavage et la traite furent abolis dans toute l’Amérique latine, à l’exception du Brésil et de Cuba. De plus, tous ces nouveaux États offrirent le concours de leur marine à la Grande-Bretagne pour renforcer la police internationale des mers chargée de la lutte contre la traite.

De fait, avant d’être rejointe bien plus tard par la France, les États-Unis et d’autres pays dont la Russie, la Grande-Bretagne fut la seule nation au monde à entretenir en permanence, dès 1808, une escadre de surveillance et de répression du commerce d’esclaves au large des côtes d’Afrique. Ses efforts furent couronnés d’un premier succès par l’adoption au congrès de Vienne en 1815 d’une déclaration condamnant solennellement le trafic des esclaves. Entre-temps, le Danemark avait interdit ce commerce en 1803. La France l’interdit à son tour en 1818. Puis l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises fut votée en 1848 (la loi Schoelcher) afin de tarir définitivement les sources d’appel de la traite atlantique. Comme en Grande-Bretagne, l’action de ses penseurs, écrivains et philosophes servit la cause de l’abolition, tout particulièrement le livre de l’abbé Guillaume Raynal Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, publié en 1770 et qui fit une forte impression sur l’opinion ainsi sensibilisée au problème de l’esclavage.

Une autre circonstance favorable à la cause de l’abolition résida dans le fléchissement au sommet de la hiérarchie catholique. Si les papes, depuis le XVe siècle, avaient pris position ouvertement contre l’esclavage des Indiens, en revanche, leur attitude à l’égard de l’esclavage des Noirs et de la traite fut de tout temps équivoque sinon implicitement favorable à l’asservissement des Noirs ainsi qu’à la traite atlantique. Au cours du premier tiers du XIXe siècle, les déclarations des souverains pontifes furent enfin plus précises, elles s’alignaient sur la campagne initiée par les Anglais, laquelle était en passe de remporter des victoires décisives en Europe et en Amérique.

Ce fut tout d’abord le pape Pie VII, lors du congrès de Vienne en 1815, qui incarna ce changement en plaidant, par l’intermédiaire de son représentant, la cause de l’abolition de la traite. Mais ce fut surtout le pape Grégoire XVI qui, par la publication de sa bulle du 3 décembre 1838, condamna sans ambages le trafic d’esclaves noirs.

Les progrès du projet d’abolition, la convergence de la lutte des laïcs et celle des Églises en faveur de l’arrêt de la traite aboutirent à des pratiques nouvelles dans certains États récalcitrants.

Aussi bien au Brésil, aux Antilles qu’aux États-Unis, les marchands d’esclaves et les planteurs se soucièrent avant tout de la reproduction de l’espèce noire afin que l’interdiction définitive de la traite ait le moins d’impact possible sur le besoin de main d’œuvre servile. Les statistiques des prises de même que les rapports de capitaines négriers reflètent cette nouvelle tendance : le pourcentage des femmes capturées et transportées progressa sensiblement par rapport aux périodes antérieures. Les femmes, tout spécifiquement les jeunes filles et fillettes, furent victimes des rapts perpétrés par les Africains et devinrent la proie désignée des rabatteurs, à la demande des négriers blancs. D’où une insécurité accrue pour cette catégorie de la population, partout sur les côtes africaines. En Amérique, la perspective de l’arrêt de l’importation d’esclaves noirs provoqua un autre phénomène. Au Brésil tout particulièrement et dans certains États des États-Unis, le vol d’esclaves apparut comme une solution à la pénurie prévisible de main-d’œuvre, ce qui créa une insécurité supplémentaire pour les esclaves, notamment les femmes devenues outils de perpétuation de la « race », car le souci de reproduction des Noirs devenait dès lors la principale préoccupation.

La procréation des esclaves par la pratique de la polygamie et des accouplements organisés et planifiés fut donc innovée à grande échelle, aussi bien pour l’usage personnel du maître planteur que pour la revente du produit issu de ces reproductions.

Ces réponses à l’abolitionnisme s’accentuèrent à partir du vote de l’abolition de la traite en Grande-Bretagne et le début de la campagne internationale qu’entreprit ce pays. Elles contribuaient incontestablement à dégrader encore un peu plus la condition de l’esclave et à lui dénier toute humanité.

Si les voix les plus fortes contre l’esclavage et la traite furent surtout des voix extérieures à l’Afrique, dans ce continent même, de tout temps, des voix s’élevèrent, des cris furent également poussés contre le fléau de la traite. Ces voix trop faibles, ces cris vite étouffés ne purent aboutir à ébranler le système et ne suscitèrent rien de comparable à l’élan mobilisateur en Europe contre le trafic d’esclaves noirs, encore moins contre l’esclavage. L’ancien esclave Ottobach Cuguano écrivait dans son livre autobiographique :

  • « Mais, je dois avouer, à la honte de mes propres compatriotes, qu’à l’origine, j’ai été enlevé et trahi par des hommes de ma couleur, et qu’ils ont été la cause première de mon exil et de mon esclavage ; mais sans acheteurs, il n’y aurait pas de vendeurs. » [33]

Quand ces acheteurs européens cessèrent enfin d’acheter, les vendeurs cessèrent-ils pour autant de vendre ?

D’une manière générale, l’accueil réservé par les rois côtiers, et les trafiquants esclavagistes autochtones, aux mesures d’interdiction de la traite fut à la mesure des résistances opposées de l’autre côté de l’Atlantique à l’abolition de ce commerce. Pour ces Africains, les raisons de leur résistance étaient différentes de celles qui s’exprimaient en Europe, aux États-Unis, à Cuba ou au Brésil, car en Afrique des royaumes étaient nés ou s’étaient développés sur la base de la traite des esclaves qui constituait leurs seuls fondements : Royaumes du Dahomey, royaume d’Oyo, du Bénin, confédération Ashantis, etc.

Ce fut d’abord la perplexité pour nombre de souverains africains impliqués dans la traite, tel Obi Ossai, roi d’Abo (Nigeria) en 1841, tâchant de mettre en évidence les incohérences de l’attitude des Européens à l’égard du trafic négrier, il constatait :

  • « Jusqu’à présent nous pensions que c’était la volonté de Dieu que les Noirs soient les esclaves des Blancs. Les Blancs nous ont d’abord dit que nous devions leur vendre des esclaves. Si les Blancs renoncent à acheter, les Noirs renonceront à vendre. » [34]

Si certains rois africains acceptèrent de signer avec la Grande-Bretagne des contrats prohibant le commerce d’esclaves, moyennant finance et mise en place de nouvelles activités économiques, d’autres en revanche restèrent sourds à toute proposition amiable. Pour ceux-là, les Anglais durent employer la force. De fait, il fallut livrer en Afrique une nouvelle bataille, non plus pour se procurer des esclaves via les intermédiaires africains, mais contre les trafiquants autochtones hier fournisseurs d’esclaves des négriers européens. Cette bataille ne fut pas des plus aisées car quatre siècles et demi de traite esclavagiste avaient marqué les lieux et les esprits, conditionné les existences tant et si bien qu’ils ne pouvaient être effacés du jour au lendemain, à la faveur d’une loi votée en Europe. Comme certains trafiquants européens, des souverains africains et nombre d’auxiliaires et d’agents attitrés restèrent sourds au cri de la conscience humaine.

À l’inverse de la volonté proclamée du roi nigérian Obi Ossai de se conformer aux lois abolitionnistes des Européens, les chefs africains coutumiers de ce trafic furent, dans leur immense majorité, ahuris devant ces mesures d’abolition de la traite. Ils se montrèrent imperméables à la dimension morale de l’argumentation abolitionniste, allant jusqu’à refuser les propositions de compensation financière de la part de la Grande-Bretagne. Les Anglais avaient déjà pu vérifier, bien avant l’abolition officielle de la traite en 1807, la crispation des chefs africains sur ce qu’ils considéraient comme une absolue nécessité pour eux. Ce dialogue entre un capitaine anglais et le roi de Bonny (Nigeria) en est l’illustration :

  • « Le capitaine Crow rapporte une conversation intéressante qu’il eut à ce propos [la traite] avec son ami Pepple, le roi de Bonny. De ces marécages pleins de palétuviers, le roi de Bonny suivait avec incrédulité et effarement la campagne lointaine de William Wilberforce en Grande-Bretagne contre l’esclavage et la traite des Noirs. Adroitement, Pepple demanda à Crow de bien vouloir décrire ce qu’étaient les guerres en Europe. Crow évoqua les dizaines de milliers d’hommes qui tombaient en une seule journée sur un champ de bataille, sans compter les innombrables blessés. Le roi Pepple prit alors la parole et bien que ce fût en petit nègre, nous entendons ici la voix authentique de l’Afrique jugeant le ‘‘grand homme’’ Wilberforce et son action au Parlement britannique : ‘‘Pourquoi donc Crow, votre grand homme et votre grande maison de palabres (le Parlement) font tout ce bruit au sujet de notre pays et de notre commerce ? Nous ne tuons pas autant d’hommes que vous et nous supposons que nous sommes noirs et ne savons pas lire des livres, parce que Dieu Tout Puissant nous a faits ainsi. Nous croyons que Dieu nous a faits tous, et a fait que l’homme blanc sait lire dans les livres. Mais votre pays veut gouverner tous les pays et arrêter maintenant notre commerce et gouverner Dieu Tout Puissant.’’ Ce qui signifiait pour ce roi africain ‘‘qu’il était préférable de vendre des êtres humains que d’en mener des dizaines de milliers à l’abattoir’’. Pourquoi le peuple anglais faisait-il tant d’histoire au sujet de la traite des nègres et si peu au sujet des morts d’Austerlitz ? » [35]

Pierre Verger rapporte la teneur de ce message, adressé par le ministre des Affaires étrangères britannique Palmerston au roi Ghezo du Dahomey le 11 octobre 1850, qui illustre la difficulté de faire entendre raison à certains chefs africains à propos de la traite esclavagiste :

  • « Au sujet du commerce des esclaves, le gouvernement britannique est très déçu par votre réponse, car il espérait que vous accepteriez ses très honorables demandes, accompagnées de la belle offre d’une compensation pour toute perte momentanée que vous pourriez subir en renonçant au commerce des esclaves. Mais, comme vous avez refusé ce que la Grande-Bretagne vous a demandé de faire, celle-ci sera obligée d’atteindre son but par ses propres moyens et comme elle est certaine de réussir en toutes choses qu’elle est déterminée à entreprendre, le résultat sera que le commerce des esclaves sera supprimé au Dahomey par les croiseurs britanniques et ainsi vous subirez une perte temporaire sans recevoir de compensation. » [36]

Et, quand le roi montrait quelque disposition à l’égard de l’interdiction et à l’arrêt définitif de la traite, la force de l’habitude, l’attrait des produits européens et d’une certaine facilité de vie, la fascination exercée sur les dignitaires et chefs locaux par tout ce qui était importé d’Europe, ainsi que les intérêts des négriers, finissaient par l’emporter. Tel avait été le cas, parmi d’autres, du roi Alfonso Ier du Congo. Ce roi, « […] choqué du peu de considération manifesté aux siens et déçu de constater que les principes moraux introduits par la religion européenne ne semblaient pas s’appliquer aux Africains, s’opposa à tout commerce d’esclaves sur son territoire. Il s’attira alors la haine des négriers blancs qui tenteront même de le faire assassiner en pleine messe en 1540. » [37]

Que pouvait ce roi, seul face à ce qui était devenu une coutume, un mode de vie, face aux intérêts en jeu et en butte à la volonté affirmée des dignitaires de son royaume de continuer à tirer profit d’un commerce qui imprégnait tant leur quotidien ?

  • « Relativement disciplinés jusqu’alors, les princes, ducs, marquis et comtes locaux, férus de biens de consommation européens, vont allègrement battre en brèche l’ordonnance royale en se lançant à leur tout dans la chasse aux esclaves […]. S’ils voulaient se procurer les fantaisies importées dont ils raffolaient, ils n’avaient guère le choix. » [38]

Ce conditionnement était encore plus marqué au XIXe siècle et caractérisait en tout premier lieu les souverains et chefs locaux de royaumes nés et structurés par le trafic d’esclaves avec les Européens. Ainsi cet homme d’affaires britannique ayant séjourné sur la côte de Guinée au début de ce siècle, au lendemain du vote de la loi d’abolition de la traite en Angleterre, constatait :

  • « La traite a toujours été populaire et le reste en Afrique […]. Je crois que chaque indigène africain se livrerait à la traite s’il le pouvait. » [39]

Constat confirmé par ces propos du roi de Bonny à son interlocuteur anglais :

  • « Nous pensons que cette traite doit continuer – c’est le verdict de notre oracle et de nos prêtres. Ils prétendent que votre pays, malgré sa puissance, ne peut arrêter un commerce prescrit par Dieu lui-même. » [40]

En 1810, le roi du Dahomey dépêcha une ambassade au vice-roi du Brésil, pour « rassurer ses clients » sur sa volonté de continuer la traite. Pour lui, rien ne pouvait justifier l’arrêt de ce trafic si ancien et si florissant entre les deux pays.

Face à cette réalité et à tant de détermination des rois négriers africains à poursuivre un trafic devenu leur activité principale, et dont ils tiraient l’essentiel de leurs ressources ainsi que le fondement de leur pouvoir, l’Angleterre dut user de moyens et de méthodes appropriés : l’usage de la force militaire lorsqu’elle s’imposait et celui de la diplomatie auprès des souverains africains.

En 1817, Radama, roi de Madagascar, signa un traité avec le gouvernement anglais qui le gratifiait d’une allocation annuelle de « 10 000 dollars durant trois ans » contre son engagement à renoncer à la vente d’esclaves aux trafiquants européens. [41]

De même en 1842 :

  • « Eyo et Eyamba, chefs de deux principales villes d’Old Calabar, signèrent un accord abolissant la traite moyennant une gratification de 2 000 livres sterling pendant cinq ans, un autre traité fut signé à Bimbia [au Cameroun], qui prévoyait une indemnité de 1 200 livres seulement l’an. » [42]

D’autres exemples de « diplomatie financière » eurent cours en Afrique mais sans que le succès en soit toujours avéré. Le roi de Bonny, Pepple, promit, contre la proposition par l’Angleterre d’une rétribution annuelle de 10 000 livres sterling de mettre fin à ses activités de traite. Mais, cette allocation étant ramenée par le gouvernement britannique à 2 000 livres, ce roi (qui déclarait avoir vendu 3 000 personnes entre 1839 et 1841), insatisfait de la somme proposée, décida de poursuivre ses activités.

Durant tout le premier tiers du XIXe siècle, quelques unes des principales nations européennes de traite : Portugal, Espagne avec le Brésil et Cuba (pour l’Espagne) se refusaient à abandonner le trafic négrier. Constatant le peu de résultats obtenus après des décennies d’efforts incessants en vue de mettre en place un dispositif international de lutte contre la traite et le peu d’enthousiasme manifesté par les grandes nations impliquées dans ce trafic, les Anglais résolurent de traiter prioritairement le mal à la source. Selon l’expression du Premier ministre Palmerston, « s’emparer d’un nid de guêpes est plus efficace qu’attraper des guêpes une à une » [43] ; il s’agissait donc d’éradiquer la traite en tarissant les réserves d’esclaves en Afrique. Il entendait le faire par la persuasion, la coopération et au besoin par la coercition, d’où l’accentuation de l’action de l’Angleterre en Afrique, unique pourvoyeuse de main-d’œuvre servile.

Cependant le virus de la traite avait si profondément affecté le corps social africain sur la côte que les dollars et les livres sterling ne pouvaient facilement éradiquer le mal. Le roi Ghézo le confessait en 1840 :

  • « La traite a constitué le principe directeur de mon peuple. C’est la source de sa gloire et de sa richesse. Ses chants célèbrent nos victoires et la mère endort son enfant avec des accents de triomphe en parlant de l’ennemi réduit en esclavage. Puis-je, en signant […] un traité, changer les sentiments de tout un peuple ? » [44]

En conséquence, Ghézo « se déclara prêt à faire tout ce que le gouvernement britannique lui demanderait, sauf renoncer à la traite, car tous les autres commerces de substitution lui semblaient sans objet. » [45]

Ce roi, visiblement importuné par l’insistance des Anglais pour l’amener à cesser son trafic proposa, pour avoir la paix, « […] d’offrir en retour deux jeunes esclaves pour laver le linge de la reine Victoria. » [46] Le malentendu entre les Britanniques et le roi du Dahomey demeurait entier, même si ce dernier se convertit par la suite au « commerce légitime », celui de l’huile de palme. Cette résistance de certains souverains africains à l’abolition de la traite s’était manifestée très tôt, et bien avant le vote britannique de 1807. C’est ainsi que lors des tout premiers débats à la Chambre des communes de Londres, le roi du Dahomey, Agadja, fit lire par un député britannique, défenseur convaincu de la traite et comptant parmi les plus hostiles à toute idée d’abolition, une longue lettre dans laquelle il s’opposait à l’interdiction du commerce négrier et développait une argumentation tendant à démontrer que l’intérêt des esclaves africains résidait dans leur déportation en Amérique.

Pour atteindre son objectif, le gouvernement britannique envisagea dans un premier temps de s’emparer du royaume du Dahomey afin de faire plier son roi. Puis, dans une ultime tentative, le Premier ministre, Palmerston, dépêcha une mission auprès du roi Glé-Glé, successeur de Ghézo. Le dialogue de sourds entre les deux parties témoigne du caractère inconciliable des deux visions ainsi que de la réalité de la traite dans la vie et dans l’imaginaire des rois africains.

L’émissaire du gouvernement britannique présenta ainsi au roi Glé-Glé l’objet de sa mission :

  • « L’Angleterre a fait de son mieux pour arrêter la traite dans ce pays. On y a consacré beaucoup de moyens et maintes vies ont été sacrifiées dans ce but désirable, mais sans succès jusqu’ici. Je suis venu vous demander de mettre un terme à ce trafic et conclure un traité avec moi. » [47]

Le roi lui retourna l’argument si souvent évoqué par les acteurs africains de la traite au XIXe siècle : « Si des Blancs quittent leur pays pour venir jusqu’ici acheter des esclaves, pourquoi m’empêcherai-je de leur en vendre ? » [48] À quoi l’envoyé britannique répondit en lui demandant « quel serait son prix si on devait le vendre comme esclave ». Glé-Glé répondit :

  • « Aucune somme ne m’achètera […]. Je ne suis pas comme les rois de Lagos et du Bénin. Il n’y a que deux rois en Afrique, Achanti et Dahomey : je suis le roi de tous les Noirs. Rien ne compensera pour moi [la perte de la traite]. Il n’en démordit point, et précisa : “Si je ne puis vendre les prisonniers de guerre, je dois les tuer, et ce n’est certainement pas la volonté des Anglais”. » [49]

Il confortait ainsi les arguments du conseiller municipal londonien Sawbridge, esclavagiste qui, au même moment, interpellant le chef du mouvement abolitionniste, Wilberforce, affirmait : « S’ils n’étaient pas vendus comme esclaves, ils seraient massacrés et exécutés dans leur pays » [50]

Devant l’intransigeance des principaux acteurs africains du commerce d’êtres humains et leur refus de coopérer, de se soumettre à la volonté anglaise d’interdire ce trafic, le gouvernement britannique se résolut à intervenir par les armes, au moins une fois de façon directe, précisément dans cette région d’Afrique qu’il considérait comme la principale source du trafic et le vivier permanent d’esclaves : le golfe du Bénin. Quelques souverains récalcitrants, tel le roi Docemo (du golfe de Guinée) furent déposés à la suite d’interventions armées.

Les marins britanniques s’attaquèrent aux baraquements et autres entrepôts d’esclaves et de marchandises de traite, les brûlant ou confisquant ces dernières. Un capitaine anglais ayant participé à ces opérations témoigne :

  • « […] partout où nous trouvions des baraquons construits, nous devions nous efforcer d’obtenir l’autorisation des rois indigènes de les détruire et en cas de refus d’accorder cette autorisation nous devions passer outre. Mais il ne fut jamais difficile d’obtenir ce consentement, moyennant une faible rétribution et la plupart des baraquons de la côte furent détruits. »

Cette politique de persuasion, de coopération et de coercition ne pouvait donner la pleine mesure de son efficacité que si les sources de la traite étaient simultanément taries en amont et en aval. Il fallait pour cela arrêter la demande de produits et ses causes. Atteindre cet objectif nécessitait l’implication de toutes les nations intéressées par le commerce d’esclaves, légal ou illégal. D’où l’initiative de la Grande-Bretagne de créer un système de droit international incarné dans des cours mixtes, à composition internationale, chargées de juger et de réprimer les infractions à l’interdiction de la traite. Ce droit international naissant fut accueilli sans enthousiasme par les autres nations. Mises en œuvre malgré tout, en 1830, des cours d’arbitrage furent ouvertes en Sierra Leone, à La Havane, à Paramaribo et à Rio de Janeiro.

Le fonctionnement de ces cours mixtes fut longtemps chaotique, à l’image de l’histoire du mouvement abolitionniste à ses débuts. Cependant, avec le vote de l’interdiction de la traite par le Brésil d’une part et d’autre part le vote de la loi d’abolition de mai 1867 en Espagne, qui entra en vigueur en septembre 1867 à Cuba, l’objectif était atteint. L’année 1867 marque la fin de la traite, la fin de la présence des escadres et des patrouilles navales sur les côtes d’Afrique.

L’adoption de ces deux lois signalait la fin de la traite officielle, la traite dite légale, et symbolisait en même temps le triomphe de la croisade morale et navale de la Grande-Bretagne contre le multiséculaire trafic d’êtres humains. Si, comme l’affirmait le Premier ministre britannique Pitt le Jeune à la Chambre des communes en avril 1792 : « Il n’y a pas de nation en Europe qui soit plus coupable que la Grande-Bretagne », il est tout autant légitime de proclamer que, de toutes les nations d’Europe et du monde, la Grande-Bretagne fut celle qui, la première, prit l’initiative d’une campagne nationale et internationale cohérente et déterminée, et qui eut l’action la plus décisive et la plus probante.

William Pitt qualifia la traite de « plus grand mal effectif qui eût jamais frappé l’espèce humaine ». À ce grand mal, l’Angleterre sut trouver et apporter, dans les faits, le remède universel et efficace.

Quand Palmerston devant la même Chambre des communes déclara en 1844 : « Si tous les crimes commis par l’espèce humaine depuis la Création jusqu’à ce jour étaient additionnés, ils égaliseraient à grand-peine la culpabilité accumulée par l’humanité du fait de ce trafic diabolique », il confirmait à la fois la justesse du combat abolitionniste et la nécessité d’éradiquer la traite, ce mal absolu.

L’Angleterre rechercha avec méthode et persévérance, les moyens les mieux appropriés pour dire le droit, lever les armes et punir le crime. Les armes pour ce faire furent de tous ordres. C’est sans doute dans ce pays que la construction idéologique la plus complète et la mieux élaborée, incluant à la fois le droit, la morale, la religion, la philanthropie, l’économie fut, précisément dans le courant du XVIIIe siècle, érigée par des individualités et des institutions contre la traite des Noirs et, au-delà, contre l’esclavage en général. Cet arsenal juridique, religieux, humanitaire n’eut pas d’équivalent au monde. En effet, c’est dès 1792 que se déroula en Angleterre, « la plus grande campagne humanitaire » qu’aucune nation eût jamais connue. Aucun autre pays ne déploya autant d’efforts avec autant de constance et de fermeté dans les principes pour la résolution d’une question qui était de portée universelle. Un tel changement dans les mentalités du XVIIIe au XIXe siècle demeure sans doute un des mystères du phénomène de la traite atlantique et de son abolition.

Que les motivations fussent humanitaires ou économiques, purement philanthropiques ou qu’elle obéissent subtilement à un calcul mercantile, les combats de tous aboutirent au même résultat. Les cris poussés partout et par tous, anciens esclaves en Amérique et aux Antilles, esprits éclairés, philosophes, religieux et économistes en Europe eurent pour résultat le progrès de la conscience morale de l’humanité. La notion de crime contre l’humanité se mettait timidement en marche. Les plus ardents défenseurs de l’esclavage hier devenaient les fervents avocats des Noirs, s’opposaient à l’esclavage et à la traite, confortant ainsi les progrès de la raison.

L’intransigeance sans nuance de quelques souverains et dignitaires africains de la côte au début du XIXe siècle, leur refus de tout compromis sur la question de l’abolition compta pour beaucoup dans la justification par les Européens de l’occupation coloniale de l’Afrique. Elle aboutit à la conjonction de l’Église chrétienne et des États. La première trouvait là un moyen de convaincre de l’universalisme de son message, tandis que les seconds purent légitimer le désir de s’approprier des terres nouvelles, tout en développant sur le continent noir de nouvelles activités plus honorables permettant d’en tirer de meilleurs profits et de répondre aux besoins des industries européennes.

À la pression extérieure allait correspondre l’intensification de la traite à l’intérieur du continent. Et lorsque la France se sera enfin jointe à la Grande-Bretagne pour assurer la surveillance des mers au large des côtes africaines et traquer les navires négriers clandestins, le continent se coupera nettement en deux : le nord de l’Équateur, des côtes du Sénégal à celles du Nigeria où la traque des clandestins devenait plus accrue et plus efficace et le sud, du Congo à l’Angola où les mailles du filet, trop larges, laissaient circuler tous les gros trafiquants européens et s’activer à leur aise les négriers clandestins africains.

Cette coupure se vérifiait également dans la réussite ou l’échec des activités du commerce dit « licite » en remplacement du commerce « illicite », nouvelle qualification du commerce d’esclaves noirs.

En Afrique, toutes les résistances à l’abolition de la traite ne furent pas motivées par l’appât du profit mais parfois plutôt par la peur des représailles de la part de ceux dont les proches furent victimes des agissements et de la cupidité des trafiquants comme le laisse penser ce témoignage :

  • « Nous avons tant envie de vos marchandises merveilleuses et de votre eau-de-vie qu’un frère ne peut avoir confiance en son frère, un ami en son ami, et à peine un père en son fils.
  • Quand nous étions jeunes, plusieurs milliers de familles habitaient ici et là, au bord de la mer, et maintenant on peut à peine compter 100 individus. Nous avons besoin de vous, les Blancs. Car les Nègres de l’intérieur ne nous laisseront pas vivre 6 mois après votre départ. Ils viendront tous nous tuer, avec nos femmes et nos enfants. Ils nous vouent tant de haine parce que nous avons participé à la traite. » [51]

Cependant, pour beaucoup la question posée était existentielle : comment, de quoi, avec quoi vivre sans la traite ? Que proposait-on aux uns et aux autres pour remplacer cette industrie qu’était alors devenue la vente d’esclaves ? Le commerce « licite », cette solution miracle inventée par les Européens demandait à être adapté et acclimaté en Afrique. La culture du palmier, le commerce de l’huile de palme, du café, du cacao, de l’arachide… Comment convaincre les Africains que tout cela serait plus rentable que le commerce d’esclaves ? La capture d’un esclave était d’un rapport immédiat et substantiel, tandis que la production d’huile de palme, de café, de cacao ou de coton, qui demandait d’autres méthodes et du temps, n’offrait sans doute pas un profit aussi garanti ni conséquent que la livraison du jeune enfant du voisin, nuitamment ligoté et bâillonné à l’insu de tous. Comment faire accepter un tel changement ?

Si en Afrique occidentale le commerce de l’huile de palme et des arachides, parmi d’autres productions, s’imposèrent progressivement sans trop de mal ni de heurts, il n’en fut pas de même en deçà de l’Équateur où des tensions, des représailles et des crises ponctuèrent désormais les nouvelles relations entre les Européens (tout particulièrement Britanniques et Français) et les autochtones trafiquants, parmi lesquels beaucoup de Portugais installés depuis longtemps sur le continent et surtout de nombreux métis portugais.

La traite des Noirs, bien que devenue commerce inavouable, continua longtemps à être pratiquée en maints endroits de la côte africaine. Ses méthodes changèrent en s’adaptant à la clandestinité. Elle ne fut plus organisée oficiellement par des États, même si le Brésil et Cuba furent désormais les parrains des nouveaux trafiquants dont certains surent tirer profit de deux commerces : le licite et l’interdit.

Cette nouvelle forme du trafic d’esclaves généra des réseaux de connexion inédits entre trafiquants européens, américains et africains. Les zones du trafic clandestin les plus actives furent celles s’étendant du Dahomey à l’Angola où opéraient surtout, parmi les métis, d’anciens esclaves de retour d’Amérique de connivence avec les rois africains qui les protégeaient et leur facilitaient les activités de traite dans leurs États. Selon M’Bokolo, certains de ces aventuriers, européens, métis, anciens esclaves ou descendants d’esclaves revenus des Amériques s’étaient installés sur les côtes d’Afrique dans le but avoué d’y poursuivre la traite. Ils étaient particulièrement nombreux en Angola, au Congo et sur la côte des Esclaves, notamment au Dahomey ; vers 1850, on en dénombrait deux cents à Ouidah, Porto-Novo et Agoué.

Le trafic des esclaves continuera au Dahomey jusqu’aux années 1860, en dépit de la vigilance et de la persévérance des nations « gendarmes ». Des noms s’illustrèrent dans ce trafic par l’importance des fortunes amassées, tel ce Dahoméen, ancien esclave de retour du Brésil, Francisco Felix de Souza dit Chacha dont le « surnom au royaume d’Abomey devint un titre officiel et dont hérita son fils. » [52] Mais c’est surtout en Afrique centrale que la reconversion qui permettait de passer du commerce désormais illicite au commerce licite était longue et difficile : au Gabon, au Congo et en Angola. Là, de nouveau réseaux se constituèrent autour de trafiquants africains d’autant plus puissants et enracinés dans cette pratique que la recherche clandestine d’esclaves de la part d’Européens, de Cubains et de Brésiliens se concentrait dans ces zones.

Comme au Dahomey, le commerce illicite y perdura en se prolongeant jusque dans les années 1860. Partout en Afrique centrale, les motifs qui permettaient de réduire en esclavage, en se multipliant, confinaient à l’arbitraire le plus absolu comme le montre le tableau suivant [53] portant sur le témoignage d’anciens esclaves libérés interrogés sur les raisons de leur condamnation à l’esclavage :

Esclaves de naissance 761 688 70 1519

.

Les cendres encore fumantes

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L’arrêt de la traite légale n’ayant pas signifié la fin de l’esclavage, ni celle du travail servile et du besoin d’esclaves en Amérique, la contrebande, pratiquée depuis le début du XVIIe siècle, se développa considérablement au début du XIXe siècle.

Un nouveau marché fut ainsi ouvert en Afrique comme aux Amériques avec de nouveaux trafiquants, tous clandestins. Les méthodes du trafic d’esclaves changèrent. Il fallait agir en marge des règles internationales désormais en vigueur. Le sort des nouveaux esclaves en devint encore plus incertain et plus cruel. Cachés dès leur capture dans des entrepôts improvisés, brimés et affamés pour les rendre plus malléables en brisant toute capacité de résistance, ils étaient embarqués secrètement, le plus souvent la nuit ; et dès la moindre alerte en mer, de peur des patrouilles internationales, ils étaient jetés par-dessus bord. Des navires d’apparence ordinaire engageaient de jeunes Africains comme employés, serviteurs ou mousses. Ils les vendaient à leur arrivée en Amérique ou, en cours de route, à d’autres navires stationnés en pleine mer. Dans des navires mal équipés, inadaptés au transport d’esclaves, ne disposant pas de vivres ni de provisions suffisantes, ces captifs voyageaient dans les pires conditions. Il fallait plusieurs jours avant de les présenter à d’éventuels acheteurs, les alimenter (plutôt les gaver), soigner leurs plaies et blessures.

Si les prix de ces esclaves étaient bas, parfois bradés en Afrique, parce que vendus à la sauvette, sans examen préalable ni marchandage, en revanche leurs prix étaient en forte hausse dans le Nouveau Monde, le souci étant pour l’heure de constituer les réserves les plus importantes d’esclaves tout en assurant aux planteurs les effectifs de travailleurs nécessaires.

D’une manière générale, l’avenir des acteurs africains de la traite atlantique fut varié et inégal selon les régions et les époques. Si certains se plièrent sans drame apparent aux mesures d’interdiction du commerce d’êtres humains en adoptant les nouvelles activités économiques de substitution, d’autres éprouvèrent quelques difficultés à sortir d’un système économique et d’une pratique intégrés au mode de vie ordinaire et ne pouvaient envisager d’autres horizons. D’autres enfin surent concilier les deux types d’activités et en tirer profit, la licite l’emportant progressivement sur l’illicite jusqu’à extinction définitive de cette dernière.

Nombreux furent ceux qui réussirent leur reconversion au service des Européens. Ces derniers, en investissant dans les nouvelles activités de production : plantations de café ou cacao, huile de palme, ivoire ou bois ou bien encore en ouvrant des magasins de commercialisation de ces produits, en créant des activités d’import-export (produits européens et produits africains), embauchèrent de préférence comme employés, gestionnaires gérants, régisseurs ou intermédiaires de transactions ces anciens courtiers qui offraient l’avantage de parler un peu ou de baragouiner le français, l’anglais ou le portugais et d’être rompus aux techniques du commerce. Ils surent faire ainsi non seulement la jonction du commerce des esclaves et du commerce licite, mais aussi celle de la période précoloniale et de la période coloniale. Dès le début de la colonisation, décidée à partir de la seconde moitié du XIXe siècle sous le prétexte de réagir contre les États africains réfractaires à l’application de la mesure d’abolition de la traite, nombre d’anciens trafiquants surent tirer profit de leur compétence acquise au contact des Blancs. L’Afrique d’après la traite restait l’héritière de son passé.

Après cette phase de la traite de contrebande ou traite illicite qui finit par s’éteindre progressivement à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, apparut une autre réalité : le renouveau de l’esclavage africain, fortement activé par la traite quand elle était légale.

La traite atlantique semble avoir incontestablement imprimé un dynamisme nouveau à ce qui fut de tout temps une pratique des sociétés africaines. Cette culture de l’esclavage y trouva une dimension nouvelle attestée par les témoignages concordants d’Européens, principalement des voyageurs ainsi que des explorateurs qui sillonnèrent le continent dans la seconde moitié du XIXe siècle en observateurs intéressés. Ces nombreux témoignages révélent ce qu’était devenu l’esclavage traditionnel africain.

Le plus ancien dans le temps, celui de l’explorateur aventurier René Caillié (premier Européen a avoir pénétré dans Tombouctou et en être reparti vivant) est un document de grand intérêt, autant par l’itinéraire de l’explorateur à travers pays et peuples d’Afrique (Mauritanie, Sénégal, Gambie, Niger, Côte-d’Ivoire, Mali, Guinée) que par la finesse de l’observation.

Son récit émaillé de descriptions de marchés et de scènes de ventes d’esclaves semble prêter une attention particulière à la pratique de l’esclavage. Ainsi ce tableau pittoresque des mœurs d’un peuple de Sénégambie parmi lequel il se trouva en 1827 :

  • « Chose bien remarquable, le bon ordre et l’intelligence la plus parfaite ne cessent de régner parmi les femmes appelées à partager la même couche conjugale. Toutes ne sont pas très fidèles à leurs maris, mais quand un époux soupçonne une des siennes d’infidélité il l’oblige par la crainte du simo [fétiche ou juge des bois [54]] de lui nommer le coupable. Elle ne résiste pas longtemps à ses pressantes questions et à ses menaces ; la peur d’être mise à l’épreuve par le magistrat des bois lui fait avouer sa faute et découvrir celui auquel elle a accordé ses faveurs. Dès ce jour, l’amant devient l’esclave malheureux du mari, qui, sans miséricorde, le vend aux marchands négriers ou à d’autres nègres du pays. » [55]

Plus loin, son séjour parmi des peuples à la frontière du Mali et de la Côte-d’Ivoire actuels lui inspira quelques réflexions sur l’esclavage :

  • « Le 30 juillet [1827], il arriva à Sambatikila une caravane de marchands saracolets, allant dans le Foulou acheter des esclaves, pour les revendre soit dans le Fouta ou dans le Kankan. Toutes les marchandises qui se vendent sur les comptoirs européens de la côte sont destinées au commerce infâme des esclaves, qui, à la vérité, ne sont pas exportés, mais ils n’en sont pas plus heureux. L’Europe civilisée peut bien abolir l’esclavage, mais l’Africain, sauvage et intéressé, conservera longtemps encore l’habitude barbare de vendre ses semblables. Il est si doux de vivre sans rien faire, de se reposer sur les soins d’autrui pour sa subsistance, que chaque nègre fait son possible pour avoir des serviteurs : toute leur ambition se borne à avoir douze à quinze esclaves, qu’ils occupent entièrement aux cultures. Ces malheureux sont mal vêtus, et travaillent beaucoup, mais je ne me suis pas aperçu qu’ils fussent très maltraités. Ils sont obligés presque toujours de pourvoir à leur nourriture : ils sèment autour de leurs cases du maïs et de la cassave, qui leur sont d’une grande ressource. » [56]

Ailleurs, René Caillié décrit une scène de marché ou « les esclaves ouassoulous sont vendus à la criée […] tout nus. Il y a des barbares qui font profession de se cacher derrière les buissons, de surprendre les malheureux nègres cultivant dans leurs champs, et d’aller ensuite les vendre impitoyablement. »

D’autres témoignages font le même constat de la généralisation de la pratique esclavagiste qui imprégna les différents aspects de la vie économique et sociale et apportent ainsi la preuve du peu d’incidence sur cette pratique des lois d’abolition de la traite et de l’esclavage en Afrique. L’expérience du général Faidherbe [57], nommé gouverneur de la colonie du Sénégal par le gouvernement français en 1854, est d’un intérêt certain :

  • « [Faidherbe] avait vécu à la Guadeloupe le temps fort de l’abolition de l’esclavage. Résolument, il s’était engagé à l’époque aux côtés de Schoelcher, le libérateur des Noirs […]. Très vite il comprit que le Sénégal n’était pas les Antilles. Toucher à l’esclavage, imposer la loi française, aurait bouleversé ces société animistes ou musulmanes, pétries de traditions fondées sur la séparation entre classes guerrières, religieuses et laborieuses. Aucun chef africain n’aurait accepté une domination lui retirant la propriété des esclaves et le droit d’en acquérir. » [58]

Après avoir milité en Guadeloupe et en métropole pour l’abolition de l’esclavage, le nouveau gouverneur se trouva brutalement confronté aux réalités et à l’importance de ce phénomène en Afrique. Le respect des traditions africaines dont il fit une règle de conduite :

  • « […] n’était pas toujours aisé à concilier avec son humanisme. Un jour, il reçut la plainte d’une femme à qui un notable avait volé ses deux enfants pour les vendre après avoir tué leur grand-mère qui tentait de les défendre, à coups de crosse sur la tête. Faidherbe fit venir la brute à Saint-Louis. L’homme reconnut les faits, les jugeant tout à fait conformes à ses droits sur les ‘‘badolo’’ : les pauvres diables. Les tribunaux français n’étant pas compétents territorialement, le gouverneur le fit reconduire pour être fusillé dans son village. Puis son corps fut pendu à la branche d’un baobab avec une planchette où il était écrit : ‘‘Ainsi seront traités tous ceux qui tuent les mères pour voler les enfants’’. » [59]

En parcourant ce territoire qui devait désormais vivre sous la loi française, Faidherbe prit de jour en jour conscience de l’ampleur du phénomène de l’esclavage qu’il avait sans doute eu la naïveté de croire éteint par les lois d’abolition. Il fit simplement le constat que « les chefs ne vendaient plus leurs esclaves pour l’Amérique mais les gardaient pour cultiver sur place l’arachide. » [60]

Le successeur de Faidherbe, Pinet-Laprade, poursuivit la même politique de fermeté à l’égard du trafic d’esclaves. Dans un rapport au procureur impérial, daté de septembre 1863, il relate des faits attestant l’activité de traite sur le territoire du Sénégal :

  • « Le nommé Ousman Dieng, indigène habitant de Dakar m’a déclaré hier avoir acheté deux captifs à l’escale de Kaolackh : l’un au nommé Massar Poulo, traitant, l’autre à la nommée Diémé, femme de Maboye, autre traitant.
    Ce dernier captif a été acquis par Ousman pour deux paires de pagnes et deux boisseaux de mil. Quant au premier, Ousman n’ayant pas de marchandises à donner à Poulo, le prix n’a pas été fixé.
    Il me paraît démontré par ces faits, et par ceux que je vous ai signalés, que la traite des Noirs a recommencé dans le Saloum, et que ce trafic honteux que l’humanité réprouve et que nos lois punissent, a pour principal foyer l’escale de Kaolackh [
    61] où flotte notre pavillon.
    Le nommé Silman N’Gom, établi à cette escale, m’a déclaré lui-même que les traitants recevaient souvent du roi et des chefs du Saloum des captifs en échange de marchandises. Que deviennent ces captifs ? C’est ce qu’il importe de rechercher minutieusement pour arriver à constater le degré de criminalité des acheteurs et pour faire cesser par l’application impériale de la loi, des actes de nature à retarder l’essor commercial de l’une de nos plus belles contrées de la Sénégambie, car si nos traitants achètent des hommes, ces chefs indigènes trouveront plus facile de vendre leurs sujets que les exciter à la culture. Cette affaire présente donc un double intérêt : 1° – intérêt d’humanité et de civilisation, 2° – intérêt commercial, et il est dû au devoir de l’Administration de s’en occuper très sérieusement.
    Veuillez je vous prie donner aux faits que je vous ai signalés, la suite qu’ils comportent. » [
    62]

Ce rapport fait partie d’une longue liste de faits similaires. Fréquemment, le commandant de Gorée est mis au courant de ventes d’esclaves. Ainsi, le 30 septembre 1863, il apprend que 5 esclaves ont été cédés à Maguèye de Gorée par les chefs de Saloum et dirigés ensuite sur Dakar. Le 7 octobre 1863, on lui fait savoir que des habitants de Dakar, Omar Guèye, Boubou Diagne et Bamar, font du trafic d’esclaves. [63]

En 1879, un missionnaire catholique français, le père Prosper Augouard (1852-1905) arriva au Congo (qui allait plus tard devenir Congo-Brazzaville), plus au sud du continent. Il livra quelques impressions sur la question de l’esclavage dans cette région de l’Afrique équatoriale et centrale, au confluent des fleuves Congo et Oubangui :

  • « […] les Zolos, au bord de la rivière Maringa, un affluent de la rive gauche du Congo, faisaient grand trafic de très jeunes esclaves capturés dans d’autres villages, afin de les vendre aux Bondjos contre de l’ivoire. [Le nouveau trafic très rentable consistait à échanger des esclaves contre de l’ivoire ou de l’or ; cet or et cet ivoire étaient ensuite vendus aux marchands européens]. Les malheureux paraissaient résignés à leur sort : être vendus, revendus plusieurs fois. » [64]

Le religieux racheta beaucoup de ces petits esclaves pour les libérer. En visite chez un chef local à qui il avait offert quelques cadeaux, ce dernier, entouré de ses douze épouses et huit esclaves, lui offrit en retour « une belle chèvre et une de ses plus jolies esclaves. Voyant le missionnaire ne prendre que la chèvre et décliner le présent de choix, il se montra quelque peu mortifié. » [65]

Pour les rabatteurs et kidnappeurs de captifs du temps de la traite légale et illégale, la question de la reconversion ne se posait pas. Le climat était à peu près le même, les navires négriers en moins. Les rapports avec les Européens restaient marqués par des comportements et l’esprit de la traite. Les pratiques et réflexes d’hier, hérités de la traite, le goût irrépressible pour les produits européens importés, la facilité pour les obtenir et l’esprit de fraude s’étaient installés dans les mentalités. Ces pratiques et réflexes pérennisés rendaient aléatoire l’édification d’économies et d’États viables à long terme.

Pour parcourir ces régions, à l’instar de tous les Européens s’aventurant à l’intérieur du continent à la même époque, Prosper Augouard dut recourir à des autochtones pour porter ses bagages et pour le guider à travers la forêt équatoriale :

  • « Chaque jour, on devait palabrer avec les chefs pour marchander un droit de passage ; que de châles bariolés fallut-il donner, que de cuillers, de chemisettes, de poignées de sel ou de poudre ! Stanley, déjà passé par là, avait rendu les Noirs exigeants par des largesses hors de portée de la bourse d’un pauvre missionnaire. Les chefs réclamaient de l’alcool et de belles étoffes pour fournir des guides qui égaraient le voyageur ou disparaissaient dès qu’ils avaient reçu leur acompte. » [66]

Et quand le missionnaire décida de s’implanter en un lieu choisi pour y fonder une mission catholique, il fallut encore parlementer avec les chefs et signer des accords comme du temps de l’installation des forts et comptoirs de traite :

  • « Il fit venir de France des hectomètres de cotonnades et de fils de laiton, des kilos de perles de verre, des paquets de clous, des milliers d’hameçons, cinquante fusils à pierre et autant de sabres, des chapeaux de gendarmes, des défroques de généraux ou de gardes nationaux. Et […] il réussit à obtenir cent vingt porteurs […]. Le père convoqua les chefs, leur montra les armes et régla la question du terrain de la future mission. […]. Les chefs cèdent en toute propriété et pour toujours un terrain d’environ vingt hectares […]. Les chefs indigènes s’engagent à ne jamais inquiéter les missionnaires et à les défendre contre toutes attaques et accusations. Les missionnaires peuvent faire les constructions et plantations qu’ils jugeront convenables. Ils paieront une fois pour toutes à chaque chef un habit et un chapeau doré, une chaînette et un couteau argentés, une grande couverture, douze mouchoirs, une ceinture d’étoffe et un collier de perles, après quoi ils seront libres pour toujours de toute redevance.

Enthousiasmés par leurs habits et leurs chapeaux dorés, les trois chefs défilèrent devant leurs sujets éblouis. » [67]

Qui est coupable ? Le vendeur ou l’acheteur ? Voltaire est sans nuance dans son essai sur les mœurs (tome III) :

  • « Il n’y a chez les Asiatiques qu’une servitude domestique, et chez les Chrétiens qu’une servitude civile. Le paysan polonais est serf dans la terre, et non esclave dans la maison de son seigneur. Nous n’achetons des esclaves domestiques que chez les Nègres. On nous reproche ce commerce : un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l’acheteur ; ce négoce démontre notre supériorité ; celui qui se donne un maître était né pour en avoir. »

Propos nuancés par son éditeur :

  • « Cette expression (s’agissant du terme esclave) doit s’entendre dans le même sens qu’Aristote disait qu’il y a des esclaves par nature. Mais celui qui profite de la faiblesse ou de la lâcheté d’un autre homme pour le réduire en servitude n’en est pas moins coupable. Si l’on peut dire que certains hommes méritent d’être esclaves, c’est comme l’on dit quelquefois qu’un avare mérite d’être volé. Certainement, le roitelet nègre qui vend ses sujets, celui qui fait la guerre pour avoir des prisonniers à vendre, le père qui vend ses enfants, commettent un crime exécrable ; mais ces crimes sont l’ouvrage des Européens qui ont inspiré aux Noirs le désir de les commettre et qui les paient pour les avoir commis. Les Nègres ne sont que les complices et les instruments des Européens ; ceux-ci sont les vrais coupables. » [68]

Les fruits de la traite

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Pruneau de Pommegorge, noble français parcourant les côtes africaines en 1789, constate les effets de la traite sur l’état des peuples de ces régions :

  • « Nos crimes ont transformé ces peuples en bêtes féroces. Ils ne se font la guerre entre eux et se détruisent que pour vendre leurs compatriotes à des barbares. Les rois eux-mêmes ne voient plus leurs sujets que comme des marchandises qui peuvent leur permettre d’acheter tout ce qu’ils désirent par caprice. » [69]

Quels avantages les uns et les autres ont-ils pu tirer de leurs crimes ?

Pour les aspects économiques en général, quelques questions s’imposent à l’historien. En Europe, des villes, leur prospérité et leur splendeur furent longtemps associées à leurs activités et à leur passé négriers. Ainsi, Nantes, Bordeaux, Liverpool, Bristol, Cadix, Newport… Par contre, quelles villes en Afrique, parmi les anciens hauts lieux de la traite atlantique au Bénin, au Sénégal, au Nigeria, au Congo, en Angola etc., peuvent se flatter d’avoir retiré la moindre prospérité de leur passé négrier ?

De même, de grandes familles, de véritables dynasties d’anciens négriers sont connues et figurent comme les plus illustres de leurs villes aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, pour avoir amassé ou bâti des fortunes grâce à la traite atlantique et s’être constitué un patrimoine immobilier, financier, industriel ou terrien de grande importance. La traite a favorisé l’ascension sociale d’une classe bourgeoise ou d’un patriciat urbain très puissant, véritable moteur de sa cité ou de sa région, par une politique d’investissement à long terme dans l’industrie, les armements mais plus généralement la banque. Autant de facteurs de développement et de croissance. Les trafiquants et grands armateurs négriers bénéficiaient des encouragements et d’une politique gouvernementale incitative « voyant dans la traite le moteur de la vigueur économique » de la nation. Les encouragements de tous les rois de France, d’Angleterre ou du Portugal par une politique de prime et de protection ne firent jamais défaut à leurs sujets entrepreneurs négriers. Des noms de familles sont connus tels les Montaudoin ou les Grou à Nantes, les Nairac à Bordeaux (propriétaires d’un vignoble réputé). « Jacques Conte, qui dirigea la traite bordelaise […] après 1802, installa son charmant château à Saint-Julien-Beychevelle, au cœur des grands vignobles du Médoc. » [70] Les Stanislas Foäche au Havre, les Fleuriau à La Rochelle, ou encore les Cunliffe et les Foster à Liverpool… Les marchandises de traite, sorties des manufactures de Birmingham ou de Manchester et envoyées en Afrique, permirent l’essor industriel de ces villes et de leurs régions. De l’autre côté de l’Atlantique, en Amérique, pour ne citer que les États-Unis, les profits tirés des activités liées à la traite ont fructifié dans des investissements producteurs de richesses et de développement. Le négrier Thomas Handasyd Perkins de Boston « finança en 1826 le premier chemin de fer des États-Unis à Quincy, dans le Massachusetts ». Les activités de traite générèrent aussi des investissements financiers fructueux. C’est ainsi que Thomas Leyland fonda sa propre banque, « Leyland and Bullins », en 1807. [71] Le négrier clandestin luso-brésilien, Joaquin Pereira Marinho, dont l’action de traite illégale se situait entre 1839 et 1850, amassa une fortune colossale qu’il investit, au terme de ses activités, « dans les plantations, les banques et les chemins de fer, devenant notamment membre fondateur de la Banque de Bahia. » [72]

Bref, en Europe ou ailleurs, en Amérique, les grandes dynasties de la traite négrière se muèrent en dynasties entreprenantes, financières, industrielles, terriennes…

Quelle fortune aujourd’hui identifiable, quelles familles ou descendants de négriers africains au Sénégal, au Bénin, au Nigeria, au Congo ou en Angola, peuvent soutenir la comparaison avec ces exemples européens ou américains ?

Aujourd’hui encore des noms d’acteurs importants de la traite atlantique sont connus dans ces pays et partout en Afrique, mais pas leurs réalisations.

Que sont devenues les fortunes amassées du temps de la traite florissante du XVIIIe siècle par les souverains africains de la côte, acteurs du trafic d’esclaves ? Que reste-t-il en investissement pour son royaume ou ses héritiers des fortunes colossales tirées de la traite par le roi du Dahomey Tegbessou dont le revenu annuel était évalué à 250 000 livres sterling en 1750, somme procurée par la vente de 9 000 personnes par an aux Européens ?

En revanche, les conséquences politiques de la traite sont assez connues et évaluées en Afrique. Elle provoqua l’émergence de nombreuses entités politiques. Le littoral de l’Afrique de l’Ouest et du Centre vit plusieurs villes-États et royaumes naître et se développer grâce au commerce des esclaves. De petits villages de pêcheurs sur l’estuaire du Nil s’érigèrent en villes autonomes dont l’économie reposait essentiellement sur la traite. Certaines de ces villes ou mini-États s’émancipèrent de toute tutelle politique pour acquérir la stature de monarchies puissantes : Bonny, Achanti, Calabar, mais aussi Dahomey, Bénin…

La reconversion et l’évolution de ces États s’effectuaient en fonction de l’objectif prioritaire : le commerce d’esclaves et le contrôle des circuits de livraison, ce qui nécessitait la proximité immédiate des trafiquants européens installés sur la côte.

Les royaumes ou États de l’intérieur, dans leur désir de contrôler ces circuits et de s’assurer le monopole de la traite ou l’exclusivité des échanges avec les Européens, n’avaient d’autre alternative que la conquête des États ou peuples intermédiaires, tampons entre l’intérieur des terres et la côte. Ceux qui étaient sur cette côte se croyaient bénéficiaires d’un droit naturel et choisis pour jouir seuls des profits du commerce des esclaves, d’où des guerres incessantes durant tous ces siècles de traite atlantique. Certains États en ressortirent métamorphosés en monarchies puissantes grâce aux armes importées ainsi qu’au volume des échanges avec les Européens, c’est-à-dire à l’importance du nombre d’esclaves livrés régulièrement.

Ces États artificiels, nés de la traite ou fortifiés grâce à elle, s’écroulèrent irrémédiablement quand elle cessa. Aucun État, aucune industrie, aucune construction sociale viables et pérenne n’émergea après l’ère de la traite atlantique. À la place des États d’hier prirent place des sociétés décomposées, fragmentées, profondément déstructurées et des économies sans consistance véritable.

L’exemple du Congo est fort significatif de la fragilité d’un État dont la création est liée à la traite. Mais il est transposable à plusieurs régions d’Afrique, et à ce titre, il est largement représentatif de la réalité politique de la côte africaine aux XVIIIe et XIXe siècles. Il caractérise la situation de la plupart des royaumes et chefferies impliqués peu ou prou dans la traite entre le XVIe et le XVIIIe siècle : Dahomey, Loango, Oyo…

  • « Après la mort du roi Alfonso Ier, les luttes de clans pourvoyeuses de captifs domineront la vie politique congolaise jusqu’à la décadence du royaume au XVIIIe siècle, lorsque les réseaux commerciaux européens prendront le pas sur les anciens États et les anciens réseaux d’échanges entre États, entre tribus et clans. Le désordre était total dans le pays. Les provinces s’étaient progressivement affranchies du pouvoir central, le nombre croissant de prétendants au trône avait conduit à une scission de la royauté en principautés ennemies. » [73]

Les hostilités entre fragments de royaumes s’ajoutant aux hostilités entre États voisins, toutes motivées par le besoin de traite et le désir de mettre la main sur les dividendes de ce trafic, l’effondrement des États devait suivre inéluctablement la fin de la traite européenne.

Une nouvelle phase de son histoire s’ouvrait pour cette Afrique désormais vacillante sur ses fondements.

Au plus fort du débat sur l’abolition de la traite, à la Chambre des communes à Londres, un abolitionniste de bonne foi, soucieux de l’avenir du continent, plaidant pour l’arrêt définitif de ce commerce, suggéra la création d’une « série de comptoirs sur le Niger et à proximité ». Ce député britannique, porteur de projets positifs souhaitait « la régénération morale de l’Afrique ». [74]

Ce projet, comme d’autres formulés en d’autres lieux, en France notamment, devait déboucher à terme sur la création d’un « Empire colonial » dont les contours se dessinaient peu à peu à partir du milieu du XIXe siècle.

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NOTES:
[1] L. Peytraud, op. cit.

[2] H. Thomas, op. cit.

[3] Archives Nationales, série Colonies C8, ii : les Français aux Amériques, in L. Peytraud, op. cit., p. 348.

[4] Ibid.

[5] Lucien Peytraud, op. cit.

[6] Ibid.

[7] Voltaire, Dictionnaire philosophique, Genève, Édition Gabriel Grasset, 1764.

[8] H. Thomas, op. cit., p. 482.

[9] L. Peytraud, op. cit., p. 377.

[10] « Les écrivains noirs américains et l’Afrique. “Black Culture. New York” », in Notre Librairie, n° 77, décembre 1984.

[11] Ibid

[12] Elikia M’Bokolo, Afrique noire. Histoire et civilisations, t. ii, xixe-xxe siècle, Paris, Hatier-Aupelf, 1992.

[13] Ibid.

[14] Ibid., p. 104.

[15] H. Thomas, op. cit., p. 119.

[16] Ibid., pp. 139-140.

[17] Lettre du 24 juillet 1604, citée par Francisco Rodrigues, Historia da Campanhia de Jesus na assistência da Portugal, vol. iii, Porto, 1944, p. 458, in H. Thomas, op. cit., p. 141.

[18] Juan Suarez de Peralta, Noticias Historicas de la Nueava Espana, Madrid, 1878, cité dans H. Thomas, op. cit.

[19] H. Thomas, op. cit.

[20] Ibid., p. 566.

[21] Ibid., p. 540.

[22] London’s Magazine vii, mars 1738, in H. Thomas, op. cit. p. 149.

[23] H. Thomas, op. cit.

[24] Thomas Clarkson, The History of the Rise, Progress and Accomplishment of the Abolition of the African Slave Trade by the British Parliament, Londres, 1808, in H. Thomas, op. cit., pp. 307-308.

[25] H. Thomas, op. cit.

[26] Alphonse C. Quenum, op. cit.

[27] Ibid., p. 132.

[28] Cité in E. M’Bokolo, op. cit., pp. 107-108.

[29] H. Thomas, op. cit.

[30] Cité in E. M’Bokolo, op. cit., pp. 107-108.

[31] D’après J. E. Morenas, « Pétition contre la traite », 1820.

[32] H. Thomas, op. cit., p. 611.

[33] Ottobach Cuguano, La Véridique histoire d’Olaudah Equiano, Africain, esclave aux Caraïbes, homme libre par lui-même, publié en 1787, 1ère traduction française : 1987, Paris, Éditions Caribéennes, cité in M’Bokolo, op. cit. p. 104.

[34] Cité dans E. M’Bokolo, op. cit., p. 114.

[35] J. P. Hennessy, La Traite des Noirs dans l’Atlantique 1441-1807, ici in A. C. Quenum, op. cit.

[36] P. Verger, op. cit.

[37] Sylvia Serbin, Reines d’Afrique, Saint-Maur-des-Fossés, éditions Sépia, 2006, p. 210.

[38] Ibid.

[39] « Lords Select Committee, 1843 », in H. Thomas, op. cit., p. 199.

[40] Ibid.

[41] H. Thomas, op. cit., p. 631.

[42] Ibid., p. 750.

[43] Ibid.

[44] Serge Daget, Répertoire des expéditions françaises à la traite illégale, 1814-1850, Saint-Denis (France), Société française d’histoire d’outre-mer, 1988.

[45] H. Thomas, op. cit., p. 745.

[46] Sir Richard Burton, éd. A mission to Gelele King of Dahomey, Londres, 1966, cité par H. Thomas, op. cit., p. 839.

[47] Ibid.

[48] Ibid.

[49] Ibid.

[50] H. Thoms, op. cit., p. 839.

[51] Récit rapporté par L.F. Römer, 1760, cité in L’Afrique et le monde, Paris, Hatier-Ceda, 1994, p. 163.

[52] E. M’Bokolo, op. cit., p. 112.

[53] Source : M. Gillet, « Résultat de l’enquête ouverte au Congo pour connaître les conditions et les causes de l’esclavage de 2 571 émigrants africains rachetés pour l’immigration », cité par le capitaine Souzy dans La Revue maritime coloniale, 1863, p. 100, repris dans M’Bokolo, op. cit., p. 111.

[54] Masque ou fétiche supposé doté de pouvoirs permettant de détecter les mensonges, de démasquer et de punir les coupables.

[55] René Caillié, Voyage à Tombouctou et à Jenné, première édition de 1830, rééd. Paris, FM/la Découverte, 1979, p. 203.

[56] Ibid, p. 359.

[57] Louis Léon César Faidherbe (Lille 1818-Paris 1889), polytechnicien, gouverneur du Sénégal de 1854 à 1861, puis de 1863 à 1865, fut le véritable fondateur et organisateur de la colonie du Sénégal. Depuis Saint-Louis où il arriva le 16 décembre 1854, il procéda à des conquêtes et obtint la soumission des tribus maures. Faidherbe fut commandant de l’Armée du Nord pendant la guerre franco-prussienne de 1870.

[58] Alain Frerejean Charles-Armand Klein, L’Appel de l’Afrique, les pionniers de l’Empire colonial français, Paris, Perrin, 2001, p. 64.

[59] Ibid., p. 67.

[60] Ibid., p. 71.

[61] Kaolackh, une des principales villes du Sénégal, située au centre du territoire, dans la région Saloum (ancien royaume).

[62] Archives Nationales, série colonies G.G. AOF, 4B29. Le commandant de Gorée, Pinet-Laprade, au Procureur impérial.

[63] Ibid.

[64] Alain Frerejean Charles-Armand Kleinp, op. cit., p. 200.

[65] Ibid., p. 198.

[66] Ibid., p.193.

[67] Ibid., pp. 196-197.

[68] Voltaire, Dictionnaire philosophique, op. cit., in H. Thomas, op. cit .

[69] Pruneau de Pommegorge, op. cit.

[70] H. Thomas, op. cit., p. 307.

[71] Ibid. p. 308.

[72] M’Bokolo Elikia, op. cit., p. 112.

[73] Sylvia Serbin, op. cit., p. 211.

[74] H. Thomas, op. cit., p. 703.

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Dernière modification le 4 décembre 2008 à 23h05

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RODIER, TERRAY, Immigration : fantasmes et réalités

Rodier-Terray Claire RODIER, Emmanuel TERRAY, Immigration : fantasmes et réalités – Pour une alternative à la fermeture des frontières , Paris : La Découverte, oct. 2008, 154 p.

En librairies le : octobre 2008 – Éditeur : La Découverte collection « Sur le vif » – Reliure : Broché – Description : 154 pages – Dimensions : 132 * 201 mm – ISBN : 9782707156358 Prix : 10 €

A lire sur TERRA : le résumé, le sommaire et un chapitre en texte intégral

A lire ci-dessous, avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur, un chapitre du livre en texte intégral

Pour acheter ce livre : en ligne

Ouvrage sous la direction de :

Claire Rodier, juriste au Gisti (groupe d’information et de soutien aux immigrés). Elle fait partie des fondateurs du réseau euro-africain Migreurop.

Emmanuel Terray, anthropologue, directeur d’études à l’EHESS, a pris depuis 1996 une part active au mouvement de soutien aux sans-papiers.

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PRESENTATION

L’idée de ce livre est partie d’un double constat : la référence au respect des droits de l’homme ne suffit pas, ou ne suffit plus, pour remettre en cause les politiques migratoires qui leur portent atteinte. Par ailleurs, beaucoup de contrevérités circulent sur la question des migrations : « l’immigration pèse sur le budget national », « il faut privilégier l’immigration choisie contre l’immigration subie », « l’aide au développement peut interrompre les flux d’émigration », « la lutte contre l’immigration clandestine favorise l’intégration des migrants installés »… Ces idées fausses traduisent une grande méconnaissance de la réalité de l’immigration et de la politique migratoire menée en France par la droite comme par la gauche depuis les années 1970, et plus encore de celle mise en place dans les années 2000 et qui se profile au plan européen.

Face aux fantasmes et aux mensonges, cet ouvrage a pour objectif de poser les bonnes questions, d’analyser les conséquences des politiques menées et de démonter les solutions hâtives, afin de montrer la réalité des situations et de susciter le débat. Il s’adresse aux personnes qui doutent, ébranlées par les discours sécuritaires ou économistes, bien qu’attachées aux principes. Il suggère qu’une politique alternative à la fermeture des frontières n’est pas forcément irréaliste ou utopique.

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TABLE DES MATIERES

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Introduction

-  Prologue, par Danièle Lochak – La continuité d’une politique répressive – Les régularisations comme mode de gestion des flux migratoires – L’arbitraire sous toutes ses formes – Immigration choisie et précarisation -

I / Rétablir les faits

- Pourquoi partent-ils ?, par Emmanuel Terray – La misère n’est pas la seule explication – La migration fait partie de notre histoire – L’illusoire pouvoir des États

-  Y a-t-il une vérité des chiffres sur les tendances migratoires ?, par Xavier Thierry – Cinq millions d’immigrés vivent maintenant en France – Plaidoyer pour de meilleures statistiques d’immigration – Interpréter trente années de courants migratoires

- Combien ça coûte, combien ça rapporte ?, par Carine Fouteau – En Grande-Bretagne : près de 20 % du PIB 28 – Un apport « énorme » en Espagne, une « bénédiction » en Italie – En France, les études manquent – Expulsions : une politique coûteuse

-  Immigration « choisie » : un pseudo-pragmatisme, par Violaine Carrère – Qu’est-ce que l’immigration « subie » ? – Un tour de passe-passe – Le pseudo retour à une immigration de travail – Jusqu’à quel point peut-on maîtriser les migrations ? – Distinguer entre l’immigration « de travail » et les autres immigrations : une gageure – Du droit de choisir « ses » immigrés -

II / Mesurer les conséquences

-  L’intégration, instrument de pression et de discrimination, par Claude Calame – Entre valeurs républicaines et préjugés culturels – Identités et diversités culturelles – Relativisme et multiculturalisme – Fabrications culturelles et collectives de l’homme

-  L’immigré entre maîtrise des flux et liberté d’exploitation, par François Brun – Créer la rareté pour baisser le coût de la main-d’œuvre – Au cas par cas – Précariser les étrangers pour tirer le marché de l’emploi vers le bas

-  La rétention : l’illusion du moindre mal, par Laurent Giovannoni – Des entorses pour un moindre mal – Évolution et développement de ces « prisons pour étrangers » – Une machine à expulser qui désagrège lentement les libertés fondamentales – L’illusion d’un système d’expulsion démocratique

-  L’asile à la courte paille occidentale, par Jean-Pierre Alaux – Le miroir aux alouettes des promesses de la communauté internationale – Quand le persécuté doit coller à l’imaginaire occidental – La grande loterie du droit d’asile

-  Vers une assignation à résidence des population pauvres ?, par Alain Morice – Du côté intérieur de l’Europe : détestables performances des verrous – Enfermer les gens chez eux ou les immobiliser en chemin -

III / Écarter les fausses bonnes solutions

- Le co-développement, otage de la « maîtrise des flux », par Gustave Massiah – Les mésaventures d’une idée prometteuse – Migrations et développement – Migrations et politiques de développement – Co-développement, politiques de coopération et politiques migratoires

-  Européaniser pour mieux contrôler, par Claire Rodier – Une communautarisation inaboutie – Un alignement par le bas : l’exemple du regroupement familial – Un déséquilibre au profit du contrôle accru des frontières – Plus d’« Europe », moins de droits

-  Coopération ou sous-traitance ? Le contrôle migratoire dans les relations UE-Libye, par Fulvio Vassallo Paleologo – L’Italie aux avant-postes – Le rôle ambigu des organisations internationales et des ONG – Quelques conditions préalables à toute coopération

-  Une lutte contre les « passeurs » qui se retourne contre les victimes, par Virginie Guiraudon – Contrôle aux frontières et trafic de migrants : quelle dynamique ? – La lutte contre l’immigration avant la lutte contre les trafiquants ? Délit de solidarité – Épouvantails -

-  Conclusion : il faut en finir avec la fermeture des frontières, par Claire Rodier et Emmanuel Terray – Rompre avec une vision unilatérale de l’immigration – Derrière la migration : menaces environnementales… – …et déséquilibres du commerce international – Vers la liberté d’aller et venir – Et en attendant ?

- Épilogue – Souvenirs d’un citoyen du monde (Stefan Zweig)
- Bibliographie
- Petit glossaire des euphémismes les plus courants couramment utilisés dans le discours public sur l’immigration et de l’asile

Une lutte contre les « passeurs » qui se retourne contre les victimes
par Virginie Guiraudon

© La Découverte, Paris, 2008

HAUT DE PAGE

Le passeur, c’est le méchant idéal, dont on rencontre la figure dans les discours de droite et les récits de gauche sur l’immigration, dans des documents de politique publique, des déclarations d’associations, voire des pièces de théâtre [1]. Les réseaux mafieux qui participent à la traite des êtres humains et au trafic illicite de migrants sont régulièrement invoqués, aussi bien au niveau national qu’européen et onusien, pour justifier l’adoption de lois ou de traités qui, en réprimant les passeurs, sont censés protéger les victimes et limiter le franchissement illégal des frontières. C’est souvent à la suite de faits divers macabres que les dirigeants politiques ou les fonctionnaires européens appellent à renforcer la « lutte contre l’immigration clandestine », dont la sanction des trafics est un des axes. Ce fut le cas en juin 2000 avec la découverte à Douvres de 58 migrants chinois morts asphyxiés dans un camion : dès le lendemain, tous les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne, réunis au sommet de Feira, exprimaient leur vive émotion. « Des larmes de crocodile », pour Emmanuel Terray [2], car ils ne pouvaient ignorer la responsabilité des politiques de contrôle migratoires et de restriction du droit d’asile dans l’expansion du trafic de migrants.

C’est autour de l’année 2000 que les termes de trafic et de traite, issus des textes internationaux et européens, surgissent dans le vocabulaire politique et médiatique français. En décembre 2000, tous les États membres de l’UE signent la Convention ONU de Palerme sur la criminalité transnationale organisée. Deux ans plus tard, l’UE adopte une décision cadre pour renforcer les sanctions pénales contre l’entrée et au séjour irrégulier, que complètent une directive sur le trafic d’êtres humains et une décision cadre sur le statut des victimes dans les procédures pénales. Pour l’ONU, les organisations impliquées dans la traite et le trafic doivent agir dans un but lucratif pour être incriminées. Malgré des réserves françaises, le texte européen introduit également cette précision. Mais le risque de voir s’institutionnaliser un « délit de solidarité » demeure, et pèse comme une menace pour les membres des familles, du voisinage et des associations de sans-papiers. Dans les textes internationaux, la prise en compte des victimes de la traite est déficiente. Quant aux migrants, ils ne sont pas considérés comme des victimes, même s’ils peuvent éventuellement bénéficier d’une certaine protection en tant que témoins ou parties civiles. Avant même d’être réapproprié par les acteurs nationaux et transposé en droit français, le droit international, peu protecteur des victimes de l’esclavage moderne, contribue ainsi à établir un lien discursif et juridique fort entre immigration et crime organisé [3].

Pour prendre la mesure du phénomène, deux précisions s’imposent. D’une part, les données chiffrées sur le recours aux « passeurs » sont peu fiables, avec de grandes variations d’une estimation à une autre. Rares sont les publications d’experts indépendants ou non financés par des organismes eux-mêmes impliqués dans les politiques d’immigration (Organisation internationale pour les migrations à Genève, Commission européenne, International Centre for Migration Policy Development à Vienne). On dispose bien sûr de nombreux rapports officiels, des témoignages et de la littérature grise que diffusent les associations, d’articles de presse, mais de très peu de travaux de recherche approfondis. On se trouve ainsi dans la situation paradoxale d’un appareil juridique poussé, qui va d’une Convention onusienne aux directives européennes en passant par les réglementations nationales, pour un phénomène social dont on connaît finalement peu de choses. D’autre part, la spectacularisation dramatique de la migration clandestine ne doit pas faire oublier que la plupart des étrangers en situation irrégulière en Europe sont arrivés légalement, y compris en Espagne et en Italie, d’où les images des bateaux remplis de candidats à l’exil nous parviennent [4]. Ainsi, il y a bien un « business » de la migration [5] mais il doit être compris en relation avec l’évolution du droit d’asile et des systèmes de contrôle aux frontières.

Contrôle aux frontières et trafic de migrants : quelle dynamique ?

Les frontières ont toujours généré des contrebandes. Dans le cas de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, la corrélation entre la « guerre contre la drogue », la politisation de la question de l’immigration clandestine par le gouverneur de Californie et les gardes-frontières eux-mêmes, et l’évolution du trafic de migrants a été documentée. Dans les années 1990, la politisation a entraîné une forte hausse du budget pour embaucher du personnel et acheter pour des dizaines de millions de dollars par an d’équipement (rayons X, caméras de surveillance, murs…) [6]. Or des contrôles plus fréquents supposent des moyens plus importants pour les contourner, le trafic se professionnalise, les sommes allouées à la corruption des fonctionnaires gonflent, le prix du passage aussi. En riposte, politiques et fonctionnaires demandent plus de moyens pour lutter contre une contrebande plus sophistiquée. La dynamique est enclenchée. On a connu le même processus en Europe où l’augmentation de l’« industrie » des passeurs et de leurs tarifs a accompagné, dans les années 1990, les mesures restrictives mises en place telles que la politique des visas, les contrôles par les compagnies de transport ou l’intensification des patrouilles maritimes. Intrinsèquement, la politique de contrôle aux frontières s’auto-entretient. Self-fulfilling prophecy (la prophétie auto-réalisatrice), elle prédit la criminalité frontalière qu’elle a contribué à développer.

En France, plusieurs exemples récents montrent l’hypocrisie de la politique mise en œuvre pour lutter contre les passeurs et les trafiquants. Au nom de la répression des trafics d’êtres humains, la loi sert à traquer et à expulser les prostituées étrangères bien plus qu’elle ne s’attaque aux réseaux qui les exploitent. Et elle assimile au « trafic de migrants » les gestes de solidarité de ceux qui apportent une aide aux exilés et aux sans-papiers.

La lutte contre l’immigration avant la lutte contre les trafiquants

La question de la traite a été médiatisée en novembre 1999 à la suite du meurtre à Paris d’une Bulgare de 19 ans. Si le meurtrier de Ginka Trifonova, un toxicomane qui en voulait à son sac, a été appréhendé et jugé, le proxénète qui l’avait introduite dans les réseaux de prostitution, facilement identifié par un journaliste, vit des jours paisibles en Albanie [7]. Une différence de traitement significative : car la législation sur la traite des êtres humains est davantage conçue pour faire de la prostitution un problème d’ordre public et d’immigration que pour en protéger les victimes. En 2000, reportages, associations et rapports parlementaires décrivent des situations où des femmes droguées et séquestrées par des gangs criminels sont forcées de se prostituer. Plusieurs maires, de droite et parfois de gauche, se saisissent de la question, lors de la campagne municipale de 2001, en promettant la tranquillité aux riverains des quartiers où les prostituées sont dans la rue. Le cadrage du problème est simple : il s’agit de sécurité et d’atteinte à l’ordre public.

Après les élections de 2002, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, présentant sa loi sur la sécurité intérieure (LSI) devant le Sénat, explique qu’il remplit un « devoir humanitaire » et rend service aux prostituées étrangères en les renvoyant chez elles [8]. Sécurité et immigration dominent désormais le débat sur la prostitution. La LSI sanctionne le racolage passif et marque le début des expulsions de prostituées étrangères qui seront jugées en comparution immédiate et à qui on retirera leur titre de séjour. Une étude de juillet 2004 révèle que 84 % des 5 600 prostituées arrêtées depuis mars 2003 sont étrangères (alors qu’elles ne représentent qu’une prostituée dans la rue sur deux) [9]. Et les trafiquants dans tout cela ? Sans même évoquer le manque de coopération des différents acteurs entre eux, on constate que les moyens alloués pour découvrir les trafiquants sont dérisoires. En 2001, l’Office central de répression de la traite des êtres humains ne comptait que quatorze personnes pour démanteler les réseaux. En 2003, un policier confie au quotidien Le Parisien que « le travail de fond contre les proxénètes n’avance pas [10] ». D’une loi destinée à lutter contre l’esclavage moderne, puis contre la traite, on a fait un dispositif principalement destiné à chasser les prostituées des centres-villes : les étrangères sont expulsées, les autres éloignées vers des lieux où, à l’abri des regards, elles sont exposées à la violence et la précarité, et de plus en plus aux abus policiers [11].

Délit de solidarité

Alors que la situation des migrants traversant clandestinement la Manche depuis Calais pour rejoindre le Royaume-Uni était notoirement connue, et que dans le camp de Sangatte, ouvert en 1999, les passeurs opéraient en plein jour aux yeux de tous, ce n’est que vers 2002 que les autorités françaises et britanniques se sont intéressées au phénomène. Côté anglais, le ministre de l’Intérieur stigmatise un commerce diabolique et barbare, et Jacques Chirac évoque « des systèmes mafieux pires que l’esclavage qui vont chercher les gens, leur volent leurs dernières économies et leur font croire à l’Eldorado avant de les abandonner lâchement sur nos plages et dans nos ports [12] ». Pourquoi ce tournant ? C’est que la tension monte entre la France, qui dénonce le laxisme des lois sur l’asile et l’attraction de l’économie informelle outre-Manche en l’absence de documents d’identité, et le Royaume-Uni qui accuse les Français d’encourager la migration illégale des quelques 80 000 personnes qui ont franchi la frontière en trois ans. Il s’agit de sortir de ce qui devient une crise diplomatique en faisant de Sangatte une question sécuritaire, pour justifier la militarisation d’Eurotunnel et la fermeture du camp. Ce n’est qu’un mois avant que celui-ci cesse d’accueillir de nouveaux arrivants que l’OCRIEST, l’office chargé de la lutte contre l’immigration irrégulière, déclare avoir démantelé les réseaux qui organisaient le passage de Sangatte vers l’Angleterre dans des camions pour 500 dollars par personne. En octobre 2002, après six mois d’enquête, la police arrête quarante personnes, tous des Kurdes irakiens [13]. On ne peut s’empêcher de penser que les autorités ne se sont intéressées aux passeurs, dont l’activité se déployait jusqu’alors sans obstacles, que lorsqu’elles y ont vu l’intérêt politique qu’elles pouvaient en tirer.

L’histoire ne s’arrête pas là. En août 2004, deux militants du collectif C’Sur, qui aidaient les étrangers dans la région de Calais, sont jugés à Boulogne-sur-Mer pour « aide directe et indirecte à l’entrée et au séjour irrégulier », en même temps que sept Irakiens mis en examen pour trafic illicite de migrants. D’abord accusés d’avoir été complices des trafiquants, ils restent, une fois ce chef d’inculpation retiré, accusés d’avoir hébergé des Afghans en situation irrégulière et de les avoir aidés à recevoir de l’argent de leur famille. Ils seront condamnés, quoique sans amende ni peine de prison. Cet exemple, qui a mobilisé les associations d’aide aux migrants sur le thème « la solidarité n’est pas un crime », montre que l’amalgame est fait entre trafic de migrants et aide au séjour irrégulier, que le but en soit ou non lucratif. Le procès a bien mis les deux sur le même plan, en regroupant militants et trafiquants.

Epouvantails

Depuis 2000, date du drame de Douvres et de la signature de la convention de Palerme, y a-t-il eu une inflexion de la politique française et européenne en matière de lutte contre l’immigration clandestine et une réflexion sur le lien entre contrôle aux frontières et augmentation du trafic, de son coût et de son danger ? La réponse est non. Loin d’en reconnaître l’inefficacité et les effets criminogènes, les États membres continuent d’invoquer mécaniquement la répression des passeurs comme une solution. À commencer par la France. Interrogé en avril 2008 sur les sans-papiers, le Président de la République déclarait, lors d’un entretien à l’Élysée : « La régularisation globale, c’est la catastrophe » car « cela crée un appel d’air qui profite à qui, M. Calvi, aux trafiquants ! … on fait la politique dans ce cas-là des trafiquants [14]. » Comme toujours, les trafiquants jouent le rôle d’épouvantail, masquant le fait que l’essentiel des moyens est consacré au contrôle aux frontières et à la reconduite des étrangers en situation irrégulière (voir chapitre 3 : Combien ça coûte, combien ça rapporte ?). Quant aux victimes de la traite, rarement considérées comme telles, elles ne semblent protégées qu’en tant que témoins, si elles sont « utiles » en cas de procès.



NOTES:
[1] Dans Le dernier caravansérail (Odyssées), spectacle d’Ariane Mnouchkine, les passeurs qui rôdent à Sangatte sont des symboles de la « face noire de la mondialisation ».

[2] E. Terray, « Douvres, des larmes de crocodile », Libération, 22 juin 2000.

[3] V. Guiraudon, « Les politiques de gestion des frontières » in Politiques publiques. 1. La France dans la gouvernance européenne, Presses de Sciences Po, Paris, 2008.

[4] Les études les plus récentes à base d’entretiens et se servant des statistiques sur la campagne de régularisation en 2005 en Espagne montrent qu’environ 5% des entrées sont irrégulières et la plupart des sans-papiers d’Amérique latine ou de Roumanie ne sont jamais passés par le détroit de Gibraltar (Miguel Laparra, “A dynamic and dialectic approach to social integration given the diversity in the Spanish map of migrations”, communication à la conférence Migration and Social Policies, Pampelune, mai 2006).

[5] Salt, John and Jeremy Stein (1997) Migration as a Business : The Case of Trafficking. International Migration 35/4 : 467-494.

[6] Andreas, Peter et Tim Snyder (dirs.) (2000) The Wall around the West : State Borders and Immigration Control in North America and Europe, New York : Rowman and Littlefield.

[7] Documentaire de M. Boucault, Un corps sans vie de 19 ans, France 3, 19 octobre 2007.

[8] Compte-rendu analytique officiel, séance du 14 novembre 2002, disponible sur www.senat.fr

[9] V. Dubaele, Groupement de prévention et d’accueil lillois (GPAL), France 3 Nord du 10 décembre 2004, disponible sur www.nord.france3.fr

[10] Le Parisien, 7 septembre 2003.

[11] M.-E. Handmann, J. Mossuz-Lavau (dir.), La prostitution à Paris, La Martinière, Paris, 2005.

[12] L’interview de Jacques Chirac, le 14 juillet 2002, est archivée sur www.discours-publics.ladocum…

[13] P. Smolar, « La police démantèle les réseaux de passeurs de Sangatte », Le Monde, 30 octobre 2002.

[14] Intervention télévisée de Nicolas Sarkozy, Président de la République française, 24 avril 2008, archivée sur le site www.elysee.fr

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Dernière modification le 1er décembre 2008 à 18h03

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Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy

Posté par issopha le 23 février 2009

 

Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy

Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy dans AFRIQUE NOIRE : Réécrire l'Histoire HistoireAfricaine Adame Ba KONARE, (dir.), (dir.) Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy , Paris, La Découverte, oct. 2008.

Paru le : octobre 2008 – Éditeur : La Découverte, Paris – Collection : Cahiers libres – Reliure : Broché – Description : 348 pages – Dimensions : 155 x 240 mm – ISBN : 9782707156372 – Prix : 22 €

A lire sur TERRA : la présentation, le sommaire, l’introduction et un chapitre en texte intégral

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- la présentation, le sommaire et un chapitre publiés avec l’aimable autorisation des auteurs, directeurs et éditeur de l’ouvrage : A lire sur TERRA

LES AUTEURS

adame-ba-k dans LA FRANCE ET SON PASSE COLONIAL Adame Ba Konaré est historienne, militante du Mouvement démocratique malien, présidente fondatrice du Musée de la femme Muso Kunda de Bamako et de la fondation humanitaire Partage. Elle a publié une dizaine d’ouvrages consacrés à son pays, dont Quand l’ail se frotte à l’encens (Présence africaine, 2006), L’Os de la parole. Cosmologie du pouvoir (Présence africaine, 2000) et le Dictionnaire des femmes célèbres du Mali (Jamana, 1993)..

Les contributeurs : Pierre Boilley, Tayeb Chenntouf, Catherine Clément, Catherine Coquery-Vidrovitch, Drissa Diakité, Boureima Alpha Gado, Daouda Gary-Tounkara, Sandra Fagbohoun, Éric Huysecom, John O. Igué, Bogumil Jewsiewicki, Adame Ba Konaré, Doulaye Konaté, Olivier Le Cour Grandmaison, Kinvi Logossah, Hassimi O. Maïga, Elikia M’Bokolo, Isidore Ndaywel è Nziem, Alioune Sall, Kléna Sanogo, Djohar Sidhoum-Rahal, Sébastien Dossa Sotindjo, Ibrahima Thioub

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PRESENTATION

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Passé les réactions vives et indignées qu’a suscitées chez les Africains le discours de Nicolas Sarkozy prononcé à Dakar le 26 juillet 2007, ses déclarations sur l’immobilisme du continent africain ou encore la non-responsabilité de la France dans ses problèmes actuels nécessitaient une riposte argumentée, dépouillée de toute considération émotive. C’est dans le but d’éclairer le président Sarkozy, mais aussi son entourage et, plus généralement, le grand public sur la réalité de l’histoire africaine, qu’Adame Ba Konaré a lancé, en septembre 2007, un appel remarqué à la communauté des historiens.

Cet ouvrage est le résultat de cette mobilisation : vingt-cinq contributions de spécialistes de notoriété internationale ou de plus jeunes chercheurs, africains et européens, qui abordent chacun avec rigueur et précision un pan de l’histoire riche, complexe et trop souvent méconnue du continent. La construction à la fois chronologique et thématique de l’ouvrage permet de réfuter point par point les poncifs hérités de l’ethnologie coloniale véhiculés par le discours de Dakar et de prodiguer plus largement une véritable leçon d’histoire pour enfin changer le regard porté sur l’Afrique.

Cette riposte n’est pas une affaire d’Africains blessés dans leur dignité, mais une entreprise d’historiens, ceux du Nord comme du Sud, soucieux de rétablir la vérité des faits contre toutes les tentatives de manipulation.

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SOMMAIRE

- Préface, par Elikia M’Bokolo

Introduction générale , par Adame Ba Konaré
- 
L’anhistoricité et l’immobilisme du continent africain
- 
Le mythe de la France bienfaitrice et de sa mission civilisatrice
- 
Défis et leçons d’Histoire

I / Qui a dit que l’Afrique n’avait pas d’histoire ?

- 1. Un essai de périodisation de l’histoire africaine, par Catherine Coquery-Vidrovitch
- 2. Innovations et dynamiques créatives dans la préhistoire africaine, par Éric Huysecom et Kléna Sanogo
- 3. Universalité des valeurs et idéal d’humanité en Afrique : témoignages d’explorateurs, par Drissa Diakité
- 4. La gestion et la prévention des crises de subsistance dans les sociétés précoloniales du Sahel : mythe ou réalité ?, par Boureima Alpha Gado
- 5. L’opposition tradition/modernité comme modèle d’analyse des réalités africaines, par Doulaye Konaté

II / Un discour d’un autre âge ?

- 6. Les visions françaises de l’Afrique et des Africains, par Pierre Boilley
- 7. Le musée du quai Branly ou l’histoire oubliée, par Catherine Coquery-Vidrovitch
- 8. Le refus de savoir est un refus de reconnaissance, par Bogumil Jewsiewicki

9. L’enseignement du fait colonial dans une perspective d’histoire mondiale, par Tayeb Chenntouf
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L’enseignement de la colonisation : des perspectives nationales
- 
La colonisation dan une perspective d’histoire mondiale
- 
L’enseignement du fait colonial

- 10. Apologie du colonialisme, usages de l’histoire et identité nationale : sur la rhétorique de Nicolas Sarkozy, par Olivier Le Cour Grandmaison

III / Qui est responsable des « difficultés acturelles » de l’ Afrique ?

- 11. Quelques aspects de la contribution de l’Afrique au développement du Nouveau Monde et de la France, par Hassimi Maïga
- 12. Aux origines de la traite négrière transatlantique : introduction au débat sur la responsabilité africaine, par Kinvi Logossah
- 13. L’esclavage et les traites en Afrique occidentale : entre mémoires et histoires, par Ibrahima Thioub
- 14. Le rôle de la colonisation dans l’« immobilisme » des sociétés africaines, par John O. Igué
- 15. Pérennité des structures de dépendance et reproduction du sous-développement :le cas du Bénin (ex-Dahomey) de la colonisation à aujourd’hui, par Sébastien Dossa Sotindjo
- 16. La crise ivoirienne : le poids de l’histoire coloniale, par Daouda Gary-Tounkara

IV/ Qui a parléde Renaissance africaine ?

- 17. La philosophie négro-africaine : une lutte permanente pour sa reconnaissance, par Sandra Fagbohoun
- 18. L’Union pour la Méditerranée : un projet pour diviser l’Afrique et tourner le dos à la Francophonie, par Isidore Ndaywel è Nziem
- 19. Le Sahara n’est pas une frontière, par Djohar Sidhoum-Rahal
- 20. La Renaissance africaine : un défi à relever, par Alioune Sall
- 21. Gouvernance et expérience démocratique en Afrique : l’éclairage de la culture et de l’histoire, par Adame Ba Konaré

- Postface, par Catherine Clément
- Orientations bibliographiques, par Daouda Gary Tounkara
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Les auteurs
- Index.

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Introduction générale
par Adame Ba Konaré

SOMMAIRE

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Cet ouvrage a été conçu pour servir de réponse à un discours politique, celui du président français Nicolas Sarkozy, tenu le 26 juillet 2007 à l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, au Sénégal, à l’occasion de sa première visite officielle en Afrique au sud du Sahara.

Discours osé et complexe, qui a la prétention de faire l’inventaire de tous les problèmes de l’Afrique et d’y trouver des solutions. Sur Cheikh Anta Diop lui-même, curieusement, pas un mot [1].

Tantôt bon père ou bon tuteur qui s’adresse à ses enfants, tantôt missionnaire, Nicolas Sarkozy croit prêcher la bonne parole pour se poser, au final, en sauveur suprême. Au nom de quel principe ? Au nom du franc-parler et du respect et de l’amour qu’il a pour l’Afrique, martèle-t-il inlassablement.

Dans son intention, le discours se veut une adresse à la jeunesse et affiche sa volonté de rupture. Dans son déroulement, il glisse non seulement sur plus d’un siècle d’histoire, un siècle cependant richement meublé de déconstructions opérées en son sein, mais également sur les acquis de l’historiographie et de l’avancée de la recherche. Ce qui fait qu’il n’est pas sans susciter des interrogations majeures autour de mots graves : mépris, méconnaissance, racisme. Il est à craindre que toutes ces supputations ne se confirment, à des degrés divers, derrière le brouillard qui les recouvre, mais l’on éviterait de se perdre en conjectures en posant directement la question à la « plume », le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino.

Ce dernier, dans sa réponse à Bernard-Henri Lévy, qui l’avait traité de raciste, a déclaré assumer avec panache tout ce qu’il a écrit, « ligne à ligne, mot à mot, à la virgule près [http://info.France3.fr/France/34916821-fr.php] ». Tout au long de l’année, Henri Guaino reviendra sur le discours de Dakar. Le dernier soubresaut en date est sa récente sortie dans le journal Le Monde [2]. Tout en feignant de concéder à l’Afrique une histoire, dont il semble entre-temps avoir découvert quelques bribes à travers les critiques qui lui ont été adressées, Guaino s’obstine en réalité à la nier (en qualifiant certains de ses moments-phares d’« exception »), à la mépriser et à réhabiliter l’entreprise coloniale. Et lorsqu’il cherche à se disculper de certaines accusations, à grand renfort de citations savantes mais incongrues, ou en récusant l’inspiration hégélienne de son texte pour mobiliser d’autres soutiens, il ne fait que souligner qu’il n’a manifestement toujours pas compris le caractère inadmissible de certains points du discours de Dakar. Un adage africain nous enseigne que « l’eau versée ne se ramasse pas ». De ce point de vue, les tentatives de justification de M. Guaino effacent d’autant moins les propos tenus qu’elles continuent de falsifier l’histoire. En ce qui concerne Nicolas Sarkozy lui-même, nous préférons nous accrocher à l’argument de la méconnaissance.

Nonobstant, un fait est patent : Nicolas Sarkozy est dans l’air du temps. En effet, depuis quelques années, nous assistons au ressac, chez une frange de l’intelligentsia française, de discours triomphalistes et nationalistes sur la France, dont l’histoire, faite de grandeurs renouvelées, est remobilisée pour susciter la fierté de tous ses fils et de toutes ses filles « de souche ». De son côté, Nicolas Sarkozy crie sa douleur de voir la France endormie depuis vingt à vingt-cinq ans et se donne comme objectif, au cours de son quinquennat, de rendre les Français fiers de leur pays [3]. Il y a une connexion entre le pouvoir politique et cette frange de la nouvelle intelligentsia, dont l’un des apôtres est d’ailleurs un historien, Marx Gallo. Est-ce un fait de hasard si ce brillant universitaire, auteur d’un ouvrage au titre explicite, Fier d’être français, a été justement désigné par Nicolas Sarkozy pour auréoler son investiture d’un discours sur la grandiose histoire de la France [4] ?

Pour ce qui est du rapport à l’Afrique dont le texte de Henri Guaino n’est que le triste reflet – car je refuse de voir en Guaino un marginal –, l’héritage culturel de cette nouvelle élite intellectuelle ne s’est pas bonifié depuis plus d’un siècle. Il est resté au stade de l’imagerie coloniale, reprise et confortée par une littérature négrophobe qui fait florès depuis quelque temps et se résume en gros à une démonstration de l’incapacité, presque congénitale, des Africains de se gérer et de soigner les maux qui minent leur continent, mais dont ils sont les propres responsables – par conséquent, ils n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes [5].

La conjonction de ces deux courants de pensée explique cette tentative effrénée de vouloir trouver des côtés positifs à la colonisation [6].

En tout cas, sitôt prononcé, le discours de Nicolas Sarkozy a déchaîné passions et réactions indignées en chaîne chez nombre d’intellectuels africains qui l’ont considéré comme insultant et donc inacceptable [7].

Pour ma part, le choc du discours dominé, j’ai lancé sur Internet, le 11 septembre 2007, un appel à mes collègues historiens pour leur demander de s’engager à mes côtés dans une démarche de construction de connaissances dépouillée de toute considération émotive pour éclairer au mieux le président Nicolas Sarkozy et son entourage.

Cet ouvrage est le résultat de cette mobilisation : plus d’une vingtaine de contributions de spécialistes de notoriété internationale ou de plus jeunes chercheurs, africains et européens, qui abordent chacun avec rigueur et précision un pan de l’histoire riche, complexe et trop souvent méconnue du continent. La construction à la fois chronologique et thématique de l’ouvrage permet de réfuter point par point les poncifs hérités de l’ethnologie coloniale véhiculés par le discours de Dakar et de prodiguer plus largement une véritable leçon d’histoire pour en finir avec le regard statique porté sur l’Afrique.

Dans cette entreprise, il ne s’agira ni de croiser ni de confronter les regards des historiens français et africains, mais de poser le regard d’historiens de l’Afrique, ceux du Sud et ceux du Nord, sur l’histoire de l’Afrique, sans complaisance ni polémique.

De l’anhistoricité et de l’immobilisme du continent africain jusqu’aux drames actuels qui le secouent, nombreuses sont les questions soulevées par Nicolas Sarkozy, mais la rhétorique présidentielle est habilement bâtie au point que si l’on n’y prend garde, on peut se laisser piéger comme l’ont été maints défenseurs du président. Leurs arguments ? Ce discours est un tout, il n’est pas honnête d’en sortir quelques phrases choquantes ; de bonnes choses ont été également dites sur l’Afrique et jamais réquisitoire aussi sévère contre la colonisation n’a été tenu par un chef d’État français. Là n’est pas la question : ce qui est en cause, c’est l’inexactitude et le décalage temporel de certains propos. Un adage africain dit aussi qu’une seule graine d’arachide pourrie suffit à pourrir les autres graines.

L’anhistoricité et l’immobilisme du continent africain

SOMMAIRE

Parmi les points les plus choquants du discours de Dakar figure notamment le déni d’histoire auquel s’est livré le président français :

  • Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne, mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance.Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Le problème de l’Afrique, et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire. Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter ne reviendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé…

Ne pas être entré dans l’histoire, pour les historiens, a un sens, car les critères d’historicité, tels que l’Occident les avait définis, reposaient sur au moins deux théories : d’abord les thèses, datant de la fin du XVIIIe siècle, du philosophe allemand Hegel développées dans son fameux ouvrage La Raison dans l’Histoire (1830), dans lequel il soutient que « ce que nous comprenons en somme sous le nom Afrique, c’est un monde anhistorique non développé, entièrement prisonnier de l’esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de l’histoire universelle » ; ou encore : « Celui qui veut connaître les manifestations les plus émouvantes de la nature humaine peut les trouver en Afrique [8]. » Ne pas être entré dans l’histoire signifie donc échapper à la raison, à la création et à la créativité, à l’invention, au progrès.

Le deuxième critère d’historicité est celui défendu par une certaine école historique, à prétention hautement scientifique que fut l’école méthodique, née en France entre 1880 et 1930, dans le prolongement de l’école positiviste allemande [9]. Les apôtres de cette école professaient que « toute pensée et tout acte qui n’a pas laissé de traces, directes ou indirectes ou dont les traces visibles ont disparu, est perdu pour l’histoire [10] ». Pour eux, ces traces sont les documents écrits. Les sources écrites se dressaient donc comme critère d’historicité. Or, comme l’Afrique manquait d’écriture, elle ne pouvait pas être logée dans le champ historique.

Cette conception a rejailli sur la perception de l’Afrique par les Occidentaux. Toute la littérature coloniale a baigné dans ce magma. En 1923, le Pr. A. P. Newton l’exposait de façon précise devant la Royal African Society à Londres dans une conférence sur l’Afrique et la recherche historique. Il déclarait que « l’Afrique n’avait pas d’histoire avant l’arrivée des Européens. L’histoire commence quand l’homme se met à écrire. Donc le passé de l’Afrique avant le début de l’impérialisme européen ne pouvait être reconstitué que d’après les témoignages des restes matériels, des langues et des coutumes primitives, toutes choses qui ne concernaient pas les historiens, mais les archéologues, les linguistes et les anthropologues [11]. »

Insidieusement, on a cherché à faire admettre au Noir l’incapacité congénitale de sa race. Ainsi naquirent les mythes et les stéréotypes raciaux qui légitimaient la prétention à la supériorité des Européens sur les Africains : si histoire il y avait par-ci par-là, cela n’avait été possible que grâce à des facteurs exogènes, notamment l’apport civilisateur des religions révélées, christianisme et islam.En France, le programme des écoles de l’Afrique occidentale française (AOF) établi par la réforme de 1924 ordonnée par Roume, le gouverneur général de l’AOF, donna une orientation précise à l’enseignement de l’histoire : l’élève africain ne devait pas ignorer que son « pays a été envahi par des peuples de race blanche venus du nord à travers le Sahara et l’influence exercée par ces peuples sur sa race et sa civilisation ». L’Europe ne faisait donc que continuer une transmission de la civilisation commencée avant eux par des peuples à peau claire.

Certains administrateurs coloniaux, historiens de circonstance, tel Maurice Delafosse (1870-1926), malgré l’énorme travail qu’ils effectuèrent pour reconstituer l’histoire des colonies afin de mieux les diriger, souvent d’ailleurs à partir de documents autres que les sources écrites, sont restés enfermés dans ce prisme [12].

L’obstination avec laquelle ces thèses éculées sur l’Afrique continuent d’être diffusées gêne et étonne à la fois les historiens ; ils ne peuvent pas les accepter, d’abord parce que, depuis fort longtemps, elles ont été corrigées. Notamment, les critères liés à l’écriture de l’histoire ont été battus en brèche, en France même avec l’école des Annales, créée à partir de 1930 par Marc Bloch et Lucien Febvre, précisément en réaction au réductionnisme de l’école méthodique.

Marc Bloch, dans son fameux Apologie pour l’Histoire, assimile la relation homme/historien à l’ogre de la légende : « Là où l’historien flaire la chair humaine, là est sa proie  [13]. » L’homme a rendu historique tout ce qu’il a touché et les documents écrits ne constituent pas la seule source d’histoire. Le stock dont dispose l’historien est inépuisable : en plus des sources écrites, il y a par exemple, l’archéologie, qui seule permet de résoudre les problèmes de datation, la géologie, la biologie, l’ethnologie, etc.

À cela, il faut ajouter l’apport incommensurable de la tradition orale, particulièrement riche en Afrique et reconnue aujourd’hui comme source d’histoire aussi valable que n’importe quelle autre. La fameuse sentence d’Amadou Hampâté Ba, « En Afrique, chaque vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle », qui a retenti tel un tonnerre dans le ciel des africanistes, signifiait qu’en Afrique, le savoir était détenu par les anciens qui le transmettait de bouche à oreille, à condition qu’on leur prête une oreille attentive. Autrement dit, c’était par la voie orale, selon des méthodes mnémotechniques que se transmettait le savoir en Afrique [14].

Le premier agrégé d’histoire de l’espace francophone du continent africain, Joseph Ki-Zerbo affinera les techniques d’investigation historique basées sur la tradition orale. Avec d’autres, tel Jan Vansina qui l’a précédé [15], il a donné à la tradition orale ses lettres de noblesse [16]. En dépit de la rémanence de certaines critiques remettant en cause sa validité tant paraît établie sa relation avec le présent, aucune étude historique sur l’Afrique ne saurait se passer de l’apport de la tradition orale.

Le déni d’histoire de Nicolas Sarkozy est d’autant plus inacceptable quand on sait que l’Afrique est le continent premier. À preuve, les travaux du préhistorien français Yves Coppens, qui ont prouvé que c’est en Afrique que le premier homme a marché et s’est servi de ses mains, que les débuts de la technologie, l’émergence, l’origine, la racine de la culture et de la conscience sont africains [17].

On ne peut pas non plus accepter les propos du président français quand on sait que depuis plus d’un demi-siècle, l’historiographie de l’Afrique a rejoint celle du reste du monde. Même si la littérature sur l’histoire de l’Afrique n’a pas été vulgarisée, qui se donne la peine de la chercher peut la trouver. Depuis des administrateurs coloniaux de la première moitié du XXe siècle, qui, en dépit des apories de leur logique, ont effectué maints travaux de synthèse sur l’histoire de l’Afrique à nos jours, le chemin est bien fourni.

La création, en 1938, par Théodore Monod, de l’Institut français d’Afrique noire (IFAN) [18] fut un formidable instrument de promotion de l’histoire africaine avec la publication d’une série de mémoires dans les années 1950 et 1960. De façon générale, la décennie 1960-1970 fut particulièrement féconde en termes de publication de grands travaux de synthèse, devenus très vite des classiques, de chercheurs français sur l’histoire de l’Afrique [19]. Ce sont eux, les premiers vrais spécialistes de l’histoire du continent. Ce sont eux qui ont formé la plupart des historiens africains de la deuxième génération.

En 1947 fut créée la Société africaine de culture (SAC) par le Sénégalais Alioune Diop. La SAC et sa revue Présence africaine œuvrèrent de leur côté pour la promotion de l’histoire et de la culture africaines, en même temps qu’une génération d’intellectuels, tel Joseph Ki-Zerbo, engageaient le combat pour la réhabilitation de l’histoire africaine, bafouée par une certaine littérature coloniale. C’est le lieu de citer Cheikh Anta Diop : ses travaux sur le caractère négroïde de la civilisation égyptienne, en montrant que la culture égyptienne était africaine, ouvraient la voie à l’indiscutable unité culturelle du continent [20]. L’historiographie africaine de ces années-là s’inscrivait certes dans le sillage de l’idéologie nationaliste de l’école méthodique. Histoire/combat, histoire civique que celle-là, mais qui n’en a pas moins été capitale pour la connaissance du passé de l’Afrique [21].

L’arrivée d’un Africain doublé d’un historien à l’Unesco, Amadou Mahtar M’Bow, en 1973, a donné une impulsion à l’historiographie de l’Afrique, avec le grandiose projet d’écriture d’une monumentale histoire générale de l’Afrique en huit tomes [22].

Mais partout dans le monde, indépendamment des grandes nations colonisatrices – France, Angleterre, Portugal, Espagne, Belgique, Hollande, Allemagne, Italie –, ont été érigés des centres ou des instituts d’histoire africaine. En Europe de l’Est, où sur la lancée de la fièvre nationaliste consécutive à la vague d’indépendances des pays africains, la sympathie manifestée par les pays du bloc soviétique se matérialisa par un intérêt majeur pour l’histoire africaine en Hongrie, en Union soviétique, en Pologne [23]. Aux États-Unis, nombre d’universités se distinguent de leur côté par l’engouement porté à l’histoire africaine, notamment à la diaspora et la traite atlantique. En France, les universités Paris 1-Panthéon-Sorbonne, Paris 7-Denis-Diderot, d’Aix-en-Provence et de Bordeaux, de même que l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), à partir des années 1970, maintiendront le flambeau des études africanistes. Enfin, en Afrique – last but not least – toutes les universités ont leurs branches spécialisées, à commencer par Dakar où fut tenu le discours de Nicolas Sarkozy, véritable pépinière d’historiens africains de grande renommée.

Aujourd’hui, parmi les grands noms d’historiens connus dans le monde, figurent des Africains qui dispensent leur enseignement aux quatre coins du monde, dans des universités cotées et qui font preuve d’une vitalité intellectuelle remarquable.

Institutions et associations scientifiques, comme le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA), l’Association des historiens africains (AHA) ou le Centre d’études des langues et traditions orales (CELTO) de Niamey de dimension continentale, et les magazines et revues spécialisés sur l’histoire de l’Afrique, de dimension également continentale, comme Afrika Zamani ou Afrique Histoire, lancée dans les années 1970 par l’historien malien Sékéné Mody Cissoko, complètent ce tableau.

Les contributions réunies dans cet ouvrage témoignent de la multiplication des travaux et du développement de la recherche sur l’histoire du continent depuis que ces jalons ont été posés. Toutes sont autant de démentis à l’idée d’une Afrique anhistorique et immobile ; je ne peux pour ma part ici qu’évoquer succinctement certains traits de l’histoire du continent en rappelant par exemple qu’aux VIIe, VIe et Ve siècles avant notre ère, les principaux savants, philosophes et écrivains grecs sont allés chercher en Égypte le chandelier de la civilisation. Et c’est un ancien ministre français de la Coopération, Jacques Godfrain, qui nous le rappelle [24].

Je pourrais continuer en parlant des civilisations urbaines nées en Afrique bien avant notre ère, Axoum en Éthiopie, Djenné-Djeno sur le fleuve Niger au Mali, ou encore de la Nubie chrétienne, de Carthage en Tunisie, des Almoravides et des Almohades au Maroc. Ou encore du rayonnement des grands empires médiévaux du Soudan occidental : Ghana, Mali, Songhay. Le dynamisme économique de ces régions se répandait à travers le Sahara, zone tampon entre le bassin méditerranéen et l’Afrique noire. Des noms de grands souverains sont restés dans l’histoire : Kanku Moussa, l’empereur du Mali (1312-1337), qui, au cours d’un pèlerinage fastueux à La Mecque, a distribué une telle quantité d’or sur son passage qu’il en a fait baisser le cours sur le marché du Caire [25]. Ou Askia Mohamed, le souverain de Gao (1492-1528), sous le règne duquel les intellectuels de Tombouctou ont fait l’objet d’une attention particulière, ce qui a eu comme impact de favoriser le rayonnement intellectuel de la ville où venaient se ressourcer des savants de toutes les contrées islamiques (Égypte, Syrie, Arabie, etc.) [26]. En plus des sciences de l’esprit, l’intelligentsia musulmane de Tombouctou cultivait l’idéologie de la paix, matérialisée par le port du bâton à la place de l’arme blanche.

Je pourrais encore évoquer les royaumes kongo luba et lunda, du Grand Zimbabwe avec ses monuments gigantesques, le Monomotapa (Mutapa), le Kanem-Bornou au Nigeria, ou ces structures non centralisées à la remarquable vitalité comme certaines sociétés des zones inter-lacustres de l’Afrique de l’Est ou les régions de l’actuelle RDC [27]. La liste est longue ; un survol ne saurait rendre compte de l’histoire à la fois riche et complexe de l’Afrique.

Et enfin, pour terminer sur l’immobilisme des Africains, la lutte acharnée que mènent ces milliers de femmes pour assurer leur survie dans le secteur informel, les tentatives désespérées de ces milliers de jeunes bravant les océans, dans l’espoir de débarquer au « pays de Cocagne », au péril de leur vie, traduisent une volonté opiniâtre de prendre en main leur destin. On ne peut pas dire que de tels hommes n’aspirent pas à s’inventer un avenir.

Et que dire des performances des sportifs africains dans tous les domaines ou du génie et de la créativité des artistes africains reconnus partout dans le monde ? Aujourd’hui, pour se maintenir, c’est dans la musique noire de la diaspora africaine que la musique européenne se ressource.

Le mythe de la France bienfaitrice et de sa mission civilisatrice

SOMMAIRE

Le deuxième point le plus problématique du discours de Dakar concerne à l’évidence le tableau que présente le président français de la colonisation.

Rappel des faits : les historiens de la IIIe République française se sont surpassés dans la production de discours qui ont donné l’impulsion à la poussée impérialiste en créant le mythe de l’État-nation, l’idéologie d’une France grande et généreuse, modèle du monde. L’enjeu, pour l’instituteur de l’école de Jules Ferry, était de cultiver l’amour de la patrie, de former des « soldats de la République », faute de quoi, il aura perdu son temps.

Ce nationalisme se répandit jusque dans les colonies, où il fallait faire entrer dans les crânes la certitude que la France était le plus beau pays du monde, les Français un peuple intelligent, travailleur et courageux et les Africains, des gens inférieurs et sans ancêtres qu’il fallait ouvrir à la Civilisation. Il était même enseigné aux enfants africains que leurs ancêtres étaient les Gaulois, « des barbares civilisés aux yeux bleus ». On peut citer le manuel d’histoire d’Ernest Lavisse, le chef de file de l’École méthodique : « la France veut que les petits Arabes soient aussi bien instruits que les petits Français. Cela prouve que la France est bonne et généreuse pour les peuples qu’elle a soumis [28]. »

Il n’y a pas qu’Ernest Lavisse ; d’autres, comme C.-R. Jouve, directeur de la section spéciale de l’école normale de la Bouzaréah en Algérie, soutenaient par exemple, dans un manuel d’histoire destiné aux indigènes [29] :

« La France est le plus beau pays du monde » (1re leçon).

« Les Romains attaquèrent les Gaulois qui se battaient bien, mais les Romains étant les plus civilisés furent les plus forts et ils prirent la Gaule… Les Gaulois, les Romains et les Francs étaient intelligents, travailleurs et courageux. C’est pour cela que les Français sont aussi intelligents, travailleurs et courageux » (2e leçon).

La dernière affirmation, reprise et encadrée comme « pensée à méditer », martelait : « Si les Kabyles et les Arabes écoutent les Français, ils seront heureux, ils seront meilleurs et ils seront regardés comme les enfants de la grande nation française » (40e leçon) [30].

Après avoir longtemps hésité à introduire les cours d’histoire dans les écoles africaines, de peur, par exemple, que l’enseignement de la révolution française et de la prise de la Bastille ne donne l’idée aux « indigènes » de s’emparer de vive force du poste (français), une nette tendance s’était dégagée au sein de l’administration coloniale, en faveur de l’enseignement de la discipline avec la réforme de 1924. Ainsi, pour Georges Hardy, inspecteur de l’enseignement de l’AOF, négliger l’enseignement de l’histoire ou la taire était dangereux parce que, écrivait-il en 1917, concernant l’enseignement de l’histoire dans les colonies de l’AOF :

  • Les Africains ont une histoire et des historiens (marabouts et griots) dont l’autorité est acquise et qui sont dépositaires d’un savoir sacré hérité des aïeux, sont très écoutés et leurs récits surnaturels plaisent davantage qu’une plate succession d’événements humains. Ce serait donc manquer singulièrement de psychologie et d’éducation historique que méconnaître la force de cette histoire populaire, histoire tendancieuse et trop souvent antifrançaise. Le seul moyen de ruiner ces calembredaines perfides, c’est de les confronter méthodiquement avec l’histoire vraie, moins séduisante sans doute mais qui, trouvant dans sa solidité et son harmonie une force de persuasion, finit par l’emporter. Nous sommes venus dans un pays pauvre, ravagé par des tyrans, dépeuplé par des négriers ; nous avons imposé la paix à tous, nous avons fait cesser les razzias et la traite des esclaves, nous avons étendu les cultures et bâti les hôpitaux. Quel conte de griot serait assez ingénieux pour détruire ces affirmations simples ? Et ne voit-on pas ce que gagne la puissance française à se prouver et se justifier ainsi ? Je comprendrais les scrupules de nos simplificateurs de programmes, si notre histoire n’était pas ce qu’elle est, si c’était une histoire de traîtrise et de rapines, si c’était l’histoire d’un nid de vautour ou simplement de mange-mil. Mais elle est grande, notre histoire, elle est, en comparaison des autres, pure, généreuse, et noble. Notre histoire coloniale, en particulier, est un conte merveilleux, qui fait pâlir les plus belles pages de l’histoire ancienne. N’en ayons pas honte, ayons confiance en sa force et sa beauté ; ceux qui ne veulent pas qu’on l’enseigne aux indigènes de nos colonies feraient croire qu’ils la connaissent mal [31].

Les propos de Nicolas Sarkozy ne sont-ils pas de la même veine, lorsqu’il égrène les « réalisations » coloniales ? « [Le colonisateur] a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu fécondes des terres vierges. Il a donné sa peine, son travail, son savoir. Je veux le dire ici, tous les colons n’étaient pas des voleurs, tous les colons n’étaient pas des exploiteurs. »

Nous voilà catapultés, par Nicolas Sarkozy, quatre-vingt-onze ans en arrière pour rebondir sur le présent où les choses se précisent davantage avec la question de la non-responsabilité de la colonisation, donc des puissances coloniales, c’est-à-dire notamment de la France, dans les « difficultés actuelles » de l’Afrique.

Sur ce registre, il ne donne pas dans la subtilité : « La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution. »

Même quand Nicolas Sarkozy reconnaît les horreurs de la colonisation, il éprouve le besoin de les relativiser en s’aventurant sur le terrain des bienfaits de la colonisation.

Là aussi, la réponse à fournir réside dans les faits : la colonisation européenne, qui a duré plus d’un siècle, fut un système fondé sur une logique exclusive d’assujettissement ; elle a déstructuré les sociétés, les économies et les cultures africaines ; elle la freiné la marche interne de l’Afrique, en instaurant un autre ordre, l’ordre colonial, en dressant les chefs les uns contre les autres, en établissant le régime de l’indigénat.

Le pouvoir colonial a, pour mieux administrer, dépecé le corps physique, psychologique de l’Afrique, séparé des entités ethniques et culturelles séculaires, et servi de terreau aux guerres fratricides ultérieures [32].

Or, dès lors qu’il s’agit d’exploitation de ressources humaines et naturelles, dès lors qu’il s’agit d’assujettissement, qui plus est par la force de la baïonnette et du canon, à grands renforts de méthodes intimidantes, on ne peut pas s’autoriser à parler de bienfaits, de limitation des dégâts, et encore moins à se dégager de toute responsabilité. Parce que c’est la dignité qui est en cause. La dignité, la plus cardinale des valeurs dont la recherche, pour maints penseurs, est le moteur de l’histoire ; c’est en son nom, sous tous les cieux et de tous les temps, que des peuples entiers se sont révoltés et continuent de se révolter. N’étant pas monnayable, on ne saurait faire d’elle bon marché.

Et puis, disons-le clairement : sans compter qu’elles étaient des œuvres de mort – elles furent bâties sur des milliers de vies –, les infrastructures réalisées par le colonisateur auxquelles Nicolas Sarkozy fait allusion étaient destinées à servir les besoins d’expansion économique de la France. Étudions les tracés des routes et des chemins de fer, de l’hinterland vers la côte maritime : ils servaient à écouler vers la métropole les matières premières des colonies, café, cacao, huile de palme, gomme, coton, minerai, en vue de les transformer.

L’orientation systématique de l’économie vers la monoculture aux fins de ravitailler les usines de la métropole contribua à enrichir cette seule métropole et à appauvrir les Africains. En effet, l’Afrique n’a eu qu’à jouer le rôle subalterne de pourvoyeur au marché international de produits de base assujettis aux aléas des cours mondiaux fixés par les bourses occidentales. De plus, la subordination de l’économie africaine à l’économie européenne a eu comme conséquence de détourner les Africains des cultures vivrières ; elle signa, de ce fait, l’un des actes fondateurs de la pénurie en produits céréaliers qui secoue l’Afrique en ce moment [33].

Telle est la réalité de l’Afrique, qui, aujourd’hui, traîne comme un boulet les structures coloniales, et est encore soumise aux lois drastiques du marché international.

En outre, si bienfaits il y a également eu, n’appartient-il pas d’abord aux Africains de le reconnaître ? Un proverbe malien dit : « On est mieux louangé dans la bouche de quelqu’un d’autre que dans sa propre bouche. »

Et de bienfaits, parlons-en justement. L’Afrique ne peut-elle se targuer aussi d’avoir apporté à la France, singulièrement quand elle était sous sa domination ? Nicolas Sarkozy parle, dans son discours, du sang des Africains versé pendant les guerres mondiales. Le prix du sang n’a pas d’égal, mais l’Afrique a été d’un autre apport pendant ces guerres. C’est à Brazzaville, qui a été pendant trois ans la capitale de la France libre (1940-1943), que le général de Gaulle a lancé un autre cri d’assaut contre Hitler et le régime de Vichy. Il faut ajouter que l’Afrique a fourni aux dissidents leur trésor de guerre : impôts de capitation, emprunts, souscriptions, en plus des matières premières, caoutchouc, coton, etc. La ville de Kayes, au Mali, a abrité le trésor en or de la France durant l’occupation allemande.

Laissons la parole au héros de la France libre, qui reconnaît et salue à sa valeur réelle l’apport incommensurable des colonies dans l’effort de guerre pendant la grande guerre de 1939-1945. C’était dans un vibrant discours plaidoyer prononcé à Bamako le 8 mars 1953, au cours d’une tournée sous-régionale qui l’avait conduit à Dakar où il avait été invité par le Grand Conseil de l’AOF pour présider l’inauguration d’un monument élevé à la mémoire de Félix Éboué [34]. Saluant Félix Éboué, le gouverneur de la colonie du Tchad, voilà ce que, entre autres déclarations, le général de Gaulle livre – et nous sommes bien sous domination coloniale :

  • Dans la tempête que l’ambition nazie déchaînait sur le monde, il serait, pour sûr, un résistant. Le 3 juillet 1940, il m’avait écrit. Nous nous mîmes d’accord. Au jour fixé il le proclama et, du coup, prit place au premier rang de ceux dont l’action nous vaudrait la victoire. En même temps, le fait accompli par lui à Fort-Lamy, avec l’aide de Colonna d’Ornano, de Marchand, de Laurentie, et que Pleven allait aussitôt sanctionner sur place en mon nom, marquait le début d’une série d’événements qui auraient, à leur tour, les prolongements les plus étendus. Dans l’immédiat et comme cela avait été prévu et préparé, l’initiative prise au Tchad était, le lendemain, utilisée au Cameroun que ralliaient Leclerc et Boislambert, le surlendemain à Brazzaville où Larminat, aidé par Delange et Sicé, prenait les fonctions de haut-commissaire, en Oubangui où Saint-Mart se déclarait aussitôt. Ainsi une base était fournie à la France libre pour participer aux opérations d’Érythrée, d’Abyssinie, de Libye et mener celles du Fezzan. Ainsi la souveraineté belligérante de la France pouvait s’exercer en terre française, en attendant que le Gabon, Madagascar, Djibouti, La Réunion, l’Algérie, le Maroc, l’Afrique occidentale, la Tunisie fussent tour a tour incorporés dans l’entreprise de la victoire à laquelle tous nos territoires, y compris ceux d’Amérique, d’Asie, d’Océanie, apportèrent tant d’efforts et tant de sacrifices [35].

Ce témoignage montre bien que c’est grâce à ses colonies que la France a rejoint le peloton des nations victorieuses, qu’elle a sauvé son honneur.

En réactivant le mythe de la mission civilisatrice de la France et celui des « bienfaits » de la colonisation, Nicolas Sarkozy adopte une posture manichéenne qui situe le bien en Occident et le mal en Afrique, la civilisation en Occident, la barbarie et les guerres sanglantes en Afrique. Faut-il comprendre que les tyrans sanguinaires, les esclavagistes, les dirigeants corrompus ou les collaborateurs de causes avilissantes et ignominieuses seraient une singularité africaine ? Nul besoin de s’enfoncer dans la vastitude du temps pour se convaincre du contraire. Il y a à peine soixante ans, l’Europe n’était-elle pas un champ de ruines, ravagé par le régime nazi auquel un certain Pétain donna son appui en imposant un régime d’exception en France ? Dachau, Birkenau, Auschwitz, plus près de nous Sarajevo n’appartiennent-ils pas à l’histoire de l’Europe ?

Défis et leçons d’Histoire

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En soulevant des polémiques orageuses autour d’événements complexes appartenant à l’histoire partagée des peuples pour se donner la part belle, Nicolas Sarkozy prend des risques là où l’humilité est de mise. S’il y a des valeurs à réveiller aujourd’hui, ce sont certainement la solidarité, le partenariat, l’écoute, le partage, dans le respect de l’autre. Plutôt que de brandir le choc des civilisations, c’est leur dialogue qu’il faudrait promouvoir.

« Remuer les paroles anciennes est mauvaise chose », dit une parole de sagesse africaine ; cela peut engendrer des conséquences fâcheuses dont la « cristallisation du ressentiment » qui, à son tour, peut déboucher sur des déflagrations sociales. L’historien français Marc Ferro a bien décrit ce phénomène [36] sous un ciel pourtant non africain.

C’est là que se situe certainement la fonction sociale du métier d’historien. Cet observateur du temps doit éviter à la fois l’amnésie et le trop-plein de mémoire, dans la mesure où ces pathologies menacent la cohésion sociale. Comment ? Dans ce dialogue de cultures, l’Afrique profonde a sa réponse.

En Afrique, de façon générale, l’incubation temporelle est une posture culturelle ; le traditionniste, qui se confond avec l’historien et le sage, stocke l’information historique. « Toute parole a un moment pour être dite ; toute parole n’est même pas faite pour être dite », disent les gardiens du verbe en Afrique ; c’est pourquoi la manipulation de la parole n’est pas laissée à tout le monde. Qu’est-ce à dire ? Que dans la restitution des faits révolus, le dépositaire du savoir – l’historien – doit prendre en compte les débats et les conflits qui agitent la société. L’intelligence du moment idoine pour fournir une information est donc une responsabilité dont il est investi [37].

Par sa capacité de garrotter les falsifications de l’histoire et les interprétations arrangeantes, la communauté des historiens, à son tour, peut servir à prévenir les conflits, à « désamorcer les griefs », à faire « preuve de vertus thérapeutiques », pour reprendre les mots de Marc Ferro.

Mais là ne se situe pas seulement le rôle de l’historien ; il doit aussi se battre pour que ne marchent pas sur ses platebandes ceux qui – singulièrement les hommes politiques – entendent instrumentaliser l’histoire au mépris des méthodes et des outils de la recherche historique.

Le discours de Nicolas Sarkozy aura en tout cas donné l’occasion aux historiens de mesurer l’ampleur des stéréotypes entêtés sur l’histoire de l’Afrique. Il les aura également alertés sur l’exigence de vigilance qui devrait faire partie de leur métier. Nombreuses ont été les réactions à mon appel – plus de quatre cents ; elles émanent à la fois d’historiens et de citoyens de tous bords. Les textes proposés ont été évalués par un comité scientifique, mais compte tenu du nombre élevé de contributions qui nous ont été adressées (plus de 45) et de l’impossibilité matérielle de les faire figurer toutes dans cet ouvrage, nous avons décidé, avec l’éditeur, de nous en tenir à la lettre de mon appel, adressée aux historiens. La priorité a donc été donnée à ceux-ci. Nonobstant, la majeure partie des autres contributions, essentiellement en sciences humaines, sont domiciliées sur le site Internet de l’association Mémoire Afrique (<http://memoireafrique.com/>) où elles pourront être consultées.

Le souci d’équilibre entre historiens du Nord et du Sud et entre différentes régions géographiques de l’Afrique, en y incluant la diaspora, a guidé le choix des membres du comité scientifique, composé de chercheurs venants d’Afrique, de Martinique, de France, d’Italie et d’Allemagne [38]. Bien sûr, je n’ai pas la prétention d’avoir réuni l’ensemble des experts africains et africanistes autour de ce projet. Tant s’en faut. Nonobstant, il y a là un échantillon assez représentatif.

Chacun des auteurs a été libre du choix de son sujet, dans la mesure de sa compétence académique, tout comme il a été libre de son contenu dès lors qu’il se situait sur un plan purement scientifique. Le souci d’objectivité interdisait simultanément la langue de bois, à telle enseigne qu’on découvrira dans ce corpus des thèses qui parfois s’opposent, ce qui témoigne en l’occurrence de la vigueur du débat entre intellectuels et souligne d’autant mieux l’inanité des leçons que prétend leur asséner le président Sarkozy sur ce terrain.

Les contributions retenues ont été regroupées en quatre parties qui abordent chacune un versant particulier du discours de Dakar. La première – « Qui a dit que l’Afrique n’avait pas d’histoire ? » – s’attache directement à réfuter l’idée absurde de l’anhistoricité et de l’immobilité du continent. La seconde – « Un discours d’un autre âge ? » – s’efforce de comprendre l’origine des stéréotypes et les raisons de la pérennité des préjugés concernant l’Afrique en France. La troisième – « Qui est responsable des “difficultés actuelles” de l’Afrique ? » – déconstruit l’entreprise de restauration du mythe de la mission civilisatrice de la France et de son action bienfaitrice et souligne les séquelles de l’esclavage puis de la conquête coloniale. Enfin, la dernière partie – « Qui a parlé de Renaissance africaine ? » – interroge l’avenir que Nicolas Sarkozy est « venu proposer » à l’Afrique et lui oppose les pistes que les Africains s’efforcent de développer pour leur propre compte.

Nous espérons également que cet ouvrage collectif provoquera, par-delà son objectif fondamental, un déclic pour remettre en perspective les défis qui se posent à l’Afrique, et inventer les outils méthodologiques devant accompagner cette ambition. Ces défis, l’Afrique les vit : la lutte contre la faim et la pauvreté ; l’accès à un environnement plus sain, à l’eau potable, aux soins ; la formation et l’éducation ; l’éradication des maladies endémiques ; l’accès pour les femmes et les paysans à la terre, aux semences et aux fertilisants, au crédit bancaire ; la lutte contre la fracture numérique, qui se creuse.

Là ne sont pas les seuls défis. Un autre chantier attend d’être ouvert par les historiens de l’Afrique : l’histoire des peuples. Elle reste encore à écrire, loin des cours royales et des palais présidentiels, à l’abri de toute tentative de manipulation.

Adame Ba Konaré

Adame Ba Konaré, ancienne première dame du Mali, est historienne, militante du Mouvement démocratique malien, présidente-fondatrice du Musée de la Femme Muso Kunda de Bamako et de la fondation humanitaire Partage. Elle a publié une dizaine d’ouvrages consacrés à son pays, parmi lesquels Quand l’ail se frotte à l’encens, (Présence Africaine, 2006), L’Os de la parole. Cosmologie du pouvoir (Présence Africaine, 2000) et le Dictionnaire des femmes célèbre du Mali (Éditions Jamana, 1993).

L’enseignement du fait colonial dans une perspective d’histoire mondiale
par Tayeb CHENNTOUF

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La colonisation fait partie, sans doute possible, des événements dont le poids et la mesure sont lourds dans l’histoire. Si elle semble avoir aujourd’hui disparu, à l’exception de quelques confettis, elle pèse fortement sur les pays devenus indépendants et dans les relations internationales. Le passé colonial suscite toujours des débats politiques tant dans les anciennes colonies et métropoles qu’entre les premières et les secondes. La loi française du 23 février 2005 sur le « rôle positif de la colonisation » en est la parfaite illustration.

Dans le domaine de la recherche, la colonisation a fait l’objet d’une abondante littérature dans le passé. Après une brève éclipse, elle connaît un renouveau avec la multiplication des thèses, colloques, ouvrages et articles de revue qui lui sont consacrés. De nouvelles questions sont posées, de nouveaux objets définis et de nouvelles approches expérimentées.

Ce renouvellement ne trouve pas toujours et partout sa traduction concrète dans l’enseignement du fait colonial. Comment enseigner la colonisation dans nos pays ? Quels programmes et quels manuels concevoir, et quelle formation des professeurs assurer ?

L’évaluation des programmes et des manuels maghrébins et français montre, à l’évidence, que la colonisation est enseignée dans des perspectives strictement nationales. Une perspective d’histoire mondiale rendrait mieux compte de la complexité du phénomène. Les retombées didactiques concerneraient, à la fois, la chronologie, les concepts et le vocabulaire, les contenus et les documents utilisables en classe. Il deviendrait alors possible de préparer des séquences d’enseignement.

L’enseignement de la colonisation : des perspectives nationales

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L’enseignement de l’histoire est dominé, depuis son institutionnalisation à la fin du XIXe siècle, par une finalité quasi unique : construire la nation et renforcer la conscience nationale. À plus d’un siècle de distance, les instructions officielles et les programmes maghrébins réaffirment cette finalité assignée à la discipline et symbolisée par le rôle d’Ernest Lavisse.

En France, à l’exaltation de la colonisation et de l’empire succède l’occultation de la décolonisation et de la guerre d’Algérie. Les programmes et les manuels ont fait l’objet de nombreuses études critiques en France même. Les réalités didactiques sont moins bien connues.

La lecture des manuels fait ressortir de nombreuses lacunes. L’enseignement de la colonisation se réduit à une vulgate minimale. L’absence de bilan de la colonisation se retrouve dans tous les manuels. À travers des informations ponctuelles et souvent indirectes, le bilan de la colonisation française apparaît comme positif pour la colonie et, dans une moindre mesure, pour la puissance coloniale [39]. Les enseignants considèrent que les manuels abordent la colonisation de manière trop discontinue puisqu’elle ne figure au programme qu’en classe de 4e et de 1re. Ils critiquent aussi l’impasse faite sur les méthodes des conquêtes coloniales (guerre et violence de toutes sortes) et sur le système colonial lui-même (inégalité et autoritarisme administratif et politique) [40].

En 2001, Maurice T. Maschino a fait une enquête auprès des enseignants sur le déroulement des cours consacrés à la colonisation [41] : « On n’insiste pas trop, reconnaît un instituteur, sur les mauvais côtés de la colonisation. » En classe de 4e des collèges, « rien n’est dit aux élèves qui abordent le partage du monde des méthodes (exactions et pillages) utilisées. Le système colonial et les résistances qu’il suscite sont évacués ». Il y a un grand vide, admet une enseignante, « entre la mise en place du système impérialiste et sa contestation ».

La décolonisation est intégrée dans les programmes de classe terminale entrés en application en 1962. Elle est introduite dans les collèges en 1971 et, dans les années 1980, elle est abordée en 4e, 3e, 2de et terminale. Dans cette dernière classe, la décolonisation de l’Algérie est répartie dans trois chapitres : la décolonisation et les relations internationales, la IVe et la Ve République. L’approche privilégie l’histoire intérieure française, la décolonisation n’étant plus qu’un appendice de celle-ci.

La guerre d’Algérie [42] peut théoriquement être étudiée dans les lycées dès les années 1960 avant même qu’elle ne soit terminée. Elle s’inscrit dans la partie du programme consacrée à la naissance du monde contemporain (de 1914 à nos jours) et dans celle qui concerne les relations internationales à partir de 1962. Actuellement, tous les élèves de l’enseignement secondaire rencontrent la guerre d’Algérie en classe de 3e et en terminale dans le cadre des chapitres sur la France depuis 1945 et la décolonisation. L’expression « guerre d’Algérie » apparaît dans les manuels en 1971 seulement et il faut attendre les manuels de 1983 pour la voir traitée de manière systématique en même temps que les autres guerres coloniales.

Aujourd’hui encore, elle fait l’objet de vifs débats franco-français, algéro-algériens et franco-algériens. Sa réception par les élèves peut être appréciée grâce à une enquête auprès des jeunes Français âgés de 17 à 30 ans. Elle a été réalisée par l’université de Paris 8 puis publiée et commentée par Le Monde sous le titre : « Guerre d’Algérie : la mémoire apaisée [43] ». 69 % des jeunes interrogés affirment avoir entendu parler de la guerre d’Algérie d’abord par la télévision puis par leurs professeurs. Ils sont 80,5 % à considérer que ce sujet est insuffisamment traité à l’école [44].

Dans les pays du Maghreb, dès les indépendances politiques, les finalités de l’enseignement de l’histoire s’inscrivent également dans des perspectives nationales. Il s’agit de construire des identités et de renforcer la cohésion sociale. Les réformes en cours ne modifient pas de manière qualitative ces orientations [45]. Paradoxalement, elles sont davantage centrées sur les identités nationales. Les nouveaux programmes et manuels mettent l’accent sur les résistances à l’occupation coloniale et les luttes pour l’indépendance. Comparativement aux deux pays voisins, la guerre d’indépendance occupe en Algérie une place stratégique.

Deux manuels conformes aux nouveaux programmes sont édités au Maroc en 2003 pour les classes de 8e et 9e année de l’école fondamentale [46]. Le premier est divisé en deux parties. La première, relative à l’Europe du XVIIe au XIXe siècle, traite des changements économiques (la révolution industrielle) puis les deux Révolutions, américaine et française, enfin de l’impérialisme européen au XIXe siècle. La seconde, soit au total seize cours, traite le monde musulman face aux offensives européennes du XVIIe au XIXe siècle : l’Empire ottoman (deux cours), l’Algérie, la Tunisie et la Libye (un cours chacun), l’Afrique avant et après la conquête coloniale (deux cours). Le reste, soit neuf cours, est consacré à l’histoire du Maroc, des débuts de la dynastie alaouite au protectorat français en passant par les interventions et la pénétration européenne au XIXe siècle.

Le manuel de 9e année est lui aussi divisé en deux parties. La première porte sur les événements mondiaux : Première Guerre mondiale, Révolution russe, crise économique mondiale et Seconde Guerre mondiale. La seconde est entièrement consacrée aux mouvements de libération dans le monde : au Moyen-Orient (trois cours), au Maghreb (neuf cours dont six sur le Maroc), en Afrique (un cours) et en Asie (un cours). Le manuel se termine par deux questions relatives aux mutations mondiales après 1945 : les changements internationaux et le développement scientifique et technologique et ses conséquences.

En Tunisie, les réformes ont touché essentiellement la période contemporaine. Elles modifient de manière sensible l’approche du nationalisme tunisien, de ses acteurs et de la place de Habib Bourguiba. Elles introduisent également une rupture dans la présentation des réactions locales face au protectorat français. Les résistances étaient absentes dans les manuels de la génération précédente alors que les nouveaux insistent sur les réactions face à la conquête coloniale. Elles sont incorporées pour la première fois dans les programmes. Le manuel de 6e année de l’école élémentaire analyse le rôle de résistants comme Hassan ben Abd al-Aziz et Ali al-Sid. Le manuel de 7e année précise que « les colonisateurs français ont imaginé que leur occupation du pays serait une simple promenade de courte durée. Or, les habitants leur ont fait face avec toute leur force mais avec des moyens limités. Les colonisateurs n’ont réussi à dominer totalement la Tunisie qu’après de longues années [47] ».

La structure qualitative des programmes et des manuels n’est guère différente en Algérie, sauf que la guerre d’indépendance (1954-1962) y tient une place plus déterminante.

À l’école élémentaire, l’enseignement de la discipline est entièrement consacré aux résistances à la colonisation et à la guerre d’indépendance. Les programmes détaillent les objectifs retenus. En 5e et 6e années, il s’agit de donner une première culture à l’élève pour exploiter les archives, classer les événements, les analyser et en tirer les conclusions logiques. Il s’agit ensuite de former l’élève au respect de l’histoire et de l’inciter à la recherche en histoire de l’Algérie grâce à la présentation de documents glorifiant le peuple algérien et sa lutte contre la colonisation. Il s’agit, enfin, de former des générations qui défendent les ancêtres et qui croient aux objectifs de la Révolution algérienne pour construire une société nouvelle.

Les objectifs spécifiques à chaque année sont encore plus parlants. Pour la 5e année, les élèves doivent avoir une bonne connaissance du Front de libération nationale (FLN) et de l’Armée de libération nationale (ALN) ainsi que de leurs bases populaires, se faire une image claire et honorable de la Révolution algérienne avec la mise en évidence de la lutte du peuple algérien, respecter les « chouhadas » (martyrs de la guerre d’indépendance) et les prendre comme modèle, enfin de renforcer le sentiment national et les résultats acquis grâce à la lutte du peuple algérien. En 6e année, les élèves doivent connaître les conditions du peuple algérien et la place de l’Algérie dans le monde, la politique coloniale et les pratiques oppressives de la colonisation, avoir une image claire et positive de la lutte du peuple algérien et connaître les héros de la Révolution algérienne.

Les manuels cherchent à traduire ces objectifs sur le plan pédagogique. L’élève algérien entre en contact avec l’histoire dès la 5e année de l’école fondamentale. Après trois chapitres introductifs consacrés aux notions de temps, de document et d’événement historique, la totalité du manuel est consacrée à la guerre d’indépendance. En 6e année, la colonisation et les résistances sont abordées toute l’année. Le nouveau manuel (2004) présente la situation de l’Algérie avant la colonisation, les causes et les méthodes de la conquête coloniale, les résistances à l’occupation (bataille de Constantine, soulèvement de l’émir Abd al-Kader), les méthodes du colonialisme (peuplement, exploitation des richesses et atteintes à la personnalité), les luttes contre le colonialisme français (insurrections jusqu’en 1881 et luttes politiques jusqu’au début de la Révolution de novembre 1954). Les programmes et les manuels des niveaux moyen et secondaire consacrent également une large place à la colonisation et à la guerre d’indépendance sous des intitulés quasi identiques à ceux des 5e et 6e années. La lutte armée, qui occupe une place relativement modeste dans les programmes et manuels tunisien et marocain est au fondement de l’identité nationale en Algérie [48].

La colonisation dan une perspective d’histoire mondiale

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La crise des États postcoloniaux dans la décade 1980-1990, la mondialisation et les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis relancent, dans un nouveau contexte, les débats sur la colonisation et, plus largement, sur les rapports entre l’Occident et l’Orient. La loi française du 23 février 2005 provoque d’ardentes polémiques en France et en Algérie. Le bilan colonial est, de nouveau, au centre des débats. Des hommes politiques, des médias et des historiens tentent de réévaluer le rôle de la colonisation. Ils passent sous silence ses conséquences durables et profondes sur les rapports des colonisés à la modernité.

Jusqu’en 2005, ces controverses ne touchent pas le grand public. Dans le domaine de la recherche, Jacques Marseille arrive à la conclusion que pour certains financiers, chefs d’entreprises et hauts fonctionnaires, les nécessités de la modernisation de l’économie française étaient incompatibles avec les charges qu’imposait l’entretien de l’empire colonial et qu’il fallait faire revenir dans la métropole les ressources disponibles [49]. Daniel Lefeuvre développe un point de vue assez proche pour le cas limité de l’Algérie [50].

L’adoption par le parlement français d’une loi le 23 février 2005 semble trancher dans les débats et considérer que la colonisation a été positive. Elle provoque aussitôt des réactions en France et, avec un décalage, en Algérie. La loi, dite Fillon, stipule que « la Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française » (art. 1), et recommande « que les programmes de recherche universitaire accordent à l’histoire de la France outre-mer […] la place qu’elle mérite » et que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer » (art. 4) [51].

La loi ne déclenche pas de débat politique particulier mais la réaction des historiens français qui interviennent surtout dans les médias et à travers le réseau Internet où de nombreux sites sont créés. Une association est formée pour rappeler les méthodes et les résultats de la colonisation. Elle réaffirme le principe de la liberté dans la recherche et dans l’enseignement de l’histoire [52].

En Algérie, la presse considère, dans un premier temps, que les problèmes soulevés, par la loi sont d’abord et avant tout franco-français. Elle adopte un ton neutre pour relater les débats puis rendre compte des réactions officielles algériennes. À l’occasion du 60e anniversaire du 8-mai 1945, le président de la République compare les fours à chaux dans lesquels ont été brûlés plusieurs Algériens, prés de Guelma, aux fours nazis. Un mois plus tard, le 7 juin, c’est au tour du Front de libération nationale de condamner la loi « avec la plus grande fermeté », parce qu’elle justifie « la barbarie coloniale en gommant les actes les plus odieux ». Les parlementaires réagissent à leur tour dans un projet de résolution appelant le Parlement français à abroger la loi. Abdelaziz Bouteflika intervient de nouveau, à partir de Tlemcen, pour critiquer « le négationnisme et le révisionnisme », demander que la colonisation soit reconnue comme « un crime contre l’humanité » et dénoncer une entreprise de « dé-civilisation » des colonisés [53].

Au-delà des méthodes et du bilan colonial, le débat porte bien sur le sens de la colonisation. Que représente-t-elle dans l’histoire des pays colonisés et dans leurs rapports avec l’Europe ? À l’échelle de l’histoire mondiale, elle s’inscrit dans les trois temps forts de la mondialisation. Nolens, volens, elle représente la voie qu’emprunte, sous la contrainte et la domination, la modernité historique dans les pays placés sous la domination coloniale.

Le premier temps fort se situe au début du XVIe siècle ; il fait suite aux « voyages de découverte » et à l’expansion maritime européenne. Pour la première fois, la navigation et l’échange commercial mettent en connexion l’Europe, l’Asie, l’Afrique et l’Amérique sous l’égide de l’Europe. Elle est symbolisée par le commerce triangulaire atlantique dans lequel la traite négrière occupe une place importante.

Le deuxième temps fort démarre dans les années 1870-1914. Suzanne Berger considère que cette période est celle de notre première mondialisation [54]. Dans la littérature marxiste, le partage du monde entre les puissances européennes relève de l’impérialisme. Cette seconde mondialisation est symbolisée par le Congrès de Berlin de 1885. Elle élargit considérablement le domaine colonial, les connexions et les échanges régionaux et mondiaux. Elle se prolonge après la Première Guerre mondiale avec les mandats octroyés par la Société des nations (SDN) à la France et à l’Angleterre surtout au Proche-Orient.

« La situation coloniale », définie très tôt par Georges Balandier et Immanuel Wallerstein, inclut les colonisateurs et les colonisés, les contacts et les échanges entre eux, mais aussi les tensions et les conflits qui donneront naissance aux nationalismes. Les notions d’acculturation et de changement social [55] ont pour ambition, dans les années 1950-1960, d’expliquer ces transformations.

En fait, l’histoire des colonisés devient l’histoire des colonisateurs, et l’histoire des colonisateurs l’histoire des colonisés. L’histoire du Maghreb devient celle de la France et l’histoire de la France celle du Maghreb. La colonisation fait partie intégrante de l’histoire de France. La construction de l’État, de la République, de la nation est inséparable de la colonisation. Plus largement, celle-ci est partie prenante active de la modernité occidentale. L’histoire de l’Europe ne peut-être pensée en dehors et sans la colonisation sauf à être, une fois de plus, ethnocentriste.

Dans les colonies, l’historien marocain Abdallah Laroui a bien relevé, pour son pays, que le protectorat français et le général Lyautey réalisent avec succès les réformes que les sultans tentaient d’appliquer, en vain, à la fin du XIXe siècle et au début du siècle suivant [56]. Karl Marx, traitant de la colonisation britannique de l’Inde, souligne son caractère ambivalent. Son approche a été critiquée ou, au mieux, passée sous silence par la suite. Elle présente la colonisation comme un formidable agent de changement et de transformation de l’Inde.

Le revers de la colonisation est, néanmoins, la traditionalisation des sociétés colonisées et la perversion de leurs rapports à la modernité. La colonisation s’est volontiers présentée comme une avancée de « la civilisation contre la barbarie ». Elle est loin d’avoir réalisé ce programme. Les limites de la colonisation sont géographiques, sociales, culturelles et politiques. La colonisation définit très tôt un domaine géographique utile qu’elle sépare du reste du territoire. Il intègre les zones maritimes, les plaines agricoles et les régions riches en matières premières. Au Maghreb, par exemple, le Sahara n’acquiert de l’intérêt qu’à partir des années 1955-1956 avec l’exploitation des hydrocarbures. Les limites des transformations économiques et sociales ressortent bien des études consacrées au sous-développement dans les années 1950-1960. L’enquête réalisée par Pierre Bourdieu sur l’Algérie à la fin de la période coloniale [57] donne une idée précise des conditions de vie et des difficultés à formuler des projets pour l’avenir.

La traditionalisation est aussi forte dans le domaine politique. La colonisation britannique s’appuie sur un petit corps de soldats, un groupe limité d’administrateurs et la chefferie traditionnelle qui est intégrée dans la gestion administrative des territoires. L’Inde en est le parfait exemple. Au Maroc, la politique de traditionalisation est systématisée par le général Lyautey. Sa gestion du protectorat cherche à préserver le cadre traditionnel en maintenant les « hiérarchies naturelles », « le décor chérifien », tout en transformant le pays en une « Californie française ». Cette politique est poursuivie jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

C’est surtout dans le domaine culturel et de la pensée, difficilement quantifiable, que la colonisation a les effets les plus intenses et les plus durables. Elle débouche sur la perversion des rapports des colonisés à la modernité.

L’illégitimité de la colonisation, parce qu’étrangère, discrédite gravement la modernité pour une large part des élites et de la population. Les témoignages ne manquent pas. Les réformes impulsées par les sultans marocains Sidi Mohammed et Moulay abd al-Rahman sont considérées comme des innovations blâmables (bidâa), contraires à l’esprit de l’islam. Le chroniqueur Al-Naciri traduit bien le sentiment général dans son ouvrage l’Istiqsa. Il considère que « l’adoption des manières étrangères n’est d’aucun profit ; c’est au contraire la tradition et l’isolement qui seraient la seule solution pour renforcer le royaume face aux interventions étrangères. En Algérie, la scolarisation et la médecine coloniale se heurtent à une profonde résistance jusqu’à la fin du XIXe siècle [58].

Au XXe siècle, les ouvrages de Frantz Fanon [59] et d’Albert Memmi [60], qui sont contemporains de la colonisation et de la décolonisation, fourmillent de données précises, concrètes et situées sur l’ampleur des dégâts causés à la psychologie et aux comportement des Maghrébins. Mostefa Lacheraf ne cesse en Algérie, à travers ses nombreuses études, de signaler le rôle de la colonisation dans les carences de la lutte anti-coloniale et le nationalisme [61].

Aujourd’hui encore, la culture et la pensée politique n’ont pas encore tranché tout à fait les nœuds gordiens de la modernité : raison, liberté, devenir. Assimilée à la colonisation et à l’étranger, elle est récusée à ce double titre. La pensée dissocie la modernité en séparant ses aspects techniques et matériels, les plus visibles, et les fondements philosophiques, à savoir la conception du monde et l’action sur le monde. L’essence du fait colonial est sans doute d’avoir privé les colonisés de faire leur propre histoire.

L’enseignement du fait colonial

SOMMAIRE

Quelles retombées didactiques ? Comment enseigner le fait et l’événement colonial ? Comment les intégrer dans les curricula et les exposer à de jeunes enfants et à des adolescents ? Dans une perspective d’histoire mondiale, l’enseignement de la colonisation soulève, au moins, quatre problèmes.

Le premier concerne la chronologie qui demeure problématique aussi bien pour les grandes mutations de l’histoire que pour la période des XIXe et XXe siècles. Il faut également relever le décalage entre la recherche et les programmes officiels.

De nombreux ouvrages et colloques sont consacrés à la colonisation et aux colonies. Certains remontent à la Grèce et à Rome. La période médiévale serait aussi celle de la colonisation. Marc Ferro, qui a coordonné une Histoire des colonisations fait remonter celle-ci au XIIIe siècle pour la terminer au XIXe [62]. Situer les débuts de la colonisation au XVIe siècle rencontre un plus large consensus chez les historiens. Le second ouvrage de M. Ferro sur ce sujet, Le Livre noir du colonialisme, porte d’ailleurs en sous-titre : XVIe-XXIe siècles : de l’extermination à la repentance  [63].

Les programmes et les manuels sont, pour leur part, centrés exclusivement sur les XIXe et XXe siècles. L’enseignement de l’histoire au Maghreb reprend, tout en la discutant, la chronologie générale d’origine européenne. L’histoire continue d’être découpée en périodes ancienne, médiévale, moderne et contemporaine. La chronologie relative à la période contemporaine est plus discutée. En Algérie, 1830, année de la conquête et des débuts de la colonisation française, n’est plus considérée comme une sorte de degré zéro de l’histoire. L’histoire de l’Algérie est inscrite dans des évolutions de plus longue durée. En Tunisie, les nouveaux programmes ont subi un double infléchissement. Le nationalisme tunisien ne naît plus dans les années 1930 en réaction au protectorat français et grâce à l’action de Habib Bourguiba comme antérieurement. Il s’inscrit dorénavant dans le réformisme du XIXe siècle et serait donc antérieur au protectorat. De la même manière, la chronologie privilégie les mutations internes plutôt qu’externes. Elle commence en 1881 et non pas en 1914 et la Première Guerre mondiale comme cela était le cas précédemment. Enfin, l’histoire de la Tunisie est séparée de l’histoire mondiale.

Le second problème est relatif aux concepts et au vocabulaire utilisés. Ils ont des contenus et des sens extrêmement variables d’un auteur à l’autre. Ce sont surtout les usages multiples des vocables de « colonisation » et de « colonie » qui prêtent le plus à discussion. Pour Marc Ferro, la colonisation n’est pas seulement le fait de l’Occident. Elle a existé dans le monde arabe et ottoman alors que la Russie et le Japon réalisent plus tardivement leur expansion territoriale [64]. À partir de 1900, « coloniser » acquiert un sens nouveau. Dans les dictionnaires, « coloniser un pays (ou un peuple) revient à le soumettre au statut de colonie, c’est à dire de dépendance [65] ».

Les différences entre colonie, protectorat et mandat portent sur le statut des territoires dépendants et leurs rapports avec les métropoles. En France, par exemple, la Tunisie et le Maroc relèvent du ministère des Affaires étrangères alors que l’Algérie relève du ministère de l’Intérieur. Dans les protectorats, les États précoloniaux continuent d’exister sous le contrôle d’un résident général alors que dans les colonies ils sont détruits par la guerre. Les pays sous mandat, définis juridiquement par la SDN, sont appelés, en principe, à devenir indépendants à brève échéance.

Les notions de colonialisme et d’impérialisme apparaissent à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Ils sont plus utilisés dans la littérature politique produite par les colonisés et les anti-colonialistes. Les colonisés parlent davantage de colonialisme que de colonisation. En 1955, la conférence de Bandung (Indonésie) proclame que « le colonialisme dans toutes ses manifestations est un mal auquel il doit être mis fin rapidement, que la soumission des peuples au joug de l’étranger, à sa domination et à son exploitation était une négation des droits fondamentaux de l’homme, contraire à la Charte des Nations unies ». L’expression « néocolonialisme » est employée pour la première fois en 1965 par Kwame Nkrumah, Premier ministre du Ghana indépendant. Elle désigne « la situation d’un État indépendant en théorie et doté de tous les attributs de la souveraineté, qui a, en réalité, sa politique dirigée de l’extérieur ».

Le vocable d’impérialisme est forgé par les économistes avant d’être repris par le marxisme. Rudolf Hilferding et Lénine lui consacrent des ouvrages – Le Capital financier (1910), et L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916).

Tous ces concepts et vocables ne trouvent pas toujours leurs équivalents exacts dans la langue arabe. Le vocabulaire le plus utilisé dans les manuels comprend : Ihtilal, Isti’mar, Imperialia, Qawmia, Thawra. Le premier est proche du mot français « conquête » ou « occupation » ; le second de « peuplement », de « colonisation » et de « colonialisme ». Le troisième est une arabisation du mot impérialisme. Les quatrième et cinquième renvoient à « nationalisme » et à « révolution » ou « soulèvement ».

Le troisième problème concerne les contenus des manuels et les séquences d’enseignement. La transposition didactique ne doit pas se traduire par une trop grande simplification de la complexité du fait et de l’événement colonial. Elle pourrait s’articuler autour de trois questions synthétiques.

La première s’intitulerait l’« histoire inégale » et s’inscrirait dans une perspective d’histoire comparée entre l’Europe et le reste du monde vers 1815. L’avance de l’Europe et l’accumulation de moyens techniques et matériels seraient exposées. Elles seraient suivies par les étapes et les méthodes de la conquête et de la colonisation.

La seconde traiterait la situation coloniale elle-même. Elle aborderait les structures et leur permanence dans le temps de la colonisation et de la domination. Elle inclurait la présentation des colonisateurs, celle des colonisés et des échanges entre eux dans tous les domaines.

La troisième s’intéresserait aux tensions et aux conflits. Le résultat le plus palpable de la colonisation et le renforcement et/ou l’émergence de mouvements nationalistes vigoureux. Ils présentent trois aspects : la fabrication des imaginaires nationaux, les luttes légales anticoloniales, les luttes armées et la décolonisation.

Le quatrième et dernier problème a trait à la documentation utilisable en classe ou dans les manuels. Elle est abondante mais produite en grande partie par le colonisateur. Elle doit être rééquilibrée par les points de vue des colonisés.

La disponibilité de documents d’origine coloniale a pour conséquence d’occulter les voix des colonisés. La situation coloniale, les luttes politiques puis les guerres d’indépendance n’ont guère été favorables à la conservation des archives. Cependant, une presse en langue arabe était publiée dans les trois pays du Maghreb par les partis politiques et les associations pendant la colonisation. Elle a été, totalement ou partiellement, réimprimée après les indépendances. De nombreux témoignages oraux ou écrits ont été ou sont publiés. Le phénomène a pris une grande ampleur depuis la décade 1980-1990. La littérature, la poésie et les traditions populaires permettent d’aller au delà de la vision des élites.

Tayeb CHENNTOUF est professeur d’histoire moderne et contemporaine à l’Université d’Oran, où il coordonne les recherches sur l’histoire de l’Algérie, de l’Afrique et de la Méditerranée occidentale et dont il préside le Comité national d’évaluation de la recherche en histoire et en archéologie et le Comité d’éthique. Auteur de plusieurs ouvrages, dont un manuel sur Le Monde contemporain (OPU, 1983), il a consacré plusieurs communications à la recherche et à la didactique de l’histoire. Il travaille actuellement sur les conséquences culturelles et politiques de la mondialisation.

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LES AUTEURS

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Pierre Boilley est professeur d’histoire contemporaine de l’Afrique à l’Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, et directeur du Centre d’études des mondes africains (CEMAf, CNRS). Il a publié, entre autres ouvrages, Les Touaregs Kel Adagh. Dépendances et révoltes : du Soudan français au Mali contemporain (Karthala, 1999), Amidou Mariko, Mémoires d’un crocodile. Du sujet français au citoyen malien (Éditions Donniya, Bamako, 2001).

Tayeb Chenntouf est professeur d’histoire moderne et contemporaine à l’Université d’Oran, où il coordonne les recherches sur l’histoire de l’Algérie, de l’Afrique et de la Méditerranée occidentale et dont il préside le Comité national d’évaluation de la recherche en histoire et en archéologie et le Comité d’éthique. Auteur de plusieurs ouvrages, dont un manuel sur Le Monde contemporain (OPU, 1983), il a consacré plusieurs communications à la recherche et à la didactique de l’histoire. Il travaille actuellement sur les conséquences culturelles et politiques de la mondialisation.

Catherine Clément, ancienne élève de l’École normale supérieure, agrégée de philosophie, a été successivement maître de conférences à la Sorbonne (1964) puis à Paris I-Panthéon-Sorbonne, chef de rubrique culture au Matin de Paris, directrice de l’AFAA au ministère des Affaires étrangères avant d’accompagner l’ambassadeur Lewin en Inde, en Autriche et au Sénégal. Elle a publié une quarantaine d’essais et de romans ; à la demande de Jean-Marc Roberts, elle publiera ses mémoires chez Stock en février 2008.

Catherine Coquery-Vidrovitch est professeur émérite à l’université Paris 7. Elle a notamment publié L’Afrique occidentale au temps des Français (La Découverte, 1992), Histoire des villes d’Afrique noire (Albin Michel, 1993) et Des victimes oubliées du nazisme. Les Noirs et l’Allemagne dans la première moitié du XXe siècle (Le Cherche Midi, 2007). Ses travaux lui ont valu le Distinguished Africanist Award de l’African Studies Association et les insignes de commandeur de la Légion d’honneur.

Drissa Diakité, docteur en histoire et diplômé en linguistique appliqué, est professeur à l’Université de Bamako. Il fut doyen de la Faculté des lettres, langues, arts et sciences humaines qu’il dirigea jusqu’en 2006. Spécialiste de l’histoire des sociétés africaines au sud du Sahara avant la période coloniale, il est l’auteur de nombreuses publications sur la tradition orale, les empires soudanais du VIIIe au XVIe siècle, les processus ethniques, l’Islam et les dynamiques sociales des mouvements confessionnels.

Boureima Alpha Gado est historien et socioéconomiste du développement rural à l’Université Abdou Moumouni de Niamey (Niger). Ses recherches sur l’environnement et l’insécurité alimentaire au Sahel lui ont valu un prix de recherche du CNRS. Il est auteur de nombreux travaux, dont Une histoire des famines au Sahel (L’Harmattan, 1993) et Vingt ans de prévention des crises alimentaires au Sahel (en collaboration avec R. Blein et A. Sow, CILSS, décembre 2004).

Daouda Gary-Tounkara, docteur en histoire de l’Afrique, est chercheur associé du Laboratoire Sedet/université Paris 7 et chargé de cours en histoire de l’Afrique à l’université Paris 7. Dans le cadre de deux programmes de l’Agence nationale de la recherche (ANR, Les Suds), il mène actuellement des recherches sur les mobilités à Sikasso (Mali) et le franchissement de la frontière fédérale par les migrants de l’Afrique occidentale française (AOF).

Sandra Fagbohoun a soutenu en juin 2006 un doctorat d’anthropologie sur la construction des savoirs philosophiques en milieu traditionnel moose (Burkina Faso). Aujourd’hui chargée de mission au Centre international d’études pour le développement local (CIEDEL) à Lyon, elle poursuit son travail de recherche sur l’éducation morale et les revendications identitaires dans le contexte de la mondialisation.

Éric Huysecom est professeur au département d’anthropologie et écologie de l’Université de Genève et professeur associé au département d’histoire et d’archéologie de l’Université de Bamako. Il a cofondé la Mission archéologique et ethnoarchéologique suisse en Afrique de l’Ouest, qu’il dirige actuellement. Auteur de nombreuses publications sur l’archéologie africaine, il a également réalisé en 1995 un documentaire sur la fabrication du fer chez les Dogon du Mali : Inagina, l’ultime maison du fer.

John O. Igué, ancien professeur de géographie à l’Université nationale du Bénin est actuellement directeur scientifique du Laboratoire d’analyse régionale et d’expertise sociale (LARES) à Cotonou (Bénin).

Bogumil Jewsiewicki est titulaire de la chaire de recherche du Canada en histoire comparée de la mémoire et Professeur d’histoire à l’Université Laval au Québec. En 2006, il a reçu le Distinguished Africanist Reward de l’African Studies Association et le Distinguished Africanist Anthropologist Award de l’Association of Africanist Anthropologists, American Anthropological Association. Il est membre du Centre d’études africaines (EHESS/CNRS) et du comité de rédaction des Cahiers d’études africaines.

Adame Ba Konaré, ancienne première dame du Mali, est historienne, militante du Mouvement démocratique malien, présidente-fondatrice du Musée de la Femme Muso Kunda de Bamako et de la fondation humanitaire Partage. Elle a publié une dizaine d’ouvrages consacrés à son pays, parmi lesquels Quand l’ail se frotte à l’encens, (Présence Africaine, 2006), L’Os de la parole. Cosmologie du pouvoir (Présence Africaine, 2000) et le Dictionnaire des femmes célèbre du Mali (Éditions Jamana, 1993).

Doulaye Konaté, archéologue et historien, est ancien recteur de l’Université de Bamako. Il préside actuellement l’Association des historiens africains (AHA). Il a consacré différents travaux et études à l’urbanisation en Afrique de l’Ouest avant la colonisation, au patrimoine malien, archéologique notamment, aux questions identitaires de l’Afrique contemporaine à travers le thème de la mémoire, des mémoires et de leur relation à l’histoire et à l’identité nationale. Il vient de publier à ce sujet : Travail de mémoire et construction nationale au Mali (L’Harmattan, 2006).

Olivier Le Cour Grandmaison est enseignant en sciences politiques et philosophie politique à l’Université d’Evry-Val-d’Essonne. Il est notamment l’auteur de Faut-il avoir la haine ? (L’Harmattan, 2003) et Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l’État colonial (Fayard, 2005).

Kinvi Logossah est spécialiste de l’histoire ancienne, de l’anthropologie et de la sociologie des sociétés d’Afrique noire. Économiste, il est professeur des universités et directeur du département d’Économie de l’Université des Antilles et de la Guyane, campus de Schoelcher, Martinique.

Hassimi O. Maïga, ancien directeur régional de l’Éducation du Mali. Spécialiste de sciences de l’éducation, il travaille sur l’histoire de l’éducation, les curricula et les langues (anglais et soŋoy-senni). Aujourd’hui consultant en éducation, il poursuit une carrière universitaire nationale mais aussi internationale, surtout en Amérique du Nord, où il continue ses activités de recherche et d’enseignement.

Elikia M’Bokolo, ancien élève de l’École normale supérieure et agrégé d’histoire, est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il a publié de nombreux ouvrages sur l’histoire de l’Afrique, dont L’Afrique au XXe siècle : le continent convoité (Seuil, 1985), Au cœur de l’ethnie (dir. avec Jean-Loup Amselle, La Découverte, 1999) et Afrique noire : histoire et civilisation (2 vol., Hatier, 2008). Producteur de l’émission « Mémoire d’un continent » sur RFI, il est l’auteur d’Afrique : une histoire sonore, 1960-2000 (coffret de 7 CD avec Philippe Sainteny, Frémeaux, 2001).

Isidore Ndaywel è Nziem est historien, professeur titulaire à l’université de Kinshasa (RDC), membre correspondant de l’Académie royale des sciences d’outre-mer (ARSOM) en Belgique, chercheur associé au Centre des mondes africains (CEMAF) de l’université Paris I-Sorbonne et directeur honoraire à l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Jadis, professeur aux universités de Lubumbashi, de Brazzaville et de Québec, il a également été directeur d’études associé à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).Alioune Sall est docteur en sociologie. Il dirige l’Institut des Futurs Africains, basé à Pretoria en Afrique du Sud, qui apporte un appui technique aux pays et organisations africaines en matière de réflexion prospective. Auteur ou co-auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels Afrique 2025 : Quels futurs possibles pour l’Afrique au sud du Sahara ?, La compétitivité future des économies Africaines, il a été le co-rapporteur de la Première Conférence des intellectuels d’Afrique et de la diaspora organisée sous l’égide de la Commission de l’Union africaine sur le thème de l’intégration et de la renaissance africaine.

Kléna Sanogo, archéologue, est directeur général de l’Institut des sciences humaines de Bamako. Auteur de nombreuses publications sur l’archéologie malienne, il a également été directeur du musée national du Mali et président de l’Association ouest-africaine d’archéologie. Il travaille actuellement sur les tumuli pierriers de la zone sahélienne du Mali et participe au programme « Paléoenvironnement et peuplement humain en Afrique de l’Ouest » de la Mission archéologique et ethnoarchéologique suisse.

Djohar Sidhoum-Rahal poursuit un double cursus en philosophie et en droit. Elle est titulaire d’un DEA en philosophie, d’un master en droit pénal, d’un master bilingue en droit français-droit anglo-américain mention droit international de l’Université Paris X et prépare un master II en théorie du droit à Paris X/EHESS/ENS. Elle est par ailleurs co-auteure d’un album de rap, Identité en crescendo (Universal Jazz), et présidente de l’association Identités et mémoires algériennes (IEMA).

Sébastien Dossa Sotindjo, enseignant-chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi, Cotonou (Bénin), a soutenu une thèse de doctorat en histoire à l’Université Paris 7 en 1995. Il a publié plusieurs articles sur le thème « histoire et développement ».

Ibrahima Thioub est professeur à l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar (UCAD) dont il dirige le département d’histoire. Auteur de nombreuses publications sur l’histoire de l’enfermement pénal en Afrique, président de l’Association de recherche ouest-africaine et membre du bureau de l’Association des historiens africains (AHA), il est rédacteur de la revue Afrika Zamani publiée par l’AHA. Il a édité en 2007 l’ouvrage Patrimoine et sources historiques en Afrique (Université Cheikh-Anta-Diop, Union académique internationale).



NOTES:
[1] Cheikh Anta Diop est un savant sénégalais, qui aura dédié sa vie à la réhabilitation de l’histoire africaine. Après son décès brutal survenu en 1986, les autorités et intellectuels sénégalais décidèrent de donner son nom à l’université de Dakar.

[http://info.France3.fr/France/34916821-fr.php] .

[2] « L’homme africain et l’histoire », Le Monde, 27 juillet 2008.

[3] Dans le débat télévisé qu’il a accordé à la télévision le 24 avril 2008 à l’occasion de la fin de sa première année de mandature à la tête de la République, il proclame cette ambition, alors qu’à la date du 23 avril, les sondages le classent en dernière position (40 %) du classement des chefs d’État ayant le mieux représenté la France de son époque. Charles de Gaulle (88 %) vient en tête de peloton, suivi de François Mitterrand (74 %), Georges Pompidou (69 %), Jacques Chirac (66 %), Valéry Giscard D’Estaing (56 %) : sondage CSA publié dans Le Parisien du 24 avril 2008.

[4] Marx Gallo, Fier d’être français, Fayard, Paris, 2006

[5] Le livre qui a fait le plus de bruit est celui du journaliste Stephen Smith, Négrologie. Pourquoi l’Afrique meurt, Calmann-Lévy, Paris, 2003.

[6] Au moment même où nous bouclons cette introduction, nous avons pris connaissance de deux textes publiés par Philippe Laburthe-Tolra, le président de la Société des africanistes, dans Africanistes, (n° 2, janvier 2008, rubrique « Tribune libre ») L’un, intitulé « D’Alfred Sauvy au Mogho-Naba », est signé de Jean Poirier, Professeur honoraire à l’université de Nice, et l’autre d’André Savelli, Professeur agrégé au Val-de-Grâce. Si le premier s’enlise dans les « bienfaits de la colonisation » qu’il remet au goût du jour, le second est carrément une « Lettre ouverte à Monsieur Bouteflika, Président de la république algérienne » à qui il égrène les « bienfaits » de la colonisation. Leur contenu, en accointance avec le discours de Nicolas Sarkozy, a été jugé « contestable, voire méprisant pour les Africains » ; ils ont, de ce fait, suscité indignation et colère parmi les membres même de la Société des africanistes qui, dans une lettre ouverte, ont tenu à alerter leur milieu professionnel « sur les dangers d’une dérive idéologique ».

[7] En plus des articles d’Achille Mbembe, d’Ibrahima Thioub, de Catherine Coquery-Vidrovitch, de Boubacar Boris Diop ou de Jean-François Bayart, tous parus sur le Net (, ,
), vient d’être publié un ouvrage collectif sous la direction de l’ancien ministre sénégalais Makhily Gassama, intitulé L’Afrique répond à Sarkozy, Éditions Philippe Rey, Paris, 2008 ; suivi d’un second signé par Jean Pierre Chretien (dir.), L’Afrique de Sarkozy, un déni d’histoire, Karthala, Paris, 2008.

[8] Cité par Achille Mbembe, « L’Afrique de Nicolas Sarkozy », Africultures, rubrique « Histoire et colonie », « Sarkozy et l’histoire », , 1er août 2007, p. 2.

[9] Les idées majeures de ces historiens « positivistes » sont notamment exposées dans le manifeste rédigé par Gabriel Monod en 1876 pour lancer la Revue historique et dans maints manuels universitaires : voir entre autres Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos, Introduction aux études historiques, Hachette, Paris, 1898. Voir également, entre autres travaux de synthèse, Guy Bourdé et Hervé Martin, Les Écoles historiques, Seuil, Paris, 1997 [1983].

[10] Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos, Introduction aux études historiques, op. cit., p. 1.

[11] A. P. Newton, cité par J. D. Fage, « L’évolution de l’historiographie de l’Afrique », in Histoire générale de l’Afrique, Unesco, Paris, 1980, t. 1, p. 53.

[12] Voir entre autres Maurice Delafosse, Le Haut-Sénégal-Niger, 3 t., Maisonneuve & Larose, Paris, 1913. Ces thèses, il est vrai, ont été par ailleurs amplifiées par les chroniqueurs islamisés locaux, n’ayant eux-mêmes d’autre point de mire que l’Arabie ou le Yémen. Voir à ce propos, par exemple, les chroniques de Tombouctou, rédigées dans la deuxième moitié du xviie siècle, Tarikh el-Fettach de Kati et Tarikh es-Soudan de Saadi (Maisonneuve & Larose, Paris, 1913).

[13] Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou le métier d’historien, A Colin, Paris, 1941 [réed.1964].

[14] Cette phrase aurait été prononcée pour la première fois par A. H. Ba à la Conférence générale de l’Unesco le 18 novembre 1960 sous la formulation : « En Afrique, quand un vieillard traditionaliste meurt, c’est une bibliothèque inexploitée qui brûle. » Reprise à d’autres occasions par l’auteur, sa formulation aura été altérée au fil du temps, mais le fond reste le même. Nous avons retenu l’énoncé le plus usité.

[15] Jan Vansina, De la tradition orale : essai de méthode, Mémoire n° 36 du Musée royal d’Afrique centrale, Tervuren, 1961 ; on en trouve un très bon résumé dans l’Histoire générale de l’Afrique sous le titre : « La tradition orale et sa méthodologie », ch. 7, p. 167-190.

[16] Voir notamment Joseph ki-zerbo, « Introduction générale », in Histoire Générale de l’Afrique, t. I, Méthodologie et préhistoires africaine, Unesco/NEA, 1995 [1980] ; p. 27 et suiv. Voir également son célèbre ouvrage, Histoire de l’Afrique noire : d’hier à demain, Hatier, Paris, 1972, p. 12.

[17] Voir Yves Coppens, « L’Afrique : berceau de l’humanité », in Les Rendez-vous de l’Histoire, Blois, 2003, Éditions Pleins Feux, Nantes, 2004, p. 29 et suiv.

[18] Devenu Institut fondamental d’Afrique noire avec l’indépendance (1960), puis Institut fondamental Cheikh Anta Diop après la mort du savant.

[19] Voir la bibliographie générale commentée à la fin de ce livre.

[20] Voir entre autres écrits : Nations nègres et culture, Présence Africaine, Paris, 1955, et L’Afrique noire précoloniale, Présence africaine, Paris, 1960.

[21] Voir aussi Ibrahima Baba Kaké, Combats pour l’histoire africaine, Présence africaine, Paris, 1982, et la collection qu’il initia dans les années 1970-1980 aux Nouvelles Éditions africaines (NEA), « Grandes figures de l’histoire africaine ».

[22] Histoire générale de l’Afrique, 8. vol., Unesco/NEA, Paris, 1980, 1984, 1986, 1989, 1995 ; éd. abrégée : Unesco, Edicef, Présence africaine, Paris, 1998.

[23] Citons, à titre d’exemple, dès 1961, le livre du Hongrois André Sik, Histoire de l’Afrique noire, Akad. Kiado, Budapest, 1961.

[24] Jacques Godfrain, L’Afrique, notre avenir, Michel Lafon, Paris, 1998.

[25] Voir ces témoignages contemporains dans Ibn Fad Allah al-Omari, Massalik el-Absar fi mamalik el Amsar, 1336-1338, L’Afrique moins l’Égypte (trad. et annot. M. Gaudefroy-Demombynes), Geuthner, Paris, 1927.

[26] Voir les chroniques de Tombouctou, Tarikh el-Fettach et Tarikh es-Soudan, op. cit.

[27] Histoire Générale de l’Afrique, op. cit.

[28] Cité par Guy Bourdé et Hervé Martin, Les Écoles historiques, Seuil, Paris, 1997 [1983], p. 205.

[29] C.-R. Jouve, Leçons d’histoire et de civilisation. Cours élémentaire des écoles indigènes et cours préparatoires des écoles françaises de l’Algérie et de l’Orient, Belin, Paris, 1893. Voir aussi G. Bourdé et H. Martin, Les Écoles historiques, op. cit.

[30] Sur l’enseignement dans les colonies françaises, voir Denise Bouche, L’Enseignement dans les territoires français de l’Afrique occidentale de 1871 à 1920 : mission civilisatrice ou formation d’une élite ?, t. II, H. Champion, Paris, 1975.

[31] Georges Hardy, Une conquête morale : l’enseignement en AOF, Armand Colin, Paris, 1917, p. 240.

[32] Après la conférence de Berlin, en 1885, les puissances coloniales s’étaient partagé l’Afrique dans le mépris souverain des entités sociales et linguistiques.

[33] Le détournement des cultures vivrières vers les cultures de rente sera renforcé un siècle plus tard par les politiques d’ajustement structurel des institutions internationales, Banque mondiale et Fonds monétaire international (FMI). En effet, à partir des années 1980, ces institutions encouragèrent les chefs d’État africains à s’orienter vers les cultures d’exportation pour rembourser leurs dettes.

[34] Félix Éboué, d’origine antillaise, fut nommé le 25 août 1940 gouverneur du Tchad, que de Gaulle décrivait comme « le plus solitaire, le plus dur, le plus exposé de nos territoires de l’Afrique noire ».

[35] Discours et Messages du général de Gaulle, t. II, Dans l’attente, 1946-1958, Plon, Paris, 1970, p. 576 à 580.

[36] Marc Ferro, Le Ressentiment dans l’histoire. Comprendre notre temps, Odile Jacob, Paris, 2007, p. 201.

[37] On a eu un exemple édifiant de cette posture avec le griot traditionniste malinké, Wa Kamissoko, qui a donné une version complètement renouvelée sur les débuts de l’histoire de l’empire du Mali lors des colloques organisés par la Fondation SCOA (Société commerciale de l’Ouest africain pour la recherche scientifique en Afrique noire) en 1974 et 1975 à Bamako. Il considérait que le moment était favorable à une telle révolution.

[38] Pierre Boilley (historien, Université Paris 1, France), Tayeb Chenntouf (historien, Université d’Oran, Algérie), Catherine Coquery-Vidrovitch (historienne, Université Paris 7, France), Pierrette Herzberger-Fofana (Professeur de lettres, Université d’Erlangen-Nuremberg, Allemagne), Adame Ba Konaré (historienne, Mali), Doulaye Konaté (historien, Université de Bamako, Mali), Kinvi Logossah (historien, Université des Antilles et de la Guyane, Martinique, France), Achille Mbembe (historien et philosophe, Wiser Institute, Johannesburg, Afrique du Sud), Elikia M’Bokolo (historien, EHESS, France, RDC), Vittorio Morabito (historien, Université de Catane, Italie), Isidore Ndaywel è Nziem (historien, Université Paris 1, France, Université de Kinshasa, RDC), Adebayo Olukoshi (historien et secrétaire exécutif du Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique [Codesria], historien, Nigeria), Sylvia Serbin (journaliste et historienne, France), Ibrahima Thioub (historien, Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, Sénégal).

[39] F. Lantheaume, « L’Enseignement de l’histoire de la colonisation de l’Algérie depuis les années 30 : États-nation, identités nationales, critique des valeurs. Essai de sociologie du curriculum », thèse de l’EHESS, Paris, 2002.

[40] « Les manuels scolaires », in Apprendre et enseigner la guerre d’Algérie et le Maghreb contemporain, CRDP, Versailles, 2002, p. 180.

[41] M. T. Maschino, « La décolonisation telle qu’on l’enseigne », Le Monde diplomatique, février 2001.

[42] Cette dénomination correspond à l’usage français, alors qu’en Algérie d’autres appellations sont utilisées dans le discours politique, les médias et la recherche. J’ai utilisé dés les années 1990 le terme de « guerre d’indépendance ».

[43] 27 février 1992. Aucune enquête systématique n’a été faite au Maghreb sur les résultats de l’enseignement de l’histoire et sa réception par les jeunes. La presse publie néanmoins des opinions de professeurs, de parents d’élèves et des lycéens. Algérie-Actualité, un hebdomadaire qui a aujourd’hui disparu, a réalisé une enquête non systématique qui a été publiée (n° 1098, 30 octobre 1986).

[44] Voir « Guerre d’Algérie : la mémoire apaisée », loc. cit., et les Actes du colloque « La guerre d’Algérie dans l’enseignement en France et en Algérie », IMA-CNDP, Paris 1993.

[45] La réforme est appliquée en Tunisie en 1991 ; Le Maroc et l’Algérie sont engagés dans l’élaboration de nouveaux programmes et manuels.

[46] Maison d’édition marocaine, Casablanca, 2003.

[47] Driss Abassi, « Le traitement de la période coloniale dans les manuels scolaires tunisiens de 1980 à 1998 : entre histoire et mémoire », Annuaire de l’Afrique du Nord, t. XL, 2002.

[48] T. Chenntouf, « La naissance d’une discipline scolaire. L’histoire en Algérie », in C. Kosher-Spohn et F. Rengen, Trauma Algerienkrieg, Campus Verlag, Francfort, 2006.

[49] J. Marseille, Empire colonial et capitalisme français. Histoire d’un divorce, Albin Michel, Paris, 1984.

[50] D. Lefeuvre, Chère Algérie. Comptes et mécomptes de la tutelle coloniale (1830-1962), Flammarion, Paris, 2005 [1997].

[51] Journal officiel de la République française, 24 février 2005.

[52] Un groupe d’enseignants et d’historiens lancent le 25 mars dans le journal Le Monde une pétition intitulée : « Colonisation : non à l’enseignement d’une histoire officielle. »

[53] Jeune Afrique/L’Intelligent, n° 2319, 19-25 juin 2005 ; Le Monde, 1er juillet 2005.

[54] S. Berger, Notre première mondialisation, Seuil, Paris 2003.

[55] I. Wallerstein (dir.), Social Change : the Colonial Situation, J. Wiley and Sons, New-York, 1966.

[56] A. Laroui, Les Origines sociales et culturelles du nationalisme marocain, Maspero, Paris, 1977 [rééd. 1993].

[57] P. Bourdieu (avec A. Darbel, J.-P. Rivet, C. Seibel), Travail et travailleurs en Algérie, Mouton, Paris-La Haye, 1963.

[58] T. Chenntouf, Le Maghreb au présent, Office des publications universitaires, Alger, 2003 (notamment le chapitre consacré au Maghreb postcolonial).

[59] F. Fanon, Les Damnés de la terre, La Découverte, Paris, 2004 [1961].

[60] A. Memmi, Portrait du colonisé, précédé de Portrait du Colonisateur, Gallimard, Paris, 2002 [1954].

[61] M. Lacheraf, L’Algérie, nation et société, Maspero, Paris, 1962.

[62] M. Ferro, Histoire des colonisations. Des conquêtes aux indépendances, Hachette, Seuil, 2001.

[63] M. FERRO, LE LIVRE NOIR DU COLONIALISME, HACHETTE, « PLURIEL », 2004 [2003].

[64] Ibid.

[65] Sur ces évolutions sémantiques, se reporter à G. Perville, De l’empire français à la décolonisation, Hachette, Paris, 1993.

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Par ailleurs sur TERRA

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Pour approfondir sur ce sujet, vous trouverez sur TERRA :
- Programme de recherche :
ASILES
- Programme de recherche :
TRANSGUERRES
- Axe de travail :
Exils, entre Europe, Méditerranée et Afrique
- TERRA-Editions :
Le rapatriement des réfugiés angolaisparcours d’exil des réfugiés mauritaniens au SénégalL’accueil étatisé des demandeurs d’asileDiscours journalistiques sur les exilés africains en transit au MarocVictimes coupables : bloquer l’AfriqueDiscours d’ONG sur les exilés africains en transit au MarocLe front du désertGénération née dans les camps de réfugiés Sahraouisaide au développement et les enjeux migratoiresUne prison qui ne dit pas son nomLe drame de la place Mustapha MahmoudLe HCR au Maroc
- Livres choisis :
Communautés d’itinérance et savoir-circuler des transmigrant-e-s au MaghrebLe retour des camps ?Migrants forcés éthiopiens et érythréens en Égypte et au SoudanUne marche une libertéMigrations internationales, Chaînon manquant de la mondialisationLa Nuit RwandaiseLes chemins de l’exilChroniques Egyptiennes 2006

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Appel du réseau TERRA

Identité nationale et immigration :
inversons la problématique !

Donnez lui force, signez cet appel et faites le signer !
Publiez le à la Une de votre site, diffusez le sur vos listes de discussion…
En ligne :
http://terra.rezo.net/article602.html

puce_bleu-clair_separation dans NICOLAS SARKOZY
Dernière modification le 29 octobre 2008 à 11h13

A lire dans la même rubrique :

Jérôme Valluy,

Rejet des exilés


 

Rejet_des_exiles1-2 Jérôme VALLUY, Rejet des exilés – Le grand retournement du droit de l’asile . Editions Du Croquant, 20 janvier 2009 .

Parution : 20 janvier 2009 – Éditeur : Du Croquant – - Pages : 320 – Format : 14 x 20,5 cm – ISBN : 978-2-9149-6851-5 – Prix : 22 €

A lire sur TERRA : résumé, sommaire, remerciements, présentation détaillée, table des matières


 

Présentation de J.Valluy, Rejet des exilés

Rejet_des_exiles1-2 Jérôme VALLUY, Rejet des exilés – Le grand retournement du droit de l’asile . Editions Du Croquant, 20 janvier 2009 .

Parution : 20 janvier 2009 – Éditeur : Du Croquant – - Pages : 320 – Format : 14 x 20,5 cm – ISBN : 978-2-9149-6851-5 – Prix : 22 €

A lire sur TERRA : résumé, sommaire, remerciements, présentation détaillée, table des matières

Auteur

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DSC_0021bisJérôme Valluy enseigne la science politique à l’Université Panthéon-Sorbonne (Paris 1). Il a été juge à la Commission des Recours des Réfugiés de février 2001 à juillet 2004. Il co-anime le réseau scientifique TERRA (Travaux, Etudes, Recherches sur les Réfugiés et l’Asile). Ses recherches portent sur les politiques et les mobilisations relatives aux exilés en France, en Europe et en Afrique.

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L’ouvrage sera en librairies à partir du 20 janvier 2009. Pour inviter dès maintenant l’auteur à présenter cet ouvrage en conférences publiques, rencontres en librairie, tables rondes …, de janvier à juin 2009 :
- Email :
jerome.valluy@univ-paris1.fr
- Adresse postale : Université Panthéon-Sorbonne (Paris 1), UFR Science politique, 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris

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Résumé

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Rejet_des_exiles4

Le droit d’asile contemporain, en partie issu de la déroute morale des démocraties face au besoin de protection des Juifs, dès les années 1930, est énoncé dans les articles 13 et 14 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. L’histoire comme l’actualité montrent combien ces articles sont à la fois précieux pour le genre humain et faciles à bafouer : il suffit d’empêcher l’accès aux territoires refuges et/ou de rejeter massivement les demandes d’asile de ceux qui parviennent à passer. C’est ce qui arrive en Europe où les taux de rejet ont été progressivement augmentés jusqu’au voisinage actuel des 100% et où les politiques de camps ainsi que la militarisation des frontières visent à bloquer l’accès aux pays refuges.

Naguères, les réfugiés étaient perçus comme des victimes objets de compassion, aujourd’hui ils sont traités comme des coupables et enfermés dans des camps. S’agit-il d’une réponse à un envahissement migratoire ? D’une réaction inéluctable à la crise économique ? De l’effet d’une xénophobie populaire exacerbée ?

En s’appuyant sur son expérience de juge de la demande d’asile pour analyser les procédures et cinq années d’étude des politiques de répression des migrations en France et en Europe, l’auteur écarte ces interprétations pour soutenir la thèse d’une transformation de nos cultures politiques sous l’effet d’une xénophobie de gouvernement qui stigmatise l’étranger comme problème, risque ou menace. Ce phénomène entraîne le grand retournement du droit de l’asile qui bien loin de protéger les exilés participe aujourd’hui à leur discrédit et sert à justifier leur enfermement dans des camps aux frontières de l’Europe.

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Sommaire

Remerciements

Introduction

I

Chapitre 1 – Le jugement technocratique de l’exil

  1. Se faire juge
  2. Des dossiers et des séances
  3. La fiction juridique de l’asile
  4. Juger l’exil en situation d’ignorance

Chapitre 2 – Une idéologie du droit d’asile

  1. L’invention du droit d’asile dérogatoire

  2. Expansion sociale d’une doctrine, marginalisation de l’autre

  3. La part d’aveuglement : exemple des femmes persécutées

II

Chapitre 3 – Xénophobie(s) et retournement de l’asile

  1. Genèse technocratique du problème migratoire (France)

  2. Le tournant national-sécuritaire en Europe

  3. La spirale du rejet des demandes d’asile

Chapitre 4 – Enrôlements et clivages associatifs

  1. L’intériorisation des perceptions étatiques

  2. La professionnalisation des associations

  3. L’affaiblissement des soutiens aux exilés

  4. A quoi servent les CADA ?

III

Chapitre 5 – L’externalisation de l’asile hors d’Europe

  1. Genèse de la politique européenne d’externalisation de l’asile

  1. Au Marches de l’Empire du rejet : des camps d’exilés

Chapitre 6 – L’échec paradoxal du HCR

  1. Finances et gouvernance européennes du HCR

  2. Le rôle du HCR dans la genèse de l’externalisation de l’asile

  3. HCR et associations au Maroc

Conclusion

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Remerciements

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Le présent ouvrage est le produit de cinq années de recherches réalisées dans le cadre de mon travail d’enseignant-chercheur à l’Université Panthéon-Sorbonne (Paris 1), au Centre de Recherches Politiques de la Sorbonne (UMR CNRS-Paris 1, dirigé par Daniel Gaxie puis par Isabelle Sommier) ainsi qu’au Centre d’Etudes Africaines (UMR CNRS-EHESS dirigé par Michel Agier) et dans le cadre du réseau scientifique TERRA avec le soutien des programmes de recherche ASILES (ACI-TTT Dir. M. Agier), FRONTIERES (ANR Pgr « blancs » Dir. D. Fassin) et TRANSGUERRES (ANR Pgr « blancs » Dir. R. Bazenguissa). Je tiens à remercier ces personnes et collectifs ainsi que les étudiants de Master et de Doctorat avec qui j’ai enseigné et discuté à fois les méthodes et les données de cette recherche.

Le réseau scientifique TERRA a constitué pour moi un cadre de travail quotidien depuis sa création en 2003 avec les collègues et amis du Groupe de Pilotage ainsi que tous ceux qui ont participé aux Rencontres TERRA, à l’animation des listes de diffusion [TERRA-Quotidien] et [TERRA-Infos] ainsi qu’aux publications du site web (http://www.reseau-terra.eu) et spécialement Marc Bernardot dont l’amical soutien et partenariat a permis de créer la revue en ligne Asylon(s) et la Collection TERRA aux Editions du Croquant.

Je tiens à remercier la revue Cultures et Conflits, notamment Didier Bigo, Rédacteur en chef de la revue, mais aussi toute l’équipe de la revue pour la réalisation et la pérennité de ce qui est aujourd’hui, à mon avis, la meilleure revue française de science politique ainsi que la revue la plus intéressante sur mon domaine de spécialité.

Je voudrais remercier les nombreuses personnes, parents, amis, collègues, étudiants avec qui j’ai pu discuter de mes travaux, ou qui ont relu certains de mes textes préparatoires, favorisé leur mise en discussion ou aidé à les améliorer : Michel Agier, Jean-Pierre Alaux, Mehdi Alioua, Mohammed Amarti, Remy Bazenguissa, Jean-Michel Belorgey, Ali Bensaad, Marc Bernardot, Mathieu Bietlot, Didier Bigo, Alain Brossat, Annie Collovald, Anne Castagnos, Lucile Daumas, Antoine Decourcelle, Delphine Dulong, Jean-Paul Dzokou-Newo, Didier Fassin, Jane Freedman, Simone Fluhr, Claude Gautier, Daniel Gaxie, Elie Goldschmidt, Catherine Goussef, Smaïn Laacher, Mehdi Lahlou, Benoit Larbiou, Sylvain Laurens, Mohamed Legssyer, Luc Legoux, Joseph Lépine, Olivier Le Cour Grandmaison, Michaelis Lianos, Lilian Mathieu, Pierre Monforte, Alain Morice, Gérard Noiriel, Placide Nzeza, Michel Perraldi, Sylvie Perrin, André Picharles, André Réa, Claire Rodier, Isabelle Saint-Saëns, Marie Ange Schwartz, Maryse Tripier, Alexandre Tande, Clément Valluy, Chloé Anne Vlassopoulou, Bernard Van Damme.

L’ensemble du travail dont est issu cet ouvrage a été présenté en soutenance pour l’Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) à l’Université de Strasbourg le 12 mai 2008, sous la direction de Vincent Dubois*, devant un jury composé en outre de Didier Bigo, Annie Collovald, Claude Gautier, Niilo Kauppi et Salvatore Palidda. Leurs remarques m’ont été très utiles pour préparer ce livre.

Enfin, avec une pensée pour Falatados, à Tinos, où a été rédigé la plupart des chapitres de cet ouvrage, je remercie affectueusement enfin ma femme Chloé Anne Vlassopoulou et mes enfants, Cybèle (8 ans) et Hector (6 ans), d’avoir supporté de me voir « scotché », comme disent les deux petits, un peu trop souvent et trop longtemps devant l’ordinateur durant les soirées, les week-end et surtout les étés, confirmant ainsi ce qu’avait remarqué Charles Wright Mills : la recherche en sciences sociales n’est pas seulement un métier, c’est un mode de vie.

* Pour des raisons de mise en page les remerciements ont du être réduits dans le livre par suppression notamment du paragraphe relatif à la soutenance d’HDR. Les noms des membres du jury ont été déplacés vers le paragraphe précédent… mais, au cours de cette opération, celui de Vincent Dubois a été malencontreusement oublié. Je tiens à m’en excuser et à le remercier pour son aide plusieurs fois décisive dans les progrès de ce travail – J.Valluy.

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Présentation détaillée

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Cet ouvrage analyse l’évolution du droit d’asile contemporain depuis la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme en 1948 et l’adoption de la Convention de Genève sur les Réfugiés en 1951. Durant le demi siècle qui a suivi, les procédures mises en place après la guerre pour protéger les exilés ont tendanciellement abouti à en rejeter une proportion croissante pour arriver au début du 21ème siècle à des taux de rejets des demandes d’asile proches des 100% dans presque tous les pays d’Europe. Au terme de cette élévation tendancielle et historique des taux de rejets, le droit de l’asile a surtout pour effet de stigmatiser les exilés comme « faux réfugiés » et entraîne leur discrédit auprès des sociétés susceptibles de les accueillir. Il sert également, dans la politique européenne, à amener les pays limitrophes de l’Union Européenne, à rejeter précocement les demandes d’asile et à retenir ainsi ceux qui voudraient trouver refuge en Europe. De ces deux points de vue, il est devenu une source de menaces, symboliques et juridiques, contre les exilés plutôt qu’une source de protection internationale.

L’auteur s’interroge sur les causes de ce grand retournement : Pourquoi passe-t-on en quelques décennies de la situation où les exilés étaient perçus comme des victimes, objets de compassion, à celle de coupables à chasser et à enfermer dans des camps ? S’agit-il d’une réponse à un envahissement migratoire ? D’une réaction inéluctable à la crise économique ? De l’effet d’une xénophobie populaire exacerbée ?

En s’appuyant sur un expérience de juge associée à des recherches de science politique, il écarte ces interprétations pour soutenir la thèse d’une transformation de nos cultures politiques sous l’effet d’une xénophobie de gouvernement qui stigmatise l’étranger comme problème, risque ou menace.

La thèse est en effet soutenue par une connaissance directe de la procédure d’asile en France : l’auteur a été juge de la demande d’asile pendant trois ans, de février 2001 à juillet 2004, en tant que représentant du Haut Commissaire aux Réfugiés de l’ONU, au sein de la Commission des Recours des Réfugiés (devenue aujourd’hui « Cour Nationale du Droit d’Asile »). Il publie dans cet ouvrage le premier témoignage en France d’un juge de cette institution tout en mobilisant ses compétences de chercheur en science politique. Il examine avec un regard lucide et sans concessions la pratique d’examen des demandes d’asile tant par cette juridiction que par les autres instances administratives nationales et internationales. A la lumière de cette expérience, il explique comment s’est imposé historiquement une conception restrictive du droit d’asile qui font des taux de rejet actuels moins le reflet de ce que sont les exilés que des changements intervenus au sein des institutions spécialisées dans leur accueil.

Son étude se fonde également sur cinq années de recherches qui permettent de replacer ce grand retournement du droit de l’asile dans un dynamique historique plus vaste, depuis les décolonisations, entraînant la fermeture des frontières et la radicalisation des politiques antimigratoires. La recherche a porté à la fois sur les politiques françaises et sur les politiques européennes ainsi que sur leur convergence récente dans une perspective de fermeture de l’Europe notamment vis-à-vis de l’Afrique. L’ouvrage fait apparaître une transformation des rapports de forces politiques, dans le sens d’un renforcement des idées nationalistes et sécuritaires ainsi qu’un affaiblissement simultané des idéaux humanistes au sein des élites européennes. Double mouvement qui construit ce que l’auteur nomme une « xénophobie de gouvernement », désignant par là non pas une caractéristique psychologique propre à certains segments de la population mais une tendance sociologique et historique de stigmatisation des étrangers comme problème, menace ou risque, par les politiques publiques, les règlementations, les rapports administratifs et les discours ministériels. Le retournement du droit d’asile contre les exilés est tiré par ce phénomène historique qui est apparu récemment aux yeux d’un grand nombre de français à l’occasion de la création du première ministère de l’identité nationale et de l’immigration de l’histoire des institutions en France.

Enfin l’auteur présente l’un des développement les plus actuels de ces tendances : la transformation des institutions et des politiques dans le champ des relations internationales entre l’Europe et l’Afrique. En se fondant sur une documentation abondante et plusieurs centaines d’entretiens tant en France qu’au Maroc, il analyse la genèse d’une Europe de la lutte antimigratoire qui s’exprime d’abord dans des politiques dites « d’externalisation de l’asile » vers le Maghreb puis dans une militarisation des frontières communes de l’Union Européenne produisant un enfermement de l’Afrique sur elle-même. L’utilisation de la référence au droit d’asile dans la construction de ce nouveau « rideau de fer » entre les deux continents atteste finalement d’un échec historique du droit d’asile crée après la seconde guerre mondiale et des institutions – notamment le Haut Commissariat aux Réfugiés – prévues pour garantir sa mise en œuvre.

L’ouvrage paraîtra en janvier 2009, au moment du bilan d’une présidence française de l’Union Européenne marquée notamment par la création et les initiatives du nouveau ministère de l’identité nationale. Il devraient intéresser un grand nombre de français aujourd’hui conscients de ces évolutions historiques et de la remontée dans les systèmes politiques européens de diverses formes de nationalismes, de xénophobies et de discriminations que l’Europe a déjà connu à la fin du 19ème siècle et entre les deux guerres.

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Table des matières

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Remerciements

Introduction
Le grand retournement de l’asile… en questions
La réponse à un envahissement migratoire ?
Un contre coup de la crise économique ?
Le reflet d’une xénophobie populaire ?
L’hypothèse d’une xénophobie de gouvernement
Effet involontaire ou orientation politique ?

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I

Le plan de l’ouvrage reflète pour une part le déroulement de ces cinq années de recherche tout en ménageant une progression dans la présentation des connaissances apportées au lecteur : le premier chapitre, partiellement autobiographique, rend compte de ma propre expérience de juge à la Commission des Recours des Réfugiés (aujourd’hui rebaptisée Cour Nationale du Droit d’Asile). Il faut en effet prendre connaissance des modalités concrètes du jugement de l’asile pour en comprendre l’extrême malléabilité idéologique et saisir l’importance de l’embranchement doctrinal originel du droit de l’asile contemporain tel qu’il s’impose à partir de 1951 à travers la Convention de Genève sur les Réfugiés. Cet embranchement est présenté dans un chapitre deuxième qui pourrait néanmoins être lu avant le précédent puisqu’il décrit le contexte idéologique et institutionnel dans lequel prennent place aujourd’hui les acteurs du jugement technocratique de l’asile.

Chapitre 1 – Le jugement technocratique de l’exil

1. Se faire juge
- 1.1 Le recrutement
- 1.2 L’initiation
- 1.3 La socialisation

2. Des dossiers et des séances
- 2.1 Les dossiers de demandes d’asile
- 2.2 Audiences publiques et délibérés

3. La fiction juridique de l’asile
- 3.1 La vacuité du droit conventionnel
- 3.2 L’illusion d’une jurisprudence
- 3.3 Une vaine procédure d’examen

4. Juger l’exil en situation d’ignorance
- 4.1 Un jugement des apparences
- 4.2 Subjectif réfugié et illusions d’objectivité

Chapitre 2 – Une idéologie du droit d’asile

1. L’invention du droit d’asile dérogatoire
- 1.1 Emergence récente du droit d’asile moderne
- 1.2 Liberté de circulation, droit d’asile, droit de l’asile
- 1.3 Droit d’asile axiologique ou droit d’asile dérogatoire ?

2. Expansion sociale d’une doctrine, marginalisation de l’autre
- 2.1 Croissance du HCR et de sa doctrine
- 2.2 Création des institutions nationales
- 2.3 Professionnalisations associatives

3. La part d’aveuglement : exemple des femmes persécutées
- 3.1 Ce que sont les persécutions genrées des femmes
- 3.2 La méconnaissance de ces « réfugiées » dans l’asile dérogatoire

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II

Le troisième chapitre replace l’évolution du droit de l’asile dans un courant plus vaste de l’histoire, celui des politiques migratoires et d’un développement récent de la culture politique européenne à l’égard des étrangers : le tournant national-sécuritaire. En connaissant les prédispositions de l’idéologie actuelle du droit de l’asile et la malléabilité du jugement technocratique de l’asile, on comprend mieux que ce tournant national-sécuritaire ait pu entraîner cette spirale du rejet qui caractérise l’évolution du traitement des demandes d’asile depuis un demi-siècle. Le quatrième chapitre prolonge le précédent en étudiant la même tournant historique mais en le considérant sous l’angle des forces de résistances et de soutien aux exilés et en montrant comment elles s’affaiblissent au fur et à mesure d’une professionnalisation associative qui amène une partie des militants à intérioriser les perceptions étatiques et à accompagner le mouvement de l’histoire.

Chapitre 3 – Xénophobie(s) et retournement de l’asile

1. L’impulsion (post)coloniale et technocratique (France)
- 1.1 Décolonisation et fermeture des frontières
- 1.2 Le décolonisé immigrant comme problème
- 1.3 L’inflation des taux de rejet des demandes d’asile (1973-1983)

2. Le tournant national-sécuritaire en Europe
- 2.1 Trois coalitions idéologiques en concurrence
- 2.2 L’hégémonie national-sécuritaire en construction
- 2.3 L’effondrement des soutiens aux exilés
- 2.4 L’utilitarisme comme alternative ? L’étranger utile sous contrôle

3. La spirale du rejet des demandes d’asile
- 3.1 Les usages politiques des taux de rejet
- 3.2 La radicalisation des rhétoriques de rejet
- 3.3 L’élévation tendancielle des taux de rejet

Chapitre 4 – Enrôlements et clivages associatifs

1. L’intériorisation des perceptions étatiques
- 1.1 L’admission en CADA : (pré)juger de la demande d’asile
- 2.2 Le conseil juridique en CADA : penser comme les juges pour aider les exilés
- 2.3 La « sortie de CADA » : justifier le jugement pour pouvoir le tolérer

2. La professionnalisation des associations
- 2.1 Interdiction de travailler pour les demandeurs d’asile
- 2.2 Professionnalisation de l’action associative
- 2.3 Une « technostructure » associative

3. L’affaiblissement des soutiens aux exilés
- 3.1 Division entre défense du droit d’asile et défense des sans papiers
- 3.2 Clivage et neutralisation de la Coordination Française du Droit d’Asile (CFDA)

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III

Les deux derniers chapitres étendent le domaine d’observation du rejet des exilés à l’espace international. Le chapitre cinq traite de la politique européenne, relativement récente, qui reflète, une évolution d’ensemble des pays européens, une convergence européenne, dans un sens national-sécuritaire. La politique européenne dite « d’externalisation de l’asile » a ainsi conduit à une prolifération des camps d’étrangers sur les frontières commune de l’union et dans les pays limitrophes. Le chapitre six étudie le rôle d’un acteur central de cette politique mais également l’acteur historique du droit de l’asile contemporain tant en Europe que dans le reste du monde : le Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU (HCR) participe à l’externalisation de l’asile dont l’expérimentation au Maroc montre que des acteurs de solidarité peuvent jouer un rôle dans la mise en oeuvre de politiques répressives aux finalités diamétralement inverses à celles que ces acteurs entendent poursuivre.

Chapitre 5 – L’externalisation de l’asile hors d’Europe

1. Genèse de la politique européenne d’externalisation de l’asile
- 1.1 Gestation technocratique : le temps des fonctionnaires (sept. 2002 – juillet 2003)
- 1.2 Communication politique : le temps des ministres (janv. 2004- nov. 2004)

2. Au Marches de l’Empire du rejet : des camps d’exilés
- 2.1 La Libye
- 2.2 L’algérie
- 2.3 Le Maroc

Chapitre 6 – L’échec paradoxal du HCR

1. Finances et gouvernance européennes du HCR

2. Le rôle du HCR dans la genèse de l’externalisation de l’asile

3. HCR et associations au Maroc
- 3.1 – Files d’attente à Rabat, décisions à Genève (2005)
- 3.2 – Un nouveau clivage : asile externalisé ou droits fondamentaux ?
- 3.4 – A l’épreuve des rafles : aide d’urgence et focalisation politique

Conclusion

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Comment vont les entreprises françaises en Afrique ? L’Afrique reste très rentable pour les entrepreneurs

Posté par issopha le 8 février 2009

Comment vont les entreprises françaises en Afrique ?

L’Afrique reste très rentable pour les entrepreneurs

International Magazine – Linternationalmagazine.com – Emmanuel Tixier , publié le 23/04/2008

L'Afrique reste très rentable pour les entrepreneurs
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Pour son 19ème rapport, le Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN) souligne la richesse indiscutable du continent le plus pauvre au monde et l’opportunité d’y investir. Malgré des zones d’ombres persistantes, à commencer par la corruption…

Un continent qui séduit malgré ses « vieux démons »

36 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) en 2006… Jamais on n’avait autant misé sur le continent le plus pauvre du monde ! En 2004, le montant des IDE en Afrique était moitié moins élevé.

La preuve que l’attrait pour le Continent noir se confirme et s’accélère ces dernières années. La raison ? L’intérêt pour les richesses naturelles généreuses du continent s’est considérablement accru, et le climat économico-politique s’y améliore.

Les chiffres (2007) de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) inaugurent le rapport 2008 du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN) sur un air étonnamment positif. Mais ne pas s’y tromper : en réalité, pour sa 19ème édition, le document du CIAN, publié par Le Moci, se veut « sévère, mais juste ». Car après les bonnes nouvelles – un taux de croissance continental à 5,7 % en 2006 (soit plus du double de la croissance de la zone euro, à 2,7 %) et des Etats, notamment pétroliers, qui n’ont jamais été aussi riches – vient le temps de la nuance et de la leçon : l’Afrique va mieux, mais elle pourrait aller davantage si le climat des affaires s’y normalisait sérieusement. Si les chiffres de la Cnuced sont positifs, tous ces indicateurs « sont valables à un instant T », précise l’organisation patronale.

La particularité du rapport du CIAN est surtout de refléter le sentiment des entrepreneurs français installés sur le Continent, et de laisser présager de leur confiance, ou pas, dans la pérennité de leurs affaires. Or cette année, le baromètre CIAN, auquel ont participé près de 400 entrepreneurs affiliés, révèle « une image très moyenne et souvent médiocre de l’environnement qui accompagne les affaires en Afrique ». « L’osmose du développement n’est possible qu’avec un secteur privé dynamique et un Etat fort qui fait respecter le droit », souligne Anthony Bouthelier, vice-président du CIAN.

Ce sont donc les Etats « prédateurs » qui sont visés par le rapport. La carte des contrôles fiscaux, réalisée à partir des appréciations faites sur place par les entreprises, définie trois zones : le Maghreb et l’Afrique australe, où les contrôles fiscaux sont effectués sans « problème majeur » ; et entre ces deux régions, une zone où le fisc fait du zèle, voire agit de façon « complètement démentielle », à raison parfois de trois à quatre contrôles dans la même année, indique la carte. Des pays comme le Cameroun, le Mali, la Côte-d’Ivoire, la République centrafricaine ou encore la République démocratique du Congo (RDC) sont ainsi épinglés pour leur tendance au « harcèlement fiscal ».

Une Afrique toujours très plurielle

Outre les abus commis par ces autorités, se cache encore et toujours la corruption. « Finalement, le « harcèlement fiscal » est le résultat pernicieux des règles anti-corruption, qui sont de plus en plus strictes », analyse Stephen Decam, secrétaire général du CIAN. Afin de compenser leur manque à gagner, certaines administrations se montreraient plus subtiles dans l’exercice de leurs prérogatives de contrôle fiscal…

Dans le haut du tableau des pays où la corruption se fait le plus sentir : le Bénin, le Nigeria, le Tchad, la RDC, le Congo-Brazzaville, le Cameroun, le Kenya, la Côte-d’Ivoire, et même le Maroc, qui reçoit par ailleurs l’une des meilleurs notes pour son environnement propice aux affaires.

En terme d’infrastructures, le rapport observe que le réseau routier demeure faible en Afrique centrale, alors qu’il s’améliore au Maghreb. Quant aux chemins de fer, ils sont « satisfaisants » au Maghreb, mais insuffisants en Afrique de l’Ouest. Les infrastructures aéroportuaires et portuaires sont globalement convenables en Afrique de l’Ouest et au Maghreb, tout comme les télécommunications. Pour l’ensemble de l’Afrique, le rapport se satisfait de la bonne implantation du secteur bancaire.

Mais au final, le Maghreb donne la meilleure impression d’environnement favorable, suivi de l’Ouest, de l’Afrique australe, et enfin de l’Afrique centrale, qui cumulerait travail « informel », et un haut degré de corruption et de fraude.

Le paradoxe d’un continent qui séduit

Mais même dans les lieux où l’environnement économique et social semble peu propice, les entrepreneurs français font des affaires. En Côte-d’Ivoire, cinq ans après le début de la rébellion, la grande majorité des entreprises tricolores voient leurs chiffres d’affaires repartir.

Et l’intention d’investir dans ce pays a augmenté de 20 % entre 2006 et 2008. Car le contexte souvent difficile « n’empêche pas les opérateurs, moyennant de gros efforts de gestion, de poursuivre des activités prospères aux résultats plutôt satisfaisants », note le rapport, qui évoque une promesse africaine fondée sur les ressources naturelles, humaines, et le grand potentiel de croissance du continent. Ainsi, le Cameroun ou le Mali offrent « de bonnes perspectives aux entreprises ».

Selon la Cnuced, 400 milliards de dollars auraient été détournés du Continent noir, en l’espace de trente ans, soit le double de sa dette. De quoi « s’interroger sur l’impact de l’aide publique à l’Afrique », observe le président du CIAN, Gérard Pélisson.

Selon le Conseil français des investisseurs en Afrique, ce chiffre est l’occasion de réaffirmer combien le secteur privé contribue au développement. « Néanmoins, nous ne sommes pas des agences de développement, tient à rappeler Stephen Decam. Mais pour des investisseurs, l’environnement doit être attractif, et garantir la pérennité des activités. Cela passe par un développement qui doit être durable. »

Six mois d’enquête, à travers 49 pays

Pour son 19ème rapport, le CIAN a, comme chaque année, envoyé un questionnaire aux 1 000 établissements français présents en Afrique et affiliés à l’organisation patronale. 400 d’entre eux ont répondu aux 37 questions portant sur le climat des affaires, en notant de 0 à 5 l’état des infrastructures, des administrations ou encore le coût des facteurs de production. Chaque entreprise a également renseigné l’évolution de son chiffre d’affaires, de ses résultats et de ses investissements.

Profil d’Entrepreneur

Stephen Decam : « La présence chinoise a le mérite de secouer les Européens »

International Magazine – Linternationalmagazine.com – Propos recueillis par Emmanuel Tixier, publié le 19/04/2008

Stephen Decam est secrétaire général du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN).

« La présence chinoise a le mérite de secouer les Européens »
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L’Afrique va-t-elle bien ?

De par ses ressources naturelles, en pétrole, en bois ou en halieutique, l’Afrique est décidément riche. Néanmoins, il subsiste encore des freins à son développement, avec des infrastructures incomplètes, des problèmes de corruption, dont les lignes n’ont pas beaucoup changées. L’Afrique n’est certes pas le seul continent à être touché par ce fléau.

Mais la différence en Afrique est que cet argent n’y est pas réinvesti ! Pour la première fois, cette année, nous avons attribué une note aux Etats en fonction de l’importance de la corruption, telle qu’elle est ressentie par nos entreprises. Jusqu’à présent, on se l’était interdit, car on ne voulait pas en rajouter. Mais aujourd’hui, l’Afrique a une occasion inouïe de s’en sortir. Et elle ne doit pas rater cette chance.

Certains Etats africains ont d’ores et déjà signé des accords de partenariat économique avec l’Union européenne, d’autres refusent de le faire. Quelle est votre position sur les APE ?

Leur principal défaut est d’être conclus au niveau des pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique), et non pas à l’échelon régional. Les problèmes du Vanuatu ne sont pourtant pas les mêmes que ceux du Burkina Faso ! Il convient donc, sur ce point, de revoir les APE.

Pour le reste, ces accords vont faire sauter un certains nombres de règles, ce qui perturbe certains opérateurs, spécialisés notamment dans les produits agricoles d’exportation et qui subiront la concurrence des produits d’Amérique du Sud. A court terme, c’est dramatique pour ces producteurs. Mais durablement, l’Afrique doit entrer dans le concert mondial des échanges… Elle ne pourra pas vivre éternellement derrière des barrières qui l’empêchent de se moderniser pour être compétitive.

Les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique sont passés de trois milliards de dollars, en 1995, à 50 milliards, en 2006. L’arrivée de la Chine est-elle un atout pour le continent ?

Tout ce qui est bon pour l’Afrique me convient. Et l’arrivée de la Chine sur le continent a le mérite de remettre en cause l’omniprésence des Européens, qui considèrent, à tort, que rien ne peut leur arriver. Mais je me demande si la présence chinoise ne représente pas un intérêt seulement à court terme pour l’Afrique.

La Chine veut doubler sa croissance d’ici 2020, et elle a besoin des richesses africaines, notamment de ses matières premières. L’Afrique peut certes utiliser ses ressources comme elle l’entend. Mais cela doit profiter de manière durable à sa population et non pas à certains kleptocrates.

De même, l’Europe a remis la dette, alors que les Chinois sont en train de la rendetter. Par ailleurs, la Chine rafle tous les marchés de travaux publics sans employer la main-d’œuvre locale… Au final, je crains que l’Afrique ne se fasse « avoir ».

Et pour les entreprises françaises ?

Il ne faut pas avoir peur de la concurrence. Si les Chinois sont bons, tant mieux. Que le meilleur gagne ! Mais à condition que les règles du jeu soient les mêmes pour tous. Ce n’est pas à la loi du plus fort de régner.

(photo : ©James Keogh)

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EKWE EMEN

02.07.08 à 17:57

Merci M.Stephen Decam, nous sommes surpris qu’un européen ait une telle connaissance de l’Afrique et des africains. Les chinois apportent les richesses en Afrique ! ces richesses profitent-elles à l’Afrique, aux africains ? Telle est la question. Les comptes sont ouverts aux îles caîmans, en australie, en suisse que faut-il citer ? M.Decam vous comprenez pourquoi votre projet studio 52 à reçu un tel echo dans les pays où il est experimenté. Studio 52 intègre les populations, le peuple comme ça se dit chez nous. C’est un bon projet pour nous. Merci de nous en faire béneficier à kribi, c’est une ville balnéaire au sud du Cameroun.

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Gabon : l’état de santé de Edith Bongo serait « inquiétant ».

Posté par issopha le 8 février 2009

Gabon

Gabon : l’état de santé de Edith Bongo serait « inquiétant ».

Linternationalmagazine.com, publié le 08/02/2009

Le Président Sassou Nguesso, est arrivé à Rabat, pour une visite qualifiée officiellement de « privée » mais qui serait liée à « la détérioration » de l’état de santé de sa fille, Edith Bongo, épouse du président Gabonais, Omar Bongo.

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Aucune déclaration n’a été faite par le président Sassou Nguesso ni par son entourage mais APA a appris d’une source proche qui a parlé sous couvert d’anonymat, que l’état de santé de la fille du président congolais, hospitalisée au Maroc depuis deux ans, « serait nettement détérioré » ces derniers jours.

Le déplacement du président Sassou Nguessou au Maroc est intervenu deux jours seulement après celui de son gendre le président Omar Bongo, arrivé à son tour au Royaume chérifien selon des sources concordantes.

Omar Bongo, « un des grands amis du Maroc » s’est déplacé, à maintes reprises ces derniers mois, en privé au Royaume chérifien tout comme le président Sassou Nguessou.

Les médias officiels marocains se sont contentés de rapporter l’arrivée de Nguesso sans aucun commentaire.

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Union Africaine : retour sur l’élection du « roi des rois… »

Posté par issopha le 8 février 2009

Union Africaine : retour sur l’élection du « roi des rois… »

Linternationalmagazine.com, publié le 04/02/2009

Mouammar Kadhafi, qui entend désormais se faire appeler « roi des rois traditionnels d’Afrique », a été élu lundi à la tête de l’Union africaine (UA) pour un an, lors d’un sommet de l’organisation à Addis Abeba.

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Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a été élu lundi, lors du 12e Sommet de l’Union africaine ( UA) ouvert dimanche à Addis-Abéba, à la tête de l’Union Africaine pour les douze prochains mois. Il succède au président tanzanien Jakaya Kikwete.

Selon la règle de l’organisation africaine, la présidence revenait cette année à l’Afrique du Nord, après l’Afrique de l’Est et Mouammar Kadhafi était le seul dirigeant d’Afrique du Nord présent à Addis Abeba. Certains pays ont tenté une promouvoir une présidence d’Afrique australe, d’autant que le prochain sommet se tiendra en juillet à Madagascar. En vain.

Des sources concordantes affirment que une fois promu, le Guide de la Jamahiriya libyenne a déjà fait passer à ses pairs un message demandant à être désormais officiellement appelé « roi des rois traditionnels d’Afrique« , après avoir été « adoubé » par un groupe de chefs traditionnels il y a quelques semaines en Libye.

Il était d’ailleurs accompagné au sommet par sept « rois » en costume traditionnel chamarré parfois couvert de métal brillant, qui ont toutefois eu du mal à rester dans son sillage en raison des mesures de la sécurité éthiopienne.

Le temps du travail commence

Bien que la volonté de Mouammar Kadhafi d’instaurer un « gouvernement de l’Union » conduisant à des « Etats-Unis d’Afrique » effraie bon nombre de chefs d’Etat du continent, les dirigeants africains l’ont élu à la présidence en exercice de l’UA.

Prenant la parole après son élection, Mouammar Kadhafi a « espéré que son mandat (serait) un temps de travail sérieux et pas seulement de mots« , insistant sur la nécessité « de pousser l’Afrique en avant vers les Etats-Unis d’Afrique. Je continuerai et insisterai pour que les Etats souverains (que nous sommes) parviennent aux Etats-Unis d’Afrique« , a-t-il martelé.

Dimanche, les chefs d’Etat et leurs représentants ont débattu à huis clos pendant une dizaine d’heures uniquement sur le « gouvernement de l’Union » cher à Kadhafi. Les débats se sont achevés sans grande avancée : les dirigeants ont simplement convenu de changer la dénomination de la Commission, organe exécutif de l’UA, en l’appelant « autorité africaine« , a rappelé M. Kikwete dans son discours avant de souligner que cela ouvre la voie à « une institution avec un mandat plus fort, de plus fortes capacités, qui nous dirige vers l’objectif du gouvernement de l’Union« .

Dans son discours d’adieu, le Tanzanien Jakaya Kikwete, a invité ses pairs à se consacrer davantage au développement du continent. « Nous consacrons beaucoup trop de temps à régler les conflits ou les partages de pouvoir entre nos politiciens. Il faut que nous redéfinissions nos priorités pour nous consacrer au développement de nos économies (…) pour nous libérer de la honte qui est la nôtre d’être le continent le plus pauvre du monde« , a déclaré le président tanzanien.

Mouammar Kadhafi élu président de l’Union africaine

Linternationalmagazine.com, publié le 02/02/2009

Mouammar Kadhafi va succéder au président tanzanien, Jakaya Kikwete, élu en janvier 2008, qui a déjà fait ses adieux à ses pairs, dans son discours lors de la cérémonie d’ouverture de la 12ème session de l’UA.

Mouammar Kadhafi élu président de l'Union africaine
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Le Guide libyen, Mouammar Kadhafi, sera le prochain président en exercice de l’Union africaine pour l’année 2009, a annoncé lundi à Addis-Abeba, en Ethiopie, le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, dans son discours lors de la cérémonie officielle d’ouverture de la 12ème session des chefs d’Etat et de gouvernement de l’organisation panafricaine.

Aussitôt après la cérémonie d’ouverture, les Chefs d’Etat et de gouvernement ont débuté leur séance à huis clos pour entamer les consultations sur la composition du Bureau de la présidence de l’UA et du Comité de rédaction de la conférence.

C’est au cours de cette réunion que le guide Kadhafi sera officiellement désigné président en exercice de l’UA. Ce poste devait revenir, au titre de l’année 2009, à l’Afrique du Nord, et il a été décidé à ce niveau de le confier au guide libyen.

Le roi des rois d’Afrique

Le passage de témoin devrait se faire rapidement, dès la fin de la séance à huis clos des chefs d’Etat et de gouvernement. Il reviendra au guide libyen, après le huis clos, de diriger les travaux de cette présente session.

Selon des sources concordantes, le chef de l’Etat lybien a fait passer à ses pairs présents au sommet un message demandant à être officiellement appelé « roi des rois traditionnels d’Afrique » après avoir été « adoubé » par un groupe de chefs traditionnels il y a quelques semaines en Libye.

Consensus autour d’un gouvernement africain

Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA) sont par ailleurs parvenus dimanche à un consensus sur la formation d’un gouvernement continental en décidant de mettre en lieu et place d’une Autorité dotée d’un mandat plus fort pour gérer les affaires africaines.

Ils ont accepté de dissoudre la Commission de l’UA et de créer à la place une Autorité qui, à titre provisoire, va joueur le rôle d’un gouvernement de l’Union dans la perspective de création des Etats-Unis d’Afrique. Cette Autorité exécutive de l’UA, qui remplacera la Commission, sera mise en place en juillet, lors du prochain sommet des chefs d’Etat et de gouvernement prévu à Madagascar.

Toutefois, les dirigeants africains n’ont pas voulu proclamer la formation d’un gouvernement panafricain de crainte que cela n’empiète sur la souveraineté de leurs Etats, se contentant de s’accorder sur la formation d’une Autorité avec des pouvoirs exécutifs plus importants.

Des Commissaires aux secrétaires

Les Commissaires actuels de la Commission seront remplacés par des secrétaires et la nouvelle Autorité sera dirigée par un président. « Nous sommes tombés d’accord pour nous décider sur les structures de la nouvelle Autorité de l’UA et la définition de ces nouvelles structures. Nous vous présenterons des structures claires« , a dit le président Kikwete.

Les dirigeants africains ont chargé les ministres des Affaires étrangères, qui siègent au Conseil exécutif, de choisir les dénominations des neuf « ministères » qui seront formés et de leur transmettre les noms. La formation de ces nouveaux « ministères » doit être achevée avant la fin du sommet ouvert dimanche matin pour durer trois jours.

La formation d’un gouvernement de l’Union, longtemps proposée par le Guide libyen, Moammar Khaddafi, est l’un des principaux points de l’ordre du jour du sommet.

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12e Sommet de l’UA : la « Commission » remplacée par une « Haute Autorité »

puce_titre dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE Dernières réactions

Pierre Gouverneur

02.02.09 à 16:15

Le Guide lybien enfin devenu rois des rois du continent africain … ! Cette nomination, si convoitée par le Colonel, et si révélatrice, montre que le monde est prêt à toutes les aventures folles. L’Union africaine est sans doute souhaitable pour défendre ses légitimes intérêts, mais pas pour se mettre sous un gouvernement dont le chef prend, pour première décision, de se faire reconnaître « roi des rois » d’un continent dont la pauvreté se prête aux manipulations et au pire. Celui qui se prétend « roi des rois » a trop de vénération pour lui-même pour avoir du respect pour ses sujets

12e Sommet de l’UA : la « Commission » remplacée par une « Haute Autorité »

Linternationalmagazine.com, publié le 02/02/2009

Selon le chef de l’Etat tanzanien Jakaya Kikwete, président en exercice de l’UA, cette nouvelle Autorité, qui remplace la Commission de l’UA, doit entrer en fonction en milieu d’année.

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Les dirigeants de l’Union africaine (UA) réunis en sommet dimanche à Addis Abeba (Ethiopie) ont créé une nouvelle Autorité de l’UA, instance exécutive chargée de préparer un gouvernement d’unité qui réunirait les 53 pays du continent.

Bénéficiant de prérogatives élargies, cette Haute Autorité, remplace l’actuelle Commission de l’organisation continentale, présidée par le diplomate gabonais Jean Ping. La nouvelle Autorité exécutive de l’UA sera mise en place en juillet, lors du prochain sommet des chefs d’Etat et de gouvernement prévu à Madagascar.

Outre la préparation d’un « gouvernement d’unité » africaine, la « Haute Autorité » panafricaine aura aussi pour mission de traiter des questions telles que la pauvreté, les maladies infectieuses, l’éducation, la gouvernance et le droit, d’une importance cruciale en Afrique, selon M. Kikwete, président de la Tanzanie, et actuel président de l’UA.

A la recherche de neuf ministères clés

Les Commissaires actuels de la Commission seront remplacés par des secrétaires et la nouvelle Autorité sera dirigée par un président. « Nous sommes tombés d’accord pour nous décider sur les structures de la nouvelle Autorité de l’UA et la définition de ces nouvelles structures. Nous vous présenterons des structures claires« , a dit le président Kikwete.

Les dirigeants africains ont chargé les ministres des Affaires étrangères, qui siègent au Conseil exécutif, de choisir les dénominations des neuf « ministères » qui seront formés et de leur transmettre les noms. La formation de ces nouveaux « ministères » doit être achevée avant la fin du sommet ouvert dimanche matin pour durer trois jours.

Toutefois, les dirigeants africains n’ont pas voulu proclamer la formation d’un gouvernement panafricain de crainte que cela n’empiète sur la souveraineté de leurs Etats, se contentant de s’accorder sur la formation d’une Autorité avec des pouvoirs exécutifs plus importants.

Il faut encore attendre un peu

La formation d’un gouvernement de l’Union, longtemps proposée par le Guide libyen, Moammar Khaddafi, est l’un des principaux points de l’ordre du jour du sommet.

L’idée d’un gouvernement d’unité africain est discutée depuis des années par les dirigeants du continent mais des doutes se sont régulièrement élevés quant aux pouvoirs qu’aurait une telle instance sur les gouvernements nationaux.

« En principe, avons-nous dit, le but ultime est de fonder des Etats-Unis d’Afrique« , a déclaré Mr Kikwete, devant la presse à l’issue du sommet d’Addis Abeba, qui n’était pas ouvert aux journalistes.

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