Banque du Sud : les pays pauvres réussissent à échapper à la domination des Etats-Unis.Entretien avec Noam Chomsky

Posté par issopha le 4 mars 2008

Entretien avec Noam Chomsky.

Banque du Sud : les pays pauvres réussissent à échapper

à la domination des Etats-Unis.

par Michael Shank

Michael Shank : En décembre 2007, sept pays d’Amérique du Sud ont officiellement lancé la Banque du Sud en réaction à une opposition grandissante à la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International et autres Institutions financières internationales. Quelle est l’importance de ce changement et pourrait-il provoquer d’autres réactions dans les pays en voie de développement ? Se pourrait-il qu’un jour l’influence de la Banque Mondiale et du FMI soit totalement remise en cause ?

Noam Chomsky : Je pense que c’est très important, particulièrement parce que, et contrairement à ce que l’on pense en général ici, ce projet est soutenu par le plus grand pays, le Brésil. La propagande US, la propagande occidentale, tente de créer une division entre la bonne gauche et la mauvaise gauche. La bonne gauche, comme Lula au Brésil, c’est une gauche qui, il y a 40 ans, aurait été renversée par un coup d’état. A présent il représente un espoir, c’est un de leurs sauveurs. Mais la division est plutôt artificielle. Evidemment, ils sont différents. Lula n’est pas Chavez. Mais ils s’entendent plutôt bien, ils coopèrent. Et ils coopèrent avec la Banque du Sud.

La Banque du Sud pourrait s’avérer être une institution viable. Il y a de nombreux problèmes dans la région. Mais une des choses étonnantes qui se produisent en Amérique du Sud depuis un certain nombre d’années est qu’ils sont en train de dépasser les conflits et les clivages entre ces pays et ce pour la première fois depuis la conquête espagnole. C’est un continent très désintégré. Entre les pays, les systèmes de transport n’ont pas grand-chose en commun. Ils sont pour la plupart uniquement orientés vers la puissance impériale dominante. On y envoit les ressources, le capital, tandis qu’une petite minorité possède des châteaux sur la Côte d’Azur, ainsi de suite. Mais ils n’ont pas grand-chose en commun.

Il y a aussi un énorme fossé entre une élite riche, composée en majorité de blancs européanisés, et la population. Pour la première fois les deux formes de désintégration sont abordées : la désintégration interne à chaque pays et celle entre les pays. On ne peut pas dire que le problème soit résolu, mais au moins on l’aborde. La Banque du Sud est un exemple.

Les événements en Bolivie constituent un exemple frappant. Il se trouve que l’élite européenne, principalement blanche, et minoritaire est assise sur la majorité des réserves du sous-sol. Et pour la première fois la Bolivie est en train de se démocratiser. C’est pour cela qu’elle est détestée par l’Occident qui méprise la démocratie parce que celle-ci est bien trop dangereuse. Mais lorsque la majorité indienne a pris le pouvoir pour la première fois, à travers une élection si démocratique que nous aurions du mal à l’imaginer ici, la réaction de l’Occident fût plutôt hostile. Par exemple, je me souviens d’un article – je crois que c’était le Financial Times – qui condamnait Morales en l’accusant d’aller vers la dictature parce qu’il voulait nationaliser le pétrole. Ils ont oublié de préciser qu’il avait le soutien d’environ 90% de la population. Mais c’était quand même une tyrannie. La « tyrannie » c’est lorsque vous ne faites pas ce que les Etats-Unis vous disent de faire. Tout comme « modéré » veut dire « comme l’Arabie Saoudite » et lorsque vous faites ce qu’ils vous disent de faire.

A présent, dans les secteurs dominants de la Bolivie, ils parlent d’autonomie, et même de sécession, une demande qui serait probablement soutenue par les Etats-Unis qui tenteront de saper le développement d’un système démocratique où une majorité, qui se trouve être indienne, sera maitre de son destin et contrôlera les ressources, la politique et l’économie, etc. Le phénomène se produit ailleurs mais c’est en Bolivie qu’il se produit avec le plus d’acuité.

La Banque du Sud constitue un pas vers l’intégration de ces pays. Pourrait-il affaiblir les institutions financières internationales ? Oui, il le peut et, en fait, il est déjà en train de le faire. Le FMI a pratiquement été expulsé de toute l’Amérique latine. L’Argentine l’a annoncé d’une manière tout à fait explicite, « nous nous débarrassons du FMI. ». Ils avaient de bonnes raisons de le faire. L’Argentine avait été l’élève modèle du FMI. Ils ont rigoureusement suivi ses recommandations et le résultat fût un terrible effondrement économique. Ils ont réussi à sortir de la crise, d’abord en rejetant les préconisations du FMI. Et ça a marché. Ils ont été capables de rembourser leur dette, de restructurer leur dette et de la rembourser avec l’aide du Venezuela qui en a pris en charge une partie non négligeable. Le Brésil a réussi à rembourser sa dette et à se débarrasser du FMI. La Bolivie suit la même voie.

Le FMI est désormais dans une passe difficile parce qu’elle est en train de perdre ses réserves. L’organisme fonctionnait sur la collecte de dettes et si les pays restructurent leur dette ou refusent de la payer, elle se retrouve en difficulté. Et soi dit en passant, les pays pourraient légitimement refuser de payer une bonne partie de la dette parce que, à mon avis, elle est illégale à la base. Par exemple, si je vous prête de l’argent tout en sachant que c’est un risque pour moi, j’exigerais des intérêts élevés. Puis à un moment donné si vous me dites, « désolé, je ne peux plus payer », je ne peux pas appeler mes voisins pour vous obliger à me payer. Je ne peux pas appeler non plus vos voisins pour vous obliger à me payer. C’est pourtant ce que fait le FMI. Vous prêtez des sommes à une dictature et à une élite, la population n’a rien à voir là-dedans, et vous exigez des taux d’intérêt élevés parce que c’est risqué, puis ils vous annoncent qu’ils ne peuvent pas payer alors vous dites « pas de problème, vos voisins payeront pour vous ». C’est ce qu’ils appellent un ajustement structurel. Et mes voisins payeront effectivement pour moi. C’est le cartel des créditeurs du FMI, une manière pour le Nord de taxer le Sud.

La Banque Mondiale n’est pas la même institution, mais il y a les mêmes types de conflits et confrontations qui l’entourent. En Bolivie, un des événements majeurs qui a provoqué le soulèvement de la majorité indigène qui a finalement pris le pouvoir fût la tentative de la Banque Mondiale de privatiser l’eau. Dans un manuel d’économie, on vous expliquera qu’il faut payer l’eau le prix du marché, tenir compte de sa valeur marchande, oui, très bien, sauf que les pauvres, qui composent la majorité de la population, ne peuvent plus boire. Et ils appellent ça une externalité, quelque chose dont on n’a pas à s’occuper.

Ce que la population a fait – ce fût un conflit aigu, principalement à Cochabamba – les paysans ont simplement obligé les multinationales de l’eau, Bechtel et autres, à se retirer. Il y avait un mouvement de solidarité ici, c’était très intéressant. Mais la Banque Mondiale a été obligée de retirer le projet et il y en a d’autres similaires. D’un autre côté, certaines actions de la Banque Mondiale sont constructives. Ce n’est pas une institution totalement destructrice. Mais elle perd aussi de sa puissance.

Il se passe la meme chose en Asie. Prenez l’exemple de l’Asian Development Bank. A l’époque de la crise financière en Asie, en 1997-98, le Japon voulait créer à travers cette banque des réserves qui permettraient à d’autres pays de survivre la crise de la dette au lieu de vendre leurs richesses à l’Occident. Les Etats-Unis ont simplement bloqué le projet. Mais ils ne peuvent plus le faire. Les réserves en Asie sont tout simplement trop grosses. En fait, les Etats-Unis survivent grâce au financement du Japon et de la Chine qui subventionnent notre société de consommation largement endettée. Je ne crois pas que les Etats-Unis peuvent encore se permettre d’appeler la Asian Development Bank pour lui dire « désolé, mais vous ne pouvez faire ça. » C’est un peu comme pour la Banque du Sud. Des choses similaires sont en train de se produire au Moyen Orient, avec les fonds d’état (sovereign funds), etc.

Michael Shank : Avec ces institutions qui apparaissent dans les pays en voie de développement comme des alternatives au FMI et la Banque Mondiale, quelles initiatives de même ordre pourrait-on voir surgir en ce qui concerne les monnaies ?

Noam Chomsky : c’est déjà en cours. Le Koweït a déjà entamé une diversification limitée de son panier de devises. Les Emirats Arabes Unis et Dubaï se tournent vers leurs propres fonds de développement. Si l’Arabie Saoudite, le plus gros et le plus important, se joint à eux, cela deviendrait un centre majeur de financement, d’emprunts, d’échanges, etc. C’est déjà en cours. Ils investissent dans les pays riches et aussi dans une certaine mesure dans la région, en particulier en Afrique du nord. Des fonds de développement indépendants. C’est encore limité parce qu’ils ne veulent pas contrarier les Etats-Unis.

Bien sûr, de bien des manières, les élites ont besoin des Etats-Unis. La Chine, en particulier, a besoin du marché US. Elle ne veut pas l’affaiblir. Pareil pour le Japon. Alors ils préfèrent acheter des bons du trésor au lieu de faire des investissements plus profitables juste pour maintenir l’économie US, qui est leur marché. Mais la situation est très fragile. Ils pourraient très bien se tourner vers d’autres marchés et ils ont déjà commencé à le faire. Je ne pense pas que quelqu’un sait ce qui se passerait si les pays qui sont en possession de grosses réserves se tournaient vers des investissements rentables plutôt que de soutenir une économie fortement consommatrice et très endettée.

Michael Shank : L’Occident s’oppose aux pays qui nationalisent leur pétrole et leur gaz mais cette tendance se poursuit malgré tout. Comment cela se terminera-t-il ? Imaginez-vous que les pays riches en pétrole et gaz se réunissent pour créer un marché alternatif ?

Noam Chomsky : Ils ont essayé avec l’OPEP qui, dans une certaine mesure remplit ce rôle. Mais ils doivent se résoudre au fait que l’Occident ne les laissera pas faire. Remontons à 1974, l’année de la première tentative d’indépendance des pays pétroliers. Relisez ce que les journalistes et commentateurs américains disaient à l’époque. Ils disaient que le pétrole n’appartenait pas à ces gens-là. Les plus modérés affirmaient que le pétrole devait être internationalisé au profit de la communauté internationale. L’agriculture américaine n’avait pas à être internationalisée au profit de la communauté internationale mais le pétrole de l’Arabie Saoudite devait l’être parce l’Arabie Saoudite n’obéissait plus aux ordres.

Les plus extremistes, je crois qu’il s’agissait d’Irving Kristol, disaient que les nations insignifiantes, comme les gens insignifiants, se berçaient parfois d’illusions sur leur importance. Et donc que l’ère de la politique de la canonnière n’était pas révolue et que nous devions simplement aller nous servir sur place. Robert Tucker, un spécialiste sérieux en relations internationales et qui est considéré comme plutôt un modéré, a dit que c’était un scandale que nous les laissions gérer leurs propres ressources naturelles. Pourquoi rester les bras croisés si nous avons la puissance militaire suffisante pour nous en emparer. Relisez quelqu’un comme George Kennan, considéré comme un grand humaniste. Lorsqu’il travaillait dans le secteur de la planification, à la fin des années 40 et au début des années 50, il disait que des mesures radicales pouvaient s’avérer nécessaires pour « protéger nos ressources » – qui se trouvaient par hasard dans des pays étrangers. C’était juste une erreur de géographie. Ce sont nos ressources et nous devons les protéger par des mesures radicales, y compris en instaurant des états policiers et tout le reste.

Prenez Bill Clinton. Lui aussi avait une doctrine, chaque président avait la sienne. Elle s’exprimait d’une manière moins éhontée que celle de Bush, elle était donc moins critiquée. Mais, prise au pied de la lettre, sa doctrine était plus radicale que celle de Bush. La doctrine de Clinton, telle qu’elle fût officiellement présentée devant le Congrès, stipulait que les Etats-Unis se réservaient le droit unilatéral de recourir à la puissance militaire pour protéger les marchés et les ressources naturelles. La doctrine de Bush stipule qu’il nous faut un prétexte pour intervenir, comme celui d’une menace. La doctrine de Clinton ne s’embarrassait pas de prétextes, nous n’avions pas besoin de prétextes. S’agissant des marchés et des ressources naturelles, nous avions le droit de nous en assurer le contrôle, ce qui est somme toute logique lorsqu’on considère que le monde entier nous appartient alors, évidemment, nous avons le droit.

Il faudra chercher loin dans les extrêmes du spectre politique pour trouver une voix discordante. Alors si les pays pétroliers tentaient de gagner leur indépendance et le contrôle de leurs ressources naturelles, il y aurait une réaction très brutale de notre part. Les Etats-Unis, à ce jour, ont un appareil militaire. Ils dépensent plus pour cet appareil que tous les autres pays réunis. Il y a une raison à cela et ce n’est pas pour défendre nos frontières.

Michael Shank : Pensez-vous que l’Inde pourrait renverser ses alliances et se retourner vers la Russie et la Chine ou continuera-t-elle à s’accommoder de l’accord post-nucléaire avec les Etats-Unis ?

Noam Chomsky : Ca va dans les deux sens. Une des raisons de l’accord nucléaire, du point de vue des Etats-Unis, était d’encourager l’Inde à rejoindre le sphère d’influence US. Mais l’Inde joue un double jeu. Elle améliore ses relations avec la Chine aussi. Les relations commerciales, d’autres relations aussi, ainsi que les partenariats s’améliorent. L’Inde n’a pas été admise comme membre mais a un poste officiel d’observateur au sein de l’Organisation de Coopération de Shangai (OCS), qui est principalement une organisation chinoise mais qui est aussi une organisation en forte croissance qui pourrait contrer l’OTAN. Elle regroupe les états d’Asie Centrale, la Russie avec ses énormes ressources naturelles et la Chine, avec son économie en pleine expansion. Parmi les observateurs on trouve l’Inde, le Pakistan et, très important, l’Iran qui est accepté comme observateur et pourrait devenir membre. Mais l’organisation a exclu les Etats-Unis.

Les Etats-Unis voulaient un poste d’observateur. La candidature fût rejetée. L’OCS a officiellement déclaré que les forces militaires US devaient quitter le Moyen-Orient. Et elle fait partie d’un mouvement vers la création d’un réseau de Sécurité Energétique Asiatique et d’autres mesures en faveur d’une intégration de la région pour échapper au contrôle impérial, occidental, et aller vers l’indépendance. La Corée du sud – autre puissance industrielle majeure – n’a pas encore rejoint l’organisation mais pourrait le faire. Le Japon, pour le moment, accepte de servir les intérêts des Etats-Unis, mais ça aussi ça peut changer.

Il y a donc des forces centrifuges en action partout dans le monde.

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URL:
http://www.cadtm.org

Source : http://www.alternet.org/story/76657/

Traduction : Le Grand Soir

 

 

 

Communiqué de Presse REUTERS

Le président équatorien dénonce des dettes publiques illégitimes

Le président équatorien Rafael Correa a déclaré samedi qu’une enquête gouvernementale en cours sur la dette extérieure du pays avait fait apparaitre des crédits « illégitimes » qu’il n’a pas l’intention de rembourser.

Correa, ancien ministre de l’Economie et homme de gauche, a promis de ne pas rembourser les dettes « illégitimes » contractées selon lui selon des modalités inéquitables par des gouvernements corrompus et qui ont contraint l’Equateur à réduire les dépenses sociales.

Mais il avait jusqu’à récemment adouci son propos et n’avait pas suspendu de remboursements de dettes. L’an dernier, il a créé une commission spéciale de responsables gouvernementaux et d’experts internationaux chargés d’enquêter sur d’éventuelles irrégularités.

Correa n’a pas dit quelle partie de la dette était illégitime ni quand la commission aurait terminé ses investigations. Mais il a ajouté que l’enquête avait montré que les obligations globales du pays résultaient d’une renégociation de ses obligations Brady qui ne protégeait que les intérêts des détenteurs d’obligations.

Les obligations Brady étaient des obligations libellées en dollars, avec l’appui des Etats-Unis, afin d’aider les pays latino-américains à surmonter des crises de dette, dans les années 1980.

« Ils ont tout fait pour que les créanciers ne perdent pas d’argent et ils ont créé des obligations globales pour remplacer les obligations Brady », a dit Correa en évoquant la restructuration de la dette du pays après qu’il eut fait défaut en 1999.

Selon des chiffres du ministère des Finances, les obligations globales venant à échéance en 2012, 2015 et 2030 totalisent environ 3,8 milliards de dollars.

Le ministre des Finances, Fausto Ortiz, a dit cette semaine à Reuters que le gouvernement n’avait pas l’intention de restructurer sa dette extérieure cette année.

Selon des analystes de Wall Street, il est peu probable que Correa mette à exécution sa menace de faire défaut sur une partie de la dette.

Alonso Soto, version française Nicole Dupont

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Le CADTM apporte son soutien au président équatorien Rafael Correa

pour dénoncer les dettes publiques illégitimes et odieuses

Depuis son élection à la présidence de l’Equateur, Rafael Correa a mis en place une Commission d’audit intégral du crédit (CAIC), à laquelle le CADTM apporte son expertise et ses revendications.

Les travaux de cette Commission avancent bien et le président Rafael Correa a maintenant des outils sérieux et solides pour analyser méticuleusement le contenu de la dette que les créanciers demandent à son gouvernement de rembourser.

La preuve est faite désormais que des dettes ont bien souvent été contractées dans des conditions inadmissibles. En effet, il apparaît que des gouvernements corrompus ont utilisé l’argent de manière contraire à l’intérêt du peuple équatorien, obligeant alors le pays à réduire ensuite les dépenses sociales pour faire face aux remboursements.

De plus, les renégociations de dettes ont toujours été favorables aux créanciers, notamment celles concernant la conversion, au moment d la crise équatorienne de 1999, d’obligations Brady, garanties par le Trésor des Etats-Unis et libellées en dollars, en obligations dites globales. Selon Rafael Correa : « Ils ont tout fait pour que les créanciers ne perdent pas d’argent et ils ont créé des obligations globales pour remplacer les obligations Brady », ces obligations globales étant estimées à environ 3,8 milliards de dollars.

Selon le droit international, des dettes déclarées odieuses n’ont pas à être remboursées. Voilà pourquoi le président Rafael Correa a déclaré à juste titre, voici quelques jours, que les dettes illégitimes de l’Equateur ne seraient pas remboursées.

Le CADTM espère que Rafael Correa et son gouvernement adopteront les mesures nécessaires pour réduire radicalement le remboursement de la dette de manière à utiliser les sommes économisées pour garantir la satisfaction des droits humains fondamentaux.

 

 

 

Illegitimate Debt Campaign Bulletin, Issue 5, February 2008 1

campagne international

Bulletin sur la dette illégitime

 

Version 5, February 208

2008 Semaine globale de l’action contre la dette et l’IFIs a placé pour octobre 12-19

 

Les dates pour la semaine 2008 globale de l’action contre la dette et l’IFIs a été fixées pour octobre 12-19. Cette semaine couvrira encore les réunions annuelles de la banque de FMI et mondiale ; le jour international pour l’extirpation de la pauvreté, et anniversaire de la mort de Thomas Sankara.

A propos de ce bulletin

Ce bulletin est une publication qui sortira tous les deux mois qui a pour but de résumer toutes les actions récentes et à venir, des campagnes sur la dette illégitime. Ce bulletin est réalisé par le CADTM, Eurodad, Jubilée Sud et Jubilée USA.

Ce bulletin est à communiquer à un maximun de personnes intéressées. Merci d’envoyer vos réactions et commentaires à debtbulletin@illegitimatedebt.org

Le prochain numéro sortira en Mars. La date limite pour soumettre des articles sera le 12 Mars 2008

Plus d’information sur la campagne international sur la dette illégitime sur www.illegitimatedebt.org

Forum Social Mondial 2008

Jubilé Sud Amériques a participé à la journée mondiale d’action – FSM 2008

Jubilé Sud Amériques s’est uni lors de la journée mondiale d’action contre l’impérialisme et le néolibéralisme qui s’est déroulé le 26 janvier dernier, avec un fort appel des mouvements et des organisations sociales de la région pour se mobiliser ensemble contre la dette illégitime et en appui au processus d’audit intégral de la dette publique commencé en Equateur. Etait affirmé dans l’appel que « c’est un grand triomphe du mouvement contre la dette, qui a exigé la réalisation d’un audit intégral avant de continuer à honorer une dette qui est si illégitime qu’elle ne fut pas contracté par le peuple et ne fut pas utilisé à son bénéfice.

Ils soulignaient aussi l’importance de la création de la Banque du Sud comme parti d’un proccesus d’intégration qui peut concrétiser les bases d’un financement autonome et souverain de toute la région. Ils exprimaiens que la Banque  » « a avant toute chose, le défi de se consolider comme une véritable Banque Solidaire, embarqué à s’occuper des nécessités et des droits des peuples. Cela dépendra de la participation de tous les mouvements sociaux dans les débats et les discussions « .

Finalement, ils ont manifesté leur solidarité et soutiens au peuple bolivien face au processus qu’ils portent pour construire une autre Bolivie, basée sur la justice et l’égalité. Ils ont en outre salué la décision du gouvernement bolivien de renoncer au CIRDI, le Centre International de Réglement des Différents liés aux Investissements de la Banque Mondiale, et ont répudié les faits de racisme, de discrimination et de xénophobie qui ont été produit et les tentatives d’ingérence impérialiste.

Davantage d’information www.jubileosuramerica.blogspot.com

Agentine : Actions contre la dette dans le cadre de la journée mondiale d’action

Des membres de l’Espace NON à la Dette de l’Argentine, entre lesquels se trouve Dialogue 2000, ATTAC et la Fédération Judiciaire, ont effectué le 26 janvier dernier dans le cadre de la journée mondiale d’action contre l’Impérialisme et le Néo-libéralisme, des actions ambulantes qui répudiaient la dette externe et qui étaient en faveur d’un financement autonome et souverain des peuples.

À ce sujet, Julio Gambina, économiste d’ATTAC, a soutenu « qu’en Amérique latine cet autre monde possible, suppose d’en finir avec le fléau de la dette externe, les traités de libre commerce et les traités bilatéraux d’investissement ». Gladys Jarazo de Dialogue 2000 et membre de Jubilé Sud/Amériques, a affirmé que « non seulement nous sommes là pour dénoncer les conséquences du néo-libéralisme, mais aussi pour continuer à résister et avancer dans la construction d’alternatives ».

Elle a fait référence aux premiers pas de la nouvelle campagne contre un arrangement avec le Club de Paris qui signifie reprendre les paiements de la dette illégitime, y compris certains qui remontent directement aux temps de la dictature, ainsi qu’un nouvel accord avec le FMI. A aussi été souligné l’importance de soutenir les actions contre le CIRDI, créateur de dette illégitime, comme par exemple la décision du gouvernement bolivien de se retirer de cette instance de la Banque Mondiale au service des intérêts corporatifs.

Contact : Dialogue 2000, dialogo@wamani.apc.org

Jubilé Sud Mouvement Asie Pacifique sur la dette et le développement a joint la semaine globale de l’action et de la mobilisation 2008 Illegitimate Debt Campaign Bulletin, Issue 5, February 2008 2

Le mouvement Pacifique de l’Asie sur la dette et le développement (jubilé Asie Du sud Pacifique) a participé à la semaine globale de l’action et de la mobilisation à partir janvier de 22 – 26, qui a culminé avec le jour global de l’action.

L’appel à participer à la semaine globale de l’action et de la mobilisation a été fait par une conférence organisée par JS-APMDD décembre où passé 6-7 themed : « en liant des finances globales, des institutions financiers international et la dette au climat changez », qui a été occupé par plus moins de 50 activistes et militants venant au moins de 10 pays.

Ici on l’a convenu que les participants avanceront des issues et des demandes dans leurs pays non seulement sur la dette et l’IFIs, mais commencerait également à avancer des issues autour du changement de climat la semaine globale de l’action et de la mobilisation.

Le Philippines

JS APMDD avec Focus on the Global South et Freedom from Debt Coalition – Philippines avec 100 organismes dans le pays ont organisé la semaine philippine de l’action et de la mobilisation doublées en tant que « WSF 2008 : Des autres Philippines est possible ! Sur avec la lutte : Les travaux et justice, terre et liberté maintenant! »

L’action et la mobilisation de weeklong ont commencé par une marche rurale janvier 21, où les centaines de fermiers venant de la partie méridionale de Luzon ont eu un caravan/march vers le palais présidentiel. Les paysans commémoraient l’anniversaire de 21 ans du Massacre célèbre de Mendiola et réclament la réforme de terre véritable dans le pays.

Janvier 22, à exactement 12 h., l’activiste philippin a joint la conférence de presse globale synchronisée. Des activistes bien connus comme Lidy Nacpil et Walden Bello tout ont été mis le feu vers le haut en dénonçant les programmes néo–libéraux et le forum économique du monde.

Janvier 23 et 24, des rassemblements et les activitésont été tenus. Un rassemment pacifiste a été tenudevantl’ambassade des USA à Manille sur la 23ème dénoncent les exercices militaires faits par d

Illegitimate Debt Campaign Bulletin, Issue 5, February 2008 3 t en ué par le plan pour privatiser l’entreprise. ent) a été la nt été ar des centaines d’activistes et militants. nt au és et barricaded par la police à mi-chemin. e e nantis décide unilatéralement du devenir de la planè tions ge le ministère des entaires autour du thème de l’audit de la dette.

troupes des USA à l’intérieur du pays et son intrusion dans les affaires domestiques. Sur le24ème, les centaines d’ouvriers ont bloquél’autoroute urbaine Du sud de Luzon pour exprimer la condamnation au retranchemencours provoq

Un camp des peuples doublé comme « Kampo Pagbabago » (camp pour le changemorganisé sur le 25ème au foyer d’une communauté faible urbaine diminuée dansville de Quezon, métro Manille. Des session plénière, les ateliers, les apparences de film et le concert à l’intérieur du camp de peuples ooccupés p

Et sur le 26ème, au moins mille marches fortes ont été tenues de la plaza Miranda, Manille allapalais présidentiel qui était un kilomètre de distance. Les marchers ont été rencontr

Le CADTM au coeur de la semain’action mondiale du FSM 2008

d

Du 19 au 26 janvier 2008, les mouvements sociaux actifs au sein du Forum Social Mondial se sont rassemblés dans leurs pays respectifs pour offrir une visibilité locale aux alternatives proposées face à la mondialisation financière. Un contrepoint au Forum économique de Davos,

d

Le CADTM, en tant que réseau international luttant au quotidien pour le respect des droits fondamentaux garantis par la Déclaration universelle de 1948, ne pouvait ni ne voulait manquer cet événement majeur. C’est pourquoi, dans de nombreux pays, les revendications portées par ce réseau se sont fait entendre :

En Belgique : en plein coeur de la capitale de l’Europe, à la Bourse des valeurs, symbole de la dictature du capital, une action collective a rassemblé 500 personnes au cours de l’après-midi du samedi 26 janvier sous le slogan « La Bourse ou la Vie ». Ensuite, une manifestation de soutien s’est dirigée vers un bâtiment qu’occupent plus de 100 sans papiers en grève de la faim. Le mercredi précédent, une soirée SLAM organisée par le Groupe Thomas Sankara/CADTM sur le thème « un autre monde est possible, un autre Lièaussi » avait rassemblé plus de 100 personnes.

Au Bénin : le vendredi 25 janvier 2008, le CADD (membre du réseau CADTM international) a organisé une mobilisation contre la dette publique béninoise devantFinances et de l’Economie.

 

Au Congo Brazzaville : SOLIDAIRES-CADTM Pointe-noire a organisé les 25 et 26 des débats autour du thème de la dette avec comme conférenciers Clotaire KOUSSOUMANA et Jean Victor LEMVO. Débats suivis d’une rencontre avec trois parlem

En Côte d’Ivoire : le 25 janvier, le FNDP a réalisé une campagne de mobilisation et de sensibilisation autour des thèmes « Audit citoyen pour une annulation totale et inconditionnelle de la dette » et « Enjeux du Forum social mondial » tandis qu’il organisait le 26 janvier une conférence de presse pour rendre compte des acquis du Séminaire d’Abidjan de dLes Autres Voix de la Planète n°37).

En France : participation du CADTM Grenoble à un temps fort d’information (avec panneaux, stands, animation, prises de parole…) contre les logiques de guerres, le samedi 19 janvier au centre ville. A Lyon s’est tenu un rassemblem

avec forums, débats et stands d’information.

 

En Guinée Conakry

: la Coalition citoyenne des alternatives dette et développement, et de défense des intérêts fondamentaux de Guinée (CADIF-Guinée), ainsi que de nombreux autres acteurs sociaux ont organisé une mobilisation contre la dette publique avec la remise de la Déclaration du Séminaire régional Afrique de l’Ouest du réseau CAD au 22 décembre 2007.

Illegitimate Debt Campaign Bulletin, Issue 5, February 2008 4 la capitale du Kerala, e (APE) qui a rassemblé ainsi que des délégués rochées aux la dette aire tenu par le Labour a) ou encore le pillage des ressources naturelles.

 

En Inde : le VAK-CADTM participait à une caravane de voitures le 26 janvier à Mumbai tandis que le 24 au Kerala (Sud Est de l’Inde), Eric Toussaint et Denise Comanne (CADTM Belgique) participaient à une rencontre intitulée « Impact de la mondialisation sur les paysans pauvres » et le 26, à un rassemblement de syndicats de pêcheurs près de

Thiruvananthapuram.

 

Au Mali

: la CAD Mali participait à une conférence populaire traitant des Accords de Partenariat Economiquplus de 500 personnes.

Au Maroc : les militants d’ATTAC/CADTM Maroc ont participé activement du 25 au 27 janvier à des journées d’action et de mobilisation du Forum Social Maroc qui ont rassemblé un peu plus de 1.400 personnes. Y ont pris la parole Victor Nzuzi du CADTM en RDC et Solange Koné du FNDP-CADTM en Côte d’Ivoire

de RAID-CADTM Tunisie.

 

En Mauritanie

: le CS/ASCM pour l’annulation de la Dette/Mauritanie a organisé deux réunions de sensibilisation et a confectionné des banderoles que les militants ont accprincipaux carrefours de la capitale.

Au Niger : le RNDD, en collaboration avec le Groupe Alternative Espaces Citoyens, a animé un débat sur Radio Alternative à propos de

et des PPTE (pays pauvres très endettés).

 

Au Pakistan

: une semaine d’action a eu lieu. La situation particulière du pays a constitué le sujet central du sémin

Education Foundation.

 

En République démocratique du Congo : les débats et conférences ont porté sur les fonds détournés par Mobutu, la dette odieuse (avec les élèves de l’école Kilw

Au Togo : le vendredi 25 janvier, s’est tenue une conférence sur l’audit citoyen de la dette au Forum social ouest africain (FSOA). Samedi 26 janvier, une Marche pour la journée d’action du Forum social mondial s’est centrée sur le thème « Attac la dette ». Une interview accordée à la première chaîne de télévision togolaise sur les APE est passée au journal de 20h. Dimanche 27 janvier, une March

a clôturé le FSOA. Cette liste d’activités du réseau n’est pas exhaustive. Ce qui importe, c’est qu’au delà du réseau CADTM International, nous avons assisté durant cette semaine à une mobilisation planétaire

. Une semaine qui a servi à renforcer les bases d’un avenir plus juste et solidaire. Verrons-nous le 26 janvier devenir le jour symbolique, le point d’orgue des luttes contre l’irresponsabilité financière ? Nous l’espérons, tout en sachant que seul l’engagement du plus grand nombre reste la clé qui ouvre le

toutes et tous. Pour une vue d’ensemble des actions de cette semaine, sentez-vous libre de visiter le site du forum social mondial, mais aussi d’y poster vos propres reportages, écrits et do

a

teliers Et Conférences

A

Week-end de Formation droit international : « Dette illégitime et dette odieuse, des concepts en

Le CADTM Belgique organise un week-end de formation à Liège le samedi 16 et dimanche 17février sur dette illégitime et dette odieus’agira d’échanger sur les concepts en mouvements de dette illégitime et de dette

Atelier de VAK-India, CADTM et Alliance for the protection of Natural Resource Human Rights (ANRHR

L’atelier qui rassemblera les principaux activistes d’Asie du Sud a pour but d’examiner de manière critique le fonctionnement des IFIs eéconomiques, politiques, sociaux, environementaux dans la région. Ce sel’occasion d’analyser le paradigme du développement et les visions des IFIs (mondiale, FMI, Banq

Illegitimate Debt Campaign Bulletin, Issue 5, February 2008 5 l et du h qula roblématiq es par ays sur la dette et l’audit de la dette. après les élections et l’assemblée onstituante. tiver la ampagne au sein du nouveau Congrès.

Basé sur des analyses de ce type, l’atelier essaiera de développer une méthodologie d’examination des conditionnalités, de l’analyse des coûts économiques, sociaux, politiques, des impacts sur l’environnement, sur les ressources naturelles et les implications politiques particulèrement en relation avec la démocratie et le droit des citoyen.

De plus, l’atelier tentera de travailler sur une stratégie de campagne à travers les pays d’Asie du Sud en construisant une plateforme commune large luttant contre la dette et ses impacts désastreux sur la population.

Contact: VAK vak@bom3.vsnl.net.in

Jubilé Sud Mouvement Asie Pacifique sur la dette et le développement (JS APMDD): Consultation sur la dette et l’audit de la dette

Les 3 et 4 décembre dernier, JS APMDD a tenu une consultation et une rencontre stratégique sur la dette illégitime et l’audit de la dette à Bali, Indonésie. Les participants étaient des organisations membres de JS APMDD travaillant étroitement sur la dette des Philippines, de l’Indonésie, d’Inde, du NépaBangladesmais aussi des délégués d’organisations envisagent de travailler plus activement sur

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ue de la dette. Les points importants de la rencontre étaient un briefing et un partage des nouvelles sur la campagne mondiale et régionale ; des discussions de travail sur la dette de chaque pays ; définir des stratégies, le concept d’audit de la dette, et finalement définir des perspectiv

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La rencontre s’est conclue par l’intention des organisations de chaque pays de travailler ensemble pour commencer ou intensifier le processus d’audit de la dette. Au Bangladesh, un audit citoyen de la dette a pour être objectif d’être lancé en mars-avril de cette année. Au Népal, un comité electorale parlementaire sur la dette est planifié au début de cette année, avec la perspective de conduire un audit parlementaire

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Des groupes au Népal ont pour objectif en septembre 2008 de lancer un audit citoyen de la dette. De juillet à décembre 2008, des groupes en Inde vont préparer un audit citoyen au niveau étatique au Kérala, au Chattisgrah et au Rajasthan, et se prépare pour un audit gouvernemental entre juin et août 2009. En Indonésie, un travail intense a été mené de janvier à mars pour vulgariser le concept d’audit de la dette à travers les organisations de la société civile, les parlementaires, les religieux et les étudiants. En fin, aux Philippines, qui ont déjà commencé le travail sur l’audit de la dette en 2004, des efforts vont être menés pour réac

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La conférence internationale de JS APMDD mettant en lien la finmondiale, les IFI,la dette et l’énergie et le changement

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Photo : Délégade JS APMDD pendant le jour global de l’action, décembre 8, 20

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Pendant la période de la rencontre COP férence sur le changement climatique de l’ONU) à Bali en Indonésie, JS APMDD a tenu tivités sur le changement climatique entre le 5 et le 7 décembre 2007. Les principaux sujets incluaient des discussions sur le rôle des IFI et comment les prêts, l’aide et les investissements sont utilisés pour les politiques ; des discussions sur la dette illégitime et la dette écologique en relation avec le changement climatique ; l’impact de la dette et des contraintes fiscales sur la capacité des pays pour aborder le problème du changement cliamtique ; examinant et critiquant les réponses des IFI par rapport aux problèmes du changement climatique ; nomant les i

Illegitimate Debt Campaign Bulletin, Issue 5, February 2008 6 le changement climatique.

gouvernements et les entreprises, les IFI et financements alternatifs. Les organisations participantes du Bangladesh, du Cambodge, de l’Indonésie, de la Malaisie, d’Inde, du Népal et des Philippines ont partagé les campagnes en cours et qui ont pour objectif la dette et les IFI en relation avec

La rencontre s’est terminée par la signature d’une déclaration sur la dette et le climat qui a circulé à travers les réseaux et aussi aux médias locaux et étrangers.

La déclaration a aussi été distribué le jour d’après quand les participants ont rejoint la journée mondiale d’actions et manifesté avec d’autres groupes locaux, internationaux alors qu’ils soulevaient des questions et des demandes aux différentes institutions.

Voir la déclaration de Bali à http://www.jubileesouth.org/files/bali_statement_english.pdf

Symposium « Construisons une nouvelle architecture financière internationale pour l’intégration sud-américaine et la coopération Sud-Sud » à Caracas

Du 17 au 19 novembre 2007 s’est tenu à Caracas, un séminaire international organisé par le CADTM, le Centre international Miranda, Jubilé Sud, l’Observatoire international de la dette et Latindadd. Le séminaire a porté sur la nouvelle situation financière internationale, la banque du Sud et l’audit.

Au total 16 exposés répartis en 6 panels ont été présentés et débattus. Les travaux du symposium ont permis de cerner les nouvelles caractéristiques de la situation économique et financière mondiale et de dialoguer sur la nouvelle stratégie des mouvements sociaux et des campagnes dette en ce qui concerne le renforcement des audits de la dette et la construction d’une Banque du Sud en Amérique latine. A ce propos, les participants ont discuté de la deuxième lettre ouverte aux présidents d’Amérique latine engagés dans le lancement de la Banque du Sud.

http://www.cadtm.org/spip.php?article2952

Publications

Nouveau livre du CADTM : Banque du Sud et crise du Subprime

Le livre fournit une approche claire et synthétique, destinée à des non spécialistes, de l’état des résistances au néolibéralisme, du contexte économique international contemporain ainsi que des principaux défis et contradictions que rencontrent la mise en pratique d’alternatives comme la Banque du Sud, l’audit de la dette et de profonds changements constitutionnels. Les expériences récentes de l’Equateur et du Venezuela sont l’objet d’une analyse précise. Le livre ne se cantonne pas dans le diagnostic, chaque partie contient des propositions d’alternatives directement liées aux expériences en cours. L’ouvrage présente des outils de compréhension à ceux et celles qui sont à la recherche d’alternatives à la mondialisation néolibérale en Amérique latine comme dans le reste du monde. Sortie: fin janvier; langue : français.

Contact: denise.comanne@cadtm.org

La dette et les droits humains

Dans le cadre d’une série de publications didactiques sur les droits humains, le Centre Europe-Tiers Monde (CETIM) vient de sortir une brochure intitulée « Dette et droits humains ». Elle analyse les conséquences de la dette des pays du Sud sur les droits humains et fait un état des lieux du traitement de cette question dans les instances onusiennes.

Disponible actuellement uniquement en français, la brochure « Dette et droits humains » sera accessible prochainement gratuitement sur le site internet du CETIM (www.cetim.ch) en trois langues (français, espagnol et anglais). Sa version imprimée peut être commandée au CETIM (4.- Frs., 2,50 Euros plus frais de port), rue J.-C. Amat 6, CH-1202 Genève, tél. : +41 (0)22 731 59 63, email : cetim@bluewin.ch.

Pour plus d’informations sur les activités du CETIM ou pour le soutenir, visitez son site internet!

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Campagnes Et Alertes D’action

Pour une Banque du Sud au service des Peuples

Le 9 décembre dernier a été crée à Buenos Aires la Banque du Sud. Différents réseaux, organisations et mouvements sociaux ont profité de l’occasion pour remettre la seconde lettre aux Présidents où est posée la nécessité que la Banque du Sud soit constituée comme une alternative qui rompt avec la logique financière néo-libérale. La lettre insiste sur les propositions des mouvements sociaux, pour éviter que la Banque du Sud génère nouvelle dette illégitime dans la région.

De même, plusieurs réseaux et organisations de sept pays d’amérique du Sud se sont retrouvé à Montevideo, Uruguay, dans le cadre du Sommet des Peuples du Sud « Tous les Peuples, tout l’espoir », pour développer l’Atelier : « Banque du Sud : quelles alternatives de financement pour le développement et d’intégration régionale nous voulons en tant que mouvements sociaux? ».

Durant les discussions et le travail, il a pu resortir qu’il est nécessaire de commencer à coordonner les forces pour une véritable banque solidaire, en donnant un suivi à l’Atelier effectué à Santiago du Chili en novembre, dans le cadre du Sommet des Peuples pour l’Amitié et l’Intégration. Pendant l’Atelier, un nouveau memento informatif a été lancé en portugais et en espagnol, sur les négociations de la Banque.

Il est possible de consulter le Memento, ainsi que le compte rendu et les lignes d’action de l’Atelier, sur le site internet http://banco-sur.blogspot.com où sont regroupés différents documents et apports pour le débat.

Commission d’audit de la dette internet et externe (CAIC) d’Equateur

Durant le mois février, différentes réunions de travail national et international se dérouleront, convoquées par la CAIC, qui auront entre autres pour objectifs:

Echanger sur les avancées des sous commissions et programmer la continuité du travail.

Approuver le travail par rapport aux informations du Président de la République

Recevoir les apports des experts sur le sujet

Débattre des propositions sur l’utilisation de la dette et les donner à l’Assemblée constituante.

Préciser la proposition du « Groupe international de travail » sur l’illégitimité de la dette et la nouvelle architecture financière internationale suggérée par le gouvernement de la Norvège.

Ces évènements inclus des actions à Quito, Guayaquil, Manta et Montecristi. Il y a aura des réunions internes et ouvertes, des déclarations ainsi qu’un atelier organisé avec le groupe national de la dette pour discuter des thèmes importantes sur la Banque du Sud.

Campagne Internationale de soutien au retrait de la Bolivie du CIRDI

Devant les nouvelles attaques contre la décision du gouvernement bolivien de se retirer du CIRDI, des centaines d’organisations ont présenté au président de la Banque Mondiale une lettre exprimant « la préoccupation concernant un système de droits des investisseurs qui mine la démocratie et les droits humains ». Jubilé Sud/Amériques a signé parmis les 800 organisations de 59 pays de tous les continents, en soulignant le rôle du CIRDI comme outil clef de tout le système d’endettement illégitime. En mai de l’année passée, le gouvernement de la Bolivie est devenu le premier pays du monde à s’être retiré du CIRDI en indiquant les antécédents de ce tribunal en faveur des intérêts corporatifs et contre le bien public. Le CIRDI doit respecter les actions du gouvernement de la Bolivie et est en train de permettre qu’un cas soit entrepris par une entreprise de télécommunications européenne. La pétition et la liste d’organisations signataires peuvent être consultée dans différentes langues aux liens suivants:

Castellano: http://www.ips-dc.org/reports/080115-boliviapetition-es.pdf

Inglés: http://www.ips-dc.org/reports/080115-boliviapetition-en.pdf

Francés: http://www.ips-dc.org/reports/080115-boliviapetition-fr.pdf

Lancement de la pétition du peuple pour une commission d’audit citoyen de la dette indépendante

Exprimant une inquiétude sur l’importance de la dette publique que le gouvernement actuel

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philipin et ses prédécesseurs ont contracté au fil des années, environ 1000 philippins militants dette de plus d’une centaine d’organisations locales et nationales se sont rassemblés en janvier dernier pour lancer la pétition appellant immédiatement à la constitution d’une commission d’audit citoyen de la dette indépendante.

Citant la ruée folle des projets « éléphants blancs » financés par l’étranger et les dettes illégitimes qui ont secoué l’administration l’année dernière, les membres de PAID souligne qu’il est grand temps que le peuple lui même initie un mouvement audacieux pour attaquer le problème perpétuel de la dette.

La commission indépendante d’audit citoyen de la dette , composé au maximun de 30 personnes qui ont prouvé leur crédibilité et leur expertise, devrait conduire un audit compréhensif de toute la dette publique et des responsabilités ayant pour but un examen contextuel, compréhensif, historique précis du problème de la dette des Philippines.

De plus, la commission devrait, en se basant sur l’audit, identifier les prochaines étapes immédiates et les solutions de plus large portée afin d’éradiquer la charge de la dette en corrigeant les flux systémiques et structurels et les insuffisances qui ont contribué à l’accumulation et à la domination de la dette. L’examen des problèmes structurels ne devrait pas se confiner au système philippin mais à toute l’architecture financière internationale. L’audit devrait examiner non seulement la responsabilité et la culpabilité du gouvernement philippin et des autres institutions impliquées, publiques et privées mais aussi s’attaquer à la responsabilité et à la culpabilité des institutions financières internationales et des autres prêteurs grouvernementaux et commerciaux.

Des militants dette et développement d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie étaient présents pendant le lancement de la pétition du peuple. Ils ont partagé leurs expériences et leurs perspectives futures pour la construction d’une campagne internationale forte contre les dettes.

PAID! – Philippines

Le people contre la dette illégitime (PAID People Against Illegitime Debt) est un large réseau de différents mouvements sociaux, de leaders de la société civile, d’organisations du peuple, de communautés et de personalités qui se sont engagés pour le développement et le renforcement du mouvement populaire contre la dette illégitime.

Cela a pour but d’élargir le discours sur la dette en soulevant des questions critiques sur des sujets qui ne résoudent pas le problème des simples questions concernant l’accessibilité, la gestion et la soustenabilité mais plus en posant la question de l’illégitimité de la dette basée sur des racines hitoriques, politiques et sociales.

PAID! tente aussi de contruire un forte clameur publique pour la création d’une commission d’audit citoyen indépendant de la dette. Cette initiative citoyenne complète l’audit hautement attendu de la dette publique par le Congrès philippins en bouchant les trous par des enquêtes, soulevant des questions au delà des limites de l’initiative parlementaire, et en mettant en avant des recommendations plus audacieuses venant de la réelle résistance du peuple sur le problème.

Le 12 janvier dernier, les militants de PAID de plus de 100 organisations locales et nationales ont tenu leur première assemblée génerale à l’auditorium du Collège St Joseph Mater Dei, E.Rodriguez ST. dans la ville de Quezon. La dite formation a lancé publiquement une pétition du peuple appelant à la création d’une commission d’audit citoyen de la dette indépendante dont les membres seraient notamment des leaders des mouvements sociaux, des analystes politiques et des économistes respectés.

Congrès de FDC (Freedom Debt Coalition- Philippines)

Les 22-24 novembre derniers , FDC, la coalition nationale la plus vielle travaillant sur le problème de la dette aux Philippines, a tenu son 10ème congrès national. Actuellement, FDC a 3 campagnes – la campagne national sur la crise de la dette et la crise fiscale ; la privatisation de l’industrie de l’énergie ; le droit humain à l’eau et la privatisation des services de l’eau ainsi que d’autres plaidoyer et programmes. FDC, avec ses organisations membres et réseaux, continuent à pousser la mise en place de l’audit de la dette. Le Congrès de FDC a aussi décidé pour les 3 prochaines années, d’étendre le travail de FDC sur la dette en incluant le sujet et la relation dette et changement climatique.

De l’Indonésie De Koalisi Temps Anti – Utang – De laisser tomber La Dette Des Bras De Suharto

La campagne de dette de jubilé, le jubilé Ecosse et la coalition Indonésie d’Anti-Dette invitent aujourd’hui le gouvernement BRITANNIQUE pour décommander £525 millions de la dette ‘illégitime ‘due par l’Indonésie des prêts faits à l’ancien Président Suharto, qui est mort dimanche.

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Beaucoup de la dette de l’Indonésie vers le R-U a été contractée dans les années 80 et les années 90 pour acheter les bras britanniques, y compris des réservoirs, arrosent le canon et l’avion. Au moins 75% de £705 millions de l’Indonésie doit le R-U – qui est toujours en cours de remboursement – est connu pour se relier aux ventes d’armes [ 1 ]. L’utilisation de Suharto des bras de supprimer ses propres personnes, comme dans Timor est, est notoire.

Ben Young de jubilé Ecosse, ont indiqué : l’ »Indonésie paye toujours aux millions BRITANNIQUES dans la dette chaque année des prêts de bras faits à Suharto. Les pays riches comprenant le R-U ont prêté sciemment des milliards de ce dictateur de dollars, aux ventes d’armes de fonds comprenant le faucon voyage en jet et réservoir de Scorpion. Il est temps le paiement arrêté par indonésiens leur propre oppression. »

Yuyun Harmono, de Koalisi anti Utang (anti coalition Indonésie de dette), a indiqué : « les médias indonésiens maintiennent que Suharto n’a eu aucun défaut ; ils ont besoin rappeler qu’il était un dictateur et a commis beaucoup de crimes. Suharto a sorti beaucoup de prêts des établissements multilatéraux, et du R-U, des USA, d’Australie et d’Allemagne. Ces prêts n’ont pas été sortis par l’Indonésie, mais par un dictateur. Nous disons que les indonésiens ne payeront pas maintenant les prêts en arrière. »

Sarah Williams, de campagne de dette de jubilé, a indiqué : « après que la chute de Saddam Hussein là était accord international clair que celui que les raisons des prêts originaux, les irakiens ne devraient pas devoir rembourser les dettes de leur dictateur. Pourtant dix ans après que la chute de Suharto, les indonésiens font exactement cela, tandis que plus que la moitié de la population de phase au-dessous de la ligne de pauvreté. la « mort de Suharto est une chance pour que le R-U et d’autres pays riches prennent la tête en nettoyant le prêt international – par les dettes illégitimes de l’Indonésie d’annulation. »

NOTES:

1. Obtenu après une liberté de demande de l’information par Jubilee Ecosse, voyez :http://debttribunal.wordpress.com/2007/04/12/export-credit-debt-owed-to-the-uk/.

2. Le briefing de l’Ecosse de jubilé pour des parlementaires sur des dettes de bras d’Indonésien est disponible à :http://www.jubileescotland.org.uk/forms/Parliamentary%20briefing.pdf. For more information about Jubilee Scotland see http://www.jubileescotland.org.uk/.

3. Pour plus d’informations sur Koalisi anti Utang (la coalition Indonésie de dette de KAU)/Anti, voient

http://www.kau.or.id/.

4. Pour plus d’informations sur la campagne de la campagne de dette de jubilé pour soulever le couvercle sur de mauvais prêts, voyez http://www.jubileedebtcampaign.org.uk/liftthelid.

Japon

Du 12 au 19 décembre, ATTAC Japon et Jubilé Kyushu avec le soutien de 3 universités ont organisé un tour de conférence en présence d’Eric Toussaint (CADTM Belgique) et de César Sacoto (membre de la commission d’audit intégral de la dette de l’Equateur –CAIC- (et ex-candidat à la vice-présidence de l’Equateur). Le programme accompli comprend des conférences dans 3 universités différentes (Meiji Gakuin University of Tokyo, Sofia University of Tokyo, Ryukoku University of Kyoto), 3 réunions publiques de discussion stratégiques avec des mouvements citoyens et sociaux –ATTAC Japon, Jubilé Kyushu, PARC-Jubilé 2000 Japon, mouvements de la paix…(à Tokyo, à Fukuoka -sur l’île de Kyushu- et à Ossaka-Kyoto), 2 conférences publiques pour tout type de public, une réunion avec des députés y sénateurs au parlement à Tokyo, une conférence de presse à Tokyo.

Thèmes: la dette public en général (au Nord comme au sud), celle de l’Equateur, la commission d’audit intégral de la dette de l’Equateur (CAIC), l’audit, l’exemple da l’annulation unilatérale de la dette de l’Equateur et d’autres pays par la Norvège, la Banque du Sud, l’état du mouvement altermondialiste, le Forum social mondial, la préparation du G8

ATTAC Japon a traduit en japonais l’étude du CADTM sur l’Ecuateur (voir la troisième partie du livre « Les Crimes de la dette ») et la diffuse dans une brochure de 72 pages.

Les contrats bilatéraux de prêts entre l’Equateur et le Japon ont été remis à ATTAC Japon et Jubilee Kyushu qui vont les auditer en collaboration avec d’autres organisations comme PARC. Le Japon est le troisième créancier bilatéral de l’Equateur et est un membre influent du G8, de la Banque Mondiale, du FMI et d’autres organismes internationaux. Le Japon recevra le prochain sommet annuel du G8 en juillet 2008 dans un coin perdu de île de Hokaido.

L’inde, le 7ème pays le plus endetté

L’Inde est le 7ème pays le plus endetté parmis les pays en développement. La dette externe indienne était de 165,4 milliards de USD à la fin de juin 2007, le Parlement en a été informé mardi 11 décembre.

La Banque de réserve d’Inde a dit dans son dernier examen macro-énomique et de développement financier à mi-terme 2007-08, que l’augmentation de la dette externe pendant cette période était principalement dûe à la hausse des emprunts commerciaux externes, suivi d’une hausse des dépôts des indiens non-résident et des crédits commerciaux à court terme. Plus de 50% du stock de la dette externe est en dollars américains puis en roupies (18%), DTS (12,3%) et en yen japonais (12%).

Selon le Global Development Finance (GDF) de la Banque mondiale, 2007, la position de l’Inde parmis les pays en développement endettés du monde, était 7ème en 2005.Le ministre des finances a dit que la charge per capita du total de la dette extérieure atteint $139,6 (Rs 6,086.5) à la fin de mars 2007.Le parlement a aussi informé que le gouvernement a prescrit des lignes directrices sur le partenariat public-privé pour des projets d’infrastructures qui doivent correspondre aux critères d’éligibilité, de financement et des procédures d’acceptation des projets PPP. Par la suite, des lignes directrices détaillés sur des supports financiers pour les PPP concernant des infrastructures et des lignes directrices sur la formulation, l’évaluation, l’acceptation des projets PPP, ont été décrites. Les lignes directrices prescrivent étape par étape les procédures pour obtenir une viabilité de financement et pour l’acceptation des projets, a dit le ministre des finances. Elles ne décrivent pas le partage des revenus pour les partenaires privés.Cependant, le schéma du support financier s’appliquera seulement dans le cas des entreprises du secteur privé dans lesquelles 51% ou plus des fonds souscrits et rémunérés sont détenus et contrôlés par une entité privé. Illegitimate Debt Campaign Bulletin, Issue 5, February 2008 10

Contact: VAK vak@bom3.vsnl.net.in

Belgique: 11.11.11 l’Essai Unanime Du Sénat Belge Sur Le Vautour Place La Résolution Et La Loi

Durant sa session plénière du jeudi 31 janvier, le sénat belge a approuvé à l’unanimité une résolution et une loi « pour sauvegarder la coopération au développement et les allégements de dette de l’action des fonds vautours .

Aussi bien la loi que la résolution ont été approuvées à l’unanimité par les partis démocratiques du sénat. La résolution a été introduite par le sénateur du parti libéral. En Belgique, les libéraux sont, en général, ceux qui sont en faveur du moins possible d’intervention de l’état et sont les promoteurs de la libéralisation et du model de la libre concurrence.

C’est le résultat de différentes discussions et audiences au sein de la Commission des affaires extérieures et de la défense du Sénat durant l’année 2007. Différentes ONG belges comme 11.11.11, CNCD, et CADTM qui ont fait pression pour cette loi, ont participé aux discussions ou ont donné des témoignages pendant les audiences. Marta Ruiz d’Eurodad a aussi donné un témoignage pendant l’audience de décembre 2007. Les ministres de la coopération au développement et des finances ont participé aux discussions et ont collaboré activement en fournissant des informations et en formulant des aspects juridiques de la loi.

Pendant les discussions en 2007, il est devenu clair que les fonds vautours sont devenus de plus en plus actif en Belgique.

Par exemple, Kensington International (enregistré aux Iles Caimans) a acheté des dettes du Congo Brazzaville pour un montant de 1,8 millions $. Ils réclament 120 millions $. Partout dans le monde, l’entreprise essaye maintenant de saisir des fonds qui sont destinés au Congo Brazzaville.

En Belgique, ils sont impliqués dans différentes procédures de justice pour saisir autour de 10,3 millions d’euros provenant de fonds du gouvernement (aide au développement à travers le ministère des finances et de la coopération au développement) se rapportant à la construction d’une centrale thermique. Une autre demande, à propos d’une allocation belge de développement à une télévision nationale est en suspent pour un montant de 587 000 euros.

Peut être qu’un nouveau phénomène est en train d’émerger parce que nous voyons maintenant des individus (par exemple en RDC) qui utilisent les mêmes procèdures.

Au delà de cela, ce qui a alarmé les sénateurs est que les fonds vautours ont déjà introduits plus de 10 demandes en RDC. La RDC est le principal bénéficiaire de l’aide belge et il y a un réel danger que bientôt ils réclameront l’argent belge du développement destiné à la RDC.

A cause de cela, les législateurs se sont intéressés fortement au problème des fonds vautours. Le premier et principal objectif était de sauvegarder l’argent belge pour le développement des fonds

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vautours. Ils espèrent faire cela en votant cette loi qui évitera cela.

En plus de la loi, une résolution plus large « pour réduire l’impact des fonds vautours sur les efforts d’allégement de dette des pays du tiers monde » a été approuvée. En résumé, cette résolution demande au gouvernement belge de :

Faire tout ce qui est possible pour prévenir que les initiatives d’allègement de dette des pays PPTE soient sapées par l’action des fonds vautours. Aussi loin que le droit international et autres instruments légaux le permettent, les accords bilatéraux et multilatéraix d’allégement de dette devraient être renforcés en insérant des clauses nécessaires pour prévenir l’action des fonds vautours.

De pousser la Banque mondiale et le FMI à développer des instruments nécessaires (instruments légux, traités internationaux, ou accords…) pour assurer que les accords d’allègement de dette lient toutes les parties.

De pousser la Banque mondiale et le FMI à la création de conditions nécessaires qui permettent que les pays endettés, sous certaines conditions, soient protégés de leurs créanciers pendant une certaine période.

D’augmenter sa contribution financière à la facilité de réduction de dette de l’AID, plus particulièrement en lien avec les pays partenaires de la Belgique qui font partis des PPTE.

D’engager lui même et de coopérer activement au sein du FMI, de la Banque mondiale et du Club de Paris pour développer et renforcer les codes de conduite qui pourraient empêcher les fonds vautours d’acheter des dettes des pays endettés.

D’apporter une assistance technique dans les politiques de dette et de gestion de dette aux pays partenaires de la Belgique. Un des buts de cette assistance serait de renforcer ces pays pour prévenir des procédures judiciaires avec les créanciers.

D’apporter une assistance technique et financière aux pays partenaires de la Belgique au cas où ils sont poursuivis devant une court par des fonds vautours.

To urge the EU to take concrete steps to do away with the phenomena of Vulture Funds.

De pousser l’Union européenne à prendre des étapes concrètes pour supprimer ce phénomène de fonds vautours.

De pousser l’UE à donner une assistance judiciaire et financière aux pays PPTE au cas où ils sont poursuivis devant une court par des fonds vautours.

La résolution nous donne l’appui du sénat et des représentants du peuple pour contrôler et faire pression sur le gouvernement et l’administration pour appliquer les recommendations et prendre des étapes plus importantes pour lutter contre les fonds vautours de manière internationale.

Pendant la commission du sénat des affaires extérieuresdu 15 janvier 2008, un des points qui a été souligné pendant les débats, était la demande des sénateurs que la Belgique devait jouer un rôle actif au sein de l’UE. Le ministre de la coopération au développement, Charles Michel (oui le fils de Louis Michel, le commissaire européen), a assisté à cette réunion et a exprimé son soutien à cette résolution. Il a indiqué qu’il avait presque fini une lettre à la commission européenne à propos de ce problème et qu’il apportera ce sujet à l’attention des ministres européens du déloppement et de la coopération lors de leur prochaine rencontre.

La loi et la résolution reconnaissent clairement le problème connu des fonds vautours et les condamnent explicitement comme immoral. Ils reconnaissent que les fonds vautours sapent les initiatives d’allègement de dette et les efforts de développement.

Nous pouvons maintenant dire que nous avons une base importante pour suivre les efforts internationaux de la Belgique pour mettre les fonds vautours à l’agenda. D’autre part, une résolution nous donne seulement une sorte d’appui moral. Dans notre système, une résolution n’oblige pas le gouvernement à agir, cela le pousse juste à faire quelque chose.

Beaucoup dépendra de la pression et du contrôle des forces non-gouvernementales comme les ONG, les médias, les parlementaires. Le dernier facteur est bien sur, la volonté politique du gouvernement à appliquer les recommendations.

Le Lancer un appel De l’Australie Pour La Liberté D’Information Comme Audit Du Prêt Australien En Indonésie Avance

L’audit de Jubilé Australie sur les prêts autraslien à l’Indonésie prend de l’ampleur en 2008. Un appel à la liberté d’information est couramment déposé au tribunal administratif d’appel pour combattre la législation anti-transparence qui protège l’agence de crédit à l’exportation australienne. Le processus d’appel a pour but de

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découvrir les détails sur les emprunts faits par le gouvernement de Suharto ; en particulier les engagements d’investissements avec un contractant australien de transport impliqué auparavant dans des pots de vin avec la famille et l’adminsitration de Suharto.

Le processus de liberté d’information a pour avantage de faire un doublé. Les lois restrictives et anachroniques australienne ont été sous les projecteurs récemment, avec les médias et les groupes civils de droite poussant à plus de transparence et de responsabilité des agences gouvernementales. Les efforts de Jubilé Australie contribueront à la campagne national de la société civile et à la lutte internationale pour dévoiler et éliminer les dettes illégitimes.

La Mauritanie Tient La Conférence Sur L’aide

Mauritanie

Nous Comité de Suivi des Assises de la Société Civile Mauritanienne regroupant 16 organisations (centrales syndicales, organisations de droits humains, de développement, ordres d’avocats, experts comptables, presse indépendante…), avons organisé une rencontre le samedi 29 décembre 2007 au profit de nos membres sur la question de la dette. Compte tenu de la dicersité des participants, nous aborderons la stratégie à mettre en oeuvre pour une large sensibilisation sur la question de la dette et de lancer les premiers jalons pour le procesus de l’audit citoyen de la dette.

Contact: Ibrahim Ba dogoli56@yahoo.fr

Guinée : Plans de CERIDA pour tenir plus de sessions de formation sur la dette et les audits de dette

Le Centre d’Etudes et de Recherche pour l’Intégration Régionale et le Développement de l’Afrique (CERIDA) est une ONG de développement, crée en 1993, en Guinée et basée à Conakry. L’ONG CERIDA s’investit par des réflexions, des analyses et des actions citoyennes, à la recherche et la mise en oeuvre des solutions appropriées et durables, en vue du développement économique, culturel et socialement juste de l’Afrique. C’est dans ce contexte que CERIDA fait de la problématique de la dette l’un des axes essentiels de son intervention, dans le cadre du mouvement social et au sein du réseau international du CADTM. CERIDA a organisé un tour de conférences- formations lors de la venue de Claude Quémar, président du CADTM France et de Véronique Racine, du 14 au 21 mai 2007. De nouveau, un tour de conférences-formations, sera organisé fin janvier 2008, début février. A cette occasion, des fonctionnaires de la direction de la dette suivront une formation sur la dette et l’audit de la dette.

Contact: CERIDA cerida_ong@yahoo.fr

Diverses Campagnes D’Attac Togo

Campagne « les idée de Thomas Sankara dans les lycées ».

Le mois de novembre a commencé par la campagne  » les idée de Thomas Sankara dans les lycées ». Des projections de film de Thomas Sankara suivies de débats autour des idées de Sankara sur l’annulation de la dette ont été organisés. Ainsi le 14 novembre, les membres d’attac Togo se sont rendus au lycée de Tokoin de Lomé, le plus grand du Togo et le 28 novembre au collège Hampaté Bâ de Lomé devant des centaines d »élèves et d’enseignants.Cette campagne va se poursuivre durant toute l’année 2008.

Campagne « les mensonges du FMI et de la BM »

Lors de la visite d’une délégation de la BM et du FMI au Togo pour les négociations pour l’accès du Togo à l’initiative PPTE du 28 novembre au 11 décembre, Attac Togo a lancé une série d’action dont une campagne d’information et de sensibilisation dénommée « les mensonges du FMI et de la BM ». A cet effet, Attac Togo a envoyé un courrier à une liste de 30 décideurs (ministres, directeurs de services publics, directeurs de société, présidents et enseignants des universités du Togo, responsables des ONG, des syndicats…) pour leur fournir de la documentation sur l’annulation de la dette et sur les propositions dangereuses des IFI. L’envoi comportait une lettre, un prospectus de campagne d’annulation de la dette (sur la base du prospectus dette d’APASH Brazzaville, les membres actifs d’Attac Togo ont adapté le texte à la situation du Togo avec chiffres actualisés), un exemplaire des textes de Eric TOUSSAINT « Initiative PPTE » et « Pourquoi il faut annuler la dette du Tiers Monde  » ainsi qu’un texte d’une conférence de madame Isabelle LIKOUKA sur le thème.

La lettre et le prospectus ont aussi été envoyés aux médias avec proposition de participer à des débats. Les membres ont également rencontré et discuté avec le ministre de l’agriculture.

Parallèlement, les membres actifs d’Attac Togo ont lancé une campagne de sensibilisation sur le campus universitaire qui a suscité de nombreux débats dans les amphitéatres.

Illegitimate Debt Campaign Bulletin, Issue 5, February 2008 13

Afrique centrale

Le séminaire de Kinshasa sur l’audit de la dette et les ressources naturelles en Afrique centrale a eu lieu du 23 au 24 novembre dans la salle de conférence de l’hôpital général de Kinshasa, un lieu trés symbolique pour faire le lien entre la dette et la privatisation des services publiques garantissant les droits sociaux (dont la santé) ; malgré les ressources naturelles dont disposent l’afrique centrale. Un accent particulier fut mis sur la lutte contre la corruption et l’impunité, en se référent à la campagne de l’ONU et l’Union Africaine contre ces maux. Ainsi, l’audit comme les procés contre les prédateurs (BM, Nguesso, Bongo…)restent des outils importants pour que le citoyens se réappropient les richesses naturelles, aujourd hui hypothéquées à cause de la dette … Les participants présents à ce séminaire venaient outre de RDC, de la Belgique, de la France, de Côte d’Ivoire, du Congo Brazzaville.

En marge de ce séminaire, quelques délégués ont été réçu le 26 décembre2008 au sénat par le secrétaire rapporteur du Sénat pour des discussions sur la ténue d’un séminaire d information et de formation sur la dette au mois de mars 2008, à l intention des sénateurs et députés congolais.

Nous pensons qu’il serait intéressant que les mouvements sur la dette de la Belgique, de la Norvége, de la Suisse, d’Italie, d’Espagne et surtout ceux d’Amérique latine (Equateur…) ayant une grande expérience sur l’audit de la dette (et autre campagne dette), mobilisent leurs parlementaires progréssistes afin de venir témoigner sur les luttes dans différents pays.

Déclaration du séminaire : http://www.cadtm.org/spip.php?article2959

Contact: Victor Nzuzi « victor_nzuzi2000@yahoo.fr » ; Olivier Bonfond olivier@cadtm.org

Afrique de l’ouest

Le séminaire d’Abidjan sur l’audit citoyen de la dette a eu lieu du 19 au 21 décembre 2007.

Les participants venus de toute la région Afrique de l’Ouest ainsi que de Belgique et de France, ont lancé le processus d’audit de la dette dans toute la région.

A côté des exposés sur la situation d’endettement des pays de la région et sur le processus d’audit citoyen, des visites de terrain et des ateliers de travail ont permis de mieux sentir la réalité du pays. Une délégation a rencontré le président de la commission des finances de l’Assemblée Nationale. Une journée d’information sur la dette aux parlementaires devrait être organisée très prochainement.

Déclaration: http://www.cadtm.org/spip.php?article3009

Pour en savoir plus: http://www.cadtm.org/spip.php?article3008

Contacts: Solange Koné (FNDP) « konesol@yahoo.fr »

Jubilee Debt Campaign 10ème Anniversaire De La Chaîne Humaine De 1998

Chers ami(e)s,

Comme vous le savez sans doute, mai 2008 marque le 10 ème anniversaire de la chaîne humaine à Birmingham aux Royaumes Unis, quand plus de 70 000 personnes se sont rassemblés lors du G8 pour demander la fin de la crise de la dette. Pour beaucoup de personnes, cela fut un moment clé dans la campagne dette, qui a déjà rassemblé un élan à travers le monde. La Campagne dette Jubilé utilise l’opportunité du 10ème anniversaire pour regarder en arrière ce qui a été accomplit à travers les 10 dernières années et de re-formuler la demande d’annulation de la dette qui est encore urgemment nécessaire.

Nous avons planifié un événement à Birmingham, le dimanche 18 mai 2008, au Centre de réunion international où les leaders du G8 se sont réunis en 1998, pour réclamer cet espace et raconter l’histoire de la campagne dette, qu’est ce qui s’est passé, et quelles sont les demandes qui doivent encore être réalisées. Nous appelons cet événement le voyage vers la justice. Il y aura aussi une exposition dans la bibliothèque de Birmingham et dans le musée pendant tout le mois. Nous allons aussi produire un rapport qui examine dans plus de détails la situation globale de la dette ces 10 dernières années.

Une partie clé de cette histoire est que cette campagne est un mouvement mondial avec des groupes et des mouvements dans des pays à travers le monde. Donc nous aimerions inclure vos réflexions sur la campagne dette – vos messages de solidarié, vos mémoires de quand vous avez commencé et vos pensées sur comment la campagne va dans votre pays. Nous intégrerons ces réflexions dans l’expositions, au cours de lévènement et dans le rapport.

S’il vous plaît, envoyer par email vos messages et reflexions à Sarah Williams sarah@jubileedebtcampaign.org.uk

Nous aimerions aussi avoir des posters (présents ou passés) de tout autour du monde. Si vous êtes capables, s’il vous plaît envoyez directement à notre groupe Birmingham : Audrey Miller, 4 Over Mill Drive, Selly Park, Birmingham B29 7JL, United Kingdom.

En fin, comme part de ces 10 ans de commémorations,

Illegitimate Debt Campaign Bulletin, Issue 5, February 2008 14

nous sommes enchantés que l’Université de Birmingham va accueillir deux jours de conférence académique de haut niveau le 16 et 17 mai, avec des documents de recherche sur les annulations de dette, sur les problèmes avec le processus, quand l’allègement de dette a été effectif et quels sont les problèmes pour le futurs. En pièce jointe une invitation formelle. Pouvez vous transférer cela, s’il vous plait, à vos académiciens avec qui vous avez des contacts dans votre pays et qui travaille sur la dette, et / ou qui peut être intéressé à présenter un document ou à participer à cette conférence.

Plus d’infos à http://www.newscentre.bham.ac.uk/debtrelief/index.shtml.

La plate-forme Dette & Développement pour dénoncer la dette odieuse et demander à la France de l’annuler

La plate-forme Dette & Développement, qui regroupe environ 25 associations et syndicats français pour le désendettement des pays du Sud, est mobilisée depuis septembre 2007 et jusqu’à juin 2008 pour dénoncer la dette odieuse et demander à la France de l’annuler.

Une brochure de sensibilisation a été diffusée à 8 000 exemplaires. Elle est disponible au lien suivant: http://www.dette2000.org/data/File/DetteOdieuse.pdf et a été traduite en anglais (voir ci-joint).

Une carte de sensibilisation « La France a prêté à des dirigeants corrompus, c’est la population qui rembourse »‘ a été diffusée à 130 000 ex. dans les cafés, les restaurants et les universités (voir ci-joint).

Un site www.detteodieuse.org a été élaboré et relaye une pétition au chef de l’Etat.

La plate-forme Dette & Développement encourage également ses militants à interpeller leurs députés, pour qu’ils signent la déclaration internationale des parlementaires.

Enfin, un petit film d’animation sur la dette odieuse est en préparation et la plate-forme Dette & Développement souhaite susciter des prises de parole de personnalités politiques en France sur le sujet à l’occasion du prochain voyage de N. Sarkozy en Afrique, fin février.

Contact : petition@detteodieuse.org

 

 

Foyers D’erlassjahr Sur La Déclaration Des Parlementaires Pour La Responsabilité Partagée Dans Le Prêt Souverain

La campagne allemande erlassjahr.de met sa principale concentration sur « la déclaration parlementaire pour une responsabilité partagée dans le processus de prêt ». Le but est d’avoir 10% de parlementaires allemands qui signent la déclaration pour la fin de l’année. Une importante partie de notre plaidoyer est une audience publique au parlement allemand, le 9 avril, et est organisée par la commission parlementaire sur le développement.

Plus d’informations à www.erlassjahr.de/aktionen/parlamentarier-erklaerung/

More information is available at www.erlassjahr.de/aktionen/parlamentarier-erklaerung/

 

 

Semaine mondiale d’Action contre la dette et les institutions financières internationales, 14-21 Octobre 2007

Jubileo Sur Americas

« Depuis Haïti jusqu’à l’Argentine, en passant par le Brésil, la Colombie, l’Équateur, le Nicaragua, l’Uruguay, le Paraguay et d’autres pays en plus de notre région, Jubilé Sud/Amériques se joint à la Semaine d’Action Globale contre la Dette et les IFIs pour dénoncer la domination qu’exercent encore ces instruments du modèle hégémonique et faire entendre nos propositions pour constituer des bases solides pour le fonctionnement d’un système financier autonome, au service des nécessités et des droits des peuples ».

Jubilé Sud/Amériques entamait ainsi son manifeste par l’annulation et le non paiement de toutes les dettes illégitimes en adhésion à la Semaine Globale et en invitant les organisations et les mouvements à poursuivre des actions contre la dette dans leurs régions, provinces ou villes, en rejetant « les réformes tièdes proposées par les gouvernements pour maquiller les catastrophes promues par les IFIs et ils demanderont les réponses qui ont été présentées

sur l’étude mandatée par la Banque Mondiale sur l’existence de Dettes Odieuses et Illégitimes ». Cet appel a été salué par un succès qui a été vu dans les différentes activités qui se sont déroulées:

Argentine : Le Prix Nobel de La Paix, Adolfo Pérez Esquivel accompagné de nombreux activistes ont jeûné pendant trois jours contre la domination de la dette et en adhésion à la Semaine. Différentes activités se sont aussi déroulées, comme un cinéma- débat sur la dette, des rencontres avec différents candidats et candidates à la présidence de l’Argentine pour connaitre l’acheminement qu’ils pensent donner au jugement de la Justice Fédérale qui déclare frauduleuse et arbitraire la dette accumulée pendant la dictature. Les jours de jeûne se sont terminés par une prière oeucuménique pour la libération de la dette.

Colombie : A été lancée la proposition d’effectuer un Audit intégral et participatif pour visualiser, entre d’autres aspects, la relation entre la croissance spectaculaire de la dette publique colombienne avec le développement des stratégies de guerre et la répression. Illegitimate Debt Campaign Bulletin, Issue 5, February 2008 15

Brésil : La Campagne Jubileu Sul, avec d’autres mouvements, ont diffusé les résultats du Plebiscite populaire sur la privatisation de l’entreprise minière la plus grande du pays, la Vale du Rio Doce, privatisée il y a une décennie, de manière scandaleuse, hypothétiquement pour résoudre les problèmes de dette du pays. De plus, un déjeuner de travail s’est déroulé avec les parlementaires qui promeuvent au Congrès National la réalisation d’un audit officiel de la dette.

Haïti : Différentes organisations se sont mobilisées contre la signature d’un Accord de Partenariat Économique (APE) avec l’Union Européenne, en dénonçant sa relation avec la génération de nouvelle dette et les politiques des IFIs.

El Salvador : Un rassemblement devant le Ministère de l’Économie s’est tenu pour protester contre les conséquences du Traité de Libre Echange avec les Etats-Unis (TLC) et pour la reconnaissance de la dette écologique des pays européens comme condition préalable à de futures négociations commerciales.

Nicaragua : Dans le cadre de la Semaine mondiale d’Action, il a été fait connaître l’avis prononcé par le Jury International lors de l’Audition du Tribunal Permanent des Peuples sur le cas d’Union FENOSA, où sont accusés particulièrement « les organismes financiers internationaux, comme le Fond Monétaire International par les conditionnalités qu’il impose comme les privatisations et le traitement de faveur aux transnationales comme la Banque Mondiale, la Banque Interaméricaine de Développement et la Banque d’Amérique centrale d’Intégration Économique, qui fournissent les ressources financières pour la mise en oeuvre des conditionnalités imposées par le FMI, et qui subventionnent et protègent les investissements du capital transnational « .

Équateur : Des actions de communication sur l’initiative se sont déroulées, il y a deux mois, sur l’Audit officiel de la dette exigée de ce pays pour déterminer sa légitimité et approuver la décision présidentielle de ne pas payer ce qui n’est pas du.

Uruguay : Différentes activités ont pris place dans lesquelles ont été abordées la relation de la dette externe avec la crise économique et financière qui a affecté le pays et les politiques macro-économiques et les ajustements rendus propices par les Institutions Financières Internationales, comme le cas spécifique de la Caisse Bancaire entre autres.

De plus, un débat commence régionalement sur la constitution d’une Banque Solidaire des Peuples

Illegitimate Debt Campaign Bulletin, Issue 5, February 2008 16

du Sud et l’importance de lui assurer une participation égalitaire et sociale, avec des fins qui rompent avec les intérêts du capital concentré et ne reproduisent pas de logiques et de paramètres néo-libéraux.

Davantage d’information : www.jubileosuramerica.blogspot.com

Africa: Congo Brazzaville

Voici les activités qui ont pu être effectivement réalisées à Brazza autour de la commémoration de la mort de Thomas Sankara et de la semaine de la dette par APASH/CADTM Brazza.

Les activités autour de Thomas Sankara ont été faites en grande collaboration avec l’Association Thomas Sankara pour le Développement (ATSD), association d’anciens élèves du Lycée Thomas Sankara de Brazzaville, ouvert en 1987. ATSD a fait d’autres activités en plus de celles citées ici.

I- THOMAS SANKARA

Dimanche 14 octobre:

émission débat à Radio Brazzaville en direct

émission « L’Invité du Dimanche »en direct après le journal

Projection sur le mur d’un des bâtiments du Lycée Thomas Sankara du film Thomas Sankara, l’Homme intègre. Environ 150 élèves présents, distribution par APASH du dépliant « Thomas Sankara, un avenir pour l’Afrique »

Lundi 15 Octobre:

Diffusion du film « Thomas Sankara , l’Homme intègre » sur DRTV, 2è chaîne du pays.

Diffusion du film Sankara l’homme intègre avec le questionnaire joint, aux élèves de 4è et 3è de l’Institut de l’Avenir à Talangaï (quartier de Brazza), école où enseigne Rock Nianga et où Isabelle Likouka fait les cours d’Education civique)

Diffusion d’une émission de 1h40, enregistrée l’après-midi, constituée d’extraits du film « Thomas Sankara, l’homme intègre », commentés par les invités

II- Par ailleurs, autour de la semaine sur la dette, APASH/CADTM Brazza a eu l’opportunité d’être invité quasi gratuitement à 2 émissions au cours des mois de septembre-octobre:

1. « L’endettement de l’Afrique, entre fardeau, encerclement financier et appauvrissement » (1h15)

2. « Initiative PPTE, un marché de dupes? » (1h)

NB: Les émissions ont été rediffusées plusieurs fois à des heures différentes.

III- Nous (Rock Nianga, Pierre Ngampou, Isabelle LIKOUKA) avons également, ce mercredi 24 octobre, été invités à intervenir pendant 1h30 dans le séminaire de formation que Publish what you pay (Brice MAKOSSO animait le débat) a organisé pour le nouveau Comité pour la transparence des industries extractives, créé récemment par l’Etat congolais…. Nous sommes intervenus pour expliquer la dette en général, la dette du Congo et ses effets, la nécessité de l’audit, le Code des investissements imposé par PPTE qui donne les industries extractives aux investisseurs étrangers, etc.

Other News

Séminaire Sur Les Lois Antiterroristes Et La Criminalisation De La Protestation Sociale

Jubilé Sud/Amériques a activement pris part à l’organisation du Séminaire sur les lois antiterroristes qui s’est déroulé à Buenos Aires, en novembre, avec la présence et les rapports d’organisations membres d’Argentine, de Colombie et du secrétariat régional. Devant la croissante approbation de lois antiterroristes dans plusieurs pays de la région dûes aux fortes pressions des gouvernements des USA et des Institutions Financières Internationales, particulièrement du Fonds Monétaire International, il a été décidé spécialement de convoquer à un espace de débat pour projeter des stratégies de résistance pour faire face à ces nouveaux instruments répressifs. Pour le mouvement contre la dette, il a été proposé d’avancer dans l’approfondissement de la relation entre la militarisation, la génération de nouvelle dette illégitime et le financement des IFIs.

Davantage d’information à travers le Mouvement pour la Paix, la Souveraineté et la Solidarité entre les Peuples http://www.mopassol.com.ar/Images/Images/semi_nov1.htm

A propos de ce bulletin

Le bulletin est la responsabilité du groupe international de facilitation des campagnes sur la dette illégitime qui a été créé à Nairobi. Ce groupe est composé de Jubilée Sud, CADTM, Jubilée USA et EURODAD. Ils assurent la réalisation des objectifs et des actions de l’Assemblée dette de la Havane (Septembre 2005) ainsi que des rencontres qui l’ont suivie. Les mouvements et groupes dette se sont mis d’accord pour appeler à une annulation immédiate, inconditionnelle de la dette du Sud ; dette qui est injuste, impayable et illégitime.

  1. Les actions décidées pour cela:

Les organisations travaillant sur la dette illégitime ont décidé à Nairobi de créer un court bulletin bimensuel pour résumer les actions récentes et futures. Cela complètera les listes et les bulletins existants en contenant seulement de courtes descriptions d’actions et d’articles portés sur des actions; courtes descriptions qui seront suivies de liens et d’adresses mail. Ces informations viendront du monde entier et de différents réseaux. En étant bi-mensuel, ce bulletin aidera les personnes très occupées dans leur propre campagne ou dans des campagnes communes de nous rejoindre. Il est nécessaire d’être court dans les descriptions d’actions d’une part du fait que beaucoup de personnes sont déjà surchargées d’informations par les listes et d’autre part pour faciliter la traduction dans les trois langues du bulletin à savoir l’anglais, le français et l’espagnol.

Un site internet a été crée et est en construction : www.illegitimatedebt.org

Le prochain bulletin sortira enoctobre. Envoyez vos articles courts (200 mots) à

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Le meilleur des mondes selon Washington

Posté par issopha le 7 novembre 2007

ArchivesAoût 2003

Sans le droit et par la force

 

 

Le meilleur des mondes selon

Washington

 

La guerre d’Irak n’est pas finie. Aux Etats-Unis, le président Bush a dû admettre que ses accusations contre Bagdad à propos d’achats d’uranium au Niger étaient fausses. Au Royaume-Uni, le suicide de David Kelly, qui avait dénoncé les « exagérations » introduites par M. Anthony Blair dans son rapport sur l’Irak, fragilise l’avenir du premier ministre. Petit à petit, les « mensonges d’Etat » des dirigeants de la « coalition » sont révélés au public. Enfin, sur le territoire irakien, les opérations se multiplient contre les forces d’occupation américaines qui essuient des pertes quotidiennes. Le Conseil de gouvernement instauré par l’administration que dirige M. Paul Bremer semble bien incapable de sortir le pays du chaos.

Par Noam Chomsky

Le mois de septembre 2002 fut marqué par des événements majeurs intimement liés. D’une part, les Etats-Unis, Etat le plus puissant de l’histoire de l’humanité, mirent en place une nouvelle stratégie de sécurité nationale  (1), annonçant qu’ils maintiendraient leur hégémonie mondiale de façon permanente et qu’ils répondraient à quelque défi que ce soit par la force, terrain sur lequel ils ne comptent aucun rival depuis la fin de la guerre froide. D’autre part, au moment précis où cette politique était rendue publique, les tambours de guerre se mettaient à battre pour préparer le monde à l’invasion de l’Irak.

Cette nouvelle « stratégie impériale », comme la qualifièrent sur-le-champ les principales revues institutionnelles, fait des Etats-Unis un « Etat révisionniste cherchant à utiliser au maximum ses avantages momentanés dans le cadre d’un ordre mondial dont il tient les rênes ».

Dans ce « monde unipolaire (…), aucun Etat ni aucune coalition ne peut contester » à l’Amérique son rôle « de leader, de protecteur et de gendarme mondial  (2) ». John Ikenberry, que nous citons ici, mettait en garde contre les dangers de cette politique pour les Etats-Unis eux-mêmes. Il s’opposa vigoureusement à ce dessein impérial. Il ne fut pas le seul.

Quelques mois suffirent pour que, à travers la planète, la peur à l’égard des Etats-Unis et la méfiance à l’encontre de leurs dirigeants politiques atteignent des sommets. Une enquête internationale, réalisée par Gallup en décembre 2002 et quasiment ignorée par les médias américains, révéla que le projet d’une guerre contre l’Irak menée « unilatéralement par l’Amérique et ses alliés » ne rencontrait presque aucun soutien  (3).

M. Bush fit savoir aux Nations unies qu’elles ne pouvaient se rendre « pertinentes » qu’en approuvant les plans de Washington. Ou alors se résigner à n’être qu’un lieu de débats. A Davos, le « modéré » Colin Powell informa les participants au Forum économique mondial, eux aussi opposés aux projets guerriers de la Maison Blanche, que les Etats-Unis avaient le « droit souverain d’engager une action militaire ». Il précisa : « Chaque fois que nous serons convaincus de quelque chose, nous montrerons la voie  (4). » Et peu importe si nul ne suit.

A la veille de leur guerre, MM. George W. Bush et Anthony Blair décidèrent d’afficher, lors du sommet des Açores, leur mépris du droit et des institutions internationales. Car leur ultimatum ne visait pas l’Irak, mais les Nations unies : capitulez, leur disaient-ils en substance, ou nous mènerons cette invasion sans nous soucier de votre insignifiante approbation. Et nous le ferons, que M. Saddam Hussein et sa famille quittent le pays ou non  (5).

Le président Bush clama que les Etats-Unis disposaient « du pouvoir souverain d’utiliser la force pour garantir leur sécurité nationale ». La Maison Blanche était néanmoins disposée à établir en Irak une « vitrine arabe » sitôt que la puissance américaine serait fermement installée au cœur de la principale région productrice d’énergie du monde. Une démocratie formelle ne poserait pas non plus de problème, mais à condition d’accoucher d’un régime soumis, comme ceux que Washington réclame dans son pré carré.

La « stratégie impériale » de septembre 2002 autorisait également les Etats-Unis à lancer une « guerre préventive ». Préventive et non préemptive  (6). Car il s’agit bien de légitimer la destruction d’une menace qui ne s’est pas encore matérialisée, qui peut être imaginaire ou même inventée. La guerre préventive n’est alors rien d’autre que le « crime suprême » condamné à Nuremberg.

C’est ce que comprirent sur-le-champ ceux qui, aux Etats-Unis, se soucient un peu du sort de leur pays. Au moment où la coalition envahissait l’Irak, l’historien Arthur Schlesinger estima ainsi que la stratégie impériale du président Bush était « terriblement proche de la politique menée par le Japon impérial au moment de Pearl Harbor. Un jour qui, comme l’avait annoncé à l’époque un autre président américain, était resté “à jamais marqué du sceau d’infamie”  (7 ». Comment s’étonner, ajoutait Schlesinger, que « la vague mondiale de sympathie qui avait déferlé sur les Etats-Unis après le 11 septembre 2001 ait cédé la place à une vague mondiale de haine devant l’arrogance et le militarisme américains » ? Et à cette idée que le président américain représentait « une plus grande menace pour la paix que Saddam Hussein » ?

A Washington, cette « vague mondiale de haine » ne posa pas de problème particulier. Il s’agissait après tout d’être craints, pas d’être aimés. Et c’est assez naturellement que le secrétaire d’Etat à la défense, M. Donald Rumsfeld, reprit à son compte les propos du gangster Al Capone : « On obtient davantage avec un mot gentil et un fusil qu’avec un mot gentil et rien de plus. » Les dirigeants américains étaient également conscients que leurs agissements accroissaient le danger de prolifération des armes de destruction massive et celui de terrorisme. Mais l’accomplissement de certains objectifs leur importait davantage que ce genre de risque. Car l’enjeu est à la fois d’installer l’hégémonie des Etats-Unis dans le monde et, sur le plan intérieur, d’appliquer leur programme de démantèlement des conquêtes progressistes arrachées par les luttes populaires au cours du XXe siècle. Mieux, il leur faut institutionnaliser cette contre-révolution afin de la rendre permanente.

Une puissance hégémonique ne peut pas se contenter de proclamer sa politique officielle, elle doit l’imposer comme la nouvelle norme des relations internationales. D’éminents commentateurs viendraient ensuite expliquer que la règle est suffisamment flexible pour que la nouvelle norme serve désormais de modèle et soit appliquée sans tarder. Mais seuls ceux qui détiennent les armes peuvent fixer les « normes » et modifier ainsi le droit international à leur guise.

Dans la nouvelle doctrine américaine, il faut que la cible visée par les Etats-Unis réponde à plusieurs critères. Elle doit être sans défense, assez importante pour justifier qu’on se soucie d’elle et apparaître non seulement comme une « menace vitale », mais aussi comme le « mal absolu ». L’Irak répondait idéalement à ce portrait. Il remplissait à l’évidence les deux premières conditions. Quant aux suivantes, il suffit de rappeler les homélies de MM. Bush, Blair et leurs compères : le dictateur « assemble les armes les plus dangereuses du monde [pour] soumettre, intimider ou agresser ». Ces armes, il les a « déjà utilisées contre des villages entiers, faisant des milliers de morts, de blessés et de handicapés parmi ses propres citoyens. (…) Si cela, ce n’est pas le mal, alors ce terme n’a plus de sens ».

Prononcé par le président Bush, ce réquisitoire éloquent sonne juste ; ceux qui contribuent au mal ne méritent pas de demeurer impunis. Mais, parmi ces derniers, on compte précisément l’auteur de ces nobles propos, certains de ses adjoints actuels et tous ceux qui se sont associés à eux quand, ensemble, ils soutenaient l’incarnation du mal absolu, longtemps après qu’il eut commis la plupart de ses terribles forfaits. Car, au moment même où ils rabâchaient les atrocités commises par le monstre Saddam Hussein, les dirigeants occidentaux taisaient une information cruciale : tout cela s’était accompli avec leur soutien parce que ce genre de chose leur est au fond indifférent. Le soutien devint condamnation sitôt que l’ami d’hier commit son premier véritable crime, celui de leur désobéir (ou, peut-être, d’avoir mal interprété leurs ordres) en envahissant le Koweït. La sanction fut terrible… pour ses sujets. Le tyran, lui, s’en sortit sans dommages, se trouvant même conforté par le régime de sanctions que mirent en place ses anciens protecteurs.

Washington renouvela son soutien à M. Saddam Hussein sitôt après la première guerre du Golfe, quand le dictateur écrasa les révoltes qui auraient peut-être permis de le renverser. Thomas Friedman expliqua à l’époque dans le New York Times que, aux yeux de la Maison Blanche, « le meilleur des mondes » serait « une junte irakienne à poigne débarrassée de Saddam Hussein  (8) ». Cet objectif paraissant inaccessible, il faudrait se contenter du second choix possible. Les rebelles échouèrent donc une fois que Washington et ses alliés furent « étonnamment unanimes pour estimer que, quels que soient les péchés du dirigeant irakien, celui-ci offrait à l’Occident et à la région une meilleure garantie de stabilité que ceux qui avaient eu à subir sa répression  (9 ». Tout cela est aujourd’hui escamoté dans les commentaires sur les charniers renfermant les victimes de cette terreur qui servent à justifier la guerre. « D’un point de vue moral », a opiné Thomas Friedman  (10).

La population américaine traînait les pieds : on la précipita dans un état de fureur belliqueuse. Dès le début du mois de septembre 2002, ce fut un bombardement d’informations terrifiantes sur la menace imminente que Saddam Hussein faisait peser sur les Etats-Unis ainsi que sur ses liens avec Al-Qaida, lesquels suggéraient une implication du régime irakien dans les attentats du 11 septembre 2001. La plupart des preuves « agitées ne pouvaient que provoquer l’hilarité générale », comme l’écrivit la directrice du Bulletin of Atomic Scientists, « mais plus elles étaient ridicules, plus les médias s’évertuaient à présenter comme une marque de patriotisme notre disposition à les gober  (11 ».

Cet assaut produisit ses effets. Une majorité d’Américains en vint à considérer que M. Saddam Hussein représentait une « menace imminente » pour les Etats-Unis. Bientôt, près de la moitié d’entre eux crurent que l’Irak avait contribué aux attentats du 11 septembre. Le soutien à la guerre en découla. Et la campagne de propagande se révéla suffisante pour offrir à l’administration Bush une courte majorité aux élections de la mi-mandat. Les électeurs mirent de côté leurs préoccupations pour chercher refuge sous l’aile du pouvoir contre l’ennemi démoniaque…

Le 1er mai 2003, sur le pont du porte-avions Abraham-Lincoln, le président Bush convoqua un spectacle destiné à conclure cette guerre de six semaines. Il prétendit qu’il venait de remporter une « victoire dans la guerre contre le terrorisme [en ayant] supprimé un allié d’Al-Qaida  (12) ». Aucune preuve n’avait été produite pour confirmer le lien entre M. Saddam Hussein et son ennemi avéré Oussama Ben Laden. Quant au seul effet indiscutable de cette « victoire contre le terrorisme », l’invasion et l’occupation de l’Irak, un responsable américain admet qu’il semble avoir surtout provoqué un « important recul dans la “guerre contre le terrorisme” » en augmentant le nombre des candidats au recrutement dans les rangs d’Al-Qaida  (13).

Pour le Wall Street Journal, le show sur le pont de l’Abraham-Lincoln « marque le lancement de la campagne de réélection en 2004 ». La Maison Blanche espère qu’elle « sera axée, autant que possible, sur les thèmes de la sécurité nationale  (14 ». Avant les scrutins législatifs de 2002, M. Karl Rove, conseiller électoral de M. Bush, avait déjà demandé aux militants républicains de se focaliser sur les questions de sécurité afin de faire oublier aux électeurs la politique intérieure impopulaire de la Maison Blanche. Vingt ans plus tôt, le président Ronald Reagan ne se comportait pas autrement ; l’invasion de la Grenade en 1983 avait servi sa réélection l’année suivante…

Même si elle rencontra quelques succès, cette campagne de propagande intensive n’est pas parvenue à faire évoluer l’opinion publique sur des questions de fond. Les Américains continuent à préférer que les crises internationales soient gérées par les Nations unies plutôt que par Washington, et les deux tiers d’entre eux estiment que c’est à l’ONU – pas aux Etats-Unis – de se charger de la reconstruction de l’Irak  (15).

L’armée d’occupation n’ayant pas déniché les fameuses armes de destruction massive, la position de l’administration est passée de la « certitude absolue » que l’Irak les détenait à l’idée que les accusations lancées avaient été « justifiées par la découverte d’équipements potentiellement susceptibles de servir à fabriquer des armes  (16 ». Des responsables de haut rang ont alors proposé un « ajustement » du concept de guerre préventive qui autorisait les Etats-Unis à attaquer « un pays qui possède des armes mortelles en grande quantité ». Cette modification « propose que l’administration américaine agisse contre tout régime hostile susceptible de vouloir et de pouvoir les produire  (17 ». Ainsi, la principale conséquence de l’effondrement des accusations invoquées pour justifier l’invasion sera le relâchement des critères autorisant le recours à la force.

Le plus grand succès de la campagne de propagande américaine fut néanmoins le concert louant la « vision » présidentielle, lorsque M. Bush affirma vouloir apporter la démocratie au Proche-Orient, au moment précis où il démontrait, au contraire, son extraordinaire mépris pour un tel concept. Car comment qualifier autrement la distinction faite par M. Rumsfeld entre « vieille Europe » et « nouvelle Europe » – la première vilipendée, la seconde louée pour son courage. Pour les distinguer, le critère était clair : la « vieille Europe » comprenait tous les Etats ayant adopté la même position que la majorité de leur peuple, la « nouvelle Europe » prenait ses ordres à Crawford (Texas) sans se soucier de son opinion publique, souvent plus opposée encore à la guerre que celle des autres pays.

Sur le versant démocrate du spectre politique américain, M. Richard Holbrooke, secrétaire d’Etat adjoint dans l’administration Clinton, insista alors sur un « fait véritablement important » : la population des huit membres de la « nouvelle Europe » dépassait celle de la « vieille Europe ». Ce qui, selon lui, prouvait bien que la France et l’Allemagne étaient « isolées ». De fait, pour prétendre le contraire, il aurait fallu céder à cette hérésie gauchiste qui voudrait que l’avis du peuple joue encore un rôle dans une démocratie. De son côté, l’éditorialiste du New York Times Thomas Friedman réclamait que la France soit privée de son siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Elle s’était conduite comme un enfant en « classe de maternelle » et « ne savait pas jouer avec les autres  (18 ». A en juger par les sondages, les peuples de la « nouvelle Europe » n’étaient pas sortis de crèche, eux non plus.

Le cas de la Turquie fut plus instructif encore. Son gouvernement résista aux fortes pressions des Etats-Unis pour qu’elle prouve « ses dispositions démocratiques » en obéissant aux ordres de Washington sans se soucier de l’opinion de 95 % de sa population. Cet entêtement rendit les observateurs politiques américains si furieux que certains allèrent jusqu’à rappeler les crimes commis par Ankara contre les Kurdes en 1990 – sujet auparavant tabou en raison du rôle complice joué par les Etats-Unis dans cette répression. Un rôle qui, toutefois, resta soigneusement passé sous silence.

Secrétaire adjoint à la défense, M. Paul Wolfowitz a donné la clé de la nouvelle doctrine américaine. Il a en effet accusé l’armée turque de « ne pas avoir joué le véritable rôle dirigeant qu’on était en droit d’attendre d’elle » lorsqu’elle choisit de ne pas contraindre le gouvernement à piétiner la volonté de son opinion publique. La Turquie devait donc faire un effort et admettre : « Nous avons fait une erreur. (…) Mais essayons de voir comment nous pourrions nous rendre maintenant aussi utiles que possible aux Américains  (19).  » Le commentaire de M. Wolfowitz est d’autant plus éclairant qu’on présente ce dernier comme un des principaux avocats de la croisade visant à « démocratiser le Proche-Orient ».

La colère de Washington contre la « vieille Europe » a des racines plus profondes que le simple mépris pour la démocratie. Les Etats-Unis ont toujours été hésitants à l’égard de l’unification du Vieux Continent. Il y a trente ans, dans son discours sur « L’année de l’Europe », M. Henry Kissinger conseillait aux Européens d’exercer leurs « responsabilités régionales » dans le « cadre global d’un ordre mondial » déterminé par les Etats-Unis. Une voie indépendante était donc déjà proscrite. La même sollicitude s’applique désormais à l’Asie du Nord-Est, la zone de croissance la plus dynamique du monde grâce à ses énormes ressources et à ses économies industrielles modernes. Cette zone pourrait à son tour caresser l’idée de contester un ordre mondial défini par Washington. Mais cet ordre doit être maintenu. A perpétuité. Si nécessaire, par la force.

Noam Chomsky.

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Noam Chomsky

Professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), Boston, Etats-Unis. Auteur, après bien d’autres ouvrages, de Pirates et empereurs. Le terrorisme dans le monde contemporain, Fayard, Paris, 2003. La plupart des textes de Noam Chomsky sont disponibles sur son site Internet.

(1) George W. Bush, La Stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis. Une ère nouvelle, Washington, 20 septembre 2002. Lire le document intégral, en français, sur le site du Monde.

(2) John Ikenberry, Foreign Affairs, New York, septembre-octobre 2002.

(3) Sondage dans 27 pays. Cf. « A Rising Anti-American Tide », International Herald Tribune, Paris, 5 décembre 2002.

(4) The Wall Street Journal, New York, 27 janvier 2003.

(5) Michael Gordon, The New York Times, 18 mars 2003.

(6) La validité juridique d’une guerre « préemptive » dépend de l’existence de preuves matérielles démontrant l’imminence du danger et la nécessité d’agir. La guerre préventive s’appuie, en revanche, non pas sur la crainte d’une agression imminente, mais sur une peur plus lointaine, sur une menace stratégique. Cf. Richard Falk, « Les Nations unies prises en otage », Le Monde diplomatique, décembre 2002.

(7) Los Angeles Times, 23 mars 2003.

(8) Thomas Friedman, The New York Times, 7 juin 1991.

(9) Thomas Friedman, op. cit. et Alan Cowell, The New York Times, 11 avril 1991.

(10) Thomas Friedman, The New York Times, 4 juin 2003.

(11) Linda Rothstein, Bulletin of Atomic Scientists, Chicago, juillet 2003.

(12) Elisabeth Bumilier, The New York Times, 2 mai 2003.

(13) Jason Burke, The Sunday Observer, Londres, 18 mai 2003.

(14) Jeanne Cummings et Greg Hite, The Wall Street Journal, 2 mai 2003 ; Francis Clines, The New York Times, 10 mai 2003.

(15) Program on International Policy Attitudes, université du Maryland, 18-22 avril 2003.

(16) Dan Milbank, The Washington Post, 1er juin 2003.

(17) Guy Dinmore et James Harding, Financial Times, 3-4 mai 2003.

(18) Thomas Friedman, The New York Times, 9 février 2003.

(19) Marc Lacey, The New York Times, 7-8 mai 2003.

Voir aussi le courrier des lecteurs.

 

·  Cold War II. ZNet. August 27, 2007.

·  Guillotining Gaza. Information Clearing House. July 30, 2007.

·  Starving the Poor. Khaleej Times. May 15, 2007.

·  What If Iran Had Invaded Mexico? TomDispatch. April 5, 2007.

·  In Memory of Tanya Reinhart. March 18, 2007.

·  South America: Toward an Alternative Future. International Herald Tribune. January 5, 2007.

·  Latin America Declares Independence. International Herald Tribune. October 3, 2006.

·  On the US-Israeli Invasion of Lebanon. Al-Adab. August 19, 2006.

·  Solution in Sight. Khaleej Times. June 23, 2006.

·  A Just War? Hardly. Khaleej Times. May 9, 2006.

·  Superpower and Failed States. Khaleej Times. April 5, 2006.

·  The Israel Lobby? ZNet. March 28, 2006.

·  Latin America and Asia Are at Last Breaking Free of Washington’s Grip. The Guardian. March 15, 2006.

·  New World Relationships. Khaleej Times. March 10, 2006.

·  Beyond the Ballot. Khaleej Times. January 6, 2006.

·  We are All Complicit. Prospect. January, 2006.

·  A Dangerous Neighbourhood. Khaleej Times. December 8, 2005.

·  Intelligent Design? Khaleej Times. October 6, 2005.

·  Wanted a Leader for America. Khaleej Times. October 5, 2005.

·  The Evolution of the Language Faculty. (with W. Tecumseh Fitch & Marc D. Hauser) Cognition. September, 2005.

·  We Must Act Now to Prevent Another Hiroshima — or Worse. The Independent. August 7, 2005.

·  The Manipulation of Fear. Tehelka. July 16, 2005.

·  It’s Imperialism, Stupid. Khaleej Times. July 4, 2005.

·  What We Know. Boston Review. Summer, 2005.

·  The Social Security Non-Crisis. Khaleej Times. June 1, 2005.

·  Simple Truths, Hard Problems. Philosophy. January, 2005.

·  Imperial Presidency. Canadian Dimension. January/February, 2005.

·  On Colombia. In Doug Stokes, America’s Other War. December, 2004.

·  2004 Elections. ZNet. November 29, 2004.

·  Reshaping History. Al-Ahram Weekly. November 18-24, 2004.

·  The Disconnect in US Democracy. Khaleej Times. October 29, 2004.

·  Understanding the Bush Doctrine. Information Clearing House. October 2, 2004.

·  From Central America to Iraq. Khaleej Times. August 6, 2004.

·  How America Determines Friends and Foes. The Toronto Star. March 14, 2004.

·  US-Haiti. ZNet. March 9, 2004.

·  A Wall as a Weapon. The New York Times. February 23, 2004.

·  What a Fair Trial for Saddam Would Entail. The Toronto Star. January 25, 2004.

·  Selective Memory and a Dishonest Doctrine. The Toronto Star. December 21, 2003.

·  The Iraq War and Contempt for Democracy. ZNet. October 31, 2003.

·  Moral Truisms, Empirical Evidence, and Foreign Policy. Review of International Studies. October, 2003.

·  Dominance and its Dilemmas. Boston Review. October, 2003.

·  Reasons to Fear U.S. The Toronto Star. September 7, 2003.

·  Preventive War ‘the Supreme Crime’. ZNet. August 11, 2003.

·  Deep Concerns. ZNet. March 20, 2003.

·  The Case Against U.S. Adventurism in Iraq. Star Tribune. March 13, 2003.

·  Wars of Terror. New Political Science. March, 2003.

·  The People in Gravest Danger. New Humanist. March 1, 2003.

·  Human Rights Week 2002. ZNet. December 28, 2002.

·  A Modest Proposal. ZNet. December 3, 2002.

·  The Faculty of Language. (with M. D. Hauser & W. T. Fitch) Science. November 22, 2002.

·  Drain the Swamp and There Will Be No More Mosquitoes. The Guardian. September 9, 2002.

·  What Americans Have Learnt –and not Learnt– Since 9/11. The Age. September 7, 2002.

·  The Crimes of ‘Intcom’. Foreign Policy. September, 2002.

·  Mirror Crack’d. Outlook India. September, 2002.

·  Terror and Just Response. ZNet. July 2, 2002.

·  Constructive Action? Red Pepper. May 11, 2002.

·  Who are the Global Terrorists? In Ken Booth (ed.), Worlds in Collision. May, 2002.

·  Back in the USA. Red Pepper. May, 2002.

·  The War In Afghanistan. Z Magazine. February 1, 2002.

·  A Quick Reaction. International Relations Center. September 12, 2001.

·  Neocolonial Invitation to a Tribal War. Los Angeles Times. August 13, 2001.

·  Introduction: Project Censored 25th Anniversary. In Peter Phillips (ed.), Project Censored 2001. April, 2001.

·  Voting Patterns and Abstentions. Z Magazine. February, 2001.

·  How US Democracy Triumphed Again. The Independent. January 14, 2001.

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·  Blinded by the Truth. Al-Ahram Weekly. Number 506, 2-8 November, 2000.

·  The Colombia Plan: April 2000. Z Magazine. June, 2000.

·  A Review of NATO’s War over Kosovo. Z Magazine. April-May, 2000.

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·  East Timor Questions & Answers. Z Magazine. October, 1999.

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·  Market Democracy in a Neoliberal Order: Doctrines and Reality . Z Magazine. November, 1997.

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·  Old Wine in New Bottles: A Bitter Taste. EJROT. June, 1996.

·  Israel, Lebanon, and the « Peace Process ». April 23, 1996.

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·  Guilt of War Belongs to All. The Observer. July 30, 1995.

·  Memories. Z Magazine. July-August, 1995.

·  Rollback. Z Magazine. January-May, 1995.

·  Introduction. In Juan Pablo Ordoñez, No Human Being is Disposable. 1995.

·  Rationality/Science. Z Papers Special Issue. 1995.

·  Democracy Restored. Z Magazine. November, 1994.

·  An Island Lies Bleeding. The Guardian. July 5, 1994.

·  Democracy Enhancement. Z Magazine. May-August, 1994.

·  On The U.S. Human Rights Record. The New Stateman. July, 1994.

·  The Clinton Vision: Update. Z Magazine. January, 1994.

·  Humanitarian Intervention. Boston Review. December, 1993 – January, 1994.

·  The Clinton Vision. Z Magazine. December, 1993.

·  The Israel-Arafat Agreement. Z Magazine. October, 1993.

·  « Limited War » in Lebanon. Z Magazine. September, 1993.

·  No Longer Safe. Z Magazine. May, 1993.

·  Notes of NAFTA: « The Masters of Man ». The Nation. March, 1993.

·  « Mandate for Change, » or Business as Usual. Z Magazine. February, 1993.

·  Vain Hopes, False Dreams. Z Magazine. September, 1992.

·  Middle East Diplomacy: Continuities and Changes. Z Magazine. December, 1991.

·  International Terrorism: Image and Reality. In Alexander George (ed.), Western State Terrorism. December, 1991.

·  Aftermath. Z Magazine. October, 1991.

·  Force and Opinion. Z Magazine. July-August, 1991.

·  « What We Say Goes »: The Middle East in the New World Order. Z Magazine. May, 1991.

·  Gulf War Pullout. Z Magazine. February, 1991.

·  The Gulf Crisis. Z Magazine. February, 1991.

·  The Victors. Z Magazine. November, 1990.

·  The Decline of the Democratic Ideal. Z Magazine. May, 1990.

·  Revolution of ’89. The Nation. January 29, 1990.

·  Invasion Newspeak: U.S. & USSR. FAIR. December, 1989.

·  Scenes from the Uprising. Z Magazine. July, 1988.

·  Central America: The Next Phase. Z Magazine. March, 1988.

·  Is Peace at Hand? Z Magazine. January, 1988.

·  The Empire and Ourselves. A Solidarity Pamphlet. April 9, 1986.

·  Visions of Righteousness. Cultural Critique. Spring, 1986.

·  The Soviet Union Versus Socialism. Our Generation. Spring/Summer, 1986.

·  His Right to Say It. The Nation. February 28, 1981.

·  Some Elementary Comments on the Rights of Freedom of Expression. October, 1980.

·  Distortions at Fourth Hand. The Nation. June 25, 1977.

·  The Meaning of Vietnam. The New York Review of Books. June 12, 1975.

·  The Repression at Belgrade University. The New York Review of Books. February 7, 1974.

·  The President and the Presidency. Liberation. November, 1973.

·  Watergate: A Skeptical View. The New York Review of Books. September 20, 1973.

·  Vietnam: How Government Became Wolves. The New York Review of Books. June 15, 1972.

·  The Pentagon Papers and U.S. Imperialism in South East Asia. The Spokesman. Winter 1972/3.

·  The Case Against B.F. Skinner. The New York Review of Books. December 30, 1971.

·  Mayday: The Case for Civil Disobedience. The New York Review of Books. June 17, 1971.

·  Foreword. In Bertrand Russell War Crimes Tribunal on Vietnam. 1971.

·  After Pinkville. In Bertrand Russell War Crimes Tribunal on Vietnam. 1971.

·  In Defense of the Student Movement. 1971.

·  In North Vietnam. The New York Review of Books. August 13, 1970.

·  A Visit to Laos. The New York Review of Books. July 23, 1970.

·  Cambodia. The New York Review of Books. June 4, 1970.

·  Notes on Anarchism. In Daniel Guerin, Anarchism: From Theory to Practice. 1970.

·  The Menace of Liberal Scholarship.The New York Review of Books. January 2, 1969.

·  Reflections on a Political Trial. The New York Review of Books. August 22, 1968.

·  Philosophers and Public Philosophy. Philosophy and Public Affairs. October, 1968.

·  On Resistance. The New York Review of Books. December 7, 1967.

·  On the Backgrounds of the Pacific War. Liberation. September – October 1967.

·  The Responsibility of Intellectuals. The New York Review of Books. February 23, 1967.

·  Review of Skinner’s Verbal Behavior. In Jakobovits & Miron (eds.), Readings in the Psychology of Language. 1967.

·  Three Models for the Description of Language. IRE Transactions on Information Theory. September, 1956.

·  Logical Syntax and Semantics. Language. January-March, 1955.

·  Systems of Syntactic Analysis. The Journal of Symbolic Logic. September, 1953.

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L’Amérique, « Etat voyou » : Washington au-dessus du droit international

Posté par issopha le 7 novembre 2007

ArchivesAoût 2000

Washington au-dessus du droit international

 

L’Amérique, « Etat voyou »

 

 

En juin dernier, le département d’Etat, à Washington, a exclu l’expression « Etat voyou » de son langage diplomatique, au profit de la catégorie, plus vague, de « state of concern » (« Etat source d’inquiétude »), dans le dessein d’avoir une plus grande flexibilité dans ses rapports avec les Etats ainsi désignés. Réservée à sept pays bien précis (Corée du Nord, Cuba, Irak, Iran, Libye, Soudan et Syrie), l’expression « rogue state », que l’on peut traduire par Etat voyou, Etat hors-la-loi ou encore Etat paria, désignait des pays qui, selon Washington, soutenaient le terrorisme et, par conséquent, étaient soumis unilatéralement à des sanctions.

Par Noam Chomsky

Le concept d’« Etat voyou » (1) ou d’Etat hors-la-loi a joué, jusqu’à ces derniers temps, un rôle primordial dans l’analyse et la stratégie politique américaines. La crise irakienne, qui dure depuis exactement dix ans (l’invasion du Koweït par l’Irak date du 1er août 1990), en fournit l’exemple le plus connu (2). Washington et Londres décrétèrent alors que l’Irak était un « Etat voyou » constituant une menace pour ses voisins et pour les autres pays, une « nation hors-la-loi » dirigée par une réincarnation d’Hitler, et qui devait être tenue en échec par les gardiens de l’ordre international : les Etats-Unis et leur valet d’armes britannique.

La caractéristique la plus intéressante de ce débat sur les « Etats voyous » est précisément qu’il n’a jamais eu lieu, les discussions restant circonscrites dans des limites empêchant que soit formulée cette exigence évidente : les Etats-Unis et le Royaume-Uni doivent agir conformément à la loi et aux traités internationaux qu’ils ont signés.

Le cadre légal pertinent à cet égard est la Charte des Nations unies, fondement du droit international, et, pour les Etats-Unis, la Constitution américaine. La Charte stipule que, « une fois constatée l’existence d’une menace contre la paix, d’une rupture de la paix ou d’un acte d’agression, le Conseil de sécurité peut décider quelles mesures n’impliquant pas l’emploi de la force armée doivent être prises. Si ces mesures se révèlent inadéquates, le Conseil peut entreprendre toute action qu’il juge nécessaire au maintien ou au rétablissement de la paix et de la sécurité internationales ».

La seule exception admise figure dans l’article 51 : « Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un membre des Nations unies est l’objet d’une agression armée, jusqu’à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales. »

Il existe donc des voies de recours légitimes pour faire face aux nombreuses menaces pesant sur la paix du monde, et aucun Etat n’a autorité pour agir à sa guise par des mesures unilatérales. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne font pas exception à la règle, quand bien même ils auraient les mains propres, ce qui est loin d’être le cas. Ni les « Etats voyous », par exemple l’Irak de M. Saddam Hussein, ni les Etats-Unis n’acceptent ces contraintes. Ainsi, lors d’une première confrontation avec l’Irak, Mme Madeleine Albright, actuelle secrétaire d’Etat, et, à l’époque, ambassadrice auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU), ne se gêna pas pour déclarer au Conseil de sécurité : « Nous agirons de façon multilatérale quand nous le pourrons, et unilatéralement quand nous le jugerons nécessaire », car « nous considérons cette région du Proche-Orient comme d’une importance vitale pour les intérêts nationaux des Etats-Unis ».

« Quand, où et comment ils le décident »

Elle réitéra cette position en février 1998, au moment où le secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan, entreprenait une mission diplomatique à Bagdad : « Nous lui souhaitons bonne chance et, à son retour, nous verrons si ce qu’il rapporte est compatible avec nos intérêts nationaux. » Quand M. Annan annonça qu’un accord avec M. Saddam Hussein était intervenu, le président William Clinton, pour sa part, déclara que si l’Irak ne s’y conformait pas – Washington étant seul juge en la matière – « tout le monde comprendrait que les Etats-Unis et, il faut l’espérer, tous nos alliés, auraient le droit unilatéral de répliquer quand, où et comment ils le décideraient ». Le Conseil de sécurité de l’ONU entérina à l’unanimité l’accord signé par M. Annan et rejeta l’exigence de Londres et de Washington d’être autorisés à faire usage de la force s’il n’était pas observé. Dans cette dernière hypothèse, l’Irak s’exposerait cependant « aux plus graves conséquences », indiquait – sans plus de précisions – la résolution du Conseil, lequel décidait de rester saisi en permanence. Aux termes de la Charte des Nations unies, il s’agissait bien du Conseil de sécurité, et de lui seul (3).

Washington eut une lecture totalement différente de ce texte pourtant sans aucune ambiguïté. Selon l’ambassadeur américain auprès des Nations unies Bill Richardson, l’accord conclu « n’empêchait pas l’usage unilatéral de la force », et les Etats-Unis conservaient le droit légal d’attaquer Bagdad quand bon leur semblerait. M. Richardson précisa : « Nos bombardements peuvent être de trois types : frappes chirurgicales, frappes ponctuelles ou frappes massives. Les frappes chirurgicales ne seront pas suffisantes. Nous envisageons des frappes ponctuelles. » M. Clinton déclara à son tour que la résolution du Conseil de sécurité lui « conférait autorité pour agir » – par des moyens militaires, précisa son conseiller de presse – en cas de non-respect par l’Irak de ses engagements. Au Congrès, certains élus considérèrent que cette position officielle était encore trop respectueuse du droit national et international. Ainsi, le républicain Trent Lott, leader de la majorité au Sénat, dénonça le gouvernement de M. Clinton pour avoir « sous-traité » sa politique étrangère « à d’autres », c’est-à-dire au Conseil de sécurité. Son collègue démocrate John Kerry, pourtant ancienne « colombe », ajouta que l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis était « légitime » si M. Saddam Hussein « s’obstinait à violer les résolutions de l’ONU ».

Le mépris de la primauté du droit est profondément enraciné dans la culture intellectuelle et les pratiques américaines. Il suffit de se rappeler, entre autres exemples, la réaction de Washington à l’arrêt de la Cour internationale de justice de La Haye en 1986. On se souvient que les Etats-Unis furent condamnés pour « usage illégal de la force » contre le Nicaragua sandiniste, et sommés de mettre un terme à leurs activités clandestines au service des antisandinistes de la Contra ainsi qu’à verser des réparations au gouvernement légal de Managua (4).

Cette décision de la plus haute instance judiciaire internationale souleva un ouragan de protestations aux Etats-Unis. La Cour fut accusée de s’être « discréditée », et son arrêt ne fut pas jugé digne d’être publié. Il n’en fut évidemment tenu aucun compte, bien au contraire : le Congrès, à majorité démocrate, débloqua de nouveaux fonds pour les terroristes de la Contra. Dans une déclaration d’avril 1986, le secrétaire d’Etat George Shultz avait bien formulé la doctrine américaine en la matière : « Le mot négociation est un euphémisme pour capitulation si l’ombre de la puissance n’est pas projetée sur le tapis vert », expliqua-t-il, fustigeant dans la foulée ceux qui préconisaient « des moyens utopiques, légalistes, telles la médiation par des tiers, l’ONU ou la Cour de La Haye, en ignorant l’élément de puissance dans l’équation. »

Le mépris affiché pour l’article 51 de la Charte des Nations unies est particulièrement révélateur. On en eut un exemple lumineux après les accords de 1954, qui mirent fin à la première guerre d’Indochine, conduite par la France. Ceux-ci furent considérés comme un « désastre » par Washington, qui entreprit aussitôt de les saboter : le Conseil national de sécurité décida secrètement que, « en cas de rébellion ou de subversion communistes locales ne constituant pas une attaque armée », les Etats-Unis envisageraient l’usage de la force, y compris contre la Chine si celle-ci était identifiée comme « la source de la subversion ». Le même document préconisait la remilitarisation du Japon et la transformation de la Thaïlande en « point focal des opérations clandestines et de guerre psychologique en Asie du Sud-Est (5) », et tout particulièrement en Indochine, c’est-à-dire au Vietnam. Ensuite le gouvernement américain allait donner sa propre définition du concept d’agression en y incluant « le combat politique ou la subversion » – sous-entendu : par d’autres que lui. C’est ce qu’Adlai Stevenson, démocrate, appelait une « agression interne », au moment où il justifiait l’escalade du président John Kennedy qui allait conduire à une attaque de grande envergure au sud de la péninsule, et finalement à la longue guerre du Vietnam (6).

Pour justifier devant le Conseil de sécurité l’invasion du Panama en décembre 1989 par les troupes américaines, l’ambassadeur Thomas Pickering invoqua l’article 51 de l’ONU : il s’agissait, selon lui, d’empêcher que le territoire de ce pays « ne soit utilisé comme une base pour le trafic de drogue à destination des Etats-Unis ». Dans l’opinion « éclairée », nul ne trouva à redire à cette interprétation.

En juin 1993, le président Clinton se tailla un grand succès au Congrès et dans la presse lorsqu’il ordonna une attaque de missiles contre l’Irak, qui fit de nombreuses victimes civiles. Les commentateurs furent particulièrement impressionnés par le recours de Mme Albright au fameux article 51 : les bombardements constituaient, dit-elle, « un acte de légitime défense contre une attaque armée », en l’occurrence une prétendue tentative d’assassinat contre l’ancien président George Bush deux mois plus tôt ! Des responsables de l’administration, s’exprimant anonymement, informèrent les journalistes que « ce jugement sur la culpabilité de l’Irak était fondé sur des preuves et des analyses factuelles plutôt que sur des renseignements en béton armé », ce qui n’empêcha pas la presse de saluer unanimement l’utilisation du fameux article 51. A la Chambre des communes du Royaume-Uni, le secrétaire au Foreign Office, M. Douglas Hurd, défendit, lui aussi, cet « exercice justifié et mesuré du droit à la légitime défense ».

Un tel bilan tend à donner raison à tous ceux qui, de par le monde, s’inquiètent de l’existence d’« Etats voyous » déterminés à faire usage de la force au nom d’un « intérêt national » défini par les seuls jeux de pouvoir internes, et, plus inquiétant encore, de l’existence d’« Etats voyous » qui s’érigent en juges et bourreaux à l’échelle planétaire (lire, page 12, l’article d’Eduardo Galeano).

Qu’est-ce donc qu’un « Etat voyou » ? L’idée qui sous-tend cette formulation est que, même si la guerre froide (1947-1989) est terminée, les Etats-Unis conservent la responsabilité de protéger le monde. Mais contre qui ? La « conspiration monolithique et impitoyable » de John F. Kennedy et l’« empire du Mal » cher à M. Ronald Reagan ont fait leur temps. Il faut trouver d’autres ennemis (7).

Sur le front intérieur, la crainte de la criminalité – en particulier de la drogue – a été stimulée par « une série de facteurs qui n’ont que peu ou pas grand-chose à voir avec le crime proprement dit ». Telle est la conclusion de la Commission nationale sur la justice criminelle, qui cite le comportement des médias, ainsi que « la façon dont l’Etat et l’industrie privée entretiennent la peur chez les citoyens » en « exploitant les tensions raciales latentes à des fins politiques ».

Et de souligner le parti pris racial au sein de la police et de la magistrature, qui disloque les communautés noires et crée un « abîme racial » faisant courir au pays « le risque d’une catastrophe sociale ». Des criminologues ont évoqué à ce propos un « Goulag américain », un « nouvel apartheid » avec, pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, une population carcérale de quelque deux millions (!) de détenus à majorité afro-américaine. Le taux d’emprisonnement des Noirs est sept fois supérieur à celui des Blancs, sans commune mesure avec celui des arrestations, lesquelles affectent pourtant les Noirs dans des proportions sans rapport avec les chiffres réels de l’usage ou du trafic de stupéfiants (8).

A l’extérieur, les périls mis en avant sont le « terrorisme international », les « narcotrafiquants hispaniques » et, le plus grave de tous, les « Etats voyous ». Une étude secrète, datant de 1995 et rendue publique récemment grâce à la loi sur la liberté de l’information, esquissait les grandes lignes de l’approche stratégique à l’aube du nouveau millénaire. Commandée par le Strategic Command, qui a la responsabilité de l’arsenal nucléaire stratégique, et intitulée Essentials of Post-Cold War Deterrence (« Principes de base de la dissuasion dans l’après-guerre froide »), elle montre, selon l’agence Associated Press, « comment les Etats-Unis ont modifié leur stratégie de dissuasion en remplaçant l’Union soviétique par les Etats dits “voyous” ou “hors-la-loi” : Irak, Iran, Libye, Syrie, Soudan, Cuba et Corée du Nord ». Elle recommande que les Etats-Unis exploitent leur potentiel nucléaire pour projeter d’eux-mêmes une image « irrationnelle » et « vindicative » au cas où leurs intérêts vitaux seraient menacés : « Il est nuisible de nous présenter comme des gens raisonnables, rationnels et pleins de sang-froid », et, pis encore, comme respectueux d’enfantillages aussi dérisoires que le droit et les traités internationaux. « Que certains élé ments » du gouvernement fédéral « puissent apparaître comme potentiellement fous, impossibles à contrôler peut contribuer à créer ou à renforcer les craintes et les appréhensions dans l’esprit de nos adversaires. »

Ce rapport ressuscitait la « théorie du fou » de Richard Nixon : les ennemis des Etats-Unis doivent comprendre qu’ils ont en face d’eux des cinglés au comportement imprévisible, disposant d’une énorme capacité de destruction. La peur les conduira ainsi à se plier aux volontés américaines. Ce concept avait été élaboré en Israël dans les années 50 par le gouvernement travailliste, dont les dirigeants « prêchaient en faveur d’actes de folie », comme l’a écrit l’ancien premier ministre Moshe Sharett dans son journal intime. Il était d’ailleurs en partie dirigé contre les Etats-Unis, jugés insuffisamment fiables à l’époque. Reprise à son compte par l’unique superpuissance actuelle, qui se considère au-dessus des lois et subit peu de contraintes de la part de ses propres élites, cette théorie pose, on l’admettra, un sérieux problème au reste du monde.

Dès les débuts du gouvernement Reagan, en 1980, la Libye fut désignée comme l’« Etat voyou » par excellence. Vulnérable et sans moyens de défense, ce pays est en effet un parfait punching-ball. En 1986, par exemple, le bombardement de Tripoli par l’aviation américaine sera le premier de l’histoire à être programmé pour passer en direct à la télévision en prime time afin que les plumitifs du « Grand Communicateur » Reagan puissent, dans la foulée, mobiliser l’opinion en faveur des attaques terroristes de Washington contre le Nicaragua. Le prétexte ? Le « superterroriste » Khadafi avait « envoyé 400 millions de dollars et tout un arsenal à Managua afin de porter la guerre au cœur des Etats-Unis », lesquels exerçaient leur droit de légitime défense contre l’agression armée de cet « Etat voyou » qu’était le Nicaragua sandiniste.

Immédiatement après la chute du mur de Berlin, en 1989, qui mit fin à la menace soviétique, le gouvernement de M. George Bush soumit au Congrès sa demande annuelle pour un gigantesque budget du Pentagone : « Dans l’ère nouvelle qui s’annonce, l’emploi de nos forces ne concernera probablement plus l’Union soviétique, mais sans doute plutôt le tiers-monde, pour lequel de nouvelles capacités et de nouvelles façons de procéder se révéleront sans doute nécessaires. » Il ajouta que les Etats-Unis devraient entretenir des forces de projection considérables, particulièrement celles destinées au Proche-Orient, où « les menaces contre nos intérêts », qui exigent des interventions militaires directes, « ne peuvent être mises sur le compte du Kremlin » - contrairement, soit dit en passant, à une kyrielle sans fin de contrevérités diffusées par la propagande américaine pendant quarante ans, et aujourd’hui mortes de leur belle mort.

A l’époque, les menaces contre les intérêts américains ne pouvaient pas non plus être mises sur le compte de l’Irak. M. Saddam Hussein, qui faisait alors la guerre contre l’Iran de l’imam Khomeiny, était pour Washington un ami courtisé et un partenaire commercial. Mais son statut allait changer du tout au tout quelques mois plus tard lorsqu’il interpréta, à tort, en juillet 1990, l’acquiescement américain à une modification par la force de ses frontières avec le Koweït comme un chèque en blanc pour envahir tout ce pays (9), c’est-à-dire, dans la perspective du gouvernement Bush, pour renouveler l’exploit que les Etats-Unis venaient eux-mêmes d’accomplir au Panama, en décembre 1989.

Les parallèles historiques ne sont cependant jamais tout à fait exacts. Lorsque Washington se retira partiellement du Panama après y avoir installé un gouvernement fantoche, une vague de colère déferla sur tout l’hémisphère, y compris à Panama. Une vague de colère qui fit même le tour du monde, obligeant Washington à opposer son veto à deux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et à se prononcer contre une résolution de l’Assemblée générale qui condamnait « la violation flagrante du droit international et de l’indépendance, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats » et exigeait le retrait du Panama « du corps expéditionnaire américain ».

De quoi alimenter la réflexion des analystes politiques comme, par exemple, Ronald Steel, qui s’interrogeait sur l’« énigme » à laquelle étaient désormais confrontés les Etats-Unis : « En tant que nation la plus puissante du globe, ils voient leur liberté d’employer la force soumise à davantage de contraintes que tout autre pays. » D’où le succès (temporaire) de M. Saddam Hussein au Koweït, en août 1990, comparé à l’incapacité de Washington à imposer sa volonté au Panama.

Avant l’Irak, la tête de liste des « Etats voyous » avait été occupée par l’Iran et la Libye. Mais d’autres n’y avaient jamais figuré. L’Indonésie est un bon exemple, qui, d’ennemie, devint amie lorsque le général Suharto prit le pouvoir en 1965, après un bain de sang très applaudi en Occident (10). M. Suharto allait rapidement devenir « un type comme nous les aimons » (« our kind of guy »), pour reprendre une formule du gouvernement Clinton, tout en commettant des agressions meurtrières et des atrocités sans fin contre son propre peuple. Pour les seules années 80, on dénombre 10 000 Indonésiens tués par les forces de l’ordre, selon le témoignage personnel du dictateur, qui explique également qu’« on laisse traîner les cadavres, comme une sorte de thérapie de choc (11) ».

Dès le mois de décembre 1975, le Conseil de sécurité de l’ONU avait pourtant intimé à l’Indonésie l’ordre de retirer « sans délai » ses troupes, qui avaient envahi le Timor-Oriental, ancienne colonie portugaise, et demandé à « tous les Etats de respecter l’intégrité territoriale du Timor-Oriental, de même que le droit inaliénable de ses habitants à l’autodétermination ». Les Etats-Unis allaient répondre à cette décision des Nations unies en augmentant secrètement leurs livraisons d’armes aux agresseurs.

Ambassadeur auprès de l’ONU à l’époque, M. Daniel Patrick Moynihan se dit fier, dans ses Mémoires, d’avoir rendu, à l’égard de l’Indonésie, les Nations unies « totalement inefficaces, quels que soient les domaines où elles prenaient des mesures ». Et ce sur les instructions du département d’Etat, « qui avait appelé de ses vœux l’évolution que l’affaire a connue, et oeuvré pour qu’il en soit ainsi ». Washington acceptera tranquillement, en dépit de la transgression de la légalité internationale que cela représente, le vol du pétrole timorien (avec la participation d’une compagnie américaine), au mépris de toute interprétation raisonnable des accords internationaux.

L’analogie entre les situations du Timor-Oriental et du Koweït est assez forte, mais il existe aussi quelques différences. Pour ne citer que la plus évidente, les atrocités commises par le régime indonésien dans l’île de Timor avec la bénédiction américaine dépassent, et de très loin, celles attribuées à l’Irak chez son voisin (12). Cela n’a pas fait pour autant de l’Indonésie, dans le palmarès établi par Washington, un « Etat voyou ».

Un concept très flexible

Ce ne sont pas les crimes de M. Saddam Hussein contre son propre peuple, notamment l’utilisation – parfaitement connue des services de renseignement américains – d’armes chimiques contre des civils, qui ont métamorphosé le dictateur en « monstre de Bagdad ». Avant l’invasion du Koweït, les Etats-Unis lui avaient manifesté un soutien à ce point indéfectible qu’ils avaient passé l’éponge sur une frappe aérienne irakienne contre le bâtiment de guerre USS Stark (qui fit 37 victimes chez les marins américains), privilège dont seul Israël avait jusqu’alors bénéficié (lors de son attaque, « par erreur », contre l’USS Liberty, en juin 1967, qui fit 34 morts). Ils avaient coordonné avec M. Saddam Hussein la campagne diplomatique, militaire et économique qui avait conduit, en 1989, à la capitulation de l’Iran « devant Bagdad et Washington », comme l’écrit l’historien Dilip Hiro. Ils avaient même demandé à M. Saddam Hussein les menus services couramment rendus par un Etat vassal : par exemple, prendre en charge l’entraînement de plusieurs centaines de mercenaires libyens recrutés par les Américains pour renverser le colonel Kadhafi, comme le révélera un ancien conseiller de M. Reagan, M. Howard Teicher (13).

Si M. Saddam Hussein a basculé dans le camp des « Etats voyous », c’est parce qu’il a mordu le trait et s’est montré désobéissant, tout comme ce criminel de bien moindre envergure, le général Manuel Noriega, du Panama, dont les principaux forfaits furent commis lorsqu’il était au service – rémunéré – de Washington. Cuba a été classée dans cette catégorie pour son implication présumée dans le « terrorisme international », mais pas les Etats-Unis, qui, pendant près de quarante ans, ont pourtant multiplié les attaques terroristes contre l’île caraïbe et les tentatives d’assassinat contre M. Fidel Castro. Le Soudan, lui aussi, fut classé « Etat voyou », mais pas les Etats-Unis, qui, en août 1998, y bombardèrent une prétendue fabrique d’armes chimiques, dont il fut ensuite prouvé qu’il s’agissait bien, comme l’affirmaient les autorités de Khartoum, d’une usine pharmaceutique (14).

On le voit, le concept d’« Etat voyou », aujourd’hui officiellement abandonné, a été particulièrement flexi ble. Finalement, les critères étaient parfaitement clairs : un « Etat voyou » n’était pas simplement un Etat criminel, c’était un Etat qui ne se pliait pas aux ordres des puissants, et, en particulier des Etats-Unis, eux-mêmes évidemment à l’abri de cette catégorisation infamante.

Noam Chomsky.

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Noam Chomsky

Professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), Boston, Etats-Unis. Auteur, après bien d’autres ouvrages, de Pirates et empereurs. Le terrorisme dans le monde contemporain, Fayard, Paris, 2003. La plupart des textes de Noam Chomsky sont disponibles sur son site Internet.

(1) L’expression « Etat voyou » « a perdu sa raison d’être », a déclaré le porte-parole du département d’Etat, M. Richard Boucher, car plusieurs de ces pays ont corrigé leur conduite. Mais cette modification de terminologie n’affecte pas les sanctions contre les Etats concernés. Cf. Le Monde, 21 juin 2000.

(2) Lire Alain Gresh, « Muette agonie en Irak », Le Monde diplomatique, juillet 1999.

(3) Lire Eric Rouleau, « Scénario contrarié dans le Golfe », Le Monde diplomatique, mars 1998.

(4) Sur l’attitude des Etats-Unis face aux sandinistes alors au pouvoir à Managua, lire Ignacio Ramonet, « La longue guerre occulte contre le Nicaragua », Le Monde diplomatique, février 1987.

(5) National Security Council 5 4292, Washington.

(6) On notera que M. Robert McNamara, secrétaire d’Etat américain à la défense de 1961 à 1968, a récemment estimé que les Etats-Unis eux-mêmes, par leur tendance croissante à agir de manière unilatérale et « sans respect pour les préoccupations des autres », étaient devenus un « Etat voyou ». Cf. Flora Lewis, « Some Learn Power’s Hard Lessons Better Than Others », The International Herald Tribune, 26 juin 2000.

(7) Lire Philip Bowring, « Rogue States Are Overrated », International Herald Tribune, 6 juin 2000.

(8) Lire The Real War on Crime : the Report of the National Criminal Justice Commission (sous la direction de Steven Donziger), HarperCollins, New York, 1996.

(9) Lire Pierre Salinger et Eric Laurent, Guerre du Golfe, le dossier secret, Olivier Orban, Paris, 1990.

(10) Lire « Timor-Oriental, l’horreur et l’amnésie », Le Monde diplomatique, octobre 1999.

(11) Cité par Charles Glass, Prospect, Londres, 1998.

(12) Lire Roland-Pierre Paringaux, « Lourdes séquelles au Timor-Oriental », Le Monde diplomatique, mai 2000.

(13) The New York Times, 26 mai 1993.

(14) Lire Alain Gresh, « Guerres saintes », Le Monde diplomatique, septembre 1998.

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1984, celui d’Orwell et le notre

Posté par issopha le 7 novembre 2007

Notre monde est-il pire que celui d’écrit par Orwell dans son livre 1984 ? Quelques textes majeurs ont circulés sur internet pour proposer une explication, et parmis ceux là, ce texte de Chomsky sur les rouages et les méfaits de la propagande dans le contexte géopolitique de l’année 1984.
Le site de Noam Chomsky : http://www.zmag.org/chomsky/


1984, celui d’Orwell et le notre


par Noam Chomsky (texte écrit en 1984)

 

 

L’année dernière s’est produit à Moscou un évènement remarquable. Un courageux journaliste radiophonique, Vladimir Danchev, a dénoncé sur la radio moscovite, en cinq émissions reparties sur une semaine, la guerre des Russes en Afghanistan, appelant les rebelles à « ne pas déposer les armes » et à se battre contre « l’invasion » de leur pays par les Soviétiques. La presse occidentale a éprouvé une admiration sans borne pour la façon saisissante dont Danchev s’est séparé de « la ligne officielle de la propagande soviétique ». Dans le New York Times, un commentateur a écrit que Danchev s’était « révolté contre les canons du double penser et du nouveau parler ». A Paris, on a institué en l’honneur du Russe un prix destiné à « un journaliste qui lutte en faveur du droit à l’information ». En décembre, Danchev a repris son travail après avoir suivi un traitement psychiatrique. On a cité d’un responsable soviétique les propos suivants: « Il n’a pas été sanctionné parce qu’on ne peut pas sanctionner un malade. » On a considéré que l’évènement avait permis d’apercevoir ce qu’il y a dans le monde de 1984 et on a regardé à juste titre ce qu’a fait Danchev comme une victoire de l’esprit de l’homme, un refus d’être totalement inhibé par la violence totalitaire.

Ce qu’il y a de remarquable dans la démarche de Danchev, ce n’est pas seulement la protestation mais le fait qu’il a présenté l’occupation de l’Afghanistan par les Russes comme « une invasion ». La théologie soviétique ne connaît aucun événement qui serait « l’invasion de l’Afghanistan par les Russes ». On préfère parler d’une « défense de l’Afghanistan par les Soviétiques » contre les bandits qui reçoivent un soutien de l’étranger. Comme c’est le cas dans la plupart des systèmes de propagande, on a également ici un embryon de vérité que dissimule un mensonge opaque. Les Moudjahidin opèrent bel et bien à partir de « refuges » du Pakistan, où agents de la CIA et agents chinois surveillent les mouvements d’armes, et les guérilleros s’honorent d’avoir détruit 50% de la totalité des écoles et des hôpitaux ainsi que d’avoir commis d’autres actions considérées comme des « atrocités » par les envahisseurs qui se sont déclarés prêts à se retirer si l’Afghanistan ne risque plus d’être attaqué depuis le Pakistan. L’Ouest rejette cette position, arguant comme il se doit que les agresseurs doivent se retirer « inconditionnellement », ainsi que le Conseil de sécurité des Nations unies l’a instamment demandé, avec le soutien des États-Unis qui se sont vite rétractés, quand il y a eu invasion du Liban par Israël. L’Ouest s’est également indigné à juste titre d’entendre les Russes dénoncer cyniquement le « terrorisme » de la résistance ou se proclamer contre toute logique les défenseurs de l’Afghanistan contre ces « bandits » qui assassinent des innocents.

L’URSS rétorque que son intervention a été sollicitée, mais, comme l’Economist de Londres l’a magnifiquement proclamé, « un envahisseur est un envahisseur dans la mesure où son intervention n’a pas été sollicitée par un gouvernement ayant un certain droit a la légitimité ». Il n’y a que dans le Nouveau Parler orwellien que l’on peut dire d’une telle agression qu’il s’agit de « défense contre un terrorisme soutenu de l’extérieur ».

Le 1984 d’Orwell a été dans une large mesure tiré du mode de vie de la société soviétique existante, celle qu’ont dépeint avec une grande exactitude Maximov, Souvarine, Beck, Godih et beaucoup d’autres. C’est seulement dans les marigots culturels comme Paris qu’on a longtemps nié les faits, de sorte que les révélations de Krouchtchev et plus tard la répétition, avec Soljenitsyne, du scénario bien connu ont constitué la révélation que l’on sait à un moment où l’intelligentsia était prête à s’aligner pour d’autres évolutions. Ce qu’il y a de frappant dans la vision d’Orwell, ce n’est pas la description qu’il a donné du totalitarisme existant, mais l’avertissement que le phénomène pourrait se produire ici.

Jusqu’à présent du moins, il n’est advenu rien de tel. Les sociétés capitalistes industrielles ne ressemblent guère à l’Oceania d’Orwell — bien que les régimes de terreur et de torture qu’elles ont imposés et maintenus ailleurs atteignent en violence des niveaux qu’Orwell n’a jamais décrits, l’Amérique latine étant seulement le cas le plus visible actuellement.

Il y a eu dans la presse qui a couvert l’affaire Danchev une note implicite d’autosatisfaction: cela ne pourrait pas se produire ici. Ici il n’est besoin que de peu de courage pour défier le gouvernement sur un point de doctrine. Aucun Danchev, à coup sur, n’a été envoyé a l’hôpital psychiatrique pour avoir appelé une invasion « une invasion ». Mais qu’on nous laisse chercher plus avant pourquoi exactement il en est ainsi. Une possibilité, c’est que la question ne se pose pas parce que, sauf erreur statistique, il n’existe ici aucun Danchev: les journalistes et autres intellectuels sont tellement inféodés au système doctrinal qu’ils sont incapables même de sentir qu’« un envahisseur est un envahisseur dans la mesure où son intervention n’a pas été sollicitée par un gouvernement ayant un certain droit a la légitimité », à partir du moment où les États-Unis sont l’envahisseur. Ce serait là une étape au-delà de ce qu’Orwell a imaginé, une étape au-delà de ce que le totalitarisme soviétique a accompli. Est-ce là seulement une possibilité abstraite ou est-ce une évaluation désagréablement exacte du monde où nous vivons ?

Que l’on considère les faits suivants. En 1962, l’armée de l’air des États-Unis a déclenché contre la population rurale du Sud-Vietnam ses attaques directes, avec pilonnage et défoliants, dans le cadre d’un programme destiné à pousser des millions de personnes dans des camps où, entourées de barbelés et de sentinelles en armes, elles seraient « protégées » des guérilleros qu’elles soutenaient, le « Viêt-cong » — ramification, au sud, de l’ancienne résistance anti-française, le « Viêt-minh ». C’est cela que nous appelons « agression », « invasion », quand la conduite en est armée par quelque ennemi officiel. Le gouvernement n’avait aucune légitimité et guère de soutien populaire, et effectivement son autorité s’est trouvée franchement ruinée dans des actions appuyées par les États-Unis, quand on a craint de voir un règlement intervenir entre les américains et l’ennemi sud-viêtnamien. Quelque soixante-dix mille « Viêt-cong » avaient déjà été tués lors d’une campagne de terreur orchestrée par les États-Unis avant la brusque invasion américaine de 1962. Les envahisseurs américains ont continué à faire obstacle a toute tentative de règlement politique et, en 1964, ils ont commencé des préparatifs en vue d’une vaste escalade dans la guerre contre le Sud, préparatifs assortis d’une attaque contre le Nord-Vietnam, le Laos et aussi plus tard le Cambodge.

Depuis vingt-deux ans je cherche en vain, dans les chroniques et des études conformistes, ne serait-ce qu’une référence isolée à une « invasion américaine du Sud-Vietnam » ou à l’« agression » américaine au Sud-Vietnam. Dans le système doctrinal américain, il n’y a pas d’événement de ce genre. Il n’y a pas de Danchev et, cependant, dans le cas qui nous intéresse, il faudrait non du courage pour dire la vérité, mais simplement de l’honnêteté. Même au plus fort de l’opposition à la guerre des États-Unis, seule une infime partie de l’intelligentsia capable de s’exprimer s’est opposée a cette guerre pour des raisons de principes — parce que toute agression est indéfendable –, tandis que la plus grande partie a fini par s’y opposer, bien après les milieux d’affaires influents, pour des raisons « pragmatiques », à savoir que les dépenses de guerre étaient trop élevées. Les milieux populaires, par parenthèse, ont eu des réactions assez différentes. En 1982 encore, plus de 70% de la population (mais beaucoup moins de « maîtres à penser ») ont considéré cette guerre non comme une simple erreur mais comme « fondamentalement et moralement indéfendable » un thème que l’on connaît comme « le syndrome vietnamien » dans le discours politique américain.

Ces faits doivent nous faire hésiter. Comment en est-on arrivé à une soumission aussi étonnante au système doctrinal ? Nous pouvons commencer à comprendre en regardant de plus près le débat entre les « faucons » et les « colombes » dans les milieux conformistes. Les faucons étaient ceux qui, comme le journaliste Joseph Alsop, avaient le sentiment que si on s’engageait suffisamment on pouvait gagner la guerre. Les colombes admettaient avec l’historien libéral Arthur Schlesinger que c’était probablement impossible, bien que, comme lui, ils aient reconnu: « Nous prions tous que M. Alsop ait raison. » C’était une « cause désespérée », comme le critique Anthony Lake l’a fait récemment observer. Tous admettent que cette guerre a été une « croisade ratée », entreprise pour des motifs qui étaient « nobles » bien qu’« illusoires » et avec « les plus généreuses intentions », selon les termes de Stanley Karnov dans son histoire, ouvrage à succès paru récemment et hautement apprécié pour sa candeur critique.

Il est frappant que manque au débat l’opinion que les États-Unis auraient pu gagner mais qu’il aurait été indéfendable de cautionner le succès de l’agression et du massacre. Telle a été la position de l’authentique mouvement pour la paix (si la guerre était une « cause sans espoir », pourquoi se soucier de s’élever contre elle et de la saboter ? pourquoi souffrir les conséquences de cette protestation qui souvent étaient sévères ?).

Ce commentaire tout à fait caractéristique illustre ce qu’il y a de génial dans le « lavage de cerveau en régime de liberté ». Dans un système totalitaire, la seule exigence est que l’on suive la doctrine officielle. Dans les systèmes démocratiques de dirigisme mental, on juge nécessaire de prendre en charge toutes les facettes du débat: rien ne doit rester pensable qui ne soit dans la ligne du Parti. La propagande étatique est souvent inexprimée, simple cadre préalable au débat entre personnes bien pensantes. La discussion, par conséquent, doit avoir lieu entre les « colombes » et les « faucons », les Schlesinger et les Alsop. La position selon laquelle les États-Unis sont engagés dans une agression et qu’une telle agression est indéfendable doit rester impensable et inexprimée, selon la conception de l’État sacré. Les « critiques responsables » apportent une contribution non négligeable à cette cause, ce qui explique qu’ils sont tolérés, voir honorés.

La nature des systèmes occidentaux d’endoctrinement a échappé à Orwell et, d’une manière caractéristique, n’est pas comprise des dictateurs qui ne saisissent pas l’utilité pour la propagande d’une position critique regroupant les hypothèses fondamentales de la doctrine officielle et par la même marginalisant la discussion critique authentique et rationnelle qu’il faut bloquer. On se sépare rarement de ce schéma. Peut-être le critique le plus perspicace de la guerre américaine dans la presse conformiste a-t-il été Anthony Lewis, qui a avancé que l’implication des États-Unis a débuté par des « efforts maladroits pour faire le bien » mais que, des 1969, il a été clair que c’était la « une erreur catastrophique ». Peu d’universitaires ont été plus critiques à l’égard de la politique des États-Unis que John K. Fairbank: dans son allocution de président en décembre 1968, un an après que l’offensive du Tet eut convaincu une bonne partie de l’élite organisée d’abandonner l’effort entrepris pour soumettre le Sud-Vietnam, John K. Fairbank a informé la Société américaine d’histoire que nous étions entrés dans la guerre dans un « excès de vertu et de bonté désintéressée », mais que cela avait été une erreur, comme des événements l’ont montré. Peu de dictateurs peuvent se prévaloir d’un conformisme aussi parfait par rapport à des Vérités Supérieures. Les procédés utilisés pour assurer une telle soumission sont efficaces bien qu’ils ne soient pas subtils à l’excès. Considérez par exemple ce que l’on appelle universellement le « processus de paix » au Moyen-Orient: les accords de Camp David en 1978-1979. Peu de gens demandent pourquoi les habitants des territoires occupés par Israël ont rejeté le « processus de paix » à la quasi-unanimité. Un moment de réflexion suffit pour en donner la raison. Comme on l’a tout de suite vu, le « processus de paix » a servi à retirer l’Égypte du conflit afin qu’Israël soit ensuite libre, avec le soutien des États-Unis, d’étendre son implantation et la répression dans les territoires occupés et d’attaquer le Liban, exactement comme il l’a fait depuis. Mais des remarques aussi élémentaires sont exclues d’un débat « responsables »: les États-Unis sont impliqués dans la création d’un État d’Israël puissant et expansionniste pour disposer d’un « atout stratégique ». Tout ce qui contribue à atteindre ce but est, par définition, le « processus de paix ». La formule elle-même élimine tout prolongement du débat: qui peut être contre la paix ?

Il y a des milliers d’exemples semblables. Les troupes de marine américaines au Liban sont la « force du maintien de la paix » et les actions dirigées contre elles sont du « terrorisme ». Pour une grande partie de la population, elles ne font que parachever l’invasion israélienne avec son « ordre nouveau »: la domination de chrétiens de l’aile droite et de groupes musulmans privilégiés sur des pauvres et des déshérités aux yeux desquels « terrorisme » est résistance — un point de vue exclu du débat ici. Quand Israël bombarde des villages près de Baalbek, faisant cinq cents victimes, principalement des civils parmi lesquels cent cinquante écoliers, il ne s’agit pas de « terrorisme » mais de « représailles », et l’événement ne fait l’objet ni de commentaires ni de censure ici: en qualité d’allié de l’Amérique, Israël hérite du droit d’agresser et de massacrer. Souvent des faits indésirables sont simplement dissimulés. Les « bombardements secrets » du Laos et du Cambodge ont été « secrets » parce que les médias ont refusé de rendre compte des preuves abondantes dont on disposait. L’agression indonésienne à Timor, que les États-Unis ont appuyée et qui a abouti à la mort de peut-être deux cent mille personnes et à une famine à la biafraise, a été efficacement dissimulée pendant plus de quatre ans. De nouvelles attaques qui se déroulent actuellement sont dissimulées.

Je doute que la presse ait jamais couvert une affaire comme elle l’a fait lorsqu’a été abattu l’avion du vol KAL 007, l’automne dernier — preuve sérieuse que les Russes sont les démons les plus barbares depuis Attila le Hun, de sorte que nous sommes obligés de placer des missiles Pershing en Allemagne et de faire l’escalade dans la guerre contre le Nicaragua. L’index très dense du New York Times consacre sept pages complètes aux seules atrocités de septembre 1982. En pleine période de fureur, I’UNITA, les « combattants de la liberté » soutenus par les États-Unis et l’Afrique du Sud, s’est honorée d’avoir abattu un avion à réaction anglais, tuant ainsi cent vingt-six personnes. Il n’y a eu aucune ambiguïté: l’appareil n’était pas hors couloir et ne survolait pas d’installations sensibles ; il n’y avait dans les parages aucun avion de reconnaissance RC 135 américain qui aurait brouillé les données (peut-être la saturation du radar). Ça n’a été rien d’autre qu’un assassinat. L’incident a fait l’objet d’un texte de cent mots dans le New York Times mais de nul commentaire où que ce soit dans les autres médias.

Ce n’est pas le seul cas de ce genre. En octobre 1976, un avion de ligne cubain a été bombardé par des terroristes appuyés par la CIA; bilan: soixante-treize civils tués. En 1973, Israël a abattu un avion civil qui était perdu dans une tempête de sable au-dessus du canal de Suez; bilan: cent dix personnes tuées. Il n’y a eu aucune protestation, rien que des commentaires d’éditoriaux sur l’idée qu’« on ne sert aucun objectif utile a débattre avec acrimonie pour savoir sur qui faire porter le blâme » (New York Times). Quatre jours plus tard, le premier ministre Golda Meir s’est rendue en visite aux États-Unis où on ne l’a importunée d’aucune question embarrassante, et elle est revenue avec comme nouveaux cadeaux des avions militaires. Contrairement à des mensonges récents, Israël a refusé de payer des dédommagements comme d’accepter la moindre responsabilité: il a simplement offert des « gratifications » financées par le généreux donateur habituel, depuis l’étranger. En 1955, un avion d’Air India qui transportait la délégation chinoise à la « conférence de Bandung » s’est désintégré en l’air au cours de ce que la police de Hong Kong a appelé « un assassinat de masse soigneusement programmé ». Un déserteur américain a déclaré plus tard que c’était lui qui avait placé la bombe pour le compte de la CIA. Aucun de ces incidents n’est une manifestation de barbarie: tous ont été rapidement oubliés.

On peut présenter des milliers d’exemples semblables. De la même manière, l’histoire se façonne conformément aux intérêts de ceux qui détiennent le pouvoir.

Cela tombe en totalité sous la rubrique de ce que Walter Lippmann, en 1921, a appelé « la fabrication de consensus » — un art qui est « susceptible de grands raffinements et qui mènera à une révolution dans la pratique de la démocratie ». Cet art a été très admiré dans les sciences sociales. Le célèbre politologue américain Harold Lasswell a écrit, en 1933, que nous devons éviter « le dogmatisme démocratique », par exemple la croyance que les gens sont « les meilleurs juges de leurs propres intérêts ». La démocratie permet à la voix du peuple être entendue, et c’est la tache de l’intellectuel de faire en sorte que cette voix corrobore ce que de prévoyants chefs de file savent être la bonne voie. La propagande est à la démocratie ce que la violence est au totalitarisme. Les techniques ont été affinées jusqu’à devenir du grand art, bien au-delà de ce dont Orwell a rêvé. Le procédé de dissidence feinte, regroupant les doctrines de la religion d’État et éliminant le débat critique rationnel, est l’un des moyens les plus subtils, bien que le simple mensonge et la simple dissimulation de la réalité ainsi que d’autres techniques primitives soient également d’une haute efficacité.

Il faut noter que le dirigisme idéologique (agit-prop) est beaucoup plus important dans les démocraties que dans des États où la domination se fonde sur la violence, et il est par suite plus raffiné et plus efficace. Il n’y a pas de Danchev ici, excepté aux confins reculés du débat politique.

Pour ceux qui obstinément recherchent la liberté, il ne peut y avoir tâche plus urgente que d’arriver à comprendre les mécanismes et les méthodes de l’endoctrinement. Ce sont là choses faciles à saisir dans les sociétés totalitaires, elles le sont beaucoup moins dans le système du « lavage de cerveau sous régime de liberté » auquel nous sommes soumis et que nous ne servons que trop souvent comme instruments consentants ou inconscients.

¥ NOAM CHOMSKY.

texte publié en 1984 dans «Le magazine libertaire».

Publié dans NOAM CHOMSKY, PROJETS DES MAITRES DU MONDE, Vous avez dit THEORIE du COMPLOT ? | Pas de Commentaire »

La Manipulation de la Peur + La Réécriture de l’Histoire , par Noam CHOMSKY

Posté par issopha le 31 octobre 2007

  

La Manipulation de la Peur

 

Noam Chomsky

 

Tehelka, 16 juillet 2005

Le recours, par les systèmes de pouvoir, à la peur pour discipliner la population intérieure a laissé un long et épouvantable sillage de carnage et de souffrance que nous ignorons à nos risques et périls. L’histoire récente en fournit de nombreuses illustrations choquantes.

Le milieu du vingtième siècle a probablement été le témoin des crimes les plus terribles depuis les invasions Mongoles. Les plus sauvages ont été commis là où la civilisation occidentale avait accompli ses splendeurs les plus grandes. L’Allemagne était un centre majeur des sciences, des arts et des lettres, du savoir humaniste et d’autres accomplissements mémorables. Avant la Première Guerre Mondiale, avant que l’hystérie anti-allemande n’ait été attisée dans tout l’Occident, l’Allemagne avait aussi été considérée par la science politique américaine comme une démocratie modèle, devant être imitée par l’Occident. Au milieu des années 1930, l’Allemagne a été menée en quelques années à un niveau de barbarie qui a peu d’homologues historiques. Ce fut particulièrement vrai, très notablement, parmi les secteurs les plus instruits et civilisés de la population.

Dans ses remarquables journaux de sa vie de Juif sous le Nazisme – échappant aux chambres à gaz par un quasi miracle – Victor Klemperer écrit ces mots sur un professeur allemand ami qu’il avait beaucoup admiré, mais qui avait finalement rejoint le troupeau : « si un jour la situation était inversée et que le sort du vaincu reposait entre mes mains, alors je laisserais partir tous les gens ordinaires et même certains des dirigeants, qui pourraient peut-être après tout avoir eu des intentions honorables et ne pas avoir su ce qu’ils faisaient. Mais je ferais pendre tous les intellectuels haut et court, et les professeurs trois pieds plus haut que les autres; ils resteraient pendus aux réverbères aussi longtemps que ce serait compatible avec l’hygiène. »

La réaction de Klemperer était méritée et et se généralise à une grande partie de l’histoire.

Les événements historiques complexes ont toujours beaucoup de causes. Un facteur crucial dans ce cas fut la manipulation habile de la peur. « Les gens ordinaires » ont été poussés à craindre une conspiration judéo-bolchevique pour la domination du monde, mettant en danger la survie même du peuple d’Allemagne. Des mesures extrêmes étaient donc nécessaires, par « autodéfense ». Les intellectuels révérés allèrent bien plus loin.

Comme les nuages de la tempête Nazi couvraient le pays en 1935, Martin Heidegger dépeignait l’Allemagne comme la nation « la plus menacée » du monde, saisie dans « les grandes tenailles » d’une attaque contre la civilisation elle-même, menée sous sa forme la plus brutale par la Russie et l’Amérique. Non seulement l’Allemagne était la principale victime de cette force stupéfiante et barbare, mais il était aussi de la responsabilité de l’Allemagne, « la plus métaphysique des nations, » de mener la résistance. L’Allemagne se tenait « au centre du monde occidental, » et devait protéger « de l’annihilation » le grand héritage de la Grèce classique, en s’appuyant sur « les nouvelles énergies spirituelles qui se déploient historiquement depuis le centre ». « Les énergies spirituelles » étaient en train se déployer de façons qui étaient suffisamment évidentes quand il délivra ce message, auquel lui et d’autres intellectuels les plus en vue continuèrent d’adhérer.

Le paroxysme de massacres et d’annihilation n’a pas fini, avec l’utilisation d’armes qui pourraient très bien conduire l’espèce à une fin amère. Nous ne devrions pas non plus oublier que ces armes à mettre fin à l’espèce ont été créées par les figures les plus brillantes, humaines et hautement instruites de la civilisation moderne, travaillant dans l’isolement et si ravis par la beauté du travail dans lequel ils étaient engagés qu’ils ont apparemment prêté peu d’attention aux conséquences : des protestations scientifiques significatives contre les armes nucléaires ont commencé dans les laboratoires à Chicago, après la fin de leur rôle dans la création de la bombe, pas à Los Alamos, où le travail a continué jusqu’à la fin sinistre. Pas tout à fait la fin.

L’histoire officielle de l’Armée de l’Air américaine raconte qu’après le bombardement de Nagasaki, quand la soumission du Japon à une reddition inconditionnelle était certaine, le Général Hap Arnold « voulait un aussi grand final que possible, » un raid de jour de 1,000 avions sur les villes japonaises sans défense. Le dernier bombardier retournait à sa base exactement quand l’accord de reddition inconditionnelle fut formellement reçu. Le chef de l’Armée de l’Air, le général Carl Spaatz, aurait préféré que le grand final soit une troisième attaque nucléaire sur Tokyo, mais en fut dissuadé. Tokyo était « une cible médiocre » ayant déjà été incinéré dans l’incendie dévastateur soigneusement exécuté en mars, qui avait laissé peut-être 100,000 cadavres carbonisés dans un des pires crimes de l’histoire.

De tels sujets sont exclus des tribunaux qui jugent des crimes de guerre et en grande partie expurgés de l’histoire. À ce jour on les connaît à peine au-delà des cercles des activistes et des spécialistes. A l’époque ils ont été publiquement salués comme un exercice légitime d’autodéfense contre un ennemi vicieux qui avait atteint le niveau suprême de l’infamie en bombardant des bases militaires américaines dans ses colonies hawaïennes et philippines.

Il est peut être intéressant de se souvenir que les bombardements japonais de décembre 1941 – « la date qui vivra dans l’infamie, » selon l’expression ronflante de Franklin D. Roosevelt – étaient plus que justifiés d’après les doctrines « de l’autodéfense anticipée » qui prévalent parmi les actuels leaders des auto-proclamés « États éclairés, » les USA et leur client britannique. Les dirigeants japonais savaient que des B-17 Forteresses Volantes sortaient des chaînes de production de Boeing, et étaient sûrement familiers avec les discussions publiques aux USA qui expliquaient comment on pourrait utiliser ces avions pour incinérer les villes en bois du Japon en une guerre d’extermination, à partir des bases hawaïennes et philippines – « pour détruire par le feu le coeur industriel de l’Empire avec des bombardements incendiaires sur les grouillantes fourmilières de bambou, » comme le Général de l’Armée de l’Air en retraite Chennault le recommanda en 1940, proposition qui « enchanta tout simplement » le Président Roosevelt. Il est évident que c’est là une justification nettement plus sérieuse pour bombarder des bases militaires dans des colonies américaines que quoi que ce soit qui a été évoqué par Bush-Blair et leurs associés dans leur exécution « de la guerre préemptive » – et accepté, avec des réserves tactiques, dans l’ensemble de l’opinion grand public exprimée.

La comparaison, pourtant, est inopportune. Ceux qui habitent dans des grouillantes fourmilières de bambou n’ont pas droit à des émotions telles que la peur. De tels sentiments et préoccupations sont les prérogatives des seuls « hommes riches vivant en paix dans leurs résidences, » selon la rhétorique de Churchill, « des nations satisfaites, qui ne souhaitaient rien de plus pour eux que ce qu’ils ont déjà, » et à qui, donc, « le gouvernement du monde doit être confié » si l’on recherche la paix – cette certaine sorte de paix, dans laquelle les hommes riches doivent être libres de toute crainte.

A quel point exactement les hommes riches doivent être préservés de la peur est révélé graphiquement par des études hautement considérée sur les nouvelles doctrines « de l’autodéfense anticipée » élaborées par les puissants. La contribution la plus importante d’une certaine profondeur historique est d’un des principaux historiens contemporains, John Lewis Gaddis de l’Université de Yale . Il fait remonter la doctrine de Bush à son héros intellectuel, l’immense stratège John Quincy Adams. Dans une paraphrase du « New-York Times », Gaddis « suggère que le cadre de Bush pour combattre le terrorisme a ses racines dans la noble tradition idéaliste de John Quincy Adams et Woodrow Wilson ».

Nous pouvons laisser de côté le passé honteux de Wilson, et nous en tenir aux origines de la noble tradition idéaliste, qu’Adams a établie dans une adresse officielle célèbre justifiant la conquête de la Floride par Andrew Jackson lors de la Première Guerre Séminole en 1818. La guerre avait été justifiée par l’autodéfense, argumenta Adams. Gaddis reconnaît que ses motifs étaient des préoccupations légitimes de sécurité. Dans la version de Gaddis, après que la Grande-Bretagne ait mis à sac Washington en 1814, les dirigeants américains ont admis que « l’expansion est le chemin de la sécurité » et donc conquérirent la Floride, une doctrine maintenant étendue au monde entier par Bush – à juste titre, soutient il.

Gaddis cite les sources universitaires correctes, principalement l’historien William Earl Weeks, mais omet ce qu’ils disent. Nous apprenons beaucoup sur les précédents des doctrines actuelles et sur le consensus actuel, en regardant ce que Gaddis omet. Weeks décrit avec un luxe de détails choquant ce que fit Jackson « dans la démonstration de meurtre et de pillage connue sous le nom de Première Guerre Séminole, » et qui n’était qu’une nouvelle phase de son projet « de suppression ou d’élimination des indigènes Américains du sud-est, » qui était en voie de réalisation bien avant 1814. La Floride était un problème tant parce qu’elle n’avait pas encore été incorporée dans l’empire Américain en expansion que parce que c’était « un refuge pour les Indiens et les esclaves fugitifs … qui fuyaient la colère de Jackson ou l’esclavage ».

Il y avait eu en fait une attaque indienne, que Jackson et Adams ont utilisée comme prétexte : les forces américaines avaient chassé une bande de Seminoles de leurs terres, en tuant plusieurs et réduisant leur village en cendres. Les Séminoles exercèrent des représailles en attaquant un bateau de ravitaillement sous contrôle militaire. Saisissant l’occasion, Jackson « s’engagea dans une campagne de terreur, de dévastation et d’intimidation », détruisant les villages et « les sources de nourriture en un effort calculé pour infliger la famine aux tribus, qui cherchèrent refuge contre sa colère dans les marais ». Les choses continuèrent ainsi, menant à l’adresse officielle hautement considérée d’Adams, qui approuvait l’agression délibérée de Jackson pour établir en Floride « la domination de cette république sur la base odieuse de la violence et du carnage ».

Ce sont les mots de l’ambassadeur espagnol, « une description douloureusement précise, » écrit Weeks. Adams « avait consciemment déformé, dissimulé et menti sur les buts et la conduite de la politique étrangère américaine tant au Congrès qu’au peuple, » continue Weeks, violant massivement ses principes moraux proclamés, « défendant implicitement la déportation et l’esclavage des Indiens ». Les crimes de Jackson et Adams « s’avérèrent un simple prélude à une deuxième guerre d’extermination contre (les Séminoles), » dans laquelle les survivants soit s’enfuirent à l’Ouest, pour profiter plus tard du même destin, « ou furent tués ou forcés de se refugier dans les marécages denses de la Floride ». Aujourd’hui, conclut Weeks, « les Séminoles survivent dans la conscience nationale comme la mascotte de l’Université d’État de Floride » – un cas typique et instructif …

…La structure rhétorique repose sur trois piliers (Weeks) : « l’hypothèse de la vertu morale unique des Etats-Unis, l’affirmation de sa mission de racheter le monde » en étendant ses idéaux affichés et ‘le mode de vie américain,’ et la foi dans « le destin décrété par la volonté divine » de la nation. Le cadre théologique réduit la valeur du débat rationnel et limite les questions politiques à un choix entre le Bien et le Mal, réduisant ainsi la menace de la démocratie. Les critiques peuvent être balayées comme « anti-Américaines », un concept intéressant emprunté au lexique de totalitarisme. Et la population doit se blottir sous la protection de la puissance, dans la crainte que son mode de vie et son destin soient sous une menace imminente …

  

La Réécriture de l’Histoire

 

Noam Chomsky

 

Al-Ahram Weekly, 18-24 novembre 2004

« Depuis que la question des droits nationaux palestiniens dans un état palestinien a fait son entrée dans l’agenda diplomatique au milieu des années 1970, ‘l’obstacle principal à sa réalisation’, sans équivoque, a été le gouvernement des Etats-Unis, avec le Times revendiquant une deuxième place dans la liste.. »

Le principe fondamental est que « nous sommes bons » – « nous » étant l’état que nous servons – et ce que « nous » faisons est dédié aux principes les plus élevés, quoique dans la pratique il puisse y avoir des erreurs. Comme illustration typique, selon la version rétrospective de l’extrême-gauche libérale, la Guerre du Viêt-Nam correctement réécrite a commencé par « des efforts maladroits pour faire le bien » mais dès 1969 elle était devenue « un désastre » (Anthony Lewis) – dès 1969, après que le monde des affaires se soit retourné contre une guerre considérée comme trop coûteuse et que 70 pour cent des gens l’aient considérée comme « fondamentalement mauvaise et immorale », pas comme « une erreur »; dès 1969, sept ans après que l’attaque de Kennedy sur le Sud Viêt-Nam ait commencé, deux ans après que l’historien militaire et spécialiste du Viêt-Nam le plus respecté, Bernard Fall, ait averti que « le Viêt-Nam en tant qu’entité culturelle et historique … est menacé d’extinction … [car] … le pays meurt littéralement sous les coups de la plus grande machine militaire jamais lâchée sur une zone de cette taille »; dès 1969, l’époque de certaines des opérations terroristes d’état les plus vicieuses de l’un des principaux crimes du 20ème siècle, dont les Vedettes Rapides du grand Sud, déjà dévasté par le bombardement de saturation, la guerre chimique et les opérations de massacre, étaient la moindre des atrocités en cours. Mais l’histoire réécrite prévaut. Des groupes d’experts sérieux pèsent les raisons « de l’Obsession Américaine pour le Viêt-Nam » dans les élections de 2004, alors que la Guerre du Viêt-Nam n’a jamais été même mentionnée – la vraie, pas l’image reconstruite pour l’histoire.

Le principe fondamental a des corollaires. Le premier est que les clients sont essentiellement bons, quoique moins que « nous ». Tant qu’ils se conforment aux demandes américaines, ce sont de « sains pragmatistes ». Le second est que les ennemis sont très mauvais; à quel point ils le sont dépend de l’intensité avec laquelle « nous » les attaquons ou planifions de le faire. Leur statut peut changer très rapidement, conformément à ces principes directeurs. Ainsi l’administration actuelle et ses mentors immédiats étaient tout à fait admiratifs de Saddam Hussein et obligeants avec lui tant qu’il se contentait de gazer des Kurdes, de torturer des dissidents et d’écraser une rébellion Chiite qui aurait pu le renverser en 1991, en raison de sa contribution à « la stabilité » – un mot de code pour « notre » domination – et de son utilité pour les exportateurs américains, comme il a été déclaré franchement. Mais ces mêmes crimes sont devenus la preuve de son mal suprême quand le temps approprié est venu pour « nous », portant fièrement la bannière du Bien, d’envahir l’Irak et d’installer ce qui sera appelé « une démocratie » si elle obéit aux ordres et contribue à « la stabilité ».

Les principes sont simples et faciles à se rappeler pour ceux qui cherchent une carrière dans les cercles respectables. La cohérence remarquable de leur application a été largement documentée. On s’y attend dans des états totalitaires et des dictatures militaires, mais c’est un phénomène bien plus instructif dans des sociétés libres, où on ne peut pas sérieusement plaider la peur comme circonstance atténuante.

La mort d’Arafat n’est qu’un cas d’école parmis une liste immense. Je me limiterai au « New-York Times » (NYT), le journal le plus important dans le monde et le Boston Globe, peut-être plus que d’autres le journal local de l’élite libérale cultivée.

L’éditorial de première page du NYT (le 12 novembre) débute en dépeignant Arafat comme « à la fois le symbole de l’espoir des Palestinien pour un état viable et indépendant et l’obstacle principal à sa réalisation ». Il continue en expliquant qu’il n’a jamais été capable d’atteindre les hauteurs du Président Anouar el Sadate d’Egypte; Sadate « [a reconquis] le Sinaï par un traité de paix avec Israël » parce qu’il était capable « d’en appeler aux Israéliens et d’adresser leurs craintes et leurs espoirs » (citant Shlomo Avineri, philosophe israélien et ancien représentant du gouvernement, dans la suite donnée le 13 novembre).

On peut penser à des obstacles plus sérieux à la réalisation d’un état palestinien, mais ils sont exclus par les principes directeurs, comme l’est la vérité sur Sadate – qu’Avineri au moins connaît sûrement. Souvenons nous de quelques-uns.

Depuis que la question des droits nationaux palestiniens dans un état palestinien a fait son entrée dans l’agenda diplomatique au milieu des années 1970, « l’obstacle principal à sa réalisation », sans équivoque, a été le gouvernement des Etats Unis, le NYT revendiquant la deuxième place dans la liste. Cela est clair depuis janvier 1976, quand la Syrie a présenté une résolution au Conseil de Sécurité de l’ONU appelant à un règlement à deux états. La résolution incorporait la formulation cruciale de l’ONU 242 – le document de base, tout le monde s’accorde à le dire. Il accordait à Israël les droits de n’importe quel état dans le système international, à côté d’un état palestinien dans les territoires qu’Israël avait conquis en 1967. Les Etats Unis ont mis leur veto à la résolution. Elle était supportée par les principaux états arabes. L’OLP d’Arafat condamna « la tyrannie du veto ». Il y eut quelques abstentions sur des détails techniques.

A cette époque, un règlement à deux états en ces termes avait obtenu un très large consensus international, bloqué seulement par les Etats Unis (et rejeté par Israël). Donc les discussions ont continué, non seulement au Conseil de sécurité, mais aussi à l’Assemblée Générale, qui a régulièrement passé des résolutions semblables avec des scores du style 150 contre 2 (avec les Etats Unis parfois rejoints par un autre état client). Les Etats Unis ont aussi bloqué des initiatives semblables de l’Europe et des états arabes.

Pendant ce temps le NYT a refusé – c’est le mot – de publier le fait que pendant les années 1980, Arafat appelait à des négociations qu’Israël rejetait. La presse israélienne dominante titrait sur l’appel d’Arafat à des négociations directes avec Israël, rejetées par Shimon Peres sur la base de sa doctrine que l’OLP d’Arafat « ne peut pas être un partenaire des négociations ». Et peu de temps après, le gagnant du prix Pulitzer, correspondant à Jérusalem du NYT, Thomas Friedman, qui pouvait certainement lire la presse hébraïque, écrivait des articles pleurant la détresse des forces de paix israéliennes due à « l’absence de tout partenaire pour des négociations », tandis que Peres déplorait l’absence « d’un mouvement pour la paix au sein du peuple arabe [comme] nous avons au sein des Juifs » et expliquait de nouveau qu’il ne pouvait y avoir aucune participation de l’OLP aux négociations « tant qu’elle reste une organisation armée et refuse de négocier ». Tout cela peu de temps après une nouvelle offre de négociation de la part d’Arafat que le NYT a refusé d’annoncer et presque trois ans après le rejet du gouvernement israélien de l’offre d’Arafat de négociations menant à une reconnaissance mutuelle. Peres, pendant ce temps, est décrit comme « un sain pragmatiste », en vertu des principes directeurs.

Les choses ont sensiblement changé dans les années 1990, quand l’administration Clinton a déclaré toutes les résolutions de l’ONU « obsolètes et anachroniques » et a mis au point sa propre forme de réjectionisme. Les Etats Unis restent seuls à bloquer un règlement diplomatique. Un exemple récent important a été la présentation des Accords de Genève en décembre 2002, supportées par le très large consensus international habituel, avec l’exception habituelle : « les Etats-Unis n’étaient ostensiblement pas parmi les gouvernements ayant envoyé un message de soutien, » annonçait le NYT dans un article dédaigneux (le 2 décembre 2002).

C’est seulement un petit fragment d’un bilan diplomatique qui est si cohérent et si dramatiquement clair, qu’il est impossible de ne pas le voir – à moins que l’on ne s’en tienne rigidement à l’histoire fabriquée par ceux qui en sont responsables.

Passons au deuxième exemple : Sadate en appelant aux Israéliens et obtenant ainsi le Sinaï en 1979, une leçon au méchant Arafat. Si on se réfère à l’histoire inacceptable, en février 1971 Sadate a offert un traité de paix complet à Israël, en accord avec la politique américaine officielle du moment – spécifiquement, le retrait israélien du Sinaï – avec à peine même un geste pour les droits palestiniens. La Jordanie a suivi avec des offres semblables. Israël a reconnu qu’il pourrait y avoir une paix complète, mais le gouvernement travailliste de Golda Meir a choisi de rejeter les offres en faveur de l’expansion, à l’époque dans le nord-est le Sinaï, où Israël chassait des milliers de Bédouins vers le désert et détruisait leurs villages, mosquées, cimetières, maisons, pour établir la ville purement juive de Yamit.

La question cruciale, comme toujours, était comment les EU réagiraient. Kissinger a gagné dans un débat interne et les Etats Unis ont adopté sa politique « d’impasse » : aucune négociation, la force seulement . Les Etats Unis ont continué à rejeter – plus exactement, à ignorer – les efforts de Sadate pour poursuivre un chemin diplomatique, supportant le réjectionisme et l’expansion d’Israël. Cette position a mené à la Guerre de 1973, qui a été une alerte très grave pour Israël et probablement le monde; les Etats Unis se mirent en alerte nucléaire. A ce moment-là même Kissinger comprit que l’Egypte ne pouvait pas être considérée comme quantité négligeable et il a commencé sa « diplomatie de navette », qui a conduit aux réunions de Camp David lors desquelles les Etats Unis et Israël ont accepté l’offre de 1971 de Sadate – mais maintenant avec des termes beaucoup plus durs, du point de vue Américain-Israélien. A ce moment-là le consensus international en était venu à reconnaître des droits nationaux palestiniens et, en conséquence, Sadate réclama un état palestinien, anathème pour les Etats-Unis-Israël.

Dans l’histoire officielle réécrite par ses propriétaires et répétée par les éditoriaux des médias, ces événements sont « un triomphe diplomatique » pour les Etats Unis et une preuve que si les Arabes étaient seulement capables de nous rejoindre dans la préférence pour la paix et la diplomatie ils pourraient atteindre leurs buts. Dans l’histoire réelle, le triomphe fut une catastrophe et les événements démontraient que les Etats Unis ne cédaient qu’à la violence. Le rejet américain de la diplomatie avait mené à une guerre épouvantable et très dangereuse et de nombreuses années de souffrance, avec des effets amers jusqu’à ce jour.

Dans ses mémoires, le général Shlomo Gazit, commandant militaire des territoires occupés en 1967-1974, observe qu’en refusant de considérer des propositions promues par l’armée et le renseignement en faveur d’une certaine forme d’autonomie dans les territoires ou même d’une activité politique limitée et en insistant sur « des changements de frontière substantiels », le gouvernement travailliste supporté par Washington porte une responsabilité significative dans la poussée ultérieure du mouvement fanatique de colons Gush Emunim et la résistance palestinienne qui s’est développée de nombreuses années plus tard dans la première Intifada, après des années de brutalité et de terreur d’état et la prise de contrôle continue de terres et de ressources palestiniennes de valeur.

La longue nécrologie d’Arafat par la spécialiste du Moyen-Orient du Times Judith Miller (le 11 novembre) continue dans la même veine que l’éditorial de première page. Selon sa version, « Jusqu’en 1988, [Arafat] a rejeté à plusieurs reprises la reconnaissance d’Israël, insistant sur la lutte armée et les campagnes de terreur. Il n’a opté pour la diplomatie qu’après son alliance avec le président d’Irak Saddam Hussein pendant la guerre du Golfe de 1991″.

Miller résume d’une façon remarquablement précise l’histoire officielle. Dans l’histoire réelle Arafat a offert à plusieurs reprises des négociations menant à une reconnaissance mutuelle, tandis qu’Israël – en particulier les colombes « pragmatistes » – les refusait catégoriquement, soutenu par Washington. En 1989, le gouvernement de coalition israélien (Shamir-Peres) a maintenu le consensus politique dans son plan pour la paix. Le premier principe était qu’il ne pouvait y avoir aucun « état palestinien supplémentaire » entre la Jordanie et Israël – la Jordanie étant déjà « un état palestinien ». Le second était que le destin des territoires serait décidé « conformément aux prioncipes de base du gouvernement [israélien]« . Le plan israélien fut accepté sans vérification par les Etats Unis et devint « le Plan Baker » (décembre 1989). A l’exact opposé de la présentation de Miller et de l’histoire officielle, c’est seulement après la Guerre du Golfe que Washington accepta de considérer des négociations, reconnaissant qu’il était maintenant en position d’imposer unilatéralement sa propre solution.

Les EU ont convoqué la conférence de Madrid (avec la participation russe comme faire valoir). Ceci mena effectivement à des négociations, avec une délégation palestinienne authentique, menée par Haidar Abdul-Shafi, un nationaliste honnête qui est probablement le leader le plus respecté dans les territoires occupées. Mais les négociations furent acculées à l’impasse parce qu’Abdul-Shafi rejetait l’insistance de l’Israël, soutenu par Washington, à continuer de s’approprier des portions de valeur des territoires pour des colonies et des programmes d’infrastructure – tout ceci étant illégal, comme même la Justice américaine le reconnaît, seule dissidente, dans la décision récente de la Cour Internationale de Justice condamnant le mur israélien qui divise la Cisjordanie. « Les Palestiniens de Tunis », menés par Arafat, court-circuitèrent les négociateurs palestiniens et passèrent un accord séparé, « les Accords d’Oslo », célébrés en fanfare sur la pelouse de la Maison Blanche en septembre 2003.

Il fut immédiatement évident que c’était un bradage. Le document unique – la Déclaration de Principes – déclarait que le résultat final devait être basé seulement sur l’ONU 242 de 1967, excluant la question fondamentale de la diplomatie depuis le milieu des années 1970 : des droits nationaux palestiniens et une solution à deux états. L’ONU 242 définit le résultat final parce qu’elle ne dit rien de droits palestiniens; sont exclues les résolutions de l’ONU qui reconnaissent les droits de Palestiniens à côté de ceux d’Israël, en accord avec le consensus international qui a été bloqué par les Etats Unis depuis qu’il a pris forme au milieu des années 1970. La formulation des accords rendait clair qu’ils étaient un mandat pour la poursuite des programmes de colonisation israéliens, comme les responsables israéliens (Yitzhak Rabin et Shimon Peres) ne se donnèrent pas la peine de le cacher. C’est pourquoi, Abdul-Shafi refusa ne serait ce que d’être présent aux cérémonies. Le rôle d’Arafat devait être d’être le policier d’Israël dans les territoires, comme Rabin l’indiqua très clairement. Tant qu’il accomplissait cette tâche, il était un « pragmatiste », approuvé par les Etats Unis et Israël sans égard pour la corruption, la violence et la répression. C’est seulement quand il ne put plus tenir la population sous contrôle pendant qu’Israël continuait à s’appropriait leurs terre et leurs ressources qu’il est devenu la bête noire, bloquant le chemin vers la paix : la transition habituelle.

Donc les choses continuèrent pendant les années 1990. Shlomo Ben-Ami a expliqué en 1998 dans une étude universitaire, peu avant de devenir le negociateur principal de Barak à Camp David, les buts des colombes israéliennes : « le processus de paix d’Oslo » devait mener « à une dépendance néo-coloniale permanente » des territoires occupés, avec une certaine forme d’autonomie locale. En attendant, la colonisation et l’intégration des territoires par Israël s’est poursuivie de façon continue avec le plein support américain. Ils ont atteint leur maximum l’année finale du terme de Clinton (et de Barak), sapant ainsi les espoirs d’un règlement diplomatique.

Pour en revenir à Miller, elle respecte la version officielle qu’en « novembre 1988, après une insistance américaine considérables, l’OLP a accepté la résolution des Nations Unies exigeant la reconnaissance d’Israël et une renonciation au terrorisme ». L’histoire réelle est que dès novembre 1988, Washington devenait un objet de raillerie internationale pour son refus « de voir » qu’Arafat appelait à un règlement diplomatique. Dans ce contexte, l’administration Reagan a consenti à contre-coeur à admettre la vérité qui crevait les yeux et a dû se tourner vers d’autres moyens pour saper la diplomatie. Les Etats Unis sont entrés dans des négociations de bas niveau avec l’OLP, mais comme le Premier ministre Rabin l’assurait en 1989 aux dirigeants de Paix Maintenant, celles-ci étaient sans signification, ayant seulement pour but de donner plus de temps à l’Israël pour « une pression militaire et économique dure » pour que « au bout du compte, ils soient brisés », et acceptent les conditions d’Israël.

Miller poursuit dans la même veine, menant au dénouement standard : à Camp David, Arafat « tourna le dos » à l’offre magnanime de paix de Clinton-Barak et même après refusa de rejoindre Barak dans l’acceptation « des paramètres » Clinton de décembre 2000, prouvant ainsi définitivement son soutien à la violence, une vérité déprimante que les états pacifiques, les Etats Unis et Israël, doivent d’une façon ou d’une autre prendre en compte.

En revenant à l’histoire réelle, les propositions de Camp David divisaient la Cisjordanie en cantons pratiquement séparés et ne pouvaient probablement être acceptées par aucun leader palestinien. C’est évident en jetant un oeil aux cartes qui étaient facilement disponibles, mais pas dans le NYT, ni apparemment nulle part dans la presse grand public des Etats Unis, peut-être pour celà même. Après l’échec de ces négociations, Clinton reconnut que les réserves d’Arafat étaient sensées, comme le montrent les fameux « paramètres », qui, quoique vagues, vont beaucoup plus loin vers un règlement possible – contredisant ainsi l’histoire officielle, mais c’est seulement de la logique, donc aussi inacceptable que de l’histoire. Clinton a donné sa propre version de la réaction à ses « paramètres » dans une conversation au Forum Politique Israélien le 7 janvier 2001 : « tant le Premier Ministre Barak que le Président Arafat ont maintenant accepté ces paramètres comme la base pour de nouveaux efforts. Tous les deux ont exprimé quelques réserves ».

On peut l’apprendre de sources aussi obscures que le prestigieux journal de Harvard-MIT International Security (automne 2003), avec la conclusion que « le récit palestinien des pourparlers de paix de 2000-2001 est significativement plus exact que le récit israélien » – le « récit » américain, ou du NYT.

Après cela, des négociateurs israéliens-palestiniens de haut niveau ont continué en prenant les paramètres de Clinton comme « la base de nouveaux efforts, » et se sont attaqués à leurs « réserves » aux cours de réunions à Taba en janvier. Celles ci ont produit un accord provisoire, répondant à certains des soucis palestiniens – et ainsi sapant de nouveau l’histoire officielle. Des problèmes restaient, mais les accords de Taba sont allés beaucoup plus loin vers un règlement possible que quoi que ce soit qui avait précédé. Les négociations ont été interrompues par Barak, donc leur éventuel résultat est inconnu. Les deux parties considèrent comme correct un rapport détaillé du représentant de l’Union Européenne Miguel Moratinos, qui a eu une grande publicité en Israël. Mais je doute qu’il en ait jamais été fait mention dans les média grand public américains.

La version NYT de ces événements par Miller est basée sur un livre à succès de Dennis Ross, représentant au Moyen-Orient de Clinton et négociateur. Comme n’importe quel journaliste doit en être conscient, une telle source est fortement suspecte, ne fut-ce par ses origines. Et même une lecture superficielle suffirait à monter que le récit de Ross est globalement sujet à caution. Ses 800 pages consistent surtout en un panégyrique de Clinton (et de ses propres efforts), basée sur presque rien de vérifiable; ou plutôt sur « les citations » de ce qu’il revendique avoir dit et entendu des participants, identifiés par leurs prénoms s’ils sont « de bons types ». Il y a à peine un mot sur ce que chacun sait avoir été la question fondamentale tout le temps, depuis 1971 en fait : les programmes de colonisation et le développement d’infrastructures dans les territoires, basé sur le support économique, militaire et diplomatique des EU, que Clinton a tout à fait clairement inclus. Ross résoud son problème avec Taba simplement : en terminant le livre immédiatement avant (ce qui lui permet aussi d’omettre l’évaluation de Clinton, citée plus haut, quelques jours plus tard). Ainsi il est capable d’éviter le fait que ses conclusions principales ont été immédiatement réfutées.

Abdul-Shafi est mentionné une fois dans le livre de Ross, en passant. Naturellement, la perception de son ami Shlomo Ben-Ami sur le processus d’Oslo est ignorée, comme le sont tous les éléments significatifs des accords intérimaires et de Camp David. Il n’y a aucune mention du refus catégorique de ses héros, Rabin et Peres – ou plutôt « Yitzhak » et « Shimon » – pour même considérer un état palestinien. En fait, la première mention de cette possibilité en Israël semble être pendant le gouvernement « du méchant » d’extrême-droite, Binyamin Netanyahu. Son ministre de l’Information, quand on lui parla d’un état palestinien, répondit que les Palestiniens pouvaient bien appeler les cantons qu’on leur laisserait « un état » ou un « poulet rôti » s’ils voulaient.

Ce n’est qu’une entrée en matière. L’avis de Ross manque tant de références indépendantes et est si radicalement sélectif que l’on doit prendre avec des pincettes tout ce qu’il revendique, des détails précis qu’il enregistre méticuleusement mot pour mot (peut-être avec un magnétophone caché) aux conclusions très générales présentées comme autorisées, mais sans preuve crédible. Il est d’un certain intérêt que les critiques le considérent comme un compte-rendu autorisé. En général, le livre est à peu près sans valeur, sauf comme présentation des perceptions d’un des acteurs. Il est difficile d’imaginer qu’un journaliste puisse ne pas en être conscient.

Non sans valeur, cependant, est l’évidence cruciale qui n’est pas notée. Par exemple, l’évaluation du renseignement israélien pendant ces années : parmi eux Amos Malka, chef de services secrets militaires israéliens; le général Ami Ayalon, qui a dirigé les Services de sécurité Généraux (Shin Bet); Matti Steinberg, conseiller spécial aux affaires palestiniennes du chef du Shin Bet; et le colonel Ephraim Lavie, le directeur du service de recherche responsable des affaires palestiniennes. Selon la présentation du consensus par Malka, « l’hypothèse était qu’Arafat préfèrait un processus diplomatique, qu’il ferait tout ce qu’il pouvait pour l’obtenir et que seule une impasse dans le processus le ferait se tourner vers la violence. Mais cette violence n’est destiné qu’à le faire sortir de l’impasse, à mettre la pression internationale en mouvement et à se donner une marge de manoeuvre. » Malka accuse aussi ces évaluations de haut niveau d’avoir été falsifiées quand elles ont été transmises aux dirigeants politique et au-delà. Les journalistes américains pouvaient facilement les découvrir de sources aisément accessibles, en anglais.

Il n’y a pas d’intérêt à continuer avec la version de Miller, ou de Ross. Voyons maintenant le Boston Globe, à l’extrême libéral. Ses éditorialistes (le 12 novembre) adhèrent au même principe fondamental que le NYT (c’est probablement presque universel; il serait intéressant de chercher des exceptions). Ils reconnaissent effectivement que l’échec de la réalisation d’un état palestinien « n’est pas de la seule responsabilité d’Arafat. Les dirigeants d’Israël … ont leur part… » Le rôle décisif des Etats Unis est tabou, impensable.

Le Globe a aussi produit un éditorial de première page le 11 novembre. Dans son premier paragraphe nous apprenons qu’Arafat était « un des membres du groupe iconique des leaders charismatiques et autoritaires – de Mao Zedong en Chine à Fidel Castro à Cuba et à Saddam Hussein en Irak – qui a émergé des mouvements anti-coloniaux qui ont balayé le globe après la Deuxième Guerre mondiale. »

La déclaration est intéressante de plusieurs points de vue. Le lien révèle, de nouveau, la haine viscérale obligatoire pour Castro. Les prétextes ont changé au gré des circonstances, mais aucune information ne met encore en doute les conclusions du renseignement américain datant des premiers jours des attaques terroristes par Washington et de la guerre économique contre Cuba : le problème de base est son « défi réussi » de la politique américaine qui remonte à la Doctrine Monroe. Mais il y a un élément de vérité dans la représentation d’Arafat par l’éditorial du Globe, comme il y en aurait eu dans un compte rendu de première page sur les cérémonies impériales pour le semi-divin Reagan, le décrivant comme un membre du groupe iconique des bouchers – d’Hitler à Idi Amin et à Peres – qui massacrèrent avec désinvolture et avec le support appuyé des médias et des intellectuels. Ceux qui ne comprennent pas l’analogie ont un peu d’histoire à apprendre.

Ensuite, l’article du Globe, relatant les crimes d’Arafat, nous dit qu’il a pris le contrôle du sud du Liban et « l’a utilisé pour lancer une succession d’attaques sur Israël, qui a répondu en envahissant le Liban [en juin 1982]. Le but avoué d’Israël était de repousser les Palestiniens en arrière de la zone frontière, mais, sous le commandement de Sharon alors général et ministre de la Défense Nationale, ses forces pénétrèrent jusqu’à Beyrouth, où Sharon permit à ses alliés des milices Chrétiennes de commettre un massacre tristement célèbre de Palestiniens dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatilla et chassa M. Arafat et la direction palestinienne en exil à Tunis. »

Si on revient à l’histoire inacceptable, pendant l’année avant l’invasion israélienne l’OLP a adhéré à une entente de paix négociée par les Etats-Unis, tandis qu’Israël conduisait de nombreuses attaques meurtrières au sud Liban dans un effort pour provoquer des réactions palestiniennes qui pourraient être utilisées comme prétexte pour l’invasion projetée. Comme rien ne se matérialisait, ils inventèrent un prétexte et envahirent, tuant peut-être 20,000 Palestiniens et Libanais, grâce aux vetos américains aux résolutions du Conseil de Sécurité qui appelaient au cessez-le-feu et au retrait. Le massacre de Sabra-Chatilla était une note de bas de page à la fin. Le but exposé très clairement par les plus hauts échelons politiques et militaires et par les universitaires et analystes israéliens, était de mettre fin aux initiatives de plus en plus irritantes d’Arafat vers un règlement diplomatique et de sécuriser le contrôle d’Israël sur les territoires occupées.

Des inversions semblables de faits bien documentés apparaissent partout dans le commentaire sur la mort d’Arafat et ont été si répandus pendant de longues années dans les médias américains que l’on peut à peine blâmer les journalistes de les répéter – bien qu’une enquête réduite suffise pour révéler la vérité.

Les éléments secondaires des commentaires sont aussi instructifs. Ainsi l’éditorial du Times nous dit que les successeurs probables d’Arafat – « les modérés » préférés par Washington – ont quelques problèmes : ils leur manque « l’appui de la rue ». C’est l’expression conventionnelle pour l’opinion publique dans le monde arabe, comme quand nous sommes informés « de la rue arabe ». Si une figure politique Occidentale a peu de support public, nous ne disons pas qu’il lui manque « l’appui de la rue » et les média ne parlent pas de « la rue » Anglaise ou Américaine. L’expression est réservée aux ordres inférieurs, de façon irréfléchie. Ce ne sont pas des gens, mais des créatures qui peuplent « des rues ». Nous pourrions aussi ajouter que le leader politique le plus populaire dans « la rue palestinienne », Marwan Barghouti, a été fermement éloigné par Israël, de manière permanente. Et que George Bush a démontré sa passion pour la démocratie en rejoignant son ami Sharon – « l’homme de paix » – pour pousser le seul leader démocratiquement élu du monde arabe dans une prison virtuelle, tout en soutenant Mahmoud Abbas, à qui, les Etats Unis l’admettent, manquait « l’appui de la rue ». Tous cela pourrait nous dire quelque chose sur ce que la presse libérale appelle « la vision messianique » de Bush pour apporter la démocratie au Moyen-Orient, mais seulement si les faits et la logique avaient de l’importance.

Le NYT a publié une seule rubrique importante sur la mort d’Arafat, par l’historien israélien Benny Morris. L’essai mérite une analyse approfondie, mais je mettrai ceci de côté ici et m’en tiendrai à son premier commentaire, qui donne la tonalité : Arafat, dit Morris, est un imposteur qui parle de paix et de fin de l’occupation, mais veut en réalité « racheter la Palestine ». Cela démontre la nature irrémédiablement sauvage d’Arafat.

Ici Morris révèle non seulement son mépris pour les Arabes (qui est profond) mais aussi pour les lecteurs du NYT. Il suppose apparemment qu’ils ne remarqueront pas qu’il emprunte cette expression épouvantable à l’idéologie Sioniste. Son principe fondamental pendant plus d’un siècle a été de « racheter la Terre », un principe qui se trouve derrière ce que Morris reconnaît être un concept central du mouvement Sioniste : « le transfert » de la population indigène, c’est-à-dire son expulsion, pour « racheter la Terre » pour ses vrais propriétaires. Il semble n’y avoir aucun besoin d’expliquer clairement les conclusions.

Morris est présenté comme un universitaire israélien, auteur du livre récent Retour sur la Naissance du Problème des Réfugiés Palestiniens. C’est correct. Il a aussi fait un travail considérable sur les archives israéliennes, démontrant avec un détail considérable la sauvagerie des opérations israéliennes de 1948-49 qui ont mené « au transfert » de la grande majorité de la population de ce qui est devenu Israël, y compris la partie de l’état de Palestine créé par l’ONU qu’Israël a absorbé, le partageant environ par moitiés avec son associé jordanien. Morris critique les atrocités et « le nettoyage ethnique » (pour traduire plus précisément, « la purification ethnique ») : à savoir, on n’est pas allé assez loin. La grande erreur de Ben-Gourion, pense Morris, peut-être « une erreur fatale », fut de ne pas avoir « nettoyé le pays entier – la totalité de la Terre d’Israël, jusqu’au Jourdain ».

Au crédit d’Israël, sa position sur cette question a été sévèrement condamnée. En Israël. Aux Etats Unis il est le choix approprié pour le principal commentaire sur son ennemi abhorré.

La Dette et la Crise Mondiale

 

Dr. Edward Hamlyn

Nous nous intéressons à la cause de la crise mondiale. Sur ce sujet il n’y a encore aucune unité et par conséquent aucune activité. Nous devons définir le facteur qui empêche les sociétés humaines de s’épanouir et prospérer sans détruire la planète. Cela doit être le facteur qui cause une crise environnementale assez monumentale pour balayer la civilisation et la vie elle-même des pages de l’histoire.

Pourquoi sommes nous dominés par des valeurs qui sont destructrices et suicidaires ?

Un oxymore est une figure de rhétorique dans laquelle des termes apparemment contradictoires apparaissent en conjonction. La démocratie est aujourd’hui un oxymore parce que le pouvoir absolu se trouve entre les mains d’une dictature financière qui cherche à survivre par la destruction de l’environnement dont sa survie dépend.

[...]

Le souci de notre survie soulève des passions fortes. On ne voit jamais la vérité à travers la brume rouge de la passion. La menace contre notre survie sur cette planète est si accablante et le pouvoir de la dictature financière qui gouverne maintenant le monde si absolu qu’il paraît impossible pour quelque individu d’avoir un impact réel.

Mais il n’y a pas d’autre source de pouvoir que l’individu et ce pouvoir peut être amplifié à l’infini par de nombreux individus convergeant vers la même vérité de base. L’ennemi contre lequel nous nous levons n’a aucune vérité et son pouvoir absolu est construit sur des sables mouvants. Ce que nous devons faire est plus facile à faire qu’à dire; une fois qu’on l’a vu clair comme du cristal.

Nous pouvons ne pas nous en rendre compte, mais ce que nous voyons est la guerre commerciale détruisant la planète. Il faut que nous voyions pourquoi nous sommes en guerre, une guerre beaucoup plus mortelle que la guerre militaire. D’abord voir qu’il y a la guerre et voir ensuite sa cause et le levier que nous devons actionner saute aux yeux.

La cause de la guerre commerciale est l’utilisation de la dette comme une monnaie mondiale. C’est dur à voir parce que c’est à la fois incroyable et incompréhensible. Le fait est que les monnaies sont maintenant créées et émises sous forme de crédit. Pour que l’argent existe dans le monde moderne il doit naître par emprunt. Investissement est l’expression à la mode de l’économie.

L’Amérique est la nation la plus riche et la plus prospère du monde parce qu’elle a les plus grosses dettes. Pas malgré ses dettes colossales, mais à cause d’elles. L’Amérique a été plus généreuse d’emprunts qu’aucune autre nation. Voilà un autre oxymore pour vous: richement endetté.

Si par hasard vous avez été capables de suivre le fil jusqu’ici vous êtes prêts à sauter de nouveau dans le noir et voir la lumière. Un autre oxymore !

Quand un crédit est accepté comme prêt d’argent, un tour de passe-passe s’est produit. Offrir un crédit avec l’intention de faire croire à l’emprunteur qu’il emprunte de l’argent qui existe déjà, c’est fabriquer de la fausse monnaie selon la définition du dictionnaire. Mais ce n’est pas de la fausse monnaie ordinaire pour trois raisons stupéfiantes.

  • D’abord c’est une méthode de contrefaçon que les institutions financières se sont arrangées pour rendre légale.

  • Deuxièmement c’est de la fausse monnaie prêtée et un intérêt doit être payé pour son utilisation.

  • Troisièmement dès l’instant que cette fausse monnaie est acceptée comme un prêt l’emprunteur est considéré par la loi comme un débiteur. Le prêt doit être remboursé en vraie monnaie. Le percepteur n’acceptera pas un crédit comme vraie monnaie.

La raison pour laquelle cette cause du réchauffement global est si facilement escamotée est le fait que chacun croit que la monnaie d’un pays est émise par son gouvernement. Tout que nous avons à faire est d’exiger que les gouvernements créent et émettent vraiment leur propre monnaie au lieu de permettre aux institutions financières privées de le faire pour eux. C.Q.F.D.

Maintenant vous vous pouvez voir comment un commerce honnête ne peut pas avoir lieu dans une économie mondiale insolvable. Vous pouvez alors voir comment le commerce se transforme en guerre commerciale par une tentative frénétique et vaine de survivre. Et ainsi va la planète.

Le Dr. Edward C. Hamlyn, MB, ChB, est Président de l’Association Internationale pour la Réforme Monétaire.

 

Publié dans AFRIQUE NOIRE : Réécrire l'Histoire, DE La FABRIQUE DE L'OPINION ET DU CONSENTEMENT, MENSONGES D'ETAT, NOAM CHOMSKY, Vous avez dit THEORIE du COMPLOT ? | Pas de Commentaire »

La Présidence Impériale , un texte de Noam CHOMSKY

Posté par issopha le 31 octobre 2007

  

  

La Présidence Impériale

 

Noam Chomsky

 

 

Canadian Dimension, janvier/février 2005 (Volume 39, Numéro 1)
Basé sur une conférence donnée à Toronto le 4 novembre 2004

Eveil de la Deuxième Superpuissance

Il va sans dire que ce qui arrive aux Etats Unis a un énorme impact sur le reste du monde et réciproquement : ce qui arrive dans le reste du monde ne peut manquer d’avoir un impact sur les Etats Unis, et de plusieurs façons.  D’abord, ça met des contraintes sur ce que même l’état le plus puissant peut faire.  Et ensuite, cela influence la composante américaine domestique de la deuxième superpuissance, comme le « New-York Times » décrivait piteusement l’opinion publique après les protestations énormes qui ont précédé l’invasion de l’Irak.  Ces protestations furent d’une façon critique un événement historique important, non seulement à cause de leur échelle sans précédent, mais aussi parce que c’était la première fois au cours des centaines d’années de l’histoire de l’Europe et de ses rejetons Nord-Américains qu’une guerre soulevait des protestations massives avant même qu’elle n’ait été officiellement lancée.  Nous pouvons nous rappeler, par comparaison, la guerre contre le Sud Viêt-Nam lancée par JFK en 1962, brutale et barbare depuis le début : bombardements, guerre chimique pour détruire les récoltes de nourriture afin d’affamer les civils soutenant la résistance indigène, programme de déportation de millions de gens dans des quasi camps de concentration ou des bidonvilles afin d’éliminer sa base populaire.  Avant que les protestations aient atteint une échelle substantielle, Bernard Fall, faucon spécialiste hautement respecté du Viêt-Nam et historien militaire, s’était demandé si le Viêt-Nam en tant qu’entité culturelle et historique échapperait à « l’extinction » car « la campagne meurt littéralement sous les coups de la plus grande machine militaire jamais lâchée sur un secteur de cette taille » particulièrement le Sud Viêt-Nam, systématiquement la cible principale des attaques des Etats Unis.  Et quand les protestations se sont finalement répandues, bien des années trop tard, elles ont surtout été dirigées contre les crimes périphériques : l’extension de la guerre contre le Sud au reste de l’Indochine crimes affreux, mais moindres.



Il est très important de se souvenir combien le monde a changé depuis lors. Comme presque toujours, ce n’est pas suite aux cadeaux de leaders bienveillants, mais grâce à une lutte populaire profondément engagée, beaucoup trop lente à se développer, mais en fin de compte efficace.  Une conséquence en fut que le gouvernement des Etats Unis ne put pas déclarer l’urgence nationale, ce qui aurait été favorable à l’économie, comme pendant la Deuxième Guerre Mondiale où le soutien public était très élevé.  Johnson a dû faire une guerre de compromis, subornant une population réticente, nuisant à l’économie, amenant en fin de compte les hommes d’affaires à se retourner contre la guerre car trop coûteuse, après que l’Offensive du Tet de janvier 1968 ait montré qu’elle durerait encore longtemps.  Les mémoires du Tsar économique d’Hitler, Albert Speer, décrivent un problème semblable.  Les Nazis ne pouvaient pas faire confiance à leur population et ne pouvaient donc pas mener une guerre aussi disciplinée que leurs ennemis démocratiques, ce qui a probablement sérieusement affecté le résultat, étant donné leur avance technologique.  Il y avait aussi une inquiétude des élites américaines sur l’augmentation de la conscience sociale et politique, stimulée par l’activisme des années 60, essentiellement en réaction aux crimes misérables d’Indochine, qui ont fini par réveiller l’indignation populaire.  Nous apprenons dans les dernières sections des Pentagon Papers qu’après l’offensive du Tet, le commandement militaire répugnait à suivre l’engagement Présidentiel de nouveaux déploiements de troupe, voulant être sûr que « des forces suffisantes seraient toujours disponible pour le contrôle de désordres civils » aux Etats Unis et craignant que l’escalade risque « de provoquer une crise intérieure de dimensions sans précédent .

L’administration Reagan – l’administration actuelle ou leurs mentors immédiats – considérait que le problème d’une population éveillée indépendante avait été surmonté et projetait apparemment de suivre en Amérique Centrale le modèle de Kennedy du début des années 1960.  Mais elle dut reculer face à des protestations publiques imprévues, se tournant alors vers la guerre clandestine par l’emploi de forces de sécurité meurtrières et d’un énorme réseau de terreur international.  Les conséquences furent épouvantables, mais pas autant que les B-52 et les opérations de massacres du genre de celles qui culminaient quand John Kerry était au milieu du Delta du Mekong dans le Sud, à ce moment-là en grande partie dévasté.  La réaction populaire, même à la guerre clandestine, comme on disait, s’étendit sur des bases entièrement nouvelles.  Les mouvements de solidarité pour l’Amérique Centrale, maintenant dans beaucoup de parties du monde, sont aussi quelque chose de nouveau dans l’histoire de l’Occident.



Les chefs d’états ne peuvent manquer de prêter attention à ces questions.  Par habitude, un Président nouvellement élu demande une évaluation par le renseignement de la situation du monde.  En 1989, quand Bush 1er est entré en fonction, il y eut une fuite.  Elle prévenait qu’en attaquant des ennemis beaucoup plus faibles la seule cible sensée les Etats Unis devaient gagner d’une manière décisive et rapide . Un retard pourrait réduire le support politique, identifié comme mince, un grand changement depuis les années Kennedy-Johnson où l’attaque contre l’Indochine, bien qu’elle n’ait jamais été populaire, n’avait soulevé que peu de réaction pendant de nombreuses années.

Le monde est plutôt épouvantable aujourd’hui, mais il est bien meilleur qu’hier, non seulement en ce qui concerne la réticence à tolérer l’agression, mais aussi de beaucoup d’autres façons, que nous avons maintenant tendance à considérer comme allant de soi.  Il y a des leçons très importantes ici, que nous devrions toujours garder à l’esprit pour la raison même qu’elles sont néantisées dans la culture de l’élite.

Agression vietnamienne contre le Vietnam

Nous pourrions nous attarder un instant à nous souvenir du rôle du Canada dans les guerres d’Indochine, parmi les pires crimes du siècle dernier.  Le Canada était un membre de la Commission Internationale de Contrôle pour l’Indochine, théoriquement neutre, espionnant en fait pour les agresseurs. Nous apprenons d’archives canadiennes récemment déclassifiées que le Canada a éprouvé quelques inquiétudes sur quelques mesures particulières de l’armée des Etats-Unis contre [le Nord Viêt-Nam], mais supporte les buts et les objectifs de la politique des Etats-Unis dans son opposition à l’agression d’un type spécial des Vietnamiens du Nord. On ne doit pas permettre à cette agression vietnamienne contre le Viêt-Nam de réussir, non seulement à cause des conséquences possibles au Viêt-Nam, qui ne faisait toujours pas face à une menace « d’extinction » à l’époque, mais aussi parce que si le Viêt-Nam survit en tant qu’entité culturelle et historique viable, l’agression des Vietnamiens pourrait constituer un précédent pour d’autres guerres prétendument de libération. Le concept d’agression vietnamienne au Viêt-Nam contre les défenseurs américains du pays a des précédents intéressants, que par politesse je ne mentionnerai pas.  Il est particulièrement saisissant parce que les observateurs Canadiens étaient sûrement conscients qu’à ce moment il y avait plus de mercenaires américains au Sud Viêt-Nam au sein de l’armée d’invasion américaine qu’il n’y avait de Vietnamiens du Nord même si nous supposons que d’une façon ou d’une autre les Vietnamiens du Nord n’ont rien à faire au Viêt-Nam.  Et les mercenaires des Etats Unis, comme la bien plus grande armée américaine, menaçaient le Sud Viêt-Nam « d’extinction » par des opérations massives de terreur directement au coeur du pays, tandis que « les agresseurs » vietnamiens du Nord étaient à la périphérie, essayant principalement d’attirer les forces d’invasion vers les frontières, à un moment où le Nord Viêt-Nam aussi était bombardé.  C’est resté le cas, selon le Pentagone, pendant bien des années après ces rapports du gouvernement canadien.

Les historiens de la diplomatie qui ont exploré les archives canadiennes n’ont pas signalé d’inquiétudes sur l’attaque contre le Sud Viêt-Nam, qui au moment de ces communications internes, détruisait le pays.   Le distingué homme d’Etat Lester Pearson était allé bien plus loin.  Il informa la Chambre des Communes au début des  années 1950 que « l’agression » par les Vietnamiens contre la France au Viêt-Nam n’était qu’un des éléments de l’agression communiste mondiale, et que l’autorité coloniale soviétique en Indochine semblait être plus forte que celle de la France cela se passait quand la France essayait (avec le soutien américain) de reconquérir ses anciennes colonies indochinoises, sans un Russe où que ce soit dans le voisinage, même un contact, comme la C.I.A. dut l’admettre après un effort désespéré pour en trouver.  Il faut chercher assez loin pour trouver une dévotion plus fervente pour des crimes impériaux que les déclarations de Pearson.

La Grosse Bête

Sans oublier le progrès très significatif des sociétés vers plus de civilisation dans les années passées et les raisons de celui ci, concentrons nous néanmoins sur le présent et sur les notions de souveraineté impériale développées actuellement.  Il n’est pas surprenant que quand la population devient plus civilisée, les systèmes de pouvoir deviennent plus extrêmes dans leurs efforts pour contrôler la grosse bête (comme les Pères fondateurs appelaient le peuple).  Et la grosse bête est effectivement effrayante : je reviendrai sur les vues majoritaires sur les principaux problèmes, qui sont si loin à gauche du spectre des commentaire de l’élite et de l’arène électorale qu’ils ne peuvent pas être même mentionnés un élément supplémentaire qui est une leçon importante pour ceux qui n’aiment pas ce qui est fait en leurs noms.

La Chine espoir de Paix

La conception de la souveraineté présidentielle élaborée par les réactionnaires statistes radicaux de l’administration Bush est si extrême qu’elle a attiré des critiques sans précédent dans les cercles les plus modérés et respectés de l’establishment.  Ces idées ont été transmises au Président par le Procureur Général nouvellement nommé, Alberto Gonzales qui est dépeint par la Presse comme un modéré.  Elles sont discutées par Sanford Levinson, professeur respecté de droit constitutionnel, dans l’actuelle édition du journal de l’Académie Américaine des Arts et des Sciences.  Levinson écrit que cette conception est basée sur le principe qu’il « n’existe aucune norme applicable au chaos. » La citation, commente Levinson, est de Carl Schmitt, le principal philosophe allemand de la justice pendant la période Nazie, que Levinson décrit comme la véritable éminence grise de l’administration Bush. L’administration, conseillée par Gonzales, a conçu une vision de l’autorité présidentielle qui est on ne peut plus proche du pouvoir que Schmitt désirait accorder à son Führer, écrit Levinson.

On entend rarement de tels mots provenant du coeur de l’establishment.



Le même numéro du journal contient un article de deux analystes stratégiques en vue sur la transformation de l’armée, composante centrale des nouvelles doctrines de souveraineté impériale : la croissance rapide de l’armement offensif, y compris la militarisation de l’espace rejointe apparemment par le Canada – et d’autres mesures conçues pour placer le monde entier en danger d’annihilation instantanée.  Celles-ci ont déjà stimulé les réactions prévues de la Russie et récemment de la Chine.  Les analystes concluent que ces programmes américains peuvent mener à la ruine ultime. Ils expriment leur espoir qu’une coalition d’états pacifiques s’unira en opposition au militarisme et à l’agressivité américaine, menée par … la Chine.  Nous sommes dans une drôle de passe quand de tels sentiments sont exprimés dans des cercles respectables et pondérés qui ne s’adonnent pas aux hyperboles.  Et quand la foi dans la démocratie américaine est si mince qu’ils comptent sur la Chine pour nous protéger de marcher au pas vers la ruine ultime.  C’est à la deuxième superpuissance de décider si ce mépris pour la grosse bête est mérité.

Bush passible de la peine capitale

Pour revenir à Gonzales, il a transmis au Président les conclusions du Département de la Justice selon lesquelles le Président a autorité pour annuler la Convention de Genève – la loi suprême de la terre, la fondation de la loi humanitaire internationale moderne.  Et Gonzales, qui était alors le conseiller juridique de Bush, l’a informé que ce serait une bonne idée, parce que l’annulation de la Convention réduit considérablement la menace de poursuite criminelle intérieure [sur les membres de l'administration] qui se référerait à l’Acte sur les Crimes de Guerre de 1996, lequel prévoit la peine de mort pour des infractions graves à la Convention de Genève.



Nous pouvons parfaitement voir aux unes d’aujourd’hui pourquoi le Ministère de la Justice avait raison de s’inquiéter de ce que le Président et ses conseillers puissent être soumis à la peine de mort conformément aux lois passées par le Congrès Républicain en 1996 et bien sûr conformément aux principes du Tribunal de Nuremberg, si tant est que quelqu’un les prenne au sérieux.

Il y a deux semaines, le New York Times faisait sa une sur un compte rendu de la conquête de l’Hôpital Général de Falluja.  Il annonçait que des patients et des employés de l’hôpital ont été éjectés des chambres par des soldats armés et qu’on leur a ordonné de s’asseoir ou de se coucher sur le sol tandis que les soldats liaient leurs mains derrière leur dos . Une photographie illustrait la scène.  Elle était présentée comme un succès important. L’offensive a aussi arrêté ce que les officiers présentaient comme une arme de propagande pour les militants : l’Hôpital Général de Falluja, avec son flot de comptes rendus de victimes civiles. Et ces chiffres « gonflés » gonflés parce que notre Cher Leader les qualifie ainsi – enflammaient l’opinion dans tout le pays et la région, exagérant les coûts politiques du conflit. Le mot « conflit » est un euphémisme commun pour l’agression américaine, comme quand nous lisons sur les mêmes pages que les Etats Unis doivent maintenant reconstruire ce que le conflit vient de détruire : juste le conflit, sans acteur, comme un ouragan.



Retournons à la photo et à l’histoire de la fermeture de l’arme de propagande.   Il y a quelques documents pertinents, y compris la Convention de Genève, qui dit : les établissements permanents et les unités médicales mobiles du Service Médical ne peuvent en aucune circonstance être attaqués, mais seront à tout moment respectés et protégés par les Parties au conflit. Donc la une du principal journal mondial dépeint gaiement des crimes de guerre pour lesquels la direction politique du pays pourrait être condamnée à mort conformément à la loi américaine.  Pas étonnant que le nouveau Procureur Général modéré ait averti le Président qu’il devrait utiliser l’autorité constitutionnelle concoctée par le Ministère de la Justice pour annuler la loi suprême de la terre, en adoptant le concept de souveraineté présidentielle inventée par le principal conseiller juridique d’Hitler, vraie éminence grise de l’administration Bush, selon un conservateur distingué qui fait autorité en matière de loi constitutionnelle, et qui l’écrit dans le journal probablement le plus respectable et pondéré du pays.

Le plus grand journal du monde nous dit aussi que l’armée des Etats Unis a atteint presque tous ses objectifs bien en avance sur le planning », en laissant la plus grande partie de la ville sous forme de ruines fumantes ». Mais ça ne fut pas un succès complet. Il n’y a guère d’évidence de « rats » morts dans leur « tanières ou dans les rues, ce qui reste un mystère persistant . Les journalistes intégrés aux troupes ont effectivement trouvé le cadavre d’une femme, quoiqu’on ne « sache pas si elle était iraquienne ou étrangère, apparemment la seule question qui vienne à l’esprit.



La une cite un commandant de Marines qui dit que ça devrait avoir sa place dans les livres d’histoire. Peut-être que ça le devrait.  Dans ce cas nous savons précisément sur quelle page de l’histoire ça a sa place et qui sera juste à côté, en compagnie de ceux qui le louent ou même d’ailleurs le tolèrent.  Du moins, nous le savons si nous sommes capables d’être honnêtes.

On pourrait mentionner au moins certains des homologues récents qui viennent immédiatement à l’esprit, comme la destruction russe de Grozny il y a 10 ans, une ville de la même taille.  Ou Srebrenica, presque universellement décrit comme un « génocide » à l’Ouest.  Dans ce cas, comme nous le savons en détail par le rapport du gouvernement hollandais et d’autres sources, l’enclave Musulmane dans le territoire serbe, insuffisamment protégée, fut utilisée comme base pour des attaques contre des villages serbes et quand la réaction prévue arriva, elle fut terrible.  Les Serbes chassèrent tout le monde sauf les hommes d’âge militaire et entrèrent ensuite les tuer.  Il y a des différences avec Falluja.  Les femmes et les enfants n’ont pas été chassés de Srebrenica par des bombardements, mais transportés par camions et il n’y aura aucun effort exhaustif pour exhumer le dernier cadavre de rat des tanières de Falluja.  Il y a d’autres différences, probablement défavorables aux Serbes.



On pourrait argumenter que tout cela n’a aucun rapport.  Le Tribunal de Nuremberg, expliquant clairement la Charte de l’ONU, déclara que l’initiation d’une guerre d’agression est le crime international suprême différant seulement des autres crimes de guerre en ce qu’il contient en lui le mal accumulé de tous les autres c’est à dire les crimes de guerre de Falluja et Abu Ghraib, le doublement de la sous-alimentation aiguë chez les enfants depuis l’invasion (maintenant au même niveau qu’au Burundi, beaucoup plus grave qu’à Haïti ou en Ouganda) et toutes les autres atrocités.  Ceux qui furent jugés pour avoir eu quelque rôle que ce soit dans le crime suprême – par exemple, le Ministre des Affaires Etrangères allemand furent condamnés à mort par pendaison.  Le Tribunal de Tokyo fut beaucoup plus sévère.  Il y a un livre très important sur le sujet par l’avocat international canadien Michael Mandel, qui passe en revue avec des détails convaincants la façon dont les puissants sont auto-immunisés contre la loi internationale.

Le Crime que vous avez commis mais pas Nous

En fait, le Tribunal de Nuremberg lui-même a établi ce principe.  Pour poursuivre en justice les criminels Nazis, il était nécessaire d’établir les définitions du crime de guerre et du crime contre l’humanité. Telford Taylor, conseiller principal de l’accusation et avocat international et historien reconnu, explique comment on s’y est pris :

Puisque les deux côtés dans la Deuxième Guerre mondiale avaient joué le jeu épouvantable des destructions urbaines les Alliés avec beaucoup plus de succès il n’y avait aucune base pour des charges criminelles contre les Allemands ou les Japonais et en fait aucune charge de ce type n’a été invoquée… Le bombardement aérien avait été utilisé si largement et impitoyablement du côté Allié aussi bien que du côté de l’Axe que ni à Nuremberg ni Tokyo la question n’a été évoquée lors des procès.



La définition opérationnelle de « crime » est : le Crime que vous avez commis, mais pas nous. Pour souligner le fait, les criminels de guerre Nazis ont été absous quand la défense a pu montrer que leurs homologues américains avaient commis les mêmes crimes.

Taylor conclut que punir l’adversaire, particulièrement l’adversaire vaincu, pour une conduite que la nation qui juge a elle même eue, serait si grossièrement inéquitable que cela discréditerait les lois elles-mêmes. C’est correct, mais la définition opérationnelle discrédite aussi les lois elles-mêmes, ainsi que tous les tribunaux suivants.  Taylor présente ce contexte comme une partie de son argumentation selon laquelle le bombardement du Viêt-Nam par les Etats-Unis n’était pas un crime de guerre.  Son argument est plausible, discréditant encore plus les lois elles-mêmes.  Certaines des enquêtes judiciaires suivantes sont discréditées de façons peut-être encore plus extrêmes, comme le procès Yougoslavie contre OTAN actuellement jugé par la Cour Internationale de Justice.  Les Etats Unis ont été excusés, correctement, sur la base de l’argument qu’ils ne sont pas soumis à la juridiction de la Cour dans ce procès.  La raison en est que quand les Etats Unis ont finalement signé la Convention sur le Génocide (qui est en question ici) au bout de 40 ans, ils l’ont fait avec une réserve disant qu’elle est inapplicable aux Etats-Unis.

Pouvoir constitutionnel d’ordonner un génocide

Dans un commentaire outragé sur les efforts des juristes du Ministère de la Justice pour démontrer que le Président a le droit d’autoriser la torture, le Doyen de la Faculté de droit de Yale, Howard Koh, a dit que « la notion selon laquelle le président a le pouvoir constitutionnel d’autoriser la torture est comme de dire qu’il a le pouvoir constitutionnel de commettre un génocide. » Les conseillers juridiques du Président et le nouveau Procureur Général, devraient avoir peu de difficulté à soutenir que le Président a effectivement ce droit si la deuxième superpuissance lui permet de l’exercer.



La doctrine sacrée de l’auto-immunisation sera sûrement appliquée au procès de Saddam Hussein, s’il est jamais tenu.  Nous le voyons chaque fois que Bush, Blair et d’autre personnalités du gouvernement et des commentateurs se lamentent sur les crimes épouvantables de Saddam Hussein, omettant toujours bravement les mots : avec notre aide, parce que nous n’en avions rien à faire. Sûrement on ne permettra à aucun tribunal d’évoquer le fait que les présidents américains, de Kennedy jusqu’à aujourd’hui, en compagnie des présidents français et des premiers ministres britanniques et des entreprises occidentales, ont été complice des crimes de Saddam, parfois de façon affreuse, y compris les titulaires actuels et leurs mentors.  En mettant en place le tribunal pour Saddam, le Département d’Etat a consulté le professeur Charif Bassiouni, expert juridique américain, récemment cité pour avoir dit : « Tous les efforts sont faits pour avoir un tribunal dont le pouvoir judiciaire n’est pas indépendant, mais contrôlé et par contrôlé je veux dire que les manipulateurs politiques du tribunal doivent s’assurer que les Etats Unis et d’autres puissances occidentales ne sont pas mises en cause. Cela le fait ressembler à la vengeance du vainqueur : cela le fait apparaître ciblé, sélectif, inéquitable. C’est un subterfuge. » Ce n’était pas la peine de le préciser.

Guerre préemptive

Le prétexte pour l’agression USA-UK en Irak est ce qu’on appelle le droit à l’autodéfense anticipée, appelé maintenant parfois « la guerre préemptive par perversion radicale de ce concept.  Le droit à l’autodéfense anticipée a été affirmé officiellement dans la Stratégie de Sécurité Nationale (NSS) de l’administration Bush en septembre 2002, déclarant le droit de Washington à recourir à la force pour éliminer n’importe quel défi potentiel à sa dominance mondiale.  La NSS a été largement critiquée dans l’élite de la politique étrangère, commençant par un article immédiat dans le principal journal de l’establishment Foreign Affairs, avertissant que la nouvelle grande stratégie impériale pouvait être très dangereuse. La critique a continué, toujours à un niveau sans précédent, mais sur des bases limitées : ce n’est pas que la doctrine elle-même était mauvaise, mais plutôt son style et la manière de la présenter.  Le secrétaire d’Etat de Clinton, Madeleine Albright, a résumé correctement la critique, dans Foreign Affairs également.  Elle a mis en évidence que chaque Président a une telle doctrine dans sa poche arrière, mais qu’il est simplement idiot de la jeter à la figure des gens et de la mettre en oeuvre d’une façon qui mettra en fureur même les alliés.  Cela menace les intérêts américains et c’est donc mauvais.

Albright savait, bien sûr, que Clinton avait une doctrine semblable.  La doctrine de Clinton préconisait « l’utilisation unilatérale de la puissance militaire » pour défendre les intérêts vitaux, comme « l’assurance de l’accès sans restrictions aux marchés clés, à l’énergie et aux ressources stratégiques, » sans même les prétextes que Bush et Blair ont inventés.  Prise littéralement, la doctrine de Clinton est plus expansionniste que la NSS de Bush.  Mais la doctrine plus expansionniste de Clinton a été à peine même mentionnée.  Elle a été présentée avec le juste style et mise en oeuvre moins effrontément.

Nous, pas eux

Henry Kissinger décrit la doctrine de Bush comme « révolutionnaire », mettant en évidence qu’elle sape le système d’ordre international issu au 17ème siècle du traité de Westphalie et bien sûr la Charte des Nations Unies et la loi internationale.  Il approuve la doctrine, mais avec des réserves sur le style et la tactique et avec une interprétation cruciale : elle ne peut pas être un principe universel utilisable par chaque nation. Au contraire le droit d’agression doit être réservé aux Etats Unis, délégué peut-être à des clients choisis.  Nous devons fortement rejeter le principe d’universalité qui consiste à appliquer à nous mêmes les mêmes standards que nous appliquons à d’autres, de plus rigoureux si nous sommes sérieux. Kissinger doit être loué pour son honnêteté à exprimer clairement la doctrine dominante, cachée d’habitude sous des protestations d’intentions vertueuses et des légalismes torturés.  Et il comprend son auditoire instruit.  Comme il s’y attendait sans aucun doute, il n’y eut aucune réaction.

Sa compréhension de son auditoire a été de nouveau illustrée, assez radicalement, en mai dernier, quand les archives Kissinger-Nixon ont été déclassifiées malgré les fortes objections de Kissinger.  Il y eut un compte-rendu dans le premier journal du monde.  Il mentionnait incidemment les ordres de bombarder le Cambodge que Kissinger avait transmis de Nixon aux commandants militaires. Pour citer Kissinger,  une campagne de bombardements massifs au Cambodge. Tout ce qui vole sur tout ce qui bouge. » C’est rare de voir un appel à des crimes de guerre horribles que nous n’hésiterions pas à appeler « génocide » si d’autres en étaient responsables être si crus et explicites. C’est peut être plus que rare; il serait intéressant de voir si on trouve un autre exemple dans les archives. La publication n’a soulevé aucune réaction, réfutant le Doyen Koh.  Apparemment, il est considéré comme allant de soi dans la culture de l’élite que le Président et son Conseiller à la Sécurité Nationale ont vraiment le droit d’ordonner un génocide.

Imaginez la réaction si l’accusation au Tribunal pour Milosevic pouvait trouver quoi que ce soit de vaguement semblable.  Ils seraient ravis, le procès serait fini, Milosevic serait plusieurs fois condamné à perpétuité, à mort si le Tribunal adhérait à la loi américaine.   Mais c’est eux, pas nous.  La distinction est un principe fondamental de la culture intellectuelle de l’élite occidentale et en fait, à travers l’histoire entière.



Le principe d’universalité est le plus élémentaire de truismes moraux.  C’est la fondation de la théorie de la Guerre Juste et en fait de tout système d’action qui mérite autre chose que le mépris.  Le rejet de tels truismes moraux est si profondément enraciné dans la culture intellectuelle qu’il en devient invisible.  Pour illustrer de nouveau à quel point il est profondément enfoui, revenons au principe de l’autodéfense anticipée, adopté comme légitime par les deux organisations politiques aux Etats Unis, et à travers pratiquement tout le spectre des opinions exprimées, sauf les marginaux habituels.  Le principe a quelques corollaires immédiats.  Si on accorde aux Etats Unis le droit de l’autodéfense anticipée contre la terreur, alors, certainement, Cuba, le Nicaragua et un paquet d’autres ont depuis longtemps eu des justifications pour commettre des actes terroristes aux Etats Unis parce qu’il n’y a aucun doute sur son implication dans des attaques terroristes très sérieuses contre eux, largement documentées dans des sources indubitables, et même, dans le cas du Nicaragua, condamnées par la Cour Internationale de Justice et le Conseil de Sécurité (dans deux résolutions auxquelles les Etats Unis ont mis leur veto, la Grande-Bretagne s’abstenant loyalement ).  La conclusion que Cuba et le Nicaragua, parmi de nombreux autres, ont depuis longtemps le droit de commettre des atrocités terroristes aux Etats Unis est bien sûr tout à fait atroce et n’est préconisée par personne.  Et grâce à notre immunité auto-déterminée vis-à-vis des truismes moraux, il n’y a aucune crainte que quiconque tirera les atroces conclusions.

Il y a encore plus atroce.  Personne, par exemple, ne célèbre le jour de Pearl Harbor en applaudissant les dirigeants fascistes du Japon Impérial.  Mais selon nos standards, le bombardement de bases militaires dans les colonies américaines de Hawaii et des Philippines semble plutôt inoffensif.  Les dirigeants japonais savaient que des B-17 Forteresses Volantes sortaient des chaînes de production de Boeing et ils étaient sûrement familiers avec les discussions publiques aux Etats Unis expliquant comment elles pourraient être utilisées pour incinérer les villes en bois du Japon dans une guerre d’extermination, au départ des bases Hawaïennes et Philippines -  pour mettre en flammes le coeur industriel de l’Empire avec des bombes incendiaires lancées sur les grouillantes fourmilières de bambou, comme le Général de l’Armée de l’Air en retraite Chennault le recommandait en 1940, une proposition qui enchantait tout simplement le Président Roosevelt.  C’est une justification beaucoup plus sérieuse pour une autodéfense anticipée que quoi que ce soit qu’ont imaginé Bush-Blair et leurs associés – et qui fut accepté, avec des réserves tactiques, dans la totalité de l’opinion exprimée par les médias.

Heureusement, nous sommes de nouveau protégés de conclusions aussi politiquement incorrectes par le rejet de principe des truismes moraux élémentaires.

Les causes suivent les conséquences

On peut aligner les exemples pratiquement au hasard.  Pour en ajouter un dernier, considérez l’acte d’agression le plus récent de l’OTAN avant l’invasion USA-UK de l’Irak : le bombardement de la Serbie en 1999.  La justification en est censée être qu’il n’y avait aucune option diplomatique et qu’il était nécessaire d’arrêter le génocide en cours.  Il est facile de vérifier ces affirmations.

En ce qui concerne les options diplomatiques, quand le bombardement commença, il y avait deux propositions sur la table, une de l’OTAN et une serbe et après 78 jours de bombardements un compromis a été atteint entre elles formellement du moins : il a été immédiatement sapé par l’OTAN.  Tous cela a rapidement disparu dans les brumes de l’histoire inacceptable, si toutefois on l’a jamais mentionné.

En ce qui concerne le génocide en cours pour utiliser le terme qui est apparu des centaines de fois dans la Presse pendant que l’OTAN accélérait son engagement pour la guerre ?   C’est exceptionnellement facile à examiner.  Il y a deux études documentaires majeures par le Département d’Etat, présentées pour justifier le bombardement, ainsi que des archives documentaires complètes de l’OSCE, de l’OTAN et d’autres sources Occidentales et une Enquête Parlementaire britannique détaillée.  Toutes convergent sur les faits de base : les atrocités ont suivi le bombardement; ils n’étaient pas sa cause.  En outre, ceci avait été prévu par le commandement de l’OTAN, comme le général Wesley Clark en a informé la Presse immédiatement et comme il l’a confirmé plus en détail dans ses mémoires.  L’acte d’accusation de Milosevic, publié pendant le bombardement – sûrement comme arme de propagande, malgré des démentis invraisemblables – et reposant sur le renseignement USA-UK comme il a immédiatement été annoncé, aboutit à la même conclusion : pratiquement toutes les charges sont postérieures au bombardement.  De tels désagréments sont très aisément pris en compte : la documentation occidentale est généralement expurgée dans les médias et même dans les études universitaires. Et la chronologie est régulièrement inversée, pour que les conséquences prévues du bombardement soient transmuées dans ses causes.  J’ai passé en revue ailleurs en détail cette histoire sordide et je n’en dirai pas plus ici.

Il y a eu en effet des atrocités antérieures aux bombardements, environ 2000 tués l’année avant le bombardement de mars 1999, selon des sources occidentales.  Les Anglais, l’élément le plus belliciste de la coalition, affirment de façon stupéfiante difficile à croire simplement en raison de l’équilibre des forces que jusqu’à janvier 1999, la plus grande partie des meurtres était commise par la guérilla albanaise KLA, attaquant des civils et des soldats par des raids trans-frontaliers dans l’espoir de susciter une réponse serbe violente qui pourrait être utilisée dans des buts de propagande à l’Ouest, comme ils l’ont candidement annoncé, apparemment avec le soutien de la C.I.A. dans les derniers mois.  Les sources occidentales n’indiquent aucun changement substantiel jusqu’à ce que le bombardement ait été annoncé et que les inspecteurs soient évacués quelques jours avant le bombardement de mars.   Dans l’un des rares travaux universitaires qui mentionne la documentation exceptionnellement riche, Nicholas Wheeler conclut que 500 parmi les 2000 ont été tués par des Serbes.  Il soutient le bombardement en raison du fait qu’il y aurait eu des atrocités serbes pires si l’OTAN n’avait pas bombardé, suscitant les crimes anticipés.  Voilà le travail scientifique le plus sérieux.  La Presse et la plupart des universitaires, ont choisi la voie plus facile d’ignorer la documentation occidentale et d’inverser la chronologie.  C’est une réussite impressionnante, instructive aussi, au moins pour ceux qui se soucient de leurs pays.

La population approuve

Il est vraiment trop facile de continuer. > Mais cette série – désagréablement cohérente – laisse ouverte une question cruciale : comment la grosse bête , la composante domestique américaine de la deuxième superpuissance, réagit elle ?

La réponse conventionnelle est que la population approuve tout cela, comme vient de le montrer de nouveau l’élection de George Bush.  Mais comme c’est souvent le cas, un regard plus précis est utile.

Chaque candidat a reçu environ 30 % du vote des grands électeurs, Bush un peu plus, Kerry un peu moins. La répartition générale des votes les détails ne sont pas encore disponibles – était proche des élections de 2000; à peu près les mêmes états « rouges » et « bleus », selon la métaphore conventionnelle.  Quelques pour cent de glissement dans le vote auraient envoyé Kerry à la Maison Blanche.  Aucun des deux résultats ne peut nous en dire beaucoup sur l’humeur du pays, ou même des électeurs.  Les problèmes sérieux ont été comme d’habitude maintenus hors de la campagne, ou présentés si obscurément que peu de gens pouvaient comprendre.



Il est important de se souvenir que les campagnes politiques sont conçues par les mêmes gens qui vendent du dentifrice et des voitures.  Leur souci professionnel dans leur vocation ordinaire n’est pas de fournir de l’information.  Leur but est, plutôt, la duperie.  Leur tâche est de saper le concept de marché que l’on nous apprend à révérer, qui comporte des consommateurs informés faisant des choix rationnels (les contes sur l’initiative entrepreneuriale ne sont pas moins imaginaire). Au contraire, les consommateurs doivent être trompés par des images.  Il n’est pas vraiment surprenant que la même concentration sur la duperie et les techniques similaires prévalent quand on leur donne la tâche de vendre des candidats, afin de saper la démocratie.

Ce n’est pas vraiment un secret.  Les sociétés ne dépensent pas des centaines de milliards de dollars dans la publicité chaque année pour informer le public des faits disons, lister les caractéristiques des voitures de l’année prochaine, comme cela se passerait dans une inimaginable société de marché basée sur le choix rationnel de consommateurs informés.  Observer cette doctrine de foi serait simple et bon marché.  Mais la duperie est plutôt coûteuse : des graphismes complexes montrant la voiture avec une actrice sexy, ou un héros sportif, ou montant à une falaise à pic, ou tout autre dispositif pour projeter une image qui pourrait tromper le consommateur dans l’achat de cette voiture plutôt que le produit pratiquement identique d’un concurrent.  Il en est de même des élections, menées par la même industrie des Relations Publiques.   Le but est de projeter des images, et de tromper le public pour qu’il les accepte, en masquant les problèmes pour de bonnes raisons, j’y reviendrai.

Valeurs morales

La population semble saisir la nature du spectacle.  Immédiatement avant les élections de 2000, environ 75 % le considéraient comme pratiquement sans signification, une espèce de jeu impliquant des riches donateurs, des chefs de partis et des candidats qui sont formés pour projeter des images qui cachent les problèmes, mais pourraient gagner quelques votes de plus c’est probablement la raison pour laquelle l’élection volée a été un souci de l’élite qui n’a pas semblé soulever beaucoup d’intérêt; si les élections ont autant de signification que de jouer à pile ou face pour choisir le Roi, qui se soucie si la pièce de monnaie a été pipée ?  Juste avant l’élection de 2004, environ 10 % des électeurs disaient que leur choix serait basé sur « l’agenda/idées/plate-formes/buts » du candidat; 6 % des électeurs de Bush, 13 % des électeurs de Kerry.  Pour le reste, le choix serait basé sur ce que l’industrie appelle « des qualités » et « des valeurs ». Le candidat projette-t-il l’image d’un leader fort, la sorte de type que vous voudriez rencontrer dans un bar, quelqu’un qui se soucie vraiment de vous et qui est comme vous ?  Il ne serait pas surprenant d’apprendre que Bush est soigneusement formé pour dire « nucular et « misunderestimate et d’autres stupidité que les intellectuels aiment à ridiculiser.  C’est probablement aussi réel que le ranch construit pour lui et le reste du comportement populo.  Après tout, ça ne marcherait pas de le présenter comme un membre pourri de la mafia de Yale devenu riche et puissant grâce à ses relations riches et puissantes.  Au contraire l’image doit être celle d’un type ordinaire, juste comme nous, qui nous protégera et qui partage nos valeurs morales, plus que le véliplanchiste chasseur de canards qui peut être accusé de truquer ses médailles.

Bush a obtenu une large majorité parmi les électeurs qui disaient être principalement concernés par les valeurs morales et « le terrorisme ». Nous apprenons tout ce que nous avons à savoir des valeurs morales de l’administration en lisant la presse économique le lendemain de l’élection, décrivant « l’euphorie » dans les conseils d’administration et pas parce que les PDGs sont opposés au mariage gay.  Ou en observant le principe, à peine caché, que les très importantes dépenses induites par les planificateurs de Bush, par les services rendus au pouvoir et la richesse, devront être imputées à nos enfants et petits-enfants, y compris les dépenses fiscales, la destruction environnementale et peut-être la ruine ultime. Voilà les valeurs morales, reçues 5 sur 5.

Pouvoir de Veto

L’engagement des planificateurs de Bush pour la défense contre le terrorisme est illustré le plus radicalement, peut-être, par leur décision d’intensifier la menace de la terreur, comme cela avait été prévu par leurs propres agences de renseignement, non pas parce qu’ils aiment les attaques terroristes contre les Américains, mais parce que c’est, simplement, une basse priorité pour eux – sûrement en comparaison de buts tels que l’établissement de bases militaires sécurisées dans un état client situé au coeur des ressources énergétiques mondiales, reconnu depuis la Deuxième Guerre mondiale comme la zone stratégiquement la plus importante au monde, une source extraordinaire de puissance stratégique et une des plus grandes valeurs matérielles dans l’histoire du monde. Il est capital de s’assurer que des profits au-delà des rêves d’avarice pour citer un historien majeur de l’industrie pétrolière coulent dans les justes directions : dans les sociétés d’énergie américaines, le Ministère de l’Economie et des Finances, l’industrie américaine des hautes technologies (militaires) et les énormes entreprises de construction, et caetera.  Et encore plus importante est l’extraordinaire puissance stratégique.  Avoir une prise ferme sur le robinet garantit le pouvoir de veto sur les rivaux, comme George Kennan l’a mis en évidence il y a plus de 50 ans.  Dans la même veine, Zbigniew Brzezinski a récemment écrit que le contrôle de l’Irak donne aux Etats Unis l’effet de levier critique sur les économies européennes et asiatiques, un souci majeur des planificateurs depuis la Deuxième Guerre Mondiale.

Les rivaux doivent conserver leurs responsabilités régionales dans la structure d’ordre globale gérée par les Etats Unis, comme Kissinger les en a instruit dans son adresse l’Année de l’Europe il y a 30 ans.  C’est encore plus urgent aujourd’hui, alors que les principaux rivaux menacent de suivre un cours indépendant, peut-être même unis. L’UE et la Chine sont devenus le principal partenaire économique l’un de l’autre en 2004 et ces liens se resserrent, incluant la deuxième force économique du monde, le Japon. Un effet de levier critique est plus important que jamais pour le contrôle mondial dans le monde tripolaire qui s’est développé depuis plus de 30 ans.  En comparaison, la menace de la terreur est une considération mineure bien qu’on la sache imposante; bien avant 9/11 on comprenait que tôt ou tard, la terreur Djihadiste organisée par les Etats Unis et ses alliés dans les années 1980 se combinerait probablement avec les ADM, avec des conséquences horrifiantes.

Remarquez que la question cruciale en ce qui concerne le pétrole du Moyen-Orient environ 2/3 des ressources mondiales estimées et exceptionnellement facile à extraire – est le contrôle, pas l’accès.  La politique des USA envers le Moyen-Orient était la même quand ils étaient un exportateur net de pétrole et reste la même aujourd’hui que le renseignement américain prévoit que les Etats Unis eux-mêmes dépendront des ressources plus stables du Bassin Atlantiques, y compris celles du Canada, qui a perdu dans le NAFTA son droit de contrôler ses propres ressources.  La politique serait probablement identique si les Etats Unis devaient basculer sur les énergies renouvelables. Le besoin de contrôler la source stupéfiante de puissance stratégique et de tirer des profits au-delà des rêves d’avarice resterait.  Les manoeuvres à propos de l’Asie Centrale et des itinéraires de pipelines reflète des soucis similaires.

Prendre ses affaires en main

Il y a abondance d’autres illustrations du même classement des priorités.  Pour n’en mentionner qu’une, le Ministère de l’Economie et des Finances a un bureau (OFAC, Bureau de Contrôle des Actifs Étrangers) à qui est assignée la tâche d’examiner les transferts financiers suspects, un composant crucial de la guerre contre la terreur. L’OFAC a 120 employés.  En avril dernier, la Maison Blanche informait le Congrès que quatre d’entre eux sont affectés au dépistage des finances d’Oussama Ben Laden et Saddam Hussein, alors que presque deux douzaines sont affectés à la mise en application de l’embargo contre Cuba incidemment, déclaré illégal par toutes les organisations internationales pertinentes, même la docile Organisation des Etats Américains.  L’OFAC a informé le Congrès que, de 1990 à 2003, il y a eu 93 enquêtes concernant le terrorisme avec 9000 $ d’amendes; et 11 000 enquêtes concernant Cuba avec 8 millions de $ d’amendes.  Ceci n’a suscité aucun intérêt parmi ceux qui maintenant se posent la question embarrassante de savoir si l’administration Bush – et ses prédécesseurs – ont dévalorisé la guerre contre la terreur en faveur d’autres priorités.

Pourquoi faudrait il que le Ministère de l’Economie et des Finances consacre énormément plus d’énergie à étrangler Cuba qu’à la guerre contre la terreur ?  Les Etats Unis sont une société exceptionnellement ouverte; nous avons donc pas mal d’informations sur la planification de l’état.  Les raisons de base se trouvent dans des documents secrets d’il y a 40 ans, quand l’administration Kennedy cherchait à opposer à Cuba les terreurs de la terre , comme l’historien et confident de Kennedy, Arthur Schlesinger, l’a raconté dans sa biographie de Robert Kennedy, qui a mené les opérations de terreur comme sa plus haute priorité.  Les planificateurs du département d’Etat avaient averti que la « seule existence du régime Castro était un défi réussi à la politique américaine, notion qui remonte à 150 ans, à la Doctrine Monroe; aucun russe, mais un défi intolérable au maître de l’hémisphère.  En outre, ce défi réussi en encourage d’autres, qui pourraient être infectés par « l’idée Castriste de prendre leurs affaires en main eux mêmes, Schlesinger en avait averti le Président entrant Kennedy, récapitulant le rapport de la mission présidentielle sur l’Amérique Latine.  Ces dangers sont particulièrement graves, avait continué Schlesinger, quand « la répartition des terres et des autres formes de richesse nationale favorise énormément les classes possédantes ∑ et que les pauvres et les défavorisés, stimulé par l’exemple de la révolution cubaine, exigent maintenant d’avoir accès à une vie convenable. » L’ensemble du système de domination pourrait se défaire si l’idée de prendre ses affaires en main soi même étend ses tentacules maléfiques.

Rappelez-vous le souci des observateurs neutres Canadiens de l’ICC à propos du précédent possible d’une agression vietnamienne au Viêt-Nam, aux racines semblables, que nous avons appris dans le passé documentaire des Etats Unis.  Et c’est un trait tout à fait commun d’agression, de subversion et de terrorisme international d’état masqué dans une rhétorique de Guerre Froide quand ces prétextes étaient disponibles.

Evidence inconcevable

Le défi réussi reste intolérable, classé à une priorité beaucoup plus haute que de combattre la terreur, c’est juste une nouvelle illustration de principes qui sont bien établis, ont une cohérence interne, sont parfaitement clairs pour les victimes, mais ne sont pas perceptible par les agents qui décrivent les événements et débattent des raisons.  Les vociférations à propos des révélations sur les priorités de l’administration Bush par des membres de cette organisation (Clarke, O Neil) et les auditions de grande envergure à Washington sur le 9/11, ne sont que de nouvelles illustrations de cette incapacité curieuse à percevoir l’évidence, et même à la considérer comme une possibilité.



Revenons à la grosse bête.  L’opinion publique américaine est étudiée avec grand soin et profondeur.  Des études publiées immédiatement avant l’élection ont montré que ceux qui prévoyaient de voter pour Bush présumaient que le Parti Républicain partageait leurs vues, même si le Parti les rejetait explicitement.  Il en était à peu près de même des partisans de Kerry, à moins que nous ne donnions une interprétation très complaisante de vagues déclarations occasionnelles que la plupart des électeurs n’avaient probablement même jamais entendues.  Les soucis principaux des partisans de Kerry étaient l’économie et les services médicaux et ils supposaient qu’il partageait leurs vues en ces matières, de même que les électeurs de Bush supposaient, avec des justifications comparables, que les Républicains partageaient leurs vues.

En bref, ceux qui se sont donnés la peine de voter ont surtout accepté les images inventées par l’industrie des Relations Publiques, qui avaient seulement une vague ressemblance avec la réalité.  En dehors des plus riches, qui ont tendance à voter pour leurs intérêts de classe.  Bien que les détails ne soient pas encore disponibles, c’est une conjecture raisonnable que les riches aient exprimé leur gratitude à leurs bienfaiteurs de la Maison Blanche avec des votes encore plus hauts pour eux en 2004 qu’en 2000, ce qui justifie probablement la plus grande part des petites différences.

Politiquement impossible

Et l’attitude réelle du public ?  De nouveau, juste avant l’élection, des études importantes la présentant ont été publiées et quand nous regardons les résultats, à peine annoncés, nous voyons immédiatement pourquoi c’est une bonne idée de baser des élections sur la duperie, tout à fait comme dans les marchés faussés du système doctrinal.  Voici quelques exemples.

Une majorité considérable croit que les Etats Unis devraient accepter la juridiction de la Cour Criminelle Internationale et de la Cour Internationale de Justice; signer le protocole de Kyoto; permettre à l’ONU de prendre l’initiative dans des crises internationales (incluant la sécurité, la reconstruction et la transition politique en Irak); compter sur des mesures diplomatiques et économiques plus que militaires dans la guerre à la terreur ; et employer la force seulement s’il y a une évidence forte que le pays est en danger imminent d’être attaqué », rejetant ainsi le consensus bipartite de guerre préemptive et adoptant une interprétation plutôt conventionnelle de la Charte de l’ONU.  Une majorité est même en faveur de renoncer au droit de veto au Conseil de Sécurité.  Des majorités écrasantes sont en faveur de l’expansion de programmes purement domestiques : principalement les services médicaux (80 %), mais aussi l’aide à l’éducation et la Sécurité Sociale.  Des résultats semblables existent depuis longtemps dans ces études, menées par les organisations les plus réputées d’analyse de l’opinion publique.

Dans d’autres sondages grand public, environ 80 % sont en faveur des services médicaux garantis même si cela augmentait les impôts un système de services médicaux national réduirait probablement considérablement les dépenses, évitant les coûts importants de la bureaucratie, la surveillance, la paperasserie, etc, certains des facteurs qui rendent le système privatisé des Etats Unis le plus inefficace du monde industriel. L’opinion publique a été la même depuis longtemps, avec des chiffres qui dépendent de la façon dont on pose les questions.  Les faits sont parfois discutés dans la Presse, les préférences du public étant citées, mais rejetées comme politiquement impossible. C’est de nouveau arrivé à la veille des élections de 2004.  Quelques jours auparavant (le 31 octobre), le New York Times a signalé que il y a si peu de soutien politique à l’intervention du gouvernement dans le marché des services médicaux aux Etats-Unis que le Sénateur John Kerry s’est donné beaucoup de peine, dans un débat présidentiel récent, pour dire que son plan pour étendre l’accès à l’assurance-maladie ne créerait pas de nouveau programme gouvernemental ce que voudrait la majorité, comme il le semble. Mais c’est politiquement impossible et il y a trop peu de soutien politique, c’est à dire que les sociétés d’assurance, les HMO, les industries pharmaceutiques, Wall Street, etc, y sont opposé.

Peur de la Grosse Bête

Il est intéressant de noter que ces opinions sont celles de gens dans un isolement virtuel.  Ils les entendent rarement et quoique la question ne soit pas posée dans les sondages publiées, il est probable que les personnes interrogées considèrent leurs propres opinions comme particulières.  Leurs préférences n’entrent pas dans les campagnes politiques et seulement marginalement dans l’opinion exprimée par les médias et les journaux.  Il en est de même dans d’autres domaines et cela soulève des questions importantes sur le déficit démocratique dans l’état le plus important du monde, pour adopter l’expression que nous utilisons pour d’autres.

Qu’auraient été les résultats de l’élection si les partis, les deux, avaient accepté d’exprimer les soucis des gens sur les problèmes que ceux ci considèrent comme extrêmement importants ?  Ou si ces questions pouvaient entrer dans la discussion publique dans les média ?  Nous pouvons seulement en spéculer, mais nous savons vraiment que cela n’arrive pas et que les faits sont à peine même signalés.  Il semble raisonnable de supposer que la peur de la grosse bête est vraiment profonde.

Croisade pour la Démocratie

Le concept opérationnel de démocratie est aussi révélé très clairement d’autres façons.  La plus extraordinaire fut peut-être la distinction entre la Vieille et Nouvelle Europe dans la course à la guerre d’Irak.  Le critère d’adhésion était si tranchant et clair qu’il fallait une réelle discipline pour le manquer.  La vieille Europe les mauvais types était les gouvernements qui avaient pris la même position que la grande majorité de la population.  La nouvelle Europe l’espoir excitant d’un avenir démocratique était les leaders Churchilliens comme Berlusconi et Aznar qui méprisaient les majorités encore plus fortes de la population et prenaient docilement leurs ordres de Crawford Texas.  Le cas le plus spectaculaire fut la Turquie, où, à la surprise générale, le gouvernement a réellement suivi la volonté de 95 % de la population.  L’administration officielle modérée, Colin Powell, annonça immédiatement une dure punition pour ce crime.  La Turquie fut sévèrement condamnée dans la presse nationale comme manquant de références démocratiques. L’exemple le plus extrême fut Paul Wolfowitz, qui admonesta l’armée turque pour ne pas avoir contraint le gouvernement à suivre les ordres de Washington et exigea qu’ils fassent des excuses et reconnaissent publiquement que le but d’une démocratie fonctionnant correctement est d’aider l’Amérique.  Pas étonnant que la presse libérale le salue comme « l’Idéaliste en chef » menant la croisade pour la démocratie (David Ignatius, correspondant et éditorialiste de longue date du « Washington Post »), une vocation bien ancrée dans le reste de son épouvantable passé, tenu soigneusement sous couvert.

D’autres façons aussi, le concept opérationnel de démocratie est à peine caché.  L’éditorial principal dans le New York Times sur la mort de Yasser Arafat s’ouvrait en disant que l’ère post-Arafat sera le dernier test d’un article de foi quintessentiellement américain : que des élections donnent une légitimité, même aux institutions les plus frêles. Dans le paragraphe final, sur la page de suite, nous lisons que Washington s’est opposé à de nouvelles élections nationales chez les Palestiniens parce qu’Arafat gagnerait et tirerait profit d’un mandat plus frais et également que les élections pourraient aider à donner de la crédibilité et de l’autorité au Hamas .

Autrement dit, la démocratie est excellente si les résultats vont dans le bon sens; sinon, au feu. Voilà la foi quintessentielle. Les preuves sont si accablantes qu’il n’est même pas justifié de les passer en revue au moins, pour ceux qui se soucient de questions comme les faits historiques, ou même ce qui est admis publiquement.

Vision Messianique

Pour ne prendre qu’un exemple actuel crucial des mêmes doctrines, il y a un an, après que les autres prétextes pour envahir l’Irak se soient effondrés, les rédacteurs des discours de Bush ont dû inventer quelque chose pour les remplacer.  Ils se sont mis d’accord sur ce que la presse libérale appelle la vision messianique présidentielle pour apporter la démocratie en Irak, au Moyen-Orient, au monde entier.  Les réactions furent étonnantes.  Elles allèrent d’acclamations ravies en faveur de la vision, qui prouvait que c’était la guerre la plus noble de l’histoire (Ignatius), jusqu’à des critiques, qui admettaient que la vision était noble et inspirante, mais pourrait bien être au-delà de notre portée : la culture irakienne n’est pas encore prête pour un tel progrès vers nos valeurs civilisées. Nous devons tempérer l’idéalisme messianique de Bush et Blair avec un peu de réalisme pondéré, conseilla le « Financial Times » de Londres.

Le fait intéressant est qu’il était présupposé sans aucune critique à travers tout le spectre que la vision messianique devait être le but de l’invasion, pas cette affaire idiote d’ADM et d’Al-Qaeda, qui n’était plus crédible pour l’opinion de l’élite.  Quelle est la preuve que les Etats Unis et la Grande-Bretagne sont guidés par la vision messianique ? Il y a en effet une preuve, une unique preuve : nos Leaders l’ont proclamé.  Que demanderions nous de plus ?

Arriération culturelle à l’Ouest

Il y a un secteur de l’opinion qui avait une vue différente : les Irakiens.  Juste en même temps que la vision messianique était dévoilée à Washington sous des applaudissements respectueux, un sondage de Bagdadis mené par les Américains fut publié.  Certains étaient d’accord avec la position presque unanime de l’élite occidentale : que le but de l’invasion était d’apporter la démocratie en Irak.  Un pour cent.  Cinq pour cent pensaient que le but était d’aider les Irakiens. La majorité supposaient l’évidence : les Etats Unis veulent contrôler les ressources de l’Irak et l’utiliser comme base pour réorganiser la région dans son propre intérêt.  Les Bagdadis reconnaissent qu’il y a un problème de retard culturel : à l’Ouest, pas en Irak.

En réalité, leurs avis étaient plus nuancés.  Quoique 1 % croyaient que le but de l’invasion était d’apporter la démocratie, environ la moitié estimaient que les Etats Unis voulaient la démocratie mais ne permettraient pas aux Irakiens de mener leur démocratie sans pression et influence américaine. Ils comprennent très bien la foi quintessentiellement américaine, peut-être parce que c’était aussi la foi quintessentiellement britannique quand la botte britannique était sur leurs cous.  Ils n’ont pas besoin de connaître l’histoire de l’idéalisme Wilsonien, ou sa noble contrepartie britannique, ou la mission civilisatrice de la France, ou la vision encore plus exaltée des fascistes japonais et de bien d’autres probablement encore un quasi universel de l’histoire.  Leur propre expérience suffit.

Il n’est pas exceptionnel que ceux qui sont du mauvais côté du gourdin aient une image plus claire de la réalité que ceux qui le brandissent.

Le reste ne dépend que de nous

Au début j’ai mentionné les succès notables des luttes populaires dans les décennies passées, très clairs si nous y réfléchissons un peu, mais rarement discutés, pour des raisons qui ne sont pas difficiles à discerner.  Tant l’histoire récente que les attitudes publiques suggèrent quelques stratégies assez immédiates et tout à fait conventionnelles pour l’activisme à court terme de la part de ceux qui ne veulent pas attendre la Chine pour nous sauver de la ruine ultime. Nous profitons de grands privilèges et libertés, remarquables selon des standards comparatifs et historiques.  Cet héritage ne nous a pas été accordé d’en haut : il a été gagné par une lutte ciblée, qui ne se limite pas à glisser un bulletin dans une fente tous les deux ou trois ans.  Nous pouvons bien sûr renoncer à cet héritage et prendre la voie facile du pessimisme : tout est désespéré, donc j’abandonne.  Ou nous pouvons nous servir de cet héritage pour travailler à créer recréer en partie – la base d’une culture démocratique qui fonctionne, dans laquelle le public joue un certain rôle dans la détermination de la politique, pas seulement dans l’arène politique dont il est en grande partie exclu, mais aussi dans la cruciale arène économique, dont il est exclu par principe.



Ces idées ne sont même pas radicales.  Ils ont été exprimées clairement, par exemple, par le principal philosophe social du vingtième siècle aux Etats Unis, John Dewey, qui a mis en évidence que tant que le féodalisme industriel ne sera pas remplacé par la démocratie industrielle, la politique restera l’ombre projetée par les grandes entreprises sur la société. Dewey était Américain comme la tarte aux pommes, selon l’expression populaire.  Il était en fait issu d’une longue tradition de pensée et d’action qui s’était développée indépendamment dans la culture du prolétariat depuis les origines de la révolution industrielle – juste où je vis, près de Boston.  Ces idées restent juste sous la surface et peuvent devenir une part vivante de nos sociétés, cultures et institutions.  Mais comme les autres victoires de la justice et de la liberté au cours des siècles, ça n’arrivera pas tout seul.  Une des leçons les plus claires de l’histoire, y compris l’histoire récente, est que les droits ne sont pas accordés; ils sont gagnés.  Le reste ne dépend que de nous.

Publié dans LE NOUVEL ORDRE MONDIAL, NOAM CHOMSKY, Vous avez dit THEORIE du COMPLOT ? | Pas de Commentaire »

La conspiration : Quand les journalistes (et leurs favoris) falsifient l’analyse critique des médias

Posté par issopha le 31 octobre 2007

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La conspiration
Quand les journalistes (et leurs favoris) falsifient l’analyse critique des médias
Serge Halimi & Arnaud Rindel


Janvier 2006. © L’Herne. Publié avec l’autorisation des auteurs, ce texte est extrait des pages 233-243 de : Jean Bricmont et Julie Frank (sous la direction de), Chomsky, Cahier de L’Herne, Paris, 2007, 356 pages, 39 €.

Pour expliquer le fonctionnement des médias de masse, nous ne recourons à aucun moment à l’hypothèse d’une conspiration.

Noam Chomsky et Edward S. Herman 1

[Les] pensées intentionnalistes et « conspirationnistes », de Chomsky à PLPL […] tendent à faire de l’intentionnalité malfaisante de quelques Puissants dans l’ombre (adossés aux Médias) le principal dans les modes d’oppression.

Philippe Corcuff 2

J’avoue que depuis quelques temps il m’arrive parfois d’entendre et de voir des choses que personne n’a jamais vues ni entendues.

Nicolas Gogol, Le journal d’un fou, 1835

Vouloir transformer toute analyse des structures de l’économie et de l’information en « théorie du complot » ne constitue pas une falsification ordinaire. Elle s’inscrit dans une logique d’ensemble.
  
Depuis un quart de siècle, la contre-révolution néolibérale, la décomposition des régimes « communistes » et l’affaiblissement des syndicats ont concouru à la renaissance puis à l’hégémonie d’une pensée individualiste.
  Les institutions collectives sont démantelées ; celles que l’on édifie sur leurs décombres privilégient le consommateur désaffilié, l’« individu sujet ». La nouvelle idéologie dominante, qui accompagne cette grande transformation, la rend plus fluide, plus insensible aussi, en la proclamant « naturelle », produite par des forces telluriques auxquelles nul ne pourrait résister et qui, de surcroît, apporteraient dans leur sillage de nombreux bienfaits partagés.
  
Dorénavant perçues comme « marxistes » et donc dévaluées à l’égal des régimes qui se prétendaient tels, les analyses structurelles de l’histoire, de la politique et des médias sont par conséquent dédaignées. Le refus de postuler que la spontanéité des « acteurs » et l’élan impétueux des « droits de l’homme » seraient les principes essentiels guidant la mondialisation expose au risque d’être qualifié d’archaïque, d’extrémiste ou de paranoïaque.

  Mais il faut bien « informer » et le faire à rebours des explications institutionnelles dorénavant proscrites. Les grands médias présentent alors l’actualité internationale et sociale sous forme d’une fable morale, à base d’affrontements binaires entre Bien (nous) et Mal (les autres), de portraits de grands hommes (tantôt héroïques, tantôt maléfiques), d’émotions successives propres à susciter la compassion unanime et le consensus apitoyé. La trappe de la « fin des idéologies » condamne à la pendaison les « grands récits collectifs » construits autour d’une histoire sociale conflictuelle. De tels ancrages intellectuels auraient, prétend-on, favorisé un « totalitarisme », un « populisme » toujours menaçants — deux termes dont la généralisation dans la vulgate dominante suggère assez leur profit politique. Ne permettent-ils pas, au demeurant, de fustiger de concert des développements qui n’ont eu en commun que de mettre en cause la démocratie bourgeoise et son système de représentation, désormais sacralisés ?

  Dans presque chacun des domaines des sciences sociales, la recherche et l’exaltation des traditions individualistes et libérales, associées aux concepts d’autonomie, de complexité, de liberté, de morale, deviennent omniprésentes 3.
  
Parallèlement, les mouvements historiques qui ont fondé une tradition qu’on ne peut pas encore liquider dans sa totalité (Révolution française, socialisme) passent au tamis de la nouvelle orthodoxie qui distingue en eux le grain des éléments jugés « récupérables » (en général cousins du libéralisme politique, du refus de l’arbitraire monarchique ou féodal) et la paille de ceux dont il conviendrait au contraire de se débarrasser (par exemple quand ils concourent autrement qu’en paroles à un projet égalitaire accusé d’avoir débouché sur une « utopie meurtrière »).
  
Dorlotés par les médias et par les intellectuels que ces médias consacrent, une philosophe proche du pouvoir (Monique Canto-Sperber) prétend ainsi « sauver » le socialisme en exhumant ses dimensions libérales ; un historien (François Furet) avait entrepris de casser le « bloc » de la Révolution française pour en exciser la tumeur de la radicalisation jacobine — et n’avoir ainsi à célébrer que les promesses d’une aristocratie éclairée adossée à une bourgeoisie girondine. Enfin, un penseur du patronat français (François Ewald) s’emploie à ce que chacun retienne de Michel Foucault l’homme prétendument séduit par la fluidité d’une société civile dégagée de la gangue de l’État et en harmonie avec le marché 4. Nul ne parle pourtant à propos de ces auteurs-là de fomenteurs d’un « complot libéral »…

  L’appétit à traquer partout les fragments d’une pensée individualiste en consonance avec l’air du temps, l’acharnement à secourir des penseurs prestigieux de leurs égarements supposés n’épargnent plus ni Marx ni Proudhon 5. Certains intellectuels et journalistes, autrefois issus de la gauche contestataire et qui dorénavant convoitent d’autres espaces politiques, plus moelleux, n’ont en effet de cesse de reconstruire les références qui les ont structurés politiquement pour pouvoir ensuite prétendre être demeurés fidèles à leurs engagements passés, mais une fois ceux-ci compris avec un surcroît de maturité — et digérés. Même Bernard-Henri Lévy, ami et propagandiste des plus grands capitalistes français, n’a pas hésité à se proclamer biographe de Sartre et héritier de son engagement existentialiste.

  Néanmoins, quand les « classiques » de la contestation demeurent encore en vie, la relecture dé-radicalisée de leurs travaux requiert leur concours (Toni Negri, Jürgen Habermas). Faute de quoi, tel l’exégète vaniteux de Mc Luhan chapitré par le maître dans une scène du film Annie Hall, on risquerait d’être désavoué par l’auteur qu’on a interprété trop librement. Chaque fois que l’assistance de ce dernier n’est pas acquise — ou quand il est certain que sa récupération sera impossible — le recyclage manipulateur doit céder le pas à l’opposition frontale. Et alors, à la guerre comme à la guerre : contre les pourfendeurs de la « complexité », la fin justifie les moyens.

  C’est dans ce contexte général qu’il convient de replacer la stigmatisation de quiconque — Chomsky ou un autre — entreprend d’étudier un ensemble de contraintes systémiques, donc collectives, pour tenter d’en déduire le comportement vraisemblable des agents d’un champ donné (économique, culturel, médiatique) 6.
  L’idée que des pesanteurs sociales produisent des effets distincts de ceux qu’enfanterait la seule volonté des individus incommode assez naturellement tous ceux qui privilégient des déterminations privées plus ou moins dépolitisées : choix du sujet, aptitude à l’« éthique » salvatrice qui protège le système contre ses « excès ». À travers cette grille de lecture strictement individualiste, la critique d’une institution ne peut qu’apparaître comme une mise en cause de la moralité des individus qui la compose ; un dysfonctionnement général — autre que ponctuel — ne saurait exister s’il n’a été intentionnellement et collectivement planifié. La multiplication des critiques formulées à l’encontre des grands médias a donc été traitée par ces mêmes médias comme un supposé « retour des théories du complot ». Leur intérêt affiché pour ce thème a, comme souvent, « spontanément » coïncidé avec une recrudescence des essais diffusés en librairie 7. L’ensemble s’est traduit par l’assimilation de plus en plus fréquente de toute critique de l’institution médiatique à des conspirations imaginaires 8.

- I -

  D’emblée, il faut souligner le paradoxe de la plupart des attaques contre « Pierre Bourdieu » ou « Noam Chomsky » 9. On reproche à ces deux auteurs de ne pas reconnaître le caractère presque spontané de la transformation économique du dernier quart de siècle, liée à des phénomènes posés comme “naturels” et détachés d’une intention politique et sociale (« mondialisation », « révolution technologique »). Néanmoins, on les pourfend simultanément pour avoir énoncé que des déterminations collectives contraindraient la volonté individuelle.
  La juxtaposition de ces deux reproches aboutit à suggérer que l’homme serait autonome vis-à-vis de son groupe social, mais la société des hommes impuissante contre le marché. Déduire les comportements des particuliers de leur socialisation (y compris par l’information, plus ou moins biaisée, qu’ils reçoivent sur leur environnement) et chercher à expliquer des politiques économiques par les intérêts d’une classe au pouvoir oblige à devoir se défendre de croire en un «  ordre né d’un complot à la manière d’un nouveau protocole des Sages de Sion » 10.
  
C’est imputer une vision sociale bien naïve, pour ne pas dire enfantine à des intellectuels radicaux. Plutôt que née dans le cerveau de « Chomsky » ou de « Bourdieu », on la croit volontiers produite par celui d’un adolescent projetant sur eux ses fantasmes nés d’une fréquentation trop exclusive des romans d’espionnage et des séries télévisées 11.

  En 1988, l’économiste Edward S. Herman et le linguiste Noam Chomsky publient un ouvrage devenu l’une des références de la critique radicale des médias, Manufacturing Consent. Political economy of the mass media (La fabrication du consentement. L’économie politique des médias de masse) 12. Les auteurs y argumentent que les entreprises médiatiques, loin d’éclairer la réalité du monde social, véhiculent une image de ce monde conforme aux intérêts des pouvoirs établis (économiques et politiques).
  Les réactions de la plupart des journalistes en vue sont à l’image du commentaire de Tom Wolfe, écrivain américain — et père du « nouveau journalisme ». Il tranche avec dédain : «  C’est la vieille théorie de la cabale qui veut que quelque part autour d’un bureau feutré une bande de capitalistes tire les ficelles. Ces bureaux n’existent pas. Je regrette d’avoir à le dire à Noam Chomsky » 13. Depuis lors, le linguiste n’a cessé de répéter que son analyse ne reposait sur aucune forme de conspiration. Et qu’il avançait « exactement l’inverse » de la caricature que Tom Wolfe lui prêtait.

  Ce qui pouvait à la rigueur passer pour un malentendu en 1988 est devenu, en général sous des plumes infiniment moins talentueuses et divertissantes que celle de Tom Wolfe, un procédé de disqualification ordinaire. Il est d’autant plus courant quand ses utilisateurs, situés sur l’espace progressiste de la comète politique, perçoivent en Chomsky un empêcheur de moraliser en rond.
  
En France, pays où cette campagne ne paraît connaître aucun répit, ce sont donc surtout des périodiques et des intellectuels catalogués à « gauche » qui se sont acharnés à falsifier les travaux et les conclusions du linguiste américain afin de maintenir vivace sa « mauvaise réputation » 14.

  Dès la rédaction de Manufacturing Consent, Chomsky et Herman pressentaient l’orage à venir. « Les critiques institutionnelles, telles que celle que nous présentons dans cet ouvrage sont souvent discrédités par les commentateurs de l’establishment comme étant des “théories du complot” ». Pour tenter d’y remédier, ils prenaient soin de préciser, dès la préface : « Pour expliquer le fonctionnement des médias de masse, nous ne recourons à aucun moment à l’hypothèse d’une conspiration ».

  Cette double précaution aurait dû paraître inutile. Aux yeux d’un lecteur normalement constitué, l’analyse proposée dans Manufacturing Consent a en effet à peu près autant de chances de passer pour une théorie du complot qu’un champ de tournesols pour une batterie de casseroles. Le propos du livre souligne que les forces qui conduisent les médias à produire une information politiquement et socialement orientée, loin d’être enfantées par l’amoralité de certains individus, tiennent avant tout à des mécanismes inscrits dans la structure même de l’institution médiatique — son mode d’organisation et de fonctionnement en particulier.

  Selon Chomsky et Herman, ces mécanismes opèrent sous forme de « filtres », de « facteurs institutionnels qui fixent les limites à ne pas franchir dans la diffusion des faits et leur interprétation, au sein des institutions à caractère idéologique 16 ».
  Le premier filtre tient à la nature des propriétaires des médias dominants. Détenus par des oligopoles privés, ces moyens d’information et de communication sont mus par la logique du profit maximum.
  
Le second filtre renvoie aux sources de financement des grandes entreprises médiatiques. Leurs recettes proviennent principalement de leurs clients — les annonceurs — auxquels elles vendent des taux d’audience.
  
Le troisième filtre concerne les sources d’information privilégiées par les journalistes.
  
Le quatrième correspond aux protestations adressées aux responsables de la presse, lesquelles contribuent à apprécier les limites de ce qui est diffusable sans risque.
  
Le dernier filtre est celui des présupposés idéologiques dominants, intériorisés par les journalistes et qui guident leur interprétation de l’actualité comme le compte rendu qu’ils en font. Dans les années 80, le présupposé dominant était l’idéologie anticommuniste. Il est désormais « surpassé par une force idéologique plus puissante encore, celle de la croyance dans le “miracle du marché” (selon l’expression de Reagan) 17 ».

  Ce cadre d’interprétation général détermine le traitement réservé aux politiques, gouvernements et interlocuteurs « orthodoxes ». Ils sont systématiquement valorisés et leurs erreurs, voire leurs crimes, paraissent toujours moins atroces que ceux que commettraient des « dissidents » au système de croyance dominant.

  Ces cinq filtres ont une particularité commune. Tous favorisent le contrôle et l’orientation de l’information dans un sens conforme aux intérêts privés. « Les mêmes sources de pouvoir sous jacentes qui possèdent les médias et les financent en tant qu’annonceurs, qui jouent le rôle de “définisseur primaire” des “nouvelles”, qui produisent les “tirs de barrage” et les experts orthodoxes, jouent également un rôle clé dans la définition des principes de base et des idéologies dominantes 18 ».

- II -

  Sorti à Paris en 1993 sous le titre Chomsky, les médias et les illusions nécessaires, le documentaire de Peter Wintonick et Marc Achbar (Manufacturing Consent : Noam Chomsky and the media) a permis de constater que, malgré les précautions des auteurs, l’assimilation de leur travail sur les médias à une « théorie du complot » est aussi ancienne que récurrente. Pas une réunion publique filmée par les réalisateurs ne semble se tenir sans qu’un participant n’entreprenne de demander des comptes à Chomsky sur les délires paranoïaques qui lui sont imputées. Alors, de débats en conférences, le linguiste répète. « Une des données structurelles du capitalisme entrepreneurial est que les “joueurs” doivent accroître leurs profits et leurs parts de marchés — s’ils ne le font pas, ils seront éliminés de la partie. Aucun économiste ne l’ignore : ce n’est pas une théorie du complot de le souligner, c’est simplement prendre en compte un fait caractéristique de cette institution 19 ».

  Mais rien n’y fait. En 2002, l’éditorialiste Philippe Val, patron d’un hebdomadaire satirique longtemps classé à gauche, Charlie Hebdo, inquiet de l’influence radicale de Noam Chomsky, entreprend de la contrecarrer dans trois éditoriaux successifs, d’autant plus vindicatifs qu’ils fourmillaient d’erreurs. La transcription en français d’une des conférences du linguiste, donnée onze ans plus tôt 20, a suffi à Philippe Val pour aboutir à ce verdict : « Pour lui [Chomsky], l’information […] n’est que propagande 21 ». Une fois de plus, Chomsky rabâchera alors : « Je n’ai jamais dit que tous les médias n’étaient que propagande. Loin de là. Ils offrent une grande masse d’informations précieuses et sont même meilleurs que par le passé […] mais il y a beaucoup de propagande 22 ».
  Il n’est pire sourd… Au même moment, Daniel Schneidermann, journaliste spécialisé dans l’observation des médias, « résume » à son tour « la thèse [...] du linguiste Noam Chomsky » : « Asservis au lobby militaro industriel, obéissant au doigt et à l’œil à des consignes politiques, ils [les médias] n’ont de cesse de débiter des futilités au kilomètre, pour empêcher “la masse imbécile” de réfléchir à l’essentiel. 23 »

  En 1996, Edward Herman avait pourtant lui aussi précisé les choses : « Nous avons souligné que ces filtres fonctionnement essentiellement par l’intermédiaire des actions indépendantes de nombreux individus et organisations, qui peuvent parfois, mais pas toujours, avoir des points de vue similaires et des intérêts communs. En bref, le modèle de propagande décrit un système de traitement et de régulation décentralisé et “non-conspiratonniste” s’apparentant à un système de marché, bien que le gouvernement ou un ou plusieurs acteurs privés puissent parfois prendre des initiatives et mettre en œuvre une action coordonnée des élites sur un sujet précis 24 ».
  « 
Si je parlais de l’Union Soviétique, complétait Chomsky, et que je disais, “regardez, voici ce que le bureau politique a décidé, et ensuite le Kremlin a fait ça”, personne ne qualifierait cela de “théorie conspirationniste” — tout le monde comprendrait que je parle seulement de décisions planifiées. Seulement voilà, ironisait le linguiste, « ici, personne ne planifie jamais rien : nous agissons guidés uniquement pas une sorte de bienveillance universelle, en trébuchant de temps en temps ou en faisant parfois des erreurs. […] Dès que vous décrivez des réalités élémentaires, et attribuez une rationalité minimale aux pouvoirs en place […] c’est une théorie conspirationniste. » 25

  C’est peine perdue. En 2004, Géraldine Muhlmann publie Du journalisme en démocratie. Le livre, qui lui vaut aussitôt un déluge de critiques louangeuses, résume les 400 pages de Manufacturing Consent en une douzaine de lignes attribuant doctement aux deux auteurs un « schéma public innocent / journalistes malfaisants, le premier étant pris en otage par les seconds 26 ».
  Au nombre des louanges que lui vaut ce résumé particulier, Géraldine Muhlmann reçoit ceux de Philippe Corcuff. Cet universitaire lyonnais a fait de la « complexité » une de ses marques de fabrique (au point qu’il est sans doute l’un des seuls au monde à avoir compris le sens et l’intérêt du concept, assurément complexe, de « social-démocratie libertaire » dont il est l’auteur). Il découvre pourtant à son tour en Pierre Bourdieu, en Noam Chomsky (mais aussi en Acrimed et en PLPL) une « rhétorique du “complot” » qui valorise « l’intentionnalité de quelques acteurs “puissants” » 27. Il a fallu assurément que Philippe Corcuff empile tous ses talents de maître de conférences en science politique, de militant de la LCR et de membre du conseil scientifique d’Attac pour que l’analyse « structurelle » des médias se voit ainsi ramenée à la « rhétorique de quelques acteurs ». Cette prouesse lui a valu d’être à son tour encensé par Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde, qui désormais s’inquiète lui aussi de « cette vision du monde » dans laquelle « il n’y a place que pour des machinations individuelles » 28.

- III -

  Ces charges incessantes présentent une caractéristique commune : elles se limitent toutes à déprécier les conclusions de Chomsky, sans jamais évoquer les preuves qui viennent les étayer.
  
Examiner les faits rapportés par les auteurs avant de prétendre trancher sur leur interprétation devrait constituer un préalable à toute discussion sérieuse. Mais on perçoit aussitôt le problème qui naîtrait de tels scrupules. Il faudrait alors se frotter à la masse d’observations — rigoureuses et détaillées — présentées par Chomsky et Herman pour fonder leurs analyses. Et si au terme d’un tel examen, on devait admettre la réalité des déformations rapportées, il ne suffirait plus de discréditer l’explication avancée par les auteurs : il deviendrait urgent d’en proposer une autre. La tentative de ramener cette désinformation ordinaire à des « emballements » extra-ordinaires ou à des « imperfections inévitables » ne saurait suffire — surtout après que chacun ait signifié à quel point le rôle de l’ « information » constituait un marqueur fondamental entre démocratie et dictature.
  
La dénonciation de la prétendue théorie du complot de Chomsky — et de ceux qui en France, recourent au même type d’analyse institutionnelle — se limite donc, sagement, à marteler un reproche infondé. Aux yeux de la masse des non-lecteurs des travaux incriminés, la répétition de la même imputation vaudra confirmation de sa véracité — et invitation à ne pas s’abîmer dans une lecture présentée comme aussi fruste.

  Les assauts répétés contre la critique radicale des médias dévoilent par ailleurs une contradiction intellectuelle. D’une part, les assaillants reprochent aux deux critiques de défendre l’idée d’une conspiration ourdie dans l’ombre. Mais, au même moment, ils relèvent que cette « théorie du complot » a recours à des documents publics, à des citations de presse, preuve que cette critique se réfute d’elle-même, et que la couverture médiatique des sujets controversés serait en réalité adéquate.
  
Pourtant, dès lors que, de l’aveu même de ses adversaires, la critique radicale s’appuie sur des documents publics, des intérêts transparents et publiquement énoncés, comment pourrait-elle renvoyer à des comploteurs tapis dans d’obscurs « bureaux feutrés » ? La réponse est déjà trouvée : puisque que la critique des médias est une « théorie du complot », la transparence des logiques qu’elle éclaire… prouve son ineptie ! Nicole Bacharan, chargée de cours à l’Institut d’études politiques de Paris, explique ainsi, matoise : « Ce qui à mon sens [...] défait totalement la théorie du complot à cet égard, c’est que c’est très, très clair. Les intérêts [...] ne sont pas cachés, il n’y a pas besoin d’aller soulever des coins d’ombre 29 ».
  
Il vaut ici de noter que la chargée de cours est également une commentatrice, aussi omniprésente que peu reconnue par ses pairs universitaires, de la politique américaine dans les médias français. La surface journalistique est d’ailleurs en général proportionnelle à la disposition à fustiger… le simplisme de la critique radicale du journalisme. Qu’on ne cherche nulle « théorie du complot » dans cette remarque ancrée dans une observation psychologique tout à fait ordinaire : un système qui fait appel à vous (et qui vous rémunère, vous promeut) ne saurait jamais être tout à fait mauvais.

  Odieux quand on croît le débusquer sous la plume de Chomsky (qui n’y a jamais recours), l’usage, usuel, d’un champ lexical « conspirationniste » ne provoque en revanche aucune protestation quand on le retrouve dans la bouche ou dans les textes des avocats du système social.
  
Ainsi, lors des grèves du printemps 2003, le ministre de l’éducation nationale français de l’époque, le philosophe médiatique Luc Ferry, s’indignait du comportement des enseignants en dénonçant à plusieurs reprises « une campagne de désinformation 30 ». Deux ans plus tard, les lycéens en colère lui parurent « manipulés » par leurs professeurs 31. Curieusement, nul ne reprocha à l’essayiste-ministre de propager une image simpliste et uniforme d’un corps de métier, ou une vision « conspirationniste » d’un mouvement social.
  
De même, Géraldine Muhlmann n’est pas souvent soupçonnée de défendre une théorie du complot, d’exagérer le caractère secret et les ressorts inavoués des dynamiques sociales quand elle s’interroge sur l’utilité du journalisme qui devrait davantage « aller voir où en général personne ne va, dans les lieux cachés 32 ». Le même reproche ne fut pas non plus opposé à Laurent Joffrin lorsqu’il s’exclama qu’« évidemment, les pouvoirs cachent les choses 33 », pas plus qu’à Daniel Schneidermann au moment où le chroniqueur du Monde écrivait : « Être journaliste, c’est ne croire rien ni personne, savoir que tous mentent, qu’il faut tout vérifier en permanence 34 ». Désinformation, tromperies, vérités cachées, mensonges, complicité… quel critique des médias, même radical, emploierait impunément un tel vocabulaire ? 35 

  Comme les pourfendeurs de l’« analyse institutionnelle » sont en peine — et pour cause — d’expliquer en quoi celle-ci constituerait une vision « conspirationniste », ils procèdent par amalgame. Si ce n’est toi, c’est donc ton frère… Ainsi, se penchant sur le terreau ayant favorisé l’irruption de Thierry Meyssan  sur la scène médiatique, Daniel Schneidermann a associé dans un même passage X-files, Michael Moore, David Vincent (héros d’une série télévisée des années 60 ayant pour thème l’invasion extra-terrestre), le film JFK d’Oliver Stone (attribuant l’assassinat de Kennedy à un complot) et « la thèse depuis de longues décennies du linguiste Noam Chomsky 37 ».
  
Si le camp des paranoïaques est délimité avec énormément de générosité, les arrière-pensées qu’on lui prête sont plus étroites. Pour Géraldine Muhlmann, la critique radicale qui « n’est pas claire sur ses implicites 38 », aurait tendance à « glisser, parfois, sur une pente antidémocratique 39 ». Nicolas Weill, journaliste au Monde, félicita aussitôt la philosophe amie des médias d’avoir perçu cette « tendance non assumée à l’antidémocratisme ». Il regrettait cependant que « L’analyse n’a[it] pas été poussée jusqu’au point où la critique du journalisme au XIXe et au début du XXe siècle épouse un autre phénomène : celui de l’antisémitisme 40 ».

  On le voit, des élites intellectuelles et médiatiques reprochent à l’analyse institutionnelle tout et son contraire, exigent d’elle qu’elle respecte des principes qu’ils n’appliquent pas aux autres, la réduisent à une vague opinion en occultant toute la part d’argumentation rationnelle qui fonde sa légitimité, n’informent pas sur cette critique (et ne s’informent sans doute pas eux même à son sujet), limitent leurs seuls « arguments » à des amalgames enfantins, des insinuations diffamatoires et des imprécations sans réplique. Ces attaques recèlent par conséquent toutes les caractéristiques de la propagande…

- IV -

  Demeure alors le plus singulier : la plupart des pourfendeurs de la critique radicale des médias concèdent que celle-ci est en partie fondée ! Le Figaro magazine s’inquiète, par exemple, de « l’implacable logique économique » de l’audiovisuel 41. Géraldine Muhlmann reconnaît que lorsque le journaliste « flirte plutôt avec le pouvoir […] on a raison de dénoncer 42 ». Philippe Val convient que Chomsky « a raison » de dénoncer « l’influence des médias 43 ». Et certains journaux résidant au cœur des réseaux de connivence intellectuelle et politique, tel le Nouvel Observateur, n’hésitent pas à évoquer l’urgence de « porter la plume dans la plaie 44 » face au « danger pour la démocratie » — rien de moins — que constituerait le « mélange des genres entre ceux qui ont le pouvoir et ceux qui sont censés le contrôler 45 ».

  La perplexité n’a qu’un temps ; derrière les concessions superficielles à la critique radicale se profile une dénégation fondamentale. Contraints et forcés, les journalistes en vue et leurs faire-valoir universitaires concèdent que les remontrances sont justes… mais c’est pour ajouter que ceux qui les formulent ont tort. Leur objectif principal semble être de circonscrire l’espace des dérives qu’ils reconnaissent pour mieux répéter qu’elles n’entament en rien la mission démocratique des médias.
  
Directeur de la rédaction du Nouvel Observateur après avoir été celui de Libération, chroniqueur sur France Inter, responsable d’émission sur La Chaîne histoire, intervenant régulier sur France 5, Laurent Joffrin a supervisé en 2003 le dossier du Nouvel Observateur sur « La face cachée du journalisme » 46. Il y a soutenu que « l’enquête et le bon sens montrent que dans le système médiatique français, pluriel en dépit de tous ses défauts, les informations importantes sortent, les débats ont lieu (sur la presse, notamment), les puissants sont critiqués et les maux de la société sont très largement exposés ». En explorant la « face cachée », on la découvrirait donc à la fois transparente et plutôt avenante…

  « Un journalisme qui n’est pas “de marché”, poursuivait alors le très subtil Laurent Joffrin, c’est un journalisme qui est un journalisme d’État. Et quand l’État contrôle la presse, ça ne va pas ! » Les conséquences détaillées par Chomsky du capitalisme entrepreneurial se voyaient par conséquent expédiées en quelques mots. Et ramenées à de simples “excès” : « Libéralisme et journalisme sont intimement liés ; mais pour le bien ! […] Il y a les excès du libéralisme. Ça, c’est autre chose. Mais au cœur des choses, si les journaux sont libres, ce sont des entreprises 47 ».
  
Une telle conclusion n’interdit-elle pas ensuite de prétendre résoudre un problème dont on conteste l’existence ? Et, face à l’inculture historique d’une remarque opposant de façon aussi binaire marché et État, faut-il encore suggérer à Laurent Joffrin la lecture, sinon de Karl Marx (à l’impossible nul n’est tenu), au moins de Tintin au pays de l’or noir ?

  Le refus d’une critique structurelle apparaît toutefois moins déconcertant quand on observe qu’il provient avant tout de journalistes occupant des positions de pouvoir ou de prestige, et retirant de leur médiatisation des dividendes symboliques non négligeables (notoriété), lesquels peuvent ensuite se transformer en avantages financiers appréciés — y compris par voie de promotion gratuite de leurs ouvrages, disques ou concerts 48.
  
Leur rejet de tout ce qui pourrait les renvoyer à leur responsabilité propre de décideur est d’autant plus violent et sincère qu’ils ont intériorisé un système de valeur néolibéral accordant une place centrale à l’impulsion de l’entrepreneur. La remise en cause de l’ordre social capitaliste à laquelle conduit l’analyse structurelle leur paraît aussi menaçante que l’évocation d’une intentionnalité qui ne serait pas aussitôt accompagnée des précautions permettant de ne pas se sentir soi-même visé.
  
Pour être audible par les tenants du pouvoir médiatique, la critique doit ainsi donner à chacun la possibilité de s’en exclure. Ou celle de plaider un court-circuit collectif (« dérapage » général des médias pendant la guerre du Golfe), lequel ne fait jamais que précéder le rétablissement de la lumière pluraliste et la publication des actes d’un colloque examinant le cadavre d’une faute afin de mieux l’incinérer.

  Ainsi, si Le Nouvel Observateur refuse l’idée d’une « soumission automatique », c’est aussi, et surtout pour rappeler que face à la « contrainte [publicitaire] qui pèse sur l’indépendance des journalistes […] certains — dont l’Obs — résistent, d’autres non » (30.03.03).
De même, si « l’unilatéralisme » des critiques irrite tant Philippe Corcuff 49, c’est avant tout parce qu’il conduit à dénoncer les « faux critiques […] qui peupleraient les médias », parmi lesquels « Charlie Hebdo » (qui employait à l’époque Corcuff Philippe) ou amènerait à ne plus voir « les différences », et notamment à confondre « Charlie Hebdo avec TF1 » (faisant très peu appel aux journalistes et aux essayistes extérieurs à la chaîne, TF1 est devenue la cible habituelle de tous les insolents institutionnels qui n’apprécient l’insolence que quand elle ne les expose à aucun désagrément.)
  S’il admet « la justesse de certaines critiques », le journaliste du Monde Thomas Ferenczi introduit lui aussi un bémol distrayant : la nécessité de « reconnaître que Le Monde [est] précisément un de ceux qui, dans la mesure de leurs moyens, tentaient de résister à ce mouvement 50 ».

  Tous les « grands journalistes » sont ainsi prêts à pointer, et même à condamner des « dérives » à condition que l’on reconnaisse (et célèbre) simultanément le statut d’exception que chacun revendique. Car, selon eux, concéder l’existence d’« imperfections » structurelles ne doit pas conduire à interroger la légitimité d’un système qu’ils ont choisi de perpétuer. À la fois porteurs de « mauvaises nouvelles » et miroir braqué sur un océan de compromissions ordinaires, les analystes radicaux, qui souhaitent prendre le mal à la racine, ne pouvaient pas escompter être reçus à bras ouverts par les dîneurs dont ils viendraient perturber les agapes.

  Toutefois, si « les critiques […] contre le journalisme ont souvent irrité les journalistes », ce n’est pas uniquement parce que ces derniers contestent servir des intérêts particuliers ou, comme le suggère Thomas Ferenczi, qu’ils « se sont rarement reconnus dans l’image donnée d’eux 51 ». Les journalistes ne sont pas inconscients à ce point. Une partie d’entre eux a bien perçu la menace que la critique radicale faisait peser sur l’illusion de pluralisme qui fonde leur position sociale et leurs privilèges de « contre-pouvoir ». Ils savent aussi que les auteurs d’articles et les reporters d’images sont de moins en moins maîtres de ce qu’ils produisent, que les sociétés de rédacteurs disparaissent ou s’étiolent, que le poids du capital et de la publicité se font chaque jour plus lourds. Quiconque souhaite préserver l’illusion d’une liberté des journalistes au moment où celle-ci s’amenuise, doit par conséquent réactiver en permanence le mythe du reporter sans frontières et sans œillères.

  Depuis plusieurs années, la presse quotidienne connaît un recul de sa diffusion et de ses recettes publicitaires. Parallèlement, l’image des médias auprès du public se dégrade 52. Conscients de leur discrédit croissant que les campagnes permanentes d’héroïsation de la profession n’entament pas, les patrons de presse et les responsables éditoriaux admettent qu’il n’y a « plus moyen de tourner autour du pot 53 ». Ils entendent cependant conserver à tout prix le monopole de la critique du journalisme, moyen de s’assurer qu’elle ne les menacera pas. Ils ont alors recours à plusieurs techniques.

  La plus simple est de discipliner leurs troupes : l’article 3b de la convention collective nationale des journalistes restreint leur liberté d’expression publique en stipulant qu’ils ne devront « en aucun cas porter atteinte aux intérêts de l’entreprise de presse dans laquelle ils travaillent. » Certains journalistes en ont déjà fait l’amère expérience 54.
  Assurer la cohésion d’un groupe en sanctionnant les mauvais éléments et les mutins potentiels n’est pas une technique propre aux entreprises de presse. Priver de parole les critiques les plus intraitables en invoquant contre eux son souci de la démocratie constitue un procédé plus singulier. Il n’a cours qu’en raison du double privilège de la presse : celui de pouvoir célébrer le courage collectif de la profession chaque fois qu’un journaliste particulier est enlevé ou tué dans l’exercice de son métier (c’est ce qui explique l’écho formidablement narcissique que suscite dans l’ensemble des médias chacune des initiatives de Reporters sans frontières) ; celui, symétrique, de pouvoir occulter ou filtrer les critiques qui lui sont adressées. Il y a là un avantage exorbitant du droit commun. Une affaire peu reluisante pour les camionneurs, les maçons, les apothicaires peut trouver un écho dans l’opinion à condition qu’elle intéresse certains journalistes ; en revanche, une affaire peu reluisante pour les journalistes a peu de chances d’être relayée par des camionneurs ou des maçons à l’ensemble de la population des apothicaires.
  
Or la presse concède aux intellectuels critiques peu d’occasions d’exposer eux-mêmes, librement (c’est-à-dire sans contrôle, ni intermédiaire, ni interjections permanentes), leurs analyses au grand public, hormis par voie de diffusion en librairie de leurs ouvrages (pour ceux qui parviennent à être édités) et de samizdats dans le cyber-espace. Au demeurant, les grands médias, non contents de ne se sentir aucunement tenus de donner la parole à ceux qu’ils pourfendent avec d’autant plus d’aisance qu’ils en déforment la pensée, appliquent avec parcimonie leur obligation légale de publier les droits de réponse qui leur sont adressés 55.

  Pour justifier cet ostracisme, les notables médiatiques avancent que toute critique radicale émanant de l’« extérieur » des rédactions serait porteuse d’un nouveau totalitarisme. Cette ligne de défense, la « préférence journalistique », a été théorisée par Jean-Marie Colombani. Selon le directeur du Monde, il est « impossible de réguler, contrôler ou discipliner la presse du dehors sans remettre en cause ce qui fonde le principe même de la liberté d’expression » 56.
  
Un son de cloche identique a carillonné dans les colonnes de Charlie Hebdo, où Philippe Val, ulcéré par la création d’un Observatoire Français des Médias (OFM), a pourfendu dans un éditorial les « flics de la presse ». D’après lui, toute observation extérieure s’assimilerait à une « milice de la presse » pour ne pas dire « une machine à délation morbide, se nourrissant de la haine des journalistes en général » 57.
  
Les journalistes, seuls autorisés à critiquer les médias, à commenter les travaux sur la presse, à prescrire ceux qui méritent d’être lus, à censurer ceux qui les indisposent ? Pourquoi refuser alors que les militaires deviennent seuls habilités à enquêter sur les crimes de guerre, qu’on réserve aux prêtres le droit de réfléchir sur la religion, ou que les accidents du travail ne surgissent dans l’« actualité » qu’à compter du moment où le patronat s’en inquiète !

  Pour conserver le monopole de la critique légitime, et garantir son innocuité, les hiérarques médiatiques disposent d’un stratagème complémentaire. Il consiste à filtrer les éléments extérieurs qui peuvent « entrer », c’est-à-dire à s’assurer le concours des commentateurs auxquels on accordera la parole 58.
  Or deux mécanismes incitent les « intellectuels médiatiques » — ceux qui souhaitent le devenir comme ceux qui entendent le rester — à se conformer au credo des responsables éditoriaux et des patrons de presse. Ce sont le désir de carotte et la peur du bâton. D’une part, l’éloge des médias dominants et la condamnation des critiques radicales rapportent des dividendes appréciables, en terme de parts d’exposition dans la presse, laquelle s’accompagne d’invitations à des colloques et de facilités d’édition. Symétriquement, ceux qui reprendraient les critiques radicales des médias à leur compte encourent rappels à l’ordre puis mises à l’index.
  
On comprend dans ces conditions que le tressage de lauriers médiatiques  soit devenu un petit commerce en expansion. Ses praticiens les plus zélés — qui sont aussi souvent les plus médiatisés — peuvent s’abandonner à de véritables envolées. Ainsi, commentant dans sa revue La règle du jeu (mai 2004), « L’affaire Le Monde », Bernard-Henri Lévy (414 apparitions à la télévision 59 et des dizaines de tribunes et « reportages » publiés dans Le Monde) chante les louanges de « la presse, reporters de guerres et grands éditorialistes associés dans le même combat pour la vérité, la probité, la responsabilité. » Mais il salue aussi la « grandeur du journalisme [...] des journalistes, des journaux et des intellectuels ». C’est-à-dire également la sienne 60.

  Condamner les « radicaux » vaut passeport pour une écoute empreinte de déférence. Les plus légitimes pour porter le fer en raison de leur passé contestataire sont célébrés par les médias et invités sur les plateaux à psychanalyser la perversité de leurs anciens camarades, réels ou supposés. Après sa volée d’éditoriaux contre un Chomsky qu’il avait à l’évidence assez peu lu, Philippe Val fut accueilli à bras ouverts sur le plateau de Culture et dépendances par Franz-Olivier Giesbert, également directeur du Point (un magazine de centre droit) : « Si on vous a invité, Philippe Val, c’est parce qu’on lit depuis très longtemps vos éditoriaux dans Charlie Hebdo, qui sont passionnants parce que vous avez une réputation d’intelligence et de modération. Très bon papier d’ailleurs, sur Noam Chomsky 61 ».
  
Quant à Géraldine Muhlmann — que le lecteur nous excuse de citer ici des noms presque déjà oubliés et qui n’auront bientôt d’autre postérité que d’avoir un jour critiqué Chomsky — elle eut droit, dès la sortie de ses livres (les 9 et 17 mars 2004), à une grêle d’invitations. Sa critique de la critique radicale — qui ne représente qu’une petite partie de son travail — fut systématiquement mise en valeur 62. Muhlmann fut également encensée, pour la même raison, par une grande partie de la nomenklatura médiatique : Nicolas Weill (Le Monde des livres, 02.04.2004), Edwy Plenel (Le Monde 2, 9.04.2004), Philippe Corcuff (Charlie Hebdo, 14.04.2004), Roland Cayrol (L’esprit public, France Culture, 18.04.2004) etc.

- V -

  Chomsky a un jour expliqué le sens des attaques dont il est la cible : « Le problème est que tout commentaire analytique de la structure institutionnelle du pays est une menace si importante pour la classe des “commissaires”, qu’ils ne peuvent même pas l’entendre […] Donc, si je dis qu’il n’y a pas de conspiration, ce qu’ils entendent c’est qu’il y a une conspiration […] C’est un système de croyances très verrouillé 63 ».
  
Ce verrou demeure en place. En janvier 2005, le philosophe libéral et ancien ministre de l’éducation Luc Ferry fustigeait l’analyse du capitalisme qu’il imputait aux contestataires. Il résumait par contraste sa vision d’un « système » social enfanté de façon « automatique ». Son analyse élargissait au plan de l’économie mondiale la description apaisante et désarmante d’un ordre spontané qu’on oppose aux travaux de Chomsky et d’autres sur les médias :

« Les altermondialistes s’égarent considérablement parce qu’ils s’imaginent que derrière ces phénomènes mondialisés — le jeu des marchés financiers, les délocalisations, la désindustrialisation de certains pays, le fait que les identités culturelles soient balayées par une américanisation du monde qui uniformise les modes de vie et donc détruit les cultures locales — il y a des gens qui contrôlent la chose et qui tirent les ficelles. Et qu’ils ont été formés en gros à l’école de Chicago, que ce sont des néolibéraux, que ce sont des méchants. Et on retrouve l’idée marxienne que derrière les processus qui gouvernent le monde, il y a des puissants. C’est le mythe des deux-cents familles. On retrouve les images d’Epinal avec les financiers à cigare et chapeaux haut-de-forme. Or, le vrai problème, si vous voulez, c’est exactement l’inverse. Quand vous regardez, par exemple, les délocalisations, ce qui est très frappant c’est que personne ne contrôle, personne n’est derrière. Ce sont des processus absolument automatiques. Il n’y a pas d’intelligence derrière. » 64

  Il n’y a en tout cas rien de très neuf dans ce genre d’exposé d’un ordre social « automatique » sur lequel la volonté collective n’aurait aucune prise. Dès 1932, Paul Nizan dévoilait dans Les Chiens de garde les dessous d’une telle analyse : « Quand les idées bourgeoises furent regardées comme les productions d’une raison éternelle, quand elles eurent perdu le caractère chancelant d’une production historique, elles eurent alors la plus grande chance de survivre et de résister aux assauts. Tout le monde perdit de vue les causes matérielles qui leur avaient donné naissance et les rendaient en même temps mortelles. La philosophie d’aujourd’hui poursuit cet effort de justification 65 ».

  D’autres que les philosophes ont relayé cet effort-là. Sa fonction de légitimation est suffisamment essentielle pour qu’il soit devenu illusoire d’imaginer qu’un jour l’argumentation et le respect des textes en auront raison. Noam Chomsky et ceux que son travail de dévoilement inspire n’ont donc pas fini de répéter que leur entreprise intellectuelle « est à l’opposé d’une théorie de la conspiration. Ce n’est rien d’autre qu’une banale analyse institutionnelle, le type d’analyse que l’on fait spontanément lorsqu’on essaie de comprendre comment marche le monde 66 ».

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N o t e s

1. Noam Chomsky et Edward S. Herman, Manufacturing Consent. The Political Economy of the Mass Media, Pantheon Books, New York, (1998) 2002, p.lx.

2. Philippe Corcuff, « Gauche de gauche : le cadavre bouge encore », octobre 2004 <http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=10032>. Philippe Corcuff est un universitaire français, par ailleurs chroniqueur à Charlie Hebdo au moment de ses attaques contre Bourdieu, Chomsky et, plus généralement, contre la critique radicale des médias - dont PLPL (Pour lire pas lu) était, avec le site Acrimed (Action Critique Média), l’un des principaux organes. Au nom d’Acrimed, le sociologue Patrick Champagne a répliqué au chroniqueur de Charlie Hebdo dans « Philippe Corcuff, critique “intelligent” de la critique des médias », acrimed.org, avril 2004, <http://www.acrimed.org/article1572.html>.

3. Dans la prose journalistique la plus fruste, la victoire du néolibéralisme est associée à la libération « des besoins d’autonomie, de consommation, d’opportunités créatrices et professionnelles » (Laurent Joffrin, Marianne, 29 mars 2004).

4. Les trois noms cités ne constituent que des exemples pris au hasard, ou ce que Pierre Bourdieu appelait des « électrons » d’un « champ » qui leur donne leur « petite force », des « épiphénomènes d’une structure » qui ne seraient rien sans elle (Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Raisons d’agir, Paris, 1996, p. 63).

5. Voir par exemple la récente biographie de Karl Marx (Jacques Attali, Karl Marx ou l’esprit du monde, Fayard, 2005), de laquelle l’essayiste, ancien conseiller de François Mitterrand, puis banquier, retient surtout que l’auteur du Capital « écrit tout le temps qu’il est pour la mondialisation, qu’il est pour le capitalisme, qu’il est pour le libéralisme économique, qu’il est pour la bourgeoisie. » (France culture, 22 juin 2005). Une « lecture » martelée tout au long de son interminable tournée de promotion médiatique.

6. Lire, pour d’autres exemples : « La critique des médias », Pour Lire Pas Lu (PLPL) n°20, Juin-Aout 2004 ; également la rubrique « Haro sur la critique des médias », Acrimed.org, rubrique 246.

7. L’année 2005 vît ainsi fleurir les ouvrages, couvertures de presse et dossiers spéciaux consacrés à ce thème. Entre autres : Antoine Vitkine, Les nouveaux imposteurs, La martinière, Paris, 2005 ; Véronique Campion-vincent, La société parano. Théories du complot, menaces et incertitudes, Payot, 2005 ; Pierre-André Taguieff, La foire aux illuminés. Esotérisme, théorie du complot, extrémisme, Mille et une nuits, 2005 ; Frédéric Charpier, L’Obsession du complot, Bourin éditeur, 2005. La sortie de ces ouvrages fut accompagnée – au moins pour les trois premiers - d’articles de presse élogieux dans les principaux quotidiens et hebdomadaires et de multiples apparitions médiatiques de leurs auteurs. De son côté, le magazine TOC consacra un dossier à « La mode des complots » (mars 2005). Le magazine Littéraire fit de même avec « La paranoia » (juillet-aout 2005) avant que Le Monde 2 ne s’intéresse au « retour des théories du complot » (5 novembre 2005). L’année 2005 vit également la parution d’une bande dessinée de Will Eisner sur l’histoire des Protocoles des Sages de Sion (Le Complot, Grasset), ainsi que la sortie dans les salles de cinéma d’un documentaire du cinéaste américain Marc Levin sur le même thème (Les protocoles de la rumeur).

8. L’émission « Arrêt sur images » en a fourni récemment deux exemples. Devant la mise en question de l’image que ses reportages véhiculent de l’Islam, le journaliste Mohamed Sifaoui répliqua aussitôt : « En gros, si je résume, c’est : depuis 30 ans, tous les médias français se sont mis d’accord, parce qu’il y a un énorme complot contre la communauté musulmane, […] cette démarche intellectuellement est totalement insensée et idiote, parce que elle repose déjà sur une question de complot » (France 5, 16 octobre 2005). Deux mois plus tard, interrogé sur les menaces de sanction des industriels envers les journalistes qui se risqueraient à critiquer leur produits, Alain Grangé-Cabane, président de la Fédération des industries de la parfumerie, rétorque à son tour : « Je me demande si c’est pas un peu aussi la théorie du complot qui surgit partout. Les horribles annonceurs seraient là pour essayer d’étouffer la vérité. » (France 5, 4 décembre 2005).

9. Souvent il s’agit de noms génériques qui permettent d’affecter de ne pas répondre directement à d’autres intervenants envers qui on souhaite feindre le mépris.

10. Site ultra libéral du Chat borgne, <http://www.chatborgne.com/>.

11. Lire l’article de Laurent Joffrin, alors directeur de la rédaction de Libération, assimilant les analyses de Pierre Bourdieu et consorts à une « vision fantasmagorique, déstructurante et paranoïaque du monde », un « bizarre croisement entre X-files et Maurice Thorez » (Libération, 12 mai 1998). Maurice Thorez fut secrétaire général du Parti communiste français de 1930 à 1964.

12. Noam Chomsky et Edward S. Herman, Manufacturing Consent, op. cit. Quinze ans plus tard, cet ouvrage a été (très approximativement) traduit en français sous le titre (incongru) de La Fabrique de l’opinion publique. La politique économique des médias américains (Le Serpent à plumes, 2003).

13. Lire Mark Achbar, Manufacturing Consent. Noam Chomsky and the media, Editions Black Rose Books, Montréal, Québec, 1994, p.61.

14. Lire Jean Bricmont, « Folies & raisons d’un processus de dénigrement. Lire Noam Chomsky en France », postface à Noam Chomsky, De la guerre comme politique étrangère des États-Unis, Agone, Coll. « Éléments », Marseille, 3e ed., (2001) 2004, p.227-257.

15. Noam Chomsky et Edward S. Herman, Manufacturing Consent. The Political Economy of the Mass Media, Pantheon Books, New York, (1998) 2002, p.lx.

16. Peter Mitchel et John Schoeffel, Understanding Power. The indispensable Chomsky, (The New York Press, New York, 2002) Vintage, Londres, 2003, p.26.

17. Noam Chomsky et Edward S. Herman, Manufacturing Consent, op. cit., p.xvii.

18. Ibid, p.xi

19. Noam Chomsky in Peter Mitchel et John Schoeffel, Understanding Power, op. cit., p.26.

20. Noam Chomsky, Propaganda, Le Félin, coll. « Danger Public », Paris, 2002. Il s’agit de la conférence « Media Control : The Spectacular Achievements of Propaganda » (Seven Stories Press, New York, 1997) donnée par Chomsky le 17 mars 1991.

21. Philippe Val, « Noam Chomsky dans son mandarom », Charlie Hebdo, 19 juin 2002.

22. Noam Chomsky, Télérama, 07 mai 2003.

23. Daniel Schneidermann, Le cauchemar médiatique, Denoël Impact, Paris, 2003, p. 121-122.

24. Edward S. Herman, « The propaganda model revisited », Monthly Review, New York, juillet 1996.

25. Understanding Power, op. cit., p.390.

26. Géraldine Muhlmann, Du journalisme en démocratie, Payot, Paris, 2004, p.28.

27. Philippe Corcuff, « De quelques aspects marquants de la sociologie de Pierre Bourdieu », octobre 2004, <http://calle-luna.org/article.php3?id_article=136>. Philippe Corcuff est coutumier de l’administration d’une preuve par voie de citation trafiquée. Il lui arrive ainsi régulièrement de résumer le discours de certains auteurs en encadrant de guillemets des termes (en l’occurrence, celui de « complot », ou de « grand complot néolibéral ») auxquels ceux-ci n’ont recours que pour en récuser l’usage. Lire, pour plus de détails : Patrick Champagne, « Philippe Corcuff, critique “intelligent” de la critique des médias », acrimed.org, avril 2004, article 1572.

28. Edwy Plenel, Procès, Stock, 2005, p.78. Un an plus tôt, Edwy Plenel vitupérait déjà cette « critique destructrice et mortifère » et saluait avec enthousiasme la publication des essais de Géraldine Muhlmann (Le Monde 2, 9 avril 2004).

29. Nicole Bacharan, « De quoi j’me mêle : Tous manipulés ? », Arte, 13 avril 2004.

30. Luc Ferry, « Pièce à conviction », France 3, 5 juin 2003.

31. « Ferry / Julliard », LCI, 12 février 2005.

32. Géraldine Muhlmann, « Idées », RFI, 16 mai 2004, 0h10 TU (Temps Universel).

33. BFM, 15 octobre 2004, 13h30.

34. Daniel Schneidermann, Du journalisme après Bourdieu, Editions Fayard, 1999, p.41.

35. Cela sans compter les périodiques qui titrent régulièrement sur des complots, des vérités cachées et des forces occultes de tous ordres. Voir à ce sujet le montage de “Unes” et de titres de presse réalisé par PLPL : « Leur théorie du complot », Pour Lire Pas Lu (PLPL) n°20, juin-aout 2004, p.12.

36. Dans son ouvrage, L’Effroyable imposture (Carnot, Paris, 2002), Thierry Meyssan affirmait, entre autres, qu’aucun avion ne s’était écrasé sur le Pentagone le 11 septembre 2001.

37. Daniel Schneidermann, Le Cauchemar Médiatique, op. cit., pp.121-122. On retrouve le même type d’amalgame dans l’essai d’Antoine Vitkine, Les nouveaux imposteurs (op. cit.). Notons au passage qu’il est assez paradoxal d’associer Chomsky à la théorie conspirationniste sur la mort de Kennedy qu’il a pourtant rejetée à plusieurs reprises très clairement, en argumentant de façon détaillée (voir Noam Chomsky, Rethinking Camelot. JFK, the Vietnam War and U.S. Political Culture, South End Press, Boston, 1993). Il l’a même qualifiée d’« extrêmement improbable », soulignant que « personne n’a pu jusqu’à présent avancer ne serait-ce qu’une raison plausible ». Il ajoutait que « l’énergie et la passion qui sont mises dans ce genre de choses […] sont particulièrement auto-destructrices » et qu’il serait souhaitable de faire un « effort sérieux » pour « oublier tout cela » (Understanding Power, op. cit., p.326-331 et 348-351). De manière assez originale (et qui en dit long sur sa maîtrise des sujets qu’il traite), cet assassinat est justement pour Antoine Vitkine le « seul complot majeur » qui soit « encore non éclairci » (Les Nouveaux imposteurs, op.cit., p.17). Et c’est Vitkine qui accuse Chomsky, entre autres, de contribuer à maintenir vivace les théories du complot…

38. Géraldine Muhlmann, « La critique en reste au coup de gueule » (entretien avec Olivier Costemalle et Catherine Mallaval), Libération, 19 juin 2004.

39. Géraldine Muhlmann, « Le travail du regard chez le journaliste » (entretien avec Raphaël Enthoven), Lire, mai 2004.

40. Nicolas Weill, « Le journalisme au-delà du mépris », Le Monde des livres, 2 avril 2004. Pour une analyse plus détaillée de ce texte, lire Henri Maler, « Le Monde contre “les critiques antimédias”, antidémocrates et antisémites », acrimed.org, 26 avril 2004, article 1557.

41. Marc Durin-Valois, « L’implacable logique économique », Le Figaro magazine, 22 novembre 2003.

42. Géraldine Muhlmann, « Idées », émission citée.

43. Philippe Val, Charlie Hebdo, 19 juin 2002.

44. « La face cachée du journalisme », Le Nouvel Observateur, 30 octobre 2003.

45. Airy Routier, « Ces grands patrons qui tiennent les médias », Le Nouvel Observateur, 1er juillet 1999.

46. Lire l’analyse détaillée d’Yves Rebours, « Le Nouvel Obs et les journalistes », acrimed.org, 31 octobre 2003, article 1326.

47. Laurent Joffrin, Le Premier pouvoir, France Culture, 6 novembre 2004.

48. Pour être tout à fait équitable à leur endroit, ce reproche ne saurait être adressé ni à Philippe Corcuff ni à Géraldine Muhlmann étant donné que leurs travaux, plus ou moins aboutis, n’ont rencontré qu’un public relativement confidentiel, nonobstant l’acharnement des deux auteurs à se faire connaître, directement ou par l’entremise de leurs innombrables compères journalistes.

49. Lire Philippe Corcuff, « La critique gauchiste des médias », Charlie Hebdo, 6 novembre 2002 ; Philippe Corcuff, « De quelques problèmes des nouvelles radicalités en général (et de PLPL en particulier) », Le Passant ordinaire, septembre-octobre 2001.

50. Thomas Ferenczi, « Le journalisme critiqué et honoré », Le Monde, 26 janvier 2002.

51. Ibid.

52. Bien qu’il faille rappeler le caractère peu scientifique de la plupart des sondages, la concordance des résultats donne une idée du soupçon qui pèse sur les médias. Une enquête réalisée par la Sofrès en janvier 2004 ne dénombrait que 6 % de personnes estimant que « Les choses se sont passées vraiment comme le journal les raconte » (et 42 % que « les choses se sont passées à peu près comme le journal les raconte »). Dans L’État de l’opinion 2003 (Le Seuil) seuls 30 % environ des sondés, jugeaient que « les médias sont indépendants des pressions politiques et financières ».

53. « La face cachée du journalisme », Le Nouvel Observateur, 30 octobre 2003.

54. Le licenciement de Daniel Schneidermann, en septembre 2003, par la direction du Monde, par exemple, fut précisément justifié par cet article 3b. Mais le cas particulier d’une « personnalité » ne doit pas faire oublier les licenciements « anonymes » ou, surtout, le poids qu’une telle menace fait peser sur l’ensemble de la profession.

55. Lire Noam Chomsky, Réponses inédites à mes détracteurs parisiens, Spartacus, 1982 ; « Libération et Noam Chomsky », acrimed.org, avril 2000, article 77 ; Jean Bricmont, « Folies & raisons d’un processus de dénigrement », op.cit. ; « Pas lu dans Libé », PLPL n°0, juin 2000. 

56. « Un tour du monde en 80 journaux », Supplément au Monde daté du 5 décembre 2003.

57. Philippe Val, Charlie Hebdo, 24 décembre 2003. Plusieurs des droits de réponse qui lui ont été adressés, dont celui de l’OFM et du président d’Attac, n’ont jamais été publiés.

58. Sur cette question générale, lire Pierre Rimbert, « Les rapports entre journalistes et intellectuels : cul et chemise ? » acrimed.org, 8 novembre 2004, article 1809.

59. Voir Philippe Cohen, BHL, une biographie, Fayard, Paris, 2005, p. 13.

60. Dans son ouvrage BHL, une biographie (op. cit.), Philippe Cohen détaille, exemples et comptages à l’appui, les techniques de relations publiques du nouveau philosophe. Les thèses 2, 3 et 4 du chapitre « La République des lettres expliquée à ma fille » sont : « Renvoie toujours l’ascenseur à celui qui t’honore », « Ne manque jamais une occasion de défendre les médias », « Pas d’ennemis chez les journalistes »… Le résultat obtenu par Bernard-Henri Lévy de l’observation de ces trois règles de conduite a excédé ses espérances les plus extravagantes.

61. Franz-Olivier Giesbert, « Culture et Dépendances », France 3, 26 novembre 2003.

62. « La Suite dans les idées » (France Culture, 17 mars 2004), « Diagonales » (France Inter, 21 mars 2004), « Cultures et dépendances » (France 3, 24 mars 2004), « Répliques » (France Culture, 27 mars 2004), « Le Bateau Livre » (France 5, 2 mai 2004), « Idées »  (RFI, 16 mai 2004) ; à quoi s’ajoutent deux entretiens, dans Lire (mai 2004) et Libération (19 juin 2004) ainsi qu’une série de tribunes dans l’Humanité (du 29 mars 2004 au 2 avril 2004).

63. Mark Achbar, Manufacturing Consent. Noam Chomsky and the media, op.cit., p.61.

64. « Ferry / Julliard », LCI, 29 janvier 2005.

65. Paul Nizan, Les Chiens de garde, Agone, Marseille, (1932) 1998, p. 93.

66. Noam Chomsky in Peter Mitchel et John Schoeffel, Understanding Power, op. cit., p.2

 

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La fabrique de l’opinion publique

Posté par issopha le 20 septembre 2007

 La fabrique de l’opinion publique

Les guerres d’Indochine. 

Politique américaine et Amérique Latine. 

Politique américaine en 1999 : Kosovo et Timor-Oriental.  Politique américaine et Moyen-Orient. 

  

Résumé du livre ‘Le continent des ténèbres’, retraçant l’histoire politique de l’Europe au siècle dernier. 

1.       

La fabrique de l’opinion publique 

Les mass media sont un système de communication de symboles et de messages au plus grand nombre. Leur rôle consiste à divertir et informer les individus en vue de leur intégration sociale. Dans un monde de concentration des richesses et de conflits d’intérêts de classes, cela exige un recours systématique à la propagande. 

Le modèle de propagande permet au pouvoir de filtrer les nouvelles publiables, de marginaliser la critique et de faire passer des messages précis. 

Les filtres sont les suivants : 

La taille, la richesse des propriétaires, la concentration et l’orientation des profits des firmes médiatiques dominantes. 

La publicité comme source principale des revenus des grands médias. 

La dépendance des médias dont l’information vient du gouvernement, du business et des experts financés et approuvés par ces deux sources principales. 

Les tirs de barrage comme moyen de rétorsion pour discipliner les médias.  L’anticommunisme comme religion nationale et comme mécanisme de contrôle. 

Les médias américains ne fonctionnent pas comme le système de propagande d’un pays totalitaire. Il autorisent, et même encouragent, le débat contradictoire, le désaccord et la critique à condition que tout cela reste à l’intérieur d’un système de présuppositions et de principes qui constituent un consensus élitaire. 

Ce système est si puissant qu’il a été intériorisé le plus inconsciemment du monde par les journalistes. 

On peut remarquer que les classes supérieures présentent un plus fort taux d’endoctrinement que les classes populaires. Il est assez caractéristique de ces classes cultivées que de se soumettre plus facilement à un système d’endoctrinement auquel elles sont particulièrement exposées et dont elles sont les médiatrices privilégiées, au point de l’intérioriser parfaitement. 

1.1.           Dimension et orientation financière des propriétaires des grands

médias

  

Au milieu du XIX siècle, en Angleterre ou aux USA, il existait une presse radicale alternative, vue comme une menace majeure par les élites. Des lois ont été créées pour lutter contre ces médias, mais finalement c’est le libéralisme qui en a eu raison. 

Ainsi il y a déjà un siècle, l’augmentation des investissements à produire et des coûts de production ne peuvent plus se passer d’investissements importants. Cette situation n’a fait que s’aggraver depuis cette époque. La concentration des systèmes médiatiques est de plus en plus importante, arrivant à une vingtaine de compagnies américaines. Ces grandes firmes appartiennent à des gens très riches dont le but est de faire des bénéfices. Intégrées dans le marché, elles sont sous la pression d’actionnaires, de dirigeants et de banquiers qui ont l’œil sur les résultats. 

Cette tendance s’est encore accélérée avec le relâchement des règles limitant la concentration et le contrôle par des compagnies non médiatiques, ainsi que des restrictions pesant sur les publicités. Les profits, et la concurrence féroce, ont alors explosé. 

Aux commandes de ces corporations, on retrouve énormément de gens liés ou anciennement liés à la finance ou d’anciens officiels gouvernementaux. Plus la firme est vaste, plus ses actions sont éparpillées, et plus l’on retrouve des directeurs venant de l’extérieur. 

Les banques et les autres sociétés d’investissements sont propriétaires de grosses quantités d’actions médiatiques. Cela ne signifie pas un contrôle, mais ces grands investisseurs savent se faire entendre et jouer sur la situation des sociétés et de leurs dirigeants. 

Certaines compagnies médiatiques sont tous simplement possédées par des firmes non médiatiques (banques, armements, énergie, …). Ainsi General Electric, impliquée dans l’industrie militaire, énormément dépendante des décisions politiques et finançant des intellectuels d’extrême droite, possède ABC. 

Les grands médias dépendent du gouvernement pour l’obtention de licences et franchises, les taux d’intérêts, les impôts, la politique de l’emploi et le respect (ou non) des lois antitrust. Les entreprises non médiatiques qui leur sont fortement liées ont également besoin du gouvernement dans des domaines encore plus vastes. 

En somme, les firmes médiatiques sont contrôlées par des gens fort riches, des managers pressurés par leurs propriétaires, et toutes les autres forces orientées vers le profit. Les intérêts que ces firmes de mass media partagent avec le reste du business ou avec les banques et le gouvernement expliquent leur étroite imbrication. 

1.2.                    Le pouvoir des publicitaires

  

Le mécanisme de la publicité a affaibli la presse ouvrière. Avant son émergence, le prix d’un journal était censé couvrir ses dépenses. La publicité a permis à la presse de se vendre bien au-dessous du prix de revient de chaque numéro. 

Les journaux n’entrant pas dans la logique de la publicité se sont donc trouvés handicapés. Le choix des annonceurs publicitaires définissait la prospérité des médias en leur permettant d’offrir un meilleur rapport qualité/prix, primordial dans un milieu de libre échange très fortement concurrentiel. 

Dès l’introduction de la réclame, les journaux populaires de gauche ont été désavantagés par les moyens limités de leurs lecteurs. Comme le disait un publicitaires en 1856, « leurs lecteurs ne sont pas des acheteurs : autant jeter son argent par les fenêtres ! ». 

Pour les publicitaires, ce qui importe aujourd’hui encore c’est d’abord le pouvoir d’achat des lecteurs-téléspectateurs, non leur nombre. 

De nombreuses firmes refusent de subventionner leurs ennemis idéologiques ou ceux qu’elles voient comme des menaces pour leurs intérêts. Les sponsors sélectionnent généralement les programmes sur la base de leurs propres principes qui, à de rares exceptions près, sont culturellement et politiquement conservateurs. 

Les agences publicitaires ne financeront pas d’émissions mettant sérieusement en cause les activités des grandes firmes comme par exemple sur les problèmes d’environnement, sur l’industrie militaire, … 

Le résultat est l’augmentation des durées des réclames et la marginalisation de tout ce qui à trait aux affaires publiques. Les médias évite autant que possible les contenus complexes, les controverses dérangeantes qui risquent de gâcher « l’envie d’acheter », pour encourager ceux qui divertissent, en harmonie avec l’unique vrai message : vendre. 

1.3.                    Les sources d’information

   Comme les médias ne peuvent s’offrir des reporters et des caméras dans tous les points chauds du monde pour approvisionner leur besoin constant de news, l’économie les oblige à concentrer leurs ressources là où les événements importants adviennent le plus souvent, où les rumeurs et les fuites sont abondantes et où se tiennent régulièrement des conférences de presse. 

Le statut prestigieux du gouvernement et du business establishment confère aux informations qu’ils fournissent ce que les médias apprécient avant tout : elles sont identifiables et sûres quand aux risques de poursuites et de retour de bâtons. Ces informations sont certifiées et précises. Les officiels ont les faits et ils les distribuent ; les journalistes se contentent de les recevoir. 

Les organisations gouvernementales et les entreprises dépensent ainsi des sommes astronomiques en attachés de presse et en communication, préparant les informations à donner à la presse et simplifiant le travail des journalistes. Parfois même elles produisent leur propre presse. 

Les organismes indépendants sont bien évidemment très loin d’avoir les mêmes moyens de communication. 

Il s’institue alors un état de dépendance, les grandes bureaucraties subventionnant d’une certaine façon les mass media, leur permettant ainsi de se réserver certains privilèges (contrôle des intervenants lors de débats, …). 

Un technique pour détourner l’attention d’un sujet épineux est d’inonder les médias d’articles concernant un autre sujet qui constitue alors un leurre. 

Le « pouvoir » défini aussi une réserve d’experts autorisés, des intellectuels bien pensant dont ils financent les travaux. Les voies de ces experts orientés « comme il le faut » monopolisent le domaine public, évitant que des idées subversives ou dérangeantes se fassent entendre. 

Une autre classe d’experts, dont la notoriété dépend pour beaucoup des services qu’ils rendent au pouvoir, comprend d’anciens gauchistes ayant fini par « reconnaître leurs erreurs et recevoir la lumière ». 

1.4.                    L’artillerie protestataire

L’artillerie, c’est le tir de barrage qui s’élève à l’unisson pour répondre à une déclaration, un article ou une émission qui aurait dévié. Cela peut prendre la forme de lettres, de télégrammes, d’appels téléphoniques, de pétitions, de discours ou de projets de lois présentés au Congrès. Toutes ces salves peuvent être préparées au sommet, au niveau régional ou localement, ou encore par des actions indépendantes, collectives ou individuelles. Les publicitaires risquent alors de retirer leur soutien, de peur du boycott. 

Plusieurs institutions ont vue le jour, spécialisées dans les poursuites en diffamation et l’aide aux « victimes des médias ». Mais ces institutions n’existent que pour faire barrages aux médias qui s’écarteraient du chemin balisé. 

L’exemple d’AIM (Accuracy in Media) est significatif : dans les années 80 au moins 8 grandes compagnies pétrolières la finançaient, pour un budget de 1.5 millions de dollars. AIM harcèle les médias pour imposer le point de vue de ses protecteurs et soutenir la politique étrangère de la droite gouvernementale et anticommuniste la plus dure. 

Le gouvernement est la principale source d’artillerie protestataire qui admoneste et menace constamment les médias pour les ramener à la ligne correcte. Malgré les mitraillages dont les médias font l’objet de la part du système, ils continuent à de lui accorder une respectueuse attention et à faire silence sur les liens de la propagande officielle avec le monde des affaires. 

1.5.                                                      L’anticommunisme comme moyen de contrôle

  

Le communisme a toujours été le Mal Absolu pour les gros propriétaires dont il menace la position de classe et le statut. Les révolutions russes, chinoises et cubaines ont été vécues par les élites possédantes occidentales comme des traumatismes. 

Le concept du communisme est assez flou pour mobiliser le « peuple » contre l’ennemi. Il est aussi utile pour fragmenter la gauche et les mouvements ouvriers. La lutte contre le communisme permet d’excuser les pires régimes et actions comme étant un « moindre mal » face à la menace rouge. 

Un dualisme rigide s’est donc mis en place, où chacun se doit d’être et de s’illustrer en tant qu’un fervent anticommuniste. 

1.6.                    Dichotomisation et campagnes de propagande

Si le gouvernement et ses amis pensent qu’une histoire dramatique peut se révéler utile, les reportages sur les « bonnes » victimes peuvent devenir de véritables campagnes de propagande destinées à éclairer le public. 

Inversement, aucune campagne de propagande n’est déclenchée lorsqu’une tragédie frappe massivement et longuement des pauvres gens dont le statut de victimes n’obtient pas l’imprimatur des « élites » américaines, c’est-à-dire quand elles sont négatives à l’image du gouvernement ou d’un de ses alliés. 

Pour les histoires utiles, le processus se déroule comme suit : des articles ou des fuites gouvernementales servent de démarreurs. Si les autres médias mordent à l’hameçon, ils suivront avec leurs propres versions de l’histoire et le sujet deviendra familier. Avec l’aval des autorités concernées et en l’absence d’une vision opposée, ces thèmes de propagande deviennent alors véridiques sans autre forme de preuve. Si des vues dissidentes surgissent, elles sont occultées, minimisées, ou soumises au feu du tir de barrage. 

1.7.                    Evolutions récentes

Depuis 1990, la mondialisation rapide a accéléré la concentration de l’industrie médiatique qui se retrouve centralisée en 9 conglomérats internationaux : Disney, AOL-Time Warner, Viacom (propriétaire de CBS), News Corporation, Bertelsman, General Electric (propriétaire de NBC), Sony, AT&T-Liberty Media et Vivenvi Universal. 

Ces géants cherchent à devenir prépondérants dans la production aussi bien que dans la distribution des contenus médiatiques sur tout type de support. 

L’idéologie du marché est apparue, affirmant que le marché libéral est bienfaisant et même démocratique. 

Internet a accru l’efficacité et l’étendue des communications individuelles et collectives « dissidentes », et permis à certains d’échapper aux contraintes des principaux médias. 

Mais si Internet a prouvé qu’il pouvait être un complément non négligeable à l’arsenal des dissidents et des protestataires, il a montré ses limites. Tout d’abord, son utilisation nécessite des ressources et des connaissances précises. Mais surtout, la privatisation du hardware d’Internet, la commercialisation rapide et concentrée de ses portails et de ses serveurs, leur intégration dans des conglomérats extérieurs au Net et le contrôle privé de la nouvelle technologie des bandes larges menacent tout espoir qu’Internet puisse devenir ou rester un véhicule médiatique démocratique. 

La publicité a commencé à envahir l’espace d’Internet, et la concurrence pour l’audience commence à faire ses dégâts : « plus les journaux seront à la recherche d’utilisateurs d’Internet, plus le sexe, le sport, la violence et les variétés apparaîtront sur leurs menus, négligeant les informations sur les guerres étrangères ou la réforme du système d’aide sociale » (Max Frankel, ex rédacteur en chef du New York Times). 

L’idéologie anticommuniste s’est sensiblement affaiblie avec la chute du régime soviétique et la disparition à peu près totale des mouvements socialistes. L’Islamisme et le terrorisme ont pris la place du communisme comme faire-valoir de la politique étrangère agressive des USA. 

2.    De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis 

2.1.                                                      La main mise sur Grand Domaine 

Durant la seconde guerre mondiale, conscients qu’à l’issue des combats l’Amérique deviendrait une puissance mondiale de premier plan destinée à exercer une influence hégémonique presque sans exemple dans l’histoire, les stratèges américains travaillent à lui permettre de relever le défi. 

De 1939 à 1945, le Groupe d’étude guerre-paix produit des analyses et stratégies géopolitiques détaillées. Ce groupe est financé en partie par le Conseil des relations extérieure, qui représente la contribution personnelle du milieu des affaires américain à l’élaboration de la politique extérieure des Etats-Unis. 

Ils conçoivent le projet du Grand Domaine, qui recouvre toutes les régions destinées à subvenir aux besoins de l’économie américaine pour lui assurer la maîtrise du monde. 

George Kennan, homme considéré comme humain, libéral et réfléchi, directeur de l’équipe chargée de la planification politique au Département d’Etat à la fin des années 40 : 

« Avec seulement 6,3% de la population mondiale, nous représentons près de 50% de la richesse mondiale. […] Dans cette situation, il est impossible que nous n’éveillions pas l’envie et le ressentiment. Notre tâche principale, dans les années à venir, est de mettre en place un système de relations internationales qui nous permette de maintenir ce déséquilibre. […] Nous ne devons pas nous leurrer en imaginant que nous pouvons, aujourd’hui, nous payer le luxe de l’altruisme et de la charité. Nous devrions cesser d’évoquer des principes aussi irréalistes et flous que les droits de l’homme, l’amélioration du niveau de vie et la démocratisation. Le jour n’est pas loin où nous allons devoir nous positionner en terme de rapport de forces pur. Et moins nous serons alors bridés par des slogans idéalistes, mieux nous nous en trouverons. » (Pentagon Papers, 23 février 1948) 

Ce texte s’adresse aux « élites dirigeantes », les slogans idéalistes doivent bien sûr continuer à être relayés au niveau de la population afin de la pacifier. 

Et effectivement, dans les faits, la politique américaine s’est souvent vigoureusement, voir violemment, opposée à ces 3 principes : droits de l’homme, démocratisation, amélioration du niveau de vie. 

2.2.                    Une politique au-delà de la morale 

Démocratisation et amélioration du niveau de vie permettent aux peuples d’acquérir un pouvoir politique accru. Or, les intérêts des peuples sont en oppositions avec ceux des élites riches dirigeantes. 

On retrouve la menace implicite du communisme, avec son économie qui échappe à la sphère d’influence des pays capitalistes. L’ordre mondial dominé par les Etats-Unis est mis en péril par un cadre social ou économique interdisant à l’Ouest d’exploiter librement les ressources des pays concernés. 

Un pays sur cette voie de développement peut également servir de modèle à d’autres. Plus le pays est petit et sans influence réelle, plus le danger d’un effet domino est grand. Si un petit pays de rien du tout, sans ressources naturelles, arrive à s’extraire par ses propres moyens du carcan de misère et d’oppression que les Etats-Unis ont contribué à lui imposer, d’autres pays aux ressources naturelles plus vitales pourraient vouloir s’y essayer à leur tour. 

Ainsi si un pays ou un gouvernement entreprend une telle évolution vers le progrès, par exemple en améliorant le niveau de vie de son peuple, il devient immédiatement un ennemi. 

Exemples :
la Grenade, le Laos dans les années 60, Cuba, le Nicaragua, … 

En affiliant ces pays à l’empire du Mal que représente le bloc de l’Est, l’agression que les Etats-Unis s’apprêtent à mener est ainsi justifiée. L’identité exacte de l’empire du Mal change au cours de des époques, mais les faits et les conséquences restent toujours sensiblement les mêmes. Après la fin de
la Guerre Froide, le crime puis plus récemment le terrorisme permirent de donner une identité au Mal. 

En 1981, une étude de Lars Schoultz montre qu’il existe une corrélation entre l’importance de la violation des droits de l’homme dans un pays et l’importance de l’aide américaine. Cette aide n’a aucun rapport avec les besoins réels des populations, c’est avant tout une aide militaire qui profite aux forces oppressives. 

Edward Herman arrive à la même conclusion, mais va plus loin en établissant un rapport entre l’aide américaine et le climat pour l’investissement, c’est-à-dire les opportunités offertes aux milieux d’affaires. Plus les conditions d’investissement sont bonnes, plus les américains apporte leur soutien aux gouvernements étrangers. 

Ce ne sont donc pas les droits de l’homme qui guident la politique étrangère américaine, mais avant tout l’amélioration des conditions d’investissement pour les entreprises étrangères. 

Or lutter contre les mouvements populaires et maintenir un niveau de vie très bas est un bon moyen d’améliorer les conditions de l’investissement étrangers. 

Ainsi, la dégradation des droits de l’homme est un facteur économique favorable : un « miracle économique » est totalement incompatible avec un peuple fort et vivant dans de bonnes conditions. 

3.    Etat voyou et Etat éclairé

  

3.1.                                                      Les Etats voyous 

 

Le concept d’Etat voyou joue aujourd’hui un rôle primordial dans l’élaboration et l’analyse des politiques étrangères. 

Concrètement, ce sont les actes des nations qui servent officiellement à justifier leur statut d’Etat voyou. Mais des actes, condamnables de façon équivalente, de la part des Etats-Unis et de leurs clients, les Etats éclairés, sont toujours excusés ou oubliés. Le concept d’Etat voyou est donc extrêmement nuancé et relatif. 

Officieusement la définition est plus précise : un Etat voyou n’est pas un simple Etat criminel, c’est un Etat qui n’obéit pas aux puissants, puissants qui par définition ne sont pas eux-mêmes des Etats voyous. 

A l’opposé, l’Amérique est bien évidemment un Etat éclairé par définition. Son chien de garde
la Grande-Bretagne également, ainsi que tout ceux qui s’engagent dans la croisade américaine. 

La notion de souveraineté est elle aussi très relative. La souveraineté des Etats éclairés est considérée comme le plus précieux des trésors. Mais quand il s’agit des autres pays, et particulièrement des Etats voyous, la notion de souveraineté peut être écartée avec dédain, laissant libre cours à l’usage de la force. 

Dès les débuts de l’administration Reagan,
la Libye, vulnérable et sans défense, devint l’Etat voyou idéal. Le bombardement de 1986, sous le prétexte que Kadhafi aurait financé l’armée du Nicaragua pour que ce dernier porte la guerre sur le territoire américain, fut le premier de l’histoire à être programmé pour passer aux heures de grande écoute des médias américains. 

Les Etats-Unis ont toujours prétendu avoir pour mission de défendre le monde. Après la fin de
la Guerre Froide, il fallait trouver un nouvel Ennemi. La peur du crime, et en particulier de la drogue, fut savamment entretenue et utilisée. 

Ainsi, juste après la chute du mur de Berlin, Bush présenta au Congrès un budget militaire impressionnant pour lutter contre la nouvelle menace de la sophistication technologique croissante du tiers-monde. 

A l’étranger, les Etats voyous personnalisent cet Empire de la criminalité. 

3.2.                                                      Le nouvel humanisme 

La Charte des Nations unies interdit tout usage de la force qui violerait la souveraineté des Etats. Mais
la Déclarations Universelle des droits de l’homme garantit les droits de l’individu contre les Etats oppressifs. Le problème de l’« intervention humanitaire » naît de cette divergence, et sa validité dans la pratique repose sur la bonne foi des intervenants. 

Après l’adoption du pacte Kellogg-Briand de 1928 qui mettait la guerre hors-la-loi, les principaux exemples d’« intervention humanitaire » furent l’attaque japonaise de
la Mandchourie (pour la défendre contre les « bandits chinois »), l’invasion de l’Ethiopie par Mussolini (pour « libérer des esclaves ») et l’occupation par Hitler de certaines régions de
la Tchécoslovaquie (pour « mettre fin aux tensions ethniques et à la violence »). 

Dans ce contexte d’intervention humanitaire, l’action au Kosovo était présentée comme un évènement de grande portée. Dans un « nouvel humanisme », les Etats éclairés ouvrent une nouvelle ère de l’histoire de l’humanité, fondée sur « un nouvel internationalisme qui ne tolèrera plus la répression brutale de tout un groupe ethnique ». La mission est « la défense des droits de l’homme ». 

Les Etats éclairés peuvent utiliser la force lorsqu’ils l’estiment juste en dépit des concepts démodés de souveraineté et de droit international, principalement à l’encontre des Etats voyous. 

3.3.                    La théorie du fou 

Dans Principes élémentaires de la dissuasion post-guerre froide, un document secret de 1995 rendu public en vertu du décret sur la liberté d’information : 

« Les Etats-Unis ont changé de cible pour leur stratégie dissuasive et ont abandonné une Union soviétique défunte pour de prétendus Etats voyous tels que l’Irak,
la Libye, Cuba et
la Corée du Nord ». Les Etats-Unis doivent exploiter leur potentiel nucléaire pour se donner une image d’un Etat « irrationnel et vindicatif dès lors que ses intérêts vitaux sont menacés ». 

C’est la théorie du fou : le fait que la nation semble passer outre les droits et traités internationaux, ou que certains éléments du gouvernement américain puissent sembler potentiellement incontrôlables, peut permettre de créer et d’implanter la crainte et le doute dans l’esprit des dirigeants ennemis. 

Cette théorie du fou a aussi été utilisée dans les années 50 en Israël par les travaillistes au pouvoir. 

4.    Les rapports avec l’ONU 

4.1.                                                     Principes généraux 

La Charte des Nations unies stipule que le Conseil de sécurité doit constater « une menace contre la paix, une rupture de la paix ou un acte d’agression » avant d’autoriser des mesures, sauf dans le droit naturel à la légitime défense. 

Selon ces accords ratifiées également par les Etats-Unis, nul Etat n’a d’autorité suffisante pour décider unilatéralement de ces questions et pour agir comme bon lui semble. 

Hedley Bull : « Des Etats ou des groupes d’Etats qui s’institueraient d’eux-mêmes comme juges ou autorités en matière de bien commun international, au mépris de l’opinion des autres, représentent de fait une menace pour l’ordre international et, en conséquence, pour toute action dans ce domaine ». 

4.2.                    Le mépris américain 

Le mépris des règles internationales est profondément ancré dans la pratique et la culture intellectuelle américaine. Les exemples des Accords de Genève en 1954 ou du Nicaragua en 1986 en témoignent. Mais la principale innovation des années Reagan-Clinton est dans le caractère parfaitement assumé du mépris américain à l’égard de la législation internationale. 

Dans Foreign Affairs, la revue de référence de l’establishment américain éditée par le conseil des Affaires étrangères,
la National Security Strategy (SSN) est présentée en septembre 2002. La « nouvelle grande stratégie impériale » prévoit que les Etats-Unis domineront le monde, détruisant ceux qui les défieraient. L’ONU ne servira qu’à entériner les décisions de Washington. L’invasion de l’Irak y est implicitement annoncée. 

Même parmi les élites américaines cette doctrine fut vivement critiquée, bien que sur des bases assez minimale : le principe était bon mais le style et les modalités d’application constituaient un véritable danger pour la nation et les intérêts américains. 

En effet par le passé cette doctrine s’est amplement appliquée, mais avec plus de discrétion, de diplomatie et surtout moins de provocation. 

4.2.                                                     ONU et les traités internationaux 

Le respect de la souveraineté américaine est l’excuse utilisée pour violer systématiquement les traités internationaux. 

Afin de « respecter » leur propre souveraineté, les Etats-Unis refusent en général à signer les conventions internationales qui pourraient régir ce qui se passe sur leur sol. Lorsque exceptionnellement ils acceptent de signer, ils y font ajouter une clause de réserve dont les termes sont « Ne peut s’appliquer aux Etats-Unis ». 

Ainsi, les Etats-Unis, en signant avec 40 ans de retard la convention sur les génocides, y ont fait ajouter la clause « Ne s’applique pas aux Etats-Unis sans l’accord des Etats-Unis ». Cette clause servit à faire annuler une accusation de crimes de guerre déposée auprès de l’ONU début 1999. 

En 1986
la Cour internationale de justice condamne les Etats-Unis pour « usage illégal de la force » contre le Nicaragua.
La Cour ordonne qu’ils cessent toute aide au contras, se retirent et s’acquittent de réparations importantes. 

La Cour est alors accusée de s’être discréditée. Le Congrès américains, majoritairement démocrate à cette époque, vota de nouveaux fonds pour les contras. 

Lorsque l’Assemblée générale des Nations unies proposa une résolution identique, les Etats-Unis, suivi seulement d’Israël et du Salvador, votèrent contre. 

Les Etats-Unis refusent généralement de prendre en charge le moindre coût des missions civiles de l’ONU, en particulier au Kosovo ou au Timor Oriental. Les Etats-Unis refusent également depuis des années de payer à l’ONU ce qu’ils lui doivent conformément aux traités. 

En 1998, Washington a fait réduire le budget de l’ONU de 15%, et de 20% supplémentaire en 1999. 

4.3.                                                     L’utilisation de l’article 51 

Article 51 de
la Charte de l’ONU : 

Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l’objet d’une agression armée, jusqu’à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales. Les mesures prises par des Membres dans l’exercice de ce droit de légitime défense sont immédiatement portées à la connaissance du Conseil de sécurité et n’affectent en rien le pouvoir et le devoir qu’a le Conseil, en vertu de la présente Charte, d’agir à tout moment de la manière qu’il juge nécessaire pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales. 

http://www.un.org/french/aboutun/charte/chap7.htm 

Lorsque les Etats-Unis bombardèrent les villes libyennes en 1986, on invoqua officiellement la « légitime défense contre une agression future », ce qui constitue une interprétation très créative de l’article 51 de
la Chartre des Nations unies. 

Dans un même ordre d’idée, le Panama fut envahi afin d’empêcher que le « territoire panaméen serve de base à la pénétration des drogues aux Etats-Unis ». 

En juin 1993, Clinton fit bombarder l’Irak. Albright se référa à l’article 51 pour expliquer que ces bombardements étaient destinés à défendre les Etats-Unis contre une agression militaire – en fait une prétendue tentative d’assassinat contre l’ex-président George Bush qui eut lieu 2 mois plus tôt. 

Aucun vrai débat ne porta sur la légitimité légale de cette intervention. 

En 1998, concernant l’Irak, Madeleine Albright annonça au Conseil de sécurité que les américains agiraient « multilatéralement s’il le peuvent et unilatéralement s’il le faut », car « cette zone géographique est vitale pour les intérêts américains ». 

Clinton annonça que si l’Irak ne répondait pas au critères de conformité (élaborés à Washington), « tout le monde comprendra que les Etats-Unis et leurs alliés s’autorisent à riposter quand, où et à la manière qu’ils auront décidés ». 

Mais le Conseil de sécurité ratifia à l’unanimité l’accord rapporté par Kofi Annan et rejeta la proposition anglo-américaine d’autoriser l’usage de la force en cas de non-respect de l’accord. 

Les américains prétendirent que la résolution leur donnait le droit d’agir si les Etats-Unis n’étaient pas satisfait de l’attitude de l’Irak. 

5.    Le terrorisme 

5.1.                                                     Un nouvel Ennemi 

Après le 11 septembre 2001, le terrorisme international fut désigné comme le nouvel Ennemi à combattre. 

Derrière un accord presque général des responsables sur cet ennemi, les appréciations divergent quand à la réponse appropriée à donner aux crimes terroristes. 

Encore une fois, le problème ici est celui de la bonne foi des personnes ou organisations qui définissent et identifient le terrorisme. Toute définition honnête du terrorisme désignerait également les Etats-Unis, et bien d’autres Etats puissants, comme des Etats terroristes. 

La Charte des Nations unies prévoit « le droit à l’autodétermination, à la liberté et à l’indépendance des peuples privés de ce droit par la force, […] notamment des peuples qui sont soumis à des régimes coloniaux ou racistes ainsi qu’à des occupations étrangères ». 

Mais une résistance armée contre un tel régime peut être vu comme un acte de terrorisme. 

Ainsi les Etats-Unis et Israël considèrent comme terroriste le mouvement de résistance au régime sud-africain, allié des Etats-Unis, régime qui avait plus d’un million et demi de morts sur la conscience et avait occasionné environ 60 milliards de dollars de dommages aux pays voisins entre 1980 et 1988. 

Comment réagir face au terrorisme ? D’aucuns prétendent que le terrorisme est un mal « absolu » et doit être traité en retour selon « la doctrine absolue de la réciprocité ». Œil pour œil, dent pour dent. 

Mais comment les américains auraient-ils réagit si les pays victimes des attaques techniquement terroristes de la part des Etats-Unis s’étaient mis, au nom de la réciprocité, à bombarder Washington ? 

Deux exemples parmi tant d’autres, qui entrent parfaitement dans le cadre des définitions modernes du terrorisme :  En 1982, l’invasion du Liban par Israël fit 20 000 morts et laissa l’ensemble du pays en ruine, en particulier sa capitale Beyrouth. Rafael Eitan, chef d’état-major israélien, annonça que l’objectif de cette invasion était de « détruire l’OLP en tant que partenaire possible dans les négociations concernant
la Terre d’Israël ». Les Etats-Unis ont soutenue cette invasion, ainsi que les opérations violentes ordonnées par Shimon Peres dans les années 80. 

En 1998, Clinton ordonna le bombardement de l’usine pharmaceutique d’Al-Shifa au Soudan, faisant plusieurs dizaines de milliers de morts et ayant des conséquences terriblement dramatiques pour l’économie et la société du Soudan. La raison invoquée de ce bombardement fut que l’usine aurait produit des armes chimiques. 

5.2.                    Les attentats du 11 septembre 

Les attentats du 11 septembre n’étaient pas imprévisibles. Les organisations terroristes du Moyen-Orient avaient déjà projeté des attentats tout au long des années 1990. En 1993, elles furent assez près de faire sauter le World Trade Center. Leurs modes de pensée étaient alors indubitablement familiers aux services de renseignements américains, qui avaient participé à leur recrutement, les avaient entraînées et armées depuis 1980 et continuaient à travailler avec eux. 

Des enquêtes sur Al-Qaïda et Ben Laden montrent qu’ils étaient quasiment inconnus jusqu’à ce sur Clinton bombarde le Soudan et l’Afghanistan en 1998. Ce sont les bombardements qui ont dopé le soutien, le financement et le recrutement d’Al-Qaïda et ont fait de Ben Laden une figure majeure. 

5.3.                    Le terrorisme : un bon alibi ? 

 

Le ministère des finances américain dispose d’un service, l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), charger d’enquêter sur les transferts financiers douteux, une tâche cruciale de la « guerre contre le terrorisme ». Entre 1990 et 2003, il y a eu 93 enquêtes liées au terrorisme, débouchant sur des amendes totalisant environ 9000$, contre 11 000 enquêtes relatives à Cuba, avec des sanctions s’élevant à 8 millions de dollars. 

Les premières justifications de l’intervention contre l’Irak en 2003 furent liées aux terrorisme : liens de ce pays avec le terrorisme d’Al-Qaïda, armes de destructions massives. Par la suite il a été démontré que ces accusations étaient fallacieuses. 

Le refus de l’Afghanistan de livrer des suspects concernant les attentats du 11 septembre servi de prétexte au bombardement du pays. Mais les Etats-Unis eux-mêmes ont refusé des demandes d’extradition de la part de Haïti et du Nicaragua concernant des criminels ayant participé dans ces pays au terrorisme (d’Etat ou non). 

La mise en application du Syria Accountability Act en décembre 2003 prive les Etats-Unis d’une source majeure de renseignements sur le terrorisme islamiste radical au profit d’imposer dans ce pays un régime qui accepte les exigences américano-israéliennes. 

Cet Act reproche à
la Syrie de violer la résolution 520 de l’ONU. Or cette résolution avait été rédigée en 1982 à l’encontre d’Israël, qui a continué à passer outre cette résolution et d’autres jusqu’à nos jours. 

6.                                                             Bibliographie 

Noam Chomsky :

 «
La Fabrique de l’Opinion publique -
La Politique économique des médias américains ». 

Noam Chomsky : « De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis ». 

Divers articles de Wikipédia. 

Publié dans CARNETS d'IMPOSTURES, DE La FABRIQUE DE L'OPINION ET DU CONSENTEMENT, NOAM CHOMSKY | Pas de Commentaire »

Philippe Val sur France Inter : un récital de mensonges et de calomnies sur CHOMSKY

Posté par issopha le 17 septembre 2007

Philippe Val sur France Inter : un récital de mensonges et de

calomnies contre Chomsky

Henri Maler

   

« Chomsky-Ben Laden, même combat ! », décrète le fabuliste de Charlie Hebdo, dans sa chronique du 14 septembre 2007 sur France Inter (que l’on peut écouter et dont on peut lire la transcription en « Annexe »).

Parce qu’il est exemplaire, ce récital de mensonges et de calomnies, destiné à instruire un procès en complicité qui débusque partout des alliés de Ben Laden, mérite qu’on s’y arrête, phrase après phrase.

Un « événement médiatique »…

« Je voudrais revenir sur un événement médiatique qu’on n’a pas assez bien mesuré la semaine dernière. Tout ce qui hait la démocratie nourrit également une haine basique des médias et des moyens d’information libre. On l’a vu encore avec la récente communication de Ben Laden, toujours intéressante – c’est toujours intéressant Ben Laden – dans laquelle il rend un hommage appuyé à Noam Chomsky. »

Philippe Val a patiemment étudié les 25 minutes – très « intéressantes », en effet… – que dure la récente vidéo de Ben Laden. Soucieux de partager les résultats de son analyse avec les auditeurs de France Inter, il a retenu ces quelques secondes (dont la diffusion ici même est le signe manifeste de notre complicité avec Al-Qaïda).

Voici la traduction (revue à partir de l’arabe). S’adressant aux étatsuniens, Ben Laden déclare, à propos de la « guerre injuste sur la terre de Mésopotamie » : « Cette guerre était complètement inutile, comme le montrent bien vos propres rapports et, parmi les plus capables pour vous parler de ce sujet et de la fabrication de l’opinion publique de votre côté, Noam Chomsky. Il a donné des conseils raisonnables avant la guerre. Mais le dirigeant du Texas n’aime pas recevoir de conseils. »

Dans l’instrumentalisation évidente du nom de Noam Chomsky à des fins de propagande Philippe Val préfère ne voir qu’un hommage appuyé et un « événement médiatique » qui résume le contenu de la vidéo !

I. Amalgames, mensonges et calomnies

1. Qu’un prétendu philosophe de l’envergure de Philippe Val étale son mépris pour ce qui le dépasse ne surprendra pas. Qu’il tire argument de la mention de Noam Chomsky par Ben Laden pour tenter de discréditer le premier est le trait de génie d’un fabricant en gros d’amalgames et de bouillies. Daniel Mermet est le premier bénéficiaire : « Les auditeurs d’Inter connaissent bien ce grand intellectuel américain puisque notre confrère Daniel Mermet a diffusé cinq heures d’entretien avec lui en mai dernier. Ben Laden est donc venu porter main-forte au promoteur des idées de ce sympathique intellectuel…  »

Mermet soutenu par Ben Laden…

2. Deuxième ingrédient de la tambouille : notre cuistot du camp de scouts des éditorialistes-chansonniers évoque une nouvelle fois une lettre de Chomsky sur la liberté d’expression, publiée (sans son accord préalable) en préface d’un livre de Faurisson, mais sans en mentionner le sens et la teneur [1] : « … ce sympathique intellectuel qui s’était déjà fait connaître des publics spécialisés grâce à une préface pour les écrits négationnistes de Faurisson. » Cela suffit pour faire passer le sous-entendu pour une information : Chomsky serait négationniste.

3. Pis : « Chomsky fait partie de ces génies qui croient que le commun des mortels est assez stupide pour penser qu’il ne peut pas exister de Juif antisémite. » Sans-le-dire-tout-en-le-disant, selon la rhétorique de l’insinuation fort prisée des pamphlétaires réactionnaires, le très démocrate Philippe Val suggère, à peine implicitement, que Chomsky est antisémite.

4. La cohérence étant le dernier souci de notre godelureau, il est inutile de chercher le moindre sens à la mise en opposition des deux parties de la phrase qui suit : « Alors même qu’il ne croit pas une seconde qu’il puisse y avoir des médias libres dans nos démocraties qu’il déteste, Chomsky n’hésite pas à déclarer sur France Inter qu’il est hostile à l’existence de l’Etat d’Israël, lequel Etat n’étant selon lui qu’une base américaine au Proche-Orient. »

Passons ici sur ce que dit exactement Chomsky sur les médias et les journalistes et sa prétendue détestation de « nos » démocraties [2].

Plus grave, parce qu’elle fait suite à l’amalgame avec Ben Laden et aux imputations, à peine masquées, de négationnisme et d’antisémitisme, l’affirmation selon laquelle Chomsky « est hostile à l’existence de l’Etat d’Israël, lequel Etat n’étant selon lui qu’une base américaine au Proche-Orient. ». Il suffit d’écouter ses déclarations au micro de Daniel Mermet pour comprendre que c’est une calomnie frauduleuse [3].


Format mp3 – Durée : 6’ 45″ – Téléchargeable ici

Résumons, au risque de simplifier une position, certes discutable, mais nuancée : Noam Chomsky se réclame d’un courant déterminé du sionisme et se déclare partisan d’un Etat binational, dont il affirme qu’il fut envisageable et qu’il reste un horizon. Mais trop de précision nuit à la santé intellectuelle des adeptes de la pensée « complexe » dont Philippe Val est une figure de proue. Il suffit à ce dernier de laisser entendre que Chomsky partage la même hostilité à l’existence de l’Etat d’Israël que Ben Laden.

5. Suit alors une nouvelle calomnie, destinée à établir que Chomsky est un négationniste en tout [4] : « Plus tard, Chomsky a encore précisé sa pensée politique en niant le génocide khmer. »

Ce mensonge éhonté, cent fois démenti, invite à s’interroger sur l’usage scientifique que l’on pourrait faire du mot « crapulerie ». Philippe Val avait déjà mis ce mensonge au service d’un rapprochement entre Chomsky et Hitler ; cette fois, il atteste de l’évidente proximité entre Chomsky et Ben Laden [5].

Chomsky a combattu pour que la fureur criminelle du régime de Pol Pot fasse l’objet d’informations précises et, surtout, s’est efforcé d’analyser comment et pourquoi, la dénonciation de ces crimes contre l’humanité a permis de masquer ceux qui ont été perpétrés au Timor Oriental. Un point, c’est tout [6].

Le faussaire est d’autant plus hargneux qu’il n’est que le dernier de la cohorte qui sévit depuis de longues années contre les positions de Chomsky, qui méritent d’être discutées, certes, mais pour ce qu’elles sont.

II. Un procès en complicité

Reprenons notre souffle… Il est impensable qu’un journaliste aussi accompli que Philippe Val ignore tout des sujets qu’il aborde dans ses nombreux pied-à-terre médiatiques. Il bosse ses éditos et ses chroniques comme un étudiant de science po préparerait le concours d’entrée de l’ENA ; il accumule les données, recoupe les informations. Ses propos sont pesés, ses phrases réfléchies et ses injonctions calculées. Quand il dit n’importe quoi, ce ne peut être par ignorance ou par erreur. Il dit le faux en connaissant le vrai : il ment, tout simplement, et, sur certaines questions, systématiquement.

Les moyens qu’il emploie sont parfaitement ajustés à la fin qu’il poursuit : rejeter dans l’enfer totalitaire tous ceux qui ne partagent ni sa conception maigrichonne de la démocratie ni sa critique superficielle du totalitarisme.

1. Pour instruire son procès en complicité, voire en communauté de pensée, Philippe Val revient alors à son point de départ…. pour impliquer Le Monde Diplomatique dans le « complot » dont il est le théoricien : « C’est donc un penseur très original, dont on peut de temps en temps – de temps à autres – lire les tribunes dans Le Monde diplomatique et qui vient d’avoir la caution suprême du plus indiscutable des ennemis de l’Amérique : Oussama Ben Laden lui-même. »

Le Monde Diplomatique et Ben Laden, même combat ?

… Plutôt une indéniable complicité : « Il faut dire que Ben Laden développe une théorie qui ne doit pas déplaire à Chomsky et à ses admirateurs. Dans sa dernière vidéo, Ben Laden prétend que nos médias ne sont que des instruments des empires colonialistes et qu’ils sont moins crédibles que les médias des pays dictatoriaux. » Qu’importe si Chomsky ne dit rien de tel (et s’il ne nous viendrait pas une seconde à l’esprit de soutenir une telle ineptie) : Philippe Val sévit sur France Inter pour que rien ne sépare la polémique et la calomnie.

2. « Et il [Ben Laden] poursuit par un hommage appuyé, donc, à Chomsky dont j’aimerais savoir ce que ça lui fait de compter désormais Ben Laden au nombre de ses admirateurs. Certes, il arrive qu’on n’ait pas les admirateurs qu’on mérite, il arrive aussi qu’on ne mérite pas ses admirateurs, mais dans le cas de Chomsky et de Ben Laden, je dirais plutôt qu’ils se sont enfin trouvés. »

Quand un dirigeant du MNR de Bruno Mégret cite, pour les approuver, les propos de Philippe Val, faut-il dire que « dans le cas » de Bruno Mégret et Philippe Val, ils se sont « enfin trouvés » [7] ? Puisque Ben Laden, dans la vidéo, s’en prend à George Bush pour ne pas avoir signé le protocole de Kyoto, on pourrait imaginer que le Président étatsunien, inspiré par Philippe Val, déclare que la caution de Ben Laden est bien la preuve que les signataires du Protocole ne sont qu’une coalition de totalitaires qui se sont « enfin trouvés ». Mais les vrais conseillers de George Bush sont manifestement moins subtils que Philippe Val… et ses conseillers.

Le déluge non de distorsions polémiques, mais d’insinuations calomnieuses et de mensonges avérés semble donc devoir s’achever sur cette équation : Chomsky=Ben Laden. Défenseurs de Chomsky= admirateurs de Ben Laden…

3. … Mais ce n’est pas fini. D’ailleurs, Philippe Val n’en finit jamais… Chomsky est également coupable de complicité a posteriori avec Al-Qaïda : « En octobre 2001, dans une interview à propos du 11-Septembre, Chomsky expliquait la nouveauté de cette action terroriste. Pour la première fois, disait-il, alors que l’Amérique a commis tant de crimes hors de ses frontières – comme d’ailleurs l’Europe qui ne vaut pas plus cher que l’Amérique – la violence était dirigée contre elle et sur son territoire. Pas un mot pour déplorer, mais tout un long raisonnement pour justifier. Et comme remède, pour calmer la juste indignation des terroristes d’Al-Qaïda, à la fin de l’interview, Chomsky prônait un soulèvement populaire des citoyens des démocraties américaine et européennes contre leurs régimes qui, apparemment, sont ce qu’on peut trouver de pire sur terre. »

Nouvelle calomnie. Chomsky n’a jamais mâché ses mots pour dire la répulsion que lui inspire le massacre de masse du 11 septembre, comme tous ceux – beaucoup plus meurtriers – auxquels il a osé le comparer. Et le grand philosophe Philippe Val, qui aime se présenter comme un disciple de Spinoza – « Ni rire, ni pleurer, mais comprendre », c’est de lui -, ressasse désormais, à l’instar de quelques-uns de ses confrères, ce poncif réactionnaire : tenter d’expliquer, c’est justifier. Pour condamner, mieux vaut ne pas comprendre : du Spinoza pur jus !

4. Installé dans le camp du bien, bouffon de la cour qui l’honore, fabulateur qui se croit fabuliste, Philippe Val orne son propos d’une « moralité ». Elle nous apprend que le monde se divise en deux : Chomsky-Ben Laden et « la critique totalitaire des médias » [8], d’un côté ; Philippe Val et ses amis de l’autre :

« Je pense qu’il y a deux sortes de critiques du journalisme et des médias : celle qui les hait et veut leur mort, et celle qui les aime et veut qu’ils s’améliorent. Ces deux critiques n’ont rien en commun. L’une est totalitaire – et c’est celle de Ben Laden et des intellectuels auxquels il rend hommage – et l’autre est celle des démocrates exigeants : on aimerait parfois que la différence apparaisse plus clairement. »

Si Noam Chomsky n’est nullement au-dessus de toute critique, Philippe Val, lui, est (nettement) en dessous. Est-il « totalitaire » de le dire ? Est-ce haïr le journalisme de désespérer que Philippe Val s’améliore ?

Il y a deux sortes de journalistes : ceux dont la verve se nourrit d’un minimum de respect pour la vérité et ceux dont la bêtise haineuse et « valienne » a envahi le cerveau. Les premiers sont de salubrité publique, les seconds sont des imitateurs de Philippe Val. On aimerait parfois que la différence apparaisse clairement sur France Inter.

Epilogue

- Nicolas Demorand : « Merci Philippe Val, j’imagine qu’on en reparlera sur le répondeur téléphonique de l’émission de Daniel Mermet ! » Pas question, bien sûr, d’en reparler au micro de Demorand qui a opportunément oublié qu’il avait invité la semaine précédente Emmanuel Todd, lui aussi cité par Ben Laden, sans lui demander – il faut lui en savoir gré… –, si Ben Laden et lui s’étaient « enfin trouvés  ».

Mais quand il s’agit de Chomsky et de quelques autres…

Henri Maler

- Transcription Marie-Anne Boutoleau – Ingénieur du son et voleur d’images : Ricar. Merci aux traducteurs anonymes.



Annexes

- A écouter : Philippe Val sur France Inter.


Format mp3 – Durée : 3’ 03″ – Téléchargeable ici

- A lire : Philippe Val sur France Inter.

Philippe Val : Je voudrais revenir sur un événement médiatique qu’on n’a pas assez bien mesuré la semaine dernière. Tout ce qui hait la démocratie nourrit également une haine basique des médias et des moyens d’information libre. On l’a vu encore avec la récente communication de Ben Laden, toujours intéressante – c’est toujours intéressant Ben Laden – dans laquelle il rend un hommage appuyé à Noam Chomsky.

Les auditeurs d’Inter connaissent bien ce grand intellectuel américain puisque notre confrère Daniel Mermet a diffusé cinq heures d’entretien avec lui en mai dernier. Ben Laden est donc venu porter main-forte au promoteur des idées de ce sympathique intellectuel qui s’était déjà fait connaître des publics spécialisés grâce à une préface pour les écrits négationnistes de Faurisson. Chomsky fait partie de ces génies qui croient que le commun des mortels est assez stupide pour penser qu’il ne peut pas exister de Juif antisémite.

Alors même qu’il ne croit pas une seconde qu’il puisse y avoir des médias libres dans nos démocraties qu’il déteste, Chomsky n’hésite pas à déclarer sur France Inter qu’il est hostile à l’existence de l’Etat d’Israël, lequel Etat n’étant selon lui qu’une base américaine au Proche-Orient.

Plus tard, Chomsky a encore précisé sa pensée politique en niant le génocide khmer.

C’est donc un penseur très original, dont on peut de temps en temps – de temps à autres – lire les tribunes dans Le Monde diplomatique et qui vient d’avoir la caution suprême du plus indiscutable des ennemis de l’Amérique : Oussama Ben Laden lui-même.

Il faut dire que Ben Laden développe une théorie qui ne doit pas déplaire à Chomsky et à ses admirateurs. Dans sa dernière vidéo, Ben Laden prétend que nos médias ne sont que des instruments des empires colonialistes et qu’ils sont moins crédibles que les médias des pays dictatoriaux.

Et il poursuit par un hommage appuyé, donc, à Chomsky dont j’aimerais savoir ce que ça lui fait de compter désormais Ben Laden au nombre de ses admirateurs. Certes, il arrive qu’on n’ait pas les admirateurs qu’on mérite, il arrive aussi qu’on ne mérite pas ses admirateurs, mais dans le cas de Chomsky et de Ben Laden, je dirais plutôt qu’ils se sont enfin trouvés.

En octobre 2001, dans une interview à propos du 11-Septembre, Chomsky expliquait la nouveauté de cette action terroriste. Pour la première fois, disait-il, alors que l’Amérique a commis tant de crimes hors de ses frontières – comme d’ailleurs l’Europe qui ne vaut pas plus cher que l’Amérique – la violence était dirigée contre elle et sur son territoire. Pas un mot pour déplorer, mais tout un long raisonnement pour justifier. Et comme remède, pour calmer la juste indignation des terroristes d’Al-Qaïda, à la fin de l’interview, Chomsky prônait un soulèvement populaire des citoyens des démocraties américaine et européennes contre leurs régimes qui, apparemment, sont ce qu’on peut trouver de pire sur terre.

Je pense qu’il y a deux sortes de critiques du journalisme et des médias : celle qui les hait et veut leur mort, et celle qui les aime et veut qu’ils s’améliorent. Ces deux critiques n’ont rien en commun. L’une est totalitaire – et c’est celle de Ben Laden et des intellectuels auxquels il rend hommage – et l’autre est celle des démocrates exigeants : on aimerait parfois que la différence apparaisse plus clairement.

Nicolas Demorand  : Merci Philippe Val, j’imagine qu’on en reparlera sur le répondeur téléphonique de l’émission de Daniel Mermet !

C’était la chronique matinale et hebdomadaire de Philippe Val, le 14 septembre 2007 sur France Inter.

_________________________________________________

[1] Voir, sur Dailymotion, cette vidéo (extraite de « Chomsky, les médias et les illusions nécessaires », un film de M. Achbar et P. Wintonick, 1993 …) : « Chomsky et l’affaire Faurisson.

[2] Il suffit de mentionner l’une de ces déclarations les plus récentes, au micro de Mermet et publiée par Le Monde Diplomatique d’août 2007 : « Aux Etats-Unis, la liberté d’expression est protégée à un degré que je crois inconnu dans tout autre pays du monde. » Preuve évidente de détestation… Et encore : « Quand des journalistes sont mis en cause, ils répondent aussitôt : « Nul n’a fait pression sur moi, j’écris ce que je veux. » C’est vrai. Seulement, s’ils prenaient des positions contraires à la norme dominante, ils n’écriraient plus leurs éditoriaux. La règle n’est pas absolue, bien sûr ; il m’arrive moi-même d’être publié dans la presse américaine, les Etats-Unis ne sont pas un pays totalitaire non plus. Mais quiconque ne satisfait pas certaines exigences minimales n’a aucune chance d’être pressenti pour accéder au rang de commentateur ayant pignon sur rue. C’est d’ailleurs l’une des grandes différences entre le système de propagande d’un Etat totalitaire et la manière de procéder dans des sociétés démocratiques. ». Ne demandez pas à Philippe Val de comprendre : il a réussi à « accéder au rang de commentateur ayant pignon sur rue ».

[3] Extrait de « Chomsky et Cie (6) », émission diffusée le 21 mai 2007 dans « Là-bas si j’y suis ».

[4] Philippe Val ne va pas jusqu’à affirmer que Chomsky aurait douté, non seulement du génocide Khmer, mais aussi de l’existence des chambres à gaz. Mais d’autres l’ont fait avant lui. Voir par exemple : Cela ne mérite même pas un droit de réponse.

[5] « Le négationnisme fait partie intégrante du crime, en temps réel. L’effacement des traces n’est que la continuation du même geste qui tue. On le trouve dans tous les génocides du XXème siècle . Hitler par deux fois fait allusion au génocide arménien, afin d’y adosser son action. Noam Chomsky, qui a préfacé l’ouvrage de Faurisson, est également un négateur du génocide cambodgien. Les génocides sont liés entre eux par leurs négateurs. » (éditorial de Charlie hebdo du 21 mars 2007. Lire ici même : « Philippe Val, propagateur de calomnies et docteur ès déontologie.

[6] Sur ce point voir ici même : « Cambodge et Timor » dans « Noam Chomsky et les médias français ».

[7] Le 27 août 2005, l’un des dirigeants du mouvement, Roger Cuculière explique que : « Sous couvert d’activités religieuses, nous avons affaire à un parti islamique (ou islamiste) qui déguise ses initiatives politiques sous des apparences religieuses. J’ai eu la surprise de retrouver cette idée chez un éditorialiste qui est à l’opposé de ce que nous représentons, Philippe Val, de Charlie hebdo, dans un numéro d’octobre 2004.  »[[Voir sur le site du MNR Cité dans PLPL, n°26, octobre 2005).

[8] Qui, Philippe Val l’avait déjà établi, réunit des « admirateurs » de « Staline, Hitler, Pol Pot, l’Ayatollah Khomeyni, Franco, Mao Tsé Toung, Fidel Castro ». Lire ici même : « Une caresse de Philippe Val.

Publié dans CRITIQUE DES MEDIAS, NOAM CHOMSKY | Pas de Commentaire »

Le lavage de cerveaux en liberté ,par NOAM CHOMSKY

Posté par issopha le 14 septembre 2007

ArchivesAoût 2007 

Plus efficace encore que les dictatures

 

Le lavage de cerveaux en liberté

 

 

Rachats de grands journaux – le « Wall Street Journal » aux Etats-Unis, « Les Echos » en France – par des hommes fortunés habitués à plier la vérité au gré de leurs intérêts (lire aussi, dans ce numéro, « Prédateurs de presse et marchands d’influence », par Marie Bénilde), médiatisation outrancière de M. Nicolas Sarkozy, cannibalisation de l’information par les sports, la météo et les faits divers, le tout dans une débauche de publicités : la « communication » constitue l’instrument de gouvernement permanent des régimes démocratiques. Elle est, pour eux, ce que la propagande est aux dictatures. Dans un entretien accordé au journaliste de France Inter Daniel Mermet, l’intellectuel américain Noam Chomsky analyse ces mécanismes de domination et les replace dans leur contexte historique. Il rappelle, par exemple, que les régimes totalitaires se sont appuyés sur les ressorts de la communication publicitaire perfectionnés aux Etats-Unis au lendemain de la première guerre mondiale. Au-delà, il évoque les perspectives de transformation sociale dans le monde actuel, et ce à quoi pourrait ressembler l’utopie pour ceux qui, malgré la pédagogie de l’impuissance martelée par les médias, n’ont pas renoncé à changer le monde.

Par Noam Chomsky

Commençons par la question des médias. En France, en mai 2005, lors du référendum sur le traité de Constitution européenne, la plupart des organes de presse étaient partisans du « oui », et cependant 55 % des Français ont voté « non ». La puissance de manipulation des médias ne semble donc pas absolue. Ce vote des citoyens représentait-il aussi un « non » aux médias ?

Le travail sur la manipulation médiatique ou la fabrique du consentement fait par Edward Herman et moi n’aborde pas la question des effets des médias sur le public (1). C’est un sujet compliqué, mais les quelques recherches en profondeur menées sur ce thème suggèrent que, en réalité, l’influence des médias est plus importante sur la fraction de la population la plus éduquée. La masse de l’opinion publique paraît, elle, moins tributaire du discours des médias.

Prenons, par exemple, l’éventualité d’une guerre contre l’Iran : 75 % des Américains estiment que les Etats-Unis devraient mettre un terme à leurs menaces militaires et privilégier la recherche d’un accord par voie diplomatique. Des enquêtes conduites par des instituts occidentaux suggèrent que l’opinion publique iranienne et celle des Etats-Unis convergent aussi sur certains aspects de la question nucléaire : l’écrasante majorité de la population des deux pays estime que la zone s’étendant d’Israël à l’Iran devrait être entièrement débarrassée des engins de guerre nucléaires, y compris ceux que détiennent les troupes américaines de la région. Or, pour trouver ce genre d’information dans les médias, il faut chercher longtemps.

Quant aux principaux partis politiques des deux pays, aucun ne défend ce point de vue. Si l’Iran et les Etats-Unis étaient d’authentiques démocraties à l’intérieur desquelles la majorité détermine réellement les politiques publiques, le différend actuel sur le nucléaire serait sans doute déjà résolu. Il y a d’autres cas de ce genre.

Concernant, par exemple, le budget fédéral des Etats-Unis, la plupart des Américains souhaitent une réduction des dépenses militaires et une augmentation, en revanche, des dépenses sociales, des crédits versés aux Nations unies, de l’aide économique et humanitaire internationale, et enfin l’annulation des baisses d’impôts décidées par le président George W. Bush en faveur des contribuables les plus riches.

Sur tous ces sujets-là, la politique de la Maison Blanche est totalement contraire aux réclamations de l’opinion publique. Mais les enquêtes qui relèvent cette opposition publique persistante sont rarement publiées dans les médias. Si bien que les citoyens sont non seulement écartés des centres de décision politique, mais également tenus dans l’ignorance de l’état réel de cette même opinion publique.

Il existe une inquiétude internationale relative à l’abyssal « double déficit » des Etats-Unis : le déficit commercial et le déficit budgétaire. Or ceux-ci n’existent qu’en relation étroite avec un troisième déficit : le déficit démocratique, qui ne cesse de se creuser, non seulement aux Etats-Unis, mais plus généralement dans l’ensemble du monde occidental.

Chaque fois qu’on demande à un journaliste vedette ou à un présentateur d’un grand journal télévisé s’il subit des pressions, s’il lui arrive d’être censuré, il réplique qu’il est entièrement libre, qu’il exprime ses propres convictions. Comment fonctionne le contrôle de la pensée dans une société démocratique ? En ce qui concerne les dictatures, nous le savons.

Quand des journalistes sont mis en cause, ils répondent aussitôt : « Nul n’a fait pression sur moi, j’écris ce que je veux. » C’est vrai. Seulement, s’ils prenaient des positions contraires à la norme dominante, ils n’écriraient plus leurs éditoriaux. La règle n’est pas absolue, bien sûr ; il m’arrive moi-même d’être publié dans la presse américaine, les Etats-Unis ne sont pas un pays totalitaire non plus. Mais quiconque ne satisfait pas certaines exigences minimales n’a aucune chance d’être pressenti pour accéder au rang de commentateur ayant pignon sur rue.

C’est d’ailleurs l’une des grandes différences entre le système de propagande d’un Etat totalitaire et la manière de procéder dans des sociétés démocratiques. En exagérant un peu, dans les pays totalitaires, l’Etat décide de la ligne à suivre et chacun doit ensuite s’y conformer. Les sociétés démocratiques opèrent autrement. La « ligne » n’est jamais énoncée comme telle, elle est sous-entendue. On procède, en quelque sorte, au « lavage de cerveaux en liberté ». Et même les débats « passionnés » dans les grands médias se situent dans le cadre des paramètres implicites consentis, lesquels tiennent en lisière nombre de points de vue contraires.

Le système de contrôle des sociétés démocratiques est fort efficace ; il instille la ligne directrice comme l’air qu’on respire. On ne s’en aperçoit pas, et on s’imagine parfois être en présence d’un débat particulièrement vigoureux. Au fond, c’est infiniment plus performant que les systèmes totalitaires.

Prenons, par exemple, le cas de l’Allemagne au début des années 1930. On a eu tendance à l’oublier, mais c’était alors le pays le plus avancé d’Europe, à la pointe en matière d’art, de sciences, de techniques, de littérature, de philosophie. Puis, en très peu de temps, un retournement complet est intervenu, et l’Allemagne est devenue l’Etat le plus meurtrier, le plus barbare de l’histoire humaine.

Tout cela s’est accompli en distillant de la peur : celle des bolcheviks, des Juifs, des Américains, des Tziganes, bref, de tous ceux qui, selon les nazis, menaçaient le cœur de la civilisation européenne, c’est-à-dire les « héritiers directs de la civilisation grecque ». En tout cas, c’est ce qu’écrivait le philosophe Martin Heidegger en 1935. Or la plupart des médias allemands qui ont bombardé la population avec des messages de ce genre ont repris les techniques de marketing mises au point… par des publicitaires américains.

N’oublions pas comment s’impose toujours une idéologie. Pour dominer, la violence ne suffit pas, il faut une justification d’une autre nature. Ainsi, lorsqu’une personne exerce son pouvoir sur une autre – que ce soit un dictateur, un colon, un bureaucrate, un mari ou un patron –, elle a besoin d’une idéologie justificatrice, toujours la même : cette domination est faite « pour le bien » du dominé. En d’autres termes, le pouvoir se présente toujours comme altruiste, désintéressé, généreux.

  

  

Quand la violence d’Etat ne suffit plus

Dans les années 1930, les règles de la propagande nazie consistaient, par exemple, à choisir des mots simples, à les répéter sans relâche, et à les associer à des émotions, des sentiments, des craintes. Quand Hitler a envahi les Sudètes [en 1938], ce fut en invoquant les objectifs les plus nobles et charitables, la nécessité d’une « intervention humanitaire » pour empêcher le « nettoyage ethnique » subi par les germanophones, et pour permettre que chacun puisse vivre sous l’« aile protectrice » de l’Allemagne, avec le soutien de la puissance la plus en avance du monde dans le domaine des arts et de la culture.

En matière de propagande, si d’une certaine manière rien n’a changé depuis Athènes, il y a quand même eu aussi nombre de perfectionnements. Les instruments se sont beaucoup affinés, en particulier et paradoxalement dans les pays les plus libres du monde : le Royaume-Uni et les Etats-Unis. C’est là, et pas ailleurs, que l’industrie moderne des relations publiques, autant dire la fabrique de l’opinion, ou la propagande, est née dans les années 1920.

Ces deux pays avaient en effet progressé en matière de droits démocratiques (vote des femmes, liberté d’expression, etc.) à tel point que l’aspiration à la liberté ne pouvait plus être contenue par la seule violence d’Etat. On s’est donc tourné vers les technologies de la « fabrique du consentement ». L’industrie des relations publiques produit, au sens propre du terme, du consentement, de l’acceptation, de la soumission. Elle contrôle les idées, les pensées, les esprits. Par rapport au totalitarisme, c’est un grand progrès : il est beaucoup plus agréable de subir une publicité que de se retrouver dans une salle de torture.

Aux Etats-Unis, la liberté d’expression est protégée à un degré que je crois inconnu dans tout autre pays du monde. C’est assez récent. Dans les années 1960, la Cour suprême a placé la barre très haut en matière de respect de la liberté de parole, ce qui exprimait, à mon avis, un principe fondamental établi dès le XVIIIe siècle par les valeurs des Lumières. La position de la Cour fut que la parole était libre, avec pour seule limite la participation à un acte criminel. Si, par exemple, quand je rentre dans un magasin pour le dévaliser, un de mes complices tient une arme et que je lui dis : « Tire ! », ce propos n’est pas protégé par la Constitution. Pour le reste, le motif doit être particulièrement grave avant que la liberté d’expression soit mise en cause. La Cour suprême a même réaffirmé ce principe en faveur de membres du Ku Klux Klan.

En France, au Royaume-Uni et, me semble-t-il, dans le reste de l’Europe, la liberté d’expression est définie de manière très restrictive. A mes yeux, la question essentielle est : l’Etat a-t-il le droit de déterminer ce qu’est la vérité historique, et celui de punir qui s’en écarte ? Le penser revient à s’accommoder d’une pratique proprement stalinienne.

Des intellectuels français ont du mal à admettre que c’est bien là leur inclination. Pourtant, le refus d’une telle approche ne doit pas souffrir d’exception. L’Etat ne devrait avoir aucun moyen de punir quiconque prétendrait que le Soleil tourne autour de la Terre. Le principe de la liberté d’expression a quelque chose de très élémentaire : ou on le défend dans le cas d’opinions qu’on déteste, ou on ne le défend pas du tout. Même Hitler et Staline admettaient la liberté d’expression de ceux qui partagaient leur point de vue…

J’ajoute qu’il y a quelque chose d’affligeant et même de scandaleux à devoir débattre de ces questions deux siècles après Voltaire, qui, comme on le sait, déclarait : « Je défendrai mes opinions jusqu’à ma mort, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez défendre les vôtres. » Et c’est rendre un bien triste service à la mémoire des victimes de l’Holocauste que d’adopter une des doctrines fondamentales de leurs bourreaux.

Dans un de vos livres, vous commentez la phrase de Milton Friedman : « Faire des profits est l’essence même de la démocratie »

A vrai dire, les deux choses sont tellement contraires qu’il n’y a même pas de commentaire possible… La finalité de la démocratie, c’est que les gens puissent décider de leur propre vie et des choix politiques qui les concernent. La réalisation de profits est une pathologie de nos sociétés, adossée à des structures particulières. Dans une société décente, éthique, ce souci du profit serait marginal. Prenez mon département universitaire [au Massachusetts Institute of Technology] : quelques scientifiques travaillent dur pour gagner beaucoup d’argent, mais on les considère un peu comme des marginaux, des gens perturbés, presque des cas pathologiques. L’esprit qui anime la communauté académique, c’est plutôt d’essayer de faire des découvertes, à la fois par intérêt intellectuel et pour le bien de tous.

Dans l’ouvrage qui vous est consacré aux éditions de L’Herne, Jean Ziegler écrit : « Il y a eu trois totalitarismes : le totalitarisme stalinien, nazi et maintenant c’est Tina (2). » Compareriez-vous ces trois totalitarismes ?

Je ne les mettrais pas sur le même plan. Se battre contre « Tina », c’est affronter une emprise intellectuelle qu’on ne peut pas assimiler aux camps de concentration ni au goulag. Et, de fait, la politique des Etats-Unis suscite une opposition massive à l’échelle de la planète. L’Argentine et le Venezuela ont jeté le Fonds monétaire international (FMI) dehors. Les Etats-Unis ont dû renoncer à ce qui était encore la norme il y a vingt ou trente ans : le coup d’Etat militaire en Amérique latine. Le programme économique néolibéral, qui a été imposé de force à toute l’Amérique latine dans les années 1980 et 1990, est aujourd’hui rejeté dans l’ensemble du continent. Et on retrouve cette même opposition contre la globalisation économique à l’échelle mondiale.

Le mouvement pour la justice, qui est sous les feux des projecteurs médiatiques lors de chaque Forum social mondial, travaille en réalité toute l’année. C’est un phénomène très nouveau dans l’histoire, qui marque peut-être le début d’une vraie Internationale. Or son principal cheval de bataille porte sur l’existence d’une solution de rechange. D’ailleurs, quel meilleur exemple de globalisation différente que le Forum social mondial ? Les médias hostiles appellent ceux qui s’opposent à la globalisation néolibérale les « antimondialistes », alors qu’ils se battent pour une autre mondialisation, la mondialisation des peuples.

On peut observer le contraste entre les uns et les autres, parce que, au même moment, a lieu, à Davos, le Forum économique mondial, qui travaille à l’intégration économique planétaire, mais dans le seul intérêt des financiers, des banques et des fonds de pension. Puissances qui contrôlent aussi les médias. C’est leur conception de l’intégration globale, mais au service des investisseurs. Les médias dominants considèrent que cette intégration est la seule qui mérite, en quelque sorte, l’appellation officielle de mondialisation.

Voilà un bel exemple du fonctionnement de la propagande idéologique dans les sociétés démocratiques. A ce point efficace que même des participants au Forum social mondial acceptent parfois le qualificatif malintentionné d’« antimondialistes ». A Porto Alegre, je suis intervenu dans le cadre du Forum, et j’ai participé à la Conférence mondiale des paysans. Ils représentent à eux seuls la majorité de la population de la planète…

On vous range dans la catégorie des anarchistes ou des socialistes libertaires. Dans la démocratie telle que vous la concevez, quelle serait la place de l’Etat ?

On vit dans ce monde, pas dans un univers imaginaire. Dans ce monde, il existe des institutions tyranniques, ce sont les grandes entreprises. C’est ce qu’il y a de plus proche des institutions totalitaires. Elles n’ont, pour ainsi dire, aucun compte à rendre au public, à la société ; elles agissent à la manière de prédateurs dont d’autres entreprises seraient les proies. Pour s’en défendre, les populations ne disposent que d’un seul instrument : l’Etat. Or ce n’est pas un bouclier très efficace, car il est, en général, étroitement lié aux prédateurs. A une différence, non négligeable, près : alors que, par exemple, General Electric n’a aucun compte à rendre, l’Etat doit parfois s’expliquer auprès de la population.

Quand la démocratie se sera élargie au point que les citoyens contrôleront les moyens de production et d’échange, qu’ils participeront au fonctionnement et à la direction du cadre général dans lequel ils vivent, alors l’Etat pourra disparaître petit à petit. Il sera remplacé par des associations volontaires situées sur les lieux de travail et là où les gens vivent.

Est-ce les soviets ?

C’étaient les soviets. Mais la première chose que Lénine et Trotski ont détruit, sitôt après la révolution d’Octobre, ce sont les soviets, les conseils ouvriers et toutes les institutions démocratiques. Lénine et Trotski ont été à cet égard les pires ennemis du socialisme au XXe siècle. En tant que marxistes orthodoxes, ils ont estimé qu’une société retardataire comme la Russie de leur époque ne pouvait pas passer directement au socialisme avant d’être précipitée de force dans l’industrialisation.

En 1989, au moment de l’effondrement du système communiste, j’ai pensé que cet effondrement représentait, paradoxalement, une victoire pour le socialisme. Car le socialisme tel que je le conçois implique, au minimum, je le répète, le contrôle démocratique de la production, des échanges et des autres dimensions de l’existence humaine.

Toutefois, les deux principaux systèmes de propagande se sont accordés pour dire que le système tyrannique institué par Lénine et Trotski, puis transformé en monstruosité politique par Staline, était le « socialisme ». Les dirigeants occidentaux ne pouvaient qu’être enchantés par cet usage absurde et scandaleux du terme, qui leur a permis pendant des décennies de diffamer le socialisme authentique.

Avec un enthousiasme identique, mais de sens contraire, le système de propagande soviétique a tenté d’exploiter à son profit la sympathie et l’engagement que suscitaient pour beaucoup de travailleurs les idéaux socialistes authentiques.

N’est-il pas vrai que toutes les formes d’auto-organisation selon les principes anarchistes se sont finalement effondrées ?

Il n’y a pas de « principes anarchistes » fixes, une sorte de catéchisme libertaire auquel il faudrait prêter allégeance. L’anarchisme, du moins tel que je le comprends, est un mouvement de la pensée et de l’action humaines qui cherche à identifier les structures d’autorité et de domination, à leur demander de se justifier et, dès qu’elles en sont incapables, ce qui arrive fréquemment, à tenter de les dépasser.

Loin de s’être « effondré », l’anarchisme, la pensée libertaire, se porte très bien. Il est à la source de nombreux progrès réels. Des formes d’oppression et d’injustice qui étaient à peine reconnues, et encore moins combattues, ne sont plus admises. C’est une réussite, une avancée pour l’ensemble du genre humain, pas un échec.

(Propos recueillis par Daniel Mermet, revus et corrigés par l’auteur.)

Noam Chomsky.

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