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POURQUOI NOUS, SUBSAHARIENS DE FRANCE, SOMMES DEFAILLANTS DES COMPÉTENCES COLLECTIVES ET ORGANISATIONNELLES

POURQUOI NOUS, SUBSAHARIENS DE FRANCE, SOMMES DÉFAILLANTS DES COMPÉTENCES COLLECTIVES ET ORGANISATIONNELLES
A –     Migrants subsahariens de France : la Force du réseau ? 

 Isso cv1. Inventaire des motifs de démobilisation des migrants de l’engagement associatif

De l’aveu de l’ensemble des responsables associatifs interrogés (une trentaine environ), s’il est un commun dénominateur à la balkanisation de la communauté associative africaine du Grand Lyon et les velléités de regroupement des communautés à l’échelle ethnique, nationale et continentale, c’est bien en raison du constat globalement partagé que les Africains, les Subsahariens du moins, peinent à composer et travailler ensemble, pour toutes sortes de raisons. Les plus communément évoquées pour expliquer la fragilisation des initiatives intégratives étant :

1.1 Le pouvoir et la tentation des excès

Autour du pouvoir que confère la position de Président, dont la réalité et l’importance des privilèges varient d’une association à l’autre, gravitent tout un ensemble de problématiques dérivées dont :

 

  • Ÿ     « La malgouvernance »

Des cas de mauvaise gestion, de détournements de fonds, de non-traçabilité des investissements financiers effectués par l’exécutif, d’absence de cap défini par le « chef »…nous ont été rapportés, et qui ont justifié la démobilisation massive des membres, ou le démembrement ou pire, la dissolution pure et simple de certaines organisations associatives dont la plus emblématique et la plus mémorable est le Collectif des Associations Africaines de la Région Rhône-Alpes ( CARA).

 

  • Ÿ     La personnalisation à outrance

Elle est subie dans le sens où toutes les responsabilités incombent ou sont laissées par les autres membres à la seule charge du président, souvent initiateur de l’association. Il est donc considéré comme légitime qu’il doive être sur tous les fronts. C’est souvent le cas pour les associations de moindre envergure. Mais l’identification de l’association à la personne du Président est souvent voulue et le pouvoir devenant monopolistique au-delà des limites qu’en fixe le statut165 ; ce fait d’abus de pouvoir a été régulièrement énoncé au cours de notre enquête.

 

  • Ÿ     La lutte pour le leadership

Corollaire du fait précédent, la lutte pour le pouvoir au sein des associations subsahariennes est perçue comme l’une des causes principales du délitement du lien communautaire et la démobilisation des bénévoles. Les associations sont lieux de débats, d’initiatives, mais aussi de tensions, de conflits parfois bloquants. Cela est dû en partie au modèle organisationnel de ces associations très hiérarchisé, vertical et qui accorde une place centrale à la fonction du Président ou à un comité restreint de personnes chargés de la définition et la mise en œuvre des orientations de l’organisation. Le pouvoir a tendance à y être contesté en raison de la non-reconnaissance par les contestataires de la légitimité ou de la représentativité de la personne élue ou alors de la non-reconnaissance d’une motion de démission du président initiée par une assemblée générale. Selon certains de nos répondants, ces conflits pour le pouvoir sont particulièrement exacerbées dans les associations ayant bénéficié d’importantes subventions et dont la gestion peut être perçue comme non-transparente par une partie de l’assemblée. Les cas de figure menant à la lutte pour le leadership sont légion, en dépit de la fonction finalement ingrate de présidente, particulièrement en période de crise.

 

  • Ÿ     La désarticulation entre culture du pays d’accueil et la culture d’origine

Elle va se traduire par une appropriation insuffisante des outils et méthodes modernes de gestion et de management des organisations associatives, les modèles culturels du groupe d’origine (qui s’appuient sur la force du consensus, l’adhésion aux positions du chef en dépit des résistances souvent larvées) ayant tendance à prendre le pas sur la culture démocratique (la force de la majorité, la légitimité populaire, la transparence dans la gestion…) que prône le code juridique appliqué au management des associations en France.

Témoignage d’un membre d’un collectif d’associations issues d’un pays africain et qui illustre à suffisance le tiraillement permanent des migrants africains entre références à la culture d’origine et la culture du pays d’accueil, selon les situations et les contraintes :

« Nous avons toujours été une société basée sur l’unité. C’est-à-dire que lorsqu’on a un problème, on ne le règle pas tout seul dans son coin. Donc chaque membre vient et chacun discute. Au milieu, il y a ce qu’on appelle le chef du village, apparenté ici à un juge, et qui va donner tort ou raison à untel. Et lorsque le verdict tombe, personne ne le discute. Cela veut dire que l’autorité est installée. Or, aujourd’hui dans notre association, il y a un problème qui se pose. C‘est que le chef n’a plus le rôle de juge. Il devient décisionnaire et a tendance à tout imposer. C’est lui dicte l’objectif à atteindre. Or, pour pouvoir définir un objectif, il faut où toi-même tu veux aller. Si c’est pour faire des soirées, nous on n’a pas besoin de chef pour faire les soirées(…) Notre association est une structure démocratique dans les textes mais pas dans la culture, parce que c’est la culture qui détermine l’être humain. Si l’être humain ne se reconnait pas dans sa culture et ne voit pas sa culture exprimée dans ce qu’il met en place, il est complètement en déphasage. Et c’est ce qui amène les guerres intestines. Donc la manière dont notre association est structurée ne correspond pas à notre culture. Parce que dans notre culture, on a le respect du chef. La manière dont nous avons parlé du chef la dernière fois [contestation des positions du président à propos d’une stratégie partenariale à engager avec des structures non migrantes], on naurait pas pu ».

 

Et cet autre président d’association, dépité, qui regrette que la personnalisation à outrance de la question du pouvoir, choisie ou subie,  affecte des enjeux importants :

« C’est peut-être aussi un problème démocratique. Se dire que si nous mettons aujourd’hui telle ou telle personne à tel poste, c’est des mandats, 3 ans par exemple, puis on renouvelle une fois. C’est aussi important d’expérimenter d’autres personnes puis de faire en sorte qu’il y ait d’autres personnes qui prennent des responsabilités et qui se forment pour les prendre. Donc il y a ce travail qui à mon avis n’est pas suffisamment fait parce que cela relève du long terme bien entendu, du renforcement des compétences, des capacités. Mais on reste très souvent englué dans le quotidien, le montage des projets, la course aux moyens pour réaliser ces projets. Et on perd de vue finalement que chaque action que nous posons, nous devons la mettre en perspective avec les objectifs. Il y a ce décalage, ce déphasage, cette césure qui pose problème. C’est pareil aussi dans le domaine du développement. Les prêts, on finit par les considérer comme une fin en soi. Alors que pour moi, c’est des étapes, des moyens… »

 

  • Ÿ     Le conflit entre les générations au sein des  associations

La difficile communication entre les « anciens et les jeunes » est une des manifestations éloquentes du « choc des cultures » à l’œuvre dans les organisations associatives. Faisons parler cet acteur associatif qui rend bien compte de cette tension :

« Il y a dans nos associations, un problème de génération ; la génération qui est la mienne [trentenaire] n’est pas celle du président. Si tu veux, lui, sur certains points, il va avoir une position pas très souple, rigide, fermée. Moi je vais être plus souple. Je vais lui dire ‘’tu as tort’’. Or, dire cela au président, chez nous ça ne se fait pas. Ce n’est pas dans ma culture. Mais la culture occidentale veut que je dise à mon président tu as tort. Ce qui a fait que j’ai pu lui dire ça, c’est que j’ai été formaté. Je suis en France depuis 23 ans. J’en ai aujourd’hui 38. Mais celui qui n’a pas été formaté comme moi, qui est par exemple arrivé depuis 5 ou 10 ans, lui il ne va jamais comprendre pourquoi un ‘’petit’’, parce que je suis un ‘’petit’’, lui dit Non ! ».

Cette attitude est confirmée par un autre responsable d’association qui estime que : « Il y a cette difficulté de passer de limplicite à l’explicite. Une difficulté à trouver les moyens ou les mots pour dire les choses à un aîné, à une femme, à un jeune, de façon respectueuse, en lui faisant comprendre que ce n’est pas contre sa personne mais pour viser l’objectif que nous nous sommes collectivement fixés »

 

  • Ÿ     Les rapports hommes/femmes sont aussi en question

Une responsable d’association nous faisait ainsi remarquer que dans l’essentiel des organisations des migrants du Rhône, peu nombreux étaient les responsables femmes à la tête des associations mixtes, y compris des collectifs. Sexisme, non-intérêt ou non-disponibilité des femmes pour ces postes à responsabilité ? Une enquête plus approfondie permettrait d’en savoir un peu plus. Nous n’avons pas porté l’investigation plus loin sur ce champ-là, faute d’interlocutrices et de temps.

 

  • Ÿ     Le contrôle de l’information comme  facteur de renforcement des positions dominantes

Kamel Béji et Anaïs Pellerin soulignent que « la recherche d’informations pertinentes dépend : de l’accessibilité à l’information, de l’engagement et la volonté du détenteur de l’information de la diffuser et de la confiance accordée à l’informateur »166. Or, au vu du comportement des migrants, en règle générale, qui consiste à  recourir plus souvent aux informations provenant du réseau ou du lien auquel ils ont le plus confiance, le réseau communautaire, la détention et la rétention de l’information deviennent un attribut du pouvoir, comme en ont témoigné nombre de nos répondants ; et parfois sources de conflits entre le détenteur et les autres. Les informations pouvant être diffusées au compte-gouttes, partielles, avec des biais ou pas du tout selon les ressources en jeu. Parce qu’au sein d’un réseau les informations accumulées peuvent être convergentes, complémentaires, divergentes ou contradictoires, des théoriciens des réseaux sociaux tels Ronald Burt (1992) suggèrent de « bâtir des ponts entre les différents réseaux [qui] permettrait pour les nouveaux arrivants d’accéder à une information de meilleure qualité et de réduire les possibilités d’émergence de  biais informationnels »(167). En d’autres termes, les migrants récents en recherche d’emploi gagneraient à recourir à différents réseaux, ce qui permettrait d’accéder à plus d’informations pertinentes et  utiles à l’intégration dans l’emploi, même si cette multiplication des réseaux ne va pas sans un risque de biais informationnels, c’est-à-dire « l’écart entre deux informations provenant de sources différentes, soit entre l’information reçue et l’information pertinente »(168).

 

  • Ÿ     La politisation latente des groupes associatifs  des migrants participe aussi de cette démobilisation

Par politisation, nous entendons le processus par lequel pour des raisons d’intérêts personnels ou collectifs manifestes ou occultes, des acteurs d’une organisation associative vont  prendre position sur des questions liées à la confrontation politique entre professionnels de la politique dans le pays d’origine avec lequel l’association reste très en lien et/ou dans le pays d’accueil. L’engagement politique en faveur de tel ou de tel groupe, notamment en situation électorale, peut être pourvoyeur de ressources, ou en tout cas faciliter l’accès à celles-ci dès lors que les acteurs politiques soutenus, officiellement ou de manière voilée, arrivent aux affaires, généralement à la tête des instances administratives qui octroient les subventions (Mairie, communautés de  communes,  conseil  général, conseil régional, etc.).

Témoignage d’un acteur associatif africain :

« Effectivement, ça c’est réel hein, même si on est apolitique, on va forcément côtoyer des gens qui sont politiques. Parce que quand tu organises un forum, une conférence d’envergure et que tu présentes un dossier de subventions, il y a des politiques qui sont en face, ce sont des élus qui vont lire ton dossier ou en tout cas une partie et qui vont prendre la décision. Même s’ils ne lisent pas tout ton dossier, ils vont prendre la décision de t’accorder la subvention ou pas. Dans ce cas-là effectivement, il y a la politique qui intervient() Mais ça ne nous empêche pas de chercher d’autres subventions ou de réaliser ces activités qui nous tiennent à cœur par d’autres moyens ; Par les cotisations des bénévoles, nous on réalise ces projets… ».

Toutefois, de manière générale, les responsables d’organisations dites apolitiques se méfient de l’engagement partisan au sens de la politique politicienne :

« Les politiques ici, on connait leur capacité d’instrumentalisation. Ils veulent des adhérents, s’afficher :’’nous on est avec ceux- là… etc… .etc.’’ Afficher nos convictions c’est important. Mais ce qui est malheureux, c’est encore cette tentative de coloration pour bien se faire voir. Moi je dis qu’il faut absolument éviter cette instrumentalisation-là. Nous sommes ici pour réfléchir. » .

 

D’autres en appellent carrément à un apolitisme radical et s’en expliquent :

« Le fait d’être apolitique c’est pour que tout le monde se retrouve autour d’une table, bossent sur un projet….Faire sa journée culturelle, faire son forum, sans parler de politique. Parce que si tu parles…disons tu es de tel ou tel parti, ça va froisser les gens. Il ne faut pas parler de politique. Notre objectif n’est pas de faire de la politique. Par contre s’il y a une information qui concerne par exemple les élections , le vote des ressortissants de notre pays ici, c’est une information à passer qui n’est pas politique mais qui est un devoir…s’il faut passer par l’association pour donner ces informations sans prendre parti, on les donne…Après , au niveau du vote, chaque adhérent vote pour qui il veut. Voilà ! Nous on ne parle pas de politique au sens de la politique politicienne. Notre objectif n’est pas du tout ça ».

C’est le signe que certains responsables associatifs restent, en dépit des sollicitations de politiques, tout à fait lucides quant à la nécessité de prendre part au débat politique au sens de l’art de gérer la cité, du diagnostic, de l’analyse et la gestion des questions sociales ou sociétales. L’articulation Migration et Intégration en est. Telle est en tout  cas la  conviction de ce responsable associatif pour qui la  résolution de la  tentation du politique n’est possible que « …dans la mesure où on est capable de se poser des questions de confiance, de l’équilibre entre intérêts personnels et intérêt général, de la capacité à résister pour ne pas se laisser instrumentaliser. Être au clair pour ne pas se laisser solliciter par les politiques ici , y compris les politiques de nos pays, comme ces associations qui sont purement et simplement des relais ici de partis politiques locaux. Il faut rester vigilant ».

 

1.2 Les causes attitudinales et le poids des préjugés

 

  • Ÿ     La crise de confiance mutuelle et la non-reconnaissance de l’expertise des Subsahariens par la « clientèle africaine » ;

La valorisation des compétences des migrants est un axe que privilégient de nombreux  acteurs par la promotion de la cartographie de ces compétences, leur mise en relation, leur mise en relief et leur mise à contribution dans les actions de développement là-bas et d’intégration ici. C’est une démarche d’autant plus impérative que les migrants ayant développé une expertise dans un domaine particulier souffrent   parfois d’une double exclusion :

 

  • la non-reconnaissance de leur expertise par la communauté nationale des experts et qui se manifeste par une sollicitation fort marginale des subsahariens de France dans les actions de coopération avec les pays africains, ce   fait ayant été confirmé par des associations françaises engagées dans le champ de la solidarité internationale notamment avec le Mali.
  • La non-reconnaissance par les migrants Subsahariens eux-mêmes qui auraient, de l’avis de certains de nos répondants, un a priori négatif de l’expertise africaine pour des raisons qui sont difficilement cernables tant elles relèvent des croyances propres à chacun. Ce déficit de confiance entre membres qui sévit au sein de la communauté associative subsaharienne se nourrit du préjugé que « le goût du travail bien fait est l’apanage du Blanc », un préjugé tenace, stigmate psychoculturel des années de colonisation mentale et qui est aussi à la base de la fragilisation des réseaux d’acteurs associatifs migrants.

Cette situation selon certains responsables d’associations conduit ainsi nombre d’organisations de migrants à se détourner des savoir-faire et services des cabinets d’études par exemple (quand il en existe) administrés par des migrants subsahariens, car  ceux-ci sont présumés « pas assez rigoureux ni compétentes dans leurs démarches d’accompagnement, ni ponctuels ni discrets ». Cela relève-t-il de la « jalousie » entre experts d’origine africaine livrés à une concurrence farouche dans un microcosme (tout le monde se connait dans le Grand Lyon) comme justifiait un de nos enquêtés ? Du manque d’ouverture et donc de la méconnaissance des capacités techniques et opérationnelles avérées entre experts ? Difficile à dire tant les avis sur la question divergent.

 

Un médecin africain interviewé officiant dans un grand hôpital de l’agglomération lyonnaise nous confiait ainsi que les patients immigrés qui prenaient rendez-vous avec son service préféraient consulter les médecins « blancs » et « français ». Principale raison évoquée, réelle ou supposée: les Subsahariens ne seraient pas assez discrets et ne respecteraient pas assez le secret médical des patients. Le thérapeute interviewé évidemment s’en est défendu et a insisté sur l’importance  de la réputation, de l’image, de la présentation de soi, du paraître chez l’Africain corrélée à la crainte de l’opprobre sociale. Aussi, peu de patients migrants de cet hôpital, venant consulter pour les tests de SIDA par exemple, éviteraient soigneusement les médecins subsahariens.  Cet évitement est manifeste lors  des salons locaux de la solidarité nationale ou internationale où l’association de prévention et de lutte contre le SIDA et les infections hépatiques que co-préside notre enquêté tient souvent un stand de sensibilisation avec distribution des moyens de protection (préservatifs notamment). Une situation qui rend difficile le travail d’information et de prévention contre les Maladies sexuellement transmissibles (MST) de cette association au sein de la communauté subsaharienne, nous confiait son co-président. L’adhésion à un réseau national d’acteurs  associatifs  et institutionnels de lutte contre les MST répond sans doute au besoin d’approcher par d’autres moyens cette communauté, au travers des campagnes de sensibilisation de l’association nationale AIDES, un de ses plus importants partenaires.

Au total, la crise de confiance entre Subsahariens affecte fortement la volonté de travailler ensemble y compris au sein d’une même communauté ethnique et occasionne une déperdition  d’énergies  et  de  compétences préjudiciable aux initiatives des migrants.

 

  • Ÿ     Cette crise de confiance s’accompagne du déficit de la culture du contrat et  du respect de la parole donnée

Ce qui pose la question de l’inscription des acteurs dans un double cadre de référence culturel qui suppose de prendre en compte autant les valeurs de la culture d’origine et celles de la société de résidence. Un des responsables associatifs rencontrés  a fort bien  résumé cette dialectique entre le contrat écrit moderne et la force de la parole donnée des sociétés  africaines :

« Quand on donne sa parole, c’est très africain. La parole c’était le lieu de l’engagement. Elle était lourde de sens et elle était habitée. Il faut les deux. Il faut ma parole et le contrat. Le contrat renforce davantage cet engagement mutuel. Et la modernité de l’Afrique c’est de montrer que la parole, l’engagement, le poids que l’on donne à la parole c’est moderne, c’est d’aujourd’hui. Et que lorsque les contrats capotent, c’est tout simplement parce qu’elles étaient basées seulement sur le papier. Et qu’on n’avait pas travaillé suffisamment sur la dimension confiance, communication, relation…. ».

Une confiance déficitaire, comme on l’a vu, du fait des pré-jugements qui affectent les rapports entre acteurs sociaux  de la même communauté panafricaine :

« …tout à fait ! Et c’est là que quand je parle de passeur de culture, c’est de dire :’’qu’est-ce qu’il y a de bon dans le papier qu’on signe ‘’, ‘’qu’est-ce que ça implique ?’’, ‘’qu’est-ce que cela représente ? ‘’ . Je dirais que quand on est biculturel ou multiculturel et qu’on le vit comme une richesse et comme une ouverture, comme un renforcement, à ce moment-là on essaie de capter, de se passer le meilleur de toutes les cultures en disant que ça permet de mieux être soi-même et de mieux être ensemble les uns les autres(…) C’est là aussi que les associations à travers les réseaux et les collectifs peuvent permettre des avancées, l’acquisition de cette culture de la parole donnée et du contrat. Il y a des manquements sur les deux plans : africain et européen. Le fait que quand on est un collectif on a un souci de se donner des règles».

 

  • Ÿ     Une insuffisante incorporation des règles du code des associations en France, des règles de fonctionnement et des outils modernes de management  des organisations associatives

Cette situation a conduit à des situations telles que l’incurie dans la gestion des fonds de l’association, la personnification de l’association souvent par le créateur, les blocages statutaires consécutifs à une interprétation à géométrie variable des dispositions des statuts et du règlement intérieur. La quasi-totalité des responsables associatifs interviewés ont déploré cet état de fait, sans jamais se mettre en cause  eux-mêmes.  Nous  avons toutefois donné la parole à des membres simples de certaines associations qui nous ont fait part d’une liberté d’interprétation des dispositions des statuts de l’association selon la position au sein de l’organisation et selon la génération des acteurs concernés. Une des raisons du conflit des générations évoquées plus haut réside dans la difficile cohabitation des règles de la démocratie à l’occidentale et les règles coutumières de gestion des groupes et règlement des litiges. La jeune génération estimant que les anciens s’arc-boutent sur le sacro-saint principe du droit d’aînesse pour ne pas avoir à engager l’association vers des actions plus progressistes, des actions d’ouverture par exemple ; les anciens estimant que les jeunes manquent de plus en  plus  de respect aux aînés et aux valeurs traditionnelles de la communauté d’origine. 

D’où les préconisations émises par certains de nos répondants, notamment de promouvoir au sein des associations subsahariennes la culture de l’évaluation mais aussi de la critique positive qui permettent de progresser vers le mieux-faire. C’est le cas de ce responsable associatif pour qui, en plus de la restauration de la culture de confiance, du respect du contrat et de la parole donnée, des vertus du débat contradictoire, il faut aussi : « () une culture de l’évaluation et faire une pédagogie afin de faire comprendre que ce n’est pas un contrôle ; la faire de façon positive. Il y a des gens qui voient souvent l’évaluation comme un contrôle ou une sanction mais il faut montrer l’évaluation dans son aspect positif et contributif à l’évolution, au progrès. On évalue pour progresser. Il faut intégrer ça ».

Cela dit, les conséquences logiques de la crise multiforme de confiance entre Subsahariens  sont nombreuses :

  • Ÿ     Le délitement du lien communautaire

L’expérience migratoire qui fonde ou renforce le lien communautaire peut, à certains égards, en provoquer son affaiblissement. Cela tient à la qualité et à la force des relations qu’entretiennent les acteurs au sein d’un réseau. Une qualité qui se déprécie au vu des clôtures communautaires qui persistent entre groupes diasporiques, ou des tensions qui agitent jusqu’aux micro-communautés  qui jouissent habituellement d’un a priori  positif pourtant trompeur. Nous avons ainsi assisté à de vives tensions entre membres de bureau d’un collectif d’associations de migrants d’origine ouest-africaine, migrants perçus de l’extérieur comme une communauté harmonieuse et très intégrée à l’image de la stabilité socio-politique du pays d’origine. La réalité en interne est évidemment toute autre.

D’aucuns ont mis cet affaiblissement du lien communautaire et le primat des individualités sur le compte de la guerre que se livrent groupes et individus pour la captation des ressources et d’autres l’expliquent par une identité culturelle qui se perd au contact de la culture du pays d’accueil et qui justifierait les sursauts panafricanistes visant à se prémunir contre toute tentation assimilationniste. C’est le discours et l’idéal de reconquête identitaire que revendique le collectif Africa 50.

  • Ÿ     La démobilisation des adhérents et la faiblesse du bénévolat

Ce sont aussi une des caractéristiques des associations subsahariennes du Grand Lyon. Peu de disponibilité des bénévoles happés par les urgences et les charges professionnelles et familiales de la vie quotidienne ou ne voyant pas d’intérêt ou de gain direct à leur engagement. Ce que confirme Jean-Baptiste-Meyer et alii(169), estimant que les organisations de migrants  « (…) sont généralement de petites structures (en nombre de membres et en ressources) qui comptent principalement sur la disponibili de chaque membre. Ces derniers consacrent le temps résiduel (hors temps de travail et hors temps familial) aux différentes tâches concernant tant le fonctionnement de l’organisation que les rapports avec les divers acteurs du pays d’accueil et du pays d’origine. Cela est à l’évidence un facteur de fragilité et attire l’attention sur la nécessité d’une professionnalisation, dépassant le simple volontariat, ce qu’une intégration de type fédératif peut permettre ».

 

À ce « temps résiduel » du bénévole  s’agrègent  les facteurs démobilisateurs soulignés plus haut, la faiblesse du bénévolat associatif subsaharien est une conséquence directe du lien communautaire qui se délite et de la prééminence des intérêts particularistes  sur l’intérêt général qui se perd, nous ont confié, amers un répondant sur deux.  Nous avons d’ailleurs noté dans la même veine un engagement très marginal des retraités qualifiés ou semi- qualifiés et les migrants âgés de manière générale dans les activités bénévoles des associations de développement solidaire et d’insertion en France, là où la situation dans les associations françaises est différente , avec une très forte implication des retraités ou personnes âgées dans la vie associative. Différences de culture ? Est-ce le fait de facteurs purement conjoncturels liés à la situation matérielle, familiale et socioprofessionnelle personnelle des migrants concernés ? Nous n’avons pas eu l’occasion de rencontrer individuellement les migrants âgés pour nous enquérir des causes de cette attitude.

 

1.3  La notion de l’africanité des migrants d’origine subsaharienne en France et dans le Grand Lyon est elle-même en question 

 

En effet, le délitement  de  ce  lien  communautaire  trouve  aussi  explication  dans  la  façon  dont  chacun  vit son « africanité » et la reconstitution de l’idéal culturel africain par sa promotion dans le département du Rhône. L’africanité ici diffère selon les générations, les projets migratoires, les groupes communautaires, la situation socio- politique des pays de départ, le degré de mixité interculturelle des alliances familiales, etc.

  • L’africanité, dans notre entendement, c’est le sentiment d’appartenance d’une personne à un groupe d’individus liés « culturellement » par un ensemble de manières, conscientes ou non, de faire, d’agir, de sentir, d’être à soi et au monde, de penser, par la similitude des invariants liés aux us et coutumes des groupes ethniques et qui transcendent les frontières politiques et linguistiques. Les individus constitutifs de ce groupe culturel sont originaires (directement ou par leur ascendance immédiate) de l’Afrique subsaharienne. Ils sont conduits, volontairement ou non, à cohabiter plus ou moins pacifiquement, puis à construire et partager une vision, mieux, un regard endogène sur le monde, une philosophie de l’être et de la vie, et une relation à l’Autre influencée par moult facteurs.
  • L’africanité tient aussi au partage d’une mémoire commune construite autour des traumatismes et expériences douloureuses liés à  la Traite négrière, l’esclavage, la colonisation, la participation de la « force noire » à l’effort des deux guerres mondiales et ses répercussions multiples sur les soldats africains et leurs descendants , les problématiques actuelles des économies en déliquescence , des  situations d’anomies socio-politiques  et de profonde crise des valeurs morales , sociales et sociétales , de l’élargissement du fossé entre les élites politiques et le peuple ; des phénomènes qui drainent des transformations permanentes et en profondeur des sociétés africaines contemporaines et des personnalités individuelles.
  • Un essai de définition loin d’être parfait mais qui ne doit  cependant pas minorer l’idée qu’au-delà de ses caractéristiques «objectives», l’africanité est avant tout une affaire de perception  et  d’appréciation personnelles, une notion à géométrie variable qui, par les manœuvres de l’Histoire , mute avec le temps, avec les gens , avec l’espace et les mouvements migratoires des populations, les réalités et  conditions historiques propres à chacun selon ses origines, ses trajectoires de vie et son projet migratoire personnel (170). L’africanité varie donc, c’est une dynamique, une dialectique, un état en mouvement, qui enfle ou désenfle selon les contextes.

 

Les subsahariens du Grand Lyon n’échappent pas à cette observation. Les acteurs entendus au cours  de l’enquête ayant déploré le délitement de ce sentiment communautaire en dénonçant le primat des intérêts particularistes des uns et des autres sur l’intérêt général, le peu d’ouverture de certains acteurs associatifs à la culture démocratique de la société d’accueil, la tentation et la personnalisation à outrance du pouvoir au sein de quelques organisations , le manque de rigueur dans la gestion de la chose commune et plus encore les disensus ethno-politiques qui fragilisent le mieux vivre ensemble au sein  même  de   la  communauté  associative subsaharienne du Grand Lyon.

Débattre de cette problématique (et notamment de la substance que chaque rhodanien se reconnaissant dans une quelconque origine subsaharienne veut bien donner à ce concept) est d’autant plus essentielle qu’elle influe directement sur le vouloir-agir des acteurs, les motivations, l’implication des uns et des autres dans le renforcement des liens communautaires, au sein et en dehors des associations et la réalisation des actions collectives de développement économique et social au bénéfice de l’ensemble des migrants et des non-migrants. Refermons cette section avec cette analyse ô combien pertinente du journaliste et sociologue Ndongo Mbaye:

« Une première réalité s’impose de manière flagrante : (l’africanité) est seule. Que véhiculent les concepts (si tant est qu’ils existent ?) d’européanité, d’américanité, d’asiaticité, d’océanité ? Rien. Ou en tout cas rien de palpable tant dans une dimension et une perspective historique, sociologique, économique que culturelle et politique. Dès lors, l’africanité ne serait-elle pas une sorte de monstre du Loch Ness, d’Arlésienne dont on parle, mais que personne n’a jamais vu ? N’est-elle pas une simple commodi lexicale dont la signification chercherait en vain son sens ? Et à supposer même qu’elle existe, il faudrait poser les fondements de la réalité de sa représentation et de son autoreprésentation (…) Étant entendu que la vision de l’Africain sur son ‘’Africanité’’ (supposée ou psupposée) ne sera sûrement jamais la même que celle dont on l’affuble, aussi riches et scintillants qu’en soient les oripeaux. Que peut signifier ‘’africanité’’ pour les paysans de l’Afrique profonde, pour les éleveurs des contreforts du Fouta-Djalon, pour le commerçant dioula, pour le pêcheur Lebou ou pour le Dogon ? Parlez-lui de valeurs et de traditions africaines eu égard à son ethnie, à sa tribu, à son aire de vie, à son cercle d’us et coutumes : il vous comprendra mieux. »(171)

 

1.4 Les facteurs conjoncturels

 

  • Ÿ La faiblesse des ressources disponibles des associations explique pour une grande part le primat des logiques de subvention des activités menées sur les logiques de prestation.

 Il s’en suit que les associations de migrants s’engagent peu dans les champs où la concurrence pour l’accès aux subsides de l’État est particulièrement rude. C’est le cas dans les secteurs de l’intégration sociale et l’insertion par l’emploi, la langue et le logement où les organisations des migrants subsahariens sont si peu actives.  La politique d’intégration nationale est sous-traitée principalement aux   associations françaises d’intégration sans les acteurs migrants eux-mêmes, en d’autres termes.

 

  • ŸLa  non-ouverture aux acteurs non migrants (associations, entreprises, groupes, pouvoirs publics) et le cloisonnement communautaire expliquent en partie ce peu de visibilité auprès des acteurs majeurs de la question migratoire et intégrative dans les grandes villes.

C’est ce travail de décloisonnement que portent et animent de plus en plus des collectifs associatifs transnationaux tels Africa 50, le COSIM, le Forim. Les collectifs nationaux des migrants subsahariens restent pour autant encore très recroquevillés et pas toujours au fait des dispositifs et moyens disponibles pour accompagner les leurs dans le processus d’intégration économique et socio-professionnelle.

 

  • Au final, en raison de ces facteurs bloquants, les Subsahariens du Grand Lyon, pourtant désireux d’unité et d’action, peinent à construire un projet associatif global, cohérent, intégré, fédérateur qui serait suffisamment fort, légitime et visible pour susciter l’adhésion du grand nombre, mobiliser l’ensemble des compétences, même lointaines, engagées ou non dans la vie associative.

 

Les raisons de la démobilisation ici évoquées ne sont  pas exhaustives. Tout juste sont-elles les plus significatives au regard des discours exprimés par nos interlocuteurs durant la série d’entretiens que nous avons menés dans différentes communes de l’agglomération lyonnaise. La situation est-elle pour autant sans issue ?

 

Nombreuses sont celles qui restent déterminées, comme le Collectif Africa  50,  Alpadef,  le  promoteur  du Centre ACF, l’A2P Nord-Sud-Sud, Miferval, Passerelle Ngam, l’ABRA ou encore  l’ABL  portées  par  la  conviction qu’une révolution peut se faire avec une poignée d’hommes et de femmes de « bonne volonté », dès lors qu’un premier pas est fait sur le chemin de ce que la communauté associative africaine du Grand Lyon voudrait être dans un monde culturellement complexe mais si riche d’occasions de rencontres et de partage. C’est fort de cette conviction que nous aussi nous hasardons à proposer quelques pistes d’actions, sans doute déjà envisagées par les acteurs susmentionnés…ou pas.

 

2.       Quelques Préconisations en faveur du regroupement fécond des associations des migrants en collectifs départementaux et en une fédération régionale

Tout d’abord, un rappel des éléments justifiant et légitimant le renforcement des démarches intégratives : la fédération des groupes associatifs subsahariens du Grand Lyon, la mutualisation de leurs forces et moyens, la mise en commun et en cohérence de leurs actions  dans le double champ du développement et de l’intégration :

  • Le contexte difficile d’accès aux subventions de l’État en raison d’une forte baisse du financement des associations enregistrée depuis les 5 dernières années, sous la présidence Sarkozy notamment ;
  • la forte réduction du nombre d’associations partenaires de l’État dans le champ de l’intégration ;
  • le développement des marchés publics et des appels à projets qui a entraîné une augmentation du niveau d’exigence des pouvoirs publics et bailleurs de fonds en matière de professionnalisation des associations en plus de la qualité des réponses exigées ;
  • la concurrence rude auxquelles sont confrontées les associations de migrants de petite taille et  ne disposant que de très peu de moyens ;
  • la concentration des subventions publiques sur des associations d’envergure et de modeste taille sélectionnées avant tout sur la base de l’ancienneté du partenariat avec l’État, les critères de qualité et de professionnalisme et   qui disposent de moyens rédactionnels, techniques, financières pour répondre aux appels  d’offres,  ceux  qui  leur  assurent  une  certaine   visibilité,  gage  de  légitimité  pour  obtenir  un financement ;
  • la fragilisation et la non-visibilité des associations subsahariennes dans l’espace public qui résultent de leur extrême atomisation, trop souvent tentées qu’elles sont par l’isolement et l’exclusivité  dans  le portage du projet, démarches de collecte de fonds au succès pourtant limité comme en témoignent de nombreux responsables associatifs eux-mêmes ;
  • la confusion régnant dans l’esprit des politiques, administrations étatiques et l’opinion publique entre associations communautaires et associations communautaristes ;
  • l’absence criante des structures associatives issues des migrants au sein des instances de concertation et d’élaboration des politiques publiques d’intégration et d’insertion dans la région Rhône-Alpes et dans le département du Rhône ;
  • la trop faible proportion des associations des migrants ayant remporté un marché public  dans le domaine de l’intégration/insertion et ce qui en ferait des partenaires de l’État…

Ce contexte peu favorable aux démarches individuelles nous amène à penser à la suite de l’ensemble des acteurs entendus durant cette enquête qu’une initiative fédérative ferait reculer les obstacles. Pour ce faire, quelques actions préalables nous apparaissent indispensables :

 

Ÿ1. Œuvrer à l’élaboration et la mise en place d’une seule et unique fédération(172) des associations des  migrants subsahariens, démocratique,  disposant d’une assise départementale et régionale forte. Cette fédération s’appuierait sur une démarche doublement revendicative et partenariale avec les institutions ad hoc de l’État. Régionale, elle serait donc représentative de collectifs associatifs issus des 8 départements de Rhône-Alpes (un par département), disposant des compétences étendues puisque s’appuyant sur un réseau d’associations de migrants et non-migrants spécialisés dans des champs spécifiques (ingénierie de la formation, gestion de projets de développement, création/reprise d’entreprise, soutien scolaire des jeunes, insertion par l’emploi, le logement, accompagnement des migrants âgés, des femmes…), bref porteuse d’un projet associatif global régional structuré autour de deux axes principaux :
  • l’intégration et l’insertion multidimensionnelle des migrants dans la région en relation avec les objectifs du PRIPI  ( Plan Régional d’Intégration pour les Populations Immigrées ) Rhône-Alpes d’une part
  •  l’aide et le développement solidaire avec les pays d’origine d’autre part

 

 

2. Construire une fédération de collectifs associatifs départementaux  suppose en même temps une structuration au niveau local des organisations fédérées. Il serait souhaitable quelle que soit la configuration organisationnelle qu’elles conservent une part d’autonomie et une personnalité propre. Il s’agit de faire émerger Un et un seul  collectif  d’associations  de  migrants  subsahariens  par  département,    clairement  identifié,  aussi  bien  par  les immigrés porteurs de projets que par les partenaires privés et institutionnels. Les collectifs départementaux pourraient ainsi bénéficier de l’appui de la fédération régionale ainsi constituée, laquelle pourrait à  son tour intégrer une confédération nationale des fédérations régionales des migrants, sur le modèle des  réseaux  des AGEFIPH (Association de gestion du Fonds pour l’Insertion professionnelle des personnes handicapées)(173) ou du CRAJEP déjà cité.

L’enjeu ici étant de :

  • Contribuer au développement économique et social des immigrés à l’échelle de la région tout en s’ancrant avec cohérence dans les initiatives de l’État qui vont dans le même sens ;
  • Faciliter l’identification des organisations associatives des migrants par les pouvoirs publics et les partenaires privés multiples afin de consulter celles-ci dans le cadre de l’élaboration des politiques publiques en rapport avec l’intégration et l’insertion des immigrés  (primo-arrivants, femmes,  migrants âgés, descendants d’immigrés…) ;
  • Porter un projet cohérent, collectif, lisible, des  revendications  et  recommandations  discutées  et approuvées par les migrants, et la mise en œuvre par ceux-ci des actions de développement social en faveur des immigrés en butte aux difficultés d’insertion sociale et professionnelle ;
  • Échanger des informations permettant d’optimiser et reproduire les bonnes pratiques, tirer profit des expériences des uns et des autres ;
  • Aider à formaliser les réseaux informels préexistants
  • Asseoir et renforcer la légitimité des organisations associatives des migrants en  tant  que  partenaires viables, capables d’initiatives, de production de solutions, de co-construction ou co-gestion avec l’État et les partenaires tiers des actions d’accompagnement et d’insertion des publics en difficulté.

 

Ÿ 3.  S’appuyer pour ce faire sur un socle fédérateur particulier, une cause spécifique commune pour laquelle   une mobilisation est identifiée par tous comme souhaitable et pertinente, une cause qui pourrait inciter les Africains de France, toutes origines confondues, à construire une diaspora forte, visible et entreprenante au sens où le sont diasporas chinoise et indienne. Promouvoir et renforcer l’esprit et l’identité panafricaine qui puisse irriguer les pratiques et les attitudes et inspirer des initiatives transnationales sur le continent africain ;

 

4.  Consoliderles liens de confiance entre les migrants récents, anciens et les différents réseaux sociaux,   formels et informels, que leur ouvrirait la fédération pour faciliter ou fluidifier le processus de l’intégration sociale, économique et professionnelle. Et donner enfin sens à  la  formule  « Force  du réseau » et l’appliquer légitimement aux subsahariens du Grand Lyon ;

 

Ÿ 5. Faire reculer la logique de subvention au profit de la logique des prestations en concevant et développant des services divers (inspirés de la demande sociale ambiante) en direction des  publics migrants en difficulté et répondant, entre autres besoins, aux impératifs des politiques publiques d’insertion et  d’intégration ; la participation à ces politiques se concrétisant via la formalisation des offres et des candidatures aux appels à projets, appels d’offres et les subventionnements directs des structures administratives nationales et européennes en charge du suivi et du financement  de  ces actions:

 

  • Offre  de  formation multi-champs :  linguistique,  civique, professionnelle,  et développement de compétences individuelles, pour les  membres du réseau manifestant ce besoin,  et en direction des  acteurs  hors  réseau,  dans  ou  hors  du  cadre  du  CAI  (Contrat  d’Accueil  et  d’Intégration) : primo-arrivants, femmes, jeunes, personnes handicapées, etc.
  • Aides à la recherche d’emploi, accompagnement personnalisé à l’insertion socio-économique : par la promotion et le soutien des migrants pour la création des entreprises  d’insertion  par l’activité économique (EIA)  dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville ; la sensibilisation et l’incitation des migrants anciens et primo-arrivants aux initiatives (auto)entrepreneuriales ; le soutien logistique, relationnel et  financier  aux  projets d’investissement des migrants dans l’agglomération lyonnaise; en s’appuyant de même sur les dispositifs publics de soutien à la création d’entreprise telles que les exonérations fiscales substantielles octroyées aux opérateurs économiques implantées dans les zones  franches urbaines et les zones urbaines sensibles (pour rappel, 27 ZUS dans le Grand Lyon).

 

Ÿ6.  Bâtir de véritables alliances stratégiques dans l’optique d’une collaboration féconde et le partage d’expériences avec les coordinations régionales et nationales d’associations  des  migrants,  des fédérations et mouvements associatifs nationaux spécialisés dans les champs de l’insertion par l’emploi (CRAJEP), le logement (ADOMA), la santé (URACA), de l’éducation populaire, de l’intégration (AEFTI, ASSFAM…) et le développement solidaire (RESACOOP, CADR…) ;

 

Ÿ 7. Encourager les associations de migrants à se constituer en une série de petits réseaux basés  non seulement sur des liens géographiques mais aussi sur des éléments d’identification tels que :

  • le sexe : réseau des femmes. Nous verrions à ce sujet un réseau composé de toutes les associations féminines de migrantes du Grand Lyon avec à sa tête des organisations d’experts tels ALPADEF, MIFERVAL et autres ;
  • la génération : réseau des jeunes migrants impliqués dans les actions d’insertion, d’intégration et de développement comme il en existe par centaine dans la seule communauté malienne de la région parisienne ;
  • la profession : associations professionnelles, groupes d’experts, groupement de défense des intérêts des chefs d’entreprise d’origine immigrée par exemple ;
  • la culture : de manière à réaffirmer une identité et construire des passerelles qui permettent une ouverture pleine et entière à d’autres cultures dont celle du pays d’accueil ;
  • ou la combinaison de l’ensemble de ces éléments d’identification ;

 

Ÿ 8. Inciter tout particulièrement à la constitution des réseaux professionnels des migrants (avocats, enseignants, chercheurs, médecins, aides-soignantes, chefs d’entreprise,  auto-entrepreneurs, techniciens, etc.) afin d’assurer collectivement la visibilité de leurs expertises respectives auprès des publics migrants pour des actions d’accompagnement, de formation formelle ou non formelle, et auprès des institutionnels pour des actions ponctuelles.

 

Ÿ 9. Encourager les petites associations de migrants à solliciter et intégrer des réseaux d’acteurs associatifs y compris dans d’autres communautés ethno-régionalistes et dans d’autres départements et régions de France de manière à enrichir leur capital social et leur capital informationnel. L’enjeu étant de se doter d’un avantage concurrentiel sur un champ, celui de la course aux financements, où les organisations se livrent une concurrence féroce.

 

Ÿ10.  Investir  différents champs de l’insertion sociale et professionnelle  dans l’optique de répondre aux appels d’offres et appels à projets départementaux (et régionaux à plus long terme) dans le cadre du PRIPI, du PDI ou de la politique de la ville,  suivant par exemple la configuration suivante:

 

carroussel compétences migrants

 

Figure 5 (précédente) : Représentation   d’un modèle de structuration d’un réseau sur la base des compétences spécialisées   des associations membres(174).

  •  l’apprentissage des valeurs de la République et de la citoyenneté (une priorité d’intervention du PRIPI Rhône-Alpes)(175),
  • la médiation familiale et le soutien à la parentalité(176) ;
  • la médiation sociale et inter-trans-culturelle afin de faciliter la dimension culturelle et citoyenne de l’intégration(177) de même que la mise en réseau des associations de migrants, au-delà de leurs différences ethnolinguistiques ;
  • le soutien scolaire(178)des descendants des migrants de la 3e  génération et des migrants mineurs récemment arrivés en France ; ces deux derniers axes étant d’ailleurs le point de rencontre et de complémentarité (axes d’intervention, objectifs, sources de financements)   des  politiques publiques de l’intégration et de la ville dans le Grand Lyon.

 

Autres champs d’intervention  qui nous paraissent à  la portée des compétences individuelles et collectives des associations de migrants subsahariens rencontrées au cours de notre enquête et ayant développé à titre individuel ou collectif une expertise particulière :

  • les actions de formation des associations membres et non membres des réseaux de migrants : structuration, gestion, communication, collecte de fonds, ressources humaines, responsabilité juridique et sociale, création , ouverture et animation des réseaux associatifs, cartographie des acteurs essentiels pour les associations des migrants engagés dans les actions d’insertion, d’intégration, de solidarité communautaire ou de développement solidaire… ;
  • l’interprétariat social et linguistique ;
  • la réalisation d’études scientifiques de terrain : recherche-action, diagnostics, impact et d’évaluation de la politique locale d’intégration ou d’insertion menée…
  • la conduite d’actions d’appui méthodologique à travers la diffusion des bonnes pratiques et la réalisation des guides.
  • Aide administrative, morale, matérielle aux étudiants venant des pays  d’origine pour les universités de la région (ce que fait l’Association des Burkinabé de Lyon avec un certain succès)

 

Ÿ11.  Œuvrer à construire au sein de la fédération une spécialisation sur le champ de la constitution et l’animation des réseaux (activité susceptible de bénéficier des financements du Fonds Européen d’Intégration) ; et procéder à l’organisation d’événements ponctuels de mise en réseau des migrants réunis en associations en multipliant des opportunités d’échanges à moyen et long terme ;

 

Ÿ 12. Établissement d’une plate-forme de communication et d’information  interactive qui permette la discussion sur de multiples thèmes, comprendre ce qui fonctionne bien et pourquoi, l’auto-évaluation collective des actions engagées, le partage sur les retours d’expériences autour de projets portés par les migrants ici et là-bas, la diffusion des bonnes pratiques, l’expression des besoins et la mise en exergue des expertises mutuelles des migrants afin d’y répondre : le « Networking ».

 

Cela passe entre autres médias par :

  •  l’élaboration d’un portail internet interactif concentrant et diffusant toutes informations   pertinentes,officielles et utiles (actualités sociales, politiques, administratives et culturelles liées aux questions d’intégration/insertion en direction des migrants) facilitant le processus d’accueil et l’accompagnement à l’intégration et l’insertion des migrants récemment ou anciennement installés ; l’alimentation et la maintenance régulières de cet espace virtuel 
  • La création de supports matériels de liaison d’échanges du type lettre de réseau (179) ;

 

Ÿ13.   La création d’une Maison des subsahariens du Grand Lyon (par une acquisition ou location immobilière) qui servirait d’espace fédérateur des initiatives associatives, des  rencontres et contacts en face à face, des échanges  d’informations  entre experts  qualifiés, migrants  semi ou  non  qualifiés, professionnels, étudiants, acteurs institutionnels dans la région Rhône-Alpes.

 

Ÿ 14.  L’initiation et la participation aux forums-débats, y compris via les forums de discussion sur internet, sur les questions ayant trait à l’intégration sociale, culturelle, économique et citoyenne des migrants, occasion de formuler et porter des requêtes auprès des  acteurs institutionnels ;

 

Ÿ  15. Participation au développement social et économique local des résidents immigrés et les non migrants à travers :

  • Les activités visant au renforcement de l’employabilité des migrants au travers de la création des structures de formation et d’accompagnement vers le retour à l’emploi, la création des entreprises d’insertion par l’activité économique et l’emploi ;
  • Les activités de soutien ou d’accompagnement à l’aide à l’intégration des nouveaux arrivants dans le pays d’accueil ;
  • Les activités de représentation des immigrés vis-à-vis des autorités du pays d’accueil et des pays de départ.

 

Ÿ 16.  Activités régulières, culturelles, civiques, de création des liens entre les migrants récents et les anciens (à l’image  de ce que fait l’ABL) et entre les migrants et les non-migrants à travers une participation à la « Semaine de l’Intégration » que prévoit   le document-cadre du PRIPI Rhône-Alpes pour distinguer des migrants qui se seraient illustrés par un parcours d’intégration réussi.

 

Ÿ  17. Créer les conditions de mise en place d’ un fonds d’investissement productif pour financer les projets d’intégration/insertion des publics migrants de France et les projets de développement des pays d’origine, à l’instar de ce qu’envisage de créer le réseau de migrants sénégalais de haut niveau, né il y a peu : le réseau DiaspoSen.

 

La mise en œuvre de ces actions implique tout d’abord la volonté d’agir, d’agir ensemble et d’agir dans ce sens, l’intérêt d’agir  et  surtout  la mobilisation des acteurs-clés, migrants et  non-migrantsdotés des compétences adéquates.

Quel est l’état de la question pour ce qui est de la communauté associative subsaharienne de France dans son ensemble et d’Europe ? Quelles pratiques y ont cours en termes de recrutement des compétences  et  leur  valorisation ?  

Ces interrogations sont l’opportunité de nouvelles investigations à la portée de toute la communauté et pour le salut des migrants subsahariens de France et d’Europe.

 

Issopha

Paris, 22 janvier 2016

© Issopha 2016 – Tous droits réservés 

 

Notes de bas de pages

165 Le président a pour attribution de convoquer  le conseil d’administration et les assemblées générales.  Les statuts précisent en tempsnormal le pouvoir du président mais dans le cas contraire, ce dernier représente l’association dans tous les actes de la vie civile. C’est lui qui, en cette qualité, passe les contrats au nom de l’association : location, vente, achat, engagement de personnel, mise en œuvre d’une procédure de licenciement. De plus, l’article L.225-56 du code de commerce français précise que le président d’une association est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toutes circonstances au nom et dans l’intérêt de cette dernière. Cela lui donne le droit en particulier de prendre toute mesure conservatoire, en l’occurrence de suspendre de leurs fonctions, les membres du bureau, alors même que les statuts de l’association ne confèrent au président aucun pourvoir particulier. Le président a donc qualité pour agir devant les tribunaux au nom de l’association, que ce soit comme demandeur ou comme défendeur, sans qu’il soit nécessaire que les statuts le prévoient expressément. C’est à lui que devront être délivrées les assignations à comparaitre, les significations de jugement.

166 « Intégration socioprofessionnelle des immigrants récents au Québec : le rôle de l’information et des réseaux sociaux », 2010, idem.

167 Ronald Burt, “Structural Hole: The Social Structure of Competition”, Cambridge, Massachusetts: Harvard University Press, 1992.

168  Kamel Béji, Anaïs Pellerin, idem.

169 Diasporas Scientifiques. Comment les pays en développement peuvent-ils tirer parti de leurs chercheurs et de leurs ingénieurs expatriés (sous la coordination scientifique de J-B Meyer, Rémi Barré, Valéria Hernandez, Dominique Vinck), IRD, collection Expertise collégiale, Paris, 2003, p.62

170 C’est typiquement le cas des migrants âgés tiraillés entre le désir du retour dans le pays d’origine et la prolongation du séjour dans la société d’accueil.

171 Ndongo Mbaye, extrait de l’article « A la recherche de l’Africanité » in l’Africanité en questions, Revue Africultures, 2001.

172 Extrait de l’ouvrage collectif Diasporas Scientifiques (sous la direction de Jean-Baptiste Meyer), IRD, 2003, p.62 : « Le modèle de la fédération d’organisations locales, observé dans plusieurs cas, améliore la capacité de négociation avec le pays d’origine et d’accueil. L’émergence actuelle des fédérations d’organisations de migrants offre aux DST la possibilité de s’associer à d’autres pour le développement de projets (…) Cette modalité organisationnelle en fédération représente en effet un atout incontestable pour Les diasporas car elle permet de gérer une masse critique relativement importante d’expatriés et une pluralité de spécialisations professionnelles et de registres d’investissement(…)Ces fédérations ont pour vocation de doter Les associations de capacités d’action pour mener des projets de développement dans les pays d’origine. Voici Les objectifs de ce regroupement la mutualisation des compétences et le partage de ressources techniquesle développement de la formation des membres et la professionnalisation de leurs actions, la capacité de négociation avec les institutions d’État (pays d’origine et d’accueil) et l’accès au financement de projets et à des fonds de coopération. Les fédérations, disposant de plus de ressources, d’infrastructure, de relations sociales, peuvent parfois embaucher du personnel administratif, permettant aux membres des associations de se concentrer sur les activités de coopération et de développement du pays d’origine et sur la création des liens entre ce dernier et le pays d’accueil.».

173 L’AGFIPH est une association nationale agréée par le ministère du travail, de l’emploi et la formation professionnelle qui œuvre pour l’insertion ou le maintien de la personne handicapée dans l’emploi, la formation et l’octroi à ce public des aides spécifiques. Elle compte 20 délégations régionales. Elle est composée d’un conseil d’administration qui fixe les orientations, définissent la stratégie et les axes d’intervention, un comité de direction qui organise, met en œuvre et évalue la politique de l’Agefiph, et enfin 4 commissions dont les travaux alimentent les débats et inspirent les axes d’actions et les irriguent les pratiques : commission financière, commission politique d’intervention, commission Études des conventions nationales, commission Études et Évaluation et Communication. Elle compte de nombreux partenaires institutionnels et des opérateurs d’accompagnement et d’appui sur le terrain (réseau Cap Emploi, organismes d’accompagnement spécifique, chargés de mission information et sensibilisation…)

174 Les associations membres du collectif ou du réseau  interviennent dans chaque pôle selon son expertise. Exemple : Pour ce qui est  de l’accompagnement des femmes migrantes du Grand Lyon, dans la configuration idéale de notre collectif départemental, l’association ALPADEF (et les réseaux féminins dont elle est membre) et le Centre ACF interviendraient conjointement dans le Pôle « insertion des femmes par l’économique » via le soutien à l’entrepreneuriat , FEDAM pour l’insertion par l’expression artistique, MIFERVAL et A2P pour le soutien à la parentalité et la médiation sociale et familiale, AIPES pour la santé des femmes, etc.

175 Cet axe d’intervention consiste en la mise en place des actions de formation visant une meilleure connaissance des institutions, des lois et des valeurs de la République et des usages qui permettent de savoir vivre ensemble au sein de la société française. Il correspond par ailleurs à l’axe 2 de l’appel à projet DAIC 2012 : « connaissance et promotion des valeurs de la société d’accueil ».

176 De l’avis même du HCI dans son rapport 2011, les associations actives dans le champ de la médiation familiale et le soutien à la parentalité,« reçoivent à ce titre près de 8 millions d’euros de subventions annuelles dans le cadre d’appels à projet nationaux ou déconcentrés dans le cadre du programme 106 ‘’actions en faveur des familles vulnérables’’. Sur ces financements, un tiers est déployé vers les zones prioritaires de la politique de la ville ». Ce champ d’intervention de la politique nationale d’intégration apparait largement à la portée des associations si on en juge par leurs actions massives, essentielles et reconnues par les pouvoirs publics. Les publics migrants constituent plus de la moitié de la population résidant dans les quartiers prioritaires de la ville, d’où toute l’importance d’investir ce champ pour les associations de migrants subsahariens dans le Rhône, pour autant qu’elles puissent être porteuses d’une offre de services forte, cohérente et s’appuyant sur un réseau de compétences identifié et solidaire.

177 Un domaine d’action investi principalement mais isolément sur l’interculturalité par deux associations de notre échantillon : Miferval et A2P-Nord-Sud-Sud, toutes deux membres du collectif Africa 50.

178 Les actions de soutien scolaire s’ancrent en effet dans deux  politiques publiques différentes mais complémentaires : d’un côté, les projetsde réussite éducative de la politique de la ville pilotés par l’ACSE et pour lesquels il a reçu en 2010 95 millions d’euros de budget. D’un autre côté, le PRIPI prévoit également ce type d’actions dans son volet territorial, en direction des enfants d’immigrés spécifiquement. Ces actions sont financées, quoique marginalement à hauteur de quelques centaines de milliers d’euros, par le programme budgétaire 104.

179    Il serait intéressant à ce sujet de consulter le Portail web d’une association professionnelle initiée par des migrants en région parisienne : l’URACA (Union de Réflexion et d’Action des Communautés Africaines), fondé par l’ethnopsychiatre Moussa Maman et ayant pour objectif la prévention sanitaire et sociale globale associée à la défense des cultures africaines. http://www.uraca.org/

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