Actualité de l’œuvre de Cheikh Anta Diop face au racisme scientifique et aux défis de l’Afrique

Posté par issopha le 30 mai 2008


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Actualité de l’œuvre de Cheikh Anta Diop face au racisme scientifique et aux défis de l’Afrique 

                                                                     Aziz Salmone Fall 

GRILA

février 2006 

  

photo anténor firmin 

À la mémoire d’ Anténor Firmin, avocat haïtien qui répliqua à Gobineau dans des termes que Diop parachèvera un siècle plus tard!

Thèmes Clés:

Dans le sillage de Diop: racisme scientifique; intelligence innée et hiérarchie raciale;QI;Eugénisme (proto-eugénisme, eugénisme moderne, post-eugénisme); génocracie et racisme du gène; origine monogénétique de l’humain et mise à jour des trouvailles du 21e; origine africaine de la civilisation, mise à jour d’Egyptologie;legs de l’Afrique, de l’histoire ancienne à l’inégale  insertion dans le système monde capitaliste; pistes panafricanistes et progressistes pour une régénération africaine… 

  

Dans le cadre du mois de l’histoire des noirs 2006, cette conférence commémore le vingtième anniversaire de la mort de Cheikh Anta Diop. Elle fait ressortir l’actualité et la pertinence de son œuvre, au regard de la résurgence du racisme scientifique et d’une urgente redynamisation de l’Afrique, dans ce que je nomme la régénération africaine. Comme le disent ses disciples : 

 « Son oeuvre convie l’humanité à regarder en face son véritable passé, à assumer sa mémoire, afin de rompre avec les génocides, avec le racisme, pour sortir enfin de la barbarie et entrer définitivement dans la civilisation»[1]

Je renvoie donc ceux qui veulent en savoir plus sur lui sur le numéro de Ankh qui lui est consacré ou sur le livre de Pathé Diagne qui remarquablement synthétise l’essentiel.[2] 

Je souhaite attirer l’attention sur son combat en le mettant en rapport avec la fulgurante et insidieuse résurgence de l’eugénisme en Amérique du Nord et ses relents à travers le monde. Je m’excuse auprès des personnes qui reconnaîtront des passages que j’ai dû brandir, il y a trois mois lors de l’affaire Mailloux, (ce psychiatre canadien qui a clamé sur les ondes l’infériorité génétique de l’intelligence des noirs et des amérindiens). Je reprends ici, en note de recherche et revue historique de la littérature scientifique raciste, des éléments qui permettront de revenir sur l’apport de l’œuvre de Diop corroborée par des récentes trouvailles scientifiques.  

  

L’idée qu’il existe des groupes ethniquement supérieurs et plus intelligents, et la négation des apports intellectuels de peuples entiers au nom de nouvelles interprétations des percées scientifiques, semblent gangrener bien des espaces académiques et autre média. Davantage qu’au 19 ème et au 20 siècle, les dérives eugénistes seront, dans de nouvelles physionomies politically correct, individualisées  et socialement intériorisées, un des enjeux fondamentaux du siècle actuel. Le délire du pedigree humain, donc de perfectionner les uns et de détruire les autres,  reste fondamentalement la quintessence de l’eugénisme. C’est ce qu’exprimera le premier grand congrès eugéniste, sous la direction du quatrième fils de Charles Darwin, Leonard président de la société Eugéniste[3]. Il y a fort à croire que notre siècle usera ou abusera de ces méthodes de QI  quotient intellectuel eugénique,  mais aussi de la médecine prédictive et des disparités de la biologie moléculaire pour discriminer les groupes humains.

Actualité de l’œuvre de Cheikh Anta Diop face au racisme scientifique et aux défis de l’Afrique  dans CHEIKH ANTA DIOP 20me3

Il est donc probable que le recours au QI et autres méthodologie de différenciation iront en se sophistiquant, autant dans le domaine de l’emploi que dans tous les circuits civiques mues par cette quête inlassable d’une élite cognitive, idéalement racée. Pour l’eugénique forcené, ceux qui pourront travailler seront ceux capables de rivaliser contre la machine, car la technologie se sera passée des travailleurs laborieux, et les relèguera au chômage. Pour lui, ils n’en sortiront que s’ils réussissent exceptionnellement des tests de QI que leurs gènes ne les prédisposeraient pas de toute façon à faire! 

  

Mais disons bien cyniquement, que cet eugénisme biotechnologique est la cerise sur le sundae infect de la mondialisation néo-libérale. Entre temps, celle ci achève plus efficacement, dans la misère et la frustration et à chaque année, des millions de gens à travers le monde. Tant d’enfants, de femmes, d’hommes vulnérables meurent de la marginalisation économique, du chômage entretenu, du pillage, de  la famine à l’eau rare ou souillée, des maladies aux guerres, et de plus en plus des nombreuses catastrophes environnementales découlant de nos moyens de production et de consommation. C’est justement la conjonction entre cet ordre mondial injuste et prédateur et une science marchandisée, raciste et élitiste, qui constitue le plus grand danger pour la planète.

  

Le débat sur l’inné et l’acquis, l’intelligence et son hérédité, les différences entre les «races » et leur hiérarchies se trouvent de nouveau relancés avec de récentes percées scientifiques de la biotechnologie que nous survolerons ici. Alors que s’achève le déchiffrage du génome humain, les média, les universités et précisément les intellectuels, et le politique ont plus que jamais une responsabilité et un rôle social déterminants sur ces dimensions où le racisme latent ou explicite côtoie la légitime curiosité scientifique.  

  

 L’intelligence est davantage une résultante sociale dans son contexte historique et environnemental qu’une disposition innée. Et même si l’héritabilité d’une telle disposition intellectuelle pouvait être prouvée dans le futur, rien n’empêche que la modification du milieu ne puisse pallier aux disparités, d’autant qu’une telle disparité génétique intellectuelle entre classes sociales, voire groupes ethniques ne pourrait être qu’infinitésimale à l’échelle de l’humanité.

  

20me4 dans GALERIE DES GRANDS HOMMES

Avec des mesures sociales politiques économiques et psycho-culturelles résolues, entreprises pour surmonter les écueils que les adultes dressent pour leur connaissance,  nous donnerons à nos enfants les chances d’épanouissement de leurs potentialités, au lieu de paralyser ces dernières avec nos errements stériles.

Le racisme s’édifie par l’éducation et l’irrationnel, en cultivant la peur et le rejet de l’autre. La lutte contre le racisme aussi s’articule sur l’éducation et l’affect xénophile, encore faudrait- il que les structures politiques et de communications le favorisent.  Entendre des scientifiques clamer l’existence de races et les classifier de façon hiérarchique ne datent pas d’aujourd’hui, comme nous le verrons. Même dans leur tour d’ivoire, les scientifiques sont le reflet de leur société. De plus en plus marginalisées par l’avancée scientifique, les rebuffades et autres démonstrations de forces des eugénistes ne sont pas des épiphénomènes. Ils sont, entre autres, l’expression de mouvements politiquement organisés qui les financent. Cela va paradoxalement de la promotion de mouvements créationnistes, à l’intelligent design[4], aux mouvements véhiculant de virulentes thèses racistes. 

Ce type de provocation a toujours plus d’effet dans les cycles de modernité où les modèles s’épuisent ou se cherchent, comme c’est le cas à la faveur de la mondialisation. Cette dernière a du mal à cerner l’intelligibilité du lien civique et social autant transnational que local. Ce type de provocation amène alors des déchirures douloureuses, mais parfois aussi des catharsis salutaires, lorsqu’il advient dans une phase de crise. 

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« Possibilité et limites du génie génétique« .Fondation GenSuisse

  

A l’instar de la crise de civilisation et de l’individu, typiques du règne de l’individualisme propre au mode de production capitaliste. Des savants qui déchiffrent le génome humain ont pu arracher, pour l’instant, le génome, patrimoine de l’humanité, à la rapacité des multinationales. Mais elles n’ont cependant pas dit leur dernier mot. Ce mode en est aux dernières étapes de la marchandisation du vivant, ce qui touche donc au plus haut point l’enjeu du post-eugénisme. Ce mode de production capitaliste, dans sa phase actuelle, alterne autant le progrès et le confort pour une portion significative- mais toujours très minoritaire de l’humanité- alors que la rareté, la souffrance et la frustration sont le lot d’une trop grande multitude.

  

L’Afrique, dans ces six dernières siècles, n’a que trop connu les affres de tels phénomènes. Elle garde paradoxalement, autant sur la terre mère que dans ces diaspora, une paradoxale force de caractère, malgré les vicissitudes de la vie. Son endurance aux épreuves et calamités, comme l’esclavage, la colonisation et l’impérialisme, dans des proportions qu’aucun groupe humain n’a pourtant enduré, est une véritable énigme. Le secret, son vitalisme. Il reste toujours un sourire et une joie de vivre, le sens du commensal de la solidarité, même derrière le plus douloureux des rictus ou des drames.

  

Galerie de masques africains kwele achat vente art africain premier primitif afrique noire

  

  

L’angoisse du lendemain ne l’a pas complètement envahi peut être, et l’optimisme existentiel est encore horizontalement enraciné dans nos sociétés et cultures, tel que l’avait bien cerné Cheikh Anta Diop.

 Ce n’est pas de l’insouciance ou un manque de rationalité. C’est une force dynamique, se transmettant par la culture.  C’est dans ses cosmogonies, ses cultures qu’elle puise cette force, mais aussi dans l’expérience d’avoir été le berceau de l’humanité et la mère des civilisations. C’est donc animé de cette vitalité africaine que je m’adresse à vous, en intercédant au nom de tous les sans voix qui ont été meurtris récemment et qui le seront encore par la peste raciste.

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Dans mon exposé, vous tolérerez des incursions multidisciplinaires dans le sillage de Diop pour traiter de son actualité face au racisme scientifique. Je ne ferais d’ailleurs qu’en survoler de grands pans en suggérant de revenir d’abord sur les sources et l’évolution de l’eugénisme. Je parlerai de cette génétique de l’intelligence et des pseudo sciences qui y sont reliés, mais aussi de la science véritable qui ouvre à l’humanité de nouvelles pistes de connaissances, hélas aussi malléables pour des forces bienveillantes que malveillantes.

Au regard de telle situations, et du racisme rampant ou explicite,  s’impose une mise à jour sur l’odyssée de la race humaine et de quelques legs des peuples noirs à l’humanité.  Faisons le donc, non pas par social narcissisme, ni d’ailleurs en n’exhibant que les hauts faits. C’est en rendant d’abord hommage à la multitude des gens communs qui, davantage que tous les autres souffrent du racisme, que je veux m’attarder sur quelques réécritures de l’histoire. Ceci afin d’armer scientifiquement et politiquement les uns, de faire réviser les autres avec des instruments qui, s’ils ne sont pas brandis et utilisés, individuellement  et collectivement, s’étioleront dans cette ère de désarroi,  d’apathie et de perte de sens.

C’est pourquoi, l’enjeu de savoir si les disparités entre QI sont d’ordre génétiques ou de l’ordre du milieu me semble secondaire par rapport à l’essentiel. L’essentiel c’est le rapport de force politique qui au niveau socio-économique organise inégalitairement la division internationale du travail et les moyens de production, et la division entre cols blancs et cols bleus (white collar job et blue collar job), comme on dit ici. Un rapport qui ne peut être changé que par une rupture plus égalitaire et révolutionnaire. Une rupture déterminée à structurer équitablement l’ordre social, quelque soit les différences génétiques présumées. Cette rupture est au coeur du décryptage de la nature de notre système monde et de la régénération panafricaniste à mener pour sortir l’Afrique de sa condition.

  

  

  

  

  

I Racismes, entre science et pseudo-science

  

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La loi semble bien lacunaire pour contrer les tendances et les dérives du racisme scientifique.

  

 Il est important de connaître les fondements structurels du racisme scientifique pour mieux le combattre.

  

 Par commodité, on distinguera à travers l’œuvre de précurseurs, ses formes précoces, l’eugénisme (galtonien et moderne) et le post-eugénisme qui caractérise notre ère.

-Le proto-eugénisme 

  

Il est probablement propre à plusieurs civilisations antiques, l’idée mythique de parfaire l’humain et de sélectionner uniquement le meilleur, d’avoir les enfants les plus beaux et les plus intelligents et d’être convaincu de la certitude que c’est possible, comme l’atteste l’élevage des animaux racés. Mais, c’est dans la Grèce antique que ce fut le plus explicite. François-Xavier Ajavon, qui a construit le premier site pré galtonien sur le Web  montre dans une remarquable ouvrage, comment sous l’impulsion de Platon, fut  consacrée Callipolis, cité politique idéale.

  

«L’homme, né de la divinité, atteint un niveau de perfection supérieur ; et cela dans le sens où sa reproduction ne s’est pas effectuée selon le hasard ou le destin, mais selon une justice rationnelle. Dans sa législation eugénique, Platon ne tendra pas à un autre but» [5] 

  

Pour la République, est proposé de trier et de marier «eugéniquement» les procréateurs des générations à venir. Elles pourront enfin s’épanouir dans ce lieu du savoir, où le travail était de toute façon considéré vulgaire, et du ressort des esclaves.

Aristote, soutenait que les esclaves n’avaient pas d’âme, ni de libre arbitre en n’étant que l’instrument et le prolongement de la volonté de leurs maîtres. Que l’homme (à l’exclusion des femmes) était un «animal politique» dont l’essence l’autorise à la participation au politique. Il considérait d’une part, que c’est le mâle qui engendre l’être alors que la femelle  n’est que porteuse, et surtout d’autre part, que les descendants d’élite ont toutes chance de continuer à l’être, car «noblesse est excellente souche». Il ignorait ainsi Hippocrate, qui presque un siècle avant lui, considérait pourtant dans son ouvrage Le livre de la géniture de l’homme, que l’homme comme la femme secrètent une semence qui émane surtout du cerveau et qui se mélangent, afin que l’influence d’esprits chauds et froids donnent la chair.

  

 En dehors de la Grèce, à travers le monde, les modèles politiques, antiques et médiévaux axés sur la classe sociale et sur les caste, ont toujours su exceller à privilégier une certaine endogamie afin de préserver leur lignée.

«Même au temps de l’extension de l’esclavage antique, nous trouvons des ressemblance plus ou moins grandes dans l’organisation et la situation des diverses économies esclavagistes et des États esclavagistes de l’antiquité, mais non une communauté de vie économique».[6]

En Chine, il ne semble pas que les dynasties royales chinoises des Hia et des Chang, ou Yin, du XXIIè au XIè siècle av. J.C. St aient connu l’esclavage. Ce n’est qu’au 3ème siècle après J.C que les empereurs autorisèrent les familles pauvres à vendre leurs enfants aux gens plus nantis,  pour des corvées domestiques. Acheté au plus jeune âge , l’enfant devenait esclave domestique à vie dans la cellule familiale[7]. Au 9è siècle après J.C, Wang Mang tenta en vain d’abolir l’esclavage. Peut être le caractère prématuré et la rapide maturité du féodalisme chinois dispensèrent cette civilisation de la pratique esclavagiste à grande échelle.

 Au Japon, ou les pratiques reproduisaient les modèles chinois, il fallut attendre le 18è siècle, pour voir l’abolition. Elle fut d’ailleurs sans effet durant la période quasi féodale de l’empire.[8]

En Inde, malgré les enseignements de Krishna- « Ne soyez pas les destructeurs de vous-même. Élevez-vous à votre véritable Etre, et alors vous n’aurez plus peur de rien. »-  les Hindous, ne pouvant contester leur prédéterminée condition ici bas, font des castes et de  la coercition les fondements de leur ordre social. 

En Amérique, certains indiens des côtes nord ouest des Amériques disposent d’esclaves que le maître entraîne avec lui dans la mort, quand il succombe. 

Ailleurs, dans les sociétés islamiques, se fondant peut être sur un passage du coran où le musulman peut disposer « d’esclaves , hommes et femmes» (sourate 4; 24-25),  la tolérance de la captivité et de l’esclavage permet de perpétuer le phénomène esclavagiste sur toute la façade orientale du continent africain et dans le golfe arabe. Les Arabes y distinguent leurs esclaves noirs ou abd (mis en servitude dans des labeurs astreignants des mines et des champs ) de leur esclaves blancs (mamelouk, corvéables au foyer). Pourtant, témoins de la magnificence de Ghana et de son peuple,  que les Almoravides mirent un siècle à envier et à conquérir finalement en 1076, ils changent d’avis en Afrique de l’ouest, une fois l’espace conquis ou coopté. En effet, c’est dans la longue occupation Almoravide de la péninsule ibérique, où régnait une grande tolérance entre les trois croyances monothéistes, que les exégètes musulmans contribuèrent à construire le mythe du noir, sauvage faible d’esprit et sans civilisation. Un préjugé qui persista après leur défaite en Europe.

Les Africains quant à eux, qui historiquement ont eu des sociétés pratiquant l’esclavage ou la captivité de guerre, disposaient –par contre de moyens sociaux inclusifs pour les associer à la vie politique ou sociale. L’esclave demeurait toujours cependant soumis, quelque soit le caractère d’inclusion, à la parenté que ce soit par l’adoption, la cooptation ou le mariage. 

  

Le glissement, à l’effet de savoir si une élite est plus évoluée, racée, intelligente, varie donc considérablement selon les cultures du monde. Mais on ne note pas de systématisation du phénomène de la supériorité raciale en dehors du mythe.  

En Europe Augustin de Hippo (354-430) était persuadé que l’esclavage était une variante des punitions des péchés de l’homme au paradis. St Thomas d’Aquin dans son ouvrage  De regimine principium arguait que certains naissaient naturellement esclaves et dépendaient du maître pour leur libre arbitre. Tacite dans Germanie, rédigé autour de 98 après J.C, prétend que les Germains sont des indigènes et qu’ils constituent une race pure, inaugurant un mythe aryen qui aura la vie longue.  La pratique de la conquête génocidaire des non-blancs et principalement de  l’Afrique, de l’Amérique latine durant 3 siècles et demi, suffira à conforter les futurs développements théoriques de l’eugénisme. Après tout n’avait-on pas asservi les Amérindiens et les Africains à un point tel, qu’on pouvait désormais douter de leur intelligence et être rassuré de l’intelligence supérieure du conquérant. Ni le siècle des lumières, ni le positivisme scientifique du 19 è siècle n’y changeront grand-chose.

Rosa Amelia Plumelle-Uribe montre, dans son ouvrage, combien ce long épisode a

 «profondément modifié les rapports des européens aux autres. Le pas entre différence et supériorité a vite été franchi. La hiérarchisation raciale illustre la débâcle morale de l’Europe»[9] 

  

A l’exception des Éthiopiens, chrétiens et alliés dans la foi déjà accueillis au Portugal à Venise et Rome, le reste des noirs sont désormais des sous-hommes. En 1402, Jean Duguesclin de Béthencourt capture vend et déporte des Guanches, peuplade Amazigh qui n’existe plus aujourd’hui.

« il semblerait que le premier acte négrier fut posé par le rapt de dix Africains, perpétré par une expédition militaire portugaise menée par Nuno Tristan et Antam Gonsalves, les «meilleurs esclaves» furent offerts à Gabriel Condulmer dit Eugène IV, 205ème Pape de l’église catholique, apostolique et romaine».[10]

En 1442, les portugais bâtissent un fort sur l’île d’Arguin entre le Sénégal et la Mauritanie d’où ils évacuent, grâce à des maures,  des esclaves vers leurs plantations de sucre aux îles Canaries et à Madère. Quand en 1445, Joan Fernandez ramène 9 jeunes noirs achetés à des maures, des nobles portugais se moquèrent de lui, car cela faisait déjà un moment qu’ils en chassaient comme distraction.

  

  

Davantage que le texte biblique, ce seront les exégèses de cette période qui  sauront transformer la malédiction des descendants des fils de Cham en octroyant une version rationnelle et religieuse à l’inégalité raciale, et en datant à ce moment, l’avènement des noirs à jamais damnés. [11]  Après que Sem eut l’Asie, Japhet l’Europe et Cham l’Afrique,  la bulle Inter Cetera du Pape Alexandre VI, amenda encore la géographie humaine biblique et divisa en 1493, l’espace païen en deux : l’Ouest aux espagnols et l’Est aux portugais.  L’année suivante, le traité de Tordesillas y ajoute le Brésil pour les portugais. C’était dans le monde entier, la fin d’une période où, pendant plus de quatre millénaires, une conception non exclusivement raciale de l’esclavage s’estompait.

Dans ce climat de décadence, la hiérarchisation sociale lentement mais sûrement se défaisait du mythe. En Europe, les différences entre races et entre sexes intriguent les chercheurs. L’enjeu de la procréation surtout habite les esprits des chercheurs et des religieux. En 1677,  le docteur de Graaf cerne le rôle des ovaires, et cinq ans plus tard, Louis de Ham découvre avec un microscope rudimentaire, «l’animalcule» qu’on n’appellera que plus tard spermatozoïde.  Mais ces percées sur le mécanisme de la procréation et de l’hérédité ne connaîtront de développements que plus tard, presque au XIX. Il est en tous cas paradoxal de constater que c’est le siècle dit des lumières et tous ses acquis, qui jusqu’à présent constitue nos horizons d’idéaux, qui fut aussi celui où la science de la race et l’idéologie de préjugés se sont constituées.

  

«Avant le XVIII nous avions des racismes formulés dans le langage du mythe, à partir du XVIII è siècle nous avons un racisme qui prétend parler celui de la science».[12]

  

François Bernier (1625-1688), physicien, explorateur et disciple de Pierre Gassendi, ramène de ses pérégrinations une classification hiérarchique des races. Elle aura d’autant d’influence qu’elle est dite fondée sur ses expériences de visu[13].

Carl Von Linné, et son  Systema Naturae  inventera la taxinomie, classifiant les espèces vivantes, dont l’homme qu’il scinde en 6 races, par ordre d’importance intellectuelle : européens, américains, asiatiques , africains, sauvages, et dégénérés.

Johann F. Blumenbach réinterprétera cette classification, en montrant que la race blanche est originelle, et il forgera d’ailleurs le terme de caucasien, arguant que toutes les autres en sont issues mais n’en sont que des dégénérescences.[14]Magnanime, il était cependant persuadé que même les noirs pouvaient comporter des exceptions et brandissait quelques livres écrits par eux, prouvant que quelques uns pouvaient être égaux aux caucasiens.

Le comte de Buffon (1707-1788), détracteur de Linné, pour qui le «nègre est à l’homme ce que l’âne est au cheval » fut lui un prolifique encyclopédiste ( Histoire naturelle en 36 volumes), dont l’intuition, sur les caractères anatomiques, demeurait en avance sur son temps. Convaincu des modifications qu’entraînent l’adaptation, il projetait  d’interchanger un groupe de danois et de sénégalais dans leur milieu d’origine et de les cloîtrer pour observer leur métamorphose. [15]

C’est dans l’univers de la médecine que les problèmes de débilités, de tares, de l’épilepsie,  et autres anomalies suscitèrent l’intérêt des médecins.  Le médecin, impuissant devant la mortalité, la morbidité ou la répétition de naissances d’enfants affligés du même mal, se préoccupe désormais de les prévenir. Pour Catherine  Bachelard-Jobard, c’est dans ce corps professionnel qu’il faut rechercher les premières traces de systématisation eugénique:

  

« La systématisation de l’idée eugénique est l’œuvre des médecins. Leurs écrits, traitant de l’art de perfectionner l’espèce humaine par des mariages judicieux, se multiplient. Cette littérature médicale a été étudiée par Anne Carol ["Histoire de l'eugénisme en France, les médecins et la procréations, XIX-XX ème siècle"] qui démontre l’existence, en France, d’un eugénisme médical spécifique prégaltonien. D’une manière générale, les médecins, pour justifier la nécessité de mesures que l’on peut qualifier d’eugéniques ( mais le mot n’existe encore pas ), fondent leurs théories sur la dégénérescence de l’espèce humaine qu’ils constatent autour d’eux»[16]

  

David Hume (1711-1776), économiste réputé, abonda dans le sens de ces prétentions pré-galtoniennes: 

«Je suspecte les Nègres et en général les autres espèces humaines d’être naturellement inférieurs à la race blanche. Il n’y a jamais eu de nation civilisée d’une autre couleur que la couleur blanche, ni d’individu illustre par ses actions ou par sa capacité de réflexion». 

Voltaire (1694-1778) lui soutenait qu’il fallait juste s’assurer de la mesure du  cerveau humain pour constater que les Nègres d’Afrique sont inférieurs en intelligence aux Blancs d’Europe. Alors que Bernardin de St-Pierre[17] s’insurgeait contre le traitement fait aux  noirs, Montesquieu (1669-1776) clamait mordicus que, puisqu’il n’avaient ni âme ni raison, les noirs étaient naturellement destinés à l’esclavage.  Thomas Robert Malthus  dans Un Essai sur le Principe de Population (1798) était si obsédé par les risques de surpopulation des ouvriers,  qu’il suggère pour eux  « l’abstinence sexuelle » puisque ces classes « inférieures et pauvres seraient  responsables » de leur condition. Le contrôle des naissances  pour freiner la propagation démographique était envisagé et existe encore.  Dans la même année, Kant produit  Anthropologie, essai misogyne, moins connu que ses œuvres phares, où il traite les juifs d’escrocs et confine les noirs au raz des hiérarchies pseudo-biologiques. 

Il a fallu attendre l’approche du 19 è siècle pour voir esquisser les premières théories sophistiquées de la supériorité ou l’infériorité intellectuelle. Elles vont gagner une redoutable efficace, en enseignant une hiérarchie des races dans les écoles et même les universités, mais aussi en traversant l’africanisme eurocentrique jusqu’au vingtième siècle.

  

  

20me8 dans VISAGES DE LA RESISTANCE

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

Francis Galton (1822-1911)

  

  

20me9

  

-L’eugénisme galtonien

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En étudiant principalement le monde animal Charles Darwin publia en 1859 Les Origines des Espèces par la Sélection Naturelle ou la Préservation des Races Favorites dans la Lutte pour la Vie. Dans le contexte de  la Grande Bretagne conquérante, et du capitalisme sauvage, ce livre aura des incidences socio-politiques majeures. Il construit l’idée que seuls les meilleurs survivent et détaille les processus de modification et de différenciation.

  

Darwin, en lisant Malthus, greffa ses propres vues dans un autre ouvrage phare, l’origine de l’Homme. Ces éléments seront les briques essentielles d’un nouvel évolutionnisme. Mais Darwin ne dispose pas des derniers éléments des trouvailles de Mendel pour expliciter tout le mécanisme de l’hérédité. Autant il permettait une révolution, défaisant irréversiblement les croyances créationnistes, autant ce potentiel porteur allait être détourné vers d’autres préoccupations plus racistes.

  

Darwin était d’ailleurs très réservé sur les développements que faisaient les futurs eugénistes de ces théories. Il semblait considérer utopique leur projet plaidant plutôt pour l’éducation que la coercition[18]. Il était toutefois probablement raciste, ou du moins colportait les idées de son temps[19], en prônant l’éradication de «toutes les lois et toutes les coutumes qui empêchent les plus capables de réussir» et méprisait les canadiens français comme le rappelle Des Rosiers.[20] 

  

 C’est en scrutant les prisonniers, que Francis Galton (1822-1911), un cousin germain de Darwin[21], va perfectionner les recherches sur la dégénérescence et systématiser l’eugénisme. En se préoccupant de l’hygiène du corps social, il s’agit de promouvoir le patrimoine génétique sain, en privilégiant un interventionnisme étatique en la matière. Au départ, sa philosophie se nomme viriculture, mais très vite il forge du grec eu et gennân- bien engendrer ou bien naître-, la première idéologie de la science; l’eugénisme.

L’eugénisme vise à sélectionner l’excellence humaine et à se débarrasser de tout ce qui pourrait lui nuire ou la flétrir. Son ouvrage Hereditary Genius est un plaidoyer pour l’intelligence héréditaire. Convaincu que les génies naissent eux-mêmes de grands hommes, il tente de le démontrer, en recensant 48 éminents fils de 100 éminents personnages, sans même se questionner sur l’influence de leur classe sociale d’où ils proviennent tous. Galton était convaincu que les noirs étaient de deux degrés moins intelligents que les anglo-saxons (qu’il qualifie de «the half-witted nature of the race). Il cherche cependant à relever le mental et la stamina des britanniques, afin de leur faire éviter la situation qu’il dit avoir constaté durant son voyage en Amérique où la population américaine est fragilisée au contact des noirs. Le rôle de la science est  donc d’améliorer la race douée et de décourager la propagation des êtres inférieurs. Dans son ouvrage utopique I can’t say where I il idéalise la société qu’il appelle de ses vœux et se préoccupe du bonheur collectif plutôt que le bien être individuel. L’eugénisme devint donc un préjugé racial déguisé en science appliquée de l’hérédité, dans l’intérêt de la race blanche. 

  

  

Gregor Mendel, dès1865, en étudiant les végétaux et particulièrement les pois, calcule un ratio constant de 3 :1 entre des plants de grandes et de petites tailles et découvre que l’hérédité procède de facteurs existant en pairs dans les plantes. Il fonde ainsi les connaissances sur la transmission héréditaire. Trop avant-gardistes, ce n’est que plus tard que ces travaux seront reconnus. Par contre, parce que probablement encore enracinés dans le mythe, c’est dans la même période, que les retentissants travaux du Comte de Gobineau (1816-1882) tracent les bases théoriques les plus fondamentales du racisme scientifique.  Essai sur l’Inégalité des Races Humaines permet d’affirmer la supériorité et la suprématie des aryens. Cette noblesse raciale serait mise en danger par les risques inhérents à la prolifération des races inférieures. En Allemagne, où ses thèses trouvent vite écho, parut un an après sa disparition, son ouvrage Enquêtes sur les Facultés Humaines. C’est la première pierre angulaire des croyances en l’hérédité des dispositions mentales. Le Grand Dictionnaire universel du XIX è siècle de Larousse, lancé dès1866, qualifiant de philanthrope les prétentions d’égalité entre humain nie les facultés intellectuelles du nègre et avec assurance proclame « Un fait incontestable, et qui domine tous les autres, c’est qu’ils ont le cerveau plus rétréci, plus léger et moins volumineux que l’espèce blanche..» En 1882 aussi  Francisque Sarcey commente froidement l’ouvrage de A. Bertillon, Les Races sauvages et déclare : 

« Ces affreux bipèdes, à face simiesque, gambadant et voraces, gloussant de cris inarticulés, sont nos frères, … ou les frères de ceux qui furent nos ancêtres préhistoriques !… Quelques races mieux douées se dégagèrent de cette animalité barbare, se cultivèrent , s’affinèrent, formèrent l’homme civilisé, plus éloigné d’un pauvre australien que cet australien n’est éloigné d’un gorille. D’autres ne se sont pas développés, toujours aussi dénués de sens moral et de raison…Toutes ces tribus sauvages vont disparaître, exterminées par des peuples supérieurs ou s’éteignant d’elles-mêmes…Ce ne sera pas dommage»[22]

  

 Karl Pearson, disciple de Galton, dans son livre  The Grammar of Science soutient en 1882 qu’il est vain de tenter de connaître l’essence des choses en science et qu’il vaut mieux se contenter d’appliquer les mathématiques et la statistique pour parvenir au même résultat. Il lance en 1901 un journal, Biometrika, qui appliquera à la lettre ses principes statistiques bio métriques et rejettera trente ans durant les articles relevant de la génétique   Les recherche sur les cellules, le noyau et la cytologie apportent un cortège de savants comme Weismann, Nussbaum, Kölliker dont les vues confortent les perspectives d’hérédité. Le chrirugien Paul Broca (1824-1880) spécialiste de l’encéphale, où il avait repéré le seuil de l’aphasie, considérait que le cerveau avait une masse plus importante chez les grands personnages que les gens simples. Il soutenait «que jamais un peuple à la peau noire, aux cheveux laineux et au visage prognathe n’a pu s’élever spontanément jusqu’à la civilisation»[23]. Le cocktail de ces œuvres produisit en grande partie le darwinisme social d’où s’épanouira l’eugénisme. En réplique à Gobineau, un avocat haïtien Anténor Firmin publie en 1885, tragique année du congrès de Berlin,  L’égalité des races humaines : essai d’anthropologie positive[24] . On peut dire que Diop est une sorte de réincarnation scientifique de Firmin qui a plaidé, avec verve et les moyens de son temps, l’égalité des humains et le caractère négroïde des égyptiens antiques. Hélas sa voix ne fut guère entendue, et cet homme qui mérite des statues dans tous les pays d’Afrique est encore aujourd’hui injustement méconnu. Les pangermanistes un groupe suprémaciste et l’association Gobineau, lancée deux ans après la mort de ce dernier, firent de l’activisme avec les thèses du savant raciste. Steward Houston Chamberlain un anglais naturalisé allemand proclama en 1899 dans La Fondation du Dix-Neuvième siècle en Allemagne que les allemands étaient les plus purs des aryens et qu’ils étaient au dessus de la pyramide, au bas de laquelle sont les races inférieures et dégénérées, juives, noires etc..

  

«L’Eugénisme, le Darwinisme Social et l’Hygiène Raciale se tinrent alors par la main. Seul l’Eugénisme entreprit de se désigner lui-même comme une « science » et .. fusionnèrent si fortement qu’il serait vain d’essayer de les différentier».[25]

  

August Weismann, un des cytologiste nommé plus haut, s’acharnera à couper les queues de souris et constater que leurs descendants naissaient néanmoins avec des queues. Au lieu de conclure à l’évidence, il conclut que l’environnement n’influençait pas les cellules et que les caractères acquis ne pouvaient être héréditaires. Une  classification en vogue se fit en Allemagne avec Ernst H. Haeckel qui publia, en 1868, une hiérarchie de 36 races  humaines  comptant 12 espèces ayant au sommet, les anglo-saxons, les hauts allemands, suivis ensuite des aryens, indiens, grecs et…albanais. 

Le mouvement eugénique se répandit dans le monde occidental, comme le démontre la thèse de Hardwick.

  

« Eugenics movements developed early this century in more than 20 countries, including Australia. However, for many years the vast literature on eugenics focused almost exclusively on the history of eugenics in Britain and America. While some aspects of eugenics in Australia are now being documented, the history of this movement largely remained to be written. Australians experienced both fears and hopes at the time of Federation in 1901. Some feared that the white population was declining and degenerating but they also hoped to create a new utopian society which would outstrip the achievements, and avoid the poverty and industrial unrest, of Britain and America»[26]

  

Au Canada, le phénomène a tout aussi bien pris racine. Les préjugés et exactions contre les indiens, le système de féodalité et la consanguinité y ont donné un terreau fertile. Mc Laren illustre dans son étude que l’eugénisme était très répandu avec une peur des  dégénérés[27]. L’auteur montre combien le racisme est latent dans les milieux intellectuels les plus divers, et pourtant progressistes, comme les féministes. L’Alberta constitue à elle seule un cas préoccupant, où la mise en pratique des principes eugéniques a laissé de graves séquelles.[28]Si dans l’espace francophone, l’eugénisme aussi existait, le catholicisme a constitué un antidote à la diffusion de l’hygiène raciale. Les britanniques inspirés par leur résolution du problème amérindien imposent en Afrique australe le modèle de réserve en 1894 (Glen Grey Act impôt obligeant tout noir habitant à travailler 3 mois pour un blanc) e,t en collaboration avec les Boers, introduirent en 1911 la colour bar, freinant à jamais les chances sociales et professionnelles des non-blancs et particulièrement des noirs, ainsi que l’immorality Act de 1927 qui criminalise les relations sexuelles et mariages entre blancs et noirs. 

  

  

  

  

  

  

L’eugénisme moderne 

  

  

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Le socle de l’eugénisme moderne était désormais solide pour l’envolée de l’idéologie scientifique pendant au moins cinquante ans. Elle va s’évertuer, en articulant des préjugés, des postulats indémontrables et des jugements de valeurs, à solliciter tout l’arsenal scientifique de l’époque pour hiérarchiser les humains.

  

 Lorsque le ministère de l’instruction publique confie à Binet la mission d’évaluer le niveau mental des écoliers, pour déterminer leur chance de succès scolaire, il forge un instrument de mesure pour lequel, en 1906, il met en garde sur le fait que ce n’est pas un instrument de mesure de l’intelligence;

  

« l’outil que je viens de développer n’est pas une mesure de l’intelligence.»

  

  

Mesure de l’indice nasal aryen (Hulton Deutsch Coll.)

  

  

Mais la réputation de Binet, comme premier concepteur du test d’intelligence, l’emporte.  Un test repose sur la description du résultat d’une mise en situation où un individu, mis dans des conditions prédéfinies en référence à un groupe type qui connaît les mêmes, doit répondre à des questions. Les variables psychologiques ou culturelles du sujet ne peuvent pas être toutes répertoriées, ce qui rend au fond assez aléatoires les conclusions. Mais on ne s’en préoccupe pas beaucoup, d’autant que la  redécouverte du travail de Mendel change les perspectives. Simon et Binet élaborent un système mesurant l’intelligence. On sait probablement déjà, qu’on ne mesurera qu’une fraction de l’intelligence. Néanmoins on commence en fait à s’éloigner des préoccupations de la dégénérescence physique et mentale, pour tenter de décrire des traits sensés concourir aux processus intellectuels. Le tout est enrobé d’idéologie et rhétorique pointues. Alors qu’on inaugure en grande pompe, en 1904, la chaire d’eugénisme à l’University College de Londres, on cherche frénétiquement la mesure de la disposition mentale qui confère l’aptitude, le caractère de cet intelligence. En France, Georges Vacher de la Pouge (1854-1936) déterre les boîtes crâniennes des cimetières et mesure les têtes des passants, pour déterminer l’indice céphalique prouvant que les blonds dolicéphales sont au sommet de la race humaine. 

Wilhem Johannsen un botaniste danois, qui n’était pas eugéniste, à qui l’on doit d’ailleurs le terme gène, distingue en 1909 le génotype, soit le stock génétique du phénotype l’ensemble des caractères. Mais comme il n’existait  pas de moyens de percer le secret de ces gènes, la préoccupation scientifique, en dehors de moyens génétiques, ne pouvait s’articuler que sur la formalisation statistique et sur le mythe racial. C’est ce qui déboucha sur une pseudo science, comme l’atteste ce passage de Christophe Jensen :

           

« En 1900 le fondateur de « l’hygiène raciale » en Allemagne, Dr. Alfred Ploetz participa a un concours d’essais parrainé par l’industriel Alfred Krupp. Il attribuerait un prix au meilleur essai sur le sujet : Que pouvons-nous apprendre des Principes du Darwinisme dans leurs Applications au Développement Politique Intérieur et aux Lois de l’Etat ? Wilhem Schallmeyer, qui gagna le premier prix, interpréta la culture, la société, la moralité, même « bonne » ou « mauvaise », en termes de lutte pour la survie. … le Dr Alexander Ploetz, approuva la totalité de l’essai et soutint la supériorité de la race Caucasienne de laquelle, bien sûr, il excluait les Juifs. Il suggéra par exemple qu’en temps de guerre seules les personnes racialement inférieures soient envoyées sur le front pour épargner le « meilleur » segment de la population. Comme les soldats du front sont ceux qui sont tués en premier, cela empêcherait la part la plus pure de la race de s’affaiblir inutilement. Il suggéra aussi qu’un panel de médecins soit présent à la naissance de chaque enfant afin de juger si celui-ci est suffisamment fort et digne de vivre, sinon, de le tuer »[29] 

  

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affiche raciste contre un soldat noir de la première guerre mondiale 

  

Le prix Nobel 1913, Charles Richet publie La sélection humaine, et abonde dans ce sens. Il prévient des risques encourus par l’aristocratie que représente les blancs exposés aux «détestables éléments ethniques» asiatiques et  africains.

  

Pourtant, ce sont là les mêmes «détestables» qui viendront se battre pour l’Europe, au nom de la liberté et l’égalité durant la première guerre mondiale. Autant furent reconnaissants maints européens libérés, autant les racistes furent outrés de les voir se lier d’amitiés avec des blancs et des blanches. Ils les calomnièrent oubliant que ce sont eux qui furent les premiers sur la ligne de front, ou oubliés dans les tranchés de la«drôle de guerre» d’où on les déguerpira à coup de gaz pour lesquels les masques disponibles, le plus fréquemment, n’étaient que pour les soldats blancs. 

  

Si ces extrémismes se vérifieront dans la vie pratique des années qui suivent, des développements plus subtils existent aussi. Il est d’ailleurs faux de croire que la séduction des eugénistes ne se fit qu’à la droite du spectre politique. Il y eut bien des gens et des institutions de gauche partisans de ces thèses, comme le socialiste Ploetz -l’auteur de la précédente citation- qui créa une organisation secrète pour appliquer son motto Rassenhygiene- hygiène raciale- pour la sauvegarde des aryens, où il incluait cependant curieusement les juifs déjà métissés.  Il y avait aussi une portion de la gauche britannique, à l’instar de Carlos Blacker secrétaire général de la société eugénique. 

Outre Atlantique, en Amérique, la mise en pratique de l’hygiène social et de l’eugénisme est des plus drastiques. De nombreux psychologues américains cautionnent l’entreprise. Allan Chase dans The Legacy of Malthus illustre comment 63 678 personnes furent stérilisées manu militari entre 1907 et 1964 dans une trentaine d’Etats, et un nombre similaire d’Etats légiférèrent contre les mariages mixtes. Ceci exclut des centaines de milliers de stérilisations dites volontaires, mais médicalement conseillées- sous la coercition de perte d’avantages sociaux-, à un taux entre 100 000 et 150 000 stérilisés par an, selon le Juge Gerhard Gesell, qui statuait sur un recours collectif de victimes. Un taux qui n’a rien à envier à l’Allemagne Nazi. 

  

  

Hans F. Günther publie en 1922 un best seller Rassenkunde des deutschen Volkes ( Études raciales du peuple allemand) dans la lignée des eugénistes, avec une emphase particulière sur la nordicité des européens à préserver. Il adhère au parti nazi. L’idéologie Deutsche Physik peut s’épancher dans toute l’Allemagne révélant combien la science aussi est capable de jouer une partition macabre. On commença à expurger l’Allemagne de ses tarés, malades mentaux, et autres grands malades. Mais, si on suivait les lois de Mendel, il ne suffisait pas seulement de freiner la procréation des tarés, mais aussi leur parenté. Mais comment les repérer. Pourtant Morgan et Muller, appliquant à l’homme les expériences de Mendel, sont convaincus qu’il est pour l’instant impossible de génétiquement repérer les retardés mentaux. Peu importe, on dresse des listes de maladies obligeant la stérilisation de leur porteur en Allemagne, sous le label de l’hygiène sociale. En Angleterre, la société eugénique hérite une fortune d’un certain éleveur australien du nom de Twitchin et décuple ses moyens d’action. Elle s’acharne désormais à vouloir enchâsser dans les lois la stérilisation des déficients mentaux. En 1907 dans l’Iowa, en Amérique, un projet de loi d’euthanasie pour les enfants difformes ou retardés est présenté au Congrès, mais il est renversé. L’Amérique comptait bien des apologistes des eugénistes comme Madison Grant qui édita The passing of the Great Race en 1916, que cite à témoin Hitler dans son Mein Kampf. Il sera un des maître d’œuvres du Immigration Restriction Act de 1924 aux Etats-Unis sensé freiner la route aux races inférieures.[30] Le manifeste des généticiens d’Edimbourg avertit des dérapages des nazis, tout en maintenant le cap de la préservation raciale et de la promotion des doués. Dans Le meilleur des mondes (1932), Julian  Huxley sonne l’alarme et  se distance des nazis qui vont trop loin. Soudaine lucidité de cet eugéniste, convaincu de l’hérédité de l’infériorité de l’intelligence des nègres, et qui à la fin du second conflit mondial sera récompensé comme…Directeur général de l’UNESCO. 

http://www.sickvids.150m.com/

Adolph Hitler 

 Dans We Europeans : a Survey of «Racial» Problems, Huxley  récidive, défait le mythe de la supériorité aryenne et le mensonge d’une race pure. Mais les idées de K.K Günther théorisant la race trouvent leur consécration avec Hitler qui accéda au pouvoir en 1933 et tenait à concrétiser son Mein kampf, par une gestion autoritaire du social. Six ans plus tard, il signait un décret pour achever les malades incurables et soulager l’Etat de leur charge[31].  En l’espace de deux ans, on en avait euthanasié 70 000. Ils furent les terrains d’expérimentations des camps de concentration et des génocides contre les opposants, les gitans, les socialistes et surtout de la Shoah. Envieux des allemands, Dr René Martial écrit lui, en 1934, La race française où il hiérarchise bio chimiquement le sang des  populations et préconise pour  préserver la race française de «retenir les A et O, éliminer les B, ne garder les AB que si l’examen psychologique et sanitaire est favorable»[32] En 1935, Le médecin Alexis Carrel, dans l’Homme, cet inconnu prévient de l’affaiblissement qualitatif de la race blanche face aux races extra-européenne :« la suppression de la sélection naturelle a permis la survie d’êtres dont les tissus et la conscience sont de mauvaise qualité. La race a été affaiblie par la conservation de tels reproducteurs». 

  

  

Les affres de la guerre, la déclaration des droits de l’homme, différentes générations des droits de la personne et l’irruption des pays décolonisés dans la vie internationale; diverses luttes locales et internationales; la lutte contre la ségrégation raciale en Amérique; l’affirmation des amérindiens et la lutte contre l’apartheid auront toutes redonné un élan aux peuples opprimés. Mais le racisme est tenace et devient plus insidieux face aux victoires remportées contre lui. Ses fondements scientifiques sont ébranlés toutefois, mêmes si des cycliques parutions, parfois sournoises ou anonymes,  viennent tenter de contredire  le consensus. Race et intelligence[33] prétend par exemple sans sourciller que «les noirs correspondent à des européens leucotomisés* de par leur absence de jugement de sens de synthèse»

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L’UNESCO émet en 1978[34]  une déclaration sur la race et les préjugés raciaux où le racisme est décrit comme :

« toute théorie faisant état de la supériorité ou de l’infériorité intrinsèque de groupes raciaux ou ethniques qui donnerait aux uns le droit de dominer ou d’éliminer les autres, inférieurs présumés, ou fondant des jugements de valeur sur une différence raciale»

  

Un certains consensus intellectuel abonde dans ce sens, et des travaux de plus en plus nombreux dans les champs des sciences exactes et humaines vont tempérer considérablement l’arrogance des cercles eugéniques. Parmi eux, ceux de Boas, Montagu[35], Lewontin, Jacquard auront contribué à faire  reculer les conceptions génétiques de la race. La taxonomie et l’idée de race elle-même s’étiolent, d’autant qu’on découvre que les différences génétiques entre deux groupes ethniques sont aussi grandes que celles entre membres d’un même groupe ethnique. Aucune hiérarchie ne s’avère biologiquement, quoique des démarcations biologiques parcellaires  permettent encore de parler de différences entre groupes humains.  Ainsi à l’époque, les classifications s’attardent sur le degré de mélanine- l’écran au rayonnement ultraviolet ( à l’exception notable des Pygmées et Inuits moins exposés pourtant aux UV)- qui demeure concentré ou qui se dilue voire disparaît. Quatre à cinq gènes permettent cette synthèse de la mélanine, différencient les humains en groupes phénotypiques noirs, jaunes et blancs. La tolérance ou l’intolérance du lactose, et la présence ou non de l’enzyme de la lactase qui permet sa digestion, départagent principalement les européens des asiatiques et africains.  Dernière disparité,  celle au niveau des groupes sanguins et du système rhésus dont le contrôle génétique est situé dans 3 espaces de chromosomes constitués chacun de deux familles de gènes. On détermine 8 combinaisons, « l’une d’elles, dites Ro, n’est présente à fréquence élevée qu’en Afrique noire; une autre, dite r, est très rare en Asie et dans le pacifique mais elle a une fréquence élevée et sensiblement constante d’une population à l’autre, en Afrique et en Europe»[36]

  

En l’absence de toute hiérarchie possible dans ces différences, le débat s’était entre-temps transposé sur les aptitudes de l’intelligence entre les humains. Les expériences allaient bon train partout, notamment à Montréal, où on procéda au long des années 50 au Allen Memorial Institute à de sinistres expériences au profit de la CIA américaine sur des patients canadiens! Mais la vraie bombe survint en 1969, lorsque Arthur Jensen rédigea un article[37] et prétendit que dès l’âge de 8 ans, l’enfant a atteint son potentiel d’intelligence. Il peut être mesuré et permettrait de différencier hiérarchiquement les blancs des noirs, et que le milieu ne pourra rien n’y changer à cela. Induit en erreur par les conclusions de Burt, il se trompe puisque « l’héritabilité*, qui analyse les écarts entre individus appartenant à une même population, ne peut en aucune façon être utilisée pour analyser les écarts entre populations»[38]  Eysenck [39] dans la lignée de Cattell abonde dans le sens de Jensen et entame le refrain du QI hérité et de l’infériorité génétique innée de l’intelligence des noirs.  Convaincu que le facteur g de l’intelligence est repérable et mesurable, comme l’affirme Spearman, Eysenck est le principal responsable de l’idée que « l’intelligence a une base physique qui s’est révélée être fortement héréditaire» et, surtout, de l’exagération du fait que le génotype produirait différents phénotypes selon des milieux divers.

Dans cette période des années 70 et 80, malgré l’acharnement de ces auteurs racistes, il se dégage en général le consensus dans la communauté scientifique que sans doute le patrimoine hérité des parents, autant que l’environnement détermine l’intelligence de l’enfant. Que cette dernière fait intervenir tellement de lieux et de réseaux au sein du cerveau, qu’il est vain de localiser un siège spécifique de l’intelligence. Que ce n’est pas tant l’individu, mais plutôt le gène qui se reproduit, en se transmettant d’une génération à l’autre, non pas par  une série de caractères, mais par une série de gènes contrôlant les caractères.

  

  

  

-Le post-eugénisme

  

« Comme toujours, les spécialistes de la race recherchent un vaste public pour leur propagande, et le danger demeure donc que leurs prétentions soient reçues telles quelles, pendant que les groupes fascistes espèrent, de leur côté, que l’idéologie du racisme sera un jour acceptée comme une «donnée scientifique», car à ce moment là seulement leur heure viendra».[40]

  

 La grande différence que je note, entre ce que je nomme le post-eugénisme et l’eugénisme moderne, c’est que c’est un triomphe subtil de l’eugénisme positif où le bonheur collectif passe après le bien être individuel. La somme de choix individuels, orientés vers une finalité similaire à celle de l’eugénisme positif, est atteinte par des adultes consentants. Ils sont frileux de leur liberté et des palettes de choix possibles pour réguler leur être, comme leur progéniture. Cela est probablement un signe de l’évolution de la société capitaliste individualiste,  mais aussi de l’évolution individualisée des biotechnologies, et de la médecine prédictive. Les dérives de ces dernières s’avèrent être aussi éthiques que politiques. Le spectre de l’eugénisme embrasse un champ plus large du social et de la science. De la mère porteuse à la procréation assistée, au dépistage,  à l’embryon sélectionné en passant par le contrôle des informations génétiques sur la santé individuelle et collective; la liberté de choisir permet une brèche au post eugénisme. Mieux, le capitalisme agressif du néo-libéralisme impose des normes de plus en plus sévères de croissance et d’efficacité, afin de susciter des rendements toujours plus performants. Il devient difficile pour les travailleurs de s’ajuster à cette frénésie. Une division raciale du travail- à la faveur des fuite de cerveaux et des travailleurs laborieux vers les pôles de prospérité, parallèlement à une chute de la natalité de ces sociétés plus aisées- entraîne des réflexes sociaux d’un autre âge. Le renouveau raciste qui en découle est plus subtil, moins explicite, diffus et non affirmé ou déclaré. A chaque fois d’ailleurs qu’il s’exprime publiquement, un brouhaha de désapprobation collective atteste de réflexes relativement automatisés de la société civile non raciste. Une désapprobation plus sur la forme que sur  le fond, d’une part.  D’autre part, la société est peu  au fait de ce qui se trame dans les laboratoires de génétiques et autres instituts de recherche. Le déchiffrage du génome humain y a entrouvert une révolution pour l’humanité. On a pu se rendre compte de la complexité des notions et de la nécessité de passer au dessus de nos conceptions un peu vieillottes de la génétique. Comme dit de façon imagée Exama, auteur d’un ouvrage sur la question et invité de notre émission de Radio Amandla,   génétiquement le concept de race n’a aucun fondement scientifique puisque:

  

«- L’être humain a moins de bagage génétique qu’un grain de riz;  Les Européens modernes descendraient d’un groupe d’à peine quelques centaines d’africains; les Suédois descendraient des Nigérians; Les humains sont identiques à 99.9%; Il n’y a pas de différence statistique entre les peuples – il y a plus de différences génétiques entre deux frères québécois (même père et même mère) qu’entre le peuple québécois d’un côté et le peuple haïtien de l’autre; La différence entre blancs, jaunes et noirs n’est pas génétique (ils ont les mêmes gènes pour la couleur); L’expression de la couleur est soumise à l’influence d’un jeu d’enzymes; Une chatte de couleur foncée a donné naissance par clonage à un chaton blanc»[41]

  

Mais bien qu’ayant considérablement relativisé l’enjeu du débat entre inné et acquis au niveau de l’intelligence et démystifier l’idée de race, l’avancée biogénétique offre de nouvelles perspectives à l’eugénisme qui s’essouflait.

Il y eut d’abord un pic noté par la parution de l’ouvrage post eugénique de Charles Murray[42] et Richard Hernstein « The Bell Curve » (la courbe en cloche) 1994. Autant que les recherches  de Burt et Howard, Holzinger sur les QI[43] et le génotype intellectuel, il ne construit pas un modèle la dominance génotypique. 

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Le controversé ouvrage, s’articule principalement sur les travaux d’extrême droite de Arthur Jensen, John Hunter, Frank Schmidt, Malcom Ree. Au-delà des préjugés qu’il tente de conforter, il apporte surtout des développements sur la fiabilité du QI. Le QI comme indicateur de corrélation sociale d’abord. Il révèle le fait que la société américaine est depuis cinquante ans structurée sur la base du QI[44] qui dorénavant la hiérarchise. C’est donc davantage un ouvrage politique qui sous-entend la localisation du facteur g comme siège de l’intelligence.

L’étude se fonde sur une base de données (The National Longitudinal Study Youth) pour procéder à une analyse régressive. La base est considérée fiable sans preuve, alors qu’elle est principalement constituée de questionnaires d’entrée à l’armée, alliant des questions de formation générales ou de mathématiques rébarbatives pour des jeunes faiblement scolarisés. La courbe en cloche soutient que l’intelligence est innée (le QI aussi[45]) et que qu’il vaudrait mieux ne pas gaspiller tant d’argent à soutenir les politiques socio-économiques de discriminations positives à l’endroit des noirs, et des moins intelligents. Ils sont de plus en plus marginalisés par le fossé technologique  sous la houlette de l’élite cognitive (celle qu’il faut encourager pour maintenir la croissance capitaliste), et argue le fait que la force de travail est de moins en moins requise dans les systèmes productifs.

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Les noirs seraient donc les moins intelligents et de surcroît affaiblissent le niveau moyen de la population. Avec force statistique, est illustré combien les Noirs auraient un QI moins élevé que la moyenne de la population, ce qui justifierait le pourquoi de leur statut économique et social (il montre aussi que les blancs pauvres sont ceux qui ont un faible QI.). On insiste pour dire qu’il est vain de tenter de relever le QI d’enfants issus génétiquement de parents ayant un faible QI. Le glissement sur la condition pauvre, résultant de leur infériorité intellectuelle et génératrice de criminalité, n’a de cesse de revenir dans les proclamations racistes. A l’instar de la récente déclaration du Sénateur William Bennett «Si vous voulez réduire le crime, vous pourriez faire avorter chaque bébé noir de ce pays et faire chuter ainsi le taux de criminalité»[46]! Dans le contexte du criminel retard dans l’assistance aux victimes pauvres et noirs de l’ouragan Katrina, ces propos ont eu un écho terrible aux USA, et ont dû être désavoués même par les faucons de la droite! 

  

Plusieurs écrits ont tenté de démontrer les fins politiques suprémacistes derrière La courbe en cloche, dont les auteurs sont proches du Mankind Quaterly et du Pionner Fund  Cette dernière finança Rushton, le canadien d’origine sud Africaine, autre raciste académique, notoirement connu pour ses recherches sur «la petitesse du cerveau des noirs et la longueur de leur pénis» . Il est désormais Président du Pionner Fund. Est-ce Murray, Rushton ou Suzuki et Gutkin que le Professeur Larrivée de Montréal a suggéré en lecture à Mailloux, pour qu’il profère ces insanités? Peu importe.

«…le test d’intelligence n’est pas une simple opération de mesure, ni l’intelligence une simple grandeur mesurable, comme l’admet le «bon sens« positiviste, mais qu’ils sont tous deux, bien plus profondément, un rapport social. Rapport qui n’a donc pas plus de chance d’être compris en dernière analyse à partir de la génétique que la valeur de la monnaie ne peut l’être à partir de l’analyse chimique des métaux précieux»[47] 

Howard Gardner, professeur en science de l’éducation à Harvard retient que le quotient intellectuel ne peut traduire l’intelligence. Sans endosser sa classification, je considère qu’on peut démultiplier ces catégories. Où classer le chaman, le féticheur, le chasseur  dans celle-ci..etc.. Ainsi pour Gardner «chaque individu possèderait, à des degrés divers, sept formes d’intelligence qu’il convient de mesurer séparément :

  • L’intelligence musicale qui prédispose à la musique ;
  • L’intelligence du geste notamment chez les danseurs et les sportifs ;
  • L’intelligence logico-mathématiques mesurée par les tests de QI ;
  • L’intelligence linguistique des poètes et des écrivains ;
  • L’intelligence spatiale qui permet de se repérer dans l’espace ;
  • L’intelligence interpersonnelle qui est l’apanage des personnes intuitives ;
  • L’intelligence intra personnelle qui permet de mieux se connaître soi-même.»[48]

  

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Les eugénistes reviennent récemment à la charge. Le problème avec les énoncés de La courbe en cloche, ou ouvrages du même acabit, est leur volonté de rendre singulière l’intelligence qui par essence est multiple, autant dans ces sièges cérébraux que ses manifestations. De nouveaux développements apparaissent. Ainsi en juin dernier l’ontarien Rushton et le psychologue Arthur Jensen de l’ Université de Californie lancent une étude dans  Psychology, Public Policy and Law, où ils présentent 10 catégories de preuves axées sur des tests militaires et académiques, la taille des cerveaux et des études sur l’adoption, prouvant que les Est-asiatiques ont génétiquement bénéficié de l’évolution par rapport aux blancs, que ces derniers le sont par rapport aux noirs. 50 à 80% du fossé dans le QI seraient redevables à la génétique (l’étude sous estime l’environnement les facteurs du milieu, l’alimentation, l’éducation familiale et sociale etc..) 

  

  

  

Rushton dans une entrevue déclare: 

 «You absolutely have to accept that Chinese people are going to be under-represented on the basketball team, and that black people are going to be under-represented in high school graduates».

20me17

Il va falloir que Rushton lise l’étude de l’université Mc Gill qui fait des jeunes noirs la catégorie la plus diplômée au Québec. L’étude de statistique Canada vient démontrer l’importance des facteurs environnementaux dans l’accès à l’emploi, le niveau de revenu, malgré le haut niveau de scolarité des «minorité visibles»[49] (en passant, ce terme est en soi une forme latente de racisme). Les chances sociales sont déterminantes dans la croissance intellectuelle des enfants. Demandez le à James Meredith,  qui en 1962, sous le président Kennedy dût franchir l’entrée de l’université protégé par la garde républicaine contre la horde de racistes qui s’y opposaient! 

  

  

Cover image, Cell, December 29, 2004; illustrator, Sean Gould Photo 

La recherche récente soutient que le cerveau continue de se transformer. Différenciation complexe du cerveau d’abord entre primates et rongeurs. Évolution encore plus marquée dans le groupe de gènes responsables de tout le système nerveux. L’évolution phénotypique du cerveau dans l’origine de l’homo sapiens est notée par une progression moléculaire marquée dit  l’équipe du Dr Bruce Lahn, de l’université de Chicago.  Elle observe deux gènes (« Les 2 gènes seraient : la variante microcéphale apparue lors de l’émergence de la musique, de l’art, des pratiques religieuses et des outils plus sophistiqués ; l’autre, appelée variante ASPM, serait apparue au moment de l’émergence de l’agriculture et des villes, de même que des langues écrites[50]»)

«Based on the analysis of human polymorphism patterns, we found evidence that some of these genes are experiencing ongoing positive selection in modern humans, suggesting that the human brain is still evolving actively toward new and more adaptive forms»[51].   

  

La même sélection naturelle qui a permis de favoriser la séparation entre l’humain et les simiens, se poursuivrait au niveau des séquences d’ADN  de ces 2 gènes.  Pour sonder la fréquence de l’haplotype D entre groupes humains, un échantillon de 1000 personnes révèle des variations présentent chez 30%, soit la même distribution d’haplogroupes dans l’humanité. La microcéphale de l’haplogroupe D serait apparue autour de 37 000 ans dans l’humanité, coïncidant avec les premières formes culturelles. L’ASPM autour de 5800 ans, coïncidant avec la diffusion de l’agriculture et les premières agglomération et l’écriture. La question est de savoir si les gènes qui contribuent à réguler la taille du cerveau concourent à ces connaissances en étant  la cause de ces développements culturels, ou si il y a influence réciproque. L’équipe spécule sur la distribution des haplogroupes présente davantage dans les autres groupes humains qu’en Afrique, sans pour l’instant tomber dans les élucubrations racistes. D’ailleurs, l’équipe de Lahn mentionne qu’il serait incorrecte d’ interpréter les résultats comme l’illustration de l’évolution d’un groupe plus qu’un autre, et que les différence notées entre groupes humains sont infinitésimales comparée aux grandes différences de caractères d’intelligence au sein d’un même groupe :

«One can make guesses, but our study doesn’t reveal how these positively selected variants arrived » … « They may have arisen in Europe or the Middle East and spread more readily east and west due to human migrations, as opposed to south to Africa because of geographic barriers. Or, they could have arisen in Africa, and increased in frequency once early humans migrated out of Africa.”..

Le grand problème est qu’il faudra expliquer historiquement comment la domestification des plantes et les première traces de pratiques agraires comme de villes (les nomes) et d’écriture  naissent en Afrique, bien avant  que dans le reste du monde, malgré cette faible représentation d’haplogroupe ? 

  

20me19Albert Einstein 

Les glissements des interprétations sont toujours possibles dans l’ère post eugéniste. Ainsi par exemple, les juifs qui ont longtemps été historiquement victimes de racisme, probablement d’abord à cause du mythe du peuple élu, seraient désormais partagés au niveau de leur intelligence. Une composante juive se dégagerait des autres composantes juives. Le QI des juifs Ashkenazes ( comme Freud ou Einstein ) serait de loin supérieurs aux autres. Gregory Cochran, Jason Hardy, Henry Harpending[52] se demandent comment, alors qu’ils ne forment que 3% de la population américaine, est-ce qu’ils constituent 27% des prix Nobel, ou la moitié des champions d’échecs ( dans la projection de la comparaison entre européens et Azkhénazims il y a peu de différence dans la moyenne, mais dans les QI supérieurs à 140, on note 4  pour 1000 pour les uns et 23 pour 1000 pour les autres..) 

Cette aptitude serait due selon eux à une mutation génétique: 

«Ashkenazi literacy, economic specialization, and closure to inward gene flow led to a social environment in which there was high fitness payoff to intelligence, specifically verbal and mathematical intelligence but not spatial ability. As with any regime of strong directional selection on a quantitative trait, genetic variants that were otherwise fitness reducing rose in frequency. In particular we propose that the well-known clusters of Ashkenazi genetic diseases, the sphingolipid cluster and the DNA repair cluster in particular, increase intelligence in heterozygotes.Other Ashkenazi disorders are known to increase intelligence»[53] 

  

Les auteurs en viennent à considérer l’hypothèse que quiconque portant le sphingolipide ou toute autre des déficiences génétiques engendrant de telles mutations devrait mieux performer que la moyenne des gens aux tests de QI. Est-ce depuis 1000 ans la promiscuité, l’endogamie et le contact à certaines maladies, ajoutées aux exigences professionnelles financières et religieuses, et l’oppression raciste qui auraient favorisées de telles mutations chez ce groupe affecté de cette anomalie génétique ? Cette mutation suffit –elle à rendre quelqu’un plus intelligent ou stimule-t-elle un caractère de cette intelligence dans les séquences qui font intervenir les réacteurs au sens logique, ce qui prédispose à réussir des tests axés majoritairement sur des questions logiques ? On en est à l’exploration, et possiblement à la merci de charlatans fabricant un jour des pastilles… activant le sphingolipide.

Pour l’essentiel des scientifiques, l’intelligence relève majoritairement du cheminement personnel que de l’hérédité. Personne ne nie le legs des parents. Mais ce potentiel aussi riche soit-il ne peut suffire à lui seul. Interchangez l’enfant d’un dit doué Azkhénaze  de Harvard avec celui d’un homme simple qui vit dans le dénuement d’une famille nomade d’un oasis en plein désert, et on verra bien qui aura les chances de se retrouver à Harvard. Les tests d’intelligence s’attardent sur l’intelligence abstraite (verbomotion, raisonnement, imagination, positionnement spatial..). Ils ne peuvent mesurer d’autres pans de l’intelligence dite intuitive ou sensible ( l’émotion, l’affect -saisir ses émotions et celle des autres- dextérité pratique, la sensibilité artistique, la traduction des sens, l’inspiration etc..). Le post eugénisme en cherchant désespérément le siège de l’intelligence et son origine innéiste, sous-estime la complexité de la machinerie cérébrale et l’ampleur des connectivités. 

20me20

 Comme le dit savoureusement Michel Duyme :

«Pour prendre une image, si une ampoule électrique s’allume, il faut que l’ampoule fonctionne mais également que la douille, le fil électrique l’interrupteur fonctionnent correctement. L’ensemble de ces paramètres sont requis pour qu’au final la lumière apparaisse…» [54] 

  

Les généticiens, à mesure qu’ils déchiffrent le génome, arrivent à plusieurs conclusions. Après 13 ans d’exploration, le grand projet nous apprend que les êtres humains ont en commun 99,9% du même stock génétique.

  

20me21

Autre révélation qui devrait conduire le laborantin qui dissèque sa souris à plus d’humilité, son stock génétique est à peine supérieur à celui de sa victime. Nous n’avons pas 100 000 gènes[55] mais une trentaine de milliers au plus, du moins pour l’instant à l’état de nos connaissances[56]. Au lieu de s’attarder sur ce qui nous rassemble, les post eugéniques se sont empressés, au nom de la science et de la découverte des tares génétiques, de fureter sur ce qui nous différencie soit la variation de l’ordre de la fraction de milliards dans le génome ! Sans être eugéniques bien des scientifiques sont intrigués par le fait que nous soyons si identiques à tous les autres mammifères, voire disposons d’un génome plus réduit que l’essentiel des spécimens du règne des organismes. 

  

20me22

Certains savants doivent à présent justifier notre présumée supériorité sur les règnes du vivant, non plus sur le nombre de gènes, mais sur de fines métamorphoses.

Celles qui autorisèrent un dispositif génétique aussi limité que le notre à générer un cerveau aussi complexe que celui de l’humain. 

Dès lors, si ces mutations avec des gènes codant ou non des protéines sont l’explication de nos degrés de complexité, on déduit la nouvelle aubaine des eugénistes. Il leur suffira désormais de spéculer sur l’infériorité et la supériorité des uns et des autres, en fonction des mutations survenues dans des groupes humains et qui, modifiant l’environnement cellulaire, autoriseraient de telles hiérarchies.

C’est par le canal des maladies et tares que ce glissement surtout se fait. 

 On  recense  des milliers de mutations responsables de maladies chez l’humain. Mais les mutations d’un fondateur originel sont relativement spécifiques et c’est elles que l’on traque. On entend par fondateur originel, un ancêtre porteur d’une erreur génétique qui a perpétué sa mutation dans sa descendance devenue un groupement humain. Il est important de situer quelques autres récentes trouvailles, relevant de la génétique aux mutations fondatrices qui permettent de distinguer les humains entre eux. Si elles ouvrent de nouvelles pistes pour la médecine, elles autoriseraient aussi des dérives eugénistes.

Par exemple dans la lutte contre le SIDA. Il est soutenu que les ravages plus grands de cette pandémie chez les  africains, par rapport aux européens, proviendraient du fait que ces derniers ont développé une résistance alors que leurs ancêtres ont été confrontés à l’épidémie de peste de 1346. Dès 1996, l’équipe de Kroup a porté cela à l’attention de la communauté scientifique.[57] Jusqu’à présent, les laboratoires n’ont pas trouvé d’africains porteurs de gène anti VIH héterozigote ou homozygote ( les porteurs héterozygotes héritent d’un gène normal CKR-5 d’un parent et CKR-5 mutant, mais protecteur de l’autre parent.). Les porteurs du gène mutant disposent de récepteurs secrétant des chemokines qui assistent le système immunitaire contre le virus, selon Richard Kroup du  Aaron Diamond AIDS Research Center .  La composante caucasienne elle-même n’est pas à l’abri du phénomène puisque :

«Researchers estimate that perhaps 1 percent of the white population carries this inborn protective mutation. They speculate that, perhaps centuries ago, the defect protected against some other viral invader and thus gained a toehold in the population. HIV immunity has also been observed in rare cases among african american although a mechanism other than CCR5 appears to be at work.» 

 Il existe d’autres mécanismes subtils, tout aussi intrigants cette fois ci dans certaines populations noires. Ainsi, pourquoi certaines prostituées (5%) de Nairobi au Kenya porteuses du virus ne contractent pas la maladie et disposent d’anticorps pour la combattre. Ou alors elles l’a contractent bel et bien et la combattent, soutient Larry Gelmon, chercheur principal de l’ Université du Manitoba et l’Université de Nairobi[58].  Au Kenya, 16 personnes meurent à toutes les heures du Sida  et plus de 13% de la population du pays, soit 1,9 million de personnes, est atteinte par le virus HIV. On comprend toute l’importance du succès d’un vaccin en test à partir des mécanismes de protection de ces femmes, surtout  contre cette sous-catégorie A du virus VIH.[59] Hélas, des luttes de pouvoirs au niveau des brevets et des droits de compensation  retardent ce projet et bien d’autres d’ailleurs.[60]

plantu10Plantu.13.10.1990

Le «post eugénisme positif» permet désormais de faire apparaître de nouvelles formes de thérapies personnalisées et propres à certains groupes ethniques. La question étant, est ce que la recherche peut tenter de la rendre accessible aux autres groupes humains ou cela va-t-il demeurer propres à ceux qui l’ont à leur disposition. Les thérapies génétiques sont d’autant révolutionnaires qu’elles ne s’attardent plus seulement sur les symptômes, mais vont dépister et tenter d’extirper la maladie d’origine génétique qu’elle soit du domaine du cancer ou d’affections neurologiques ou cardiovasculaires…Prévision des potentialités et des conséquences, la voie de la révolution moléculaire ouvre une ère royale pour  «l’utopie génomique». Le patrimoine génétique de l’humanité deviendra t-il le patrimoine politique et économique de quelques-uns? Assiste-t-on nous à la revanche feutrée de l’eugénisme? 

  

bidil heart failure race 

On saurait depuis 1980, que le BiDil par exemple serait un médicament pour le cœur plus efficace sur les noirs que les autres populations lorsque utilisé en combinaison avec d’autres médicaments selon la compagnie fabricante[61]. Cela proviendrait du fait que les patients cardiaques noirs auraient une plus grande déficience en oxyde nitrique que les blancs. L’étude du FDA sur l’efficacité du produit a constaté, avant même la fin du dépôt de son rapport, 43% de réduction de mortalité parmi les patients qui prennent ce médicament. 

Le 16 juin 2005, la FDA à l’unanimité de son panel, autorise pour la première fois dans l’histoire américaine, l’administration de ce médicament basé sur la «race».  Les implications de telles conclusions sont nombreuses. Une médecine génétique et ciblée peut elle redevenir universelle? Qu’en est il de la plus grande disparité génétique au sein des noirs eux-mêmes, qu’entre eux et les autres groupes humains? N’y aurait il pas d’autres facteurs extra génétiques, relevant du stress, de l’alimentation, du mode de vie qui entreraient en ligne de compte? N’est ce pas plus le milieu que les gènes qui sont réellement en cause? Pourrait on tester le BiDil sur des africains du continent? Personnellement, je ne serai pas surpris que les africains-américains, vivant sous davantage de stress, une culture du stress, et un mode de vie et une histoire qui y prédisposent, aient plus de séquelles d’oxydation dans leur cellule que les africains du continent. Le calcul économique de cibler une clientèle entre -t-il en ligne de compte dans le choix de telles recherches? L’universalité du médicament, à priori devrait rapporter plus, mais la spécificité aussi rapporterait autant. Selon Jonathan Kahn, éthicien médical à la  Hamline University School of Law au  Minnesota, Nitromed, la compagnie pharmaceutique n’a de toute façon testé son médicament que sur des noirs pour obtenir les brevets. En fait, elle  disposerait au moins de deux brevets, l’un pour usage général qui expire en 2007, et l’autre spécifique aux noirs n’expirant qu’en 2020. Kahn de conclure .

« If you wanted a scientific basis for approving a race-specific drug, you would enroll more than one race [in the clinical trial]. If you wanted a commercial basis to bring BiDil to the market as a race-specific drug, then you would only enroll one race because you ensure, that if it is shown to work, it will be shown to work in just one race, » he said. « That may be good commerce but it is not good science»[62]

Une autre maladie offrant des perspectives de relance pour le post-eugénisme est l’anémie falciforme ou drépanocytose. Plusieurs mutations dans l’histoire ont produit un polymorphisme génétique. Quelques groupes de populations présentent des hémoglobines anormales à des niveaux significatifs en Afrique de l’ouest (HbC) en Arabie (HbO), en Inde (HbD) le sud ouest asiatique (HbE) et quelques aires dispersées de la méditerranée (thalassémies séquences variées de a et b).  L’apparition de la mutation se serait faite sous cinq différents haplotypes, soit à cinq périodes et endroits différents dans l’histoire. On constate que ces cas hétérozygotes présentent une résistance marquée au paludisme et une plus faible mortalité , en tous cas 2,17 moins de chance que les homozygotes de contracter le paludisme.  Quand on sait que la malaria tue 2 millions de personnes par an, on voit tout l’intérêt pour les 400 millions de porteurs du plasmodium de bénéficier des avantages qu’ont les anémiens falciformes.[63]  En retour, s’ouvrent des possibilités de soins par la greffe de moelle allogénique pour ces derniers. 

Les juifs Azhénazim, qu’on a déjà évoqué, sont sujets plus que tout autre groupe humain à la maladie de Tay-Sach qui attaque le système nerveux. Un enfant atteint en général ne survit pas à l’âge de 4 ans. Une politique systématique d’avortement dès le diagnostic du fœtus a permis d’éradiquer la maladie en Israël. On ne signale qu’un cas en 2003 dans ce pays, et à New York où la communauté est importante, selon le Dr Desnick de l’hôpital Mt-Sinaï de Manhattan, sur les 10 cas de bébés recensés en Amérique aucun n’était juif.[64]

Dans le cas de greffe osseuse, les antigènes HLA sont en général plus disponibles au sein du même groupe ethnique. Certains patients peuvent se retrouver sur des listes d’attentes interminables dans l’attente d’un donneur provenant de leur groupe ethnique.[65] Dans le cas d’hémachromatose héréditaire, dont la mutation remonte à un ancêtre commun en Europe, les patients ont une tendance de si bien absorber le fer, qu’il leur devient malsain voire fatal, entraînant même parfois la mort. Là aussi la génétique offre des perspectives. 

De la fibrose kystique, au gène de cancer  à l’hémophilie, la liste des maladies génétiques propres aux groupes ethniques s’allonge. Avec le brassage des populations et leur métissage, le post eugénisme dispose d’instruments susceptibles de repérer des groupes ethniques et des individus à risque etc. Ce n’est plus de la science fiction que d’envisager que la médecine recourra à la génétique pour traquer systématiquement et détruire à l’embryon les humains aux gènes déficients. Une «génocratie» se profile, fabricant le nouvel humain du berceau à sa croissance et à sa préservation dans la vieillesse. L’assistance médicale à la procréation, permet la fabrication d’un individu sur mesure. Père du premier bébé éprouvette français, Testard envisage plusieurs dérives, je n’en mentionne qu’une qui touche notre objet et reproduis in extenso sa mise en garde et le commentaire de l’article :

20me24

Également nommée «diagnostic génétique préimplantatoire» (DPI) cette technique consiste à produire de nombreux embryons qui vont ensuite être observés et triés afin de conserver celui qui est considéré comme le meilleur. Interdite en Suisse, elle est déjà utilisée dans certains pays pour éviter d`avoir un enfant hémophile ou parce qu`il y a un risque que le futur bébé ait un gène de cancer. Le fait que le DPI soit utilisé non plus lorsqu`il y a la certitude d`une pathologie grave, mais dans les cas où seul le risque de maladie est présent «Parce que cela va contre la biodiversité» «Lorsque les parents devront choisir leur futur enfant, ils demanderont au médecin de sélectionner ce qu`il y a de mieux et ce dernier prendra un embryon conforme à l`époque. Tout le monde deviendra pareil.»  Mais ce que le spécialiste redoute encore plus ce sont les effets contre l`altérité. En effet, il y aura quand même des individus porteurs de certaines tares. Le risque est grand qu`ils soient très mal considérés parce qu`ils représenteront une sorte d`insulte au progrès qui aurait pu mieux les créer. Par ailleurs une «police génétique» pourrait s`instaurer obligeant les individus à faire des démarches de normalisation pour ne pas coûter au système de santé et d`aide sociale. Une forme de racisme particulièrement pernicieuse pourrait également voir le jour un «racisme du gène» à base scientifique et démontré statistiquement»[66] 

  

20me25

Les dérives sont nombreuses et concernent les droits de la personne. Autant au niveau de la prédiction médicale, du clonage, adjonction de chromosomes naturels ou artificiels, tous compatibles avec l’individualisation des choix.  Les banques d’empreintes génétiques se grefferont aux données rétiniennes, déjà en vogue dans le délire sécuritaire.   On pourra ainsi, au nom de la prévention de la santé, répertorier le profil individuel et collectif et, dépendamment de la nature totalitaire du régime politique, imaginer bien des scenarri d’horreur. Est-il possible qu’en plus de la discrimination raciale apparaisse la discrimination génétique? Une seule réponse concrète contre tous ces problèmes et dérives, le rééquilibrage des chances sociales et un système de droit ferme et transparent, au profit du patrimoine commun de l’humanité. 20me26 


  

II De quelques contributions de l’Afrique à la civilisation  

  

  

On ne peut passer en revue ce que l’Afrique a apporté à l’humanité. En général on s’attarde sur les legs culturels, principalement de la musique à l’art plastique. Retenons ici seulement pour la pertinence de notre sujet quelques autres faits saillants. La première contribution est involontaire et relève de l’évolution humaine; l’humanité est monogénétiquement d’origine africaine. La seconde a trait à des legs de civilisations africaines. La troisième renvoie à l’insertion défavorable de l’Afrique à la mondialisation. 

  

 L’humanité monogénétique

  

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Vérifiant la tradition orale des anciens africains, qui situait l’avènement de l’humanité aux pieds des monts de la lune, une poignée de chercheurs dont Cheikh Anta Diop[67], a fait écho à l’intuition de Darwin et à la thèse monogénétique de Leakey qui a compris, en 1959, ce que le reste de l’intelligentsia dominante s’est évertuée à ne pas reconnaître; à savoir, que l’Afrique avait bel et bien été le berceau de l’humanité. La signification d’une telle affirmation, devrait, pour être appréciée, être replacée dans le contexte raciste et colonialiste de l’époque. 

  

Il n’ y a aujourd’hui aucune gloire à reconnaître cette maternité à l’Afrique, ni à en tirer un quelconque narcissisme afrocentriste. L’objectif devrait plutôt être de proclamer l’unicité du genre humain, l’absurdité du racisme et le droit à tous et à toutes au développement et à l’évolution. Mais la lutte pour s’approprier le chaînon manquant a amené bien des nations à rivaliser. Des britanniques en ont fabriqué un par exemple. En 1912, Charles Dawson exhibe un faux composé d’éléments d’un crâne humain et d’une mâchoire d’orang –outang. Il sera enseigné dans les livres et les universités comme le maillon entre l’homme et le singe ; l’ancêtre des britanniques et des premiers européens. Une double fausseté dénoncée par Alvan Marston en 1953. Ce n’est qu’aujourd’hui , avec le recul, qu’on voit combien tant d’écoles eurocentriques sciemment ou involontairement erronées ont induit le monde et la science en erreur. La plupart ont été décrypté et ont disparu du champ scientifique. Deux écoles s’affrontent désormais sur le terrain de la véracité scientifique, une thèse polycentrique ( modèle multirégional issu des années 30 et le modèle intermédiaire années  90) et une thèse monocentrique ( années 50 et dans sa variante biologique-out of Africa-1988). Nous verrons que graduellement et patiemment cette dernière reconstitue le plus fidèlement notre évolution.

  

  

  

  

  

  

  

  

  

20me28 

C’est de façon caricaturale que l’on prétend que l’homme descend du singe. En réalité, nous ne sommes que des cousins éloignés de certaines espèces de singes avec qui nous partageons plus de 90% du stock génétique ( 99% avec le chimpanzé). Chose d’autant plus surprenante le Gorille, l’orang-Outang et le Chimpanzé ont 48 chromosomes, l’humain en a 46, et cette différence apparaît encore plus tenue si on comparait ces chromosomes l’un après l’autre: l’homme a 2 chromosomes de ces singes imbriqués à leur bout et qui n’en constituent en fait qu’un seul .

En tous cas, nous dûmes appartenir à un ancêtre commun, évoluant par la suite dans des lignées différentes. Preuve vivante, le bonobo, un chimpanzé de la ceinture du fleuve Congo est un remarquable spécimen qui fascine les chercheurs par son intelligence, sa faculté de marcher debout même en terrain escarpé, sa dextérité et ses capacités industrieuses. La seule observation de cet animal pourrait convaincre bien des sceptiques. 

  

  

 A l’origine, les simiens apparaissent il y a 60 millions d’années. Parmi eux, seuls les catarhiniens il y a 35 millions d’années participeront en Afrique à l’évolution vers l’humanité. La paléontologie, se basant sur plusieurs gisements fossilifères, (avec des récoltes de plus de 200 000 fossiles, rien qu’en Afrique s’étendant de la source du Nil au reste de l’Afrique orientale et australe) est parvenue à reconstituer les grandes étapes de l’hominisation, Ainsi, selon les paléontologues, l’observation des fossiles montre que la série commence avec l’aegyptopithèque trouvé à Fayoum en Égypte. Commence donc des lignés de purgatorius sortes de petits singes. Il en descend une espèce légèrement plus grande, le proconsul il y a environ 17 millions d’années, et dans son rameau le Kenyapithèque, daté de 15 millions d’années.

  

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Les paléontologues distinguent, dans la lignée des hominidés, que la séparation avec les grands singes remonterait à environ 15 millions d’années. Des fossiles vieux entre 8 et 4 millions d’années étaient très rares, hormis les traces de pas de Laetoli, les débris de dents et de mâchoires de Tabarin, Lukeino au Kenya.. Il y a environ 7 millions d’années, la divergence entre hominidés et grands singes inaugure l’évolution humaine, principalement à la suite de la cassure qui survient dans la vallée du Rift. En 1994, deux grandes découvertes viennent bouleverser les théories généralement acceptées. 

  

  

D’abord dans l’Awash, sur un site nommé Aramis au Nord-Est du lac Turkana en Éthiopie, 17 fragments d’un spécimen daté de 4,4 millions d’années sont récoltés. C’est Ramidus ou Ardipithécus, l’australopithèque le plus ancien connu jusque là. Il fait office de chaînon manquant, alors que certains préfèrent le reconnaître comme un voisin du chimpanzé, parce qu’ il semblait être moins capable de bipédie que de se déplacer dans les arbres, et tellement l’émail de ses dents est fin comme un mangeur de fruit.. A partir de 3,8 millions d’années, les australopithèques différents se succèdent. Mais Ronald Clark de l’université de Witwatersrand en Afrique du sud a daté, en début d’année 96, des ossements de pied qu’il a pu reconstituer à partir d’une trouvaille faite en 1981. Il indique que ce spécimen. plus vieux de 500 000 ans que le bipède de Laétoli (3,6 millions d’années). savait marcher.. Le plus célèbre australopithèque sensé ouvrir sans conteste la route de notre évolution est sans doute Lucy, femelle afarensis datée de 3,18 millions d’années et capable de marcher droite, malgré ses genoux prononcés de primate. D’autres trouvailles récentes sont intéressantes: Homo rudolfensis, homo ergaster.

  

La seconde découverte majeure s’est faite par l’équipe franco-tchadienne de Michel Brunet de l’université de Poitiers à 2500 km de la fracture de l’Afrique orientale nommée Rift valley, à Koro Toro au Tchad actuel. Comment Abel, dont on a daté la mandibule et les 7 dents a 3,5 millions d’années, a-t-il pu aboutir là? Est-ce l’exception qui confirme la règle , puisque les fossiles de cette génération ont tous été trouvés à l’Est de la vallée du Rift ? Sinon existait -t-il des contemporains aux australopithèques d’Afrique orientale? Ouvrons une parenthèse pour évoquer cette question. L’évolution humaine ne serait pas aussi simple qu’on aurait pu le croire, et l’hypothèse d’un bouquet de pré-humains coexistant sur une plus grande latitude à l’échelle du continent n’est plus à exclure. On semblait de plus en plus considérer, que c’est peut être la qualité exceptionnelle des structures sédimentaires et orogéniques de la zone de la Rift valley qui est responsable de l’abondance des fossiles qu’on y trouve. Voilà qu’on n’exclut pas que des contemporains de ses fossiles, ailleurs sur le continent dans des zones plus boisées ou plus arides, aient pu exister. On cherche. De nouveau un fantastique coup de théâtre vient soutenir cette possibilité ! 20me30 Toumaï le plus ancien représentant de la lignée des pré humains est récemment  découvert  par l’équipe de Brunet dans le désert du Djourab au Tchad.

Il est biochronologiquement daté par la faune alentour autour de 7 millions d’années [68].

Un autre spécimen est dévoilé. Orrorin est daté de 6 millions d’années.

Ces découvertes attestent que l’envergure des zones de pérégrination des pré-humains est plus étendue qu’on le croyait. 

  

  

  

  

Sterkfontein find

Ici, il faut aussi revoir la thèse classique qui invoquait les conditions climatiques comme la sécheresse et la déforestation qui auraient incité les pérégrinations et accéléré la marche debout. Phillip Tobias et son équipe de l’université de Witwatesrand[69] ont exhumé à Sterkfontein en 1998 un pré-humain de 1 m22 de haut, probablement bipède, plus vieux que l’enfant de Taung , et qui serait de 500 000 ans plus vieux que tout fossile trouvé plus au Sud de la Tanzanie. 

Certes, debout, l’insolation est moins forte, et des études thermographiques montrent que même à l’ombre, le corps répartit différemment la chaleur, selon que l’on soit accroupi, assis, ou debout.

Une autre piste s’ajouterait à la raison de la station debout[70]. En recourant à la l’orthopédie dento‑maxillo‑faciale, Marie Josée Deshayes et Anne Dambricourt-Malassé proposent de répondre au pourquoi de la station debout, de la différence entre le singe et l’homme quant à la réduction du prognathisme, de l’emplacement plus prononcé sous le cerveau du canal occipital et l’accroissement du volume logeant le cortex. Ce serait dans le développement embryonnaire que se trouverait la réponse à ces questions et non pas uniquement dans le hasard, la sélection naturelle, ou l’environnement. Il existerait une dynamique d’évolution ontogéniquement inscrite- nommée attracteur – se perpétuant selon un plan vertical et transversal , selon deux pantographes, que Dambricourt‑Malassé a appelé contraction cranio-faciale :  

< Le double pantographe permet de modéliser le développement architectural de la base du crâne , chez tous les primates, depuis les stades les plus précoces. Il montre une loi générale selon laquelle, plus les os de la face et les deux mâchoires sont glissés sous le front et élargis, plus les tissus osseux situés en avant du trou occipital sont redressés. Notre thèse est que cette loi traduit une dynamique initialement embryonnaire obéissant à une logique de contraction qui perdure et se réitère depuis l'apparition des primates, voici 60 millions d'années>.[71]

  

La recherche départagera sous peu ces apports qui, s’ils rejoignent sur l’essentiel, divergent sur des aspects importants au niveau métaphysique (ici par exemple dans  le caractère déterminé à l’avance de cette évolution humaine-style Teilhard de Chardin et intervention divine- ou alors le hasard et l’œuvre de la matière).

  

Mais revenons à notre arbre phylétique. De nombreuses autres découvertes commencent aussi à faire douter que l’homo erectus, autour de 1,4 à1,6 millions d’années, a été le premier grand aventurier qui ira à la conquête des autres continents . A Java, en Indonésie, en 1970 avaient été trouvés deux fossiles. En 1994, Garnis Curtiss refait les datations. Celui de Mojokerto est daté 1,8 millions d’années par potassium argon, l’autre de Sangiron est daté 1,6 millions. 

Sur le site de Longgupo en Chine est retrouvée une forme proche d’Homo erectus datée de 1,9 millions d’années. Russel Chichon de l’Université d’Iowa, après examen des dents,  conclut qu’il s’agit d’une forme plus primitive qu’erectus . Est-il possible de reculer la date du départ des premiers globe- trotters, soit les Homo erectus à 2 millions d’années, ou est ce tout simplement Homo habilis le premier aventurier? Tout porte à croire pour l’instant que Homo erectus a bien colonisé le premier la planète. 

  

C’est en Espagne depuis 1995 que l’on découvre des traces d’hominidés vieux de 800 000 à 1 millions d’années, corroborant la thèse des pérégrinations d’Homo erectus pas seulement vers l’Asie, mais aussi vers l’Europe. A Atapuerca, en Espagne, des équipes sont  à l’œuvre à la recherche de preuves supplémentaires. Un site à Pakefield dans le Suffolk anglais en décembre 2005 a révélé des outils vieux de 680 000 ans, ce qui en ferait une trace de colonisation précèdent de loin Homo Heidelbergensis, daté de 500 000ans. 

Skull Science

  

http://news.bbc.co.uk/olmedia/745000/images/_745080_sk300.jpg 

Le squelette d’une adolescente daté autour de 1,7 millions d’années a été retrouvé à Dmanisi en Géorgie. Ce serait les traces les plus anciennes d’un pré-humain du type de Homo ergaster, qui est arrivé d’Afrique et dont la lignée européenne s’est effacée face aux homo sapiens.

  

  

La découverte exhume aussi des outils de pierre du genre acheuléen  et des ossements d’animaux. David Lordkipanidze, du musée d’Etat de la république de Géorgie est excité par cette découverte majeure qui signifierait que le peuplement africain de l’Europe s’est fait plus tôt qu’on le croyait. On a un bel intervalle temporel entre ces premier européens et ces autres spécimens d’érectus d’Europe, comme le tibia retrouvé à Boxgrove en Angleterre et daté de 500 000 ans, ou l’Erectus de Tautavel en France vieux de 450 000 ans. Toutes ces découvertes viennent rafraîchir l’étalonnage des arbres phylétiques et nuancer les propositions des paléontologues. 

En effet, l’arbre phylétique des paléontologues, se basant sur les datations au carbone 14, même améliorée par la spectrométrie de masse, est contesté par les biologistes. 

La biologie pour prouver l’évolution africaine de l’humanité 

  

 Bien que ne disposant pas pour l’instant d’une échelle temporelle complétée sur la base de leurs éléments biochimiques, les biologistes font remonter la séparation des grands singes des hominidés à 5 millions d’années, en se basant sur un arbre phylogénétique datant de 30 millions d’années. Il est vrai, à la décharge des biologistes, qu’entre 11 millions et 4 millions d’années, subsiste un vide fossile. Toujours est il que, pour Wilson, Sarich et d’autres, la variation des changements biochimiques est quasi nulle, ce qui suppose que l’horloge moléculaire (molecular clock) démarrant de la divergence entre humain et chimpanzé, excluait ramapithécus des fossiles humains le réduisant à un sivapithécus ancêtre des orangs-outans[72]. Quelque soit la controverse à ce stade entre paléontologues et biochimistes, elle allait se raviver à mesure que l’on essayait d’établir le début de l’humain moderne. 

  

Cheikh Anta Diop considérait à ce titre, que les hominidés néanderthaloïdes devaient être soumis à « des critères sévères de datations radiométriques « .[73] C’est qu’il soutenait que l’origine du néandertalien serait probablement africaine plutôt qu’européenne. La découverte d’un néanderthaloïde à Broken FER (Zambie) âgé de 110 000 ans, ainsi que d’un autre en Égypte prouverait selon toute vraisemblance l’existence de spécimens plus anciens que le würmien européen classique âgé de 80 000 ans à 100 000 ans. Non seulement l’anthropaléontologie européenne exhibe des dates allant de 200 000 voire 300 000 avec l’exemple de Sierra de Atapuerca en Espagne, en voulant y voir un Néanderthal plutôt qu’une forme d’Homo erectus, mais elle a la décence de reconnaître que ses traces partent de Gibraltar vers l’Asie. Mais Gibraltar à cette période de glace est connectée à l’Afrique. Alors il faut trouver mieux. Voilà que l’on découvre un homme de Néanderthal de 30 000 ans seulement à Zafarraya en Espagne alors qu’ils sont normalement éteints 5000 ans plus tôt. Nous attendons toujours des datations plus sérieuses de ce spécimen.. En admettant qu’il soit vrai, qu’est ce que cela signifie? Deux scénarii sont au moins possibles: 

-         soit il a co-existé une espèce de Néanderthal jusqu’à cette époque là avec des africains homo sapiens, et là se pose la question de savoir pourquoi ne se seraient ils pas métissés (une réponse serait par exemple par incompatibilité génétique). Dambricourt-Malassé. dans son analyse embryologique des capacités crâniennes trouvait d’ailleurs que l’Homo néanderthal n’était pas sapiens [74]‑;

-         soit pendant 10 000 ans les deux espèces ont vécu en Espagne avec invasion des homo sapiens et de leur métissage naquirent les leucodermes actuels. Cela contredirait la thèse retenue habituellement de la transformation sur place des négroïdes grimaldiens.[75] De plus en plus, une certaine paléontologie occidentale dans un élan anthropomorphe fait des Néanderthaliens des humains pratiquement égaux à ceux d’aujourd’hui à l’instar de l’ouvrage de James Shreeve[76]. En quête d’une paternité autre qu’africaine (car n’admettant pas la possibilité de néanderthalien africain) Fred Smith de l’Université d’Illinois soutient  » qu’ils étaient pleins de ressources, intelligents. Ce n’étaient pas des brutes. Ils étaient nous, seulement différents’ [77] 

  

«L’hominidé qui suit» le néandertalien est l’homo sapiens et précisément le sapiens sapiens africain «homme doublement savant) qui est allé peuplé les autres continents. Par adaptation et sélection, Diop suggérait qu’il se serait différencié au mésolithique avec l’apparition de la brachycéphalie, et au néolithique avec les caucasoïdes, les mongoloïdes et enfin les leucodermes. Ces derniers seraient le prototype du Cromagnon, issu de la transformation pendant 20 000 ans du négroïde grimaldien en Europe. La thèse monogénétique signifie que de 70 000 jusqu’à il y a 10 00 ans, l’humanité africaine a peuplé en trois vagues successives le reste du Monde, ne pouvait être vérifiée que sur la base de vestiges fossiles. Une fois de plus, la biologie moléculaire semble venir à la rescousse de cette thèse. 

  

  

  

  

  

Mitochondrie.png

  

Schéma descriptif de la structure mitochondriale
1 :membrane interne. 2 : membrane externe.
3 : espace inter-membranaire. 4 : matrice (source : wikipedia.org
[78]

  

  

En effet, l’arbre évolutif a connu une autre retouche, à la faveur des études sur les mitochondries de l’ADN. (Il s’agit d’organites cytoplasmiques synthétisant l’adénosine triphosphate en énergie essentielle à la cellule nucléique- le génome mitochondrial est de 16569 paires). L’ADN mitochondrique a la particularité de ne regrouper que 37 gènes, et ne se transmet que par la mère.

  

20me34

Lorsqu’on étudie des espèces proches comme l’humain et le chimpanzé, on parvient à mesurer ses modifications biochimiques, en général rapide dans le temps, et à en déduire d’assez prés la période de leur séparation. Avant de décéder, le biologiste Allan Wilson crée l’effet d’une bombe iconoclaste. Avec son équipe, ils calculèrent les mutations survenues dans l’ADN mitochondrial en déduisant leurs étapes s’échelonnant sur une périodicité régulière jusqu’à la branche la plus éloignée de l’arbre évolutif ( soit environ 3% de mutation de l’ADN mitochondrial sur un million d’années). 

  

Considérant que parmi les humains actuels, les africaines sont les plus différents génétiquement et sont donc ceux ayant le moins mutées, ils soutinrent qu’une africaine (ou plusieurs africaines), il y a 200 000 ans, serait l’ancêtre commun de l’humanité contemporaine[79]. Notre arrière grand-mère de 10 000 générations!

Une autre étude menée par Cavalli Sforza de l’université de Padua démontre que les peuples d’Éthiopie, de la péninsule arabe et les dravidiens de l’Inde ont eu un ancêtre commun africain il y a 55 000 ans.

Ornello Semino de l’université de Pavia, et  Peter Underhill de Stanford , Californie ont aussi testé l’ADN Y de1007  hommes de 25 différentes régions d’Europe et du Moyen Orient. Ils constatent 3 vagues de migrations africaines vers l’Europe : 40,000, 22,000, et 9,000 ans.  95% de ces  européens descendent d’un groupe de  1 à  10 ancêtres masculins. Plus de  80% de ces européens héritent d’ADN Y d’ancêtres de l’ère du paléolithique qui vécurent entre 25,000 à 40,000 ans en Europe, les derniers 20% descendraient de fermiers du néolithique qui y vécurent entre 9000 à 10000.[80] 

Les multirégionaux contre-attaquent en août 2002[81] citant le cas d’une patiente de 28 ans qui aurait reçu de son père 90,5% de son ADN mitochondrial. Cette possibilité extrêmement rarissime leur a été considérée suffisante pour mettre en doute la régularité de l’«horloge moléculaire». La thèse polycentrique se débat comme elle peut, les autres thèses s’étant toute effacées devant celle de l’origine monocentrique, (son processus par clades à partir d’un rameau unique il y a moins de 200 000 ans, et redaté plus précisément à 143 000 ans) on comprend l’acharnement de ceux qui refusent d’admettre l’unicité du genre humain. Pour eux, les homo erectus graduellement et dans chaque espace géographique d’Asie et d’Afrique évoluent graduellement, sur place, pour donner les homo sapiens. Au mieux certains plus ouverts admettent la probabilité d’un mélange. 

La recherche de Gerard Lucotte du Collège de France démontre que les pygmées Aka d’Afrique centrale, si on se fonde sur le chromosome Y (haplotype 13) sont nos ancêtres vivants. [82]

Un autre coup fatal aux thèses monocentriques a été apporté par une équipe internationale de chercheurs qui a fait paraître son étude dans Nature Genetics. Elle montre que nos ancêtres vivants sont en Afrique australe au Soudan et en Éthiopie et que, si on se fie au chromosome Y d’un échantillon de 1062 personnes provenant de 22 zones géographiques dispersées de par le monde, on obtient une surprenante confirmation.  L’origine africaine de l’humain moderne est attestée, mais ne date dans sa variante masculine que de 59 000 ans. Comment expliquer l’écart de près de 80 000 ans entre cet Adam et Eve africain? Probablement  que notre stock génétique s’est différencié en bouquet ou  en mosaïque à travers le temps et la dispersion géographique. 

Peter A. UnderHill et Peter J. Oefner de l’Université Stanford se basant toujours sur le chromosome Y dessinent un arbre généalogique remontant à un Adam africain avec 10 branches. Les trois premières sont exclusivement africaines. De cette troisième branche un lignage se rendit en Asie et donna naissance à la descendance 4 à 10 qui se dispersa. La branche 4 vers la mer du Japon, la cinq vers l’Inde du nord, la descendance 6 et 9 vers le sud de la Caspienne. 

L’étude des premiers Australiens, du fait de leur insularité permet de constater une très faible variation de l’ADN mitochondrial et du chromosome Y. Les variations sont de l’ordre de 150 000 à 200 000 pour l’ADN mitochondrial et de 60 000 à 100 000 pour le chromosome Y. Là où on obtient une variabilité maximale c’est en étudiant les populations de la corne de l’Afrique, où il n’y a pas d’ancienneté, attestant l’unicité du genre humain. 

  

Un point toujours intrigant concerne la dépigmentation de l’homo sapiens négroïde et sa transformation en couleurs différentes par sélection et adaptation jusqu’à l’autonomisation. Cheikh Anta Diop a toujours invoqué la loi de Gogler. On sait maintenant qu’une centaine de gènes interviennent dans les phénomènes de pigmentation. Il se trouve que c’est par hasard, en étudiant le cancer par l’entremise de poissons zébrés Golden que des chercheurs de l’université de Pennsylvanie[83] ont identifié un des gènes lié à couleur humaine.  Selon eux, la mutation d’un acide aminé dans le gène SLC24A5 aurait contribué à la transformation de la peau plus claire des européens par rapport à leurs ancêtres africains. Le gène, une mutation d’une lettre dans la séquence de 3,1 milliards de lettres de notre génome, serait responsable pour au moins du tiers de la perte de pigmentation du noir vers le blanc. 

«The evolutionarily conserved ancestral allele of a human coding polymorphism predominates in African and East Asian populations. In contrast, the variant allele is nearly fixed in European populations, is associated with a substantial reduction in regional heterozygosity, and correlates with lighter skin pigmentation in admixed populations, suggesting a key role for the SLC24A5 gene in human pigmentation». 

Déjà se font jour des spéculations sur l’usage de ces trouvailles pour bronzer ou pour se décolorer la peau sans dommage, ou pour contrer le cancer de la peau. On ne fait de toute façon que commencer à dévoiler la pointe de l’iceberg en terme de potentialités sur le gènome humain.[84]

  

Tous ces nouveaux éléments viennent conforter la thèse monocentrique. La toute dernière trouvaille relève du tracé des migrations humaines reliées au goût de  l’amertume. Il se trouve que 75% des humains perçoivent le PTC (phénylthiocarbamide) comme très amer. Les 25% ne détectent pas du tout cette amertume. Cette faculté de détection devrait remonter à des temps immémoriaux où nos organismes instinctivement nous protégeaient de l’ingestion de plantes toxiques.

Je paraphraserai ici  fidélement Dennis Drayna et ses collègues qui ont analysé cela. Ils découvrent que la combinaison de trois changements produisent la physionomie du gène récepteur de la non détection du PTC. Cette mutation génétique est advenue chez un ancêtre fondateur qui l’a légué à sa lignée. L’altération génétique est enchâssée dans une très courte séquence d’ADN ancestral, soit quelques 30 000 paires bases chez certains porteurs, révélant  une ancienneté de l’ordre de plus de 100 000 ans. Plusieurs études ont montré que les populations de l’Afrique subsaharienne sont porteuses de 7 différentes formes du gène PTC. Mais seule les formes de gènes (major taster et major non taster)  goût prononcé et goût incapable d’être détecté, se retrouvent à l’extérieur des populations africaines. Sur les 5 formes restantes, une est retrouvée occasionnellement dans des populations non africaines (et jamais chez les amérindiens), alors que les quatre autres sont exclusivement africaines. L’information suggère qu’un groupe d’Africains est bien sorti du continent autour de 75 000 pour se répandre à travers le monde, confirmant l’origine monogénétique. Mieux, la forme non taster –incapacité de détection du goût- résout la question du métissage entre homo sapiens et homo erectus. Ces derniers auraient dû avoir leur propre formes de PTC pour détecter les plantes toxiques de leur environnement. En cas de métissage, il y aurait donc dû avoir différentes formes de gènes PTC en Asie du Sud Est, de l’Est et en Europe. Mais, il y a une remarquable absence de telles variations, attestant qu’il n’y a pas eu de croisements avec résultats entre homo sapiens et autres pré-humains.[85] Ni la thèse de la transformation multirégionale –erectus se métamorphosant localement- ni la thèse réticulaire, métissage- ne sont compatibles désormais avec cette trouvaille confirmant la thèse «Out of Africa». 

« Founder mutations now add a new dimension to DNA studies : calibrating the haplotype length dates the mutation, and calculating the frequency of the haplotype in the population measures the geographic spread of the founder’s descendants. Each of us bears biochemical witness to the fact that all humans are indeed members of a single family, bound together by the shared inheritance of our genome»[86]

Espérons que des chercheurs émérites comme Yves Coppens, à qui on doit beaucoup dans ce débat, se ravisent sur certaines de leurs hypothèses de métissages entre sapiens et erectus ou d’évolution en grades. Cro-magnon est bien le premier leucoderme issu du négroïde grimaldien. 

 Sur l’évolution à partir du rameau africain, il y aura toujours des savants comme Carleton Coons[87] pour trouver le moyen d’y voir là plutôt le signe que les africains représentent des espèces moins avancées, comme s’ils seraient les derniers à avoir évolué vers l’humain moderne. Pour lui l’humain moderne est né en Asie où en Europe et se serait constitué indépendamment de l’influence africaine. Les relents de racisme, derrière ces thèses polycentriques, sont de toutes façons ridiculisées par les trouvailles énoncées plus haut. D’autant plus que la race n’existe pas, et c’est le grand mérite de Cheikh Anta Diop que de l’avoir compris parmi les premiers[88]:

« Le problème est de rééduquer notre perception de l’être humain, pour qu’elle se détache de l’apparence raciale et se polarise sur l’humain débarrassé de toutes coordonnés ethniques« . 

  La race n’existe pas car l’humanité est une et a les mêmes capacités intellectuelles. Il n’y a aucune différence significative, ni anatomique ni au niveau du cerveau qui puisse permettre d’établir une quelconque hiérarchisation.

  

Cette remarque est importante notamment en ce qui concerne la genèse de la civilisation égyptienne dont on devra garder à l’esprit que malgré le brio et l’époustouflante prouesse technologique et historique qu’il s’agissait de société foncièrement inégalitaire, et hautement hiérarchisée. Elle ne semblait pourtant pas connaître ni la traite esclavagiste ni l’univers carcéral. 

  

  

  

  

  

20me35 Egyptologie et quelques contributions africaines à la civilisation universelle. 

  

L’Égypte, lieu naturel de propagation à partir de la vallée du Rift des premiers humains négroïdes, est la mère des civilisations humaines. L’Égypte nègre qui domestiquait les plantes au néolithique et qui cultivait l’orge au paléolithique. Cette Égypte qui bâtit le premier État d’une odyssée de 3000 ans était d’abord noire, comme  les autres habitants de l’Afrique 

  

En Afrique c’est dès le début des années cinquante, que Diop a soutenu cette thèse[89]. D’abord en 1948, et dans la première parution de la voix de l’Afrique en 1952, puis dans l’œuvre majeure de l’époque « Nations nègres et culture » et des textes suivants. Dans sa lancée, Obenga, Sall, Sertima, Johanson, Ela, Wonyou, Pfouma, Finch et quelques autres se sont fait les avocats de l’africanité nègre de l’Égypte pharaonique.   

  

Géographiquement l’Égypte est un prolongement de la vallée du Rift, dont les développements morphologiques aboutirent par les transferts d’alluvions à la formation de terrasses elles mêmes correspondants à l’adaptation du Nil au niveau de la mer comme le comprirent très tôt, Rushdi Said, Arkell et Sandford [90] . L’Égypte est caractérisée par la primauté de la haute Égypte (zone s’étendant du delta -limite du Caire -à juste après la première cataracte-près d’Assouan-) sur le Delta. Depuis Homo érectus, et son industrie lithique acheuléenne, jusqu’aux premiers instruments paléolithiques et néolithiques, une présence toujours africaine caractérise l’humanisation de la région. A l’ouest et au sud de l’Egypte actuelle et du Nil s’est forgée la civilisation égyptienne. Les premiers égyptiens ont dû dompter les caprices du fleuve par les drainages, les digues et les irrigations pour créer cette fantastique civilisation s’étendant sur plusieurs dynasties. Ankh nous apprend que

«…Jacques LABEYRIE, ancien directeur du Centre des faibles radioactivités du CEA-CNRS, à Gif-sur-Yvette, indique que les résultats de ces datations établissent que le mouvement de la civilisation égyptienne du Sud vers le delta du Nil est corrélé à l’abaissement du niveau de la mer et recoupent parfaitement la tradition rapportée par les Anciens..»» [91] 

  

Les chercheurs belges de l’équipe de Vermeersch découvrent au site de Nazlet Khater  un gisement fossilifère magnifique avec une industrie lithique datée de 32 000 BP (BP signifie avant 1950). Non loin de là, un squelette difficilement datable à cause de sa faible proportion en charbon organique. Mais fait capital, cet homme à la boîte crânienne de 1400 cm3 serait plutôt nègre, si l’on s’en tient à sa cavité praenosale et ses maxillaires en saillies.[92] C’est à ce jour le premier égyptien connu. Zaborowski, sans trop s’aventurer dans le caractère négroïde des égyptiens, avait montré parmi les premiers qu’ils étaient bien des autochtones et non d’hypothétiques étrangers débarquant en Afrique.[93]  Tout porte à croire en effet que se sont les mêmes hommes, qui à Ouadi Koubanya au paléolithique supérieur, soit il y a 18000 ans, pratiquaient les premières techniques agraires au monde, avec de l’orge, des lentilles du blé des pois.[94]. En Nubie «le Ballanien est daté de -14000 et le Halfien (2è cataracte) de 16000 av. J.C»[95]. La révolution néolithique semble s’être bel et bien déroulée dans cette vallée du Nil. Le développement des techniques agraires a généré des formes de communalisme et de divisions du travail de plus en plus spécialisées se parachevant dans l’Égypte pharaonique. Cette dernière, aussi loin que l’on peut remonter, naît sur place de ses indigènes et non par quelque hypothétique invasion ou influence asiatique.  La période allant du néolithique aux premiers égyptiens est encore pleine de secrets. Une approche conceptuelle proche de la méthodologie « paléthnologique » de Leroi-Gouran ( fouilles et recherches systématiques pour l’appréhension de la vie de l’homme à travers ses manifestations culturelles politiques, économiques, sociales, religieuses, linguistiques) permet néanmoins de considérer la vallée nilotique et le peuple Anou comme fondement de l’Égypte pharaonique. La source de l’Egypte pharaonique est méridionale, éthiopienne et nubienne. L’emphase de recherches futures sur la protohistoire égyptienne nous éclairera certainement sur les débuts de l’odyssée égyptienne. Une chose est sûre, c’est que l’origine de cette civilisation n’est ni asiatique, ni moyen-orientale, mais bien d’un espace qui correspond au Soudan et à l’Éthiopie actuels. Aucune trace matérielle de civilisation indo-aryenne, rappelant la spécificité égyptienne à ce moment n’existe ailleurs, pour conforter un métissage possible. Aucun apport significatif de peuple migrant des espaces euro-asiatiques n’est décelé. Par contre, la civilisation existait déjà en Afrique, dans les cités Etats de Nagada, Thinis, Abydos, et attisait l’admiration de peuplades environnantes. Quostul en zone nubienne semble avoir été un creuset des premières formes étatiques. Quelques rois forgent l’ossature de l’appareil d’Etat à venir, mais les connaissances de ces systèmes demeurent fragmentaires. On cite les rois Scorpion I, Scorpion II, Ka, Iry Hor).[96] La première forme d’organisation politique connue remonte au moins à Ménès ou Narmer, premier chef d’Etat et conquérant ayant réussi à façonner le premier royaume, dès la fin de la période prédynastique. Parti de la Haute Egypte, son royaume  parachève l’unité de la vallée du Nil.  Quand Djeser qui fonde la 3ème dynastie égyptienne, autour de 2650 avant JC, monte sur le trône, l’essentiel du système politique égyptien est rôdé depuis plus 650 ans, et il est toujours authentiquement africain. 

  

  

  

20me36 

Mentouhotep -2100 

Moret est catégorique :

  

« Nulle part ailleurs les conditions naturelles n’avaient favorisé au même degré qu’en Égypte le développement d’une société humaine ; aussi nulle part ne retrouve-t-on une industrie néolithique d’une technique comparable. 

 D’ailleurs , il n’existe en Syrie et en Mésopotamie, à part quelques stations néolithiques de Palestine d’âge imprécis, aucune trace de l’homme antérieurement à 4000 avant J.C. A cette date, les égyptiens entraient presque dans la période historique de la civilisation.

  

Il convient donc d’attribuer au génie propre des premiers habitants de l’Egypte, et aux conditions exceptionnelles présentées par la vallée du Nil, leur précoce développement : rien ne prouve que celui ci soit dû à une invasion d’étrangers plus civilisés, dont l’existence même ou tout au moins la civilisation serait à démontrer»[97]

  

  

20me37

C’est donc bien à partir du site de El-Amrah vers le Nagada que débute l’Égypte prédynastique et que se forgent l’infrastructure et la superstructure du phare des civilisations, à l’instar des premières pyramides et de ses pharaons. 

20me38  20me39  20me40

Momie et statues de Toutankhamon 

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20me41

L’Égypte pharaonique est la source des civilisations comme l’ont reconnu une pléiade de Grecs qu’il faut opposer aux théories sciemment amnésiques qui s’évertuaient à faire des Égyptiens des blancs. De Hérodote à Volney, les anciens et les classiques conséquents qui ont évoqué l’Égypte ont qualifié les premiers Égyptiens de noirs. Les premiers leucodermes indo-européens n’apparaissent-ils pas sur les murales égyptiennes comme des captifs de guerres des indigènes noirs ? Dans aucun des espaces eurasiens il n’a existé de civilisation contemporaine du début de l’Égypte ni susceptible de lui être antérieur ou l’ayant l’influencé. Ces peuples ont été attirés par la magnificence de l’Égypte pharaonique et s’y sont rendus et s’y sont métissés. En dehors de cela, il n’existe qu’une lutte idéologique pour s’approprier l’exceptionnel de cette civilisation. Ce que tant de nations et de cultures continuent d’ailleurs de faire. Mais seule l’Afrique aujourd’hui peut exhiber une continuité historique en amont et en aval de l’Égypte pharaonique. 

  

Comme on ne peut nier l’évidence géographique, on ne peut ne pas reconnaître l’existence d’Africains aux traits dits fins et sans prognathisme comme les Bishari, les Somalis, les Mututsi, les Tigréens, qui fils authentiques de l’Afrique, avant les incursions arabes ou asiatiques sont tout aussi africains que les enfants du Nil. 

La langue pharaonique démontre comment les égyptiens se qualifiaient eux mêmes. Kmt ou le pays des noirs est le nom dont l’Égypte ancienne se paraît. Même si l’hypothèse que privilégient certains auteurs, à savoir le pays noir comme référence à la couleur de la terre de la vallée, pourrait s’avérer crédible, un simple bon sens interdit les acrobaties visant à vouloir appliquer la même règle en ce qui concerne les humains et les Dieux. Car comment expliquer s’étonne Diop que la plupart de la hiérarchie de la cosmogonie égyptienne utilisait ce qualificatif Kmj ou le grand noir pour Osiris; Set Kemet la femme noire pour Isis; Kem sit lou la Noire pour la prêtresse d’Athor; ou Km qui qualifiait aussi Apis, Min, Mot. De plus observons que l’égyptien est davantage représenté sous des traits négroïdes. Qu’y a t-il de plus nègre que Sphinx, portrait probable de Kephren le pharaon noir dont le nez est encore captif à Londres. Il n’y a qu’à voir les lithographies, les ouvrages d’architectures, les fresques, des antiques égyptiens et de la représentation qu’ils se faisaient de leurs voisins asiatiques ou indo-européens, pour se convaincre que leurs artistes n’ont fait que restituer le profil d’authentiques africains aux ancêtres des actuels Bishari, et des coptes aux relents de physionomies nègres. Ce n’est que bien après que l’essentiel de la civilisation égyptienne ait été édifiée, ne serait ce que les quatre premières dynasties, que les mélanges avec les différents peuples d’Asie  et du Sahara commencèrent. 

  

  

momie 

L’équipe de Sakuji Yoshimura  de l’université de Waseda de Tokyo a exhumé en Janvier 2005 cette momie de 3500 ans en parfait état d’un fonctionnaire à Dachour. La qualité de cette momie, et la noirceur de son masque pourrait donc bien se prêter à une analyse dermique. On pourrait l’appliquer pour faire taire les éminents egyptologues qui argue de la rousseur du pharaon noir. Coloration récente de Ramsès, due en fait à l’irradiation qu’il a subi pour tuer les champignons qui le rongeaient. 

  

Cheikh Anta Diop au niveau de l’anthropologie physique s’est évertué en vain[98] à obtenir quelques mm2 d’une des grandes momies africaines, afin de les soumettre à un test divulguant la mélanine. L’italien Rabino Massa sans révéler la teneur en mélanine a cependant procédé à l’étude d’égyptiens prédynastiques. Il note que « l’analyse histologique du tissu épithélial a permis de mettre en évidence la stratification typique de l’épiderme et de relever la présence de granules de mélanine dans le cytoplasme de la couche basale.[99]. 

Les disciples de Diop au sein de Ankh signalent que dans 

«A molecular approach to the study of Egyptian History« , de Svante Pääbo et Anna Di Rienzo de l’Université de Berkeley ouvrent des pistes prometteuses pour décrypter l’origine des anciens égyptiens. Eric Crubézy, professeur d’anthropologie à l’Université Paul Sabatier à Toulouse, signale dans un article intitulé « Les surprises de l’ADN ancien – Une technique miracle à manier avec précaution« , l’analyse de l’ADN de deux corps inhumés dans la nécropole d’Adaïma, en Egypte, 3700 ans avant J.-C. : »Celui-ci [l'ADN] les apparente aussi à des populations d’origine subsaharienne, ce que confortent des éléments morphologiques et épidémiologiques concernant l’ensemble de la population »»[100] 

  

D’autres éléments confirment l’africanité nègre de l’Égypte pharaonique selon Diop. Il s’agit de la parenté génétique des langues africaines avec l’égyptien que l’on ne peut désormais se borner de qualifier de langue chamito-sémitique. C’est son mérite d’avoir dégagé des bases linguistiques communes, où le hasard et l’acculturation ne pourraient expliquer autant de similitudes au niveau de la phonétique, de la sémantique, de la morphologie. Ses développements permettront à Obenga de qualifier de « nègro-égyptien » cette langue archaïque commune. A l’instar de sa magistrale présentation lors de notre conférence conjointe de Montréal, commémorant le 10 ème anniversaire de la mort de Diop, il dresse une typologie des trois grandes familles [101] linguistiques africaines soit le nègro-égyptien, le berbère et le Khoisan. L’égyptien s’enracine dans le nubien, puisque le démotique qualifié de « synchronie’ de l’ancien égyptien reprend plusieurs caractères de l’écriture méroïtique nubienne.

  

«Ainsi, la civilisation, pharaonique appartient en totalité au monde culturel négro-africain. L’Egypte pharaonique n’était pas sémitique encore moins indo-européenne dans son écriture, dans sa culture et dans sa manière de penser : elle était africaine, comme la Nubie, l’Abyssinie, Zimbabwe, Ghana, Benin (Yoruba), bref comme toutes les autres civilisations bâties autrefois sur le continent africain par des Noirs africains»[102]

  

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Les sceptiques pourront consulter le chapitre consacré au Soudan méroitique et à l’Égypte dans Nations nègres et culture.

Les développements sur la parenté avec le wolof à l’instar de la conjugaison du morphème Kef (empoigner, saisir sa proie) ou du tableau suivant atteste de l’opérationnalité de la méthode diachronique de Diop.  Et même sans l’appliquer, j’ai retrouvé des dizaines de surprenantes similitudes avec les mêmes sens entre l’égyptien antique et le parler contemporain wolof (ser le grand, mais aussi celui qui est clairvoyant pour serin qui désigne le chef religieux; ren le nom, patronyme ren u maam le nom des ancêtres; oup ouvrir oubi ; maat équilibré, égal mat ; maâ offrir may; Âa grand Yaa; Haty  le chef haté (le chef qui départage); hem le serviteur jam ; bin le mal bon; renpet neferet -bonne année pour ren ne refet; akhet l’inondation  de la saison des pluies  et nawet; ta la terre et ta rel mettre à terre; sekhet le champ, la poussée de la plante et sekh; per maison ker; hapy la crue et la saturation  sapy; ren dem couper  tailler rendi égorger; kherouy les testicules  khouryi ; hounet jeune fille et/ ou pupille de l’oeil qui donne khouli bet- expression de la belle jeune fille  à qui la dévisage; Âqa, exact, précis Ahqan; kherd enfant khalé; nehep copuler niehp; sebet dévoiler les dents en riant et seben; Âq ib pour l’amitié-celui qui pénètre dans le coeur- xarit Âq; iour enceinte et jiour donner naissance; sa le fils et sat la fille et sat le petit fils ou fille..) 

  

Dans cette optique les développements entre autres de Obenga sur les systèmes graphiques, les éléments de méthodologies et les parallèles avec le Pulaar de Aboubacry Lam ainsi que l’étude de Gilbert Ngom établissant la parenté génétique avec le Duala du Cameroun sont des plus encourageants.[103] 

  

Tous ces éléments illustrent qu’une telle ressemblance avec les langues africaines ne peut être fortuite comme le martèle Obenga : 

  

«En revanche, nous avons pu reconstruire le négro-égyptien, (voir Tableau çi-dessous) soit la langue primitive commune aux langues historiquement attestées que sont les langues égyptienne, couchitique, tchadique, nilo-saharienne, nigéro-kordofanienne, toutes langues anciennes et modernes, parlées par les peuples noirs d’Afrique, depuis la vieille Égypte pharaonique, et toutes unies génétiquement lorsqu’on les compare de façon serrée et adéquate sous tous les angles, phonétique, phonologique, morphologique, grammatical, lexicologique»[104]

  

  

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John Coleman Darnell, un égyptologue de Yale, et son épouse Deborah ont découvert ce qui semble être le plus vieil alphabet connu sur une façade de calcaire à des inscriptions sur des falaises de calcaire, à Ouadi El hol l’ouest de Louxor.[105] Son déchiffrage révélera probablement l’explication du pourquoi il ne s’est pas imposé. 

  

Si l’écriture et les papyrus restent l’une des grandes empreintes d’une civilisation des plus évoluée, leur contenu témoigne de la vocation universelle de l’Égypte.

  

Ainsi du ressort des sciences exactes, différents problèmes sur les papyrus Rhind, Kahoun, de Moscou, Ebers, Smith prouvent le caractère hautement avancé de la science égyptienne et nous donne une idée de l’impact qu’elles auront sur le futur monde moderne. 

  

  

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C’est le cas de l’épitaphe qu’Archimède s’était lui même choisi et qui figure comme problème no 10 dans le papyrus de Moscou S= 2π R2, comme calcul de la surface d’une demi-sphère. 

Ce problème a été découvert plus de 1500 ans avant Archimède. Ce dernier, comme nombre de ses semblables, s’est instruit en Égypte. Il est de notoriété que l’on doit aux égyptiens d’avoir découvert tant de choses que nous utilisons comme issues de l’univers hellène.  La géométrie égyptienne est aussi rigoureusement exacte nous révèle l’ouvrage de Obenga.[106]. Des théorisations qui mirent par exemple en pratique le levier qui servit à bâtir les colossales pyramides. Contentons nous de résumer Diop qui détaille l’ampleur des emprunts[107]. Il y eut ainsi des calculs comme la surface du cercle, du triangle; le volume du tronc de la pyramide, le prétendu théorème de Pythagore dont les égyptiens n’ignoraient pas les tenants et les implications; les premiers rudiments de la trigonométrie avec sinus, cosinus, tangente et cotangente, des séries mathématiques, l’algèbre qu’ils nommaient Aha, sans parler des équations du premier et du second degré. Des calculs qui avaient leur application dans le mythe comme les fractions avec l’œil d‘Horus déchiqueté ou dans la vie quotidienne pour la construction des monuments, l’arpentage, l’irrigation des champs, l’impôt… 

  

De même, la chronologie de leur calendrier de 1461 ans soit l’écart temporel entre les 2 levers héliaques (le cours de l’étoile Sirius influencée par sa consœur qui évolue en dehors de notre système. L’héritage unique de cette évolution de Sirius A, ( la plus brillante étoile de l’hémisphère nord  et Sirius B indécelable à l’œil nu, d’apparente magnitude de 8.7) survit encore au sein du peuple Dogon. Le calendrier fondé sur Sirius reste des plus valables de nos jours (365 et 365 jours un quart).

«Les Dogons prétendent, en premier lieu, connaître depuis longtemps deux étoiles compagnes de Sirius qui est l’étoile la plus brillante du ciel…»… Mais à l’œil nu, on ne peut apercevoir qu’une seule étoile et ce n’est qu’en 1862 que, l’astronome américain Alvan CLARKE découvrit, grâce à un télescope puissant, la deuxième étoile qui fut nommée alors: Sirius B . Cependant les Dogons eux affirment qu’il existe une troisième étoile, que nous pourrions nommer Sirius C, et ils nous disent surtout que leurs ancêtres seraient justement venus, il y a des millénaires, d’une planète en orbite autour de cette troisième étoile que nous ne connaissons pas encore. 

  

  

  

Ils affirment que Sirius possède d’abord un compagnon plus petit et surtout plus lourd qu’ils nomment PO Tolo ou Po-Digitaria du nom d’une graine de céréale, africaine très petite et très lourde qu’ils utilisent régulièrement. ««Les derniers travaux menés par les astronomes jean-Louis Duvent et Daniel Benest de l’observatoire de Nice qui utilisèrent des simulations numériques d’ordinateurs, semblent renforcer l’hypothèse de l’existence du 3ème corps d’une masse très faible, de 0,5 fois au plus la masse solaire et de magnètude apparente de 5 à 10 fois plus faible que Sirius A.

Mais surtout les Dogons savent que Sirus B (Po-tolo) boucle son orbite elliptique autour de Sirius A en 50 ans et c’est pour cela que ces Dogons célèbrent tous les cinquante ans, la  » fête de Sigui  » dont les cérémonies visent à régénérer le Monde, mais aussi pour que les récoltes des Dogons soient bonnes. 

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C’est d’abord l’allemand Bessel qui fut le premier, en 1844, à soupçonner l’existence de cette 2ème étoile, pour expliquer les oscillations insolites du mouvement apparent de Sirius A, alors que l’orbite théorique de cette étoile Sirius B, on le sait, invisible à l’œil nu, fut calculé par Peter en 1851 et sa période de révolution fut précisé de 50090 ans par Van Den Bas en 1960. Les Dogons le savaient déjà! Mais comment ont-ils su que la période de révolution était justement de 50 ans. »».. Ils connaissent les différentes phases de Vénus, qui sont à peu près analogues à celles de la Lune et ils ont donné 6 noms différents aux divers aspects que présente, d’après eux, cette planète comme s’ils avaient su comment faire pour l’observer de l’extérieur. D’autre part, ils divisent le Ciel en 22 parties égales et en 266 constellations et ils disent aussi que Venus possède un compagnon, qui pourrait être sans doute l’astéroïde Toro, récemment découvert entre la Terre et Vénus. Ils connaissent aussi les 4 plus gros satellites de Saturne pourtant invisibles à l’œil nu, mais ils ignorent cependant les planètes au delà de Saturne donc Uranus, Neptune et Pluton alors qu’ils connaissent les compagnons stellaires de Sirius. Il est donc évident que ces Dogons n’ont pas pu , par eux même, acquérir leurs connaissances et ils ne peuvent en avoir eu la révélation, que par des initiateurs cosmiques.»[108]

  

L’auteur, que je n’ai pas identifié,  est fidèle dans cette description. Mais il abonde par contre dans le sens du mythe des Dogons. Comme eux, il semble  croire que ce savoir provient d’une source extra-terrestre venue par le Nommo. Mais ce savoir ne provient que des égyptiens et de la propre longue observation du ciel par les prêtres astronomes dogons. En Égypte, ce  calendrier était en usage 3200 ans avant Diogène Laerce, et 3800 ans avant Jésus Christ. C’est dans cette foulée que naquît la première horloge solaire connue soit le gnomon, (planche graduée où sont fichés un fil et une tige), alors qu’on utilisait le soir dans les salles et les enceintes, les horloges de type clepsydre (le temps y est mesuré par le déversement d’eau dans un récipient gradué). 

 Le papyrus Carlsberg dévoile avant quiconque l’évection de la lune. Il n’y a qu’à voir l’exact conformité des faces des pyramides avec les astres de la voûte du ciel d’antan et les points cardinaux pour se convaincre de la perspicacité astronomique des prêtres égyptiens, qui calculèrent leur pronostics sans l’aide de mythiques extraterrestres. 

 

La médecine égyptienne personnalisée par Imhotep vizir de Djeser de la 111 ème dynastie, a influencé toute la méditerranée. Si certaines thérapies étaient empreintes d’un cachet magico-religieux, la plupart s’avèrent en accord avec nos procédés contemporains. N’est ce pas Hyppocrate, dont les médecins du monde  font le serment, qui plagia dans le papyrus de Carlsberg No 4 le diagnostic de la femme stérile à partir de l’ail ? De même la chirurgie était des plus avancée, esquissant des diagnostics et des interventions aussi utiles dans la préservation de la vie terrestre que celle après la mort. En effet la momification témoignait d’une bonne connaissance du système sanguin, mais surtout d’une dextérité des praticiens ainsi que la finesse de leur instrumentalité-ils extrayaient le cerveau par le nez et savaient prélever les viscères sans endommager les tissus- sans parler de leur connaissance chimique pour la conservation de toutes ces momies qui nous contemplent. 

  

Enfin, comment ne pas au moins mentionner que l’Égypte a façonné les premiers États connus. Ils étaient structurés sur une base fiscale, théiste théocratique, et bureaucratique. C’était socialement une société de castes autoritaire et inégalitaire. Le citoyen égyptien est par contre celui qui construisit les pyramides, et non de mythiques esclaves. Il était assailli par l’impôt et le travail forcé ou volontaire. Mais Diop pense que l’Etat ne s’est pas pour autant immiscé dans sa vie privée : 

 « On sait que la structure de la vallée du Nil a exigé de la population dès l’installation de celle‑ci, des entreprises et une activité générale communes de tous les nomes et de toutes les villes, pour faire face à des phénomènes naturels tels que les crues du fleuve. L’obligation de briser le cadre étroit , isolateur de la famille primitive, c’est à dire le clan, la nécessité d’un pouvoir central fort, transcendant les individus, et coordonnant le travail, l’unification administrative et culturelle, la notion d’État et de ‑nation, tout cela était impliqué dans les conditions matérielles &existence. Aussi les clans primitifs fusionnèrent‑ils, très tôt, pour n’être plus que des divisions administratives (les nomes). L’État apparut avec son appareil de gouvernement perfectionné jusque dans ses moindres détails, sans que l’on puisse saisir, fut‑ce à travers la légende, l’existence antérieure d’une période de vie nomade. Et ceci est valable pour l’Égypte, l’Éthiopie et le reste de l’Afrique Le sentiment patriotique est avant tout , un sentiment de fierté nationale. L’individu est subordonné à la collectivité, car c’est du bien public que dépend le bien individuel‑, donc le droit privé est subordonné au droit public. Ce qui ne veut pas dire que l’individu est une quantité négligeable et que les civilisations méridionales, par opposition au nordiques, font très peu cas des unités humaines, de la personnalité humaine »[109] 

  

De l’invention du verre aux pronostics astronomiques, tous ces chefs d’œuvre, dont nous ne donnons qu’un bref aperçu, Diop, Obenga et Sertima entre autres auront eu le mérite de nous les rappeler et je vous y renvois.

L’Égypte fut la première des grandes civilisations à avoir eu à influencer si significativement le monde moderne. Son influence en Afrique est surprenante- le matriarcat, les modèles monarchiques, les cosmogonies et le totémisme, les castes, les patronymes, diverses pratiques  culturelles- ne commence qu’à être compris. Si la civilisation égyptienne a été négroafricaine, tous les africains n’y ont pas participé, et certaines n’étaient pas plus civilisés que certains de leurs contemporains asiatiques ou européens. Prouver l’étendue des emprunts de la Grèce à l’Égypte, avait comme objectif d’illustrer qu’il s’agit plus que d’une influence, qu’il s’agit en réalité de la source majeure d’inspiration. Ce travail de réhabilitation n’a qu’une ambition déclarée: construire un meilleur avenir grâce à la connaissance du passé. Restaurer la conscience collective africaine, traumatisée et frappée d’amnésie, pour générer l’élan de créativité essentielle, qui ne lui fit défaut que dans des époques récentes, afin d’entrer de plein pied dans le progrès de l’humanité.

  

  

  

L’Afrique :  de l’histoire récente à  la tourmente néo-libérale

  

“L’Afrique doit opter pour une politique de développement scientifique et intellectuel et y mettre le prix ; sa vulnérabilité excessive des cinq derniers siècles est la conséquence d’une déficience technique. Le développement intellectuel est le moyen le plus sûr de faire cesser le chantage, les brimades, les humiliations. L’Afrique peut redevenir un centre d’initiatives et de décisions scientifiques, au lieu de croire qu’elle est condamnée à rester l’appendice, le champ d’expansion économique des pays développés ”. Cheikh Anta Diop, 1960

Pour comprendre l’évolution de l’Afrique, et pourquoi en réalité elle pourrait être davantage une solution qu’un problème au monde d’aujourd’hui, il faut d’abord appréhender sa contribution historique au système monde. Il faut ensuite saisir son dynamisme par le fait qu’elle résiste de diverses façons par ses valeurs à la mondialisation. Dans une grande mesure, l’Afrique pourrait apporter justement à cette mondialisation ce qui lui fait défaut, notamment contre l’aliénation marchande et la destruction inconsidérée de la nature. Mais sur ces deux plans, la poursuite hybride du mode de production capitaliste est entrain d’y défigurer nos sociétés. C’est sur ces éléments qu’il faut se replier lorsque l’on cible des solutions. Certaines des valeurs et mœurs qui semblaient acquises, quoique encore vivaces, sont partiellement compromises. Ce qui subsiste, et qui demeure dominant et largement répandu à travers le continent, pourrait être encore utile à l’humanité et à la modernité si elles daignaient l’écouter.

Au lieu de cela, la mondialisation veut obliger l’Afrique par l’ajustement structurel et le pillage à s’insérer unilatéralement à ses exigences dans un corset étriqué. Cette insertion se fait à rebours de certaines valeurs fondamentales traditionnelles qui seraient, je le répète, une panacée contre le système dominant prédateur.

En Europe, en Amérique, des générations d’africains, aujourd’hui déracinés du continent et acculturés, luttent de toutes sortes de façons en aspirant à l’égalité, face à la remontée de valeurs xénophobes reflets de la mondialisation néolibérale. C’est un rapport à l’existence et l’érosion de nos valeurs- humanisme, chaleur humaine, sens, entraide-solidarité-famille- qui sont au cœur des combats des exclus des banlieues des périphéries d’Afrique, comme des centres d’Europe et d’Amérique. En Afrique, la destruction de l’essentiel des projets de développement progressistes a cédé le pas à une mise en coupe réglée du continent, à la reconfiguration du rôle de l’Etat, et la cooptation de l’élite politique. Celle qui ne l’est pas se borne  courageusement à la gestion de la crise. Il est impérieux que l’intelligentsia engagée décuple et canalise ses efforts, pour une repolitisation démocratique dans le sens des aspirations populaires.

  

  

 Un peu d’histoire. 

L’Afrique dans les périodisations des cycles historiques a été jusque là sous analysée. Disséminés à partir de l’Égypte à travers toute l’Afrique, dès le sixième siècle avant J-C, des peuples africains fusionnèrent et fondèrent de grandes civilisations.

Pétrie de civilisation égyptienne, dans la haute vallée du Nil,1000 ans avant J.C,  Kouch la  fabuleuse  convoya vers l’intérieur de l’Afrique,  son commerce et son savoir. L’Empire qui selon les périodes aura comme capitales Napata et Méroé dirigera même l’Égypte. Elle fut aussi parfois gouvernée par les Candaces, reines au grand pouvoir politique. 

Il y a 814 ans avant JC, Carthage, la redoutable république maritime qui fait trembler l’Europe et rivalise avec l’empire romain.

Axoum à partir du 3 ème siècle, frappe monnaie et fait rayonner le christianisme dans la corne de l’Afrique. Son climat de tolérance est tel que quelques amis du prophète Mohamed s’y réfugient. C’est sur son socle, que plus tard, s’épanouira l’Éthiopie orthodoxe du XIII au XVIème, avec son système administratif et clérical. 

Le Monomotapa et l’énigme de ses murailles dès le XII consacrent le Grand Zimbabwe dont la magnificence de l’organisation politique sociale et économique émerveilla ses contemporains.

De la fin du III e au XI ème siècle, alors que l’Égypte est en déclin, l’Afrique de l’Ouest vit au rythme de l’empire du Ghana. Il a la taille de l’Europe,  atteint de hauts degrés de sophistication politique et sociale, et son or change les cours à travers le Monde. Ghana marchande avec la méditerranée et l’Asie.  Bien des produits qui aboutissent en Europe aiguisent la convoitise pour cette route des épices de l’or et de la soie des Indes. Mais ce n’est pas que d’Asie que proviennent ces richesses. Seuls certains Amazighs et Arabes connaissent en réalité l’origine de cet or, de ce sel et de ces épices. Quand les Almoravides finalement pillent Ghana, leur suprématie leur permet alors d’occuper l’Afrique du Nord et le sud européen (ailleurs aussi le rayonnement du pouvoir musulman s’affirme dans les espaces Ghaznévides, Delhi, Moghol). Au XI ème siècle, les Almoravides introduisent de la péninsule ibérique les bases de la révolution maritime et industrielle en Europe. La brique, le filage, le tissage, les moulins, l’arithmétique et l’algèbre, la poudre à canon, la caravelle, la boussole,  l’astrolabe, le gouvernail pour la navigation long cours et bien d’autres atouts  feront plus tard la grandeur et la force de l’Europe, une fois défaits les descendants des Almoravides. Ce sont les Almoravides qui permettent vraisemblablement les premières formes de l’Etat tributaire-concentrant le surplus et sa redistribution étatique- dans l’espace ibérique qui affleurent dès la reconquête et se reproduisent à l’échelon européen. Ce tournant crucial de la renaissance au capitalisme est sous analysé comme contribution majeure à l’avènement du système monde capitaliste.

 Entre-temps, sur le continent dès 1242 avec l’empire du Mali, puis Songhaï et l’épopée du Kanem Burnou, c’est toute l’histoire de l’islamisation qui est en branle. 

  

 En termes d’influences, d’échanges de produits, d’idées, de techniques de connaissances, il y a 5000 ans jusque 2000 de notre ère, l’Afrique  a participé au système monde ancien (Egypte, Nubie, Carthage…). On ne fait que commencer à réaliser l’impact de ses modes économiques, ses systèmes politiques, ses valeurs philosophiques, scientifiques et culturelles. 

Changuu, petite île corallienne au large de Zanzibar, qui abrite une ancienne prison d’esclaves, ainsi qu’une colonie de tortues géantes

Changuu, au large de Zanzibar, abrite une ancienne prison d’esclaves. (Photo Jasmina Sopova) 

  

Le souvenir des rares formes tributaires de grands Etats centralisés de Ghana et du Mali  s’est estompé. L’Afrique stagne alors dans des formes communautaires et la fragmentation de formations sociales dont quelques unes ne commencent qu’à évoluer vers des formes centralisées de l’Etat. Désormais vulnérable, les six derniers siècles  feront que l’Afrique sera sollicitée négativement par la mondialisation. Les contrées Yorouba, Bénin, Ashanti, du Fouta Djalon, Kongo, Luba, Zoulou, interlacustres subiront le génocide de l’esclavage comme toutes les façades maritimes du continent. L’esclavage kidnappa les meilleures forces- les plus jeunes et les plus compétentes-.Autant il a contribué au capitalisme, autant il a enclenché la désintégration des circuits

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http://www.africamaat.com/article.php3?id_article=342

Jean Philippe Omotunde, La Traite Négrière Européenne : Vérité et Mensonges, Menaibuc 

économiques et politiques du continent et son anémie sociale. Le crime contre l’humanité que fut la traite, exacerbé par l’appétit capitaliste naissant et nos fratricides, inaugure la déchéance du développement de l’Afrique. Il a eu d’autant plus de prégnance que (sans nier que la violence existait, ou prétendre que la guerre épargnait des pans du continent), la constante communautaire dominante était la paix, l’abondance issue de l’autosuffisance et d’une nature généreuse qui conviaient à une philosophie optimiste, idéaliste et à la joie sociale. Il ne s’agit pas d’embellir une réalité historique, mais bien de constater que l’essentiel des besoins étaient réunis autant dans les peuples sédentaires que nomades. Animés de leur croyance animiste ou même syncrétique, ils avaient des pactes d’harmonie et de stabilité entre le vivant visible et invisible, et se devaient de le traduire culturellement et psychologiquement en harmonie sociale et individuelle ; et politiquement en modes de régulation contre les abus du prince. Ces dispositions survivront tant bien que mal, malgré les métissages et l’aliénation jusqu’en sol d’esclavage outre atlantique. 

     

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 En diaspora, Yanga mène les révoltes noirs au Mexique dès 1609. De Quilombo, aux révoltes des Marrons à Toussaint Louverture, la révolte et l’organisation politique des opprimés rendent ingouvernable la périphérie de l’Europe qui cherche aussi à s’en émanciper. L’Europe doit désormais se rabattre sur le continent africain.

Les épiques luttes de résistance ou les collaborations aux entreprises d’annexion européennes ont encore davantage fragmenté les tissus sociaux et territoriaux et déstructuré les modes de régulation et de reproduction économiques et politiques.

  

  

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La colonisation brutale qui a suivi a spécialisé les sphères dominées, en les intégrant défavorablement dans le système capitaliste mondial et en instaurant localement la polarisation,  l’acculturation et l’aliénation d’importantes franges sociales. L’enrichissement de l’Europe sera incalculable, et la défiguration de l’Afrique et son acculturation irréversibles. Les intermèdes que constituèrent les entre-guerre mondiales, malgré les inestimables coûts humains pour l’Afrique, constituèrent des moments de maturation politiques et sociaux. Les luttes pour l’égalité et contre l’oppression coloniale sont allées partout grandissantes. Se défaire de l’aliénation psychologique et culturelle a dû être probablement la chose la plus difficile pour ceux et celles qui ont vécu dans cette période. Le racisme a infiltré toutes les strates sociales, son insidieuse marque est quasiment indélébile dans certaines. Le syndrome avait partout atteint des proportions qui ne pouvaient mener qu’à la violence et au rejet de l’occupant colonial et de ses sbires locaux. Pas forcément par la lutte de libération comme en Algérie, mais suffisamment violent pour que le colon se rende compte que l’ordre colonial n’est plus gérable. La lecture de l’œuvre immortelle de Frantz Fanon est à recommander ici.[110]

  

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 Cartes Philippe Rekacewicz La nouvelle « guerre des parrains » en Afrique, Monde Diplomatique Mai 2000

  

Sankara, Thomas (Werner Gartung/Woodfin Camp and Associates, Inc.)

Thomas Sankara 

  

Dès la fin des années 50, le rêve de Bandoeng, les indépendances négociées, voire les luttes de libération nationale ont donné lieu à la création de micronations, à des politiques nationalistes, voire populistes, le plus souvent enserrées dans le joug précèdent de la division internationale du travail DIT. Les nouvelles conditions d’insertion dans le capitalisme ne changeaient pas fondamentalement ses termes les plus défavorables. L’impérialisme va profiter, jusqu’en 1973, de l’or africain (surtout sud-africain) essentiel au Gold Exchange standard, du système monétaire international d’alors. L’indépendance et le mode néo-colonial de croissance ne vont privilégier que les régimes qui ne contestaient pas les balises de cette DIT. L’économie d’endettement, l’incapacité d’une souveraineté et d’une accumulation autocentrée, ajoutée à la gestion prédatrice d’élites confisquant le changement politique, ont généré une stagnation du continent. La lutte des colonies lusophones entraîne la révolution des œillets au Portugal. Ce souffle d’espoir de 1974 est vite interrompu. Mêmes les demandes, capitalistes et  modérées, pour un nouvel ordre économique international et un nouvel ordre mondial de l’information sont ignorées par l’ordre dominant.

Mais la résistance  s’organise. La révolte des enfants de Soweto de 76 marque un tournant irréversible dans le mouvement contre l’apartheid dont le glas sonne à la bataille de Cuito Cuanavale.

La compradorisation a été, en général, la réponse la plus prisée par les régimes politiques. Le refus antisystèmique et les expériences révolutionnaires ou endogènes ayant été combattu partout, de la plus sanglante façon, par l’impérialisme. De Lumumba à Cabral, de Thomas Sankara[111] à Maurice Bishop, l’histoire contemporaine de l’Afrique et de ses diaspora est constellée de martyrs.

  

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 La victoire des résistants en Afrique du Sud et l’avènement de l’ère post-apartheid et ailleurs les sursauts populaires, qualifiés de démocratisation, ont ouvert une autre brèche d’espérance.

  

Elle a été aussitôt investie par les tenants de l’intégration au forceps à la division capitaliste du travail.

  

Pour autant, un développement extensif du capitalisme n’y a toujours pas eu lieu, alors que dans les années 90, les institutions de Bretton Woods se sont ingéniées à favoriser, à renfort de conditionnalités,  l’intégration dans l’économie mondiale par l’ajustement structurel.

A peine 2%, voilà la part de l’Afrique dans les marchés mondiaux et les flux d’investissements. Cette libéralisation s’est raffinée par un resserrement des conditionnalités et par les mesures de gestion capitaliste de la crise.

Mandela et une bande dessinée en son honneur

REUTERS/Siphiwe Sibeko

  

A la fin des années 80, ces ajustements structurels ont échoué et depuis sont en passe d’achever le malade. Accompagné de governance et de capacity building, adouci de filets sociaux, l’ajustement des jumelles de Bretton Woods persiste à adapter l’Etat au profit des exigences de la mondialisation néo-libérale. Reconfiguration étatique au profit du privé et d’une société civile dépolitisée et par la réduction de la marge de l’Etat à des prérogatives administratives et techniques. Mais l’Etat résiste, tout comme la société, et  contourne ces manœuvres, probablement parce que son mode d’accumulation et de redistribution, hélas souvent clientèle, est compromis. Le résultat a été un dépérissement catastrophique de l’Etat africain dont le passif de souveraineté et de réformes sociales était déjà passable. Accablé, anémié, il n’a pu protéger ses sociétés d’Etats bradées ou abandonnées à elles mêmes. En effet les secteurs jugés moins productifs ont été réduits et ponctionnés, et leurs ressources alloués à des sphères plus immédiatement rentables. Ainsi les systèmes de santé (le SIDA peut ainsi ravager des sociétés entières), d’éducation, de protection civique et civile, la défense nationale (ce qui ne veut pas dire l’armement, mais la défense de l’intégrité territoriale), la préservation des ressources et l’équilibre environnemental ont été laissés en pâture aux rapports de forces dominants, ou alors délaissés. La mondialisation a aggravé les statistiques connues de l’inégale répartition des richesses dans le monde. Les données de ce schéma dit de la coupe de campagne du PNUD 1993.- ont été aggravées depuis. 20me56                                    http://bv.cdeacf.ca/documents/HTML/2003_18_0026.htm

  

L’Afrique subit plus la mondialisation qu’elle ne parvient à l’influencer. Une passivité qui s’explique par l’asymétrie de son insertion. Cette dernière est exacerbée de surcroît par de nouvelles règles du jeu qui la défavorisent, et la prédation de classes-Etat complices ou incapables d’infléchir les tendances dans le sens des aspirations populaires. La paupérisation dès lors s’accroît. Plus personne n’y croit que les fameux objectifs du millénaire de 2015 seront atteints.  Dans un tel contexte de quart-mondialisation du continent, il n’est pas surprenant de voir des éléments de la classe politico –économique de certains pays africains rivaliser, en usant de toutes les fins, ne répugnant pas aux crimes de sang et à la guerre. Dans les deux dernières décennies, l’Afrique a connu les fratricides pour l’appropriation des moyens d’enrichissement, de contrainte, et autres moyens d’autorités. Ces moyens d’autorité bien que prisés, font eux même l’objet de crise d’autorité. L’«instrumentalisation du désordre» et la prolifération de chefs de guerre liés à des multinationales juniors et autres réseaux maffieux s’étend dans plusieurs formations sociales. L’Etat apprend à se régénérer en utilisant la démocratisation électorale sans alternance, et même quand exceptionnellement cette dernière advient, elle ne peut remettre en cause fondamentalement les choses. Il y a des lourdeurs structurelles qui y prédisposent et qui sont bien décodées et utilisées par certaines élites politiques.

Il ne s’agit pas d’être alarmiste, mais il importe de sonner l’alarme et cibler ces dangers qui persistent et leurs tendances lourdes. Ils contribuent à l’édification d’un système monde inégal, mais défavorisent l’Afrique.

  

 D’abord, les jumelles de Bretton Woods (le FMI, la Banque mondiale), et l’OMC.

En prétendant sauver le malade, ces institutions risquent de l’achever. Leurs politiques visent à combler le paiement de la dette et à leur obtenir de nouveaux emprunts au détriment des dépenses publiques.  En  maintenant les portions utiles du continent sous perfusion, chaque argent frais permet en retour une ponction plus grande, à la faveur des privatisations et avantages des libéralisations. Les jumelles, qui n’ont plus de rôle significatif à remplir dans les pays du centre, vivent des misères des périphéries. Elles y imposent l’ordre générateur du chaos. Leur pensée unique cachant les impasses où elles confinent les économies fragiles, se régénère de nos meilleurs cadres, qu’elles cooptent, s’abreuvent de leur discours et de leur compétence pour mieux arriver à leurs fins. Les esclaves finissent par forger eux mêmes leurs chaînes. Voilà pourquoi tout change sans que pour autant le cadre économique global ne change. Il est seulement plus déguisé. On parle d’appropriation, d’endogénéisation des mesures. Même affublés du terme DSRP (document stratégique de réduction de la pauvreté) avec une emphase de lutte contre la pauvreté qu’ils ont aggravé, les ajustements structurels altèrent la position de l’Etat dans le réseau de structures du pays. Bien sûr, quelques enclaves décentralisées  réparties dans quelques collectivités, ONG et associations profitent de ce revirement. Mais  les PAS, DRSP, renforcement institutionnel et governance remodèlent les fonctions techniques idéologiques et politico-économiques de l’Etat parallèlement à une réforme de son  personnel. Bien que le cadre d’accumulation demeure restreint, c’est un changement des pratiques de reproduction du capital qui est recherché. Malgré un taux de 4% en moyenne de croissance continentale, asphyxié, l’Etat africain a pu récemment bénéficier, dans certain cas, de réduction substantielle de sa dette, entre HIPC et autres mesures d’effacement articulées sur des conditionnalités toujours plus lourdes. De nouveaux acteurs émergent de ces aménagements de segments du capital plus proches du capital étranger issues des privatisations. Il y a désormais d’avantage de membres du pouvoir d’Etat recyclés dans les entreprises. Mais plus subtilement, il y a aussi au sein de la haute bureaucratie, un noyau d’experts souvent en charge de la négociation, de l’évaluation ou de la mise en œuvre des programmes, qui ont, en amont et en aval d’eux, une foule de bénéficiaires. C’est «l’expertocratie». Elle peut discourir à l’instar de la rhétorique de la Banque, côtoie les consultants, voire dispose du même statut et tente de se démarquer des circuits d’accumulation étatiques forgés dans la phase néo-coloniale. Ne disposant pas des moyens de la reproduction technologique, mais possédant le savoir faire, les ‘expertocrates’ sont parmi les seuls capables de décrypter les nouvelles formes d’accumulation possibles, ce qui les rend attrayants et stratégiques pour la Banque Mondiale et le FMI, mais aussi pour certains paliers plus occultes de l’Etat  tentant de les utiliser pour l’enrichissement illicite. En charge de projets et programmes, ces nouvelles strates pilotent au sein de l’Etat de véritables enclaves où toute une hiérarchie de cadres et d’agents dépend d’eux. Si certains membres de cette élite ne répondent pas aux tentations prédatrices, d’autres y sont soumis d’autant qu’ils sont favorisés par de nouvelles règles du jeu qui leur sont intelligibles. La réponse à la question de savoir si cette frange constitue une masse critique, à même de remplacer la couche dite patrimonialiste ou compradore, ou à se substituer complètement au pouvoir d’Etat semble prématurée, alors qu’il n’est pas exclu que se forgent des alliances, et des clivages. En charge de gérer l’Etat minimum, les expertocrates doivent appliquer les panacées de la Banque et du FMI, en symbiose avec la reproduction étatique préexistante ou alors contre elle. Cette catégorie d’agents n’est que le reflet local d’une autre qui a l’échelle mondiale gère les actifs, dans ce qu’il est convenu d’appeler la financiarisation de l’économie monde. En effet, quelques 300 millions d’actionnaires, principalement répartis dans les pays du centre, escomptent de la tendance individualiste qui les a généré, que des gestionnaires de portefeuille fassent fructifier leur capital à des taux avoisinant les 15%, alors que le taux de croissance de leur économie n’est que de l’ordre de 3%. De ce difficile grand écart, la spéculation engendre un enrichissement colossal, qui ne peut être durable ni endurable pour la planète et qui a besoin de l’oppression, le pillage et la guerre pour prospérer.

  

 Il n’y a pratiquement pas de réformes possibles. Ce qui se passe au niveau des institutions internationales, en passe de perdre pied dans leur propre travail de reproduction internationale face aux forces transnationales, est à surveiller. Avec l’aide de certains pays dominants, l’ONU est vidée de ses attributs, et on empêche sa réforme dans le sens de la réalisation de son mandat de paix, de développement et d’adaptation aux nouvelles réalités mondiales. Il y a peu chance de voir dans un avenir proche une réforme des jumelles et leur sœur mercantiliste, toujours déterminées à poursuivre l’administration de leur thérapie de choc.

Dessin de Plantu (tous droits réservés)

dessin de Plantu

Arrimé à leur stratégie, le libre échange qui fait office de sentier du développement est un espace tronqué. C’est à Marrakech, au Maroc en 1994, que les africains, qui pour la plupart n’ont pas participé à l’Uruguay round,[112] se laissent duper, et voient créer l’OMC. Leurs préoccupations sont ignorées, leurs maigres réalisations régionales et d’intégration piétinées. On leur déconseille les subventions à l’agriculture, alors que les agriculteurs du nord bénéficient de 300 milliards de $.   Il est probable que, malgré les réductions ou annulations de dette annoncées pour certains pays pauvres,  la baisse des barrières douanières et les autres exigences de libéralisation et de déréglementation risqueront de coûter plus d’un milliards de $ par an, ne serait ce qu’en perte d’exonérations fiscales, recettes d’exportation, droits d’assises et de douanes sur les importations. Les dispositions commerciales existantes, ou réarrangées, ne parviennent pas à changer les termes de l’insertion. Le sommet de Hong Kong de 2005 vient une fois de plus prouver que les plus pauvres se font flouer à ce jeu, et les perspectives de changements promis pour 2013 ne font que repousser l’échéance d’un monde commercial plus équitable. Pourtant, l’Afrique ne cesse d’ouvrir son commerce. Elle exporte plus en volumes et gagne toujours moins. La valeur de ses exportations est tombée de moitié dans la dernière décennie. Les ajustements contraignent la plupart des pays à démanteler les mécanismes de protection de leurs industries. L’ouverture du marché américain, sous le growth opportunity act, sensée favoriser les exportations comporte tant de critères de sélection, que peu de pays peuvent se qualifier. En général, le Nord demeure protectionniste. Il impose des tarifs moyens, trois à quatre fois plus élevés, pour les produits africains que ceux en provenance des autres pays du centre.  La compétitivité sans merci oblige les pays africains à un effort de qualité, à la possibilité de réduire certains coûts de production et à un plus grand sérieux dans le traitement de leurs opérations. Mais cette rigueur est freinée par l’incapacité de concurrencer les produits plus nombreux et moins chers des transnationales qui se répandent dans ses marchés. Pour l’instant, l’Afrique n’accueille pas plus de 1,5% des investissements internationaux. Elle n’en réinvente pas moins localement des marchés, capables tout autant de se détourner à la fois de l’Etat et du marché formel. L’essentiel de la société survit dans un système informel de débrouille. Cette situation hybride se reflète aussi dans le secteur des communications. Le 16 Novembre 2005 à Tunis, sous un régime des plus policiers, s’est tenu le sommet mondial de l’information de l’ONU sur le fossé numérique et l’accès équitable. En Afrique, 0,8 % de la population a accès à Internet, pendant que l’essentiel des campagnes sont dénuées d’électricité On comprend le défi. L’économie d’information offre cependant à l’Afrique un saut qualitatif, si le fossé numérique se résorbait quelque peu, par un meilleur accès et  utilisation de ces technologies pour mieux transformer ses économies.  

  

  

 Alternant avec les conditionnalités politiques et économiques, une certaine conception dépolitisée de la société civile est aussi encouragée, dans la foulée des mouvements sociaux qui, à la faveur de la crise, ont aspiré à plus de progrès, mais aussi a plus de justice et d’efficacité. Toute une industrie du développement ( principalement dénommée ONG), à la remorque des partenariats mondialisés, est née. L’appui extérieur est conditionnel à ce que la participation, dite populaire, n’implique pas pour autant de réformes majeures susceptibles d’entraver le marché. Cet appui extérieur boude donc l’essentiel des demandes  sociales, à l’instar de celles du forum social mondial tenu à Bamako en Janvier 2006.

  

Dans tous les pays africains sous perfusion, autant les groupes d’intérêts à l’échelle du pays que les pays eux mêmes s’acharnent au niveau politique, à louvoyer, à différer les changements trop compromettants pour leurs intérêts, et à négocier leur position subalterne aggravée par les conditionnalités, tout en tentant d’en camoufler l’ampleur à leur opinion publique. Certains mouvements sociaux se constituent en groupes d’intérêt pour influencer le rôle de l’Etat ou alors s’en démarquer. D’autres sont tentés par des replis culturalistes, intégristes, régionalistes ou simplement religieux ( on constate d’ailleurs un notable regain du religieux, la prolifération de sectes en raison du désarroi). L’impérialisme en profite pour prévenir toute incartade, au nom de la croisade contre le terrorisme. Cela lui permet un nouveau tri des pays amis, et suscite des allégeances et des alignements géostratégiques.

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Philippe Rekacewicz, Monde Diplomatique, Mai 2000

  

Paradoxalement, à l’heure des grands ensembles, l’Afrique n’a pu proposer que le NEPAD. L’analyse critique de ce partenariat, que j’ai faites ailleurs, n’est pas à l’endroit des concepteurs.[113] Le plus souvent patriotes et sincères, ils ont tenté de prendre au mot les bailleurs de fonds dans un rapport de force défavorable. Le rêve de l’Etat fédéral de Diop m’apparaît toujours pertinent, encore qu’aujourd’hui s’impose davantage  l’exigence d’un espace confédéral continental. Il a été courageusement proposé par le Sénégal  et la Libye à l’Union Africaine et il faut encourager cet élan. Ce qui manque et doit être construit c’est un plan de développement de l’Afrique. Pas un plan de partenariat avec le monde, mais 

  

un plan d’intégration africain réelle réponse aux défis afin que l’Afrique  dans sa crise ne se déchire plus cycliquement par endroits. La phase néolibérale a ravivé le repli ethniciste et l’implosion étatique, elle exacerbe l’instabilité et la guerre.

  

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Dans ces 15 dernières années, le bilan a été lourd, probablement de l’ordre de plus de 6 millions de morts. Géopolitiquement plusieurs hypothèques pèsent sur le futur. Le Sahara occidental stagne dans les conciliabules stratégiques et les tractations affairistes; l’Ethiopie est fractionnée et l’Erythrée est en crise larvée et leur brouille toujours explosive n’empêche pas qu’elles soient devenues toutes deux des pièces maîtresses dans la nouvelle politique de Washington; la Somalie implosée n’en finit pas de se recomposer tout en prouvant la vitalité de son peuple luttant seul contre les affres du Tsunami; le Libéria et la Sierra Leone sortent de l’horreur et se reconstruisent péniblement; l’Angola n’a pas fini  de payer le prix  de la contra Savimbienne ; dans les grands lacs –Ouganda, Burundi Rwanda-  nouveaux acteurs du containment soudanais entrepris par le Pentagone profitent du lâchage du modèle néo-colonial franco-belge et basculent le Congo dans le génocide, le dépècent et le pillent. La première guerre interafricaine a eu lieu. Le Soudan est sous la coupole de divers faucons de guerre qui y sont les artisans de paix calculées; la Côte d’ivoire havre de paix succombe à la schizophrénie de l’ivoirité et des avatars du mode néo-colonial de croissance; la Guinée est menacée du même sort; le Zimbabwé déterre les travers de Lancaster House pour cacher ses errements autocratiques. le Centrafrique, le Togo, le Congo renouent avec des turbulences sporadiques; Le Burkina perpétue l’impunité et l’implication dans les conflits régionaux.;lLe Tchad, la Guinée équatoriale sont ponctionnés de leur pétrole, et ne sont plus à l’abri de luttes aiguës de pouvoir…

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Guy Tillim

  

  

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De l’extérieur, les forces dominantes décernent des certificats de démocratie, de governance, de promotion de la société civile, maquillant leur coopération internationale. Dans le milieu d’affaires, certaines firmes sont devenues même irréprochables comme Shell qui, après avoir pollué pour mille ans le delta nigérian et fait pendre les leaders Ogoni avec Ken Saro wiwa, fait aujourd’hui la promotion de l’écologie. Talisman et bien d’autres multinationales profitent de la situation pour piller ou soutenir des valets locaux avant de vendre et repartir. D’autres restent se redéploient ou arrivent (Elf au Congo, au Cabinda, au Cameroun, en Guinée équatoriale, ou des opérateurs chinois du Soudan au Cameroun).  L’exploration minière connaît un boom spectaculaire en Afrique. Avec la libéralisation des codes miniers, le drainage des ressources locales augmente. Les royalties, et autres dividendes des fluctuations des prix des matières premières permettent un siphonage en règle où les bénéficiaires africains récoltent des miettes.

  

 Le Coltan s’est vendu jusqu’à 500$ le kg. L’Afrique assure l’essentiel du marché mondial de ce produit. Les acteurs du pillage sont des agents ou des compagnies secondaires. Des pays comme le Burkina, le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi ont exporté ainsi du diamant volé au Congo. Des opérateurs du Burkina et du Mali en font de même pour le diamant en Côte d’Ivoire. Maintes fois le code directeur de l’OCDE a été violé lorsque des multinationales occidentales ont pillé l’Afrique. Mêmes les experts de l’ONU doivent revenir sur leurs accusations au Congo. Le Tchad, le Soudan, la Guinée équatoriale espoirs pétroliers de l‘OMC et de la Banque sont exploités sans code d’éthique des multinationales. Quelles seront les retombées sociales de ces eldorado? Les codes miniers sont refaits à la hâte, bradant la souveraineté et l’avenir des générations futures. Une trop grande proportion  de diamants or, plomb, nickel, germanium, bauxite, lithium, cadmium, vanadium, tungstène, zinc, coltan, nobium, uranium, phosphate, platine disparaît  sans qu’on en voit de retombées significatives.  Le Canada compte plus de deux cent projets miniers en Afrique.[114] 20me60

Philippe Rekacewicz, Un secteur minier convoité, monde Diplomatique, Mai 2000

  

  

  

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 La guerre autour des enjeux miniers a défiguré le continent. Réfugiés et déplacés rejoignent les chroniquement  pauvres. La solidarité africaine est mise à l’épreuve.

«Sur les 50 pays les plus pauvres du monde, classés selon l’indicateur de développement humain (IDH) du PNUD, 33 sont situés en Afrique subsaharienne. Malnutrition, pauvreté, illetrisme, situation sanitaire désastreuse… le continent est la première victime du creusement des inégalités dans le monde. Si de 1960 à 1980, les pays d’Afrique ont enregistré des progrès sensibles en matière de développement économique et social, ces progrès se sont ralentis, notamment du fait des effets désastreux des plans d’ajustement structurel menés par les institutions financières internationales

Sources : World Resources Institute (WRI), Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Banque mondiale, Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). 

http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/pauvreteindimdv51

Les pauvres ont vu surgir, aussi ce que la Banque et le Fonds ont secrété et décrété  «nouveaux pauvres». C’est le terme pudique que les spécialistes utilisent pour les distinguer de ceux qui l’étaient déjà en permanence. Leur état dit provisoire s’est éternisé. Les jumelles ne savent plus que faire d’eux, maintenant que leurs dimensions sociales de l’ajustement et leur programme pour soulager la pauvreté ont échoué. Les ajustements à visage humains existent, ils sont seulement grimaçant de douleur. Ils paupérisent.

20me62 Croupir dans les affres du sous-développement est le lot d’un nombre croissant de gens. Les enfants comme d’habitude sont les plus vulnérables. Enrôlé dans la guerre, les réseaux de prostitution les bandes de délinquants, le tourisme, les réseaux de marché informel, aspirés par les perspectives qu’offrent l’exil, l’enfant africain est aussi de plus en plus sollicité par le stress, l’argent. Des bandes d’enfants désœuvrés squattent les rues. Les plus «chanceux» ont un emploi comme domestiques, manœuvres et un salaire de misère. Le travail des enfants interdit ne fait que fleurir sous la mondialisation. La survie passe avant tout. Leur ingéniosité est mis à profit  par tous, autant les artisans que les trafiquants.

  

La mondialisation crée des ghettos de richesses comme de pauvreté.  En Afrique, chose inhabituelle, de plus en plus de riches vivent cloîtrés détonnant des habituels «social narcisse» et ostentatoires trains de vie. La richesse se consomme entre pairs, à l’abri des envieux, dans des univers somptueux de plus en plus clos et relevés de barbelées, de hauts murs, et où pullulent des gardes de sécurité. Les milices de surveillance ont connu un boom dans toutes les capitales africaines.

Les classes moyennes qui commençaient à peine à se constituer sous les indépendances sont laminées. Elles gèrent la précarité, le plus souvent sans protester de peur de perdre de minces acquis. Cette défense impose un égoïsme frileux, et incite les classes moyennes à ne pas se révolter contre l’intolérable. Les déflatés et autres départs volontaires de la fonction publique ont la plupart du temps mal tournés. Les exemples de réussite exhibés sont des exceptions.

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Lieve Blancquaert

En général, les jeunes adolescents sont bloqués par les perspectives sombres d’emploi et d’études, le manque de possibilité d’épanouissement.  Les plus riches ou à l’aise sont pour beaucoup déracinés. Beaucoup ont une identité capitaliste planétaire axée sur la consommation commune de biens transnationaux. Ils voyagent étudient, se côtoient, se ressemblent. Ils vivent de plus en plus dans un univers virtuel, échappant à la réalité de leur terroir. S’offrir un constant plaisir ludique, du sexe, des drogues sert de modèle à des milieux variés de jeunes envieux. La plupart des autres jeunes les imitent mais ne vivront que la contre-façon de cet univers.  Partir vers les pôles de prospérité est devenu l’impératif. Tous les moyens sont bons et tentés.

Le sport d’élite ou de masse, et le Hip-hop ne peut servir d’exutoire à tous. L’exil est une solution prisée où beaucoup échouent.  Le drainage des compétences et des cerveaux est un problème qui va en s’aggravant et augure de perspectives sombres pour la relève. Il n’existe plus un seul secteur de l’économie monde où n’excellent des compétences africaines. De ceux qui partent,  beaucoup ne reviennent seulement que si ils sont à l’aise. En général, cet exode est long et demeure inestimable pour le continent.  

Les femmes africaines sont les premières victimes de la quart-mondialisation. Elles ont le plus souffert des coupures dans l’emploi, la santé et l’éducation le bien être social . Souvent, elles cumulent un emploi à celui de ménagère pour remplacer celui que le mari a perdu ou qui s’avère insuffisant. La femme africaine travaille une moitié de temps plus que les hommes, en ville comme au champs. Sa production et sa reproduction sont sous-valorisées. La recherche de l’eau et du bois, lorsque les installations d’infrastructures font de plus en plus défaut, aggrave sa condition. Les ingéniosités pour nourrir avec un revenu de plus en plus faible des familles fragilisées les frustrent. La  tyrannie de l’argent ou simplement la survie en obligent beaucoup à la prostitution et à divers trafics. Certaines certes réussissent et sont citées en exemple. Elle pourraient l’être davantage avec un changement des mentalités masculines et des politiques plus hardies en faveur de la condition féminine.

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gravure. art-girot (Walli)

On constate que les femmes forment le lot des converties aux nouvelles sectes évangélistes et autres. Recherchant un sens devant le désarroi, elles trouvent dans ces organisations un sentiment d’unité et de reconnaissance.  

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Les aléas de l’économie politique et non l’infériorité de la prétendue race doivent être invoqués pour justifier la condition de l’Afrique. Pour ne plus demeurer en pâture à la mondialisation prédatrice et aux racismes institutionnels et implicites qui les maintiennent dans leur condition, les africains et africaines doivent massivement davantage s’organiser et opter pour un développement autocentré. Cela a réussi dans les rares moments où de telles manœuvres ont eu lieues (ailleurs dans l’histoire l’autocentrage a réussi en Chine, au Japon, même l’Amérique et l’Allemagne y ont recouru pour s’émanciper et se développer).  Les exigences d’un développement autocentré progressiste dépassent les initiatives du style NEPAD qui, en prenant au mot la rhétorique des bailleurs de fonds, ne parviennent pas à se démarquer suffisamment  de leur paradigme et ne peuvent alors constituer  la voix et la voie des africains. Ses paradigmes postulent profitable la forme de mondialisation en cours et revendiquent un partenariat accès sur la réalisation des infrastructures essentielles à la croissance du capital. Le grand capital semble  bien peu disposé à ce partenariat. Aussi l’Afrique doit faire volte face et comprendre qu’il faut plutôt privilégier une stratégie de sortie de crise axée sur une intégration véritable qui doit relever entre autres les défis suivants :

- Renforcement institutionnel et progressive rétrocession de pans de souveraineté pour la construction de l’Etat confédéral et populaire.

-L’autosuffisance alimentaire, la réforme agraire, la modernisation agricole, et une politique systématique de reboisement continental et de préservation volontariste de l’environnement. Sauvegarde des ressources naturelles et environnementales, par un comportement civique et écologique. Inventaire et sauvegarde de la biodiversité et de la pharmacopée.

–Recension, surveillance, gestion, exploitation et préservation des ressources naturelles. Protection des populations les jouxtant.

-Grands travaux  hydrauliques et  traitement des eaux accessibles aux populations.

-l’industrialisation légère complémentant l’agriculture et le réseau halieutique.

-Le rééquilibrage du revenu ville /campagne avec des politiques volontaristes à l’endroit des plus vulnérables.

- -Diversification économique dans une perspective de complémentarité régionale et de péréquation. Protection des espaces économiques les plus vulnérables.

-Le panafricanisme véritable, l’intégration régionale et continentale accélérée, pour bâtir une économie intérieure, un marché intérieur de biens de consommation de masse pour la satisfaction des besoins essentiels avant de plus s’ouvrir au monde. Profiter de cette déconnexion par défaut que connaît l’Afrique, pour la transformer en désengagement sélectif profitable.

- Une Banque africaine centrale et une monnaie continentale.

- En misant sur les brevets frappés d’obsolescence, virage  technologique à notre portée et moyens (biogaz, solaire, éolien, ) Valorisation et modernisation de savoirs faire traditionnels, intensification des relations sud-sud.

- Voies de communication fluviales et terrestres (routes et ferroviaires), voies de communications électroniques continentales.

-Une armée continentale de défense et un corps de casques blancs civils pour la reconstruction et la prévention de conflits.

-Systèmes de santé intégrés et décentralisés, campagne d’hygiène, de médecine préventive et de proximité, gestion continentale des pandémies et des catastrophes.

-Une coopération interafricaine contre l’enrichissement illicite, et en conjonction avec les pôles solidaires sud/sud et aux nord qui partagent ces préoccupations. Lutter collectivement pour refuser de payer la dette et réformer les institutions internationales monétaristes. Une gestion patriotique des deniers publiques et anti-corruption; le rapatriement des profits d’enrichissement illicites placés hors d’Afrique (y compris ceux des dirigeants corrompus disparus).

-Code d’éthique des transnationales et ONG transnationales et internationales et portion des profits réinvestie dans des secteurs productifs du continent.

-Œuvrer pour une coopération internationale plafonnée à 0,7% et la plus non liée possible, et  une réorientation dans le sens Sud/Sud.

-Repolitisation démocratique des masses et leur auto-organisation, libertés d’association et de participation à la décision et à l’exécution.

-Criminalisation de l’exploitation et de l’oppression des femmes. Changements des mentalités masculines et émancipation des femmes. Politiques discriminantes en faveur des filles et des femmes, jusqu’à la parité et l’égalité des chances sociales.

-Construire un front uni des travailleurs. Programme volontariste de formation et d’emploi  pour la jeunesse ( Grands travaux civiques et au salaire minimum pour le lumpen prolétariat désœuvré des villes-désensablement et dallage des villes, canalisations, travaux d’hygiène et de recyclage, de compostage, de biogaz, bassins de rétention et irrigation dans les campagnes etc..). Un jour mensuel de labeur citoyen obligatoire pour tout majeur.

-Programmes gratuits intra-africain de formation académique collégiale et professionnelle, avec bourse de mérite continentale. Restauration et promotion de la conscience historique et des langues africaines.

-Changements des comportements irresponsables consuméristes et ostentatoires chez les riches et redécouvertes des schémas de solidarité là où ils s’étiolent ou font défaut (journée mensuelle de solidarité civique et nationale)

-La lutte contre l’impérialisme, les régimes compradore et les comportements anti-progressistes. Favoriser le retour des populations africaines d’immigration ou de la diaspora du déracinement historique et leur réinsertion.

-La lutte contre l’impunité sous toutes ces formes, et la mise en pratique d’une cour interafricaine des droits de la personne et des peuples.

-Liberté d’expression et d’association

-La lutte contre l’ethnicisme, les régionalismes et l’aliénation culturelle, la libre circulation intrafricaine et le brassage et métissage des populations

- La coopération scientifique culturelle et technique et la sauvegarde des savoirs traditionnels par l’échange et la permutation des chercheurs du Sud et des internationalistes. Science fondamentale et appliquée et accès aux ressources internationales.

- Oeuvrer collectivement pour un monde humaniste progressiste et polycentrique en promouvant nos valeurs africaines.

                                                                                                               muchos_ninos

 maison des enfants du monde 

                                             

Je propose de penser et d’agir autour de ces pistes- et il y en a d’autres cernés par Diop -, en les fondant dans le sens de la régénération africaine. Il ne s’agit pas de nostalgie, mais d’un saut qualitatif dans une utopie réalisable et culturellement tradi-moderne ( en ce sens que la culture fondamentale demeure arrimée dans ses traits humanistes, mais articulée et adaptée aux défis de notre temps).  Donc de nous reconstruire, en nous débarrassant des carcans d’aliénation et d’oppression. Permettre à nos peuples de s’épanouir,  grâce à leurs valeurs positives. Régénérer celles qui ont été altérées et préserver au maximum celles qui existent. C’est un projet révolutionnaire basé sur la conscience de soi, sur l’ouverture internationaliste au monde et sur un désengagement sélectif de l’oppression capitaliste mondialisée, pour un système de développement autocentré, équitable et endurable. Il faut s’évertuer à montrer et consolider l’unité culturelle, psychique, linguistique de l’Afrique. Autant d’atouts pour, soit un avenir fédéral et unitaire, soit plusieurs grands ensembles susceptibles de cristalliser la nation africaine et de l’arrimer à ses diasporas. 

 Prendre la mesure que nos masses sont prêtes et que leur ingéniosité politique, leur auto-organisation, leur courage, humour et pugnacité quotidiens en sont des indicateurs, au-delà des idéologies et des jeux politiques de leur leaders, dont ils ont appris à décentraliser et à manœuvrer les décisions. C’est justement là que la démocratisation la plus poussée doit se faire. Celle qui pourrait déconstruire certains rapports de clientèles et de patronages verticaux et horizontaux informels qui tiennent lieu de faits politiques, et qui peuvent mener jusqu’à l’inversion de nos valeurs et à la guerre. Ces rapports, si manipulables de l’extérieur,  qui perpétuent des relations de pouvoir et de subordination en toute impunité, empêchent les peuples de repérer la nature des défis et confortent au pouvoir des dirigeants qui n’ont pas à cœur les intérêts de l’Afrique, et donc la défense de la condition de leur peuple.

Une démocratie qui ne se concrétisera que si les dirigeants sont prêts à s’opposer au contrôle externe de leur pays. La régénération africaine que je propose s’articule, on l’aura compris sur les acquis historiques de l’humanisme africain, de sa xénophilie, de sa solidarité, de sa compassion, de son commensal, en maniant l’autocritique et le refus des déviances et dérapages découlant de manœuvres politiciennes. Ce projet basé sur le respect des autres et surtout de soi, par l’élévation de la conscience et la foi en l’équilibre animiste ontologique africain, nous replace dans notre rapport à nous, aux autres et à la nature. Une redécouverte et une réinvention de nos histoires,  imaginaires et modes de régulation et d’équilibre traditionnels, à l’instar du Maat originel de l’Afrique pharaonique, seront alors le moment véritable de la  régénération. Refondation qui permet d’être invulnérable aux racismes et aux affres du néolibéralisme mondialisé.

  

 En vous remerciant de votre attention je vous laisse sur ces citations : 

  

« In the end, we will remember not the words of our enemies, but the silence of our friends. »

Martin Luther King, Jr. 

  

« Il n’y a pas eu de changement significatif dans le génome humain au cours des dix mille dernières années. Mais il sera sans doute complètement remodelé dans le prochain millénaire. Bien sûr, beaucoup de gens diront que l’ingénierie génétique sur des êtres humains devrait être interdite. Mais j’ai quelques doutes sur la possibilité d’y parvenir. L’ingénierie génétique sur les plantes et les animaux sera autorisée pour des raisons économiques et quelqu’un essaiera de l’appliquer aux hommes. À moins d’avoir un ordre mondial totalitaire, quelqu’un forgera des humains améliorés quelque part» 

 Stephen Hawking. 

  

«Il nous faut donc nous élever à des niveaux qui rendent possible la cristallisation de contre stratégies des forces populaires, tant dans leur vision de la globalité de leurs interdépendances mondiales que dans leurs expressions segmentaires et locales.

Samir Amin 

  

«L’Africain qui nous a compris est celui-là qui, après la lecture de nos ouvrages, aura senti naître en lui un autre homme, animé d’une conscience historique, un vrai créateur, un Prométhée porteur d’une nouvelle civilisation et parfaitement conscient de ce que la terre entière doit à son génie ancestral dans tous les domaines de la science, de la culture et de la religion 

Cheikh Anta Diop 

  

  

  

Aziz Salmone FALL 

  

  

  

  

  

  




[1] Editorial L’oeuvre de Cheikh Anta Diop un héritage vivant Ankh No 1, p 22 

[2] Diagne Pathé, Cheikh Anta Diop et l’Afrique dans l’Histoire du monde, Sankoré/l’Harmattan, Paris, 1999 

[3] « Eugenics, as Sir Francis Galton termed the study of the agencies under social control that may improve or impair the racial qualities of future generations, presents, it was stated, problems of the utmost social importance. At present the most urgent need is for more knowledge, both of the facts of heredity and of the effects of social institutions in causing racial change. As knowledge accrues, it must be disseminated and translated into action»  Leonard Darwin, in  Problems in Eugenics, Papers communicated to the 1st International Eugenics Congress, University of London, Jul 24th to 30th, 1912, The Eugenics Education Society, Adelphi, W.C., 1912, pB2 et  aussi R. C. Punnet « The aim of the Eugenist, on the other hand, is to control human mating in order to obtain the largest proportion of individuals he considers best fitted to the form of society which he affects.»  Genetics and Eugenics, in  Problems in Eugenics , p137

[4] mouvement nord américain visant à transformer le système éducatif et plus largement la société dans le sens de la reconnaissance d’une intervention divine, il est animé par la droite religieuse.

[5] Ajavon François-Xavier, L’eugénisme de Platon, Paris, l’Harmattan , 2002, p 96

[6] Luxembourg Rosa, Introduction à l’économie politique (les tendances de l’économie mondiale), 1907

[7] http://www.sinistra.net/lib/bas/progco/qilu/qiluecibof.html

[8] Testart Alain L’esclave, la dette et le pouvoir : Etudes de sociologie comparative. 2001, Paris : Errance, 238 p

[9] Plumelle-Uribe Rosa Amelia, La férocité blanche, des non-blancs aux non aryens, Génocides occultés de 1492 à nos jours, Albin Michel Paris, 2001, 334p

[10] http://blogs.nouvelobs.com/medaho/index2.php?afficheFichier=18794_20050509_medaho

[11] Cham père de Canaan et  fils de Noé vit son père  ivre qui s’était dénudé. Il en fit part à ses deux frères Sem et Japhet qui « prirent un manteau et le mirent , à eux d’eux, sur leur épaule, puis ils marchèrent à reculons et couvrirent la nudité de leur père. Leur visage étant tourné en arrière, ils ne virent pas la nudité de leur père. Noé s’éveilla de son vin et apprit ce que lui avait fait son plus jeune fils. Il dit :«Maudit soit Canaan! Il sera pour ses frères l’esclave des esclaves! Puis il dit : « Béni soit Iahvé, le Dieu de Sem, et que Canaan lui soit esclave! Qu’Elohim dilate Japhet et qu’il habite dans les tentes de Sem! Que Canaan leur soit esclave!» L’ancien Testament, Genèse, IX 

  

[12] Delacampagne Christian, Une histoire du racisme , des origines à nos jours, LGF, Paris, 2000, p142

[13] Largent mark A., ed, Race, Racism and Science, ABC clio,  Santa Barbara, Clio, 2004, p 15 

[14] Voir ces intéressants développements dans Girod Michel, Penser le racisme, Calmann-Levy, Paris, 2004, pp36-40

[15] Michel Girod remonte la généalogie de ces mythes et pseudo sciences que nous lui empruntons de son remarquable ouvrage , Penser le racisme. De la responsabilité des scientifiques, Calmann-Levy, 2004, pp36-72

[16]   Bachelard-Jobard Catherine, L’eugénisme, la science et le droit , PUF , Paris, p. 18

[17] Bernardin de Saint-Pierre, 1737-1814, Mouans-Sartoux, PEMF, 2002. (Coll. « Regards sur les lettres ».)

[18] sur l’abondante bibliographie sur Darwin quelques ouvrages: Hawkins Mike, Social Darwinism in European and American Thought, 1860-1945, Cambridge, Cambridge University Press 1997; Jones Greta, Social Darwinism in English Thought, Brighton, Sussex, UK : Harvester 1980; Browne Janet, Charles Darwin: the Power of Place, NY, Knopf, 1995 

[19] «Quand on voit ces hommes, c’est à peine si l’on peut croire que ce sont des créatures humaines…On se demande souvent quelles jouissances peut procurer la vie à quelques-une des animaux inférieurs; on pourrait se faire la même question, et avec beaucoup plus de raison relativement à ces sauvages» écrit en 1882 par Darwin dans Le voyage d’un naturiste autour du monde, ce passage parait dans l’ouvrage de  Virole Benoît, Le voyage intérieur de Charles Darwin. Essai sur la genèse psychologique d’une œuvre scientifique, Paris Editions des archives contemporaines, 2000 et il est cité par  Girod ibid, p44

[20] Joël Des  Rosiers dans sa réplique au Doc Mailloux rappelle que dans son ouvrage phare Darwin consacre «une page pour renforcer la thèse d’une infériorité congénitale du peuple canadien-français. Ces préjugés liés à une époque eurent leur funeste suite dans les règlements de l’armée canadienne et de la GRC qui limitaient la promotion du soldat canadien-français au grade de sergent, au motif d’un quotient intellectuel inférieur»

[21] ils auraient le même grand –père mais qui aurait eu deux épouses dont sont issues chacune de leur lignée

[22] cité dans Albert Jacquard, La science face au racisme, ibid pp36-37

[23] Girod Michel, Penser le racisme, de la responsabilité des scientifiques, Calmann Levy, Paris, 2004, p50

[24]Anténor Firmin,  De l’égalité des races humaines (anthropologie positive). Paris: F. Pichon, 1885; Paris: L’Harmattan, 2003; Montréal: Mémoire d’encrier, 2005, voir aussi

http://www.alliance-haiti.com/culture/literrature/antenor-firmin.htm

Voir les développements intéressants de  Christoph Jensen, De Malthus à l’Eugénisme, à l’Hygiène Raciale, au Nettoyage Ethnique, Groupe Gn3, 2001 

[26] Wyndham, Diana Hardwick. Striving for National Fitness: Eugenics in Australia 1910s to 1930s. Thèse. University of Sydney, History. 1996: 

[27] Angus McLaren, Our Own Master Race: Eugenics in Canada, 1885-1945, Toronto, Ontario, McClelland & Stewart, 1990. voir aussi Dowbiggin, Ian. Keeping America Sane: Psychiatry and Eugenics in the United States and Canada, Cornell University Press, 1997 

[28] Cairney, Richard. »‘Democracy was never intended for degenerates’: Alberta’s Flirtation with Eugenics Comes back to Haunt it », Canadian Medical Association Journal, vol. 155, no 6, 15 September 1996, p. 789-792. 

[29] Jensen  Christophe, De Malthus à l’Eugénisme, les hommes derrière Hitler, http://atos.ouvaton.org/article.php3?id_article=63

[30] Jackson John P, Weidman Nadine M., Race Racism and Science, ABC-Clio, Santa Barbara, 2004, p111 

[31] Voir les intéressants  développements de Weingaryt Peter, German Eugenics between Science and Politics» Osiris 5, 1989;260-282 et Weindling Paul, Weimar Eugenics : The Kaiser Wilhem Institute for Anthropology, Human heredity and Eugenics in Social Context». Annals of Science 42, 1985; 303-318 

[32] cité par Jacquard ibid p 38

[33] Race et intelligence, Edition Copernic, 1977

*lobotomie partielle d’une portion du cerveau

[34] il y eut auparavant en 1950 et en 1961 consensus sur la question. Voir par exemple UNESCO, Race and Science: The Race Question in Modern Science, New York: Columbia University Press, 1961.   

[35] Mankind’s Most Dangerous Myth: The Fallacy of Race, 1942 

[36] Jacquard Albert, La science face au racisme, in Racisme , science et pseudo-science, Unesco, 1982, pp28–30 

[37] Jensen Arthur » How much can we boost IQ and scholastic Achievement, Harvard Educationnal Review,39; 1-123 1969 

[38] Jacquard op cit p 43, ; * sur l’héritabilité Jacquard montre que ce mot «recouvre trois concepts distincts : mesure de la ressemblance parents-enfants, rapport soit de la variance génétique globale, soit de la variance des effets additifs des gènes à la variance totale».

[39] Eysenck H.J., Psychology is About People, Allen Lane, London 1972; The Inequality of Man, Temple Smith, Londres, 1973 

[40] Michael Billig, L’internationale raciste, de la psychologie à la science des races, Maspero, Paris, 1981, p175

[41] Aroll Exama. Jusqu’où va la différence ?  Éditions de la francophonie.

  

[43] QI de 110 à 120 : intelligence légèrement supérieure ou « bien doués » : 11 à 17 % de la population ; QI de 90 à 110 : intelligence normale ou moyenne : 45 à 60 % ; QI de 80 à 90 : lenteur d’esprit, intelligence bornée : 15,3 à 17 % ; QI de 70 à 80 : zone marginale d’insuffisance : lenteur, débilité, zone limite de l’arriération mentale : 6 à 7,4 % ; QI<70 : arriération mentale vraie (In Doctissimo).

  

[44]«Depuis près de 50 ans, le QI ne représente plus ce rapport, mais un écart par rapport à une moyenne théorique de 100. La distribution des scores obéit à une représentation d’une courbe en cloche (ou courbe de Gauss) dont l’axe de symétrie est basée sur l’axe 100.
Ainsi, il y a autant de personnes qui ont un QI supérieur à 115 que ceux qui ont un QI inférieur à 85. Enfin, une troisième version du QI a récemment été créée ; elle est le résultat d’un savant calcul qui ne tient pas compte de la totalité des réponses aux tests. Ainsi, il est bien difficile de savoir de quel type d’indicateur il s’agit». Le schéma et l’explication sont de Doctissimo, http://www.doctissimo.fr/html/sante/mag_2000/mag1110/dossier/sa_2933_mesurer_intelligence.htm

Tally’s Corner: A Study of Negro Streetcorner Men : A Study of Negro Streetcorner Men (Legacies of Social Thought) de Elliot Liebow 

[46] if you wanted to reduce crime, you could you could abort every black baby in this country and your crime rate would go down 

[47]  Lucien Sève, la trilatérale du quotient intellectuel, préface de l’ouvrage de James Lawler, Intelligence Génétique Racisme, le quotient intellectuel est il héréditaire, éditions sociales, paris, 1978, p13

[48] http://www.doctissimo.fr/html/sante/mag_2000/mag1110/dossier/sa_2933_mesurer_intelligence_02.htm

[49] Jack Jedwab,   Les théories concernant l’infériorité de la population noire ne sont autres que du‘camouflage’ pour masquer les barrières sociales 

http://72.14.207.104/search?q=cache:mURndE97jMgJ:www.acs-aec.ca/Polls/MaillouxetLarivee-fr.pdf+&hl=fr

  

[50] http://www.radiocanada.ca/nouvelles/Santeeducation/nouvelles/200509/09/002-cerveau-evolution.shtml

[51] http://www.hhmi.org/research/investigators/lahn.html

[52]Natural History of Ashkenazi Intelligence, Départment of Anthropology University of Utah, http://homepage.mac.com/harpend/.Public/AshkenaziIQ.jbiosocsci.pdf

  

[53]Natural History of Ashkenazi Intelligence, ibid 

 http://homepage.mac.com/harpend/.Public/AshkenaziIQ.jbiosocsci.pdf 

[54]http://www.doctissimo.fr/html/sante/mag_2000/mag1110/dossier/sa_2939_coup_pied_qi_02.htm

[55] Comme le laissait croire les premières estimations de Gilbert W. qui postulait 100 000 gènes en divisant par la taille d’un gène les 3 milliards de paires de base sensés représenter la longueur de notre ADN. 

[56] Il existe des gènes qui ne sont pas répertoriés dans les 25000 habituellement retenus pour notre génome, surtout des gènes qui ne codent pas de protéines et qui produisent de l’ARN. Les processus de régulation génétiques vraisemblablement révéleront des synthèses  protéiques de l’ARN qui feront dépasser les 300 plus ou moins recensés pour l’instant. 

[57] http://www.sfaf.org/treatment/beta/b32/b32hist.html, voir aussi Cohen, AIDS Research: Receptor Mutations Help Slow Disease Progression, Science 1996 273: 1797-1798; 

[58] http://www.affairesuniversitaires.ca/Francais/issues/2005/may/_print/partenaires_pandemie.html 

[59] http://72.14.207.104/search?q=cache:CF6AgyJWij4J:www.aegis.com/news/afp/2000/AF0012C0_FR.html+prostitu%C3%A9s+kenya+sida&hl=fr 

[60] Béatrice Hahn, de l’Université de l’Alabama, vient de découvrir que le virus VIH-1 du sida existe depuis toujours chez les chimpanzés d’Afrique centrale. Les primates ne semblent pas en être affectés, ce qui implique qu’ils disposent eux aussi d’un mécanisme de résistance. Comme le bagage génétique de l’homme et celui du chimpanzé sont identiques à 98%, on pourrait s’inspirer de ce modèle animal pour développer un autre vaccin»

http://www.cybersciences.com/cyber/3.0/N1066.asp

[61] NEW ORLEANS, La. (November 8, 2004)– Results from the African American Heart Failure Trial (A-HeFT) to be presented today at the American Heart Association’s Late-Breaking Scientific Sessions indicate that African American patients with heart failure experienced a 43 percent improvement in survival after taking BiDil®, the nitric-oxide enhancing, fixed-dose combination of isosorbide dinitrate (I) and hydralazine (H), in addition to standard heart failure therapy (P=0.01), as compared with patients in the study receiving standard heart failure therapy plus a placebo. A 10.2 percent death rate was shown in the placebo group compared to 6.2 percent of patients in the fixed-dose I/H group (P=0.02). Trial results also confirm a 33 percent reduction in first hospitalization for heart failure (P=0.001) and an improvement in the quality of life (P=0.02) for African American heart failure patients taking the fixed dose I/H therapy. http://www.nitromed.com/11_08_04c.shtml

[62] http://health.dailynewscentral.com/content/view/1082/0

[63]http://www.univ-tours.fr/genet/gen001700_fichiers/htm/ch8b/gen12ch8bec7.htm

[64]http://jewishweek.org/news/newscontent.php3?artid=10405&print=yes

[65] http://72.14.203.104/search?q=cache:OkgFAqi6iVUJ:www.kacvtv.org/local/organdonor/sbone.html+&hl=en 

[66] Poget Noemie, Quels seront les bébés du futur? Le courrier 20 Octobre 2001

[67] Les premiers développement dans «Histoire primitive de l’humanité: évolution du monde noir» in 

Bulletin de l’IFAN T XXIV No 3‑4, Université de Dakar, 1962, p450

[68] http://www.nature.com/nature/ancestor/index.html

[69] South African Journal of Science, December 1998 

[70] Il existe plusieurs hypothèses de la bipédie, incluant même une arguant de l’origine aquatique de l’humanité.

[71]  Dambricourt‑Malassé Anne, Nouveau regard sur l’origine de l’homme, La recherche 286 avril 1996,

[72] Wilson A, Cann R L, Stoneking M, Mitochondrial DNA and Human Evolution;, in 

Nature Vol 325, No 6099, January 1987, pp3l‑36 

[73] Diop Cheikh A, Apport de 1 Afrique à la civilisation universelle, in Actes du Colloque Centenaire de la Conférence de Berlin Brazzaville, 1985, Présence Africaine, Paris, Dakar, p46

[74] 5 Dambricourt‑Malassé A, op cit p54

[75]  Wolpoff MiIford, Thorne Alan, The Case Against Eve, in New Scientist Vol 13 0, No 1774, June 22,1991, p37 

[76] James Shreeve The Neandertha énigme : solving the mystery of modem human origins, W Morrow, 19 

[77] (in National Geographic, January 1996)

[78] «Le matériel génétique (ADN mitochondrial) de la mitochondrie (qui est la seule partie des cellules animales à posséder son propre ADN, en plus du noyau) n’a subi que très peu de modifications depuis le début de l’évolution et sert souvent dans les recherches phylogénétiques

[79] «Dans le même temps, d’autres chercheurs publiaient des résultats (revue Nature, décembre 2000) confirmant que l’espèce humaine actuelle aurait pris résolument ses racines en Afrique. Une équipe de l’université d’Uppsala (Suède) a étudié l’ADN mitochondrial (transmis par la mère) de 53 individus de différentes ethnies, allant des Inuits aux Kikuyus. Ceci leur a permis d’élaborer une sorte d’arbre généalogique, qui montre que leur ancêtre commun a vécu en Afrique pendant une période comprise entre 221 500 ans et 121 500 ans. Il y eut ensuite séparation entre Africains et non Africains, entre 79 500 et 24 500 ans. Ces travaux suggèrent donc que l’homme moderne serait sorti du continent africain plus récemment que l’on ne croyait (100 000 ans). Cette équipe suédoise croit pouvoir, dans un futur proche, disposer de données dérivées du génome humain, encore plus précises. L’ADN mitochondrial étant en effet un élément qui ne reflète que l’histoire génétique des femmes». Schéma et commentaires 

http://www.snv.jussieu.fr/vie/documents/adnancient/adnmt.htm

[80] http://www.duerinck.com/migrate.html

[81] Marianne Schwartz and John Vissing, ‘Paternal Inheritance of Mitochondrial DNA,’ New England Journal of Medicine, august 2002 et aussi 

  http://www.darwinism-watch.com/scientific_american_tattersall.php 

[82] Lucotte Gérard, < Origin of Modern Human: Evidence from Y‑Chromosom Specîfic Polymorphic DNA 

[83] SLC24A5, a Putative Cation Exchanger, Affects Pigmentation in Zebrafish and Humans, Science 16 December 2005, Vol. 310. no. 5755, pp. 1782 – 1786; voir aussi Michael Balter , GENETICS: Zebrafish Researchers Hook Gene for Human Skin Color, Science 16 December 2005: 1754-1755 

  

[84] Suivre les travaux du A haplotype map of the human genome, The International HapMap Consortium

[85] Drayna Dennis, Founder Mutations, Scientific American, October 2005, pp82-83 

[86] ibid p 85

[87] Anthropologue à l’université de Pennsylvanie Coon a écrit The Origin of Races

[88] cf l’apparition de l’homo sapiens, in Bulletin de l’IFAN, TXXXII Série B, No 3, Université de Dakar,

[89] l’Egyptologie eurocentrique sans tenir des métissages ultérieurs persiste à nier ces faits et tentent d’infirmer ces faits sur les ossements des egyptiens :
http://www.geocities.com/enbp/, les crânes  qu’ils disent proches éloignés des africains de l’ouest et du sud –C. Loring Brace http://www.geocities.com/enbp/physanth.html; les dents plus proches des nord africains que des subsahariens (Irish, 1997, 1998) les cheveux lisse ou délicatement bouclés  ( Titlbachova et Titlbach, 1977) et sur les gènes des travailleurs – 2600, prouvant que ce sont les descendants des actuels égyptiens http://www.geocities.com/enbp/genetics.html
 

[90]  Sandford K., Arkell S,, Prehistoric Survey of Egypt and Western Asia, Paleolithic Man and the Nile 

[91]Dans le chapitre 5, « Légendes, histoires, niveaux de la mer », du livre L’homme et le climat (Paris, Éditions Denoël, 1985) de cité dans   http://www.ankhonline.com/egypte1.htm 

  

[92] Vermeersch, P, Pai ulissen E., et ai, Haute Égypte, L Anthropologie 88, 1984 pp231‑233 et aussi Le 

Paléolithique de la vallée du Nil égyptien, 1 Anthropologie 94, 1990, p435 et suite

[93]  Zaborowski M., Races préhistoriques de l’ancienne Egypte, « Bulletin et mémoires de la société d`anthropologie  » de Paris 9, IV‑ 1898, 597‑612

[94] Wendorf Fred, Schuld Romuald, Close Angela in Science Novembre,1982. 

[95] Sall Babacar, Hommes et cultures du Sahara ancien», Ankh 6/7

[96] Baud Michel, Djéser et la troisième dynastie, Pygmalion, 2002, p9 

[97] Moret, Des clans aux Empires, 1923, cité dans Diagne Pathé, Cheikh Anta Diop et l’Afrique dans l’Histoire du monde, Sankoré, L’Harmattan, 1999, p59

[98]J’ai moi-même rencontré la même difficulté pour avoir accès à des momies de l’Université McGill où j’enseignais

[99] Actes du premier colloque d’anthropologie physique des anciens Egyptiens, in Bulletin et mémoires de la société d’anthropologie de Paris, T8, XIII ème série, Doin, Paris, Septembre 1981 

[100]http://www.ankhonline.com/ankh_acquis_10ans.htm 

[101] Obenga Théophile, L Afrique dans 1’Antiquité, Présence africaine, Paris, 1973, p323

[102] Obenga Théophile, Origine commune de l’égytien ancien, du copte et des langues négro-africaines modernes. Introduction à la linguistique historique africaine, l’Harmattan, Paris 1993 sur http://www.ankhonline.com/langue1.htm

[103] N’gom Gilbert, Parenté génétique: l’égyptien pharaonique et le Duala, in Ankh, revue d’égyptologie et des civilisations africaines, Khepera~ No2 Avril 1993, p3l

[104] Obenga, 1993 ibid, http://www.ankhonline.com/langue1.htm 

[105].  16 novembre 1999 – Le Caire.  AFP

[106]Obenga Théophile, Cheikh Anta Diop Volney et le Sphynx, Khepera, Présence Africaine, Paris, 1995,

[107]Diop Cheikh A, Centenaire de la conférence de Berlin

[108] LE MYSTERE DES DOGONS,  Un peuple du Mali descendant d’une autre planète, http://secretebase.free.fr/civilisations/autrespeuples/dogons/dogons.htm

[109] Diop Cheikh A, l’unité culturelle de 1’Afrique noire, Présence Africaine, 2 ème édition, Paris‑Dakar, 

1982, p pl35‑l36

[110] Frantz Fanon, Le syndrome nord Africain, Esprit, Février 1952; Pour la révolution africaine, Maspéro; Les damnés de la terre, Maspéro, ; L’an V de la révolution algérienne; Maspéro, Peaux noirs masques blancs; The Wretched of the Earth, Grove Press, NY, 1968

[111] Nous menons pour Thomas Sankara une lutte contre l’impunité avec une vingtaine d’avocats et plusieurs organismes et personnalités devant le comité des droits de l’Homme des Nations Unies. cfwww.grila.org

[112] [112]  L’Uruguay round propose que les signataires s’engagent à supprimer les barrières douanières et non douanières afin de permettre entre eux l’investissement et le commerce, et créer une déréglementation favorisant la circulation du capital.

[113] GRILA : http://www.grila.org/nepad-nopada_fr.html

[114] Lemieux André, Canada’s Global Minng Presence in Canadian Minerals Yearbook 1996, Ottawa, Ressources Naturelles Canada

Publié dans CHEIKH ANTA DIOP, GALERIE DES GRANDS HOMMES, VISAGES DE LA RESISTANCE | Pas de Commentaire »

LES GRANDES AMES , MES GRANDES AMES…

Posté par issopha le 2 mars 2008

Moi , ISSOPHA ,

 

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Homme des passions qui s’assume totalement , je vais mon chemin semant un peu d’amour partout où besoin est , une colère forte mais saine partout où le pouvoir écrase et un brin d’espoir partout  où crimes contre l’humanité , horreurs de guerre  , désolation  économique , anomie sociale , incuries politiques et damnation mystique sociologiquement construite  s’imposent comme  Ordre Naturel des choses  , come des allants de soi  en somme.  

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Je suis de la race de ceux  qui croient encore en la possibilité d’un monde nouveau , moins laid,  injuste  et désarticulé que celui que nous , Hommes ,  nous infligeons ,  depuis quelques millénaires : le nôtre… 

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Ainsi , Eternel voyageur , je cours les sentiers des POSSIBLES , chantre des AUDACES porteuses de chances , des audaces renouvelées, des REVES  jamais dégonflés ,  nourris des rêves des  Anciens , ces Grands Hommes que célèbrent l’ Histoire encore aujourd’hui , ceux qui ont ard emment travaillé à donner à ce monde un visage humain ,espace d’échange et d’enrichissement  mutuel , d’épanouissement et de réalisation de soi … 

 

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De France à  Panama, du Cameroun  au Cambodge, d’Alabama en Ituri , du Cap vert au Cap Gardafui , de Davos à Dacca, de Bogota  à Sidney ,  les laideurs , lourdeurs et impostures  alentour me remplissent de colère et d’impatience ! Au risque de donner dans une lapalissade , L’Humanité , et notamment  «  les petites gens » , dominés  du monde entier , sans pouvoir institutionnel , cette humanité là e est malmenée  , parce qu’elle ignore, parce qu’elle ignore qu’elle a le pouvoir d’agir sur les événements , parce qu’elle se résigne  et se soumet à la pseudo-fatalité  de l’Ordre et du discours dominant des Maîtres du Monde.  Non, l’Histoire n’en est pas à sa fin, la vérité de Francis Fukuyama ne peut donc que être contingente, en aucune façon nécessaire.

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La vie est mouvement, la dynamique du changement ne peut  s’enrayer que si les acteurs se complaisent, délibérément ou au forceps, dans l’idée qu’aucun renouveau ou une réforme, radicale ou modérée, selon les cas,  n’est possible. Point d’Ordre de choses, de savoirs, de pratiques, d’états et de représentations  éternellement pertinent. Il n y a de naturel que l’ordre du mouvement. Changer la donne, explorer des alternatives, tenter autre chose, oser d’autres possibles est donc fatalement  inscrit dans cet ordre en mouvement. 

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Je suis de la couleur de ceux qui ne se lassent pas de partir, ceux qui ne se lassent pas d’essayer quand même , ceux qui pensent que rien de Grand dans le monde ne se fera jamais sans passion , rien ne se fera réellement de grand et d’honorable sans la conviction profonde que ce que l’homme  a pensé et causé  comme mal  , l’homme peut le défaire. Rien ne sera jamais grand à mes yeux tant que les bienfaits dont Dieu a paré la Nature seront la propriété privée de quelques uns. Rien ne sera jamais assez grand aux yeux de l’humanité tant que 20% de la population mondiale concentrera à elle seule 80 % des richesses du monde et sera responsable  des 80 autres % de la pollution dont on souffre tous déjà l’effet boomerang. 

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Rien de grand  dans le monde ne se fera sans ces préalables, rien de grand ne se fera sans passion. J’entends  passion de la liberté , de la qualité de vie , de penser ,  d’avoir et d’être ,  de l’égalité , de la fraternité , de la justice , du RESPECT , de la tolérance , de  l’amour profond du genre humain , j’entends aussi le possible de l’altérité. Je pense à la passion du possible , possible de l’accès illimité des « petites gens » au savoir qui confère le pouvoir , au savoir qui libère des impostures et de l’esclavage mental…Celui qui a le pouvoir n’a pas toujours le savoir requis , celui qui a le savoir peut conquérir le pouvoir , le pouvoir d’être libre , le pouvoir de gérer la Cité dans le sens du Bien Commun , notion de la politique chère à Aristote , et pas moins à Platon , promoteur de la Cité idéale… 

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Au-delà, à  l’heure où le temps des idéologies semble révolu , à l’heure où la pensée plurielle cède le pas à la dictature de la Pensée Unique , à l’heure où les derniers bastions de résistance s’affaissent peu à peu , à l’heure où les Visages célèbres de la résistance à l’envahissement de l’idéologie ultralibérale s’éteignent peu à peu , à l’heure où au pied de l’échafaud de nombreux libertadorès à l’article de la mort redisent la faisabilité et la nécessité du grand projet de la liberté et du respect des driots inaliénables et sacrés des citoyens de par le monde ; Je veux élever ma voix pour chanter les joies de ce monde alternatif qui s’incarne dans de nombreux et courageux courants d’Idées ; car il y en a qui pensent. Je veux Chanter  en dépit des symphonies belliqueuses  et cris vengeurs de kamikazes ,étouffant  les clameurs des combattants de la liberté.

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Parallèlement, il y a URGENCE à découvrir les envers d’un décor menteur, les inédits et non-dits de l’histoire d’hier, des  histoires d’aujourd’hui …et redire les sagesses des Célèbres Voix tues et celles qui, par-delà les couleurs, les frontières, les tours de Babel et les haines gratuites, nous parlent, nous interpellent, encore et encore… 

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Aussi l’idée de vous conter ma passion furieuse de  ces  GRANDS HOMMES (hommes et femmes) m’agite déjà. Trouvez ci-dessous les icônes les plus importantes,  que vous retrouverez tour à tour dans la GALERIE que j’ai  construite à cet effet, dans le désordre des époques, des lieux, des domaines, des idéologies, des combats et contributions fortes  , souvent au péril de leurs vies : 

A tout Seigneur tout Honneur : DIEU  ,FRANTZ FANON,   MALCOLM X , Aimé Césaire , Martin Luther King , Rosa Parks , le Mahatma Gandhi ,GALILEO GALILEI, SIGMUND FREUD, Jésus-Christ ,le Prophète Mohammed , Jean-Paul sartre , MONGO BETI, Angela Davis , Jean-Jaurès , Marcus Garvey ,W. BUGHARDT DUBOIS , Victor Schoelcher, Pascal Blanchard , PIERRE BOURDIEU, Mgr Desmond Tutu , Louis Arsmtrong , Gill-Scott Heron , Thomas Sankara , PATRICE LUMUMBA , Amilcar Cabral , Samory Touré , Jeanne D’Arc , Ruben Um Nyobé , Sékou touré , HUGO CHAVEZ , NELSON MANDELA , Steve Biko , EMILE ZOLA , l’Abbé Pierre , Chaka Zoulou ,CHEIKH ANTA DIOP , Fidel Castro , Otis Redding, Ray Charles , James Brown , Dulcie September , Sam Cooke , Myriam Makeba , Rabindranath Tagore , Descartes , SPIKE LEE , Denzel Washington , Félix Moumié , MEL GIBSON , NOAM CHOMSKY , Michael Moore , Christiane Taubira Delanon , les courageux acteurs de l’association SURVIE-FRANCE  , Ernesto  Che Guevara , François Xavier Verschave , René Maran , Oprah Winfrey , ABRAHAM LINCOLN , FREDERICK DOUGLASS,  Stokely Carmichael , les Black Panthers , Oliver Stone , Jimmy Carter , les libertadores  d’INTERNET( qui est à mes yeux la plus merveilleuse invention de l’Homme et le dernier bastion de liberté et espace d’expression de la pensée libre  et alternative qui nous reste) , Richard Wright , KARL MARX, Rousseau , Susan Sarrandon , Marvin Gaye , STEVIE WONDER, Muhammad Ali , Evo Morales … 

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Bien plus ,  quelques autres personnalités du monde de l’art et du sport et des affaires ,   qui donnent aussi à mon âme le supplément indispensable à me sentir connecté au monde et  à mes semblables , et à puiser en moi l’énergie nécessaire à croire au POSSIBLE, à travers une lecture de leurs parcours ,   succès et destins  respectifs. Un peu poètes chacun à sa façon , dans un monde de brutes : Anthony Robbins, Henry Ford , Claudy Siar , Erykah Badu , Mike Brant , Charles Aznavour , Alfred de Vigny , ALFRED DE MUSSET , Alphonse de Lamartine , Chateaubriand , Samuel Jackson  , CHARLES BEAUDELAIRE , Dan Aykroyd  , Mère Térésa,  Barbara de Angelis  , Richard Branson,  Richard Claydermann , Sade , DIANA KRALL , Tracy Chapman , Elvis Costello , Alexander Graham Bell , Toni Braxton , Jesse Owens , Michael Johnson , Elvis Presley , MEG RYAN  , Whitney Houston , Cassandra Wilson , Kevin Costner , Pierce Brosnan , LIONEL RICHIE, James Ingram , LUTHER VANDROSS , Billie Holiday , Bessie Smith , LE BLUES , LA SOUL MUSIC , Michael Jackson, Pascal Obispo , Francis Cabrel , Pascal Lokua Kanza , Josh Groban , Lemar , Mr Big , MORGAN FREEMAN, Aretha Franklin , Smokey Robinson  , ANNE (  mon Grand amour de jeunesse ), Georges Clooney…Liste naturellement non exhaustive ! 

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Je quête en moi la lumière et en vous le MAHATMA (La Grande Âme)…Je veux être ces Grands hommes et Grandes dames qui ont osé le changement de ce monde technologique déshumanisé , vers un mieux être , un mieux agir, un mieux avoir ,je veux être obstinément phénoménal de liberté, de  générosité, de bonté et de soutien pour l’Humanité  aujourd’hui en peine. Les Humanités Du Cameroun, D’Afrique, de France, D’Europe, D’Amérique, D’Asie, D’Océanie, Du Pacifique. Je voudrais sortir de cette vie obstinément   phénoménal  du sentiment d’avoir accompli mon Œuvre : Relier l’Homme à l’homme, à  mon insignifiante et humble échelle.

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Le changement et la perspective du  possible, c’est d’abord et avant tout un ETAT d’ESPRIT, c’est en nous qu’il commence, le changement, c’est en chacun de nous qu’il réside. Partons donc,  l’espace d’un instant,  nous délecter des vertus des Esprits Libres qui, heureux comme Ulysse, n’ont pas fini de faire un beau voyage, toujours tendus vers un mieux être et un mieux avoir collectif ! Bienvenu(e)s à tous et à toutes en ces espaces de réflexion et de récréation…ouverts à l’intelligence et à l’indigence…On n’a jamais terminé d’apprendre…il faut savoir, Il vaut mieux savoir, quoi qu’il en coûte ! 

Utopie n’est pas mon nom !  Appelez-moi POSSIBLE !

Vive la vie ! Vive l’Humanité ! Vive-Vous !

 Issopha 

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Avertissement  !!!

Aux visiteurs , merci de ne pas tenir compte des annonces publicitaires  sponsorisées par Google qui s’affichent par défaut en bas de page . Ces infommerciales ne m’engagent aucunement. Ni la pétition concernant l’approbation de la réforme des régimes spéciaux ni l’apologie de la littérature portant sur la franc-maçonnerie. Ceci est un ” dévoiement ” technique  de la part des concepteurs de la plate-forme sur lequel évolue ce blog .La multiplication des annonces publicitaires varient en fonction des occurrences apparues dans les articles. Ex : Un article citant Nicolas Sarkozy fera apparaître une annonce Google en rapport avec cet item. Aussi verrez vous souvent en bas de page des réclames dont je décline complètement la responsabilité.

Issopha

Administrateur du blog http://issopha.unblog.fr

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François-Xavier Verschave

Posté par issopha le 1 octobre 2007

  François-Xavier Verschave

  

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Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.

François-Xavier Verschave, (né à Lille le 28 octobre 1945 et décédé à Villeurbanne le 29 juin 2005), était un économiste de formation. Son père était un journaliste gaulliste et sa mère infirmière.

Il était depuis 1983 le responsable des questions d’économie, d’emploi et d’innovation sociale à la Mairie de Saint-Fons, une commune de la banlieue lyonnaise. Il était marié et père de trois enfants.

François-Xavier Verschave était membre fondateur de l’association Survie, qu’il présidait depuis 1995. Il était également directeur de publication de la lettre mensuelle de l’association : Billets d’Afrique et d’ailleurs.

Passionné des relations franco-africaines, François-Xavier Verschave a notamment forgé et décrit le concept de « Françafrique », terme parodiant l’expression la « France-Afrique » de Félix Houphouët-Boigny [1]. La « Françafrique » est ce volet occulte de la politique de la France en Afrique. Ses deux principaux ouvrages sur la question, La Françafrique (Stock, 1999) et Noir silence (Les Arènes, 2000), sont devenus des références pour l’association Survie. Ce dernier lui a valu un procès pour offense à chefs d’État étrangers (loi sur la liberté de la presse de 1881) qui l’a déclaré non coupable, compte tenu de l’absence d’« intention délictueuse » et du contexte juridique de l’affaire.

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Il a également fourni un important travail de recherche sur le concept de Biens Publics à l’Échelle Mondiale et les théories économiques de Fernand Braudel.

Il est décédé brutalement d’un cancer du pancréas fulgurant découvert quatre mois plus tôt.

Sommaire

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Coopérant en Algérie

François-Xavier Verschave travailla comme coopérant français en Algérie à la « Direction des transports terrestres ». Il travailla avec « un duo peu banal » : Djelloul Benlhadj, énarque algérien du FLN, et un pied noir, Jacques Lengrand, qui avait combattu le FLN et fut dépossédé de son héritage constitué d’une des principales entreprises de transport algériens (Les Autocars Blidéens). Ces deux personnalités « ennemies » avaient décidé d’unir leurs efforts pour « reconstruire » les transports algériens.

Président de l’association Survie (1995-2005)

Survie est une association de citoyens qui milite publiquement depuis 20 ans pour que :

  • la réorientation de l’argent de l’aide publique au développement,
  • soit mis un terme aux dérives qualifiée de souterraines et déshonorantes par l’association de la politique franco-africaine,
  • soient mis en place des mécanismes de prévention et de répression des crimes contre l’humanité et de génocide.

En 2005, elle compte 1650 adhérents et une vingtaine de groupes locaux en France.

Sous l’impulsion de François-Xavier Verschave, et de Sharon Courtoux, Survie augmentera son nombre d’adhérents. Ses livres Françafrique, le plus long scandale de la République et Noir silence furent vendus à plusieurs dizaine de milliers d’exemplaires selon ses éditeurs.

Ses admirateurs de Survie voit en lui une capacité de synthèse qui s’imposait naturellement, même s’ils lui reprochent parfois des discussions très tendues et longues au sein de l’association.

L’intégralité de ses droits d’auteurs ont été reversés à l’association Survie. Il considérait sa production d’écrivain comme une action consubstancielle à sa responsabilité dans le combat de Survie.

Il succède à la tête de Survie à Jean Carbonare

Co-fondateur d’une entreprise d’insertion

Avant d’écrire « Françafrique », François-Xavier Verschave avait fondé, avec un ami prêtre, à Villeurbanne dans les années 1970, une menuiserie composée pour moitié de travailleurs valides et pour l’autre moitié de travailleurs handicapés psychiques pour les aider à retrouver une dignité par le travail. L’entreprise de menuiserie Artibois fonctionne toujours. François-Xavier Verschave avait deux motivations personnelles dans cette entreprise : combattre l’injustice sociale qui frappe les malades mentaux et revenir à la racine d’une activité économique concrète à travers une petite entreprise.

À la suite d’un accident du travail, il réorienta sa vie professionnelle et revint vers une activité plus centrée sur ses compétences économiques à la Mairie de Saint-Fons (Cf. son ouvrage la Françafrique).

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Les Procès

Procès de trois chefs d’État

Ce procès lié au livre Noir silence et relaté dans Noir procès, fut intenté par trois chefs d’États africains « amis de la France », Omar Bongo, Idriss Déby, Denis Sassou-Nguesso, pour offense à chef d’État étranger contre François-Xavier Verschave et Laurent Beccaria, directeur de la maison d’édition qui publiait l’ouvrage.

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Défendus par Maître Jacques Verges, les trois chefs d’État durent s’incliner devant la justice française en première instance et furent déboutés en appel sur le fond et sur la forme. En effet, la cour a disposé que pour se conformer à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme, le délit d’offense à chef d’État étranger doit être constitué d’une intention délictueuse, qui n’a pas été démontrée. Néanmoins, la cour est restée prudente sur la véracité des faits rapportées par la défense, et notera dans ses attendus : « il apparaît que les documents versés et les témoignages recueillis au cours de la procédure, qui n’ont pas vocation à établir la preuve complète et parfaite des allégations contenues dans l’ouvrage, et qui doivent être accueillis avec la prudence qui convient aux analyses de personnes dont certaines sont ouvertement hostiles aux chefs d’État mis en cause, établissent non seulement l’importance et l’actualité des sujets évoqués mais aussi le sérieux des investigations effectuées. »

Les chefs d’États déboutés ne portèrent pas l’affaire en cassation.

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Procès de Charles Pasqua

Charles Pasqua gagna en 1999 un procès en diffamation contre François-Xavier Verschave qui fut condamné au franc symbolique pour son livre Françafrique où il accusait Charles Pasqua d’avoir couvert la livraison du terroriste Carlos contre « un appui aux opérations de « nettoyage ethnique » du régime soudanais ». Le tribunal notera dans ses attendus que Monsieur Verschave « a manqué à son obligation de prudence » en personnalisant « la responsabilité politique de la France et présentant Monsieur Pasqua, Ministre de l’Intérieur, comme complice des crimes les plus abominables ».

Reproches

François-Xavier Verschave écrivait ses livres notamment à partir de la presse. Il est assez peu allé en Afrique, ce qui, d’après le journaliste du Monde, ne l’intéressait pas. Le journal Le Monde du 2-3 juillet 2005, notera également qu’il « découpait les articles glanés à droite et à gauche, écoutait ceux qui rendaient visite à l’association et, sans trop s’embarrasser de vérification, faisait de cette matière première la pâte de ses ouvrages ». Ses amis font remarquer en réponse qu’il lui aurait été difficile d’être aussi dilettante et d’éditer des livres ayant un tel retentissement.

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François-Xavier Verschave reconnaît en effet dans le livre Noir Procès qu’il écrivait ses livres à partir de la presse, de la documentation et de témoignages d’Africains victimes des dictatures et généralement réfugiés en Europe. Son terrain d’investigation n’était pas d’abord l’ Afrique, mais la classe dirigeante française. L’objet de son investigation étant la politique française en Afrique il considérait que son combat devait se dérouler en France. Ses détracteurs lui reprochaient de ne pas faire d’enquête de terrain en Afrique.

D’après Survie en Alsace, Verschave aurait « voyagé en Afrique à plusieurs reprises », soit au Cameroun, au Rwanda et au Sénégal. Il s’agissait de voyages de courte durée. Il a également été coopérant en Algérie dans les années 1960 pendant deux ans.

François-Xavier Verschave reconnaîtra son peu de voyage en déclarant même : « Je n’ai pas besoin d’y aller (en Afrique noire) pour savoir ce qui s’y passe. Pas plus que Fernand Braudel n’a eu besoin de vivre dans la Méditerranée du XVIe siècle pour en reconstituer l’histoire ». Me Vergès, parlant de son manque d’expérience de terrain dira : «Monsieur Verschave est un Tintin qui ne va pas au Congo de peur de rencontrer le lion».

Dans son édition du 2-3 juillet 2005, le journal Le Monde publiera une nécrologie à laquelle réagira l’association Survie dont François-Xavier Verschave était président.

L’association Survie y voit une certaine rancœur face au procès gagné par François Xavier Verschave et perdu par l’avocat Me Vergès et les chefs d’États africains qui l’avait initié. (source citée par Acrimed)

La rédaction du mensuel Billets d’Afrique de cette association publie :

« La nécrologie publiée par « Le Monde », sous la plume de Jean-Pierre Tuquoi (Carnet, samedi 2 juillet 2005), paraît au début plus courtoise mais les derniers paragraphes sont d’une rare malveillance. [...] Mais Jean-Pierre Tuquoi ne fait que répéter ici complaisamment les allégations de leur défenseur, le ténor du barreau Jacques Vergès. »

Après sa mort, les journalistes Pierre Péan (Noires fureurs, blancs menteurs, éd. Fayard/Mille et une nuits, 2005) et Charles Onana (Les Secrets de la justice internationale, éd. Duboiris, 2005, deuxième partie, chapitre 6) ont vivement dénoncés les méthodes F.-X. Verschave, accusé de malhonnêteté intellectuelle, de manipulation, d’erreurs factuelles, de complaisance pour le Front patriotique rwandais, et d’une certaine forme de néocolonialisme (« le grand sorcier blanc » apportant la bonne parole aux Noirs). [1]

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Notes

[1] « J’ai exhumé ce terme en 1994 des antiques discours de l’ex-président ivoirien, Houphouët-Boigny pour tenter d’expliquer comment la France était capable de faire en Afrique l’inverse exact de sa devise républicaine, jusqu’à se faire complice du génocide rwandais. Le concept désigne la face immergée de l’iceberg des relations franco-africaines. En 1960, l’histoire accule de Gaulle à accorder l’indépendance aux colonies d’Afrique noire. Tout en proclamant cette nouvelle légalité internationale, immaculée, il charge son conseiller pour les affaires africaines, Jacques Foccart, de maintenir la dépendance, par des moyens forcément illégaux, occultes, inavouables. Il sélectionne des chefs d’État « amis de la France », par la guerre (plus de 100 000 civils massacrés au Cameroun), l’assassinat ou la fraude électorale. À ces gardiens de l’ordre néocolonial, il propose un partage de la rente des matières premières et de l’aide au développement. Les bases militaires, le franc CFA convertible en Suisse, les services secrets et leurs faux nez (Elf et de multiples sociétés) complètent le dispositif. » Libération du 19 janvier 2001 [2] Voir interview de Jacques Chirac en Angola à propos du « pré-carré français », le 30 juin 1998.

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Bibliographie

François-Xavier Verschave était l’auteur ou le co-auteur d’une vingtaine d’ouvrages dont :

  • Les télécommunications entre bien public et marchandise, collectif, 2005, Éditions Charles Léopold Mayer, 392 p., ISBN 2-84377-111-0;
  • La maison monde, 2005, Éditions Charles Léopold Mayer, 246 p., ISBN 2-84377-089-0;
  • Nord-Sud : de l’aide au contrat. Pour un développement équitable, 1991, Syros, 1991, 243 p.
  • L’aide publique au développement, avec Anne-Sophie BOISGALLAIS, 1994, Syros, 150 p.
  • Libres leçons de Braudel. Passerelles pour une société non excluante, 1994, Syros, 221 p.
  • Complicité de génocide ? La politique de la France au Rwanda, 1994, La Découverte, 178 p.
  • La Françafrique : Le plus long scandale de la République, 1999, Stock, 380 p.
  • Noir silence, 2000, Les Arènes, 595 p.
  • Noir procès : offense à chefs d’État, 2001, Les Arènes, 382 p.
  • Noir Chirac, 2002, Les Arènes, 310 p.
  • De la Françafrique à la Mafiafrique, 2004, Tribord, 72 p.
  • Au mépris des peuples : Le néocolonialisme franco-africain, entretien avec Philippe Hauser, 2004, La Fabrique, 120 p.
  • L’envers des la dette. Criminalité politique et économique au Congo-Brazza et en Angola, Dossier noir de la politique africaine de la France n° 16, 2001, Agone, 225 p.
  • Les Pillards de la forêt. Exploitations criminelles en Afrique, Dossier noir de la politique africaine de la France n° 17, avec Arnaud Labrousse, 2002, Agone, 192 p.
  • La santé mondiale entre racket et bien public, collectif, 2004, éditions Charles Léopold Meyer, 346 p., ISBN 2-84377-099-8;
  • L’horreur qui nous prend au visage : L’État français et le génocide, Rapport de la Commission d’enquête citoyenne sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda, avec Laure Coret, 2005, Karthala, 586 p.
  • Négrophobie, réponse aux « Négrologues », journalistes françafricains et autres falsificateurs de l’information, avec Odile Tobner et Boubacar Boris Diop, 2005, Les Arènes, 200 p.
  • « François-Xavier Verschave, l’homme qui voulait soulever les montagnes

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Sous la direction de Mehdi Ba » éditions « les arènes » et Pierre Laniray

François-Xavier Verschave coordonnait également la rédaction des Dossiers Noirs de la politique africaine de la France, publiés par Survie et Agir ici, aux éditions L’Harmattan puis Agone.

Liens externes

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Sources

  1. réponses de Survie à Pierre Péan

France à fric


A Rouen, à la fin des années 70, Mongo Beti, célèbre écrivain camerounais avait crée les éditions Peuples Noirs Peuples Africains, où il fit vivre tout un travail d’information, d’intelligence et d’échanges, en pionnier de la résistance à la Françafrique (cette partie immergée, hors-la-loi, de l’iceberg des relations franco-africaines).

Dans les années 90, sans le savoir, un autre grand personnage, François-Xavier Verschave s’attelait à la même tache. La rencontre entre ces combattants de l’écriture, bien des années après le succès de Main Basse sur le Cameroun (ouvrage de Mongo Beti, interdit en France, sous la présidence de l’atlantiste Georges Pompidou) fut donc l’occasion de réunir leurs compétences et de créer une émulation, au sein de l’association Survie qui milite pour des relations assainies entre la France et l’Afrique.

Avec la mort de Mongo Beti en 2001 (faute de soins suffisant au Cameroun) de nombreuses personnes engagées dans ce combat se sont senties comme orphelines. Il m’est alors apparu comme mon devoir de reproduire un tel élan. Très providentiellement, un autre grand homme, d’une même envergure, René Vautier s’est imposé à moi, suite à la lecture de son oeuvre autobiographique Caméra citoyenne. J’ai donc souhaité faire se rencontrer le fondateur du cinéma algérien, auteur du remarquable Afrique 50 (premier film anticolonial français) et François-Xavier Verschave, pourfendeur de la Françafrique, auteur notamment de Noir Silence (ouvrage courageux qui lui a valu un procès contre 3 dictateurs françafricains en 2001, dont il est ressortit victorieux, avec son éditeur Laurent Beccaria).

Cette rencontre entre René Vautier et François-Xavier Verschave (en compagnie de Soeuf Elbadawi, journaliste et auteur comorien) en octobre 2003 à Rouen est ainsi tout un symbole. France à fric œuvre citoyenne, réalisée à cette occasion, sans grands moyens, mais à force de courage et détermination (le fruit de 6 ans de travail) immortalise cet événement unique et précieux.

 

 

 

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Frantz Fanon

Posté par issopha le 1 octobre 2007

  

  

Frantz Fanon

 

 

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.

Frantz Fanon (Fort-de-France 1925-1961 à Washington DC) était un psychiatre et essayiste français. Penseur très engagé, il a cherché à analyser les conséquences psychologiques de la colonisation sur le colonisé. Son livre le plus célèbre, Les Damnés de la terre, est paru en 1961 avec une préface de Jean-Paul Sartre

Sommaire

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Vie

Frantz Fanon est né le 20 juillet 1925 à Fort-de-France en Martinique.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il rejoint les Forces françaises libres puis s’engage dans l’armée régulière après le ralliement des Antilles françaises au général de Gaulle. Il combat avec l’armée française du général de Lattre et est blessé dans les Vosges. Après son retour en Martinique où il passe le baccalauréat, il revient en France métropolitaine et poursuit ensuite des études en médecine, tout en suivant les leçons de philosophie et de psychologie à l’Université de Lyon (entre autres, les cours de Merleau-Ponty). En 1953, il devient médecin-chef d’une division de l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville et y introduit des méthodes modernes de « sociothérapie » ou « psychothérapie institutionnelle », qu’il adapte à la culture des patients musulmans algériens, travail qui sera explicité dans la thèse de son élève J. Azoulay. Il entreprend ensuite, avec ses internes, une exploration des mythes et rites traditionnels de la culture algérienne. Sa volonté de désaliénation/décolonisation du milieu psychiatrique algérien lui vaut l’hostilité d’une partie de ses collègues.

Dès le début de la guerre de libération, il s’engage auprès de la résistance algérienne et a des contacts avec certains officiers de l’ALN (Armée de libération nationale) et avec la direction politique du FLN, Abane Ramdane et Benyoucef Benkhedda en particulier. Il donne sa démission de médecin-chef de l’hôpital de Blida-Joinville en novembre 1956 au gouverneur Robert Lacoste, puis est expulsé d’Algérie en janvier 1957. Il rejoint le FLN à Tunis, où il collabore à l’organe central de presse du FLN « El Moudjahid ».

Dans ses livres les plus connus, Frantz Fanon analyse le processus de décolonisation sous l’angle sociologique, philosophique et psychiatrique. Mais il a également écrit des articles importants dans sa discipline, la psychiatrie.

Fanon est aussi devenu un maître à penser pour de nombreux intellectuels du tiers monde. Son livre le plus connu est Les Damnés de la terre, qu’il conçut comme un manifeste pour la lutte anticoloniale et l’émancipation du tiers monde. Cet ouvrage et, peut-être plus encore, la préface écrite par Jean-Paul Sartre, ont été perçu rétrospectivement comme fondateur de la critique tiers-mondiste (voir, sur ce point, le livre très critique de Pascal Bruckner paru en 1983, Le Sanglot de l’homme blanc). Il a inspiré les mouvements de libération en Afrique ou encore le Black Panther Party aux États-Unis.

Aujourd’hui encore, Fanon est revisité par de nombreux auteurs. Le courant de critiques post-coloniales notamment initie une relecture de l’auteur martiniquais. Edward Said, dans Culture et Impérialisme, reprend très souvent les écrits de Frantz Fanon. D’autres auteurs contemporains se sont intéressés à son œuvre, par exemple Stuart Hall, Homi Bhabba et Judith Butler, et en particulier à peau noire, masques blancs.

Il meurt d’une leucémie le 6 décembre 1961 à Washington DC aux États-Unis d’Amérique. Il laisse derrière lui son épouse (Marie-Josèphe Dublé dit Josie, décédée en juillet 1990 et inhumée au cimetière d’El Kettar au cœur d’Alger). Il avait deux enfants officiels: Olivier (né 1955) et Mireille (veuve de Bernard Mendès-France) et d’autres enfants algériens dont l’existence a été tue par la famille française pour des raisons matérielles.

Pensée

Maître et esclave

La dialectique hégélienne du maître et de l’esclave (telle qu’interprétée par Kojève dans ses cours à l’École des Hautes Études entre 1933 et 1939) est le cadre dans lequel Fanon ne cessera de s’inscrire de Peau Noire, masques blancs jusqu’aux Damnés de la terre. Dans le premier de ces deux ouvrages, il insiste sur la nécessité pour le Noir colonisé d’une lutte ouverte pour la reconnaissance que l’abolition de l’esclavage n’a fait que rendre plus improbable  : « Un jour le Maître Blanc a reconnu sans lutte le nègre esclave (…) Le Blanc est un maître qui a permis à ses esclaves de manger à sa table ». Outre le fait que le Noir n’a pas été sujet de sa libération, il s’est vu conféré, dit Fanon, une liberté purement abstraite, non pas une liberté effective mais une idée de la liberté qui est peut-être la condition de possibilité de l’assujettissement colonial. Le Noir est une personne (Hegel), un esclave émancipé (Marx), il n’a pas encore été reconnu comme homme. C’est pourquoi il demeure fixé dans son être pour l’autre, cet autre, le Blanc, dans lequel « se condense le sens de sa vie ». Plus encore, le Noir n’est pas seulement pour le Blanc, il est, dans le monde colonial, construit en sa nature par lui : s’inspirant des réflexions sartriennes sur la question juive (« c’est l’antisémite qui fait le juif »), Fanon écrit que c’est le Blanc qui par ses gestes, attitudes, regards, fixe le Noir « dans le sens où l’on fixe une préparation par un colorant ». C’est en ce sens qu’il déclare devoir abandonner l’ontologie hégélienne parce qu’elle ne saurait expliquer ce qu’on peut appeler l’être par l’autre du Noir, sa surdétermination extérieure ; elle ne saurait rendre compte de l’impureté, de la tare introduite par le Blanc dans la weltanschauung du colonisé. Il devient impossible de penser l’être du Noir « car le Noir n’a plus à être noir, mais à l’être en face du blanc ». La réflexion ne peut plus alors porter que sur l’existence. C’est ici que Fanon rejoint l’existentialisme de Sartre. Mais si en un sens ce dernier fournit des clés à la compréhension de la situation existentielle du Noir colonisé, en un autre sens, il rend impossible tout dépassement de cette situation. D’une part, affirmant que le soi-disant « problème juif » est « notre problème », Sartre avance l’idée, intolérable pour Fanon, que le Juif ne peut rien à sa propre libération à l’égard de l’antisémitisme. Sartre pose une extériorité de la liberté qui, rappelant étrangement le moment de l’abolition, interdit toute forme de lutte. D’autre part, dans son introduction à l’Anthologie de la poésie noire et malgache, il affirme que le mouvement de la Négritude est le temps faible, le moment nécessaire de la négativité dans une progression dialectique s’acheminant vers la synthèse ou réalisation de l’humain. Fanon y voit à nouveau une forme de dépossession de ses moyens d’action, l’inscription de cette dernière dans un mouvement dont le sens le précède et le détermine : ce n’est pas lui qui va « foutre le feu afin d’incendier ce monde, mais c’est le flambeau qui était là, attendant cette chance historique. » Fanon reproche à Sartre cet « hégélien-né », d’avoir oublié que « la conscience a besoin de se perdre dans la nuit de l’absolu ». Cet absolu, signe d’un retour à Hegel, c’est lui qui sera à l’œuvre dans Les Damnés de la terre, œuvre dans laquelle la lutte de libération nationale du peuple algérien, lutte nécessitant le recours à la violence, ne sera rien d’autre que cette lutte à mort pour la reconnaissance pensée par Hegel, et qui seule, pour Fanon, offre la perspective d’une conscience de soi authentique.

Double conscience et clivage du moi

En réalité, la mise à distance de la pensée sartrienne a lieu dans Peau noire, masques blancs, non pas uniquement lorsqu’il s’agit de penser les moyens de libération mais dès la position du problème de l’ « être par l’autre ». En effet, Fanon affirme que les réflexions que Sartre développe dans l’être et le néant sur l’être-pour-autrui sont fausses pour une conscience nègre car « le Blanc n’est pas seulement l’Autre mais le maître, réel ou imaginaire d’ailleurs ». Cette affirmation, qui est à nouveau le signe d’une profonde fidélité à Hegel, porte cependant en elle les germes d’une transformation essentielle, voire d’une subversion du processus dialectique. Fanon cite René Ménil évoquant « l’instauration dans la conscience des esclaves, à la place de l’esprit africain « refoulé », d’une instance représentative du Maître, instance instituée au tréfonds de la collectivité et qui doit la surveiller comme une garnison la ville conquise ». Or, il y a là une reprise presque littérale de la définition que Freud donnait du Surmoi dans Malaise dans la civilisation. L’autorité blanche est intériorisée, introjectée ; le Blanc se présente alors comme une nouvelle instance psychique du moi du colonisé, instance d’observation, de critique, de censure. Fanon, explicitant les relations entre antillais n’affirme pas autre chose lorsqu’il écrit qu’elles ne sont pas des relations à deux termes polarisées par le moi, mais qu’elles sont coiffées par un troisième terme, le Blanc en tant que fiction dirigeante. Or Freud, dans L’inquiétante étrangeté, affirmait que dans les cas pathologiques du désir de surveillance, il y a dissociation du moi par clivage. C’est une telle pathologie que Fanon détecte chez le Noir colonisé ; elle constitue même l’objet principal de ses réflexions dans Peau noire, masques blancs. C’est ce qu’on peut appeler le problème de la double conscience, en référence à la pensée de l’écrivain afro-américain W.E.B Du Bois avec laquelle la philosophie de Fanon présente des affinités remarquables. Fanon, décrivant l’imposition culturelle des valeurs blanches du colonisateur (la Blanche Justice, la Blanche Vérité, la Blanche Vierge), constate que le Noir en vient à posséder le même inconscient collectif que le Blanc. Or, dans cet inconscient, le Noir est le signe de toutes les « contre-valeurs », du pêché, du laid, du mal ; il est identifié à ce « croissant excessivement noir, où sommeillent les pulsions les plus immorales, les désirs moins avouables ». C’est ainsi que le Noir en vient à se dédoubler, à se désigner lui-même comme ce qu’il a à combattre, : « après avoir été esclave du Blanc, il s’auto-esclavagise ». La haine du Noir ne saurait cependant suffire à un tel dédoublement. Ce dernier implique d’autre part (et simultanément) un processus d’identification aux « valeurs blanches » (que Fanon expose notamment dans sa relecture du stade du miroir de Lacan). Prenant notamment l’exemple des jeunes Antillais se délectant des aventures des héros blanc des histoires illustrées, Fanon pose qu’il y a une identification intégrale du Noir au Blanc : « le jeune Noir adopte subjectivement une attitude de Blanc ». C’est que le Blanc n’est pas seulement instance de censure, il est aussi celui qui est reconnu comme supérieur, il est le modèle auquel il faut ressembler, il joue le rôle d’idéal du moi. D’où ce désir de lactification, dont la romancière antillaise Mayotte Capécia est le symbole, un symbole d’aliénation en ce qu’il révèle que cette identification, qui se présente comme totale, ne peut jamais être « accomplie » dans la mesure où elle est toujours refusée (en même temps que prescrite) par le Blanc. Car le monde colonial est un monde manichéiste, traçant une frontière infranchissable entre Noir et Blanc, colonisateur et colonisé. C’est ce clivage social, matériel, qui est introjecté par le Noir, qui devient clivage du moi : « à partir du moment où le Noir accepte le clivage imposé par l’Européen, il n’a plus de répit. » Le Noir reconnaît et dénie simultanément son absence de blancheur (dans l’hallucination spéculaire, il se dit « sans couleur »). Il produit un substitut de réalité, un fétiche, qu’on peut nommer l’âme blanche (comme ensemble des comportements, attitudes, paroles, « propriétés de revêtement » du Blanc) et qui masque la différence raciale. Cependant, il ne faudrait pas penser que seul le colonisé soit conduit à un tel fétichisme ; l’aliénation dans le monde colonial est nécessairement aliénation réciproque (tout comme l’est la reconnaissance chez Hegel). Homi K. Bhabha, s’inspirant de Fanon, a ainsi dévoilé la nature de fétiche du stéréotype racial, celui-ci n’étant rien d’autre qu’un instrument permettant d’ « accueillir » la différence raciale et culturelle mais ceci qu’en tant qu’elle peut être résorbée dans du « déjà connu », c’est-à-dire déniée en tant que différence. Ce même auteur a de plus su tirer certaines conséquences de la pénétration de Fanon dans le « côté noir de l’homme », conséquences devant lesquelles le psychiatre martiniquais lui-même aurait reculées. Déjà Freud avait affirmé que le clivage du moi mettait profondément en question cette conception de la « synthèse du moi comme allant de soi ». De même Bhabha montre que les jeux de dédoublement ayant lieu dans le monde colonial rendent problématique l’idée d’une conscience de soi, rompant avec la dualité et se définissant, enfin, en son identité. Si comme l’affirme Fanon lui-même, le désir, dans la situation coloniale, se situe toujours en référence à la place qu’occupe l’Autre (le colonisé veut prendre la place du colon, rêve d’une « inversion des rôles »), si par conséquent ce désir inscrit toujours l’individu à au moins deux places à la fois, ne faut-il pas en conclure que l’assignation phénoménologique des places du maître et de l’esclave, leur fixation en une posture d’opposition ou de contradiction non équivoque, est impossible ? En ce sens, n’est-ce pas le souhait hégélien de Fanon d’une réconciliation ultime qui s’avère être une chimère ? Bhabha, dont il ne faut pas méconnaître qu’il conduit à ses extrémités la pensée de Fanon et la prolonge par la sienne propre plutôt qu’il ne l’interprète, oppose, à l’idée d’un dépassement de l’opposition ou du clivage, une stratégie de subversion, employée parfois par Fanon lui-même, et qui use du clivage comme d’une arme du colonisateur retournée contre celui-ci.

La politique du corps et les noms de race

Cette stratégie de subversion pourrait peut-être être illustrée par ce qu’on appellera la politique du corps de Fanon. La présence du maître blanc provoque une explosion du corps qui n’est pas sans rappeler, en l’inversant, « la crainte narcissique de la lésion du corps propre » qui chez Lacan commande la crainte du « Maître absolu » qu’est la mort. Clivage du moi et morcellement du corps sont indissociables, la tâche de Fanon se présentant alors comme une tentative de re-corporisation : « J’explosai. Voici les menus morceaux par un autre moi réunis ». C’est une tâche de reconstruction de l’image du corps qui doit faire face aux difficultés rencontrées dans le monde blanc par « l’homme de couleur (…) dans l’élaboration de son schéma corporel ». La dialectique, « hégélienne », du colonisateur et du colonisé, ne va pas sans cette dialectique effective qui « s’installe entre mon corps et le monde ». L’expérience vécue du Noir, dont l’explicitation occupe un chapitre entier de Peau noire, masques blancs, est un vécu corporel, une expérience du moi-corps. C’est ici que la rencontre chez Fanon entre existentialisme et psychanalyse se fait la plus fructueuse (le rôle de Merleau-Ponty, dont Fanon a suivi les cours à Lyon, demande ainsi à être étudié). Si le vécu corporel est si essentiel pour Fanon, c’est parce que dans la situation coloniale, le corps, en tant que peau et en tant que race, est littéralement l’opérateur ou l’instrument du clivage. Au schéma corporel se substitue ainsi un schéma épidermique racial ; la peau, cette enveloppe, cette limite du moi et du monde, du moi et des autres, devient, en raison de sa sensibilité et de sa visibilité, l’objet premier du racisme colonial. Fanon, loin de s’appuyer sur une dénégation, sur une revendication de l’absence de fondements des catégories et valeurs du racisme, loin donc de défendre une universalité, donnée a priori, de l’homme (l’universalité devenant chez lui tension, en un sens quasi-physique, vers l’universel) ou de participer à une nouvelle estimation de la valeur des cultures africaines (à la manière des penseurs de la Négritude), accepte de faire de la race et du moi-peau à la fois l’origine et l’enjeu même de son discours. C’est en ce sens qu’il y aura subversion du discours discriminatoire. Fanon, décrivant l’expérience vécue du Noir, qui n’est rien d’autre que la sienne propre, fait s’exprimer le corps : « les talons vigoureux contre le flanc du monde », « les artères du monde », « rougir de sang », etc. Il ne faut pas ignorer qu’ici, le psychiatre martiniquais retrace sa propre genèse et en ce sens, rend compte d’étapes ou de moments à présent dépassés. Il n’en reste pas moins que lorsqu’il écrit : « Je secrétais une race », race titubant sous le poids du rythme, élément ô combien corporel, il y a là la préfiguration de cette stratégie essentielle d’écriture consistant à user sans mesure des noms de races (le nègre, la conscience noire, etc.) pour contester, en les conduisant à leurs limites, les « propriétés » dites naturelles qui y sont fixées ; pour défaire, en en développant les formes, les effets du discours discriminatoire. Cette pensée du corps, Fanon la prolonge dans Les Damnés de la terre ; L’idée fanonienne d’une nécessité de la violence dans la lutte de libération du peuple algérien ne répond pas tant à une stratégie, qu’elle soit rationnelle ou irrationnelle, qu’elle suscite l’approbation ou la condamnation, qu’à une économie corporelle. Les violences et frustrations de tout ordre exercées par le colonisateur sur le colonisé sont l’origine d’une tension musculaire accumulée dont la décharge se présente comme une nécessité physiologique. S’il y a stratégie, elle concernera bien plutôt les modalités de cette décharge, l’enjeu devenant d’éviter l’auto-destruction et de mobiliser la violence dans un rapport de forces, dans une lutte où seule elle peut s’exercer à profit en tant qu’elle se retourne contre sa source même. Nous terminons en citant les dernières paroles de Fanon dans Peau noire, masques blancs : « Mon ultime prière : O mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge ».

Œuvre [modifier]

L’œil se noie, Les Mains parallèles, La Conspiration, trois pièces de théâtres inédites écrites entre 1949 et 1950. Ouvrages introuvables.

Extraits

Peau noire, masques blancs (1952)

  • « Le Nègre n’existe pas. Pas plus que l’homme blanc »
  • « N’ai-je donc pas sur cette terre autre chose à faire qu’à venger les Noirs du XVIIe siècle ? »
  • « Je n’ai pas le droit, moi homme de couleur, de souhaiter la cristallisation chez le Blanc d’une culpabilité envers le passé de ma race. Vais-je demander à l’homme blanc d’aujourd’hui d’être responsable des négriers du XVIIe siècle ? (…) je ne suis pas esclave de l’esclavage qui déshumanisa mes pères. »

les Damnés de la Terre (1961)

  • « N’avons nous pas autre chose à faire que de créer une troisième Europe ?»
  • « Ne perdons pas de temps en stériles litanies ou en mimétismes nauséabonds. Quittons cette Europe qui n’en finit pas de parler de l’homme tout en le massacrant partout où elle le rencontre, à tous les coins de ses propres rues, à tous les coins du monde. »

Bibliographie

Pierre Bouvier, Fanon, Ed Universitaires, Paris, 1971.

Alice Cherki,  » Frantz Fanon, une vie « , Paris, Le Seuil

Caute David, Fanon, Londres, Collins, Fontana, 1970, traduit par G. Duran, Paris, Seghers, 1970.

Christiane Chaulet-Achour, Frantz Fanon l’importun, Chèvrefeuille étoilée, Montpellier, 2004.

Alice Cherki, Frantz Fanon Portrait, Seuil, Paris, 2000. Elle a bien connu Fanon et a travaillé avec lui dès 1955 en Algérie et Tunisie dans son service psychiatrique et partagé son engagement politique pendant la guerre d’Algérie.Elle nous apporte son témoignage distancié sur un Fanon « éveilleur de consciences ».

Joby Fanon, De la Martinique à l’Algérie et à l’Afrique, l’Harmattan, Paris, 2004. Témoignagne du frère aîné de Frantz sur sa vie et son œuvre.

Peter Geismar, Fanon, New York, Dial Press, 1971.

David Macey, Frantz Fanon, Granta Books, Londres, 640 p.
Une biographie très complète d’un personnage important de la lutte des Africains pour la décolonisation.

L’œuvre de Fanon a considérablement influencé des problématiques liées à la notion de l’identité développées dans l’art contemporain. En témoignent entre autres les films de l’artiste londonien Isaac Julien.

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