DROIT DE L’IMMIGRATION EN FRANCE en quelques MOTS-Lexique ( CIMADE )

Posté par issopha le 20 mars 2009

 

Lexique

« Les chaînes de l’humanité torturée sont faites de paperasse » (Kafka)

DROIT DE L'IMMIGRATION EN FRANCE en quelques MOTS-Lexique ( CIMADE ) dans ACTIONS CITOYENNES Arbre_Noel-PP La Machine à Expulser « POUR LES NULS »

Trop souvent employés de façon lapidaire, quelques acronymes qui ne doivent pas décourager ceux qui veulent signer les pétitions du RESF, se joindre aux actions, ou qui débarquent dans les collectifs du RESF

AARAJAPRFAPSATCRACRECSTDublin IIIQTITFJLDOFPRAOQTFPAFRaflesTATGIVPFZA


AAR : Assigné(e) A Résidence

AJ : Aide Juridictionnelle

APRF comme dans « demander l’annulation de l’APRF et la sortie de rétention pour Madame Mafdaoui Fatima »
Arrêté Préfectoral de Reconduite à la Frontière. 7 jours pour faire appel (à partir de la date d’envoi). 48h seulement si remis en main propre (au commissariat au cours d’une arrestation par exemple) ! Se faire absolument aider juridiquement (Cimade, Gisti, Ldh…)
- http://sos-net.eu.org/etrangers/rec…
- http://www.gisti.org/pratique/model…

Information pratique lors de la remise d’un APRF en GAV : l’heure exacte à laquelle celle ci est notifiée à l’issue de la GAV est très importante : elle conditionne l’heure limite de réception de la requête en annulation auprès du greffe du TA ( exactement 48 h, à la minute près).
Exemple : notification aprf jeudi 4 oct à 16 h 18 —> le greffe du TA doit recevoir la requête en nullité avant samedi 6 oct à 16 h18 (17 de préférence !)
Le dépôt de la requête se fait à l’heurodateur du greffe du TA, ou par FAX, à condition de garder copie du récépissé de fax .
Mais attention, comme la Cimade n’est pas en CRA le samedi , en pratique il faut que la requête soit rédigée et envoyée le vendredi !

C’est pire pour les personnes arrêtées les jeudi, dont les notifications d’aprf sont données le vendredi soir , car personne de la CIMADE n’est en CRA ni le samedi , ni le dimanche : dans ce cas soit la personne prend un avocat, soit elle demande ( c’est possible mais pas évident) que soit demandé au bureau pénal de lui envoyer en CRA l’avocat de permanence à qui elle remet sa requête en nullité ( si elle sait la rédiger elle même… et la signer ! ) .

Penser aussi aux 24 h maximum de délai pour faire appel de la décision du 1er JLD qui souvent a lieu très rapidement après la fin de la GAV.
- ATTENTION Voir nouveau dispositif 2007 : l’OQTF
2130482988.08._SCMZZZZZZZ_ dans ERIC ZEMMOUR


APS : Autorisation Provisoire de Séjour

AT : Autorisation de Travail

CRA comme dans « quatre sans-papiers sont transférés au CRA du département »
ou RÉTENTION comme dans « Évreux : un père et son fils en rétention »
Centre de Rétention Administrative
cimade dans FRANCE IMMIGRATION
- http://www.cimade.org/publications/…
- voir le Rapport de la Cimade 2005
rochambeauguyane200 dans LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY
- Photos de la famille Raba au centre de rétention de Lyon Saint Exupéry
- l’article sur Wikipedia
- les CRA sur Dailymotion

CRE comme dans « Chaque soir, devant les CRE, c’est le même rituel. Un des sans-papiers distribue des numéros, avant de se coucher sur le trottoir »
Centre de Réception des Étrangers
- http://www.gisti.org/doc/actions/20…
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0014

CST comme dans « le non renouvellement des CST 1 an augmenterait le nombre de clandestins de façon importante. »
Carte de Séjour Temporaire
pistes : le Guide de l’entrée et du séjour des étrangers en France

Dublin 2 ou Dublin II comme dans « Le ministre n’a fait « qu’appliquer strictement » la convention de Dublin en ordonnant l’arrestation »
Les familles entrées par un autre pays européen sont renvoyées dans le pays où elles ont débarqué.
- http://www.ofpra.gouv.fr/index.html…


IQT comme dans « Vous devez faire appel de l’IQT dans les deux mois et cet appel n’est pas suspensif »
Invitation à Quitter le Territoire. Deux mois pour faire appel. (« invitation », c’est sympa,non ?)
- http://pajol.eu.org/article24.html
- ATTENTION Voir nouveau dispositif 2007 : l’OQTF
L'expulsion d'un immigré illégal vers Yaoundé, au Cameroun

L’expulsion d’un immigré illégal vers Yaoundé, au Cameroun



ITF comme dans « Le CSP 59 vous annonce que Khamkhi vient de voir son ITF levée, c’est la preuve que l’assignation est utile »
Interdiction de Territoire Français
- http://www.gisti.org/pratique/model…


JLD comme dans« Un maintien pour quinze jours, confirmé par le JLD malgré différents problèmes sur la procédure d’interpellation. »
Juge des Libertés et de la Détention
Le JLD est spécialement compétent pour ordonner, pendant la phase d’instruction d’une affaire pénale, le placement en détention provisoire d’une personne mise en examen ou la prolongation de la détention provisoire, et d’examiner les demandes de mise en liberté. Il est saisi par une ordonnance motivée du juge d’instruction
http://fr.wikipedia.org/wiki/Juge_d…
témoignage de S. Portelli
« black list » de JLD à Bobigny

OFPRA comme dans « Après un premier refus de l’OFPRA, la commission de recours a donné un avis négatif »
Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides
C’est un établissement public sous tutelle des affaires étrangères, qui est le seul habilité à déterminer la qualité de réfugié.
- http://pajol.eu.org/article895.html
0023
- « Droit d’asile au NON de quoi ? » de Clémence Armand
- L’Express : « Je ne veux plus trier les réfugiés »

OQTF
Obligation à Quitter le Territoire Français
Décret pris le 29.12.2006
Pour résumer, l’obligation à quitter le territoire français(OQTF) est la nouvelle mesure unique prise par la préfecture qui contient à la fois, le refus de délivrance du titre de séjour et la reconduite à la frontière (APRF)
Voir note explicative et Que faire après une OQTF ?

PAF comme dans « Nous vous avions fait part de l’émotion et de la colère provoquées le 26 octobre dernier par l’intervention de la PAF »
paF_pho1_275642 Police Aux Frontières
également appelée Police de l’Air et des Frontières.
« Dans le cadre de la police de proximité, la Police aux Frontières (PAF) assure au plan judiciaire ainsi qu’au plan administratif toute la procédure des infractions sur les étrangers en situation irrégulière sur le territoire national. La lutte contre le travail illégal, comme la lutte contre la façon et l’usage de moyens illicites d’entrée et de séjour sur le territoire (faux documents administratifs) participent à la lutte contre les réseaux d’immigration irrégulière.
La Police aux Frontières assure l’éloignement des étrangers frappés d’un arrêté de reconduite à la frontière, ou expulsés, ou interdits du territoire par jugement. » (http://www.bouches-du-rhone.pref.go…)
Anafé : liste des ZA gérées par la PAF (Juin 06)
SanspapRennes : Les méthodes de la PAF en Ille-et- Vilaine

RAFLES
rafle_120 Définition du Petit Larousse 1995
Rafle : Opération policière exécutée à l’improviste dans un lieu suspect ; arrestation massive de personnes. Être pris dans une rafle
Définition du Petit Robert 1992
Rafle : Arrestation massive opérée à l’improviste par la police dans un quartier ou un établissement suspect.
Voir le communiqué de la Cimade : « Arrestations de sans papiers : le retour de la rafle ? »
Voir http://www.phototheque.org/329.html
Voir l’article A propos des rafles, arrestations « ciblées », délation, dénonciation (Témoignages à déposer ici)

TA comme dans « Le TA a annulé l’arrêté après un véritable réquisitoire contre la préfecture »
Tribunal Administratif
Attention : vous avez 48 heures ou 7 jours, selon les cas, pour demander au tribunal administratif d’annuler l’APRF
rassemblement

TGI comme dans « Aujourd’hui, le TGI de Paris a prolongé de 15 jours la rétention de Jeff »
Tribunal de Grande Instance
Un étranger peut être maintenu en zone d’attente pendant 4 jours sur décision de l’administration. Au-delà de ce délai, l’administration doit saisir le tribunal de grande instance (TGI) pour demander la prolongation du maintien en zone d’attente pour une durée maximale de 8 jours. Exceptionnellement, le TGI peut prononcer une deuxième prolongation de 8 jours.

VPF comme dans « les cartes VPF sont indépendantes au résultat d’examens ou à la poursuite d’un cursus. »
Vie Privée et Familiale
L’ordonnance du 2 novembre 1945, modifiée par la loi Réséda du 11 mai 1998, relative à l’entrée et au séjour des étrangers en France et au droit d’asile, prévoit, dans son article 12 bis 7°, de délivrer la carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » de plein droit à l’étranger « dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus »
pistes : http://www.gisti.org/pratique/model…

ZA comme dans « Un étranger peut être maintenu en zone d’attente pendant le temps nécessaire à son départ, si l’entrée en France lui a été refusée »
Zone d’Attente
http://www.anafe.org/rapports.html
aeroport_immigration

À suivre
…avec votre aide

REPERTOIRE DES ABREVIATIONS_________________________________________ 

 

article 3 : article 3 de la Convention européenne des droits de l’Homme stipulant que « nul ne peut être soumis à des traitements cruels, inhumains et dégradants«  

article 8 : article 8 de la convention européenne des droits de l’Homme protégeant la vie privée et familiale 

AGDREF : se rapporte au fichier national des étrangers 

AJ : aide juridictionnelle 

AME : aide médicale de l’Etat 

ANAEM : agence nationale de l’accueil des étrangers et des migrations. Remplace l’OMI. 

ANAFE : association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers 

APRF : arrêté préfectoral de reconduite à la frontière 

APS : autorisation provisoire de séjour 

ASE : aide sociale à l’enfance 

CAA : cour administrative d’appel 

CADA : centre d’accueil pour demandeurs d’asile 

Ou : commission d’accès aux documents administratifs 

CAF : caisse d’allocations familiales 

CAFDA : coordination d’accueil des familles demandeuses d’asile 

CATRED : collectif des accidentés du travail, handicapés et retraités pour l’égalité des droits 

CASP : centre d’action sociale protestant 

CCAS : centre communal d’action sociale 

CCFD : comité catholique contre la faim et pour le développement 

CE : Conseil d’Etat 

CEDH : convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme 

            : cour européenne des droits de l’Homme (chargée de l’application de la convention) 

CESEDA : code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile 

CFDA : coordination française sur le droit d’asile 

CIMADE : à l’origine, comité inter mouvements auprès des évacués. Aujourd’hui n’est plus un acronyme. 

CMU : couverture maladie universelle 

CNAV : caisse nationale d’assurance vieillesse 

CNCDH : commission nationale consultative des droits de l’Homme 

COMEDE : comité médical pour les exilés et les déplacés 

COMEX : commission d’expulsion 

CPAM : caisse primaire d’assurance maladie 

CPH : centre provisoire d’hébergement 

CRA : centre de rétention administrative 

CRE : centre de réception des étrangers (à Paris) 

CRR : commission des recours des réfugiés 

CST : carte de séjour temporaire 

DASES : direction de l’action sociale, de l’enfance et de la santé (Mairie de Paris) 

DASS (ou DDASS) : direction départementale des affaires sanitaires et sociales 

DDTEFP : direction départementale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle 

DER : défense des étrangers reconduits (service de la Cimade) 

DLPAJ : direction des libertés publiques et des affaires juridiques (ministère de l’Intérieur) 

DPM : direction de la population et des migrations (ministère des affaires sociales) 

EURODAC : fichier européen des empreintes digitales 

FAS ou FASILD : fonds d’action sociale, devenu fonds d’action et de soutien pour l’intégration et la lutte contre les discriminations 

FNE : fichier national des étrangers 

FTDA : France terre d’asile 

GISTI : groupe d’information et de soutien des immigrés 

HCR : haut commissariat auprès des réfugiés 

IQF : invitation à quitter la France 

ITF : interdiction du territoire français 

JO : journal officiel 

LDH : ligue des droits de l’Homme 

MAE : ministère des Affaires Etrangères 

MISP : médecin inspecteur de la santé publique 

MRAP : mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples 

ODSE : observatoire du droit à la santé des étrangers 

OFPRA : office français de protection des réfugiés et des apatrides 

OMI : office des migrations internationales. A été remplacé par l’ANAEM. 

PACS : pacte civil de solidarité 

SIS : système d’information Schengen 

SSAE : service social d’aide aux émigrés. A fusionné avec l’OMI pour créer l’ANAEM. 

TA : tribunal administratif 

TGI : tribunal de grande instance 

TI : tribunal d’instance 

ZA : zone d’attente 


LEXIQUE__________________________________________________________________ 

 


Documents d’entrée, de séjour ou de voyage______________________________________ 

 


Autorisation Provisoire de Séjour (APS): 

L’autorisation de séjour est remise aux étrangers à qui l’administration reconnaît un droit au séjour sans pour autant leur délivrer une carte de séjour. 

Elle concerne notamment les étrangers malades récemment arrivés en France ou nécessitant des soins médicaux pour une courte période, les personnes assignées à résidence et les demandeurs d’asile qui ne possèdent pas encore de récépissé. 

La loi du 24 juillet 2006 a créé trois nouvelles catégories de bénéficiaires d’une APS : pour faciliter la recherche d’emploi des étrangers ayant achevé leurs études en France ; pour les missions de volontariat et pour l’un des parents d’un enfant malade. 

L’APS place l’étranger qui en est titulaire en situation régulière mais n’ouvre pas les mêmes droits que la carte de séjour temporaire ou la carte de résident. 

Généralement elle n’emporte pas droit au travail mais l’étranger peut se voir remettre une autorisation de travail sur présentation d’une promesse d’embauche. 

Elle peut être valable un mois, trois mois mais plus généralement six mois.

 

Carte de résident : 

La carte de résident est valable dix ans et est renouvelable automatiquement. 

Elle se présente sous la forme d’une carte plastifiée, indépendante du passeport de l’étranger.

 

Carte de séjour temporaire : 

Délivrée par l’autorité préfectorale, la carte de séjour temporaire matérialise le droit au séjour des étrangers. L’étranger se trouve donc en situation régulière sur le territoire français pendant la durée de validité de sa carte. Celle-ci ne peut pas excéder une année, mais sa durée de validité peut être inférieure. Elle se présente généralement sous la forme d’une vignette apposée dans le passeport de l’étranger, mais peut aussi être indépendante du passeport.

 

Document de circulation pour étranger mineur : 

Le document de circulation est délivré par la préfecture compétente et permet au jeune de sortir de France et d’y entrer sans avoir à solliciter de visa. Ce document est attribué dans les hypothèses où le mineur aura droit, à l’âge de dix-huit ans, à un titre de séjour. 

 

Laissez-passer : 

Pour reconduire un étranger à la frontière, l’administration doit produire le document de voyage de l’étranger qu’elle souhaite expulser. Il s’agit le plus souvent du passeport de l’intéressé mais lorsque celui-ci n’est pas en mesure de le présenter, l’administration doit se procurer un laissez-passer, délivré par l’ambassade ou le consulat du pays d’origine présumé de l’étranger. Il prend la forme d’une attestation écrite qui reconnaît l’identité de la personne et autorise son entrée dans le pays de renvoi.

 

Récépissé constatant le dépôt d’une demande de reconnaissance de statut de réfugié : 

Il s’agit d’un document ayant valeur d’autorisation provisoire de séjour, délivré par la préfecture lorsque le dossier de demande de statut de réfugié a été enregistré par l’OFPRA. Il est valable 3 mois et renouvelé jusqu’à la décision finale de l’office ou, le cas échéant, de la Commission des recours des réfugiés.

 

Récépissé de demande de titre de séjour : 

Il est délivré à l’étranger admis à souscrire une première demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour. Il apporte la preuve du dépôt de la demande et place l’étranger en situation régulière le temps de l’instruction de son dossier. Il permet parfois à son titulaire d’exercer une activité professionnelle. Il est valable au moins un mois (en général trois mois) et est renouvelable. 

En pratique, le récépissé est rarement délivré au moment du dépôt de la demande de titre de séjour, mais bien plus souvent au moment où l’administration a déjà pris la décision de régulariser l’étranger. Le récépissé est alors attribué le temps de l’édition de la carte de séjour.

 

Sauf-conduit : 

Le sauf conduit est un visa de régularisation délivré à la frontière. Il régularise donc l’entrée sur le territoire comme le ferait un visa établi par un consulat français.

 

Titre d’identité républicaine : 

En attendant d’obtenir la nationalité française, les enfants nés en France de parents étrangers peuvent obtenir un titre d’identité républicain qui atteste de leur résidence en France. 

Il est délivré aux enfants mineurs nés en France de parents étrangers qui résident régulièrement en France. Il permet au jeune de sortir de France et d’y entrer sans avoir à solliciter de visa. De plus, il permet de faciliter les démarches des enfants qui ont vocation à devenir français en leur permettant de justifier de leur identité.

 

Titre de séjour : 

Terme générique qui recouvre les autorisations provisoires de séjour, les cartes de séjour et les cartes de résident.

 

  

Visa de court séjour : 

Egalement appelé visa touristique, visa de voyage ou visa C (du nom de la lettre aposée sur la vignette), il permet d’entrer en France régulièrement (visa = entrée régulière) et d’y séjourner régulièrement pour une durée inférieure à trois mois (visa en cours de validité = séjour régulier). 

La détention d’un visa est obligatoire pour entrer en France, sauf pour certains ressortissants. 

 

 Visa de long séjour: 

Appelé aussi visa d’installation ou visa D (du nom de la lettre apposée sur la vignette), il permet d’entrer en France et permet de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois. 

La détention d’un visa de long séjour peut être obligatoire pour l’obtention de certaines cartes de séjour (conjoints de Français, bénéficiaires du regroupement familial, « étudiant », « visiteur », « salarié », « scientifique », « profession artistique et culturelle », etc…). Dans ce cas, il porte la mention « carte de séjour à solliciter dès l’arrivée en France ». 

En revanche lorsque le requérant souhaite rester plus de trois mois en France mais ne souhaite pas s’établir durablement sur le territoire (c’est-à-dire pour une période inférieure à six mois), un visa dit de « long séjour temporaire » est délivré : la mention apposée sur la vignette est alors « dispense temporaire de carte de séjour ». 

 

 

 

 

 

Juridictions________________________________________________________________ 

 


Commission d’expulsion (COMEX) : 

Elle doit être consultée lorsqu’une mesure d’expulsion est envisagée à l’égard d’un étranger (sauf si l’administration considère que l’expulsion constitue une urgence absolue et, éventuellement, une nécessité impérieuse pour la sûreté de l’Etat ou la sécurité publique). L’avis de la commission ne lie pas l’administration mais doit éclairer l’autorité compétente dans sa prise de décision.

 

Commission des recours contre les refus de délivrance des visas : 

En cas de recours contentieux suite à un refus de délivrance de visa, la commission doit obligatoirement être saisie préalablement à la saisine du Conseil d’Etat.

 

Commission des recours des réfugiés : 

La Commission des recours des réfugiés est une juridiction administrative spécialisée. Elle est compétente uniquement pour examiner les recours exercés contre les décisions de l’OFPRA en matière de demande de statut de réfugié. Elle ne se contente pas de juger la légalité de la décision de l’OFPRA, mais est en charge d’évaluer l’ensemble des éléments qui lui sont soumis à la date à laquelle elle statue (le jour de l’audience) pour apprécier le bien fondé de la demande de statut de réfugié. 

Contrairement aux juridictions administratives classiques, la commission doit être saisie dans le délai de un mois (au lieu de deux).

 

Commission du titre de séjour : 

Elle doit être saisie par le préfet lorsque celui-ci envisage de refuser la délivrance ou le renouvellement d’un titre de séjour qui doit être délivré de plein droit. Le préfet peut se dispenser de saisir cette commission lorsque les conditions de fond de délivrance du titre de séjour sollicité ne sont pas remplies. En pratique, la commission n’est pratiquement jamais saisie car les préfets estiment la plupart du temps que la demande de titre de séjour présentée par l’étranger n’est pas fondée.

 

 De plus, le préfet peut saisir la commission pour toute question relative à l’application du CESEDA. 

Enfin, le préfet doit la saisir des dossiers d’étrangers qui justifient par tous moyens leur résidence en France depuis plus de dix ans.

 

Conseil d’Etat : 

Il exerce une double fonction : d’une part, il conseille le gouvernement dans l’élaboration de ses textes législatifs. D’autre part, il doit juger des actes de l’administration, lorsque des citoyens s’en plaignent. 

Il traite en appel (donc sur le fond du dossier), certaines affaires déjà examinées par les cours administratives d’appel (ex : recours contre un APRF). 

Il est également juge de cassation des décisions prises par les cours administratives d’appel (ex : recours contre un refus de séjour) 

C’est la plus haute juridiction administrative puisqu’il examine les décisions prises par toutes les instances administratives de premier ou de second degré, soit par la voie de l’appel, soit par la voie de la cassation.

 

Cour administrative d’appel : 

Au nombre de 5, elles sont compétentes pour juger en deuxième instance le contentieux administratif ordinaire. Elles sont saisies après que le tribunal administratif ait rendu sa décision.

 

Cour européenne des Droits de l’Homme : 

Elle peut être saisie par un Etat mais aussi directement par une personne physique qui se prétend victime d’une violation d’un droit reconnu par la Convention européenne des droits de l’Homme, lorsque cette violation est le fait d’un Etat contractant. 

L’intéressé doit au préalable avoir épuisé toutes les voies de recours internes.

 

Tribunal administratif (TA) : 

Au nombre de 33, ils sont compétents pour juger en première instance les litiges entre l’administration et les citoyens.

 

Tribunal de Grande Instance (TGI) : 

Ils sont au nombre de 181. 

Ils peuvent statuer au civil et au pénal. 

Ils tranchent toutes les affaires dont l’enjeu financier est supérieur à 4615 euros mais aussi toutes celles qui relèvent de son activité propre : famille (divorce, succession…), détermination de la nationalité, droit de propriété des immeubles, expropriation… Ils tranchent également des affaires d’injure, de droit à l’image, d’atteinte à la vie privée…

 

Tribunal d’Instance (TI) : 

Ils sont au nombre de 473. 

Ils examinent une partie des affaires civiles de droit commun, comme la tutelle des mineurs ou les différends portant sur les loyers, ainsi que toutes celles dont l’enjeu financier n’est pas supérieur à 4615 euros.

 

Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides (OFPRA) : 

L’Ofpra est une autorité administrative indépendante placé sous la tutelle du Ministère des affaires étrangères. L’office assure la protection des réfugiés notamment par la délivrance de tous les documents d’état civil en substitution des autorités du pays d’origine. Mais avant tout, l’Ofpra est chargé de déterminer la qualité de réfugié. Pour ce faire, les 4 divisions géographiques évaluent la crédibilité des éléments écrits – et le cas échéants oraux – transmis par les candidats au statut de réfugié. Les agents chargés de travail s’appellent des officiers de protection. 


Procédure :________________________________________________________________ 

 


 

Aide juridictionnelle (aide judiciaire) : 

Elle est conçue pour permettre aux personnes dont les ressources sont insuffisantes de faire valoir leurs droits en justice. Les frais de défense sont pris en charge par l’Etat, soit intégralement soit partiellement, selon les ressources du demandeur. 

L’octroi de l’aide juridictionnelle est en principe subordonné à la régularité du séjour en France du demandeur mais une exception est faite pour les procédures de refus de séjour dans lesquelles l’étranger en situation irrégulière pourra bénéficier de l’aide juridictionnelle. 

Il existe d’autres dérogations à la condition de régularité du séjour, qui concernent le passage devant la commission du titre de séjour, la reconduite à la frontière, l’expulsion, la prolongation de la rétention et le maintien en zone d’attente. 

Les demandeurs d’asile peuvent également bénéficier de l’aide juridictionnelle dans le cadre du recours devant la commission de recours des réfugiés, à la condition qu’ils justifient d’une entrée régulière : visa ou d’un sauf-conduit. 

Pour toutes les autres procédures (divorce, autorité parentale, etc…) l’aide juridictionnelle peut être accordée de manière exceptionnelle à des Sans Papier si leur demande est jugée particulièrement digne d’intérêt.

 

Assignation à résidence : 

Lorsqu’un étranger faisant l’objet d’un arrêté d’expulsion, d’une interdiction du territoire français ou d’une mesure de reconduite à la frontière, est dans l’impossibilité de quitter le territoire, du fait notamment de risques en cas de retour, il peut faire l’objet d’une assignation à résidence prononcée par la préfecture ou le ministère de l’Intérieur. 

Il reçoit alors une autorisation provisoire de séjour, est astreint à résider dans une ville ou un département, et doit régulièrement pointer dans un commissariat. 

Cette assignation à résidence ne doit pas être confondue avec l’assignation à résidence judiciaire, prononcée par le juge des libertés et de la détention à l’occasion de la rétention administrative. Dans ce second cas, l’assignation à résidence est prononcée pour permettre à l’étranger d’organiser librement son départ.

 

Avocat commis d’office : 

La commission d’office est la mesure par laquelle un avocat est désigné d’autorité pour assurer gratuitement la défense d’une personne. Le bénéfice d’un avocat commis d’office peut par exemple être demandé dans le cadre d’un recours contre un arrêté de reconduite à la frontière.

 

Changement de statut : 

Le changement de statut est sollicité par un étranger vivant en France sous couvert d’une carte de séjour et dont la situation a évolué. Cette évolution lui permet de prétendre à une carte de séjour différente de celle obtenue précédemment. 

Un cas très fréquent de changement de statut concerne l’étranger titulaire d’une carte de séjour mention « étudiant ». Une fois ses études terminées, l’étranger qui souhaite rester en France devra obtenir un changement de statut, c’est-à-dire une carte de séjour à un autre titre que celui des études. Si les conditions sont remplies il pourra solliciter une carte de séjour mention « salarié » ou « vie privée et familiale ». 

Le passage d’une carte de séjour temporaire à une carte de résident constitue également un changement de statut.

 

Demande d’abrogation : 

Demande d’annulation d’une mesure auprès de l’autorité dont elle émane, lorsque les délais de recours sont dépassés. 

Il est possible de demander l’abrogation d’un arrêté ministériel d’expulsion auprès du ministère de l’Intérieur. De même, une demande d’abrogation d’un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière peut être adressée à la préfecture. Cette abrogation d’un arrêté de reconduite à la frontière peut également se faire sans intervention particulière de l’intéressé : lorsqu’une préfecture va délivrer un titre de séjour à une personne sous arrêté de reconduite à la frontière, elle abroge d’elle-même la mesure.

 

Exequatur : 

Il s’agit d’un jugement autorisant l’exécution en France de certains actes dressés à l’étranger. Le juge valide l’acte étranger en vérifiant si les conditions dans lesquelles il a été pris sont conformes à la législation française. L’exequatur concerne les actes « d’exécution sur les biens ou de coercition sur les personnes », tels que les jugements relatifs à une garde d’enfant, au versement d’une pension alimentaire, une adoption plénière ou un divorce. 

Les jugements rendus « en matière d’état des personnes » produisent leurs effets en France sans procédure d’exequatur : une transcription sur les registres d’état civil français est suffisante.

 

Recours contentieux : 

Recours devant les juridictions administratives : tribunaux administratifs, cours administratives d’appel, Conseil d’Etat…

 

Recours pour excès de pouvoir (requête introductive d’instance) : 

Il s’agit d’un recours contentieux dont le but est l’annulation d’une décision jugée illégale. 

Le recours effectué devant un tribunal administratif pour contester un refus de délivrance de titre de séjour en fait partie.

 

Recours gracieux : 

Le recours gracieux, comme le recours hiérarchique, est un recours administratif porté devant l’administration elle-même dans le but de faire annuler l’acte présumé illégal. 

La procédure gracieuse consiste à contester une décision auprès de l’autorité dont elle émane. Dans le cas d’un refus de délivrance d’un titre de séjour, le recours gracieux s’exerce devant l’administration qui a notifié le refus, à savoir la préfecture.

 

Recours hiérarchique : 

Contestation d’une décision devant le supérieur hiérarchique de l’autorité qui a pris la décision attaquée. 

Dans le cas d’un refus de séjour, le recours hiérarchique s’exerce devant le supérieur de la préfecture, à savoir le ministère de l’Intérieur.

 

Recours en grâce : 

La grâce est une mesure de clémence décidée par le chef de l’Etat qui permet à un condamné d’être relevé de tout ou partie de sa peine ou d’exécuter une peine plus douce. 

Le recours en grâce est utilisé pour demander l’annulation d’une interdiction du territoire français quand celle-ci est prononcée comme peine principale. En effet elle n’est pas susceptible de faire l’objet d’une requête en relèvement, contrairement à l’interdiction du territoire prononcée à titre complémentaire d’une peine de prison.

 

Recours en référé : 

Procédure d’urgence qui permet d’obtenir très rapidement (environ 48 à 72 heures) une audience devant un tribunal administratif.

 

Regroupement familial : 

Procédure par laquelle le conjoint et les enfants mineurs d’un étranger titulaire d’une carte de séjour sont autorisés à le rejoindre en France. Les trois conditions principales concernent les ressources du demandeur, son logement, et la résidence hors de France des membres de famille qui sollicitent le regroupement familial. Quand le regroupement est autorisé, un titre de séjour est délivré immédiatement au conjoint, tandis que les enfants mineurs doivent attendre leur majorité.

 

Regroupement familial « sur place » : 

Procédure qui consiste à demander le regroupement familial pour des membres de famille déjà présents en France. En pratique cette procédure n’aboutit que de façon extrêmement rare car elle est dérogatoire.

 

Regroupement familial partiel : 

La règle est que la demande de regroupement familial doit être faite pour tous les membres de famille susceptibles d’en bénéficier (le conjoint d’un étranger en situation régulière en France ainsi que tous ses enfants mineurs). 

Le regroupement familial partiel est le fait de solliciter le regroupement pour une partie seulement de la famille. Il est en principe interdit mais des dérogations sont théoriquement possibles (très rares dans les faits).

 

Requête en relèvement : 

Pour qu’une interdiction du territoire français soit supprimée, il faut en demander le relèvement au tribunal ou à la cour d’appel qui a prononcé la mesure. Lorsqu’une personne est frappée par plusieurs interdictions du territoire, elle doit demander le relèvement de toutes les mesures à la juridiction qui a prononcé la dernière.

 

Transcription d’un acte d’état civil : 

La transcription concerne des actes d’état civil rendus par des autorités étrangères pour des Français ou des étrangers qui sont devenus français. Il s’agit notamment des actes de mariage entre un Français et un étranger, acte de naissance, de reconnaissance, de décès, divorce, adoption, décision de rectification d’état civil… 

La transcription consiste pour l’officier d’état civil à recopier sur les registres français un acte étranger en vérifiant sa conformité avec la législation. 


Nationalité_________________________________________________________________ 

 


Acquisition de la nationalité : 

Mécanisme qui permet à un individu qui possède un droit à acquérir la nationalité d’exercer une démarche volontaire pour la réclamer.

 

Apatride : 

Individu qui n’a aucune nationalité. Cette situation peut résulter de l’absence d’attribution d’une nationalité à la naissance ou de la perte de la nationalité d’origine sans acquisition d’une nouvelle nationalité.

 

Attribution de la nationalité française : 

Dévolution de plein droit de la nationalité française à un individu dès sa naissance.

 

Certificat de nationalité française : 

Document officiel délivré par le greffier en chef du tribunal d’instance compétent en matière de nationalité. Ce document constitue la seule preuve légale de la nationalité française.

 

Déclaration : 

Manifestation solennelle de volonté exprimée devant une autorité destinée à acquérir ou perdre la nationalité française.

 

Droit du sang ou « jus sanguinis » : 

Mode de détermination de la nationalité d’un individu en raison de sa filiation.

 

Droit du sol ou « jus soli » : 

Mode de détermination de la nationalité d’un individu en raison de son lieu de naissance.

 

Effet collectif : 

Mécanisme qui permet aux enfants mineurs d’acquérir la nationalité française en même temps que leur père ou mère. L’effet collectif suppose que trois conditions soient réunies : l’enfant doit être mineur au moment où son parent devient français, l’enfant doit vivre au même domicile que son parent, l’enfant doit être inscrit sur le décret de naturalisation de son parent.

 

Nationalité : 

Lien juridique qui rattache un individu à un Etat et confère des droits et des devoirs.

 

Naturalisation : 

Octroi à la discrétion de l’autorité publique de la nationalité à un ressortissant étranger qui la demande. Elle est prononcée par un décret.

 

Réintégration : 

Possibilité pour les personnes qui ont perdu la nationalité française, par exemple suite à l’acquisition d’une nationalité étrangère ou à l’accession à l’indépendance d’un Etat, de redevenir français sous réserve des conditions prévues par la loi.

 

Répudiation : 

Faculté accordée sous certaines conditions à un jeune bénéficiant de deux nationalités de demander à renoncer à la nationalité française pour adopter une nationalité étrangère. Cette démarche doit se faire entre l’âge de dix-sept ans et demi et dix-neuf ans. 

 

 

 

 


Eloignement :______________________________________________________________ 

 


 

Arrêté préfectoral de reconduite à la frontière (APRF) : 

La décision écrite, prise par une préfecture, de reconduire à la frontière un étranger irrégulier est appelée arrêté préfectoral de reconduite à la frontière. Celui-ci peut être pris à l’encontre d’un étranger démuni de titre de séjour, ayant subi un refus de délivrance, de renouvellement ou un retrait de titre, à tout moment après l’expiration du délai d’un mois d’invitation à quitter le territoire. 

Cette décision peut être notifiée lors d’une interpellation et doit être contestée devant le tribunal administratif dans un délai de 48 heures. 

La loi du 24 juillet 2006 a supprimé les APRF notifiés par voie postale et les a remplacé par des obligations à quitter le territoire français (OQTF) 

Certaines catégories d’étrangers sont protégés contre cette mesure d’éloignement.

 

Arrêté ministériel ou préfectoral d’expulsion : 

Certains étrangers, du fait de leurs condamnations pénales, peuvent faire l’objet d’un arrêté d’expulsion (AE). Celui-ci peut être pris par une préfecture, lorsque celle-ci estime que la présence de l’étranger en France constitue « une menace pour l’ordre public ». Préalablement à la prise de cet arrêté la préfecture doit convoquer une commission d’expulsion (Comex) qui entend l’étranger et rend un avis sur l’opportunité de l’AE. Cet avis n’est que consultatif. Lorsque l’expulsion constitue « une nécessité impérieuse pour la sûreté de l’Etat ou la sécurité publique » et/ou une « urgence absolue », cette mesure peut être prise par le Ministère de l’Intérieur (arrêté ministériel d’expulsion, AME). Dans ce cas, la Comex n’est pas forcément saisie. 

Il n’existe pas de définition de la « menace » ou de la « nécessité impérieuse ». Selon la jurisprudence, celle-ci s’interprète au regard de la gravité des condamnations, de leur aggravation et leur répétition dans le temps. 

L’arrêté d’expulsion n’a pas de durée de validité, c’est à dire qu’il est applicable jusqu’au jour où l’administration décide de l’abroger. 

Six catégories d’étrangers bénéficient d’une protection absolue contre l’expulsion (sauf en cas d’atteinte aux intérêts fondamentaux de l’Etat, activités terroristes, provocation à la discrimination, la haine ou violence) : 

- l’étranger qui réside en France depuis l’âge de 13 ans 

- l’étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de 20 ans 

- l’étranger marié avec un ressortissant Français depuis plus de 4 ans et résidant en France depuis plus de 10 ans 

- l’étranger père ou mère d’un enfant français et résidant en France depuis plus de 10 ans 

- l’étranger gravement malade qui ne peut pas disposer de soins dans son pays 

- l’étranger mineur.

 

Catégories protégées : 

Certains étrangers, de par leurs attaches personnelles ou familiales en France (conjoint, enfants, long séjour, maladie, etc..), sont protégés de l’éloignement du territoire français. Ces situations sont recensées aux articles L.521-1 et L.521-2, qui définissent les catégories d’étrangers concernés par ces protections et l’étendue de celles-ci. 

On distingue les étrangers protégés contre un arrêté de reconduite à la frontière et ceux protégés contre un arrêté d’expulsion ou une interdiction du territoire français.

 

Centre de rétention : 

Tout étranger interpellé faisant l’objet d’une mesure d’éloignement peut être placé en rétention administrative, le temps nécessaire à l’organisation par la préfecture de son éloignement. Le délai maximal de placement en rétention est fixé à 32 jours. A l’origine simplement définis comme des « lieux ne dépendant pas de l’administration pénitentiaire », les centres de rétention sont, depuis un décret de 2001, désignés par arrêté ministériel. On en dénombre à ce jour 21 en France (dont 7 en région parisienne). Le mode de fonctionnement, les conditions matérielles et les droits des personnes retenues dans ces centres sont fixés par un règlement intérieur et 2 décrets d’application. Des membres de la Cimade sont présents dans chacun de ces centres de rétention.

 

Local de Rétention : 

Deux niveaux de rétention ont été créés par la législation : les centres de rétention et les locaux de rétention (LRA). Les LRA sont désignés par simple arrêté préfectoral (on en dénombre à ce jour plus d’une centaine) et ils permettent à la préfecture de maintenir un étranger en rétention dans des locaux de police ou de gendarmerie, pendant une première période ne pouvant dépasser quelques jours. S’il existe dans le ressort de la même cour d’appel ou du même tribunal administratif un centre de rétention, l’étranger doit être transféré dans ce centre dans un délai maximum de 48 heures. Si ce n’est pas le cas, il peut être gardé en LRA jusqu’à la fin des recours qu’il a engagé. Les conditions matérielles et les droits des étrangers en LRA ne sont pas définis par la loi (à l’exception du droit de téléphoner et de recevoir des visites). La Cimade est pour l’instant présente dans 19 LRA, dont 3 en Ile de France.

 

Double peine : 

La double peine a au moins deux acceptations : l’une vise le principe général qui permet selon la législation d’ajouter, pour les étrangers, une seconde peine d’interdiction du territoire français ou d’arrêté d’expulsion à une peine d’emprisonnement. Condamné pour le même délit, un Français et un étranger n’encourent donc pas les mêmes sanctions. 

La seconde acceptation, mise en avant par la campagne inter-associative contre la double peine, vise spécifiquement les étrangers disposant de toutes leurs attaches personnelles et familiales en France et frappés d’une mesure d’ITF ou d’un arrêté d’expulsion. Depuis la loi du 26 novembre 2003, certaines catégories très précises d’étrangers, ayant des attaches très fortes en France, sont presque totalement protégés contre une mesure d’éloignement.

 

Interdiction du Territoire Français : 

A la différence d’un arrêté d’expulsion ou de reconduite à la frontière, l’interdiction du territoire français (ITF) est une décision judiciaire, c’est à dire qu’elle est prononcée par un tribunal. Spécifique aux étrangers, elle peut être donnée en complément d’une peine d’emprisonnement (peine complémentaire), ou en remplacement de celle-ci (peine principale) et sa durée varie, selon le délit, d’une année à une interdiction définitive du territoire français (IDTF). 

En dehors des recours judiciaires « classiques » (appel, cassation), seule une requête en relèvement (ou un recours en grâce pour les ITF prononcées en peine principale) peut permettre d’enlever une interdiction du territoire. 

Jusqu’à la loi sur l’immigration du 26 novembre 2003, il n’existait pas de protection absolue contre une ITF. Le tribunal avait pour simple obligation de motiver spécialement sa décision lorsqu’il envisageait de prendre une telle mesure contre un étranger normalement « protégé ».

 

Zone d’attente : 

Créées par une loi de 1992, les zones d’attente sont des lieux de détention administratifs situés aux frontières aéroportuaires, ferroviaires ou terrestres afin de contrôler les arrivées d’étrangers démunis de visas. Le délai de maintien maximum est de 20 jours pendant lesquels la police aux frontières (PAF) et l’administration peuvent refouler un étranger sur la dernière ville d’escale ou d’embarquement. Pendant ces 20 jours, les demandeurs d’asile peuvent également faire l’objet d’une procédure rapide visant à déterminer si leur demande est fondée. Si tel est pas le cas, ils seront autorisés à entrer sur le territoire afin de déposer un dossier à l’OFPRA. 


Textes_____________________________________________________________________ 

 

 


Code de l’entrée, du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) : 

Le CESEDA a pour but de rassembler tous les textes relatifs à l’entrée, au séjour, à l’éloignement des étrangers en France et au droit d’asile. Pour l’instant le CESEDA contient principalement l’ordonnance de 1945 modifiée et la loi du 25 juillet 1952, qui ne sont plus applicables depuis mars 2005.

 

Ordonnance du 2 novembre 1945 modifiée : 

Ancien texte de référence relatif à l’entrée, le séjour et l’éloignement des étrangers en France. Elle possédait la même valeur qu’une loi, fixait les règles de droit commun et s’appliquait sous réserve d’accords bilatéraux (comme l’accord franco-algérien). 

Depuis sa signature en 1945, elle a été modifiée à de très nombreuses reprises (loi « Pasqua » de 1986, « Joxe » de 1989, « Marchand » de 1992, « Quilès » de 1993, « Pasqua » de 1993, « Debré » de 1997, « Chevènement » de 1998 (pour ne citer que les plus récentes). La dernière modification a été introduite par la loi du 26 novembre 2003, dite loi « Sarkozy ». 

Depuis mars 2005, l’ordonnance de 1945 n’est plus utilisée puisqu’elle a été abrogée et remplacée par le CESEDA.

 

Convention de Genève : 

C’est une convention internationale, signé le 28 juillet 1951, qui définit les droits et devoirs que doivent garantir les Etats qui accueillent des réfugiés sur leur territoire. Son article 1er définit les critères d’obtention, de retrait ou d’exclusion du statut de réfugié. Les 40 autres articles définissent essentiellement les droits sociaux, économiques, juridiques, civils etc… accordés aux réfugiés.

 

Accord de Schengen : 

Cet accord européen instaure le principe de liberté de circulation pour les ressortissants des pays signataires et de suppression des contrôles frontaliers. Il comporte surtout de nombreux articles sur le renforcement de la coopération policière ou sur l’instauration du premier fichier européen, le SIS (système d’information Schengen), qui recense de nombreux étrangers.

 

Convention Européenne des Droits de l’Homme : 

La Convention européenne des droits de l’homme a été signée le 4 novembre 1950, et est entrée en vigueur le 3 septembre 1954. Elle a été ratifiée par tous les Etats membres du Conseil de l’Europe, et a été promulguée en France en 1974. 

Elle protège notamment les droits civils et politiques.

 

Loi : 

Règle écrite, générale et permanente, élaborée par le parlement. La loi possède une valeur inférieure à la Constitution et aux traités internationaux, et une valeur supérieure aux règlements et décrets.

 

Circulaire : 

Instruction écrite adressée par une autorité supérieure (ministère) à des agents subordonnés (préfets) en vertu de son pouvoir hiérarchique. Les circulaires sont juridiquement dépourvues de force obligatoire.

 

Décret : 

Signé par le Président de la République ou le Premier Ministre, un décret est destiné à assurer l’exécution d’une loi. Il est donc généralement beaucoup plus précis et concret qu’une loi, et fixe notamment la liste des justificatifs à fournir dans le cadre des différentes procédures.

 

Loi du 25 juillet 1952 : 

C’est la loi portant création de l’OFPRA et permettant à la France de mettre en application la Convention de Genève. Elle définissait les missions de l’OFPRA et de la Commission des recours des réfugiés ainsi que la procédure d’examen des demandes d’asile. Elle a été intégrée dans le CESEDA.

 

Jurisprudence : 

La jurisprudence est constituée par l’ensemble des décisions (ou arrêts) des juridictions de droit commun. 

Elle contribue à la formation d’un droit que l’on appelle coutumier et qui définit au travers d’un ensemble de décisions juridiques concordantes l’interprétation que les juridictions donnent aux textes (lois, règlements). 

Ce droit coutumier est donc évolutif, et reflète la volonté des juridictions de faire évoluer ou non la loi, en fonction des problèmes juridiques qui leur sont soumis. En effet la loi ayant une portée générale, elle ne peut prévoir toutes les situations découlant de son appréciation ni toutes les solutions. Le rôle de la jurisprudence est donc important car elle pallie les défaillances de la loi. 

La jurisprudence n’a pas de valeur juridique réelle ou obligatoire mais plusieurs décisions allant dans le même sens finissent par avoir force de loi.

 

Accord Franco-Algérien : 

En raison des liens historiques entre la France et l’Algérie et de la primauté des accords bilatéraux sur les lois internes, la circulation, le séjour et l’emploi des ressortissants algériens ne sont pas régis par l’ordonnance du 2 novembre 1945 mais par l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Cet accord a été plusieurs fois modifié : le troisième avenant a été signé le 10 juillet 2001 et est entré en vigueur le 1er janvier 2003.

 

Les pouvoirs de l’administration____

 

Plein droit : 

La notion de délivrance de plein droit d’un titre de séjour signifie que l’administration doit délivrer le titre d’office lorsque l’étranger remplit les conditions. En théorie, le pouvoir d’appréciation de l’administration ne devrait donc pas intervenir dans tous les cas où la loi prévoit cette délivrance de plein droit. La seule marge de manoeuvre de l’administration devrait consister à vérifier que les pièces produites permettent d’établir que les conditions sont remplies. 

A l’inverse le préfet peut refuser de délivrer un titre de séjour quand bien même l’étranger remplirait les conditions, dès lors que la délivrance de ce titre n’est pas de plein droit.

 

Compétence liée : 

Lorsque l’on dit d’une autorité qu’elle a compétence liée pour prendre un acte, cela signifie qu’elle est obligée de l’exécuter lorsque les conditions légales sont réunies. Elle n’a donc pas de pouvoir d’appréciation.

 

Pouvoir discrétionnaire : 

Une autorité a un pouvoir discrétionnaire lorsqu’elle est libre de prendre la décision d’accepter ou de refuser (ex : une demande de grâce faite au président de la République est laissée à sa discrétion). 


La résidence en France____________

 

Stage : 

Condition d’ancienneté de séjour, pour une durée déterminée.

 

Séjour régulier : 

Un étranger remplit la condition de séjour régulier lorsqu’il est titulaire d’un visa en cours de validité, d’une carte de séjour ou d’une autorisation provisoire de séjour. L’étranger est également en situation régulière le temps de l’examen de sa demande de titre de séjour, lorsqu’il est couvert par un récépissé de demande ou de renouvellement de titre de séjour, par une attestation de dépôt de dossier ou même par une convocation à la préfecture. 

Enfin, un mineur n’étant jamais en situation irrégulière, son séjour est réputé régulier (même si son entrée en France ne l’est pas).

 

Entrée régulière : 

Un étranger remplit la condition d’entrée régulière lorsqu’il est entré en France avec un visa (s’il est ressortissant d’un pays soumis à l’obligation de visa d’entrée), même si celui-ci n’est plus valable.

 

Résidence habituelle : 

La résidence habituelle d’une personne doit être entendue comme le lieu où elle se trouve le plus souvent de manière stable, réelle et durable. 

L’étranger peut prouver sa résidence en France par tous moyens, en apportant au moins deux justificatifs de sa présence en France par an. 

Des absences courtes du territoire ne remettent pas en cause le caractère habituel de la résidence.

 

Résidence continue : 

La résidence continue en France implique que l’étranger puisse prouver sa présence en France mois par mois. Seules les absences pendant les vacances scolaires sont tolérées. 

 

 

 

 

Couverture Maladie__________________ 

 

Aide médicale de l’Etat (AME) :

 

 Cette prestation d’aide sociale permet un accès aux soins gratuit aux personnes qui ne peuvent pas être affiliées au régime général, ni sur critère socio-professionnel (Sécurité Sociale) ni sur critère de résidence stable et régulière (Couverture Maladie Universelle de base). 

Elle concerne principalement les personnes qui se trouvent en situation irrégulière en France. 

Les principales conditions sont la résidence en France depuis plus de trois mois (mais pas de condition de régularité du séjour) et le montant des ressources (le plafond dépend du nombre de personnes qui composent le foyer).

 

Ayants-droits : 

Ce sont les personnes qui bénéficient des prestations de l’assurance maladie du fait de l’affiliation de l’assuré. Elles doivent être à la charge de l’assuré ou de son conjoint et vivre sous son toit.

 

Couverture Maladie Universelle (CMU) : 

La Couverture Maladie Universelle se compose de deux volets, la CMU de base et la CMU complémentaire. 

La CMU de base est un mode d’affiliation au régime général d’assurance maladie (Sécurité Sociale), fondé sur un critère de résidence stable et régulière en France. Elle est destinée aux personnes en situation de précarité, et plus particulièrement à tous ceux qui n’ont pas accès au régime obligatoire de droit commun à partir des critères traditionnels d’affiliation (critères socio-professionnels), que ce soit en qualité d’assuré ou d’ayants droit. Les principales conditions pour en bénéficier sont une résidence stable en France (résidence habituelle en France depuis plus de trois mois) et une situation régulière (même sous couvert d’un titre de séjour précaire, un récépissé, une convocation à la préfecture). 

La CMU complémentaire est une sorte de mutuelle réservée à une population précaire déjà affiliée à la Sécurité Sociale (que ce soit sur critère socio-professionnel ou au titre de la CMU de base). Les conditions principales sont la résidence stable et régulière en France (comme pour la CMU de base) et le montant des ressources (le plafond dépend du nombre de personnes qui composent le foyer). 


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Histoire secrète de SOS-Racisme

Posté par issopha le 22 décembre 2008

 

 

Histoire secrète de SOS-Racisme

Histoire secrète de SOS-Racisme

 

Article publié le 19 février 2005 sur oulala.net

Serge Malik est l’un des fondateurs de SOS-Racisme. Il est à la fois arabe et juif, un « faux beur », un « margarine » comme il aime se définir lui-même. Dans son livre, « Histoire secrète de SOS-RACISME » écrit en 1990 il nous livre l’arrière-plan de l’association « antiraciste » où se dissimule en réalité une manipulation politique au service du PS et de François Mitterrand.

Dans ce texte, il est question de livrer une synthèse de ce livre.

Dans les années 83-85 le racisme était à son comble : bavures policières, meurtres d’arabes et d’antillais, alliance RPR -FN à Dreux et vedettariat de Le Pen.

Serge Malik croyait au combat antiraciste comme moyen efficace pour vaincre l’intolérance, l’exclusion et les inégalités sociales. L’apparition soudaine d’Harlem Désir dans l’émission de Michel Pollac « Droit de Réponse » a été un véritable tremplin pour lui. Enfin, il a trouvé un espace au sein duquel il pourrait s’exprimer et aider les jeunes à comprendre et à se faire comprendre. Sans la moindre hésitation, il laissa tomber son métier de comédien et s’engagea à fond dans SOS.

Pendant des années, comme d’autres militants, Serge donna de tout son temps et de toute son énergie à SOS. Naïf, il n’avait pour seul moteur que le rejet de l’intolérance et du racisme.

Puis au fil des années, quand les masques tombèrent, il se rendit compte qu’il a été abusé, manipulé et utilisé au service de politiciens avides pour lesquels l’immigration et l’intégration n’étaient qu’un instrument politique.

Touche pas à mon pote n’était qu’un slogan, une valise vide. Pourtant pour des milliers de gens, c’était la promesse d’une vie différente, l’espoir de la tolérance et du changement.

Les pseudos antiracistes étaient essentiellement des organisateurs de spectacles politiques, médiatiques et musicaux. Ils ont triché et menti. Pire, ils ont contribué à la banalisation du fait raciste et ont apporté de l’eau au moulin puant de Le Pen et tout cela pour des besoins alimentaires et des ambitions personnelles.

Profondément écoeuré, l’auteur nous confie dans ce livre l’histoire de ce mirage.

Le grand patron et fondateur de SOS est Julien Dray. Au début des années 80, ce dernier était trotskiste ; il fonda le Mouvement d’action syndicale (MAS). Dans les facs et les cités, Julien Dray plus connu alors sous le sobriquet de Juju, brandissait fièrement son trotskisme pour donner l’image d’un révolutionnaire. Le MAS n’était pour lui qu’une passerelle ; en réalité il se sentait coincé dans les coulisses du monde politique, il voulait prendre un raccourci et éviter le long parcours du combattant comme n’importe quelle « limace » militante. Il troqua la casquette trotskiste peu rentable contre l’habit du militant socialiste en y apportant un formidable cadeau au PS : SOS Racisme, l’association championne de la jeunesse.

Mitterrand accourut pour donner sa bénédiction à la création de la nouvelle association. Il était heureux de rencontrer de « vrais » gauchistes et de « vrais » jeunes dont la présence à la cour témoignerait de son humanisme et montrerait à quel point ce dernier est à l’ « écoute du peuple et concerné par les problèmes sociaux » surtout qu’on était à l’époque des désillusions de l’après mai 81 et que les indicateurs socio-économiques du gouvernement Mauroy étaient catastrophiques.

Le Président mit alors tous les moyens matériels et humains du parti à la disposition de SOS. Avec le soutien de l’appareil du PS, il fallait pallier la carence médiatique et institutionnelle des mouvements beurs et vite récupérer la lutte des jeunes des cités. L’idée donc de créer une association jeune animée par des jeunes et pour des jeunes dont la fonction serait la lutte contre l’exclusion sous toute ses formes tomba à pic.

Juju commença par annihiler ses concurrents potentiels. L’action entreprise par les beurs au début des années 80 fut réduite à néant. Sans appareil national pour les soutenir, les association beurs ont vite été mis K.O. par SOS.

Pour le lancement de la spectaculaire assoce, il fallut trouver des slogans et des discours se rapprochant le plus possible des préoccupations quotidiennes des immigrés.

Une histoire montée en toute pièce que les potes vont répéter à satiété va devenir la légende de la création de SOS. Elle met en scène Diego, un black de l’assoce, présent dans une rame de métro. Une horrible vieille dame blanche cherchait son porte monnaie en jetant des regards accusateurs sur Diego. Puis tous les autres voyageurs fixèrent méchamment le pauvre Diego et des relents de lynchages se firent sentir. Heureusement que la vieille retrouva son porte monnaie ; cette histoire traumatisa le malheureux Diego qui annonça à ses potes son intention de rentrer au Sénégal. Les potes, pour garder Diego en France ont décidé de créer l’association des potes en la baptisant « Touche pas à mon pote Diego ».

Après les slogans et la légende, il fallut constituer le bureau et distribuer les rôles.

SOS fut hiérarchisée en trois niveaux. Le premier était le « palier des beurs » constitué de tâcherons : ménage, préparation des victuailles, gardiennage, tri des badges, réception, etcetera.

L’échelon d’au-dessus fut composé des « fondateurs » formant le bureau national (BN) où figuraient certains « beurs officiels ».

Enfin la tête de pyramide, triée sur le volet par Dray, fut constituée principalement par la garde prétorienne ayant fait le même parcours que Juju : la fac, la ligue, le MAS, le PS et enfin SOS.

Le choix du président n’a posé aucun problème pour Juju ; Harlem possédait toutes les qualités : il est black, sérieux, combatif et surtout malléable, obéissant et très dévoué au boss.

En effet, Harlem a suivi à la trace son maître à penser. Tous ses mouvements étaient entièrement contrôlés et maîtrisés par Juju. Les désirs de Dray étaient des ordres pour Désir. Sa supposée spontanéité lors des émissions télévisées n’était que le résultat d’un coaching intensif mené par le grand chef.

Petit à petit, Harlem le « gauchiste » sombra corps et âme dans le star system ; il découvrit les résidences secondaires et les chalets de montagnes, il rencontra le gratin mondain et tout ce qui compte dans le pays : des riches industriels, des décideurs, la « véritable » politique, le pouvoir et ses enivrants parfums ; à ce moment, l’apparat prit le dessus sur les idées.

Si le choix du président fut facile, le recrutement des beurs au sein de SOS s’avéra un vrai casse-tête et tournait carrément au casting. Il fallait que les beurs sélectionnés ne soient pas politisés et fassent « banlieues », ou, si ce n’est pas possible, il convenait de les choisir parmi les fidèles du PS d’Ile-de-France.

Ce qui rendait la tâche plus difficile encore est que Juju avait placé à la tête de SOS des membres de l’UEJF (Union des étudiants juifs de France), ultra-sionistes pour la plupart et très provocateurs. L’UEJF qui, pourtant n’avait aucun projet et ne s’intéressait à aucune action antiraciste monopolisa SOS. D’ailleurs, dans un article publié dans le monde du 14 juin 1985, Philippe Bernard s’étonna de la composition de la direction de SOS qu’il trouvait un peu accaparée par des juifs.

Avec cette réputation d’association sioniste et anti-palestinienne, Juju a bien réussi à tenir les beurs indésirables à distance.

Après Paris, vint le tour de la province. Les comités locaux étaient constitués de petits groupes et le schéma de recrutement était le même qu’à Paris. La section locale devait toujours être chapeautée par des amis sûrs de Dray, fidèles et soumis. En cas de difficulté, SOS dépêchait des « commissaires politiques ». Ces derniers insufflaient « l’esprit du bureau national » aux militants, et réorganisaient les bureaux des comités en y nommant les membres sur mesure recrutés sur place. En tant qu’association du PS supervisée par l’Elysée, SOS a systématiquement utilisé les implantation locales du PS et de la Ligue en combattant durement les initiatives provenant du PCF, parti pour lequel Dray voue une haine viscérale (d’ailleurs c’est l’une des raison pour lesquelles Dray déteste le MRAP, association proche du PC).

Le « centralisme démocratique » de la SOS faisait que l’information ne circulait que dans le sens Paris-province et jamais entre les différents comités. Tout devait transiter par Paris, enfin disons par Dray.

Les fonctions des militants se limitaient à organiser des actions spectaculaires, des manifs, des grèves, des « dîners parrains » et autres, à prendre contact avec la galaxie médiatique, artistique et intellectuelle, à préparer le journal Touche pas à mon pote, à toujours donner à manger aux médias et provoquer des « affaires » même avec des éléments peu fiables…

Les potes ne devaient poser aucune question ni sur le fonctionnement politique, administratif et financier de SOS, ni sur les manipulations électorales, ou la fabrication des adhérents en nombre presque illimité, et encore moins sur les rapports, mandats et titres bidons. Le chef a bétonné son Bunker avec tant de soins que tout contestataire était vite isolé et sa tentative était par avance vouée à l’échec.

Le carnet d’adresses bien rempli de Juju, son réseau bien établi et ses soutiens nombreux rendaient son bastion intouchable.

Les francs-maçons furent parmi les premiers alliés de SOS. Il y avait aussi des grands industriels proche du PS comme Christophe Riboud ou Pierre Bergé ; ils firent des dons et introduisirent SOS dans le monde des affaires. Mais l’aide la plus précieuse fut celle des trois organisations proches du PS : la MNEF, la FEN et la CFDT.

Les principaux collaborateurs de l’Elysée à SOS étaient Jean-Louis Bianco, Jacques Attali, Jack Lang et d’autres. Ils fournirent à SOS les « parrains » : Guy Bedos, Yves Simon, Simone Signoret, Coluche, Pierre Bergé, et cætera. De plus, SOS avait profité largement des services offerts par Gérard Colé et Jacques Pilhan, principales figures de communication de Mitterrand.

Dès le début, Le Matin de Paris et le Nouvel Obs étaient acquis à la cause. Le mensuel Globe a été le plus fervent supporter des potes. Dirigé par Georges-Marc Benamou, un proche de Bernard Henry Levy (BHL), le mensuel a lourdement fardé l’assoce pour l’aider à ne pas être perçue comme une officine du PS.

BHL fut l’un des tout premiers à se précipiter pour proposer « spontanément » ses services aux potes. Le « philosophe » et Marek Halter ont joué un rôle décisif dans la médiatisation en profondeur de SOS. BHL parrain, puis initiateur de l’agence de presse SOS, a ouvert l’association sur d’autres mondes de la politique et a provoqué sa rencontre avec beaucoup d’intellectuels.

Au début, le quotidien Libération était très critique vis-à-vis de SOS. Les deux journalistes Favereau et Beau confirmaient l’antinomie SOS-Beur. Ils dénonçaient l’absence de légitimité de SOS vis-à-vis du mouvement beur et l’influence grandissante de l’UEJF dans les instances dirigeantes de l’assoce. Ne voulant pas changer de ligne éditoriale, les deux journalistes furent donc priés de s’intéresser à d’autres sujets ! Et deux autres journalistes tout « neufs » sortis du chapeau magique, prirent la relève.

Depuis, les liens avec Libé changèrent radicalement et le quotidien devint l’un meilleurs soutiens de l’assoce.

Le premier concert fut produit par Sylvain Moustaki et Eric Basset. Le choix n’était pas un hasard ; en effet, Erik Basset était socialiste et ami de Jean-Marie Le Guen, alors premier secrétaire de la fédération de Paris du PS. Pour la réussite du concert, le Président de la République et son Premier ministre vont faire intervenir leurs collaborateurs auprès des grands donateurs potentiels : des entreprises publiques et certaines grosses sociétés privées furent sollicitées d’apporter leur aide à SOS.

D’émission en émission, de spectacle en spectacle et de concert en concert, SOS a réussi à s’imposer comme une icône de la vie politique française.

L’immigration et l’intégration n’ont jamais été une cause pour SOS et ses promoteurs mais seulement une couverture pour un certain nombre d’activités moins nobles et plus politiques : L’antiracisme étant une affaire juteuse, un bon filon.

Les fanfaronnades de SOS contre le FN n’ont jamais empêché ce parti de prospérer ; au contraire l’assoce fut un tapis rouge emprunté par le parti d’extrême droite pour passer de l’ombre à la lumière. L’émergence du FN dans le champs politique a affaibli le RPR ce qui facilita la réélection de Mitterrand.

L’UEJF fut rassurée : le « danger » de l’émergence d’une élite politique beur autonome susceptible d’être sympathisante de la noble cause palestinienne est écarté.

Dray, Harlem, Boutih et toute la garde prétorienne furent largement récompensés : des postes et des prébendes furent distribués par le PS sans compter.

Par contre, les beurs sur le dos desquels ce mirage s’est monté, moisissent toujours dans leurs cités délabrées et se débattent encore dans leurs problèmes récurrents.

Histoire secrète de SOS-Racisme, Serge Malik, 1990, Albin Michel

L’autre mirage

Le phénomène SOS n’a été qu’un feu de paille et son parcours s’est achevé en cul-de-sac. Les manipulateurs fourbissent leur nouvelle arme en allant puiser dans la décharge des idées coloniales : « libérer » la femme du « joug de l’homme indigène brutal et barbare ».

Les marionnettes de « ni putes ni soumises » sont les nouveaux indigènes médiateurs. Le statut du beur se mua de victime en violeur, tortionnaire de ses sœurs, nazillon, antisémite et intégriste voire dangereux membre potentiel d’Al Qaeda menaçant la république et la laïcité.

Ainsi de « Touche pas à mon pote » on passe à « Casse la gueule à mon pote ».

Cette nouvelle supercherie est non seulement sponsorisée par les proxénètes de la finance, de la politique des médias et du show-biz mais malheureusement elle est aussi soutenue par d’autres victimes manipulées.

A suivre…

Publié dans CARNETS d'IMPOSTURES, DU RACISME EN FRANCE | Pas de Commentaire »

L’affaire Zemmour : A propos de sa Réhabilitation des « races » sur Arte ( Novembre )

Posté par issopha le 17 décembre 2008

 

 

L’affaire Zemmour

PAR Bernard Langlois

jeudi 11 décembre 2008

 


Qui fait métier d’écrire ne se fait pas que des amis. Sauf à ne traiter que de sujets consensuels, la plume trempée dans l’eau tiède.

Le bloc-notes, genre par nature subjectif et volontiers provocateur (qui vise à provoquer des réactions), expose particulièrement son auteur. En prenant ici la défense d’Éric Zemmour, journaliste (au Figaro) et écrivain qui se revendique « de droite et réactionnaire », je tends des verges pour me faire battre.

Et je me situe en porte-à-faux par rapport à bon nombre de gens que j’estime.

Mais pourquoi voler au secours de Zemmour, qui dispose d’assez de tribunes et de moyens de se défendre tout seul ? Parce qu’on ne se contente pas, comme il serait admissible, de contester au nom d’arguments scientifiques son affirmation de l’existence des races – ce qui relève du débat ; mais parce que, du fait de cette conviction par lui exprimée lors d’une de ces émissions de télé-bla-bla comme il y en a tant [1] et réaffirmée depuis, certains lui font un procès en racisme que je trouve infondé et vont, pour les plus véhéments (certaines associations comme le Mrap ou SOS Racisme), jusqu’à exiger son éviction des studios de télévision où il a son rond de serviette  [2].Une vraie chasse à l’homme. Inacceptable. Mais, au-delà de la personne de Zemmour et du procès qui lui est fait, je trouve la controverse intéressante sur le fond : faut-il, parce que des généticiens ont démontré que les différences entre les divers types humains étaient infinitésimales et que la notion de race n’était donc pas pertinente d’un point de vue scientifique (ce qu’on ne discute pas), faut-il interdire l’usage d’un mot qui, pour le plus grand nombre, exprime simplement une réalité sensible ?

Est-il donc raciste de parler de races ?

LA TERRE EST PLATE

Les races n’existent pas car, d’un point de vue génétique, on ne peut prouver leur existence, soit. Le mot « race » doit donc être rayé tout à la fois du langage courant, des dictionnaires et des déclarations des droits de l’homme, qui affirment que « nul ne doit être discriminé en raison (notamment) de sa race ». Peut-être en raison de mon âge, peut-être parce que je vis dans un milieu rural (et une vraie campagne bien bouseuse, proche de ce plateau de Millevaches où je vous affirme qu’on trouve plus de cul-terreux – j’emploie ce mot avec tendresse – que d’ultra-gauchistes !) et parce qu’il est parfois déjà bien difficile, ici ou ailleurs, de contrer des préjugés racistes et xénophobes assez tenaces, je trouve imbécile de décréter ainsi le bannissement d’un mot que des millions de gens ont appris à l’école communale et qu’ils emploient couramment pour désigner ce qui leur apparaît comme l’évidence : il y a des blancs, des jaunes, des noirs, des rouges ; ce sont des races différentes, composantes d’une même espèce humaine, différentes d’apparence mais non de fond et toutes également respectables et disposant des mêmes droits. Où est donc le racisme dans cette définition relevant du simple bon sens ? Je sais ce qu’on m’objectera : il arrive que nos sens nous « enduisent » d’erreur, comme disait l’autre ; et nous avons longtemps cru, en leur faisant confiance (à nos sens), que la terre était plate. Certes.

Je vais vous faire une révélation : la terre est bien plate, même quand ça monte. C’est la Terre qui est ronde.

GAMME CHROMATIQUE

C’est une maladie de l’époque de s’en prendre aux mots. À croire qu’ils font peur. Comme s’ils étaient en eux-mêmes porteurs de charges explosives. Aide-t-on plus souvent les non-voyants à traverser les rues qu’on ne le faisait naguère pour les aveugles ? Est-on plus respectueux des techniciennes de surface que des femmes de ménage, des préposés que des facteurs, et est-il moins raciste de dire (attention : blague, pas taper !) un « oiseau de couleur » plutôt qu’« un aigle » ? Le mot « race » est donc devenu tabou, indépendamment du sens qu’on lui donne et de la manière dont on l’emploie. Mais comme il faut bien tout de même arriver à se comprendre, on parlera de « type », ou d’« ethnie », voire de « gamme chromatique ». Chez les chaussettes à clous, par exemple, où le maintien de l’ordre exige qu’on puisse caractériser les suspects. On apprend ainsi par l’AFP que dans un projet de rapport au ministère de l’Intérieur du « groupe de contrôle des fichiers » (sous la haute autorité du criminologue fraternellement connu Alain Bauer), on propose l’expérimentation d’un fichage « combinant la couleur de la peau et l’origine ethnique ». Et l’agence ajoute cette précision cocasse : « La question qui a fait l’objet de débats concerne la manière de caractériser une personne : doit-on utiliser l’appartenance vraie ou supposée à une origine ethno-raciale ou plutôt se servir d’une gamme chromatique ? » On imagine le rapport du brigadier lambda : « L’un de suspects avait une peau blanche tirant assez nettement sur le rouge violacé ; son complice était jaune, avec de nettes nuances de brun sombre faisant penser à un individu aux origines probablement subtropicales. » [3] Amis policiers, quand vous partez en opé (arrêter chez lui un directeur de journal, par exemple), n’oubliez pas d’emporter, outre menottes et Taser, votre mesure-gamme chromatique réglementaire.

DE ZEMMOUR À DEVEDJIAN

Laissons là « l’affaire Zemmour » (qui n’est du reste une « affaire » que dans un périmètre restreint ne débordant guère le périphérique parisien) pour dire deux mots du nouveau ministre Devedjian. Je vais aggraver mon cas. Patrick Devedjian ne faisait plus l’affaire, aux yeux de l’Omnipotent, à la tête du parti majoritaire. On (le Prince) choisit donc de le sortir par le haut, comme il convient à un fidèle de toujours  [4]. On (le très haut de l’Élysée) imagina donc de créer à son intention un ministère nouveau, sans administration propre, budget ni attribution précise, un ministère in partibus, en quelque sorte, comme il existe des évêques de même étoffe. Le voici donc ministre du ramassage des balles et de la relance, quelque chose comme ça. Du coup, ça défouraille et ça tire de partout ; on rappelle cette vieille histoire archiconnue qui fait tache sur son CV : son engagement [5]dans un mouvement d’extrême droite musclée, Occident, dans les années 1960. Il avait 19 ans, il en a 64. Et a reconnu depuis lurette s’être fourvoyé dans une aventure politique qu’il considère comme « une erreur de jeunesse ». Faut-il vraiment encore et toujours ressortir cette vieille histoire ? Je suis de ceux qui pensent qu’un homme a le droit d’évoluer.

Fin des provoc’ : à vos martinets, j’incline vers vous, lecteurs courroucés, mon dos que j’ai large et jusque cette partie basse de mon individu qu’on dit charnue.

LE PÈRE DE MARTINE

Un livre, pour finir : dès la première ligne, l’auteur [6], Martine Storti, révèle ce qui a fondé ses engagements de toute une vie : « Ton père est un con, il n’a pas su se débrouiller. » Une phrase entendue quand elle était adolescente et qui ne l’a jamais quittée (elle a la soixantaine).

Sur la page de garde de l’Arrivée de mon père en France (c’est le titre de ce « récit »), la citation de Balzac en exergue éclairait déjà le propos : « Il serait mort vingt fois avant de solliciter quoi que ce fût, même la reconnaissance des droits acquis. » (La Duchesse de Langeais). Il sera donc question d’un père, venu de l’étranger (en l’occurrence l’Italie), d’origine modeste, et qui resta toute sa vie l’humble ouvrier ajusteur qu’il était à ses débuts : c’est du reste sans doute d’avoir trop respiré d’amiante que Matteo est mort prématurément d’un cancer de la plèvre, comme tant d’autres, à une époque (1970) où le scandale n’avait pas encore éclaté. Ouvrier toute sa vie, non qu’il fût con, mais parce qu’il était fier. Et ce n’est pas du tout la même chose. On apprend bien plus avant dans le livre qui s’est permis de porter ce jugement sans nuance sur un homme devant sa fille : c’est la propre sœur de Matteo, Lucia, donc la tante de Martine. Or, il se trouve que Lucia et Gino, son mari, sont aussi les employeurs de ce Storti, du même village que lui et pas mieux lotis, qu’ils l’ont précédé en France de quelques années à peine, qu’il les a rejoints pour bosser avec eux dans ce qui n’était alors qu’un atelier installé dans un sous-sol de banlieue (Colombes), où ils n’étaient qu’eux trois à œuvrer, et qui est devenu au fil des ans (avec une accélération assez nette entre 1940 et 1945…) une usine de 2 000 personnes aujourd’hui. Ils ont partagé la même mouise, le même acharnement au travail : les patrons sont devenus riches, propriétaires, outre de leur belle demeure banlieusarde, d’une villa sur la Côte et d’un manoir solognot, et roulent en Chrysler (faut ce qu’il faut) : Matteo, Thérèse et leurs deux gamines sont toujours restés locataires et ont attendu 1958 pour pouvoir s’offrir une Citroën d’occasion. Pourquoi n’avoir pas quitté « cette putain d’usine » ? En l’absence de certitudes, plusieurs réponses possibles évoquées, dont la plus solide semble être la présence de la nonna, la grand-mère, garante de l’unité familiale, logée dans la belle villa de l’oncle-patron qui jouxte l’entreprise et à qui son père rend visite chaque jour en sortant du turbin… « Ton père est un con… » ; et Martine s’interroge : « Ai-je compris que ma tante m’avait donné ce jour-là la clef du fonctionnement réel de la société réelle ? » Sans doute. Ne la quittera plus jamais en tout cas cette conviction que « derrière le fric, la fortune, il y a toujours de l’exploitation, de l’humiliation d’autrui, que la richesse est toujours injuste, illégitime, qu’elle est une faute ».

Je ne vous ai livré là qu’un aspect de ce bel ouvrage – beau dans l’inspiration comme dans l’écriture – qui n’est pas seulement un hommage filial réussi et l’itinéraire reconstitué d’un père dont elle ne sait au fond que peu de chose, non plus qu’un règlement de compte (encore que Martine ne dénie pas ce dernier aspect), mais aussi une réflexion, nourrie de rencontres et de choses vues sur le terrain (où la pousse ce besoin de sentir les choses qui n’a pas quitté l’ancienne journaliste : à Calais ou Lampedusa pour aujourd’hui, ou, pour hier, à Pithiviers ou Beaune-la Rolande, où se dressaient ces camps pour « israélites », comme on disait sous Vichy), sur l’immigration en général, ses douleurs, ses humiliations, sur l’engagement, l’héroïsme ou la lâcheté, voire la saloperie ambiante. Avec, depuis les vingt dernières années du XXe siècle et la première décennie du XXIe, la remontée d’une idéologie de l’exclusion et du verrouillage qui a résisté à tant de vains contre-feux que l’on doit bien constater, Sarkozy regnante et la gauche en charpie, « une défaite idéologique quasi totale ». Triste ce bouquin ? Non, car aussi traversé de rires, de chansons, d’opéras et de cuisine italienne (« les raviolis doivent se reposer une nuit entière »). Grave, oui. Sans compter cette érudition discrète, offerte sans être jamais plaquée : de Beauvoir à Saint-John Perse, de Proust à Zola en passant par Apollinaire (« Tu regardes les yeux pleins de larmes ces pauvres émigrants… »). Si m’en croyez, lisez Storti, vous ne serez pas déçus [7].

Notes

[1] « Paris-Berlin : le débat » du 13 novembre sur Arte.

[2] Notamment dans l’émission de Laurent Ruquier sur France 2, où il chronique les livres en tandem avec Éric Naulleau, ou sur I-télé, où il converse régulièrement avec Nicolas Domenach.

[3] À lire sur le site de la LDH Toulon : « Alain Bauer et les quarante fichiers de police »

[4] Dans les affaires ou en politique, un « fidèle de toujours » est quelqu’un qui vous a vu grandir et sait sur votre compte tant de choses gênantes ou compromettantes qu’il vaut mieux le garder au chaud.

[5] Avec ses copains Alain Madelin et Gérard Longuet, notamment.

[6] Ou préfères-tu « l’auteure », Martine, toi que je sais féministe, mais qui est aussi inspectrice de l’Éducation nationale ? Perso, je trouve cette féminisation hideuse…

[7] L’Arrivée de mon père en France, Martine Storti, éditions Michel de Maule, 220 p., 20 euros.

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27 Messages de forum

  • L’affaire Zemmour

    11 décembre 10:40, par Patrice GUILLAUME

    Merci beaucoup pour cet article, Bernard Langlois et ce, à plus d’un titre. Dans les années 64-65, nostalgique de l’Algérie Française, j’ai navigué dans la mouvance de l’ex-OAS et militait chez les étudiants nationalistes ! Appartenant à la frange « socialiste » de l’extrème-droite, en 68, cohérent avec moi-même, j’ai pris parti pour les ouvriers et étudiants. Après quelques années de pérégrination dans les Comités d’action, dans la mouvance anar et gauchiste, je me suis syndiqué CGT et aie rejoint le PCF sur des bases philosophiques et non celles du programme commun. Depuis, j’ai participé à tout ce que j’ai pu : luttes syndicales, sociales, féministes, antiracistes …..bref un bon petit soldat ! Alors, si je n’aime pas Devedjian, vous comprendrez que je ne n’admette pas que l’on puisse lui reprocher son passé d’autant plus qu’il l’assume. Quant à Eric Zemmour, qui n’est pas bien évidemment ma tasse de thé, je me suis senti bien seul à ne pas trouver de quoi fouetter un chat !

    D’ailleurs j’ai un critère de jugement : je regarde ce que dit et fait le MRAP et j’envisage aussitôt avec intérêt la position adverse, compte tenu des thèses communautaristes du très réactionnaire Mouloud Aounit !

    Cà ne marche pas à tous les coups, mais çà stimule la réflexion !

    Cordialement

    Patrice Guillaume

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  • Oiseau de couleur vs aigle

    11 décembre 11:07, par JR

    J’ai relu trois fois la blague avant de la comprendre… Délicieuse. Continuez à penser à rebrousse-poil de notre pensée trop unique et de secouer nos idées si bien reçues, même de gôche !

    Voir en ligne : http://abcdetc.wordpress.com

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  • L’affaire Zemmour

    11 décembre 11:43, par J

    Mais ça va pas la tête ?

    D’abord, as-tu vraiment, toujours, besoin de préciser la couleur de peau des gens dont tu parles ?

    Ensuite, j’ai du mal à comprendre comment, dans un même article, tu peux écrire « Les races n’existent pas […], soit. » et « ce qui leur apparaît comme l’évidence : il y a des blancs, des jaunes, des noirs, des rouges ; ce sont des races différentes […] »

    Mais nom d’un chien, tu viens de le dire : y’a des Blancs, des Jaunes, mais ce ne sont pas des RACES, puisque ça n’existe pas ! Ce sont… des couleurs de peau. Point. D’ailleurs, viens dans mon quartier, tu feras moins le malin, tiens, avec tes cinq couleurs, à déterminer si mes voisins sont plus blancs que noirs ou plus gris qu’olivâtres (quant à leur nationalité, tu serais surpris !)

    En plus, tu feins de négliger que ce mot, race, comporte deux aspect : non seulement une série d’apparences (la couleur de peau, la forme du nez, le type de cheveux), c’est ce à quoi tu fais référence, mais encore une appartenance ethnique (Blacks = Africains. Jaunes = Asiatiques), qui est désormais une vision PÉRIMÉE du monde, dans les sociétés occidentales en particulier. Le mot race n’est donc pas bien adapté à ce que tu veux dire.

    En prime, le mot race implique parfois un troisième aspect, carrément contestable, de généralisation abusive (Noirs = Africains (d’ailleurs l’Afrique est un pays) = sont pauvres et vivent dans une case et pile du mil. C’est la charnière entre racialisme et racisme, quelque chose comme ça).

    Ce deuxième, voire ce troisième, aspect fait partie intégrante du mot race, et quand tu emploies le mot race, il est entendu et reçu par tes interlocuteurs… Et ils t’assimilent à Eric Zemmour (alors qu’on sait bien que ce n’est pas le cas). C’est pas cool.

    Enfin, faut-il y voir un effet de génération (j’ai trente-cinq ans) ? Pour moi, le mot race fait référence, avant les nobles intentions de la déclaration universelle des droits de l’Homme (le mot n’est PAS dans les déclarations françaises des droits de l’Homme), avant l’article 13 du Traité sur l’UE, aux … Nazis et à leur sinistre vision de l’humanité. Alors du coup, oui : pour moi le mot race, tel que je viens de tenter de décrire, est un mot odieux, et je l’évite

    Voilà. à ton service pour débattre.

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  • L’affaire Zemmour

    11 décembre 13:32

    Je suis relativement abasourdi par cet article. L’auteur fait semblant d’ignorer que derrière l’expression « race noire » se cache toute une batterie de préjugés ou de filtres d’appréhension de l’autre permettant de le classer dans une catégorie d’indvidu. Il ne nous fera pas croire qu’il n’y auucne différence entre « cet homme est de race noire » et « cet homme est de race « couleur de cheveux blond »". Derrière le mot race, il y a une première évaluation ou jugement de la personne qui est en face de nous. Est-ce d’ailleurs pour rien si Zemmour glisse très facilement du classement en races au classement et à la hiérarchisation des cultures ??? L’auteur fait semblant d’ignorer que la race noire ne désigne rien. Que ferons nous des metis ? Des personnes plus ou moins foncés ? Un enfant de Viet Namienne et Sénagalais, sera classé et décrit comment par MM. Zemmour et Langlois ? De race caca d’oie ??? (je précise que je suis métis). On ne s’en prend pas aux mots mais à ce qui, comme tous les mots, est transporté par ces mêmes mots :préjugés, évaluation de l’autre, etc. Autre stupidité (pardon, mais c’en est une) : pourquoi ne pas tolérer « mongolien » ou « négro » ou « bougnoule » parce que les gens, les gens de la France profonde ou les jouralistes réactionnaires (oui, il est un temps où l’on peut se vanter d’être réactionnaire), mais pas qu’eux, utiliseraient ces mots ? Ok pour , ou plutot contre, la chasse aux Zemmour, mais il y a des causes plus importantes que la défense des pseudo-généticiens du Figaro. Sans rancune.

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  • L’affaire Zemmour

    11 décembre 14:11

    Un chat est un chat.

    Un noir est un noir, un blanc est un blanc, un mulâtre (noir x blanc) est un mulâtre, et un métis (indien x blanc par exemple), est un métis.

    Il y a aussi des jeunes, et il y a des vieux. Tous ces idiomes se valent, et désignent un type précis d’individus.

    Concernant les races, il y a des races d’oiseaux, de chats, de chiens… et ces animaux sont alors très peu différenciés génétiquement, comme les races humaines, et pourtant ils sont eux aussi distingués par leur nom car ils ont des traits divergents (couleur, taille, longueur des pattes ou du museau, forme du bec etc.). Rien ne vient permettre d’estimer une de ces races aux dépens de l’autre. Alors… Où est le problème ? Race est un terme qui, employé sainement, est sain. Vieux également. Je préfère de très loin « vieux » à l’horrible et condescendant « petits vieux » !!! Utilisons donc les mots sans y mettre sans arrêt des complexes qui n’ont pas lieu d’être, ou nous y perdrons non seulement notre latin, mais aussi notre Français (le processus est déjà bien entamé).

    La dénégation, le mépris, semblent bien plutôt résider dans la pensée de qui utiliserait le mot race dans cet état d’esprit. PAS dans le mot lui-même. Je n’ai aucune réticence à parler de race, ni de vieux, ni de chats. Que l’on parle de race blanche et de race noire ne me gêne absolument pas. C’est clair, et en aucun cas irrespectueux pour qui que ce soit, ni pour les blancs, les noirs, les jaunes, ni pour les vieux, ni pour les chats.

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  • L’affaire Zemmour

    11 décembre 18:37

    Il est triste et navrant de voir à quel point la pensée unique de gôche empêche la réflexion et la pensée individuelle. On croirait presque assister aux débats internes du PCF. Si j’ai bien compris les estimables antiracistes s’exprimant sur ce Blog, un noir est un membre de la race humaine de couleur noire. Finalement la blague de l’aigle, ce n’est pas une blague !

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  • L’affaire Zemmour

    11 décembre 20:05, par Encore

    Et un nègre est nègre ? Qui est choqué ? Dans mon village, on les appelle comme ça depuis des années, alors ne luttons ni contre les mots ni contre les idées qu’ils véhiculent.  » Rien ne vient permettre d’estimer une de ces races aux dépens de l’autre. Alors… » Alors ? Monsieur ne sait pas que l’on sélectionne ou croise des races de chien, de chat , de veau parce que l’on prétend que certains ont plus de valeur (esthétique ou de rendement) ??? Oui, à bas le politiquement correct, la bien pensance, et revenons 50 ans en arrière, c’était tellement mieux pour les personnes que les droits de l’hommistes veulent défendre à tout prix !!!!!

    Ps : Un mulatre ?? Oui, c’est bien le problème ! En Amérique, ils classaient les gens en fonction de leur croisement : mère blanche x père noir= ? père blanc x mère blanche =….Et ainsi de suite pour tous sauf……les blancs ! Un chat est un chat ????

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  • L’affaire Zemmour

    11 décembre 22:09, par Marguerite Bialas

    Enfin des paroles raisonnables à propos du mot « race » qu’en effet, on n’ose plus prononcer (cf. ce qui est arrivé à Eric Zemmour). J’adore la référence aux déclarations des droits de l’homme dans l’article de Bernard Langlois !

    J’encourage vivement B L à rester libre de ses pensées et je le remercie de les partager avec nous.

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  • L’affaire Zemmour

    12 décembre 10:42

    Tu n’as rien compris du tout.

    Un Noir est un Noir, il n’y a rien d’autre qu’on puisse en dire. Il ne fait pas partie d’une quelconque « race » noire (ou semi-noire, ou marron, etc), PUISQU’IL N’Y A QU’UNE SEULE RACE, CHEZ LES HUMAINS, et c’est la race humaine !

    PS : l’article « race humaine » de wikipedia est très bien fait…

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  • Genre humain

    12 décembre 12:41, par dom

    La Haute Autorité en Santé (HAS), organisme public d’expertise scientifique, dans un rapport de 2006 concernant la mesure de la densité osseuse des populations(ostéodensitométrie), conclue qu’il vaut mieux, concernant les facteurs de risque favorisant l’ostéoporose, être (textuellement) homme de race noire ou hispanique que femme de race blanche ou asiatique.

    Aussi provocatrice que Zemmour la HAS ? Quoi ? On aurait laissé publier ce texte sans y opposer de bronca ? Discriminer ainsi les hommes, les femmes, les noirs, les asiatiques, en fonction de la qualité de leur ossature…… scandaleux !

    Exigeons l’annulation de l’article 19 de la DUDH, et inquiétons la HAS et Zemmour pour ces opinions inacceptables qu’ils cherchent à répandre par delà les frontières et par tous les moyens. Oui, lançons nous dans la chasse à l’homme qui ose tout et surtout manipuler les mots interdits.

    Et dans notre soif, raisonnable, de justice et de vérité universelle, lançons nous aussi à l’assaut de l’article 18 de cette satanée DUDH qui permet à des types comme Devedjian de changer d’opinions comme de chemise, finie, abolie, écrabouillée la liberté, ignoble, de changer de convictions !

    En avant pour une civilisation uniformisée, dans les tons bien grisâtre, sans aspérité, où il ne sera plus question de peindre du blanc sur du noir ou du noir sur du blanc merde à la fin, où il ne s’agira plus de se révéler les uns les autres mais d’être tous, au garde à vous. De la pensée unique.

    Nous serons alors tous caca d’oie.

    Et ce sera chouette.

    Voir en ligne : http://uneepoqueformidable.unblog.fr/

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  • L’affaire Zemmour

    12 décembre 13:13, par Charp

    Je connais mal l’affaire Zemmour, mais assez pour estimer qu’il faut combattre ce genre de personnages : en voulant réhabiliter le mot « race », il cherche clairement à réhabiliter au moins certains préjugés racistes, à entretenir la division des peuples, si utile aux pouvoirs.

    Seulement s’il peut se permettre de le faire de manière aussi détournée, c’est aussi parce que certains confondent lexicographie et combat contre l’injustice.

    En soi, et par d’autres, le terme de « race », pour être dépourvu de fondement biologique, n’est pas dépourvu de sens : un être discriminé pour sa race l’est précisément pour appartenance à une collectivité supposée sans fondements biologiques.

    A ces frileux du langage, je préfère l’attitude d’Aimé Césaire et Senghor qui, plutôt que de s’effaroucher du mot « nègre » s’en firent un drapeau.

    Voir en ligne : Négritude

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  • L’affaire Zemmour

    12 décembre 14:52, par Augustina

    Monsieur,

    « [...] faut-il, parce que des généticiens ont démontré que les différences entre les divers types humains étaient infinitésimales et que la notion de race n’était donc pas pertinente d’un point de vue scientifique (ce qu’on ne discute pas), faut-il interdire l’usage d’un mot qui, pour le plus grand nombre, exprime simplement une réalité sensible ? Est-il donc raciste de parler de races ? ».

    1°) Comment se fait-il alors que malgré une démonstration indiscutable, on continue de faire usage du terme de race pour faire une discrimination de fait. C’est-à-dire que le fruit de la recherche biologique est du côté du réel, alors que sa négation est du côté de l’imaginaire. Il y a bien une confusion de registres qui crée une « apparente » polémique, « la réalité sensible » dont vous parlez se situe du côté de l’imaginaire et ne peut donc relativement à la démonstration scientifique n’avoir de valeur de vérité qu’imaginaire : il s’agit d’un glissement de champs, d’une métonymie.

    Imaginons maintenant que quelqu’un vienne nier un autre réel, l’existence des chambres à gaz… Il se situerait dans une réalité sensible parce-qu’il ne les a pas vues de lui-même, qu’il n’a pas assisté à l’exécution massive dans les chambres à gaz…

    2°) Est raciste celui affirme l’existence de races humaines et ce depuis la découverte qui démontre exactement le contraire. Il ne s’agit pas d’interdire un mot mais de reconnaitre un raisonnement négationniste.

    Au plaisir de vous lire. Augustina Bourrelly

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  • Pas science.

    12 décembre 16:03, par Minima

    M’enfin Bernard, tu torpilles toi même ton billet d’humeur…

    Tout en t’en gardant, quelque part, tu opposes la science à ce qui s’apparente à de la « compréhension naturelle des choses »… pour terminer en beauté par cette assertion que la Terre est ronde !!!

    Question de « bon sens » : les races existent de fait (avec des limites) et la Terre est ronde…

    Ben non. Les deux sont du propos de comptoir : facilement compréhensibles par tous mais rigoureusement incorrects.

    Je ne reviendrais pas sur le fond de ton bloc-note, j’en comprends l’idée générale sous-tendue, mais là, tu t’assassines tout seul sur la fin : trois malheureuses petites lignes qui décrédibilisent l’ensemble.

    Je sais, ton billet d’humeur n’a pas vocation à être scientifique… … mais quand même, « la Terre est ronde » !!! Tu me la copieras celle là !

    Sylvie Séquier

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  • L’affaire Zemmour

    12 décembre 16:23

    Il me revient à l’esprit que les etres humains semblent devoir être prochainement catalogués en type (caucasien, etc… dont un très méchant)

    Ensuite, il me souvient de ces abominables truands au teint basané (cf nord de l’Afrique) qui font si peur à la France profonde au même titre d’ailleurs que les délinquants de type maghrébin (je l’ai retrouvé).

    On voit bien que la lutte contre les mots ne suffit pas, ce qui convient c’est de lutter contre les causes !

    Continuez camarade Langlois !

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  • L’affaire Zemmour

    12 décembre 21:15, par Jean-Yves Vlahovic

    Provocation ?

    Perso, je trouve l’article de Bernard Langlois très provocateur (ce qu’il assume, tant mieux). Pourquoi vouloir défendre tout prix Zemmour, qui ne sait plus ni quoi dire ni quoi faire pour montrer qu’il existe ? Il bénéficie de suffisamment d’appuis dans le milieu médiatique pour vouloir s’en faire le défenseur. Quant au concept de « race », scientifiquement il n’existe pas, c’est comme cela et c’est tant mieux. Tout au plus peut-on parler de race humaine, chevaline, canine, … Certes, et c’est tant mieux, il existe au sein d’une même « race », des différences cutanées, morphologiques, linguistiques, culturelles… Et là, il vaut mieux effectivement parler de « types » ou d’ »ethnies », sans que cela induise un quelconque déterminisme. Certaines foisn je préfère Bernard Langlois en critique de livres. J’en ai déjà acheté plusieurs par ui conseillés et je n’ai pas eu à le regretter. Si cet article était fait dans le but de faire réagir, ça c’est fait. Allez, salut Jean-Yves Vlahovic

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  • L’affaire Zemmour

    13 décembre 09:01, par Thierry

    Pour moi c’est pas le fait d’affirmer qu’il y ait des races différentes qui me choque, ce serait le fait de dire qu’il y en a une supérieure à l’autre.La gauche de la gauche (dont je partage de nombreuses idées)est la premiére à regretter le politiquement correct abreuvant les médias.A la force de dire que telle idée est interdite d’expression (même si je ne la partage pas)on ne pourra plus débattre de rien.A quand l’impossibilité de dire que dans l’espèce humaine il existe des hommes et des femmes au nom du principe de non discrimination et de l’égalité des sexes.

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  • L’affaire Zemmour

    13 décembre 09:14, par PMB

    (avec une accélération assez nette entre 1940 et 1945…)

    Pas nécessaire de nous faire un dessin, hein ! Sûr que la tante et l’oncle Picsou ont bien su se « débrouiller » !

    Un aspect dur de cette histoire, c’est que cet homme a été exploité en famille. On n’est jamais si bien trahi que par les siens.

    Voir en ligne : http://http://tinyurl.com/67j7vy

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  • L’affaire Zemmour

    13 décembre 09:16, par PMB

    (Lien mal donné. Milexcuz !)

    Voir en ligne : http://tinyurl.com/67j7vy

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  • L’affaire Zemmour : Putain de ta race

    14 décembre 12:57, par Zoë Lucider

    Voilà qu’elle revient la vieille tentation de l’utiliser ce terme que les ethnologues (Lévi Strauss un des premiers), les biologistes et autres observateurs de l’humaine aventure, ont depuis déjà quelques lunes dénoncé comme arrogante billevesée des semi Albinos du Nord pour justifier leurs coutumes barbares d’assassinat, de viol et de captation, dont ils ont tiré leur soi-disant suprématie civilisationnelle et dont ils persistent à démontrer l’excellence grâce à leur génie balistique. Il y aurait une polémique en cours. Bernard Langlois s’en mèle (Politis semaine du 11 au 18 décembre) et aurait mieux fait de s’abstenir. Défendre Eric Seymour (mouais) en appelant à la rescousse l’usage par les culs terreux d’un terme banalisé dans leur pratique, ça va pas Langlois ? Rappelons que ce terme est utilisé pour fonder à partir de critères choisis comme discriminants (au sens de la science classificatoire) et ordonner sur une échelle de performance les unités discrètes en question. Or s’il peut être utile (encore que…) de distinguer chez les chiens les races de bergers des races de courants, chez les chevaux les percherons des alezans, les persans des siamois pour les matous, les blanches des grises pour les souris, on sait bien que derrière cette activité de classement il y a une distribution et une assignation des fonctions. Les laitières donnent des veaux et du lait, les castrés du biftek et les taureaux de « l’émotion esthétique ». Et pour les humains, les Blancs des traders, les Noirs des balayeurs, les Jaunes des ouvriers innombrables et silencieux, les Rouges les derniers primitifs pour ethnologues compatissants. N’oublions pas la race féminine. Il n’y a pas de raison pour que le taux de mélanine ou la courbure du nez soit un caractère distinctif plus signifiant que la forme des appendices sexués. Taillable, corvéable, engrossable, castagnable à merci. Merci pour elles. Pour ma part la race que je serai prête à flanquer dans des camps de contention pour éviter les dégâts qu’elle engendre serait celle des vieux mâles, de toutes les couleurs dès qu’imbus de leur suffisance, ils se croient autorisés à faire marcher au fouet, ceux qu’ils ont assujettis grâce notamment à ces discours pernicieux et dénués de tout fondement justifiable. Je ne les martyriserais pas ; les obligerais simplement à se supporter les uns les autres et à s’autosuffir sans recourir à la kyrielle de larbins qui leur permet de dédier tout leur temps à se regarder le nombril en s’émerveillant de la délicatesse de leur dessein. Je sais, c’est violent et infaisable. C’est eux qui ont la haute main sur la mitraille. C’est même la raison qui les a portés à être si inventifs en la matière, la crainte de la révolte de leurs serfs. Puisqu’on ne peut encore leur retirer leurs jouets les plus dangereux, refusons au moins de leur permettre de continuer à prolonger leur mythologie mafieuse. Race, racialité, racisme, Merdre messieurs les Trous d’Ubu.

    Voir en ligne : Putain de ta race

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  • L’affaire Zemmour

    15 décembre 09:34, par Isa

    Merci Bernard Langlois pour ce texte courageux. Il faut déjà avoir la force de ne pas céder au terrorisme intellectuel qui place tout contradicteur dans une posture infamante. C’est une maladie scientiste que de chercher à légitimer la valeur égalité par la science. Cela conduit au déni de la réalité, de l’altérité, et mène à faire le jeu de nos adversaires (les vrais racistes qui croient à la supériorité d’un groupe sur l’autre). L’Egalité n’existe dans aucune expérience de laboratoire. C’est un des arbitraires qui fondent notre humanité et notre capacité d’émancipation. Quand les chrétiens ont décrété que tous les hommes étaient égaux devant Dieu, ils ne l’ont pas fait sur une base scientifique en comptant les chromosomes mais au nom d’une intuition spirituelle. Scientifiquement, en revanche, Einstein n’est pas l’égal de l’idiot du village comme la jambe du Pygmée et différente de celle du Massaï. Nier les différences est absurde. C’est en avoir peur alors qu’elles sont le bonheur de la vie.C’est un des drames réguliers de la Gauche de confondre indifférenciation et émancipation au nom d’un égalitarisme mal compris. Un vieux sujet de débat. Isabelle

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  • L’affaire Zemmour

    15 décembre 12:58, par Henri, de Besançon

    Ci-après un petit extrait de ce qui est écrit dans l’article du site d’ACRIMED, article qui a lancé l’affaire Zemmour. l’article n’appelait nullement à un lynchage médiatique de Zemmour, mais constatait avec effarement l’incapacité de la journaliste-animatrice à réagir en journaliste consciencieuse aux provocations dudit Zemmour. Dans un article ultérieur d’ACRIMED, c’est encore plus le montage « frauduleux » de l’émission qui est mis en cause (coupures des protagonistes qui répondent sur le fond à Zemmour)

    extrait donc :

    La suite du « débat » vaut également son pesant d’or. Interrompu au début de l’échange, Zemmour revient sur le deuxième « métissage » dont il voulait parler, et qui, selon lui, est « culturel ». S’il s’accorde à dire qu’il y a toujours eu un métissage culturel en France, il regrette en revanche la disparition de la « hiérarchie des cultures », qui faisait de la culture « française » la culture prédominante et favorisait ainsi l’« assimilation » des populations « étrangères » jusque dans les années 1970. Il explique : « Moi je crains que comme aujourd’hui on a supprimé cette hiérarchie, comme aujourd’hui on estime que toutes les cultures se valent, qu’on est un mélange de différentes cultures égales, et que ça, c’est ça qui nous mènera au multiculturalisme et donc à l’affrontement des cultures et donc des communautés. » Une « thèse » résumée dès son entrée en plateau : l’alternative au « multiculturalisme », « c’est une culture pour des races différentes ! » Est-ce à dire qu’il y aurait plusieurs « races » différentes mais égales entre elles ( ? ??) alors qu’il y aurait plusieurs cultures (ce que personne ne nie…) mais d’inégale dignité ?

    fin de l’extrait

    C’est là la véritable critique dont on ne peut exonérer Zemmour à si bon compte. Son aimable innocence (Le Robert définit le mot race, donc les races existent, tout comme sans doute les fantomes, les archanges, et les démons) et son ton gentiment humoristique ne lui permettent pas d’occulter sa conviction intime de la supériorité de la race, comment dire, aryenne ? pardon, gréco-blanche c’est plus culturel.

    Finalement Zemmour ne se distingue guère de QuelleCrotte (à moins que ce ne soit un autre philosophe médiatique, ma mémoire flanche) déplorant l’équipe de France de football Black-black-black dans un journal de gauche israélien. Il est simplement un peu plus astucieux, car Le Pen aurait dit à QuelleCrotte que pour courir, NATUREllement, ils sont meilleurs, les noirs, tandis que pour réfléchir … pour la culture, n’est-ce pas … Et que donc la seule chose que l’on puisse vraiment leur reprocher, c’est leur manque de culture : ils ne savent pas chanter la Marseillaise par exemple

    Voir en ligne : Éric Zemmour réhabilite les « races »

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  • L’affaire Qui ?

    15 décembre 13:59, par Philippe

    Non non, il ne fait pas semblant ! Il est comme l’animateur télé suscité, il est naïvement persuadé de ce qu’il raconte, et pense, tout aussi benoitement, qu’il s’adresse à de farouches donzelles éffrayées par des mots, aha.

    Parce que vous comprenez, l’auteur fait « métier d’écrire ». Il ne se fait donc pas « que des amis ». Essayez de vous représenter le calvaire de l’auteur, entouré de (que dis-je, submergé par) nous autres imbéciles ! Qui font métier d’autre chose !

    C’est dingue ça, qu’avons-nous ? Des gens de bonne volonté que des *générations* à vivre ensemble ont formés, disons même rompus à la subtilité de l’ethnologie de quartier (CF le poste de « J » infiniment plus *utile* que l’article, qui part dans tout les sens et n’est pas (je suis désolé hein) techniquement valable – Fautes de syntaxe, de style, digressions hors-sujet, auteur s’écoutant parler, démagogie et pour commencer, propos de départ non avenu, etc) et en face, de tristes sires (qui font métier d’écrire, haha, j’en rigolerai encore ce soir dans mon lit de celle-là) appliqués à NIER la réalité la plus factuelle : Celle de la rue, celle des dictionnaire, celle des lumieres ! Eric Zemmour, dites-vous ? Je n’ai pas la télé, qui est-ce ?

    Salut@tous et restez calme, zen, Ômmmmm ;)

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  • L’affaire Zemmour

    16 décembre 08:48, par B.L.

    Quelle hargne, ce Philippe !

    Si c’est ce qu’il appelle être zen …

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  • L’affaire Zemmour

    16 décembre 08:53, par B.L.

    Henri, je n’ai jamais dit qu’Acrimed appelait au « lynchage médiatique » de Zemmour.

    Par ailleurs, il va de soi que je suis en complet désaccord avec la 2 eme partie de l’intervention dudit Zemmour.

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  • L’affaire Zemmour

    16 décembre 10:29, par Ndjocka

    Bernard Langlois (et non Politis, j’espère) qui soutient Zemmour, on aura tout vu. Ledit Zemmour qui n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai, en matière de beaufferies en tout genre, ce dont Mr Langlois ne daigne pas tenir compte. Passons sur l’auto-suffisance de notre chroniqueur (bien aimé par ailleurs) qui affecte de prendre de haut les réactions à son article. Je me joins à un intervenant ci-dessus pour lui demander (à lui et à son nouvel ami) ceci : mon père est de « race noire », comme vous dites, ma mère et de « race blanche », comme vous dites, de quelle race suis-je donc ? J’attends la réponse éclairée de celui qui ne s’embarrasse pas de nuances, au contraire des myriades d’imbéciles qui pensent les choses ne sont pas si simples que les Zemmour et consorts voudraient le faire croire. Vous pouvez rire grassement en imaginant notre maréchaussée s’atteler à un contôle au faciès, mais je trouve, moi, qu’il serait bon que les flics (et vous) apprenneniez qu’il existe autre chose que « l’individu de race noire », ou « l’individu de race blanche ». Merci également à l’intervenant qui rappelle à un autre qu’on peut compter maintes différences entre deux races de chiens, tant d’aspect que comportementales, mais qu’il n’y a pas lieu de faire un lien avec ce qui sépare un Peul du Burkina et un rouquin bavarois, et qui est de l’ordre de l’infinitésimal. Sans rancune.

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  • L’affaire Zemmour

    16 décembre 11:41, par dom

    Hyper intéressante la suite du débat, donnée par ACRIMED, via Henri, de Besançon.

    J’entends qu’il y est question d’un hypothétique « affrontement des communautés » par « multiculturalisme » dû à un défaut « d’assimilation » (à une culture d’un pays donné).

    1. Perso, je pense que « l’affrontement des communautés » est un postulat. Au même titre que le « choc des civilisations ».

    2. Je ne peux donc être d’accord avec Zemmour. Ni affrontement, ni choc. Pure propagande.

    3. Mais, si je me donne la peine d’entendre son postulat de départ, j’arrive à comprendre que, pour éviter un « affrontement des communautés » pouvant être induit par le « multiculturalisme », il en arrive à parler d’une « culture globale (un pays donné) assimilante, afin que chacun, d’où qu’il vienne, s’en sente partie intégrante, malgré son identité propre. Rassembler sous une même bannière.

    4. Il n’a jamais utilisé le mot « dignité ». Mais s’il a utilisé le mot qui tue « hiérarchie », je le comprends uniquement dans le sens quantifier la culture dans un pays donné à un moment T, et non qualifier. Pas de racisme donc. N’allons pas chercher la petite bête.

    5. Rien ne me choque dans ce que dit Zemmour. Si ce n’est cette redondance dans l’hypothèse d’un choc ou d’un affrontement.

    6. Résistance donc.

    Pour finir : j’espère que je me suis bien fait compris, oui sourions un peu. A part ça, Zemmour n’est pas du tout ma tasse de thé.

    Voir en ligne : http://uneepoqueformidable.unblog.fr/

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  • L’affaire qui n’existait pas (ou pas assez, en tout cas)

    16 décembre 12:03, par Philippe

    Allez, ça va, on avait compris dés le titre (« l’affaire Zemmour », pff) que c’était du bidon, du spectacle, j’imagine que le rève de notre chroniqueur serait une « affaire Langlois » qui, si les textes qui suivent sont de la même tenue, pourrait bien arriver !

    Je vous suggère de re-tenter le coup, ça VA marcher. On gagne à la longue, à tartiner sa culture à la première personne « je tends des verges pour me faire battre » et à écrire sur ce ton qui a fait ses preuves d’efficacité, de candide à mots simples mais qui a tout compris.

    C’est bien, on passe complètement à coté du débat, on amuse le public avec des fins de phrases remontées et des réparties gratuites, procédé qui marche dés l’école primaire.

    Car débat il y a. Les réactions, les « commentaires » sont très près du sujet : J’attends la réponse à votre question, Ndjocka : De quelle race est l’enfant d’un père de race noire et d’une mère de race blanche ?

    Car il s’agit bien de mots. Uniquement de mots. Et de la part de ceux « qui font métier d’écrire » on aimerait un peu plus de maîtrise des, justement, mots.

    Quant à Politis, qui pense qu’engranger les vue de page avec ce genre d’astuces est une politique pérenne… Mmmbref.

    Le Zemmour, là, que je ne connaissais pas avant cette lamentable « Affaire » (ce qui prouve que sa petite provoc a fonctionné nickel, s’il est gentil il vous enverra peut-être des chocolats, à Politis, mais j’en doute, je voudrais pas vous donner de faux espoirs) je l’ai entendu (sur youtube) nous ressortir un vieux truc de raciste bon teint :

    « Comment pouvez-vous parler de métissage et ne pas vouloir entendre le mot race, c’est contradictoire ? » ; allez voir sur des sites de fachos, vous verrez c’est en bonne place dans leurs « manuels de rhétorique », généralement plutôt titrés « comment répondre à un gauchiste/angéliste/altermondialiste ». Vous voyez ? Un combat de mots, genre googlefight.

    Il y en a d’autres, des contradictions sémantiques de ce genre. Il ya de quoi gloser pendant tout le prime-time sur 10 ans en épatant le badaud avec des vérités dignes des « le saviez-vous » des vieux « illustrés » (genre Blek-le-roc).

    Je veux bien que les intellos de la société du spectacle ne travaillent PAS au démontage de chevilles logiques pourtant si triviales.

    Mais qu’ils les entérinent comme ça, avec les mêmes boniments (« je tends des verges pour me faire battre », huhu) je (oui, je) trouve ça assez lamentable, sauf la courtoisie que je vous dois.

    Pour finir, je me permet respectueusement de conseiller à ceux qui utilisent des comparaisons animales pour justifier l’utilisation du mot race dans toute autre acceptation que celle de race humaine (qui est ELLE AUSSI un abus de langage, enfin je crois, après tout je ne suis ni linguiste ni grammairien, juste un commenteur de blog), de se renseigner un minimum sur la nature.

    Il existe de nombreuses publications, au hasard, vraiment random : Le bimestriel La Hulotte, le Guide Paterson des oiseaux d’europe, je sais pas moi, promenez-vous en forèt, regardez-les, les animaux à propos desquels vous cancanez.

    (Pendant que vous y êtes, demandez donc à une mésange ou un étourneau si ils pensent qu’ils ya +sieurs races d’humains !)

    L’ignorance de la nature serait simplement navrante si elle ne servait pas, en plus, de fondation à l’incompréhension profonde de NOTRE société, celle des hommes.

    Mm.. Je peux pas finir là-dessus… alors je vais ajouter que je trouve bien naze de la part de Politis de relayer cet affligeant jeu de miroir « les blogs parlent de la télé, la télé parle des blogs, youpi » qui n’est rien d’autre qu’une stratégie (statistiquement vouée à l’échec, bref) de la télé pour tenter de garder son audience de téléspectateurs hypnotisés : Ben oui, s’il leur prend de taper « affaire zemmour » dans google il tombent sur Politis, qui leur sert la même bouillie tiède mais comme la chaise de l’ordinateur est moins confortable, ils retournent sur le canapé du salon en moins de temps qu’il n’en faut pour écrire « nil ».

    Zen, toujours

    Cordialement, P.

 

Publié dans DU RACISME EN FRANCE, ERIC ZEMMOUR | Pas de Commentaire »

Éric Zemmour réhabilite les « races » (avec vidéo)

Posté par issopha le 13 décembre 2008

  

Éric Zemmour réhabilite les « races » (avec vidéo)

 

 Éric Zemmour réhabilite les « races » (avec vidéo) dans DU RACISME EN FRANCE pdf parisberlinericzemmourrhabilitelesraces.pdf  

Consulter l’intégralité du contenu de l’émission ans le fichier pdf ci-dessus.

Eric Zemmour , L’enflure…

 

Né le 31 Août 1958. Diplômé de l’I.E.P. Paris. Journaliste politique au Quotidien de Paris,(1986-94), Editorialiste à Info Matin (1994-95), Grand reporter au Figaro ( depuis 1996), journaliste à Marianne (depuis 1997). Après avoir participé à « Vendredi pétantes », sur Canal+, animée par Stéphane Bern jusqu’en juin 2006, Éric Zemmour se répand au moment où nous écrivons dans l’émission « L’Hebdo » sur Tempo (chaîne de RFO), dans « On n’est pas couché », l’émission animée par Laurent Ruquier sur France 2 et dans l’émission « Ça se dispute », sur I-Télé.

 

 

Cliquer sur le lien ci-dessous pour visulaliser la page d’origine et les vidéos sur le site  web de l’ACRIMED.

 Zemmour réhablite les races …avec vodéos ( Partie 1 )

  http://www.acrimed.org/article3003.html   

 Zemmour et l’existence des races …avec vodéos suites (Partie 2 )

  http://www.acrimed.org/article3019.html    

 

 

Publié le 16 novembre 2008 par Henri Maler, Marie-Anne Boutoleau

Éric Zemmour, éditorialiste au Figaro, habitué des plateaux télé (dont celui de Laurent Ruquier) assume ouvertement des prises de position réactionnaires, notamment en matière de mœurs et s’oppose ainsi à tout ce qui selon lui entraînerait la décadence de la France : le féminisme, « l’idéologie gay », les arabes et la religion musulmane (voir en « Annexe »).

Mais Zemmour a franchi un pas supplémentaire sur Arte le 13 novembre 2008 alors qu’il était invité de l’émission « impertinente » animée par Isabelle Giordano – « Paris-Berlin, le débat » -, intitulée ce jour-là « Demain, tous métis ? ». Sûr de lui et fort de la complaisance d’Isabelle Giordano, l’éditorialiste multicarte (et qui sans doute le restera…) put affirmer sans être contredit par l’animatrice, que Noirs et Blancs appartenaient à deux « races » différentes et qu’il y aurait une « hiérarchie » entre les cultures [1]. Comme si l’ethnocentrisme et le racialisme étaient des « opinions » comme les autres…

Face à Rokhaya Diallo, présidente (noire, le fait a son importance, du moins quand on a affaire à Zemmour) de l’association « Les indivisibles », à Vincent Cespedes, philosophe (qui s’en était déjà pris à Zemmour par le passé) et à Renan Demirkan, comédienne et écrivaine allemande d’origine turque, l’« impertinent » éditorialiste a argumenté avec un rare aplomb sur le fait qu’il existait des « races » reconnaissables à « la couleur de peau ». Il n’a pas été jusqu’à dire que l’une était supérieure aux autres, mais il s’en est fallu de peu…

Cela mérite bien une vidéo (en attendant une version plus complète…) , suivie de sa transcription. La version intégrale de l’émission peut être consultée sur le site d’Arte.

- Éric Zemmour : – « Il y a le métissage racial, c’est-à-dire le mélange des races, physiquement. »
- Rokhaya Diallo : – « C’est, quoi, qu’est-ce que c’est les races ? Qu’est-ce que vous entendez par « races » ? »
- Éric Zemmour : – « Si y a pas de races, y a pas de métissage ! »
- Rokhaya Diallo : - « Ben non, parce que peut-être que le deuxième dont vous avez parlé… » [Allusion au métissage des cultures]
- Éric Zemmour : – « …donc y a pas de question dans ce cas là ! »
- Rokhaya Diallo : – « Non, parce que vous parlez de deux métissages, donc peut-être que le deuxième existe. »
- Éric Zemmour : – « Oui, le deux… »
- Isabelle Giordano et Éric Zemmour, de concert : – « Parce que pour vous Rokhaya, les races n’existent pas ? »
- Rokhaya Diallo : – « Ben non. Enfin je… »
- Vincent Cespedes : – « Pas pour les scientifiques non plus… »
- Isabelle Giordano : – « On écoute la deuxième… la deuxième… »
- Éric Zemmour : – « Non, mais moi ce qui m’intéresse dans cette histoire – je vais très vite – j’ai le sentiment qu’à la sacralisation des races de la période nazie et précédente a succédé la négation des races. Et c’est d’après moi aussi ridicule l’une que l’autre. Qu’est-ce que ça veut dire que ça n’existe pas ? On voit bien que ça existe ! »
- Rokhaya Diallo : – « Mais comment on le voit ? Je ne comprends pas ce que vous voyez… »
- Éric Zemmour : – « Ben à la couleur de peau tout bêtement. »
- Rokhaya Diallo : « Et donc la couleur de peau selon vous fait que moi j’appartiens à une race différente de la vôtre. »
- Éric Zemmour : – « Mais évidemment ! Non mais… que vous redécouvriez… »
- Rokhaya Diallo : – « Bon ben alors… C’est intéressant… »
- Éric Zemmour : – « Ben évidemment, j’appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire ! »
- Rokhaya Diallo : – « Non, j’appartiens à la communauté française et… »
- Vincent Cespedes : – « Peut-être que ça vous rassure, Éric : ça vous rassure d’appartenir à la race blanche ! »

Laurent Joffrin, en charge de sa propre absolution, concédait non sans désinvolture que parler de « race » juive, c’était recourir à un mot « mal choisi », comme nous le relevions ici même. Éric Zemmour n’a pas une telle pudeur.

Qu’importe si la quasi-totalité des scientifiques de toutes les disciplines ont depuis belle lurette contesté l’existence même de « races », définies par un ensemble de traits distinctifs, au sein de l’espèce humaine ! Éric Zemmour sait ! Et Isabelle Giordano [2], aussi impassible que son sourire, croit animer un simple débat d’opinions individuelles : une question de goûts. Par Saint Philippe Val, et quelques autres grands pourfendeurs des « rumeurs » qui seraient le monopole d’Internet, il suffit de lire l’article de Wikipedia sur les « races », pour acquérir les quelques connaissances qui permettent de faire taire les « rumeurs » propagées par les grands professionnels que l’on entend partout, et notamment sur Arte, une chaîne qui se prévaut d’être au service de la culture !

La suite du « débat » vaut également son pesant d’or. Interrompu au début de l’échange, Zemmour revient sur le deuxième « métissage » dont il voulait parler, et qui, selon lui, est « culturel ». S’il s’accorde à dire qu’il y a toujours eu un métissage culturel en France, il regrette en revanche la disparition de la « hiérarchie des cultures », qui faisait de la culture « française » la culture prédominante et favorisait ainsi l’« assimilation » des populations « étrangères » jusque dans les années 1970. Il explique : « Moi je crains que comme aujourd’hui on a supprimé cette hiérarchie, comme aujourd’hui on estime que toutes les cultures se valent, qu’on est un mélange de différentes cultures égales, et que ça, c’est ça qui nous mènera au multiculturalisme et donc à l’affrontement des cultures et donc des communautés. » Une « thèse » résumée dès son entrée en plateau : l’alternative au « multiculturalisme », « c’est une culture pour des races différentes ! » Est-ce à dire qu’il y aurait plusieurs « races » différentes mais égales entre elles (? ??) alors qu’il y aurait plusieurs cultures (ce que personne ne nie…) mais d’inégale dignité ?

Quant à Isabelle Giordano, soucieuse d’apaiser le « débat » et sans jamais se départir de son ineffable sourire, elle préfère à plusieurs reprises donner le change en insistant sur « [la difficulté] à s’accorder sur les mots »… En 1952, Claude Lévi-Strauss, dans Race et histoire, brochure alors éditée par l’Unesco, réfutait déjà le racialisme qu’il soit biologique ou culturel. Mais sur Arte, c’est désormais une question de mots. Et quelque temps plus tard, poussé dans ses derniers retranchements par Vincent Cespedes, Zemmour se retranche fugitivement derrière un autre mot : « type »…

Constant dans la dénonciation de tout ce qui menace la France virile, ces propos scandaleux d’Éric Zemmour ne sont nullement, dans son cas, un « dérapage », mais bien l’aboutissement d’une carrière toute vouée à la réhabilitation de la France « éternelle », c’est-à-dire blanche, phallocratique et hétérocentrée.

Nul doute que tous les épurateurs de la presse et des ondes (façon Philippe Val et ses amis) vont, à la suite de ces propos, s’étonner de la place envahissante qu’Éric Zemmour occupe dans les médias. Après avoir participé à « Vendredi pétantes », sur Canal+, animée par Stéphane Bern jusqu’en juin 2006, Éric Zemmour se répand au moment où nous écrivons dans l’émission « L’Hebdo » sur Tempo (chaîne de RFO), dans « On n’est pas couché », l’émission animée par Laurent Ruquier sur France 2 et dans l’émission « Ça se dispute », sur I-Télé. Entre autres collaborations dans la presse écrite, Zemmour, passé par Marianne, « éditorialise » depuis 1996 au service politique du Figaro.

On n’ose penser que c’est la défense de la pureté de la race blanche et de la culture franco-française qui a valu à Éric Zemmour d’être en 2006 membre du jury du troisième concours d’entrée à l’ENA (réservé aux salariés du secteur privé ou aux personnes exerçant un mandat électif national ou local) en 2006 [3].

Curieusement, Éric Zemmour, si prompt à disserter sur l’« endogamie » supposée des Turcs ou des Allemands, se montre beaucoup moins prolixe au sujet de l’endogamie, socialement déterminée, des « élites »…

Marie-Anne Boutoleau et Henri Maler

 


Annexe : quelques « pensées » d’Éric ZemmourÉpouvanté par ce qu’il considère être une « féminisation » de la société qui entraînerait la décadence d’un Occident viril, Éric Zemmour avait déjà consacré un ouvrage entier en 2006 [4] à la dénonciation des féministes (« Le féminisme porte en lui comme tous les mots en « -isme », un totalitarisme » [5]) et de l’« idéologie gay ». En « homme » , il s’était alors vanté sur le plateau de Thierry Ardisson de ne jamais changer les couches-culottes de son enfant, afin de ne pas perdre sa virilité en s’abaissant à effectuer cette tâche « féminine » [6].En 2008, Zemmour revient avec un roman, Petit frère, dans lequel il dénonce la « perversité » de l’antiracisme dont il prétend « faire le procès », en se référant entre autres à Alain Finkielkraut pour qui « l’antiracisme est le communisme du XXIe siècle ». Dans ce livre, Zemmour part en croisade contre la « défrancisation » : « chacun se sent de moins en moins français – je le montre dans la langue, voyez, ils parlent un français de plus en plus abâtardi. » Qui « ils » ? Les jeunes, et en particulier ceux des quartiers populaires et des banlieues, surtout s’ils sont « Arabes ». Pour Zemmour, c’est la fin de la « nation » française, et les guerres tribales nous menacent d’autant plus que désormais les vrais « Français » seraient minoritaires dans notre pays, et forcés de « s’adapter » aux coutumes – forcément « sauvages » – des nouveaux arrivants, comme le Ramadan (Propos tenus et thèse défendue lors de l’émission « Les Grandes gueules », sur RMC, le 7 janvier dernier, à écouter sur Dailymotion).

Notes

[1] Notons au passage que l’intitulé même de l’émission : « Demain, tous métis ? » portait lui-même à confusion, sous entendant par l’utilisation de la forme interrogative que nous n’étions pas déjà tous peu ou prou « métis », comme si certains appartenaient à des « races » (encore) pures…

[2] Dont la biographie, sur le site d’Arte, dit assez la compétence sur un sujet d’une telle importance : « Après des débuts à « Bouillon de Culture » puis à « Demain », Isabelle devient en 92 et pour 10 ans, la Dame du Cinéma de Canal+. Rôle qu’elle a repris pour F2 en 06-07 avec l’émission « Jour de fête », après avoir animé le « Fabuleux destin » sur F3 pendant 2 ans. Elle s’est aventurée à la radio sur France Inter en 94 avec Planète Livre puis à Europe 1. Revenue sur France Inter en 03 dans le « Fou du Roi », elle a créé le 1er RV à l’écoute des ados en 04, le « Monde selon wam », récompensé par les Lauriers d’or du Sénat. Elle est l’auteur de « Martine, portrait intime » (02), « Romy Schneider » (03), « Les bonnes choses de la vie » (04) et « Voyage au pays des psys » (06). »

[3] Selon une note publiée en 2006 sur le site du Centre de Préparation au concours d’entrée à l’ENA de Bordeaux intitulée « Éléments d’information sur les membres du jury 2006 » et encore disponible au moment où nous écrivons.

[4] Le premier sexe, aux éditions Denoël.

[5] Interview d’Éric Zemmour sur le site d’Actualité du livre le 7 mai 2006.

[6] Lire à ce sujet « Les choses en main, lettre ouverte à Éric Zemmour et à tous ceux qui se sont contentés de naître », par Patience Philips sur le site du collectif « Les mots sont importants ». Lire aussi : « Mais pourquoi est-elle si méchante ? » par Viencent Cespedes sur le site de Sisyphe et « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire (ou la violence ordinaire d’Éric Zemmour) » sur le site des « Chiennes de garde ».

  

  

  

  

Zemmour et l’existence des « races », suites… (avec vidéos)

 

 

 Zemmour et l’existence des races …avec vodéos suites (Partie 2 )

  http://www.acrimed.org/article3019.html    

 

 

Publié le 1er décembre 2008 par Henri Maler

Sur Arte le 13 novembre 2008, invité de l’émission « Paris-Berlin, le débat », intitulée ce jour-là « Demain, tous métis ? », Eric Zemmour avait donné toute la mesure de son ignorance et de son arrogance en soutenant que les races existent au sein de l’espèce humaine. Nous nous serions volontiers privés de revenir sur ce que nous avions écrit et montré à ce propos dans un article précédent : « Éric Zemmour réhabilite les « races ». Mais les suites médiatiques de cet article ont réservé quelques surprises.

Droit de suite (1) : L’émission intégrale

A la suite de la diffusion de « Demain, tous métis ? », Vincent Cespedes, autre invité de l’émission, a envoyé un « droit de réponse » qui a été mis en ligne sur le site d’Arte. On ne peut que s’en féliciter et suggérer que, à chaque fois que des invités estiment qu’ils ont été maltraités au cours du tournage ou lors de son montage, ils puissent disposer d’un droit de suite sur toutes les chaines…

Que disait Vincent Cespedes ?

« […] Je déplore que mes interventions aient considérablement fondu au montage final (…). Si ma mémoire est bonne, j’ai largement fait ce travail sur le plateau. Relevant ses amalgames – distinguant par exemple le “phénotype” et la “race” –, j’ai pointé son manque de probité intellectuelle, dénoncé ses provocations et ses affirmations péremptoires, soutenu en cela par Renan Demirkan et Rokhaya Diallo, mais aussi par un public proprement scandalisé, qui a d’ailleurs pris à parti M. Zemmour. Je déplore que l’on ait choisi de tronquer le cœur de la polémique pour mettre en scène le débat en le soumettant à des impératifs superflus (égalité des temps de parole, télégénie d’un duel Blanc/Noire, crédibilité du polémiste Eric Zemmour à maintenir à tout prix parce qu’il en va de la crédibilité du “casting” et du débat lui-même, etc.). Le montage final fausse la réalité du débat que nous avons eu. Toutefois, la mémoire étant sélective, subjective et faillible, le « buzz » autour de l’émission gagnant chaque jour de l’ampleur, je demande au diffuseur (Arte) et au producteur (2P2L) de bien vouloir mettre en ligne l’intégralité de l’enregistrement, ou, à défaut, une retranscription fidèle et exhaustive des échanges. Autrement dit : de faire fi du spectacle au profit du sens. »

Non seulement Arte a publié ce droit de réponse de Vincent Cespedes, mais les producteurs et le diffuseur de l’émission ont fait droit à sa demande en rendant publique la totalité de l’émission avant son « montage » [1]. On ne peut que les en féliciter et s’en féliciter, et suggérer une seconde disposition : que toutes les émissions qui ont fait l’objet d’un montage soient mises à la disposition du public, pour qu’il puisse évaluer les choix, inévitables, qui ont été effectués.

Droit de suite (2) : Quelques citationsMais le producteur, dans sa réponse, soutient que les choix inévitables étaient anodins. Or Vincent Cespedes propose sur son blog une comparaison (disponible en fichier .pdf) entre la version initiale et la version diffusée qui permet, pour le moins, d’en douter …A titre d’exemples, voici deux extraits coupés au montage (dont on peut lire la transcription en « Annexe »)…

Entre-temps, Eric Zemmour, que l’on entend et voit presque partout (le Figaro, RFO, France 2 dans l’émission « On n’est pas couché », sur I-télé…), a lui aussi bénéficié d’un droit de suite, notamment sur RFO (Radio France Outremer) dans l’émission « L’Hebdo » du 22 novembre 2008 intitulée « Race, le mot et la chose ».

… Au cours de laquelle on apprit qu’Eric Zemmour s’informe sur l’existence des races, en révisant, avant de participer à l’émission, la définition du mot race dans le Petit Robert, et que, pour l’essentiel le problème vient de la charge émotionnelle du mot race, puisque la science change tout le temps… alors que l’ignorance reste stable.

Droit de suite (3) : l’existence des races

Sans revenir – ce n’est pas directement le propos de la critique des médias – sur le fond du débat, on ne peut être que stupéfaits de la confusion entre la question de la définition du mot « race » et celle de l’existence des races. Les mots « Dieu », « anges » ou « démons » ont, comme le mot « race », une ou plusieurs définitions : mais l’existence de ces mots et leur définition ne sont quand même pas une preuve de l’existence de Dieu, des anges ou des démons.

De même que l’on ne peut être qu’abasourdi d’entendre (au cours de l’émission d’Arte) que nier l’existence des races relève de l’idéologie… sous prétexte que la science n’a pas tojours tenu le même discours sur le sujet (entendu sur RFO). A ce compte, c’est de l’idéologie d’affirmer que la terre n’est pas aussi plate qu’on aurait pu le croire et que la terre ne tourne pas vraiment autour du soleil…
Mais que faire de Zemmour et de sa non-idéologie ?
Droit de suite (4) : Sanctionner Zemmour ?A peine notre article avait-il été repris par le nouvelobs.com, puis présenté dans une version modifiée [2] que SOS-Racisme, suivi quelques jours plus tard par le Mrap et par le Cran demandait l’interdiction de Zemmour et le menaçait de poursuites judiciaires. Bruno Roger-Petit invitait à « chasser Zemmour des Médias publics ». Quant au sociologue Michel Wieworka dans une tribune publiée par Télérama, il demandait qu’Arte fasse connaître son indignation, voire que la justice soit saisie [3].Autant le dire clairement : le racialisme (affirmation de l’existence des races au sein de l’espèce humaine) ne mène pas toujours au racisme, bien que ce soit généralement le cas. Et on ne combat pas le premier par le recours à la censure.Le problème, en vérité, est beaucoup plus vaste : ce qui est en cause, du strict point de vue de la critique des médias, c’est l’omniprésence de spécialistes de tout et de n’importe quoi qui transforment en Café du Commerce les plateaux des télévisions et les studios des radios, sans avoir les charmes de celui-ci. Au risque de les entendre asséner, forts de la compétence universelle qu’ils s’accordent et de l’ignorance qu’ils dissimulent, des erreurs manifestes et les pires bêtises et vilénies. Eric Zemmour est l’un d’eux : ce n‘est pas le seul [4].

Et que dire de l’hebdomadaire Vendredi [5] qui, à contresens de ses objectifs affichés, s’offre un « scoop » en publiant non un article du net… mais un droit de réponse à l’omniprésent, sous prétexte qu’il « ne dispose pas d’un blog » (alors qu’il a accès à de nombreuses tribunes et que les blogs de ses admirateurs ne manquent pas)  ?

Quelle est la question posée selon Vendredi  ? Celle-ci : « Peut-on encore prononcer le mot “race” ? ». Comme s’il ne s’agissait que d’une querelle sur l’usage d’un mot. Cette explication consternante a été confirmée sur France Info le samedi 29 novembre à 12 h 20 par Philippe Cohen qui a trouvé que la réponse de Zemmour était « pleine d’humour » [6]. Il fallait donc la publier, en « exclusivité »…, sous un titre indécent : « Zemmour crucifié … répond. » Selon nos dernières informations, le crucifié se porte bien…

Henri Maler
- Avec Yannick Kergoat et Ricar pour les vidéos.



Annexe : Extraits de « l’intégrale » de l’émission d’Arte. Transcription de Vincent Cespedes. Voir, en fichier .pdf

[Cafouillage sur le plateau, R. Demirkan prend la parole, parle de sa fille et affirme : « c’est positif, d’être métisse ! Maintenant, vous pouvez continuer de vous engueuler ! »]

- Isabelle Giordano : – Vincent Cespedes ?…
- Vincent Cespedes :Non, non, il ne s’agit pas de s’engueuler pour s’engueuler : il s’agit de préciser des points. La notion de « race », de « différences de [races] » – parce que ça résonne chez beaucoup de gens…
- Éric Zemmour :Mais c’est une réalité !…
- Rokhaya Diallo :Non, il y a différents « phénotypes » mais il n’y a pas de « races ».
- Vincent Cespedes (à É. Z.) : – Écoutez, laissez-moi parler !…
- Éric Zemmour :Pardon !
- Vincent Cespedes : – Évidemment, on a tout un passé, on a un passif, nous, Blancs occidentaux. Déjà, utiliser le « nous », déjà, est compliqué – c’est ce qui était dit. Le« nous » est très compliqué. Le « nous » à mon sens doit être simplement politique. Le « nous », c’est le destin commun d’une nation ; le « nous », c’est quand on a vécu des expériences en commun et qu’il y a une amitié qui peut se lier…
- Éric Zemmour :Renan !
- Vincent Cespedes :Le « nous » est là. Mais, si vous voulez, le « nous » de l’homme blanc occidental a un long passé, et notamment un passé de la colonisation de l’Amérique. À l’époque, il fallait absolument trouver des points communs chez tous les Blancs – de l’Espagnol à l’Anglais en passant par le Français – qui allaient envahir, dans des conditions de violence extrême, le continent américain, le « Nouveau Monde », comme on l’appelait. Et ce point commun là… Il y avait d’abord la religion, mais on l’utilisait pour évangéliser justement ces indigènes-là, donc ce n’était pas un critère opératoire. Le vrai critère opératoire, c’était la couleur de peau. Il se trouvait que, entre un Anglais, un Français et un Espagnol, il y avait cette couleur « blanche » qui était facilement opposable et aux esclaves noirs de la Traite Négrière, et aux indigènes du continent américain. Et on est encore victime – je vais rebondir sur ce que disait Rokhaya très justement –, on est encore victime des ces préjugés-là : l’idée qu’entre un Anglais du nord de l’Angleterre et une Sicilienne, finalement, nous appartenons à « la même race ». C’est totalement faux ! Scientifiquement, le mot « race », en ce sens-là, n’a aucune – vraiment, en philosophe !…
- Éric Zemmour :Mais si !…
- Vincent Cespedes : -… aucune… vraiment aucun concept opératoire !
- Éric Zemmour :C’est idéologique !…
- Vincent Cespedes : – J’invite tous les internautes à surfer sur Internet pendant l’émission, pour qu’ils puissent voir ça !…
- Éric Zemmour : Mais c’est pas une insulte ! Le mot « race » est dans la Constitution française !
- Vincent Cespedes : - Le mot « race »…
- Éric Zemmour :C’est pas une insulte, le mot « race » !…
- Vincent Cespedes :-Le mot « race » n’est pas une insulte : le mot « race » est simplement un leurre, un faux concept, on appelle ça un concept « pseudo-scientifique » ! [Éric Zemmour fait « non » de la tête] Maintenant, qu’il y ait différents types d’humains, heureusement !…
- Éric Zemmour :Ben, merci ! Vous avez remplacé le mot « race » par le mot type » !…
- Rokhaya Diallo  : – Non, parce que ça se confond pas avec les couleurs, ce mot.
- Vincent Cespedes :D’ailleurs, même entre les Blancs, nous sommes de la « même race », mais nous ne sommes pas pareils, hein ?…
- Éric Zemmour : - Oh ! ben, évidemment !…
- Vincent Cespedes :Nous n’avons pas le même gabarit, nous ne sommes pas du tout de la même… Finalement, même… Finalement, de la même étoffe !…
- Éric Zemmour :Mais non !…

[…]

Deuxième extrait

- Rokhaya Diallo :Vous dramatisez ! vous dramatisez !
- Éric Zemmour (ton du persécuté) : – Ah, ouais ! je « dramatise » ! C’est dommage…
- Vincent Cespedes :Vous voulez monter les Français les uns contre les autres, c’est un logique extrêmement actuelle, et c’est…
- Rokhaya Diallo  : – On ne vit pas dans la même France, Monsieur Zemmour !
- Vincent Cespedes  : Non, on ne vit pas dans la même France, je suis d’accord !
- Éric Zemmour (à V. C.) : Bah ! voyons !… Vous avez… Vous, vous êtes dans la France des plateaux télévisés…
- Vincent Cespedes : – Moi j’habite rue du Faubourg-Du-…
- Éric Zemmour : - où on exalte le métissage…
- Vincent Cespedes (réalisant ce qu’É. Z. lui dit) : Non !… [Irrité.] Non, mais vous êtes… [Se tournant vers I. G.] Non, mais je vais quitter… La provocation a des limites, là, hein !…
- Éric Zemmour : – Alors une petite pause !…
- Rokhaya Diallo (ironique, à É. Z.) : – Et vous, vous êtes dans la réalité, dans les cités…
- Éric Zemmour : – Oui, dans la réalité, je suis désolé, c’est très dur !…
- Rokhaya Diallo : -… à la Courneuve, voilà !… Je vous imagine très bien dans une cité !…
- Vincent Cespedes (à É. Z.) : – Le plateau télévisé, c’est vous chez Ruquier…
- Éric Zemmour : – Non, pas du tout…
- Vincent Cespedes : – Faut arrêter de confondre les rôles, hein !…
- Éric Zemmour : – Oui, mais moi, je…
- Vincent Cespedes : - Le guignol de service, c’est vous, hein ! Faut arrêter !
- Éric Zemmour : - Non, je ne vous ai pas insulté, moi…
- Vincent Cespedes : - Non, non, mais…
- Éric Zemmour : -… alors s’il vous plaît !…
- Isabelle Giordano :
- Oui, oui, on va rester serein… Une petite pause, autour de nous, dans le public : des réactions ou des questions ?… Qui veut prendre le micro ?… Alors, ici ?…[…]

Notes

[1] La totalité ou presque : Vincent Cespedes soutient que tout n’a pas été rendu public…

[2] Une première version de cet article témoignait d’un art consommé de la copie, jusque dans le titre choisi dont il reste une trace dans l’url de l’article désormais en ligne. A notre demande, le nouvel.obs.com a précisé l’origine de la transcription. Merci. A noter que le site d’Arrêt sur images a été un des rares à rappeler l’origine de l’interpellation : une vidéo (réalisée apparemment par un fan d’Eric Zemmour), reprise pas Sébastien Fontenelle, remontée et transcrite par nos soins.

[3] Voici selon Télérama, la réponse d’Emmanuel Suard, le directeur adjoint des programmes d’Arte. « Nous avions invité Eric Zemmour, dans le cadre d’un débat contradictoire, sachant qu’il n’avait pas les mêmes positions que les autres participants… Je ne pensais pas qu’il s’exprimerait de manière aussi maladroite !, Notre chaîne, bien sûr, ne s’associe pas aux propos de Zemmour. Nous avons consulté nos services juridiques pour voir si ces déclarations tombaient sous le coup de la loi. Cela ne semble pas être le cas. L’important, c’est que ces propos aient été contestés sur le plateau. » Aux demandes de sanctions de Michel Wieviorka, Emmanuel Suard répond : « Eric Zemmour n’a pas le statut de chroniqueur régulier sur Arte, il n’y a donc pas lieu de cesser une collaboration… En revanche, on se posera la question avant de l’inviter à nouveau !  »

[4] Qui peut croire qu’Arte choisit ses invités sans cultiver le goût du spectacle ? Parmi les prochains piliers du bistrot d’Arte, figure l’invisible et inaudible Philippe Val, choisi pour répondre à ces questions : « Chrétiens, et alors ? Le christianisme a-t-il sa place dans la sphère publique européenne ? »

[5] Journal qui publie des articles déjà diffusés sur Internet. Une sorte de Courrier International du web…

[6] Humour qui consiste à plaisanter sur l’usage du mot… en affirmant que les races existent, sur la base de ce « raisonnement » halluciné et hallucinant : « Hitler fondait sa politique criminelle de hiérarchie des races sur des travaux scientifiques […]. Aujourd’hui, on nie l’existence des races en se fondant sur des travaux scientifiques qui attestent que les êtres humains ont en commun 99% de leur ADN, mais qui découvrent des « types biologiques » qui ressemblent furieusement aux races d’antan. A chaque fois, il fonde un projet politique sur une science qui évolue sans cesse. Laissons les scientifiques sur une science qui évolue sans cesse. » Tout est magnifique dans cet éloge de l’obscurantisme le plus crasse. La génétique contemporaine (qui n’établit absolument pas que les « types biologiques » ressembleraient « furieusement » aux races d’antan, bien au contraire…) est placée sur le même plan que le racialisme de Gobineau ! Aucun projet politique particulier ne se fonde sur la négation de l’existence des races au sein de l’espèce humaine, si ce n’est la négation des théories racistes. « Laisser les scientifiques dans leur laboratoire » ? Pourquoi donc ? Sans doute pour que les idéologues les plus arrogants puissent sévir en toute quiétude dans les grands médias… et dans Vendredi.

REACTIONS D’INTERNAUTES 

1. Le dimanche 30 novembre 2008 à 10:34, par papy

Je n’ai pas tout lu, mais il n’y a pas plusieurs race humaine il n’y en a qu’une. La couleur de la peau ou l’origine n’ont rien à voir avec le mot race.
Donc ce serait bien de le préciser et de le dire.

2. Le dimanche 30 novembre 2008 à 14:41, par Zoizo

Cela a été précisé, mais passé inaperçu. La magie du montage semble t il.

3. Le dimanche 30 novembre 2008 à 18:02, par JKB

Je viens de regarder l’émission en intégral et je n’ai pas trouvé que qui que ce soit ait été très bon, désolé.Sur le métissage ou le mélange, personne n’a évoqué deux facteurs importants à mon avis.

1) La vitesse à laquelle se fait ce mélange. Si il se fait sur de nombreuses générations, chaque génération sera peu perturbée et prendra pour « sa civilisation » la civilisation nouvelle qui en résultera. S’il se fait en quelques années et que ceux qui étaient déjà là perdent leurs repères à cause de ceux qui arrivent, le conflit est inévitable je le crains.

2) Les religions sont-elle métissables ? Autant on peut faire évoluer un point de vu rationnel pour arriver à une synthèse, autant les religions me semblent en général campées sur leur dogmes. La laicité de la République peut permettre la cohabitation mais elle ne rendra pas obligatoire les mariages inter-religions.

Par ailleurs, sur l’affirmation Zemourienne de l’existence évidente de la race blanche et de la race noire, je regrette que vous n’ayez pas relevé son sophisme. Je m’explique :

Tout le monde est d’accord sur l’évidence de deux couleurs de peau remarquables que l’on appelle blanche et noire.

On peut aussi reconnaître l’existence de groupes humains différenciés et ayant une ascendance génétique particulière (Les peuples de l’Arctique, les Papous, par exemple). On peut appeler ça des sous espèces si on préfère ou des races si on ne craint pas ce mot galvaudé, peu importe si on est d’accord sur ce que recouvre ces mots et que je viens de tenter de définir.

Mais une fois que l’on a dit « le noir et le blanc existe, les races existent » quel est le tour de passe passe qui permet à Zemmour de dire « la race blanche, la race noire, existent ». Rien, c’est de la prestidigitation. C’est le cheval pas cher qui est rare et donc cher. Deux vérités mélangés n’en font pas une troisième.

Si on reconnaît l’existence de sous espèces humaines et qu’on arrive à se mettre d’accord sur les critères permettant de les définir, il y aura de toute façon plusieurs sous espèces humaines noires très différentes comme vous l’avez d’ailleurs laisser entendre : les Africains sub-sahariens, les peuples du Pacifique, etc. Et j’ai vu des Japonais plus blancs que moi. Et bien sûr toutes les sous espèces sont généralement et de plus en plus réunies par de multiples métissages, aucun éleveur d’envergure ne veille à leur pureté, le dernier ayant fini ses jours misérablement à Berlin.

Donc, pour moi, Eric Zemmour libère le fantasme de ces deux races antagonistes et tout ce qui va avec (on le voit bien sur Internet) et je ne m’explique pas son attitude. Mais d’un autre coté il n’a pas tort d’insister sur les difficultés qu’il peut y avoir à accomplir ce mélange. Et personne dans ce que j’ai entendu n’a évoqué le problème religieux.

4. Le dimanche 30 novembre 2008 à 22:38, par ceriselibertaire

Bonjour, contrairement à JKB je vous ai trouvé avec Rokhaya Diallo admirable. Vous avez su opposé avec calme et candeur la voie (voix) de la raison.J’ai découvert cette polémique sur le net et je ne suis pas surpris. La redécouverte de la race blanche n’est pas un discours isolé d’un polémiste télé mais Zemmour pense comme Guaino et comme Sarkozy. C’est le même raisonnement.

Au delà de la notion de race ce que je retiens c’est l’évidence de ce qui se voit. Le noir est une réalité, c’est exactement ce que dit Le Pen. Il y a donc bien une Lepenisation de la pensée.

Les partisans de la race peuvent arguer qu’il y a des races pour les chiens et les vaches donc évidemment pour les hommes. C’est évident.

La différence c’est que ce sont les hommes qui parlent de races pour les chiens et les vaches. Les chiens et les vaches ne se considèrent pas en tant que race.

Un chien sent le cul d’un autre chien sans se poser la question de sa race.

5. Le mardi 2 décembre 2008 à 00:39, par melo

Quelle polemique autour de cette émission! Je trouve vraiment déplorable qu’une chaîne comme arte donne tant de poids et de temps à la parole d’un Eric Zemmour lepénisant au détriment de voix qu’on aimerait davantage entendre dans les médias. Au-delà même du montage je crois que c’est malheureusement le lot de bcp d’émissions télé: s’il n’est pas tronqué, le débat est du moins survolé par manque de temps et souci d’audimat. Heureusement qu’il se poursuit par d’autres moyens, ne lachez rien M. Cespedes et continuez à prôner le mélange avec tant d’enthousiasme!

6. Le mercredi 3 décembre 2008 à 01:29, par Armelle

C’est super l’émission, mais ce ZEMOUR, il fait peur, je me demande s’il ne regrette pas la colonisation. Il aurait du faire changer son nom en DUPOND ou VABRE ça sonne plus « français ».. Il est incroyable ce type.

7. Le mercredi 3 décembre 2008 à 12:27, par Danièle

Juste pour signaler cet excellent article : « M. Zemmour était en famille ! »bellaciao.org/fr/spip.php…

8. Le mercredi 3 décembre 2008 à 15:11, par Henri.

Zemmour est l’archétype du  » pauvre blanc », zélateur du  » fascisme soft » que génèrent la crise systèmique et la mondialisation.
Il égrène de nauséabondes « perles » de contradictions, dangerosités de la bête aux abois, allant jusqu’à s’opposer au multiculturalisme en France.
Renan Demirkan résume très bien l’ancrage qu’il entend imposer comme » valeurs universelles »: la francité . »Vous vous réduisez à la francité », cad: sans la francité, vous n’êtes Rien!
On peut utiliser le terreau du singulier pourvu qu’il conduise à l’universel, sinon on tombe dans l’entropie castratrice identitaire.Nécessité de prendre en compte l’homme dans son intégrité, avant l’ethnicité, l’identité, toutes deux réductrices, le dira t’on jamais assez ! ! !
Opposition de Zemmour. Il n’hésite pas à kidnapper la littérature, les valeurs des « Lumières » pour les détourner de leur terreau libérateur, il évite de se référer aux Droits de l’Homme, virus mortel pour son système.
Schizoïde,il présente le repli idenditaire comme seule voie salvatrice face à la mondialisation des mélanges, et ce grace à une hiérarchie plaçant la francité au sommet de l’édifice de ses PEURS. Du haut de cette pyramide, il faut assimiler tout ce qui monte, dézinguer ce qui résiste.
L’identité nationale est à imposer grace à l’appareil répressif du calibrage étatique déja en place.
Dans les échanges avec Renan Demirkan, il dénie à l’Allemagne le partage des « valeurs universelles », à tout autre état aussi , je suppose.
On est bien dans dans un système totalitaire, comme l’ont toujours généré les crises , mais  » soft » apparemment, car ON n’a pas tous les pouvoirs encore.
Zemmour, cependant, peut se permettre ces ignominies, car la Sarkozie y oeuvre de façon stratègique et déterminée.

9. Le mercredi 3 décembre 2008 à 20:45, par Nimbus

Outre les propos de monsieur Zemmour qui ont, heureusement, provoqué un émoi conséquent et vos interventions que j’ai jugées toutes à fait pertinentes, intéressantes et finalement nécessaire face au personnage qui vous faisait face ;
J’ai trouvé la façon dont monsieur Zemmour s’adressait à l’actrice allemande (impossible de retrouver son nom !). Il semblait la tenir responsable du système d’intégration allemand, et lui parlait comme si « elle était l’Allemagne ». Il me semble que ce genre de comportement est symptomatique de la pensée du personnage : Confondre la communauté et l’individu lui-même, assimiler appartenance à une nation à une adhésion totale aux valeurs de celle-ci… On est dans la démagogie intellectuelle.

10. Le jeudi 4 décembre 2008 à 16:46, par Henri.

Dans le débat avec Zemmour, j’ai été surpris que Vincent n’utilise pas les arguments nourrissant son roman « Maraboutés » ( Fayard, 2004 ). Un roman « total » d’initiation philosophique, politique, humaine, en même temps qu’un thriller brûlant d’actualité.
Il nous entraîne aux sources philosophiques et vitales des royaumes noirs pré-égyptiens, les fait revivre à Paris, à Barbès. Nous sommes pris dans l’Afrorésistance, en lutte même contre certains africains décervelés par l’Occident, collaborant avec la Françafrique, se trahissant, trahissant les leurs, semant partout haine et mort. Nous plongeons dans l’horreur des guerres civiles actuelles à travers l’histoire individuelle de ses personnages.
Un roman visionnaire, pétri d’actualité, mais porteur d’espoir.
Le Pan-Africanisme sauve le continent et peut être l’humanité . N’est-il pas son berceau?

11. Le vendredi 5 décembre 2008 à 14:34, par Henri.

Sagesse antique : »Ce qui ne régénère pas dégénère « ! ! !
Au coeur le GENE : un commentaire ?

12. Le samedi 6 décembre 2008 à 13:46, par Joana, anti-rabougriste

« Pour comprendre qu’il existe des races humaines, il suffit d’ouvrir le dictionnaire », expliquent les gentils petits enfants qui croient au Père Noël parce qu’il est dans le Petit Larousse.La suite : cliquez sur mon nom !…

13. Le samedi 6 décembre 2008 à 15:09, par pierre

l’ironie de l’histoire quand meme, c’est de voir le CRAN s’indignier devant les propos de Mr Zemmour, le CRAN : conseil représentatif des noirs.
pour résumer, une association qui défend les personnes de couleurs noirs, s’offusque quand quelqu’un parle de blanc ou de noir… c’est assez rigolo je trouve.
on nage en plein délire.

pour ceux qui pensent que Zemmour = Sarko :
ce journaliste est l’un des rares parmis ceux qui sont médiatisé qui critique ouvertement le libre échange, l’europe, la mondialisation etc… vous savez toutes ces choses qui sont responsable du chomage massif que l’on a depuis les années 70. en gros tout ce que Sarko défend.

Je pense que Zemmour est un journaliste sans partis pris, qui dit ce qu’il pense sans langue de bois (chose si rare de nos jours)…et il en paye les frais aujourd’hui.

arretons l’hypocrisie svp.

14. Le samedi 6 décembre 2008 à 16:15, par Joana

@ Pierre
Vous dites que le CRAN « s’offusque quand quelqu’un parle de blanc ou de noir »

C’est faux. Le débat porte sur le pluriel à « races humaines », et certainement pas sur l’existence de différentes couleurs. Zemmour dit à R. Diallo : « Vous êtes de la RACE noire », et non pas : « vous êtes noire », énorme nuance (sans jeu de mot !).

De plus, l’équation valide n’est pas « Zemmour = Sarko » mais bien : « Zemmour = Le Pen ».

Le Pen qui, lui aussi, était farouchement opposé à la mondialisation, au capitalisme « apatride », à la levée des frontières…

15. Le dimanche 7 décembre 2008 à 12:03, par Henri.

@Pierre,
Joana a raison , Sarkozy est allé marauder sur les idéaux et thèses du FN, et par la même le dézinguant .
Quant à votre intervention, elle relève des oeillères et de l’ADN, chers à Sarkozy et à Fr.Lefebvre , son porte parole.
Quel courage de quitter le « meute », de s’aventurer hors du politiquement correct, figarisé , zemmourizé ! ! !
Zemmour est bien zarkozé, excellent haut parleur d’Hortefeux dans la polèmique: cela vous aurait il échappé ?
Il aura une place de choix dans la berlusconisation des médias que le Parlement, aux ordres de l’Elysée, met en place .
Il sera protégé par la même berlusconisation à l’oeuvre dans la magistrature : il a peu de chance d’être placé en garde à vue et fouillé au corps !
Il importe de savoir être lucide et honnête dans ses analyses , surtout en situation de crise grave où toutes les dérives sont lourdes de conséquences sur la vie de tout citoyen .

16. Le dimanche 7 décembre 2008 à 14:31, par Mounir

Mr. Cespedes, pourrait-on avoir des explications sur ces propos scandaleux?Allez-vous appeler a des sanctions contre vous?

www.dailymotion.com/video…

17. Le dimanche 7 décembre 2008 à 15:29, par Vincent Cespedes – Réponse aux zemmouristes

Bien, puisqu’on n’arrête pas de me ressortir cet extrait, et puisque ceux qui le sortent ne prennent pas la peine de lire la retranscription, voici deux extraits que j’ai dit juste AVANT :

« On a eu un XXe siècle tellement douloureux, au niveau de l’identité, au niveau des « races » — entre guillemets, maintenant ! —, un XXe siècle qui s’est un peu présenté comme une impasse civilisationnelle, il faut bien le dire ! »(…) « Il n’y a pas des sangs humains. Aujourd’hui, on sait bien que ce qui compte, c’est d’être AB négatif, ou AB positif, ou O négatif… : c’est le rhésus qui « définit » le sang. À l’époque, il y avait vraiment l’idée de sangs, de « noblesse du sang ». Et le « métissage », ça part d’une théorie raciste, qui dit : « Entre l’Indigène et l’Espagnol, eh ben ! on va inventer ce ‘mélange’, qui est le métis. » Un peu comme entre l’âne et le cheval, on dit : « Il y a le mulet. » Sauf que, pour l’être humain, ça ne fonctionne pas ; la science, là, vraiment, a montré que ça ne fonctionnait pas… »
         Pour ceux qui douteraient encore, qu’ils écoutent les
         propos d’un scientifique spécialiste du génome :
         
> Débat télé sur France Ô, « Sales races » (03.12.08)
Et voici le fameux passage dans son CONTEXTE (c’est tout l’intérêt d’une retranscription exhaustive : on lit ce qui a été vraiment dit !). Vous noterez que je me réfère à une période passée, et qu’à l’époque l’idée de « races humaines » était monnaie courante :

« L’idée, finalement, de mélange, de « métis », est totalement acceptée aujourd’hui. Dans le gros des cultures latines, en général, on accepte ça. Pourquoi ? Parce que, tout simplement, le bassin méditerranéen s’est extrêmement « métissé » [N.B. : mot entre guillemets, condamné précédemment !]. De Carthage en passant à l’Andalousie musulmane des VIIIe-XIIIe siècles, le mélange était très prôné : mélange des « races », mélange des religions, mélange des langues. Donc, si vous voulez, le bassin méditerranéen était déjà un « melting-pot » à l’époque. »

Oui, des guillemets à « races », car j’ai précisé auparavant que cette notion n’a pas de sens au pluriel. Même chose pour « métissé », mot qui n’a de sens qu’au figuré (en parlant de métissage des cultures), et non au sens propre (en parlant de métissage des races).

M. Zemmour, en 1939, aurait été classé dans la « race juive » selon les odieux critères de l’époque. Des critères qui confondaient l’apparence physique et l’appartenance à une « race » spécifique. Aujourd’hui, la science est unanime : il n’y a qu’une race Homo sapiens, même s’il y a des multitudes d’apparences différentes (= phénotypes), fruits de l’adaptation de cette race aux climats variés de la planète.

L’erreur grossière de M. Zemmour consiste à avoir asséné, en parlant à une femme noire : « Vous êtes de la race noire, je suis de la race blanche », exactement comme les Nazis lui auraient dit : « Vous êtes de la race juive, nous sommes de la race aryenne. » Son entêtement, suite à la polémique, prouve assez qu’il ne s’agissait pas de simples paroles en l’air, mais d’une opinion qui lui est chère.

Je ne condamne pas M. Zemmour pour ce qu’il est ou prétend être, mais pour cette bêtise qu’il soutient mordicus. Ce dogmatisme est dangereux, et si c’est être « bien-pensant » que de mettre le nez dans leur caca aux inconscients ou aux rigolards qui rouvrent la boîte de Pandore du racisme, j’accepte ce qualificatif.

18. Le dimanche 7 décembre 2008 à 20:27, par Numéro 6

« il n’y a qu’une race Homo sapiens, même s’il y a des multitudes »Pour moi il y a l’Homme. Et pratiquer l’apartheid racial ou sexuel (tel qu’il se pratique dans certains pays) procède d’une injure à l’Humanité entière. Mais j’utiliserai toujours le mot race pour désigner la race à laquelle appartient un être humain. Et gare à l’humain qui ne respecte pas un autre humain sous prétexte qu’il est blanc, noir ou femme ou que sais-je encore.

Alors que vous vous torturiez le cerveau avec des histoires de races qui existent ou qui n’existent pas, procède d’un esprit …. raciste.

Car cela soutend dans votre raisonnement que s’ il existe des différences entre les hommes (et désolée mais il y en a, nous ne sommes pas tous interchangeables, heureusement), ces différences provoqent une hérarchisation. Ce sont ceux qui refusent le terme de race qui sont les racistes.

19. Le dimanche 7 décembre 2008 à 20:36, par Michel Wieviorka

Pour M. Zemmour, en effet, les races humaines existent, et se voient à la couleur de la peau. La « négation des races » lui est aussi insupportable que la « sacralisation des races » de la période nazie. Ces propos sont racistes pour moi, sans l’ombre d’une hésitation. Ils le sont parce que les scientifiques, à commencer par les généticiens, ont apporté la démonstration du caractère fallacieux de l’idée de « races » : entre deux supposées races, en effet, la distance génétique n’est pas plus grande que celle qui sépare en moyenne deux individus supposés appartenir à une même « race ». Mais ne pourrait-on, à la décharge d’Eric Zemmour, accepter le raisonnement selon lequel les « races » sont non pas une réalité objective, mais une « construction sociale », une perception partagée dans une société racialisée ? Cette manière de parler de races est fréquente dans le monde anglo-saxon, où de bons esprits parlent de « races » et de « relations de races » sans qu’on puisse le moins du monde les tenir pour racistes. Mais dans ce cas, le propos s’affranchit nécessairement, et complètement, de toute prétention à l’objectivité, il ne s’intéresse qu’aux représentations ou aux perceptions. Ce n’est pas le cas d’Éric Zemmour, qui ne peut donc se réfugier derrière les catégories du débat américain : il a parlé en son nom, et non pas parce que dans la société règnerait l’image de races humaines. Ce n’est pas pour lui une question de construction sociale, mais bien de réalité physique, biologique – la couleur de la peau fonde la race.

Peut-on accepter que des propos comme ceux d’Eric Zemmour soient tenus dans l’espace public, et qui plus est, sur une chaîne prestigieuse – Arte –, connue pour son exigence intellectuelle et symbole de la capacité de la France et de l’Allemagne à travailler ensemble ? Certainement pas, et on attend des dirigeants de cette chaîne, de part et d’autre du Rhin, et au plus haut niveau, qu’ils fassent connaître leur indignation et qu’ils sanctionnent, pourquoi pas jusqu’en allant devant la justice, celui qui se laisse aller à des déclarations racistes, avec pour conséquence de salir leur chaîne et de ternir leur image.

Éric Zemmour, lui, relève de l’univers policé des spécialistes des plateaux de télévision, il est même de ceux qui nous expliquent les arcanes de la vie politique ; il est supposé apporter de l’intelligibilité là où l’actualité appelle décryptage. C’est ce qui le rend intouchable, comme s’il avait tous les droits. Pour lui, comme pour d’autres avant lui, qui appartiennent à la même grande famille de l’audiovisuel, et qui se sont laissés aller à tenir des propos racistes, l’impunité est la règle. Il faut donc le dire très nettement : les responsables de médias qui continuent d’accueillir Éric Zemmour doivent être tenus pour complices, du moins aussi longtemps qu’il n’aura pas été sanctionné par la justice ou, mieux encore, par ces médias eux-mêmes. Arte s’honorerait de faire savoir qu’elle l’interdit de plateau pour une certaine durée, tout comme Nicolas Domenach devrait se sentir sali de continuer à bavarder comme il le fait avec lui sur i>télé.

Je plaide donc pour que les médias fassent eux-mêmes le ménage, faute de quoi leurs campagnes anti-racistes apparaîtront comme pure hypocrisie.

20. Le dimanche 7 décembre 2008 à 20:42, par Mounir

Mr. Cespedes, merci pour votre réponse. Afin de clore ce débat, pourriez-vous nous publier une définition du mot « race » qui soit objective, scientifique, et conforme a l’usage en Français ainsi que nous expliquer en quoi l’espèce homo sapiens sapiens ne saurait, selon la définition que vous nous offrirez, être divisée en races.Et enfin pourriez-vous nous expliquer pourquoi le mot « race » est communément employé par les anglo-saxons pour différencier les populations ethniques. Par exemple lorsque je suis allé a l’université au Royaume-Uni, on m’a demandé de remplir un questionnaire pour y décrire ma « race ».

Merci par avance de nous éclairer sur ce sujet.

Mounir

21. Le dimanche 7 décembre 2008 à 22:02, par Joana

Mounir, le débat mis en ligne dans la dernière intervention de Vincent est suffisamment explicite sur la définition de « race » (concept commode et populaire sans aucune pertinence scientifique), mais également sur la distinction entre les pays anglo-saxons (qui l’utilisent pour leurs quotas et leur « affirmative action ») et la France (dont la Constitution précise bien que la « distinction de races » doit être mise de côté !).

22. Le lundi 8 décembre 2008 à 18:09, par Claude Ribbe

L’idée de « races humaines » est raciste !!

23. Le lundi 8 décembre 2008 à 18:54, par ZAKI

et vous qu’avez vous dit là ?
www.dailymotion.com/video…
Vous vous prenez les pieds dans le tapis…
métissage, mélange des races qui n’existent pas, hein ?

24. Le lundi 8 décembre 2008 à 20:16, par Les lourds

Zaki, vous zêtes zaveugle zou quoi ? Lire comentaire n° 17 !!!

25. Le lundi 8 décembre 2008 à 20:50, par Melo

Ça devient carrément du délire! Vincent Cespedes prononce le mot « race » justement pour dire qu’il n’y en a pas à proprement parler puisque les « races » elles-mêmes se mélangent, nous sommes tous mélangés! Trêve d’hypocrisie, ne vous servez pas d’un mot pour renverser la situation. Cespedes n’a pas revendiqué l’utilisation de ce mot pour justifier des différences potentielles entre les hommes mais justement pour dire que ces différences n’existent pas, ou plutôt que nous sommes tous différents… Le débat prend des tournures totalement malhonnêtes et contreproductives. Plus précisément, on se trompe de débat

26. Le lundi 8 décembre 2008 à 21:07, par Raphael

J’ai une analyse assez cool, en fait.
Zemmour se croit zintello quand il fait le couillon avec les peoples de Ruquier, mais là, dans Paris-Berlin, il se trouve à la place (injustifiée) de l’intello de service, sur un gros fauteuil, face à mille fois plus pertinents que lui (Cespedes, Diallo, et l’Allemande dont j’ai oublié le nom). Donc, Zemmour est mal, hors de son rôle de bouffon, il essaie alors de composer un rôle, et il se plante lamentablement ! Tellement, que ses amis producteurs essaient de le sauver en doublant le temps d’enregistrement (voir mon article en cliquant mon nom). Mais non, rien à faire : Zemmour est trop naze. Même après un gros effort de montage et de trucage, Pécheux et Cie n’arrivent pas à lifter son flot de conneries. Moralité : faut pas inviter le bouffon comme si c’était un Roi, parce que le bouffon, il y croit !

27. Le lundi 8 décembre 2008 à 22:50, par JKB

Ne croyez vous pas que les antiracistes et les philosophes devraient bannir l’insulte, chercher à comprendre ceux qui pensent différemment d’eux et chercher ce qui réunit, ce qui métisse, plutôt que de se braquer les uns contre les autres ?Enfin, la première question c’est « Pourquoi l’autre pense-t-il comme il pense, quelles sont ses raisons ? » !

Allez vous recréer deux « races », les racistes et les « anti-racistes » qui ne vaudraient pas mieux ?

28. Le mardi 9 décembre 2008 à 00:07, par Henri.

Un rappel salutaire: la prise de position de Musil , en 1921, choisie par Vincent en exergue:
 » L’ Idée de race est devenue pour la nation, depuis tant d’années qu’elle en abuse, un véritable cancer « .
L’existence des races agit comme une Croyance porteuse de « cellules sociales génétiquement mortelles ».
Comment peut-on rester aveugle, sourd et muet , au point d’adhérer encore aux génocides passés et présents qu’elle a générés ?
Peut-on être opposé aux jugements du Tribunal Pénal International la condamnant au nom des Droits de l’Homme »:
« Nous naissons libres et EGAUX « ! ! ! Différents et uniques , mais égaux en DROITS.S’il existe bien une hiérarchie naturelle entre individus, elle porte sur les potentialités de chacun , à mettre au service de TOUS , en aucun cas sur la couleur de peau . Merci Darwin pour « ton potentiel » offert à l’humanité ! ! !

29. Le mardi 9 décembre 2008 à 17:00, par Zapatoustra

Il ne faut pas que M. Zemmour s’en sorte en roi de la provoc’, souffre-douleur d’une prétendue « meute de chiens » qui pratiquerait la « bien-pensance » et le « politiquement correct » ! L’affaire est politiquement grave !

Au nom de la « différence des races », on a commis les pires atrocités. Au nom de la « différence des races », on a mis des êtres humains dans des fours, on en a taillé d’autres à la machette, par million. Génocides de la « race » noire, de la « race » juive, de la « race » tutsi, etc. Ce mot est un piège, que certains doctrinaires d’extrême droite veulent réhabiliter et banaliser sous prétexte qu’il est dans le dictionnaire, et instrumentaliser dans le but non avoué de stigmatiser la « race » arabe, leur hantise du jour ! (Dans le débat, quand Isabelle Giordano dit qu’il y a 5 millions de musulmans en France, M. Zemmour devient hystérique et hurle : « Mais justement ! Mais justement ! C’est toute la question ! C’est toute la question ! », lire p. 26 > Retranscription du débat).La phrase de Robert Musil nous met assez en garde : le mot « race » conduit au pire, et ne se dit jamais innocemment. Le débat d’Arte se voulait un débat intellectuel, et non un bavardage entre poivrots. Mais force est de constater que M. Zemmour n’a pas le niveau.

30. Le mardi 9 décembre 2008 à 19:07, par JKB

« Dans le débat, quand Isabelle Giordano dit qu’il y a 5 millions de musulmans en France, M. Zemmour devient hystérique et hurle : « Mais justement ! Mais justement ! C’est toute la question ! »Et il aurait donc besoin de transformer les musulmans en une « race » pour pouvoir critiquer cette religion ?

N’est-ce pas plutôt l’inverse qui risque de se produire ? Des croyants se réfugiant derrière l’accusation de racisme pour tenter d’imposer leurs croyances ?

J’ai posé la question un peu plus haut et elle reste entière. Comment fait-on pour métisser des religions ?

31. Le mercredi 10 décembre 2008 à 00:25, par Henri.

@JKB.
Il vous aurait fallu suivre le « Théma :D ieu, de quoi j’me mêle « , sur Arte, mardi 9, si ce n’est fait, vous y reporter.
Il y est bien démontré que les religions, l’Islam en particulier, utilisent le racisme pour pourfendre la laïcité. Un iman même y voit une oeuvre de Satan ! ! !
Quant à votre question, il n’y pas été répondu, car, pour ma part, elle relève d’un simple bon sens dont vous ne paraissez pas dépouvu.
Mais puisque vous insistez . . . La religion relève de l’espace privé, en ce sens ne pose aucun problème dans l’espace public.Pourquoi vouloir la métisser ?
Chacun est libre d’avoir la spiritualité qu’il souhaite.On peut vivre sa foi, les valeurs humaines qu’elle génère dans l’espace public sans pour autant l’afficher comme un drapeau, un signe de ralliement. Dans les lieux de la République : éducation, hopital, administration , etc, elle relève de l’intèririorité.
On peut la vivre laïquement au coeur des relations, dans le mélange avec autrui, sans même qu’elle ait besoin de se dire.Tout dépend du degré d’intimité évidemment.
Sur le site suivant, j’y ai eu un débat avec Babeil .On y trouve tous les thèmes abordés dans l’éclairant Théma d’Arte.

32. Le mercredi 10 décembre 2008 à 23:25, par Henri.

Précision : dans mon intervention précédente lorsque j’énonce  » l’Islam en particulier » , il est évident que je ne généralise pas !
Donc sont visés « certains musulmans en particulier », dont l’imam du reportage du Théma d’Arte .
L’intellectuelle allemande, musulmane et laïque , participant au débat avec Elisabeth Badinter, a fait vivre une spiritualité musulmane décompléxée , libre , ouverte à tous les mélanges tout en préservant son intégrité religieuse .

33. Le jeudi 11 décembre 2008 à 13:34, par Kacy

Je suis tout à fait d’accord avec Raphaël. Sur France 2 on pense que les débordements bouffonesques et odieux de Zemmour « passent » puisque – o la bonne excuse – après tout le service public n’est pas censé être de droite et que Ruquier défend plutôt une position gauche caviar. Donc on le laisse là à faire sa langue de pute quel que soit le sujet traité Laurent Ruquier est censé « être caution » (il ne l’est plus depuis longtemps mais ça il n’y aura que l’audience de l’émission pour leur faire comprendre).Invité sur une autre chaîne pour parler « sérieusement » avec de vrais intellectuels effectivement, il ne sait pas changer de disque, il a l’air d’un con et son discours sans Ruquier pour lui renvoyer la baballe le fait passer pour ce qu’il est : Un abruti.

La seule erreur d’Arte finalement a été de prendre cette personne au sérieux. C’est un crétin,dangereux, comme tous les crétins. Vous trouvez pas que la ressemblance avec Iznogoud est flagrante ?

34. Le vendredi 12 décembre 2008 à 23:40, par isabelle

Bonjour,
En réponse à JKB
J’ai aussi remarqué :LA race noire, LA race blanche .. , c’est cela qui pose vraiment problème.Sophisme.
Mais c’est difficile à démonter. Au sens littéral du mot race.Pourtant je suis sûre que ,même au sens littéral, c’est un non- sens.Car le mot race renvoie, littéralement, à lignée.
Ou alors c’est un effet de style .La race des Blancs ? La race des journalistes ? La race blanche, la race journalistique. C’est là que s’opère la prestidigitation
A remarquer que, dans un formulaire, si l’on pose la question  » Quelle race? » un homme va répondre  » blanc » et pas « race blanche ». Ce qui veut dire qu’il comprend la question, c’est une convention, mais n’y adhère pas . « Je suis blanc » (sous entendu « de peau ») répond-t-il.

J’ai aussi remarqué les mots concernant le « nombre « de musulmans « et justement voilà le problème ».
C’était même l’OBJET de l’ intervention de Zemmour.
c’est parcequ’ils se sentent « racisés »que certains sont musulmans et risquent de « raciser » la religion.. Mais l’inverse est vrai aussi : par racisme on peut être antimusulman!! Sans fin.
Question métissage religieux :il faut que l’un abandonne sa religion. Sinon leurs enfants en trouvent une troisième.Paraît-il.Donc ..ce métissage a de l’avenir!

La laïcité devient impossible dans un pays communautarisé. Il faut refuser TOUS les communautarismes ,et que la laïcité vienne de l’Etat. L’Etat doir unir et non séparer.Sinon la laïcité deviendra un communautarisme comme un autre.Et les guerres éternelles.

à Henri(n31)
Mais il s’agit là d’une crainte communément répandue et les émissions de Arte sur la » laïcité, » ou l’ »islam en France » , sous couvert d’objectivité,ne font en général que maintenir cette crainte. Voire la soulever! Vous même restez marqué par cet imam.Et peut être même qu’un musulman, simplement musulman,va retenir lui aussi cet imam. Se croire miroir.Et le fossé va s’agrandir.
Racisme et religion. Ca a fonctionné et je crains que cela fonctionne encore.
Ces émissions n’apaisent pas. Au contraire.

Je ne pense pas que Zemmour soir raciste, mais il en veut au CRAN et au multiculturalisme.
Ca c’est sûr!

Le mélange race et religion est une perversion.
En fait tout cela est très très malsain.
Vraiment c’st regrettable que l’Etat ne réunisse plus .

35. Le samedi 13 décembre 2008 à 00:46, par isabelle

Finalement moins les mots ont de sens plus ils provoquent des guerres: dieu race

36. Le samedi 13 décembre 2008 à 12:53, par Henri.

@ Isabelle,
Pourquoi ne pas avoir lu la « précision » que j’ai apportée ensuite?
Dans le Théma d’Arte , en symbiose avec Elisabeth Badinter,
l’intellectuelle allemande , féministe combatante, musulmane et le revendiquant, démontre avec une forte conviction que  » racisme et religion » ne sont que des manipulations , au service de certains politiciens et religieux , destinées à dresser les individus comme chiens de « GARDE » !
Quant à Zemmour , relisez le débat , à plusieurs reprises, il est ouvertement raciste : ne serait-ce que par sa « nature » le poussant à constamment hiérarchiser .

Publié dans DU RACISME EN FRANCE, ERIC ZEMMOUR, QUESTIONS DES MINORITES | 1 Commentaire »

Le magazine L’Histoire a trente ans : auto-célébration, pensée dominante et lois du marché

Posté par issopha le 21 juillet 2008

Le magazine L’Histoire a trente ans :

auto-célébration, pensée dominante et lois du marché

Matthieu Vincent

   

Le magazine l’Histoire fête ses trente ans avec un numéro spécial daté de mai 2008 [1] qui revient, chronologiquement, sur la période 1978-2008. Auto célébration, exaltation de la pensée dominante, histoire-spectacle et obsession du chiffre sont au menu. Petit voyage au coeur du « magazine de référence des passionnés d’histoire » [2].

Ce numéro spécial est divisé en trente sections (une par année). Chacune d’elle comporte : un article de quatre pages, signé par un collaborateur de l’Histoire, sur un événement important pour la science historique datant de l’année dont il est question, trois dates soigneusement sélectionnées de cette même année et trois évènements marquants dans la vie intellectuelle française ayant un lien, plus ou moins évident, avec le champ des études historiques.

C’est à partir de ces quelques quatre-vingt dix évènements choisis et commentés par la rédaction du journal que l’on peut dégager les présupposés d’un magazine qui prétend vouloir « douter de tout » [3] et « faire une histoire ouverte à toutes les écoles historiques » [4].

Un examen du choix de ces évènements, des commentaires qui les accompagnent et de certains articles qui traitent de questions qui ont donné lieu à d’importants débats dans la communauté des historiens [5], font ressortir trois traits particulièrement marquants.

D’abord, tout le champ des études historiques tourne autour du magazine lui-même, de ses collaborateurs et des initiatives qu’il soutient. Ensuite, les débats historiques se résument aux positions des membres de la rédaction ou de ceux qui en sont proches, la critique de ces positions étant à peine évoquées ou d’emblée disqualifiées. Enfin, le magazine propose de l’histoire une version ludique, spectaculaire, et … lucrative.

Quand l’Histoire célèbre ses collaborateurs et sa propre importance

Il peut sembler normal, lorsqu’un journal publie un numéro spécial consacré à son anniversaire, qu’il verse un tant soit peu dans l’autocélébration. Dans le cas de l’Histoire, c’est loin d’être un travers mineur.

Le journal se présente comme un « magazine de référence » et tend à asseoir cette légitimité sur une prestigieuse liste d’universitaires qui y collaborent ou collaborèrent. Sur le site du magazine on peut lire que « L’Histoire présente les travaux des meilleurs spécialistes » et que, « depuis sa création, les plus prestigieux historiens lui ont été fidèles »  [6].

Les mêmes procédés de légitimation de la « marque » sont utilisés dans le numéro spécial du trentième anniversaire : pour chaque article, l’auteur est présenté dans une petite notice qui rappelle ses titres universitaires, son dernier ouvrage paru et … la date de sa première collaboration avec le journal.

De même la dernière page du numéro spécial est consacrée à ceux qui ont « contribué à ce numéro ». Parmi eux, de grands universitaires, des professeurs à l’EHESS, à l’IEP de Paris et au Collège de France ainsi que des membres de l’académie française. Mais cette liste impressionnante ne correspond pas aux rédacteurs des articles de ce numéro spécial. Pour certains, la « contribution » au numéro correspond seulement à la reproduction d’une dizaine de lignes d’un de leurs ouvrages. C’est le cas pour, Michel Vovelle, Paul Veyne et Roger Chartier notamment, respectivement pages 10, 34 et 105 [7].

Mais, peu importe à la rédaction de L’Histoire si tous les plus grands spécialistes ne sont pas exactement des collaborateurs réguliers du journal : il lui suffit d’inviter les lecteurs à penser que les collaborateurs réguliers du journal sont les « plus grands spécialistes » et de laisser croire que la vie intellectuelle française des trente dernières années a tourné autour du magazine. Sur les 90 évènements importants de ces trente dernières années recensés par L’Histoire, 11 sont en lien direct ou indirect avec le journal lui-même, ses collaborateurs ou une initiative qu’il a soutenue.

Parmi ces événements, figure, pour l’année 1984 par exemple, au même titre que la mort de Michel Foucault, la création de la revue Vingtième Siècle par, entre autres, Michel Winock, fondateur de L’Histoire, et les premiers articles de Jacques Marseille dans le magazine [8]. De même, deux autres évènements « cruciaux » sont cités pour les années 1999 et 2001 : ce sont la création du site du magazine et un de ses records de ventes [9] ! Dernier exemple : le fondateur du journal, Michel Winock (dont il ne vient à l’esprit de personne de mépriser l’importance…) est cité à de nombreuses reprises dans la rubrique que nous étudions, au titre de : co-fondateur de la revue Vingtième siècle (p.34) ), d’auteur de La fièvre hexagonale (p. 51), et de co-directeur (avec Jacques Julliard) du Dictionnaire des intellectuels français (p. 84), un ouvrage qui, nous dit l’Histoire, « s’impose en quelques mois comme une référence ».

Bref,, L’Histoire selon L’Histoire domine à ce point la vie des idées historiennes que celle-ci tournerait largement autour des collaborateurs du journal et de ceux qui en furent proches, comme François Furet ou René Rémond. On ne sera donc pas surpris si les débats intellectuels qui ont pu émerger durant ces trente années d’existence du magazine, sont ici circonscrits au cercle de la raison construit par les collaborateurs et amis du journal. Nul point de vue dissident n’est présent : on est entre gens de bonne compagnie, libéraux, pro-européens et farouchement anti-communistes.

Débattre entre soi [10]

Ce numéro spécial revient sur nombre de débats qui ont agité le monde des historiens durant ces trente dernières années. Sans les détailler tous, nous allons revenir sur deux débats qui nous ont paru importants et significatifs : la controverse autour de l’histoire de la Révolution française qui eut lieu au moment des commémorations du bicentenaire de 1789 et celle qui a été lancée par la publication en 1997 du Livre noir du communisme  [11], présentés par deux historiens qui sont à la fois juge et partie.

Mona Ozouf, qui a co-dirigé le Dictionnaire critique de la Révolution française [12] avec François Furet a ainsi rédigé l’article sur les controverses autour du bicentenaire de 1989 qui ont notamment opposé Michel Vovelle (pour ne citer que lui) et … son collègue François Furet.

L’historienne conservatrice a beau jeu d’opposer deux visions antagonistes de la Révolution pour les renvoyer dos à dos : « Il était donc inévitable de voir le bicentenaire réanimer le vieil affrontement de la gauche et de la droite et nourrir l’histoire binaire de la révolution » (p. 52). Loin de cette « histoire binaire », François Furet et Mona Ozouf auraient su dépasser les clivages idéologiques pour donner une vraie vision de l’évènement … Un conte de fées contredit par nombre d’historiens.

Quoi que l’on pense des positions de François Furet à propos de la Révolution française [13], elles prétendent à cette neutralité que favoriserait le refroidissement des passions, alors qu’elle se présentent elles-mêmes comme une attaque en règle contre l’historiographie marxisante, représentée aujourd’hui encore par Michel Vovelle et dont le plus grand représentant fut Albert Soboul. Or s’il est fait référence à la mort de ce dernier en 1982, c’est – sans le moindre hommage – pour réduire son œuvre à une vision « jacobine et marxiste de l’histoire de la Révolution française , battue en brèche par François Furet et quelques autres » (p.26).

Pourtant, selon l’historien anglais Eric J. Hobsbawm, dans la postface datant de 2007 d’un ouvrage publié récemment en français [14] : « Comme le fait remarquer Jay Smith [15], la « révolution furetienne » dans sa forme extrême – incluant à la fois le rejet total des facteurs socioéconomiques et le déni de la portée historique de l’évènement et de ses réalisations – est aujourd’hui terminée. Elle a cependant laissé un héritage regrettable. ». De ce point de vue critique, et de biens d’autres, à l’égard de François Furet, le lecteur de l’Histoire ne saura absolument rien.

Il en va de même à propos de la controverse qui a accompagné la publication en 1997 du Livre noir du communisme. Le résumé de cette controverse est ici rédigé par Nicolas Werth, historien reconnu de l’URSS, qui a co-rédigé lui-même le Livre noir. Il n’y avait pas mieux pour donner un point de vue nuancé sur la question. Ainsi, après avoir rappelé que le livre eut un « succès de librairie spectaculaire, équivalent à celui d’un bon Goncourt » (p. 86), Nicolas Werth rappelle que le livre a suscité en France de « nombreuses critiques » (p. 87). Pour les discréditer plus aisément, il ne les cite pas explicitement mais les résume ainsi : « l’extrême gauche ressert l’argument éculé d’un communisme sanglant à son corps défendant, explicité par Khroutchev au XXe congrès du PCUS » (p. 86).

Ignorance délibérée ou malhonnêteté intentionnelle ? Cette affirmation est totalement fausse. De quel communisme parle-t-on et de quelle extrême gauche ? Du PCF, de la LCR, des anarchistes ? De Gilles Perrault qui rédigea une critique argumentée du Livre noir dans le Monde Diplomatique de décembre 1997 ? [16]. Du travail d’un important collectif d’historiens paru en 1999 sous le titre Le siècle des Communismes aux éditions de l’Atelier [17] ?

Mais pour mieux « débattre entre soi », il vaut mieux citer les critiques qui n’ont pas l’heur de nous plaire de façon biaisée et tronquée ou encore occulter les débats susceptibles de déranger les collaborateurs du journal. Ainsi, les lecteurs de L’Histoire ne connaîtront pas l’existence d’un des plus grands historiens au niveau mondial encore vivant aujourd’hui. Mr Eric Hobsbawm a le malheur de ne pas avoir abjuré ses convictions marxistes et d’avoir été censuré par un collaborateur du journal, l’académicien Pierre Nora. Ce dernier avait en effet refusé de traduire et de publier un ouvrage majeur de l’historien anglais, L’âge des extrêmes. L’ouvrage fut publié en 1998 avec le concours d’un éditeur belge, les éditions Complexe, et du Monde Diplomatique [18].

Ainsi, on ne cite pas, ou très peu, les historiens « critiques » [19], mais l’on encense les historiens conservateurs, même lorsqu’ils publient des ouvrages de combat idéologique comme le fit François Furet avec Le Passé d’une illusion [20]..

Intitulée « l’opium des intellectuels », en référence à Raymond Aron, la rapide critique du livre vaut le détour, nous la citons presque entièrement : « François Furet s’emploie dans un essai rapidement devenu un best-seller à rendre raison de «  l’illusion communiste  », dont tant d’Occidentaux, et lui-même à un moment donné, ont été victimes . La haine de la bourgeoisie, le besoin de croyance , les leurres de l’antifascisme, un certain goût  [21] pour la puissance d’Etat, l’héroïsme des combattants de Stalingrad, la conviction d’être dans le sens de l’histoire aussi bien au nom de la science que de la morale, François Furet analyse au scalpel [22] les motivations de cet extraordinaire fourvoiement au long du XXe siècle et les diverses phases de la « désintoxication intellectuelle » (p.80).

Et si le magazine prétend être « ouvert à toutes les écoles historiques » [23], il est bien loin d’être ouvert à tous les historiens et à tous les points de vue. Le « magazine de référence » qui célèbre sa propre importance célèbre en vérité sa contribution à la construction de la pensée dominante…. à grand renfort de recettes de marketing éditorial.

L’Histoire spectaculaire marchande

Comment évaluer la valeur scientifique des travaux des historiens ? L’Histoire répond en multipliant les références au succès des livres et aux chiffres de ventes dans les pages du magazine. Si l’on traite d’un fait important dans l’histoire intellectuelle des trente dernières années, c’est en premier lieu lorsque cela a « marché » et bien moins souvent pour son éventuelle qualité sur le plan purement intellectuel.

Ainsi, la seule référence à Pierre Bourdieu [24] que ce numéro spécial contient est liée au succès de La Misère du monde, paru au Seuil en 1993 : sous le titre évocateur de « Bourdieu best-seller », un entrefilet évoque très rapidement l’ouvrage à la page 72 et rappelle presque exclusivement son succès « inattendu ».

Pour nombre d’ouvrages, les chiffres de ventes sont évoqués, souvent pour légitimer la qualité du travail : c’est le cas notamment pour le Livre Noir du Communisme ou le Dictionnaire critique de la Révolution française. De même, si l’ouvrage Les Bienveillantes, quelle que soit sa qualité, réelle ou supposée, est cité, c’est d’abord parce qu’il il a été vendu à « 775 000 exemplaires » : un chiffre si important et révélateur que c’est le titre même de la brève qui lui est consacrée. Du livre lui-même on ne saura pas grand-chose, si ce n’est son phénoménal succès.

L’histoire marchande est, évidemment, spectaculaire… dans tous les sens du terme. Ainsi, sans les 90 petits articles que nous avons analysés, un grand nombre font référence à des évènements « culturels », des films, des romans ou même des séries télévisées à succès : c’est le cas pour les représentations de spectacles au Puy du fou (p. 10), pour Apocalypse Now (p.14), Indiana Jones (p.22), Gladiator (p. 104), la Série Rome (p.124) et … le mariage de Nicolas Sarkozy et Carla Bruni (p. 136), dont on se demande bien ce qu’il fait là.

Le constat que nous faisons de la « marchandisation » du journal n’est pas nouveau, c’est le même que faisait Gérard Noiriel en 2005 dans Les fils maudits de la République paru chez Fayard : « [...] Aujourd’hui, la dimension savante a quasiment disparu. On ne trouve plus dans L’Histoire la liste des cours du Collège de France, mais les programmes de la télévision. La plupart des numéros sont en rapport direct avec l’actualité, et la posture normative du journalisme intellectuel s’est imposée au détriment de la compréhension scientifique. » (p. 156).

A cette remarque, qui représente une infime partie du livre de Gérard Noiriel, L’Histoire a répondu par une étonnante mise au point dans son numéro 298 daté de Mai 2005. La rédaction du journal rappelle sa réputation de sérieux et réaffirme la légitimité scientifique de ses collaborateurs, « universitaires, chercheurs au CNRS, et même  [25] professeurs au Collège de France » et balaie rapidement les critiques de l’historien. La fin de cette mise au point est des plus significatives : « A moins que les raisons de ce mauvais procès soient à chercher ailleurs, par exemple dans un succès public par nature indécent » (p. 4). C’est la sanction du public, du succès, du marché que le journal recherche, ce qui explique l’obsession des chiffres de ventes qui émaillent le numéro spécial que nous avons étudié.

***

Fier de soi, fermé aux débats, ouvert au marché : ces traits n’annulent pas les qualités du magazine L’Histoire et le sérieux de nombre d’ articles qu’il publie. Mais un savant mélange de légitimité universitaire, de fermeture idéologique et de thématiques destinées à la vente, sont les principales composantes du cocktail offert par le « magazine de référence des passionnés d’histoire ».

Matthieu Vincent.

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[1] L’Histoire, N°331, « 30 ans qui ont changé l’Histoire », Mai 2008.

[2] Comme le magazine le claironne sur son site internet.

[3] Editorial du numéro cité, p. 3.

[4] Interview de Michel Winock, fondateur du journal, sur son site internet.

[5] En particulier deux articles ont retenu notre attention : « 89, l’année sans pareille » de Mona Ozouf, autour des commémorations du bicentenaire de la Révolution française et « Communisme, dépôt de bilan » de Nicolas Werth, à propos du Livre Noir du Communisme paru en 1997 sous la direction de Stéphane Courtois aux éditions Robert Laffont.

[6] Suivent deux listes de grands noms de la science historique.

[7] Or, parmi les prétendus « contributeurs », ce ne sont pas les moins prestigieux : Michel Vovelle est professeur émérite à Paris I et ses deux collègues sont professeurs au Collège de France.

[8] A ce sujet on peut remarquer que c’est en 1984 que sort en librairie la thèse de Jacques Marseille, Empire colonial et capitalisme français, un travail de bon niveau, contrairement à tous les livres de ce collaborateur du Point et de C dans l’Air qui ont suivi. Le livre n’est même pas cité, ce sont les articles du journal qui le sont !

[9] A ce sujet, le journal pérore : « notre numéro [sur les Francs-maçons] de l’été 2001 s’est vendu à 100 000 exemplaires. Un record ! » p. 108.

[10] Ce beau titre est emprunté à Gérard Noiriel dans Les fils maudits de la République, Fayard, 2005.

[11] Ces deux thématiques sont traitées respectivement aux pages 52-55 et 86-89 du numéro spécial.

[12] Ouvrage emblématique de la « révolution furétienne » des études sur la Révolution française paru en 1988 chez Flammarion

[13] Par manque de place, nous n’entrerons pas en détail dans le débat. Sur le sujet, de nombreux ouvrages intéressants existent : Steven L. Kaplan, Adieu 89, Fayard, 1993 ; Patrick Garcia, Le bicentenaire de la Révolution française. Pratiques sociales d’une commemoration, CNRS edition, 2000 ; Eric J. Hobsbawm, Aux armes historiens, deux siècles d’histoire de la Révolution française, La Découverte, 2007. Voir aussi Le Plan B N°11, rubrique « l’Histoire n’est pas finie ».

[14] Aux armes historiens, op. cit

[15] Jay Smith, « Social categories, the language of patriotism, and the origins of the French Revolution : the debate over noblesse commerçante », Journal of Modern History, 72, N°2, 2000, pp 339-374.

[16] L’article est disponible dans les archives en ligne du journal.

[17] Le siècle des communismes, l’Atelier, 1999, sous la direction de Bernard Pudal et Claude Pennetier.

[18] Sur cette controverse voir : Perry Anderson, La pensée tiède, le Seuil, 2005, (la réponse de Pierre Nora est intégrée à l’ouvrage lui-même et revient de la page 128 à 135 sur la question qui nous occupe) et la « préface à l’édition française » de L’âge des extrêmes, Complexe-Le Monde Diplomatique, 1998.

[19] Excepté Gérard Noiriel pour son ouvrage publié en 1988, Le creuset français et Claude Liauzu, éminent spécialiste d’histoire de la colonisation et collaborateur occasionnel du Monde Diplomatique décédé en 2007, pour son combat contre la loi du 23 février 2005 sur le « rôle positif de la présence française outre-mer ».

[20] « Il rabâche tant de thèmes datant de la guerre froide et dépassés depuis longtemps, que de beaux esprits ont pu remarquer qu’il était l’équivalent intellectuel d’une demande de remboursement des emprunts russes » explique Perry Anderson à propos de l’ouvrage dans La pensée tiède op cit.

[21] Soulignés par nous

[22] Ou à la hache ? Pour une réponse à cet ouvrage, voir : Denis Berger et Henri Maler, Une certaine idée du communisme, répliques à François Furet, Edition du Félin, 1996.

[23] Interview de Michel Winock, fondateur du journal, sur son site internet.

[24] dont la mort, en 2002, n’est même pas évoquée.

[25] Souligné par nous.

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André Kaspi, Les Juifs américains

Posté par issopha le 19 mai 2008

André Kaspi, Les Juifs américains

 

André Kaspi vient de sortir un nouveau livre chez Plon : « Les Juifs américains » avec en couverture la question suivante : « Ont-ils vraiment le pouvoir qu’on leur prête ? »

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Les Juifs américain, par André Kaspi, Plon, 2008, 322 pages, 23 euros

Invité ce lundi 3 mars à l’émission de Patrice Gélinet, 2000 ans d’histoire, André Kaspi revient sur quelques éléments clés de son livre.

D’abord sur le fait que l’histoire des Juifs américains est quasiment plus ancienne que celle des Etats-Unis eux-mêmes. C’est en effet en 1654 que sont arrivés les premiers Juifs à la Nouvelle Amsterdam, alors colonie hollandaise. Il s’agissait de Juifs Sépharades, c’est-à-dire qu’ils avaient pour ancêtres des Juifs d’Espagne ou du Portugal.

1492 qui est la date de la découverte de l’Amérique par Colomb a été également – et il est intéressant de faire le parallèle entre ces deux événements – celle de l’expulsion des Juifs d’Espagne. Ceux-ci ont alors été chercher refuge ailleurs et notamment dans ce qu’on appelait à l’époque les Provinces Unies, nos Pays-Bas actuels. Il n’est donc pas surprenant de retrouver ces Juifs venus de Hollande dans une colonie hollandaise qui fut d’abord brésilienne, Recife. Mais quand les Portugais conquièrent cette terre, ils doivent de nouveau s’enfuirent cette fois-ci pour une autre colonie hollandaise, la Nouvelle Amsterdam, actuelle New-York. Ils sont alors très peu nombreux, à peine 3000, et ne représente que 0.03% de la population de la colonie.

La grande vague d’immigration des Juifs américains est représentée plutôt par ceux qui arrivèrent des Etats allemands au cours du XIXe siècle. Ces Etats étaient particulièrement réactionnaires, les Juifs y souffraient d’une grande pauvreté ; or dès cette époque les Etats-Unis attrairaient beaucoup d‘immigrants d’Europe. On disait là-bas : « Il y a des terres sans homme pour des hommes sans terre », bref, il s’agissait d’un pays à peupler. Cela dit, André Kaspi nous rappelle que les juifs d’origine allemande, mais également polonaise, s’installent très rarement sur la terre. Ils travaillent plutôt dans ce qu’on appellerait aujourd’hui les services, surtout le commerce, le petit commerce, voire le colportage. Quand cette activité leur a réussi et qu’ils s’enrichissent, ils peuvent ouvrir leur boutique, voire de très grands magasins comme à New-York. Ces Juifs allemands s’intègrent particulièrement bien à la société américaine.

D’ailleurs, l’auteur note que contrairement aux autres communautés pour lesquelles un tiers des immigrants repartent finalement dans leur pays d’origine, les Juifs restent – seuls 5% repartent. C’est qu’ils n’ont aucune tentation de retourner dans les pays qu’ils ont fui, où sévit pour eux une extrême pauvreté associée le plus souvent à un fort antisémitisme.

D’un point de vue religieux, André Kaspi revient sur la composition de la communauté. Les Juifs allemands ont en effet apportés dans leurs bagages la réforme du judaïsme. Réforme qui avait pour but de moderniser cette religion, dans le culte, dans ses pratiques religieuses, en quelques sortes, d’après l’auteur de le protestantiser. Cette réforme appelle une réaction, si bien qu’on peut au final distinguer trois communautés. Les orthodoxes représentent aujourd’hui près de 10% de la communauté juive. Conservateurs et réformés sont à peu près au même niveau, avec cependant un léger avantage aux réformés.

Les orthodoxes sont arrivés assez tard aux Etats-Unis, dans les années 30 ou pendant la guerre, victimes des nazis ; André Kaspi parle d’une sorte de paradoxe. Ils ne veulent pas céder à la tentation de s’intégrer dans la société américaine, ne parlent pas l’anglais qui est la langue des goyim ; l’hébreu étant la langue sacrée, le Yiddish doit être leur lange courante. Mais à côté de cela ils ne dédaignent pas les nouvelles technologies come l’informatique ou l’électronique. Ils s’imposent même dans le commerce des diamants sur la 47e rue qui est en quelque sorte si l’on peut dire envahie par ces Juifs orthodoxes.

Ces Juifs arrivèrent en général très pauvres aux Etats-Unis. Ils travaillèrent dans les ateliers de confection avant de s’investir dans d’autres secteurs de l’économie, dans la culture et même en politique. Leur présence dans ces milieux fut même dénoncée avec véhémence par des antisémites aussi célèbres qu’Henri Ford ou Charles Lindbergh qui, en 1941, à la veille de Pearl Harbour dénonçait encore ce lobby Juif qui cherchait à pousser les Etats-Unis dans la guerre. Or, ce qu’il faut bien voir, c’est que Charles Lindbergh n’est alors plus seulement l’aviateur qui a traversé en solo l’Atlantique, en 1927, mais c’est le porte-parole des isolationnistes, c’est-à-dire de ceux qui ne veulent surtout pas que les Etats-Unis se mêlent des affaires européennes. Et pour cause, car Lindbergh est également l’homme qui a des contacts avec les nazis et André Kaspi rappelle qu’il avait alors une deuxième famille en Allemagne qu’il avait cachée à sa famille américaine.

On ne peut pas admettre aujourd’hui qu’il existe un lobby juif aux Etats-Unis. Le lobby est une organisation complètement légale qui est déclarée auprès du département de la justice pour ceux qui travaillent pour des puissances étrangères ou bien auprès du congrès. Les Juifs, comme tous les Américains, ont cependant accès aux métiers de la politique. Si aucun n’a encore été président des Etats-Unis ou même vice-président, André Kaspi croit qu’aujourd’hui, alors qu’une femme ou qu’un Noir pourrait l’être, il n’y aurait rien de surprenant à ce qu’un jour ou l’autre un Juif le devienne.

Il est vrai que leur présence dans le milieu du cinéma est importante. Pour l’auteur, c’est même les juifs qui ont inventé Hollywood. Car contrairement au secteur de la haute banque par exemple, fortement discriminatoire et où on ne trouve que peu de Juifs aux Etats-Unis, contrairement à la France par exemple à la même époque, dans les années 20, le cinéma comme industrie nouvelle offre des possibilités pour les Juifs d’imposer leur marque. C’est le cas également de tous les nouveaux secteurs comme l’immobilierles produits de beauté, des secteurs qui sont ouverts à de nouvelles personnalités comme les Juifs. Pour André Kaspi, c’est leur investissement dans ces nouveaux secteurs de l’économie qui caractérise leur intégration dans la société américaine. ou

On a pu parler d’un lobby juif en le confondant avec le lobby pro-israélien : l’AIPAC (American Israeli Public Affairs Committie) qui est le lobby le plus puissant aux Etats-Unis derrière celui des retraités.

C’est ainsi que deux universitaires américains, John Mearsheimer et Stephen Walt dénoncent ce lobby et reprochent au gouvernement américain de s’aligner sur les volontés d’Israël. Pour André Kaspi, ces derniers ne font que reprendre les arguments des protocoles des sages de Sion qui, dans les années 30, imaginaient un complot juif international tout puissant.

Concernant l’AIPAC, l’auteur revient sur quelques éléments importants à souligner :

D’abord, tous les Juifs américains ne suivent pas les recommandations de l’AIPAC. Pour parler comme chez nous, on pourrait dire que la plupart des Juifs américains sont plus à gauche que l’AIPAC et plutôt favorables à un dialogue avec les Palestiniens. D’ailleurs, à ce propos, il est intéressant de noter que Georges W. Bush, pourtant le plus pro-israélien de tous les présidents des Etats-Unis n’a recueilli en 2004 que 23% du vote Juifs. C’est qu’aux Etats-Unis, les Juifs votent plutôt pour les candidats démocrates.

Ensuite, il est essentiel de comprendre que l’AIPAC est composé en très grande partie de chrétiens évangéliques, c’est-à-dire d’Américains conservateurs qui ne sont pas Juifs, à l’image de Georges W. Bush.

D’ailleurs même le Ku Klux Klan, malgré ses aspects spectaculaires, est plus connu pour son hostilité envers les Noirs et les Catholiques que pour les Juifs. L’antisémitisme existe aux Etats-Unis même s’il n’a pas la même virulence que dans certains pays européens. Il est particulièrement présent dans trois microcosmes de la société américaine : tout d’abord et en premier lieu, chez les musulmans noirs qui suivent Louis Farrakhan qui exprime ce même antisémitisme que l’on trouvait en Europe dans les années 30 ; ensuite sur les campus universitaires où les étudiants qui n’ont pas forcément une culture historique suffisante sont pris à parti par les négationnistes par lesquels ils se laissent convaincre ; enfin , dans le prisons où se trouvent beaucoup de Noirs et où les détenus blancs sont particulièrement soumis à la propagandes de groupuscules certes minimes dans la société américaine mais extrêmement actifs dans ces lieux spécifiques.

Finalement les Juifs américains semblent s’être si bien et si entièrement assimilés que le plus danger pour l’identité juive semble aujourd’hui l’assimilation pleine et entière, signifiant la disparition des Juifs américains. Les mariages mixtes sont aujourd’hui de plus en plus fréquents, près d’un mariage sur deux. Cela rend le recensement de la population juive plus incertain ; on ne sait pas comment vont évoluer ces familles, vers le judaïsme, vers une autre religion, ou vers aucune autre religion… bref, la communauté juive courre le risque de disparaitre avec tout ce qu’elle a pu apporter à la société américaine.

André Kaspi termine sont livre par la phrase suivante : « Dans cinquante ans les Juifs américains n’occuperont pas la place qu’ils occupent. Qu’on s’en désole ou qu’on s’en réjouisse, peu importe. C’est une évidence à laquelle il n’est pas possible d’échapper »

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Les syndicats sont-ils vendus ? « L’argent noir des syndicats », Roger Lenglet, Jean-Luc Touly, Christophe Mongermont (Fayard) sortie le 17 mai, 302 pages, 19 euros

Posté par issopha le 17 mai 2008

 

Les syndicats sont-ils vendus ?

 

Livre / jeudi 15 mai par Vincent Nouzille 

©  Vincent Nouzille / Bakchich -  

 

Si les petits arrangements financiers de l’UIMM ont été (en partie) mis au jour, ceux des syndicats censés défendre les salariés restent à ce jour encore tabous. Dans un livre, « L’argent noir des syndicats » (Fayard), le philosophe et journaliste Roger Lenglet, et deux syndicalistes, Jean-Luc Touly et Christophe Mongermont, révèlent, preuves à l’appui, les magouilles des syndicats, qui dépendent notamment un peu trop… du patronat.

C’est une enquête stupéfiante, qui devrait faire du bruit. Pour la première fois, le voile se lève sur un sujet tabou, « l’argent noir des syndicats ».

Les syndicats sont-ils vendus ?  « L’argent noir des syndicats », Roger Lenglet, Jean-Luc Touly, Christophe Mongermont (Fayard) sortie le 17 mai, 302 pages, 19 euros dans CARNETS d'IMPOSTURES jpg_argent-noir-des-syndicats-fb52f

Depuis le début de l’affaire des fonds secrets patronaux de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), le doute se propage.

Qui a été arrosé par l’UIMM, notamment avec les 20 millions d’euros en espèces destinés à « fluidifier les relations sociales », selon l’expression imagée de Denis Gautier-Sauvagnac, le puissant boss de l’organisation patronale, éjecté de son poste ? Les syndicats de salariés, mal à l’aise, ont tous protesté de leur bonne foi et DGS a promis de ne rien dire.

Le livre du journaliste Roger Lenglet, et des syndicalistes Jean-Luc Touly et Christophe Mongermont n’apporte pas de révélations majeures sur ce scandale entre les mains de la justice. En revanche, l’affaire de l’UIMM n’est visiblement qu’un révélateur de pratiques plus générales entre patronat et syndicats, qui vont de la subvention déguisée à la corruption pure et simple… Dans une absence totale de transparence. Il est vrai que la loi Waldeck-Rousseau de 1884 sur les syndicats leur permet de se dispenser de toute justification sur l’origine de leurs fonds et sur l’identité de leurs adhérents. Ils ont même le droit de détruire chaque année leur comptabilité afin de ne pas laisser de trace ! Un comble. Censé protéger les syndiqués de toutes représailles ciblées, ce système légal est aujourd’hui totalement archaïque.

Pratiques assez troubles entre patronat et syndicats

La réalité, telle que la narrent les auteurs, est bien plus accablante qu’on ne le croit. Les syndicats ont besoin d’argent. Or, ils ont de moins en moins d’adhérents, puisque les cotisations couvrent probablement moins de la moitié de leurs dépenses. La désyndicalisation et la bureaucratisation de syndicats émiettés vont de pair. Résultat : le système D règne. Et les dérives se multiplient.

L’UIMM, par exemple, reste muette sur les subsides qu’elle verse discrètement aux syndicats depuis des années. Or elles existent bel et bien, selon les auteurs. (Bakchich, dès demain, en révélera d’ailleurs quelques exemples très concrets) !

Téléphones, voitures, primes, embauches amicales…

D’autres PDG anonymes, cités dans le livre, évoquent des pratiques plus tangentes, des petits cadeaux qui entretiennent l’amitié… et permettent d’assurer un climat social très calme dans l’entreprise : « Je reçois moi-même, lors de chaque élection professionnelle de délégués du personnel, les salariés élus pour leur proposer des petits cadeaux, un véhicule de fonction et un téléphone portable. En contrepartie, ce que je demande, c’est qu’ils me préviennent afin de régler en amont et en petit comité tout litige qui pourrait déraper. » Pis : les permanents de certains syndicats viennent demander quelques services, en échange de leur promesse de calmer les revendications.

Daniel Guerrier, délégué CGT jusqu’en 2000, témoigne, lui, à visage découvert : « j’ai souvent vu des délégués du personnel prendre leurs ordres auprès de la direction pendant des repas régulièrement offerts par les cadres dirigeants, au cours desquels on se tutoie et on baisse un peu la voix en abordant certains sujets comme le renouvellement du portable ou de la voiture, en passant par les primes spéciales et les horaires allégés, l’embauche de parents ou amis. »

Ces pratiques seraient, selon les auteurs, très répandues, par exemple, dans le secteur de la construction ou du nettoyage. Là, les employeurs désigneraient carrément eux-mêmes certains syndicalistes de manière à éviter les soucis. Moyennant quelques avantages salariaux et appartements attribués aux heureux délégués. Même la CGT a du mal à discipliner ses troupes dans le monde atomisé du nettoyage…

Des pages de pub qui posent question

Mais les surprises ne s’arrêtent pas là. Les syndicats sont aussi gentiment arrosés par des pages de pub dans leurs revues internes. Pages qui peuvent êtres payées jusqu’à 100 000 euros « sans que personne ne puisse expliquer leur intérêt commercial ». Les auteurs notent que la presse CGT a un « penchant prononcé » pour les pubs venant notamment des assureurs Satec, Macif, Axa, MMM, Assurance Sport et Tourisme, les groupes Dassault, EDF, SNCF, Air France, Suez, Veolia, France Télécom, l’alcoolier Pernod-Ricard, le Patis 51 et le champagne Henri-Guiraud…

Fonds pour la formation ou les handicapés détournés

Par ailleurs, les collectivités locales, les caisses de retraite complémentaires et l’argent de la formation professionnelle (voir l’encadré) contribuent, eux aussi, à irriguer les syndicats, de manière directe ou indirecte, comme plusieurs rapports de l’Inspection des affaires sociales et de la cour des comptes l’ont déjà dénoncé, sans véritable suites. Pire : les 400 millions d’euros de subventions destinées à l’insertion professionnelles des personnes handicapées seraient en partie détournées vers d’obscurs « conseillers techniques ». Sans que personne ne s’en émeuve vraiment !

Des centres de formation très dépendants

« Chaque branche professionnelle (agro-alimentaire, chimie, commerce, métallurgie, etc) possède son organisme agréé collecteur de taxes : Agefos PME, Fongecif, Opcareg… On en compte une centaine, lesquels sont gérés de façon paritaire par les syndicats patronaux et les syndicats de salariés.

Cette gestion paritaire favorise-t-elle le contrôle mutuel de l’emploi de cet argent par les partenaires sociaux ? En principe, oui. D’ailleurs, on s’attendrait à entendre de temps en temps quelque cri marquant des désaccords,… Mais non, aussi étonnant que cela puisse paraître, les partenaires sociaux semblent aspirer à la concorde et ne souffrir d’aucun conflit. Chacun d’eux choisit ses centres formateurs en fonction de sa sensibilité et décide de l’orientation des formations, de leur contenu, du nombre réel de stagiaires… L’existence de ces centres est organiquement lié au syndicat qui fait appel à leur service, dès leur création. Et l’allégeance est complète.

« Pour récupérer en partie l’argent de la formation professionnelle, on s’arrange avec les centres formateurs qui surfacturent leurs prestations – ou facturent carrément des formations fictives – et l’on reverse ensuite discrètement aux syndicats une partie des bénéfices indus » nous explique un témoin direct (…)

Dans un rapport remis en 2007, la Cour des comptes montrait plus d’assurance : « rares sont les organisations professionnelles qui présentent de véritables justificatifs même plus ou moins détaillés, correspondant à des services effectivement rendus ». »

© « L’argent noir des syndicats », Fayard 2008

A l’arrivée, le constat du livre est accablant, que ce soit dans les entreprises privées comme dans le cas des entreprises publiques, tels qu’EDF ou la SNCF, où les abus – narrés en détail – sont légion. Le système de financement des syndicats – patronaux et de salariés – est bancal, opaque, perméable à la corruption, sans règles ni contrôles. Il serait grand temps de le réformer, au moins pour lui donner plus de transparence. Et éviter de désespérer ceux qui continuent de militer en toute bonne foi.

« L’argent noir des syndicats », Roger Lenglet, Jean-Luc Touly, Christophe Mongermont (Fayard) sortie le 17 mai, 302 pages, 19 euros

A lire aussi dans Bakchich

Un syndicaliste CFTC : « Nous touchons de l’argent de l’UIMM, et alors ? »

L’UIMM finance-t-elle toujours les syndicats ? A cette question toujours tabou, « Bakchich » apporte aujourd’hui une réponse claire. « Oui, nous recevons de l’argent de l’UIMM » nous confie Joseph Crespo, le président de la CFTC Métallurgie, qui a (…)

Et à découvrir à partir de ce week-end dans Bakchich

Les débuts du blog de Roger Lenglet, l’un des auteurs du livre « L’argent noir des syndicats » (Fayard)

clear dans COULISSES ET RESEAUX DU POUVOIR


Forum

  • Les syndicats sont-ils vendus ?

    le samedi 17 mai à 13:35, zadiglevizir a dit :

    allez Roger Le loire un p’tit peu d’éfficacité tout ce beau monde à la santé en calèche…. mais attention sans les avantages sécu cela va de soit… le même règime que pour le pôvre Jérôme Kerviel …. chiche…

    Répondre poliment et sans gros mots

  • Les syndicats sont-ils vendus ?

    le vendredi 16 mai à 19:57, Chris a dit :

    C’est évident ! Certains syndicalistes sont prêts à trahir leurs collègues en signant des accords défavorables aux salariés…C’est connu !

    Par contre, ce qui l’est moins, c’est le financement des syndicats par le paritarisme….Exemple, les mutuelles, les caisses de retraite, les fédérations patronales…Qui louent à prix d’or des espaces publicitaires dans les journaux syndicaux, ou encore des stands lors des congrès des fédérations syndicales…Tout ça pue ! Parce qu’il est évident qu’en finançant un syndicat le bailleur de fonds attend une contre partie…

    C’est tout le système qui est pourri, et il ne faut pas incriminer uniquement les syndicats…Les politiques, et le patronat sont complices, l’un pour sa passivité et l’autre par intérêt…Ne rêvons pas, cela ne changera jamais ! Le pouvoir économique a pris le pli depuis bien longtemps sur le pouvoir politique,le pouvoir administratif et peut être judiciaire !

    Répondre poliment et sans gros mots

  • Les syndicats sont-ils vendus ?

    le vendredi 16 mai à 11:27, georges a dit :

    Roger Lenglet, Jean-Luc Touly et Christophe Mongermont , ont ils été « remercié » par le locataire de l’Elysée ???

    Répondre poliment et sans gros mots

  • Les syndicats sont-ils vendus ?

    le vendredi 16 mai à 09:56, Lilith a dit :

    A present je comprends mieux pourquoi les manifs meme tres importantes ne servent a rien ! A present je comprends mieux pourquoi les Darcos, Sarkozi et autres se la jouent tres surs d’eux. C’est tres tres grave ! Moui qui trouvait que les syndicats etaient plus que mous sur des sujets plus que graves, a present je comprends pourquoi cette mollesse face a la destruction organisee de la solidarite nationale. Quand on voit les humiliations qui sont faites a la CAF, a l’ANPE sur des etres humains qui n’ont commis aucun crime et qu’on pousse dans la misere pour les punir et que les syndicats ne ruent pas dans les brancards, je me demande vraiment comment les gens peuvent encore croire aux syndicats !? les syndicats en france ne servent a rien, nada et ce livre nous le confirme malheureusement. Comme le PS ne sert a rien non plus car il ne s’indigne pas plus que les syndicats, remarquez bien.

    Répondre poliment et sans gros mots

    • Les syndicats sont-ils vendus ?

      le vendredi 16 mai à 14:19, un acheté a dit :

      Bonjour,

      Pourquoi vous ne vous syndiquez pas ?

      Quant à la référence à Darcos, elle concerne les syndicats de l’Education Nationale. Dans la Fonction Publique il y a plus de syndiqués en proportion que dans le privé, parce que les pressions et représailles sont moindres (ce qui n’empêche pas la lâcheté d’un grand nombre de fonctionnaires). Des luttes sociales ont été obtenues grace au syndicalisme, leur faiblesse aujourd’hui c’est bien que les travailleurs ne pensent plus de manière collective mais individuelle.

      Cela facilite les dérives et la corruption effectivement. Mais le bouquin est écrit par des syndicalistes notamment et son objectif, je pense, n’est pas de jeter le syndicalisme et son histoire au feu.

      Je réitère donc ma question, Lilith, pourquoi ne vous syndiquez pas et ainsi vous tenterez modestement à votre niveau de pallier à ces dysfonctionnements, qui ne sont pas généralisés.

      cordialement,

      Répondre poliment et sans gros mots

    • Les syndicats sont-ils vendus ?

      le samedi 17 mai à 07:49, Didier DELANIS a dit :

      Je lis des commentaires affirmant que les syndicats ne serviraient à rien…..

      Les augmentations obtenues dans le cadres des Négociations annuelles obligatoires seraient elles consenties naturellement par les employeurs ???

      L’avis favorable de la CFDT sur la réforme des retraites en 2003 et qui a permit à plus de 500 000 salariés de partir avec un, deux ou trois d’avance à la retraitre lorsque qu un salarié avait commencé à travailler à partir de 14, 15, ou 16 ans est il une absurdité ??

      Les prud’hommes sont ils inutiles ?? Ne sont ils pas essentiels pour une prise en compte des intérêts des salariés….et ne sont ce pas des élus syndicaux qui siègent pour parti sur leur temps personnel ??

      La plupart des représentants syndicaux voient leur carrière stoppée net dés leur prise de fonction, qu’ils soient issus du public ou du privé…Est ce de la corruption ??

      Avez vous une idée du nombre de militants syndicaux qui subissent du harcèlement syndical ?? Qui voient leur vie bouleversée par ce qu’ils subissent…

      Aors, certes, il doit bien exister des systèmes critiquables, des individus corrompus, des brebis galeuses….mais pas plus que dans le reste de la société…

      La majorité de ceux qui s’engagent n’ont pas la vie rose.. Allez voir du coté des représentants syndicaux dans la grande distribution, notamment chez les caissières, allez voir du coté des représentants syndicaux chez les garagistes, venez faire un tour dans les structures de proximité des syndicats et vous verrez comme les organisations syndicales sont logées…..

      Avez vous déjà vu un syndicaliste s’enrichir ????avez vous constaté, comme on le voit plus souvent chez les politiques, une amélioration des conditions de vie des syndicalistes ???

      Et puis ce livre à sensation qui ne livre finalement pas grand chose est un bon coup pour celui qui l’écrit…En voilà un qui va gagner un maximum en jetant l’opprobre sur les syndicats..

      Et puis réfléchissons….Qui bénéficiera de telles accusations contre les organisations syndicales ?? A qui profite le « crime »…. ????

      Didier DELANIS

Un syndicaliste CFTC : « Nous touchons de l’argent de l’UIMM, et alors ? »

©  Marion Gay, Vincent Nouzille / Bakchich -

Joseph Crespo est en colère. Président de la fédération CFTC Métallurgie, il fulmine contre les soupçons de corruption qui empoisonnent le climat syndical depuis le début de l’affaire des « caisses noires » de son homologue patronal, l’UIMM, l’union des industries métallurgiques et minières, en septembre dernier. « On en a marre d’être traités de voyous ou de corrompus par plein de gens, alors que nous n’avons rien à nous reprocher » confie-t-il à Bakchich . Il est vrai que les principaux bénéficiaires des 21 millions d’euros de cash distribués par l’UIMM via son délégué général Denis Gautier-Sauvagnac (DGS) demeurent mystérieux (voir encadré). Et que la gestion discrétionnaire par l’UIMM de sa cagnotte secrète – 600 millions d’euros !- suscite bien des questions.

De l’argent versé par l’’UIMM aux syndicats

Mais, depuis le début de l’enquête judiciaire sur ces versements occultes, tout le monde évite de parler des relations financières, qu’elles soient licites ou pas, entre l’UIMM et les syndicats. Sujet tabou et silence radio. Jacques Voisin, le président de la CFTC a déclaré qu’il n’y avait pas de « système organisé » entre l’UIMM et son organisation. Dans un livre qui sort le 17 mai « l’argent noir des syndicats »  [ 1 ], l’UIMM se réfugie derrière l’enquête judiciaire en cours pour botter en touche sur le sujet. Mais Joseph Crespo évoque, lui, l’existence de subventions légales « qui posent en effet un problème d’indépendance » , sans donner plus de précisions.

Bakchich a voulu en savoir plus. Et Joseph Crespo a accepté de nous fournir des explications chiffrées, qui confirment l’existence de versements réguliers de l’UIMM à tous les syndicats (voir la vidéo ci-dessus).

270 000 euros par an pour la CFTC Métallurgie

De quoi s’agit-il ? De fonds versés – appelés dans le jargon syndical un « préciput » c’est-à-dire un prélèvement,- dans le cadre d’un accord sur la formation des syndicalistes signé entre l’UIMM et les syndicats de la branche, destinés officiellement à payer des stages. Le montant touché par la CFTC Métallos ? Un chèque signé par l’UIMM de 270 000 euros par an, ce qui représente 18% des ressources de la CFTC Métallos (1,4 million d’euros par an). « Nous recevons la même somme que les autres syndicats, plaide Joseph Crespo. C’est un accord signé, le versement est parfaitement légal et transparent dans notre unique compte bancaire localisé à la Bred » .

Et à quoi sert cet argent, dont l’UIMM ne contrôle pas l’usage final ? En vérité, les syndicats en font ce qu’ils veulent. « Nous organisons vraiment des stages de formation à la négociation pour nos militants » assure le président de la Fédé des Métallos. Plusieurs centaines de syndicalistes seraient concernés chaque année. « C’est nous qui faisons entièrement le programme, l’UIMM ne s’en occupe pas » tient à préciser Joseph Crespo. Il ajoute que la formation mobilise environ 80% des fonds versés par l’UIMM.  « Le reste permet de financer partiellement les 6 salariés de notre fédération » . Une manière de reconnaître que l’argent de l’UIMM sert aussi à faire vivre sa fédération de manière permanente…

Un quart des recettes viennent des adhérents

Joseph Crespo nous donne également d’autres précisions. Car l’UIMM n’est pas la seule à verser son obole. La fédération des services de l’automobile (concessionnaires, etc) finance également, à hauteur de 250 000 euros par an, la CFTC Métallurgie (comme tous les autres syndicats), dans le cadre d’un accord sur le paritarisme. Et six entreprises du secteur (dont EADS, Thalès, Safran, Renault) ont signé des accords de « droit syndical » avec la CFTC Métallurgie qui les conduit à verser chaque année 40 000 euros chacune à cette fédé. Soit 240 000 euros de rentrées supplémentaires. Sans compter des recettes annexes de publicité provenant de sociétés de prévoyance (Ionic, AG2R, etc) dans les revues syndicales.

Au total, les cotisations des 16 000 adhérents ne représentent que 25% des recettes de la fédé, qui totalisent 1,4 millions d’euros par an. « Le système est comme cela. C’est dommage, mais cela ne fait pas de nous des vendus » estime Joseph Crespo. Le président de la fédé CFTC Métallurgie, qui est, par ailleurs, candidat au poste de secrétaire général de la CFTC au congrès d’octobre prochain, est partisan d’une transparence totale et d’une réforme de la loi sur le financement des syndicats, en faveur d’un système de chèque syndical donné à chaque salarié. « Ce serait plus sain » admet-il.

« Pas de corruption de syndicalistes » a écrit DGS

Depuis qu’il a pris les rênes en 2000 de la fédération CFTC des Métallos, qui revendique 16 000 adhérents, Joseph Crespo, venu d’Eurocopter à Marignane, assure n’avoir rien vu d’anormal en provenance de l’UIMM, bien qu’il ait souvent rencontré Denis Gautier-Sauvagnac « Je suis tombé de l’armoire quand j’ai appris ces histoires de valises de l’UIMM , dit-il. Cela nous a choqués. Nous avons déploré l’absence d’explications claires sur la destination de l’argent, qui laisse planer des doutes sur les syndicats. » .

Le comité national de la fédération avait décidé, en novembre, de ne plus participer à aucune réunion de l’UIMM si DGS devait y participer. En réponse, DGS a affirmé par écrit, le 4 décembre 2007, à Joseph Crespo, qu’il « n’y a jamais eu à l’UIMM dans les années écoulées de corruption ou d’achat de signatures syndicales. La sincérité des accords passés dans la branche ne saurait donc être entachée » .

L’enquête judiciaire en cours permettra, peut-être, de confirmer, ou d’infirmer, cette assertion.

Lire ou relire dans Bakchich  :

jpg_argent-noir-des-syndicats-8213c-7e434 dans PARFUMS DE SCANDALES

Les syndicats sont-ils vendus ?

Si les petits arrangements financiers de l’UIMM ont été (en partie) mis au jour, ceux des syndicats censés défendre les salariés – comme la CGT – restent à ce jour encore tabous. Dans un livre, « L’argent noir des syndicats » (Fayard), un journaliste, (…)

© Marion Gay, Vincent Nouzille / Bakchich : Un syndicaliste CFTC : « Nous touchons de l’argent de l’UIMM, et alors ? »

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« le négationnisme en histoire coloniale » et la loi du 23 février 2005 & Guerre coloniale française et génocide rwandais : implication et négation.

Posté par issopha le 1 février 2008

Retour sur un Débat des

Cahiers d’histoire

publié le 31 mars 2005

Revue d’histoire critique :  

« le négationnisme en histoire coloniale » 
et

la loi du 23 février 2005   

Mardi 29.03.05, Espaces Marx
64 Bd Auguste-Blanqui 75013 PARIS

 

Pressafrique a assisté au débat organisé par les  » Cahiers d’histoire  » le mardi 29 mars 2005 sur le « négationnisme en histoire coloniale » et vous propose un résumé des interventions. De manière à rendre les présentations des auteurs plus didactiques et pédagogiques pour l’internaute nous nous sommes permis de les agrémenter de références de notre choix ainsi que de certaines précisions faites par Pressafrique. Celles-ci seront toujours précisées comme remarques venant de Pressafrique dans des encarts ad hoc.

Nous commençons par les interventions des historiens   

Marcel Dorigny, Frédéric Régent et Jean-Luc Einaudi .

Prochainement nous proposerons les interventions

d’Alain Ruscio et de Catherine Coquio .  

 

Attention : Au lecteur , la pétition ci-dessous n’est naturellement plus d’actualité , le projet de loi dont il est question  ayant finalement été retirée sous la pression d’associations diverses de personnes  et personnalités  de France et de citoyens issus des anciennes colonies françaises et des DOM-TOM.

Issopha , Administrateur du Blog http://issopha.unblog.fr

 

 

Contre le Négationnisme d’Etat des Crimes contre l’Humanité durant la colonisation

 

Signez la pétition des historiens contre la loi du 23 février 2005
cliquez ici

Attention : Au lecteur , la pétition ci-dessous n’est naturellement plus d’actualité , le projet de loi dont il est question  ayant finalement été retirée sous la pression d’associations diverses de personnes  et personnalités  de France et de citoyens issus des anciennes colonies françaises et des DOM-TOM.

Issopha , Administrateur du Blog http://issopha.unblog.fr

 

 La loi du 23 février 2005 « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés » ne retient que le rôle « positif » de la colonisation et impose un mensonge officiel sur des crimes, sur des massacres allant parfois jusqu’au génocide, sur l’esclavage, sur le racisme hérité de ce passé… (elle) légalise un communautarisme nationaliste suscitant en réaction le communautarisme de groupes ainsi interdits de tout passé….

 Petit exercice proposé par PRESSAFRIQUE
Essayez de retrouver dans les manuels scolaires des passages concernant l’indépendance proclamée d’Haïti en 1804 et le nom de Jean-Jacques Dessalines.

2/ La disparition de Léger Félicité Sonthonax de la mémoire collective


Cet homme qui fut le premier à abolir l’esclavage à Haïti en 1793 [ 6 ] ne figure dans aucun manuel scolaire. Il a même disparu des dictionnaires biographiques après la seconde guerre mondiale notamment celui du « Larousse ».   

 Petit exercice proposé par PRESSAFRIQUE
Essayez de retrouver dans vos dictionnaires biographiques le nom de Sonthonax[6 ], premier homme d’état issu de la révolution française à avoir aboli l’esclavage en 1793 à Haïti.

3/ L’absence de référence à la révolution des esclaves de Saint-Domingue dans les travaux d’historiens dès le début du XIXème siècle.


Alors que la République d’Haïti constitue le deuxième état indépendant du Nouveau Monde[ 7-8 ].
Ce fait est occulté de la mémoire collective du XIXème siècle. Les livres d’histoire ne retiendront que l’indépendance des Etats-Unis occultant l’indépendance d’Haïti en 1804 suite à la défaite des troupes napoléoniennes.    

 

4/ Les modalités de reconnaissance de l’indépendance de 1825. (Ou la dette odieuse, ndlr).

Le traîté de reconnaissance de l’indépendance d’Haïti ou plus exactement de « la partie française de Saint-Domingue » par Charles X constitue un véritable ultimatum. Il s’agit d’accorder l’indépendance d’Haïti en échange d’une indemnisation. En somme si l’indemnisation n’est pas payée la reconnaissance ne sera pas acceptée. La dette de la France envers Haïti ne figure dans presqu’aucun livre d’histoire et encore moins dans les manuels scolaires [ 9 ].


« Il y a un trou dans laquelle la mémoire collective s’est engoufrée« .
Après  la mise en esclavage et la déportation des Africains vers la république dominicaine, l’exploitation des richesses haïtiennes fondée sur un crime contre l’humanité, la France réclame en 1825 une rançon d’un montant de 150 millions de francs or pour accorder l’indépendance à Haïti.
 

Celle-ci sera versée intégralement par la nouvelle république d’Haïti * , les colons de saint-Domingue par contre toucheront ces indemnités sur trois générations. Cette indemnisation des colons de Saint-Domingue fondera la jurisprudence pour les futures indemnisations des colons lors des indépendances coloniales à venir.  

 

En conséquence beaucoup de Français demeurent ignorant de l’histoire haïtienne et du rapport que la France entretient et a entretenu avec Haïti. Les mécanismes et les logiques de la mémoire collective (et à contrario de l’oubli) passent par l’enseignement et la transmission de l’histoire aux générations futures. Pour Dorigny :  » dans l’amnésie collective touchant à la mémoire coloniale le point de départ c’est Haïti« .

*Lors du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti en 2004, le président Aristide a réclamé le remboursement par la France de cette dette odieuse suscitant certaines tensions diplomatiques [ 10 ] entre la France et Haïti, ndlr.  

 

Références Attention toutes les références sont de notre choix, elles permettent de mieux objectiver de manière didactique les épisodes  évoqués par l’auteur, elles n’ont donc pas été fournies par Marcel Dorigny lors du colloque

1. Loi n° 2001-434 du 21 mai 2001 (Loi Taubira-Delannon)

tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité.

(J.O. du 23 mai 2001). Assemblée nationale.

2. Pascal Cornuel.

Interview avec Marcel Dorigny.

Arte, avril 2004.

3. Alexandre Rouillard.

Haïti : 200 ans après la fondation de la première république noire.

Socialist word.net, décembre 2004.

4. Discours de Wendell Phillips, Décembre 1861, à New York et à Boston.

Traduction par le Docteur Letances.  Toussaint L’Ouverture. 

5. Michel Hector, historien.   Haïti-Ayiti 1804-2004. Actes d’Indépendance.

Texte tiré du « Dictionnaire historique de la Révolution Haïtienne (1789 – 1804) ».

Juillet 2003. gensdelacaraibe.org

6. Biographie de Léger Félicité Sonthonax. G.H.C. Bulletin 20 : Octobre 1990 Page 204.

7. Fabien Marius-Hatchi.

Des révolutions caribéennes du droit naturel à l’indépendance haïtienne 1789-1804.

Gwadaoka.

8.   Greg Oxley.

La révolution des esclaves à Saint-Domingue 1791 – 1803

La Riposte.

9. Gotson Pierre.

FORUM SOCIAL 2003 – UN ATELIER SUR LA DETTE DE LA FRANCE VIS-A-VIS D’HAITI 

GVOM 25.01.03 10. RAPPORT AU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, M. DOMINIQUE DE VILLEPIN, DU COMITÉ INDÉPENDANT DE RÉFLEXION ET DE PROPOSITIONS SUR LES RELATIONS FRANCO-HAÏTIENNES  

Frédéric Régent, historien  :

le rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe, mémoire, histoire et « révisionnisme ».


 

 Cet ouvrage raconte l’histoire de milliers d’Antillais qui ont vécu la complexité de la société esclavagiste… Il y a l’histoire de la première abolition de l’esclavage, appelée alors la liberté générale, et de son rétablissement. A partir de sources inédites, cet ouvrage raconte la période la plus tumultueuse de l’histoire de la Guadeloupe pendant la Révolution française. Frédéric Régent

Après une première abolition de l’esclavage par Sonthonax en Haïti en 1793  puis dans toutes les Antilles en 1794, il fut rétabli par  Napoléon-Bonaparte en 1802. L’historiographie française a pendant très longtemps occulté l’histoire coloniale. Concernant les manuels scolaires dans les éditions de 1998 et de 2002, il n’y a quasiment rien sur cette première abolition de l’esclavage. Et cela même en 2002 soit un an après la loi Taubirat-Delannon. Cette question est aussi anihilée dans les livres d’histoire.  

 Petit exercice proposé par Pressafrique
Essayez de retrouver dans les manuels scolaires des éditions Belin, Bordas, Magnat, etc, des passages faisant état de la première abolition de l’esclavage par Sonthonax en Haïti.

  Il y a eu aussi cette polémique avec l’historien et biographe Max Gallo[ 1 ].

(Trois ans après la loi Taubira-Delannon, Celui-ci a fait preuve d’une forme de révisionnisme assez caractéristique de celui évoqué par les historiens de ce colloque, ndlr).
 

PRESSAFRIQUE
Extraits du JT de France 3, le samedi 04.12.04 [
2 ]
Catherine Matausch : Alors quand on parle de Napoléon on n’évoque jamais cette décision de rétablir l’esclavagisme, pourquoi ?

Max Gallo : Non, jamais, vous exagérez. On le fait, mais moi-même je peux dire que je l’ai fait, peut-être pas de façon suffisante. Parce que c’est vrai que dans l’inconscient même de l’historien quand il travaille, à moins qu’il ne soit directement concerné par le sujet. cette tache, car c’est une tache réelle, est-ce que c’est un crime contre l’humanité, peut-être, je ne sais pas. Je crois qu’il a incarné en tout cas les valeurs révolutionnaires en dépit de tout ça.

Les nationalistes napoléoniens de l’époque se sont servis de tels procédés pour développer le sentiment national et légitimer les discriminations en tous genres.

Concernant la révolte des guadeloupéens contre les colons de 1801 à 1802 , elle a fait aussi l’objet d’une instrumentalisation de la part des nationalistes guadeloupéens, occultant le caractère métissé de cette révolte avant que Napoléon combatte les insurgés et rétablisse l’esclavage. Les troupes de Louis Delgrey[ 3] qui ont combattu les troupes napoléoniennes de Richepance[ 4], étaient en fait très métissées. On comptait parmi ces troupes de nombreux mulâtres, un officier métis à leurs têtes (Louis Delgrey[ 5 ]),  un offficier noir et même un officier blanc. Les troupes pour moitié étaient constituées de mûlatres et pour  moitié de noirs. Les mouvements nationalistes ont grandement occulté cette mixité. En somme chacun des mouvements nationalistes a sa version manichéenne de l’histoire. 

PRESAFRIQUE


« 
5 mai 1802 : Richepance débarque en Guadeloupe pour « rétablir l’ordre » 10 mai 1802 : « Proclamation du 10 mai 1802 » 28 mai 1802 : assaut final de Richepance et sacrifice de Delgrès.
Quelques jours plus tard, le 16 juillet, Richepance publie un arrêté qui rétablit l’esclavage en Guadeloupe. Ce système inhumain perdurera jusqu’au 27 mai 1848, date officielle de l’abolition dans l’île
« . RFO, 10.10.04[
3]

Références :références de notre choix, ndlr


1. Grioo.com 10.12.04 Le collectif DOM répond à Max Gallo et invite à une marche 


2.
Grioo.com 08.12.04 L’esclavage détail de l’histoire sur France 3 ?
3. Gladys le Pasteur. Portraits de Louis Delgrès. RFO, 10.10.04.


4.
René Bellenus. Le combat de Richepance. LAMECA


5.
Biographie de Louis Delgrès. LAMECA

Jean-Luc Einaudi, historien  :

le massacre du 17 octobre 1961.

« Le terme de négation est adapté au sens ou il y a eu tentative de nier un fait« .

Jean-Luc Einaudi.

  mardi 17 octobre 1961, à l’appel du FLN, les Algériens de la région parisienne tentent de manifester contre le couvre-feu décrété douze jours plus tôt par le préfet de police, Maurice Papon .

La répression sera atroce : plusieurs dizaines de morts cette nuit-là et les jours suivants… Le communiqué officiel de la préfecture de police ne fera état que de deux morts.  Ce livre raconte l’histoire de ce massacre. Jean-Luc Einaudi

Ce massacre fut perpétré à Paris même et dans la banlieue parisienne. « La singularité de ce crime consiste dans le fait qu’il a été commis ici au coeur même de notre capitale auto-proclamée des droits de l’homme« .  Concernant la négation en histoire, on peut dire que « la guerre d’Algérie en tant que guerre a été niée en tant que telle pendant 40 ans, officiellement on parlait d’opération de pacification« . Il y a seulement trois ans que la guerre d’Algérie a été reconnue en tant que « guerre » et non en tant « qu’évènements ».


« Le terme de négation est adapté au sens ou il y a eu tentative de nier un fait » notamment le massacre du 17 octobre 1961 sur lequel nous reviendrons ultérieurement. On ne peut comprendre ce massacre que dans la mesure où on le resitue dans le contexte de la guerre d’Algérie qui fait suite à la guerre d’Indochine, profonde défaite et humiliation de l’armée française.
Nous étions à l’époque dans le champs d’une France coloniale en guerre coloniale ininterrompue depuis 1945. Le 8 mai 1945, le massacre de Sétif va faire plusieurs milliers de morts, ces faits sont restés méconnus pendant très longtemps. Nous avons eu affaire dans le cadre des guerres coloniales à des massacres dont l’ampleur fut  dissimulée en métropole et cela encore actuellement. Récemment il y a eu les paroles de l’ambassadeur de France en Algérie reconnaissant le caractère  »inexcusable » de ce massacre[1], mais il importe de savoir s’il y aura une réaction des officiels et des politiques français lorsque sera venue la date de commémoration du 8 mai 2005.  Nous verrons aussi ce qu’il en est en tant que reconnaissance de ces crimes à l’échelle de l’indvidu, notamment en ce qui concerne les réparations. Dans quelle mesure ces oublis, n’influent-ils pas sur nos consciences collectives? On doit bien reconnaître que ce massacre a pronfondément meurtri la société algérienne et a fortement contribué à l’organisation de la guerre d’indépendance.

Une des caractéristiques de cette guerre fut l’institutionnalisation de la torture. Celle-ci existait déja bien avant dans les colonies, ainsi en 1951 Claude Bourdet s’interrogeait sur les pratiques de torture en Algérie dans « J’accuse » paru dans France-Observateur [2] puis dans un autre article en 1953 il posait la question « Y a-t-il une Gestapo en Algérie ? » et répondait par l’affirmative. Oui il y a bien eu un négationnisme en France de la part de l’Etat concernant l’usage de la torture et de son institutionnalisation durant « les évènements d’Algérie ». Cela met en cause la responsabilité de l’Etat français et pas uniquement les individus qui ont été pris dans ce système.  »L’usage de la torture fut niée par Guy Molet, par Robert Lacoste » et l’ensemble du gouvernement. Elle resurgit constamment, « elle est là comme les cadavres qui continuent à resurgir du passé« . Dernièrement elle s’est manifestée par la mise en cause du général Schmitt[3, 4, 5], chef d’Etat-Major de l’armée française durant la première guerre du golfe. Schmitt a tout fait pour que l’histoire ne s’inscrive pas. Lors de l’affaire Aussaresses, il a appelé ses anciens condisciples de la bataille d’Alger à ne rien dire sur les ondes de France Inter, alors qu’il était interviewé par un journaliste. Il s’agit de la mise en place et de l’organisation d’une véritable omerta sur le passé colonial peu glorieux. Ainsi il a qualifié de « tissus d’allégations mensongères » le témoignage d’une résistante algérienne Louisette Ighilariz torturée durant la guerre d’Algérie [6-7]. Il s’agit d’une volonté de faire taire ceux qui veulent témoigner. Il s’en est pris aussi à Henri Pouillot qui s’est vu traiter de « menteurs » et de « criminels »[8].


« Il s’agit d’une véritable entreprise de négation de l’usage de la torture au cours de la guerre d’Algérie« .
1961, cette guerre surgit en plein Paris. Rappelons en le contexte. C’est celui de l’attentat du FLN sur des policiers à Paris, policiers qui par ailleurs se livraient à de nombreuses exactions dont la pratique de la noyade à Paris. L’usage de la torture fut banalisée à Paris, des nombreux hôtels du 13è et du 18è arrondissement furent réquisitionnés et ont été des lieux de torture en plein Paris. Il va y avoir 11 policiers tués par le FLN entre aout et octobre 1961. Dans ce contexte, c’est le préfet de police Maurice Papon qui sera chargé d’organiser la répression policière. Le fait que depuis mars 1958, il soit préfet de police à Paris après avoir eu les responsabilités que l’on sait sous l’occupation est assez évocateur. Dans ce contexte est décidé un couvre-feu à l’encontre des français musulmans d’Algérie, couvre-feu anticonstitutionnel car discriminatoire. Ce qui est au coeur de ce massacre ce sont les critères raciaux et de haine raciale. L’indigène était perçu comme étant un être situé entre l’animalité et l’humanité. C’est le paroxysme des pratiques banalisées en Algérie qui vont s’appliquer à Paris depuis 1958. Les gens sont internés au Vel d’Hiv et cela ne pose aucuns problèmes sauf à quelques anciens résistants notamment la journaliste Madeleine Riffaud[9] mais cela reste du domaine des protestations marginales. Ce sera un massacre qui va se prolonger pendant plusieurs journées et l’on verra aussitôt les tentatives de dissimulation de ce crime. La version officielle sera que les forces de l’ordre ont été amenées à tirer en état de légitime défense *. Puis il y aura tous ces cadavres qui vont remonter à la surface de la Seine. « Je n’ai pas le début d’un commencement de l’ombre d’une preuve » déclarait Roger Frey[10]. Cette phrase constitue un exemple type de négationnisme. En fait la version du préfet Maurice Papon concernant le massacre des Algériens à Paris engage l’Etat français. 

C’est grâce au procès attenté par les victimes juives contre Maurice Papon que l’affaire du 17.10.1961 [11] a été enfin exhumé du placard colonial. Sans le procès de ces victimes, jamais ces crimes n’auraient été abordés sur la scène publique. Michel Slitinski [12] à l’origine du procès intenté au préfet Maurice Papon, concernant les rafles des Juifs par la police française pour le compte des nazis, a toujours voulu que les crimes contre les Algériens soient connus.Papon a intenté un procès à Jean-Luc Einaudi pour diffamation en 1999. Pour la première fois cela a permis de confondre la version négationniste de Papon « il disait que les Algériens montaient volontairement dans les cars de police pour se mettre à l’abri du FLN ». Il a perdu ce procès et cela a permis la reconnaissance de ce massacre. 

La version de Maurice Papon sur le massacre du 17.10.1961 [ 13 ]
« La répression s’est réduite à prier les Algériens de monter dans les cars et les autobus [...]. Il n’y a pas eu de morts par arme à feu par la police mais par les groupes d’assaut du FLN [...]. Les cadavres des Algériens jetés dans la Seine étaient ceux des tenants du Mouvement Nationaliste Algérien, des dissidents du FLN que les commandos FLN ont fait disparaître en les jetant à la Seine et en les imputant sur notre dos. Aucun des morts repêchés dans la Seine n’est imputable aux services de police.« 

Les déclarations de Pierre Messmer, ministre des Armées au moment des faits
« En ce qui concerne les événements qui se sont passés entre 1960 et 1967, j’étais ministre [des Armées] et par conséquent j’assume avec le gouvernement tout entier, depuis le général de Gaulle jusqu’au dernier des secrétaires d’État concernés, la responsabilité des événements.« 

La version de Jean-Luc Einaudi sur le massacre du 17.10.1961[13] »Des témoins font état du caractère absolument pacifique de cette manifestation [...]. A la hauteur du cinéma Rex, les policiers ouvrent le feu. Là, des Algériens sont tués par balles [...]. Au pont de Neuilly, la police ouvre également le feu, des gens sont tués et puis on voit des policiers jeter à la Seine des personnes raflées [...] Plusieurs policiers, en état de choc, se présentent au siège du journal France-Observateur et disent au rédacteur en chef Claude Bourdet, une grande figure de la Résistance puisqu’il fut le fondateur de « Combat » avec Henri Frenay, que 50 Algériens viennent d’être tués dans la cour de la préfecture de police et que leurs corps ont été ensuite jetés à la Seine [...] Le bilan officiel serait de 3 morts [...]. Je pense, après les recherches que j’ai pu faire, qu’il y a eu durant cette période un minimum de 200 morts, vraisemblablement environ 300. »

Aujourd’hui encore il n’y a aucune reconnaissance officielle de la part de l’état français vis à vis des victimes ou des familles des victimes qui ont été tuées lors de cette répression criminelle en plein Paris mais ce qui est aussi important c’est notre engagement pour que ces moments occultés de notre histoire soient établis. Et l’on peut dire qu’il s’agit d’un véritable travail d’abnégation et de résistance parfois.    

 Lors du procès de Papon en 1999, Jean-Luc Einaudi a demandé à deux professionnels conservateurs des archives de Paris : Brigitte Lainé et Philippe Grand de venir témoigner de ce qu’ils avaient pu contater [14]. Ils sont venus témoigner devant la justice sans mettre en cause la vie privée des personnes. Dès le lendemain ils ont fait l’objet de sanctions disciplinaires déguisées. Il a fallu plusieurs années pour que le tribunal administratif demande que Brigitte Lainé soit réintégrée dans ces fonctions. Pourtant la mairie de Paris n’a pas appliqué ce jugement et cela malgré un deuxième jugement. Un troisième est en cours contre la mairie de Paris. Il s’agit de  poursuites pour non application des décisions du tribunal. Quant à Philippe Grand, après avoir été placardisé cinq ans il est parti en retraite [14]. Il n’a donc pas pu être réintégré et laver l’affront qu’il a subi pour avoir contribué à établir la vérité sur un moment important de notre histoire qui nous engage tous.  

* ce qui n’est pas sans rappeler, toute proportion gardée, la version du ministère de la défense lors de la répression par les militaires français des manifestations antifrançaises en Côte d’Ivoire , ndlr.  

Référence : les références sont de notre choix 

1. LE MONDE 09.03.05 (AFRICATIME)
Paris reconnaît que le massacre de Sétif en 1945 était « inexcusable »

2. Le « J’accuse » de Claude Bourdet dans France-Observateur, le 6 décembre 1951. 3. L’HUMANITE 23.03.05
Le général Schmitt est de nouveau accusé

 

4. LE MONDE 18.03.05 (AFRICATIME)
Le général Schmitt est à nouveau accusé de torture en Algérie

5. AP 21.03.05
Tortures en Algérie: le général Schmitt répond à ses accusateurs

6. EL WATAN 06.07.03 LOUISETTE IGHILAHRIZ DEVANT LE TRIBUNAL DE PARIS «La torture, c’est trop dur»

 

7. EL WATAN, Le Pen et la torture : l’enquête du « Monde » validée par le tribunal. 28.06.03

8. LE NOUVEL OBSERVATEUR. De nouveaux témoignages accusent le gal Schmidt , 18.03.05 

9. L’HUMANITE, 13.10.01. 17 OCTOBRE 1961 Jean-Luc Einaudi : un crime toujours pas condamné

 

10. JAVA.20.04.01. (ornitho.org)  L’Ornitho – Retour sur un massacre. Entretien avec Pierre Vidal

11. Le site du 17 octobre 1961, contre l’oubli

12. Michel Sitlinsky. Procès Papon, le devoir de justice

 

13. LDH Toulon. Les massacres d’Algériens à Paris, en octobre 1961, et l’accès aux Archives.

14. Jean-Pierre Thibaudat – Philippe Grand placardisé cinq ans.  LIBERATION, 15.07.04 (LDH Toulon).

 

 

 

 

Nous publions l’intégrale de l’intervention de Catherine Coquio, présidente d’AIRCRIGE lors du colloque des Historiens
à
l’espace Marx organisé par les Cahiers d’histoire sur le thème du « négationnisme en histoire colonial « . Ce texte a été réactualisé par l’auteur. Les encarts en bleu-vert et les liens web dans le texte sont des ajouts de Pressafrique.
Les références de bas de page sont publiées telles que dans le texte original à paraître prochainement dans les
Cahiers d’histoire.

 Guerre coloniale française et génocide rwandais : implication et négation.

Catherine Coquio

(Présidente d’Aircrige )


 

  

Parlant du génocide des Tutsi du Rwanda en 1994 dans le cadre d’un travail collectif sur la négation des crimes coloniaux, je voudrais d’abord préciser deux points.

1. Il n’y a pour moi aucun amalgame possible entre les massacres coloniaux et l’extermination génocidaire telle qu’on la vue se réaliser au Rwanda en 1994.

Chacun sait pourtant que le massacre, souvent accompagné d’un discours sur « l’espace vital » et l’extermination nécessaire, fut une pratique coutumière au cours des guerres coloniales européennes, pratique qui contribua à rendre historiquement possible le génocide nazi – comme Sven Lindqvist[1] le démontra magistralement deux ans avant le génocide rwandais. Mais la destruction génocidaire, qui a fait l’objet d’une définition juridique précise dans la Convention de 1948, reprise dans les statuts de la Cour Pénale Internationale 50 ans plus tard, suppose un type d’objectif, un degré de planification et des modes de réalisation spécifiques. Le génocide se distingue ainsi radicalement de la guerre civile ou du conflit interethnique. Il représente d’autre part un cas très particulier de crime contre l’humanité.

Qui a étudié parallèlement le déroulement des massacres de 1994 au Rwanda et ceux commis par l’armée française en Algérie, quelles que soient leur extrême violence et leur gravité[2], de la conquête coloniale à la guerre d’indépendance, ne peut avoir aucune hésitation sur ce point. Pourtant, ce qui s’est passé pendant la Bataille d’Alger (1957) a un rapport direct avec ce qui s’est passé au Rwanda en 1990-1994. Ce rapport, qui n’est pas seulement d’analogie, ne permet nullement de qualifier de génocide ce qui s’est passé en Algérie, mais de comprendre le rôle particulier que joua la France dans l’histoire du génocide rwandais. Comment un tel rapport doit-il se comprendre ?

Ces distinctions en effet n’empêchent pas de poser la question du passage de la violence guerrière à la violence génocidaire. Elle se pose au sujet par exemple des massacres ethniques commis au Cameroun pendant la guerre d’indépendance avec l’encouragement de l’armée française, d’une très grande ampleur et qui restent occultés[3]. Elle se pose également, de manière différente, à propos de la guerre menée par la France au Rwanda plus de trente ans plus tard. Car cette guerre à la fois militaire, diplomatique et politique, a croisé la réalité du génocide en 1994. La question se pose donc de la nature exacte de ce croisement, qu’on interprétera ou non en termes de complicité de génocide.

2. Ma position sur ce sujet est celle de la structure au nom de laquelle je m’exprime ici :  non en tant qu’universitaire spécialiste de littérature comparée[4], mais au nom d’Aircrige, une des associations membres de la Commission d’Enquête Citoyenne (CEC) sur l’implication de la France dans le génocide rwandais. Cette Commission s’est réunie en mars 2004, et a publié un an plus tard son rapport, sous le titre L’Horreur qui nous prend au visage. L’Etat français et le génocide au Rwanda (Karthala, 2004)[5].

Ce rapport est venu compléter deux grands ensembles de documents : a. l’enquête conduite par la FIDH et Human Rights Watch sous la direction de l’historienne Alison Desforges, et publiée sous le titre Aucun témoin ne doit survivre. Le génocide au Rwanda (Karthala , 1999) ; b. le volumineux rapport de la Mission d’Information Parlementaire (MIP), présidée par P. Quilès, publié en 1998 sous le titre Enquête sur la tragédie rwandaise[6].

En ce qui concerne les responsabilités françaises, les conclusions de ce rapport se situent très en-deça du contenu du premier livre, mais aussi des documents produits par ce rapport lui-même – en particulier ses Annexes – , accablants déjà pour l’Etat français. « La France, conclut Paul Quilès en décembre 1998, n’a en aucune manière incité, encouragé, aidé ou soutenu ceux qui ont orchestré le génocide ».

La contradiction parfois criante entre les conclusions du rapport et son contenu, mais aussi les lacunes internes de celui-ci – dues en particulier à l’absence de certains témoins et acteurs de premier plan – ont conduit un certain nombre d’individus et d’associations (Aircrige, Obsarm , Cimade ) à l’initiative de l’association Survie, alors présidée par François-Xavier Verschave, à former une « Commission d’Enquête Citoyenne » destinée à l’établissement des faits le plus complet possible sur cette question majeure.

Cette Commission disposait de peu de moyens matériels, mais de nouveaux documents et en particulier de témoignages majeurs : non seulement ceux, qui venaient d’être publiés, du journaliste Patrick de Saint-Exupéry et de Roméo Dallaire[7], responsable des forces de l’ONU pendant le génocide, mais aussi ceux de miliciens et de rescapés rwandais, recueillis par la Commission elle-même, et qu’il fallut entendre et recouper. L’ensemble des éléments accessibles furent examinés avec l’aide d’historiens, d’enquêteurs et spécialistes du Rwanda et de chaque domaine évoqué : furent ainsi entendus Alison Desforges, Jean-Pierre Chrétien, Gabriel Périès, Colette Braeckmann. En revanche, alors que toute la classe politique chronologiquement concernée fut invitée, deux personnes seulement répondirent[8].

Cette Commission, qui en appelle à un enquête à la fois historique et juridique plus soutenue, a conclu à la « présomption de complicité » d’ordre à la fois  « militaire », « diplomatique », « financier » et « politique » : c’est ainsi que s’organise ce rapport de 600 pages, qui consacre également un chapitre aux « Idéologies et médias », et un à l’Opération Turquoise. Le Président de cette Commission, Géraud de la Pradelle, a publié conjointement, sous le titre Imprescriptible. L’implication française dans le génocide tutsi portée devant les tribnaux (Les Arènes , 2005), un mémento juridique exposant les enjeux et modalités d’un recours devant la justice.

Représentée dans cette Commission, Aircrige a par ailleurs conduit des travaux parallèles, destinés à réfléchir sur l’écriture et la mémoire de ce génocide[9] et à élargir le champ sur les versants épistémologique et politique : en s’interrogeant, d’une part, sur le rôle du témoignage dans l’écriture d’une histoire niée après les grandes catastrophes du siècle[10] ; en étudiant, d’autre part, les comportements récents de l’Etat français relatifs aux crimes contre l’humanité ces quinze dernières années : ceci en mettant en relation le déni d’un passé inassumable et certaines compromissions actives (ex-Yougoslavie, Algérie, Soudan, Rwanda), pour s’interroger sur la récurente mise entre parenthèses du génocide, au passé comme au présent[11].

Le contre-temps colonial en 1994

En quoi le génocide des Tutsi du Rwanda, commis par les forces du Hutu Power avec la participation de la population rwandaise, concerne-t-il l’histoire coloniale française ?

Ce qui s’est passé en 1994, c’est-à-dire la conjonction d’une guerre et d’un génocide – n’est pas à envisager comme un « après-coup » de la colonisation, ni comme le développement d’une histoire tragique issue de ses « séquelles ». Ce n’est pas non plus une histoire « d’après la décolonisation », bien que l’indépendance du Rwanda ait été proclamée en 1962, peu après la création de la « République rwandaise » issue de la « révolution sociale » de 1959.

D’une part, il n’y a pas eu de « décolonisation » au Rwanda : c’est précisément à cela qu’a servi la fameuse « révolution sociale », qui, devant les désirs d’émancipation de l’élite tutsi bientôt gagnée à la cause de l’indépendance, porta au pouvoir la majorité hutu : la « révolution » qui installa la « République » rwandaise fut un renversement d’alliance coloniale.

D’autre part, le Rwanda ne fut pas une « colonie » française au sens strict du terme. Pénétré en avril 1894 par les Allemands, le Rwanda est vite devenu, pour un demi-siècle, une colonie belge. La présence française s’y est néanmoins manifestée fortement, d’abord à travers le pouvoir de l’Eglise, qui a réussi à créer un Etat quasi théocratique pendant plusieurs décennies, puis dans les formes d’une « amitié politique » qui devint une coopération militaire au cours des années soixante-dix.

Enfin il s’agit au Rwanda d’autre chose encore que des effets de la « Françafrique » comme système de gouvernance et d’exploitation nécolonial, même si celle-ci est en cause aussi. Les formes de continuité qui mènent de la présence coloniale française avant l’Indépendance à cette complicité de génocide sont plus concrètes et précises : elles passent par la préparation d’une guerre à la fois secrète et totale, après l’installation d’un système politico-militaire conçu sur le modèle français et avec l’appui français. Cette forme spécifique de continuité pose la question de la persistance de la guerre coloniale au-delà des indépendances.

Le génocide de 1994 oblige à s’interroger sur une contemporanéité : celle d’un début d’historiographie des violences coloniales, d’un début de reconnaissance des guerres livrées lors des indépendances, voire des crimes de guerre commis alors par l’armée française (sans qu’on veuille la plupart du temps parler de « crimes contre l’humanité »), et d’un retour anachronique, au Rwanda, d’une politique guerrière pleinement héritière de la période coloniale, plus précisément des « massacres coloniaux » (Y. Bénot) commis lors des guerres d’indépendance.

Cet anachronisme montre que la reconnaissance des faits peut aller de pair avec un profond déni des actes en tant que crimes. Au niveau des instances politiques et militaires, du reste, ce déni se formule parfois comme une pleine acceptation : celle de l’Histoire française dans son intégralité. Le déni en effet n’est pas la négation des faits mais l’effacement de leur signification, donc l’absence de tout investissement moral à ce sujet[12]. La puissance de ce déni permet qu’une certaine histoire se poursuive, quelle que soit l’histoire de l’anticolonialisme et de la « décolonisation ».

Cette continuité n’est donc pas seulement celle d’une idéologie tenace, qui résiste aux discours comme aux faits contraires. C’est celle d’un système effectif de gouvernance militaire mis en place dans le droit fil d’une doctrine coloniale. Cette doctrine a été réactualisée comme à contretemps, au gré d’enjeux géostratégiques nouveaux, mais aussi largement hérités. Ce contretemps, qui frappe ici par sa longévité, a été rendu proprement stupéfiant par le génocide de 1994, qu’un tel comportement colonial a rendu possible. Cette possibilité génocidaire sidère l’historien de la colonisation. Mais cette ouverture d’un nouveau champ historiographique lui permet aussi de voir plus clair sur la structure du temps colonial, qui rend au fond caduque ou inopérante l’idée même de contretemps.

Les enjeux et représentations qui accompagnent le système mis en place au Rwanda frappent aussi par leur anachronisme. Mais cet anachronisme fut précisément responsable d’une certaine actualité, si insensée a priori qu’elle semble inintelligible, y compris même à l’historien de la colonisation. Celui-ci pourrait en effet se sentir en tout point dépassé, voire non concerné par un si tardif événement. Or c’est bien à lui que revient d’écrire aussi cette histoire. L’histoire de la colonisation devient ici celle du temps présent. La temporalité de l’histoire coloniale est profondément modifiée par l’effectuation de ce génocide. Son étude l’est par force aussi – comme la réplique politique à trouver : on conçoit plus que jamais ici l’insuffisance de la lutte anticoloniale traditionnelle.

A qui entend refuser la politique qui produisit cette histoire, comme à qui veut avant tout l’étudier, il faut tenter non de comprendre l’inhumanité à l’oeuvre dans cette catastrophe, mais de déchiffrer la part d’intelligence, ou plutôt de rationalité qui l’a rendue possible. Pour le rôle qu’y a joué la France, cette rationalité déphasée, sinistrement intempestive, n’est pas directement celle du génocide, mais d’une certaine guerre : sa raison se situe dans une certaine doctrine militaire, d’origine coloniale, et dans l’audience que trouva celle-ci au niveau de la Présidence.

Une doctrine militaire coloniale appliquée au Rwanda.

Le Rwanda semble avoir été le lieu d’une expérimentation stratégique et militaire, dans le cadre d’une politique vouée à la défense des intérêts de la « francophonie ». Une idéologie géostratégique, donc, hantée par le péril communiste, puis par la présence anglophone sur le territoire africain, a guidé les agissements français dans ce pays, de la guerre froide à l’après-guerre froide. A cette idéologie s’est mêlée la mythologie raciale du Tutsi « Hamite », guerrier féodal et nomade d’origine blanche et parent du sémite, donc exogène, qui fut le support idéologique de la « Révolution » de 1959 et des pogromes qui suivirent. C’est de ce foyer syncrétique à forte teneur mythique que naît l’image du dangereux « Khmer noir » déboulant d’Ouganda (pays anglophone), en vigueur chez certains hauts-gradés de l’armée française, proches du président Mitterrand.

Les témoignages recueillis par Patrick Saint-Exupéry dans L’Inavouable, corroborent les thèses exposées par Gabriel Périès – qui se sont développées depuis le Rapport de la CEC[13] : ils confirment l’hypothèse d’une application, au Rwanda, de la  « Doctrine de la Guerre Révolutionnaire », ou « antisubversive », destinée à briser « l’ennemi intérieur » en mettant sous coupe réglée l’ensemble de la population. Cette doctrine, issue pour partie de l’expérience indochinoise, et expérimentée lors de la Bataille d’Alger en 1957, s’est développée au sein de l’Ecole de guerre française au début des années 50, pour s’exporter à travers le monde (Belgique, Argentine, USA, Rwanda) des années 60 aux années 80, jusqu’à la réactualisation tardive de 1994. Je cite Patrick de Saint-Exupéry :

« Nous avons instruit les tueurs. Nous leur avons fourni la technologie : notre ‘théorie’. Nous leur avons fourni la méthodologie : notre ‘doctrine’. Nous avons appliqué au Rwanda un vieux concept tiré de notre histoire d’empire. De nos guerres coloniales. Des guerres qui devinrent ‘révolutionnaires’ à l’épreuve de l’Indochine. Puis se firent ‘psychologiques’ en Algérie. Des ‘guerres totales’. Avec des dégâts totaux. Les ‘guerres sales’ » (p 253).

Ce programme stratégique s’est constitué à partir de deux systèmes : celui, vertical, des « hiérarchies parallèles » mis au point par le colonel Trinquier sur le modèle de l’ennemi Vietminh ; celui, horizontal, du « quadrillage du territoire » comme méthode de contrôle des populations, mise au point par le colonel Lacheroy en 1952. Héritant de la notion de « guerre totale » de Luddendorff, cette doctrine comporte un programme de propagande et de guerre psychologique, de déplacement et parcage des populations, de formation de milices d’autodéfense et d’ « escadrons de la mort », enfin d’autonomisation politique des structures de commandements militaires locales,  en relation directe avec la Présidence.

C’est pour parachever ce programme de militarisation intégrale de l’espace et du pouvoir qu’au Rwanda fut ainsi mis en place un « Commandement des Opérations Spéciales », c’est-à-dire, comme l’écrit P. de Saint-Exupéry, le « bras armé » d’un pouvoir aux « prérogatives illimitées », une « légion aux ordres de l’Elysée » (p 276). Mais d’après lui, la décision de mener une guerre au Rwanda précèda l’offensive du FPR en 1990, qui ne fut qu’un « prétexte » idéal. Il s’agissait en fait pour l’état-major français de « rejouer l’Indochine au Rwanda », devenu un « champ d’expérimentation » idéal. « L’opération grise, dit-il, est déjà dans les cartons ». Mais de quand date le carton ?

La relance de ces théories militaires émanant d’officiers que De Gaulle avait fini par écarter s’est faite sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. C’était une période faste pour les tenants de la doctrine militaire en question : les officiers français venaient enseigner leurs méthodes au régime argentin – ce qu’a publiquement nié en mars 2004 le Ministre des Affaires Etrangères Dominique de Villepin. Lequel avait utilisé peu avant à propos du Rwanda la formule du « double génocide », imitant en cela F. Mitterrand, formule qui suscita la réplique adressée de Patrick de Saint Exupéry dans L’Inavouable.

Aucun témoin ne doit survivre. Alison desforges, Human Rights Watch, FIDH


Mitterrand utilisa également le terme « génocides » au pluriel, dans un discours prononcé en novembre 1994. Discours de Monsieur François Mitterrand », Biarritz, 8 novembre 1994, p.4 » ( note de bas de page 74 ; p.766).

LIBERATION 07.04.04


Le silence coupable de la France
…Du début à la fin de la crise, François Mitterrand insiste sur le fait qu’au Rwanda, ce qui se passe n’est qu’une guerre civile débouchant sur «des massacres interethniques» plutôt qu’un génocide. En juillet 1994, il a cette phrase (rapportée par le Figaro du 12 janvier 1998) : «Dans ces pays-là, un génocide, c’est pas trop important.» A l’automne dernier, Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, parlait encore «des génocides» du Rwanda. Et, dans une récente tribune, publiée par Libération, il a défendu l’action de la France, en 1994 et avant, sans jamais utiliser le mot «génocide». La politique française ne manque pas de continuité…

Il est possible que l’application de ce système au Rwanda ait été envisagé – mais non mis en place comme le suggère Gabriel Périès – dès ces années 70, et même avant le coup d’Etat d’Habyarimana en 1973. Mais ce ne sont que des conjectures. En revanche, le territoire quadrillé sur le modèle du damier, chaque quartie étant surveillé par une « cellule » de contrôle, et chaque individu étant encadré de la naissance à la tombe, fut une réalité de la vie rwandaise bien avant 1990. Du reste, Mobutu avait fait siennes ces mêmes méthodes au Zaïre. Au Rwanda, la France y oeuvra directement et longuement. Le Rwanda était un petit pays, donc un petit Etat total – où il fut à peine nécessaire de déplacer et parquer les populations – ce qui fut fait néanmoins dans le Bugesera[14].

En 1975 il n’était encore question que d’exporter un modèle de contrôle de population et d’instruire une armée. De quand date donc la décision de préparer au Rwanda une guerre dans laquelle l’armée française aller jouer un rôle de premier plan ?

De la « coopération » à la guerre.

Le 27 novembre 2004, Paul Quilès défendait l’intervention militaire française de 1990 en la situant dans le cadre des « Accords de défense » signés avec le Rwanda. Il se réclamait même de sa qualité d’ancien Ministre de la défense contre ceux qui méconnaissent les obligations dues par la France à ces « accords de défense »: « Donc, dit-il, en 90, il y avait nécessité pour la France conformément à ses accords de venir aider le pouvoir en place contre une agression extérieure ; ce n’était pas une guerre civile, c’était une agression extérieure »[15].

P. Quilès fait ici référence aux accords d’assistance et de défense signés par la France avec les pays africains francophones lors des indépendances. Mais cette référence est fallacieuse pour plusieurs raisons. Outre l’interprétation tendancieuse qui consiste à faire de l’offensive du FPR en exil une « agression extérieure », confondue avec celle d’un Etat, un tel accord de défense ne fut pas signé avec le Rwanda. Avec le Rwanda c’est un accord non de défense mais de coopération civile qui fut signé, le 18 juillet 1975. Et rien dans la lettre de ces accords, y compris dans le texte modifié de 1983, n’obligeait la France à intervenir contre une agression extérieure.

Comme le rappelle le Rapport de la Mission d’information parlementaire, l’accord de 1975 stipule que le gouvernement de la République française met à la disposition du Gouvernement de la République rwandaise « les personnels militaires français dont le concours lui est nécessaire pour l’organisation et pour l’instruction de la Gendarmerie rwandaise ». Il précise (art. 2) que l’officier français dirigeant ces hommes relève de l’ambassadeur de France, et que les militaires français ne devaient « en aucun cas être associés à la préparation ou à l’exécution d’opérations de guerre, de maintien ou de rétablissement de l’ordre ou de la légalité ».

Les modifications apportées au texte de juillet 1975 en 1983, puis en 1992, montrent que la coopération devait devenir militaire et rendre une guerre possible. En 1983, l’article 3 – modifié à la demande du gouvernement rwandais – précise que les personnels français serviront « sous l’uniforme rwandais » et que leur « qualité d’assistants techniques militaires » serait « mise en évidence par un badge spécifique «’Coopération Militaire’ », sur la manche de l’uniforme. Surtout, la révision de 1983 supprime l’interdiction faite aux coopérants militaires français d’être associés à toute opération de guerre. Puis l’avenant du 26 août 1992 remplace la « gendarmerie rwandaise » par les « forces armées rwandaises » : la coopération est ainsi étendue à l’ensemble des missions militaires rwandaises.

Le problème est que cette modification majeure est apportée au texte deux ans après l’intervention militaire de la France en 1990. Les actions françaises menées au Rwanda pendant ces deux ans ne relevaient donc pas des accords signés par la France et le Rwanda, puisque le texte de 1983 ne comportait aucune obligation d’intervenir. De quel texte relevaient-elles alors, qui, du reste, contredirait les Accords d’Arusha programmant le retrait des militaires français? Et en quoi consistèrent ces actions ?

L’intervention française prit la forme officielle de l’opération Noroît. Tandis que les soldats belges se retiraient, de nouveaux soldats français vinrent rejoindre ceux qui, déjà présents, allaient rester trois ans encore. Trois détachements militaires français, en tout une centaine d’hommes, étaient ainsi présents au Rwanda au début 1991 : 1. une mission militaire locale d’assistance de 24 soldats (Mission Militaire de Coopération) ; 2. un détachement militaire chargé de l’évacuation des ressortissants (Noroît); 3. un Détachement d’Assistance Militaire et d’Instruction (DAMI), dirigé par le lieutenant-colonel Chollet, conseiller aussi du chef de l’état-major rwandais.

La présence de ce DAMI devait rester secrète, comme le montre un Fax envoyé alors à l’ambassadeur de France Georges Martres : « Nous n’avons pas l’intention d’annoncer officiellement la mise en place du Dami. Vous direz au président Habyarimana que nous souhaiterions qu’il agisse de la même manière ». Quelques semaines plus tôt, le 15 octobre 1990, l’Elysée avait été informé par le même Georges Martres des risques d’extermination des Tutsi au Rwanda. D’après le rapport de la Mission d’Information Parlementaire, « Georges Martres a estimé que le génocide était prévisible dès octobre 1993 ‘sans toutefois qu’on puisse en imaginer l’ampleur et l’atrocité’ ». Il a du reste ajouté que ‘le génocide constituait une hantise quotidienne pour les Tutsis’.» (p 297). Prévoir un génocide sans en imaginer l’ampleur ni l’atrocité : cette performance inédite rappelle un peu la « restriction mentale » jésuitique. Pour d’autres hauts-militaires cités dans le même rapport, le génocide était prévisible dès 1990 :

« Cette volonté d’éradiquer les Tutsis imprègne tout particulièrement l’armée composée  uniquement de Hutus. Le Général Jean Varret, ancien chef de la Mission militaire de coopération d’octobre 1990 à avril 1993 a indiqué devant la Mission comment, lors de son arrivée au Rwanda, le Colonel Rwagafilita, lui avait expliqué la question tutsie :’ils sont très peu nombreux, nous allons les liquider’« . (p 292)

C’est donc en toute connaissance de cause, en l’absence d’aucun texte contraignant, à l’insu des députés et semble-t-il des ministres, que commence en 1990 la guerre secrète menée par la France au Rwanda. Le colonel Canova, envoyé au Rwanda dès octobre 1990, puis le colonel Chollet, organisent une lutte antiguerrilla contre le FPR devenu ennemi intérieur. Cette lutte menée aux côtés des FAR se comprend comme une guerre totale, et répond pleinement aux normes de la doctrine, formation de milices comprise. La question cruciale est donc celle de « l’assistance » et de « l’instruction » apportée – et à qui exactement ? – par les Français du DAMI, et de la nature de ces « ennemis » intérieurs.

D’après le rapport de la MIP, la France est « intervenue sur le terrain de façon extrêmement proche des FAR (Forces Armées Rwandaises). Elle a, de façon continue, participé à l’élaboration de plans de bataille, dispensé des conseils à l’état-major et aux commandements de secteurs, proposant des restructurations et des nouvelles tactiques. Elle a envoyé sur place des conseillers pour instruire les FAR au maniement d’armes perfectionnées. Elle a enseigné les techniques de piégeage et de minage, suggérant pour cela les emplacements les plus appropriés » (p 163). Bernard Cazeneuve, corapporteur de la Mission, conclut ainsi : « sous couvert d’assistance au détachement Noroît, une centaine de militaires français menaient quasiment des actions de guerre sans qu’on puisse clairement établir quelle autorité politique le leur avait précisément demandée ». Mais le même B. Cazeneuve, commentant la modification apportée en 1983 aux accords de coopération, soulignait que le port de l’uniforme local par l’armée française « est une concession politique et un signe militaire fort qui ne doit pas être galvaudé ». Or une telle « concession politique » ne peut émaner que du plus haut degré des autorités françaises.

L’armée française a donc mené des « actions de guerre » décidées en haut lieu : les porte-parole de la doctrine de la guerre révolutionnaire auprès de Mitterrand étaient l’amiral Lanxade et les généraux Quesnot et Huchon. Le dispositif des hiérarchies parallèles fut assuré par des anciens d’Algérie, les officiers Lacaze et Heinrich. Le grand problème fut que la guerre que menaient les FAR n’était pas seulement une guerre contre le FPR. C’était une guerre menée contre des civils, et ces civils étaient des Tutsi.

C’est donc à la faveur d’un malentendu cultivé que la guerre française vint servir la cause du génocide. Ce malentendu s’exprimera naïvement par la bouche du colonel Jacques R., responsable du secteur Sud pendant l’Opération Turquoise : « Les miliciens font la guerre. Par souci de neutralité nous n’avons pas à intervenir »[16]. Or d’une part cette neutralité n’existait pas – au point que ce même colonel, semble-t-il, intervint pour éviter que les derniers rescapés de Bisesero ne soient sauvés (selon le rapport de la CEC, p.423-424, p.431) ; d’autre part et surtout les miliciens ne faisaient pas la « guerre » : ils exécutaient un génocide planifié.

D’après Gérard Prunier, comme d’après plusieurs témoins rwandais, les hommes du DAMI ne formèrent pas seulement les soldats ni les hommes de la garde présidentielle, mais les futurs miliciens eux-mêmes. D’autres témoins ont vu des soldats français présents aux côtés des soldats des FAR aux barrières ethniques où étaient identifiés, arrêtés, puis exécutés les Tutsi en 1991 déjà : Immaculée Cattier, dans le rapport de la CEC, raconte de quelle manière s’est déroulée sous ses yeux une de ces arrestations.

Selon d’autres sources, les soldats français étaient présents au camp d’entraînement de Bigogwe, lorsqu’eurent lieu les massacres voisins de Tutsi Bagogwe en 1993[17]. Les membres de l’armée française qui informaient l’Elysée – la Direction du Renseignement Militaire joua un rôle essentiel dans les décisions présidentielles[18] – était parfaitement au courant de ces massacres, comme du risque de génocide. Dès 1992 d’ailleurs, Paul Kagame, reçu par le Quai d’Orsay, s’était vu invité à cesser le combat, sans quoi s’il gagnait Kigali il ne trouverait plus aucun des siens dans son pays.


 

Pendant le génocide. La France et ses « alliés ».

         Pendant le génocide, les militaires furent officiellement évacués, remplacés par les troupes de la MINUAR. Mais plusieurs sources attestent de la présence de soldats français au Rwanda – ainsi que de mercenaires étrangers. Le général Roméo Dallaire, responsable des forces de l’ONU, qui échouera jusqu’au bout à faire entendre la nécessité d’une intervention militaire, affirme que le lieutenant-colonel Maurin – qui faisait partie de la coopération militaire française avant le génocide – était encore aux côtés des FAR la nuit du 6 au 7 avril. D’après le Rapport de la Mission d’Information Parlementaire, 47 soldats français sont encore présents pendant le génocide – tandis qu’il n’y en aurait plus selon E. Balladur et A. Juppé. Même contradiction à propos des ventes d’armes : d’après le rapport de la CEC, une livraison d’armes a lieu encore le 27 mai – qui met en cause la BNP – alors qu’Alain Juppé affirme qu’à cette époque les livraisons ont cessé (points 1.10 et 1.11 des « Conclusions provisoires de la CEC »).

Enfin l’armée française se voit étrangement secondée par certaines initiatives « privées ». D’après plusieurs sources, Paul Barril, ancien du GIGN reconverti dans le service vendu aux dictateurs africains, a mené à bien pendant le génocide une opération dite « Insecticide »[19], commandée semble-t-il par la veuve d’Habyarimana, opération dont était très probablement informé l’Elysée – qui plus tard fera venir celle-ci en France où elle vivra d’une pension versée par l’Etat. Le même Paul Barril se félicitera plus tard, dans Play Boy, d’avoir fièrement hissé le drapeau français de l’ambassade en ces jours de crise – au moment même où le massacre battait son plein[20].

Playboy mars 1995
Interview de Paul Barril

« Comme j’étais le conseiller du président Habyarimana depuis des années, le chef d’état-major, celui qui faisait fonction de ministre de la Défense, s’est naturellement tourné vers moi. Je suis arrivé en hélicoptère… Mon premier réflexe a été de courir à l’Ambassade de France remonter le mât des couleurs…Pour les Rwandais, déclarer que mon domicile serait l’Ambassade de France a été un choc psychologique très fort…Ce qui s’est passé au Rwanda permet à des privés comme moi, qui ne représentent leur pays qu’à titre privé, de montrer qu’on abandonne pas des gens qui vous ont fait confiance et qui parlent français« . 

Mais c’est bien sûr au plan politique et diplomatique que, pendant le génocide, l’appui au régime génocidaire va se manifester le plus clairement. Il semble que l’équipe formant le « Gouvernement Interimaire Rwandais », qui déclencha les massacres après l’attentat contre l’avion d’Habyarimana, et qui sera jugée responsable du génocide par le TPIR, se soit constituée dans l’ambassade de France et, aux dires de l’ambassadeur Marlaud lui-même, sous son contrôle (3.1. des « Conclusions provisoires de la CEC »). La France fut ensuite la seule puissance à reconnaître ce gouvernement, mais aussi à l’appuyer. Le signe le plus net en est l’accueil fait à l’Elysée et au Quai d’Orsay, le 27 avril 1994, au ministre des affaires étrangères et à l’un de ses leaders extrémistes – malgré la mise en garde de la FIDH, qui soulignait qu’un tel acte donnerait caution aux autorités responsables du génocide.

On ne peut donc pas dire que le maintien implacable de la même politique fut aveugle : c’est en toute clairvoyance que le génocide a été vu, reconnu et accepté – ce qui du reste, au plan moral, s’accorde avec la tolérance dont témoigne telle phrase de Mitterrand sur le génocide « pas très important » dans « ces pays-là », ou de Bruno Delaye, le Monsieur Afrique de l’Elysée, sur l’Afrique où l’on ne peut pas ne pas se « salir les mains »…

 Aucun témoin ne doit survivre. Alison desforges, Human Rights Watch, FIDH.

Dans un entretien avec des représentants de Human Rights Watch et de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme, Bruno Delaye, principal conseiller de Mitterrand pour les affaires africaines, admit que les « Hutu » avaient commis des actes horribles, tout en insistant sur le fait qu’ils luttaient pour leur survie. Il a ajouté que de tels agissements étaient regrettables, mais que c’était ainsi que les Africains se comportaient.(p.766)

Le plus grave est que la France, démission des USA aidant, ait pu entraîner la « communauté internationale » dans sa politique au moment crucial où le génocide pouvait être empêché. La représentation française à l’ONU, en étroite relation avec le Gouvernement Intérimaire Rwandais (GIR), a mobilisé un réseau international qui s’est révélé assez puissant – Boutros-Ghali lui-même étant un allié de la France – pour peser de manière décisive sur les décisions prises par le Conseil de sécurité. Malgré les constants avertissements de R. Dallaire, seule était prise en compte « l’information » donnée par Jacques Roger Booh Booh, ancien diplomate camerounais, dont les communiqués ne parlaient que de « conflit armés » et de « dérives » de la garde présidentielle (selon rapport CEC, p.235-239)…

Je cite ici Jean-Paul Gouteux :

« Peut-on imaginer qu’un criminel sans envergure comme Jérôme Bicamumpaka, le ministre des Affaires étrangères du GIR, qui occupait le siège du Rwanda au Conseil de sécurité de l’ONU, ait été soutenu par des gens parvenus en France aux plus hautes responsabilités politiques, François Mitterrand, Édouard Balladur (Premier ministre), Alain Juppé (ministre des Affaires étrangères) et Hubert Védrine (Secrétaire général à la présidence) ? Peut-on imaginer que ce criminel ait revendiqué ce soutien devant la diplomatie mondiale ? C’est pourtant ce qui s’est passé. Lors de la réunion du Conseil de sécurité le 16 mai 1994, ce représentant d’un gouvernement soutenu par la France fit un discours à l’ONU où il niait le génocide. Il affirmait que la radio rwandaise diffusait des messages de paix et que les responsables gouvernementaux sillonnaient le pays pour tenir des réunions de pacification[21]. Il n’en reprenait pas moins les mensonges délirants propagés par la RTLM (Radio Télévision des Mille Collines) et la revue de propagande raciste Kangura : « Outre les affirmations habituelles sur les centaines de milliers de Hutu tués par le FPR simplement parce qu’ils étaient Hutu, il ajouta que les soldats du FPR dévoraient le coeur de leurs victimes »[22]. Que purent bien penser les diplomates internationaux qui l’écoutaient en silence? »[23]

Un document accablant, retrouvé à Kigali, omis par la Mission parlementaire alors que son authentification et son interprétation étaient indispensables, a été reproduit dans le rapport de la CEC (pp 58-59). Il retrace l’entretien qui eut lieu à Paris une semaine avant cette réunion du Conseil de Sécurité, le 9 mai 1994, entre le lieutenant-colonel des FAR Ephrem Rwabalinda, et le général Huchon, chef de la Mission Militaire de la Coopération française (MMC).  Cet entretien fait explicitement état de : – l’intention de la France de porter secours à ses alliés ; – la mise en place d’une liaison cryptée entre la MMC et les FAR ; la nécessité de s’installer dans une guerre longue, mais aussi de renverser la mauvaise image donnée par les massacres. C’est au mois de mai en effet que l’opinion internationale commença de se montrer – relativement – sensible à ce qui se passait au Rwanda. Le GIR dut donc faire quelques efforts pour se rendre présentable. Il eut quelques difficultés à le faire, comme le montre la séance onusienne évoquée plus haut ; mais le Conseil de sécurité était prêt à oublier les « coeurs dévorés » par le FPR à condition d’entendre parler des « messages de paix » diffusés par la radio rwandaise..

         Et de fait, comme Jean-Pierre Chrétien l’a fait remarquer lors de la CEC, quelques jours après l’entretien du 9 mai à Paris, la Radio Télévision des Mille Collines change de discours : les 13 et 18 mai, on y annonce la bonne nouvelle de l’assistance française, mais à condition de ne plus voir de cadavres sur les routes, ni de massacres en plein jour ; on critique les excès des milices, on parle de « normalisation » du pays. Puis le 30 mai, le rédacteur en chef évoque des « suicides » de Tutsi et attribue ces massacres non planifiés à une colère populaire due à un problème ethnique (pp 67-69). La machine négationniste est lancée, au Rwanda comme en France.

Dissimulation et poursuite de la « guerre ».

Mais le terme de négationnisme ne convient pas bien ici. Comme on le voit dans les consignes de mai, c’est clairement l’image du génocide qui fait problème et non sa réalité. Celle-ci fait d’ailleurs l’objet d’une qualification explicite. Quelques jours après cet entretien, Alain Juppé parle de « génocide » (16 mai). Mais la formule de « double génocide », lancée et reprise comme un mot d’ordre, suivra de peu cette « reconnaissance ».

Aucun témoin ne doit survivre. Alison desforges, Human Rights Watch

Le 16 mai, le ministre des Affaires étrangères Alain juppé fut l’un des premiers hommes d’Etat à utiliser le terme de « génocide » à propos du Rwanda. Il écrivit toutefois « génocides » à la mi-juin, utilisant le pluriel pour suggérer que les deux parties au conflit étaient impliquées dans ce crime » (p.766)

Ce mot d’ordre est une solution à un problème juridique. La négation politique du génocide est impossible dès lors que le génocide a été attesté par l’ONU et a conduit à l’établissement du TPIR.  Dupliquer le génocide pour parler des massacres de civils commis par le FPR, c’est une manière d’égaliser deux phénomènes différents ; c’est aussi accompagner, par le discours, la guerre dorénavant politique que l’Etat français continue de mener contre le FPR. Le génocide n’est donc pas nié : il est normalisé. Sa réduplication est l’accompagnement discursif de la guerre qui se poursuit.

L’opération de dissimulation commandée par l’état-major français en mai 1994 va de pair avec la poursuite de la guerre, dont la politique devient alors la continuation. La politique française ne repose pas sur une négation du génocide, mais sur son acceptation comme dommage collatéral dans une guerre longue, toujours à poursuivre. La constatation qu’un génocide est en train de se dérouler ne décide pas d’un changement de politique – au-delà de l’hésitation entre la ligne mitterandienne (interventionniste) et la ligne balladurienne (non-interventionniste). Il modifie la forme du soutien politique et militaire français à l’équipe de l’ex-GIR, soutien qui passera désormais par l’intervention humanitaire et l’aide aux réfugiés

Comme l’a fait remarquer Roméo Dallaire, l’opération parrainée par Bernard Kouchner auprès des orphelins rwandais, au plan politique, profita au GIR. Le 14 mai, du reste, le même B. Kouchner était allé jusqu’à s’exprimer lui-même sur la très officielle Radio Rwanda, pour mettre en garde les milices.

J’ai serré la main du diable. La faillite de l’humanité au Rwanda. Roméo Dallaire

« La réunion s’est terminée sur Bagosora et ses chefs promettant d’aider l’évacuation des orphelins, alors que Kouchner était à la tête de sa pléthore de journalistes. J’ai détesté l’argument de Kouchner qui estimait que ce genre d’action serait une excellente publicité pour le gouvernement intérimaire. Je n’aimais déja pas l’idée de faire sortir du pays des enfants rwandais, mais se servir de ce geste pour montrer une meilleure image des extrémistes me donnait la nausée….Selon Yaache, Bagosora (présumé cerveau du génocide, ndlr) semblait désespéré et voulait que le transfert ait lieu sur-le-champ. En perdant l’occasion d’utiliser Kouchner, il perdait l’occasion majeure de montrer aux yeux des autorités française, de la population et du monde entier que les extrémistes tentaient vraiment d’arranger la situation. » p.464-467. [3]

La thèse du « double génocide », qu’on verra s’exprimer dans plusieurs organes de presse – Jeune Afrique, Le Figaro et Le Monde où l’on parlait encore le 16 mai d’ « affrontements terriblement meurtriers » – se prépare au même moment que l’intervention militaro-humanitaire dite Opération Turquoise. Le plan original de l’intervention  - selon l’option privilégiée de Mitterrand – était d’aller sur Kigali par le nord pour arrêter les massacres et rétablir le gouvernement Hutu, ce qui supposait d’affronter le FPR. La victoire du FPR fit que l’option humanitaire défendue par Balladur l’emporta. Mais c’est avec force blindés, hélico et jaguars que l’armée française se déploya, acclamée par les miliciens.

Quelle que soit la confusion du moment, la duplicité opérationnelle de Turquoise ne fait aucun doute : l’armée française avait mission de protéger la population civile, ce qu’elle fit la plupart du temps, mais aussi d’aider les génocidaires à se retrancher au Kivu, ce qu’elle fit aussi. La base de Goma devint le foyer du négationnisme. En Centre-Afrique enfin, d’après certaines sources, fut établie une nouvelle base d’entraînement – ce que nie le gouvernement d’alors. Il est certain en tout cas que l’armée française a exfiltré Bagosora, un des principaux organisateurs présumés du génocide, et le chef milicien Gatete. Ces gens n’étaient pas sauvés pour des raisons humanitaires, mais politiques.

 Aucun témoin ne doit survivre. Alison desforges, Human Rights Watch, FIDH, p.798.


« Les autorités françaises permirent aux soldats rwandais de demeurer à l’intérieur de la zone et d’y transiter sans y être inquiétés. Dans la plupart des circonstances ils ne les désarmaient pas et dans certains cas, ils les assistaient dans leurs déplacements. Selon un militaire étranger présent sur place, les soldats français ravitaillèrent même en carburant, avant leur départ pour le Zaïre, les camions de l’armée rwandaise chargés de butin pillé dans des maisons et des magasins. Au Zaïre, des soldats français promenaient leurs collègues rwandais dans des véhicules officiels et, d’après le rapport de la Mission d’Information, les soldats français livrèrent dix tonnes de nourriture aux troupes rwandaises à Goma, le 21 juillet 1994». 

  Réarmement dans l’impunité, Human Rights Watch, Rwanda/Zaïre, mai 1995, p. 9.


« Selon les fonctionnaires des Nations Unies [interviewés entre août 1994 et mars 1995], les militaires français ont fait voyager par avion des officiers importants, y compris le colonel Théoneste Bagosora et le leader des miliciens Interahamwe Jean-Baptiste Gatete, ainsi que les troupes d’élite des FAR et des miliciens en dehors de Goma, vers des destinations non identifiées, entre les mois de juillet et septembre 1994. »

Une note du Ministère de la Coopération demandant d’attribuer des visas à une partie listée d’entre eux « pour préserver l’avenir », montre que la politique française restait la même. Le FPR était et serait l’ennemi. D’après certains témoignages, des Hutu désireux de rentrer au Rwanda parce qu’ils n’avaient pas participé aux massacres se virent renvoyés à l’état-major des FAR avec des formules ironiques et menaçantes (« arrangez-vous avec vos supérieurs » ; « tu vas te faire couper la tête si tu rentres à Kigali »), et parfois racistes (« sale nègre »).

Mais des faits plus graves encore, à la fin du génocide, posent la question du caractère criminel de certains actes commis sous couvert de l’Opération Turquoise. Au sud-ouest du pays, à la fin juin 1994, d’après certains témoignages, des Tutsi furent abandonnés sinon livrés par certains soldats français aux tueurs. Sur une des collines de Bisesero, où s’organisa une résistance désespérée, la découverte des derniers survivants par l’armée française fut immédiatement suivie de nouvelles attaques, et ce fut au bout de trois jours seulement que les soldats français réapparurent enfin. Enfin le camp de Nyarushishi, selon plusieurs témoignages de victimes, fut transformé par certains soldats français – en particulier des légionnaires – en réserve de femmes à violer : un viol à caractère ethnique, toutes ces femmes étant des Tutsi rescapées du génocide[24]. Alors que les journalistes étaient assez nombreux au Rwanda à cette époque, la presse à cette époque fait silence sur tous ces points, tandis que les pleins feux étaient jetés sur les victimes du choléra au Zaïre.


 

« Complicité de génocide » ? Droit et négation d’Etat.

 

Lorsque le film de Raphaël Glucksmann, Tuez-les tous, est projeté à la télévision sur FR3, le 27 novembre 2004, la classe politique répond par une série de réactions violentes qui s’expriment dans le débat qui suit. Edouard Balladur, indigné, justifie Turquoise par le caractère anachronique d’une intervention coloniale, et conclut que loin d’en être coupable, la France doit être fière de l’ « admirable » politique qu’elle a menée là; Hubert Védrine, plus calmement, passe le réel à la moulinette de son usuel réductionnisme géostratégique : parlant de conflit entre deux Etats, dont l’un représenté par un gouvernement légal, il contredit tranquillement le Rapport parlementaire de 1998, dont il semble tout ignorer. Paul Quilès, lui, note la « naïveté » de Mitterrand, se réclame des fameux accords de défense, nie qu’il y ait une « responsabilité objective » mais une « erreur » regrettable, et conçoit que des excuses puissent être faites au peuple rwandais, mais en aucun cas à un gouvernement qui parle d’« implication » française.

Le rapport de la Commission d’Enquête Citoyenne de mars 2004 parle lui aussi d’implication, et de présomption de complicités. L’attitude offensive que venait de prendre Paul Kagame envers la France, lors de la commémoration du dixième anniversaire du génocide, a introduit une certaine confusion – propice à l’amalgame, continuellement cultivé, entre la critique de la politique française menée par la CEC et l’appui politique apporté à l’actuel gouvernement rwandais – malgré les distances prises par les uns et les autres à ce sujet dans les associations concernées, et l’indépendance effective de la Commission.

Lorsqu’une élue socialiste, le 13 avril 2004, interroge le Ministère des Affaires Etrangères sur l’attitude de la France au Rwanda, Dominique de Villepin répond par une solennelle batterie de dénégations qu’il est impossible de reprendre toutes ici[25], mais qui sont ainsi introduites : 1. la Mission parlementaire de 1998 a accompli un « effort de vérité » sans analogue « dans aucun autre pays »[26]. 2. Ses conclusions rappellent que « la France a été le pays le plus actif non seulement pour tenter de prévenir le drame de 1994, mais également de mobiliser la communauté internationale afin de venir en aide aux victimes du génocide », et que l’échec de ses « efforts en faveur de la paix » ne saurait constituer la « preuve » d’une « responsabilité », encore moins d’une « complicité » dans le génocide. 3 Alors que la Rwanda « ne faisait pas partie de l’héritage colonial français », la France s’est « très tôt investie dans les efforts pour s’efforcer d’enrayer la montée des tensions dans ce pays », qui avait déjà connu de graves violences intercommunautaires au cours des années 70 ». Suit l’histoire des « Opérations » françaises expliquée aux députés français.. Cette explication efface la guerre et place la crainte de « l’exode » – jamais celle du génocide – au coeur des préoccupations françaises. Elle fait conclure qu’ « aucun coopérant ni aucun militaire français n’a donc pu participer, de près ou de loin, au génocide perpétré au Rwanda » ; enfin, que « l’opération Turquoise n’a jamais failli à son devoir de neutralité et n’a jamais eu d’autre objectif que de sécuriser les populations civiles pendant la poursuite des combats militaires ».

On note le retour paradoxal de l’argument colonial : le Rwanda n’était pas une colonie française, et pourtant la France s’est investie comme aucun autre pays pour y maintenir la « paix » malgré les « tensions ». Une dénégation en cache toujours une autre : le Rwanda n’était pas une colonie, la France y travaillait pour la paix. Il faut dire que la France qui faisait la guerre en réalité au Rwanda n’avait pas exactemement les mêmes ennemis que les miliciens : derrière les « Tutsi », elle voyait la présence américaine en Afrique.

Le rapport de la Commission d’Enquête Citoyenne, ainsi que ceux qui l’ont conduit, se voient aujourd’hui violemment attaqués, à l’issue des plaintes déposées par plusieurs civils rwandais contre x pour certains faits commis pendant l’Opération Turquoise. La Ministre de la Défense, Mme Alliot-Marie, a déclaré récemment ces attaques « inadmissibles » et déploré la tendance française au « dénigrement » de notre pays, dont il fallait être plus fier (AFP 12.12.05). Peu après Dominique de Villepin s’exclamait, à l’Assemblée Nationale, en réponse aux demandes d’abrogation de la loi du 23 février 2005, qui demande aux enseignants de présenter la colonisation comme un acquis positif, qu’il assumait fièrement toute l’histoire de la République française (14-12-2005).

L’Etat français, et la mémoire de François Mitterrand, viennent de trouver leur défenseur en la personne de Pierre Péan – qui, en 1994, publiait un livre consacré à l’évolution politique de François Mitterrand pendant la guerre et l’Occupation[27]. On se souvient que ce livre, tout en éclaircissant certains faits, se réclamait de l’objectivité et de la complexité pour ne pas juger. Dans les faits, sa parution opportune avait évité à Mitterrand des mises en cause plus radicales, qui touchaient au présent : non seulement sa politique « rwandaise », mais sa tolérance étonnante, dans ses rencontres et son immédiat entourage, à l’extrême-droite française. Le livre de Péan avait eu pour effet d’occulter l’enquête confondante publiée la même année 1994 sous le titre La Main droite de Dieu[28]. L’itinéraire idéologique de Pierre Péan est donc parfaitement cohérent.

Un nouveau type de négationnisme se met donc en place – dont je ne parlerai pas ici. Il se conçoit logiquement comme une machine de guerre contre la machine juridique qui s’est mise en marche. Le livre de P. Péan est sorti en novembre 2005, pendant le séjour à Kigali de Brigitte Raynaud, juge d’instruction au Tribunal aux Armées de Paris, destiné à enquêter sur la plainte déposée par six ressortissants rwandais contre les militaires français de l’opération Turquoise. La négation des responsabilités françaises poursuit ainsi le cycle normal du négationnisme – qui est toujours, en même temps qu’une négation de l’histoire et une guerre aux témoins, un défi au droit.

La négation, précisons-le, ne concerne pas ici la réalité de la guerre secrète, qu’il est impossible de nier, mais la complicité de génocide. Ainsi Hubert Védrine a-t-il concédé que la responsabilité de la France pouvait se comparer à celle des USA dans la réalisation du génocide Khmer rouge : cette responsabilité, lointaine et indirecte, ne concernerait donc que la participation à une guerre, laquelle, par une série d’enchaînements étrangers à toute volonté politique, française autant qu’américaine, aboutit au génocide. Or si cette comparaison boîteuse a l’avantage de désigner clairement la frontière entre l’assumable et l’inassumable, cette présentation des choses ne respecte ni la réalité des faits, ni celle du droit.

La question de la complicité de génocide, loin de toute appréciation personnelle, pose un problème juridique qui nécessite d’être clarifié. Géraud de la Pradelle, le juriste qui préside cette Commission, l’a fait dans son livre Imprescriptible. La CEC a reprécisé ce point en réponse aux affirmations qui se multiplient ces temps-ci, dans le sillage du livre falsificateur et raciste de Pierre Péan, qui prétend révéler dans la thèse de la « complicité de génocide » une « inavouable manipulation » [29].


 

Afin qu’aucun malentendu ne subsiste ici,  je cite pour finir le communiqué de la CEC du 19 décembre 2005 :

 Commission d’enquête citoyenne
 

sur le rôle de la France

dans le génocide des Tutsi au Rwanda

SURVIE        AIRCRIGE        OBSARM

Communiqué, le 19 décembre 2005

 Après la parution de divers ouvrages à caractère négationniste, la Commission d’enquête citoyenne sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda (C.E.C.) tient à présenter les observations suivantes :

 1 – La notion de « génocide » et celle de « complicité de génocide » applicables au Rwanda et dans les pays limitrophes entre le 1er janvier et le 31 décembre 1994 ne sont pas affaires d’opinion.

Elles sont impérativement définies par la jurisprudence du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (T.P.I.R.), sur la base des articles 2 et 6.1 du Statut de ce Tribunal qu’a institué le Conseil de Sécurité des Nations Unies (v. Résolution 955 du 8 novembre 1994 ; v. aussi Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide du 9 décembre 1948).

En vertu de la loi 96-432 du 22 mai 1996, les juridictions françaises peuvent être saisies à raison d’actes accomplis par quiconque au Rwanda, entre le 1er janvier et le 31 décembre 1994 et doivent, alors, appliquer les mêmes principes que le T.P.I.R.

 2 – Conformément aux principes applicables (v ci-dessus, 1), n’importe quel massacre massif accompli au Rwanda n’est pas, ipso facto, un « génocide ».

Sont, seuls, constitutifs de « génocide » les « actes .commis dans l’intention de détruire en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel. »

 3 – Chaque fois que la question lui a été posée, le T.P.I.R. a constaté qu’un « génocide » avait été commis à l’encontre des Tutsi rwandais.

Il n’est donc pas possible de contester, en droit, l’existence de ce « génocide ».

 4 – Par ailleurs, en fait, aucun « groupe » rwandais autre que les Tutsi n’a été victime d’actes visant à sa destruction « en tant que tel ».

Dans ces conditions, il serait déraisonnable, en droit, de soutenir qu’un autre « génocide » que celui des Tutsi aurait été perpétré au Rwanda.

 5 – Nul ne prétend que la République française ait partagé avec tel ou tel gouvernement rwandais l’intention de détruire tout ou partie du groupe formé par les Tutsi.

En droit, cependant, il n’est pas nécessaire que les autorités françaises aient eu cette intention pour être « complices ».

En effet, la « complicité » n’implique pas « l’intention spécifique qu’a l’auteur principal de commettre le génocide » (v. notamment, T.P.I.R., Jugement du 15 juillet 2004, affaire Ndindabizi).

Il faut – mais il suffit – que le complice ait « au moins connaissance de l’intention générale et spécifique de l’auteur principal » (v. le même jugement).

Or, dans le cas du Rwanda, les autorités françaises avaient indiscutablement cette connaissance (v. notamment, les déclarations du ministre français des Affaires étrangères, le 15 mai 1994 à l’issue d’un Conseil des ministres européens et le 18 mai suivant, à l’Assemblée nationale ; v. également, le rapport de la Mission d’information parlementaire sur le Rwanda, chapitre VI, pp. 286 et suivantes).

 6 – En vertu de l’article 6.1 du Statut du T.P.I.R. l’encouragement « à préparer, planifier ou exécuter » le « génocide » est une forme de « complicité ».

Or, il a été jugé que « la présence d’une personne en position d’autorité en un lieu où un crime est en train d’être commis ou en un lieu où il est connu que des crimes sont régulièrement commis peut générer une forme d’approbation . qui s’assimile à l’aide et à l’encouragement. Ce n’est pas la position d’autorité qui est importante en elle-même, mais plutôt l’effet d’encouragement qu’une personne en position d’autorité peut susciter au regard de ces évènements » (v. le même jugement du 15 juillet 2004).

En droit, par conséquent, la « présence » de militaires français « en un lieu où un crime est en train d’être commis ou en un lieu où il est connu que des crimes sont régulièrement commis » est susceptible de constituer une « complicité ».

 7 – Nombre de témoignages et de documents permettent, malheureusement, de nourrir le soupçon de « complicité » des autorités françaises civiles et militaires par d’autres faits que la simple présence.

Il s’agit, notamment, de la remise de Tutsi aux Forces Armées Rwandaises (F.A.R.) et aux milices – pour ne rien dire des allégations de meurtres et de sévices graves ; enfin, surtout, de l’aide militaire, technique, financière et diplomatique apportée de 1990 à la fin d’août 1994, à un appareil d’Etat qui préparait puis faisait exécuter le « génocide » (v. notamment, le rapport de la C.E.C., L’horreur qui nous prend au visage, Karthala 2005, pp. 420 et suivantes).

 8 – La C.E.C. se réserve de publier un rapport complémentaire à partir des éléments d’information qu’elle n’a cessé de recueillir depuis mars 2004 sur les divers aspects de l’implication française.

La Commission d’Enquête Citoyenne

www.enquete-citoyenne-rwanda.org




 

[1]Sven Lindqvist, « Exterminez toutes ces brutes ». L’Odyssée d’un homme au cour de la nuit et les origines du génocide européen, (Stockholm, 1992), Ed. Serpent à plumes, 1998.

[2] Cf en particulier Olivier Lecour Grandmaison, Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l’Etat colonial. Fayard, 2004.

[3] Voir à ce sujet Mongo Beti, « Repentance », in C. Coquio éd., L’Histoire trouée. Négation et témoignage, 2004. Ce texte avait été prononcé à un colloque d’Aircrige tenu a à Paris IV-Sorbonne en juin 2001 sur le thème « Guerres d’indépendance et ‘décolonisation’ : mémoires effacées et violences actuelles : Madagascar, Cameroun, Algérie ».

[4] Discipline dont relevait en revanche le livre que j’ai consacré aux discours sur le Rwanda et les Rwandais avant et après le génocide, Rwanda. Le réel et les récits, Belin, 2004 (Collection « Littérature et politique » dirigée par Claude Lefort).

[5] Sur ce titre, voir la préface de François-Xavier Verschave, coéditeur du livre avec Laure Coret.

[6] On consultera également le livre de Jean-Paul Gouteux, La Nuit rwandaise. L’implication française dans le dernier génocide du siècle, L’Esprit frappeur, 2002,

[7] Patrick de Saint-Exupéry, L’Inavouable. Les Arènes, 2004 ; Roméo Dallaire, J’ai serré la main du diable.  La faillite de l’humanité au Rwanda, Ed. Libre Expression, 2003.

[8] Pierre Brana, corapporteur avec Bernard Cazeneuve de la Mission d’Information Parlementaire de 1998, et Jean-Christophe Rufin, qui était en 1994 membre du cabinet du ministre de la Défense François Léotard en 1994, et qui fut envoyé en mission au Rwanda pendant Turquoise. L’un montra sa bonne volonté, mais aussi les limites de celle-ci, l’autre sa confusion ou son inconscience, mais aussi les limites de celles-ci.

[9] Voir C. Coquio et Aurélia Kalisky éd., Rwanda 2004 : témoignages et littérature, revue Lendemains, n°112, 2003 ; Laure Coret éd., Rwanda 1994-2004 : des faits, des mots, des ouvres. Autour d’une commémoration L’Harmattan, 2004 (Collection « Esthétiques » dirigée par Jean-Louis Déotte).

[10] Voir C. Coquio éd., L’Histoire trouée. Négation et témoignage, L’Atalante, 2004  - qui comporte trois textes sur le génocide rwandais : l’un sur le déni politique (L. Bagilishya), l’autre sur le témoignage (J.P. Karegeye), et un témoignage de rescapée (Spéciosa Mukayiranga).

[11] Voir Des Crimes contre l’humanité en République française (France 1990-2002), textes réunis par Catherine Coquio en collaboration avec Carol Guillaume, Paris, L’Harmattan, « Questions contemporaines », 2006. ».

[12] Je renvoie ici à mon introduction au volume L’Histoire trouée. Négation et témoignage, op. cit., « A propos d’un nihilisme contemporain : déni, négation, témoignage ».

[13] Voir Gabriel Périès, « La Doctrine de la Guerre Révolutionnaire : Indochine, Algérie, Argentine, Rwanda. Trajets d’une hypothèse », C. Coquio éd., L’Intégration républicaine des crimes contre l’humanité. France 1990-2002, Paris, L’Harmattan, 2006, (collection « Questions contemporaines »).

[14] Voir ce qu’en disent les rescapés interrogés par Jean Hatzfeld dans Dans le nu de la vie. Récits des marais rwandais. Seuil, 2000.

[15] Propos tenus lors du débat qui a suivi la diffusion du film de R. Glucksmann Tuez-les tous, sur France 3, le 27 novembre 2004.

[16] Propos publié dans Libération, 27 juin 1994.

[17] Voir Jean-Paul Gouteux, « Rwanda : la diplomatie française au service d’un génocide », in L’Intégration républicaine du crime contre l’humanité, op. cit.

[18] Voir à ce sujet Jean-François Dupaquier, « L’intervention française au Rwanda : information et décision politique », Ibid.

[19] Les Tutsi étant appelés « cafards » et « cancrelats ». Gabriel Périès renvoie à l’image diffusée par les 5èmes Bureaux pendant la guerre d’Algérie, qui parlent du « criquet » ou du « cancrelat » à écraser à propos des Fellagha.

[20] Voir J.P. Gouteux, art. cit.

[21] Nations Unies, Conseil de Sécurité, 3377ème réunion, lundi 16 mai 1994, S/PV/3377.

[22]Aucun témoin ne doit survivre, op. cit, p 750.

[23] J.P. Gouteux, « La diplomatie française au service d’un génocide », in C. Coquio éd., L’Intégration républicaine des crimes contre l’humanité, op. cit.

[24] Sur tous ces points, voir le rapport de la CEC, et en particulier les témoignages recueillis par G. Kapler.

[25] Il s’agit de la question n°37510, posée par Chantal Robin-Rodrigo (socialiste – Hautes Pyrénées), publiée au JO le 13 avril 2004.

[26] La forme superlative de ce satisfecit revient à effacer l’effort plus remarquable de la Belgique – qui conduisit du reste à une demande politique e « pardon », d’une part, et à un travail de justice d’autre part.

[27] Pierre Péan, Une jeunesse française 1934-1947, Paris, Fayard, 1994.

[28] Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Pérez, La main droite de Dieu, Paris, Seuil, 1994.

[29] Noires fureurs, blancs menteurs, Paris, Mille et une nuits, 2005, en particulier pp 456 et suiv. Selon Pierre Péan, l’état-major français ne pouvait connaître la situation des Tutsi massacrés dans les collines . Voir p 479 : « Si l’état-major n’a pas réagi à la découverte de Bisesero par Diego c’est tout simplement parce qu’il n’en a rien su ! » (Diego était l’officier commandant un détachement présent à Bisesero le 27 juin). Or, les militaires français et le Ministre de la Défense en personne ont bénéficié d’informations répétées sur les massacres en cours – notamment de la part des journalistes présents du 26 au 30 juin 1994 (Cf le rapport de la CEC pp 420 et suiv). Il est donc difficile de croire à l’ignorance de l’état-major. Le soupçon de « complicité » – ne serait-ce que par la « présence » qui vaut « encouragement »est semble-t-il malheureusement fondé.

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Dernière correction le 20.04.06 par l’auteure

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IL ETAIT UNE FOIS L’AMERIQUE

Posté par issopha le 19 novembre 2007

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 IL ETAIT UNE FOIS L’AMERIQUE

 

dimanche 18 novembre 2007 par Anaëlle Verzaux

Henry Ford est un mythe aux Etats-Unis, l’un des modèles du « rêve américain ». Pourtant, le fondateur des entreprises Ford était un fervent antisémite.

Mercredi 14 novembre se sont ouvertes les portes du salon de l’automobile à Los Angeles. L’occasion pour Ford de revaloriser son image, quelque peu dépréciée depuis deux ans pour cause de licenciements massifs. Depuis 2005, les « Big Three » américains – General Motors, Ford et Chrysler – ont renvoyé près de 100 000 salariés et fermé des dizaines d’usines.

Ce salon sera (nul doute !) également l’occasion d’évoquer l’idéologie du fondateur de la célèbre Ford Motor Company… Henry Ford, connu pour avoir inventé le Modèle T et le travail à la chaîne aux Etats-Unis, l’est bien moins pour son antisémitisme maladif.

Le livre de Damien Amblart, Le « fascisme » américain et le fordisme, paru aux éditions Berg International le 2 novembre, montre le rôle clef joué par Henry Ford dans la propagation de l’antisémitisme et du fantasme du « complot judéo-bolchevique » international – dans les années 1910-1920 aux Etats-Unis. Ayant acquis une vaste popularité grâce à l’augmentation du salaire de ses ouvriers (« five dollars a day »), il ne fut pas très difficile pour l’homme charismatique qui « incarnait et incarne toujours le rêve américain » de « transformer un sentiment de suspicion en un massif mouvement de peur et de haine » (p. 62).

Deux principaux vecteurs de diffusion. Les Protocoles des Sages de Sion : en tant que vulgarisateur de ce célèbre faux, c’est Henry Ford qui « porte la plus lourde responsabilité dans sa diffusion aux Etats-Unis après la Grande Guerre » (p.60). Et le rachat, en janvier 1919, d’ « un petit hebdomadaire moribond », le Dearborn Independent. Avec Ford, la gazette devient l’un des plus gros journaux du pays : en 1925, il tire à 700 000 exemplaires ; et l’un des plus radicalement anti-Juifs. Aussi, la une du numéro du 22 mai 1920 titrait : « Le Juif International : le problème du monde ». D’autres gros titres : « Le contrôle Juif du théâtre américain » ; « Le contrôle Juif de la presse américaine » ; « Le jazz juif – musique de crétin – devient notre musique nationale » ; « Les plans économiques des juifs internationaux »… (p. 62)

Des liens entre Ford et Hitler ? Mais non. Juste une petite médaille décernée en 1938 à l’industriel par le gouvernement allemand (Grand croix de l’Ordre de l’aigle allemand, soit « la plus haute décoration que l’Allemagne puisse accorder à un étranger ») (p. 187), et puis aussi un petit portrait d’Henry dans le bureau d’Adolf… Et l’auteur de rappeler que «  »le système Ford » était un modèle pour le Führer » qui « s’attacha à le vanter, à le généraliser, jusque dans la mise en œuvre du processus génocidaire » (p. 163).

A lire également : Max Wallace, The American Axis. Henry Ford, Charles Lindbergh, and the Rise of the Third Reich, St. Martin’s Press, New York, 2004.

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Guillaume Weill Raynal: « Les nouveaux désinformateurs »

Posté par issopha le 16 novembre 2007

Propagande médiatique

Guillaume Weill Raynal:

« Les nouveaux désinformateurs »

 


 

L’Economiste 455-du 31 Oct. au 14 Nov. 2007
En France, ces dernières années – surtout depuis l’Intifadda II –, tout ce qui touche Israël, les Juifs, l’Islam, les Arabes, les banlieues…, est devenu l’enjeu d’une véritable guerre sémantique. Des agents d’influence ou des « clercs de service » travaillent à valider des thèses inavouables. Guillaume Weill Raynal, avocat de formation – dans son dernier livre «Les nouveaux désinformateurs » (éd. Armand Colin) – traque dans les détails, exemples à l’appui, la désinformation, et démasque ceux qui sont à l’œuvre dans le paysage médiatique français. Entretien.



L’Economiste Maghrébin : Votre nouvel essai «Les nouveaux désinformateurs» s’attaque à un sujet compliqué et difficile, la désinformation. Comment naît-elle ? Quel est son processus de fabrication ? Et pour servir quelle cause ?

« Les nouveaux désinformateurs »

Guillaume Weill Raynal : La désinformation n’est qu’une exploitation, théorisée et mise en pratique sous forme systématisée, des ressources éternelles de la mauvaise foi humaine d’un côté, de la crédulité de l’autre. Voilà pourquoi il s’agit d’un phénomène difficile à cerner. Il recèle une part de spontanéité (l’envie qu’ont les gens d’être trompés, de croire à des clichés), et une part de manipulation qui consiste précisément, pour un petit nombre de personnes, à exploiter cette envie. C’est ce mélange qui rend l’analyse et la critique de la désinformation si difficiles. Il n’y a pas de «cabinet noir» avec des gens qui appuient sur un bouton, et hop, l’opinion est manipulée ! C’est beaucoup plus subtil. Mais il y a effectivement de véritables campagnes de manipulation, pensées, construites et mises en œuvre, où chaque instrument, comme dans un orchestre, joue sa partition. Si vous me permettez cette métaphore, la flûte et le triangle peuvent y avoir autant d’utilité que la grosse caisse ou les cymbales. Volkoff, le disait déjà il y a vingt ans : la désinformation n’est rien d’autre, en définitive, que l’application à la communication politique des techniques du marketing et de la publicité. Lorsque l’on sait, par exemple, que les thèmes de la campagne électorale de Sarkozy ont été définis lors de réunions de groupes « qualitatifs », calqués sur le modèle des réunions de consommateurs, je ne pense pas qu’évoquer la place grandissante que prend la désinformation dans une société de masse relève d’une vision du monde paranoïaque ou conspirationniste. Elle peut être mise au service de n’importe quelle cause. Il est impossible d’en décrire les processus de fabrication en quelques lignes. Une étude sommaire de ces processus couvre déjà un chapitre de mon livre. Pour faire court: le principe est toujours le même. Détourner l’attention, par le biais de l’émotion, des vrais enjeux au profit d’enjeux totalement artificiels. Faire réagir l’opinion aux problèmes de la planète comme s’il s’agissait d’un téléfilm sentimental et manichéen. Il y a une dizaine d’années, un film extraordinaire « Des hommes d’influence », avec Robert de Niro et Dustin Hofmann, mettait en scène ce type d’opérations avec un réalisme saisissant.


Comment expliquez-vous que la lutte contre l’antisémitisme soit instrumentalisée, détournée à ce point en France?

C’est une question que j’ai longuement étudiée dans mon premier livre « Une Haine imaginaire » (éd. Armand Colin), puis dans le deuxième, « Les nouveaux désinformateurs » (même éditeur). Je suis en train de préparer un troisième livre sur le sujet… Disons que la « question juive » hante l’imaginaire occidental. On ne raye pas d’un trait de plume 2000 ans de judéo-christianisme, jalonnés par l’antisémitisme et dont la Shoah a été le point culminant. Le mot « juif » symbolise dans cet imaginaire aussi bien l’image diabolique véhiculée par l’antisémitisme chrétien que la figure de la Victime, avec un V majuscule. L’ambivalence de ce mot en fait un oxymore sidérant : un mot tellement chargé et lourd de sens qu’il en vient à perdre tout sens. On peut utiliser ce mot comme on veut, car il bloque la réflexion. Dans une société qui sacralise la victime et l’émotion dans un registre nivelé à celui de la culture télévisuelle au sens péjoratif du terme, c’est pain béni : les voitures qui brûlent en banlieues, le voile dans les collèges, le conflit israélo-palestinien, la situation en Irak, le nucléaire iranien ne sont plus décryptés qu’à travers le prisme de l’antisémitisme, dont les méchants musulmans, où qu’ils soient à travers le monde, seraient les représentants exclusifs et exemplaires.


Sans pour autant céder à la vision conspirationnisme, qui sert souvent d’alibi, de nombreux intellectuels juifs et parfois non-juifs – Alain Finkielkraut, Jacques Tarnero, Pierre-André Taguieff, et d’autres – participent massivement à valider les argument

C’est l’un des points que j’avais analysés dans « Une haine imaginaire ». Tous ces intellectuels se contentent d’idées toutes faites, maquillées avec de jolis concepts sociologico-philosophiques, et négligent complètement l’examen de la réalité. C’est ainsi qu’entre 2002 et 2005, ils se sont mutuellement cités en boucle pour répéter inlassablement la même affirmation selon laquelle, en France, une déferlante de haine médiatique avait diabolisé, nazifié, Israël et les Juifs. Le problème est qu’aucun d’entre eux n’a jamais cité le moindre exemple précis de ce qu’il avançait. J’ai moi-même cité de très nombreux contre-exemples qui ruinaient totalement leurs thèses. Le rôle de ces intellectuels est particulièrement intéressant car ils constituent ce qu’on appelle, en termes de désinformation, la « caisse de résonance » : en tant que « relais », ils sont à la fois désinformateurs et désinformés. Ils ne sont pas forcément de mauvaise foi car ils partagent avec leur public le besoin de croire à des balivernes. Le problème est qu’ils jouissent sur le plan moral et intellectuel d’un tel prestige que leur public les croit sur parole. C’est la « nouvelle trahison des clercs ».


La frange la plus militante de la communauté juive et ses dirigeants, «travaillés» par des idées néoconservatrices venues notamment d’Amérique, tentent de reproduire en France le modèle d’organisation des juifs US. Tous ceux qui critiquent Israël sont tax

J’ai souligné dans « Les nouveaux désinformateurs » comment fonctionnait le «couplage» du thème de l’antisémitisme et de celui de l’antiaméricanisme. La formule n’est pas de moi mais de… Pierre-André Taguieff. Il utilise, précisément, ce couplage (là où je montre comment fonctionne son instrumentalisation, c’est ce qui nous distingue, lui et moi) pour soutenir l’idée que s’opposer à la guerre en Irak ou faire remarquer que George W. Bush n’est pas un génie relèverait peu ou prou d’une démarche antisémite. Cette idée grotesque a été à nouveau exploitée en France, lors des présidentielles. Il s’est trouvé des gens très sérieux pour soutenir que l’antisarkozysme était une forme d’antisémitisme ! Alain Finkielkraut s’est même livré à une démonstration particulièrement tordue pour expliquer que ce qu’il nomme la « passion égalitaire » du parti socialiste (PS) s’apparentait à ce que Benny Levy appelait le « meurtre du pasteur », c’est-à-dire le refus de la loi sinaïtique… Comme disait le sapeur Camembert, quand les bornes sont franchies, il n’y a pas de limites !


Allons plus loin dans l’explication. Dans votre livre, vous vous attardez longuement sur le cas du journaliste d’ARTE, Daniel Leconte, qui serait, selon vous, un « agent d’influence ». Comment fonctionne le « système Leconte » ?

Vladimir Volkoff avait écrit, en 1981, «Le Montage», un roman un peu oublié aujourd’hui (mais qui avait eu le Grand Prix du roman de l’Académie française) consacré à la désinformation soviétique qui sévissait alors en France et en Europe de l’Ouest. On sait que cette fiction avait été nourrie par une documentation très sérieuse sur les agents d’influence que la DGSE avait elle-même fournie à l’auteur. Le héros de ce roman est agent littéraire à Paris. Dessinez son profil sur un calque et superposez celui de Daniel Leconte : la similitude est caricaturale. Daniel Leconte gère un véritable « système », qui passe par une société de production audiovisuelle, qui vend des soirées clés en main à la chaîne ARTE, sur des thèmes toujours très orientés, par une collection de livres qui recycle les reportages diffusés précédemment sur ARTE etc. Daniel Leconte déguise en enquêtes journalistiques des reportages et des livres qui ne sont que des œuvres de propagande. Le tout avec une rare malhonnêteté intellectuelle. Il a été également de ceux qui ont monté de toutes pièces un procès truqué contre France 2 et Charles Enderlin destiné à faire croire que le reportage sur la mort du petit Mohamed Al Dura était un faux.

Entretien de HB

Source:
l’économiste Maghrébin[

http://www.leconomiste.com.tn/fr/doc.asp?docid=1672&mcat=4&mrub=127]url:

http://www.leconomiste.com.tn/fr/doc.asp?docid=1672&mcat=4&mrub=127


Vendredi 16 Novembre 2007

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Publié dans CARNETS d'IMPOSTURES, CRITIQUE DES MEDIAS, Vous avez dit THEORIE du COMPLOT ? | Pas de Commentaire »

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