La marchandisation de l’eau s’accélère : la nouvelle offensive du « biocapital »

Posté par issopha le 6 avril 2008

La valise diplomatique

mercredi 19 mars 2008

La marchandisation de l’eau s’accélère

La communauté internationale célèbre le 20 mars 2008 (1), sous l’égide de l’ONU, la 15ème « Journée mondiale de l’eau ». L’absence d’accès à l’eau affecte 1,1 milliard d’êtres humains ; l’absence de moyens sanitaires de base touche 2,6 milliards de personnes. Paradoxalement, alors que les premières étapes de la marchandisation de ce bien commun ont suscité de fortes mobilisations populaires sur les cinq continents, le mouvement mondial de libéralisation des marchés de l’eau, initié dans les années 1980, semble s’accélérer.

La « libéralisation » des marchés de l’eau s’est au départ fortement inspirée du « modèle français » : le partenariat-public-privé (PPP). Un dogme s’affirmait avec force : la puissance publique est défaillante ; le recours au secteur privé est indispensable ; la bonne gouvernance repose sur le trépied de fer — dérégulation, décentralisation, privatisation ; les services de l’eau ont un coût, qui doit être payé intégralement par les usagers.

Dans ce cadre, les signatures de contrats avec des grandes métropoles du Sud se succèdent à un rythme impressionnant. Mais les conflits surgissent dès la moitié des années 1990, quand les opérateurs privés entendent faire payer des usagers fraîchement raccordés, qui n’ont ni la culture du paiement d’un bien jusqu’alors largement subsidié par la puissance publique, ni, le plus souvent, les moyens de payer. De nombreuses luttes se succèdent sur les cinq continents. La tenue des premiers grands forums altermondialistes publicise le thème du refus de la « marchandisation » de l’eau.

Le discours évolue à l’aube des années 2000, le sustainable cost recovery (recouvrement soutenable des coûts) succède au full cost recovery (recouvrement intégral). Place à l’ingénierie sociale et politique. Les engagements largement médiatisés de la communauté internationale se succèdent lors de la tenue de forums qui s’enchaînent à un rythme soutenu. Sommet du Millénaire pour le développement à New York en 2000, Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002 (« La maison brûle et nous regardons ailleurs », y proclamera le président de la République française, M. Jacques Chirac…), Troisième Forum mondial de l’eau à Kyoto en 2003. Le rapport du « panel » Camdessus publié en juin 2003 martèle que l’engagement financier pour fournir de l’eau à tous à l’horizon 2025 doit atteindre la somme phénoménale de 180 milliards de dollars par an. Il appelle à une plus grande implication des acteurs locaux : collectivités, communautés de base, ONG…, au nom de l’« empowerment ». Qui consiste à conférer un réel pouvoir de décision à la société civile. Conjointement, on envisage de nouveaux crédits consentis par les institutions financières internationales (IFI). De nouvelles normes d’organisation ou de gestion sont mises en avant, impliquant de façon croissante des acteurs extra-étatiques, privés ou associatifs, dans des dispositifs de plus en plus décentralisés.

Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Le PPP apparaît pour ce qu’il est en réalité : une branche industrielle prestataire de services dont la gestion échappe à la sanction du marché. Aujourd’hui 7 % à 8 % des marchés de l’eau et de l’assainissement ont été libéralisés dans le monde, avec des fortunes diverses. La cartographie mondiale du marché laisse apparaître une grande hétérogénéité. Globalement non solvable, l’Afrique n’enregistre que quelques contrats, dûment garantis par de l’argent public, dans quelques métropoles de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb. L’eldorado sud-américain a réservé de cinglantes déconvenues aux opérateurs privés qui l’abandonnent dans la confusion. Ils se recentrent sur l’Europe où émergent les marchés considérables de la dépollution d’une ressource sans cesse plus dégradée. Les contrats mirobolants signés en Chine par Veolia, souvent pour des durées de 50 ans, et des dizaines de milliards de dollars, le sont dans une configuration politique pour le moins hypothétique. Quid de la Chine en 2050 ?

Parmi les marchés en pleine expansion, on trouve l’externalisation du traitement des eaux usées industrielles. Suez-Ondeo détient un portefeuille de 50 000 contrats de ce type. Autre marché émergent, promis à un développement fulgurant, le dessalement de l’eau de mer. Ou encore, celui de la réutilisation des eaux usées pour l’industrie et l’agriculture. Et un nouveau Far-East, déjà à peu près totalement conquis : les ex-démocraties populaires de l’Europe de l’est. Un marché potentiel de 100 millions de clients, qui auront recouvré, à horizon de 20 ans, un niveau de vie équivalent à celui de l’Europe occidentale. Des infrastructures, certes anciennes, mais qui ont le mérite d’exister. Des financements communautaires pré et post adhésion, qui ont tout de la fontaine miraculeuse. Et — last but not least — un personnel politique majoritairement constitué d’ex-apparatchiks fermement résolus à céder aux sirènes de l’ultralibéralisme le plus débridé…

Mais, en dépit des engagements répétés de la communauté internationale, l’argent promis pour l’eau fait défaut. La manne n’est pas aussi importante que prévu. Rétrospectivement, nombre d’analystes stigmatisent l’ivresse de l’euphorie économique de la fin des années 1990, qui, à l’image de la bulle Internet, aurait précipité la course à la croissance mondiale des majors de l’eau. Plusieurs initiatives se sont révélées catastrophiques dans des pays confrontés à des crises monétaires, comme en Argentine, et ont conduit les majors à se retirer de nombreux projets trop risqués. Un paradoxe pour les apôtres de la liberté d’entreprendre et de la « prise de risques »… Les déclarations des apologistes de la libéralisation des « marchés » de l’eau lors du 4ème Forum mondial de l’eau, à Mexico, du 16 au 22 mars 2006, tranchaient dès lors singulièrement avec les discours martelés depuis une dizaine d’années. Ils y proclamaient unanimement que ce sont bien la puissance publique, et l’argent public, qui doivent procéder aux investissements qui doivent impérativement être déployés pour promouvoir l’eau et l’assainissement pour tous. Manière de garder la main, quand de nouvelles coalitions regroupant services publics et militants de l’eau s’organisent afin de promouvoir de nouveaux « partenariats-public-public », Nord-Sud et Sud-Sud dans le monde entier.

Changement climatique et crise écologique

Le changement climatique, qui affecte les modèles météorologiques, les précipitations et le cycle hydrologique, et par conséquence la disponibilité des eaux de surface, l’humidité des sols et l’alimentation des nappes souterraines, pourrait provoquer une augmentation de l’ampleur et de la fréquence des catastrophes naturelles liées aux précipitations : inondations, sécheresses, glissements de terrain, ouragans et cyclones. Et, en conséquence, provoquer de grandes vagues de « réfugiés environnementaux ». Si les prévisions actuelles se confirment, avec un climat plus irrégulier dans les années à venir, le rendement des cultures serait menacé tant dans les pays développés que dans les pays en développement, et près de 3 milliards de personnes seraient exposées à des pénuries d’eau.

Dans de vastes régions de l’Europe de l’Est, de la Russie occidentale, du centre du Canada et en Californie, les débits de pointe des cours d’eau sont désormais enregistrés en hiver, car la proportion des pluies par rapport à la neige y est plus importante, et les eaux de ruissellement atteignent les rivières plus rapidement. Dans les bassins du Niger, du lac Tchad et du Sénégal, qui font partie des bassins versants les plus grands d’Afrique, la quantité totale d’eau disponible a déjà baissé de 40 % à 60 %.

Si des changements radicaux du cycle de l’eau se généralisent, les tendances observées par le passé ne peuvent plus fournir de modèles fiables pour prévoir la gestion de la ressource en eau dans le futur. De nouveaux modèles devront être mis en œuvre pour anticiper les inondations et les sécheresses, déterminer la taille des réserves d’eau et décider de l’allocation de la ressource entre les usages domestiques, industriels et agricoles. Les implications en sont très lourdes, si l’on considère que l’investissement mondial annuel dans l’infrastructure de l’eau représente 500 milliards de dollars, et que celui-ci est réalisé en fonction de l’hypothèse, déjà dépassée, selon laquelle le cycle de l’eau oscillerait dans les limites relativement étroites constatées dans le passé.

Fuite en avant technologique

Pour répondre au défi de l’épuisement des ressources, à défaut de remettre en cause des modèles de développement générateurs de prélèvements excessifs, de gaspillage et de pollution, la tentation est grande d’une fuite en avant technologique lourde de risques, et génératrice de nouvelles inégalités.

Plus d’un tiers des terres du globe arides ou semi-arides manquent d’eau. Les perspectives d’évolution démographique permettent d’augurer qu’en 2050 près de 40 % de la population du globe souffrira de stress hydrique, entrave majeure à toute perspective de développement. Avec pour conséquences l’absence de sécurité alimentaire, des pertes économiques, une pollution sans cesse accrue et de possibles conflits.

Face à ces défis émerge depuis quelques années l’idée de déployer une nouvelle « gestion raisonnée » de la ressource, s’appuyant sur des réponses technologiques innovantes. Les projets de transferts d’eau massifs, à l’échelle d’un pays ou d’un sous-continent, en Libye, au Canada ou en Espagne, le dessalement de l’eau de mer, la réutilisation des eaux usées pour des usages agricoles, industriels, voire pour l’alimentation humaine, comme la mobilisation de nouvelles ressources par le biais de la réalimentation artificielle des nappes phréatiques, sont désormais fortement promus comme autant de réponses pertinentes à la crise de l’eau.

Le dessalement permettrait ainsi un accès illimité à la ressource. Sachant que 40 % de la population mondiale vit à moins de 100 kilomètres de la mer et, que sur 70 villes de plus de 1 million d’habitants sans accès direct à des ressources supplémentaires en eau douce, 42 sont situées sur la côte, le dessalement par osmose inverse est ainsi présenté comme une solution compatible à l’avenir avec des énergies renouvelables, telles que les éoliennes.

Nécessitant un fort apport d’énergie, ces technologies ne sont aujourd’hui mobilisables que par les émirats du Golfe, l’Australie, l’Espagne, l’Algérie, la Chine, ou les Etats-Unis. Mais on compte déjà dans le monde près de 15 000 unités de dessalement, et la capacité de production pourrait être multipliée par deux dans les dix prochaines années. Reste la facture environnementale de cette nouvelle technologie : pour produire un litre d’eau dessalée, on rejette à la mer un litre de saumure, qui affecte l’équilibre des milieux aquatiques.

De même, le constat qu’aujourd’hui, dans le monde, 165 milliards de mètres cubes d’eaux usées sont collectées et traitées dans des stations d’épuration avant d’être rejetées dans le milieu naturel, conduit à la proposition d’utiliser cette eau comme ressource alternative. Le développement de technologies de pointe, notamment la mise en œuvre de procédés utilisant des membranes d’ultrafiltration, permettrait de mettre à disposition une eau traitée, dont la qualité rendrait possible leur réutilisation à des fins agricoles et industrielles, ou pour les loisirs, qui consomment de plus en plus d’eau dans les pays développés. Procédé qui réduirait d’autant les prélèvements directs dans la ressource, la réservant à la consommation humaine.

Les entreprises qui maîtrisent ces technologies affirment qu’on sait aujourd’hui produire une eau totalement potable à partir d’eaux usées et qu’il serait possible de fonctionner quasiment en circuit fermé pour faire face à une demande croissante. De plus, cette technologie est moins onéreuse que le dessalement. Les habitants de Singapour et la capitale de la Namibie boivent déjà en partie de l’eau recyclée. En Australie, les autorités ont été contraintes de demander l’avis de la population par referendum avant de recourir à l’eau recyclée.

Ce vertige technologique semble repousser toute limite. M. Mark Shannon, directeur du Centre de matériaux avancés pour la purification de l’eau à l’université de l’Illinois, aux Etats-Unis, déclarait ainsi à l’Agence France Presse le 18 mars 2008 que : « L’eau, même douce, doit encore être décontaminée, car il y a de nombreux composants toxiques dans l’eau en petites quantités, mais les traitements chimiques sont très coûteux et posent des problèmes. » Et d’indiquer que le recours à des matières nanostructurées, dont les particules ont une taille de quelques millionièmes de millimètre, ainsi qu’aux rayons ultra-violets pour transformer et lier les substances toxiques, permettraient à l’avenir d’améliorer les traitements de l’eau…

L’ensemble de ces innovations expriment aussi des choix politiques, environnementaux, qui devraient susciter un large débat, aujourd’hui inexistant. Car c’est bien la dégradation accélérée de la ressource qui légitime cette nouvelle approche de la question de l’eau. Avec pour perspective un risque croissant d’appropriation marchande de la ressource elle-même, et de tous les services qui garantissent son usage le plus efficient, pour les besoins énergétiques, industriels, agricoles, et bien sur humains.

Un nouveau facteur accroît les tensions sur la disponibilité de la ressource et sa qualité. Dans la perspective de l’« après-pétrole », les Etats-Unis, l’Europe et plusieurs pays émergents se fixent pour objectif l’utilisation croissante de carburants issus de produits agricoles pour les transports routiers. Redessinant la carte de l’agriculture mondiale, bouleversant le paysage des productions et des échanges commerciaux, agricoles et énergétiques, cette « nouvelle économie » va à son tour peser sur l’allocation des ressources en eau, et contribuer à la dégradation de leur qualité.

Nouvelles inégalités

La nouvelle régulation des besoins pourrait donc à l’avenir reposer sur le déploiement de ces nouvelles technologies, qui n’emportent malheureusement aucune remise en cause des pratiques énergétiques, agricoles, industrielles, économiques, qui sont au fondement de la dégradation accélérée, sur toute la planète, des ressources en eau.

Comment par ailleurs imaginer que les milliards d’êtres humains qui survivent avec moins d’un dollar par jour pourront demain bénéficier des bienfaits du dessalement de l’eau de mer ou de la réutilisation des eaux usées ? Déjà dans nombre de pays pauvres l’alimentation sous forme d’eaux embouteillées est ouvertement privilégiée, et bénéficie aux seules élites qui peuvent en faire l’acquisition, au détriment de l’accès à l’eau pour les populations défavorisées.

Le déploiement industriel de cette nouvelle « gestion raisonnée » à l’échelle planétaire repose sur l’imposition massive de nouveaux process et de nouvelles technologies, notamment les technologies « membranaires » (ultra et nano-filtration, osmose inverse), protégées par des normes et des brevets qui garantissent la captation de rente par les firmes transnationales. Lesquelles se substitueraient, avec l’appui des institutions financières internationales et des pays du Nord, aux pratiques traditionnelles de gestion de l’eau, héritage de l’histoire, que possèdent et maîtrisent les communautés humaines des pays pauvres.

Marc Laimé

(1) Avec deux jours d’avance sur la date officielle, pour cause de week-end pascal.

 

 

Carnets d’eau

Carnets du Diplo

7 avril 2007

Marchandisation de l’eau :

la nouvelle offensive du « biocapital »

par Marc Laimé

Après l’échec relatif de la première phase de libéralisation forcée des « marchés de l’eau », initiée dans les années 1980 par les institutions financières internationales et les entreprises transnationales du secteur, symbolisée par la signature de dizaines de contrats de « Partenariat-Public-Privé », une seconde offensive est en cours. Elle vise cette fois, sur fond de dérèglement climatique, de dégradation croissante des ressources en eau, de pénuries et de surconsommation, l’appropriation marchande de la ressource elle-même et de sa gestion. Ces perspectives d’exploitation du risque écologique planétaire signent l’émergence d’un nouveau « biocapital ».


La première étape du projet de marchandisation de l’eau a été initiée à l’orée des années 80 par une coalition regroupant les dominants actuels de la planète : les gouvernements du monde développé, les gouvernements du second et du troisième monde qui leur sont inféodés, les institutions financières internationales (IFI) et les entreprises transnationales du secteur, notamment françaises.

Affirmant que la gestion publique de l’eau au bénéfice de tous les habitants de la planète, traditionnellement mise en œuvre par des collectivités locales et diverses autorités dépendant des états nationaux, avait failli et était totalement inopérante, plutôt que de travailler à renforcer ces interventions, en lien avec les usagers des services publics, ils ont dès lors affirmé que seul le marché, le secteur privé, pouvaient apporter des solutions efficaces, marchandes, sous forme de services dont tous les bénéficiaires devaient acquitter l’intégralité du recouvrement des coûts (« full cost recovery »).

Un dogme en ligne avec le « consensus de Washington », dessinant le trépied de fer d’une libéralisation sans limites : le recours au secteur privé est indispensable et la « bonne gouvernance » exige dérégulation, décentralisation et privatisation.

Cette violente offensive néo-libérale, qui confie à la « main invisible du marché » la régulation de l’ensemble des activités humaines, s’est incarnée dans une première étape par la signature de dizaines de contrats de Partenariat-Public-Privé (PPP) sur les cinq continents, et plus particulièrement dans les mégalopoles du second et du troisième monde.

Quelques années plus tard l’échec de cette première phase de libéralisation est patent.

Sur les cinq continents les collectivités humaines frappées de plein fouet par les effets de cette logique marchande qui monétarise l’accès à un droit humain fondamental se sont organisées et ont combattu cette offensive violente des dominants actuels de la planète.

Les transnationales et les institutions financières internationales ont commencé à battre en retraite, en Amérique du Sud, en Afrique, dans le Sud-Est asiatique, voire aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne.

Nous vivons depuis peu une période transitoire.

L’offensive d’un nouveau biocapital Retour à la table des matières

Loin de reconnaître leur échec, qu’ils imputent aux « défauts de gouvernance » ou à une posture « idéologique » anti-libérale affichée par les gouvernements des pays qui ont rompu nombre de ces contrats, les apologistes du marché ont formulé une nouvelle doctrine.

Ils ont observé attentivement les lignes de force, les valeurs, les modes d’organisation des communautés humaines qu’ils affrontent et ne sont pas parvenus à soumettre.

Et s’apprêtent aujourd’hui à lancer une seconde offensive, tout aussi brutale mais plus insidieuse. Elle a en fait déjà débuté.

Cette fois c’est la dégradation accélérée des ressources en eau sur toute la planète, sur fond d’absence persistante de réponse au défi majeur du 21ème siècle, l’accès à l’eau pour tous, pour lequel la communauté internationale multiplie pourtant en apparence les engagements, à travers par exemple les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), qui légitime cette seconde offensive.

L’objectif prioritaire n’est plus désormais d’intervenir comme prestataire de services, sous forme de Partenariats-Public-Privés pour le compte des autorités locales ou des structures étatiques responsables de la gestion de l’eau.

L’enjeu désormais réside dans l’appropriation de la ressource elle-même, et de tous les services qui garantissent son usage le plus efficient, pour les besoins énergétiques, industriels, agricoles, et bien sur humains.

Le réchauffement climatique, les sécheresses, les inondations, les pressions excessives sur des ressources qui ne peuvent se renouveler et garantir la pérennité du cycle de l’eau, l’urbanisation galopante et son lot de pollutions qui vont sans cesse croissant, sur fond de libéralisation sans fin des marchés des biens et des services, des échanges agricoles, de l’énergie, restructurent en profondeur l’économie mondiale…

Afin d’assurer leur emprise sur l’ensemble des activités hydriques, c’est donc désormais la ressource elle-même, et tous les services qui autorisent ses différents usages qui sont la cible de cette seconde offensive.

Technologies innovantes Retour à la table des matières

Quelle que soit l’étape du cycle hydrologique naturel que l’on observe c’est une démarche systématique de marchandisation qui est désormais à l’œuvre, sous forme de régulation des besoins par la seule loi de l’offre et de la demande.

Le tout sans aucune remise en cause des pratiques énergétiques, agricoles, industrielles, économiques, qui sont au fondement de la dégradation accélérée, sur toute la planète, de cette ressource essentielle.

Si l’on considère que des régions entières du monde sont menacées, et par une absence criante d’infrastructures, et par un usage immodéré de la ressource, la nouvelle réponse du marché va s’incarner par la mise en œuvre de technologies de plus en sophistiquées et dispendieuses.

Dessalement de l’eau de mer, ré-utilisation des eaux usées pour des usages agricoles, industriels et de loisirs (« re-use »), recharge artificielle de nappes phréatiques, création de réserves, transferts d’eau massifs, constitution de marchés de l’eau…

Dans certains pays l’alimentation sous forme d’eaux embouteillées sera privilégiée et bénéficiera aux seules élites qui peuvent en faire l’acquisition, au détriment de l’accès à l’eau pour les populations défavorisées.

La montée en puissance du concept « d’eau virtuelle » vise par ailleurs à légitimer l’échange inégal dans le domaine de la production agricole, au détriment de la souveraineté alimentaire des pays pauvres.

La garantie du succès de cette offensive repose sur l’imposition massive de nouveaux « process » et de nouvelles technologies, notamment les technologies « membranaires » (ultra et nano-filtration, osmose inverse), protégés par des normes et des brevets, normes élaborées par les acteurs industriels dominants du marché, et brevets qui garantissent la captation de rente sur les procédés développés par les transnationales des pays développés.

Qui se substitueraient, avec l’appui sans faille des institutions financières internationales et des pays du Nord, aux pratiques traditionnelles de gestion de l’eau, héritage de l’histoire, que possèdent et maîtrisent les communautés humaines du second et du troisième monde.

C’est donc l’organisation même de la gestion de l’eau, tous les services qui y sont associés, qui sont désormais visés par le biais d’une captation massive de la recherche-développement, de la normalisation, des brevets, des technologies innovantes…

Dès lors les tenants d’une libéralisation sans limite de la gestion de l’eau apparaissent bien davantage sous l’angle de véritables opérateurs des politiques publiques de l’eau et de l’assainissement que sous celui de prestataires de services.

Depuis peu, un nouveau facteur va de surcroît accroître les tensions sur la disponibilité de la ressource et sa qualité. Dans la perspective de « l’après-pétrole », les Etats-unis, l’Europe et plusieurs pays émergents se fixent pour objectif l’utilisation croissante de carburants issus de produits agricoles pour les transports routiers. Redessinant la carte de l’agriculture mondiale, bouleversant le paysage des productions et des échanges commerciaux, agricoles et énergétiques, cette « nouvelle économie » va à son tour peser sur l’allocation des ressources en eau, et contribuer à la dégradation de leur qualité.

Les menaces dont est porteuse cette seconde offensive sont sans commune mesure avec celles de la première étape de la libéralisation des marchés de l’eau initiée à l’orée des années 80 du siècle dernier.

Les transnationales françaises créent un nouveau « biocapital » Retour à la table des matières

La nouvelle « Charte d’engagements pour une gestion durable de l’eau », que l’entreprise Suez-Lyonnaise des eaux publie largement dans la presse française depuis le début de l’année 2007 affiche ainsi clairement les nouvelles priorités stratégiques de l’entreprise :

- prévenir la pollution de la ressource en eau ;

- garantir l’alimentation en eau en période de sécheresse ;

- lutter contre le gaspillage ;

- rendre à la nature une eau plus propre ;

- promouvoir la boisson eau du robinet ;

- participer aux plans climats des collectivités locales ;

- aider les plus démunis à payer leur facture d’eau ;

- faciliter l’intégration dans l’emploi ;

- valoriser les hommes et les femmes du service de l’eau ;

- sensibiliser les jeunes et les moins jeunes générations à la gestion durable de l’eau ;

- renforcer le contrat de confiance avec nos clients ;

- contribuer au débat démocratique sur l’eau. »

Dans le même registre l’Institut Veolia Environnement (France), le Centre Pew sur les changements climatiques globaux (États-Unis) et la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie (Canada) organisent la conférence Climat 2050 qui aura lieu au Palais des Congrès de Montréal du 24 au 26 octobre 2007.

Cette conférence « explorera les possibilités technologiques et les politiques innovantes qui mèneront à des résultats concrets en termes de lutte contre les changements climatiques au cours des 50 prochaines années. »

Ses objectifs sont sans équivoque :

« Partout dans le monde, des pays et des entreprises mettent en œuvre un large éventail de stratégies visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) tout en maintenant ou en renforçant la croissance économique. De nombreux gouvernements établissent aussi des objectifs à plus long terme afin de procéder à des réductions encore plus importantes au cours des prochaines décennies. Atteindre ces objectifs nécessitera des avancées technologiques radicales soutenues par des politiques gouvernementales efficaces ainsi que par le leadership du secteur privé.

(…) Organisée en sessions axées sur des secteurs clés, la conférence mettra en lumière le potentiel et les insuffisances de la technologie, les mesures novatrices du secteur public et du secteur privé, ainsi que les besoins cruciaux en matière de politiques.

(…) Grâce à cette combinaison de perspectives sectorielles et transversales, la conférence contribuera à identifier les approches et les actions concrètes devant être impérativement mises en œuvre dès à présent et jusqu’en 2050 tant sur le plan des technologies que des politiques.

(…) Le programme de la conférence sera conçu de manière à établir des liens entre la recherche, les affaires et les politiques, dans le but de définir des solutions aux différents défis sectoriels et régionaux en ce qui a trait aux changements climatiques. »

Nouveaux instruments financiers Retour à la table des matières

A ce stade on note aussi la multiplication de nouveaux instruments financiers, les « Private Equity Funds », fonds d’investissement privés dont l’intervention massive se justifie par l’échec du modèle d’intervention financier initial, qui était lié au modèle de l’opérateur privé, financé sur fonds publics dans le cadre de PPP.

Ces « Private Equity Funds » assurent ainsi la croissance, à l’image d’Internet, de véritables « start-ups » technologiques, qui développent, entre mille exemples, un sel qui, massivement épandu à la surface d’une retenue d’eau, va réduire de 30% le processus d’évaporation. Ce qui va permettre dans ce cas de figure de maximiser l’usage de la ressource pour l’irrigation agricole…

Cette refonte du modèle initial de la libéralisation du marché de l’eau est apparue clairement au dernier Forum mondial de l’eau de Mexico en mars 2006, lors duquel les opérateurs privés et les IFI qui les soutiennent ont clamé que c’était à la puissance publique d’assurer le financement et le « monitoring » de la gestion de l’eau, dont ils ne se présentent plus désormais que comme de modestes opérateurs, intervenant dans le cadre de « concessions light ».

L’importance nouvelle apportée à l’assainissement, et non plus seulement à l’accès à l’eau, confirme et conforte ce virage stratégique.

En témoignent les deux thèmes majeurs retenus par les protagonistes de la réunion de préparation du prochain Sommet mondial de l’eau qui doit se tenir à Istanbul en 2009, réunion tenue en mars 2007, sous l’égide du « Partenariat français sur l’eau », dont les transnationales françaises sont les chefs de file.

Le premier d’entre eux est intitulé « eau et changement climatique » : sécheresses, inondations, gestion intégrée de la ressource en eau (GIRE), protection de la ressource,

Le second « eau et sécurité » : santé, assainissement, écosystèmes.

A quoi il faut ajouter d’autres thèmes moins prioritaires, comme « eau et agriculture » ciblant les responsables religieux et les jeunes, ainsi que « grands barrages » et « gestion transfrontalière ».

Patriotisme biocapitalistique Retour à la table des matières

La France, dont les entreprises Veolia et Suez sont devenues les leaders mondiales des services de l’eau et de l’assainissement, a par ailleurs adopté le 20 décembre 2006 une nouvelle loi sur l’eau qui incarne, jusqu’à la caricature, cette nouvelle offensive d’appropriation marchande de la gestion de l’eau. Cette loi démantèle en effet des pans entiers de l’action publique dans le secteur de l’eau et de l’assainissement afin d’ouvrir de nouveaux marchés aux entreprises dominantes du secteur.

Dans un autre registre, l’intense lobbying qui vise à promouvoir les concepts de « coopération décentralisée » en faveur des pays du Sud, coopération financée par un prélèvement autoritaire sur la facture d’eau des usagers, dont la version française s’incarne dans la loi « Oudin-Santini », a pour objectif stratégique de conférer aux transnationales l’image d’acteurs fortement impliqués dans des démarches humanitaires auxquelles adhèrent gouvernements, services publics et société civile des pays développés.

Dans le cas français cette dynamique revêt l’allure d’une véritable caricature, avec la création, financée par le ministère de l’Ecologie et du développement durable (MEDD), le ministère des Affaires étrangères (MAE) et l’Agence française de développement (AFD) d’une « Coalition française des ONG », qui s’inscrit dans la stratégie portée par les acteurs du « Partenariat français pour l’eau », dont les transnationales françaises du secteur sont les chefs de file.

Si cette nouvelle offensive massive, puissamment relayée en France et à l’échelle internationale par tous les tenants de ce biocapital en émergence atteint ses objectifs, ceux d’une mainmise graduelle sur la ressource en eau elle-même, ses effets seront sans commune mesure avec ceux de la première phase de libéralisation des « marchés de l’eau » initiée à l’orée des années 80 du siècle dernier.

Note 1 :

Le directeur général de Suez environnement, M. Jean-Louis Chaussade, a publié le 4 avril 2007 dans le quotidien économique français La Tribune un « point de vue » confirmant… au mot près, les perspectives évoquées ci-dessus.

La Tribune, 4 avril 2007.

« Le point de vue de… Jean-Louis Chaussade (*)

(*) Directeur général Suez Environnement.

« La pénurie d’eau n’est pas une fatalité

« Plus d’un tiers des terres du globe sont actuellement arides ou semi-arides et manquent d’eau. Des changements climatiques importants sont à craindre dans un contexte de réchauffement de la planète. Les doubles explosions dont nous sommes témoins, démographique et économique, entraînent à elles seules une augmentation de la consommation d’eau telle que, d’ici à 2050, 40% de la population mondiale souffrira de stress hydrique. Le stress hydrique, dernière étape en quelque sorte avant la pénurie, est un réel obstacle au développement, avec des impacts réels sur la sécurité alimentaire, la pollution, les pertes économiques, sans parler des conflits potentiels pour garder la maîtrise de la ressource.

« Les faits sont là et l’opinion publique s’empare du sujet. Mais dans ce domaine la surenchère alarmiste ne mène à rien et la fatalité n’a pas sa place. L’eau, contrairement aux ressources carbonées comme le pétrole, ne disparaît pas. Le cycle de l’eau est immuable même s’il peut être menacé. La planète dans son ensemble ne manque pas d’eau douce. Les ressources, en revanche, sont inégalement réparties et leur accès est conditionné en majorité par la gestion qu’on lui apporte. Ce qui implique des choix politiques, environnementaux et idéologiques.

« Solutions technologiques

« Face aux problèmes de stress hydrique et au risque de pénurie, la gestion raisonnée est une des solutions. Le savoir-faire dont nous disposons aujourd’hui permet de fournir des réponses technologiques pertinentes et soutenables, capables d’apporter une approche rationnelle et experte de la gestion de la ressource en eau.

« La réutilisation des eaux usées, le dessalement de l’eau de mer, la réalimentation artificielle des nappes phréatiques et bien sur l’optimisation des réseaux de distribution par la mise en œuvre de systêmes de détection de fuites sont autant de solutions à partir desquelles les différentes collectivités peuvent s’engager selon leurs besoins. Il s’agit donc de volonté et d’action.

« La réutilisation des eaux usées est une des options emblématiques de la gestion raisonnée de la ressource en eau.

« Actuellement, dans le monde, 165 milliards de mètres cubes d’eaux usées sont collectées et traitées, et parmi elles seulement 2% sont réutilisées. Aujourd’hui, une fois traitée dans les stations d’épuration, l’eau est rejetée dans le milieu naturel, alors qu’elle pourrait être utilisée comme une ressource alternative. Mais le développement des technologies de pointe, notamment la mise en œuvre de procédés utilisant des membranes d’ultrafiltration, permet désormais de mettre à disposition une eau traitée dont la qualité rend possible la réutilisation à des fins agricoles et industrielles. Un tel procédé réduit d’autant les prélèvements directs dans la ressource, la réservant à la consommation humaine.

« En France, une station comme celle de Grasse est une première. Cette usine de traitement des eaux usées utilise une technologie d’ultrafiltration membranaire qui permet d’atteindre une telle qualité de rejet qu’en quelques mois la biodiversité a repris ses droits. La qualité de l’eau ainsi traitée permettra même à terme d’envisager une utilisation pour l’entretien des golfs et des espaces verts. C’est ce modèle qui a inspiré le gouvernement du Qatar pour deux usines du même type, actuellement en construction.

« Autre solution pour parvenir à une gestion raisonnée de la ressource en eau : le dessalement, qui s’impose aujourd’hui comme une option pertinente. Il permet un accès illimité à la ressource en eau. Dans le monde 40% de la population vit à moins de 100 kilomètres de la mer et, sur 70 villes de plus de 1 million d’habitants sans accès direct à des ressources supplémentaires en eau douce, 42 sont situées sur la côte. Rendu accessible par la baisse des coûts de production, le dessalement par osmose inverse est une solution peu gourmande en énergie et compatible avec des énergies renouvelables telles que les éoliennes.

« Un choix politique

« Les pénuries d’eau ne sont pas une fatalité. Le dessalement, la réutilisation des eaux usées, les mesures de préservation des réseaux, les techniques de réalimentation de nappes phréatiques sont des solutions sur mesure qui, adaptées aux contextes locaux, permettent une maîtrise raisonnée de nos cycles de l’eau tout en préservant les milieux naturels.

« C’est le progrès technique qui peut vaincre les pénuries d’eau, mais c’est évidemment aux pays et aux régions de se saisir de cette offre technologique en fonction de leurs besoins, au travers de partenariats aboutis. C’est ainsi que l’ensemble des parties prenantes parviendra à répondre efficacement aux défis de la gestion de l’eau. »

Note 2 :

L’hebdomadaire français Paris-Match annonçait en Une de son édition du 14 juin 2007 la publication d’un « grand reportage » intitulé : « Sauver l’eau, le grand défi du XXIème siècle »

« Sécheresse, pollution, accroissement de la population, l’or bleu va cruellement manquer dans les prochaines années. Et devenir l’enjeu de conflits mondiaux.

« Cette eau-là pourrait bientôt mettre le feu au Moyen-Orient. La Turquie a construit le barrage Atatürk sur l’Euphrate pour irriguer le Sud-Est anatolien. Au détriment de la Syrie et de l’Irak qui se voient confisquer une part importante des flots de ce fleuve mythique, berceau de la civilisation. Un jour, peut-être, ses deux voisins interpréteront l’entreprise turque comme un acte de guerre. C’est loin d’être la seule région du monde où le contrôle de l’eau est devenu une source de conflits : l’Onu en a identifié 300. De plus en plus rare pour une population en constante augmentation, de plus en plus chère, de plus en plus sale, au point de devenir mortelle pour les plus fragiles, accaparée et dilapidée par les pays riches, désespérément revendiquée par les contrées pauvres, l’eau est déjà un problème bouillant pour les nations du IIIe millénaire. C’est l’humanité tout entière, solidaire, qui devra trouver des solutions radicales. Ou ce sera la catastrophe. »

En conclusion d’un portfolio présentant un « tour du monde » des situations les plus alarmantes, l’hebdomadaire publiait aussi une interview reprenant, cette fois pour le compte de Veolia Eau, les grandes thématiques qui sont au fondement du nouveau « bio-pouvoir » :

« Antoine Frérot, directeur général de Veolia Eau, recense les solutions possibles et salue la vigilance de la France : déjà nous savons faire de l’eau potable avec des eaux usées »

PM : L’humanité pourra-t-elle toujours faire face à la pénurie d’eau ?

Antoine Frérot : On entend dire que les êtres humains vont avoir de moins en moins d’eau. Mais ce n’est pas exact, il y aura toujours autant d’eau ! La molécule d’eau est stable. L’eau ne s’envole pas, elle ne se perd pas, elle retombe dans le sol. Alors, c’est vrai que l’évolution du climat change sa répartition, mais à une échelle de temps extrêmement longue. En revanche, la tension viendra inévitablement. L’augmentation du nombre d’êtres humains et leur concentration dans les villes posent des problèmes de plus en plus complexes. Il faut aussi prendre en compte les nouveaux usages de l’eau liés au tourisme par exemple. Plus il y a de gens, plus il faut de l’eau, et plus ils la polluent. Ce qui est d’autant plus compliqué à gérer dans les pays pauvres.

Mais quelles sont les solutions pour remédier à cette demande croissante d’eau ?

Il y a d’abord des nouvelles ressources. Nous n’avons pas encore inspecté tous les sous-sols. Nous pouvons aller puiser de l’eau dans les nappes profondes, à 200 ou même 300 mètres, comme nous le faisons à Narbonne, si ces nappes se régénèrent. Nous avons aussi une formidable réserve d’eau de mer que nous savons dessaler. Cela coûte deux fois plus cher que d’utiliser une eau douce polluée mais, il y a vingt ans, c’était vingt fois plus. Maintenant, nous butons sur la poursuite de la réduction des coûts car le dessalement nécessite de l’énergie. Notre principe de dessalement thermique (principe de la bouilloire… mais une bouilloire très sophistiquée !) ou celle d’osmose inverse (principe du tamis) sont à la portée d’un certain nombre de pays et de collectivités comme les pays du Golfe, l’Espagne, l’Algérie, la Chine, ou d’Etats comme la Floride ou la Californie. La capacité de production d’eau dessalée pourrait être multipliée par deux dans les dix années qui viennent. Et surtout nous savons aujourd’hui faire une eau totalement potable à partir d’eaux usées. Elles constituent une ressource alternative. Elles se trouvent là où on en a besoin et plus on en consomme, plus on en a. Il serait possible de fonctionner quasiment en circuit fermé et de faire face à la demande croissante. C’est moins cher que le dessalement et nous ferons encore des progrès pour réduire ce coût.

Mais n’y-a-t-il pas des réticences insurmontables à consommer ces eaux usées ?

En France nous avons une vingtaine d’exploitations de recyclage d’eaux usées (plus de 120 dans le monde) mais seulement à usage d’irrigation (agricole, de golfs ou d’espaces verts) ou industriel. Il y a dans le monde deux endroits où l’on boit en partie de l’eau recyclée : en Namibie et à Singapour. Mais, c’est vrai, il y a parfois une réticence des habitants. En Australie, les autorités ont préféré demander l’avis de la population par referendum avant de recourir à l’eau recyclée. Et la population l’a rejetée. La sécheresse qui perdure depuis trois ans dans ce pays ne va sans doute pas leur laisser le choix. Et nous venons d’obtenir un gros projet de recyclage des eaux usées pour une grande agglomération de ce pays.

Apparemment Veolia Eau n’a pas de soucis à se faire pour son avenir ?

Cela fait plus de dix ans que nous mettons en jeu des solutions techniques qui nous permettent d’apporter localement les bonnes réponses selon les besoins des villes. Le traitement des eaux usées présente de grandes perspectives de développement. Techniquement, nous savons faire de l’eau potable, sans aucun danger. Reste à lever les craintes psychologiques. Et dans le domaine du dessalement, il y a aussi de nombreux projets en cours. A Bahrein, nous sommes en train de construire la plus grosse usine du monde à partir d’une technologie thermique (Med) permettant des économies d’énergie. Par ailleurs, dans l’émirat d’Oman nous démarrons la construction d’une nouvelle grosse usine de dessalement. A Ashkelon, en Israël, l’usine achevée à la fin 2005 produit 100 millions de mètres cubes par an, soit la consommation d’une population de 1,2 million d’habitants. Et nous attendonc beaucoup du marché chinois. La France est leader mondial avec Veolia Eau comme numéro un. Nous sommes présents en permanence dans 60 pays et intervenons dans une centaine au total. Le marché du dessalement croît de 25% par an. C’est certain, la France possède le savoir-faire pour répondre aux problèmes nouveaux de la gestion de l’eau.

Vous retraitez, vous dessalez, mais pourra-t-on, un jour, créer de l’eau ?

On ne va pas inventer de l’eau ! Quoique les scientifiques sachent la synthétiser mais avec un coût exorbitant. Il y a d’autres idées à développer ! Comme le système qui consiste à réinjecter les eaux recyclées dans le sol. Le sol continue le travail naturel d’épuration, et c’est aussi une solution de stockage et de réalimentation des nappes. La réinfiltration se fait déjà à Berlin, où plus d’un tiers de l’eau distribuée est issue de ce procédé.

Quelles sont les perspectives pour les pays les plus asséchés ?

Certaines villes du Golfe transportent de l’eau mais c’est très cher. Nous travaillons sur un projet d’usine de dessalement en Afrique, qui fonctionnerait à partir d’énergie solaire. Mais si certains pays connaissent des problèmes importants d’approvisionnement en eau, en réalité ils ne manquent pas tous d’eau. Par exemple, savez-vous que le Congo est le pays le plus arrosé du monde, et que le Niger souffre avant tout d’un problème d’infrastructures ? Nous participons à des projets aidés par la Banque mondiale ou d’autres organismes publics internationaux dédiés au développement.

Et dans nos pays riches, avons-nous suffisamment compris que l’eau valait de l’or ?

Ca dépend où ! En France, oui. Il y a vingt-cinq ans, chaque Français consommait 200 litres par jour, contre 135 litres aujourd’hui. Maintenant, les gens réparent les fuites ! Aux Etats-unis, la consommation est de 400 litres par jour et par personne. Au Niger, c’est 30 litres par personne, et encore dans les villes. La prise de conscience est en route : l’eau ne vaut pas de l’or, mais c’est un bien précieux qu’il faut préserver du gaspillage et de la pollution.

Prix du mètre cube d’eau

En France, le prix du mètre cube d’eau est en moyenne de 2,95 euros. Il varie de 2,50 euros en Auvergne et en Rhône-Alpes à 4 euros dans le Morbihan. Aux Etats-unis, il coûte 0,50 euro ; au Danemark et en Allemagne, 1,70 euro. Au Niger, un mètre cube d’eau tiré à une borne fontaine vaut 0,18 euro alors que 1 mètre cube d’eau tiré au robinet d’un particulier vaut 0,35 euro. La même quantité achetée à un vendeur dans le bidonville de Guatemala City coûtera environ 2,60 euros. Le coût du dessalement a chuté, passant de 1,50 euro à 0,37 euro en dix ans. »

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3 commentaires

  • Marchandisation de l’eau : la nouvelle offensive du « biocapital » 9 avril 2007 02:43, par bluerider1

    Bonjour,

    et merci pour ces éclairages, nous parlerons bientôt de « verdissement » ou de « bleuissement » d’argent…

    Pour vos lecteurs qui comme moi s’initient aux subtilités des « prédateurs de l’eau », concernantla première phase que vous évoquez, lire le livre de Roger Lenglet et Jean Luc Touly « L’EAU DES MULTINATIONALES, les vérités inavouables » (Fayard, déc 2005, isbn 2-213-62823-8).

    Ce livre conseille aussi les sites :

    www.acme-eau.com (Fondation Danielle Mitterand)

    www.ades-grenoble.org

    www.seaus.org

    www.psiru.org

    http://eausecours.free.fr

    www.eau.apinc.org

    www.h2o.net

    www.fame2005.org

    www.france.attac.org

    www.contrattoacqua.it

    www.polaris.institute.org

    www.publicitizen.org

    www.wateractivist.org (sur Veolia)

    www.canadians.org

    www.assemblee-nationale.fr/dossiers/eau.asp

    Voilà…

    Bluerider1

    Répondre à ce message

  • Marchandisation de l’eau : la nouvelle offensive du « biocapital » 11 avril 2007 03:46, par Alberto

    merci beaucoup pour cet analyse, plus important encore, car je suis mexicain et le Mexique est un des cibles du cet offensive.

    Répondre à ce message

  • Marchandisation de l’eau : la nouvelle offensive du « biocapital » 15 juillet 2007 12:15, par Félicien

    MAIS Il faut en finir une bonne fois pour toute avec l’idée selon laquelle la consommation domestique serait par excès, responsable de la mort des rivières. La fabrication des objets qui encombre nos maisons y participe également mais de manière tout aussi marginale. Le nœud du problème est ailleurs : le compteur s’affole vraiment quand on ajoute l’eau qui sert à produire tout ce que nous mangeons et buvons :

    Il faut entre 2000 et 5000 litres d’eau pour produire 1 kilo de riz plus d’eau que n’en consomment la plupart des foyers tout au long d’une semaine pour un simple sachet de riz. Il en faut 1000 litres pour un kilo de blé, 500 litres pour 1 kilo de pomme de terre. Et quand on commence à donner du grain au bétail, afin que ce dernier nous fournisse de la viande et du lait, les chiffres deviennent encore plus étourdissants. Il faut 11000 litres d’eau pour nourrir ce qu’il y a de viande de bœuf dans un hamburger, de 2000 à 4000 litres d’eau pour que les mamelles d’une vache puissent produire 1 litre de lait. Le fromage ? Comptez 5000 litres d’eau par kilogramme de camembert. Si vous estimez que votre panier à provision devient quelque peu encombrant, au point où nous en sommes, vous feriez mieux de laisser ce kilogramme de sucre sur rayonnage. Il a fallu pour l’obtenir environ 3000 litres d’eau, ou 20 tonnes d’eau…

    …150 litres pour le pain de votre sandwich, 500 litres pour une omelette de 2 œufs ou une salade mixte, 1000 litres pour un verre de lait, 1500 litres pour une glace, 2000 litres pour 1 côte de porc, 3000 pour un hamburger et 5000 litres pour un malheureux steak haché…

    Un verre de vin ou une pinte de bière demande 250 litres d’eau, 1 verre de digestif pas moins de 2000 litres…

    (Src : Fred Pearce Quand meurent les grands Fleuves-Enquête sur la crise mondiale de l’eau)

    Voir en ligne : l’eau

 

 

 

14 mars 2008

Pourquoi plus d’un milliard d’êtres humains

n’ont-ils pas accès à l’eau ?

par Marc Laimé

En dépit des engagements répétés de la communauté internationale, l’accès à l’eau n’est toujours pas assuré pour des quantités croissantes d’êtres humains. Si rien ne change, la moitié des habitants du monde risque de manquer d’eau dans 20 à 30 ans. Symbolisant cruellement les inégalités qui déchirent la planète, l’accès à l’eau sera l’un des enjeux majeurs pour l’humanité au 21ème siècle. Les solutions existent. Mais le capitalisme dominant n’a que faire de la pauvreté et de l’accès à l’eau. Jamais peut-être la démonstration n’en aura été aussi aisée à établir.


 

A l’approche de la Journée mondiale de l’eau, qui se tiendra le jeudi 20 mars 2008, et non le 22 mars comme c’était l’usage depuis 1993, la communauté internationale va renouveler ses engagements de « tout faire » pour apporter des réponses à un scandale mondial majeur : le manque d’accès à l’eau et à l’assainissement, qui affecte respectivement 1,1 et 2,6 milliards d’êtres humains. Ceci d’autant plus que 2008 a aussi été consacrée par l’ONU « Année internationale de l’assainissement ».

World Water Day 2008

Mais sous les discours empreints de compassion affleure une autre « vérité qui dérange ». Loin de se résumer à l’humanitaire, la question de l’eau est d’abord politique. Elle renvoie directement aux inégalités qui déchirent la planète. Ce sont les choix et les arbitrages auxquels procèdent gouvernements et collectivités qui sont à la source de ce véritable déni d’humanité qu’imposent sur toute la planète les dominants aux dominés.

Ressources, consommations, pertes : une inégalité d’accès structurelle Retour à la table des matières

Cette précieuse ressource semble pourtant abondante. Environ 40 000 km3 d’eau douce s’écoulent chaque année sur les terres émergées. La consommation en eau s’élevant à environ 30.000 km3 par an, il devrait être possible de fournir 7000 mètres cubes d’eau à chacun des 6 milliards et demi d’individus vivant sur Terre. Il faut toutefois noter que l’intégralité de ces ressources ne sont pas mobilisables car cela s’effectuerait au détriment des milieux aquatiques, qui jouent un rôle fondamental pour la qualité des milieux ou l’épuration.

Par ailleurs, ces réserves sont réparties de façon très inégale à la surface du globe. Neuf pays seulement se partagent 60 % des réserves mondiales d’eau douce : le Brésil, la Russie, le Canada, la Chine, l’Indonésie, les Etats-unis, l’Inde, la Colombie et le Pérou. L’Asie, qui concentre près de 60 % de la population mondiale, ne dispose que de 30 % des ressources disponibles en eau douce.

En fait les ressources moyennes par pays et par habitant varient par exemple dans une proportion de 1 à 20 000 entre les Emirats du Golfe et l’Islande. Le manque d’eau est structurel dans le vaste triangle qui s’étend du Maroc au Soudan et au Pakistan, soit plus de 20 pays d’Afrique du Nord, du Proche et du Moyen-Orient et de l’Asie centrale. Chaque habitant y dispose en moyenne de moins de 1 000 mètres cubes d’eau douce par an, une situation dite de « pénurie chronique ».

Par ailleurs le gaspillage croît avec le niveau de vie des populations, les nombreux équipements qui apparaissent dans les foyers facilitant l’usage de l’eau. Les Européens consomment aujourd’hui 8 fois plus d’eau douce que leurs grands-parents pour leur usage quotidien. Un habitant de Sydney consomme en moyenne plus de 1 000 litres d’eau potable par jour, un Américain 600 litres, et un Européen de 100 à 200 litres… alors que dans certains pays en développement, la consommation moyenne par habitant n’atteint qu’une vingtaine de litres par jour.

Il faudrait aussi impérativement réduire les pertes considérables enregistrées sur les réseaux des pays pauvres, quand ils existent, pertes qui peuvent atteindre jusqu’à 50% de l’eau mise en distribution ! Aujourd’hui, seuls 55 % des prélèvements en eau sont réellement consommés. Les 45 % restants sont soit perdus, par drainage, fuite et évaporation lors de l’irrigation, ou par fuite dans les réseaux de distribution d’eau potable.

L’accès à l’eau : une question politique Retour à la table des matières

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié en janvier 2008 les résultats d’une étude réalisée par deux de ses chercheurs, qui propose un nouveau chiffrage des investissements qui devraient être effectués à l’échelle de la planète, d’ici à 2015, afin de fournir de l’eau potable et des services d’assainissement à la moitié de la population mondiale qui en est encore privée. Soit respectivement la moitié des 1,1 milliards d’êtres humains qui n’ont pas accès à l’eau potable, et la moitié des 2 ,6 milliards d’habitants qui ne disposent pas d’un service d’assainissement de base.

Cette nouvelle étude est particulièrement intéressante à plus d’un titre. Elle souligne ainsi d’emblée que « le manque de données à jour sur la dépense réelle réalisée par les gouvernements et les ménages pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement dans les pays en développement, ne permet pas de fournir d’ estimation du financement actuel au niveau international. »

C’est dire s’il convient de relativiser le déluge de chiffres et de promesses accompagnant désormais de manière rituelle les messages émis chaque année lors de la « Journée mondiale de l’eau ».

L’eau figure, depuis une dizaine d’années, au tout premier plan de l’agenda international. Depuis lors un lancinant bruit de fond fait désormais figure de mantra : « Tant de milliards d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau, tant en meurent chaque année, si rien ne change ils seront plus nombreux l’an prochain, il faudrait chaque année mobiliser x milliards de dollars pour en finir avec ce scandale, etc. »

Ce message finit par anesthésier toute réflexion, toute remise en perspective réelle, et toute prise de conscience du caractère éminemment politique de la question de l’eau, qui n’est pas soluble dans de lénifiantes approximations humanitaires.

La nouvelle étude de l’OMS fournit les éléments de cette remise en perspective. Elle souligne donc l’absence de données fiables sur les dépenses effectives réalisées par les gouvernements et les ménages (pour l’accès à l’eau et à l’assainissement) dans les pays en voie de développement.

Quant on sait que le budget militaire du Pakistan est près de 50 fois supérieur à celui de l’eau et de l’assainissement, on voit poindre l’explication du manque de données fiables…

Plus largement, si les données fiables semblent aussi faire défaut quant aux dépenses annuelles mondiales dans le domaine de l’eau, on estime généralement qu’elles se situeraient dans une fourchette comprise entre 500 et 800 milliards de dollars US. Un montant qui englobe toutes les dépenses relatives à l’eau dans le monde, tant en fonctionnement qu’en investissement.

C’est bien à cette aune qu’il convient d’apprécier les évaluations, au demeurant mouvantes, de l’effort que « devrait » accomplir la communauté internationale pour financer l’accès à l’eau et à l’assainissement dans le monde entier.

Or, étrangement, cette corrélation qui tombe pourtant sous le sens, n’est jamais effectuée. Sans doute parcequ’elle fait apparaître crûment une « vérité qui dérange »…

Comparés à ces 500 à 800 milliards de dollars de dépenses annuelles mondiales déjà effectives dans le secteur de l’eau, dans un contexte de surexploitation et de gaspillage outrancier de ressources qui s’épuisent, tant les financements concrets de l’accès à l’eau pour les populations les plus pauvres de la planète, que les « plaidoyers » et les annonces de « promesses d’engagements financiers », toujours en faveur des plus pauvres, sont au final absolument dérisoires. Pire, obscènes.

Le capitalisme et les pauvres Retour à la table des matières

En 2004, comme l’annonçait le quotidien français Libération le 12 mars 2008, « le bénéfice cumulé des entreprises composant l’indice phare de la Bourse de Paris, le CAC 40, était de 66 milliards d’euros. En 2005, de 84,5 milliards. En 2006, de 97,7 milliards. Pour 2007, la hausse devrait être limitée (de l’ordre de 2 %). Mais pour la première fois, la barre symbolique des 100 milliards devrait être franchie.

« Les entreprises industrielles n’ont pas été atteintes par la conjoncture. Certaines en ont même profité. Tel Total qui occupe, comme pour 2006, la première place de ce Top 40 des profits. Avec 12,2 milliards de profits, la major pétrolière a bénéficié de la hausse des prix du brut. Les tensions sur le marché énergétique ont aussi profité à Suez (+ 9 %), et à Gaz de France (+ 7,6). Quant à ArcelorMittal (+ 30 % de résultat, à 7,5 milliards), il a pu augmenter ses prix grâce à une demande mondiale en acier toujours poussée par la croissance chinoise et indienne. Massivement présentes sur ce continent, d’autres multinationales ont surfé sur la bonne santé économique de l’Asie. C’est le cas du secteur du luxe et des produits cosmétiques : L’Oréal fait + 29 %, PPR + 35 % et LVMH + 8 %.

(…) « Deux entreprises, enfin, ont connu une année exceptionnelle. La vente de son pôle biscuit a permis à Danone d’afficher une hausse de son résultat de 300 %. Quant à Peugeot, son bénéfice a été multiplié par cinq, après une mauvaise année 2006, grâce aux premiers effets du plan initié par son PDG, Christian Streiff. Face à ces océans de profits, les trois entreprises déficitaires font mauvais genre, mais ne représentent pas grand-chose. Deux sont dans le secteur des équipementiers en électronique (Alcatel-Lucent et STMicroelectronics). Quant à EADS, sa perte doit être relativisée : les comptes du groupe sont affectés par son plan de restructuration et la baisse du dollar, tandis que ses commandes battent tous les records.

(…) « Les actionnaires se frottent déjà les mains. Le taux de distribution (le pourcentage du bénéfice réparti aux actionnaires) devrait augmenter par rapport à l’année dernière. Et c’est plus de 40 milliards d’euros qui devraient leur revenir sous forme de dividendes. »

Ainsi, en toute rigueur mathématique, la moitié seulement des dividendes distribués aux actionnaires des seules plus grandes entreprises françaises pour 2007, soit une vingtaine de milliards d’euros, suffiraient à financer l’accès à l’eau et à l’assainissement de la moitié des milliards d’êtres humains qui en sont aujourd’hui privés. Et qui en meurent par millions.

On mesure mieux à cette aune pourquoi les palinodies rituelles en matière de financement d’accès à l’eau des plus pauvres demeurent cantonnées dans le registre de l’humanitaire, alors que la question est politique.

Le manque d’accès à l’eau symbolise impitoyablement les inégalités qui déchirent la planète. Sous cet angle chaque état, chaque collectivité sont donc directement responsables s’ils ne permettent pas à leur population d’accéder à ces services essentiels. Le prix à payer pour un modèle de société qui procure des dividendes somptuaires aux privilégiés de la planète doit aussi s’apprécier à l’aune des « dégâts collatéraux » qu’il suscite.

La nouvelle étude de l’OMS sur le financement de l’accès à l’eau et à l’assainissement Retour à la table des matières

Adoptés à New-York en 2000 par l’Assemblée générale de l’ONU, les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), s’étaient fixés comme 10ème cible de « réduire de moitié, d’ici à 2015, le pourcentage de la population qui n’a pas accès de façon durable à un approvisionnement en eau de boisson salubre et à des services d’assainissement de base ». En raison de son impact sur une série de maladies, cette dixième cible entretient évidemment un lien étroit avec la santé publique.

L’objectif de ne réduire que « de moitié » le pourcentage de la population qui ne dispose pas d’un accès à l’eau et à l’assainissement corrects a très souvent été critiqué, mais force est de constater qu’il a désormais quasiment acquis force de loi pour la communauté internationale, et que toutes les estimations effectuées à ce jour en matière de financement de l’accès à l’eau s’inscrivent dans ce cadre de référence.

L’étude a estimé la population à couvrir pour atteindre cette cible en analysant les données existantes sur l’utilisation par les ménages de sources d’eau et d’assainissements améliorés en 1990 et 2004, et en tenant compte de la croissance de la population.

Les chercheurs ont supposé que cette estimation avait été atteinte par incréments annuels de l’année de référence 2005 jusqu’en 2014. Puis ont appliqué les coûts d’investissement et de fonctionnement par habitant. Les données nationales disponibles ont été agrégées pour les 11 sous-régions de développement de l’OMS, et pour l’ensemble du monde.

Pour ce qui concerne l’évaluation des besoins financiers, elle prend en compte les coûts de fonctionnement, de maintien et de remplacement de la couverture existante, ainsi que les coûts de nouveaux services et les coûts programmatiques. Et le rapport souligne que des études de coûts au niveau national sont nécessaires pour guider le secteur.

L’analyse effectuée permet donc de présenter les investissements qui devraient être effectués chaque année de 2005 à 2014 pour atteindre la cible 10 des OMD, sachant que l’investissement annuel pour l’eau (50,2%) est un peu plus élevé que celui de l’assainissement (49,8%).

L’étude estime donc que les dépenses globales à réaliser dans les pays en voie de développement d’ici à 2014, simplement pour y raccorder la moitié de la population qui ne l’est pas aujourd’hui, conformément à la cible 10 des OMD, se chiffrent à des montants de 42 milliards US $ pour l’eau, et à 142 milliards US $ pour l’assainissement.

Soit, au total, pour l’eau et l’assainissement, un équivalent annuel de 18 milliards US $ (12,4 milliards d’euros), pour raccorder la moitié de la population des pays pauvres qui ne l’est pas aujourd’hui.

Mais elle souligne dans le même temps que le maintien des services existants nécessite déjà, à lui seul, 322 milliards US $ supplémentaires pour l’approvisionnement en eau, et 216 milliards US $ pour l’assainissement. Soit un total de 538 milliards de dollars US pour la période de 2005 à 2014.

Et donc 54 milliards US $ par an (35,8 milliards d’euros), pour l’entretien des installations existantes, majoritairement présentes dans les pays développés, ou qui bénéficient aux minorités les plus aisées des pays en voie de développement.

Si l’on additionne les deux postes, soit la création ex-nihilo de nouvelles infrastructures pour les pays pauvres, et l’entretien des infrastructures existantes, surtout dans les pays développés, l’étude chiffre donc à 70 milliards de dollars US (48,2 milliards d’euros), les montants qui devront, selon l’OMS, être dépensés annuellement de 2005 à 2014 pour l’eau et l’assainissement.

Elle met aussi en exergue le fait que les dépenses effectuées pour étendre la couverture bénéficieront principalement au ruraux (64 %), tandis que celles consacrées au maintien de la couverture déjà existante profiteront largement aux urbains (73 %).

De plus il apparaît qu’une mise en œuvre efficace du programme imposerait un « supplément de dépenses de 10 à 30 % pour couvrir des coûts administratifs en dehors du point de délivrance des interventions. »

Ces évaluations pourront être critiquées. Elles ont le mérite de permettre une mise en perspective bienvenue, quand les messages régulièrement émis par la communauté internationale conduisent, par défaut, à circonscrire la question de l’eau à une dimension humanitaire, et non politique.

Changement climatique et aide au développement Retour à la table des matières

Par ailleurs, si l’on considère que l’investissement mondial annuel dans l’infrastructure de l’eau représente 500 milliards de dollars, celui-ci est aujourd’hui réalisé en fonction de l’hypothèse, déjà dépassée, selon laquelle le cycle de l’eau oscillerait dans les limites relativement étroites constatées dans le passé.

Or de nombreuses études scientifiques attestent que le changement climatique a déjà radicalement modifié le cycle de l’eau et que les évolutions déjà identifiables marquent le début d’une crise de la ressource.

De nouveaux modèles vont devoir être mis en œuvre pour anticiper les inondations et les sécheresses, déterminer la taille des réserves d’eau et décider de l’allocation de la ressource entre les usages domestiques, industriels et agricoles.

A cet égard le risque est grand de voir les pays du Nord préférer « la Corrèze au Zambèze. » Vu sous cet angle, le déluge de propagande humanitaire qui accompagne désormais rituellement chaque « Journée mondiale de l’eau » ne parviendra plus très longtemps à dissimuler que le changement climatique, dont l’impact affecterait tout autant les pays riches du nord que les pays pauvres du sud, risque très sérieusement de restreindre encore davantage l’aide publique au développement.

Si les pays du Nord érigent la lutte contre le réchauffement climatique au rang de priorité absolue car elle menacerait désormais la sécurité internationale, et celle de chacun des pays développés qui n’entendent pas renoncer à leur modèle de croissance, comme vient de le proclamer M. Javier Solana devant le Conseil des ministres de l’Union le 13 mars 2008 à Bruxelles, les égoïsmes nationaux des pays du Nord réduiront inévitablement à chiffons de papier les « engagements » de la communauté internationale à promouvoir l’accès à l’eau dans les pays pauvres du Sud.

Polémique en France sur l’aide pour l’accès à l’eau Retour à la table des matières

Le directeur général d’Action contre la faim, M. François Danel, a publié dans le quotidien Le Monde daté du 20 mars 2008 une Tribune intitulée : « L’eau, un droit pour tous. »

Il y présente l’action que va conduire Action contre la faim le 20 mars, en lien avec l’Agence française de développement (AFD), soit des appels aux dons lors de manifestations publiques organisées dans une douzaine de grandes villes, sur fond de promotion de la loi « Oudin-Santini. »

En matière d’aide à l’accès à l’eau, la France a en effet adopté en janvier 2005 la loi « Oudin-Santini », dispositif qui divise profondément le monde associatif et politique français impliqué dans l’aide au développement. Lire l’analyse magistrale de Gérard Borvon, animateur de l’association bretonne S-Eau-S, responsable des Verts et membre du Comité national de l’eau :

Elus municipaux et Associations de Solidarité : ce qu’on ne vous dit pas sur la loi « Oudin-Santini ».

Sources :

Hutton, G. and Bartram, J. (janvier 2008). Coûts globaux pour l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement.

Publié en ligne le 20 novembre 2007.

Edition papier : Bulletin de l’Organisation mondiale de la santé ; vol. 86, no. 1 ; p. 13-19., janvier 2008.

Contact :

Guy Hutton, Programme eau et assainissement (WSP), Banque mondiale au Cambodge.

ghutton@worldbank.org

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Pourquoi plus d’un milliard d’êtres humains n’ont-ils pas accès à l’eau ? 17 mars 18:16, par Club des Vigilants

Pour une Communauté Mondiale de l’Eau

Dans ma jeunesse, j’ai travaillé à la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier et me souviens de la genèse de cette première institution européenne. Jean Monnet est parti de la conviction que l’Europe ne se ferait pas d’un coup mais pas à pas.

Voulant commencer par créer une « solidarité de fait », il a pensé que le charbon et l’acier, qui avaient été utilisés pour faire la guerre, pouvaient être un symbole de reconstruction pacifique et servir de base tant à la réconciliation franco-allemande qu’à l’unité de l’Europe. Il a persuadé Robert Schuman de lancer l’idée et s’est assuré qu’elle serait bien reçue par Konrad Adenauer et fortement appuyée par l’Administration américaine.

L’Europe d’aujourd’hui ne ressemble pas à celle dont rêvait Monnet mais la CECA a néanmoins servi de socle à une prise de conscience européenne. Maintenant, les menaces visent l’humanité entière et il s’agit de faire émerger une conscience planétaire. D’où la question : existe-t-il un domaine qui aiderait à cristalliser une « solidarité de fait » à l’échelle mondiale, un domaine où l’urgence et la gravité des problèmes justifieraient la mise en commun de certains pouvoirs et de certaines ressources ?

Après avoir beaucoup consulté et beaucoup réfléchi, je suis arrivé à la conclusion que la création d’une Communauté Mondiale de l’eau (CME) serait la plus prometteuse des initiatives possibles. Les hommes peuvent vivre sans pétrole, ils ne peuvent pas vivre sans eau. Des guerres peuvent éclater pour le contrôle des ressources. Des populations peuvent migrer pour fuir la sécheresse. L’insalubrité peut provoquer des épidémies. Emotionnellement c’est intolérable. Rationnellement, la nécessité de l’action crève les yeux. Le problème de l’eau est au cœur des préoccupations mondiales : guerres et paix, agriculture et mégalopoles, santé et développement, tout ne dépend pas de l’eau mais l’eau affecte tout.

Le chemin à parcourir avant qu’une CME fonctionne est si périlleux que l’initiative ne peut être lancée dans le cadre modeste du Club des Vigilants. Nous pouvons seulement réfléchir aux processus qu’il conviendrait d’enclencher. Concrètement, il s’agirait surtout de :

- trouver la ou les personnalités les plus aptes à prendre l’initiative et chercher les moyens de les convaincre ;

- dresser la liste des pays qui accepteraient de se placer sur la ligne de départ et négocieraient un éventuel traité ;

- définir les points qui, dans cet éventuel futur traité, devraient être considérés comme primordiaux.

Une réflexion préliminaire est en route sur ces trois points. Ceux qui voudraient contribuer à cette étude de faisabilité seraient les bienvenus.

Marc Ullmann

 

 

25 février 2007

Le scandale mondial de l’eau

 

par Riccardo Petrella

Fondateur du Comité International pour le Contrat Mondial de l’Eau.


 

La santé de 2,8 milliards de personnes est fragilisée et leur vie est écourtée par manque de latrines. C’est parce qu’ils n’ont pas de systèmes appropriés de traitement de leurs excréments humains que des milliards de personnes pauvres dans le monde n’ont pas droit à une vie humainement digne, à la vie. Tel est le constat, cru, insensé, intolérable ; le sens tragique de la condition humaine actuelle marquée par la pauvreté de la moitié de la population mondiale.

Les sociétés « riches » dépensent annuellement des milliards d’euros pour l’utilisation d’eau potable dans leurs WC, soit un tiers de la consommation domestique d’eau par habitant par jour, pour une consommation de 600 litres par personne et par jour aux Etats-Unis, 358 litres en Italie, 310 litres en France… mais 130 en Allemagne et 119 en Suède.

En outre l’économie mondiale est capable d’allouer des milliards d’euros pour produire (et faire acheter à grands frais publicitaires), des centaines de milliers de SUV, ces voitures 4×4 de plus en plus grosses, puissantes, chères et voraces en matières premières et en énergie, qui ne répondent à aucun besoin effectif, mais uniquement à des motivations déraisonnables, en une obscène exhibition de puissance consommatrice.

En revanche, cette même économie qui se dit mondialisée, globale, s’affirme incapable de produire des latrines dont des milliards de personnes ont un besoin vital, et dont le coût est estimé entre 15 et 20 milliards d’euros, soit l’équivalent de 5 jours et demi des dépenses militaires mondiales.

Pourtant, les ressources financières existent. Le 17 novembre dernier deux groupes financiers privés ont dépensé respectivement 36 et 26 milliards de dollars US pour l’achat de la propriété du capital de deux autres groupes financiers. Quelques jours auparavant, la banque australienne Macquarie a déboursé 14 milliards d’euros pour acheter la troisième entreprise privée mondiale de l’eau, la britannique Thames Water, dans le but, évidemment, de faire de l’argent, beaucoup d’argent, par la distribution d’eau potable.

La bombe hydrique Retour à la table des matières

Des milliards d’êtres humains meurent par manque d’eau potable, alors que des entreprises privées, notamment françaises, les premières au monde dans le domaine de l’eau, réalisent des milliards d’euros de profit en vendant l’eau potable. Tel est le scandale mondial de l’eau.

Ne parlons pas, en outre, de l’état de dévastation croissante des ressources hydriques de la planète. Lacs qui rétrécissent, voire disparaissent ; fleuves qui meurent (Niger, Po… ) , qui ne portent plus l’eau à la mer pendant de nombreux mois de l’année (Colorado, Yang Tse… ) ; nappes phréatiques qui baissent dangereusement (aux Etats-Unis et en Chine les nappes ont baissé en moyenne sur les cinq dernières décennies de 1,5 et 3,5 mètres respectivement) ; cours hydriques pollués devenus des sources inutilisables pour les usages humains (plus de 80% des eaux de surface en France sont contaminées) ; calottes polaires (représentant la très grande partie des réserves d’eau douce de la planète) en train de fondre en raison de l’action humaine appelée “croissance économique”.

La bombe hydrique, non seulement produit déjà des effets désastreux pour la vie de milliards d’êtres humains, mais elle est en train de décupler sa puissance meurtrière : dans 30 à 40 ans elle pourra “exploser” de manière à provoquer la mort de dizaines de millions de personnes par an. Ce à quoi nos sociétés sont désormais confrontées est le double défi de la vie, la vie pour tous, et sur la planète.

Une refondation démocratique Retour à la table des matières

Les mouvements et les ONG engagés, à travers le monde, dans la mobilisation culturelle et politique contre la marchandisation de l’eau et la privatisation des services hydriques ont voulu relever ce défi et essayer de contribuer à sa solution en organisant l’Assemblée mondiale des élus et des citoyens pour l’eau (AMECE).

Relever ce défi implique nécessairement de re-constituer le lien entre les institutions, notamment démocratiques représentatives, et les citoyens, lien qui a été rompu au cours des trente dernières années. La question de la « renaissance politique » de la relation entre citoyens et institutions est au coeur de l’AMECE.

A l’origine de la rupture se trouvent principalement les choix effectués par nos classes dirigeantes en faveur d’une société orientée vers l’optimisation de l’utilité individuelle, par l’appropriation et l’usage privé des biens et des services considérés aujourd’hui « faire » le bien-être de vie.

Nos sociétés sont fondées de plus en plus sur l’antagonisme compétitif de tous contre tous, à l’enseigne de la victoire et survie des meilleurs, à savoir des plus forts. L’une des sources principales d’alimentation de la violence structurelle qui caractérise nos sociétés « développées » gît dans la « libre » concurrence, et dans la conséquente exclusion de tous ceux « qui ne sont pas capables d’être compétitifs ».

La politique ne s’occupe plus des droits des personnes, du bien commun. Elle s’occupe de l’efficience des marchés, du taux de croissance économique, de la productivité du capital financier, de la sécurité des riches, et, donc, de la guerre, laissant aux scories du « petit gouvernement » la gestion de la vie et du quotidien.

Les citoyens, réduits à des consommateurs et à des épargnants principalement intéressés au ROE (Return on Equity), au rendement financier, sont « actifs » essentiellement pour défendre leur « richesse ».

Si des changements radicaux n’interviennent pas dans les choix politiques économiques et sociaux actuels, la bombe hydrique provoquera de terribles dévastations humaines, pas seulement dans les régions habitées par les pauvres du monde.

La permanence de la pauvreté et l’aggravation de la santé de la vie de la planète font de la mise en place d’un pouvoir politique mondial, à partir des communautés locales, et d’une politique mondiale de la vie, les conditions indispensables pour le devenir des sociétés humaines.

Il est temps de changer.

Ici se situe la motivation fondamentale de l’AMECE : le « changement réel » passe à travers l’établissement d’un nouveau rapport entre les citoyens – qui trouvent, pour le moment, dans les mouvements sociaux davantage de possibilités d’expression et d’engagement qu’auprès des institutions – et les institutions elles-mêmes, en particulier les institutions parlementaires et les collectivités locales, qui doivent se renouveler.

Un rapport qui sera nouveau du fait d’être re-fondé sur le principe des droits, et axé sur les biens communs, l’eau notamment. L’AMECE se veut un des lieux et des temps de promotion d’un parcours orienté dans cette direction.

L’eau, bien commun public Retour à la table des matières

L’Assemblée des élus et des citoyens pour l’eau (AMECE) se tiendra à Bruxelles du 18 au 20 mars 2007 à l’initiative d’une quarantaine d’organisations (ONG, mouvements…), belges et d’autres régions du monde, parmi lesquelles, en France, l’Université de l’eau du Conseil général du Val-de-Marne, l’association E-A-U (Elus-Associations-Usagers), créée le 13 février dernier, suite à “ l’Appel de Varages” de 2006, signé par des dizaines de communes, en faveur de la re-publicisation des services hydriques et contre la marchandisation de l’eau, la Convention internationale des collectivités locales hors AGCS…

L’Assemblée est structurée autour de cinq catégories d’acteurs :

• les parlementaires,

• les maires et représentants des collectivités locales,

• les entreprises publiques de l’eau,

• les syndicats,

• la société civile.

S’agissant d’une « assemblée », 80 interventions sont programmées (dont plus de la moitié de personnes venant d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie), auxquelles il faut ajouter les interventions spontanées dans les espaces temps laissés pour de larges échanges.

Le but de la rencontre, dans ce lieu hautement symbolique qu’est le Parlement européen, est de conduire tous les participants à prendre, ensemble, des engagements précis concernant la réalisation des quatre objectifs fondamentaux, sur lesquels l’AMECE vise à promouvoir un parcours d’action le plus riche et efficace possible, à savoir :

• le droit à l’eau potable et aux services sanitaires pour tous, ici et maintenant,

• la promotion d’un gouvernement de l’eau en tant que bien commun public aux divers niveaux territoriaux,

• la mise en place d’institutions et d’instruments financiers appropriés pour le financement public de l’eau (droit humain et bien commun),

• la participation effective des citoyens au gouvernement de l’eau, de toutes les eaux, à partir des communautés locales.

Perspectives Retour à la table des matières

Le principal résultat attendu de l’AMECE est le lancement d’un Plan d’engagements 2007-2010 pour le droit à la vie pour tous, ici et maintenant.

Partons de l’eau.

Les 3 milliards de personnes qui aujourd’hui sont pauvres et ont soif ne peuvent pas attendre 2025-2030. On ne peut pas non plus accepter qu’ils deviennent 5 milliards en 2040, et plus de 6 milliards en 2060.

La concrétisation du droit à l’eau – donc à la vie –, pour tous est le défi politique majeur de ce début de siècle, et il peut et doit être gagné en 15 ans. Il faut agir contre la crise mondiale de l’eau et désactiver la « bombe de l’eau ».

Sans évidemment préjuger des engagements qui seront pris par les participants à l’AMECE, ses promoteurs souhaitent que le plan de concrétisation puisse s’articuler autour :

➢ du lancement, à l’initiative de deux/trois gouvernements présents à l’AMECE d’une campagne visant la reconnaissance formelle le 10 décembre 2008 par l’ONU du droit humain à l’eau.

Le 10 décembre 2008 se célébrera en effet le 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits humains.

Certains pays d’Amérique latine (Venezuela, Uruguay, Bolivie), l’ont déjà fait. Le Parlement européen a adopté à l’unanimité, le 16 mars 2006, une résolution demandant que l’accès à l’eau soit reconnu en tant que droit humain. La Confédération suisse a proposé, il y a quelques années, la signature d’une convention internationale sur le droit à l’eau. Récemment, le gouvernement fédéral allemand a proposé au Conseil des droits humains de l’ONU de nommer un rapporteur sur le droit à l’eau.

Il faut accentuer la pression et faire « précipiter » des engagements solides et concrets à cet égard.

➢ de l’adoption, aux niveaux communal, provincial, régional, national, continental et international, du statut de l’eau en tant que bien commun public et, par conséquence, l’engagement en faveur de l’exclusion de l’eau des nouvelles négociations OMC + .

L’eau, source de vie, n’est pas une marchandise et il faut prévoir, pour ses services, « l’exception de vie », comme c’est le cas pour « l’exception culturelle ».

A cet égard, il faut redéfinir l’imaginaire politique mondial en mettant en place une nouvelle architecture politique de la société mondiale, à partir des communautés locales, axée sur le du droit à la vie pour tous et la valorisation des biens communs tels que l’eau, la terre, l’air, l’espace, la connaissance, l’éducation, la santé.

Les mesures à prendre dans cette direction sont nombreuses.

Par exemple, la mise en place de taxes mondiales sur l’énergie, les transports, les transactions financières spéculatives, selon les propositions déjà faites par la France et le Brésil ; la prise en charge par l’ONU – ou par une agence publique mondiale de l’eau –, de la responsabilité de l’organisation du prochain Forum mondial de l’eau en 2009 à Istanbul, en le soustrayant à l’initiative et à la mainmise d’une organisation privée, le Conseil mondial de l’eau, ouvertement connue pour être sous l’influence des compagnies multinationales privées de l’eau.

➢ de la prise de mesures appropriées concernant le financement public des investissements nécessaires pour assurer l’accès à l’eau pour tous dans la quantité et la qualité indispensables, sans que les collectivités locales et nationales deviennent dépendantes des capitaux privés.

A ce propos, il s’agit surtout de ré-inventer les sujets financiers publics, face à la privatisation généralisée des Caisses de dépôt et consignation, des caisses d’épargne, des organismes de crédit local, et de donner un nouveau souffle aux finances publiques par des mécanismes de collecte et de gestion des ressources disponibles transparents et fondés sur la participation réelle des citoyens.

La définition d’une nouvelle génération de fonds d’investissement publics au plan régional, national, continental et mondial s’impose.

Dans ce cadre il est urgent de multiplier les actions dites de coopération décentralisée et/ou répondant à l’approche dite « agenda local pour le développement ». Ces actions ont démontré pouvoir être un cadre de référence efficace au service d’une culture des biens communs et de la valorisation des ressources hydriques, guidée par le principe du droit d’accès à l’eau potable et aux services hygiéniques pour tous, notamment dans les villages et le communautés des pays pauvres et dans les grandes agglomérations urbaines du « Sud ».

Les actions en cours dans le cadre de cette coopération décentralisée sont nombreuses et significatives. L’AMECE vise à faciliter la mise en commun de certains schémas de coopération, certains dispositifs financiers, certains parcours socio-culturels, notamment dans le domaine de l’éducation.

Pour le droit universel à l’eau Retour à la table des matières

L’AMECE est partie d’un double constat : primo, le devenir démocratique de nos sociétés et du monde passe par la participation directe des citoyens au gouvernement de la res publica, renforçant ainsi le fonctionnement de la démocratie représentative ; secundo, le devenir juste, solidaire et durable de nos sociétés passe par le droit à la vie pour tous et par un « gouvernement » sage de la vie sur la planète. Le droit universel à l’eau, et le gouvernement de l’eau en tant que bien commun, en constituent la concrétisation préalable.

Pour ces raisons, l’eau est devenue ces dernières années le terrain politique d’affrontement entre une vision antagoniste et oligarchique de la société et du monde, et une vision coopérative et juste. La prédominance actuelle de la première vision se traduit effectivement par le refus brutal de la vie pour tous et la prédation des biens communs.

Pour la première fois, l’AMECE permet que se rencontrent à Bruxelles des parlementaires, des maires et administrateurs locaux, des syndicats, des entreprises publiques et des mouvements sociaux, dans la perspective de l’élaboration d’un parcours commun d’actions visant à bloquer une fois pour toutes les processus de marchandisation et de privatisation de l’eau, et à faire émerger des alternatives concrètes élaborées démocratiquement.

Riccardo Petrella est notamment l’auteur de Désir d’humanité.

Le droit de rêver, Editions Labor, Bruxelles et Ecosociété, Montréal.

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6 commentaires

  • Le scandale mondial de l’eau 25 février 2007 20:08, par agnès

    Quel brio !

    Je vous ai vu et entendu au Mans en 2005 et j’ai lu votre livre « désir d’humanité »… Là encore, je retrouve la même vitalité, le même humanisme lesquels tirent la sonnette d’alarme tout en emplissant nos âmes de bon sens, d’espoirs et d’énergie, préalables nécessaires pour résister et lutter contre des quotidiens souvent mesquins. Je ne sais si notre maire a prévu de participer à cette assemblée mais à nous citoyens de l’inviter à s’engager : 2007 est pour lui une année pré-électorale. C’est une bataille difficile car, comme le souligne Marc Laimé, source intarissable sur le sujet s’il en est, la gestion de l’eau potable en France est et demeure souterraine depuis un siècle et demi. Cependant, il semble que le débat commence à faire surface… Courage, espoir, ténacité. Merci pour votre pertinence et les bulles d’air que vous nous apporter.

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  • Le scandale mondial de l’eau 27 février 2007 17:48, par Muléro Philippe

    Bonjour Je cherche des personnes vraiment motivés pour  » agir  » et créer des emplois pour protéger l’environnement et même fournir dans des régions où il y a un manque d’eau potable des pompes qui marcheraient à l’energie solaire. voir le site en construction : www.oh-secours.fr la page comment agir ? En commercialisant des pages Web sur un site par ville pour les commarçants et les entreprises. J’ai sollicité la Fondation de France pour gérer les fonds je compte sur vous ! Merci. * Avec l’UE et pour les 50 ans du Traité de Rome j’organise une souscription internationale pour l’achat d’oliviers symbole de la Paix. ATTENTION les anti européen sont de plus en plus nombreux nationalistes de droite et de gauche. L’europe va mal et il faut se souvenir que les 2 guerres mondiales ont débuté en Europe ; Et je me sens particulièrement concerné parce-que mes amis ont été envoyé dans les camps de la mort avec les Juifs ; AUSSI NE VOUS LAISSEZ PAS INFLUENCER PAR CEUX QUI NE VEULENT PAS DE LA PAIX

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  • Le scandale mondial de l’eau 28 février 2007 09:59, par Bastille

    «  »Des milliards d’êtres humains meurent par manque d’eau potable, alors que des entreprises privées, notamment françaises, les premières au monde dans le domaine de l’eau, réalisent des milliards d’euros de profit en vendant l’eau potable. Tel est le scandale mondial de l’eau. »" Je ne vois pas le rapport. Si les entreprises privées faisaient du profit en vendant de l’eau potable a ceux qui en manquent, ils ne mourraient plus. Non ? Le reste est du même « tonneau ». Pour en finir avec les droits créance, je suggère une fois pour toute d’imposer le DROIT A TOUT (pour rien).

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  • Le scandale mondial de l’eau 6 mars 2007 00:01, par jacques

    Désir d’humanité ! Le droit de réver ! Je crois que tout est dit dans ces deux titres . Belle naiveté donc de penser que la ….charité ? humaine va l’emporter sur le désir de profits et de pouvoir d’un nouveau marché qui semble hélas anodin à tous .

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  • Le scandale mondial de l’eau 12 mars 2007 10:34, par Claudio

    Monsieur Petrella,

    Je me reconnais dans votre combat , vous félicite et vous encourage !

    Mon souhait est que la terre se remplisse de gens comme vous .Courage et bonnne continuation !

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  • Le scandale mondial de l’eau 15 mars 2007 23:04, par ernest

    Neuf milliards de terriens en 2050, comment va-t-on les nourrir ? Il semble qu’un groupe de scientifiques et de courageux militants ait trouvé une solution originale et efficace. C’est expliqué sur le blog www.thedino.eu

    Voir en ligne : NEUF MILLIARDS D’HUMAINS

 

 

 

16 novembre 2007

Mobilisation internationale

contre les partenariats public-privé

 

par Marc Laimé

En 1999 la Grande-Bretagne, la Banque mondiale et treize autres pays donateurs décidaient d’orienter une partie des fonds publics investis dans les projets d’accès à l’eau vers les partenariats publics-privés en créant la Public-Private Infrastructure Advisory Facility (PPIAF). Cette initiative est fortement combattue en Europe et dans le reste du monde par une large coalition de citoyens, d’ONG et de syndicats qui s’opposent à la marchandisation croissante d’un droit humain essentiel. Par ailleurs une agence des Nations unies vient à son tour de dénoncer dans un rapport décapant 15 ans de privatisation de l’eau et de l’assainissement dans les pays pauvres…


 

En dépit des proclamations qui se succèdent lors de chaque grand sommet international, les pays développés ont considérablement diminué leur aide publique au développement dans le secteur de l’eau ces dernières années.

Ainsi, les aides bilatérales pour l’eau et l’assainissement ont-elles décru de 2,7 à 1,3 milliards de dollars entre 1997 et 2002. Et l’annulation de la dette des pays pauvres n’est toujours pas effective. Dette qui suscite de surcroît désormais l’appétit de « fonds vautours ».

La pénurie persiste et les inégalités d’accès vont croissant. Plus d’un milliard d’êtres humains ne disposent toujours pas d’accès à l’eau potable, sans compter les 2,4 milliards qui ne peuvent pas compter sur un système d’assainissement adéquat.


La Banque mondiale et la plupart des institutions internationales ont clairement pris le virage du partenariat des gouvernements avec le secteur privé, ainsi que les pays donateurs qui pensent échapper par ce biais à l’augmentation de l’aide internationale

La controverse autour des modalités de financement de l’accès à l’eau dans les pays pauvres n’a cessé de monter en puissance depuis une dizaine d’années, finissant par ébranler les « Tables de la loi » issues du « consensus de Washington. »

Les PPP sont ainsi clairement sur la sellette.

Et leur recette, faire en sorte que les États ou les collectivités publiques n’aient plus à financer des projets publics, puisque c’est le privé qui va s’en charger, de plus en plus décriée. Les contribuables-consommateurs payant sur vingt ou trente ans le coût du projet, augmenté des bénéfices considérables que réalise à l’occasion le promoteur privé de l’opération.

Une logique qui prive de surcroît à terme la puissance publique de toute capacité de planification et de contrôle de ses investissements .

Le PPIAF, bras armé de la libéralisation Retour à la table des matières

Or le PPIAF a pour mission d’offrir des conseils et de promouvoir les PPP.

S’il intervient dans différents domaines qui incluent les transports ou les télécommunications, ce sont ses activités liées à l’eau qui lui valent d’être pointé du doigt par une large coalition d’activistes.

Il compte au rang de ses donateurs la Banque asiatique de développement, la Banque mondiale, la Commission européenne et les gouvernements du Canada, de France, d’Allemagne, d’Italie, du Japon, des Pays Bas, de Suède, de Suisse, d’Angleterre et des Etats Unis.

Mais la Grande-Bretagne est de très loin son plus important soutien, puisqu’elle verse une contribution de plus de 50 % des fonds alloués à l’agence (soit 53 millions de livres sterling, 104 millions de dollars US à verser de 1999 jusqu’en 2008).

Il a ainsi récemment financé en février 2007 une conférence en Inde destinée à y promouvoir les PPP.

Mais de nombreuses organisations, dont L’Internationale des services publics et le Mouvement pour un développement mondial (WDM), reprochent au PPIAF de contribuer au paiement des consultants pour promouvoir la libéralisation des services d’eau et d’assainissement.

 



Les échecs du PPP Retour à la table des matières

En 1993 la désormais tristement célèbre entreprise Enron se voyait concéder la gestion de l’eau dans la province de Buenos Aires

Après la faillite d’Enron, huit ans plus tard, le gouvernement argentin s’est tourné vers le syndicat représentant les employés. Une entreprise publique a été mise sur pied par le syndicat et assure le service depuis lors

A Bombay, les controverses portent sur le choix d’une entreprise néo-zélandaise et sur celui du consultant associé à l’opération, Castalia. Le contrat signé entre le PPIAF et Castalia, qui visait à définir quel serait le meilleur modèle de gestion pour la ville de Bombay, a fait litière de toute participation des organisations citoyennes, comme de celle des autorités locales, exemple caricatural du fameux « empowerment » vanté à longueur de colloques par les tenants de la libéralisation…

Au Paraguay le PPIAF et la Banque mondiale ont exercé des pressions afin de faciliter l’ouverture du secteur aux entreprises privés, lors même que la société et les élus locaux refusent cette libéralisation. Et le congrès paraguayen travaillait à l’élaboration d’une loi sur l’eau qui garantit le rôle de l’état comme gestionnaire des ressources naturelles du pays.

Le Malawi, l’un des pays les plus pauvres d’Afrique, est la cible des études du PPIAF depuis 1998. En 2000, un cabinet de conseil américain a reçu la somme de 194 000 US dollars pour réaliser une étude prônant la libéralisation de l’eau. En dépit de la résistance de la société civile et d’un rapport attestant l’absence de participation des institutions locales, la Banque mondiale a continué à y prôner une concession au secteur privé. 



La riposte s’organise Retour à la table des matières

En mars 2005 à Genève, le second Forum alternatif mondial de l’eau (FAME) adoptait son tout premier principe, dénué de toute équivoque :

« L’accès à l’eau en quantité et en qualité suffisante à la vie doit être reconnu comme un droit constitutionnel humain et social, universel, indivisible et imprescriptible. »

Si la plupart des pays donateurs ne sont pas de cet avis, la force des mobilisations trouvait un écho jusqu’au sein du 4ème Forum mondial de l’eau (officiel celui-là), qui se tenait en mars 2006 à Mexico, comme en témoigne un extrait (page 108) de la synthèse du 4th World Water Forum :

« Water is complex, as it is at the same time an essential resource, a common good, an economic factor and a basic human right, as well as performing other functions that make it critical to each citizen in different and sometimes contradictory ways. »

« Avancée » que se gardera bien de reprendre la déclaration ministérielle conclusive de Mexico…

Le PPIAF sur la sellette Retour à la table des matières

En 2006 le WDM (World Développement Mouvement, UK) et FIVAS (Centre d’études internationales sur l’eau, Norvège) réalisent un rapport sur le PPIAF et documentent précisément les résultats des privatisations.

A partir de ces études, d’autres ONGs, Friends of the earth, France Libertés, CRBM (Campagne pour la reforme de la banque mondiale), PSIRU (Unité de recherche de l’internationale des services publics) sont sollicités pour participer à un forum prévu en 2007.

Trois cas concrets font l’objet d’une étude plus approfondie : Bombay, le Malawi et le Paraguay (voir supra).

Le rapport soulignait que l’agence a financé des structures destinées à développer une participation du secteur privé ou une privatisation dans le secteur de l’eau et les services de l’hygiène dans 37 pays.

Dans 16 d’entre eux le PPIAF a tenté de formaliser un « consensus » pour la mise en place de la privatisation des services de l’eau. Le principe du consensus fait référence à la promotion des bénéfices engendrés par la privatisation des secteurs de l’eau, et s’adresse aux membres hésitants des gouvernements, des parlements, du monde des affaires, des syndicats, de la société civile, et aux simples citoyens, afin de les convaincre que la privatisation est dans leur intérêt.

Mais la Norvège retirait dès février 2007 son appui au PPIAF

Un mois plus tard, en mars 2007, la Banque asiatique de développement annonçait qu’elle venait de lui octroyer 500 000 US $

Le gouvernement britannique annonçait toutefois le 22 mars 2007, Journée mondiale de l’eau, qu’il considérerait désormais l’éventualité de financer également des partenariats public-public…

Mais l’Italie retirait à son tour son appui à la Facilité consultative publique-privée de l’infrastructure, un jour avant la tenue de la réunion annuelle de l’Agence à la Haye aux Pays Bas, le 23 mai 2007.

Sa vice-ministre des affaires étrangères, Mme Patrizia Sentinelli, adressait en outre une lettre de soutien aux ONGs, avec l’engagement formel de retirer le soutien de l’Italie.

Elle indiquait que « les conséquences néfastes » du système pour la fourniture de l’eau et de l’assainissement aux pauvres du monde par la privatisation nécessitaient d’être examinées.

Le groupe d’ONG en campagne saluaient l’action de l’Italie pendant que leurs représentants arrivaient à la Haye pour manifester en marge de la conférence.

Ils présentaient ensuite une lettre ouverte aux donateurs du PPIAF, signée par 138 ONG et syndicats de 48 pays, à un représentant du gouvernement des Pays Bas.

Les ONG critiquaient particulièrement le financement du PPIAF pour les « projets de consensus » qui tentent de persuader les parties prenantes des pays en développement d’accepter la privatisation de l’eau, en particulier si les multinationales y sont impliquées.

Face à la pression de la société civile, les hauts responsables du PPIAF acceptaient de recevoir les ONG pour écouter les critiques et proposer des « convergences ».

La réunion de trois heures, tenue dans un espace « neutre » cédé par la presse hollandaise, se caractérisa par la position arrêtée des représentants officiels, refusant toute critique, quoique se disant ouverts au dialogue pour financer aussi des solutions publiques. Après cette rencontre, ils publiaient une « déclaration » adressée aux ONG :

« Nous partageons un même idéal. Au centre de nos préoccupations restent les milliards de personnes qui n’ont pas accès aux infrastructures. Il faut travailler tous ensemble pour s’assurer de l’accès à l’eau pour tous. » 



Le débat Retour à la table des matières

Dans une lettre ouverte aux donateurs, les ONG et syndicats avancaient l’idée que le secteur privé de l’eau a témoigné en réalité d’une très grande frilosité à s’investir financièrement dans la bataille de l’accès à l’eau potable pour les plus pauvres à un prix abordable.

« Nous arrivons à la conclusion que ces aides et subventions devraient être mieux dépensées et nous demandons à tous ces donateurs de retirer leur appui financier, » déclaraient-ils, rejoints par certains états très pauvres, ceux-là même qui avaient vu le PPIAF mener une politique de privatisation du secteur de l’eau sur leur territoire…

Elas Dias Pena, représentant des Amis de la Terre au Paraguay déclarait qu’en dépit d’une forte opposition des habitants et un net refus lors d’un vote sur cette orientation, la privatisation de l’eau reste toujours prônée par le PPIAF, le FMI et les puissants groupes privés du secteur de l’eau. L’opposition n’a pas faibli et s’est même intensifiée. Une loi nouvelle sur l’eau, présentée par les membres de la société civile et les membres du parlement stipule que « l’eau est propriété de l’Etat du Paraguay et l’accès à l’eau est un droit humain fondamental et continu ». Loi qui attendait d’être votée devant la chambre des députés du Paraguay.

Le PPIAF se défendait des critiques de ses détracteurs, rappelant l’ampleur et la qualité de ses actions.

« Afin d’atteindre les Objectifs du développement du millénaire (OMD), adoptés par l’ONU à New-York en 2000, les investissements financiers doivent doubler », déclarait-il, soulignant que 55 pays ont déjà réussi à sortir de l’ornière et atteindre leurs buts. Le secteur public qui finance environ 70 % des besoins en infrastructures, ne peut pas tout faire et tout seul. Les donateurs, le secteur privé et les consommateurs, tous doivent jouer leur rôle. »

Et de citer le Kenya comme exemple positif du financement de son système de production et de distribution d’eau. Le Kenya laisse les communes exploiter les réseaux, avec une faible participation financière de l’Etat. Afin d’aider à une meilleure compréhension du marché de l’eau par ses différents acteurs, le PPIAF et ses partenaires ont mis en place un projet pilote afin de mieux construire une base commerciale de développement de services et les aider à construire une planification de la commercialisation, de l’accès aux marchés et des audits.

Le projet pilote devra créer une structure financière innovante afin de rendre les prêts plus accessibles aux petites communautés, propriétaires des systèmes de fournitures d’eau, et responsables de la maintenance du réseau. Le Global Partnership on output based aid, un trust financier multi-donateurs créé en 2003 par le Département pour le développement international britannique et la Banque Mondiale, apporte son soutien financier en subventions couvrant 40 % du coût du projet. Les 21 systèmes serviront 60 000 personnes.

Mais Agsar Jafri, membre de Mumbai Paani, une ONG indienne opposée à une privatisation du secteur de l’eau en Inde, rétorquait que le PPIAF ne croit pas en une gouvernance démocratique, avec des infrastructures publiques, et agit comme un représentant de groupes privés du secteur de l’eau avec l’aval de la Banque Mondiale.

« Nous avons démontré cela à Mumbai (Bombay), où des consultants de Castalia, structure d’audit fondée par le PPIAF et la Banque mondiale réalisent une étude sur l’amélioration de la distribution de l’eau. Et ont recommandé de faire appel à des groupes privés, soulignait-il. »

Une agence de l’ONU stigmatise la privatisation Retour à la table des matières

L’excellent bulletin électronique mensuel Sources Weekly relate par ailleurs dans son édition de novembre 2007 que l’Institut de recherche pour le développement social des Nations Unies (UNRISD) vient de publier une étude qui présente 15 ans de recherches sur la privatisation de l’eau et de l’assainissement.

Intitulée « Politique sociale, régulation et implication du secteur privé dans l’approvisionnement en eau », elle souligne que ces politiques de promotion de la Participation du secteur privé (PSP) dans l’approvisionnement en eau des pays en développement sont économiquement viciées.

Les expériences de la PSP à travers le monde évoquent en effet l’existence d’un conflit profond entre le développement social, la santé publique et les préoccupations environnementales et la réduction de la pauvreté, d’une part, et le souci de rentabilité du secteur privé d’autre part.

Le capital étranger ne s’intéresse qu’aux grands marchés avec le minimum de risques. Par ailleurs, l’aide au développement pour l’eau et l’assainissement d’Outre-mer ne va pas aux pays les moins développés.

Seuls 13 % des pays d’Asie du sud font la promotion de la PSP, contre 64 % en Asie de l’Est et Pacifique. Il est maintenant évident que :

- les multinationales dominantes du secteur de l’eau ne s’intéressent pas aux pays à faible revenu, qui manquent d’approvisionnement en eau commercialement viable ;

- pour réduire les risques dans les pays plus pauvres, le secteur privé cible les clients mieux nantis dans les zones urbaines et/ou recherche des subventions, des prêts à des conditions souples et la renégociation des accords, afin de fournir des services aux personnes pauvres ;

- la privatisation en général augmente les prix de l’eau et accroît l’inégalité.

La PSP n’a pas produit les résultats escomptés et les exemples d’échec et de difficultés dans le secteur privé de l’eau augmentent.

Cependant, des groupes favorables à la privatisation se sont bien organisés et reformulent le concept la dénommant « Partenariat public-privé ».

L’auteur recommande que les politiques sociales sur l’approvisionnement en eau (tels que l’augmentation des tarifs de gros, les subventions croisées et une interdiction de débranchement) ne devraient pas être ignorée lors de la réforme du secteur de l’eau.

Lire :

- Prasad, N. (2006). Résultats de privatisation : participation du secteur privé aux services de l’eau 15 ans après. Revue de politique de développement, vol. 24, no 6 ; p. 669-692. DOI:10.1111/j.1467-7679.2006.00353.x

Contact : Naren Prasad (prasad@unrisd.org), [http://tinyurl.com/2dgru9], Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social (UNRISD).

- Privatisation : les échecs en Afrique subsaharienne entravent l’impact des OMD), Source Weekly, 10 avril 2007.

- Privatisation de l’eau et de l’assainissement : les pauvres en profitent-ils ?, id21, 14 août 2007.

- Philippines : Water Privatisation – Boon or MNC Conspiracy ? Kalinga Seneviratne, International Press Service, 12 novembre 2007.

Le dossier des PPP :

Adieu services publics : L’institut de la gestion déléguée redessine la France d’après

Les eaux glacées du calcul égoïste, 30 mai 2007

Les PPP sont nuisibles et minent la démocratie

Carnets d’eau, 8 septembre 2007

La France soumise au PPP

Carnets d’eau, 25 octobre 2007

AUDIO : le rôle des multinationales dans la gestion de l’eau en France

Les eaux glacées du calcul égoïste, 29 octobre 2007

Mobilisation internationale contre les PPP

Carnets d’eau, 16 novembre 2007

Les PPP, nouvelle offensive de privatisation de l’action publique

Drôle d’En-Droit, Gilles J. Guglielmi, 11 janvier 2008.

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3 commentaires

  • Mobilisation internationale contre les partenariats public-privé 17 novembre 2007 06:53, par Pierre Leclerc

    Cet excellent article devient un bon outil d’éducation pour les militants de l’eau au Canada. Nous embarquons à notre tour dans le mouvement de mobilisation internationale contre les PPP.

    En effet, trois organisations canadiennes (Association Québécoise pour un Contrat Mondial de l’Eau, Développement et Paix et le Conseil des Canadiens) viennent récemment d’unir leurs efforts et lançent une pétition à l’échelle nationale afin que le Canada cesse d’appuyer la privatisation et reconnaisse le droit humain à l’eau.

    Nous demandons au gouvernement du Canada de :

    1. S’opposer au modèle actuel de privatisation mis de l’avant par la Banque mondiale, et conséquemment retire son soutien et sa participation financière au PPIAF.

    2. Soutenir les divers modèles de gestion publics alternatifs, démocratiques et participatifs développés par les organisations syndicales et les groupes de la société civile qui ont réussi à améliorer l’accès à l’eau sur le terrain.

    3. Affirmer clairement devant le Conseil des droit de l’Homme sa volonté de reconnaître le droit humain à l’eau.

    4. Adopter et mettre en oeuvre, au plan national, une stratégie et un plan d’action pour assurer le droit humain à l’eau et à l’assainissement.

    5. Protéger la ressource, en appliquant la motion adoptée le 5 juin 2007 par la majorité parlementaire de la Chambre des Communes demandant l’exclusion de l’eau dans l’accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA.

    En visitant le www.aqcme.org, vous trouverez le texte de la pétition ainsi qu’un article qui explique et dénonce la position actuelle du gouvernement canadien.

    Nous espérons recueillir des milliers de signatures pour appuyer notre action de lobbying qui se déroulera en 2008, année marquant le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.

    Merci à notre confrère Marc !

    Pierre Leclerc Association québécoise pour un Contrat mondial de l’eau

    Répondre à ce message

  • Mobilisation internationale contre les partenariats public-privé 18 novembre 2007 17:26, par CB

    Je tenais à vous remercier de la qualité de l’ensembe des articles que vous écrivez sur l’eau… Grâce à leur lecture, j’ai enfin pu m’orienter dans la multitude de textes aux contenus disparates disponibles sur Internet, et avoir une vision globale sur la question qui comble enfin des ’trous’ d’informations ou ’incertitudes’ quant aux enjeux sous-jacents. J’en fait profité le maximum de stagiaires (et responsables de structures liées à l’eau).

    Répondre à ce message

  • Mobilisation internationale contre les partenariats public-privé 23 novembre 2007 15:58, par bobmorane

    Une question, comment les collectivités locales des pays du sud peuvent-elles financer des infrastructures d’accès à l’eau potable (puis à l’assainissement, car c’est pas bien de relâcher les eaux usées dans les rivières, ça pollue) avec des moyens si dérisoires ?

    La rénovation des réseaux des grandes villes de la méditerranées, par exemple comme Alexandrie ou encore Alger coûte plusieurs MILLIARDS de dollars par ans.

    C’est bien de dénoncer les PPP pour les télécoms ou pour les hôpitaux mais il restera toujours la question du financement des infrastructures de base pour les États qui sont ruinés. On arrive à un problème très difficile, pas d’investissement= pas d’eau potable. Pas d’argent=pas d’infrastructures. Pas d’infrastructure= pas d’eau potable.

    Le PPP est un moyen simple de financement de l’eau, car c’est un secteur qui n’intéresse pas les Etats les plus pauvres, ils font tout reposer sur l’aide au développement ( plus de 2 milliards de dollars depuis 2005 uniquement sur l’eau) et la situation ne s’arrange pas. Les villes et les pays qui font l’effort du PPP (ex : Casablanca) voient la qualité, la disponibilité de l’eau augmenter et les pertes dans le réseau diminuer (donc une meilleure gestion de l’eau).

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SIDA : Serait-ce une arme biogénétique ?

Posté par issopha le 24 septembre 2007

  

  

Serait-ce une arme biogénétique ?

 

 

 

Depuis le début, on nous montre des images virtuelles du virus qui ne sont que des modélisations informatiques…On peut se demander si cela n’est pas une arme biogénétique.
Si le VIH met environ 10 années à se mettre en phase de destruction totale du système immunitaire, il a pu être conçu vers 1971 : en pleine guerre du Viet-Nam où les américains sont en difficulté.
Cela serait-il possible que le VIH soit l’arme bio-génétique inventée par les américains pour gagner la guerre du Vietnam ?
En effet, on sait bien que les armes biochimiques sont ultra-secrètes et que les USA sont le plus agressif des Etats. Ils ne respectent rien, alors, il n’est donc pas impossible que le VIH soit une super arme bactériologique pour limiter la démographie dans des régions « hostiles à leurs intérêts ».
La rumeur provient du KGB afin de leur porter un coup dans la guerre d’influence, d’après un journaliste de France Inter.

 

L’opinion du Prof. SEGAL de Berlin, estimé tant à l’Est qu’à l’Ouest de l’Allemagne pour son intégrité, sagacité et objectivité, n’est pas une « fabulation », mais un rapport scientifique sérieux dont les affirmations se recoupent avec celles du Dr Alan CANTWELL (USA), auteur de « SIDA et les Médecins de la Mort », avec le MEMORANDUM STRECKER et certaines des affirmations du Dr. SEALES (UK).
Pour lui : « Ni le singe vert, ni les Africains, ni les Haïtiens, ni les homosexuels, ni un soi-disant ancien virus « dormant » ne sont responsables de ce drame, mais les tripoteurs de gènes du Pentagone. Il est vrai néanmoins que grâce à une manipulation habile de l’opinion publique par les mass media on a réussi à faire croire à bien des gens, et même à des savants qui ne suivent pas particulièrement les annales sur le SIDA, que le virus du singe s’était transmuté en agent morbide du SIDA. Et c’est seulement sous la pression de la critique acérée faite en 1986 par de nombreux savants au Congrès de Paris sur le SIDA qu’Essex fut forcé de reconnaître dans un article publié en décembre de la même année que la transformation du virus du singe en virus du SIDA était impossible. Mais cet aveu n’a tout de même pas trouvé sa place dans la presse à large diffusion. »

Pour d’autres, enfin, la cause du SIDA serait à trouver dans un environnement misérable, malsain, atteignant le système immunitaire et non pas dans le virus HIV.

Le « dogme » de l’origine virale du SIDA a été remis en cause par le président sud-africain Thabo Mbeki lors de la XIIIe conférence internationale sur le SIDA de

Durban en juillet 2000.

C’est aussi la thèse de Duesberg.

Mais, aussitôt, 5000 pétitionnaires, chercheurs ou médecins ont déclaré avec force que cette maladie est bien causée par les virus VIH 1 et VIH 2. Selon eux, l’immunodéfiscience n’est pas causée par le sous-développement et la misère, et le président Thabo Mbeki devait avoir d’obscures raisons politiques pour affirmer le contraire…

D’autres sont formels :

L’épidémie a éclaté à MANHATTAN (Quartier de New-York – USA) en 1978 à la suite

d’une campagne de vaccination contre l’hépatite virale B pratiquée sur des

homosexuels avec un vaccin infesté par le SIDA… afrikaids.

Qu’en sait-on au juste ?

VIROLOGIE : Le sida en flagrant délit, encart publié sur Science et Vie :

« La photo ci-dessous est un document exceptionnel. Elle montre, pour la première fois, des virus du sida -VIH – (points verts) en train d’infecter deux cellules de la peau. Elle a été réalisée par Tom Hope, photographe au Salk Institute de La Jolla (Californie). Les virus viennent de franchir la membrane cellulaire, séparant la cellule du milieu externe. Ils se trouvent donc dans le cytoplasme et sont en train de gagner le noyau (en violet). Pour y parvenir, ils empruntent les « voies rapides » que sont les microtubules (en rouge, qui parcourent en tous sens le cytoplasme). Une fois dans le noyau, les virus s’empareront des commandes cellulaires, ce qui leur permettra de se multiplier et d’infecter d’autres cellules. On espère photographier un jour ces étapes.


Le « scoop » de Tom Hope n’a pas qu’un intérêt documentaire. Sachant que le virus emprunte les microtubules du cytoplasme, le traitement pourrait consister à en barrer l’accès. Dès lors, le virus ne pourrait plus se reproduire et l’infection serait interrompue. » (Février 2000)
NR : on a une reproduction de photo de qualité médiocre, de quoi rester sceptique…

 

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