Vous avez dit complot ?

Posté par issopha le 11 mars 2009

Vous avez dit complot ?

 

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Le siècle dernier, l’histoire du terrorisme a démontré qu’il s’agit toujours, pour une faction politique, de manipuler des groupes terroristes en vue de provoquer un revirement avantageux de l’opinion publique dont le but peut être de renforcer des dispositifs policiers pour contrer une agitation sociale, présente ou prévisible, ou de déclancher une opération militaire offensive, et son cortège d’intérêts économiques, à laquelle s’oppose la majorité de la nation (voir la note 1 en fin de page).

Tout individu notoirement ennemi de l’organisation sociale ou politique de son pays, et, d’avantage encore, tout groupe d’individus contraint de se déclarer dans cette catégorie est connu de plusieurs services de renseignements. De tels groupes sont constamment sous surveillance. Leurs communications internes et externes sont connues. Ils sont rapidement infiltrés par un ou plusieurs agents, parfois au plus haut niveau de décision, et dans ce cas aisément manipulable. Cette sorte de surveillance implique que n’importe quel attentat terroriste ait été pour le moins permis par les services chargés de la surveillance du groupe qui le revendique, parfois encore facilité ou aidé techniquement lorsque son exécution exige des moyens hors d’atteinte des terroristes, ou même franchement décidé et organisé par ces services eux-mêmes. Une telle complaisance est ici tout à fait logique, eu égard aux effets politiques et aux réactions prévisibles de ces attentats criminels.

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L’exaltation idéologique peut conduire à toutes sortes de crimes, et l’héroïsme individuel comme les assassinats en série appartiennent à toutes les sociétés humaines. Ces sortes de passions ont contribué depuis toujours à construire l’histoire de l’humanité à travers ses guerres, ses révolutions, ses contre-révolutions. On ne peut donc être surpris qu’un mitrailleur, un kamikaze ou un martyre commettent des actes dont les résultats politiques seront exactement opposés à ceux qu’ils prétendent rechercher, car ces individus ne sont pas ceux qui négocient sur le marché des armes, organisent des complots, effectuent minutieusement des opérations secrètes sans se faire connaître ni appréhendés avant l’heure du crime.

Mais il n’y a rien de nouveau à tout cela. Thucydide écrivait déjà, 400 ans avant Jésus-Christ, dans “La guerre du Péloponnèse” : « Qui plus est, ceux qui y prenaient la parole étaient du complot et les discours qu’ils prononçaient avaient été soumis au préalable à l’examen de leurs amis. Aucune opposition ne se manifestait parmi le reste des citoyens, qu’effrayait le nombre des conjurés. Lorsque que quelqu’un essayait malgré tout des les contredire, on trouvait aussitôt un moyen commode des les faire mourir. Les meurtriers n’étaient pas recherchés et aucune poursuite n’était engagée contre ceux qu’on soupçonnait. Le peuple ne réagissait pas et les gens étaient tellement terrorisés qu’ils s’estimaient heureux, même en restant muet, d’échapper aux violences. Croyant les conjurés bien plus nombreux qu’ils n’étaient, ils avaient le sentiment d’une impuissance complète. La ville était trop grande et ils ne se connaissaient pas assez les uns les autres, pour qu’il leur fût possible de découvrir ce qu’il en était vraiment. Dans ces conditions, si indigné qu’on fût, on ne pouvait confier ses griefs à personne. On devait donc renoncer à engager une action contre les coupables, car il eût fallut pour cela s’adresser soit à un inconnu, soit à une personne de connaissance en qui on n’avait pas confiance. Dans le parti démocratique, les relations personnelles étaient partout empreintes de méfiance, et l’on se demandait toujours si celui auquel on avait à faire n’était pas de connivence avec les conjuré ».

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Quoiqu’elle veuille s’en donner l’allure, l’action terroriste ne choisit pas au hasard ses périodes d’activités, ni selon son bon plaisir ses victimes. On constate inévitablement une strate périphérique de petits terroristes, dont il est toujours aisé de manipuler la foi ou le désir de vengeance, et qui est, momentanément, tolérée comme un vivier dans lequel on peut toujours pécher à la commande quelques coupables à montrer sur un plateau : mais la « force de frappe » déterminante des interventions centrales ne peut-être composée que de professionnels ; ce que confirme chaque détails de leur style.

L’incompétence proclamée de la police et des services de renseignements, leurs mea-culpa récurrent, les raisons invoquées de leurs échecs, fondées sur l’insuffisance dramatique de crédits ou de coordination, ne devraient convaincre personne : la tâche la première et la plus évidente d’un service de renseignements est de faire savoir qu’il n’existe pas ou, du moins, qu’il est très incompétent, et qu’il n’y a pas lieu de tenir compte de son existence tout à fait secondaire. Pourtant, ces services sont mieux équipés techniquement aujourd’hui qu’ils ne l’ont jamais été.

Aujourd’hui, les manipulations générales en faveur de l’ordre établi sont devenues si denses qu’elles s’étalent presque au grand jour. Pourtant, les véritables influences restent cachées, et les intentions ultimes ne peuvent qu’être assez difficilement soupçonnée, presque jamais comprises.

Notre monde démocratique qui, jusqu’il y a peu, allait de succès en succès, n’est aujourd’hui plus que l’arme idéologique d’une mécanique de domination, dont l’aboutissement du mensonge mondialiste pourrait devenir notre pire cauchemar.

Alors que nous sommes pris dans une réalité aussi mouvante que violement destructrice, nous ne devons pas perdre de vue que l’action de quelques individus, ou de groupes humains très restreint, peut, avec un peu de chance, de rigueur, de volonté, avoir des conséquences incalculables…

Le temps est venu d’organiser la résistance !

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Note 1 :

Allemagne 1933 : Hitler

Le 30 janvier 1933, Hitler est nommé chancelier d’Allemagne et chef du pouvoir exécutif. Pourtant, deux adversaire potentiels sont encore devant lui : le Reichstag, qui vote les lois, arrête le budget et décide la guerre, ainsi que le parti communiste allemand, qui, dans le marasme économique de l’époque, pouvait se relever inopinément et constituer un dangereux concurrent. Le 22 février, Goering, alors président du Reichstag attribue aux SD (Sicherheitsdienst : Service de renseignements de sûreté) des fonctions de police auxiliaire. Le 23, la police perquisitionne au siège du parti communiste et y « découvre » un plan d’insurrection armée avec prises d’otages, multiples attentats et empoisonnements collectifs. Le 27 février, un militant gauchiste s’introduit sans difficultés dans le Reichstag et, avec quelques allumettes, y provoque un incendie. Le feu s’étend si rapidement que le bâtiment est détruit. Tous les experts, techniciens et pompiers, ont témoigné qu’un tel incendie ne pouvait être l’œuvre d’un seul homme. Bien après la guerre, d’anciens nazis confirmeront le rôle des SD dans cet attentat. Dès le lendemain de l’incendie, plusieurs milliers d’élu et de militants communistes sont arrêtés, l’état d’urgence décrété, le parti communiste interdit. Quinze jours plus tard les nazis remportent les élections au Reichstag, Hitler obtient les pleins pouvoirs et, dès juillet 1933, interdit tous les autres partis.

Italie 1970 : les Brigades rouge

Au cours des années septante, l’Italie était au bord d’une révolution sociale. Grèves, occupations d’usines, sabotage de la production, remise en question de l’organisation sociale et de l’Etat lui-même ne semblaient plus pouvoir être jugulé par les méthodes habituelle de la propagande et de la force policière. C’est alors que des attentats terroristes, destinés à provoquer de nombreuses victimes, et attribués à un groupe « révolutionnaire », les Brigades Rouges, sont venu bouleverser l’opinion publique italienne. L’émotion populaire permit au gouvernement de prendre diverses mesures législatives et policières : des libertés furent supprimées sans résistance, et de nombreuses personnes, parmi les plus actives du mouvement révolutionnaire, furent arrêtées : l’agitation sociale était enfin maîtrisée. Aujourd’hui, les tribunaux eux-mêmes reconnaissent que la CIA était impliquée, de même que les services secrets italiens, et que l’Etat était derrière ces actes terroristes.

USA 1995 : Timothy Mc Veigh

Le 19 avril 1995, un vétéran de la première guerre du Golfe, Timothy Mc Veigh, lance contre un bâtiment du FBI, à Oklahoma City, un camion chargé d’engrais et d’essence. Le bâtiment s’effondre et fait cent soixante-huit victimes. Au cours de l’instruction, Mc Veigh a déclaré avoir été scandalisé par l’assaut donné par le FBI, deux ans plus tôt, à une secte d’adventiste à Wacco, dans le Texas. Assaut au cours duquel périrent plus de quatre-vingt membres de la secte, dont vingt-sept enfants. Révolté par ce crime, Mc Veigh était donc parti en guerre, seul, contre le FBI. Et au terme de son procès, largement médiatisé, il a été exécuté, seul, par une injection mortelle, devant les caméras américaines.
Après l’attentat, 58 % des Américains se sont trouvés d’accord pour renoncer à certaine de leur liberté afin de faire barrage au terrorisme. Et dans l’effervescence populaire entretenue par les médias, le président Clinton du signer le consternant antiterrorism Act autorisant la police à commettre de multiples infractions à la constitution américaine.
Au vu des ravages causés par l’attentat, Samuel Cohen, le père de la bombe à neutrons, avait affirmé : « Il est absolument impossible, et contre les lois de la physique, qu’un simple camion remplis d’engrais et d’essence fassent s’effondrer ce bâtiment. » Deux experts du Pentagone étaient même venu préciser que cette destruction avait été « provoquée par cinq bombes distinctes », et avaient conclu que le rôle de Mc Veigh dans cet attentat était celui de « l’idiot de service ».

Au cours de son procès, Mc Veigh a reconnu avoir été approché par des membres d’un « groupe de force spéciales impliquées dans des activités criminelles ». Le FBI ne les a ni retrouvé, ni recherchés. Mais dans cette affaire, la police fédérale a dissimulé tant d’information à la justice qu’au cours de l’enquête, l’ancien sénateur Danforth a menacé le directeur du FBI d’un mandat de perquisition, mandat qu’il n’a pu malheureusement obtenir. L’écrivain Gore Vidal affirme, dans son livre La fin de la liberté : vers un nouveau totalitarisme, sans hésiter : « Il existe des preuves accablantes qu’il y a eu un complot impliquant des milices et des agents infiltrés du gouvernement afin de faire signer à Clinton l’antiterrorism Act ».

USA : 11/9

La situation mondiale exige l’ouverture continuelle de nouveaux marchés et demande à trouver l’énergie nécessaire pour faire fonctionner la production industrielle en croissance constante. Les immenses réserve des pays arabes, et la possibilité des se les approprier, d’acheminer cette énergie à travers des zones contrôlées, font désormais l’objet de conflits entre les USA, décidés à asseoir leur hégémonie, et les autres pays d’Europe et d’Asie. S’emparer de telles réserves aux dépends du reste du monde exige une suprématie militaire absolue et d’abord une augmentation considérable du budget de la défense. Mesures que la population américaine n’était, il y a quelques années encore, aucunement disposée à entériner. Le 11 janvier 2001, la commission Rumsfeld évoquait qu’un « nouveau Pearl Harbour constituera l’évènement qui tirera la nation de sa léthargie et poussera le gouvernement américain à l’action.»

Les services de renseignements américains, qui prétendaient tout ignorer de l’attentat du 11 septembre, étaient si bien averti dans les heures qui ont suivi, qu’ils pouvaient nommer les responsables, diffuser des comptes rendus de communications téléphonique, des numéros de carte de crédit, et même retrouver inopinément le passeport intact d’un des pilotes terroristes dans les ruines fumantes des deux tours, permettant ainsi de l’identifier ainsi que ses présumés complices. La version des autorités américaines, aggravée plutôt qu’améliorée par cent retouches successives, et que tous les commentateurs se sont fait un devoir d’admettre en public, n’a pas été un seul instant croyable. Son intention n’était d’ailleurs pas d’être crue, mais d’être la seule en vitrine.

Le pouvoir est devenu si mystérieux qu’après cet attentat, on a pu se demander qui commandait vraiment aux Etats-Unis, la plus forte puissance du monde dit démocratique. Et donc, par extension, on peut se demander également qui peut bien commander le monde démocratique ?


Le fascisme, le stalinisme et X
par Jean Bricmont, prof de physique à l’UCL

Un des thèmes privilégiés du discours politique contemporain est la révulsion provoquée par ces grandes horreurs du 20ème siècle que

sont le fascisme et le stalinisme, mises en pratique d’idéologies totalitaires.

En marge du quarantième anniversaire de l’indépendance du Congo, je voudrais faire quelques remarques sur ce qui me semble être un grand absent dans ce débat, et que, pour cette raison, j’appellerai X.

X est un système d’oppression politique qui s’est étendu à presque toute la planète, durant ici des siècles, là des décennies, et faisant, au total, plus de victimes que le stalinisme et le fascisme mis ensemble. X a déporté des populations entières, annihilé des cultures, utilisé l’esclavage, les camps et le travail forcé. X s’est justifié au moyen d’une idéologie fanatique, le racisme, qui a une grande parenté avec le nazisme ; mais cette parenté, contrairement à celle entre nazisme et stalinisme, est rarement soulignée. X a utilisé, là où il dominait, un obscurantisme imposé par des moyens totalitaires.

 Les séquelles de X affectent la vie de bien plus de gens que les séquelles du stalinisme ou du fascisme. Il est impossible de comprendre le monde contemporain, qu’il s’agisse de la dette du Tiers Monde, de la politique du FMI, des migrations, du racisme, des problèmes écologiques, ou les événements du Congo, du Zimbabwe, du Liban, ou même des Balkans, sans remonter à X. Des millions de gens dans le monde meurent chaque année, victimes des conséquences de X.

Pourtant, parler de X n’est pas simple ; l’histoire de X, telle que je l’ai apprise à l’école, était purement et simplement négationniste.

Publié dans ACTUS ET DEBATS CAMEROUN, ACTUS ET DEBATS FRANCE, ACTUS ET DEBATS MONDE, AU-DELA DES IDEES RECUES, QU'EST-CE QU'UN INTELLECTUEL ?, SAVOIR C'est déjà  POUVOIR, VISAGES DE LA RESISTANCE | 1 Commentaire »

LA LIBERTE NE SE DONNE PAS , ELLE SE CONQUIERT ( Frantz FANON )

Posté par issopha le 11 mars 2009

Monde

La liberté ne se donne pas, elle se conquiert

LA LIBERTE NE SE DONNE PAS , ELLE SE CONQUIERT ( Frantz FANON ) dans ACTIONS CITOYENNES fanonrond

« Au point de vue barbare, liberté est synonyme d’isolement : celui-là est le plus libre dont l’action est la moins limitée par les autres ; l’existence d’un seul individu sur toute la face du globe donnerait ainsi l’idée de la plus haute liberté possible. Au point de vue social, liberté et solidarité sont termes identiques : la liberté de chacun rencontrant dans la liberté d’autrui, non plus une limite (…) mais un auxiliaire, l’homme le plus libre est celui qui a le plus de relations avec ses semblables.

Ces deux manières de concevoir la liberté s’excluant l’une l’autre, il en résulte que la liberté du sauvage ne peut pas être rationnellement et justement revendiquée par l’homme vivant en société : il faut choisir.» Proudhon

La liberté ne se donne pas, elle se conquiertElie Wiesel disait : « Un être humain n’est jamais illégal, même si son action peut éventuellement l’être.»

Des actions peuvent être illégales et des pratiques légales peuvent être inhumaines.

C’est ce que nous, militants de gauche, crions à tue-tête. Mais notre état ressemble à un état de panique, de perdition et nos cris produisent une cacophonie.

Nous sommes d’accord sur le fait que l’organisation des intérêts individuels avides de puissance produits des maux qui déstabilisent les sociétés et mettent en souffrance une majorité des populations.

Si nous décidons de parler, de nous lever, notre message doit-être porté haut et fort.

La bataille est rude, une multitude de problèmes et d’injustices se posent. Plutôt que de s’éparpiller, c’est la logique qui sous-tend ces déséquilibres et engendrent ces injustices qu’il faut refuser. Cette logique, appelons là capitalisme, égoïsme, individualisme, impérialisme, colonialisme, totalitarisme, esclavagisme…, peu importe puisqu’il s’agit du même processus fondé sur l’idée d’inégalité des êtres humains et le maintien de ces inégalités au profit de certains, sur le dos des autres.

Nous avons beaucoup à apprendre de la façon dont le LKP a mené ses négociations, avec détermination, fermeté et dignité, nous avons beaucoup à apprendre des Etats-Unis et de leur victoire avec Obama.

Ils ont su fédérer leur force dans un sens commun, dans un rêve commun.

Nous savons que c’est possible.

Pendant que les militants de la gauche française continuent à se perdre dans les méandres d’une contestation stérile, dans des démasquages successifs et ininterrompus de faux-amis, dans le doute de ses positions, dans la recherche d’un chef …, pendant ce temps, le monde continue d’avancer et les damnés continuent d’être piétinés.

Faire des histoires et faire l’histoire ce n’est pas la même chose.

Nous n’avons pas les moyens de régler tous les problèmes collectifs et individuels qui se posent. Mais ensemble, nous pouvons décider d’avancer, d’unir nos forces et nos moyens dans la réalisation d’un mieux-vivre. Ce que nous avons à faire, en commençant par balayer devant sa porte, est énorme, de l’éducation à la santé, en passant par l’agriculture et l’armement.

Arrêtons les bavardages, nous n’avons plus à justifier ou à convaincre des raisons pour lesquelles nous pensons que le vieux système européen capitaliste et libéral, qui s’impose dans le monde, fait plus de mal que de bien, arrêtons de compter les injustices. Beaucoup, depuis Marx, depuis 1840, ont analysé et écrit et nous sommes très suffisamment informés. De nombreux pays, populations et hommes depuis les colonies se sont déjà levés pour refuser cette main-mise. Certains ont pu expérimenter qu’il est possible de vivre autrement, faire avec ses moyens et trouver les moyens d’avancer, dans les années 80 avec Thomas Sankara, au Burkina-Faso (qui signifie pays des hommes intègres), pour ne citer que lui.

C’est dans le sens d’une organisation sociale souple et forte dont l’objet est de faire que les individus soient vivants et conscients que nous devons tendre, pour cela il nous faut déjà nous libérer de nos chaînes et arrêter de les regarder.

« (…) Une personne ne peut acquérir la maturité requise pour la liberté sans l’avoir déjà acquise ; il faut être libre pour apprendre à se servir de ses capacités librement et utilement. Les premières tentatives seront certainement brutales et mèneront à une situation plus pénible et plus périlleuse que la situation antérieure, qui était sous la domination mais également sous la protection d’une autorité extérieure. » Noam Chomsky

Si nous acceptons de subir ce que nous refusons, nous sommes dans les chaînes.

A force de crier, nous nous s’essoufflons et ne sommes plus crédibles.

Si nous refusons jusqu’à la pratique des partis politiques de gauche, refusons et avançons. Nous savons ce que nous avons à faire, nous n’allons pas les attendre, organisons nous et s’ils le veulent ils suivront.

C’est à nous maintenant de travailler dans le sens nos valeurs, individuellement et collectivement, pour le monde dans lequel nous voulons vivre et que nous n’aurons pas honte de laisser à nos enfants.

La liberté ne se donne pas, elle se conquiert.


Yaël Frydman

Collectif des Damnés de la Terre

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Collectif des Damnés de la Terre
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AFFAIRE UIMM : LE TRESORIER NATIONAL DE LA CGT EN PROCES

Posté par issopha le 4 janvier 2009

LE TRESORIER NATIONAL DE LA CGT EN PROCES

 

 

4 janvier à 15h13

Le livre « L’argent noir des syndicats », dénonçant la paralysie des organisations à une époque où tout le monde devrait être dans la rue, refait parler de lui. Face aux révélations de cette enquête dévoilant les financements qui débordent très largement les « fluidifications » de l’UIMM, le trésorier national de la CGT avait tenté de discréditer l’un des auteurs en l’accusant d’être « un menteur », lors d’une émission télévisée. Il va devoir faire mieux, ce mardi 6 janvier 2009, au Palais de justice de Paris…

Traiter publiquement de menteur l’auteur d’une enquête accablante est un argument un peu court mais qui peut avoir de l’effet sur l’opinion. Il peut introduire un doute le temps que le livre soit relégué aux oubliettes… Mais il vaut mieux disposer d’éléments plus convaincants qu’une simple injure, surtout quand l’auteur visé n’est pas vraiment du genre à plier devant les dirigeants d’une organisation, aussi impressionnantes soient leurs rodomontades. C’est l’expérience que va faire Michel Doneddu, trésorier de la CGT, devant les magistrats de la célèbre 17ème chambre correctionnelle du Palais de justice de Paris, face à Jean-Luc Touly et son avocat Me William Bourdon qui l’attaquent en diffamation…

Militant cégétiste contre administrateur cégétiste

Coauteur avec Chistophe Mongermont et moi-même du livre L’argent noir des syndicats [1], le militant Jean-Luc Touly demandera au trésorier national de la CGT d’apporter la preuve du propos diffamatoire qu’il a tenu, lors de l’émission Pièce à conviction, présentée par Elise Lucet, sur France 3, le 23 mai 2008. le trésorier s’était en effet défendu contre le livre en accusant Jean-Luc Touly d’être « un menteur » et même « un falsificateur », notamment en niant que ce dernier fût à la CGT. Le propos était particulièrement inadapté puisqu’à la même époque, Jean-Luc Touly représentait la CGT au conseil de Prud’hommes de Créteil, et que les apports de notre enquête, en plein scandale de l’UIMM, appellent des réponses un peu plus éclairantes…

Un procès qui concerne tous les salariés

De nombreux journalistes et observateurs ont déjà fait savoir qu’ils assisteront à ce procès dont l’audience est prévue à 13 heures, ce mardi 6 janvier 2009. On y croisera sans doute aussi quelques émissaires des grandes entreprises et de fins limiers de l’investigation financière car ce procès pourrait se révéler très instructif dans le cadre d’autres procédures en cours. Surtout à la veille du procès qui opposera, le 19 janvier, Laurence Parisot aux anciens patrons du Medef l’ayant publiquement accusée d’avoir été au courant des « fluidifications des rapports sociaux » par le patronat avant l’explosion du scandale…

Le procès du 6 janvier concerne tous ceux qui refusent que l’injure remplace les vrais débats et la transparence. Il intéressera aussi ceux qui veulent encore croire aujourd’hui au syndicalisme, et restent prêts à se battre pour défendre les acquis sociaux face aux maîtres de l’argent.

Le juge Le Loire ne dort pas

Notes

[1] paru en 2008 chez Fayard

Mots clés : CGT France Justice syndicats

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Affaire UIMM

20 novembre 2008 à 09h41

L’enquête continue de progresser. Le juge n’a pas abandonné la piste du financement des syndicats. Ni les tractations qui ont entouré le départ de Denis Gautier-Sauvagnac de l’UIMM… A la veille du procès qui doit opposer, le 19 janvier prochain, Laurence Parisot à un ancien dirigeant de l’UIMM qui affirme qu’elle connaissait l’existence du système, il est bon de faire le point.

« L’enquête n’avance pas vite » entend-on ici et là. Les observateurs qui reprennent ce leitmotiv craignent que le temps joue, au final, pour un classement du dossier.

On peut les comprendre, mais il est encore vraiment trop tôt pour désespérer de la justice dans cette affaire. D’ailleurs, on a vu cent fois des investigations conduites à la hâte, dont le gouvernement se félicite aussitôt, suivies quelques mois plus tard de révisions et de mea culpa préparant plus sûrement une neutralisation des dossiers.

Pour l’heure, le juge Roger Le Loire ne donne pas l’impression de s’être endormi et franchement l’air de vouloir se faire oublier…

Les derniers progrès du juge

Le faisceau de présomptions sur les fluidités visant des syndicats s’est encore enrichi avec la découverte de versements à la CFTC et les dépositions de Jacques Gagliardi, ex responsable de l’organisation patronale, indiquant comment l’UIMM fournissait des « munitions » à un représentant du patronat afin qu’il calme des syndicalistes et des politiques. De même, une nouvelle piste à ce sujet vient de s’ouvrir avec les éléments apportés par l’ancien délégué général de l’UIMM Dominique de Calan, confirmant des enveloppes versées à des syndicalistes universitaires.

Sur le parachute doré de Denis Gautier-Sauvagnac (DGS), pactole soupçonné d’avoir été négocié en échange de son silence (notamment 1,5 millions d’euros et 300.000 euros d’indemnité « pour mise à la retraite obligatoire »), le juge n’a pas non plus montré qu’il travaillait avec des moufles. Le 16 octobre 2008, il a mis en examen l’UIMM en tant que personne morale, pour « subornation de témoin », après l’audition de son représentant, le nouveau président de la fédération de la métallurgie, Frédéric Saint-Geours (ancien directeur général de Peugeot). Rappelons que les conditions de départ de DGS avaient été négociées par Michel de Virville (secrétaire général de Renault) et Philippe Darmayan (vice-président exécutif d’ArcelorMittal), lesquels ont été mis en examen à la même date. De surcroît, un avenant à ce contrat avait été signé au lendemain de l’élection de Saint-Geours, par lequel l’UIMM prendrait en charge les sanctions fiscales (8 millions d’euros) liées à une possible condamnation de DGS.

Je ne reviens pas sur les nombreuses personnalités mises en examen avant le mois d’octobre (voir les articles précédents sur le blog), ni sur toutes celles qui ont été entendues comme témoins depuis le début de l’affaire (le plus récent est Ernest-Antoine Seillière, auditionné le 11 novembre 2008, qui a affirmé tout ignorer des pratiques de l’UIMM).

Le premier procès

Autre aspect du dossier : Laurence Parisot poursuivant en diffamation l’ancien président de l’UIMM, Daniel Dewavrin, qui a soutenu qu’elle était au courant des pratiques de DGS avant que le scandale explose dans la presse à la rentrée 2007. Le procès, qui doit se dérouler le 19 janvier 2009, verra DGS et Arnaud Leenhardt (ancien dirigeant de l’UIMM) venir apporter leur témoignage. Il serait étonnant que Daniel Dewavrin leur ait demandé de venir témoigner s’ils ne sont pas prêts à apporter des éléments favorables à sa version. Reste à savoir jusqu’où ils laisseront emporter face à la présidente du Medef qui semble peu résignée à laisser dire qu’elle savait…

Mais tout ça ne doit nous décourager. Bien au contraire. Cette affaire est l’occasion de retrouver le chemin du syndicalisme de lutte et de coordination, à l’heure où tout le monde devrait être dans la rue.

Roger Lenglet

Le trésorier national de la CGT en procès Que devient la cagnotte de l’UIMM ?

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17 Messages de forum

  • Le juge Le Loire ne dort pas

    21 novembre 2008 10:31, par zadiglevizir

    TANT MIEUX ROGER SI VOUS Y CROYEZ…. quant à nous bien évidemment il nous faudrait une sacrée dose d’optimiste pour croire en la justice de Sarkozy et pour s’en convaincre toujours lié à l’affaire de l’UIMM… une magnifique ORDONNANCE DE NON LIEU (inique) vient d’être rendu justement et concernant un zadig lanceur d’alerte qui mérite une enquête du très renomme André Ride de l’IGS …… ordonnance de non lieu rendue N° 2008/02934 le 7 novembre 2008 par la 5 chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris (celle dont les HAUTS magistrats sont soupçonnés d’être reçus en grande pompe(selon P chiron chauffeur de DGS le parisien du 23/11/2008) par DGS à l’UIMM chaque année pour fluidifier …) cette affaire que la justice étouffe visait des puissants du labo social de l’UIMM (pacte mafieux)qui de surcoit récidiviste…. L’ordonnance en elle même est un cas d’école… on refuse à la partie civile d’être reçue par le juge, interdiction de confrontation avec les composantes du pacte de corruption, commissions rogatoires partielles, refus des policiers de suivre les demandes du juge , falsification des faits et refus de prendre en compte des pièces comptables éminentes en conclusion une enquête menée uniquement à décharge violant littéralement l’article 175 du code de procédure pé nale et surtout l’article 18 alinéa 4 (pertes de preuves) sans parler de la longueur de l’enquête due à la carence de l’institution elle même (celle ci avait même la prétention de ce fait de coller une amende civile de 915 euros … aux parties civiles victimes non mais !) … 7ans … du jamais etc….. On conluera Roger en disant que la justice de notre pays est éffectivement au service de la caste dirigeante et qu’elle usurpe des décisions….. au nom du peuple français..et croyez moi Roger ça ne peut s’inventer !!!!ainsi va la France de Sarko !!!!!

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    • Le juge Le Loire ne dort pas 23 novembre 2008 09:23, par le conseil national de la résistance

      la fluidifiaction entre l’UIMM et ses ténors et la justice (la cour d’appel de Paris) :

      QUID de la valeur de cette ordonnance de non lieu haute en couleur et rendue au nom du peuple français et sérieusement entachée de disfonctionnements (voulus) révélant de facto une supicion bien légitime de la part des parties civiles victimes ????

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      • Le juge Le Loire ne dort pas 23 novembre 2008 19:09

        dans cette affaire intervient le I er Président de la Cour d’appel de Paris , JC MAGENDIE , le même qui le 7 novembre 2007 (1) sortait de la réserve naturelle qui devrait elle la sienne dans un démocratie normale et nous faisait par de son intention de pratiquer la chasse à courre , voulant classer les affaires des quérulents processifs autoproclamés justiciers … en clair éreintés les gens respectables qui dérangent ses potes de l’UIMM… au fait de quoi se mêle t’il l’homme de la magistrature couchée ???? (2) ne mérite t’il pas une sanction de son ministre ???? Au fait question : a t’il été reçu en grande pompe à l’UIMM par DGS ?????

        (1) interwiev Libération R. Lecadre (2) article marianne de juin 2008 e. Decouty

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        • Le juge Le Loire ne dort pas 24 novembre 2008 09:34

          dans de telles conditions comment pouvoir éviter une sérieuses enquête du très indépendant André Ride patron de l’inspection générale des services de la Chancellerie et pote de Rachida Dati ??????

          Une enquête loyale s’impose Mr Le Procureur ????

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          • Le juge Le Loire ne dort pas 24 novembre 2008 10:29

            Bien qu’en marge de l’affaire des caisses noires de l’UIMM, ce dossier que la cour veut étouffer à tout prix est révélatrice des pratiques nauséabondes utilisées conscieusement par l’UIMM et ses leaders qui sont reconnus comme des labos sociaux (dont Thalès qui n’a d’ailleurs jamais démentis à ce jour)… la corruption…cette scabreuse affaire doit obligatoirement intéresser le juge Leloire d’autant que la partie civile victime a été entendue comme témoin espress le 14 novembre 2007 ET DEVENU DEPUIS puisque jamais contesté donc crédible….dans le dossier ouvert par ce même juge.

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            • Le juge Le Loire ne dort pas 24 novembre 2008 17:29

              DEUX QUESTIONS ESSENTIELLES VIENNENT LOGIQUEMENT A L’ESPRIT avec ce qui est dit ci-dessus :

              1) Quid de la validité de tous les accords passés entre les syndicats et le patronat (UIMM ou MEDEF) depuis des lustres ?? et plus particulièrement avec la CFTC considérée comme un groupuscule …

              2) Les magistrats sont ils au dessus du droit et des lois républicaines ? Ont ils le droit de faire du passe droit ?

              3) Que fait on dans ces conditions des victimes si chères à Sarkozy et à Dati ??? Il faut une réponse claire à chaque problème (vous avez dit clair … !)

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          • Le juge Le Loire ne dort pas 25 novembre 2008 10:10

            le problème c’est justement le procureur qui manipule ce dossier, la justice s’est érigée comme la plus sure protection des fripouilles.face aux victimes.. magouille en tout genre félonnerie et passe droit

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        • Le juge Le Loire ne dort pas 25 novembre 2008 13:49, par Roger Lenglet

          J’essaye de vous suivre, mais vous courrez trop vite, mon bon Zadig ! Je comprends le sens général de votre propos mais vos ellipses m’échappent comme des ballons lancés trop haut. Pouvez-vous prendre le temps de développer un peu plus explicitement dans l’esprit de Voltaire dont vous chérissez la langue ?

          Roger Lenglet

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    • Le juge Le Loire ne dort pas 25 novembre 2008 13:37, par Roger Lenglet

      Aucun doute sur la volonté des gouvernements de disposer d’une magistrature corvéable. Aucun doute également sur l’asservissement de tous ceux qui, moyennant toutes sortes d’arrangements, font passer leur carrière et les avantages mondains avant l’éthique. Les exemples et les raisons de se révolter ne manquent pas. Reste à se mobiliser pour assurer la séparation des pouvoirs et dissuader les collusions.

      Dans cet article, il ne s’agit pas de croire, mais d’observer les décisions du juge, de s’y intéresser attentivement. Comme vous savez le faire vous-même, énergique Zadig.

      A bientôt !

      Roger Lenglet

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      • Le juge Le Loire ne dort pas 5 décembre 2008 18:59, par Mme DENIS nièce de Voltaire

        éffet immédiat de l’affaire UIMM sur les élections prud’homales… La CFTC disparait du paysage syndicale nous privant des hautes compétences de Crespo et de son Voisin… on a eu chaud on croyait qu’ils allaient nous revenir…. bonne nouvelle pour la démocratie syndicale que ce coup de karcher….amen

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        • Le juge Le Loire ne dort pas 8 décembre 2008 20:52, par Pangloss de Mr de Voltaire

          le temps passe et tout trépasse… plus rien ne vient troubler la quiétude de notre excellent ronfleur de juge… DGS est aux sports d’hiver, de Calan bricole l’appart de sa Tatie epouse de Pierre (dcd), Crespo fort de son succès aux prud’hommes vient de sabler la champ… avec son Voisin de foire…et l’UIMM continue comme si de rien n’était à fluidifier les rapports judiciaires et syndicaux etc… quant au vieux Ceyrac il s’apprête à rendre des comptes avec le divin …et Parisot est toujours dans le mensonge virtuel contre son plein gré d’office… inch allah !!!!

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          • Le juge Le Loire ne dort pas 10 décembre 2008 20:56, par zadiglevizir

            hier c’était la journée des droits de l’homme et notre ami le juge ne s’est par réveillé ce qui laisse augurer pour l’avenir de longues siestes et autres somnolence… décidément

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            • La plainte de Laurence Parisot 11 décembre 2008 20:04, par Roger Lenglet

              Difficile de ne pas partager votre impatience quand le silence et l’attente ressemblent au manteau de neige de l’hiver qui paralyse tout. Mais attention : instruire une affaire comme celle dont est chargé le Juge Le Loire nécessite, s’il veut amener ce dossier jusqu’au bout,de ne pas faire le moindre faux pas, et que nous fassions pression dans le bon sens, car il doit affronter bien des adversités… En attendant, je reçois toujours de nombreux témoignages de syndicalistes actifs qui luttent contre les paralysies de leur organisation. Et n’oublions pas le 19 janvier 2009, le procès en diffamation intenté par Laurence Parisot !

              Roger Lenglet

              Voir en ligne : Le juge Le Loire ne dort pas

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              • La plainte de Laurence Parisot 13 décembre 2008 15:11, par zadiglevizir

                Cher Roger, merci tout d’abord bien : on patiente et vous connaissant nous savons bien que pour votre philosophie (qui est la nôtre également)il n’est pas question pour nous de faire de l’anti syndicalisme primaire… seulement de dénoncer les dérives de ripoux syndicalistes qui ont un éffet contreproductif allant dans le sens… du medef qui est ravi de la division voulu et organisé par lui même… il ne s’agit pas de syndicalistes qui veulent nous faire croire qu’ils ont des valeurs mais de syndicalistes sans valeur ni foi ni loi que nous devons éjecter (CFTC par exemple)…. nous rappelons sur le sujet votre honorable prise de bec avec un des hommes de l’établissement Jacques Juilliard du nouvel obs…mais il y a des syndicalistes qui souffrent de ces injustices et qui veulent règler une bonne fois pour toutes leurs comptes… est anormale ??? nous sommes à la fin d’un cycle, la crise bancaire suivie de la crise financière obligatoire qui en découle celle de la confiance et de la morale débouche maintenant sur une crise politique l’explosion sociale est à notre porte…. et le Juge Leloire ne craint t’il pas désormais la crise judiciaire ? la justice s’éffondre sous le coup de buttoir de Sarko (c’est voulu)… toutes les affaires sensibles sont menées à décharge… On vient d’apprendre qu’un citoyen aussi élégant que Marchiani va être élargi, que Pierre Pasqua, malgré de la taule ferme se la coule douce à la maison de Môssieur Charly etc… comment faire confiance en la justice de ce pays c’est quasiment impossible ??? le prochain Tsunami… c’est la révolte comme les français savent à chaque fois le faire … c’est à dire bien… mais cette fois si il ne s’agira pas simplement de tondre quelques malheureuses à la libération en 1945… mais d’éradiquer le système qui est lié à la corruption et ça va faire très très mal….

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                • La plainte de Laurence Parisot 31 décembre 2008 16:18, par ZADIGLE MILLENAIRE

                  bon réveillon de fin d’année à Roger Leloire… bonne hibernation…. et souhaitons à tous les démocrates de ce pays (enfin ceux qui le restent….) une justice indépendante libre et de bonne moeurs… avec un gouvernement qui libère le corrompu (Marchiani), laisse courrir les casseroles (Santini, DGS , Thalés , Rodhia etc…) peu d’espoir sur la moralisation des affaires… la question qui se pose désormais : quel patrimoine moral notre génération de décrépitude va t’elle laisser à nos descendants ,, ????? Bonne année tout de même… citoyens intègres restez le !!!!

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                  • La plainte de Laurence Parisot 2 janvier 16:03, par ZADIGLEVIZIR

                    bonne année à Roger Lenglet, Jean Yves Touly, Christophe Montgermont… ainsi qu’à tout ceux qui malgré les vicissitudes de la vie ont du mal à combattre la corruption qui est le principal problème de la France….

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                    • Bonne année à tous ceux qui luttent contre la corruption ! 4 janvier 14:55

                      Bonne année Zadiglevizir ! Et à tous ceux qui, comme toi, empêchent l’opinion de s’endormir.

                      j’espère que tu seras présent au procès de mardi (6 janvier) où l’on verra le trésorier national de la CGT répondre aux magistrats qui vont lui demander de justifier ses propos injurieux !

                      Roger Lenglet

                  •  

              • Le conseil de l’UIMM vient de décider de l’usage de son trésor de guerre

                26 septembre 2008 à 11h43

                Alors que la justice enquête toujours sur les destinataires des prélèvements en liquide sur ses caisses noires, l’UIMM décide d’en conserver l’usage…

                C’est fait. Le Conseil de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) a décidé, ce jeudi 25 septembre, du sort qu’elle réservait à son faramineux trésor. Soit près de 600 millions d’euros (580 millions exactement).

                Les pauvres et les chômeurs peuvent aller se rhabiller, l’UIMM n’entend pas leur abandonner un sou. Au mépris de l’opinion, son conseil vient d’entériner la destination de ses fonds. Dans un communiqué, il vient d’annoncer officiellement que « L’UIMM, qui en est pleinement propriétaire, a souhaité pouvoir les affecter à des projets entrant dans son objet social et d’intérêt général ». Traduction : ils ne rendront pas le magot et entendent bien en user comme ils voudront (voir mon article d’hier).

                Au moment même où Laurence Parisot, présidente du MEDEF, vient d’annoncer qu’elle voulait mettre fin aux « parachutes dorés », les patrons de l’UIMM nous remettent les pieds sur terre.

                Roger LengleT 

        • 5 septembre 2008 à 18h52

          Quand l’affaire des « fluidifications sociales » de l’UIMM a éclaté, tous les leaders syndicaux se disaient propres et, paradoxalement, prêts à « assainir » le financement des organisations. Nous avons dénoncé cette hypocrisie en montrant que cette affaire n’est qu’une partie de ce qui constitue, en fait, un véritable sport national (Cf. « L’argent noir des syndicats », Fayard 2008). Les remous n’ont pas fini de faire des vagues. Des langues continuent de se délier…

          François Chérèque, le leader de la CFDT, vient de lancer le coup d’envoi de la rentrée sociale en déclarant dans Si on me cherche…, livre publié ce 3 septembre 2008, que Sarkozy a envisagé une loi d’amnistie pour les bénéficiaires des financements occultes après l’explosion de l’affaire Denis Gautier Sauvagnac. Le président de la République lui aurait dit : « Bien entendu, il faudra en passer par une loi d’amnistie comme ça a été le cas pour les hommes politiques avant la loi sur le financement public des partis ».

          Dès la publication d’extraits du livre dans L’Express, le 28 août, l’Elysée s’est aussitôt fendu d’un ferme démenti, sans attaquer toutefois le leader en diffamation ni demander l’interdiction du livre. Qu’y lit-on plus précisément ? François Chérèque y explique que cette conversation a eu lieu en présence de deux témoins et qu’il a immédiatement écarté cette perspective : « Il n’en est pas question, la CFDT s’y opposera très nettement. S’il y avait une loi d’amnistie, je la dénoncerais publiquement ». Le leader aurait ajouté : « S’il s’avérait qu’un adhérent ou un responsable de la CFDT, à quelque niveau que ce soit, a reçu de l’argent de l’UIMM, ce sera tant pis pour lui. Il devra être poursuivi et condamné le cas échéant. »

          Ces déclarations interviennent dans un contexte qui s’est tendu durant les vacances. Les progressions de l’enquête du juge Le Loir ont de nouveau attiré les regards vers les organisations syndicales. Le 4 juillet, il a entendu Jean Charbonnel, ancien ministre pompidolien, et Yvon Gattaz, l’ex-président du CNPF (ancêtre du Medef), lequel a toujours affirmé que les caisses noires du patronat financaient discrètement les syndicats. Parallèlement, le juge mettait en examen Henri de Navacelle (un dirigeant patronal). Les jours suivants, il plaçait François Ceyrac (ex dirigeant du CNPF) sous le statut de témoin assisté. Le 24 juillet, il interrogeait Jacques Gagliardi, un ancien responsable de l’UIMM (1985-1995) qui aurait évoqué des politiques et des syndicats, dont la CGT, comme bénéficiaires des « fluidités ». Le lendemain même, le 25 juillet, la CGT démentait vivement en déclarant que les déclarations de Jacques Gagliardi devant le juge n’était qu’une « stratégie de défense » de l’UIMM destiné à détourner l’attention des véritables utilisations des caisses. On est averti : si l’enquête menée par le juge fait apparaître des syndicalistes marrons parmi les destinataires des espèces, il ne faudra pas y voir une pratique « structurelle » ou générale que les leaders auraient eu a connaître. Soit. Mais il faudra alors affronter quelques questions, à commencer par celle-ci : quels accords ou quels compromis ont été obtenus par le patronat en échange de ces versements ? Et il faudra les revoir.

          Le mois de septembre sera-t-il chaud ? Le contexte devrait le rendre brûlant, mais le syndicalisme de négociation auquel nous assistons depuis des décennies ne nous laisse guère plus espérer de véritables luttes, alors que ces deux formes d’actions devraient être complémentaires. En attendant, Jean-Luc Touly, co-auteur du livre L’argent noir des syndicats, a lancé un procès contre le trésorier national de la CGT, Michel Donnedu (la première audience se déroulera le 25 septembre au Palais de justice de Paris). Mais on en reparlera d’ici là.

          Scandale de l’UIMM - Joyeux anniversaire ! Qui a peur de nos révélations ?

          Mots clés : CFDT CGT François Chérèque syndicats UIMM

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          8 Messages de forum

          • La rentrée syndicale sera… encore « fluidifiée »

            8 septembre 2008 20:26, par EUCLYDE

            bonjour Roger, comme toujours vous êtes actif pour le bien de tous et principalement pour nos syndicalistes qui n’ont de cesse de vous combattre alors qu’ils n’ont pas compris qu’au contraire que vous les défendez contre leurs propres turpitudes… enfin… Cependant puisque vous êtes au courant de ce qui s’est passé depuis la sortie de votre livre mi Mai 2008, force est de constaté que depuis cette date il y a eu l’interwiew de Mr Crespo (métallo CFTC) (16 mai) qui reconnaît avoir reçu de l’argent de l’UIMM pour son syndicat… il est d’ailleurs le seul syndicaliste à le reconnaître ajoutant que celà lui posait des problèmes d’indépendances (vis à vis de son donateur UIMM) Cher Roger, suite à cette révélation édifiante voir incongrue qui ne semble pas avoir marqué Mr Le Loir le juge chargé de l’instruction, plusieurs questions se posent :

            1) Les autres syndicats discriminés par cette généreuse donation vont ils réagir, y compris en justice pour discrimination ???

            2) Monsieur CRESPO peut il justifier sur quelle base légale s’est faite ces heureux versements.

            3) Dans ce cas précis peut il justifier la légalité de l’utilisation de ces fonds (ils ont dû certainement vue le caractère confessionnel de la CFTC à couvrir des frais d’avocat par exemple de discriminés pourquoi pas ça serait tout à son honneur n’est ce pas … voir à un anniversaire d’une personnalité de la CFTC…. tout ça inquiète beaucoup de monde vous le comprendrez…

            4) on sait aussi que cet argent a servi à règler des notes de restaurant.. un syndicaliste qui relatait « c’est le patron qui paie » après avoir été mis en doute scandaleusement par l’état major CFTC voit cette reconnaissance avec bonheur… et ce malgré les laborieuses dénégations de Mr Voisin/Crespo aux médias….

            5) Un article du figaro de juin 2008 (journal proche du patronat), relatait que Mr Crespo avait été assigné par 6 fois devant les prud’hommes ce qui n’est pas coutumier pour un chef syndicaliste…

            6) quant au syndicaliste qui a refusé la tentative de corruption de la part de l’UIMM, les explications de Monsieur CRESPO et son adjoint paraissent pour le moins fantaisistes et méritent débat avec témoignages contradictoires et pièces à l’appui. Mr CRESPO à cette époque n’était pas en fonction ce qui ne l’empêche nullement de s’exprimer sur le sujet … alors… !!!!

            7) le fait nouveau exploitable par le juge est le fait qu’à plusieurs reprises il dit que ces sommes d’argent perçues (à notre avis sans base légale), lui posait des problèmes d’indépendances et nous nous enfonçons le clou en disant mais également déontologique s’agissant d’un syndicat faisant référence à la morale chrétienne.

            Que de questions à poser à ce syndicaliste modèle ???

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            • La rentrée syndicale sera… encore « fluidifiée » 13 septembre 2008 15:27, par Pangloss

              aux dernières nouvelles, Roger Le loir qui est loin de s’endormir sur ses lauriers et suite aux commentaires assez déterminants de l’ensemble de la presse sur le sujet et particuliérement des investigations éloquentes sur backchich (interwiew de J. CRESPO) va faire une descente péremptoire à la CFTC métallo et faire les recoupements patrimoniaux et contradictoires nécessaires à l’établissement de la juste vérité… ça urge avant que certains dossiers ne disparaissent….ça va saigner …..

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            • La rentrée syndicale sera… encore « fluidifiée » 16 septembre 2008 10:31, par Roger Lenglet

              Juste une précision : Le livre L’argent noir des syndicats recueille déjà l’aveu de M. Crespo concernant les versements de l’UIMM à la CFTC. M. Crespo nous déclarait que 60 % des sommes versées sont d’un montant fixe et que 40 % sont variables et tiennent compte du bon état des relations entre le syndicat et l’organisation patronale… Par ailleurs, il affirmait que les autres syndicats bénéficiaient du même système. Les confédérations ont tenu à nier fermement avoir eu connaissance de tels versements. M. Crespo n’a pas été poursuivi en diffamation mais, bien sûr, cela ne suffit pas à prouver que ce qu’il a dit sur les autres syndicats est vrai. Notons que le même homme déclare depuis la sortie du livre qu’il s’agit de « versements légaux ». Le problème est que la loi de 1884 protégeant l’opacité des financements syndicaux rend à peu près tout légal.

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          • La rentrée syndicale sera… encore « fluidifiée »

            17 septembre 2008 14:38

            Bonjour Roger, un article du canard en chainé de ce jour 17 septembre met en exergue de nouvelles turpitudes du dénommé Crespo qui vire des syndicalistes de PSA qui avait eu l’outrecuidance de s’en prendre au DRH de cete société… ils ont été viré un peu dans le me^me style que des syndicalistes avaient été expédiés à la retraite à Thalès , toujours par le même individu CRESPO…. un étouffe chrétien certainement…..mais pour sur un corrompu…..

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          • La rentrée syndicale sera… encore « fluidifiée »

            20 septembre 2008 13:40, par Jean-Pierre

            Merci de lutter avec autant d’énergie, pour faire entendre la vérité au milieu de cette immense cacophonie de mensonges ! Quel dommage pourtant que les plus intéressés, du moins devraient-ils l’être, se bornent en majorité à vous faire front. Certes, le problème en est sans doute arrivé à un tel degré de gravité que les syndicalistes eux-mêmes ne savent plus qui les aide et qui les coule. Mais si seulement votre livre était davantage lu, et pas soigneusement écarté, toute cette fanfaronnade ne pourrait manquer de sauter aux yeux de tous. Continuez, le pavé dans la mare (de boue) n’a certainement pas finis d’éclabousser.

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          • La rentrée syndicale sera… encore « fluidifiée »

            3 novembre 2008 17:02, par contes de Mr de Voltaire

            POUR CRESPO C’est l’époque du fluide glacial depuis le 31/11 pour Voisin ça sera le 3 décembre chacun son tour comme à confesse … et la messe sera dite pour la CFTC….On s’emploie en ce sens pour ça…. prévision maxi 5 % merci les mickey et surtout ne voter pas CFTC dieu vous le rendra !!!

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            Ici, je vais prolonger et alimenter le débat sur le syndicalisme, soulevé dans le livre « L’argent noir des syndicats » (Fayard) que j’ai écrit avec Jean-Luc Touly et Christophe Montgermont. Notre enquête sur la corruption et les dérives financières du monde syndical révèle que des grandes sociétés multiplient les moyens pour s’acheter la complaisance de nombreux syndicalistes : versements discrets, cadeaux personnels, emplois fictifs, paiements en liquide, primes exubérantes, avancements et avantages indus, élections de délégués arrangées… Grâce à de nombreux témoignages et documents, nous dévoilons l’ampleur des pratiques destinées à neutraliser les syndicats en France. Le débat est maintenant ouvert.


Publié dans CORRUPTION, POLITIQUE ET BUSINESS, ROGER LENGLET | Pas de Commentaire »

Liste non-exhaustive des PERSONNALITES POLITIQUES NOIRES CELEBRES vues par le site www.associationarchive.com

Posté par issopha le 22 décembre 2008

Les Personnalités Noires et Célèbres
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Liste non-exhaustive des PERSONNALITES POLITIQUES NOIRES CELEBRES  vues par le site www.associationarchive.com dans GALERIE DES GRANDES AMES bt_personnalites
left dans GALERIE DES GRANDES AMES
Rosa PARKS
04 fevrier 1913 – 24 octobre 2005
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Rosa Parks est à l’origine du boycottage des transports publics mené par les Noirs de Montgomery aux Etats-Unis, dans l’Etat de l’Alabama. En effet, le 1er décembre 1955, elle refuse de céder sa place à un homme blanc dans un bus.
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Arrêtée par la police et jugée, elle est condamnée à payer une amende de 15 dollars.

Les Noirs se mobilisent et manifestent en boycottant les transports publics. Les répercussions de cette manifestation s’étendront dans tout le pays. Martin Luther King, lui même, s’inspirera de ce mouvement pour exhorter tous les Noirs à faire de même pour mettre fin à la ségrégation raciale.
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Le 13 novembre 1956, la Cour suprême des Etats-Unis déclare illégale la ségrégation dans les transports publics en Alabama. Une bataille est gagnée, mais le chemin vers la liberté sera encore long. Constamment menacée, Rosa Parks sera obligée de déménager dans le Michigan.

Membre du NACCP (Association Nationale Pour l’Avancement des Gens de Couleurs), Rosa Parks reçut les plus hautes distinctions de la part du gouvernement américain pour son combat pour le mouvement des droits civiques sous la présidence de Bill Clinton.177_200-200 174_200-200
175_200-200

Aimé Césaire
26 juin 1913
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né en 1913, Aimé CESAIRE grandit dans une famille de la petite bourgeoisie martiniquaise. Cet ancien boursier du lycée de Sch½lcher, après des études brillantes, intègre l’Ecole Normale Supérieure où il cotoie et se lie d’amitié avec des hommes comme Senghor, Damas et Alioune Diop. 256_200-200
De cette rencontre naîtra le mouvement de la négritude et des ½uvres aussi emblématiques qu’universelles que son “Cahier d’un retour au pays natal” ou la revue “Tropiques” – en collaboration avec René Ménil.
Alliant tout naturellement l’écriture à l’engagement politique, il se retrouve à la mairie de Fort-de-France où il sera réélu 1er magistrat de la ville jusqu’en 2001 sans interruption.
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Il participe à la fondation de la revue “Présence africaine” avec, en autres, Guy Tyrolien et Paul Niger et publie en 1950 un véritable joyau de la littérature noire; “Discours sur le colonialisme”, qui fera date dans les annales. 258_200-200

 

 

 

 

 

 

 

Samuel Ajayi CROWTHER
1806 – 1891
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Samuel Ajayi Crowther est né en 1806 dans le royaume de Yoruba (une partie de l’actuel Nigeria).
A l’âge de 15 ans, il est capturé par des marchands d’esclaves mais le négrier qui l’emporte vers les Amériques est miraculeusement intercepté par une flotte anglaise et Ajayi est emmené dans une société de missionnaire en Sierra Leone.
Là bas, il est converti puis baptisé à la religion chrétienne anglicane et prend comme nom de chrétien Samuel Crowther.
Il reçoit une éducation à l’anglaise et est un des premiers diplômés de Fourah Bay College, la première université du pays construite par les missionnaires de l’église.
Son talent en linguistique lui permet de faire partie de l’expédition du Niger en 1841 à travers laquelle il devient convaincu que l’évangélisation de l’Afrique doit être faite par des africains.
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Il impressionne beaucoup de gens par son talent y compris la reine Victoria rencontrée lors de sa visite en Angleterre.
En 1857, il est à la tête des nouvelles missions du Niger et en 1864 devient le premier africain évêque anglican.
Son équipe, composée uniquement d’Africains a mené des missions dans des régions se trouvant parfois à plus de 100 miles des territoires nigériens.
Il mourut en 1891

 

 

 

Leon Gontran DAMAS
28 mars 1912 – 22 janvier 1978
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Né à Cayenne, en Guyane Française en 1911, Léon Gontran DAMAS est aux côtés d’Aimée CESAIRE, Guy TIROLIEN et de Léopold SENGHOR l’un des tous premiers chantres de la négritude.
Il s’insurgea très tôt contre le système colonial de la France en dénonçant l’assimilation et ses travers.
Ecrivain, poète et homme politique (député de la Guyane entre 1948 et 1951), Léon Gontran DAMAS a laissé derrière lui de nombreux ouvrages et poèmes engagés.
On retrouve ainsi  » Hoquet  » et  » Pigments  » parus dès 1937,  » Retour de Guyane  » (1938),  » Poètes d’expression française  » (1947), sans parler de  » Graffiti  » en 1962.
Il partit vivre à Washington aux Etats-Unis en 1969 et y mourrut en 1978.
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Aimé Césaire et Leon Gontran Damas

Cheikh Anta DIOP
1923 – 1986
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30 ans déjà…?!
La colloque du Caire de 1974

Né en 1923 dans un petit village du Sénégal du nom de Caytou, Cheikh Anta Diop est l’éminente figure scientifique de la renaissance africaine.
Sa formation pluridisciplinaire, au sein de l’enseignement de grands noms de la chimie et physique nucléaire (J-F. Joliot-Curie), de l’épistémologie (G. Bachelard) l’ont amené à aborder les problèmes africains avec rigueur.

Ses travaux en égyptologie,linguistique, anthropologie, chimie, biologie etc. lui ont permis de rétablir l’origine négro-africaine de l’humanité et la parenté entre l’Egypte ancienne et le reste de l’Afrique noire, mettant en exergue par la même l’unité culturelle de l’Afrique Noire, véritable base pour la Renaissance Africaine.
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L’exactitude de la thèse de Diop sur l’origine négro-africaine de l’Egypte ancienne fut définitivement entérinée par le colloque international du Caire de l’U.N.E.S.C.O en 1974 devant le gotha des égyptologues de l’époque.

Cheikh Anta DIOP mourut en 1986, en offrant à l’Afrique Noire, son premier laboratoire de Radiocarbone (C14) et en restituant à l’Afrique son entière mémoire

 

 

 

Frederick DOUGLASS
1818 – 1895
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Né Frederick Augustus Washington Bailey vers 1818, il est le fils d’une esclave noire et probablement de son maître blanc…
Plus tard, Douglass prit la résolution de s’enfuir par bateau, et vint s’installer à New Bedford dans le Massachusetts sous un nouveau nom, Frederick Douglass.
C’est le début d’une carrière de porte-parole, et devint un membre important du mouvement abolitionniste, capable par la puissance de son discours d’édifier les foules et d’imprimer dans les esprits toute l’inhumanité du sort réservé aux Noirs.
Il soutint la candidature d’Abraham Lincoln, recruta plus de 100 soldats pour le régiment noir, et s’engagea du côté de l’Union au début de la Guerre de Sécession.
En 1865, l’esclavage aboli par le XIIIème amendement, Douglass réclame le droit de vote pour les esclaves en 1866, et se félicite du vote du XVème amendement accordant les droits civiques aux gens “de couleur”. En 1889, Douglass est nommé Consul général en Haïti, mais démissionne.
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Il décède le 20 février 1895, à Cedar Hill et est enterré à Rochester.
Ainsi mourut Frederick Douglass, esclave qui avait réussi à devenir par sa ténacité et son intelligence, l’une des figures marquantes de l’abolitionnisme aux Etats-Unis.

269_200-200 Frederick Douglass INVITÉ PAR LES VÉTÉRANS DE LA PREMIÈRE CAVALERIE DU MAINE, UNE UNITÉ DE GUERRE CIVILE CÉLÈBRE.

 

 

 

 

 

William Edward Burghardt DU BOIS
23 février 1868 – 1963
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Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, William Edward Burghardt Du Bois, naquit le 23 février 1868 à Great Barrington, dans le Massachusetts. Rédacteur et, orateur passionné, Du bois, diplômé d’Harvard en 1890,descendant d’esclave, était naturellement doué, en tant qu’éditeur du magazine The Crisis, il encouragea le développement de la littérature et de l’art noirs. Il était l’un des leaders noirs et l’un des fondateurs du panafricanisme dont la pensée fut probablement la plus influente de la première moitié du XXème siècle avec Marcus Garvey.

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Co-fondateur de l’Association Nationale pour l’Avancement des Personnes de Couleurs (NAACP) en 1909, avec l’appui du député sénégalais Blaise Diagne, Du Bois organise en février 1919, le premier Congrès panafricain à Paris. Au final, de 1919 à 1945, il organisera cinq congrès internationaux panafricains Paris, Londres, Lisbonne, New York, Manchester.

Il renonça à la citoyenneté américaine un an plus tard. Du Bois mourut en 1963 à Accra au Ghana à l’âge de 95 ans: il était Directeur de « l’Encyclopédia Africana » (l’encyclopédie noire qu’il voulait créer). En 1966, Du Bois partagea avec Cheikh Anta Diop le prix du 1er Festival Mondial des Arts Nègres destiné à récompenser l’écrivain ayant exercé la plus grande influence sur la pensée “nègre” au XXème siècle. Il restera toujours dans les mémoires comme d’une personnalité du monde noir, défenseur infatigable de la liberté, qui s’est toujours élevé contre l’injustice

270_200-200 statue de W.E.B DUBOIS

Martin Luther King
15 janvier 1929 – 04 avril 1968
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Martin Luther King Jr. est né le 15 janvier 1929 à Atlanta aux Etats Unis.
De confession baptiste, devenu pasteur, il lutta à partir de 1955 pour l’intégration des citoyens Africains-américains. Un des leaders du mouvement pour les droits civiques, il fut à l’origine de la mobilisation pour le boycottage des autobus de Montgomery: il fut arrêté et emprisonné.

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Ses efforts ne furent pas vains car en 1956 la Cour suprême prit une décision interdisant toute ségrégation dans les transports publics. Organisant d’autres manifestations pacifiques dont la marche historique sur Washington, le 28 août 1963 où il prononça son célèbre discours “I have a dream “.

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Prix Nobel de la paix en 1964, il fut assassiné à Memphis le 04 avril 1968: le troisième lundi de janvier fut désigné comme journée férié aux Etats-Unis en l’honneur de son anniversaire, et sa ville natale fut consacrée comme lieu historique

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Patrice Emery Lumumba
2 juillet 1925 – 17 janvier 1961
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Patrice Emery Lumumba a consacré toute sa vie à lutter pour l’indépendance du Congo-belge.

Agé d’à peine 30 ans, il est propulsé sur le devant de la scène politique internationale, à l’aube de l’indépendance du Congo.
A la tête du Mouvement National Congolais, il remporte les premières élections du Congo indépendant.

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Désireux d’un Etat où chaque Congolais aurait droit à une vie honorable, à une indépendance sans restriction, à une dignité et une valeur sans compromis, sa foi restera inébranlable.
Ne faisant pas l’unanimité dans son entourage à cause de sa politique foncièrement indépendante vis-à-vis des ex-colonisateurs, il sera torturé et assassiné en janvier 1961. Les tortures qu’il a subies ne l’ont jamais fait implorer la grâce de ses bourreaux.

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Patrice Lumumba préférait mourir la tête haute avec une conviction indestructible, plutôt que de vivre dans la soumission des colonisateurs et autres mercenaires.

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Nelson Mandela
1918
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Fils d’un chef Thembu, Mandela est né en 1918 dans la province sud-africaine de l’Umtata. Il étudie à Fort Hare, d’où il est renvoyé pour avoir participé à une manifestation d’étudiants, et à l’université de Witwatersrand, où il obtient un diplôme en droit en 1942. En 1944, Mandela adhère au Congrès national africain (ANC). Lorsque le « Parti national » arrive au pouvoir, en 1948 et introduit l’apartheid, Mandela et l’ANC résistent à la politique raciste du gouvernement.

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Après le massacre de Sharpeville en 1960, l’ANC et le Congrès panafricain sont interdits. En 1963, il est inculpé avec d’autres leaders, de sabotage, trahison et complot. Pour ces faits, il est condamné en 1964, avec sept autres militants, à la prison à vie.
En 1990, après 26 ans de prison de détention pour raisons politiques (ce qui est un record), le président F.W. de Klerk supprime l’interdiction de l’ANC et libère Mandela, qui est élu président de l’ANC en 1991. Les deux hommes conduisent alors les négociations qui mettent fin à l’apartheid, ce qui leur vaudra de recevoir le prix Nobel de la paix en 1993.
Un an plus tard, à l’occasion des premières élections libres de l’histoire de l’Afrique du Sud, Nelson Mandela est élu président de « la nation de l’arc-en-ciel », siège qu’il occupera de 1994 à 1999.

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Nelson Mandela se consacre aujourd’hui à la lutte contre le SIDA, c’est une personnalité particulièrement

 

 

 

 

 

 

Dulcie SEPTEMBER
20 août 1935-29 mars 1988
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Sud-africaine, née en août 1935, Dulcie September entre tôt dans la lutte anti-apartheid : alors enseignante, elle intègre l’ANC (African National Congress).
Elle rejoint les mouvements de lutte anti-apartheid dans les années 60.
Condamnée à plusieurs années de prison par le gouvernement de Prétoria, elle quitte par la suite l’Afrique du Sud pour Londres, puis pour la Zambie avant de rejoindre la France pour y représenter l’ANC.
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Ainsi exilée en 1984, après avoir été bannie, elle devint la représentante de l’ANC (Congrès national africain) en France. A l’époque, l’assassinat du représentant de l’ANC à Bruxelles la pousse à demander une protection policière au ministère de l’Intérieur français…ce qui lui est refusé.

Cette figure exemplaire de la lutte contre l’Apartheid que fut Dulcie September, est assassinée à Paris le 29 mars 1988, à l’âge de 42 ans, de cinq balles alors qu’elle allait entrer dans les bureaux de son organisation, rue des petites Ecuries.
La presse privilégie la thèse du crime commis par un commando sud-africain.
Devant la commission “Vérité et réconciliation” en avril 1998, le chef des escadrons de la mort sud-africains avait affirmé que l’assassinat de September était l’½uvre du Bureau de Coopération Civile (CCB) de l’armée sud-africaine.

300_200-200Obsèques Dulcie September

Malcolm X
19 mai 1925 – 21 février 1965
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Malcolm X est né le 19 mai 1925 dans l’Etat du Nebraska. Il est le fils d’un prédicateur baptiste d’une famille nombreuse de huit enfants. Obligé de déménager de sa maison natale, lorsqu’il a cinq ans, à cause du Ku Klux Klan, la famille s’installe dans l’Etat du Michigan. En 1931, cinq de ses six frères ainsi que son père sont tués par le KKK qui lui reproche d’être un partisan de Marcus Garvey, par la suite sa mère est enfermée dans un hôpital psychiatrique.

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Arrêté et condamné en février 1946, à 10 ans de prison ferme, il découvre alors la Nation de l’Islam.
Malcolm rejette son nom de famille et se fait appeler X (symbole mathématique signifiant inconnu). Excellent orateur, il devient l’un des piliers de la Nation de l’iIslam dirigé par l’honorable Elijah Mohammad. En 1964, il se retire de ce mouvement et crée l’OAAU (Organisation de l’Unité Afro-Américaine).
Le 21 février 1965, Malcolm X est assassiné dans la salle de bal d’Audubon. La rigueur et l’intégrité de son engagement resteront un modèle si bien que Malcolm X incarne l’une des personnalités les plus emblématiques de la jeunesse noire.

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Sojourner TRUTH
1797 – 1883
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Née esclave en 1797, dans l’état de New-York, Isabella (de son nom de baptême) fut émancipée en 1827.
Elle changea alors de nom pour adopter celui de Sojourner TRUTH qui signifie voyageuse consacrée à la parole de vérité de DIEU.
Elle joua un rôle important dans la lutte anti-esclavagiste en recrutant des soldats noirs dans l’armée fédérale, en venant également en aide aux nouveaux affranchis tout en évangélisant la parole de DIEU.
Elle aura tant d’aura médiatique qu’elle ira jusqu’à donner de précieux conseils au président des Etats-Unis de l’époque, Abraham LINCOLN.
Angela Davis rappelle l’utilisation du combat de Sojourner par les féministes blanches américaines.
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Elle écrira quelques ouvrages autobiographiques avant de s’éteindre en 1883.
En 1994, la N.A.S.A a nommé Sojourner le véhicule d’exploration de la planète Mars pour honorer sa mémoire, son combat pour l’abolition.

NAT TURNER
1800-1831
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Nat Turner, était esclave aux États-Unis. Depuis sa naissance, Nat Turner se sent investi d’une mission divine, que ne cesse de lui rappeler sa mère, celle de libérer son peuple de l’esclavage. Étant le fils d’une cuisinière, il bénéficie de certains avantages. Ses jeunes maîtresses lui enseignent la Bible, faisant naître en lui le désir d’être pasteur. Son maître, par affection, lui apprend à lire et à écrire, et parle de l’affranchir. Mais cette promesse, pourtant si précieuse, ne sera pas tenue. Anéanti et guidé par la rancœur, il fomente une révolte. Considéré par ses compagnons comme un prophète, il exerce sur eux une grande influence, ce qui lui permet de réunir quelques hommes armés seulement de haches.

636_200-200 Le 21 août 1831, il conduit une révolte dans le comté de Southampton en Virginie.Turner fit circuler la nouvelle à d’autres esclaves du secteur pour qu’ils se joignent à sa révolte et environ 60 le suivirent. Pendant les 48 heures suivantes, les esclaves terrorisèrent le secteur, avançant rapidement par les plantations à cheval, tuant chaque blanc qu’ils rencontraient.

Finalement, des troupes furent envoyées contre eux et les esclaves affolés se dispersèrent. Les troupes les ont pourchassés jusqu’à l’escarmouche qui mena à leur capture. Les esclaves avaient assassiné 24 enfants, 18 femmes et 13 hommes et la haine contre eux était énorme; ils ont été tués comme de la vermine, certains furent tirés et écartelés et leurs corps cloués sur les portes de huttes d’esclave en guise d’avertissement.

Plus de 100 esclaves sont morts – 40 d’entre eux étant des sympathisants soupçonnés des rebelles originaux. Finalement, Turner lui-même fut capturé, deux mois après que l’insurrection eut commencé, dans une caverne.

En prison il fit une confession et fut pendu, en même temps que 19 de ses associés.

Bien que défaite, cette révolte fut le plus remarquable exemple de la révolte des esclaves noirs et une des justifications de la Guerre de sécession.

NAT TURNER
1800-1831
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Nat Turner, était esclave aux États-Unis. Depuis sa naissance, Nat Turner se sent investi d’une mission divine, que ne cesse de lui rappeler sa mère, celle de libérer son peuple de l’esclavage. Étant le fils d’une cuisinière, il bénéficie de certains avantages. Ses jeunes maîtresses lui enseignent la Bible, faisant naître en lui le désir d’être pasteur. Son maître, par affection, lui apprend à lire et à écrire, et parle de l’affranchir. Mais cette promesse, pourtant si précieuse, ne sera pas tenue. Anéanti et guidé par la rancœur, il fomente une révolte. Considéré par ses compagnons comme un prophète, il exerce sur eux une grande influence, ce qui lui permet de réunir quelques hommes armés seulement de haches.

636_200-200 Le 21 août 1831, il conduit une révolte dans le comté de Southampton en Virginie.Turner fit circuler la nouvelle à d’autres esclaves du secteur pour qu’ils se joignent à sa révolte et environ 60 le suivirent. Pendant les 48 heures suivantes, les esclaves terrorisèrent le secteur, avançant rapidement par les plantations à cheval, tuant chaque blanc qu’ils rencontraient.

Finalement, des troupes furent envoyées contre eux et les esclaves affolés se dispersèrent. Les troupes les ont pourchassés jusqu’à l’escarmouche qui mena à leur capture. Les esclaves avaient assassiné 24 enfants, 18 femmes et 13 hommes et la haine contre eux était énorme; ils ont été tués comme de la vermine, certains furent tirés et écartelés et leurs corps cloués sur les portes de huttes d’esclave en guise d’avertissement.

Plus de 100 esclaves sont morts – 40 d’entre eux étant des sympathisants soupçonnés des rebelles originaux. Finalement, Turner lui-même fut capturé, deux mois après que l’insurrection eut commencé, dans une caverne.

En prison il fit une confession et fut pendu, en même temps que 19 de ses associés.

Bien que défaite, cette révolte fut le plus remarquable exemple de la révolte des esclaves noirs et une des justifications de la Guerre de sécession.

STEVE BIKO
1946-1977
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642_200-200Steve Bantu Biko est sans doute moins connu que Nelson Mandela : le « Toussaint Louverture sud-africain ». N’en demeure pas moins qu’il a laissé sa marque dans l’histoire de ce pays. Et aujourd’hui en 2006, 29 ans après sa mort, Steve Biko reste un symbole et un des héros les plus incontestés de la lutte contre les régimes pro-apartheid au pouvoir jusqu’en 1994. En effet, le parcours de cet homme est tout à fait exceptionnel. Né le 18 décembre 1946 et ayant réalisé des études en médecine à « University of Natal Medical School » de son pays, il est le co-fondateur de South African Students’ Organization (SASO) en 1968, le promoteur en milieu sud-africain du « mouvement pour la conscience noire » (une philosophie venue des États-Unis d’Amérique) et le co-fondateur de la « Black Peoples Convention » PBCc en 1972.

Les buts poursuivis par Biko à travers toutes ces associations ont été d’une part de dénoncer l’injustice et l’ignominie du régime raciste sud-africaine et d’autre part de libérer les victimes de l’Apartheid de toute complexe d’infériorité physique et mentale, en leur incitant à lutter continuellement pour retrouver leur dignité. Devenu le premier président du BPC, Steve Biko devient très vite un opposant de premier plan au « Parti National » Sud-africain. D’autant plus qu’à cette époque plusieurs leaders de l’ANC étaient jetés en prison ou contraints à l’exil.643_200-200

Loin de se taire devant les menaces de l’adversaire, il intensifia son leadership en se livrant dans des projets sociaux, entre autres, visant à développer l’éducation dans les quartiers noirs défavorisés… . De telles interventions lui ont coûté l’exclusion de son école de médecine, une interdiction de prendre la parole en public en 1973 et plusieurs arrestations. Par la suite Biko, accusé d’actes de terrorisme, a été arrêté le 18 août 1977. Il décéda enchaîné et nu dans une fourgonnette de la police sud-africaine le 12 septembre 1977. Les rapports médicaux de l’époque mentionnaient un traumatisme crânien et des blessures au foie, comme causes de décès.

Sa fin tragique a donc servi grandement à sa lutte. On se rappelle que la honteuse disparition de Steve Biko a finalement porté les Nations Unies à prendre des sanctions économiques contre l’Afrique du Sud. Par la suite le gouvernement de Fréderick De klerk fut contraint de libérer Nelson Mandela en 1990, lequel devient président de l’ANC dès 1991 et, chef de l’État Sud-Africain en 1994.

GASTON MONNERVILLE
1897-1991
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Né à Cayenne en 1897, Gaston Monnerville reste l’une des figures emblématiques de l’histoire de la Guyane, mais aussi et surtout de l’histoire politique de la France entière.

Défenseur de la cause guyanaise
Petit-fils d’esclave, sa vie est marquée par la lutte pour la Liberté et la tolérance. Il fait des études secondaires au Collège de Cayenne, puis au Lycée Bernuy, et se rend ensuite dans l’hexagone pour continuer sa scolarité à la Faculté de Lettres et de Droit de Toulouse.
A vingt-et-un ans, Gaston Monnerville est avocat au barreau toulousain. Le procès des « émeutes de la Guyane », au cours desquelles les partisans de l’anticolonialiste Jean Calmot se révoltent et sont arrêtés, le porte au devant de la scène politique. Il est leur avocat. L’acquittement inattendu des accusés fait de lui le défenseur officiel de la cause guyanaise. Gaston Monnerville estime d’ailleurs à l’époque que ce procès dépasse le cadre personnel et s’étend à la Nation entière.

Sous-secrétaire d’Etat
Elu député de la Guyane en 1932, puis maire de Cayenne, il a pour ambition de changer l’image de ce territoire, trop souvent associé à la misère du bagne et au banditisme. Hélas, son mandat est trop court pour lui permettre de mener à bien ce projet.
Cinq ans plus tard, il est nommé sous-secrétaire d’Etat aux Colonies et se trouve obligé de reporter la fermeture du bagne, qui constituait pour lui une étape importante dans le processus de revalorisation de l’image du territoire. Le 17 juin 1938, il parvient à contraindre Daladier d’abroger la déportation coloniale des condamnés. Dix ans plus tard, il obtient de l’Assemblée qu’elle ordonne le rapatriement des bagnards, mais il lui faudra attendre 1953 pour voir le dernier forçat quitter la Guyane.

Le « commandant Saint-Just »
Lorsque la Seconde guerre mondiale éclate, Gaston Monnerville a quarante sept ans. Sa passion de la Liberté et les idéaux de Justice qui l’animent l’entraînent dans un engagement passionné. C’est avec conviction et détermination qu’il entre donc en résistance en 1940. Le « commandant Saint-Just », tel qu’on le surnomme, s’embarque sur le cuirassé Provence. En 1944, la Libération le trouve en pleine activité au sein des FFI du Massif Central, qui devient très vite sa région politique de prédilection.

Conception républicaine
A la fin de la guerre, il est élu à l’Assemblée constituante et au Sénat de la Guyane jusqu’en 1948. Les mandats parlementaires et les responsabilités au sein du Conseil de la République se succèdent sans interruption. De 1948 à 1974, il enchaîne et cumule les fonctions de conseiller général de Sousceyrac, sénateur du Lot, président du Conseil de la République, maire et président du Conseil général de Saint-Céré. Son opposition à l’élection du Président de la République au suffrage universel lui donne l’occasion de défendre sa vision de la démocratie. Cette prise de position reste sans nul doute l’événement qui témoigne le mieux de sa conception républicaine.

Quête de démocratie
La révision constitutionnelle, proposée par le général de Gaulle en 1958, constituait aux yeux de Monnerville une dérive vers un pouvoir personnel, une « forfaiture », selon une expression qui reste, aujourd’hui encore, attachée à son nom. Après une carrière engagée, il prend sa retraite politique en 1983, mais demeure membre du Conseil constitutionnel et président d’honneur de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) jusqu’à sa mort à l’âge de 94 ans, le 8 novembre 1991.

Gaston Monnerville s’éteint en laissant dans la mémoire collective le souvenir d’un homme politique attaché à ses valeurs et infatigable dans sa quête de démocratie. Mais c’est aussi un peintre amateur de qualité qui s’endort, laissant pour témoignage de nombreuses toiles dont deux furent longtemps exposées à la Chantrerie de Cahors.

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Colombie, le monde paysan résiste à L’État Narco-Capitaliste

Posté par issopha le 22 décembre 2008

 

Horizon Colombie (III)

Colombie, le monde paysan résiste à L’État Narco-Capitaliste

Colombie, le monde paysan résiste à L’État Narco-Capitaliste dans MAFIAS ET CRIMINALITE POLITIQUE arton7623-bc8ce

EMOREJ Archibald

Le problème du partage des terres et la contre-réforme agraire permanente instituée par l’État colombien sont la source principale de violence en Colombie, et ce depuis l’indépendance. 0,4% des propriétaires possèdent 61,2% des terres rurales selon des chiffres officiels, et ce fossé ne cesse de se creuser. Barrancabermeja, une des villes principales de l’État de Santander dans le région du Medio-Magdalena, concentre tous les problèmes et toutes les horreurs infligés au monde paysan en même temps qu’elle offre un paysage presque complet des acteurs et victimes de la violence en Colombie : Multinationales, paramilitaires, armée nationale, populations paysannes déplacées et guérillas.

Barrancabermeja, État de Santander, Colombie. 2008.

La ville de Barrancabermeja.

C’est une ville de près 300 000 habitants, tristement célèbre pour ses massacres de la fin des années 90 lors de la prise de la ville par les paramilitaires (900 morts pour les seules années 2000-01). Grand centre de production de pétrole, l’immense raffinerie se voit quelque soit l’endroit où vous vous trouviez dans la ville, avec ces cheminées brulantes qui montent au ciel, répandant dans l’air humide l’odeur caractéristique de la combustion. Ecopetrol, société colombienne qui gère l’or noir du pays est détenue, sans surprise dans ce pays vendu aux puissances étrangères, en majorité par des consortiums étrangers, nord-américains, espagnol et anglais. Aujourd’hui, malgré la loi de démobilisation, les groupes paramilitaires sont plus que jamais les maitres de la ville. Sous de nouvelles appellations, comme les aigles noirs ou les autodéfenses gaitanistes de Colombie, ils participent au nettoyage sociale de la ville. Le nettoyage sociale, ici, consiste à assassiner les jeunes des quartiers populaires pour ôter à la population toute envie de se plaindre de sa condition et de rejoindre un quelconque mouvement social. Durant les fins de semaine une dizaine de jeunes sont régulièrement assassinés, la moyenne étant de une exécution par nuit. La police, qui couvre les agissements de ces tueurs, parle de règlements de compte entre bandes ou de crimes passionnels. Les associations de défenses de droits de l’homme, les mouvements sociaux, ceux qui montent des pièces de théâtre ou des ateliers de break-dance, la fédération féministe comme les syndicats reçoivent chaque semaine des fax et courriers de ces groupes paramilitaires où ces derniers promettent de « nettoyer la ville des chiens gauchistes, des syndicalistes, des pédés, des prostitués, des jeunes drogués, des professeurs de danse homos et de toute cette racaille de guérilleros ». J’ai pris soin de corriger les fautes lors de la traduction, parce que ces paramilitaires, normalement groupes illégaux de puis la démobilisation de 2004 (loi Justicia y Paz) sont presque illettrés. Leur barbarie n’a d’égal que leur basse morale, et j’ai ici écouté l’histoire de ses escadrons de la mort qui découpent les gens à la machette, laissant à côté des corps dépecés une pile de cotes humaines.

Barrancabermeja c’est un port sur le Magdalena, principalement port pétrolier, mais aussi petit port pour les campesinos qui essaient tant bien que mal de vivre de leurs récoltes. La ville a bien changé ces dernières années, point de mire des multinationales pour ses conditions parfaites pour la monoculture intensive, palme africaine et cane à sucre, ses gisements de charbon et d’or, les commerces de biens importés ont remplacé l’économie locale et les grands centres commerciaux poussent comme des champignons vénéneux. Enfin, cette ville c’est aussi l’histoire des ses associations et syndicats qui luttent au péril de leur vie, durement touchés par la répression, ne comptant plus les morts, les tortures et les disparitions forcées dans leurs rangs, qu’ils soient syndicalistes, acteurs sociaux, associations de défense des paysans ou fédérations féministes. Depuis 2004, 18 de ces acteurs de la défense des droits des travailleurs, de l’homme et de la femme ont été assassinés.

Le monde paysan : organisation et répression.

On ne peut décemment pas traduire les mots campesinos et/ou campesinas par paysan. Cette traduction littérale perd tout le sens, la spécificité et l’histoire de ces communautés. Rien à voir avec le paysan de Zola, pas plus qu’avec l’activiste José Bové. Les campesinos colombiens sont soumis par la loi, historiquement la réforme agraire n’a jamais existé. Le gouvernement libéral d’Alfonso López Pumarejo (1934-1938) avait pourtant initié une réforme agraire pour sortir le pays du système du latifundio, c’est à dire de la concentration de la terre dans les mains de l’oligarchie. Mais ces lois de la Terre votées en 1936 furent simplement annulées avec l’assassinant du leader populaire Jorge Eliécer Gaitán en 1948 qui marqua le début de la pénétration violente du capitalisme moderne et sauvage (mais le capitalisme peut-il être autre chose qu’une forme sauvage de société ?). Les campesinos sont donc une population délibérément opprimée par tout les gouvernements, et jusqu’à ce jour aucune réforme agraire juste et réparatrice n’a été appliquée. Depuis l’intensification du conflit interne des années 1960-70, ils sont soumis à des déplacements forcés, non seulement du fait de la guerre civile, mais aussi et surtout pour satisfaire les appétits du grand capital et des grands propriétaires terriens. Comme dans toute guerre civile, les campesinos apparaissent dès lors comme potentiellement tous membres de la guérilla paysanne, et les exécutions extrajudiciaires, les meurtres de masses, les tortures, les déplacements de population, et la stigmatisation de toute tentative d’organisation du monde paysan sont depuis lors un fait établi et répété. Aujourd’hui, les moyens mis en place par l’État, machiavéliques et brutaux, empêchent tout simplement le monde paysan de s’organiser, de bénéficier des droits élémentaires et de vivre en paix.

1. Histoire rapide de l’organisation du monde paysan.

L’Amérique centrale et l’Amérique du Sud partagent la triste histoire du saccage de leurs terres et l’injustice de la concentration de la terre dans les mains de l’oligarchie. La colonisation espagnole s’est d’abord servie de la main d’œuvre indienne pour l’extraction de l’or et de l’argent, exterminant la population indigène qui est passée de 90 millions à 3, 5 million en un siècle et demi. Les filons épuisés, les vastes terres agricoles se sont ensuite converties en latifundio pour la monoculture de denrée à destination des centres capitalistes de l’époque, mais surtout elles sont devenues les tombeaux des déportés de la terre africaine. Production de café, de sucre, de coton, de caoutchouc ou de fruits dans de grands camps d’esclaves dirigés par les blancs. Tous les conflits nés pour la réforme de cette structure ont laissé des martyrs et les noms à citer sonnent encore aujourd’hui comme une lutte quotidienne : Zapata, Sandino, Arbenz, Castro, Allende,… D’un bout à l’autre du continent ils ont tous lutté et luttent tous pour une réforme de la propriété de la terre. Il ne faut pas oublier que les trois quart des compagnons d’arme de Fidel Castro sur la Granma étaient des paysans. En Colombie, aidés par les idéologues communistes et certains libéraux radicaux, Marulanda et Arenas ont lutté depuis Marquetalia et avec la formation de la guérilla des FARC-EP pour cette réforme agraire et pour la protection des paysans. La guérilla des FARC-EP, guérilla sans aucun doute possible politique et paysanne, a surgi, justement, pour défendre le droit de ces communautés. On se rappelle que Marquetalia fut en fait la première reserva campesina, gérée par les paysans pour le droit à la terre et à la vie. Depuis l’écrasement de cette commune indépendante, les gouvernements successifs colombiens n’ont jamais cherché à régler le problème de la terre, comme ils n’ont jamais imaginé améliorer la vie des paysans. Seule la confrontation brutale a été choisie, et ce n’est pas le Plan Colombie ou ses successeurs du Plan Patriot qui annonce un changement de stratégie. Simplement, compte tenu de la composition paysanne des FARC-EP, pour l’armée chaque campesino est un guérillero en puissance et cela explique le déni total de droit et les violations quotidiennes de ces derniers de la part de l’État et de sa force armée, légale ou illégale.

2. Répressions actuelles du monde campesino.

La coca, un problème social.

Le projet des gouvernements successifs d’Alvaro Uribe a été la libéralisation extrême de toutes les ressources du pays et la vente de ses terres aux multinationales étrangères. Il ne fait aucun doute que le stade ultime serait la disparition totale du monde paysan, reléguant ces derniers au rang de simples salariés des grandes monocultures et sapant la base de la guérilla paysanne. La production nationale de fruits et légumes est en chute libre, l’importation de denrées alimentaires de base ne cesse d’augmenter, au même rythme qu’augmente l’exportation de cocaïne. Parlons-en car après tout la Colombie reste dans l’imaginaire collectif comme le seul pays de ce trafique-là, évidemment à tort. La pauvre petite feuille de coca, élément si important de la culture indigène, serait depuis plus de trente ans la responsable de tous les cataclysmes et toutes les catastrophes. Elle n’est en fait qu’un prétexte (juteux pour qui la contrôle) dans ce projet de destruction du monde paysan au profit du latifundio et des multinationales. La coca est devenue un problème social par décision de l’État colombien. C’est-à-dire que parmi les multiples moyens de criminaliser le monde paysan, les pointer comme éléments de base du trafique mondiale de cocaïne est une pièce de ce puzzle machiavélique. Pourtant, eux, ces paysans de la terre, n’ont strictement rien à voir avec les caciques et les parrains entourés de prostitués de l’imaginaire des narcotrafiquants. Ce sont des hommes et femmes de la terre qui ne pouvant pas cultiver fruits et légumes, par faute de terre à cultiver en paix, par faute de moyens d’écouler la marchandise, à cause des déplacements répétés et des assassinats des paramilitaires et de l’armée, sont réduits à cultiver la coca comme seul moyen de subsistance. Les plantations sont protégées car la coca, elle, se vend. Dans ces vastes territoires contrôlés et quadrillés par l’armée, où pas une dizaine de guérilleros ne peut descendre sous peine de déchainer bombardements, échanges de tirs et de mortiers, à tel point que les paysans qui passent par là tombent comme des mouches sous les balles perdues, là où les vedettes de l’armée patrouillent sans relâche sur les fleuves, c’est extrêmement suspect que jamais un intermédiaire de ces narcotrafiquants ne soit abattu ou fait prisonnier, que jamais une cargaison de coca ou pâte de coca ne soit interceptée, que jamais un laboratoire ne soit démantelé. Parfois, oui parfois cela arrive et toujours, dans ce cas, cela est présenté comme appartenant à la guérilla. Sont-ils invisibles ces narcotrafiquants pour passer inaperçus dans la zone la plus militarisée du monde ? Sont-ils donc plus agiles que les indiens et plus aguerris que ceux qui ont passé 70 ans à lutter dans la montagne, sont-ce dans les cabarets de la capitale et dans les salons du palais présidentiel qu’ils apprennent ces tours de magie ?

Embargo sur les aliments et les services publics.

Les gouvernements successifs n’ont jamais rien fait et ne font rien pour développer le monde paysan. Aujourd’hui le taux d’alphabétisation est de 10%. Pour ceux qui savent lire et écrire très rares sont les moyens de s’instruire ou de s’informer. Les services publics dans les campagnes sont quasi nuls, de l’éducation nationale à la collecte des déchets. Pas d’hôpitaux ou de centres de soins, pas d’entretien des routes et chemins, pas de service de transport par le fleuve. La seule présence de l’Etat est son armée tentaculaire. Outre de laisser les paysans dans un état de soumission et d’empêcher ainsi toute structuration sociale, l’état pratique le blocus d’aliments. C’est-à-dire qu’il est impossible de transporter le fruit d’une récolte sans demander une autorisation au commandant responsable de la zone avec un document clair de la destination, du marché ou de la ville. Au temps où les groupes paramilitaires étaient légaux, il fallait demander une autorisation aux commandants du secteur pour tout transport de marchandise. Devenus illégaux, l’armée nationale c’est substituée à cette stratégie. Administration kafkaïenne qui rend impossible le commerce des récoltes, toujours avec cet argument massue que le destinataire pourrait être la guérilla. De même les médicaments et autres biens ne rentrent qu’au compte-goutte et les contrôles de l’armée séquestrent toutes les denrées. Cette stratégie tend à s’alléger, question d’image, au profit de celle de l’abandon des voies d’entretiens dont l’état de délabrement rend impossible le commerce de proximité, les paysans étant obligé de s’organiser eux-même pour entretenir les voies de communications, temps volé sur leurs heures de travail hebdomadaire. Cette stratégie n’a pour but, encore une fois, que d’affamer le monde paysan, le décourager et le forcer à se déplacer vers les centres urbains ou les zones de monoculture pour vendre sa force de travail aux esclavagiste modernes.

Fumigation et Plan Colombia.

Le plan Colombie, depuis les années 2000 et avec l’aide des Nord-américains, a initié la terreur de la fumigation au prétexte d’éradiquer les plantations de coca. La firme Monsanto, macabre connaissance pour être le fabricant de l’agent orange pendant la guerre de ces mêmes Nord-américains au Viet-Nam, vend aujourd’hui à la Colombie le glyphosate, dérivé de son herbicide phare le RoudUp, un produit qu’il assure non toxique pour les mammifères comme pour l’environnement. La Colombie est le seul pays au monde à pratiquer la fumigation. Après presque une décennie de lutte anti-drogue, cette stratégie est un échec retentissant. Premièrement les chiffres officiels annoncent une réduction de 20% seulement de la surface des plantations. Deuxièmement la production a elle augmenté grâce à l’introduction d’une plante de coca transgénique nettement plus productive. Écrire dans le même paragraphe coca transgénique et Monsanto ouvre des perspectives d’investigations aux conclusions terrifiantes. Les trafiquants de drogue, s’ils possèdent l’argent en quantité, ne sont pas réputés pour être de grands biologistes en génie génétique au point de créer en quelques années une plante nouvelle par le biais d’une technique que la plus grande et plus puissante firme en génie génétique a mis des décennies à maitriser. Je dois également livrer ici un élément des plus troublants dont la véracité ne tient, pour l’instant, qu’aux recoupements de très nombreux témoignages. De nombreuses plantations de coca seraient résistantes aux fumigations, à l’instar du soja transgénique de Monsanto qui résiste à l’herbicide Roud Up. Une plante de coca transgénique résistant à l’herbicide de Monsanto ? L’étique de l’information, fut-elle révolutionnaire, ne me permet pas pour l’instant de dépasser le stade de la question, mais l’enquête est en cours. Ce qui est sur, c’est que les paysans eux sont victimes de ces fumigations, que les sols sont contaminés et inutilisables (sauf à acheter les semences résistantes de Monsanto !?), et que de plus en plus de terres sont laissées à l’abandon et rachetées par les grandes multinationales. Demain, comme au Viet Nam, les problèmes de santé augmenteront, non seulement pour le monde paysan mais pour toute la Colombie. La fumigation est un crime contre la population colombienne, et si les Etats-Unis veulent interrompre le trafique de cocaïne qui est en majorité destiné à leurs narines bourgeoises, qu’ils s’intéressent au blanchiment de cette argent sale qui se fait à plus de 90% dans leurs banques, il ne serait pas si stupide de répandre du glyphosate au-dessus du béton de Wall Street plutôt que dans les campagnes luxuriantes de Colombie.

Leçon d’une résistance campesina : ACVC (Asociacion Campesina del Valle del rio Cimitarra)

La théorie reste un concept vide tant que la pratique n’y est pas associée. Toutes ses informations et témoignages directes sont des cadeaux de grandes valeurs de tous ces colombiens et colombiennes qui luttent malgré la terreur d’État et qui partagent avec le sourire ces vies tragiques pour que cela se sache et que les morts ne soient pas vains. A Barrancabermeja, dans un appartement transformé en bunker, avec portes de sécurité et caméra de surveillance, travaillent les campesinos de l’ACVC (Asociacion Campesina del Valle del rio Cimitarra). Depuis douze ans et la création de la reserva campesina del Valle del rio Cimitara (Loi 160 de 1994 validé par un acte juridique en 2003), cette association défend les droits des campesinos, droit à ne plus être déplacés, droit à jouir du bénéfice de la terre et finalement rien de moins que le droit de vivre. La réserve compte 300 000 hectares et environs 30 000 paysans la peuplent. Dans cette réserve, il n’y a pas un hôpital, pas un collège pour les enfants, tout juste quelques écoles sans professeur attitré, qui viennent ou ne viennent pas. Une vereda est un petit village paysan, Caguï est l’un de cela, perdu sur la rive du fleuve Cimitarra, fleuve affluent du Magdalena. Depuis Barrancabermeja il faut compter une heure et demie de pirogue à moteur avant d’arriver à la lagune San Lorenzo où semble dormir paisiblement Cagüi. Défile alors toute la beauté du Magdalena Medio, ses oiseaux à gorges bleues, ses plantations de bananes ou de mais, ses petites maisons isolées aux toits de tôle et murs faits de planches de bois, parfois on croise des pêcheurs, parfois d’autres pirogues, et souvent on se sent très loin des problèmes qui pourtant sont ici présent plus qu’ailleurs.

Arrivé à la Vereda, Oscar Duque est là ; ce fier paysan d’une cinquantaine d’année, un des leaders de ACVC qui comme plusieurs de ses compagnons sort juste de prison où il a passé de long mois suite à un montage juridique visant à décapiter l’association. Mais il est là, toujours, comme les autres. Deux des compagnons sont eux toujours en prison en attente d’un éventuel procès (Andrés Gil y Miguel González Huepa). Pour tous ils sont des exemples, et ici à Caguï on respecte les hommes fiers et droits dans leurs bottes de campesinos. Avec Humanidad Vigente, un association juridique qui accompagne est protège de nombreux mouvements de résistance, non seulement ici mais aussi dans les États du Catatumbo ou de l’Arauca, il s’agit de réaliser un atelier sur la nécessité de défendre la réserve et plus encore l’occasion de connaître et valider les droits des campesinos. C’est lors d’un de ces ateliers, dans une vereda un plus éloignée (Villanueva), que l’armée à rafler le 19 janvier 2008 la plupart des leaders de ACVC. A Cagüi il y a l’électricité depuis un an, parfois cela fonctionne, parfois non. Il y a beaucoup d’enfants, curieux et dynamiques, plus vifs et plus téméraires qu’à la ville, plus endurcis, et la vérité c’est qu’à 14 ans ici on est déjà un homme. Tous vivent de la culture de la coca. Un campesino me montre ses mains et ses pieds brulés par la fumigation. Le médecin de la ville a confirmé le diagnostique et rien de plus, alors lui est revenu à la vereda, inutile, puisqu’il ne peut plus serrer les poings et donc tenir d’outil pour travailler la terre. Après la douche du matin à l’unique tuyau d’eau courante du village, l’atelier commence. Il faut finalement attendre midi parce que se déplacer est toujours compliquer ici, à cause des routes inexistantes et de l’armée qui patrouille. C’est l’occasion de partager les expériences et de confronter les problèmes. Les campesinos, malgré leur isolement déterminé par l’absence de toute politique publique sont au fait, mieux que personne, de la véritable situation du pays. Certains remettent en question les luttes et les marches de protestation ; l’un d’eux remontent jusqu’au début des années 80 et avoue qu’il ne participe plus à rien parce que à chaque fois, après quelques jours ou quelques semaines d’absence pour participer aux manifestations régionales ou nationales, il retrouve ses champs dévastés par l’armée ou les paramilitaires. Ils se plaignent de l’arrivée des semences terminator (stériles) des grandes firmes, offertes gratuitement et qui les laissent ensuite sans rien pour semer l’année suivante, sans autre choix que d’acheter de nouvelles graines aux même multinationales. Ils voudraient tous une coopérative pour vendre les produits de la terre et arrêter de cultiver la coca. Ils voudraient des crédits pour développer l’élevage bovin dans la réserve, pour pérenniser une boulangerie, pour soutenir la petite fabrique qui utilise la cane à sucre. Et surtout ils ne veulent plus se déplacer. Certains l’ont étaient jusqu’à sept fois. A chaque fois poussés par les militaires et paramilitaires, parfois comme raconte Oscar, en courant sans rien laisser derrière soi, et ce n’est pas une image, parce que les paracos sont derrière le bosquet. Alors l’importance est capitale de préserver la réserve, un droit légitime et constitutionnel arraché de longue lutte. Les discussions s’étendent tard dans l’après-midi dans la chaleur humide du Magdalena Medio. Il faut se partager ceux qui savent écrire pour coucher sur de grandes feuilles les conclusions du jour avant que la nuit tombe.

Le soir autour du repas de yucca et de poissons frits, personne n’est dupe du projet des gouvernements et de la situation : « ils veulent faire de nous des salariés de misère comme les coupeurs de cane à sucre ! » ; Le soir autour d’une tasse de café se racontent les histoires d’ici ; les amis qui ont sauté sur des mines anti-personnel que les paramilitaires disséminent dans les champs, les balles perdues, les incendies criminels jamais résolus dans la réserve, les compagnons qui ne reviennent pas et que la brigade du coin affirme avoir tué lors de combat contre la guérilla, les vers dans la viande qu’on sert au prisonnier politique et les jeunes qui sont partis à la montagne. Partir à la montagne, al monte, cela veut dire rejoindre la guérilla. Il n’y a pas de meilleur endroit, ici, au milieu des campesinos, pour faire la part du vrai et du faux sur la guérilla. Il faut savoir écouter et lire dans les yeux quand ils parlent de leur guérilla. Bien sur que c’est une guerre et que dans une guerre les soldats tuent et meurent, les civils sont en premières lignes et les erreurs de jugement sont des tragédies. Bien sur. Mais la guérilla, en nombre, est plus forte que jamais, parce que c’est la meilleure chance de survie pour un jeune, homme ou femme, et parce qu’ici, au cœur de la tragédie colombienne, il n’y a aucun doute sur le droit à l’insurrection. Je sais d’un campesino de ACVC qui a tenu a me parlé longuement de la guérilla, afin de partager plus loin que la mer les vérités qu’on étouffe, que la guérilla est d’une grande valeur morale, qu’aucun paysan ne la craint et que la justice rendue sur son territoire est toujours respectueuse des campesinos.

La situation de la réserve del Valle del rio Cimitarra est des plus précaires. Sa légitimité constitutionnelle a été balayé par un décret de Alvaro Uribe arguant de mouvement de la guérilla, ce qui est infirmé par tous les concernés, puisque celle-ci s’est repliée depuis quelques années du fait de son infériorité militaires et tactiques face aux technologies Nord-américaines importée du Plan Colombia. L’armée a pris position et les dérapages n’ont pas tardé. La situation c’est encore dégradée en 2007, quand à la suite de l’assassinat par l’armée d’un jeune paysan, comme toujours ensuite déguisé en guérillero, plus de 350 paysans ont fui pour se déclarer en campement humanitaire. ACVC a courageusement gérer la situation et contacter les autorités. Des représentants de l’État sont passé, et même le président Uribe, histoire de serrer quelques mains et de passer au journal du soir comme un président à l’écoute du peuple, et qui n’a pas peur d’aller dans les zones rouges. Pourtant la situation n’a pas évolué. Ou plutôt si, quelques mois après, les principaux leaders de ACVC, ceux la même qui avaient négocié avec le gouvernement et ses représentants ont tous été incarcérer. Mais les campesinos résistent, et cette fois n’ont, ils ne fuiront pas, ils défendront la réserve, leur droits et leur leaders. Rien de mieux à ajouter que le slogan de ACVC : ACVC défend la réserve paysanne, défendons ACVC !

En conclusion il ne faut pas se tromper sur l’enjeu majeur des luttes paysannes, en Colombie comme dans les autres pays mal nommés en voie de développement. La stratégie capitaliste laisse derrière elle des hécatombes humaines et une destruction irréversible de la planète. Il ne s’agit pas seulement d’un combat régional de telle ou telle communauté mais bien d’une lutte internationale contre le saccage des ces multinationales et de leurs collaborateurs locaux. Les consortiums alimentaires détiennent dans leurs mains la macabre possibilité de réduire l’humanité à néant en quelques décennies ; la famine gronde déjà et la loi des armes impose le silence sur ce trafique insensé ; on meurt de faim dans les campagnes les plus riches du monde, on meurt d’épidémies suspectes liées à des produits imaginés dans les usines des pays du Nord ; la crise économique, la crise alimentaire, et pourtant toujours les mêmes têtes et les même remèdes, bien loin de la solution pourtant évidente, une révolution qui atteindrait tous les domaines, dans le but de construire un monde meilleur.

Archibald EMOREJ

pour Le Grand Soir http://www.legrandsoir.info

Informations complémentaires :

http://www.prensarural.org/spip/spip.php ?mot96

http://www.humanidadvigente.net/

 

 

 

 

Horizons de Colombie (II)

Potosi, Semence de résistance communautaire.

arton7499-f3de9 dans VISAGES DE LA RESISTANCE

EMOREJ Archibald

Avec les communautés indigènes et les communautés paysannes, des quartiers des villes Colombiennes résistent aussi à la pression de l’État ultra-capitaliste et au dénie de l’histoire ancestrale du Pays. Dans le quartier de Ciudad Bolivar, connu pour ses violences policières, ses disparitions de jeunes et sa problématique de pauvreté, vit et se développe le projet alternatif d’un commerce juste et d’une production d’aliments ancestraux, pour l’indépendance alimentaire, la lutte pour la récupération de la mémoire et le combat contre la fatalité voulue par l’oligarchie.

Là-haut sur la colline de Potosi, au Sud de la capitale, les rues sont de terre et de pierre, les orages semblent gronder à quelques mètres seulement de vos oreilles, et d’un regard on embrasse l’horizon de Ciudad Bolivar, ce quartier fameux, tristesse du Libertador, qui concentrent les problèmes d’un pays submergé par les déplacements forcés, d’un pays meurtri par une oligarchie hautaine et lointaine, d’un pays soumis aux diktats des pensées et des armes paramilitaires. Ici, dans les collines oubliées, 76% des familles vivent sous le seuil de pauvreté. Mais les gens vivent quand même. Les gens de Ciudad Bolivar, ce quartier de un million d’habitants qui n’existait presque pas il y a vingt ans, est un patchwork des souffrances de la Colombie, une évidence de la guerre, la guerre des armes et la guerre économique. Les anciens se félicitent de l’eau courante et de l’électricité, des bus qui passent enfin, et même des quelques services publiques, une cantine communautaire par ici, une école par-là, des jardins d’enfants sans jardin, et puis le silence. Parce que Potosi reste un quartier ennemi de l’État, avec sa gigantesque base militaire cachée derrière la colline, avec ses paramilitaires qui font la loi et gribouillent les portes des leaders communautaires de leur sale sigle : AUC. On vous dira, plus bas dans la ville, là où l’on croit les journaux, que les paramilitaires n’existent plus puisque l’État les a démantelé et gracieusement remercié. On vous dira que l’armée et les paramilitaires ce n’est pas la même chose. Pourtant le mois dernier de nombreux jeunes disparaissaient encore, évidemment (évidence macabre) retrouvés à plusieurs centaines de kilomètres déguisés en guérilleros (habitude macabre). Cette fois cela n’est pas passé, l’armée est mise en cause, des généraux et des soldats sont accusés. Exception, pour beaucoup espoir d’une brèche dans la sainte impunité de l’alliance parapolitique-narcotrafique. Les familles de Potosi pleurent leur morts, la société bien pensante s’étonne, et le gouvernement parle de moutons noirs. Affaire à suivre pour ceux qui sont si loin de tout cela, pour ceux d’en bas qui croit les journaux.

Mais Potosi ce n’est pas que cela, la Colombie cela n’est pas que ces lâches armés jusqu’au dents, ces militaires bêtes et saouls, ni ses politicards corrompus jusqu’au narcotrafique, ni ces bourgeois qui vendent chaque bout de terre aux puissances étrangères. Non, Potosi c’est le contraste d’une communauté qui vit et s’organise, qui s’inquiète plus de retrouver son histoire et sa culture ancestrale que de se prostituer aux théories capitalises importées. A Potosi, descendu du bus qui s’essouffle dans la cote, il faut marcher encore un peu, grimper encore vers cette colline qui semble la dernière, celle qui semble embrassée le ciel, celle qui domine toute la ville, il faut passer devant ce jardin d’enfants, les saluer et les voir chuchoter devant l’étranger de passage, il faut sourire avec eux une fois faites les présentations, et alors, l’autre Potosi est prête pour la découverte.

Alegria de vivir, c’est le nom du jardin d’enfant édifié en pente, avec salle d’étude, jeux de plein air et une cuisine. Du jardin d’enfant on passe au jardin vert, le potager et verger accrochés à la pente. Luz Dary Ayala, une des leaders de la communauté est notre guide au travers des fruits et légumes, des bacs à humus où grandissent les lombrics, des digues de bois qui retiennent la terre. Parce que ici tout est naturel, sans aucun recours aux produits chimiques, et tant pis si les escargots voraces dévorent les feuilles de salades. Ce n’est pas de l’agriculture biologique, non, c’est de la culture ancestrale. Le projet « Delicias del Sur », initié par la communauté et par le collège libre ICES (Institut Cerros del Sur), est de promouvoir une alimentation saine, de retrouver la tradition des anciens, d’approcher l’autosuffisance alimentaire pour la communauté et en priorité les enfants, tout en développant des alternatives au commerce, comme le troc et l’échange de savoir. La quinoa, cette céréale ancestrale oubliée au profit des produits d’importation comme le blé et le riz, est l’un des aliments sains sur lequel la corporation base son activité. Cette plante traditionnelle andine est un concentré de vitamine et de protéine, et la chocoquinoa, une de ses multiples variantes, devrait être un aliment de base pour les enfants. C’est un travail patient de récupération des valeurs indiennes, le tri et la protection des semences et la recherche de terre pour développer les jardins dans tout le quartier. Au-delà de ces principes, ce projet permet de fédérer la communauté, populations déplacées par la guerre et les grandes multinationales, principalement d’origine paysanne, qui souffre d’être enfermée dans le béton d’une ville qui les rejette, les cloue à la pauvreté et les criminalise. Le projet de commerce, si loin des illuminations gouvernementales et de ses plans capitalistes, rentre en conflit permanent avec les implantations de grandes surfaces voulues par l’État et la privatisation des circuits de distribution alimentaire. Ceux qui croient les journaux devraient le savoir, la Colombie de ces 15 dernières années est la championne du néo-libéralisme sauvage, et ce n’est pas une image. C’est dans ce quartier de la ville que j’ai vu pour la première fois dans la capitale sur la porte des leaders de la communauté ce sigle des paramilitaires, ce sigle qui n’a rien à envier à la croix gammée : AUC. Demain cette infamie sera une vérité et les monstres paieront, aujourd’hui c’est une gangrène sans contrôle sous la protection des pontes du gouvernement. Malgré cela Potosi s’organise donc, au travers de ce projet vaste basé sur le renforcement de la communauté au travers de l’autosuffisance alimentaire et la mise en valeurs de sa mémoire ancestrale. Un peu plus haut que le jardin, un grand bâtiment bleu est posé, presque, cette fois, au sommet de la colline. C’est le dernier bâtiment, derrière c’est la nature. Ce bâtiment bleu c’est le collège ICES, un projet, encore de la communauté, de plus de 23 ans, qui débuta alors comme une simple cabane où recevoir les enfants et développer le soutien scolaire et l’entraide communautaire. Aujourd’hui c’est un vaste ensemble pouvant accueillir 1000 personnes, un espace libre, sans porte, auto-géré, ouvert à toute la communauté. Salle de classe, salle informatique, laboratoire biologique, salle de danse, de réunion…et bien sur, à coté du terrain de jeu, un jardin sous serre. C’est de là qu’est venu le projet Deliscosa del sur, et avec les leaders de la communauté, principalement des femmes, le projet vit et se développe : formation des gens à la comptabilité, à l’économie directe, au technique ancestrale de culture, à la biologie, etc,etc…. Lorsque je demande pourquoi il n’utilise pas la colline qui surplombe le collège, on me répond que cette colline et celles qui sont derrières sont propriétés de multinationales et que bientôt elles seront éventrées pour extraire du ciment…du ciment contre des fruits et des légumes. Un professeur passe. On parle rapidement des disparus du mois dernier, rapidement parce qu’un cours l’attend. Les jeunes jouent au ballon. Les jeunes de Potosi parlent et écoutent, ce ne sont pas les monstres décrits par ceux d’en bas, ceux qui croit les journaux, même si les petits de cinq ans parlent déjà comme des adolescents. Ici la vie est dure et l’espoir tout aussi tenace. Là on vit, on s’organise et on rêve à de grande chose, de grand projet, un avenir germé dans le respect du passé et dans les souffrances du présent, comme le rappel à l’entrée du collège le buste de Evaristo Bernato Castellanos, leader communautaire et instigateur de ce collège libre, assassiné en 1991.

La corporation vit des moments difficiles. Bien sur l’État ne subventionne pas ce projet qui contrarie ces plans économiques. Il manque un local pour travailler la quinoa, pour des questions d’hygiène cela ne peut se faire dans la cuisine du jardin d’enfants. Il manque des volontaires, dans ce quartier décimé par la pauvreté et le chômage, où beaucoup de mères de famille élèvent seules leurs enfants, il est difficile de s’investir dans une activité qui n’assure pas un salaire minimum. Il faut également des lieux de stockage, non pas que la production soit une obsession de Delicias del sur, mais c’est bien grâce à leur produit, leur mode de fabrication et les liens de solidarité et fraternité qui l’entoure que l’indépendance non seulement alimentaire mais aussi culturelle prendra son envol. Pour cela aussi existe le projet de construire un marché, lieu d’échange, de troc et de partage du savoir, de l’histoire de la culture, de l’histoire de la Colombie, celle qui ne s’apprend pas dans les journaux ni dans les livres de l’éducation nationale. Pour cela aussi il faut souligner le travail de grande valeurs de toute ces communautés, des associations comme Humanidad Vigente, association d’accompagnement juridique qui se bat et défend les victimes de violations des droits de l’Homme à travers tout le pays, qui soutiennent ce projet, s’éloignant un peu de l’image triste de cette colline, là-haut sur les hauteurs de Ciudad Bolivar.

Avant de quitter Potosi, c’est impossible de ne pas boire le café noir offert par Luz Daria. Parce que les colombiens sont comme cela, si loin des clichés de ma lointaine Europe. Au mur de son salon il y ce tableau de Delacroix, La Liberté guidant le Peuple. La Colombie est une terre de partage, ces habitants coupés du monde par la propagande sont curieux de l’ailleurs. On me demande, comme souvent, si la pauvreté existe dans mon pays. Je regarde cette Liberté passée, ce rêve de Liberté, et un peu honteux j’avoue. Bien sur, il y a des problèmes, des déplacés économiques des pays pauvres du sud qui embrasent, parfois, les cités populaires, des sans maisons perdus dans la ville intransigeante… mais rien de pareil, rien de semblable, rien de systématique… et j’avoue aussi ma responsabilité collective, le cœur gonflé de cette balade à Potosi, que le mal vient aussi de mon pays, de ses multinationales sans âmes, ses banques capitalistes, ses contracteurs de paramilitaires et ses penseurs du saccage, qui ici, à Potosi se payent comptant. La Colombie est ainsi, comme le monde d’aujourd’hui, couleurs et noirceur, tristesse et espérance. Et s’ils n’ont pas besoin des étrangers pour récupérer leur mémoire volée, s’organiser et organiser leur futur, les multinationales étrangères elles n’ont plus n’ont pas le droit, cette fois non, de venir saccager ce projet du nouveau millénaire, et rappelez vous, occidentaux révoltés et révolutionnaires, qui si vous vous pensez trop loin de la Colombie pour agir, rappelez-vous que vous êtes surement plus près du siège de ces multinationales qui pillent ce beau et fier pays, de ces multinationales qui payent les paramilitaires pour assassiner la jeunesse et les leader sociaux, alors si la rage positive vous donne des envies de lutte, vous savez ce qu’il vous reste à faire, un jour ainsi vous serez reçu avec toute l’hospitalité colombienne, là-haut sur la colline de Potosi, pour partager avec toute la communauté des galettes de quinoa et un jus de mora du jardin Alegria de Vivir.

Archibald EMOREJ

Novembre 2008.

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Regards africains sur la « première guerre du siècle » , par Jean-Marc ELA in Le Monde diplomatique , septembre 2002

Posté par issopha le 19 décembre 2008

 

Regards africains sur la « première guerre du siècle »

par Jean-Marc ELA in Le Monde diplomatique , septembre 2002

 

« Après ce funeste 11 septembre, écrit un jeune Camerounais dans le journal Regard nouveau  (1), les Etats-Unis d’Amérique ont transformé leur ambassade à Yaoundé en véritable blockhaus. La descente qui côtoie le Centre culturel américain de même que les deux axes qui communiquaient avec le carrefour Abbia sont complètement obstrués, rayés de la circulation par l’Oncle Sam, paralysant du même coup l’activité commerciale dans cet important secteur de la capitale, et les automobilistes sont obligés d’effectuer de longs détours pour contourner le no man’s land américain. Difficile d’imaginer l’arrogante Amérique laisser quelque pays que ce soit ériger un mini-Etat au beau milieu de Washington… » Cette réaction exprime, en dépit des mythes fascinants que véhicule un cinéma de pacotille au fond des bidonvilles en expansion, le ras-le-bol des populations du Cameroun, considéré comme une « Afrique en miniature ».

Face à l’arrogance avec laquelle les Etats-Unis tentent d’imposer leur domination jusque dans le rapport au sol en territoire étranger, on comprend les « larmes de crocodile » des Camerounais : s’ils n’ont pas caché leur indignation devant la terrible tragédie du 11 septembre, ils y ont vu « un châtiment de Dieu », et ils se demandent si les Américains s’inquiètent, eux, « quand il y a des génocides en Afrique  (2) ». Dans la rue, au bureau, la perception des attentats de New York et de Washington est liée à la mémoire des horreurs que la puissance américaine a fait subir à de nombreux peuples : « Les Américains et leurs alliés, dit-on, ne se posent jamais de questions lorsque, au nom de la démocratie et de la liberté, les populations civiles sont prises pour cibles lors des bombardements punitifs »…

Il est vrai que ces attentats ont frappé le noyau central de la « civilisation occidentale », les Etats-Unis. Mais, après les bombardements américains en Afghanistan, peut-être le moment est-il venu de retrouver l’« honneur de penser ». Ce qui domine dans l’opinion mondiale, c’est le point de vue du Nord. Loin d’être innocent, il sert d’alibi aux pays riches pour imposer un système de sécurité de la mondialisation libérale. Il importe pourtant de procéder à l’inversion du regard à partir des « damnés de la terre », afin de repenser les relations internationales.

Au moment où l’Occident s’américanise  (3), il faut se demander s’il ne se réapproprie pas la culture de cow-boy qui ressurgit au pays de l’Oncle Sam, quand M. Bush s’engage dans la « première guerre du XXIe siècle », en réactualisant l’esprit du Far West pour traquer « partout où elles se trouvent » les forces du Mal  (4).

Les politiques sécuritaires élaborées sous la tutelle de Washington ne tolèrent aucune dissidence, sous prétexte de combattre le terrorisme. Ainsi, pour faire plaisir à l’Amérique et recevoir une aide économique, des dictateurs africains s’aplatissent, prétendant dénicher des « cellules d’Al-Qaida » après avoir « ben ladenisé » leurs rebelles locaux, cherchant ainsi à échapper aux critiques des organisations de protection des droits de la personne.

Au-delà du continent noir, ce défi pose la question de l’Etat de droit dans une ère de conquête des ressources stratégiques où les puissances hégémoniques et assoiffées d’or noir font la loi. Aussi, en rupture avec les références à la « nébuleuse islamique », qui ouvrent la porte à toutes sortes d’amalgames susceptibles de réveiller les vieux réflexes de l’histoire des croisades, il faut resituer les événements dans le contexte de la politique étrangère des Etats-Unis pour en saisir le sens et le message.

En fait, l’histoire doit retenir que les attentats de New York et de Washington ont fait voler en éclats le mythe de l’inviolabilité de l’Amérique, déjà mis à mal, en février 1993, lors de l’attentat d’Oklahoma City. Ce qui est ébranlé en profondeur, c’est la croyance à un imperium érigé par les Etats-Unis sur toute l’étendue de la terre. Dans l’après-guerre froide, les Américains étaient habités par la conscience d’être le « dernier empire ». Depuis le 11 septembre, « les gens apprennent à vivre avec le doute et la peur  (5)  ».

Après avoir détruit ailleurs des vies humaines plus qu’on ne l’aurait imaginé et semé la terreur dans les pays où, avec l’aide de la CIA, ils ont appuyé, armé ou mis en place des régimes militaires et des dictatures sanguinaires en humiliant des peuples entiers et en brisant avec violence les mouvements de lutte pour la liberté et la démocratie  (6), les Etats-Unis se retrouvent fragiles comme les autres peuples de la terre.

Tout indigène est suspect

Dès lors que le géant tremble et que le héros se comporte en victime, n’est-ce pas tout le monde occidental qui vit désormais dans l’inquiétude ? Mais face à l’ennemi invisible et sans territoire, l’avenir est-il dans le resserrement des frontières ? Dans un monde d’inégalités et de conflits où le flot d’immigrés et de réfugiés n’est pas près de se tarir, à qui profite le mur de Berlin qu’on reconstruit au sein de l’Occident ? Devant ce défi, il semble nécessaire de repenser le rapport à l’autre, en l’occurrence l’Africain ou l’Arabe, en rupture avec les mythes et les préjugés qui, comme le montre Edward Said, les ont vidés de leur humanité dans le contexte de l’expansion coloniale  (7). En outre, une question s’impose : les puissances politiques et économiques qui dépensent des milliards de dollars dans l’armement peuvent-elles résister à l’état de guerre, dès lors qu’elles s’installent dans la peur de voir s’écrouler les fondements de leur hégémonie ?

Secoués, les Etats-Unis, qui nourrissent la prétention de devenir le gendarme de la planète, risquent de sombrer dans une paranoïa contagieuse, avec la création de périmètres de sécurité destinés à enfermer les « barbares » dans leur enclos. En examinant les lois musclées adoptées dans la lutte contre l’« axe du Mal », on doit s’inquiéter des effets néfastes de ces mesures pour les pays du Nord eux-mêmes. Qu’il suffise de souligner la tendance à gouverner par l’inquiétude en entretenant un imaginaire de menace à travers les dispositifs sécuritaires qui portent atteinte aux libertés fondamentales. Remarquons aussi les pouvoirs accrus accordés aux policiers. On s’oriente vers un Etat répressif qui s’autorise à faire irruption dans la vie privée en justifiant le contrôle du courrier postal et électronique au nom de la lutte contre le terrorisme.

Les gens venus d’ailleurs risquent de se faire matraquer par des policiers qui agissent en toute impunité et se comportent comme s’ils étaient au-dessus des lois quand il s’agit de défendre l’ordre marchand. L’autre qui vient du Sud est la cible de l’arsenal répressif mis en place par les gouvernements qui lient crime et immigration. Pour les cerbères qui veillent à la porte du Temple, le soupçon est de rigueur sur tout indigène débarquant dans un aéroport européen et nord-américain, où porter le turban, le boubou ou la djellaba est devenu un risque énorme. Tout se passe comme si venir d’au-delà de la Méditerranée était synonyme d’appartenance à un réseau terroriste. On doit s’interroger sur le retour à la barbarie en Occident.

Au-delà des schémas usés, il faut poser les rapports du monde occidental et des pays du Sud en termes de peuples vieux et de peuples jeunes dont l’irruption dans l’histoire est un mouvement irréversible à l’ère des nouvelles mobilités. Dans cette direction, aucun Etat, si puissant soit-il, ne peut échapper à la nécessité de se regarder lui-même afin d’exorciser les monstres qui l’habitent. La véritable riposte aux attentats du 11 septembre, c’est la remise en question de l’attitude des pays riches à l’égard des humiliés de la terre.

Remarquons la fatigue des pays riches face à la clameur des pauvres. Malgré les cris d’alarme sur l’expansion du sida, le sort des pays contraints de vivre en bordure du monde demeure l’urgence oubliée. « D’abord le terrorisme, plus tard la pauvreté », ont, en substance, déclaré les ministres des finances du G 20 réunis le 16 novembre 2001 à Ottawa. Au sommet du G8 à Kananaskis (Alberta), les 26 et 27 juin 2002, le projet de voir les pays riches accorder à l’Afrique plus de la moitié de leurs nouveaux budgets d’aide s’est heurté au mur américain. Or toute alliance contre le terrorisme n’a de sens que si elle s’emploie à réduire l’immense terreau dont il se nourrit. Ce terreau est fait de pauvreté et d’injustice. On ne peut continuer à mener l’humanité vers de telles inégalités.

Si la puissance ne se réduit pas au pouvoir de polluer et de détruire, de tuer et de conquérir, de confisquer et de dominer, l’Occident ne doit-il pas inventer une autre manière de vivre en participant au relèvement des peuples longtemps crucifiés ? Il ne s’agit pas de transformer ces peuples en assistés mondiaux, mais de répartir les richesses de la planète en sachant que les « damnés de la terre » ne peuvent accepter de demeurer indéfiniment les « rien du tout ». Dès lors, la sécurité n’est pas l’affaire des policiers ou des gendarmes. Elle est un fruit de la justice. Cela exige de changer de paradigme et de retrouver le désir de faire sens dans les sociétés de la grande bouffe.

Jean-Marc Ela

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Le socialisme n’est pas une utopie, mais une nécessité …

Posté par issopha le 15 décembre 2008

La crise financière mondiale – En finir avec le capitalisme ! Le socialisme n’est pas une utopie, mais une nécessité ... dans KARL MARX pointrouge

spacer dans LA CRISE DU CAPITALISME MONDIAL
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La crise financière mondiale - En finir avec le capitalisme !

La crise financière et industrielle actuelle est la conséquence de l’avarice de l’infime minorité de capitalistes qui contrôlent l’économie. Elle sera lourde de conséquences pour les travailleurs, les jeunes et les retraités.

Même pendant les années de « croissance », la précarité de l’emploi et la pauvreté se généralisaient. Désormais, la situation est encore plus alarmante.

Chaque semaine, on nous annonce de nouvelles délocalisations, fermetures et restructurations d’entreprises au détriment des salariés. Des centaines de milliers d’emplois sont menacés, tandis que les prix et les loyers ne cessent d’augmenter.

Suivant l’exemple de Bush, Sarkozy promet de soutenir le système bancaire. Cela signifie que l’Etat prendrait à sa charge les pertes dues aux pratiques spéculatives et frauduleuses des banquiers.

Mais d’où viendra l’argent de l’Etat, dont les caisses, rappelons-le, sont vides ? Soit d’une augmentation des impôts, soit d’un endettement accru de l’Etat – et sans doute des deux à la fois.

Ainsi, l’Etat empruntera massivement à des banques… pour pouvoir payer les dettes d’autres banques ! Quelle escroquerie ! Cet endettement supplémentaire servira de prétexte pour réduire les budgets de l’éducation, de la santé et des services publics.

Il n’y a pas d’argent pour financer la Sécurité Sociale ou les retraites, mais il n’en manque jamais quand il s’agit de renflouer les caisses des capitalistes du secteur bancaire !

Pendant de longues années, les politiciens, les médias et tous leurs « spécialistes » nous ont expliqué que le socialisme était mort, que le capitalisme avait triomphé, que c’était un système efficace qui assurerait le progrès social et un avenir meilleur. Il fallait tout privatiser, tout soumettre à la loi du profit et du « marché ».

Nous en voyons aujourd’hui le résultat. Les soi-disant « plans » pour « moraliser » et « réguler » les marchés ne sont que de la poudre aux yeux. Le système capitaliste est spéculatif par sa nature même. L’idée de réguler les marchés financiers est absurde.

Les répercussions de cette crise ne nous laisseront pas d’autre choix que de lutter bec et ongles pour défendre nos salaires, nos emplois, nos retraites, nos écoles et notre système de santé.

Mais aussi longtemps que nous laisserons l’économie et le système financier entre les mains d’une minorité capitaliste, il n’y aura pas d’issue. Il faut arracher au secteur privé le contrôle de l’économie en nationalisant les banques, les assurances, les organismes de crédit, l’industrie et la grande distribution – sans indemnisation pour les grands actionnaires.

Lorsque les principaux leviers de l’économie seront sous le contrôle de la collectivité, il sera possible d’établir un plan de production socialiste rationnel, où les décisions seront prises dans l’intérêt de la majorité, et non plus d’une poignée de riches parasites.

Telle est l’idée fondamentale du socialisme.

La Riposte
Publication : lundi 20 octobre 2008
  

Le socialisme n’est pas une utopie, mais une nécessité pointrouge

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Le socialisme n’est pas une utopie, mais une nécessité

Le texte suivant, écrit par Alan Woods, a été défendu par la militante communiste cubaine Célia Hart lors d’une conférence organisée à La Havane, le 10 septembre 2004, sur le thème : « l’Utopie dont nous avons besoin ». Cette réunion s’est tenue au centre Hispano-américain, dans le Malecon, avec le soutien de la société culturelle José Marti.

Un peu plus d’une décennie s’est écoulée depuis la chute de l’URSS. A l’époque, les capitalistes du monde entier étaient euphoriques. Ils parlaient de la fin du socialisme, du communisme et du marxisme. L’un de leurs stratèges, Francis Fukuyama, a même parlé de « la fin de l’histoire ».

Dans la vie d’un homme, dix années constituent une longue période. Mais à l’échelle de l’histoire, c’est très court. Or, au cours de cette très brève période historique, nous avons assisté à des transformations fondamentales. L’ordre mondial a été complètement bouleversé. A première vue, il semble que le capitalisme se soit imposé de façon décisive. Mais en réalité, c’est loin d’être le cas.

Pour comprendre la nature de notre époque, il n’est pas nécessaire d’être marxiste. Il n’est même pas nécessaire d’être très intelligent. Il suffit d’allumer sa télévision pour comprendre la dure réalité de l’époque dans laquelle nous vivons. Il y a dix ans, les capitalistes nous promettaient un monde de paix et de prospérité, grâce aux miracles du système du « libre marché » et, bien sûr, de la « démocratie ».

Aujourd’hui, tout cela n’est plus que cendres. Les perspectives des stratèges du capital se sont complètement écroulées. Où que l’on regarde, on voit la guerre, le terrorisme, le chaos et l’instabilité. La reprise économique dont ils parlent si souvent est extrêmement fragile et peut s’effondrer sous l’effet de n’importe quel accident, comme par exemple une augmentation du prix du pétrole.

D’après les apologues du capitalisme, Marx se serait trompé lorsqu’il prédisait l’inévitable concentration du capital en un nombre de mains toujours plus réduit. Mais les statistiques démontrent précisément que Marx avait raison : jamais le capital n’a été aussi concentré qu’aujourd’hui.

De nos jours, les 200 plus grandes compagnies contrôlent le quart de l’activité économique mondiale. C’est précisément ce qu’avaient anticipé Marx dans Le Manifeste du Parti Communiste – ce livre si moderne – et Lénine dans son Impérialisme, stade suprême du capitalisme.

Les critiques bourgeois rejetaient également l’idée de Marx selon laquelle le capitalisme s’accompagnait d’une paupérisation croissante des masses. Il va sans dire que, chez Marx, la notion de niveau de vie avait un caractère relatif. Or, en termes relatifs, il y a eu un accroissement colossal de l’écart entre les riches et les pauvres, y compris dans les pays les plus riches de la planète, à commencer par les Etats-Unis.

Le degré de monopolisation de l’économie a atteint des extrêmes inimaginables. Récemment, le célèbre journaliste progressiste John Pilger a cité des chiffres très éloquents : l’entreprise General Motors est désormais plus puissante que l’économie du Danemark, cependant que Ford dépasse celle de l’Afrique du Sud. Et il existe de nombreux autres exemples de ce type.

Cela signifie que la différence entre les riches et les pauvres s’accroît à un rythme vertigineux. Ne prenons que deux exemples : Tiger Woods, le joueur de golf américain, gagne davantage que tous les salariés de Nike en Indonésie. Goldman Sachs, une banque d’investissement qui ne compte que 167 partenaires, gagne chaque année 2,2 milliards de dollars – soit l’équivalent du PIB de la Tanzanie, un pays de 25 million d’habitants.

L’élargissement du fossé entre les riches et les pauvres ne se manifeste pas seulement à l’échelle mondiale, mais également au sein des pays capitalistes développés. Partout, l’insécurité sociale gagne du terrain, et avec elle la remise en cause du système. En Grande-Bretagne ou en Espagne, les manifestations contre la guerre en Irak furent les plus grandes de l’histoire de ces pays.

Dans le cas de l’Espagne, le mécontentement a directement provoqué la chute du gouvernement Aznar. On a vu récemment un phénomène similaire en Inde. Aux Etats-Unis, il y a un mécontentement croissant à l’égard du gouvernement Bush et le début de grandes manifestations.

De tout cela, peut-on tirer la conclusion que le capitalisme a résolu les problèmes du monde, qu’il n’est pas nécessaire de rechercher un autre système et que, par conséquent, l’histoire est terminée ? Une telle conclusion serait en contradiction avec la logique comme avec les faits les plus élémentaires.

Il est assez amusant de relire ce qu’écrivaient, il y a dix ans, les apologues du capitalisme au sujet de la mondialisation -une notion qui, soit dit en passant, a été développée par Marx et Engels dans les pages du Manifeste du Parti Communiste, 150 ans avant que les économistes de l’école de Chicago ne la « découvrent ». Marx et Engels expliquaient que le système capitaliste se développe nécessairement comme un système mondial. Cette brillante prédiction a été entièrement confirmée par le cours de l’histoire.

L’écrasante domination du marché mondial est un fait indéniable. Et c’est le phénomène le plus déterminant de notre époque. Il constitue la condition objective d’un monde socialiste, et devrait rendre impossible toute étroitesse d’esprit nationaliste. Malheureusement, comme l’expliquait Hegel il y de cela deux siècles, ce n’est pas la Raison qui gouverne le monde, mais les intérêts matériels.

Les propriétaires des grandes multinationales ne se soucient guère de la logique de l’histoire. Ils luttent – et lutteront toujours avec acharnement – contre les forces de progrès pour défendre leur pouvoir, leurs richesses et leurs privilèges. C’est ce que nous voyons en ce moment au Venezuela : l’oligarchie vénézuélienne, appuyée par l’impérialisme américain, s’efforce par tous les moyens de renverser le gouvernement du Président Hugo Chavez.

Certains prétendent que la victoire de Chavez au référendum d’août 2004 a tout résolu, que la révolution est irréversible, que l’oligarchie a perdu le combat, etc., etc. Mais en politique comme à la guerre, il est très dangereux de sous-estimer l’ennemi et de crier victoire trop tôt.

En réalité, l’oligarchie et l’impérialisme (qui sont les deux faces de la même pièce) ne se réconcilieront jamais avec la révolution bolivarienne, pour les mêmes raisons qu’ils ne se réconcilieront jamais avec la révolution cubaine. Ils voient dans ces révolutions un exemple dangereux, qui inspire les masses d’Amérique latine. Et il n’y a pas un seul régime capitaliste stable dans toute l’Amérique latine, de Tierra del Fuego au Rio Grande.

Il existe des gens qui se qualifient de « réalistes » – pour des raisons qui m’échappent – et qui prétendent que la révolution vénézuélienne ne doit pas exproprier l’oligarchie, parce que « cela provoquerait les impérialistes ». Toute personne raisonnable sait qu’il faut éviter les provocations. Mais en l’occurrence, cet argument n’a aucun sens. La clique criminelle de Georges Bush n’a pas besoin de provocations pour agir contre le gouvernement d’Hugo Chavez. C’est ce qu’elle fait depuis des années (ou ne l’a-t-on pas remarqué ?).

La vérité, c’est que la simple existence de la révolution vénézuélienne (ou cubaine) est déjà une provocation pour ces gens. Ils ne seront jamais satisfaits tant que ces révolutions ne seront pas détruites. Refuser de voir cette évidence serait d’une irresponsabilité criminelle.

Il y a d’autres personnes qui avancent un argument plus subtil (en réalité, un sophisme) : « dans la mesure où la révolution vénézuélienne n’est pas socialiste, mais national-démocratique, nous ne pouvons pas exproprier l’oligarchie, parce que la révolution national-démocratique doit respecter la propriété privée. » Vraiment ? Mais lors de la révolution américaine du XVIIIe, les révolutionnaires nationaux-démocatiques n’ont pas hésité à exproprier les biens de la Couronne Anglaise. Et lors de la deuxième révolution américaine (la Guerre de Sécession), Abraham Lincoln a exproprié les biens des propriétaires d’esclaves, sans payer un centime de compensation.

L’histoire démontre que la révolution national-démocratique – si elle est conséquente – ne peut pas s’arrêter, hypnotisée par le « droit » à la propriété privée. Si la révolution cubaine s’était arrêtée devant la propriété privée, elle aurait sans l’ombre d’un doute été battue. Et n’oublions pas que la révolution russe était objectivement, à ses débuts, une révolution national-démocratique, mais qu’elle a dû nécessairement passer des tâches national-démocratiques à l’expropriation de la classe capitaliste russe.

Souvenons-nous également que certains dirigeants du Parti Bolchevik (Kamenev, Zinoviev, et dans un premier temps Staline) étaient opposés à l’idée que la révolution de 1917 pouvait être socialiste. Ils critiquaient Lénine comme un « gauchiste » en rappelant le caractère national-démocratique de la révolution. Au fond, c’était là l’idée qui servait de base à la politique des Mencheviks. Ces derniers expliquaient que la classe ouvrière devait subordonner ses intérêts à ceux de la « bourgeoisie progressiste ». Lénine a toujours lutté avec acharnement contre cette idée.

La révolution bolivarienne a remporté de grandes victoires. Mais toutes ces victoires peuvent encore être liquidées. Tant que l’oligarchie contrôlera les secteurs clés de l’économie, la révolution sera en danger. Il faut reconnaître ce fait et agir en conséquence.

Disons les choses clairement. De nos jours, les deux grands obstacles au progrès de l’humanité et de la civilisation sont, d’une part, la propriété privée des forces productives, et d’autre part l’Etat-nation, cette relique du passé. Et la contradiction centrale est la suivante : d’un côté, les forces productives ont atteint, à l’échelle mondiale, un niveau de développement tel que, dans le cadre d’une planification harmonieuse et rationnelle, elles permettaient à l’humanité de régler tous ses problèmes et d’avancer vers un niveau de civilisation et de culture supérieur. Mais d’un autre côté, nous vivons dans un monde ravagé par la faim, la maladie, la violence et les guerres.

Ces phénomènes ne sont que le symptôme d’une maladie incurable, d’un système socio-économique qui a perdu sa raison d’être, qui n’est plus capable de faire progresser les forces productives et la culture comme par le passé, qui est donc entré dans une phase de dégénérescence sénile dont les conséquences menacent sérieusement la planète et l’avenir du genre humain.

Partout, l’instabilité s’accroît d’une façon inédite, à tous les niveaux : économique, monétaire, social, politique, diplomatique et militaire. Loin de stabiliser la situation, l’écrasante domination des Etats-Unis est une immense source d’instabilité. Il n’y a véritablement pas de parallèle historique à cette situation. Jamais le monde n’a été si complètement dominé par une seule puissance. Comparé à l’actuelle domination des Etats-Unis, le pouvoir de la Rome impériale n’était qu’un jeu d’enfant.

Il y a un siècle, la politique de l’Empire britannique était de posséder une flotte plus importante que les flottes combinées des deuxième et troisième puissances mondiales suivantes (par exemple la France et l’Allemagne). Aujourd’hui, les Etats-Unis, qui dépensent chaque année 300 milliards de dollars en armement, disposent d’une puissance militaire équivalente à l’ensemble de celles de la Russie, de la Chine, du Japon, de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne, de l’Arabie Saoudite, de l’Italie, de l’Inde et de la Corée du Sud.

Il s’agit d’une puissance incroyable et sans précédent. Nombreux sont ceux qui en tirent des conclusions pessimistes et affirment que « nous ne pouvons rien faire, de peur de provoquer les Etats-Unis ». Mais il s’agit d’une grave erreur. Certes, le pouvoir des Etats-Unis est colossal, mais il a ses limites, comme le prouve la situation actuelle en Irak. Malgré les armes, les satellites, les missiles et tout l’argent dont il dispose, l’impérialisme américain n’est pas en mesure de se soumettre la nation irakienne.

Les Etats-Unis ont un énorme déficit budgétaire (450 milliards de dollars). Mais ils sont forcés d’augmenter sans cesse leurs dépenses militaires. En même temps, le gouvernement baisse les impôts des riches et fait des coupes sombres dans les systèmes de retraite et de santé (Medicare). Les effets de cette politique se feront sentir après les élections de décembre [2004], quel qu’en soit le vainqueur.

La guerre en Irak coûte aux Etats-Unis six milliards de dollars par mois, sans parler des soldats qui sont tués ou blessés chaque jour. Même pour le pays le plus riche de la planète, cette situation est insoutenable. Cela mènera inévitablement à une crise au sein même des Etats-Unis, dont les manifestations seront semblables à la crise lors de la guerre du Vietnam – si elles ne sont pas plus importantes encore.

Avant la deuxième guerre mondiale, Léon Trotsky avait prédit que les Etats-Unis domineraient le monde entier, mais qu’il y aurait de la dynamite dans ses propres fondations. Aujourd’hui, nous voyons que cette prédiction était parfaitement correcte. La crise mondiale du capitalisme aura tôt ou tard un impact au sein même des Etats-Unis, ce qui donnera lieu à des situations explosives.

Longtemps, aux Etats-Unis, beaucoup de gens ont cru la propagande au sujet du soi-disant rêve américain. Mais aujourd’hui, les choses ont changé. L’avenir est de moins en moins sûr, de plus en plus inquiétant. La catastrophe du 11 septembre a, dans un premier temps, renforcé les tendances les plus réactionnaires. Mais ces effets-là se dissipent, ce qui prépare un tournant brusque dans la direction opposée.

Bien que les économistes parlent d’une reprise aux Etats-Unis, le niveau de vie de la grande majorité de la population ne progresse pas. Proportionnellement au PIB, les salaires n’ont jamais été aussi bas depuis des décennies. Le chômage stagne à de hauts niveaux. En fait, la durée moyenne du chômage continue de s’allonger. D’un autre côté, le prix du pétrole augmente toujours et le gouvernement annonce des coupes dans les retraites et la sécurité sociale. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, être malade est un luxe.

La physique classique nous enseigne que chaque action provoque une action égale et opposée. Cela vaut également pour la politique. Les soirées arrosées sont suivies d’une gueule de bois – et plus la soirée fut festive, plus les maux de tête sont gros. Dores et déjà apparaissent de clairs symptômes d’une certaine effervescence. Par exemple, le film de Michael Moore, Fahrenheit 9/11, a battu des records de fréquentation dès sa sortie aux Etats-Unis. Il y a de nombreux autres symptômes, comme par exemple les immenses manifestations contre la guerre en Irak et contre la tentative de limiter le droit à l’avortement, ou encore le rassemblement massif contre Bush devant la Convention des Républicains.

Nous sommes passés par une période de 10 ou 20 ans au cours de laquelle le pendule politique a brusquement viré vers la droite – d’abord avec Reagan et Thatcher, puis avec Bush et Blair. Mais les effets de l’effondrement de l’URSS se sont plus ou moins dissipés. Partout, on assiste à des attaques contre le niveau de vie et les budgets sociaux. Ces attaques préparent un puissant virage vers la gauche.

Ironie de l’histoire : c’est précisément à ce moment que l’on entend de toute part des gens qui demandent qu’on abandonne les « vieilles idées » du marxisme (ou du marxisme « classique » – peu importe).

Joseph Goebbels, le ministre de la propagande d’Hitler, a dit une fois : « si vous voulez mentir, ne dites pas un petit mensonge – dites-en un gros. Et si vous répétez et répétez sans cesse ce mensonge, les gens vont finir par le croire. » Malheureusement, il y a une certaine vérité là-dedans.

Les apologues du capitalisme déclinant ont d’énormes moyens de propagande à leur disposition, et ils les utilisent pour attaquer le communisme et le marxisme. Ils disent que le marxisme est mort. Mais dans la mesure où ils ont passé les 150 dernières années à dire la même chose, cela démontre en fait l’énorme vitalité du marxisme. La classe dirigeante ne consacrerait pas autant de temps, d’argent et d’efforts à attaquer des idées mortes. Au contraire, elle n’attaque des idées que lorsqu’elles sont vivantes – et dangereuses pour son système.

Le plus inquiétant, ce n’est pas que des ignorants prennent au sérieux cette propagande anti-marxiste. Le plus inquiétant, c’est que des gens qui se prétendent communistes fassent la même erreur. Dans la pratique, qu’ils le sachent ou non, ceux qui demandent une révision des idées fondamentales du marxisme font écho aux idées de la classe capitaliste, et reflètent ses pressions. Or c’est mille fois plus nocif que toute la propagande de la CIA.

Certains ont déserté le communisme comme autant de rats sur un navire en perdition. Ils sont passés avec armes et bagages dans les rangs de la contre-révolution et de la bourgeoisie – comme la plupart des vieux dirigeants du soi-disant Parti Communiste d’URSS. Aujourd’hui, ceux-ci défendent le capitalisme et bâtissent leur fortune sur la privatisation – c’est-à-dire le pillage – de l’économie nationale. Comparé à cela, la trahison des dirigeants sociaux-démocrates, en 1914, était une broutille.

D’autres, certes, n’ont pas changé de camp, mais sont cependant tellement démoralisés qu’ils radotent à longueur de journée sur la nécessité de « réviser » le marxisme. Il faut dire les choses telles qu’elles sont : une telle « révision » signifie toujours l’abandon du marxisme en tant que programme et corps d’idées révolutionnaires, et sa transformation en quelque chose de complètement inoffensif – un marxisme décaféiné, bon pour les réunions entre amis, où l’on parle du bon vieux temps autour d’une tasse. Avec de tels « amis », nous n’avons vraiment pas besoin d’ennemis !

Ceux qui parlent du socialisme comme quelque chose d’« utopique » n’ont rien compris à l’actuelle situation mondiale. Ils sont complètement désorientés, et sont immergés dans un pessimisme qui les a conduit dans le marais du scepticisme, voire du cynisme. Mais le pessimisme, le scepticisme et le cynisme ne mènent à rien de positif dans la vie, et encore moins en politique. Ils n’ont pas leur place dans les rangs du mouvement communiste !

Le marxisme repose sur la philosophie du matérialisme dialectique, qui nous enseigne que les choses changent et peuvent se transformer en leur contraire. L’effondrement de l’URSS fait désormais partie de l’histoire. Or il faut reconnaître que ce qui s’est effondré n’était pas le socialisme, comme le prétendent nos ennemis, mais une caricature bureaucratique et totalitaire du socialisme, qui a fini par saper l’économie nationalisée et planifiée établie par la grande Révolution d’Octobre.

La période consécutive à l’effondrement de l’URSS nous a fourni suffisamment de données pour répondre aux arguments des défenseurs du capitalisme. Est-ce que la situation en Russie, aujourd’hui, après une décennie d’économie de marché, est meilleure qu’avant ? Non : pour la grande majorité, c’est mille fois pire. Telle est la réalité de l’« utopie capitaliste » ! Au cours des six premières années de « réforme capitaliste », la Russie a connu le plus grand effondrement économique de toute l’histoire. Il n’y a pas de parallèle historique – à l’exception des catastrophiques défaites militaires.

Beaucoup de communistes l’ignorent (et quelques uns n’en veulent rien savoir), mais tous ces événements avaient été prédits par l’un des plus grands théoriciens marxistes du XXe siècle, Léon Trotsky, qui dès 1936 expliquait que la bureaucratie stalinienne ne se contenterait pas de sa situation privilégiée, et qu’elle finirait par se transformer en capitalistes, c’est-à-dire par privatiser les forces productives. Il en anticipait également les conséquences : « si elle n’est pas remplacée par un nouveau pouvoir socialiste, la chute de la dictature bureaucratique signifierait la restauration du système capitaliste et un baisse catastrophique de l’économie et de la culture. » Ces lignes, qui semblent avoir été écrites hier, sont extraites de La Révolution trahie, qui date de 1936.

Camarades ! Il est nécessaire et urgent de mettre un terme à la confusion, la désorientation et la dispersion du mouvement communiste. Aujourd’hui plus que jamais, nous devons unir nos rangs contre l’ennemi commun – l’impérialisme et le capitalisme. Nous devons tous nous unir pour défendre la révolution cubaine et ses grandes conquêtes : la nationalisation et la planification des forces productives. Nous devons mettre en échec l’offensive de l’impérialisme nord-américain contre Cuba et le Venezuela.

Mais le meilleur moyen de défendre ces révolutions, c’est de renforcer l’avant-garde communiste, de lutter pour défendre les idées, le programme et les méthodes authentiques de Lénine et du Parti Bolchevik. Il est nécessaire d’ouvrir un débat approfondi sur le futur du communisme, un débat ouvert à toutes les tendances qui se battent pour le communisme, contre le capitalisme et l’impérialisme. C’est le seul moyen d’avancer vers le regroupement mondial du mouvement communiste, que l’on souhaite tous.

Dans un tel débat, la contribution des camarades cubains aura sans aucun doute une énorme importance. Mais si on doit lutter pour l’unité de tous les communistes, on ne peut ignorer ces communistes qui, sans avoir abandonné un instant la défense des idées et des conquêtes du bolchevisme et de la Révolution d’Octobre, ont lutté contre le stalinisme.

Nous pensons qu’une discussion sur le futur du communisme ne serait pas complète sans une très sérieuse réflexion sur les idées de l’homme qui, aux côtés de Lénine, a dirigé la Révolution d’Octobre et créé l’Armée rouge – Léon Trotsky.

Nous avons toujours défendu la Révolution cubaine contre ses ennemis – l’impérialisme et les forces de la contre-révolution capitaliste. Cette défense est inconditionnelle. Tout ce que l’on demande, c’est que nos idées soient prises en considération. Ce sont des idées communistes, qui s’appuient fermement sur celles de Marx, Engels et Lénine.

Pour résumer : les véritables utopistes sont les réformistes qui pensent que l’humanité peut survivre et prospérer dans les suffocantes limites du système capitaliste. Cette idée est sans cesse réfutée par l’expérience. Le maintien de ce système pourrissant provoque chaque jour de nouveaux cauchemars. Il constitue une menace pour le futur même de la culture et de l’humanité. Soit on en finit avec la dictature du Capital, soit c’est elle qui en finira avec nous. Il n’y a pas de « troisième voie ».

Lénine a dit une fois : « le marxisme est tout-puissant – parce qu’il est vrai ». En dépit de tous les mensonges et toutes les calomnies des ennemis du socialisme, le marxisme n’a jamais été aussi pertinent. La nouvelle génération de militants qui se forge dans la lutte a plus que jamais besoin de ces idées.

La seule solution aux problèmes de l’humanité est le socialisme mondial. C’est pourquoi le socialisme n’est pas une utopie mais une nécessité. Comme le disait Karl Marx, l’humanité fait face une seule alternative : le socialisme ou la barbarie.

Alan Woods
Publication : dimanche 17 juillet 2005
 

Le socialisme n’est pas une utopie, mais une nécessité
Le 15 mars 2006, par ROCH
Si le socialisme est une nécessité absolu dans ce monde, il est ,pour moi, aussi une utopie. Ce n’est pas une utopie au sens qu’on lui donne aujourd’hui et qu’on lui donnait au 19s, mais c’est la vision d’un système de société fondé sur des bases encore inutilisés qui permettront de gérer les relations entre individus et entre la collectivitée et l’individu qui garantiront à chacun sa place et à l’ensemble d’avancer. Donc pour moi socialisme et utopie ne sont pas antinomiques. A part cela ce texte est juste, je pense aussi qu’il ne faut en rien modifier la théorie marxiste, mais on se doit d’analyser les nouveaux modéles sociaux créer par le capitalisme afin de sauvegarder ce système asservissant la majorité au profit d’une minorité. L’analyse des nouveaux systèmes socio-économiques par le prisme du matérialisme dialectique, surtout dans les sociétés occidentales qui se sont crées sur de nouveaux modes de production et de commercialisation, doit permettre de démontrer aux travailleurs que la lutte de classe n’est toujours pas fini et que le marxisme et le communisme sont les seules solutions pour que l’humanité ne sombre pas dans la barbarie.Le capitalisme, malgré ses transformations, porte en lui les germes de sa mort ; c’est inéluctable une fois le monde entier réduit en esclavage le capitalisme se retrouvera sans oxygéne et déclinera. A nous communistes d’accélérer le processus et de préparer une autre société.

 

 

 

Les marxistes et la révolution vénézuélienne pointrouge

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Les marxistes et la révolution vénézuélienne

Cet article a été écrit par le théoricien marxiste Alan Woods en mai 2004. Depuis, la révolution vénézuélienne a franchi une nouvelle étape, avec les premières nationalisations, la radicalisation de la réforme agraire et le débat sur le socialisme impulsé par Chavez lui-même. Cependant, ce texte – qui d’ailleurs anticipe sur ces développements – conserve toute son actualité. Il explique la façon dont les marxistes doivent intervenir dans une révolution comme celle qui se déroule au Venezuela. C’est grâce à ces idées que nos camarades du Courant Marxiste Révolutionnaire, au Venezuela, développent une influence et une autorité sans cesse croissantes au sein du mouvement bolivarien.

« Ceux qui espèrent voir une révolution sociale  » pure  » ne la verront jamais. Ces gens parlent sans cesse de révolution, sans comprendre ce qu’est une révolution. » (Lénine)

Il existe toutes sortes de marxistes : certains ont beaucoup lu, d’autres moins. Certains ont pris la peine de pénétrer l’essence de la méthode marxiste, d’étudier sérieusement la dialectique, cependant que d’autres n’en ont qu’une connaissance superficielle, et se contentent d’un déterminisme économique vulgaire qui, bien qu’il puisse servir à des fins d’agitation, est en fait étranger au marxisme.

Lorsqu’on lit des écrits « marxistes » de ce genre, on a toujours l’impression de descendre dans l’obscur sous-sol d’une bibliothèque restée fermée pendant des années. C’est plein de petits fragments de connaissances non digérées. C’est mal aéré, poussiéreux et stérile. Il s’agit d’un marxisme dépourvu de dialectique, c’est-à-dire privé de son âme révolutionnaire. Ce type de « marxisme » est dans son essence passablement compatible avec le réformisme et la passivité, puisqu’en dépit de sa terminologie radicale, jamais il ne quitte son fauteuil ni n’ôte ses pantoufles.

Cette dérive est particulièrement courante en Grande-Bretagne, où elle provient d’une longue tradition qui remonte jusqu’à Hyndeman. Elle reflète, d’une part, la tradition britannique d’un empirisme étroit et d’une aversion envers les grandes généralisations théoriques. D’autre part, elle est le fruit de la pression des idées réformistes et du côté routinier du mouvement ouvrier.

Un révolutionnaire doit « sentir » le mouvement des masses et le porter en son âme. A l’inverse, les pédants studieux ne comprennent le processus historique qu’en terme de « forces objectives » déterminant tout à l’avance. Ces gens là ne sont pas des révolutionnaires, mais plutôt d’éternels observateurs dont le point de vue est beaucoup plus proche de la notion calviniste de prédestination que de la dialectique révolutionnaire du marxisme.

L’idée de prédestination a joué un rôle progressiste dans les premières phases des révolutions bourgeoises en Hollande et en Angleterre, aux XVIe et XVIIe siècles. Cependant, elle est aujourd’hui complètement obsolète. La dialectique marxiste accorde une grande marge de manœuvre à la créativité des hommes et des femmes dans le processus historique. Seulement, elle précise qu’ils ne sont jamais tout à fait indépendants des circonstances objectives de la période historique dans laquelle ils vivent.

Un révolutionnaire doit comprendre la méthode dialectique, qui ne part pas de définitions ou d’axiomes abstraits, mais de la réalité vivante – avec toutes ses particularités, sa richesse et ses contradictions. Il doit aborder le mouvement des masses tel qu’il est, tel qu’il s’est développé historiquement, et s’efforcer par tous les moyens à sa disposition d’entrer en contact et d’établir un dialogue avec lui, de le fertiliser avec les idées du marxisme.

Celui qui n’est pas disposé à suivre les masses à travers ce processus contradictoire, et qui se contente de réciter son prêche en marge du mouvement – celui-là n’a rien d’un révolutionnaire et tout d’un pitoyable formaliste. Une approche mécaniste et doctrinaire vis-à-vis du mouvement ouvrier exclut toute possibilité d’avoir une quelconque influence sur lui.

Le facteur subjectif

Le marxisme n’a jamais nié le rôle de l’individu dans l’histoire. A certains moments du processus historique, des individus ou des groupes d’individus peuvent jouer un rôle absolument décisif. Ce que Marx expliquait – et il avait absolument raison -, c’est qu’en dernière analyse, la viabilité d’un système socio-économique donné dépend de sa capacité à développer les forces productives. Ainsi, l’actuelle crise du capitalisme mondial reflète, au fond, l’incapacité de ce système à développer les forces productives comme il le faisait auparavant.

Ce fait indéniable détermine le vaste contexte historique où se déroule le grand drame de la politique mondiale. Il détermine de façon absolue les processus généraux, il fixe leurs limites. Mais dans le cadre de ces processus généraux, il peut y avoir toutes sortes de développements contradictoires, de flux et des reflux, dans lesquels des personnalités individuelles peuvent jouer un rôle décisif. De fait, la faiblesse, à l’échelle mondiale, du facteur subjectif – de la direction révolutionnaire – est un facteur décisif, dans la mesure où cela retarde et déforme le mouvement vers la révolution socialiste.

L’absence d’une direction marxiste forte et influente est aujourd’hui le facteur le plus important, à l’échelle mondiale. La tendance marxiste authentique a été marginalisée pendant des décennies, et ne représente aujourd’hui qu’une petite minorité. Elle n’est pas encore en mesure de mener les masses à la victoire. Cependant, les problèmes des masses sont intolérables. Elles ne peuvent pas attendre l’émergence d’une direction marxiste. Elles essaieront par tous les moyens de changer la société, de trouver une voie hors de l’impasse. C’est particulièrement vrai dans le cas des anciennes colonies d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, où il n’y a aucune possibilité de faire avancer la société sur les bases du capitalisme.

En l’absence d’une tendance marxiste de masse, toutes sortes de développements particuliers sont possibles – et, en fait, inévitables. Pour comprendre la nature de ces développements, et pour distinguer à chaque étape ce qui est progressiste de ce qui est réactionnaire, une approche créative est nécessaire.

Pour un esprit sectaire, une révolution doit correspondre à un schéma préétabli. Par exemple, elle doit être dirigée par un parti marxiste. Nous sommes loin de sous-estimer, dans une révolution, l’importance vitale d’une direction et d’un parti révolutionnaires. Mais pour construire un tel parti, il est nécessaire d’évaluer de manière réaliste le stade atteint par le mouvement, et le rôle que nous pouvons y jouer. Nous reviendrons là-dessus un peu plus loin.

Le problème de l’approche sectaire, c’est qu’elle substitue aux processus vivants des formules toutes faites, des définitions abstraites et des normes universelles. En d’autre terme, il s’agit d’une approche idéaliste et métaphysique – et non matérialiste et dialectique. Elle établit une norme idéale de ce qu’est une révolution, et rejette systématiquement tout ce qui ne correspond pas à cette norme. Pour un esprit idéaliste, c’est parfait. Mais on sait bien, depuis Platon, qu’une telle perfection idéale se heurte souvent à la réalité.

Nous savons tous comment définir un être humain : il est de sexe masculin ou féminin, il a deux yeux, deux jambes – et ainsi de suite. Mais dans la vie réelle, certains être humains naissent borgnes, ou avec une seule jambe, ou aucune. Même le sexe de certaines personnes ne peut être déterminé avec précision. En fait, on rencontre souvent, dans la nature ou dans la vie quotidienne, des choses qui s’écartent des normes, et il nous faut apprendre à vivre avec, sous peine connaître toutes sortes de déconvenues.

Le succès de la révolution serait garanti, en effet, s’il existait un parti marxiste de masse, qui pourrait se placer à la tête des couches dirigeantes de la classe ouvrière et les armer d’un programme politique. Mais la construction d’un tel parti ne peut se réaliser par simple décret. L’avant-garde révolutionnaire ne peut conquérir la majorité qu’en se soumettant à l’épreuve des événements et en gagnant la confiance des masses. Cela ne peut se faire en prêchant la bonne parole à partir du banc de touche. Et avant de pouvoir influencer les masses, il faut d’abord comprendre la nature de leur mouvement, le stade qu’il a atteint, les diverses tendances (contradictoires) qui coexistent en son sein, ainsi que la direction vers laquelle il évolue. Autrement dit, il faut une approche dialectique.

La première loi de la dialectique, c’est l’objectivité absolue. Quand on étudie un phénomène donné, on ne doit pas partir d’idées ou de définitions préconçues, mais d’un examen rigoureux des faits – non d’exemples ou de digressions, mais de la réalité elle-même. Si l’on veut comprendre ce qui se passe au Venezuela, et le rôle qu’y jouent des mouvements et des individus, il faut partir des faits eux-mêmes. Une analyse dialectique doit découler d’un examen minutieux des faits et des processus, et non être plaquée de l’extérieur sur la réalité.

Telle était la méthode de Trotsky. Dans la préface de son Histoire de la révolution russe, Trotsky écrivait :

« L’histoire d’une révolution, comme toute histoire, doit, avant tout, relater ce qui s’est passé et dire comment. Mais cela ne suffit pas. D’après le récit même, il faut qu’on voie nettement pourquoi les choses se sont passées ainsi et non autrement. Les événements ne sauraient être considérés comme un enchaînement d’aventures, ni être insérés, les uns après les autres, sur le fil d’une morale préconçue. Ils doivent se conformer à leur propre loi rationnelle. C’est dans la découverte de cette loi intime que l’auteur voit sa tâche. »

Ces lignes sont une excellente formulation de la méthode dialectique. Les penseurs formalistes, à l’inverse, ne s’encombrent pas d’une étude rigoureuse des faits et des processus. Ils ne se donnent pas la peine, non plus, de découvrir les lois du mouvement d’une révolution donnée, car ils connaissent déjà – ou s’imaginent connaître – les lois de la révolution en général. Ainsi, une fois armés de cette connaissance générale, ils n’ont plus besoin de perdre leur temps à étudier les faits. Ils n’ont plus qu’à plaquer leurs idées et leurs définitions préconçues sur les faits, un peu comme un chimiste verse un liquide sur du papier pH. Si le papier devient rouge, nous avons un liquide acide ; si au contraire il devient bleu, le liquide est basique.

Une telle méthode est très simple – et même enfantine, de sorte qu’elle convient parfaitement aux petits enfants. Armé d’une connaissance aussi puissante, le formaliste peut décider d’avance si ce qui se déroule au Venezuela – ou ailleurs sur le globe terrestre – est ou n’est pas une révolution. Perchés sur les Hauteurs de l’Olympe, ils refusent d’accorder à la révolution vénézuélienne un certificat de naissance. Heureusement, la révolution vénézuélienne n’est pas au courant de cette excommunication – et s’y intéresse encore moins.

Qu’est-ce qu’une révolution ?

La faiblesse de la position des sectes sur le Venezuela – dans la mesure où elles ont une position – réside dans leurs idées préconçues sur ce qu’une révolution « devrait être », et ce alors qu’elles trahissent une complète ignorance de ce qu’est une révolution.

Qu’est-ce qu’une révolution ? Cette question élémentaire est rarement posée. Pourtant, si on ne la pose pas et qu’on n’y répond pas, on ne peut déterminer ce qui se passe au Venezuela – ni nulle part ailleurs. Comme l’explique Trotsky dans son Histoire de la révolution russe, une révolution est une situation dans laquelle les masses commencent à prendre en main leur propre destinée. Ceci est clairement le cas du Venezuela aujourd’hui. Le réveil des masses et leur participation active à la vie politique est la caractéristique la plus évidente de la révolution vénézuélienne, ainsi que le secret de son succès.

Dans le même ouvrage, Léon Trotsky – qui, après tout, s’y connaissait en révolutions – écrit la chose suivante :

« Le trait le plus incontestable d’une révolution, c’est l’intervention directe des masses dans les événements historiques. D’ordinaire, l’État, monarchique ou démocratique, domine la nation ; l’histoire est faite par des spécialistes du métier : monarques, ministres, bureaucrates, parlementaires, journalistes. Mais, aux tournants décisifs, quand un vieux régime devient intolérable pour les masses, celles-ci brisent les palissades qui les séparent de l’arène politique, renversent leurs représentants traditionnels, et, en intervenant ainsi, créent une position de départ pour un nouveau régime. Qu’il en soit bien ou mal, aux moralistes d’en juger. Quant à nous, nous prenons les faits tels qu’ils se présentent, dans leur développement objectif. L’histoire de la révolution est pour nous, avant tout, le récit d’une irruption violente des masses dans le domaine ou se règlent leurs propres destinées. »

Dans les périodes normales, les masses ne participent pas à la politique. Les conditions de vie sous le capitalisme placent sur leur chemin des barrières insurmontables : les longues heures de travail, la fatigue physique et mentale, etc. Normalement, les gens se contentent de confier aux autres les décisions qui affectent leurs vies : au conseiller municipal, aux professionnels de la politique, aux permanents syndicaux, etc.

Néanmoins, à certains moments critiques, les masses font irruption sur la scène de l’histoire, prennent en mains leurs propres destinées, et cessent d’être les agents passifs du processus historique, pour en devenir les protagonistes. Il faut être particulièrement obtus pour ne pas voir que c’est précisément ce qui se passe au Venezuela. Au cours de ces dernières années, surtout depuis le coup d’Etat manqué d’avril 2002, des millions de travailleurs et de paysans ont commencé à se mobiliser et à lutter pour changer la société. Si cela n’est pas une révolution, alors nous ne verrons jamais de révolution. Seuls les irrécupérables sectaires ne le comprennent pas.

Il faut comprendre que les masses, au Venezuela ou ailleurs, n’apprennent que graduellement à partir de leur expérience. La classe ouvrière doit passer par l’expérience de la révolution et de la crise sociale pour apprendre à distinguer les diverses tendances, les divers programmes et dirigeants. Comme l’expliquait Trotsky :

« Les différentes étapes du processus révolutionnaire, caractérisées par la substitution à tels partis d’autres toujours plus extrémistes, traduisent la poussée constamment renforcée des masses vers la gauche, aussi longtemps que cet élan ne se brise pas contre des obstacles objectifs. Alors commence la réaction : désenchantement dans certains milieux de la classe révolutionnaire, multiplication des indifférents, et, par suite, consolidation des forces contre-révolutionnaires. Tel est du moins le schéma des anciennes révolutions. »

Et il continue :

« C’est seulement par l’étude des processus politiques dans les masses que l’on peut comprendre le rôle des partis et des leaders, que nous ne sommes pas le moins du monde enclin à ignorer. Ils constituent un élément non autonome, mais très important du processus. Sans organisation dirigeante, l’énergie des masses se volatiliserait comme de la vapeur non enfermée dans un cylindre à piston. Cependant le mouvement ne vient ni du cylindre ni du piston, mais de la vapeur. »

Ces observations correspondent exactement à la situation du Venezuela, où le mouvement des masses constitue la principale force motrice de la révolution. Il est impossible de comprendre ce processus si on se limite à une analyse des dirigeants, de leurs origines de classe, de leurs déclarations et de leurs programmes. Ceux-ci sont comme l’écume de l’océan : ils ne constituent finalement qu’un reflet superficiel des courants qui agissent dans les profondeurs.

Hugo Chavez

« La dynamique des événements révolutionnaires est directement déterminée par de rapides, intensives et passionnées conversions psychologiques des classes constituées avant la révolution. » (Trotsky, Histoire de la révolution russe)

En l’absence d’un parti marxiste de masse, les forces de la révolution se sont regroupées autour de Chavez et du mouvement bolivarien. Hugo Chavez est l’homme au centre de la tourmente. On peut penser ce qu’on veut de cet homme, mais c’est lui qui a ouvert les vannes de la révolution. Il a osé se confronter au pouvoir de l’oligarchie et défier le puissant impérialisme nord-américain. Même ses ennemis et ses critiques reconnaissent qu’il a fait preuve d’un courage colossal. Et en donnant un exemple courageux, il a libéré des forces énormes, retenues pendant des générations dans les profondeurs de la société vénézuélienne. C’est là un fait d’une immense importance.

Pour la première fois en près de deux siècles d’histoire du Venezuela, les masses sentent que le gouvernement est entre les mains de gens qui souhaitent défendre leurs intérêts. Jusqu’alors, le gouvernement a toujours été un pouvoir qui leur était étranger et hostile. Elles ne veulent pas du retour des vieux partis corrompus. Les habitants des bidonvilles, les chômeurs, les travailleurs, les paysans, les indigènes et les noirs se sont arrachés à leur apathie et se sont levés. Ils ont découvert un nouveau sens à la vie, une nouveau sentiment de dignité, un nouvel espoir. Du jour au lendemain, ils sont devenus Chavistes, même s’ils ne comprenaient pas très bien ce que cela signifie.

Les masses n’ont peut-être qu’une très vague idée de ce qu’elles veulent vraiment – mais elles ont une idée très claire de ce qu’elles ne veulent pas. Elles ne veulent pas voir revenir le vieil ordre, les vieux partis corrompus et des vieux politiciens capitalistes. Elles ont goûté à la liberté et ne veulent pas le retour du vieil esclavage. Elles aspirent passionnément à un changement fondamental de la société. Voilà ce que, pour elles, le Chavisme signifie. Et dans leur esprit, ce grand rêve de changement s’incarne en un seul homme : Hugo Chavez.

Beaucoup de gens sont surpris par la ferveur – quasi-religieuse – que les masses vouent à leur président. Pour lui, elles seraient prêtes à souffrir de la faim, de la pauvreté, à sacrifier tous leurs biens et à risquer leurs vies – comme elles l’ont fait en avril 2002. Cela représente un pouvoir formidable, qui explique que Chavez ait pu déjouer toutes les tentatives de le renverser. Cependant, le véritable secret de son succès ne réside pas en lui-même, mais dans les masses, et c’est également la puissance des masses qui détermine le cours de la révolution et en constitue le principal moteur.

Les ennemis de droite de Chavez ne parviennent pas à comprendre cela, car ils sont organiquement incapables de comprendre la dynamique de la révolution elle-même. La classe dominante et les intellectuels qui se prostituent à elle n’accepteront jamais l’idée que les masses ont un esprit et une personnalité propres, qu’elles sont une force extrêmement créative, capable non seulement de changer la société, mais également de l’administrer. Ils ne peuvent pas admettre une telle chose, car s’ils l’admettaient, ils reconnaîtraient du même coup leur propre faillite et révéleraient qu’ils ne sont pas un groupe social indispensable, doué du droit divin de gouverner – mais au contraire une classe superflue et parasitaire qui fait obstacle au progrès.

Les sectaires : incapables de comprendre

Mais ses ennemis bourgeois ne sont pas les seuls à ne pas pouvoir comprendre la révolution vénézuélienne. Nombreux, à gauche (y compris des soi-disant marxistes), ont montré une semblable incapacité à comprendre ce qui se passe au Venezuela. Ces gens, qui se sont auto-proclamés dirigeants de la classe ouvrière, sont mortifiés et mystifiés par le soutien enthousiaste que les masses accordent à Chavez. Ils boudent dans leur coin, en marmonnant quelque chose au sujet du « populisme » – et démontrent une incapacité absolue à se connecter avec le mouvement réel des masses. Telle est d’ailleurs, partout, la principale caractéristique des sectaires.

Ce qu’aucun d’entre eux ne comprend, c’est la relation dialectique entre Chavez et les masses. Ils ont une approche formaliste et mécaniste de la révolution. Ils ne la perçoivent pas comme un processus vivant, plein de contradictions et d’irrégularités. Elle ne s’ajuste pas à leurs schémas préconçus sur ce que devrait être une révolution, et ils lui tournent donc le dos avec mépris. Ils sont comme les premiers européens qui ont vu une girafe, et qui se sont écriés : « Je n’y crois pas ! »

Malheureusement pour nos amis formalistes, la révolution ne se développe pas de façon harmonieuse, suivant un plan préconçu, ou à la façon d’un orchestre qui suit la baguette du maestro. Elle suit ses propres règles et obéit à ses propres lois internes. Or ces lois ne figurent dans aucun livre de cuisine révolutionnaire : elles trouvent leurs racines dans les contradictions de la société qui s’élaborent graduellement à travers l’action collective des masses elles-mêmes, lesquelles n’apprennent pas dans des manuels, mais à travers l’expérience de la lutte et à travers un douloureux processus fait d’essais et d’erreurs.

« Mais Chavez est un bourgeois », protestent-ils. Cette gens pensent toujours en termes simplistes : noir ou blanc, oui ou non, bourgeois ou prolétaire. Le vieil Engels pensait à ce genre de mentalité formaliste lorsqu’il citait les lignes suivantes de la Bible : « Que votre parole soit oui, oui, non, non ; ce qu’on y ajoute vient du malin. » Cette exigence d’une définition tranchée semble à première vue sage et raisonnable. Cependant, il n’est pas toujours possible d’exiger des définitions tranchées.

Même du simple point de vue sociologique, il est incorrect de dire que « Chavez est un bourgeois. » Hugo Chavez ne vient pas de la bourgeoisie, mais plutôt de la classe moyenne. Il se qualifie lui-même de paysan. Quoiqu’il en soit, d’un point de vue marxiste, cela n’épuise pas la question. La classe moyenne n’est pas une classe homogène. Ses couches supérieures – les riches avocats, les médecins et les professeurs d’université – sont proches de la bourgeoisie et la servent. A l’inverse, ses couches plus basses – les petits commerçants, les petits paysans et les intellectuels de rang moins élevé – sont plus proches de la classe ouvrière, et, dans certaines circonstances, peuvent être gagnés à la cause de la révolution socialiste.

Cependant, lorsqu’il s’agit de déterminer la nature de classe d’un parti ou d’un mouvement donné, les origines de classe des dirigeants ne sont pas décisives. En dernière instance, ce qui détermine la nature de classe d’un mouvement politique, c’est son programme, sa politique et sa base sociale. On peut caractériser le programme et la politique du mouvement bolivarien, en gros, comme ceux de la démocratie petite-bourgeoise révolutionnaire. En tant que tel, ils ne vont pas au-delà des limites d’une démocratie bourgeoise très avancée. La révolution a mené à bien un programme ambitieux de reformes dans l’intérêt des masses, mais elle n’a pas aboli le capitalisme. Ceci constitue sa principale faiblesse – et la plus grande menace qui pèse sur elle, à l’avenir.

La question de l’Etat

« Mais l’Etat demeure bourgeois ! », insistent nos amis formalistes. Dans la mesure où l’oligarchie n’a pas encore été expropriée et où une grande partie du pouvoir économique reste entre ses mains – oui, le Venezuela demeure capitaliste, et nous devons pareillement définir la nature de classe de son Etat. En outre, une grande partie de la vieille bureaucratie reste en place : le système judiciaire est celui dont on a hérité, la police métropolitaine agit comme un Etat dans l’Etat, et la loyauté de sections d’officiers intermédiaires n’est pas sûre. Cela signifie qu’un changement qualitatif n’a pas encore eu lieu, et que par conséquent la situation actuelle peut encore se retourner. Néanmoins, ceci ne pourra se produire sans une lutte féroce et une guerre civile.

Mais cependant, la définition générale de l’Etat vénézuélien comme Etat bourgeois ne nous dit rien sur le véritable rapport de force, sur la réalité concrète de cet Etat, ou encore sur la façon dont la situation se développe. La vérité, c’est que l’Etat vénézuélien n’est plus sous le contrôle de la classe capitaliste. Et pour tenter d’en reprendre le contrôle, l’oligarchie se voit obligée de recourir à des méthodes illégales et extraparlementaires. La majorité des Forces Armées, y compris une importante section des officiers, soutient la révolution. Cela créé d’énormes difficultés pour la contre-révolution, ainsi que des conditions potentiellement favorables pour ceux qui veulent pousser la révolution plus avant.

Plus haut, nous demandions : qu’est ce qu’une révolution ? Mais il faut aussi que nous demandions : qu’est ce que l’Etat ? Lénine (après Engels) a répondu à cette question il y a longtemps en expliquant que l’Etat est, en dernière instance, un corps d’hommes en armes (l’armée, la police, etc.). Dans les périodes normales, l’Etat est sous le contrôle de la classe dirigeante. Mais dans les périodes exceptionnelles, quand la lutte de classes atteint des sommets d’intensité, l’Etat peut acquérir un degré important d’indépendance, et s’élever au-dessus de la société. Telle est la situation aujourd’hui au Venezuela.

L’argument final des sectaires concerne les Forces Armées : « Nous ne devons rien avoir à faire avec les officiers militaires. » Il ne s’agit pas vraiment d’un argument, mais d’un préjugé stupide. L’idée qu’il est impossible de gagner l’armée à la révolution est absurde. Si c’était vrai, il n’y aurait jamais eu de révolution dans l’histoire. L’armée est constituée d’hommes et de femmes en uniformes, et en tant que tels ils peuvent être influencés par ce qui se passe dans la société. (Etre obligé de rappeler ce genre de choses est assez embarrassant, mais il semble que, de nos jours, nous ne puissions rien tenir pour acquis).

Dans toute grande révolution, l’armée est affectée par le mouvement des masses. Elle a tendance à se diviser suivant des lignes de classes. Si ce n’était pas le cas, les révolutions en général seraient impossibles. L’effervescence révolutionnaire n’affecte pas uniquement les soldats ou les sous-officiers, mais aussi une partie des officiers. Dans des circonstances particulièrement favorables, une grande partie des officiers peut être affectée et refuser de lutter pour l’ancien régime, voire passer du côté de la révolution – comme fut le cas de l’officier tsariste Tukhachevsky.

En outre, il est arrivé plus d’une fois qu’un mouvement révolutionnaire commence par le haut, avec une révolte d’une section des officiers, avant de se répandre aux masses. C’est surtout le cas des vieux régimes en faillite et notoirement corrompus. L’histoire de l’Espagne du XIXe siècle est pleine de ce genre d’événements, connus sous le nom de pronunciamiento, et qui ont souvent ouvert les vannes de la révolution. Mais il y a d’autres exemples plus récents de ce même processus.

La révolution portugaise

L’idée que la révolution bolivarienne est absolument unique n’est pas correcte. Naturellement, elle a ses particularités propres, mais elle est loin d’être unique. En fait, toutes les révolutions ont des caractéristiques communes. Si ce n’était pas le cas, il serait impossible d’apprendre quoi que ce soit d’utile des révolutions passées. Mais c’est très loin d’être le cas. Il y a exactement 30 ans, au Portugal, s’est déroulé un processus remarquablement similaire à celui du Venezuela.

En 1974, après plus d’un demi-siècle de régime fasciste, le peuple portugais renversait la dictature détestée de Caetano et s’engageait sur la voie de la révolution. Comment cela a-t-il commencé ? Par un coup d’Etat mené par des officiers de gauche. Ceci n’est pas du tout conforme à la norme : généralement, les officiers jouent un rôle contre-révolutionnaire. Mais ici, la norme a été rompue. En 1975, le théoricien marxiste Ted Grant écrivait les lignes suivantes :

« La véritable particularité de la révolution portugaise, si on la compare aux révolutions passées, réside dans l’implication de la masse des officiers de premier rang et de rang intermédiaire, et même de quelques généraux et amiraux.

« Si les pouvoirs de l’Etat, comme l’expliquaient Marx et Lénine, se ramènent au contrôle des corps d’hommes en armes, alors la décadence du régime portugais apparaît de la manière la plus flagrante. La bourgeoisie a tout misé sur son arme ultime : la répression féroce et totalitaire. En conséquence, pendant plus de deux générations, la bourgeoisie a perdu son soutien parmi la classe moyenne, puis, par contagion, dans une grande partie de la caste des officiers. La guerre insensée menée en Afrique a joué un rôle, mais elle n’explique pas tout. Le massacre, plus absurde encore, de la première guerre mondiale n’a pas poussé la majorité des officiers russes à abandonner le tsarisme. Ils n’ont pas hésité à passer à la contre-révolution et à soutenir les guerres d’intervention contre leur propre pays.

« En 1918, la révolution allemande s’est heurtée au gros de la caste des officiers. La contre-révolution hitlérienne jouissait de l’appui d’une écrasante majorité des officiers.

« Pendant la révolution espagnole de 1931-1937, 99% des officiers se rangèrent derrière Franco. Et pour revenir au Portugal, en 1926, la grande majorité des officiers a soutenu Salazar.

« Le pendule politique a violemment viré vers la gauche. Au cours des trois dernières décennies, même la petite-bourgeoisie est allé à gauche, comme le montre le mouvement étudiant. Au Portugal, l’impasse du capitalisme et la haine à l’égard des cliques du capital monopolistique, qui ont tiré leurs fortunes du sang et de la souffrance du peuple et des soldats, s’est reflétée dans l’isolement des cercles les plus riches. Ceux-ci ont profité du régime totalitaire et l’ont appuyé jusqu’au dernier moment. La haine envers ces odieux parasites s’est étendue à des couches de la caste des officiers. C’est là une indication du fait que le capitalisme a épuisé sa mission historique, et devient toujours plus un frein à la production. Ainsi, au Portugal, même l’Etat-major s’est divisé, comme en témoigne l’épisode du malheureux Spinola. »

Ces lignes pourraient avoir été écrites hier – au sujet de la révolution vénézuélienne. La tendance marxiste a expliqué ces phénomènes il y a des dizaines d’années, mais cela reste un livre clos pour tous les sectaires et tous les formalistes, qui sont par conséquent incapables de comprendre la révolution – sans parler d’y intervenir. Ils sont aveuglés par leur propre méthode formaliste, qui les empêche de voir ce qui se passe sous leur nez. Ils font constamment référence aux citations bien connues des classiques marxistes – « nous devons détruire le vieil Etat… », etc. Mais entre leurs mains, ces formulations scientifiques se transforment en clichés vides et en incantations religieuses. Au lieu de nous aider à comprendre le processus réel, elles constituent un obstacle à toute compréhension.

En 1975, dans un document sur la révolution portugaise, Ted Grant écrivait la chose suivante :

« Marx disait que, dans les écrits denses et apparemment obscurs de Hegel, on peut entrevoir les processus complexes par lesquels une révolution survient à un stade donné de l’histoire. Or, le génie créatif de l’histoire nous a offert le spectacle d’une révolution qui passe par le truchement des généraux et des amiraux ! La raison en est que le capitalisme s’était épuisé au Portugal – pays semi-colonial et semi-impérialiste – qui se trouve dans une impasse, sous le capitalisme, depuis la perte de son empire. En même temps, l’expérience de 50 ans de dictature a complètement discrédité l’option d’une dictature militaire et bourgeoise, y compris parmi certains secteurs de la caste militaire. »

« Mais la raison principale du rôle énorme qu’ont joué les militaires est la paralysie des organisations ouvrières, du fait de l’absence d’un authentique parti marxiste. Dès le début de la révolution, le pouvoir de fait a été entre les mains des travailleurs et des soldats. Le Mouvement de Forces Armées (MFA) n’a fait que remplir le vide laissé par la faillite des dirigeants du Parti Socialiste Portugais et du Parti Communiste Portugais. »

La nature a horreur du vide, dit-on, et la chose vaut également pour la société et la politique. Dans certaines circonstances, en l’absence d’un parti marxiste et révolutionnaire de masse, d’autres tendances peuvent remplir ce vide politique. Mais après que les officiers portugais ont déclenché le processus, que les vannes de la révolution ont été ouvertes, les masses et la classe ouvrière en ont jailli et ont marqué la révolution de leur empreinte. Au Portugal, toutes les conditions pour une révolution pacifique étaient réunies, surtout après le coup d’Etat réactionnaire du général Spinola, en mars 1975. Ce coup d’Etat fut très semblable à celui du 11 avril 2002, au Venezuela, et s’est terminé de la même façon. Comme l’expliquait Ted Grant :

« Face aux manifestations massives des travailleurs, les forces du coup d’Etat de droite se sont évaporées. Les parachutistes et les commandos sont en général la force la plus conservatrice de l’armée. Ils sont habituellement composés des éléments les plus aventuriers et téméraires de la population, formant une sorte de troupe de choc, la plus fiable et la dernière à se diviser (comme les cosaques, en Russie). Et pourtant, lors du coup d’Etat de mars 75, les parachutistes portugais se tournaient vers les manifestants en leur criant : « nous ne sommes pas fascistes ! » Ils ont fraternisé avec les travailleurs et avec les troupes du régiment d’artillerie. Certains leur ont même donné leurs fusils comme gage de leur bonne foi.

« Quelques heures après le lancement du coup, la base aérienne était reprise. Spinola et de nombreux officiers ayant soutenu le coup d’Etat ont fui vers l’Espagne. Le coup tournait au fiasco. Sa durée peut être estimée en minutes plutôt qu’en jours. Ce fut peut-être la tentative contre-révolutionnaire la plus grotesque de l’histoire. Mais si ce fut un tel fiasco, c’est précisément du fait de l’atmosphère brûlante de la révolution, qui n’affectait pas seulement les travailleurs et les paysans, mais aussi pratiquement toute la base des Forces Armées. Il n’y avait pas, dans tout le Portugal, un seul régiment prêt à servir les projets de la contre-révolution. »

Encore une fois, ces lignes peuvent parfaitement s’appliquer au coup d’Etat d’avril 2002, au Venezuela. Il suffit de changer les noms. Et comme au Portugal, après la défaite du coup d’Etat, il aurait été possible de mener à bien une transformation pacifique de la société. Mais cela n’a pas été fait, et une opportunité très favorable a été gâchée. Ce fait souligne la nécessité d’une direction révolutionnaire expérimentée, dotée d’une ligne et d’une stratégie claires. Ces erreurs se paieront dans le futur – et leur montant sera très élevé.

Nos amis les sectaires s’écriront triomphalement : « Ça prouve que l’on ne peut faire aucune confiance aux officiers ! » Mais ce n’est pas une question de confiance. La confiance est une catégorie morale, et non scientifique. Ce qui est décisif, ce n’est pas le caractère moral des dirigeants, mais le programme et la politique qu’ils mènent. Un grand nombre des officiers portugais étaient des hommes honnêtes, qui se sont sincèrement placés du côté des masses. Nombre d’entre eux voulaient même mener à bien une profonde transformation sociale du Portugal, mais ne savaient pas comment faire.

La véritable responsabilité de l’échec de la révolution portugaise retombe, non sur les officiers de gauche, mais sur la politique réformiste des dirigeants des Partis Socialiste et Communiste, qui à eux deux ont ruiné la révolution. Il faut ajouter que les sectes gauchistes et pseudo-marxistes ont également joué un rôle lamentable, et furent incapables de proposer une alternative aux travailleurs et aux officiers radicalisés qui, en fait, en cherchaient une.

La crise du capitalisme

Ce qui rend possible des développements de ce type, c’est la crise organique du capitalisme mondial. Il y a 29 ans, Ted Grant écrivait :

« L’un des facteurs clefs dans le développement de la révolution, c’est la démoralisation de la classe dirigeante. Aujourd’hui, dans des pays capitalistes clés, des divisions et des fissures apparaissent dans les classes dirigeantes. Elles regardent avec horreur les processus qui se déroulent en Europe et dans le monde. La plus puissante de toutes, la classe capitaliste américaine, tablait sur un siècle de domination du monde et voulait se convertir en police des pays coloniaux et capitalistes – mais elle est aussi démoralisée que les autres. »

Ces lignes s’appliquent parfaitement à la situation actuelle. La situation internationale se caractérise par une turbulence générale. Depuis 1974, de profondes contradictions se sont accumulées. Notre époque est celle des soulèvements et des tournants brusques et profonds dans tous les continents et tous les pays. Les capitalistes ont beaucoup de mal à sortir l’économie mondiale de la crise. Seuls les Etats-Unis ont connu une certaine croissance, mais celle-ci est extrêmement fragile et repose essentiellement sur la consommation, le crédit et un endettement sans précédent.

A l’échelle mondiale, le système capitaliste est dans une crise profonde. Les guerres, le terrorisme, l’instabilité sociale, politique et diplomatique sont autant de manifestations de cette crise. Les apologues du Capital s’efforcent de la présenter comme une crise conjoncturelle, un léger ajustement, une « correction ». Mais il n’en est rien. Les convulsions que nous voyons partout reflètent l’impasse dans laquelle se trouve le capitalisme. En dernière analyse, elles expriment la révolte des forces productives contres les deux grands obstacles à leur développement : la propriété privée et l’Etat-nation.

La crise s’exprime avec une force particulière dans les anciens pays coloniaux d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. Tous subissent d’énormes convulsions économiques, financières, sociales et politiques. Il n’existe pas un seul régime capitaliste stable dans toute l’Amérique latine.

S’ils disposaient de puissants partis marxistes, les travailleurs argentins, boliviens, péruviens et équatoriens auraient pu facilement prendre le pouvoir au cours de ces dernières années. Mais de tels partis n’existent pas. A la dégénérescence des IIe et IIIe Internationales s’est ajoutée la complète faillite des organisations sectaires se réclamant du trotskisme, qui ont commis toute sorte d’erreurs, aussi bien de nature opportuniste qu’ultra-gauchiste. Elles ont depuis longtemps perdu le droit d’être considérées sérieusement comme une force révolutionnaire.

En l’absence d’un puissant parti marxiste, il était inévitable que, dans les pays capitalistes sous-développés, la révolution se développe sous toutes sortes de formes particulières. C’est la conséquence du retard de la révolution socialiste dans les pays capitalistes avancés. Les travailleurs et les paysans d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine ne peuvent pas attendre. Ils doivent trouver une solution à leurs problèmes les plus pressants. Et s’ils n’ont a pas de parti marxiste à leur disposition, ils doivent chercher une alternative. La logique de ce processus est implacable.

Dans sa théorie de la « révolution permanente », Trotsky expliquait que, dans les conditions modernes, les taches de la révolution bourgeoise-démocratique ne peuvent être accomplies que par l’expropriation de la classe capitaliste. Le seul moyen de sauver la société de la stagnation, de la faim et de la misère réside dans l’abolition du latifundisme et du capitalisme. C’est l’impossibilité de développer pleinement les forces productives sous le capitalisme et le latifundisme qui fut à l’origine des révolutions coloniales. Sous le capitalisme, il n’y a pas d’issue.

Faute d’un parti marxiste, d’autres forces peuvent émerger au premier plan. Nous l’avons vu dans le cas du Portugal, en 1974-1975, lorsqu’un groupe d’officiers radicalisés délogea le dictateur fasciste Caetano et ouvrit les vannes de la révolution. Dans son article sur ce sujet, le camarade Ted remarquait la chose suivante :

« Du fait que le développement des forces productives se heurte aux éléments pro-capitalistes, qui sont subordonnés à l’impérialisme et collaborent avec lui, ces derniers sont balayés. Dans une version déformée de la révolution permanente, la caste des officiers subalternes se transforme – pour un temps – en agent inconscient de l’histoire, et réalise les taches de la nationalisation de l’économie. »

Naturellement, cette affirmation va à l’encontre de l’idée que tous les officiers sont réactionnaires et que tous les coups d’Etat sont de droite – idée qui, chez certains groupes « marxistes », a pris la forme d’un préjugé comparable à l’Arche de l’Alliance chez les juifs orthodoxes ou à l’Infaillibilité Papale chez les dévots catholiques. Si nous nous en tenions à cette idée, il aurait fallu condamner d’avance non seulement Chavez, mais également les dirigeants de la révolution portugaise. Cependant, l’histoire est trop complexe pour rentrer dans ces schémas simplistes. Mais comme le dit un vieux proverbe anglais, « les simples d’esprit aiment les choses simples. »

La révolution portugaise de 1974 est allée très loin. A l’époque, à Londres, le journal The Times a même publié un article intitulé : Le capitalisme est mort au Portugal. Cela aurait pu être vrai. Sous la pression de la classe ouvrière, le Mouvement des Forces Armées a nationalisé les banques et les compagnies d’assurance, ce qui, en pratique, signifiait 80% de l’économie. Malheureusement, les acquis de la révolution furent minés par les dirigeants des Partis Communiste et Socialiste – et l’occasion fut perdue.

Aujourd’hui nous voyons au Venezuela un processus semblable. Pendant des générations, le peuple vénézuélien a été gouverné par des partis représentant les intérêts de l’oligarchie et de l’impérialisme. Mais en 1996, il a trouvé une alternative sous la forme d’un nouveau mouvement politique – le Mouvement Bolivarien, fondé par Hugo Chavez. Le programme de Chavez était modeste : contre la corruption, pour des réformes sociales, etc. Mais il est immédiatement entré en conflit avec l’oligarchie et l’impérialisme.

Ce que nous voyons au Venezuela est une variante particulière de la théorie de la révolution permanente. Il est impossible de consolider les acquis de la révolution dans le cadre du système capitaliste. Tôt ou tard, il faudra choisir : soit la révolution liquidera le pouvoir économique de l’oligarchie, expropriera les banquiers, les capitalistes, et prendra le chemin du socialisme – soit l’oligarchie et l’impérialisme liquideront la révolution.

Chavez et les masses

Encore une fois, dans une situation où le vieil ordre établi traverse une crise profonde, où seul un changement fondamental semble pouvoir offrir une issue, mais où il n’y a pas de parti révolutionnaire de masse, toutes sortes de variantes particulières sont possibles. Dans ces circonstances, l’effervescence révolutionnaire peut atteindre les catégories sociales les plus inattendues. Nous avons déjà signalé, plus haut, que qualifier Hugo Chavez de « bourgeois » est incorrect d’un point de vue sociologique. Mais même s’il était effectivement d’origine bourgeoise, ceci n’exclurait pas la possibilité d’une évolution vers la révolution socialiste. Référons-nous une fois de plus au fondateur du socialisme scientifique. Dans le Manifeste du Parti Communiste, Marx a écrit la chose suivante :

« Enfin, au moment où la lutte des classes approche de l’heure décisive, le processus de décomposition de la classe dominante, de la vieille société tout entière, prend un caractère si violent et si âpre qu’une petite fraction de la classe dominante se détache de celle-ci et se rallie à la classe révolutionnaire, à la classe qui porte en elle l’avenir. De même que, jadis, une partie de la noblesse passa à la bourgeoisie, de nos jours une partie de la bourgeoisie passe au prolétariat, et, notamment, cette partie des idéologues bourgeois qui se sont haussés jusqu’à la compréhension théorique de l’ensemble du mouvement historique. »

Avec quelle clarté Marx s’exprimait ! Pour quelqu’un qui a réellement assimilé la méthode marxiste, qui ne se contente pas de répéter machinalement quelques formules mal digérées, ce qui se passe au Venezuela ne présente pas de grande difficulté. Ce n’est pas non plus la première fois que nous avons à faire un phénomène semblable. L’article de Ted Grant intitulé La révolution Ibérique : le marxisme et le développement historique de la situation internationale, qui date de mai 1975, commence par ces mots :

« Le marxisme serait une théorie très simple si elle ne consistait qu’à répéter les idées du passé. Les sectaires et les opportunistes des différentes sectes et groupements ignorent les méthodes et les principes qui conservent toujours leur validité, et dont les écrits grands marxistes contiennent les leçons. Ils se contentent de répéter quelques phrases glanées au hasard et s’imaginent que cela fait d’eux de grands stratèges. Les oeuvres de Marx, Engels, Lénine et Trotsky représentent pour nous un héritage précieux, et il faut que nous incitions les jeunes camarades à les étudier sérieusement. Mais elles ne nous offrent pas un plan détaillé du processus historique. »

Dans l’histoire, la réaction entre les facteurs objectifs et subjectifs est très complexe et contradictoire. Seule la méthode dialectique nous permet de démêler les contradictions de la situation au Venezuela. En l’absence d’un authentique courant marxiste, il est inévitable qu’apparaissent d’autres tendances. Et dans la mesure où la classe ouvrière ne dirige pas, d’autres classes entrent en scène. Ce n’est pas si difficile à comprendre !

La relation entre Hugo Chavez et les masses est très complexe et dialectique. J’ai moi-même pu le constater lors du grand meeting du 12 avril 2004, à Caracas. L’enthousiasme et la ferveur des masses vis-à-vis de Chavez étaient colossaux. Or, le secret de cette ferveur n’est pas à chercher dans la personnalité de Chavez, mais dans les rapports de classe. Les masses considèrent Chavez comme leur propre reflet. Elles s’identifient à lui, qui les a éveillées à la vie politique et qui a donné une voix à leurs aspirations. A leurs yeux, il personnifie la révolution. Pour les masses, Hugo Chavez et la révolution sont une seule et même chose.

Naturellement, la perception des masses est une chose, et la logique objective des événements en est une autre. Dans une révolution, les événements se succèdent à une vitesse vertigineuse, et la direction a du mal à suivre ce rythme frénétique. Pendant toute une période, le pendule vire continuellement vers la gauche. Tous les partis, courants, programmes et individus sont mis à l’épreuve. C’est pour cela que le développement de la révolution est marqué par l’ascension et le déclin de dirigeants et de partis, les courants les plus radicaux tendant à remplacer les plus modérés.

Le fouet de la contre-révolution

Les masses ne se lancent pas dans une révolution avec un plan de reconstruction sociale tout prêt, mais avec le sentiment aigu qu’elles ne peuvent plus supporter le vieux régime. Les premières étapes de la révolution se caractérisent inévitablement par une perspective confuse et incohérente. Il règne un sentiment d’euphorie, de triomphe et d’irrésistible avancée. Ceci s’accompagne de l’idée d’unité : « nous sommes tous ensemble », dans une sorte de marche universelle vers la liberté et la justice sociale.

Cependant, c’est là une illusion. La révolution se heurte inévitablement aux barrières de l’ordre social et des institutions existantes. Cela mène à des affrontements. Toute action provoque une réaction égale et opposée : cette loi vaut aussi bien pour les révolutions que pour la mécanique élémentaire. La victoire électorale de Chavez, en 1998, ne signifiait pas une révolution sociale. Mais elle a complètement bouleversé l’ordre établi et provoqué fermentation sociale généralisée. Lorsqu’elle a compris qu’elle ne pourrait pas corrompre ni faire pression sur Chavez, l’oligarchie a décidé de l’éliminer par la force. Cela a directement mené au coup d’Etat contre-révolutionnaire du 11 avril 2002.

Il y a exactement deux ans, les forces contre-révolutionnaires de l’oligarchie vénézuélienne lançaient un coup d’Etat, avec l’appui des officiers de droite au sein de l’armée. Chavez a été arrêté et une « dictature démocratique » a été proclamée. Mais les masses se sont soulevées et ont renversé le gouvernement putschiste, ouvrant la voie à de nouvelles avancées de la révolution. Et une fois de plus, les masses ont été appuyées par la section révolutionnaire de l’armée. En 48 heures, le coup d’Etat s’est écroulé comme un château de cartes.

Marx soulignait que, pour avancer, la révolution a besoin du fouet de la contre-révolution. Au Venezuela, chaque tentative contre-révolutionnaire a provoqué une réaction colossale des masses, qui ont tout balayé sur leur passage. Et chaque fois, leurs sentiments devenaient plus durs, plus déterminés et militants. L’exigence d’une action définitive pour se débarrasser des contre-révolutionnaires est devenue de plus en plus insistante : « Mano dura ! » – « Pas de pitié ! » – entendait-on souvent.

Apres l’échec du coup d’Etat, il aurait été possible de mener à bien la révolution socialiste de façon pacifique. Malheureusement, l’occasion a été manquée et les réactionnaires ont pu se regrouper et organiser une nouvelle tentative, la soi-disant « grève » de décembre 2002/janvier 2003 (en réalité, un lock-out patronal), qui a sérieusement endommagé l’économie. Cette nouvelle tentative fut mise en échec par les travailleurs, qui prirent le contrôle des usines et des installations de l’industrie pétrolière et chassèrent les réactionnaires. Là encore, cela ouvrait la possibilité d’une transformation radicale, sans guerre civile. Mais encore une fois, l’occasion fut perdue.

A présent, la société est complètement polarisée entre la droite et la gauche. Un gouffre s’est ouvert entres les classes antagoniques : riches et pauvres, chavistas et escualidos, révolutionnaires et contre-révolutionnaires se font face dans une ambiance d’hostilité permanente. La société vit dans un état d’alarme et d’agitation constante. L’air est lourd de rumeurs de coups d’Etat, de conspirations et d’agression étrangère. L’atmosphère est électrique, comme avant un orage. Et tôt ou tard, l’orage éclatera.

Les masses apprennent rapidement à l’école de la révolution. Elles tirent leurs conclusions. La principale conclusion est que le processus révolutionnaire doit aller de l’avant, affronter ses ennemis et éliminer tous les obstacles. Tel est le désir brûlant des masses, qui se heurte à la résistance des éléments conservateurs et réformistes, lesquels en appellent sans cesse à la prudence, et, en pratique, freinent la révolution. Le destin de la révolution dépend de la résolution de cette contradiction.

La révolution en danger

Désormais, la révolution vénézuélienne fait face à un choix implacable. La révolution est entourée d’ennemis, à l’intérieur comme à l’extérieur, qui luttent pour l’écraser. Pour en finir avec les forces de la contre-révolution, une politique et un programme clairs sont nécessaires. Or ceux-ci ne peuvent venir que de la tendance marxiste.

La révolution vénézuélienne est à la croisée des chemins. Au cours des deux dernières années, les masses ont mis en échec la réaction à trois reprises. Mais les forces de la réaction n’ont pas été battues de façon décisive. L’oligarchie continue de contrôler des secteurs clefs de l’économie, et complote sans cesse contre la révolution. Ces intrigues contre-révolutionnaires bénéficient de la participation active de Washington. Bush a déclaré qu’il ne trouverait pas le repos tant que Chavez ne serait pas renversé. Un général américain a récemment déclaré que le Venezuela représentait une menace pour les Etats-Unis. Ce sont là des avertissements très clairs.

L’impérialisme américain est embourbé en Irak. Cela rend difficile, dans l’immédiat, une intervention militaire directe au Venezuela, même à l’échelle de son aventure en Haïti. Mais il y a beaucoup d’autres options. Les Etats-Unis essaient d’obtenir un blocus du Venezuela par l’Organisation des Etats Américains (OEA), sur le modèle de celui de Cuba – sans succès, pour le moment. Mais aujourd’hui, la menace la plus pressante vient de la Colombie voisine.

L’impérialisme nord-américain veut utiliser la Colombie comme une base pour ses opérations en Amérique latine. Sous prétexte de « guerre contre les drogues », Washington a inondé la Colombie d’armes, d’argent et de « conseillers militaires ». Cela a complètement modifié l’équilibre militaire dans la région. Le monstrueux Plan Colombie est la couverture officielle pour une intervention impérialiste de grande échelle. Cela représente une grave menace pour la révolution vénézuélienne. Juste avant d’être éjecté par le peuple espagnol, Aznar a envoyé une quantité considérable de tanks en Colombie. Dans la mesure où des tanks sont inutilisables dans le cadre de la lutte contre la guérilla colombienne, cela ne laisse place qu’à une seule interprétation : ces tanks sont destinés à être utilisés contre un Etat voisin – le Venezuela.

Au cours de ces derniers mois, des preuves se sont accumulées de l’intensification de l’activité des groupes paramilitaires de droite sur le sol vénézuélien. Ces groupes sont les fameux « bataillons de la mort » fascistes, qui pendant des décennies ont assassiné, torturé et terrorisé la population, avec l’appui officieux de l’Etat et des forces armées colombiennes. Aujourd’hui, ils agissent comme mercenaires à la solde de la CIA. Leur objectif est l’assassinat de Chavez et l’organisation de violentes provocations pour justifier un conflit armé entre le Venezuela et la Colombie.

Dans des articles précédents, nous expliquions que l’impérialisme américain se prépare à organiser une provocation à la frontière entre la Colombie et le Venezuela. Or, après la défaite honteuse de sa campagne référendaire, l’opposition vénézuélienne est en déroute, et l’une de ses composantes, ayant fait scission, a accusé les autres de préparer un nouveau coup d’Etat. La révolution est en danger. Mais comme ce fut le cas de la Grande Révolution française du XVIIIe siècle, la menace extérieure pourrait avoir pour effet de pousser la révolution vénézuelienne encore plus loin.

Le rapport de forces entre les classes

Le rapport de forces entre les classes, au Venezuela, est toujours extrêmement favorable à la réalisation d’une révolution socialiste classique. Ce qui est nécessaire, c’est l’application énergique de la politique du front unique. Cela ne signifie en aucun cas la dissolution du mouvement ouvrier – ou de son aile marxiste – dans un « front populaire » général. Cela signifie seulement que la classe ouvrière et son avant-garde doivent conclure une alliance stratégique avec la petite-bourgeoisie révolutionnaire, les paysans pauvres et tous les autres éléments révolutionnaires de la population pour mener à bien la lutte contre l’impérialisme et l’oligarchie.

Cette politique est elle en contradiction avec l’objectif d’une révolution socialiste ? Seul d’irrécupérables doctrinaires peuvent le prétendre. De tels individus n’ont pas la moindre idée de ce qu’est une révolution socialiste. Voyons ce que disait Lénine à ce sujet :

« La révolution socialiste, ce n’est pas un acte unique, une bataille unique sur un seul front, c’est toute une époque de conflits de classes aigus, une longue succession de batailles sur tous les fronts, c’est-à-dire sur toutes les questions d’économie et de politique, batailles qui ne peuvent finir que par l’expropriation de la bourgeoisie. Ce serait une erreur capitale de croire que la lutte pour la démocratie est susceptible de détourner le prolétariat de la révolution socialiste ou d’éclipser celle-ci, de l’estomper, etc. Au contraire, de même qu’il est impossible de concevoir un socialisme victorieux qui ne réaliserait pas la démocratie intégrale, de même le prolétariat ne peut se préparer à la victoire sur la bourgeoisie s’il ne mène pas une lutte générale, systématique et révolutionnaire pour la démocratie. » (Lénine, La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, 1916)

Que signifient ces lignes ? La révolution socialiste serait impensable sans la lutte quotidienne pour l’amélioration de la situation de la classe ouvrière et des masses exploitées. C’est uniquement à travers cette lutte que la classe ouvrière peut accumuler et réunir les forces de masse nécessaires pour mener à bien la transformation socialiste de la société. Ceci n’inclut pas seulement la lutte pour de meilleurs salaires, la réduction du temps de travail, un plus grand nombre de logements, d’hôpitaux, d’écoles, etc. – mais aussi la lutte pour la démocratie. Au cours de cette lutte, la classe ouvrière a la possibilité d’en prendre la direction et, ainsi, de se placer à la tête de la nation. Sans cela, la victoire de la révolution ne serait possible ni à court terme, ni dans mille ans.

Au Venezuela, le secret du succès réside dans l’unité d’action entre la lutte socialiste de la classe ouvrière et celle des forces sociales de la démocratie révolutionnaire – les paysans pauvres, les pauvres des villes et la petite bourgeoisie révolutionnaire en général. Les ennemis de la révolution s’efforcent sans cesse de briser cette unité. Les marxistes luttent pour la maintenir. Mais ceci ne veut pas dire que nous devrions accepter la direction de la petite-bourgeoisie, ou cacher nos divergences avec elle. Comme le dit une expression espagnole : « juntos pero no revueltos » – « Ensemble, mais pas mélangés ».

Le mouvement bolivarien n’est pas un parti stalinien monolithique, mais un large mouvement de masse, composé de différentes tendances et courants. L’aile gauche, qui reflète les aspirations révolutionnaires des masses, s’efforce de pousser la révolution en avant, de dépasser la résistance de l’oligarchie et d’armer le peuple. L’aile droite (les réformistes et les sociaux-démocrates), cherche dans les faits à freiner la révolution, ou tout au moins à la ralentir, dans l’espoir de parvenir à un accord avec l’oligarchie et l’impérialisme.

En réalité, cette deuxième option n’existe pas. Il n’y a pas de compromis possible avec les ennemis de la révolution, de même qu’on ne peut mélanger l’huile et l’eau. Toute la logique de la situation tend vers un affrontement ouvert entre les classes. Le destin de la révolution dépend du résultat de ce conflit.

Face à cette situation concrète, quelle position doivent adopter les marxistes ? Devrions nous rester dans notre coin, en expliquant que, puisque la révolution est « bourgeoise », nous n’avons rien à faire avec elle ? Ceci équivaudrait à la neutralité dans la lutte entre la révolution et contre-révolution. Adopter une telle position, ce serait trahir la révolution et la classe ouvrière. Une telle politique discréditerait n’importe quel groupe ou parti. Ceux-ci seraient considérés – à juste titre – comme des déserteurs et des traîtres.

A ceux qui nous rappellent constamment que les marxistes et la classe ouvrière doivent maintenir leur indépendance, nous répondons : vous nous rappelez l’ABC du marxisme et nous vous en remercions. Mais à notre tour, nous vous signalons qu’il y a, dans l’alphabet, plusieurs lettres qui suivent A, B et C. La classe ouvrière doit bien sûr maintenir son indépendance de classe, à tout moment et en toutes circonstances. C’est pourquoi nous encourageons les travailleurs vénézuéliens à construire et renforcer leurs organisations de classe : syndicats, comités d’usine, etc.

Le même principe vaut pour la tendance marxiste. Nous sommes favorables à la collaboration avec d’autres tendances du mouvement révolutionnaire – à une condition : que les drapeaux, les programmes et les idées ne soient pas mélangés. Les idées, la politique et le programme du marxisme doivent à tout moment être maintenus et défendus au sein du mouvement. Ainsi, l’unique position correcte est la suivante :

1) Défense inconditionnelle de la révolution vénézuélienne contre l’oligarchie et l’impérialisme. 2) Soutien critique à la démocratie révolutionnaire et à Hugo Chavez contre l’oligarchie et l’impérialisme. 3) Au sein du mouvement des masses (le mouvement bolivarien), nous soutenons l’aile gauche face aux réformistes et aux sociaux-démocrates 4) Au sein de l’aile gauche, les marxistes défendront leurs idées, leur politique et leur programme. Ils lutteront pour gagner la majorité grâce à leur travail et à la supériorité de leurs idées. 5) Au sein du mouvement, il faut lutter pour bâtir de solides organisations ouvrières indépendantes et pour étendre leur influence, à commencer par les syndicats.

La nécessité d’un parti marxiste

« Il faut construire le parti ! Il faut construire le parti ! », répètent les sectaires à la façon des perroquets surexcités. Mais quand nous leur demandons comment les marxistes vénézuéliens doivent s’y prendre pour construire le parti, les perroquets deviennent soudainement plus laconiques : « Comment ? Mais en le proclamant, bien sûr ! » C’est assez amusant. Trois hommes et un chien (ou un perroquet) se réunissent dans un café de Caracas et proclament le parti révolutionnaire. Très bien. Et après ? « Nous appelons les masses à nous rejoindre ! » Excellent. Et si elles ne viennent pas à vous, et préfèrent rester dans leurs organisations bolivariennes de masse ? « Eh bien, ça, c’est leur problème ! »

Ces gens extraordinairement intelligents, qui s’imaginent que la participation des marxistes au mouvement bolivarien constitue l’abandon de la lutte pour un parti marxiste, ne font que démontrer qu’ils n’ont pas la moindre idée de la façon de construire un tel parti, ni au Venezuela, ni ailleurs. Notre approche ne comporte pas la moindre trace de liquidationnisme ou d’opportunisme, mais consiste seulement à appliquer les véritables méthodes de Marx, Engels, Lénine et Trotsky. Citons un passage bien connu d’un document fondateur de notre mouvement, le Manifeste du Parti Communiste. Dans la section intitulée Prolétaires et communistes, ont peut lire la chose suivante :

« Quelle est la position des communistes par rapport à l’ensemble des prolétaires ? Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers.

« Ils n’ont pas d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat. Ils n’établissent pas de principes particuliers sur lesquels ils voudraient modeler le mouvement ouvrier.

« Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité.

Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres ; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien. »

On pourrait croire que c’est suffisamment clair pour qu’un enfant d’intelligence moyenne le comprenne. Malheureusement, il existe des « marxistes » qui ne possèdent pas ce niveau intellectuel. Apres avoir parcouru les écrits de quelques marxistes auto-proclamés, Karl Marx a protesté et affirmé que si ce qu’il venait de lire était du marxisme, alors lui-même n’était pas marxiste. Nous imaginons bien ce qu’il a dû ressentir. Mais Marx, Engels, Lénine et Trotsky ne sont vraiment pas responsables des idioties écrites en leur nom, pas plus que Jésus-Christ n’est coupable de ce que font les évêques vénézuéliens.

La logique de cette situation a été décrite par Shakespeare dans la première partie de sa pièce Henri IV, lorsque le Gallois Gwain Glyndower, un homme d’un grand courage mais imbu de tendances mystiques, tentait d’expliquer à l’impulsif anglais Hotspur qu’il avait des pouvoirs magiques :

G : « Je suis capable d’invoquer les esprits du gouffre. » H : « Eh comment, moi aussi, et n’importe qui en est capable. Mais est-ce qu’ils viennent vraiment, lorsque tu les invoques ? »

Il est impossible de prendre au sérieux l’idée selon laquelle on peut construire au Venezuela un parti révolutionnaire en dehors du mouvement des masses. Nous préférons nous baser sur les méthodes élaborées par Marx et Engels il y a de cela plus de 150 ans – méthodes qui, comme toutes les idées fondamentales du marxisme, conservent aujourd’hui leur validité. Il est absolument nécessaire d’unir les forces du marxisme au mouvement des masses.

La classe ouvrière doit à tout moment préserver et bâtir ses propres organisations de classe, ses syndicats, ses comités d’usine, etc. En même temps, elle travaillera à construire un vaste mouvement qui inclue les couches les plus larges des masses non-prolétariennes et semi-prolétariennes. L’aile marxiste du mouvement maintiendra sa complète indépendance politique – ses propres journaux, revues, livres et brochures – et son entière liberté de défendre son point de vue. Elle travaillera loyalement pour construire le mouvement et y attirer les couches les plus larges de la jeunesse et de la classe ouvrière, tout en luttant pour gagner les éléments les plus avancés à son programme, sa politique et ses idées.

Nous ne cherchons pas à nous imposer au mouvement. Nous ne lui présentons aucun ultimatum. Notre objectif est de le construire, de le fortifier et de le pousser vers l’avant tout en armant ses couches dirigeantes des idées, du programme et de la politique nécessaires pour vaincre l’oligarchie, vaincre l’impérialisme, et débarrasser le chemin en vue de la transformation socialiste de la société. Car comme l’expliquait Lénine, une lutte consistante pour la démocratie mènera inévitablement l’expropriation de l’oligarchie et à la transformation de la révolution démocratique en révolution socialiste.

Pour le moment, il se peut que ces idées soient minoritaires. Cela ne nous inquiète pas. Nous acceptons le fait que nous soyons une minorité, et agirons en conséquence. Mais nous continuerons de défendre le programme de l’expropriation de l’oligarchie et de l’armement du peuple comme les seules garanties du succès de la révolution. Les événements nous donneront raison. Nous défendrons nos idées, et nous invitons tous les autres courants à faire de même. Seuls les staliniens et les bureaucrates craignent le débat – pas les marxistes et les démocrates révolutionnaires honnêtes.

Nous fondons fermement notre action sur le mouvement des masses révolutionnaires. A partir de leur expérience, elles apprendront la justesse de nos idées, de nos mots d’ordre et de notre programme. C’est la seule voie vers le succès !

Nous donnerons le dernier mot au grand marxiste et théoricien Ted Grant, qui a écrit ce qui suit au sujet des organisations de masse :

« De leurs rangs, du milieu les combattants de la classe ouvrière, surgiront les forces du marxisme. En dehors de ces organisations de masse, aucune substance durable ne pourra être créée. »

Le 4 mai 2004

Alan Woods
Publication : jeudi 6 octobre 2005
 

Les marxistes et la révolution vénézuélienne
Le 15 décembre 2005, par TAILLIEU Jacques
Nouveau lecteur, je viens de parcourir l’analyse concernant la révolution vénézuelienne et j’y ai trouvé des réponses aux questions qui me pesaient. Bravo. Même si la droite dure paraît avoir pris un sacré coup de massue, Je reconnais être très inquiêt par les tentatives de l’extérieur. Les USA feront tout pour briser cet élan révolutionnaire. Mon seul espoir réside dans la remobilisation des forces populaires des pays limitrophes. En étendant la révolution aux pays voisins, (et c’est ce que souhaitait le CHE)les peuples mettront un frein à la réaction de l’impérialisme américain.

Les marxistes et la révolution vénézuélienne
Le 22 mars 2006, par Roch
Ce texte démontre un des principes du marxisme pour moi qui est « la théorie est la règle et la pratique en est l’exeption » (MARX (du moins en substance)). Cela voulant dire ,pour moi, que le marxisme offre une orientation et un fil conducteur pour que les travailleurs s’émancipent, mais qu’il n y a pas de mode d’emploi type pour la révolution et que l’ont doit s’adapter au dévellopement du prolétariat et à son niveau de conscience de classe dans chaque société. Mais il faut aussi qu’une révolution de travailleurs nationaux puissent s’exporter pour qu’elle puisse continuer, on peut espérer que Chavez soit rejoint par Morales et peut-être par une grande partie de l’amérique latine et centrale (nous pourrions citer aussi le Chiappas), ce mouvement révolutionnaire sud-américain n’en est qu’à ses débuts, je le souhaite et l’espère.

 

 

 

Le déclin du capitalisme français et la lutte pour le socialisme pointrouge

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Le déclin du capitalisme français et la lutte pour le socialisme

Le texte suivant est le document de perspectives qui a été discuté et adopté par les militants de La Riposte, à l’occasion de leur congrès national, les 1er et 2 mars 2008. N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques, questions, etc., à l’adresse suivante : redaction@lariposte.com

La lutte contre le capitalisme exige, de la part des travailleurs et des jeunes qui s’y engagent consciemment et sérieusement, non seulement un programme et une maîtrise des idées du marxisme en général, mais également des perspectives. Ils doivent se doter d’une compréhension des processus fondamentaux qui sont à l’œuvre dans l’économie et dans la société, et d’une estimation du cours le plus probable des événements futurs, afin de tirer les conclusions politiques et pratiques qui en découlent. Les perspectives ont nécessairement un caractère général et conditionnel. L’élaboration de perspectives n’est pas une science exacte. Il est impossible de prévoir le cours exact des événements. Des erreurs d’appréciation sur tel ou tel aspect de la situation sont inévitables. Mais les perspectives ont une fonction importante, voire décisive. Il n’y a pas d’action révolutionnaire sans théorie révolutionnaire. Il ne s’agit pas d’un exercice académique. Les perspectives sont un guide pour l’action.

L’effondrement de l’URSS et la restauration du capitalisme en Europe de l’Est avaient donné un nouvel accès de confiance aux représentants du capitalisme à travers le monde, et en particulier aux impérialistes américains. Ils envisageaient l’avenir avec optimisme. Le capitalisme avait triomphé du « communisme » – en réalité, de régimes bureaucratiques et totalitaires qui n’en étaient qu’une monstrueuse caricature. Il n’y avait plus aucun obstacle à l’extension de la sphère d’influence de l’impérialisme américain. Le « nouvel ordre mondial » lui permettrait d’affirmer sa domination sans entraves de la planète toute entière. Tel était l’état d’esprit des impérialistes. Aujourd’hui, ce triomphalisme a complètement disparu. Partout dans le monde, il a cédé la place à une profonde inquiétude – sauf peut-être dans le minuscule cerveau de Georges W. Bush. Face aux événements révolutionnaires au Venezuela, en Bolivie, au Mexique, en Equateur, à l’instabilité sociale et politique en Afrique, en Inde et au Pakistan, aux sombres perspectives économiques des Etats-Unis et de l’Europe, à l’impasse des guerres en Irak et en Afghanistan, les capitalistes et leurs représentants politiques sont hantés par le sentiment que la situation leur échappe, à l’échelle mondiale.

L’arrière-plan économique mondial

L’intensification de la division internationale du travail est telle que la pression du marché mondial a une influence prépondérante – et, en dernière analyse, décisive – sur l’évolution interne de tous les pays, ainsi que sur les relations qui s’établissent entre eux à l’échelle mondiale. La position réelle du capitalisme français et les perspectives qui en découlent ne peuvent être déterminées qu’en tenant compte du contexte international. Ici, nous nous bornerons à souligner les aspects du contexte mondial qui influent le plus directement sur les perspectives pour la France.

La croissance économique relativement soutenue qu’ont connue les Etats-Unis, ces dernières années, s’est essoufflée. Cette croissance était qualitativement différente de la période des « trente glorieuses ». Elle s’est réalisée sur la base d’une intensification du taux d’exploitation des travailleurs, au détriment des conditions de vie de la vaste majorité de la population. Entre 1998 et 2007, la productivité des travailleurs américains a augmenté de plus de 30%. La demande intérieure n’a été maintenue que par l’endettement massif des ménages, notamment par le biais d’emprunts à taux variable, dont les subprimes. La spirale haussière des valeurs immobilières a massivement alourdi cet endettement. Mais comme nous l’avions expliqué à l’époque, il était inévitable que cette bulle spéculative éclate. Avec la saturation du marché de l’immobilier, qui est intervenue en 2007, un million de familles américaines surendettées ont été éjectées de leurs foyers.

A l’endettement des ménages américains s’ajoute celui des entreprises et de l’Etat. La dette publique américaine s’élève désormais à quelques 8 800 milliards de dollars, soit 67 % du PIB. Les guerres en Irak et en Afghanistan – que les Etats-Unis sont en train de perdre – rajoutent plus d’un milliard de dollars par semaine aux dépenses publiques américaines. Cette dette, conjuguée avec l’énorme déficit du commerce extérieur (800 milliards de dollars, en 2007), mine le dollar, qui a perdu 20% de sa valeur contre l’euro au cours des derniers mois de 2007. La baisse du dollar donne un avantage considérable aux exportations américaines au détriment des pays européens. Mais elle ne suffira pas pour résorber le déficit commercial américain, ni pour éviter un net ralentissement de la production. Malgré sa chute, le dollar est toujours surévalué.

L’entrée sur le marché mondial de la Chine, de la Russie, de l’Inde et d’autres pays « émergents » a considérablement augmenté le volume des échanges internationaux, stimulant la production à l’échelle mondiale. La Chine est un marché immense qui a permis aux puissances occidentales d’écouler une part non négligeable de leur production. De plus, les conditions de travail des salariés chinois offrent aux grandes puissances une source de main d’œuvre extrêmement rentable. Cependant, en retour, la Chine inonde le marché mondial de produits à bas prix. Pour l’année 2007, le déficit commercial de l’Europe avec la Chine avoisinait les 160 milliards. En même temps, les investissements directs à l’étranger réalisés par la Chine lui assurent une implantation de plus en plus forte sur tous les continents du monde – au détriment, notamment, des Etats-Unis et des principales puissances européennes.

De vives tensions existent entre les Etats-Unis, les puissances européennes et la Chine sur la question des taux de change. La baisse du dollar par rapport à l’euro a un impact négatif sur les économies européennes. La pénétration du marché européen par les marchandises chinoises ne cesse de progresser, renforcée par la dépréciation du yuan par rapport à l’euro. Le déficit commercial de l’Europe avec la Chine s’élève désormais à 170 milliards d’euros. Cette somme est encore plus importante que le déficit des Etats-Unis avec la Chine.

Les Etats-Unis et l’Union européenne menacent la Chine de multiplier les mesures protectionnistes à son égard. S’ils passent à l’acte, la Chine prendra elle aussi des mesures de rétorsion, privant les capitalistes européens et américains de débouchés commerciaux et d’opportunités d’investissement. De manière générale, une escalade protectionniste restreindrait le volume des échanges internationaux et précipiterait une crise de surproduction à l’échelle internationale. En Chine, cette crise serait particulièrement sévère.

En tout état de cause, avec ou sans protectionnisme, une crise de surproduction de l’économie chinoise est inévitable, à terme. La croissance du PIB chinois avoisine les 11,5%, contre à peine 1,9% aux Etats-Unis. Ce déséquilibre ne pourra pas continuer indéfiniment. La production massive l’industrie chinoise ne peut pas être absorbée par son marché domestique, malgré son développement rapide. Par exemple, seuls 30% des biens industriels produits en Chine sont vendus sur son marché intérieur. Les 70% restants doivent être vendus à l’étranger. La Chine est donc très lourdement dépendante de ses exportations. Le ralentissement de l’économie américaine et la faible croissance de la zone euro tendent à restreindre leur capacité d’absorption des marchandises chinoises. En conséquence, la Chine se dirige vers une crise de surproduction, exactement comme ce fut le cas du Japon, par le passé.

L’Europe

Dans les pays européens, la croissance du PIB – relativement faible dans la plupart des cas – a été acquise au détriment de la majorité de la population. Pour sauvegarder leurs profits, les capitalistes doivent obligatoirement réduire la part des richesses restituée, sous une forme ou sous une autre, aux travailleurs qui les ont créées. A travers le continent, la classe capitaliste mène une offensive implacable contre les services publics, les conditions de travail, les droits des salariés, des chômeurs, des retraités et des jeunes, créant au passage une masse sans cesse grandissante de pauvres. En France, par exemple, près de 7 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, selon les chiffres officiels. La réalité est sans doute plus grave encore. Sous la pression des Etats-Unis, de la Chine, la Russie et de l’Inde, le capitalisme européen n’a d’autre issue que d’imposer une régression sociale permanente.

La place qu’occupe l’Union européenne dans l’économie mondiale se rétrécie, ce qui ne peut qu’attiser les tensions entre ses pays membres. Ils s’affrontent à la fois sur le marché européen et sur le marché mondial. Les capitalistes de chaque pays s’efforcent de défendre leurs profits au détriment des autres. Ces antagonismes deviendront encore plus violents dans le cas d’une récession économique.

La réunification de l’Allemagne, en 1989, a été saluée, dans des discours officiels, par les représentants du capitalisme français. Et pourtant, ils n’avaient aucune raison de s’en réjouir. Dès avant cet événement, la RFA était la puissance dominante en Europe occidentale. Mais la réunification de l’Allemagne constituait un renforcement majeur de son poids en Europe et dans le monde. En Europe centrale et dans les Balkans, les économies planifiées, étranglées par des régimes bureaucratiques et corrompus, s’effondraient les unes après les autres, ouvrant à l’Allemagne réunifiée de nouveaux marchés et de nouvelles sphères d’influence. Le rapport de force entre la France et l’Allemagne s’est modifié à l’avantage de cette dernière. L’impérialisme allemand n’a pas tardé à faire la démonstration de ce nouveau rapport de force, en incitant la Croatie à déclarer son indépendance, au détriment des ambitions de la France dans la région.

La position dominante de l’Allemagne en Europe trouve également son expression dans la politique monétaire de la BCE, dont les ajustements successifs répondent avant tout aux besoins de l’impérialisme allemand. Lorsque Sarkozy a demandé une baisse des taux d’intérêts pour favoriser une dépréciation de l’euro et palier à l’effondrement de la balance commerciale française, il a essuyé un « non » catégorique et sans appel. L’Allemagne affiche un excédant commercial important (162 milliards d’euros en 2006, contre un déficit, pour la France, de 29,2 milliards) et n’a nullement besoin d’une dévaluation.

Si la France avait encore sa monnaie nationale, sa valeur serait en train de s’effondrer. Une dévaluation de la monnaie tend à renforcer les exportations et freiner les importations, et donc à réduire les déficits commerciaux. Elle tend aussi à réduire la valeur réelle des salaires. Mais l’introduction de la monnaie unique a privé les classes capitalistes nationales de cette option. La valeur de l’euro est déterminée par les intérêts des plus grandes puissances européennes. Mais ces puissances ne sont pas sur un pied d’égalité. En cas de conflit entre les intérêts du capitalisme allemand et ceux du capitalisme français, c’est le capitalisme allemand qui l’emporte.

La position mondiale de la France

Le recul du capitalisme français ne se limite pas au seul continent européen. A l’échelle mondiale, sur les plans économique, diplomatique et militaire, sa position s’affaiblit. Le conflit franco-américain au sujet de l’invasion de l’Irak en était une illustration flagrante. L’opposition de l’impérialisme français à la guerre en Irak s’explique notamment par les accords signés avec la dictature de Saddam Hussein, dans l’hypothèse d’une levée de l’embargo. Ces accords prévoyaient que la France aurait un accès prioritaire aux réserves pétrolières irakiennes. Incapable de faire valoir ses prétentions sur l’attribution des réserves pétrolières et le partage du butin de guerre en général, l’impérialisme français savait que l’invasion profiterait exclusivement aux capitalistes américains, et assènerait au passage un coup fatal à ses propres intérêts économiques dans la région. Et en effet, l’intervention américaine en Irak a réduit à néant, ou presque, le peu d’influence qui restait à l’impérialisme français au Moyen-Orient.

Les dépenses militaires de la France ne représentent que 5% du budget militaire des Etats-Unis. La France a participé à la première guerre irakienne, en 1991, ainsi qu’à la guerre en ex-Yougoslavie, en 1999. Ces interventions ont largement démontré les limites des forces militaires françaises. En Afghanistan, où l’impérialisme français s’enlise, aux côtés des Etats-Unis et la Grande-Bretagne, dans une guerre que la coalition ne peut pas gagner, son apport militaire n’a qu’un caractère anecdotique par rapport au puissant dispositif américain.

En Asie et en Afrique, face à la concurrence américaine, allemande et chinoise, les capitalistes français perdent du terrain en termes de marchés et de sphères d’influence. La désintégration de l’Etat en Côte d’Ivoire s’est traduite par un renforcement significatif de l’influence américaine dans ce pays, tandis que la Chine s’y est massivement implantée. Au Congo-Brazzaville, au Rwanda, en République Centrafricaine et au Soudan, l’impérialisme français occupe une place de plus en plus étriquée. En 1980, la France avait le quatrième PIB dans le monde, et le huitième PIB par habitant. Aujourd’hui, elle occupe la sixième place mondiale en PIB et la dix-neuvième en PIB par habitant. Sarkozy est de ceux qui pensent que le refroidissement des relations franco-américaines, au sujet de l’Irak, a contribué à l’affaiblissement de la position mondiale de la France. Dans l’espoir de rompre ce qu’il appelle « l’isolement de la France », il tente un rapprochement diplomatique avec l’impérialisme américain.

Au lieu d’essayer, comme Chirac l’avait vainement tenté, d’endiguer le déclin en adoptant une posture de contrepoids à la puissance américaine, Sarkozy poursuit ce même objectif en adoptant une autre posture, celle de « l’ami des Etats-Unis » – qui ne réussira pas davantage. Comme la Grande-Bretagne, la France ne fait pas le poids. Elle menace l’Iran d’une « guerre » qu’elle serait incapable de mener, avant de se rétracter le lendemain. Elle rompt ses contacts avec la Syrie – qui n’y perd rien. Elle flatte la monarchie saoudienne, l’incitant à prendre une posture ouvertement hostile à l’Iran, sans le moindre succès. De telles gesticulations n’apporteront rien aux capitalistes français. La diplomatie américaine acceptera volontiers toute « aide » de ce genre, d’où qu’elle vienne, mais ne fera aucune concession à la France, ni en Afrique, ni au Moyen-Orient, ni en Asie. En conséquence, la nouvelle « amitié » franco-américaine ne fera peut-être pas long feu. Quoiqu’il en soit, le déclin de la position mondiale de la France est irréversible.

L’économie française

Les statistiques relatives à l’économie française donnent la mesure de ce déclin. La balance commerciale s’est dégradée de façon spectaculaire au cours de la dernière décennie. D’un excédent de 23,8 milliards d’euros en 1997, la balance import-export s’est dégradée jusqu’à l’équilibre, plus ou moins, entre 2000 et 2003, avant de s’effondrer brutalement, passant de -4,78 milliards en 2004 à -22,9 milliards en 2005, puis -29,2 en 2006. Pour 2007, les dernières estimations prévoient un déficit commercial avoisinant les 40 milliards d’euros !

La baisse du dollar n’est pas la cause principale de ce phénomène. Le recul est tout aussi flagrant dans la zone euro, particulièrement dans le domaine des exportations vers l’Allemagne, l’Espagne et la Belgique. Le solde des échanges se dégrade – ou, au mieux, se stabilise dans le négatif – dans toutes les grandes catégories de production, que ce soit les biens d’équipement, les biens de consommation ou les biens dits « intermédiaires » (produits chimiques, métaux, minéraux, matériels électriques, bois, papier carton, textiles, pneumatiques, etc.). Dans le secteur automobile, la chute est constante, d’année en année, depuis 2003. En 2007, les ventes en France d’automobiles fabriquées à l’étranger ont progressé de 8,8%, pour atteindre plus de 994 000 immatriculations, soit 48,2% du marché, contre 45,7% en 2006.

Globalement, l’économie française stagne. Son taux de croissance pour l’année 2007 n’était que de 1,9%. Le FMI, la Banque Mondiale et l’OCDE prévoient un taux de croissance encore plus faible en 2008. L’aggravation constante de la dette publique est l’une des expressions de la crise du capitalisme français. Fin 2006, elle a atteint 3% du PIB – et en cumul 64,2% du PIB, soit 1 150 milliards d’euros. Selon les estimations du FMI, elle risque d’atteindre 67% du PIB à la fin de 2008. Notons que le seuil maximum d’endettement public autorisé par le « pacte de stabilité et de croissance » (Traité de Maastricht) est de 60 % du PIB. Les intérêts versés par l’Etat pour le remboursement de sa dette avoisinent 17% du budget de l’Etat, soit une somme supérieur à la totalité de la recette de l’impôt sur le revenu.

Les profits des plus grands groupes ont massivement augmenté. Les profits des entreprises du CAC 40, par exemple, ont augmenté de 26% entre 2004 et 2005, et de 10% entre 2005 et 2006, pour atteindre près de 100 milliards d’euros. Cependant, la hausse des profits s’explique non par la conquête de nouveaux marchés, ni par une hausse de la production, mais surtout par les fusions, les restructurations, les délocalisations, etc., ainsi que par une augmentation du taux d’exploitation des travailleurs (précarité accrue, réduction des effectifs, heures supplémentaires, intérim, etc.). Le faible niveau des investissements témoigne du peu de confiance qu’ont les capitalistes eux-mêmes dans l’avenir de leur système. Toutes catégories confondues, l’évolution de l’investissement était négative en 2002 (-1,8%). Depuis, elle oscille aux alentours de 3% par an. L’investissement dans le secteur industriel – d’une importance décisive pour l’ensemble de l’économie – n’a augmenté que de 1% en 2001. En 2002, il a chuté de 13%, et son évolution est proche de 0%, depuis.

Les perspectives économiques du capitalisme français sont donc très sombres. Il recule dans la zone euro et sur marché mondial. Le solde de ses échanges commerciaux s’effondre. L’investissement stagne. Le taux de croissance est très faible. A plus ou moins court terme, une récession de l’économie américaine interviendra, provoquant une crise de surproduction internationale – surtout en Chine – dont les répercussions seront particulièrement sévères en France, compte tenu des graves déséquilibres de son économie. Après avoir longuement disserté sur la « mondialisation », certains « économistes » mercenaires du capitalisme nous expliquent à présent que l’Europe et la France ne seront pas nécessairement touchées par une récession américaine. C’est complètement faux. Si les Etats-Unis entrent en récession, toutes les économies européennes en subiront les conséquences. Il y a de fortes chances pour qu’une grave récession de l’économie américaine entraîne une baisse absolue de la production en France, en Italie et même en Allemagne.

Cette situation a des implications d’une importance fondamentale en ce qui concerne les relations entre les classes, en France comme ailleurs. Les perspectives pour la France ne sont pas une affaire « française », en premier lieu. Elle sont conditionnées et, pour ainsi dire, « animées » par l’évolution de la situation internationale. Le capitalisme français n’a aucun moyen à sa portée pour renforcer sa position par rapport à l’Allemagne, au sein de l’Union européenne. L’augmentation du taux d’exploitation des travailleurs et les attaques constantes contre leur niveau de vie ont eu, certes, un effet sur la compétitivité du capitalisme français. Mais dans la mesure où les mêmes attaques sont menées dans les autres pays, les avantages que cela procure à leurs classes capitalistes respectives s’annulent réciproquement. L’affaiblissement du capitalisme français par rapport à l’Allemagne est donc définitif.

Il en va de même pour la position mondiale de la France. En conséquence, la seule façon de freiner le recul de la position économique du capitalisme français en Afrique, en Asie et ailleurs, serait d’imposer une dégradation draconienne des conditions d’existence de la masse des travailleurs, en France. La croissance du PIB dépend directement des « réformes », qui sont en réalité des contre-réformes, car la croissance du PIB ne peut plus se faire qu’au détriment des travailleurs. Quand le MEDEF dit que, pour relancer la production, il faudrait abolir toute limitation légale de la semaine du travail et en finir avec la négociation collective des salaires et des conditions de travail, ce ne sont pas des paroles en l’air. Le capitalisme est devenu si complètement parasitaire, si complètement incompatible avec le développement des moyens de production, que ses intérêts vitaux exigent la destruction progressive de toutes les conquêtes sociales du mouvement ouvrier. En 2006, à propos de la crise économique en Italie, la revue britannique The Economist expliquait qu’il faudrait une réduction de 30% des salaires et le licenciement de 500 000 travailleurs italiens, ne serait-ce que pour engager un redressement de la situation. Le MEDEF et les représentants politiques du capitalisme français voudraient parvenir à un résultat semblable, en France, pour les mêmes raisons.

Cependant, même sur cette voie, le capitalisme ne résoudra pas ses contradictions. La régression sociale chez ses concurrents annulera les avantages compétitifs recherchés. Le résultat sera une contraction de la demande en France et chez ses concurrents, ce qui nécessitera de nouveaux sacrifices de la part des travailleurs. L’argument des capitalistes, selon lequel les sacrifices « consentis » aujourd’hui seront récompensés demain, est faux. Beaucoup de travailleurs imaginent que la crise actuelle est passagère, et que, d’une façon ou d’une autre, la croissance reviendra, et avec elle une augmentation du niveau de vie. Ils espèrent qu’il suffira de quelques ajustements douloureux mais salutaires pour « mettre de l’ordre » et remettre l’économie sur la bonne voie. En l’absence d’une alternative crédible de la part des partis de gauche, ce sentiment explique l’engouement initial d’une fraction significative des travailleurs vis-à-vis de Sarkozy.

Mais Sarkozy ne résoudra rien. Le déclin du capitalisme français est irréversible. Et la tentative de défendre, malgré ce déclin, les profits et les privilèges de la classe capitaliste, ne peut qu’attiser la lutte des classes. Cela finira par rompre l’équilibre social interne qui repose, en définitive, sur la relative passivité de la masse de la population. L’instabilité sociale et politique et les crises révolutionnaires à répétition qui se produisent en Amérique latine gagneront progressivement la France et l’ensemble de l’Europe. Telles sont les prémisses économiques et sociales de la prochaine révolution française.

La droite au pouvoir

Les années 2002-2007, sous les gouvernements Raffarin et de Villepin, ont été marquées par de nombreuses grèves et manifestations massives des travailleurs et de la jeunesse. Dans bien des villes, les manifestations pour la défense des retraites et contre le CPE étaient d’une ampleur sans précédent. La révolte des jeunes qui a éclaté dans les quartiers populaires de plus de 200 villes, en novembre 2005, exprimait également la colère accumulée face à la discrimination sociale et raciale.

La lutte contre le CPE, en particulier, donnait un aperçu du potentiel révolutionnaire de la jeunesse et des travailleurs. Le cours de son développement ressemblait beaucoup – mais à une échelle plus massive et plus puissante – aux phases initiales de la crise révolutionnaire de mai 1968. Effrayés par l’ampleur du mouvement, les dirigeants des partis de gauche et des syndicats ont multiplié les avertissements à Chirac, dans leur discours et déclarations, pour qu’il intervienne afin de prévenir une « déstabilisation de la République ». Dans les hautes sphères de l’Etat, en effet, la panique régnait. Bayrou a parlé d’une « ambiance d’effondrement ». Le « danger » en question était précisément que la lutte de la jeunesse finisse par gagner plus largement la classe ouvrière, ouvrant une situation révolutionnaire semblable à celle de 1968. Finalement, un « appel solennel » – signé par le PS, le PCF, la LCR, des formations syndicales, etc. – a été adressé à Chirac, lui expliquant, en substance, qu’il n’y avait plus de temps à perdre, et que si le retrait du CPE intervenait trop tard, il risquait de ne plus suffire pour empêcher la généralisation du mouvement.

Le rejet de la politique gouvernementale a trouvé son expression sur le plan électoral. Le PS a remporté les élections régionales presque partout, en France, et devançait la droite aux européennes. Lors du référendum sur la Constitution européenne, en 2005, le « non » l’a emporté, à la stupéfaction du gouvernement et des médias capitalistes. Compte tenu des mobilisations massives contre la droite et des résultats des scrutins de 2004, nous nous attendions à une victoire de la gauche aux élections présidentielles et législatives de 2007.

La presse et l’industrie audio-visuelle ont organisé une vaste manipulation de l’opinion publique, tout d’abord pour installer Ségolène Royal à la tête du PS, puis ensuite pour présenter Sarkozy comme l’incarnation de la « rupture ». Mais la victoire de Sarkozy et de l’UMP s’explique avant tout par la faillite politique de la direction du Parti Socialiste. Royal soulignait son « accord sur l’essentiel » avec Bayrou, dont la politique, à son tour, ne se distingue de celle de Sarkozy que sur quelques détails. Cette dérive droitière flagrante a repoussé beaucoup de travailleurs, dont une partie est tombée dans les filets de Sarkozy.

Le « populisme » de Sarkozy

En Sarkozy, les capitalistes espéraient avoir trouvé un chef de gouvernement qui ne céderait pas « à la rue », qui ne se laisserait pas influencer par des considérations électorales ou de « popularité », et qui ne reculerait devant rien. Ils reprochaient à Chirac de n’aller ni assez loin, ni assez vite, dans ses attaques contre les travailleurs. Le paradoxe, c’est que Sarkozy a mené campagne en reprenant des thématiques traditionnellement associées à la gauche. Certes, la droite ne déclare jamais ses intentions réelles pendant une campagne électorale. Mais le comportement de Sarkozy, avant et après son élection, représente un changement d’orientation notable par rapport à ses prédécesseurs.

Sarkozy a délibérément créé des attentes exactement contraires à ses véritables objectifs. Il a fait appel à des aspirations allant directement à l’encontre des intérêts de la classe qu’il représente. Avec Sarkozy, « tout devenait possible ». Le pouvoir d’achat allait augmenter, le minimum vieillesse allait faire un bond de 25%, le chômage serait réduit de moitié en cinq ans. Il serait le président des opprimés, des humiliés, des chômeurs et des « sans-grade ». Les discours de Sarkozy étaient parsemés de références aux grandes figures de l’histoire du mouvement ouvrier (Jaurès, Moquet, Gramsci, etc.). Il a flatté « la France qui se lève tôt ». Il s’est posé en défenseur des travailleurs, allant jusqu’à dénoncer l’avarice du patronat et des spéculateurs. Au grand désarroi des dirigeants « ministrables » de l’UMP, il a annoncé son intention d’accorder une large place, dans le futur gouvernement, aux représentants de la gauche. Ainsi, pendant que le PS se déplaçait vers la droite, les engagements et la tonalité de la campagne de Sarkozy allaient dans le sens inverse, vers la « rupture ».

Ce phénomène n’est pas le fruit du hasard. Il ne tient pas non plus, en premier lieu, à la personnalité de Sarkozy, même s’il faut reconnaître que l’ambition sans bornes, la soif de pouvoir et l’hypocrisie flagrante de cet individu l’ont aidé à opérer ce virage. La politique dite d’« ouverture » s’explique par l’opposition massive soulevée par la politique de Raffarin et de Villepin, surtout contre le CPE.

L’ampleur du mouvement avait profondément ébranlé la droite. La classe capitaliste sentait le sol se dérober sous ses pieds. Les stratèges les plus sérieux du capitalisme ont compris qu’il n’était plus possible plus gouverner comme avant. Il fallait chercher des nouveaux points d’appuis dans la société. Le capitalisme ne peut pas se maintenir uniquement, ni même principalement, par la contrainte. Il a besoin d’une base sociale, de relais d’influence et de confiance dans la société. Par le passé, le capitalisme français trouvait cette base dans la paysannerie et la petite bourgeoisie urbaine. Mais aujourd’hui, la paysannerie a pratiquement disparu. Le poids écrasant du salariat, dans la société, est tel que la stabilité de l’ordre capitaliste dépend essentiellement du consentement passif des travailleurs, de leur inertie, de l’espoir qu’ils nourrissent dans une possible amélioration de leur condition.

Sarkozy a attiré une partie importante de ceux qui votaient pour le Front National, par le passé. Cependant, le Front National pourrait de nouveau renforcer sa position, sur la base de la déception vis-à-vis de la politique du gouvernement. Quoi qu’il en soit, la stratégie « populiste » a permis à la droite de passer le cap des échéances électorales. Comme nous l’avons expliqué à l’époque, une élection n’est jamais qu’une photographie – au demeurant floue et déformée – de l’humeur de la population à un moment donné. La « vague bleue » s’est épuisée très rapidement. Dès avant les élections législatives, l’annonce de la « TVA sociale » a contribué à renforcer la position du Parti Socialiste, qui a vu le nombre de ses députés progresser par rapport aux élections législatives de 2002. La côté de popularité de Sarkozy a amorcé sa descente dès le mois de juillet 2007, et a chuté de 25% avant la fin du mois de janvier 2008. Les candidats UMP n’ont pas voulu pas que Sarkozy s’implique dans les élections municipales, de peur que l’hostilité qu’il suscite ne leur porte préjudice. Les sondages négatifs tendront à renforcer le moral et la combativité des travailleurs, face à la crise économique et la dégradation de leur niveau de vie.

La nouvelle orientation de la droite est un développement d’une grande importance symptomatique. C’est une indication – parmi bien d’autres – du fait que la France est entrée dans une période de grande instabilité sociale et politique, marquée par des changements brusques et imprévus. La classe capitaliste cautionne l’« ouverture » et les autres facettes peu conventionnelles du « sarkozisme » dans l’espoir de prévenir une explosion sociale. Ceci pourrait bien fonctionner pendant quelques mois. Au demeurant, en cherchant une nouvelle orientation, au point d’adopter une posture en opposition radicale à ses intérêts réels, la droite encourt de graves dangers. Comme le disait Alexis de Tocqueville, « le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d’ordinaire celui où il commence à se réformer. » Pris au piège de sa propre démagogie, contraint désormais à un double langage flagrant – au point parfois de le rendre quelque peu ridicule – Sarkozy est en train de créer d’immenses difficultés pour lui-même et la classe qu’il représente. Un jour, le gouvernement menace les pêcheurs de sanctions pénales implacables en cas de violation des quotas. Deux semaines plus tard, Sarkozy se déclare favorable à la « remise à plat » des mêmes quotas. Devant des dizaines de micros et de caméras, Sarkozy se déclare favorable à la suppression des 35 heures. Dès le lendemain, il prétend n’avoir rien dit de la sorte. Sarkozy double son propre salaire, et dit que les caisses de l’Etat sont vides. Il prône les heures supplémentaires pour les travailleurs qui veulent gagner plus, mais ne paie pas les heures supplémentaires déjà travaillées dans les hôpitaux et ailleurs. Les flottements, l’instabilité, la nervosité au sommet de la société risquent fort de la remuer jusque dans ses profondeurs.

Eléments de bonapartisme parlementaire

Au-delà des traits personnels de Sarkozy, le rapport qui s’est établi entre lui, le gouvernement et le parlement s’explique par l’impasse dans laquelle se trouve le système capitaliste, qui signifie nécessairement une crise du régime parlementaire. La démocratie bourgeoise est un régime sous lequel chacun est libre de dire et d’écrire ce qu’il pense, mais où toutes les décisions importantes sont prises par les capitalistes les plus puissants. Sa stabilité dépend de la capacité de la classe capitaliste à faire des concessions, aussi mineures soient-elles, aux travailleurs.

Pour les raisons que nous avons expliquées, les intérêts vitaux du capitalisme français dépendent de sa capacité à revenir sur les concessions du passé. Mais ceci est impossible sans provoquer une réaction de la part des travailleurs et de la jeunesse. La crise du capitalisme français n’est pas seulement économique. Elle est aussi une crise du régime parlementaire. Devant l’ampleur et la puissance des luttes menées contre Raffarin et de Villepin, la classe capitaliste et les représentants politiques sentaient l’impasse du parlementarisme. Les « institutions » étaient impuissantes. D’où la nécessité de gouverner d’une position plus élevée, « au-dessus des partis » et du parlement.

La théorie marxiste a défini plusieurs formes d’Etat capitaliste : démocratie parlementaire, bonapartisme parlementaire, bonapartisme, fascisme, etc. Mais ces conceptions générales ne suffisent pas pour décrire la multitude de formes intérmédiaires qui existent entre les régimes « classiques » qu’elles décrivent. La vérité est toujours concrète. Le « sarkozisme » représente un pas – mais un pas seulement – dans la direction du bonapartisme parlementaire. Le rôle du parlement et des ministères tend à se réduire à celui de chambres d’enregistrement des décisions d’un arbitre tout puissant.

Contrairement à un préjugé largement répandu, le marxisme ne nie pas le rôle de l’individu dans le processus historique. Les qualités et caractéristiques d’un individu peuvent avoir une influence importante – et parfois même décisive – sur le cours des événements. Dans le cas de Sarkozy, force est de reconnaître que son « style » personnel comporte un certain nombre de dangers du point de vue de la classe dirigeante, dangers qui commencent à semer la consternation dans le monde des capitalistes et chez leurs ministres, parlementaires et journalistes appointés.

Sarkozy se met en première ligne sur toutes les questions. Il n’hésite pas à contredire et humilier ses ministres. Ceci n’est pas sans danger du point de vue des capitalistes. Ce n’est pas pour rien que les chefs d’Etat, en général, préfèrent ne pas se mêler directement et ostensiblement des affaires du gouvernement. En France, le président est supposé être un recours possible, « en dehors du gouvernement », pour désamorcer une crise, comme ce fut le cas avec Chirac lors du mouvement contre le CPE. En cas de besoin, il peut remanier le gouvernement, comme s’il n’était pour rien dans la politique de ce dernier. En se mettant en première ligne, Sarkozy limite considérablement la possibilité et l’efficacité de cette manœuvre, en cas de crise sociale majeure.

Ce n’est pas pour rien, non plus, que les chefs d’Etat, en France comme ailleurs, cultivent une certaine réserve, pour ne pas dire un mystère, par rapport à leur vie personnelle, leurs loisirs et autres escapades. L’image « honorable » du président, les palais majestueux et imposants, le luxe de leurs décors, les cérémonies et le symbolisme qui émaillent la « vie de l’Etat » contribuent au prestige de ce dernier, à son pouvoir de fascination et d’intimidation. Sarkozy, à l’inverse, se comporte comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Grisé, intoxiqué même, par son ascension au sommet de l’Etat, il brise tous les tabous. Son allure de « nouveau riche », l’étalage sans vergogne de ses « amis » milliardaires, ses flatteries et courbettes devant les dictateurs et despotes du monde, la sollicitation des paparazzi pour le mettre en scène dans la presse à sensation, tout ceci pouvait amuser – ou en tout cas intriguer – la gallérie médiatique pendant quelques semaines. Cependant, encore une fois, cela finira par priver la classe capitaliste d’une arme importante, en détruisant le prestige personnel du principal représentant de leur Etat. Cette situation risque fort de contribuer à l’instabilité sociale, à la haine des possédants de la part de ceux qui ne possèdent rien. Il en était de même avec l’extravagance de Marie-Antoinette, à la veille de la révolution française. Il en était de même, aussi, dans les années précédant la révolution de 1870-1871, avec les amusements et les grandes fêtes « horizontales » à la cour de Napoléon III.

N’oublions pas que c’est Sarkozy, par ses provocations et remarques brutales, qui avait allumé la révolte des banlieues, en 2005. Dans un contexte de tensions sociales grandissantes, il suffit parfois d’un incident, d’une offense ou d’un mot déplacé pour mettre le feu aux poudres. Alors que la précarité et la misère se généralisent, alors que l’inflation – dont le taux est très important pour bien des produits de première nécessité – plonge les travailleurs les plus mal payés dans la détresse, Sarkozy se prélasse et s’exhibe dans un luxe débridé, ce qui est vécu comme une provocation. Il répond avec un mépris ostensible aux journalistes qui, selon lui, voudraient le priver de son « droit au bonheur ». Ce côté incontrôlable et imprévisible de Sarkozy commence à inquiéter sérieusement la classe dirigeante. Et de leur point de vue, cette inquiétude est entièrement justifiée.

Les syndicats

Dans la mesure où le capitalisme déclinant ne peut se maintenir que par l’abaissement constant du niveau de vie des travailleurs, la base économique du réformisme syndical n’existe plus. Dans ces conditions, les syndicats doivent, en dernière analyse, soit se transformer en organisations révolutionnaires, soit se mettre au service des capitalistes pour démanteler les réformes sociales obtenues dans le passé et renforcer l’exploitation des travailleurs. Les dirigeants confédéraux, dont les intérêts matériels divergent de ceux des travailleurs qu’ils sont censés défendre, ont opté pour la deuxième voie.

Pour éviter une confrontation majeure avec les travailleurs, Sarkozy mise directement sur les directions confédérales des syndicats. La défaite de la grève des cheminots pour la défense des régimes spéciaux était la conséquence directe de la complicité de ces directions. Les dirigeants anciennement réformistes « accompagnent » aujourd’hui la contre-réforme. Ils se sont transformés en police économique pour le compte des ministères et des capitalistes. Le processus est particulièrement flagrant dans le cas de la CFDT. Chérèque est un agent conscient des intérêts capitalistes. Il parle et se comporte en conseiller stratégique du gouvernement et du MEDEF. Il les met en garde contre la tentation de mener des contre-réformes sur plusieurs fronts à la fois, car ceci, explique-t-il, exposerait le gouvernement au danger de mouvements généralisés. Il conseille au gouvernement de céder des contreparties susceptibles de diviser les différents corps de métier. Il signe systématiquement des accords se traduisant par une baisse des conditions de vie des travailleurs. Mailly et la direction de FO emboîtent le pas de la CFDT. La seule différence est que FO adopte une posture – purement formelle et verbale – plus « combative » dans un premier temps, avant de signer.

C’est la CGT qui constitue, de loin, l’organisation syndicale la plus puissante en France. Sa capacité de mobilisation dépasse très largement ses effectifs. Plus que toute autre structure syndicale, elle regroupe les éléments les plus combatifs et les plus conscients de la classe ouvrière. C’est précisément en raison de son enracinement social que la CGT connaîtra une série de crises internes dans la période à venir.

Le comportement de la direction confédérale de la CGT suscite l’hostilité – ou, au moins, la profonde inquiétude – de nombreux militants, surtout depuis la défaite de la grève pour la défense des régimes spéciaux (défaite que Thibault présente comme une victoire !). Déjà, lors de l’arrivée au pouvoir de Sarkozy, au lieu de sonner l’alarme et d’œuvrer pour mobiliser les travailleurs, pour les inciter à préparer la résistance aux attaques inévitables de la part du nouveau gouvernement, Thibault a voulu les endormir en déclarant qu’il n’y avait aucune raison, a priori, de craindre la politique du gouvernement, et qu’il ne fallait pas lui faire un « procès d’intention ». Il fallait « attendre pour voir » si les engagements de ce dernier – et quels engagements ! – seraient tenus. Il fallait « juger son action sur pièce ». Dans la grève contre la réforme des régimes spéciaux, Thibault, Le Reste et la direction confédérale ont joué un rôle scandaleux. Il considéraient la réforme comme justifiée, et ne demandaient qu’à en négocier les « modalités ». Ils ont fait une concession impardonnable lorsque, quelques heures avant le début de la grève et sans consulter les grévistes, ils ont accepté des négociations séparées, au niveau de chaque entreprise, ce qui ne pouvait que semer la confusion chez les travailleurs et affaiblir la mobilisation.

Compte tenu du déclin du capitalisme français, qui, pour préserver les profits et le pouvoir de la classe capitaliste, doit impérativement imposer des sacrifices aux travailleurs, augmenter le taux d’exploitation de ces derniers et extraire toujours plus de profit de chaque heure de travail, il est tout simplement impossible d’obtenir des améliorations significatives par la négociation « à froid ». Les employeurs ne feront des concessions que s’ils sont pris à la gorge par une grève – ou, dans le meilleur des cas, par la menace imminente d’une grève. Avec plusieurs millions de chômeurs et la généralisation de l’emploi précaire et de la misère, les capitalistes sont en position de force.

Il arrive que des « révolutionnaires » sectaires s’étonnent que les travailleurs « se laissent faire ». Pourquoi ne se révoltent-ils pas contre les directions syndicales ? Ils veulent des syndicats plus radicaux, et tout de suite. Des syndicats à eux, en somme. Cette approche ne sert qu’à diviser le mouvement ouvrier. La place des révolutionnaires est à l’intérieur des grandes formations syndicales. Il faut comprendre la psychologie des militants syndicaux. Ils ne sont pas dupes. Ils savent que les dirigeants syndicaux ne font pas leur travail, qu’ils ne sont pas fiables, qu’ils sont coupés de la base, etc. Des idées et arguments de ce genre sont monnaie courante dans le milieu syndical. Mais en même temps, les syndicalistes se disent que sans leurs organisations, la situation serait bien pire encore. L’idée de « faire la révolution » est compromise, à leurs yeux, par des décennies de discours creux, de soubresauts et de trahisons de la part des dirigeants socialistes et communistes. Ils ont le sentiment d’être piégés, d’être dans une impasse, face aux réalités de l’époque qui n’autorisent pas de rêves « idéalistes ».

La masse des travailleurs – et même la plupart des travailleurs avancés – ne parviennent pas à des conclusions révolutionnaires par la théorie, mais par l’expérience, souvent au prix de coups durs et de défaites. Sous l’impact des événements, avec l’accumulation des renoncements et reculs, la contestation de la politique des directions syndicales prendra forme, dans toutes les confédérations, et surtout dans la CGT. La CFDT, devenue complètement docile, perdra du terrain en termes d’implantation et d’audience, au profit de formations syndicales plus militantes.

L’exacerbation de la lutte des classes aura des conséquences importantes dans la CGT, où la pression des travailleurs se heurtera au conservatisme de la bureaucratie. Les travailleurs comprendront que la « négociation » et le « dialogue social » ne leur apportent que de nouveaux reculs. Le cours général de la lutte des classes, et la contestation que cela provoque au sein de la CGT, mettront fin à la « dépolitisation » de la dernière période. L’érosion de l’autorité des instances dirigeantes posera la question d’une nouvelle orientation, d’un nouveau programme. Le rétrécissement des horizons psychologiques propre à une activité « purement syndicale » cédera la place à une recherche consciente d’explications, de théorie. Les idées révolutionnaires, que de nombreux syndicalistes relèguent au musée des projets louables mais irréalisables, regagneront du terrain. La radicalisation touchera surtout, mais pas exclusivement, les jeunes travailleurs.

De nombreux militants sont entrés en opposition aux dirigeants nationaux, après l’expérience de la grève des transports. Un processus analogue se produira dans d’autres luttes. L’émergence d’un courant authentiquement marxiste et révolutionnaire dans le PCF deviendrait un pôle d’attraction pour les éléments les plus combatifs de la CGT, dont la plupart sont des membres, des anciens membres ou des sympathisants du parti.

On ne peut dire d’avance à quelle vitesse se développera la lutte contre la bureaucratie de la CGT. Comme dans toutes les autres confédérations, l’appareil de la CGT a acquis une certaine indépendance à l’égard de la base, et ne manque pas de moyens pour se défendre contre la contestation interne. Il conservera sans doute une base de soutien parmi les éléments les plus prudents et « modérés ». Ainsi, longtemps après que les syndicalistes les plus militants retirent leur confiance à la direction confédérale, celle-ci peut encore conserver ses positions. Si la pression d’en bas est suffisamment forte, l’appareil de la CGT peut être obligé, par crainte de perdre son emprise sur le mouvement, d’aller bien plus loin qu’il ne le voudrait dans la lutte contre le gouvernement et les capitalistes. Ceci est vrai, aussi, pour FO et la CFDT. Dans le cas contraire, si les directions résistent, il est probable que nous verrons l’émergence des « coordinations » et autres initiatives organisationnelles destinées à contourner les obstacles bureaucratiques qui se dressent sur le chemin de la lutte.

Le Parti Socialiste

Le régime interne des partis réformistes reproduit le schéma de la démocratie bourgeoise. Les adhérents peuvent penser et dire ce qu’ils veulent, en théorie, mais les décisions sont prises au sommet. Tant que subsiste la possibilité de faire des « réformes » pour palier aux plus graves injustices et souffrances qui touchent la classe ouvrière, ses organisations traditionnelles sont généralement dominées par le réformisme. Elles sont pénétrées de l’illusion que les problèmes sociaux et économiques les plus importants peuvent être résolus, ou du moins atténués, au moyen de débats parlementaires et de négociations avec les capitalistes et l’Etat. Tant que les concessions demeuraient possibles, les dirigeants réformistes conservaient une certaine autorité au sein de leurs organisations respectives, et pouvaient ainsi concourir à ce que l’« opinion publique » demeure favorable à l’ordre établi. Mais cette époque est définitivement révolue.

Sur une période de 25 ans, entre 1981 et 2006, la gauche a été au pouvoir pendant 15 ans, avec la participation du PCF pendant 8 ans. A chaque fois, sur toutes les questions fondamentales, les dirigeants socialistes et communistes ont aligné leur politique sur les intérêts des capitalistes. Par conséquent, depuis le début des années 80, l’autorité politique des dirigeants du PS et du PCF a connu un véritable effondrement. Une fraction significative de l’électorat de gauche a tiré la conclusion que, sur le fond, il n’y a pas de différence entre la droite et la gauche. Le décalage à droite de la politique du PS s’explique par le fait que le capitalisme, à notre époque, ne peut plus s’accommoder d’une politique réformiste. Par « réalisme », les dirigeants du PS sont donc passés d’une politique de réforme à une politique de contre-réforme proche de celle de la droite.

En 2007, le programme électoral du PS était le plus vide et le plus conservateur de toute l’histoire du mouvement socialiste. Il ne contenait aucune mesure susceptible de soulever l’enthousiasme des victimes du capitalisme. Plusieurs dirigeants socialistes ont rejoint le gouvernement de droite. Bien d’autres les suivraient s’ils y étaient invités. La défection d’Eric Besson, à la veille du premier tour de l’élection présidentielle, ne faisait que souligner la similarité des programmes Royal et de Sarkozy. Besson était le « conseiller économique » de Royal. L’absence d’un programme mobilisateur, de la part du PS, fut le principal facteur de sa défaite aux élections présidentielles et législatives.

Depuis, la direction du PS s’efforce de séduire la classe capitaliste, de la convaincre de sa fiabilité. Elle veut convaincre les capitalistes que soutenir Sarkozy n’était pas le bon choix de leur point de vue. Son argument consiste à dire qu’avec les socialistes au pouvoir, les capitalistes ne courent aucun danger. Leurs intérêts seraient vigoureusement défendus – avec, en prime, un moindre risque de « dérapage social ». Les dirigeants du PS se présentent comme une bouée de secours à la disposition de la classe capitaliste, dans le cas où la droite se trouverait en difficulté. Du point de vue des capitalistes, cependant, il est toujours préférable d’avoir un gouvernement de droite. Si la droite perd, ils savent que leurs intérêts seront protégés par les dirigeants socialistes. Mais à la première occasion, malgré toutes les concessions faites par la gauche au pouvoir, les capitalistes ramèneront la droite aux affaires. Les capitalistes trouvaient que Chirac, Raffarin et de Villepin n’était pas suffisamment agressifs dans leurs attaques contre les travailleurs. Ils le pensent encore plus des socialistes, compte tenu de la base sociale du parti.

Certains dirigeants, comme Strauss-Kahn, voudraient justement changer la base sociale du PS, et le transformer en un parti capitaliste du type du Parti Démocratique, aux Etats-Unis. Ce pas a été franchi, en Italie, par le PDS. Le PDS – l’ex Parti Communiste Italien – a récemment fusionné avec des partis capitalistes pour former le Parti Démocratique. En France, un certain nombre de dirigeants sont passés à l’UMP. D’autres peuvent les suivre. D’autres encore peuvent rejoindre le Modem. Pour ces individus, l’appartenance à un parti n’est qu’une question de carrière, d’avancement personnel, de prestige. Mais, à la différence de l’Italie, où, depuis l’effondrement du Parti Chrétien-démocrate, la classe capitaliste n’avait plus de parti stable à sa disposition, l’UMP occupe le terrain à droite, en France, et la transformation du PS en un parti capitaliste proprement dit est improbable.

Les partis de gauche n’existent pas dans le vide. Ils subissent la pression politique, matérielle, morale et psychologique de l’ordre établi, surtout dans leurs échelons supérieurs. Ce phénomène est particulièrement évident dans le cas du Parti Socialiste. La plupart des dirigeants du PS sont issus d’un milieu bourgeois ou petit-bourgeois. Pour eux, le PS est avant tout une structure leur permettant de faire carrière, de se hisser bien au-dessus de ceux qu’ils prétendent défendre, de se rapprocher des riches et puissants de ce monde. Leur « socialisme » est pénétré de fond en comble d’un esprit bourgeois, conservateur. « Modérés » et parfaitement « responsables », ils ne jurent que par l’abreuvoir des institutions capitalistes, dont le caractère corrompu, bureaucratique, sclérosé et profondément réactionnaire se cache derrière le pantomime des cérémonies et rituels « républicains ».

Le caractère bourgeois de ses dirigeants ne suffit pas pour définir le PS comme un « parti capitaliste ». Les groupements ultra-gauchistes portent des jugements très sévères sur le Parti Socialiste, comme sur le PCF. Pour la plupart, leurs critiques sont entièrement justifiées. Mais le PS repose sur le salariat, qui constitue sa base sociale. Cette contradiction ne cadre pas avec les catégories et les définitions formelles qui encombrent les esprits gauchistes, toujours à la recherche de définitions « claires et nettes » – c’est-à-dire simplistes. La réalité est contradictoire, complexe. L’attitude de telle ou telle secte politique à l’égard du PS et du PCF n’importe pas. L’attitude de la « masse », par contre, est décisive. La mobilisation de 10, 15 ou 20 millions de personnes, jusqu’alors politiquement inertes et inconscientes, ne profitera pas à des structures minuscules, aussi « anti-capitalistes » ou « altermondialistes » soient-elles, mais aux grandes organisations traditionnelles du mouvement ouvrier.

Le Parti Socialiste, comme le PCF, est un parti « de masse ». Mais il faut bien comprendre ce que signifie ce terme, dans le contexte actuel. A vrai dire, les « masses » ne sont ni au PS, ni au PCF, ni même dans les organisations syndicales. Elles sont politiquement inertes. Il en est généralement ainsi, en dehors des périodes de révolution. Les membres de ces organisations ne constituent qu’une infime fraction du salariat. Et parmi les membres, ce n’est encore qu’une minorité qui assiste aux réunions et participe activement à la vie des organisations en question. Ce sont des organisations « de masse » en ce sens que, du fait de la place qu’elles occupent dans la conscience collective et l’histoire du mouvement ouvrier, elles sont les organisations vers lesquelles se tourne la masse de la population lorsqu’elle sort de son inertie.

Sous l’effet des pressions de classe contradictoires qui s’exercent en son sein, le PS se divisera de plus en plus nettement entre une aile gauche et une aile droite. Et ce développement provoquera, à terme, une scission, ou plutôt une série de scissions – sur la gauche et sur la droite. La défaite de 2002 avait créé les conditions du développement d’une opposition de gauche au sein du Parti Socialiste. L’aile droite du parti était sur la défensive. L’humeur contestataire des militants s’est manifestée, en 2005, lors du référendum interne sur la Constitution européenne : 42% des militants ont voté contre l’aile droite du parti. Si la droite du parti a pu reconsolider sa position par la suite, c’est à cause de l’opportunisme des dirigeants de l’aile gauche (Mélenchon, Montebourg, Emmanuelli, etc.), qui ont capitulé – et pas pour la première fois – en échange de postes prestigieux et autres engagements concernant leur carrière en cas de victoire électorale. L’ouverture de l’adhésion annuelle à 20 euros, qui a fait entrer dans le parti une masse considérable de « royalistes », a contribué à isoler davantage les militants les plus à gauche. Ces deux facteurs – la capitulation des dirigeants de l’aile gauche et la modification du rapport de force au sein du parti – explique l’assise apparemment confortable des dirigeants les plus ouvertement pro-capitalistes.

Sur le plan électoral, il est difficile de prévoir comment les choses vont se passer. D’un côté, le Parti Socialiste représente la seule organisation politique capable de battre la droite. Les travailleurs n’ont pas d’alternative que de se tourner vers le PS pour battre la droite sur le plan électoral. Mais comme le montre l’expérience de 2007, si le PS ne propose aucune réforme sociale conséquente – en 1997, il y avait notamment la semaine de 35 heures –, la victoire n’est pas garantie. Probablement, aux élections municipales et, en 2009, aux européennes, l’hostilité et la désaffection vis-à-vis de la politique du gouvernement s’exprimeront dans les urnes, et ceci profitera surtout au PS.

Le rapport de force interne au PS pourrait être brusquement modifié dans le cas d’une offensive générale des travailleurs, qui interviendra inévitablement à un certain stade. Sous la pression du mouvement, l’aile droite se retrouvera en difficulté. Déjà, à ce stade, une partie significative des jeunes socialistes s’opposent à la politique des dirigeants du parti, qui vantent sans vergogne les vertus du capitalisme, du marché, de l’individualisme, des privatisations, etc. Cette opposition se renforcera dans le contexte d’une forte agitation sociale. Tôt ou tard, La Riposte attirera l’attention des militants les plus politiquement avancés du PS et du MJS.

Le Parti Communiste

Le nouveau revers subi par le PCF aux élections de 2007 a ouvert une crise interne qui couvait déjà depuis plusieurs années. La partie de la direction qui prône la dissolution du PCF et la nécessité de remplacer le parti par « autre chose » a lancé une nouvelle offensive. Ce que ces dirigeants entendent par « autre chose » n’est pas très clair, même pour eux-mêmes. Jean-Claude Gayssot veut supprimer toute référence au communisme et en finir avec la « forme parti ». Braouezec, Zarka et Martelli parlent en termes de « mouvances » vaguement « anti-libérales ». Lucien Sève voudrait voir le PCF disparaître au profit d’« ateliers » locaux autonomes, qui prendraient ce qu’il appelle des « initiatives désaliénantes » – quoi que cela puisse signifier – sans direction nationale et sans programme défini.

L’Assemblée extraordinaire de décembre 2007 n’a rien résolu. Aucune décision pour ou contre la dissolution n’a été prise. Mais elle avait au moins le mérite de montrer l’hostilité de l’immense majorité des communistes à la dissolution du parti et à l’abandon de son nom. Malgré cette majorité, il n’est pas certain que le Congrès National de 2008 prendra une décision ferme et catégorique à ce sujet. En effet, la majeure partie des ceux qui, dans les instances dirigeantes du parti, sont plutôt favorables à son maintien, veulent ménager les liquidateurs, comme en témoigne leur comportement lors de l’Assemblée extraordinaire. Si le Congrès débouchait sur l’adoption d’une position aussi vague que celle de l’Assemblée, le PCF continuerait d’apparaître, aux yeux de ses adhérents, de ses sympathisants et l’ensemble des travailleurs, comme un parti qui se pose la question de sa propre raison d’être, qui se demande encore s’il doit ou non se dissoudre. Et cela ne pourrait que l’affaiblir davantage et accélérer le processus de son déclin.

L’une des justifications « théoriques » invoquées pour justifier la liquidation du PCF concerne les « mutations sociologiques » qui seraient à l’œuvre dans la société française. La classe ouvrière occuperait une place de moins en moins importante dans la société, et cette évolution engendrerait un changement correspondant des « mentalités ». L’abandon des objectifs communistes et son remplacement par le réformisme « anti-libéral » ne seraient que la prise en compte de ce changement. Cependant, la « théorie » de la disparition graduelle de la classe ouvrière ne correspond à aucune réalité. Le prolétariat, tel que Marx et Engels le définissait, est la classe qui, ne possédant pas de moyens de production, ne vit que de la vente de sa force de travail. Cette classe représente aujourd’hui 86% de la population active. Jamais, dans toute l’histoire du pays, cette proportion n’a été si élevée.

Les « mutations sociologiques » à l’œuvre depuis l’époque de Marx, loin de faire disparaître le salariat, l’ont au contraire placé au cœur même de l’organisme social tout entier. Dans le domaine de la production, de la distribution, des communications, des transports, de la construction, comme dans toutes les branches des administrations et des services publics, le salariat assure toutes les fonctions essentielles de la société, à un degré beaucoup plus important que par le passé. A la veille de la révolution française, l’Abbé Sieyès pouvait écrire que le « Tiers Etat », considéré comme « rien » par l’Ancien Régime, était « tout » dans la société. De nos jours, nous pouvons dire, avec infiniment plus de justification, que le salariat, méprisé et ignoré par la classe qui l’exploite, est « tout » dans la société. Sans lui, sans son consentement, rien ne se fait.

Il faut tout de même reconnaître une certaine cohérence à l’argumentation des liquidateurs. Dans la mesure – disent-ils en substance – où nous avons abandonné le communisme dans notre programme, et puisqu’au gouvernement nous avons même cautionné et organisé des privatisations – à quoi bon nous appeler communistes ? De même, à quoi bon avoir une organisation et un programme distinct des partis et des « mouvances » qui, comme nous, sont des réformistes « anti-libéraux » ?

L’Etat et la classe capitaliste ne sont pas indifférents à ce qui se passe dans les partis de gauche. Les médias capitalistes ont activement soutenu Ségolène Royal pour la projeter à la direction du PS, avant de se retourner contre ses « faiblesses » et son « inexpérience » au profit de Sarkozy. Les capitalistes seraient naturellement favorables à l’autodestruction du PCF. A défaut, les médias dont ils disposent feront ce qu’ils peuvent pour renforcer la position des liquidateurs, en présentant les communistes qui s’y opposent comme des « orthodoxes » et des « conservateurs » d’un autre âge. C’est pour les même raisons que les médias ont fait la promotion de Bové et Besancenot.

Le danger immédiat d’une disparition du PCF semble avoir été écarté, du moins pour un temps, grâce à la réaction hostile de la base vis-à-vis des projets des liquidateurs. Cependant, le seul maintien des structures du parti ne permettra pas d’arrêter et d’inverser sa perte d’influence. Le déclin du parti est avant tout une question politique.

Entre 2002 et 2007, avec la politique menée par la droite et le virage à droite de la direction du Parti Socialiste, le PCF pouvait sembler être en bonne position pour accroître son audience, son implantation sociale – y compris dans la CGT – et son assise électorale. Mais cela n’a pas été le cas. Non seulement le PCF n’a pas progressé, mais il a même régressé. La tentative, de la part des instances dirigeantes du parti, d’expliquer ce revers électoral par le « vote utile » ne tient absolument pas la route. Le PCF a également régressé aux législatives, ou le « vote utile » n’était pas un facteur. Par ailleurs, la régression du parti est patente non seulement sur le plan électoral, mais dans tous les aspects de son organisation et de son activité. Tant que le programme du parti ne sera pas autre chose qu’une version plus « radicale » du programme du Parti Socialiste, il ne pourra pas reconquérir le terrain perdu. Quand deux partis réformistes sont en présence, c’est le plus grand et le plus « respectable » qui l’emporte.

La dérive vers un « anti-libéralisme » insipide, conjuguée à l’expérience du PCF au gouvernement – d’abord en 1981-1984, puis en 1997-2002 – a mené à un véritable effondrement de ses liens avec la couche la plus politiquement conscience et active de la classe ouvrière et de la jeunesse, et donc de son implantation sociale en général. Si, au gouvernement, les communistes privatisent des entreprises, cautionnent la guerre contre la Serbie et l’Afghanistan, s’ils alignent leur politique sur celle des socialistes – à quoi sert le PCF ? Dans les entreprises, dans les quartiers populaires, dans la jeunesse, le PCF a perdu des centaines de milliers d’adhérents et de sympathisants au cours de cette période. L’effondrement de l’URSS et des autres régimes totalitaires et corrompus que la direction du parti avait soutenu pendant des décennies n’a fait qu’aggraver sa chute.

Dans le passé, ce qui a permis au PCF de résister face à la répression, face à l’offensive idéologique permanente menée contre lui par les médias capitalistes, face, aussi, aux erreurs, zigzags, aberrations et trahisons de ses propres dirigeants, c’est que la couche la plus militante et la plus consciente du salariat et de la jeunesse voyait en lui un parti révolutionnaire. A l’époque, on pouvait parler aux militants du PCF de toutes les contradictions et tous les soubresauts dans la « ligne » du parti, de tous les crimes du stalinisme – rien, semblait-il, ne pouvait ébranler leur dévouement, leur loyauté à l’égard du parti. Ceci s’explique par le fait qu’il incarnait à leurs yeux, malgré tout, un projet révolutionnaire : le renversement du capitalisme et la réalisation du socialisme. L’adhésion de cette couche militante des travailleurs donnait au parti ses relais dans la société, ses racines dans les entreprises et dans les quartiers populaires. C’est la perte progressive du soutien de cette même couche qui constitue la cause fondamentale du déclin du PCF. Dans les sections du parti, la dérive « anti-libérale » – la perspective illusoire d’une société capitaliste « régulée » – a été facilitée par l’évolution de la composition sociale du parti, au détriment des syndicalistes et des ouvriers en général.

Malgré son affaiblissement, le PCF demeure un parti très important, avec plus de 100 000 adhérents. C’est un parti dont les traditions militantes sont fortement enracinées dans la conscience ouvrière. Il dispose d’énormes réserves sociales, d’autant plus que le PS s’oriente, pour le moment, vers la droite. Les différentes organisations dites d’extrême gauche qui imaginent pouvoir dépasser le PCF n’aboutiront à rien. Elles ne cessent, comme d’habitude, de louvoyer d’une stratégie à une autre, dans l’espoir de sortir de leur isolement. Lutte Ouvrière, pour qui, jusqu’à une date très récente, le Parti Socialiste était un parti capitaliste au même titre que l’UMP, s’est finalement déclarée favorable à des listes communes avec le PS. Le Parti des Travailleurs perd des adhérents à tour de bras, surtout depuis sa campagne présidentielle fantasque emmenée par un élu local « républicain » et plutôt nationaliste du nom de Schivardi. Juste après les élections législatives, il a annoncé la création d’un nouveau « parti de masse ». Ceci restera lettre morte.

La LCR a également lancé, à grands renforts médiatiques, une initiative visant la création d’un « nouveau parti anti-capitaliste ». Au moyen d’une dilution de son programme et d’un changement de nom, la LCR deviendrait un parti de masse. Les mêmes chaînes de télévision qui se consacrent à la glorification de Sarkozy accordent une large place à Besancenot, le présentant sous un jour très positif. Ceci est une stratégie de division délibérée, pilotée par les groupes industriels proches de Sarkozy. L’industrie audio-visuelle et la presse ont fait la même chose pour Bové, et pour les mêmes raisons. Elles veulent promouvoir le projet de la LCR pour enlever des voix au PS et au PCF lors des élections. Les médias peuvent monter une « personnalité » – puis la condamner à l’oubli, si nécessaire. Les capitalistes n’accorderaient pas à la LCR des millions d’euros de subventions et n’en feraient pas la promotion à la télévision s’ils la considéraient comme une menace pour leur système. Ils ne la prennent pas au sérieux. Avec le soutien des médias capitalistes, il est possible que l’organisation connaisse une légère progression électorale. Mais le projet de créer, à partir de la LCR, un parti plus grand et plus implanté que le PCF, a approximativement autant de viabilité qu’une boule de neige en enfer. Même avec une couverture médiatique massive, la LCR n’a attiré, finalement, que très peu de nouveaux adhérents. Son effectif total doit être aux environs de 3000 adhérents. D’où viendront les forces de ce nouveau parti ? Les scissions que la LCR espère provoquer dans le PS et le PCF ne se matérialiseront pas – ou alors à une échelle insignifiante. Le programme économique proposé par Besancenot est similaire, en fin de compte, à ceux du PCF et d’ATTAC. La « taxe Tobin » avait temporairement enflammé l’imagination des « altermondialistes » petits-bourgeois – avant d’être complètement oubliée. L’« anti-capitalisme » réformiste de la LCR connaîtra sans doute le même sort.

Le PCF est une organisation infiniment plus viable que toutes les organisations d’extrême gauche réunies. Il ne disparaîtra pas de sitôt. Mais la crise interne se poursuivra. Les échelons supérieurs du parti sont pénétrés de fond en comble par l’esprit de compromis, de demi-mesures et de « pragmatisme » réformiste. Aux élections municipales, de nombreux dirigeants du PCF ont accepté de s’allier avec le MoDem pour conserver leur pouvoir et leurs positions prestigieuses, comme par exemple à Roubaix, Marseille et Grenoble. Sans théorie, sans perspectives, ils naviguent à vue. Toujours à la recherche d’un nouvel habillage, d’une nouvelle « formule », la direction passe d’alliances en « rassemblements », de « forums » en « collectifs ». Sans programme indépendant, elle ramasse sur son passage les notions petites-bourgeoises en vogue – réformes fiscales, primes pour les capitalistes qui investissent, réprimandes et pénalités pour les autres, commerce capitaliste « équitable », anti-productivisme, « dialogue Nord-Sud », appels larmoyants en direction des impérialistes à la tête de l’ONU, du FMI et de l’OMC, etc. S’il continue sur cette voie, le PCF se coupera de plus en plus des syndicalistes, des travailleurs et de la jeunesse – et, à terme, finira par mourir.

De nombreux militants communistes ont pris conscience de ce danger. Ils ont compris que le programme et les idées défendues par la direction du parti au cours de la dernière période constituent une dérive idéologique, un abandon du communisme. Lors les débats au sujet de l’Assemblée extraordinaire, la nécessité d’un retour aux « idées fondamentales » du communisme a souvent été évoquée. Ces idées fondamentales sont celles du marxisme. C’est une indication de ce qui se passera au sein du parti, dans les années à venir. La lutte pour rompre avec le réformisme « anti-libéral » et pour le rétablissement des idées du marxisme gagnera en ampleur. D’ores et déjà, le travail de La Riposte pour défendre le programme et la théorie du marxisme dans le parti a attiré l’attention de bon nombre de militants.

Il est significatif qu’aucun représentant de la direction du parti n’a tenté de répondre aux idées de La Riposte. Il est plus facile, sans doute, de murmurer en coulisse que le journal représente une « conspiration » contre le PCF pour y introduire le marxisme ! Dans le monde sens dessus dessous des réformistes, le marxisme est considéré comme un corps étranger, cependant que toutes sortes d’idées petites-bourgeoises y sont bienvenues. La Riposte n’a rien d’une opération clandestine. Son action pour expliquer et défendre les idées du marxisme se fait au grand jour, au vu et au su de tous, au moyen de notre journal, de notre site internet et de toutes nos activités publiques.

Le socialisme

Le système capitaliste ne peut pas tolérer les conquêtes sociales du passé. Par la combinaison des mesures gouvernementales et des mécanismes aveugles du marché capitaliste, ces conquêtes seront progressivement minées et détruites. Or, aucune forme de société ne peut continuer indéfiniment sur cette pente. Un système reposant sur la dégradation continue des conditions de vie du plus grand nombre est condamné. Cependant, le système ne tombera pas tout seul. Il ne sera pas, non plus, graduellement et imperceptiblement « dépassé » par une succession de réformes prétendument « anti-libérales ». La révolution socialiste est qualitativement différente des révolutions qui ont marquées la transition de l’ordre féodal à l’ordre capitaliste. Celles-ci aboutissaient à la destruction des dernières entraves à l’ascension de la classe capitaliste, qui s’était déjà établie – dans la période antérieure à la révolution – comme la classe économiquement et, dans une large mesure, politiquement dominante, grâce à la progression du commerce et à la place de plus en plus prépondérante du capital dans l’économie nationale. Mais le salariat est une classe sans propriété, une classe exploitée, qui ne saurait devenir progressivement une classe dominante. Même longtemps après que les conditions objectives de l’émancipation des travailleurs soient réunies, tant que les conditions subjectives – la conscience des travailleurs – ne le sont pas, la révolution socialiste est impossible. L’émancipation des travailleurs ne peut être que le produit d’un mouvement de masse conscient de ses tâches et de ses objectifs. Le rôle des communistes – un rôle fondamental, décisif – est d’aider les travailleurs et les jeunes, à partir de leur propre expérience, à se libérer des illusions réformistes et à parvenir à des conclusions révolutionnaires.

Contrairement à ce que croient – ou feignent de croire – les dirigeants du PCF, il est impossible d’imposer une « logique anti-capitaliste » à l’économie de marché. C’est un programme irréalisable. Le programme économique du mouvement communiste doit être axé sur l’expropriation des capitalistes. Il faut nationaliser les grands groupes industriels, l’ensemble du système bancaire et les compagnies d’assurance, ainsi que les entreprises de la grande distribution. Il ne s’agit pas de reproduire, à une plus grande échelle, les entités bureaucratiques et gérées selon des critères capitalistes qu’étaient les anciennes entreprises « publiques » comme Elf-Aquitaine ou le Crédit Lyonnais, mais de placer les moyens de production et d’échange sous le contrôle et la gestion démocratique des salariés à tous les niveaux, et de les intégrer dans une planification démocratique de l’ensemble des ressources économiques du pays. L’accomplissement de cette transformation posera la base économique sur laquelle s’érigera la société socialiste.

Dans les années à venir, le déclin du capitalisme français provoquera vague après vague de luttes de la part des travailleurs. Une confrontation majeure – ou plutôt une série de confrontations majeures – entre les classes est inévitable. Au cours de ces luttes, les travailleurs, à commencer par les plus politiquement conscients, seront à la recherche d’idées sérieuses. Certes, ils ont de bonnes raisons d’être méfiants, voire sceptiques, vis-à-vis des idées révolutionnaires. Ils ont été maintes fois déçus et trahis. Ils voudront se convaincre de notre solidité, de notre fiabilité, de la justesse de notre programme et de nos mots d’ordre. Il faut absolument intégrer les idées, les principes, la théorie et le programme du marxisme révolutionnaire dans le mouvement communiste et syndical. Ce ne sera pas une tâche facile. Elle implique engagement, fermeté et sacrifices. Mais elle est tout à fait réalisable. L’avenir de notre classe et de l’humanité toute entière dépend de la victoire du socialisme. Aucune autre cause n’est plus grande, plus juste et plus digne de notre engagement.

La Riposte
Publication : vendredi 1er février 2008
 

Le déclin du capitalisme français et la lutte pour le socialisme
Le 20 mai 2008, par Ardoin
C’est bien d’avoir donné la définition de la classe ouvrière selon la doctrine de Marx et Engels – Certaines catégories de salariat flattées à dessein par le patronat, les désignant parfois comme des collaborateurs actionnaires, se prennent en effet pour ce qu’ils ne sont pas, n’étant jamais que des salariés. Tandis que les délégués syndicaux sont vilipendés voire harcelés à longueur de journée dans les mêmes entreprises, pendant que les représentants du même patronat ont le culot de prêcher qu’ils sont pour des syndicats forts, mais entre parenthèse ( à condition qu’ils ferment leurs gueules. ) Non seulement le PCF est plus utile que jamais, mais il est le seul parti crédible, face à un parti socialiste trop compromis avec les libéraux. C’est bien à cause de lui que nous sommes avec un gouvernement aussi déplorable aujourd’hui, pour avoir refusé une attitude franchement antilibérale lors des dernières élections. En revanche c’est certain qu’il est impératif que les groupuscules qui s’y sont déssolidarisés : LCR – LO se réconcilient, pour n’avoir rien apporté de concluant par leurs divisions. La raison principale des réformateurs à vouloir se débarrasser du sigle PCF est claire : c’est qu’is sont embarrassés par l’expérience de l’URSS qui s’était soldée par un échec. C’est quand même étrange de ne pas voir un responsable de ce parti chanter à longueur de médias que c’est les capitalistes occidentaux qui avaient pendant un demi siècle et plus corrompus les chefs politiques du KREMLIN dans l’espoir d’obtenir un jour l’ouverture des marchés à l’est. Alors que dans le même temps Georges Marché et François Mitterrand ne cessaient de crier sur les toits  » que le capitalisme c’est la jungle.  » Nous en voyons les résultats aujourd’hui avec une dictature capitaliste à un degrès jamais connue, et une population croissante qui réclame le retour de l’ancien régime. Vous avez raison le fruit est en plein mûrissement avec les mécontentements que convergent de partout. C’est très bien pour tous ceux qui avaient oublié qu’il n’y avait pas de social à attendre de la droite pour le monde du travail. Alors qu’ils sont prévenus depuis plus d’un siècle et demi lorsque Karl Marx disant que : La bougeoisie devenue récationnaire entrave partout la progrès social, pour mieux défendre ses propres intérêts « . C’est plus d’actualité que jamais. De même que paraphraser le titre de votre article je ne vous apprend pas ce que disais une fois de plus Marx au sujet du capitalisme qui porte en germe les perspectives de son échec. Nous y sommes avec ce gouvernement de plus en plus aux abois.

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La crise du capitalisme mondial

Posté par issopha le 15 décembre 2008

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La crise du capitalisme mondial

Cet article d’Alan Woods a été rédigé le 26 septembre dernier, c’est-à-dire avant l’adoption du « Plan Paulson » par le Congrès américain.

*

Nous vivons des temps exceptionnels. La panique financière, aux Etats-Unis, provoque des vagues qui menacent d’engloutir le monde entier. La conscience de millions de gens est en train d’évoluer rapidement. Le 25 septembre, une manifestation à l’appel de syndicats américains a mobilisé environ un millier de travailleurs, dont un grand nombre d’ouvriers du bâtiment – métallurgistes, manœuvres, plombiers, etc. – ainsi que des enseignants et du personnel de bureau. Le but de la manifestation, organisée en moins de deux jours, était de protester contre le projet de renflouer Wall Street avec 700 milliards de dollars d’argent public. Voici un extrait d’une dépêche de Reuters sur cette manifestation :

« A l’occasion d’une manifestation partie de la bourse de New-York, des ouvriers du bâtiment, des salariés des transports, des machinistes, des enseignants et d’autres travailleurs syndiqués ont vigoureusement protesté contre la proposition du gouvernement américain de renflouer Wall Street. Plusieurs centaines de mécontents criaient leur soutien enthousiaste aux dirigeants syndicaux qui fustigeaient le plan de 700 milliards de dollars visant à revigorer le marché du crédit en soulageant les institutions financières de leurs mauvaises créances.

«   » Le gouvernement Bush veut que nous payions un plan de sauvetage de Wall Street qui n’effleure même pas les causes profondes de la crise « , a déclaré John Sweeney, le président de l’AFL-CIO. « Nous voulons que nos impôts servent à aider les millions de travailleurs qui dépendent de Wall Street, et non à subventionner une poignée de privilégiés et de dirigeants surpayés. « 

« Sur les pancartes des manifestants, on peut lire : « Pas de chèque en blanc pour Wall Street « , et « Ne touchez pas à nos retraites ! ». Les manifestants ont acclamé les appels répétés lancés au gouvernement pour qu’il investisse dans l’éducation, la santé et le logement aussi librement et facilement qu’il propose de le faire pour Wall Street. « Nous savons qu’il faut trouver une solution à la situation économique. Mais nous voulons une réponse sérieuse, pas un sauvetage opportuniste « , a déclaré le président du syndicat des enseignants, Randi Weingarten.  » Si les enseignants doivent rendre des comptes, alors Wall Street aussi doit rendre des comptes. «  »

L’humeur des manifestants était à la colère. Un appel à une grève générale, si le plan de sauvetage ne bénéficie qu’aux riches, a été accueilli avec enthousiasme. Cela représente le début d’un changement profond dans la conscience des travailleurs, et pas seulement aux Etats-Unis.

Le spectre de 1929

Ce qui s’est produit sur les marchés financiers, ces derniers mois, est inédit dans l’histoire récente. Les mêmes économistes bourgeois qui, jusqu’alors, niaient la possibilité d’une récession, parlent désormais de la crise la plus sérieuse depuis 60 ans. En fait, ils veulent dire 79 ans, car il n’y avait pas de crise en 1948. Mais les économistes sont des gens superstitieux, et ils ont peur de mentionner 1929, tout comme les anciens Israélites avaient peur de mentionner le nom de leur Dieu, de peur que cela provoque quelque malheur. Ils sont tous inquiets de la « confiance » dans les marchés, car ils croient tous avec ferveur que c’est la confiance (ou son absence) qui est la cause réelle de la croissance ou d’une récession. Or, en réalité, la croissance et la récession s’enracinent dans les conditions objectives. Les variations du degré de confiance reflètent les conditions réelles, même s’il est vrai que ces variations peuvent à leur tour faire partie de ces conditions réelles, en poussant le marché vers le haut – ou, comme actuellement, vers le bas.

Le Congrès américain hésite face au plan de « sauvetage », et le Secrétaire au Trésor Henry Paulson – que certains commentateurs considèrent désormais comme le président de facto des Etats-Unis – enrage. Pendant ce temps, les bourses mondiales continuent de chuter, et personne ne peut les arrêter. Un argument est sur toutes les lèvres : « Vous nous demandez de signer un chèque en blanc de centaines de milliards, sans la moindre garantie. A part le fait que cela récompensera les banquiers pour leurs grossières erreurs de gestion, qui dit que cela mettra un terme à la chute des marchés ? »

C’est une excellente question, à laquelle ni Bush, ni Paulson, ni personne d’autre n’a de réponse. Il est assez amusant d’entendre ces anciens avocats du sacro-saint « libre marché » implorer le gouvernement de sauver le marché de lui-même. Mais ils y sont poussés pas leur propre logique, la folle logique de l’économie de marché. L’actuelle crise financière, que les marxistes avaient annoncée de longue date, est la conséquence directe d’une longue période de spéculation incontrôlée, qui a produit la plus grande bulle spéculative de l’histoire.

Socialisme – pour les riches

De plus en plus de gens commencent à remettre en cause un système économique capable de produire de telles abominations. Lorsque l’Etat capitaliste lui-même est contraint de nationaliser des établissements financiers, l’idée suivante ne peut que progresser : pourquoi a-t-on besoin de banquiers et de capitalistes ? C’est la raison pour laquelle les politiciens évitent le mot « nationalisation » comme le diable évite l’eau bénite. Ils cherchent à tous prix des moyens, pour l’Etat, de fournir du capital aux banques sans que cela implique une nationalisation. Ils se creusent la cervelle pour inventer de nouvelles formes de capital qui laissent le contrôle et la propriété des banques concernées entre des mains privées. Mais en fin de compte, ils sont obligés de prendre leur contrôle pour éviter qu’elles ne s’effondrent. C’est une condamnation accablante de la propriété privée d’un secteur clé de l’économie.

N’est-il pas ahurissant que les dirigeants de Bear Stearns aient reçu des fortunes pour appliquer des stratégies financières qui ont mené au désastre ? Et pourquoi les contribuables américains – dont la plupart ne sont pas riches – devraient-ils payer une note de 700 milliards de dollars pour sauver les grandes institutions financières ? Le 30 septembre 2007, le gouvernement fédéral accusait un déficit fiscal de 53 000 milliards de dollars, soit 445 000 dollars par ménage et 175 000 par personne. Chaque jour, ce fardeau croît de 6600 à 9900 dollars par Américain. Medicare représente 34 000 milliards de ce déficit. Qu’il s’agisse d’Obama ou de McCain, celui qui remportera les prochaines élections présidentielles et contrôlera le Congrès devra engager des coupes sombres dans le niveau de vie des Américains. Les mêmes capitalistes qui ont pris des millions au gouvernement et à la Réserve Fédérale demandent un contrôle budgétaire strict, une coupe dans les dépenses fédérales et une contre-réforme du système de santé publique.

Il n’y a pas d’argent pour Medicare, les écoles ou les retraites. Mais il y a plein d’argent pour les grandes banques et ceux qui sont déjà richissimes. Cette contradiction flagrante est en train de pénétrer la conscience de millions d’Américains ordinaires. Cela aura d’énormes conséquences. Le lourd fardeau de la dette devra être placé sur les épaules des générations à venir, qui devront en payer le prix fort en terme de niveau de vie. Cela mènera inévitablement à de profonds changements dans la conscience de la masse des travailleurs américains.

La dictature du capital financier

Notre époque est celle du capitalisme de monopole. L’une de ses caractéristiques est la complète domination du capital financier. Cette domination est allée plus loin aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne que partout ailleurs. La Grande-Bretagne, qui fut par le passé « l’atelier du monde », s’est transformée en une économie parasitaire, qui produit très peu et qui est dominée par la finance et les services. Jusqu’à récemment, c’était présenté comme quelque chose de positif, qui protègerait la Grande-Bretagne des turbulences de l’économie mondiale. Mais c’est l’inverse qui est vrai. En suivant servilement le modèle américain, la Grande-Bretagne a été entraînée dans la récession dans le sillage des Etats-Unis – et en sera sans doute gravement affectée. Tel un ver solitaire croissant au détriment de l’organisme qu’il parasite, le secteur financier est devenu trop grand par rapport à l’économie. Il l’a affaiblie et menace de la faire entièrement sombrer.

Pendant des années, les Etats-Unis semblaient défier les lois de la gravité économique. A présent, ils doivent en payer le prix. La chute est d’autant plus sévère que la spéculation immobilière avait atteint des sommets, dans la période précédente. La chute des prix de l’immobilier est d’ores et déjà plus importante que pendant la Grande Dépression des années 30. Pendant le premier trimestre de 2008, les prix de l’immobilier ont officiellement chuté de 14,1%. Par comparaison, en 1932, au point le plus bas de la Dépression, les prix des maisons chutaient de 10,5%. En outre, certains économistes pensent que le chiffre réel de la chute du prix de l’immobilier, au premier trimestre de 2008, est plutôt de 16%. Et cette chute est loin d’être terminée.

Cela signifie que les énormes quantités d’argent injectées dans le système bancaire ne permettront pas d’enrayer la chute. Tout au plus apporteront-elles un répit temporaire, avant une nouvelle chute encore plus sérieuse. Telle est la logique des marchés, qui n’obéissent à aucune autre loi que la leur. Les prétendus « plans de stabilisation » ne sont rien de tel. Tous les discours sur la régulation des marchés sont absurdes. Le système capitaliste est anarchique de par sa nature même. Il ne peut être ni planifié, ni régulé. La tentative de stabiliser le secteur financier en y injectant d’énormes quantités de cash n’aboutira qu’à une chose : rendre les super-riches encore plus riches. Mais cela n’aura aucun effet à long terme sur le marché.

L’insolence des banquiers est assez étonnante. Ils demandent aux gouvernements d’acheter leurs mauvais crédits, tout en s’accrochant à leurs avoirs profitables. Nul ne sait à combien s’élèvent les mauvaises créances. Un vieux proverbe nous dit de ne jamais acheter un cochon dans un sac. C’est un conseil sensé, mais en l’occurrence, les capitalistes demandent au gouvernement de vastes quantités d’argent – sans qu’il regarde à l’intérieur du sac. La crise du système bancaire est le résultat d’une escroquerie massive à laquelle tous les banquiers ont participé au cours de ces vingt dernières années. Ils en sont sortis fabuleusement riches, mais ils ont laissé au passage une énorme quantité de dettes et de capitaux fictifs dans les bilans des institutions financières. Comment résoudre ce petit problème ? Facile ! Passez la note aux contribuables. Le gouvernement n’a qu’à fonder une agence qui achètera ces avoirs et les conservera jusqu’à ce qu’ils soient « mûrs » et puissent être revendus au secteur privé. Cela signifie nationaliser les pertes et privatiser les profits – ou, suivant la merveilleuse formule de Gore Vidal : le socialisme pour les riches et le libre marché pour les pauvres.

Les capitalistes prétendent qu’ils font des sacrifices, eux aussi. Mais ce qu’ils veulent dire, c’est qu’ils sacrifient un peu de leurs profits faramineux, pendant que les travailleurs sacrifient leurs emplois et leurs logements. Les banquiers crient de douleur, et les gouvernements accourent avec un carnet de chèques en main. Les banquiers demandent une grosse transfusion de cash pour guérir leur maladie. Cela s’appelle une « provision de liquidité ». Le problème, c’est que l’Etat n’a pas de liquidité à sa disposition. Il ne peut lever des fonds qu’en augmentant les impôts. Mais l’augmentation des impôts va affecter la demande, qui baisse déjà aux Etats-Unis. Cela pourrait temporairement soulager les « souffrances » des super-riches, mais au prix d’accroître celles de millions d’Américains ordinaires. En soi, cela ne serait certes pas un problème, évidemment, puisque souffrir pour la grande cause du Marché est le devoir de tout patriote américain. Mais malheureusement, cela aura aussi de très sérieuses conséquences sur l’économie.

Une nouvelle baisse de la demande fera monter le chômage. Des entreprises feront faillite. De plus en plus de gens seront incapables de faire face à leurs emprunts immobiliers et autres crédits. En d’autres termes, cela aggravera la crise et compliquera sa résolution. En outre, au cours de la dernière période, les Etats-Unis sont passés du rang de plus grands créditeurs à celui de plus grands débiteurs au monde. L’achat de banques en faillite et l’injection de capital dans les institutions financières accroîtront considérablement cet endettement collectif. Cela débouchera sur une nouvelle chute de la valeur du dollar par rapport aux autres monnaies – et sur de nouvelles convulsions sur les marchés monétaires mondiaux.

Les Banques Centrales sont supposées prévenir la panique en protégeant les dépôts bancaires et en mettant des liquidités à la disposition des institutions financières. Mais il y a des limites aux ressources des Banques Centrales, et ces limites sont rapidement atteintes. Elles ne sont sans doute pas loin d’avoir fait tout ce qui est possible. Dans l’hypothèse de nouvelles faillites bancaires, elles seront impuissantes. Or, comme nul n’a la moindre idée de la quantité de crédits pourris qui empoisonnent le système financier mondial, de telles crises sont inévitables dans la période à venir. Tôt ou tard, cela doit se terminer par la chute d’une ou plusieurs banques majeures, ce qui pourrait provoquer un choc fatal pour l’économie mondiale, comme lors de l’effondrement de Kredit-Anstalt, la plus grande banque autrichienne, en 1931. C’est ce qui avait marqué le début de l’effondrement financier en Europe Centrale et au-delà. Un scénario semblable, dans la période à venir, est entièrement possible.

Marx sur le capital fictif

Ce n’est pas le manque d’argent qui est la cause de la crise. C’est au contraire la crise qui provoque un manque d’argent. Avec leur mentalité de banquiers, les économistes bourgeois confondent la cause et l’effet, l’apparence et l’essence. Quand l’économie entre en crise, le crédit s’assèche, et les gens demandent des espèces sonnantes et trébuchantes. C’est un effet de la crise, même s’il est vrai que l’effet devient cause et génère une spirale descendante.

Les banquiers et leurs amis répètent que la cause de la crise réside dans le manque de capital à la disposition du système financier. C’est une affirmation pour le moins étonnante. Ces deux dernières décennies, on a assisté à une gigantesque orgie financière dans laquelle les banques réalisaient d’énormes profits. A présent, ils prétendent ne pas avoir assez de capital ! En fait, pendant la phase de croissance, il y avait en circulation une immense quantité de capital sous forme de crédit, et cette surabondance de capital illustrait à elle seule les limites de la production capitaliste. Il y avait d’immenses sommes de capital disponibles pour la spéculation qui ne trouvaient pas de débouchés, et les capitalistes devaient trouver d’autres moyens de les investir.

Marx soulignait que l’idéal des capitalistes est de faire de l’argent avec de l’argent, sans avoir à passer par le pénible processus de la production. Au cours de la dernière période, il semblait qu’ils y étaient parvenus (sauf en Chine, où il y a eu un véritable développement des forces productives). Aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Espagne, en Irlande et dans bien d’autres pays, les banques ont investi des milliards dans la spéculation, en particulier dans le secteur immobilier. C’est sur cette base que le scandale des subprimes s’est développé, générant d’incroyables quantités de capital fictif.

A l’époque de Marx, déjà, il y avait d’énormes quantités de capital en circulation. C’est ce capital qui formait la base du capital fictif. A l’époque, déjà, il y avait déjà des crédits frauduleux, l’équivalent des actuels « produits dérivés ». Ceci dit, comparé à la situation actuelle, c’était insignifiant. Aujourd’hui, la quantité totale de spéculation, à l’échelle mondiale, est stupéfiante. Ne prenons qu’un exemple : le commerce des crédits douteux. Ce marché permet à deux parties de parier sur la probabilité qu’une entreprise ne soit pas en mesure de payer sa dette. Cela s’élève à 90 000 milliards de dollars. Mais les contrats ne sont enregistrés que dans les dossiers des contractants. Nul ne connaît le volume réel qui est échangé, ce qui expose l’économie mondiale à d’énormes risques. Cela explique la panique à Wall Street et à la Maison Blanche. Ils craignent – à juste titre – que n’importe quel choc sévère ne fasse chuter tout l’édifice instable de la finance internationale, ce qui aurait d’incalculables conséquences.

Même au XIXe siècle, au sommet d’un boom, lorsque le crédit était facile et que la confiance augmentait, la plupart des transactions se faisaient sans argent réel. Au début d’un cycle, il y a une abondance de capital, et les taux d’intérêt sont bas. A ce stade du cycle, les bas taux d’intérêt stimulent les profits et la croissance. Plus tard, lorsque la prospérité est à son sommet, les taux d’intérêt atteignent leur niveau moyen. Comme il y a une demande croissante de crédit, les taux d’intérêt augmentent. Or, lors du dernier boom, cela ne s’est pas produit.

Ces dernières années, la Réserve Fédérale a délibérément maintenu de bas taux d’intérêts (ils sont même allés jusqu’à des taux négatifs, au regard de l’inflation). Du point de vue de l’orthodoxie capitaliste, c’était irresponsable. Cela a provoqué la bulle immobilière, jetant les bases de la crise actuelle. Mais tant que les investisseurs réalisaient d’immenses profits, nul ne s’en souciait. Ils ont tous participé à cette folle orgie financière. Les banquiers les plus respectables et les économistes les plus sages chantaient en choeur : « Mangeons, buvons, soyons joyeux, car demain nous mourrons ! »

S’ils se plaignent, aujourd’hui, d’être à court de capital, c’est parce qu’une large partie de leurs actifs est fictive – ce qui est la conséquence d’une escroquerie sans précédent dans l’ensemble du secteur financier. Tant que la croissance continuait, personne n’y prêtait attention. Mais à présent que la croissance est en miettes, tous ces actifs sont l’objet de suspicion. Les banquiers ne sont plus disposés, comme hier, à s’acheter de grandes quantités de dettes. La défiance s’est généralisée. Lorsqu’il s’agit de prêter ou d’emprunter, le vieil optimisme facile laisse place à l’avarice. L’ensemble du système bancaire, sur lequel repose la circulation du capital, est menacé de paralysie.

Tant que tous les actifs pourris n’auront pas été éliminés, de nombreuses institutions manqueront de capital pour alimenter l’économie en crédit frais. Marx avait décrit ce stade du cycle économique, dans le Capital :

« Il va de soi que les moyens de paiement font défaut pendant une crise. Le besoin de convertir des traites s’est substitué à celui d’échanger des marchandises, et cette situation s’aggrave d’autant plus que pendant pareille période une partie des maisons de commerce s’appuie exclusivement sur le crédit. Aussi des lois absurdes sur les banques, comme celle de 1841-45, peuvent-elles aggraver une crise financière. Aucune loi ne peut la supprimer.

« Dans un système de production dont la cohérence repose entièrement sur le crédit, une crise et une demande violente de moyens de paiement doivent inévitablement surgir lorsque le crédit est supprimé brusquement et que seuls les paiements en espèces sont admis. A première vue, tout doit se ramener à une crise de crédit et d’argent, étant donné qu’il n’est question que de la possibilité de convertir des traites en argent. Mais ces traites représentent, d’une part – et c’est la plus grande masse – des ventes et des achats réels dépassant de loin les besoins de la société et par cela même causes de la crise ; d’autre part, des affaires véreuses qui alors seulement viennent au jour, des spéculations malheureuses faites avec les capitaux des autres, des marchandises dépréciées et invendables. Dans ces circonstances, le système artificiel auquel a abouti l’expansion violente du procès de reproduction, ne peut naturellement pas être rendu normal par l’intervention d’une banque, la Banque d’Angleterre par exemple, qui emploierait son papier pour constituer aux tripoteurs le capital qui leur manque et acheter à leur première valeur nominale toutes les marchandises dépréciées. D’ailleurs, tout semble renversé dans ce monde du papier, où nulle part ne se rencontrent les prix réels avec leurs bases réelles, et où il n’est jamais question que de lingots, espèces, billets, traites, valeurs, principalement dans les centres, comme Londres, où se concentrent toutes les affaires financières du pays. » (Le Capital, Volume 3, Chapitre 30.)

Les capitalistes doivent extraire du système tout ce capital fictif. Comme un homme dont le corps a été empoisonné, ou comme un toxicomane qui lutte contre les effets de l’addiction, ils doivent expulser le poison de l’organisme – ou mourir. Mais c’est un processus douloureux qui n’est pas sans dangers. Comme le crédit s’assèche, les capitalistes exigent des remboursements à plus courte échéance. Ceux qui ne peuvent pas payer feront faillite. Le chômage augmente en conséquence, ce qui à son tour contracte la demande. Cela provoque de nouvelles faillites et de nouvelles dettes qui ne peuvent être remboursées. Ainsi, tous les facteurs qui avaient fait croître l’économie, au cours de la dernière période, la poussent désormais vers le bas.

La faillite des économistes bourgeois

Les économistes s’accrochaient à la vieille illusion selon laquelle une récession mondiale était impossible, qu’ils avaient appris les leçons du passé (comme un ivrogne le lendemain de chaque cuite). Ils expliquaient que la crise financière serait confinée aux Etats-Unis ; que l’économie américaine serait « découplée » du reste du monde (ce qui contredit tout ce qu’ils avaient eux-mêmes dit au sujet de la mondialisation) ; que l’Europe et la Chine deviendraient les forces motrices de l’économie mondiale – et ainsi de suite.

Comme ces arguments sonnent creux, à présent ! Il y a une baisse globale des prix de l’immobilier. L’économie mondiale ralentit. Les économies américaine et européenne ralentissent déjà de façon significative, et comme de nouvelles faillites bancaires sont inévitables, ce processus se poursuivra. Il est vrai que les soi-disant « pays émergents » continuent de croître. Mais il est impensable qu’ils puissent rester à l’écart de la crise générale. Bien sûr, ce processus se développera sur une certaine période, et de façon inégale. Les différents pays seront frappés par la crise plus ou moins rapidement. Mais au final, ils seront tous happés.

Peu importe dans quel pays cela commence. Dans les conditions modernes, la crise passera inévitablement d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre. Cette fois-ci, cela a commencé aux Etats-Unis, le pays où la manie de la spéculation a été portée à des niveaux extrêmes. Mais rapidement, et contre tous les pronostics des économistes, cela s’est étendu à l’Irlande, l’Espagne, la Grande-Bretagne et l’ensemble de l’Europe. Les répercussions frapperont l’Amérique latine, l’Asie et l’Afrique. Les pays seront touchés les uns après les autres, comme des dominos. La Chine ne fera pas exception – bien qu’elle continue de croître, pour le moment.

Dans une crise, les capitalistes sont obligés de prendre des mesures extraordinaires pour s’accaparer une partie d’un marché qui s’étiole. Ils se livrent au discount (baisse des prix), au dumping et autres moyens de contrecarrer leurs compétiteurs. Ce faisant, ils aggravent la crise en alimentant une spirale déflationniste. Les gens retardent leurs achats en prévision d’une baisse des prix – et, ce faisant, poussent les prix vers le bas. On voit clairement ce phénomène dans le marché immobilier.

La contagion s’étend d’un pays à l’autre comme une incontrôlable épidémie. Il apparaîtra évident que chaque pays a trop exporté (c’est-à-dire, trop produit) et trop importé (trop commercé). Il sera évident que tous ont abusé du crédit et allumé les flammes de l’inflation et de la spéculation, qui doivent à présent être éteintes, même au prix fort. Autrement dit, on ne parle pas de tel ou tel pays, de telle ou telle banque ou de tel ou tel spéculateur individuel – mais du système lui-même. Il est vrai qu’aucune crise ne dure éternellement. A long terme, un nouvel équilibre sera atteint et un nouveau cycle économique s’engagera. Mais rien de tel n’est en vue, à ce stade. La crise n’est pas terminée. Elle a à peine commencé. Personne ne sait combien de temps elle durera. Et de toutes façons, comme le disait Keynes : « A long terme nous sommes tous morts. »

Il est facile d’être sage après l’événement. Les économistes bourgeois sont excellents lorsqu’il s’agit de prédire des choses qui se sont déjà produites. En la matière, ils font penser aux auteurs de l’Ancien Testament, qui prédisaient avec une précision infaillible des événements qui s’étaient produits plusieurs siècles auparavant. Cela impressionne des gens crédules comme les Témoins de Jéhovah, qui y voient la preuve de l’inspiration divine de la Bible. D’autres, plus sceptiques et scientifiques, accueillent de telles « prédictions » d’un grand rire. Toujours est-il que les mêmes gens qui raillaient les marxistes et nous assuraient qu’il n’y aurait pas de crise se tordent à présent les mains de désespoir. Ils nous informent que nous vivons la crise la plus grave depuis les années 30, et espèrent que personne ne remarquera la contradiction flagrante entre ce qu’ils disent aujourd’hui et ce qu’ils disaient hier.

Le fait est que depuis 20 ou 30 ans, les économistes bourgeois n’ont rien compris et rien anticipé. Ils n’ont vu venir ni les crises, ni les reprises. Ils ont passé des décennies à essayer de nous expliquer que le cycle économique avait été aboli, que le chômage de masse était une chose du passé, que le monstre de l’inflation avait été apprivoisé, etc. Et bien évidemment, tous les politiciens réformistes ont cru et répété ces contes de fées. Cela montre que les économistes bourgeois ne servent qu’à justifier un système en faillite et dégénéré.

Ce que nous avions prédit

Comparons les perspectives des marxistes à celles des bourgeois. Contrairement aux économistes bourgeois, qui ont commis l’erreur de croire à leur propre propagande, la tendance marxiste a correctement expliqué la réalité de la situation. Dans nos Perspectives pour l’économie mondiale, en 1999, nous écrivions :

« Dans le passé, on disait que le rôle de la Fed était de fermer le bar juste au moment où la fête commençait à battre son plein. Mais ce n’est plus le cas. Tout en se disant publiquement dévoué à l’austérité et à la probité, Alan Greenspan a toléré la création de la plus grande orgie spéculative de l’histoire – même s’il est sans doute conscient des dangers que cela implique. Comme l’empereur Néron, il joue du violon pendant que Rome brûle. Ainsi se vérifie la vieille devise : « Les dieux rendent d’abord fous ceux qu’ils veulent détruire ». »

Dans le même document, nous écrivions :

« A notre époque, les obstacles fondamentaux au développement des forces productives sont la propriété privée des moyens de production et l’Etat-nation. Cependant, le capitalisme peut temporairement et partiellement contourner ces barrières par divers moyens, tels le développement du commerce mondial et l’expansion du crédit. Marx expliquait déjà le rôle du crédit dans le système capitaliste. C’est un moyen par lequel le marché peut être développé au-delà de ses limites normales. De la même façon, l’expansion du commerce mondial peut reporter la crise pour un temps – mais seulement au prix de préparer une crise encore plus catastrophique à l’avenir.

« Comme l’écrivait Marx : « La production capitaliste est constamment engagée dans des tentatives de dépasser ces barrières immanentes, mais elle ne les dépasse que par des moyens qui placent les mêmes barrières sur sa voie, à une échelle encore plus formidable.

«  « Le véritable obstacle de la production capitaliste est le capital lui-même. » (Marx, Le Capital, vol. 3, 15 ; 2-3.)

« Le circuit de la production capitaliste dépend, entre autres, du crédit. La solvabilité d’un maillon de la chaîne dépend de la solvabilité d’un autre maillon, etc. La chaîne peut se briser à différents points. Tôt ou tard, le crédit doit être remboursé en cash. C’est un fait trop souvent oublié par ceux qui s’endettent pendant la phase de croissance. Dans la première phase de l’extension capitaliste, le crédit agit comme un stimulant sur la production :  » Le développement du processus productif étend le crédit, et le crédit mène à une extension des opérations industrielles et commerciales. «  » (Marx, Le Capital, vol. 3, p. 470.)

« Cependant, ce n’est là qu’une face de la pièce. L’extension rapide du crédit et de la dette pousse le marché au-delà de ses limites normales. Mais à un certain stade, cela doit se transformer en son contraire. Pendant le boom, le crédit apparaît illimité, comme la Corne d’Abondance de la mythologie grecque. Mais dès qu’une crise intervient, ces illusions tombent en miette. Les retours sur investissement sont retardés, les marchandises ne trouvent pas d’acheteurs sur des marchés saturés, et les prix baissent. Le développement du marché mondial n’altère pas ce processus fondamental, mais lui donne seulement une dimension beaucoup plus vaste. En dernière analyse, l’accumulation de dettes ne peut que rendre la crise plus profonde et plus longue. L’histoire récente du Japon suffit largement à le confirmer. Après une décennie de croissance caractérisée par une augmentation rapide des valeurs boursières, la bulle a été finalement crevée par une nette augmentation des taux d’intérêt. Cette situation était très semblable à celle des Etats-Unis, aujourd’hui. Le 25 décembre 1989, la banque du Japon a augmenté ses taux d’intérêt et provoqué ainsi une chute brutale des marchés boursiers. Mais comme le prix du foncier continuait de monter, une nouvelle augmentation des taux était nécessaire. Finalement, les taux d’intérêt ont été poussés à 6%, et à la fin de l’année, les valeurs boursières avaient chuté de 40 %. Après cela, la Banque Centrale du Japon a maintenu les taux d’intérêt à un haut niveau. A l’époque, les économistes félicitaient la Banque du Japon pour la prudence de sa politique. Mais le résultat fut de prolonger la récession sur une décennie.

« Avec la mondialisation et l’abolition de limitations sur le crédit et les opérations financières, l’échelle de l’expansion n’a jamais été aussi grande – mais jamais, également, les possibilités d’un crash mondial n’ont été aussi grandes.

« L’expansion du commerce mondial et l’ouverture de nouveaux marchés en Asie ont stimulé la croissance – mais seulement au prix de préparer un plus grand effondrement. Telles sont les perspectives. »

Ces lignes ont été écrites il y a près de dix ans, lorsque l’écrasante majorité des économistes bourgeois niaient toujours la possibilité d’une crise mondiale. Nous sommes en droit de demander : qui a le mieux compris les mécanismes de l’économie mondiale ? Qui a formulé des prédictions correctes ? Les économistes bourgeois ou les marxistes ?

La Chine peut-elle sauver le monde ?

Un vieux proverbe dit : un homme qui se noie s’accrocherait à une paille. Effrayés par la profondeur de la crise, la bourgeoisie et ses apologues cherchent désespérément une paille à laquelle s’accrocher. Jusqu’à récemment, ils plaçaient leurs espoirs sur l’Asie, et en particulier la Chine. Mais la Chine est fermement connectée au marché mondial, et reflétera sa volatilité.

En dépit du retournement économique américain, les exportations chinoises ont continué de croître : de 22% au cours des huit premiers mois de 2008. Cela tient en partie au fait que les entreprises chinoises continuent de trouver de nouveaux marchés dans d’autres économies en voie de développement. Mais c’est simplement reporter l’inévitable. Après la crise de Wall Street et la stagnation en Europe et au Japon, les investisseurs se demandent si la Chine n’est pas, elle aussi, entrée dans la crise. Après cinq ans de croissance rapide, l’économie chinoise est clairement en train de ralentir, dès à présent. Or, un taux de croissance inférieur à 8% aurait de grandes implications pour la Chine et l’économie globale. Les économistes s’inquiètent également du secteur bancaire chinois.

Il y a déjà des signes de faiblesse dans certains secteurs des exportations. Dans la province de Guangdong, l’industrie textile connaît de sérieuses difficultés. D’après des statistiques provinciales, les exportations de textile et d’accessoires ont chuté de 31%, en janvier-juillet 2008, par rapport à la même période de 2007. Les exportations de produits en plastique, de jouets et de lampes stagnent ou reculent, elles aussi. Cela a coïncidé avec une demande faible des Etats-Unis, où les ventes de détail ont reculé en juillet et en août. Au cours des sept premiers mois de l’année, la croissance des exportations globales de Guangdong vers les Etats-Unis a ralenti, à 6,3%. Cela ne peut pas être une coïncidence.

Un euro fort et une augmentation de 27% des exportations de Guangdong vers l’Europe ont compensé les effets d’un dollar faible et d’une contraction du marché américain. Cependant, il y a des signes évidents d’une nette contraction de l’économie européenne, qui est aussi l’un des principaux marchés pour les exportations chinoises. Cela finira par les affecter. « Ce pourrait être le calme avant la tempête », écrit Stephen Green, un économiste de la Standard Chartered à Shangaï.

De sérieuses inquiétudes planent également sur le marché immobilier, qui a été l’une des principales composantes du boom de l’investissement en Chine, ces dernières années. Les ventes et les chantiers ont chuté en août, cependant que la production d’acier, de ciment et de climatiseurs a stagné ou chuté – ce qui est un autre symptôme d’une activité fragile. Les analystes rapportent que le nombre de crédits contractés a également baissé au cours des derniers mois. Jerry Lou, analyste chez Morgan Stanley à Shangaï, écrit : « Nous pensons que la probabilité d’une crise de l’immobilier en Chine est élevée ».

Un retournement du marché immobilier aurait de sérieuses conséquences sur le secteur bancaire. Si la croissance du PIB chinois tombe en dessous de 8%, cela provoquera une baisse encore plus nette des prix de l’immobilier, ainsi qu’une chute de l’investissement privé. Les conséquences sociales et politiques en seront considérables.

Les feux sont au rouge dans d’autres secteurs de l’économie chinoise. Le crash boursier a eu un effet négatif sur la confiance des ménages. Dans les zones urbaines, la croissance des revenus a nettement baissé, cette année. Le mois dernier, les ventes de voitures ont chuté de 6%, et le transport aérien a également nettement reculé, cet été. Gome, le plus grand détaillant de produits électroniques du pays, a également annoncé une chute de 3% de ses ventes, au deuxième trimestre 2008.

Le gouvernement a baissé les taux d’intérêt, ce qui prouve qu’il craint une crise. Ceci dit, la marge de manœuvre de sa politique monétaire est limitée par le danger inflationniste. L’inflation a bondi de 8,7% en février, avant de redescendre à 4,9% en août. Zhou Xiaochuan, le président de la Banque Centrale chinoise, a récemment déclaré : « L’inflation a effectivement ralenti au cours des derniers mois. Cependant, aucun relâchement n’est possible, car elle pourrait rebondir. »

Une récession en Chine – ou même un sérieux ralentissement – aurait de sérieuses conséquences sur le marché mondial, à commencer par les pays producteurs en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique latine. Le prix du cuivre, par exemple, a chuté de 23% au cours des deux derniers mois. C’est en partie dû au ralentissement de la consommation chinoise de cuivre, qui a chuté de plus de moitié, cette année.

A propos des « spéculateurs »

Une humeur critique se développe contre « le marché » – c’est-à-dire contre le capitalisme. En réaction à cette humeur, les politiciens bourgeois du style d’Alec Salmond, du Parti National Ecossais, essayent de détourner la colère des gens du système capitaliste et de la concentrer sur un secteur particulier de la classe capitaliste : les « spéculateurs » de la haute finance.

Tout d’un coup, il est devenu à la mode, parmi les politiciens, de condamner ces individus mystérieux qui ont miné d’aussi vénérables institutions que la Banque d’Ecosse. Cette vieille dame respectable, nous dit-on, est parmi nous depuis trois siècles et a survécu aux guerres napoléoniennes, au crash de Wall Street et aux deux guerres mondiales – pour finir par être détruite par un gang de requins avides en costumes de marque et lunettes noires. Ce genre d’« explications » n’explique rien du tout. Comment se fait-il qu’un petit nombre d’individus cupides ait concentré tant de pouvoir ? Qui sont ces gens ? Comment s’appellent-ils ? Où vivent-ils ? Nul ne le sait. Mais en période de crise, il est toujours pratique d’avoir quelqu’un à blâmer. Et si ce quelqu’un se trouve être parfaitement anonyme et introuvable, c’est encore mieux.

Tout d’un coup, les « spéculateurs » commencent à jouer le même rôle, dans le domaine économique, qu’Al-Qaïda dans celui de la politique internationale. En réalité, tous les banquiers et capitalistes sont des spéculateurs. Et ils sont bien obligés de l’être, car le système capitaliste repose sur la spéculation. Il repose également sur la cupidité. Nier la cupidité, c’est nier les mécanismes de l’économie de marché, qui reposent sur la soif de profit. En dernière analyse, c’est la soif de profit qui est le moteur du capitalisme, et il en est ainsi depuis ses origines. Ah, oui, mais les capitalistes sont devenus trop cupides ! Ils gagnent trop d’argent ! C’est ce qu’écrit David Walker, président de la Fondation Peter G. Peterson :

« Y a-t-il des leçons à tirer de la crise des subprimes ? La réponse est oui. Les actions récentes ont été rendues nécessaires du fait de l’échec du gouvernement à établir une structure efficace de régulation des crédits, des produits dérivés et autres titres. La cupidité l’a emporté. Fannie Mae et Freddie Mac sont sortis de leur mission publique originelle pour se concentrer sur le profit et le gain personnel. » (The Financial Times, le 22 septembre 2008)

C’est parfaitement exact. Alors que les travailleurs ne touchent une prime qu’en fonction des résultats, les patrons se payent des sommes obscènes quels que soient les résultats. Ces faits sont bien connus. Pendant des années, les travailleurs ont grincé des dents face aux injustices et aux inégalités. Mais puisque l’économie allait de l’avant, puisque le marché semblait profiter à tout le monde (quoique très inégalement), puisque la presse et la télévision chantaient en chœur sa gloire, et puisque les politiciens de tous les partis allaient dans le même sens – les travailleurs ont accepté l’argument selon lequel « ce qui est bon pour les patrons est bon pour nous ».

« Économie concentrée »

Lénine remarquait que la politique est de l’économie concentrée. La crise économique qui balaye le monde a de très sérieux effets sur la psychologie de toutes les classes, à commencer par les capitalistes eux-mêmes. Lorsque le capitalisme allait de l’avant, la pression des idées bourgeoises sur la classe ouvrière et ses organisations redoublait d’intensité. En Grande-Bretagne, il n’y a pas eu de sérieuse récession depuis plus de deux décennies. Par conséquent, les arguments des politiciens et des économistes bourgeois (qui travaillent main dans la main) sur les vertus miraculeuses du « libre marché » ont trouvé un écho dans la classe ouvrière elle-même, et tout particulièrement dans sa direction.

C’était la base matérielle de la dégénérescence complète des dirigeants de la social-démocratie, des partis « communistes » et des syndicats. En Grande-Bretagne, qui était à l’avant-garde de la réaction capitaliste pendant des décennies, ce fut le terreau sur lequel le « New Labour » a fleuri, sous la direction du Révérend Anthony Blair.

Pour les militants du mouvement ouvrier, cette période semblait un cauchemar sans fin. Il semblait n’y avoir aucune limite à la dégénérescence des dirigeants des organisations de masse, aucun abîme où ils ne soient capables de sombrer, aucun acte vil qu’ils ne soient capables d’accomplir pour satisfaire la classe dirigeante et, bien sûr, le Marché. Le découragement des militants a mené à l’apathie. Les organisations de masse traditionnelles se sont vidées de leurs militants, tout en se remplissant de carriéristes petit-bourgeois à la recherche d’un emploi ou d’une promotion. Cela a à son tour accentué le virage vers la droite de ces organisations, qui a renforcé les désillusions des travailleurs. C’était un cercle vicieux qui se nourrissait lui-même et a duré jusqu’à aujourd’hui. Mais désormais, les choses commencent à changer rapidement.

La conscience humaine est en général conservatrice. Les gens ont normalement peur du changement et s’accrochent à ce qui leur est familier. Les habitudes, la routine et les traditions pèsent lourdement sur la conscience des masses, qui est à la traîne des événements. Mais il y a des moments décisifs, dans l’histoire, où les événements s’accélèrent jusqu’au point critique où la conscience rattrape soudainement son retard. Nous sommes précisément en train de parvenir à un tel point critique.

Ce qui est vrai des nations industrialisées est encore plus vrai des pays sous-développés. En Asie, en Afrique et en Amérique latine, la population vivant sous le seuil de pauvreté augmente rapidement. Un rapport récemment publié par les Nations-Unies révèle qu’un enfant sur quatre y est sous-alimenté. Plus de 500 000 femmes meurent chaque année lors d’un accouchement ou suite à des complications liées à la grossesse. Un tiers de la population urbaine des pays sous-développés vit dans des bidonvilles. L’été dernier, un rapport de la Banque Inter-Américaine a prévenu que l’augmentation des prix allait plonger 26 millions de Latino-américains dans des conditions d’extrême pauvreté. Telle est la situation au terme d’une longue phase de croissance économique, à l’échelle mondiale. C’est ce que le capitalisme a de mieux à offrir. Mais qu’en sera-t-il dans les conditions d’une crise économique ?

Par conséquent, nous faisons face à un phénomène mondial qui est lourd d’implications révolutionnaires. La mondialisation se manifeste comme une crise mondiale du capitalisme.

Quelle est la solution ?

On nous explique que la crise actuelle est la conséquence d’un manque de régulation des risques excessifs qui ont été pris, dans le système financier, en particulier aux Etats-Unis. Ainsi, on nous dit « qu’il faut s’assurer que cela ne se reproduise pas. » Quelle ironie ! Ces trois dernières décennies, les économistes et politiciens bourgeois nous expliquaient précisément l’inverse, à savoir que toute forme de régulation était mauvaise pour les affaires et devait être éliminée (c’était particulièrement le cas du secteur financier).

Les déclarations sur la nécessité d’encadrer les « bonus excessifs » et de réguler les rémunérations des patrons ne sont que pure démagogie. Comment vont-ils accomplir pareils miracles ? Par quels mécanismes ? Les banquiers ont mille et un moyens de contourner toute régulation. Ils ont des comptabilités parallèles qui rendent impossible la découverte de leurs activités frauduleuses. Même le gouvernement américain recourt à ce type d’astuces pour cacher l’ampleur réelle de la dette publique.

L’idée de « réguler » les marchés boursiers est absurde. Pour que le marché puisse fonctionner, il faut que les gens puissent acheter et vendre des actions, et ils doivent le faire sur la base d’une estimation du cours à venir de l’action – montant ou descendant. L’idée qu’il n’est autorisé d’acheter des actions que lorsqu’elles augmentent est une évidente absurdité.

La conclusion est assez claire. Soit on a une économie de marché basée sur la course au profit, soit on a une économie nationalisée et planifiée. Mais le « capitalisme régulé » est une contradiction dans les termes.

Ce qu’il faut, c’est éliminer ces casinos grotesques qui décident du sort de millions de personnes, et remplacer l’anarchie capitaliste par une société rationnelle reposant sur une économie planifiée. On dit que les mesures prises par Bush et Brown constituent des nationalisations. Mais ces mesures n’ont rien en commun avec l’idée socialiste de nationalisation. Elles ne sont pas destinées à arracher le pouvoir économique des mains des parasites millionnaires qui constituent un obstacle monstrueux sur la voie du progrès social. Au contraire, elles représentent une tentative de protéger les intérêts de ces parasites en les subventionnant massivement – en puisant dans les poches des travailleurs et des classes moyennes.

Les marxistes sont radicalement opposés à ces mesures, qui n’ont rien à voir avec d’authentiques nationalisations, et relèvent d’une sorte de capitalisme d’Etat destiné à sauvegarder le système capitaliste. Elles mènent inévitablement à une concentration du capital, des licenciements massifs, des fermetures de banques, des crédits plus chers et autres mesures anti-sociales. L’Etat récompense les banquiers pour leurs activités néfastes. Il rachète toutes leurs pertes, puis dépense de vastes quantités d’argent des contribuables pour les rendre rentables, et lorsque c’est fait, il les revend aux banquiers, qui réalisent ainsi un coup double aux dépens de la société. Ceux-ci peuvent alors reprendre toutes leurs activités spéculatives, à nouveau.

Il faut arracher au secteur privé les principaux leviers de l’économie en nationalisant les banques, les compagnies d’assurance et les grandes entreprises – avec un minimum d’indemnisation, uniquement sur la base d’un besoin prouvé. Ce n’est que lorsque les forces productives seront sous le contrôle de la société qu’il sera possible d’établir un plan de production socialiste rationnel, où les décisions seront prises dans l’intérêt de la société, et non plus d’une poignée de riches parasites et de spéculateurs.

Telle est l’idée fondamentale du socialisme. C’est une idée qui, désormais, sera comprise et acceptée par des millions de gens qui, jusqu’alors, la considéraient irréaliste. Les gens qui manifestaient, devant Wall Street, contre le Plan Paulson, n’étaient pas socialistes. Il y a à peine 12 mois, ils auraient sans doute défendu l’économie de marché. Ils n’ont jamais lu Marx et se considèrent sans doute comme des Américains patriotes. Mais la vie enseigne, et dans de telles situations, les gens apprennent davantage en quelques jours que sur toute une vie. Aujourd’hui, les travailleurs des Etats-Unis apprennent rapidement. Et comme le disait Victor Hugo : « Aucune armée n’est aussi puissante qu’une idée dont l’heure est venue. »

Alan Woods (26 septembre 2008)

Publication : lundi 6 octobre 2008

La barbarie, la civilisation et la conception marxiste de l’histoire pointrouge

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La barbarie, la civilisation et la conception marxiste de l’histoire

Pemière partie

Henry Ford aurait dit que « l’histoire est un tas d’absurdités » – autrement dit un non-sens. C’est une façon peu élégante de formuler une idée qui a gagné du terrain au cours de ces dernières années. L’illustre fondateur de l’entreprise automobile a par la suite affiné sa définition : « l’histoire n’est qu’une foutue chose après l’autre », corrigeait-il. C’est un point de vue.

La même idée, tout aussi fausse, est exprimée de manière plus subtile par les amateurs d’une certaine philosophie post-moderne à laquelle beaucoup de gens prêtent attention. En réalité, il ne s’agit pas d’une idée récente. Le grand historien Edward Gibbon, auteur du Déclin et chute de l’Empire romain, écrivait que l’histoire n’est rien de plus que « le registre des crimes, des folies et des infortunes de l’homme. »

On nous présente ici l’histoire comme essentiellement dépourvue de sens, comme une série inexplicable d’événements accidentels. Elle ne serait gouvernée par aucune loi qu’on puisse découvrir. Par conséquent, il serait vain d’essayer d’y comprendre quelque chose. D’après une variante de cette idée en vogue dans les cercles académiques, il n’y aurait rien qui ressemble à un niveau supérieur de développement social et culturel. Le « progrès », explique-t-on, n’est qu’une vieille mode que nous héritons du XIXème siècle, lorsque cette notion était popularisée par les libéraux Victoriens, les socialistes Fabiens – et Karl Marx.

L’idée que l’histoire ne connaît aucun progrès est caractéristique de la psychologie de la classe dominante à l’époque du déclin du système capitaliste. C’est un reflet évident du fait que, sous le capitalisme, le progrès a effectivement atteint ses limites. Naturellement, les capitalistes et leurs intellectuels refusent de le reconnaître : ils en sont d’ailleurs organiquement incapables. Lénine remarquait qu’un homme au bord du précipice ne raisonne pas. Ceci dit, ils sont quand même obscurément conscients de la situation, et s’efforcent de trouver une justification à l’impasse de leur système en niant la possibilité du progrès en général.

Cette idée a si profondément pénétré dans la conscience qu’elle a même pris la forme d’une théorie tendant à nier l’évolution humaine. Même un penseur aussi brillant que Stephen Jay Gould – dont la théorie dialectique des équilibres ponctuels a transformé la façon dont on perçoit l’évolution – explique qu’on ne peut pas parler de progrès dans l’évolution, de sorte que les microbes sont à mettre sur le même plan que les êtres humains. En un sens, il est vrai que tous les êtres vivants sont liés (comme l’atteste la génétique). L’homme n’est pas la création spécifique du Tout-Puissant, mais le produit de l’évolution. Et il serait effectivement incorrect de considérer l’évolution comme une sorte de grand plan préconçu dont nous serions le résultat (vision téléologique, du grec telos : orienté vers une fin). Cependant, lorsqu’on rejette une idée fausse, il n’est pas nécessaire de sombrer dans l’erreur inverse.

Il ne s’agit pas d’accréditer l’idée que l’histoire obéit à un plan préconçu, qu’il s’agisse d’un plan divin ou de toute autre forme de téléologie. Mais il n’en reste pas moins vrai que les lois inhérentes à la nature déterminent l’évolution de formes simples vers des formes complexes de vie. Les premières formes de vie contiennent en elles l’embryon de tous les développements futurs. Il est possible d’expliquer la formation des yeux, des jambes et des autres organes sans recourir à un plan préconçu. A un certain stade, on a le développement d’un système nerveux central et du cerveau. Finalement, avec l’homo sapiens, on arrive à la conscience humaine. La matière devient consciente d’elle-même. Il n’y a pas eu de révolution aussi importante depuis le développement de la matière organique (la vie) à partir de la matière inorganique.

Pour être tout à fait juste, il faudrait ajouter : de notre point de vue. Si les microbes étaient capables d’avoir un point de vue, il est probable qu’ils nous opposeraient de sérieuses objections. Mais nous sommes des êtres humains et nous voyons nécessairement les choses de notre point de vue d’hommes. Et nous affirmons en effet que l’évolution réalise un développement de formes de vie simples à des formes plus complexes – autrement dit un progrès vers des formes supérieures de vie. Récuser une telle affirmation reviendrait à abandonner une approche scientifique au profit d’une approche purement scolastique. En disant cela, on ne veut surtout pas offenser les microbes qui, après tout, sont là depuis longtemps et, si le capitalisme n’est pas renversé, pourraient bien avoir le dernier mot.

Culture et impérialisme

Si, pour ne pas offenser les microbes et les autres espèces, on ne peut faire référence à des niveaux plus ou moins élevés de formes de vie, alors on peut encore moins affirmer que la barbarie représente un niveau de développement culturel et social inférieur à l’esclavagisme – sans même parler du capitalisme. Or, dire que les Barbares ont leur propre culture ne nous mène pas loin. Depuis que les premiers hommes ont produit des outils de pierre, on peut dire que toutes les périodes historiques ont vu le développement d’une culture propre. Il est vrai que ces cultures n’ont pas été suffisamment appréciées. La classe capitaliste a toujours eu tendance à exagérer la richesse de certaines cultures au détriment d’autres. Derrière ce genre de favoritisme se cache les intérêts de ceux qui cherchent à opprimer, exploiter, et tentent de couvrir cette oppression et cette exploitation sous le voile hypocrite de la supériorité culturelle.

C’est sous cette bannière que les chrétiens du nord de l’Espagne ont détruit le système d’irrigation et les autres éléments de la merveilleuse culture islamique andalouse, et ont ensuite détruit les cultures florissantes des Aztèques et des Incas. C’est aussi sous cette bannière que les colonialistes français, britanniques et allemands ont systématiquement asservi les populations d’Afrique, d’Asie et du Pacifique. Non contents de réduire ces populations à l’état de bêtes de somme, ils leur ont pris leur âme en même temps que leurs terres. En leur volant leur identité culturelle, les missionnaires chrétiens ont fini le travail commencé par les soldats et les négriers.

Tout cela est parfaitement vrai, et il est nécessaire de traiter la culture de tous les peuples avec le respect et la considération qu’elle mérite. Chaque période historique, chaque peuple a ajouté quelque chose au trésor de la culture humaine qui est notre héritage collectif. Mais cela signifie-t-il que toutes les cultures se valent ? Peut-on affirmer qu’entre les premières statues en pierre des temps préhistoriques (dont certaines indiquent un remarquable sens esthétique) et les statues de Michel Ange, aucun progrès esthétique n’est discernable ? En un mot, peut-on parler de progrès dans l’histoire de l’homme ?

En logique, il existe une méthode bien connue consistant à rendre un argument complètement absurde en le poussant à l’extrême. On remarque ce genre de procédé dans certains courants modernes d’anthropologie, de sociologie et d’histoire. C’est un fait avéré que, sous le capitalisme, la science devient d’autant moins scientifique qu’elle s’approche de la société. Les soi-disant sciences sociales n’ont souvent rien à voir avec la science, et tout à voir avec des tentatives à peine déguisées de justifier le capitalisme, ou tout au moins de discréditer le marxisme (ce qui revient au même). C’était certainement vrai par le passé, lorsque des soi-disant anthropologues faisaient de leur mieux pour justifier l’asservissement de « races arriérés » en dénigrant leur culture. Mais aujourd’hui que certaines écoles de pensée tentent de tordre le bâton dans l’autre sens, les choses ne vont pas mieux.

Il est clair que les impérialistes ont délibérément sous-estimé et même nié les cultures des « peuples arriérés » d’Afrique, d’Asie, etc… Le poète anglais pro-impérialiste Kipling (auteur du Livre de la Jungle) les a qualifiées de « races inférieures et sans loi ». Cet impérialisme culturel était à n’en pas douter une tentative de justifier l’asservissement de millions d’individus. Il est tout aussi clair que les actions les plus barbares et inhumaines du passé ne sont rien devant les horreurs qu’infligent au genre humain le très « civilisé » système capitaliste et son prolongement : l’impérialisme.

On est face à un terrible paradoxe : plus l’humanité développe de forces productives, plus il y a d’avancées technologiques et scientifiques – et plus la majorité de la population mondiale subit l’oppression, la famine, les souffrances et la misère. Ce fait a même été reconnu par des défenseurs du système capitaliste. Mais ils ne font rien pour y remédier. Et ils ne le peuvent pas, puisqu’ils refusent de reconnaître que l’impasse à laquelle se heurte la société humaine est liée de part en part au système qu’ils défendent. Les capitalistes ne sont d’ailleurs pas les seuls à refuser de tirer les bonnes conclusions : c’est aussi vrai de bien des gens qui se considèrent comme « radicalement » de gauche. Il y a par exemple des gens bien intentionnés qui soutiennent que le développement de la science, de la technologie et de l’industrie est la source de tous nos problèmes, et qu’il serait bon de revenir à des modes d’existence pré-capitalistes !

Les Victoriens avaient une conception de l’histoire très unilatérale : il s’agissait d’une marche triomphale et irrésistible vers les lumières et le progrès – le tout, bien entendu, sous la direction du capitalisme anglais. Cette façon de voir les choses servait, là aussi, à justifier l’impérialisme et le colonialisme. Les anglais « civilisés » sont allés en Inde et en Afrique, armés de la Bible (et d’un certain nombre de vaisseaux de guerre, de canons et de puissants fusils) pour initier les autochtones ignorants aux joies de la culture occidentale. Quant à ceux qui ne manifestaient pas suffisamment d’enthousiasme pour les raffinements de la culture britannique (mais aussi belge, française, hollandaise et allemande), ils étaient rapidement « éduqués » par la pointe des baïonnettes.

Aujourd’hui, les capitalistes sont dans un tout autre état d’esprit. Face à l’évidence d’une crise générale de leur système, ils connaissent les affres de l’incertitude et du pessimisme. Les vieilles chansons sur l’inéluctabilité du progrès humain ne semblent plus adaptées à la cruelle réalité de notre époque. Le simple mot de « progrès » suscite bien des sourires cyniques. Cela n’a rien d’accidentel. Les gens commencent à comprendre qu’aujourd’hui, dans la première décennie du XXIème siècle, le progrès a effectivement marqué un arrêt complet. Mais cela ne fait simplement que refléter l’impasse du capitalisme, qui a depuis longtemps épuisé son potentiel progressiste et s’est transformé en un monstrueux obstacle sur la voie de l’histoire humaine. Dans cette mesure – et dans cette mesure seulement -, on peut nier l’idée de progrès.

Ce n’est pas la première fois que l’on fait face à de tels phénomènes. Durant le long déclin qui a précédé la chute de l’Empire romain, nombreux étaient ceux qui pensaient que la fin du monde approchait. Cette idée était particulièrement vive à l’aube de l’ère chrétienne : c’est elle qui anime tout le Livre des Révélations (l’Apocalypse). Les gens étaient réellement convaincus que le monde touchait à sa fin. En réalité, ce qui touchait à sa fin, c’était un système socio-économique donné – à savoir le système esclavagiste, qui avait atteint ses limites et n’était plus capable de développer les forces productives comme il l’avait fait par le passé.

Un phénomène similaire peut être observé à la fin du Moyen Age : l’idée de la fin du monde y était très en vogue. Les gens suivaient en masse les sectes de flagellants qui traversaient l’Europe et se torturaient eux-mêmes pour expier les péchés du genre humain avant le Jugement Dernier. Ici aussi, ce qui touchait à sa fin n’était pas le monde mais le système féodal, lequel avait épuisé toutes ses potentialités historiques et a été finalement renversé par la classe montante des capitalistes.

Le fait qu’un système socio-économique cesse d’être progressiste et devienne une force réactionnaire faisant obstacle au développement du genre humain ne permet pas de conclure que la notion de « progrès » est vide de sens. Il est faux de dire qu’il n’y a jamais eu de progrès (y compris sous le capitalisme), ni qu’il n’y aura pas de progrès à l’avenir – c’est-à-dire lorsque le capitalisme sera aboli. Ainsi, une idée à première vue raisonnable se révèle être en fait une défense déguisée du capitalisme contre le socialisme. Lui faire la moindre concession reviendrait à passer d’une position révolutionnaire à une position réactionnaire.

Le matérialisme historique

La société est en perpétuelle évolution. La science de l’histoire tente de cataloguer ces changements et de les comprendre. Mais quelles sont les lois qui gouvernent les évolutions historiques ? De telles lois existent-elles seulement ? Si non, alors l’histoire humaine serait complètement incompréhensible, comme le pensaient Gibbon et Henry Ford. Cependant, les marxistes n’appréhendent pas l’histoire de cette façon. De même que les lois gouvernant l’évolution de la vie peuvent être expliquées, et l’on effectivement été – par Darwin, puis plus récemment par les progrès rapides de la génétique -, de même l’évolution des sociétés humaines ont leurs lois propres, qui ont été expliquées, pour la première fois, par Marx et Engels.

Ceux qui nient l’existence de lois gouvernant le développement des sociétés humaines ne manquent jamais d’approcher l’histoire d’un point de vue moral et subjectif. Comme Gibbon, mais sans son extraordinaire talent, ils hochent la tête face au spectacle sans fin de la violence, de « l’inhumanité de l’homme envers l’homme », et ainsi de suite. Cela ressemble plus à un discours de curé qu’à une conception scientifique de l’histoire. Or, nous avons besoin d’une approche rationnelle, et non d’un sermon. Dans l’ensemble des faits isolés, nous devons discerner des tendances de fond, les transitions d’un système social à un autre, et les forces motrices fondamentales qui déterminent ces transitions.

En appliquant à l’histoire les méthodes du matérialisme dialectique, il apparaît que l’histoire humaine a ses lois propres et que, par conséquent, il est possible de la comprendre comme un processus. L’essor et la chute de différents systèmes socio-économiques peuvent être expliqués en termes de capacité ou d’incapacité de développer les moyens de production – et par conséquent d’élargir l’horizon de la culture humaine et sa domination sur la nature.

Le marxisme maintient que les millions d’années de développement de l’humanité représentent un progrès. Mais il ajoute que cela ne s’est jamais fait en ligne droite, contrairement à ce que pensaient les Victoriens, qui avaient une conception de l’histoire vulgaire et non-dialectique. La prémisse fondamentale du matérialisme historique réside dans l’idée que le développement des forces productives est, en dernière instance, la force motrice de l’histoire. Cette conclusion est d’une grande importance puisqu’elle nous permet, à elle seule, d’élaborer une conception scientifique de l’histoire.

Avant Marx et Engels, la plupart des gens considéraient l’histoire comme une série d’événements sans rapport – ou, pour utiliser un terme philosophique, comme une série d’accidents. Aucune explication générale du processus historique n’était proposée : l’histoire n’obéissait à aucune loi inhérente. Dès que l’on adopte ce point de vue, la seule force motrice de l’histoire qui reste, c’est l’action des individus – autrement dit des « grands hommes ». En d’autres termes, on est face à une conception idéaliste et subjectiviste du processus historique. C’était le point de vue des socialistes utopistes qui, malgré la très grande pertinence de leurs critiques à l’égard de l’ordre social existant, ne sont pas parvenus à comprendre les lois fondamentales de l’évolution historique. Pour eux, le socialisme n’était qu’une « bonne idée », autrement dit quelque chose qui aurait pu être pensé il y des milliers d’années comme demain matin. Et dès lors, si le genre humain y avait songé il y a mille ans, on aurait évité pas mal de problèmes !

C’est Marx et Engels qui, les premiers, ont expliqué qu’en dernière instance toute l’évolution du genre humain dépend du développement de ses forces productives. Ils ont ainsi placé l’étude de l’histoire sur des bases scientifiques : car la première condition d’une science, c’est la possibilité de dépasser les cas particuliers pour dégager des lois générales.

Les premiers chrétiens étaient des communistes, bien que leur communisme était d’un genre utopique, basé sur la consommation et non sur la production. Mais ces premières formes de communisme n’ont menées nulle part, et ne pouvaient mener nulle part, dans la mesure où le niveau de développement des forces productives, à ce moment, ne permettait pas l’émergence d’un véritable communisme.

Ces derniers temps, les cercles intellectuels « de gauche » caressent à leur tour l’idée qu’il n’y a pas de progrès historique. Ces tendances représentent, dans une certaine mesure, une réaction saine au genre d’impérialisme culturel et d’« eurocentrisme » dont il a été question plus haut. Ces intellectuels européens nous expliquent que toutes les cultures se valent. De cette façon, ils ont le sentiment de compenser un peu les pillages et les massacres systématiques perpétrés par nos ancêtres sur les peuples ex-coloniaux – lesquels pillages et massacres continuent aujourd’hui sous différents déguisements.

L’intention de ces gens est sans doute louable, mais leurs théories n’en sont pas moins complètement fausses. Tout d’abord, remarquons que les centaines de millions d’individus opprimés d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine ne tireront pas grand avantage de savoir que des intellectuels européens ont redécouvert leurs anciennes cultures et les tiennent en haute estime. Les gestes symboliques et le radicalisme terminologique ne peuvent remplacer la véritable lutte contre l’impérialisme et le capitalisme. Et pour que cette lutte soit victorieuse, il faut la placer sur des bases solides. La première condition du succès réside donc dans une lutte acharnée pour défendre les idées du marxisme. Il est nécessaire d’établir la vérité et de se battre contre toutes les formes de préjugés racistes et impérialistes. Mais en combattant une idée fausse, il faut faire attention de ne pas aller trop loin, dans la mesure où, poussée à l’extrême, une idée correcte devient toujours incorrecte.

L’histoire de l’humanité n’est pas une ligne ininterrompue vers le progrès. Elle comporte des lignes ascendantes et des lignes descendantes. Il y a eu des époques durant lesquelles, pour différentes raisons, la société a reculé, le progrès s’est interrompu, et la civilisation et la culture ont été mises à mal. C’était le cas en Europe après la chute de l’Empire romain, durant la période que les Anglais appellent l’« âge des ténèbres » (Dark Ages). Récemment, certains courants intellectuels ont réécrit l’histoire de façon à présenter les Barbares sous une lumière plus favorable. Ce n’est pas « plus scientifique » ou « plus objectif », mais simplement enfantin.

Comment ne pas poser le problème

Récemment, une chaîne de télé anglaise a diffusé une émission en trois parties sous le tire Les Barbares. Elle était présentée par Richard Rudgley, anthropologue auteur des Civilisations perdues de l’âge de pierre. Après avoir vu la deuxième partie, consacrée aux Angles et aux Saxons, les tribus germaniques qui ont envahi les îles britanniques, je pense avoir compris quelle était la thèse centrale de Richard Rudgley. Son idée est que les envahisseurs ont laissé derrière eux une société plus civilisée que celle qu’ils ont conquis. Et il explique : « L’esclavage caractéristique de l’Empire romain a été remplacé par une société plus juste dans laquelle le travail et l’artisanat étaient encouragés et valorisés. »

Les gens s’imaginent généralement l’Angleterre romaine comme une société hautement civilisée que les tribus d’envahisseurs barbares ont brutalisée. Et bien non, nous explique Rudgley : « Dans mon voyage pour comprendre cette époque, j’ai découvert que bien des choses qui me sont chères ont leurs racines, non dans la civilisation romaine, mais dans le monde que les Barbares ont édifié sur les ruines de l’Empire romain ».

Rudgley a fait une découverte stupéfiante : les Saxons savaient construire des bateaux – et des rapides, par-dessus le marché ! Il ajoute que les Barbares ont amené avec eux un savoir-faire artisanal impressionnant. Il explique : « Leurs aptitudes étaient immenses. Regardez, par exemple, leurs joailleries, ou encore leur travail sur le métal et le bois ». Mais les Romains savaient construire des bateaux – et aussi des routes, des aqueducs, des villes et bien d’autres choses de cet ordre. Or Rudgley semble ne pas avoir relevé un petit détail : toutes ces merveilles de la civilisation romaine ont été détruites ou négligées par les Barbares, ce qui a mené à un ralentissement catastrophique du commerce et à une chute brutale du développement des forces productives et de la culture.

Il cite avec enthousiasme les mots du célèbre fabricant d’épée, Hector Cole : « Les fabricants d’épée saxons étaient des spécialistes. Ils fabriquaient des lames structurées 600 ans avant les Japonais ».C’est indubitable. Toutes les tribus barbares de cette époque étaient expertes en matière militaire et l’ont prouvé en transperçant la défense romaine comme une lame chaude traverse le beurre. Les Romains de la fin de l’Empire ont même commencé à imiter certaines des méthodes militaires barbares. Ils ont notamment adopté l’arc court, que les Huns avaient perfectionné. Mais rien de tout cela ne prouve que les Barbares se situaient à un niveau de développement culturel comparable à celui des Romains, et encore moins à un niveau supérieur.

Rudgley explique encore que le débarquement en Angleterre des Angles et des Saxons n’était pas une invasion massive dirigée par des chefs militaires ; au contraire il se serait simplement agi de petits groupes pacifiques venus chercher de nouvelles terres. Ici, notre anthropologue télévisuel confond différentes choses. Sans doute les Barbares recherchaient-ils de nouveaux territoires sur lesquels s’installer. Il existe certainement différentes causes qui expliquent les migrations massives du Vème siècle. Certains avancent l’idée qu’un changement climatique aurait fait monter le niveau de la mer jusqu’en Hollande et au nord de l’Allemagne, ce qui aurait rendu ces régions inhabitables. Une explication plus classique souligne que les migrants étaient sous la pression de tribus venues de l’Est. La vérité est sans doute dans une combinaison de ces facteurs et d’autres encore. En général, les causes de ce genre de migrations massives peuvent relever de l’accident historique. Mais ce qui est important, c’est le résultat historique. Et c’est cela qui est en question.

Les premiers contacts entre Romains et Barbares n’avaient pas nécessairement un caractère violent. Un commerce considérable s’est développé, des siècles durant, le long de la frontière orientale de l’Empire, ce qui a mené à une progressive romanisation des tribus vivant à proximité. Nombre d’entre elles sont devenues des mercenaires au service de la légion romaine, qu’elles intégraient parfois complètement. Alaric, le premier chef gothique a être entré dans Rome, n’était pas seulement un ancien soldat de Rome : il était chrétien (bien que du genre arien). Il est aussi certain que les premiers Saxons à entrer en Grande-Bretagne étaient des commerçants, des mercenaires et des colons pacifiques. C’est ce qu’indique clairement la tradition suivant laquelle ils étaient invités en Grande-Bretagne par son « roi » romanisé Vortigern, après le départ des légions romaines.

Mais c’est à ce stade que l’analyse de Rudgley commence à se briser. Il passe complètement à côté du fait que les relations commerciales entre nations civilisées et Barbares sont invariablement complétées par la piraterie, l’espionnage et la guerre. Les commerçants barbares prêtaient une grande attention aux forces et faiblesses des nations avec lesquelles ils étaient en contact. Au premier signe de faiblesse, les « pacifiques » relations commerciales étaient remplacées par l’action de bandes armées spécialisées dans le pillage et la conquête. Il suffit de lire l’Ancien Testament pour voir que c’était précisément ce type de relations qui existait entre les tribus semi-nomades israélites et les Canaanites de l’époque, lesquels, en tant que peuple urbain civilisé, se situaient à un niveau de développement supérieur.

L’idée que le niveau de développement culturel des Romains était supérieur à celui des Barbares peut-être démontrée par le fait suivant : alors que les Barbares sont parvenus à conquérir l’Empire romain, ils ont en fait été rapidement absorbés par la civilisation romaine, et ont même abandonné leur langage au profit de dialectes du Latins. Ainsi, les Francs, qui ont donné leur nom à la France, étaient une tribu germanique qui parlait une langue en rapport avec l’allemand moderne. La même chose est arrivée aux tribus germaniques qui ont envahi l’Espagne et l’Italie.

Il semble y avoir une exception remarquable à cette règle : les Angles et les Saxons qui ont envahi la Grande Bretagne n’ont pas été absorbés par le peuple plus avancé des Celtes romano-britanniques. En effet, l’anglais est une langue fondamentalement germanique (bien que des éléments de français s’y soient rajoutés plus tard, au XIèmesiècle). Dans la langue anglaise, le nombre de mots d’origines celtiques est insignifiant, alors que l’espagnol compte par exemple un grand nombre de mots d’origine arabe (les Arabes étaient à un niveau de développement culturel supérieur aux chrétiens hispanophones qui les ont conquis). La seule explication à l’« exception » britannique réside dans le fait que les Barbares anglo-saxons (dont Mr Rudley aime vanter le pacifisme) ont mené une politique de génocide contre les Celtes, dont ils ont pris les terres à la suite d’une sanglante guerre de conquête.

Sentimentalisme ou science ?

On peut donc fermement établir la loi suivante : un peuple d’envahisseur dont la culture se situe à un niveau inférieur à celle du peuple conquis sera finalement absorbé par la culture de ce dernier, et non l’inverse. On pourrait objecter que cela s’est passé ainsi parce que le nombre des envahisseurs était relativement faible. Mais cela ne tient pas à l’analyse. Premièrement, comme Mr Rudgley le dit lui-même, les migrations étaient massives, impliquant des peuples entiers. Deuxièmement, de nombreux autres exemples historiques prouvent que cette objection ne tient pas la route.

Les Mongols qui ont envahi l’Inde et y ont instauré la dynastie mongole – laquelle a duré jusqu’à la conquête anglaise de l’Inde – ont été complètement absorbés par le mode de vie très avancé des Indiens. C’est exactement la même chose qui s’est passée en Chine. Cependant, lorsque les britanniques ont conquis l’Inde, ils n’ont pas été absorbés par la culture indienne. Au contraire, comme l’expliquait Marx, ils ont complètement bouleversé la société indienne, vieille de plusieurs millénaires. Comment était-ce possible ? Seulement parce que la Grande Bretagne, où le système capitaliste se développait rapidement, se situait à un niveau de développement supérieur à celui de l’Inde.

Bien sûr, on peut dire qu’avant l’arrivée des britanniques, les Indiens avaient une très grande culture. Les conquérants européens considéraient les Indiens comme des demi-barbares, mais rien ne pouvait être plus loin de la vérité. Sur la base du très ancien mode de production asiatique, la culture indienne avait atteint des niveaux prodigieux. Ce qu’ils ont réalisé dans les domaines de l’architecture, de la sculpture, de la musique et de la poésie était si brillantque cela a même suscité l’admiration des représentants les plus cultivés de l’Empire britannique.

On peut tout aussi bien regretter le fait que les Britanniques aient si brutalement traité les Indiens, c’est-à-dire au moyen d’une combinaison de mensonges et de massacres. Tout cela est vrai, mais la question importante demeure : pourquoi les britanniques n’ont-ils pas, à l’instar des Mongols, été absorbés par la culture indienne ? Dans ce cas, le nombre de britanniques qui se sont installés en Inde était insignifiant comparé aux millions d’individus peuplant ce vaste continent. Et pourtant, deux siècles plus tard, ce sont les Indiens qui apprenaient l’anglais, et non l’inverse.

Aujourd’hui, un demi-siècle après le départ des britanniques, l’anglais est toujours la langue officielle de l’Inde et reste la langua franca des Indiens et Pakistanais les plus éduqués. Pourquoi ? Simplement parce que le capitalisme représente un niveau de développement supérieur au féodalisme ou au mode asiatique de production. Voila le fond de la question. S’en plaindre et protester contre l’« impérialisme culturel » peut avoir une certaine valeur dans le domaine de l’agitation, et la conduite barbare de l’impérialisme ne fait aucun doute. Mais d’un point de vue scientifique, cela ne nous mène pas bien loin.

Aborder l’histoire d’un point de vue sentimental est pire qu’inutile. L’histoire ne se déroule pas suivant les principes d’une quelconque morale. La première chose à faire, lorsqu’on veut comprendre l’histoire, c’est de mettre de côté tout ce qui relève de la morale : il n’y a pas de morale « supra-historique » – ou de « morale universelle » – mais seulement des morales particulières qui correspondent à des périodes historiques et à des formations socio-économiques particulières, en dehors desquelles elles n’ont plus aucune pertinence.

Par conséquent, d’un point de vue scientifique, il est vain de comparer les valeurs morales, par exemple, des Romains et des Barbares, des Anglais et des Indiens, ou encore des Mongols et des Chinois. Des pratiques barbares et inhumaines ont existé à toutes les époques de l’histoire. Donc, si on prend ce critère pour juger de la race humaine, on risque d’en tirer de très pessimistes conclusions (certains l’ont d’ailleurs fait). On peut aussi dire que plus les forces productives de l’humanité se développent, plus la souffrance et la misère affectent un grand nombre de gens. De ce point de vue, la première décennie du XXIème siècle semble confirmer tous les jugements pessimistes sur l’histoire de l’humanité.

Certaines personnes en sont arrivées à la conclusion que, peut-être, le problème vient de ce qu’il y a eu trop de développement, trop de progrès, trop de civilisation. Ne serait-on pas plus heureux si on vivait dans la simplicité d’un environnement agricole (et dans le respect, bien entendu, de toutes les règles écologiques), où on labourerait nous-mêmes notre champ (sans tracteur), fabriquerait nos habits, cuirait notre pain – et ainsi de suite ? Autrement dit, ne serait-on pas mieux si l’on en revenait… à la barbarie ?

Etant donné l’état lamentable de la société et du monde capitalistes, on comprend aisément qu’il y ait des gens qui veulent s’évader de cette réalité et en revenir aux temps de l’« âge d’or ». Le problème, c’est que cet âge n’a jamais existé. Ceux – généralement des classes moyennes – qui parlent abondamment des délices de la vie du bon vieux temps des communes agricoles ne savent habituellement pas combien les conditions d’existence étaient alors difficiles. Citons le manuscrit d’un moine médiéval qui, à la différence de nos nostalgiques modernes, savait ce qu’était la vie sous le féodalisme. Il s’agit d’un extrait d’un livre d’enseignement de conversation en Latin :

« Le maître : Que fais-tu, paysan, et comment travailles-tu ?

L’élève : Maître, je travaille très dur. Je sors à l’aube pour conduire mes bœufs dans les champs, puis je laboure les champs. Quelle que soit la dureté de l’hiver, je n’ose pas rester chez moi de peur de mon seigneur. Après avoir fixé l’attelage du bœuf et fixé le soc et le harnais à la charrue, je dois chaque jour labourer une acre (environ 50 ares), et parfois plus.

Le maître : As-tu quelqu’un avec toi ?

L’élève : J’ai un garçon qui dirige les bœufs. Il a la voix cassée par le froid et les cris.

Le maître : Quels autres travaux as-tu à faire au cours d’une journée ?

L’élève : J’en ai bien d’autres. Je dois remplir de foin l’écuelle des bœufs, leur donner de l’eau et sortir le fumier.

Le maître : C’est un travail difficile ?

L’élève : Oui, très difficile, parce que je ne suis pas libre. »

Quelques semaines de ce style de vie constitueraient sans doute un excellent remède aux illusions des plus acharnés des romantiques. Quel dommage qu’on ne puisse pas leur prescrire un petit voyage dans une machine à remonter le temps !

Deuxième Partie

Qu’est-ce que la barbarie ?

On utilise le mot « barbarie » dans différents contextes pour désigner différentes choses. Il peut même avoir la valeur d’une simple insulte quand on se réfère au comportement de certains supporters de football un peu trop enthousiastes. Pour les grecs antiques, qui ont inventé ce mot, cela signifiait simplement « qui ne parle pas la langue (grecque) ». Pour les marxistes, ce mot désigne généralement l’étape entre le communisme primitif et les premières sociétés de classe, lorsque les classes commencent à se former, et avec elles l’Etat. La barbarie est une phase de transition, dans laquelle la vieille commune commence à décliner et où les classes sociales et l’Etat sont dans le processus de leur formation.

Comme toutes les autres sociétés humaines – y compris la sauvagerie, période de chasse et de cueillette basée sur le communisme primitif, et qui a produit les merveilleuses peintures pariétales (dans les grottes) qu’on trouve en France et dans le nord de l’Espagne -, les Barbares avaient une culture, et pouvaient fabriquer des objets d’art très fins et sophistiqués. Leurs techniques militaires indiquent un haut niveau d’organisation, comme ils l’ont prouvé en battant les légions romaines.

La barbarie constitue une large période de l’histoire humaine qui peut être à son tour divisée en plusieurs périodes plus ou moins distinctes. Elle est généralement caractérisée comme couvrant la période qui va de l’économie de chasse et de cueillette à l’économie agricole et pastorale, c’est-à-dire de la sauvagerie du haut Paléolithique à l’Age de Bronze, lequel se tient au seuil de la civilisation. Le tournant décisif intervient avec ce que Gordon Childe a appelé « la révolution Néolithique », qui marque un grand pas en avant dans le développement des capacités productives de l’homme, et par conséquent de sa culture. Voici ce qu’en dit Gordon Childe :

« Notre dette à l’égard de la barbarie pré-littéraire est énorme. Toutes les plantes cultivables et comestibles ont été découvertes à cette époque » (G. Childe, What Happened in History, p.64)

De cet embryon sont sortis les villes, l’écriture, l’industrie et tout ce qui forme les bases de ce qu’on appelle la civilisation. Les racines de la civilisation plongent dans la barbarie, et plus encore dans l’esclavage. Le développement de la barbarie débouche sur l’esclavage, ou bien sur ce que Marx a appelé le mode asiatique de production.

Il est important de comprendre la contribution des Barbares au développement de l’humanité. Ils ont joué, à un certain stade, un rôle essentiel. Ils possédaient une culture qui, à leur époque, constituait un remarquable progrès. Mais l’histoire ne s’arrête jamais. De nouveaux développements des forces productives ont mené à des formations socio-économiques qualitativement supérieures à la barbarie. Notre civilisation moderne dérive des conquêtes colossales de l’Egypte, de la Mésopotamie, des bords de l’Indus, et plus encore de la Grèce et de Rome.

Sans nier l’existence d’une culture barbare, les marxistes affirment sans hésiter que cette culture a été supplantée par les cultures supérieures de l’Egypte, de la Grèce et de Rome. Ne pas le reconnaître, ce serait aller à l’encontre de simples faits.

Le rôle de l’esclavage

Le plus frappant, lorsqu’on regarde l’ensemble de la préhistoire et de l’histoire humaines, c’est l’extraordinaire lenteur du développement de notre espèce. L’évolution graduelle qui part de l’animal, passe par les hominidés et débouche sur des conditions d’existence proprement humaines s’étend sur des millions d’années. L’époque de la sauvagerie, qui est caractérisée par un développement des moyens de production extrêmement lent, par la fabrication d’outils en pierre, et par un mode d’existence fondé sur la chasse et la cueillette – cette époque dessine une courbe de développement quasiment plate sur une très longue période. Les choses commencent à s’accélérer précisément dans la période de la barbarie, et en particulier avec la « révolution Néolithique », lorsque les premières communautés stables (sédentarisées) ont constitué des villes (telle Jericho, qui date de 7000 av. JC)

Ceci dit, ce sont les civilisations d’Egypte, de Mésopotamie, des bords de l’Indus, de la Perse, de la Grèce et de Rome qui marquent l’accélération historique la plus nette. En d’autres termes, la formation de sociétés de classes coïncide avec un essor massif des forces productives, et, par conséquent, de la culture humaine, qui atteint des niveaux sans précédents. On n’énumèrera pas ici les découvertes qu’ont réalisés, par exemple, les Grecs et les Romains. Il y a une scène célèbre dans La vie de Brian, un film des Monthy Python, dans laquelle un « combattant de la liberté » surexcité demande, sur le ton du défi : « Qu’est-ce que les Romains ont fait pour nous ? » A son grand embarras, il obtient en réponse une longue liste de choses. Faisons en sorte de ne pas commettre la même erreur que ce personnage de fiction !

Certains nous objecterons peut-être que les civilisations grecques et romaines reposaient sur l’esclavage, cette institution abominable, inhumaine. Et en effet, c’est l’esclavage qui a permis les merveilleuses réalisations de l’Athènes antique. Sa démocratie – sans doute la plus élaborée de toute l’histoire – était la démocratie pour la minorité des citoyens libres. La majorité – les esclaves – n’avaient strictement aucun droit. J’ai récemment reçu une lettre dans laquelle son auteur défend l’idée d’une supériorité de la barbarie sur l’esclavage. En voici un extrait :

« Les sociétés primitives étaient les moins barbares de toute l’histoire. Par exemple, leurs guerres faisaient généralement peu de victimes. La barbarie du nazisme et des guerres des Balkans est caractéristique du capitalisme, tout comme le féodalisme et les sociétés esclavagistes avaient leur barbarie caractéristique. Les réalités les plus barbares de l’histoire sont toutes, d’une manière ou d’une autre, le fait de sociétés de classe. »

Ces lignes posent la question de la guerre d’une façon moraliste, et non matérialiste. La guerre a toujours été barbare. Il s’agit de tuer des gens le plus efficacement possible. Certes, les guerres des sociétés primitives tuaient moins de monde que les guerres modernes. Mais cela s’explique dans une large mesure par le fait que le développement de la science et de la technique a mené à un perfectionnement de la productivité humaine, non seulement dans l’industrie et l’agriculture, mais aussi sur les champs de bataille. Dans son Anti-Dühring, Engels explique que l’histoire de la guerre ne peut être comprise qu’en liaison avec le développement des forces productives. Les Romains savaient tuer des gens bien mieux que les Barbares (au moins dans la phase ascendante de l’Empire romain), et nous sommes aujourd’hui incomparablement plus forts que les romains dans ce domaine.

Les marxistes ne doivent pas considérer l’histoire du point de vue de la morale. Encore une fois, il n’y a pas de morale supra-historique : chaque société a sa morale, religion, culture, etc, qui correspondent à un niveau particulier de développement, et également – tout au moins dans les sociétés dites civilisées – aux intérêts d’une classe sociale particulière. Le fait qu’une guerre donnée soit bonne, mauvaise ou indifférente, ne peut être jugé en fonction du nombre de victimes, et encore moins du point de vue abstrait des principes moraux. On peut désapprouver les guerres en général, mais une chose n’en reste pas moins certaine : l’histoire de l’humanité dans son ensemble démontre que tous les conflits sérieux ont finalement été réglés de cette manière. Cela vaut aussi bien pour les conflits entre nations (guerres) que pour les conflits entre classes sociales (révolutions).

Notre attitude à l’égard d’un type particulier de société ne doit pas davantage relever d’un jugement moral. Du point de vue du matérialisme historique, il est complètement indifférent de savoir que certains Barbares (y compris, semble-t-il, mes ancêtres Celtes) brûlaient des gens encore vivants dans de grandes statues en osier pour célébrer le milieu de l’été. Il n’y a pas plus de raison de les condamner pour cela qu’il n’y en a de les aduler pour leurs joailleries ou leur amour de la poésie. Ce qui détermine le caractère progressiste – ou non – d’une formation socio-économique, c’est avant tout sa capacité à développer les forces productives – qui sont les véritables bases matérielles sur lesquelles toute culture humaine émerge et se développe.

Si, pendant une longue période, l’évolution de l’homme a été extrêmement lente, c’est précisément à cause de très faible niveau de développement des forces productives. Comme on l’a expliqué plus haut, l’accélération de l’histoire humaine commence avec la barbarie. Cette dernière constituait donc un progrès historique. Mais il a été à son tour nié et dépassé par la forme historiquement supérieure de l’esclavage. Le vieil Hegel, ce merveilleux penseur, écrivait : « L’humanité ne s’est pas tant affranchie de l’esclavage qu’à travers l’esclavage » (Philosophie de l’histoire)

Les Romains utilisaient la force brute pour subjuguer les autres peuples, ont plongé des villes entières dans l’esclavage, ont joué avec la vie des milliers de prisonniers de guerre dans les cirques publics, et ont introduit des méthodes d’exécution aussi raffinées que la crucifixion. Tout cela est parfaitement vrai. Et pourtant, quand on en vient à considérer d’où vient notre civilisation moderne, notre culture, notre littérature, notre architecture, notre médecine, et dans bien des cas notre langue – on trouve les civilisations grecques et romaines.

Il n’est pas difficile d’établir la longue liste des crimes des Romains (ou des seigneurs féodaux, ou encore des capitalistes modernes). Il est même possible, dans une certaine mesure, de juger plus mal les Romains que les tribus barbares, contre lesquelles ils étaient plus ou moins constamment en guerre. Ce ne serait pas nouveau. Les écrits de l’historien romain Tacite sont pleins de ce genre de raisonnements. Mais cela ne nous ferait pas avancer d’un pas dans notre compréhension scientifique de l’histoire. Celle-ci n’est possible qu’en appliquant correctement les méthodes du matérialisme historique.

L’ascension et la chute de Rome

Bien que la productivité de l’esclave individuel était assez faible (les esclaves sont contraints au travail), la concentration d’un grand nombre d’esclaves dans les mines et dans les latifundia (vastes unités agricoles) permettait à la République et à l’Empire de Rome de produire un surplus considérable. A l’apogée de l’Empire, les esclaves étaient innombrables et bon marché. Les guerres romaines étaient alors essentiellement des chasses à l’esclave de très grande échelle. Mais, à un certain stade, ce système a atteint ses limites et a commencé à lentement décliner.

A Rome, les premiers éléments d’une crise peuvent être observés dès la fin de la période républicaine, avec le développement de profonds bouleversements politiques et d’âpres conflits de classes. Dès le début, il a eu de violentes luttes, à Rome, entre riches et pauvres. Les écrits de Tite-Live (entre autres) rendent compte en détail des luttes entre Plébéiens et Patriciens, qui ont débouché sur un fragile compromis. Plus tard, lorsque Rome s’est rendue maître de toute la méditerranée en remportant la victoire sur Carthage, sa principale rivale, une lutte pour le partage du butin s’est engagée.

Tiberius Gracchus demandait que la richesse de Rome soit partagée entre les citoyens libres. Son objectif était de faire de l’Italie une République, non plus d’esclaves, mais de petits paysans. Il a cependant été battu par les nobles et les propriétaires d’esclaves. Sur le long terme, cette défaite constituait un véritable désastre. La paysannerie ruinée – colonne vertébrale de la République et de son armée – a afflué vers Rome, où elle a constitué un lumpen-prolétariat, une classe non productive vivant sur les ressources de l’Etat. Cette classe sociale était pleine d’animosité à l’égard des riches, mais elle était comme eux intéressée à l’exploitation des esclaves – la seule classe réellement productive pendant l’Empire et la République.

La grande révolte d’esclaves dirigée par Spartacus est un épisode glorieux de l’histoire antique. Les échos de ce soulèvement titanesque se sont prolongés pendant des siècles et il constitue encore aujourd’hui une source d’inspiration. Ces masses opprimées qui se soulèvent, les armes au poing, et infligent défaite sur défaite à l’armée de la plus grande puissance au monde – c’est là un des événements les plus incroyables de toute l’histoire. Si elles étaient parvenues à renverser l’Etat romain, le cours de l’histoire en aurait été sérieusement modifié.

Bien sûr, il n’est pas possible de dire exactement ce qui s’en serait suivi. Les esclaves auraient certainement été libérés. Mais étant donné le niveau de développement des forces productives, la tendance générale n’aurait pas pu aller au-delà d’une sorte de féodalisme. L’humanité aurait tout au moins été épargnée des horreurs de l’« Age des ténèbres », et il est probable que son développement économique et culturel aurait été plus rapide.

La raison fondamentale de l’échec de Spartacus réside dans l’absence d’une liaison avec prolétariat des villes. Tant que ce dernier soutenait l’Etat, la victoire des esclaves était impossible. Mais le prolétariat romain, à la différence du moderne, n’était pas une classe productive mais plutôt une classe parasitaire, vivant sur le travail des esclaves et dépendant de ses maîtres (lumpen-prolétariat). La défaite de la révolution romaine plonge ces racines dans ce fait.

Marx et Engels expliquaient que la lutte des classes se termine soit par la victoire de l’une des classes, soit par la ruine commune des classes antagoniques. Le sort de la société romaine est l’exemple le plus évident du second cas de figure. La défaite des esclaves a directement mené à la ruine de l’Etat romain. En l’absence d’une paysannerie libre, l’Etat était obligé de recourir à des armées de mercenaires pour mener ses guerres. L’impasse dans la lutte des classes a produit une situation équivalente au phénomène moderne du Bonapartisme. La version moderne du Bonapartisme était ce qui est connu sous le nom de Césarisme.

Le légionnaire romain n’était plus fidèle à la République mais à son commandant – c’est-à-dire à l’homme qui lui donnait sa paye, sa part des pillages et un coin de terre pour sa retraite. La dernière période de la République se caractérise par une intensification de la lutte des classes, dans laquelle personne ne parvient à remporter une victoire décisive. En conséquence, l’Etat – que Lénine caractérisait comme « un détachement d’hommes en arme » – a commencé à acquérir une indépendance croissante, à s’élever au-dessus de la société et à constituer l’arbitre de l’incessante lutte pour le pouvoir.

Toute une série d’aventuriers militaires ont fait leur apparition : Marius, Crassus, Pompey, et finalement Jules César, qui était un général brillant, un politicien avisé, un homme d’affaire de premier ordre, et qui a effectivement mis fin à la République – tout en s’en proclamant le défenseur. Ses victoires en Gaulle, en Espagne et en Bretagne on renforcé son prestige, et il a peu à peu concentré tout le pouvoir entre ses mains. Bien qu’une fraction conservatrice qui voulait maintenir la République l’ait assassiné, le vieux régime était condamné.

Dans sa pièce Jules César, Shakespeare dit de Brutus : « C’était le plus noble de tous les Romains. » Certes, Brutus et ceux qui ont conspiré contre César ne manquaient pas de courage, et leurs motifs étaient peut-être nobles. Mais ils étaient d’irrécupérables utopistes. La République qu’ils voulaient défendre n’était depuis longtemps qu’un corps pourrissant. Certes, après la victoire du triumvirat sur Brutus et ses compagnons, la République était quand même formellement reconnue, et le premier Empereur, Augustus, n’est pas revenu là-dessus. Mais le titre d’« Empereur » – imperator en latin – est un titre militaire qui a été inventé pour éviter celui de « roi », lequel aurait trop agressé les oreilles républicaines. Cependant, il s’agissait bel et bien d’un roi.

Les formes de l’ancienne République ont longtemps survécu. Mais ces formes n’avaient plus de contenu, et n’étaient rien d’autre qu’une enveloppe vide qui, sur la fin, pouvait être balayée d’un coup de vent. Le Sénat n’avait quasiment ni pouvoir, ni autorité. Jules César avait choqué la respectable opinion publique en introduisant un Gaulois au Sénat. Caligula a considérablement amélioré ce procédé en donnant le titre de sénateur à son cheval. Nul n’y a vu le moindre inconvénient – ou, tout au moins, n’a osé formuler une objection.

Les Empereurs continuaient à « consulter » le Sénat, et s’efforçaient même, ce faisant, de ne pas rire trop fort. Dans la dernière période de l’Empire, lorsque, du fait de la corruption et du déclin de la production, les finances étaient dans un état lamentable, les riches Romains étaient régulièrement « promus » sénateurs de façon à les obliger à payer des taxes supplémentaires. Un humoriste romain disait de l’un de ces législateurs malgré eux qu’il « avait été banni au Sénat ».

Il arrive souvent, dans l’histoire, que des institutions dépassées survivent longtemps aux raisons qui ont motivé leur existence. Elles traînent alors une vie misérable, telles un vieillard décrépit et déambulant, jusqu’à ce qu’elles soient balayées par une révolution. Le déclin de l’Empire romain a duré près de quatre siècles. Ce ne fut pas un processus ininterrompu. Il y a eu des périodes de reprise, et même des périodes glorieuses, mais la ligne générale était descendante.

Ces périodes historiques sont imprégnées d’un sentiment général de malaise. L’humeur qui prédomine alors est faite de scepticisme, d’absence de foi et de pessimisme. Les vieilles traditions, la morale et la religion – autant de puissants facteurs de cohésion sociale – perdent leur crédibilité. Les vieilles religions sont délaissées au profit de nouveaux dieux. Dans sa période de déclin, Rome était envahie par différentes sectes venues de l’Est. Le Christianisme n’était que l’une d’entre elles, et bien qu’elle l’ait emporté, elle avait alors de nombreuses rivales, comme par exemple le culte de Mithras.

Lorsque les gens sentent que le monde dans lequel ils vivent est en train de chanceler, qu’ils ont perdu tout contrôle sur leur existence – alors s’ouvre un espace pour l’émergence de tendances mystiques et irrationnelles. Les gens s’imaginent que la fin du monde est proche. Les premiers chrétiens le croyaient passionnément, mais de nombreuses personnes le suspectaient. En réalité, ce qui allait à sa fin, ce n’était pas le monde mais seulement une forme particulière de société – la société fondée sur l’esclavage. Le succès du Christianisme reposait sur sa connexion avec l’humeur générale de la société. Le monde était un enfer plein de vice. Il était nécessaire de tourner le dos au monde et à ce qui s’y passait pour se consoler dans la croyance d’une vie après la mort.

De fait, ces idées s’élaboraient déjà dans certaines tendances philosophiques romaines. Face à une société qui n’offre aucun espoir, les hommes et femmes peuvent avoir deux réactions : soit ils tachent de parvenir à une compréhension rationnelle de ce qui se passe, de façon à pouvoir le changer ; soit ils tournent leur dos à la société. Dans la période déclin de l’Empire romain, la philosophie était dominée par le subjectivisme – le stoïcisme et le scepticisme. A partir d’un angle différent, Epicure apprenait aux gens à rechercher le bonheur et à apprendre à vivre sans peur. C’était une philosophie sublime, mais qui ne pouvait plaire, dans le contexte donné, qu’à la fraction la plus intelligence de la classe dirigeante. Il y eut finalement la philosophie néo-platonicienne de Plotin, qui relève quasiment du mysticisme et de la superstition, et qui a fourni une justification philosophique au Christianisme.

Lors des invasions barbares, toute la structure sociale romaine était déjà sur le point de s’écrouler, non seulement sur le plan économique, mais aussi sur les plans moral et spirituel. Ce n’est pas par hasard que les Barbares ont été accueillis en libérateurs par les esclaves et les sections les plus pauvres de la société romaine. Les Barbares ont complété un travail qui avait commencé bien avant leur arrivée. Les invasions barbares étaient un accident historique qui a servi à exprimer une nécessité historique.

Pourquoi les Barbares ont-ils triomphé ?

Comment se fait-il qu’une culture hautement développée ait été aussi facilement dominée par une culture plus arriérée et primitive ? L’effondrement de Rome était en germe depuis un bon moment. La contradiction fondamentale de l’économie esclavagiste résidait dans le fait que, paradoxalement, elle était basée sur un bas niveau de productivité du travail. Le travail des esclaves n’est productif que s’il est réalisé à une échelle massive. Et la condition fondamentale de cela, c’est une offre suffisante d’esclaves à bas prix. Dans la mesure où les esclaves captifs se reproduisent très lentement, la seule façon de garantir un apport d’esclaves suffisant consistait à mener en permanence des guerres. Mais dès que, sous Hadrien, l’Empire a atteint ses limites, c’est devenu de plus en plus difficile.

Une fois que l’Empire a atteint ses limites et que les contradictions internes de l’esclavagisme ont commencé à s’affirmer, Rome est entré dans une période de déclin qui a duré plus de quatre siècles – jusqu’à son renversement par les Barbares. Les migrations massives qui ont contribué à l’effondrement de l’Empire étaient un phénomène courant parmi les peuples semi-nomades de l’antiquité et se sont produites pour différentes raisons : la pénurie de pâturages résultant de la croissance démographique, des changements climatiques, etc.

Dans le cas qui nous intéresse, des peuples bien établis des steppes de l’Ouest et d’Europe de l’est ont été chassés de leurs terres sous la pression, venue de l’Est, de tribus nomades plus arriérées – les Hsiung-nu, mieux connus sous le nom de Huns. Est-ce que ces derniers avaient une culture ? Oui, ils avaient une sorte de culture, comme tous les peuples, même les plus arriérés. Les Huns ne connaissaient pas l’agriculture, mais leur horde était une formidable machine de guerre. Il n’y avait pas meilleure cavalerie au monde. On disait d’eux que leur pays était le dos d’un cheval.

Ceci dit, malheureusement pour l’Europe, les Huns se sont heurtés au IVème siècle à une culture beaucoup plus avancée, une civilisation qui maîtrisait l’art de la construction, qui vivait dans des villes et qui possédait une armée disciplinée – la Chine. Les prouesses de ces redoutables guerriers des steppes mongoles ne faisait pas le poids face aux très civilisés chinois qui, pour les contrer, ont construit la Grande Muraille – une véritable merveille d’ingénierie.

Battus par les Chinois, les Huns sont repartis vers l’Ouest, et dévastaient tout sur leur passage. En passant par l’actuelle Russie, ils se sont heurtés aux Goths en 355. Bien que les tribus gothiques jouissaient d’un niveau de développement supérieur à celui des Huns, ils ont été taillés en pièce et ont dû partir vers l’Ouest. Les survivants – quelques 80 000 hommes, femmes et enfants désespérés et qui se déplaçaient sur des chariots primitifs – sont arrivés à la frontière de l’Empire romain à un moment où le déclin de la société esclavagiste était tel que ses capacités de défense étaient sérieusement affaiblies. Les Visgoths (les Goths de l’Ouest), qui se tenaient à un niveau de développement inférieur à celui des Romains, les ont tout de même battus. L’historien romain Ammianus Marcellinus a décrit cet affrontement entre deux mondes étrangers comme « la plus désastreuse défaite romaine depuis Cannae »

En un très court espace de temps, la plupart des villes romaines ont été abandonnées. Il est vrai que ce processus avait commencé avant l’invasion barbare. Tout le système était déjà ébranlé par le déclin de l’économie esclavagiste et la nature monstrueusement oppressive de l’Empire, avec sa pesante bureaucratie et ses impôts étouffants. Il y avait une migration régulière vers les campagnes, où les bases du développement d’un nouveau mode de production – le féodalisme – étaient posées. Les Barbares ont seulement donné le coup de grâce à un système moribond. Ils ont juste infligé un ultime et violent choc au pourrissant édifice romain.

La ligne romaine qui longeait le Danube et le Rhin, cette ligne réputée imprenable s’effondra. A un certain stade, différentes tribus barbares – dont les Huns – ont convergé dans une attaque commune contre Rome. Le chef gothique Alaric (qui, par ailleurs, était un chrétien arien et un ancien mercenaire romain) a dirigé 40 000 Goths, Huns et esclaves libérés à travers les Alpes juliennes. Huit ans plus tard, ils mirent Rome à sac. Alaric semble avoir été quelqu’un de relativement éclairé, et il tenta notamment d’épargner les Romains. Mais il ne pouvait contrôler les Huns et les anciens esclaves, qui se livrèrent aux pillages, aux viols et aux massacres. Des sculptures d’une valeur inestimable ont été détruites, et des œuvres d’art étaient fondues pour leur précieux métal. Et ce n’était qu’un début. Au cours des siècles qui ont suivi, des vagues successives de Barbares ont déferlé à partir de l’Est : Visigoths, Ostrogoths, Alans, Lombards, Suèves, Alamans, Bourguignons, Francs, Thuringiens, Frisons, Heruli, Gépides, Angles, Saxons, Jutes, Huns et Magyars ont envahi l’Europe. L’Empire éternel et tout-puissant était réduit à l’état de cendre.

Est-ce que la civilisation régressa ?

Est-il correct de dire que le renversement de l’Empire romain par les Barbares a fait régresser la civilisation humaine ? Malgré la récente et bruyante campagne des « Amis de la Société Barbare », il est impossible d’en douter, et cela peut-être aisément démontré par des faits et des chiffres. Les invasions barbares ont eu pour première conséquence de rejeter en arrière, et pour un millénaire, la civilisation et la pensée humaines.

Le développement des forces productives a été violemment interrompu. Les villes étaient détruites et abandonnées. Les populations affluaient vers les terres à la recherche de nourriture. Même notre vieil ami Rudgley est forcé de l’admettre : « Les seules vestiges architecturaux qu’ont laissés les Huns sont les cendres des villes qu’ils ont brûlées. » Et pas seulement les Huns. Le premier acte des Goths fut de raser la ville de Mainz. Pourquoi ont-ils fait cela ? Pourquoi ne l’ont-ils pas simplement occupée ? A cause du faible niveau de développement économique des envahisseurs. C’était des peuples agricoles qui ne connaissaient rien des villes. De manière générale, les Barbares étaient hostiles à l’égard des villes et de leurs habitants – un trait psychologique que l’on retrouve plus ou moins dans les paysanneries de toute époque.

Saint Jérôme décrit en ces termes les résultats de ces dévastations : « Rien, dans ces paysages désertiques, n’a été laissé sinon la terre et le ciel. Après la destruction des villes et l’extirpation de la race humaine, les terres étaient recouvertes d’épaisses forêts et d’inextricables ronces ; la désolation universelle annoncée par le prophète Zephaniah fut réalisée dans la pénurie de bêtes, d’oiseaux et même de poissons. »

Ces lignes ont été écrites vingt ans après la mort de l’empereur Valens, lorsque les invasions barbares ont commencées. Elles décrivent la situation dans la province native de St. Jérôme, Pannonia (l’actuelle Hongrie) où des vagues successives d’envahisseurs ont semé la mort et la destruction à une échelle inimaginable. Finalement, Pannonia s’est complètement vidée de ses habitants. Plus tard, les Huns s’y sont installés, puis enfin les Magyars. Ces dévastations et pillages ont continué pendant des siècles, laissant derrière eux l’héritage d’une terrible arriération – en fait, de la barbarie. C’était l’ « Age des ténèbres ». Juste une citation :

« L’Age des ténèbres portait bien son nom. Les famines et les épidémies, qui ont culminé avec la Peste Noire et ses pandémies récurrentes, décimaient les populations. La sous-alimentation frappait les survivants. De brusques changements climatiques provoquaient des orages et des pluies dont les conséquences étaient désastreuses, étant donné que le système de drainage de l’Empire – comme la plupart de ses autres infrastructures – ne fonctionnait plus. On comprend mieux ce qu’était le Moyen Age lorsqu’on sait qu’en 1500, après un millénaire de négligences, les routes construites par les romains étaient toujours les meilleures du continent. La plupart des autres étaient devenues impraticables. La même chose peut-être dite des ports européens jusqu’au XVIIIème siècle, lorsque le commerce a commencé à repartir. Parmi les métiers perdus figurait la maçonnerie en briques. En Allemagne, en Angleterre, en Hollande et en Scandinavie, il n’y eut, en dix siècles, presque aucun monument en pierre de construit – exceptées les cathédrales. Pour leur travail agricole, les serfs disposaient essentiellement de pioches, fourches, râteaux, faux et faucilles à manche. Dans la mesure où il y avait très peu de fer, il n’y avait pas de charrue à roues et à soc métallique. L’absence de charrues ne posait pas de problème majeur dans le sud, où les paysans pouvaient pulvériser la terre méditerranéenne, mais la terre plus lourde de l’Europe du nord devait être découpée, soulevée et retournée à la main. Il y avait des chevaux et des bœufs, mais ils étaient d’un usage limité. Harnais et étriers ne firent leur apparition qu’aux alentours de 900 après JC. Par conséquent, les attelages en tandem n’existaient pas. Les paysans travaillaient très dur et mouraient plus souvent de fatigue que leurs animaux. » (William Manchester, A World Lit Only by Fire, pp. 5-6)

Une longue période de stagnation a suivi l’effondrement de l’Empire romain. En un millénaire, il n’y a pas eu d’inventions notable à l’exception de la roue hydraulique et du moulin à vent. En d’autres termes, il y eut une éclipse culturelle totale. C’était la conséquence de l’effondrement des forces productives, dont la culture dépend en dernier ressort. Si on ne comprend pas cela, il est impossible d’avoir une compréhension scientifique de l’histoire.

La pensée humaine, l’art, la science et la culture en général étaient réduits aux niveaux les plus primitifs, et n’ont commencé à refleurir qu’avec l’introduction, par les Arabes, de la pensée grecque et romaine. Au cours de cette période qu’on appelle la Renaissance, le cours de l’histoire se débloquait. Le lent développement du commerce a mené au développement de la bourgeoisie et de villes – notamment dans les Flandres, en Hollande et en Italie du nord. Mais c’est un fait incontestable que la civilisation avait connu un millénaire de régression. C’est cela que nous entendons par « ligne descendante de l’histoire ». Et on ne doit pas s’imaginer qu’une telle chose ne puisse plus advenir.

Socialisme ou barbarie

Toute l’histoire de l’humanité réside précisément dans la lutte du genre humain pour s’élever au dessus de l’espèce animale. Cette longue lutte a commencé il y a sept millions d’années, lorsque nos vieux ancêtres humanoïdes se dressaient pour la première fois sur leurs jambes et libéraient leurs mains pour le travail manuel. La production des premiers outils manuels en pierre constituait le moment initial d’un processus par lequel l’homme et la femme se sont humanisés par le biais du travail. Depuis, le développement de la productivité du travail humain – autrement dit, de notre pouvoir sur la nature – a accompagné et déterminé les phases successives du développement social.

Pendant la plus grande partie de l’histoire humaine, ce processus a été d’une extrême lenteur. Comme le remarquait The Economist au seuil du nouveau millénaire : « Pour la quasi-totalité de l’histoire humaine, les progrès économiques étaient si lents qu’ils n’étaient pas perceptibles à l’échelle d’une vie. Pendant des siècles et des siècles, le taux de croissance annuel était, à la décimale près, de zéro. Lorsqu’il y avait croissance, elle était si lente que les gens ne pouvaient la percevoir. Elle consistait d’ailleurs non tant en élévation du niveau de vie qu’en une faible croissance démographique. Abstraction faite d’une élite minuscule, le progrès a consisté, durant des millénaires, dans le fait que la possibilité de simplement survivre s’ouvrait progressivement à une population de plus en plus nombreuse. » (The Economist, 31 décembre 1999)

Le rapport entre le développement de la culture et celui des forces productives était déjà connu du grand génie antique Aristote. Dans sa Métaphysique, il écrivait que « l’homme ne commence à philosopher que lorsque ses moyens de subsistances sont assurés », et ajoutait que la raison pour laquelle les Egyptiens avaient inventé l’astronomie et les mathématiques résidait dans le fait que la caste des prêtes égyptiens n’avaient pas besoin de travailler. C’est là une conception parfaitement matérialiste de l’histoire. Et c’est la réponse aux délires utopistes de ceux qui s’imaginent que la vie serait merveilleuse si seulement on pouvait « en revenir à la nature » – autrement dit à un niveau d’existence animal.

La réalisation du véritable socialisme dépend du développement des forces productives bien au-delà de ce que nous trouvons aujourd’hui dans les pays capitalistes les plus développés, comme par exemple aux USA, au Japon ou en Allemagne. Marx l’a expliqué dans l’Idéologie Allemande, un ouvrage antérieur au Manifeste du Parti Communiste. Il écrivait que « l’indigence ressusciterait tout le vieux fatras. » Et par « vieux fatras », il entendait l’oppression de classe, l’inégalité et l’exploitation. La raison pour laquelle la révolution d’Octobre a dégénéré dans le Stalinisme réside dans le fait qu’elle s’est déroulée dans un pays arriéré et qui est resté isolé. Les conditions matérielles pour construire le socialisme faisaient défaut.

Le capitalisme est le système le plus oppresseur et le plus exploiteur qui ait jamais existé.D’après les mots de Marx, « le Capital s’est imposé à l’histoire en crachant le sang par chacune de ses pores ». Mais, comme l’expliquait aussi Marx, le capitalisme n’en représentait pas moins un formidable bond en avant dans le développement des forces productives – et par conséquent de notre pouvoir sur la nature. Le développement de l’industrie, de l’agriculture, de la science et de la technologie a transformé la planète et a posé les bases d’une révolution complète qui, pour la première fois de l’histoire, nous permettra de devenir des hommes libres.

Nous sommes sortis de la sauvagerie, de la barbarie, de l’esclavage et du féodalisme – et chacune de ces étapes représentait une étape déterminée dans le développement des forces productives et de la culture. Le bourgeon disparaît lorsque surgit la fleur, et on peut considérer cela comme une négation, une chose contredisant l’autre. Mais en fait, ce sont des étapes nécessaires, qui doivent être prises dans leur unité. Il est absurde de dénier un rôle historique à la barbarie, comme à tout autre étape du développement humain. Mais l’histoire avance.

Chaque étape du développement humain prend ses racines dans tous les développements précédents. C’est aussi vrai de l’évolution de l’espèce humaine que de l’évolution sociale. Comme les études sur le génome l’ont prouvé, nous sommes génétiquement reliés aux formes les plus primitives de vie. Nous partageons 98% des structures génétiques du chimpanzé, notre plus proche parent vivant. Mais ces 2% de différence représentent un immense saut qualitatif.

De la même façon, le développement du capitalisme a posé les bases d’une étape supérieure (oui, supérieure) dans le développement humain, étape que nous appelons le socialisme. L’actuelle crise mondiale n’est rien de plus que l’expression du fait que le développement des forces productives entre en conflit avec les limites de la propriété privée des moyens de production et de l’Etat-nation. Le capitalisme a depuis longtemps épuisé son rôle progressiste et est devenu un monstrueux obstacle sur le chemin de l’histoire. Cet obstacle doit être écarté pour que l’humanité avance. Et s’il n’est pas écarté à temps, de terribles menaces planent sur l’avenir du genre humain.

La vieille société porte en elle l’embryon de la nouvelle. Des éléments de démocratie ouvrière existent déjà dans la forme des organisations ouvrières, des comités de délégués syndicaux, des syndicats, des coopératives, etc. Dans la période qui s’ouvre, il y aura une lutte à mort : une lutte des éléments de la société qui doit naître contre l’ancienne société, qui tentera avec acharnement d’empêcher la première d’advenir.

Comme on peut déjà le voir avec les grèves générales en Europe, les mouvements révolutionnaires en Amérique Latine et, partout, la révolte de la jeunesse, ce conflit atteindra un point critique. Aucune classe, dans l’histoire, n’a jamais abandonné ses pouvoirs et privilèges sans livrer une lutte furieuse. La crise du capitalisme n’est pas seulement une crise économique qui menace le niveau de vie et l’emploi de millions de gens à travers le monde. Elle menace aussi les fondements mêmes de l’existence civilisée – dans la mesure où celle-ci existe. Elle menace de faire régresser le genre humain dans tous les domaines. Si la classe ouvrière – la seule classe révolutionnaire – ne parvient pas à renverser la classe qui contrôle les banques et les multinationales, l’histoire va vers un effondrement de la culture, voire un retour à la barbarie.

En fait, pour la plupart des gens d’Occident (mais pas seulement d’Occident), les manifestations les plus évidentes de la crise du capitalisme ne sont pas économiques, mais consistent dans ces phénomènes qui affectent les points les plus sensibles de leur vie personnelle : l’éclatement des familles, l’épidémie de crime et de violence, l’effondrement des anciennes valeurs morales sans rien à mettre à la place, l’irruption récurrente de guerres – autant de choses qui donnent naissance à un sentiment d’instabilité et à une vision pessimiste du présent et de l’avenir. Ce sont là des symptômes de l’impasse du capitalisme, qui en dernière analyse – et seulement en dernière analyse – résulte de la révolte des forces productives contre les limites de la propriété privée et de l’Etat-nation.

Marx soulignait que le genre humain faisait face à l’alternative suivante : socialisme ou barbarie. La démocratie formelle, que les travailleurs d’Europe et des Etats-Unis considèrent comme une chose normale, est en réalité une structure très fragile qui ne survivra pas à un affrontement ouvert entre les classes. A l’avenir, la classe capitaliste « civilisée » n’hésitera pas à pencher vers la dictature. La mince couche de culture et de civilisation moderne recouvre des forces qui ressemblent aux pires des barbaries. Les événements qui, récemment, ont frappé les Balkans, nous le rappellent de la manière la plus crue. Les normes culturelles peuvent facilement s’effondrer et les démons d’un passé lointain et oublié peuvent ressurgir dans les nations les plus civilisées. Oui, en effet, l’histoire connaît aussi bien des lignes descendantes que des lignes ascendantes !

La question se pose dès lors de la manière la plus simple : dans la période à venir, soit la classe ouvrière saisira les reines de la société, remplaçant le pourrissant système capitaliste par un nouvel ordre social fondé sur une planification harmonieuse et démocratique des forces productives – soit nous ferons face au spectacle effrayant d’un effondrement social, économique et culturel.

Pendant des milliers d’années, la culture a été le monopole d’une minorité privilégiée, et ce alors que la grande majorité de l’humanité était exclue du savoir, de la science, de l’art et du gouvernement. C’est toujours le cas aujourd’hui. Quoiqu’on en dise, nous ne sommes pas vraiment civilisés. Notre monde ne mérite pas son nom. C’est un monde barbare, peuplé de gens qui doivent encore se débarrasser d’un héritage de barbarie. Pour la grande majorité de la population mondiale, la vie demeure une lutte permanente et acharnée pour l’existence, non seulement dans les pays sous-développés, mais aussi dans les grandes puissances capitalistes.

Pour autant, le matérialisme historique ne nous mène pas à des conclusions pessimistes – tout au contraire. La tendance générale de toute l’histoire est celle d’un développement de nos forces productives et de notre potentiel culturel. Les progrès réalisés au cours du siècle passé ont crée une situation où, pour la première fois de l’histoire, tous les problèmes auxquels les hommes font face peuvent être aisément résolus. La possibilité d’une société sans classe existe à l’échelle mondiale. Ce qu’il faut pour réaliser ce potentiel immense, pratiquement infini, c’est une planification rationnelle et harmonieuse des forces productives.

Sur les bases d’une véritable révolution dans le domaine de la production, il serait possible d’assurer une telle abondance que les hommes et les femmes n’auraient plus à se soucier au quotidien de leurs besoins matériels. Disparaîtront alors l’inquiétude et les peurs humiliantes que connaissent, à chaque heure de leur vie, la majorité des gens. Pour la première fois, des hommes libres deviendront les maîtres de leur destinée. Pour la première fois, ce seront vraiment des hommes. Et alors commencera la véritable histoire de l’humanité.

Alan Woods – Mars 2002

Publication : lundi 2 juillet 2007
 

La barbarie, la civilisation et la conception marxiste de l’histoire
Le 11 février 2007, par Universitaire
Je profite de cette ultime occasion pour souligner la profondeur des textes que je reçois tout récemment et qui sont parfois d’une érudition tout à fait remarquable. C’est malheureusement le temps qui nous fait défaut pour nous aussi apporter parfois notre petite et modeste analyse et réaction à ces textes. Cet article, bien que que je ne l’ai que parcouru, reflète la vraie problématique de l’histoire et invite à une réflexion beaucoup plus objective quand à l’étude et l’analyse de l’histoire. Certes se servir de l’histoire pour porter des jugements de valeur ne profite en rien à personne. Mais une partie de l’expérience humaine montre bien le danger qui n’a cessé de guetter l’humanité et que malheureusement, elle n’a pas servi de leçons aux générations qui s’en ont suivies. Plus d’une fois l’on s’est servi d’arguments fallacieux pour agir au nom de l’humanisme en vue de réaliser des desseins les plus criminels et les plus égoistes. Et l’histoire on le laisse se répéter sans qu’elle ne se répète elle même. On se comporte en spectateurs passifs du déroulement du film que nous présentent les acteurs qui ne s’intéressent pas à être inscrits sur les pages de l’histoire mais à tout juste accomplir leurs sales besognes et sortir par la petite porte. Pour ces gens tout un chacun est complice de tout crime commis par eux il ne peux y avoir d’excuses valables. Vous savez certainement où je veux en venir.

La barbarie, la civilisation et la conception marxiste de l’histoire
Le 12 juillet 2007, par Aasif
En effel , l’article en est sans doute une démonstration categorique de la théorie marixte . Alan Woods dans son analyse de l’evolution historique de la societé humaine manefiste une puissante vision scinetifique a l’egard du precessus historique qui a fait du capitalisme une necessité historique et par consequent une condition inévitable pour un nouvel comencement d’une veritable histoire de l’humanité . le socialisme selon la démonstration materialiste du marxiste Alan Woods será impitoyablement une fête qui a un debut et n’a plus un fin . Nous sommes tout encore besoin de lire ces genres de textes et prende conscience sur la tâche gigantesque qui nous exige l’histoire a fin que l’humanité s’affronte à une menace seriuese sur le futur de son espéce . Le materialisme historique trouve son logement philosophique dans le materialisme dialectique . et , en consequent il est la preuve rationnaliste contre les prejugées de la pensé bourgeoise . la barbarie , la civilisation et la conception marxiste de l’histoire dont il est l’objet de l’intevention de Alan Woods dans son article est une expression desicive de la méthode materialiste en elaboration stricte et consequente face aux phénomenes tantôt sociale tantôt naturel . Un salut communiste au camarade Alan .

 

 

 

 

 

Introduction à la théorie économique de Marx pointrouge

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 Introduction à la théorie économique de Marx

Ce texte a été rédigé par les marxistes britanniques Rob Sewell et Alan Woods, au début des années 1970. En le traduisant, nous avons conservé les références à l’économie anglaise, comme par exemple les noms des entreprises capitalistes britanniques. Seule exception : dans les exemples faisant intervenir des valeurs monétaires, nous avons remplacé la livre sterling par l’euro, de façon à ce que la démonstration soit la plus claire possible.

Introduction

Sous l’impact de la crise du capitalisme, de nombreux tra­vailleurs s’intéressent à l’économie. Ils veulent comprendre les forces qui gouvernent leur existence. L’objectif de ce texte est de leur offrir, non pas un exposé complet de la théorie économique, mais une introduction aux lois élémentaires du fonctionnement du système capitaliste.

La superficialité des économistes pro-capitalistes est révélée par leur inaptitude à comprendre la crise qui frappe leur système. Leur rôle est de dissimuler l’exploitation de la classe ouvrière et de « prouver » la supériorité du système capitaliste. Mais leurs « théories » et « solutions » ne peuvent rien face au pourrissement du capitalisme. Seule la transformation socialiste de la société et l’introduction d’une économie planifiée permettront d’en finir avec l’enfer du chômage, des récessions et du chaos.

L’aile droite de la direction du mouvement ouvrier a remplacé Keynes, son vieil idole, par des solutions économiques « orthodoxes » : coupes budgétaires, restriction des salaires et déflation monétaire. De leur côté, les réformistes de gauche s’accrochent toujours aux politiques capitalistes du passé - relance par la consommation, restriction des importations [1] , etc. - qui ont déjà montré leur complète inefficacité.

Seule une analyse marxiste du capitalisme permettra aux travailleurs conscients de réfuter les mensonges des économistes bourgeois et de combattre leur influence au sein du mouvement ouvrier.

Les conditions nécessaires à l’existence du capitalisme

La production moderne est concentrée entre les mains d’entreprises gigantesques. Unilever, ICI, Ford, British Petroleum : ces grandes firmes do­minent nos vies. Il est vrai qu’il existe de petites entreprises, mais elles représentent le mode de production du passé, non celui du présent. La production moderne est essentiellement massive, de grande échelle.

Aujourd’hui, en Grande-Bretagne, 200 entreprises et 35 banques (ou compagnies financières) contrôlent l’économie du pays, réalisant 85% de la production nationale. Ce développement s’est accompli au cours de ces derniers siècles à travers une compétition impitoyable, des crises et des guerres. A l’époque où les économistes classiques prédisaient l’essor du « libre commerce », Marx expliquait comment la concurrence déboucherait sur le monopole, les entreprises les plus faibles étant éliminées.

De prime abord, il pourrait sembler que la production de biens est avant tout destinée à satisfaire les besoins de la population. C’est évidemment une nécessité à laquelle doit répondre toute forme de société, quelle qu’elle soit. Mais sous le capitalisme, les biens ne sont pas simplement produits pour satisfaire des besoins : ils le sont avant tout pour être vendus. C’est là la fonction essentielle de l’industrie capitaliste. Comme le disait Lord Stokes, ancien président de British Leyland : « Je fais de l’argent, pas des voitures ». C’est là une expression parfaite des aspirations de l’ensemble de la classe capitaliste.

Le mode de production capitaliste suppose qu’un certain nombre de conditions soient rassemblées. Tout d’abord, il faut qu’existe une large classe de travailleurs sans propriété [2], qui par conséquent sont obligés de vendre leur force de travail pour vivre. Ceci signifie que, sous le capitalisme, la conception libérale d’une « démocratie de propriétaires » est une absurdité, car si la masse de la population possédait suffisamment de propriété pour subvenir à ses propres besoins, les capitalistes ne trouveraient pas de travailleurs pour générer leurs profits.

Deuxièmement, les moyens de production doivent être concentrés entre les mains des capitalistes. Au cours de plusieurs siècles, les petits paysans et tous ceux qui possédaient leurs propres moyens de subsistance furent impitoyablement éliminés. Les capitalistes et les grands propriétaires terriens firent main basse sur leurs moyens de subsistance, et embauchèrent des travailleurs pour y travailler et créer de la plus-value.

La valeur et les marchandises

Comment le capitalisme fonctionne-t-il ? De quelle façon les travailleurs sont-ils ex­ploités ? D’où vient le profit ? Pourquoi y a-t-il des crises ?

Pour répondre à ces questions, il faut d’abord découvrir la clé du problème, c’est-à-dire répondre à la question : qu’est-ce que la valeur ? Une fois ce mystère élucidé, tout le reste en découle. Une compréhension de ce qu’est la valeur est essentielle à l’intelligence de l’économie capitaliste.

Pour commencer, toutes les entreprises capitalistes produisent des biens ou des services - ou plus exactement des marchandises , c’est-à-dire des biens ou des services qui ne sont produits que pour être vendus. Bien sûr, on peut produire quelque chose pour son propre usage personnel. Avant l’avènement du capitalisme, c’est ce que faisaient beaucoup de gens. Mais ces produits n’étaient pas des marchandises. Le capitalisme se caractérise en premier lieu, selon l’expression de Marx, par une « immense accumulation de marchandises ». C’est pour cette raison que Marx a commencé ses recherches sur le capitalisme par une analyse des caractéristiques de la marchandise.

Toute marchandise a une valeur d’usage  : elle est utile au moins à certaines per­sonnes (sans quoi elle ne pourrait être vendue). La valeur d’usage d’une marchandise se limite à ses propriétés physiques.

Mais en plus de cette valeur d’usage, toute marchandise a également une valeur d’échange . Qu’est-ce que cette valeur et comment la détermine-t-on ?

Si, pour le moment, on fait abstraction de la question de l’argent, on constate que les marchandises s’échangent suivant certaines proportions. Par exemple :

1 paire de chaussures

= 10 mètres de tissu

ou 1 une montre

ou 3 bouteilles de Whisky

ou 1 un pneu de voiture

Chacun des biens de la colonne de gauche peut être échangé contre 10 mètres de tissu. Suivant les mêmes proportions, ils peuvent également s’échanger les uns contre les autres.

Ce simple exemple montre que la valeur d’échange de ces différentes marchandises exprime une équivalence de quelque chose qui est contenu en elles. Mais qu’est-ce qui fait qu’une paire de chaussures = 10 mètres de tissu ? Ou qu’une montre = 3 bouteilles de Whisky - et ainsi de suite ?

Il est clair qu’il doit y avoir quelque chose de commun à ces différentes marchandises. Ce n’est évidemment pas leur poids, leur couleur ou leur consistance. Et encore une fois, cela n’a rien à voir avec leur utilité. Après tout, le pain (une nécessité) a beaucoup moins de valeur qu’une Rolls Royce (qui est un produit de luxe). Dès lors, quelle est la qualité qui leur est commune ? La seule chose qu’ils ont en commun, c’est le fait d’être des produits du travail humain .

La quantité de travail humain contenu dans une marchandise s’exprime en temps : semaines, jours, heures, minutes. Autrement dit, toutes les marchandises citées dans notre exemple peuvent être exprimées en terme de ce qu’elles ont en commun : le temps de travail. Soit :

5 heures (de travail) de chaussures

5 heures (de travail) de pneu

5 heures (de travail) de montre

5 heures (de travail) de Whisky

Le travail

Si on considère les marchandises en tant que valeurs d’usage (en tant qu’elles sont utiles), on les voit comme les produits d’un type de travail particulier - le travail du cordonnier, de l’horloger, etc. Mais dans l’échange, les marchandises sont considérées différemment. Leur caractère spécifique est mis de côté et elles apparaissent comme autant d’unités de travail en général , ou encore de « travail moyen ».

Il est vrai que les marchandises produites par du travail qualifié contiennent plus de valeur que celles produites par du travail non qualifié. Par conséquent, dans l’échange, les unités de travail qualifié se réduisent à tant d’unités de travail non qualifié. Par exemple, on pourrait avoir le ratio : 1 unité de travail qualifié = 3 unités de travail non qualifié. Autrement dit, suivant cet exemple, le travail qualifié vaudrait trois fois plus que le travail non qualifié.

Ainsi, la valeur d’une marchandise est déterminée par la quantité de « travail moyen » nécessaire à sa production (soit le temps de travail qu’il faut pour la produire). Mais si on en reste là, il pourrait sembler que les travailleurs les plus lents produisent plus de valeur que les travailleurs les plus efficaces !

Prenons l’exemple d’un cordonnier qui, pour produire ses chaussures, utilise les méthodes obsolètes du Moyen Age. Ce faisant, il lui faut toute une journée pour fabriquer une paire de chaussures. Et lorsqu’il essaye de les vendre sur le marché, il s’aperçoit qu’il ne peut pas en tirer plus, en terme de prix, que des chaussures semblables produites par des usines modernes et mieux équipées.

Si de telles usines modernes produisent une paire de chaussure en, disons, une demi-heure, elles contiendront moins de travail (donc moins de valeur), et seront vendues à moindre prix. Dès lors, celui qui fabrique ses chaussures semblables avec des méthodes médiévales sera bientôt ruiné. Après une demi heure, le travail qu’il réalise pour produire ses chaussures est du travail perdu, du travail non nécessaire dans le cadre des conditions de production modernes. S’il veut échapper à la faillite, il sera forcé d’adopter les techniques modernes et de produire des chaussures en un temps au moins égal à celui développé par la société.

A chaque époque donnée, à laquelle correspond un « travail moyen » déterminé par un certain niveau de la technique, des méthodes de production, etc., toutes les marchandises exigent pour leur production un temps donné. Ce temps est déterminé par le niveau de la technique productive de la société à ce moment précis. Comme le disait Marx, toutes les marchandises doivent être produites dans un temps de travail socialement nécessaire . Tout temps de travail qui s’étend au-delà de ce temps de travail socialement nécessaire sera du travail inutile, ce qui provoque la hausse des prix et rend le produit concerné non compétitif.

En somme, pour être précis, la valeur d’une marchandise est déterminée par la quantité de travail socialement nécessaire qui y est incorporée. Naturellement, ce temps de travail change continuellement, au fur et à mesure que de nouvelles méthodes et techniques de travail sont introduites. La concurrence ruine les producteurs dont la technique n’évolue pas suffisamment vite.

Ainsi, nous pouvons comprendre pourquoi les pierres précieuses ont davantage de valeur que les marchandises du quotidien. Il faut davantage de temps de travail socialement nécessaire pour trouver et extraire la pierre que pour la confection des marchandises ordinaires. Sa valeur en est d’autant plus grande.

Encore une fois, une chose peut être une valeur d’usage sans avoir la moindre valeur d’échange, c’est-à-dire une chose utile qui n’a demandé aucun temps de travail nécessaire à sa production : l’air, les rivières, les sols vierges, etc. Ainsi, le travail n’est pas la seule source de richesse (de valeurs d’usages) : la nature en est une autre.

D’après ce qui précède, on voit qu’une augmentation de la productivité, si elle augmente le nombre de choses produites (la richesse matérielle), peut réduire la valeur des choses en question – parce qu’elles contiendront moins de quantité de travail. Ainsi, d’une augmentation de la productivité résulte une augmentation de la richesse : avec deux manteaux, deux personnes peuvent se vêtir, et seulement une avec un manteau. Cependant, l’augmentation de la quantité de richesses matérielles peut s’accompagner d’une chute de sa valeur d’échange, parce qu’elle recèle moins de temps de travail socialement nécessaire.

L’argent

Historiquement, du fait des difficultés liées à l’échange par le troc, un type de marchandise donné était fréquemment utilisé comme « monnaie ». Au cours des siècles, l’une de ces marchandises - l’or - s’est imposée comme l’« équivalent universel ».

Au lieu de dire que telle marchandise vaut tant de beurre, de viande ou de tissu, elle est exprimée en termes d’or. Le prix est l’expression monétaire de la valeur. L’or fut adopté comme équivalent universel du fait de ses caractéristiques. Il concentre une grande valeur dans peu de volume, peut être facilement divisé en quantités différentes, et est également très résistant.

Comme pour toute marchandise, la valeur de l’or est déterminée par la quantité de travail qui y est incorporée. Disons, par exemple, qu’il faut 40 heures de travail pour produire une once d’or. Dès lors, toutes les autres marchandises nécessitant le même temps de production vaudront une once d’or. Celles qui nécessiteront deux fois moins de temps vaudront deux fois moins, etc. Ainsi :

Une once d’or = 40 heures de travail

1/2 once d’or = 20 heures de travail

1/4 d’once d’or = 10 heures de travail

Et donc :

Une mobylette (40 heures de travail) = une once d’or

Une table (10 heures de travail) = 1/4 d’once d’or

Du fait des modifications permanentes de la technique et de l’augmentation de la productivité du travail, les valeurs des marchandises ne cessent de fluctuer. En ce qui concerne l’échange entre marchandises, l’or joue le rôle de mesure. Ceci dit, bien qu’elle soit la plus stable, la valeur de l’or est elle aussi en mouvement permanent, étant donné qu’aucune marchandise n’a de valeur totalement fixe.

Le prix des marchandises

La loi de la valeur gouverne le prix des biens. Comme expliqué plus haut, la valeur d’une marchandise est égale à la quantité de travail qu’elle contient. Et en théorie, la valeur est égale au prix. Cependant, en réalité, le prix d’une marchandise tend à se situer au dessus ou au dessous de sa valeur réelle. Cette fluctuation est provoquée par différentes influences qui s’exercent sur les prix de vente, comme la concentration du capital et le développement des monopoles. Les fluctuations entre la demande et l’offre sont également un facteur important. S’il y a un surplus de telle marchandise sur le marché, son prix aura tendance à baisser en dessous de sa valeur réelle, alors qu’il s’élèvera au dessus de cette valeur en cas de pénurie. Cela a mené les économistes bourgeois à considérer que le rapport entre l’offre et la demande était le seul facteur déterminant le prix d’une marchandise. Mais ils étaient incapables d’expliquer pourquoi le prix fluctuait toujours autour d’un certain point déterminé. Or, ce point n’est pas fixé par l’offre et la demande, mais par le temps de travail nécessaire à la production de la marchandise. Un camion vaudra toujours plus cher qu’un sac plastique.

Le profit

Certains « savants » défendent la théorie selon laquelle les profits viennent du fait de vendre plus cher qu’on n’achète. Dans Salaire, Prix et Profit , Marx explique le non-sens de cet argument :

« Ce qu’un homme gagnerait constamment comme vendeur, il lui faudrait le perdre constamment comme acheteur. Il ne servirait à rien de dire qu’il y a des gens qui sont acheteurs sans être vendeurs, ou consommateurs sans être producteurs. Ce que ces gens paient au producteur, il faudrait tout d’abord qu’ils l’aient reçu de lui pour rien. Si un homme commence par vous prendre votre argent et vous le rend ensuite en vous achetant vos marchandises, vous ne vous enrichirez jamais, même en les lui vendant trop cher. Cette sorte d’affaire peut bien limiter une perte, mais elle ne peut jamais contribuer à réaliser un profit. »

La force de travail

Lorsqu’il prend en considération les différents « facteurs de production » relatifs à la marche de son entreprise, le capitaliste considère le « marché du travail » comme une branche parmi d’autres du marché général. Les compétences et les capacités des travailleurs ne sont pour lui que des objets, des marchandises parmi d’autres. Ainsi, il embauche des « bras ».

Ici, il est nécessaire d’établir clairement ce que le capitaliste achète au travailleur. En fait, ce dernier ne vend pas son travail , mais sa capacité de travail - ce que Marx appelait sa force de travail .

La force de travail est une marchandise dont la valeur est soumise aux mêmes lois que celle des autres marchandises. Cette valeur est elle aussi déterminée par le temps de travail nécessaire à sa production. Or, la force de travail est la capacité à travailler du salarié. Elle est « consommée » par le capitaliste au cours de la journée de travail. Mais cela présuppose l’existence, la santé et la force du travailleur. Par conséquent, la production de la force de travail signifie l’ « entretien » du travailleur – et sa reproduction, qui fournit ainsi au capitaliste une nouvelle génération de « bras ».

Ainsi, le temps de travail nécessaire à l’entretien du travailleur - de son aptitude à travailler - est égal au temps de travail nécessaire à la production de ses moyens de subsistance et ceux de sa famille : la nourriture, les vêtements, le logement, etc. La quantité que cela représente varie selon les pays, les climats et les périodes historiques. Ce qui suffit à la subsistance d’un travailleur de Calcutta ne suffirait pas à celle d’un mineur gallois. Ce qui suffisait à la subsistance d’un mineur gallois il y a un demi-siècle ne suffirait pas à celle d’un métallurgiste de nos jours. A la différence des autres marchandises, il entre ici un élément historique et même moral. Ceci dit, dans un pays donné, à un stade donné de son développement historique, un « niveau de vie » général s’établit. Soit dit en passant, c’est précisément la création de nouveaux besoins qui est le moteur de toutes les formes de progrès humain.

Escroquerie ?

A un certain stade du développement de la technique capitaliste, en plus de la reproduction quotidienne de la force de travail et de l’espèce des travailleurs, le capitaliste doit également fournir de quoi assurer aux salariés le niveau d’éducation requis par l’industrie moderne, ce qui permet de maintenir et d’augmenter leur productivité.

A la différence des autres marchandises, la force de travail n’est payée qu’après avoir été consommée. Ainsi, avant de toucher leur paie à la fin du mois, les travailleurs accordent pour ainsi dire un prêt gratuit aux employeurs !

Mais malgré cela, le travailleur n’est pas escroqué. Il a librement donné son assentiment à l’accord trouvé. Comme c’est le cas de toutes les marchandises, des valeurs équivalentes sont échangées : la marchandise du travailleur, sa force de travail, a été vendue au patron au « prix du marché ». Tout le monde est satisfait. Et si le travailleur ne l’est pas, il est libre de partir et de trouver ailleurs du travail - s’il le peut.

Ceci dit, la vente de la force de travail pose un problème. Si « personne n’est escroqué », si le travailleur reçoit, sous la forme du salaire, la pleine valeur de sa marchandise, en quoi consiste l’exploitation ? D’où vient le profit que réalise le capitaliste ?

L’explication réside dans le fait que le salarié a vendu, non pas son travail (qui est réalisé dans le processus du travail), mais sa force de travail - sa capacité à travailler. Une fois que le capitaliste en a fait l’acquisition, il est libre d’en user comme il l’entend. Comme l’expliquait Marx : « Dès lors que le salarié entre sur le lieu de travail, la valeur d’usage de sa force de travail, ainsi que son utilisation, qui consiste en travail, appartient au capitaliste. »

La plus-value

Comme nous allons le voir dans l’exemple suivant, la force de travail qu’achète le capitaliste est la seule marchandise qui, lors de sa consommation, produit un supplément de valeur au-delà de sa valeur propre.

Prenons, par exemple, un travailleur qui file du coton. Admettons qu’il est payé 5 euros de l’heure et travaille huit heures par jour. Au bout de quatre heures, il a produit une quantité donnée de fil d’une valeur de 100 euros. Cette valeur de 100 euros peut être divisée ainsi :

Matières premières : 50 euros (coton, broche, électricité)

Détérioration : 10 euros (usage et déchirures)

Nouvelle valeur : 40 euros.

La nouvelle valeur qui a été crée en quatre heures permet de payer le salaire du travailleur pour les 8 heures de sa journée complète. A ce stade, le capitaliste a donc couvert tous ses frais (y compris l’intégralité de la « charge salariale ». Mais pour l’instant, aucune plus-value (profit) n’a encore été créée.

Au cours des quatre heures suivantes, le salarié va à nouveau produire 50 kilos de fil, d’une valeur de toujours 100 euros. Et à nouveau, 40 euros de nouvelle valeur vont être créés. Mais cette fois-ci, les frais en salaire sont déjà couverts. Ainsi, cette nouvelle valeur (40 euros) est une « plus-value ». Comme le disait Marx, la plus-value (ou profit) est le travail impayé de la classe ouvrière . De celle-ci proviennent la rente du propriétaire terrien, les intérêts du banquier et le profit de l’industriel.

La journée de travail

Le secret de la production de plus-value réside dans le fait que le travailleur continue de travailler longtemps après avoir produit la valeur nécessaire à la reproduction de sa force de travail (son salaire). « Le fait qu’une demi-journée de travail suffise à maintenir le travailleur en vie ne l’empêche nullement de travailler la journée entière. » (Marx)

Le travailleur a vendu sa marchandise et ne peut se plaindre de la façon dont elle est utilisée, pas plus que le tailleur ne peut vendre une veste et demander à son client de ne pas la porter aussi souvent qu’il le souhaite. Par conséquent, la journée de travail est organisée par le capitaliste de façon à tirer le maximum de profit de la force de travail qu’il a acheté. C’est là que réside le secret de la transformation de monnaie en capital.

Le capital constant

Dans la production elle-même, les machines et les matières premières perdent leur valeur. Elles sont progressivement consommées et transfèrent leur valeur dans la nouvelle marchandise. C’est clair dans le cas des matières premières (bois, métal, pétrole, etc), qui sont complètement consommées dans le processus de production, pour ne réapparaître que dans les propriétés de l’article produit.

Les machines, par contre, ne disparaissent pas de la même manière. Mais elles se détériorent au cours de la production. Elles meurent lentement. Il est aussi difficile de déterminer l’espérance de vie d’une machine que d’un individu. Mais de même que les compagnies d’assurance, grâce aux moyennes statistiques, font des calculs très précis (et profitables) sur l’espérance de vie des hommes et des femmes, de même les capitalistes peuvent déterminer, par l’expérience et le calcul, combien de temps une machine devrait être utilisable.

La détérioration des machines, la perte quotidienne de leur valeur, est calculée sur cette base et ajoutée au coût de l’article produit. Par conséquent, les moyens de production ajoutent à la marchandise leur propre valeur, au fur et à mesure qu’ils se détériorent au cours du processus productif. Ainsi, les moyens de production ne peuvent transférer à la marchandise davantage de valeur qu’ils ne peuvent eux-mêmes en perdre dans le processus de production. C’est pourquoi on les qualifie de « capital constant ».

Le capital variable

Alors que les moyens de production n’ajoutent aucune nouvelle valeur aux marchandises, mais ne font que se détériorer, la force de travail ajoute de la nouvelle valeur par l’acte du travail lui-même. Si le processus de travail s’arrêtait au moment où le salarié a produit des articles d’une valeur égale à celle de sa force de travail (au bout de quatre heures - 40 euros - dans notre exemple) la valeur supplémentaire créée par son travail se réduirait à cela.

Mais le processus de travail ne s’arrête pas là. Sinon, le gain du capitaliste n’équivaudrait qu’au salaire qu’il doit verser au salarié. Or les capitalistes n’embauchent pas des travailleurs par charité mais pour faire des profits. Après avoir « librement » accepté de travailler pour le capitaliste, le salarié doit travailler assez longtemps pour produire une valeur supérieure à celle qu’il percevra sous forme de salaire.

Les moyens de production (machines, équipements, bâtiments, etc.) et la force de travail – tous deux considérés comme des « facteurs de production » par les économistes bourgeois - représentent les différentes formes que prennent le capital original dans la deuxième étape du processus de production capitaliste : argent (achat) – marchandise (production) – argent (vente).

Les économistes bourgeois considèrent ces facteurs comme équivalents. Le marxisme, lui, fait la distinction entre la partie du capital qui n’est marquée par aucun changement de sa valeur lors du processus de production (les machines, les outils et les matières premières), à savoir le capital constant (C), et la partie, représentée par la force de travail, qui créé de la nouvelle valeur, c’est-à-dire le capital variable (V). La valeur totale d’une marchandise est composée du capital constant, du capital variable et de la plus-value, soit : C + V + Pv.

Travail nécessaire et surtravail

Le travail effectué par les salariés peut être divisé en deux parties :

1. Le travail nécessaire . C’est la partie du processus de production nécessaire à la couverture des frais en salaires.

2. Le surtravail ( ou travail impayé) . C’est le travail effectué en plus du travail nécessaire, et qui produit le profit.

Pour accroître ses profits, le capitaliste cherche toujours à réduire la part des frais salariaux. Pour cela, il s’efforce, premièrement, d’allonger la journée de travail ; deuxièmement, d’augmenter la productivité (ce qui permet de couvrir plus rapidement le coût des salaires). Troisièmement, il s’oppose à toute augmentation des salaires et, quand l’occasion se présente, n’hésite pas de les réduire.

Le taux de profit

Dans la mesure où tout le but de la production capitaliste est d’extraire de la plus-value du travail de la classe ouvrière, le rapport entre le capital variable (les salaires) et la plus-value (les profits) est d’une grande importance. L’accroissement de l’une ou de ces deux valeurs ne peut se faire qu’au détriment de l’autre. En dernière analyse, l’augmentation ou la réduction de la part de la plus-value constitue l’élément essentiel de la lutte des classes sous le capitalisme. C’est une lutte pour le partage, entre les salaires et le profit, des richesses créées.

Ce qui importe au capitaliste, ce n’est pas tant le montant de la plus-value que le taux de cette plus-value. Pour chaque euro de capital qu’il investit, il attend le plus grand retour possible. Le taux de la plus-value est le taux d’exploitation du travail par le capital. On peut le définir comme Pv/V, où Pv est la plus-value et V le capital variable - c’est-à-dire par le rapport entre le surtravail et le travail nécessaire.

Par exemple, dans une petite entreprise, supposons qu’un capital global de 500 euros se divise entre le capital constant (400 euros) et le capital variable (100 euros). Mettons qu’à travers le processus de production, la valeur des marchandises a augmenté de 100 euros.

Ainsi : (C+V) + Pv = (400 + 100) + 100 = 600 euros.

C’est le capital variable qui est le travail vivant  : c’est lui qui produit la nouvelle valeur (la plus-value). Ainsi, l’accroissement relatif de la valeur produite par le capital variable nous donne le taux de la plus-value  : Pv/V = 100 euros/100 euros, soit un taux de plus value de 100%.

La baisse tendancielle du taux de profit

Sous la pression de la concurrence nationale et internationale, les capitalistes sont constamment obligés de révolutionner les moyens de production et d’accroître la productivité. Le besoin de s’agrandir les oblige à consacrer une part toujours plus grande de leur capital dans les machines et les matières premières, et une part toujours plus petite dans la force de travail, ce qui diminue la proportion de capital variable par rapport au capital constant. Avec l’automatisation et la technologie industrielle vient la concentration du capital , la liquidation des petites entreprises et la domination de l’économie par des groupes gigantesques. Cela représente une modification de la composition technique du capital.

Mais dans la mesure où c’est seulement le capital variable (la force de travail) qui est la source de la plus-value (le profit), l’augmentation de l’investissement dans du capital constant débouche sur une tendance à la baisse du taux de profit. Avec de nouveaux investissements, les profits peuvent croître énormément, mais cette croissance tend à être moins importante que celle des investissements.

Prenons par exemple un petit capitaliste disposant d’un capital global de 150 euros qui se divise en 50 euros de capital constant et 100 euros de capital variable. Il emploie 10 hommes à fabriquer des chaises et des tables pour 10 euros la journée. Après une journée de travail, ils ont produit une valeur totale de 250 euros.

Ainsi :

Capital variable (salaires) ou V : 100 euros

Capital constant (machines, équipement) ou C : 50 euros

Plus-value (profit) ou Pv : 100 euros

Le taux de plus-value peut ainsi être calculé : Pv/V = 100/100 = 100%. Le taux de profit, quant à lui, est le ratio entre la plus-value et le capital global. Dans notre exemple, le taux de profit est donc : plus-value (Pv)/capital global (C+V) = 100 euros/150 euros = 66,6%.

En augmentant la part du capital constant, le taux de profit baisse. Dans le même exemple, en gardant le même taux de plus-value, si on fait passer le capital constant de 50 à 100 euros, on a un taux de profit de : Pv/(C+V) = 100 euros/200 euros = 50%. Si on augmente jusqu’à 200 euros le montant du capital constant, toutes choses égales par ailleurs, on a : Pv / (C+V) = 100 euros/300 euros = 33,33% de taux de profit. Et ainsi de suite.

Au sujet de cette augmentation du capital constant, les marxistes parlent d’« augmentation de la composition organique du capital », et considèrent ce développement des forces productives comme un phénomène progressiste. Cette tendance est donc ancrée dans la nature même du mode de production capitaliste, et elle a été l’un des problèmes majeurs auxquels les capitalistes ont eu à faire face pendant la période de l’après guerre. La masse de la plus-value augmente, mais l’augmentation du capital constant est proportionnellement plus importante. Il en résulte une baisse du taux de profit. Les capitalistes n’ont cessé d’essayer de surmonter cette contradiction au moyen de l’aggravation de l’exploitation des travailleurs - ce qui augmente la masse de plus-value et par conséquent le taux de profit - par d’autres moyens que l’investissement. Pour ce faire, ils accroissent l’intensité de l’exploitation de diverses façons, par exemple en augmentant la vitesse des machines, en augmentant la charge de travail de chaque salarié ou encore en rallongeant la journée de travail. Une autre façon de restaurer le taux de profit consiste à ramener les salaires des travailleurs en dessous de leur valeur nominale (par la dévaluation de la monnaie, par exemple).

Les lois mêmes du système capitaliste gênèrent d’énormes contradictions. La course au profit à laquelle se livrent continuellement les capitalistes donne une impulsion à l’investissement, mais l’introduction de nouvelles technologies augmente le chômage. Cependant, paradoxalement, la seule source de profit réside dans le travail des salariés.

L’exportation du capital

Le stade suprême du capitalisme - l’impérialisme - est marqué par une exportation massive de capital. La recherche de plus grands taux de profit pousse les capitalistes à investir d’énormes sommes d’argent à l’étranger, dans des pays où la composition du capital est plus faible. Finalement, comme le prévoyaient Marx et Engels dans le Manifeste du Parti Communiste , le mode de production capitaliste a fini par s’entendre au monde entier.

L’une des contradictions majeures du capitalisme réside dans le problème évident que la classe ouvrière, en tant que consommatrice, doit pouvoir racheter ce qu’elle a produit. Mais dans la mesure où elle ne reçoit pas, sous la forme du salaire, la pleine valeur de son travail, elle n’en a pas les moyens. Les capitalistes cherchent à résoudre cette contradiction en réinvestissant de la plus-value dans les forces productives. Ils s’efforcent également d’écouler leur excédent sur le marché mondial, en concurrence avec les capitalistes des autres pays. Mais il y a des limites à cela, puisque tous les capitalistes de la planète se livrent au même jeu. Enfin, les capitalistes encouragent le crédit, à travers le système bancaire, de façon à augmenter artificiellement le pouvoir d’achat de la population et stimuler ainsi la vente des marchandises qui, autrement, n’auraient pas trouvé preneur. Mais à cela aussi il y a des limites, les crédits devant finalement être remboursés - avec en prime les intérêts.

Cela explique pourquoi, périodiquement et de façon régulière, les phases de croissance sont suivies par des périodes de récession. La lutte fiévreuse pour de parts de marché provoque une crise de surproduction. Le caractère destructeur de ces crises, qui s’accompagnent d’une destruction massive de capital accumulé (fermeture d’usines, abandon de secteurs d’activité), est une indication suffisante de l’impasse dans laquelle se trouve le système capitaliste.

Tous les facteurs qui ont mené à la croissance d’après guerre ont en même temps préparé la voie aux crises et aux récessions. Ce qui caractérise l’époque actuelle, c’est la crise organique qui frappe le système capitaliste. Si le capitalisme n’est pas éradiqué, à un certain stade, la classe ouvrière fera face à une crise du type de celle de 1929. L’humanité ne peut éviter le chaos, les gaspillages massifs et la barbarie inhérents au capitalisme qu’en renversant ce système anarchique. En éliminant la propriété privée des moyens de production, la société pourra échapper aux lois du capitalisme et se développer d’une façon rationnelle et planifiée. Les gigantesques forces productives accumulées dans le cadre du système capitaliste permettraient d’en finir une fois pour toutes avec ce scandale que sont les crises de surproduction dans un monde ravagé par la faim et les pénuries. L’élimination de la contradiction entre, d’une part, le développement des forces productives, et, d’autre part, l’Etat-nation et la propriété privée des moyens de production, poserait les bases d’une planification internationale de la production.

Sur la base du socialisme, grâce à la science et la technologie modernes, le monde entier pourrait être transformé en l’espace d’une décennie. La transformation socialiste de la société est la tâche la plus urgente de la classe ouvrière mondiale. Une compréhension de la théorie économique de Marx constitue une arme indispensable dans la lutte pour le socialisme en Europe et dans le monde entier.

Alan Woods
Rob Sewell
Publication : mercredi 5 janvier 2005


[1] A l’époque, l’une des revendications principales des réformistes de gauche dans le Parti Travailliste portait sur la restriction des importations afin de « protéger l’industrie britannique » et les « emplois britanniques ». La tendance marxiste dans le parti et les auteurs de ce document n’acceptaient pas cette revendication aux connotations nationalistes, et expliquaient qu’elle provoquerait inévitablement des mesures de rétorsion de la part des pays concernés.

[2] « travailleurs sans propriété » : il s’agit bien évidemment de la propriété des moyens de production, et non pas celle des biens consommables, de maisons, de voitures etc.

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Pourquoi nous ne pouvons pas attendre, Lettre aux Blancs modérés à propos de la légitime impatience des Noirs

Posté par issopha le 15 octobre 2008

 

 

Des livres importants

 

Pourquoi nous ne pouvons pas attendre,

Lettre aux Blancs modérés à propos de la légitime impatience des Noirs

Par Martin Luther King, 12 mai

Introduction

À l’occasion du quarantième anniversaire de l’assassinat de Martin Luther King, et de la reparution de ses écrits et discours aux éditions Bayard [1], nous republions des extraits choisis d’un de ses textes les plus forts : la Lettre de la geôle de Birmingham. Très loin de l’image aseptisée du pasteur qu’a construite l’idéologie dominante, plus loin encore des appels à la « tolérance », au « vivre-ensemble » et autres mots creux de l’antiracisme étatique et institutionnel, cette lettre propose l’une des analyses les plus profondes du racisme, de ses conséquences subjectives sur celles et ceux qui le subissent, et de la remarquable capacité de cécité et d’indifférence dont il peut faire l’objet, jusque chez les plus sincères antiracistes. Écrite en avril 1963 pendant un séjour en prison, suite à une « action directe de désobéissance civique » (occupation par des Blancs et des Noirs de lieux publics légalement réservés aux Blancs), cette lettre est adressée aux « blancs modérés », c’est-à-dire aux Blancs qui reconnaissent le caractère illégitime de la ségrégation raciale, mais qui reprochent aux activistes noirs d’être trop « impatients », trop « extrémistes », et d’utiliser des moyens de lutte illégaux.

Article

Pourquoi nous ne pouvons pas attendre, Lettre aux Blancs modérés à propos de la légitime impatience des Noirs   dans MARTIN LUTHER KING 2._why_we_cant_waitL’un de vos arguments fondamentaux est que notre action se produit à un mauvais moment. Certains ont demandé :

« Pourquoi ne pas avoir donné aux nouveaux élus le temps d’agir ? ».

La seule réponse que nous pouvons donner, c’est que le nouveau pouvoir, comme l’ancien, a besoin d’être bousculé pour enfin agir.

(…)

L’histoire est la longue et tragique illustration du fait que les groupes privilégiés cèdent rarement leurs privilèges sans y être contraints. Il arrive que des individus soient touchés par la lumière de la morale et renoncent d’eux même à leurs attitudes injustes, mais les groupes ont rarement autant de moralité que les individus. Nous avons douloureusement appris que la liberté n’est jamais accordée de bon gré par l’oppresseur ; elle doit être exigée par l’opprimé. Franchement, je ne me suis jamais engagé dans un mouvement d’action directe à un moment jugé « opportun », d’après le calendrier de ceux qui n’ont pas indûment subi les maux de la ségrégation.

« Attendez ! » [2]

Depuis des années, j’entends ce mot : « Attendez ! ». Il résonne à mon oreille, comme à celle de chaque Noir, avec une perçante familiarité. Cet « Attendez » a presque toujours signifié : « Jamais ! ».

(…)

Il nous faut constater avec l’un de nos éminents juristes que « Justice trop tardive est déni de justice ». Nous avons attendu pendant plus de trois cent quarante ans les droits constitutionnels dont nous a doté notre Créateur. Les nations d’Asie et d’Afrique progressent vers l’indépendance politique à la vitesse d’un avion à réaction, et nous nous traînons encore à l’allure d’une voiture à cheval vers le droit de prendre une tasse de café au comptoir.

3._mlk_son dans MARTIN LUTHER KINGCeux qui n’ont jamais senti le dard brûlant de la ségrégation raciale ont beau jeu de dire : « Attendez ! ». Mais quand vous avez vu des populaces vicieuses lyncher à volonté vos pères et mères, noyer à plaisir vos frères et sœurs ; quand vous avez vu des policiers pleins de haine maudire, frapper, brutaliser et même tuer vos frères et soeurs noirs en toute impunité ; quand vous voyez la grande majorité de vos vingt millions de frères noirs étouffer dans la prison fétide de la pauvreté, au sein d’une société opulente ; quand vous sentez votre langue se nouer et votre voix vous manquer pour tenter d’expliquer à votre petite fille de six ans pourquoi elle ne peut aller au parc d’attractions qui vient de faire l’objet d’une publicité à la télévision ; quand vous voyez les larmes affluer dans ses petits yeux parce que ce parc est fermé aux enfants de couleur ; quand vous voyez les nuages déprimants d’un sentiment d’infériorité se former dans son petit ciel mental ; quand vous la voyez commencer à oblitérer sa petite personnalité en sécrétant inconsciemment une amertume à l’égard des Blancs ; quand vous devez inventer une explication pour votre petit garçon de cinq ans qui vous demande dans son langage pathétique et torturant : « Papa, pourquoi les Blancs sont si méchants avec ceux de couleur ? » ; quand, au cours de vos voyages, vous devez dormir nuit après nuit sur le siège inconfortable de votre voiture parce que aucun motel ne vous acceptera ; quand vous êtes humilié jour après jour par des pancartes narquoises : « Blancs », « Noirs » ; quand votre prénom est « négro » et votre nom « mon garçon » (quel que soit votre âge) ou « John » ; quand votre mère et votre femme ne sont jamais appelées respectueusement « Madame » ; quand vous êtes harcelé le jour et hanté la nuit par le fait que vous êtes un nègre, marchant toujours sur la pointe des pieds sans savoir ce qui va vous arriver l’instant d’après, accablé de peur à l’intérieur et de ressentiment à l’extérieur ; quand vous combattez sans cesse le sentiment dévastateur de n’être personne ; alors vous comprenez pourquoi nous trouvons si difficile d’attendre.

Il vient un temps où la coupe est pleine et où les hommes ne supportent plus de se trouver plongés dans les abîmes du désespoir. J’espère, Messieurs, que vous pourrez comprendre notre légitime et inévitable impatience.

« Pourquoi prônez-vous la désobéissance ? »

Vous exprimez une grande inquiétude à l’idée que nous sommes disposés à enfreindre la loi. Voilà certainement un souci légitime. Comme nous avons si diligemment prôné l’obéissance à l’arrêt de la Cour suprême interdisant, en 1954, la ségrégation dans les écoles publiques, il peut sembler paradoxal, au premier abord, de nous voir enfreindre la loi en toute conscience. On pourrait fort bien nous demander :

« Comment pouvez-vous recommander de violer certaines lois et d’en respecter certaines autres ? »

aa_king_jail_2_eLa réponse repose sur le fait qu’il existe deux catégories de lois : celles qui sont justes et celles qui sont injustes. Je suis le premier à prêcher l’obéissance aux lois justes. L’obéissance aux lois justes n’est pas seulement un devoir juridique, c’est aussi un devoir moral. Inversement, chacun est moralement tenu de désobéir aux lois injustes. J’abonderais dans le sens de Saint Augustin pour qui « une loi injuste n’est pas une loi ».

Quelle est la différence entre les unes et les autres ? Comment déterminer si une loi est juste ou injuste ? Une loi juste est une prescription établie par l’homme en conformité avec la loi morale ou la loi de Dieu. Une loi injuste est une prescription qui ne se trouve pas en harmonie avec la loi morale. Pour le dire dans les termes qu’emploie saint Thomas d’Aquin, une loi injuste est une loi humaine qui ne plonge pas ses racines dans la loi naturelle et éternelle. Toute loi qui élève la personne humaine est juste. Toute loi qui la dégrade est injuste. Toute loi qui impose la ségrégation est injuste car la ségrégation déforme l’âme et endommage la personnalité. Elle donne à celui qui l’impose un fallacieux sentiment de supériorité et à celui qui la subit un fallacieux sentiment d’infériorité.

(…)

Nous ne pourrons jamais oublier que tous les agissements de Hitler en Allemagne étaient « légaux » et que tous les actes des combattants de la liberté en Hongrie étaient « illégaux ». Il était « illégal » d’aider et de réconforter un juif dans l’Allemagne de Hitler. Mais je suis sûr que si j’avais vécu en Allemagne à cette époque-là, j’aurais aidé et réconforté mes frères juifs même si c’était illégal.

(…)

« Vous provoquez des tensions ! »

Je dois vous faire deux aveux sincères, mes frères chrétiens et juifs. Tout d’abord je dois vous avouer que, ces dernières années, j’ai été gravement déçu par les Blancs modérés. J’en suis presque arrivé à la conclusion regrettable que le grand obstacle opposé aux Noirs en lutte pour leur liberté, ce n’est pas le membre du Conseil des citoyens blancs ni celui du Ku Klux Klan, mais le Blanc modéré qui est plus attaché à l’« ordre » qu’à la justice ; qui préfère une paix négative issue d’une absence de tensions à une paix positive issue d’une victoire de la justice ; qui répète constamment : « Je suis d’accord avec vous sur les objectifs, mais je ne peux approuver vos méthodes d’action directe » ; qui croit pouvoir fixer, en bon paternaliste, un calendrier pour la libération d’un autre homme ; qui cultive le mythe du « temps-qui-travaille-pour-vous » et conseille constamment au Noir d’attendre « un moment plus opportun ». La compréhension superficielle des gens de bonne volonté est plus frustrante que l’incompréhension totale des gens mal intentionnés. Une acceptation tiède est plus irritante qu’un refus pur et simple.

(…)

J’avais espéré que les blancs modérés le comprendraient : la loi et l’ordre ont pour objet l’établissement de la justice ; quand ils viennent à y manquer, ils se transforment en dangereux barrages dressés contre le progrès social. J’avais espéré que les blancs modérés le comprendraient : l’état de tension actuel dans le Sud n’est qu’une transition nécessaire : il nous faut sortir d’une phase détestable de paix négative, où le noir accepte passivement son sort injuste, et entrer dans une phase de paix positive et pleine de sens, où tous les hommes respecteront la dignité et la valeur de la personne humaine.

6._malcolm_mieux

En réalité, ce n’est pas nous qui créons la tension en nous lançant dans l’action directe non-violente de désobéissance civique. Nous nous contentons de rendre visible une tension cachée qui existe déjà. Nous l’étalons au grand jour, là où elle peut être observée et traitée. Comme un abcès qui ne peut pas être traité et guéri tant qu’il reste interne, invisible, mais qui doit être ouvert et exposé, dans toute sa laideur purulente, aux remèdes naturels que sont l’air et la lumière, de même l’injustice doit être exposée, avec toutes les tensions que cela entraîne, à la lumière de la conscience humaine et à l’air de l’opinion publique, avant de pouvoir être guérie.

Dans votre déclaration, vous affirmez que nos actions, bien que pacifiques, doivent être condamnées car elles précipitent la violence. Mais peut-on procéder à une telle assertion en bonne logique ?

Cela ne revient-il pas à condamner la victime d’un vol sous prétexte qu’en ayant de l’argent elle a poussé le coupable à commettre un acte de malhonnêteté répréhensible ?

Cela ne revient-il pas à condamner Socrate sous prétexte que son inébranlable attachement à la vérité et ses réflexions philosophiques ont poussé une opinion publique dévoyée à lui faire boire la ciguë ?

Cela ne revient-il pas à condamner Jésus, sous prétexte que son souci sans pareil de Dieu et sa soumission incessante à la volonté de celui-ci ont précipité le geste pervers de ceux qui l’ont crucifïé ?

Comme les juges fédéraux l’ont sans cesse affirmé et comme nous devons l’admettre : il est immoral de demander à un individu qu’il renonce à s’efforcer d’obtenir ses droits constitutionnels fondamentaux sous prétexte que sa quête précipite la violence. La société doit protéger la victime et châtier le voleur.

« Faîtes confiance au temps : il travaille pour vous ! »

J’avais également espéré que les Blancs modérés rejetteraient le mythe du « temps-qui-travaille-pour-vous ».

J’ai reçu ce matin une lettre d’un de nos frères blancs au Texas. Il me dit :

« Tous les chrétiens savent que les personnes de couleur obtiendront un jour l’égalité des droits, mais il est possible que votre hâte religieuse soit trop grande. Il a fallu près de deux mille ans à la chrétienté pour accomplir ce qu’elle a accompli. Il faut du temps pour que l’enseignement du Christ s’impose ici-bas. »

Tout ce que dit mon correspondant résulte d’une conception tragiquement erronée de l’action du temps. Prétendre que le temps, à lui seul, guérira inéluctablement tous les maux, voilà une idée étrangement irrationnelle. En réalité, le temps est neutre ; il peut être utilisé pour construire ou pour détruire. J’en suis venu à penser que les hommes de mauvaise volonté l’ont mis à profit bien plus efficacement que les hommes de bonne volonté. Notre génération ne doit pas se reprocher seulement les actes et les paroles au vitriol des méchants, mais aussi l’effrayant silence des justes. Nous devons admettre que le progrès de l’humanité ne roule jamais sur les roues de l’inéluctabilité. Il n’est amené que par les efforts inlassables et persistants des hommes qui ont la volonté de collaborer à l’oeuvre de Dieu. Sans ce dur labeur, le temps lui-même devient l’allié des forces de stagnation sociale.

(…)

« Ne soyez pas extrêmistes ! »

Les opprimés ne peuvent demeurer dans l’oppression à jamais. Le moment vient toujours où ils proclament leur besoin de liberté. Et c’est ce qui se produit actuellement pour le Noir américain. Quelque chose, au-dedans de lui-même, lui a rappelé son droit naturel à la liberté et quelque chose en dehors de lui-même lui a rappelé que cette liberté, il pouvait la conquérir. Consciemment ou inconsciemment, il a été saisi par ce que les Allemands appellent le Zeitgeist [3] et, avec ses frères noirs d’Afrique, ses frères bruns ou jaunes d’Asie, d’Amérique du Sud et des Antilles, il avance avec un sentiment d’urgence cosmique vers la Terre promise de la justice raciale.

5._doigt_pointeEn observant cet élan vital qui s’est emparé de la communauté noire, chacun devrait aisément s’expliquer les manifestations qui ont lieu sur la voie publique. Il y a chez le Noir beaucoup de ressentiments accumulés et de frustrations latentes ; il a bien besoin de leur donner libre cours.

(…)

S’il ne défoule pas, par des voies non violentes, ses émotions réprimées, celles-ci s’exprimeront par la violence. Ce n’est pas une menace mais un fait historique. Je n’ai pas demandé à mon peuple : « Oublie tes sujets de mécontentement. » J’ai tenté de lui dire, tout au contraire, que son mécontentement était sain, normal, et qu’il pouvait être canalisé vers l’expression créatrice d’une action directe non violente. C’est cela qui est dénoncé aujourd’hui comme extrémiste.

Je dois admettre que j’ai tout d’abord été déçu de le voir ainsi qualifié. Mais en continuant de réfléchir à la question, j’ai progressivement ressenti une certaine satisfaction d’être considéré comme un extrémiste.

Jésus n’était-il pas un extrémiste de l’amour« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous maltraitent » ?

Amos n’était-il pas un extrémiste de la justice« Que le droit jaillisse comme les eaux et la justice comme un torrent intarissable » ?

(…)

Abraham Lincoln n’était-il pas un extrémiste – « Notre nation ne peut survivre mi-libre, mi-esclave » ?

Thomas Jefferson n’était-il pas un extrémiste – « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes : tous les hommes ont été créés égaux » ?

1._jailAussi la question n’est-elle pas de savoir si nous voulons être des extrémistes, mais de savoir quelle sorte d’extrémistes nous voulons être. Serons-nous des extrémistes pour l’amour ou pour la haine ? Serons-nous des extrémistes pour la préservation de l’injustice ou pour la cause de la justice ?

(…)

J’avais espéré que les blancs modérés le comprendraient. Il se peut que j’aie été trop optimiste. Il se peut que j’ai trop attendu d’eux. J’aurais dû comprendre que parmi les membres d’une race qui en a opprimé une autre, il en est peu qui puissent comprendre ou mesurer les revendications profondes et les espoirs passionnés de ceux qui ont été opprimés ; et moins encore qui aient la lucidité de voir que seule une action vigoureuse, persistante, déterminée, peut déraciner l’injustice. C’est pourtant avec un sentiment de reconnaissance que je vois certains de nos frères blancs saisir la signification de notre révolution sociale et s’y dévouer. Leur nombre est bien trop faible encore, mais leur qualité est considérable. Certains, comme Ralph Mc Gill, Lilian Smith, Harry Golden et James Abb, ont témoigné par écrit de notre lutte, en des termes prophétiques et pénétrants. D’autres ont manifesté avec nous dans les rues anonymes du Sud. Ils ont langui dans des prisons immondes, infestées de cafards, subi les abus et les brutalités de policiers en colère qui les traitaient de « sales lécheurs de nègres ». À l’inverse de beaucoup de leurs frères et sœurs modérés, ils ont reconnu l’urgence du moment et senti le besoin d’un puissant antidote, sous forme d’action, pour combattre la maladie de la ségrégation.

Post-scriptum

La Lettre de la geôle de Birmingham figure parmi les textes regroupés dans le recueil Je fais un rêve, pubié aux éditions Bayard (avril 2008, 12 euro)

Textes de Martin Luther King

Notes

[1] Martin Luther King, Je fais un rêve, Bayard éditions, 2008, 12 euro

[2] Les intertitres sont rajoutés par le Collectif Les mots sont importants

[3] Littéralement : « esprit du temps ».

Publié dans MARTIN LUTHER KING | Pas de Commentaire »

Actualité de l’œuvre de Cheikh Anta Diop face au racisme scientifique et aux défis de l’Afrique

Posté par issopha le 30 mai 2008


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Actualité de l’œuvre de Cheikh Anta Diop face au racisme scientifique et aux défis de l’Afrique 

                                                                     Aziz Salmone Fall 

GRILA

février 2006 

  

photo anténor firmin 

À la mémoire d’ Anténor Firmin, avocat haïtien qui répliqua à Gobineau dans des termes que Diop parachèvera un siècle plus tard!

Thèmes Clés:

Dans le sillage de Diop: racisme scientifique; intelligence innée et hiérarchie raciale;QI;Eugénisme (proto-eugénisme, eugénisme moderne, post-eugénisme); génocracie et racisme du gène; origine monogénétique de l’humain et mise à jour des trouvailles du 21e; origine africaine de la civilisation, mise à jour d’Egyptologie;legs de l’Afrique, de l’histoire ancienne à l’inégale  insertion dans le système monde capitaliste; pistes panafricanistes et progressistes pour une régénération africaine… 

  

Dans le cadre du mois de l’histoire des noirs 2006, cette conférence commémore le vingtième anniversaire de la mort de Cheikh Anta Diop. Elle fait ressortir l’actualité et la pertinence de son œuvre, au regard de la résurgence du racisme scientifique et d’une urgente redynamisation de l’Afrique, dans ce que je nomme la régénération africaine. Comme le disent ses disciples : 

 « Son oeuvre convie l’humanité à regarder en face son véritable passé, à assumer sa mémoire, afin de rompre avec les génocides, avec le racisme, pour sortir enfin de la barbarie et entrer définitivement dans la civilisation»[1]

Je renvoie donc ceux qui veulent en savoir plus sur lui sur le numéro de Ankh qui lui est consacré ou sur le livre de Pathé Diagne qui remarquablement synthétise l’essentiel.[2] 

Je souhaite attirer l’attention sur son combat en le mettant en rapport avec la fulgurante et insidieuse résurgence de l’eugénisme en Amérique du Nord et ses relents à travers le monde. Je m’excuse auprès des personnes qui reconnaîtront des passages que j’ai dû brandir, il y a trois mois lors de l’affaire Mailloux, (ce psychiatre canadien qui a clamé sur les ondes l’infériorité génétique de l’intelligence des noirs et des amérindiens). Je reprends ici, en note de recherche et revue historique de la littérature scientifique raciste, des éléments qui permettront de revenir sur l’apport de l’œuvre de Diop corroborée par des récentes trouvailles scientifiques.  

  

L’idée qu’il existe des groupes ethniquement supérieurs et plus intelligents, et la négation des apports intellectuels de peuples entiers au nom de nouvelles interprétations des percées scientifiques, semblent gangrener bien des espaces académiques et autre média. Davantage qu’au 19 ème et au 20 siècle, les dérives eugénistes seront, dans de nouvelles physionomies politically correct, individualisées  et socialement intériorisées, un des enjeux fondamentaux du siècle actuel. Le délire du pedigree humain, donc de perfectionner les uns et de détruire les autres,  reste fondamentalement la quintessence de l’eugénisme. C’est ce qu’exprimera le premier grand congrès eugéniste, sous la direction du quatrième fils de Charles Darwin, Leonard président de la société Eugéniste[3]. Il y a fort à croire que notre siècle usera ou abusera de ces méthodes de QI  quotient intellectuel eugénique,  mais aussi de la médecine prédictive et des disparités de la biologie moléculaire pour discriminer les groupes humains.

Actualité de l’œuvre de Cheikh Anta Diop face au racisme scientifique et aux défis de l’Afrique  dans CHEIKH ANTA DIOP 20me3

Il est donc probable que le recours au QI et autres méthodologie de différenciation iront en se sophistiquant, autant dans le domaine de l’emploi que dans tous les circuits civiques mues par cette quête inlassable d’une élite cognitive, idéalement racée. Pour l’eugénique forcené, ceux qui pourront travailler seront ceux capables de rivaliser contre la machine, car la technologie se sera passée des travailleurs laborieux, et les relèguera au chômage. Pour lui, ils n’en sortiront que s’ils réussissent exceptionnellement des tests de QI que leurs gènes ne les prédisposeraient pas de toute façon à faire! 

  

Mais disons bien cyniquement, que cet eugénisme biotechnologique est la cerise sur le sundae infect de la mondialisation néo-libérale. Entre temps, celle ci achève plus efficacement, dans la misère et la frustration et à chaque année, des millions de gens à travers le monde. Tant d’enfants, de femmes, d’hommes vulnérables meurent de la marginalisation économique, du chômage entretenu, du pillage, de  la famine à l’eau rare ou souillée, des maladies aux guerres, et de plus en plus des nombreuses catastrophes environnementales découlant de nos moyens de production et de consommation. C’est justement la conjonction entre cet ordre mondial injuste et prédateur et une science marchandisée, raciste et élitiste, qui constitue le plus grand danger pour la planète.

  

Le débat sur l’inné et l’acquis, l’intelligence et son hérédité, les différences entre les «races » et leur hiérarchies se trouvent de nouveau relancés avec de récentes percées scientifiques de la biotechnologie que nous survolerons ici. Alors que s’achève le déchiffrage du génome humain, les média, les universités et précisément les intellectuels, et le politique ont plus que jamais une responsabilité et un rôle social déterminants sur ces dimensions où le racisme latent ou explicite côtoie la légitime curiosité scientifique.  

  

 L’intelligence est davantage une résultante sociale dans son contexte historique et environnemental qu’une disposition innée. Et même si l’héritabilité d’une telle disposition intellectuelle pouvait être prouvée dans le futur, rien n’empêche que la modification du milieu ne puisse pallier aux disparités, d’autant qu’une telle disparité génétique intellectuelle entre classes sociales, voire groupes ethniques ne pourrait être qu’infinitésimale à l’échelle de l’humanité.

  

20me4 dans GALERIE DES GRANDS HOMMES

Avec des mesures sociales politiques économiques et psycho-culturelles résolues, entreprises pour surmonter les écueils que les adultes dressent pour leur connaissance,  nous donnerons à nos enfants les chances d’épanouissement de leurs potentialités, au lieu de paralyser ces dernières avec nos errements stériles.

Le racisme s’édifie par l’éducation et l’irrationnel, en cultivant la peur et le rejet de l’autre. La lutte contre le racisme aussi s’articule sur l’éducation et l’affect xénophile, encore faudrait- il que les structures politiques et de communications le favorisent.  Entendre des scientifiques clamer l’existence de races et les classifier de façon hiérarchique ne datent pas d’aujourd’hui, comme nous le verrons. Même dans leur tour d’ivoire, les scientifiques sont le reflet de leur société. De plus en plus marginalisées par l’avancée scientifique, les rebuffades et autres démonstrations de forces des eugénistes ne sont pas des épiphénomènes. Ils sont, entre autres, l’expression de mouvements politiquement organisés qui les financent. Cela va paradoxalement de la promotion de mouvements créationnistes, à l’intelligent design[4], aux mouvements véhiculant de virulentes thèses racistes. 

Ce type de provocation a toujours plus d’effet dans les cycles de modernité où les modèles s’épuisent ou se cherchent, comme c’est le cas à la faveur de la mondialisation. Cette dernière a du mal à cerner l’intelligibilité du lien civique et social autant transnational que local. Ce type de provocation amène alors des déchirures douloureuses, mais parfois aussi des catharsis salutaires, lorsqu’il advient dans une phase de crise. 

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« Possibilité et limites du génie génétique« .Fondation GenSuisse

  

A l’instar de la crise de civilisation et de l’individu, typiques du règne de l’individualisme propre au mode de production capitaliste. Des savants qui déchiffrent le génome humain ont pu arracher, pour l’instant, le génome, patrimoine de l’humanité, à la rapacité des multinationales. Mais elles n’ont cependant pas dit leur dernier mot. Ce mode en est aux dernières étapes de la marchandisation du vivant, ce qui touche donc au plus haut point l’enjeu du post-eugénisme. Ce mode de production capitaliste, dans sa phase actuelle, alterne autant le progrès et le confort pour une portion significative- mais toujours très minoritaire de l’humanité- alors que la rareté, la souffrance et la frustration sont le lot d’une trop grande multitude.

  

L’Afrique, dans ces six dernières siècles, n’a que trop connu les affres de tels phénomènes. Elle garde paradoxalement, autant sur la terre mère que dans ces diaspora, une paradoxale force de caractère, malgré les vicissitudes de la vie. Son endurance aux épreuves et calamités, comme l’esclavage, la colonisation et l’impérialisme, dans des proportions qu’aucun groupe humain n’a pourtant enduré, est une véritable énigme. Le secret, son vitalisme. Il reste toujours un sourire et une joie de vivre, le sens du commensal de la solidarité, même derrière le plus douloureux des rictus ou des drames.

  

Galerie de masques africains kwele achat vente art africain premier primitif afrique noire

  

  

L’angoisse du lendemain ne l’a pas complètement envahi peut être, et l’optimisme existentiel est encore horizontalement enraciné dans nos sociétés et cultures, tel que l’avait bien cerné Cheikh Anta Diop.

 Ce n’est pas de l’insouciance ou un manque de rationalité. C’est une force dynamique, se transmettant par la culture.  C’est dans ses cosmogonies, ses cultures qu’elle puise cette force, mais aussi dans l’expérience d’avoir été le berceau de l’humanité et la mère des civilisations. C’est donc animé de cette vitalité africaine que je m’adresse à vous, en intercédant au nom de tous les sans voix qui ont été meurtris récemment et qui le seront encore par la peste raciste.

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Dans mon exposé, vous tolérerez des incursions multidisciplinaires dans le sillage de Diop pour traiter de son actualité face au racisme scientifique. Je ne ferais d’ailleurs qu’en survoler de grands pans en suggérant de revenir d’abord sur les sources et l’évolution de l’eugénisme. Je parlerai de cette génétique de l’intelligence et des pseudo sciences qui y sont reliés, mais aussi de la science véritable qui ouvre à l’humanité de nouvelles pistes de connaissances, hélas aussi malléables pour des forces bienveillantes que malveillantes.

Au regard de telle situations, et du racisme rampant ou explicite,  s’impose une mise à jour sur l’odyssée de la race humaine et de quelques legs des peuples noirs à l’humanité.  Faisons le donc, non pas par social narcissisme, ni d’ailleurs en n’exhibant que les hauts faits. C’est en rendant d’abord hommage à la multitude des gens communs qui, davantage que tous les autres souffrent du racisme, que je veux m’attarder sur quelques réécritures de l’histoire. Ceci afin d’armer scientifiquement et politiquement les uns, de faire réviser les autres avec des instruments qui, s’ils ne sont pas brandis et utilisés, individuellement  et collectivement, s’étioleront dans cette ère de désarroi,  d’apathie et de perte de sens.

C’est pourquoi, l’enjeu de savoir si les disparités entre QI sont d’ordre génétiques ou de l’ordre du milieu me semble secondaire par rapport à l’essentiel. L’essentiel c’est le rapport de force politique qui au niveau socio-économique organise inégalitairement la division internationale du travail et les moyens de production, et la division entre cols blancs et cols bleus (white collar job et blue collar job), comme on dit ici. Un rapport qui ne peut être changé que par une rupture plus égalitaire et révolutionnaire. Une rupture déterminée à structurer équitablement l’ordre social, quelque soit les différences génétiques présumées. Cette rupture est au coeur du décryptage de la nature de notre système monde et de la régénération panafricaniste à mener pour sortir l’Afrique de sa condition.

  

  

  

  

  

I Racismes, entre science et pseudo-science

  

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La loi semble bien lacunaire pour contrer les tendances et les dérives du racisme scientifique.

  

 Il est important de connaître les fondements structurels du racisme scientifique pour mieux le combattre.

  

 Par commodité, on distinguera à travers l’œuvre de précurseurs, ses formes précoces, l’eugénisme (galtonien et moderne) et le post-eugénisme qui caractérise notre ère.

-Le proto-eugénisme 

  

Il est probablement propre à plusieurs civilisations antiques, l’idée mythique de parfaire l’humain et de sélectionner uniquement le meilleur, d’avoir les enfants les plus beaux et les plus intelligents et d’être convaincu de la certitude que c’est possible, comme l’atteste l’élevage des animaux racés. Mais, c’est dans la Grèce antique que ce fut le plus explicite. François-Xavier Ajavon, qui a construit le premier site pré galtonien sur le Web  montre dans une remarquable ouvrage, comment sous l’impulsion de Platon, fut  consacrée Callipolis, cité politique idéale.

  

«L’homme, né de la divinité, atteint un niveau de perfection supérieur ; et cela dans le sens où sa reproduction ne s’est pas effectuée selon le hasard ou le destin, mais selon une justice rationnelle. Dans sa législation eugénique, Platon ne tendra pas à un autre but» [5] 

  

Pour la République, est proposé de trier et de marier «eugéniquement» les procréateurs des générations à venir. Elles pourront enfin s’épanouir dans ce lieu du savoir, où le travail était de toute façon considéré vulgaire, et du ressort des esclaves.

Aristote, soutenait que les esclaves n’avaient pas d’âme, ni de libre arbitre en n’étant que l’instrument et le prolongement de la volonté de leurs maîtres. Que l’homme (à l’exclusion des femmes) était un «animal politique» dont l’essence l’autorise à la participation au politique. Il considérait d’une part, que c’est le mâle qui engendre l’être alors que la femelle  n’est que porteuse, et surtout d’autre part, que les descendants d’élite ont toutes chance de continuer à l’être, car «noblesse est excellente souche». Il ignorait ainsi Hippocrate, qui presque un siècle avant lui, considérait pourtant dans son ouvrage Le livre de la géniture de l’homme, que l’homme comme la femme secrètent une semence qui émane surtout du cerveau et qui se mélangent, afin que l’influence d’esprits chauds et froids donnent la chair.

  

 En dehors de la Grèce, à travers le monde, les modèles politiques, antiques et médiévaux axés sur la classe sociale et sur les caste, ont toujours su exceller à privilégier une certaine endogamie afin de préserver leur lignée.

«Même au temps de l’extension de l’esclavage antique, nous trouvons des ressemblance plus ou moins grandes dans l’organisation et la situation des diverses économies esclavagistes et des États esclavagistes de l’antiquité, mais non une communauté de vie économique».[6]

En Chine, il ne semble pas que les dynasties royales chinoises des Hia et des Chang, ou Yin, du XXIIè au XIè siècle av. J.C. St aient connu l’esclavage. Ce n’est qu’au 3ème siècle après J.C que les empereurs autorisèrent les familles pauvres à vendre leurs enfants aux gens plus nantis,  pour des corvées domestiques. Acheté au plus jeune âge , l’enfant devenait esclave domestique à vie dans la cellule familiale[7]. Au 9è siècle après J.C, Wang Mang tenta en vain d’abolir l’esclavage. Peut être le caractère prématuré et la rapide maturité du féodalisme chinois dispensèrent cette civilisation de la pratique esclavagiste à grande échelle.

 Au Japon, ou les pratiques reproduisaient les modèles chinois, il fallut attendre le 18è siècle, pour voir l’abolition. Elle fut d’ailleurs sans effet durant la période quasi féodale de l’empire.[8]

En Inde, malgré les enseignements de Krishna- « Ne soyez pas les destructeurs de vous-même. Élevez-vous à votre véritable Etre, et alors vous n’aurez plus peur de rien. »-  les Hindous, ne pouvant contester leur prédéterminée condition ici bas, font des castes et de  la coercition les fondements de leur ordre social. 

En Amérique, certains indiens des côtes nord ouest des Amériques disposent d’esclaves que le maître entraîne avec lui dans la mort, quand il succombe. 

Ailleurs, dans les sociétés islamiques, se fondant peut être sur un passage du coran où le musulman peut disposer « d’esclaves , hommes et femmes» (sourate 4; 24-25),  la tolérance de la captivité et de l’esclavage permet de perpétuer le phénomène esclavagiste sur toute la façade orientale du continent africain et dans le golfe arabe. Les Arabes y distinguent leurs esclaves noirs ou abd (mis en servitude dans des labeurs astreignants des mines et des champs ) de leur esclaves blancs (mamelouk, corvéables au foyer). Pourtant, témoins de la magnificence de Ghana et de son peuple,  que les Almoravides mirent un siècle à envier et à conquérir finalement en 1076, ils changent d’avis en Afrique de l’ouest, une fois l’espace conquis ou coopté. En effet, c’est dans la longue occupation Almoravide de la péninsule ibérique, où régnait une grande tolérance entre les trois croyances monothéistes, que les exégètes musulmans contribuèrent à construire le mythe du noir, sauvage faible d’esprit et sans civilisation. Un préjugé qui persista après leur défaite en Europe.

Les Africains quant à eux, qui historiquement ont eu des sociétés pratiquant l’esclavage ou la captivité de guerre, disposaient –par contre de moyens sociaux inclusifs pour les associer à la vie politique ou sociale. L’esclave demeurait toujours cependant soumis, quelque soit le caractère d’inclusion, à la parenté que ce soit par l’adoption, la cooptation ou le mariage. 

  

Le glissement, à l’effet de savoir si une élite est plus évoluée, racée, intelligente, varie donc considérablement selon les cultures du monde. Mais on ne note pas de systématisation du phénomène de la supériorité raciale en dehors du mythe.  

En Europe Augustin de Hippo (354-430) était persuadé que l’esclavage était une variante des punitions des péchés de l’homme au paradis. St Thomas d’Aquin dans son ouvrage  De regimine principium arguait que certains naissaient naturellement esclaves et dépendaient du maître pour leur libre arbitre. Tacite dans Germanie, rédigé autour de 98 après J.C, prétend que les Germains sont des indigènes et qu’ils constituent une race pure, inaugurant un mythe aryen qui aura la vie longue.  La pratique de la conquête génocidaire des non-blancs et principalement de  l’Afrique, de l’Amérique latine durant 3 siècles et demi, suffira à conforter les futurs développements théoriques de l’eugénisme. Après tout n’avait-on pas asservi les Amérindiens et les Africains à un point tel, qu’on pouvait désormais douter de leur intelligence et être rassuré de l’intelligence supérieure du conquérant. Ni le siècle des lumières, ni le positivisme scientifique du 19 è siècle n’y changeront grand-chose.

Rosa Amelia Plumelle-Uribe montre, dans son ouvrage, combien ce long épisode a

 «profondément modifié les rapports des européens aux autres. Le pas entre différence et supériorité a vite été franchi. La hiérarchisation raciale illustre la débâcle morale de l’Europe»[9] 

  

A l’exception des Éthiopiens, chrétiens et alliés dans la foi déjà accueillis au Portugal à Venise et Rome, le reste des noirs sont désormais des sous-hommes. En 1402, Jean Duguesclin de Béthencourt capture vend et déporte des Guanches, peuplade Amazigh qui n’existe plus aujourd’hui.

« il semblerait que le premier acte négrier fut posé par le rapt de dix Africains, perpétré par une expédition militaire portugaise menée par Nuno Tristan et Antam Gonsalves, les «meilleurs esclaves» furent offerts à Gabriel Condulmer dit Eugène IV, 205ème Pape de l’église catholique, apostolique et romaine».[10]

En 1442, les portugais bâtissent un fort sur l’île d’Arguin entre le Sénégal et la Mauritanie d’où ils évacuent, grâce à des maures,  des esclaves vers leurs plantations de sucre aux îles Canaries et à Madère. Quand en 1445, Joan Fernandez ramène 9 jeunes noirs achetés à des maures, des nobles portugais se moquèrent de lui, car cela faisait déjà un moment qu’ils en chassaient comme distraction.

  

  

Davantage que le texte biblique, ce seront les exégèses de cette période qui  sauront transformer la malédiction des descendants des fils de Cham en octroyant une version rationnelle et religieuse à l’inégalité raciale, et en datant à ce moment, l’avènement des noirs à jamais damnés. [11]  Après que Sem eut l’Asie, Japhet l’Europe et Cham l’Afrique,  la bulle Inter Cetera du Pape Alexandre VI, amenda encore la géographie humaine biblique et divisa en 1493, l’espace païen en deux : l’Ouest aux espagnols et l’Est aux portugais.  L’année suivante, le traité de Tordesillas y ajoute le Brésil pour les portugais. C’était dans le monde entier, la fin d’une période où, pendant plus de quatre millénaires, une conception non exclusivement raciale de l’esclavage s’estompait.

Dans ce climat de décadence, la hiérarchisation sociale lentement mais sûrement se défaisait du mythe. En Europe, les différences entre races et entre sexes intriguent les chercheurs. L’enjeu de la procréation surtout habite les esprits des chercheurs et des religieux. En 1677,  le docteur de Graaf cerne le rôle des ovaires, et cinq ans plus tard, Louis de Ham découvre avec un microscope rudimentaire, «l’animalcule» qu’on n’appellera que plus tard spermatozoïde.  Mais ces percées sur le mécanisme de la procréation et de l’hérédité ne connaîtront de développements que plus tard, presque au XIX. Il est en tous cas paradoxal de constater que c’est le siècle dit des lumières et tous ses acquis, qui jusqu’à présent constitue nos horizons d’idéaux, qui fut aussi celui où la science de la race et l’idéologie de préjugés se sont constituées.

  

«Avant le XVIII nous avions des racismes formulés dans le langage du mythe, à partir du XVIII è siècle nous avons un racisme qui prétend parler celui de la science».[12]

  

François Bernier (1625-1688), physicien, explorateur et disciple de Pierre Gassendi, ramène de ses pérégrinations une classification hiérarchique des races. Elle aura d’autant d’influence qu’elle est dite fondée sur ses expériences de visu[13].

Carl Von Linné, et son  Systema Naturae  inventera la taxinomie, classifiant les espèces vivantes, dont l’homme qu’il scinde en 6 races, par ordre d’importance intellectuelle : européens, américains, asiatiques , africains, sauvages, et dégénérés.

Johann F. Blumenbach réinterprétera cette classification, en montrant que la race blanche est originelle, et il forgera d’ailleurs le terme de caucasien, arguant que toutes les autres en sont issues mais n’en sont que des dégénérescences.[14]Magnanime, il était cependant persuadé que même les noirs pouvaient comporter des exceptions et brandissait quelques livres écrits par eux, prouvant que quelques uns pouvaient être égaux aux caucasiens.

Le comte de Buffon (1707-1788), détracteur de Linné, pour qui le «nègre est à l’homme ce que l’âne est au cheval » fut lui un prolifique encyclopédiste ( Histoire naturelle en 36 volumes), dont l’intuition, sur les caractères anatomiques, demeurait en avance sur son temps. Convaincu des modifications qu’entraînent l’adaptation, il projetait  d’interchanger un groupe de danois et de sénégalais dans leur milieu d’origine et de les cloîtrer pour observer leur métamorphose. [15]

C’est dans l’univers de la médecine que les problèmes de débilités, de tares, de l’épilepsie,  et autres anomalies suscitèrent l’intérêt des médecins.  Le médecin, impuissant devant la mortalité, la morbidité ou la répétition de naissances d’enfants affligés du même mal, se préoccupe désormais de les prévenir. Pour Catherine  Bachelard-Jobard, c’est dans ce corps professionnel qu’il faut rechercher les premières traces de systématisation eugénique:

  

« La systématisation de l’idée eugénique est l’œuvre des médecins. Leurs écrits, traitant de l’art de perfectionner l’espèce humaine par des mariages judicieux, se multiplient. Cette littérature médicale a été étudiée par Anne Carol ["Histoire de l'eugénisme en France, les médecins et la procréations, XIX-XX ème siècle"] qui démontre l’existence, en France, d’un eugénisme médical spécifique prégaltonien. D’une manière générale, les médecins, pour justifier la nécessité de mesures que l’on peut qualifier d’eugéniques ( mais le mot n’existe encore pas ), fondent leurs théories sur la dégénérescence de l’espèce humaine qu’ils constatent autour d’eux»[16]

  

David Hume (1711-1776), économiste réputé, abonda dans le sens de ces prétentions pré-galtoniennes: 

«Je suspecte les Nègres et en général les autres espèces humaines d’être naturellement inférieurs à la race blanche. Il n’y a jamais eu de nation civilisée d’une autre couleur que la couleur blanche, ni d’individu illustre par ses actions ou par sa capacité de réflexion». 

Voltaire (1694-1778) lui soutenait qu’il fallait juste s’assurer de la mesure du  cerveau humain pour constater que les Nègres d’Afrique sont inférieurs en intelligence aux Blancs d’Europe. Alors que Bernardin de St-Pierre[17] s’insurgeait contre le traitement fait aux  noirs, Montesquieu (1669-1776) clamait mordicus que, puisqu’il n’avaient ni âme ni raison, les noirs étaient naturellement destinés à l’esclavage.  Thomas Robert Malthus  dans Un Essai sur le Principe de Population (1798) était si obsédé par les risques de surpopulation des ouvriers,  qu’il suggère pour eux  « l’abstinence sexuelle » puisque ces classes « inférieures et pauvres seraient  responsables » de leur condition. Le contrôle des naissances  pour freiner la propagation démographique était envisagé et existe encore.  Dans la même année, Kant produit  Anthropologie, essai misogyne, moins connu que ses œuvres phares, où il traite les juifs d’escrocs et confine les noirs au raz des hiérarchies pseudo-biologiques. 

Il a fallu attendre l’approche du 19 è siècle pour voir esquisser les premières théories sophistiquées de la supériorité ou l’infériorité intellectuelle. Elles vont gagner une redoutable efficace, en enseignant une hiérarchie des races dans les écoles et même les universités, mais aussi en traversant l’africanisme eurocentrique jusqu’au vingtième siècle.

  

  

20me8 dans VISAGES DE LA RESISTANCE

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

Francis Galton (1822-1911)

  

  

20me9

  

-L’eugénisme galtonien

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En étudiant principalement le monde animal Charles Darwin publia en 1859 Les Origines des Espèces par la Sélection Naturelle ou la Préservation des Races Favorites dans la Lutte pour la Vie. Dans le contexte de  la Grande Bretagne conquérante, et du capitalisme sauvage, ce livre aura des incidences socio-politiques majeures. Il construit l’idée que seuls les meilleurs survivent et détaille les processus de modification et de différenciation.

  

Darwin, en lisant Malthus, greffa ses propres vues dans un autre ouvrage phare, l’origine de l’Homme. Ces éléments seront les briques essentielles d’un nouvel évolutionnisme. Mais Darwin ne dispose pas des derniers éléments des trouvailles de Mendel pour expliciter tout le mécanisme de l’hérédité. Autant il permettait une révolution, défaisant irréversiblement les croyances créationnistes, autant ce potentiel porteur allait être détourné vers d’autres préoccupations plus racistes.

  

Darwin était d’ailleurs très réservé sur les développements que faisaient les futurs eugénistes de ces théories. Il semblait considérer utopique leur projet plaidant plutôt pour l’éducation que la coercition[18]. Il était toutefois probablement raciste, ou du moins colportait les idées de son temps[19], en prônant l’éradication de «toutes les lois et toutes les coutumes qui empêchent les plus capables de réussir» et méprisait les canadiens français comme le rappelle Des Rosiers.[20] 

  

 C’est en scrutant les prisonniers, que Francis Galton (1822-1911), un cousin germain de Darwin[21], va perfectionner les recherches sur la dégénérescence et systématiser l’eugénisme. En se préoccupant de l’hygiène du corps social, il s’agit de promouvoir le patrimoine génétique sain, en privilégiant un interventionnisme étatique en la matière. Au départ, sa philosophie se nomme viriculture, mais très vite il forge du grec eu et gennân- bien engendrer ou bien naître-, la première idéologie de la science; l’eugénisme.

L’eugénisme vise à sélectionner l’excellence humaine et à se débarrasser de tout ce qui pourrait lui nuire ou la flétrir. Son ouvrage Hereditary Genius est un plaidoyer pour l’intelligence héréditaire. Convaincu que les génies naissent eux-mêmes de grands hommes, il tente de le démontrer, en recensant 48 éminents fils de 100 éminents personnages, sans même se questionner sur l’influence de leur classe sociale d’où ils proviennent tous. Galton était convaincu que les noirs étaient de deux degrés moins intelligents que les anglo-saxons (qu’il qualifie de «the half-witted nature of the race). Il cherche cependant à relever le mental et la stamina des britanniques, afin de leur faire éviter la situation qu’il dit avoir constaté durant son voyage en Amérique où la population américaine est fragilisée au contact des noirs. Le rôle de la science est  donc d’améliorer la race douée et de décourager la propagation des êtres inférieurs. Dans son ouvrage utopique I can’t say where I il idéalise la société qu’il appelle de ses vœux et se préoccupe du bonheur collectif plutôt que le bien être individuel. L’eugénisme devint donc un préjugé racial déguisé en science appliquée de l’hérédité, dans l’intérêt de la race blanche. 

  

  

Gregor Mendel, dès1865, en étudiant les végétaux et particulièrement les pois, calcule un ratio constant de 3 :1 entre des plants de grandes et de petites tailles et découvre que l’hérédité procède de facteurs existant en pairs dans les plantes. Il fonde ainsi les connaissances sur la transmission héréditaire. Trop avant-gardistes, ce n’est que plus tard que ces travaux seront reconnus. Par contre, parce que probablement encore enracinés dans le mythe, c’est dans la même période, que les retentissants travaux du Comte de Gobineau (1816-1882) tracent les bases théoriques les plus fondamentales du racisme scientifique.  Essai sur l’Inégalité des Races Humaines permet d’affirmer la supériorité et la suprématie des aryens. Cette noblesse raciale serait mise en danger par les risques inhérents à la prolifération des races inférieures. En Allemagne, où ses thèses trouvent vite écho, parut un an après sa disparition, son ouvrage Enquêtes sur les Facultés Humaines. C’est la première pierre angulaire des croyances en l’hérédité des dispositions mentales. Le Grand Dictionnaire universel du XIX è siècle de Larousse, lancé dès1866, qualifiant de philanthrope les prétentions d’égalité entre humain nie les facultés intellectuelles du nègre et avec assurance proclame « Un fait incontestable, et qui domine tous les autres, c’est qu’ils ont le cerveau plus rétréci, plus léger et moins volumineux que l’espèce blanche..» En 1882 aussi  Francisque Sarcey commente froidement l’ouvrage de A. Bertillon, Les Races sauvages et déclare : 

« Ces affreux bipèdes, à face simiesque, gambadant et voraces, gloussant de cris inarticulés, sont nos frères, … ou les frères de ceux qui furent nos ancêtres préhistoriques !… Quelques races mieux douées se dégagèrent de cette animalité barbare, se cultivèrent , s’affinèrent, formèrent l’homme civilisé, plus éloigné d’un pauvre australien que cet australien n’est éloigné d’un gorille. D’autres ne se sont pas développés, toujours aussi dénués de sens moral et de raison…Toutes ces tribus sauvages vont disparaître, exterminées par des peuples supérieurs ou s’éteignant d’elles-mêmes…Ce ne sera pas dommage»[22]

  

 Karl Pearson, disciple de Galton, dans son livre  The Grammar of Science soutient en 1882 qu’il est vain de tenter de connaître l’essence des choses en science et qu’il vaut mieux se contenter d’appliquer les mathématiques et la statistique pour parvenir au même résultat. Il lance en 1901 un journal, Biometrika, qui appliquera à la lettre ses principes statistiques bio métriques et rejettera trente ans durant les articles relevant de la génétique   Les recherche sur les cellules, le noyau et la cytologie apportent un cortège de savants comme Weismann, Nussbaum, Kölliker dont les vues confortent les perspectives d’hérédité. Le chrirugien Paul Broca (1824-1880) spécialiste de l’encéphale, où il avait repéré le seuil de l’aphasie, considérait que le cerveau avait une masse plus importante chez les grands personnages que les gens simples. Il soutenait «que jamais un peuple à la peau noire, aux cheveux laineux et au visage prognathe n’a pu s’élever spontanément jusqu’à la civilisation»[23]. Le cocktail de ces œuvres produisit en grande partie le darwinisme social d’où s’épanouira l’eugénisme. En réplique à Gobineau, un avocat haïtien Anténor Firmin publie en 1885, tragique année du congrès de Berlin,  L’égalité des races humaines : essai d’anthropologie positive[24] . On peut dire que Diop est une sorte de réincarnation scientifique de Firmin qui a plaidé, avec verve et les moyens de son temps, l’égalité des humains et le caractère négroïde des égyptiens antiques. Hélas sa voix ne fut guère entendue, et cet homme qui mérite des statues dans tous les pays d’Afrique est encore aujourd’hui injustement méconnu. Les pangermanistes un groupe suprémaciste et l’association Gobineau, lancée deux ans après la mort de ce dernier, firent de l’activisme avec les thèses du savant raciste. Steward Houston Chamberlain un anglais naturalisé allemand proclama en 1899 dans La Fondation du Dix-Neuvième siècle en Allemagne que les allemands étaient les plus purs des aryens et qu’ils étaient au dessus de la pyramide, au bas de laquelle sont les races inférieures et dégénérées, juives, noires etc..

  

«L’Eugénisme, le Darwinisme Social et l’Hygiène Raciale se tinrent alors par la main. Seul l’Eugénisme entreprit de se désigner lui-même comme une « science » et .. fusionnèrent si fortement qu’il serait vain d’essayer de les différentier».[25]

  

August Weismann, un des cytologiste nommé plus haut, s’acharnera à couper les queues de souris et constater que leurs descendants naissaient néanmoins avec des queues. Au lieu de conclure à l’évidence, il conclut que l’environnement n’influençait pas les cellules et que les caractères acquis ne pouvaient être héréditaires. Une  classification en vogue se fit en Allemagne avec Ernst H. Haeckel qui publia, en 1868, une hiérarchie de 36 races  humaines  comptant 12 espèces ayant au sommet, les anglo-saxons, les hauts allemands, suivis ensuite des aryens, indiens, grecs et…albanais. 

Le mouvement eugénique se répandit dans le monde occidental, comme le démontre la thèse de Hardwick.

  

« Eugenics movements developed early this century in more than 20 countries, including Australia. However, for many years the vast literature on eugenics focused almost exclusively on the history of eugenics in Britain and America. While some aspects of eugenics in Australia are now being documented, the history of this movement largely remained to be written. Australians experienced both fears and hopes at the time of Federation in 1901. Some feared that the white population was declining and degenerating but they also hoped to create a new utopian society which would outstrip the achievements, and avoid the poverty and industrial unrest, of Britain and America»[26]

  

Au Canada, le phénomène a tout aussi bien pris racine. Les préjugés et exactions contre les indiens, le système de féodalité et la consanguinité y ont donné un terreau fertile. Mc Laren illustre dans son étude que l’eugénisme était très répandu avec une peur des  dégénérés[27]. L’auteur montre combien le racisme est latent dans les milieux intellectuels les plus divers, et pourtant progressistes, comme les féministes. L’Alberta constitue à elle seule un cas préoccupant, où la mise en pratique des principes eugéniques a laissé de graves séquelles.[28]Si dans l’espace francophone, l’eugénisme aussi existait, le catholicisme a constitué un antidote à la diffusion de l’hygiène raciale. Les britanniques inspirés par leur résolution du problème amérindien imposent en Afrique australe le modèle de réserve en 1894 (Glen Grey Act impôt obligeant tout noir habitant à travailler 3 mois pour un blanc) e,t en collaboration avec les Boers, introduirent en 1911 la colour bar, freinant à jamais les chances sociales et professionnelles des non-blancs et particulièrement des noirs, ainsi que l’immorality Act de 1927 qui criminalise les relations sexuelles et mariages entre blancs et noirs. 

  

  

  

  

  

  

L’eugénisme moderne 

  

  

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Le socle de l’eugénisme moderne était désormais solide pour l’envolée de l’idéologie scientifique pendant au moins cinquante ans. Elle va s’évertuer, en articulant des préjugés, des postulats indémontrables et des jugements de valeurs, à solliciter tout l’arsenal scientifique de l’époque pour hiérarchiser les humains.

  

 Lorsque le ministère de l’instruction publique confie à Binet la mission d’évaluer le niveau mental des écoliers, pour déterminer leur chance de succès scolaire, il forge un instrument de mesure pour lequel, en 1906, il met en garde sur le fait que ce n’est pas un instrument de mesure de l’intelligence;

  

« l’outil que je viens de développer n’est pas une mesure de l’intelligence.»

  

  

Mesure de l’indice nasal aryen (Hulton Deutsch Coll.)

  

  

Mais la réputation de Binet, comme premier concepteur du test d’intelligence, l’emporte.  Un test repose sur la description du résultat d’une mise en situation où un individu, mis dans des conditions prédéfinies en référence à un groupe type qui connaît les mêmes, doit répondre à des questions. Les variables psychologiques ou culturelles du sujet ne peuvent pas être toutes répertoriées, ce qui rend au fond assez aléatoires les conclusions. Mais on ne s’en préoccupe pas beaucoup, d’autant que la  redécouverte du travail de Mendel change les perspectives. Simon et Binet élaborent un système mesurant l’intelligence. On sait probablement déjà, qu’on ne mesurera qu’une fraction de l’intelligence. Néanmoins on commence en fait à s’éloigner des préoccupations de la dégénérescence physique et mentale, pour tenter de décrire des traits sensés concourir aux processus intellectuels. Le tout est enrobé d’idéologie et rhétorique pointues. Alors qu’on inaugure en grande pompe, en 1904, la chaire d’eugénisme à l’University College de Londres, on cherche frénétiquement la mesure de la disposition mentale qui confère l’aptitude, le caractère de cet intelligence. En France, Georges Vacher de la Pouge (1854-1936) déterre les boîtes crâniennes des cimetières et mesure les têtes des passants, pour déterminer l’indice céphalique prouvant que les blonds dolicéphales sont au sommet de la race humaine. 

Wilhem Johannsen un botaniste danois, qui n’était pas eugéniste, à qui l’on doit d’ailleurs le terme gène, distingue en 1909 le génotype, soit le stock génétique du phénotype l’ensemble des caractères. Mais comme il n’existait  pas de moyens de percer le secret de ces gènes, la préoccupation scientifique, en dehors de moyens génétiques, ne pouvait s’articuler que sur la formalisation statistique et sur le mythe racial. C’est ce qui déboucha sur une pseudo science, comme l’atteste ce passage de Christophe Jensen :

           

« En 1900 le fondateur de « l’hygiène raciale » en Allemagne, Dr. Alfred Ploetz participa a un concours d’essais parrainé par l’industriel Alfred Krupp. Il attribuerait un prix au meilleur essai sur le sujet : Que pouvons-nous apprendre des Principes du Darwinisme dans leurs Applications au Développement Politique Intérieur et aux Lois de l’Etat ? Wilhem Schallmeyer, qui gagna le premier prix, interpréta la culture, la société, la moralité, même « bonne » ou « mauvaise », en termes de lutte pour la survie. … le Dr Alexander Ploetz, approuva la totalité de l’essai et soutint la supériorité de la race Caucasienne de laquelle, bien sûr, il excluait les Juifs. Il suggéra par exemple qu’en temps de guerre seules les personnes racialement inférieures soient envoyées sur le front pour épargner le « meilleur » segment de la population. Comme les soldats du front sont ceux qui sont tués en premier, cela empêcherait la part la plus pure de la race de s’affaiblir inutilement. Il suggéra aussi qu’un panel de médecins soit présent à la naissance de chaque enfant afin de juger si celui-ci est suffisamment fort et digne de vivre, sinon, de le tuer »[29] 

  

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affiche raciste contre un soldat noir de la première guerre mondiale 

  

Le prix Nobel 1913, Charles Richet publie La sélection humaine, et abonde dans ce sens. Il prévient des risques encourus par l’aristocratie que représente les blancs exposés aux «détestables éléments ethniques» asiatiques et  africains.

  

Pourtant, ce sont là les mêmes «détestables» qui viendront se battre pour l’Europe, au nom de la liberté et l’égalité durant la première guerre mondiale. Autant furent reconnaissants maints européens libérés, autant les racistes furent outrés de les voir se lier d’amitiés avec des blancs et des blanches. Ils les calomnièrent oubliant que ce sont eux qui furent les premiers sur la ligne de front, ou oubliés dans les tranchés de la«drôle de guerre» d’où on les déguerpira à coup de gaz pour lesquels les masques disponibles, le plus fréquemment, n’étaient que pour les soldats blancs. 

  

Si ces extrémismes se vérifieront dans la vie pratique des années qui suivent, des développements plus subtils existent aussi. Il est d’ailleurs faux de croire que la séduction des eugénistes ne se fit qu’à la droite du spectre politique. Il y eut bien des gens et des institutions de gauche partisans de ces thèses, comme le socialiste Ploetz -l’auteur de la précédente citation- qui créa une organisation secrète pour appliquer son motto Rassenhygiene- hygiène raciale- pour la sauvegarde des aryens, où il incluait cependant curieusement les juifs déjà métissés.  Il y avait aussi une portion de la gauche britannique, à l’instar de Carlos Blacker secrétaire général de la société eugénique. 

Outre Atlantique, en Amérique, la mise en pratique de l’hygiène social et de l’eugénisme est des plus drastiques. De nombreux psychologues américains cautionnent l’entreprise. Allan Chase dans The Legacy of Malthus illustre comment 63 678 personnes furent stérilisées manu militari entre 1907 et 1964 dans une trentaine d’Etats, et un nombre similaire d’Etats légiférèrent contre les mariages mixtes. Ceci exclut des centaines de milliers de stérilisations dites volontaires, mais médicalement conseillées- sous la coercition de perte d’avantages sociaux-, à un taux entre 100 000 et 150 000 stérilisés par an, selon le Juge Gerhard Gesell, qui statuait sur un recours collectif de victimes. Un taux qui n’a rien à envier à l’Allemagne Nazi. 

  

  

Hans F. Günther publie en 1922 un best seller Rassenkunde des deutschen Volkes ( Études raciales du peuple allemand) dans la lignée des eugénistes, avec une emphase particulière sur la nordicité des européens à préserver. Il adhère au parti nazi. L’idéologie Deutsche Physik peut s’épancher dans toute l’Allemagne révélant combien la science aussi est capable de jouer une partition macabre. On commença à expurger l’Allemagne de ses tarés, malades mentaux, et autres grands malades. Mais, si on suivait les lois de Mendel, il ne suffisait pas seulement de freiner la procréation des tarés, mais aussi leur parenté. Mais comment les repérer. Pourtant Morgan et Muller, appliquant à l’homme les expériences de Mendel, sont convaincus qu’il est pour l’instant impossible de génétiquement repérer les retardés mentaux. Peu importe, on dresse des listes de maladies obligeant la stérilisation de leur porteur en Allemagne, sous le label de l’hygiène sociale. En Angleterre, la société eugénique hérite une fortune d’un certain éleveur australien du nom de Twitchin et décuple ses moyens d’action. Elle s’acharne désormais à vouloir enchâsser dans les lois la stérilisation des déficients mentaux. En 1907 dans l’Iowa, en Amérique, un projet de loi d’euthanasie pour les enfants difformes ou retardés est présenté au Congrès, mais il est renversé. L’Amérique comptait bien des apologistes des eugénistes comme Madison Grant qui édita The passing of the Great Race en 1916, que cite à témoin Hitler dans son Mein Kampf. Il sera un des maître d’œuvres du Immigration Restriction Act de 1924 aux Etats-Unis sensé freiner la route aux races inférieures.[30] Le manifeste des généticiens d’Edimbourg avertit des dérapages des nazis, tout en maintenant le cap de la préservation raciale et de la promotion des doués. Dans Le meilleur des mondes (1932), Julian  Huxley sonne l’alarme et  se distance des nazis qui vont trop loin. Soudaine lucidité de cet eugéniste, convaincu de l’hérédité de l’infériorité de l’intelligence des nègres, et qui à la fin du second conflit mondial sera récompensé comme…Directeur général de l’UNESCO. 

http://www.sickvids.150m.com/

Adolph Hitler 

 Dans We Europeans : a Survey of «Racial» Problems, Huxley  récidive, défait le mythe de la supériorité aryenne et le mensonge d’une race pure. Mais les idées de K.K Günther théorisant la race trouvent leur consécration avec Hitler qui accéda au pouvoir en 1933 et tenait à concrétiser son Mein kampf, par une gestion autoritaire du social. Six ans plus tard, il signait un décret pour achever les malades incurables et soulager l’Etat de leur charge[31].  En l’espace de deux ans, on en avait euthanasié 70 000. Ils furent les terrains d’expérimentations des camps de concentration et des génocides contre les opposants, les gitans, les socialistes et surtout de la Shoah. Envieux des allemands, Dr René Martial écrit lui, en 1934, La race française où il hiérarchise bio chimiquement le sang des  populations et préconise pour  préserver la race française de «retenir les A et O, éliminer les B, ne garder les AB que si l’examen psychologique et sanitaire est favorable»[32] En 1935, Le médecin Alexis Carrel, dans l’Homme, cet inconnu prévient de l’affaiblissement qualitatif de la race blanche face aux races extra-européenne :« la suppression de la sélection naturelle a permis la survie d’êtres dont les tissus et la conscience sont de mauvaise qualité. La race a été affaiblie par la conservation de tels reproducteurs». 

  

  

Les affres de la guerre, la déclaration des droits de l’homme, différentes générations des droits de la personne et l’irruption des pays décolonisés dans la vie internationale; diverses luttes locales et internationales; la lutte contre la ségrégation raciale en Amérique; l’affirmation des amérindiens et la lutte contre l’apartheid auront toutes redonné un élan aux peuples opprimés. Mais le racisme est tenace et devient plus insidieux face aux victoires remportées contre lui. Ses fondements scientifiques sont ébranlés toutefois, mêmes si des cycliques parutions, parfois sournoises ou anonymes,  viennent tenter de contredire  le consensus. Race et intelligence[33] prétend par exemple sans sourciller que «les noirs correspondent à des européens leucotomisés* de par leur absence de jugement de sens de synthèse»

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L’UNESCO émet en 1978[34]  une déclaration sur la race et les préjugés raciaux où le racisme est décrit comme :

« toute théorie faisant état de la supériorité ou de l’infériorité intrinsèque de groupes raciaux ou ethniques qui donnerait aux uns le droit de dominer ou d’éliminer les autres, inférieurs présumés, ou fondant des jugements de valeur sur une différence raciale»

  

Un certains consensus intellectuel abonde dans ce sens, et des travaux de plus en plus nombreux dans les champs des sciences exactes et humaines vont tempérer considérablement l’arrogance des cercles eugéniques. Parmi eux, ceux de Boas, Montagu[35], Lewontin, Jacquard auront contribué à faire  reculer les conceptions génétiques de la race. La taxonomie et l’idée de race elle-même s’étiolent, d’autant qu’on découvre que les différences génétiques entre deux groupes ethniques sont aussi grandes que celles entre membres d’un même groupe ethnique. Aucune hiérarchie ne s’avère biologiquement, quoique des démarcations biologiques parcellaires  permettent encore de parler de différences entre groupes humains.  Ainsi à l’époque, les classifications s’attardent sur le degré de mélanine- l’écran au rayonnement ultraviolet ( à l’exception notable des Pygmées et Inuits moins exposés pourtant aux UV)- qui demeure concentré ou qui se dilue voire disparaît. Quatre à cinq gènes permettent cette synthèse de la mélanine, différencient les humains en groupes phénotypiques noirs, jaunes et blancs. La tolérance ou l’intolérance du lactose, et la présence ou non de l’enzyme de la lactase qui permet sa digestion, départagent principalement les européens des asiatiques et africains.  Dernière disparité,  celle au niveau des groupes sanguins et du système rhésus dont le contrôle génétique est situé dans 3 espaces de chromosomes constitués chacun de deux familles de gènes. On détermine 8 combinaisons, « l’une d’elles, dites Ro, n’est présente à fréquence élevée qu’en Afrique noire; une autre, dite r, est très rare en Asie et dans le pacifique mais elle a une fréquence élevée et sensiblement constante d’une population à l’autre, en Afrique et en Europe»[36]

  

En l’absence de toute hiérarchie possible dans ces différences, le débat s’était entre-temps transposé sur les aptitudes de l’intelligence entre les humains. Les expériences allaient bon train partout, notamment à Montréal, où on procéda au long des années 50 au Allen Memorial Institute à de sinistres expériences au profit de la CIA américaine sur des patients canadiens! Mais la vraie bombe survint en 1969, lorsque Arthur Jensen rédigea un article[37] et prétendit que dès l’âge de 8 ans, l’enfant a atteint son potentiel d’intelligence. Il peut être mesuré et permettrait de différencier hiérarchiquement les blancs des noirs, et que le milieu ne pourra rien n’y changer à cela. Induit en erreur par les conclusions de Burt, il se trompe puisque « l’héritabilité*, qui analyse les écarts entre individus appartenant à une même population, ne peut en aucune façon être utilisée pour analyser les écarts entre populations»[38]  Eysenck [39] dans la lignée de Cattell abonde dans le sens de Jensen et entame le refrain du QI hérité et de l’infériorité génétique innée de l’intelligence des noirs.  Convaincu que le facteur g de l’intelligence est repérable et mesurable, comme l’affirme Spearman, Eysenck est le principal responsable de l’idée que « l’intelligence a une base physique qui s’est révélée être fortement héréditaire» et, surtout, de l’exagération du fait que le génotype produirait différents phénotypes selon des milieux divers.

Dans cette période des années 70 et 80, malgré l’acharnement de ces auteurs racistes, il se dégage en général le consensus dans la communauté scientifique que sans doute le patrimoine hérité des parents, autant que l’environnement détermine l’intelligence de l’enfant. Que cette dernière fait intervenir tellement de lieux et de réseaux au sein du cerveau, qu’il est vain de localiser un siège spécifique de l’intelligence. Que ce n’est pas tant l’individu, mais plutôt le gène qui se reproduit, en se transmettant d’une génération à l’autre, non pas par  une série de caractères, mais par une série de gènes contrôlant les caractères.

  

  

  

-Le post-eugénisme

  

« Comme toujours, les spécialistes de la race recherchent un vaste public pour leur propagande, et le danger demeure donc que leurs prétentions soient reçues telles quelles, pendant que les groupes fascistes espèrent, de leur côté, que l’idéologie du racisme sera un jour acceptée comme une «donnée scientifique», car à ce moment là seulement leur heure viendra».[40]

  

 La grande différence que je note, entre ce que je nomme le post-eugénisme et l’eugénisme moderne, c’est que c’est un triomphe subtil de l’eugénisme positif où le bonheur collectif passe après le bien être individuel. La somme de choix individuels, orientés vers une finalité similaire à celle de l’eugénisme positif, est atteinte par des adultes consentants. Ils sont frileux de leur liberté et des palettes de choix possibles pour réguler leur être, comme leur progéniture. Cela est probablement un signe de l’évolution de la société capitaliste individualiste,  mais aussi de l’évolution individualisée des biotechnologies, et de la médecine prédictive. Les dérives de ces dernières s’avèrent être aussi éthiques que politiques. Le spectre de l’eugénisme embrasse un champ plus large du social et de la science. De la mère porteuse à la procréation assistée, au dépistage,  à l’embryon sélectionné en passant par le contrôle des informations génétiques sur la santé individuelle et collective; la liberté de choisir permet une brèche au post eugénisme. Mieux, le capitalisme agressif du néo-libéralisme impose des normes de plus en plus sévères de croissance et d’efficacité, afin de susciter des rendements toujours plus performants. Il devient difficile pour les travailleurs de s’ajuster à cette frénésie. Une division raciale du travail- à la faveur des fuite de cerveaux et des travailleurs laborieux vers les pôles de prospérité, parallèlement à une chute de la natalité de ces sociétés plus aisées- entraîne des réflexes sociaux d’un autre âge. Le renouveau raciste qui en découle est plus subtil, moins explicite, diffus et non affirmé ou déclaré. A chaque fois d’ailleurs qu’il s’exprime publiquement, un brouhaha de désapprobation collective atteste de réflexes relativement automatisés de la société civile non raciste. Une désapprobation plus sur la forme que sur  le fond, d’une part.  D’autre part, la société est peu  au fait de ce qui se trame dans les laboratoires de génétiques et autres instituts de recherche. Le déchiffrage du génome humain y a entrouvert une révolution pour l’humanité. On a pu se rendre compte de la complexité des notions et de la nécessité de passer au dessus de nos conceptions un peu vieillottes de la génétique. Comme dit de façon imagée Exama, auteur d’un ouvrage sur la question et invité de notre émission de Radio Amandla,   génétiquement le concept de race n’a aucun fondement scientifique puisque:

  

«- L’être humain a moins de bagage génétique qu’un grain de riz;  Les Européens modernes descendraient d’un groupe d’à peine quelques centaines d’africains; les Suédois descendraient des Nigérians; Les humains sont identiques à 99.9%; Il n’y a pas de différence statistique entre les peuples – il y a plus de différences génétiques entre deux frères québécois (même père et même mère) qu’entre le peuple québécois d’un côté et le peuple haïtien de l’autre; La différence entre blancs, jaunes et noirs n’est pas génétique (ils ont les mêmes gènes pour la couleur); L’expression de la couleur est soumise à l’influence d’un jeu d’enzymes; Une chatte de couleur foncée a donné naissance par clonage à un chaton blanc»[41]

  

Mais bien qu’ayant considérablement relativisé l’enjeu du débat entre inné et acquis au niveau de l’intelligence et démystifier l’idée de race, l’avancée biogénétique offre de nouvelles perspectives à l’eugénisme qui s’essouflait.

Il y eut d’abord un pic noté par la parution de l’ouvrage post eugénique de Charles Murray[42] et Richard Hernstein « The Bell Curve » (la courbe en cloche) 1994. Autant que les recherches  de Burt et Howard, Holzinger sur les QI[43] et le génotype intellectuel, il ne construit pas un modèle la dominance génotypique. 

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Le controversé ouvrage, s’articule principalement sur les travaux d’extrême droite de Arthur Jensen, John Hunter, Frank Schmidt, Malcom Ree. Au-delà des préjugés qu’il tente de conforter, il apporte surtout des développements sur la fiabilité du QI. Le QI comme indicateur de corrélation sociale d’abord. Il révèle le fait que la société américaine est depuis cinquante ans structurée sur la base du QI[44] qui dorénavant la hiérarchise. C’est donc davantage un ouvrage politique qui sous-entend la localisation du facteur g comme siège de l’intelligence.

L’étude se fonde sur une base de données (The National Longitudinal Study Youth) pour procéder à une analyse régressive. La base est considérée fiable sans preuve, alors qu’elle est principalement constituée de questionnaires d’entrée à l’armée, alliant des questions de formation générales ou de mathématiques rébarbatives pour des jeunes faiblement scolarisés. La courbe en cloche soutient que l’intelligence est innée (le QI aussi[45]) et que qu’il vaudrait mieux ne pas gaspiller tant d’argent à soutenir les politiques socio-économiques de discriminations positives à l’endroit des noirs, et des moins intelligents. Ils sont de plus en plus marginalisés par le fossé technologique  sous la houlette de l’élite cognitive (celle qu’il faut encourager pour maintenir la croissance capitaliste), et argue le fait que la force de travail est de moins en moins requise dans les systèmes productifs.

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Les noirs seraient donc les moins intelligents et de surcroît affaiblissent le niveau moyen de la population. Avec force statistique, est illustré combien les Noirs auraient un QI moins élevé que la moyenne de la population, ce qui justifierait le pourquoi de leur statut économique et social (il montre aussi que les blancs pauvres sont ceux qui ont un faible QI.). On insiste pour dire qu’il est vain de tenter de relever le QI d’enfants issus génétiquement de parents ayant un faible QI. Le glissement sur la condition pauvre, résultant de leur infériorité intellectuelle et génératrice de criminalité, n’a de cesse de revenir dans les proclamations racistes. A l’instar de la récente déclaration du Sénateur William Bennett «Si vous voulez réduire le crime, vous pourriez faire avorter chaque bébé noir de ce pays et faire chuter ainsi le taux de criminalité»[46]! Dans le contexte du criminel retard dans l’assistance aux victimes pauvres et noirs de l’ouragan Katrina, ces propos ont eu un écho terrible aux USA, et ont dû être désavoués même par les faucons de la droite! 

  

Plusieurs écrits ont tenté de démontrer les fins politiques suprémacistes derrière La courbe en cloche, dont les auteurs sont proches du Mankind Quaterly et du Pionner Fund  Cette dernière finança Rushton, le canadien d’origine sud Africaine, autre raciste académique, notoirement connu pour ses recherches sur «la petitesse du cerveau des noirs et la longueur de leur pénis» . Il est désormais Président du Pionner Fund. Est-ce Murray, Rushton ou Suzuki et Gutkin que le Professeur Larrivée de Montréal a suggéré en lecture à Mailloux, pour qu’il profère ces insanités? Peu importe.

«…le test d’intelligence n’est pas une simple opération de mesure, ni l’intelligence une simple grandeur mesurable, comme l’admet le «bon sens« positiviste, mais qu’ils sont tous deux, bien plus profondément, un rapport social. Rapport qui n’a donc pas plus de chance d’être compris en dernière analyse à partir de la génétique que la valeur de la monnaie ne peut l’être à partir de l’analyse chimique des métaux précieux»[47] 

Howard Gardner, professeur en science de l’éducation à Harvard retient que le quotient intellectuel ne peut traduire l’intelligence. Sans endosser sa classification, je considère qu’on peut démultiplier ces catégories. Où classer le chaman, le féticheur, le chasseur  dans celle-ci..etc.. Ainsi pour Gardner «chaque individu possèderait, à des degrés divers, sept formes d’intelligence qu’il convient de mesurer séparément :

  • L’intelligence musicale qui prédispose à la musique ;
  • L’intelligence du geste notamment chez les danseurs et les sportifs ;
  • L’intelligence logico-mathématiques mesurée par les tests de QI ;
  • L’intelligence linguistique des poètes et des écrivains ;
  • L’intelligence spatiale qui permet de se repérer dans l’espace ;
  • L’intelligence interpersonnelle qui est l’apanage des personnes intuitives ;
  • L’intelligence intra personnelle qui permet de mieux se connaître soi-même.»[48]

  

20me16 

Les eugénistes reviennent récemment à la charge. Le problème avec les énoncés de La courbe en cloche, ou ouvrages du même acabit, est leur volonté de rendre singulière l’intelligence qui par essence est multiple, autant dans ces sièges cérébraux que ses manifestations. De nouveaux développements apparaissent. Ainsi en juin dernier l’ontarien Rushton et le psychologue Arthur Jensen de l’ Université de Californie lancent une étude dans  Psychology, Public Policy and Law, où ils présentent 10 catégories de preuves axées sur des tests militaires et académiques, la taille des cerveaux et des études sur l’adoption, prouvant que les Est-asiatiques ont génétiquement bénéficié de l’évolution par rapport aux blancs, que ces derniers le sont par rapport aux noirs. 50 à 80% du fossé dans le QI seraient redevables à la génétique (l’étude sous estime l’environnement les facteurs du milieu, l’alimentation, l’éducation familiale et sociale etc..) 

  

  

  

Rushton dans une entrevue déclare: 

 «You absolutely have to accept that Chinese people are going to be under-represented on the basketball team, and that black people are going to be under-represented in high school graduates».

20me17

Il va falloir que Rushton lise l’étude de l’université Mc Gill qui fait des jeunes noirs la catégorie la plus diplômée au Québec. L’étude de statistique Canada vient démontrer l’importance des facteurs environnementaux dans l’accès à l’emploi, le niveau de revenu, malgré le haut niveau de scolarité des «minorité visibles»[49] (en passant, ce terme est en soi une forme latente de racisme). Les chances sociales sont déterminantes dans la croissance intellectuelle des enfants. Demandez le à James Meredith,  qui en 1962, sous le président Kennedy dût franchir l’entrée de l’université protégé par la garde républicaine contre la horde de racistes qui s’y opposaient! 

  

  

Cover image, Cell, December 29, 2004; illustrator, Sean Gould Photo 

La recherche récente soutient que le cerveau continue de se transformer. Différenciation complexe du cerveau d’abord entre primates et rongeurs. Évolution encore plus marquée dans le groupe de gènes responsables de tout le système nerveux. L’évolution phénotypique du cerveau dans l’origine de l’homo sapiens est notée par une progression moléculaire marquée dit  l’équipe du Dr Bruce Lahn, de l’université de Chicago.  Elle observe deux gènes (« Les 2 gènes seraient : la variante microcéphale apparue lors de l’émergence de la musique, de l’art, des pratiques religieuses et des outils plus sophistiqués ; l’autre, appelée variante ASPM, serait apparue au moment de l’émergence de l’agriculture et des villes, de même que des langues écrites[50]»)

«Based on the analysis of human polymorphism patterns, we found evidence that some of these genes are experiencing ongoing positive selection in modern humans, suggesting that the human brain is still evolving actively toward new and more adaptive forms»[51].   

  

La même sélection naturelle qui a permis de favoriser la séparation entre l’humain et les simiens, se poursuivrait au niveau des séquences d’ADN  de ces 2 gènes.  Pour sonder la fréquence de l’haplotype D entre groupes humains, un échantillon de 1000 personnes révèle des variations présentent chez 30%, soit la même distribution d’haplogroupes dans l’humanité. La microcéphale de l’haplogroupe D serait apparue autour de 37 000 ans dans l’humanité, coïncidant avec les premières formes culturelles. L’ASPM autour de 5800 ans, coïncidant avec la diffusion de l’agriculture et les premières agglomération et l’écriture. La question est de savoir si les gènes qui contribuent à réguler la taille du cerveau concourent à ces connaissances en étant  la cause de ces développements culturels, ou si il y a influence réciproque. L’équipe spécule sur la distribution des haplogroupes présente davantage dans les autres groupes humains qu’en Afrique, sans pour l’instant tomber dans les élucubrations racistes. D’ailleurs, l’équipe de Lahn mentionne qu’il serait incorrecte d’ interpréter les résultats comme l’illustration de l’évolution d’un groupe plus qu’un autre, et que les différence notées entre groupes humains sont infinitésimales comparée aux grandes différences de caractères d’intelligence au sein d’un même groupe :

«One can make guesses, but our study doesn’t reveal how these positively selected variants arrived » … « They may have arisen in Europe or the Middle East and spread more readily east and west due to human migrations, as opposed to south to Africa because of geographic barriers. Or, they could have arisen in Africa, and increased in frequency once early humans migrated out of Africa.”..

Le grand problème est qu’il faudra expliquer historiquement comment la domestification des plantes et les première traces de pratiques agraires comme de villes (les nomes) et d’écriture  naissent en Afrique, bien avant  que dans le reste du monde, malgré cette faible représentation d’haplogroupe ? 

  

20me19Albert Einstein 

Les glissements des interprétations sont toujours possibles dans l’ère post eugéniste. Ainsi par exemple, les juifs qui ont longtemps été historiquement victimes de racisme, probablement d’abord à cause du mythe du peuple élu, seraient désormais partagés au niveau de leur intelligence. Une composante juive se dégagerait des autres composantes juives. Le QI des juifs Ashkenazes ( comme Freud ou Einstein ) serait de loin supérieurs aux autres. Gregory Cochran, Jason Hardy, Henry Harpending[52] se demandent comment, alors qu’ils ne forment que 3% de la population américaine, est-ce qu’ils constituent 27% des prix Nobel, ou la moitié des champions d’échecs ( dans la projection de la comparaison entre européens et Azkhénazims il y a peu de différence dans la moyenne, mais dans les QI supérieurs à 140, on note 4  pour 1000 pour les uns et 23 pour 1000 pour les autres..) 

Cette aptitude serait due selon eux à une mutation génétique: 

«Ashkenazi literacy, economic specialization, and closure to inward gene flow led to a social environment in which there was high fitness payoff to intelligence, specifically verbal and mathematical intelligence but not spatial ability. As with any regime of strong directional selection on a quantitative trait, genetic variants that were otherwise fitness reducing rose in frequency. In particular we propose that the well-known clusters of Ashkenazi genetic diseases, the sphingolipid cluster and the DNA repair cluster in particular, increase intelligence in heterozygotes.Other Ashkenazi disorders are known to increase intelligence»[53] 

  

Les auteurs en viennent à considérer l’hypothèse que quiconque portant le sphingolipide ou toute autre des déficiences génétiques engendrant de telles mutations devrait mieux performer que la moyenne des gens aux tests de QI. Est-ce depuis 1000 ans la promiscuité, l’endogamie et le contact à certaines maladies, ajoutées aux exigences professionnelles financières et religieuses, et l’oppression raciste qui auraient favorisées de telles mutations chez ce groupe affecté de cette anomalie génétique ? Cette mutation suffit –elle à rendre quelqu’un plus intelligent ou stimule-t-elle un caractère de cette intelligence dans les séquences qui font intervenir les réacteurs au sens logique, ce qui prédispose à réussir des tests axés majoritairement sur des questions logiques ? On en est à l’exploration, et possiblement à la merci de charlatans fabricant un jour des pastilles… activant le sphingolipide.

Pour l’essentiel des scientifiques, l’intelligence relève majoritairement du cheminement personnel que de l’hérédité. Personne ne nie le legs des parents. Mais ce potentiel aussi riche soit-il ne peut suffire à lui seul. Interchangez l’enfant d’un dit doué Azkhénaze  de Harvard avec celui d’un homme simple qui vit dans le dénuement d’une famille nomade d’un oasis en plein désert, et on verra bien qui aura les chances de se retrouver à Harvard. Les tests d’intelligence s’attardent sur l’intelligence abstraite (verbomotion, raisonnement, imagination, positionnement spatial..). Ils ne peuvent mesurer d’autres pans de l’intelligence dite intuitive ou sensible ( l’émotion, l’affect -saisir ses émotions et celle des autres- dextérité pratique, la sensibilité artistique, la traduction des sens, l’inspiration etc..). Le post eugénisme en cherchant désespérément le siège de l’intelligence et son origine innéiste, sous-estime la complexité de la machinerie cérébrale et l’ampleur des connectivités. 

20me20

 Comme le dit savoureusement Michel Duyme :

«Pour prendre une image, si une ampoule électrique s’allume, il faut que l’ampoule fonctionne mais également que la douille, le fil électrique l’interrupteur fonctionnent correctement. L’ensemble de ces paramètres sont requis pour qu’au final la lumière apparaisse…» [54] 

  

Les généticiens, à mesure qu’ils déchiffrent le génome, arrivent à plusieurs conclusions. Après 13 ans d’exploration, le grand projet nous apprend que les êtres humains ont en commun 99,9% du même stock génétique.

  

20me21

Autre révélation qui devrait conduire le laborantin qui dissèque sa souris à plus d’humilité, son stock génétique est à peine supérieur à celui de sa victime. Nous n’avons pas 100 000 gènes[55] mais une trentaine de milliers au plus, du moins pour l’instant à l’état de nos connaissances[56]. Au lieu de s’attarder sur ce qui nous rassemble, les post eugéniques se sont empressés, au nom de la science et de la découverte des tares génétiques, de fureter sur ce qui nous différencie soit la variation de l’ordre de la fraction de milliards dans le génome ! Sans être eugéniques bien des scientifiques sont intrigués par le fait que nous soyons si identiques à tous les autres mammifères, voire disposons d’un génome plus réduit que l’essentiel des spécimens du règne des organismes. 

  

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Certains savants doivent à présent justifier notre présumée supériorité sur les règnes du vivant, non plus sur le nombre de gènes, mais sur de fines métamorphoses.

Celles qui autorisèrent un dispositif génétique aussi limité que le notre à générer un cerveau aussi complexe que celui de l’humain. 

Dès lors, si ces mutations avec des gènes codant ou non des protéines sont l’explication de nos degrés de complexité, on déduit la nouvelle aubaine des eugénistes. Il leur suffira désormais de spéculer sur l’infériorité et la supériorité des uns et des autres, en fonction des mutations survenues dans des groupes humains et qui, modifiant l’environnement cellulaire, autoriseraient de telles hiérarchies.

C’est par le canal des maladies et tares que ce glissement surtout se fait. 

 On  recense  des milliers de mutations responsables de maladies chez l’humain. Mais les mutations d’un fondateur originel sont relativement spécifiques et c’est elles que l’on traque. On entend par fondateur originel, un ancêtre porteur d’une erreur génétique qui a perpétué sa mutation dans sa descendance devenue un groupement humain. Il est important de situer quelques autres récentes trouvailles, relevant de la génétique aux mutations fondatrices qui permettent de distinguer les humains entre eux. Si elles ouvrent de nouvelles pistes pour la médecine, elles autoriseraient aussi des dérives eugénistes.

Par exemple dans la lutte contre le SIDA. Il est soutenu que les ravages plus grands de cette pandémie chez les  africains, par rapport aux européens, proviendraient du fait que ces derniers ont développé une résistance alors que leurs ancêtres ont été confrontés à l’épidémie de peste de 1346. Dès 1996, l’équipe de Kroup a porté cela à l’attention de la communauté scientifique.[57] Jusqu’à présent, les laboratoires n’ont pas trouvé d’africains porteurs de gène anti VIH héterozigote ou homozygote ( les porteurs héterozygotes héritent d’un gène normal CKR-5 d’un parent et CKR-5 mutant, mais protecteur de l’autre parent.). Les porteurs du gène mutant disposent de récepteurs secrétant des chemokines qui assistent le système immunitaire contre le virus, selon Richard Kroup du  Aaron Diamond AIDS Research Center .  La composante caucasienne elle-même n’est pas à l’abri du phénomène puisque :

«Researchers estimate that perhaps 1 percent of the white population carries this inborn protective mutation. They speculate that, perhaps centuries ago, the defect protected against some other viral invader and thus gained a toehold in the population. HIV immunity has also been observed in rare cases among african american although a mechanism other than CCR5 appears to be at work.» 

 Il existe d’autres mécanismes subtils, tout aussi intrigants cette fois ci dans certaines populations noires. Ainsi, pourquoi certaines prostituées (5%) de Nairobi au Kenya porteuses du virus ne contractent pas la maladie et disposent d’anticorps pour la combattre. Ou alors elles l’a contractent bel et bien et la combattent, soutient Larry Gelmon, chercheur principal de l’ Université du Manitoba et l’Université de Nairobi[58].  Au Kenya, 16 personnes meurent à toutes les heures du Sida  et plus de 13% de la population du pays, soit 1,9 million de personnes, est atteinte par le virus HIV. On comprend toute l’importance du succès d’un vaccin en test à partir des mécanismes de protection de ces femmes, surtout  contre cette sous-catégorie A du virus VIH.[59] Hélas, des luttes de pouvoirs au niveau des brevets et des droits de compensation  retardent ce projet et bien d’autres d’ailleurs.[60]

plantu10Plantu.13.10.1990

Le «post eugénisme positif» permet désormais de faire apparaître de nouvelles formes de thérapies personnalisées et propres à certains groupes ethniques. La question étant, est ce que la recherche peut tenter de la rendre accessible aux autres groupes humains ou cela va-t-il demeurer propres à ceux qui l’ont à leur disposition. Les thérapies génétiques sont d’autant révolutionnaires qu’elles ne s’attardent plus seulement sur les symptômes, mais vont dépister et tenter d’extirper la maladie d’origine génétique qu’elle soit du domaine du cancer ou d’affections neurologiques ou cardiovasculaires…Prévision des potentialités et des conséquences, la voie de la révolution moléculaire ouvre une ère royale pour  «l’utopie génomique». Le patrimoine génétique de l’humanité deviendra t-il le patrimoine politique et économique de quelques-uns? Assiste-t-on nous à la revanche feutrée de l’eugénisme? 

  

bidil heart failure race 

On saurait depuis 1980, que le BiDil par exemple serait un médicament pour le cœur plus efficace sur les noirs que les autres populations lorsque utilisé en combinaison avec d’autres médicaments selon la compagnie fabricante[61]. Cela proviendrait du fait que les patients cardiaques noirs auraient une plus grande déficience en oxyde nitrique que les blancs. L’étude du FDA sur l’efficacité du produit a constaté, avant même la fin du dépôt de son rapport, 43% de réduction de mortalité parmi les patients qui prennent ce médicament. 

Le 16 juin 2005, la FDA à l’unanimité de son panel, autorise pour la première fois dans l’histoire américaine, l’administration de ce médicament basé sur la «race».  Les implications de telles conclusions sont nombreuses. Une médecine génétique et ciblée peut elle redevenir universelle? Qu’en est il de la plus grande disparité génétique au sein des noirs eux-mêmes, qu’entre eux et les autres groupes humains? N’y aurait il pas d’autres facteurs extra génétiques, relevant du stress, de l’alimentation, du mode de vie qui entreraient en ligne de compte? N’est ce pas plus le milieu que les gènes qui sont réellement en cause? Pourrait on tester le BiDil sur des africains du continent? Personnellement, je ne serai pas surpris que les africains-américains, vivant sous davantage de stress, une culture du stress, et un mode de vie et une histoire qui y prédisposent, aient plus de séquelles d’oxydation dans leur cellule que les africains du continent. Le calcul économique de cibler une clientèle entre -t-il en ligne de compte dans le choix de telles recherches? L’universalité du médicament, à priori devrait rapporter plus, mais la spécificité aussi rapporterait autant. Selon Jonathan Kahn, éthicien médical à la  Hamline University School of Law au  Minnesota, Nitromed, la compagnie pharmaceutique n’a de toute façon testé son médicament que sur des noirs pour obtenir les brevets. En fait, elle  disposerait au moins de deux brevets, l’un pour usage général qui expire en 2007, et l’autre spécifique aux noirs n’expirant qu’en 2020. Kahn de conclure .

« If you wanted a scientific basis for approving a race-specific drug, you would enroll more than one race [in the clinical trial]. If you wanted a commercial basis to bring BiDil to the market as a race-specific drug, then you would only enroll one race because you ensure, that if it is shown to work, it will be shown to work in just one race, » he said. « That may be good commerce but it is not good science»[62]

Une autre maladie offrant des perspectives de relance pour le post-eugénisme est l’anémie falciforme ou drépanocytose. Plusieurs mutations dans l’histoire ont produit un polymorphisme génétique. Quelques groupes de populations présentent des hémoglobines anormales à des niveaux significatifs en Afrique de l’ouest (HbC) en Arabie (HbO), en Inde (HbD) le sud ouest asiatique (HbE) et quelques aires dispersées de la méditerranée (thalassémies séquences variées de a et b).  L’apparition de la mutation se serait faite sous cinq différents haplotypes, soit à cinq périodes et endroits différents dans l’histoire. On constate que ces cas hétérozygotes présentent une résistance marquée au paludisme et une plus faible mortalité , en tous cas 2,17 moins de chance que les homozygotes de contracter le paludisme.  Quand on sait que la malaria tue 2 millions de personnes par an, on voit tout l’intérêt pour les 400 millions de porteurs du plasmodium de bénéficier des avantages qu’ont les anémiens falciformes.[63]  En retour, s’ouvrent des possibilités de soins par la greffe de moelle allogénique pour ces derniers. 

Les juifs Azhénazim, qu’on a déjà évoqué, sont sujets plus que tout autre groupe humain à la maladie de Tay-Sach qui attaque le système nerveux. Un enfant atteint en général ne survit pas à l’âge de 4 ans. Une politique systématique d’avortement dès le diagnostic du fœtus a permis d’éradiquer la maladie en Israël. On ne signale qu’un cas en 2003 dans ce pays, et à New York où la communauté est importante, selon le Dr Desnick de l’hôpital Mt-Sinaï de Manhattan, sur les 10 cas de bébés recensés en Amérique aucun n’était juif.[64]

Dans le cas de greffe osseuse, les antigènes HLA sont en général plus disponibles au sein du même groupe ethnique. Certains patients peuvent se retrouver sur des listes d’attentes interminables dans l’attente d’un donneur provenant de leur groupe ethnique.[65] Dans le cas d’hémachromatose héréditaire, dont la mutation remonte à un ancêtre commun en Europe, les patients ont une tendance de si bien absorber le fer, qu’il leur devient malsain voire fatal, entraînant même parfois la mort. Là aussi la génétique offre des perspectives. 

De la fibrose kystique, au gène de cancer  à l’hémophilie, la liste des maladies génétiques propres aux groupes ethniques s’allonge. Avec le brassage des populations et leur métissage, le post eugénisme dispose d’instruments susceptibles de repérer des groupes ethniques et des individus à risque etc. Ce n’est plus de la science fiction que d’envisager que la médecine recourra à la génétique pour traquer systématiquement et détruire à l’embryon les humains aux gènes déficients. Une «génocratie» se profile, fabricant le nouvel humain du berceau à sa croissance et à sa préservation dans la vieillesse. L’assistance médicale à la procréation, permet la fabrication d’un individu sur mesure. Père du premier bébé éprouvette français, Testard envisage plusieurs dérives, je n’en mentionne qu’une qui touche notre objet et reproduis in extenso sa mise en garde et le commentaire de l’article :

20me24

Également nommée «diagnostic génétique préimplantatoire» (DPI) cette technique consiste à produire de nombreux embryons qui vont ensuite être observés et triés afin de conserver celui qui est considéré comme le meilleur. Interdite en Suisse, elle est déjà utilisée dans certains pays pour éviter d`avoir un enfant hémophile ou parce qu`il y a un risque que le futur bébé ait un gène de cancer. Le fait que le DPI soit utilisé non plus lorsqu`il y a la certitude d`une pathologie grave, mais dans les cas où seul le risque de maladie est présent «Parce que cela va contre la biodiversité» «Lorsque les parents devront choisir leur futur enfant, ils demanderont au médecin de sélectionner ce qu`il y a de mieux et ce dernier prendra un embryon conforme à l`époque. Tout le monde deviendra pareil.»  Mais ce que le spécialiste redoute encore plus ce sont les effets contre l`altérité. En effet, il y aura quand même des individus porteurs de certaines tares. Le risque est grand qu`ils soient très mal considérés parce qu`ils représenteront une sorte d`insulte au progrès qui aurait pu mieux les créer. Par ailleurs une «police génétique» pourrait s`instaurer obligeant les individus à faire des démarches de normalisation pour ne pas coûter au système de santé et d`aide sociale. Une forme de racisme particulièrement pernicieuse pourrait également voir le jour un «racisme du gène» à base scientifique et démontré statistiquement»[66] 

  

20me25

Les dérives sont nombreuses et concernent les droits de la personne. Autant au niveau de la prédiction médicale, du clonage, adjonction de chromosomes naturels ou artificiels, tous compatibles avec l’individualisation des choix.  Les banques d’empreintes génétiques se grefferont aux données rétiniennes, déjà en vogue dans le délire sécuritaire.   On pourra ainsi, au nom de la prévention de la santé, répertorier le profil individuel et collectif et, dépendamment de la nature totalitaire du régime politique, imaginer bien des scenarri d’horreur. Est-il possible qu’en plus de la discrimination raciale apparaisse la discrimination génétique? Une seule réponse concrète contre tous ces problèmes et dérives, le rééquilibrage des chances sociales et un système de droit ferme et transparent, au profit du patrimoine commun de l’humanité. 20me26 


  

II De quelques contributions de l’Afrique à la civilisation  

  

  

On ne peut passer en revue ce que l’Afrique a apporté à l’humanité. En général on s’attarde sur les legs culturels, principalement de la musique à l’art plastique. Retenons ici seulement pour la pertinence de notre sujet quelques autres faits saillants. La première contribution est involontaire et relève de l’évolution humaine; l’humanité est monogénétiquement d’origine africaine. La seconde a trait à des legs de civilisations africaines. La troisième renvoie à l’insertion défavorable de l’Afrique à la mondialisation. 

  

 L’humanité monogénétique

  

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Vérifiant la tradition orale des anciens africains, qui situait l’avènement de l’humanité aux pieds des monts de la lune, une poignée de chercheurs dont Cheikh Anta Diop[67], a fait écho à l’intuition de Darwin et à la thèse monogénétique de Leakey qui a compris, en 1959, ce que le reste de l’intelligentsia dominante s’est évertuée à ne pas reconnaître; à savoir, que l’Afrique avait bel et bien été le berceau de l’humanité. La signification d’une telle affirmation, devrait, pour être appréciée, être replacée dans le contexte raciste et colonialiste de l’époque. 

  

Il n’ y a aujourd’hui aucune gloire à reconnaître cette maternité à l’Afrique, ni à en tirer un quelconque narcissisme afrocentriste. L’objectif devrait plutôt être de proclamer l’unicité du genre humain, l’absurdité du racisme et le droit à tous et à toutes au développement et à l’évolution. Mais la lutte pour s’approprier le chaînon manquant a amené bien des nations à rivaliser. Des britanniques en ont fabriqué un par exemple. En 1912, Charles Dawson exhibe un faux composé d’éléments d’un crâne humain et d’une mâchoire d’orang –outang. Il sera enseigné dans les livres et les universités comme le maillon entre l’homme et le singe ; l’ancêtre des britanniques et des premiers européens. Une double fausseté dénoncée par Alvan Marston en 1953. Ce n’est qu’aujourd’hui , avec le recul, qu’on voit combien tant d’écoles eurocentriques sciemment ou involontairement erronées ont induit le monde et la science en erreur. La plupart ont été décrypté et ont disparu du champ scientifique. Deux écoles s’affrontent désormais sur le terrain de la véracité scientifique, une thèse polycentrique ( modèle multirégional issu des années 30 et le modèle intermédiaire années  90) et une thèse monocentrique ( années 50 et dans sa variante biologique-out of Africa-1988). Nous verrons que graduellement et patiemment cette dernière reconstitue le plus fidèlement notre évolution.

  

  

  

  

  

  

  

  

  

20me28 

C’est de façon caricaturale que l’on prétend que l’homme descend du singe. En réalité, nous ne sommes que des cousins éloignés de certaines espèces de singes avec qui nous partageons plus de 90% du stock génétique ( 99% avec le chimpanzé). Chose d’autant plus surprenante le Gorille, l’orang-Outang et le Chimpanzé ont 48 chromosomes, l’humain en a 46, et cette différence apparaît encore plus tenue si on comparait ces chromosomes l’un après l’autre: l’homme a 2 chromosomes de ces singes imbriqués à leur bout et qui n’en constituent en fait qu’un seul .

En tous cas, nous dûmes appartenir à un ancêtre commun, évoluant par la suite dans des lignées différentes. Preuve vivante, le bonobo, un chimpanzé de la ceinture du fleuve Congo est un remarquable spécimen qui fascine les chercheurs par son intelligence, sa faculté de marcher debout même en terrain escarpé, sa dextérité et ses capacités industrieuses. La seule observation de cet animal pourrait convaincre bien des sceptiques. 

  

  

 A l’origine, les simiens apparaissent il y a 60 millions d’années. Parmi eux, seuls les catarhiniens il y a 35 millions d’années participeront en Afrique à l’évolution vers l’humanité. La paléontologie, se basant sur plusieurs gisements fossilifères, (avec des récoltes de plus de 200 000 fossiles, rien qu’en Afrique s’étendant de la source du Nil au reste de l’Afrique orientale et australe) est parvenue à reconstituer les grandes étapes de l’hominisation, Ainsi, selon les paléontologues, l’observation des fossiles montre que la série commence avec l’aegyptopithèque trouvé à Fayoum en Égypte. Commence donc des lignés de purgatorius sortes de petits singes. Il en descend une espèce légèrement plus grande, le proconsul il y a environ 17 millions d’années, et dans son rameau le Kenyapithèque, daté de 15 millions d’années.

  

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Les paléontologues distinguent, dans la lignée des hominidés, que la séparation avec les grands singes remonterait à environ 15 millions d’années. Des fossiles vieux entre 8 et 4 millions d’années étaient très rares, hormis les traces de pas de Laetoli, les débris de dents et de mâchoires de Tabarin, Lukeino au Kenya.. Il y a environ 7 millions d’années, la divergence entre hominidés et grands singes inaugure l’évolution humaine, principalement à la suite de la cassure qui survient dans la vallée du Rift. En 1994, deux grandes découvertes viennent bouleverser les théories généralement acceptées. 

  

  

D’abord dans l’Awash, sur un site nommé Aramis au Nord-Est du lac Turkana en Éthiopie, 17 fragments d’un spécimen daté de 4,4 millions d’années sont récoltés. C’est Ramidus ou Ardipithécus, l’australopithèque le plus ancien connu jusque là. Il fait office de chaînon manquant, alors que certains préfèrent le reconnaître comme un voisin du chimpanzé, parce qu’ il semblait être moins capable de bipédie que de se déplacer dans les arbres, et tellement l’émail de ses dents est fin comme un mangeur de fruit.. A partir de 3,8 millions d’années, les australopithèques différents se succèdent. Mais Ronald Clark de l’université de Witwatersrand en Afrique du sud a daté, en début d’année 96, des ossements de pied qu’il a pu reconstituer à partir d’une trouvaille faite en 1981. Il indique que ce spécimen. plus vieux de 500 000 ans que le bipède de Laétoli (3,6 millions d’années). savait marcher.. Le plus célèbre australopithèque sensé ouvrir sans conteste la route de notre évolution est sans doute Lucy, femelle afarensis datée de 3,18 millions d’années et capable de marcher droite, malgré ses genoux prononcés de primate. D’autres trouvailles récentes sont intéressantes: Homo rudolfensis, homo ergaster.

  

La seconde découverte majeure s’est faite par l’équipe franco-tchadienne de Michel Brunet de l’université de Poitiers à 2500 km de la fracture de l’Afrique orientale nommée Rift valley, à Koro Toro au Tchad actuel. Comment Abel, dont on a daté la mandibule et les 7 dents a 3,5 millions d’années, a-t-il pu aboutir là? Est-ce l’exception qui confirme la règle , puisque les fossiles de cette génération ont tous été trouvés à l’Est de la vallée du Rift ? Sinon existait -t-il des contemporains aux australopithèques d’Afrique orientale? Ouvrons une parenthèse pour évoquer cette question. L’évolution humaine ne serait pas aussi simple qu’on aurait pu le croire, et l’hypothèse d’un bouquet de pré-humains coexistant sur une plus grande latitude à l’échelle du continent n’est plus à exclure. On semblait de plus en plus considérer, que c’est peut être la qualité exceptionnelle des structures sédimentaires et orogéniques de la zone de la Rift valley qui est responsable de l’abondance des fossiles qu’on y trouve. Voilà qu’on n’exclut pas que des contemporains de ses fossiles, ailleurs sur le continent dans des zones plus boisées ou plus arides, aient pu exister. On cherche. De nouveau un fantastique coup de théâtre vient soutenir cette possibilité ! 20me30 Toumaï le plus ancien représentant de la lignée des pré humains est récemment  découvert  par l’équipe de Brunet dans le désert du Djourab au Tchad.

Il est biochronologiquement daté par la faune alentour autour de 7 millions d’années [68].

Un autre spécimen est dévoilé. Orrorin est daté de 6 millions d’années.

Ces découvertes attestent que l’envergure des zones de pérégrination des pré-humains est plus étendue qu’on le croyait. 

  

  

  

  

Sterkfontein find

Ici, il faut aussi revoir la thèse classique qui invoquait les conditions climatiques comme la sécheresse et la déforestation qui auraient incité les pérégrinations et accéléré la marche debout. Phillip Tobias et son équipe de l’université de Witwatesrand[69] ont exhumé à Sterkfontein en 1998 un pré-humain de 1 m22 de haut, probablement bipède, plus vieux que l’enfant de Taung , et qui serait de 500 000 ans plus vieux que tout fossile trouvé plus au Sud de la Tanzanie. 

Certes, debout, l’insolation est moins forte, et des études thermographiques montrent que même à l’ombre, le corps répartit différemment la chaleur, selon que l’on soit accroupi, assis, ou debout.

Une autre piste s’ajouterait à la raison de la station debout[70]. En recourant à la l’orthopédie dento‑maxillo‑faciale, Marie Josée Deshayes et Anne Dambricourt-Malassé proposent de répondre au pourquoi de la station debout, de la différence entre le singe et l’homme quant à la réduction du prognathisme, de l’emplacement plus prononcé sous le cerveau du canal occipital et l’accroissement du volume logeant le cortex. Ce serait dans le développement embryonnaire que se trouverait la réponse à ces questions et non pas uniquement dans le hasard, la sélection naturelle, ou l’environnement. Il existerait une dynamique d’évolution ontogéniquement inscrite- nommée attracteur – se perpétuant selon un plan vertical et transversal , selon deux pantographes, que Dambricourt‑Malassé a appelé contraction cranio-faciale :  

< Le double pantographe permet de modéliser le développement architectural de la base du crâne , chez tous les primates, depuis les stades les plus précoces. Il montre une loi générale selon laquelle, plus les os de la face et les deux mâchoires sont glissés sous le front et élargis, plus les tissus osseux situés en avant du trou occipital sont redressés. Notre thèse est que cette loi traduit une dynamique initialement embryonnaire obéissant à une logique de contraction qui perdure et se réitère depuis l'apparition des primates, voici 60 millions d'années>.[71]

  

La recherche départagera sous peu ces apports qui, s’ils rejoignent sur l’essentiel, divergent sur des aspects importants au niveau métaphysique (ici par exemple dans  le caractère déterminé à l’avance de cette évolution humaine-style Teilhard de Chardin et intervention divine- ou alors le hasard et l’œuvre de la matière).

  

Mais revenons à notre arbre phylétique. De nombreuses autres découvertes commencent aussi à faire douter que l’homo erectus, autour de 1,4 à1,6 millions d’années, a été le premier grand aventurier qui ira à la conquête des autres continents . A Java, en Indonésie, en 1970 avaient été trouvés deux fossiles. En 1994, Garnis Curtiss refait les datations. Celui de Mojokerto est daté 1,8 millions d’années par potassium argon, l’autre de Sangiron est daté 1,6 millions. 

Sur le site de Longgupo en Chine est retrouvée une forme proche d’Homo erectus datée de 1,9 millions d’années. Russel Chichon de l’Université d’Iowa, après examen des dents,  conclut qu’il s’agit d’une forme plus primitive qu’erectus . Est-il possible de reculer la date du départ des premiers globe- trotters, soit les Homo erectus à 2 millions d’années, ou est ce tout simplement Homo habilis le premier aventurier? Tout porte à croire pour l’instant que Homo erectus a bien colonisé le premier la planète. 

  

C’est en Espagne depuis 1995 que l’on découvre des traces d’hominidés vieux de 800 000 à 1 millions d’années, corroborant la thèse des pérégrinations d’Homo erectus pas seulement vers l’Asie, mais aussi vers l’Europe. A Atapuerca, en Espagne, des équipes sont  à l’œuvre à la recherche de preuves supplémentaires. Un site à Pakefield dans le Suffolk anglais en décembre 2005 a révélé des outils vieux de 680 000 ans, ce qui en ferait une trace de colonisation précèdent de loin Homo Heidelbergensis, daté de 500 000ans. 

Skull Science

  

http://news.bbc.co.uk/olmedia/745000/images/_745080_sk300.jpg 

Le squelette d’une adolescente daté autour de 1,7 millions d’années a été retrouvé à Dmanisi en Géorgie. Ce serait les traces les plus anciennes d’un pré-humain du type de Homo ergaster, qui est arrivé d’Afrique et dont la lignée européenne s’est effacée face aux homo sapiens.

  

  

La découverte exhume aussi des outils de pierre du genre acheuléen  et des ossements d’animaux. David Lordkipanidze, du musée d’Etat de la république de Géorgie est excité par cette découverte majeure qui signifierait que le peuplement africain de l’Europe s’est fait plus tôt qu’on le croyait. On a un bel intervalle temporel entre ces premier européens et ces autres spécimens d’érectus d’Europe, comme le tibia retrouvé à Boxgrove en Angleterre et daté de 500 000 ans, ou l’Erectus de Tautavel en France vieux de 450 000 ans. Toutes ces découvertes viennent rafraîchir l’étalonnage des arbres phylétiques et nuancer les propositions des paléontologues. 

En effet, l’arbre phylétique des paléontologues, se basant sur les datations au carbone 14, même améliorée par la spectrométrie de masse, est contesté par les biologistes. 

La biologie pour prouver l’évolution africaine de l’humanité 

  

 Bien que ne disposant pas pour l’instant d’une échelle temporelle complétée sur la base de leurs éléments biochimiques, les biologistes font remonter la séparation des grands singes des hominidés à 5 millions d’années, en se basant sur un arbre phylogénétique datant de 30 millions d’années. Il est vrai, à la décharge des biologistes, qu’entre 11 millions et 4 millions d’années, subsiste un vide fossile. Toujours est il que, pour Wilson, Sarich et d’autres, la variation des changements biochimiques est quasi nulle, ce qui suppose que l’horloge moléculaire (molecular clock) démarrant de la divergence entre humain et chimpanzé, excluait ramapithécus des fossiles humains le réduisant à un sivapithécus ancêtre des orangs-outans[72]. Quelque soit la controverse à ce stade entre paléontologues et biochimistes, elle allait se raviver à mesure que l’on essayait d’établir le début de l’humain moderne. 

  

Cheikh Anta Diop considérait à ce titre, que les hominidés néanderthaloïdes devaient être soumis à « des critères sévères de datations radiométriques « .[73] C’est qu’il soutenait que l’origine du néandertalien serait probablement africaine plutôt qu’européenne. La découverte d’un néanderthaloïde à Broken FER (Zambie) âgé de 110 000 ans, ainsi que d’un autre en Égypte prouverait selon toute vraisemblance l’existence de spécimens plus anciens que le würmien européen classique âgé de 80 000 ans à 100 000 ans. Non seulement l’anthropaléontologie européenne exhibe des dates allant de 200 000 voire 300 000 avec l’exemple de Sierra de Atapuerca en Espagne, en voulant y voir un Néanderthal plutôt qu’une forme d’Homo erectus, mais elle a la décence de reconnaître que ses traces partent de Gibraltar vers l’Asie. Mais Gibraltar à cette période de glace est connectée à l’Afrique. Alors il faut trouver mieux. Voilà que l’on découvre un homme de Néanderthal de 30 000 ans seulement à Zafarraya en Espagne alors qu’ils sont normalement éteints 5000 ans plus tôt. Nous attendons toujours des datations plus sérieuses de ce spécimen.. En admettant qu’il soit vrai, qu’est ce que cela signifie? Deux scénarii sont au moins possibles: 

-         soit il a co-existé une espèce de Néanderthal jusqu’à cette époque là avec des africains homo sapiens, et là se pose la question de savoir pourquoi ne se seraient ils pas métissés (une réponse serait par exemple par incompatibilité génétique). Dambricourt-Malassé. dans son analyse embryologique des capacités crâniennes trouvait d’ailleurs que l’Homo néanderthal n’était pas sapiens [74]‑;

-         soit pendant 10 000 ans les deux espèces ont vécu en Espagne avec invasion des homo sapiens et de leur métissage naquirent les leucodermes actuels. Cela contredirait la thèse retenue habituellement de la transformation sur place des négroïdes grimaldiens.[75] De plus en plus, une certaine paléontologie occidentale dans un élan anthropomorphe fait des Néanderthaliens des humains pratiquement égaux à ceux d’aujourd’hui à l’instar de l’ouvrage de James Shreeve[76]. En quête d’une paternité autre qu’africaine (car n’admettant pas la possibilité de néanderthalien africain) Fred Smith de l’Université d’Illinois soutient  » qu’ils étaient pleins de ressources, intelligents. Ce n’étaient pas des brutes. Ils étaient nous, seulement différents’ [77] 

  

«L’hominidé qui suit» le néandertalien est l’homo sapiens et précisément le sapiens sapiens africain «homme doublement savant) qui est allé peuplé les autres continents. Par adaptation et sélection, Diop suggérait qu’il se serait différencié au mésolithique avec l’apparition de la brachycéphalie, et au néolithique avec les caucasoïdes, les mongoloïdes et enfin les leucodermes. Ces derniers seraient le prototype du Cromagnon, issu de la transformation pendant 20 000 ans du négroïde grimaldien en Europe. La thèse monogénétique signifie que de 70 000 jusqu’à il y a 10 00 ans, l’humanité africaine a peuplé en trois vagues successives le reste du Monde, ne pouvait être vérifiée que sur la base de vestiges fossiles. Une fois de plus, la biologie moléculaire semble venir à la rescousse de cette thèse. 

  

  

  

  

  

Mitochondrie.png

  

Schéma descriptif de la structure mitochondriale
1 :membrane interne. 2 : membrane externe.
3 : espace inter-membranaire. 4 : matrice (source : wikipedia.org
[78]

  

  

En effet, l’arbre évolutif a connu une autre retouche, à la faveur des études sur les mitochondries de l’ADN. (Il s’agit d’organites cytoplasmiques synthétisant l’adénosine triphosphate en énergie essentielle à la cellule nucléique- le génome mitochondrial est de 16569 paires). L’ADN mitochondrique a la particularité de ne regrouper que 37 gènes, et ne se transmet que par la mère.

  

20me34

Lorsqu’on étudie des espèces proches comme l’humain et le chimpanzé, on parvient à mesurer ses modifications biochimiques, en général rapide dans le temps, et à en déduire d’assez prés la période de leur séparation. Avant de décéder, le biologiste Allan Wilson crée l’effet d’une bombe iconoclaste. Avec son équipe, ils calculèrent les mutations survenues dans l’ADN mitochondrial en déduisant leurs étapes s’échelonnant sur une périodicité régulière jusqu’à la branche la plus éloignée de l’arbre évolutif ( soit environ 3% de mutation de l’ADN mitochondrial sur un million d’années). 

  

Considérant que parmi les humains actuels, les africaines sont les plus différents génétiquement et sont donc ceux ayant le moins mutées, ils soutinrent qu’une africaine (ou plusieurs africaines), il y a 200 000 ans, serait l’ancêtre commun de l’humanité contemporaine[79]. Notre arrière grand-mère de 10 000 générations!

Une autre étude menée par Cavalli Sforza de l’université de Padua démontre que les peuples d’Éthiopie, de la péninsule arabe et les dravidiens de l’Inde ont eu un ancêtre commun africain il y a 55 000 ans.

Ornello Semino de l’université de Pavia, et  Peter Underhill de Stanford , Californie ont aussi testé l’ADN Y de1007  hommes de 25 différentes régions d’Europe et du Moyen Orient. Ils constatent 3 vagues de migrations africaines vers l’Europe : 40,000, 22,000, et 9,000 ans.  95% de ces  européens descendent d’un groupe de  1 à  10 ancêtres masculins. Plus de  80% de ces européens héritent d’ADN Y d’ancêtres de l’ère du paléolithique qui vécurent entre 25,000 à 40,000 ans en Europe, les derniers 20% descendraient de fermiers du néolithique qui y vécurent entre 9000 à 10000.[80] 

Les multirégionaux contre-attaquent en août 2002[81] citant le cas d’une patiente de 28 ans qui aurait reçu de son père 90,5% de son ADN mitochondrial. Cette possibilité extrêmement rarissime leur a été considérée suffisante pour mettre en doute la régularité de l’«horloge moléculaire». La thèse polycentrique se débat comme elle peut, les autres thèses s’étant toute effacées devant celle de l’origine monocentrique, (son processus par clades à partir d’un rameau unique il y a moins de 200 000 ans, et redaté plus précisément à 143 000 ans) on comprend l’acharnement de ceux qui refusent d’admettre l’unicité du genre humain. Pour eux, les homo erectus graduellement et dans chaque espace géographique d’Asie et d’Afrique évoluent graduellement, sur place, pour donner les homo sapiens. Au mieux certains plus ouverts admettent la probabilité d’un mélange. 

La recherche de Gerard Lucotte du Collège de France démontre que les pygmées Aka d’Afrique centrale, si on se fonde sur le chromosome Y (haplotype 13) sont nos ancêtres vivants. [82]

Un autre coup fatal aux thèses monocentriques a été apporté par une équipe internationale de chercheurs qui a fait paraître son étude dans Nature Genetics. Elle montre que nos ancêtres vivants sont en Afrique australe au Soudan et en Éthiopie et que, si on se fie au chromosome Y d’un échantillon de 1062 personnes provenant de 22 zones géographiques dispersées de par le monde, on obtient une surprenante confirmation.  L’origine africaine de l’humain moderne est attestée, mais ne date dans sa variante masculine que de 59 000 ans. Comment expliquer l’écart de près de 80 000 ans entre cet Adam et Eve africain? Probablement  que notre stock génétique s’est différencié en bouquet ou  en mosaïque à travers le temps et la dispersion géographique. 

Peter A. UnderHill et Peter J. Oefner de l’Université Stanford se basant toujours sur le chromosome Y dessinent un arbre généalogique remontant à un Adam africain avec 10 branches. Les trois premières sont exclusivement africaines. De cette troisième branche un lignage se rendit en Asie et donna naissance à la descendance 4 à 10 qui se dispersa. La branche 4 vers la mer du Japon, la cinq vers l’Inde du nord, la descendance 6 et 9 vers le sud de la Caspienne. 

L’étude des premiers Australiens, du fait de leur insularité permet de constater une très faible variation de l’ADN mitochondrial et du chromosome Y. Les variations sont de l’ordre de 150 000 à 200 000 pour l’ADN mitochondrial et de 60 000 à 100 000 pour le chromosome Y. Là où on obtient une variabilité maximale c’est en étudiant les populations de la corne de l’Afrique, où il n’y a pas d’ancienneté, attestant l’unicité du genre humain. 

  

Un point toujours intrigant concerne la dépigmentation de l’homo sapiens négroïde et sa transformation en couleurs différentes par sélection et adaptation jusqu’à l’autonomisation. Cheikh Anta Diop a toujours invoqué la loi de Gogler. On sait maintenant qu’une centaine de gènes interviennent dans les phénomènes de pigmentation. Il se trouve que c’est par hasard, en étudiant le cancer par l’entremise de poissons zébrés Golden que des chercheurs de l’université de Pennsylvanie[83] ont identifié un des gènes lié à couleur humaine.  Selon eux, la mutation d’un acide aminé dans le gène SLC24A5 aurait contribué à la transformation de la peau plus claire des européens par rapport à leurs ancêtres africains. Le gène, une mutation d’une lettre dans la séquence de 3,1 milliards de lettres de notre génome, serait responsable pour au moins du tiers de la perte de pigmentation du noir vers le blanc. 

«The evolutionarily conserved ancestral allele of a human coding polymorphism predominates in African and East Asian populations. In contrast, the variant allele is nearly fixed in European populations, is associated with a substantial reduction in regional heterozygosity, and correlates with lighter skin pigmentation in admixed populations, suggesting a key role for the SLC24A5 gene in human pigmentation». 

Déjà se font jour des spéculations sur l’usage de ces trouvailles pour bronzer ou pour se décolorer la peau sans dommage, ou pour contrer le cancer de la peau. On ne fait de toute façon que commencer à dévoiler la pointe de l’iceberg en terme de potentialités sur le gènome humain.[84]

  

Tous ces nouveaux éléments viennent conforter la thèse monocentrique. La toute dernière trouvaille relève du tracé des migrations humaines reliées au goût de  l’amertume. Il se trouve que 75% des humains perçoivent le PTC (phénylthiocarbamide) comme très amer. Les 25% ne détectent pas du tout cette amertume. Cette faculté de détection devrait remonter à des temps immémoriaux où nos organismes instinctivement nous protégeaient de l’ingestion de plantes toxiques.

Je paraphraserai ici  fidélement Dennis Drayna et ses collègues qui ont analysé cela. Ils découvrent que la combinaison de trois changements produisent la physionomie du gène récepteur de la non détection du PTC. Cette mutation génétique est advenue chez un ancêtre fondateur qui l’a légué à sa lignée. L’altération génétique est enchâssée dans une très courte séquence d’ADN ancestral, soit quelques 30 000 paires bases chez certains porteurs, révélant  une ancienneté de l’ordre de plus de 100 000 ans. Plusieurs études ont montré que les populations de l’Afrique subsaharienne sont porteuses de 7 différentes formes du gène PTC. Mais seule les formes de gènes (major taster et major non taster)  goût prononcé et goût incapable d’être détecté, se retrouvent à l’extérieur des populations africaines. Sur les 5 formes restantes, une est retrouvée occasionnellement dans des populations non africaines (et jamais chez les amérindiens), alors que les quatre autres sont exclusivement africaines. L’information suggère qu’un groupe d’Africains est bien sorti du continent autour de 75 000 pour se répandre à travers le monde, confirmant l’origine monogénétique. Mieux, la forme non taster –incapacité de détection du goût- résout la question du métissage entre homo sapiens et homo erectus. Ces derniers auraient dû avoir leur propre formes de PTC pour détecter les plantes toxiques de leur environnement. En cas de métissage, il y aurait donc dû avoir différentes formes de gènes PTC en Asie du Sud Est, de l’Est et en Europe. Mais, il y a une remarquable absence de telles variations, attestant qu’il n’y a pas eu de croisements avec résultats entre homo sapiens et autres pré-humains.[85] Ni la thèse de la transformation multirégionale –erectus se métamorphosant localement- ni la thèse réticulaire, métissage- ne sont compatibles désormais avec cette trouvaille confirmant la thèse «Out of Africa». 

« Founder mutations now add a new dimension to DNA studies : calibrating the haplotype length dates the mutation, and calculating the frequency of the haplotype in the population measures the geographic spread of the founder’s descendants. Each of us bears biochemical witness to the fact that all humans are indeed members of a single family, bound together by the shared inheritance of our genome»[86]

Espérons que des chercheurs émérites comme Yves Coppens, à qui on doit beaucoup dans ce débat, se ravisent sur certaines de leurs hypothèses de métissages entre sapiens et erectus ou d’évolution en grades. Cro-magnon est bien le premier leucoderme issu du négroïde grimaldien. 

 Sur l’évolution à partir du rameau africain, il y aura toujours des savants comme Carleton Coons[87] pour trouver le moyen d’y voir là plutôt le signe que les africains représentent des espèces moins avancées, comme s’ils seraient les derniers à avoir évolué vers l’humain moderne. Pour lui l’humain moderne est né en Asie où en Europe et se serait constitué indépendamment de l’influence africaine. Les relents de racisme, derrière ces thèses polycentriques, sont de toutes façons ridiculisées par les trouvailles énoncées plus haut. D’autant plus que la race n’existe pas, et c’est le grand mérite de Cheikh Anta Diop que de l’avoir compris parmi les premiers[88]:

« Le problème est de rééduquer notre perception de l’être humain, pour qu’elle se détache de l’apparence raciale et se polarise sur l’humain débarrassé de toutes coordonnés ethniques« . 

  La race n’existe pas car l’humanité est une et a les mêmes capacités intellectuelles. Il n’y a aucune différence significative, ni anatomique ni au niveau du cerveau qui puisse permettre d’établir une quelconque hiérarchisation.

  

Cette remarque est importante notamment en ce qui concerne la genèse de la civilisation égyptienne dont on devra garder à l’esprit que malgré le brio et l’époustouflante prouesse technologique et historique qu’il s’agissait de société foncièrement inégalitaire, et hautement hiérarchisée. Elle ne semblait pourtant pas connaître ni la traite esclavagiste ni l’univers carcéral. 

  

  

  

  

  

20me35 Egyptologie et quelques contributions africaines à la civilisation universelle. 

  

L’Égypte, lieu naturel de propagation à partir de la vallée du Rift des premiers humains négroïdes, est la mère des civilisations humaines. L’Égypte nègre qui domestiquait les plantes au néolithique et qui cultivait l’orge au paléolithique. Cette Égypte qui bâtit le premier État d’une odyssée de 3000 ans était d’abord noire, comme  les autres habitants de l’Afrique 

  

En Afrique c’est dès le début des années cinquante, que Diop a soutenu cette thèse[89]. D’abord en 1948, et dans la première parution de la voix de l’Afrique en 1952, puis dans l’œuvre majeure de l’époque « Nations nègres et culture » et des textes suivants. Dans sa lancée, Obenga, Sall, Sertima, Johanson, Ela, Wonyou, Pfouma, Finch et quelques autres se sont fait les avocats de l’africanité nègre de l’Égypte pharaonique.   

  

Géographiquement l’Égypte est un prolongement de la vallée du Rift, dont les développements morphologiques aboutirent par les transferts d’alluvions à la formation de terrasses elles mêmes correspondants à l’adaptation du Nil au niveau de la mer comme le comprirent très tôt, Rushdi Said, Arkell et Sandford [90] . L’Égypte est caractérisée par la primauté de la haute Égypte (zone s’étendant du delta -limite du Caire -à juste après la première cataracte-près d’Assouan-) sur le Delta. Depuis Homo érectus, et son industrie lithique acheuléenne, jusqu’aux premiers instruments paléolithiques et néolithiques, une présence toujours africaine caractérise l’humanisation de la région. A l’ouest et au sud de l’Egypte actuelle et du Nil s’est forgée la civilisation égyptienne. Les premiers égyptiens ont dû dompter les caprices du fleuve par les drainages, les digues et les irrigations pour créer cette fantastique civilisation s’étendant sur plusieurs dynasties. Ankh nous apprend que

«…Jacques LABEYRIE, ancien directeur du Centre des faibles radioactivités du CEA-CNRS, à Gif-sur-Yvette, indique que les résultats de ces datations établissent que le mouvement de la civilisation égyptienne du Sud vers le delta du Nil est corrélé à l’abaissement du niveau de la mer et recoupent parfaitement la tradition rapportée par les Anciens..»» [91] 

  

Les chercheurs belges de l’équipe de Vermeersch découvrent au site de Nazlet Khater  un gisement fossilifère magnifique avec une industrie lithique datée de 32 000 BP (BP signifie avant 1950). Non loin de là, un squelette difficilement datable à cause de sa faible proportion en charbon organique. Mais fait capital, cet homme à la boîte crânienne de 1400 cm3 serait plutôt nègre, si l’on s’en tient à sa cavité praenosale et ses maxillaires en saillies.[92] C’est à ce jour le premier égyptien connu. Zaborowski, sans trop s’aventurer dans le caractère négroïde des égyptiens, avait montré parmi les premiers qu’ils étaient bien des autochtones et non d’hypothétiques étrangers débarquant en Afrique.[93]  Tout porte à croire en effet que se sont les mêmes hommes, qui à Ouadi Koubanya au paléolithique supérieur, soit il y a 18000 ans, pratiquaient les premières techniques agraires au monde, avec de l’orge, des lentilles du blé des pois.[94]. En Nubie «le Ballanien est daté de -14000 et le Halfien (2è cataracte) de 16000 av. J.C»[95]. La révolution néolithique semble s’être bel et bien déroulée dans cette vallée du Nil. Le développement des techniques agraires a généré des formes de communalisme et de divisions du travail de plus en plus spécialisées se parachevant dans l’Égypte pharaonique. Cette dernière, aussi loin que l’on peut remonter, naît sur place de ses indigènes et non par quelque hypothétique invasion ou influence asiatique.  La période allant du néolithique aux premiers égyptiens est encore pleine de secrets. Une approche conceptuelle proche de la méthodologie « paléthnologique » de Leroi-Gouran ( fouilles et recherches systématiques pour l’appréhension de la vie de l’homme à travers ses manifestations culturelles politiques, économiques, sociales, religieuses, linguistiques) permet néanmoins de considérer la vallée nilotique et le peuple Anou comme fondement de l’Égypte pharaonique. La source de l’Egypte pharaonique est méridionale, éthiopienne et nubienne. L’emphase de recherches futures sur la protohistoire égyptienne nous éclairera certainement sur les débuts de l’odyssée égyptienne. Une chose est sûre, c’est que l’origine de cette civilisation n’est ni asiatique, ni moyen-orientale, mais bien d’un espace qui correspond au Soudan et à l’Éthiopie actuels. Aucune trace matérielle de civilisation indo-aryenne, rappelant la spécificité égyptienne à ce moment n’existe ailleurs, pour conforter un métissage possible. Aucun apport significatif de peuple migrant des espaces euro-asiatiques n’est décelé. Par contre, la civilisation existait déjà en Afrique, dans les cités Etats de Nagada, Thinis, Abydos, et attisait l’admiration de peuplades environnantes. Quostul en zone nubienne semble avoir été un creuset des premières formes étatiques. Quelques rois forgent l’ossature de l’appareil d’Etat à venir, mais les connaissances de ces systèmes demeurent fragmentaires. On cite les rois Scorpion I, Scorpion II, Ka, Iry Hor).[96] La première forme d’organisation politique connue remonte au moins à Ménès ou Narmer, premier chef d’Etat et conquérant ayant réussi à façonner le premier royaume, dès la fin de la période prédynastique. Parti de la Haute Egypte, son royaume  parachève l’unité de la vallée du Nil.  Quand Djeser qui fonde la 3ème dynastie égyptienne, autour de 2650 avant JC, monte sur le trône, l’essentiel du système politique égyptien est rôdé depuis plus 650 ans, et il est toujours authentiquement africain. 

  

  

  

20me36 

Mentouhotep -2100 

Moret est catégorique :

  

« Nulle part ailleurs les conditions naturelles n’avaient favorisé au même degré qu’en Égypte le développement d’une société humaine ; aussi nulle part ne retrouve-t-on une industrie néolithique d’une technique comparable. 

 D’ailleurs , il n’existe en Syrie et en Mésopotamie, à part quelques stations néolithiques de Palestine d’âge imprécis, aucune trace de l’homme antérieurement à 4000 avant J.C. A cette date, les égyptiens entraient presque dans la période historique de la civilisation.

  

Il convient donc d’attribuer au génie propre des premiers habitants de l’Egypte, et aux conditions exceptionnelles présentées par la vallée du Nil, leur précoce développement : rien ne prouve que celui ci soit dû à une invasion d’étrangers plus civilisés, dont l’existence même ou tout au moins la civilisation serait à démontrer»[97]

  

  

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C’est donc bien à partir du site de El-Amrah vers le Nagada que débute l’Égypte prédynastique et que se forgent l’infrastructure et la superstructure du phare des civilisations, à l’instar des premières pyramides et de ses pharaons. 

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Momie et statues de Toutankhamon 

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L’Égypte pharaonique est la source des civilisations comme l’ont reconnu une pléiade de Grecs qu’il faut opposer aux théories sciemment amnésiques qui s’évertuaient à faire des Égyptiens des blancs. De Hérodote à Volney, les anciens et les classiques conséquents qui ont évoqué l’Égypte ont qualifié les premiers Égyptiens de noirs. Les premiers leucodermes indo-européens n’apparaissent-ils pas sur les murales égyptiennes comme des captifs de guerres des indigènes noirs ? Dans aucun des espaces eurasiens il n’a existé de civilisation contemporaine du début de l’Égypte ni susceptible de lui être antérieur ou l’ayant l’influencé. Ces peuples ont été attirés par la magnificence de l’Égypte pharaonique et s’y sont rendus et s’y sont métissés. En dehors de cela, il n’existe qu’une lutte idéologique pour s’approprier l’exceptionnel de cette civilisation. Ce que tant de nations et de cultures continuent d’ailleurs de faire. Mais seule l’Afrique aujourd’hui peut exhiber une continuité historique en amont et en aval de l’Égypte pharaonique. 

  

Comme on ne peut nier l’évidence géographique, on ne peut ne pas reconnaître l’existence d’Africains aux traits dits fins et sans prognathisme comme les Bishari, les Somalis, les Mututsi, les Tigréens, qui fils authentiques de l’Afrique, avant les incursions arabes ou asiatiques sont tout aussi africains que les enfants du Nil. 

La langue pharaonique démontre comment les égyptiens se qualifiaient eux mêmes. Kmt ou le pays des noirs est le nom dont l’Égypte ancienne se paraît. Même si l’hypothèse que privilégient certains auteurs, à savoir le pays noir comme référence à la couleur de la terre de la vallée, pourrait s’avérer crédible, un simple bon sens interdit les acrobaties visant à vouloir appliquer la même règle en ce qui concerne les humains et les Dieux. Car comment expliquer s’étonne Diop que la plupart de la hiérarchie de la cosmogonie égyptienne utilisait ce qualificatif Kmj ou le grand noir pour Osiris; Set Kemet la femme noire pour Isis; Kem sit lou la Noire pour la prêtresse d’Athor; ou Km qui qualifiait aussi Apis, Min, Mot. De plus observons que l’égyptien est davantage représenté sous des traits négroïdes. Qu’y a t-il de plus nègre que Sphinx, portrait probable de Kephren le pharaon noir dont le nez est encore captif à Londres. Il n’y a qu’à voir les lithographies, les ouvrages d’architectures, les fresques, des antiques égyptiens et de la représentation qu’ils se faisaient de leurs voisins asiatiques ou indo-européens, pour se convaincre que leurs artistes n’ont fait que restituer le profil d’authentiques africains aux ancêtres des actuels Bishari, et des coptes aux relents de physionomies nègres. Ce n’est que bien après que l’essentiel de la civilisation égyptienne ait été édifiée, ne serait ce que les quatre premières dynasties, que les mélanges avec les différents peuples d’Asie  et du Sahara commencèrent. 

  

  

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L’équipe de Sakuji Yoshimura  de l’université de Waseda de Tokyo a exhumé en Janvier 2005 cette momie de 3500 ans en parfait état d’un fonctionnaire à Dachour. La qualité de cette momie, et la noirceur de son masque pourrait donc bien se prêter à une analyse dermique. On pourrait l’appliquer pour faire taire les éminents egyptologues qui argue de la rousseur du pharaon noir. Coloration récente de Ramsès, due en fait à l’irradiation qu’il a subi pour tuer les champignons qui le rongeaient. 

  

Cheikh Anta Diop au niveau de l’anthropologie physique s’est évertué en vain[98] à obtenir quelques mm2 d’une des grandes momies africaines, afin de les soumettre à un test divulguant la mélanine. L’italien Rabino Massa sans révéler la teneur en mélanine a cependant procédé à l’étude d’égyptiens prédynastiques. Il note que « l’analyse histologique du tissu épithélial a permis de mettre en évidence la stratification typique de l’épiderme et de relever la présence de granules de mélanine dans le cytoplasme de la couche basale.[99]. 

Les disciples de Diop au sein de Ankh signalent que dans 

«A molecular approach to the study of Egyptian History« , de Svante Pääbo et Anna Di Rienzo de l’Université de Berkeley ouvrent des pistes prometteuses pour décrypter l’origine des anciens égyptiens. Eric Crubézy, professeur d’anthropologie à l’Université Paul Sabatier à Toulouse, signale dans un article intitulé « Les surprises de l’ADN ancien – Une technique miracle à manier avec précaution« , l’analyse de l’ADN de deux corps inhumés dans la nécropole d’Adaïma, en Egypte, 3700 ans avant J.-C. : »Celui-ci [l'ADN] les apparente aussi à des populations d’origine subsaharienne, ce que confortent des éléments morphologiques et épidémiologiques concernant l’ensemble de la population »»[100] 

  

D’autres éléments confirment l’africanité nègre de l’Égypte pharaonique selon Diop. Il s’agit de la parenté génétique des langues africaines avec l’égyptien que l’on ne peut désormais se borner de qualifier de langue chamito-sémitique. C’est son mérite d’avoir dégagé des bases linguistiques communes, où le hasard et l’acculturation ne pourraient expliquer autant de similitudes au niveau de la phonétique, de la sémantique, de la morphologie. Ses développements permettront à Obenga de qualifier de « nègro-égyptien » cette langue archaïque commune. A l’instar de sa magistrale présentation lors de notre conférence conjointe de Montréal, commémorant le 10 ème anniversaire de la mort de Diop, il dresse une typologie des trois grandes familles [101] linguistiques africaines soit le nègro-égyptien, le berbère et le Khoisan. L’égyptien s’enracine dans le nubien, puisque le démotique qualifié de « synchronie’ de l’ancien égyptien reprend plusieurs caractères de l’écriture méroïtique nubienne.

  

«Ainsi, la civilisation, pharaonique appartient en totalité au monde culturel négro-africain. L’Egypte pharaonique n’était pas sémitique encore moins indo-européenne dans son écriture, dans sa culture et dans sa manière de penser : elle était africaine, comme la Nubie, l’Abyssinie, Zimbabwe, Ghana, Benin (Yoruba), bref comme toutes les autres civilisations bâties autrefois sur le continent africain par des Noirs africains»[102]

  

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Les sceptiques pourront consulter le chapitre consacré au Soudan méroitique et à l’Égypte dans Nations nègres et culture.

Les développements sur la parenté avec le wolof à l’instar de la conjugaison du morphème Kef (empoigner, saisir sa proie) ou du tableau suivant atteste de l’opérationnalité de la méthode diachronique de Diop.  Et même sans l’appliquer, j’ai retrouvé des dizaines de surprenantes similitudes avec les mêmes sens entre l’égyptien antique et le parler contemporain wolof (ser le grand, mais aussi celui qui est clairvoyant pour serin qui désigne le chef religieux; ren le nom, patronyme ren u maam le nom des ancêtres; oup ouvrir oubi ; maat équilibré, égal mat ; maâ offrir may; Âa grand Yaa; Haty  le chef haté (le chef qui départage); hem le serviteur jam ; bin le mal bon; renpet neferet -bonne année pour ren ne refet; akhet l’inondation  de la saison des pluies  et nawet; ta la terre et ta rel mettre à terre; sekhet le champ, la poussée de la plante et sekh; per maison ker; hapy la crue et la saturation  sapy; ren dem couper  tailler rendi égorger; kherouy les testicules  khouryi ; hounet jeune fille et/ ou pupille de l’oeil qui donne khouli bet- expression de la belle jeune fille  à qui la dévisage; Âqa, exact, précis Ahqan; kherd enfant khalé; nehep copuler niehp; sebet dévoiler les dents en riant et seben; Âq ib pour l’amitié-celui qui pénètre dans le coeur- xarit Âq; iour enceinte et jiour donner naissance; sa le fils et sat la fille et sat le petit fils ou fille..) 

  

Dans cette optique les développements entre autres de Obenga sur les systèmes graphiques, les éléments de méthodologies et les parallèles avec le Pulaar de Aboubacry Lam ainsi que l’étude de Gilbert Ngom établissant la parenté génétique avec le Duala du Cameroun sont des plus encourageants.[103] 

  

Tous ces éléments illustrent qu’une telle ressemblance avec les langues africaines ne peut être fortuite comme le martèle Obenga : 

  

«En revanche, nous avons pu reconstruire le négro-égyptien, (voir Tableau çi-dessous) soit la langue primitive commune aux langues historiquement attestées que sont les langues égyptienne, couchitique, tchadique, nilo-saharienne, nigéro-kordofanienne, toutes langues anciennes et modernes, parlées par les peuples noirs d’Afrique, depuis la vieille Égypte pharaonique, et toutes unies génétiquement lorsqu’on les compare de façon serrée et adéquate sous tous les angles, phonétique, phonologique, morphologique, grammatical, lexicologique»[104]

  

  

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scribe 

John Coleman Darnell, un égyptologue de Yale, et son épouse Deborah ont découvert ce qui semble être le plus vieil alphabet connu sur une façade de calcaire à des inscriptions sur des falaises de calcaire, à Ouadi El hol l’ouest de Louxor.[105] Son déchiffrage révélera probablement l’explication du pourquoi il ne s’est pas imposé. 

  

Si l’écriture et les papyrus restent l’une des grandes empreintes d’une civilisation des plus évoluée, leur contenu témoigne de la vocation universelle de l’Égypte.

  

Ainsi du ressort des sciences exactes, différents problèmes sur les papyrus Rhind, Kahoun, de Moscou, Ebers, Smith prouvent le caractère hautement avancé de la science égyptienne et nous donne une idée de l’impact qu’elles auront sur le futur monde moderne. 

  

  

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C’est le cas de l’épitaphe qu’Archimède s’était lui même choisi et qui figure comme problème no 10 dans le papyrus de Moscou S= 2π R2, comme calcul de la surface d’une demi-sphère. 

Ce problème a été découvert plus de 1500 ans avant Archimède. Ce dernier, comme nombre de ses semblables, s’est instruit en Égypte. Il est de notoriété que l’on doit aux égyptiens d’avoir découvert tant de choses que nous utilisons comme issues de l’univers hellène.  La géométrie égyptienne est aussi rigoureusement exacte nous révèle l’ouvrage de Obenga.[106]. Des théorisations qui mirent par exemple en pratique le levier qui servit à bâtir les colossales pyramides. Contentons nous de résumer Diop qui détaille l’ampleur des emprunts[107]. Il y eut ainsi des calculs comme la surface du cercle, du triangle; le volume du tronc de la pyramide, le prétendu théorème de Pythagore dont les égyptiens n’ignoraient pas les tenants et les implications; les premiers rudiments de la trigonométrie avec sinus, cosinus, tangente et cotangente, des séries mathématiques, l’algèbre qu’ils nommaient Aha, sans parler des équations du premier et du second degré. Des calculs qui avaient leur application dans le mythe comme les fractions avec l’œil d‘Horus déchiqueté ou dans la vie quotidienne pour la construction des monuments, l’arpentage, l’irrigation des champs, l’impôt… 

  

De même, la chronologie de leur calendrier de 1461 ans soit l’écart temporel entre les 2 levers héliaques (le cours de l’étoile Sirius influencée par sa consœur qui évolue en dehors de notre système. L’héritage unique de cette évolution de Sirius A, ( la plus brillante étoile de l’hémisphère nord  et Sirius B indécelable à l’œil nu, d’apparente magnitude de 8.7) survit encore au sein du peuple Dogon. Le calendrier fondé sur Sirius reste des plus valables de nos jours (365 et 365 jours un quart).

«Les Dogons prétendent, en premier lieu, connaître depuis longtemps deux étoiles compagnes de Sirius qui est l’étoile la plus brillante du ciel…»… Mais à l’œil nu, on ne peut apercevoir qu’une seule étoile et ce n’est qu’en 1862 que, l’astronome américain Alvan CLARKE découvrit, grâce à un télescope puissant, la deuxième étoile qui fut nommée alors: Sirius B . Cependant les Dogons eux affirment qu’il existe une troisième étoile, que nous pourrions nommer Sirius C, et ils nous disent surtout que leurs ancêtres seraient justement venus, il y a des millénaires, d’une planète en orbite autour de cette troisième étoile que nous ne connaissons pas encore. 

  

  

  

Ils affirment que Sirius possède d’abord un compagnon plus petit et surtout plus lourd qu’ils nomment PO Tolo ou Po-Digitaria du nom d’une graine de céréale, africaine très petite et très lourde qu’ils utilisent régulièrement. ««Les derniers travaux menés par les astronomes jean-Louis Duvent et Daniel Benest de l’observatoire de Nice qui utilisèrent des simulations numériques d’ordinateurs, semblent renforcer l’hypothèse de l’existence du 3ème corps d’une masse très faible, de 0,5 fois au plus la masse solaire et de magnètude apparente de 5 à 10 fois plus faible que Sirius A.

Mais surtout les Dogons savent que Sirus B (Po-tolo) boucle son orbite elliptique autour de Sirius A en 50 ans et c’est pour cela que ces Dogons célèbrent tous les cinquante ans, la  » fête de Sigui  » dont les cérémonies visent à régénérer le Monde, mais aussi pour que les récoltes des Dogons soient bonnes. 

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C’est d’abord l’allemand Bessel qui fut le premier, en 1844, à soupçonner l’existence de cette 2ème étoile, pour expliquer les oscillations insolites du mouvement apparent de Sirius A, alors que l’orbite théorique de cette étoile Sirius B, on le sait, invisible à l’œil nu, fut calculé par Peter en 1851 et sa période de révolution fut précisé de 50090 ans par Van Den Bas en 1960. Les Dogons le savaient déjà! Mais comment ont-ils su que la période de révolution était justement de 50 ans. »».. Ils connaissent les différentes phases de Vénus, qui sont à peu près analogues à celles de la Lune et ils ont donné 6 noms différents aux divers aspects que présente, d’après eux, cette planète comme s’ils avaient su comment faire pour l’observer de l’extérieur. D’autre part, ils divisent le Ciel en 22 parties égales et en 266 constellations et ils disent aussi que Venus possède un compagnon, qui pourrait être sans doute l’astéroïde Toro, récemment découvert entre la Terre et Vénus. Ils connaissent aussi les 4 plus gros satellites de Saturne pourtant invisibles à l’œil nu, mais ils ignorent cependant les planètes au delà de Saturne donc Uranus, Neptune et Pluton alors qu’ils connaissent les compagnons stellaires de Sirius. Il est donc évident que ces Dogons n’ont pas pu , par eux même, acquérir leurs connaissances et ils ne peuvent en avoir eu la révélation, que par des initiateurs cosmiques.»[108]

  

L’auteur, que je n’ai pas identifié,  est fidèle dans cette description. Mais il abonde par contre dans le sens du mythe des Dogons. Comme eux, il semble  croire que ce savoir provient d’une source extra-terrestre venue par le Nommo. Mais ce savoir ne provient que des égyptiens et de la propre longue observation du ciel par les prêtres astronomes dogons. En Égypte, ce  calendrier était en usage 3200 ans avant Diogène Laerce, et 3800 ans avant Jésus Christ. C’est dans cette foulée que naquît la première horloge solaire connue soit le gnomon, (planche graduée où sont fichés un fil et une tige), alors qu’on utilisait le soir dans les salles et les enceintes, les horloges de type clepsydre (le temps y est mesuré par le déversement d’eau dans un récipient gradué). 

 Le papyrus Carlsberg dévoile avant quiconque l’évection de la lune. Il n’y a qu’à voir l’exact conformité des faces des pyramides avec les astres de la voûte du ciel d’antan et les points cardinaux pour se convaincre de la perspicacité astronomique des prêtres égyptiens, qui calculèrent leur pronostics sans l’aide de mythiques extraterrestres. 

 

La médecine égyptienne personnalisée par Imhotep vizir de Djeser de la 111 ème dynastie, a influencé toute la méditerranée. Si certaines thérapies étaient empreintes d’un cachet magico-religieux, la plupart s’avèrent en accord avec nos procédés contemporains. N’est ce pas Hyppocrate, dont les médecins du monde  font le serment, qui plagia dans le papyrus de Carlsberg No 4 le diagnostic de la femme stérile à partir de l’ail ? De même la chirurgie était des plus avancée, esquissant des diagnostics et des interventions aussi utiles dans la préservation de la vie terrestre que celle après la mort. En effet la momification témoignait d’une bonne connaissance du système sanguin, mais surtout d’une dextérité des praticiens ainsi que la finesse de leur instrumentalité-ils extrayaient le cerveau par le nez et savaient prélever les viscères sans endommager les tissus- sans parler de leur connaissance chimique pour la conservation de toutes ces momies qui nous contemplent. 

  

Enfin, comment ne pas au moins mentionner que l’Égypte a façonné les premiers États connus. Ils étaient structurés sur une base fiscale, théiste théocratique, et bureaucratique. C’était socialement une société de castes autoritaire et inégalitaire. Le citoyen égyptien est par contre celui qui construisit les pyramides, et non de mythiques esclaves. Il était assailli par l’impôt et le travail forcé ou volontaire. Mais Diop pense que l’Etat ne s’est pas pour autant immiscé dans sa vie privée : 

 « On sait que la structure de la vallée du Nil a exigé de la population dès l’installation de celle‑ci, des entreprises et une activité générale communes de tous les nomes et de toutes les villes, pour faire face à des phénomènes naturels tels que les crues du fleuve. L’obligation de briser le cadre étroit , isolateur de la famille primitive, c’est à dire le clan, la nécessité d’un pouvoir central fort, transcendant les individus, et coordonnant le travail, l’unification administrative et culturelle, la notion d’État et de ‑nation, tout cela était impliqué dans les conditions matérielles &existence. Aussi les clans primitifs fusionnèrent‑ils, très tôt, pour n’être plus que des divisions administratives (les nomes). L’État apparut avec son appareil de gouvernement perfectionné jusque dans ses moindres détails, sans que l’on puisse saisir, fut‑ce à travers la légende, l’existence antérieure d’une période de vie nomade. Et ceci est valable pour l’Égypte, l’Éthiopie et le reste de l’Afrique Le sentiment patriotique est avant tout , un sentiment de fierté nationale. L’individu est subordonné à la collectivité, car c’est du bien public que dépend le bien individuel‑, donc le droit privé est subordonné au droit public. Ce qui ne veut pas dire que l’individu est une quantité négligeable et que les civilisations méridionales, par opposition au nordiques, font très peu cas des unités humaines, de la personnalité humaine »[109] 

  

De l’invention du verre aux pronostics astronomiques, tous ces chefs d’œuvre, dont nous ne donnons qu’un bref aperçu, Diop, Obenga et Sertima entre autres auront eu le mérite de nous les rappeler et je vous y renvois.

L’Égypte fut la première des grandes civilisations à avoir eu à influencer si significativement le monde moderne. Son influence en Afrique est surprenante- le matriarcat, les modèles monarchiques, les cosmogonies et le totémisme, les castes, les patronymes, diverses pratiques  culturelles- ne commence qu’à être compris. Si la civilisation égyptienne a été négroafricaine, tous les africains n’y ont pas participé, et certaines n’étaient pas plus civilisés que certains de leurs contemporains asiatiques ou européens. Prouver l’étendue des emprunts de la Grèce à l’Égypte, avait comme objectif d’illustrer qu’il s’agit plus que d’une influence, qu’il s’agit en réalité de la source majeure d’inspiration. Ce travail de réhabilitation n’a qu’une ambition déclarée: construire un meilleur avenir grâce à la connaissance du passé. Restaurer la conscience collective africaine, traumatisée et frappée d’amnésie, pour générer l’élan de créativité essentielle, qui ne lui fit défaut que dans des époques récentes, afin d’entrer de plein pied dans le progrès de l’humanité.

  

  

  

L’Afrique :  de l’histoire récente à  la tourmente néo-libérale

  

“L’Afrique doit opter pour une politique de développement scientifique et intellectuel et y mettre le prix ; sa vulnérabilité excessive des cinq derniers siècles est la conséquence d’une déficience technique. Le développement intellectuel est le moyen le plus sûr de faire cesser le chantage, les brimades, les humiliations. L’Afrique peut redevenir un centre d’initiatives et de décisions scientifiques, au lieu de croire qu’elle est condamnée à rester l’appendice, le champ d’expansion économique des pays développés ”. Cheikh Anta Diop, 1960

Pour comprendre l’évolution de l’Afrique, et pourquoi en réalité elle pourrait être davantage une solution qu’un problème au monde d’aujourd’hui, il faut d’abord appréhender sa contribution historique au système monde. Il faut ensuite saisir son dynamisme par le fait qu’elle résiste de diverses façons par ses valeurs à la mondialisation. Dans une grande mesure, l’Afrique pourrait apporter justement à cette mondialisation ce qui lui fait défaut, notamment contre l’aliénation marchande et la destruction inconsidérée de la nature. Mais sur ces deux plans, la poursuite hybride du mode de production capitaliste est entrain d’y défigurer nos sociétés. C’est sur ces éléments qu’il faut se replier lorsque l’on cible des solutions. Certaines des valeurs et mœurs qui semblaient acquises, quoique encore vivaces, sont partiellement compromises. Ce qui subsiste, et qui demeure dominant et largement répandu à travers le continent, pourrait être encore utile à l’humanité et à la modernité si elles daignaient l’écouter.

Au lieu de cela, la mondialisation veut obliger l’Afrique par l’ajustement structurel et le pillage à s’insérer unilatéralement à ses exigences dans un corset étriqué. Cette insertion se fait à rebours de certaines valeurs fondamentales traditionnelles qui seraient, je le répète, une panacée contre le système dominant prédateur.

En Europe, en Amérique, des générations d’africains, aujourd’hui déracinés du continent et acculturés, luttent de toutes sortes de façons en aspirant à l’égalité, face à la remontée de valeurs xénophobes reflets de la mondialisation néolibérale. C’est un rapport à l’existence et l’érosion de nos valeurs- humanisme, chaleur humaine, sens, entraide-solidarité-famille- qui sont au cœur des combats des exclus des banlieues des périphéries d’Afrique, comme des centres d’Europe et d’Amérique. En Afrique, la destruction de l’essentiel des projets de développement progressistes a cédé le pas à une mise en coupe réglée du continent, à la reconfiguration du rôle de l’Etat, et la cooptation de l’élite politique. Celle qui ne l’est pas se borne  courageusement à la gestion de la crise. Il est impérieux que l’intelligentsia engagée décuple et canalise ses efforts, pour une repolitisation démocratique dans le sens des aspirations populaires.

  

  

 Un peu d’histoire. 

L’Afrique dans les périodisations des cycles historiques a été jusque là sous analysée. Disséminés à partir de l’Égypte à travers toute l’Afrique, dès le sixième siècle avant J-C, des peuples africains fusionnèrent et fondèrent de grandes civilisations.

Pétrie de civilisation égyptienne, dans la haute vallée du Nil,1000 ans avant J.C,  Kouch la  fabuleuse  convoya vers l’intérieur de l’Afrique,  son commerce et son savoir. L’Empire qui selon les périodes aura comme capitales Napata et Méroé dirigera même l’Égypte. Elle fut aussi parfois gouvernée par les Candaces, reines au grand pouvoir politique. 

Il y a 814 ans avant JC, Carthage, la redoutable république maritime qui fait trembler l’Europe et rivalise avec l’empire romain.

Axoum à partir du 3 ème siècle, frappe monnaie et fait rayonner le christianisme dans la corne de l’Afrique. Son climat de tolérance est tel que quelques amis du prophète Mohamed s’y réfugient. C’est sur son socle, que plus tard, s’épanouira l’Éthiopie orthodoxe du XIII au XVIème, avec son système administratif et clérical. 

Le Monomotapa et l’énigme de ses murailles dès le XII consacrent le Grand Zimbabwe dont la magnificence de l’organisation politique sociale et économique émerveilla ses contemporains.

De la fin du III e au XI ème siècle, alors que l’Égypte est en déclin, l’Afrique de l’Ouest vit au rythme de l’empire du Ghana. Il a la taille de l’Europe,  atteint de hauts degrés de sophistication politique et sociale, et son or change les cours à travers le Monde. Ghana marchande avec la méditerranée et l’Asie.  Bien des produits qui aboutissent en Europe aiguisent la convoitise pour cette route des épices de l’or et de la soie des Indes. Mais ce n’est pas que d’Asie que proviennent ces richesses. Seuls certains Amazighs et Arabes connaissent en réalité l’origine de cet or, de ce sel et de ces épices. Quand les Almoravides finalement pillent Ghana, leur suprématie leur permet alors d’occuper l’Afrique du Nord et le sud européen (ailleurs aussi le rayonnement du pouvoir musulman s’affirme dans les espaces Ghaznévides, Delhi, Moghol). Au XI ème siècle, les Almoravides introduisent de la péninsule ibérique les bases de la révolution maritime et industrielle en Europe. La brique, le filage, le tissage, les moulins, l’arithmétique et l’algèbre, la poudre à canon, la caravelle, la boussole,  l’astrolabe, le gouvernail pour la navigation long cours et bien d’autres atouts  feront plus tard la grandeur et la force de l’Europe, une fois défaits les descendants des Almoravides. Ce sont les Almoravides qui permettent vraisemblablement les premières formes de l’Etat tributaire-concentrant le surplus et sa redistribution étatique- dans l’espace ibérique qui affleurent dès la reconquête et se reproduisent à l’échelon européen. Ce tournant crucial de la renaissance au capitalisme est sous analysé comme contribution majeure à l’avènement du système monde capitaliste.

 Entre-temps, sur le continent dès 1242 avec l’empire du Mali, puis Songhaï et l’épopée du Kanem Burnou, c’est toute l’histoire de l’islamisation qui est en branle. 

  

 En termes d’influences, d’échanges de produits, d’idées, de techniques de connaissances, il y a 5000 ans jusque 2000 de notre ère, l’Afrique  a participé au système monde ancien (Egypte, Nubie, Carthage…). On ne fait que commencer à réaliser l’impact de ses modes économiques, ses systèmes politiques, ses valeurs philosophiques, scientifiques et culturelles. 

Changuu, petite île corallienne au large de Zanzibar, qui abrite une ancienne prison d’esclaves, ainsi qu’une colonie de tortues géantes

Changuu, au large de Zanzibar, abrite une ancienne prison d’esclaves. (Photo Jasmina Sopova) 

  

Le souvenir des rares formes tributaires de grands Etats centralisés de Ghana et du Mali  s’est estompé. L’Afrique stagne alors dans des formes communautaires et la fragmentation de formations sociales dont quelques unes ne commencent qu’à évoluer vers des formes centralisées de l’Etat. Désormais vulnérable, les six derniers siècles  feront que l’Afrique sera sollicitée négativement par la mondialisation. Les contrées Yorouba, Bénin, Ashanti, du Fouta Djalon, Kongo, Luba, Zoulou, interlacustres subiront le génocide de l’esclavage comme toutes les façades maritimes du continent. L’esclavage kidnappa les meilleures forces- les plus jeunes et les plus compétentes-.Autant il a contribué au capitalisme, autant il a enclenché la désintégration des circuits

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http://www.africamaat.com/article.php3?id_article=342

Jean Philippe Omotunde, La Traite Négrière Européenne : Vérité et Mensonges, Menaibuc 

économiques et politiques du continent et son anémie sociale. Le crime contre l’humanité que fut la traite, exacerbé par l’appétit capitaliste naissant et nos fratricides, inaugure la déchéance du développement de l’Afrique. Il a eu d’autant plus de prégnance que (sans nier que la violence existait, ou prétendre que la guerre épargnait des pans du continent), la constante communautaire dominante était la paix, l’abondance issue de l’autosuffisance et d’une nature généreuse qui conviaient à une philosophie optimiste, idéaliste et à la joie sociale. Il ne s’agit pas d’embellir une réalité historique, mais bien de constater que l’essentiel des besoins étaient réunis autant dans les peuples sédentaires que nomades. Animés de leur croyance animiste ou même syncrétique, ils avaient des pactes d’harmonie et de stabilité entre le vivant visible et invisible, et se devaient de le traduire culturellement et psychologiquement en harmonie sociale et individuelle ; et politiquement en modes de régulation contre les abus du prince. Ces dispositions survivront tant bien que mal, malgré les métissages et l’aliénation jusqu’en sol d’esclavage outre atlantique. 

     

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 En diaspora, Yanga mène les révoltes noirs au Mexique dès 1609. De Quilombo, aux révoltes des Marrons à Toussaint Louverture, la révolte et l’organisation politique des opprimés rendent ingouvernable la périphérie de l’Europe qui cherche aussi à s’en émanciper. L’Europe doit désormais se rabattre sur le continent africain.

Les épiques luttes de résistance ou les collaborations aux entreprises d’annexion européennes ont encore davantage fragmenté les tissus sociaux et territoriaux et déstructuré les modes de régulation et de reproduction économiques et politiques.

  

  

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La colonisation brutale qui a suivi a spécialisé les sphères dominées, en les intégrant défavorablement dans le système capitaliste mondial et en instaurant localement la polarisation,  l’acculturation et l’aliénation d’importantes franges sociales. L’enrichissement de l’Europe sera incalculable, et la défiguration de l’Afrique et son acculturation irréversibles. Les intermèdes que constituèrent les entre-guerre mondiales, malgré les inestimables coûts humains pour l’Afrique, constituèrent des moments de maturation politiques et sociaux. Les luttes pour l’égalité et contre l’oppression coloniale sont allées partout grandissantes. Se défaire de l’aliénation psychologique et culturelle a dû être probablement la chose la plus difficile pour ceux et celles qui ont vécu dans cette période. Le racisme a infiltré toutes les strates sociales, son insidieuse marque est quasiment indélébile dans certaines. Le syndrome avait partout atteint des proportions qui ne pouvaient mener qu’à la violence et au rejet de l’occupant colonial et de ses sbires locaux. Pas forcément par la lutte de libération comme en Algérie, mais suffisamment violent pour que le colon se rende compte que l’ordre colonial n’est plus gérable. La lecture de l’œuvre immortelle de Frantz Fanon est à recommander ici.[110]

  

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 Cartes Philippe Rekacewicz La nouvelle « guerre des parrains » en Afrique, Monde Diplomatique Mai 2000

  

Sankara, Thomas (Werner Gartung/Woodfin Camp and Associates, Inc.)

Thomas Sankara 

  

Dès la fin des années 50, le rêve de Bandoeng, les indépendances négociées, voire les luttes de libération nationale ont donné lieu à la création de micronations, à des politiques nationalistes, voire populistes, le plus souvent enserrées dans le joug précèdent de la division internationale du travail DIT. Les nouvelles conditions d’insertion dans le capitalisme ne changeaient pas fondamentalement ses termes les plus défavorables. L’impérialisme va profiter, jusqu’en 1973, de l’or africain (surtout sud-africain) essentiel au Gold Exchange standard, du système monétaire international d’alors. L’indépendance et le mode néo-colonial de croissance ne vont privilégier que les régimes qui ne contestaient pas les balises de cette DIT. L’économie d’endettement, l’incapacité d’une souveraineté et d’une accumulation autocentrée, ajoutée à la gestion prédatrice d’élites confisquant le changement politique, ont généré une stagnation du continent. La lutte des colonies lusophones entraîne la révolution des œillets au Portugal. Ce souffle d’espoir de 1974 est vite interrompu. Mêmes les demandes, capitalistes et  modérées, pour un nouvel ordre économique international et un nouvel ordre mondial de l’information sont ignorées par l’ordre dominant.

Mais la résistance  s’organise. La révolte des enfants de Soweto de 76 marque un tournant irréversible dans le mouvement contre l’apartheid dont le glas sonne à la bataille de Cuito Cuanavale.

La compradorisation a été, en général, la réponse la plus prisée par les régimes politiques. Le refus antisystèmique et les expériences révolutionnaires ou endogènes ayant été combattu partout, de la plus sanglante façon, par l’impérialisme. De Lumumba à Cabral, de Thomas Sankara[111] à Maurice Bishop, l’histoire contemporaine de l’Afrique et de ses diaspora est constellée de martyrs.

  

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 La victoire des résistants en Afrique du Sud et l’avènement de l’ère post-apartheid et ailleurs les sursauts populaires, qualifiés de démocratisation, ont ouvert une autre brèche d’espérance.

  

Elle a été aussitôt investie par les tenants de l’intégration au forceps à la division capitaliste du travail.

  

Pour autant, un développement extensif du capitalisme n’y a toujours pas eu lieu, alors que dans les années 90, les institutions de Bretton Woods se sont ingéniées à favoriser, à renfort de conditionnalités,  l’intégration dans l’économie mondiale par l’ajustement structurel.

A peine 2%, voilà la part de l’Afrique dans les marchés mondiaux et les flux d’investissements. Cette libéralisation s’est raffinée par un resserrement des conditionnalités et par les mesures de gestion capitaliste de la crise.

Mandela et une bande dessinée en son honneur

REUTERS/Siphiwe Sibeko

  

A la fin des années 80, ces ajustements structurels ont échoué et depuis sont en passe d’achever le malade. Accompagné de governance et de capacity building, adouci de filets sociaux, l’ajustement des jumelles de Bretton Woods persiste à adapter l’Etat au profit des exigences de la mondialisation néo-libérale. Reconfiguration étatique au profit du privé et d’une société civile dépolitisée et par la réduction de la marge de l’Etat à des prérogatives administratives et techniques. Mais l’Etat résiste, tout comme la société, et  contourne ces manœuvres, probablement parce que son mode d’accumulation et de redistribution, hélas souvent clientèle, est compromis. Le résultat a été un dépérissement catastrophique de l’Etat africain dont le passif de souveraineté et de réformes sociales était déjà passable. Accablé, anémié, il n’a pu protéger ses sociétés d’Etats bradées ou abandonnées à elles mêmes. En effet les secteurs jugés moins productifs ont été réduits et ponctionnés, et leurs ressources alloués à des sphères plus immédiatement rentables. Ainsi les systèmes de santé (le SIDA peut ainsi ravager des sociétés entières), d’éducation, de protection civique et civile, la défense nationale (ce qui ne veut pas dire l’armement, mais la défense de l’intégrité territoriale), la préservation des ressources et l’équilibre environnemental ont été laissés en pâture aux rapports de forces dominants, ou alors délaissés. La mondialisation a aggravé les statistiques connues de l’inégale répartition des richesses dans le monde. Les données de ce schéma dit de la coupe de campagne du PNUD 1993.- ont été aggravées depuis. 20me56                                    http://bv.cdeacf.ca/documents/HTML/2003_18_0026.htm

  

L’Afrique subit plus la mondialisation qu’elle ne parvient à l’influencer. Une passivité qui s’explique par l’asymétrie de son insertion. Cette dernière est exacerbée de surcroît par de nouvelles règles du jeu qui la défavorisent, et la prédation de classes-Etat complices ou incapables d’infléchir les tendances dans le sens des aspirations populaires. La paupérisation dès lors s’accroît. Plus personne n’y croit que les fameux objectifs du millénaire de 2015 seront atteints.  Dans un tel contexte de quart-mondialisation du continent, il n’est pas surprenant de voir des éléments de la classe politico –économique de certains pays africains rivaliser, en usant de toutes les fins, ne répugnant pas aux crimes de sang et à la guerre. Dans les deux dernières décennies, l’Afrique a connu les fratricides pour l’appropriation des moyens d’enrichissement, de contrainte, et autres moyens d’autorités. Ces moyens d’autorité bien que prisés, font eux même l’objet de crise d’autorité. L’«instrumentalisation du désordre» et la prolifération de chefs de guerre liés à des multinationales juniors et autres réseaux maffieux s’étend dans plusieurs formations sociales. L’Etat apprend à se régénérer en utilisant la démocratisation électorale sans alternance, et même quand exceptionnellement cette dernière advient, elle ne peut remettre en cause fondamentalement les choses. Il y a des lourdeurs structurelles qui y prédisposent et qui sont bien décodées et utilisées par certaines élites politiques.

Il ne s’agit pas d’être alarmiste, mais il importe de sonner l’alarme et cibler ces dangers qui persistent et leurs tendances lourdes. Ils contribuent à l’édification d’un système monde inégal, mais défavorisent l’Afrique.

  

 D’abord, les jumelles de Bretton Woods (le FMI, la Banque mondiale), et l’OMC.

En prétendant sauver le malade, ces institutions risquent de l’achever. Leurs politiques visent à combler le paiement de la dette et à leur obtenir de nouveaux emprunts au détriment des dépenses publiques.  En  maintenant les portions utiles du continent sous perfusion, chaque argent frais permet en retour une ponction plus grande, à la faveur des privatisations et avantages des libéralisations. Les jumelles, qui n’ont plus de rôle significatif à remplir dans les pays du centre, vivent des misères des périphéries. Elles y imposent l’ordre générateur du chaos. Leur pensée unique cachant les impasses où elles confinent les économies fragiles, se régénère de nos meilleurs cadres, qu’elles cooptent, s’abreuvent de leur discours et de leur compétence pour mieux arriver à leurs fins. Les esclaves finissent par forger eux mêmes leurs chaînes. Voilà pourquoi tout change sans que pour autant le cadre économique global ne change. Il est seulement plus déguisé. On parle d’appropriation, d’endogénéisation des mesures. Même affublés du terme DSRP (document stratégique de réduction de la pauvreté) avec une emphase de lutte contre la pauvreté qu’ils ont aggravé, les ajustements structurels altèrent la position de l’Etat dans le réseau de structures du pays. Bien sûr, quelques enclaves décentralisées  réparties dans quelques collectivités, ONG et associations profitent de ce revirement. Mais  les PAS, DRSP, renforcement institutionnel et governance remodèlent les fonctions techniques idéologiques et politico-économiques de l’Etat parallèlement à une réforme de son  personnel. Bien que le cadre d’accumulation demeure restreint, c’est un changement des pratiques de reproduction du capital qui est recherché. Malgré un taux de 4% en moyenne de croissance continentale, asphyxié, l’Etat africain a pu récemment bénéficier, dans certain cas, de réduction substantielle de sa dette, entre HIPC et autres mesures d’effacement articulées sur des conditionnalités toujours plus lourdes. De nouveaux acteurs émergent de ces aménagements de segments du capital plus proches du capital étranger issues des privatisations. Il y a désormais d’avantage de membres du pouvoir d’Etat recyclés dans les entreprises. Mais plus subtilement, il y a aussi au sein de la haute bureaucratie, un noyau d’experts souvent en charge de la négociation, de l’évaluation ou de la mise en œuvre des programmes, qui ont, en amont et en aval d’eux, une foule de bénéficiaires. C’est «l’expertocratie». Elle peut discourir à l’instar de la rhétorique de la Banque, côtoie les consultants, voire dispose du même statut et tente de se démarquer des circuits d’accumulation étatiques forgés dans la phase néo-coloniale. Ne disposant pas des moyens de la reproduction technologique, mais possédant le savoir faire, les ‘expertocrates’ sont parmi les seuls capables de décrypter les nouvelles formes d’accumulation possibles, ce qui les rend attrayants et stratégiques pour la Banque Mondiale et le FMI, mais aussi pour certains paliers plus occultes de l’Etat  tentant de les utiliser pour l’enrichissement illicite. En charge de projets et programmes, ces nouvelles strates pilotent au sein de l’Etat de véritables enclaves où toute une hiérarchie de cadres et d’agents dépend d’eux. Si certains membres de cette élite ne répondent pas aux tentations prédatrices, d’autres y sont soumis d’autant qu’ils sont favorisés par de nouvelles règles du jeu qui leur sont intelligibles. La réponse à la question de savoir si cette frange constitue une masse critique, à même de remplacer la couche dite patrimonialiste ou compradore, ou à se substituer complètement au pouvoir d’Etat semble prématurée, alors qu’il n’est pas exclu que se forgent des alliances, et des clivages. En charge de gérer l’Etat minimum, les expertocrates doivent appliquer les panacées de la Banque et du FMI, en symbiose avec la reproduction étatique préexistante ou alors contre elle. Cette catégorie d’agents n’est que le reflet local d’une autre qui a l’échelle mondiale gère les actifs, dans ce qu’il est convenu d’appeler la financiarisation de l’économie monde. En effet, quelques 300 millions d’actionnaires, principalement répartis dans les pays du centre, escomptent de la tendance individualiste qui les a généré, que des gestionnaires de portefeuille fassent fructifier leur capital à des taux avoisinant les 15%, alors que le taux de croissance de leur économie n’est que de l’ordre de 3%. De ce difficile grand écart, la spéculation engendre un enrichissement colossal, qui ne peut être durable ni endurable pour la planète et qui a besoin de l’oppression, le pillage et la guerre pour prospérer.

  

 Il n’y a pratiquement pas de réformes possibles. Ce qui se passe au niveau des institutions internationales, en passe de perdre pied dans leur propre travail de reproduction internationale face aux forces transnationales, est à surveiller. Avec l’aide de certains pays dominants, l’ONU est vidée de ses attributs, et on empêche sa réforme dans le sens de la réalisation de son mandat de paix, de développement et d’adaptation aux nouvelles réalités mondiales. Il y a peu chance de voir dans un avenir proche une réforme des jumelles et leur sœur mercantiliste, toujours déterminées à poursuivre l’administration de leur thérapie de choc.

Dessin de Plantu (tous droits réservés)

dessin de Plantu

Arrimé à leur stratégie, le libre échange qui fait office de sentier du développement est un espace tronqué. C’est à Marrakech, au Maroc en 1994, que les africains, qui pour la plupart n’ont pas participé à l’Uruguay round,[112] se laissent duper, et voient créer l’OMC. Leurs préoccupations sont ignorées, leurs maigres réalisations régionales et d’intégration piétinées. On leur déconseille les subventions à l’agriculture, alors que les agriculteurs du nord bénéficient de 300 milliards de $.   Il est probable que, malgré les réductions ou annulations de dette annoncées pour certains pays pauvres,  la baisse des barrières douanières et les autres exigences de libéralisation et de déréglementation risqueront de coûter plus d’un milliards de $ par an, ne serait ce qu’en perte d’exonérations fiscales, recettes d’exportation, droits d’assises et de douanes sur les importations. Les dispositions commerciales existantes, ou réarrangées, ne parviennent pas à changer les termes de l’insertion. Le sommet de Hong Kong de 2005 vient une fois de plus prouver que les plus pauvres se font flouer à ce jeu, et les perspectives de changements promis pour 2013 ne font que repousser l’échéance d’un monde commercial plus équitable. Pourtant, l’Afrique ne cesse d’ouvrir son commerce. Elle exporte plus en volumes et gagne toujours moins. La valeur de ses exportations est tombée de moitié dans la dernière décennie. Les ajustements contraignent la plupart des pays à démanteler les mécanismes de protection de leurs industries. L’ouverture du marché américain, sous le growth opportunity act, sensée favoriser les exportations comporte tant de critères de sélection, que peu de pays peuvent se qualifier. En général, le Nord demeure protectionniste. Il impose des tarifs moyens, trois à quatre fois plus élevés, pour les produits africains que ceux en provenance des autres pays du centre.  La compétitivité sans merci oblige les pays africains à un effort de qualité, à la possibilité de réduire certains coûts de production et à un plus grand sérieux dans le traitement de leurs opérations. Mais cette rigueur est freinée par l’incapacité de concurrencer les produits plus nombreux et moins chers des transnationales qui se répandent dans ses marchés. Pour l’instant, l’Afrique n’accueille pas plus de 1,5% des investissements internationaux. Elle n’en réinvente pas moins localement des marchés, capables tout autant de se détourner à la fois de l’Etat et du marché formel. L’essentiel de la société survit dans un système informel de débrouille. Cette situation hybride se reflète aussi dans le secteur des communications. Le 16 Novembre 2005 à Tunis, sous un régime des plus policiers, s’est tenu le sommet mondial de l’information de l’ONU sur le fossé numérique et l’accès équitable. En Afrique, 0,8 % de la population a accès à Internet, pendant que l’essentiel des campagnes sont dénuées d’électricité On comprend le défi. L’économie d’information offre cependant à l’Afrique un saut qualitatif, si le fossé numérique se résorbait quelque peu, par un meilleur accès et  utilisation de ces technologies pour mieux transformer ses économies.  

  

  

 Alternant avec les conditionnalités politiques et économiques, une certaine conception dépolitisée de la société civile est aussi encouragée, dans la foulée des mouvements sociaux qui, à la faveur de la crise, ont aspiré à plus de progrès, mais aussi a plus de justice et d’efficacité. Toute une industrie du développement ( principalement dénommée ONG), à la remorque des partenariats mondialisés, est née. L’appui extérieur est conditionnel à ce que la participation, dite populaire, n’implique pas pour autant de réformes majeures susceptibles d’entraver le marché. Cet appui extérieur boude donc l’essentiel des demandes  sociales, à l’instar de celles du forum social mondial tenu à Bamako en Janvier 2006.

  

Dans tous les pays africains sous perfusion, autant les groupes d’intérêts à l’échelle du pays que les pays eux mêmes s’acharnent au niveau politique, à louvoyer, à différer les changements trop compromettants pour leurs intérêts, et à négocier leur position subalterne aggravée par les conditionnalités, tout en tentant d’en camoufler l’ampleur à leur opinion publique. Certains mouvements sociaux se constituent en groupes d’intérêt pour influencer le rôle de l’Etat ou alors s’en démarquer. D’autres sont tentés par des replis culturalistes, intégristes, régionalistes ou simplement religieux ( on constate d’ailleurs un notable regain du religieux, la prolifération de sectes en raison du désarroi). L’impérialisme en profite pour prévenir toute incartade, au nom de la croisade contre le terrorisme. Cela lui permet un nouveau tri des pays amis, et suscite des allégeances et des alignements géostratégiques.

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Philippe Rekacewicz, Monde Diplomatique, Mai 2000

  

Paradoxalement, à l’heure des grands ensembles, l’Afrique n’a pu proposer que le NEPAD. L’analyse critique de ce partenariat, que j’ai faites ailleurs, n’est pas à l’endroit des concepteurs.[113] Le plus souvent patriotes et sincères, ils ont tenté de prendre au mot les bailleurs de fonds dans un rapport de force défavorable. Le rêve de l’Etat fédéral de Diop m’apparaît toujours pertinent, encore qu’aujourd’hui s’impose davantage  l’exigence d’un espace confédéral continental. Il a été courageusement proposé par le Sénégal  et la Libye à l’Union Africaine et il faut encourager cet élan. Ce qui manque et doit être construit c’est un plan de développement de l’Afrique. Pas un plan de partenariat avec le monde, mais 

  

un plan d’intégration africain réelle réponse aux défis afin que l’Afrique  dans sa crise ne se déchire plus cycliquement par endroits. La phase néolibérale a ravivé le repli ethniciste et l’implosion étatique, elle exacerbe l’instabilité et la guerre.

  

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Dans ces 15 dernières années, le bilan a été lourd, probablement de l’ordre de plus de 6 millions de morts. Géopolitiquement plusieurs hypothèques pèsent sur le futur. Le Sahara occidental stagne dans les conciliabules stratégiques et les tractations affairistes; l’Ethiopie est fractionnée et l’Erythrée est en crise larvée et leur brouille toujours explosive n’empêche pas qu’elles soient devenues toutes deux des pièces maîtresses dans la nouvelle politique de Washington; la Somalie implosée n’en finit pas de se recomposer tout en prouvant la vitalité de son peuple luttant seul contre les affres du Tsunami; le Libéria et la Sierra Leone sortent de l’horreur et se reconstruisent péniblement; l’Angola n’a pas fini  de payer le prix  de la contra Savimbienne ; dans les grands lacs –Ouganda, Burundi Rwanda-  nouveaux acteurs du containment soudanais entrepris par le Pentagone profitent du lâchage du modèle néo-colonial franco-belge et basculent le Congo dans le génocide, le dépècent et le pillent. La première guerre interafricaine a eu lieu. Le Soudan est sous la coupole de divers faucons de guerre qui y sont les artisans de paix calculées; la Côte d’ivoire havre de paix succombe à la schizophrénie de l’ivoirité et des avatars du mode néo-colonial de croissance; la Guinée est menacée du même sort; le Zimbabwé déterre les travers de Lancaster House pour cacher ses errements autocratiques. le Centrafrique, le Togo, le Congo renouent avec des turbulences sporadiques; Le Burkina perpétue l’impunité et l’implication dans les conflits régionaux.;lLe Tchad, la Guinée équatoriale sont ponctionnés de leur pétrole, et ne sont plus à l’abri de luttes aiguës de pouvoir…

photo

Guy Tillim

  

  

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De l’extérieur, les forces dominantes décernent des certificats de démocratie, de governance, de promotion de la société civile, maquillant leur coopération internationale. Dans le milieu d’affaires, certaines firmes sont devenues même irréprochables comme Shell qui, après avoir pollué pour mille ans le delta nigérian et fait pendre les leaders Ogoni avec Ken Saro wiwa, fait aujourd’hui la promotion de l’écologie. Talisman et bien d’autres multinationales profitent de la situation pour piller ou soutenir des valets locaux avant de vendre et repartir. D’autres restent se redéploient ou arrivent (Elf au Congo, au Cabinda, au Cameroun, en Guinée équatoriale, ou des opérateurs chinois du Soudan au Cameroun).  L’exploration minière connaît un boom spectaculaire en Afrique. Avec la libéralisation des codes miniers, le drainage des ressources locales augmente. Les royalties, et autres dividendes des fluctuations des prix des matières premières permettent un siphonage en règle où les bénéficiaires africains récoltent des miettes.

  

 Le Coltan s’est vendu jusqu’à 500$ le kg. L’Afrique assure l’essentiel du marché mondial de ce produit. Les acteurs du pillage sont des agents ou des compagnies secondaires. Des pays comme le Burkina, le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi ont exporté ainsi du diamant volé au Congo. Des opérateurs du Burkina et du Mali en font de même pour le diamant en Côte d’Ivoire. Maintes fois le code directeur de l’OCDE a été violé lorsque des multinationales occidentales ont pillé l’Afrique. Mêmes les experts de l’ONU doivent revenir sur leurs accusations au Congo. Le Tchad, le Soudan, la Guinée équatoriale espoirs pétroliers de l‘OMC et de la Banque sont exploités sans code d’éthique des multinationales. Quelles seront les retombées sociales de ces eldorado? Les codes miniers sont refaits à la hâte, bradant la souveraineté et l’avenir des générations futures. Une trop grande proportion  de diamants or, plomb, nickel, germanium, bauxite, lithium, cadmium, vanadium, tungstène, zinc, coltan, nobium, uranium, phosphate, platine disparaît  sans qu’on en voit de retombées significatives.  Le Canada compte plus de deux cent projets miniers en Afrique.[114] 20me60

Philippe Rekacewicz, Un secteur minier convoité, monde Diplomatique, Mai 2000

  

  

  

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 La guerre autour des enjeux miniers a défiguré le continent. Réfugiés et déplacés rejoignent les chroniquement  pauvres. La solidarité africaine est mise à l’épreuve.

«Sur les 50 pays les plus pauvres du monde, classés selon l’indicateur de développement humain (IDH) du PNUD, 33 sont situés en Afrique subsaharienne. Malnutrition, pauvreté, illetrisme, situation sanitaire désastreuse… le continent est la première victime du creusement des inégalités dans le monde. Si de 1960 à 1980, les pays d’Afrique ont enregistré des progrès sensibles en matière de développement économique et social, ces progrès se sont ralentis, notamment du fait des effets désastreux des plans d’ajustement structurel menés par les institutions financières internationales

Sources : World Resources Institute (WRI), Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Banque mondiale, Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). 

http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/pauvreteindimdv51

Les pauvres ont vu surgir, aussi ce que la Banque et le Fonds ont secrété et décrété  «nouveaux pauvres». C’est le terme pudique que les spécialistes utilisent pour les distinguer de ceux qui l’étaient déjà en permanence. Leur état dit provisoire s’est éternisé. Les jumelles ne savent plus que faire d’eux, maintenant que leurs dimensions sociales de l’ajustement et leur programme pour soulager la pauvreté ont échoué. Les ajustements à visage humains existent, ils sont seulement grimaçant de douleur. Ils paupérisent.

20me62 Croupir dans les affres du sous-développement est le lot d’un nombre croissant de gens. Les enfants comme d’habitude sont les plus vulnérables. Enrôlé dans la guerre, les réseaux de prostitution les bandes de délinquants, le tourisme, les réseaux de marché informel, aspirés par les perspectives qu’offrent l’exil, l’enfant africain est aussi de plus en plus sollicité par le stress, l’argent. Des bandes d’enfants désœuvrés squattent les rues. Les plus «chanceux» ont un emploi comme domestiques, manœuvres et un salaire de misère. Le travail des enfants interdit ne fait que fleurir sous la mondialisation. La survie passe avant tout. Leur ingéniosité est mis à profit  par tous, autant les artisans que les trafiquants.

  

La mondialisation crée des ghettos de richesses comme de pauvreté.  En Afrique, chose inhabituelle, de plus en plus de riches vivent cloîtrés détonnant des habituels «social narcisse» et ostentatoires trains de vie. La richesse se consomme entre pairs, à l’abri des envieux, dans des univers somptueux de plus en plus clos et relevés de barbelées, de hauts murs, et où pullulent des gardes de sécurité. Les milices de surveillance ont connu un boom dans toutes les capitales africaines.

Les classes moyennes qui commençaient à peine à se constituer sous les indépendances sont laminées. Elles gèrent la précarité, le plus souvent sans protester de peur de perdre de minces acquis. Cette défense impose un égoïsme frileux, et incite les classes moyennes à ne pas se révolter contre l’intolérable. Les déflatés et autres départs volontaires de la fonction publique ont la plupart du temps mal tournés. Les exemples de réussite exhibés sont des exceptions.

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Lieve Blancquaert

En général, les jeunes adolescents sont bloqués par les perspectives sombres d’emploi et d’études, le manque de possibilité d’épanouissement.  Les plus riches ou à l’aise sont pour beaucoup déracinés. Beaucoup ont une identité capitaliste planétaire axée sur la consommation commune de biens transnationaux. Ils voyagent étudient, se côtoient, se ressemblent. Ils vivent de plus en plus dans un univers virtuel, échappant à la réalité de leur terroir. S’offrir un constant plaisir ludique, du sexe, des drogues sert de modèle à des milieux variés de jeunes envieux. La plupart des autres jeunes les imitent mais ne vivront que la contre-façon de cet univers.  Partir vers les pôles de prospérité est devenu l’impératif. Tous les moyens sont bons et tentés.

Le sport d’élite ou de masse, et le Hip-hop ne peut servir d’exutoire à tous. L’exil est une solution prisée où beaucoup échouent.  Le drainage des compétences et des cerveaux est un problème qui va en s’aggravant et augure de perspectives sombres pour la relève. Il n’existe plus un seul secteur de l’économie monde où n’excellent des compétences africaines. De ceux qui partent,  beaucoup ne reviennent seulement que si ils sont à l’aise. En général, cet exode est long et demeure inestimable pour le continent.  

Les femmes africaines sont les premières victimes de la quart-mondialisation. Elles ont le plus souffert des coupures dans l’emploi, la santé et l’éducation le bien être social . Souvent, elles cumulent un emploi à celui de ménagère pour remplacer celui que le mari a perdu ou qui s’avère insuffisant. La femme africaine travaille une moitié de temps plus que les hommes, en ville comme au champs. Sa production et sa reproduction sont sous-valorisées. La recherche de l’eau et du bois, lorsque les installations d’infrastructures font de plus en plus défaut, aggrave sa condition. Les ingéniosités pour nourrir avec un revenu de plus en plus faible des familles fragilisées les frustrent. La  tyrannie de l’argent ou simplement la survie en obligent beaucoup à la prostitution et à divers trafics. Certaines certes réussissent et sont citées en exemple. Elle pourraient l’être davantage avec un changement des mentalités masculines et des politiques plus hardies en faveur de la condition féminine.

paintings african girls women black

gravure. art-girot (Walli)

On constate que les femmes forment le lot des converties aux nouvelles sectes évangélistes et autres. Recherchant un sens devant le désarroi, elles trouvent dans ces organisations un sentiment d’unité et de reconnaissance.  

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Les aléas de l’économie politique et non l’infériorité de la prétendue race doivent être invoqués pour justifier la condition de l’Afrique. Pour ne plus demeurer en pâture à la mondialisation prédatrice et aux racismes institutionnels et implicites qui les maintiennent dans leur condition, les africains et africaines doivent massivement davantage s’organiser et opter pour un développement autocentré. Cela a réussi dans les rares moments où de telles manœuvres ont eu lieues (ailleurs dans l’histoire l’autocentrage a réussi en Chine, au Japon, même l’Amérique et l’Allemagne y ont recouru pour s’émanciper et se développer).  Les exigences d’un développement autocentré progressiste dépassent les initiatives du style NEPAD qui, en prenant au mot la rhétorique des bailleurs de fonds, ne parviennent pas à se démarquer suffisamment  de leur paradigme et ne peuvent alors constituer  la voix et la voie des africains. Ses paradigmes postulent profitable la forme de mondialisation en cours et revendiquent un partenariat accès sur la réalisation des infrastructures essentielles à la croissance du capital. Le grand capital semble  bien peu disposé à ce partenariat. Aussi l’Afrique doit faire volte face et comprendre qu’il faut plutôt privilégier une stratégie de sortie de crise axée sur une intégration véritable qui doit relever entre autres les défis suivants :

- Renforcement institutionnel et progressive rétrocession de pans de souveraineté pour la construction de l’Etat confédéral et populaire.

-L’autosuffisance alimentaire, la réforme agraire, la modernisation agricole, et une politique systématique de reboisement continental et de préservation volontariste de l’environnement. Sauvegarde des ressources naturelles et environnementales, par un comportement civique et écologique. Inventaire et sauvegarde de la biodiversité et de la pharmacopée.

–Recension, surveillance, gestion, exploitation et préservation des ressources naturelles. Protection des populations les jouxtant.

-Grands travaux  hydrauliques et  traitement des eaux accessibles aux populations.

-l’industrialisation légère complémentant l’agriculture et le réseau halieutique.

-Le rééquilibrage du revenu ville /campagne avec des politiques volontaristes à l’endroit des plus vulnérables.

- -Diversification économique dans une perspective de complémentarité régionale et de péréquation. Protection des espaces économiques les plus vulnérables.

-Le panafricanisme véritable, l’intégration régionale et continentale accélérée, pour bâtir une économie intérieure, un marché intérieur de biens de consommation de masse pour la satisfaction des besoins essentiels avant de plus s’ouvrir au monde. Profiter de cette déconnexion par défaut que connaît l’Afrique, pour la transformer en désengagement sélectif profitable.

- Une Banque africaine centrale et une monnaie continentale.

- En misant sur les brevets frappés d’obsolescence, virage  technologique à notre portée et moyens (biogaz, solaire, éolien, ) Valorisation et modernisation de savoirs faire traditionnels, intensification des relations sud-sud.

- Voies de communication fluviales et terrestres (routes et ferroviaires), voies de communications électroniques continentales.

-Une armée continentale de défense et un corps de casques blancs civils pour la reconstruction et la prévention de conflits.

-Systèmes de santé intégrés et décentralisés, campagne d’hygiène, de médecine préventive et de proximité, gestion continentale des pandémies et des catastrophes.

-Une coopération interafricaine contre l’enrichissement illicite, et en conjonction avec les pôles solidaires sud/sud et aux nord qui partagent ces préoccupations. Lutter collectivement pour refuser de payer la dette et réformer les institutions internationales monétaristes. Une gestion patriotique des deniers publiques et anti-corruption; le rapatriement des profits d’enrichissement illicites placés hors d’Afrique (y compris ceux des dirigeants corrompus disparus).

-Code d’éthique des transnationales et ONG transnationales et internationales et portion des profits réinvestie dans des secteurs productifs du continent.

-Œuvrer pour une coopération internationale plafonnée à 0,7% et la plus non liée possible, et  une réorientation dans le sens Sud/Sud.

-Repolitisation démocratique des masses et leur auto-organisation, libertés d’association et de participation à la décision et à l’exécution.

-Criminalisation de l’exploitation et de l’oppression des femmes. Changements des mentalités masculines et émancipation des femmes. Politiques discriminantes en faveur des filles et des femmes, jusqu’à la parité et l’égalité des chances sociales.

-Construire un front uni des travailleurs. Programme volontariste de formation et d’emploi  pour la jeunesse ( Grands travaux civiques et au salaire minimum pour le lumpen prolétariat désœuvré des villes-désensablement et dallage des villes, canalisations, travaux d’hygiène et de recyclage, de compostage, de biogaz, bassins de rétention et irrigation dans les campagnes etc..). Un jour mensuel de labeur citoyen obligatoire pour tout majeur.

-Programmes gratuits intra-africain de formation académique collégiale et professionnelle, avec bourse de mérite continentale. Restauration et promotion de la conscience historique et des langues africaines.

-Changements des comportements irresponsables consuméristes et ostentatoires chez les riches et redécouvertes des schémas de solidarité là où ils s’étiolent ou font défaut (journée mensuelle de solidarité civique et nationale)

-La lutte contre l’impérialisme, les régimes compradore et les comportements anti-progressistes. Favoriser le retour des populations africaines d’immigration ou de la diaspora du déracinement historique et leur réinsertion.

-La lutte contre l’impunité sous toutes ces formes, et la mise en pratique d’une cour interafricaine des droits de la personne et des peuples.

-Liberté d’expression et d’association

-La lutte contre l’ethnicisme, les régionalismes et l’aliénation culturelle, la libre circulation intrafricaine et le brassage et métissage des populations

- La coopération scientifique culturelle et technique et la sauvegarde des savoirs traditionnels par l’échange et la permutation des chercheurs du Sud et des internationalistes. Science fondamentale et appliquée et accès aux ressources internationales.

- Oeuvrer collectivement pour un monde humaniste progressiste et polycentrique en promouvant nos valeurs africaines.

                                                                                                               muchos_ninos

 maison des enfants du monde 

                                             

Je propose de penser et d’agir autour de ces pistes- et il y en a d’autres cernés par Diop -, en les fondant dans le sens de la régénération africaine. Il ne s’agit pas de nostalgie, mais d’un saut