L’ARGENT NOIR DES SYNDICATS:QUI A PEUR DE NOS REVELATIONS ? ( Par Roger Lenglet )

Posté par issopha le 17 juin 2008

 L’ARGENT NOIR DES SYNDICATS:

QUI A  PEUR DE NOS REVELATIONS  ?

Extrait du Blog www.backchich.info  de Roger Lenglet , journaliste d’investigation et auteur du livre l’Argent noir des Syndicats  , publié chez Fayard.

28 mai à 12h14

Le livre L’argent noir des syndicats, publié le 17 mai 2008, est une bombe. Certains tentent encore de la désamorcer. Comme le trésorier de la CGT qui, dans l’émission Pièces à conviction, vient de s’adresser aux Français pour qu’ils n’y touchent surtout pas…

Depuis que le bouquin est sorti, je vis des aventures étonnantes avec les deux co-auteurs, Jean-Luc Touly et Christophe Mongermont. Des syndicalistes qui ont lu notre bouquin nous félicitent, nous envoient leurs témoignages, nous demandent de venir discuter avec eux dans leur boîte… Les soutiens viennent de partout, des sections syndicales CGT, CFDT, FO, CFTC, SUD… D’autres syndicalistes qui ont parlé de leurs combats dans notre livre et dénoncé des inerties inavouables nous appellent pour nous dire qu’ils font l’objet de représailles ou de menaces…

Tous les médias ont demandé notre livre, souvent en plusieurs exemplaires. C’est fou, le nombre de journalistes qui veulent le lire. Ils nous disent que notre enquête est sidérante, courageuse, renversante… Les mêmes nous avouent parfois qu’il sera bien difficile d’en parler publiquement en nous expliquant que leur rédaction ne veut pas se mettre à dos leur propre syndicat. Comme si toutes les sections et toutes fédérations devaient se sentir visées ou condamnées à couvrir les autres ! Or, notre livre n’a jamais accusé la totalité des organisations, les faits que nous rapportons sont certes nombreux mais toujours précis, circonstanciés. Alors ?

Que craignent les leaders syndicaux ?

Des journalistes qui n’ont pas froid aux yeux, en revanche ce sont ceux de Pièces à conviction, l’émission d’Hervé Brusini. Les premiers à avoir lu notre enquête (avant même qu’elle soirte en librairie) et à reprendre certains dossiers. Ils s’intéressent tout particulièrement à l’affaire du Comité central d’entreprise (CCE) de la SNCF qu’ils réexaminent pièce après pièce, témoin par témoin. Du boulot sérieux. Samedi 23 mai, quelques heures avant la première diffusion sur France 3, nous les rejoignons pour un ultime tournage sur le plateau télé. Jean-Luc Touly parlera du livre pour nous trois.

Là, ils nous font part de leur difficulté à trouver des responsables confédéraux prêts à venir sous les projecteurs : « Les leaders syndicaux ne veulent pas venir débattre avec vous. Seul le trésorier national de la CGT, Michel Doneddu, est prêt à nous rejoindre sur le plateau, mais la confrontation avec vous ne sera pas possible. Vous serez sur deux plateaux différents… » Dommage, nous aurions bien aimé parler de tout ça avec lui devant les caméras.

Mais si ce n’était que lui ! Personne, parmi les responsables syndicaux, ne veut se retrouver face à nous. Leur faisons-nous si peur ? Redoutent-ils à ce point nos remarques et nos questions ?

Jean-Luc sera interrogé par Elise Lucet. Je l’accompagne. Pour ne pas effrayer le trésorier CGT, on nous place dans une salle à part. S’il apprend que nous sommes-là, il risque de repartir. Ce n’est pas la coutume de séparer les invités, mais on comprend : c’est le seul responsable national qui accepte de répondre sur les financements (après quelques hésitations), ils n’ont pas envie de le perdre.

Poussé par la curiosité, j’entrouvre la porte pour voir débarquer le représentant du Medef et un dirigeant de l’Institut Supérieur du Travail, qui a pour vocation de préparer des responsables d’entreprise à l’exercice des relations sociales. Le trésorier de la CGT est arrivé aussi, la mine chiffonnée, pas franchement à l’aise. Il semble se demander à quelle sauce les journalistes vont le cuisiner. Il s’assied, croise les jambes. Son pied gauche s’agite très rapidement. L’air pas content du tout.

Les trois hommes conversent. Une réflexion me vient en les regardant ainsi : ce responsable syndical craint visiblement moins ces hommes-là que nous, qui voulons juste défendre les salariés et l’indépendance des syndicats. Pourquoi se hérisse-t-il autant à l’évocation de nos noms alors que nous ne l’avons jamais attaqué ? Pourquoi une telle attitude, alors que nous répétons dans le livre que la confédération CGT elle-même a tenté de remédier, ici et là, aux dérives constatées dans certains secteurs ?

Allez, monsieur Doneddu, encore un effort, si vous arrivez à discuter aimablement avec les employeurs vous devriez pouvoir nous entendre un peu. D’autant que le co-auteur, Jean-Luc est juge prud’homal CGT et qu’il a milité dans le même syndicat depuis tout jeune.

Qui finance ?

Devant les caméras, Jean-Luc résume nos observations et rappelle que, depuis les années 1970, le nombre des syndiqués en France a été divisé par cinq, tandis que le nombre des permanents syndicaux a été multiplié par autant. Une aberration qui montre que quelque chose ne tourne pas rond dans le fonctionnement des organisations (la plupart du temps, on ne va même plus chercher les cotisations). Et qui attend toujours une explication des syndicats.

Les autres se succèdent aussi sur le plateau, face à Elise Lucet, précise et opiniâtre dans ses questions. Le type envoyé par le Medef prétend que le Medef a changé. Selon lui, Laurence Parizot ne savaient rien et les « petites entreprises » dont il s’occupe ne sont pas corruptrices. Mais il feint ne rien entendre quand Jean-Luc rappelle que notre livre montre en détail que ces pratiques, loin d’être l’exclusivité de l’UIMM, ont été développées dans toutes les branches d’activité, au point de devenir un « sport national ».

Après le tournage, je discute avec Elise Lucet, qui sait qu’elle a fait une performance mais se montre modeste : « L’équipe a travaillé dur, ils ont fait un excellent reportage, c’était facile pour moi. Quand l’enquête est sérieuse, je peux m’appuyer sur des éléments solides. » Elle dit vrai : j’ai vu bosser leur principale journaliste, Sophie Roland, terriblement fûtée. Courageuse avec ça. Sa rigueur, je n’en parle même pas. Chapeau.

Leur enquête sur les CE de la SNCF et sur l’affaire Sauvagnac confirme bien la nôtre, avec des éléments originaux très forts. En particulier, ce morceau d’anthologie sur d’invraisemblables factures additionnant les prix de modèles d’appareils inexistants, domicilées chez un type qui est prêt à dire tout et son contraire pour se justifier, puis qui lâche finalement qu’il ne sait ni lire ni écrire.

Par contre, la prestation du trésorier de la CGT est moins comique. Il vocifère contre nous, déclare que nous sommes des imposteurs qui chargent son syndicat. Moi qui rend compte des combats de la CGT depuis mes premiers livres (j’en ai publié de nombreux sur la santé au travail et j’ai toujours mis en valeur l’engagement des syndicalistes CGT, souvent les plus prompts à défendre les salariés). Christophe, lui, n’a pas hésité dans le livre à monter que certains syndicalistes de sa propre organisation (FO) s’étaient compromis.

Finalement, le trésorier récuse tout le reportage, les témoignages et les preuves. Il accuse Jean-Luc d’être un falsificateur. Aïe : il diffame sans se retenir et prétend que ce dernier n’est pas à la CGT, en oubliant de dire qu’il exerce un mandat de juge CGT aux Prud’hommes. Enfin, comme si cela constituait une réponse aux questions d’Elise Lucet, l’homme évoque un procès que le syndicat de Veolia nous a intenté pour les dérives que nous avions pointées dans L’eau des multinationales, un précédent livre. Il commente à sa manière le jugement que nous avons remporté, en le présentant de manière défavorable. Aïe : rediffamation. Il cherche sa colère, en guise d’argument, la joue contre tout ce qu’on lui dit, tout en déclarant ne pouvoir répondre que sur la confédération.

Monsieur Doneddu, vous auriez préféré que notre livre ne sorte pas, on l’a bien compris. On vous donne du travail alors que vous ne devez pas en manquer. Je devine que votre boulot ne doit pas être facile par les temps qui courent où tant de gens veulent la peau des salariés. Mais c’est quand même stupide de se retrouver comme ça, alors que nous défendons a priori les mêmes gens. On se bat pour le syndicalisme, nom d’un chien ! Avec tous ceux qui refusent de plier l’échine et de voir les acquis sociaux filer comme du sable entre les doigts.

Le syndicalisme est à jamais un exercice de vigilance

Tout de même, vous avez eu le courage de venir sous les projecteurs, seul, pour représenter la CGT. Rien que pour ça, vous faites déjà la différence avec les autres, avec toutes les organisations qui préfèrent rester tapies dans leur terrier, alors que nous ne demandons que des explications. Mais, que diable, arrêtez de dire que nous militons pour SUD ou pour FO ! Est-il impossible de pouvoir exiger plus d’indépendance dans les financements sans être en opération commando pour le compte d’une organisation ? FO ne me paraît pas plus indépendant. Quand à SUD, le fait qu’il s’agisse d’un syndicat de coordination qui refuse les structures verticales le soustrait aux perfusions financières. Mais je n’ai pas la naïveté de croire qu’il restera indemne en grossissant. Et je pense même que certains de ses militants font déjà l’objet de sollicitations malsaines visant à les adoucir.

Seule la lucidité et la plus grande vigilance nous permettront d’avancer tous ensemble.

J’ai fait un rêve : monsieur Doneddu, vous acceptiez d’examiner sérieusement avec moi, sur Bakchich, les aberrations que nous soulevons. Sans injures, avec patience. Tout s’éclaircissait alors de façon convaincante. Vos taux d’adhésions remontaient, remontaient… Je vous félicitais chaleureusement et nous tombions dans les bras l’un de l’autre. Nous avions vaincu le monstre des malentendus accumulés. Le syndicalisme de lutte, dont les négociations ont toujours besoin, redéployait ses ailes pour affronter le siècle qui s’annonce si difficile.

Publié dans PARFUMS DE SCANDALES, POLITIQUE ET BUSINESS | 1 Commentaire »

Le bilan « globalement positif » de l’armée française en Afrique ?

Posté par issopha le 17 juin 2008

AFRIQUE

Le bilan « globalement positif » de l’armée française en Afrique

 

Débat militaire / mardi 17 juin par Xavier Monnier

Le bilan « globalement positif » de l’armée française en Afrique ? dans AFRIQUE de SARKOZY
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L’armée française ne déprime pas du tout. Non, non, non. Elle aime toujours l’Afrique et s’y balader. Et en tire de son action un bilan « globalement positif », comme en atteste le débat qui a eu lieu lundi 9 juin à l’IHEDN, à Paris.

Le lundi à l’institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN), installé dans la cossue école militaire de Paris, ce n’est jamais ravioli. Tous les premiers lundis du mois, c’est débat. Avec ce 9 juin, un thème fort distrayant : « La France en Afrique : présence, coopérations, opérations ». Comprendre l’armée française, on est entre képis et gens polis. Avec un discours bien rôdé. Au général Labaye, tout frais patron de l’institut, le soin de dérider un peu l’assistance. Retransmis en visio-conférence (et en direct) vers la Réunion, la conférence ne semble pas y avoir attiré les foules. Un écran montre un amphi vide, et six clampins regroupés au premier rang. Rire de la salle. « Vos questions seront sans doute nombreuses », glisse le général. Re-rires. Au général Beth, directeur de la coopération militaire et de défense (rattaché au Quai d’Orsay) le soin de les endormir, « en utilisant le moins possible la langue de bois ». Mais diffuser les vapeurs de Morphée a ses petits désagréments. On s’oublie vite. Et l’on dresse un bilan guère reluisant de la situation.

En pérorant sur la grande demande de formations émanant des gouvernements africains, l’ami haut gradé relève les différentes carences du secteur. Au Darfour par exemple, où l’Eufor et la France a le plus grand mal « à recruter les 6 000 gendarmes nécessaires ». Ou les différents ratés, toujours au Darfour que rencontrent les missions françaises « faute de sous-officiers africains bien formés ». Bref ça grince. Mais les Africains y mettent du leur. Huit projets d’école sont dans les tuyaux : deux au Gabon, indéfectible compagnon, une au Congo Brazzaville, en Éthiopie, à Madagascar et au Cameroun. Autre désagrément de l’assoupissement, le réveil, toujours difficile. Aux questions multiples de l’Assemblée, l’étoilé Beth a servi des réponses donnant au bilan français des contours encore plus pâteux. Et une vision politique fort éclairante.

« À l’africaine »

La Côte d’Ivoire, qui attend un scrutin depuis l’an 2005. « Les élections sont attendues d’ici à fin de l’année. Si Dieu veut. Mais l’on mise plutôt sur 2009 ». Le bidasse défend pourtant son naturel optimiste, et le prouve. En saluant la transition « démocratique du pouvoir au Togo en 2005, et ce grâce au grand rôle joué par l’armée ». Une vision originale des choses. Pour rappel, de 1967 à sa mort en février, Gnassingbé Eyadéma, grand ami du président Chirac, règne sans partage. Et c’est son fiston, Faure, qui lui succède, après des élections brillamment remportées, des urnes volées, et une centaine de cadavres. Quant à l’armée, chapeautée par Kpatcha Gnassingbe, fils du défunt président et frère du nouveau, elle a très bien encadré la succession, il s’entend. « Enfin, concède le général, cela s’est passé à l’africaine ». Merci pour eux.

 

Une transition démocratique en Afrique selon l’armée française

© baroug

Et pour finir un petit mot sur l’instable Centrafrique, où loge toujours l’armée française officiellement, et à l’occasion les commandos d’opérations spéciales (COS). « Avant on devait y intervenir tous les six mois, depuis 2002, nous n’y sommes pas intervenus ». Ce n’est pas beau de mentir. Comme l’a largement relayé la presse française, dont Bakchich, en décembre 2006, aviations et commando ont largement aidé le président général Bozizé à reprendre la ville de Birao aux mains des rebelles.

« La Centrafrique reste un élément de désolation permanent », conclut tout de même le général pas si Beth. Mensonge avoué à demi-pardonné, soldat.

Lire ou relire dans Bakchich :

Les grandes fautes de Joyandet

Mardi, le nouveau sous-ministre de la Coopération et de la Francophonie doit se rendre dans les Alpes-Maritimes à l’occasion du 61e festival de Cannes. « Bakchich » s’interroge. Le bon Joyandet serait-il victime de ses propres ambitions (…)

Congo, Jean-Pierre ne dansera plus la Bemba

L’ancien chef de guerre congolais, Jean-Pierre Bemba, a été arrêté à Bruxelles pour crimes de guerre le 24 mai dernier. Petit retour sur un politique au parcours exemplaire.

 

Suite à la dernière action de la Cellule Françafrique Représailles de Bongo contre le militant Marc Ona

 

Le 17 juin 2008, par Jean Denard,

Omar Bongo, échaudé par la restitution symbolique de l’un de ses biens mal acquis à Marc Ona, leader de la société civile gabonaise, l’empêche désormais de voyager. Nouvel épisode de la « démocratie gabonaise » chère au président français.

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Le 3 et le 4 juin 2008, Marc Ona a eu la surprise de recevoir la visite du chef de cabinet du Ministre de l’Intérieur Annick Donga, envoyée par son patron, André Mba Obame, lui signifier son interdiction de sortie du territoire alors qu’il était invité à New York du 6 au 14 juin 2008 par Revenue Watch Institute (voir l’invitation en pièce jointe).

Motif : Marc Ona, Président de l’ONG environnementaliste Brainforest et Coordonnateur de Publish What You Pay (PWYP) Gabon, menacerait la sécurité interieure par ses activités associatives. Il est vrai que les demandes de transparence que Publiez ce que vous payez Gabon a récemment émises concernant les contrats miniers de Belinga menacent le portefeuille de la clique au pouvoir à Libreville ! Le pouvoir lui reproche aussi son « refus de négocier »… une expression gabonaise pour stigmatiser les incorruptibles.

Les ONG américaines et les réseaux PWYP se sont mobilisées, une coalition des ONG et les leaders syndicaux ont accompagné Marc Ona à l’aéroport de Libreville, mais ça n’a pas suffi… Le voilà cloué au Gabon et régulièrement convoqué, depuis début juin, par le ministère de l’Intérieur.

En réalité, le gouvernement gabonais veut à tout prix éviter que ne se renouvelle aux Etats-Unis une opération comme la dernière action de la Cellule Françafrique, à laquelle Marc Ona a participé avec un courage inouï en avril dernier. The travel ban might be linked to PWYP Gabon recent criticism of the Belinga mining contract and the opacity around the renegotiation process (see ).

Difficile en effet de tolérer que les Gabonais voient apparaître dans les médias un palace parisien à 19 millions d’euros pour la descendance Bongo quand cette même population n’a pas accès aux soins… On ne se surprend guère, d’ailleurs, que ce soit le ministre de l’Intérieur gabonais qui soit intervenu quand on connait la proximité d’André Mba Obame avec l’un des gardiens émérites de l’héritage familial, Ali Bongo.

C’est au gouvernement français, désormais, de jouer. A Nicolas Sarkozy en particulier, si prompt à vanter en juillet dernier la « démocratie gabonaise », de rappeler à son cher ami Omar que de tels compliments s’accompagnent de quelques obligations – comme par exemple la liberté d’expression…

 pdf dans FRANCE A FRIC EN AFRIQUE detteodieuse.pdf 

 

Le projet Belinga toujours dans le collimateur des ONG
03-06-2008
spacer dans MENSONGES D'ETAT
 

L’ONG «Publiez ce que vous payez» (PCQVP) et la plateforme Environnement Gabon ont tenu une conférence de presse ce 2 juin à Libreville pour dénoncer l’opacité des renégociations des termes de la convention pour l’exploitation du gisement de fer de Belinga entre les parties gabonaises et chinoises signée le 24 mai 2008 au palais présidentiel. Les ONG environnementalistes gabonaises avaient vivement critiqué cet accord, accusant les autorités chargées du dossier d’avoir «bradé le patrimoine national en cédant tous les privilèges à la Chine». A la suite de ces protestations, le gouvernement gabonais avait décidé de rouvrir les pourparlers avec ses partenaires chinois afin de négocier de nouveaux accords sur l’exploitation de la mine de fer de Belinga. Pour les ONG, ce nouvel accord accorde toujours trop des privilèges à la partie chinoise comme le suggère leur communiqué de presse retranscrite in extenso.

«Nous avons appris par les médias que la signature de la convention entre le Gabon et le consortium chinois CMEC a été apposée à la Présidence de la République le samedi 24 mai 2008. Cette signature intervient au moment où la société civile regroupée au sein de la Coalition Publiez ce que vous payez et la plateforme Environnement Gabon avaient dénoncé les manœuvres du gouvernement visant à écarter certains acteurs clés des négociations des nouvelles clauses de la nouvelle convention, une renégociation intervenue à la suite de la protestation de la même société civile gabonaise sur le caractère indique du contrat signé en 2006.

En effet, alors que les séances de négociation d’un contrat qui profiterait aux intérêts du Gabon se déroulaient au ministère des Mines en présence de tous les acteurs impliqués, dont le représentant de la société civile depuis le mois de décembre, l’on annonce la suspension de celles-ci à la suite de nombreux désaccords entre la partie chinoise et les experts gabonais et leur reprise le 31 mars 2008, contre toutes attente, l’on apprend que deux membres du gouvernement se rendent en mission en chine accompagnés de quelques fonctionnaires sans associer les membres de la délégation gouvernementales chargée du contrôle et du suivi du projet Belinga, encore moins des gabonais siégeant au Conseil d’Administration de la COMIBEL.

Au cours d’une conférence de presse tenue dans les locaux de Brainforest au mois d’avril 2008, les organisations de la société civile avaient dénoncé cette démarche qui cachait une volonté de faire passer certaines clauses de la convention sur lesquelles les négociations achoppaient et que la partie chinoise ne voulait pas renégocier, comme par exemple le durée d’exonération d’impôts qui étaient de 25 ans dans le premier contrat et que les experts gabonais voulaient ramener à 10 ans maximum, ramener le périmètre de la concession minière de 7700 km2 à 600km2, la réalisation des études d’impact environnementale pour chaque étape du projet et non une seule étude, etc.

Au lieu de déplacer les autorités responsables du projet Belinga, pourquoi les responsables chinois de chaque composante dudit projet ne s’installent pas à Libreville de façon permanente, comme cela est prévu dans le procès verbal d’une réunion tenue entre une délégation gouvernementale et le CEMEC, le 20mai 2007 ?

Comment comprendre que les travaux de terrassement et d’aménagement des routes menant vers le site des chutes de Kongou n’aient pas été arrêtés au moment de la suspension du contrat de 2006 alors que l’absence des études d’impact environnemental fut à l’origine de la polémique entre le gouvernement et la société civile ?

Comment comprendre qu’un terrain de plus de 7000 km2 soit gelé autour de la concession minière au profit de la COMIBEL, alors que la zone s’exploitation et de dépendance n’excède pas les 600 km2 ? Faut il à la COMIBEL un terrain onze fois plus vaste que la concession minière qu’elle a sollicité pour rechercher les matériaux de construction ?

Comment expliquer que les 25 années d’exonération fiscales accordées à la partie chinoise dans le contrat litigieux soient maintenues, sachant que le retour sur investissement sera effectif après 8 à 10 ans d’exploitation ? A qui profitent réellement de telles facilités ? Et comment comprendre que la partie gabonaise confirme son engagement à supporter la responsabilité complète et assume tous les dommages directs et indirects environnementaux qui pourraient survenir en relation avec la réalisation du projet par la COMIBEL ?

Le contribuable gabonais est il disposé à endosser la facture des incidents graves causés par cette dernière ?

Autant de questions que se pose la société civile qui a, une fois encore, réaffirmé sa volonté de voir les intérêts des populations gabonaises définis et préservés dans les négociations en cours. Aussi a-t-elle renouvelé l’exigence pour toutes les parties de se conformer aux lois et règlement en vigueur en République gabonaise.

Tout en laissant le soin au Premier ministre de tirer les conclusions sur la mise à l’écart de la DGG en charge du suivi et du contrôle du projet Belinga, elle demande cependant «l’installation immédiate de celle-ci ainsi que la mise à sa disposition des moyens indispensables à l’accomplissement de ses missions».

En conclusion, elle met en garde les autorités responsables du projet Belinga contre une signature précipitée de la Convention qui ne respecterait pas les exigences de transparence et d’équité, ainsi que «sur certaines conséquences de leurs engagements qu’au fond, elle ne désirent peut être pas».

La société civile insiste sur la satisfaction des points suivants :

1- La réduction de 7000km2 500 m2 de la superficie de la concession attribuée à la CMEC ;
2- La réduction de 25 à 8 ans de la durée de l’exonération d’impôts accordée à la COMIBEL ;
3- L’abandon des chutes Kongou pour la construction du barrage hydroélectrique ;

4- Le refus de la prise en charge des dégâts environnementaux occasionnés dans le cadre de l’exploitation du gisement de fer de Belinga par la partie gabonaise ;

5- La réalisation préalable des études d’impacts environnementaux par projet avant le début des travaux. Car il ne s’agit pas d’une seule étude d’impact mais des études pour chaque phase du projet prévu dans le cadre de cette exploitation, etc.

Maintenant que cette convention est signée, il appartient à l’Assemblée nationale gabonaise de jouer son rôle de représentant du peuple, en examinant cette convention non pas dans l’intérêt personnel des individus au pouvoir et des intérêts chinois, mais pour l’intérêt du peuple gabonais et sa ratification en fait obligatoirement un texte de loi à la disposition de la population.»

Publié le 03-06-2008    Source : Gaboneco.com     Auteur : gaboneco   

Publié dans AFRIQUE de SARKOZY, FRANCE A FRIC EN AFRIQUE, MENSONGES D'ETAT | Pas de Commentaire »

Quartiers populaires et médias

Posté par issopha le 2 juin 2008

Quartiers populaires :  

comment en parler pour se dédouaner,  

  

par Colombe Schneck 

  

  

  

Olivier Poche  

Publié le jeudi 29 mai 2008  

     

 

Le 4 décembre 2007, l’émission « J’ai mes sources », animée par Colombe Schneck sur France Inter, sobrement intitulée ce jour-là « Médias et banlieue », se penchait sur… Sur quoi au fait ? Sur les rapports entre les journalistes et les habitants des quartiers populaires ? Pas du tout : sur les rapports entre les« émeutiers » et les médias à l’occasion, comme il se doit, des « événements » de Villiers-le Bel. 

Les invités, cette fois-là, avaient pourtant des choses à dire, et certains de leurs propos méritent d’être retenus. Mais ce qu’on retiendra surtout, c’est le rôle de la présentatrice, et plus généralement le dispositif de l’émission, qui ont pour conséquence, sinon pour but, de rendre très difficile, voire impossible, de tenir un discours véritablement « critique » sur le travail journalistique. Les émissions de critique des médias, florissantes, ne vont guère au-delà de la défense et illustration de l’ordre médiatique qui les abrite. 

 

La « haine » 

Les quelques phrases d’introduction, lues à l’antenne par Nicolas Demorand, donnent le ton :
- Nicolas Demorand :- « Depuis les émeutes de 2005, de nombreux journalistes ont tenté de couvrir les banlieues autrement et pourtant… “Je n’ai jamais vu ça ! Il y a une haine contre l’extérieur, policiers, pompiers, élus et nous” déplore le journaliste Luc Bronner qui couvre les banlieues pour le journal Le Monde depuis deux ans. »
 

En deux phrases, le problème est circonscrit : une « haine » indistincte (et sans doute instinctive) contre « l’extérieur » habite les banlieues, et les journalistes en sont les victimes. De quoi seraient-ils alors responsables ? Le ton est donné et le cadre est fixé, comme le confirme aussitôt Colombe Schneck :
- Colombe Schneck : – « 
Une haine contre les journalistes de la part des émeutiers qui s’est développée depuis 2005, et parallèlement, un apprentissage des techniques de manipulation des médias de la part de ces mêmes journalistes [sic, pour « émeutiers », probablement], d’abord sur cette haine contre les journalistes, Luc Bronner, vous couvrez les banlieues depuis 2005, vous l’avez vu se développer ? » 

D’emblée, la question de la contestation des médias dans les quartiers populaires est rabattue sur la haine que manifesteraient les émeutiers. Ce qui permet de construire cette opposition : d’un côté une « haine » indifférenciée (doublée de techniques de manipulation) et de l’autre les progrès uniformes du travail des journalistes. 

Cette double introduction inaugure donc l’émission par l’affirmation d’une double « évidence » – une double pétition de principe qui en dit long sur la perception du problème à traiter : la « haine » et le « progrès ». En commençant pas cette « haine », qu’on pose d’emblée comme un fait général et indiscutable – et de fait, elle ne sera jamais discutée. « Haine » d’autant plus étonnante, pourtant, qu’on postule que les choses ont bien changé depuis 2005 (on « couvre autrement ») : le traitement médiatique des banlieues – thème de l’émission, dont on devrait débattre, sur lequel devrait porter la « critique » – est bien meilleur qu’avant. La question ne portera pas sur la qualité de ce traitement, mais sur le degré et la vitesse d’évolution vers le mieux, le bien, sinon la perfection. De là cette question implicite : comment peuvent-ils être si « haineux », alors qu’on fait tant pour eux ? 

Ce cadrage, voire ce cadenassage, du « débat » par Colombe Schneck le rend tout simplement impossible, comme on peut le vérifier chaque fois que les invités ont le mauvais goût de contredire son aveuglement. C’est ce que montre assez clairement le premier échange :  

- Colombe Schneck : – « […] d’abord sur cette haine contre les journalistes, Luc Bronner, vous couvrez les banlieues depuis 2005, vous l’avez vue se développer ? »
- Luc Bronner : – « 
Non on peut pas dire ça . […] Il y a un ressentiment assez fort vis-à-vis des médias en banlieue , avec une critique qui est portée assez souvent sur le fait que les médias sont présents uniquement lorsque les voitures brûlent ou lorsqu’on se trouve en situation de violence urbaine. »

- Colombe Schneck : – « 
Pourtant on l’a vu depuis 2005, y’a eu de nombreuses initiatives, hein, qui ont été prises par les médias, une prise de conscience . Par exemple avec la création de ces reporters en résidence… Stéphane Pair ?
[reporter en résidence]
- Stéphane Pair : – « Ouais… enfin je pense que ce qui s’est passé pour Radio France – qui était déjà programmé, hein, avant ce qui s’est passé à l’automne 2005 – représente une prise de conscience aussi que c’est par exemple le service public d’être présent [sic] dans les territoires qui nous séparent du périphérique. […]
Je ne suis pas sûr moi qu’il y ait eu une vraie prise de conscience depuis ce qui s’est passé en 2005. Globalement je pense que beaucoup de rédactions […] se posent un peu les mêmes questions dans le traitement de ces questions. […] On a du mal à trouver la bonne façon d’approcher et de bien représenter vraiment ce qui se passe dans ces quartiers. C’est une difficulté encore aujourd’hui pour toutes les rédactions . »

- Colombe Schneck : – « 
Pourtant quand les rédactions comme au Monde ou France Bleue créent des postes permanents pour suivre ces banlieues, forcément le travail s’améliore ! Vous avez des contacts réguliers, vous pouvez faire autre chose, et vous l’avez fait, Luc Bronner, autre chose que les violences et les émeutes… » 

« Pourtant, pourtant » : à deux reprises, l’animatrice intervient donc pour contredire les journalistes qu’elle a conviés, pour tenter de leur faire dire ce qu’elle a déjà fait dire à Nicolas Demorand : « y’a eu de nombreuses initiatives, une prise de conscience, le travail s’améliore… ». Quel travail ? Sur quoi ? Et surtout de quels médias et de quels journalistes ? Au lieu de s’interroger sur la vision des quartiers populaires des médias qui informent massivement leurs habitants (les radios, les télévisions, la presse quotidienne régionale, …), Colombe Schneck a invité Luc Bronner du Monde et un reporter en résidence de Radio France : deux exceptions, chargées d’illustrer la « thèse » de Colombe Schneck ; tout va de mieux en mieux puisque vous existez ! Proposer une autre analyse reviendrait ainsi, pour eux, à un constat d’échec. Le piège tendu, peut-être involontairement, est redoutablement efficace : « Vous pouvez faire autre chose, et vous l’avez fait, Luc Bronner  »… Et ce sont ces deux exemples qu’on érige en loi générale pour décréter, contre toute évidence, que « le travail s’améliore ». 

Que Luc Bronner et Stéphane Pair aient, à raison, résisté à cet enthousiasme n’a pas empêché Colombe Schneck de ressasser ses propres préjugés et d’éluder les problèmes soulevés par leurs remarques : la critique, par exemple, « portée assez souvent sur le fait que les médias sont présents uniquement lorsque les voitures brûlent » (la « présence » des émissions de critique médiatique des médias comme « J’ai mes sources » ne faisant pas exception), ou encore les « difficultés » rencontrées par les rédactions qui ont «  du mal à trouver la bonne façon d’approcher et de bien représenter vraiment ce qui se passe dans ces quartiers ». 

Les « manipulations » 

L’incantation sur une prétendue amélioration globale du travail des journalistes tenant lieu d’examen précis de son contenu et de sa réception, la critique des médias vire à leur éloge… et la « haine » reste toujours aussi mystérieuse. Une fois la « haine » des « émeutiers » à l’égard des journalistes – démentie à demi-mot par ses invités, malgré son insistance – auscultée avec autant d’acuité, Colombe Schneck passe au second thème qu’elle avait annoncé : la maîtrise des « techniques de manipulation des médias » par ces mêmes « émeutiers ». 

- Colombe Schneck : – « Stéphanie Binet, qui est journaliste à Libération raconte que cette vidéo a fait l’objet d’enchères, que certains journaux ont essayé de la vendre… »
- Stéphane Pair : « De l’acheter ! »
- Colombe Schneck : – « Héhé, de l’acheter pour la vendre plus cher aux chaînes de télévision… ? »
- Luc Bronner : – « Alors moi j’ai pas d’information précise là-dessus, ce sont des rumeurs qui ont couru et j’ai pas d’information précise. Ca m’étonne pas vraiment, on sait que ce type de pratiques existe en banlieue avec la tentation, à certains moments, de payer des informateurs. »
- Colombe Schneck : – « 
Est-ce qu’on peut dire, de façon plus générale, qu’il y a eu un apprentissage des techniques et des moyens de manipuler les médias de la part de certains jeunes, en particulier des émeutiers ?  »

- Luc Bronner : – « C’est pas les seuls à manipuler les médias, les sources policières nous manipulent… »
- Colombe Schneck : – « Bien sûr oui. »
- Luc Bronner : – «  …avec une très grande performance. Je pense qu’une partie des jeunes savent très bien utiliser les médias, ils baignent dans cet univers, ils utilisent très bien le nouveau média internet par exemple… »
- Colombe Schneck : – « 
Oui on l’a vu par exemple, sur Dailymotion de nombreux posts de voiture qui brûlent, des choses comme ça…  » 

Et c’est tout : nous avons retranscrit l’intégralité de l’échange consacré à ces « manipulations ». Une anecdote, des rumeurs et des posts sur Dailymotion : Colombe Schneck a tout relevé, même les manipulations policières qui appellent de sa part une réplique approfondie : « Bien sûr oui ». On n’en saura pas plus. Pourtant les manipulations policières sont sans doute autrement efficaces que l’utilisation d’Internet par « une partie des jeunes ». 

C’est le moment de rappeler que selon le site de France Inter, Colombe Schneck « scrute les lois, les enjeux, les personnalités d’un domaine qui nous concerne tous, dans notre quotidien et dans notre rapport au monde. » Mais encore ? « Télévision, radio, presse, mais aussi Internet, téléchargement, blogs, technologies de l’information : un monde complexe face auquel Colombe sait garder la tête froide et l’esprit clair ». 

Intermède : A propos d’un « certain appétit » 

« Tête froide et esprit clair »… Alors qu’elle a elle-même parlé d’ « émeutiers » sans le moindre discernement, plaidé pour un progrès uniforme du traitement médiatique des quartiers populaires et éludé les difficultés évoquées par ses interlocuteurs, Colombe Schneck « découvre » quelque temps après, que la recherche du « scoop » et de la dramatisation n’est pas sans effets :

- Colombe Schneck : – « Vous avez été victime d’un certain appétit, je dirais, des directeurs de la rédaction pour le mot « émeute ». Vous avez enquêté en juin dernier sur des violences à Cergy qui avait été couverte par la presse locale et pas par la presse nationale. Votre article s’est retrouvé à la Une du Monde avec ce titre « Des émeutes urbaines se sont affrontées à Cergy sans faire l’événement ». On peut dire que vous avez été victime de la rédaction en chef de votre journal » ?
- Luc Bronner : – « Je n’oserais pas moi le terme victime. Ça montre que dans une rédaction il peut y avoir des désaccords. […] Ma direction a estimé que ça méritait la Une du journal ce qui n’était pas du tout mon avis, … Après à chacun sa responsabilité… J’ai essayé de peser dans ce sens-là… Avec par ailleurs pour moi un choix de termes malheureux, c’était une des raisons pour lesquelles j’étais opposé au choix de la manchette… C’est que c’est très difficile de titrer de manière posée sur un sujet aussi complexe. Dans mon article je parlais de « violences » urbaines et pas d’ « émeutes », volontairement. »
- Colombe Schneck : – « Ce n’est pas le même mot… »
- Luc Bronner : – « Ce n’est pas le même mot. On était sur des violences urbaines, avec certitude ; émeutes, je n’en suis pas sûr, je ne crois pas. Et du coup on a utilisé le terme « émeutes » au pluriel, en Une, ce qui pour moi était une… qui n’était pas mon choix. » 

Colombe Schneck, soudain prudente, ne voit là qu’un « appétit pour un mot ». Quant à Luc Bronner qui manifestement n’en fait pas qu’une banale question de vocabulaire, il relativise malgré tout. On peut même observer sur le vif l’autocensure produire un sursaut salvateur : « on a utilisé le terme « émeutes » au pluriel, en Une, ce qui pour moi était une… euh… qui n’était pas mon choix ». « Une… » ? Une quoi ? Une erreur ? Une faute ?… Ou une de ces « manipulations » qui font frémir Colombe Schneck quant elles proviennent « de certains jeunes, en particulier des émeutiers » ? 

Le « dialogue » 

La deuxième partie de l’émission, c’est-à-dire les cinq dernières minutes, est consacrée à une discussion avec un troisième invité, présenté en début d’émission, mais à qui l’on n’avait pas jugé bon ensuite de donner la parole jusque-là, Erwan Ruty, co-fondateur de Respect magazine est présent pour présenter la « Charte Médias en Banlieue » [1]. 

Manifestement, il ne s’agit pas de revenir sur le « constat » :
- Colombe Schneck : – « 
On vient de faire un constat, Erwan Ruty, vous vous avez créé la « Charte des Medias en Banlieue »… Votre idée c’est quoi ? Qu’est-ce qu’on peut faire, qu’est-ce qu’on peut améliorer… ? »  

Un constat ? Lequel ? Que malgré les incontestables progrès des médias, la « haine » demeure ? Que faire alors pour « améliorer », se demande benoitement Colombe Schneck, qui dans les échanges suivants ne semble pas avoir vraiment envie d’obtenir une réponse :  

- Erwan Ruty : – «  Notre idée c’est tout simplement d’arriver enfin à créer un dialogue entre des gens qui ne se parlent jamais. Ca fait dix ans […] qu’on dit qu’il y a un certain problème qui va finir par provoquer une certaine violence dans ces quartiers-là, et notamment vis-à-vis des journalistes, parce qu’il n’y a pas de dialogue, de la part des journalistes, je parle très spécifiquement, pas de volonté de dialogue de la part des journalistes et des rédactions, qui vivent dans un milieu totalement clos, fermé, une tour d’ivoire absolument imprenable… »
- Colombe Schneck : – « 
Et pourtant on voit des initiatives qui sont prises… »

- Erwan Ruty : – « 
…Et donc je pense que maintenant on a dépassé le seuil, je dirais, de l’acceptable. On essaie de créer ce dialogue […]. Visiblement, ça intéresse beaucoup les associations de quartiers, parce que la plupart des grandes associations de banlieue ont signé cette Charte […] Et en face, je dirais, rien du tout !  »
- Colombe Schneck : [qui le coupe et recouvre ses derniers mots] : – « 
Alors vous proposez des choses qui sont assez précises, par exemple, ination
[sic, pour initiation ?] aux médias dans les classes… »
- Erwan Ruty : – « On propose plein de choses qui sont très précises, le principe de cette Charte, c’est pas de donner une camisole, fournir une camisole à des journalistes qui ont déjà pas mal de camisoles, à mon sens, donc c’est pas d’enfermer dans des obligations, c’est tout simplement de mettre quelque chose sur la table pour un dialogue. La Charte elle sera, l’objectif, c’est qu’elle soit recorrigée, retravaillée chaque année. […] Nous on en est encore à une phase, depuis assez longtemps, depuis plus d’une année maintenant, où
tout simplement on demande, tout simplement, à avoir une réponse…
[Recouvert par Schneck : une réponse des médias]. »
- Colombe Schneck : – « 
Alors vous proposez des choses qui sont assez précises, […]  » 

« Des choses » qui ne doivent pas dissimuler que tout va mieux, et que la plupart des critiques sont, du même coup, infondées :

- Colombe Schneck : – « Y a des choses intéressantes, par exemple, favoriser l’insertion des élèves de banlieue dans les médias. C’est déjà le cas, au CFJ… ailleurs…  »
- Erwan Ruty : – « Y’a un long parcours à faire encore. De fait, les rédactions sont pour la plupart aujourd’hui occupées par des gens qui viennent d’un certain milieu social, et ça pose problème, parce que tout simplement quand dans une conférence de rédaction… »
- Colombe Schneck (le coupant) : – « 
…C’est de moins en moins le cas quand même !
 »
- Erwan Ruty : – « […] La vérité c’est qu’il y encore beaucoup de chemin à parcourir. Quand on a […] une conférence de rédaction, là où on réfléchit aux sujets qu’on va traiter, dix personnes qui n’y connaissent rien aux quartiers populaires, … »
- Colombe Schneck : (le coupant) :- « Vous êtes d’accord Luc Bronner ?  »
 

Constamment interrompu par des interventions qui désamorcent ses critiques en cherchant à les atténuer, Erwan Ruty s’accroche. Et quand Colombe Schneck le coupe, comme on vient de le voir, pour demander à Luc Bronner son avis sur une argumentation qu’Erwan Ruty n’a pas eu le temps d’achever, celui-ci ne laisse pas la parole au journaliste du Monde, et parvient à aller au bout de son idée. L’occasion pour Colombe Schneck de nous offrir, en guise de bouquet final, la preuve que les problèmes ne se posent plus… puisqu’ils ne devraient plus se poser : 

- Erwan Ruty : – « Globalement, on a des chances que sur ces dix personnes qui décident de pondre un sujet, si le sujet, il s’avère qu’il n’est pas totalement pertinent par rapport à la réalité, y’aura personne autour de la table pour dire « là je pense qu’il y a un problème au niveau de l’angle, ou un problème au niveau du traitement, ou au niveau du choix du sujet ».
- Colombe Schneck : – « Mais justement quand on a des journalistes spécialisés comme Luc Bronner, cette question ne devrait plus se poser… »
- Erwan Ruty : – « Ah ben l’idéal c’est sûr que… »
- Colombe Schneck : – « Ou comme Stéphane Pair… »
 

Une fois de plus, l’interpellation générale et justifiée est désamorcée par l’évocation des deux exemples particuliers représentés par des journalistes qui font exception à la règle – alors même que le désaccord évoqué plus haut entre Luc Bronner et sa direction tendrait plutôt à remettre en cause ce statut d’ « exception ». Une fois encore, le problème général du traitement médiatique des quartiers populaires est évacué, au moment même où on prétend l’aborder. 

Et pourtant Erwan Ruty n’a cessé d’en appeler au dialogue : « Il n’ y a pas de dialogue, de la part des journalistes, je parle très spécifiquement, pas de volonté de dialogue de la part des journalistes et des rédactions, qui vivent dans un milieu totalement clos, fermé, une tour d’ivoire absolument imprenable […] »  

« J’ai mes sources » confirme ce diagnotic. En effet, quoi que l’on pense du principe d’une « Charte » et de celle qui est proposée, le moins que l’on puisse dire est que Colombe Schneck s’est employée à démontrer qu’il n’y avait rien à discuter. Une fois de plus la critique des médias dans les médias s’est endormie dans son mol édredon. 

Olivier Poche 



Annexe :
- Bonnes intentions ? 

L’émission n’était pas achevée pour autant. Or la suite et la fin ne sont pas moins éloquentes sur les chances de succès de cette Charte et plus largement d’« amélioration » du traitement médiatique des quartiers populaires : 

- Erwan Ruty : – « Il se trouve que la police essaye d’utiliser, ou pendant longtemps a essayé d’utiliser des méthodes spéciales, la justice aussi, l’Education Nationale aussi, tous les acteurs de la société française essayent d’utiliser, de revoir leurs méthodes de travail, pour faire en sorte que les millions de gens qui habitent dans les quartiers populaires puissent avoir un traitement un peu particulier, vu la situation économique et sociale particulière dans laquelle ils sont, et il s’avère que visiblement les journalistes, eux, ne veulent pas remettre en cause leurs méthodes de travail : ça, ça pose problème. »
- Colombe Schneck : – « Luc Bronner ? »
- Luc Bronner : – «  Alors je pense que tout lieu de réflexion et de débat sur nos méthodes est intéressant c’est, c’est, évidemment, donc de ce point de vue là, j’ai rien à redire. Moi je pense exactement l’inverse, je pense que nous médias, il faut qu’on applique les mêmes règles en banlieue qu’ailleurs, donc des règles de vérification des faits, d’implication, de diversification des sources. Je trouve presque contradictoire la démarche qui est de dire « on veut banaliser les banlieues » et en même temps on veut créer une Charte pour les médias en banlieue : non ! Faisons notre travail de journaliste en banlieue comme ailleurs. »
 

Si l’on comprend bien, Luc Bronner accepte le « dialogue »… mais récuse par principe une « Charte » dont l’objectif est d’engager et de favoriser ce dialogue, au nom de ce que les journalistes devraient faire et qu’ils font si peu ! 

- Erwan Ruty : – «  […]le dialogue me paraît un petit peu nécessaire. »
- Colombe Schneck : – « Stéphane Pair, y’a un dialogue qui s’est instauré ! Vous êtes resté deux ans à Bobigny… »
- Stéphane Pair : – « Ouais, moi je pense que ce questionnement on peut l’avoir évidemment. […] Après, prendre les rédactions par la force, en essayant de leur imposer des Chartes, de mon point de vue c’est souvent… inefficace
.  » 

Si l’on comprend bien, Stéphane Pair, tout en se déclarant ouvert à la discussion, récuse toute imposition d’une Charte par la force… sans entendre Erwan Ruty qui vient pourtant de dire explicitement le contraire : « le principe de cette Charte, c’est pas de donner une camisole, fournir une camisole à des journalistes qui ont déjà pas mal de camisoles, à mon sens, donc c’est pas d’enfermer dans des obligations, c’est tout simplement de mettre quelque chose sur la table pour un dialogue ». L’émission s’achève… 

- Erwan Ruty : – « On n’essaye pas d’imposer une Charte, on propose des gens…on propose un dialogue à des gens qui ne veulent pas dialoguer, aux rédactions. »
- Stéphane Pair : – « Ce dialogue est nécessaire… »
- Colombe Schneck : – «  Ouais ! »
- Nicolas Demorand : – « 
Et dialogue amorcé, ici même…  »

- Colombe Schneck : – « Voilà ! »
 

Voilà ! 

 


_________________________________________________  

[1] Mise au point par l’agence de presse Ressources Urbaines et le Centre de Formation des Journalistes (CFJ), soutenue par plusieurs associations et organes de presse et présentée le mercredi 7 novembre à l’Assemblée Nationale, sous le patronage du député Vert Noël Mamère. 

  

  

  

Quartiers populaires : la vision médiatique (1990-2005) 

Patrick Champagne  

Publié le jeudi 24 novembre 2005
Première publication le mercredi 9 novembre 2005
 


   

 

« Le [dé] bloc-notes de Bernard-Henri Lévy », publié dans Le Point daté du 3 novembre 2005, nous offre, au cœur d’un bric-à-brac intitulé « Suite dans les idées », ce fulgurant aperçu : 

« Crise des banlieues, vraiment ? Ou crise des villes, en général ? De la civilité urbaine ? De ce que l’on appelait, jadis, la civilisation et qui était, oui, toujours, une civilisation de la ville ? Relire les poèmes de Baudelaire. Les « Promenades » de Walter Benjamin. « Le paysan de Paris » d’Aragon. Et, à la lumière des événements de Clichy, dans l’ombre de la politique du Kärcher ou des images de cet homme battu à mort parce qu’il voulait photographier des réverbères, se demander combien de temps il faudra pour que cette prose urbaine nous devienne inintelligible. » [1] 

Ainsi, pour tenter de comprendre la situation présente, BHL se propose de relire Baudelaire, Benjamin et Aragon, mais c’est pour déclarer aussitôt que cette situation relève d’une « prose urbaine » qui deviendra bientôt incompréhensible. 

Laissant BHL arpenter les rayons de sa bibliothèque et avant qu’il ne comprenne plus (ce qui ne saurait tarder…), Acrimed offre à ses lecteurs quelques extraits de deux articles rédigés par l’un d’entre nous. Plus de douze ans nous séparent de la rédaction du premier, cinq de la publication du second. Tous deux mettent en question « la vision médiatique ». Cette « vision » n’a pas été sans effet sur ce qu’elle donnait à voir. Elle n’est pas sans effet sur ce que l’on peut lire, entendre et voir dans les médias aujourd’hui. Et que nous observerons dans nos prochains articles. (Acrimed) 


  


La vision médiatique (1) : La stigmatisation (1993) 

 Extrait de « La vision médiatique », de Patrick Champagne, publié dans La misère du monde (sous la direction de Pierre Bourdieu), Paris, Le Seuil, 1993, pp. 72-74. 

[Cet article analysait le rôle et les effets des médias dans la couverture médiatique des quartiers dits « sensibles » (admirons l’euphémisme) à partir des « événements » de Vaulx-en-Velin (supermarché incendié, voitures brûlées, affrontements avec la police, etc.) qui, déjà en 1990, s’étaient déclenchés à la suite d’un contrôle de police ayant mal tourné. Les choses n’ayant guère changé depuis quinze ans, le texte n’a pas perdu de son actualité. ] 

« [...] Bien que la plupart des journalistes rejettent et condamnent les pratiques les plus douteuses de la profession et reconnaissent volontiers l’existence inévitable de biais, même dans un traitement de l’information qui se veut honnête, ils pensent que, malgré toutes ces difficultés et toutes ces déformations, rien n’est pire que le silence. Même si, disent-ils, les médias n’ont pas abordé comme il l’aurait fallu le problème des banlieues ou, plus récemment encore, celui des fils de harkis par exemple, même s’ils admettent avoir privilégié certains aspects marginaux ou mineurs parce que spectaculaires, au détriment de la réalité ordinaire et quotidienne, il reste qu’ils estiment avoir été utiles par le simple fait d’avoir au moins contribué à poser publiquement ces problèmes. Un tel optimisme paraît pour le moins excessif car il ne tient pas compte notamment des effets d’ordre symbolique qui sont particulièrement puissants lorsqu’ils s’exercent sur des populations culturellement démunies. 

A la mairie de Vaulx-en-Velin, on concède que les événements ont créé une situation d’urgence qui a permis de faire débloquer un peu plus rapidement les crédits destinés aux opérations de réhabilitation et à l’action sociale. Mais c’est sans doute la seule retombée positive (et encore, car il faudrait savoir à qui ces mesures profitent principalement). En revanche, cet avantage matériel momentané se paye très cher sur le plan symbolique. Les habitants de ces quartiers ne s’y sont pas trompés lorsque l’on voit l’accueil très négatif que, depuis les événements, certains réservent de plus en plus aux journalistes et qui exprime la révolte impuissante de ceux qui se sentent trahis. On comprend, bien évidemment, que les journalistes soient rejetés par les jeunes en situation délinquante qui ne tiennent pas à être reconnus et fichés par la police. Mais ils le sont également par une population plus ordinaire qui voit se construire, au fil des reportages télévisés et des articles de journaux, une image particulièrement négative de leurs cités contre laquelle ils ne peuvent rien. De sorte que, paradoxalement, loin d’aider les habitants de ces banlieues, les médias contribuent fortement à leur stigmatisation. Ces quartiers sont présentés comme insalubres et sinistres, et leurs habitants comme des délinquants. Les jeunes qui cherchent du travail n’osent plus dire qu’ils habitent ces cités désormais universellement mal famées parce qu’ils ont fait « la une » des médias. 

Un journaliste de FR3 rapporte, par exemple, que le quartier des Chamards, près de Dreux, est visité par des équipes de reporters venant du monde entier parce que Dreux est devenu le symbole de la montée du Front national alors que cette cité à forte main-d’oeuvre étrangère n’est pas pire que bien d’autres. Cette stigmatisation, qui est sans doute involontaire et résulte du fonctionnement même du champ journalistique, s’étend bien au-delà des événements qui la provoquent et marque ces populations bien au-delà de leurs quartiers d’appartenance. C’est ainsi que telle dépêche d’agence faisant état d’incidents dans une auberge de jeunesse du Gard dans lesquels étaient impliqués des jeunes de Vaulx-en-Velin en vacances sera reprise par toute la presse. C’est ainsi également que des jeunes du Val-Fourré, en vacances dans le Jura, devront subir, durant leur séjour, diverses agressions et vexations de la part de la population locale qui est devenue méfiante depuis que les médias (surtout la télévision) ont abondamment couvert les incidents de ces quartiers, la situation très tendue qui est ainsi créée étant propre, par soi seule, à déclencher de nouveaux incidents qui viennent, de façon circulaire, confirmer les stéréotypes médiatiques initiaux. 

Cette vision journalistique des banlieues est fortement rejetée par une petite partie de la population de ces quartiers, généralement la plus politisée ou la plus militante, et suscite son indignation : « Si vraiment la banlieue où j’habite était comme le disent les journaux, jamais je voudrais y habiter », « Ma famille ne veut pas venir me voir ici, ils croient que c’est un véritable coupe-gorge et qu’on se fait violer à tous les coins de rue ! », « Ces gens qui racontent que des conneries, j’appelle ça des journaleux. Qu’on les laisse dire ce qu’ils veulent, mais, à ce moment-là, qu’on nous mette en face pour dire si on est d’accord ou non. On n’ira pas au niveau de la violence parce que je suis non violent et que je sais parler  ». Une association de locataires s’est même constituée pour lutter contre l’image stigmatisante que les médias donnaient de Vaulx-en-Velin et pour faire savoir publiquement que cette ville n’était pas, loin de là, pire que d’autres. Il reste que, la plupart, entre autres parce qu’ils sont dominés culturellement et sans doute parce qu’ils croient bonne pour eux cette sorte de dénonciation populiste de leur condition, reprennent à leur compte cette vision d’eux-mêmes que produisent ces spectateurs intéressés et un peu voyeurs que sont nécessairement les journalistes (« c’est un ghetto ici », « on n’est pas considéré », etc.). 

Ce point de vue d’étrangers qui, comme tout le monde mais avec des conséquences autres, importent plus ou moins consciemment dans leur vision leurs jugements de classe et perçoivent cette réalité à partir de leurs catégories journalistiques constitue en fait un obstacle à la recherche de véritables solutions aux problèmes bien réels qui se posent dans ces zones. Loin d’aider à comprendre la vie ordinaire de ces cités du point de vue même de ceux qui y vivent et qui, si on avait le temps et si on savait les entendre, pourraient dire aussi tout ce qui les attache à leur quartier, les journalistes, nécessités professionnelles obligent, y débarquent, le temps de couvrir l’événement et de faire un reportage sans toujours s’apercevoir qu’ils ont, au passage, accolé involontairement quelques épithètes dévalorisantes à ces banlieues populaires que, pour la plupart, ils ne fréquentent guère, suscitant l’indignation chez certains habitants (« on n’est pas des Zoulous, c’est pas la brousse ici ! ») et des frustrations chez d’autres (« c’est vrai qu’on vit ici dans des quartiers pourris où rien n’est fait pour les jeunes ! »). 

Autrement dit, en plus des véritables problèmes qui existent objectivement dans ces quartiers, les habitants doivent se défendre contre l’image publique d’eux-mêmes, très négative, qui est produite par les médias et qui peut être parfois en fort décalage avec la réalité. C’est précisément le cas de Vaulx-en-Velin qui a pu devenir le symbole des banlieues à problèmes bien que, de l’aveu même des rares journalistes locaux qui la connaissent bien, cette commune soit loin d’être une banlieue très difficile et dégradée. Nombre d’habitants de Vaulx ont d’ailleurs été les premiers surpris par les événements, certains ayant eu presque honte de ce qui s’est passé dans leur commune. Des commerçants expliquent qu’ils avaient en général de bons rapports avec les jeunes ; des enseignants, bien qu’ils connaissent de grandes difficultés dans les collèges, trouvent cependant excessif que l’on parle « d’explosion sociale ». Plus prosaïquement, certains habitants signalent que les troubles sont, en réalité, le fait de minorités – une poignée de jeunes pour la plupart connus de la police – et que la mise à sac du centre commercial n’est que l’exploitation d’un incident pénible (le contrôle de police) par des délinquants adultes qui sont en majorité extérieurs à Vaulx. 

Même si les journalistes locaux sont tentés de donner de l’importance à ces événements pour se donner de l’importance (« Ici, il ne se passe jamais rien. Alors, pour une fois où il se passait quelque chose… » dit ironiquement un journaliste de l’AFP de Lyon), ils ne sont généralement pas dupes et ont une vision assez proche des habitants : « Quand on se promène à Vaulx, j’appelle pas ça un ghetto. J’ai vu des zones pires. Il faut savoir ce qu’on met derrière les mots. On a un peu diabolisé les banlieues  » (journaliste de la presse régionale de Lyon) ; « les pires, peut-être, ce sont les journalistes cow-boys, ceux qui se prennent pour des stars, qui étaient dans le Golfe, puis après s’occupent des banlieues, puis des lycéens  » (journaliste parisien de la presse écrite). Vaulx-en-Velin est pourtant devenu le symbole, médiatiquement entretenu, du malaise des banlieues, un grand quotidien parisien ayant pu titrer, par exemple, à propos de dramatiques incidents survenus dans l’Ile de la Réunion, « un « Vaulx-en-Velin » à la Réunion ». [...]  » 

Note de 2005. La stigmatisation médiatique des « banlieues » et, plus exactement, de la jeunesse des quartiers populaires n’a pas cessé depuis 1990. C’est à peine si elle a varié ses thèmes, en s’amalgamant aux représentations médiatiques de l’islam et de l’islamisme, de la délinquance et du terrorisme. Dix ans d’intensification d’une forme de violence qui en rendant visible la violence visible n’en rendait que plus invisible la violence invisible. 

La vision médiatique (2) : Violence visible et violence invisible (2000) 

 Extrait de « Violence visible, violence invisible » de Patrick Champagne publié in Thomas Ferenczi (sous la direction de), Faut-il s’accommoder de la violence ?, Editions Complexe, 2000, p. 235-246. 

« [...] On ne peut pas parler des « violences urbaines » sans prendre en compte le fait qu’il s’agit désormais d’une réalité médiatiquement transformée. 

Le thème de la violence dans les banlieues est entré dans l’espace public, via les médias, au début des années 80. Il s’agissait alors d’une violence spectaculaire mais étroitement circonscrite dont l’origine était en outre clairement identifiée : les enfants des harkis, parqués dans des cités de transit, injustement abandonnés à leur sort, se révoltaient contre l’injustice faite à leurs parents et à eux-mêmes. On pourrait presque dire que la violence paraissait alors légitime parce qu’elle restait mesurée et parce qu’elle n’était pas donnée à voir par les médias comme une violence sans rime ni raison, contraire aux lois de l’hospitalité (bien au contraire) ou aux relations de voisinage. 

A partir des incidents de Vaulx-en-Velin, au début des années 90, on assiste à un processus de brouillage qui va autonomiser la violence, celle-ci apparaissant de plus en plus comme gratuite, comme un défi à l’ordre républicain (on parle de « zones de non droit »), comme des actes liés au trafic de drogue, bref comme autant de comportements inexcusables ou criminels qui ne méritent qu’une répression accrue tant sur le plan policier que sur le plan judiciaire. La violence devenait ainsi progressivement une propriété de la jeunesse immigrée ou issue de l’immigration, de jeunes perçus comme « inassimilables » par la France alors que nombre de ces comportements devaient beaucoup à un refus d’intégration par le France de ces populations. 

Autrement dit, la « violence » (en fait, la petite délinquance et les diverses réactions de révolte suscitées par un sentiment d’injustice) a été coupée progressivement des conditions sociales qui étaient à son principe et est devenue un problème en soi. Il est vrai que la montée du Front national et la situation internationale ont fortement contribué à ce processus d’essentialisation de la violence (l’on songe à la situation de guerre civile en Algérie, à la guerre du Golfe, à la montée de l’intégrisme islamiste, à la vague d’attentats en France, etc.). 

Tant que les populations à problèmes ne nous posaient pas de problèmes, il n’y avait pas de problème social. A partir du moment où les gens qui ont des problèmes posent, par leurs actions et par leurs comportements, des problèmes à ceux qui n’en ont pas, alors on commence à penser qu’il existe un véritable problème de société. 

Pour les médias et pour les politiques, il n’y avait pas de problème aussi longtemps que les harkis restaient bien tranquilles dans leurs banlieues avec leurs problèmes, sans créer de soucis à ceux qui n’en avaient pas. Progressivement, en partie grâce aux médias, ces problèmes catégoriels sont sortis de ces zones étroitement circonscrites et ont commencé à poser des problèmes d’abord aux riverains, puis aux élus politiques. 

La vie dans ces quartiers s’est dégradée, rendant les relations de voisinage de plus en plus difficiles. Et parce que les populations locales se sont retournées vers leurs élus, les sommant de gérer efficacement ces nouveaux problèmes (c’est-à-dire de déplacer les familles ou les populations « indésirables »), on a assisté à une politisation qui était bien faite pour attirer, dans un processus circulaire, les journalistes politiques, ces derniers prenant le relais, le plus souvent en toute incompétence, des reporters de terrain qui avaient au moins le mérite d’avoir vu de près les gens dont ils parlaient. Le problème changeait ainsi progressivement de nature. Il entrait dans l’arène politique, devenait un thème électoral (cf. le discours « sécuritaire » aujourd’hui omniprésent dans le programme des partis, qu’ils soient de droite ou de gauche). 

Des délégations parlementaires allaient voir les expériences étrangères, américaines notamment, à la recherche de solutions sinon réellement, du moins politiquement efficaces (par exemple le principe du « zéro tolérance » importé des Etats-Unis est surtout idéologiquement important parce qu’il réaffirme avec force l’autorité de l’état). 

[...] Les phénomènes indiscutables – quels que soient les mots utilisés pour les nommer – qui sont observables depuis quelques années dans les quartiers en difficultés doivent être traités comme un indicateur de processus sociaux qui sont les véritables responsables de la situation, les causes plus ou moins cachées qui engendrent ces effets visibles. 

[...] Ce qui est au principe de l’augmentation des diverses formes de délinquance juvénile observable dans ces quartiers réside, me semble-t-il, dans ce que j’appellerai la montée de la violence invisible (par opposition à la violence visible et fortement médiatisée) que la société exerce sur les individus, et notamment sur les jeunes appartenant aux populations défavorisées, ou, pour le dire dans notre jargon, par la montée des violences symboliques, c’est-à-dire de ces violences invisibles exercées par les systèmes de classement, par les perceptions sociales dominantes qui s’exercent sur les dominés, bref par tout un ensemble de processus qui sont au principe de la constitution des identités sociales, de l’estime de soi, du positionnement social de chacun dans la structure sociale. 

Sans doute la perception ordinaire manifeste-t-elle une certaine incompréhension bien compréhensible à l’égard des comportements déviants des jeunes de cités et tend à n’y voir que du « vandalisme » ou des actes « inqualifiables ». Mais cela ne signifie pas que ces comportements soient sans significations ni sans raisons, qu’ils soient le fait de « pervers » ou de jeunes « sans moralité et sans principes ». Il s’agit de comportements non moins nécessaires et déterminés, dont ces jeunes ne sont que les sujets apparents. 

S’ils sont violents, c’est parce que le monde dans lequel ils ont été socialisés est un monde violent. Il y a bien sûr la violence physique, celle qui est exercée par le père sur ses enfants, celle qui est exercée par la rue et par la bande de copains sur chacun dans la mesure où la virilité et la force du corps, principal capital des membres des classes populaires, sont sans cesse mises en jeu et classent chacun dans le groupe. L’on sait que la violence physique engendre la violence physique et que les gens violents sont souvent des enfants ayant eu à subir la violence des adultes. 

Mais la violence physique peut aussi être l’expression et la conversion de formes de violences moins visibles qui ne s’exercent pas moins violemment sur les corps et les esprits. Il y a, en effet, et de plus en plus, des formes de violences plus cachées qui s’exercent sur les jeunes de ces cités. Il y a la violence scolaire invisible qui exclut et qui est au principe de la plupart des actes très visibles dits « de vandalisme » contre les établissements scolaires. Il a la violence du marché du travail qui voue au chômage les jeunes sans diplôme qui habitent dans ces cités. Il y a la violence du marché sexuel qui est très fermé à ces jeunes. Et il y a toutes ces petites violences quotidiennes qui s’exercent sur cette population ethniquement marquée, ces contrôles de police à répétition, ces regards inquiets qu’on leur jette, bref ce traitement à part qui ne fait que marginaliser davantage des jeunes déjà en marge.  »  

 Note de 2005. L’enfouissement médiatique de la violence invisible n’a pas cessé depuis cinq ans. A quelques exceptions près (tel documentaire de Niels Tavernier, telle enquête de Marcel Trillat, tel reportage d’1mn 20 glissé dans un JT), la promotion d’une version sécuritaire de la sécurité a conforté la stigmatisation, particulièrement sur les petits écrans, mais pas seulement, loin s’en faut ! Comment le désespoir socialement construit, politiquement entretenu, médiatiquement soutenu d’une fraction de la jeunesse des quartiers populaires pourrait-il être compris par ceux qui ont tout fait pour ne pas le comprendre ? Comment sa révolte et sa violence pourraient-elles être comprises par des acteurs qui ont tout fait pour ne pas l’expliquer de peur de la justifier ? 

Soupçonnés d’avoir mal voté, les ouvriers (dont les représentations dominantes avaient déclaré la disparition) ont fait l’objet d’une soudaine sollicitude de quelques médias en 2002… avant d’être ouvertement stigmatisés pour avoir mal voté en 2005. Qu’en est-il et qu’en sera-t-il de la jeunesse et, plus généralement, des habitants des quartiers populaires ? C’est ce que l’observation des médias nous apprend déjà… 

Patrick Champagne 

 


  


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[1] Relevé par un claviste de PLPL passé au Plan B 

  

  

Les effets de la polygamie sur le cerveau d’un éditorialiste 

ColMar  

Publié le vendredi 2 décembre 2005  

     

 

Les Dernières Nouvelles d’Alsace du Lundi du 28 novembre publient comme chaque semaine le Bloc-notes de Bernard Delattre. Un gros titre en gras : «  Les raisons de la colère » . Un chapô : « La polygamie des familles d’origine africaine expliquerait en partie la révolte des banlieues. ». On note la prudence du conditionnel. Mais ça ne dure pas ! 


  


« La crise des banlieues qui sort progressivement de sa phase violente n’est pas résolue pour autant. Elle a fait apparaître un fait important dont on se masquait les yeux : la polygamie. » 

Vous avez bien lu : la « crise des banlieues » a « fait apparaître » (a rendu apparente ?) la polygamie. Cette présentation du « fait important » introduit la version maquillée de l’interprétation d’un obscur député UMP selon lequel la « crise des banlieues » aurait révélé le rôle (voire l’existence, dans la phrase de Delattre…) de la polygamie. 

Et Delattre continue en évoquant d’autre faits établis (par qui, où ça ?) : 

«  Il est avéré aujourd’hui que -notamment dans les banlieues de la couronne parisienne- une grande partie des jeunes « révoltés » étaient d’origine africaine  ». On appréciera la précision. Une « grande partie » ? Quels chiffres ? Combien de divisions ? « …d’origine africaine… » ? Y compris les français originaires des DOM-TOM ? Comment les distinguer ? Qu’importe à notre enquêteur puisque, il est aussi avéré que. Quoi donc ? Ceci : 

«  Et qu’une grande [des chiffres ! Pas d’impressionnisme...] partie d’entre eux avait grandi dans une atmosphère de violence parce qu’élevés dans des familles polygames.  » Le rapport de cause à effet entre la polygamie et la violence est si évident qu’il n’est pas besoin de s’expliquer plus…On attend la démonstration !  

«  Contraire au droit français (sauf à …..) [Sauf à Mayotte où la polygamie et le port du voile sont reconnus par la République ; est-ce cela qu’a voulu dire Delattre ; un trou de mémoire...], la polygamie toucherait 30 000 familles en France, plus d’un demi million de personnes !  » Coucou : le conditionnel est de retour, mais pour introduire un chiffre dont le lecteur ne connaîtra pas la source. 

Sous-titre suit : « Des familles sont moins structurées, plus pauvres, plus désorientées.
Juste à côté d’une ‘’Foto’’ (sic), AFP, qui, bizarrement ne montre pas de Noirs, mais un homme entouré de plusieurs femmes de tous âges. Mais qui peut sérieusement dire qui est sa femme, qui, sa mère, qui, ses filles et même si ce monsieur est polygame ? Le moins qu’on puisse dire est que ça ne saute pas aux yeux ! Mais grâce à Delattre, on ‘’voit’’ les 7 épouses du monsieur…Barbe-Bleue ? Comme son vêtement ?
 

«  Les sociologues estiment même que ces jeunes de parents polygames sont davantage « désocialisés » pour ne pas dire « asociaux » que leurs congénères d’origine maghrébine, turque ou asiatique. «  Les sociologues » (tous ? lesquels ? des noms !) qui procèderaient donc à un tel tri entre « congénères » : de haut en bas, les Asiatiques, les Turcs, les Maghrébins, et tout en bas les Noirs. Et, sans transition : 

« Le regroupement familial ou l’asile politique sont les raisons majeures de l’immigration venue d’Afrique noire . » Passons sur la disparition de l’immigration économique et retenons que « l’immigration » venue d’Afrique noire inclut logiquement ceux qui sont français depuis plusieurs générations. La peau noire ôte quelque chose à leur francité ? 

« Les familles sont moins structurées, plus pauvres, plus désorientées, moins soutenues que celles d’autres origines. » A cause de leur peau ? De la polygamie… On s’y perd… « Le chômage et le racisme les atteignent davantage aussi. » En effet ! L’éditorialiste veut-il suggérer qu’il y a un lien entre le taux de mélanine, celui du chômage et de la polygamie ? Au boulot les anthropologues et autres sociologues ! Quant aux vendeurs de produits blanchissants, des Africains, en général… ils devraient proposer leurs services au Ministre de l’Economie, pour faire baisser le chômage. On leur propose même cette pub : ’’Un Noir blanchi, un chômeur en moins ! » 

« Dans ces conditions et dans un environnement d’agressivité permanente , ces jeunes se trouvent très rapidement en situation d’abord d’échec scolaire car ils sont illettrés pour ne pas dire analphabètes , et ensuite en échec d’intégration. » 

« Dans ces conditions » : Lesquelles ? La polygamie ? Les effets du chômage ? On s’y perd… « …dans un environnement d’agressivité permanente…  » : De quelle agressivité s’agit-il, de la leur ou de celle qui s’exerce à leur égard ? «  En situation… d’échec scolaire, illettrés  : Delattre a-t-il mis une fois les pieds dans un lycée professionnel en particulier, où comme par hasard, les peaux noires et basanées sont plus nombreuses que les visages pâles : ils obtiennent le bac et ils seraient analphabètes  ? 

A quoi tendent tous ces libres commentaires présentés comme l’expression de vérités révélées, toutes ces généralisations à l’emporte-pièce ? A éclairer les lecteurs ou à stigmatiser une population ? 

Et Delattre qui sait écrire, lui, termine ainsi : 

« Ils n’ont comme seuls exutoires la désespérance et la révolte contre une société qui les a rejetés ». Delattre sait écrire : c’est pourquoi il oublie le « que » commandé par la négation « Ils n ’ont ». L’effet d’un « environnement d’agressivité permanente » ?  

ColMar 


Nota Bene (on ne sait jamais…) : Je suis opposé à la polygamie. 



 Lire aussi : « Les effets de la polygamie sur un cerveau éditorial normand » 

  

  

  

 

Noir Canada
Pillage, corruption et criminalité en Afrique


Alain Deneault
(Avec Delphine Abadie et William Sacher)

Photo de la couverture : Presse canadienne  

ISBN 978-2-923165-42-4  
352 pages  
34$
 

  

  

  

Le Ministre, le journaliste et les pas « totalement français » 

Philippe Monti  

Publié le samedi 12 novembre 2005  

     

 

Supposons, mais ça n’est évidemment qu’une hypothèse, qu’un ancien ministre devenu médiateur de la République, s’exprimant sur une radio publique laisse entendre que l’origine ethnique et la couleur de la peau doivent être traités comme des handicaps et non comme des prétextes à discrimination raciste ; supposons qu’il suggère que seul un français blanc est totalement français : il ne fait aucun doute que le journaliste confronté à de tels propos maîtriserait sa colère – c’est un professionnel – mais demanderait, au moins, au ministre de préciser ce qui lui sert de pensée. 

Seulement voilà : ces propos ont été tenus et le journaliste s’est tu. 


  

Vous écoutez France Inter le vendredi 11 novembre 2005. Pierre Weill reçoit Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République (et ancien ministre UMP) pour « Questions directes » dans le 7/9. Puis, dans le « Radiocom, c’est vous » (la séquence consacrée aux questions des auditeurs), vous entendez ceci : 

 Pierre Weill : – « Nous avons Ahmed en ligne à Orléans. Bonjour, bienvenue sur l’antenne de France Inter… » 

[...] 

- Ahmed : « … et merci beaucoup de vos émissions que j’entends souvent. Donc je voudrais poser la question à Monsieur Delevoye, pour lui dire : « Comment peut-on faire pour impliquer un peu les agences d’intérim à ne pas jouer la discrimination quand un patron leur demande – bon [de façon] un peu détournée – de leur envoyer un bon blanc ? ». [...] Comment on peut lutter contre ça ? Parce que moi je suis un délégué syndical ; j’ai 59 ans. Ça fait trente ans que je suis en France et je sais de quoi je parle !… J’incrimine pas, peut-être, les agences d’intérim, mais il doit y en avoir quelques-unes quand même qui ne jouent pas le jeu ! » 

 Pierre Weill : – «  D’accord… Réponse de Jean-Paul Delevoye, médiateur. » 

- Jean-Paul Delevoye : – « Oui. Nous sommes aussi en train de nous battre pour essayer de remettre ce qu’on appelle l’éthique… c’est-à-dire, en fin de compte, quel est le sens…. l’estime de soi… Nous sommes dans un système où l’administration, l’ensemble de celles et ceux qui sont en contact avec des gens en situation difficile – notamment demandeurs d’emploi – doivent être attentifs au fait que l’on doit jouer sur les potentialités et non pas sur les handicaps. Et c’est une révolution, une évolution culturelle à laquelle nous devons être absolument attentifs. Aujourd’hui nous récoltons le mépris, l’arrogance, le rejet, l’ignorance ; et la perception qu’un certain nombre de nos concitoyens – qu’ils soient d’ailleurs d’origine maghrébine ou pas… j’ai aussi des sensations de désespérance de la part de gens totalement français. Mais quand un système fonctionne en étant un système qui écarte, qui impose un parcours du combattant pour celui qui veut s’en sortir, on est dans les situations dans lesquelles aujourd’hui nous sommes. [...] » 

Résumons : quand Ahmed se plaint de discrimination raciste à l’emploi, le « médiateur » de la « République » déguise la discrimination en la présentant comme l’effet d’un handicap. Ainsi l’origine maghrébine ou africaine serait un handicap, c’est-à-dire, selon la Classification internationale des handicaps établie par l’Organisation Mondiale de la Santé, une déficience, une incapacité et un désavantage [1]. Faut-il comprendre que pour le « médiateur », être beur ou noir est simultanément une déficience (l’altération de la couleur de la peau ?), une incapacité (au travail, comme semblent le croire les agences d’intérim fréquentées par Ahmed ?) et un désavantage naturel (chômage et misère ?) ? Avec deux thérapies possibles : nettoyer la déficience au Kärcher ou appareiller le handicapé avec des prothèses administratives. 

Ces remèdes sont sans doute d’autant plus appropriés que la « désespérance » n’est pas le lot des seules victimes de discrimination : façon à peine voilée de douter de la réalité d’un problème qui existe d’autant moins que notre « médiateur » a des « sensations de désespérance de la part de gens totalement français  ». Ainsi Ahmed – comme tous les originaires (ou descendants d’originaires) du Maghreb ou d’Afrique noire – n’est pas et ne sera jamais « totalement français ». 

Cette ethnicisation outrancière des discriminations sociales et de la nationalité relève des préjugés racistes les plus banals. Et face à son expression à peine dissimulée – qu’on pouvait croire aujourd’hui impossible dans la bouche d’un dépositaire des principes républicains – il ne restait plus qu’à espérer que Pierre Weill interroge le médiateur sur la signification inquiétante de ses propos. En vain : 

- Pierre Weill : – « Mais alors, Jean-Paul Delevoye, vous, en tant que médiateur, vous pouvez proposer des réformes. D’abord, est-ce qu’on vous écoute, qu’on fait attention à vous dans la haute administration, on tient compte de vos remarques ? [...] » 

Pierre Weill n’a manifestement pas entendu ou voulu entendre les propos de son invité. Lui qui harcèle avec acharnement tout interlocuteur qu’il soupçonne de xénophobie – surtout ceux qui ne partagent pas avec lui son souci de faire entretenir la plomberie de la résidence secondaire de Frits Bolkestein par des polonais… – ne revient ni sur la question d’Ahmed ni sur l’incroyable réponse de Jean-Paul Delevoye : il glisse à une question générale sur la capacité du médiateur à se faire entendre de l’Administration (alors qu’Ahmed se plaignait des discriminations opérées impunément par les entreprises – privées – d’intérim). Histoire sans doute de pimenter les allégations pétries de racialisme d’une pincée de poujadisme. 

Derrière “l’ouverture de l’antenne” du service public et le journalisme faussement inquisiteur se cachent parfois les passions les plus basses. 

Philippe Monti 


  


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[1] La Classification internationale des handicaps établie par l’Organisation Mondiale de la Santé distingue trois manifestations du handicap :
- la déficience : « toute perte ou altération d’une structure ou fonction psychologique, physiologique ou anatomique ».
- l’incapacité : « toute réduction (résultant d’une déficience) partielle ou totale de la capacité d’accomplir une activité d’une façon ou dans les limites considérées comme normales pour un être humain ».
- Le désavantage : « résulte pour un individu donné d’une déficience ou d’une incapacité qui limite ou interdit l’accomplissement d’un rôle normal (en rapport avec l’âge, le sexe, les facteurs sociaux et culturels) ».
 

  

  

Les « infos » xénophobes de Novopress 

Ludovic Finez  

Publié le mercredi 27 juillet 2005  

     

 

Nous publions ici, avec l’autorisation de son auteur, un article de Ludovic Finez, initialement paru sur le site du Club de la Presse Nord-Pas-de-Calais. (Acrimed) 


  


Présentée comme une « agence de presse internationale », Novopress n’est en fait que l’émanation de l’extrême droite la plus radicale. Evidemment, le ton de certains « articles » s’en ressent… 

Au début, ça pourrait ressembler à une bonne surprise : « Tiens, une nouvelle agence de presse qui donne des infos sur la région ». Sur sa page d’accueil, le site Novopress se présente comme une « agence de presse internationale, iconoclaste et réactive ». Dans la colonne de droite, toute une série de sous-rubriques concernant des zones géographiques ou des pays étrangers (Amérique du Nord, Ecosse, Espagne, Italie, Québec, Roumanie et Suisse), ainsi que des régions françaises, désignées à l’occasion sous leur appellation en langue régionale : Alsace, Breizh (c’est-à-dire Bretagne), Euskadi (Pays basque), Flandre, Lyon et Paris. 

Novopress affirme défendre « une information alternative et sans tabous » pour lutter contre « le monde de la pensée et de l’information unique, un monde où Big Brother voit, entend, lit et dirige tout ». Ce n’est qu’en lisant plus attentivement certains textes mis en ligne que l’on comprend mieux ce que Novopress appelle « une information alternative et sans tabous ».  

Des articles pompés sur La Voix du Nord  

Au premier abord, la partie consacrée à la Flandre, selon les jours où on s’y connecte, peut paraître anodine. On trouve ainsi des annonces de manifestations locales (Fêtes de Gayant à Douai, programme des visites estivales de l’Office de tourisme de Lille…). Parmi les sujets plus développés, figurent aussi des articles consacrés au dossier du Grand stade de Lille ou encore à la désignation des pôles de compétitivité. 

Sans grande originalité par rapport aux commentaires faits par la presse régionale. Et pour cause… puisque nombre d’entre eux, vérification à l’appui, sont des articles intégralement pompés dans les éditions de La Voix du Nord. Evidemment, une telle pratique est déjà en soi répréhensible mais ce n’est pas le plus grave. Loin de là. 

Le plus grave, c’est le ton d’autres « articles », qui dégagent une nauséabonde odeur de xénophobie et d’incitation à la haine raciale. Ainsi, le texte mis en une le 7 juillet et titré « C’est chaud le Nord ! » Ce dernier liste une série de faits divers régionaux récents mettant en cause des personnes d’origine maghrébine (ou que le rédacteur supposent telles). Avec en prime, des commentaires qui se veulent sûrement humoristiques et qui sont rien moins que racistes.  

Correspondant anonyme 

Vient ensuite la conclusion, chef d’œuvre de réflexion intellectuelle : « A Lille, l’association cultu(r)elle de la mosquée El-Fatha, en attendant de pouvoir occuper l’ancienne salle des ventes qu’elle vient d’acheter, va pouvoir partager les salles paroissiales mises à disposition par l’association diocésaine. C’est pas beau l’œcuménisme, coco ? Vous me direz que cela n’a rien à voir avec les 4 paragraphes précédents… Ben, tiens ! » S’ensuit, s’il était besoin d’être encore plus clair, une série de considérations sur ces « faits divers » qu’il faudrait requalifier de « faits d’occupation étrangère »… 

Le 13 avril, c’est un compte-rendu d’audience au tribunal qui évoque le tabassage en règle d’une jeune fille par un jeune homme au nom à consonance maghrébine. Recopié intégralement dans La Voix du Nord, seul son titre a été changé pour une version sans équivoque : « Intégration ? Assimilation ? » Et, bien entendu, le texte en question a été archivé dans la catégorie « Religion »… 

Toujours dans cette rubrique « Religion », le 14 juin, en dessous d’une sélection de sourates du Coran, figure un montage graphique du meilleur goût. L’image rappelle la forme d’un paquet de cigarettes, dont la marque, sur fond vert, serait « Coran » et le message préventif : « Etre lapidée après la grossesse nuit à la félicité de votre enfant »… 

Inutile de préciser que Novopress (pour sa section France comme pour sa section Flandre) s’en est donné à cœur joie après les attentats de Londres pour amalgamer Islam et terrorisme, avec des titres du style : « Etre tolérant avec l’Islam… » (au-dessus d’une photo d’explosion) ou « L’Europe une nouvelle fois touchée par le terrorisme musulman ». 

A ce stade de la lecture, l’envie démange d’en savoir un peu plus sur les responsables de ce site. Une adresse e-mail (impersonnelle) mentionnée sur la page d’accueil nous a permis d’échanger quelques messages avec un correspondant anonyme, que l’on peut supposer être l’animateur de la section Flandre. Après une promesse d’entretien téléphonique, ce dernier ne donnera plus de nouvelles [1], malgré deux relances. Il nous faut donc nous contenter des quelques réponses faites par courriel.  

« Retour à nos racines et à nos traditions » 

Sans surprise, ce dernier reprend l’argumentaire général de Novopress (lire plus haut), en y ajoutant sa petite touche, car « chaque antenne Novopress a ses spécificités ». « Pour Novopress Flandre, nous voulons faire ressortir les informations régionales de premier abord sans importance mais qui reflètent bien la société dans laquelle nous vivons. Ceci est très important car la totalité de la presse régionale est aux mains des tenants d’un gauchisme attardé ou boboïsant. » Ce dernier aspect de la presse du Nord-Pas-de-Calais avait dû nous échapper… 

L’autre remarque rend beaucoup moins anodine les annonces de fêtes locales présentes sur le site. « Nous voulons également mettre en avant notre culture régionale, trop souvent combattue et mise en sourdine par les tenants de la République une et indivisible, écrit notre correspondant anonyme. C’est pourquoi nous mettons souvent en avant des activités culturelles intéressantes, prônant le retour à nos racines et à nos traditions. Nous voulons également que Novopress soit une passerelle entre la « Flandre française » et la « Flandre belge », étant convaincus que nous faisons partie du même peuple et de la même culture. » 

Ces commentaires cadrent bien avec la mythologie entretenue par l’extrême droite autour des « traditions » et du « retour aux racines », ainsi que l’idée qu’elle se fait des liens avec la Belgique flamande. 

Dans la rubrique « Politique » de Novopress Flandre, Carl Lang est le seul homme politique régional dont les communiqués sont repris (avec renvoi vers son site internet). Sur Novopress France, c’est la 22e Fête des Bleu Blanc Rouge qui fait l’objet d’une présentation louangeuse, avec tous les détails pratiques nécessaires.  

Liens étroits avec le Bloc Identitaire 

Restait à savoir qui se trouve derrière le nom de domaine Novopress. Inutile de chercher sur le site des coordonnées, à part des adresses e-mail impersonnelles. En revanche, une simple requête sur le site Gandi.net nous en apprend beaucoup plus [2]. Le nom de domaine Novopress (valide jusque décembre 2006) a été déposé par un certain Fabrice Robert. Un inconnu ? Pas vraiment… 

A 33 ans, Fabrice Robert a un CV bien rempli. Ex-conseiller municipal FN à La Courneuve, ex-membre du Conseil national du MNR (de Bruno Mégret), c’est aussi l’ancien porte-parole d’Unité radicale. C’est à cette organisation, interdite depuis, qu’appartenait Maxime Brunerie, qui avait tenté de tirer sur Jacques Chirac le 14 juillet 2002. Parmi d’autres « exploits », Fabrice Robert est aussi le fondateur du groupe de rock radical Fraction Hexagone, qui promet « une balle pour les sionistes, une balle pour le cosmopolitisme, et une balle pour la police » ou rend hommage à la croix celtique, symbole depuis longtemps récupéré par les groupuscules fascistes. 

Aujourd’hui, Fabrice Robert est président du Bloc identitaire (qui, entre autres, dit « son opposition totale au dogme du métissage ethnique »), créé en 2003, après la dissolution d’Unité Radicale. Tout soupçon d’homonymie est à écarter : l’adresse postale (à Nice) du Bloc identitaire (précisée sur son site) et celle du dépositaire de Novopress sont les mêmes. 

La filiation entre les deux structures est de toute façon évidente. Un lien sur le site de Novopress renvoie vers ID Magazine (domicilié à Nivelles, en Belgique), publication commune au Bloc Identitaire et aux Jeunesses Identitaires, présidées par un comparse de Fabrice Robert. Par ailleurs, Novopress a relayé la campagne, pour une élection partielle à Nice, d’un « candidat identitaire », « soutenu par Fabrice Robert, président du Bloc Identitaire ». 

Et voilà comment, pensant trouver le site d’une nouvelle agence de presse, on tombe en fait sur une émanation d’un groupuscule de l’extrême droite la plus radicale. Au fait, on oubliait le « meilleur » : Novopress met en exergue, en haut de chaque page, une phrase de Jacques Prévert : « Quand la vérité n’est pas libre, la liberté n’est pas vraie »…  

Ludovic Finez 


  


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[1] De notre côté, nous avons joué cartes sur table, précisant notre identité et notre qualité de journaliste. 

[2] Gandi est un bureau d’enregistrement de noms de domaine internet en .COM, .NET,.ORG, .BIZ, .INFO, .NAME et .BE, opérationnel depuis mars 2000. 

  

  

  

Les médias et les Français musulmans : ce ne sont pas des terroristes, mais… 

Dominique Pinsolle  

Publié le lundi 20 septembre 2004  

     

 

Concernant l’islam (comme d’autres sujets), les grands médias actuels ont la fâcheuse tendance à exprimer des opinions interchangeables tout en se faisant les champions du « pluralisme » et du « débat démocratique ». Des opinions qui a force d’être rabâchées finissent par s’imposer comme relevant du sens commun.
En ce sens, la condamnation par de nombreux Français musulmans de la prise en otage de deux journalistes français en Irak a révélé la persistance d’une pensée médiatique unique à propos de la seconde religion de France. De nombreux éditorialistes, étonnés et ravis d’une telle réaction, sont prêts à ne plus soupçonner leurs compatriotes musulmans, mais restent quand même méfiants…
 


  

Le Monde, L’Express, le Nouvel Observateur et le Point sont unanimes : si la prise d’otages reste un drame, elle aura au moins permis aux Français musulmans de retrouver la raison. Comme l’explique Le Monde (02.09.04), dans un élan de sagesse populaire, « A toute chose malheur est bon ». Bernard Guetta salue également « L’acquis d’un drame » (L’Express, 06.09.04), accompagné par Claude Askolovitch, qui contemple « la France apaisée par la vertu d’un drame. Comme si on avait frôlé le pire, et si l’on s’était arrêté juste à temps » (le Nouvel Observateur, 02.09.04). 

La presse dans son ensemble pousse un cri de soulagement. Car comme chacun le sait, la France était menacée par une invasion de terroristes barbus voilant leurs filles pour saper les fondements de l’école laïque. Et elle a réussi, grâce à son intransigeance et à l’interdiction du port du voile à l’école, à remporter une grande victoire. Et quelle victoire ! : « En trois jours, les barbus de l’UOIF sont ostensiblement rentrés dans le rang républicain » (le Nouvel Observateur, 02.09.04).
Dans cette affaire, les Français musulmans ont enfin pu recevoir leur certificat de “non-dangerosité” généreusement délivré par un jury d’éditorialistes anti-terroristes. Ceux qui n’inspiraient que la méfiance « ont gagné ici avec éclat leur brevet de républicanisme, c’est-à-dire, aussi, de laïcité » estime Jean Daniel (le Nouvel Observateur, 02.09.04), appuyé par Bernard Guetta : « Devant ce chantage terroriste à la loi sur le voile, les organisations islamiques françaises ont connu leur moment de vérité. Elles l’ont superbement passé. Dans l’histoire des musulmans de France, il y aura un avant et un après-29 août » (L’Express, 06.09.04).

La presse accorde la nationalité française aux Français musulmans…

La date semble être historique pour de nombreux journaux : tout se passe comme si les Français musulmans, jusqu’à présent tentés par l’action armée et les attentats suicides pour faire de la France une dictature islamique, auraient décidé de tourner le dos au terrorisme. Pour nos journaux, cela suffit à ne plus les voir comme des agents d’Al-Qaida et à en faire de vrais Français.
Le « tournant » est célébré collectivement. L’« islam en France » est devenu l’« islam de France » (titre de l’éditorial du Monde, 06.09.04). « La crise des otages marquera la naissance de l’islam à la française », décrète Le Nouvel Observateur, qui célèbre « les noces d’août » entre « Islam et République » (02.09.04). L’« islam à la française » n’existait apparemment pas auparavant pour l’hebdomadaire de Jean Daniel…
 

« Il n’y avait, en réalité, pas de doute à avoir », avoue Bernard Guetta (L’Express, 06.09.04), qui reconnaît malgré lui l’ineptie de ses propres propos : « le fait est que la question de la loyauté nationale des musulmans français se posait – à tort, mais c’est ainsi – à beaucoup de leurs compatriotes. [...] Un tournant est pris ». 

Les ex-talibans en puissance que sont les Français musulmans ont retrouvé la raison, se félicitent les éditorialistes ; la loi interdisant le port du voile à l’école ne pose même plus problème. C’est l’« union sacrée » (Le Monde, 02.09.04), le « front du refus » (Libération, 30.08.04). Finie la contestation, finies les voix discordantes ; même dans les prises de position de Tariq Ramadan, qui « compromettent évidemment sa stratégie d’entrisme », « la règle républicaine n’en est pas moins respectée » (Jean Daniel, le Nouvel Observateur, 02.09.04).
Dans ce climat idyllique, les derniers à gesticuler pour semer le désordre sont évidemment toujours les mêmes : « Seule une petite frange gauchiste, autour du collectif Une école pour tous, persiste à dénoncer une loi “islamophobe et raciste”, poursuivant un combat qu’Alaoui a abandonné » (le Nouvel Observateur, 02.09.04). Les gauchistes, toujours les gauchistes…

…mais un Français musulman reste quand même un musulman

La France n’est plus au bord du gouffre, nous rassure-t-on, « la rentrée scolaire ne sera pas une guerre civile » (le Nouvel Observateur, 02.09.04). Ouf ! Mais tout n’est pas réglé, car un musulman reste un islamiste en puissance, et donc un terroriste potentiel… Le « consensus reste fragile », « les ambiguïtés ne sont pas toutes levées » (Le Monde, 02.09.04).
L’« islamisme est une maladie de l’islam », alerte Claude Imbert (Le Point, 02.09.04), « et pour les recruteurs zélés, le vivier reste, chez nous, abondant. [...] Il faut que leur réaction salutaire ne soit pas un feu de paille. Qu’elle devienne un contre-feu à l’incendie. Car, en Europe, le feu couve toujours… ». Le Nouvel Observateur s’interroge donc : « Armistice tactique ou paix des braves ? » (02.09.04).
 

La question mérite d’être posée, puisqu’il ne faut pas oublier que l’islamisme a remplacé le communisme et le nazisme comme ennemi n°1 de la démocratie occidentale dans nos journaux. Après Staline et Hitler, Ben Laden semble reprendre le flambeau du totalitarisme. « L’Islam hésite », explique doctement Bernard Guetta, qui s’aventure dans une analyse psychologique de l’« Islam » avec un grand « I » : « Il est hypnotisé, c’est vrai, par une tentation de la violence que d’autres ont connue avant lui. A peine sortis du siècle du goulag et d’Auschwitz, nous ne savons que trop, nous autres Européens, ce que sont ces moments d’exaltation collective » (L’Express, 06.09.04). 

Mais la situation est peut-être encore plus grave qu’en 1939, s’alarme Claude Imbert, car c’est à des primates fanatisés tout droit sortis des âges barbares que nous avons cette fois-ci à faire. Dans une analyse qui se démarque par sa finesse et sa subtilité, l’éditorialiste « un peu islamophobe » – comme il l’a lui-même concédé (LCI, 24.10.03) – souligne les particularités de ce nouvel ennemi venu « d’ailleurs » : « Le nazisme, le communisme appartinrent au Mal occidental, nés qu’ils étaient dans l’abîme d’un coma démocratique. L’islamisme vient d’ailleurs. D’un ailleurs géographique, et plus encore historique. C’est un bloc du passé de l’humanité, figé dans son âge théocratique, dans son refus des temps modernes, commencés chez nous, il y a quatre ou cinq siècles » (Le Point, 02.09.04). 

Alors, totalement Français ces musulmans ? Nos éditorialistes semblent exiger de nouvelles preuves… 

Ainsi vont les commentaires de nos chers éditorialistes : ils sont libres parce qu’ils s’affranchissent autant que possible d’un contact effectif avec les faits ; ils sont pluralistes parce qu’ils disent à plusieurs voix à peu près la même chose ; ils satisfont la liberté d’expression de quelques uns au détriment du droit à l’information du plus grand nombre et du droit d’informer de ceux dont ils parlent. 

Dominique Pinsolle 

  

  

Les médias et les Français musulmans : ce ne sont pas des terroristes, mais… 

Dominique Pinsolle  

Publié le lundi 20 septembre 2004  

     

 

Concernant l’islam (comme d’autres sujets), les grands médias actuels ont la fâcheuse tendance à exprimer des opinions interchangeables tout en se faisant les champions du « pluralisme » et du « débat démocratique ». Des opinions qui a force d’être rabâchées finissent par s’imposer comme relevant du sens commun.
En ce sens, la condamnation par de nombreux Français musulmans de la prise en otage de deux journalistes français en Irak a révélé la persistance d’une pensée médiatique unique à propos de la seconde religion de France. De nombreux éditorialistes, étonnés et ravis d’une telle réaction, sont prêts à ne plus soupçonner leurs compatriotes musulmans, mais restent quand même méfiants…
 


  

Le Monde, L’Express, le Nouvel Observateur et le Point sont unanimes : si la prise d’otages reste un drame, elle aura au moins permis aux Français musulmans de retrouver la raison. Comme l’explique Le Monde (02.09.04), dans un élan de sagesse populaire, « A toute chose malheur est bon ». Bernard Guetta salue également « L’acquis d’un drame » (L’Express, 06.09.04), accompagné par Claude Askolovitch, qui contemple « la France apaisée par la vertu d’un drame. Comme si on avait frôlé le pire, et si l’on s’était arrêté juste à temps » (le Nouvel Observateur, 02.09.04). 

La presse dans son ensemble pousse un cri de soulagement. Car comme chacun le sait, la France était menacée par une invasion de terroristes barbus voilant leurs filles pour saper les fondements de l’école laïque. Et elle a réussi, grâce à son intransigeance et à l’interdiction du port du voile à l’école, à remporter une grande victoire. Et quelle victoire ! : « En trois jours, les barbus de l’UOIF sont ostensiblement rentrés dans le rang républicain » (le Nouvel Observateur, 02.09.04).
Dans cette affaire, les Français musulmans ont enfin pu recevoir leur certificat de “non-dangerosité” généreusement délivré par un jury d’éditorialistes anti-terroristes. Ceux qui n’inspiraient que la méfiance « ont gagné ici avec éclat leur brevet de républicanisme, c’est-à-dire, aussi, de laïcité » estime Jean Daniel (le Nouvel Observateur, 02.09.04), appuyé par Bernard Guetta : « Devant ce chantage terroriste à la loi sur le voile, les organisations islamiques françaises ont connu leur moment de vérité. Elles l’ont superbement passé. Dans l’histoire des musulmans de France, il y aura un avant et un après-29 août » (L’Express, 06.09.04).

La presse accorde la nationalité française aux Français musulmans…

La date semble être historique pour de nombreux journaux : tout se passe comme si les Français musulmans, jusqu’à présent tentés par l’action armée et les attentats suicides pour faire de la France une dictature islamique, auraient décidé de tourner le dos au terrorisme. Pour nos journaux, cela suffit à ne plus les voir comme des agents d’Al-Qaida et à en faire de vrais Français.
Le « tournant » est célébré collectivement. L’« islam en France » est devenu l’« islam de France » (titre de l’éditorial du Monde, 06.09.04). « La crise des otages marquera la naissance de l’islam à la française », décrète Le Nouvel Observateur, qui célèbre « les noces d’août » entre « Islam et République » (02.09.04). L’« islam à la française » n’existait apparemment pas auparavant pour l’hebdomadaire de Jean Daniel…
 

« Il n’y avait, en réalité, pas de doute à avoir », avoue Bernard Guetta (L’Express, 06.09.04), qui reconnaît malgré lui l’ineptie de ses propres propos : « le fait est que la question de la loyauté nationale des musulmans français se posait – à tort, mais c’est ainsi – à beaucoup de leurs compatriotes. [...] Un tournant est pris ». 

Les ex-talibans en puissance que sont les Français musulmans ont retrouvé la raison, se félicitent les éditorialistes ; la loi interdisant le port du voile à l’école ne pose même plus problème. C’est l’« union sacrée » (Le Monde, 02.09.04), le « front du refus » (Libération, 30.08.04). Finie la contestation, finies les voix discordantes ; même dans les prises de position de Tariq Ramadan, qui « compromettent évidemment sa stratégie d’entrisme », « la règle républicaine n’en est pas moins respectée » (Jean Daniel, le Nouvel Observateur, 02.09.04).
Dans ce climat idyllique, les derniers à gesticuler pour semer le désordre sont évidemment toujours les mêmes : « Seule une petite frange gauchiste, autour du collectif Une école pour tous, persiste à dénoncer une loi “islamophobe et raciste”, poursuivant un combat qu’Alaoui a abandonné » (le Nouvel Observateur, 02.09.04). Les gauchistes, toujours les gauchistes…

…mais un Français musulman reste quand même un musulman

La France n’est plus au bord du gouffre, nous rassure-t-on, « la rentrée scolaire ne sera pas une guerre civile » (le Nouvel Observateur, 02.09.04). Ouf ! Mais tout n’est pas réglé, car un musulman reste un islamiste en puissance, et donc un terroriste potentiel… Le « consensus reste fragile », « les ambiguïtés ne sont pas toutes levées » (Le Monde, 02.09.04).
L’« islamisme est une maladie de l’islam », alerte Claude Imbert (Le Point, 02.09.04), « et pour les recruteurs zélés, le vivier reste, chez nous, abondant. [...] Il faut que leur réaction salutaire ne soit pas un feu de paille. Qu’elle devienne un contre-feu à l’incendie. Car, en Europe, le feu couve toujours… ». Le Nouvel Observateur s’interroge donc : « Armistice tactique ou paix des braves ? » (02.09.04).
 

La question mérite d’être posée, puisqu’il ne faut pas oublier que l’islamisme a remplacé le communisme et le nazisme comme ennemi n°1 de la démocratie occidentale dans nos journaux. Après Staline et Hitler, Ben Laden semble reprendre le flambeau du totalitarisme. « L’Islam hésite », explique doctement Bernard Guetta, qui s’aventure dans une analyse psychologique de l’« Islam » avec un grand « I » : « Il est hypnotisé, c’est vrai, par une tentation de la violence que d’autres ont connue avant lui. A peine sortis du siècle du goulag et d’Auschwitz, nous ne savons que trop, nous autres Européens, ce que sont ces moments d’exaltation collective » (L’Express, 06.09.04). 

Mais la situation est peut-être encore plus grave qu’en 1939, s’alarme Claude Imbert, car c’est à des primates fanatisés tout droit sortis des âges barbares que nous avons cette fois-ci à faire. Dans une analyse qui se démarque par sa finesse et sa subtilité, l’éditorialiste « un peu islamophobe » – comme il l’a lui-même concédé (LCI, 24.10.03) – souligne les particularités de ce nouvel ennemi venu « d’ailleurs » : « Le nazisme, le communisme appartinrent au Mal occidental, nés qu’ils étaient dans l’abîme d’un coma démocratique. L’islamisme vient d’ailleurs. D’un ailleurs géographique, et plus encore historique. C’est un bloc du passé de l’humanité, figé dans son âge théocratique, dans son refus des temps modernes, commencés chez nous, il y a quatre ou cinq siècles » (Le Point, 02.09.04). 

Alors, totalement Français ces musulmans ? Nos éditorialistes semblent exiger de nouvelles preuves… 

Ainsi vont les commentaires de nos chers éditorialistes : ils sont libres parce qu’ils s’affranchissent autant que possible d’un contact effectif avec les faits ; ils sont pluralistes parce qu’ils disent à plusieurs voix à peu près la même chose ; ils satisfont la liberté d’expression de quelques uns au détriment du droit à l’information du plus grand nombre et du droit d’informer de ceux dont ils parlent. 

Dominique Pinsolle 

  

  

  

« Communautariser » ou non un fait divers : le meurtre d’Aspach-le-Bas 

ColMar  

Publié le mardi 28 juin 2005  

     

 

Le 19 juin 2005, un match de football amateur se termine par un meurtre. En moins de 24 h, Les Dernières Nouvelles d’Alsace (les DNA) en donnent une version « communautariste » puis une version « décommunautarisée ». Entre temps, les autorités étaient intervenues publiquement… 


  

Acte I
Quand les DNA communautarisent sans vergogne 

Les Dernières Nouvelles d’Alsace, le 21 juin, mettent en « une » le meurtre d’Aspach-le-Bas et y consacrent aussi toute la « une » du Cahier régional. 

Quelques temps après les conflits meurtriers de Perpignan qui avaient opposé, selon la presse, des « gitans » et des « maghrébins » (lire : Affrontements et meurtres à Perpignan : le poids des mots.), les DNA permettent de s’interroger une fois de plus sur la « communautarisation » quasi automatique de ce genre de drames. 

Dans l’exposé des faits, l’une des premières informations livrée au lecteur par les DNA porte sur l’origine de la victime : « Hier, en début de matinée, au lendemain de l’agression qui a coûté la vie à un footballeur d’origine turque, sur le stade d’Aspach-le-Bas… ». On ne saura pas si cette victime est française ou étrangère. Et d’ailleurs, est-ce si important ? Mais la mention de son origine porte avec elle, surtout en Alsace, plusieurs connotations. Le lecteur peut embrayer à partir de là. D’autant plus que du côté du meurtrier présumé, c’est la même chose : « Le jeune homme placé en garde à vue, qui appartient à la communauté maghrébine , avait été rapidement identifié par les enquêteurs, ». Maghrébin contre turc, le décor est planté, le lecteur peut poursuivre sa rumination. Et même, s’il a voté pour l’extrême droite, se dire cyniquement : « qu’ils s’étripent entre eux.. » 

Puisque la victime est d’origine turque, les DNA peuvent mettre en scène une réaction non moins communautaire (et cela d’autant plus aisément que certaines déclarations vont dans le même sens] :

- «  La communauté turque en colère  »
- « Le meurtre d’Aspach-le-Bas a provoqué
la colère de la communauté turque de Mulhouse .
- « En toile de fond de cette manifestation s’est nettement profilée
une soif de reconnaissance de la communauté turque : “On est souvent agressés. Mais on ne veut pas de conflits entre communautés. On désire vivre et travailler en paix. ” 

L’une des « communautés » dit ne pas vouloir de conflits entre communautés. Et l’autre ? Par chance, un ministre était dans les parages, Borloo soi-même. Les DNA l’interviewent :
« Interrogé sur ce drame, hier, alors qu’il inaugurait la Cité Manifeste, le ministre de l’Emploi, de la cohésion sociale et du logement, Jean-Louis Borloo, faisant référence aux crimes commis à Perpignan, a mis en garde contre les rumeurs pouvant circuler dans ce genre de circonstances et rappelé que
toutes les communautés sont bien accueillies en France ”. » 

Louable déclaration, mais du coup, le ministre fait exister les communautés. Et le modèle républicain de société se trouve invalidé. Confirmation par le « … président du club d’Aspach-le-Bas, » qui réagit « aux accusations formulées par la communauté turque lors de la manifestation à Mulhouse ». 

Pourtant, tout le monde ne l’entend pas ainsi. C’est le cas de l’adjoint au maire d’Aspach-le-Bas : « Ce qui s’est passé est dramatique, mais il ne faut pas mettre ça sur le dos du racisme ou du communautarisme : ce sont des circonstances très particulières qui l’ont provoqué. » 

On lui laisse, provisoirement le mot de la fin. 

Acte II
Changement de vocabulaire dès le lendemain 

Le 22 juin, Les Dernières Nouvelles d’Alsace rendent compte des récents développements du meurtre d’Aspach-le-Bas et le vocabulaire a changé par rapport aux éditions de la veille. Sur incitation du Procureur ou à l’initiative des DNA ? On serait en présence d’une rivalité de quartiers et la composante communautaire (voire raciste) est, largement, mais pas totalement, gommée. 

Le titre donne le « la » :« Mulhouse/Aspach-le-Bas. Une mise en examen pour meurtre sur fond de rivalités de quartiers »  

La victime devient un Mulhousien et le meurtrier présumé un Thannois. Une affaire alsacienne donc. Reste cependant, dans le corps de l’article « la communauté turque » et les noms des protagonistes. « Deux jours après la mort d’un Mulhousien de 21 ans, poignardé dimanche sur un terrain de foot, à Aspach-le-Bas (nos éditions précédentes), Hocine Hamdaoui, un Thannois de 23 ans, a été mis en examen hier pour meurtre avant d’être placé en détention provisoire. La thèse du crime raciste, évoqué par des membres de la communauté turque de Mulhouse, a été repoussée. » L’insistance sur cette terminologie nouvelle laisse penser à des consignes, perceptibles dans les déclarations du Procureur. 

- « Murat Gocurucu, Mulhousien de 21 ans, père de deux enfants a été tué dimanche »
- « Un seul coup aura suffi pour entraîner la mort » du
Mulhousien, »

- « 
Nous ne sommes pas en présence d’un affrontement communautaire  », a d’ailleurs rappelé le procureur de la République, en réaction aux accusations formulées par certains des manifestants d’origine turque , qui s’étaient réunis à Mulhouse, dans la nuit de dimanche à lundi » (DNA diu 21juin)
- « Dans cette affaire, somme de « petits événements de plus en plus graves », au fil de l’après-midi, « on voit ressurgir des
rivalités de quartiers , qu’ils soient de Thann, de Wittelsheim ou de Mulhouse  ». 

Malgré le changement notable dans les énoncés, il subsiste pourtant, à titre de traces, deux récits de la même affaire, soit rivalités de quartiers, soit connotations communautaristes. En tout cas, les DNA ont pris un virage entre le 21 et le 22 juin. Au lecteur de s’y retrouver. 

Acte III
Quand le consul de Turquie et le sous-Préfet remercient la presse… 

Nous évoquions d’éventuelles incitations, venues des pouvoirs publics, pour aménager le traitement de l’information. Rien ne permet d’établir avec certitude leur existence. Constatons donc simplement d’heureuses coïncidences que confirme l’article paru dans les DNA du 24 juin sous le titre : « Mulhouse. L’appel au calme du consul de Turquie ». 

« L’homme [le consul], qui avait auparavant rencontré le sous-préfet de Mulhouse, M. Fonta, a rappelé, devant une quarantaine de personnes, assemblée composée notamment de représentants d’associations turques mulhousiennes ( qui ont été remerciés, comme la presse, pour avoir su contenir les débordements), que « la justice serait faite », puisqu’« on vit dans un pays où les lois fonctionnent… ». Me Jean-Louis Colomb, avocat de la famille…. s’est dit « impressionné par le calme de cette réunion », image à renvoyer à ceux « qui ont essayé de tirer profit » du drame en poussant à « l’affrontement intercommunautaire ».  

Donc, on ne sait toujours pas la nature exacte de l’acte : fait divers dramatique ou conflit à connotation communautaire ? Ce qu’on sait, c’est que le premier réflexe des DNA a été « tout naturellement » vers la 2me hypothèse, et que les autorités sont intervenues (auprès des DNA aussi ?) pour présenter une autre version. 

Epilogue ?  

Le lecteur attentif aura ainsi bénéficié d’une vraie leçon de choses. En effet, il est rare qu’on puisse trouver dans un média, à 24 h d’intervalle, deux versions d’un même fait avec de surcroît, l’aveu d’une intervention des autorités pour présenter les choses de manière à éviter d’éventuels troubles. Reste que si l’intention peut être jugée louable, la méthode laisse songeur… Quand une « rectification » n’est pas expliquée aux lecteurs, comment faut-il en comprendre les motifs ? Comment être certain qu’ elle a été effectuée en toute indépendance ? 

Le cas des DNA n’est pas isolé. Une consultation rapide de plusieurs médias « en ligne » donne des résultats très variés pour qualifier les protagonistes. Voir tableau comparatif ci-dessous : 

Média  

Agresseur  

Victime  

France 3  

Origine algérienne  

Origine turque  

L’Humanité  

Origine maghrébine  

Jeune turc  

Reuters  

Français d’origine maghrébine  

Nationalité turque  

Sporever.fr  

Origine algérienne  

Footballeur amateur joueur turc  

TSR.CH  

Franco-turc footballeur amateur  

Xinhuanet  

Un jeune joueur  

Un autre joueur  


On notera que plus la distance kilométrique qui sépare le lieu de l’événement et le média qui en rend compte est grande, plus le ton est neutre. La Palme revient à l’agence chinoise, pour qui c’est une affaire de joueurs de foot ! Ce qui n’est pas faux… 

ColMar 

  

  

Les voix enchanteresses de l’économie sur France Inter 

Mathias Reymond  

Publié le lundi 2 juin 2008  

     

 

France Inter, porte-voix du libéralisme économique ? C’est la question que se posent quotidiennement les auditeurs en écoutant les chroniques de Jean-Marc Sylvestre, partisan frénétique de la « pédagogie » néo-libérale et adversaire redoutable de la fonction publique… Or une chronique journalière ne suffit pas à résumer l’orientation globale d’une radio. Mais l’étude quantitative des participants à deux émissions purement économiques – « Global Eco » et le « Téléphone sonne, spécial économie » – l’atteste : le débat économique sur France Inter ne propose, pour l’essentiel, que des variantes d’une même orthodoxie. 


  

Le choix des invités des émissions économiques et les réserves dans lesquels ils sont piochés montrent clairement que la radio publique circonscrit le débat économique à l’alternative entre libéralisme de gauche et libéralisme de droite. 

« Global Eco », animée par le service économie de la radio, est une chronique matinale qui s’accompagne de l’interview d’un expert ou d’un témoin de l’actualité économique. Sur la période du 3 mars au 29 mai 2008, il y a eu 43 invités. Cette émission remplace depuis le début de l’année 2008, la chronique de Brigitte Jeanperrin (limogée de la matinale, car porte-voix bien trop visible du patronat [1]). Mais celle-ci depuis le 28 mars 2008, anime chaque vendredi soir un « Téléphone sonne » spécial économie. Elle a ainsi donné la parole à 30 invités pour répondre aux questions des auditeurs. 

Toujours les mêmes… 

Sur ces 73 invitations (avec parfois plusieurs fois les mêmes invités), on en dénombre 36 d’enseignants-chercheurs, 11 d’économistes, 7 de consultants, 7 de syndicalistes, 4 de journalistes, 3 de PDG ou directeurs. 1 politologue, 1 géopoliticien, 1 ministre norvégienne, 1 avocat, et 1 associatif complètent la liste. 

Manifestement, certains invités, recrutés dans le vivier des habitués des médias, sont plus « experts » que d’autres. Onze personnes se partagent plus d’un tiers des invitations. La palme revient à Patrick Artus, professeur à Polytechnique et à Paris I, membre du Cercle des économistes, du Conseil d’Analyse Economique (CAE), directeur de la recherche et des études de la banque de financement Natixis, avec 4 invitations, et Christian Saint-Etienne, Professeur à Tours, membre du Cercle des économistes, du CAE, candidat sur la liste du Nouveau Centre de Jean-Marie Cavada, avec 3 invitations. 

Parmi les 36 invitations d’universitaires, 29 font appel à des enseignants de Paris (Dauphine, Sorbonne, Sciences Po…), 16 mobilisent des membres du Cercle des Economistes, et au moins 11 des administrateurs d’entreprises. 

Première boîte à idées : le Cercle des économistes. Celui-ci réunit une trentaine de professeurs d’université qui cumulent grosso-modo les mêmes caractéristiques (facultés parisiennes, membre du CAE, administrateurs d’entreprises…). Sans être tous des farouches partisans du libéralisme économique le plus échevelé, ils ne sont pourtant pas des opposants à la mondialisation libérale. Souvent convoqués pour commenter l’actualité économique (une crise financière, la loi sur les 35 heures ou l’ouverture à la concurrence d’un service public), ils s’arrangent toujours pour demeurer « politiquement acceptables ». En dehors de la (fausse) polémique, libéralisme de gauche versus libéralisme de droite, point de débat possible comme le montre leur ouvrage publié pendant la campagne présidentielle : « Politique Économique de droite – Politique Économique de gauche », qui leur permet de positionner la droite à droite et la gauche… à droite. 

À titre d’exemple, le 3 novembre 2006, La Tribune offre ses pages aux auteurs de l’ouvrage [2]. D’après eux, pour une politique fiscale de droite, il faudrait « se préparer face à la concurrence fiscale intra-européenne en réformant la fiscalité directe qui touche les facteurs mobiles de production (capital et travail) : l’impôt sur les sociétés est abaissé à 18 %, l’ISF [impôt de solidarité sur la fortune] est supprimé et l’IRPP [impôt sur le revenu des personnes physiques] est remplacé par une “flat tax” [3] à 15 % ». Pour une politique fiscale de gauche, il faudrait « équilibrer efficacité et équité. L’impôt sur les sociétés passe à 18 %, mais l’ISF est remplacé par une tranche additionnelle de l’IRPP dont le taux marginal [4] est fixé à 30 %. » Récapitulons : dans les deux cas l’impôt sur les sociétés, aujourd’hui à 33,33%, est abaissé à 18%, et avec la gauche, seul change le terme (« passe à 18 % » au lieu de « est abaissé à 18 % ») ; dans les deux cas l’ISF disparaît, et, avec la gauche, sa disparition entraîne une baisse importante du taux d’imposition sur les tranches les plus élevées des revenus (elle passe – elle est abaissée, c’est selon – de 40% aujourd’hui à 30%). Constatons que le choix économique entre une politique fiscale de droite et une politique fiscale de gauche est mince. 

L’autre boîte à idée, est celle d’un Conseil « placé auprès du Premier ministre » et qui a pour mission « d’éclairer, par la confrontation des points de vue et des analyses, les choix du gouvernement en matière économique »[Selon le site du CEA : le Conseil d’Analyse Economique (CAE)]. Ses membres bénéficient de 21 invitations. Evidemment, les économistes qui collaborent à ce Conseil ne sont guère plus hétérodoxes que ceux du « Cercle ». Pendant la campagne pour l’élection présidentielle de 2007, certains soutenaient Ségolène Royal, d’autres Nicolas Sarkozy, aucun n’était un suppôt d’Arlette Laguiller, par exemple, ou d’un candidat de la gauche antilibérale… 

C’est cette opposition – « Royal face à Sarkozy » – qui sous-tend les invitations. Pour la première : Philippe Aghion de Harvard, du CAE et de la Commission Attali, Philippe Azkenazy du CNRS et du Monde, Daniel Cohen de l’Ecole normale supérieure, du Cercle, du CAE, du Monde… Pour le second : Jacques Marseille, de Paris I et du Point, Nicolas Baverez, avocat, du Medef, de l’Institut Montaigne, du Point, du Monde et des Echos 

Orthodoxie, quand tu nous tiens… 

Quelle place pour une voie dissonante, dans cette foule d’experts ? Minimale, évidemment. Sur les 7 invitations de syndicats, on compte 2 fois la CGT et 1 fois FO. Les syndicats réformateurs, la CFDT et l’UNSA, se partagent les quatre autres invitations. Le seul associatif convié est en fait le président de l’Association des petits actionnaires. Et parmi les boîtes à idées de la gauche de gauche, on dénombre zéro invité de la Fondation Copernic, et un invité d’ATTAC (Dominique Plihon). 

Ainsi, sur les 73 invitations, la répartition s’établit de la sorte : 4 hétérodoxes, 59 orthodoxes et 10 autres dont il est difficile de déterminer la position… 

Certes, il ne s’agit que d’un coup de sonde sur une période de trois mois pour deux émissions seulement. Mais en croisant ces données avec d’autres, on peut aisément constater l’omniprésence des mêmes. 

Dans le « 7-10h » de France Inter (jadis « 7-9h30 »), les experts économistes conviés sont toujours les mêmes : Daniel Cohen les 5 septembre 2006 et 23 janvier 2008 ; Elie Cohen les 25 septembre 2006 et 28 novembre 2006 ; Jacques Attali les 24 janvier 2007, 6 juin 2007, 16 août 2007, 16 octobre 2007 ; Jacques Marseille les 8 mai 2007 et 14 juin 2007 ou Patrick Artus le 13 septembre 2007 [5]. Les économistes marxistes ou dissidents ne se bousculent pas au micro… 

Un autre exemple ? Les deux seuls économistes invités dans l’émission politique « le Franc Parler » – animée par Stéphane Paoli – sont Daniel Cohen (31 mars 2008) et Jacques Attali (29 octobre 2007 et 2 juin 2008). Et l’examen des autres invités de cette émission depuis janvier 2008 est éloquent : 8 membres de l’UMP (ou assimilés comme Eric Besson), 6 du PS, 1 syndicaliste réformateur (François Chérèque de la CFDT), Laurence Parisot du Medef, Max Gallo proche de Sarkozy, François Bayrou du Modem et le sociologue Edgar Morin. Rien de très subversif… Daniel Cohen – toujours lui – est aussi l’économiste attitré pour enfants de l’émission « Les p’tits bateaux » diffusée le dimanche soir sur France Inter [6]. 

Toutes ces émissions ont en commun de laisser libre cours à l’économisme des économistes, c’est-à-dire de traiter l’économie comme un monde clos, régi par des lois naturelles, indépendant des rapports sociaux (que dissimulent des chiffres et des courbes). Entre ceux qui s’en remettent à ces prétendues lois naturelles et ceux qui prétendent les réguler, la différence est souvent infime [7]. 

Certes, on entend quelquefois des voix dissonantes sur France Inter et une émission comme « Là-bas si j’y suis » donne la parole à des intervenants hétérodoxes. Mais, dans les émissions diffusées aux heures de grande audience, comme le « 7-10h », le « téléphone sonne » du vendredi, le « Franc Parler » (le lundi de 19h30 à 20h15), c’est la pensée de marché qui domine, celle qui veut « réformer » l’Etat et réduire la dette publique sur le dos des salariés, celle qui votait « oui » à Maastricht et « oui » au Traité constitutionnel de mai 2005. C’est la pensée dominante, tout simplement. 

Mathias Reymond 


  


_________________________________________________  

[1] Voir « Brigitte Jeanperrin au service des PDG et de l’entreprise privée sur le service public ». 

[2] D’après Mathias Reymond et Grégory Rzepski, Tous les médias sont-ils de droite ?, Syllepse, Paris, p. 122-123. 

[3] Impôt à taux unique, proportionnel et non progressif contrairement à ce qu’est l’impôt sur le revenu aujourd’hui (progressif). Cette mesure, très peu sociale, n’existe ni aux Etats-Unis, ni au Royaume-Uni, elle fut même rejetée par l’Allemagne. La flat tax n’est soutenue par aucun parti en France, seuls les ultra-libéraux défendent cet outil fiscal. 

[4] Le taux marginal est le taux qu’un contribuable paie sur la dernière tranche de son revenu (actuellement à 40%). 

[5] D’après la BDD (banque de donnée délicieuse) du Plan B. 

[6] Voir ses analyses « originales » ici-même : « Paroles d’expert : le communisme expliqué aux enfants » et « Question posée à France Inter : Maman les p’tits bateaux sont-ils libéraux ? ». 

[7] Pour un aperçu général sur la contribution journalistique à ce débat consensuel, voir notre rubrique « Construction médiatique de l’opinion économique ». 

Publié dans LE MALJOURNALISME : Le cas français, LES MEDIAS DE LA HAINE | Pas de Commentaire »

 

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