Angela Davis

Posté par issopha le 7 mars 2008

  

  

  

Angela Davis

 

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Angela Davis à l'université d'Alberta en 2006

Angela Davis dans ANGELA DAVIS magnify-clip

Angela Davis à l’université d’Alberta en 2006

Angela Yvonne Davis, née le 26 janvier 1944 à Birmingham dans l’État de l’Alabama, est une militante américaine communiste[1] des droits de l’homme. Elle a été reprise par beaucoup d’artistes, notamment Shepard Fairey (Obey Giant) qui l’ont soutenue.

Sommaire

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Biographie

Angela Davis est née dans une famille afroaméricaine dans l’Alabama des années 1940, à l’époque de la ségrégation dans le Sud. Ses parents formaient un couple d’instituteurs communistes.

Dans les années 1960, Angela Davis voyage beaucoup. Elle étudie tour à tour à Francfort, à Paris, dans le Massachusetts, en Californie. Elle rencontre de nombreux intellectuels comme ceux de l’école de Francfort : Theodor Adorno et Herbert Marcuse.

En 1968, elle adhère au parti communiste américain et au mouvement des Black Panthers, ce qui lui vaut d’être surveillée par le FBI. Elle écrit à cette époque : « Le parti communiste (PCA) reconnait la nécessité pour les Blancs, surtout les ouvriers blancs, d’accepter le rôle dirigeant des Noirs » (in Angela Davis parle). Elle enseigne en 1969 à l’UCLA – l’université de Californie à Los Angeles – mais en est renvoyée à cause de son activisme politique.

Commence alors une cavale au travers des États-Unis : elle est accusée d’avoir participé à une prise d’otages. Elle apparaît sur la liste des femmes les plus recherchées par le FBI. La police politique de J. Edgar Hoover lutte contre les Black Panthers et les communistes. Après deux semaines de cavale, elle est arrêtée dans un hôtel, puis emprisonnée pendant seize mois avant d’être jugée et acquittée. Cette affaire connaît un retentissement international. En France, Jean-Paul Sartre, Gerty Archimède, Pierre Perret et des milliers de manifestants la soutiennent.

Dès sa sortie de prison en 1971, Angela Davis se met à publier. Ses essais autant que ses discours véhéments en font l’une des intellectuelles radicales les plus connues de l’époque : la paix au Vietnam, l’antiracisme, le féminisme constituent son credo.

En 1980 et en 1984, Angela Davis se présente aux élections présidentielles américaines comme vice-présidente du candidat communiste Gus Hall.

De nos jours, Angela Davis est professeur d’histoire de la conscience à l’Université de Californie (campus de Santa Cruz). Elle fait campagne contre la guerre en Irak. Elle a reçu le Prix Thomas Merton en 2006. Angela Davis rejoint le « Comité international de soutien aux victimes vietnamiennes de l’agent orange et au procès de New York » (CIS) conduit par André Bouny. Elle lutte contre l’industrie carcérale et la peine de mort aux États-Unis et dans le monde.

Ouvrages

  • If They Come in the Morning: Voices of Resistance (1971)
  • Frameup: The Opening Defense Statement Made (1972)
  • Angela Davis: An Autobiography (1974)
  • Women, Race and Class (1981)
  • Violence Against Women and the Ongoing Challenge to Racism (1985) I
  • Women, Culture and Politics (1989) I
  • Blues Legacies and Black Feminism: Gertrude Ma Rainey, Bessie Smith, and Billie Holiday (1999)
  • The Angela Y. Davis Reader (1999)
  • Are Prisons Obsolete? (2003)
  • Les Goulags de la démocratie (2006)

Bibliographie

  • Angela Davis parle, Angela Davis, Paris, Editions sociales, 1971, 95 p.
  • S’ils frappent à la porte à l’aube, Angela Davis, Aptheker Bettina, Paris, Gallimard, 1972, 322 p.
  • Autobiographie, Angela Davis, Paris, Albin Michel, 1975, 344 p.

Filmographie

  • Angela Davis : Portrait d’une révolutionnaire, Du Luart Yolande, France, 1971, 90 mn.
  • Les Goulags de la démocratie, Angela Davis, Réflexions et entretiens, éd. Au Diable Vauvert.

Hommagex musicaux

  • The Rolling Stones : le légendaire groupe anglais a publié en 1972 une chanson de soutien à Angela Davis, Sweet Black Angel, sur l’album Exile on Main Street
  • John Lennon et Yoko Ono ont eux aussi soutenu Angela Davis dans une chanson intitulée Angela.
  • Pierre Perret dans la chanson Lily : Mais dans un meeting à Memphis Lily / Elle a vu Angela Davis Lily / Qui lui dit viens ma petite sœur / En s’unissant on a moins peur.

Notes

  1. C’est ainsi qu’elle se désignait elle-même dans un entretien avec Annette Levy-Willard, « Je m’identifie à l’ »autre Amérique » », dans Libération du 14/10/2006, [lire en ligne]

Voir aussi

Liens internes

Liens externes

  • Biographie
  • Annette Levy-Willard, « Je m’identifie à l’ »autre Amérique » », dans Libération du 14 octobre 2006, [lire en ligne]
  • [1]: site ou sont reférencées les oeuvres de Shepard Fairey.
  • [2] et [3] : extraits sonores de prises de paroles d’Angela Davis

 

Angela Yvonne Davis
06/09/2005
 
transparent dans GALERIE DES GRANDES AMES
Venue des bas-fonds du « Deep South », une nouvelle lueur illumine le Monde le 26 janvier 1944 : Angela Yvonne Davis. Elle deviendra flamme, embrasera une population entière, portant le combat sur tous les fronts, n’ayant qu’un seul but : Justice et Egalité pour tous, Liberté pour son peuple
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Par Capucine Légelle

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Prémices…
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transparent transparent Angela Davis et sa mère
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Angela voit le jour à Birmingham en Alabama. Elle est confrontée dès son plus jeune âge au racisme et à l’oppression au sein de son quartier au surnom révélateur de « Dynamite Hill ». La ségrégation raciale est toujours en vigueur, c’est une période de troubles politiques majeurs. Ses parents, tous deux enseignants et activistes communistes, l’élèvent dans l’idée philosophique et politique de la contestation et la résistance. Elle participe déjà à 12 ans au boycott d’une compagnie de bus pratiquant la ségrégation.
En 1958, à 14 ans, Angela obtient une bourse pour étudier à New York à l’« Elizabeth Irwin High School » qui dispose d’un programme aidant des élèves noirs du Sud à poursuivre leur scolarité. Ce lycée privé est surnommé « Little Red School House » en raison de son attachement ostentatoire aux mouvements politiques de gauche. Angela y fréquente les enfants de leaders communistes, dont Bettina Aptheker qui écrira en 1975 un livre sur elle. Elle est recrutée par le « Youth Communist Group » (Jeunesses Communistes).

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transparent transparent Couverture de l’autobiographie d’Angela Davis
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Son baccalauréat en poche, Angela part étudier en 1961 à l’université de Brandeis, dans le Massachusetts où elle rencontre le philosophe Herbert Marcuse (1) qui deviendra son mentor. Elle part étudier en France de 1963 à 1964. Elle est à Biarritz quand lui parvient l’annonce d’une attaque à la bombe contre l’église de sa ville natale : quatre enfants qu’elle connaît personnellement sont tués (des camarades de classe de la petite Condoleeza Rice marquée à jamais par ce drame). Angela est cruellement touchée par cet attentat, symptôme d’un racisme enraciné dans le sud des Etats-Unis, où une vie noire ne vaut rien.
Angela étudie ensuite à Paris à la Sorbonne, et enfin en Allemagne à l’université Goethe où elle suit les cours de Theodore Adorno (2).Ces différents séjours d’étude à l’étranger lui ont permis d’une part de découvrir le militantisme en France aux côtés des algériens et en Allemagne auprès des jeunesses socialistes, et d’autre part d’approfondir ses connaissances de la tradition philosophique du marxisme.
Forte de ces expériences, Angela décide de rentrer aux Etats-Unis afin de mettre ses théories en pratique, et combattre pour son propre peuple, le peuple noir.

…Activisme radical et notoriété
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transparent transparent Angela Davis au tribunal
© http://arushdy.web.wesleyan.edu
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En 1968, après avoir obtenu son doctorat, Angela Davis est devenue enseignante à l’université de San Diego. Elle commence à militer au sein du parti communiste et des Black Panthers (3) ; elle s’investit totalement dans la vie de la communauté noire en proie aux rafles incessantes de la police raciste (3).
Dans un Etat où lynchages et exécutions sommaires sont devenus banals, s’engager dans la défense des droits civiques implique de risquer sa vie quotidiennement et de s’attirer les foudres du gouvernement, qui surveille désormais Angela de très près. Elle est témoin de l’assassinat de trois de ses amis sur le campus, et peu de temps après, elle est dénoncée comme communiste par un de ses étudiants. Elle est renvoyée par la direction de l’université, exhortée par Ronald Reagan alors gouverneur.
Dans ce contexte survint l’événement qui marquera à jamais l’existence d’Angela Davis : le 7 août 1970, une prise d’otages est organisée pour tenter de faire évader Georges Jackson, un membre des Black Panthers condamné à vie à l’âge de dix-huit ans pour avoir volé 70$. Quatre personnes trouveront la mort ce jour là, et trois autres seront grièvement blessées.

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transparent transparent Angela Davis sur la FBI « Most wanted list »
© http://www.trashfiction.co.uk
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Etant membre du comité de soutien de Georges Jackson, Angela est accusée par le FBI d’avoir fourni les armes nécessaires à cette opération : elle devient la troisième femme de l’Histoire à être inscrite sur la liste des personnes les plus recherchées par le FBI, la fameuse « Most Wanted List ». Angela Davis passe deux mois à fuir et se cacher, sa notoriété se forge et s’accroît durant cette période comme l’atteste sur de nombreuses maisons une pancarte : « Angela notre sœur, tu es la bienvenue dans cette maison ».
La panthère noire est finalement arrêtée le 13 octobre, accusée de meurtre et de kidnapping. Elle est placée en détention provisoire ; elle restera seize mois au « Women’s Detention Center » de New York. L’opinion publique internationale se mobilise pour la soutenir : entre autres John Lennon et Yoko Ono enregistrent la chanson « Angela », les Rolling Stones écrivent pour elle « Sweet Black Angel », Jacques Prévert lui dédie un poème (4) et 100 000 personnes manifestent à Paris pour obtenir sa libération, Louis Aragon et Jean-Paul Sartre à leur tête. Angela est finalement libérée sous caution.
Elle attendra le 4 juin 1972 pour être acquittée de toutes les charges qui pèsent contre elle par un jury entièrement blanc, au cours d’un procès ultra médiatisé qui mettra à jour la machination fomentée par le FBI.

Une légende est née.

…Une détermination toujours intacte.
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Aujourd’hui à 61 ans, Angela Davis est toujours non pas une réformatrice, car des réformes ne suffiraient pas selon elle à améliorer le Monde, mais une vraie révolutionnaire.
Son principal combat est la lutte pour l’abolition de la peine de mort aux Etats-Unis (5), et contre le système carcéro-industriel. En effet dans ce pays l’industrie pénitentiaire est une source intarissable de profit pour le gouvernement et les sociétés privées qui la gèrent.
Elle n’est malheureusement plus aussi populaire que dans les années 70 parce que les mass médias l’ont oubliée et que la communauté noire, son principal soutien, lui tient rigueur de son opposition à la « Million Man March » organisée par Louis Farrakhan (Nation of Islam) en 1995 (6).
En effet, féministe dans l’âme, Angela ne pouvait que s’opposer à un mouvement qui refusait aux femmes le droit de manifester. Son geste a été récupéré et déformé par Farrakhan qui a profité de l’occasion pour répandre l’idée selon laquelle l’homosexualité de l’ex-Black Panther serait à l’origine de cette contestation. Angela Davis s’est effectivement engagée dans la lutte pour les droits des gays, comme elle l’a fait pour toutes les minorités. Elle n’a jamais réellement démenti ni confirmé le fait d’être lesbienne.

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transparent transparent Libertad para Angela Davis, oeuvre pop-art de l’artiste cubain Felix Bèltran, 1971
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Mais peu lui importent ses nombreux détracteurs, Angela est et restera une guerrière infatigable, constamment en action contre l’injustice, comme le démontre sa présence à de nombreux événements autour du Monde : manifestation contre la guerre en Irak, soutien à Mumia Abu Jamal (5), forum social européen, la liste est longue…
Sa vie entière a été dévouée à sa cause, à notre cause. Elle continue également à répandre son message au travers de ses livres et des cours de « consciousness » (éveil de la conscience) qu’elle dispense à l’université de Santa Cruz en Californie.

Son credo : au lieu d’inculquer des connaissances pré fabriquées, il faut encourager le développement de l’esprit critique :

« D’une conscience authentique de l’oppression naît la nécessité, clairement perçue par un peuple, d’abolir l’oppression. L’esclave qui tend à cette perception claire découvre vraiment le sens de la liberté. Il sait ce que signifie la disparition du rapport de maître à esclave. » Angela Davis parle, Editions sociales, Paris, 1971

Le docteur Davis a lutté toute sa vie et continue de lutter contre toute forme de discrimination. Son vœu le plus cher est de réussir à faire partager son combat au grand public afin que nous vivions dans un monde plus juste. Angela Davis nous appelle tous à être conscients de notre propre pouvoir, et à prendre notre destin en mains.

Vous pouvez écrire à Angela Davis chez son éditeur :
Seven Stories Press,
140, Watts Street,
New York,
NY 10013.

Angela Davis a écrit :
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pucemenu 1971 : If they come in the morning : Voices of resistances (S’ils frappent à l’aube…)
pucemenu 1972 : Frame Up : The opening defense statement made (Les bases de la défense : le coup monté)
pucemenu 1974 : Angela Davis : an autobiography (Autobiographie)
pucemenu 1981 : Women, race and class (Femmes, race et classe)
pucemenu 1985 : Violence against women and the ongoing challenge of racism (Les violences contre les femmes et le perpétuel défi du racisme)
pucemenu 1989 : Women, culture and politics (Femmes, culture et politique)
pucemenu 1999 : Blues legacies and black feminism : Gertrude “Ma” Ray, Bessie Smith and Billie Holiday (Le message féministe dans le blues)
pucemenu 1999 : The Angela Y. Davis Reader (Philosophie d’Angela Davis)
pucemenu 2003 : Are prisons obsolete? (Les prisons sont elles obsolètes?)
Angela Davis les a inspirés :
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pucemenu 1972 : Regina Nadelson : Who is Angela Davis? The biography of a revolutionary
pucemenu 1972 : Charles Ashman : The people vs Angela Davis
pucemenu 1973 : Reginald Major : Justice in the round : the trial of Angela Davis
pucemenu 1975 : Bettina Aptheker : The morning breaks
pucemenu 1975 : Mary Timothy (membre du jury : The story of the trial of Angela Y. Davis
Liens :
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pucemenu 1 biographie du philosophe Herbert Marcuse, qui a énormément influencé Angela Davis :
www.marcuse.org ou www.chez.com/patder/marcuse.htm
pucemenu 2 documentaire d’archive concernant le philosophe Theodore Adorno et l’école de Francfort : www.arte-tv.com/dossier/archive.jsp?node=336417&lang=fr
pucemenu 3 [a2 info10.html Les lynchages de noirs aux Etats-Unis} et le parti des Black Panthers : les articles de la rubrique Histoire de Grioo.com.
pucemenu 4 poème de Jacques Prévert réclamant la libération d’Angela Davis :
www.cosimapp-mumia.org/others/histoirenoir/angela.htm.
pucemenu 5 discours d’Angela Davis lors de la cérémonie accordant la citoyenneté d’honneur de la ville de Paris à Mumia Abu Jamal :
mumia.org/angela_paris2.htm www.cosimapp- mumia.org/angela_paris2.htm
pucemenu 6 la place de la femme dans la nation : [a2 http://www.wluml.org/french/pubsfulltxt.shtml?cmd[154]=i-154-46b26a14d44cdf4e85a359e417304dde&cmd[190]=i-190-46b26a14d44cdf4e85a359e417304dde analyse du discours de la « Nation of Islam »]
Futile ?…
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pucemenu mariée en 1980 au photographe Hilton Braithwaide, divorcée.
pucemenu signe astrologique zodiacal : Verseau
pucemenu signe astrologique chinois : Singe
pucemenu coiffures : véritable icône dans les années 70, c’est elle qui est à l’origine de l’engouement de la communauté noire pour la coupe afro, devenu symbole identitaire. Elle porte aujourd’hui des dreadlocks.
pucemenu beauté : NA-TU-RELLE !

Elle est née le 26 janvier 1944, à Birmingham, en Alabama à une époque où le racisme et les troubles politiques faisaient rage. Ses parents étaient enseignants, et dès son enfance, la petite Davis était plongée dans le milieu communiste, et reçoit déjà les influences de ce qui sera ses conceptions politiques, et ses convictions philosophiques. En 1960, elle passe deux ans à étudier, à l’Ecole de Francfurt sous la direction de Theodore Adorno. De 1963 à 1964, elle suit des cours à Paris, puis elle rentre dans le Massachusetts à l’université de Brandeo. Après avoir obtenu sa licence en 1965, elle part en Allemagne pour ses études plus approfondies. De nouveau aux Etats Unis en Californie à l’université de San Diego, elle reçoit sa maîtrise en 1968. C’est à cette même année qu’ elle devient membre du parti communiste, et des blacks panters. Son investissement dans ses 2 groupements lui valurent d’être surveillée de très près par le gouvernement des Etats Unis.Après avoir enseigné pendant 1 an à l’université de Californie à Los Angeles, elle est renvoyé. Ce licenciement était principalement dû à son appartenance au parti communiste. En 1970 elle devient la troisième femme dans l’histoire à être inscrite sur la liste des personnes les plus recherchées par le FBI.

Accusée de conspiration pour libérer Georges Jackson, le FBI estimait que Angela Davis avait armé des prisonniers dans la Cours du Conté de Marin .Elle dut passer 2 semaines à fuir la police. A cette époque on pouvait voir une pancarte affichée dans de nombreuses maisons, où on pouvait lire :  » Angela notre sœur, tu es la bienvenue dans cette maison ».
Elle fut finalement découverte par la police dans un hôtel après avoir été accusée de meurtre et de kidnapping. Elle passa 16 mois en prison puis fut acquittée de toutes ses charges.

En 1971, ses essais dans lesquels elle détaille sa croyance en la doctrine communiste et ses pensées sur l’oppression raciale sont publiés.
Puis convaincue par ses amis,
elle écrit son autobiographie et se présente aux élections de 1980,
sous les couleurs du parti communiste.
 » Women, Race and class « publié en 1981 devient un classique du féminisme. En 1989 elle publie la première collection de ses discours de 1983 à 1987 ,intitulé  » Women ,Culture and politic « .
De nos jours, Angela Davis continue son combat politique et social .C’est une théoricienne accomplie et cultivée, elle enseigne à l’Université de Californie à Santa Cruz et continue à faire des discours.


  

 

 

Un entretien avec Angela Davis sur les banlieues

 

Propos recueillis par Sarah [Saint Denis], publiés dans Red

par  Angela Davis

Mise en ligne le lundi 6 février 2006

Aux cotés de Malcom X et Martin Luther King, Angela Davis est une figure du mouvement Noir américain. Elle adhère au Parti Communiste vers 18 ans et devient membre des Black Panthers en 1967. Militante révolutionnaire, se battant pour l’égalité des noirs et des blancs mais également pour l¹émancipation des travailleurs, elle comprend très vite que seule l¹unité des mouvement sociaux et politiques entre blanc et noir, homme et femme permettra de combattre la classe dirigeante . C’est cette compréhension qu’elle paiera en étant condamnée à mort en 1972. C¹est une mobilisation d’une ampleur internationale qui permit sa libération. Aujourd’hui, elle est toujours militante des luttes sociales et politiques aux États-Unis.

Quel regard portes-tu sur la révolte des jeunes des banlieues populaires en France ?

Elle a de grandes similitudes avec les révoltes qui se produisent dans les ghettos aux Etats-Unis. Les dernières émeutes importantes ont eu lieu en 1992 à Los Angeles et étaient basées sur le même sentiment de frustration chez les jeunes noirs américains. On s’aperçoit le racisme y est pour beaucoup. Aux Etats Unis comme en France ces « troubles » ont les mêmes origines et nécessitent le même type de réponse même si des différences existent, du fait des histoires différentes des ghettos US et des banlieues françaises. Les jeunes exigent du changement social et la fin de la « ghettoïsation » et des discriminations envers les communautés de l’immigration post-coloniale. Aux USA, c’est la fin d¹un système issu de l’esclavagisme qui est demandé par les jeunes des ghettos. Ces révoltes ne sont pas isolées de la lutte globale que des millions de gens mènent tous les jours. Comme la situation économique, politique et sociale, dans les quartiers populaire est une conséquence directe des politiques du FMI ou de la Banque Mondiale, les révoltes spontanées de nos frères des quartiers sont aussi une réponse à ces politiques. Comme les dirigeants ont une stratégie globale pour contrôler le monde, nous devons nous aussi en développer une et la révolte des ghettos doit en faire partie. Ce que montre toutes les révoltes qui prennent la forme d¹émeutes c¹est la faiblesse des directions politiques. Lors des émeutes de Watts, en 1965 aux USA, c’était extrêmement clair pour n’importe quel Noir américain qui participait au mouvement des droits civiques de près ou de loin depuis plusieurs années. Ces émeutes avaient eu une issue positive avec la création du Black Panthers Party, en 1966, qui était un outil pour tous ceux qui voulait se servir de leur frustration comme d¹une arme politique.

Tu as passé du temps en prison dans les années 70 et aujourd¹hui, tu t¹engages particulièrement dans la lutte contre le système de détention et la peine de mort aux USA. Quelle est ton analyse à ce sujet ?

C¹est le sujet de mon prochain livre, notamment à partir du Patriot Act. L¹industrie d’armement et les institutions militaires sont des éléments centraux de l’économie américaine, en liaison avec les entreprises, les médias, les élus et la haute hiérarchie militaire. Là-dedans, les prisons sont devenues une donnée essentielle de l’économie américaine. Aux USA, il y a 2 millions de personnes emprisonnées, c¹est donc bien une politique volontariste d’enfermement qui sévit. Cela rentre dans un fonctionnement économique et politique complexe mais qui se construit depuis longtemps et qui est issu du système esclavagiste où l¹on privait les gens de leur liberté pour exploiter leur force de travail. La punition et la privation de liberté sont des armes historiques aux Etats-Unis, tant sur le plan économique qu’idéologique. Cela permet de développer la peur, la normalisation des esprits et le racisme. Aux USA, on peut parler de « complexe industrialo-cancéral ». Au niveau international, la politique américaine est aussi largement basée sur ce concept de punition, d¹écrasement : la politique de torture à Abu Ghraib ou Guantanamo est directement issue de la gestion intérieure des prisons US et de la politique intérieures des USA en matière de racisme. La place de l¹industrie carcérale devient de plus en plus importante dans l¹économie mondiale. A travers elle et grâce à elle, c¹est toute une idéologie qui est prise comme modèle et c¹est face à cela qu¹il faut construire un grand mouvement contre celui qui l¹incarne : Bush. La guerre contre le terrorisme qu¹il a lancé a été un tremplin pour développer cette politique et cette idéologie mais, aujourd¹hui, après les révélations que Katrina a permis sur le racisme, le tout-sécuritaire et la chasse aux pauvres, cet homme est très affaibli. Nous devons continuer.

Tu parles de l¹esclavagisme comme d¹une logique économique et idéologique encore dominante aux USA. Quel est ton avis au sujet de la loi du 23 février 2005 qui réhabilite, en France, le colonialisme ?

Le racisme monte. Aujourd¹hui, vous êtes sous Etat d¹urgence et, je me souviens de ce que cela signifiait en 1961, alors que j¹étais à Paris pour mes études : les Algériens étaient victimes d¹un racisme qui m¹avait fait pensé au système ségrégationniste américain. Dire aujourd¹hui que la colonisation ait pu avoir un rôle positif est abject et raciste. Malheureusement, ce que cela montre c¹est que la poussée de l¹extrême droite est aussi une réalité en France et pas seulement aux USA. De plus, toute la politique française semble empreinte de racisme, c¹est une question qui va être importante à résoudre pour tous ceux qui veulent un changement social.

Stanley « Tookie » Williams a été exécuté par injection lundi dernier (12/12 ndlr) en Californie. A tous ceux qui demandaient sa grâce, Schwarzenegger, gouverneur de l¹Etat, a déclaré qu¹il ne pouvait gracier un homme qui avait dédié ses mémoires à des gens comme Angela Davis, Georges Jackson, Malcolm X, Nelson Mandela, etc… Après une telle déclaration, l¹exécution de Tookie Williams devient un véritable acte politique contre le mouvement Noir, non ?

Cette exécution m¹a énormément touchée. Depuis que Tookie a été condamné à mort, en 1981, une grande campagne de solidarité s¹est développée aux USA. J¹étais à la prison lundi et j¹ai assisté à la déclaration de Schwarzenegger. C¹est la première fois qu¹un condamné est exécuté alors qu¹une telle campagne a été menée. Nous ne pensions pas qu¹ils feraient l¹injection parce que le cas de Tookie a relancé la polémique sur la peine de mort. La fin de sa déclaration disait qu¹il ne pouvait gracier quelqu¹un qui prônait la violence comme programme politique. La peine de mort s¹est révélée comme l¹outil politique violent qui sert de réponse aux problèmes de la société que soulevaient, concrètement et symboliquement, Tookie. C¹est effectivement un acte politique de la part de Schwarzenegger contre le mouvement international pour la libération noire et son histoire surtout qu¹il a également cité Nelson Mandela. Schwarzenegger l¹a cité comme une personne dont on ne peut parler comme un héros alors que cet homme est un héros pour la majorité des peuples du monde entier. En citant Mumia Abu Jamal et d¹autres personnes qui incarnent aujourd¹hui l¹insoumission, il fait un procès à toute la résistance à sa politique qui est la même que celle de Bush. C¹est là qu¹il montre le lien qui existe entre la peine de mort et la guerre contre le terrorisme.

Tu te définis comme une militante féministe. Que signifie être féministe aujourd¹hui et quelles sont les tâches actuelles du mouvement féministe ?

Ce sujet me tient beaucoup à coeur. Mais je te préviens, ma définition du féminisme n¹est pas très conventionnelle. Je vois le féminisme comme un outil, pas seulement pour aborder les questions femme mais pour aborder toutes les questions politiques sans être déterminé par les frontières idéologiques établies par le système capitaliste. Par exemple je n¹ai aucune lutte ou analyse commune à développer avec Condolezza Rice qui est pourtant une femme noire comme moi. Pour moi, il faut penser ensemble le genre, la race, la sexualité et la classe. Il ne faut pas considérer comme séparés dans les luttes, les problèmes des hommes et ceux des femmes. Le féminisme est pour moi un outil d¹analyse qui me permet, par exemple, de faire le lien entre la peine de mort aux USA et la guerre contre le terrorisme. De considérer le rôle des femmes comme le même que celui des hommes et surtout de nous sortir des schémas du système qui nous pousse à nous identifier à une catégorie sexuelle, raciale ou autre qui ne permet pas de résoudre la contradiction dans laquelle je suis face à Condolezza Rice. Logiquement, et c¹est une bataille féroce dans le mouvement féministe, je suis contre les schémas du féminisme se réclamant de l¹ »universel », de la lutte dans l¹intérêt de toutes les femmes. En effet, dans ces cas là, « universel » veut dire « blanche » et, cela n¹est donc absolument pas universel. Je puise cette analyse dans le mouvement féministe historique et surtout dans le marxisme. Mon objectif est de construire le socialisme et le marxisme est l¹outil qui permet cela dans la vie et les luttes de tous les jours.

Aujourd¹hui encore, interviewer Angela Davis est un événement pour n¹importe quel militant parce que tu fais encore partie, après des années et des années, du camp de ceux qui luttent contre ce système. Quel est ton moteur ?

Je ne suis pas une icône, je suis comme n¹importe quel individu qui lutte mais, si une image me colle à la peau c¹est celle du mouvement Noir. Si c¹est ça qui fait d¹une rencontre avec moi un événement alors c¹est que la lutte que nous avons menée pendant des années est toujours une inspiration pour la jeunesse d¹aujourd¹hui et que nous n¹avons rien fait en vain. C¹est cette jeunesse qui est mon vrai moteur depuis des années. Ça l¹a toujours été, même lorsque j¹étais jeune moi-même. Aujourd¹hui, on assiste à une grande effervescence intellectuelle et politique chez une jeunesse qui réinvente des stratégies originelles et créatrices pour changer le monde, c¹est ça qui me porte. Cette jeunesse veut changer le monde et le socialisme a besoin de ces luttes pour se construire. Mon objectif n¹a pas changé et la jeunesse est plus révoltée et plus créative que jamais. C¹est elle qui me permet de continuer à avancer.

Bibliographie d¹Angela Davis et du mouvement noir américain

Angela Davis, Femme, race et classe, Edition du M.L.F. Angela Davis, Autobiographie, Livre de Poche. Carles et Comolli , free jazz black power, Folio. George Jackson, les frères de Soledad. Howard Zinn, une histoire populaire des Etats-Unis, Agone. Malcom X , ultimes discours, l¹esprit frappeur. Malcom X , autobiographie.

 

 

 

Angela Davis toujours indomptable

La militante progressiste américaine annonce la parution d’un prochain ouvrage. Elle doit se rendre dans notre pays cette semaine.

Le Congrès s’apprête à approuver cette semaine la prorogation du Patriot Act (loi patriotique). Quelles raisons ont présidé à l’établissement de cet

ensemble de dispositions ultra-sécuritaires ?

Angela Davis. Le Patriot Act a été promulgué immédiatement après le 11 septembre 2001. L’administration Bush a saisi l’opportunité de cette attaque pour exploiter la peur du terrorisme comme fondement de l’ensemble de sa politique de guerre mondialisée. Le Patriot Act intègre de nouvelles formes de maccarthisme et de racisme… L’édification du nouvel État sécuritaire fondé sur la fabrication de la peur constitue une nouvelle érosion des vestiges de démocratie dans notre pays. Nous sommes entrés désormais dans l’ère la plus conservatrice de notre histoire, même plus conservatrice qu’à l’époque de MacCarthy.

Le Patriot Act a été adopté à la quasi-unanimité. Même les fractions les plus progressistes (comme par exemple le Black Caucus, collectif des élus noirs) ont refusé à ce moment-là de prendre position contre les décisions de Bush. En fait, une seule personne (la représentante de ma circonscription en Californie) a eu la force et le courage de dire non ! Une combinaison de racisme, particulièrement envers des gens de croyance musulmane, et de peur savamment manipulée a créé une situation dans laquelle ce qui nous reste de démocratie s’érode rapidement. Le montre, par exemple, l’usage de la peine de mort : récemment nous avons connu la millième exécution et, le même jour, la mille et unième. Ici, en Californie, nous tentons d’empêcher l’assassinat de Stanley Tookie Williams. Cette véritable mise en routine, cette banalisation se situe dans le droit fil de la guerre contre l’Irak, de la guerre planétaire contre le terrorisme et de la création d’un État largement fondé sur des notions erronées de sécurité.

Le Patriot Act a accordé au FBI (la police nationale des États-Unis) des droits exorbitants comme la Lettre de sécurité nationale (National Security Letter)…

Angela Davis. Le FBI a désormais le droit, par une simple lettre, sans mandat judiciaire, d’exiger des informations sur tout citoyen prétendument soupçonné d’activités terroristes auprès d’organismes ou de personnes détenteurs de fichiers de clients ou d’usagers. Les destinataires de la Lettre sont en outre tenus au secret absolu. On peut donc, sans jamais en avoir été informé, faire l’objet d’une enquête policière sur son compte en banque, ses achats, ses activités culturelles, y compris les titres des livres empruntés dans une bibliothèque !

Le Patriot Act autorise-t-il l’emprisonnement sans mandat ni inculpation par un juge, sans assistance d’un avocat et sans notification de la cause de l’arrestation ?

Angela Davis. Ces procédés sont pratiqués sous prétexte qu’il y aurait un problème spécifique de sécurité inhérent au fait que les acteurs de la soi-disant guerre terroriste n’ont pas de liens particuliers avec un pays donné. Cela dit, toutes les discussions se concentrent actuellement sur la question de l’aptitude du gouvernement à violer les droits, des nationaux comme des étrangers. L’un des points essentiels est celui de la torture, dans des centres de détention US et dans des pays destinataires d’Extraordinary Renditions (terme que l’on pourrait traduire par transfert extraordinaire – NDLR). Il apparaît de plus en plus nettement que l’administration Bush-

Cheney, avec son programme de guerre contre l’Irak et de guerre planétaire contre le terrorisme, pousse le pays dans une direction

d’extrême droite.

La question principale, selon moi, est de savoir comment développer un mouvement capable de contester ce processus. La révélation au grand jour de l’abjecte et absolue pauvreté, en particulier des Noirs, à La Nouvelle-Orléans, a montré l’incapacité du gouvernement fédéral à réagir face à une urgence particulière créée par la conjonction d’un désastre naturel, du racisme et de la pauvreté. Depuis lors la popularité de Bush a connu un sérieux déclin. Raison pour laquelle nous espérons que s’ouvre une possibilité de contestation populaire de l’administration Bush.

Des élections sénatoriales et à la Chambre des représentants de mi-mandat présidentiel vont avoir lieu en fin d’année prochaine. Voyez-vous une alternative véritable dans le cadre rigide du système bipartisan ?

Angela Davis. C’est le problème principal. Bien sûr, la meilleure approche serait de pouvoir lancer une campagne pour obtenir l’impeachment (la destitution) de Bush, ce qui rendrait possible d’exercer une certaine forme de pression sur un éventuel candidat démocrate pour nous sortir de la tendance actuelle. Le problème est que les démocrates ont été impliqués, dans la même mesure que les républicains, dans la guerre et dans la politique intérieure.

Dans votre prochain livre vous définissez le système de détention états-unien comme étant un complexe industriel carcéral (prison industrial complex). Quelle est sa fonction politique et sociale ?

Angela Davis. Le complexe militaro-industriel s’est développé au cours de la guerre du Vietnam. L’industrie d’armement et les institutions militaires sont devenues des éléments centraux de l’économie et de la culture états-unienne, en liaison avec les entreprises, les médias, les élus et la haute hiérarchie militaire. Dans ce processus, les prisons sont devenues une donnée essentielle de l’économie US et, de plus en plus, de l’économie mondialisée. Et lorsque l’on observe que des politiciens, des entreprises, des médias ont intérêt à l’expansion continue de l’industrie punitive (punishment industry), on constate une grande similitude entre le complexe industriel carcéral et le complexe militaro-industriel.

Combien y a-t-il de détenus actuellement dans les prisons des États-Unis ?

Angela Davis. Il y a deux millions de personnes dans les prisons US. Si l’on y ajoute les condamnés en liberté conditionnelle ou sous contrôle judiciaire, on approche du chiffre de cinq millions.

Est-ce que ceci peut être considéré comme un moyen de maîtriser les tensions sociales ?

Angela Davis. Bien sûr que non ! On constate au contraire un accroissement des tensions et un nouveau phénomène, celui de la connexion entre le système punitif et l’institution militaire. Cette dernière pratique la torture alors que dans le même temps elle est devenue l’unique voie permettant aux plus pauvres, essentiellement aux Noirs, d’éviter d’aller en prison. Constatant d’autre part qu’environ 70 % des détenus de notre pays sont des gens de couleur, on voit clairement une forte corrélation entre la destruction de l’État social et l’utilisation croissante du racisme, un résultat direct du capitalisme mondialisé.

À la veille de son arrivée en Europe, Condoleezza Rice a affirmé que les Européens devront prendre des décisions difficiles car, a-t-elle prétendu, la guerre contre le terrorisme est une nouvelle forme de guerre et que, par conséquent, les règles du passé ne sont plus valables. Y a-t-il une stratégie à long terme dans ce processus ?

Angela Davis. Condoleezza Rice représente le segment le plus réactionnaire de l’administration Bush. Il est extrêmement dangereux de prétendre que le terrorisme nécessite qu’un État prive les gens de leurs droits, que les États-Unis ignorent totalement des pans entiers du droit international. C’est très effrayant : je n’ai pas pour habitude d’utiliser le terme de fascisme quand cela n’est pas nécessaire, mais je crois qu’il s’agit là de très nettes tendances fascistes représentées par Bush, Condoleezza Rice et Cheney.

En exergue de votre livre vous déclarez que les critères de la démocratie sont l’existence, pour les citoyens, de droits concrets. Peuvent-ils être exercés et développés dans un monde au capitalisme globalisé sous l’hégémonie du plus puissant ?

Angela Davis. Le glissement croissant vers la droite aux États-Unis et en Europe reflète dans la période actuelle la tendance dominante du capitalisme. Ainsi, la démocratie, dans la formulation de l’administration Bush, se confond avec le capitalisme… Lorsque je parle de nouvelles formes de démocratie, je parle de socialisme, d’une démocratie non uniquement fondée sur des droits formels comme le droit de vote, mais aussi sur des droits concrets comme les droits sociaux : celui de vivre à l’abri de toute violence, le droit au travail, au logement, aux soins de santé et à une éducation de qualité, celui de franchir librement les frontières… Si l’on observe la manière dont les États-Unis ont tenté de régler ce qu’on appelle le problème racial, il est clair que de nouvelles solutions sont nécessaires. Je citerai Marx qui dit que le capitalisme crée des problèmes qu’il est incapable de résoudre. Le nationalisme noir n’est certainement pas une réponse, comme nous avons pu le constater aux États-Unis. Il est nécessaire de créer de nouvelles institutions avec, par exemple, un meilleur système d’éducation, ce qui serait déjà un grand changement, ou encore une forme de système de santé gratuit, toutes choses dont nous avons tant besoin dans notre pays.

Voyez-vous des signes d’une nouvelle solidarité internationale ?

Angela Davis. C’est l’enjeu essentiel. Particulièrement aux États-Unis qui n’ont pas de bonne réputation d’internationalisme. L’une des conséquences les plus graves de la politique de guerre mondialisée est le fait qu’il a été facile de persuader les gens que nous avons besoin d’une nation multiculturelle au détriment d’une solidarité qui se projette au-delà de la nation. Nombreux ont été les gens de couleur qui ont été entraînés dans le repli sur le nationalisme, perçu comme la seule riposte possible à une agression venant de l’extérieur. Du même coup, la solidarité avec le peuple d’Afghanistan, avec celui d’Irak n’a pas été prise en considération comme l’un des moyens véritables de sortir de la situation. J’affirme que nous avons besoin d’explorer et de développer de nouvelles voies de solidarité internationale. Nous devons rechercher comment créer des lignes de communication, de solidarité, notamment après l’effondrement de la communauté des pays socialistes, laquelle, de fait, était un espace qui permettait alors la production de solidarité internationale.

Entretien réalisé par Michel Muller

Le féminisme selon Angela Davis

 

 

Angela Davis a joué un rôle éminent, non seulement dans la lutte des Afro-américains contre le racisme, mais également dans l’histoire du mouvement de libération des femmes aux Etats-Unis. Elle nous livre sa conception du féminisme.

 

Ancienne militante des Black Panthers, mouvement révolutionnaire afro-américain dans les années soixante-dix, emprisonnée et menacée de mort aux Etats-Unis du fait de ses activités politiques, Angela Davis est aujourd’hui professeur de philosophie et de sociologie à l’Université de Californie à Santa Cruz.

Une figure emblématique
Elle continue de se battre contre le racisme, la peine de mort, le militarisme, le libéralisme effréné et les conditions de détention aux Etats-Unis. Angela Davis demeure également une figure emblématique de la lutte contre le sexisme, l’homophobie et la discrimination envers les femmes. Ses livres Femmes, race et classe et Femmes, culture et politique, publiés respectivement en 1981 et 1989, sont des ouvrages de référence du féminisme.
La rédaction de rfo.fr avait rencontré Angela Davis lors de sa récente visite à Paris, à la fin du mois de décembre 2005. Dans la perspective de la Journée internationale de la femme, nous l’avions interrogé sur sa définition du féminisme. Voici sa réponse.

« Ma conception du féminisme est probablement différente de sa définition conventionnelle. Je conçois le féminisme comme la manifestation d’une volonté de ne pas seulement prendre en considération les formes d’oppressions infligées aux femmes, mais aussi comme la volonté de penser en deçà des frontières établies. De penser race, classe, genre et sexualité tout ensemble sans se soucier de cet éternel clivage homme/femme. Il faut par exemple opérer un lien entre le maintien de la peine de mort aux Etats-Unis et la guerre de ce pays contre le terrorisme.
Si l’on observe l’histoire de la théorie et de la pratique du féminisme, on peut souligner le rôle joué par les femmes de couleur qui ont demandé que le féminisme ne soit pas défini de manière « universelle », le mot « universel » s’avérant recouvrir en fait la réalité de la femme occidentale, réalité qui n’est donc pas « universelle ».
Il faut être capable de regrouper des idées hétérogènes, c’est pourquoi je pense que le féminisme associé au marxisme a toujours un rôle fondamental à jouer pour nous permettre de nous engager sur la voie d’une analyse complexe. Pas complexe dans le sens où seuls des universitaires pourraient comprendre, mais complexe dans le cadre d’un discours social et populaire. Le féminisme n’a donc pas vocation à occuper une place centrale, il doit être associé aux problématiques relatives au genre, à la classe, à la race et à la sexualité
 ».

Entrevue avec Angela Davis

 

Aux cotés de Malcom X et de Martin Luther King, Angela Davis est une figure importante du mouvement étatsunien pour l’émancipation des noir-es.


Documentary on the fight for Civil Rights in the USA.

Elle devient membre des Black Panthers en 1967. Se battant pour l’égalité des noirs et des blancs et pour l’émancipation des travailleurs et des travailleuses, elle comprend très vite que seule l’unité des mouvement sociaux et politiques entre blancs et noirs, hommes et femmes, permettra de combattre la classe dirigeante. Elle le paiera en étant condamnée à mort en 1972. Une mobilisation internationale permit sa libération. Aujourd’hui, elle est toujours militante des luttes sociales et politiques aux États-Unis.
Quel regard portes-tu sur la révolte des jeunes des banlieues populaires en France?

Angela DavisElle a de grandes similitudes avec les révoltes qui se produisent dans les ghettos aux États-Unis. Les dernières émeutes importantes ont eu lieu en 1992 à Los Angeles et étaient basées sur le même sentiment de frustration chez les jeunes noirs étatsuniens. On s’aperçoit que le racisme y est pour beaucoup. Aux États-Unis comme en France, ces « troubles » ont les mêmes origines et nécessitent le même type de réponse même si des différences existent du fait des histoires différentes des ghettos étatsuniens et des banlieues françaises. Les jeunes exigent du changement social et la fin de la ghettoïsation et des discriminations envers les communautés de l’immigration post-coloniale. Aux États-Unis, c’est la fin d’un système issu de l’esclavagisme qui est demandé par les jeunes des ghettos.

Ces révoltes ne sont pas isolées de la lutte globale que des millions de gens mènent tous les jours. Comme la situation économique, politique et sociale des quartiers populaires est une conséquence directe des politiques du FMI ou de la Banque Mondiale, les révoltes spontanées de nos frères des quartiers sont aussi une réponse à ces politiques.

Comme les dirigeants ont une stratégie globale pour contrôler le monde, nous devons nous aussi en développer une et la révolte des ghettos doit en faire partie. Ce que montrent toutes les révoltes qui prennent la forme d’émeutes, c’est la faiblesse des directions politiques. Lors des émeutes de Watts, en 1965 aux USA, c’était extrêmement clair pour n’importe quel noir étatsunien participant au mouvement des droits civiques de près ou de loin depuis plusieurs années. Ces émeutes ont eu une issue positive avec la création du Black Panthers Party, en 1966, qui était un outil pour tous ceux qui voulaient se servir de leur frustration comme d’une arme politique.
Tu as passé du temps en prison dans les années 1970 et aujourd’hui, tu t’engages dans la lutte contre le système de détention et la peine de mort aux États-Unis. Quelle est ton analyse à ce sujet?

C’est le sujet de mon prochain livre, notamment à partir du Patriot Act. L’industrie d’armement et les institutions militaires sont des éléments centraux de l’économie étatsunienne, en liaison avec les entreprises, les médias, les élus et la haute hiérarchie militaire. Là-dedans, les prisons sont devenues une donnée essentielle de l’économie étatsunienne.

Aux États-Unis, il y a 2 millions de personnes emprisonnées. C’est donc bien une politique volontariste d’enfermement qui sévit. Cela rentre dans un fonctionnement économique et politique complexe, mais qui se construit depuis longtemps et qui est issu du système esclavagiste où l’on privait les gens de leur liberté pour exploiter leur force de travail. La punition et la privation de liberté sont des armes historiques aux États-Unis, tant sur le plan économique qu’idéologique. Cela permet de développer la peur, la normalisation des esprits et le racisme. Aux États-Unis, on peut parler de complexe industrialo-cancéral.

Au niveau international, la politique étatsunienne est aussi largement basée sur ce concept de punition, d’écrasement : la politique de torture à Abu Ghraib ou à Guantanamo est directement issue de la gestion intérieure des prisons étatsuniennes et de la politique intérieure des États-Unis en matière de racisme.

La place de l’industrie carcérale devient de plus en plus importante dans l’économie mondiale. À travers elle et grâce à elle, c’est toute une idéologie qui est prise comme modèle et c’est face à cela qu’il faut construire un grand mouvement contre celui qui l’incarne : Bush. La guerre contre le terrorisme qu’il a lancée a été un tremplin pour développer cette politique et cette idéologie mais, aujourd’hui, après les révélations que Katrina a permis sur le racisme, le tout-sécuritaire et la chasse aux pauvres, cet homme est très affaibli. Nous devons continuer.
Tu parles de l’esclavagisme comme d’une logique économique et idéologique encore dominante aux États-Unis. Quel est ton avis au sujet de la loi du 23 février 2005 qui réhabilite, en France, le colonialisme?

Le racisme monte. Aujourd’hui, vous êtes dans un État d’urgence et je me souviens de ce que cela signifiait en 1961, alors que j’étais à Paris pour mes études : les Algérien-nes étaient victimes d’un racisme qui m’avait fait penser au système ségrégationniste étatsunien. Dire aujourd’hui que la colonisation ait pu avoir un rôle positif est abject et raciste. Malheureusement, ce que cela montre, c’est que la poussée de l’extrême droite est aussi une réalité en France et pas seulement aux États-Unis. De plus, toute la politique française semble empreinte de racisme. C’est une question qui va être importante à résoudre pour tous ceux qui veulent un changement social.

Stanley Tookie Williams a été exécuté par injection le 12 décembre 2005 en Californie. À tous ceux qui demandaient sa grâce, Schwarzenegger, gouverneur de l’Etat, a déclaré qu’il ne pouvait gracier un homme qui avait dédié ses mémoires à des gens comme Angela Davis, Georges Jackson, Malcolm X, Nelson Mandela, etc. Après une telle déclaration, l’exécution de Tookie Williams devient un véritable acte politique contre le mouvement noir, non?

Cette exécution m’a énormément touchée. Depuis que Tookie a été condamné à mort, en 1981, une grande campagne de solidarité s’est développée aux États-Unis. J’étais à la prison et j’ai assisté à la déclaration de Schwarzenegger. C’est la première fois qu’un condamné est exécuté alors qu’une telle campagne est menée. Nous ne pensions pas qu’ils feraient l’injection parce que le cas de Tookie a relancé la polémique sur la peine de mort. La fin de sa déclaration disait qu’il ne pouvait gracier quelqu’un qui prônait la violence comme programme politique. La peine de mort s’est révélée comme l’outil politique violent qui sert de réponse aux problèmes de la société que soulevaient Tookie, concrètement et symboliquement.

C’est effectivement un acte politique de la part de Schwarzenegger contre le mouvement international pour la libération noire et son histoire, surtout qu’il a également cité Nelson Mandela. Schwarzenegger l’a cité comme une personne dont on ne peut parler comme un héros alors que cet homme est un héros pour la majorité des peuples du monde entier. En citant Mumia Abu Jamal et d’autres personnes qui incarnent aujourd’hui l’insoumission, il fait un procès à toute la résistance à sa politique qui est la même que celle de Bush. C’est là qu’il montre le lien qui existe entre la peine de mort et la guerre contre le terrorisme.
Tu te définis comme une militante féministe. Que signifie être féministe aujourd’hui et quelles sont les tâches actuelles du mouvement féministe?

Ce sujet me tient beaucoup à coeur. Mais je te préviens, ma définition du féminisme n’est pas très conventionnelle. Je vois le féminisme comme un outil, pas seulement pour aborder les questions femmes, mais pour aborder toutes les questions politiques sans être déterminée par les frontières idéologiques établies par le système capitaliste. Par exemple, je n’ai aucune lutte ou analyse commune à développer avec Condolezza Rice qui est pourtant une femme noire comme moi. Pour moi, il faut penser ensemble le genre, la race, la sexualité et la classe. Il ne faut pas considérer comme séparés dans les luttes les problèmes des hommes et ceux des femmes.

Le féminisme est pour moi un outil d’analyse qui me permet, par exemple, de faire le lien entre la peine de mort aux États-Unis et la guerre contre le terrorisme. De considérer le rôle des femmes comme le même que celui des hommes et surtout de nous sortir des schémas du système qui nous pousse à nous identifier à une catégorie sexuelle, raciale ou autre, qui ne permet pas de résoudre la contradiction dans laquelle je suis face à Condolezza Rice. Logiquement, et c’est une bataille féroce dans le mouvement féministe, je suis contre les schémas du féminisme se réclamant de l’universel, de la lutte dans l’intérêt de toutes les femmes. En effet, dans ces cas là, universel veut dire blanche et cela n’est donc absolument pas universel.

Je puise cette analyse dans le mouvement féministe historique et surtout dans le marxisme. Mon objectif est de construire le socialisme, et le marxisme est l’outil qui permet cela dans la vie et les luttes de tous les jours.
Aujourd’hui encore, interviewer Angela Davis est un événement parce que tu fais toujours partie du camp de ceux et celles qui luttent. Quel est ton moteur?

Je ne suis pas une icône, je suis comme n’importe quel individu qui lutte mais, si une image me colle à la peau, c’est celle du mouvement noir. Si c’est ça qui fait d’une rencontre avec moi un événement, alors c’est que la lutte que nous avons menée pendant des années est toujours une inspiration pour la jeunesse d’aujourd’hui et que nous n’avons rien fait en vain.

C’est cette jeunesse qui est mon vrai moteur depuis des années. Ça l’a toujours été, même lorsque j’étais jeune moi-même. Aujourd’hui, on assiste à une grande effervescence intellectuelle et politique chez une jeunesse qui réinvente des stratégies originelles et créatrices pour changer le monde. C’est ça qui me porte. Cette jeunesse veut changer le monde et le socialisme a besoin de ces luttes pour se construire. Mon objectif n’a pas changé et la jeunesse est plus révoltée et plus créative que jamais. C’est elle qui me permet de continuer à avancer.

 

Les Goulags de la démocratie, Angela Y. Davis

 

jeudi 3 mai 2007, par Séverine Capeille

S’il est un livre à lire, en cette période électorale qui préconise la « tolérance zéro » et les « encadrements militaires », c’est celui d’Angela Davis. Dans « Les Goulags de la démocratie », cette érudite féministe connue pour ses combats contre toutes les formes d’oppression, envisage le rôle joué par la prison dans la reproduction du racisme et de la répression politique.

Quand Angela Davis évoque le système carcéral, elle sait de quoi elle parle. Inscrite sur la liste des dix personnes les plus recherchées du FBI suite à de fausses accusations, elle fut d’abord condamnée à la peine capitale puis acquittée en 1972 après seize mois de détention provisoire à New York. Elle a été amenée à réfléchir « à la prison en tant qu’institution – non seulement à l’emprisonnement politique, mais également aux rapports entre les processus interdépendants que sont la criminalisation et la racialisation. » (p.122)

Affiche de l’avis de recherche du FBI

Le combat de cette ancienne ennemie de l’état désormais devenue l’une des intellectuelles publiques les plus importantes aux Etats-Unis trouve toute sa force au cours des entretiens contenus dans cet ouvrage, lesquels ont été échangés durant la période qui révéla au monde entier l’usage de la torture à Guantanamo et Abou Ghraïb. Angela Davis analyse brillamment les traitements des prisonniers dans les établissements américains, le racisme institutionnalisé, les violences sexuelles, la pauvreté… Elle décrit la « manière dont l’esclavage continue de perdurer dans les institutions contemporaines » par le biais de la prison (notamment avec le retrait du droit de vote des prisonniers. Il est, à ce propos, significatif de rappeler que « Bush n’aurait pas été élu si l’on avait permis aux prisonniers de voter. ») et de la peine de mort. Elle détaille la « boulimie d’emprisonnement » de la société états-unienne :

« Au lieu de construire des maisons, jetons les sans-abri en prison. Au lieu de développer le système éducatif, jetons les analphabètes en prison. Jetons en prison ceux qui perdent leur travail à cause de la désindustrialisation, de la mondialisation du capital et du démantèlement de l’état providence. Débarrassons-nous de tous ces gens-là. Libérons la société de toutes ces populations dont on peut se passer. En vertu de cette logique, la prison devient un moyen de faire disparaître les problèmes sociaux sous-jacents qu’ils incarnent. » (p.47)

Ne se contentant pas d’éliminer les gens, le complexe carcéro-industriel fait écho au complexe militaro-industriel :

« En fait, de nombreux jeunes qui s’engagent dans l’armée – en particulier parmi les jeunes de couleur – le font souvent pour échapper à une trajectoire de pauvreté, de toxicomanie et d’analphabétisme qui les mènerait directement en prison. Brève observation, enfin, dont les implications sont énormes. Au moins une entreprise de l’industrie de la défense a recruté activement de la main d’œuvre carcérale. Représentez-vous cette image : des prisonniers fabriquent des armements qui aident le gouvernement dans sa quête de domination mondiale. » (p.45)

C’est un processus global qu’il faut discerner :

« Les prisons, leur architecture, leurs technologies, leurs régimes, les marchandises que les détenus consomment et produisent, et la rhétorique qui légitime leur prolifération, tout cela voyage des Etats-Unis vers le reste du monde » (p.132)

Angela Davis montre avec clarté les liens étroits qui unissent la politique carcérale et la politique étrangère des Etats-Unis. Face aux révélations médiatiques concernant Abou Ghraïb en Irak, il faut se rendre à l’évidence et admettre que les mauvais traitements et les viols des détenus sont issus de « techniques de châtiment qui s’inscrivent profondément dans l’histoire de l’institution de la prison » (p.56). Il ne s’agit pas seulement de constater la dégradation des conditions carcérales, mais d’observer « la manière dont ces institutions peuvent être déployées dans le contexte de la guerre des Etats-Unis pour la domination planétaire » (p.83). Par-delà la thématique carcérale, c’est « au type de démocratie auquel on nous demande de consentir » (p.53) qu’Angela Davis nous invite à réfléchir.

« Comment devons-nous interpréter la violence liée à l’exportation de la démocratie à la sauce états-unienne en Iraq ? Quel genre de démocratie est disposée à traiter des êtres humains comme des déchets ? » (p.56)

Angela Davis nous alerte sur cette notion de démocratie « façonnée en quelque chose comme une marchandise qui peut être exportée, vendue ou imposée à des populations entières » (p.97) et rappelle qu’une démocratie ne peut émerger de l’oppression d’un groupe par un autre.

Dans le prolongement de l’abolition de l’esclavage, il faut désormais « souligner le caractère désuet de l’emprisonnement comme mode dominant de châtiment » (p.87) et envisager l’abolition du système carcéral. Cela nous permettrait d’imaginer « d’autres versions de la démocratie, de futures démocraties (…) dans lesquelles les problèmes sociaux qui ont permis l’émergence du complexe carcéro-industriel seront, sinon totalement résolus, tout au moins affrontés et reconnus. » (p.54)

Les changements révolutionnaires sont toujours possibles. Angela Davis, symbole des mouvements contestataires dans les années 60-70, porte aujourd’hui l’espoir de luttes radicales :

« Nous devrions adopter un vigoureux multiculturalisme à teneur politique qui mette l’accent sur l’unité communautaire transraciale et sur la poursuite des luttes pour l’égalité et la justice. C’est-à-dire une unité communautaire transraciale non dans le but de créer un beau « bouquet de fleurs » ou un alléchant « bol de salade » – voilà certaines des représentations métaphoriques du multiculturalisme – mais comme moyen de combattre les inégalités structurelles et de lutter pour la justice. Ce type de multiculturalisme est doté de potentialités radicales. » (p. 36)

Ces potentialités, il faut les tenter. Ce défi, oh combien dérangeant et provocant pour certains, est celui qu’il nous faut relever, sur Sistoeurs et ailleurs, au quotidien. Angela Davis nous montre le chemin. Et peu importent les erreurs que nous pourrions commettre, puisqu’elles contribuent à l’émergence de rapports plus humains et « font avancer la lutte pour la paix et la justice sociale ».

Les Goulags de la démocratie, Angela Y. Davis
Editeur :
Au Diable Vauvert

Traduit de l’américain par Louis de Bellefeuille
ISBN : 2846261156
176 pages
Prix : 15.00 euros

- A lire sur le web :

La biographie d’Angela Davis

Un entretien avec Angela Davis sur les banlieues

  

  

Objet : Angela Davis rejoint le « Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange et au procès de New York » (CIS)  

Angela Yvonne Davis est née le 26 janvier 1944 au « Deep South », dans les bas-fonds de Birmingham, quartier surnommé « Dynamite Hill », état de l’Alabama. C’est l’époque des grands troubles et du racisme exacerbé dans une société ségrégationniste. Ses parents sont communistes activistes. La petite Angela, élevée dans la contestation et la résistance, reçoit les influences de ses futures convictions politiques et conceptions philosophiques. A 12 ans, elle participe au boycott d’une compagnie de bus pratiquant la ségrégation.

En 1958, elle obtient une bourse pour étudier à l’ « Elisabeth Irwin High School » de New York où existe un programme d’aide aux élèves noirs du Sud pour continuer leur scolarité. Ce lycée privé est surnommé « Little Red Scholl House » à cause de sa sensibilité aux mouvements sociaux et politiques de gauche. Angela y rencontre les enfants des leaders communistes, Bettina Aptheker qui, plus tard, en 1975 écrira un livre sur elle. Angela est recrutée par les Jeunesses Communistes, « Youth Communist Group ».

Angela obtient son baccalauréat. En 1961, elle rentre à l’Université de Brandeis dans le Massachusetts où elle rencontre le philosophe Herbert Marcuse, son guide. Puis elle étudie en France de 1963 à 1964. Elle rencontre le racisme, traîne de l’empire colonial français. Elle se trouve à Biarritz quand elle apprend l’attaque à la bombe dans l’église de sa ville natale : quatre enfants qu’elle connaît personnellement sont tués. Fait divers routinier dans le Sud profond des Etats-Unis où la vie d’une personne noire ne vaut rien.

Après la Sorbonne, elle va en Allemagne à l’Université Goethe de Francfort et suit les cours de Théodore Adorno. Ces séjours à l’étranger enrichissent son expérience de vie, militantisme avec les Algériens en France et avec les jeunesses socialistes en Allemagne, et ses connaissances philosophiques marxistes.

Maintenant, Angela est forte. Elle décide de rentrer aux Etats-Unis pour mettre son savoir en pratique et mener le combat de son peuple, le peuple noir.
En 1968, doctorat en poche, Angela Davis devient enseignante à l’Université de San Diego. Elle milite à l’intérieur du parti communiste et des Black Panthers totalement immergée dans la communauté noire qui endure les rafles en permanence et l’oppression de la police raciste, lynchages, supplices et exécutions sommaires sont le quotidien. Dans ce contexte, revendiquer des droits civiques c’est risquer sa vie à chaque instant et être à l’index. Témoin de l’assassinat de trois de ses amis sur le campus, puis dénoncée comme communiste par un de ses étudiants, Angela est renvoyée par la direction de l’université, incitée par le gouverneur d’alors, Ronald Reagan. Désormais, Angela est surveillée de près par le gouvernement.

C’est dans cet environnement que se produisent les circonstances qui vont façonner le destin d’Angela Davis. On est le 7 août 1970, une prise d’otages visant à libérer George Jackson, membre des Black Panthers condamné à la prison à vie à l’âge de dix-huit ans pour un vol de 70 $ (dans une station-service, je crois), tourne mal. Quatre personnes sont abattues et trois autres sont grièvement blessées. Angela est membre du comité de soutien de George Jackson, elle est accusée par le FBI d’avoir procuré les armes qui ont permis ce coup de force. Certes, elle est noire, mais en plus elle est une femme. Angela est la troisième femme de l’Histoire à être inscrite sur la liste des personnes les plus recherchée par le FBI, la célèbre « Most Wanted List ». Mais Angela est introuvable. Durant deux mois, la panthère noire déjoue la poursuite du FBI. Pendant cette traque à travers les Etats-Unis, sa renommée se façonne, grandit, et de nombreuses pancartes fleurissent sur les murs et les portes : « Angela notre sœur, tu es la bienvenue dans cette maison ».

Angela Davis est arrêtée le 13 octobre 1970, dans un hôtel. Accusée de meurtres et de séquestrations… c’est la peine de mort.

Angela est placée en détention provisoire pendant seize mois au « Women’s Detension Center » de New York. L’opinion publique internationale se mobilise pour la supporter, John Lenon et Yoko Ono chantent la chanson « Angela », les Rolling Stones écrivent et composent pour elle « Sweet Black Angel ». Prévert lui écrit un poème. Des manifestations monstres grondent dans les capitales. A Paris, 100 000 personnes demandent sa libération avec en tête de la foule, Aragon et Sartre.

Grâce à la pression internationale, elle est acquittée de toutes les charges qui pèsent contre elle par un jury composé uniquement de blancs, au cours d’un procès hyper médiatisé qui met à jour une machination du FBI. Angela est libérée sous caution. Un monstre sacré est né, une grande figure pour la justice et l’égalité. Elle multiplie ses combats, pour la paix au Viêt Nam, pour l’égalité des femmes, contre le racisme et l’oppression.

Aujourd’hui, Angela a 62 ans, toujours rebelle. Elle lutte pour l’abolition de la peine de mort aux Etats-Unis et contre le système carcéro-industriel. Cette industrie pénitentiaire devenue une manne inépuisable pour le gouvernement et les sociétés privées qui la contrôlent. Angela donne des cours sur l’éveil de la conscience à l’université de Santa Cruz en Californie, encourage l’esprit critique face au prêt à penser.

André Bouny, père adoptif d’enfants vietnamiens, préside le « Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange et au procès de New York » (CIS)

puceP.S.

Elle a écrit (titres traduits) :

1971 : S’ils frappent à l’aube…
1972 : Les bases de la défense : le coup monté
1974 : Autobiographie
1981 : Femmes, race et classe
1985 : Les violences contre les femmes et le perpétuel défi du racisme
1989 : Femmes, culture et politique
1999 : Le message féministe dans le blues
1999 : Philosophie d’Angéla Davis
2003 : Les prisons sont-elles obsolètes ?

Principaux livres sur Angéla Davis :

1972 : Regina Nadelson : Who is Angela Davis ? The biography of a revolutionary
1972 : Charles Ashman : The people vs Angela Davis
1973 : Reginald Major : Justice in the roud : the trial of Angela Davis
1975 : Bettina Aptheker : The morning breaks
1975 : Mary Timothy : The story of the trial of Angela Y. Davis

Publié dans ANGELA DAVIS, GALERIE DES GRANDES AMES | 1 Commentaire »

 

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