Vous avez dit complot ?

Posté par issopha le 11 mars 2009

Vous avez dit complot ?

 

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Le siècle dernier, l’histoire du terrorisme a démontré qu’il s’agit toujours, pour une faction politique, de manipuler des groupes terroristes en vue de provoquer un revirement avantageux de l’opinion publique dont le but peut être de renforcer des dispositifs policiers pour contrer une agitation sociale, présente ou prévisible, ou de déclancher une opération militaire offensive, et son cortège d’intérêts économiques, à laquelle s’oppose la majorité de la nation (voir la note 1 en fin de page).

Tout individu notoirement ennemi de l’organisation sociale ou politique de son pays, et, d’avantage encore, tout groupe d’individus contraint de se déclarer dans cette catégorie est connu de plusieurs services de renseignements. De tels groupes sont constamment sous surveillance. Leurs communications internes et externes sont connues. Ils sont rapidement infiltrés par un ou plusieurs agents, parfois au plus haut niveau de décision, et dans ce cas aisément manipulable. Cette sorte de surveillance implique que n’importe quel attentat terroriste ait été pour le moins permis par les services chargés de la surveillance du groupe qui le revendique, parfois encore facilité ou aidé techniquement lorsque son exécution exige des moyens hors d’atteinte des terroristes, ou même franchement décidé et organisé par ces services eux-mêmes. Une telle complaisance est ici tout à fait logique, eu égard aux effets politiques et aux réactions prévisibles de ces attentats criminels.

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L’exaltation idéologique peut conduire à toutes sortes de crimes, et l’héroïsme individuel comme les assassinats en série appartiennent à toutes les sociétés humaines. Ces sortes de passions ont contribué depuis toujours à construire l’histoire de l’humanité à travers ses guerres, ses révolutions, ses contre-révolutions. On ne peut donc être surpris qu’un mitrailleur, un kamikaze ou un martyre commettent des actes dont les résultats politiques seront exactement opposés à ceux qu’ils prétendent rechercher, car ces individus ne sont pas ceux qui négocient sur le marché des armes, organisent des complots, effectuent minutieusement des opérations secrètes sans se faire connaître ni appréhendés avant l’heure du crime.

Mais il n’y a rien de nouveau à tout cela. Thucydide écrivait déjà, 400 ans avant Jésus-Christ, dans “La guerre du Péloponnèse” : « Qui plus est, ceux qui y prenaient la parole étaient du complot et les discours qu’ils prononçaient avaient été soumis au préalable à l’examen de leurs amis. Aucune opposition ne se manifestait parmi le reste des citoyens, qu’effrayait le nombre des conjurés. Lorsque que quelqu’un essayait malgré tout des les contredire, on trouvait aussitôt un moyen commode des les faire mourir. Les meurtriers n’étaient pas recherchés et aucune poursuite n’était engagée contre ceux qu’on soupçonnait. Le peuple ne réagissait pas et les gens étaient tellement terrorisés qu’ils s’estimaient heureux, même en restant muet, d’échapper aux violences. Croyant les conjurés bien plus nombreux qu’ils n’étaient, ils avaient le sentiment d’une impuissance complète. La ville était trop grande et ils ne se connaissaient pas assez les uns les autres, pour qu’il leur fût possible de découvrir ce qu’il en était vraiment. Dans ces conditions, si indigné qu’on fût, on ne pouvait confier ses griefs à personne. On devait donc renoncer à engager une action contre les coupables, car il eût fallut pour cela s’adresser soit à un inconnu, soit à une personne de connaissance en qui on n’avait pas confiance. Dans le parti démocratique, les relations personnelles étaient partout empreintes de méfiance, et l’on se demandait toujours si celui auquel on avait à faire n’était pas de connivence avec les conjuré ».

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Quoiqu’elle veuille s’en donner l’allure, l’action terroriste ne choisit pas au hasard ses périodes d’activités, ni selon son bon plaisir ses victimes. On constate inévitablement une strate périphérique de petits terroristes, dont il est toujours aisé de manipuler la foi ou le désir de vengeance, et qui est, momentanément, tolérée comme un vivier dans lequel on peut toujours pécher à la commande quelques coupables à montrer sur un plateau : mais la « force de frappe » déterminante des interventions centrales ne peut-être composée que de professionnels ; ce que confirme chaque détails de leur style.

L’incompétence proclamée de la police et des services de renseignements, leurs mea-culpa récurrent, les raisons invoquées de leurs échecs, fondées sur l’insuffisance dramatique de crédits ou de coordination, ne devraient convaincre personne : la tâche la première et la plus évidente d’un service de renseignements est de faire savoir qu’il n’existe pas ou, du moins, qu’il est très incompétent, et qu’il n’y a pas lieu de tenir compte de son existence tout à fait secondaire. Pourtant, ces services sont mieux équipés techniquement aujourd’hui qu’ils ne l’ont jamais été.

Aujourd’hui, les manipulations générales en faveur de l’ordre établi sont devenues si denses qu’elles s’étalent presque au grand jour. Pourtant, les véritables influences restent cachées, et les intentions ultimes ne peuvent qu’être assez difficilement soupçonnée, presque jamais comprises.

Notre monde démocratique qui, jusqu’il y a peu, allait de succès en succès, n’est aujourd’hui plus que l’arme idéologique d’une mécanique de domination, dont l’aboutissement du mensonge mondialiste pourrait devenir notre pire cauchemar.

Alors que nous sommes pris dans une réalité aussi mouvante que violement destructrice, nous ne devons pas perdre de vue que l’action de quelques individus, ou de groupes humains très restreint, peut, avec un peu de chance, de rigueur, de volonté, avoir des conséquences incalculables…

Le temps est venu d’organiser la résistance !

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Note 1 :

Allemagne 1933 : Hitler

Le 30 janvier 1933, Hitler est nommé chancelier d’Allemagne et chef du pouvoir exécutif. Pourtant, deux adversaire potentiels sont encore devant lui : le Reichstag, qui vote les lois, arrête le budget et décide la guerre, ainsi que le parti communiste allemand, qui, dans le marasme économique de l’époque, pouvait se relever inopinément et constituer un dangereux concurrent. Le 22 février, Goering, alors président du Reichstag attribue aux SD (Sicherheitsdienst : Service de renseignements de sûreté) des fonctions de police auxiliaire. Le 23, la police perquisitionne au siège du parti communiste et y « découvre » un plan d’insurrection armée avec prises d’otages, multiples attentats et empoisonnements collectifs. Le 27 février, un militant gauchiste s’introduit sans difficultés dans le Reichstag et, avec quelques allumettes, y provoque un incendie. Le feu s’étend si rapidement que le bâtiment est détruit. Tous les experts, techniciens et pompiers, ont témoigné qu’un tel incendie ne pouvait être l’œuvre d’un seul homme. Bien après la guerre, d’anciens nazis confirmeront le rôle des SD dans cet attentat. Dès le lendemain de l’incendie, plusieurs milliers d’élu et de militants communistes sont arrêtés, l’état d’urgence décrété, le parti communiste interdit. Quinze jours plus tard les nazis remportent les élections au Reichstag, Hitler obtient les pleins pouvoirs et, dès juillet 1933, interdit tous les autres partis.

Italie 1970 : les Brigades rouge

Au cours des années septante, l’Italie était au bord d’une révolution sociale. Grèves, occupations d’usines, sabotage de la production, remise en question de l’organisation sociale et de l’Etat lui-même ne semblaient plus pouvoir être jugulé par les méthodes habituelle de la propagande et de la force policière. C’est alors que des attentats terroristes, destinés à provoquer de nombreuses victimes, et attribués à un groupe « révolutionnaire », les Brigades Rouges, sont venu bouleverser l’opinion publique italienne. L’émotion populaire permit au gouvernement de prendre diverses mesures législatives et policières : des libertés furent supprimées sans résistance, et de nombreuses personnes, parmi les plus actives du mouvement révolutionnaire, furent arrêtées : l’agitation sociale était enfin maîtrisée. Aujourd’hui, les tribunaux eux-mêmes reconnaissent que la CIA était impliquée, de même que les services secrets italiens, et que l’Etat était derrière ces actes terroristes.

USA 1995 : Timothy Mc Veigh

Le 19 avril 1995, un vétéran de la première guerre du Golfe, Timothy Mc Veigh, lance contre un bâtiment du FBI, à Oklahoma City, un camion chargé d’engrais et d’essence. Le bâtiment s’effondre et fait cent soixante-huit victimes. Au cours de l’instruction, Mc Veigh a déclaré avoir été scandalisé par l’assaut donné par le FBI, deux ans plus tôt, à une secte d’adventiste à Wacco, dans le Texas. Assaut au cours duquel périrent plus de quatre-vingt membres de la secte, dont vingt-sept enfants. Révolté par ce crime, Mc Veigh était donc parti en guerre, seul, contre le FBI. Et au terme de son procès, largement médiatisé, il a été exécuté, seul, par une injection mortelle, devant les caméras américaines.
Après l’attentat, 58 % des Américains se sont trouvés d’accord pour renoncer à certaine de leur liberté afin de faire barrage au terrorisme. Et dans l’effervescence populaire entretenue par les médias, le président Clinton du signer le consternant antiterrorism Act autorisant la police à commettre de multiples infractions à la constitution américaine.
Au vu des ravages causés par l’attentat, Samuel Cohen, le père de la bombe à neutrons, avait affirmé : « Il est absolument impossible, et contre les lois de la physique, qu’un simple camion remplis d’engrais et d’essence fassent s’effondrer ce bâtiment. » Deux experts du Pentagone étaient même venu préciser que cette destruction avait été « provoquée par cinq bombes distinctes », et avaient conclu que le rôle de Mc Veigh dans cet attentat était celui de « l’idiot de service ».

Au cours de son procès, Mc Veigh a reconnu avoir été approché par des membres d’un « groupe de force spéciales impliquées dans des activités criminelles ». Le FBI ne les a ni retrouvé, ni recherchés. Mais dans cette affaire, la police fédérale a dissimulé tant d’information à la justice qu’au cours de l’enquête, l’ancien sénateur Danforth a menacé le directeur du FBI d’un mandat de perquisition, mandat qu’il n’a pu malheureusement obtenir. L’écrivain Gore Vidal affirme, dans son livre La fin de la liberté : vers un nouveau totalitarisme, sans hésiter : « Il existe des preuves accablantes qu’il y a eu un complot impliquant des milices et des agents infiltrés du gouvernement afin de faire signer à Clinton l’antiterrorism Act ».

USA : 11/9

La situation mondiale exige l’ouverture continuelle de nouveaux marchés et demande à trouver l’énergie nécessaire pour faire fonctionner la production industrielle en croissance constante. Les immenses réserve des pays arabes, et la possibilité des se les approprier, d’acheminer cette énergie à travers des zones contrôlées, font désormais l’objet de conflits entre les USA, décidés à asseoir leur hégémonie, et les autres pays d’Europe et d’Asie. S’emparer de telles réserves aux dépends du reste du monde exige une suprématie militaire absolue et d’abord une augmentation considérable du budget de la défense. Mesures que la population américaine n’était, il y a quelques années encore, aucunement disposée à entériner. Le 11 janvier 2001, la commission Rumsfeld évoquait qu’un « nouveau Pearl Harbour constituera l’évènement qui tirera la nation de sa léthargie et poussera le gouvernement américain à l’action.»

Les services de renseignements américains, qui prétendaient tout ignorer de l’attentat du 11 septembre, étaient si bien averti dans les heures qui ont suivi, qu’ils pouvaient nommer les responsables, diffuser des comptes rendus de communications téléphonique, des numéros de carte de crédit, et même retrouver inopinément le passeport intact d’un des pilotes terroristes dans les ruines fumantes des deux tours, permettant ainsi de l’identifier ainsi que ses présumés complices. La version des autorités américaines, aggravée plutôt qu’améliorée par cent retouches successives, et que tous les commentateurs se sont fait un devoir d’admettre en public, n’a pas été un seul instant croyable. Son intention n’était d’ailleurs pas d’être crue, mais d’être la seule en vitrine.

Le pouvoir est devenu si mystérieux qu’après cet attentat, on a pu se demander qui commandait vraiment aux Etats-Unis, la plus forte puissance du monde dit démocratique. Et donc, par extension, on peut se demander également qui peut bien commander le monde démocratique ?


Le fascisme, le stalinisme et X
par Jean Bricmont, prof de physique à l’UCL

Un des thèmes privilégiés du discours politique contemporain est la révulsion provoquée par ces grandes horreurs du 20ème siècle que

sont le fascisme et le stalinisme, mises en pratique d’idéologies totalitaires.

En marge du quarantième anniversaire de l’indépendance du Congo, je voudrais faire quelques remarques sur ce qui me semble être un grand absent dans ce débat, et que, pour cette raison, j’appellerai X.

X est un système d’oppression politique qui s’est étendu à presque toute la planète, durant ici des siècles, là des décennies, et faisant, au total, plus de victimes que le stalinisme et le fascisme mis ensemble. X a déporté des populations entières, annihilé des cultures, utilisé l’esclavage, les camps et le travail forcé. X s’est justifié au moyen d’une idéologie fanatique, le racisme, qui a une grande parenté avec le nazisme ; mais cette parenté, contrairement à celle entre nazisme et stalinisme, est rarement soulignée. X a utilisé, là où il dominait, un obscurantisme imposé par des moyens totalitaires.

 Les séquelles de X affectent la vie de bien plus de gens que les séquelles du stalinisme ou du fascisme. Il est impossible de comprendre le monde contemporain, qu’il s’agisse de la dette du Tiers Monde, de la politique du FMI, des migrations, du racisme, des problèmes écologiques, ou les événements du Congo, du Zimbabwe, du Liban, ou même des Balkans, sans remonter à X. Des millions de gens dans le monde meurent chaque année, victimes des conséquences de X.

Pourtant, parler de X n’est pas simple ; l’histoire de X, telle que je l’ai apprise à l’école, était purement et simplement négationniste.

Publié dans ACTUS ET DEBATS CAMEROUN, ACTUS ET DEBATS FRANCE, ACTUS ET DEBATS MONDE, AU-DELA DES IDEES RECUES, QU'EST-CE QU'UN INTELLECTUEL ?, SAVOIR C'est déjà  POUVOIR, VISAGES DE LA RESISTANCE | 1 Commentaire »

Afrique: L’inculpation de Omar el Bachir :un non évènement + les canulars de l’antisémitisme

Posté par issopha le 11 mars 2009

Afrique: L’inculpation de Omar el Bachir :un non évènement
Monde

L’inculpation de Omar el Bachir :un non évènement


Prof. Chems Eddine Chitour

« Vous ne verrez jamais des pilotes de l’OTAN devant un tribunal de l’ONU. L’OTAN est l’accusateur, le procureur, le juge et l’exécuteur car c’est l’OTAN qui paie les factures. L’OTAN ne se soumet pas au droit international. Il est le droit international. »
Lester Munson, parlementaire US 1999

Le président Soudanais menacé par la CPI.

La Cour pénale internationale a émis mercredi 4 mars un mandat d’arrêt contre le président soudanais pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » au Darfour. Le Darfour grand comme la France s’est signalé à la face du monde quand ses richesses minières devinrent une réalité .« Pour moi, écrit Marc Lavergne tout le monde est noir dans cette histoire. La notion de racisme n’a pas sa place. Les milices tribales Janjawid sont des mercenaires qui ne se revendiquent pas du tout « arabes ». Ils ne sont pas le vrai problème. En exagérant, on pourrait dire que ce sont là des pauvres qui se battent contre des pauvres. Elles se sont formées, il y a une quinzaine d’années, mais elles n’intéressaient pas du tout la communauté internationale. Car les gens opprimés ne se révoltaient pas.
Des massacres se déroulaient pourtant déjà. Mais les victimes n’avaient que leurs yeux pour pleurer. J’étais au Darfour, lors de la famine de 1985. C’était quelque chose d’absolument effrayant ». Pourtant la terre du Darfour est pauvre, désertique sur une partie de son territoire. Pour le sous-sol, c’est une autre histoire. La découverte de pétrole ajoute une difficulté supplémentaire avec l’attrait des gisements pour les grandes puissances. Ce n’est pas les massacres des populations qui les intéressent, c’est le sol et surtout le sous-sol sur lequel ces damnés de la terre vivent. La Somalie, l’Ethiopie et l’Erythrée sont déjà invitées à s’entretuer pour garantir aux pays occidentaux le contrôle de ces richesses et, à travers elles, de l’économie des pays émergents.(1)
Qu’est au juste la cour pénale internationale ?
La Cour Pénale Internationale est « en théorie » une organisation internationale indépendante. Qu’en est il de ses réels degrés de liberté. On sait que le Président des Etats-Unis Bill Clinton a signé le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI) le 31 décembre 2000 mais le Président George W. Bush a, dès le 6 mai 2002, annulé la signature faite par M. Clinton. Le gouvernement de M. Bush a cherché à conclure avec d’autres Etats des Accords Bilatéraux d’Immunité, prétendument fondés sur l’article 98 du Statut de Rome, en vue de soustraire les citoyens et le personnel militaire américains de la juridiction de la Cour. Une autre facette de la croisade américaine contre la Cour est l’adoption de deux lois intitulées « Loi de protection des ressortissants américains » (American Servicemembers’ Protection Act) et « Amendement Nethercutt ». La Loi de protection des ressortissants américains (ASPA), adoptée par le Congrès en août 2002, contient des dispositions restreignant la coopération des Etats-Unis avec la CPI. Le 15 juillet 2004, l’ amendement, apporté par le représentant George Nethercutt retire l’aide du Fonds Economique de Soutien à tous les pays ayant ratifié le Traité CPI mais n’ayant pas signé d’Accord Bilatéral d’Immunité avec les Etats-Unis il fut promulgué par le Président Bush le 8 décembre 2004.
Allant dans le même sens Momar Dieng du Quotidien de Dakar avait fait le parallèle avec les autres potentats africains  » non inquiétés » . « Il est évident écrit-il que le Soudan a une grande part de responsabilité dans ce qui se passe sur son territoire. Il va de soi que, s’il existe des autorités liées au pouvoir central à Khartoum justement convaincues de crimes et d’atrocités sur des populations darfouries, elles doivent en payer le prix. Le problème est que la Cour pénale internationale (CPI) ne s’attaque jamais à des chefs d’Etat protégés par des puissances politiques ou financières. Depuis plusieurs années, le Congolais Denis Sassou-Nguesso est l’objet de dizaines de plaintes de ses compatriotes pour des crimes de masse. Mais parce qu’il est un grand ami de la France, un protégé de la multinationale française TotalFinaElf, qui exploite le pétrole congolais, personne, parmi ces messieurs de la CPI, n’ose déclencher de procédure à son encontre. Il y a un génocide au Darfour ? Mais alors, dans quel registre faut-il classer les mille hommes, femmes et enfants massacrés dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila à Beyrouth sous la conduite de l’Israélien Ariel Sharon, en septembre 1982 ? L’expédition de Sharon est restée impunie. C’est la volonté concrète de la Belgique de restreindre le champ d’interprétation de la compétence universelle après que de fortes pressions israélo-américaines ont empêché la comparution de Sharon devant une juridiction pénale. Tristement, les juges belges ont encore capitulé face aux charges américaines, lorsque des plaintes diverses et circonstanciées ont réclamé l’inculpation de Donald Rumsfeld et de George Tenet, ancien patron de la CIA, pour pratiques de tortures sur des prisonniers d’Abou Ghraib en Irak, mais également pour les méthodes d’interrogatoire inhumaines exercées sur les prisonniers de ¬Guantanamo. ¬L’ex-ministre de la Défense américain n’a rien fait de moins que menacer la Belgique de retirer le siège de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) de Bruxelles. Plus de cinq ans après l’invasion de l’Irak par la coalition anglo-¬américaine, quel juge téméraire ose toucher à la tranquillité du président George Walker Bush, après qu’il a été dit et établi que les raisons des bombardements ayant scrupuleusement cassé un pays entier sont ailleurs que dans la découverte d’armes de destruction en Irak ? (…) Le Soudan, allié de la Chine et de la Russie, est depuis longtemps dans le collimateur euro-américain. Il y a beaucoup de pétrole, les Chinois y sont très bien servis ».(2)

« La Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, écrit Allain Jules avec le courage et l’hardiesse qu’on lui connaît, a délivré un mandat d’arrêt international, contre le président soudanais, Omar el-Béchir. Le décor est planté. le devoir de vérité étant un processus juste et moralement légitime, à quand un procès pour la guerre en Irak ? A quand un procès pour la guerre en Tchétchénie ? A quand un procès pour crime contre l’humanité, contre la France lors de la guerre d’indépendance au Cameroun, avec notamment, l’assassinat de Ruben Um Nyombé et la répression sanglante en pays Bamiléké entre 1960 et 1970, avec 156 villages rayés, et plus de 40 000 personnes massacrées ? Et que dire de Madagascar, avec le 29 mars 1947, la massacre de 100 000 personnes pour la pacification de l’île ? Et le massacre de Sétif et Guelma en Algérie, le 8 mai 1945, plus de 20 000 morts ? Chut, pas de repentance ! (…) Irène Khan, Secrétaire générale d’Amnesty International, est ravie. Elle a déclaré : « Le droit est clair. Le président Omar al-Bachir doit se présenter devant la CPI afin d’assurer sa défense. S’il refuse, les autorités soudanaises doivent se charger de l’arrêter et de le remettre immédiatement à la CPI ». Comme c’est mignon. On ne l’a pas entendu lors de l’offensive israélienne à Gaza. On ne l’a pas entendu non plus, après la fin du règne de George Walker Bush ou de Tony Blair, ces acteurs actifs de l’invasion mensongère d’Irak, vrai crime contre l’humanité. (…) Si la communauté internationale veut réellement protéger les soudanais, ce n’est pas en prenant une décision aussi grave, qui peut se retourner in fine, contre ce peuple éprouvé. Défendre les droits de l’homme c’est bien. En abuser c’est mal. Enfin, la petite corporation des dictateurs africains va comprendre disent les Occidentaux, qui éludent bien sûr le fait que, ces derniers, sont aussi les plus gros investisseurs dans les sociétés occidentales ».(3)
« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir… Pour le gabonais Jean Ping, président de la Commission de l’Union africaine (UA), qui n’est pas allé avec le dos de la cuillère, le mandat d’arrêt de la CPI « menace la paix au Soudan ». « Nous constatons que la justice internationale ne semble appliquer les règles de la lutte contre l’impunité qu’en Afrique comme si rien ne se passait ailleurs, en Irak, à Gaza, en Colombie ou dans le Caucase ». C’est quoi ce droit qui ne s’applique qu’aux faibles ? C’est quoi ce droit à géométrie variable ? »(3)

Le Soudan avec tous les atouts géopolitiques dont il est loti, ne peut demeurer en dehors des comptes des stratégies qui se dessinent pour partager le monde. C’est un pays disposant du plus vaste territoire d’Afrique et du monde arabe avec d’inépuisables ressources hydraulique et un sous-sol aussi riche en pétrole et métaux précieux, soit autant de qualités qui, en ces temps de crise de l’énergie et des matières premières, ne laissent pas indifférent. L’Union africaine, la Ligue arabe, la Chine et la Russie ont tous dénoncé la démarche interventionniste de la cours de la Haye et déploré le mépris affiché par la juridiction envers la souveraineté, la stabilité, la sécurité et l’intégrité territorial des Etats. (4)

« Ce mandat d’arrêt délivré poursuit Allain Jules contre le président soudanais cache aussi, par ailleurs, une forte odeur de pétrole. Son tort ? Celui d’avoir concédé des concessions ad vitam aeternam semble-t-il, à la Chine. Ainsi, cet Occident qui semble aller au chevet des pauvres africains qui meurent de faim, a armé le Tchad et les rebelles du sud-Soudan de feu, John Garant, pour tenter de s’opposer à la percée chinoise dans la région, et faire main basse sur les produits miniers et pétrolifères du Darfour. Oui, le Soudan est à l’origine du déplacement de milliers de personnes, dans les zones pétrolières. Mais, le Soudan fournit à la Chine, plus de 7% de ses importations de brut. Il y a aujourd’hui, installées au Soudan, pas moins de 14 sociétés chinoises d’importances. Parmi ces dernières, la China National Petroleum Corporation qui a investi des milliards de dollars dans le champ pétrolier de Muglad, qui produit, plus de 500 000 barils par jour, une raffinerie d’une capacité de 2,5 millions de tonnes par an. En plus, la Chine a mis sur pied, un oléoduc long de 1 500 kilomètres pour l’exportation de brut à partir d’un terminal sur la Mer Rouge ». (3)

Pour l’ancien président du Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie Antonio Cassese. Le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) contre le président soudanais Omar El-Béchir est moralement justifié. (…) Mais, au-delà, quel peut être son impact dans la pratique ? Ce mandat ne peut être exécuté qu’au Soudan, et uniquement si le président soudanais lui-même autorise ses forces de l’ordre à l’arrêter. Mais s’il s’agit du chef d’un Etat qui n’a pas ratifié les statuts, comme le Soudan, cette immunité peut être invoquée. Toutefois, lorsque – comme c’est le cas pour le Darfour – c’est le Conseil de sécurité de l’ONU qui demande à la CPI de juger les crimes commis par les organes d’un Etat qui n’a pas ratifié les statuts, le Conseil peut décider que tous les autres Etats membres de l’ONU doivent lever l’immunité dont bénéficient les responsables, comme Omar El-Béchir, de l’Etat incriminé. Dans le cas du Darfour néanmoins, le Conseil s’est bien gardé de faire ce pas, et il s’est limité à imposer au Soudan de « coopérer avec la Cour ». On revient dont à la case départ : le mandat d’arrêt ne peut être exécuté que si ce sont les forces de l’ordre soudanaises qui arrêtent El-Béchir et qui le remettent à La Haye. Ce mandat est donc un coup d’épée dans l’eau ». (5)

« Pour M. Saadoune La situation est inédite. Comment un gouvernement, si tant est qu’il en ait l’intention, pourrait arrêter le chef de l’État en exercice et le livrer à la cour internationale. M.Moreno fait mine de ne dire que le droit, mais la mise en application, par un gouvernement soudanais de ce mandat, signifie techniquement et politiquement, un putsch ou un coup d’État. C’est apparemment une hypothèse sur laquelle travaillent les occidentaux. L’organisation Crisis Group, think tank occidental, à dominante anglo-saxonne, y appelle ouvertement. (…) On peut s’attendre à des tractations pour faire recours à l’article 16 des statuts de la CPI qui prévoit que le Conseil de sécurité peut voter une résolution qui permet de différer de douze mois renouvelables toute enquête ou poursuites initiées par la CPI. (…) «Même les présidents n’ont plus les mains libres pour commettre des crimes horribles» a affirmé Human Rights Watch. Apparemment, l’ONG ne pense pas aux mains de Bush, d’Olmert. Les crimes contre l’humanité commis à Ghaza et en Irak ne sont pas passibles de poursuites. Le Conseil de sécurité ne le permettra pas ».(6)

« Quelle est la leçon que l’on peut en tirer conclut Antonio Cassese ? Premièrement, que lorsque l’on n’a pas le pouvoir de faire appliquer ses ordres, il vaudrait mieux agir avec prudence. Au lieu d’un mandat d’arrêt, le procureur aurait pu demander un ordre de comparution . Deuxièmement, on n’administre pas la justice avec des fanfares. La justice internationale ne devrait pas faire obstacle aux solutions politiques des crises internationales complexes dans le cadre desquelles de très graves crimes sont commis ».(5)

Pour l’histoire, il nous nous faut avoir à l’esprit que l’immense majorité des PVD devenus indépendants ont gardé avec l’ancienne puissance coloniale des liens ombilicaux, appelés selon, l’empire, le Commonwealth ou la Françafrique. Ils sont d’autant plus vulnérables si le sol et le sous sol de leur pays regorge de richesses. Ce qui se passe actuellement nous montre à quel point la justice est à géométrie variable son que vous êtes du bon ou du mauvais côté des puissants. Saddam Hussein dont le pays est le 3e en richesse pétrolière ne l’a pas compris, on sait comment il a fini. Kadhafi lui, au pouvoir depuis quarante ans l’a compris. Ce fut une reddition sans gloire en rase compagne permettant aux compagnies américaines d’avoir plus de facilités qu’avant les nationalisations de 1970-71. Omar el Bachir pensait avoir misé sur le bon cheval  » La Chine » faut croire que pour le moment, ce n’est pas le bon cheval. Mais qui sait ? Imaginons que le Soudan ait ouvert son sous-sol aux compagnies américaines, on peut prendre le pari qu’il ne se passera rien. Omar el Bachir continuera à « pacifier » – un terme que l’on connait bien – sous le regard bienveillant des grands de ce monde.

On l’aura compris, la CPI est une arme de detruction massive des pays rétifs àl’ »odre occidental » qui se veut être le seul détenteur de sens. On comprend mieux pourquoi certains pays ne sont pas inquiétés bien qu’ils ne soient pas des modèles de démocrates prônant l’alternance. L’exemple le plus frappant est celui de « Misr Oum Eddounia  » splendeur nassérienne qui a vécu et qui a enfanté des porteurs d’eau chargés sur commande d’offrir leurs bons offices et entretenir l’illusion auprès d’eux même -leur peuple n’est pas dupe-S’agissant du conflit palestien on a peine à croire que l’Egypte de Nasser doit demander la permission à Israel si elle peut permettre à des convois humanitaires de pénetrer par le point de passae « egyptien » de Rafa. Dans cet ordre et s’agissant de la CPI, Amr Moussa deuxième ministre des Affaires étrangères egyptien s’entend au nom de la ligue arabe coordonne avec l’autre ministre egyptien des affaires etrangères pour porter uen reqête au Conseil des Nations Unies pour suspendre le couperet ou l’épée de Democles de la CPI pendant un an ; ils se font forts de raisonner le président El Bachir , en clair ils l’aideront à faire sa rédittion sans gloire au magister occidental comme ils savent si bien le faire.

1. C.E. Chitour Que se passe t-il au Darfour ? www.tchadactuel.com/documents.php?2006/09/07

2. M. Dieng : Une justice internationale à géométrie variable. Le Quotidien de Dakar 24 7 2008

3.Allain Jules Ah, la CPI condamne Omar Al-Bachir et oublie Bush ! Agoravox 6 mars 2009

4. Bachir sous le coup de l’injustice internationale! http://french.irib.ir 06 Mars 2009

5. Antonio Cassese Un mandat d’arrêt aussi spectaculaire qu’inutile La Repubblica 5 mars 2009

6.M.Saâdoune Mandat d’arrêt contre le Président soudanais Omar Al Bachir . Le Quotidien d’Oran 5 mars 2009

 

 

fév 21 2009

« Antisémite ? », par Pierre Péan

Afrique: L’inculpation de Omar el Bachir :un non évènement + les canulars de l'antisémitisme dans AU-DELA DES IDEES RECUES email Print This Post

«Ça ne vous rappelle rien ?» En relevant le mot «cosmopolite» et en oubliant soigneusement l’adjectif «anglo-saxon» qui l’accompagnait, Bernard Kouchner a voulu suggérer, devant la représentation nationale, que j’employais ce terme dans l’acception des antisémites des années 30.

kouchner
C’est à propos de la haine du gaullisme et de la philosophie politique qu’elle sous-tend que j’utilise, à l’égard de BHL et, par extension, de Bernard Kouchner, l’expression «cosmopolitisme anglo-saxon». J’ai écrit que Bernard-Henri Lévy honnit l’indépendance nationale «au nom d’un cosmopolitisme anglo-saxon, (du) droit-de-l’hommisme et (du) néolibéralisme, fondements de l’idéologie néoconservatrice que nos “nouveaux philosophes” ont fini par rallier». Le «cosmopolitisme anglo-saxon» souligne la façon dont les deux Bernard se sont mis à la remorque de l’Empire américain. Ma thèse est politique : Bernard Kouchner a voulu «effacer cinquante ans de politique étrangère indépendante de la France». Elle rejoint souvent celle de Hubert Védrine qui s’est récemment demandé si Bernard Kouchner n’était pas un des «derniers néoconservateurs du système».

Les monstrueuses accusations d’antisémitisme portées contre moi, qui serais «nostalgique des années 30», ne reposent évidemment sur rien et déshonorent ceux qui les profèrent. A l’Assemblée nationale, le ministre des Affaires étrangères a déclaré que j’avais évoqué ses «origines douteuses», expression que je n’ai jamais employée ni dans ce livre, ni dans aucun autre. Dans la foulée de ce propos calomnieux, certains journalistes ont trouvé intelligent de mentionner que j’ai employé l’expression hautement significative de «double judéité», qui n’a évidemment aucune connotation antisémite. Horreur : j’avais osé écrire le mot «judéité», a fortiori «double» ! Or je n’ai pas inventé cette réalité, qui appartient à Bernard Kouchner lui-même qui a déclaré qu’«être à moitié juif, c’est être deux fois juif (1)», comme s’il voulait indiquer qu’il fallait chercher là un des moteurs importants de ses engagements. Kouchner a ainsi confié qu’il était «hanté par la même question : pourquoi les Juifs se sont-ils laissés faire ? (2)» Ces propos reviennent fréquemment : «J’étais un adolescent hanté par les Juifs, la mort des Juifs, les miens. Comment avaient-ils pu se laisser faire ainsi ? Et je pensais : il ne faudra plus jamais se laisser faire. (3)» Après déjà vingt ans d’engagement dans l’humanitaire, cette obsession permet, selon lui, de comprendre ce qu’il a manifesté avec force et constance auprès des minorités et des victimes au nom d’un «Plus jamais ça». Et il dit alors des boat people : «Pourquoi quittent-ils leur pays sans résister, pourquoi cet exode, pourquoi se laisser faire ? »
Y a-t-il là, dans ces quelques citations de l’intéressé – qui ne font pas une page, et précèdent d’autres «explications» motivant son engagement par son admiration pour Rimbaud et Malraux -, le moindre soupçon d’antisémitisme ? Où sont les propos «nauséabonds» ? Dans ce qu’il en dit lui-même ?

Il en va de même concernant le mot cosmopolitisme, désormais totalement proscrit, si l’on devait écouter certains. Ce terme, qui n’est pas né dans les années 30 ni 40, je ne l’emploie pas à propos de Bernard Kouchner, mais de son ami et soutien Bernard-Henri Lévy. C’est Bernard-Henri Lévy lui-même qui semble apprécier le mot puisque, loin de sonner à son tympan comme une infamie, il se l’attribue dans l’éditorial du premier numéro de Globe (1985) – qu’il cosigna avec Pierre Bergé et Georges-Marc Benamou : «Bien sûr, nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr, tout ce qui est terroir, béret, bourrées, binious, bref, “franchouillard” ou cocardier, nous est étranger, voire odieux.» Que veut-il dire, lui qui n’ignore rien du vocabulaire de la philosophie politique ? Il aurait pu préférer les termes d’«universalisme» ou d’«internationalisme», mais la connotation n’est pas la même, il est vrai. En tout cas, il ne s’agissait pas là d’une étourderie, puisque le philosophe a récidivé récemment dans un numéro du Nouvel observateur de 2007 : «Je suis un cosmopolite résolu. J’aime le métissage et je déteste le nationalisme. Je ne vibre pas à la Marseillaise. J’espère que le cadre national sera un jour dépassé.»

La vraie question, pour mes contempteurs, hélas si nombreux dans les médias, serait donc la suivante : le mot cosmopolite n’a, selon eux, pas le même sens selon celui qui l’emploie. Dans la bouche de Bernard-Henri Lévy, il relèverait du divin ; sous la plume de Péan, du purin. Pourquoi ? Nous ne parlons pas la même langue ? Mais si, néanmoins, dans l’esprit de certains, le mot restait tabou, je serais désolé que plus personne ne veuille entendre son sens classique. L’expression «anti-France» m’est reprochée. Je ne l’ai à aucun moment utilisé dans mon livre, mais je ne résiste pas à l’envie de donner du grain à moudre à ceux qui m’attaquent bassement à ce sujet. Eh bien oui, j’aime la France, une France évidemment ouverte aux autres, enrichie par leur apport, fière de ce qu’elle peut leur apporter ; j’aime sa magnifique devise, «Liberté Egalité Fraternité», j’ai le drapeau tricolore au cœur et vibre quand retentit la Marseillaise… Cela suffit-il à me faire condamner à l’échafaud par les nouveaux procureurs de la «pensée correcte» ligués pour l’occasion, comme si souvent.


Pierre Péan

(1)     Repris dans un article de David Bronner publié par Guysen News (2) Entretien avec Jean-François Duval, le Temps stratégique, n°25, 1988. (3) In Anne Vallaeys, Médecins sans frontières, la biographie, Fayard, 2004.

 

Analyses: Les canulars de l’antisémitisme
Monde

Les canulars de l’antisémitisme

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Henry Ryssen

Les persécutions auxquelles a eu à faire face la communauté juive sont parfois bien réelles, mais aussi parfois plus douteuses. Il s’avère en effet que les canulars médiatiques sont assez fréquents sur ce sujet. Une étude publiée aux Etats-Unis et traduite en français en 2003 par la revue Tabou recense plusieurs dizaines d’actes prétendument antisémites, aux États-Unis et à l’étranger, qui se sont avérés finalement avoir été commis par des juifs “à l’esprit dérangé”. Cette étude recense également des dizaines d’accusations d’antisémitisme contre des individus que l’on tente de discréditer (comme nous l’avons vu récemment avec les odieuses accusations de Bernard Kouchner à l’encontre de Pierre Péan). L’affaire, qui fait toujours grand bruit au départ, est ensuite étouffée avec soin, après la découverte de la supercherie.

Voici quelques-uns de ces canulars :

En août 1979, un dentiste juif de l’État de New York, le docteur Sheldon Jacobson, découvrit une grande croix gammée enflammée sur la pelouse de sa maison. Quelques jours plus tard, la police tenait son coupable : Douglas Kahn, un adolescent juif en colère, parce que le chien de Jacobson avait fait ses besoins dans son jardin. (New York daily News du 29 août 1979).

En août 1983 eut lieu une série d’incendies criminels qui terrorisèrent la communauté juive de West Hartford, dans le Connecticut. Les incendies touchèrent deux synagogues et le domicile d’un rabbin local. L’ensemble des médiats démarrèrent au quart de tour pour dénoncer l’antisémitisme. La télévision diffusa les images d’une vieille dame en sanglots qui se remémorait les horreurs de la shoah : ” Je n’aurais jamais cru que cela recommencerait “, déclara-t-elle, épouvantée. La police mit sur l’enquête trente-trois inspecteurs, et le maire promit une importante récompense. Très vite, pourtant, les soupçons se portèrent sur un étudiant juif de 17 ans, Barry Dov Schuss, qui avoua les quatre incendies volontaire. Jack Schuss, le père de l’adolescent, déclara que Barry avait quelques problème d’ordre psychiatrique et qu’il avait déjà été suivi. A son procès, en janvier 1984, Schuss déclara qu’il avait “avait agit pour entretenir la conscience du danger de l’antisémitisme.” Là où n’importe quel goy aurait pris quinze ans de prison ferme, Barry Dov Schuss ne fut condamné qu’à une peine avec sursis assortie de cinq ans de mise à l’épreuve. (Chicago Tribune du 1er septembre 1983, Hartford Courant du 15 et du 17 décembre 1983 et du 24 janvier 1984).

En mars 1984, les habitants de Co-Op City, un complexe de logement du Bronx, à New York, trouvèrent des croix gammées et des graffitis antisémites barbouillés sur 51 portes et murs d’appartements. Ce fut “l’émoi dans la communauté”. L’incident fut là encore très médiatisé, jusqu’à ce que l’on mette la main sur deux adolescents juifs de 14 et 15 ans. Le silence se fit brusquement sur cette pénible affaire. (Jewish Sentinel du 31 mars 1984).

Le 24 novembre 1985, un communiqué de l’Associated Press de New York révélait que des vandales avaient brisé les vitrines de huit magasins tenus par des juifs à Brooklyn. Horreur ! Les journalistes de tout le pays hurlèrent leur indignation, rappelant l’épisode de la Nuit de Cristal en 1938. Le maire, Edward Koch offrait 10.000 dollars de récompense à qui donnerait des informations à la police pour retrouver les coupables. Les appels à la vigilance antifascistes se multiplièrent. Le 9 décembre, on put néanmoins lire dans la presse : “Un juif de 38 ans souffrant de troubles psychologiques a été arrêté…” Gary Dworkin ne s’en prenait en fait qu’aux israéliens et aux juifs hassidiques. (New York daily News du 10 décembre 1985).

En décembre 1985, le gardien de la synagogue de Milwaukee fut aspergé d’une substance caustique. La victime, Buzz Cody, un ancien catholique converti au judaïsme, indiqua que les hommes avaient la peau sombre et parlaient avec un accent arabe. Au mois de juillet, déjà, neuf croix gammées rouges avaient été peintes sur le centre communautaire ainsi que dans l’appartement de Cody qui avait été cambriolé. Des graffitis antisémites et des coups de téléphones anonymes d’une mystérieuse “Palestinian Defense League” lui rendaient la vie impossible. L’enquête ne tarda pas à aboutir, et en mai 1986, Cody fut inculpé. Il se suicida quelques heures plus tard. (Milwaukee Journal du 20 décembre 1985 et du 17 mai 1986).

Le 15 juillet 1987, une femme juive de Rockville dans le Maryland, fut réveillée dans la nuit par l’incendie d’une croix gammée enflammée dans son jardin. Le coupable était en fait un juif de 19 ans, Gary Stein (Washington jewish week du 6 août 1987).

En janvier 1988, Laurie A. Recht, secrétaire juridique de 35 ans, prétendit recevoir des menaces de mort du fait de son engagement antiraciste. Immédiatement, les médiats firent d’elle une héroïne et soulignèrent son courage et sa détermination. En mai, le collège de New Rochelle lui décerna le titre honorifique de docteur ès lettres, en reconnaissance des épreuves subies. Au mois de novembre, elle prétendit avoir à nouveau reçu des menaces de mort : “L’amoureuse des nègres, la juive. Nous ne t’avons pas oubliée. C’est avec ton cadavre que nous révélerons notre cause au monde. Une balle t’attend.” Le FBI installa alors une caméra à l’extérieur de son appartement et brancha un système d’écoutes téléphonique pour mettre le main sur les coupables. Il s’avéra alors que Laurie Recht n’avait reçu aucune menace par téléphone. En revanche, la caméra la filma en train d’écrire elle-même l’inscription raciste sur le mur contigu à son appartement. Au tribunal, la jeune femme a admis les faits. Elle encourait cinq ans d’emprisonnement et une amende de 250 000 dollars, mais elle ne fut condamnée qu’à une peine avec sursis, assortie de cinq années de mise à l’épreuve. (New York Daily News du 28 novembre 1988 ; Agence télégraphique juive du 1er décembre 1988).

Le journal Newsweek du 8 mai 1989 rapportait qu’un riche personnage, Morton Downey, avait été agressé par des skinheads dans les toilettes pour hommes de l’aéroport de San Francisco. Ceux-ci l’auraient immobilisé dans des toilettes, lui aurait tracé une croix gammée sur le visage, découpé un lambeau de cuir chevelu puis l’auraient salué d’un “Sieg heil !”. Il s’avéra par la suite que les inspecteurs de police de l’aéroport ne constatèrent que quelques coupures au visage, et non pas la croix gammée tout entière qu’il avait exhibée devant la presse. D’ailleurs, personne n’avait rien vu de l’agression. Plus tard, Downey reconnut que l’incident “était un coup de pub préparé à l’avance.”

Le 25 mars 1990, à Yorba Linda, en Californie, plusieurs centaines de personnes découvrirent un tract prétendument diffusé par “l’Amicale méthodiste“, les exhortant à “tuer les juifs”. Un journal local rapportait : “Sur une face est représenté Jésus ; on cite un extrait de l’Evangile selon Saint Luc et on lit cette phrase : “Tuez tous les juifs.” L’autre côté énumère les raisons de ne pas faire confiance aux juifs.” Le révérend Kenneth Criswell, pasteur de l’Eglise unitaire méthodiste locale, adressa immédiatement une lettre à sa communauté pour assurer que ces tracts avaient été “faussement et frauduleusement” attribués à l’Eglise méthodiste.

Fin 1991, Nathan Kobrin, un juif de Concord en Californie, avait subi les préjudices de deux incendies volontaires, et prétendit être victime de lettres anonymes et de menaces de mort au téléphone. Des journaux californiens saluèrent son courage dans la lutte contre l’antisémitisme et il reçut de nombreux soutiens. Un enquêteur qui surveillait l’appartement découvrit la supercherie. Le 31 janvier 1992, Nathan Kobrin, 36 ans, avouait finalement devant la Cour de Contra Santa qu’il était bien à l’origine de deux incendies volontaires et de six faux en écritures. Il fut aussi inculpé pour faux témoignages et condamné à un an d’emprisonnement. (Oakland Tribune du 12 septembre 1991, Northern californian Jewish Bulletin du 20 septembre 1991 et 17 juillet 1992).

En avril 1993, un couple de jeunes juifs, Jerome et Jamie Brown Roedel, porta plainte après le cambriolage de leur maison de Cooper City, en Floride. L’affaire fut très médiatisée du fait que les murs avaient été couverts de graffitis antisémites. Ce fut une fois encore l’indignation et “l’émoi dans la communauté”. Huit mois d’enquête furent nécessaires pour aboutir à cette conclusion : fraude aux assurances. En effet, quelques mois auparavant, Jamie Roedel avait fait l’acquisition d’objets d’art coûteux. Elle s’entendit avec diverses personnes pour organiser un faux cambriolages et réclama 47 000 dollars à sa compagnie d’assurance. Elle empocha finalement 30 000 dollars, quitta son mari et commença une vie de luxe avec son amant. En décembre 1993, elle fut inculpée de fraude. (Chicago Tribune du 2 janvier 1994).

En 1994, des tracts ouvertement racistes et antisémites furent diffusés à New York. On apprit un peu plus tard que le coupable n’était autre qu’un membre de la commission nationale de l’Anti Deafamation League, la principale ligue ” antiraciste ” américaine (New York Times du 27 février 1994). Après son arrestation, Donald Mintz expliqua qu’il avait voulu susciter un mouvement de sympathie autour de sa candidature et recueillir des fonds. Il perdit l’élection à la suite de ce scandale.

Laird Wilcox, Crying wolfes, hate crime hoaxes in America, Editorial researche service, Kansas, 1994, in Tabou, volume 4 ; Éditions Akribeia, 2003, pp. 64-120.

Cette étude, qui s’arrête en 1994, ne permet pas de connaître les affaires qui ont eu lieu par la suite. Mais chacun aura pu se faire une idée de la fréquence de ces drames qui défraient régulièrement l’actualité, aux États-Unis mais aussi à l’étranger.

Rappelons encore qu’en 2004 eut lieu aussi aux USA un autre acte de barbarie : des croix gammées avaient été peintes sur une vingtaine de boutiques appartenant à des juifs dans les quartiers new-yorkais de Brooklyn et du Queens, ainsi que sur des synagogues. L’indignation était générale. Une prime de 5000 dollars était offerte par un rabbin pour tout renseignement. Le 18 octobre 2004, la police arrêta enfin le coupable. Il s’agissait d’Olga Abramovich, 49 ans, qui expliqua qu’elle voulait ainsi se venger de son mari de 78 ans, Jack Greenberg, qui venait de divorcer pour se remarier avec une femme plus jeune qu’elle. La presse et les organisations juives étouffèrent alors toute l’affaire. Par chance, une fois devant son téléviseur, le public oublie vite.

En France, l’actualité récente présente aussi fréquemment des canulars qui donnent lieu à des “boursouflures médiatiques”. La profanation du cimetière de Carpentras en est le meilleur exemple, mais bien d’autres affaires ont eu lieu plus récemment.

En mars 1990, Louisa Zemour, militante de SOS-Racisme à Grenoble était blessée par un “nervi du Front national” qui avait dissimulé son visage derrière un foulard “bleu-blanc-rouge”. Il s’avéra par la suite qu’en réalité, elle s’était blessé en tentant de rentrer par la fenêtre de sa maison par ce que son mari refusait de lui ouvrir la porte à la suite d’une scène de ménage. (Rivarol du 15 juin 1990).

En 1992, durant la nuit de la Saint-Sylvestre, un cocktail Molotov provoquait un incendie dans la synagogue de Villepinte, en Seine-Saint-Denis. L’attentat fut revendiqué par un mystérieux groupuscule baptisé “France”. Ce fut “l’émoi dans la communauté”. Le 10 janvier 1993, plusieurs ministres participaient à la manifestation organisée par le grand rabbin Joseph Sitruk pour protester contre cet acte barbare, mais il s’avéra par la suite que l’auteur était en fait un certain Michel Zoubiri, juif algérien, qui voulait imputer l’attentat à Patrick E. un rival amoureux, membre du Front national (Rivarol du 15 janvier 1993).

En octobre 2000, la deuxième Intifada palestinienne provoquait une flambée de violence chez les jeunes immigrés musulmans. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) recensait alors 350 attentats antisémites de septembre 2000 à septembre 2001. L’Union des étudiants juifs de France rappelait aussi que 322 actes antisémites avaient été commis en France entre le 1er janvier et le 1er octobre 2004, (mais on ne sait si les graffitis sur les tables d’écolier et les boîtes aux lettres étaient comptabilisés). C’était l’émoi dans la communauté.

Pourtant, s’il faut déplorer les manifestations d’antisémitisme, il faut aussi noter que certains faits d’actualité ont pu bénéficier d’une couverture médiatique disproportionnée et probablement trop hâtive. Ainsi, en janvier 2003, l’agression au couteau contre le rabbin Gabriel Farhi avait été démesurément médiatisée et politisée, avant d’être enterrée : il n’y avait eu en fait aucune agression. Le rapport d’expertise médicale évoquait une “plaie hésitante”, n’ayant pas provoqué de lésion abdominale. Par ailleurs, la lacération des vêtements sur une largeur de dix centimètres était “incompatible avec le scénario d’une agression”. Faute de témoins, tout reposait sur les déclarations de la victime, qui avait signalé un “homme casqué”, qui aurait crié “Allah Akbar” avec “un accent français”. En réalité, le rabbin Farhi s’était poignardé lui-même.

L’incendie d’un centre social juif à Paris, le 22 août 2004 avait aussi fait grand bruit dans tous les médiats. Les coupables avaient laissé des inscriptions antisémites, des slogans islamistes et des croix gammées à l’envers, agrémentés de fautes d’orthographes grossières. Le maire de Paris et le premier ministre s’étaient succédés sur les lieux de l’incendie pour dire leur indignation. L’attentat avait déterminé le maire à débloquer 300 000 euros supplémentaires pour la sécurisation des lieux fréquentés par la communauté juive à Paris, mais l’enquête avait finalement abouti à un homme âgé de 52 ans, issu de la communauté juive. Il y travaillait au titre de bénévole et bénéficiait des repas qui y étaient servis pour les plus démunis. “Fragile psychologiquement”, il n’avait pas supporté la perte annoncée de son appartement que lui louait le centre.

Le 7 mai 2004, un jugement de la 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris condamnait un certain Alex Moïse à une amende de 750 euros. L’intéressé avait en effet porté plainte pour des menaces et injures antisémites envoyées à son domicile, mais l’enquête avait cependant démontré qu’il se les était envoyées lui-même. Alex Moïse, secrétaire général de la Fédération sioniste de France (membre à part entière du Crif) et ancien porte-parole du Likoud de France, était aussi à l’origine de l’interdiction de nombre des spectacles du comique noir antisioniste Dieudonné. L’homme avait également été président dans les années 90 du Comité de coordination du Sentier, la milice d’autodéfense locale. Naturellement, aucun médiat français n’avait répercuté sa condamnation.

Dans un livre paru en 2005, Pierre Birenbaum constatait lui aussi que la situation était alarmante : “Les plus hautes autorités de l’État en conviennent, écrit-il : l’antisémitisme se répand dangereusement dans la société française contemporaine.” Pourtant, il rappellait que le gouvernement français était ferme sur ce point : “En décembre 2001, à l’occasion du dîner annuel du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), Lionel Jospin, alors Premier ministre, estime, devant le gouvernement presque tout entier assemblé, que “pas plus que nous ne tolérerons des actes de racisme, nous ne tolérerons des actes d’antisémitisme.” Et il souligne “la détermination des pouvoirs publics à lutter contre toute forme d’antisémitisme.” » (Pierre Birenbaum, Prier pour l’Etat, les Juifs, l’alliance royale et la démocratie, Calmann-Lévy, 2005, p. 137).

Que le gouvernement “presque tout entier” soit réunis chaque année dans les locaux du CRIF, voilà qui devrait pourtant rassurer les responsables de la communauté juive. Mais l’inquiétude et l’angoisse n’en demeurent pas moins. Elles sont d’ailleurs consubstantielles au judaïsme, puisque l’on retrouve le même type de témoignages à toutes les époques. Il est d’ailleurs frappant de constater que les synagogues sont les seuls lieux “de culte” où l’on se barricade derrière des grillages, des barrières métalliques, des vitres et des portes blindées. N’importe quel observateur étranger, n’importe quel “Candide” peut ici légitimement se dire : “Tiens, nous avons ici affaire à des gens qui semblent ne pas être très appréciés.” Peut-être ont-ils des choses à se reprocher ?

Hervé RYSSEN

http://www.mecanopolis.org/?p=4075&type=1

 

Politique: Khamenei: La Palestine demeurera la cause première de tous les Musulmans
Jihad en Palestine

Khamenei: la Palestine demeurera la cause première de tous les Musulmans

Leila Mazboudi – AlManar.com.lb

fb61357a-cda7-45f0-bfe8-1820e9649934_top dans PROJETS DES MAITRES DU MONDE04/03/2009   Le guide suprême de la révolution islamique l’Imam Ali Khamenei a assuré que la Palestine demeure la cause première de tous les Musulmans.
 
S’exprimant lors de la tenue de la quatrième conférence de soutien à la Palestine à Téhéran, intitulée  » La Palestine: symbole de la résistance, Gaza victime des crimes », il a estimé que les derniers évènements ont permis de mettre plus au clair l’avenir de la cause palestinienne, et de mettre la lumière sur la responsabilité des Musulmans à son égard.

Selon Sayed Khamenei,  » ce n’est pas en le quémandant aux nations Unies, aux grandes puissances ou à l’entité spoliatrice, (en allusion à Israël) qu’on peut secourir la Palestine, mais en suivant les chemins de la résistance et de la persévérance, et en unissant les Palestiniens ».
 
D’après le guide suprême de la révolution, « la base de la résistance est constituée des groupes combattants palestiniens, ainsi que des fils pieux et résistants du peuple palestinien à l’intérieur comme à l’extérieur d’une part, en plus de gouvernements et des peuples musulmans de par le monde, notamment les hommes de religion, les élites politiques et universitaires de l’autre »:  » Si ces deux bases se cramponnent à leur position, toutes les consciences vivantes, et toutes les forces raisonnables qui ne sont pas manipulées par la propagande de l’empire médiatique des puissances arrogantes et sionistes vont accourir pour soutenir les opprimés où qu’ils soient » a conclu le numéro un iranien.
 
Evoquant  » la défaite militaire et politique d’Israël devant la résistance islamique durant sa guerre de 33 jours contre le Liban en 2006, et l’échec cuisant dans sa guerre meurtrière de 22 jours contre le peuple palestinien et le gouvernement légitime à Gaza » le guide suprême, a souligné que « cette entité qui s’est vantée pendant des décennies d’être une puissance invincible, grâce à son armée, à ses armements et à l’appui américain politique et militaire, a du subir deux défaites devant des forces résistantes qui combattent en comptant sur Dieu et sur le peuple »:  » cette entité a révélé la réalité de son effondrement et sa écroulement vers l’abime et sa  défaillance face au courant  de l’éveil islamique « a-t-il jugé.
Le numéro un iranien a critiqué l’erreur de certains et selon lesquels il faut coexister et se réconcilier avec l’état d’Israël qui constitue une réalité qui perdure depuis  60 ans »:  »

Pourquoi ne prennent-ils pas en compte les autres réalités qui se présentent devant leurs yeux, ceux des états du Balkan, du Caucase, de l’Asie du sud-ouest qui ont regagné leur identité originale après 80 années d’usurpation, après la décomposition de l’Union soviétique? Pourquoi la Palestine -qui est une partie du corps islamique- ne peut elle pas restituer son identité arabe et islamique une nouvelle fois? Pourquoi les jeunes palestiniens qui sont les plus intelligents et les plus résistants de la nation arabe ne peuvent ils pas faire vaincre leur volonté sur cette réalité oppressive? » s’est demandé le guide suprême.
 
Et d’estimer que « le fait de dire que le seul moyen de sauver le peuple palestinien est d’effectuer des négociations avec l’entité sioniste est une grande faute car cette entité ne croit en aucun principe, excepté celui de la force ». L’Imam Khamenei s’est demandé  quels étaient les acquis de ceux qui ont cru à ce leurre, signalant que le comportement des sionistes avec les responsables de l’autorité palestinienne que ce soit Arafat ou autre est comme s’ils étaient les chefs de leurs centres de police qu’il faut pourchasser, séquestrer et assiéger de point de vue sécuritaire, ce qui a causé l’animosité entre les factions de résistance palestiniennes et les a incités les uns contre les autres », a-t-il estimé.
 
Evoquant  la reconstruction de la Bande de Gaza, le guide suprême a estimé que c’est la question la plus cruciale par rapport aux Palestiniens pour le moment. Signalant que  » le gouvernement du Hamas qui a été élu par la majorité des Palestiniens et dont la résistance qui a vaincu les plans de l’entité sioniste constitue le point le plus illuminant dans les cent ans de l’histoire de la Palestine, doit être la base et le centre de toutes les activités ayant trait à l’opération de reconstruction ».
 
S’adressant aux Egyptiens, il leur a demandé d’ouvrir le chemin des aides et des dons pour de permettre aux états et aux peuples musulmans de faire leur devoir.

En réponse aux déclarations du président américain Barak Obama dans lesquelles il réitère  son engagement inconditionnel de protéger Israël, l’Imam Khamenei l’a qualifié « de défense du terrorisme, de l’oppression et des massacres qui ont coûté la vie à des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants palestiniens en 22 jours », ce qui constitue selon lui le même chemin erroné de celui de son prédécesseur Georges W. Bush.

 

 

Jihad en Palestine

Durban II »: la France prête à se retirer si « Israël » est « stigmatisé »

72e80879-6606-48c5-a3f8-4c12f820201d_top03/03/2009 Le Premier ministre François Fillon a déclaré lundi que la France n’accepterait pas qu’ »Israël » soit « stigmatisé » lors de la conférence de l’ONU dite « Durban II » contre le racisme, qui se tient en avril à Genève, et que si cela se produisait, elle n’hésiterait pas à s’en retirer.
 
Fillon s’exprimait à Paris lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif).
 
« Je sais que l’événement vous inspire des inquiétudes légitimes », a déclaré Fillon aux responsables du Crif à propos de « Durban II ».
 
« Je veux vous assurer que si la France participe à ces préparatifs, elle le fait aussi dans l’esprit le plus exigeant. Notre détermination à combattre l’antisémitisme en France se double d’une extrême vigilance vis-à-vis de ses manifestations à l’étranger », a dit le Premier ministre.

« Si la lutte contre le racisme est impérative, elle ne saurait être le prétexte aux mêmes amalgames et aux mêmes hypocrisies qu’en 2001″, a-t-il déclaré, dans une allusion à la première conférence de ce type à Durban (Afrique du Sud), qui avait donné lieu à des positions contre les pratiques israéliennes.
 
« Nous n’accepterons pas qu’ »Israël » soit stigmatisé, que sa politique soit calomniée, ni que la communauté juive, dans son ensemble, soit flétrie », a poursuivi le chef du gouvernement français.
 
Intervenant avant lui, Richard Prasquier, président du Crif, a souhaité que la France ne participe pas à cette conférence.
 
La conférence « Durban II » doit se dérouler du 20 au 24 avril au Palais des Nations à Genève.
 
Les Etats-Unis ont annoncé qu’ils ne participeront pas à la conférence en raison de désaccords de fond avec le projet de déclaration, et ce, après avoir participé aux discussions préparatoires de « Durban II » pendant une semaine en février.  Selon Washington, ce document « focalise la critique sur Israël ».
 
« Israël » et le Canada ont également annoncé qu’ils boycotteront la conférence de Genève.

 

 

 

Réfléxion-Débat: Le raisonnement judiciaire à l’épreuve de la sionisation des esprits
Monde

Le raisonnement judiciaire à l’épreuve de la sionisation des esprits

Le raisonnement judiciaire à l'épreuve de la sionisation des espritsPar Faouzi ELMIR, pour Mecanopolis

Au moment où nous terminons la rédaction de ce texte, le Tribunal Pénal International(TPI) vient de lancer un mandat d’arrêt contre le président soudanais, OMAR EL-BACHIR, pour génocide, crimes de guerre et génocide contre l’humanité au Darfour. Cet événement exceptionnel montre l’ampleur de la sionisation des esprits qui n’engendre pas seulement la politique du deux poids et deux mesures dans les relations internationales mais atteint également la justice nationale et internationale. Le TPI reproche au président soudanais d’avoir commis des crimes de guerre et crimes contre l’humanité contre les populations du Darfour mais ce même TPI n’a pas cru d’enquêter sur tous les crimes de guerre et crimes contre l’humanité des perpétrés par les Etats impérialistes depuis la Seconde Guerre mondiale pour ne pas parler de toutes les guerres coloniales depuis la fin du XIXe siècle. En lançant l’équivalent des cinq bombes d’Hiroschima sur l’Irak, entraînant la mort d’un million et demi d’irakiens sans compter la destruction totale d tout un pays, le TPI n’a pas cru utile de demander à Georges Bush et de Tony Blair de rendre compte de leurs crimes de guerre et de leurs crimes contre l’humanité en Irak.

L’entité sioniste en Palestine qui a massacré des centaines de milliers de palestiniens et de libanais depuis plus de quarante ans avec l’utilisation des armes biologiques et chimiques prohibées par les conventions internationales et qui n’a jamais respecté une seule décision de la « communauté internationale », le TPI n’a pas cru là aussi utile de demander aux dirigeants sionistes militaires et politiques de rendre compte de leurs crimes de guerre et de leurs crimes de l’humanité. Nous n’avons jamais vu ni le Conseil de sécurité de l’Onu, ni le TPI ni les pays Occidentaux s’activer pour demander justice pour les victimes irakiennes et palestiniennes. Le mandat d’arrêt du TPI contre le président soudanais illustre une fois de plus l’instrumentalisation de la justice au service des intérêts américano-sionistes dans la région du Darfour qui est, rappelons-le, une région riche en pétrole et qui se trouve en ligne de mire des Etats-Unis et d’Israël.

Dans un article publié sur le site Mecanopolis, Alain Benjam fait la critique d’une décision rendue par le Conseil d’Etat qui reconnaît la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette reconnaissance juridique entraîne par voie de conséquence des indemnisations substantielles octroyés à des déportés juifs et qui se chiffrent par des millions d’euros. Alain Benjam explique cette décision du Conseil d’Etat d’une part par la pression exercée par Arnaud Klarsfeld et ses amis sionistes pour qui « la Shoah devrait rester un tabou sans taches ni contestation possible » et d’autre part, par l’écroulement des idées et des valeurs républicaines en France. Pour découvrir les arguments d’Alain Benjam, nous invitions le lecteur à se reporter directement à l’article L’Etat français reconnu responsable dans la déportation des Juifs.

Pour nous, le problème n’est pas seulement une question de personnes, d’idées ou de valeurs mais il est un phénomène pathologique de la sionisation des esprits en France et dans tout l’Occident et qui influe sur l’état d’esprit des juges et sur le raisonnement judiciaire. Cette sionisation des esprits qui sape les fondements et les principes du raisonnement judiciaire représente un véritable danger pour nos libertés publiques notamment sur la liberté d’expression garantie par la Constitution. En réalité, ce sont les règles de raisonnement judiciaire qui nous protègent, nous citoyens, de l’arbitraire d’un juge ou des caprices d’un procureur. La reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale montre que les membres du Conseil d’Etat ont fait peu de cas du raisonnement judiciaire. Autrement dit, les membres du Conseil d’Etat sont parvenus à leur conclusion non pas par la voie du raisonnement logique et des inférences logiques mais par la voie des inférences psychologiques induites elles-mêmes par la sionisation des esprits qui empêche le monde judiciaire de raisonner correctement, c’est-à-dire de tirer des conclusions logiques à partir des prémisses logiques. D’ailleurs, cette décision du Conseil d’Etat n’est guère un cas isolé mais elle vient s’ajouter à une longue liste d’affaires où des intellectuels, des artistes, des journalistes, des écrivains sont condamnés par la justice pour antisémitisme alors qu’ils ne font en réalité qu’exercer une des libertés publiques garanties par la constitution, la liberté d’expression. Le dernier exemple en date est l’affaire Kouchner-Péan. Pour dissimuler ses magouilles financières et ses « faiblesses » notoires pour le bushisme et les thèses des néo conservateurs américains, Kouchner et le lobby juif en France n’ont pas hésité à asséner leurs poncifs habituels et à dégainer leur arme favorite, l’antisémitisme dont a été accusé Pierre Péan, l’auteur du « Monde selon K » (lire la réponse de Pierre Péan à cette accusation d’antisémitisme).

PRINCIPES DU RAISONNEMENT JUDICIAIRE

Que personne n’en doute, la justice n’est pas de notre monde. Cependant, pour déterminer ce qui est juste et équitable et pour combattre les interférences et les influences psychologiques, physiologiques, sociales et culturelles dans les jugements et les décisions judiciaires, les hommes ont inventé des règles de raisonnements logiques, analytiques et dialectiques. Qu’est-ce qu’un raisonnement judiciaire ? On définit le raisonnement comme un processus cognitif fondé sur l’inférence et l’enchaînements de propositions découlant les unes des autres. Pour qu’il y ait un véritable raisonnement et non pas un pseudo-raisonnement, il faut que la proposition initiale ait une valeur logique et qu’elle conduise elle-même à une ou plusieurs nouvelles propositions ayant une même valeur logique que la première. Ainsi un raisonnement est-il considéré comme valide quand il est vrai par la forme, indépendamment de son contenu. Tout raisonnement obéit à des règles strictes qui sont de nature à prévenir les errements de la pensée et les jugements de valeur. Le raisonnement judiciaire relève de la logique formelle ou de la logique de la contrainte intellectuelle mais aucun cas de la logique des jugements de valeur. C’est pourquoi, dans les écritures judiciaires, la construction des moyens ne peut être entreprise sans les règles de raisonnement judiciaires, c’est-à-dire sans le secours des inférences, lesquelles, par définition, permettent de passer d’une vérité à une autre. Dans le prétoire, la logique judiciaire et le raisonnement judiciaire sont les deux armes essentielles de la persuasion et de la conviction. Ces mouvements de va et vient d’une vérité à une autre aboutissant à une conclusion constituent ce que l’on appelle le syllogisme. Construire un syllogisme, c’est la manière d’aller du général au particulier, en partant du principe qui est la majeure en passant par le fait qui est le mineur pour en tirer la déduction qui s’impose. ce schéma tripartite ou triangulaire se trouve à l’origine du raisonnement judiciaire.

C’est la théorie, mais en pratique, c’est-à-dire s’agissant des cas d’espèce, les choses ne sont pas si simples qu’elles ne paraissent. D’abord, dans une seule et même affaire, il n’y a pas un seul syllogisme mais plusieurs syllogismes et il faudrait dans ce cas là séparer les syllogismes essentiels de ceux qui ne le sont pas. Ce qui n’est pas évident. Il y a aussi le risque de déraillement provoqué par des fausses inférences(exemple les coureurs éthiopiens courent vite, les lapins courent vite, les éthiopiens sont des lapins). Ce déraillement dans les inférences est dû à une mauvaise application de la majeure du syllogisme. Mais le grand danger qui menace et qui fausse le raisonnement judiciaire reste incontestablement la confusion entre l’inférence logique et l’inférence psychologique. Ce qui conduit irrémédiablement à des raisonnements judiciaires défectueux. Si les juges emploient aujourd’hui des raisonnements judiciaires défectueux, c’est parce qu’ils baignent dans un monde intellectuel qui altère leurs facultés de juger. Quand l’esprit public en France est contaminé par la propagande sioniste, juger et croire deviennent ainsi une seule et même chose et le juge sera amené à faire non pas des inférences logiques mais des inférences psychologiques. C’est ce qui a motivé la décision du Conseil d’Etat en reconnaissant la responsabilité de l’Etat Français dans la déportation des Juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale.

ANALYSE ET CRITIQUE DE LA DÉCISION DU CONSEIL D’ÉTAT

LES FAITS :

Saisi par le tribunal administratif de Paris au sujet d’un déporté juif, le Conseil d’Etat a rendu un avis dans lequel il estime engagée la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des juifs sous le régime de Vichy. Cet avis du Conseil d’Etat, s’il était suivi et confirmé par le Tribunal administratif, obligerait l’Etat français actuel, c’est-à-dire, les contribuables français, à indemniser les déportés juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale. Rappelons que l’Etat français actuel a déjà versé et continue à verser des millions d’euros tous les ans à des associations de déportés et à des fondations diverses. Selon Arno Klarsfeld, la fondation pour la mémoire de la Shoah a reçu l’année 2008, la somme de 393 millions d’euros qui viennent s’ajouter aux 500 millions d’euros distribués par la Commission des spoliations aux orphelins juifs.

Pour motiver sa décision, le Conseil d’Etat invoque les « arrestations, internements et convoiements pendant la Seconde Guerre mondiale, des juifs vers des camps de transit et vers d’autres camps dans lesquels la plupart d’entre eux ont été exterminés ». Le Conseil d’Etat considère que la responsabilité de l’Etat français se trouve engagée à cause de ses agissements qui, « ne résultant pas d’une contrainte directe de l’occupant », ont permis ou facilité la déportation de juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Il justifie sa décision d’indemniser les déportés juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale par référence à la Convention européenne des droits de l’Homme et des libertés fondamentales et aux décisions prises par d’autres Etats européens.

ANALYSE ET DISCUSSION DE LA DÉCISION

1) Le Conseil d’Etat, une instance politique

Si l’on essaie de comprendre ce qui a motivé le Conseil d’Etat à statuer ainsi en rendant responsable l’Etat français de la déportation des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, il y a d’abord une volonté politique. On peut dire sans se contredire que la motivation première du Conseil d’Etat est politique et non juridique. Au-delà de sa fonction technique et consultative, le Conseil d’Etat est d’abord et avant tout une instance politique. Rappelons que le Conseil d’Etat a été créé conformément aux instructions et au bon vouloir de Bonaparte, par l’article 52 de la Constitution du 22 frimaire An VIII(13 décembre l799). Depuis, le Conseil d’Etat suit et subit les contrecoups des changements politiques et constitutionnels de l’Etat. Ce qui lui ôte toute liberté de jugement et d’appréciation juste et équitable des affaires qui lui sont déférées. Juridiquement, le Conseil d’Etat est présidé par le Premier ministre, mais en pratique, celui-ci délègue sa compétence au garde des Sceaux, lequel ne préside d’ailleurs que la séance solennelle annuelle. La présidence effective est assurée par le vice-président du Conseil d’Etat, nommé par décret en Conseil des ministres. Le Conseil d’Etat est donc avant tout une institution politique qui suit et obéit à l’exécutif.

2) Un Etat sous occupation étrangère ne peut être un Etat libre de ses actes et de ses décisions.

Le Conseil d’Etat estime que l’Etat français a engagé sa responsabilité par les « agissements qui, ne résultant pas d’une contrainte directe de l’occupant, ont permis ou facilité la déportation à partir de la France de personnes victimes de persécutions antisémites ». Les membres du conseil d’Etat se trompent lourdement en estimant que le gouvernement de Vichy agissait librement et était le maître de ses actes et de ses décisions. Un Etat occupé ne peut en aucun cas être un Etat libre de ses actes et de décisions, car il est obligé d’obéir au diktat et à la volonté de l’occupant. Par voie de conséquence, l’Etat français de Vichy n’était nullement le maître de ses actes et de ses décisions et il n’était pas en mesure de s’opposer ou de résister à la volonté et à la politique de l’occupant nazi s’agissant de la déportation de juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

3) La République et l’Etat français actuel ne sont pas responsable des actes et des agissements de l’Etat français de Vichy

Ce qui met à mal le raisonnement judiciaire, c’est de rendre tous les citoyens d’une République responsables des actes et des agissements de leurs responsables politiques à un moment donnée de l’histoire. C’est ce qui a voulu démontrer Alain Benjam dans son analyse de la décision du Conseil d’Etat quand il fait remarquer à juste titre que la République française n’est guère réductible à l’Etat français. La République Française est une entité sociologique, politique et géographique, délimitée et parfaitement descriptible avec un territoire et des frontières reconnus par le droit international et issus de traités historiques. La République française a une constitution, des lois et des institutions(parlement, senat, présidence de la République). En tant que personne morale, la République Française peut être incriminée et condamnée par des instances judiciaires européennes et internationales.

L’Etat Français est chargé d’administrer la République Française avec l’aide des fonctionnaires. Mais tous les habitants de la République Française ne sont pas des fonctionnaires car du fait qu’ils ne font pas partie de l’Etat français. Sur les documents officiels, la carte d’identité, il n’est pas mentionné Etat français mais République française. Comment alors est-il possible de rendre responsables tous les citoyens de la République française d’abord des agissements et des actes des fonctionnaires de l’Etat français sous l’occupation allemande mais aussi des actes et des agissements des hommes politiques et des fonctionnaires de « l’Etat français » de Vichy ? Et Alain Benjam d’ajouter, il a bien existé un « Etat français » qui a déporté des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, mais cet « Etat français » issu de l’occupation allemande en 1940 n’exprimait en aucun cas la volonté du peuple français qui était représenté par des organisations de résistance fédérées au sein du Conseil National de la Résistance puis par des gouvernements provisoires avant le rétablissement de la République Française en 1944. En outre, les responsables et les complices de « l’Etat français » ont été poursuivis, jugés et condamnés pour déportation de juifs et d’holocauste à l’instar de Maurice Papon. L’affaire de la déportation des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale aurait dû s’arrêter avec la condamnation de ceux qui étaient à l’origine de leur déportation dans les camps de concentration. L’indemnisation des victimes du nazisme aurait dû être faite par solidarité et non pas sous la contrainte de la voie judiciaire.

4) Violation des règles et des conditions de la motivation par le Conseil d’Etat.

Dans sa démarche, le juge est amené à appliquer ce que l’on appelle le principe du syllogisme juridique, en faisant appel, selon les cas, soit à la logique déductive soit à la logique inductive. L’obligation de motiver constitue sans conteste une norme fondamentale du droit processuel et un élément caractéristique de l’acte juridictionnel. Cette obligation de motiver comprend l’obligation d’exposer succinctement les moyens et les prétentions des parties. L’obligation pour le juge de motiver ses jugements consiste en la nécessité de répondre aux moyens développés par les parties à l’appui de leurs prétentions et d’exposer les raisons qui l’ont conduit à prendre sa décision. L’obligation de motiver les décisions remonte à la loi des 16-24 août 1790 qui avait prévu que les jugements comprendront quatre parties distinctes : les noms et qualités des parties, les questions de fait et de droit constituant la matière du procès, le résultat des faits reconnus ou constatés par l’instruction et les motifs qui auront déterminé le jugement et enfin le dispositif du jugement. Pour qu’une décision soit valablement motivée, il faut que la motivation soit à la fois intrinsèque au jugement, précise et pertinente.

En reconnaissant la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des Juifs, le Conseil d’Etat viole un principe fondamental qu’est l’obligation de motiver. Ce n’est pas parce que le Conseil d’Etat n’a pas motivé sa décision mais il l’a mal motivée ou il n’a pas respecté les principes qui fondent toute motivation. Autrement dit, la motivation de la décision du Conseil d’Etat paraît plus une motivation alléguée qu’une motivation utile et pertinente. D’abord le Conseil d’Etat utilise des motifs creux, erronés ou inopérants en invoquant les agissements de l’Etat français sous l’occupation allemande. Ensuite, le Conseil d’Etat viole le principe de la chose jugée, car les responsables et les complices de la déportation des Juifs ont été jugés et condamnées après la libération. Selon le principe de la chose jugée, on ne peut pas juger deux fois la même affaire et condamner une personne morale ou une personne physique deux fois pour les mêmes faits.

Le Conseil d’Etat viole un autre principe de motivation, le principe d’une motivation intrinsèque au cas d’espèce en se fondant sur des décisions prises par d’autres Etats européens dans la même situation. En invoquant des décisions similaires prises par d’autres Etats européens relatives aux indemnisations des juifs déportés pendant la Seconde Guerre mondial, le Conseil d’Etat viole le principe de la motivation intrinsèque, car, pour justifier sa décision, il recourt à des éléments importés d’ailleurs et à des références extérieurs. Que l’Allemagne post nazie ait accepté d’indemniser les déportés juifs, sa décision peut être concevable par le fait c’est le régime nazi allemand qui était à l’origine de la déportation des Juifs. Mais il n’y a aucune raison pour trois que la République Française fasse de même pour trois raisons principales : la République française n’avait aucun plan préétabli pour déporter des juifs ; elle était elle-même sous l’occupation allemande ; si des juifs avaient été déportés pendant l’occupation allemande, c’était le fait d’un régime d’exception, « Etat français », émanation de l’occupation nazie et non pas par la volonté du peuple français.

CONCLUSION

Par cette décision du Conseil d’Etat, l’Etat français actuel reconnaît sa responsabilité dans la déportation des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et cela au nom du respect des droits garantis par la Convention européenne des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ». En 1961, Maurice Papon avait donné l’ordre à la police française de réprimer une manifestation d’algériens à Paris au cours de laquelle 200 Algériens sont morts noyés dans la Seine. L’Etat français avait cherché désespérément à faire juger et condamner Maurice Papon pour la déportation des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et il a accepté de payer des millions voire des milliards d’euros aux déportés juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Si l’Etat français était si soucieux du « respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales », pourquoi ne reconnaîtrait-il pas sa responsabilité dans la mort des 200 algériens poussés par la police française dans les eaux de la Seine en 1961 ? l’Etat qui a causé la mort de ces 200 algériens n’était pas un Etat occupé mais un Etat souverain, libre et responsable de ses décisions et de ses agissements. Pourtant, aucune décision n’a été prise par le Conseil d’Etat reconnaissant la responsabilité de l’Etat français dans la mort des 200 algériens en 1961 et aucune indemnisation n’a été accordée aux familles des victimes algériens. Si l’Etat français n’a pas reconnu sa responsabilité dans la mort des 200 algériens en 1961 et il n’a pas indemnisé, ne serait-ce que par solidarité, les familles des victimes, c’est pour deux raisons : 1), parce que les algériens massacrés ne sont pas des hommes pour être protégés par la Convention européenne des droits de l’homme et du citoyen; 2), parce que les victimes en question ne sont pas des juifs mais des algériens.

Faouzi ELMIR, pour Mecanopolis

 

 

Réfléxion-Débat: QUI EST DERRIERE LES ATTENTATS TERRORISTES
Monde

POURQUOI LES ENQUETES SONT ELLES TOUJOURS ETOUFFE ?

Méfiez vous des vacances offertes, des billets d’avions gagnés. Les extremistes du mossad utilisent toutes sortes de subterfuges pour accuser les musulmans ou les arabes. Rappelez vous des jeunes musulmans anglais qui devaient partir pour un voyage et qui ont été assassinés dans un attentat a la bombe de grande envergure.

Certains hauts responsables du renseignement militaire américain pensent que le Mossad (service israélien du renseignement extérieur) est particulièrement « impitoyable et retors ». Pour eux, il s’agit d’un « fauve échappé de sa cage, capable de viser des forces américaines, en faisant tout pour que cela ait l’air d’un acte commis par des Palestiniens ou des Arabes ».

Cette affirmation, qui devrait (nous) ouvrir les yeux, au sujet du plus proche allié supposé des Etats-Unis, figure en première page du Washington Times, un certain 10 septembre 2001 – c’est-à-dire : juste à la veille des attentats perpétrés aux Etats-Unis, qui ont été attribués à des « Arabes ».Le Washington Times indique que cette accusation très sérieuse portée par des officiers américains contre Israël figure dans un rapport de soixante-huit pages, remis par soixante officiers à l’Ecole de l’Armée américaine pour les Etudes Militaires Avancées (une grande école formant de futurs officiers).

Puis, quelques heures après les attentats du 11 septembre, un analyste pro-israélien très connu, George Friedman, a affirmé qu’Israël était le premier bénéficiaire de ces attentats :

« Le grand gagnant, aujourd’hui – que cela soit intentionnel ou non – c’est l’Etat d’Israël », écrivit alors Friedman. Du même, sur son site ouèbe, http://www.statfor.com, ces propos : « Il n’y a aucun doute : les dirigeants israéliens sont soulagés ». Et cela, au lendemain des attentats aux Etats-Unis. Explication : les bénéfices qu’Israël allait en retirer.

Les interrogations soupçonneuses de l’armée américaine sur de possibles provocations israéliennes, couplées à la suggestion de notre analyste renommé disant qu’Israël était le « grand gagnant » du 11 septembre, donnent un nouveau relief à un article de The Village Voice, du 3 août 1993, affirmant que le Mossad pouvait être impliqué (ou, au minimum, en avait connaissance au préalable) dans l’attaque « terroriste arabe » contre le World Trade Center.

Les événements du 11 septembre doivent être examinés avec la plus extrême prudence, compte tenu du fait qu’Israël a un long « état de sévices », s’étant fait une spécialité de planter des « leurres » – assassinats orchestrés et actes de terreur – à ses propres fins, tout en accusant des pays tiers innocents de ces (et de ses…) crimes.

La plus connue des occurrences où Israël a eu recours à un « leurre » pour dissimuler ses propres traces est, sans aucun doute, l’ignominieuse affaire Lavon. En 1954, plusieurs attentats terroristes furent orchestrés par Israël, contre des cibles britanniques en Egypte. La responsabilité fut dirigée sur le mouvement des Frères Musulmans, opposé au régime du président égyptien Gamal Abdul-Nasser. Toutefois, la vérité sur ce déferlement de terreur fut retrouvée dans un télégramme – demeuré un certain temps secret – du colonel Benjamin Givli, chef du service de l’intelligence militaire israélien, qui soulignait l’objectif visé par cette vague d’attentats :

« Nous devons briser la confiance que l’Occident peut placer dans le régime égyptien actuel. Ces actions devraient provoquer des arrestations, des manifestations et des désirs de revanche. Leur origine israélienne doit être strictement dissimulée, tandis que l’attention doit être détournée le plus possible vers tout autre piste plau/pos-sible. Le but est d’empêcher que l’Egypte reçoive une quelconque aide économique – a fortiori, militaire – de l’Occident ».

Finalement, la vérité au sujet de l’implication israélienne fut révélée au public, et Israël fut fortement secoué, au plan international, dans les mois qui suivirent ce scandale. Des éléments politiques rivaux, à l’intérieur d’Israël, utilisèrent ce scandale comme une patate chaude, qu’ils se renvoyaient mutuellement. Mais la vérité sur l’utilisation par Israël, d’un « leurre », d’une victime expiatoire, attira l’attention du monde entier, démontrant à quel point Israël était prêt à sacrifier des vies innocentes à sa stratégie générale d’expansion de son influence au Moyen-Orient.

Tant qu’à faire, on accuse des « extrémistes de droite »

Un obscur mouvement d’ « extrême droite », Action Directe, fut accusé d’un attentat contre le restaurant Goldenberg, à Paris, le 9 août 1982. Six personnes furent tuées, et 22 furent blessées. Le chef d’Action Directe était Jean-Marc Rouillan. Il opérait auparavant dans la région méditerranéenne sous le pseudo de « Sebas », et il était connu pour ses liens avec le Mossad. Toute référence de la collaboration de Rouillan avec le Mossad fut occultée des rapports officiels publiés à l’époque.

Toutefois, l’Agence d’information nationale algérienne, qui entretient des liens avec les services français du renseignement, a accusé le Mossad d’avoir utilisé Rouillan à ses fins terroristes. Ce sont des officiers du renseignement français mécontents qui ont été soupçonnés d’avoir transmis cette information. Plusieurs hauts responsables des services français de renseignement ont démissionné, en protestation contre l’occultation de la complicité du Mossad dans les crimes exécutés (sur ses ordres) par Rouillan. Toutefois, il ne s’agit pas là de la seule opération de diversion opérée par le Mossad sur le territoire français.

Faux indices

Le 3 octobre 1980, la synagogue de la Rue Copernic, à Paris (16ème ardt) fut la cible d’un attentat à la bombe. On déplora quatre morts et neuf blessés. La frénésie qui s’empara des médias français à la suite de cet attentat se répandit dans le monde entier. Certains rapports tenaient « des extrémistes de droite » responsables de cet attentat. Néanmoins, aucun des « extrémistes de droite » interrogés par la police ne fut arrêté : tous furent innocentés. Aux plus hauts échelons du renseignement français, toutefois, un index de suspicion fut pointé sur le Mossad.

D’après un de ces rapports, « Le 6 avril 1979, la même unité terroriste du Mossad, aujourd’hui soupçonnée d’avoir perpétré le carnage de la rue Copernic, a fait sauter l’usine – très étroitement gardiennée – de la CNIM, à La Seyne-sur-Mer, près de Toulon, dans le sud de la France, usine dans laquelle un consortium d’entreprises françaises construisait un réacteur nucléaire destiné à l’Irak.

Le Mossad persilla le site de l’usine CNIM, détruite par l’explosion, d’ « indices », accompagnés d’appels téléphoniques anonymes à la police suggérant que le sabotage aurait été l’œuvre d’un « groupe écologiste »… « Des gens qui n’auraient pas fait de mal à une mouche », commenta une des sources.

On repasse le plat

Le 28 juin 1978, des agents israéliens ont fait sauter une bombe sous une voiture particulière rue Sainte-Anne, à Paris, tuant Muhammad Boudia, militant de l’OLP. Immédiatement après, la police parisienne reçut un appel téléphonique anonyme accusant Boudia d’implication dans un trafic de drogues et attribuant son assassinat à la mafia corse. Une enquête permit d’établir, plusieurs mois après, que des agents des opérations spéciales du Mossad avaient perpétré cet assassinat terroriste.

En octobre 1976, cette même unité du Mossad avait kidnappé deux étudiants d’Allemagne de l’Ouest, Brigette Schulz et Thomas Reuter, dans leur hôtel parisien. Des « indices » judicieusement placés et des appels téléphoniques anonymes firent croire un moment qu’une organisation « néonazie » avait exécuté cet enlèvement. Le renseignement français établit que les deux jeunes Allemands avaient été secrètement « expédiés » par avion en Israël, où ils avaient été drogués, torturés, et contraints à « avouer leur complicité » dans des activités de l’OLP. Après quoi ils avaient été mis au secret dans l’un des tristement célèbres pénitenciers politiques israéliens.

En février 1977, un citoyen américain d’origine allemande, William Jahnke, vint à Paris pour quelque réunion confidentielle, pour affaires. Il ne tarda pas à disparaître, ne laissant aucune trace. La police parisienne fut anonymement avisée que Jahnke avait été impliqué dans une affaire de pots-de-vin dans les hautes sphères de la Corée du Sud, et qu’il avait été « éliminé » après que l’affaire eut mal tourné. Une équipe spéciale d’enquêteurs du SDECE, principal service français du renseignement, finit par découvrir que Jahnke avait été « terminé » par le Mossad, qui le soupçonnait de vendre des informations secrètes à la Libye. Entre autres détails, sur cette affaire sordide, le SDECE découvrit que Jahnke avait été « désigné » au Mossad par son propre ancien employeur : la CIA !

On charge les Libyens

L’une des opérations, utilisant un « dindon de la farce », et réalisées par Israël, fut une vaste histoire de propagande, visant à discréditer le dirigeant libyen Muammar Qaddhafi. Au cours des premiers mois du mandat du président Ronald Reagan, les médias américains propagèrent un roman-feuilleton, selon lequel une « unité de tueurs libyens » se trouvait aux Etats-Unis, afin d’assassiner le président. Cela eut le don d’enflammer l’opinion publique contre la Libye.

Du jour au lendemain, toutefois, cette histoire d’ « unité de tueurs libyens à gage » disparut des gazettes. On venait de découvrir que la source de ce bobard était un certain Manucher Ghorbanifar, un ancien agent de la Savak (police secrète iranienne dont les liens étroits avec le Mossad étaient de notoriété publique). Même le libéral Washington Post reconnut que la CIA elle-même savait que Ghorbanifar était un menteur, qui « avait inventé cette histoire de tueurs libyens, afin de causer des problèmes à l’un des ennemis d’Israël ».

Le Los Angeles Times avait, déjà auparavant, vendu la mèche en relatant les histoires d’horreur d’Israël. « Ce sont les services de renseignement israéliens, et non les responsables de l’administration Reagan », écrivait le Times, « qui ont diffusé certains rapports extrêmement alarmants au sujet d’une soi-disant équipe de tueurs libyens, envoyés aux Etats-Unis afin d’y assassiner le président Reagan et d’autres hauts responsables de l’Etat… Israël, dont des sources informées disent qu’il « voulait un prétexte qui aurait entraîné une mise au ban de la Libye pour très longtemps », cherche vraisemblablement à monter l’opinion publique américaine contre la Libye, afin d’obtenir son soutien à une frappe militaire contre Qaddhafi. »

Autrement dit, Israël avait réussi à faire passer l’ex-agent de la Savak Ghorbanifar, pour une source fiable aux yeux de Washington. En réalité, Ghorbanifar n’était qu’un « faux drapeau » de désinformation, agité par le Mossad. Il s’agissait d’une énième opération de tromperie d’Israël, visant à faire accuser la Libye de ses propres méfaits, en utilisant un « faux drapeau » (la Savak iranienne), afin de faire retomber la faute sur un autre « faux drapeau », la Libye…

Il est quasi certain que le Mossad est responsable de l’attentat à la bombe contre la discothèque La Belle, à Berlin Ouest, le 5 avril 1986. Néanmoins, des objurgations sur des preuves « irréfutables » de la responsabilité libyenne furent entendues. Un militaire américain fut tué. Le président Ronald Reagan répliqua par un bombardement en Libye.

Toutefois, des sources internes aux services de renseignement ont indiqué être persuadés que le Mossad avait concocté une fausse « preuve » de la responsabilité libyenne. Le chef de la police de Berlin Ouest, Manfred Ganschow, chargé de l’enquête, a innocenté les Libyens, déclarant : « Il s’agit d’une affaire éminemment politique. Certaines des preuves mentionnées à Washington n’en sont peut-être pas du tout. Il ne s’agit que de présomptions politiques, avancées pour des raisons politiques. »

Au tour des Syriens…

Le 18 avril 1986, Nezar Hindawy, un Jordanien âgé de trente-deux ans, fut arrêté à Londres après que des agents de sécurité eurent découvert que l’un des passagers d’un avion de ligne israélien en partance pour Tel Aviv, Ann Murphy, transportait une plaque de plastic (explosif puissant et malléable) dans un double-fond de son bagage à main.

Mademoiselle Murphy dit aux hommes de la sécurité que le détonateur (camouflé en calculette) lui avait été remis par son fiancé, Hindawi. Celui-ci fut accusé de tentative de sabotage et de tentative de crime.

On fit courir le bruit qu’Hindawi aurait avoué. Ses services auraient été loués par le général Mohammad Al-Khouli, directeur des services de renseignement de l’aviation (militaire) syrienne. D’autres personnes furent citées, dont l’ambassadeur de Syrie à Londres. Les autorités françaises avertirent le Premier ministre britannique qu’il y avait anguille sous roche : en l’occurrence, l’instigation israélienne. Cela fut confirmé, ultérieurement, par la presse occidentale.

Mince : on a failli oublier l’OLP !

En 1970, le roi Hussein de Jordanie reçut des renseignements mettant gravement en cause l’OLP, accusée de fomenter son assassinat et un coup d’état. Furieux, Hussein mobilisa ses forces armées, en préparation de la purge de l’OLP, connue sous le nom de « Septembre Noir ». Des milliers de Palestiniens vivant en Jordanie furent raflés, certains dirigeants palestiniens furent torturés et cela se termina par des milliers de réfugiés chassés de Jordanie vers un nouvel exil au Liban.

De nouvelles informations, venues au jour après l’assassinat de deux agents éminents du Mossad à Larnaka (Chypre), suggèrent que toute l’opération avait été montée par le Mossad, sous la direction de l’une de ses principales dirigeantes, Sylvia Roxburgh. Après avoir fait tomber dans les rets de son irrésistible séduction le roi Hussein, cette femme fatale fut l’héroïne d’un coup majeur du Mossad, destiné à déstabiliser l’ensemble du camp arabe.

En 1982, juste après que l’OLP ait décidé de ne plus recourir au terrorisme, le Mossad répandit sa désinformation au sujet d’ « attaques terroristes » contre des colonies israéliennes proches de la frontière nord, prétexte à une invasion à grande échelle du Liban. Des années après, même des porte-parole israéliens éminents, tel l’ancien ministre des Affaires étrangères Abba Eban, admirent que les informations au sujet du « terrorisme de l’OLP » étaient sorties de l’imagination des agents du Mossad.

Il convient aussi de noter que l’assassinat manqué, à Londres, de l’ambassadeur israélien Shlomo Argov, fut, dans un premier temps, attribué à l’OLP. Cette tentative d’assassinat a été citée par Israël au nombre des prétextes pour son invasion du Liban, en 1982. En réalité, ce diplomate faisait partie des « colombes » israéliennes, et il penchait pour un règlement à l’amiable du conflit entre Israël et l’OLP. Il était donc une cible des plus improbable pour la colère de ce mouvement.

Il semble bien que cette tentative d’assassinat ait été effectuée par le Mossad – là encore, en guise de « leurre » – afin de faire, d’une balle, deux coups : a) éliminer un « pacifiste » domestique beaucoup trop amical à l’égard des Palestiniens et ; b) attribuer, ce faisant, un énième crime (le mensonge de trop ?) à l’OLP…

Source : American Free Press

Publié dans AU-DELA DES IDEES RECUES, PROJETS DES MAITRES DU MONDE | 1 Commentaire »

La crise du capitalisme mondial

Posté par issopha le 15 décembre 2008

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La crise du capitalisme mondial

Cet article d’Alan Woods a été rédigé le 26 septembre dernier, c’est-à-dire avant l’adoption du « Plan Paulson » par le Congrès américain.

*

Nous vivons des temps exceptionnels. La panique financière, aux Etats-Unis, provoque des vagues qui menacent d’engloutir le monde entier. La conscience de millions de gens est en train d’évoluer rapidement. Le 25 septembre, une manifestation à l’appel de syndicats américains a mobilisé environ un millier de travailleurs, dont un grand nombre d’ouvriers du bâtiment – métallurgistes, manœuvres, plombiers, etc. – ainsi que des enseignants et du personnel de bureau. Le but de la manifestation, organisée en moins de deux jours, était de protester contre le projet de renflouer Wall Street avec 700 milliards de dollars d’argent public. Voici un extrait d’une dépêche de Reuters sur cette manifestation :

« A l’occasion d’une manifestation partie de la bourse de New-York, des ouvriers du bâtiment, des salariés des transports, des machinistes, des enseignants et d’autres travailleurs syndiqués ont vigoureusement protesté contre la proposition du gouvernement américain de renflouer Wall Street. Plusieurs centaines de mécontents criaient leur soutien enthousiaste aux dirigeants syndicaux qui fustigeaient le plan de 700 milliards de dollars visant à revigorer le marché du crédit en soulageant les institutions financières de leurs mauvaises créances.

«   » Le gouvernement Bush veut que nous payions un plan de sauvetage de Wall Street qui n’effleure même pas les causes profondes de la crise « , a déclaré John Sweeney, le président de l’AFL-CIO. « Nous voulons que nos impôts servent à aider les millions de travailleurs qui dépendent de Wall Street, et non à subventionner une poignée de privilégiés et de dirigeants surpayés. « 

« Sur les pancartes des manifestants, on peut lire : « Pas de chèque en blanc pour Wall Street « , et « Ne touchez pas à nos retraites ! ». Les manifestants ont acclamé les appels répétés lancés au gouvernement pour qu’il investisse dans l’éducation, la santé et le logement aussi librement et facilement qu’il propose de le faire pour Wall Street. « Nous savons qu’il faut trouver une solution à la situation économique. Mais nous voulons une réponse sérieuse, pas un sauvetage opportuniste « , a déclaré le président du syndicat des enseignants, Randi Weingarten.  » Si les enseignants doivent rendre des comptes, alors Wall Street aussi doit rendre des comptes. «  »

L’humeur des manifestants était à la colère. Un appel à une grève générale, si le plan de sauvetage ne bénéficie qu’aux riches, a été accueilli avec enthousiasme. Cela représente le début d’un changement profond dans la conscience des travailleurs, et pas seulement aux Etats-Unis.

Le spectre de 1929

Ce qui s’est produit sur les marchés financiers, ces derniers mois, est inédit dans l’histoire récente. Les mêmes économistes bourgeois qui, jusqu’alors, niaient la possibilité d’une récession, parlent désormais de la crise la plus sérieuse depuis 60 ans. En fait, ils veulent dire 79 ans, car il n’y avait pas de crise en 1948. Mais les économistes sont des gens superstitieux, et ils ont peur de mentionner 1929, tout comme les anciens Israélites avaient peur de mentionner le nom de leur Dieu, de peur que cela provoque quelque malheur. Ils sont tous inquiets de la « confiance » dans les marchés, car ils croient tous avec ferveur que c’est la confiance (ou son absence) qui est la cause réelle de la croissance ou d’une récession. Or, en réalité, la croissance et la récession s’enracinent dans les conditions objectives. Les variations du degré de confiance reflètent les conditions réelles, même s’il est vrai que ces variations peuvent à leur tour faire partie de ces conditions réelles, en poussant le marché vers le haut – ou, comme actuellement, vers le bas.

Le Congrès américain hésite face au plan de « sauvetage », et le Secrétaire au Trésor Henry Paulson – que certains commentateurs considèrent désormais comme le président de facto des Etats-Unis – enrage. Pendant ce temps, les bourses mondiales continuent de chuter, et personne ne peut les arrêter. Un argument est sur toutes les lèvres : « Vous nous demandez de signer un chèque en blanc de centaines de milliards, sans la moindre garantie. A part le fait que cela récompensera les banquiers pour leurs grossières erreurs de gestion, qui dit que cela mettra un terme à la chute des marchés ? »

C’est une excellente question, à laquelle ni Bush, ni Paulson, ni personne d’autre n’a de réponse. Il est assez amusant d’entendre ces anciens avocats du sacro-saint « libre marché » implorer le gouvernement de sauver le marché de lui-même. Mais ils y sont poussés pas leur propre logique, la folle logique de l’économie de marché. L’actuelle crise financière, que les marxistes avaient annoncée de longue date, est la conséquence directe d’une longue période de spéculation incontrôlée, qui a produit la plus grande bulle spéculative de l’histoire.

Socialisme – pour les riches

De plus en plus de gens commencent à remettre en cause un système économique capable de produire de telles abominations. Lorsque l’Etat capitaliste lui-même est contraint de nationaliser des établissements financiers, l’idée suivante ne peut que progresser : pourquoi a-t-on besoin de banquiers et de capitalistes ? C’est la raison pour laquelle les politiciens évitent le mot « nationalisation » comme le diable évite l’eau bénite. Ils cherchent à tous prix des moyens, pour l’Etat, de fournir du capital aux banques sans que cela implique une nationalisation. Ils se creusent la cervelle pour inventer de nouvelles formes de capital qui laissent le contrôle et la propriété des banques concernées entre des mains privées. Mais en fin de compte, ils sont obligés de prendre leur contrôle pour éviter qu’elles ne s’effondrent. C’est une condamnation accablante de la propriété privée d’un secteur clé de l’économie.

N’est-il pas ahurissant que les dirigeants de Bear Stearns aient reçu des fortunes pour appliquer des stratégies financières qui ont mené au désastre ? Et pourquoi les contribuables américains – dont la plupart ne sont pas riches – devraient-ils payer une note de 700 milliards de dollars pour sauver les grandes institutions financières ? Le 30 septembre 2007, le gouvernement fédéral accusait un déficit fiscal de 53 000 milliards de dollars, soit 445 000 dollars par ménage et 175 000 par personne. Chaque jour, ce fardeau croît de 6600 à 9900 dollars par Américain. Medicare représente 34 000 milliards de ce déficit. Qu’il s’agisse d’Obama ou de McCain, celui qui remportera les prochaines élections présidentielles et contrôlera le Congrès devra engager des coupes sombres dans le niveau de vie des Américains. Les mêmes capitalistes qui ont pris des millions au gouvernement et à la Réserve Fédérale demandent un contrôle budgétaire strict, une coupe dans les dépenses fédérales et une contre-réforme du système de santé publique.

Il n’y a pas d’argent pour Medicare, les écoles ou les retraites. Mais il y a plein d’argent pour les grandes banques et ceux qui sont déjà richissimes. Cette contradiction flagrante est en train de pénétrer la conscience de millions d’Américains ordinaires. Cela aura d’énormes conséquences. Le lourd fardeau de la dette devra être placé sur les épaules des générations à venir, qui devront en payer le prix fort en terme de niveau de vie. Cela mènera inévitablement à de profonds changements dans la conscience de la masse des travailleurs américains.

La dictature du capital financier

Notre époque est celle du capitalisme de monopole. L’une de ses caractéristiques est la complète domination du capital financier. Cette domination est allée plus loin aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne que partout ailleurs. La Grande-Bretagne, qui fut par le passé « l’atelier du monde », s’est transformée en une économie parasitaire, qui produit très peu et qui est dominée par la finance et les services. Jusqu’à récemment, c’était présenté comme quelque chose de positif, qui protègerait la Grande-Bretagne des turbulences de l’économie mondiale. Mais c’est l’inverse qui est vrai. En suivant servilement le modèle américain, la Grande-Bretagne a été entraînée dans la récession dans le sillage des Etats-Unis – et en sera sans doute gravement affectée. Tel un ver solitaire croissant au détriment de l’organisme qu’il parasite, le secteur financier est devenu trop grand par rapport à l’économie. Il l’a affaiblie et menace de la faire entièrement sombrer.

Pendant des années, les Etats-Unis semblaient défier les lois de la gravité économique. A présent, ils doivent en payer le prix. La chute est d’autant plus sévère que la spéculation immobilière avait atteint des sommets, dans la période précédente. La chute des prix de l’immobilier est d’ores et déjà plus importante que pendant la Grande Dépression des années 30. Pendant le premier trimestre de 2008, les prix de l’immobilier ont officiellement chuté de 14,1%. Par comparaison, en 1932, au point le plus bas de la Dépression, les prix des maisons chutaient de 10,5%. En outre, certains économistes pensent que le chiffre réel de la chute du prix de l’immobilier, au premier trimestre de 2008, est plutôt de 16%. Et cette chute est loin d’être terminée.

Cela signifie que les énormes quantités d’argent injectées dans le système bancaire ne permettront pas d’enrayer la chute. Tout au plus apporteront-elles un répit temporaire, avant une nouvelle chute encore plus sérieuse. Telle est la logique des marchés, qui n’obéissent à aucune autre loi que la leur. Les prétendus « plans de stabilisation » ne sont rien de tel. Tous les discours sur la régulation des marchés sont absurdes. Le système capitaliste est anarchique de par sa nature même. Il ne peut être ni planifié, ni régulé. La tentative de stabiliser le secteur financier en y injectant d’énormes quantités de cash n’aboutira qu’à une chose : rendre les super-riches encore plus riches. Mais cela n’aura aucun effet à long terme sur le marché.

L’insolence des banquiers est assez étonnante. Ils demandent aux gouvernements d’acheter leurs mauvais crédits, tout en s’accrochant à leurs avoirs profitables. Nul ne sait à combien s’élèvent les mauvaises créances. Un vieux proverbe nous dit de ne jamais acheter un cochon dans un sac. C’est un conseil sensé, mais en l’occurrence, les capitalistes demandent au gouvernement de vastes quantités d’argent – sans qu’il regarde à l’intérieur du sac. La crise du système bancaire est le résultat d’une escroquerie massive à laquelle tous les banquiers ont participé au cours de ces vingt dernières années. Ils en sont sortis fabuleusement riches, mais ils ont laissé au passage une énorme quantité de dettes et de capitaux fictifs dans les bilans des institutions financières. Comment résoudre ce petit problème ? Facile ! Passez la note aux contribuables. Le gouvernement n’a qu’à fonder une agence qui achètera ces avoirs et les conservera jusqu’à ce qu’ils soient « mûrs » et puissent être revendus au secteur privé. Cela signifie nationaliser les pertes et privatiser les profits – ou, suivant la merveilleuse formule de Gore Vidal : le socialisme pour les riches et le libre marché pour les pauvres.

Les capitalistes prétendent qu’ils font des sacrifices, eux aussi. Mais ce qu’ils veulent dire, c’est qu’ils sacrifient un peu de leurs profits faramineux, pendant que les travailleurs sacrifient leurs emplois et leurs logements. Les banquiers crient de douleur, et les gouvernements accourent avec un carnet de chèques en main. Les banquiers demandent une grosse transfusion de cash pour guérir leur maladie. Cela s’appelle une « provision de liquidité ». Le problème, c’est que l’Etat n’a pas de liquidité à sa disposition. Il ne peut lever des fonds qu’en augmentant les impôts. Mais l’augmentation des impôts va affecter la demande, qui baisse déjà aux Etats-Unis. Cela pourrait temporairement soulager les « souffrances » des super-riches, mais au prix d’accroître celles de millions d’Américains ordinaires. En soi, cela ne serait certes pas un problème, évidemment, puisque souffrir pour la grande cause du Marché est le devoir de tout patriote américain. Mais malheureusement, cela aura aussi de très sérieuses conséquences sur l’économie.

Une nouvelle baisse de la demande fera monter le chômage. Des entreprises feront faillite. De plus en plus de gens seront incapables de faire face à leurs emprunts immobiliers et autres crédits. En d’autres termes, cela aggravera la crise et compliquera sa résolution. En outre, au cours de la dernière période, les Etats-Unis sont passés du rang de plus grands créditeurs à celui de plus grands débiteurs au monde. L’achat de banques en faillite et l’injection de capital dans les institutions financières accroîtront considérablement cet endettement collectif. Cela débouchera sur une nouvelle chute de la valeur du dollar par rapport aux autres monnaies – et sur de nouvelles convulsions sur les marchés monétaires mondiaux.

Les Banques Centrales sont supposées prévenir la panique en protégeant les dépôts bancaires et en mettant des liquidités à la disposition des institutions financières. Mais il y a des limites aux ressources des Banques Centrales, et ces limites sont rapidement atteintes. Elles ne sont sans doute pas loin d’avoir fait tout ce qui est possible. Dans l’hypothèse de nouvelles faillites bancaires, elles seront impuissantes. Or, comme nul n’a la moindre idée de la quantité de crédits pourris qui empoisonnent le système financier mondial, de telles crises sont inévitables dans la période à venir. Tôt ou tard, cela doit se terminer par la chute d’une ou plusieurs banques majeures, ce qui pourrait provoquer un choc fatal pour l’économie mondiale, comme lors de l’effondrement de Kredit-Anstalt, la plus grande banque autrichienne, en 1931. C’est ce qui avait marqué le début de l’effondrement financier en Europe Centrale et au-delà. Un scénario semblable, dans la période à venir, est entièrement possible.

Marx sur le capital fictif

Ce n’est pas le manque d’argent qui est la cause de la crise. C’est au contraire la crise qui provoque un manque d’argent. Avec leur mentalité de banquiers, les économistes bourgeois confondent la cause et l’effet, l’apparence et l’essence. Quand l’économie entre en crise, le crédit s’assèche, et les gens demandent des espèces sonnantes et trébuchantes. C’est un effet de la crise, même s’il est vrai que l’effet devient cause et génère une spirale descendante.

Les banquiers et leurs amis répètent que la cause de la crise réside dans le manque de capital à la disposition du système financier. C’est une affirmation pour le moins étonnante. Ces deux dernières décennies, on a assisté à une gigantesque orgie financière dans laquelle les banques réalisaient d’énormes profits. A présent, ils prétendent ne pas avoir assez de capital ! En fait, pendant la phase de croissance, il y avait en circulation une immense quantité de capital sous forme de crédit, et cette surabondance de capital illustrait à elle seule les limites de la production capitaliste. Il y avait d’immenses sommes de capital disponibles pour la spéculation qui ne trouvaient pas de débouchés, et les capitalistes devaient trouver d’autres moyens de les investir.

Marx soulignait que l’idéal des capitalistes est de faire de l’argent avec de l’argent, sans avoir à passer par le pénible processus de la production. Au cours de la dernière période, il semblait qu’ils y étaient parvenus (sauf en Chine, où il y a eu un véritable développement des forces productives). Aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Espagne, en Irlande et dans bien d’autres pays, les banques ont investi des milliards dans la spéculation, en particulier dans le secteur immobilier. C’est sur cette base que le scandale des subprimes s’est développé, générant d’incroyables quantités de capital fictif.

A l’époque de Marx, déjà, il y avait d’énormes quantités de capital en circulation. C’est ce capital qui formait la base du capital fictif. A l’époque, déjà, il y avait déjà des crédits frauduleux, l’équivalent des actuels « produits dérivés ». Ceci dit, comparé à la situation actuelle, c’était insignifiant. Aujourd’hui, la quantité totale de spéculation, à l’échelle mondiale, est stupéfiante. Ne prenons qu’un exemple : le commerce des crédits douteux. Ce marché permet à deux parties de parier sur la probabilité qu’une entreprise ne soit pas en mesure de payer sa dette. Cela s’élève à 90 000 milliards de dollars. Mais les contrats ne sont enregistrés que dans les dossiers des contractants. Nul ne connaît le volume réel qui est échangé, ce qui expose l’économie mondiale à d’énormes risques. Cela explique la panique à Wall Street et à la Maison Blanche. Ils craignent – à juste titre – que n’importe quel choc sévère ne fasse chuter tout l’édifice instable de la finance internationale, ce qui aurait d’incalculables conséquences.

Même au XIXe siècle, au sommet d’un boom, lorsque le crédit était facile et que la confiance augmentait, la plupart des transactions se faisaient sans argent réel. Au début d’un cycle, il y a une abondance de capital, et les taux d’intérêt sont bas. A ce stade du cycle, les bas taux d’intérêt stimulent les profits et la croissance. Plus tard, lorsque la prospérité est à son sommet, les taux d’intérêt atteignent leur niveau moyen. Comme il y a une demande croissante de crédit, les taux d’intérêt augmentent. Or, lors du dernier boom, cela ne s’est pas produit.

Ces dernières années, la Réserve Fédérale a délibérément maintenu de bas taux d’intérêts (ils sont même allés jusqu’à des taux négatifs, au regard de l’inflation). Du point de vue de l’orthodoxie capitaliste, c’était irresponsable. Cela a provoqué la bulle immobilière, jetant les bases de la crise actuelle. Mais tant que les investisseurs réalisaient d’immenses profits, nul ne s’en souciait. Ils ont tous participé à cette folle orgie financière. Les banquiers les plus respectables et les économistes les plus sages chantaient en choeur : « Mangeons, buvons, soyons joyeux, car demain nous mourrons ! »

S’ils se plaignent, aujourd’hui, d’être à court de capital, c’est parce qu’une large partie de leurs actifs est fictive – ce qui est la conséquence d’une escroquerie sans précédent dans l’ensemble du secteur financier. Tant que la croissance continuait, personne n’y prêtait attention. Mais à présent que la croissance est en miettes, tous ces actifs sont l’objet de suspicion. Les banquiers ne sont plus disposés, comme hier, à s’acheter de grandes quantités de dettes. La défiance s’est généralisée. Lorsqu’il s’agit de prêter ou d’emprunter, le vieil optimisme facile laisse place à l’avarice. L’ensemble du système bancaire, sur lequel repose la circulation du capital, est menacé de paralysie.

Tant que tous les actifs pourris n’auront pas été éliminés, de nombreuses institutions manqueront de capital pour alimenter l’économie en crédit frais. Marx avait décrit ce stade du cycle économique, dans le Capital :

« Il va de soi que les moyens de paiement font défaut pendant une crise. Le besoin de convertir des traites s’est substitué à celui d’échanger des marchandises, et cette situation s’aggrave d’autant plus que pendant pareille période une partie des maisons de commerce s’appuie exclusivement sur le crédit. Aussi des lois absurdes sur les banques, comme celle de 1841-45, peuvent-elles aggraver une crise financière. Aucune loi ne peut la supprimer.

« Dans un système de production dont la cohérence repose entièrement sur le crédit, une crise et une demande violente de moyens de paiement doivent inévitablement surgir lorsque le crédit est supprimé brusquement et que seuls les paiements en espèces sont admis. A première vue, tout doit se ramener à une crise de crédit et d’argent, étant donné qu’il n’est question que de la possibilité de convertir des traites en argent. Mais ces traites représentent, d’une part – et c’est la plus grande masse – des ventes et des achats réels dépassant de loin les besoins de la société et par cela même causes de la crise ; d’autre part, des affaires véreuses qui alors seulement viennent au jour, des spéculations malheureuses faites avec les capitaux des autres, des marchandises dépréciées et invendables. Dans ces circonstances, le système artificiel auquel a abouti l’expansion violente du procès de reproduction, ne peut naturellement pas être rendu normal par l’intervention d’une banque, la Banque d’Angleterre par exemple, qui emploierait son papier pour constituer aux tripoteurs le capital qui leur manque et acheter à leur première valeur nominale toutes les marchandises dépréciées. D’ailleurs, tout semble renversé dans ce monde du papier, où nulle part ne se rencontrent les prix réels avec leurs bases réelles, et où il n’est jamais question que de lingots, espèces, billets, traites, valeurs, principalement dans les centres, comme Londres, où se concentrent toutes les affaires financières du pays. » (Le Capital, Volume 3, Chapitre 30.)

Les capitalistes doivent extraire du système tout ce capital fictif. Comme un homme dont le corps a été empoisonné, ou comme un toxicomane qui lutte contre les effets de l’addiction, ils doivent expulser le poison de l’organisme – ou mourir. Mais c’est un processus douloureux qui n’est pas sans dangers. Comme le crédit s’assèche, les capitalistes exigent des remboursements à plus courte échéance. Ceux qui ne peuvent pas payer feront faillite. Le chômage augmente en conséquence, ce qui à son tour contracte la demande. Cela provoque de nouvelles faillites et de nouvelles dettes qui ne peuvent être remboursées. Ainsi, tous les facteurs qui avaient fait croître l’économie, au cours de la dernière période, la poussent désormais vers le bas.

La faillite des économistes bourgeois

Les économistes s’accrochaient à la vieille illusion selon laquelle une récession mondiale était impossible, qu’ils avaient appris les leçons du passé (comme un ivrogne le lendemain de chaque cuite). Ils expliquaient que la crise financière serait confinée aux Etats-Unis ; que l’économie américaine serait « découplée » du reste du monde (ce qui contredit tout ce qu’ils avaient eux-mêmes dit au sujet de la mondialisation) ; que l’Europe et la Chine deviendraient les forces motrices de l’économie mondiale – et ainsi de suite.

Comme ces arguments sonnent creux, à présent ! Il y a une baisse globale des prix de l’immobilier. L’économie mondiale ralentit. Les économies américaine et européenne ralentissent déjà de façon significative, et comme de nouvelles faillites bancaires sont inévitables, ce processus se poursuivra. Il est vrai que les soi-disant « pays émergents » continuent de croître. Mais il est impensable qu’ils puissent rester à l’écart de la crise générale. Bien sûr, ce processus se développera sur une certaine période, et de façon inégale. Les différents pays seront frappés par la crise plus ou moins rapidement. Mais au final, ils seront tous happés.

Peu importe dans quel pays cela commence. Dans les conditions modernes, la crise passera inévitablement d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre. Cette fois-ci, cela a commencé aux Etats-Unis, le pays où la manie de la spéculation a été portée à des niveaux extrêmes. Mais rapidement, et contre tous les pronostics des économistes, cela s’est étendu à l’Irlande, l’Espagne, la Grande-Bretagne et l’ensemble de l’Europe. Les répercussions frapperont l’Amérique latine, l’Asie et l’Afrique. Les pays seront touchés les uns après les autres, comme des dominos. La Chine ne fera pas exception – bien qu’elle continue de croître, pour le moment.

Dans une crise, les capitalistes sont obligés de prendre des mesures extraordinaires pour s’accaparer une partie d’un marché qui s’étiole. Ils se livrent au discount (baisse des prix), au dumping et autres moyens de contrecarrer leurs compétiteurs. Ce faisant, ils aggravent la crise en alimentant une spirale déflationniste. Les gens retardent leurs achats en prévision d’une baisse des prix – et, ce faisant, poussent les prix vers le bas. On voit clairement ce phénomène dans le marché immobilier.

La contagion s’étend d’un pays à l’autre comme une incontrôlable épidémie. Il apparaîtra évident que chaque pays a trop exporté (c’est-à-dire, trop produit) et trop importé (trop commercé). Il sera évident que tous ont abusé du crédit et allumé les flammes de l’inflation et de la spéculation, qui doivent à présent être éteintes, même au prix fort. Autrement dit, on ne parle pas de tel ou tel pays, de telle ou telle banque ou de tel ou tel spéculateur individuel – mais du système lui-même. Il est vrai qu’aucune crise ne dure éternellement. A long terme, un nouvel équilibre sera atteint et un nouveau cycle économique s’engagera. Mais rien de tel n’est en vue, à ce stade. La crise n’est pas terminée. Elle a à peine commencé. Personne ne sait combien de temps elle durera. Et de toutes façons, comme le disait Keynes : « A long terme nous sommes tous morts. »

Il est facile d’être sage après l’événement. Les économistes bourgeois sont excellents lorsqu’il s’agit de prédire des choses qui se sont déjà produites. En la matière, ils font penser aux auteurs de l’Ancien Testament, qui prédisaient avec une précision infaillible des événements qui s’étaient produits plusieurs siècles auparavant. Cela impressionne des gens crédules comme les Témoins de Jéhovah, qui y voient la preuve de l’inspiration divine de la Bible. D’autres, plus sceptiques et scientifiques, accueillent de telles « prédictions » d’un grand rire. Toujours est-il que les mêmes gens qui raillaient les marxistes et nous assuraient qu’il n’y aurait pas de crise se tordent à présent les mains de désespoir. Ils nous informent que nous vivons la crise la plus grave depuis les années 30, et espèrent que personne ne remarquera la contradiction flagrante entre ce qu’ils disent aujourd’hui et ce qu’ils disaient hier.

Le fait est que depuis 20 ou 30 ans, les économistes bourgeois n’ont rien compris et rien anticipé. Ils n’ont vu venir ni les crises, ni les reprises. Ils ont passé des décennies à essayer de nous expliquer que le cycle économique avait été aboli, que le chômage de masse était une chose du passé, que le monstre de l’inflation avait été apprivoisé, etc. Et bien évidemment, tous les politiciens réformistes ont cru et répété ces contes de fées. Cela montre que les économistes bourgeois ne servent qu’à justifier un système en faillite et dégénéré.

Ce que nous avions prédit

Comparons les perspectives des marxistes à celles des bourgeois. Contrairement aux économistes bourgeois, qui ont commis l’erreur de croire à leur propre propagande, la tendance marxiste a correctement expliqué la réalité de la situation. Dans nos Perspectives pour l’économie mondiale, en 1999, nous écrivions :

« Dans le passé, on disait que le rôle de la Fed était de fermer le bar juste au moment où la fête commençait à battre son plein. Mais ce n’est plus le cas. Tout en se disant publiquement dévoué à l’austérité et à la probité, Alan Greenspan a toléré la création de la plus grande orgie spéculative de l’histoire – même s’il est sans doute conscient des dangers que cela implique. Comme l’empereur Néron, il joue du violon pendant que Rome brûle. Ainsi se vérifie la vieille devise : « Les dieux rendent d’abord fous ceux qu’ils veulent détruire ». »

Dans le même document, nous écrivions :

« A notre époque, les obstacles fondamentaux au développement des forces productives sont la propriété privée des moyens de production et l’Etat-nation. Cependant, le capitalisme peut temporairement et partiellement contourner ces barrières par divers moyens, tels le développement du commerce mondial et l’expansion du crédit. Marx expliquait déjà le rôle du crédit dans le système capitaliste. C’est un moyen par lequel le marché peut être développé au-delà de ses limites normales. De la même façon, l’expansion du commerce mondial peut reporter la crise pour un temps – mais seulement au prix de préparer une crise encore plus catastrophique à l’avenir.

« Comme l’écrivait Marx : « La production capitaliste est constamment engagée dans des tentatives de dépasser ces barrières immanentes, mais elle ne les dépasse que par des moyens qui placent les mêmes barrières sur sa voie, à une échelle encore plus formidable.

«  « Le véritable obstacle de la production capitaliste est le capital lui-même. » (Marx, Le Capital, vol. 3, 15 ; 2-3.)

« Le circuit de la production capitaliste dépend, entre autres, du crédit. La solvabilité d’un maillon de la chaîne dépend de la solvabilité d’un autre maillon, etc. La chaîne peut se briser à différents points. Tôt ou tard, le crédit doit être remboursé en cash. C’est un fait trop souvent oublié par ceux qui s’endettent pendant la phase de croissance. Dans la première phase de l’extension capitaliste, le crédit agit comme un stimulant sur la production :  » Le développement du processus productif étend le crédit, et le crédit mène à une extension des opérations industrielles et commerciales. «  » (Marx, Le Capital, vol. 3, p. 470.)

« Cependant, ce n’est là qu’une face de la pièce. L’extension rapide du crédit et de la dette pousse le marché au-delà de ses limites normales. Mais à un certain stade, cela doit se transformer en son contraire. Pendant le boom, le crédit apparaît illimité, comme la Corne d’Abondance de la mythologie grecque. Mais dès qu’une crise intervient, ces illusions tombent en miette. Les retours sur investissement sont retardés, les marchandises ne trouvent pas d’acheteurs sur des marchés saturés, et les prix baissent. Le développement du marché mondial n’altère pas ce processus fondamental, mais lui donne seulement une dimension beaucoup plus vaste. En dernière analyse, l’accumulation de dettes ne peut que rendre la crise plus profonde et plus longue. L’histoire récente du Japon suffit largement à le confirmer. Après une décennie de croissance caractérisée par une augmentation rapide des valeurs boursières, la bulle a été finalement crevée par une nette augmentation des taux d’intérêt. Cette situation était très semblable à celle des Etats-Unis, aujourd’hui. Le 25 décembre 1989, la banque du Japon a augmenté ses taux d’intérêt et provoqué ainsi une chute brutale des marchés boursiers. Mais comme le prix du foncier continuait de monter, une nouvelle augmentation des taux était nécessaire. Finalement, les taux d’intérêt ont été poussés à 6%, et à la fin de l’année, les valeurs boursières avaient chuté de 40 %. Après cela, la Banque Centrale du Japon a maintenu les taux d’intérêt à un haut niveau. A l’époque, les économistes félicitaient la Banque du Japon pour la prudence de sa politique. Mais le résultat fut de prolonger la récession sur une décennie.

« Avec la mondialisation et l’abolition de limitations sur le crédit et les opérations financières, l’échelle de l’expansion n’a jamais été aussi grande – mais jamais, également, les possibilités d’un crash mondial n’ont été aussi grandes.

« L’expansion du commerce mondial et l’ouverture de nouveaux marchés en Asie ont stimulé la croissance – mais seulement au prix de préparer un plus grand effondrement. Telles sont les perspectives. »

Ces lignes ont été écrites il y a près de dix ans, lorsque l’écrasante majorité des économistes bourgeois niaient toujours la possibilité d’une crise mondiale. Nous sommes en droit de demander : qui a le mieux compris les mécanismes de l’économie mondiale ? Qui a formulé des prédictions correctes ? Les économistes bourgeois ou les marxistes ?

La Chine peut-elle sauver le monde ?

Un vieux proverbe dit : un homme qui se noie s’accrocherait à une paille. Effrayés par la profondeur de la crise, la bourgeoisie et ses apologues cherchent désespérément une paille à laquelle s’accrocher. Jusqu’à récemment, ils plaçaient leurs espoirs sur l’Asie, et en particulier la Chine. Mais la Chine est fermement connectée au marché mondial, et reflétera sa volatilité.

En dépit du retournement économique américain, les exportations chinoises ont continué de croître : de 22% au cours des huit premiers mois de 2008. Cela tient en partie au fait que les entreprises chinoises continuent de trouver de nouveaux marchés dans d’autres économies en voie de développement. Mais c’est simplement reporter l’inévitable. Après la crise de Wall Street et la stagnation en Europe et au Japon, les investisseurs se demandent si la Chine n’est pas, elle aussi, entrée dans la crise. Après cinq ans de croissance rapide, l’économie chinoise est clairement en train de ralentir, dès à présent. Or, un taux de croissance inférieur à 8% aurait de grandes implications pour la Chine et l’économie globale. Les économistes s’inquiètent également du secteur bancaire chinois.

Il y a déjà des signes de faiblesse dans certains secteurs des exportations. Dans la province de Guangdong, l’industrie textile connaît de sérieuses difficultés. D’après des statistiques provinciales, les exportations de textile et d’accessoires ont chuté de 31%, en janvier-juillet 2008, par rapport à la même période de 2007. Les exportations de produits en plastique, de jouets et de lampes stagnent ou reculent, elles aussi. Cela a coïncidé avec une demande faible des Etats-Unis, où les ventes de détail ont reculé en juillet et en août. Au cours des sept premiers mois de l’année, la croissance des exportations globales de Guangdong vers les Etats-Unis a ralenti, à 6,3%. Cela ne peut pas être une coïncidence.

Un euro fort et une augmentation de 27% des exportations de Guangdong vers l’Europe ont compensé les effets d’un dollar faible et d’une contraction du marché américain. Cependant, il y a des signes évidents d’une nette contraction de l’économie européenne, qui est aussi l’un des principaux marchés pour les exportations chinoises. Cela finira par les affecter. « Ce pourrait être le calme avant la tempête », écrit Stephen Green, un économiste de la Standard Chartered à Shangaï.

De sérieuses inquiétudes planent également sur le marché immobilier, qui a été l’une des principales composantes du boom de l’investissement en Chine, ces dernières années. Les ventes et les chantiers ont chuté en août, cependant que la production d’acier, de ciment et de climatiseurs a stagné ou chuté – ce qui est un autre symptôme d’une activité fragile. Les analystes rapportent que le nombre de crédits contractés a également baissé au cours des derniers mois. Jerry Lou, analyste chez Morgan Stanley à Shangaï, écrit : « Nous pensons que la probabilité d’une crise de l’immobilier en Chine est élevée ».

Un retournement du marché immobilier aurait de sérieuses conséquences sur le secteur bancaire. Si la croissance du PIB chinois tombe en dessous de 8%, cela provoquera une baisse encore plus nette des prix de l’immobilier, ainsi qu’une chute de l’investissement privé. Les conséquences sociales et politiques en seront considérables.

Les feux sont au rouge dans d’autres secteurs de l’économie chinoise. Le crash boursier a eu un effet négatif sur la confiance des ménages. Dans les zones urbaines, la croissance des revenus a nettement baissé, cette année. Le mois dernier, les ventes de voitures ont chuté de 6%, et le transport aérien a également nettement reculé, cet été. Gome, le plus grand détaillant de produits électroniques du pays, a également annoncé une chute de 3% de ses ventes, au deuxième trimestre 2008.

Le gouvernement a baissé les taux d’intérêt, ce qui prouve qu’il craint une crise. Ceci dit, la marge de manœuvre de sa politique monétaire est limitée par le danger inflationniste. L’inflation a bondi de 8,7% en février, avant de redescendre à 4,9% en août. Zhou Xiaochuan, le président de la Banque Centrale chinoise, a récemment déclaré : « L’inflation a effectivement ralenti au cours des derniers mois. Cependant, aucun relâchement n’est possible, car elle pourrait rebondir. »

Une récession en Chine – ou même un sérieux ralentissement – aurait de sérieuses conséquences sur le marché mondial, à commencer par les pays producteurs en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique latine. Le prix du cuivre, par exemple, a chuté de 23% au cours des deux derniers mois. C’est en partie dû au ralentissement de la consommation chinoise de cuivre, qui a chuté de plus de moitié, cette année.

A propos des « spéculateurs »

Une humeur critique se développe contre « le marché » – c’est-à-dire contre le capitalisme. En réaction à cette humeur, les politiciens bourgeois du style d’Alec Salmond, du Parti National Ecossais, essayent de détourner la colère des gens du système capitaliste et de la concentrer sur un secteur particulier de la classe capitaliste : les « spéculateurs » de la haute finance.

Tout d’un coup, il est devenu à la mode, parmi les politiciens, de condamner ces individus mystérieux qui ont miné d’aussi vénérables institutions que la Banque d’Ecosse. Cette vieille dame respectable, nous dit-on, est parmi nous depuis trois siècles et a survécu aux guerres napoléoniennes, au crash de Wall Street et aux deux guerres mondiales – pour finir par être détruite par un gang de requins avides en costumes de marque et lunettes noires. Ce genre d’« explications » n’explique rien du tout. Comment se fait-il qu’un petit nombre d’individus cupides ait concentré tant de pouvoir ? Qui sont ces gens ? Comment s’appellent-ils ? Où vivent-ils ? Nul ne le sait. Mais en période de crise, il est toujours pratique d’avoir quelqu’un à blâmer. Et si ce quelqu’un se trouve être parfaitement anonyme et introuvable, c’est encore mieux.

Tout d’un coup, les « spéculateurs » commencent à jouer le même rôle, dans le domaine économique, qu’Al-Qaïda dans celui de la politique internationale. En réalité, tous les banquiers et capitalistes sont des spéculateurs. Et ils sont bien obligés de l’être, car le système capitaliste repose sur la spéculation. Il repose également sur la cupidité. Nier la cupidité, c’est nier les mécanismes de l’économie de marché, qui reposent sur la soif de profit. En dernière analyse, c’est la soif de profit qui est le moteur du capitalisme, et il en est ainsi depuis ses origines. Ah, oui, mais les capitalistes sont devenus trop cupides ! Ils gagnent trop d’argent ! C’est ce qu’écrit David Walker, président de la Fondation Peter G. Peterson :

« Y a-t-il des leçons à tirer de la crise des subprimes ? La réponse est oui. Les actions récentes ont été rendues nécessaires du fait de l’échec du gouvernement à établir une structure efficace de régulation des crédits, des produits dérivés et autres titres. La cupidité l’a emporté. Fannie Mae et Freddie Mac sont sortis de leur mission publique originelle pour se concentrer sur le profit et le gain personnel. » (The Financial Times, le 22 septembre 2008)

C’est parfaitement exact. Alors que les travailleurs ne touchent une prime qu’en fonction des résultats, les patrons se payent des sommes obscènes quels que soient les résultats. Ces faits sont bien connus. Pendant des années, les travailleurs ont grincé des dents face aux injustices et aux inégalités. Mais puisque l’économie allait de l’avant, puisque le marché semblait profiter à tout le monde (quoique très inégalement), puisque la presse et la télévision chantaient en chœur sa gloire, et puisque les politiciens de tous les partis allaient dans le même sens – les travailleurs ont accepté l’argument selon lequel « ce qui est bon pour les patrons est bon pour nous ».

« Économie concentrée »

Lénine remarquait que la politique est de l’économie concentrée. La crise économique qui balaye le monde a de très sérieux effets sur la psychologie de toutes les classes, à commencer par les capitalistes eux-mêmes. Lorsque le capitalisme allait de l’avant, la pression des idées bourgeoises sur la classe ouvrière et ses organisations redoublait d’intensité. En Grande-Bretagne, il n’y a pas eu de sérieuse récession depuis plus de deux décennies. Par conséquent, les arguments des politiciens et des économistes bourgeois (qui travaillent main dans la main) sur les vertus miraculeuses du « libre marché » ont trouvé un écho dans la classe ouvrière elle-même, et tout particulièrement dans sa direction.

C’était la base matérielle de la dégénérescence complète des dirigeants de la social-démocratie, des partis « communistes » et des syndicats. En Grande-Bretagne, qui était à l’avant-garde de la réaction capitaliste pendant des décennies, ce fut le terreau sur lequel le « New Labour » a fleuri, sous la direction du Révérend Anthony Blair.

Pour les militants du mouvement ouvrier, cette période semblait un cauchemar sans fin. Il semblait n’y avoir aucune limite à la dégénérescence des dirigeants des organisations de masse, aucun abîme où ils ne soient capables de sombrer, aucun acte vil qu’ils ne soient capables d’accomplir pour satisfaire la classe dirigeante et, bien sûr, le Marché. Le découragement des militants a mené à l’apathie. Les organisations de masse traditionnelles se sont vidées de leurs militants, tout en se remplissant de carriéristes petit-bourgeois à la recherche d’un emploi ou d’une promotion. Cela a à son tour accentué le virage vers la droite de ces organisations, qui a renforcé les désillusions des travailleurs. C’était un cercle vicieux qui se nourrissait lui-même et a duré jusqu’à aujourd’hui. Mais désormais, les choses commencent à changer rapidement.

La conscience humaine est en général conservatrice. Les gens ont normalement peur du changement et s’accrochent à ce qui leur est familier. Les habitudes, la routine et les traditions pèsent lourdement sur la conscience des masses, qui est à la traîne des événements. Mais il y a des moments décisifs, dans l’histoire, où les événements s’accélèrent jusqu’au point critique où la conscience rattrape soudainement son retard. Nous sommes précisément en train de parvenir à un tel point critique.

Ce qui est vrai des nations industrialisées est encore plus vrai des pays sous-développés. En Asie, en Afrique et en Amérique latine, la population vivant sous le seuil de pauvreté augmente rapidement. Un rapport récemment publié par les Nations-Unies révèle qu’un enfant sur quatre y est sous-alimenté. Plus de 500 000 femmes meurent chaque année lors d’un accouchement ou suite à des complications liées à la grossesse. Un tiers de la population urbaine des pays sous-développés vit dans des bidonvilles. L’été dernier, un rapport de la Banque Inter-Américaine a prévenu que l’augmentation des prix allait plonger 26 millions de Latino-américains dans des conditions d’extrême pauvreté. Telle est la situation au terme d’une longue phase de croissance économique, à l’échelle mondiale. C’est ce que le capitalisme a de mieux à offrir. Mais qu’en sera-t-il dans les conditions d’une crise économique ?

Par conséquent, nous faisons face à un phénomène mondial qui est lourd d’implications révolutionnaires. La mondialisation se manifeste comme une crise mondiale du capitalisme.

Quelle est la solution ?

On nous explique que la crise actuelle est la conséquence d’un manque de régulation des risques excessifs qui ont été pris, dans le système financier, en particulier aux Etats-Unis. Ainsi, on nous dit « qu’il faut s’assurer que cela ne se reproduise pas. » Quelle ironie ! Ces trois dernières décennies, les économistes et politiciens bourgeois nous expliquaient précisément l’inverse, à savoir que toute forme de régulation était mauvaise pour les affaires et devait être éliminée (c’était particulièrement le cas du secteur financier).

Les déclarations sur la nécessité d’encadrer les « bonus excessifs » et de réguler les rémunérations des patrons ne sont que pure démagogie. Comment vont-ils accomplir pareils miracles ? Par quels mécanismes ? Les banquiers ont mille et un moyens de contourner toute régulation. Ils ont des comptabilités parallèles qui rendent impossible la découverte de leurs activités frauduleuses. Même le gouvernement américain recourt à ce type d’astuces pour cacher l’ampleur réelle de la dette publique.

L’idée de « réguler » les marchés boursiers est absurde. Pour que le marché puisse fonctionner, il faut que les gens puissent acheter et vendre des actions, et ils doivent le faire sur la base d’une estimation du cours à venir de l’action – montant ou descendant. L’idée qu’il n’est autorisé d’acheter des actions que lorsqu’elles augmentent est une évidente absurdité.

La conclusion est assez claire. Soit on a une économie de marché basée sur la course au profit, soit on a une économie nationalisée et planifiée. Mais le « capitalisme régulé » est une contradiction dans les termes.

Ce qu’il faut, c’est éliminer ces casinos grotesques qui décident du sort de millions de personnes, et remplacer l’anarchie capitaliste par une société rationnelle reposant sur une économie planifiée. On dit que les mesures prises par Bush et Brown constituent des nationalisations. Mais ces mesures n’ont rien en commun avec l’idée socialiste de nationalisation. Elles ne sont pas destinées à arracher le pouvoir économique des mains des parasites millionnaires qui constituent un obstacle monstrueux sur la voie du progrès social. Au contraire, elles représentent une tentative de protéger les intérêts de ces parasites en les subventionnant massivement – en puisant dans les poches des travailleurs et des classes moyennes.

Les marxistes sont radicalement opposés à ces mesures, qui n’ont rien à voir avec d’authentiques nationalisations, et relèvent d’une sorte de capitalisme d’Etat destiné à sauvegarder le système capitaliste. Elles mènent inévitablement à une concentration du capital, des licenciements massifs, des fermetures de banques, des crédits plus chers et autres mesures anti-sociales. L’Etat récompense les banquiers pour leurs activités néfastes. Il rachète toutes leurs pertes, puis dépense de vastes quantités d’argent des contribuables pour les rendre rentables, et lorsque c’est fait, il les revend aux banquiers, qui réalisent ainsi un coup double aux dépens de la société. Ceux-ci peuvent alors reprendre toutes leurs activités spéculatives, à nouveau.

Il faut arracher au secteur privé les principaux leviers de l’économie en nationalisant les banques, les compagnies d’assurance et les grandes entreprises – avec un minimum d’indemnisation, uniquement sur la base d’un besoin prouvé. Ce n’est que lorsque les forces productives seront sous le contrôle de la société qu’il sera possible d’établir un plan de production socialiste rationnel, où les décisions seront prises dans l’intérêt de la société, et non plus d’une poignée de riches parasites et de spéculateurs.

Telle est l’idée fondamentale du socialisme. C’est une idée qui, désormais, sera comprise et acceptée par des millions de gens qui, jusqu’alors, la considéraient irréaliste. Les gens qui manifestaient, devant Wall Street, contre le Plan Paulson, n’étaient pas socialistes. Il y a à peine 12 mois, ils auraient sans doute défendu l’économie de marché. Ils n’ont jamais lu Marx et se considèrent sans doute comme des Américains patriotes. Mais la vie enseigne, et dans de telles situations, les gens apprennent davantage en quelques jours que sur toute une vie. Aujourd’hui, les travailleurs des Etats-Unis apprennent rapidement. Et comme le disait Victor Hugo : « Aucune armée n’est aussi puissante qu’une idée dont l’heure est venue. »

Alan Woods (26 septembre 2008)

Publication : lundi 6 octobre 2008

La barbarie, la civilisation et la conception marxiste de l’histoire pointrouge

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La barbarie, la civilisation et la conception marxiste de l’histoire

Pemière partie

Henry Ford aurait dit que « l’histoire est un tas d’absurdités » – autrement dit un non-sens. C’est une façon peu élégante de formuler une idée qui a gagné du terrain au cours de ces dernières années. L’illustre fondateur de l’entreprise automobile a par la suite affiné sa définition : « l’histoire n’est qu’une foutue chose après l’autre », corrigeait-il. C’est un point de vue.

La même idée, tout aussi fausse, est exprimée de manière plus subtile par les amateurs d’une certaine philosophie post-moderne à laquelle beaucoup de gens prêtent attention. En réalité, il ne s’agit pas d’une idée récente. Le grand historien Edward Gibbon, auteur du Déclin et chute de l’Empire romain, écrivait que l’histoire n’est rien de plus que « le registre des crimes, des folies et des infortunes de l’homme. »

On nous présente ici l’histoire comme essentiellement dépourvue de sens, comme une série inexplicable d’événements accidentels. Elle ne serait gouvernée par aucune loi qu’on puisse découvrir. Par conséquent, il serait vain d’essayer d’y comprendre quelque chose. D’après une variante de cette idée en vogue dans les cercles académiques, il n’y aurait rien qui ressemble à un niveau supérieur de développement social et culturel. Le « progrès », explique-t-on, n’est qu’une vieille mode que nous héritons du XIXème siècle, lorsque cette notion était popularisée par les libéraux Victoriens, les socialistes Fabiens – et Karl Marx.

L’idée que l’histoire ne connaît aucun progrès est caractéristique de la psychologie de la classe dominante à l’époque du déclin du système capitaliste. C’est un reflet évident du fait que, sous le capitalisme, le progrès a effectivement atteint ses limites. Naturellement, les capitalistes et leurs intellectuels refusent de le reconnaître : ils en sont d’ailleurs organiquement incapables. Lénine remarquait qu’un homme au bord du précipice ne raisonne pas. Ceci dit, ils sont quand même obscurément conscients de la situation, et s’efforcent de trouver une justification à l’impasse de leur système en niant la possibilité du progrès en général.

Cette idée a si profondément pénétré dans la conscience qu’elle a même pris la forme d’une théorie tendant à nier l’évolution humaine. Même un penseur aussi brillant que Stephen Jay Gould – dont la théorie dialectique des équilibres ponctuels a transformé la façon dont on perçoit l’évolution – explique qu’on ne peut pas parler de progrès dans l’évolution, de sorte que les microbes sont à mettre sur le même plan que les êtres humains. En un sens, il est vrai que tous les êtres vivants sont liés (comme l’atteste la génétique). L’homme n’est pas la création spécifique du Tout-Puissant, mais le produit de l’évolution. Et il serait effectivement incorrect de considérer l’évolution comme une sorte de grand plan préconçu dont nous serions le résultat (vision téléologique, du grec telos : orienté vers une fin). Cependant, lorsqu’on rejette une idée fausse, il n’est pas nécessaire de sombrer dans l’erreur inverse.

Il ne s’agit pas d’accréditer l’idée que l’histoire obéit à un plan préconçu, qu’il s’agisse d’un plan divin ou de toute autre forme de téléologie. Mais il n’en reste pas moins vrai que les lois inhérentes à la nature déterminent l’évolution de formes simples vers des formes complexes de vie. Les premières formes de vie contiennent en elles l’embryon de tous les développements futurs. Il est possible d’expliquer la formation des yeux, des jambes et des autres organes sans recourir à un plan préconçu. A un certain stade, on a le développement d’un système nerveux central et du cerveau. Finalement, avec l’homo sapiens, on arrive à la conscience humaine. La matière devient consciente d’elle-même. Il n’y a pas eu de révolution aussi importante depuis le développement de la matière organique (la vie) à partir de la matière inorganique.

Pour être tout à fait juste, il faudrait ajouter : de notre point de vue. Si les microbes étaient capables d’avoir un point de vue, il est probable qu’ils nous opposeraient de sérieuses objections. Mais nous sommes des êtres humains et nous voyons nécessairement les choses de notre point de vue d’hommes. Et nous affirmons en effet que l’évolution réalise un développement de formes de vie simples à des formes plus complexes – autrement dit un progrès vers des formes supérieures de vie. Récuser une telle affirmation reviendrait à abandonner une approche scientifique au profit d’une approche purement scolastique. En disant cela, on ne veut surtout pas offenser les microbes qui, après tout, sont là depuis longtemps et, si le capitalisme n’est pas renversé, pourraient bien avoir le dernier mot.

Culture et impérialisme

Si, pour ne pas offenser les microbes et les autres espèces, on ne peut faire référence à des niveaux plus ou moins élevés de formes de vie, alors on peut encore moins affirmer que la barbarie représente un niveau de développement culturel et social inférieur à l’esclavagisme – sans même parler du capitalisme. Or, dire que les Barbares ont leur propre culture ne nous mène pas loin. Depuis que les premiers hommes ont produit des outils de pierre, on peut dire que toutes les périodes historiques ont vu le développement d’une culture propre. Il est vrai que ces cultures n’ont pas été suffisamment appréciées. La classe capitaliste a toujours eu tendance à exagérer la richesse de certaines cultures au détriment d’autres. Derrière ce genre de favoritisme se cache les intérêts de ceux qui cherchent à opprimer, exploiter, et tentent de couvrir cette oppression et cette exploitation sous le voile hypocrite de la supériorité culturelle.

C’est sous cette bannière que les chrétiens du nord de l’Espagne ont détruit le système d’irrigation et les autres éléments de la merveilleuse culture islamique andalouse, et ont ensuite détruit les cultures florissantes des Aztèques et des Incas. C’est aussi sous cette bannière que les colonialistes français, britanniques et allemands ont systématiquement asservi les populations d’Afrique, d’Asie et du Pacifique. Non contents de réduire ces populations à l’état de bêtes de somme, ils leur ont pris leur âme en même temps que leurs terres. En leur volant leur identité culturelle, les missionnaires chrétiens ont fini le travail commencé par les soldats et les négriers.

Tout cela est parfaitement vrai, et il est nécessaire de traiter la culture de tous les peuples avec le respect et la considération qu’elle mérite. Chaque période historique, chaque peuple a ajouté quelque chose au trésor de la culture humaine qui est notre héritage collectif. Mais cela signifie-t-il que toutes les cultures se valent ? Peut-on affirmer qu’entre les premières statues en pierre des temps préhistoriques (dont certaines indiquent un remarquable sens esthétique) et les statues de Michel Ange, aucun progrès esthétique n’est discernable ? En un mot, peut-on parler de progrès dans l’histoire de l’homme ?

En logique, il existe une méthode bien connue consistant à rendre un argument complètement absurde en le poussant à l’extrême. On remarque ce genre de procédé dans certains courants modernes d’anthropologie, de sociologie et d’histoire. C’est un fait avéré que, sous le capitalisme, la science devient d’autant moins scientifique qu’elle s’approche de la société. Les soi-disant sciences sociales n’ont souvent rien à voir avec la science, et tout à voir avec des tentatives à peine déguisées de justifier le capitalisme, ou tout au moins de discréditer le marxisme (ce qui revient au même). C’était certainement vrai par le passé, lorsque des soi-disant anthropologues faisaient de leur mieux pour justifier l’asservissement de « races arriérés » en dénigrant leur culture. Mais aujourd’hui que certaines écoles de pensée tentent de tordre le bâton dans l’autre sens, les choses ne vont pas mieux.

Il est clair que les impérialistes ont délibérément sous-estimé et même nié les cultures des « peuples arriérés » d’Afrique, d’Asie, etc… Le poète anglais pro-impérialiste Kipling (auteur du Livre de la Jungle) les a qualifiées de « races inférieures et sans loi ». Cet impérialisme culturel était à n’en pas douter une tentative de justifier l’asservissement de millions d’individus. Il est tout aussi clair que les actions les plus barbares et inhumaines du passé ne sont rien devant les horreurs qu’infligent au genre humain le très « civilisé » système capitaliste et son prolongement : l’impérialisme.

On est face à un terrible paradoxe : plus l’humanité développe de forces productives, plus il y a d’avancées technologiques et scientifiques – et plus la majorité de la population mondiale subit l’oppression, la famine, les souffrances et la misère. Ce fait a même été reconnu par des défenseurs du système capitaliste. Mais ils ne font rien pour y remédier. Et ils ne le peuvent pas, puisqu’ils refusent de reconnaître que l’impasse à laquelle se heurte la société humaine est liée de part en part au système qu’ils défendent. Les capitalistes ne sont d’ailleurs pas les seuls à refuser de tirer les bonnes conclusions : c’est aussi vrai de bien des gens qui se considèrent comme « radicalement » de gauche. Il y a par exemple des gens bien intentionnés qui soutiennent que le développement de la science, de la technologie et de l’industrie est la source de tous nos problèmes, et qu’il serait bon de revenir à des modes d’existence pré-capitalistes !

Les Victoriens avaient une conception de l’histoire très unilatérale : il s’agissait d’une marche triomphale et irrésistible vers les lumières et le progrès – le tout, bien entendu, sous la direction du capitalisme anglais. Cette façon de voir les choses servait, là aussi, à justifier l’impérialisme et le colonialisme. Les anglais « civilisés » sont allés en Inde et en Afrique, armés de la Bible (et d’un certain nombre de vaisseaux de guerre, de canons et de puissants fusils) pour initier les autochtones ignorants aux joies de la culture occidentale. Quant à ceux qui ne manifestaient pas suffisamment d’enthousiasme pour les raffinements de la culture britannique (mais aussi belge, française, hollandaise et allemande), ils étaient rapidement « éduqués » par la pointe des baïonnettes.

Aujourd’hui, les capitalistes sont dans un tout autre état d’esprit. Face à l’évidence d’une crise générale de leur système, ils connaissent les affres de l’incertitude et du pessimisme. Les vieilles chansons sur l’inéluctabilité du progrès humain ne semblent plus adaptées à la cruelle réalité de notre époque. Le simple mot de « progrès » suscite bien des sourires cyniques. Cela n’a rien d’accidentel. Les gens commencent à comprendre qu’aujourd’hui, dans la première décennie du XXIème siècle, le progrès a effectivement marqué un arrêt complet. Mais cela ne fait simplement que refléter l’impasse du capitalisme, qui a depuis longtemps épuisé son potentiel progressiste et s’est transformé en un monstrueux obstacle sur la voie de l’histoire humaine. Dans cette mesure – et dans cette mesure seulement -, on peut nier l’idée de progrès.

Ce n’est pas la première fois que l’on fait face à de tels phénomènes. Durant le long déclin qui a précédé la chute de l’Empire romain, nombreux étaient ceux qui pensaient que la fin du monde approchait. Cette idée était particulièrement vive à l’aube de l’ère chrétienne : c’est elle qui anime tout le Livre des Révélations (l’Apocalypse). Les gens étaient réellement convaincus que le monde touchait à sa fin. En réalité, ce qui touchait à sa fin, c’était un système socio-économique donné – à savoir le système esclavagiste, qui avait atteint ses limites et n’était plus capable de développer les forces productives comme il l’avait fait par le passé.

Un phénomène similaire peut être observé à la fin du Moyen Age : l’idée de la fin du monde y était très en vogue. Les gens suivaient en masse les sectes de flagellants qui traversaient l’Europe et se torturaient eux-mêmes pour expier les péchés du genre humain avant le Jugement Dernier. Ici aussi, ce qui touchait à sa fin n’était pas le monde mais le système féodal, lequel avait épuisé toutes ses potentialités historiques et a été finalement renversé par la classe montante des capitalistes.

Le fait qu’un système socio-économique cesse d’être progressiste et devienne une force réactionnaire faisant obstacle au développement du genre humain ne permet pas de conclure que la notion de « progrès » est vide de sens. Il est faux de dire qu’il n’y a jamais eu de progrès (y compris sous le capitalisme), ni qu’il n’y aura pas de progrès à l’avenir – c’est-à-dire lorsque le capitalisme sera aboli. Ainsi, une idée à première vue raisonnable se révèle être en fait une défense déguisée du capitalisme contre le socialisme. Lui faire la moindre concession reviendrait à passer d’une position révolutionnaire à une position réactionnaire.

Le matérialisme historique

La société est en perpétuelle évolution. La science de l’histoire tente de cataloguer ces changements et de les comprendre. Mais quelles sont les lois qui gouvernent les évolutions historiques ? De telles lois existent-elles seulement ? Si non, alors l’histoire humaine serait complètement incompréhensible, comme le pensaient Gibbon et Henry Ford. Cependant, les marxistes n’appréhendent pas l’histoire de cette façon. De même que les lois gouvernant l’évolution de la vie peuvent être expliquées, et l’on effectivement été – par Darwin, puis plus récemment par les progrès rapides de la génétique -, de même l’évolution des sociétés humaines ont leurs lois propres, qui ont été expliquées, pour la première fois, par Marx et Engels.

Ceux qui nient l’existence de lois gouvernant le développement des sociétés humaines ne manquent jamais d’approcher l’histoire d’un point de vue moral et subjectif. Comme Gibbon, mais sans son extraordinaire talent, ils hochent la tête face au spectacle sans fin de la violence, de « l’inhumanité de l’homme envers l’homme », et ainsi de suite. Cela ressemble plus à un discours de curé qu’à une conception scientifique de l’histoire. Or, nous avons besoin d’une approche rationnelle, et non d’un sermon. Dans l’ensemble des faits isolés, nous devons discerner des tendances de fond, les transitions d’un système social à un autre, et les forces motrices fondamentales qui déterminent ces transitions.

En appliquant à l’histoire les méthodes du matérialisme dialectique, il apparaît que l’histoire humaine a ses lois propres et que, par conséquent, il est possible de la comprendre comme un processus. L’essor et la chute de différents systèmes socio-économiques peuvent être expliqués en termes de capacité ou d’incapacité de développer les moyens de production – et par conséquent d’élargir l’horizon de la culture humaine et sa domination sur la nature.

Le marxisme maintient que les millions d’années de développement de l’humanité représentent un progrès. Mais il ajoute que cela ne s’est jamais fait en ligne droite, contrairement à ce que pensaient les Victoriens, qui avaient une conception de l’histoire vulgaire et non-dialectique. La prémisse fondamentale du matérialisme historique réside dans l’idée que le développement des forces productives est, en dernière instance, la force motrice de l’histoire. Cette conclusion est d’une grande importance puisqu’elle nous permet, à elle seule, d’élaborer une conception scientifique de l’histoire.

Avant Marx et Engels, la plupart des gens considéraient l’histoire comme une série d’événements sans rapport – ou, pour utiliser un terme philosophique, comme une série d’accidents. Aucune explication générale du processus historique n’était proposée : l’histoire n’obéissait à aucune loi inhérente. Dès que l’on adopte ce point de vue, la seule force motrice de l’histoire qui reste, c’est l’action des individus – autrement dit des « grands hommes ». En d’autres termes, on est face à une conception idéaliste et subjectiviste du processus historique. C’était le point de vue des socialistes utopistes qui, malgré la très grande pertinence de leurs critiques à l’égard de l’ordre social existant, ne sont pas parvenus à comprendre les lois fondamentales de l’évolution historique. Pour eux, le socialisme n’était qu’une « bonne idée », autrement dit quelque chose qui aurait pu être pensé il y des milliers d’années comme demain matin. Et dès lors, si le genre humain y avait songé il y a mille ans, on aurait évité pas mal de problèmes !

C’est Marx et Engels qui, les premiers, ont expliqué qu’en dernière instance toute l’évolution du genre humain dépend du développement de ses forces productives. Ils ont ainsi placé l’étude de l’histoire sur des bases scientifiques : car la première condition d’une science, c’est la possibilité de dépasser les cas particuliers pour dégager des lois générales.

Les premiers chrétiens étaient des communistes, bien que leur communisme était d’un genre utopique, basé sur la consommation et non sur la production. Mais ces premières formes de communisme n’ont menées nulle part, et ne pouvaient mener nulle part, dans la mesure où le niveau de développement des forces productives, à ce moment, ne permettait pas l’émergence d’un véritable communisme.

Ces derniers temps, les cercles intellectuels « de gauche » caressent à leur tour l’idée qu’il n’y a pas de progrès historique. Ces tendances représentent, dans une certaine mesure, une réaction saine au genre d’impérialisme culturel et d’« eurocentrisme » dont il a été question plus haut. Ces intellectuels européens nous expliquent que toutes les cultures se valent. De cette façon, ils ont le sentiment de compenser un peu les pillages et les massacres systématiques perpétrés par nos ancêtres sur les peuples ex-coloniaux – lesquels pillages et massacres continuent aujourd’hui sous différents déguisements.

L’intention de ces gens est sans doute louable, mais leurs théories n’en sont pas moins complètement fausses. Tout d’abord, remarquons que les centaines de millions d’individus opprimés d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine ne tireront pas grand avantage de savoir que des intellectuels européens ont redécouvert leurs anciennes cultures et les tiennent en haute estime. Les gestes symboliques et le radicalisme terminologique ne peuvent remplacer la véritable lutte contre l’impérialisme et le capitalisme. Et pour que cette lutte soit victorieuse, il faut la placer sur des bases solides. La première condition du succès réside donc dans une lutte acharnée pour défendre les idées du marxisme. Il est nécessaire d’établir la vérité et de se battre contre toutes les formes de préjugés racistes et impérialistes. Mais en combattant une idée fausse, il faut faire attention de ne pas aller trop loin, dans la mesure où, poussée à l’extrême, une idée correcte devient toujours incorrecte.

L’histoire de l’humanité n’est pas une ligne ininterrompue vers le progrès. Elle comporte des lignes ascendantes et des lignes descendantes. Il y a eu des époques durant lesquelles, pour différentes raisons, la société a reculé, le progrès s’est interrompu, et la civilisation et la culture ont été mises à mal. C’était le cas en Europe après la chute de l’Empire romain, durant la période que les Anglais appellent l’« âge des ténèbres » (Dark Ages). Récemment, certains courants intellectuels ont réécrit l’histoire de façon à présenter les Barbares sous une lumière plus favorable. Ce n’est pas « plus scientifique » ou « plus objectif », mais simplement enfantin.

Comment ne pas poser le problème

Récemment, une chaîne de télé anglaise a diffusé une émission en trois parties sous le tire Les Barbares. Elle était présentée par Richard Rudgley, anthropologue auteur des Civilisations perdues de l’âge de pierre. Après avoir vu la deuxième partie, consacrée aux Angles et aux Saxons, les tribus germaniques qui ont envahi les îles britanniques, je pense avoir compris quelle était la thèse centrale de Richard Rudgley. Son idée est que les envahisseurs ont laissé derrière eux une société plus civilisée que celle qu’ils ont conquis. Et il explique : « L’esclavage caractéristique de l’Empire romain a été remplacé par une société plus juste dans laquelle le travail et l’artisanat étaient encouragés et valorisés. »

Les gens s’imaginent généralement l’Angleterre romaine comme une société hautement civilisée que les tribus d’envahisseurs barbares ont brutalisée. Et bien non, nous explique Rudgley : « Dans mon voyage pour comprendre cette époque, j’ai découvert que bien des choses qui me sont chères ont leurs racines, non dans la civilisation romaine, mais dans le monde que les Barbares ont édifié sur les ruines de l’Empire romain ».

Rudgley a fait une découverte stupéfiante : les Saxons savaient construire des bateaux – et des rapides, par-dessus le marché ! Il ajoute que les Barbares ont amené avec eux un savoir-faire artisanal impressionnant. Il explique : « Leurs aptitudes étaient immenses. Regardez, par exemple, leurs joailleries, ou encore leur travail sur le métal et le bois ». Mais les Romains savaient construire des bateaux – et aussi des routes, des aqueducs, des villes et bien d’autres choses de cet ordre. Or Rudgley semble ne pas avoir relevé un petit détail : toutes ces merveilles de la civilisation romaine ont été détruites ou négligées par les Barbares, ce qui a mené à un ralentissement catastrophique du commerce et à une chute brutale du développement des forces productives et de la culture.

Il cite avec enthousiasme les mots du célèbre fabricant d’épée, Hector Cole : « Les fabricants d’épée saxons étaient des spécialistes. Ils fabriquaient des lames structurées 600 ans avant les Japonais ».C’est indubitable. Toutes les tribus barbares de cette époque étaient expertes en matière militaire et l’ont prouvé en transperçant la défense romaine comme une lame chaude traverse le beurre. Les Romains de la fin de l’Empire ont même commencé à imiter certaines des méthodes militaires barbares. Ils ont notamment adopté l’arc court, que les Huns avaient perfectionné. Mais rien de tout cela ne prouve que les Barbares se situaient à un niveau de développement culturel comparable à celui des Romains, et encore moins à un niveau supérieur.

Rudgley explique encore que le débarquement en Angleterre des Angles et des Saxons n’était pas une invasion massive dirigée par des chefs militaires ; au contraire il se serait simplement agi de petits groupes pacifiques venus chercher de nouvelles terres. Ici, notre anthropologue télévisuel confond différentes choses. Sans doute les Barbares recherchaient-ils de nouveaux territoires sur lesquels s’installer. Il existe certainement différentes causes qui expliquent les migrations massives du Vème siècle. Certains avancent l’idée qu’un changement climatique aurait fait monter le niveau de la mer jusqu’en Hollande et au nord de l’Allemagne, ce qui aurait rendu ces régions inhabitables. Une explication plus classique souligne que les migrants étaient sous la pression de tribus venues de l’Est. La vérité est sans doute dans une combinaison de ces facteurs et d’autres encore. En général, les causes de ce genre de migrations massives peuvent relever de l’accident historique. Mais ce qui est important, c’est le résultat historique. Et c’est cela qui est en question.

Les premiers contacts entre Romains et Barbares n’avaient pas nécessairement un caractère violent. Un commerce considérable s’est développé, des siècles durant, le long de la frontière orientale de l’Empire, ce qui a mené à une progressive romanisation des tribus vivant à proximité. Nombre d’entre elles sont devenues des mercenaires au service de la légion romaine, qu’elles intégraient parfois complètement. Alaric, le premier chef gothique a être entré dans Rome, n’était pas seulement un ancien soldat de Rome : il était chrétien (bien que du genre arien). Il est aussi certain que les premiers Saxons à entrer en Grande-Bretagne étaient des commerçants, des mercenaires et des colons pacifiques. C’est ce qu’indique clairement la tradition suivant laquelle ils étaient invités en Grande-Bretagne par son « roi » romanisé Vortigern, après le départ des légions romaines.

Mais c’est à ce stade que l’analyse de Rudgley commence à se briser. Il passe complètement à côté du fait que les relations commerciales entre nations civilisées et Barbares sont invariablement complétées par la piraterie, l’espionnage et la guerre. Les commerçants barbares prêtaient une grande attention aux forces et faiblesses des nations avec lesquelles ils étaient en contact. Au premier signe de faiblesse, les « pacifiques » relations commerciales étaient remplacées par l’action de bandes armées spécialisées dans le pillage et la conquête. Il suffit de lire l’Ancien Testament pour voir que c’était précisément ce type de relations qui existait entre les tribus semi-nomades israélites et les Canaanites de l’époque, lesquels, en tant que peuple urbain civilisé, se situaient à un niveau de développement supérieur.

L’idée que le niveau de développement culturel des Romains était supérieur à celui des Barbares peut-être démontrée par le fait suivant : alors que les Barbares sont parvenus à conquérir l’Empire romain, ils ont en fait été rapidement absorbés par la civilisation romaine, et ont même abandonné leur langage au profit de dialectes du Latins. Ainsi, les Francs, qui ont donné leur nom à la France, étaient une tribu germanique qui parlait une langue en rapport avec l’allemand moderne. La même chose est arrivée aux tribus germaniques qui ont envahi l’Espagne et l’Italie.

Il semble y avoir une exception remarquable à cette règle : les Angles et les Saxons qui ont envahi la Grande Bretagne n’ont pas été absorbés par le peuple plus avancé des Celtes romano-britanniques. En effet, l’anglais est une langue fondamentalement germanique (bien que des éléments de français s’y soient rajoutés plus tard, au XIèmesiècle). Dans la langue anglaise, le nombre de mots d’origines celtiques est insignifiant, alors que l’espagnol compte par exemple un grand nombre de mots d’origine arabe (les Arabes étaient à un niveau de développement culturel supérieur aux chrétiens hispanophones qui les ont conquis). La seule explication à l’« exception » britannique réside dans le fait que les Barbares anglo-saxons (dont Mr Rudley aime vanter le pacifisme) ont mené une politique de génocide contre les Celtes, dont ils ont pris les terres à la suite d’une sanglante guerre de conquête.

Sentimentalisme ou science ?

On peut donc fermement établir la loi suivante : un peuple d’envahisseur dont la culture se situe à un niveau inférieur à celle du peuple conquis sera finalement absorbé par la culture de ce dernier, et non l’inverse. On pourrait objecter que cela s’est passé ainsi parce que le nombre des envahisseurs était relativement faible. Mais cela ne tient pas à l’analyse. Premièrement, comme Mr Rudgley le dit lui-même, les migrations étaient massives, impliquant des peuples entiers. Deuxièmement, de nombreux autres exemples historiques prouvent que cette objection ne tient pas la route.

Les Mongols qui ont envahi l’Inde et y ont instauré la dynastie mongole – laquelle a duré jusqu’à la conquête anglaise de l’Inde – ont été complètement absorbés par le mode de vie très avancé des Indiens. C’est exactement la même chose qui s’est passée en Chine. Cependant, lorsque les britanniques ont conquis l’Inde, ils n’ont pas été absorbés par la culture indienne. Au contraire, comme l’expliquait Marx, ils ont complètement bouleversé la société indienne, vieille de plusieurs millénaires. Comment était-ce possible ? Seulement parce que la Grande Bretagne, où le système capitaliste se développait rapidement, se situait à un niveau de développement supérieur à celui de l’Inde.

Bien sûr, on peut dire qu’avant l’arrivée des britanniques, les Indiens avaient une très grande culture. Les conquérants européens considéraient les Indiens comme des demi-barbares, mais rien ne pouvait être plus loin de la vérité. Sur la base du très ancien mode de production asiatique, la culture indienne avait atteint des niveaux prodigieux. Ce qu’ils ont réalisé dans les domaines de l’architecture, de la sculpture, de la musique et de la poésie était si brillantque cela a même suscité l’admiration des représentants les plus cultivés de l’Empire britannique.

On peut tout aussi bien regretter le fait que les Britanniques aient si brutalement traité les Indiens, c’est-à-dire au moyen d’une combinaison de mensonges et de massacres. Tout cela est vrai, mais la question importante demeure : pourquoi les britanniques n’ont-ils pas, à l’instar des Mongols, été absorbés par la culture indienne ? Dans ce cas, le nombre de britanniques qui se sont installés en Inde était insignifiant comparé aux millions d’individus peuplant ce vaste continent. Et pourtant, deux siècles plus tard, ce sont les Indiens qui apprenaient l’anglais, et non l’inverse.

Aujourd’hui, un demi-siècle après le départ des britanniques, l’anglais est toujours la langue officielle de l’Inde et reste la langua franca des Indiens et Pakistanais les plus éduqués. Pourquoi ? Simplement parce que le capitalisme représente un niveau de développement supérieur au féodalisme ou au mode asiatique de production. Voila le fond de la question. S’en plaindre et protester contre l’« impérialisme culturel » peut avoir une certaine valeur dans le domaine de l’agitation, et la conduite barbare de l’impérialisme ne fait aucun doute. Mais d’un point de vue scientifique, cela ne nous mène pas bien loin.

Aborder l’histoire d’un point de vue sentimental est pire qu’inutile. L’histoire ne se déroule pas suivant les principes d’une quelconque morale. La première chose à faire, lorsqu’on veut comprendre l’histoire, c’est de mettre de côté tout ce qui relève de la morale : il n’y a pas de morale « supra-historique » – ou de « morale universelle » – mais seulement des morales particulières qui correspondent à des périodes historiques et à des formations socio-économiques particulières, en dehors desquelles elles n’ont plus aucune pertinence.

Par conséquent, d’un point de vue scientifique, il est vain de comparer les valeurs morales, par exemple, des Romains et des Barbares, des Anglais et des Indiens, ou encore des Mongols et des Chinois. Des pratiques barbares et inhumaines ont existé à toutes les époques de l’histoire. Donc, si on prend ce critère pour juger de la race humaine, on risque d’en tirer de très pessimistes conclusions (certains l’ont d’ailleurs fait). On peut aussi dire que plus les forces productives de l’humanité se développent, plus la souffrance et la misère affectent un grand nombre de gens. De ce point de vue, la première décennie du XXIème siècle semble confirmer tous les jugements pessimistes sur l’histoire de l’humanité.

Certaines personnes en sont arrivées à la conclusion que, peut-être, le problème vient de ce qu’il y a eu trop de développement, trop de progrès, trop de civilisation. Ne serait-on pas plus heureux si on vivait dans la simplicité d’un environnement agricole (et dans le respect, bien entendu, de toutes les règles écologiques), où on labourerait nous-mêmes notre champ (sans tracteur), fabriquerait nos habits, cuirait notre pain – et ainsi de suite ? Autrement dit, ne serait-on pas mieux si l’on en revenait… à la barbarie ?

Etant donné l’état lamentable de la société et du monde capitalistes, on comprend aisément qu’il y ait des gens qui veulent s’évader de cette réalité et en revenir aux temps de l’« âge d’or ». Le problème, c’est que cet âge n’a jamais existé. Ceux – généralement des classes moyennes – qui parlent abondamment des délices de la vie du bon vieux temps des communes agricoles ne savent habituellement pas combien les conditions d’existence étaient alors difficiles. Citons le manuscrit d’un moine médiéval qui, à la différence de nos nostalgiques modernes, savait ce qu’était la vie sous le féodalisme. Il s’agit d’un extrait d’un livre d’enseignement de conversation en Latin :

« Le maître : Que fais-tu, paysan, et comment travailles-tu ?

L’élève : Maître, je travaille très dur. Je sors à l’aube pour conduire mes bœufs dans les champs, puis je laboure les champs. Quelle que soit la dureté de l’hiver, je n’ose pas rester chez moi de peur de mon seigneur. Après avoir fixé l’attelage du bœuf et fixé le soc et le harnais à la charrue, je dois chaque jour labourer une acre (environ 50 ares), et parfois plus.

Le maître : As-tu quelqu’un avec toi ?

L’élève : J’ai un garçon qui dirige les bœufs. Il a la voix cassée par le froid et les cris.

Le maître : Quels autres travaux as-tu à faire au cours d’une journée ?

L’élève : J’en ai bien d’autres. Je dois remplir de foin l’écuelle des bœufs, leur donner de l’eau et sortir le fumier.

Le maître : C’est un travail difficile ?

L’élève : Oui, très difficile, parce que je ne suis pas libre. »

Quelques semaines de ce style de vie constitueraient sans doute un excellent remède aux illusions des plus acharnés des romantiques. Quel dommage qu’on ne puisse pas leur prescrire un petit voyage dans une machine à remonter le temps !

Deuxième Partie

Qu’est-ce que la barbarie ?

On utilise le mot « barbarie » dans différents contextes pour désigner différentes choses. Il peut même avoir la valeur d’une simple insulte quand on se réfère au comportement de certains supporters de football un peu trop enthousiastes. Pour les grecs antiques, qui ont inventé ce mot, cela signifiait simplement « qui ne parle pas la langue (grecque) ». Pour les marxistes, ce mot désigne généralement l’étape entre le communisme primitif et les premières sociétés de classe, lorsque les classes commencent à se former, et avec elles l’Etat. La barbarie est une phase de transition, dans laquelle la vieille commune commence à décliner et où les classes sociales et l’Etat sont dans le processus de leur formation.

Comme toutes les autres sociétés humaines – y compris la sauvagerie, période de chasse et de cueillette basée sur le communisme primitif, et qui a produit les merveilleuses peintures pariétales (dans les grottes) qu’on trouve en France et dans le nord de l’Espagne -, les Barbares avaient une culture, et pouvaient fabriquer des objets d’art très fins et sophistiqués. Leurs techniques militaires indiquent un haut niveau d’organisation, comme ils l’ont prouvé en battant les légions romaines.

La barbarie constitue une large période de l’histoire humaine qui peut être à son tour divisée en plusieurs périodes plus ou moins distinctes. Elle est généralement caractérisée comme couvrant la période qui va de l’économie de chasse et de cueillette à l’économie agricole et pastorale, c’est-à-dire de la sauvagerie du haut Paléolithique à l’Age de Bronze, lequel se tient au seuil de la civilisation. Le tournant décisif intervient avec ce que Gordon Childe a appelé « la révolution Néolithique », qui marque un grand pas en avant dans le développement des capacités productives de l’homme, et par conséquent de sa culture. Voici ce qu’en dit Gordon Childe :

« Notre dette à l’égard de la barbarie pré-littéraire est énorme. Toutes les plantes cultivables et comestibles ont été découvertes à cette époque » (G. Childe, What Happened in History, p.64)

De cet embryon sont sortis les villes, l’écriture, l’industrie et tout ce qui forme les bases de ce qu’on appelle la civilisation. Les racines de la civilisation plongent dans la barbarie, et plus encore dans l’esclavage. Le développement de la barbarie débouche sur l’esclavage, ou bien sur ce que Marx a appelé le mode asiatique de production.

Il est important de comprendre la contribution des Barbares au développement de l’humanité. Ils ont joué, à un certain stade, un rôle essentiel. Ils possédaient une culture qui, à leur époque, constituait un remarquable progrès. Mais l’histoire ne s’arrête jamais. De nouveaux développements des forces productives ont mené à des formations socio-économiques qualitativement supérieures à la barbarie. Notre civilisation moderne dérive des conquêtes colossales de l’Egypte, de la Mésopotamie, des bords de l’Indus, et plus encore de la Grèce et de Rome.

Sans nier l’existence d’une culture barbare, les marxistes affirment sans hésiter que cette culture a été supplantée par les cultures supérieures de l’Egypte, de la Grèce et de Rome. Ne pas le reconnaître, ce serait aller à l’encontre de simples faits.

Le rôle de l’esclavage

Le plus frappant, lorsqu’on regarde l’ensemble de la préhistoire et de l’histoire humaines, c’est l’extraordinaire lenteur du développement de notre espèce. L’évolution graduelle qui part de l’animal, passe par les hominidés et débouche sur des conditions d’existence proprement humaines s’étend sur des millions d’années. L’époque de la sauvagerie, qui est caractérisée par un développement des moyens de production extrêmement lent, par la fabrication d’outils en pierre, et par un mode d’existence fondé sur la chasse et la cueillette – cette époque dessine une courbe de développement quasiment plate sur une très longue période. Les choses commencent à s’accélérer précisément dans la période de la barbarie, et en particulier avec la « révolution Néolithique », lorsque les premières communautés stables (sédentarisées) ont constitué des villes (telle Jericho, qui date de 7000 av. JC)

Ceci dit, ce sont les civilisations d’Egypte, de Mésopotamie, des bords de l’Indus, de la Perse, de la Grèce et de Rome qui marquent l’accélération historique la plus nette. En d’autres termes, la formation de sociétés de classes coïncide avec un essor massif des forces productives, et, par conséquent, de la culture humaine, qui atteint des niveaux sans précédents. On n’énumèrera pas ici les découvertes qu’ont réalisés, par exemple, les Grecs et les Romains. Il y a une scène célèbre dans La vie de Brian, un film des Monthy Python, dans laquelle un « combattant de la liberté » surexcité demande, sur le ton du défi : « Qu’est-ce que les Romains ont fait pour nous ? » A son grand embarras, il obtient en réponse une longue liste de choses. Faisons en sorte de ne pas commettre la même erreur que ce personnage de fiction !

Certains nous objecterons peut-être que les civilisations grecques et romaines reposaient sur l’esclavage, cette institution abominable, inhumaine. Et en effet, c’est l’esclavage qui a permis les merveilleuses réalisations de l’Athènes antique. Sa démocratie – sans doute la plus élaborée de toute l’histoire – était la démocratie pour la minorité des citoyens libres. La majorité – les esclaves – n’avaient strictement aucun droit. J’ai récemment reçu une lettre dans laquelle son auteur défend l’idée d’une supériorité de la barbarie sur l’esclavage. En voici un extrait :

« Les sociétés primitives étaient les moins barbares de toute l’histoire. Par exemple, leurs guerres faisaient généralement peu de victimes. La barbarie du nazisme et des guerres des Balkans est caractéristique du capitalisme, tout comme le féodalisme et les sociétés esclavagistes avaient leur barbarie caractéristique. Les réalités les plus barbares de l’histoire sont toutes, d’une manière ou d’une autre, le fait de sociétés de classe. »

Ces lignes posent la question de la guerre d’une façon moraliste, et non matérialiste. La guerre a toujours été barbare. Il s’agit de tuer des gens le plus efficacement possible. Certes, les guerres des sociétés primitives tuaient moins de monde que les guerres modernes. Mais cela s’explique dans une large mesure par le fait que le développement de la science et de la technique a mené à un perfectionnement de la productivité humaine, non seulement dans l’industrie et l’agriculture, mais aussi sur les champs de bataille. Dans son Anti-Dühring, Engels explique que l’histoire de la guerre ne peut être comprise qu’en liaison avec le développement des forces productives. Les Romains savaient tuer des gens bien mieux que les Barbares (au moins dans la phase ascendante de l’Empire romain), et nous sommes aujourd’hui incomparablement plus forts que les romains dans ce domaine.

Les marxistes ne doivent pas considérer l’histoire du point de vue de la morale. Encore une fois, il n’y a pas de morale supra-historique : chaque société a sa morale, religion, culture, etc, qui correspondent à un niveau particulier de développement, et également – tout au moins dans les sociétés dites civilisées – aux intérêts d’une classe sociale particulière. Le fait qu’une guerre donnée soit bonne, mauvaise ou indifférente, ne peut être jugé en fonction du nombre de victimes, et encore moins du point de vue abstrait des principes moraux. On peut désapprouver les guerres en général, mais une chose n’en reste pas moins certaine : l’histoire de l’humanité dans son ensemble démontre que tous les conflits sérieux ont finalement été réglés de cette manière. Cela vaut aussi bien pour les conflits entre nations (guerres) que pour les conflits entre classes sociales (révolutions).

Notre attitude à l’égard d’un type particulier de société ne doit pas davantage relever d’un jugement moral. Du point de vue du matérialisme historique, il est complètement indifférent de savoir que certains Barbares (y compris, semble-t-il, mes ancêtres Celtes) brûlaient des gens encore vivants dans de grandes statues en osier pour célébrer le milieu de l’été. Il n’y a pas plus de raison de les condamner pour cela qu’il n’y en a de les aduler pour leurs joailleries ou leur amour de la poésie. Ce qui détermine le caractère progressiste – ou non – d’une formation socio-économique, c’est avant tout sa capacité à développer les forces productives – qui sont les véritables bases matérielles sur lesquelles toute culture humaine émerge et se développe.

Si, pendant une longue période, l’évolution de l’homme a été extrêmement lente, c’est précisément à cause de très faible niveau de développement des forces productives. Comme on l’a expliqué plus haut, l’accélération de l’histoire humaine commence avec la barbarie. Cette dernière constituait donc un progrès historique. Mais il a été à son tour nié et dépassé par la forme historiquement supérieure de l’esclavage. Le vieil Hegel, ce merveilleux penseur, écrivait : « L’humanité ne s’est pas tant affranchie de l’esclavage qu’à travers l’esclavage » (Philosophie de l’histoire)

Les Romains utilisaient la force brute pour subjuguer les autres peuples, ont plongé des villes entières dans l’esclavage, ont joué avec la vie des milliers de prisonniers de guerre dans les cirques publics, et ont introduit des méthodes d’exécution aussi raffinées que la crucifixion. Tout cela est parfaitement vrai. Et pourtant, quand on en vient à considérer d’où vient notre civilisation moderne, notre culture, notre littérature, notre architecture, notre médecine, et dans bien des cas notre langue – on trouve les civilisations grecques et romaines.

Il n’est pas difficile d’établir la longue liste des crimes des Romains (ou des seigneurs féodaux, ou encore des capitalistes modernes). Il est même possible, dans une certaine mesure, de juger plus mal les Romains que les tribus barbares, contre lesquelles ils étaient plus ou moins constamment en guerre. Ce ne serait pas nouveau. Les écrits de l’historien romain Tacite sont pleins de ce genre de raisonnements. Mais cela ne nous ferait pas avancer d’un pas dans notre compréhension scientifique de l’histoire. Celle-ci n’est possible qu’en appliquant correctement les méthodes du matérialisme historique.

L’ascension et la chute de Rome

Bien que la productivité de l’esclave individuel était assez faible (les esclaves sont contraints au travail), la concentration d’un grand nombre d’esclaves dans les mines et dans les latifundia (vastes unités agricoles) permettait à la République et à l’Empire de Rome de produire un surplus considérable. A l’apogée de l’Empire, les esclaves étaient innombrables et bon marché. Les guerres romaines étaient alors essentiellement des chasses à l’esclave de très grande échelle. Mais, à un certain stade, ce système a atteint ses limites et a commencé à lentement décliner.

A Rome, les premiers éléments d’une crise peuvent être observés dès la fin de la période républicaine, avec le développement de profonds bouleversements politiques et d’âpres conflits de classes. Dès le début, il a eu de violentes luttes, à Rome, entre riches et pauvres. Les écrits de Tite-Live (entre autres) rendent compte en détail des luttes entre Plébéiens et Patriciens, qui ont débouché sur un fragile compromis. Plus tard, lorsque Rome s’est rendue maître de toute la méditerranée en remportant la victoire sur Carthage, sa principale rivale, une lutte pour le partage du butin s’est engagée.

Tiberius Gracchus demandait que la richesse de Rome soit partagée entre les citoyens libres. Son objectif était de faire de l’Italie une République, non plus d’esclaves, mais de petits paysans. Il a cependant été battu par les nobles et les propriétaires d’esclaves. Sur le long terme, cette défaite constituait un véritable désastre. La paysannerie ruinée – colonne vertébrale de la République et de son armée – a afflué vers Rome, où elle a constitué un lumpen-prolétariat, une classe non productive vivant sur les ressources de l’Etat. Cette classe sociale était pleine d’animosité à l’égard des riches, mais elle était comme eux intéressée à l’exploitation des esclaves – la seule classe réellement productive pendant l’Empire et la République.

La grande révolte d’esclaves dirigée par Spartacus est un épisode glorieux de l’histoire antique. Les échos de ce soulèvement titanesque se sont prolongés pendant des siècles et il constitue encore aujourd’hui une source d’inspiration. Ces masses opprimées qui se soulèvent, les armes au poing, et infligent défaite sur défaite à l’armée de la plus grande puissance au monde – c’est là un des événements les plus incroyables de toute l’histoire. Si elles étaient parvenues à renverser l’Etat romain, le cours de l’histoire en aurait été sérieusement modifié.

Bien sûr, il n’est pas possible de dire exactement ce qui s’en serait suivi. Les esclaves auraient certainement été libérés. Mais étant donné le niveau de développement des forces productives, la tendance générale n’aurait pas pu aller au-delà d’une sorte de féodalisme. L’humanité aurait tout au moins été épargnée des horreurs de l’« Age des ténèbres », et il est probable que son développement économique et culturel aurait été plus rapide.

La raison fondamentale de l’échec de Spartacus réside dans l’absence d’une liaison avec prolétariat des villes. Tant que ce dernier soutenait l’Etat, la victoire des esclaves était impossible. Mais le prolétariat romain, à la différence du moderne, n’était pas une classe productive mais plutôt une classe parasitaire, vivant sur le travail des esclaves et dépendant de ses maîtres (lumpen-prolétariat). La défaite de la révolution romaine plonge ces racines dans ce fait.

Marx et Engels expliquaient que la lutte des classes se termine soit par la victoire de l’une des classes, soit par la ruine commune des classes antagoniques. Le sort de la société romaine est l’exemple le plus évident du second cas de figure. La défaite des esclaves a directement mené à la ruine de l’Etat romain. En l’absence d’une paysannerie libre, l’Etat était obligé de recourir à des armées de mercenaires pour mener ses guerres. L’impasse dans la lutte des classes a produit une situation équivalente au phénomène moderne du Bonapartisme. La version moderne du Bonapartisme était ce qui est connu sous le nom de Césarisme.

Le légionnaire romain n’était plus fidèle à la République mais à son commandant – c’est-à-dire à l’homme qui lui donnait sa paye, sa part des pillages et un coin de terre pour sa retraite. La dernière période de la République se caractérise par une intensification de la lutte des classes, dans laquelle personne ne parvient à remporter une victoire décisive. En conséquence, l’Etat – que Lénine caractérisait comme « un détachement d’hommes en arme » – a commencé à acquérir une indépendance croissante, à s’élever au-dessus de la société et à constituer l’arbitre de l’incessante lutte pour le pouvoir.

Toute une série d’aventuriers militaires ont fait leur apparition : Marius, Crassus, Pompey, et finalement Jules César, qui était un général brillant, un politicien avisé, un homme d’affaire de premier ordre, et qui a effectivement mis fin à la République – tout en s’en proclamant le défenseur. Ses victoires en Gaulle, en Espagne et en Bretagne on renforcé son prestige, et il a peu à peu concentré tout le pouvoir entre ses mains. Bien qu’une fraction conservatrice qui voulait maintenir la République l’ait assassiné, le vieux régime était condamné.

Dans sa pièce Jules César, Shakespeare dit de Brutus : « C’était le plus noble de tous les Romains. » Certes, Brutus et ceux qui ont conspiré contre César ne manquaient pas de courage, et leurs motifs étaient peut-être nobles. Mais ils étaient d’irrécupérables utopistes. La République qu’ils voulaient défendre n’était depuis longtemps qu’un corps pourrissant. Certes, après la victoire du triumvirat sur Brutus et ses compagnons, la République était quand même formellement reconnue, et le premier Empereur, Augustus, n’est pas revenu là-dessus. Mais le titre d’« Empereur » – imperator en latin – est un titre militaire qui a été inventé pour éviter celui de « roi », lequel aurait trop agressé les oreilles républicaines. Cependant, il s’agissait bel et bien d’un roi.

Les formes de l’ancienne République ont longtemps survécu. Mais ces formes n’avaient plus de contenu, et n’étaient rien d’autre qu’une enveloppe vide qui, sur la fin, pouvait être balayée d’un coup de vent. Le Sénat n’avait quasiment ni pouvoir, ni autorité. Jules César avait choqué la respectable opinion publique en introduisant un Gaulois au Sénat. Caligula a considérablement amélioré ce procédé en donnant le titre de sénateur à son cheval. Nul n’y a vu le moindre inconvénient – ou, tout au moins, n’a osé formuler une objection.

Les Empereurs continuaient à « consulter » le Sénat, et s’efforçaient même, ce faisant, de ne pas rire trop fort. Dans la dernière période de l’Empire, lorsque, du fait de la corruption et du déclin de la production, les finances étaient dans un état lamentable, les riches Romains étaient régulièrement « promus » sénateurs de façon à les obliger à payer des taxes supplémentaires. Un humoriste romain disait de l’un de ces législateurs malgré eux qu’il « avait été banni au Sénat ».

Il arrive souvent, dans l’histoire, que des institutions dépassées survivent longtemps aux raisons qui ont motivé leur existence. Elles traînent alors une vie misérable, telles un vieillard décrépit et déambulant, jusqu’à ce qu’elles soient balayées par une révolution. Le déclin de l’Empire romain a duré près de quatre siècles. Ce ne fut pas un processus ininterrompu. Il y a eu des périodes de reprise, et même des périodes glorieuses, mais la ligne générale était descendante.

Ces périodes historiques sont imprégnées d’un sentiment général de malaise. L’humeur qui prédomine alors est faite de scepticisme, d’absence de foi et de pessimisme. Les vieilles traditions, la morale et la religion – autant de puissants facteurs de cohésion sociale – perdent leur crédibilité. Les vieilles religions sont délaissées au profit de nouveaux dieux. Dans sa période de déclin, Rome était envahie par différentes sectes venues de l’Est. Le Christianisme n’était que l’une d’entre elles, et bien qu’elle l’ait emporté, elle avait alors de nombreuses rivales, comme par exemple le culte de Mithras.

Lorsque les gens sentent que le monde dans lequel ils vivent est en train de chanceler, qu’ils ont perdu tout contrôle sur leur existence – alors s’ouvre un espace pour l’émergence de tendances mystiques et irrationnelles. Les gens s’imaginent que la fin du monde est proche. Les premiers chrétiens le croyaient passionnément, mais de nombreuses personnes le suspectaient. En réalité, ce qui allait à sa fin, ce n’était pas le monde mais seulement une forme particulière de société – la société fondée sur l’esclavage. Le succès du Christianisme reposait sur sa connexion avec l’humeur générale de la société. Le monde était un enfer plein de vice. Il était nécessaire de tourner le dos au monde et à ce qui s’y passait pour se consoler dans la croyance d’une vie après la mort.

De fait, ces idées s’élaboraient déjà dans certaines tendances philosophiques romaines. Face à une société qui n’offre aucun espoir, les hommes et femmes peuvent avoir deux réactions : soit ils tachent de parvenir à une compréhension rationnelle de ce qui se passe, de façon à pouvoir le changer ; soit ils tournent leur dos à la société. Dans la période déclin de l’Empire romain, la philosophie était dominée par le subjectivisme – le stoïcisme et le scepticisme. A partir d’un angle différent, Epicure apprenait aux gens à rechercher le bonheur et à apprendre à vivre sans peur. C’était une philosophie sublime, mais qui ne pouvait plaire, dans le contexte donné, qu’à la fraction la plus intelligence de la classe dirigeante. Il y eut finalement la philosophie néo-platonicienne de Plotin, qui relève quasiment du mysticisme et de la superstition, et qui a fourni une justification philosophique au Christianisme.

Lors des invasions barbares, toute la structure sociale romaine était déjà sur le point de s’écrouler, non seulement sur le plan économique, mais aussi sur les plans moral et spirituel. Ce n’est pas par hasard que les Barbares ont été accueillis en libérateurs par les esclaves et les sections les plus pauvres de la société romaine. Les Barbares ont complété un travail qui avait commencé bien avant leur arrivée. Les invasions barbares étaient un accident historique qui a servi à exprimer une nécessité historique.

Pourquoi les Barbares ont-ils triomphé ?

Comment se fait-il qu’une culture hautement développée ait été aussi facilement dominée par une culture plus arriérée et primitive ? L’effondrement de Rome était en germe depuis un bon moment. La contradiction fondamentale de l’économie esclavagiste résidait dans le fait que, paradoxalement, elle était basée sur un bas niveau de productivité du travail. Le travail des esclaves n’est productif que s’il est réalisé à une échelle massive. Et la condition fondamentale de cela, c’est une offre suffisante d’esclaves à bas prix. Dans la mesure où les esclaves captifs se reproduisent très lentement, la seule façon de garantir un apport d’esclaves suffisant consistait à mener en permanence des guerres. Mais dès que, sous Hadrien, l’Empire a atteint ses limites, c’est devenu de plus en plus difficile.

Une fois que l’Empire a atteint ses limites et que les contradictions internes de l’esclavagisme ont commencé à s’affirmer, Rome est entré dans une période de déclin qui a duré plus de quatre siècles – jusqu’à son renversement par les Barbares. Les migrations massives qui ont contribué à l’effondrement de l’Empire étaient un phénomène courant parmi les peuples semi-nomades de l’antiquité et se sont produites pour différentes raisons : la pénurie de pâturages résultant de la croissance démographique, des changements climatiques, etc.

Dans le cas qui nous intéresse, des peuples bien établis des steppes de l’Ouest et d’Europe de l’est ont été chassés de leurs terres sous la pression, venue de l’Est, de tribus nomades plus arriérées – les Hsiung-nu, mieux connus sous le nom de Huns. Est-ce que ces derniers avaient une culture ? Oui, ils avaient une sorte de culture, comme tous les peuples, même les plus arriérés. Les Huns ne connaissaient pas l’agriculture, mais leur horde était une formidable machine de guerre. Il n’y avait pas meilleure cavalerie au monde. On disait d’eux que leur pays était le dos d’un cheval.

Ceci dit, malheureusement pour l’Europe, les Huns se sont heurtés au IVème siècle à une culture beaucoup plus avancée, une civilisation qui maîtrisait l’art de la construction, qui vivait dans des villes et qui possédait une armée disciplinée – la Chine. Les prouesses de ces redoutables guerriers des steppes mongoles ne faisait pas le poids face aux très civilisés chinois qui, pour les contrer, ont construit la Grande Muraille – une véritable merveille d’ingénierie.

Battus par les Chinois, les Huns sont repartis vers l’Ouest, et dévastaient tout sur leur passage. En passant par l’actuelle Russie, ils se sont heurtés aux Goths en 355. Bien que les tribus gothiques jouissaient d’un niveau de développement supérieur à celui des Huns, ils ont été taillés en pièce et ont dû partir vers l’Ouest. Les survivants – quelques 80 000 hommes, femmes et enfants désespérés et qui se déplaçaient sur des chariots primitifs – sont arrivés à la frontière de l’Empire romain à un moment où le déclin de la société esclavagiste était tel que ses capacités de défense étaient sérieusement affaiblies. Les Visgoths (les Goths de l’Ouest), qui se tenaient à un niveau de développement inférieur à celui des Romains, les ont tout de même battus. L’historien romain Ammianus Marcellinus a décrit cet affrontement entre deux mondes étrangers comme « la plus désastreuse défaite romaine depuis Cannae »

En un très court espace de temps, la plupart des villes romaines ont été abandonnées. Il est vrai que ce processus avait commencé avant l’invasion barbare. Tout le système était déjà ébranlé par le déclin de l’économie esclavagiste et la nature monstrueusement oppressive de l’Empire, avec sa pesante bureaucratie et ses impôts étouffants. Il y avait une migration régulière vers les campagnes, où les bases du développement d’un nouveau mode de production – le féodalisme – étaient posées. Les Barbares ont seulement donné le coup de grâce à un système moribond. Ils ont juste infligé un ultime et violent choc au pourrissant édifice romain.

La ligne romaine qui longeait le Danube et le Rhin, cette ligne réputée imprenable s’effondra. A un certain stade, différentes tribus barbares – dont les Huns – ont convergé dans une attaque commune contre Rome. Le chef gothique Alaric (qui, par ailleurs, était un chrétien arien et un ancien mercenaire romain) a dirigé 40 000 Goths, Huns et esclaves libérés à travers les Alpes juliennes. Huit ans plus tard, ils mirent Rome à sac. Alaric semble avoir été quelqu’un de relativement éclairé, et il tenta notamment d’épargner les Romains. Mais il ne pouvait contrôler les Huns et les anciens esclaves, qui se livrèrent aux pillages, aux viols et aux massacres. Des sculptures d’une valeur inestimable ont été détruites, et des œuvres d’art étaient fondues pour leur précieux métal. Et ce n’était qu’un début. Au cours des siècles qui ont suivi, des vagues successives de Barbares ont déferlé à partir de l’Est : Visigoths, Ostrogoths, Alans, Lombards, Suèves, Alamans, Bourguignons, Francs, Thuringiens, Frisons, Heruli, Gépides, Angles, Saxons, Jutes, Huns et Magyars ont envahi l’Europe. L’Empire éternel et tout-puissant était réduit à l’état de cendre.

Est-ce que la civilisation régressa ?

Est-il correct de dire que le renversement de l’Empire romain par les Barbares a fait régresser la civilisation humaine ? Malgré la récente et bruyante campagne des « Amis de la Société Barbare », il est impossible d’en douter, et cela peut-être aisément démontré par des faits et des chiffres. Les invasions barbares ont eu pour première conséquence de rejeter en arrière, et pour un millénaire, la civilisation et la pensée humaines.

Le développement des forces productives a été violemment interrompu. Les villes étaient détruites et abandonnées. Les populations affluaient vers les terres à la recherche de nourriture. Même notre vieil ami Rudgley est forcé de l’admettre : « Les seules vestiges architecturaux qu’ont laissés les Huns sont les cendres des villes qu’ils ont brûlées. » Et pas seulement les Huns. Le premier acte des Goths fut de raser la ville de Mainz. Pourquoi ont-ils fait cela ? Pourquoi ne l’ont-ils pas simplement occupée ? A cause du faible niveau de développement économique des envahisseurs. C’était des peuples agricoles qui ne connaissaient rien des villes. De manière générale, les Barbares étaient hostiles à l’égard des villes et de leurs habitants – un trait psychologique que l’on retrouve plus ou moins dans les paysanneries de toute époque.

Saint Jérôme décrit en ces termes les résultats de ces dévastations : « Rien, dans ces paysages désertiques, n’a été laissé sinon la terre et le ciel. Après la destruction des villes et l’extirpation de la race humaine, les terres étaient recouvertes d’épaisses forêts et d’inextricables ronces ; la désolation universelle annoncée par le prophète Zephaniah fut réalisée dans la pénurie de bêtes, d’oiseaux et même de poissons. »

Ces lignes ont été écrites vingt ans après la mort de l’empereur Valens, lorsque les invasions barbares ont commencées. Elles décrivent la situation dans la province native de St. Jérôme, Pannonia (l’actuelle Hongrie) où des vagues successives d’envahisseurs ont semé la mort et la destruction à une échelle inimaginable. Finalement, Pannonia s’est complètement vidée de ses habitants. Plus tard, les Huns s’y sont installés, puis enfin les Magyars. Ces dévastations et pillages ont continué pendant des siècles, laissant derrière eux l’héritage d’une terrible arriération – en fait, de la barbarie. C’était l’ « Age des ténèbres ». Juste une citation :

« L’Age des ténèbres portait bien son nom. Les famines et les épidémies, qui ont culminé avec la Peste Noire et ses pandémies récurrentes, décimaient les populations. La sous-alimentation frappait les survivants. De brusques changements climatiques provoquaient des orages et des pluies dont les conséquences étaient désastreuses, étant donné que le système de drainage de l’Empire – comme la plupart de ses autres infrastructures – ne fonctionnait plus. On comprend mieux ce qu’était le Moyen Age lorsqu’on sait qu’en 1500, après un millénaire de négligences, les routes construites par les romains étaient toujours les meilleures du continent. La plupart des autres étaient devenues impraticables. La même chose peut-être dite des ports européens jusqu’au XVIIIème siècle, lorsque le commerce a commencé à repartir. Parmi les métiers perdus figurait la maçonnerie en briques. En Allemagne, en Angleterre, en Hollande et en Scandinavie, il n’y eut, en dix siècles, presque aucun monument en pierre de construit – exceptées les cathédrales. Pour leur travail agricole, les serfs disposaient essentiellement de pioches, fourches, râteaux, faux et faucilles à manche. Dans la mesure où il y avait très peu de fer, il n’y avait pas de charrue à roues et à soc métallique. L’absence de charrues ne posait pas de problème majeur dans le sud, où les paysans pouvaient pulvériser la terre méditerranéenne, mais la terre plus lourde de l’Europe du nord devait être découpée, soulevée et retournée à la main. Il y avait des chevaux et des bœufs, mais ils étaient d’un usage limité. Harnais et étriers ne firent leur apparition qu’aux alentours de 900 après JC. Par conséquent, les attelages en tandem n’existaient pas. Les paysans travaillaient très dur et mouraient plus souvent de fatigue que leurs animaux. » (William Manchester, A World Lit Only by Fire, pp. 5-6)

Une longue période de stagnation a suivi l’effondrement de l’Empire romain. En un millénaire, il n’y a pas eu d’inventions notable à l’exception de la roue hydraulique et du moulin à vent. En d’autres termes, il y eut une éclipse culturelle totale. C’était la conséquence de l’effondrement des forces productives, dont la culture dépend en dernier ressort. Si on ne comprend pas cela, il est impossible d’avoir une compréhension scientifique de l’histoire.

La pensée humaine, l’art, la science et la culture en général étaient réduits aux niveaux les plus primitifs, et n’ont commencé à refleurir qu’avec l’introduction, par les Arabes, de la pensée grecque et romaine. Au cours de cette période qu’on appelle la Renaissance, le cours de l’histoire se débloquait. Le lent développement du commerce a mené au développement de la bourgeoisie et de villes – notamment dans les Flandres, en Hollande et en Italie du nord. Mais c’est un fait incontestable que la civilisation avait connu un millénaire de régression. C’est cela que nous entendons par « ligne descendante de l’histoire ». Et on ne doit pas s’imaginer qu’une telle chose ne puisse plus advenir.

Socialisme ou barbarie

Toute l’histoire de l’humanité réside précisément dans la lutte du genre humain pour s’élever au dessus de l’espèce animale. Cette longue lutte a commencé il y a sept millions d’années, lorsque nos vieux ancêtres humanoïdes se dressaient pour la première fois sur leurs jambes et libéraient leurs mains pour le travail manuel. La production des premiers outils manuels en pierre constituait le moment initial d’un processus par lequel l’homme et la femme se sont humanisés par le biais du travail. Depuis, le développement de la productivité du travail humain – autrement dit, de notre pouvoir sur la nature – a accompagné et déterminé les phases successives du développement social.

Pendant la plus grande partie de l’histoire humaine, ce processus a été d’une extrême lenteur. Comme le remarquait The Economist au seuil du nouveau millénaire : « Pour la quasi-totalité de l’histoire humaine, les progrès économiques étaient si lents qu’ils n’étaient pas perceptibles à l’échelle d’une vie. Pendant des siècles et des siècles, le taux de croissance annuel était, à la décimale près, de zéro. Lorsqu’il y avait croissance, elle était si lente que les gens ne pouvaient la percevoir. Elle consistait d’ailleurs non tant en élévation du niveau de vie qu’en une faible croissance démographique. Abstraction faite d’une élite minuscule, le progrès a consisté, durant des millénaires, dans le fait que la possibilité de simplement survivre s’ouvrait progressivement à une population de plus en plus nombreuse. » (The Economist, 31 décembre 1999)

Le rapport entre le développement de la culture et celui des forces productives était déjà connu du grand génie antique Aristote. Dans sa Métaphysique, il écrivait que « l’homme ne commence à philosopher que lorsque ses moyens de subsistances sont assurés », et ajoutait que la raison pour laquelle les Egyptiens avaient inventé l’astronomie et les mathématiques résidait dans le fait que la caste des prêtes égyptiens n’avaient pas besoin de travailler. C’est là une conception parfaitement matérialiste de l’histoire. Et c’est la réponse aux délires utopistes de ceux qui s’imaginent que la vie serait merveilleuse si seulement on pouvait « en revenir à la nature » – autrement dit à un niveau d’existence animal.

La réalisation du véritable socialisme dépend du développement des forces productives bien au-delà de ce que nous trouvons aujourd’hui dans les pays capitalistes les plus développés, comme par exemple aux USA, au Japon ou en Allemagne. Marx l’a expliqué dans l’Idéologie Allemande, un ouvrage antérieur au Manifeste du Parti Communiste. Il écrivait que « l’indigence ressusciterait tout le vieux fatras. » Et par « vieux fatras », il entendait l’oppression de classe, l’inégalité et l’exploitation. La raison pour laquelle la révolution d’Octobre a dégénéré dans le Stalinisme réside dans le fait qu’elle s’est déroulée dans un pays arriéré et qui est resté isolé. Les conditions matérielles pour construire le socialisme faisaient défaut.

Le capitalisme est le système le plus oppresseur et le plus exploiteur qui ait jamais existé.D’après les mots de Marx, « le Capital s’est imposé à l’histoire en crachant le sang par chacune de ses pores ». Mais, comme l’expliquait aussi Marx, le capitalisme n’en représentait pas moins un formidable bond en avant dans le développement des forces productives – et par conséquent de notre pouvoir sur la nature. Le développement de l’industrie, de l’agriculture, de la science et de la technologie a transformé la planète et a posé les bases d’une révolution complète qui, pour la première fois de l’histoire, nous permettra de devenir des hommes libres.

Nous sommes sortis de la sauvagerie, de la barbarie, de l’esclavage et du féodalisme – et chacune de ces étapes représentait une étape déterminée dans le développement des forces productives et de la culture. Le bourgeon disparaît lorsque surgit la fleur, et on peut considérer cela comme une négation, une chose contredisant l’autre. Mais en fait, ce sont des étapes nécessaires, qui doivent être prises dans leur unité. Il est absurde de dénier un rôle historique à la barbarie, comme à tout autre étape du développement humain. Mais l’histoire avance.

Chaque étape du développement humain prend ses racines dans tous les développements précédents. C’est aussi vrai de l’évolution de l’espèce humaine que de l’évolution sociale. Comme les études sur le génome l’ont prouvé, nous sommes génétiquement reliés aux formes les plus primitives de vie. Nous partageons 98% des structures génétiques du chimpanzé, notre plus proche parent vivant. Mais ces 2% de différence représentent un immense saut qualitatif.

De la même façon, le développement du capitalisme a posé les bases d’une étape supérieure (oui, supérieure) dans le développement humain, étape que nous appelons le socialisme. L’actuelle crise mondiale n’est rien de plus que l’expression du fait que le développement des forces productives entre en conflit avec les limites de la propriété privée des moyens de production et de l’Etat-nation. Le capitalisme a depuis longtemps épuisé son rôle progressiste et est devenu un monstrueux obstacle sur le chemin de l’histoire. Cet obstacle doit être écarté pour que l’humanité avance. Et s’il n’est pas écarté à temps, de terribles menaces planent sur l’avenir du genre humain.

La vieille société porte en elle l’embryon de la nouvelle. Des éléments de démocratie ouvrière existent déjà dans la forme des organisations ouvrières, des comités de délégués syndicaux, des syndicats, des coopératives, etc. Dans la période qui s’ouvre, il y aura une lutte à mort : une lutte des éléments de la société qui doit naître contre l’ancienne société, qui tentera avec acharnement d’empêcher la première d’advenir.

Comme on peut déjà le voir avec les grèves générales en Europe, les mouvements révolutionnaires en Amérique Latine et, partout, la révolte de la jeunesse, ce conflit atteindra un point critique. Aucune classe, dans l’histoire, n’a jamais abandonné ses pouvoirs et privilèges sans livrer une lutte furieuse. La crise du capitalisme n’est pas seulement une crise économique qui menace le niveau de vie et l’emploi de millions de gens à travers le monde. Elle menace aussi les fondements mêmes de l’existence civilisée – dans la mesure où celle-ci existe. Elle menace de faire régresser le genre humain dans tous les domaines. Si la classe ouvrière – la seule classe révolutionnaire – ne parvient pas à renverser la classe qui contrôle les banques et les multinationales, l’histoire va vers un effondrement de la culture, voire un retour à la barbarie.

En fait, pour la plupart des gens d’Occident (mais pas seulement d’Occident), les manifestations les plus évidentes de la crise du capitalisme ne sont pas économiques, mais consistent dans ces phénomènes qui affectent les points les plus sensibles de leur vie personnelle : l’éclatement des familles, l’épidémie de crime et de violence, l’effondrement des anciennes valeurs morales sans rien à mettre à la place, l’irruption récurrente de guerres – autant de choses qui donnent naissance à un sentiment d’instabilité et à une vision pessimiste du présent et de l’avenir. Ce sont là des symptômes de l’impasse du capitalisme, qui en dernière analyse – et seulement en dernière analyse – résulte de la révolte des forces productives contre les limites de la propriété privée et de l’Etat-nation.

Marx soulignait que le genre humain faisait face à l’alternative suivante : socialisme ou barbarie. La démocratie formelle, que les travailleurs d’Europe et des Etats-Unis considèrent comme une chose normale, est en réalité une structure très fragile qui ne survivra pas à un affrontement ouvert entre les classes. A l’avenir, la classe capitaliste « civilisée » n’hésitera pas à pencher vers la dictature. La mince couche de culture et de civilisation moderne recouvre des forces qui ressemblent aux pires des barbaries. Les événements qui, récemment, ont frappé les Balkans, nous le rappellent de la manière la plus crue. Les normes culturelles peuvent facilement s’effondrer et les démons d’un passé lointain et oublié peuvent ressurgir dans les nations les plus civilisées. Oui, en effet, l’histoire connaît aussi bien des lignes descendantes que des lignes ascendantes !

La question se pose dès lors de la manière la plus simple : dans la période à venir, soit la classe ouvrière saisira les reines de la société, remplaçant le pourrissant système capitaliste par un nouvel ordre social fondé sur une planification harmonieuse et démocratique des forces productives – soit nous ferons face au spectacle effrayant d’un effondrement social, économique et culturel.

Pendant des milliers d’années, la culture a été le monopole d’une minorité privilégiée, et ce alors que la grande majorité de l’humanité était exclue du savoir, de la science, de l’art et du gouvernement. C’est toujours le cas aujourd’hui. Quoiqu’on en dise, nous ne sommes pas vraiment civilisés. Notre monde ne mérite pas son nom. C’est un monde barbare, peuplé de gens qui doivent encore se débarrasser d’un héritage de barbarie. Pour la grande majorité de la population mondiale, la vie demeure une lutte permanente et acharnée pour l’existence, non seulement dans les pays sous-développés, mais aussi dans les grandes puissances capitalistes.

Pour autant, le matérialisme historique ne nous mène pas à des conclusions pessimistes – tout au contraire. La tendance générale de toute l’histoire est celle d’un développement de nos forces productives et de notre potentiel culturel. Les progrès réalisés au cours du siècle passé ont crée une situation où, pour la première fois de l’histoire, tous les problèmes auxquels les hommes font face peuvent être aisément résolus. La possibilité d’une société sans classe existe à l’échelle mondiale. Ce qu’il faut pour réaliser ce potentiel immense, pratiquement infini, c’est une planification rationnelle et harmonieuse des forces productives.

Sur les bases d’une véritable révolution dans le domaine de la production, il serait possible d’assurer une telle abondance que les hommes et les femmes n’auraient plus à se soucier au quotidien de leurs besoins matériels. Disparaîtront alors l’inquiétude et les peurs humiliantes que connaissent, à chaque heure de leur vie, la majorité des gens. Pour la première fois, des hommes libres deviendront les maîtres de leur destinée. Pour la première fois, ce seront vraiment des hommes. Et alors commencera la véritable histoire de l’humanité.

Alan Woods – Mars 2002

Publication : lundi 2 juillet 2007
 

La barbarie, la civilisation et la conception marxiste de l’histoire
Le 11 février 2007, par Universitaire
Je profite de cette ultime occasion pour souligner la profondeur des textes que je reçois tout récemment et qui sont parfois d’une érudition tout à fait remarquable. C’est malheureusement le temps qui nous fait défaut pour nous aussi apporter parfois notre petite et modeste analyse et réaction à ces textes. Cet article, bien que que je ne l’ai que parcouru, reflète la vraie problématique de l’histoire et invite à une réflexion beaucoup plus objective quand à l’étude et l’analyse de l’histoire. Certes se servir de l’histoire pour porter des jugements de valeur ne profite en rien à personne. Mais une partie de l’expérience humaine montre bien le danger qui n’a cessé de guetter l’humanité et que malheureusement, elle n’a pas servi de leçons aux générations qui s’en ont suivies. Plus d’une fois l’on s’est servi d’arguments fallacieux pour agir au nom de l’humanisme en vue de réaliser des desseins les plus criminels et les plus égoistes. Et l’histoire on le laisse se répéter sans qu’elle ne se répète elle même. On se comporte en spectateurs passifs du déroulement du film que nous présentent les acteurs qui ne s’intéressent pas à être inscrits sur les pages de l’histoire mais à tout juste accomplir leurs sales besognes et sortir par la petite porte. Pour ces gens tout un chacun est complice de tout crime commis par eux il ne peux y avoir d’excuses valables. Vous savez certainement où je veux en venir.

La barbarie, la civilisation et la conception marxiste de l’histoire
Le 12 juillet 2007, par Aasif
En effel , l’article en est sans doute une démonstration categorique de la théorie marixte . Alan Woods dans son analyse de l’evolution historique de la societé humaine manefiste une puissante vision scinetifique a l’egard du precessus historique qui a fait du capitalisme une necessité historique et par consequent une condition inévitable pour un nouvel comencement d’une veritable histoire de l’humanité . le socialisme selon la démonstration materialiste du marxiste Alan Woods será impitoyablement une fête qui a un debut et n’a plus un fin . Nous sommes tout encore besoin de lire ces genres de textes et prende conscience sur la tâche gigantesque qui nous exige l’histoire a fin que l’humanité s’affronte à une menace seriuese sur le futur de son espéce . Le materialisme historique trouve son logement philosophique dans le materialisme dialectique . et , en consequent il est la preuve rationnaliste contre les prejugées de la pensé bourgeoise . la barbarie , la civilisation et la conception marxiste de l’histoire dont il est l’objet de l’intevention de Alan Woods dans son article est une expression desicive de la méthode materialiste en elaboration stricte et consequente face aux phénomenes tantôt sociale tantôt naturel . Un salut communiste au camarade Alan .

 

 

 

 

 

Introduction à la théorie économique de Marx pointrouge

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 Introduction à la théorie économique de Marx

Ce texte a été rédigé par les marxistes britanniques Rob Sewell et Alan Woods, au début des années 1970. En le traduisant, nous avons conservé les références à l’économie anglaise, comme par exemple les noms des entreprises capitalistes britanniques. Seule exception : dans les exemples faisant intervenir des valeurs monétaires, nous avons remplacé la livre sterling par l’euro, de façon à ce que la démonstration soit la plus claire possible.

Introduction

Sous l’impact de la crise du capitalisme, de nombreux tra­vailleurs s’intéressent à l’économie. Ils veulent comprendre les forces qui gouvernent leur existence. L’objectif de ce texte est de leur offrir, non pas un exposé complet de la théorie économique, mais une introduction aux lois élémentaires du fonctionnement du système capitaliste.

La superficialité des économistes pro-capitalistes est révélée par leur inaptitude à comprendre la crise qui frappe leur système. Leur rôle est de dissimuler l’exploitation de la classe ouvrière et de « prouver » la supériorité du système capitaliste. Mais leurs « théories » et « solutions » ne peuvent rien face au pourrissement du capitalisme. Seule la transformation socialiste de la société et l’introduction d’une économie planifiée permettront d’en finir avec l’enfer du chômage, des récessions et du chaos.

L’aile droite de la direction du mouvement ouvrier a remplacé Keynes, son vieil idole, par des solutions économiques « orthodoxes » : coupes budgétaires, restriction des salaires et déflation monétaire. De leur côté, les réformistes de gauche s’accrochent toujours aux politiques capitalistes du passé - relance par la consommation, restriction des importations [1] , etc. - qui ont déjà montré leur complète inefficacité.

Seule une analyse marxiste du capitalisme permettra aux travailleurs conscients de réfuter les mensonges des économistes bourgeois et de combattre leur influence au sein du mouvement ouvrier.

Les conditions nécessaires à l’existence du capitalisme

La production moderne est concentrée entre les mains d’entreprises gigantesques. Unilever, ICI, Ford, British Petroleum : ces grandes firmes do­minent nos vies. Il est vrai qu’il existe de petites entreprises, mais elles représentent le mode de production du passé, non celui du présent. La production moderne est essentiellement massive, de grande échelle.

Aujourd’hui, en Grande-Bretagne, 200 entreprises et 35 banques (ou compagnies financières) contrôlent l’économie du pays, réalisant 85% de la production nationale. Ce développement s’est accompli au cours de ces derniers siècles à travers une compétition impitoyable, des crises et des guerres. A l’époque où les économistes classiques prédisaient l’essor du « libre commerce », Marx expliquait comment la concurrence déboucherait sur le monopole, les entreprises les plus faibles étant éliminées.

De prime abord, il pourrait sembler que la production de biens est avant tout destinée à satisfaire les besoins de la population. C’est évidemment une nécessité à laquelle doit répondre toute forme de société, quelle qu’elle soit. Mais sous le capitalisme, les biens ne sont pas simplement produits pour satisfaire des besoins : ils le sont avant tout pour être vendus. C’est là la fonction essentielle de l’industrie capitaliste. Comme le disait Lord Stokes, ancien président de British Leyland : « Je fais de l’argent, pas des voitures ». C’est là une expression parfaite des aspirations de l’ensemble de la classe capitaliste.

Le mode de production capitaliste suppose qu’un certain nombre de conditions soient rassemblées. Tout d’abord, il faut qu’existe une large classe de travailleurs sans propriété [2], qui par conséquent sont obligés de vendre leur force de travail pour vivre. Ceci signifie que, sous le capitalisme, la conception libérale d’une « démocratie de propriétaires » est une absurdité, car si la masse de la population possédait suffisamment de propriété pour subvenir à ses propres besoins, les capitalistes ne trouveraient pas de travailleurs pour générer leurs profits.

Deuxièmement, les moyens de production doivent être concentrés entre les mains des capitalistes. Au cours de plusieurs siècles, les petits paysans et tous ceux qui possédaient leurs propres moyens de subsistance furent impitoyablement éliminés. Les capitalistes et les grands propriétaires terriens firent main basse sur leurs moyens de subsistance, et embauchèrent des travailleurs pour y travailler et créer de la plus-value.

La valeur et les marchandises

Comment le capitalisme fonctionne-t-il ? De quelle façon les travailleurs sont-ils ex­ploités ? D’où vient le profit ? Pourquoi y a-t-il des crises ?

Pour répondre à ces questions, il faut d’abord découvrir la clé du problème, c’est-à-dire répondre à la question : qu’est-ce que la valeur ? Une fois ce mystère élucidé, tout le reste en découle. Une compréhension de ce qu’est la valeur est essentielle à l’intelligence de l’économie capitaliste.

Pour commencer, toutes les entreprises capitalistes produisent des biens ou des services - ou plus exactement des marchandises , c’est-à-dire des biens ou des services qui ne sont produits que pour être vendus. Bien sûr, on peut produire quelque chose pour son propre usage personnel. Avant l’avènement du capitalisme, c’est ce que faisaient beaucoup de gens. Mais ces produits n’étaient pas des marchandises. Le capitalisme se caractérise en premier lieu, selon l’expression de Marx, par une « immense accumulation de marchandises ». C’est pour cette raison que Marx a commencé ses recherches sur le capitalisme par une analyse des caractéristiques de la marchandise.

Toute marchandise a une valeur d’usage  : elle est utile au moins à certaines per­sonnes (sans quoi elle ne pourrait être vendue). La valeur d’usage d’une marchandise se limite à ses propriétés physiques.

Mais en plus de cette valeur d’usage, toute marchandise a également une valeur d’échange . Qu’est-ce que cette valeur et comment la détermine-t-on ?

Si, pour le moment, on fait abstraction de la question de l’argent, on constate que les marchandises s’échangent suivant certaines proportions. Par exemple :

1 paire de chaussures

= 10 mètres de tissu

ou 1 une montre

ou 3 bouteilles de Whisky

ou 1 un pneu de voiture

Chacun des biens de la colonne de gauche peut être échangé contre 10 mètres de tissu. Suivant les mêmes proportions, ils peuvent également s’échanger les uns contre les autres.

Ce simple exemple montre que la valeur d’échange de ces différentes marchandises exprime une équivalence de quelque chose qui est contenu en elles. Mais qu’est-ce qui fait qu’une paire de chaussures = 10 mètres de tissu ? Ou qu’une montre = 3 bouteilles de Whisky - et ainsi de suite ?

Il est clair qu’il doit y avoir quelque chose de commun à ces différentes marchandises. Ce n’est évidemment pas leur poids, leur couleur ou leur consistance. Et encore une fois, cela n’a rien à voir avec leur utilité. Après tout, le pain (une nécessité) a beaucoup moins de valeur qu’une Rolls Royce (qui est un produit de luxe). Dès lors, quelle est la qualité qui leur est commune ? La seule chose qu’ils ont en commun, c’est le fait d’être des produits du travail humain .

La quantité de travail humain contenu dans une marchandise s’exprime en temps : semaines, jours, heures, minutes. Autrement dit, toutes les marchandises citées dans notre exemple peuvent être exprimées en terme de ce qu’elles ont en commun : le temps de travail. Soit :

5 heures (de travail) de chaussures

5 heures (de travail) de pneu

5 heures (de travail) de montre

5 heures (de travail) de Whisky

Le travail

Si on considère les marchandises en tant que valeurs d’usage (en tant qu’elles sont utiles), on les voit comme les produits d’un type de travail particulier - le travail du cordonnier, de l’horloger, etc. Mais dans l’échange, les marchandises sont considérées différemment. Leur caractère spécifique est mis de côté et elles apparaissent comme autant d’unités de travail en général , ou encore de « travail moyen ».

Il est vrai que les marchandises produites par du travail qualifié contiennent plus de valeur que celles produites par du travail non qualifié. Par conséquent, dans l’échange, les unités de travail qualifié se réduisent à tant d’unités de travail non qualifié. Par exemple, on pourrait avoir le ratio : 1 unité de travail qualifié = 3 unités de travail non qualifié. Autrement dit, suivant cet exemple, le travail qualifié vaudrait trois fois plus que le travail non qualifié.

Ainsi, la valeur d’une marchandise est déterminée par la quantité de « travail moyen » nécessaire à sa production (soit le temps de travail qu’il faut pour la produire). Mais si on en reste là, il pourrait sembler que les travailleurs les plus lents produisent plus de valeur que les travailleurs les plus efficaces !

Prenons l’exemple d’un cordonnier qui, pour produire ses chaussures, utilise les méthodes obsolètes du Moyen Age. Ce faisant, il lui faut toute une journée pour fabriquer une paire de chaussures. Et lorsqu’il essaye de les vendre sur le marché, il s’aperçoit qu’il ne peut pas en tirer plus, en terme de prix, que des chaussures semblables produites par des usines modernes et mieux équipées.

Si de telles usines modernes produisent une paire de chaussure en, disons, une demi-heure, elles contiendront moins de travail (donc moins de valeur), et seront vendues à moindre prix. Dès lors, celui qui fabrique ses chaussures semblables avec des méthodes médiévales sera bientôt ruiné. Après une demi heure, le travail qu’il réalise pour produire ses chaussures est du travail perdu, du travail non nécessaire dans le cadre des conditions de production modernes. S’il veut échapper à la faillite, il sera forcé d’adopter les techniques modernes et de produire des chaussures en un temps au moins égal à celui développé par la société.

A chaque époque donnée, à laquelle correspond un « travail moyen » déterminé par un certain niveau de la technique, des méthodes de production, etc., toutes les marchandises exigent pour leur production un temps donné. Ce temps est déterminé par le niveau de la technique productive de la société à ce moment précis. Comme le disait Marx, toutes les marchandises doivent être produites dans un temps de travail socialement nécessaire . Tout temps de travail qui s’étend au-delà de ce temps de travail socialement nécessaire sera du travail inutile, ce qui provoque la hausse des prix et rend le produit concerné non compétitif.

En somme, pour être précis, la valeur d’une marchandise est déterminée par la quantité de travail socialement nécessaire qui y est incorporée. Naturellement, ce temps de travail change continuellement, au fur et à mesure que de nouvelles méthodes et techniques de travail sont introduites. La concurrence ruine les producteurs dont la technique n’évolue pas suffisamment vite.

Ainsi, nous pouvons comprendre pourquoi les pierres précieuses ont davantage de valeur que les marchandises du quotidien. Il faut davantage de temps de travail socialement nécessaire pour trouver et extraire la pierre que pour la confection des marchandises ordinaires. Sa valeur en est d’autant plus grande.

Encore une fois, une chose peut être une valeur d’usage sans avoir la moindre valeur d’échange, c’est-à-dire une chose utile qui n’a demandé aucun temps de travail nécessaire à sa production : l’air, les rivières, les sols vierges, etc. Ainsi, le travail n’est pas la seule source de richesse (de valeurs d’usages) : la nature en est une autre.

D’après ce qui précède, on voit qu’une augmentation de la productivité, si elle augmente le nombre de choses produites (la richesse matérielle), peut réduire la valeur des choses en question – parce qu’elles contiendront moins de quantité de travail. Ainsi, d’une augmentation de la productivité résulte une augmentation de la richesse : avec deux manteaux, deux personnes peuvent se vêtir, et seulement une avec un manteau. Cependant, l’augmentation de la quantité de richesses matérielles peut s’accompagner d’une chute de sa valeur d’échange, parce qu’elle recèle moins de temps de travail socialement nécessaire.

L’argent

Historiquement, du fait des difficultés liées à l’échange par le troc, un type de marchandise donné était fréquemment utilisé comme « monnaie ». Au cours des siècles, l’une de ces marchandises - l’or - s’est imposée comme l’« équivalent universel ».

Au lieu de dire que telle marchandise vaut tant de beurre, de viande ou de tissu, elle est exprimée en termes d’or. Le prix est l’expression monétaire de la valeur. L’or fut adopté comme équivalent universel du fait de ses caractéristiques. Il concentre une grande valeur dans peu de volume, peut être facilement divisé en quantités différentes, et est également très résistant.

Comme pour toute marchandise, la valeur de l’or est déterminée par la quantité de travail qui y est incorporée. Disons, par exemple, qu’il faut 40 heures de travail pour produire une once d’or. Dès lors, toutes les autres marchandises nécessitant le même temps de production vaudront une once d’or. Celles qui nécessiteront deux fois moins de temps vaudront deux fois moins, etc. Ainsi :

Une once d’or = 40 heures de travail

1/2 once d’or = 20 heures de travail

1/4 d’once d’or = 10 heures de travail

Et donc :

Une mobylette (40 heures de travail) = une once d’or

Une table (10 heures de travail) = 1/4 d’once d’or

Du fait des modifications permanentes de la technique et de l’augmentation de la productivité du travail, les valeurs des marchandises ne cessent de fluctuer. En ce qui concerne l’échange entre marchandises, l’or joue le rôle de mesure. Ceci dit, bien qu’elle soit la plus stable, la valeur de l’or est elle aussi en mouvement permanent, étant donné qu’aucune marchandise n’a de valeur totalement fixe.

Le prix des marchandises

La loi de la valeur gouverne le prix des biens. Comme expliqué plus haut, la valeur d’une marchandise est égale à la quantité de travail qu’elle contient. Et en théorie, la valeur est égale au prix. Cependant, en réalité, le prix d’une marchandise tend à se situer au dessus ou au dessous de sa valeur réelle. Cette fluctuation est provoquée par différentes influences qui s’exercent sur les prix de vente, comme la concentration du capital et le développement des monopoles. Les fluctuations entre la demande et l’offre sont également un facteur important. S’il y a un surplus de telle marchandise sur le marché, son prix aura tendance à baisser en dessous de sa valeur réelle, alors qu’il s’élèvera au dessus de cette valeur en cas de pénurie. Cela a mené les économistes bourgeois à considérer que le rapport entre l’offre et la demande était le seul facteur déterminant le prix d’une marchandise. Mais ils étaient incapables d’expliquer pourquoi le prix fluctuait toujours autour d’un certain point déterminé. Or, ce point n’est pas fixé par l’offre et la demande, mais par le temps de travail nécessaire à la production de la marchandise. Un camion vaudra toujours plus cher qu’un sac plastique.

Le profit

Certains « savants » défendent la théorie selon laquelle les profits viennent du fait de vendre plus cher qu’on n’achète. Dans Salaire, Prix et Profit , Marx explique le non-sens de cet argument :

« Ce qu’un homme gagnerait constamment comme vendeur, il lui faudrait le perdre constamment comme acheteur. Il ne servirait à rien de dire qu’il y a des gens qui sont acheteurs sans être vendeurs, ou consommateurs sans être producteurs. Ce que ces gens paient au producteur, il faudrait tout d’abord qu’ils l’aient reçu de lui pour rien. Si un homme commence par vous prendre votre argent et vous le rend ensuite en vous achetant vos marchandises, vous ne vous enrichirez jamais, même en les lui vendant trop cher. Cette sorte d’affaire peut bien limiter une perte, mais elle ne peut jamais contribuer à réaliser un profit. »

La force de travail

Lorsqu’il prend en considération les différents « facteurs de production » relatifs à la marche de son entreprise, le capitaliste considère le « marché du travail » comme une branche parmi d’autres du marché général. Les compétences et les capacités des travailleurs ne sont pour lui que des objets, des marchandises parmi d’autres. Ainsi, il embauche des « bras ».

Ici, il est nécessaire d’établir clairement ce que le capitaliste achète au travailleur. En fait, ce dernier ne vend pas son travail , mais sa capacité de travail - ce que Marx appelait sa force de travail .

La force de travail est une marchandise dont la valeur est soumise aux mêmes lois que celle des autres marchandises. Cette valeur est elle aussi déterminée par le temps de travail nécessaire à sa production. Or, la force de travail est la capacité à travailler du salarié. Elle est « consommée » par le capitaliste au cours de la journée de travail. Mais cela présuppose l’existence, la santé et la force du travailleur. Par conséquent, la production de la force de travail signifie l’ « entretien » du travailleur – et sa reproduction, qui fournit ainsi au capitaliste une nouvelle génération de « bras ».

Ainsi, le temps de travail nécessaire à l’entretien du travailleur - de son aptitude à travailler - est égal au temps de travail nécessaire à la production de ses moyens de subsistance et ceux de sa famille : la nourriture, les vêtements, le logement, etc. La quantité que cela représente varie selon les pays, les climats et les périodes historiques. Ce qui suffit à la subsistance d’un travailleur de Calcutta ne suffirait pas à celle d’un mineur gallois. Ce qui suffisait à la subsistance d’un mineur gallois il y a un demi-siècle ne suffirait pas à celle d’un métallurgiste de nos jours. A la différence des autres marchandises, il entre ici un élément historique et même moral. Ceci dit, dans un pays donné, à un stade donné de son développement historique, un « niveau de vie » général s’établit. Soit dit en passant, c’est précisément la création de nouveaux besoins qui est le moteur de toutes les formes de progrès humain.

Escroquerie ?

A un certain stade du développement de la technique capitaliste, en plus de la reproduction quotidienne de la force de travail et de l’espèce des travailleurs, le capitaliste doit également fournir de quoi assurer aux salariés le niveau d’éducation requis par l’industrie moderne, ce qui permet de maintenir et d’augmenter leur productivité.

A la différence des autres marchandises, la force de travail n’est payée qu’après avoir été consommée. Ainsi, avant de toucher leur paie à la fin du mois, les travailleurs accordent pour ainsi dire un prêt gratuit aux employeurs !

Mais malgré cela, le travailleur n’est pas escroqué. Il a librement donné son assentiment à l’accord trouvé. Comme c’est le cas de toutes les marchandises, des valeurs équivalentes sont échangées : la marchandise du travailleur, sa force de travail, a été vendue au patron au « prix du marché ». Tout le monde est satisfait. Et si le travailleur ne l’est pas, il est libre de partir et de trouver ailleurs du travail - s’il le peut.

Ceci dit, la vente de la force de travail pose un problème. Si « personne n’est escroqué », si le travailleur reçoit, sous la forme du salaire, la pleine valeur de sa marchandise, en quoi consiste l’exploitation ? D’où vient le profit que réalise le capitaliste ?

L’explication réside dans le fait que le salarié a vendu, non pas son travail (qui est réalisé dans le processus du travail), mais sa force de travail - sa capacité à travailler. Une fois que le capitaliste en a fait l’acquisition, il est libre d’en user comme il l’entend. Comme l’expliquait Marx : « Dès lors que le salarié entre sur le lieu de travail, la valeur d’usage de sa force de travail, ainsi que son utilisation, qui consiste en travail, appartient au capitaliste. »

La plus-value

Comme nous allons le voir dans l’exemple suivant, la force de travail qu’achète le capitaliste est la seule marchandise qui, lors de sa consommation, produit un supplément de valeur au-delà de sa valeur propre.

Prenons, par exemple, un travailleur qui file du coton. Admettons qu’il est payé 5 euros de l’heure et travaille huit heures par jour. Au bout de quatre heures, il a produit une quantité donnée de fil d’une valeur de 100 euros. Cette valeur de 100 euros peut être divisée ainsi :

Matières premières : 50 euros (coton, broche, électricité)

Détérioration : 10 euros (usage et déchirures)

Nouvelle valeur : 40 euros.

La nouvelle valeur qui a été crée en quatre heures permet de payer le salaire du travailleur pour les 8 heures de sa journée complète. A ce stade, le capitaliste a donc couvert tous ses frais (y compris l’intégralité de la « charge salariale ». Mais pour l’instant, aucune plus-value (profit) n’a encore été créée.

Au cours des quatre heures suivantes, le salarié va à nouveau produire 50 kilos de fil, d’une valeur de toujours 100 euros. Et à nouveau, 40 euros de nouvelle valeur vont être créés. Mais cette fois-ci, les frais en salaire sont déjà couverts. Ainsi, cette nouvelle valeur (40 euros) est une « plus-value ». Comme le disait Marx, la plus-value (ou profit) est le travail impayé de la classe ouvrière . De celle-ci proviennent la rente du propriétaire terrien, les intérêts du banquier et le profit de l’industriel.

La journée de travail

Le secret de la production de plus-value réside dans le fait que le travailleur continue de travailler longtemps après avoir produit la valeur nécessaire à la reproduction de sa force de travail (son salaire). « Le fait qu’une demi-journée de travail suffise à maintenir le travailleur en vie ne l’empêche nullement de travailler la journée entière. » (Marx)

Le travailleur a vendu sa marchandise et ne peut se plaindre de la façon dont elle est utilisée, pas plus que le tailleur ne peut vendre une veste et demander à son client de ne pas la porter aussi souvent qu’il le souhaite. Par conséquent, la journée de travail est organisée par le capitaliste de façon à tirer le maximum de profit de la force de travail qu’il a acheté. C’est là que réside le secret de la transformation de monnaie en capital.

Le capital constant

Dans la production elle-même, les machines et les matières premières perdent leur valeur. Elles sont progressivement consommées et transfèrent leur valeur dans la nouvelle marchandise. C’est clair dans le cas des matières premières (bois, métal, pétrole, etc), qui sont complètement consommées dans le processus de production, pour ne réapparaître que dans les propriétés de l’article produit.

Les machines, par contre, ne disparaissent pas de la même manière. Mais elles se détériorent au cours de la production. Elles meurent lentement. Il est aussi difficile de déterminer l’espérance de vie d’une machine que d’un individu. Mais de même que les compagnies d’assurance, grâce aux moyennes statistiques, font des calculs très précis (et profitables) sur l’espérance de vie des hommes et des femmes, de même les capitalistes peuvent déterminer, par l’expérience et le calcul, combien de temps une machine devrait être utilisable.

La détérioration des machines, la perte quotidienne de leur valeur, est calculée sur cette base et ajoutée au coût de l’article produit. Par conséquent, les moyens de production ajoutent à la marchandise leur propre valeur, au fur et à mesure qu’ils se détériorent au cours du processus productif. Ainsi, les moyens de production ne peuvent transférer à la marchandise davantage de valeur qu’ils ne peuvent eux-mêmes en perdre dans le processus de production. C’est pourquoi on les qualifie de « capital constant ».

Le capital variable

Alors que les moyens de production n’ajoutent aucune nouvelle valeur aux marchandises, mais ne font que se détériorer, la force de travail ajoute de la nouvelle valeur par l’acte du travail lui-même. Si le processus de travail s’arrêtait au moment où le salarié a produit des articles d’une valeur égale à celle de sa force de travail (au bout de quatre heures - 40 euros - dans notre exemple) la valeur supplémentaire créée par son travail se réduirait à cela.

Mais le processus de travail ne s’arrête pas là. Sinon, le gain du capitaliste n’équivaudrait qu’au salaire qu’il doit verser au salarié. Or les capitalistes n’embauchent pas des travailleurs par charité mais pour faire des profits. Après avoir « librement » accepté de travailler pour le capitaliste, le salarié doit travailler assez longtemps pour produire une valeur supérieure à celle qu’il percevra sous forme de salaire.

Les moyens de production (machines, équipements, bâtiments, etc.) et la force de travail – tous deux considérés comme des « facteurs de production » par les économistes bourgeois - représentent les différentes formes que prennent le capital original dans la deuxième étape du processus de production capitaliste : argent (achat) – marchandise (production) – argent (vente).

Les économistes bourgeois considèrent ces facteurs comme équivalents. Le marxisme, lui, fait la distinction entre la partie du capital qui n’est marquée par aucun changement de sa valeur lors du processus de production (les machines, les outils et les matières premières), à savoir le capital constant (C), et la partie, représentée par la force de travail, qui créé de la nouvelle valeur, c’est-à-dire le capital variable (V). La valeur totale d’une marchandise est composée du capital constant, du capital variable et de la plus-value, soit : C + V + Pv.

Travail nécessaire et surtravail

Le travail effectué par les salariés peut être divisé en deux parties :

1. Le travail nécessaire . C’est la partie du processus de production nécessaire à la couverture des frais en salaires.

2. Le surtravail ( ou travail impayé) . C’est le travail effectué en plus du travail nécessaire, et qui produit le profit.

Pour accroître ses profits, le capitaliste cherche toujours à réduire la part des frais salariaux. Pour cela, il s’efforce, premièrement, d’allonger la journée de travail ; deuxièmement, d’augmenter la productivité (ce qui permet de couvrir plus rapidement le coût des salaires). Troisièmement, il s’oppose à toute augmentation des salaires et, quand l’occasion se présente, n’hésite pas de les réduire.

Le taux de profit

Dans la mesure où tout le but de la production capitaliste est d’extraire de la plus-value du travail de la classe ouvrière, le rapport entre le capital variable (les salaires) et la plus-value (les profits) est d’une grande importance. L’accroissement de l’une ou de ces deux valeurs ne peut se faire qu’au détriment de l’autre. En dernière analyse, l’augmentation ou la réduction de la part de la plus-value constitue l’élément essentiel de la lutte des classes sous le capitalisme. C’est une lutte pour le partage, entre les salaires et le profit, des richesses créées.

Ce qui importe au capitaliste, ce n’est pas tant le montant de la plus-value que le taux de cette plus-value. Pour chaque euro de capital qu’il investit, il attend le plus grand retour possible. Le taux de la plus-value est le taux d’exploitation du travail par le capital. On peut le définir comme Pv/V, où Pv est la plus-value et V le capital variable - c’est-à-dire par le rapport entre le surtravail et le travail nécessaire.

Par exemple, dans une petite entreprise, supposons qu’un capital global de 500 euros se divise entre le capital constant (400 euros) et le capital variable (100 euros). Mettons qu’à travers le processus de production, la valeur des marchandises a augmenté de 100 euros.

Ainsi : (C+V) + Pv = (400 + 100) + 100 = 600 euros.

C’est le capital variable qui est le travail vivant  : c’est lui qui produit la nouvelle valeur (la plus-value). Ainsi, l’accroissement relatif de la valeur produite par le capital variable nous donne le taux de la plus-value  : Pv/V = 100 euros/100 euros, soit un taux de plus value de 100%.

La baisse tendancielle du taux de profit

Sous la pression de la concurrence nationale et internationale, les capitalistes sont constamment obligés de révolutionner les moyens de production et d’accroître la productivité. Le besoin de s’agrandir les oblige à consacrer une part toujours plus grande de leur capital dans les machines et les matières premières, et une part toujours plus petite dans la force de travail, ce qui diminue la proportion de capital variable par rapport au capital constant. Avec l’automatisation et la technologie industrielle vient la concentration du capital , la liquidation des petites entreprises et la domination de l’économie par des groupes gigantesques. Cela représente une modification de la composition technique du capital.

Mais dans la mesure où c’est seulement le capital variable (la force de travail) qui est la source de la plus-value (le profit), l’augmentation de l’investissement dans du capital constant débouche sur une tendance à la baisse du taux de profit. Avec de nouveaux investissements, les profits peuvent croître énormément, mais cette croissance tend à être moins importante que celle des investissements.

Prenons par exemple un petit capitaliste disposant d’un capital global de 150 euros qui se divise en 50 euros de capital constant et 100 euros de capital variable. Il emploie 10 hommes à fabriquer des chaises et des tables pour 10 euros la journée. Après une journée de travail, ils ont produit une valeur totale de 250 euros.

Ainsi :

Capital variable (salaires) ou V : 100 euros

Capital constant (machines, équipement) ou C : 50 euros

Plus-value (profit) ou Pv : 100 euros

Le taux de plus-value peut ainsi être calculé : Pv/V = 100/100 = 100%. Le taux de profit, quant à lui, est le ratio entre la plus-value et le capital global. Dans notre exemple, le taux de profit est donc : plus-value (Pv)/capital global (C+V) = 100 euros/150 euros = 66,6%.

En augmentant la part du capital constant, le taux de profit baisse. Dans le même exemple, en gardant le même taux de plus-value, si on fait passer le capital constant de 50 à 100 euros, on a un taux de profit de : Pv/(C+V) = 100 euros/200 euros = 50%. Si on augmente jusqu’à 200 euros le montant du capital constant, toutes choses égales par ailleurs, on a : Pv / (C+V) = 100 euros/300 euros = 33,33% de taux de profit. Et ainsi de suite.

Au sujet de cette augmentation du capital constant, les marxistes parlent d’« augmentation de la composition organique du capital », et considèrent ce développement des forces productives comme un phénomène progressiste. Cette tendance est donc ancrée dans la nature même du mode de production capitaliste, et elle a été l’un des problèmes majeurs auxquels les capitalistes ont eu à faire face pendant la période de l’après guerre. La masse de la plus-value augmente, mais l’augmentation du capital constant est proportionnellement plus importante. Il en résulte une baisse du taux de profit. Les capitalistes n’ont cessé d’essayer de surmonter cette contradiction au moyen de l’aggravation de l’exploitation des travailleurs - ce qui augmente la masse de plus-value et par conséquent le taux de profit - par d’autres moyens que l’investissement. Pour ce faire, ils accroissent l’intensité de l’exploitation de diverses façons, par exemple en augmentant la vitesse des machines, en augmentant la charge de travail de chaque salarié ou encore en rallongeant la journée de travail. Une autre façon de restaurer le taux de profit consiste à ramener les salaires des travailleurs en dessous de leur valeur nominale (par la dévaluation de la monnaie, par exemple).

Les lois mêmes du système capitaliste gênèrent d’énormes contradictions. La course au profit à laquelle se livrent continuellement les capitalistes donne une impulsion à l’investissement, mais l’introduction de nouvelles technologies augmente le chômage. Cependant, paradoxalement, la seule source de profit réside dans le travail des salariés.

L’exportation du capital

Le stade suprême du capitalisme - l’impérialisme - est marqué par une exportation massive de capital. La recherche de plus grands taux de profit pousse les capitalistes à investir d’énormes sommes d’argent à l’étranger, dans des pays où la composition du capital est plus faible. Finalement, comme le prévoyaient Marx et Engels dans le Manifeste du Parti Communiste , le mode de production capitaliste a fini par s’entendre au monde entier.

L’une des contradictions majeures du capitalisme réside dans le problème évident que la classe ouvrière, en tant que consommatrice, doit pouvoir racheter ce qu’elle a produit. Mais dans la mesure où elle ne reçoit pas, sous la forme du salaire, la pleine valeur de son travail, elle n’en a pas les moyens. Les capitalistes cherchent à résoudre cette contradiction en réinvestissant de la plus-value dans les forces productives. Ils s’efforcent également d’écouler leur excédent sur le marché mondial, en concurrence avec les capitalistes des autres pays. Mais il y a des limites à cela, puisque tous les capitalistes de la planète se livrent au même jeu. Enfin, les capitalistes encouragent le crédit, à travers le système bancaire, de façon à augmenter artificiellement le pouvoir d’achat de la population et stimuler ainsi la vente des marchandises qui, autrement, n’auraient pas trouvé preneur. Mais à cela aussi il y a des limites, les crédits devant finalement être remboursés - avec en prime les intérêts.

Cela explique pourquoi, périodiquement et de façon régulière, les phases de croissance sont suivies par des périodes de récession. La lutte fiévreuse pour de parts de marché provoque une crise de surproduction. Le caractère destructeur de ces crises, qui s’accompagnent d’une destruction massive de capital accumulé (fermeture d’usines, abandon de secteurs d’activité), est une indication suffisante de l’impasse dans laquelle se trouve le système capitaliste.

Tous les facteurs qui ont mené à la croissance d’après guerre ont en même temps préparé la voie aux crises et aux récessions. Ce qui caractérise l’époque actuelle, c’est la crise organique qui frappe le système capitaliste. Si le capitalisme n’est pas éradiqué, à un certain stade, la classe ouvrière fera face à une crise du type de celle de 1929. L’humanité ne peut éviter le chaos, les gaspillages massifs et la barbarie inhérents au capitalisme qu’en renversant ce système anarchique. En éliminant la propriété privée des moyens de production, la société pourra échapper aux lois du capitalisme et se développer d’une façon rationnelle et planifiée. Les gigantesques forces productives accumulées dans le cadre du système capitaliste permettraient d’en finir une fois pour toutes avec ce scandale que sont les crises de surproduction dans un monde ravagé par la faim et les pénuries. L’élimination de la contradiction entre, d’une part, le développement des forces productives, et, d’autre part, l’Etat-nation et la propriété privée des moyens de production, poserait les bases d’une planification internationale de la production.

Sur la base du socialisme, grâce à la science et la technologie modernes, le monde entier pourrait être transformé en l’espace d’une décennie. La transformation socialiste de la société est la tâche la plus urgente de la classe ouvrière mondiale. Une compréhension de la théorie économique de Marx constitue une arme indispensable dans la lutte pour le socialisme en Europe et dans le monde entier.

Alan Woods
Rob Sewell
Publication : mercredi 5 janvier 2005


[1] A l’époque, l’une des revendications principales des réformistes de gauche dans le Parti Travailliste portait sur la restriction des importations afin de « protéger l’industrie britannique » et les « emplois britanniques ». La tendance marxiste dans le parti et les auteurs de ce document n’acceptaient pas cette revendication aux connotations nationalistes, et expliquaient qu’elle provoquerait inévitablement des mesures de rétorsion de la part des pays concernés.

[2] « travailleurs sans propriété » : il s’agit bien évidemment de la propriété des moyens de production, et non pas celle des biens consommables, de maisons, de voitures etc.

Publié dans KARL MARX, LA CRISE DU CAPITALISME MONDIAL, POUR UN AU-DELA DU CAPITALISME | Pas de Commentaire »

En finir avec le capitalisme qui porte la barbarie en soi !

Posté par issopha le 13 décembre 2008

En finir avec le capitalisme qui porte la barbarie en soi !

 

 

« Arrivé à l’apogée de sa puissance, le capitalisme est aussi arrivé au plus haut point de sa vulnérabilité ; il ne débouche nulle part ailleurs que sur la mort. Si faibles que soient nos chances de révolte, c’est moins que jamais le moment de renoncer au combat » – Paul Mattick (1)

Aucun système politique ou économique n’est éternel

L’empire romain, le féodalisme ou la royauté ont disparu. Le système capitaliste écrase la planète plus que jamais, mais il n’est pas éternel. Il a remporté des victoires qu’on pouvait croire décisives ces dernières années avec le passage de la Russie du capitalisme d’État au capitalisme mafieux et la mutation de la Chine où l’appareil répressif issu de la période dite « communiste » sert à garantir les profits capitalistes en écrasant la classe ouvrière et en interdisant les grèves. Et puis, après une longue période de luttes sociales dans les années 60-70, il y a eu dans de nombreux pays, le démantèlement des grandes concentrations ouvrières, l’écrasement ou la domestication des syndicats et une perte progressive du sentiment de former une classe sociale chez les travailleurs/ses.

C’est alors qu’il n’a pas de contrepoids institutionnel que le capitalisme se réoriente. Ses crises sont cycliques et structurelles. Elles permettent au capitalisme de se restructurer. Ce système a fait disparaître un peu partout la présence des États, les services publics et la protection sociale. Il a transformé tous les actes de la vie humaine en marchandises, y compris la santé, le logement ou l’éducation qui sont reconnus comme des droits humains absolus. Il a créé un véritable monstre : « le marché mondialisé » et le système financier. Une pieuvre qui permet à quelques milliers de nantis de s’enrichir sans limite. Un monde où les institutions internationales sont au service des plus riches et où la guerre dans quelques régions limitées du monde permet de tout contrôler. Un monde où pour payer les retraites, il faut faire des profits immédiats et donc démanteler des entreprises saines pour les revendre en pièces détachées.

Jamais l’inégalité n’a atteint un tel stade. Il y a quelques années, les 150 personnes les plus riches des États-Unis possédaient une fois et demi le PIB de la Chine. À contrario, toutes les conquêtes des travailleurs/ses en termes de droit du travail, de salaires, de protection sociale… ont été petit à petit rognées ou annihilées. L’arme absolue du Capital, c’est son pouvoir absolu dans l’entreprise, l’État étant à son service. Il est libre à tout moment de rechercher ailleurs le profit maximum dans les anciennes colonies ou les pays émergents. Il peut se livrer à tous les chantages. D’un côté, le luxe et les parachutes dorés s’étalent au grand jour. Les médias au service de leurs maîtres nous expliquent qu’il n’y a qu’un seul système économique possible, qu’il est « indépassable » et qu’il est interdit d’y toucher. De l’autre, dans des pays dits développés, des parties importantes de la population, chômeurs/ses, précaires ou même parfois travailleurs/ses vivent sous le seuil de pauvreté. Dans la hiérarchie de la pauvreté, les plus vulnérables restent les femmes, les immigréEs, les Roms, les parias en tout genre. Et la moitié de la planète reste un territoire à piller et une réserve de main d’œuvre exploitable.

Dans la gigantesque partie de Monopoly mondial, les règles sont en train de changer. L’enrichissement d’une infime minorité reposait sur du vent, sur le fait de pouvoir acheter sans limites et sans argent à l’image des oligarques russes qui se sont accaparés à quelques-uns la partie rentable de l’économie de leur pays. Tout reposait sur la « confiance ». La faillite des banques semble mettre un arrêt provisoire à ce processus. Nul doute que nos gouvernants vont tout faire pour recréer la « confiance des marchés » et relancer ce système de pillage.

Ne pas les laisser replâtrer

La grande victoire du capitalisme, version libérale, c’est d’avoir fait disparaître du paysage politique les projets alternatifs au capitalisme. Aujourd’hui les vautours se précipitent sur les ruines fumantes des banques. Bush, l’ultra-libéral nationalise banques et assurances. Pas question bien sûr de toucher au capitalisme : l’État a pour tâche unique de rétablir les profits, de recréer les conditions d’une rentabilité juteuse pour « rendre » aux capitalistes leur joujou. Pire, les États capitalistes s’apprêtent à appliquer partout le modèle qu’ils ont imposé à l’Afrique et à l’Amérique Latine : démanteler un peu plus l’Éducation, la protection sociale, le système de santé, les transports publics et consacrer tous les moyens à la restauration des bénéfices des capitalistes (mafieux ou pas). Aux États-Unis, on trouve 700 milliards pour renflouer Lehman Brothers ou les assurances, on en trouve le double pour les guerres d’Irak ou d’Afghanistan mais il n’y a pas d’argent pour les millions de citoyens qui ont perdu leur maison ou ne peuvent pas se soigner, faute de sécurité sociale. L’idée de socialiser les pertes et de privatiser les gains est présentée comme la seule solution. En France, on donne instantanément à la banque Dexia (dont la finalité, prêter aux collectivités locales, aurait dû l’empêcher de spéculer) une somme largement supérieure au coût de toutes les suppressions de postes de fonctionnaires.

Les médias, qui ont perdu toute indépendance et sont pour la plupart la voix de leurs maîtres, parlent de « moraliser » le capitalisme. Tartufferie ! Qu’y a-t-il de moral à renflouer les voleurs en expliquant que leur faillite serait préjudiciable à tous/tes ? Qu’y a-t-il de moral à enlever un zéro aux millions des parachutes dorés quand les revenus de chaque maître du monde équivalent à des milliers d’années de travail d’unE salariéE ? Où est la morale quand Mac Cain comme Obama songent à nommer au futur ministère du trésor Warren Buffet, milliardaire qui rachète une à une et à bas prix les entreprises qui s’écroulent ? Comment rénover un système dont le seul moteur est l’enrichissement personnel et dont toutes les lois sont hostiles à toute forme de partage ou d’intérêt commun ?

Régulation = mystification

Il y a le précédent du New Deal où l’intervention énergique de l’État américain sous forme de relance de l’économie, de politique de grands travaux et de taxation des hauts revenus a relancé la production. Il ne faut pas oublier que c’est surtout la guerre mondiale et les destructions qui ont permis le succès de cette politique. Le New Deal s’est transposé sous une autre forme en Europe occidentale après 1945 où seuls les États étaient en mesure de conduire la relance et la reconstruction. Il est symptomatique qu’avant la grande crise bancaire actuelle, Denis Kessler, idéologue du Medef et inspirateur de Sarkozy proposait de liquider le compromis de 1945 et le programme du Conseil National de la Résistance.

Le New Deal s’est déroulé dans un seul pays alors que peu de grands trusts des États-Unis étaient impliqués à l’étranger (sauf en Amérique latine). Aujourd’hui avec la mondialisation, tout patron peut fuir impunément pour chercher des meilleures conditions de surexploitation. Un New Deal à l’échelle mondiale est impossible.

Les socialistes français ont mis deux des leurs à la tête du FMI (Strauss-Kahn) et de l’OMC (Lamy). Ces deux institutions sont toujours au service de la déréglementation et du dumping social. Le FMI a toujours proposé aux États en crise de tout vendre, on a vu le résultat en Argentine où la faillite des banques a plongé dans la pauvreté plus de la moitié de la population.

Quand ils étaient au pouvoir, les socialistes français ont d’abord nationalisé. En quoi le fait de mettre des affairistes comme Le Floch-Prigent à la tête des entreprises nationalisées a changé les rapports de classe ? En rien. Où a été la « régulation » du capitalisme quand on sait que ce « socialisme » a produit Tapie ou la faillite du Crédit Lyonnais ? Ou quand on se souvient que Jospin a plus privatisé que Balladur. Ce n’est pas par malchance que la social-démocratie européenne a produit Tapie ou Blair après avoir produit au siècle précédent la boucherie de 1914 ou les guerres coloniales. C’est la conséquence inévitable du refus de la rupture.

La régulation du capitalisme, c’est demander au renard de ne plus venir tous les jours dans le poulailler et de se contenter de trois visites hebdomadaires pour que les poules aient le temps de se reproduire.

Il n’y a pas de capitalisme à visage humain. Le libéralisme n’est pas un moment de l’histoire du capitalisme, c’est son essence. On est juste dans une période où les libéraux ont provisoirement besoin de l’État pour restaurer leurs profits.

La lutte des classes, encore et toujours

Toutes celles et ceux qui ont intériorisé l’idée que le capitalisme est indépassable, qu’il n’y a pas d’alternative et que la seule perspective est de chercher à gratter des miettes dans ses marges se retrouvent eux-mêmes en faillite idéologique. Il n’y a pas de « partenaires sociaux » ni d’intérêts communs possibles entre classes antagoniques. Il ne s’agit pas de répartir les richesses mais d’exproprier les capitalistes, de confisquer ce qu’ils ont volé et de le transformer en bien collectif.

Toute cette alternance entre capitalisme dur et capitalisme mou est un leurre. Les idées du socialisme et du syndicalisme révolutionnaire : la propriété collective (et pas étatique) des moyens de production, la solidarité, l’égalité (et pas l’équité), la lutte des classes, l’internationalisme sont plus que jamais d’actualité. À nous de dénoncer les illusions et de réaliser nos utopies. Une seule solution, la Révolution !

Pierre Stambul

(1) Jeune, Paul Mattick a participé en Allemagne à l’insurrection spartakiste avant d’immigrer aux Etats-Unis et d’animer le syndicat révolutionnaire IWW.

Publié dans LA CRISE DU CAPITALISME, POUR UN AU-DELA DU CAPITALISME | 2 Commentaires »

Le rôle de l’artiste n’est plus de représenter le monde, mais de le transformer

Posté par issopha le 2 août 2008

Le rôle de l’artiste n’est plus de représenter le monde,

mais de le transformer

 

Par

IMAGINAIRES SUBVERSIFS. Cet été, Mouvements revient sur la soirée-débat organisée à l’Odéon : 40 ans après mai 68, les imaginaires sont-ils toujours subversifs ? Les rêves de changement sont-ils révolutionnaires ? Juillet 2008.

(Cet article est la transcription légèrement retravaillée de l’intervention de John Jordan au théâtre de l’Odéon, le 26 mai dernier, lors de la soirée-débat organisée par Mouvements).

Pendant des années, j’avais dans mon bureau une carte postale, sur laquelle était écrit « la question de l’art n’est plus l’esthétique, mais la survie de la planète ». Je trouve que ça résume très bien les choses. La question de fond, c’est de repenser les logiques et la définition de l’art et de la lutte. Dans une société qui pratique le suicide collectif, comment lutter ? comment mettre en œuvre la créativité ?

Changer de logique, ça veut dire passer à « l’éco-logique ». On peut pour cela s’inspirer des peuples indigènes : tout est connecté. Il n’y a pas de processus linéaire, mais des cycles. Il n’y a pas de leader, mais des réseaux d’interdépendance. Cette éco-logique, on doit l’appliquer à nos vies, dans toutes leurs dimensions : sociale, économique, artistique, militante, etc. C’est fondamental, comme point de départ. Parce que la plupart des éléments de la politique traditionnelle sont ennuyeux : des réunions, et encore des réunions ; des think-tanks et encore des think-tanks ; des manifs, et encore des manifs, au final, c’est au final, c’est emmerdant. C’est assommant, même. La grande question qui se pose, le défi des imaginaires subversifs, c’est de créer des formes de lutte qui font envie, qui donnent du plaisir : des formes de luttes qui ne soient pas qu’opposition, mais qui donnent à voir de l’utopie, qui s’ouvrent sur d’autres mondes.

Le capitalisme nous a volé tout cela. Il nous a pris le plaisir de la rébellion, et il l’utilise pour nous vendre des trucs merdiques. Du coup, je crois que le rôle de l’artiste ce n’est plus de représenter le monde. Nous n’avons pas besoin d’une pièce de théâtre de plus qui nous parle du désastre à venir, ou d’une chanson sur le thème de l’injustice, d’un poème sur la tristesse du monde. Le rôle de l’artiste, ce n’est plus de représenter le monde, mais de le transformer. Et pour moi, ça veut dire qu’il faut travailler, en tant qu’artiste, dans les luttes. Le matériau, ce n’est plus la vidéo, le théâtre, le métal, des couleurs, etc. Le matériel de l’artiste, désormais, ce sont les luttes elles-mêmes, les luttes et leurs formes d’organisation. La créativité doit être à leur service. Nous savons désormais que la beauté est dans la rue, que la poésie est sous les pavés. Nous savons que les meilleurs spectacles n’ont pas lieu dans les théâtres : ils commencent un peu partout, dès lors qu’on refuse la réalité qui nous est présentée. Les meilleurs spectacles, ce sont les moments où l’on renonce à être raisonnable, où l’on renonce à être spectateur.

C’est primordial, parce qu’aujourd’hui, nous sommes plus capables d’imaginer l’apocalypse que ce qui viendra après. Nous devons donc mettre fin à toutes les formes de créativité qui soutiennent le système capitaliste. Ce qui veut dire que les artistes doivent quitter l’industrie publicitaire, par exemple : ils doivent cesser toute collaboration avec les institutions qui permettent à notre système suicidaire de se maintenir. À la place, nous devons créer des luttes qui soient irrésistibles, des formes de luttes qui soient beaucoup plus belles, beaucoup plus désirables que le dernier Ipod.

John Jordan

 

John Jordan est l’un des fondateurs de la Clandestine Rebel Clown Army. Il a également été l’un des fondateurs du mouvement Reclaim the Streets. Il est aussi membre du collectif Notes from Nowhere, qui a édité le livre « whe are everywhere » – cf. www.weareeverywhere.org

Il vient d’achever un tour d’Europe des Utopies : http://www.utopias.eu/

 

 

L’imagination ? Au pouvoir ?

    Par

    IMAGINAIRES SUBVERSIFS. Cet été, Mouvements revient sur la soirée-débat organisée à l’Odéon : 40 ans après mai 68, les imaginaires sont-ils toujours subversifs ? Les rêves de changement sont-ils révolutionnaires ? Juillet 2008.

    C’est une mince brochure au format carré ; rassemblant une série de photographies qui documentent les inscriptions portées sur les murs de Paris entre le 6 et le 13 mai, elle s’orne sur sa couverture d’un autre carré, plus petit et granuleux, face d’un pavé cubique – non carré blanc sur fond blanc, mais rouge sur fond rouge, et sur lequel on a inscrit :

    L’IMAGINA
    TION AU
    POUVOIR

    Le rôle de l’artiste n’est plus de représenter le monde, mais de le transformer dans ACTIONS CITOYENNES brochure7-2-3a073

    En retrouvant, voici quelques semaines, cette brochure au plus profond d’une bibliothèque, m’a surtout frappée la date de l’achevé d’imprimer : éditée chez Eric Losfeld (le même éditeur qui publia Ionesco, Vian ou Emmanuelle Arsan), la brochure parut en juin 1968, soit moins d’un mois après qu’aient été rageusement inscrites les phrases dont elle recueille la mémoire. Objet saisissant, du coup : d’une écriture l’autre, du pavé au papier, il semble bien que le mouvement de mai ait été du départ traversé par l’affirmation d’une imagination vive, et par sa transformation en icône ; par le jaillissement des phrases vouées à être effacées sitôt dites, et par le souci de durer et de se survivre (en faisant jouer ce que les anciens appelaient « l’imagination reproductrice », c’est-à-dire la mémoire) ; par l’urgence de salir les murs et par le désir de se muer en objet de librairie ; par le piège de voir les instruments matériels de la lutte devenir symboles – à moins qu’il ne s’agisse, ironiquement, de faire bouger l’ordre des symboles eux-mêmes, en inscrivant sur une couverture de livre, sans nom d’auteur ni aucun des signes qui balisent d’habitude l’imprimé, une revendication qui était alors celle de tous et de personne.

    Histoire

    Une chose est sûre, donc : si la question est de savoir dans quelle mesure, en devenant un objet imaginaire et en se liant aux puissances de l’imagination, la révolte s’est trouvée ou perdue, alors cette question ne date pas d’hier – et ceux qui entonnent le refrain selon lequel toute révolte aujourd’hui serait vouée à être consommée, se réduirait à un acte de marketing, paraissent regretter 68 au nom d’une question que le mouvement n’a cessé de se poser. Pour bien faire, il faudrait donc déjà repartir de là : se demander quel sens, quelle portée, quelles ambiguïtés pouvait déjà envelopper, il y a 40 ans, un slogan comme « l’imagination au pouvoir ».

    Il faudrait, pour cela, partir de la manière dont 68 a multiplié les slogans à double fond ou à double entente, auxquels on ne peut obéir qu’en leur désobéissant (« il est interdit d’interdire ») et qui ruinent en somme la possibilité même du slogan comme « mot d’ordre » et instrument de discipline. De même pour « l’imagination au pouvoir » : s’agissait-il de nommer un rêve, ou un cauchemar ? Après tout, les situationnistes sont en pointe du mouvement et « la société spectaculaire-marchande » décrite par Guy Debord pourrait se définir exactement par le règne de l‘imagination. Ou encore : dire « l’imagination, au pouvoir », est-ce énoncer à l’époque une revendication, ou un constat ? Après tout, tout le monde est alors plus ou moins lacanien, et « l’imaginaire » chez Lacan, c’est fondamentalement l’ordre du leurre et de l’aliénation, la manière dont le sujet, face au miroir, tâche de remédier à son douloureux morcellement en se reconnaissant (et se méconnaissant) dans son reflet sans profondeur – comme la France, à l’époque, dans la haute stature du Général. « L’imagination au pouvoir », est-ce que ce n’est pas la meilleure description qu’on puisse donner, en 1968, du gaullisme ?

    Il faudrait ensuite parler, plus largement, de la manière dont 68 a été très tôt, tout de suite, perçu et décrit comme une révolution imaginaire : carnaval où les insurgés rejouaient la commune cependant que les gaullistes mimaient la résistance, mouvement se définissant et se réfléchissant comme essentiellement mental (« chassez le flic de votre tête »), mouvement-cerveau comme Deleuze parlait de « film-cerveau » pour désigner ces univers cinématographiques qui paraissent se déployer d’abord à l’intérieur des crânes. Dès le mois de juillet, Michel de Certeau écrit dans La Prise de parole : « assurément, l’historien peut retrouver ici Petrograd, les soviets, la Commune de 1848, l’idéologie ouvriériste, l’utopie fouriériste ou le trotskisme d’antan ; reconnaître combien le fait nouveau mime les événements anciens (…) mais en identifiant les pièces historiques grâce auxquelles il voudrait reconstituer le puzzle du présent, l’historien ne saisirait pas que la « mise en scène » est l’événement lui-même ». Mais toute la question était alors : à supposer que ce que nous sommes en train de vivre soit imagination, que faut-il en conclure ? Faut-il y voir un signe de l’inanité du mouvement, de sa dimension superficielle ou idéologique, révolte petite-bourgeoise sans prise sur l’infrastructure économique – en bref, une révolte seulement imaginaire ? Ou faut-il y voir le signe d’un mouvement qui, en s’attaquant à l’imaginaire national, militaire, politique, sexuel…, a du même coup touché à l’essentiel, parce que l’ordre social n’existe qu’à la condition que les individus y investissent un sens qui dépasse les seules relations économiques, et dont un matérialisme strict ne suffit pas à rendre raison ? C’est la question que posait, dès cette époque, Cornélius Castoriadis, question qui prendrait forme plus tard sous la forme d’un gros livre justement intitulé L’Institution imaginaire de la société : « Pourquoi est-ce dans l’imaginaire qu’une société doit chercher le complément nécessaire à son ordre ? Et pourquoi rencontre-t-on chaque fois, au noyau de cet imaginaire et à traverse toutes ses expressions, quelque chose d’irréductible au fonctionnel, qui est comme un investissement initial du monde et de soi-même par la société, avec un sens qui n’est pas dicté par des facteurs réels (…) sens que l’on reconnaît à la fois dans le contenu et dans le style de sa vie ? » En ce sens, on le voit : une bonne part des réflexions directement nées de 68, une bonne part des expériences aussi, a consisté à se demander, et à éprouver, ce que pouvait bien vouloir dire « l’imagination au pouvoir » : en quel sens les relations de pouvoir s’entre-tissent d’imaginaire, et en quel sens l’imagination peut leur faire obstacle.

    Renversements

    Faut-il dire pour autant que c‘est ce même débat qui s‘est rejoué, ces dernières années, autour de « l’héritage de 68 » (et ces dernières semaines, autour du sens à donner à l’inflation commémorative de ce quarantenaire) ? Il me semble que la discussion a pris, en fait, un tour un peu différent. Auparavant, le débat opposait d’un côté, ceux qui voyaient dans l’imagination une mince pellicule déposée à la surface des relations sociales (un masque, un écran de fumée, etc.), et en concluaient que 68 n’avait rimé à rien ; et ceux qui, comme Castoriadis, affirmaient que toute société se soutient d’une part d’imaginaire et en concluaient que 68, en touchant à cette part-là, en appelant à libérer la pensée et la parole, à interroger les représentations, avait fait un pas décisif vers l’émancipation et donné force à l‘utopie. Depuis quelques années, un autre discours a émergé : discours qui consiste à considérer qu’en revendiquant « l’imagination au pouvoir », 68 a bel et bien touché au fond des relations sociales, au « code source » de nos rapports sociaux : mais non pas pour nous libérer, ou pour nous permettre de nous approprier cette dimension « instituante » comme disait Castoriadis ; au contraire, pour nous enfoncer encore davantage dans une existence aliénée par la rationalité marchande et incapable de lui opposer une forme de résistance politique. En bref, l’argument consiste à dire : s’il faut, comme l’affirmaient les émeutiers, prendre l’imagination au sérieux, c’est qu’elle est devenue à la fois la ruse, l’instrument et la machine du pouvoir. Du coup, on ne peut pas débattre ici de la question des « nouveaux imaginaires subversifs » sans prendre en compte ce soupçon-là – soupçon suivant lequel « imaginaire » et « subversion » seraient dans nos sociétés des termes foncièrement antagoniques, de sorte que se fier à l’un serait renoncer à l’autre. L’imagination, c’est-à-dire le pouvoir ?

    Essayons de préciser les contours de ce reproche. Si l’on repart du slogan de 68, on voit qu’il émettait, au moins, une triple critique et une triple revendication. 1/ « l’imagination au pouvoir », c’est d’abord un slogan anti-autoritaire : mettre l’imagination au pouvoir, c’est d’une certaine manière ruiner le pouvoir lui-même – cela revient, plutôt que de se demander qui mettre à la tête de l’Etat, à contester que l’imagination, que la créativité sociale doive être soumise à une autorité quelconque pour s’exercer. Contre l’autorité, la création. 2/ « l’imagination au pouvoir », c’est aussi un slogan anti-conformiste : slogan contre la monotonie, contre le retour identique du même, contre le Général inamovible et le sérieux de plomb de l’ORTF ; slogan aspirant non à une simple alternance, mais à une diversité, à une différence qui ne cesserait plus. Comme le disait, dans la même brochure rouge, un autre graffiti : « monolithiquement bête, le gaullisme est l’inversion de la vie ». Contre le conformisme, la diversité. 3/ « l’imagination au pouvoir », c’est enfin ce qu’on pourrait appeler un slogan « anti-idéel » – au sens où l’imagination, faculté de chacun, s’oppose aux idées qui devraient être les mêmes chez tout le monde. Revendiquer « l’imagination au pouvoir », plutôt que « vive la Révolution » ou « tout le pouvoir aux soviets », c’est mimer un slogan politique pour lui faire dire qu’en fait, aucun impératif politique, aucun mot d’ordre ne devrait impliquer de sacrifier l’authenticité et les aspirations des individus. Ce que disait aussi en 68 un autre slogan : « la révolution cesse dès l’instant qu’il faut se sacrifier pour elle » ; ou ce que dénonçait Michel Foucault en résumant ainsi la doctrine du Parti Communiste Français : « pas ici, pas maintenant, pas toi ». Contre les doctrines, programmes, et horizons, la singularité et l’authenticité.

    En bref, défendre l’imagination, ce serait défendre la créativité, la diversité et la singularité, contre l’autorité, la monotonie et le surplomb de l’ordre en place (ou celui des « grands récits » révolutionnaires qui prétendent s’y opposer). Du coup, toute la question est de savoir si, aujourd’hui, ce triple horizon peut dessiner quelque chose d’une utopie (un « autrement qu’être du social »), ou si ces principes se sont trouvés repris dans la grande machine capitaliste elle-même. Trois fronts se dessinent.

    1/ Le front des relations de travail. C’est la grande thèse développée par Luc Boltanski et Eve Chiappello dans Le Nouvel esprit du capitalisme : mai 68 aurait vu émerger une « critique artiste » des relations de travail, très différente de la critique sociale traditionnelle du mouvement ouvrier, et contestant moins l’exploitation que la répression exercée par la société sur la créativité des individus. Le capitalisme aurait, depuis, vu tout le bénéfice qu’il pouvait tirer de ces aspirations, et réinvesti les valeurs de création dans les nouvelles formes de management : en promouvant l’entreprise comme lieu d’épanouissement et de reconnaissance pour les salariés, en individualisant à l’extrême les relations de travail, en valorisant l’investissement personnel, le « nouvel esprit du capitalisme » aurait fait du désir de création une arme redoutable contre l’émergence d’une critique sociale et d’une conscience de classe. En bref : retournement de la créativité en auto-exploitation.

    2/ Le front des pratiques de consommation. Sur ce point, le soupçon envers l’héritage de 68 consisterait à dire ceci : il y a 40 ans, la critique de la consommation était une critique de l’empire des objets (« cache-toi, objet », disait un graffiti) au nom de la libre expression des sujets. Cette critique a été entendue – mais elle l’a été par le marketing et les politiques de marques contemporaines, désormais préoccupés de vendre, non des objets, mais des formes de subjectivité, en faisant de chaque marchandise la promesse d’un style de vie, voire en inventant des objets dont la fonction même est de permettre à chacun de devenir soi-même, en choisissant, ordonnant et composant les flux et les stocks d’information disponibles (le lecteur MP3 ou le Ipod constituent de ce point de vue, un modèle central). En bref : retournement de la diversité en diversification indéfinie du marché.

    3/ Le front de l’engagement politique. Sur ce point, la critique consisterait à affirmer qu’à force de dénoncer le « bridage », des imaginations singulières par les mots d’ordre collectifs, on s’est rendu totalement incapable, d’une part de se mobiliser au service de causes qui dépasseraient notre propre horizon privé, d’autre part d’accepter la part de discipline et de coordination que de telles mobilisations impliquent. Autrement dit, là où 68 affirmait l’indifférence de l’imagination au pouvoir (lorsque les manifs passaient devant l’Assemblée nationale sans s’y arrêter), et l’insoumission de l’imagination aux logiques de puissances et de prise de pouvoir, ce double refus aurait conduit, quarante ans plus tard, à l’indifférence et à l’impuissance tout court, au règne de l’égoïsme, à la crise de toutes les formes de mobilisation, à la substitution d‘une démocratie d‘opinion à la démocratie de partis, etc. En bref : retournement de l’authenticité en individualisme apolitique.

    Batailles

    De ces trois objections, il faudrait donc discuter. Ma conviction, en l’affaire, pourrait se résumer ainsi : aucune de ces objections, aucun de ces soupçons, n’est infondée – mais ce serait manquer, pour le coup, d’imagination, ce serait céder à la facilité de l’amertume que d’y voir des vérités définitives, et d’entonner sur chacun de ces fronts la rengaine de la « récupération ». Aucun de ces retournements n’est joué ; chacun est l’objet brûlant de quelques luttes actuelles. Il faut entendre, disait Foucault, le grondement de la bataille : prêtons l’oreille.

    1/ Il y a une bataille sur le front du travail, entre création et autorité. Lorsqu’on accuse les manifestants de 68 d’avoir été les alliés objectifs d’une conversion vers le « capitalisme soft », le new management, etc, on va trop vite sur deux points. 1/ On suppose d’abord qu’à l’époque, il y aurait eu d’un côté une critique (estudiantine) des relations d’autorité, et de l’autre une critique (ouvrière) des relations d’exploitation ; on fait jouer, en bref, la vieille thèse selon laquelle 68 serait né de la convergence accidentelle de deux mouvements hétérogènes. Or, ces deux luttes étaient profondément inséparables : il suffisait d’entendre, il y a quelques semaines, la série de reportages diffusés sur France-Culture sur la mémoire de Billancourt, pour mesurer que la critique de l’autorité n’était pas le seul fait de quelques « artistes » germanopratins, mais tout autant d’ouvriers confrontés à l’interdit syndical, à l’obligation de se cacher dans les monte-charge pour se réunir, à l’exclusion du pantalon dans les ateliers féminins. Critiquer la manière dont le pouvoir mutile la vie, alors, ce n’était pas opposer la frivolité au sérieux de la lutte sociale : c’était toucher aux disciplines qui faisaient fonctionner l’instrument de production. 2/ On suppose d’autre part que la « conversion créative » du capitalisme serait un processus accompli de l’intérieur des entreprises, et à l’initiative rusée de la seule hiérarchie. Or, certaines enquêtes sociologiques montrent au contraire que l’exigence d’émancipation, d’expression saisit les entreprises de l’extérieur, depuis la société, et prend à rebrousse-poil des hiérarchies encore massivement attachées à la discipline « old style ». Je ne peux ici faire mieux que de renvoyer à l’enquête de la sociologue Isabelle Ferreras auprès des caissières de la grande distribution en Belgique, et à l’entretien qu’elle a accordé dans le dernier numéro de Vacarme. Que montre-t-elle ? Que les relations autoritaires et hiérarchiques perdurent à l’intérieur de l’entreprise : Auchan n’est pas devenu la Silicon Valley. Que s’il y a conflit entre cette logique et l’exigence d’expression, de participation et d’égalité, c’est parce que celle-ci est portée par les caissières elles-mêmes, au nom de leurs conditions de travail. Qu’un conflit se joue aujourd’hui, sur les lieux du travail, entre un imaginaire domestique (celui de la hiérarchie, pour laquelle « le client est roi »), et un imaginaire démocratique, selon lequel être en contact avec des clients, c’est exiger de « n’être plus le domestique de personne ». En bref, c’est aller un peu vite que de croire la création passée, avec armes et bagages, du côté du capitalisme : l’exigence d’inventer son rôle est, au cœur des entreprises contemporaines, un enjeu de conflit.

    2/ De même, il y a une bataille sur le front de la consommation, entre diversification des produits et appropriation des objets. Lorsqu’on dit, aujourd’hui, que la révolte est devenue une marchandise, qu’elle s’est muée en objet de consommation, on suppose un partage clair entre d’un côté la spontanéité pure des révoltes « à l’ancienne », et de l’autre la passivité obligée du comportement « consommateur ». Or, on oublie ce faisant qu’après 68, une partie de la critique de la consommation a consisté, non pas à rejeter tout recours aux marchandises (ce qu’ont effectivement tenté un certain nombre de communautés, avec l’effort pour vivre en autarcie, etc), mais à se demander ce que les gens font avec les produits de consommation qui leurs sont imposés. C’est la thèse que développait Michel de Certeau, dans son grand livre sur les « arts de faire » (L’invention du quotidien, 1980) : parler de consommation, est très réducteur, car cela laisse supposer que les consommateurs sont passifs et se contentent de subir, de « s’abrutir » devant la télé, etc. On oublie du coup de se demander ce que les gens fabriquent de ce qu’on fabrique pour eux, de s’intéresser à la façon dont ils plient les normes de la consommation à des logiques d’usage, à des bricolages, à des savoir-faire dont le savoir savant ne sait rien. Cette problématique des « arts de faire », des « usages », déplaçait le débat : il ne s’agissait plus tant d’opposer les objets aux sujets (pour en conclure que les seconds sont forcément dominés par les premiers), que de distinguer entre les usages prescrits, les formes de subjectivités dessinées en filigrane par les « modes d’emploi » de la consommation de masse, et l’invention par les acteurs d’un usage second – reprenant ce qu’on appelle dans la tradition ouvrière la « bricole » ou la « perruque ».

    Cette question, qui se posait à une époque où les médias, en particulier, ne permettaient guère de souplesse ou d’interactivité, se pose avec d’autant plus d’acuité aujourd’hui : plutôt que de se plaindre, par exemple, que l’industrie culturelle ait envahi notre imaginaire, il faudrait se demander ce que nous faisons de ces images-là. C’est aussi une question très concrète : toute la bataille sur la propriété intellectuelle, qui fait rage aujourd’hui dans les domaines les plus variés (de la musique au logiciel libre, de celui-ci aux brevets de l’industrie pharmaceutique), est d’abord une bataille contre ceux qui ont intérêt à interdire la reproduction et les modifications des œuvres, donc qui tiennent à maintenir juridiquement la distinction entre producteurs et consommateurs – ce, lorsque les technologies contemporaines vont vers l’effacement de cette distinction, et permettent aux individus d’insérer les produits de consommation dans des productions nouvelles.

    Il y a enfin une bataille sur le front politique, sur le sens à donner à l’individualité. Ici, il faudrait renvoyer à tout le travail entrepris depuis quelques années autour des « politiques de l’individualisme » par Philippe Corcuff, François de Singly, Danilo Martuccelli, d‘autres encore. Un colloque a d’ailleurs, au mois de juin, réuni à Cerisy la Salle ceux qui travaillent aujourd’hui à réouvrir la problématique de l’individualisme. Deux questions se posent, en fait : 1/ est-il si sûr que l’extension de l’individualisme, ou du « singularisme » (pour parler comme D.Martuccelli, c’est-à-dire de l’exigence de se soucier de soi-même et de s’épanouir dans son authenticité), soit opposée à toute préoccupation sociale et à toute attention aux solidarités collectives ? Y a-t-il à choisir entre le souci de soi et le souci de la société ? Je me souviens d’un bref trouble, il y a quelques années, lorsque le journaliste économique bien connu Jean-Marc Sylvestre, victime d’un accident cardiaque, avait au micro de France-Inter chanté durant quelques semaines des péans au service public de santé , reconnaissant que, sans le dévouement des soignants, il ne serait plus là. Le trouble venait de ce que cet « aveu », qui venait contredire les positions habituellement tenues par Sylvestre, s’avérait en même temps parfaitement compatible avec les catégories de son discours : simplement, la « promotion de l’individu », la « défense de ses capacités d’initiative », se révélaient dépendre d’un système de solidarités collectives. L’urgence n’est peut-être pas de déplorer la montée de l’individualisme, mais de déplier plus clairement ce souci du monde inscrit au cœur de l’imaginaire de l’individu. 2/ est-il si sûr, d’autre part, que le refus de se plier à une discipline énoncée au nom d’idéaux supérieurs suscite forcément le désordre et l’impuissance ? On pourrait aussi bien dire l’inverse : les collectifs fondés sur l’intérêt supérieur (de l’état, du parti, de la révolution…) sont en crise, cependant que les formes de mobilisation les plus actives sont celles où les individus entrent, sortent, circulent sans se voir culpabiliser ou dénoncer. Il faudra y revenir.

    Ni la création, ni la diversité, ni l’authenticité n’ont donc cessé de trembler sur leur base, ni ne se sont rangées une fois pour toutes d’un côté ou de l’autre des batailles en cours. A travers celles-ci, se dessine à mon avis une même question, que je me contenterai en conclusion de nommer : question d’un imaginaire radicalement démocratique. La démocratie se laisse-t-elle imaginer ? Ce qui veut dire aussi : l’imagination se laisse-t-elle démocratiser, elle si prompte à réactiver les figures autoritaires de la violence libératrice, de l’homme providentiel ou de l’utopie bien ordonnée ? Quelques années avant que s’écrive sur les murs « l’imagination au pouvoir », en 1965, Samuel Beckett avait de son côté tenté une autre formule, une manière de dire qu’il n’y a d’imagination subversive que subvertie, écharpée, mise en pièces, arrachée à ses figures anciennes pour être reconduite à sa pratique sans certitude. De cette formule aussi, qui désigne une tâche à venir, nous gagnerions à hériter :

    IMAGINATION
    MORTE
    IMAGINEZ

    Mathieu Potte-Bonneville

    Matthieu Potte-Bonneville est professeur de philosophie. Il est l’un des fondateurs de la revue Vacarme, http://www.vacarme.eu.org, dont il est membre du comité de rédaction.

    Il a également un blog : http://www.mediapart.fr/club/blog

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    Que s’est-il vraiment passé à Lhassa ? Journalistes et touristes disent autre chose. Peter Franssen

    Posté par issopha le 3 avril 2008

    Que s’est-il vraiment passé à Lhassa ?

    Journalistes et touristes disent autre chose.

    Peter Franssen Que s'est-il vraiment passé à Lhassa ? Journalistes et touristes disent autre chose. Peter Franssen  dans AU-DELA DES IDEES RECUES puce2    puce2 dans CRITIQUE DES MEDIAS 

     

    5 questions à propos du soulèvement au Tibet
    Peter Franssen  

    1. Que s’est-il réellement passé ?
    2. Quel était le but des émeutes ?
    3. Des médiamensonges : dans quel but ?
    4. Le mouvement tibétain est-il spontané et indépendant ?
    5. Toute la communauté internationale condamne-t-elle la Chine ?

     
    Vendredi 14 mars dernier, une émeute éclatait à Lhassa, la capitale de la Région autonome du Tibet. Partout dans le monde, ces événements ont donné lieu à des protestations contre l’intervention de la police anti-émeute et l’armée chinoises.
    Voici cinq questions à ce propos et, chaque fois, une esquisse de réponse.
    ——————————————–
    1. Que s’est-il réellement passé ?

    ——————————————–
    En Occident, l’opinion publique a eu l’impression que des manifestants pacifiques, sous la direction de moines, avaient défilé dans les rues pour réclamer la liberté et que la police et l’armée chinoises étaient intervenues de façon très répressive.
    Entre une semaine et dix jours après les faits, il y a toujours, dans l’opinion publique, nombre de gens qui retiennent cette version des faits. Comme la présidente du parlement américain, Nancy Pelosi, numéro deux des États-Unis dans la hiérarchie politique, qui prétend que le comportement de la Chine est « un défi à la conscience du monde entier ».
    ( lisez l’article http://www.iht.com/articles/ap/2008/03/21/news/Pelosi-Dalai-Lama.php )
    « Si nous ne parlons pas maintenant, nous n’aurons plus jamais le droit de parler », ajoute cette dame.
    Le dalaï-lama l’a remerciée en disant que les États-Unis étaient « les champions de la liberté et de la démocratie ». Le dalaï-lama peut dire qu’il a de la chance d’être tibétain et de ne pas habiter, d’aventure, au Vietnam, au Laos, au Cambodge, en Afghanistan ou en Irak, pour ne citer que quelques pays contre lesquels les États-Unis, ces « champions de la liberté et de la démocratie », ont déclenché des guerres. Guerres qui, par ailleurs, ont toutes reçu le soutien de ce pacifiste à l’éternel sourire qu’est le dalaï-lama.

    Deux jours après Nancy Pelosi, c’était le tour du président du parlement européen, l’Allemand Hans-Gert Poettering. « Si le gouvernement chinois suit cette ligne dure contre le Tibet, nous devons envisager un boycott des JO », a-t-il dit.
    (Lisez l’article. http://www.ft.com/cms/s/0/7f31888c-f8e5-11dc-bcf3-000077b07658.html )
    Auparavant, cette suggestion avait déjà été faite par le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Son homologue allemand Frank Walter Steinmeier a mis en garde la Chine contre le fait que son approche de la crise compromettait les JO
    (lisez l’article http://ap.google.com/article/ALeqM5h79xS2DH2a0P1VYcF_2aHikRFJtAD8VHTPG00 ).
    On peut se poser des questions à propos de la bonne foi de Pelosi, Poettering, Kouchner, Steinmeier. Toutes les déclarations, reportages, films et photos des témoins directs des événements montrent précisément le contraire de ce que ces politiciens prétendent. Nous pouvons désormais affirmer avec certitude que, ce vendredi 14 mars à
    Lhassa, il n’a nullement été question de manifestations, mais bien d’une émeute. Des groupes de jeunes, parfois sous la conduite de moines et armés de couteaux, de sabres, de machettes, de pierres et de cocktails Molotov, ont bouté le feu à des maisons, des commerces et des voitures. Sauf les touristes, toutes les personnes qui n’étaient pas tibétaines étaient en danger. Non seulement les Chinois Han, mais également les musulmans Hui, ont été battus, tabassés sauvagement, voire battus à mort. La violence a été extrêmement brutale et de nature ethnique et raciste.

    Ci-dessous, vous pouvez lire une série de témoignages, surtout de sources occidentales.

    « En face de notre hôtel, ils ont bouté le feu à quatre bâtiments ». « Au carrefour en face de mon hôtel, j’ai vu comment des Tibétains en colère criblaient des pierres des Chinois passant en scooter. Quand l’un d’eux tombait de son scooter, il se faisait horriblement tabasser. Ils étaient maltraités » , déclare un touriste hollandais dans De Volkskrant.
    (Lisez l’article http://www.volkskrantreizen.nl/blogpost.php?username=reisredactie&webtitle=nederlanders_over_onluste&usergroup=redactie )
    « Les vieilles personnes n’ont pas été épargnées non plus ».
    Le journal français Le Parisien donne la parole au touriste canadien John Kenwood, qui raconte comment une bande a arraché un vieillard à son vélo, l’a battu à coups de poing et de pied. Un passant occidental a pu tirer le vieillard d’affaire.
    (Lisez l’article http://www.leparisien.fr/home/info/international/articles/SCENES-DE-LYNCHAGE-DE-CHINOIS-PAR-DES-TIBETAINS_296267549#header )

    Des images d’émeute
    Voici un petit film qui montre comment un homme en furie s’en prend à un Chinois roulant en scooter.
    À six ou sept reprises, il frappe le Chinois à la tête avec une pierre. D’autres se précipitent pour jeter le Chinois à bas de son scooter et ils continuent de le battre. Le Chinois tombe sur le sol et reçoit encore des coups et des pierres. Un peu plus tard, cet homme a été admis à l’hôpital. Il a perdu un oeil.
    Mise en garde : le film est particulièrement choquant.
    Le film : http://www.youtube.com/watch?v=Jr3vhPo0pK0

    Hôpitaux et écoles n’ont pas été épargnés.
    Le bilan est très lourd : 13 morts, 325 blessés, 422 magasins, 120
    maisons d’habitation, 6 hôpitaux et 7 écoles ont subi des déprédations à des degrés divers.
    (Lisez l’article http://english.peopledaily.com.cn/90001/90776/90882/6376824.html )

    Cinq jeunes filles brûlées vives.
    Un groupe de manifestants a incendié un magasin à Lhassa. Six vendeuses y travaillaient. Cinq ont péri, brûlées vives. La plus vieille avait 24 ans, la plus jeune 18 ans.
    (Lisez l’article http://www.chinadaily.com.cn/china/2008-03/20/content_6553129.htm)

    « Des manifestants, non. Des criminels ! ».
    Le journal allemand Junge Welt dit dans un de ses titres qu’il ne s’agissait pas de manifestants, mais de criminels.
    (Lisez l’article http://www.jungewelt.de/2008/03-20/059.php )

    « Partout autour de moi, le feu faisait rage ».
    Le journaliste Benjamin Morgan interviewe un certain nombre de touristes étrangers qui sont rentrés de la capitale tibétaine Lhassa. Les touristes avaient du mal à trouver leurs mots pour décrire les brutalités auxquelles ils avaient assisté.
    (Lisez l’article http://www.smh.com.au/news/world/crackdown-as-10-burnt-to-death-in-tibet-riots/2008/03/15/1205472170804.html )

    « Ils battaient les gens à coups de pierres, de couteaux de boucherie, de machettes ».
    Le témoignage de l’Espagnol Juan Carlos Alonso.
    (Lisez l’article http://www.straitstimes.com/Latest%2BNews/Asia/STIStory_217614.html )

    Des blessés racontent.
    Depuis leur lit à l’hôpital, deux musulmans racontent.
    (Lisez l’article http://news.xinhuanet.com/english/2008-03/16/content_7802771.htm )

    Un petit film de la BBC montre des images des événements.
    Lundi (17 mars), la BBC a présenté un petit film des violences dans la capitale tibétaine Lhassa. (Visionnez le film)

    Les musulmans aussi étaient agressés.
    Depuis Lhassa, le journaliste James Miles témoigne de la façon dont les émeutiers s’en sont pris à tous ceux qui n’étaient pas tibétains.
    (Lisez l’article http://www.economist.com/daily/news/displaystory.cfm?story_id=10870258)

    « J’ai vu comment ils battaient des gens à mort ».
    Un touriste danois témoigne. L’article est en danois, mais vous pouvez en lire une partie ici en anglais.

    http://www.guardian.co.uk/world/feedarticle/7386817

    Un touriste : « Le quartier musulman a été entièrement détruit ».
    Des magasins ont été pillés, incendiés dans le quartier musulman, tout a été détruit.
    (Lisez l’article http://www.arabtimesonline.com/client/pagesdetails.asp?nid=13971&ccid=18 )

    ———————————————–
    2. Quel était le but des émeutes ?
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    Provoquer le gouvernement chinois

    Le soulèvement était-il spontané ? Etait-ce une explosion de colère populaire qui, hélas, a mal tourné ? C’est ce que veut nous faire croire le dalaï-lama. Pourtant, des organisations extrémistes ont admis qu’elles avaient effectivement voulu et planifié ces événements. Provoquer les autorités chinoises, telle était la tactique prévue. Le 15 mars, c’est-à-dire le lendemain des événements, paraît dans The Seattle Times un article intitulé « Tester la Chine ». Tsewang Rigzin, le président de la très extrémiste Ligue de la jeunesse tibétaine, y déclare que les JO constituent une occasion unique de porter leur cause à l’attention de l’opinion mondiale : « Nous voulons tester la Chine. Nous voulons qu’elle montre son vrai visage. C’est pourquoi nous les provoquons à ce point. »
    (Lisez l’article http://seattletimes.nwsource.com/html/nationworld/2004284049_tibetanalysis.html)

    Ce qui était prévu s’est également déroulé sur place. Dans ce film,

    http://news.cctv.com/china/20080320/107214.shtml

    on voit, après environ 90 secondes, un homme armé de deux bâtons, debout sur le toit d’une voiture de police. Il dirige une bande d’incendiaires, de pillards et de lyncheurs. Cet homme est cadre de la Ligue de la jeunesse tibétaine et il est bien connu des services de police. Il est entré dans la clandestinité. Cet homme faisait partie d’un groupe de 40 Tibétains qui, un mois avant les faits, ont subi un entraînement intensif de trois jours dans la ville indienne de Dharamshala, où séjourne le dalaï-lama. L’un des formateurs n’était autre que le rédacteur en chef de The Voice of Tibet, une station de radio financée par la CIA. Les cours traitaient de l’approche des médias, de la situation au Tibet, de l’importance des jeux Olympiques, de l’importance d’une action coordonnée sur le terrain même… Vous pouvez lire l’article à ce propos ici.

    http://www.phayul.com/news/article.aspx?id=19302

    Deux de ces manuels de cours ont déjà été utilisés plus tôt, entre autres en Europe de l’Est. Des jeunes des organisations d’extrême droite Otpor (Serbie) et Pora (Ukraine), encadrés et formés par la CIA et d’autres services de renseignements, ont suivi ces cours en guise de préparation aux fameuses « révolutions orange ». En 2006, l’Institut Albert Einstein a traduit ces cours. L’un d’eux a été préfacé par le dalaï-lama en personne. On peut lire cette préface ici .

    http://www.aeinstein.org/organizationsTibetanFDTD.html

    Restaurer la théocratie
    La déclaration du président de l’organisation de jeunesse ci-dessus concorde avec les objectifs de l’émeute tels qu’ils ont été fixés par cinq organisations séparatistes tibétaines. Dans ce texte, il est écrit que les cinq organisations visent à déclencher une révolte qui annoncerait la fin de « l’occupation ». Ces cinq organisations sont : le Congrès de la jeunesse tibétaine, l’Association des femmes tibétaines, le Mouvement Gu-Chu-Sum du Tibet, le Parti national démocratique du Tibet et les Étudiants pour un Tibet libre. Dans leur cahier de revendications, on peut lire qu’elles veulent le retour au Tibet du dalaï-lama, à qui « il convient de donner la place qui lui revient de droit comme dirigeant légitime du peuple tibétain ». Ces organisations veulent donc le retour de la théocratie. C’est donc la même chose que si les fondamentalistes catholiques réclamaient la restauration en Europe de l’ordre du haut moyen âge, tout « en donnant au pape sa place légitime » à la tête du pouvoir temporel.

    Declaration Tibetan Uprising (Déclaration à propos de l’insurrection tibétaine), 4 janvier 08
    Lire l’article… http://tibetanuprising.org/2008/03/11/background/

    Choisir la voie de l’escalade dans la violence
    Auprès de l’opinion publique, le mouvement tibétain passe pour être très amical et pacifiste, essentiellement spirituel et porté sur l’élévation des âmes. Mais la réalité est tout autre. Six jours après qu’il y a eu des morts à Lhassa et qu’on aurait pu espérer voir apparaître quelques tiraillements de conscience chez les instigateurs des troubles, ils surenchérissent au contraire dans la violence. Le 20 mars, des cadres des cinq organisations séparatistes mentionnées plus haut avaient une rencontre avec le dalaï-lama. Ils lui ont demandé de lancer un appel direct à la violence.

    Tibetan Youth Congress meets Dalai Lama Meyul (Le Congrès de la jeunesse tibétaine rencontre le dalaï-lama), 20 mars 2008 Lisez l’article…

    http://meyul.com/2008/03/20/tibetan-youth-congress-meets-dalai-lama/

    Essayer de faire éclater la Chine
    Certaines figures de proue du mouvement tibétain visent l’éclatement de la Chine et ils veulent que, non seulement le Tibet, mais également la Région autonome du Xinjiang et la Mongolie intérieure se séparent de la Chine. Les cinq organisations susmentionnées ont organisé une « marche de la paix » qui est partie le 10 mars de la ville indienne de Dharamsala, durera cinq mois et franchira la frontière sino-indienne au Tibet le 8 août, c’est-à-dire le jour même de l’inauguration des JO. Les Tibétains ne marchent pas seuls. Ils le font, disent-ils, « avec des gens d’autres territoires occupés comme la Mongolie et le Turkestan oriental (Xinjiang) ». Ces « territoires occupés » doivent eux aussi être libérés.

    Tibetaanse Vredesmars: ‘Return Home March’ Passie voor de Rechten van de Mens (Marche tibétaine de la paix : « La marche du retour au pays », une passion pour les droits de l’homme), 8 mars 2008
    Lisez l’article…

    http://passievoormensenrechten.web-log.nl/passie_voor_mensenrechten/2008/03/127-tibetaanse.html

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    3. Des médiamensonges : dans quel but ?
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    La plupart des hommes politiques et des médias occidentaux ont condamné la Chine pour ce qui s’est passé à Lhassa. Mais comment réagiraient-ils si des bandes de jeunes se mettaient à piller et à incendier les magasins de l’avenue Louise, à Bruxelles ? Ne réclameraient-ils pas des interventions musclées et des sanctions sévères ? À Lhassa, la police a opéré avec une très grande retenue durant toute la journée du vendredi 14 mars. Pourtant, on peut lire que la Chine a fait montre d’une « violence excessive ». Pour faire avaler cette absurdité à l’opinion publique, divers médias ont joué un rôle peu recommandable. Ils ont voulu nous faire croire que les meurtriers et les incendiaires étaient des combattants de la liberté qu’on avait atrocement massacrés. Manifestement, ils voulaient discréditer la Chine, même s’il fallait pour ce faire user des pires mensonges.
    Ce vendredi 14 mars, à Lhassa, les Tibétains étaient « abattus comme des chiens », prétend ABC
    (lire ici http://www.abcnews.go.com/International/Story?id=4468783&page=4 ).

    L’International Herald Tribune fait savoir à ses lecteurs que 30 Tibétains ont été abattus (lire ici). Le Sydney Morning Herald prétend de son côté que 80 Tibétains ont été abattus
    (lire ici http://www.iht.com/articles/ap/2008/03/15/asia/AS-GEN-India-Tibet-Deaths.php ).

    Radio Free Asia a placé un petit film sur son site Internet en prétendant que des centaines de personnes « protestaient pacifiquement à Lhassa jusqu’au moment où la police chinoise en a abattu deux ». Cette station de la CIA croit manifestement ses propres mensonges car, dans le film, on voit uniquement des voitures et des bâtiments qui sont la proie des flammes. Et pas un seul policier.

    http://meyul.com/

    Les médiamensonges éreintés par la critique
    Les étudiants chinois à l’étranger ont été très indignés par le traitement des informations dans les médias occidentaux. Ils ont lancé un site Internet

    http://www.anti-cnn.com/

    et y réfutent les médiamensonges. Vous trouverez un résumé de ces mensonges et de leurs réfutations sur ce petit film de 4 minutes.

    Reporters sans honte
    Outre les milieux entourant le dalaï-lama, c’est surtout l’organisation Reporters sans frontières qui a joué un rôle prépondérant dans la campagne mensongère. RSF se prétend une organisation indépendante défendant partout la liberté de la presse et les droits de l’homme. RSF a pas mal d’influence sur les médias occidentaux, même si, en tant qu’organisation, ce n’est qu’une usine à mensonges. RSF n’a cessé de publier des articles haineux et de tenter d’imputer à la Chine les troubles et les victimes. L’organisation lance un appel en vue de boycotter les JO (lisez ici). Reporters sans frontières est dirigée et cofinancée par le service américain de renseignements, la CIA. Son patron est Robert Ménard, un homme qui entretient d’étroits liens avec la mafia de Miami. RSF dit de Cuba que « c’est la plus grande prison de journalistes au monde ». Une allégation qui a quand même de quoi vous couper le souffle car, ces quarante dernières années, 791 journalistes ont été assassinés en Amérique latine, mais pas un seul à Cuba.
    (lisez ici http://www.rsf.org/article.php3?id_article=26254 ).

    Robert Ménard et son équipe sont aussi très actifs contre la Chine. Ménard est l’homme qui, la semaine dernière, a perturbé la cérémonie d’ignition de la flamme olympique. Si bien des médias tombent encore dans le panneau des mensonges de Ménard, l’Unesco ne s’y trompe plus : il y a peu, cette organisation a mis un terme à son soutien de RSF et a expliqué, dans une déclaration, que RSF avait fait preuve à plusieurs reprises d’une absence d’éthique en traitant certains pays de façon très peu objective.
    Lisez ici un article sur la décision de l’Unesco. http://www.cubanews.ain.cu/2008/0313fracasaintento.htm

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    4. Le mouvement tibétain est-il spontané et indépendant ?

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    Quelque 5,4 millions de Tibétains vivent en Chine, soit 0,4 % de la population totale du pays. Le petit et courageux David contre le grand et méchant Goliath : voilà l’image que l’on propose à l’opinion publique. Ici aussi, la vérité est tout autre. Le principal soutien du mouvement tibétain, ce sont les États-Unis et plus spécifiquement la CIA et le ministère des Affaires étrangères. Depuis un demi-siècle, le dalaï-lama entretient des rapports très étroits avec ces deux piliers de la politique étrangère américaine. C’est sur l’insistance de la CIA et en échange d’un beau paquet de dollars que le damaï-lama quitte le pays pour l’Inde et ce, malgré un accord avec le gouvernement de Beijing. Depuis des années, la CIA s’emploie à mijoter une révolte armée au Tibet. Laquelle éclate en 1959. À l’époque, la CIA a un camp d’entraînement dans le Colorado et elle y initie des centaines de Tibétains à la guérilla et au terrorisme. Ce programme se poursuit jusqu’en 1961. Mais le conflit de faible intensité (LIC) qu’entretient la CIA au Tibet se poursuit aujourd’hui encore. Seules les méthodes et les tactiques de ce LIC ont été modifiées. On peut en apprendre plus ici :

    http://www.atimes.com/atimes/China/JC26Ad02.html

    Un financement via la CIA

    L’emprise des États-Unis sur le mouvement tibétain est évidente quand on voit que ce sont principalement les Américains qui maintiennent financièrement ce mouvement. En 1998, le journaliste Jim Mann écrit dans le journal australien The Age un article intéressant qui s’appuie sur des documents des autorités américaines. Il y est entre autres révélé que, dans les années 1960, la CIA offrait 1,7 millions de dollars par an au mouvement tibétain à l’étranger. Le dalaï-lama lui-même recevait 180.000 dollars par an de la CIA
    (lisez l’article http://listserv.muohio.edu/scripts/wa.exe?A2=ind9809c&L=archives&P=14058 ).
    On peut naturellement se demander quelle est la teneur démocratique du dalaï-lama lorsque les assises financières de son mouvement sont assurées par une organisation dont le palmarès s’orne de millions de morts un peu partout sur la planète.

    Un financement opéré via le NED

    Dans la même période et celle qui suit, la CIA est mise en cause en raison de l’application au Vietnam du programme Phoenix, qui coûte la vie à 26.000 personnes, du coup d’État contre le président Allende au Chili et du soutien aux escadrons de la mort en Amérique latine. Il s’ensuit qu’une partie des activités de la CIA sont transférées à un nouvel organisme à l’appellation cynique de National Endowment for Democracy (NED, Dotation nationale en faveur de la démocratie). Une grande partie du soutien financier au mouvement tibétain émane désormais de cette source.
    L’argent arrose entre autres l’International Campaign for Tibet (ICT), une organisation qui tente de gagner l’opinion mondiale aux points de vue du dalaï-lama. Au conseil d’adminsitration de l’ICT siègent entre autres l’agent de la CIA et président tchèque Vaclav Havel et l’ancien président de la Lituanie Vytautas Landsbergis. Les deux hommes sont également membres du Comité international pour la démocratie à Cuba, un club très huppé d’extrême droite. On peut admirer ce groupe ici : http://www.cubanismo.net/teksten_nl/democratie/eu_voor_cuba.htm

    Un autre bénéficiaire de l’aide financière américaine est le Tibet Fund (Fonds Tibet). Cette organisation voulait convaincre les Tibétains et le monde entier de la légitimité du dalaï-lama. Il a également formé des journalistes dans la même vision. En 2001, Sharon Bush en était la directrice : elle n’est autre que la belle-sœur de l’actuel président des États-Unis.
    Un autre groupe reçoit de l’argent du NED : le Tibet Information Network (Réseau d’information sur le Tibet), dont le siège est situé à Londres. Le groupe a également une vocation propagandiste. Il est dirigé par Richard Oppenheimer, un journaliste qui a travaillé pendant 22 ans pour la BBC.
    De même, la Tibetan Literary Society (Société littéraire tibétaine) palpe les deniers du NED pour sa publication du journal Bod-Kyi-Dus-Bab (Tibet Times).
    Le Tibet Multimedia Center figure lui aussi sur les feuilles de paie du NED : il diffuse des cassettes audio et vidéo avec les messages du dalaï-lama.
    La Tibetan Review Trust Society a reçu de l’argent du NED pour la publication du mensuel Tibetan Review.
    Depuis 1996, l’émetteur de radio Voice of Tibet est financé par le NED pour ses émissions en tibétain et en chinois.
    Dans le rapport du NED pour 2006
    (ici : http://www.ned.org/grants/06programs/grants-asia06.html#chinaTibet
    , on peut lire que cinq organisations tibétaines reçoivent de l’argent pour un total de 173.000 dollars. La liste n’est pas complète en raison du « caractère confidentiel » de certaines donations.

    Un financement via les Affaires étrangères

    Le NED n’est pas le seul bailleur de fonds du mouvement tibétain. De l’argent américain arrose également le dalaï-lama et son entourage via le Bureau of Democracy, Human Rights and Labor (DRL – Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail) du ministère des Affaires étrangères. Ce DRL reçoit de l’État de l’argent qu’il peut utiliser afin de favoriser la « démocratie et les droits de l’homme » partout dans le monde. Un quart de tout cette manne va à des organisations qui s’intéressent à la « démocratie et aux droits de l’homme » en Chine. Il s’agit en grande partie d’organisations tibétaines. L’an dernier, le DRL a pu ainsi distribuer 23 millions de dollars. Un bon tiers de cet argent va au NED, le reste est distribué par le DRL même. Entre autres, au Tibet Fund déjà mentionné. Le rapport annuel le plus récent du Tibet Fund date de 2005
    (lisez-le ici en PDF

    http://tibetfund.org/annual_reports/2005report/2005_annualreport.pdf).

    Il y est écrit qu’en 2005, le fonds avait un budget de 5 millions de dollars, dont une moitié en provenance du gouvernement américain, surtout du Bureau de la population, des réfugiés et de l’immigration du ministère des Affaires étrangères. Ce bureau est une composante du DRL. Cette année-là, le Fonds a offert 500.000 dollars au dalaï-lama en personne.

    Un financement en provenance de l’Europe

    Le gouvernement américain est le principal financier du mouvement tibétain. La prédilection du dalaï-lama pour la politique étrangère des États-Unis est donc très compréhensible. Mais les gouvernements européens n’hésitent pas non plus de mettre la main à la poche. Une grande partie du financement se fait non pas directement, mais par le biais de fondations dont, entre autres, la Friedrich Naumann Stiftung (fondation) et la Heinrich Böll Stiftung. Afin d’exprimer sa reconnaissance, le dalaï-lama a remis en 2005 le prix Light of Truth (Lumière de la vérité) au comte Otto Lambsdorff, président de la Friedrich Naumann Stiftung. Vous pouvez lire ici un rapport à ce sujet :

    http://www.savetibet.org/nl/news/news.php?id=12

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    5. Toute la communauté internationale condamne-t-elle la Chine ?
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    S’il faut en croire les informations occidentales, la Chine est complètement isolée, désormais : le monde entier la condamne. En réalité, depuis le 14 mars, une bonne centaine de pays ont exprimé leur soutien à la Chine. Les mots de « communauté internationale », dans la bouche du président américain Bush, du président français Sarkozy et de la chancelière allemande Merkel, ne couvrent surtout qu’eux-mêmes. L’Asie, l’Amérique latine et l’Afrique n’entrent pas en ligne de compte, pas plus que les pays de l’ancienne URSS. On se souviendra de ce que la « communauté internationale » de George W. Bush avait également soutenu la guerre de ce dernier contre l’Irak. Mais, à y regarder de plus près, ce n’était absolument pas le cas.

    Pour le Vietnam, le Cambodge, le Bangladesh, la Chine a agi correctement

    Les gouvernements du Vietnam, du Cambodge et du Bangladesh ont été les premiers à exprimer leur soutien à la Chine. Le vice-ministre vietnamien des Affaires étrangères a déclaré : « Le Vietnam soutient pleinement le gouvernement chinois dans ses mesures en vue de stabiliser la situation au Tibet. »
    (lisez l’article http://news.xinhuanet.com/english/2008-03/21/content_7832281.htm )

    Hugo Chávez : soutien à la Chine et aux JO

    Le président vénézuélien a exprimé sa répulsion pour ce que les incendiaires de Lhassa ont fait. Il est convaincu que les États-Unis sont coresponsables de ces événements.
    (lisez l’article http://www.standaard.be/Artikel/Detail.aspx?artikelId=B080326 )

    La Russie, la Biélorussie, le Pakistan, les nations arabes…

    http://www.chinadaily.com.cn/china/2008-03/21/content_6554245.htm

    Il n’y a pas que les voisins directs de la Chine qui ont exprimé leur soutien à Beijing.
    (lisez l’article http://news.xinhuanet.com/english/2008-03/22/content_7836298.htm )

    Les pays de l’Asie centrale, le Sierra Leone, le Bénin, la Syrie…
    La Mongolie, le Népal, le Tadjikistan… La liste est longue. Le ministre syrien des Affaires étrangères a dit des émeutes à Lhassa : « la Syrie condamne ces événements et les milieux qui se trouvent derrière. Nous exprimons notre solidarité avec la Chine et nous rangeons aux côtés de la Chine. »
    (lisez l’article http://news.xinhuanet.com/english/2008-03/22/content_7836298.htm )

    Cuba condamne les séparatistes tibétains
    C’est dans des termes très sévères que le gouvernement cubain a condamné le soulèvement de Lhassa. Cuba a également déclaré que les attentats contre les ambassades chinoises à l’étranger constituaient de graves infractions à la Convention de Vienne sur mes relations diplomatiques.
    (lisez l’article http://english.peopledaily.com.cn/90001/90776/90883/6379900.html )

     Tibet : manifestations pacifiques ou soulèvement armé ?

    Dossier préparé par Peter Franssen. Sur son blog consacré à la Chine, on trouve les documents en langue originale, avec des introductions en néerlandais: http://www.bloggen.be/nieuwsbriefchina/
    Les titres ont été rédigés par nous.

    James Miles (The Economist) : Il ne s’agissait pas d’une manifestation pacifique
    De 80 à 100 morts lors des manifestations contre l’occupation chinoise, rapportent les infos sur les événements de ce week-end au Tibet. Les moines en robes orange manifestent pour la liberté et la démocratie et la police chinoise tire et abat ces manifestants sans la moindre pitié, nous raconte-t-on. Des témoins occidentaux sur place disent que la vérité est tout autre. Le premier témoin est le journaliste James Miles, du journal d’affaires The Economist. Il est le seul journaliste accrédité dans la capitale tibétaine Lhassa. Il écrit qu’il ne s’agissait pas de manifestations pacifiques, mais d’une émeute violente. Cela a commencé vendredi, peu après midi, lorsque de petits groupes de jeunes Tibétains, armés de sabres, de cocktails Molotov et de gourdins s’en sont pris aux magasins des Hui, les ont pillés et y ont bouté le feu. Les Hui constituent un groupe musulman minoritaire qui habite la région depuis des siècles déjà. L’émeute était de nature ethnique, raciste. La police chinoise, écrit encore le journaliste, a fait preuve d’une grande retenue et n’est pour ainsi dire pas intervenue. Durant tout l’après-midi du vendredi, le témoin n’a pas vu un seul policier armé. Ce n’est que samedi à midi que sont apparus les premiers agents armés.
    Fire on the roof of the world, James Miles, The Economist, 14 mars 2008.
    http://www.economist.com/daily/news/displaystory.cfm?story_id=10870258
    Lhasa under siege, James Miles, The Economist, 16 mars 2008.

    http://www.economist.com/daily/news/displaystory.cfm?story_id=10871821&top_story=1

    Un touriste danois : « Les moines et les jeunes en furie étaient déchaînés »
    Le second témoin est un touriste danois à Lhassa. Son témoignage concorde avec celui du journaliste de The Economist. Son récit a été publié samedi dans le journal Politiken. Le témoin dit : « Des moines et de jeunes gens de 15 à 16 ans ont assailli les magasins chinois, défonçant portes et fenêtres et boutant le feu aux magasins et tabassant les Chinois à leur portée. J’ai vu des agressions très brutales. J’ai vu comment deux Chinois ont été emmenés – pour autant que j’ai pu m’en rendre compte, ils ont été tabassés à mort. Au début, la police était très réticente. Les moines et les jeunes en furie étaient déchaînés. Ce n’est que lorsqu’ils se sont approchés du Palais d’Hiver qu’ils se sont heurtés à la police, aux militaires et aux véhicules de l’armée sur lesquels il y avait des armes. Tout autour de nous était la proie des flammes, y compris les véhicules de la police, les voitures de pompiers, les boutiques et magasins chinois. La situation échappait absolument à tout contrôle. Les attaques contre les magasins chinois se sont poursuivies sans discontinuer. »

    L’article est en danois mais on peut en lire une partie ici en anglais…

    http://www.guardian.co.uk/world/feedarticle/7386817

    Pékin : « La police n’a pas utilisé les armes à feu. Le soulèvement était planifié. »
    Ce que disent les deux témoins ci-dessus concorde avec ce que disent les autorités chinoises. Maintenant aussi, la restitution des faits à partir des sources chinoises s’avère bien plus fiable que ce que nous donnent à entendre les agences de presse internationales. Le président du gouvernement de la Région autonome du Tibet dit que, finalement, 13 civils innocents ont perdu la vie. Les manifestants les ont brûlés vifs ou tabassés à mort. Ces mêmes manifestants ont également blessé une soixantaine d’agents, dont cinq ou six sont dans un état grave, voire très grave. Le feu a été bouté à 300 bâtiments, dont 214 magasins et boutiques. 56 véhicules ont été partiellement ou totalement détruits. Le président du gouvernement dit également, à l’instar des deux témoins, que les troupes de l’ordre se sont montrées très peu enclines à intervenir. Il dit explicitement : « Nous n’avons pas utilisé d’armes à feu. » Les autorités sont convaincues que le soulèvement armé était planifié à l’avance et qu’il avait été organisé. Les autorités désignent le dalaï-lama comme le coupable et l’organisateur des émeutes.

    Government chief ensures safety in Tibet, Xinhua, 17 mars 2008.

    http://www.chinadaily.com.cn/cndy/2007-11/14/content_6252509.htm

    Un touriste espagnol : « Ils frappaient les gens avec des pierres, des couteaux de boucher, des machettes… »
    Le journaliste Benjamin Morgan, travaillant notamment pour l’Agence France Presse, a interviewé plusieurs touristes revenant du Tibet. Dont l’Espagnol Juan Carlos Alonso (46 ans). qui a séjourné à Lhassa du mercredi au dimanche:  » Les jeunes voulaient détruire tout ce qui était chinois et qui se trouvait sur leur chemin. Ils avaient des couteaux, des pierres, des machettes, des couteaux de boucher. De nombreux Chinois couraient pour sauver leur vie. J’ai vu au moins 35 Chinois blessés. Je les ai vu arracher une jeune fille à sa maison et la frapper avec des pierres. Elle criait ‘Au secours! »… »

    Tibetan youths rampaged through Lhasa against Chinese: witness
    The Straits Times (via AFP), 17 maart 08
    http://www.straitstimes.com/Latest%2BNews/Asia/STIStory_217614.html

     

     

     

     

     

    Particratie contre médiacratie : un accrochage significatif
    Jorge Alonso puce2    puce2 
     

    Les pouvoirs médiatiques, les chaînes de télévision Televisa et Televisón Azteca [1] en tête, ont essayé d’empêcher une réforme électorale qui les prive de juteux bénéfices lors de campagnes électorales. Cette fois, la « particratie » a gagné. La relation entre les médias, l’argent et les partis a commencé à changer mais il reste un défi majeur à affronter : modifier les relations entre les partis et les citoyens.

     
    Envío (http://www.envio.org.ni), Nicaragua, octobre 2007.
    Traduction : Marie-Anne Dubosc, pour le RISAL (http://risal.collectifs.net/).
    Si on demande à Atilio Boron [2] ce que dirait Aristote de la majorité des gouvernements actuels, il répond qu’il ne les qualifierait certainement pas de démocraties, mais plutôt d’oligarchies ou de ploutocraties. Le Mexique a connu plusieurs transitions, mais est encore loin de la démocratie. Un mouvement civique complexe et pluriel apparaît par intermittence, exigeant le respect des droits civils, politiques, sociaux et culturels. Il a obtenu peu à peu quelques conquêtes mais elles ont vite été perdues. (…)Comment en sommes-nous arrivés là ?

    Le mouvement civique – les mouvements civiques – s’est toujours heurté aux partis politiques et aux médias audiovisuels. Son premier objectif a été d’en finir avec l’autoritarisme du régime de parti d’Etat [3]. Quand le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) était à la présidence de la République, les médias se mettaient à son service et empêchaient la présence des oppositions sur leurs ondes. L’organisme [d’arbitrage] électoral était une extension bureaucratique de ce parti. Mais l’alliance entre le mouvement civique et les partis d’opposition a réussi à vaincre cette domination. Elle a mis fin à sa mainmise sur le pouvoir législatif fédéral, dans un premier temps, et sur la présidence de la République, en 2000. Dans ce combat, l’autonomie de l’organisme électoral avait été préalablement conquise. Depuis lors, le pouvoir exécutif a dû abandonner son contrôle sur l’organisation des élections.

    Avec le déclin du présidentialisme est venu l’essor de la « particratie ». Après un bref laps de temps au cours duquel l’organisme électoral a été dirigé par des « conseillers citoyens », les partis ont rapidement rejoint la direction de cette instance en se partageant les postes. Le comble a été atteint lors des élections présidentielles de 2006 [4]. En effet, la présidence a mis en place un système téléphonique spécial pour maintenir le contact avec les conseillers électoraux [de l’Instituto Federal Electoral, IFE]. A l’époque, la « partisation » de l’organe électoral se limitait au parti du gouvernement, le Parti d’Action Nationale (PAN) et au parti allié (le PRI).

    De leur côté, les médias audiovisuels se sont érigés en une « médiacratie » qui a subordonné la « particratie ». Le modèle électoral a fait de l’argent et des médias deux facteurs déterminants pour gagner les élections. Les partis et leurs candidats devaient négocier dans des conditions humiliantes une apparition coûteuse sur les écrans de télévision. (…) Ensuite, ceux qui gagnaient gouvernaient et légiféraient en fonction des intérêts des pouvoirs de l’argent et des médias.

    Deux propositions de réformes électorales

    Le Mexique ne peut pas se permettre de répéter un processus électoral aussi critiqué et remis en cause que les présidentielles de 2006 [5]. Face à l’urgence d’une réforme, le mouvement civique – qui a repris de la vigueur au cours de 2006 – s’est manifesté dans la discussion sur cette réforme. Au début d’août 2007, le dénommé Comité concitoyen (« Comité Conciudadano ») a publié un livre contenant le document de travail d’une proposition précise de réforme électorale.

    Ce groupe est constitué d’un réseau de spécialistes en matière électorale et de groupes civiques de la capitale du pays et de différents états fédérés. Ils proposent, entre autres, que l’élection des conseillers électoraux de l’Institut Fédéral Électoral (IFE) [6] se fasse via une procédure publique et transparente qui inviterait les organisations de la société civile, les groupements citoyens et les institutions académiques et publiques en général, à proposer des candidats. Ce groupe exige également qu’on réduise de façon drastique le financement des partis et, pour ce qui est des campagnes, qu’on en finisse avec les spots publicitaires et qu’on privilégie le débat.

    De son côté, fin août, la « Commission exécutive de négociation et de construction des accords » du Congrès de l’Union [des États-Unis mexicains] a rendu publique sa proposition de réformes constitutionnelles en matière électorale. Après une analyse de ce document, le Comité concitoyen a tenu une conférence de presse dans laquelle il a reconnu que la proposition des législateurs présentait quelques avancées : régulation des pré-campagnes, diminution de la durée des campagnes, élimination du secret bancaire pour la fiscalisation des ressources des partis politiques, interdiction faite aux gouvernement fédéral, à ceux des états fédérés et aux autorités municipales de faire de la publicité gouvernementale en utilisant des noms, des images et des symboles qui impliquent la promotion personnalisée de tout serviteur public. En outre, l’organisme électoral se voit octroyer, dans cette proposition, la faculté de sanctionner les partis, groupements politiques, personnes physiques et juridiques nationales et étrangères, qui enfreindraient les dispositions légales en matière électorale.

    Le Comité concitoyen a également souligné que la proposition comprenait d’importants reculs. Il a exprimé son inquiétude pour le peu de transparence du processus suivi par le Congrès et les trois partis politiques majoritaires pour négocier des accords, car il n’a pas inclut la participation de la société civile. Il a montré qu’il n’y a pas de réduction significative du financement des partis. Il a regretté que le thème de la « citoyennisation » du processus de l’élection des membres du Conseil général de l’IFE, des magistrats et du procureur spécial pour les délits électoraux, n’ait pas été abordé. Et il a critiqué le maintien de salaires aussi élevés pour les conseillers.

    Le 5 septembre, un pré-rapport de réforme électorale a été présenté au Sénat. Il a mis l’accent sur l’interdiction faite aux partis politiques de dépenser des ressources pour payer des spots publicitaires et des programmes de radio et de télévision. La publicité électorale n’est autorisée que lors de périodes officielles et l’IFE devient l’unique autorité à administrer ces périodes. La réforme interdit aussi aux citoyens ou entreprises d’acheter ou de diffuser des messages qui peuvent influer en faveur ou en défaveur des partis ou candidats. La Commission de fiscalisation de l’IFE a calculé qu’en 2006, les partis ont dépensé 2 457 millions de pesos mexicains (159 millions d’euros) en radio et télévision. Et ce sans compter les 281 spots que les partis n’ont pas signalé ni l’énorme dépense médiatique des pré-campagnes.

    Remplacement des conseillers électoraux de l’IFE ?

    Perdre des revenus aussi juteux – équivalant à 70% des énormes revenus des partis – a énervé les chaînes de télévision. Celles-ci ont attaqué les partis qu’elles ont accusé de vouloir mettre en faillite l’autonomie de l’organisme électoral en essayant de démettre les conseillers. (…)

    Les mêmes arguments présentés depuis des mois pour ou contre le remplacement des conseillers électoraux de l’IFE ont été utilisés dans le débat public. Le président de Conseil général de l’IFE s’est défendu dans les médias, en alléguant que lui retirer son poste signifierait reconnaître que les élections présidentielles avaient été frauduleuses. Le PRI et le Parti de la Révolution Démocratique (PRD, centre gauche) se sont montrés favorables au départ du président. Mais, alors que le PRD a exigé que tous les conseillers soient également démis, le PRI s’est prononcé pour que certains restent. Le PAN, quant à lui, s’est montré peu enclin à accepter le remplacement des conseillers. Face à cela, le PRI a allégué que la posture de défense du PAN révélait à quel point les conseillers électoraux servaient un parti.

    L’écrivaine Denis Dresser a résumé les raisons pour lesquelles il faut remplacer les conseillers. Elle a souligné que l’IFE ne peut pas remplir son rôle d’arbitre électoral s’il n’a pas la confiance des partis dont il régule le comportement. Elle a affirmé que la confiance en ces autorités a été minée par des événements comme le processus très critiquable de nomination des membres du Conseil général de l’IFE en 2003 et les erreurs et omissions que les mêmes conseillers ont commis avant et après les élections présidentielles de 2006. Ces erreurs ont eu un impact décisif et négatif.

    L’ex-conseiller électoral Jaime Cárdenas a écrit que les organes électoraux fédéraux du pays se trouvent dans une grave crise de crédibilité. Il a souligné le fondement de la plainte du PRI comme quoi il n’existe pas de pluralité dans l’IFE et qu’une seule force politique le domine [le PAN, parti du gouvernement]. La solution serait une réforme constitutionnelle et légale qui concevrait des institutions (…) avec plus de transparence. Le journal El Universal, dans sa section éditoriale, a affirmé que les conseillers de l’IFE ne doivent pas faire partie du problème mais de la solution, et qu’ils doivent faire passer le bien-être institutionnel avant tout intérêt personnel. Il a souligné que la perte de crédibilité et de confiance qui affecte l’organisme électoral est une raison puissante pour renforcer l’idée de changement total des conseillers.

    Réaction du duopole Televisa et Televisón Azteca

    Les grands médias et les dirigeants d’entreprises ont vu dans la réforme électorale une diminution de leurs bénéfices et ont pris comme prétexte la discussion sur le remplacement des conseillers électoraux pour essayer d’empêcher que la réforme ne passe. Comme de vrais gangsters, ils ont essayé d’intimider les législateurs en les menaçant de détruire leur image politique, en les ignorant ou en les attaquant à travers les médias. Le Sénat a condamné ces attaques des chaînes de télévision et de certaines stations de radio.

    Le quotidien La Jornada a fait remarquer que les télévisions et les radios commerciales menaient une campagne de harcèlement, de pressions, de menaces et de chantages contre les législateurs fédéraux et qu’elles intoxiquaient l’opinion publique au moyen d’une « croisade » de désinformation. Il a dénoncé le fait que la Chambre nationale de l’industrie de la radio et de la télévision (CIRT, Cámara Nacional de la Industria de Radio y Televisión) – avec en tête le duopole, Televisa et Televisión Azteca – en se présentant faussement comme la porte-parole des « Mexicains » s’était prononcée contre le nécessaire remplacement des conseillers de l’IFE, bien que ces derniers, avec leur conduite louche et partial, aient amené l’organisme électoral à un sommet d’impopularité. Le journaliste René Delgado a précisé que ceux qui croyaient que soutenir les conseillers en poste signifiait défendre l’institution ne faisaient en réalité que participer au jeu des chaînes de télévision pour empêcher une nécessaire réforme électorale.

    Résistance à la pression des médias

    Face à un débat public si intense, le Comité concitoyen a publié un autre communiqué le 10 septembre. Une fois de plus, il a demandé au Congrès de l’Union de considérer la pertinence d’une modification substantielle du mode d’élection des conseillers, qui garantirait à l’autorité électorale un véritable caractère citoyen, car le risque est réel de se retrouver dans une situation aussi lamentable que celle qui a suivi les élections présidentielles de 2006, à cause de l’illégitimité de l’arbitre électoral qui les a organisées. Le Comité a exigé que le remplacement des conseillers électoraux se fasse de façon institutionnelle, en marge de tout type de négociation impliquant des compromis et des arrangements obscurs, une fois de plus, aux dépens de la Nation et du Trésor public.

    Le Comité concitoyen a exprimé son plus grand soutien à la proposition de réforme constitutionnelle, qui établit un nouveau type de relations entre les forces politiques et les médias et a rejeté les pressions de ces derniers, qui instrumentalisent le débat sur la rénovation du Conseil général de l’IFE [le remplacement des conseillers] pour défendre leurs intérêts économiques. (…) Il a de nouveau résumé sa proposition pour rendre la vie politique moins coûteuse et il a rappelé qu’il avait présenté une proposition de réforme électorale dont de nombreux d’aspects n’ont pas été pris en compte par les législateurs.

    La liberté d’expression en danger ?

    (…) Le 10 septembre, un nouveau pré-rapport a été remis au Sénat, avec quelques modifications par rapport à la version présentée cinq jours avant. On y a précisé que les modifications impliquent un nouveau modèle de communication entre les partis et la société se fondant sur l’usage exclusif des temps [de parole] dont dispose l’Etat à la radio et à la télévision. La publicité gouvernementale, de tout type que ce soit, est suspendue pendant les campagnes électorales. L’organisme électoral a la capacité de sanctionner ceux qui, usant indûment de leur pouvoir économique ou de leur influence sur les médias, prétendent influencer les électeurs pour avantager ou nuire à certains partis ou candidats.

    Le Sénat a répondu aux accusations qui arguaient que cela mettait des restrictions à la liberté d’expression, en soulignant que l’objectif est d’empêcher les partis de dénigrer les institutions ou de calomnier des personnes. Ces limites sont valables pour les gouvernements et les partis, pas pour les citoyens s’ils souhaitent exprimer leurs points de vue et leurs critiques. On n’interdit pas la liberté d’expression mais le fait que les nantis achètent des spots publicitaires pour attaquer les participants à des campagnes politiques. Ceux qui s’opposent à ces changements sont ceux qui se sont habitués à placer et à retirer des candidats et à financer des campagnes hors des sentiers battus.

    Enfin, dans l’après-midi du 11 septembre, les négociateurs sont arrivés à un accord sur le remplacement graduel des conseillers électoraux. Alors qu’il semblait que tout était en train de se résoudre, la CIRT a fait pression jusqu’à obtenir que les sénateurs de la commission sénatorial participent à une discussion avec des propriétaires et des directeurs de chaînes de télévision et de radio et des présentateurs d’émissions. Ils ont insisté sur le thème de la liberté d’expression. Les médias se sont unis et ont organisé une « cadena », une retransmission de la réunion sur toutes les chaînes au niveau national.

    La liberté d’expression ou une affaire de gros sous ?

    Bien que le prétexte pour maintenir le statu quo soit la liberté d’expression, il est apparu clairement au cours de la réunion – où, d’ailleurs, les porte-parole des propriétaires des médias se sont montré arrogants, injurieux et tout-puissants à l’égard des législateurs – que la noeud du problème vient de l’interdiction d’acheter de la publicité politique dans les médias. Les sénateurs ont défendu le fait que la liberté d’expression est scrupuleusement respectée mais que ce qui est effectivement affecté, c’est la liberté de commercialisation d’un bien appartenant au domaine public de la Nation.

    En guise de commentaire sur cette réunion, l’ex-conseiller Mauricio Merino a affirmé que les médias n’étaient pas d’accord avec la perte soudaine d’une bonne affaire qu’ils ont développée. Ils ont largement montré qu’ils ne voulaient pas perdre les centaines de millions de pesos mexicains que les partis politiques leur versent à chaque campagne – et même en-dehors d’elles -, ni le pouvoir politique que leur octroie la négociation de tarifs, règles et temps de parole dédiés à chaque parti (…).

    Ce n’est pas un hasard si c’est justement ces négociations occultes entre partis et médias qui ont précisément bloqué la fiscalisation des ressources des partis en 2006, car les analystes continuent à douter de la véracité des factures fournies à l’IFE et à se demander où sont le presque mille milliards de pesos qui se sont « perdus » en chemin. Derrière ces chiffres, il n’y a pas seulement une juteuse affaire, mais aussi un arrangement politique qui leur convient et auquel la réforme en cours pourrait mettre un terme.

    Abondant dans ce sens, le juriste John Ackermann a rappelé que pendant les élections les chaînes de télévision augmentent leurs prix et touchent des tarifs qui varient en fonction de leur proximité ou non avec les candidats : ils ont offert des espaces à ceux qui partageaient leur points de vue et ont demandé des tarifs usuriers à leurs adversaires. (…) Il a rappelé qu’en janvier 2006, au début des campagnes, la CIRT a signé un accord par lequel elle s’engageait à fournir des informations détaillées sur les achats de publicité politique. Cela impliquait de fournir des copies des factures envoyées à chaque parti. Mais elle n’a pas honoré cet engagement et n’a fourni que des données générales, se réservant les informations spécifiques sur les prix, les horaires et les contractants. (…) Les médias n’ont pas rempli leur engagement d’informer tous les trimestres l’IFE de tous les contrats de publicité électorale.

    Le principal problème est que, dans la lutte contre la réforme électorale, le pouvoir médiatique a conclu une alliance étroite avec les conseillers électoraux en fonction. Quelle indépendance et qualité morale auraient ces conseillers pour obliger la CIRT à fournir l’information qui dévoilerait ce qui se cachait derrière des annonces ?

    Approbation de la réforme

    Faisant cas de la grande inquiétude citoyenne pour que les intérêts illégaux et illégitimes de l’argent ne puissent pas influencer la vie des partis et le cours des campagnes électorales, et malgré les pressions, le rapport a été approuvé dans les commissions correspondantes. Il a été souligné que ni l’argent ni le pouvoir des marchés de communication ne devaient s’ériger en facteurs déterminants des campagnes ou de la vie politique nationale.

    Le cœur de la réforme réside dans le fait que les partis ne pourront pas acheter d’espaces de publicité dans les médias et qu’ils ne pourront utiliser que les espaces officiels dans ces médias pour faire leurs campagnes. Aucune personne, qu’elle soit publique ou privée, que ce soit à titre personnel ou pour un tiers, ne pourra acheter de publicité à la radio et à la télévision afin d’influencer les préférences électorales des citoyens, ni en faveur ni à l’encontre de partis politiques ou de candidats. L’obligation pour les forces politiques de ne pas utiliser dans leur publicité d’expressions dénigrantes a été élevée au rang constitutionnel. Une autre avancée a été d’établir le droit de réponse.

    Le rapport est passé en discussion plénière au Sénat. Dans une tentative supplémentaire pour freiner la réforme, la CIRT, alliée avec des secteurs patronaux (la chambre des industriels et le Conseil coordinateur des entreprises), a à nouveau organisé une « cadena » nationale pour défier les sénateurs d’organiser un référendum supervisé par les conseillers électoraux. Les pouvoirs de l’argent et des médias ont cru dans leur capacité de manipulation médiatique. Ils se sont présentés eux-mêmes comme la voix de la société civile et ils ont voulu camoufler cette nouvelle tentative en la présentant comme une lutte pour défendre la liberté d’expression.

    Face aux pressions et aux offenses, les sénateurs ont expliqué que l’on ne pouvait effectuer un référendum car cette procédure n’est pas inscrite dans la Constitution. Ils ont serré les rangs et ont approuvé le rapport. Dans la discussion, les sénateurs ont répondu aux concessionnaires de radio et de télévision que, malgré leurs menaces publiques et privées, leurs mensonges et leurs attaques, la relation entre les partis et les médias est totalement modifiée pour que ce ne soit ni l’argent ni les publicités qui décident des campagnes et des candidats. On a reconnu au cours de ce débat qu’il y a eu beaucoup d’argent public, beaucoup d’argent privé « légal », et beaucoup d’argent sous la table dans les campagnes antérieures.

    Les médias résistent à la réforme

    Le rapport approuvé par le Sénat a été ensuite examiné à la Chambre des députés. La CIRT a exigé, cette fois aux députés, une session avec eux, comme cela a été le cas avec les sénateurs. Mais les députés sont restés fermes et n’ont pas accepté cette tentative destinée à retarder l’approbation de la nouvelle réforme électorale.

    Comme il s’agit d’une modification constitutionnelle, il faut l’approbation de la moitié plus un des congrès des états fédérés. Les médias ont annoncé que, avec l’appui d’un autre pouvoir de facto, celui de l’argent des entreprises, ils mèneraient bataille dans cette arène pour faire échouer ce que les sénateurs et les députés ont approuvé. Les législateurs fédéraux ont fait une campagne auprès des députés locaux pour leur montrer les avancées de la réforme.

    Contre la « loi Televisa » et pour la démocratie

    Le Comité concitoyen s’est également proposé de soutenir la réforme dans les états fédérés en argumentant qu’il n’y a aucune violation de la liberté d’expression. En plus de souligner les avancées dans le changement des relations entre les médias, l’argent et les partis, il a maintenu son exigence d’une véritable réduction des dépenses en matière électorale. Il a réitéré son exigence d’assujettir les partis à la loi de la transparence.

    Le Comité n’a pas seulement dénoncé les campagnes agressives et diffamatoires des entreprises de radio et de télévision contre le Congrès, mais il a aussi prié instamment à ce que les réformes en matière électorale et de télécommunications soient approfondies pour que progresse la démocratie. Il faut instaurer un nouveau modèle de relation et de communication entre les pouvoirs constitutionnels et les citoyens. Cela implique d’avancer dans la réforme en matière de radio et télévision.

    Avant les élections de 2006, les médias, fin connaisseurs du pouvoir qu’ils ont dans les campagnes électorales, avaient obligé les législateurs à approuver sans examen une loi qui avait été élaborée dans les bureaux du duopole télévisé [TV Azteca et Televisa]. Une poignée de législateurs, minoritaires, ne s’était pas soumise et en avait appelé au pouvoir judiciaire en argumentant que cette loi était anticonstitutionnelle car elle avalisait le monopole. La Cour suprême leur avait donné raison, et les législateurs devaient refaire une loi sur la radio et la télévision.

    Le moment propice était arrivé pour affronter les monopoles et les oligopoles des médias audiovisuels avec des règles qui permettraient la concurrence et l’équité. Un accès pluriel et équitable à la radio et à la télévision devait être trouvé. S’agissant d’un bien public et restreint, le pouvoir législatif était obligé de réguler le spectre radioélectrique à travers des lois qui garantiraient l’accès équitable aux concessions des médias. Il était urgent de démocratiser les médias.

    Avec la première étape de la réforme électorale c’est un changement radical de la façon de faire de la politique qui a débuté. Les hommes politiques qui avaient déjà commencé leurs carrières politiques futuristes, alliés avec les chefs d’entreprises et les médias, ont essayé de manoeuvrer avec les députés locaux, mais il y avait un large consensus au sein de la majorité des hommes politiques sur le fait qu’il était temps de se libérer de ces jougs. La société mexicaine s’est à nouveau crispée autour de cette lutte. Des chefs d’entreprise, des médias, leurs employés, des intellectuels organiques et des universitaires payés ont attaqué la réforme. Les groupes civiques ont argumenté qu’il ne fallait pas se tromper : la liberté d’expression est une chose et le fait que quelqu’un ayant 280 000 pesos puisse acheter une seconde de en prime time à la télévision en est une autre. La réforme cherche à limiter l’abus des puissants.

    Le pourquoi d’une telle colère

    La journaliste Carmen Aristegui a confié qu’elle s’inquiète des « relents putschistes » qu’elle a perçu chez beaucoup de ses collègues. Elle a expliqué qu’elle ne partage pas l’idée que la réforme mette en danger sa liberté ni celle de n’importe quel citoyen d’exprimer ses opinions, mais qu’elle instaure seulement des limites à l’argent dans son influence sur les campagnes. Des groupes indigènes ont dénoncé l’inacceptable contrôle du duopole télévisé. Beaucoup d’organisations civiques se sont plaintes que les « pouvoirs de facto » veuillent usurper la représentation de la société civile et ont regretté que les propriétaires des médias invoquent la liberté d’expression et la démocratie alors même que celles-ci ont été tellement piétinées. La liberté d’expression au Mexique ne dépend pas de l’achat d’espaces dans les médias.

    Des universitaires spécialisés dans la recherche sur les moyens de communication ont précisé que les membres de la CIRT se sentent propriétaires du spectre radioélectrique, qui est la propriété de la Nation. Il ont souligné la faiblesse des arguments brandis par les médias : le fondement de leur colère est qu’ils ne vont plus perdre des rentrées financières et le contrôle qu’ils ont sur les hommes politiques.

    L’ex-conseiller électoral Jaime Cárdenas a attiré l’attention sur le fait que les médias ne faisaient pas seulement des affaires juteuses avec chaque processus électoral, mais qu’ils tissaient aussi avec les partis et les candidats des réseaux de complicité et de trafic d’influence, qui avantageaient le maintien de leurs privilèges au détriment de la société. Le juriste John Ackerman a mis en avant une autre de leurs colères : le CIRT s’inquiète du fait que les médias vont être désormais, de fait, assujettis aux autorités électorales dans les campagnes politiques. En éliminant le secret bancaire, on a renforcé les facultés de l’organisme électoral à sanctionner les personnes physiques et juridiques et à ordonner le retrait de la propagande qui viole la loi. Quelque chose d’autre dérange aussi profondément les médias, même s’ils ne le disent pas : l’instauration constitutionnelle du droit de réponse. Cela limite leur toute-puissante habitude de détruire les figures publiques qui ne leur sont pas serviles.

    Une réforme importante, mais insuffisante

    La réforme a été adoptée. C’est une réforme importante mais insuffisante. Elle représente une avancée évidente, surtout pour faire en sorte que les campagnes politiques soient moins dépendantes des « pouvoirs de facto » de l’argent et des médias. Le processus a toutefois montré les tares de la « particratie ». Les consultations citoyennes ont surtout été cosmétiques. Les intérêts et les négociations occultes des principaux partis ont dominé le débat. Des sujets importants n’ont pas été abordés. Les partis sont encore bien loin de la transparence. On a limité les campagnes publicitaires dans les médias audiovisuels traditionnels mais on n’a pas touché les autres médias comme Internet et la téléphonie mobile. Les partis vont recevoir beaucoup de ressources tant par la voie fédérale que par celle des états fédérés et ils peuvent maintenant étendre leur pratique d’achat de votes.

    Nous faisons désormais face à un plus grand défi

    L’accrochage entre la « particratie » et la « médiacratie » a été significatif. Mais beaucoup de propositions de la société civile ont été reléguées au placard. La « particratie » a réussi à se libérer des jougs très pesants imposés par la « médiacratie ». On a commencé à résoudre en sa faveur une contradiction secondaire de type oligarchique.

    Les groupements de citoyens qui ont relancé leur combat pour une démocratie authentique sont aujourd’hui confrontés à une contradiction de premier ordre, car il leur faut surmonter autant le pouvoir établi des partis que les pouvoirs « idéologisateurs » des médias et d’un patronat qui, sous couvert de démocratie, cache la mesquinerie de ses intérêts économiques. Une hégémonie démocratisante est possible, mais elle requiert un combat important et persistant de groupes civiques actifs.

    NOTES:
    [1] [NDLR] Les deux plus grandes chaînes mexicaines de télévision commerciale – Televisa et Teleazteca – représentent 95% des fréquences, et ont des proportions similaires d’audience et d’annonces publicitaires. Televisa contrôle 80% de ces pourcentages.

    [2] [NDLR] Sociologue et ancien secrétaire exécutif du CLACSO : http://www.clacso.org.ar.

    [3] [NDLR] Le Mexique a été gouverné durant 71 ans, jusqu’en 2000, par le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI).

    [4] [NDLR] Au sujet des de ces élections et des probables fraudes qui les ont marquées, voir le dossier du RISAL sur le sujet : http://risal.collectifs.net/spip.ph….

    [5] [NDLR] Un processus marqué par de nombreux soupçons et indices de fraude ayant permis la victoire électorale du candidat de droit, Felipe Calderon.

    [6] [NDLR] L’institut fédéral électoral est dirigé par un conseil général constitué de neuf conseillers électoraux désignés par la Cambre des députés à majorité qualifiée. Chaque fraction parlementaire et chaqueparti politique reconnu légalement y ont aussi une représentation.

    Publié dans AU-DELA DES IDEES RECUES, CRITIQUE DES MEDIAS | Pas de Commentaire »

    Zimbabwe : l’origine du problème des terres

    Posté par issopha le 3 avril 2008

    Tout sur l’Autre Histoire !

     

     
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    INVESTIG’ACTION 

    suivre ce lien :  www.michelcollon.info

    Je vous en recommande vivement la visite.

    Rubrique : TOUT SUR L’AUTRE HISTOIRE

     

    Ci-dessous quelques Morceaux choisis, Morceaux occultés…

     

    Tout sur l’Autre Histoire !

    Bonne lecture

    Issopha , Administrteur du blog http://issopha.unblog.fr

    issopha19.jpg

    Zimbabwe : l’origine du problème des terres

    Thotep Zimbabwe : l'origine du problème des terres dans AFRIQUE NOIRE : Réécrire l'Histoire puce2  puce2 dans AU-DELA DES IDEES RECUES 
     

    Kenneth Kaunda, ancien Président de Zambie, rappelle certaines
    responsabilités, trop souvent oubliées, de la Grande Bretagne dans la
    situation actuelle au Zimbabwe. Kenneth Kaunda était présent lors de la
    rencontre de Lancaster House sur invitation de la « dame de fer »,
    Margaret Thatcher.

     

    http://www.thotep.com/article.php3?id_article=343

    Dans un article de la BBC
    (http://news.bbc.co.uk/2/hi/africa/6728015.stm) datée du 12 juin 2007,

    Kenneth Kaunda rappelle notamment à ceux qui diabolisent Robert Mugabe,
    que c’est le gouvernement britannique qui n’a pas respecté ses
    engagements en matière de redistribution des terres. En effet dans les
    « accords » de Lancaster House de 1979 pour l’indépendance, il avait été
    « convenu » que le nouveau gouvernement zimbabwéen « acceptait » [en fait
    était contraint] de ne pas traiter lui-même les affaires de
    redistribution des terres, mais que la Grande Bretagne « engageait » toute
    sa responsabilité pour faire disparaître ces injustices. (Là on pourrait
    reprocher à Mugabe d’avcir fait confiance à la GB sur un sujet aussi
    important : angélisme ou pragmatisme ?)

    Sous l’accord de Lancaster House de 1979, des garanties économiques et
    politiques sont octroyées à la minorité blanche pour une période de 10
    ans : toute expropriation de fermiers blancs et nationalisation
    généralisée est exclue. Un quota de députés et sénateur Blancs est
    maintenu jusqu’en 1994. Les Blancs, soit 1% de la population, continuent
    alors de posséder plus de 70% des terres fertiles et le gouvernement
    britannique s’engage à rémunérer les fermiers blancs qui passeraient la
    main aux Noirs.

    Et oui, comme à chaque fois, le voleur-tueur-pilleur-civilisationniste
    est et doit être dédommagé, sinon la victime ne pourra « malheureusement »
    pas récupérer la terre qu’on lui a volée, et il doit garder son calme ;
    Peut-être que certains considèrent que D.ieu n’a pas promis cette terre
    aux Noirs de Zimbabwe et que D.ieu le leur offrait, à eux.

    L’accord de Lancaster House proclame une amnistie générale qui empêche
    toute poursuite en Grande-Bretagne pour des actes commis sous le régime
    raciste de l’ex-Rhodésie entre le 11 novembre 1965 et le 12 décembre
    1979 : les criminels racistes peuvent ainsi quitter le pays et se mettre
    à l’abri en Grande Bretagne.
    Il convient ici de se rappeler que juste avant la proclamation de
    l’indépendance du Zimbabwe le 18 avril 1980, une amnistie fut proclamée
    pour tous les crimes de sang commis avant le 1er mars 1980 ;
    c’est-à-dire amnistie pour tous les crimes commis jusqu’à l’élection de
    Mugabe.

    Alors quand le gouvernement britannique a montré qu’il n’en avait cure
    des Zimbabwéens et de leur problème de terre, la patience du
    gouvernement de Mugabe qui avait attendu pendant plus de 10 ans a
    atteint ses limites. Le mépris colonial et raciste ne pouvait continuer
    à s’imposer avec pareille condescendance dans un pays libéré.
    Pourtant le gouvernement britannique reconnaissait lui-même, et encore
    aujourd’hui, que le problème de terres était essentiel au Zimbabwe. Et
    cela ne l’empêche pas de dire avec insistance, dans « son approche de la
    réforme agraire »
    (http://www.fco.gov.uk/servlet/Front ?pagename=OpenMarket/Xcelerate/ShowPage&c=Page&cid=1019745050212),
    que l’accord n’avait ni défini ni prévu un fonds spécifique pour traiter
    ce problème pourtant central. Est-ce de l’incompétence ou de la
    préméditation ?

    Mais, comme nous le montre la longue histoire colonio-esclavagiste,
    quiconque ose s’affranchir de la domination coloniale, la Bête tentera
    de lui coller son sceau sur le front.
    Ainsi par exemple Haiti qui ne finit pas de payer sa Révolution.

    Ce qu’un ex-premier ministre ne peut dire sur Israël qu’une fois parti à la retraite
    Dries van Agt puce2    puce2 
     

    Rencontre débat au Sénat français avec Dries M. A. van Agt
    Ancien Premier ministre des Pays Bas
    17 Novembre 2006
    organisé par l’Association « Pour Jérusalem »,
    assocpourjerusalem@yahoo.fr

     

    Merci, Madame la Présidente, mes amis. Mon dis-
    cours est intitulé « Un cri pour rendre justice aux
    Palestiniens ». Etre invité à tenir un discours dans la
    capitale d’un nation qui a enrichi la civilisation avec
    la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen
    est à la fois honorant et inspirant. Il y a plusieurs
    raisons convaincantes pour nous soucier de ce qui
    se passe dans l’ancienne zone sous mandat anglais.
    La première est que son histoire est marquée depuis
    plus de 60 ans par des violations graves et constan-
    tes aux droits de l’homme fondamentaux, et cela à
    grande échelle puisque ces violations sont commises en
    effet, aux dépens de millions de gens. Ces violations,
    en outre, vont de pair avec de lourdes atteintes au
    droit international. Une seconde raison est que nous
    avons, en qualité d’Européens, une responsabilité
    toute particulière par rapport à l’injustice révoltante
    qui se manifeste là bas. Une troisième raison, c’est
    que les horreurs dont nous parlons aujourd’hui se
    déroulent dans le Proche-Orient et par conséquent au
    voisinage des frontières de l’Europe. Ceci nous rend
    très vulnérables aux méfaits qui en découlent. Pour
    dire les choses plus simplement, ce qui se passe là-
    bas présente de graves dangers pour nous.
    Commençons par les quelques mots sur la procla-
    mation et l’expansion de l’ Etat d’Israël. Dès que les
    Britanniques eurent rendu en 1_47 à l’Organisation
    des Nations Unies le mandat sur la Palestine, qui leur
    avait été confié après la 1er guerre mondiale, l’Assem-
    blée générale de l’ONU adopta une résolution visant
    à régler le partage de la Palestine : deux Etats indé-
    pendants devaient être créés, à savoir un Etat juif et
    un Etat arabe. Ceux ci devaient initier ensemble une
    union économique. L’ONU devait elle-même prendre
    sous sa protection la zone comprenant Jérusalem et
    Bethléem. Ces dispositions ont été rejetées par la par-
    tie arabe, ce qui n’était pas tout à fait incompréhen-
    sible, parce que le territoire pour Israël dans ce plan
    20
    occupait 54% de la zone du Mandat, la partie pour
    les Palestiniens par conséquent 46%. Alors, en 1_47,
    la population de la Palestine était encore composée
    en grande majorité de musulmans et de chrétiens
    palestiniens. Au crépuscule du Mandat britannique,
    des troupes armées juives commencèrent l’expulsion
    des habitants arabes. Lorsque les dernières garnisons
    britanniques se retirèrent, et que David Ben Gourion
    proclama la création de l’Etat d’Israël, le 14 mai 1_4_,
    de nombreux Arabes étaient déjà des réfugiés. A la
    fin de l’année 1948, plus de 700 000 Arabes avaient
    quitté le territoire d’Israël. Ils avaient émigré, ou bien
    ils avaient été expulsés. Et des centaines de milliers
    de personnes allaient encore s’y ajouter en 1_67.
    Dans l’année qui suivit la proclamation de l’Etat d’Is-
    raël, celui-ci étendit son territoire, les 54%, sur plus
    des trois quarts de l’ancienne zone palestinienne. Par
    conséquent, moins d’un quart de cette zone restait
    aux Palestiniens. Telle était la situation déjà en 1_4_-
    1_4_. Les pays arabes voisins et l’Irak avaient réagi
    furieusement à la proclamation de l’Etat d’Israël et
    avaient attaqué ce nouvel Etat. Nous le savons, et
    nous savons aussi qu’ils étaient militairement faibles,
    divisés par la défiance mutuelle, et que le jeune Etat
    d’Israël infligea une défaite cinglante aux assaillants.
    La situation actuelle : Israël contrôle toute la Pales-
    tine depuis 1_67, ainsi que le plateau du Golan. La
    création d’un Etat pour les Palestiniens n’a pas encore
    eu lieu. Israël occupe tous les territoires palestiniens
    depuis 40 ans. Jérusalem-Est a même été annexée
    par Israël, contrairement au droit international. L’oc-
    cupation de Gaza et de la Cisjordanie est également
    illégitime. Les résolutions de l’ONU ont à plusieurs
    reprises, une dizaine de fois, quelques dizaines de
    fois même, appelé Israël à cesser l’occupation au nom
    de « La Terre pour la Paix ». Mais en vain. Israël a
    ignoré toutes ces résolutions, même celles du Conseil
    de Sécurité. Le maintien de l’occupation de toutes le
    zones palestiniennes est incontestablement illégal.
    21
    Parlons maintenant de la colonisation des zones
    occupées
    Au fil des années, de nombreuses installations de
    colons juifs ont été créées, dans ces zones occupées.
    Les colons étaient encouragés et soutenus par leur
    gouvernement et leur nombre n’a cessé d’augmen-
    ter. Le nombre de colons s’élève à l’heure actuelle à
    plus de 400 000. Des terres palestiniennes ont été
    confisquées pour les besoins de ces colonies, c’est
    bien évident, mais d’autres terrains ont été confis-
    qués aussi pour la construction de routes destinées à
    leur protection. L’armée israélienne patrouille sur ces
    routes réservées aux colons, seulement aux colons,
    et à l’armée. En effet, les Palestiniens, notez bien sur
    leur propre territoire, ne peuvent pas les utiliser du
    tout. Cette colonisation, y compris les équipements
    d’infrastructure correspondants, est totalement
    contraire au droit international. La politique de colo-
    nisation se heurte de front à la IVème convention de
    Genève sur le droit humanitaire applicable en temps
    de guerre. Cette colonisation progressive viole en
    outre la Feuille de route pour la paix et enfreint les
    accords d’Oslo. Mais ce qui est encore plus grave,
    plus grave que tout cela, pour ne pas dire fatal, c’est
    que cette colonisation empêche la formation d’un
    Etat palestinien viable. Par conséquent la perspective
    d’une paix durable dans cette région s’évanouit. Le
    Dr Tanya Reinhardt, citoyenne israélienne, professeur
    à l’Université de Tel Aviv, soutient sans détour que la
    politique du gouvernement à Jérusalem vise manifes-
    tement à fractionner la Cisjordanie occupée. De cette
    façon, écrit-elle, il se développe un réseau de prisons
    en plein air, de parcelles de territoire encerclées de
    tous côtés par l’appareil du pouvoir israélien. Les
    Palestiniens évoquent à cet égard les bantoustans,
    à savoir les ghettos d’Afrique du Sud sous le régime
    minoritaire blanc. La fragmentation des zones pa-
    lestiniennes existe, même sans tenir compte de la
    politique de colonisation, du fait que l’armée d’occu-
    pation a dressé partout des postes de contrôle et par
    22
    conséquent des barrages dans les zones occupées.
    Ces dernières sont ainsi morcelées de fait en dizaines
    de parcelles distinctes. Le nombre de barrages est
    maintenant de 500, peut-être plus. Cette fragmen-
    tation, vous le comprenez, est catastrophique pour
    ce qui subsiste de l’économie palestinienne. A cela
    s’ajoute que les Palestiniens sont souvent humiliés à
    ces check-points, et parfois même traités comme des
    chiens. Je l’ai vu et entendu moi-même à plusieurs
    reprises. Certains jeunes Israéliens qui ont fait leur
    service militaire auprès de ces check-points ont livré
    des témoignages choquants à cet égard.
    Parlons du Mur
    Israël a commencé en 2003 la construction d’un
    mur de séparation de _ à _ mètres de haut. Ceci à
    des fins de sécurité selon les Israéliens, tandis que
    les Palestiniens estiment que la fonction du Mur
    consiste à renforcer la ségrégation, l’apartheid. Il
    s’agit d’un mur impénétrable doté de fossés, de
    voies de patrouille, de tours de contrôle et de fils
    de fer barbelés sous tension électrique. Pour une
    grande partie, cette enceinte a été érigée dans les
    territoires palestiniens. Alors, le _ juillet 2004, il y
    a 2 ans, la Cour Internationale de Justice a déclaré
    illégale cette construction. La Cour a signifié à Israël
    d’en cesser aussitôt la construction, de démanteler
    ce qui avait déjà été construit, et de dédommager
    les Palestiniens sinistrés. Quelques jours plus tard,
    l’ONU, l’Assemblée Générale, s’est exprimée de la
    même façon, à l’exception de quelques voix : 160
    votes en faveur et 4 ou 6 votes contre, et ces 4 ou 6
    votes, étaient les votes des Etats-Unis, d’Israël et de
    quelques petites îles du Pacifique, que vous ne pouvez
    pas trouver sur la carte. Cela veut dire que le monde
    entier s’est prononcé. Mais Israël a aussitôt, le même
    jour, déclaré ne pas vouloir tenir compte de cette
    déclaration, et la construction du mur se poursuit,
    se poursuit quotidiennement, à un rythme soutenu.
    Nous avons, Monsieur l’Ambassadeur Champenois et
    23
    moi-même, nous avons vu s’ériger ce colosse dans
    la petite ville de Bethléem. C’est à la fois intimidant
    et menaçant. Devant sa progression, des dizaines de
    milliers de paysans doivent abandonner leurs terres,
    et ils ne peuvent plus, ou plus guère, cultiver leurs
    champs et leurs vergers situés de l’autre côté. Bien
    des écoles et des hôpitaux deviennent inaccessibles
    et les visites de famille impossibles. Il s’agit là d’un
    projet scandaleux, d’une injustice flagrante, et le
    monde ne fait rien, les pays européens rien non plus.
    Ce constat établi, que dire des attentats suicides ?
    Israël n’aurait-il pas le droit, pour sa défense, de se
    retrancher derrière un tel rempart ? Le droit interna-
    tional le permet, mais à condition qu’Israël construise
    cette enceinte sur son propre territoire. Ce n’est pas
    le cas en grande partie. Le tracé du mur se dessine
    sur le territoire palestinien, et à plusieurs endroits,
    même, en profondeur, afin d’entourer des colonies
    israéliennes. Celles ci sont ainsi annexées, de fait,
    par Israël, en même temps que de grandes parcelles
    de terre palestinienne sur lesquelles elles se trouvent
    sont annexées aussi.
    Quelques mots de plus sur les attentats suicides. Je
    veux être clair, tout à fait clair. Dans la mesure où ils
    se produisent contre des civils, je les condamne sans
    restriction. Mais ces actes de violence ne peuvent
    pas être considérés hors du contexte dans lequel ils
    se produisent. C’est le contexte d’une occupation
    continue, et sans issue aussi, dimension très im-
    portante : 40 ans déjà. Appartiennent au contexte
    aussi, les annexions insidieuses, la destruction d’ha-
    bitations et de terres cultivables, les humiliations
    aux barrages, l’étouffement de la vie économique.
    Chers amis, chaque acte de violence palestinien, où
    qu’il soit commis, est qualifié de terroriste par Israël.
    Or, la résistance armée contre l’armée d’occupation
    en zone occupée n’est pas du terrorisme. C’est un
    combat pour la liberté.
    24
    En revanche, les actes commis par l’armée israé-
    lienne ne sont jamais qualifiés de terroristes, quel
    que soit le nombre de Palestiniens, femmes, enfants,
    vieillards compris, qui succombent ou qui sont mu-
    tilés à vie. Une autre remarque sur ce contexte : la
    violence pratiquée au moyen d’armes fabriquées de
    façon artisanale s’appelle du terrorisme. Tandis que
    la violence pratiquée en utilisant des avions, des
    hélicoptères de combat, des camions et des tanks
    n’en est presque jamais. L’Europe est doublement
    responsable. En premier lieu la situation actuelle au
    Moyen-Orient est partiellement due au morcellement
    de l’Empire ottoman que les vainqueurs de la Première
    guerre mondiale ont pratiqué après l’effondrement
    de cet empire. La Grande Bretagne et la France se
    sont partagé le butin et ont créé de nouvelles entités
    de façon plutôt arbitraire. C’est ainsi qu’est née la
    Palestine, celle sous mandat britannique, alors que
    tous les autres fragments de l’ancien empire ottoman
    étaient devenus au fil des ans des Etats souverains :
    le Liban, la Syrie, la Jordanie, l’Egypte, même l’Irak.
    Seule la Palestine était abandonnée aux caprices de
    l’histoire. En second lieu, l’Europe est responsable de
    l’holocauste : l’exode massif des Juifs en provenance
    d’Europe vers la Palestine a été, nous le savons,
    conséquence immédiate de l’holocauste qui s’est
    déroulé en Europe. L’Europe s’acquitte-t-elle de cette
    responsabilité ? Point d’interrogation, point d’interro-
    gation. Pas du tout. C’est en fait les Palestiniens qui
    paient le prix des crimes perpétrés en Europe contre
    les Juifs. Et ces crimes, ce sont tout d’abord, naturel-
    lement l’holocauste, mais aussi la malveillance antisé-
    mite qui l’a précédé pendant des siècles. Mais pas un
    seul mètre carré de terre européenne n’a été mis à la
    disposition des Juifs pour leur permettre d’établir un
    refuge sûr. Ce sont les Palestiniens en revanche qui
    ont perdu _0% de leur territoire, et après la guerre
    des six jours les Palestiniens ont tout perdu. Non, je
    ne prétends pas que l’Europe abandonne complète-
    ment les Palestiniens à leur sort. L’Union Européenne,
    et ses Etats membres, ont offert beaucoup d’aide hu-
    25
    manitaire aux Palestiniens, tout au moins jusqu’à ce
    que le Hamas accède au pouvoir. Il convient toutefois
    de faire deux remarques à propos de cette assistance
    de l’Europe. Pour commencer l’aide européenne perd
    de son brillant par rapport à l’aide colossale qu’Israël
    continue de recevoir de la part des Etats-Unis. En ce
    moment, c’est plus de 3 milliards de dollars par an.
    Il n’est donc pas étonnant du tout qu’après les Etats
    Unis, Israël possède le plus grand parc d’avions de
    chasse au monde, disposant de loin de l’armée la plus
    puissante du Moyen-Orient. Israël possède en outre
    l’arme nucléaire. Il convient également de mentionner
    que l’aide de l’Europe n’est qu’un analgésique. L’Union
    Européenne ne fait, et n’a presque rien fait d’autre,
    pour éradiquer la cause de l’extrême misère des Pa-
    lestiniens. Oui, l’Union Européenne échoue lamenta-
    blement à cet égard. Mais sachez toutefois que je ne
    plaide pas pour que nous, à notre tour, fournissions
    des armes aux Palestiniens, à l’instar de ce que font
    les Américains pour Israël. Je soutiens cependant que
    nous devrions enfin mettre en application la clause
    spéciale de l’accord euro-méditerranéen d’association
    entre la Communauté européenne et Israël. Peut-être
    pendant nos discussions, nous pourrons parler de la
    réaction de l’Ouest. Malheureusement, les Américains
    et les Européens sont main dans la main pour réagir
    à l’accession du Hamas au pouvoir. Nous en parlerons
    plus tard. Vous avez, Mme la Présidente, mentionné
    le fait qu’en 2002, les Arabes ont proposé à Israël de
    céder les zones occupées en 1_67, de les céder aux
    Palestiniens avec en contrepartie la reconnaissance
    de l’Etat d’Israël par tous les membres de la Ligue
    arabe. La même chose s’est passée vingt ans aupa-
    ravant, en 1__2. Ils l’ont fait deux fois. Mais Israël
    n’a jamais donné suite à ce geste.
    Quiconque, chers amis, exprime des critiques envers
    le comportement du gouvernement de l’Etat d’Israël,
    est aussitôt accusé d’antisémitisme. Nous le savons,
    vous-mêmes qui venez de réagir avec vos mains, nous
    le savons tous, que cette fâcheuse imputation est
    26
    complètement déplacée. Mais en fait, la menace de se
    voir d’emblée attribuer un tel reproche effraie tant de
    gens, qu’ils retiennent ou en tout cas atténuent leurs
    critiques envers Israël. Quoi qu’il en soit, je ne veux
    pas me taire. Et il est conseillé dans cette délicate
    question d’écouter des voix juives, et il y en a à foison,
    d’écouter une déclaration du réseau nommé « Juifs
    Européens Pour une Paix Juste ». Je cite : « Les Juifs
    européens pour une paix juste demandent à la com-
    munauté internationale, à l’Organisation des Nations
    Unies et à l’Union Européenne de prendre enfin leurs
    responsabilités et de faire cesser le bain de sang en
    Palestine. L’injustice de 3_ ans d’occupation militaire
    par Israël doit cesser. Il est totalement inacceptable
    que la charte de l’Organisation des Nations Unies, le
    droit international et d’innombrables résolutions et
    décisions de l’ONU aient été négligées par le Gouver-
    nement israélien ». En Israël même, vous le savez,
    vous avez mentionné les noms de quelques organisa-
    tions, il y a de courageux militants pour la paix, qui
    continuent en dépit des déformations en provenance
    de l’opinion publique, de donner leur rapport sur les
    injustices en cours. B’tselem est une de ces organi-
    sations. Ses rapports tiennent toujours un langage
    ferme et clair. Par exemple le rapport Land Grab « Vol
    de terre ». Ce rapport, en 2002, dénonce le pillage des
    terres occupées pour la construction des colonies. Une
    de ses conclusions est la suivante : la modification
    flagrante qu’Israël a provoquée sur la géographie de
    la Cisjordanie pour la construction des colonies et le
    choix de leur emplacement déjoue toute possibilité
    réelle de pouvoir établir un Etat palestinien indépen-
    dant et viable. Comment ? C’est une déclaration forte
    et choquante à la fois. Il y a quelques années, plu-
    sieurs centaines de Juifs sud-africains ont publié une
    déclaration de conscience dans laquelle ils ont établi
    un parallèle entre le traitement des Palestiniens par
    Israël et la répression de la population noire pendant
    le régime d’apartheid. Et c’est ce que fait également
    l’archevêque Desmond Tutu, Prix Nobel de la Paix :
    « Cela me fend le cœur, écrit il après avoir rendu
    27
    visite aux territoires occupés, cela me fend le cœur
    lorsque je vois comment les Palestiniens sont traités
    par l’Etat d’Israël. Leur souffrance est celle que nous
    avons connue jadis en Afrique du Sud ».
    Y a-t-il encore une perspective de paix équitable ?
    Il y a deux modèles, dont l’un est le modèle de deux
    pays voisins, le pays d’Israël et un pays palestinien
    viable. Mais comment pourraient cohabiter les Israé-
    liens et les Palestiniens dans une telle hypothèse ?
    Au mieux, on ne cesse de délibérer et de discuter à
    ce propos, partout dans le monde, mais toutes ces
    discussions ne concernent qu’un mythe : un Etat
    palestinien réellement viable n’est plus réalisable.
    Fini. Passé. Il n’est plus réalisable. Il ne reste plus
    maintenant que la moitié de la Cisjordanie, et cette
    moitié est de surcroît morcelée si l’on tient compte
    des annexions de facto par les colonies, et de tous
    les équipements d’infrastructures correspondants,
    et du mur. Et puis, Jérusalem-Est, j’en parlerai plus
    pendant notre discussion, je suis conscient que j’ai
    été invité par l’Association « Pour Jérusalem ». Il
    est clair qu’une solution équitable ne pourra naître
    de négociations entre Israël et les Palestiniens. Les
    hommes politiques qui persistent à croire que de
    telles négociations sont nécessaires ou souhaitables
    ne se rendent apparemment pas compte, en dépit
    de l’évidence de la situation qu’ils demandent des
    négociations entre un lion et un mouton déjà à moi-
    tié dévoré. Il convient donc d’imposer une solution
    juste. Mais, dit-on, seuls les Américains en seraient
    capables. Seulement, il ne faut pas s’attendre à une
    telle intervention de leur part et certainement pas tant
    que les pays de l’Union Européenne continueront de
    se comporter comme des vassaux de Washington.
    Vous l’avez compris déjà. Nous, les Européens,
    nous avons une obligation morale de faire enfin tout
    notre possible pour créer la perspective d’une paix
    équitable au cœur du Proche-Orient et si nous conti-
    nuons d’échouer en cela, un chapitre d’une injustice
    2_
    monstrueuse s’ajoutera à l’histoire de l’humanité.
    Israël et les Etats-Unis y seront dénoncés comme
    les responsables principaux et l’Europe sera désignée
    comme une complice honteuse.
    •••
    pour nous et je voudrais attirer l’attention là-dessus.
    Vous l’avez souligné dans votre exposé et cela m’a
    vivement intéressé. Elle devient dangereuse pour
    l’Europe. Je ne parle pas simplement du point de vue
    de la justice que nous devons aux Palestiniens, mais
    aussi du point de vue de notre intérêt. Car la ques-
    tion palestinienne n’étant pas résolue, l’aggravation
    des crises au Proche-Orient va être cumulative, ces
    crises se nourrissant l’une l’autre. Vous avez aussi la
    question d’Irak. Vous avez maintenant la question de
    l’Iran, de la Syrie, du Liban. Tout cela s’accumule, se
    nourrit, et va créer une situation plus qu’explosive.
    Les Etats-Unis sont loin de là, alors que l’Europe est
    toute proche. Je voudrais qu’on attire bien l’atten-
    tion sur ce danger que je pense considérable, et qui
    n’est pas très éloigné à la vitesse où vont les cho-
    ses. Quand on voit ce qui s’est passé au Liban, avec
    quelle brutalité, avec quelle soudaineté, on se dit que
    le pire n’est pas forcément très loin, si on n’y prend
    pas garde. Or, la question palestinienne est centrale
    41
    et tant qu’elle ne sera pas réglée, cette situation
    explosive perdurera.

     

     

     

     

    J’ai découpé et dissous dans l’acide le corps de Lumumba

     

     

    BRUGES (Belgique), 15 mai 2002 (AFP) – Près de quarante ans après l’assassinat de Patrice Lumumba, le Belge Gerard Soete vient enfin de se défaire d’un lourd secret : une nuit de janvier 1961, dans une puanteur d’acide sulfurique et de cadavres écartelés, il fit disparaître le corps du martyr congolais.

     

    « Est-ce que la législation me le permettait ? », se demande-t-il aujourd’hui, à 80 ans et en bonne santé, dans son pavillon d’un faubourg résidentiel de Bruges (nord-ouest) où l’AFP l’a rencontré. « Pour sauver des milliers de personnes et maintenir le calme dans une situation explosive, je pense que nous avons bienfait », ajoute-t-il, en dépit de « la crise morale » qu’il doit avoir traversée après cette nuit « atroce ».

    Le 17 janvier1961, sept mois après l’accession du Congo à l’indépendance,Patrice Lumumba, le premier chef de gouvernement du pays, était assassiné près d’Elisabethville (actuellement Lubumbashi, sud), capitale de la province alors sécessionniste du Katanga. Criblé de balles, son corps n’a jamais été retrouvé, pas plus que ceux de deux proches tués avec lui, Joseph Okito et Maurice Mpolo.

    Selon l’auteur, le but de l’élimination était, en pleine guerre froide, de maintenir le Congo dans la sphère d’influence occidentale. La thèse a connu un tel écho qu’une commission d’enquête parlementaire belge, chargée d’éclaircir « l’implication éventuelle des responsables politiques belges » dans l’assassinat, a entamé ses travaux le 2 mai. Une commission qui auditionnera Gérard Soete, commissaire de police chargé à l’époque de mettre en place une « police nationale katangaise ».

    Le Brugeois dut d’abord transporter les trois corps à 220 kilomètres du lieu d’exécution, pour les enfouir derrière une termitière, en pleine savane boisée. De retour à Elisabethville, il reçut cependant « l’ordre » du ministre de l’intérieur Katangais Godefroi Munongo de faire littéralement disparaître les cadavres. La popularité de Lumumba était telle que son cadavre restait en effet gênant. Le « pèlerinage » sur sa tombe pouvait raviver la lutte de ses partisans.

    « Petit Gérard Soete de Bruges, je devais me débrouiller tout seul avec trois corps internationalement connus », résume-t-il aujourd’hui. « Toutes les autorités belges étaient sur place, et elles ne m’ont pas dit de ne rien faire », ajoute-t-il, avec un fort accent flamand. Accompagné d’ »un autre blanc » et de quelques congolais, épuisés « d’une scie à métaux, de deux grandes dames-jeannes et d’un fut d’acide sulfurique », il leur fallut toute la nuit, du 22 au 23 janvier, pour accomplir leur besogne.

    « En pleine nuit africaine, nous avons commencé par nous saouler pour avoir du courage. On a écarté les corps. Le plus dur fut se les découper » avant de verser l’acide, explique l’octogénaire. Il n’en restait presque plus rien, seules quelques dents. Et l’odeur ! Je me suis lavé trois fois et je me sentais toujours sale comme un barbare », ajouté-t-il. De retour en Belgique après1973, Gérard Soete contera cette terrible nuit dans un roman, « pour (se) soulager », mais sans livrer son nom.

    Un historien français tente de minimiser la traite des esclaves
     

    Depuis le Code noir (1685), rares sont les intellectuels français qui ont remis en question le socle raciste sur lequel repose notre regard sur « les noirs », africains ou antillais. Les récentes saillies négrophobes d’Hélène Carrère d’Encausse, Alain Finkielkraut ou Nicolas Sarkozy ne sont pas de malheureux dérapages mais la continuité désolante de préjugés nourris depuis quatre siècles [1].

     

    Une négrophobie académique ?
    Olivier Pétré-Grenouilleau, ou la banalisation de la Traite
    Source: http://www.indigenes-republique.org/spip.php/spip.php?article1145
    jeudi 6 décembre 2007

    Qui, en France, sait que Saint-Simon, Bossuet, Montesquieu ou Voltaire ont commis, sur ces questions, des pages monstrueuses ? Que Renan, Jules Ferry, Teilhard de Chardin, Albert Schweitzer ou encore le général De Gaulle leur ont emboîté le pas ? C’est pourtant ce que vient nous rappeler Odile Tobner dans son livre Du racisme français . De ce livre salutaire nous publions un extrait consacré à l’historien-fétiche des grands médias : Olivier Pétré-Grenouilleau, et à la manière plus que douteuse dont il revisite l’histoire de la Traite des Noirs.
    Les médias viennent de mettre en vedette un historien, Olivier Pétré-Grenouilleau, présenté religieusement comme un oracle. Il avait déjà, il y a quelque temps, dans un ouvrage de vulgarisation consacré à la question (La Traite des Noirs, paru dans la collection « Que sais-je ? » [2]) présenté le sujet à sa façon :

    « Concernant les idées, presque rien n’a en effet été véritablement inventé depuis le XIXe siècle, époque à laquelle les abolitionnistes faisaient de la traite la cause du malheur de l’Afrique, tandis que leurs détracteurs n’y voyaient que la conséquence de son anarchie. »

    Renvoyer dos à dos les uns et les autres est déjà scandaleux ; mais l’auteur penche en réalité du côté le plus malhonnête :

    « Il serait exagéré, à la faveur d’une lecture européocentriste dépassée de l’histoire africaine, de voir dans les effets démographiques de la traite l’une des raisons essentielles du mal-développement africain. »

    Qu’est-ce à dire ? Où est cette lecture européocentriste dépassée qui aurait, dit-on, exagéré les effets de la traite ? C’est un pur fantôme que l’on désigne vaguement, sans apporter la preuve de son existence. Toutes les lectures européennes sans exception minimisent au contraire les chiffres, dans des proportions évidemment différentes. On aimerait par ailleurs savoir ce que serait une « lecture non européocentriste » : une lecture faite par des Européens comme M. Olivier Pétré-Grenouilleau, se mettant à la place des noirs et faisant leur Histoire à leur place pour dire que les Européens n’étaient pas racistes ? On est dans la divagation.

    Il est hasardeux d’affirmer que la traite n’a pas eu d’influence sur la démographie africaine : la thèse est cependant soutenue avec aplomb. On va même jusqu’à évoquer « l’ensemble des phénomènes positifs et négatifs » de la traite, sans prendre conscience apparemment de la monstruosité d’une telle phrase, qu’aucun commentateur autorisé n’a, il est vrai, relevée. Quel phénomène « positif » peut bien être induit par tant de douleurs et de morts, sauf pour les bénéficiaires bien entendu ?

    Suit une assertion qui fera bien rire les démographes :

    « Cependant la nature polygame des sociétés africaines a sans doute eu pour effet d’atténuer voire d’annuler en bonne partie cet éventuel déficit des naissances. »

    La natalité – c’est assez facile à comprendre – se mesure au nombre d’enfants par femme et non au nombre de femmes par mari. Que les unions soient monogames ou polygames, les femmes ne peuvent faire qu’un nombre déterminé d’enfants. La polygamie réduit au contraire le nombre d’enfants par femme, en instituant un délai d’isolement après chaque naissance. Le mari polygame est certes le père putatif d’un grand nombre d’enfants, mais c’est au prix du célibat forcé des jeunes et des pauvres. Par ailleurs, aucune société n’est par nature – toujours cet essentialisme raciste – monogame ou polygame. La polygamie est liée à une conjoncture historique et culturelle. On la trouve soit dans des sociétés guerrières où les hommes sont décimés, où les femmes sont un butin, comme chez les Grecs de l’époque homérique, soit dans les sociétés décimées par l’esclavage. Olivier Pétré-Grenouilleau prend les effets pour la cause. Avec la disparition de tant d’hommes – on a vu que les femmes étaient très minoritaires dans les cargaisons –, comment la polygamie n’aurait-elle pas été une réaction obligée de la société ?

    Le simple bon sens permet de comprendre que la saignée de la traite a été pour l’Afrique une catastrophe, humaine, culturelle, économique, démographique. Dans un livre remarquable, Louise Marie Diop-Maes remet à leur place bien des aberrations intéressées – et d’abord elle pose la seule question pertinente :

    « Les effets de la traite des humains en Afrique noire sont-ils évaluables ? » [3]

    Entre les fanatiques de l’innocuité, voire des bienfaits de l’esclavage, à la suite d’un certain Philip Curtin, qui ne craint pas d’affirmer, par exemple, que l’introduction du maïs en Afrique aurait « compensé les pertes humaines » – comme si l’Afrique manquait de plantes comestibles, comme si l’alimentation remplaçait les bouches manquantes [4] –, et la majorité des universitaires français, considérés par les premiers comme des extrémistes de l’interprétation sévère de la traite parce qu’ils limitent l’effet négatif à une stagnation de la population, il n’y a pas une grande différence.

    On est obligé de les laisser à leurs chicaneries si l’on veut commencer à parler raisonnablement du passé de l’Afrique. Marie-Louise Diop-Maes conclut :

    « J. Inikori (Nigeria), Walter Rodney et moi-même, par des méthodes d’analyse différentes, sommes arrivés à la conclusion que les répercussions de la traite ont provoqué une diminution de la population entre 1500 et 1900 et que, parallèlement, l’Afrique noire s’est progressivement sous-développée durant la même période. »

    Le dépeuplement de cette période s’est accompagné de l’éclatement d’importants ensembles politiques, culturels et sociaux et d’un repli sur les unités de base : famille, clan, tribu. C’est l’image de l’Afrique contemporaine.

    « Il ne s’agit pas d’un sous-peuplement chronique, d’un tribalisme perpétué depuis la Préhistoire, sur une terre étouffante et maudite, ou trop clémente, mais bien d’un dépeuplement et d’une atomisation qui ont débuté au XVIe siècle. »

    Après la mise en cause des Arabes à égalité avec l’Occident, l’autre pilier de la science blanche pour tenter d’exonérer l’Histoire de France d’un chapitre peu glorieux est la collaboration des Africains à la traite. On sait [5] que Voltaire dit, dans le chapitre de Candide sur Le nègre de Surinam, que la mère vend son enfant, ce qui est bien sûr une calomnie manifeste à l’égard des Africains. La demande d’esclaves par les Européens a causé certes des expéditions destructrices. Dans toute situation de domination, il y a des collaborateurs dans le groupe dominé. Il faut simplement poser la question : dans un crime, est-ce que le recrutement de complices est une circonstance atténuante ou aggravante ? La responsabilité du complice vient-elle diminuer celle de l’artisan principal ? Des Africains sont-ils venus proposer en Europe leur collaboration et leur marchandise ? Encore une fois ce sont des questions de simple bon sens.

    L’inventaire des ouvrages qui répandent des aberrations racistes sur l’histoire de la traite et de l’esclavage serait infini. On se contentera d’un seul, qui n’est pas marginal puisqu’il s’agit d’un banal et récent livre de vulgarisation, où les perles abondent, telle celle-ci :

    « Sur place aux Antilles, les Noirs avaient conservé le culte du Vaudou, qui aggravait les mentalités de certains d’entre eux. Les “nègres marrons” armés de machette (sabre à couper la canne à sucre) étaient enrôlés par les plus criminels d’entre eux pour les massacres des Blancs. Mais tout cela n’empêcha pas les nombreuses unions hors mariage qui engendrèrent une nouvelle ethnie : les mulâtres. » [6]

    Un véritable bouquet en quelques lignes. Des hommes qui, dans une situation d’écrasement et d’humiliation absolus, trouvent le courage surhumain de se révolter sont-ils des criminels ou des héros ? Pourrait-on, dans un ouvrage historique d’aujourd’hui, appeler « criminel » un homme évadé d’un camp de concentration, tuant quelques gardiens au passage, sans provoquer le plus grand scandale ? On est obligé de poser cette hypothèse si l’on veut donner le sentiment d’une monstruosité qui échappe manifestement aux lecteurs de pareils ouvrages, tant le racisme imprègne le subconscient. User du doux euphémisme de « unions hors mariage » pour désigner le crime le plus lâche par sa facilité et son impunité – le viol systématique des esclaves noires –, est-ce faire oeuvre d’historien ? Depuis quand les enfants nés hors mariage constituent-ils une « ethnie », sauf à adhérer à des distinctions racistes ?

    On ne résiste pas à l’envie de citer quelques perles de la même origine :

    « Quelques années plus tard [7] , il ne resta rien des richesses accumulées dans ces îles et nombre de négociants métropolitains furent ruinés. Mais on peut considérer que ces derniers auront été le vecteur de l’implantation de l’ethnie noire. Par voie de conséquence, sans doute que les descendants de celle-ci auront ainsi échappé à d’autres fléaux. »

    Ainsi les richesses se seraient évaporées. Cela n’existe pas, sauf dans des croyances magiques. Les richesses ont changé de main, elles ont servi à développer des industries, armement, accastillage, industries du luxe, etc. Mais le comble du cynisme ou de la stupidité, on ne sait, c’est d’indiquer comme seul bénéfice de cette période d’avoir permis aux Africains de quitter leur enfer d’origine… et en plus le transport était gratuit !

    D’autres jugements, dans des ouvrages hautement scientifiques, laissent tout aussi pantois :

    « Le chapitre qui venait de se clore en 1848 n’était pas complètement négatif. Une indéniable prospérité économique s’était traduite dans les faits dès les débuts de la traite des noirs. » [8]

    Autant s’extasier de ce que le prodigieux effort de guerre allemand, entre 1940 et 1945, fut fi nancé par le pillage des pays occupés et l’extermination de la main d’œuvre déportée. Ce qui est escamoté avec la plus grande désinvolture dans ce jugement de « valeur », qui affiche de façon obscène la primauté de l’argent, c’est ce que certains appellent pudiquement la question morale. C’est avouer que le traitement réservé aux noirs ne relève pas de la moralité, comme le disait Montesquieu.

    On ne recommandera jamais assez au lecteur de l’historien de faire preuve d’esprit critique face à une Histoire qui n’est jamais parfaitement objective. L’Histoire ment toujours d’une certaine façon, au moins par omission, puisqu’on ne saurait inventorier la totalité des faits. Surtout l’Histoire est une matière d’autorité, et l’autorité, en l’occurrence, est celle des vainqueurs. Un ensemble de faits aussi bien établis et documentés que la Révolution française a connu et connaîtra diverses présentations et interprétations dont aucune ne peut prétendre s’imposer comme dogme. Il y a eu la Révolution tueuse : guillotine, tricoteuses, tribunaux révolutionnaires. Les images de la terreur révolutionnaire sont bien ancrées dans la tradition scolaire. Cette terreur a causé, de 1792 à 1794, de trente-cinq à quarante mille morts dans toute la France, qu’ils aient été exécutés sommairement ou qu’ils aient fait l’objet d’une condamnation à la peine capitale. Mais l’Histoire a refusé une célébrité analogue aux trente mille communards que les Versaillais tuèrent pendant la seule « semaine sanglante » de mai 1871 [9] : les morts faits par la Révolution comptent toujours beaucoup plus que ceux dus à la répression.

    Autre exemple : c’est l’Histoire qui a fait de la prise de la Bastille – une horde populeuse, type racaille de banlieue assiégeant un commissariat, se fait ouvrir les portes d’une forteresse quasi vide et tue sauvagement les gardes et le gouverneur – le mythe national par excellence. Tout est dans l’interprétation.

    Si un événement aussi important de notre Histoire nationale peut donner lieu à de telles distorsions, combien doit être problématique l’histoire de l’esclavage et de la colonisation ! L’Histoire de l’Afrique qui nous est racontée en France est celle des conquérants : c’est son premier défaut. Il ne s’agit pas d’un procès d’intention mais d’un constat. C’est une première et fondamentale distorsion. Tout comme les peuples africains ne sont toujours pas émancipés de la tutelle politique de l’Occident, ils ne se sont pas encore emparés de leur Histoire pour leur propre usage et pour en imposer la vision au monde.

    Les Traites négrières

    La dernière et très douteuse contribution à cette Histoire dominée est l’ouvrage d’Olivier Pétré-Grenouilleau intitulé Les Traites négrières, essai d’histoire globale. Le titre, à lui seul, a son éloquence. Que peut bien vouloir dire d’abord une « histoire globale » ? Il s’agit apparemment de noyer les phénomènes un peu crus dans un ensemble flou. C’est le contraire d’un comparatisme critique. On pourrait ainsi, si on l’osait, faire une histoire globale de l’antisémitisme qui dissoudrait et relativiserait la Shoah dans les millénaires persécutions contre les juifs.

    L’expression « les traites négrières », quant à elle, annonce la thèse et le sophisme fondamental du livre. Par ce pluriel l’auteur prétend qualifier trois traites : la traite arabo-musulmane, la traite interne à l’Afrique et la traite européenne. Il n’y a eu en fait qu’une seule traite négrière, c’est-à-dire à fondement exclusivement raciste, c’est celle pratiquée par les Européens. La traite arabo-musulmane, succédant à celle pratiquée par l’Empire romain dans toute son aire, a frappé des captifs de toutes origines non musulmanes [10]. Quant au servage ou au rapt pratiqués dans certaines sociétés africaines, comment pourraient-ils recevoir la qualification de négrier, qui traduit par essence la subjectivité du regard « blanc » ?

    Dès le titre, la fonction idéologique du livre apparaît donc clairement. On s’explique alors le lancement médiatique dont il a bénéficié, sans précédent pour un ouvrage aussi indigeste, de facture lourdement universitaire [11]. On vit l’auteur accueilli par un chorus d’applaudissements sur tous les plateaux de télévision, et son livre, loin d’être l’objet d’un quelconque débat, fut unanimement porté aux nues par des critiques qui n’en avaient certainement pas lu dix pages, mais qu’importe. C’est à l’idéologie professée par le livre qu’allait leur enthousiasme : ils ne pouvaient que faire un triomphe. La véritable croisade entreprise alors pour le défendre contre toute contestation a atteint des sommets d’indécence.

    Par un artifice assez grossier, l’auteur prétend débarrasser l’histoire de l’esclavage de ses « clichés » et de ses « poncifs » [12] – c’est ainsi qu’il qualifie aimablement les travaux de ses prédécesseurs, prétendument pervertis par leurs bons sentiments. Ceux-ci auraient, selon lui, dramatisé la traite et l’esclavage, qu’il se charge, lui, de banaliser.

    En réalité, cette histoire telle qu’elle a été racontée par les Européens est toujours restée bien en deçà de l’horreur de la traite transatlantique et de l’esclavage tels que les ont vécus les noirs. Cette description, devant laquelle ont reculé les historiens blancs, même « bienveillants », est encore à faire.

    Le racisme a en effet joué un rôle essentiel dans le déchaînement de ce que Rosa Amelia Plumelle-Uribe appelle « la férocité blanche » [13]. Cet aspect de l’étude de l’esclavage est et a toujours été, sauf chez quelques auteurs haïtiens, largement tabou. La rouerie consiste à présenter au contraire comme taboue la description adoucie et relativisée de l’esclavage, qui est pourtant la norme. Mais jamais on n’était allé aussi loin dans l’atténuation. Ainsi Pétré-Grenouilleau dénonce-t-il « le portrait apocalyptique » [14] qui aurait été fait du transport des captifs, le « taux d’entassement », « souvent exagéré par les abolitionnistes » [15], sans qu’aucune preuve ou référence soit apportée à l’appui de ces appréciations éminemment subjectives. C’est le second défaut majeur de l’ouvrage : des affirmations subjectives jamais étayées de la moindre preuve. C’est ce que l’on présente en France comme une grande oeuvre d’historien !

    Pétré-Grenouilleau parvient, dans un livre consacré à la traite négrière, à prouver l’excellence de la moralité blanche : loin que l’esclavage raciste puisse être reproché spécifiquement aux Européens, l’abolitionnisme prouve leur supériorité. En effet le mouvement abolitionniste est, selon lui, né par génération spontanée. Nulle part n’est formulée l’hypothèse, pourtant la plus vraisemblable, que l’abolitionnisme est né de l’atrocité toute particulière de la traite atlantique, l’opinion européenne s’émouvant légitimement des conditions terrifiantes du transport, et des débordements de cruauté de l’esclavage. À l’explication de bon sens on substitue une thèse hautement improbable mais flatteuse. La distorsion par une interprétation tendancieuse est ici manifeste.

    Il est bizarre, à ce propos, que personne n’ait relevé ce grave défaut de rigueur historique : ce dont l’ouvrage se prétend une réfutation n’est jamais clairement désigné, il s’agit d’une sorte de nébuleuse historique sans auteurs, sans titres, sans citations. En l’espèce, les « exagérations » incriminées par l’auteur seraient le fait d’un groupe désigné vaguement par le terme « les abolitionnistes ».

    D’une façon générale, des assertions très douteuses ne sont pas étayées. Ainsi cette affirmation pour le moins étrange :

    « Ajoutons que l’introduction d’Africains favorisa l’apparition d’épidémies chez les Indiens. » L’auteur explique la disparition des Indiens d’Amé rique essentiellement par le « choc microbien ». [16]

    C’est faire bon marché des témoignages les plus anciens sur la question, à commencer par ceux de Las Casas, relayés par Montaigne, dès le XVIe siècle :

    « Tant de villes rasées, tant de nations exterminées, tant de millions de peuples [17] passés au fil de l’épée. »

    Un autre thème récurrent du livre est la récusation de la question morale :

    « L’aspect moral mis à part, peu de choses distinguaient le trafic négrier des autres grands commerces maritimes » [18]

    « La traite ne doit pas être réduite à une simple affaire de morale ». [19]

    Il se trouve que, comme l’auteur lui-même le note, ce trait caractérise le discours des négriers :

    « Ce type de discours [économique] permettait d’évacuer les dimensions morales et intellectuelles du débat. » [20]

    Il s’inscrit donc directement dans l’héritage de l’idéologie négrière, dont tout le livre constitue une tentative de réhabilitation qui semble avoir porté ses fruits.

    L’engagement idéologique, au détriment de la prudence du savant, est confirmé par le caractère catégorique des assertions. Bien loin que les chiffres de la traite et de l’esclavage soient connus avec certitude, ils sont toujours hautement hypothétiques et risquent de le rester définitivement. On s’étonne même de la pauvreté des connaissances derrière l’apparence de savoir produite par les répétitions. D’un ouvrage à l’autre, les mêmes informations sont présentées sans aucun recul critique. L’inventaire, évidemment partiel, des expéditions n’est qu’un élément qui devrait, loin d’être sacralisé, être complété par bien d’autres points de vue.

    Dans la plupart des colonies américaines, notamment caraïbes, la population des esclaves était cinq à dix fois plus élevée que celle des colons. Ces chiffres pourraient utilement être commentés et se prêter à des projections. Mais non, on fait comme si on savait tout et comme si le dernier mot avait été dit : l’Histoire est définitivement établie sur ce point. L’acharnement à soutenir cette clôture est en lui-même suspect, aucune question historique ne pouvant être considérée comme définitivement connue. C’est cette assertion qui a été largement diffusée dans le public, sans aucune réserve critique.

    On en sait encore moins sur les traites arabes, mais l’imagination et les « projections mathématiques » aidant on aboutit à des chiffres aussi péremptoires. Peu importe que l’on compare, entre autres sophismes, quatorze siècles de traite arabe et trois siècles de traite occidentale, l’important est de produire deux chiffres, lesquels seront ressassés jusqu’à plus soif par tous les mass médias. On est au coeur de la fonction idéologique du livre. Les deux chiffres, largement arbitraires – celui de la traite atlantique et celui des razzias arabes – ont été compulsivement martelés en effet sur tous les plateaux de télé, débats et même dans les bulletins d’information.

    Une histoire se prétendant globale et comparatiste aurait pourtant dû souligner bien des différences. Les Arabes, nous dit-on, razziaient souvent pour lever des troupes. Ces razzias devaient donc ressembler assez aux rafles que faisaient les Français pour recruter des troupes coloniales au XXe siècle. L’histoire de ces « enrôlements forcés » reste à faire ; mais on ne les range pas pour autant sous l’appellation de trafic d’esclaves, même si cela lui ressemblait fort. Par ailleurs les noirs se sont fondus dans les populations arabes. Cela signifie qu’ils étaient peu nombreux par rapport à la population globale et que, même s’il y avait probablement des sentiments xénophobes à leur égard, il n’y avait pas de doctrine ni de législation racistes et ségrégationnistes.

    La différence fondamentale est là. C’est une différence qualitative essentielle, qui ne tient pas dans la comparaison des chiffres. La dénégation péremptoire d’Olivier Pétré-Grenouilleau – « Les anciens poncifs (du type : la traite est la conséquence d’un racisme à l’encontre des Noirs) étant aujourd’hui complètement dépassés, il serait utile de les remplacer par des hypothèses plus scientifiques » – est d’ailleurs, par son insistance même, l’aveu que l’on a affaire non à une intelligence mais à une volonté. L’énormité de cette allégation, démentie par trois siècles de textes racistes – il est vrai passés sous silence –, n’a choqué personne. Notons, dans cet ordre d’idées, la curieuse présentation de la communauté noire américaine :

    « Aux États-Unis […] la force de la minorité noire s’explique surtout par la tendance à l’endogamie et par une forte natalité depuis la guerre de Sécession » [21]

    Cette « tendance à l’endogamie », comme euphémisme de la ségrégation raciste, est vraiment une trop belle perle historique. Que penserait-on d’un historien de l’Inde qui noterait une « tendance à l’endogamie » chez les Intouchables ? Il sombrerait sûrement dans le ridicule.

    Les thèses développées par Pétré-Grenouilleau ne sont pas nouvelles, elles rejoignent celles exposées beaucoup plus grossièrement et avec beaucoup moins d’efficacité par l’historien raciste [22] Bernard Lugan, notamment dans son ouvrage Afrique, l’histoire à l’endroit. Elles s’inscrivent dans un courant minoritaire de l’historiographie américaine. Ce qui est nouveau, c’est la diffusion forcenée de ces thèses dans les médias à l’occasion de la sortie de ce livre.

    Le florilège des titres de presse est éloquent en lui-même :

    « La vérité (sic) sur l’esclavage » [23]

    « Quelques vérités gênantes (sic) sur la traite des Noirs ». [24]

    S’y ajoutent les déclarations tous azimuts d’un historien déchaîné. La plus idéologique, sous le titre :

    « Traite négrière : les détournements (sic) de l’histoire » [25]

    Avec, en bandeau :

    « 11 millions d’Africains furent déportés vers les Amériques de 1450 à 1867. Les traites orientales conduisirent à la déportation de 17 millions de personnes ». [26]

    Pétré-Grenouilleau y stigmatise, entre autres, en toute objectivité scientifique, « une certaine gauche tiers-mondiste », au long d’un article qui est un chapelet d’assertions virulentes non étayées et qui, avec un peu de recul, paraîtra bientôt assez époustouflant. La plus scandaleuse de ces assertions est passée comme une lettre à la poste, devant un public extasié :

    « Il faut admettre qu’il s’agit du premier exemple de grand commerce international entre Blancs, Noirs et Arabo-Turcs, rentable pour toutes les parties. » [27]

    Après ce tir groupé assorti d’une tournée télévisuelle complète sur les talk-shows supposés culturels, peut-être enivré par tant d’exhibitions solipsistes pendant plusieurs mois, Pétré-Grenouilleau se surpasse enfin et dénonce la loi Taubira dans une déclaration haineuse où il confond (bêtement ? intentionnellement ?) « crime contre l’humanité » et « génocide » et s’en prend explicitement aux noirs et à leurs « choix identitaires » [28]. Un collectif d’Antillais ose enfin protester et porter plainte pour négation de crime contre l’humanité. Mal leur en a pris. On assiste alors à une mobilisation massive contre les fanatiques persécuteurs des honnêtes scientifiques. Rebelote dans tous les médias, sur tous les plateaux de télévision, de la troupe des historiens indignés se portant au secours du malheureux injustement persécuté, pétitions pour l’abolition de la loi Taubira, pilonnage de la bonne parole. N’en jetez plus, la cour est pleine ! Piteusement, le collectif des Antillais retire sa plainte. Force reste à l’autorité, à sa « bêtise au front de taureau ».

    Post-scriptum Ce texte est extrait du livre d’Odile Tobner, Du racisme français. Quatre siècles de négrophobie, paru aux Éditions Les Arènes en novembre 2007. Nous le reproduisons avec l’aimable autorisation de l’auteure et des éditeurs. le titre Une négrophobie académique ? est le fait du collectif Les mots ont importants.
    Notes
    [1] Voici, à titre indicatif, un Florilège négrophobe non-exhaustif tiré du livre d’Odile Tobner :

    « Défendons à nos sujets blancs de contracter mariage avec les Noirs. ». Code noir, édition de 1724

    « Les nègres sont si naturellement paresseux que ceux qui sont libres ne font rien. » Montesquieu

    « Les Blancs sont supérieurs à ces Nègres, comme les Nègres le sont aux singes et comme les singes le sont aux huîtres. » Voltaire

    « Les Noirs vivaient à un stade de civilisation inférieur parce qu’ils étaient biologiquement inférieurs aux Blancs. » Saint-Simon

    « La nature a fait une race d’ouvriers, c’est la race chinoise […] ; une race de travailleurs de la terre, c’est le nègre […] ; une race de maîtres et de soldats, c’est la race européenne. » Ernest Renan

    « Je vous défie de soutenir jusqu’au bout votre thèse qui repose sur l’égalité, la liberté, l’indépendance des races inférieures. Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. » Jules Ferry

    « Voici à peu près trente mille ans qu’il y a des Noirs en Afrique, et pendant ces trente mille ans ils n’ont pu aboutir à rien qui les élève au-dessus des singes… Les nègres continuent, même au milieu des Blancs, à vivre une existence végétative, sans rien produire que de l’acide carbonique et de l’urée. » Charles Richet, physiologiste français, prix Nobel de médecine en 1913.

    « La privation de la lumière du Christ, et même de tout reflet de cette lumière, a permis à l’esprit mauvais de s’établir en maître sur cette terre déshéritée de l’Afrique… Les Noirs sont de temps immémorial livrés sans contrôle à une sensualité abjecte, à la cruauté, au mensonge. » Teilhard de Chardin

    « Quant à l’effort intellectuel que représentent les conquêtes techniques, l’indigène n’est pas capable de l’évaluer. » Albert Schweitzer, prix Nobel de la paix en 1952.

    « Ces gens, ils viennent directement de leurs villages africains. Or la ville de Paris et les autres villes d’Europe, ce ne sont pas des villages africains. Par exemple, tout le monde s’étonne : pourquoi les enfants africains sont dans la rue et pas à l’école ? Pourquoi leurs parents ne peuvent pas acheter un appartement ? C’est clair, pourquoi : beaucoup de ces Africains, je vous le dis, sont polygames. Dans un appartement, il y a trois ou quatre femmes et vingt-cinq enfants. Ils sont tellement bondés que ce ne sont plus des appartements, mais Dieu sait quoi ! On comprend pourquoi ces enfants courent dans les rues. », Hélène Carrère d’Encausse, académicienne française.

    « En fait, l’équipe de France est aujourd’hui black-black-black, ce qui provoque des ricanements dans toute l’Europe. Si vous faites remarquer cela en France, on vous jette en prison, mais il est toutefois intéressant de noter que l’équipe nationale de football est composée presque exclusivement de joueurs noirs. » Alain Finkielkraut

    « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. Le paysan africain qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. » Nicolas Sarkozy

    [2] PUF, 1997

    [3] Louise Marie Diop-Maes, Afrique noire. Démographie, sol et histoire, Présence africaine, 1996

    [4] Malgré une assertion aussi peu sensée, Philip Curtin a fait des disciples dans l’histoire de l’esclavage, dont Olivier Pétré-Grenouilleau, qui ne jure que par lui

    [5] Cf. Odile Tobner, Du racisme français, chapitre 2, « Sacraliser le commerce »

    [6] Raymond Marin-Lemesle, Le Commerce colonial triangulaire, XVIIIe-XIXe siècle, PUF, « Que sais-je », 1998

    [7] C’est-à-dire après l’abolition de l’esclavage

    [8] Jean Pouquet, Encyclopaedia Universalis, article « Antilles ».

    [9] Chiffres donnés par Jean Derens, article « Terreur », Encyclopaedia Universalis, Thesaurus (2002)

    [10] Ce que confirme d’ailleurs Pétré-Grenouilleau : « Le monde musulman, d’ailleurs, fut loin de ne recruter que des esclaves noirs. Tout au long de son histoire il puisa également très largement dans les pays slaves, le Caucase et l’Asie centrale. » On peut y ajouter aussi le monde méditerranéen

    [11] L’historien Marcel Dorigny note cependant l’absence de bibliographie à la fin de l’ouvrage comme défaut rédhibitoire pour un ouvrage savant. Il est vrai qu’on aurait alors pu mesurer le caractère limité des sources de l’auteur, compilation d’historiens qui ont ses préférences – le contestable et contesté Philip Curtin en tête – ainsi que ses lacunes, toutes signifiantes. Pas un mot de l’ouvrage, capital et remarquablement documenté, d’Aimé Césaire : Toussaint Louverture, la Révolution française et le problème colonial, Présence africaine, 2004

    [12] Ces termes sont récurrents et apparaissent dès l’introduction, (page 12).

    [13] Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La Férocité blanche. Des non-blancs aux non-aryens, génocides occultés de 1492 à nos jours. Préface de Louis Sala-Molins, Albin-Michel, 2001

    [14] Page 127

    [15] Page 135

    [16] P. 58. Ainsi ce sont les noirs qui sont la cause de la disparition des Indiens. CQFD. À vouloir en faire trop, on se dévoile.

    [17] Au sens de « gens ».

    [18] Page 176

    [19] Page 124

    [20] Page 261

    [21] Page 465

    [22] Bernard Lugan soutient en effet la thèse d’une hominisation multiple

    [23] Le Nouvel Observateur, 03/03/2005

    [24] L’Expansion, 29/06/2005

    [25] Le Monde, 06-07/03/2005

    [26] Pas de période pour le deuxième chiffre, en toute objectivité ; pas, non plus, l’élémentaire précaution de prudence d’un « selon O. P.-G. ». On a la foi ou on ne l’a pas

    [27] L’Express, 14/03/2005

    [28] Dans Le Journal du dimanche, 12/06/2005

    Post Scriptum :
    Source : http://lmsi.net/spip.php ?article695

    En 1948, les Palestiniens ne sont pas partis « tout seuls »
    Ilan Pappé puce2    puce2  
     

    « La purification ethnique continue et Israël veut vous la faire accepter « .
    Interview de Ilan Pappé, faite par Emanuela Irace pour Il Manifesto, à Rome, le 14 décembre 2007 à l’occasion de son intervention à la leçon inaugurale du Master Enrico Mattei pour les Proche et Moyen-Orient.

     

    lan Pappé est arrivé en Italie sans tambours ni trompettes. Hôte de l’Iesmavo (Master Enrico Mattei per il Medio Oriente , NdT), au siège de l’Isiao de Rome (Institut italien pour l’Afrique et l’Orient http://www.isiao.it/, NdT) pour une conférence sur « Israël-Palestine, une terre deux peuples ». Après avoir dénoncé ces derniers mois l’impossibilité de travailler sereinement dans une atmosphère hostile, celle de son université de Haïfa, Pappé est parti en Grande-Bretagne, où il enseigne maintenant à l’université d’Exeter. Historien du non consensus, « révisionniste », il est né en Israël en 1954, de parents juifs qui avaient fui l’Allemagne des années 30 ; il a publié une demi-douzaine de livres. Parmi les plus récents, « The ethnic cleansing of Palestine », non encore traduit en italien. Au centre de l’analyse du grand historien, la politique sioniste de déportations et expulsions de palestiniens réalisées pendant et après la guerre de 1948, quand environ 400 villages furent vidés, effacés et détruits au cours des cinq années qui suivirent.

    Professeur Pappé, vous décrivez l’épuration ethnique comme moment constitutif, en 1948, de l’Etat d’Israël. Vous brisez de cette façon le topos de l’exode volontaire des Palestiniens.

    En 47-48, les Palestiniens ont été expulsés, même si l’historiographie officielle parle de pressions des leaders arabes qui les auraient persuadés de s’enfuir. L’idée de trouver un refuge pour la communauté juive, persécutée en Europe et anéantie par le nazisme, se heurta à une population autochtone qui était en phase de redéfinition. Projet colonial qui pratiqua l’épuration ethnique, en affrontant de façon anticipée le problème démographique : l’existence de 600.000 juifs contre un million de Palestiniens. Avant que les arabes ne décident en février 1948 de s’y opposer militairement, les Israéliens avaient déjà chassé plus de 300.000 autochtones.

    Comment se réalisa la purification ethnique et pourquoi tout le monde s’est-il tu ?

    Cela eut lieu en l’espace de huit mois, et ce n’est qu’en octobre 48 que les Palestiniens commencèrent vraiment à se défendre. La riposte des sionistes fut les massacres dans la province de Galilée, la confiscation des maisons, des comptes bancaires, de la terre. Les Israéliens effacèrent un peuple et sa culture. Personne ne dénonça ce qui se passait parce que la Guerre était finie depuis peu. Les Nations Unies ne pouvaient pas admettre qu’une de leurs résolutions (la 181, sur la partition de la Palestine, NDR) se conclut avec une épuration ethnique. La Croix-Rouge avait déjà été accusée de n’avoir pas rapporté avec objectivité ce qui se passait dans les camps de concentration nazis, et les principaux médias ne voulaient pas avoir d’affrontement avec les juifs.

    Un sentiment de culpabilité et une « diplomatie », dans l’action des gouvernements, avec quelles conséquences ?

    Pendant l’Holocauste, les pays qui aujourd’hui condamnent Israël, ou étaient connivents, ou sont restés silencieux. C’est pour ces motifs que la communauté internationale a abdiqué devant son droit de nous juger. On lui fait endosser une faute à laquelle elle ne peut plus remédier. En perdant ainsi, aujourd’hui encore, le droit de critiquer le gouvernement d’Israël. La conséquence est que quand naquit l’Etat, personne ne lui reprocha l’épuration ethnique sur laquelle il s’était fondé, un crime contre l’humanité commis par ceux qui la planifièrent et la réalisèrent. Dès ce moment-là, l’épuration ethnique devint une idéologie, un ornement infrastructurel de l’Etat. Discours toujours valide aujourd’hui, parce que le premier objectif reste démographique : obtenir la plus grande quantité de terre avec le plus petit nombre d’arabes.

    Sous quelles formes et par quels moyens l’épuration ethnique continue-t-elle ?

    Avec des systèmes plus « propres et présentables ». Depuis un mois le Ministre de la Justice essaie de légitimer les implantations illégales des colons en laissant intacts les avant-postes. Nous savons que la Haute Cour de Justice est en train de décider si elle doit autoriser le gouvernement à réduire les stocks de carburant, en supprimant l’énergie électrique à Gaza, où vivent un million de Palestiniens qui se retrouveraient sans possibilité de boire de l’eau, parce que la nappe phréatique est polluée par les égouts, et que seul un système de dépuration électrique peut la rendre potable. Mais de ces exemples pour anéantir les Palestiniens il y en a des dizaines, à commencer par le mur, qui est accepté par les Usa et l’Union Européenne.

    Qu’est-ce qu’Israël demande à ses alliés ?

    Que son modèle soit accepté tel quel. Pendant la guerre de 1967, 300 000 Palestiniens ont été expulsés de Cisjordanie ; pendant ces sept dernières années, la purification ethnique est devenue « construction du mur », qui repousse les Palestiniens vers le désert, hors de la zone assignée du Grand Jérusalem. Le problème est que les dirigeant israéliens conçoivent leur Etat en termes ethniques, raciaux, et sont donc des racistes à tous points de vue. Et cela est perçu par les Palestiniens ; et c’est le plus grand obstacle sur la voie d’une paix entre la Palestine et Israël. Ce qui est appelé « processus de paix » se réduit à : quelle part de la Palestine faut-il de nouveau annexer à Israël et quelle part, très petite, peut-on, éventuellement, donner au peuple palestinien.

    Que peut-on faire pour inverser ce processus ?

    Avant tout changer notre langage. Il ne s’agit pas d’un affrontement entre juifs et Palestiniens. C’est du colonialisme. Et c’est incroyable qu’au 21ème siècle on puisse encore accepter une politique coloniale. Il faut imposer à Israël les mêmes mesures qu’on avait employées contre le gouvernement raciste de l’Afrique du Sud, dans les années 60-70. Il existe aujourd’hui des mouvements d’opinion de jeunes juifs, en Europe et aux Usa, qui dénoncent la politique colonialiste et critiquent Israël en tant qu’état colonialiste et raciste, pas en tant qu’état fondé par des juifs.

    La législation française (et d’autres pays européens) met des restrictions au droit d’exprimer des opinions « révisionnistes » à l’égard d’Israël, mais ne prend pas position pour l’application systématique des résolutions de l’Onu.

    J’ai eu une expérience de ce genre il y a deux ans environ. Ma conférence fut interrompue par un groupe d’extrémistes, juifs comme moi, qui m’empêchèrent de continuer. La police arriva, pour me protéger d’eux, pas pour m’accuser. Quant au silence, il est beaucoup plus commode pour les gens de penser de façon conventionnelle. Il faut avoir beaucoup d’énergie et d’originalité pour agir autrement. La Résolution 194, par exemple, établit que les réfugiés palestiniens ont le droit de retourner sur leurs terres. Mais c’est plus facile de ne rien faire et de continuer à penser avec les mêmes formules.

    Est-ce que ce sont pour les mêmes raisons que la gauche italienne continue à proposer le modèle « deux peuples deux états » ?

    Il est certain que la gauche italienne n’est pas courageuse. Mais elle devra changer, par force, parce que la situation sur le terrain devient catastrophique. Si Israël envahit Gaza, comme c’est dans l’ordre actuel des choses, ils tueront énormément de Palestiniens et pourtant ils ne changeront pas la réalité. Gaza est une grande prison, et il arrivera ce qui se passe dans les révoltes des prisons : l’armée rétablira « ordre et propreté », avec des coups et des tueries. Ce sera un massacre mais, quand ils repartiront, la situation sera toujours la même.

    Quels résultats pourraient par contre donner la solution des deux peuples à l’intérieur d’un état unique ?

    Il est nécessaire que les populations s’acceptent, que les juifs reconnaissent leurs frères et voisins arabes et vice versa. Après avoir reconnu l’histoire pour ce qu’elle est et après avoir assumé chacun ses propres responsabilités. Reconnaissance, responsabilité et acceptation. En suivant cette voie on pourra arriver à un état unique, où compte le principe « un homme une voix » et où les citoyens, même s’ils ne s’aiment pas, pourront cohabiter. C’est un projet qu’on peut atteindre si on continue à critiquer et à empêcher les crimes qui continuent à être commis par Israël, et si l’on poursuit la campagne de désinvestissement (BDS : Boycott, Désinvestissement, Sanctions, NdT), comme ça a été le cas en Afrique du Sud.

    Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

    http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/23-Dicembre-2007/art36.html

     

    1880-1914 : Londres, Paris et Bruxelles pratiquent l’esclavage en Afrique

     

    De la fin du XIXe siècle à la Seconde Guerre mondiale, le travail forcé a été général sur le continent africain. Tous les colonisateurs l’ont imposé. Un phénomène dont on imagine mal l’ampleur.

     

    A la veille de la colonisation, l’esclavage était-il totalement aboli sur le continent africain ?

    Le commerce extérieur d’esclaves a disparu au cours du XIXe siècle ; les Africains se sont mis massivement à échanger d’autres biens que les hommes sur le marché international : produits des cultures près des côtes, au Sénégal, au Nigeria actuel, mais surtout produits de la cueillette ou de la chasse, qui supposent des transports de lourdes charges sur des distances parfois longues. C’est ainsi qu’en Afrique de l’Est, de même qu’en Angola, se forme un « pré-prolétariat » de dizaines de milliers de porteurs sur lesquels la colonisation naissante va s’appuyer. Subsistent toutefois, sur les marges du continent africain, des formes d’esclavage. D’une part, un esclavage domestique, très différent de l’esclavage tel qu’on le connaît dans le Nouveau Monde : ces esclaves sont largement intégrés dans les familles de leurs maîtres. D’autre part, un esclavage à plus large échelle, en Angola, dans les îles au large du continent africain, aussi bien du côté Atlantique que du côté de l’océan Indien (Cap-Vert, Réunion, Zanzibar). Quand ils se sont installés, les Britanniques aussi bien que les Français ou les Belges ont par ailleurs développé un système d’administration indirecte qui reconnaissait à certains chefs éminents la propriété d’esclaves. Mais cela reste marginal.

    Qu’est-ce qui change avec la colonisation ?

    Les colonisations donnent naissance à des formes de travail très spécifiques que nous finirons par appeler le « travail forcé ». Celui-ci apparaît à partir des années 1880 pour être progressivement légalisé au cours des deux décennies suivantes. Ce premier âge colonial, entre 1880 et 1906-1908, correspond à la conquête de l’espace territorial colonial ; c’est le moment où les États occidentaux et des particuliers commencent à confisquer des terres aux Africains. Il s’accompagne partout d’un grand nombre de massacres et de violences. Un système juridique se met en place, conforté par les théories racistes, qui refuse aux Africains les droits des citoyens européens et notamment celui de mettre leur force de travail sur un marché libre. A ces «indigènes », on va pouvoir imposer un travail obligatoire. Tout un discours idéologique se construit alors pour affirmer que les Africains n’aiment pas le travail !

    Quelles formes prend ce travail forcé ?

    Dans certains cas, il s’agit de travaux d’utilité publique : il faut construire des routes et des équipements, porter les affaires des troupes et des administrations coloniales qui conquièrent de nouveaux espaces. A mesure que la colonisation avance, on réquisitionne des hommes dans les villages, en privilégiant les plus vigoureux. Toute la communauté villageoise s’en trouve déséquilibrée. Les vieux, les jeunes et les femmes doivent d’une part contribuer à alimenter ces gens qui partent et, d’autre part, se substituer à eux dans leurs travaux. Cette situation que l’Europe a bien connue en temps de guerre, mais en général pour une durée limitée, est générale en Afrique pendant tout le premier âge colonial. A cela s’ajoute le travail forcé organisé par les compagnies concessionnaires. Toutes les nations colonisatrices – la France, au Congo français, Léopold II et les Belges dans l’État indépendant du Congo, les Britanniques en Afrique de l’Est et en Afrique australe, les Allemands en Afrique de l’Est et dans l’actuelle Namibie, les Portugais en Afrique centrale – ont confié à des entreprises privées des privilèges spéciaux pour exploiter économiquement les territoires. Ces compagnies concessionnaires détiennent des droits sur la terre, sur les biens, mais également des droits régaliens, dont la possession de forces de l’ordre. Un système qui va conduire évidemment à une utilisation discrétionnaire et presque toujours abusive de travailleurs. Ce système a été porté à son paroxysme dans les deux Congo français et belge, en partie parce que ce sont des régions très pauvres en hommes. Le peu de gens disponibles sont systématiquement utilisés. Et ceux qui le refusent sont sévèrement châtiés. A la fin de cette première phase, lorsque se met en place, à partir du XXe siècle, une économie, en principe plus moderne, qui repose moins sur le pillage systématique des ressources, et qui se préoccupe davantage de productions minières ou agricoles, de nouvelles formes de travail forcé sont mises en place. Dans les mines sud-africaines, sur les hautes terres du Kenya britannique, au Cameroun et en Côte d’Ivoire, partout, l’économie de traite contraint une main-d’oeuvre récalcitrante, et souvent rare, à travailler dans les plantations et les mines. Fait troublant, les entrepreneurs africains, qui ne peuvent pas, pour leur part, recourir à cette main-d’oeuvre forcée, se retrouvent en concurrence avec les colons européens. C’est dans cette bourgeoisie agraire naissante africaine qu’on rencontre, dès la fin des années 1920, les premiers critiques du travail forcé. L’un des plus virulents sera Félix Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire.

    Que sait-on en Europe de ces pratiques ?

    Quelques voix fortes se sont fait entendre. En France, dans l’entre-deux-guerres, les témoignages d’Albert Londres et d’André Gide notamment ont fait éclater le scandale du travail forcé lié à la construction des chemins de fer. Les deux voies ferrées reliant le Congo à l’océan Atlantique, le chemin de fer belge d’abord (1890-1898) et le Congo-Océan, le chemin de fer français ensuite (1921-1934), ont été de véritables cimetières pour la main-d’oeuvre africaine : « un mort par traverse », disait-on. C’est exagéré, mais on estime que la mortalité liée à ces chantiers se chiffre par dizaines de milliers.

    Le travail forcé, est-ce différent de l’esclavage ?

    Juridiquement, les statuts sont différents. L’esclave est le bien de son maître. Le travailleur forcé, lui, reste libre en droit. Cela dit, dans les faits, les travailleurs forcés sont réquisitionnés et maintenus au travail sous la contrainte. Ils ne touchent aucun salaire et doivent être nourris par les populations des villages qu’ils traversent. Il existe certes des formes de compensation : on donne par exemple au travailleur du sel ou du tissu. Mais ces rétributions restent tellement en dessous de la valeur du travail fourni qu’on ne peut appeler cela un salaire. Et, bien sûr, les travailleurs forcés, comme les esclaves, sont encadrés par des forces de l’ordre, des milices africaines recrutées sur le territoire même, et commandées par des Européens. On comprend que, pour les Africains, esclavage ou travail forcé, cela n’ait pas fait de différence. En Afrique centrale – qu’elle soit sous domination française, belge, allemande –, où l’esclavage interne avait été très marginal et où existaient de nombreuses sociétés minières, les gens ont vécu la mise au travail forcé comme le début d’un esclavage. Et, du côté des élites africaines, pour les instituteurs, les pasteurs, les planteurs, ceux qui savaient ce que l’esclavage avait été, il semblait clair que le travail forcé s’apparentait à de l’esclavage. Ce que beaucoup d’entre eux d’ailleurs vont combattre.

    Mais il y a des élites qui collaborent ?

    Oui. Les autorités en place ont pu trouver un intérêt dans la colonisation, car non seulement elles ont été maintenues en place, mais elles ont été renforcées par la colonisation. Le pouvoir des États récents, vieux d’un siècle seulement, comme les États musulmans du nord du Nigeria, a souvent été conforté. Quant aux États plus anciens, comme l’immense empire lunda en Afrique centrale, menacés par de nouvelles élites politiques apparues au XIXe siècle, la colonisation leur a offert une planche de salut. Les colonisateurs, eux, étaient prêts à fermer les yeux sur les méfaits de ces chefs dans la mesure où ces derniers leur garantissaient une offre permanente de main-d’oeuvre soumise et respectueuse. C’est le cas de toute l’Afrique guinéenne, en Côte d’Ivoire, en Gold Coast (actuel Ghana), au Togo, au Dahomey (Bénin), au Nigeria, indépendamment de la nationalité des colonisateurs. Congo-Océan : Gide accuse Dans Voyage au Congo (1927), André Gide s’indigne des conditions de la construction du Congo-Océan. « Le chemin de fer Brazzaville-Océan est un effroyable consommateur de vies humaines. [...] Les premiers contingents ont eu beaucoup à souffrir ; tant durant le trajet [...] (certains se noient dans le fleuve et nombreux sont ceux qui décèdent de pneumonie), que sur les chantiers mêmes [...]. La mortalité a dépassé les prévisions les plus pessimistes. A combien de décès nouveaux la colonie devra-t-elle son bien-être futur ? »

    Peut-on donner une mesure de la ponction humaine qu’a représentée le travail forcé ?

    C’est difficile. Pour les colonies qu’on connaît le mieux, le Congo français et le Congo belge, il semble que, dans les villages les plus proches des voies de communication (voies d’eau et plus tard routes), les pertes pouvaient représenter la plus grande partie des hommes valides. Beaucoup de ces villages sont d’ailleurs désertés par leurs habitants, qui préfèrent s’éloigner et, parfois, passer de l’autre côté de la frontière, pour y découvrir la même horreur, ce que racontait l’abbé Barthelemy Boganda dont la famille, basée en Oubangui-Chari (Centrafrique), a expérimenté les colonisations allemande (Cameroun) et belge (Congo-Kinshasa).

    De quoi meurent tous ces hommes ?

    Il y a d’abord les causes traditionnelles de mortalité. Les conditions sanitaires dans lesquelles vivent ces gens sont dramatiques, évidemment : maladies sexuellement transmissibles, mais aussi maladie du sommeil qui s’est tragiquement répandue au cours des années 1880-1910 et toutes les maladies liées à la malnutrition. Mais à ces causes traditionnelles s’ajoutent les conséquences du travail forcé. Les conditions sont très dures, les mauvais traitements parfois atroces. Le cas du Congo au temps de Léopold II, lorsque le roi belge en était le propriétaire, c’est-à-dire de 1885 à 1908 (date à laquelle le territoire est transféré à la Belgique), est particulièrement catastrophique. J’ai fait une enquête en 2003 dans la région du caoutchouc rouge, au Congo belge, pour le film de la BBC réalisé par Peter Bate, White King, Red Rubber ; Black Death (« Roi blanc, caoutchouc rouge, mort noire »). Plus de cent ans après, les évocations du travail de collecte dans les plantations de caoutchouc dans la forêt provoquent encore de véritables terreurs dans les villages. On y a gardé le souvenir des exactions. Il n’était pas rare qu’on coupe des mains ou des jambes de travailleurs quand les administrateurs considéraient la production insuffisante.

    C’est une incitation au rendement par la terreur ?

    Oui. Ce qui est étonnant, c’est que la France, l’Allemagne et l’Angleterre, tout en connaissant les exactions commises, ont pris le système léopoldien en modèle : ce qu’ils voyaient, c’est que le roi belge a obtenu un retour sur investissement rapide et très important. D’ailleurs, on peut dire que le système concessionnaire français s’est construit par imitation du système léopoldien. Le système allemand en Afrique de l’Est et dans le Sud-Ouest africain, la colonisation britannique en Rhodésie (Zimbabwe), contemporains du système léopoldien, sont tout aussi violents [2].

    C’est la violence qui les rend rentables ?

    Oui. J’imagine que l’on sait que c’est la violence qui les rend rentables, et on l’accepte comme un mal nécessaire qui apprendra aux Africains à devenir producteurs.

    Jusqu’à quand ce système a-t-il duré ?

    Dans beaucoup de régions le travail forcé est resté en place jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. La France est le pays qui a supprimé avec le plus d’éclat le travail forcé : en 1946, par un projet de loi proposé par Félix Houphouët-Boigny. Mais, bien qu’« officiellement » aboli, le travail forcé a pu subsister en fait, dans certaines régions, en Oubangui-Chari, au Gabon, au Congo. Et cela jusqu’à l’indépendance, quelquefois même au-delà. Car, à partir de 1945-1946, le besoin de main-d’oeuvre s’accroît avec l’ouverture de grands chantiers, notamment des ports et des équipements urbains. Parallèlement, les entreprises privées se développent, surtout en Afrique équatoriale : les compagnies forestières ou les exploitations de diamants. Elles requièrent, elles aussi, des travailleurs en nombre. On possède des textes étonnants venant des chambres de commerce d’Oubangui-Chari en Afrique équatoriale française entre 1945 et 1947, expliquant que le travail libre salarié ne convient pas à des populations aussi arriérées que celles de l’Afrique centrale !

    Y a-t-il eu des résistances à cette violence du travail forcé ?

    Il y a une première forme de réaction : c’est la fuite, surtout dans la première phase coloniale, au temps de la conquête, à la fin du XIXe siècle. On assiste alors à des mouvements de populations considérables : les gens passent d’une frontière à l’autre. Ils ne font d’ailleurs que renouer avec des formes de dissidence traditionnelles dans les sociétés africaines où, quand on n’était pas d’accord avec le système en place, on prenait son bagage pour aller s’installer plus loin. Les « réfugiés » d’aujourd’hui ne font rien d’autre.

    Mais y a-t-il eu des insurrections ?

    Bien sûr, les insurrections sont à peu près ininterrompues durant toute cette première période. On peut distinguer deux situations, les sociétés africaines étatiques et les sociétés africaines non étatiques. Dans les premières, les populations ont été habituées à une certaine contrainte de l’État. Et se sont accoutumées à des formes de soumission et d’obéissance. Dans ces sociétés-là, les résistances au travail forcé et, au-delà, à tout le système colonial sont relativement faibles, une fois les chefferies décapitées ou mises au pas. Les colonisateurs sont passés par les chefs traditionnels pour accéder à la main-d’oeuvre, limitant ainsi les résistances. Celles-ci ont été relativement faciles à briser et n’ont pas dépassé le début du XXe siècle. Les oppositions ont été beaucoup plus fortes dans ce qu’un militaire français, Gabriel Angoulvant, appelait les « sociétés anarchiques ». Il s’agit de sociétés villageoises qui s’auto-organisaient et où les habitants étaient habitués à se comporter en fonction de leur intérêt et à ne pas se soumettre à des autorités politiques permanentes. Cela concerne le sud de la Côte d’Ivoire, le sud-est du Nigeria, le sud du Cameroun et la plus grande partie de l’Afrique centrale. Jusqu’à la fin des armées 1920, la « pacification », comme on disait, de ces régions a été très difficile ; alors même que l’appareil de l’État colonial s’était renforcé, l’adhésion à l’ordre colonial est restée très superficielle. Ces territoires n’ont jamais été réellement soumis. Dès les années 1930, avec la crise économique, les manifestations de dissidence réapparaissent, dont les plus spectaculaires ont lieu en Oubangui-Chari et au Congo belge. A partir des années 1940, avec la Seconde Guerre mondiale, puis la politisation des populations africaines à partir de 1945, elles se multiplient.

    Quelle forme prennent les révoltes ?

    Il s’agit le plus souvent de guérilla larvée. Quelquefois, les populations donnent l’impression de se soumettre quand les commandants passent, puis reviennent à des formes de vie antérieures après leur départ. Derrière ce refus se manifeste le rejet des modes du développement économique voulu par la colonisation. Ces oppositions vont se prolonger dans beaucoup de cas au-delà de la colonisation, contre la modernisation autoritaire lancée par les États indépendants. Bien que rares, quelques grandes révoltes éclatent également. La plus significative a eu lieu au Tanganyika (actuelle Tanzanie) : c’est la révolte des Maji-Maji, contre la colonisation allemande, aux alentours de 1905-1910. C’est un soulèvement de misérables sans rapport avec des luttes entre groupes ethniques. Le refus de travailler devient une insurrection contre l’occupant allemand. Les travailleurs n’ont que des fusils de traite, mais ils opposent une résistance tellement forte qu’elle entraîne une interpellation au Parlement allemand, une commission d’enquête et une réforme : l’administration est obligée d’assouplir les conditions de travail. A la même époque, en 1904-1906, une deuxième révolte menée par les Nama et les Herero éclate dans le Sud-Ouest africain sous domination allemande. La répression a été tellement atroce que la plus grande partie de ces deux peuples a disparu : plus de 60000 personnes meurent en deux ans. On peut parler dans ce cas d’un véritable génocide2. On pourrait citer aussi la guerre de Kongo Wara (« guerre de la manche de houe ») en Oubangui-Chari, qui a vu plusieurs groupes ethniques se soulever ensemble contre le régime colonial français entre 1928 et 19313, et l’insurrection des Mau-Mau, au Kenya, sous domination britannique. Celle-ci atteint une violence extrême à partir de 1949. C’est une guerre anticoloniale qui va devenir de fait une guerre de décolonisation. Une guerre qui serait à la fois une guerre d’Indochine et une guerre d’Algérie. Elle commence en 1949, et se prolonge jusqu’en 1963, lorsque le Kenya obtient son indépendance.

    Y a-t-il d’autres massacres qu’on pourrait qualifier de génocides » ?

    Non. Mais il faut évoquer la répression pratiquée par les Portugais dans leur colonie en Angola. Partout où les gens se révoltent, on les massacre. Il y a également le dossier, très lourd, du Congo léopoldien et belge : la campagne anti-léopoldienne qui est déclenchée à partir de 1905 chiffre en millions de morts les massacres imputables à l’administration belge. Congo français, Oubangui-Chari, Gabon ont aussi été le théâtre de violences terribles. Au Congo français, les crimes ont été si nombreux que Pierre Savorgnan de Brazza, qui avait la réputation d’être un « bon colonisateur », et qui avait apporté le Congo à la France, à la fin du XIXe siècle, a été renvoyé en mission pour enquêter sur ces massacres. Brazza est mort au retour de sa mission et le dossier a été plus ou moins enterré. Au total, il est très difficile de faire un bilan global du nombre de morts. Certains territoires sont mieux connus que d’autres comme l’État indépendant du Congo, où les missionnaires, surtout protestants, ont dénombré les habitants. Pour l’Afrique anglaise, nous disposons des travaux d’un excellent démographe, Robert Kuczynski, qui a publié pendant la colonisation des esquisses démographiques de cet empire. Tous les documents dont nous disposons montrent un creux énorme entre 1880 et 1910, dû aux effets cumulés des violences directes de la colonisation et de ses conséquences indirectes (malnutrition, diffusion d’un certain nombre de maladies, etc.).

    Peut-on parler de crime contre l’humanité à propos du travail forcé ?

    En historien, pour éviter le défaut de l’anachronisme, je prendrai le point de vue des contemporains du travail forcé. Le premier est celui d’un Noir américain, George Washington Williams. On est au lendemain de l’abolition de l’esclavage aux États-Unis (1865). Il fait partie de ceux qui rêvent de civiliser l’Afrique et adhèrent au projet colonial, notamment à celui de Léopold II. Très vite, George Washington Williams va sur place, il voit ce qui se passe. En 1895-1896, il est le premier, dans une lettre ouverte à Léopold II, à utiliser l’expression de « crime contre le genre humain », expression qu’on retrouve à la même époque sous la plume d’un autre Noir américain, le missionnaire presbytérien William Sheppard. De Mark Twain à Charles Péguy, nombreux sont les représentants de l’intelligentsia mondiale de l’époque qui s’élèvent contre Léopold II, parlent de « Modern Slave Trade » (« la traite des esclaves modernes »). Ils anticipent sur ce que nous faisons aujourd’hui, en disant que la traite des esclaves a été un crime contre l’humanité. Déjà, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, beaucoup de témoins ont comparé les abus commis par Léopold II à ceux du Sultan rouge de l’Empire ottoman contre les minorités chrétiennes, notamment contre les Crétois et les Arméniens. Un courant de penseurs et d’hommes d’action s’est constitué, notamment autour du publiciste anglais Edmund Morell, auteur de nombreux ouvrages sur le Congo léopoldien et animateur d’un vaste mouvement de réforme du Congo. Les plus radicaux proposaient que les responsables et bénéficiaires du régime léopoldien soient jugés par une justice internationale pour crime contre la civilisation et les droits de la personne. Ces dénonciations n’ont cependant pas eu beaucoup de suites… La Première Guerre mondiale, de ce point de vue aussi, a été très néfaste parce que c’est sur l’Allemagne seule qu’on a rejeté l’accusation d’être un mauvais colonisateur, tandis que la Belgique, la France et la Grande-Bretagne se sentaient dédouanées et évacuaient tout débat pour adopter une politique apparemment différente, celle de la « mise en valeur ». En fait, il va falloir attendre deux ou trois générations d’historiens pour que la question apparaisse de nouveau et c’est seulement à partir de la fin des années 1960 qu’on a commencé à en parler, notamment à l’occasion des discussions sur les origines du sous-développement en Afrique et des débats sur les résistances africaines – qui étaient un moyen indirect de poser le problème des violences coloniales. Mais ce que les historiens n’ont pas vu, c’est que la violence des dominés s’inscrit toujours dans une spirale, qu’elle est une réponse à la violence des dominateurs. Et la violence des dominateurs, cette historiographie n’a pas été capable de l’intégrer parce qu’elle posait la question de l’État et du droit de résistance à l’État, au moment même où, accédant à la souveraineté internationale, la plupart des anciennes colonies se donnaient pour priorité le « développement » et semblaient accepter le maintien de l’État colonial dans ses principales caractéristiques. Aujourd’hui, je pense que ce qui rend nécessaire cette réflexion sur la centaine de la violence dans l’expérience coloniale en Afrique, c’est, d’une part, le fait que les États africains postcoloniaux sont restés très largement aussi violents que l’État colonial ; d’autre part, le fait que les sociétés africaines qui ont résisté à la colonisation, qui ont rallié l’État postcolonial pendant une dizaine, une vingtaine d’années après les indépendances, ont renoué avec la pratique de la résistance qui était celle de l’époque coloniale. La question de la violence coloniale et des réponses des sociétés africaines à cette violence est constitutive de la modernité africaine et des difficultés de l’Afrique à inventer sa propre modernité.

    Elikia M’Bokolo : « le travail forcé, c’est de l’esclavage » Un entretien avec Elikia M’Bokolo, directeur d’études à l’EHESS, publié dans L’Histoire [1]. Propos recueillis par Séverine Nikel. http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2372

    Notes

    [1] Cf. H. Bley, South-West Africa Under German Rule, 1894-1914, Londres, Heinemann, 1971, et J. Koponen. Development for Exploitation. German Colonial Policies in Mainland Tanzania, 1884-1914, Helsinki-Hambourg, Finnish Historical Society, Studia Historica 49, 1995.
    [2] N° 302, octobre 2005

    La longue tradition esclavagiste et génocidaire de l’Europe

     

     

    De la barbarie coloniale à la politique nazie d’extermination
    L’auteur de «La Férocité blanche» [Albin Michel, 2001], déploie une argumentation originale et pertinente, que Césaire avait bien sentie dans son «Discours sur le colonialisme», le lien entre les politiques d’anéantissement colonial, l’ensauvagement des sociétés européennes et le choc en retour du nazisme sur ces mêmes sociétés. Afrikara publie le texte d’une communication de cette militante afrodescentante, présenté le 15 juin à Berlin dans le cadre du Forum de Dialogue organisé par la section européenne de la Fondation AfricAvenir.

     

    http://www.afrikara.com/index.php?page=contenu&art=1386

    Nous sommes réunis ici pour analyser ensemble le lien historique qui, comme un fil conducteur conduit de la barbarie coloniale à la politique nazie d’extermination. Il s’agit d’un effort visant à détecter au moins la plupart des facteurs qui, de manière directe ou indirecte, auraient favorisé le développement politique et l’épanouissement idéologique d’une entreprise de déshumanisation comme la barbarie nazi en Allemagne et au-delà de ses frontières.

    Cette contribution est utile à toute démarche qui voudrait mettre fin à toute sorte de discrimination d’où qu’elle vienne ; à commencer par cette discrimination qui consiste à trier parmi les crimes pour ensuite, suivant l’identité des victimes ou parfois l’identité des bourreaux, sélectionner le crime qu’il faut condamner. Cette hiérarchisation des crimes et donc de leur condamnation, demeure un handicap majeur dans la lutte pour la prévention des crimes contre l’humanité dont le crime de génocide.

    Esclavage et trafic d’esclaves

    Il convient de préciser tout de suite que, les guerres de conquête et les crimes liés à la domination coloniale, ainsi que la réduction d’êtres humains en esclavage, étaient déjà une réalité dans les temps anciens. Par exemple, lorsque la domination des Musulmans arabes s’étend vers l’Europe, le commerce d’êtres humains est une activité millénaire parmi les Européens. Le règne de l’islam en Espagne, de 711 à 1492, a simplement dynamisé la traite d’esclaves intra européenne.1 faisant du continent un important fournisseur d’esclaves, femmes et hommes, expédies vers les pays de l’islam.

    Les prisonniers, majoritairement slaves, alimentaient le commerce d’hommes entre Venise et l’empire arabo-musulman du sud de la Méditerranée. C’est ainsi que dans les langues occidentales, le mot « esclave » ou « slave » se substitue au latin «servus» pour désigner les travailleurs privés de liberté. Autrement dit, pendant plusieurs siècles, des Chrétiens européens vendent d’autres Européens à des commerçants Juifs spécialisés dans la fabrication d’eunuques.2, lesquels étaient une marchandise très prisée et fort sollicitée dans les pays de l’empire musulman.

    Des chercheurs, spécialistes de l’esclavage en Europe au Moyen Âge, ont vu dans le système d’asservissement inauguré en Amérique par la domination coloniale, un lien de continuité avec les institutions esclavagistes de l’Europe. Jacques Heers dit que «C’est le mérite incontestable de Charles Verlinden, sur ce point véritable pionnier, que d’avoir remarqué que la conquête et l’exploitation coloniales des Amériques s’étaient largement inspirées de certaines expériences toutes récentes en Méditerranée et s’inscrivaient en droite ligne dans une continuité ininterrompue de précédentes médiévaux.3».

    J’ai néanmoins choisi d’aborder cette analyse, à partir de 1492 lors de l’arrivée des Européens dans le continent américain. Et j’ai fait ce choix parce que, malgré ce qui vient d’être dit, la destruction des peuples indigènes d’Amérique, l’instauration de la domination coloniale et le système de déshumanisation des Noirs sur ce continent, n’avaient pas de précédent dans l’histoire. Et surtout, parce que la prolongation de cette expérience pendant plus de trois siècles, a largement conditionné la systématisation théorique des inégalités y compris l’inégalité raciale dont les conséquences restent d’actualité.

    Premier génocide des temps modernes

    Des historiens du 20ème siècle, travaillant sur la conquête de l’Amérique, sont parvenus à se mettre plus ou moins d’accord pour estimer le nombre d’habitants du continent américain à la veille de l’invasion. Il a donc été retenu qu’à la veille du 1500, environ 80 millions de personnes habitent dans le continent américain. Ces chiffres furent comparés à ceux obtenus cinquante ans plus tard à partir des recensements espagnols.4.

    Il en ressort que vers 1550, des 80 millions d’Indigènes ne restent que 10 millions. C’est-à-dire, en termes relatifs une destruction de l’ordre de 90% de la population. Une véritable hécatombe car en termes absolus il s’agit d’une diminution de 70 millions d’êtres humains. Et encore, il importe de savoir que ces dernières années, des historiens sud-américains sont parvenus à la conclusion qu’en réalité, à la veille de la conquête il y avait en Amérique plus de 100 millions d’habitants. D’un point de vue européen, ces estimations sont inacceptables, et pour cause ! Si cela était vrai, nous serions devant une diminution de 90 millions d’êtres humains.

    Mais, au-delà du nombre d’Indigènes exterminés, le comportement collectivement adopté par les conquérants chrétiens a eu des conséquences qui perdurent. Par exemple, la justification postérieure de ce génocide a conditionné l’évolution culturelle, idéologique et politique de la suprématie blanche à l’égard d’autres peuples non Européens, et finalement à l’intérieur même d’Europe.

    La situation d’impunité dont bénéficiaient les conquistadores devait, fatalement, favoriser l’apparition très rapide de pratiques assez inquiétantes. Ainsi, la mauvaise habitude de nourrir les chiens avec des Indigènes et parfois avec des nourrissons arrachés à leur mère et jetés en pâture à des chiens affamés. Ou la tendance à s’amuser en faisant brûler vifs des Indigènes jetés dans des bûcher allumés pour les faire rôtir5. Ce désastre fut la première conséquence directe de ce que les manuels d’histoire continuent à appeler ‘la découverte de l’Amérique’.

    La solution africaine

    Après avoir vidé le continent américain de sa population, les puissances occidentales naissantes ont fait de l’Afrique noire, une pourvoyeuse d’esclaves pour l’Amérique. Cette entreprise a désagrégé l’économie des pays africains et vidé le continent d’une partie de sa population dans ce qui demeure, la déportation d’êtres humains la plus gigantesque que l’histoire de l’humanité ait connue. Ici, il convient de rappeler la situation des pays africains au moment où ils sont abordés par les Européens.

    C’est un fait que, même si le mode de production en Afrique n’était pas fondamentalement esclavagiste, les sociétés y connaissaient certaines formes de servitude. Comme nous l’avons dit, au Moyen âge, l’esclavage ainsi que la vente d’êtres humains, était une pratique très généralisée et l’Afrique n’a pas été une exception. Depuis le 7ème siècle, l’Afrique noire, tout comme l’Europe depuis le 8ème siècle, approvisionne en esclaves les pays de l’empire arabo-musulman.

    Il semblerait qu’à l’époque, la dimension et les modalités du trafic d’esclaves n’auraient pas été incompatibles avec la croissance de l’économie dans les pays concernés par ce commerce d’êtres humains. Il est d’ailleurs couramment admis que c’est sous le règne de l’islam en Espagne que l’Europe a commencé à sortir des ténèbres du Moyen âge. Concernant l’Afrique, on notera qu’au 15ème siècle, malgré la ponction faite par la traite négrière arabo-musulmane, les pays de ce continent jouissaient d’un bon niveau de bien être social.
    Le dépeuplement du continent ainsi que la misère et l’indigence de ses habitants malades et affamés, décrits par les voyageurs qui abordèrent l’Afrique noire au 19ème siècle, contrastent avec les pays densément peuplés, l’économie fleurissante, l’agriculture abondante, l’artisanat diversifié, le commerce intense et surtout, avec le niveau de bien être social décrits par les voyageurs, géographes et navigateurs ayant abordé l’Afrique noire entre le 8ème et le 17ème siècle, et dont nous connaissons maintenant les témoignages grâce aux diverses recherches, entre autres celles de Diop Maes.6.
    Entre le 16ème et le 19ème siècle, les guerres et razzias en chaîne, provoquées par les négriers pour se procurer les captifs, ont conduit à la destruction quasiment irréversible de l’économie, du tissu social et de la démographie des peuples africains. Le cumul des traites, arabe et européenne, au moyen d’armes à feu, le caractère massif, voire industriel, de la traite négrière transatlantique en accroissement constant, a causé en trois siècles, des ravages que le continent n’avait jamais connus jusque là. Ce nouveau désastre fut la deuxième conséquence de la colonisation d’Amérique.

    Une entreprise de déshumanisation
    Dans le cadre de la domination coloniale sur le continent américain, les survivants indigènes, dépouillés de leurs terres furent refoulés et parqués dans des réserves. Dans le même temps, des millions de femmes, d’enfants et d’hommes Africains arrachés de chez eux et déportés dans l’Amérique, furent systématiquement expulsés hors de l’espèce humaine et réduits à la catégorie de bien meuble ou de sous-homme. L’infériorité raciale des non-Blancs et sa sœur jumelle, la supériorité de la race blanche, furent inscrits dans la loi, consacrées par le christianisme et renforcées dans les faits.
    Les puissances coloniales, Espagne, Portugal, France, Angleterre, Hollande, légiféraient pour se doter du cadre juridique à l’intérieur duquel la déshumanisation des Noirs devenait légale. En conséquence, chaque métropole avait un arsenal juridique pour réglementer sa politique génocidaire dans l’univers concentrationnaire d’Amérique. A cet égard, la codification la plus achevée aura été le code noir français7. Promulgué en 1685, cette monstruosité juridique est restée en vigueur jusqu’à 1848 lors de la seconde abolition de l’esclavage dans les colonies françaises.
    Il est significatif que, au moins pendant les 16ème et 17ème siècles, pour autant que nous sachions, il n y eut pas une seule voix autorisée pour dénoncer et condamner l’expulsion légale des Noirs hors de l’espèce humaine. Même au 18ème siècle qui était pourtant le siècle des Lumières, aucun de ces grands philosophes n’a, formellement, exigé des autorités compétentes la suppression immédiate, réelle, sans atermoiements, des lois qui réglaient ces crimes.8.

    Une idéologie unanimement partagée
    On a l’habitude d’ignorer que grâce à la racialisation de l’esclavage dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, la supériorité de la race blanche et l’infériorité des Noirs sont devenues un axiome profondément enraciné dans la culture occidentale. Il faut savoir que cet héritage pernicieux de la domination coloniale européenne, combiné aux effets néfastes de la manie des Lumières de tout ordonner, hiérarchiser, classifier, a stimulé l’émergence d’une culture plus ou moins favorable à l’extermination des groupes considérés inférieurs.
    Entre le 15ème et le 19ème siècle, toute la production littéraire et scientifique concernant les peuples indigènes d’Amérique, visait à justifier leur extermination passé et à venir. Après trois longs siècles de barbarie coloniale sous contrôle chrétien, un des principes validés par les catholiques espagnols, est la certitude que tuer des Indiens n’est pas un pêché.9. Cette conscience fut renforcée par les protestants anglophones, convaincus qu’un bon Indien est un Indien mort. Aussi, toute la littérature concernant la bestialisation des Noir dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, était une véritable propagande en faveur de la traite négrière et de l’esclavage des Noirs présentés comme un progrès de la civilisation.
    Lorsque finalement eut lieu le démantèlement de l’univers concentrationnaire d’Amérique, le changement provoqué par les abolitions de l’esclavage eut une portée assez limitée. D’abord parce que l’essentiel des structures et des rapports sociaux et économiques mis en place par la barbarie institutionnalisée, sont restés quasiment inchangés. Et aussi, parce que le triomphe de la pensée scientifique sur la foi religieuse a donné à la race des seigneurs et aux valeurs de la civilisation occidentale, une crédibilité dont la religion ne bénéficiait plus auprès des esprits éclairés. Désormais, la colonisation et les actes de barbarie qui lui sont consubstantiels, par exemple l’extermination de groupes considérés inférieurs, se feront ayant comme support un discours scientifique.
    Une culture d’extermination
    Il serait utile une étude très serrée concernant le rôle des scientifiques occidentaux dans le développement de la culture d’extermination qui a prévalu au 19ème et au début du 20ème siècle dans les pays colonisateurs. Malgré son rapport étroit avec notre analyse, cela n’est pas le sujet central de cette communication. Mais, nous pouvons néanmoins dégager quelques pistes pour ceux qui voudraient reprendre le sujet et se renseigner davantage.
    Au milieu du 19ème siècle, les Associations scientifiques les plus prestigieuses semblent avoir été la Geographical Society et l’Anthropological Society à Londres et aussi, la Société de Géologie à Paris. Le 19 janvier 1864, eut lieu une table ronde organisée par l’Anthropological Society sur « l’extinction des races inférieures ». Il y fut question du droit des races supérieures à coloniser les espaces territoriaux considérés vitaux pour leurs intérêts.
    Dans le “journal of the Anthropological Society of London, vol. 165, 1864” fut publié un compte rendu des débats de la Conférence. Il s’agissait de savoir si dans tous les cas de colonisation il serait inévitable l’extinction des races inférieures, ou si jamais il serait possible qu’elles puissent coexister avec la race supérieure sans être éliminées.10. A l’époque, l’Angleterre avait déjà commis, outre le génocide des Indigènes en Amérique du Nord, celui des Aborigènes d’Australie dont les Tasmaniens.
    En France, Albert Sarraut, tenant discours aux élèves de l’Ecole coloniale affirmait : « il serait puéril d’opposer aux entreprises européennes de colonisation un prétendu droit d’occupation […] qui pérenniserait en des mains incapables la vaine possession de richesses sans emploi. »11. De son côté, le sociologue français Georges Vacher de Lapouge, soutenait qu’il n’y avait rien de plus normal que la réduction en esclavage des races inférieures et plaidait pour une seule race supérieure, nivelée par la sélection.
    Des scientifiques réticents
    On remarquera que la plupart des anthropologues allemands, même convaincus de leur supériorité raciale, ne partagent pas avec leurs collègues britanniques, nord-américains et français, la conviction que les races inférieures doivent nécessairement disparaître au contact de la civilisation. Le professeur Théodore Waitz par exemple, développe entre 1859-1862 un travail pour contester le bien fondé des théories propagées par ses collègues occidentaux, engagés dans la justification scientifique des exterminations commises par leurs pays.
    Par la suite, son élève George Gerland fait en 1868 une étude sur l’extermination des races inférieures. Il dénonce la violence physique exercée par les colonisateurs comme étant le facteur d’extermination le plus tangible. Et affirme qu’il n’existe aucune loi naturelle qui dit que les peuples primitifs doivent disparaître pour que la civilisation avance. Le plaidoyer de ce scientifique allemand pour le droit à la vie des races dites inférieures est un fait rarissime dans cette période de l’histoire.
    En 1891 le professeur allemand Friedrich Ratzel publie son livre « Anthropogeographie » et dans le dixième chapitre sous-titré « Le déclin des peuples de cultures inférieures au contact avec la culture », il exprime son hostilité concernant la destruction des peuples indigènes : « C’est devenu une règle déplorable, que des peuples faiblement avancés meurent au contact avec des peuples hautement cultivés. Cela s’applique à la vaste majorité des Australiens, des Polynésiens, des Asiatiques du Nord, des Américains du Nord et des nombreux peuples d’Afrique du Sud et d’Amérique du Sud.
    (…) Les Indigènes sont tués, chassés, prolétarisés et l’on détruit leur organisation sociale. La caractéristique principale de la politique des Blancs est l’usage de la violence par les forts sur les faibles. Le but est de s’emparer de leurs terres. Ce phénomène a pris sa forme la plus intense en Amérique du Nord. Des Blancs assoiffés de terres s’entassent entre des peuplements indiens faibles et partiellement désintégrés »12. Ce serait le dernier discours dans lequel le professeur Ratzel exprimerait un point de vue aussi peu favorable à l’extinction des peuples inférieurs.

    Une évolution malheureuse
    Les anciennes puissances négrières réunies à Berlin en 1884-1885, officialisent le dépècement de l’Afrique. L’Allemagne s’assure le contrôle du Sud-Ouest africain (c’est-à-dire la Namibie), de l’Est africain (correspondant aux territoires actuels de la Tanzanie, du Burundi et du Rwanda) et aussi le contrôle sur le Togo et le Cameroun.
    L’entrée de l’Allemagne dans l’entreprise coloniale marque un hiatus sensible entre le discours des scientifiques allemands avant les années 1890 et celui qu’ils auront après les années de 1890 sur le même sujet : l’extermination des races inférieures ou leur asservissement suivant les besoins des conquistadores et le progrès de la civilisation.
    En effet, en 1897 le professeur Ratzel publie son ouvrage «Géographie politique» dans lequel, l’auteur prend fait et cause pour l’extermination des races inférieures. Il affirme qu’un peuple en développement qui a besoin de plus de terres doit donc en conquérir «lesquelles, par la mort et le déplacement de leurs habitants, sont transformées en terres inhabitées»13.
    La domination économique combinée à des méthodes racistes, a donné naissance à la suprématie blanche chrétienne. Son idéologie hégémonique règne sans partage sur la planète et connaît toute sa splendeur entre la seconde moitié du 19ème et la première moitié du 20ème siècle. Même dans les anciens pays colonisés, l’extermination des races inférieures tenait lieu de politique officielle.
    Une idéologie triomphante
    La plupart des pays d’Amérique sont devenus indépendants au 19ème siècle. Les classes dirigeantes de ces pays, se croient blanches parce qu’elles sont issues des aventuriers européens qui souvent violaient les femmes indigènes. Arrivées au pouvoir suite aux guerres d’indépendance, ces élites se sont toujours identifiées à leur ancêtre blanc. De fait, elles adoptèrent les méthodes d’extermination des Indigènes hérités de la colonisation.
    En avril 1834, les autorités d’Argentine, pays indépendant depuis peu, déclenchent la « Campaña del Desierto » (Campagne du Désert), dont le but est l’extermination des survivants Indigènes qui occupent la pampa. Dirigée par Juan Manuel de Rosas, devenu Président d’Argentine à partir de 1835, cette campagne fut coordonnée avec le gouvernement du Chili. Le premier gouvernement constitutionnel d’Uruguay, dirigé par Fructuoso Rivera, s’est aussi joint à la Campagne qui devait transformer ces terres en espaces inhabités.
    Malgré la violence extrême de la ‘Campagne’, tous les Indigènes ne sont pas morts, au grand dam du président Rosas pour qui les Indiens se reproduisaient comme des insectes. Pour remédier à cet échec, en 1878, par initiative du Ministre de la Guerre Julio Argentino Roca, le Congrès National argentin vote et approuve la loi « de expansión de las fronteras hasta el Rio Negro » (expansion des frontières). C’est le point de départ de la seconde « Campagne du Désert » qui doit définitivement vider la Pampa de sa population indigène pour faire avancer la civilisation.

    Un espace vital avant la lettre
    La « Campagne » a lieu au moment où les survivants Indigènes sont traqués partout dans le continent. En Amérique du Nord ils sont massacrés et refoulés afin de libérer un espace devenu vital pour l’installation de familles civilisées, c’est-à-dire blanches. En Argentine, l’objectif avoué de la « Campagne » était le même : Remplacement de la population locale par une population civilisée pouvant garantir l’incorporation effective de la Pampa et la Patagonie à la nation de l’Etat Argentin.
    Quelques décennies plus tard, Heinrich Himmler défendrait le même principe de remplacement des populations lorsqu’il affirmait : « Le seul moyen de résoudre le problème social, c’est pour un groupe, de tuer les autres et de s’emparer de leur pays »14. Mais, pour le moment, cela se passait en Amérique et au détriment de populations non-Européennes. Le Ministre Roca, qui est à l’origine de la seconde «Campagne du Désert», a même gagné les élections en 1880 et est devenu Président de l’Argentine.
    Bien sûr, quelques voix se levèrent pour critiquer la barbarie des atrocités commises pendant la Campagne. Mais, dans l’ensemble, l’infériorité des victimes n’était pas contestée et le gouvernement de Julio Roca appelé le conquistador du Désert, est perçu comme le fondateur de l’Argentine moderne. L’histoire de ce pays a retenu surtout, que c’est sous la Présidence de Roca que le pays a avancé vers la séparation de l’église et l’Etat, le mariage civil, le registre civil des naissances et l’éducation laïque. Une des plus grandes villes de la Patagonie porte le nom de Roca.
    Il n’y a pas longtemps, l’historien Félix Luna affirmait sans rire : « Roca a incarné le progrès, il a intégré l’Argentine dans le monde : je me suis mis à sa place pour comprendre ce qui impliquait d’exterminer quelques centaines d’indiens pour pouvoir gouverner. Il faut considérer le contexte de l’époque où l’on vivait une atmosphère darwiniste qui favorisait la survie du plus fort et la supériorité de la race blanche (…) Avec des erreurs, des abus, avec un coût Roca fit l’Argentine dont nous jouissons aujourd’hui : les parcs, les édifices, le palais des Œuvres Sanitaires, celui des Tribunaux, la Case du Gouvernement »15.
    Exterminables parce qu’inférieurs
    On remarquera que depuis le premier génocide des temps modernes, commis par les chrétiens en Amérique à partir de 1492, la situation des peuples non Européens en général et des Noirs en particulier se trouve rythmée par les exigences de la suprématie blanche. Dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, le Noir expulsé hors de l’espèce humaine en tant que sous-homme ou bien meuble, ne fut jamais réintégré ou réinstallé dans son humanité. Et les survivants indigènes étaient massivement massacrés pour rendre inhabitées leurs terres.
    En Afrique le peuple congolais, sous l’administration de ce bourreau que fut le Roi Léopold, est soumis à des formes d’asservissement causant la destruction de la moitié de la population qui est passée de vingt millions à 10 millions d’habitants.16. Dans ce même continent, l’Allemagne aussi, comme d’autres avant elle, appliquera les bons principes de la colonisation. Entre 1904 et 1906, soit en l’espace de deux ans, les Allemands exterminèrent les trois quarts du peuple Herero. Sans compter les morts des Nama, Baster, Hottentots, etc.17.
    Dans le cadre de la domination coloniale allemande en Namibie, le professeur Eugen Fischer va étudier en 1908, chez les Baster installés à Rehoboth « le problème de la bâtardisation chez l’être humain ». Les recommandations du chercheur sont sans détour. On lit dans son traité à propos des métis : « Qu’on leur garantisse donc le degré précis de protection qui leur est nécessaire en tant que race inférieure à la nôtre, rien de plus, et uniquement tant qu’ils nous sont utiles –autrement, que joue la libre concurrence, c’est-à-dire, selon moi, qu’ils disparaissent.18 »
    Ce travail dans lequel le professeur Fischer considérait avoir démontré scientifiquement l’infériorité des Noirs, fit la gloire de son auteur dont le prestige alla au-delà des frontières du pays. Des années plus tard, lorsqu’en 1933 Adolf Hitler arrive au pouvoir en Allemagne, tout naturellement, le professeur Fischer mettra au service de la politique raciale du nouvel Etat le prestige et l’autorité que lui conférait sa condition de scientifique de renommée mondiale. En fait, ce fut le cas de l’establishment scientifique dans l’ensemble.19.

    Le danger d’être classé inférieur
    C’est un fait vérifiable, à la fin du 19ème et pendant les premières décennies du 20ème siècle, l’extermination d’êtres inférieurs ou la programmation de leur disparition, était une réalité qui ne soulevait pas de grandes vagues de solidarité à l’égard des victimes. C’est pourquoi les dirigeants nazis s’appliquèrent à convaincre les Allemands que les Juifs, ainsi que les Slaves et autres groupes, étaient différents et en conséquence étaient inférieurs.
    C’est dans ce contexte si favorable à l’extermination des inférieurs, que les conseillers scientifiques du plan quadriennal chargé de planifier l’économie de l’Allemagne nazie, poussant la logique de l’anéantissement plus loin que leurs prédécesseurs, et dans une combinaison aussi terrible que sinistre entre les facteurs idéologiques et les motivations utilitaires, ont programmé l’extermination à l’Est, de 30 millions d’êtres humains.
    Dans leur essai « Les architectes de l’extermination », Susanne Heim et Götz Aly soulignent que les planificateurs de l’économie, choisis non pas en fonction de leur militance politique mais de leur compétence professionnelle, fondaient leur dossier sur des considérations purement économiques et géopolitiques, sans la moindre référence à l’idéologie raciale. Ils rapportent le procès-verbal d’une réunion pendant laquelle, les conseillers économiques ont expliqué en présence de Goebbels leur plan d’approvisionnement alimentaire.
    Ce dernier nota dans son journal le 2 mai 1941 : «La guerre ne peut se poursuivre que si la Russie fournit des vivres à toutes les forces armées allemandes durant la troisième année de la guerre. Des millions de personnes mourront certainement de faim si les vivres qui nous sont nécessaires sont enlevés au pays.20 » En effet, ce plan devait faire mourir environ 30 millions de Slaves dans un premier temps. Mais cela devait assurer l’approvisionnement des vivres pendant une année et en plus, rendre inhabitées des terres où des familles allemandes seraient installées.

    Une tradition sinistre
    Ainsi, Hermann Göring, dont le père fut le premier gouverneur allemand en Namibie, pouvait dire en 1941 à son compère le ministre italien des Affaires étrangères, le comte Ciano : « Cette année, 20 à 30 millions de personnes mourront de faim en Russie. Peut-être est-ce pour le mieux, puisque certaines nations doivent être décimées.21 » Ceux qui, dans une association extrême de l’idéologie raciste et la motivation utilitaire, programmaient l’extermination de 30 millions de Slaves, pouvaient programmer sans état d’âme, l’extermination d’un autre groupe considéré aussi inférieur, dans l’occurrence les Juifs.
    Ce n’est pas par hasard que le Professeur Wolfang Abel : «Chargé par le haut commandement des forces armées de réaliser des études anthropologiques sur les prisonniers de guerre soviétiques, proposa entre autres options la liquidation du peuple russe.22» Le professeur Abel fut l’élève du Professeur Fischer avant de devenir son assistant. Ensemble, ils formèrent les premiers experts scientifiques chargés de sélectionner ceux qui, coupables de ne pas être Aryens devaient être exterminés à Auschwitz ou ailleurs.23.
    Quant aux Soviétiques : « Au 1er février 1942, sur les 3,3 millions de soldats de l’Armée rouge fait prisonniers, 2 millions étaient déjà morts dans les camps allemands et au cours des transports, soit 60%. Si l’on enlève les trois premières semaines de guerre, au cours desquelles les premiers prisonniers purent puiser dans leurs réserves corporelles, ce chiffre correspondait à un taux de mortalité de 10 000 hommes par jour.24 »

    La tragédie des uns et le profit des autres
    La très grande majorité des Allemands, heureuse de se trouver du bon côté, accepta le fait accompli, c’est-à-dire l’exclusion des non-Aryens, et en retira tout le bénéfice possible. Il va sans dire qu’à l’époque, la solidarité à l’égard des groupes considérés inférieurs ne faisait pas vraiment recette dans la culture dominante. Plusieurs siècles de matraquage idéologique pour justifier l’écrasement des peuples colonisés et asservis, n’avaient pas certainement favorisé l’humanité de ceux qui en profitaient.25.
    Comme le dit si bien Aly : « Le gouvernement nazi suscita le rêve d’une voiture populaire, introduisit le concept de vacances pratiquement inconnu jusqu’alors, doubla le nombre des jours fériés et se mit à développer le tourisme de masse dont nous sommes aujourd’hui familiers. (…) Ainsi, l’exonération fiscale des primes pour le travail de nuit, les dimanches et les jours fériés accordés après la victoire sur la France, et considérée, jusqu’à sa remise en cause récente comme un acquis social. (…)Hitler a épargné les Aryens moyens aux dépens du minimum vital d’autres catégories.26.»
    L’argent spolié aux Juifs d’Europe et aux pays sous occupation allemande a bien servi au gouvernement nazi pour financer sa politique sociale visant à favoriser le niveau de vie de la population aryenne. On comprend qu’après la guerre, tant d’Allemands pouvaient admettre en privé, avoir vécu la période la plus prospère de leur vie sous le gouvernement nazi y compris pendant la guerre…
    Conclusion
    La domination coloniale sur d’autres peuples a toujours fourni les conditions indispensables pour la mise en place de systèmes d’asservissement et déshumanisation froidement réglés. Ce fut le cas dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, où les puissances coloniales ont inventé un système juridique à l’intérieur duquel, la bestialisation des Noirs parce que Noirs, se faisait en toute légalité. Au 19ème siècle, la colonisation britannique en Australie a renoué avec le génocide commis en Amérique du Nord.
    En Afrique, les peuples congolais ont souffert leur Adolf Hitler incarné par le Roi des Belges qui non satisfait de faire mourir la moitié des populations, faisait couper la main à ceux qui chercheraient à fuir les travaux forcés.27. En Namibie, l’Allemagne coloniale a commis son premier génocide et, je peux continuer mais je peux aussi m’arrêter. Il y a assez pour comprendre que l’entreprise nazie de déshumanisation, s’inscrit dans une continuité, jalonnée sans interruption par la barbarie coloniale.
    A la fin de la guerre, les puissances coloniales, victorieuses, ont décrété que le nazisme était incompréhensible et effroyable parce que derrière ses atrocités il n’y avait aucune rationalité économique. La motivation utilitaire ayant toujours servi à cautionner les entreprises de déshumanisation menées contre d’autres peuples non-Européens, il fallait absolument que l’entreprise nazie de déshumanisation soit dépourvue de toute motivation utilitaire. De là, cette approche réductionniste qui a historiquement isolé le nazisme, et focalisé l’attention sur les atrocités commises par les nazis, en faisant abstraction des facteurs sans lesquels, chacun devrait le savoir, ce désastre effrayant n’aurait jamais atteint la disproportion que nous savons.

    1 A ce sujet, voir Charles Verlinden, L’esclavage dans l’Europe médiévale, Tome 1 Péninsule Ibérique, France 1955 ; Tome 2 Italie Colonies italiennes du Levant latin Empire Byzantin, 1977.
    2 Verlinden, L’esclavage dans l’Europe médiévale, Tome 2, notamment dans le chapitre II La traite vénitienne et la traite juive, p. 115 et suivantes, et aussi dans le chapitre III La traite des eunuques, p. 981 et suivantes. Ce livre, devenu introuvable en librairie, peut être consulté à la bibliothèque du Centre Pompidou et aussi à celle de la Sorbonne.
    3 Jacques Heers, Esclaves et domestiques au Moyen Âge dans le monde méditerranéen, Paris, 1981, p. 12.
    4 A ce sujet, voir Tzvetan Todorov, La conqête de l’Amérique. La question de l’autre, Paris, 1982.

    5 Voir Bartolomé de Las Casas, Brevísima relación de la destrucción de las Indias, Buenos Aires, 1966 et aussi Historia de las Indias, México, Fondo de Cultura Económica, 1951.
    6 Le lecteur consultera profitablement l’œuvre pionnière de Louise Marie Diop Maes, Afrique Noire Démographie Sol et Histoire, Paris, 1996.
    7 Louis Sala-Molins, Le code noir ou le calvaire de Canaan, Paris, 1987.
    8 Louis Sala-Molins, Les Misères des Lumières. Sous la Raison, l’outrage, Paris, 1992
    9 En 1972, en Colombie, un groupe de paysans analphabètes a dû répondre devant le tribunal pour le massacre, avec préméditation, de dix huit Indigènes hommes, femmes et enfants confondus. Les accusés ont été acquittés par un jury populaire car ils ne savaient pas que tuer des Indiens était un pêché et encore moins un délit. Voir à ce sujet Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La férocité blanche Des non-Blancs aux non-Aryens Génocides occultés de 1492 à nos jours, Paris, 2001.
    10 Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes. L’odysée d’un homme au cœur de la nuit et les origines du génocide européen, Paris, 1999.
    11 Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, 1955.
    12 Lindqvist, op. cit., p. 189-190.
    13 Ibid, p. 192.
    14 Götz Aly et Susanne Heim, Les architectes de l’extermination Auschwitz et la logique de l’anéantissement, Paris, 2006, p. 25-26
    15 Consulter Diana Lenton, La cuestion de los Indios y el ge,ocidio en los tiempos de Roca : sus repercusiones en la prensa y la politica, SAAP- Sociedad Argentina de Análisis Politico www.saap.org.ar/esp/page Voir aussi Osvaldo Bayer, le journal argentin Página/12, Sábado, 22 de octubre 2005.
    16 Adam Hochschild, Les fantômes du roi Léopold II. Un holocauste oublié, Paris, 1998.
    17 Ingol Diener, Apartheid ! La cassure, Paris, 1986.
    18 Benno Muller-Hill, Science nazie, science de mort, Paris, 1989, p. 194.
    19 Consulter Muller-Hill
    20 Aly et Heim, op. cit., p. 271-272.
    21 Ibid, p. 267.
    22 Ibid, p. 289.
    23 Muller-Hill, op. cit.
    24 Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, Paris, 2005, p. 172.
    25 Voir Plumelle-Uribe, op. cit.
    26 Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, p. 9, 28.
    27 Hochschild, op. cit.

     

     

    La « Shoah » des Tsiganes
    Eva R-sistons puce2    puce2 
     

    La barbarie nazie n’épargna pas les Tsiganes. Ils vécurent les mêmes épreuves que les Juifs, en pire. D’abord, parce que dans l’oubli total. Ensuite, dès 1936 ceux d’Allemagne, considérés comme des « non-personnes », furent envoyés dans des camps de concentration en Autriche ou dans leur pays.

     

    Les femmes étaient stérilisées de force, car on considérait qu’elles ne méritaient pas de se reproduire. Puis commença ce qu’on appela alors  » la destruction des vies inutiles « . Dans toute l’Europe occupée, on entreprit la traque du « gibier » tsigane, d’abord en 1939, ensuite en 1941 et 1943. L’extermination des 5 à 600 000 nomades eut essentiellement lieu dans les camps polonais.

    En réalité, la persécution des Fils du Vent commença avant l’arrivée des nazis au pouvoir, avec les lois de contrôle de la « plaie tsigane » dès 1926. Deux ans plus tard, la surveillance devint spécifique, et permanente. Puis vint, dès 1933, la « stérilisation eugénique », l’interdiction des mariages mixtes en 1934-35, et enfin les premiers enfermements au camp de Dachau, en 1936.

    C’est à l’automne 1939 que les déportations deviennent massives ; et c’est sur deux cent cinquante enfants tsiganes que les nazis testèrent le zyklon B, au camp de Buchenwald, en février 1940. Par ailleurs, à Ravensbrück ont été pratiquées des opérations pseudo-scientifiques sur des cobayes humains, entre autres tsiganes.

    Cette politique-là, les nazis l’étendirent à l’ensemble de l’Europe occupée.

    Ensuite commença l’extermination à grande échelle. Si l’on en croit les nazis, la moitié de la population tsigane d’Europe fut supprimée . Tragédie supplémentaire, le nom des victimes Tsiganes ne fut même pas mentionné durant le Procès de Nuremberg ! L’oubli total…. alors qu’on ne cesse de commémorer le martyr juif. Deux poids, deux mesures – ni plus, ni moins. C’est pourquoi moi, l’amie des Tsiganes, j’ai décidé de prendre ma plume pour rappeler au monde cette énorme injustice. Il est temps de rendre hommage aux victimes tsiganes, qui d’ailleurs furent parmi les résistants les plus acharnés.

    En effet, très tôt ce peuple libre et fier comprit le sort qui lui était réservé. Il accepta immédiatement de rejoindre la lutte clandestine, pour mener ce que l’historien hollandais Jan Yoors appellera la « guerre secrète des Tsiganes ». Aguerri, malin, il usera de mille stratagèmes pour déjouer la vigilance des nazis, porter des messages ou transporter armes et explosifs. De nombreux fugitifs furent sauvés grâce aux Tsiganes. On leur doit aussi de nombreuses actions terroristes de résistance à l’ennemi hitlérien.

    En 1945, les nazis aux abois se livrèrent encore à de multiples massacres sur les derniers Tsiganes internés dans les camps allemands. Et plusieurs pays européens gardèrent internés pendant plusieurs mois leurs populations ! Quant aux résistants qui avaient survécu, ils ne bénéficièrent même pas, à la fin de la guerre, des promesses d’intégration sociale qui leur avaient été faites. Et ils ne trouvèrent personne pour les défendre, ni même évoquer la mémoire des disparus. Bien sûr, aucun d’entre eux ne réclama réparation pour tous les préjudices subis. Le peuple tsigane ne revendique jamais ; il subit en silence – et en musique, car chez eux l’instinct de survie et le goût pour les arts ont toujours raison des événements les plus dramatiques. Je l’ai expérimenté personnellement, en partageant leur existence misérable dans un bidonville situé sur une décharge publique madrilène. L’horreur absolue, et une joie inscrite dans les gènes pour transcender les moments les plus difficiles. Admirable peuple ! Ce séjour marqua de manière indélibile mon esprit, et scella ma carrière de journaliste.

    Quelle a été la politique à l’égard des Tsiganes en France ?

    Traditionnellement, les sédentaires se méfient des nomades. Dès 1912, les populations errantes se voient attribuer un carnet anthropométrique, visé dans chaque commune, à l’arrivée comme au départ. A cette époque, déjà, les Tsiganes, tout comme les juifs, sont victimes de persécutions et de discriminations.

    Le gouvernement de Vichy durcit cette politique. Et, dès l’automne 1940, des Tsiganes sont internés dans des camps de concentration, à Argelès-sur-Mer et au Barcarès, dans les Pyrénées Orientales, camps créés à l’origine afin d’accueillir les réfugiés espagnols et les Juifs. Même logique d’exclusion, pour des populations pourtant différentes. Et ce sont près de trois mille Tsiganes qui auraient été internés dans l’ensemble de la France entre 1940 et 1946.

    C’est en 1942 qu’est créé le seul camp d’internement réservé aux Nomades, celui de Saliers.

    Le camp est situé en zone libre, sur la commune d’Arles, dans les Bouches-du-Rhône. ll s’est d’abord inscrit dans une logique de sédentarisation, puis d’enfermement. Pour commencer, trois cents nomades doivent s’entasser dans des petites cabanes inachevées, sans électricité. Les conditions d’hébergement et de ravitaillement sont lamentables. Le sort des enfants est particulièrement difficile ; ils ne sont évidemment pas scolarisés. Sans vêtements de rechange, les hébergés finissent par porter des loques. Ils sont squelettiques, mais ils résistent. Aguerris et indomptables. Finalement, le sous-Préfet d’Arles demande la fermeture du camp dès juillet 44.

    Ceux qui ont survécu à l’enfer, ont gardé vivante la mémoire du camp. Mais le site n’a conservé aucune trace du lieu.

    Dans les camps de concentration allemands, les Tsiganes ont été littéralement massacrés. On cite par exemple le chiffre de 20.000 pour la seule nuit du 31 juillet 1944, à Auschwitz. Le 1er août, un officier SS d’Auschwitz put écrire, après l’envoi des Tsiganes à la chambre à gaz :  » Mission terminée, traitement spécial exécuté « . Traitement spécial ! Pire encore que celui que subirent les Juifs, les handicapés, les malades mentaux, les homosexuels, les communistes, les résistants ! Et au total, pour la seule Allemagne, cinq à six cent mille Gitans, Roms, Kalderas, Manouches, auraient péri. A Dachau, les Tsiganes étaient tués le jour même de leur arrivée, ou le lendemain. Simplement parce qu’ils étaient nés Tsiganes.

    Comme les Juifs, les Tsiganes ont été victimes de l’idéologie nazie, politique de la race afin de régénérer le sang allemand, et politique de l’espace pour la création d’une Grande Allemagne débarrassée des éléments impurs, étrangers, inférieurs. L’élimination des Tsiganes aura d’autant mieux été acceptée, que la mise à l’index était ancienne.

    Aucune voix ne s’élève pour défendre la cause des Tsiganes discriminés, stérilisés, persécutés, spoliés, exterminés . Nulle mémoire, nulle indemnité, nulle commémoration. Rien. Le vide absolu. Ostracisme complet.

    Définitif ?

    Jusqu’à mon dernier souffle, je me battrai pour la reconnaissance de ce peuple admirable.

     

    Publié dans AFRIQUE NOIRE : Réécrire l'Histoire, AU-DELA DES IDEES RECUES | Pas de Commentaire »

    Quelques LIVRES CONTRE LA PENSEE UNIQUE

    Posté par issopha le 28 janvier 2008

    Ami(e)s lecteurs et lectrices , bonjour.

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    Ci-dessous une sélection de livres indispensables ( constituée par sylvain TIMSIT du site www.syti.net ) qu’il faut avoir lu au moins une fois dans sa vie pour se forger une opinion alternative à la pensée unique ; pour s’affranchir des prêt-à-penser de nos pseudo-intellectuels et autres « hommes de science  » qui pour des raisons occultes contribuent à véhiculer la pensée de ces hommes de pouvoir. Par ces réflexions non-exhaustives , on s’affranchit encore plus du déficit de distanciation critique et de la profondeur des analyses de nos  » experts cathodiques «  , de l’instantanéité et de la superficialité du traitement de l’information par les médias quels qu’ils soient d’ailleurs , médias qui déforment et éludent plus qu’ils n’informent . J’y rajouterai volontiers toute la bibliographie des économistes François-Xavier VERSCHAVE (pourfendeur mal connu en France de la Françafrique et des circuits parallèles de la finance internationale ) et l’égyptien Samir AMIN. Ouvrages et brochures que le lecteur pourra aisément trouver sur le web. 

    Bonne visite !

    Issopha , l’administrateur du blog

    Quelques livres contre la « pensée unique »

      Un autre regard sur la mondialisation, la démocratie,

    les nouveaux pouvoirs planétaires…
        

     

    Quelques LIVRES CONTRE LA PENSEE UNIQUE dans ACTUALITES ET DEBATS DU MONDE CONTEMPORAIN ConeIndigovide dans ALTERMONDIALISME« Le grand bond en arrière – Comment l’ordre libéral s’est imposé au monde », Serge Halimi  Stars3 dans AU-DELA DES IDEES RECUES

    livres_Halimi_BondArriere dans CONTRE LA PENSEE UNIQUE 
    De l’Amérique de Reagan à la France de Mitterrand, en passant par la Nouvelle-Zélande, les transformations économiques du dernier quart de siècle n’ont été le produit ni du hasard ni de la nécessité. Si, à partir des années 80, les « décideurs » et les médias du monde occidental ont presque toujours interprété de manière identique les situations de « crise », c’est que tout un travail idéologique était intervenu au préalable, c’est que les solutions alternatives au marché avaient été détruites afin qu’il n’y ait « plus d’alternative ».

    D’autres interprétations des événements auraient suggéré d’autres remèdes, mobilisé d’autres forces sociales, débouché sur d’autres choix.

    La « mondialisation », ce fut aussi ce long labeur intellectuel de construction de la « seule politique possible » que favorisa la symbiose sociale entre ses principaux architectes d’un bout à l’autre de la Terre. Inspirées par des théoriciens de l’université de Chicago, dont l’influence sera considérable au Chili, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, les doctrines économiques libérales vont encourager les classes dirigeantes à durcir leurs politiques, à passer d’un système d’économie mixte acceptant une certaine redistribution des revenus à un nouveau capitalisme orienté par les seuls verdicts de la finance. Les artisans de cette métamorphose en tireront un avantage considérable; pour la plupart des autres, au contraire, ce sera le grand bond en arrière.

    Une véritable enquête menée par Serge Halimi, qui débute aux Etats-Unis et se ramifie en Grande-Bretagne et en France. Étude qui touche le milieu politique et économique et leurs deux principaux relais, les intellectuels et les médias.

    Serge Halimi, journaliste au Monde diplomatique, est notamment l’auteur des Nouveaux Chiens de garde (Raisons d’agir, 1997).

    vide dans LA MONDIALISATION

     

    ConeIndigo dans LE NOUVEL ORDRE MONDIALvide dans Vous avez dit THEORIE du COMPLOT ?« Comment les riches détruisent la planète« , Hervé Kempflivres_RichesPlanete 
    Nous sommes à un moment de l’histoire qui pose un défi radicalement nouveau à l’espèce humaine: pour la première fois, son prodigieux dynamisme se heurte aux limites de la biosphère et met en danger son avenir. Vivre ce moment signifie que nous devons trouver collectivement les moyens d’orienter différemment cette énergie humaine et cette volonté de progrès. C’est un défi magnifique, mais redoutable. Or, une classe dirigeante prédatrice et cupide, gaspillant ses prébendes, mésusant du pouvoir, fait obstacle au changement de cap qui s’impose urgemment. Elle ne porte aucun projet, n’est animée d’aucun idéal, ne délivre aucune parole mobilisatrice. Après avoir triomphé du soviétisme, l’idéologie néolibérale ne sait plus que s’autocélébrer. Presque toutes les sphères de pouvoir et d’influence sont soumises à son pseudo-réalisme, qui prétend que toute alternative est impossible et que la seule voie imaginable est celle qui conduit à accroître toujours plus la richesse.

    Cette représentation du monde n’est pas seulement sinistre, elle est aveugle. Elle méconnaît la puissance explosive de l’injustice, sous-estime la gravité de l’empoisonnement de la biosphère, promeut l’abaissement des libertés publiques. Elle est indifférente à la dégradation des conditions de vie de la majorité des hommes et des femmes, consent à voir dilapider les chances de survie des générations futures. Pour l’auteur de ces pages incisives et bien informées, on ne résoudra pas la crise écologique sans s’attaquer à la crise sociale concomitante. Elles sont intimement liées. Ce sont aujourd’hui les riches qui menacent la planète.

    Hervé Kempf est un des journalistes d’environnement les plus réputés. Depuis près de vingt ans, il écrit sur le changement climatique, le nucléaire, la biodiversité ou les OGM. Après avoir fondé Reporterre, il a travaillé à Courrier international, à La Recherche, et maintenant au Monde.

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    ConeIndigovide« Les nouveaux maitres du monde, et ceux qui leur résistent », Jean Ziegler  Stars3

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    « Au coeur du marché globalisé, le prédateur. Banquier, haut responsable de société transnationale, opérateur du commerce mondial: il accumule l’argent, détruit l’Etat, dévaste la nature et les êtres humains.

    Les Nouveaux maîtres du monde », ce sont les seigneurs du capital financier mondialisé. Ce livre révèle leurs visages, d’où ils viennent, ce qu’ils font au jour le jour: à la tête des sociétés mondialisées, au sein de l’OMC ou du Fonds Monétaire International, dans les officines interlopes, les paradis fiscaux, mais aussi les bureaux feutrés des banques de Suisse et d’ailleurs. Ce livre démonte l’idéologie qui les inspire et jette une lumière crue sur le rôle joué en coulisses par l’empire américain.

    Analyses, portraits, informations bouleversantes, propositions concrètes, un livre écrit par un homme qui a souvent croisé les personnalités dont il brosse le portrait, et qui connait de l’intérieur les institutions qu’il critique. »

    ConeIndigovide« Malheur aux vaincus« , Philippe Labarde et B.Maris livres_MalheurVaincus 
    La mondialisation triomphe, les inégalités explosent. Un phénomène de sélection-exclusion a fragilisé les plus faibles dans un processus cumulatif qui ne pouvait que renforcer les handicaps du Sud par rapport au Nord, des défavorisés par rapport aux riches.

    Darwin est à l’œuvre: tout est fait pour éliminer les faibles, profiter des différences d’âge, de sexe ou d’origine, pour « liquéfier » le travail, le soumettre à la peur, au risque. Un nouveau racisme, un véritable racisme social pointe son mufle.

    Les auteurs de La Bourse ou la vie avaient déjà vu juste en pulvérisant la nouvelle économie avant qu’elle ne s’effondre sous le poids de la spéculation. Ils récidivent en dénonçant l’avènement d’une « nouvelle barbarie »: un monde au-delà de l’humain où des sous-hommes serviraient des surhommes.

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    ConeIndigovide« L’Empire de la honte« , Jean Ziegler Stars3 

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    « Nous assistons aujourd’hui à un formidable mouvement de reféodalisation du monde. C’est que le 11 septembre n’a pas seulement été l’occasion pour George W. Bush d’étendre l’emprise des Etats-Unis sur le monde, l’événement a frappé les trois coups de la mise en coupe réglée des peuples de l’hémisphère Sud par les grandes sociétés transcontinentales.

    Pour parvenir à imposer ce régime inédit de soumission des peuples aux intérêts des grandes compagnies privées, il est deux armes de destruction massive dont les maîtres de l’empire de la honte savent admirablement jouer: la dette et la faim. Par l’endettement, les Etats abdiquent leur souveraineté; par la faim qui en découle, les peuples agonisent et renoncent à la liberté.

    Cette formidable machine à broyer et à soumettre ne supporte plus aucune des limitations que le droit international prétendait traditionnellement imposer aux rapport entre les États et entre les peuples. Du coup, c’est le régime de la violence structurelle et permanente qui, partout, gagne du terrain au Sud, tandis que le droit international agonise.

    Mais qui sont donc ces cosmocrates qui, peu à peu, privatisent jusqu’à l’eau que les peuples doivent désormais leur acheter? Ce livre traque leurs méthodes les plus sournoises: ici on brevète le vivant, là on casse les résistances syndicales, ailleurs on impose la culture des OGM par la force. Oui, c’est bien l’empire de la honte qui s’est mis subrepticement en place sur la planète. Mais c’est précisément sur la honte qu’est fondé le ressort révolutionnaire, comme nous l’ont appris les insurgés de 1789. Cette révolution, elle est en marche: insurrections des consciences ici, insurrections de la faim là-bas. Elle seule peut conduire à la refondation du droit à la recherche du bonheur, cette vieille affaire du XVIIIe siècle. Jean Ziegler, qui témoigne ici d’une connaissance exceptionnelle du terrain, y appelle sans réserve en conclusion. »

    Jean Ziegler est rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, et professeur de sociologie à l’Université de Genève. Auteur de nombreuses enquêtes sur le Tiers-Monde, il a publié également des enquêtes explosives sur le système bancaire suisse.

    ConeIndigovide« Tous pouvoirs confondus - Etat, capital et médias à l’ère de la mondialisation », Geoffrey Geuenslivres_TousPouvoirs 
    « Bienvenue dans les entrailles du nouvel ordre mondial. Découvrez les membres des plus grands cercles de l’élite et des principaux lobbies agissant en coulisses pour conforter la configuration actuelle de la « mondialisation »: la Commission Trilatérale, le Council on Foreign Relations, le Groupe de Bilderberg, Aspen France… Vous n’y êtes jamais convié? Evidemment ! Top secret et réservé aux industriels, financiers, ministres, commissaires européens, journalistes célèbres, magistrats et militaires bardés d’étoiles…

    Quelles sont les 100 plus grandes compagnies dans le monde, les géants sur le plan européen et les plus puissants monopoles financiers de la planète? L’auteur dévoile les noms et le parcours politique de ceux qui siègent dans leurs conseils d’administration…

    La presse, les médias, un 4ème pouvoir? En procédant à une analyse méticuleuse des actionnaires des grands groupes médiatiques, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe, ce livre dévoile à quel point l’information est sous contrôle.

    En décortiquant l’entrelacement des directoires politiques, économiques et militaires, l’auteur nous présente également le nouveau complexe militaro-industriel ou, comment la crise et la militarisation de l’économie sont à l’origine des nouvelles « croisades guerrières ».

    Révéler tous ces réseaux croisés d’intérêts et de collusions, c’est dessiner le véritable organigramme de la « mondialisation » des grandes puissances. Indispensable pour entrer consciemment en résistance. »

    Geoffrey Geuens est assistant à la section Information et Communication à l’Université de Liège. Il a déjà publié « L’information sous contrôle – Médias et pouvoir économique en Belgique » Triangle_bleu Table des matières, intro du livre, et revue de presse sur le site de l’éditeur.

    ConeIndigovide« Skull and Bones – la vérité sur l’élite secrète qui dirige les Etats-Unis », Alexandra Robbinslivres_Skulls_ARobbins_s 
    «Lors de ma dernière année d’étude (à l’université de Yale), j’ai rejoint la société secrète Skull and Bones, une société tellement secrète que je ne peux en dire plus» – Georges W. Bush

    Un spectre hante l’Amérique. Le pays serait gouverné par une société secrète appelée Skull and Bones. Composé d’anciens élèves de l’université de Yale et fondé en 1832, ce club très fermé repose sur trois fondements : le principe de l’élection, le goût du secret et le développement d’un réseau. En effet, pour pouvoir être placé à des postes d’influence, le Bonesman est choisi et promet de taire à jamais son admission au sein de l’organisation. Skull and Bones intrigue par sa culture du mystère et l’exercice de son pouvoir occulte à travers l’Amérique. Un tel lobby aussi puissant qui fait du secret un objet de fétichisation méritait une enquête: Alexandra Robbins, journaliste d’investigation, elle-même ancienne élève de Yale, retrace ici l’histoire édifiante de cette société mystérieuse qui recrute parmi la crème de la crème de l’establishment. Un travail objectif et sérieux qui désamorce les fantasmes et permet de faire la part des choses entre mythe et réalité, entre conspiration et lobby ».

    Ce livre a été publié aux Etats-Unis sous le titre « Secrets of the Tomb – Skull and Bones, the Ivy League and the hidden paths of power ».

    ConeIndigovide« Europe Inc – Comment les multinationales construisent l’Europe et l’économie mondiale« , Observatoire de l’Europe Industrielle – B.Balanya, A.Doherty, O.Hoedeman, A.Ma’anit, E.Wesselius Stars3

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    Ce livre montre l’incroyable imbrication du pouvoir polique européen et du pouvoir économique. On découvre que les multinationales ne font pas qu’exercer une influence sur les décisions de la Commission. Elles sont en fait à l’origine de toutes mesures importantes adoptées par l’Union Européenne durant ces 25 dernières années. La monnaie unique, l’élargissement à marche forcée, la directive Bolkestein, l’«agenda de Lisbonne» (qui érige la compétitivité en objectif prioritaire de l’Union), et le projet de constitution ont été conçues en amont des institutions européennes par un « groupe de réflexion » qui rassemble les présidents des 45 plus importantes multinationales européennes, l’ERT (European Round Table).

    Le livre expose aussi le dense réseau des lobbies industriels et financiers qui gravitent autour de la Commission européenne et du Parlement, dont des organisations américaines comme la Chambre Américaine de Commerce qui exerce également une haute influence sur les décisions européennes.

    Avec une préface extrêmement percutante de Raoul-Marc Jennar.
    Ce livre est une version actualisée et complétée de « Europe Inc – liaisons dangeureuses entre institutions et milieux d’affaires européens » paru en 2000.

    ConeIndigovide« L’industrie du mensonge: Lobbying, communication, publicité et médias », John Stauber et Sheldon Rampton Stars3

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    « Duper l’opinion et plier les autorités aux intérêts des grands groupes industriels est un métier qui porte un nom: le lobbying. Ce livre révèle les procédés qu’utilisent les lobbyistes pour nous vendre aussi bien les vertus du tabac ou du nucléaire que celles des OGM ou de la guerre; il dit dans quelles circonstances et sur quelles personnes ils les emploient.

    La diversité des protagonistes abordés, des stratégies exposées et la précision des faits répondent au souci d’analyser au plus près ce domaine, qui a pris une ampleur nouvelle et que l’on peut définir comme « l’art des pratiques d’influence appliqué à la décision politique ». Un art du secret recourant à des procédés inavouables et qui donne au mensonge une place sans précédent dans nos sociétés.

    A-t-on pris assez conscience du rôle paradoxal que l’on fait jouer à « l’opinion publique »? Objet d’un immémorial mépris dissimulé derrière les discours « démocrates » qui servent de masque à la plupart des gouvernants contemporains, formés aux mêmes certitudes qu’un Machiavel convaincu de l’éternelle bêtise du peuple et de la nécessité de le manipuler. L’immense majorité de nos élites est intimement convaincue que les citoyens sont dénués des qualités de jugement qui leur permettraient d’accéder à une bonne intelligence des informations sensibles et de fonder réellement la démocratie, en un mot que nos opinions sont condamnées à se nourrir des produits de « l’industrie du mensonge ».

    La seule différence entre la philosophie de Machiavel et le pragmatisme sans portée de nos dirigeants tient précisément à la finalité inaliénable du premier: la défense de l’intérêt général. User de mensonges pour accomplir le bien public, même si ce principe reste moralement et intellectuellement condamnable, reste une attitude philosophique diamétralement opposée à celle qui fait du mensonge l’instrument de fins viles, le moyen d’un mercantilisme passant s’il le faut sur le corps de ses semblables. »

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    ConeIndigovide« Europe, la trahison des élites« , Raoul-Marc Jennar Stars3

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    « L’Europe ne dit pas ce qu’elle fait; elle ne fait pas ce qu’elle dit. Elle dit ce qu’elle ne fait pas; elle fait ce qu’elle ne dit pas. Cette Europe qu’on nous construit, c’est une Europe en trompe l’œil. » Voilà ce que pensait Pierre Bourdieu. Sa réflexion est le point de départ de ce livre.

    Aujourd’hui, l’Europe n’est pas une communauté de valeurs, mais une communauté d’intérêts où l’individualisme l’emporte chaque jour davantage sur le bien commun, à l’image d’une société américaine souvent décriée, mais de plus en plus imitée.

    A l’aide de multiples cas concrets, Raoul Marc Jennar met en évidence cette « trahison » et montre comment l’Union européenne agit à l’opposé de ce qu’elle proclame. Ses institutions ne sont pas démocratiques et transparentes, mais technocratiques et opaques. Ses politiques ne servent pas l’intérêt général, mais celui des milieux financiers et des lobbies d’affaires. Au sein de l’Organisation mondiale du commerce, elle défend parfois les propositions ultralibérales avec plus de force que les Etats-Unis. Enfin, sous couvert de  » partenariats  » avec les pays du Sud, elle se livre en fait à une véritable recolonisation de leurs économies. »

    Raoul Marc Jennar est docteur en science politique, diplômé des universités belge et française. Depuis 1999, il est chercheur sur les dossiers de l’Organisation mondiale du commerce dans l’ONG belge Oxfam Solidarité (Belgique) ainsi que pour l’Unité de recherche, de formation et d’information sur la globalisation (URFIG, France).

     

    ConeIndigovide« Une étrange dictature« , Viviane Forrester

    videVForresterBook2vide « Nous ne vivons pas sous l’emprise fatale de la mondialisation, mais sous le joug d’un régime politique unique et planétaire, inavoué, l’ultralibéralisme, qui gère la mondialisation et l’exploite au détriment du grand nombre. Son but principal : le profit, l’accroissement continu et maximal de la plus-value boursière. Loin de créer la richesse, ce système se révèle capable de détruire des pans entiers de l’activité ou de la recherche. Il crée et entretient le chômage. Il est prêt à sacrifier tous les investissements non immédiatement rentables, en particulier ceux concernant la santé et l’éducation.Cette dictature sans dictateur n’aspire pas à prendre le pouvoir, mais à avoir tout pouvoir sur ceux qui le détiennent.Nous pouvons résister à cette étrange dictature qui exclut un nombre toujours croissant d’entre nous, mais garde – c’est là le piège, et surtout notre chance – des formes démocratiques. »vide

     

    ConeIndigovide« L’horreur économique« , Viviane Forrester Stars3

    videVForresterBookvide « Nous vivons au sein d’un leurre magistral, d’un monde disparu que les politiques artificielles prétendent perpétuer. Nos concepts du travail et par là du chômage, autour desquels la politique se joue (ou prétend se jouer) n’ont plus de substance: des millions de vies sont ravagées, des destins sont anéantis par cet anachronisme. L’imposture générale continue d’imposer les systèmes d’une société périmée afin que passe inaperçue une nouvelle forme de civilisation qui déjà se pointe, où seul un très faible pourcentage de la population terrestre trouvera des fonctions. L’extinction du travail passe pour une simple éclipse alors que, pour la première fois dans l’histoire, l’ensemble des êtres humains est de moins en moins nécessaire au petit nombre qui façonne l’économie et détient le pouvoir. »« L’Horreur économique », prix Medicis 1996 de l’essai, s’est vendu en France à plus de 400.000 exemplaires, et a été traduit dans 24 langues.vide

    ConeIndigovide« Contre-feux« , Pierre Bourdieu

    videlivres_Bourdieuvide « Dans ce recueil de textes touchant des sujets variés, le célèbre sociologue joint sa voix au lot grandissant des critiques de la mondialisation et du néo-libéralisme. Les pages que Bourdieu consacre à la précarité de l’emploi sont éclairantes. Les engagements par contrats à court terme empêchent non seulement un nombre de plus en plus grand de citoyens d’avoir accès à une certaine sécurité de revenu, ils nous empêchent surtout de développer ce minimum de confiance en l’avenir pour pouvoir se révolter contre le présent, même le plus intolérable. Le sociologue démontre que la soumission aux lois du marché n’est pas le destin de nos sociétés, mais bien un choix de société, ce qui implique l’existence d’une solution de rechange. »vide

     

    ConeIndigovide« Géopolitique du chaos« , Ignacio Ramonet Stars3

    videlivres_GeopolitiqueDuChaosvide « La mondialisation, la logique des marchés et l’économie de l’information sont les nouveaux credo d’un monde où États-nations, partis, gouvernements perdent leurs repères. Changement de paradigme: la promesse du bonheur n’est plus un projet de société, mais un produit.Alors que triomphent, apparemment, la démocratie et la liberté, les censures et les manipulations font un paradoxal retour en force. De nouveaux et séduisants « opiums des masses » proposent une sorte de « meilleur des mondes« , distraient les citoyens et les détournent de l’action civique et revendicative. Dans ce nouvel âge de l’aliénation, les technologies de la communication jouent, plus que jamais, un rôle central. »vide

     

    ConeIndigovide« Propagandes silencieuses« , Ignacio Ramonet

    PropagandesSilencieuses
    « Face à la puissance nouvelle des communications de masse, la question que se posent les citoyens n’est plus: sommes-nous manipulés? Car la réponse à cette interrogation, chacun le sait, est malheureusement affirmative. Il s’agit désormais de savoir comment nous sommes mentalement influencés, contrôlés, conditionnés? A l’heure d’Internet et de la révolution numérique, ce livre tente de répondre à cette question majeure. En rappelant comment se fabrique l’idéologie, comment se construit cette silencieuse propagande qui vise à domestiquer les esprits, à violer les cerveaux et à intoxiquer les coeurs. A l’aide de nombreux exemples puisés dans la télévision ou le cinéma, il nous explique quels sont les mécanismes et les procédés de l’endoctrinement contemporain. Comment, sans que nous nous en apercevions, les nouveaux hypnotiseurs entrent par effraction dans notre pensée et y greffent des idées qui ne sont pas les nôtres. Ainsi, par exemple, dans les modernes sociétés médiatiques, un enfant de quatre ans, avant même d’entrer à l’école, a déjà été soumis à plusieurs milliers d’heures de télévision et a gavé ses yeux de suggestions éphémères rapidement évanouies. Evanouies? Pas entièrement, nous dit Ignacio Ramonet, car toutes ces images (spots publicitaires, films-catastrophes, séries policières, comédies, scènes de guerre et de violence…) laissent des traces subliminales dont l’influence, à la longue, finit par fortement déterminer nos comportements. Et par réduire notre liberté. »

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    ConeIndigovide« Les nouveaux chiens de garde« , Serge Halimi Stars3

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    « Les médias français se proclament « contre-pouvoir ». Mais la presse écrite et audiovisuelle est dominée par un journalisme de révérence, par des groupes industriels et financiers, par une pensée de marché, par des réseaux de connivence.

    Alors, dans un périmètre idéologique minuscule, se multiplient les informations oubliées, les intervenants permanents, les notoriétés indues, les affrontements factices, les services réciproques.

    Un petit groupe de journalistes omniprésents – et dont le pouvoir est conforté par la loi du silence – impose sa définition de l’information-marchandise à une profession de plus en plus fragilisée par la crainte du chômage. Ces appariteurs de l’ordre sont les nouveaux chiens de garde de notre système économique. »

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    ConeIndigovidevide« La fabrique de l’opinion publique« , Noam Chomsky

    videlivres_Chomsky_Consent.jpg « Ce livre (dont le titre original est « Manufacturing Consent ») est la source de la pensée politique du célèbre linguiste Noam ‰.Comment se met en place un discours médiatico-politique dans une nation prospère? Qui désigne les ennemis d’un peuple et décide des guerres justes que celui-ci doit mener? Comment l’imaginaire collectif distingue les bonnes victimes des mauvaises? Quel rôle joue les institutions, les lobbies, les multinationales et le fameux « quatrième pouvoir » dans la fabrication d’une opinion publique? Disséquant le discours médiatique sur la politique américaine des 40 dernières années, Noam Chomsky et Edward S. Herman livrent une analyse sans concession du système d’information aux Etats-Unis. »vide

     

    ConeIndigovide« Un totalitarisme tranquille« , André Bellon et Anne-Cécile Robert

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    « Prétendre que notre société génère, et ce de façon paisible, une forme de totalitarisme peut être reçu comme une agression inacceptable. Et pourtant! Sommes-nous encore en démocratie? Certes, on nous en parle à longueur de journée. Mais ce n’est pas parce qu’on invoque perpétuellement quelque chose que cette chose existe. L’élection présidentielle américaine vient d’illustrer les incohérences des discours officiels.

    La démocratie est en danger; au-delà des incantations, un travail de sape dépossède le citoyen de tout pouvoir politique et le peuple de toute souveraineté; la démocratie se vide de son contenu concret, elle est battue en brèche à la fois par les intérêts économiques dominants et par la passivité des esprits. Face à l’idéologie qui nous entraîne petit à petit, au nom de la modernité et de l’Europe, dans « l’après démocratie », l’ouvrage montre que les clés d’un renouveau de la démocratie sont à portée de main. »

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    ConeIndigovide« Vivre et penser comme des porcs – De l’incitation à l’envie et à l’ennui dans les démocraties-marchés » Gilles Châtelet

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    « Etre passé de la chair à canon à la chair à consensus et à la pâte à informer est certes un progrès. Mais ces chairs se gâtent vite: la matière première consensuelle se transforme en une unanimité populiste des majorités silencieuses qui n’est jamais innocente.
    A ce populisme classique se greffe désormais un nouveau populisme yuppie, un techno-populisme qui entend bien afficher sa postmodernité carnassière, prompte à digérer le best-of des biens et services de la planète.
    Gilles Châtelet dénonce la « Triple Alliance » politique, économique et cybernétique des néo-libéraux, qui cherche à rendre rationnelle et même festive la « guerre de tous contre tous ».vide

     

    ConeIndigovide« Cybermonde, la politique du pire« , Paul Viriliot

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    Paul Virilio est l’une des rares sentinelles à oser dénoncer les dangers d’une révolution cybernétique. S’insurgeant contre le fantasme de la démocratie virtuelle, il lance ici un véritable appel à la résistance. Il réfléchit à haute voix sur les conséquences morales, politiques et culturelles de l’accélération du temps mondial, le cybermonde. Ce dialogue passionné débouche sur une interrogation profonde sur le sens du temps et celui de notre présence au monde.
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    ConeIndigovide« La vie en miettes, expérience post-moderne et moralité », Zygmut Bauman

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    « Zygmut Bauman, penseur atypique et inspiré, décrit d’abord dans ce livre majeur l’expérience contemporaine avec son temps accéléré, ses rencontres décousues, ses engagements momentanés, son obsession de la forme, la recherche de la sensation vraie, la vie dans le déplacement, la rencontre de l’étranger dans le tourisme ou la xénophobie, le commerce de la violence, la surveillance de la vie et la toute puissance technique. En même temps, profondément influencé par Levinas, Bauman retrouve au milieu des décombres de l’ordre ancien l’urgence et l’instance d’autrui. Là où la vie est en miettes, il reste le défi de la rencontre d’autrui. Comment vivre sans codes ni règles sans tomber dans le chaos? Comment vivre humainement en dépit du fait que la vie est en miettes? Son livre est à la fois étonnament lucide, démystificateur et paradoxalement optimiste. »vide

    ConeIndigovide« Tous fichés« , Jacques Henno

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    La surveillance totale a commencé:
    - 12 mai 2005, un vol d’Air France est dérouté par erreur par les autorités Américaines sur l’aéroport de Bangor…
    - Fin 2004, le fond américain Carlyle, proche du Pentagone et de la CIA, tente de racheter à Air France, Ibéria et Lufthansa, leur système de réservation Amadeus…
    - Fin 2003, début 2004 : Acxiom, société sous-traitante du Pentagone, absorbe Claritas et Consodata,les 2 leaders français du data-mining et de la gestion de bases de données, contrôlant ainsi des fichiers sur plus de vingt millions de Français…

    Ces 3 faits ont un point commun: ils annoncent « SURVEILLANCE TOTALE » (« Total Awareness »), le programme américain le plus démesuré et sans doute le plus contestable, de lutte contre le terrorisme par la mise sous fiche de la planète toute entière.

    Comment est conçu « Surveillance totale »?
    Quels risques pour les libertés individuelles de chacun ?
    Comment les instances gouvernementales françaises et européennes ont-elles cédé aux pressions américaines ?
    Etes-vous fichés ? Comment le savoir ?
    Quels risques encourez-vous ? Comment réagir ?

    Dans une enquête minutieuse et passionnante, Jacques Henno dévoile la genèse de ce programme sécuritaire inouï. Il décortique les mécanismes, les faiblesses et les perspectives inquiétantes que ce dispositif planétaire ouvre pour nos sociétés.

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    ConeIndigovide« Surveillance électronique planétaire« , Duncan Campbell et Heloïse Esquié

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    Le rapport officiel commandé par l’Union Européenne sur le réseau d’écoutes américain Echelon.

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    ConeIndigovide« Un bonheur insoutenable« , Ira Levin Stars3

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    Dans le futur, les nations ont aboli les guerres et la misère. Mais à quel prix? Entièrement gouvernés et surveillés par un ordinateur géant, les hommes sont uniformisés et privés de toute pensée originale, au moyen d’un implant et d’un traitement hormonal hebdomadaire obligatoire…

    Un roman de SF entre « 1984″ d’Orwell, « Le meilleur des mondes » d’Huxley et le film « Equilibrium« .

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    ConeIndigovide« Eternity Express« , Jean-Michel Truong 

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    « Des hommes et des femmes ont acheté très cher le droit de finir leur vie dans un endroit de rêve: Clifford Estates, une ville construite de toutes pièces au fin fond de la Chine. Eternity Express est le récit du voyage qui les y conduit. C’est une destination idyllique, certes, mais imposée par la loi.A travers les réflexions et les souvenirs d’un des voyageurs, Jonathan (le narrateur, qui est médecin), se révèle peu à peu toute l’horreur économiquement correcte d’une société décidée à appliquer sans frémir la loi du profit. Car ce sont les effets conjugués de la démographie et de l’économie occidentale ruinée qui ont conduit les pays à adopter cette loi de « délocalisation du troisième âge »: l’Europe ne peut plus nourrir ses papyboomers. »vide

    ConeIndigovide« No Logo« , Naomi Klein

    livres_NoLogo 
    « Aujourd’hui, le village est planétaire, et la société de consommation dominée par les marques. (…) Les multinationales ne se sont pas contentées de bouleverser les mentalités et le monde du travail, elles ont modifié l’économie de nombreux pays. Dans cette course au profit, beaucoup sont en effet passés maîtres dans l’art de bafouer les droits de l’homme: l’esclavage moderne existe dans les zones franches industrielles ou dans certains Etats du Tiers-Monde, véritables paradis fiscaux pour sociétés capitalistes. Pendant ce temps, en Occident, les usines ferment les unes après les autres et migrent sous des cieux plus complaisants, les mises à pied massives se succèdent à un rythme effréné, les contrats à temps partiel ou intérimaires remplacent les emplois permanents, les acquis sociaux sont laminés, voire disparaissent.

    Mais le nombre augmente de ceux qui prônent l’urgence d’une mobilisation vigilante, et qui dénoncent les abus commis par les grandes sociétés. Venant de partout, ils se rencontrent, se regroupent et s’organisent sur l’Internet: ils veulent récupérer l’espace, la rue, la forêt dont on les a privés, ils réclament des emplois et des conditions de travail décents, un partage plus équitable des énormes bénéfices des multinationales, ils refusent d’acheter des produits pour lesquels d’autres, à des milliers de kilomètres de chez eux, paient le tribut de la sueur et parfois du sang. Ce nouveau militantisme, reflet de la pluralité sociale et ethnique de bon nombre de pays, a déjà gagné des batailles contre les logos mastodontes. Les événements de Seattle ou de Prague l’ont prouvé: il est encore temps de dire non à la tyrannie des marques. »

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    ConeIndigovide« La mondialisation racontée à ceux qui la subissent« , Hervé-René Martin

    livres_HRMartin 
    « Nous vivons tous aujourd’hui sous le règne de ce que nous appelons la Mondialisation, sans pour autant savoir que ce terme recouvre exactement. Connaît-on par exemple ses effets sur le contenu de notre assiette: des aliments transgéniques à la vache folle, en passant par les édulcorants de synthèse et leur propension à nous provoquer des tumeurs au cerveau? Sait-on à quel point elle participe de la croissance du chômage, de la violence urbaine et de la montée de l’extrême-droite dans les pays du Nord? Mais aussi de la déforestation, de la famine, et du retour de l’esclavage dans les pays du Sud? A-t-on idée de son influence sur nos conditiens de travail, le niveau de nos salaires ou encore le taux de faillite de nos entreprises? La question que se pose le héros de ce livre, un détective qui vit retiré dans la montagne d’où il mène son enquête entre explorations sur Internet et conversations avec le charpentier du village, est: Qui c’est, la mondialisation? Mais si la question peut paraître naïve, la réponse se révèle, elle, beaucoup plus inquiétante. »

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    ConeIndigovide« Le procès de la mondialisation« , Edouard Goldsmith et Jerry Mender

    livres_ProcesMondialisation 
    Les plus grands spécialistes mondiaux étudient les différents processus de la mondialisation et son impact sur les aspects de la vie: aggravation de la pauvreté et de l’exclusion, démantèlement des économies locales, homogénéisation de la culture, menaces sur les milieux naturels, sur la santé, sur la diversité biologique, sur les processus démocratiques…

    Le livre analyse les rouages de la mondialisation: moteur (libéralisme), but (marchandisation du monde), effets (crises sociales, économiques, politiques et environnementales). Il propose des solutions afin que l’économie soit au service de l’homme et non le contraire.

    « Le procès de la mondialisation » a reçu le prix du meilleur livre politique de l’année lors de sa sortie aux États-Unis.

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    ConeIndigovide« La chaine invisible – Travailler aujourd’hui: Flux tendu et servitude volontaire », Jean-Pierre Durandlivres_ChaineInvisible 
    « Au cours des vingt dernières années, le monde du travail a changé de planète. Flexibilité de la main-d’œuvre, annualisation du temps de travail, précarité des contrats, exigence de qualité totale, déclin de la notion objective de qualification au profit de la « compétence » définie par l’employeur, plans sociaux dans les entreprises rentables, implication et responsabilisation des travailleurs, organisation en réseau, etc. Une même logique implacable lie toutes les dimensions de cette métamorphose: l’impératif du flux tendu », sans stocks, sans pause dans la circulation du produit, pousse à l’extrême l’exploitation du temps de travail pour satisfaire des exigences de rendement inédites dans l’histoire du capitalisme.

    Pourquoi les travailleurs et les syndicats ont-ils si peu résisté, et parfois collaboré, à une mutation qui intensifie le travail sans améliorer sa rémunération? La peur entretenue du chômage n’est qu’une part de la réponse. La sociologie du travail révèle en effet les stratégies et les jeux sociaux déployés par les individus pour sortir du flux tendu, ou le rendre acceptable, voire gratifiant. Mais cette implication contrainte des salariés participe aussi d’une stratégie délibérée de gestion du travail pour les conduire à internaliser la contrainte de rentabilité, à ne plus concevoir la distinction entre leur intérêt et celui de leur patron.

    Loin du rapport de domination brute à l’ancienne, le nouveau capitalisme met en place une chaîne invisible, auto-entretenue par ceux-là mêmes qu’elle aliène, une chaîne de servitude volontaire. »

    Jean-Pierre Durand est professeur de sociologie à l’université d’Évry où il dirige le Centre de recherche Pierre Naville.

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    ConeIndigovide« Les économistes contre la démocratie – Pouvoir, mondialisation et démocratie », Jacques Sapir  

    livres_EcoDemo « L’économie s’est-elle substituée à la politique? Tel est peut-être le souhait de certains économistes. Ce livre a pour cible un discours économique qui cherche à vider l’action politique de son sens, un discours qui, sous les dehors d’une soi-disant rigueur scientifique est en réalité profondément anti-démocratique. A travers l’apologie que font certains économistes des agences indépendantes et de la globalisation, c’est le vieux fond libéral hostile à toute forme de souveraineté populaire qui s’exprime. Sous prétexte de parler d’économie, ces économistes veulent nous vendre un droit et une organisation sociale qui les laisseraient libres de tout contrôle et de toute responsabilité. Ce livre analyse le lien qui existe entre une faillite théorique et des comportements souvent douteux. On montre comment le discours de l’économie dominante veut enfermer le citoyen dans un espace qui n’aurait d’autres bornes que la technique et la compassion. Ceci dévoile le projet de faire de l’expert le seul citoyen habilité à peser sur les décisions importantes. Au fur et à mesure que l’expertise des économistes perd en efficacité monte une nouvelle idéologie, l’expertisme. Elle se construit en négation de la chose publique, la République. »
     

    ConeIndigovide« La grande désillusion« , Joseph E. Stiglitz et Paul Chembla Stars3

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    « Aujourd’hui, la mondialisation, ça ne marche pas. Ça ne marche pas pour les pauvres du monde. Ça ne marche pas pour l’environnement. Ça ne marche pas pour la stabilité de l’économie mondiale ». L’auteur de ces lignes? Le professeur Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, ancien conseiller de Bill Clinton, qui en novembre 1999 a démissionné de son poste d’économiste en chef et vice-président de la Banque mondiale: « Plutôt que d’être muselé, j’ai préféré partir », expliquera-t-il.

    Son livre est un constat qui vaut réquisitoire: preuves à l’appui, il démontre que les règles du jeu économique mondial ne sont souvent fixées qu’en fonction des intérêts des pays industrialisés avancés – et de certains intérêts privés en leur sein -, et non de ceux du monde en développement. Car la mondialisation n’a pas seulement mis l’économie au-dessus de tout, mais aussi une vision particulière de l’économie, le fanatisme du marché. Politique d’austérité, libéralisation des marchés des capitaux et privatisations sont appliquées aveuglément, en dépit de leur échec avéré, à tous les pays, en particulier aux pays en transition et du Sud.

    À lire Joseph Stiglitz, on a le sentiment de comprendre les vrais enjeux du monde d’aujourd’hui, de saisir toute l’urgence d’une réforme en profondeur du statut et des politiques préconisées par les institutions financières internationales. »

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    ConeIndigovide« Petit manuel simplifié pour comprendre la mondialisation« , Angela Barthes 

    livres_ManuelMondialisation 
    Après un rapide rappel des processus historiques et des logiques de la mondialisation libérale, l’auteur décortique, grâce à de nombreuses données d’organismes officiels, les mécanismes fondamentaux à l’oeuvre. Elle explique l’importance hégémonique du capital financier, la hiérarchisation des pôles mondiaux de décision et son système associé d’interdépendance asymétrique (la dette, la dégradation des termes de l’échange). Elle que la fracture sociale (la pauvreté, l’immigration ou la délinquance) est une résultante structurelle de la mondialisation ainsi que les multiples conflits armés ou guerres qui se déroulent actuellement sous nos yeux.

    L’auteur engage également une réflexion sur le rôle des principaux acteurs en montrant l’action prépondérante des grandes sociétés transnationales et des organismes internationaux tels que le FMI ou l’OMC.

    Spécialiste de géopolitique, Angela Barthes est maître de conférences à l’Université de Provence.

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    ConeIndigovide« Révélations« , Denis Robert et Ernest Backes

    livres_DenisRobert1 

    Ce livre raconte, de l’intérieur, l’histoire secrète de Clearstream, une « chambre de compensation » créée par une association de banques en 1971 et devenue en moins de trente ans un véritable monstre financier, chargé de faire transiter des fonds et des valeurs sur toute la planète. Depuis le Luxembourg les ordinateurs de cette firme brassent des trillions de dollars et d’euros. Clearstream est la « banque des banques », un centre névralgique de la finance internationale où des millions de transactions sont effectuées chaque jour, en toute opacité et hors de tout contrôle.

    L’enquête de Denis Robert nous conduit là où personne n’a jamais pu pénétrer: dans les coulisses de la finance internationale. Sur les pas d’Ernest Backes, l’insider (le témoin de l’intérieur, ancien n°3 de Clearstream), nous découvrons avec effroi des activités inavouables: dissimulations de compte au nom des institutions les plus honorables, complicité avec des banques mafieuses, ramifications innombrables avec affaires existantes en France et ailleurs, circuits de blanchiment de narcodollars ou paiement de rançons… Pas une page ou presque sans révélations.

    Denis Robert est écrivain et journaliste à Libération.

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    ConeIndigovide« Démocratie-business – La vérité sur la mondialisation, les privatisations, les fraudes et les délits d’initiés », Greg Palastlivres_DemocratieBusiness_sSi vous recevez régulièrement une facture d’électricité, vous découvrirez dans ce livre comment la privatisation de l’énergie a systématiquement fait exploser les prix payés par les consommateurs, de la Grande-Bretagne à l’Argentine – sans parler des 379 % d’augmentation en Californie pour une seule année. A l’heure de la privatisation d’Électricité et Gaz de France, de Swisscom en Suisse, vous verrez, documents à l’appui, comment les sociétés privées sabotent leurs propres installations et magouillent pour en tirer d’énormes profits.

    Par le passé, dans le monde entier, des gouvernements ont dépensé des milliards à construire des systèmes de canalisation d’eau, sans pour autant en attendre de profits en retour. L’OMC et la Banque mondiale appellent ça du gachis. Vous verrez dans ce livre comment ils ont prévu de vous le faire payer.

    Greg Palast est l’un des plus célèbre journalistes d’investigation aux États-Unis. Il travaille en particulier pour le Guardian et la BBC. C’est lui qui a rendu public le trucage de l’élection de George Bush en 2000. Il a reçu le prix « Project Censored » de l’université de Californie et le prix « David Thomas » du Financial Times. Expert reconnu du fonctionnement du pouvoir et des grandes multinationales commerciales, ses écrits sont étudiés à l’université de Cambridge ou de Sao Paulo. »

    ConeIndigovide« Enron, la faillite qui ébranla l’Amérique« , A.S.Chassany et J-Ph.Lacour

    videlivres_Enron « Dallas, le 3 décembre 2001: Enron se place sous la protection de loi américaine sur les faillites. De mémoire de trader, d’homme d’affaires et de petit porteur, c’est la plus importante défaillance de l’histoire récente des Etats-Unis. Avec son chiffre d’affaires de plus de 100 milliards de dollars, le mastodonte texan de l’énergie n’était donc pas invincible. Les investisseurs et les bourses sont pris de panique. La chute d’Enron a été fulgurante. Personne n’a pu anticiper une telle catastrophe, et surtout pas les spécialistes de la finance, qui n’avaient cessé de recommander aux épargnants d’acheter le titre. Fraudes, malversations, mensonges, enrichissements personnels; collusion avec le pouvoir politique… Après la gloire, l’heure est bien à la vérité. Et la vérité n’est pas belle à voir: c’est le véritable visage du capitalisme effréné que dévoile l’histoire de cette faillite. Sur un rythme de thriller, cette enquête, menée par deux journalistes, révèle la face cachée de l’aventure Enron: de la prodigieuse ascension à la débâcle vertigineuse d’un géant américain. »vide

    ConeIndigovide« Ils vont tuer le capitalisme« , Claude Bébéar

    livres_BebearCapitalisme « De l’affaire Enron à la chute de Vivendi, de l’éclatement de la bulle internet à la crise de confiance que traversent les marchés, la planète vit désormais dans la hantise d’un effondrement de tout le système économique et financier. Mais qui veut saboter le capitalisme? Pourquoi des analystes financiers, des banquiers d’affaires et des patrons mégalos ou sans scrupules semblent-ils s’acharner à scier la branche sur laquelle ils sont assis? Et que peut-on faire pour remettre sur pied un capitalisme à visage humain en y injectant de la confiance et de la responsabilité?

    Dans ce livre d’entretiens, Claude Bébéar, fondateur et président du conseil de surveillance d’AXA (leader mondial de l’assurance), apporte son témoignage, celui d’un chef d’entreprise révolté par les excès qu’il a vu se multiplier autour de lui. Avec pédagogie, il décrypte les phénomènes de spéculation, de panurgisme et de dérive des egos qui ont causé la déroute de tant d’entreprises flamboyantes et d’épargnants de bonne foi. »
     

    ConeIndigovide« Le capitalisme est en train de s’autodétruire« , Patrick Artus, Marie-Paule Virard

    livres_PatrickArtus « Le capitalisme est-il en train de s’autodétruire? La question peut sembler saugrenue, voire provocatrice, au moment même où les grandes entreprises de la planète, y compris en France, affichent des profits insolents, rémunèrent très confortablement leurs dirigeants et distribuent des dividendes records à leurs actionnaires…

    Alors que la croissance économique – en Europe en tout cas – stagne, que les délocalisations se multiplient et que chômage et précarité s’aggravent, on comprend que le débat devienne vif sur la légitimité d’une telle captation de richesses.

    Dans ce livre, les auteurs n’y vont pas par quatre chemins pour qualifier ce paradoxe: c’est au moment où le capitalisme n’a jamais été aussi prospère qu’il apparaît le plus vulnérable, et nous avec lui. Parce qu’il s’agit d’un capitalisme sans projet, qui ne fait rien d’utile de ses milliards, qui n’investit pas, qui ne prépare pas l’avenir.

    Et face au malaise social, les gouvernements ne traitent le plus souvent que les symptômes, faute de prendre en compte le fond du problème. Ce problème, c’est l’absurdité du comportement des grands investisseurs, qui exigent des entreprises des résultats beaucoup trop élevés. Du coup, elles privilégient le rendement à trois mois plutôt que l’investissement à long terme, quitte à délocaliser, à faire pression sur les salaires et à renoncer à créer des emplois ici et maintenant. Voilà pourquoi il est urgent, expliquent les auteurs, de réformer profondément la gestion de l’épargne, d’imposer de nouvelles règles de gouvernance aux gérants comme aux régulateurs. Faute de quoi on n’évitera pas une nouvelle crise du capitalisme, avec toutes ses conséquences politiques et sociales. »

    Patrick Artus est directeur des études économiques du Groupe Caisse d’épargne et de la Caisse des dépôts et consignations, professeur à l’Ecole polytechnique et professeur associé à l’université Paris I-Panthéon-Sorbonne.
    Marie-Paule Virard est rédactrice en chef du magazine Enjeux-Les Echos.

     

    ConeIndigovide« Le capitalisme total« , Jean Peyrelevade 

    livres_Peyrelevade 
    « Le capitalisme moderne est organisé comme une gigantesque société anonyme. À la base, trois cents millions d’actionnaires contrôlent la quasi-totalité de la capitalisation boursière mondiale. Souvent d’âge mûr, de formation supérieure, avec un niveau de revenus relativement élevé, ils confient la moitié de leurs avoirs financiers à quelques dizaines de milliers de gestionnaires pour compte de tiers dont le seul but est d’enrichir leurs mandants. Les techniques pour y parvenir s’appuient sur les règles du  » gouvernement d’entreprise  » et conduisent à des exigences de rentabilité excessives. Elles transforment les chefs d’entreprise en serviteurs zélés, voire en esclaves dorés des actionnaires, et polluent de pure cupidité la légitime volonté d’entreprendre. Ainsi le capitalisme n’est pas seulement le modèle unique d’organisation de la vie économique mondiale : il est devenu  » total  » au sens où il règne sans partage ni contre-pouvoir sur le monde et ses richesses. »

    Jean Peyrelevade a été successivement président de Suez, UAP, et du Crédit Lyonnais. Il fut également le directeur-adjoint du cabinet de Pierre Mauroy (1981-1983). Longtemps professeur d’économie à l’École polytechnique, il a écrit plusieurs ouvrages sur l’évolution du capitalisme contemporain.

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    ConeIndigovide« Keynes ou l’économiste citoyen« , Bernard Maris

    videlivres_Keynes « Proche du courant post-keynésien, Bernard Maris s’emploie à redécouvrir les fondements du message de l’économiste anglais: l’économie de marché est foncièrement instable. Il y règne l’incertitude sur l’avenir, l’irrationalité et le mimétisme des comportements. Chômage, déséquilibres, bulles financières, caractérisent le capitalisme. Si Keynes reconnaît qu’il permet la satisfaction des besoins humains, l’accumulation du capital, « l’argent pour l’argent » ne saurait être la fin de l’activité humaine. Il faut remettre la cité au premier plan et « l’économie au vestiaire ». Plus qu’une nouvelle interprétation, ce petit livre percutant présente l’homme Keynes dont les passions, les utopies et la vision du monde sont inséparables de la théorie. »vide

    ConeIndigovide« L’illusion économique« , Emmanuel Todd livres_IllusionEconomique 

    « Le degré d’adhésion des classes dirigeantes d’une nation au libre-échangisme est inversement proportionnel à l’évolution de leur niveau culturel: plus celui-ci baisse, plus les thèses mondialistes prospèrent. Non seulement l’ouverture des frontières commerciales s’est plutôt traduite par un tassement de la croissance mondiale, mais elle a en plus favorisé un retour spectaculaire des inégalités au sein des nations développées. La construction européenne façon Maastricht exprime un saut irréaliste dans l’idéologie, fruit combiné d’une utopie monétaire qui nie l’existence des diversités nationales et d’une utopie libre-échangiste, masque emprunté par une élite malthusienne pour défendre son idéal inégalitaire. » L’Expansion – Henri Gibier

    « Les croyances collectives tendent à s’effriter sous les coups portés aux sentiments nationaux par des élites culturelles, adeptes de la « pensée zéro », qui affichent leur impuissance face à un phénomène économique jugé inéluctable et extérieur: la mondialisation. (…)
    À la double utopie, économique et monétaire, d’une mondialisation dont les contre-performances sont patentes, et à la démission des classes dirigeantes, Emmanuel Todd oppose un retour à une forme de protectionnisme national dans les relations commerciales extérieures, qui permettrait le renforcement du libéralisme à l’intérieur, la relance de la demande globale, et par là même un véritable retour à l’idéal démocratique égalitaire, actuellement largement bafoué par les élites dirigeantes. »
     Futuribles – Stéphanie Debruyne

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    ConeIndigovide« J’accuse l’économie triomphante« , Albert Jacquard  

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    Il n’y a plus de jour où l’on ne nous affirme que l’économie gouverne le monde, que les lois de la rentabilité et du marché constituent une vérité absolue. Quiconque conteste cette nouvelle religion est aussitôt traité d’irresponsable. Mais une société humaine peut-elle vivre sans autre valeur que la valeur marchande? Prenant ses exemples dans les domaines les plus variés – logement, emploi, santé, environnement, alimentation… – Albert Jacquard démontre les méfaits de l’économisme triomphant et fanatique qui prétend aujourd’hui nous gouverner. Economiste et scientifique, il expose ici en des pages rigoureuses et claires, appuyées sur une vaste information, les convictions qui fondent son engagement. Il nous invite à refuser la fatalité inhumaine de l’intégrisme économique.

    ConeIndigovide« Mal de Terre« , Hubert Reeves

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    « Notre planète va mal: réchauffement climatique, épuisement des ressources naturelles, pollutions des sols et de l’eau provoquées par les industries civiles et guerrières, disparité des richesses, malnutrition des hommes, taux d’extinction effarant des espèces vivantes, etc.La situation est-elle vraiment dramatique? Que penser des thèses qui contestent ce pessimisme? A partir des données scientifiques les plus crédibles -et de leurs incertitudes-, Hubert Reeves dresse un bilan précis des menaces qui pèsent sur la planète. Son diagnostic est alarmant: si la vie sur Terre est robuste, c’est l’avenir de l’espèce humaine qui est en cause. Le sort de l’aventure humaine, entamée il y a des millions d’années, va-t-il se jouer en l’espace de quelques décennies? Notre avenir est entre nos mains. Il faut réagir, et vite, avant qu’il ne soit trop tard. »vide

    ConeIndigovide« Stop« , Laurent de Bartillat et Simon Retallack  Stars3

    livres_Stop 

    Un livre choc sur l’état de la planète, avec 450 pages d’images fortes et de textes écrits par 25 participants: Arundhati Roy, Edgar Morin, Corinne Lepage, Mikhaïl Gorbatchev, Robert F. Kennedy Jr, Robert Redford, le chef Raoni, Susan George, Edward Goldsmith…

    « Les catastrophes écologiques se multiplient. Nous dilapidons les ressources de la planète. La gangrène de la pollution fait chaque jour un peu plus de ravages. Les états reportent a plus tard des décisions urgentes pour la survie de nos enfants. D’énormes pressions politiques et économiques bloquent l’émergence d’un monde plus durable. Pourquoi? Nous le savons tous, la planète est en danger! Comment réagir? Ce livre apporte des réponses et surtout des solutions claires et accessibles qui prouvent que des alternatives sont possibles. Mais le temps presse. Un texte fondamental, une documentation spectaculaire, «Stop» peut et doit contribuer à déclencher la prise de conscience dont le monde a besoin. »

    Laurent de Bertillat est photographe, auteur et réalisateur de documentaire sur le thème de l’environnement. Simon Retallack est le directeur éditorial de « The Ecologist ».

    ConeIndigovide« Le syndrome du Titanic« , Nicolas Hulot

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    « Les jours du monde tel que nous le connaissons sont comptés. Comme les passagers du Titanic, nous fonçons dans la nuit noire en dansant et en riant, avec l’égoïsme et l’arrogance d’êtres supérieurs convaincus d’être «maîtres d’eux-mêmes comme de l’univers».Et pourtant, les signes annonciateurs du naufrage s’accumulent: dérèglements climatiques en série, pollution omniprésente, extinction exponentielle d’espèces animales et végétales, pillage anarchique des ressources, multiplication des crises sanitaires. Nous nous comportons comme si nous étions seuls au monde et la dernière génération d’hommes à occuper cette Terre: après nous, le déluge?Notre planète est un espace exigu, aux équilibres précaires. Ce livre est un ultime cri d’ alerte avant de céder au désespoir: si nous tous, riches comme pauvres, ne modifions pas immédiatement notre comportement pour faire «mieux avec moins» et mettre l’écologie au centre de nos décisions individuelles et collectives, nous sombrerons ensemble. »vide

    ConeIndigovide« Ces maladies crées par l’homme – Comment la dégradation de l »environnement met en péril notre santé », Dr Dominique Belpomme

    livres_Belpomme 

    Jusqu’aux années 1970, il n’existait pas de cancérologues en France. Cette discipline n’était, en effet, pas reconnue par l’ordre des médecins. L’un des premiers à exercer cette nouvelle fonction fut le professeur Belpomme.

    Or, depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès provoqués par le cancer, en France, a doublé: 150 000 morts par an! La croissance de cette mortalité s’observe dans tous les pays industrialisés. Il apparaît en effet que la plupart des cancers sont une conséquence de la pollution de notre environnement. C’est donc un tableau très noir, et pour tout dire passablement effrayant, que le professeur Belpomme brosse de notre avenir sanitaire. « On soigne les malades atteints du cancer, constate-t-il, et non l’environnement qui est lui-même malade. » Le cancer est donc devenu « une maladie de civilisation » comme le définissait déjà René Dubos. C’est le cas d’un grand nombre de nos maladies qui ne sont plus d’origine naturelle, mais artificielles, fabriquées en quelque sorte par l’homme lui-même. Tel est le cas, en particulier des stérilités masculines, des malformations congénitales, de la plupart des maladies cardiovasculaires, de l’obésité, de certains diabètes, des infections nosocomiales, des allergies, de l’asthme…

    Sur les 150.000 morts par an en France par cancer, il n’y en a que 30.000 dont le décès est lié au tabac. Il reste donc à expliquer les 120.000 autres cas liés au stress et à notre mode de vie en général.

    Dominique Belpomme, président de l’association française pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse (Artac) et directeur du centre d’évaluation de la recherche sur le cancer (Cerc) est l’un des acteurs majeurs du « plan cancer » lancé par le président de la République.

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    ConeIndigovide« La société cancérigène« , Geneviève Barbier et Armand Farrachi

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    Le cancer est aujourd’hui la deuxième cause de mortalité en France, la première chez les hommes. Pourquoi la lutte, qui s’est concentrée sur les soins la recherche de nouveaux traitements et le tabac, connaît-elle un tel échec, malgré l’énormité des sommes engagées? Et si l’on se trompait de cible? S’il fallait inventer d’autres voies? Inverser la perspective? Ne plus s’attaquer seulement aux effets et aux facteurs de risque individuels, mais aussi aux causes sociales, professionnelles et environnementales?

    Le livre dénonce, chiffres à l’appui, les silences des discours officiels et les intérêts de bien des lobbies. Car la disparition du cancer serait préjudiciable à des pans entiers de notre économie. Veut-on vraiment faire reculer le cancer? Ce livre décapant, qui allie la conviction à la rigueur scientifique, démontre que cette maladie n’est pas une fatalité.

    Geneviève Barbier est médecin, membre du Syndicat de la médecine générale, et membre du comité de rédaction de la revue « Pratiques, les cahiers de la médecine utopique »
    Armand Farrachi, romancier et essayiste, a notamment publié « Les Ennemis de la Terre » et « Les Poules préfèrent les cages ».

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    ConeIndigovide« La mafia pharmaceutique et agro-alimentaire« , Dr Louis de Brouwer

    livres_MafiaPharma 

    La medecine moderne est gérée par une oligarchie puissante issue des grands groupes chimico-pharmaceutiques qui parviennent à conditionner les choix des gouvernements, des politiques et des institutions de la santé grâce à de prodigieux moyens financiers.

    Des médicaments, des vaccins, des produits alimentaires dangeureux sont mis sur le marché et y demeurent, malgré les accidents provoqués.

    En s’appuyant sur une documentation rigoureuse, le Dr De Brouwer démontre l’existence de fraudes, d’abus de confiance, et d’escroqueries au sein de notre système de santé.

    Louis de Brouwer est docteur en médecine, spécialiste en biologie moléculaire et en homéopathie. Outre le fait d’avoir été l’un des médecins de François Mitterand, le Dr De Brouwer est consultant pour l’UNESCO. Il préside ou anime plusieurs associations qui luttent contre la « pollution médicamenteuse » ou contre la vivisection.

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    ConeIndigovide« Le complexe médico-industriel« , ATTAC

    videlivres_AttacMedecinevide « Depuis une trentaine d’années, dans tous les pays développés, les systèmes de santé ont subi de profondes transformations dues à l’emprise croissante des lobbies et des intérêts privés sur les politiques publiques. Par analogie avec le  » complexe militaro-industriel  » dénoncé par Eisenhower en 1958, on peut désormais parler d’un  » complexe médico-industriel « . C’est lui qui dicte les pratiques médicales en transformant maladie et santé en marché pour consommateurs de soins et de médicaments.Ce véritable hold-up financier, que cet ouvrage analyse dans le détail, remet en cause des acquis de civilisation. Contre la rapacité des multinationales de la pharmacie, une autre logique, celle du bien commun, est possible. »vide

    ConeIndigovide« Au nom de la science« , Andrew Goliszek

    livres_Goliszek 

    Malgré sa violence, cette enquête est bien plus qu’un inventaire cauchemardesque, une variation de plus sur le grand complot mondial contre notre santé. Cette synthèse passionnante est surtout un outil formidable de compréhension des mécanismes de recherche, de production et de contrôle des industries militaires et de la santé. Pour la première fois, industriels et organismes d’état sont mis face à leurs responsabilités. A l’heure où notre regard sur la médecine évolue de jour en jour, où un changement profond de nos modes de consommation des produits de santé s’impose, Au nom de la Science est un appel à la vigilance, une clé essentielle pour ne plus subir, mais combattre les crimes et aberrations commis par certains industriels et nos gouvernements… au nom de notre santé à tous! Une enquête stupéfiante: les scandales d’un siècle d’expérimentation secrète sur l’être humain.

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    ConeIndigovide« Les confessions d’un assassin financier – Révélations sur la manipulation des économies du monde par les Etats-Unis », John Perkins  New3livres_JohnPerkins 

    « Les assassins financiers, écrit John Perkins, sont des professionnels grassement payés qui escroquent des milliards de dollars à divers pays du globe. Leurs armes principales: les rapports financiers frauduleux, les élections truquées, les pots-de-vin, l’extorsion, le sexe et le meurtre.  » John Perkins sait très bien de quoi il parle… Il a été lui-même un assassin financier. Son travail consistait à convaincre certains pays stratégiquement importants pour les États-Unis, comme le Panama ou l’Indonésie, d’accepter d’énormes prêts pour le développement de leurs infrastructures, et à s’assurer que tous les projets lucratifs étaient confiés à des entreprises américaines. Ainsi affligés de lourdes dettes, ces pays se retrouvaient alors sous le contrôle du gouvernement américain, de la Banque mondiale et d’autres organisations humanitaires dominées par les États-Unis, qui se comportaient envers eux comme des usuriers, leur dictant les conditions de remboursement et forçant leurs gouvernements à la soumission. Cet extraordinaire récit véridique dévoile la corruption et les intrigues internationales, ainsi que des activités gouvernementales ou entrepreneuriales peu connues, qui ont de graves conséquences pour la démocratie américaine et le monde entier. »

    Triangle_jaune Article à propos du livre dans « Le Grand Soir »

    ConeIndigovide« L’État voyou« , William Blum livres_EtatVoyou 

    « Si j’étais président, j’arrêterais en quelques jours les attaques terroristes contre les Etats-Unis. Définitivement.

    D’abord, je présenterais mes excuses à toutes les veuves, aux orphelins, aux personnes torturées, à celles tombées dans la misère, aux millions d’autres victimes de l’impérialisme américain.

    Ensuite, j’annoncerais aux quatre coins du monde que les interventions américaines dans le monde sont définitivement terminées, et j’informerais Israël qu’il n’est plus le 51e État des États-Unis mais dorénavant – chose curieuse à dire – un pays étranger.

    Et puis, je réduirais le budget militaire d’au moins 90 %, utilisant le surplus à payer des réparations aux victimes. Ce serait plus que suffisant. Le budget militaire d’une année, soit 330 milliards de dollars, équivaut à plus de 18.000 dollars de l’heure depuis la naissance de Jésus-Christ.

    Voilà ce que je ferais les trois premiers jours.

    Le quatrième jour, je serais assassiné. »

    William Blum est américain, et ancien fonctionnaire du Département d’Etat

    ConeIndigovide« La guerre des Bush« , Eric Laurent  Stars3

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    « Une nouvelle guerre se prépare en Irak. George W. Bush invoque avec insistance la lutte «du bien contre le mal». Que cache ce discours? Une vérité troublante, immorale, et des questions dérangeantes. Pourquoi l’actuel président américain et son père entretiennent-ils depuis plus de vingt ans des relations avec la famille Ben Laden? Pourquoi un puissant banquier saoudien, beau-frère d’Ousama Ben Laden, soupçonné d’avoir financé les réseaux d’Al Quaïda, a-t-il constamment aidé George W. Bush dans ses activités pétrolières, le sauvant même de la faillite? Comment expliquer l’acharnement du père, lorsqu’il était président, à armer et financer Saddam Hussein, provoquant peut-être l’invasion du Koweit? Puis, douze ans plus tard, l’acharnement du fils à vouloir détruire ce même Hussein?

    La Guerre des Bush plonge le lecteur au coeur des secrets les plus inavouables et éclaire toutes ces zones d’ombre. Une fois le livre refermé, plus personne ne pourra jamais croire à la vérité officielle. »
     

    Eric Laurent est grand reporter au Figaro et spécialiste de politique étrangère. Il est l’auteur de nombreux documents à succès dont La guerre du Golfe avec Pierre Salinger.

     

    ConeIndigovide« Le monde secret de Bush« , Eric Laurent Stars3

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    « Bien qu’arrivé à la Maison Blanche au terme d’une élection controversée, jamais un président américain n’a détenu autant de pouvoir ni manifesté autant d’arrogance que George W. Bush.Sa trajectoire, cependant, reste entourée de secrets, marquée par des alliances troublantes et des manipulations financières inavouables.Qui gouverne réellement l’Amérique? Des idéologues, des financiers, des fanatiques religieux?Telles sont les questions posées par ce livre qui suscitera la stupeur et, inévitablement, l’inquiétude. »

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    ConeIndigovide« Le monde selon Bush » – DVD, William Karel  Stars3

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    « Qui est George W. Bush? Ce documentaire de William Karel raconte les mille jours de sa présidence, des attentats du 11 septembre au bourbier de la guerre en Irak. Il dresse un état des lieux de l’Amérique d’aujourd’hui et tente de comprendre comment un petit groupe d’hommes, sous l’influence des faucons néo-conservateurs, a pris le contrôle de la politique étrangère américaine.

    Le film dénonce les travers de la dynastie Bush au grand complet. On y découvre le grand-père de l’actuel Président, Prescott Bush, qui a fait fortune en prenant la direction d’entreprises nazies après l’arrivée au pouvoir de Hitler, avant de voir ses entreprises saisies pour collaboration avec l’ennemi. Les relations entre George Bush père et Saddam Hussein sont aussi largement évoquées.

    « Le monde selon Bush » est pour une large partie basé sur une enquête menée par le grand reporter spécialiste de politique étrangère Eric Laurent dans son livre, « Le monde secret de Bush ».

    ConeIndigovide« Le cartel Bush« , James Hatfield livres_CartelBush 
    « Il y a les biographies de George W. Bush écrites par les communicants de la Maison-Blanche ou les journalistes « amis ». Et il y a Le Cartel Bush, la biographie non autorisée. Celle qui explore en détail l’entourage du président des États-Unis, ses affaires, ses retournements de veste, le financement de ses campagnes électorales, son addiction à la cocaïne… L’auteur, James Hatfield, fut menacé par deux proches conseillers du président devant témoins et retrouvé peu après, mort, dans un motel. La police assure qu’il s’est suicidé. Sa famille prétend qu’il a été assassiné.

    L’auteur, qui a réalisé un travail de fourmi, avait bénéficié dans son enquête de l’aide de Karl Rove (le secrétaire général de la Maison-Blanche) qui croyait aider à la rédaction d’une biographie de complaisance. L’ouvrage intitulé « Fortunate Son, G. W. Bush and the Making of an American President », fit immédiatement la Une des journaux, fut choisi comme best-seller par le New York Times et souleva une intense polémique.

    Il s’agit d’un document exhaustif sur l’homme, sa famille et son entourage, ses affaires et sa carrière politique, ses retournements de veste et le financement de ses campagnes électorales. Bien qu’il soit écrit sur un ton mesuré et s’attache à comprendre la personnalité de George W. Bush, il présente une vision terrifiante de la vie publique états-unienne. Pourtant, de cet imposant travail, on ne retint qu’un passage secondaire mais sensible: le candidat Bush avait été arrêté pour détention de cocaïne, en 1972. Or, selon les lois locales, ce délit aurait dû lui valoir une privation de droits civiques, il n’aurait donc pas dû avoir le droit de se présenter au gouvernorat du Texas et à la présidence des États-Unis.

    Ce sont en réalité bien d’autres détails qui provoquèrent la colère des Bush. Notamment, un passage relatif à la société Arbusto dont George W. fut le directeur. On y apprenait que, par l’entremise d’un homme de paille, cette société était la propriété d’un certain Salem Ben Laden, frère aîné d’Oussama.

    Karl Rove et Clay Johnson III (l’assistant personnel du président) intentèrent un procès en diffamation et obtinrent le retrait conservatoire du livre. En définitive, il fut autorisé à la vente, sans coupes, mais après le retrait de la préface originale.

    Ayant échoué dans leurs démarches, Rove et Johnson menacèrent devant témoin Hatfield de le liquider, lui et toute sa famille, s’il persistait à diffuser son ouvrage. Il fut retrouvé peu après, mort, dans un motel. La police assure qu’il s’est suicidé, tandis que sa famille prétend qu’il a été assassiné.

    Ce document exceptionnel a été traduit en français et publié en Suisse. Le Réseau Voltaire en assure la diffusion exclusive en France. »

    ConeIndigovide« La face chachée du 11 septembre« , Eric Laurent  Stars3

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    « Ce livre dévoile les mensonges et les silences officiels qui entourent encore la tragédie du 11 septembre. Un an d’enquête a conduit l’auteur notamment aux Etats-Unis, au Pakistan, à Dubaï, au Qatar, en Israël et jusqu’aux montagnes de Tora Bora, dernier refuge de Ben Laden en Afghanistan. Enquête minutieuse, parfois dangereuse, qui révèle la face cachée du 11 septembre. Pourquoi Ousama Bin Laden n’est-il toujours pas inculpé par les responsables américains pour les attentats du 11 septembre? Pourquoi la CIA qui surveille en permanence les marchés financiers n’a-t-elle pas détecté le plus grand délit d’initiés de l’histoire qui a précédé le 11 septembre? Quelle est la véritable identité des pirates de l’air? Quel est le rôle exact joué par les services secrets du Pakistan? Et que penser de l’Arabie Saoudite, de ce royaume dont trois princes ont connu une mort mystérieuse à la suite du 11 septembre? Les informations recueillies dans ce livre, les faits troublants, les contradictions et les manipulations avérées battent en brèche les vérités admises. »

    ConeIndigovide« Kill, kill, kill« , Jimmy Massey

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    « Le témoignage accablant d’un soldat américain sur la guerre en Irak et les méthodes de l’armée américaine. »
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    ConeIndigovide« Les mensonges de George W.Bush, Scott Ritter

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    « Pourquoi faudrait-il mener une seconde guerre contre l’Irak? demandait Scott Ritter en 2002, après avoir démissionné en 1998 de son poste d’inspecteur en armements pour l’ONU. « Quand j’ai quitte l’Irak, l’infrastructure et les équipements avaient été éliminés à 100 %. Cela est indiscutable. » Scott Ritter savait déjà que les raisons évoquées à Washington – la menace des armes de destruction massive, et la collusion entre Saddam Hussein et Al-Qaida – n’existaient que dans les fantasmes de pouvoir hégémonique du clan néo-conservateur de George W. Bush.

    Dans ses livres précédents (Endgame, 1999 et Guerre à l’Irak, 2002), Scott Ritter avait déjà tiré le signal d’alarme. Scott Ritter raconte dans celui-ci les efforts qu’il a déployés au Congrès de Washington, puis à Bagdad et dans les médias du monde entier pour empêcher le gouvernement américain d’attaquer unilatéralement l’Irak, sans mandat du Conseil de sécurité de l’ONU.

    Sa dénonciation des mensonges de Bush, Cheney, Rumsfeld et « du reste de leur bande de cow-boys justiciers » lui a valu la calomnie et les attentions du F B.I. Mais la « croisade » de Bush a eu lieu et des milliers de civils irakiens et des centaines de soldats anglo-américains sont morts pour un arsenal fantôme l’Irak « libéré » est occupé, meurtri, ruiné et au bord de l’éclatement. Malgré la capture de Saddam Hussein et des dignitaires de son régime, aucune arme de destruction massive n’a été trouvée. Le mensonge de George W. Bush a été la cause de l’écrasement d’une nation de 20 millions d’habitants par la plus grande puissance militaire de la planète. Ce livre est le plaidoyer solennel de l’homme qui a eu raison avant tout le monde et qui craint que le peuple américain ne perde ses valeurs et les principes fondamentaux de sa République, édictés par sa Constitution en 1776. Il lance aussi un vibrant appel à la mobilisation pour changer de président en novembre 2004, grâce à l’arme suprême de la démocratie américaine: le bulletin de vote. » 

    Scott Ritter, ancien « marine », a été inspecteur des Nations-unies en désarmement en Irak de 1991 à 1998. Spécialiste de la question irakienne, il a publié de nombreux articles à ce sujet, ainsi que le livre « Guerre à l’Irak, ce que l’équipe Bush ne dit pas ».
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    ConeIndigovide« Or noir et Maison Blanche, comment l’Amérique a vendu son âme pour le pétrole saoudien », Robert Baer

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    « Membre pendant vingt ans de la division des opérations clandestines de la CIA, Robert Baer, nous révèle le pacte terrifiant qui unit les élites économiques et politiques américaines à la famille royale saoudienne. Réseaux de financement, accords secrets, corruption… Une enquête au cœur d’un système où les enjeux, qui s’élèvent à des milliards de dollars, menacent l’équilibre de la planète. »
     
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    ConeIndigovide« Les nouvelles preuves sur l’assassinat de J.F.Kennedy – Le clan Bush est-il coupable? », Caroline Lebeau

    videlivres_JFK_Lebeau « Une enquête journalistique qui expose en pleine lumière des liens auparavant insoupçonnés ou occultés entre le parti républicain, la mafia, les milieux anticastristes, le complexe militaro-industriel et les services secrets américains, l’auteur renoue avec patience et sagacité les fils rompus d’une quête légitime de vérité sur les véritables circonstances de l’assassinat du président John Fitzgerald Kennedy. Surmontant avec un courage qu’il faut saluer menaces, pressions et intimidations, Caroline Lebeau dévoile les aspects les plus compromettants de l’un des événements politiques majeurs du dernier demi-siècle. »vide

    videConeIndigo« Une lueur d’espoir« , Marc-Edouard Nabelivres_Nabe

    En partant des attentats du 11 Septembre, Marc-Edouard Nabe se livre à une critique féroce du système, de son hypocrisie, son mercantilisme, et son totalitarisme médiatique.

    Un livre prophétique et politiquement incorrect…

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    ConeIndigovide« Dominer le monde ou sauver la planète? – L’Amérique en quête d’hégémonie mondiale« , Noam Chomsky

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    « La politique actuelle de l’administration Bush sur la scène mondiale constitue-t-elle une rupture avec la position traditionnelle des États-Unis ? Pour Noam Chomsky, la Stratégie de sécurité nationale adoptée en 2002, dont le but avoué est de perpétuer indéfiniment la domination des États-Unis en empêchant l’émergence de tout rival, a eu de nombreux précédents dans la pratique des administrations passées, tant républicaines que démocrates. Ce qui est vraiment nouveau, c’est que cette attitude n’est plus déniée mais revendiquée ouvertement.

    En s’appuyant sur un travail de recherche et sur l’exploitation de nombreuses archives récemment déclassifiées (dont les soviétiques), Noam Chomsky analyse le discours du projet américain, dont il souligne très efficacement l’illogisme et l’injustice. II pose aussi une question essentielle: où nous mène une telle volonté d’hégémonie? Sa réponse: à une situation d’extrême danger pour l’espèce humaine, du fait du réchauffement de la planète mais aussi de l’exacerbation du risque nucléaire.

    Hégémonie ou survie: tel est, selon Chomsky, le choix historique aujourd’hui, et nul ne sait quelle orientation va l’emporter. »

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    ConeIndigovide« La loi du plus fort – Mise au pas des états voyous« , Noam Chomsky, Ramsey Clark, Edward W. Said

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    Trois intellectuels américains de renommée internationale, Noam Chomsky, Edward W. Said et Ramsey Clark, posent dans trois contributions indépendantes la question de la définition par les Etats-Unis des États dits «voyous». Ils démontrent que les actions engagées contre eux peuvent être en contradiction avec les résolutions des Nations unies et le droit international. Ensemble, ils révèlent la face noire de la politique étrangère américaine.

     

    ConeIndigovide« La fin de la liberté« , Gore Vidal

    livres_FinLiberte 
    « La Fin de la liberté » montre avec calme et rigueur que les attentats américains étaient somme toute logiques, prévisibles, retour de bâton obligé d’une politique ultra-sécuritaire et protectionniste qui n’hésite pas à jouer les apprentis sorciers en finançant et manipulant des individus comme Ben Laden. Pour Gore Vidal, il semble plutôt comique de se draper de vertu dans la bannière étoilée et de porter comme étendard les articles de la constitution de 1791 sur les libertés individuelles. Car, autre histoire des événements que Gore Vidal nous permet de comprendre dans son essai, il y a depuis cinquante ans un recul des libertés aux États-Unis. Il détaille comment les citoyens américains sont tous fichés par le jeu des cartes de crédit et autres inscriptions consuméristes en tout genre. Il explique aussi comment une paranoïa panique s’insinue subrepticement dans les consciences (…). L’Amérique marche-t-elle sur la tête? Gore Vidal le pense intimement, lui qui annonce pour le XXIe siècle un changement d’ère caractérisé par le renforcement d’un état de sécurité nationale aux États-Unis, « dont le seul objectif est de mener des guerres perpétuelles chaudes, froides et tièdes. »  
    Denis Gombert – Amazon.fr

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    ConeIndigovide« Mike contre-attaque!« , Mike Moore  Stars3

    livres_MikeMoore 

    Dans ce livre, Mike Moore dénonce avec un humour féroce le capitalisme sauvage et ses dégats sociaux et écologiques. Il s’en prend aussi à l’administration Bush, aux faux efforts écologiques, à l’arrogance des Américains, au délire sécuritaire, à l’adolescence chloroformée dans son conformisme, à la confiscation de la démocratie par les élites, au monopole des marchés sur l’échelle mondiale, à l’accroissement dramatique qui sépare les plus riches des plus pauvres…

    « Le Bandit-en-chef George W. Bush, dit George II, et son gang, Dick Cheney, Donald Rumsfeld & Co, gouvernent l’Amérique. Ultraconservateurs et richissimes (leur fortune est liée au big business du pétrole, de l’armement, ou des biotechnologies), ils ont fait main basse sur le pays, et partent maintenant en guerre contre «l’Axe du Mal»… »
     

    ConeIndigovide« Tous aux abris« , Mike Moore 

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    « L’image est dans toutes les mémoires. Michael Moore pointait un doigt accusateur et lançait: « Honte à vous, Mr Bush! ». C’était au festival de Cannes de 2003, après le déclenchement de la guerre en Irak. Aujourd’hui, George W., le Bandit-en-Chef (avec lui, sa clique de millionnaires), est toujours là. Pire, il prépare sa réélection au poste de Commandant en Chef de la Mère Patrie en 2004! Il n’en fallait pas plus à Mike pour repartir au front et TOUT faire pour que le cauchemar s’arrête. Dans ce nouveau livre, aussi drôle et provocateur que les précédents, Mike est l’Arme de Dérision Massive (il a quand même perdu vingt kilos en quelques mois en cessant de manger… des produits sans sucre), il s’attaque aux mensonges et à la propagande dont son pays est victime depuis le 11 septembre, notamment sur les armes de Saddam. Il révèle les petits secrets du roi George du pétrole irakien et ses petites combines avec ses copains saoudiens.

    Et Mike se fâche vraiment quand il voit que sa patrie est devenu les États-Unis de la Peur, où les libertés publiques sont menacées alors que les grands patrons-truands des multinationales US échappent à la prison! Le monde à l’envers! »

    ConeIndigovide« Pourquoi le monde déteste-t-il l’Amérique« , Ziauddin Sardar et Merryl Wyn Davies

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    Pourquoi, comme le disait une banderole brandie au Pakistan, les Américains sont-ils le « peuple le plus haï de la terre »?
    Ce ne sont pas les Américains en tant que peuple qui sont détestés; ce qui est rejeté plus fondamentalement, c’est leur entité politique caractérisée par une violence répressive, le souci obsessionnel de leurs propres intérêts, la façon de se positionner comme centre du monde et surtout d’édicter comme norme ce qui doit être « raisonnable, normal et approprié ». La civilisation américaine incarne un paradoxe: d’un côté l’ouverture à des populations et des cultures très diverses, de l’autre l’adhésion à une forme de pensée unique où les valeurs reines sont la rentabilité, la cohésion du groupe, la foi, la famille. Trahir ce pacte et ces valeurs, c’est ne plus être américain. Pourtant, des voix critiques s’élèvent aux États-Unis au sujet de la « croisade contre le terrorisme » mais, au nom d’une unité hégémonique de principe, ces voix sont peu relayées. « Pourquoi le monde déteste-il l’Amérique? » plonge au cœur du système américain. Il avertit que le plus grand ennemi de l’Amérique c’est peut-être bien elle-même, tant le pays est incapable d’avoir un regard distancié et critique sur lui-même et de prendre en compte le discours des autres. Un livre qui n’a pas peur d’affirmer que l’Amérique n’est pas forcément, pour parodier le mot de Lincoln, « ce que l’humanité peut espérer de mieux ».

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    ConeIndigovide« Après l’Empire« , Emmanuel Todd

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    Les États- Unis ne peuvent plus vivre de leur seule production. Le déficit commercial des Etats-Unis ne cesse de s’accroître. La mondialisation est en train de montrer au monde qu’il peut se passer de l’Amérique, mais l’Amérique quant à elle s’aperçoit qu’elle ne peut plus se passer du monde. Dépendance économique, affaiblissement démocratique, bi-polarisation sociale tels sont donc les principaux symptômes de déclin identifiés par l’historien et démographe Emmanuel Todd qui avait prévu dès 1976 l’effondrement soviétique uniquement d’après des observations démographiques. Des signes qui permettent de comprendre pourquoi les États-Unis sont aussi actifs sur la scène internationale afin de conserver le statut de superpuissance. L’Amérique doit mettre en scène sa puissance sur le terrain géostratégique. Selon trois principes en apparence irrationnels: ne jamais résoudre définitivement un problème; se focaliser sur des micropuissances; développer un arsenal militaire censé être indépassable. La lutte contre le terrorisme, les menaces contre « l’axe du mal » et l’Irak apparaissent ainsi pour ce qu’ils sont: des prétextes. Pour Todd, les États-Unis par leur politique internationale maintiennent artificiellement des foyers de tension et sont donc devenus un obstacle à la paix dans le monde.

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    ConeIndigovide« Guerres du XXIe siècle: Peurs et menaces nouvelles« , Ignacio Ramonet

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    « Le spectre de désastres hantent désormais le monde. Ils appartiennent essentiellement à deux catégories. D’une part, les crises géopolitiques de type nouveau provoquées par l’hyperterrorisme, l’ultranationalisme et les fondamentalismes. D’autre part, les atteintes à l’écosystème qui sont à l’origine de catastrophes naturelles ou industrielles de très grande ampleur. Comment éviter ces nouveaux dangers qui menacent, à terme, la survie de l’humanité? »vide

    ConeIndigovide« De la propagande« , Noam Chomsky

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    La pratique de Noam Chomsky, c’est de vous dire ce qu’il pense, pas ce que vous devez penser. II ne se contente pas de maudire l’obscurantisme, il allume une bougie pour que nous puissions y voir. Voir ou comprendre quoi? L’impérialisme américain, d’abord, qu’il démonte avec une remarquable acuité – de l’éradication des résistances sud-américaines au contre-terrorisme. Les ressorts psychologiques et lexicaux de la « fabrication de l’assentiment » dans le monde. Mais aussi la signification des événements de Seattle, le fonctionnement de l’ONU et des cours internationales de justice, le fondement de l’économie capitaliste depuis les années 1970… Derrière le Chomsky politique se manifeste le linguiste, insistant sur la détérioration et la falsification du langage, moyen pour une certaine idéologie néo-libérale de faire passer les vessies pour des lanternes…

    Noam Chomsky enseigne la linguistique au MIT (Massachusetts Institute of Technology) depuis 1955. Philosophe, il est l’auteur de plus de trente ouvrages sur la politique extérieure des États-Unis, la situation des droits de l’homme dans le monde et le rôle des médias dans la fabrication de l’opinion 

    videConeIndigo« Le gouvernement invisible - Naissance d’une démocratie sans le peuple », Laurent Joffrinlivres_Joffrin

    « France: pays d’apparence démocratique et de réalité oligarchique » : Laurent Joffrin, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, n’y va pas par quatre chemins pour dresser l’état de la France. En un mot, le peuple perd le pouvoir.

    La faute à qui? Pour l’ancien directeur de la rédaction de Libération, pas de doute: c’est l’émergence d’un « gouvernement invisible » &endash; conglomérat rassemblant financiers, managers de l’industrie et des médias, institutions indépendantes mondiales &endash; alimenté par l’impuissance des élus, qui est à l’origine de la confiscation du pouvoir. Bref, une oligarchie invisible accapare le pouvoir pour ses propres intérêts. L’auteur en veut pour preuves l’omniprésence des énarques, la toute-puissance de l’idéologie libérale libertaire, la survalorisation de l’argent et d’Internet dans nos sociétés. En ligne de mire principale: le PDG de Vivendi Universal Jean-Marie Messier et l’essayiste Alain Minc.

    L’ambition de cet essai est avant tout de lancer des pistes pour réhabiliter le politique. Et Laurent Joffrin de nous rappeler combien les événements du 11 septembre 2001 ont fragilisé les forces du marché &endash; occasion que devraient saisir intellectuels, militants et citoyens pour reprendre le pouvoir.

    Laurent Joffrin a été journaliste au « Nouvel Observateur » avant de devenir directeur du journal « Libération » en 2006.
     

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    videConeIndigo« Au nom du Tiers-Etat« , François Bayroulivres_Bayrou

    Le pouvoir est verrouillé, le peuple n’y a plus aucune place, on est revenu à l’Ancien Régime. Depuis un quart de siècle, le pouvoir absolu de cette Ve République finissante, appuyé sur des forteresses financières et médiatiques, a réduit le peuple français à la condition du tiers état de 1789. Jamais la phrase de Sieyès n’a parti plus juste:  » Qu’est ce que le tiers état ? Tout. Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien. Que demande-t-il ? A devenir quelque chose.  » Voilà des années que François Bayrou dénonce la crise de ce régime et la manière dont les clans se l’approprient. Sur ce thème, depuis la tribune de l’Assemblée nationale, il a pris comme cible les abus de pouvoir et défendu les droits du peuple français et du Parlement. Au nom du tiers état, ces textes de combat sont un réquisitoire contre le mépris des citoyens.
     

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    videConeIndigo« 99 francs » ou « 14,99 euros« , Frédéric Beigbederlivres_Beigbeder

     

    Un roman acide et drole pour dénoncer le mercantilisme universel…
     

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    ConeIndigovide« La fatigue des élites – Le capitalisme et ses cadres », François Dupuy

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    « Les cadres passent pour les « compétitifs » de l’économie moderne, ceux à qui le capitalisme promet l’accomplissement et la réalisation de soi. Pourtant, ces hommes et ces femmes dont l’entreprise attend dévouement et solidarité, donnent aujourd’hui le sentiment de ne plus y croire. Ils ne s’identifient plus aussi facilement au destin de leur société, cherchent à se dérober aux pressions de leur environnement, voire adhèrent aux critiques les plus frontales du nouvel ordre économique. Bref, ils commencent à « jouer contre », eux dont on croyait qu’ils joueraient toujours « avec ». Le spectre d’une « révolte des cadres », hier encore inimaginable, entre peu à peu dans l’ordre du pensable. On se prend à imaginer que le désordre social ne surgisse pas d’une mobilisation des  » petits  » contre le capitalisme, mais du cœur même de ses élites. »vide

    ConeIndigovide« Bonjour paresse – De l’art et la nécessité d’en faire le moins possible en entreprise », Corinne Maier livres_BonjourParesse 

    « Le travail, c’est pas la fête. Contre le raffarinesque « La France doit se remettre au travail », Corinne Maier pousse son cri du 1er mai: Vive la paresse, un ephlet (essai-pamphlet) spécial sinistrose, à usage thérapeutique.

    « Bonjour paresse » est là pour dire enfin la vérité: la grande entreprise, personne n’y croit plus. La foi nous a quittés, nous autres naguère chevaliers combattants de l’Ordre de la Firme. À présent les cadres moyens, petits boulons dans une machine jargonnant un sabir grotesque, n’attendent qu’une chose: le solde à la fin du mois.

    Mais alors, que faire? Rien surtout! Affirme ce livre. Soyons individualistes et inefficaces en attendant que ça s’effondre et qu’une nouvelle société advienne où chacun cultivera essentiellement son jardin et conservera un à-côté accessoire dans une grande structure, histoire de survivre quand même. »

    Corinne Maier est économiste; actuellement à temps partiel dans une grande entreprise française privatisable (EDF).

    ConeIndigovide« Le monde n’est pas une marchandise« , José Bové et François DufourLivres_Bove 

    L’analyse et les positions de José Bové et de la Confédération Paysanne à propos de la mondialisation, des OGM, et plus largement, de la marchandisation du vivant.

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    ConeIndigovide« Démocratiser la mondialisation« , Boutros Boutros Ghali

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    « Nous sommes, chaque jour, les témoins des bouleversements que génère la mondialisation que certains redoutent, que d’autres portent aux nues. Mais l’effervescence intellectuelle qu’elle entretient, tout comme les peurs et les rejets violents qu’elle provoque, nous montrent que beaucoup reste encore à dire, à imaginer et surtout à faire. Boutros Boutros-Ghali, qui fut, tour à tour professeur de droit, ministre des Affaires étrangères d’Égypte, secrétaire général des Nations unies et, aujourd’hui, secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie, nous livre sa vision des choses, dans ce contexte d’un monde à la recherche de son destin, d’une mondialisation en quête d’humanisme et de démocratisation.

    Il faut à tout prix démocratiser la mondialisation avant que la mondialisation ne dénature la démocratie et avant que n’éclatent des conflits inédits dont les attentats du 11 Septembre 2001 pourraient bien constituer le funeste présage: Telle est la conviction de ce grand diplomate qui, à la lumière de sa longue expérience et des récents événements qui ont secoué le monde, libère sa parole pour nous faire partager ses espoirs d’un monde meilleur. »

    Publié dans ACTUALITES ET DEBATS DU MONDE CONTEMPORAIN, ALTERMONDIALISME, AU-DELA DES IDEES RECUES, CONTRE LA PENSEE UNIQUE, LA MONDIALISATION, LE NOUVEL ORDRE MONDIAL, Vous avez dit THEORIE du COMPLOT ? | Pas de Commentaire »

    Pour un savoir engagé.Un texte inédit de Pierre Bourdieu.

    Posté par issopha le 24 janvier 2008

    Février 2002

    Un texte inédit de Pierre Bourdieu

    Pour un savoir engagé

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    Depuis les grèves de novembre et décembre 1995 en France, les interventions de Pierre Bourdieu ont été l’objet de critiques, souvent violentes, notamment de la part des journalistes et des intellectuels médiatiques dont il avait analysé le rôle social. Ce qui semble les avoir choqués avant tout, c’est qu’un « savant » intervienne aussi activement dans le domaine « politique ». L’implication du sociologue dans l’espace public remonte néanmoins au début des années 1960, à propos de la guerre d’Algérie.

    Intellectuel et militant

    Désireux de « penser la politique sans penser politiquement », Pierre Bourdieu a cherché à démontrer que, loin de s’opposer, les sciences sociales et le militantisme peuvent constituer les deux faces d’un même travail, qu’analyser et critiquer la réalité sociale permettent de contribuer à sa transformation. Ce texte a été lu par son auteur lors d’une rencontre à Athènes, en mai 2001, avec des chercheurs et des syndicalistes sur des thèmes tels que l’Europe, la culture et le journalisme et figurera dans un livre à paraître au printemps, Interventions (1961-2001). Sciences sociales et action politique (Agone, Marseille).

    S’il est aujourd’hui important, sinon nécessaire, qu’un certain nombre de chercheurs indépendants s’associent au mouvement social, c’est que nous sommes confrontés à une politique de mondialisation. (Je dis bien une « politique de mondialisation », je ne parle pas de « mondialisation » comme s’il s’agissait d’un processus naturel.) Cette politique est, pour une grande part, tenue secrète dans sa production et dans sa diffusion. Et c’est déjà tout un travail de recherche qui est nécessaire pour la découvrir avant qu’elle soit mise en oeuvre. Ensuite, cette politique a des effets que l’on peut prévoir grâce aux ressources de la science sociale, mais qui, à court terme, sont encore invisibles pour la plupart des gens. Autre caractéristique de cette politique : elle est pour une part produite par des chercheurs. La question étant de savoir si ceux qui anticipent à partir de leur savoir scientifique les conséquences funestes de cette politique peuvent et doivent rester silencieux. Ou s’il n’y a pas là une sorte de non assistance à personnes en danger. S’il est vrai que la planète est menacée de calamités graves, ceux qui croient savoir à l’avance ces calamités n’ont-il pas un devoir de sortir de la réserve que s’imposent traditionnellement les savants ?

    Il y a dans la tête de la plupart des gens cultivés, surtout en science sociale, une dichotomie qui me paraît tout à fait funeste : la dichotomie entre scholarship et commitment- entre ceux qui se consacrent au travail scientifique, qui est fait selon des méthodes savantes à l’intention d’autres savants, et ceux qui s’engagent et portent au dehors leur savoir. L’opposition est artificielle et, en fait, il faut être un savant autonome qui travaille selon les règles du scholarship pour pouvoir produire un savoir engagé, c’est-à-dire un scholarship with commitment. Il faut, pour être un vrai savant engagé, légitimement engagé, engager un savoir. Et ce savoir ne s’acquiert que dans le travail savant, soumis aux règles de la communauté savante.

    Autrement dit, il faut faire sauter un certain nombre d’oppositions qui sont dans nos têtes et qui sont des manières d’autoriser des démissions : à commencer par celle du savant qui se replie dans sa tour d’ivoire. La dichotomie entre scholarship et commitment rassure le chercheur dans sa bonne conscience car il reçoit l’approbation de la communauté scientifique. C’est comme si les savants se croyaient doublement savants parce qu’ils ne font rien de leur science. Mais quand il s’agit de biologistes, ça peut être criminel. Mais c’est aussi grave quand il s’agit de criminologues. Cette réserve, cette fuite dans la pureté, a des conséquences sociales très graves. Des gens comme moi, payés par l’État pour faire de la recherche, devraient garder soigneusement les résultats de leurs recherches pour leurs collègues ? Il est tout à fait fondamental de donner la priorité de ce qu’on croit être une découverte à la critique des collègues, mais pourquoi leur réserver le savoir collectivement acquis et contrôlé ?

    Il me semble que le chercheur n’a pas le choix aujourd’hui : s’il a la conviction qu’il y a une corrélation entre les politiques néolibérales et les taux de délinquance, une corrélation entre les politiques néolibérales et les taux de criminalité, une corrélation entre les politiques néolibérales et tous les signes de ce que Durkheim aurait appelé l’anomie, comment pourrait-il ne pas le dire ? Non seulement il n’y a pas à le lui reprocher, mais on devrait l’en féliciter. (Je fais peut-être une apologie de ma propre position…)

    Maintenant, que va faire ce chercheur dans le mouvement social ? D’abord, il ne va pas donner des leçons – comme le faisaient certains intellectuels organiques qui, n’étant pas capables d’imposer leurs marchandises sur le marché scientifique où la compétition est dure, allaient faire les intellectuels auprès des non-intellectuels tout en disant que l’intellectuel n’existait pas. Le chercheur n’est ni un prophète ni un maître à penser. Il doit inventer un rôle nouveau qui est très difficile : il doit écouter, il doit chercher et inventer ; il doit essayer d’aider les organismes qui se donnent pour mission – de plus en plus mollement, malheureusement, y compris les syndicats – de résister à la politique néolibérale ; il doit se donner comme tâche de les assister en leur fournissant des instruments. En particulier des instruments contre l’effet symbolique qu’exercent les « experts » engagés auprès des grandes entreprises multinationales. Il faut appeler les choses par leur nom. Par exemple, la politique actuelle de l’éducation est décidée par l’UNICE, par le Transatlantic Institute, etc.i. Il suffit de lire le rapport de l’Organisation mondiale pour le commerce (OMC) sur les services pour connaître la politique de l’éducation que nous aurons dans cinq ans. Le ministère de l’Éducation nationale ne fait que répercuter ces consignes élaborées par des juristes, des sociologues, des économistes, et qui, une fois mises en forme d’allure juridique, sont mis en circulation.

    Les chercheurs peuvent aussi faire un chose plus nouvelle, plus difficile : favoriser l’apparition des conditions organisationnelles de la production collective de l’intention d’inventer un projet politique et, deuxièmement, les conditions organisationnelles de la réussite de l’invention d’un tel projet politique ; qui sera évidemment un projet collectif. Après tout, l’Assemblée constituante de 1789 et l’Assemblée de Philadelphie étaient composées de gens comme vous et moi, qui avaient un bagage de juriste, qui avaient lu Montesquieu et qui ont inventé des structures démocratiques. De la même façon, aujourd’hui, il faut inventer des choses… Évidemment, on pourra dire : « Il y a des parlements, une confédération européennes des syndicats, toutes sortes d’institutions qui sont sensées faire ça. » Je ne vais en pas faire ici la démonstration, mais on doit constater qu’ils ne le font pas. Il faut donc créer les conditions favorables à cette invention. Il faut aider à lever les obstacles à cette invention ; obstacles qui sont pour une part dans le mouvement social qui est chargé de les lever – et notamment dans les syndicats…

    Pourquoi peut-on être optimiste ? Je pense qu’on peut parler en termes de chances raisonnables de succès, qu’en ce moment c’est le kairos, le moment opportun. Quand nous tenions ce discours autour de 1995, nous avions en commun de ne pas être entendus et de passer pour fous. Les gens qui, comme Cassandre, annonçaient des catastrophes, on se moquait d’eux, les journalistes les attaquaient et ils étaient insultés. Maintenant, un peu moins. Pourquoi ? Parce que du travail a été accompli. Il y a eu Seattle et toute une série des manifestations. Et puis, les conséquences de la politique néolibérale – que nous avions prévues abstraitement – commencent à se voir. Et les gens, maintenant, comprennent… Même les journalistes les plus bornés et les plus butés savent qu’une entreprise qui ne fait pas 15 % de bénéfices licencie. Les prophéties les plus catastrophistes des prophètes de malheur (qui étaient simplement mieux informés que les autres) commencent à être réalisées. Ce n’est pas trop tôt. Mais ce n’est pas non plus trop tard. Parce que ce n’est qu’un début, parce que les catastrophes ne font que commencer. Il est encore temps de secouer les gouvernements sociaux-démocrates, pour lesquels les intellectuels ont les yeux de Chimène, surtout quand il en reçoivent des avantages sociaux de tous ordres…

    Un mouvement social européen n’a, selon moi, de chance d’être efficace que s’il réunit trois composantes : syndicats, mouvement social et chercheurs – à condition, évidemment, de les intégrer, pas seulement de les juxtaposer. Je disais hier aux syndicalistes qu’il y a entre les mouvements sociaux et les syndicats dans tous les pays d’Europe une différence profonde concernant à la fois les contenus et les moyens d’action. Les mouvements sociaux ont fait exister des objectifs politiques que les syndicats et les partis avaient abandonnés, ou oubliés, ou refoulés. D’autre part, les mouvements sociaux ont apporté des méthodes d’action que les syndicats ont peu à peu, encore une fois, oubliées, ignorées ou refoulées. Et en particulier des méthodes d’action personnelle : les actions des mouvements sociaux recourent à l’efficacité symbolique, une efficacité symbolique qui dépend, pour une part, de l’engagement personnel de ceux qui manifestent ; un engagement personnel qui est aussi un engagement corporel.

    Il faut prendre des risques. Il ne s’agit pas de défiler, bras dessus bras dessous, comme le font traditionnellement les syndicalistes le 1er mai. Il faut faire des actions, des occupations de locaux, etc. Ce qui demande à la fois de l’imagination et du courage. Mais je vais dire aussi : « Attention, pas de « syndicalophobie ». Il y a une logique des appareils syndicaux qu’il faut comprendre. » Pourquoi est-ce que je dis aux syndicalistes des choses qui sont proches du point de vue que les mouvements sociaux ont sur eux et pourquoi vais-je dire aux mouvements sociaux des choses qui sont proches de la vision que les syndicalistes ont d’eux ? Parce que c’est à condition que chacun des groupes se voie lui-même comme il voit les autres qu’on pourra surmonter ces divisions qui contribuent à affaiblir des groupes déjà très faibles. Le mouvement de résistance à la politique néo-libérale est globalement très faible et il est affaibli par ses divisions : c’est un moteur qui dépense 80 % de son énergie en chaleur, c’est-à-dire sous forme de tensions, de frictions, de conflits, etc. Et qui pourrait aller beaucoup plus vite et plus loin si…

    Les obstacles à la création d’un mouvement social européen unifié sont de plusieurs ordres. Il y a les obstacles linguistiques, qui sont très importants, par exemple dans la communication entre les syndicats ou les des mouvements sociaux – les patrons et les cadres parlent les langues étrangères, les syndicalistes et les militants beaucoup moins. De ce fait, l’internationalisation des mouvements sociaux ou des syndicats est rendue très difficile. Puis il y a les obstacles liés aux habitudes, aux modes de pensée, et à la force des structures sociales, des structures syndicales. Quel peut être le rôle des chercheurs là-dedans  ? Celui de travailler à une invention collective des structures collectives d’invention qui feront naître un nouveau mouvement social, c’est-à-dire des nouveaux contenus, des nouveaux buts et des nouveaux moyens internationaux d’action.

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    Pierre Bourdieu

    Sociologue, professeur au Collège de France.

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    Lire Europe Inc. Liaisons dangereuses entre institutions et milieux des affaires européens, CEO, Agone, Marseille 2000.

    Édition imprimée — février 2002 — Page 3

     

    Science sociale et action politique.
     

    Jérôme Meizoz.
    Domaine public,
    no. 1514, Lausanne, 9 mai 2002
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    deux mois après la mort du sociologue français, Interventions recueille les principaux textes à portée militante de Pierre Bourdieu, inédits ou parus entre 1961 et 2001. L’ouvrage, préparé du vivant de l’auteur, a un double but. D’abord, convaincre que les savoirs des sciences sociales peuvent accompagner l’action politique et l’informer. Ensuite, par la reconstitution chronologique des positions politiques de l’auteur, faire voir que l’engagement de Bourdieu ne date pas des grèves de 1995. Contre les propos de nombreux journalistes qui ont vu en Bourdieu un savant égaré sur le tard dans la militance, ce livre fait voir la cohérence de sa conception de l’“intellectuel spécifique”, que Bourdieu partageait avec Michel Foucault. Ensemble ils signent d’ailleurs plusieurs textes, dont un message de soutien au syndicat polonais Solidarnosc en décembre 1981. Le passage de Bourdieu - philosophe de formation - à la sociologie est contemporain de ses premiers textes engagés, et hâté par le même événement : la guerre d’Algérie. On trouvera plusieurs articles de cette période sur le sujet, non sans regretter l’absence d’autres, parus dans de petites revues algériennes. Mai 1968 occasionne des analyses assez sévères du mouvement étudiant, inspiré pourtant en partie du choc que constitua Les Héritiers (1964). L’essentiel des articles porte, très tôt, sur le rôle des intellectuels critiques dans la dénonciation des idéologies dominantes, qu’elles soient staliniennes, de droite conservatrice ou social-démocrates. Dès l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir en 1981, Bourdieu reproche sévèrement à la gauche réformiste d’accompagner le libéralisme et de le légitimer par un bouclier moral. Il l’écrira à de multiples reprises, non sans un humour parfois grinçant : « De quelqu’un qui ment effrontément, les Kabyles disent : “Il m’a mis l’Est en Ouest”. Les apparatchiks de gauche nous ont mis la gauche à droite. »
    Bourdieu en appelle alors à un retour à la tradition libertaire de la gauche, et à de nouvelles formes de mobilisation internationales, notamment par le biais de réseaux hors partis, constitués de militants, étudiants, artistes, intellectuels et travailleurs, capables de faire plier les appareils d’état ou les grandes entreprises capitalistes. Il participe ainsi à la mise sur pied du Parlement international des écrivains, fonde les groupes Raison d’agir ainsi qu’une maison d’édition militante, apporte sa caution à plusieurs associations anti-racistes. De par ses saines colères et sa chaleureuse énergie intellectuelle, Interventions invite à persévérer en ce sens.

    Pour un savoir engagé.Un texte inédit de Pierre Bourdieu. dans ACTUALITES ET DEBATS DU MONDE CONTEMPORAIN traitg

    BOURDIEU
    Jean-Paul Monferran, L’Humanité, 06 Septembre 2002 – CULTURES.

    De « Révolution dans la révolution » - paru dans Esprit en janvier 1961, et qui interroge la guerre de libération algérienne en notant que «  le peuple sera ce qu’on le provoquera à être : force de révolution perdue pour la révolution ou force révolutionnaire «  - jusqu’à « Instituer efficacement l’attitude critique » - repris d’une conférence prononcée en juin 2001 à Beaubourg dans le cadre d’une journée consacrée à Michel Foucault -, Interventions (1) regroupe de nombreux textes « politiques » ou « critiques » de Pierre Bourdieu, souvent peu accessibles, voire inédits en français. Mais surtout, à la façon dont le sociologue lui-même avait conçu une articulation inédite entre « recherche scientifique » et « interventions politiques », le travail de Franck Poupeau et de Thierry Discepolo permet de saisir la genèse de toute une démarche, qui partage beaucoup, justement, de celle de Foucault sur « la place et le rôle de l’intellectuel spécifique et critique ». D’où ces questions, lancées par Bourdieu lui-même dans son ultime « intervention » : «  Les concepts, disait-il, viennent des luttes et doivent retourner aux luttes. Comment faut-il entendre cette phrase aujourd’hui ? Est-il possible de concilier la recherche théorique et l’action politique ? Y a-t-il place encore pour des intellectuels à la fois autonomes (des pouvoirs) et engagés (le cas échéant contre les pouvoirs) ?  » (2). Questions laissées ouvertes, en « héritage », si l’on ose dire, si tant est que « le travail de conversion des pulsions sociales en impulsions critiques » - pour reprendre une formule de Franck Poupeau - a pu générer à la fois un formidable travail (celui de Bourdieu et d’autres) montrant combien la sociologie elle-même s’est trouvée enrichie par l’engagement politique et par la réflexion permanente sur les conditions de cet engagement, mais aussi une réception parfois brouillée, souvent malveillante, dans laquelle se trouve précisément en jeu l’analyse du pouvoir des « journalistes et des intellectuels médiatiques », qui est au cour de plusieurs des « interventions » réunies ici. À commencer par le magistral « La télévision peut-elle critiquer la télévision ? », « chronique d’un passage à l’antenne » dans l’hiver 1996. «  Science sociale et militantisme, loin de s’opposer peuvent être conçus comme les deux faces d’un même travail d’analyse, de décryptage et de critique de la réalité sociale pour aider à sa transformation « , note encore Franck Poupeau dans l’entretien accordé à l’Humanité. Manière de dire, et ce que fut un apport majeur de Bourdieu, et ce que le monde d’aujourd’hui peut encore dire à son ouvre, du « sous-prolétariat » colonisé aux « précaires » de tous les pays.

    (1) Pierre Bourdieu, Interventions 1961-2001, textes choisis et présentés par Franck Poupeau et Thierry Discepolo, Agone, 2002, 488 pages, 20 euros.
    (2) Cf. page 472.

     

     

    Un savant inventif et iconoclaste.

     LOIC WACQUANT

     

    Paris, 27 janvier 2001
    Ce texte a paru : en anglais, espagnol et japonais :
    2002 « An Inventive and Iconoclastic Scientist. » Berkeley Journal of Sociology 46: 177-179. Traduction espagnole : « Un sabio imaginativo e iconoclasta, » Archipiélago. Cuadernos de crítica de la cultura, 51, Spring 2002, pp. 94-96. En japonais : Iichiko (Tokyo), 82, Spring 2003.

     

      

    Avant d’être cet « intellectuel engagé » aux côtés du mouvement social que les média français ont tour à tour honni (longuement, de son vivant) et célébré (brièvement, après l’annonce de son décès subit) sans jamais prendre la peine de le lire, Pierre Bourdieu est d’abord un savant d’exception, sociologue et non philosophe de profession. La différence n’est pas simplement sémantique, toute son œuvre est là pour en attester, et il n’a jamais cessé de se revendiquer de cette « science paria », modeste par l’attention patiente qu’elle requiert pour les choses ordinaires du monde, immensément ambitieuse par l’ampleur de son domaine —  »tout est social, » affirmait-il — et éminemment dérangeante par ses incontournables répercussions civiques. Bourdieu a changé à jamais la face de sa discipline d’adoption, relevé la science de la société, tombée dans l’indigence et l’indifférence depuis la disparition d’Émile Durkheim et ses élèves, décimés par la Grande guerre, et bouleversé ce faisant tous les domaines d’investigation connexes, de l’anthropologie à l’éducation et aux gender and gay studies en passant par l’histoire, la politologie, l’économie, la linguistique, la géographie, la littérature comparée, l’esthétique et, ultime ironie ou affront, jusqu’à la philosophie elle-même.

    pointg dans CONTRE LA PENSEE UNIQUE Les rhéteurs de magazine ont déjà, en deux jours, avec l’assurance que donne l’ignorance, dressé le bilan de « ce qui restera de Bourdieu ». Pour les chercheurs, et ils sont des milliers de par le monde à travailler avec ses concepts, à questionner ses théories et à tester ses modèles, il faudra plusieurs décennies pour prendre la pleine mesure et tirer toutes les implications d’une pensée foncièrement rétive à la « manuelisation », résolument tournée vers la production de nouveaux objets empiriques, qui est moins une collection de propositions établies et de préceptes d’école qu’une « boite à outils » forgés par et pour la recherche, visant à poser scientifiquement au monde social ces questions fructueuses qui, en déchirant le voile du va-de-soi, nous permettent de le voir, et de se voir, avec des yeux neufs. La sociologie selon Bourdieu est une metanoïa méthodique sans cesse recommencée; une ascèse cognitive (et collective) qui exige de questionner à chaque instant les préconstructions du sens commun mais aussi les divisions entre disciplines et les hiérarchies héritées entre objets, techniques et théories qui façonnent la production du savoir; bref, une dissection mutuelle en actes de la raison sociale et de la raison scientifique.

    pointg dans GALERIE DES GRANDES AMES Il n’est pas aujourd’hui de pratique, pas d’institution, pas de zone de l’espace social, sous-prolétariat ou intelligentsia, paysans ou professeurs, mariage ou chômage, école ou Église, État ou marché, science, art, sport, corps, média, politique, éthique, rapports entre les genres, les âges, les ethnies ou les classes, dont l’étude n’ait été profondément transformée par ses travaux. Car Bourdieu a su allier la rigueur de la méthode scientifique à l’inventivité de l’artiste, une culture théorique incomparable mariant des auteurs que la tradition canonique affectionne d’opposer — Durkheim et Weber, Marx et Mauss, Cassirer et Wittgenstein, Husserl et Lévi-Strauss, Maurice Merleau-Ponty et John Austin, Gaston Bachelard et Erwin Panofsky — à une pratique inlassable de la recherche faisant appel à la gamme complète des techniques d’observation et d’analyse, de l’ethnographie à la statistique, dans laquelle il investissait une libido sciendi sans fin ni fond.

    pointg dans LE DROIT DE SAVOIR Pierre Bourdieu était habité d’une curiosité insatiable pour toutes les expériences, tous les jeux, tous les univers sociaux, et il aurait voulu vivre mille vies pour tous les comprendre, en capturer les causes cachées et les raisons intimes. Il y a quelques jours encore, évoquant sa visite de la salle de boxe du ghetto noir de Chicago où je menais alors sous sa direction une étude ethnographique sur le métier de boxeur, il s’était exclamé comme avec regret : « Ah, ça m’aurait bien dit d’apprendre la boxe avec un type comme DeeDee », mon coach octogénaire, disciple de l’entraîneur de Joe Louis et membre du Boxing Hall of Fame des USA. Il détestait les mondanités universitaires et la pompe académique — il a refusé des dizaines de doctorats honorifiques de moults pays. À l’Université de Chicago, toujours en avril 1989, il m’avait demandé de l’aider à se défiler discrètement d’une réception organisée en son honneur par le recteur des sciences sociales. Nous avions filé à l’anglaise et dîné dans un troquet du barrio mexicain de Pilsen où il avait longuement interrogé en espagnol notre serveuse sur sa trajectoire migratoire, avant d’aller écouter du blues au fameux Checkerboard Lounge de Muddy Waters, au cœur du South Side. Là il avait été frappé par « l’économie et la dignité avec lesquels les Noirs dansaient », alors que « les Blancs, eux, dansaient comme ils croient que les Noirs dansent ». À ses yeux, il y avait infiniment plus de sociologie à apprendre de ces deux scènes banales de la vie que des conversations affectées et des assemblées empressées des pontes de l’establishment universitaire étatsunien.

    pointg dans PIERRE BOURDIEU Rien ne comblait plus Pierre Bourdieu que le contact des jeunes chercheurs et il ne manquait pas une occasion de se « salir les mains » avec eux au montage de leur projet et à l’évaluation de leurs investigations. Lors de sa dernière visite aux États-Unis, à Berkeley au printemps 1996, malgré un emploi du temps déjà grotesquement surchargé — dix conférences publiques en douze jours, sur autant de sujets (dont la révolution symbolique de Flaubert, la domination masculine, l’invention de l’État, la logique du don, la force du droit, et la mission des intellectuels pour le siècle à venir) devant des foules gigantesques qui le poursuivaient partout et allaient grossissant au fil de la semaine — et les demandes incessantes de rendez-vous des grandes têtes du campus, il avait tenu à intervenir dans mon cours de premier cycle et à faire des « heures de permanence » pour rencontrer les doctorants du département et s’informer sur leurs recherches. La veille, il avait lu attentivement la trentaine de résumés serrés de leur travail soumis par les heureux élus. Je le revois, endormi d’épuisement, sur le fauteuil vert de la mezzanine après sa lecture. Je revois la lueur d’émerveillement incrédule dans les yeux des étudiants qui ressortaient de mon bureau, deux par deux, après leur « consultation » historique avec le « witch doctor sociologique ». Et le sourire fatigué mais ravi de Pierre Bourdieu à la fin de l’après-midi, celui d’un savant iconoclaste heureux de faire son métier.

     

     

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    Antisémites, antijuifs, ou antisionistes? – Un défrichage idéologique

    Posté par issopha le 14 décembre 2007

    Antisémites, antijuifs, ou antisionistes?

     Un défrichage idéologique


     

    Le rôle politique dominant joué par Israël au Moyen-Orient et dans le monde couplé par l’amalgame récurrent entre Sionisme et Judaïsme nourrit la confusion et cache même la vérité sur ce qui définit l’identité juive. Je montre dans cet article d’une part la différence entre les Sémites et les Juifs d’après la Bible, puis je présente un fait encore relativement éclipsé par l’analyse historico-politique actuelle du « problème » sioniste, mais essentiel selon moi à sa résolution: l’existence des 10 tribus perdues d’Israël et leur reconnaissance dans le monde actuel.



    La fraude de l’antisémitisme

     

    « Antisémitisme ça veut dire qu’on est contre les Juifs. » C’est l’interprétation populaire du terme. Mais oublions les conventions sociales pour un moment, et rentrons dans l’étymologie du mot anti-sémitisme. Littéralement, cela signifie contre le sémitisme, contre les Sémites, ou contre les descendants de Sem. Mais qui donc sont les Sémites, et qui est Sem? Sem fut un des trois fils de Noé qui sortirent de l’arche après le Déluge pour repeupler la Terre :

    « Les fils de Noé, qui sortirent de l’arche, étaient Sem, Cham et Japeth. » Genèse 9 :18

    En supposant donc que chacun des trois fils de Noé aient engendré trois peuples quantitativement semblables, on peut affirmer qu’un anti-sémite s’oppose à un tiers de l’humanité! Avec la population mondiale actuelle élevée à plus de 6,6 milliards d’individus, un antisémite se mettrait donc à dos 2,2 milliard d’êtres humains!! Pas très astucieux comme stratégie.

    Être antisémite, qu’est-ce que ça veut dire? Dans l’esprit de beaucoup (surtout des Sionistes) cela qualifie quelqu’un qui est prêt à tuer un Juif par le simple fait qu’il est Juif. (On les entend déjà jouer sur leur identité de victimes et la culpabilité des Européens.) Mais les Sionistes allongent cette définition et mettent tous ceux qui critiquent Israël ou le Judaïsme dans le même panier : l’antisémitisme. Pour eux, critiquer une personne, un groupe de personnes, un état implique directement qu’on est prêt à l’éliminer. Quelle absurdité! Je peux critiquer un film sans pour autant vouloir tuer tous les acteurs, le directeur et le producteur!


    L’origine du mot Israël

     

    La descendance de Sem représente donc ce qu’on appelle les Sémites. D’après la Bible, Abraham (né Abram) est le neuvième descendant de Sem. Abraham aurait été choisi par Dieu (Yahvé) comme « géniteur » d’un peuple avec qui il allait s’allier et duquel il allait s’occuper.

    « Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai » Genèse 12 :2

    Abraham eut ensuite deux fils : Ismaël et Isaac. Isaac eut ensuite deux fils : Ésaü et Jacob. Dans une des parties les plus intrigantes de la Bible, Jacob se bat avec Dieu, et réussit à lui tenir tête. À partir de là, le nom de Jacob est changé :

    « Ton nom ne sera plus Jacob, mais tu seras appelé Israël » Genèse 32 :28

    C’est à ce moment que le peuple d’Israël trouve son origine, et que la descendance d’Israël (Jacob) prendra le nom de peuple juif.

    D’après certaines estimations chronologiques de la Bible, le peuple Sémite a son origine environ 2300 ans avant la naissance de Jésus-Christ. 390 ans après, Abram (plus tard nommé Abraham) est né. Et encore 160 ans après, c’est Jacob qui est né, et donc aussi le peuple d’Israël à travers sa descendance. Jacob a eu 12 fils (Reuben, Siméon, Lévi, Juda, Dan, Nephtali, Gad, Asher, Issachar, Zebulun, Joseph, Benjamin), formant ainsi les 12 tribus d’Israël. Joseph, le préféré de Jacob, a eu deux fils (Éphraïm et Manassé) que Jacob a aussi bénit spécialement. On compte souvent les 12 tribus comme 13 tribus, en comptant les deux tribus de Manassé et Éphraïm comme la tribu de Joseph.

    On voit donc tout d’abord que le peuple Sémite et le peuple Juif sont deux peuples distincts. Le dernier fait certes partie du premier, mais c’est justement pour cette raison qu’on ne peut qualifier quelqu’un d’antijuif comme étant antisémite. C’est linguistiquement et historiquement incorrect et incohérent.

    Le peuple juif n’est qu’une partie de tout le peuple Sémite. Parmi le peuple Sémite on peut noter les « Arabes » qui sont, encore selon la Bible et aussi le Coran, les descendants d’Ismaël. Ismaël est le fils aîné d’Abraham, frère d’Isaac et donc oncle de Jacob, et par conséquent oncle du peuple juif. On voit donc que les Arabes et les Juifs font partie du peuple Sémite. Mais il est important de noter que 8 générations séparent la descendance de Sem et celle d’Abraham, ce qui montre que le peuple sémite comporte en fait plus de peuples que simplement les Juifs et les Arabes. [1]

    On a établit la différence de manière assez simple et logique entre le peuple Sémite et le peuple Juif, en se basant sur la Bible, le livre sacré des Juifs dont ils tirent leur spiritualité et leur histoire. Maintenant il s’agit de définir le mot Juif.


    Qui est juif?

     

    Pour parler de l’identité juive, revenons à ce que la Bible nous apprend sur l’histoire des tribus d’Israël issues des 12 fils de Jacob. On apprend, entre autres, que le peuple juif a formé le Royaume d’Israël dans la région actuelle du pays d’Israël et la Palestine, du 10ème au 8ème siècle avant Jésus-Christ environ. Le royaume était divisé entre les tribus d’Israël. Les 12 tribus ont été séparées, on l’a vu plus tôt, en 13 tribus, en remplaçant la tribu de Joseph par les tribus de ses deux fils. De plus, la tribu de Manassé a été séparée en deux tribus : la tribu de Manassé Est et la tribu de Manassé Ouest. Ce qui faisait en réalité un total de 14 régions différentes représentant les 14 tribus formant le peuple juif. Vers 720 avant Jésus-Christ, les Assyriens conquièrent le nord du Royaume d’Israël et forcent ainsi 10 des 14 tribus à fuir la région et partir en exil. C’est là qu’elles disparaissent totalement des récits et des traditions juives et qu’elles ont été surnommées les « 10 tribus perdues d’Israël ». Les Juifs qui se revendiquent Juifs aujourd’hui et sont reconnus depuis plusieurs générations comme étant Juifs sont donc majoritairement issus des 3 tribus qui n’ont pas été « perdues ». Ces tribus correspondent aux tribus de Juda, Siméon et Benjamin.

    Mais une question devient inévitable : qu’en est-il des 10 autres tribus, dites « perdues »? En supposant que chaque tribu comptait le même nombre d’individus, on pourrait affirmer que 5 Juifs sur 7 (10 sur 14) ne savent pas qu’ils sont Juifs. Ou d’une autre manière, les Juifs qui se revendiquent Juifs aujourd’hui ne représentent que 28% de tous les Juifs de la Terre. Cette statistique n’est certainement pas exacte, mais une chose est sûre : il y a des Juifs dans le monde qui ne savent pas qu’ils sont Juifs, et leur nombre est supérieur à ceux qui le savent. Il y a donc plus de Juifs qui ne savent pas qu’ils sont Juifs que de Juifs qui le savent.


    Qui donc est Juif, mais ne le sait pas encore?

     

    Plusieurs groupes ont déjà revendiqué leur appartenance aux tribus perdues d’Israël dans des régions très diverses comme l’Afrique du Sud, le Ghana, l’Afghanistan, et même la Chine. Notons cependant que parmi eux certains affirment simplement qu’ils descendent d’Abraham, et cela ne veut pas automatiquement dire qu’ils sont Juifs. Aussi, un mouvement extrêmement important à souligner est la religion Mormone. Ils reconnaissent la Bible comme un livre sacré, ainsi que leur propre livre, le livre Mormon qui trace l’histoire d’un groupe descendant de la tribu de Manassé parti de Jérusalem avant sa destruction pour venir peupler l’Amérique centrale et possiblement certaines régions d’Amérique du Nord à travers des migrations. Ainsi, certains peuples indigènes d’Amérique (pas tous) appartiendraient également aux tribus perdues d’Israël. À travers les enseignements de leur prophète Joseph Smith, ils affirment notamment que les Américains représentent la tribu d’Éphraïm.

    Certains autres mouvements rejoignent en partie cette dernière théorie, notamment le « British-Israelism » et « Brit-Am » qui soutiennent que la majorité des tribus perdues seraient en Europe, en Amérique du Nord et dans les pays du Commonwealth : France, Pays-Bas, pays Scandinaves, Grande-Bretagne, États-Unis, Québec [2] et Australie. Cela pourrait expliquer l’affinité historique particulière avec le Christianisme puisque l’on considère l’Occident surtout comme étant Chrétien.

    Notez que mon intention n’est que de vous éveiller à la réalité de ce qu’on appelle le peuple Juif et surtout du fait que lorsqu’on pense communément aux Juifs, on en oublie très probablement 5 sur 7! Et que lorsqu’on vous traite d’antijuif, vous et peut-être même la personne qui vous insulte êtes peut-être Juifs! Aussi, je ne tiens pas à vous imposer les théories européennes des tribus perdues d’Israël, mais je tiens simplement à vous informer sur les quelques recherches que j’ai faites sur le sujet. Finalement, je souhaite combattre la fusion aveugle qui se fait souvent entre Juifs et Sionistes.


    Un mot de sagesse du Coran

     

    On pourrait se poser la question, si on est croyant : mais pourquoi Dieu a-t-il créé plusieurs races humaines? Pourquoi ne nous a-t-il pas tous créé pareils de sorte à éviter toute possibilité de racisme? La question paraît légitime, mais peut-être un peu trop centré sur l’histoire contemporaine. Je pense d’une part que pour répondre à la question, nous devrions être en mesure de nous replacer dans le contexte de « l’époque », ce qui peut être très difficile. D’autre part, nous devrions nous aider des écrits sacrés eux-mêmes qui, de par leur inspiration divine, devraient pouvoir nous éclairer un peu sur la question.

    D’après mes recherches, le livre qui répond le mieux à la question est le Coran. Il nous éclaire sur le concept de races à l’intérieur de la famille humaine :

    « Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entreconnaissiez. » 49 :13

    « Et parmi Ses signes [de Dieu] la création des cieux et de la terre et la variété de vos idiomes et de vos couleurs. » 30 :22

    On voit clairement l’absence totale de notion de supériorité entre les races et les peuples du monde. Et même s’il y en avait réellement une, comment pourrait-elle justifier la domination d’un peuple sur un autre? Tout se joue dans notre définition du « mieux » par rapport au « plus fort ». Est-ce que quelqu’un de plus fort est meilleur? Le système économique mondial actuel pourrait nous le faire croire, mais au fond on sait très bien que cela relève d’un choix personnel de comportement, d’attitude et d’idéologie, et qu’il est par conséquent transformable. La question n’est donc pas vraiment de savoir si un peuple est supérieur à un autre, mais plutôt de trouver notre position personnelle par rapport à cet enjeu : s’il existe une supériorité, cela justifie-t-il selon nous une domination violente ou plutôt une responsabilité particulière?

    Remarquons à juste titre la position idéologique du Sionisme à l’égard du racisme. Les Sionistes utilisent justement l’argument de supériorité raciale pour justifier leurs actions criminelles au niveau international, comme on peut très bien le lire dans « Les Protocoles des Sages de Sion ». À nous maintenant, Juifs « perdues » et tous les autres opposants au Sionisme, de penser à mettre en œuvre une société, une économie et une politique internationales basées sur des valeurs antiraciales et prohumanité.

    ——————–

    [1] Certaines théories affirment que Sem est l’équivalent de Khem en ancien égyptien qui linguistiquement signifie noir et par extension le peuple noir. D’autres encore affirment que le peuple noir descend plutôt de Cham. Je mentionne ces deux faits conjointement non pas pour créer de la confusion mais simplement pour équilibrer mon niveau de compréhension primaire de ce sujet particulier.

    [2] Un article particulier sur les Québécois a été écrit ici (en anglais seulement malheureusement) : http://www.british-israel.ca/Quebec.htm
    Pour des articles sur la France :
    http://www.britam.org/FrenchContent.html


    Lundi 10 Décembre 2007

    romain.angeles@gmail.com

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