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MOBILISER LES COMPETENCES DES MIGRANTS DE FRANCE POUR RÉUSSIR PLEINEMENT L’INTÉGRATION

 

MOBILISER LES COMPÉTENCES DES MIGRANTS POUR RÉUSSIR PLEINEMENT L’INTÉGRATION

Recherche-Action menée dans l’agglomération du Grand-Lyon

auprès d’organisations de migrants subsahariens  d’ancienne installation 

Paris, 22 Janvier 2016

  1. 1.  Contexte et principes généraux

Isso cvLes populations immigrées sont de plus en plus qualifiées, c’est le constat fait au travers de nombreuses études réalisées dans les pays d’immigration dont la France. Le niveau général d’éducation des migrants a augmenté, notamment  ceux récemment  installés  dans  les  pays  d’accueil(184).  Entre  autres  facteurs  expliquant  cette  évolution majeure,   les politiques migratoires des pays d’arrivée devenues plus sélectives du fait d’une situation du marché du travail interne de plus en plus tendue. De plus , au-delà de la valorisation de l’épargne des migrants qui a fait l’objet de tant d’études, il y a une prise de conscience croissante de l’importance du potentiel que représentent les migrants pour le développement des pays d’origine, en d’autres  termes,  le  lien  entre  les ressources non financières principalement cognitives et techniques et le développement.

De ce point de vue, l’agenda politique international accorde une place centrale aujourd’hui à l’articulation Migration et Développement. Ce qui n’est pas nécessairement le cas pour le dyptique Migration et Intégration, trop longtemps resté une prérogative des seules instances administratives des pays d’accueil avant que les  associations  ne fassent irruption  dans le champ de la politique de l’intégration et de l’insertion. En outre, malgré cette hausse notable du niveau de qualification des immigrés qui arrivent dans les pays du Nord, leurs compétences ne sont pas nécessairement identifiées, utilisées et  reconnues dans leur diversité et à leur juste valeur. Or, la question de la contribution des immigrés au développement économique et social des populations en France et la réussite de l’intégration des personnes nées étrangères à l’étranger et résidant dans le pays (les migrants) se pose avec la même acuité.

Aussi, avec le développement rapide de la vie associative en France et de  la  sous-traitance  de  certaines missions de l’État, de nombreuses associations ont investi les champs de l’intégration et de l’insertion. Depuis le début des années 80, de nombreuses associations de migrants on vu le jour mais peu jusqu’ici ambitionnaient de s’insérer dans ce créneau. Depuis quelques années, des collectifs voient le jour avec pour objectifs aussi bien de soutenir les projets de développement dans les pays d’origine que la solidarité et l’entraide entre membres de la même communauté puis la valorisation de la présence et l’apport des immigrés à la vie locale ici. C’est le cas à Lyon, nous l’avons vu, avec le collectif Africa 50 et d’autres collectifs d’associations représentant les ressortissants subsahariens par pays d’origine.

Si certaines de ces associations africaines envisagent de s’impliquer plus formellement dans le champs  de l’intégration, au travers d’un partenariat avec l’État et les institutions locales, il se pose l’épineuse question des moyens disponibles et  des compétences à mobiliser  au niveau local afin de  développer  leurs capacités organisationnelles et opérationnelles qui permettront d’ asseoir leur crédibilité et lever des fonds pour l’exercice de leurs activités. Étant donné le modèle économique de celles-ci, reposant comme nous l’avons vu sur le bénévolat, la mobilisation reste faible, la disponibilité des bénévoles étant compromise par leurs propres  activités professionnelles et engagements familiaux, puis les dissensions internes à certaines organisations qui débouchent sur une démobilisation massive des acteurs et la dissolution de l’idéal unitaire et identitaire.

 

Dans ce contexte, comment engager et réussir la mobilisation ? Comment recueillir auprès des personnes, associations, des entrepreneurs, étudiants, acteurs institutionnels, enseignants, médecins, avocats, ingénieurs, techniciens, etc., les données permettant de connaître et mesurer l’importance et la nature des compétences utiles y compris celles qui échappent aux instruments de mesure disponibles : compétences ethniques , compétences acquises de manière informelle et non formelle ? Comment les associations subsahariennes mobilisent et gèrent- elles leurs ressources humaines ? Quel parti en tirent-elles réellement ?

Avant d’esquisser quelques réponses à ces questions en regard des résultats de notre enquête,  nous proposons avant tout de faire un point sur quelques initiatives notables en la matière au niveau local, national et international.

 

1.  Pratiques publiques de mobilisation des compétences des migrants en France et dans le monde

 

Le programme TOTKEN (185), précédemment évoqué et initié par le Programme des Nations Unies pour le développement depuis 1977 avec un certain succès en Asie a été décliné au niveau national au sein de certains pays africains dont le Mali et le Sénégal pour les cas les plus connus du fait des retombées enregistrées au niveau de la mobilisation des  ressortissants qualifiés de ces pays  résidant à l’étranger.

 

1.1.   Le Programme National pour la Mobilisation de l’Expertise de la Diaspora sénégalaise (PNMED)

Ce programme piloté par le Ministère des affaires étrangères sénégalaises s’est adossé au programme TOTKEN du PNUD avec pour objectif de « contribuer au développement national par le transfert de connaissances des Experts Sénégalais de la Diaspora et par la mise en relation entre les acteurs des secteurs publics et privés des pays d’accueil et ceux du Sénégal ». Les experts sont sollicités dans le cadre de ce programme pour intervenir dans des secteurs qui connaissent de réels besoins en expertise et considérés comme des vecteurs de croissance.

Entre 2002 (date du lancement de la phase pilote du TOKTEN Sénégal) et 2006, 200 experts ont été répertoriés dans la base de données du Projet, dont 76 sont intervenus (2267 jours de missions cumulés) dans l’enseignement supérieur, l’Administration, la Société Civile et le Secteur Privé au Sénégal, à l’occasion de missions de courte durée. Entre autres faits d’armes, Le PNMED a développé en 2010 un service qui apporte un appui aux entrepreneurs  qui  investissent  dans la  micro-finance  et  aux  structures  évoluant  dans  l’industrie  de  la  mobilité international : E-Diaspora,  première agence indépendante de promotion de la microfinance basée au Sénégal(186).

 

1.2. Unité de gestion du Programme Diaspora au Togo

Volet opérationnel du Programme national de mobilisation de la Diaspora togolaise, il a pour objectif de mettre en place des mécanismes permettant :

-         d’optimiser la contribution de la diaspora à l’investissement privé au Togo

-         la mobilisation de la diaspora scientifique et technique

-         l’appui aux initiatives de la diaspora pour le développement local au Togo

-         l’optimisation des transferts des fonds des togolais de ola Diaspora

C’est dans cette perspective qu’un appel  à manifestation d’intérêt a été lancé en  août 2011 par le Ministère togolais de la fonction publique et la réforme administrative afin de recruter 4 experts internationaux chargés de réaliser des études diagnostiques et faire des propositions afin d’opérationnaliser ce plan d’actions. Le programme est doté de fonds importants issus du Programme « d’Assistance Technique Ciblée Multisectorielle et de Renforcement des Capacités Institutionnelles de la Facilité des États Fragiles de la Banque  Africaine  de Développement »  en faveur du Togo.

 

1.3. Le Programme Migrations pour le Développement en Afrique (MIDA)

Érigé sur les acquis  et  expériences  du  défunt  Programme de retour et  de réintégration de nationaux africains qualifiés (RQAN)(187) lancé en 1983 par l’Organisation Internationale pour les Migrations(OIM), le MIDA, né en 2001 à Libreville au Gabon, spécifiquement dédié aux pays africains, est un « programme[régional] de renforcement des capacités visant à développer les synergies potentielles entre les profils des migrants africains et les besoins des pays, en facilitant le transfert des  compétences et des ressources vitales de la diaspora africaine dans les pays d’origine. Il s’appuie sur la notion de mobilité des personnes et des ressources et, de cette façon, offre des options de réinvestissement du capital humain, notamment sous  la forme de retours temporaires, de longue  durée  ou virtuels »(188).

Le MIDA s’adresse à l’ensemble des travailleurs qualifiés, mais cible tout particulièrement les cadres, les entrepreneurs et les experts africains de la diaspora « désireux et capables de contribuer par leurs compétences, mais aussi par leurs ressources, financières et autres, aux efforts de développement de leur pays d’origine ». En 2002, le MIDA estimait à 1.042.897 le nombre de non-nationaux subsahariens résidant en Europe dont 275.000 en France, 250.000 au Royaume-Uni et 150.000 en Allemagne. Le service de l’Immigration et des naturalisations aux États-Unis en revanche dénombrait 881.300 subsahariens travailleurs qualifiés dont 326.507 originaires d’Afrique centrale, la légion la plus importante des ressortissants africains d’Amérique du Nord, contre  190.500  pour l’Afrique australe et  27.000 pour les Ouest-africains.

Le MIDA dans une démarche partenariale avec les acteurs de la diaspora, les gouvernements des pays d’origine et d’accueil mène différentes activités dont :

-         la Création de petites entreprises en facilitant l’accès aux ressources, animant des sessions de formation à la gestion des micro-entreprises et promouvant la création des co-entreprises communautaires axées sur le développement(189) ;

-         Des enquêtes d’évaluation et constitution des bases de données sur les compétences et les ressources multiples dont dispose la diaspora, l’étude des besoins spécifiques aux pays et la compilation des opportunités d’investissement dans les pays d’origine(190)  ;

-         Le transfert des compétences   par la promotion du télétravail, les apprentissages   à distance(191) « mediés » par les outils de communication, les séjours successifs et retours permanents ;

-         Campagnes d’information et de sensibilisation des diasporas africaines au travers des sites internet dédiés ;

-         La gestion des rapatriements des fonds via la canalisation des fonds transférés vers l’investissement productif…

 

1.  Initiatives de mobilisation des compétences par les  diasporas

1.1. L’expérience sénégalaise

 

L’expérience sénégalaise en matière de mobilisation des compétences, même si elle reste modeste en comparaison des initiatives indienne, chinoise ou latino-américaine, est tout de même une référence en ce qui concerne les diasporas africaines francophones.

 

3.1.1. DIASPOSEN

DIASPOSEN est le plus récent mouvement diasporique sénégalais connu en France. Fondé par Lamine Thiam et présidé par Ibrahim Guèye-Nago, il est né à Paris à la faveur de la dernière élection présidentielle au Sénégal. Ce mouvement rassemble des personnes de très haut  niveau  d’origine  sénégalaise  résidant  en  Europe  et  en Amérique du Nord notamment : chefs d’entreprises, fonctionnaires internationaux, cadres dans la finance, l’aéronautique, les multinationales… Ces cadres politiquement engagés, malgré le positionnement « apolitique » du réseau, affichent alors à la naissance du réseau l’ambition d’« apporter leur pierre à l’édification d’un nouveau Sénégal » en militant en faveur de l’alternance et en apportant leur soutien officiel au candidat Macky Sall de l’Alliance Pour la République (opposé à Abdoulaye Wade le candidat sortant) depuis élu nouveau président de la République du Sénégal. Des cadres et commerçants sénégalais basés  en  Espagne,  Portugal,  Italie,  Suisse,  au Canada et aux États-Unis ont d’ailleurs rallié le mouvement. Assiste-t-on aux prémices d’une diaspora structurée mettant en réseau les ressortissants d’un pays installés dans divers pays d’installation au sens où l’est la diaspora chinoise d’après la classification de Natalia Buga déjà citée ? Quel horizon d’activités au-delà de l’appui à l’accession de Macky Sall à la magistrature suprême ?

Le nouveau Président du Sénégal qui s’est engagé à « faire de la diaspora la quinzième région du Sénégal’’ a depuis lors reçu en audience une délégation du Diasposen durant laquelle il a été question « d’étudier les moyens d’inciter la diaspora qui a souvent d’importants moyens financiers, un carnet d’adresses et de l’expérience dans différents secteurs d’activités à s’impliquer dans des projets et des actions au Sénégal’’(192). En  clair,  les  Sénégalais  de la diaspora réunis sous la bannière du Diasposen souhaite s’impliquer plus activement dans la vie économique et sociale du Sénégal.

Entre autres projets envisagés par le réseau dans le champs de l’aide au développement: ‘’ la création du Fond d’Investissement des Sénégalais de l’Extérieur qui aura pour objet de financer des projets de développements dans les  domaines  agricoles,  industriels  et  écologiques  orientés  sur  l’autosuffisance  alimentaire,  le  plein  emploi, la sauvegarde de l’environnement et l’amélioration du cadre de vie’’.

 

3.1.2. L’Assemblée des Sénégalais de l’extérieur (ASE)

En ce qui concerne la résolution des problèmes à l’intégration et l’insertion sociale et professionnelle que rencontrent les Sénégalais de France, des assisses se sont tenues le 15 avril 2012 en région parisienne sous la houlette de l’Assemblée des Sénégalais de l’Extérieur née à l’issue d’une série de rencontres de discussions entre membres de la diaspora sénégalaise de France en 2009. Ont assisté à ces assises les collectifs associatifs, les responsables politiques et différentes personnalités de la diaspora. Des propositions ont été faites, validées le 17 juin 2012 par la plateforme et soumises aux autorités sénégalaises. Au-delà des réflexions autour de la reconnaissance et la valorisation du rôle des associations sénégalaises comme actrices du développement durable local, la conception des conditions d’une valorisation(en termes d’investissements productifs) des transferts financiers des Sénégalais de l’extérieur dans l’économie nationale, ou encore de la définition des conditions de représentation des Sénégalais de l’extérieur à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Conseil économique et social, « les  organisations  de  la  Diaspora  sénégalaise  proposent  également  leur  expertise  dans  tous  les  champs  de compétences relatifs à la coopération bilatérale et multilatérale et au renforcement  des  solidarités  entre  les peuples »(193). Ce qui a davantage suscité notre attention, ce sont les réflexions d’ordre socio-économique portées par l’ASE fixant les conditions de réussite du processus de l’intégration des Sénégalais de France et les actions à mettre en œuvre pour atteindre cet objectif, au besoin avec l’appui du gouvernement sénégalais. Ces réflexions sont réparties sur 3 axes essentiels :

 

  • Droits sociaux des migrants sénégalais de France

-         Défense et garantie  des retraites décentes intégrant le double espace Sénégal-France dans lequel sont inscrits les migrants ;

-          la parité des allocations familiales pour les ayant-droits  restés au Sénégal ;

-         déperdition des droits pour les ayant-droits de migrants décédés liée au manque d’informations (allocation de veuvage, pension de réversion, capital-décès…) ;

-          revalorisation des pensions militaires

 

  • Vie familiale en migration

-          difficultés inhérentes au regroupement familial (intégration nationale et insertion socio-professionnelle) ;

-          échec scolaire et phénomènes de délinquance au sein de la seconde génération ;

-          reconnaissance de la double culture pour les enfants et les familles,

-          importance de la transmission culturelle aux enfants ;

-          tarifs préférentiels pour les vacances familiales ;

-          suppression de la surtaxe téléphonique ;

-          améliorer l’accueil et l’assistance aux étudiants et stagiaires sénégalais en France ;

-          actions autour de la régularisation des sans-papiers et la promotion de la solidarité communautaire …

  • Maison des Sénégalais de l’Extérieur

-          Création d’un espace fédérateur des initiatives des associations, organisations et opérateurs économiques;

-         développement des solidarités (multiservices) et des échanges au sein de la communauté sénégalaise de France.

 

L’animation et le renforcement du réseau des sénégalais de la diaspora tiennent aussi à la création des espaces virtuelles d’échanges où sont discutées sujets de société, problématiques socio-économiques et politiques en lien avec    le    Sénégal    et    les    sénégalais    de    l’extérieur.    C’est    précisément    la    vocation    du    site    internet « www.senediaspora.com», une web-agora qui revendique plusieurs milliers de membres.

Dans les organisations associatives transculturelles et transnationales en lien avec les migrants en France, on dénombre également quelques   initiatives intéressantes de mobilisation des compétences des migrants.

3.2.  L’expérience du  Forum des organisations de solidarité issues des migrations (Forim)

Longtemps en marge des questions d’intégration et  de la  promotion du « mieux vivre ensemble » que stipule pourtant ses statuts, a mis en place sur son portail internet un formulaire ouvert à toute personne « issue de l’immigration »   souhaitant   apporter   son   expertise   dans   l’accompagnement   à   l’insertion   économique   et professionnelle  des  migrants  en  France  et  dans  les  pays  d’origine.  Outil  de  collecte    des  informations  sur  les compétences individuelles et expertises techniques  des migrants donc(194)  pouvant également aider à :

  • la mise en réseau des migrants et des organisations de solidarité internationale ;
  • la valorisation de l’apport des migrants grâce à leurs compétences spécifiques.
Figure 7. Aperçu du portail web d’inscription   dans la base de données des compétences individuelles des migrants (Forim)

FORIM

Source : Site internet du Forim   http://www.forim.net/

 

Il est cependant difficile de faire un état des lieux du recensement de ces compétences,  d’analyser l’utilisation qui en est  faite (les canaux et les zones géographiques d’affectation de celles-ci) et  donc d’en mesurer l’efficacité pratique, les données recueillies n’étant pas accessibles sur le site internet de l’organisation, contrairement au portail internet du TOTKEN Sénégal où les statistiques des experts inscrits sont immédiatement disponibles. Une étude approfondie d’évaluation de cette initiative serait souhaitable et permettrait d’apporter différents ajustements ; ce d’autant que le Forim, en tant que structure représentative des migrants de France, du moins le versant majoritairement africain de  cette  population,  pourrait inspirer  des démarches similaires au niveau des régions et départements en y assurant appui méthodologique, conseil, coordination. Rien de tel ne nous est apparu au cours de notre enquête.

3.2. Le Resacoop et les experts « africanistes » du  Grand Lyon

L’expérience de mobilisation des compétences la plus récente identifiée au cours de notre enquête est un travail d’inventaire des experts réalisé par deux étudiants de Sciences Po Lyon(195) pour le compte et sous la férule du réseau RESACOOP.  La mission  de ces étudiants consistait en  l’identification dans le Grand  Lyon  des personnes hautement   qualifiées   de   toutes   origines   et   horizons   professionnels   (agronomes,   vétérinaires,   médecins, enseignants, universitaires, formateurs, ingénieurs, techniciens, etc.) ayant une certaine connaissance du terrain africain et susceptibles d’apporter leur contribution à l’accompagnement des projets de coopération décentralisée portés par les migrants au bénéfice des pays d’origine. En raison du caractère confidentiel des données recueillies, nous a-t-on fait savoir au niveau du Resacoop, il ne nous a pas été possible de consulter ce répertoire afin de déterminer le profil et l’effectif des experts inventoriés. Le rapport de stage insiste toutefois sur le fait que Sciences Po Lyon et le Réseau Resacoop « disposent désormais d’une base de données inédite sur le Grand Lyon (il n’existait pas  à  ce  jour  de  recensement  équivalent)  ;  les  individus  qu’elle  recense  sont  par  ailleurs  mobilisables  assez facilement puisque les entretiens ont été l’occasion de leur présenter le projet et de les informer des suites prévues (tous nos interlocuteurs nous ont donné leur accord pour être sollicités via la base de données) : la base de données élaborée est donc ‘’prête à l’emploi’’ ». Notons que pour les auteurs du rapport le concept d’expertise, polysémique et « polémique », recouvre  trois dimensions :

 

-         les compétences techniques et spécialisées apprises par un individu ;

-          les savoirs particuliers développés par les acteurs de la société civile (ONG, associations…) ;

-          les connaissances nées d’une approche rationnelle, méthodologique et indépendante de scientifiques.

 

Aussi, ce sont au total 76 personnes classées par grade d’expertise selon l’ancienneté de l’exercice du métier (senior, junior expérimenté, junior) qui ont été recensées, représentant 9 nationalités différentes : française, américaine, sénégalaise, congolaise (RDC), congolaise (Brazzaville), rwandaise, burkinabé, béninoise et camerounaise et dont 44 maîtrisent au moins une langue étrangère, 24 au moins deux langues, l’ensemble de ces expertises couvrant 27 domaines de coopération différents parmi lesquels : 17 experts intervenant  dans  le domaine de la culture, 16 dans les études et la recherche, 15 experts dans la formation pour adultes, 12 dans l’éducation, 10 dans l’artisanat et l’économie, 9 dans la santé, 8 dans le développement rural, 6 dans l’ Eau et l’assainissement, 5 respectivement dans l’urgence humanitaire, l’action sociale et l’éducation à la citoyenneté et 4 dans l’appui institutionnel, la collecte et l’envoi de matériel , l’agriculture-pêche, etc.

L’intérêt d’une telle base de données  de compétences, pour leurs auteurs, est à situer à différentes échelles :

-         À l’échelle des associations, elle permet d’instaurer une « meilleure coordination entre les ONG lyonnaises travaillant avec l’Afrique. L’objectif étant de gagner en efficacité sur le terrain, notamment via une mutualisation des financements et des moyens humains » ;

-         À l’échelle académique, l’outil permettrait « d’établir une spécialisation universitaire sur Lyon. Cet objectif pourrait se concrétiser au travers de la création d’un diplôme spécialisé sur l’Afrique (…) ou encore de co- diplômes avec des facultés africaines, voire même d’une école doctorale spécifique (permettant de répondre aux demandes, chaque année plus nombreuses, de doctorants africains) »(196).

 

3.2. L’Unité de Réflexion et d’Action des Communautés Africaines (URACA)

Le mouvement est une association de loi 1901  basée en région en Ile-de-France,  fondé  par  l’ethnopsychiatre Moussa Maman à la suite de la mobilisation d’un petit groupe d’étudiants africains suite au problème rencontré par l’un des leurs. La prévention sanitaire et sociale globale associée à la défense des cultures africaines est son cœur de métier depuis 1986 et elle s’appuie sur une démarche originale que résume la formule suivante : « être, faire et réfléchir ensemble », une démarche communautaire dans le sens où : « elle est basée sur la participation active des membres de la communauté concernée. Cette démarche aboutit à L’utilisation des éléments culturels comme points d’appui des stratégies d’intervention. Dans un contexte de migration, elle vise à rendre possibles, malgré les décalages,    les    liens    entre    les    logiques    de    la     société     d’accueil     et     celles     du     pays     d’origine. Cette fonction de lien est essentielle, entre communautés africaines et professionnels, entre pays d’origine et pays d’accueil,  entre  représentations  occidentales  et  traditionnelles  africaines,  entre  L’individu,  sa  communauté  et la société d’accueil, etc. »(197). Cette démarche est également partenariale car l’URACA intervient sur le double  terrain de la France et de l’Afrique et s’appuie donc sur l’expertise à la fois d’une équipe de tradipraticiens africains et des professionnels hospitaliers parisiens, majoritairement africains. On y compte des psychologues, des médiateurs, des animateurs, tous africains, et quelques compétences issues de la communauté française de  souche :  la secrétaire générale du mouvement et la coordinatrice de l’atelier Santé Ville de Paris 18e  arrondissement.

L’URACA en France c’est d’abord un lieu d’accueil, d’écoute et d’accompagnement, ce sont des activités d’ethnopsychiatrie, de médiations, d’assemblées de femmes,  la prévention du SIDA , la formation et les échanges, la  solidarité  communautaire,  le  soutien  aux  parents  grâce  à  un  projet  né  en  1999 :  le  groupe  Relais-parents originaires d’Afrique subsaharienne et dont « L’objectif principal est d’aider les parents originaires d’Afrique sub- saharienne dans leurs relations avec leurs enfants et avec les institutions liées à l’éducation »(198).

La pertinence de son approche et de ses actions valent à l’URACA un soutien financier conséquent de la part de la Mairie de Paris mais aussi du Fonds Européen d’Intégration qui lui a octroyé une enveloppe de 75.000 euros pour l’année 2011 sur un projet annuel d’un coût total de 100.000 €(199).

Cette crédibilité tient à la cohérence et la lisibilité du projet que porte l’URACA, la spécialisation de ses activités et leur circonscription à un champ spécifique du domaine de la santé (lutte et prévention du  Sida),  le professionnalisme de ses membres (hautement qualifiés), son option de la transculturalité (subsahariens et européens), sa démarche interculturelle ( prise en compte des invariants culturels d’ici et de là-bas), le ciblage d’un public déjà prioritaire dans les politiques publiques d’intégration et d’insertion par la santé, par l’éducation et la formation notamment (publics migrants, femmes, ,jeunes, parents). L’ancienneté apporte l’expérience et celle-ci a permis à l’URACA d’élargir son périmètre d’intervention à l’Afrique où sont parallèlement conduites des actions de santé communautaire, développement et de solidarité : création de centres de soins et de santé, tournée  de médecine foraine, création d’une radio rurale, etc.

Autre atout force de L’URACA : en plus des multiples compétences permanentes dont elle dispose en interne, elle a  noué des alliances stratégiques avec des partenaires clés et de proximité : les associations de quartier (Habiter au quotidien, les Enfants de la Goutte d’Or, l’Anneau d’Or, Aidda…), les associations locales, nationales et internationales de lutte contre le Sida (Centre Régional d’Information et de Prévention Sida Ile de France-CRIPS, Migrants contre le Sida, Migration Santé, Act Up, Fédération AIDES , ONUSIDA, OMS, Institut National de Prévention et d’Éducation pour la Santé-INPES, etc.), les Services hospitaliers parisiens : (Tenon, Saint-Louis, Avicennes, Lariboisière, Bichat), etc.

 

3.2.  Autres exemples majeurs de réseaux transnationaux de migrants qualifiés dans d’autres régions du monde

En ce qui concerne l’Europe, nous retenons tout particulièrement :

3.2.1.  Le réseau CASA-NET (Cameroonian Skills Abroad – Network)

Réseau des compétences de la diaspora camerounaise dont le secrétariat permanent est basé à Genève en Suisse. C’est une fédération d’associations née en 2008 à la faveur du premier forum des compétences de la diaspora 

camerounaise, baptisé DAVOC 2008(200) et regroupant universitaires et professionnels installés dans divers pays de l’OCDE principalement. Un réseau d’experts donc qui ambitionne de regrouper l’ensemble des migrants camerounais pour des échange d’idées, de ressources et de projets en vue de mener des actions multisectorielles d’accompagnement au développement du Cameroun, dans une démarche partenariale avec les institutions ( Casa- Net travaille avec les gouvernement camerounais et suisses notamment ) et des structures  privées  au  niveau national et international. Nombreuses sont les associations étudiantes camerounaises d’Italie, Suisse, États-Unis, Allemagne, Chypre, Hollande, Belgique, Angleterre membres de ce réseau des compétences. En France en sont membres en l’état actuel de nos informations :

 

  • l’Association des Étudiants et Stagiaires de Lyon (AESCL)
  • l’Association des Stagiaires et Étudiants Camerounais de Bordeaux (ASECB)
  • l’Association des Étudiants Camerounais de Strasbourg (AECS)*

 

3.2.1.  Le cabinet montréalais  AfriExperts International

 

AfriExperts est avant tout un réseau d’experts consultants  africains d’horizons  géographiques multiples basé à Montréal au Canada et proposant des expertises en termes d’accompagnement, de réalisations de missions spécifiques pour  une clientèle  variée  dans différents champs dont l’ entrepreneuriat et le développement des affaires, le développement international, les technologies de l’information, la  coopération  internationale,  les services financiers, la conduite des projets de recherche, l’immigration. Parce qu’il a fait le choix d’accompagner les Africains de Montréal dans le processus d’insertion professionnelle et de reconnaissance de leurs compétences par la valorisation « du potentiel des compétences africaines dans le cadre des mandats qu’il réalise au Canada et ailleurs dans monde, AfriExperts International s’emploie à faire prioritairement recours aux services d’experts africains  qui  se  démarquent  par  leurs  expériences  professionnelles  et  leurs  aptitudes  à  agir  avec  diligence  et attention, pour répondre aux exigences de la clientèle »(201).Pour ce faire , il s’appuie aussi sur son réseau d’associés et partenaires installés au Canada, aux USA, en Europe et en Afrique. Parmi les services proposés à sa clientèle :

  • Création et la gestion d’entreprises
  • Conception, suivi et évaluation des projets
  • Analyse et évaluation des politiques
  • Réalisation des sites web et référencement
  • Déclarations fiscales et comptabilité
  • Services aux immigrants
  • Le consulting (TIC, développement international, services financiers, immigration) ;
  • L’assistance sur mesure ;
  • Le placement en emploi ou l’interface entre candidats à l’emploi et employeurs potentiels : Ce 3e axe de service s’éclate en une multiplicité de prestations dont :
  • Ÿ  la promotion du réseautage et du mentorat,
  • Ÿ  la fourniture des informations sur le marché de l’emploi canadien,
  • Ÿ  les conseils en relations interculturelles dans l’emploi,
  • Ÿ  la   recherche  de  potentiels   employeurs   et  la  mise   en   relation   sur  la   base  des  objectifs professionnels définis avec les requérants.

 

Le Cabinet AfriExperts International, à travers son Directeur Général Guy Pascal Zambou, a publié en juillet 2012 La première édition de l’annuaire africain de Montréal, une manière de « contribuer au rapprochement interculturel et au renforcement des dynamiques d’intégration économique et socioculturelle des Africains dans la société québécoise et canadienne ». Ce répertoire  recense majoritairement des adresses d’entrepreneurs africains de l’agglomération montréalaise, des renseignements utiles sur les services divers (emploi, associations, services financiers, etc.) mais aussi les adresses de Québécois dits de souche,  dans  une  démarche  de  promotion  des alliances stratégiques.

 

3.2.1.  Le Réseau des Entrepreneurs et Professionnels Africains (REPAF)

Lui aussi basé à Montréal et né en 2005, le Repaf est un « réseau d’affaires dynamique d’entrepreneurs, de professionnels et de travailleurs autonomes majoritairement d’origine africaine »(202),  et dont les objectifs consistent à accroître l’influence des jeunes entrepreneurs africains à Québec promouvoir leur avancement professionnel. Pour ce  faire,  le réseau    anime les  actions  suivantes  dans  le cadre de  réseaux  spécifiques  spécialisés (« Clubs Affaires », « Clubs professionnels », « Journée Carrière-Diversité », « Speedmeeting affaires », « rencontres Première action », « 6 à « 8, « Galas », « Caravanes »):

  • Développer un réseau dynamique d’entrepreneurs, de professionnels, de travailleurs autonomes et de dirigeants, et accroître leur influence;
  • Cultiver les habitudes de réseautage d’affaires comme outil de succès et de création de valeur;
  • Faire la promotion du professionnalisme et de l’entrepreneuriat comme outil de création de richesse et d’intégration;
  • Favoriser l’avancement professionnel des membres dans toutes les sphères d’activité;
  • Créer une relève d’affaires forte, diverse et engagée;
  • Outiller les membres dans leur cheminement vers des postes décisionnels.

 

À l’issue de ce tour d’horizon non-exhaustif qui consistait à mettre en exergue les initiatives notables de mobilisation des compétences par les migrants eux-mêmes et parfois avec l’appui des gouvernements locaux et des institutions internationales, nous tirons deux enseignements majeurs :

-         Le relais qu’assurent aujourd’hui les associations et réseaux professionnels dans le processus d’accompagnement à l’insertion économique et professionnelle des migrants primo-arrivants et d’installation ancienne comme le montrent les deux exemples canadiens ;

-         La nécessité pour les migrants de se structurer en réseaux régionaux, nationaux ou transnationaux, et à se fédérer autour d’ une « cause », d’un thème ou d’un champ spécifique d’engagement et pour lequel la démarche de mobilisation des compétences visant à apporter des solutions à la problématique posée doit être de la même manière préparée, structurée, planifiée. La crédibilité, la légitimité des organisations associatives subsahariennes vis-à-vis des partenaires institutionnels et privés et vis-à-vis des migrants eux- mêmes tiennent à cette capacité à penser et organiser l’action, puis à la rendre efficace par la manière et les moyens avec lesquels elle est conduite.

S’organiser, se compter pour mieux agir, influer sur le cours des évènements et donc compter, tel est l’horizon déjà atteint par certaines organisations de migrants subsahariens en Europe et en Amérique du Nord, nous l’avons vu. Qu’en  est-il  des  pratiques  de  mobilisation  et  développement  des  compétences  au  sein  de  la  communauté associative subsaharienne du Grand Lyon ?

 

Section 3 : Pratiques et témoignages  des associations des migrants subsahariens du Grand Lyon en matière de gestion des compétences des migrants pour le développement et l’intégration

Le constat général d’une faible pratique de la mobilisation formelle des compétences des migrants dans le Grand Lyon a donné prétexte à la présente étude : comprendre les raisons d’une telle dispersion des compétences et la difficulté pour migrants à les agréger afin de  porter collectivement des projets d’insertion dans la société d’accueil ou de développement des pays de départ.

 

1.  Caractéristiques des compétences individuelles et collectives des migrants

Les   opinions   recueillies  auprès   de  la  vingtaine  de  responsables   associatifs   enquêtés  sur  la  question   des compétences des migrants font apparaître quelques caractéristiques majeures :

 

1.1.  Elles sont difficilement quantifiables en raison de l’absence de données globales pertinentes

 

À l’exception, du travail précédemment cité mené sous la direction conjointe de Sciences Po Lyon et du Résacoop, nous n’avons pas identifié de démarche formelle de mobilisation des mobilisation des compétences au travers de la constitution d’un répertoire d’immigrés portant une expertise particulière. L’association EKODAFRIK qui anime le site web www.echosdafrique.net propose néanmoins un annuaire en ligne des africains du Grand Lyon (avocats, experts comptables, élus communaux, entrepreneurs, associations, etc.) sans que l’on sache si ces données du reste pertinentes ont pu servir à susciter la mise en lien des professionnels recensés d’un même secteur d’activités ou la mise en réseau d’organisations associatives désireuses de mener des actions conjointes en mutualisant les moyens. Difficile également de savoir si les renseignements y sont mis régulièrement à jour (mobilité oblige) et enrichis au fur et à mesure des collectes de nouvelles données sur les profils professionnels des migrants nouvellement installés dans la région par exemple. Il serait d’ailleurs intéressant d’élargir ce répertoire aux professionnels subsahariens sur l’ensemble de la région Rhône-Alpes, de manière à susciter des liens, encourager les démarches de construction de réseaux professionnels et associatifs outre-Rhône. Pertinent serait aussi la mise en lien entre les collectifs d’associations des migrants du Grand Lyon et le Résacoop pour s’inspirer de la méthodologie d’inventaire des compétences « africanistes » mené par le second dans le périmètre rhodanien et identifier les experts subsahariens répertoriés  dans cette base de données.

 

1.2.  Elles sont dispersées et pas toujours clairement identifiées ni même reconnues par les associations qui en auraient pourtant bien besoin

 

En plus du déficit important d’informations pertinentes de nombres de petites associations de migrants concernant les interlocuteurs institutionnels chargés de piloter les politiques locales de la ville et de l’intégration, les dispositifs publics existant et l’octroi des ressources pour la conduite des actions, sévit aussi une méconnaissance ou un déficit de crédit à l’endroit des associations et structures professionnelles de migrants ayant développé une ingénierie  particulière  dans  le  montage  et  le  suivi  des  projets  d’insertion  ou  de  développement,  la  formation professionnelle,  l’accompagnement  en  tous  genres(203).  La  crise  de  confiance  entre  migrants  peut  accentuer  ce phénomène, une crise de confiance des migrants subsahariens vis-à-vis de l’expertise de l’Africain. Les a priori positifs ou négatifs qu’ont les uns vis-à-vis des autres, répercutés par le bouche-à-oreille particulièrement efficace du point de vue des échanges d’informations dans les relations interpersonnelles, peuvent aider à l’identification et l’adhésion à une structure professionnelle ou une association d’experts africains ou au contraire susciter méfiance, réticence et discrédit qui renforcent la méconnaissance et les préjugés y compris au sein de la même communauté nationale ou ethno-régionaliste. Un phénomène assez courant au sein de la communauté subsaharienne et qui légitime la démarche d’une association comme l’A2P Nord-Sud-Sud qui a fait de la lutte contre les préjugés et stéréotypes au sein de la communauté africaine du Grand Lyon son cheval de bataille ; de même que la promotion de la transculturalité et sa  traduction en actes par la pratique de l’ouverture et  l’imbrication des associations subsahariennes toutes origines confondues au sein d’un collectif du type Africa 50 ou  le  Cosim.  L’association s’appuie en effet sur le constat qu’en plus du déficit de confiance :

« …les préjugés font que l’on s’imagine l’autre comme un ennemi, un danger, alors à ce moment-là, on ne cherche plus à le connaitre, on cherche plutôt à lui barrer la route. Au lieu de travailler sur des objectifs communs et la mise en place d’outils qui nous permettent d’évaluer que nous tendons vers cet objectif commun, de manière à renforcer la confiance, cette confiance qui n’est pas donnée une fois pour toutes, qui est à construire et à reconstruire en permanence ».

 

Un autre responsable associatif nous confiait dans la même veine que : « l’expertise c’est important et pour valoriser certaines choses il faut que les gens en face donnent  du respect et de la reconnaissance à l’expert sinon ça ne vaut rien »

La permanence des attitudes de défiance mutuelle, accentuée par le facteur concurrentiel pour la captation des ressources publiques et privées et l’acquisition du prestige social , met à mal le processus de professionnalisation des associations dont dépendent l’efficacité des actions, la visibilité et la légitimité des associations dans leur s quêtes partenariales.

Nous avons noté parallèlement la difficulté que rencontraient certains acteurs associatifs à identifier les organisations par thématiques ou champs d’intervention en raison d’une invisibilité sur l’espace public de nombre d’entre elles : absence de sites internet, coordonnées dans les annuaires associatifs des mairies pas toujours à jour, période d’activités très variables en fonction de la disponibilité des membres du mouvement…

 

1.3. Des compétences  globalement peu disponibles

La non-disponibilité des compétences, corollaire de leur invisibilité, s’explique tout d’abord par la réticence de certains migrants à s’impliquer pleinement dans les activités associatives, même en sachant que ce cadre peut être pourvoyeur en termes d’aide et d’informations en tous genres : « Ce sont les conditions. Il y a beaucoup qui n’ont pas le temps de militer dans les associations et tout. Ce sont les conditions financières. La plupart des gens qui viennent ici ce sont surtout les étudiants. Les gens se cherchent. Les gens pour vivre au quotidien c’est un problème. Ça fait qu’il n’y a pas trop de motivation au niveau de l’association», justifie un acteur associatif rencontré.

Les charges familiales, les responsabilités  professionnelles  et  différentes  autres  urgences  auxquelles  sont confrontés les immigrés de manière générale dans les pays d’accueil laissent en effet peu de place à l’engagement bénévole. La population au sein des associations des migrants se rajeunit, une génération nouvelle qui portent des idées parfois en rupture avec le système des « anciens », ce qui crée,  comme  nous  confiait  un membre  d’un collectif d’associations originaires d’Afrique de l’Ouest, des conflits de génération qui peuvent conduire  aux blocages et entrainent des risques de scission.

 

À cela s’ajoute le peu d’investissement des migrants subsahariens à la retraite, « excusés » par la quasi-totalité des responsables associatifs enquêtés. Ceux-ci estiment en effet que les retraités, épuisés par une carrière parfois péniblement vécue, aspirent, pour certains en tout cas, au retour dans le pays d’origine. Aucune des études consultées durant notre enquête n’attestent de cette pratique. Au contraire, l’on assiste à une  inversion  de tendance avec la circulation régulière entre ici et là-bas mais la prolongation du séjour voire l’installation ou la réinstallation définitive dans le pays d’accueil(204).

 

En conséquence, le cadre associatif dans ces conditions ne peut que très difficilement être un lieu d’échanges, de génération des compétences et de leur développement ; ou un espace de rencontre entre des entrepreneurs et des personnes qui mettent leurs compétences à disposition.

 

Toutefois, l’Association des Burkinabé de Lyon (ABL) a fait le choix de miser sur l’ensemble des burkinabé, quelles que soient leur niveau de qualification, l’étendue de leurs connaissances ou leur statut par rapport à l’emploi. La mobilisation des troupes et le bénévolat, d’après ce que nous en avons  observé,  marchent  plutôt  bien.  Son président s’en explique : « L’association peut être l’espace pour trouver des ressources. C’est ce qu’on essaie de faire en tout cas dans notre association, par exemple à travers l’accueil des nouveaux. Pour dire aux gens, même si vous n’avez pas les moyens, Venez : on brasse les idées ensemble. On peut au moins apporter des idées ». Elle s’appuie aussi sur son réseau fort dense de partenaires institutionnels dont la Communauté urbaine du Grand Lyon et le Consulat du Burkina Faso associé au dernier Forum économique (le FEDDA) co-organisé par l’ABL et Africa 50 et qui a été l’occasion de la mise en relation entre employeurs et candidats burkinabé en recherche d’emploi ou d’opportunités d’affaires.

 

1.4. Les compétences sont plus souvent mobilisées  en  externe par les associations elles-mêmes

C’est une pratique courante que celle de l’adhésion aux réseaux associatifs  dont  nous  avons  indiqué précédemment qu’elle permettait, au-delà de la construction et le renforcement identitaires, d’accéder à la fois aux ressources et biens informationnels pour la conduite des projets des migrants, de bénéficier des services et prestations techniques et administratives proposées par les réseaux en termes de montage , suivi et évaluation des projets associatifs , procédure de montage de dossier de financement, étude de faisabilité, diagnostic, la représentation et défense de la cause des associations auprès des instances politiques et administratives, l’animation des formations pratiques et théoriques sur des thématiques spécifiques ; comme pratiquent le CADR autour de la solidarité internationale, le développement durable , le  commerce  et  le  tourisme  équitables,  ou encore  le Resacoop et le Cosim sur la méthodologie de gestion et capitalisation des projets .

Cependant, les prestations de formations ou accompagnement au montage de projets sont peu pratiqués par et au sein des collectifs associatifs représentant des migrants issus d’un même pays, quoi que certains soient membre de collectifs nationaux membres du Forim et labellisés Opérateurs d’Appui aux Projets (OPAP) de solidarité internationale. Aussi, avons-nous tenté de joindre les services du Forim en charge de cette question pour comprendre la procédure et les critères présidant au choix de labellisation des collectifs communautaires205 , mais en vain.

Les compétences individuelles et collectives externes au réseau  peuvent être sollicitées également et puisées dans le vivier des relations interpersonnelles, du capital relationnel accumulé au gré des rencontres et collaborations.

Le constat que nous avons fait toutefois c’est qu’au-delà du réseau communautaire d’appartenance, peu d’organisations associatives subsahariennes recourent aux réseaux associatifs des non-migrants intervenant sur des champs spécifiques. Par exemple l’ASSFAM, FIJI Rhône-Alpes, le CADR ou les Centres Culturels de la Vie Associative (CCVA) tels ceux de Vénissieux et de Villeurbanne que nous avons joint et qui proposent dans leurs catalogues de services en direction des associations domiciliées dans leurs communes respectives des formations  à la gestion associative ou des thèmes particuliers.

 

1.5. Typologie des compétences recherchées par les  associations rencontrées

Elles sont de divers ordre mais leur mobilisation doit tenir compte du modèle économique de l’association qui repose principalement sur le bénévolat, comme déjà indiqué plus haut. Cela suppose la disponibilité en temps des bénévoles, leur adhésion aux valeurs et objectifs portés par l’association, et c’est pourtant loin d’être le cas dans certaines des organisations associatives du Grand Lyon. Des dissensions internes ont souvent engendré une démobilisation des membres et une dispersion des compétences, fatalement peu utilisées. Cela pouvant conduire à une situation de déqualification des migrants tant dans le champ associatif que professionnel.

 

Cela dit,  les besoins exprimés par les acteurs associatifs en termes de compétences pour la conduite des projets recouvrent les domaines suivants :

 

  • Ÿ  Les compétences managériales : ce sont des compétences d’encadrement (organiser le travail, résoudre des problèmes…), de direction (manager l’association, mobiliser l’ensemble des membres et bénévoles, communiquer, anticiper les évolutions techniques, administratives…) ;
  • Ÿ  Les compétences techniques : maitriser les procédures et les outils (informatiques,  communication), assurer l’autocontrôle, connaitre le marché des financements associatifs, les dispositifs publics et les interlocuteurs clés, etc. Elles concernent particulièrement les chargés de mission au sein des associations, les consultants internes ou externes justifiant d’une expertise spécifique ;
  • Ÿ  Les compétences  scientifiques : effectuer  des études, la recherche-action,  produire des synthèses thématiques sur les migrants, conduire des enquêtes de terrain, des évaluations d’impact, la mobilisation des ressources documentaires utiles à l’action, articuler l’univers associatif au monde universitaire, les laboratoires de recherche et les centres d’information tel le REMISIS ;
  •  
  • Ÿ  Les compétences interculturelles : former à s’adapter et évoluer sans encombre dans un environnement culturel différent y compris sur le champ de l’insertion professionnelle et l’univers éducatif, sensibiliser les acteurs sociaux associatifs, institutionnels et civils  aux vertus de la bi ou multiculturalité… ;
  • Ÿ  Les compétences linguistiques : la maitrise de la langue du pays d’accueil et des langues étrangères 
  • Ÿ  Les compétences pédagogiques : Former, informer, conseiller, écouter, prendre en compte les avis et évaluer ;
  • Ÿ  Les compétences commerciales et de communication : gestion des activités évènementielles, levée de fonds, mobilisation de ressources non financières, prospection de « clients », partenaires, négociations fournisseurs, sous-traitants… ;
  • Ÿ  Les compétences personnelles qui relèvent du savoir-être : capacité d’adaptation aux nouveaux outils et aux procédures, à l’environnement juridique et institutionnel, économique et socioculturel, capacité d’apprentissage, d’acquisition de nouvelles connaissances et d’élargissement des compétences, être actif dans le changement, tenir les délais, le goût du travail bien fait, assumer les aléas, prendre des initiatives, proposer des améliorations, être solidaire du groupe et faire primer l’intérêt général sur les intérêts particuliers…

Ces compétences non-exhaustives se situent donc à la confluence des trois dimensions que sont les savoirs, les savoir-faire et les savoir-être.

En ce qui concerne les associations rencontrées, nous avons noté que ces compétences pouvaient dans certains cas être :

 

  • disponibles mais pas suffisamment mises à contribution dans le cadre des activités menées

Un responsable dont l’association est membre d’Africa 50 nous confiait ainsi que ce sont moins les compétences qui manquent que la définition des missions et activités qui permettraient de les valoriser : management des projets dans l’habitat social par exemple, la formation à la création/reprise et la gestion des micro-entreprises, les compétences  informatiques,  etc.  Les  activités  du  Collectif  à  ce  jour  gravitent  principalement  autour  de  la promotion de l’interculturel, la lutte contre les discriminations, le soutien scolaire ou encore la valorisation de la mémoire à travers  l’animation de rencontres scientifiques auxquelles participent des panélistes de renom (206), il est vrai. Le Collectif  totalise pourtant plus d’une trentaine d’associations membres et autant de compétences. Mais les profils et le potentiel des dépositaires de ces compétences au sein de ces organisations membres (dont la liste est consultable sur le site internet du collectif) ne nous sont pas apparus clairement établis.

 

  • Non-disponibles mais n’ayant fait l’objet, à notre connaissance du moins d’aucune démarche poussée de cartographie des compétences des migrants et de constitution d’une base de données « prête à l’emploi ; dans l’optique de réduire l’écart entre compétences recherchées par les associations et les compétences réellement disponibles mais si peu nombreuses

Au sein du Collectif Africa 50, l’on nous a tout de même assuré que : « C’est dans cet esprit que nous voulons constituer un répertoire des compétences ». Peut-on par exemple imaginer un réseau d’entrepreneurs d’origine subsaharienne de Lyon comme il peut en exister ailleurs, au Canada par exemple ? La coordination du Collectif nous a indiqué que :

 « Ça peut être intéressant…on n y a jamais pensé mais effectivement un réseau de professionnels d’origine africaine, ça peut même faciliter la création du répertoire (…) le dernier FEDDA visait en fait la création de ce type de réseau. Cela existe donc sous une autre forme : les chambres de commerce et d’industrie. Ce sont des associations de loi 1901 qui réunissent des professionnels »

 

  • Le développement des compétences n’est pas une pratique courante au sein des associations des migrants subsahariens

 

Nous indiquions plus haut le recours faible aux ressources et dispositifs destinés au développement de la vie associative mis à la disposition des associations par les mairies notamment. À cela s’ajoute le fait que l’expérience associative n’est pas collectivement valorisée en dépit d’une sensibilisation faite auprès des acteurs associatifs par les pouvoirs publics autour de l’intérêt de la Validation des Acquis de l’Expérience associative dans l’élaboration d’un projet professionnel. La VAE pourrait théoriquement du moins contribuer à augmenter l’employabilité des migrants en recherche d’emploi, et notamment les jeunes sans expérience professionnelle. L’acquisition des nouvelles compétences au sein des associations de migrants n’est pas formalisée, le recours aux formations reste globalement faible en raison d’un coût forfaitaire d’accès aux sessions pédagogiques animées par les CCVA et qui ne sont souvent pas à la portée du budget des petites associations.

Un responsable associatif interviewé témoigne : « Il y a un déficit de notre côté pour identifier un peu tous les dispositifs qui nous permettent de capter les moyens. Par exemple, les fonds pour le développement de la vie associative et autres, pour proposer ces formations-là de façon interne, et  que  ça  soit institutionnalisé. En nous mettant ensemble,  nous pouvons aussi peser pour négocier auprès des municipalités pour avoir des crédits afin d’organiser ces formations parce que ce sont des formations qui nous permettent d’être citoyens à part entière dans toute la complexité de notre parcours ».

 Issopha

Paris, 22 janvier 2016.

© Issopha 2016 – Tous droits réservés

Notes de bas de pages

184  Près d’un tiers des migrants récents dans les pays de l’OCDE sont diplômés du supérieur contre moins de 6% dans les pays d’origine.

184   Rapport 2012 OCDE-AFD, déjà cité : « Ce programme permet aux expatriés de contribuer à des projets dans leur pays d’origine en y retournant pour une période de moins de trois mois. Au cours des 20 premières années d’exercice, environ 5 000 personnes ont participé à des projets dans près de 50 pays en développement »

185  http://www.entrepreneurship-diaspora.org/

187MIDA, «  La mobilisation des africains de la diaspora pour le développement de l’Afrique », OIM, 2004 : « Grâce à ce programme, plus de 2000 nationaux africains hautement qualifiés et expérimentés ont reçu une aide au retour et à la réintégration dans 41 pays d’Afrique. 2565 étudiants boursiers ont aussi été assistés à travers d’autres programmes financés par l’Union européenne. Cette main-d’œuvre très qualifiée a ramené avec elle ses expériences, essentiellement dans les domaines de la gestion et de l’administration, des services sociaux et juridiques (27%), des sciences et de la santé publique, de l’éducation (17 %), des sciences physiques et mathématiques, de l’ingénierie (15 %) et de la gestion de haut niveau (11 %), ont pu être mises à profit dans les secteurs socio-économiques clé des pays d’origine connaissant une pénurie en la matière ».

188 MIDA, idem.

189 Un projet a été mené en ce sens en Guinée sur la formation des femmes à la création et à la gestion des micro-entreprises par le transfert de connaissances et l’octroi de micro-crédits.

190

Dans le cadre d’un Projet pilote, le MIDA a contribué à l’élaboration d’un site Internet d’information financé par le gouvernement

italien pour les Ethiopiens de la diaspora et notamment ceux d’Italie: «Ethiopian diaspora.info », qui apporte à la communauté éthiopienne à l’étranger des informations utiles à la diaspora : procédure de création d’une entreprise, conseils d’investissement, annonces ciblées ; Un « questionnaire » en ligne permet également aux personnes intéressées de s’identifier et soumettre ces renseignements dans le but de constituer une base de données nationale des Éthiopiens vivant à l’étranger.

191 « Le programme MIDA, qui s’appuie sur les technologies de l’information et de la communication, a donné naissance, en septembre

2003, à une initiative pilote d’apprentissage à distance facilitant le transfert de compétences en permettant d’atteindre virtuellement un large auditoire. 700 étudiants en deuxième année de maîtrise ont bénéficié de ce projet auquel sont associés l’Université de Lubumbashi (UNILU) en RDC et l’Université libre de Bruxelles (ULB) en Belgique. Financés par le Gouvernement belge, les cours de formation sont élaborés dans le cadre d’accords de jumelage belgo-congolais, sélectionnés en accord avec le programme de l’UNILU et en fonction des compétences disponibles au sein de la diaspora congolaise. Il relie la diaspora aux instituts d’enseignement à l’intérieur des pays, et ces derniers les uns aux autres, et offre une formation et un développement professionnel dans des conditions rentables ».MIDA, idem.

192 Voir le portail internet du Collectif des associations sénégalaises du Rhône, Solidarité Pour Exister (SOPE) :http://www.sopeonline.net/

193 Portail internet du Sope, idem.

194Le portail est accessible à partir du lien suivant : www.forimcomptetences.net

195Côme Nsika et Julie Depuydt, « Élaboration d’une base de données d’experts dans le domaine de la coopération avec l’Afrique Subsaharienne et présents dans le Grand Lyon », Rapport de stage académique de 4e année, sous la codirection de Rose-Marie Di DONATO (Résacoop) et Xavier Alphaize (IEP Lyon), juin-juillet 2012.

196 Nsika et Depuydt, idem.

197  http://www.uraca.org/

198Il s’agissait pour  l’URACA de « constituer des groupes de parents, animés  par des leaders appartenant à la même communauté, etd’interroger l’éducation des enfants, la situation d’être parents migrants d’enfants nés en France(…) Deux groupes se sont impliqués dans cette action : Un groupe de 13 pères (soninké, peul, bambara…) dirigé par Mr Mamadou DIARRA ; Un groupe de 33 mères (mandingue) dirigé par Mme Aïssatou GNABALY. En 2004, un troisième groupe est né, constitués de jeunes (16-25 ans) de la seconde génération qui apportent leur regard, leurs interrogations sur une situation particulièrement complexe ; groupe animé par Mr DIARRA ».

199 Pour plus d’informations, consulter le document disponible sur le site du Ministère de l’Intérieur français : « Liste des bénéficiaires du Fonds Européen d’Intégration(FEI) pour l’année 2011 ». Cela dit,  l’URACA  bénéficie également de financements de la Mission Ville de la Ville de Paris, la Direction Régionale des affaires Sanitaires et Sociales (DRASS), la Direction Générale de la Santé (DGS), Le service des financements associatifs de « Ensemble Contre le Sida »(ECS) , la Direction de l’Action Sociale, de l’Enfance et de la Santé (DASES), la Caisse Régionale d’Assurance Maladie d’Ile-de-France (CRAMIF).

200 La 5e  édition de ce forum annuel s’est tenue à Genève les 11 et 12 octobre 2012 autour de la thématique : « contribution des migrantsafricains aux stratégies de développement » avec la participation d’une importante délégation représentant le gouvernement camerounais. Au cours de ces assises a été examiné le Document Stratégique pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) proposé par l’État « pour faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035 » (Voir www.davoc.org). Le Réseau Casa-Net participe les 29 et 30 novembre à Genève au Forum mondial sur les migrations et  le développement ou Global Migration and Development (GFMD) à l’invitation des Nations-Unies. En outre, dans la perspective de la mobilisation la plus large possible des compétences camerounaises de l’étranger, un observatoire des compétences de la diaspora camerounaise (OCDC) serait en cours de mise en place au Cameroun.

201 Voir le Portail internet du Cabinet AfriExperts International http://afriexperts.com/

202 Voir le Portail internet du réseau à l’adresse suivante www.repaf.org/

203 Citons en exemple le cas du Centre Appui Conseil Formation, une des rares structures d’insertion économique et professionnelle des publics en difficulté , immigrés et non-immigrés, portée et administrée par des migrants. Né en 2001, les activités du Centre se structure autour de deux pôles : un pôle Conseil en création et reprise d’entreprise, suivi post-création, gestion, les TIC, les projets de santé, l’ingénierie des projets socio-économiques ; un pôle formation en création d’entreprise, aux métiers de l’informatique,   en management des projets et ressources humaines, en installation et maintenance des systèmes solaires voltaïques et en ingénierie du développement local. Voir http://www.centre-acf.fr/

204 Voir Emmanuel Jovelin, « Le dilemme des migrants âgés. Entre le désir du retour et la contrainte d’une vie en France », in la revue Pensée plurielle, 2003, pp.109-117.  L’auteur, dans cet article, souligne que peu de migrants âgés sont satisfaits de leurs conditions de vie en France, pourtant le retour même s’il est envisagé et fantasmé est rarement effectué. Les causes identifiées du non-retour dans le pays d’origine étant : le « fainéantisme » du retour   consécutif à la vie prolongée en France« combiné aux difficultés financières, car pour rentrer au pays, il ne s’agit pas uniquement d’y aller pour rendre visite à la famille, il faut aussi « arroser » pour montrer le signe distinctif de la réussite sociale, sinon mieux vaut ne pas y aller (…)» ; Ensuite le rêve non réalisé « venir en terre d’immigration c’est avoir des rêves. Or les problèmes économiques font qu’on ne peut rentrer chez soi en étant pauvre. Ce serait dans ce cas un échec inexplicable. Plutôt que de subir le regard du vaincu, on préfère rester en France en maintenant le «  mythe de la réussite ». L’échec économique renvoie à un échec de la vie, de toute vie passée en dehors de chez soi. L’enrichissement rêvé au moment du projet du départ se transforme peu à peu en dettes inépuisables » ; et enfin les migrants âgés de retour se   vivent comme étrangers chez eux: « vivre longtemps à l’étranger fait de vous un étranger chez vous et traité en étranger chez soi. Les personnes qui vivent à l’étranger sont quelquefois stigmatisées dans leur pays d’origine où l’intégration et les habitudes de vie ne sont pas évidentes. Pour les migrants âgés qui, pour certains, ont passé plus de temps en France que chez eux, le retour est quasiment impossible car cela les pousserait à faire le chemin inverse : réapprendre une nouvelle vie dans un pays qui jadis était le leur. Cette trajectoire à l’envers est inacceptable pour les migrants âgés qui préfèrent sacrifier leur vie dans le pays d’accueil ».

205 Pour le Forim dont Le Renforcement du réseau des Opérateurs d’appui labellisés (OPAP) pour un meilleur suivi et accompagnement des projets de Codéveloppement des OSIM constitue une des 4 activités menées par le PRA-OSIM, un « dispositif d’accompagnement, de cofinancement et de capitalisation des projets de développement local portés par les OSIM de base » , les missions d’une association labellisée OPAP c’est : le Conseil et l’orientation du porteur de projet, l’ Appui technique et méthodologique, le Contrôle de la qualité, de la pertinence et de l’éligibilité du projet, Appui à la recherche et mobilisation de partenaires techniques et financiers, Aide au suivi financier et opérationnel du projet,     l’                     Appui       à                    la                 rédaction           des         comptes  rendus      d’emplois                   de        subvention. Parmi les associations labellisées OPAP par le Forim on compte :

-          L’Association des Marocains de France (AMF)

-          Centre Kram Ngoy / Centre de Formation géré par la Diaspora cambodgienne (CKN-CEFODIA)

-          Les COSIM Rhône-Alpes, Nord-Pas de Calais et Midi-Pyrénées

-          Le Conseil des Béninois de France (CBF)

-          Coordination des Associations Guinéennes de France (CAGF)

-          Femmes Inter Associations - Inter Service Migrants (FIA-ISM)

-          Haut Conseil des Maliens de France (HCMF)

-          Migrations et Développement (M&D)

-          Plateforme des Associations Congolaises de France (PACOF)

-          Plateforme des Associations Franco-Haïtiennes (PAFHA)

-          Réseau des Associations Mauritaniennes en Europe (RAME)

-          Comité de Suivi du Symposium sur les Sénégalais de l’Extérieur (CSSSE)

-          Touiza Solidarité (TS)

-          Union Générale des Vietnamiens de France (UGVF)

-          Union des Associations Burkinabé de France (UABF)

206 La récente commémoration du massacre des soldats africains en 1940 par l’armée allemande dans les environs de la commune de Chasselay (Rhône) où ils furent ensuite inhumés a vu la participation remarquée d’un historien spécialiste de l’histoire de l’Afrique et de l’esclavage, le Professeur Elikia Mbokolo.

 

 

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