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Que s’est-il vraiment passé à Lhassa ? Journalistes et touristes disent autre chose. Peter Franssen

Posté par Isso le 3 avril 2008

Que s’est-il vraiment passé à Lhassa ?

Journalistes et touristes disent autre chose.

Peter Franssen Que s'est-il vraiment passé à Lhassa ? Journalistes et touristes disent autre chose. Peter Franssen  dans AU-DELA DES IDEES RECUES puce2    puce2 dans CRITIQUE DES MEDIAS 

 

5 questions à propos du soulèvement au Tibet
Peter Franssen  

1. Que s’est-il réellement passé ?
2. Quel était le but des émeutes ?
3. Des médiamensonges : dans quel but ?
4. Le mouvement tibétain est-il spontané et indépendant ?
5. Toute la communauté internationale condamne-t-elle la Chine ?

 
Vendredi 14 mars dernier, une émeute éclatait à Lhassa, la capitale de la Région autonome du Tibet. Partout dans le monde, ces événements ont donné lieu à des protestations contre l’intervention de la police anti-émeute et l’armée chinoises.
Voici cinq questions à ce propos et, chaque fois, une esquisse de réponse.
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1. Que s’est-il réellement passé ?

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En Occident, l’opinion publique a eu l’impression que des manifestants pacifiques, sous la direction de moines, avaient défilé dans les rues pour réclamer la liberté et que la police et l’armée chinoises étaient intervenues de façon très répressive.
Entre une semaine et dix jours après les faits, il y a toujours, dans l’opinion publique, nombre de gens qui retiennent cette version des faits. Comme la présidente du parlement américain, Nancy Pelosi, numéro deux des États-Unis dans la hiérarchie politique, qui prétend que le comportement de la Chine est « un défi à la conscience du monde entier ».
( lisez l’article http://www.iht.com/articles/ap/2008/03/21/news/Pelosi-Dalai-Lama.php )
« Si nous ne parlons pas maintenant, nous n’aurons plus jamais le droit de parler », ajoute cette dame.
Le dalaï-lama l’a remerciée en disant que les États-Unis étaient « les champions de la liberté et de la démocratie ». Le dalaï-lama peut dire qu’il a de la chance d’être tibétain et de ne pas habiter, d’aventure, au Vietnam, au Laos, au Cambodge, en Afghanistan ou en Irak, pour ne citer que quelques pays contre lesquels les États-Unis, ces « champions de la liberté et de la démocratie », ont déclenché des guerres. Guerres qui, par ailleurs, ont toutes reçu le soutien de ce pacifiste à l’éternel sourire qu’est le dalaï-lama.

Deux jours après Nancy Pelosi, c’était le tour du président du parlement européen, l’Allemand Hans-Gert Poettering. « Si le gouvernement chinois suit cette ligne dure contre le Tibet, nous devons envisager un boycott des JO », a-t-il dit.
(Lisez l’article. http://www.ft.com/cms/s/0/7f31888c-f8e5-11dc-bcf3-000077b07658.html )
Auparavant, cette suggestion avait déjà été faite par le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Son homologue allemand Frank Walter Steinmeier a mis en garde la Chine contre le fait que son approche de la crise compromettait les JO
(lisez l’article http://ap.google.com/article/ALeqM5h79xS2DH2a0P1VYcF_2aHikRFJtAD8VHTPG00 ).
On peut se poser des questions à propos de la bonne foi de Pelosi, Poettering, Kouchner, Steinmeier. Toutes les déclarations, reportages, films et photos des témoins directs des événements montrent précisément le contraire de ce que ces politiciens prétendent. Nous pouvons désormais affirmer avec certitude que, ce vendredi 14 mars à
Lhassa, il n’a nullement été question de manifestations, mais bien d’une émeute. Des groupes de jeunes, parfois sous la conduite de moines et armés de couteaux, de sabres, de machettes, de pierres et de cocktails Molotov, ont bouté le feu à des maisons, des commerces et des voitures. Sauf les touristes, toutes les personnes qui n’étaient pas tibétaines étaient en danger. Non seulement les Chinois Han, mais également les musulmans Hui, ont été battus, tabassés sauvagement, voire battus à mort. La violence a été extrêmement brutale et de nature ethnique et raciste.

Ci-dessous, vous pouvez lire une série de témoignages, surtout de sources occidentales.

« En face de notre hôtel, ils ont bouté le feu à quatre bâtiments ». « Au carrefour en face de mon hôtel, j’ai vu comment des Tibétains en colère criblaient des pierres des Chinois passant en scooter. Quand l’un d’eux tombait de son scooter, il se faisait horriblement tabasser. Ils étaient maltraités » , déclare un touriste hollandais dans De Volkskrant.
(Lisez l’article http://www.volkskrantreizen.nl/blogpost.php?username=reisredactie&webtitle=nederlanders_over_onluste&usergroup=redactie )
« Les vieilles personnes n’ont pas été épargnées non plus ».
Le journal français Le Parisien donne la parole au touriste canadien John Kenwood, qui raconte comment une bande a arraché un vieillard à son vélo, l’a battu à coups de poing et de pied. Un passant occidental a pu tirer le vieillard d’affaire.
(Lisez l’article http://www.leparisien.fr/home/info/international/articles/SCENES-DE-LYNCHAGE-DE-CHINOIS-PAR-DES-TIBETAINS_296267549#header )

Des images d’émeute
Voici un petit film qui montre comment un homme en furie s’en prend à un Chinois roulant en scooter.
À six ou sept reprises, il frappe le Chinois à la tête avec une pierre. D’autres se précipitent pour jeter le Chinois à bas de son scooter et ils continuent de le battre. Le Chinois tombe sur le sol et reçoit encore des coups et des pierres. Un peu plus tard, cet homme a été admis à l’hôpital. Il a perdu un oeil.
Mise en garde : le film est particulièrement choquant.
Le film : http://www.youtube.com/watch?v=Jr3vhPo0pK0

Hôpitaux et écoles n’ont pas été épargnés.
Le bilan est très lourd : 13 morts, 325 blessés, 422 magasins, 120
maisons d’habitation, 6 hôpitaux et 7 écoles ont subi des déprédations à des degrés divers.
(Lisez l’article http://english.peopledaily.com.cn/90001/90776/90882/6376824.html )

Cinq jeunes filles brûlées vives.
Un groupe de manifestants a incendié un magasin à Lhassa. Six vendeuses y travaillaient. Cinq ont péri, brûlées vives. La plus vieille avait 24 ans, la plus jeune 18 ans.
(Lisez l’article http://www.chinadaily.com.cn/china/2008-03/20/content_6553129.htm)

« Des manifestants, non. Des criminels ! ».
Le journal allemand Junge Welt dit dans un de ses titres qu’il ne s’agissait pas de manifestants, mais de criminels.
(Lisez l’article http://www.jungewelt.de/2008/03-20/059.php )

« Partout autour de moi, le feu faisait rage ».
Le journaliste Benjamin Morgan interviewe un certain nombre de touristes étrangers qui sont rentrés de la capitale tibétaine Lhassa. Les touristes avaient du mal à trouver leurs mots pour décrire les brutalités auxquelles ils avaient assisté.
(Lisez l’article http://www.smh.com.au/news/world/crackdown-as-10-burnt-to-death-in-tibet-riots/2008/03/15/1205472170804.html )

« Ils battaient les gens à coups de pierres, de couteaux de boucherie, de machettes ».
Le témoignage de l’Espagnol Juan Carlos Alonso.
(Lisez l’article http://www.straitstimes.com/Latest%2BNews/Asia/STIStory_217614.html )

Des blessés racontent.
Depuis leur lit à l’hôpital, deux musulmans racontent.
(Lisez l’article http://news.xinhuanet.com/english/2008-03/16/content_7802771.htm )

Un petit film de la BBC montre des images des événements.
Lundi (17 mars), la BBC a présenté un petit film des violences dans la capitale tibétaine Lhassa. (Visionnez le film)

Les musulmans aussi étaient agressés.
Depuis Lhassa, le journaliste James Miles témoigne de la façon dont les émeutiers s’en sont pris à tous ceux qui n’étaient pas tibétains.
(Lisez l’article http://www.economist.com/daily/news/displaystory.cfm?story_id=10870258)

« J’ai vu comment ils battaient des gens à mort ».
Un touriste danois témoigne. L’article est en danois, mais vous pouvez en lire une partie ici en anglais.

http://www.guardian.co.uk/world/feedarticle/7386817

Un touriste : « Le quartier musulman a été entièrement détruit ».
Des magasins ont été pillés, incendiés dans le quartier musulman, tout a été détruit.
(Lisez l’article http://www.arabtimesonline.com/client/pagesdetails.asp?nid=13971&ccid=18 )

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2. Quel était le but des émeutes ?
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Provoquer le gouvernement chinois

Le soulèvement était-il spontané ? Etait-ce une explosion de colère populaire qui, hélas, a mal tourné ? C’est ce que veut nous faire croire le dalaï-lama. Pourtant, des organisations extrémistes ont admis qu’elles avaient effectivement voulu et planifié ces événements. Provoquer les autorités chinoises, telle était la tactique prévue. Le 15 mars, c’est-à-dire le lendemain des événements, paraît dans The Seattle Times un article intitulé « Tester la Chine ». Tsewang Rigzin, le président de la très extrémiste Ligue de la jeunesse tibétaine, y déclare que les JO constituent une occasion unique de porter leur cause à l’attention de l’opinion mondiale : « Nous voulons tester la Chine. Nous voulons qu’elle montre son vrai visage. C’est pourquoi nous les provoquons à ce point. »
(Lisez l’article http://seattletimes.nwsource.com/html/nationworld/2004284049_tibetanalysis.html)

Ce qui était prévu s’est également déroulé sur place. Dans ce film,

http://news.cctv.com/china/20080320/107214.shtml

on voit, après environ 90 secondes, un homme armé de deux bâtons, debout sur le toit d’une voiture de police. Il dirige une bande d’incendiaires, de pillards et de lyncheurs. Cet homme est cadre de la Ligue de la jeunesse tibétaine et il est bien connu des services de police. Il est entré dans la clandestinité. Cet homme faisait partie d’un groupe de 40 Tibétains qui, un mois avant les faits, ont subi un entraînement intensif de trois jours dans la ville indienne de Dharamshala, où séjourne le dalaï-lama. L’un des formateurs n’était autre que le rédacteur en chef de The Voice of Tibet, une station de radio financée par la CIA. Les cours traitaient de l’approche des médias, de la situation au Tibet, de l’importance des jeux Olympiques, de l’importance d’une action coordonnée sur le terrain même… Vous pouvez lire l’article à ce propos ici.

http://www.phayul.com/news/article.aspx?id=19302

Deux de ces manuels de cours ont déjà été utilisés plus tôt, entre autres en Europe de l’Est. Des jeunes des organisations d’extrême droite Otpor (Serbie) et Pora (Ukraine), encadrés et formés par la CIA et d’autres services de renseignements, ont suivi ces cours en guise de préparation aux fameuses « révolutions orange ». En 2006, l’Institut Albert Einstein a traduit ces cours. L’un d’eux a été préfacé par le dalaï-lama en personne. On peut lire cette préface ici .

http://www.aeinstein.org/organizationsTibetanFDTD.html

Restaurer la théocratie
La déclaration du président de l’organisation de jeunesse ci-dessus concorde avec les objectifs de l’émeute tels qu’ils ont été fixés par cinq organisations séparatistes tibétaines. Dans ce texte, il est écrit que les cinq organisations visent à déclencher une révolte qui annoncerait la fin de « l’occupation ». Ces cinq organisations sont : le Congrès de la jeunesse tibétaine, l’Association des femmes tibétaines, le Mouvement Gu-Chu-Sum du Tibet, le Parti national démocratique du Tibet et les Étudiants pour un Tibet libre. Dans leur cahier de revendications, on peut lire qu’elles veulent le retour au Tibet du dalaï-lama, à qui « il convient de donner la place qui lui revient de droit comme dirigeant légitime du peuple tibétain ». Ces organisations veulent donc le retour de la théocratie. C’est donc la même chose que si les fondamentalistes catholiques réclamaient la restauration en Europe de l’ordre du haut moyen âge, tout « en donnant au pape sa place légitime » à la tête du pouvoir temporel.

Declaration Tibetan Uprising (Déclaration à propos de l’insurrection tibétaine), 4 janvier 08
Lire l’article… http://tibetanuprising.org/2008/03/11/background/

Choisir la voie de l’escalade dans la violence
Auprès de l’opinion publique, le mouvement tibétain passe pour être très amical et pacifiste, essentiellement spirituel et porté sur l’élévation des âmes. Mais la réalité est tout autre. Six jours après qu’il y a eu des morts à Lhassa et qu’on aurait pu espérer voir apparaître quelques tiraillements de conscience chez les instigateurs des troubles, ils surenchérissent au contraire dans la violence. Le 20 mars, des cadres des cinq organisations séparatistes mentionnées plus haut avaient une rencontre avec le dalaï-lama. Ils lui ont demandé de lancer un appel direct à la violence.

Tibetan Youth Congress meets Dalai Lama Meyul (Le Congrès de la jeunesse tibétaine rencontre le dalaï-lama), 20 mars 2008 Lisez l’article…

http://meyul.com/2008/03/20/tibetan-youth-congress-meets-dalai-lama/

Essayer de faire éclater la Chine
Certaines figures de proue du mouvement tibétain visent l’éclatement de la Chine et ils veulent que, non seulement le Tibet, mais également la Région autonome du Xinjiang et la Mongolie intérieure se séparent de la Chine. Les cinq organisations susmentionnées ont organisé une « marche de la paix » qui est partie le 10 mars de la ville indienne de Dharamsala, durera cinq mois et franchira la frontière sino-indienne au Tibet le 8 août, c’est-à-dire le jour même de l’inauguration des JO. Les Tibétains ne marchent pas seuls. Ils le font, disent-ils, « avec des gens d’autres territoires occupés comme la Mongolie et le Turkestan oriental (Xinjiang) ». Ces « territoires occupés » doivent eux aussi être libérés.

Tibetaanse Vredesmars: ‘Return Home March’ Passie voor de Rechten van de Mens (Marche tibétaine de la paix : « La marche du retour au pays », une passion pour les droits de l’homme), 8 mars 2008
Lisez l’article…

http://passievoormensenrechten.web-log.nl/passie_voor_mensenrechten/2008/03/127-tibetaanse.html

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3. Des médiamensonges : dans quel but ?
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La plupart des hommes politiques et des médias occidentaux ont condamné la Chine pour ce qui s’est passé à Lhassa. Mais comment réagiraient-ils si des bandes de jeunes se mettaient à piller et à incendier les magasins de l’avenue Louise, à Bruxelles ? Ne réclameraient-ils pas des interventions musclées et des sanctions sévères ? À Lhassa, la police a opéré avec une très grande retenue durant toute la journée du vendredi 14 mars. Pourtant, on peut lire que la Chine a fait montre d’une « violence excessive ». Pour faire avaler cette absurdité à l’opinion publique, divers médias ont joué un rôle peu recommandable. Ils ont voulu nous faire croire que les meurtriers et les incendiaires étaient des combattants de la liberté qu’on avait atrocement massacrés. Manifestement, ils voulaient discréditer la Chine, même s’il fallait pour ce faire user des pires mensonges.
Ce vendredi 14 mars, à Lhassa, les Tibétains étaient « abattus comme des chiens », prétend ABC
(lire ici http://www.abcnews.go.com/International/Story?id=4468783&page=4 ).

L’International Herald Tribune fait savoir à ses lecteurs que 30 Tibétains ont été abattus (lire ici). Le Sydney Morning Herald prétend de son côté que 80 Tibétains ont été abattus
(lire ici http://www.iht.com/articles/ap/2008/03/15/asia/AS-GEN-India-Tibet-Deaths.php ).

Radio Free Asia a placé un petit film sur son site Internet en prétendant que des centaines de personnes « protestaient pacifiquement à Lhassa jusqu’au moment où la police chinoise en a abattu deux ». Cette station de la CIA croit manifestement ses propres mensonges car, dans le film, on voit uniquement des voitures et des bâtiments qui sont la proie des flammes. Et pas un seul policier.

http://meyul.com/

Les médiamensonges éreintés par la critique
Les étudiants chinois à l’étranger ont été très indignés par le traitement des informations dans les médias occidentaux. Ils ont lancé un site Internet

http://www.anti-cnn.com/

et y réfutent les médiamensonges. Vous trouverez un résumé de ces mensonges et de leurs réfutations sur ce petit film de 4 minutes.

Reporters sans honte
Outre les milieux entourant le dalaï-lama, c’est surtout l’organisation Reporters sans frontières qui a joué un rôle prépondérant dans la campagne mensongère. RSF se prétend une organisation indépendante défendant partout la liberté de la presse et les droits de l’homme. RSF a pas mal d’influence sur les médias occidentaux, même si, en tant qu’organisation, ce n’est qu’une usine à mensonges. RSF n’a cessé de publier des articles haineux et de tenter d’imputer à la Chine les troubles et les victimes. L’organisation lance un appel en vue de boycotter les JO (lisez ici). Reporters sans frontières est dirigée et cofinancée par le service américain de renseignements, la CIA. Son patron est Robert Ménard, un homme qui entretient d’étroits liens avec la mafia de Miami. RSF dit de Cuba que « c’est la plus grande prison de journalistes au monde ». Une allégation qui a quand même de quoi vous couper le souffle car, ces quarante dernières années, 791 journalistes ont été assassinés en Amérique latine, mais pas un seul à Cuba.
(lisez ici http://www.rsf.org/article.php3?id_article=26254 ).

Robert Ménard et son équipe sont aussi très actifs contre la Chine. Ménard est l’homme qui, la semaine dernière, a perturbé la cérémonie d’ignition de la flamme olympique. Si bien des médias tombent encore dans le panneau des mensonges de Ménard, l’Unesco ne s’y trompe plus : il y a peu, cette organisation a mis un terme à son soutien de RSF et a expliqué, dans une déclaration, que RSF avait fait preuve à plusieurs reprises d’une absence d’éthique en traitant certains pays de façon très peu objective.
Lisez ici un article sur la décision de l’Unesco. http://www.cubanews.ain.cu/2008/0313fracasaintento.htm

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4. Le mouvement tibétain est-il spontané et indépendant ?

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Quelque 5,4 millions de Tibétains vivent en Chine, soit 0,4 % de la population totale du pays. Le petit et courageux David contre le grand et méchant Goliath : voilà l’image que l’on propose à l’opinion publique. Ici aussi, la vérité est tout autre. Le principal soutien du mouvement tibétain, ce sont les États-Unis et plus spécifiquement la CIA et le ministère des Affaires étrangères. Depuis un demi-siècle, le dalaï-lama entretient des rapports très étroits avec ces deux piliers de la politique étrangère américaine. C’est sur l’insistance de la CIA et en échange d’un beau paquet de dollars que le damaï-lama quitte le pays pour l’Inde et ce, malgré un accord avec le gouvernement de Beijing. Depuis des années, la CIA s’emploie à mijoter une révolte armée au Tibet. Laquelle éclate en 1959. À l’époque, la CIA a un camp d’entraînement dans le Colorado et elle y initie des centaines de Tibétains à la guérilla et au terrorisme. Ce programme se poursuit jusqu’en 1961. Mais le conflit de faible intensité (LIC) qu’entretient la CIA au Tibet se poursuit aujourd’hui encore. Seules les méthodes et les tactiques de ce LIC ont été modifiées. On peut en apprendre plus ici :

http://www.atimes.com/atimes/China/JC26Ad02.html

Un financement via la CIA

L’emprise des États-Unis sur le mouvement tibétain est évidente quand on voit que ce sont principalement les Américains qui maintiennent financièrement ce mouvement. En 1998, le journaliste Jim Mann écrit dans le journal australien The Age un article intéressant qui s’appuie sur des documents des autorités américaines. Il y est entre autres révélé que, dans les années 1960, la CIA offrait 1,7 millions de dollars par an au mouvement tibétain à l’étranger. Le dalaï-lama lui-même recevait 180.000 dollars par an de la CIA
(lisez l’article http://listserv.muohio.edu/scripts/wa.exe?A2=ind9809c&L=archives&P=14058 ).
On peut naturellement se demander quelle est la teneur démocratique du dalaï-lama lorsque les assises financières de son mouvement sont assurées par une organisation dont le palmarès s’orne de millions de morts un peu partout sur la planète.

Un financement opéré via le NED

Dans la même période et celle qui suit, la CIA est mise en cause en raison de l’application au Vietnam du programme Phoenix, qui coûte la vie à 26.000 personnes, du coup d’État contre le président Allende au Chili et du soutien aux escadrons de la mort en Amérique latine. Il s’ensuit qu’une partie des activités de la CIA sont transférées à un nouvel organisme à l’appellation cynique de National Endowment for Democracy (NED, Dotation nationale en faveur de la démocratie). Une grande partie du soutien financier au mouvement tibétain émane désormais de cette source.
L’argent arrose entre autres l’International Campaign for Tibet (ICT), une organisation qui tente de gagner l’opinion mondiale aux points de vue du dalaï-lama. Au conseil d’adminsitration de l’ICT siègent entre autres l’agent de la CIA et président tchèque Vaclav Havel et l’ancien président de la Lituanie Vytautas Landsbergis. Les deux hommes sont également membres du Comité international pour la démocratie à Cuba, un club très huppé d’extrême droite. On peut admirer ce groupe ici : http://www.cubanismo.net/teksten_nl/democratie/eu_voor_cuba.htm

Un autre bénéficiaire de l’aide financière américaine est le Tibet Fund (Fonds Tibet). Cette organisation voulait convaincre les Tibétains et le monde entier de la légitimité du dalaï-lama. Il a également formé des journalistes dans la même vision. En 2001, Sharon Bush en était la directrice : elle n’est autre que la belle-sœur de l’actuel président des États-Unis.
Un autre groupe reçoit de l’argent du NED : le Tibet Information Network (Réseau d’information sur le Tibet), dont le siège est situé à Londres. Le groupe a également une vocation propagandiste. Il est dirigé par Richard Oppenheimer, un journaliste qui a travaillé pendant 22 ans pour la BBC.
De même, la Tibetan Literary Society (Société littéraire tibétaine) palpe les deniers du NED pour sa publication du journal Bod-Kyi-Dus-Bab (Tibet Times).
Le Tibet Multimedia Center figure lui aussi sur les feuilles de paie du NED : il diffuse des cassettes audio et vidéo avec les messages du dalaï-lama.
La Tibetan Review Trust Society a reçu de l’argent du NED pour la publication du mensuel Tibetan Review.
Depuis 1996, l’émetteur de radio Voice of Tibet est financé par le NED pour ses émissions en tibétain et en chinois.
Dans le rapport du NED pour 2006
(ici : http://www.ned.org/grants/06programs/grants-asia06.html#chinaTibet
, on peut lire que cinq organisations tibétaines reçoivent de l’argent pour un total de 173.000 dollars. La liste n’est pas complète en raison du « caractère confidentiel » de certaines donations.

Un financement via les Affaires étrangères

Le NED n’est pas le seul bailleur de fonds du mouvement tibétain. De l’argent américain arrose également le dalaï-lama et son entourage via le Bureau of Democracy, Human Rights and Labor (DRL – Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail) du ministère des Affaires étrangères. Ce DRL reçoit de l’État de l’argent qu’il peut utiliser afin de favoriser la « démocratie et les droits de l’homme » partout dans le monde. Un quart de tout cette manne va à des organisations qui s’intéressent à la « démocratie et aux droits de l’homme » en Chine. Il s’agit en grande partie d’organisations tibétaines. L’an dernier, le DRL a pu ainsi distribuer 23 millions de dollars. Un bon tiers de cet argent va au NED, le reste est distribué par le DRL même. Entre autres, au Tibet Fund déjà mentionné. Le rapport annuel le plus récent du Tibet Fund date de 2005
(lisez-le ici en PDF

http://tibetfund.org/annual_reports/2005report/2005_annualreport.pdf).

Il y est écrit qu’en 2005, le fonds avait un budget de 5 millions de dollars, dont une moitié en provenance du gouvernement américain, surtout du Bureau de la population, des réfugiés et de l’immigration du ministère des Affaires étrangères. Ce bureau est une composante du DRL. Cette année-là, le Fonds a offert 500.000 dollars au dalaï-lama en personne.

Un financement en provenance de l’Europe

Le gouvernement américain est le principal financier du mouvement tibétain. La prédilection du dalaï-lama pour la politique étrangère des États-Unis est donc très compréhensible. Mais les gouvernements européens n’hésitent pas non plus de mettre la main à la poche. Une grande partie du financement se fait non pas directement, mais par le biais de fondations dont, entre autres, la Friedrich Naumann Stiftung (fondation) et la Heinrich Böll Stiftung. Afin d’exprimer sa reconnaissance, le dalaï-lama a remis en 2005 le prix Light of Truth (Lumière de la vérité) au comte Otto Lambsdorff, président de la Friedrich Naumann Stiftung. Vous pouvez lire ici un rapport à ce sujet :

http://www.savetibet.org/nl/news/news.php?id=12

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5. Toute la communauté internationale condamne-t-elle la Chine ?
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S’il faut en croire les informations occidentales, la Chine est complètement isolée, désormais : le monde entier la condamne. En réalité, depuis le 14 mars, une bonne centaine de pays ont exprimé leur soutien à la Chine. Les mots de « communauté internationale », dans la bouche du président américain Bush, du président français Sarkozy et de la chancelière allemande Merkel, ne couvrent surtout qu’eux-mêmes. L’Asie, l’Amérique latine et l’Afrique n’entrent pas en ligne de compte, pas plus que les pays de l’ancienne URSS. On se souviendra de ce que la « communauté internationale » de George W. Bush avait également soutenu la guerre de ce dernier contre l’Irak. Mais, à y regarder de plus près, ce n’était absolument pas le cas.

Pour le Vietnam, le Cambodge, le Bangladesh, la Chine a agi correctement

Les gouvernements du Vietnam, du Cambodge et du Bangladesh ont été les premiers à exprimer leur soutien à la Chine. Le vice-ministre vietnamien des Affaires étrangères a déclaré : « Le Vietnam soutient pleinement le gouvernement chinois dans ses mesures en vue de stabiliser la situation au Tibet. »
(lisez l’article http://news.xinhuanet.com/english/2008-03/21/content_7832281.htm )

Hugo Chávez : soutien à la Chine et aux JO

Le président vénézuélien a exprimé sa répulsion pour ce que les incendiaires de Lhassa ont fait. Il est convaincu que les États-Unis sont coresponsables de ces événements.
(lisez l’article http://www.standaard.be/Artikel/Detail.aspx?artikelId=B080326 )

La Russie, la Biélorussie, le Pakistan, les nations arabes…

http://www.chinadaily.com.cn/china/2008-03/21/content_6554245.htm

Il n’y a pas que les voisins directs de la Chine qui ont exprimé leur soutien à Beijing.
(lisez l’article http://news.xinhuanet.com/english/2008-03/22/content_7836298.htm )

Les pays de l’Asie centrale, le Sierra Leone, le Bénin, la Syrie…
La Mongolie, le Népal, le Tadjikistan… La liste est longue. Le ministre syrien des Affaires étrangères a dit des émeutes à Lhassa : « la Syrie condamne ces événements et les milieux qui se trouvent derrière. Nous exprimons notre solidarité avec la Chine et nous rangeons aux côtés de la Chine. »
(lisez l’article http://news.xinhuanet.com/english/2008-03/22/content_7836298.htm )

Cuba condamne les séparatistes tibétains
C’est dans des termes très sévères que le gouvernement cubain a condamné le soulèvement de Lhassa. Cuba a également déclaré que les attentats contre les ambassades chinoises à l’étranger constituaient de graves infractions à la Convention de Vienne sur mes relations diplomatiques.
(lisez l’article http://english.peopledaily.com.cn/90001/90776/90883/6379900.html )

 Tibet : manifestations pacifiques ou soulèvement armé ?

Dossier préparé par Peter Franssen. Sur son blog consacré à la Chine, on trouve les documents en langue originale, avec des introductions en néerlandais: http://www.bloggen.be/nieuwsbriefchina/
Les titres ont été rédigés par nous.

James Miles (The Economist) : Il ne s’agissait pas d’une manifestation pacifique
De 80 à 100 morts lors des manifestations contre l’occupation chinoise, rapportent les infos sur les événements de ce week-end au Tibet. Les moines en robes orange manifestent pour la liberté et la démocratie et la police chinoise tire et abat ces manifestants sans la moindre pitié, nous raconte-t-on. Des témoins occidentaux sur place disent que la vérité est tout autre. Le premier témoin est le journaliste James Miles, du journal d’affaires The Economist. Il est le seul journaliste accrédité dans la capitale tibétaine Lhassa. Il écrit qu’il ne s’agissait pas de manifestations pacifiques, mais d’une émeute violente. Cela a commencé vendredi, peu après midi, lorsque de petits groupes de jeunes Tibétains, armés de sabres, de cocktails Molotov et de gourdins s’en sont pris aux magasins des Hui, les ont pillés et y ont bouté le feu. Les Hui constituent un groupe musulman minoritaire qui habite la région depuis des siècles déjà. L’émeute était de nature ethnique, raciste. La police chinoise, écrit encore le journaliste, a fait preuve d’une grande retenue et n’est pour ainsi dire pas intervenue. Durant tout l’après-midi du vendredi, le témoin n’a pas vu un seul policier armé. Ce n’est que samedi à midi que sont apparus les premiers agents armés.
Fire on the roof of the world, James Miles, The Economist, 14 mars 2008.
http://www.economist.com/daily/news/displaystory.cfm?story_id=10870258
Lhasa under siege, James Miles, The Economist, 16 mars 2008.

http://www.economist.com/daily/news/displaystory.cfm?story_id=10871821&top_story=1

Un touriste danois : « Les moines et les jeunes en furie étaient déchaînés »
Le second témoin est un touriste danois à Lhassa. Son témoignage concorde avec celui du journaliste de The Economist. Son récit a été publié samedi dans le journal Politiken. Le témoin dit : « Des moines et de jeunes gens de 15 à 16 ans ont assailli les magasins chinois, défonçant portes et fenêtres et boutant le feu aux magasins et tabassant les Chinois à leur portée. J’ai vu des agressions très brutales. J’ai vu comment deux Chinois ont été emmenés – pour autant que j’ai pu m’en rendre compte, ils ont été tabassés à mort. Au début, la police était très réticente. Les moines et les jeunes en furie étaient déchaînés. Ce n’est que lorsqu’ils se sont approchés du Palais d’Hiver qu’ils se sont heurtés à la police, aux militaires et aux véhicules de l’armée sur lesquels il y avait des armes. Tout autour de nous était la proie des flammes, y compris les véhicules de la police, les voitures de pompiers, les boutiques et magasins chinois. La situation échappait absolument à tout contrôle. Les attaques contre les magasins chinois se sont poursuivies sans discontinuer. »

L’article est en danois mais on peut en lire une partie ici en anglais…

http://www.guardian.co.uk/world/feedarticle/7386817

Pékin : « La police n’a pas utilisé les armes à feu. Le soulèvement était planifié. »
Ce que disent les deux témoins ci-dessus concorde avec ce que disent les autorités chinoises. Maintenant aussi, la restitution des faits à partir des sources chinoises s’avère bien plus fiable que ce que nous donnent à entendre les agences de presse internationales. Le président du gouvernement de la Région autonome du Tibet dit que, finalement, 13 civils innocents ont perdu la vie. Les manifestants les ont brûlés vifs ou tabassés à mort. Ces mêmes manifestants ont également blessé une soixantaine d’agents, dont cinq ou six sont dans un état grave, voire très grave. Le feu a été bouté à 300 bâtiments, dont 214 magasins et boutiques. 56 véhicules ont été partiellement ou totalement détruits. Le président du gouvernement dit également, à l’instar des deux témoins, que les troupes de l’ordre se sont montrées très peu enclines à intervenir. Il dit explicitement : « Nous n’avons pas utilisé d’armes à feu. » Les autorités sont convaincues que le soulèvement armé était planifié à l’avance et qu’il avait été organisé. Les autorités désignent le dalaï-lama comme le coupable et l’organisateur des émeutes.

Government chief ensures safety in Tibet, Xinhua, 17 mars 2008.

http://www.chinadaily.com.cn/cndy/2007-11/14/content_6252509.htm

Un touriste espagnol : « Ils frappaient les gens avec des pierres, des couteaux de boucher, des machettes… »
Le journaliste Benjamin Morgan, travaillant notamment pour l’Agence France Presse, a interviewé plusieurs touristes revenant du Tibet. Dont l’Espagnol Juan Carlos Alonso (46 ans). qui a séjourné à Lhassa du mercredi au dimanche:  » Les jeunes voulaient détruire tout ce qui était chinois et qui se trouvait sur leur chemin. Ils avaient des couteaux, des pierres, des machettes, des couteaux de boucher. De nombreux Chinois couraient pour sauver leur vie. J’ai vu au moins 35 Chinois blessés. Je les ai vu arracher une jeune fille à sa maison et la frapper avec des pierres. Elle criait ‘Au secours! »… »

Tibetan youths rampaged through Lhasa against Chinese: witness
The Straits Times (via AFP), 17 maart 08
http://www.straitstimes.com/Latest%2BNews/Asia/STIStory_217614.html

 

 

 

 

 

Particratie contre médiacratie : un accrochage significatif
Jorge Alonso puce2    puce2 
 

Les pouvoirs médiatiques, les chaînes de télévision Televisa et Televisón Azteca [1] en tête, ont essayé d’empêcher une réforme électorale qui les prive de juteux bénéfices lors de campagnes électorales. Cette fois, la « particratie » a gagné. La relation entre les médias, l’argent et les partis a commencé à changer mais il reste un défi majeur à affronter : modifier les relations entre les partis et les citoyens.

 
Envío (http://www.envio.org.ni), Nicaragua, octobre 2007.
Traduction : Marie-Anne Dubosc, pour le RISAL (http://risal.collectifs.net/).
Si on demande à Atilio Boron [2] ce que dirait Aristote de la majorité des gouvernements actuels, il répond qu’il ne les qualifierait certainement pas de démocraties, mais plutôt d’oligarchies ou de ploutocraties. Le Mexique a connu plusieurs transitions, mais est encore loin de la démocratie. Un mouvement civique complexe et pluriel apparaît par intermittence, exigeant le respect des droits civils, politiques, sociaux et culturels. Il a obtenu peu à peu quelques conquêtes mais elles ont vite été perdues. (…)Comment en sommes-nous arrivés là ?

Le mouvement civique – les mouvements civiques – s’est toujours heurté aux partis politiques et aux médias audiovisuels. Son premier objectif a été d’en finir avec l’autoritarisme du régime de parti d’Etat [3]. Quand le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) était à la présidence de la République, les médias se mettaient à son service et empêchaient la présence des oppositions sur leurs ondes. L’organisme [d’arbitrage] électoral était une extension bureaucratique de ce parti. Mais l’alliance entre le mouvement civique et les partis d’opposition a réussi à vaincre cette domination. Elle a mis fin à sa mainmise sur le pouvoir législatif fédéral, dans un premier temps, et sur la présidence de la République, en 2000. Dans ce combat, l’autonomie de l’organisme électoral avait été préalablement conquise. Depuis lors, le pouvoir exécutif a dû abandonner son contrôle sur l’organisation des élections.

Avec le déclin du présidentialisme est venu l’essor de la « particratie ». Après un bref laps de temps au cours duquel l’organisme électoral a été dirigé par des « conseillers citoyens », les partis ont rapidement rejoint la direction de cette instance en se partageant les postes. Le comble a été atteint lors des élections présidentielles de 2006 [4]. En effet, la présidence a mis en place un système téléphonique spécial pour maintenir le contact avec les conseillers électoraux [de l’Instituto Federal Electoral, IFE]. A l’époque, la « partisation » de l’organe électoral se limitait au parti du gouvernement, le Parti d’Action Nationale (PAN) et au parti allié (le PRI).

De leur côté, les médias audiovisuels se sont érigés en une « médiacratie » qui a subordonné la « particratie ». Le modèle électoral a fait de l’argent et des médias deux facteurs déterminants pour gagner les élections. Les partis et leurs candidats devaient négocier dans des conditions humiliantes une apparition coûteuse sur les écrans de télévision. (…) Ensuite, ceux qui gagnaient gouvernaient et légiféraient en fonction des intérêts des pouvoirs de l’argent et des médias.

Deux propositions de réformes électorales

Le Mexique ne peut pas se permettre de répéter un processus électoral aussi critiqué et remis en cause que les présidentielles de 2006 [5]. Face à l’urgence d’une réforme, le mouvement civique – qui a repris de la vigueur au cours de 2006 – s’est manifesté dans la discussion sur cette réforme. Au début d’août 2007, le dénommé Comité concitoyen (« Comité Conciudadano ») a publié un livre contenant le document de travail d’une proposition précise de réforme électorale.

Ce groupe est constitué d’un réseau de spécialistes en matière électorale et de groupes civiques de la capitale du pays et de différents états fédérés. Ils proposent, entre autres, que l’élection des conseillers électoraux de l’Institut Fédéral Électoral (IFE) [6] se fasse via une procédure publique et transparente qui inviterait les organisations de la société civile, les groupements citoyens et les institutions académiques et publiques en général, à proposer des candidats. Ce groupe exige également qu’on réduise de façon drastique le financement des partis et, pour ce qui est des campagnes, qu’on en finisse avec les spots publicitaires et qu’on privilégie le débat.

De son côté, fin août, la « Commission exécutive de négociation et de construction des accords » du Congrès de l’Union [des États-Unis mexicains] a rendu publique sa proposition de réformes constitutionnelles en matière électorale. Après une analyse de ce document, le Comité concitoyen a tenu une conférence de presse dans laquelle il a reconnu que la proposition des législateurs présentait quelques avancées : régulation des pré-campagnes, diminution de la durée des campagnes, élimination du secret bancaire pour la fiscalisation des ressources des partis politiques, interdiction faite aux gouvernement fédéral, à ceux des états fédérés et aux autorités municipales de faire de la publicité gouvernementale en utilisant des noms, des images et des symboles qui impliquent la promotion personnalisée de tout serviteur public. En outre, l’organisme électoral se voit octroyer, dans cette proposition, la faculté de sanctionner les partis, groupements politiques, personnes physiques et juridiques nationales et étrangères, qui enfreindraient les dispositions légales en matière électorale.

Le Comité concitoyen a également souligné que la proposition comprenait d’importants reculs. Il a exprimé son inquiétude pour le peu de transparence du processus suivi par le Congrès et les trois partis politiques majoritaires pour négocier des accords, car il n’a pas inclut la participation de la société civile. Il a montré qu’il n’y a pas de réduction significative du financement des partis. Il a regretté que le thème de la « citoyennisation » du processus de l’élection des membres du Conseil général de l’IFE, des magistrats et du procureur spécial pour les délits électoraux, n’ait pas été abordé. Et il a critiqué le maintien de salaires aussi élevés pour les conseillers.

Le 5 septembre, un pré-rapport de réforme électorale a été présenté au Sénat. Il a mis l’accent sur l’interdiction faite aux partis politiques de dépenser des ressources pour payer des spots publicitaires et des programmes de radio et de télévision. La publicité électorale n’est autorisée que lors de périodes officielles et l’IFE devient l’unique autorité à administrer ces périodes. La réforme interdit aussi aux citoyens ou entreprises d’acheter ou de diffuser des messages qui peuvent influer en faveur ou en défaveur des partis ou candidats. La Commission de fiscalisation de l’IFE a calculé qu’en 2006, les partis ont dépensé 2 457 millions de pesos mexicains (159 millions d’euros) en radio et télévision. Et ce sans compter les 281 spots que les partis n’ont pas signalé ni l’énorme dépense médiatique des pré-campagnes.

Remplacement des conseillers électoraux de l’IFE ?

Perdre des revenus aussi juteux – équivalant à 70% des énormes revenus des partis – a énervé les chaînes de télévision. Celles-ci ont attaqué les partis qu’elles ont accusé de vouloir mettre en faillite l’autonomie de l’organisme électoral en essayant de démettre les conseillers. (…)

Les mêmes arguments présentés depuis des mois pour ou contre le remplacement des conseillers électoraux de l’IFE ont été utilisés dans le débat public. Le président de Conseil général de l’IFE s’est défendu dans les médias, en alléguant que lui retirer son poste signifierait reconnaître que les élections présidentielles avaient été frauduleuses. Le PRI et le Parti de la Révolution Démocratique (PRD, centre gauche) se sont montrés favorables au départ du président. Mais, alors que le PRD a exigé que tous les conseillers soient également démis, le PRI s’est prononcé pour que certains restent. Le PAN, quant à lui, s’est montré peu enclin à accepter le remplacement des conseillers. Face à cela, le PRI a allégué que la posture de défense du PAN révélait à quel point les conseillers électoraux servaient un parti.

L’écrivaine Denis Dresser a résumé les raisons pour lesquelles il faut remplacer les conseillers. Elle a souligné que l’IFE ne peut pas remplir son rôle d’arbitre électoral s’il n’a pas la confiance des partis dont il régule le comportement. Elle a affirmé que la confiance en ces autorités a été minée par des événements comme le processus très critiquable de nomination des membres du Conseil général de l’IFE en 2003 et les erreurs et omissions que les mêmes conseillers ont commis avant et après les élections présidentielles de 2006. Ces erreurs ont eu un impact décisif et négatif.

L’ex-conseiller électoral Jaime Cárdenas a écrit que les organes électoraux fédéraux du pays se trouvent dans une grave crise de crédibilité. Il a souligné le fondement de la plainte du PRI comme quoi il n’existe pas de pluralité dans l’IFE et qu’une seule force politique le domine [le PAN, parti du gouvernement]. La solution serait une réforme constitutionnelle et légale qui concevrait des institutions (…) avec plus de transparence. Le journal El Universal, dans sa section éditoriale, a affirmé que les conseillers de l’IFE ne doivent pas faire partie du problème mais de la solution, et qu’ils doivent faire passer le bien-être institutionnel avant tout intérêt personnel. Il a souligné que la perte de crédibilité et de confiance qui affecte l’organisme électoral est une raison puissante pour renforcer l’idée de changement total des conseillers.

Réaction du duopole Televisa et Televisón Azteca

Les grands médias et les dirigeants d’entreprises ont vu dans la réforme électorale une diminution de leurs bénéfices et ont pris comme prétexte la discussion sur le remplacement des conseillers électoraux pour essayer d’empêcher que la réforme ne passe. Comme de vrais gangsters, ils ont essayé d’intimider les législateurs en les menaçant de détruire leur image politique, en les ignorant ou en les attaquant à travers les médias. Le Sénat a condamné ces attaques des chaînes de télévision et de certaines stations de radio.

Le quotidien La Jornada a fait remarquer que les télévisions et les radios commerciales menaient une campagne de harcèlement, de pressions, de menaces et de chantages contre les législateurs fédéraux et qu’elles intoxiquaient l’opinion publique au moyen d’une « croisade » de désinformation. Il a dénoncé le fait que la Chambre nationale de l’industrie de la radio et de la télévision (CIRT, Cámara Nacional de la Industria de Radio y Televisión) – avec en tête le duopole, Televisa et Televisión Azteca – en se présentant faussement comme la porte-parole des « Mexicains » s’était prononcée contre le nécessaire remplacement des conseillers de l’IFE, bien que ces derniers, avec leur conduite louche et partial, aient amené l’organisme électoral à un sommet d’impopularité. Le journaliste René Delgado a précisé que ceux qui croyaient que soutenir les conseillers en poste signifiait défendre l’institution ne faisaient en réalité que participer au jeu des chaînes de télévision pour empêcher une nécessaire réforme électorale.

Résistance à la pression des médias

Face à un débat public si intense, le Comité concitoyen a publié un autre communiqué le 10 septembre. Une fois de plus, il a demandé au Congrès de l’Union de considérer la pertinence d’une modification substantielle du mode d’élection des conseillers, qui garantirait à l’autorité électorale un véritable caractère citoyen, car le risque est réel de se retrouver dans une situation aussi lamentable que celle qui a suivi les élections présidentielles de 2006, à cause de l’illégitimité de l’arbitre électoral qui les a organisées. Le Comité a exigé que le remplacement des conseillers électoraux se fasse de façon institutionnelle, en marge de tout type de négociation impliquant des compromis et des arrangements obscurs, une fois de plus, aux dépens de la Nation et du Trésor public.

Le Comité concitoyen a exprimé son plus grand soutien à la proposition de réforme constitutionnelle, qui établit un nouveau type de relations entre les forces politiques et les médias et a rejeté les pressions de ces derniers, qui instrumentalisent le débat sur la rénovation du Conseil général de l’IFE [le remplacement des conseillers] pour défendre leurs intérêts économiques. (…) Il a de nouveau résumé sa proposition pour rendre la vie politique moins coûteuse et il a rappelé qu’il avait présenté une proposition de réforme électorale dont de nombreux d’aspects n’ont pas été pris en compte par les législateurs.

La liberté d’expression en danger ?

(…) Le 10 septembre, un nouveau pré-rapport a été remis au Sénat, avec quelques modifications par rapport à la version présentée cinq jours avant. On y a précisé que les modifications impliquent un nouveau modèle de communication entre les partis et la société se fondant sur l’usage exclusif des temps [de parole] dont dispose l’Etat à la radio et à la télévision. La publicité gouvernementale, de tout type que ce soit, est suspendue pendant les campagnes électorales. L’organisme électoral a la capacité de sanctionner ceux qui, usant indûment de leur pouvoir économique ou de leur influence sur les médias, prétendent influencer les électeurs pour avantager ou nuire à certains partis ou candidats.

Le Sénat a répondu aux accusations qui arguaient que cela mettait des restrictions à la liberté d’expression, en soulignant que l’objectif est d’empêcher les partis de dénigrer les institutions ou de calomnier des personnes. Ces limites sont valables pour les gouvernements et les partis, pas pour les citoyens s’ils souhaitent exprimer leurs points de vue et leurs critiques. On n’interdit pas la liberté d’expression mais le fait que les nantis achètent des spots publicitaires pour attaquer les participants à des campagnes politiques. Ceux qui s’opposent à ces changements sont ceux qui se sont habitués à placer et à retirer des candidats et à financer des campagnes hors des sentiers battus.

Enfin, dans l’après-midi du 11 septembre, les négociateurs sont arrivés à un accord sur le remplacement graduel des conseillers électoraux. Alors qu’il semblait que tout était en train de se résoudre, la CIRT a fait pression jusqu’à obtenir que les sénateurs de la commission sénatorial participent à une discussion avec des propriétaires et des directeurs de chaînes de télévision et de radio et des présentateurs d’émissions. Ils ont insisté sur le thème de la liberté d’expression. Les médias se sont unis et ont organisé une « cadena », une retransmission de la réunion sur toutes les chaînes au niveau national.

La liberté d’expression ou une affaire de gros sous ?

Bien que le prétexte pour maintenir le statu quo soit la liberté d’expression, il est apparu clairement au cours de la réunion – où, d’ailleurs, les porte-parole des propriétaires des médias se sont montré arrogants, injurieux et tout-puissants à l’égard des législateurs – que la noeud du problème vient de l’interdiction d’acheter de la publicité politique dans les médias. Les sénateurs ont défendu le fait que la liberté d’expression est scrupuleusement respectée mais que ce qui est effectivement affecté, c’est la liberté de commercialisation d’un bien appartenant au domaine public de la Nation.

En guise de commentaire sur cette réunion, l’ex-conseiller Mauricio Merino a affirmé que les médias n’étaient pas d’accord avec la perte soudaine d’une bonne affaire qu’ils ont développée. Ils ont largement montré qu’ils ne voulaient pas perdre les centaines de millions de pesos mexicains que les partis politiques leur versent à chaque campagne – et même en-dehors d’elles -, ni le pouvoir politique que leur octroie la négociation de tarifs, règles et temps de parole dédiés à chaque parti (…).

Ce n’est pas un hasard si c’est justement ces négociations occultes entre partis et médias qui ont précisément bloqué la fiscalisation des ressources des partis en 2006, car les analystes continuent à douter de la véracité des factures fournies à l’IFE et à se demander où sont le presque mille milliards de pesos qui se sont « perdus » en chemin. Derrière ces chiffres, il n’y a pas seulement une juteuse affaire, mais aussi un arrangement politique qui leur convient et auquel la réforme en cours pourrait mettre un terme.

Abondant dans ce sens, le juriste John Ackermann a rappelé que pendant les élections les chaînes de télévision augmentent leurs prix et touchent des tarifs qui varient en fonction de leur proximité ou non avec les candidats : ils ont offert des espaces à ceux qui partageaient leur points de vue et ont demandé des tarifs usuriers à leurs adversaires. (…) Il a rappelé qu’en janvier 2006, au début des campagnes, la CIRT a signé un accord par lequel elle s’engageait à fournir des informations détaillées sur les achats de publicité politique. Cela impliquait de fournir des copies des factures envoyées à chaque parti. Mais elle n’a pas honoré cet engagement et n’a fourni que des données générales, se réservant les informations spécifiques sur les prix, les horaires et les contractants. (…) Les médias n’ont pas rempli leur engagement d’informer tous les trimestres l’IFE de tous les contrats de publicité électorale.

Le principal problème est que, dans la lutte contre la réforme électorale, le pouvoir médiatique a conclu une alliance étroite avec les conseillers électoraux en fonction. Quelle indépendance et qualité morale auraient ces conseillers pour obliger la CIRT à fournir l’information qui dévoilerait ce qui se cachait derrière des annonces ?

Approbation de la réforme

Faisant cas de la grande inquiétude citoyenne pour que les intérêts illégaux et illégitimes de l’argent ne puissent pas influencer la vie des partis et le cours des campagnes électorales, et malgré les pressions, le rapport a été approuvé dans les commissions correspondantes. Il a été souligné que ni l’argent ni le pouvoir des marchés de communication ne devaient s’ériger en facteurs déterminants des campagnes ou de la vie politique nationale.

Le cœur de la réforme réside dans le fait que les partis ne pourront pas acheter d’espaces de publicité dans les médias et qu’ils ne pourront utiliser que les espaces officiels dans ces médias pour faire leurs campagnes. Aucune personne, qu’elle soit publique ou privée, que ce soit à titre personnel ou pour un tiers, ne pourra acheter de publicité à la radio et à la télévision afin d’influencer les préférences électorales des citoyens, ni en faveur ni à l’encontre de partis politiques ou de candidats. L’obligation pour les forces politiques de ne pas utiliser dans leur publicité d’expressions dénigrantes a été élevée au rang constitutionnel. Une autre avancée a été d’établir le droit de réponse.

Le rapport est passé en discussion plénière au Sénat. Dans une tentative supplémentaire pour freiner la réforme, la CIRT, alliée avec des secteurs patronaux (la chambre des industriels et le Conseil coordinateur des entreprises), a à nouveau organisé une « cadena » nationale pour défier les sénateurs d’organiser un référendum supervisé par les conseillers électoraux. Les pouvoirs de l’argent et des médias ont cru dans leur capacité de manipulation médiatique. Ils se sont présentés eux-mêmes comme la voix de la société civile et ils ont voulu camoufler cette nouvelle tentative en la présentant comme une lutte pour défendre la liberté d’expression.

Face aux pressions et aux offenses, les sénateurs ont expliqué que l’on ne pouvait effectuer un référendum car cette procédure n’est pas inscrite dans la Constitution. Ils ont serré les rangs et ont approuvé le rapport. Dans la discussion, les sénateurs ont répondu aux concessionnaires de radio et de télévision que, malgré leurs menaces publiques et privées, leurs mensonges et leurs attaques, la relation entre les partis et les médias est totalement modifiée pour que ce ne soit ni l’argent ni les publicités qui décident des campagnes et des candidats. On a reconnu au cours de ce débat qu’il y a eu beaucoup d’argent public, beaucoup d’argent privé « légal », et beaucoup d’argent sous la table dans les campagnes antérieures.

Les médias résistent à la réforme

Le rapport approuvé par le Sénat a été ensuite examiné à la Chambre des députés. La CIRT a exigé, cette fois aux députés, une session avec eux, comme cela a été le cas avec les sénateurs. Mais les députés sont restés fermes et n’ont pas accepté cette tentative destinée à retarder l’approbation de la nouvelle réforme électorale.

Comme il s’agit d’une modification constitutionnelle, il faut l’approbation de la moitié plus un des congrès des états fédérés. Les médias ont annoncé que, avec l’appui d’un autre pouvoir de facto, celui de l’argent des entreprises, ils mèneraient bataille dans cette arène pour faire échouer ce que les sénateurs et les députés ont approuvé. Les législateurs fédéraux ont fait une campagne auprès des députés locaux pour leur montrer les avancées de la réforme.

Contre la « loi Televisa » et pour la démocratie

Le Comité concitoyen s’est également proposé de soutenir la réforme dans les états fédérés en argumentant qu’il n’y a aucune violation de la liberté d’expression. En plus de souligner les avancées dans le changement des relations entre les médias, l’argent et les partis, il a maintenu son exigence d’une véritable réduction des dépenses en matière électorale. Il a réitéré son exigence d’assujettir les partis à la loi de la transparence.

Le Comité n’a pas seulement dénoncé les campagnes agressives et diffamatoires des entreprises de radio et de télévision contre le Congrès, mais il a aussi prié instamment à ce que les réformes en matière électorale et de télécommunications soient approfondies pour que progresse la démocratie. Il faut instaurer un nouveau modèle de relation et de communication entre les pouvoirs constitutionnels et les citoyens. Cela implique d’avancer dans la réforme en matière de radio et télévision.

Avant les élections de 2006, les médias, fin connaisseurs du pouvoir qu’ils ont dans les campagnes électorales, avaient obligé les législateurs à approuver sans examen une loi qui avait été élaborée dans les bureaux du duopole télévisé [TV Azteca et Televisa]. Une poignée de législateurs, minoritaires, ne s’était pas soumise et en avait appelé au pouvoir judiciaire en argumentant que cette loi était anticonstitutionnelle car elle avalisait le monopole. La Cour suprême leur avait donné raison, et les législateurs devaient refaire une loi sur la radio et la télévision.

Le moment propice était arrivé pour affronter les monopoles et les oligopoles des médias audiovisuels avec des règles qui permettraient la concurrence et l’équité. Un accès pluriel et équitable à la radio et à la télévision devait être trouvé. S’agissant d’un bien public et restreint, le pouvoir législatif était obligé de réguler le spectre radioélectrique à travers des lois qui garantiraient l’accès équitable aux concessions des médias. Il était urgent de démocratiser les médias.

Avec la première étape de la réforme électorale c’est un changement radical de la façon de faire de la politique qui a débuté. Les hommes politiques qui avaient déjà commencé leurs carrières politiques futuristes, alliés avec les chefs d’entreprises et les médias, ont essayé de manoeuvrer avec les députés locaux, mais il y avait un large consensus au sein de la majorité des hommes politiques sur le fait qu’il était temps de se libérer de ces jougs. La société mexicaine s’est à nouveau crispée autour de cette lutte. Des chefs d’entreprise, des médias, leurs employés, des intellectuels organiques et des universitaires payés ont attaqué la réforme. Les groupes civiques ont argumenté qu’il ne fallait pas se tromper : la liberté d’expression est une chose et le fait que quelqu’un ayant 280 000 pesos puisse acheter une seconde de en prime time à la télévision en est une autre. La réforme cherche à limiter l’abus des puissants.

Le pourquoi d’une telle colère

La journaliste Carmen Aristegui a confié qu’elle s’inquiète des « relents putschistes » qu’elle a perçu chez beaucoup de ses collègues. Elle a expliqué qu’elle ne partage pas l’idée que la réforme mette en danger sa liberté ni celle de n’importe quel citoyen d’exprimer ses opinions, mais qu’elle instaure seulement des limites à l’argent dans son influence sur les campagnes. Des groupes indigènes ont dénoncé l’inacceptable contrôle du duopole télévisé. Beaucoup d’organisations civiques se sont plaintes que les « pouvoirs de facto » veuillent usurper la représentation de la société civile et ont regretté que les propriétaires des médias invoquent la liberté d’expression et la démocratie alors même que celles-ci ont été tellement piétinées. La liberté d’expression au Mexique ne dépend pas de l’achat d’espaces dans les médias.

Des universitaires spécialisés dans la recherche sur les moyens de communication ont précisé que les membres de la CIRT se sentent propriétaires du spectre radioélectrique, qui est la propriété de la Nation. Il ont souligné la faiblesse des arguments brandis par les médias : le fondement de leur colère est qu’ils ne vont plus perdre des rentrées financières et le contrôle qu’ils ont sur les hommes politiques.

L’ex-conseiller électoral Jaime Cárdenas a attiré l’attention sur le fait que les médias ne faisaient pas seulement des affaires juteuses avec chaque processus électoral, mais qu’ils tissaient aussi avec les partis et les candidats des réseaux de complicité et de trafic d’influence, qui avantageaient le maintien de leurs privilèges au détriment de la société. Le juriste John Ackerman a mis en avant une autre de leurs colères : le CIRT s’inquiète du fait que les médias vont être désormais, de fait, assujettis aux autorités électorales dans les campagnes politiques. En éliminant le secret bancaire, on a renforcé les facultés de l’organisme électoral à sanctionner les personnes physiques et juridiques et à ordonner le retrait de la propagande qui viole la loi. Quelque chose d’autre dérange aussi profondément les médias, même s’ils ne le disent pas : l’instauration constitutionnelle du droit de réponse. Cela limite leur toute-puissante habitude de détruire les figures publiques qui ne leur sont pas serviles.

Une réforme importante, mais insuffisante

La réforme a été adoptée. C’est une réforme importante mais insuffisante. Elle représente une avancée évidente, surtout pour faire en sorte que les campagnes politiques soient moins dépendantes des « pouvoirs de facto » de l’argent et des médias. Le processus a toutefois montré les tares de la « particratie ». Les consultations citoyennes ont surtout été cosmétiques. Les intérêts et les négociations occultes des principaux partis ont dominé le débat. Des sujets importants n’ont pas été abordés. Les partis sont encore bien loin de la transparence. On a limité les campagnes publicitaires dans les médias audiovisuels traditionnels mais on n’a pas touché les autres médias comme Internet et la téléphonie mobile. Les partis vont recevoir beaucoup de ressources tant par la voie fédérale que par celle des états fédérés et ils peuvent maintenant étendre leur pratique d’achat de votes.

Nous faisons désormais face à un plus grand défi

L’accrochage entre la « particratie » et la « médiacratie » a été significatif. Mais beaucoup de propositions de la société civile ont été reléguées au placard. La « particratie » a réussi à se libérer des jougs très pesants imposés par la « médiacratie ». On a commencé à résoudre en sa faveur une contradiction secondaire de type oligarchique.

Les groupements de citoyens qui ont relancé leur combat pour une démocratie authentique sont aujourd’hui confrontés à une contradiction de premier ordre, car il leur faut surmonter autant le pouvoir établi des partis que les pouvoirs « idéologisateurs » des médias et d’un patronat qui, sous couvert de démocratie, cache la mesquinerie de ses intérêts économiques. Une hégémonie démocratisante est possible, mais elle requiert un combat important et persistant de groupes civiques actifs.

NOTES:
[1] [NDLR] Les deux plus grandes chaînes mexicaines de télévision commerciale – Televisa et Teleazteca – représentent 95% des fréquences, et ont des proportions similaires d’audience et d’annonces publicitaires. Televisa contrôle 80% de ces pourcentages.

[2] [NDLR] Sociologue et ancien secrétaire exécutif du CLACSO : http://www.clacso.org.ar.

[3] [NDLR] Le Mexique a été gouverné durant 71 ans, jusqu’en 2000, par le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI).

[4] [NDLR] Au sujet des de ces élections et des probables fraudes qui les ont marquées, voir le dossier du RISAL sur le sujet : http://risal.collectifs.net/spip.ph….

[5] [NDLR] Un processus marqué par de nombreux soupçons et indices de fraude ayant permis la victoire électorale du candidat de droit, Felipe Calderon.

[6] [NDLR] L’institut fédéral électoral est dirigé par un conseil général constitué de neuf conseillers électoraux désignés par la Cambre des députés à majorité qualifiée. Chaque fraction parlementaire et chaqueparti politique reconnu légalement y ont aussi une représentation.

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« Le colonialisme et le capitalisme sont inséparables ».Samir Amin

Posté par Isso le 3 avril 2008

 

 

« Le colonialisme et le capitalisme sont inséparables »
Samir Amin « Le colonialisme et le capitalisme sont inséparables ».Samir Amin dans COLONISATION : L'ENVERS DU DECOR puce2    puce2 dans COLONISATION : L'ENVERS DU DECOR 
 

Débat sur la colonisation . Pour Samir Amin (*), la mondialisation en cours induit un apartheid à l’échelle planétaire qui prolonge le système colonial formellement aboli.

 
Êtes-vous surpris par l’ampleur de l’indignation que suscite chez les jeunes générations la loi sur le caractère positif de la colonisation ?

 

Samir Amin. Cette loi est scandaleuse, ne serait-ce que parce que dans un État démocratique il n’y a pas d’histoire officielle. Les réactions que vous évoquez montrent que les jeunes s’intéressent au passé plus qu’on ne le dit et qu’ils l’observent avec esprit critique. Descendants ou non de colonisés, ils partagent un même point de vue : la colonisation a été misérable, elle constitue, comme l’esclavage, un défi aux droits fondamentaux. Toutefois, si l’on veut comprendre pourquoi ces droits ont été bafoués et pourquoi ils le sont encore dans le monde, il faut se défaire de l’idée que le colonialisme aurait été le résultat d’un complot. Ce qui est en jeu, c’est une logique économique et sociale qu’il faut absolument appeler par son nom : le capitalisme.C’est plutôt la République qu’on entend accuser en ce moment…Samir Amin. Comme la mémoire de la colonisation se confond avec celle de la IIIe république, on a tendance aujourd’hui à lier mécaniquement les deux phénomènes. On oublie que cette république était de part en part capitaliste, on oublie par ailleurs que la colonisation a commencé bien avant la république, qu’on pense aux Antilles et à Saint-Domingue, qu’on pense à la Grande-Bretagne qui n’a jamais été républicaine et qui a constitué le plus grand empire colonial pendant trois siècles et demi. On oublie que le capitalisme est antérieur à la république et qu’il ne se confond pas avec un régime politique. Dans quelle mesure faut-il lier capitalisme et colonialisme ?

Samir Amin. Ils sont inséparables. Le capitalisme a été colonialiste, plus exactement impérialiste à toutes les étapes marquantes de son développement. La conquête des Amériques par les Espagnols et les Portugais au XVIe siècle puis par les Français et les Anglais constitue la première forme moderne d’impérialisme et de colonisation : une forme extrêmement brutale qui s’est soldée par le génocide des Indiens d’Amérique du Nord, la mise en esclavage des sociétés indiennes dans

l’Amérique latine et par l’esclavage noir dans tout le continent du nord au sud. Au-delà de cet exemple, en obéissant à une logique de déploiement précise à travers les différentes étapes de son histoire, on peut affirmer que le capitalisme a construit une même dichotomie de rapports entre un centre (le coeur du système d’exploitation impérialiste) et la périphérie (constituée des pays et peuples dominés).

Comment fonctionne le système d’exploitation colonial ?

Samir Amin. Il repose sur l’échange inégal, c’est-à-dire l’échange de produits manufacturés, vendus très cher aux colonies par des monopoles commerciaux soutenus par l’État contre l’achat de produits ou de matières premières très bon marché, car fondées sur un travail quasiment gratuit fourni par les paysans et ouvriers situés à

la périphérie. À toutes les époques, le pillage des ressources des périphéries, l’oppression des peuples colonisés, leur exploitation directe ou indirecte par le capital, restent des traits communs du phénomène colonial.

Au-delà des injustices et des inégalités qu’il a semées dans la société française, l’âge du colonialisme est-il révolu ?

Samir Amin. On peut discuter des termes, mais la réalité reste c’est-à-dire la surexploitation et le pillage du Sud. À cet égard, comment caractériser l’OMC sinon comme le club des multinationales pour le pillage du tiers-monde, une sorte de super-ministère mondial des colonies ? S’agit-il vraiment d’une organisation chargée d’organiser le commerce planétaire comme elle se prétend être, ou d’une organisation chargée de défendre les monopoles des pays capitalistes impérialistes en surprotégeant les droits de propriété dits industriels et intellectuels, en établissant une fausse symétrie dans l’ouverture des marchés qui permet de piller les ressources du Sud sans laisser ces pays avoir accès aux marchés du Nord ? J’appelle cela un apartheid à l’échelle mondiale, le prolongement dans le monde d’aujourd’hui du système colonial.

(*) Samir Amin est directeur du Forum du tiers-monde (Dakar) et président du Forum mondial des alternatives. Il vient de publier Pour un monde multipolaire. Éditions Syllepse.

Entretien réalisé par Lucien Degoy
Article paru dans l’édition du 14 décembre 2005 du Journal l’Humanité.

 

 

Le « peuple juif » : une invention
Tom Segev    
 

La Déclaration d’indépendance d’Israël dit que le peuple juif est né sur la terre d’Israël et a été exilé de son pays natal. Chaque écolier israélien apprend que cela s’est passé pendant la période de domination romaine, en 70 après J-C.. La nation est restée fidèle à sa terre, à laquelle elle a commencé à revenir après deux millénaires d’exil. Faux, dit l’historien Shlomo Sand, dans l’un des livres les plus fascinants et stimulants publiés ici depuis longtemps. Il n’y a jamais eu de peuple juif, seulement une religion juive, et l’exil non plus n’a jamais eu lieu – il n’y a donc pas eu de retour.

 
Source : Haaretz
Article original publié le 1er Mars 2008
Sand rejette la plupart des histoires de la formation de l’identité nationale dans la Bible, y compris l’exode d’Égypte et, de façon plus satisfaisante, les horreurs de la conquête sous Josué. Tout cela est de la fiction et un mythe qui a servi d’excuse à la création de l’État d’Israël, affirme-t-il.Selon Sand, les Romains n’ont généralement pas exilé des nations entières, et la plupart des Juifs ont été autorisés à rester dans le pays. Le nombre de ces exilés a été tout au plus de quelques dizaines de milliers. Lorsque le pays a été conquis par les Arabes, beaucoup de Juifs se sont convertis à l’Islam et ont été assimilés parmi les conquérants. Il s’ensuit que les ancêtres des Arabes palestiniens étaient des Juifs. Sand n’a pas inventé cette thèse, 30 ans avant la Déclaration d’indépendance, celle-ci a été endossée par David Ben Gourion, Yitzhak Ben-Zvi et d’autres.Si la majorité des Juifs ne se sont pas exilés, comment se fait-il qu’un si grand nombre d’entre eux a atteint presque tous les pays sur la terre? Sand affirme qu’ils ont émigré de leur propre gré, ou, s’ils étaient parmi ceux exilés à Babylone, ils y sont restés par choix. Contrairement à une croyance conventionnelle, la religion juive a tenté d’inciter les membres d’autres confessions à devenir Juifs, ce qui explique comment on en est venu à compter des millions de juifs de par le monde. Comme le Livre d’Esther, par exemple, le note : «Et la plupart des gens du pays sont devenus Juifs, par crainte que les Juifs ne les attaquent. »
Sand cite de nombreuses études existantes, dont certaines ont été écrites en Israël, mais évacués du discours central. Il décrit également en détail le royaume juif de Himyar, dans le sud de la péninsule arabique et les juifs berbères en Afrique du Nord. La communauté des Juifs d’Espagne était issue d’Arabes devenus juifs et arrivés avec les forces qui capturèrent l’Espagne des Chrétiens, et d’individus nés en Europe qui étaient aussi devenus juifs.

Les premiers Juifs d’Ashkenaz (l’Allemagne) ne provenaient pas de la terre d’Israël et ne sont pas parvenus en Europe de l’Est d’Allemagne, mais étaient devenus des juifs dans le royaume khazar dans le Caucase. Sand explique les origines de la culture yiddish: ce n’était pas une importation juive d’Allemagne, mais le résultat de la connexion entre la lignée des Khazars et des Allemands ayant voyagé vers l’Est, dont certains en tant que marchands.

Nous constatons donc que les membres d’une variété de peuples et de races, blonds et noirs, bruns et jaunes, sont devenus des juifs en grand nombre. Selon Sand, le besoin des sionistes de s’inventer une ethnicité partagée et une continuité historique a produit une longue série d’inventions et de fictions, ainsi que le recours à des thèses racistes. Certaines ont été concoctés dans l’esprit de ceux qui ont conçu le mouvement sioniste, tandis que d’autres ont été présentées comme les conclusions d’ études génétiques menées en Israël.

Le professseur Sand enseigne l’histoire à l’université de Tel Aviv. Son livre, «Quand et comment le peuple juif a-t-il inventé? » (publié par Resling en hébreu), est destiné à promouvoir l’idée selon laquelle Israël doit être un «État de tous ses citoyens » – Juifs, Arabes et autres – en opposition à son identité déclarée comme un État « juif et démocratique » état. Des histoires personnelles, une longue discussion théorique et une profusion de sarcastiques phrases assassines n’aident pas le livre, mais ses chapitres historique sont bien écrits et citent de nombreux faits et idées que de nombreux Israéliens seront étonnés de lire pour la première fois.

Traduit par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=4781&lg=fr

 

 

 

mercredi 19 mars 2008

La marchandisation de l’eau s’accélère

La communauté internationale célèbre le 20 mars 2008 (1), sous l’égide de l’ONU, la 15ème « Journée mondiale de l’eau ». L’absence d’accès à l’eau affecte 1,1 milliard d’êtres humains ; l’absence de moyens sanitaires de base touche 2,6 milliards de personnes. Paradoxalement, alors que les premières étapes de la marchandisation de ce bien commun ont suscité de fortes mobilisations populaires sur les cinq continents, le mouvement mondial de libéralisation des marchés de l’eau, initié dans les années 1980, semble s’accélérer.

La « libéralisation » des marchés de l’eau s’est au départ fortement inspirée du « modèle français » : le partenariat-public-privé (PPP). Un dogme s’affirmait avec force : la puissance publique est défaillante ; le recours au secteur privé est indispensable ; la bonne gouvernance repose sur le trépied de fer — dérégulation, décentralisation, privatisation ; les services de l’eau ont un coût, qui doit être payé intégralement par les usagers.

Dans ce cadre, les signatures de contrats avec des grandes métropoles du Sud se succèdent à un rythme impressionnant. Mais les conflits surgissent dès la moitié des années 1990, quand les opérateurs privés entendent faire payer des usagers fraîchement raccordés, qui n’ont ni la culture du paiement d’un bien jusqu’alors largement subsidié par la puissance publique, ni, le plus souvent, les moyens de payer. De nombreuses luttes se succèdent sur les cinq continents. La tenue des premiers grands forums altermondialistes publicise le thème du refus de la « marchandisation » de l’eau.

Le discours évolue à l’aube des années 2000, le sustainable cost recovery (recouvrement soutenable des coûts) succède au full cost recovery (recouvrement intégral). Place à l’ingénierie sociale et politique. Les engagements largement médiatisés de la communauté internationale se succèdent lors de la tenue de forums qui s’enchaînent à un rythme soutenu. Sommet du Millénaire pour le développement à New York en 2000, Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002 (« La maison brûle et nous regardons ailleurs », y proclamera le président de la République française, M. Jacques Chirac…), Troisième Forum mondial de l’eau à Kyoto en 2003. Le rapport du « panel » Camdessus publié en juin 2003 martèle que l’engagement financier pour fournir de l’eau à tous à l’horizon 2025 doit atteindre la somme phénoménale de 180 milliards de dollars par an. Il appelle à une plus grande implication des acteurs locaux : collectivités, communautés de base, ONG…, au nom de l’« empowerment ». Qui consiste à conférer un réel pouvoir de décision à la société civile. Conjointement, on envisage de nouveaux crédits consentis par les institutions financières internationales (IFI). De nouvelles normes d’organisation ou de gestion sont mises en avant, impliquant de façon croissante des acteurs extra-étatiques, privés ou associatifs, dans des dispositifs de plus en plus décentralisés.

Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Le PPP apparaît pour ce qu’il est en réalité : une branche industrielle prestataire de services dont la gestion échappe à la sanction du marché. Aujourd’hui 7 % à 8 % des marchés de l’eau et de l’assainissement ont été libéralisés dans le monde, avec des fortunes diverses. La cartographie mondiale du marché laisse apparaître une grande hétérogénéité. Globalement non solvable, l’Afrique n’enregistre que quelques contrats, dûment garantis par de l’argent public, dans quelques métropoles de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb. L’eldorado sud-américain a réservé de cinglantes déconvenues aux opérateurs privés qui l’abandonnent dans la confusion. Ils se recentrent sur l’Europe où émergent les marchés considérables de la dépollution d’une ressource sans cesse plus dégradée. Les contrats mirobolants signés en Chine par Veolia, souvent pour des durées de 50 ans, et des dizaines de milliards de dollars, le sont dans une configuration politique pour le moins hypothétique. Quid de la Chine en 2050 ?

Parmi les marchés en pleine expansion, on trouve l’externalisation du traitement des eaux usées industrielles. Suez-Ondeo détient un portefeuille de 50 000 contrats de ce type. Autre marché émergent, promis à un développement fulgurant, le dessalement de l’eau de mer. Ou encore, celui de la réutilisation des eaux usées pour l’industrie et l’agriculture. Et un nouveau Far-East, déjà à peu près totalement conquis : les ex-démocraties populaires de l’Europe de l’est. Un marché potentiel de 100 millions de clients, qui auront recouvré, à horizon de 20 ans, un niveau de vie équivalent à celui de l’Europe occidentale. Des infrastructures, certes anciennes, mais qui ont le mérite d’exister. Des financements communautaires pré et post adhésion, qui ont tout de la fontaine miraculeuse. Et — last but not least — un personnel politique majoritairement constitué d’ex-apparatchiks fermement résolus à céder aux sirènes de l’ultralibéralisme le plus débridé…

Mais, en dépit des engagements répétés de la communauté internationale, l’argent promis pour l’eau fait défaut. La manne n’est pas aussi importante que prévu. Rétrospectivement, nombre d’analystes stigmatisent l’ivresse de l’euphorie économique de la fin des années 1990, qui, à l’image de la bulle Internet, aurait précipité la course à la croissance mondiale des majors de l’eau. Plusieurs initiatives se sont révélées catastrophiques dans des pays confrontés à des crises monétaires, comme en Argentine, et ont conduit les majors à se retirer de nombreux projets trop risqués. Un paradoxe pour les apôtres de la liberté d’entreprendre et de la « prise de risques »… Les déclarations des apologistes de la libéralisation des « marchés » de l’eau lors du 4ème Forum mondial de l’eau, à Mexico, du 16 au 22 mars 2006, tranchaient dès lors singulièrement avec les discours martelés depuis une dizaine d’années. Ils y proclamaient unanimement que ce sont bien la puissance publique, et l’argent public, qui doivent procéder aux investissements qui doivent impérativement être déployés pour promouvoir l’eau et l’assainissement pour tous. Manière de garder la main, quand de nouvelles coalitions regroupant services publics et militants de l’eau s’organisent afin de promouvoir de nouveaux « partenariats-public-public », Nord-Sud et Sud-Sud dans le monde entier.

Changement climatique et crise écologique

Le changement climatique, qui affecte les modèles météorologiques, les précipitations et le cycle hydrologique, et par conséquence la disponibilité des eaux de surface, l’humidité des sols et l’alimentation des nappes souterraines, pourrait provoquer une augmentation de l’ampleur et de la fréquence des catastrophes naturelles liées aux précipitations : inondations, sécheresses, glissements de terrain, ouragans et cyclones. Et, en conséquence, provoquer de grandes vagues de « réfugiés environnementaux ». Si les prévisions actuelles se confirment, avec un climat plus irrégulier dans les années à venir, le rendement des cultures serait menacé tant dans les pays développés que dans les pays en développement, et près de 3 milliards de personnes seraient exposées à des pénuries d’eau.

Dans de vastes régions de l’Europe de l’Est, de la Russie occidentale, du centre du Canada et en Californie, les débits de pointe des cours d’eau sont désormais enregistrés en hiver, car la proportion des pluies par rapport à la neige y est plus importante, et les eaux de ruissellement atteignent les rivières plus rapidement. Dans les bassins du Niger, du lac Tchad et du Sénégal, qui font partie des bassins versants les plus grands d’Afrique, la quantité totale d’eau disponible a déjà baissé de 40 % à 60 %.

Si des changements radicaux du cycle de l’eau se généralisent, les tendances observées par le passé ne peuvent plus fournir de modèles fiables pour prévoir la gestion de la ressource en eau dans le futur. De nouveaux modèles devront être mis en œuvre pour anticiper les inondations et les sécheresses, déterminer la taille des réserves d’eau et décider de l’allocation de la ressource entre les usages domestiques, industriels et agricoles. Les implications en sont très lourdes, si l’on considère que l’investissement mondial annuel dans l’infrastructure de l’eau représente 500 milliards de dollars, et que celui-ci est réalisé en fonction de l’hypothèse, déjà dépassée, selon laquelle le cycle de l’eau oscillerait dans les limites relativement étroites constatées dans le passé.

Fuite en avant technologique

Pour répondre au défi de l’épuisement des ressources, à défaut de remettre en cause des modèles de développement générateurs de prélèvements excessifs, de gaspillage et de pollution, la tentation est grande d’une fuite en avant technologique lourde de risques, et génératrice de nouvelles inégalités.

Plus d’un tiers des terres du globe arides ou semi-arides manquent d’eau. Les perspectives d’évolution démographique permettent d’augurer qu’en 2050 près de 40 % de la population du globe souffrira de stress hydrique, entrave majeure à toute perspective de développement. Avec pour conséquences l’absence de sécurité alimentaire, des pertes économiques, une pollution sans cesse accrue et de possibles conflits.

Face à ces défis émerge depuis quelques années l’idée de déployer une nouvelle « gestion raisonnée » de la ressource, s’appuyant sur des réponses technologiques innovantes. Les projets de transferts d’eau massifs, à l’échelle d’un pays ou d’un sous-continent, en Libye, au Canada ou en Espagne, le dessalement de l’eau de mer, la réutilisation des eaux usées pour des usages agricoles, industriels, voire pour l’alimentation humaine, comme la mobilisation de nouvelles ressources par le biais de la réalimentation artificielle des nappes phréatiques, sont désormais fortement promus comme autant de réponses pertinentes à la crise de l’eau.

Le dessalement permettrait ainsi un accès illimité à la ressource. Sachant que 40 % de la population mondiale vit à moins de 100 kilomètres de la mer et, que sur 70 villes de plus de 1 million d’habitants sans accès direct à des ressources supplémentaires en eau douce, 42 sont situées sur la côte, le dessalement par osmose inverse est ainsi présenté comme une solution compatible à l’avenir avec des énergies renouvelables, telles que les éoliennes.

Nécessitant un fort apport d’énergie, ces technologies ne sont aujourd’hui mobilisables que par les émirats du Golfe, l’Australie, l’Espagne, l’Algérie, la Chine, ou les Etats-Unis. Mais on compte déjà dans le monde près de 15 000 unités de dessalement, et la capacité de production pourrait être multipliée par deux dans les dix prochaines années. Reste la facture environnementale de cette nouvelle technologie : pour produire un litre d’eau dessalée, on rejette à la mer un litre de saumure, qui affecte l’équilibre des milieux aquatiques.

De même, le constat qu’aujourd’hui, dans le monde, 165 milliards de mètres cubes d’eaux usées sont collectées et traitées dans des stations d’épuration avant d’être rejetées dans le milieu naturel, conduit à la proposition d’utiliser cette eau comme ressource alternative. Le développement de technologies de pointe, notamment la mise en œuvre de procédés utilisant des membranes d’ultrafiltration, permettrait de mettre à disposition une eau traitée, dont la qualité rendrait possible leur réutilisation à des fins agricoles et industrielles, ou pour les loisirs, qui consomment de plus en plus d’eau dans les pays développés. Procédé qui réduirait d’autant les prélèvements directs dans la ressource, la réservant à la consommation humaine.

Les entreprises qui maîtrisent ces technologies affirment qu’on sait aujourd’hui produire une eau totalement potable à partir d’eaux usées et qu’il serait possible de fonctionner quasiment en circuit fermé pour faire face à une demande croissante. De plus, cette technologie est moins onéreuse que le dessalement. Les habitants de Singapour et la capitale de la Namibie boivent déjà en partie de l’eau recyclée. En Australie, les autorités ont été contraintes de demander l’avis de la population par referendum avant de recourir à l’eau recyclée.

Ce vertige technologique semble repousser toute limite. M. Mark Shannon, directeur du Centre de matériaux avancés pour la purification de l’eau à l’université de l’Illinois, aux Etats-Unis, déclarait ainsi à l’Agence France Presse le 18 mars 2008 que : « L’eau, même douce, doit encore être décontaminée, car il y a de nombreux composants toxiques dans l’eau en petites quantités, mais les traitements chimiques sont très coûteux et posent des problèmes. » Et d’indiquer que le recours à des matières nanostructurées, dont les particules ont une taille de quelques millionièmes de millimètre, ainsi qu’aux rayons ultra-violets pour transformer et lier les substances toxiques, permettraient à l’avenir d’améliorer les traitements de l’eau…

L’ensemble de ces innovations expriment aussi des choix politiques, environnementaux, qui devraient susciter un large débat, aujourd’hui inexistant. Car c’est bien la dégradation accélérée de la ressource qui légitime cette nouvelle approche de la question de l’eau. Avec pour perspective un risque croissant d’appropriation marchande de la ressource elle-même, et de tous les services qui garantissent son usage le plus efficient, pour les besoins énergétiques, industriels, agricoles, et bien sur humains.

Un nouveau facteur accroît les tensions sur la disponibilité de la ressource et sa qualité. Dans la perspective de l’« après-pétrole », les Etats-Unis, l’Europe et plusieurs pays émergents se fixent pour objectif l’utilisation croissante de carburants issus de produits agricoles pour les transports routiers. Redessinant la carte de l’agriculture mondiale, bouleversant le paysage des productions et des échanges commerciaux, agricoles et énergétiques, cette « nouvelle économie » va à son tour peser sur l’allocation des ressources en eau, et contribuer à la dégradation de leur qualité.

Nouvelles inégalités

La nouvelle régulation des besoins pourrait donc à l’avenir reposer sur le déploiement de ces nouvelles technologies, qui n’emportent malheureusement aucune remise en cause des pratiques énergétiques, agricoles, industrielles, économiques, qui sont au fondement de la dégradation accélérée, sur toute la planète, des ressources en eau.

Comment par ailleurs imaginer que les milliards d’êtres humains qui survivent avec moins d’un dollar par jour pourront demain bénéficier des bienfaits du dessalement de l’eau de mer ou de la réutilisation des eaux usées ? Déjà dans nombre de pays pauvres l’alimentation sous forme d’eaux embouteillées est ouvertement privilégiée, et bénéficie aux seules élites qui peuvent en faire l’acquisition, au détriment de l’accès à l’eau pour les populations défavorisées.

Le déploiement industriel de cette nouvelle « gestion raisonnée » à l’échelle planétaire repose sur l’imposition massive de nouveaux process et de nouvelles technologies, notamment les technologies « membranaires » (ultra et nano-filtration, osmose inverse), protégées par des normes et des brevets qui garantissent la captation de rente par les firmes transnationales. Lesquelles se substitueraient, avec l’appui des institutions financières internationales et des pays du Nord, aux pratiques traditionnelles de gestion de l’eau, héritage de l’histoire, que possèdent et maîtrisent les communautés humaines des pays pauvres.

Marc Laimé

(1) Avec deux jours d’avance sur la date officielle, pour cause de week-end pascal.

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Le racisme d’Etat en France

Posté par Isso le 3 avril 2008

 

 

 

Le racisme d’Etat en France
Alain Vidal    Le racisme d'Etat en France  dans DU RACISME EN FRANCE puce2 
 

Le 28 Juin 1881, la France instituait officiellement le racisme d’Etat. Sous l’autorité de Jules Ferry, alors chef du gouvernement, le Code de l’indigénat était promulgué. A l’époque, l’Algérie, faisait partie intégrante du territoire de la France, tous ses habitants étaient français. Avec ce Code, plus de deux millions de sujets français deviennent « légalement » des sous-hommes.

 

DES LOIS ANTI-ARABES AUX LOIS ANTI-JUIVES,
LE RACISME D’ETAT, DE JULES FERRY AU MARECHAL PETAIN

Les Arabes de ces trois départements d’Algérie sont soumis à une législation raciale. Règne dorénavant, un état d’exception permanent. Ce Code fait de l’Arabe, un serf taillable et corvéable à merci. A l’époque, des hommes politiques, d’éminents juristes, s’élevèrent contre ce « monument de monstruosité juridique »…mais en vain.

Avec Jules Ferry triomphe « un principe hiérarchique et racial qui ruine le concept même d’humanité et d’universalisme » proclamé en 1789. C’est, sans le reconnaître, une remise en question radicale des idées de la Révolution considérées par les républicains modérés comme dangereuses pour les intérêts de la bourgeoisie au pouvoir, dangereuses pour la « grandeur » de la France. Digne héritier du Code Noir édicté sous Colbert, le Code de l’indigénat fait de l’exception la règle, dans le but d’entretenir un état de peur permanent dans une population présumée coupable de tous délits présents et à venir. Délits et peines institués ne relèvent que de la seule administration en dehors de toute ingérence judiciaire.

Dans la rue, « l’outrage par regard » envers un Européen devient un délit.… Réunions et fêtes sans autorisation sont interdites. Un permis de voyage est exigé pour sortir du territoire de la commune. Le travail forcé est de rigueur, un travail forcé aux forts relents d’esclavagisme. Sans jugement, l’internement peut être ordonné pour une durée indéterminée. L’interné n’est plus considéré comme un individu, « ni même comme un homme au sens juridique du terme. » Le principe de la responsabilité collective peut se traduire par une amende, elle aussi collective, au nom d’une « culpabilité sans faute ni responsabilité. » Le séquestre des biens immobiliers devient « un moyen essentiel de spoliation légale des terres des indigènes au profit des colons. » Dans les faits, une razzia à l’européenne. Pour clore cette liste non exhaustive, mentionnons la généralisation des châtiments corporels et la déportation vers le bagne où sévit l’extermination par le travail. Ce Code fut par l! a suite étendu aux possessions françaises d’Afrique Noire et d’Asie.

Le Code de l’indigénat portait en son sein « l’exclusion par la race », matrice des lois anti-juives promulguées sous Vichy. Des lois anti-juives rédigées, entre autres, par Peyrouton, garde des sceaux de Pétain, ancien haut fonctionnaire de la Coloniale, spécialiste de l’internement et de la déportation des Arabes. Antérieur de 59 ans aux lois anti-juives, puis contemporain de ces dernières, ce « racisme d’Etat » n’est mentionné ni dans les programmes ni dans les manuels d’histoire. Emboîtant le pas à la France républicaine, l’Allemagne nazie allait adopter des lois raciales en 1933. Aujourd’hui encore, malgré tout, les programmes officiels demandent aux enseignants de reconnaître le rôle positif de la troisième « République [qui]s’installe durablement, [et] consolide les libertés fondamentales.» Le Code de l’indigénat ne serai-il qu’un « détail » ?

Aux négationnistes de tout poil, rappelons que la troisième République était cependant traversée par un fort courant anticolonialiste et humaniste, ce qui contredit la thèse de l’unanimisme supposé de l’époque. Thèse si souvent véhiculée de nos jours pour exonérer de leurs crimes « ces hommes qui firent la grandeur de la France ». A la tribune de l’Assemblée Nationale, le 28 juillet 1885, Clémenceau dénonce solennellement les massacres commis par l’armée française, ce même jour, au nom de la République, Jules Ferry, méprisant cette opposition, théorise les concepts de races supérieures, de races inférieures, et d’espace vital. Des concepts, fer de lance d’un colonialisme, source colossale de profits pour les industriels et les banquiers. Des concepts qui furent plus tard des moteurs de l’expansion du grand Reich hitlérien.

Dès les débuts de l’Ecole laïque, sous couvert de liberté de pensée proclamée, les programmes d’histoire eurent pour objectif d’enseigner un roman national à grands coups de mythes et d’imaginaire. Les crimes du colonialisme deviennent de glorieuses épopées, les généraux décorés et statufiés. Par la même, Jules Ferry trahissait Condorcet qui affirmait cent ans plus tôt, à propos du rôle imparti à l‘Etat, ‘qu’il serait coupable de vouloir s »emparer de l »imagination des enfants. » Cette propagande pèse encore lourdement aujourd’hui sur la rédaction des manuels scolaires comme sur certaines de nos représentations inconscientes de l’Arabe et du Noir. L’Ecole, sous couvert de défense des droits de l’homme, servira à légitimer le pouvoir en place, pour mieux défendre les intérêts de la bourgeoisie.

A coup de méthodes inspirées de celles de la hiérarchie de l’Eglise, seront ainsi jetées les bases d’un « catéchisme républicain » considéré comme neutre puisque décrété laïc… Le cours d’histoire sera, comme le définissait Jules Ferry, le propagandiste zélé, d’ «une religion de la patrie, une religion qui n’a pas de dissident. » Ce même Jules Ferry qui rappelait sans détour, et fermement, aux enseignants : « Il y a deux choses dans lesquelles l’Etat enseignant et surveillant ne peut pas être indifférent, c’est la morale et la politique, car en morale et en politique l’Etat est chez lui.» En 1946, les femmes obtiennent le droit de vote. Cependant, le poids de l’idéologie assénée par l’Ecole est tel que, par impuissance de conscience, on qualifie, de nos jours encore, d’universel, un suffrage dont furent exclus des millions de Françaises et de Français, en l’occurrence les Arabes d’Algérie.

Les non-dits que masque le mythe de Jules Ferry… et de son école, constituent un obstacle majeur à la compréhension d’un racisme qu’aujourd’hui, on qualifie pudiquement de discrimination. Les racines républicaines du racisme sont incontestables. Le combat antiraciste exige de les prendre en compte. Il faut analyser lucidement la forfaiture de Jules Ferry qui osa promulguer un corpus de lois raciales, tout en se réclamant des idéaux de la République. Mais peut-on évoquer le Code de l’indigénat, les lois anti-arabes entre autre, dans un pays qui s’enorgueillit d’écoles et de rues portant le nom de Jules Ferry ? Imagine-t-on un seul instant l’évocation des lois anti-juives dans une école portant le nom du maréchal Pétain ?

01-02-06 Alain Vidal, professeur des écoles à Nantes vidal.mothes@wanadoo.fr

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Zimbabwe : l’origine du problème des terres

Posté par Isso le 3 avril 2008

Tout sur l’Autre Histoire !

 

 
Les envers du décor identifiés par le site

INVESTIG’ACTION 

suivre ce lien :  www.michelcollon.info

Je vous en recommande vivement la visite.

Rubrique : TOUT SUR L’AUTRE HISTOIRE

 

Ci-dessous quelques Morceaux choisis, Morceaux occultés…

 

Tout sur l’Autre Histoire !

Bonne lecture

Issopha , Administrteur du blog http://issopha.unblog.fr

issopha19.jpg

Zimbabwe : l’origine du problème des terres

Thotep Zimbabwe : l'origine du problème des terres dans AFRIQUE NOIRE : Réécrire l'Histoire puce2  puce2 dans AU-DELA DES IDEES RECUES 
 

Kenneth Kaunda, ancien Président de Zambie, rappelle certaines
responsabilités, trop souvent oubliées, de la Grande Bretagne dans la
situation actuelle au Zimbabwe. Kenneth Kaunda était présent lors de la
rencontre de Lancaster House sur invitation de la « dame de fer »,
Margaret Thatcher.

 

http://www.thotep.com/article.php3?id_article=343

Dans un article de la BBC
(http://news.bbc.co.uk/2/hi/africa/6728015.stm) datée du 12 juin 2007,

Kenneth Kaunda rappelle notamment à ceux qui diabolisent Robert Mugabe,
que c’est le gouvernement britannique qui n’a pas respecté ses
engagements en matière de redistribution des terres. En effet dans les
« accords » de Lancaster House de 1979 pour l’indépendance, il avait été
« convenu » que le nouveau gouvernement zimbabwéen « acceptait » [en fait
était contraint] de ne pas traiter lui-même les affaires de
redistribution des terres, mais que la Grande Bretagne « engageait » toute
sa responsabilité pour faire disparaître ces injustices. (Là on pourrait
reprocher à Mugabe d’avcir fait confiance à la GB sur un sujet aussi
important : angélisme ou pragmatisme ?)

Sous l’accord de Lancaster House de 1979, des garanties économiques et
politiques sont octroyées à la minorité blanche pour une période de 10
ans : toute expropriation de fermiers blancs et nationalisation
généralisée est exclue. Un quota de députés et sénateur Blancs est
maintenu jusqu’en 1994. Les Blancs, soit 1% de la population, continuent
alors de posséder plus de 70% des terres fertiles et le gouvernement
britannique s’engage à rémunérer les fermiers blancs qui passeraient la
main aux Noirs.

Et oui, comme à chaque fois, le voleur-tueur-pilleur-civilisationniste
est et doit être dédommagé, sinon la victime ne pourra « malheureusement »
pas récupérer la terre qu’on lui a volée, et il doit garder son calme ;
Peut-être que certains considèrent que D.ieu n’a pas promis cette terre
aux Noirs de Zimbabwe et que D.ieu le leur offrait, à eux.

L’accord de Lancaster House proclame une amnistie générale qui empêche
toute poursuite en Grande-Bretagne pour des actes commis sous le régime
raciste de l’ex-Rhodésie entre le 11 novembre 1965 et le 12 décembre
1979 : les criminels racistes peuvent ainsi quitter le pays et se mettre
à l’abri en Grande Bretagne.
Il convient ici de se rappeler que juste avant la proclamation de
l’indépendance du Zimbabwe le 18 avril 1980, une amnistie fut proclamée
pour tous les crimes de sang commis avant le 1er mars 1980 ;
c’est-à-dire amnistie pour tous les crimes commis jusqu’à l’élection de
Mugabe.

Alors quand le gouvernement britannique a montré qu’il n’en avait cure
des Zimbabwéens et de leur problème de terre, la patience du
gouvernement de Mugabe qui avait attendu pendant plus de 10 ans a
atteint ses limites. Le mépris colonial et raciste ne pouvait continuer
à s’imposer avec pareille condescendance dans un pays libéré.
Pourtant le gouvernement britannique reconnaissait lui-même, et encore
aujourd’hui, que le problème de terres était essentiel au Zimbabwe. Et
cela ne l’empêche pas de dire avec insistance, dans « son approche de la
réforme agraire »
(http://www.fco.gov.uk/servlet/Front ?pagename=OpenMarket/Xcelerate/ShowPage&c=Page&cid=1019745050212),
que l’accord n’avait ni défini ni prévu un fonds spécifique pour traiter
ce problème pourtant central. Est-ce de l’incompétence ou de la
préméditation ?

Mais, comme nous le montre la longue histoire colonio-esclavagiste,
quiconque ose s’affranchir de la domination coloniale, la Bête tentera
de lui coller son sceau sur le front.
Ainsi par exemple Haiti qui ne finit pas de payer sa Révolution.

Ce qu’un ex-premier ministre ne peut dire sur Israël qu’une fois parti à la retraite
Dries van Agt puce2    puce2 
 

Rencontre débat au Sénat français avec Dries M. A. van Agt
Ancien Premier ministre des Pays Bas
17 Novembre 2006
organisé par l’Association « Pour Jérusalem »,
assocpourjerusalem@yahoo.fr

 

Merci, Madame la Présidente, mes amis. Mon dis-
cours est intitulé « Un cri pour rendre justice aux
Palestiniens ». Etre invité à tenir un discours dans la
capitale d’un nation qui a enrichi la civilisation avec
la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen
est à la fois honorant et inspirant. Il y a plusieurs
raisons convaincantes pour nous soucier de ce qui
se passe dans l’ancienne zone sous mandat anglais.
La première est que son histoire est marquée depuis
plus de 60 ans par des violations graves et constan-
tes aux droits de l’homme fondamentaux, et cela à
grande échelle puisque ces violations sont commises en
effet, aux dépens de millions de gens. Ces violations,
en outre, vont de pair avec de lourdes atteintes au
droit international. Une seconde raison est que nous
avons, en qualité d’Européens, une responsabilité
toute particulière par rapport à l’injustice révoltante
qui se manifeste là bas. Une troisième raison, c’est
que les horreurs dont nous parlons aujourd’hui se
déroulent dans le Proche-Orient et par conséquent au
voisinage des frontières de l’Europe. Ceci nous rend
très vulnérables aux méfaits qui en découlent. Pour
dire les choses plus simplement, ce qui se passe là-
bas présente de graves dangers pour nous.
Commençons par les quelques mots sur la procla-
mation et l’expansion de l’ Etat d’Israël. Dès que les
Britanniques eurent rendu en 1_47 à l’Organisation
des Nations Unies le mandat sur la Palestine, qui leur
avait été confié après la 1er guerre mondiale, l’Assem-
blée générale de l’ONU adopta une résolution visant
à régler le partage de la Palestine : deux Etats indé-
pendants devaient être créés, à savoir un Etat juif et
un Etat arabe. Ceux ci devaient initier ensemble une
union économique. L’ONU devait elle-même prendre
sous sa protection la zone comprenant Jérusalem et
Bethléem. Ces dispositions ont été rejetées par la par-
tie arabe, ce qui n’était pas tout à fait incompréhen-
sible, parce que le territoire pour Israël dans ce plan
20
occupait 54% de la zone du Mandat, la partie pour
les Palestiniens par conséquent 46%. Alors, en 1_47,
la population de la Palestine était encore composée
en grande majorité de musulmans et de chrétiens
palestiniens. Au crépuscule du Mandat britannique,
des troupes armées juives commencèrent l’expulsion
des habitants arabes. Lorsque les dernières garnisons
britanniques se retirèrent, et que David Ben Gourion
proclama la création de l’Etat d’Israël, le 14 mai 1_4_,
de nombreux Arabes étaient déjà des réfugiés. A la
fin de l’année 1948, plus de 700 000 Arabes avaient
quitté le territoire d’Israël. Ils avaient émigré, ou bien
ils avaient été expulsés. Et des centaines de milliers
de personnes allaient encore s’y ajouter en 1_67.
Dans l’année qui suivit la proclamation de l’Etat d’Is-
raël, celui-ci étendit son territoire, les 54%, sur plus
des trois quarts de l’ancienne zone palestinienne. Par
conséquent, moins d’un quart de cette zone restait
aux Palestiniens. Telle était la situation déjà en 1_4_-
1_4_. Les pays arabes voisins et l’Irak avaient réagi
furieusement à la proclamation de l’Etat d’Israël et
avaient attaqué ce nouvel Etat. Nous le savons, et
nous savons aussi qu’ils étaient militairement faibles,
divisés par la défiance mutuelle, et que le jeune Etat
d’Israël infligea une défaite cinglante aux assaillants.
La situation actuelle : Israël contrôle toute la Pales-
tine depuis 1_67, ainsi que le plateau du Golan. La
création d’un Etat pour les Palestiniens n’a pas encore
eu lieu. Israël occupe tous les territoires palestiniens
depuis 40 ans. Jérusalem-Est a même été annexée
par Israël, contrairement au droit international. L’oc-
cupation de Gaza et de la Cisjordanie est également
illégitime. Les résolutions de l’ONU ont à plusieurs
reprises, une dizaine de fois, quelques dizaines de
fois même, appelé Israël à cesser l’occupation au nom
de « La Terre pour la Paix ». Mais en vain. Israël a
ignoré toutes ces résolutions, même celles du Conseil
de Sécurité. Le maintien de l’occupation de toutes le
zones palestiniennes est incontestablement illégal.
21
Parlons maintenant de la colonisation des zones
occupées
Au fil des années, de nombreuses installations de
colons juifs ont été créées, dans ces zones occupées.
Les colons étaient encouragés et soutenus par leur
gouvernement et leur nombre n’a cessé d’augmen-
ter. Le nombre de colons s’élève à l’heure actuelle à
plus de 400 000. Des terres palestiniennes ont été
confisquées pour les besoins de ces colonies, c’est
bien évident, mais d’autres terrains ont été confis-
qués aussi pour la construction de routes destinées à
leur protection. L’armée israélienne patrouille sur ces
routes réservées aux colons, seulement aux colons,
et à l’armée. En effet, les Palestiniens, notez bien sur
leur propre territoire, ne peuvent pas les utiliser du
tout. Cette colonisation, y compris les équipements
d’infrastructure correspondants, est totalement
contraire au droit international. La politique de colo-
nisation se heurte de front à la IVème convention de
Genève sur le droit humanitaire applicable en temps
de guerre. Cette colonisation progressive viole en
outre la Feuille de route pour la paix et enfreint les
accords d’Oslo. Mais ce qui est encore plus grave,
plus grave que tout cela, pour ne pas dire fatal, c’est
que cette colonisation empêche la formation d’un
Etat palestinien viable. Par conséquent la perspective
d’une paix durable dans cette région s’évanouit. Le
Dr Tanya Reinhardt, citoyenne israélienne, professeur
à l’Université de Tel Aviv, soutient sans détour que la
politique du gouvernement à Jérusalem vise manifes-
tement à fractionner la Cisjordanie occupée. De cette
façon, écrit-elle, il se développe un réseau de prisons
en plein air, de parcelles de territoire encerclées de
tous côtés par l’appareil du pouvoir israélien. Les
Palestiniens évoquent à cet égard les bantoustans,
à savoir les ghettos d’Afrique du Sud sous le régime
minoritaire blanc. La fragmentation des zones pa-
lestiniennes existe, même sans tenir compte de la
politique de colonisation, du fait que l’armée d’occu-
pation a dressé partout des postes de contrôle et par
22
conséquent des barrages dans les zones occupées.
Ces dernières sont ainsi morcelées de fait en dizaines
de parcelles distinctes. Le nombre de barrages est
maintenant de 500, peut-être plus. Cette fragmen-
tation, vous le comprenez, est catastrophique pour
ce qui subsiste de l’économie palestinienne. A cela
s’ajoute que les Palestiniens sont souvent humiliés à
ces check-points, et parfois même traités comme des
chiens. Je l’ai vu et entendu moi-même à plusieurs
reprises. Certains jeunes Israéliens qui ont fait leur
service militaire auprès de ces check-points ont livré
des témoignages choquants à cet égard.
Parlons du Mur
Israël a commencé en 2003 la construction d’un
mur de séparation de _ à _ mètres de haut. Ceci à
des fins de sécurité selon les Israéliens, tandis que
les Palestiniens estiment que la fonction du Mur
consiste à renforcer la ségrégation, l’apartheid. Il
s’agit d’un mur impénétrable doté de fossés, de
voies de patrouille, de tours de contrôle et de fils
de fer barbelés sous tension électrique. Pour une
grande partie, cette enceinte a été érigée dans les
territoires palestiniens. Alors, le _ juillet 2004, il y
a 2 ans, la Cour Internationale de Justice a déclaré
illégale cette construction. La Cour a signifié à Israël
d’en cesser aussitôt la construction, de démanteler
ce qui avait déjà été construit, et de dédommager
les Palestiniens sinistrés. Quelques jours plus tard,
l’ONU, l’Assemblée Générale, s’est exprimée de la
même façon, à l’exception de quelques voix : 160
votes en faveur et 4 ou 6 votes contre, et ces 4 ou 6
votes, étaient les votes des Etats-Unis, d’Israël et de
quelques petites îles du Pacifique, que vous ne pouvez
pas trouver sur la carte. Cela veut dire que le monde
entier s’est prononcé. Mais Israël a aussitôt, le même
jour, déclaré ne pas vouloir tenir compte de cette
déclaration, et la construction du mur se poursuit,
se poursuit quotidiennement, à un rythme soutenu.
Nous avons, Monsieur l’Ambassadeur Champenois et
23
moi-même, nous avons vu s’ériger ce colosse dans
la petite ville de Bethléem. C’est à la fois intimidant
et menaçant. Devant sa progression, des dizaines de
milliers de paysans doivent abandonner leurs terres,
et ils ne peuvent plus, ou plus guère, cultiver leurs
champs et leurs vergers situés de l’autre côté. Bien
des écoles et des hôpitaux deviennent inaccessibles
et les visites de famille impossibles. Il s’agit là d’un
projet scandaleux, d’une injustice flagrante, et le
monde ne fait rien, les pays européens rien non plus.
Ce constat établi, que dire des attentats suicides ?
Israël n’aurait-il pas le droit, pour sa défense, de se
retrancher derrière un tel rempart ? Le droit interna-
tional le permet, mais à condition qu’Israël construise
cette enceinte sur son propre territoire. Ce n’est pas
le cas en grande partie. Le tracé du mur se dessine
sur le territoire palestinien, et à plusieurs endroits,
même, en profondeur, afin d’entourer des colonies
israéliennes. Celles ci sont ainsi annexées, de fait,
par Israël, en même temps que de grandes parcelles
de terre palestinienne sur lesquelles elles se trouvent
sont annexées aussi.
Quelques mots de plus sur les attentats suicides. Je
veux être clair, tout à fait clair. Dans la mesure où ils
se produisent contre des civils, je les condamne sans
restriction. Mais ces actes de violence ne peuvent
pas être considérés hors du contexte dans lequel ils
se produisent. C’est le contexte d’une occupation
continue, et sans issue aussi, dimension très im-
portante : 40 ans déjà. Appartiennent au contexte
aussi, les annexions insidieuses, la destruction d’ha-
bitations et de terres cultivables, les humiliations
aux barrages, l’étouffement de la vie économique.
Chers amis, chaque acte de violence palestinien, où
qu’il soit commis, est qualifié de terroriste par Israël.
Or, la résistance armée contre l’armée d’occupation
en zone occupée n’est pas du terrorisme. C’est un
combat pour la liberté.
24
En revanche, les actes commis par l’armée israé-
lienne ne sont jamais qualifiés de terroristes, quel
que soit le nombre de Palestiniens, femmes, enfants,
vieillards compris, qui succombent ou qui sont mu-
tilés à vie. Une autre remarque sur ce contexte : la
violence pratiquée au moyen d’armes fabriquées de
façon artisanale s’appelle du terrorisme. Tandis que
la violence pratiquée en utilisant des avions, des
hélicoptères de combat, des camions et des tanks
n’en est presque jamais. L’Europe est doublement
responsable. En premier lieu la situation actuelle au
Moyen-Orient est partiellement due au morcellement
de l’Empire ottoman que les vainqueurs de la Première
guerre mondiale ont pratiqué après l’effondrement
de cet empire. La Grande Bretagne et la France se
sont partagé le butin et ont créé de nouvelles entités
de façon plutôt arbitraire. C’est ainsi qu’est née la
Palestine, celle sous mandat britannique, alors que
tous les autres fragments de l’ancien empire ottoman
étaient devenus au fil des ans des Etats souverains :
le Liban, la Syrie, la Jordanie, l’Egypte, même l’Irak.
Seule la Palestine était abandonnée aux caprices de
l’histoire. En second lieu, l’Europe est responsable de
l’holocauste : l’exode massif des Juifs en provenance
d’Europe vers la Palestine a été, nous le savons,
conséquence immédiate de l’holocauste qui s’est
déroulé en Europe. L’Europe s’acquitte-t-elle de cette
responsabilité ? Point d’interrogation, point d’interro-
gation. Pas du tout. C’est en fait les Palestiniens qui
paient le prix des crimes perpétrés en Europe contre
les Juifs. Et ces crimes, ce sont tout d’abord, naturel-
lement l’holocauste, mais aussi la malveillance antisé-
mite qui l’a précédé pendant des siècles. Mais pas un
seul mètre carré de terre européenne n’a été mis à la
disposition des Juifs pour leur permettre d’établir un
refuge sûr. Ce sont les Palestiniens en revanche qui
ont perdu _0% de leur territoire, et après la guerre
des six jours les Palestiniens ont tout perdu. Non, je
ne prétends pas que l’Europe abandonne complète-
ment les Palestiniens à leur sort. L’Union Européenne,
et ses Etats membres, ont offert beaucoup d’aide hu-
25
manitaire aux Palestiniens, tout au moins jusqu’à ce
que le Hamas accède au pouvoir. Il convient toutefois
de faire deux remarques à propos de cette assistance
de l’Europe. Pour commencer l’aide européenne perd
de son brillant par rapport à l’aide colossale qu’Israël
continue de recevoir de la part des Etats-Unis. En ce
moment, c’est plus de 3 milliards de dollars par an.
Il n’est donc pas étonnant du tout qu’après les Etats
Unis, Israël possède le plus grand parc d’avions de
chasse au monde, disposant de loin de l’armée la plus
puissante du Moyen-Orient. Israël possède en outre
l’arme nucléaire. Il convient également de mentionner
que l’aide de l’Europe n’est qu’un analgésique. L’Union
Européenne ne fait, et n’a presque rien fait d’autre,
pour éradiquer la cause de l’extrême misère des Pa-
lestiniens. Oui, l’Union Européenne échoue lamenta-
blement à cet égard. Mais sachez toutefois que je ne
plaide pas pour que nous, à notre tour, fournissions
des armes aux Palestiniens, à l’instar de ce que font
les Américains pour Israël. Je soutiens cependant que
nous devrions enfin mettre en application la clause
spéciale de l’accord euro-méditerranéen d’association
entre la Communauté européenne et Israël. Peut-être
pendant nos discussions, nous pourrons parler de la
réaction de l’Ouest. Malheureusement, les Américains
et les Européens sont main dans la main pour réagir
à l’accession du Hamas au pouvoir. Nous en parlerons
plus tard. Vous avez, Mme la Présidente, mentionné
le fait qu’en 2002, les Arabes ont proposé à Israël de
céder les zones occupées en 1_67, de les céder aux
Palestiniens avec en contrepartie la reconnaissance
de l’Etat d’Israël par tous les membres de la Ligue
arabe. La même chose s’est passée vingt ans aupa-
ravant, en 1__2. Ils l’ont fait deux fois. Mais Israël
n’a jamais donné suite à ce geste.
Quiconque, chers amis, exprime des critiques envers
le comportement du gouvernement de l’Etat d’Israël,
est aussitôt accusé d’antisémitisme. Nous le savons,
vous-mêmes qui venez de réagir avec vos mains, nous
le savons tous, que cette fâcheuse imputation est
26
complètement déplacée. Mais en fait, la menace de se
voir d’emblée attribuer un tel reproche effraie tant de
gens, qu’ils retiennent ou en tout cas atténuent leurs
critiques envers Israël. Quoi qu’il en soit, je ne veux
pas me taire. Et il est conseillé dans cette délicate
question d’écouter des voix juives, et il y en a à foison,
d’écouter une déclaration du réseau nommé « Juifs
Européens Pour une Paix Juste ». Je cite : « Les Juifs
européens pour une paix juste demandent à la com-
munauté internationale, à l’Organisation des Nations
Unies et à l’Union Européenne de prendre enfin leurs
responsabilités et de faire cesser le bain de sang en
Palestine. L’injustice de 3_ ans d’occupation militaire
par Israël doit cesser. Il est totalement inacceptable
que la charte de l’Organisation des Nations Unies, le
droit international et d’innombrables résolutions et
décisions de l’ONU aient été négligées par le Gouver-
nement israélien ». En Israël même, vous le savez,
vous avez mentionné les noms de quelques organisa-
tions, il y a de courageux militants pour la paix, qui
continuent en dépit des déformations en provenance
de l’opinion publique, de donner leur rapport sur les
injustices en cours. B’tselem est une de ces organi-
sations. Ses rapports tiennent toujours un langage
ferme et clair. Par exemple le rapport Land Grab « Vol
de terre ». Ce rapport, en 2002, dénonce le pillage des
terres occupées pour la construction des colonies. Une
de ses conclusions est la suivante : la modification
flagrante qu’Israël a provoquée sur la géographie de
la Cisjordanie pour la construction des colonies et le
choix de leur emplacement déjoue toute possibilité
réelle de pouvoir établir un Etat palestinien indépen-
dant et viable. Comment ? C’est une déclaration forte
et choquante à la fois. Il y a quelques années, plu-
sieurs centaines de Juifs sud-africains ont publié une
déclaration de conscience dans laquelle ils ont établi
un parallèle entre le traitement des Palestiniens par
Israël et la répression de la population noire pendant
le régime d’apartheid. Et c’est ce que fait également
l’archevêque Desmond Tutu, Prix Nobel de la Paix :
« Cela me fend le cœur, écrit il après avoir rendu
27
visite aux territoires occupés, cela me fend le cœur
lorsque je vois comment les Palestiniens sont traités
par l’Etat d’Israël. Leur souffrance est celle que nous
avons connue jadis en Afrique du Sud ».
Y a-t-il encore une perspective de paix équitable ?
Il y a deux modèles, dont l’un est le modèle de deux
pays voisins, le pays d’Israël et un pays palestinien
viable. Mais comment pourraient cohabiter les Israé-
liens et les Palestiniens dans une telle hypothèse ?
Au mieux, on ne cesse de délibérer et de discuter à
ce propos, partout dans le monde, mais toutes ces
discussions ne concernent qu’un mythe : un Etat
palestinien réellement viable n’est plus réalisable.
Fini. Passé. Il n’est plus réalisable. Il ne reste plus
maintenant que la moitié de la Cisjordanie, et cette
moitié est de surcroît morcelée si l’on tient compte
des annexions de facto par les colonies, et de tous
les équipements d’infrastructures correspondants,
et du mur. Et puis, Jérusalem-Est, j’en parlerai plus
pendant notre discussion, je suis conscient que j’ai
été invité par l’Association « Pour Jérusalem ». Il
est clair qu’une solution équitable ne pourra naître
de négociations entre Israël et les Palestiniens. Les
hommes politiques qui persistent à croire que de
telles négociations sont nécessaires ou souhaitables
ne se rendent apparemment pas compte, en dépit
de l’évidence de la situation qu’ils demandent des
négociations entre un lion et un mouton déjà à moi-
tié dévoré. Il convient donc d’imposer une solution
juste. Mais, dit-on, seuls les Américains en seraient
capables. Seulement, il ne faut pas s’attendre à une
telle intervention de leur part et certainement pas tant
que les pays de l’Union Européenne continueront de
se comporter comme des vassaux de Washington.
Vous l’avez compris déjà. Nous, les Européens,
nous avons une obligation morale de faire enfin tout
notre possible pour créer la perspective d’une paix
équitable au cœur du Proche-Orient et si nous conti-
nuons d’échouer en cela, un chapitre d’une injustice
2_
monstrueuse s’ajoutera à l’histoire de l’humanité.
Israël et les Etats-Unis y seront dénoncés comme
les responsables principaux et l’Europe sera désignée
comme une complice honteuse.
•••
pour nous et je voudrais attirer l’attention là-dessus.
Vous l’avez souligné dans votre exposé et cela m’a
vivement intéressé. Elle devient dangereuse pour
l’Europe. Je ne parle pas simplement du point de vue
de la justice que nous devons aux Palestiniens, mais
aussi du point de vue de notre intérêt. Car la ques-
tion palestinienne n’étant pas résolue, l’aggravation
des crises au Proche-Orient va être cumulative, ces
crises se nourrissant l’une l’autre. Vous avez aussi la
question d’Irak. Vous avez maintenant la question de
l’Iran, de la Syrie, du Liban. Tout cela s’accumule, se
nourrit, et va créer une situation plus qu’explosive.
Les Etats-Unis sont loin de là, alors que l’Europe est
toute proche. Je voudrais qu’on attire bien l’atten-
tion sur ce danger que je pense considérable, et qui
n’est pas très éloigné à la vitesse où vont les cho-
ses. Quand on voit ce qui s’est passé au Liban, avec
quelle brutalité, avec quelle soudaineté, on se dit que
le pire n’est pas forcément très loin, si on n’y prend
pas garde. Or, la question palestinienne est centrale
41
et tant qu’elle ne sera pas réglée, cette situation
explosive perdurera.

 

 

 

 

J’ai découpé et dissous dans l’acide le corps de Lumumba

 

 

BRUGES (Belgique), 15 mai 2002 (AFP) – Près de quarante ans après l’assassinat de Patrice Lumumba, le Belge Gerard Soete vient enfin de se défaire d’un lourd secret : une nuit de janvier 1961, dans une puanteur d’acide sulfurique et de cadavres écartelés, il fit disparaître le corps du martyr congolais.

 

« Est-ce que la législation me le permettait ? », se demande-t-il aujourd’hui, à 80 ans et en bonne santé, dans son pavillon d’un faubourg résidentiel de Bruges (nord-ouest) où l’AFP l’a rencontré. « Pour sauver des milliers de personnes et maintenir le calme dans une situation explosive, je pense que nous avons bienfait », ajoute-t-il, en dépit de « la crise morale » qu’il doit avoir traversée après cette nuit « atroce ».

Le 17 janvier1961, sept mois après l’accession du Congo à l’indépendance,Patrice Lumumba, le premier chef de gouvernement du pays, était assassiné près d’Elisabethville (actuellement Lubumbashi, sud), capitale de la province alors sécessionniste du Katanga. Criblé de balles, son corps n’a jamais été retrouvé, pas plus que ceux de deux proches tués avec lui, Joseph Okito et Maurice Mpolo.

Selon l’auteur, le but de l’élimination était, en pleine guerre froide, de maintenir le Congo dans la sphère d’influence occidentale. La thèse a connu un tel écho qu’une commission d’enquête parlementaire belge, chargée d’éclaircir « l’implication éventuelle des responsables politiques belges » dans l’assassinat, a entamé ses travaux le 2 mai. Une commission qui auditionnera Gérard Soete, commissaire de police chargé à l’époque de mettre en place une « police nationale katangaise ».

Le Brugeois dut d’abord transporter les trois corps à 220 kilomètres du lieu d’exécution, pour les enfouir derrière une termitière, en pleine savane boisée. De retour à Elisabethville, il reçut cependant « l’ordre » du ministre de l’intérieur Katangais Godefroi Munongo de faire littéralement disparaître les cadavres. La popularité de Lumumba était telle que son cadavre restait en effet gênant. Le « pèlerinage » sur sa tombe pouvait raviver la lutte de ses partisans.

« Petit Gérard Soete de Bruges, je devais me débrouiller tout seul avec trois corps internationalement connus », résume-t-il aujourd’hui. « Toutes les autorités belges étaient sur place, et elles ne m’ont pas dit de ne rien faire », ajoute-t-il, avec un fort accent flamand. Accompagné d’ »un autre blanc » et de quelques congolais, épuisés « d’une scie à métaux, de deux grandes dames-jeannes et d’un fut d’acide sulfurique », il leur fallut toute la nuit, du 22 au 23 janvier, pour accomplir leur besogne.

« En pleine nuit africaine, nous avons commencé par nous saouler pour avoir du courage. On a écarté les corps. Le plus dur fut se les découper » avant de verser l’acide, explique l’octogénaire. Il n’en restait presque plus rien, seules quelques dents. Et l’odeur ! Je me suis lavé trois fois et je me sentais toujours sale comme un barbare », ajouté-t-il. De retour en Belgique après1973, Gérard Soete contera cette terrible nuit dans un roman, « pour (se) soulager », mais sans livrer son nom.

Un historien français tente de minimiser la traite des esclaves
 

Depuis le Code noir (1685), rares sont les intellectuels français qui ont remis en question le socle raciste sur lequel repose notre regard sur « les noirs », africains ou antillais. Les récentes saillies négrophobes d’Hélène Carrère d’Encausse, Alain Finkielkraut ou Nicolas Sarkozy ne sont pas de malheureux dérapages mais la continuité désolante de préjugés nourris depuis quatre siècles [1].

 

Une négrophobie académique ?
Olivier Pétré-Grenouilleau, ou la banalisation de la Traite
Source: http://www.indigenes-republique.org/spip.php/spip.php?article1145
jeudi 6 décembre 2007

Qui, en France, sait que Saint-Simon, Bossuet, Montesquieu ou Voltaire ont commis, sur ces questions, des pages monstrueuses ? Que Renan, Jules Ferry, Teilhard de Chardin, Albert Schweitzer ou encore le général De Gaulle leur ont emboîté le pas ? C’est pourtant ce que vient nous rappeler Odile Tobner dans son livre Du racisme français . De ce livre salutaire nous publions un extrait consacré à l’historien-fétiche des grands médias : Olivier Pétré-Grenouilleau, et à la manière plus que douteuse dont il revisite l’histoire de la Traite des Noirs.
Les médias viennent de mettre en vedette un historien, Olivier Pétré-Grenouilleau, présenté religieusement comme un oracle. Il avait déjà, il y a quelque temps, dans un ouvrage de vulgarisation consacré à la question (La Traite des Noirs, paru dans la collection « Que sais-je ? » [2]) présenté le sujet à sa façon :

« Concernant les idées, presque rien n’a en effet été véritablement inventé depuis le XIXe siècle, époque à laquelle les abolitionnistes faisaient de la traite la cause du malheur de l’Afrique, tandis que leurs détracteurs n’y voyaient que la conséquence de son anarchie. »

Renvoyer dos à dos les uns et les autres est déjà scandaleux ; mais l’auteur penche en réalité du côté le plus malhonnête :

« Il serait exagéré, à la faveur d’une lecture européocentriste dépassée de l’histoire africaine, de voir dans les effets démographiques de la traite l’une des raisons essentielles du mal-développement africain. »

Qu’est-ce à dire ? Où est cette lecture européocentriste dépassée qui aurait, dit-on, exagéré les effets de la traite ? C’est un pur fantôme que l’on désigne vaguement, sans apporter la preuve de son existence. Toutes les lectures européennes sans exception minimisent au contraire les chiffres, dans des proportions évidemment différentes. On aimerait par ailleurs savoir ce que serait une « lecture non européocentriste » : une lecture faite par des Européens comme M. Olivier Pétré-Grenouilleau, se mettant à la place des noirs et faisant leur Histoire à leur place pour dire que les Européens n’étaient pas racistes ? On est dans la divagation.

Il est hasardeux d’affirmer que la traite n’a pas eu d’influence sur la démographie africaine : la thèse est cependant soutenue avec aplomb. On va même jusqu’à évoquer « l’ensemble des phénomènes positifs et négatifs » de la traite, sans prendre conscience apparemment de la monstruosité d’une telle phrase, qu’aucun commentateur autorisé n’a, il est vrai, relevée. Quel phénomène « positif » peut bien être induit par tant de douleurs et de morts, sauf pour les bénéficiaires bien entendu ?

Suit une assertion qui fera bien rire les démographes :

« Cependant la nature polygame des sociétés africaines a sans doute eu pour effet d’atténuer voire d’annuler en bonne partie cet éventuel déficit des naissances. »

La natalité – c’est assez facile à comprendre – se mesure au nombre d’enfants par femme et non au nombre de femmes par mari. Que les unions soient monogames ou polygames, les femmes ne peuvent faire qu’un nombre déterminé d’enfants. La polygamie réduit au contraire le nombre d’enfants par femme, en instituant un délai d’isolement après chaque naissance. Le mari polygame est certes le père putatif d’un grand nombre d’enfants, mais c’est au prix du célibat forcé des jeunes et des pauvres. Par ailleurs, aucune société n’est par nature – toujours cet essentialisme raciste – monogame ou polygame. La polygamie est liée à une conjoncture historique et culturelle. On la trouve soit dans des sociétés guerrières où les hommes sont décimés, où les femmes sont un butin, comme chez les Grecs de l’époque homérique, soit dans les sociétés décimées par l’esclavage. Olivier Pétré-Grenouilleau prend les effets pour la cause. Avec la disparition de tant d’hommes – on a vu que les femmes étaient très minoritaires dans les cargaisons –, comment la polygamie n’aurait-elle pas été une réaction obligée de la société ?

Le simple bon sens permet de comprendre que la saignée de la traite a été pour l’Afrique une catastrophe, humaine, culturelle, économique, démographique. Dans un livre remarquable, Louise Marie Diop-Maes remet à leur place bien des aberrations intéressées – et d’abord elle pose la seule question pertinente :

« Les effets de la traite des humains en Afrique noire sont-ils évaluables ? » [3]

Entre les fanatiques de l’innocuité, voire des bienfaits de l’esclavage, à la suite d’un certain Philip Curtin, qui ne craint pas d’affirmer, par exemple, que l’introduction du maïs en Afrique aurait « compensé les pertes humaines » – comme si l’Afrique manquait de plantes comestibles, comme si l’alimentation remplaçait les bouches manquantes [4] –, et la majorité des universitaires français, considérés par les premiers comme des extrémistes de l’interprétation sévère de la traite parce qu’ils limitent l’effet négatif à une stagnation de la population, il n’y a pas une grande différence.

On est obligé de les laisser à leurs chicaneries si l’on veut commencer à parler raisonnablement du passé de l’Afrique. Marie-Louise Diop-Maes conclut :

« J. Inikori (Nigeria), Walter Rodney et moi-même, par des méthodes d’analyse différentes, sommes arrivés à la conclusion que les répercussions de la traite ont provoqué une diminution de la population entre 1500 et 1900 et que, parallèlement, l’Afrique noire s’est progressivement sous-développée durant la même période. »

Le dépeuplement de cette période s’est accompagné de l’éclatement d’importants ensembles politiques, culturels et sociaux et d’un repli sur les unités de base : famille, clan, tribu. C’est l’image de l’Afrique contemporaine.

« Il ne s’agit pas d’un sous-peuplement chronique, d’un tribalisme perpétué depuis la Préhistoire, sur une terre étouffante et maudite, ou trop clémente, mais bien d’un dépeuplement et d’une atomisation qui ont débuté au XVIe siècle. »

Après la mise en cause des Arabes à égalité avec l’Occident, l’autre pilier de la science blanche pour tenter d’exonérer l’Histoire de France d’un chapitre peu glorieux est la collaboration des Africains à la traite. On sait [5] que Voltaire dit, dans le chapitre de Candide sur Le nègre de Surinam, que la mère vend son enfant, ce qui est bien sûr une calomnie manifeste à l’égard des Africains. La demande d’esclaves par les Européens a causé certes des expéditions destructrices. Dans toute situation de domination, il y a des collaborateurs dans le groupe dominé. Il faut simplement poser la question : dans un crime, est-ce que le recrutement de complices est une circonstance atténuante ou aggravante ? La responsabilité du complice vient-elle diminuer celle de l’artisan principal ? Des Africains sont-ils venus proposer en Europe leur collaboration et leur marchandise ? Encore une fois ce sont des questions de simple bon sens.

L’inventaire des ouvrages qui répandent des aberrations racistes sur l’histoire de la traite et de l’esclavage serait infini. On se contentera d’un seul, qui n’est pas marginal puisqu’il s’agit d’un banal et récent livre de vulgarisation, où les perles abondent, telle celle-ci :

« Sur place aux Antilles, les Noirs avaient conservé le culte du Vaudou, qui aggravait les mentalités de certains d’entre eux. Les “nègres marrons” armés de machette (sabre à couper la canne à sucre) étaient enrôlés par les plus criminels d’entre eux pour les massacres des Blancs. Mais tout cela n’empêcha pas les nombreuses unions hors mariage qui engendrèrent une nouvelle ethnie : les mulâtres. » [6]

Un véritable bouquet en quelques lignes. Des hommes qui, dans une situation d’écrasement et d’humiliation absolus, trouvent le courage surhumain de se révolter sont-ils des criminels ou des héros ? Pourrait-on, dans un ouvrage historique d’aujourd’hui, appeler « criminel » un homme évadé d’un camp de concentration, tuant quelques gardiens au passage, sans provoquer le plus grand scandale ? On est obligé de poser cette hypothèse si l’on veut donner le sentiment d’une monstruosité qui échappe manifestement aux lecteurs de pareils ouvrages, tant le racisme imprègne le subconscient. User du doux euphémisme de « unions hors mariage » pour désigner le crime le plus lâche par sa facilité et son impunité – le viol systématique des esclaves noires –, est-ce faire oeuvre d’historien ? Depuis quand les enfants nés hors mariage constituent-ils une « ethnie », sauf à adhérer à des distinctions racistes ?

On ne résiste pas à l’envie de citer quelques perles de la même origine :

« Quelques années plus tard [7] , il ne resta rien des richesses accumulées dans ces îles et nombre de négociants métropolitains furent ruinés. Mais on peut considérer que ces derniers auront été le vecteur de l’implantation de l’ethnie noire. Par voie de conséquence, sans doute que les descendants de celle-ci auront ainsi échappé à d’autres fléaux. »

Ainsi les richesses se seraient évaporées. Cela n’existe pas, sauf dans des croyances magiques. Les richesses ont changé de main, elles ont servi à développer des industries, armement, accastillage, industries du luxe, etc. Mais le comble du cynisme ou de la stupidité, on ne sait, c’est d’indiquer comme seul bénéfice de cette période d’avoir permis aux Africains de quitter leur enfer d’origine… et en plus le transport était gratuit !

D’autres jugements, dans des ouvrages hautement scientifiques, laissent tout aussi pantois :

« Le chapitre qui venait de se clore en 1848 n’était pas complètement négatif. Une indéniable prospérité économique s’était traduite dans les faits dès les débuts de la traite des noirs. » [8]

Autant s’extasier de ce que le prodigieux effort de guerre allemand, entre 1940 et 1945, fut fi nancé par le pillage des pays occupés et l’extermination de la main d’œuvre déportée. Ce qui est escamoté avec la plus grande désinvolture dans ce jugement de « valeur », qui affiche de façon obscène la primauté de l’argent, c’est ce que certains appellent pudiquement la question morale. C’est avouer que le traitement réservé aux noirs ne relève pas de la moralité, comme le disait Montesquieu.

On ne recommandera jamais assez au lecteur de l’historien de faire preuve d’esprit critique face à une Histoire qui n’est jamais parfaitement objective. L’Histoire ment toujours d’une certaine façon, au moins par omission, puisqu’on ne saurait inventorier la totalité des faits. Surtout l’Histoire est une matière d’autorité, et l’autorité, en l’occurrence, est celle des vainqueurs. Un ensemble de faits aussi bien établis et documentés que la Révolution française a connu et connaîtra diverses présentations et interprétations dont aucune ne peut prétendre s’imposer comme dogme. Il y a eu la Révolution tueuse : guillotine, tricoteuses, tribunaux révolutionnaires. Les images de la terreur révolutionnaire sont bien ancrées dans la tradition scolaire. Cette terreur a causé, de 1792 à 1794, de trente-cinq à quarante mille morts dans toute la France, qu’ils aient été exécutés sommairement ou qu’ils aient fait l’objet d’une condamnation à la peine capitale. Mais l’Histoire a refusé une célébrité analogue aux trente mille communards que les Versaillais tuèrent pendant la seule « semaine sanglante » de mai 1871 [9] : les morts faits par la Révolution comptent toujours beaucoup plus que ceux dus à la répression.

Autre exemple : c’est l’Histoire qui a fait de la prise de la Bastille – une horde populeuse, type racaille de banlieue assiégeant un commissariat, se fait ouvrir les portes d’une forteresse quasi vide et tue sauvagement les gardes et le gouverneur – le mythe national par excellence. Tout est dans l’interprétation.

Si un événement aussi important de notre Histoire nationale peut donner lieu à de telles distorsions, combien doit être problématique l’histoire de l’esclavage et de la colonisation ! L’Histoire de l’Afrique qui nous est racontée en France est celle des conquérants : c’est son premier défaut. Il ne s’agit pas d’un procès d’intention mais d’un constat. C’est une première et fondamentale distorsion. Tout comme les peuples africains ne sont toujours pas émancipés de la tutelle politique de l’Occident, ils ne se sont pas encore emparés de leur Histoire pour leur propre usage et pour en imposer la vision au monde.

Les Traites négrières

La dernière et très douteuse contribution à cette Histoire dominée est l’ouvrage d’Olivier Pétré-Grenouilleau intitulé Les Traites négrières, essai d’histoire globale. Le titre, à lui seul, a son éloquence. Que peut bien vouloir dire d’abord une « histoire globale » ? Il s’agit apparemment de noyer les phénomènes un peu crus dans un ensemble flou. C’est le contraire d’un comparatisme critique. On pourrait ainsi, si on l’osait, faire une histoire globale de l’antisémitisme qui dissoudrait et relativiserait la Shoah dans les millénaires persécutions contre les juifs.

L’expression « les traites négrières », quant à elle, annonce la thèse et le sophisme fondamental du livre. Par ce pluriel l’auteur prétend qualifier trois traites : la traite arabo-musulmane, la traite interne à l’Afrique et la traite européenne. Il n’y a eu en fait qu’une seule traite négrière, c’est-à-dire à fondement exclusivement raciste, c’est celle pratiquée par les Européens. La traite arabo-musulmane, succédant à celle pratiquée par l’Empire romain dans toute son aire, a frappé des captifs de toutes origines non musulmanes [10]. Quant au servage ou au rapt pratiqués dans certaines sociétés africaines, comment pourraient-ils recevoir la qualification de négrier, qui traduit par essence la subjectivité du regard « blanc » ?

Dès le titre, la fonction idéologique du livre apparaît donc clairement. On s’explique alors le lancement médiatique dont il a bénéficié, sans précédent pour un ouvrage aussi indigeste, de facture lourdement universitaire [11]. On vit l’auteur accueilli par un chorus d’applaudissements sur tous les plateaux de télévision, et son livre, loin d’être l’objet d’un quelconque débat, fut unanimement porté aux nues par des critiques qui n’en avaient certainement pas lu dix pages, mais qu’importe. C’est à l’idéologie professée par le livre qu’allait leur enthousiasme : ils ne pouvaient que faire un triomphe. La véritable croisade entreprise alors pour le défendre contre toute contestation a atteint des sommets d’indécence.

Par un artifice assez grossier, l’auteur prétend débarrasser l’histoire de l’esclavage de ses « clichés » et de ses « poncifs » [12] – c’est ainsi qu’il qualifie aimablement les travaux de ses prédécesseurs, prétendument pervertis par leurs bons sentiments. Ceux-ci auraient, selon lui, dramatisé la traite et l’esclavage, qu’il se charge, lui, de banaliser.

En réalité, cette histoire telle qu’elle a été racontée par les Européens est toujours restée bien en deçà de l’horreur de la traite transatlantique et de l’esclavage tels que les ont vécus les noirs. Cette description, devant laquelle ont reculé les historiens blancs, même « bienveillants », est encore à faire.

Le racisme a en effet joué un rôle essentiel dans le déchaînement de ce que Rosa Amelia Plumelle-Uribe appelle « la férocité blanche » [13]. Cet aspect de l’étude de l’esclavage est et a toujours été, sauf chez quelques auteurs haïtiens, largement tabou. La rouerie consiste à présenter au contraire comme taboue la description adoucie et relativisée de l’esclavage, qui est pourtant la norme. Mais jamais on n’était allé aussi loin dans l’atténuation. Ainsi Pétré-Grenouilleau dénonce-t-il « le portrait apocalyptique » [14] qui aurait été fait du transport des captifs, le « taux d’entassement », « souvent exagéré par les abolitionnistes » [15], sans qu’aucune preuve ou référence soit apportée à l’appui de ces appréciations éminemment subjectives. C’est le second défaut majeur de l’ouvrage : des affirmations subjectives jamais étayées de la moindre preuve. C’est ce que l’on présente en France comme une grande oeuvre d’historien !

Pétré-Grenouilleau parvient, dans un livre consacré à la traite négrière, à prouver l’excellence de la moralité blanche : loin que l’esclavage raciste puisse être reproché spécifiquement aux Européens, l’abolitionnisme prouve leur supériorité. En effet le mouvement abolitionniste est, selon lui, né par génération spontanée. Nulle part n’est formulée l’hypothèse, pourtant la plus vraisemblable, que l’abolitionnisme est né de l’atrocité toute particulière de la traite atlantique, l’opinion européenne s’émouvant légitimement des conditions terrifiantes du transport, et des débordements de cruauté de l’esclavage. À l’explication de bon sens on substitue une thèse hautement improbable mais flatteuse. La distorsion par une interprétation tendancieuse est ici manifeste.

Il est bizarre, à ce propos, que personne n’ait relevé ce grave défaut de rigueur historique : ce dont l’ouvrage se prétend une réfutation n’est jamais clairement désigné, il s’agit d’une sorte de nébuleuse historique sans auteurs, sans titres, sans citations. En l’espèce, les « exagérations » incriminées par l’auteur seraient le fait d’un groupe désigné vaguement par le terme « les abolitionnistes ».

D’une façon générale, des assertions très douteuses ne sont pas étayées. Ainsi cette affirmation pour le moins étrange :

« Ajoutons que l’introduction d’Africains favorisa l’apparition d’épidémies chez les Indiens. » L’auteur explique la disparition des Indiens d’Amé rique essentiellement par le « choc microbien ». [16]

C’est faire bon marché des témoignages les plus anciens sur la question, à commencer par ceux de Las Casas, relayés par Montaigne, dès le XVIe siècle :

« Tant de villes rasées, tant de nations exterminées, tant de millions de peuples [17] passés au fil de l’épée. »

Un autre thème récurrent du livre est la récusation de la question morale :

« L’aspect moral mis à part, peu de choses distinguaient le trafic négrier des autres grands commerces maritimes » [18]

« La traite ne doit pas être réduite à une simple affaire de morale ». [19]

Il se trouve que, comme l’auteur lui-même le note, ce trait caractérise le discours des négriers :

« Ce type de discours [économique] permettait d’évacuer les dimensions morales et intellectuelles du débat. » [20]

Il s’inscrit donc directement dans l’héritage de l’idéologie négrière, dont tout le livre constitue une tentative de réhabilitation qui semble avoir porté ses fruits.

L’engagement idéologique, au détriment de la prudence du savant, est confirmé par le caractère catégorique des assertions. Bien loin que les chiffres de la traite et de l’esclavage soient connus avec certitude, ils sont toujours hautement hypothétiques et risquent de le rester définitivement. On s’étonne même de la pauvreté des connaissances derrière l’apparence de savoir produite par les répétitions. D’un ouvrage à l’autre, les mêmes informations sont présentées sans aucun recul critique. L’inventaire, évidemment partiel, des expéditions n’est qu’un élément qui devrait, loin d’être sacralisé, être complété par bien d’autres points de vue.

Dans la plupart des colonies américaines, notamment caraïbes, la population des esclaves était cinq à dix fois plus élevée que celle des colons. Ces chiffres pourraient utilement être commentés et se prêter à des projections. Mais non, on fait comme si on savait tout et comme si le dernier mot avait été dit : l’Histoire est définitivement établie sur ce point. L’acharnement à soutenir cette clôture est en lui-même suspect, aucune question historique ne pouvant être considérée comme définitivement connue. C’est cette assertion qui a été largement diffusée dans le public, sans aucune réserve critique.

On en sait encore moins sur les traites arabes, mais l’imagination et les « projections mathématiques » aidant on aboutit à des chiffres aussi péremptoires. Peu importe que l’on compare, entre autres sophismes, quatorze siècles de traite arabe et trois siècles de traite occidentale, l’important est de produire deux chiffres, lesquels seront ressassés jusqu’à plus soif par tous les mass médias. On est au coeur de la fonction idéologique du livre. Les deux chiffres, largement arbitraires – celui de la traite atlantique et celui des razzias arabes – ont été compulsivement martelés en effet sur tous les plateaux de télé, débats et même dans les bulletins d’information.

Une histoire se prétendant globale et comparatiste aurait pourtant dû souligner bien des différences. Les Arabes, nous dit-on, razziaient souvent pour lever des troupes. Ces razzias devaient donc ressembler assez aux rafles que faisaient les Français pour recruter des troupes coloniales au XXe siècle. L’histoire de ces « enrôlements forcés » reste à faire ; mais on ne les range pas pour autant sous l’appellation de trafic d’esclaves, même si cela lui ressemblait fort. Par ailleurs les noirs se sont fondus dans les populations arabes. Cela signifie qu’ils étaient peu nombreux par rapport à la population globale et que, même s’il y avait probablement des sentiments xénophobes à leur égard, il n’y avait pas de doctrine ni de législation racistes et ségrégationnistes.

La différence fondamentale est là. C’est une différence qualitative essentielle, qui ne tient pas dans la comparaison des chiffres. La dénégation péremptoire d’Olivier Pétré-Grenouilleau – « Les anciens poncifs (du type : la traite est la conséquence d’un racisme à l’encontre des Noirs) étant aujourd’hui complètement dépassés, il serait utile de les remplacer par des hypothèses plus scientifiques » – est d’ailleurs, par son insistance même, l’aveu que l’on a affaire non à une intelligence mais à une volonté. L’énormité de cette allégation, démentie par trois siècles de textes racistes – il est vrai passés sous silence –, n’a choqué personne. Notons, dans cet ordre d’idées, la curieuse présentation de la communauté noire américaine :

« Aux États-Unis […] la force de la minorité noire s’explique surtout par la tendance à l’endogamie et par une forte natalité depuis la guerre de Sécession » [21]

Cette « tendance à l’endogamie », comme euphémisme de la ségrégation raciste, est vraiment une trop belle perle historique. Que penserait-on d’un historien de l’Inde qui noterait une « tendance à l’endogamie » chez les Intouchables ? Il sombrerait sûrement dans le ridicule.

Les thèses développées par Pétré-Grenouilleau ne sont pas nouvelles, elles rejoignent celles exposées beaucoup plus grossièrement et avec beaucoup moins d’efficacité par l’historien raciste [22] Bernard Lugan, notamment dans son ouvrage Afrique, l’histoire à l’endroit. Elles s’inscrivent dans un courant minoritaire de l’historiographie américaine. Ce qui est nouveau, c’est la diffusion forcenée de ces thèses dans les médias à l’occasion de la sortie de ce livre.

Le florilège des titres de presse est éloquent en lui-même :

« La vérité (sic) sur l’esclavage » [23]

« Quelques vérités gênantes (sic) sur la traite des Noirs ». [24]

S’y ajoutent les déclarations tous azimuts d’un historien déchaîné. La plus idéologique, sous le titre :

« Traite négrière : les détournements (sic) de l’histoire » [25]

Avec, en bandeau :

« 11 millions d’Africains furent déportés vers les Amériques de 1450 à 1867. Les traites orientales conduisirent à la déportation de 17 millions de personnes ». [26]

Pétré-Grenouilleau y stigmatise, entre autres, en toute objectivité scientifique, « une certaine gauche tiers-mondiste », au long d’un article qui est un chapelet d’assertions virulentes non étayées et qui, avec un peu de recul, paraîtra bientôt assez époustouflant. La plus scandaleuse de ces assertions est passée comme une lettre à la poste, devant un public extasié :

« Il faut admettre qu’il s’agit du premier exemple de grand commerce international entre Blancs, Noirs et Arabo-Turcs, rentable pour toutes les parties. » [27]

Après ce tir groupé assorti d’une tournée télévisuelle complète sur les talk-shows supposés culturels, peut-être enivré par tant d’exhibitions solipsistes pendant plusieurs mois, Pétré-Grenouilleau se surpasse enfin et dénonce la loi Taubira dans une déclaration haineuse où il confond (bêtement ? intentionnellement ?) « crime contre l’humanité » et « génocide » et s’en prend explicitement aux noirs et à leurs « choix identitaires » [28]. Un collectif d’Antillais ose enfin protester et porter plainte pour négation de crime contre l’humanité. Mal leur en a pris. On assiste alors à une mobilisation massive contre les fanatiques persécuteurs des honnêtes scientifiques. Rebelote dans tous les médias, sur tous les plateaux de télévision, de la troupe des historiens indignés se portant au secours du malheureux injustement persécuté, pétitions pour l’abolition de la loi Taubira, pilonnage de la bonne parole. N’en jetez plus, la cour est pleine ! Piteusement, le collectif des Antillais retire sa plainte. Force reste à l’autorité, à sa « bêtise au front de taureau ».

Post-scriptum Ce texte est extrait du livre d’Odile Tobner, Du racisme français. Quatre siècles de négrophobie, paru aux Éditions Les Arènes en novembre 2007. Nous le reproduisons avec l’aimable autorisation de l’auteure et des éditeurs. le titre Une négrophobie académique ? est le fait du collectif Les mots ont importants.
Notes
[1] Voici, à titre indicatif, un Florilège négrophobe non-exhaustif tiré du livre d’Odile Tobner :

« Défendons à nos sujets blancs de contracter mariage avec les Noirs. ». Code noir, édition de 1724

« Les nègres sont si naturellement paresseux que ceux qui sont libres ne font rien. » Montesquieu

« Les Blancs sont supérieurs à ces Nègres, comme les Nègres le sont aux singes et comme les singes le sont aux huîtres. » Voltaire

« Les Noirs vivaient à un stade de civilisation inférieur parce qu’ils étaient biologiquement inférieurs aux Blancs. » Saint-Simon

« La nature a fait une race d’ouvriers, c’est la race chinoise […] ; une race de travailleurs de la terre, c’est le nègre […] ; une race de maîtres et de soldats, c’est la race européenne. » Ernest Renan

« Je vous défie de soutenir jusqu’au bout votre thèse qui repose sur l’égalité, la liberté, l’indépendance des races inférieures. Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. » Jules Ferry

« Voici à peu près trente mille ans qu’il y a des Noirs en Afrique, et pendant ces trente mille ans ils n’ont pu aboutir à rien qui les élève au-dessus des singes… Les nègres continuent, même au milieu des Blancs, à vivre une existence végétative, sans rien produire que de l’acide carbonique et de l’urée. » Charles Richet, physiologiste français, prix Nobel de médecine en 1913.

« La privation de la lumière du Christ, et même de tout reflet de cette lumière, a permis à l’esprit mauvais de s’établir en maître sur cette terre déshéritée de l’Afrique… Les Noirs sont de temps immémorial livrés sans contrôle à une sensualité abjecte, à la cruauté, au mensonge. » Teilhard de Chardin

« Quant à l’effort intellectuel que représentent les conquêtes techniques, l’indigène n’est pas capable de l’évaluer. » Albert Schweitzer, prix Nobel de la paix en 1952.

« Ces gens, ils viennent directement de leurs villages africains. Or la ville de Paris et les autres villes d’Europe, ce ne sont pas des villages africains. Par exemple, tout le monde s’étonne : pourquoi les enfants africains sont dans la rue et pas à l’école ? Pourquoi leurs parents ne peuvent pas acheter un appartement ? C’est clair, pourquoi : beaucoup de ces Africains, je vous le dis, sont polygames. Dans un appartement, il y a trois ou quatre femmes et vingt-cinq enfants. Ils sont tellement bondés que ce ne sont plus des appartements, mais Dieu sait quoi ! On comprend pourquoi ces enfants courent dans les rues. », Hélène Carrère d’Encausse, académicienne française.

« En fait, l’équipe de France est aujourd’hui black-black-black, ce qui provoque des ricanements dans toute l’Europe. Si vous faites remarquer cela en France, on vous jette en prison, mais il est toutefois intéressant de noter que l’équipe nationale de football est composée presque exclusivement de joueurs noirs. » Alain Finkielkraut

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. Le paysan africain qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. » Nicolas Sarkozy

[2] PUF, 1997

[3] Louise Marie Diop-Maes, Afrique noire. Démographie, sol et histoire, Présence africaine, 1996

[4] Malgré une assertion aussi peu sensée, Philip Curtin a fait des disciples dans l’histoire de l’esclavage, dont Olivier Pétré-Grenouilleau, qui ne jure que par lui

[5] Cf. Odile Tobner, Du racisme français, chapitre 2, « Sacraliser le commerce »

[6] Raymond Marin-Lemesle, Le Commerce colonial triangulaire, XVIIIe-XIXe siècle, PUF, « Que sais-je », 1998

[7] C’est-à-dire après l’abolition de l’esclavage

[8] Jean Pouquet, Encyclopaedia Universalis, article « Antilles ».

[9] Chiffres donnés par Jean Derens, article « Terreur », Encyclopaedia Universalis, Thesaurus (2002)

[10] Ce que confirme d’ailleurs Pétré-Grenouilleau : « Le monde musulman, d’ailleurs, fut loin de ne recruter que des esclaves noirs. Tout au long de son histoire il puisa également très largement dans les pays slaves, le Caucase et l’Asie centrale. » On peut y ajouter aussi le monde méditerranéen

[11] L’historien Marcel Dorigny note cependant l’absence de bibliographie à la fin de l’ouvrage comme défaut rédhibitoire pour un ouvrage savant. Il est vrai qu’on aurait alors pu mesurer le caractère limité des sources de l’auteur, compilation d’historiens qui ont ses préférences – le contestable et contesté Philip Curtin en tête – ainsi que ses lacunes, toutes signifiantes. Pas un mot de l’ouvrage, capital et remarquablement documenté, d’Aimé Césaire : Toussaint Louverture, la Révolution française et le problème colonial, Présence africaine, 2004

[12] Ces termes sont récurrents et apparaissent dès l’introduction, (page 12).

[13] Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La Férocité blanche. Des non-blancs aux non-aryens, génocides occultés de 1492 à nos jours. Préface de Louis Sala-Molins, Albin-Michel, 2001

[14] Page 127

[15] Page 135

[16] P. 58. Ainsi ce sont les noirs qui sont la cause de la disparition des Indiens. CQFD. À vouloir en faire trop, on se dévoile.

[17] Au sens de « gens ».

[18] Page 176

[19] Page 124

[20] Page 261

[21] Page 465

[22] Bernard Lugan soutient en effet la thèse d’une hominisation multiple

[23] Le Nouvel Observateur, 03/03/2005

[24] L’Expansion, 29/06/2005

[25] Le Monde, 06-07/03/2005

[26] Pas de période pour le deuxième chiffre, en toute objectivité ; pas, non plus, l’élémentaire précaution de prudence d’un « selon O. P.-G. ». On a la foi ou on ne l’a pas

[27] L’Express, 14/03/2005

[28] Dans Le Journal du dimanche, 12/06/2005

Post Scriptum :
Source : http://lmsi.net/spip.php ?article695

En 1948, les Palestiniens ne sont pas partis « tout seuls »
Ilan Pappé puce2    puce2  
 

« La purification ethnique continue et Israël veut vous la faire accepter « .
Interview de Ilan Pappé, faite par Emanuela Irace pour Il Manifesto, à Rome, le 14 décembre 2007 à l’occasion de son intervention à la leçon inaugurale du Master Enrico Mattei pour les Proche et Moyen-Orient.

 

lan Pappé est arrivé en Italie sans tambours ni trompettes. Hôte de l’Iesmavo (Master Enrico Mattei per il Medio Oriente , NdT), au siège de l’Isiao de Rome (Institut italien pour l’Afrique et l’Orient http://www.isiao.it/, NdT) pour une conférence sur « Israël-Palestine, une terre deux peuples ». Après avoir dénoncé ces derniers mois l’impossibilité de travailler sereinement dans une atmosphère hostile, celle de son université de Haïfa, Pappé est parti en Grande-Bretagne, où il enseigne maintenant à l’université d’Exeter. Historien du non consensus, « révisionniste », il est né en Israël en 1954, de parents juifs qui avaient fui l’Allemagne des années 30 ; il a publié une demi-douzaine de livres. Parmi les plus récents, « The ethnic cleansing of Palestine », non encore traduit en italien. Au centre de l’analyse du grand historien, la politique sioniste de déportations et expulsions de palestiniens réalisées pendant et après la guerre de 1948, quand environ 400 villages furent vidés, effacés et détruits au cours des cinq années qui suivirent.

Professeur Pappé, vous décrivez l’épuration ethnique comme moment constitutif, en 1948, de l’Etat d’Israël. Vous brisez de cette façon le topos de l’exode volontaire des Palestiniens.

En 47-48, les Palestiniens ont été expulsés, même si l’historiographie officielle parle de pressions des leaders arabes qui les auraient persuadés de s’enfuir. L’idée de trouver un refuge pour la communauté juive, persécutée en Europe et anéantie par le nazisme, se heurta à une population autochtone qui était en phase de redéfinition. Projet colonial qui pratiqua l’épuration ethnique, en affrontant de façon anticipée le problème démographique : l’existence de 600.000 juifs contre un million de Palestiniens. Avant que les arabes ne décident en février 1948 de s’y opposer militairement, les Israéliens avaient déjà chassé plus de 300.000 autochtones.

Comment se réalisa la purification ethnique et pourquoi tout le monde s’est-il tu ?

Cela eut lieu en l’espace de huit mois, et ce n’est qu’en octobre 48 que les Palestiniens commencèrent vraiment à se défendre. La riposte des sionistes fut les massacres dans la province de Galilée, la confiscation des maisons, des comptes bancaires, de la terre. Les Israéliens effacèrent un peuple et sa culture. Personne ne dénonça ce qui se passait parce que la Guerre était finie depuis peu. Les Nations Unies ne pouvaient pas admettre qu’une de leurs résolutions (la 181, sur la partition de la Palestine, NDR) se conclut avec une épuration ethnique. La Croix-Rouge avait déjà été accusée de n’avoir pas rapporté avec objectivité ce qui se passait dans les camps de concentration nazis, et les principaux médias ne voulaient pas avoir d’affrontement avec les juifs.

Un sentiment de culpabilité et une « diplomatie », dans l’action des gouvernements, avec quelles conséquences ?

Pendant l’Holocauste, les pays qui aujourd’hui condamnent Israël, ou étaient connivents, ou sont restés silencieux. C’est pour ces motifs que la communauté internationale a abdiqué devant son droit de nous juger. On lui fait endosser une faute à laquelle elle ne peut plus remédier. En perdant ainsi, aujourd’hui encore, le droit de critiquer le gouvernement d’Israël. La conséquence est que quand naquit l’Etat, personne ne lui reprocha l’épuration ethnique sur laquelle il s’était fondé, un crime contre l’humanité commis par ceux qui la planifièrent et la réalisèrent. Dès ce moment-là, l’épuration ethnique devint une idéologie, un ornement infrastructurel de l’Etat. Discours toujours valide aujourd’hui, parce que le premier objectif reste démographique : obtenir la plus grande quantité de terre avec le plus petit nombre d’arabes.

Sous quelles formes et par quels moyens l’épuration ethnique continue-t-elle ?

Avec des systèmes plus « propres et présentables ». Depuis un mois le Ministre de la Justice essaie de légitimer les implantations illégales des colons en laissant intacts les avant-postes. Nous savons que la Haute Cour de Justice est en train de décider si elle doit autoriser le gouvernement à réduire les stocks de carburant, en supprimant l’énergie électrique à Gaza, où vivent un million de Palestiniens qui se retrouveraient sans possibilité de boire de l’eau, parce que la nappe phréatique est polluée par les égouts, et que seul un système de dépuration électrique peut la rendre potable. Mais de ces exemples pour anéantir les Palestiniens il y en a des dizaines, à commencer par le mur, qui est accepté par les Usa et l’Union Européenne.

Qu’est-ce qu’Israël demande à ses alliés ?

Que son modèle soit accepté tel quel. Pendant la guerre de 1967, 300 000 Palestiniens ont été expulsés de Cisjordanie ; pendant ces sept dernières années, la purification ethnique est devenue « construction du mur », qui repousse les Palestiniens vers le désert, hors de la zone assignée du Grand Jérusalem. Le problème est que les dirigeant israéliens conçoivent leur Etat en termes ethniques, raciaux, et sont donc des racistes à tous points de vue. Et cela est perçu par les Palestiniens ; et c’est le plus grand obstacle sur la voie d’une paix entre la Palestine et Israël. Ce qui est appelé « processus de paix » se réduit à : quelle part de la Palestine faut-il de nouveau annexer à Israël et quelle part, très petite, peut-on, éventuellement, donner au peuple palestinien.

Que peut-on faire pour inverser ce processus ?

Avant tout changer notre langage. Il ne s’agit pas d’un affrontement entre juifs et Palestiniens. C’est du colonialisme. Et c’est incroyable qu’au 21ème siècle on puisse encore accepter une politique coloniale. Il faut imposer à Israël les mêmes mesures qu’on avait employées contre le gouvernement raciste de l’Afrique du Sud, dans les années 60-70. Il existe aujourd’hui des mouvements d’opinion de jeunes juifs, en Europe et aux Usa, qui dénoncent la politique colonialiste et critiquent Israël en tant qu’état colonialiste et raciste, pas en tant qu’état fondé par des juifs.

La législation française (et d’autres pays européens) met des restrictions au droit d’exprimer des opinions « révisionnistes » à l’égard d’Israël, mais ne prend pas position pour l’application systématique des résolutions de l’Onu.

J’ai eu une expérience de ce genre il y a deux ans environ. Ma conférence fut interrompue par un groupe d’extrémistes, juifs comme moi, qui m’empêchèrent de continuer. La police arriva, pour me protéger d’eux, pas pour m’accuser. Quant au silence, il est beaucoup plus commode pour les gens de penser de façon conventionnelle. Il faut avoir beaucoup d’énergie et d’originalité pour agir autrement. La Résolution 194, par exemple, établit que les réfugiés palestiniens ont le droit de retourner sur leurs terres. Mais c’est plus facile de ne rien faire et de continuer à penser avec les mêmes formules.

Est-ce que ce sont pour les mêmes raisons que la gauche italienne continue à proposer le modèle « deux peuples deux états » ?

Il est certain que la gauche italienne n’est pas courageuse. Mais elle devra changer, par force, parce que la situation sur le terrain devient catastrophique. Si Israël envahit Gaza, comme c’est dans l’ordre actuel des choses, ils tueront énormément de Palestiniens et pourtant ils ne changeront pas la réalité. Gaza est une grande prison, et il arrivera ce qui se passe dans les révoltes des prisons : l’armée rétablira « ordre et propreté », avec des coups et des tueries. Ce sera un massacre mais, quand ils repartiront, la situation sera toujours la même.

Quels résultats pourraient par contre donner la solution des deux peuples à l’intérieur d’un état unique ?

Il est nécessaire que les populations s’acceptent, que les juifs reconnaissent leurs frères et voisins arabes et vice versa. Après avoir reconnu l’histoire pour ce qu’elle est et après avoir assumé chacun ses propres responsabilités. Reconnaissance, responsabilité et acceptation. En suivant cette voie on pourra arriver à un état unique, où compte le principe « un homme une voix » et où les citoyens, même s’ils ne s’aiment pas, pourront cohabiter. C’est un projet qu’on peut atteindre si on continue à critiquer et à empêcher les crimes qui continuent à être commis par Israël, et si l’on poursuit la campagne de désinvestissement (BDS : Boycott, Désinvestissement, Sanctions, NdT), comme ça a été le cas en Afrique du Sud.

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/23-Dicembre-2007/art36.html

 

1880-1914 : Londres, Paris et Bruxelles pratiquent l’esclavage en Afrique

 

De la fin du XIXe siècle à la Seconde Guerre mondiale, le travail forcé a été général sur le continent africain. Tous les colonisateurs l’ont imposé. Un phénomène dont on imagine mal l’ampleur.

 

A la veille de la colonisation, l’esclavage était-il totalement aboli sur le continent africain ?

Le commerce extérieur d’esclaves a disparu au cours du XIXe siècle ; les Africains se sont mis massivement à échanger d’autres biens que les hommes sur le marché international : produits des cultures près des côtes, au Sénégal, au Nigeria actuel, mais surtout produits de la cueillette ou de la chasse, qui supposent des transports de lourdes charges sur des distances parfois longues. C’est ainsi qu’en Afrique de l’Est, de même qu’en Angola, se forme un « pré-prolétariat » de dizaines de milliers de porteurs sur lesquels la colonisation naissante va s’appuyer. Subsistent toutefois, sur les marges du continent africain, des formes d’esclavage. D’une part, un esclavage domestique, très différent de l’esclavage tel qu’on le connaît dans le Nouveau Monde : ces esclaves sont largement intégrés dans les familles de leurs maîtres. D’autre part, un esclavage à plus large échelle, en Angola, dans les îles au large du continent africain, aussi bien du côté Atlantique que du côté de l’océan Indien (Cap-Vert, Réunion, Zanzibar). Quand ils se sont installés, les Britanniques aussi bien que les Français ou les Belges ont par ailleurs développé un système d’administration indirecte qui reconnaissait à certains chefs éminents la propriété d’esclaves. Mais cela reste marginal.

Qu’est-ce qui change avec la colonisation ?

Les colonisations donnent naissance à des formes de travail très spécifiques que nous finirons par appeler le « travail forcé ». Celui-ci apparaît à partir des années 1880 pour être progressivement légalisé au cours des deux décennies suivantes. Ce premier âge colonial, entre 1880 et 1906-1908, correspond à la conquête de l’espace territorial colonial ; c’est le moment où les États occidentaux et des particuliers commencent à confisquer des terres aux Africains. Il s’accompagne partout d’un grand nombre de massacres et de violences. Un système juridique se met en place, conforté par les théories racistes, qui refuse aux Africains les droits des citoyens européens et notamment celui de mettre leur force de travail sur un marché libre. A ces «indigènes », on va pouvoir imposer un travail obligatoire. Tout un discours idéologique se construit alors pour affirmer que les Africains n’aiment pas le travail !

Quelles formes prend ce travail forcé ?

Dans certains cas, il s’agit de travaux d’utilité publique : il faut construire des routes et des équipements, porter les affaires des troupes et des administrations coloniales qui conquièrent de nouveaux espaces. A mesure que la colonisation avance, on réquisitionne des hommes dans les villages, en privilégiant les plus vigoureux. Toute la communauté villageoise s’en trouve déséquilibrée. Les vieux, les jeunes et les femmes doivent d’une part contribuer à alimenter ces gens qui partent et, d’autre part, se substituer à eux dans leurs travaux. Cette situation que l’Europe a bien connue en temps de guerre, mais en général pour une durée limitée, est générale en Afrique pendant tout le premier âge colonial. A cela s’ajoute le travail forcé organisé par les compagnies concessionnaires. Toutes les nations colonisatrices – la France, au Congo français, Léopold II et les Belges dans l’État indépendant du Congo, les Britanniques en Afrique de l’Est et en Afrique australe, les Allemands en Afrique de l’Est et dans l’actuelle Namibie, les Portugais en Afrique centrale – ont confié à des entreprises privées des privilèges spéciaux pour exploiter économiquement les territoires. Ces compagnies concessionnaires détiennent des droits sur la terre, sur les biens, mais également des droits régaliens, dont la possession de forces de l’ordre. Un système qui va conduire évidemment à une utilisation discrétionnaire et presque toujours abusive de travailleurs. Ce système a été porté à son paroxysme dans les deux Congo français et belge, en partie parce que ce sont des régions très pauvres en hommes. Le peu de gens disponibles sont systématiquement utilisés. Et ceux qui le refusent sont sévèrement châtiés. A la fin de cette première phase, lorsque se met en place, à partir du XXe siècle, une économie, en principe plus moderne, qui repose moins sur le pillage systématique des ressources, et qui se préoccupe davantage de productions minières ou agricoles, de nouvelles formes de travail forcé sont mises en place. Dans les mines sud-africaines, sur les hautes terres du Kenya britannique, au Cameroun et en Côte d’Ivoire, partout, l’économie de traite contraint une main-d’oeuvre récalcitrante, et souvent rare, à travailler dans les plantations et les mines. Fait troublant, les entrepreneurs africains, qui ne peuvent pas, pour leur part, recourir à cette main-d’oeuvre forcée, se retrouvent en concurrence avec les colons européens. C’est dans cette bourgeoisie agraire naissante africaine qu’on rencontre, dès la fin des années 1920, les premiers critiques du travail forcé. L’un des plus virulents sera Félix Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire.

Que sait-on en Europe de ces pratiques ?

Quelques voix fortes se sont fait entendre. En France, dans l’entre-deux-guerres, les témoignages d’Albert Londres et d’André Gide notamment ont fait éclater le scandale du travail forcé lié à la construction des chemins de fer. Les deux voies ferrées reliant le Congo à l’océan Atlantique, le chemin de fer belge d’abord (1890-1898) et le Congo-Océan, le chemin de fer français ensuite (1921-1934), ont été de véritables cimetières pour la main-d’oeuvre africaine : « un mort par traverse », disait-on. C’est exagéré, mais on estime que la mortalité liée à ces chantiers se chiffre par dizaines de milliers.

Le travail forcé, est-ce différent de l’esclavage ?

Juridiquement, les statuts sont différents. L’esclave est le bien de son maître. Le travailleur forcé, lui, reste libre en droit. Cela dit, dans les faits, les travailleurs forcés sont réquisitionnés et maintenus au travail sous la contrainte. Ils ne touchent aucun salaire et doivent être nourris par les populations des villages qu’ils traversent. Il existe certes des formes de compensation : on donne par exemple au travailleur du sel ou du tissu. Mais ces rétributions restent tellement en dessous de la valeur du travail fourni qu’on ne peut appeler cela un salaire. Et, bien sûr, les travailleurs forcés, comme les esclaves, sont encadrés par des forces de l’ordre, des milices africaines recrutées sur le territoire même, et commandées par des Européens. On comprend que, pour les Africains, esclavage ou travail forcé, cela n’ait pas fait de différence. En Afrique centrale – qu’elle soit sous domination française, belge, allemande –, où l’esclavage interne avait été très marginal et où existaient de nombreuses sociétés minières, les gens ont vécu la mise au travail forcé comme le début d’un esclavage. Et, du côté des élites africaines, pour les instituteurs, les pasteurs, les planteurs, ceux qui savaient ce que l’esclavage avait été, il semblait clair que le travail forcé s’apparentait à de l’esclavage. Ce que beaucoup d’entre eux d’ailleurs vont combattre.

Mais il y a des élites qui collaborent ?

Oui. Les autorités en place ont pu trouver un intérêt dans la colonisation, car non seulement elles ont été maintenues en place, mais elles ont été renforcées par la colonisation. Le pouvoir des États récents, vieux d’un siècle seulement, comme les États musulmans du nord du Nigeria, a souvent été conforté. Quant aux États plus anciens, comme l’immense empire lunda en Afrique centrale, menacés par de nouvelles élites politiques apparues au XIXe siècle, la colonisation leur a offert une planche de salut. Les colonisateurs, eux, étaient prêts à fermer les yeux sur les méfaits de ces chefs dans la mesure où ces derniers leur garantissaient une offre permanente de main-d’oeuvre soumise et respectueuse. C’est le cas de toute l’Afrique guinéenne, en Côte d’Ivoire, en Gold Coast (actuel Ghana), au Togo, au Dahomey (Bénin), au Nigeria, indépendamment de la nationalité des colonisateurs. Congo-Océan : Gide accuse Dans Voyage au Congo (1927), André Gide s’indigne des conditions de la construction du Congo-Océan. « Le chemin de fer Brazzaville-Océan est un effroyable consommateur de vies humaines. [...] Les premiers contingents ont eu beaucoup à souffrir ; tant durant le trajet [...] (certains se noient dans le fleuve et nombreux sont ceux qui décèdent de pneumonie), que sur les chantiers mêmes [...]. La mortalité a dépassé les prévisions les plus pessimistes. A combien de décès nouveaux la colonie devra-t-elle son bien-être futur ? »

Peut-on donner une mesure de la ponction humaine qu’a représentée le travail forcé ?

C’est difficile. Pour les colonies qu’on connaît le mieux, le Congo français et le Congo belge, il semble que, dans les villages les plus proches des voies de communication (voies d’eau et plus tard routes), les pertes pouvaient représenter la plus grande partie des hommes valides. Beaucoup de ces villages sont d’ailleurs désertés par leurs habitants, qui préfèrent s’éloigner et, parfois, passer de l’autre côté de la frontière, pour y découvrir la même horreur, ce que racontait l’abbé Barthelemy Boganda dont la famille, basée en Oubangui-Chari (Centrafrique), a expérimenté les colonisations allemande (Cameroun) et belge (Congo-Kinshasa).

De quoi meurent tous ces hommes ?

Il y a d’abord les causes traditionnelles de mortalité. Les conditions sanitaires dans lesquelles vivent ces gens sont dramatiques, évidemment : maladies sexuellement transmissibles, mais aussi maladie du sommeil qui s’est tragiquement répandue au cours des années 1880-1910 et toutes les maladies liées à la malnutrition. Mais à ces causes traditionnelles s’ajoutent les conséquences du travail forcé. Les conditions sont très dures, les mauvais traitements parfois atroces. Le cas du Congo au temps de Léopold II, lorsque le roi belge en était le propriétaire, c’est-à-dire de 1885 à 1908 (date à laquelle le territoire est transféré à la Belgique), est particulièrement catastrophique. J’ai fait une enquête en 2003 dans la région du caoutchouc rouge, au Congo belge, pour le film de la BBC réalisé par Peter Bate, White King, Red Rubber ; Black Death (« Roi blanc, caoutchouc rouge, mort noire »). Plus de cent ans après, les évocations du travail de collecte dans les plantations de caoutchouc dans la forêt provoquent encore de véritables terreurs dans les villages. On y a gardé le souvenir des exactions. Il n’était pas rare qu’on coupe des mains ou des jambes de travailleurs quand les administrateurs considéraient la production insuffisante.

C’est une incitation au rendement par la terreur ?

Oui. Ce qui est étonnant, c’est que la France, l’Allemagne et l’Angleterre, tout en connaissant les exactions commises, ont pris le système léopoldien en modèle : ce qu’ils voyaient, c’est que le roi belge a obtenu un retour sur investissement rapide et très important. D’ailleurs, on peut dire que le système concessionnaire français s’est construit par imitation du système léopoldien. Le système allemand en Afrique de l’Est et dans le Sud-Ouest africain, la colonisation britannique en Rhodésie (Zimbabwe), contemporains du système léopoldien, sont tout aussi violents [2].

C’est la violence qui les rend rentables ?

Oui. J’imagine que l’on sait que c’est la violence qui les rend rentables, et on l’accepte comme un mal nécessaire qui apprendra aux Africains à devenir producteurs.

Jusqu’à quand ce système a-t-il duré ?

Dans beaucoup de régions le travail forcé est resté en place jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. La France est le pays qui a supprimé avec le plus d’éclat le travail forcé : en 1946, par un projet de loi proposé par Félix Houphouët-Boigny. Mais, bien qu’« officiellement » aboli, le travail forcé a pu subsister en fait, dans certaines régions, en Oubangui-Chari, au Gabon, au Congo. Et cela jusqu’à l’indépendance, quelquefois même au-delà. Car, à partir de 1945-1946, le besoin de main-d’oeuvre s’accroît avec l’ouverture de grands chantiers, notamment des ports et des équipements urbains. Parallèlement, les entreprises privées se développent, surtout en Afrique équatoriale : les compagnies forestières ou les exploitations de diamants. Elles requièrent, elles aussi, des travailleurs en nombre. On possède des textes étonnants venant des chambres de commerce d’Oubangui-Chari en Afrique équatoriale française entre 1945 et 1947, expliquant que le travail libre salarié ne convient pas à des populations aussi arriérées que celles de l’Afrique centrale !

Y a-t-il eu des résistances à cette violence du travail forcé ?

Il y a une première forme de réaction : c’est la fuite, surtout dans la première phase coloniale, au temps de la conquête, à la fin du XIXe siècle. On assiste alors à des mouvements de populations considérables : les gens passent d’une frontière à l’autre. Ils ne font d’ailleurs que renouer avec des formes de dissidence traditionnelles dans les sociétés africaines où, quand on n’était pas d’accord avec le système en place, on prenait son bagage pour aller s’installer plus loin. Les « réfugiés » d’aujourd’hui ne font rien d’autre.

Mais y a-t-il eu des insurrections ?

Bien sûr, les insurrections sont à peu près ininterrompues durant toute cette première période. On peut distinguer deux situations, les sociétés africaines étatiques et les sociétés africaines non étatiques. Dans les premières, les populations ont été habituées à une certaine contrainte de l’État. Et se sont accoutumées à des formes de soumission et d’obéissance. Dans ces sociétés-là, les résistances au travail forcé et, au-delà, à tout le système colonial sont relativement faibles, une fois les chefferies décapitées ou mises au pas. Les colonisateurs sont passés par les chefs traditionnels pour accéder à la main-d’oeuvre, limitant ainsi les résistances. Celles-ci ont été relativement faciles à briser et n’ont pas dépassé le début du XXe siècle. Les oppositions ont été beaucoup plus fortes dans ce qu’un militaire français, Gabriel Angoulvant, appelait les « sociétés anarchiques ». Il s’agit de sociétés villageoises qui s’auto-organisaient et où les habitants étaient habitués à se comporter en fonction de leur intérêt et à ne pas se soumettre à des autorités politiques permanentes. Cela concerne le sud de la Côte d’Ivoire, le sud-est du Nigeria, le sud du Cameroun et la plus grande partie de l’Afrique centrale. Jusqu’à la fin des armées 1920, la « pacification », comme on disait, de ces régions a été très difficile ; alors même que l’appareil de l’État colonial s’était renforcé, l’adhésion à l’ordre colonial est restée très superficielle. Ces territoires n’ont jamais été réellement soumis. Dès les années 1930, avec la crise économique, les manifestations de dissidence réapparaissent, dont les plus spectaculaires ont lieu en Oubangui-Chari et au Congo belge. A partir des années 1940, avec la Seconde Guerre mondiale, puis la politisation des populations africaines à partir de 1945, elles se multiplient.

Quelle forme prennent les révoltes ?

Il s’agit le plus souvent de guérilla larvée. Quelquefois, les populations donnent l’impression de se soumettre quand les commandants passent, puis reviennent à des formes de vie antérieures après leur départ. Derrière ce refus se manifeste le rejet des modes du développement économique voulu par la colonisation. Ces oppositions vont se prolonger dans beaucoup de cas au-delà de la colonisation, contre la modernisation autoritaire lancée par les États indépendants. Bien que rares, quelques grandes révoltes éclatent également. La plus significative a eu lieu au Tanganyika (actuelle Tanzanie) : c’est la révolte des Maji-Maji, contre la colonisation allemande, aux alentours de 1905-1910. C’est un soulèvement de misérables sans rapport avec des luttes entre groupes ethniques. Le refus de travailler devient une insurrection contre l’occupant allemand. Les travailleurs n’ont que des fusils de traite, mais ils opposent une résistance tellement forte qu’elle entraîne une interpellation au Parlement allemand, une commission d’enquête et une réforme : l’administration est obligée d’assouplir les conditions de travail. A la même époque, en 1904-1906, une deuxième révolte menée par les Nama et les Herero éclate dans le Sud-Ouest africain sous domination allemande. La répression a été tellement atroce que la plus grande partie de ces deux peuples a disparu : plus de 60000 personnes meurent en deux ans. On peut parler dans ce cas d’un véritable génocide2. On pourrait citer aussi la guerre de Kongo Wara (« guerre de la manche de houe ») en Oubangui-Chari, qui a vu plusieurs groupes ethniques se soulever ensemble contre le régime colonial français entre 1928 et 19313, et l’insurrection des Mau-Mau, au Kenya, sous domination britannique. Celle-ci atteint une violence extrême à partir de 1949. C’est une guerre anticoloniale qui va devenir de fait une guerre de décolonisation. Une guerre qui serait à la fois une guerre d’Indochine et une guerre d’Algérie. Elle commence en 1949, et se prolonge jusqu’en 1963, lorsque le Kenya obtient son indépendance.

Y a-t-il d’autres massacres qu’on pourrait qualifier de génocides » ?

Non. Mais il faut évoquer la répression pratiquée par les Portugais dans leur colonie en Angola. Partout où les gens se révoltent, on les massacre. Il y a également le dossier, très lourd, du Congo léopoldien et belge : la campagne anti-léopoldienne qui est déclenchée à partir de 1905 chiffre en millions de morts les massacres imputables à l’administration belge. Congo français, Oubangui-Chari, Gabon ont aussi été le théâtre de violences terribles. Au Congo français, les crimes ont été si nombreux que Pierre Savorgnan de Brazza, qui avait la réputation d’être un « bon colonisateur », et qui avait apporté le Congo à la France, à la fin du XIXe siècle, a été renvoyé en mission pour enquêter sur ces massacres. Brazza est mort au retour de sa mission et le dossier a été plus ou moins enterré. Au total, il est très difficile de faire un bilan global du nombre de morts. Certains territoires sont mieux connus que d’autres comme l’État indépendant du Congo, où les missionnaires, surtout protestants, ont dénombré les habitants. Pour l’Afrique anglaise, nous disposons des travaux d’un excellent démographe, Robert Kuczynski, qui a publié pendant la colonisation des esquisses démographiques de cet empire. Tous les documents dont nous disposons montrent un creux énorme entre 1880 et 1910, dû aux effets cumulés des violences directes de la colonisation et de ses conséquences indirectes (malnutrition, diffusion d’un certain nombre de maladies, etc.).

Peut-on parler de crime contre l’humanité à propos du travail forcé ?

En historien, pour éviter le défaut de l’anachronisme, je prendrai le point de vue des contemporains du travail forcé. Le premier est celui d’un Noir américain, George Washington Williams. On est au lendemain de l’abolition de l’esclavage aux États-Unis (1865). Il fait partie de ceux qui rêvent de civiliser l’Afrique et adhèrent au projet colonial, notamment à celui de Léopold II. Très vite, George Washington Williams va sur place, il voit ce qui se passe. En 1895-1896, il est le premier, dans une lettre ouverte à Léopold II, à utiliser l’expression de « crime contre le genre humain », expression qu’on retrouve à la même époque sous la plume d’un autre Noir américain, le missionnaire presbytérien William Sheppard. De Mark Twain à Charles Péguy, nombreux sont les représentants de l’intelligentsia mondiale de l’époque qui s’élèvent contre Léopold II, parlent de « Modern Slave Trade » (« la traite des esclaves modernes »). Ils anticipent sur ce que nous faisons aujourd’hui, en disant que la traite des esclaves a été un crime contre l’humanité. Déjà, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, beaucoup de témoins ont comparé les abus commis par Léopold II à ceux du Sultan rouge de l’Empire ottoman contre les minorités chrétiennes, notamment contre les Crétois et les Arméniens. Un courant de penseurs et d’hommes d’action s’est constitué, notamment autour du publiciste anglais Edmund Morell, auteur de nombreux ouvrages sur le Congo léopoldien et animateur d’un vaste mouvement de réforme du Congo. Les plus radicaux proposaient que les responsables et bénéficiaires du régime léopoldien soient jugés par une justice internationale pour crime contre la civilisation et les droits de la personne. Ces dénonciations n’ont cependant pas eu beaucoup de suites… La Première Guerre mondiale, de ce point de vue aussi, a été très néfaste parce que c’est sur l’Allemagne seule qu’on a rejeté l’accusation d’être un mauvais colonisateur, tandis que la Belgique, la France et la Grande-Bretagne se sentaient dédouanées et évacuaient tout débat pour adopter une politique apparemment différente, celle de la « mise en valeur ». En fait, il va falloir attendre deux ou trois générations d’historiens pour que la question apparaisse de nouveau et c’est seulement à partir de la fin des années 1960 qu’on a commencé à en parler, notamment à l’occasion des discussions sur les origines du sous-développement en Afrique et des débats sur les résistances africaines – qui étaient un moyen indirect de poser le problème des violences coloniales. Mais ce que les historiens n’ont pas vu, c’est que la violence des dominés s’inscrit toujours dans une spirale, qu’elle est une réponse à la violence des dominateurs. Et la violence des dominateurs, cette historiographie n’a pas été capable de l’intégrer parce qu’elle posait la question de l’État et du droit de résistance à l’État, au moment même où, accédant à la souveraineté internationale, la plupart des anciennes colonies se donnaient pour priorité le « développement » et semblaient accepter le maintien de l’État colonial dans ses principales caractéristiques. Aujourd’hui, je pense que ce qui rend nécessaire cette réflexion sur la centaine de la violence dans l’expérience coloniale en Afrique, c’est, d’une part, le fait que les États africains postcoloniaux sont restés très largement aussi violents que l’État colonial ; d’autre part, le fait que les sociétés africaines qui ont résisté à la colonisation, qui ont rallié l’État postcolonial pendant une dizaine, une vingtaine d’années après les indépendances, ont renoué avec la pratique de la résistance qui était celle de l’époque coloniale. La question de la violence coloniale et des réponses des sociétés africaines à cette violence est constitutive de la modernité africaine et des difficultés de l’Afrique à inventer sa propre modernité.

Elikia M’Bokolo : « le travail forcé, c’est de l’esclavage » Un entretien avec Elikia M’Bokolo, directeur d’études à l’EHESS, publié dans L’Histoire [1]. Propos recueillis par Séverine Nikel. http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2372

Notes

[1] Cf. H. Bley, South-West Africa Under German Rule, 1894-1914, Londres, Heinemann, 1971, et J. Koponen. Development for Exploitation. German Colonial Policies in Mainland Tanzania, 1884-1914, Helsinki-Hambourg, Finnish Historical Society, Studia Historica 49, 1995.
[2] N° 302, octobre 2005

La longue tradition esclavagiste et génocidaire de l’Europe

 

 

De la barbarie coloniale à la politique nazie d’extermination
L’auteur de «La Férocité blanche» [Albin Michel, 2001], déploie une argumentation originale et pertinente, que Césaire avait bien sentie dans son «Discours sur le colonialisme», le lien entre les politiques d’anéantissement colonial, l’ensauvagement des sociétés européennes et le choc en retour du nazisme sur ces mêmes sociétés. Afrikara publie le texte d’une communication de cette militante afrodescentante, présenté le 15 juin à Berlin dans le cadre du Forum de Dialogue organisé par la section européenne de la Fondation AfricAvenir.

 

http://www.afrikara.com/index.php?page=contenu&art=1386

Nous sommes réunis ici pour analyser ensemble le lien historique qui, comme un fil conducteur conduit de la barbarie coloniale à la politique nazie d’extermination. Il s’agit d’un effort visant à détecter au moins la plupart des facteurs qui, de manière directe ou indirecte, auraient favorisé le développement politique et l’épanouissement idéologique d’une entreprise de déshumanisation comme la barbarie nazi en Allemagne et au-delà de ses frontières.

Cette contribution est utile à toute démarche qui voudrait mettre fin à toute sorte de discrimination d’où qu’elle vienne ; à commencer par cette discrimination qui consiste à trier parmi les crimes pour ensuite, suivant l’identité des victimes ou parfois l’identité des bourreaux, sélectionner le crime qu’il faut condamner. Cette hiérarchisation des crimes et donc de leur condamnation, demeure un handicap majeur dans la lutte pour la prévention des crimes contre l’humanité dont le crime de génocide.

Esclavage et trafic d’esclaves

Il convient de préciser tout de suite que, les guerres de conquête et les crimes liés à la domination coloniale, ainsi que la réduction d’êtres humains en esclavage, étaient déjà une réalité dans les temps anciens. Par exemple, lorsque la domination des Musulmans arabes s’étend vers l’Europe, le commerce d’êtres humains est une activité millénaire parmi les Européens. Le règne de l’islam en Espagne, de 711 à 1492, a simplement dynamisé la traite d’esclaves intra européenne.1 faisant du continent un important fournisseur d’esclaves, femmes et hommes, expédies vers les pays de l’islam.

Les prisonniers, majoritairement slaves, alimentaient le commerce d’hommes entre Venise et l’empire arabo-musulman du sud de la Méditerranée. C’est ainsi que dans les langues occidentales, le mot « esclave » ou « slave » se substitue au latin «servus» pour désigner les travailleurs privés de liberté. Autrement dit, pendant plusieurs siècles, des Chrétiens européens vendent d’autres Européens à des commerçants Juifs spécialisés dans la fabrication d’eunuques.2, lesquels étaient une marchandise très prisée et fort sollicitée dans les pays de l’empire musulman.

Des chercheurs, spécialistes de l’esclavage en Europe au Moyen Âge, ont vu dans le système d’asservissement inauguré en Amérique par la domination coloniale, un lien de continuité avec les institutions esclavagistes de l’Europe. Jacques Heers dit que «C’est le mérite incontestable de Charles Verlinden, sur ce point véritable pionnier, que d’avoir remarqué que la conquête et l’exploitation coloniales des Amériques s’étaient largement inspirées de certaines expériences toutes récentes en Méditerranée et s’inscrivaient en droite ligne dans une continuité ininterrompue de précédentes médiévaux.3».

J’ai néanmoins choisi d’aborder cette analyse, à partir de 1492 lors de l’arrivée des Européens dans le continent américain. Et j’ai fait ce choix parce que, malgré ce qui vient d’être dit, la destruction des peuples indigènes d’Amérique, l’instauration de la domination coloniale et le système de déshumanisation des Noirs sur ce continent, n’avaient pas de précédent dans l’histoire. Et surtout, parce que la prolongation de cette expérience pendant plus de trois siècles, a largement conditionné la systématisation théorique des inégalités y compris l’inégalité raciale dont les conséquences restent d’actualité.

Premier génocide des temps modernes

Des historiens du 20ème siècle, travaillant sur la conquête de l’Amérique, sont parvenus à se mettre plus ou moins d’accord pour estimer le nombre d’habitants du continent américain à la veille de l’invasion. Il a donc été retenu qu’à la veille du 1500, environ 80 millions de personnes habitent dans le continent américain. Ces chiffres furent comparés à ceux obtenus cinquante ans plus tard à partir des recensements espagnols.4.

Il en ressort que vers 1550, des 80 millions d’Indigènes ne restent que 10 millions. C’est-à-dire, en termes relatifs une destruction de l’ordre de 90% de la population. Une véritable hécatombe car en termes absolus il s’agit d’une diminution de 70 millions d’êtres humains. Et encore, il importe de savoir que ces dernières années, des historiens sud-américains sont parvenus à la conclusion qu’en réalité, à la veille de la conquête il y avait en Amérique plus de 100 millions d’habitants. D’un point de vue européen, ces estimations sont inacceptables, et pour cause ! Si cela était vrai, nous serions devant une diminution de 90 millions d’êtres humains.

Mais, au-delà du nombre d’Indigènes exterminés, le comportement collectivement adopté par les conquérants chrétiens a eu des conséquences qui perdurent. Par exemple, la justification postérieure de ce génocide a conditionné l’évolution culturelle, idéologique et politique de la suprématie blanche à l’égard d’autres peuples non Européens, et finalement à l’intérieur même d’Europe.

La situation d’impunité dont bénéficiaient les conquistadores devait, fatalement, favoriser l’apparition très rapide de pratiques assez inquiétantes. Ainsi, la mauvaise habitude de nourrir les chiens avec des Indigènes et parfois avec des nourrissons arrachés à leur mère et jetés en pâture à des chiens affamés. Ou la tendance à s’amuser en faisant brûler vifs des Indigènes jetés dans des bûcher allumés pour les faire rôtir5. Ce désastre fut la première conséquence directe de ce que les manuels d’histoire continuent à appeler ‘la découverte de l’Amérique’.

La solution africaine

Après avoir vidé le continent américain de sa population, les puissances occidentales naissantes ont fait de l’Afrique noire, une pourvoyeuse d’esclaves pour l’Amérique. Cette entreprise a désagrégé l’économie des pays africains et vidé le continent d’une partie de sa population dans ce qui demeure, la déportation d’êtres humains la plus gigantesque que l’histoire de l’humanité ait connue. Ici, il convient de rappeler la situation des pays africains au moment où ils sont abordés par les Européens.

C’est un fait que, même si le mode de production en Afrique n’était pas fondamentalement esclavagiste, les sociétés y connaissaient certaines formes de servitude. Comme nous l’avons dit, au Moyen âge, l’esclavage ainsi que la vente d’êtres humains, était une pratique très généralisée et l’Afrique n’a pas été une exception. Depuis le 7ème siècle, l’Afrique noire, tout comme l’Europe depuis le 8ème siècle, approvisionne en esclaves les pays de l’empire arabo-musulman.

Il semblerait qu’à l’époque, la dimension et les modalités du trafic d’esclaves n’auraient pas été incompatibles avec la croissance de l’économie dans les pays concernés par ce commerce d’êtres humains. Il est d’ailleurs couramment admis que c’est sous le règne de l’islam en Espagne que l’Europe a commencé à sortir des ténèbres du Moyen âge. Concernant l’Afrique, on notera qu’au 15ème siècle, malgré la ponction faite par la traite négrière arabo-musulmane, les pays de ce continent jouissaient d’un bon niveau de bien être social.
Le dépeuplement du continent ainsi que la misère et l’indigence de ses habitants malades et affamés, décrits par les voyageurs qui abordèrent l’Afrique noire au 19ème siècle, contrastent avec les pays densément peuplés, l’économie fleurissante, l’agriculture abondante, l’artisanat diversifié, le commerce intense et surtout, avec le niveau de bien être social décrits par les voyageurs, géographes et navigateurs ayant abordé l’Afrique noire entre le 8ème et le 17ème siècle, et dont nous connaissons maintenant les témoignages grâce aux diverses recherches, entre autres celles de Diop Maes.6.
Entre le 16ème et le 19ème siècle, les guerres et razzias en chaîne, provoquées par les négriers pour se procurer les captifs, ont conduit à la destruction quasiment irréversible de l’économie, du tissu social et de la démographie des peuples africains. Le cumul des traites, arabe et européenne, au moyen d’armes à feu, le caractère massif, voire industriel, de la traite négrière transatlantique en accroissement constant, a causé en trois siècles, des ravages que le continent n’avait jamais connus jusque là. Ce nouveau désastre fut la deuxième conséquence de la colonisation d’Amérique.

Une entreprise de déshumanisation
Dans le cadre de la domination coloniale sur le continent américain, les survivants indigènes, dépouillés de leurs terres furent refoulés et parqués dans des réserves. Dans le même temps, des millions de femmes, d’enfants et d’hommes Africains arrachés de chez eux et déportés dans l’Amérique, furent systématiquement expulsés hors de l’espèce humaine et réduits à la catégorie de bien meuble ou de sous-homme. L’infériorité raciale des non-Blancs et sa sœur jumelle, la supériorité de la race blanche, furent inscrits dans la loi, consacrées par le christianisme et renforcées dans les faits.
Les puissances coloniales, Espagne, Portugal, France, Angleterre, Hollande, légiféraient pour se doter du cadre juridique à l’intérieur duquel la déshumanisation des Noirs devenait légale. En conséquence, chaque métropole avait un arsenal juridique pour réglementer sa politique génocidaire dans l’univers concentrationnaire d’Amérique. A cet égard, la codification la plus achevée aura été le code noir français7. Promulgué en 1685, cette monstruosité juridique est restée en vigueur jusqu’à 1848 lors de la seconde abolition de l’esclavage dans les colonies françaises.
Il est significatif que, au moins pendant les 16ème et 17ème siècles, pour autant que nous sachions, il n y eut pas une seule voix autorisée pour dénoncer et condamner l’expulsion légale des Noirs hors de l’espèce humaine. Même au 18ème siècle qui était pourtant le siècle des Lumières, aucun de ces grands philosophes n’a, formellement, exigé des autorités compétentes la suppression immédiate, réelle, sans atermoiements, des lois qui réglaient ces crimes.8.

Une idéologie unanimement partagée
On a l’habitude d’ignorer que grâce à la racialisation de l’esclavage dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, la supériorité de la race blanche et l’infériorité des Noirs sont devenues un axiome profondément enraciné dans la culture occidentale. Il faut savoir que cet héritage pernicieux de la domination coloniale européenne, combiné aux effets néfastes de la manie des Lumières de tout ordonner, hiérarchiser, classifier, a stimulé l’émergence d’une culture plus ou moins favorable à l’extermination des groupes considérés inférieurs.
Entre le 15ème et le 19ème siècle, toute la production littéraire et scientifique concernant les peuples indigènes d’Amérique, visait à justifier leur extermination passé et à venir. Après trois longs siècles de barbarie coloniale sous contrôle chrétien, un des principes validés par les catholiques espagnols, est la certitude que tuer des Indiens n’est pas un pêché.9. Cette conscience fut renforcée par les protestants anglophones, convaincus qu’un bon Indien est un Indien mort. Aussi, toute la littérature concernant la bestialisation des Noir dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, était une véritable propagande en faveur de la traite négrière et de l’esclavage des Noirs présentés comme un progrès de la civilisation.
Lorsque finalement eut lieu le démantèlement de l’univers concentrationnaire d’Amérique, le changement provoqué par les abolitions de l’esclavage eut une portée assez limitée. D’abord parce que l’essentiel des structures et des rapports sociaux et économiques mis en place par la barbarie institutionnalisée, sont restés quasiment inchangés. Et aussi, parce que le triomphe de la pensée scientifique sur la foi religieuse a donné à la race des seigneurs et aux valeurs de la civilisation occidentale, une crédibilité dont la religion ne bénéficiait plus auprès des esprits éclairés. Désormais, la colonisation et les actes de barbarie qui lui sont consubstantiels, par exemple l’extermination de groupes considérés inférieurs, se feront ayant comme support un discours scientifique.
Une culture d’extermination
Il serait utile une étude très serrée concernant le rôle des scientifiques occidentaux dans le développement de la culture d’extermination qui a prévalu au 19ème et au début du 20ème siècle dans les pays colonisateurs. Malgré son rapport étroit avec notre analyse, cela n’est pas le sujet central de cette communication. Mais, nous pouvons néanmoins dégager quelques pistes pour ceux qui voudraient reprendre le sujet et se renseigner davantage.
Au milieu du 19ème siècle, les Associations scientifiques les plus prestigieuses semblent avoir été la Geographical Society et l’Anthropological Society à Londres et aussi, la Société de Géologie à Paris. Le 19 janvier 1864, eut lieu une table ronde organisée par l’Anthropological Society sur « l’extinction des races inférieures ». Il y fut question du droit des races supérieures à coloniser les espaces territoriaux considérés vitaux pour leurs intérêts.
Dans le “journal of the Anthropological Society of London, vol. 165, 1864” fut publié un compte rendu des débats de la Conférence. Il s’agissait de savoir si dans tous les cas de colonisation il serait inévitable l’extinction des races inférieures, ou si jamais il serait possible qu’elles puissent coexister avec la race supérieure sans être éliminées.10. A l’époque, l’Angleterre avait déjà commis, outre le génocide des Indigènes en Amérique du Nord, celui des Aborigènes d’Australie dont les Tasmaniens.
En France, Albert Sarraut, tenant discours aux élèves de l’Ecole coloniale affirmait : « il serait puéril d’opposer aux entreprises européennes de colonisation un prétendu droit d’occupation […] qui pérenniserait en des mains incapables la vaine possession de richesses sans emploi. »11. De son côté, le sociologue français Georges Vacher de Lapouge, soutenait qu’il n’y avait rien de plus normal que la réduction en esclavage des races inférieures et plaidait pour une seule race supérieure, nivelée par la sélection.
Des scientifiques réticents
On remarquera que la plupart des anthropologues allemands, même convaincus de leur supériorité raciale, ne partagent pas avec leurs collègues britanniques, nord-américains et français, la conviction que les races inférieures doivent nécessairement disparaître au contact de la civilisation. Le professeur Théodore Waitz par exemple, développe entre 1859-1862 un travail pour contester le bien fondé des théories propagées par ses collègues occidentaux, engagés dans la justification scientifique des exterminations commises par leurs pays.
Par la suite, son élève George Gerland fait en 1868 une étude sur l’extermination des races inférieures. Il dénonce la violence physique exercée par les colonisateurs comme étant le facteur d’extermination le plus tangible. Et affirme qu’il n’existe aucune loi naturelle qui dit que les peuples primitifs doivent disparaître pour que la civilisation avance. Le plaidoyer de ce scientifique allemand pour le droit à la vie des races dites inférieures est un fait rarissime dans cette période de l’histoire.
En 1891 le professeur allemand Friedrich Ratzel publie son livre « Anthropogeographie » et dans le dixième chapitre sous-titré « Le déclin des peuples de cultures inférieures au contact avec la culture », il exprime son hostilité concernant la destruction des peuples indigènes : « C’est devenu une règle déplorable, que des peuples faiblement avancés meurent au contact avec des peuples hautement cultivés. Cela s’applique à la vaste majorité des Australiens, des Polynésiens, des Asiatiques du Nord, des Américains du Nord et des nombreux peuples d’Afrique du Sud et d’Amérique du Sud.
(…) Les Indigènes sont tués, chassés, prolétarisés et l’on détruit leur organisation sociale. La caractéristique principale de la politique des Blancs est l’usage de la violence par les forts sur les faibles. Le but est de s’emparer de leurs terres. Ce phénomène a pris sa forme la plus intense en Amérique du Nord. Des Blancs assoiffés de terres s’entassent entre des peuplements indiens faibles et partiellement désintégrés »12. Ce serait le dernier discours dans lequel le professeur Ratzel exprimerait un point de vue aussi peu favorable à l’extinction des peuples inférieurs.

Une évolution malheureuse
Les anciennes puissances négrières réunies à Berlin en 1884-1885, officialisent le dépècement de l’Afrique. L’Allemagne s’assure le contrôle du Sud-Ouest africain (c’est-à-dire la Namibie), de l’Est africain (correspondant aux territoires actuels de la Tanzanie, du Burundi et du Rwanda) et aussi le contrôle sur le Togo et le Cameroun.
L’entrée de l’Allemagne dans l’entreprise coloniale marque un hiatus sensible entre le discours des scientifiques allemands avant les années 1890 et celui qu’ils auront après les années de 1890 sur le même sujet : l’extermination des races inférieures ou leur asservissement suivant les besoins des conquistadores et le progrès de la civilisation.
En effet, en 1897 le professeur Ratzel publie son ouvrage «Géographie politique» dans lequel, l’auteur prend fait et cause pour l’extermination des races inférieures. Il affirme qu’un peuple en développement qui a besoin de plus de terres doit donc en conquérir «lesquelles, par la mort et le déplacement de leurs habitants, sont transformées en terres inhabitées»13.
La domination économique combinée à des méthodes racistes, a donné naissance à la suprématie blanche chrétienne. Son idéologie hégémonique règne sans partage sur la planète et connaît toute sa splendeur entre la seconde moitié du 19ème et la première moitié du 20ème siècle. Même dans les anciens pays colonisés, l’extermination des races inférieures tenait lieu de politique officielle.
Une idéologie triomphante
La plupart des pays d’Amérique sont devenus indépendants au 19ème siècle. Les classes dirigeantes de ces pays, se croient blanches parce qu’elles sont issues des aventuriers européens qui souvent violaient les femmes indigènes. Arrivées au pouvoir suite aux guerres d’indépendance, ces élites se sont toujours identifiées à leur ancêtre blanc. De fait, elles adoptèrent les méthodes d’extermination des Indigènes hérités de la colonisation.
En avril 1834, les autorités d’Argentine, pays indépendant depuis peu, déclenchent la « Campaña del Desierto » (Campagne du Désert), dont le but est l’extermination des survivants Indigènes qui occupent la pampa. Dirigée par Juan Manuel de Rosas, devenu Président d’Argentine à partir de 1835, cette campagne fut coordonnée avec le gouvernement du Chili. Le premier gouvernement constitutionnel d’Uruguay, dirigé par Fructuoso Rivera, s’est aussi joint à la Campagne qui devait transformer ces terres en espaces inhabités.
Malgré la violence extrême de la ‘Campagne’, tous les Indigènes ne sont pas morts, au grand dam du président Rosas pour qui les Indiens se reproduisaient comme des insectes. Pour remédier à cet échec, en 1878, par initiative du Ministre de la Guerre Julio Argentino Roca, le Congrès National argentin vote et approuve la loi « de expansión de las fronteras hasta el Rio Negro » (expansion des frontières). C’est le point de départ de la seconde « Campagne du Désert » qui doit définitivement vider la Pampa de sa population indigène pour faire avancer la civilisation.

Un espace vital avant la lettre
La « Campagne » a lieu au moment où les survivants Indigènes sont traqués partout dans le continent. En Amérique du Nord ils sont massacrés et refoulés afin de libérer un espace devenu vital pour l’installation de familles civilisées, c’est-à-dire blanches. En Argentine, l’objectif avoué de la « Campagne » était le même : Remplacement de la population locale par une population civilisée pouvant garantir l’incorporation effective de la Pampa et la Patagonie à la nation de l’Etat Argentin.
Quelques décennies plus tard, Heinrich Himmler défendrait le même principe de remplacement des populations lorsqu’il affirmait : « Le seul moyen de résoudre le problème social, c’est pour un groupe, de tuer les autres et de s’emparer de leur pays »14. Mais, pour le moment, cela se passait en Amérique et au détriment de populations non-Européennes. Le Ministre Roca, qui est à l’origine de la seconde «Campagne du Désert», a même gagné les élections en 1880 et est devenu Président de l’Argentine.
Bien sûr, quelques voix se levèrent pour critiquer la barbarie des atrocités commises pendant la Campagne. Mais, dans l’ensemble, l’infériorité des victimes n’était pas contestée et le gouvernement de Julio Roca appelé le conquistador du Désert, est perçu comme le fondateur de l’Argentine moderne. L’histoire de ce pays a retenu surtout, que c’est sous la Présidence de Roca que le pays a avancé vers la séparation de l’église et l’Etat, le mariage civil, le registre civil des naissances et l’éducation laïque. Une des plus grandes villes de la Patagonie porte le nom de Roca.
Il n’y a pas longtemps, l’historien Félix Luna affirmait sans rire : « Roca a incarné le progrès, il a intégré l’Argentine dans le monde : je me suis mis à sa place pour comprendre ce qui impliquait d’exterminer quelques centaines d’indiens pour pouvoir gouverner. Il faut considérer le contexte de l’époque où l’on vivait une atmosphère darwiniste qui favorisait la survie du plus fort et la supériorité de la race blanche (…) Avec des erreurs, des abus, avec un coût Roca fit l’Argentine dont nous jouissons aujourd’hui : les parcs, les édifices, le palais des Œuvres Sanitaires, celui des Tribunaux, la Case du Gouvernement »15.
Exterminables parce qu’inférieurs
On remarquera que depuis le premier génocide des temps modernes, commis par les chrétiens en Amérique à partir de 1492, la situation des peuples non Européens en général et des Noirs en particulier se trouve rythmée par les exigences de la suprématie blanche. Dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, le Noir expulsé hors de l’espèce humaine en tant que sous-homme ou bien meuble, ne fut jamais réintégré ou réinstallé dans son humanité. Et les survivants indigènes étaient massivement massacrés pour rendre inhabitées leurs terres.
En Afrique le peuple congolais, sous l’administration de ce bourreau que fut le Roi Léopold, est soumis à des formes d’asservissement causant la destruction de la moitié de la population qui est passée de vingt millions à 10 millions d’habitants.16. Dans ce même continent, l’Allemagne aussi, comme d’autres avant elle, appliquera les bons principes de la colonisation. Entre 1904 et 1906, soit en l’espace de deux ans, les Allemands exterminèrent les trois quarts du peuple Herero. Sans compter les morts des Nama, Baster, Hottentots, etc.17.
Dans le cadre de la domination coloniale allemande en Namibie, le professeur Eugen Fischer va étudier en 1908, chez les Baster installés à Rehoboth « le problème de la bâtardisation chez l’être humain ». Les recommandations du chercheur sont sans détour. On lit dans son traité à propos des métis : « Qu’on leur garantisse donc le degré précis de protection qui leur est nécessaire en tant que race inférieure à la nôtre, rien de plus, et uniquement tant qu’ils nous sont utiles –autrement, que joue la libre concurrence, c’est-à-dire, selon moi, qu’ils disparaissent.18 »
Ce travail dans lequel le professeur Fischer considérait avoir démontré scientifiquement l’infériorité des Noirs, fit la gloire de son auteur dont le prestige alla au-delà des frontières du pays. Des années plus tard, lorsqu’en 1933 Adolf Hitler arrive au pouvoir en Allemagne, tout naturellement, le professeur Fischer mettra au service de la politique raciale du nouvel Etat le prestige et l’autorité que lui conférait sa condition de scientifique de renommée mondiale. En fait, ce fut le cas de l’establishment scientifique dans l’ensemble.19.

Le danger d’être classé inférieur
C’est un fait vérifiable, à la fin du 19ème et pendant les premières décennies du 20ème siècle, l’extermination d’êtres inférieurs ou la programmation de leur disparition, était une réalité qui ne soulevait pas de grandes vagues de solidarité à l’égard des victimes. C’est pourquoi les dirigeants nazis s’appliquèrent à convaincre les Allemands que les Juifs, ainsi que les Slaves et autres groupes, étaient différents et en conséquence étaient inférieurs.
C’est dans ce contexte si favorable à l’extermination des inférieurs, que les conseillers scientifiques du plan quadriennal chargé de planifier l’économie de l’Allemagne nazie, poussant la logique de l’anéantissement plus loin que leurs prédécesseurs, et dans une combinaison aussi terrible que sinistre entre les facteurs idéologiques et les motivations utilitaires, ont programmé l’extermination à l’Est, de 30 millions d’êtres humains.
Dans leur essai « Les architectes de l’extermination », Susanne Heim et Götz Aly soulignent que les planificateurs de l’économie, choisis non pas en fonction de leur militance politique mais de leur compétence professionnelle, fondaient leur dossier sur des considérations purement économiques et géopolitiques, sans la moindre référence à l’idéologie raciale. Ils rapportent le procès-verbal d’une réunion pendant laquelle, les conseillers économiques ont expliqué en présence de Goebbels leur plan d’approvisionnement alimentaire.
Ce dernier nota dans son journal le 2 mai 1941 : «La guerre ne peut se poursuivre que si la Russie fournit des vivres à toutes les forces armées allemandes durant la troisième année de la guerre. Des millions de personnes mourront certainement de faim si les vivres qui nous sont nécessaires sont enlevés au pays.20 » En effet, ce plan devait faire mourir environ 30 millions de Slaves dans un premier temps. Mais cela devait assurer l’approvisionnement des vivres pendant une année et en plus, rendre inhabitées des terres où des familles allemandes seraient installées.

Une tradition sinistre
Ainsi, Hermann Göring, dont le père fut le premier gouverneur allemand en Namibie, pouvait dire en 1941 à son compère le ministre italien des Affaires étrangères, le comte Ciano : « Cette année, 20 à 30 millions de personnes mourront de faim en Russie. Peut-être est-ce pour le mieux, puisque certaines nations doivent être décimées.21 » Ceux qui, dans une association extrême de l’idéologie raciste et la motivation utilitaire, programmaient l’extermination de 30 millions de Slaves, pouvaient programmer sans état d’âme, l’extermination d’un autre groupe considéré aussi inférieur, dans l’occurrence les Juifs.
Ce n’est pas par hasard que le Professeur Wolfang Abel : «Chargé par le haut commandement des forces armées de réaliser des études anthropologiques sur les prisonniers de guerre soviétiques, proposa entre autres options la liquidation du peuple russe.22» Le professeur Abel fut l’élève du Professeur Fischer avant de devenir son assistant. Ensemble, ils formèrent les premiers experts scientifiques chargés de sélectionner ceux qui, coupables de ne pas être Aryens devaient être exterminés à Auschwitz ou ailleurs.23.
Quant aux Soviétiques : « Au 1er février 1942, sur les 3,3 millions de soldats de l’Armée rouge fait prisonniers, 2 millions étaient déjà morts dans les camps allemands et au cours des transports, soit 60%. Si l’on enlève les trois premières semaines de guerre, au cours desquelles les premiers prisonniers purent puiser dans leurs réserves corporelles, ce chiffre correspondait à un taux de mortalité de 10 000 hommes par jour.24 »

La tragédie des uns et le profit des autres
La très grande majorité des Allemands, heureuse de se trouver du bon côté, accepta le fait accompli, c’est-à-dire l’exclusion des non-Aryens, et en retira tout le bénéfice possible. Il va sans dire qu’à l’époque, la solidarité à l’égard des groupes considérés inférieurs ne faisait pas vraiment recette dans la culture dominante. Plusieurs siècles de matraquage idéologique pour justifier l’écrasement des peuples colonisés et asservis, n’avaient pas certainement favorisé l’humanité de ceux qui en profitaient.25.
Comme le dit si bien Aly : « Le gouvernement nazi suscita le rêve d’une voiture populaire, introduisit le concept de vacances pratiquement inconnu jusqu’alors, doubla le nombre des jours fériés et se mit à développer le tourisme de masse dont nous sommes aujourd’hui familiers. (…) Ainsi, l’exonération fiscale des primes pour le travail de nuit, les dimanches et les jours fériés accordés après la victoire sur la France, et considérée, jusqu’à sa remise en cause récente comme un acquis social. (…)Hitler a épargné les Aryens moyens aux dépens du minimum vital d’autres catégories.26.»
L’argent spolié aux Juifs d’Europe et aux pays sous occupation allemande a bien servi au gouvernement nazi pour financer sa politique sociale visant à favoriser le niveau de vie de la population aryenne. On comprend qu’après la guerre, tant d’Allemands pouvaient admettre en privé, avoir vécu la période la plus prospère de leur vie sous le gouvernement nazi y compris pendant la guerre…
Conclusion
La domination coloniale sur d’autres peuples a toujours fourni les conditions indispensables pour la mise en place de systèmes d’asservissement et déshumanisation froidement réglés. Ce fut le cas dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, où les puissances coloniales ont inventé un système juridique à l’intérieur duquel, la bestialisation des Noirs parce que Noirs, se faisait en toute légalité. Au 19ème siècle, la colonisation britannique en Australie a renoué avec le génocide commis en Amérique du Nord.
En Afrique, les peuples congolais ont souffert leur Adolf Hitler incarné par le Roi des Belges qui non satisfait de faire mourir la moitié des populations, faisait couper la main à ceux qui chercheraient à fuir les travaux forcés.27. En Namibie, l’Allemagne coloniale a commis son premier génocide et, je peux continuer mais je peux aussi m’arrêter. Il y a assez pour comprendre que l’entreprise nazie de déshumanisation, s’inscrit dans une continuité, jalonnée sans interruption par la barbarie coloniale.
A la fin de la guerre, les puissances coloniales, victorieuses, ont décrété que le nazisme était incompréhensible et effroyable parce que derrière ses atrocités il n’y avait aucune rationalité économique. La motivation utilitaire ayant toujours servi à cautionner les entreprises de déshumanisation menées contre d’autres peuples non-Européens, il fallait absolument que l’entreprise nazie de déshumanisation soit dépourvue de toute motivation utilitaire. De là, cette approche réductionniste qui a historiquement isolé le nazisme, et focalisé l’attention sur les atrocités commises par les nazis, en faisant abstraction des facteurs sans lesquels, chacun devrait le savoir, ce désastre effrayant n’aurait jamais atteint la disproportion que nous savons.

1 A ce sujet, voir Charles Verlinden, L’esclavage dans l’Europe médiévale, Tome 1 Péninsule Ibérique, France 1955 ; Tome 2 Italie Colonies italiennes du Levant latin Empire Byzantin, 1977.
2 Verlinden, L’esclavage dans l’Europe médiévale, Tome 2, notamment dans le chapitre II La traite vénitienne et la traite juive, p. 115 et suivantes, et aussi dans le chapitre III La traite des eunuques, p. 981 et suivantes. Ce livre, devenu introuvable en librairie, peut être consulté à la bibliothèque du Centre Pompidou et aussi à celle de la Sorbonne.
3 Jacques Heers, Esclaves et domestiques au Moyen Âge dans le monde méditerranéen, Paris, 1981, p. 12.
4 A ce sujet, voir Tzvetan Todorov, La conqête de l’Amérique. La question de l’autre, Paris, 1982.

5 Voir Bartolomé de Las Casas, Brevísima relación de la destrucción de las Indias, Buenos Aires, 1966 et aussi Historia de las Indias, México, Fondo de Cultura Económica, 1951.
6 Le lecteur consultera profitablement l’œuvre pionnière de Louise Marie Diop Maes, Afrique Noire Démographie Sol et Histoire, Paris, 1996.
7 Louis Sala-Molins, Le code noir ou le calvaire de Canaan, Paris, 1987.
8 Louis Sala-Molins, Les Misères des Lumières. Sous la Raison, l’outrage, Paris, 1992
9 En 1972, en Colombie, un groupe de paysans analphabètes a dû répondre devant le tribunal pour le massacre, avec préméditation, de dix huit Indigènes hommes, femmes et enfants confondus. Les accusés ont été acquittés par un jury populaire car ils ne savaient pas que tuer des Indiens était un pêché et encore moins un délit. Voir à ce sujet Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La férocité blanche Des non-Blancs aux non-Aryens Génocides occultés de 1492 à nos jours, Paris, 2001.
10 Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes. L’odysée d’un homme au cœur de la nuit et les origines du génocide européen, Paris, 1999.
11 Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, 1955.
12 Lindqvist, op. cit., p. 189-190.
13 Ibid, p. 192.
14 Götz Aly et Susanne Heim, Les architectes de l’extermination Auschwitz et la logique de l’anéantissement, Paris, 2006, p. 25-26
15 Consulter Diana Lenton, La cuestion de los Indios y el ge,ocidio en los tiempos de Roca : sus repercusiones en la prensa y la politica, SAAP- Sociedad Argentina de Análisis Politico www.saap.org.ar/esp/page Voir aussi Osvaldo Bayer, le journal argentin Página/12, Sábado, 22 de octubre 2005.
16 Adam Hochschild, Les fantômes du roi Léopold II. Un holocauste oublié, Paris, 1998.
17 Ingol Diener, Apartheid ! La cassure, Paris, 1986.
18 Benno Muller-Hill, Science nazie, science de mort, Paris, 1989, p. 194.
19 Consulter Muller-Hill
20 Aly et Heim, op. cit., p. 271-272.
21 Ibid, p. 267.
22 Ibid, p. 289.
23 Muller-Hill, op. cit.
24 Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, Paris, 2005, p. 172.
25 Voir Plumelle-Uribe, op. cit.
26 Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, p. 9, 28.
27 Hochschild, op. cit.

 

 

La « Shoah » des Tsiganes
Eva R-sistons puce2    puce2 
 

La barbarie nazie n’épargna pas les Tsiganes. Ils vécurent les mêmes épreuves que les Juifs, en pire. D’abord, parce que dans l’oubli total. Ensuite, dès 1936 ceux d’Allemagne, considérés comme des « non-personnes », furent envoyés dans des camps de concentration en Autriche ou dans leur pays.

 

Les femmes étaient stérilisées de force, car on considérait qu’elles ne méritaient pas de se reproduire. Puis commença ce qu’on appela alors  » la destruction des vies inutiles « . Dans toute l’Europe occupée, on entreprit la traque du « gibier » tsigane, d’abord en 1939, ensuite en 1941 et 1943. L’extermination des 5 à 600 000 nomades eut essentiellement lieu dans les camps polonais.

En réalité, la persécution des Fils du Vent commença avant l’arrivée des nazis au pouvoir, avec les lois de contrôle de la « plaie tsigane » dès 1926. Deux ans plus tard, la surveillance devint spécifique, et permanente. Puis vint, dès 1933, la « stérilisation eugénique », l’interdiction des mariages mixtes en 1934-35, et enfin les premiers enfermements au camp de Dachau, en 1936.

C’est à l’automne 1939 que les déportations deviennent massives ; et c’est sur deux cent cinquante enfants tsiganes que les nazis testèrent le zyklon B, au camp de Buchenwald, en février 1940. Par ailleurs, à Ravensbrück ont été pratiquées des opérations pseudo-scientifiques sur des cobayes humains, entre autres tsiganes.

Cette politique-là, les nazis l’étendirent à l’ensemble de l’Europe occupée.

Ensuite commença l’extermination à grande échelle. Si l’on en croit les nazis, la moitié de la population tsigane d’Europe fut supprimée . Tragédie supplémentaire, le nom des victimes Tsiganes ne fut même pas mentionné durant le Procès de Nuremberg ! L’oubli total…. alors qu’on ne cesse de commémorer le martyr juif. Deux poids, deux mesures – ni plus, ni moins. C’est pourquoi moi, l’amie des Tsiganes, j’ai décidé de prendre ma plume pour rappeler au monde cette énorme injustice. Il est temps de rendre hommage aux victimes tsiganes, qui d’ailleurs furent parmi les résistants les plus acharnés.

En effet, très tôt ce peuple libre et fier comprit le sort qui lui était réservé. Il accepta immédiatement de rejoindre la lutte clandestine, pour mener ce que l’historien hollandais Jan Yoors appellera la « guerre secrète des Tsiganes ». Aguerri, malin, il usera de mille stratagèmes pour déjouer la vigilance des nazis, porter des messages ou transporter armes et explosifs. De nombreux fugitifs furent sauvés grâce aux Tsiganes. On leur doit aussi de nombreuses actions terroristes de résistance à l’ennemi hitlérien.

En 1945, les nazis aux abois se livrèrent encore à de multiples massacres sur les derniers Tsiganes internés dans les camps allemands. Et plusieurs pays européens gardèrent internés pendant plusieurs mois leurs populations ! Quant aux résistants qui avaient survécu, ils ne bénéficièrent même pas, à la fin de la guerre, des promesses d’intégration sociale qui leur avaient été faites. Et ils ne trouvèrent personne pour les défendre, ni même évoquer la mémoire des disparus. Bien sûr, aucun d’entre eux ne réclama réparation pour tous les préjudices subis. Le peuple tsigane ne revendique jamais ; il subit en silence – et en musique, car chez eux l’instinct de survie et le goût pour les arts ont toujours raison des événements les plus dramatiques. Je l’ai expérimenté personnellement, en partageant leur existence misérable dans un bidonville situé sur une décharge publique madrilène. L’horreur absolue, et une joie inscrite dans les gènes pour transcender les moments les plus difficiles. Admirable peuple ! Ce séjour marqua de manière indélibile mon esprit, et scella ma carrière de journaliste.

Quelle a été la politique à l’égard des Tsiganes en France ?

Traditionnellement, les sédentaires se méfient des nomades. Dès 1912, les populations errantes se voient attribuer un carnet anthropométrique, visé dans chaque commune, à l’arrivée comme au départ. A cette époque, déjà, les Tsiganes, tout comme les juifs, sont victimes de persécutions et de discriminations.

Le gouvernement de Vichy durcit cette politique. Et, dès l’automne 1940, des Tsiganes sont internés dans des camps de concentration, à Argelès-sur-Mer et au Barcarès, dans les Pyrénées Orientales, camps créés à l’origine afin d’accueillir les réfugiés espagnols et les Juifs. Même logique d’exclusion, pour des populations pourtant différentes. Et ce sont près de trois mille Tsiganes qui auraient été internés dans l’ensemble de la France entre 1940 et 1946.

C’est en 1942 qu’est créé le seul camp d’internement réservé aux Nomades, celui de Saliers.

Le camp est situé en zone libre, sur la commune d’Arles, dans les Bouches-du-Rhône. ll s’est d’abord inscrit dans une logique de sédentarisation, puis d’enfermement. Pour commencer, trois cents nomades doivent s’entasser dans des petites cabanes inachevées, sans électricité. Les conditions d’hébergement et de ravitaillement sont lamentables. Le sort des enfants est particulièrement difficile ; ils ne sont évidemment pas scolarisés. Sans vêtements de rechange, les hébergés finissent par porter des loques. Ils sont squelettiques, mais ils résistent. Aguerris et indomptables. Finalement, le sous-Préfet d’Arles demande la fermeture du camp dès juillet 44.

Ceux qui ont survécu à l’enfer, ont gardé vivante la mémoire du camp. Mais le site n’a conservé aucune trace du lieu.

Dans les camps de concentration allemands, les Tsiganes ont été littéralement massacrés. On cite par exemple le chiffre de 20.000 pour la seule nuit du 31 juillet 1944, à Auschwitz. Le 1er août, un officier SS d’Auschwitz put écrire, après l’envoi des Tsiganes à la chambre à gaz :  » Mission terminée, traitement spécial exécuté « . Traitement spécial ! Pire encore que celui que subirent les Juifs, les handicapés, les malades mentaux, les homosexuels, les communistes, les résistants ! Et au total, pour la seule Allemagne, cinq à six cent mille Gitans, Roms, Kalderas, Manouches, auraient péri. A Dachau, les Tsiganes étaient tués le jour même de leur arrivée, ou le lendemain. Simplement parce qu’ils étaient nés Tsiganes.

Comme les Juifs, les Tsiganes ont été victimes de l’idéologie nazie, politique de la race afin de régénérer le sang allemand, et politique de l’espace pour la création d’une Grande Allemagne débarrassée des éléments impurs, étrangers, inférieurs. L’élimination des Tsiganes aura d’autant mieux été acceptée, que la mise à l’index était ancienne.

Aucune voix ne s’élève pour défendre la cause des Tsiganes discriminés, stérilisés, persécutés, spoliés, exterminés . Nulle mémoire, nulle indemnité, nulle commémoration. Rien. Le vide absolu. Ostracisme complet.

Définitif ?

Jusqu’à mon dernier souffle, je me battrai pour la reconnaissance de ce peuple admirable.

 

Publié dans AFRIQUE NOIRE : Réécrire l'Histoire, AU-DELA DES IDEES RECUES | Pas de Commentaire »

Mais si, Monsieur Sarkozy, c’est le rôle de la France qui explique l’état présent de l’Afrique !

Posté par Isso le 3 avril 2008

 Retour sur le discours sarkozyen de Dakar

le 26 juillet 2007.

Mais si, Monsieur Sarkozy,

c’est le rôle de la France qui explique l’état présent de l’Afrique !

 

Lettre ouverte au Président Nicolas SARKOZY, suite à son voyage en Afrique

Monsieur le Président,

Permettez-moi de joindre ma modeste voix à celles, nombreuses et plus autorisées, (Alpha O. KONARE, Mater A. MBOW, Doudou DIENE, Mamadou Coulibaly, etc.) qui se sont déjà exprimées après votre visite-éclair au Sénégal et au Gabon.
Votre discours de près de 50 minutes à l’adresse de « l’élite de la jeunesse africaine », dans l’enceinte même de l’Université CHEIKH ANTA DIOP, ce haut lieu de la transmission du Savoir qui a vu passer les meilleures élites du continent, a agacé, révolté, et choqué bon nombre d’Africains qui se sont sentis « insultés »par vos propos.

 
Faut-il vous rappeler, Monsieur le Président, ce que symbolise aux yeux de la jeunesse africaine le nom que porte cette haute institution universitaire ?
Première entorse à la « Teranga » sénégalaise : vous n’avez même pas daigné saluer, ou évoquer la mémoire de cet illustre et savant africain, l’un des dignes fils que la terre africaine ait jamais porté. Ainsi,vous avez profané la mémoire de tout un continent, donnant raison à tous ceux qui qualifient vos penchants et postures « d’arrogants »,de « méprisants », et d’ « insultants ». Mais, cela peut se comprendre dans une moindre mesure, car pendant plus d’un demi-siècle, une certaine élite intellectuelle française acquise aux thèses négationnistes révisionnistes, voire négrophobes n’a eu de cesse de contester et de diaboliser l’auteur de « Nations Nègres et Cultures », l’ouvrage « le plus génial qu’un Nègre ait jamais écrit », si l’on en croit le Grand Maître de la pensée historique Nègre, Aimé CESAIRE, lui-même.
Que peut-on donc retenir grosso modo de votre longue litanie de récriminations contre L’Afrique et les Africains ?
-Que ces derniers ressassaient sans arrêt le procès de la colonisation.
-Qu’ils seraient des nostalgiques du temps mythique de L’Eternel Retour, d’où leur refus d’entrer dans la modernité.
-Que des Africains ont vendu d’autres Africains aux négriers.
Avant de répondre à quelques unes de vos nombreuses charges, permettez-moi de revenir sur l’idée de rupture, socle essentiel de votre législature, et leitmotiv de tous vos discours.
Au lendemain de votre intervention de DAKAR, un grand démocrate africain, le président Alpha O. KONARE vous répondait aussitôt en ces termes : « Je suis certain que le président souhaite la rupture […] je pense que pour l’aider dans la rupture, il a besoin de mieux connaître l’Afrique et nous sommes prêts dans ces échanges avec lui. » Avant d’ajouter : « SARKOZY a besoin de mieux connaître l’Afrique ». On ne pouvait pas mieux dire. Dans un article récent, moi-même, je m’interrogeais sur votre « vraie fausse rupture ». A l’évidence, en choisissant de visiter les deux postes avancés de la « Françafrique » qui constituent votre « pré carré » (même si vous récusez ce terme) : le SENEGAL, pays en net et inquiétant recul démocratique, et le GABON, vieille terre « françafricaine » dirigée votre «ami » OMAR, peu respectueux des règles élémentaires des droits de l’Homme, vous ne faites que poursuivre la voie tracée par vos prédécesseurs. Mais cela ne peut en être autrement car, malgré vos dénégations « La France n’a pas besoin économiquement de l’Afrique », le continent noir reste un enjeu économique majeur pour le Grand Patronat Français dont vous êtes très proche, et qui contrôle diverses activités économiques en Afrique sub-saharienne, à travers certaines entreprises telles que : Bouygues, Bolloré, Areva, Elf, Total, Lafarge, Air -France, …pour ne citer que celles-là.
En somme, votre prétendue rupture s’inscrit dans la continuité de la « Françafrique », initiée par vos prédécesseurs, le style en plus.
« La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de L’Afrique. Elle n’est pas responsable de guerres sanglantes [ … ] Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication [… ]» affirmiez-vous sans ambages.
Monsieur le Président, il est curieux que votre mémoire historique ne s’arrête qu’à une seule période : celle de la colonisation. De la période néocoloniale, aucune mention, ni allusion.
Avez-vous oublié que la corruption, la dictature, le clientélisme et leurs différentes déclinaisons, avant de devenir des pratiques néocoloniales, furent d’abord des inventions coloniales ? Les chefs d’Etats africains compradores n’ont fait que « tropicaliser » les vieilles habitudes clientélistes et prévaricatrices de leurs anciens maîtres (Commandants de cercle, Gouverneurs et autres relais de la puissance coloniale). C’est dire que les bons élèves « françafricains » (BIYA, BONGO, SASSOU, EYADEMA, DEBY, HABRE, BOZIZE, WADE, HOUPHOUET, COMPAORE…) ont bien assimilé les leçons de leurs maîtres au point de dépasser ces derniers, voire d’exceller en la matière .Derrière ces africains corrompus, se profile immanquablement l’ombre de leurs corrupteurs occidentaux, dont mon ami, le regretté François- Xavier VERSCHAVE, avait en son temps, dénoncé les méthodes et pratiques politico mafieuses dans ses nombreux ouvrages dédiés entre autres, à la « France à Fric ». Quelques exemples de corruption « françafricaines » pourraient vous rafraîchir la mémoire: Affaire Carrefour de Développement, Affaire ELF, Angolagate, les Diamants de BOKASSA etc.…
Pour en revenir aux dictatures dont la colonisation ne serait pas responsable, une question, Monsieur le Président : qui a armé, mis au pouvoir et soutenu des satrapes comme AHIDJO, MOBUTU, EYADEMA, BOKASSA et les autres, tous des marques de fabrique de la colonisation franco-belge ? Que sont devenus les véritables Panafricains qui avaient de grands desseins pour l’Afrique : Sylvanus OLYMPIO, Barthélemy BOGANDA , Patrice LUMUMBA,Ruben UM NYOBE , Afandé ASSANA , Félix MOUNIE (ces trois derniers, membres- fondateurs de L’armée de Libération Nationale du Kamerun), Thomas SANKARA , Amilcar CABRAL , Eduardo MONDLANE , Mehdi Ben BARKA … ? Tous assassinés soit directement par des agents de la colonisation, soit indirectement par les suppôts locaux de la néo- colonisation, pour avoir préféré la liberté et la dignité dans la pauvreté, plutôt que la servitude et la soumission dans l’opulence corruptrice.
Quant aux crimes et génocides coloniaux, pourquoi ne parlez-vous pas du massacre des militants de L’U.P.C. (Union du Peuple Camerounais), ainsi que des Bamiléké dans le maquis en 1958 (300 à 400. 000 morts), des massacres de Sétif et de Madagascar… ? Par ailleurs, on attend toujours les rapports complets de l’ONU pour connaître le véritable rôle joué par la France mitterrandienne dans le génocide rwandais, dont quelques initiateurs ont trouvé refuge en Europe, et notamment en France.
Offense suprême à nos morts ! Vous n’avez même pas, Monsieur le Président, sur cette terre sénégalaise de sueur, de sang, et de déportation, évoqué la mémoire de ces soldats, (« chairs à canon », comme on disait à l’époque), enrôlés dans l’Armée française, pour défendre la « Mère Patrie » pendant la Seconde guerre mondiale, et qui furent par la suite, honteusement massacrés à THIAROYE. Leur seul tort était d’avoir légitimement demandé que leurs pensions de guerre fussent alignées sur celles de leurs camarades d’armes français, eux, de « vraie » souche. Une simple allusion à cette histoire douloureuse vous aurait réconcilié avec les descendants de ces « Tirailleurs », et par voie de conséquence avec toute l’Afrique.
« Le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources des richesses qui ne lui appartenaient pas […]Il a construit des ponts, des routes, de hôpitaux, des dispensaires, des écoles… », Dites –vous aussi.
«La colonisation a été une grande faute » avez-vous ajouté en substance. Est-ce une repentance tardive de votre part, qui relèguerait dans les poubelles de l’Histoire la Loi du 23 février sur « les bienfaits de la colonisation » ?
Une simple « faute » la colonisation ? Pourquoi voulez-vous, Monsieur le Président, passer par pertes et profits, voire banaliser les crimes coloniaux en Afrique entre les 19ème et le 20ème siècles ? Déportations, dépersonnalisation et perte d’identité des peuples, division des familles, des ethnies et des tribus, ségrégation raciale (code de l’indigénat), balkanisation des territoires naguère homogènes, viol des cultures, assassinats et déportations des résistants à la colonisation, travaux forcés, expropriations…Voilà ce que vous qualifiez, sans sourciller de simple « faute ».
Tout cela au nom d’une certaine « Mission Civilisatrice » de la France, comme naguère, pendant la période esclavagiste.
Ces crimes coloniaux resteront des tâches indélébiles dans la profonde mémoire des Africains, tant qu’une certaine élite politique et intellectuelle française refusera d’assumer son histoire pour s’en démarquer et condamner ses postures contemporaines, au lieu de persister dans le déni de mémoire .Il ne s’agit pas de demander comme de l’aumône, une quelconque repentance. Les Africains dans leur grande majorité ne réclament pas cela, Monsieur le Président. La démarche contraire serait indigne de leur part..

Un des paradoxes, et non des moindres,de vos propos est que, tout en reconnaissant vous-même que la colonisation fut une de « grande faute »,curieusement, vous ne résistez pas à l’envie d’en faire le panégyrique. De fait, il apparaît que vous n’avez pas totalement renoncé à la Loi du 23 février qui vous colle de manière indécrottable à la peau. Lorsque vous vantez les ponts, les routes, les dispensaires, les écoles…, comme étant des « bienfaits de la colonisation », vous semblez ignorer la réalité de la colonisation en Afrique.
Bien avant les équipées coloniales en Afrique, ce continent était à l’époque, en avance sur l’Europe dans plusieurs domaines dont les traces encore visibles, sont révélées par l’archéologie, l’Anthropologie,l’Histoire et d’autres disciplines des sciences de l’Homme.
Et l’acharnement des historiens négationnistes ne peut rien changer à cette réalité historique. D’ailleurs, quelle certitude avez-vous que, sans la colonisation, l’Afrique n’aurait pas poursuivi son développement endogène, qui était déjà à son paroxysme ? Affirmer le contraire serait une insulte à l’intelligence et à l’esprit de créativité de ces peuples qui furent de grands bâtisseurs et inventeurs de tous les temps.
Aussi, les Africains qui se sont intéressés à la question sont unanimes pour reconnaître que les « bienfaits »matériels de la colonisation ne visaient qu’un seul et unique but : la satisfaction exclusive des besoins des colons et de leurs pays, à travers les captations dolosives et léonines des richesses minières, agricoles et énergétiques du continent. L’observateur averti remarquera que la plupart des ponts, routes et autres infrastructures construits sous la colonisation l’ont été en particulier dans des régions très florissantes, dans le but de favoriser plus facilement l’écoulement de certaines matières premières. On oublie trop souvent que ces infrastuctures furent l’œuvre de nos grands- parents, soumis aux travaux forcés, humiliés, et, courbant l’échine sous les fouets de féroces et impitoyables gardes-chiourmes coloniaux, assistés de leurs supplétifs locaux. Faut-il rappeler, à l’instar du regretté et talentueux Sembene OUSMANE dans son excellent ouvrage, « Les Bouts de Bois de Dieu » ,comment et dans quelles conditions fut construit le chemin de fer Dakar-Niger ? Que dire des chemins de fer « Congo Océan », « Daho-Niger », etc., où des milliers d’Africains laissèrent leur vie ?
S’agissant des hôpitaux et des écoles dont tous les adeptes de la colonisation bienfaitrice nous rabâchent sans arrêt, ils contribuaient tout simplement à soigner et à éduquer une masse de serviteurs et une main-d’œuvre corvéable, tel un cheptel que l’on entretient aux fins de rentabilité, dans lesquelles le colon pouvait puiser à satiété et sans vergogne.
Que dire également du recul des connaissances et transmissions des savoirs traditionnels (médecine et pharmacopée), et du patrimoine socio-culturel, (religion, éducation…) détruit par de multiples invasions et occupations étrangères sur le continent, au nom d’une prétendue civilisation blanche et chrétienne ?
Force donc est de reconnaître que la colonisation et son parangon, le néo-colonialisme, ont une lourde responsabilité dans l’état actuel de l’Afrique, en stoppant net ses grands progrès et son avance sur l’Europe.
Vous assénez ensuite, mutatis mutandis: « Le problème de L’Afrique […] c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, n’a jamais existé ».
N’en déplaise aux négationnistes et eurocentristes de tous poils : L’Afrique a véritablement connu un âge d’or. En effet, nous tenons du grand savant sénégalais, Cheikh Anta DIOP, propos confirmés par d’autres savants de renom, que les Sciences, les Arts, la Philosophie…, sont nés en Afrique et que la plupart des grands savants grecs qui furent à l’origine de la Pensée Occidentale, THALES, PYTHAGORE, SOCRATE, DIODORE de SICILE…, avaient eu comme Grands Maîtres, d’éminents érudits égyptiens, dont le vénérable professeur WENNOFER. « A l’époque où les Grecs commencèrent à venir en Egypte étudier aux 7ème et 8ème siècles, les philosophes égyptiens avaient déjà fondé d’immenses bibliothèques spécialisés dans l’Histoire, les Sciences, la Politique et les Religions », nous apprend le professeur MOLEFI ASANTE de L’ Université d’Etat de Philadelphie. C’est vous dire, Monsieur le Président, que cela fait des siècles et des siècles que nous étions dans la modernité. Au demeurant, celle-ci ne s’évalue pas, comme vous semblez l’imaginer, au nombre des bateaux négriers, de canons, de crimes coloniaux ayant entraîné des centaines de milliers de victimes africaines.
Il ne s’agit pas, comme vous le prétendez, de « ressasser le passé », mais d’en prendre conscience pour mieux appréhender le futur, fort en cela, de la sagesse de nos Ancêtres : « c’est au bout de l’ancienne corde que l’on tisse la nouvelle ».
« L’Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur. Ce sont des Africains qui ont vendu aux négriers d’autres Africains… » Dites –vous.
Monsieur le Président, vos propos vont à l’encontre de la vérité historique et sont faciles à identifier : leur base idéologique est le négationnisme dont certains intellectuels français comme PETRE GRENOUILLEAU, BRUCKNER, FINKIELKRAUT, CARRERE-D’ENCAUSSE, ZEMMOUR…, et quelques amuseurs publics du petit écran : SEVRAN, FOGIEL…., se sont faits les chantres tout récemment.
Le but manifeste de cette entreprise de déculpabilisation est de minimiser le rôle de l’Occident Négrier, dont la France, dans la Traite Négrière, et de culpabiliser les victimes et leurs descendants.
Prétendre, comme vous le faites, de manière péremptoire et sans aucune nuance, que « les Africains ont vendu leurs frères », révèle votre méconnaissance de l’Histoire de L’Afrique. Dans toute l’histoire des guerres d’occupation et des invasions étrangères,- cela est vrai depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours- des collaborateurs, traîtres, et renégats se sont toujours mis du côté des plus forts, soit par lâcheté, soit par intérêt .En témoigne l’exemple de la France pétainiste. Pourquoi ce qui est vérité au-delà de l’Hexagone serait-il mensonge en deçà, Monsieur le Président ?
L’histoire africaine ayant été longtemps occultée des programmes scolaires et de la mémoire française, vous n’avez, sans doute, jamais retenu les noms des grandes figures anti- esclavagistes du continent : NZINGA MBEMBA, ANA NZINGA MBANDI (Royaume du KONGO) ; NAZIR AL-DIN (Sénégambie) ; AMADOR (Sao Tomé) ; TEZIFON (Royaume d’ALLADA). Point n’est besoin de revenir sur les combats héroïques et multiformes des Jagas, des Bubi, des Angolares, qui s’opposèrent vaillamment à l’infâme commerce humain entre les 17ème et 18ème siècles.
Bien entendu, il n’est pas ici question de dédouaner quelques princes et rois collaborateurs, traites à leurs peuples qui furent souvent des supplétifs ou des créations des esclavagistes occidentaux. Ces « roitelets » dont nos chefs d’Etat « françafricains » actuels ne sont que de pâles et obscures répliques, n’agissaient qu’en leur nom propre et pour leur compte personnel, comme on peut encore le constater dans les ploutocraties post- coloniales.
D’ailleurs, Monsieur le Président, les Africains conscients, n’ont pas attendu la leçon de l’Occident, anciennement négrier, pour commencer leur devoir de mémoire.
Une dernière question si vous le permettez : qui a écrit le Code Noir, cet instrument juridique, barbare et déshumanisant qui ravalait les Nègres à l’état de « bien meuble » ? Ce ne sont pas des Africains contre d’autres Africains.
Avez-vous donc oublié ce qui fit naguère la prospérité des grandes villes comme BORDEAUX, NANTES, LA ROCHELLE, LE HAVRE, SAINT-MALO etc. ? Chacune des pierres des édifices de ces anciennes villes négrières porte la marque indélébile des filles et fils des Royaumes du Kongo, Dan Xomé, Mali, Ashanti, Bénin, Mossi…

Vous déclarez avec une arrogante certitude : « le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour [ … ] Le problème de l’Afrique c’est trop souvent, elle juge le présent par rapport à une pureté des origines totalement imaginaire et que personne ne peut espérer ressusciter […] »

Monsieur le Président, ce n’est pas vous faire injure que de vous rétorquer que vos connaissances sur l’Afrique méritent d’être réactualisées, car de toute évidence, elles se sont arrêtées au milieu du 19ème siècle. Tout d’abord, n’est pas Mircea ELIADE qui veut. Ensuite, votre conseiller spécial, Henri Guaino, l’inspirateur de votre discours devrait savoir que l’auteur du « Mythe de l’Eternel Retour » dut lui-même, passer au crible de la critique le concept hégélien de la « nécessité historique », qu’il a confronté à la problématique de « difficultés de l’historisme ». Et cela, Monsieur Guaino, par méconnaissance des éloquents travaux des chercheurs africains, américains et allemands, s’en est tenu –consciemment ou non – aux thèses négrophobes du philosophe allemand HEGEL, dont les idées furent à l’époque jugées par son compatriote, le philosophe SCHOPENHAUER de : « verbiage le plus creux (…) de galimatias le plus stupide qui ait jamais été entendu, du moins en dehors de maisons de fous ». HEGEL ne pensait-il pas, comme vous, aujourd’hui, que : « l’Afrique est le pays de la substance immobile et du désordre éblouissant, joyeux et tragique de la création ? Cette partie du monde n’a, à proprement parler, pas d’histoire », affirmait-il déjà, péremptoire. Les anthropologues E.TYLOR (Britannique) et L.LEVY-BRUHL (Français) reprirent plus tard les mêmes thèses racistes « du primitif rêveur, croyant à ses rêves » ainsi que celles de « la mentalité du primitif ignorant les principes logiques ». Ce sont donc toutes ces vieilles thèses, racistes et négrophobes des philosophes réactionnaires et des anthropologues colonialistes, décriées par des chercheurs sérieux, que vous avez maladroitement parodiées, ignorant que LEVY-BRUHL lui-même est revenu depuis, sur ses propres convictions. Quoique la réponse la plus pertinente à vos propos vous ait été apportée par le professeur camerounais, Achille MBEMBE de l’Université de Johannesburg, je me permettrai de relever encore une fois une énorme contradiction entre votre discours et la pratique courante en France. Ce pays est connu pour être, de tous les autres pays d’Europe, celui qui accumule les commémorations. Quel Africain vous a jamais fait le reproche de ressasser à longueur de commémorations des dates telles que le 11 novembre, le 8 mai, le 18 juin, le 14 juillet, la libération de la ville de Paris, l’anniversaire de l’autocrate et esclavagiste de Saint-Domingue, Napoléon Bonaparte, Le baptême de Clovis…, ou de ressasser à longueur d’ouvrages scolaires, la guerre de Cent ans, ou les deux Guerres mondiales ?

Monsieur le Président, mieux que quiconque, nous Africains, savons que notre Présent ne peut s’éclairer que par notre Passé et que seules ces deux temporalités peuvent nous permettre de projeter nos innovations dans le Futur. De grands sages Africains, dont l’illustre Amadou HAMPATE BÂ nous ont enseigné que la tridimensionnalité du temps (passé présent futur) est constitutive de l’ontologie de l’Être. Cette assertion transcende même la temporalité africaine pour ainsi participer d’une commune règle universelle.
Comme le disait encore le Président Alpha KONARE, vous avez « besoin de mieux connaître l’Afrique », j’ajouterai pour ma part, mieux connaître l’Afrique, mais la profonde, la vraie, celle qui avance et innove, envers et contre les aléas et les contraintes imposés par la nature et les hommes, souvent, d’une manière inique et cynique.
Or, visiblement, nous ne parlons pas de la même Afrique. Vous qui prétendez être proche du peuple, avez-vous demandé à vos pairs de vous promener dans les quartiers populaires des grandes capitales africaines ? Vous y rencontrerez cette jeunesse africaine inventive, imaginative et créatrice, qui semble tant vous préoccuper, et que malheureusement, vous enfermez dans des stéréotypes. Ce sont surtout, des étudiants de l’université Cheikh A. DIOP ou de Bamako suivant par visioconférence des cours d’économie ou de management dispensés par les meilleures universités d’Amérique du Nord, de jeunes chômeurs de Dakar surfant sur le net et dialoguant avec d’autres jeunes d’Asie, d’Europe, et d’ Amérique, de jeunes apprentis- mécaniciens de COTONOU essayant -fait pathétique- de faire fonctionner avec les moyens du bord, presque à mains nues, des voitures Peugeot vieilles de 20 ans, dites, « venues de France » , des turfistes d’ ABIDJAN suivant en direct et en temps réel des courses de chevaux à Vincennes ou à Longchamp, des étudiantes de LOME, diplômées mais sans emploi, passant commande -grâce aux solidarités familiales- de conteneurs de tissus à UTRECHT ou à ROTTERDAM, au moyen de « texto » ou des « MSN », si elles ne décident pas elles-mêmes, de prendre le premier vol pour Pékin ou Taiwan ; ce sont enfin, des rabatteurs de taxis d’ABUJA, capables de vous donner à la minute même, les cours des principales devises étrangères, comme sur n’importe quelle place boursière d’Europe, d’Amérique ou d’Asie, pour ne citer que ces exemples.
C’est vous dire, Monsieur le Président, que la jeunesse Africaine, est loin de « ressasser » le temps passé, mais vit au diapason du même temps que leurs homologues des autres pays du monde, et ne demande que des moyens pour se réaliser pleinement sur place au lieu d’aller « cramer » dans des immeubles vétustes à Paris, de risquer sa vie sur les côtes espagnoles ,ou de devenir d’éternels assistés des services sociaux de France et d’ailleurs, avec en prime, le mépris, le racisme et la menace des avions charters, à défaut d’être « karchérisés »dans des quartiers ghettos.
Cette jeunesse là n’attend plus rien de la France, 40 ans après les indépendances nominales; elle sait qu’il lui appartient de se prendre en charge. Elle se veut créatrice de modernité, luttant avec peu ou pas de moyens. Et, c’est par désespoir et par dépit qu’elle quitte le sol natal pour d’autres cieux plus cléments, bravant les mers, les océans, les obstacles bureaucratiques les consulats, et les fils barbelés des pays nantis.
Monsieur le Président, savez- vous que « l’élite de la jeunesse africaine » n’aspire qu’à travailler chez elle, au pays ? « Le terroir ne ment jamais », professe un vieux dicton africain du Sud- Togo. Croyez-vous donc que c’est de gaîté de cœur que ces jeunes Africains prennent le large vers l’inconnu, au mépris de leur vie ? En réalité, ils ne sont que des victimes expiatoires de votre politique « françafricaine », relayée sur place par certains de vos « amis », ainsi que de la mondialisation sauvage, néo libérale, que vous appelez de tous vos vœux à travers le fumeux concept « d’Eurafrique », version dépoussiérée en trompe- l’œil de l’obsolète « Françafrique ».
Aussi, tant que les moyens économiques demeureront concentrés dans les mains d’une minorité africaine prédatrice et corrompue avec le soutien et la complicité de leurs parrains étrangers, et aussi longtemps que les redistributions des ressources planétaires resteront inégalitaires, voyez-vous, Monsieur le Président, « l’élite de la jeunesse africaine » continuera à vider le continent, et, ni l’immensité insondable des océans, ni la hauteur démesurée des fils barbelés de Ceuta et Mélilla (enclaves espagnoles), ni enfin votre politique musclée de « reconduites aux frontières » ne pourront venir à bout de la détermination de ceux qui pensent, comme les Abidjanais que :« cabri mort n’a plus peur du couteau ».
Enfin, Monsieur le Président, dans le prolongement de vos élucubrations sur le « Mythe de L’Eternel Retour », vous avez interpellé le paysan africain en ces termes « […] Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. »
Encore une fois, quelle méconnaissance des réalités de la paysannerie africaine ! Et pourtant, les agronomes travaillant dans vos instituts de recherche (ORSTOM, INRA, CIRAD, IRD…), qui ont une longue expérience du terrain africain, auraient pu vous renseigner sur les conditions d’existence quotidienne des paysans africains victimes, non seulement des aléas climatiques naturels, mais aussi et surtout de la détérioration des termes de l’échange. Vous êtes-vous tout simplement demandé, au nom de quelle logique le F.M.I. et la Banque Mondiale interdisent-ils aux pays africains toute subvention à leurs paysans, pendant que les pays développés eux, (surtout les Etats-Unis) n’arrêtent pas de subventionner leurs propres agriculteurs ? Quand l’ « Association des Producteurs de coton Africains » a tenté de défendre ses intérêts face à L’O.M.C, lors de la dernière Conférence sur le coton, ce furent les pays du Nord qui se sont, comme toujours, opposés à leurs légitimes revendications. Vous feignez d’ignorer que les prix du café, du cacao et des autres matières premières dont vivent les paysans africains sont arbitrairement fixés à la Bourse de Londres, New-York, Paris, Milan,… Alors, Monsieur le Président, vos propos sonnent comme du mépris à l’égard de toute la paysannerie africaine brimée par une certaine mondialisation inhumaine et arrogante.
Avant de terminer cette lettre, permettez-moi de soumettre à votre sagacité une dernière question qui me taraude depuis votre visite en Afrique : auriez- vous eu la même outrecuidance, face à un chef d’Etat asiatique, arabe, ou même européen, pour réécrire l’Histoire de son peuple, lui dire avec condescendance qui étaient ses ancêtres, et lui dicter les règles de conduite de sa jeunesse ? Alors pourquoi cela fut-il possible avec les Africains ce 26 juillet 2007, où vous vous êtes arrogé le droit de remonter le temps du plus vieux continent, Matrice et Mère de l’Humanité, et donner des « leçons » à ses habitants ? Peut-être qu’à vos yeux, nous sommes toujours restés d’éternels « Damnés de la Terre »ou bien, il faut interpréter votre discours comme « L’Afrique insultée par elle-même », parce que nous-mêmes n’avons rien fait, pour qu’un étranger, fut-il Président chez lui, ne vienne travestir notre Histoire multi millénaire, profaner notre Mémoire, offenser nos Ancêtres et nos Morts, et nous insulter chez nous. Si aujourd’hui, j’ai davantage « mal à L’Afrique », c’est que, depuis votre forfaiture dakaroise, aucun Chef d’Etat Africain n’a pris la moindre peine de rompre le silence, bravant l’omerta « françafricaine », pour vous apporter une réponse à la hauteur de votre impudence et de votre opprobre, ne serait-ce que pour sauver la face.Il n’empêche que les peuples Africains eux, ont déjà pris acte par- devers leurs dirigeants

Lawoetey- Pierre AJAVON : Enseignant-Chercheur, Président du Cercle d’Initiatives pour l’Afrique (CEDIPA)

 

On va rédiger un Manuel d’Histoire rien que pour Sarkozy
Adame Ba Konaré

Mais si, Monsieur Sarkozy, c'est le rôle de la France qui explique l'état présent de l'Afrique ! dans AFRIQUE de SARKOZY puce2    puce2 dans AFRIQUE de SARKOZY 
 

L’épouse de l’ex-président malien met Nicolas Sarkozy au défi.

N.B. Nous signalons l’excellent livre de Walter Rodney, Et l’Europe sous-développa l’Afrique, Analyse historique et politique du sous-développement, Editions Caribéennes, Paris 1986. A rechercher d’urgence en bibliothèques ou chez les bouquinistes! (MC)

 

BAMAKO (Reuters)
Adame Ba Konaré, historienne et épouse de l’ancien président malien
Alpha Oumar Konaré, a invité dimanche les historiens africains à participer
à la rédaction d’un manuel d’histoire sur leur continent destiné à « mettre à
niveau » les connaissances de Nicolas Sarkozy sur l’Afrique.

L’invitation, rendue publique lors d’une conférence de presse à Bamako,
fait suite aux propos tenus par le chef de l’Etat français en juillet dans
l’enceinte de la prestigieuse université Cheick Anta Diop à Dakar.

L’orateur, dont c’était la première visite en Afrique sub-saharienne depuis
son élection en juin, y avait affirmé que l’Afrique était à la marge de
l’Histoire, qu’elle était immobile, stationnaire.

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré
dans l’Histoire. Le paysan africain (…) ne connaît que l’éternel
recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes
gestes et des mêmes paroles », avait affirmé le successeur de Jacques
Chirac devant un parterre d’intellectuels sénégalais.

Pour Adame Ba, dont l’époux préside aujourd’hui la Commission de l’Union
africaine, « ce sont des affirmations qui reposent sur des poncifs, sur les
théories euclidiennes sur l’Afrique, sur l’imagerie coloniale, qui disaient
que l’Afrique n’avait pas d’Histoire, qu’il fallait venir admirer l’enfance du
monde en Afrique, que l’Africain était installé dans l’immobilisme et qu’il n’ y
avait pas de dynamisme dans les sociétés africaines… ».

L’historienne a expliqué que sa démarche, qu’elle a qualifiée de
scientifique, consistait précisément à produire des connaissances censées
s’opposer à des affirmations qui, selon elle, ne reposaient que sur des
« pseudo-théories ».

« Donc, l’objectif c’est d’inviter mes collègues historiens à produire chacun
un article dans son domaine de compétence académique avant fin 2007.
Lorsque tous les textes seront rassemblés, nous en ferons un recueil à
paraître courant 2008.

« Et nous prendrons les mesures adéquates pour acheminer un exemplaire
de cet ouvrage collectif vers le président Sarkozy et les autorités
françaises, afin de les mettre à niveau de connaissance avec l’Histoire de
l’Afrique », a ajouté l’universitaire.

De nombreux intellectuels africains avaient été choqués par le discours de
Dakar du nouveau chef de l’Etat français, dont les thèses avaient été
jugées par certains comme condescendantes et dépassées.

 

A l’occasion de la visite en France du président du Botswana M. Festus Mogae, la section française de Survival International lui a rappelé le sort tragique des Bushmen du Kalahari et a appelé le gouvernement français à intercéder en leur faveur pour qu’ils puissent retourner vivre en paix sur leurs terres ancestrales. Survival a écrit à M. Bernard Kouchner, membre du comité d’honneur de Survival France, en lui demandant d’intervenir en faveur des Bushmen, ainsi qu’au président Nicolas Sarkozy qui a décoré Festus Mogae des insignes de Grand-Croix de commandeur de la Légion d’honneur pour le « modèle de démocratie et de bonne gouvernance » que représente le Botswana.

Lors d’une conférence donnée par M. Mogae à l’Université de la Sorbonne, il a été interrogé par un porte-parole de Survival sur le sort des Bushmen et plus particulièrement sur la question de leur accès à l’eau à l’intérieur de la réserve du Kalahari central.

Une manifestation a également été organisée devant le du siège du MEDEF où avait lieu une réunion de travail au cours de laquelle le président du Botswana rencontrait des entreprises françaises.

Après avoir gagné un procès historique à l’issue duquel leur expulsion a été jugée illégale par la Haute Cour du Botswana, les Bushmen avaient espéré pouvoir retourner dans leurs anciens villages.

Mais le gouvernement redouble d’efforts pour empêcher les Bushmen de rentrer chez eux. Il refuse notamment de les autoriser à pratiquer la chasse et à accéder à un puits situé à l’intérieur de la réserve, les obligeant à parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour se ravitailler en eau.
Dans le même temps, un projet de mine de diamants d’un coût de plus de 2,2 milliards de dollars a démarré dans la réserve. La mine aura accès à toute l’eau nécessaire à son fonctionnement.

Visite du président Mogae à Paris

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Suite de l’AFFAIRE ARCHE DE ZOE : L’humanitaire est un très gros business.ECOEURANT !

Posté par Isso le 3 avril 2008

ECOEURANT

   Suite de l’AFFAIRE ARCHE DE ZOE

L’humanitaire est un très gros business

  

Texte diffusé le dimanche 25 novembre 2007 de 12 heures à 13 heures, dans l’excellente émission « La Planète Bleue » sur la chaîne de radio suisse romande « Couleur 3 », qui est une chaîne de radio très fiable à tous niveaux. J’ai retranscrit intégralement le texte narré par le journaliste Yves Blanc.

Je cite :

 Quand la fameuse affaire de l’Arche de Zoé a éclaté, curieusement, le Président Sarkozy n’est pas venu au secours des enfants victimes, ni des familles abusées, mais des voleurs d’enfants. Pourquoi ? Pour protéger qui ? Pourquoi Nicolas Sarkozy est-il allé au Tchad chercher les journalistes français et les hôtesses espagnoles ? Pourquoi le président français a-t-il annoncé, haut et fort, qu’il irait chercher lui-même les membres de l’association « Arche de Zoé », quoi qu’ils aient fait, mettant ainsi le feu à un baril qui n’avait pas besoin d’arrogance pour s’enflammer. S’agit-il d’une maladresse due à la précipitation, ou l’affaire des illuminés de l’Arche de Zoé cacherait t-elle une autre affaire autrement grave, bien plus glauque, qui aurait conduit le président français à la gaffe internationale ? 

Y aurait-il des imbrications entre l’exfiltration d’enfants tchadiens vers l’Europe, l’industrie pharmaceutique, et les milieux d’affaire ? Chaque jour qui passe voit apparaître de nouvelles questions. Pourquoi et comment l’association l’Arche de Zoé, a-t-elle bénéficié de passe-droits au ministère des affaires étrangères, au ministère de la défense, voire au ministère de l’intérieur ? Pourquoi et comment l’association l’Arche de Zoé, a-t-elle pu utiliser les avions Transal de l’armée française, pour transporter son matériel de N’Djaména à Abéché ? Pourquoi les services du ministère français de la défense, connaissaient-ils le plan de vol du Boeing affrété par Eric Breteau, le président de l’Arche de Zoé ? Le Boeing atterrit à Abéché, un aérodrome sous contrôle militaire tchadien … et français, certains gradés français étant présents dans la tour de contrôle. C’est depuis Abéché, que, grimés en blessés, les gamins devaient embarquer dans l’avion garé en bout de piste. Est-ce que les moyens tout à fait étonnants dont a profité l’Arche de Zoé, est-ce que la précipitation maladroite du président Sarkozy, à s’impliquer personnellement dans l’affaire, aurait un rapport avec le financement trouble de l’association l’Arche de Zoé ? Cette affaire, qui est tout le contraire d’une histoire de pieds nickelés, soulève tellement de questions, que certains se demandent aujourd’hui, si derrière cette bavure humanitaire, ne se cache pas une affaire d’une toute autre ampleur, une affaire d’expérimentations thérapeutiques sur des patients pas du tout volontaires. 

L’association l’Arche de Zoé est une initiative d’un organisme français Paris Biotech Santé. Elle est financée par une société de développement de produits pharmaceutiques BioAlliance Pharma, dont le propre frère du président, François Sarkozy, est vice-président du conseil de surveillance. Certains observateurs se demandent si BioAlliance Pharma, qui mène des recherches sur le sida et pratique des essais thérapeutiques, n’aurait pas un lien avec l’affaire des infirmières bulgares, dont la libération avait déjà été négociée par la famille Sarkozy. Quelles sont les réelles activités de BioAlliance Pharma, dont fait partie le frère du président Sarkozy ? La compagnie développe des médicaments pour traiter des maladies décrites comme mille fois plus virulentes en Asie du Sud-Est et dans l’Afrique subsaharienne que chez nous. Pour développer ces traitements la société pratique des expérimentations sur des patients, comme par exemple pour le Loramic, cinq cent quarante patients répartis sur quarante sites différents à travers le monde. Stéphanie Lefèvre, la secrétaire générale de l’Arche de Zoé, est directrice adjointe de Paris Biotech Santé. Et François Sarkozy, le frère du président, figure avec elle parmi les membres du comité d’évaluation de cet organisme spécialisé dans la recherche bio-médicale. D’où les questions qui enflent sur le web. Y aurait-il un rapport entre ces sociétés pharmacologiques, et l’intervention du président Sarkozy au Tchad. C’est comme la maladie d’Alzheimer, devenue grande cause nationale française, aussitôt après l’élection de Nicolas Sarkozy. Cette déclaration surprise aurait-elle un rapport avec le fait que son frère, François Sarkozy, siège à AEC Partners, dont le principal client est l’américain Pfeizer, leader mondial de l’industrie pharmaceutique, et spécialiste du traitement de la maladie … d’Alzheimer. Au printemps dernier, le Nigéria a attaqué devant la justice internationale le géant Pfeizer, qui aurait je cite : « effectué en 1996, de façon illégale, l’essai clinique d’un médicament, le Trovan, sur deux cents enfants » fin de citation. L’inventeur du Viagra aurait secrètement utilisé des enfants comme cobayes, pour tester de nouvelles molécules, sous couvert d’aides humanitaires. Onze enfants sont morts lors de ces tests. D’autres ont subi de graves séquelles : surdités, paralysies, lésions cérébrales, cécités. Le Nigéria réclame dix milliards de dollars à Pfeizer. C’est le Washington Post qui a révélé le scandale. Le journal belge sept sur sept s’interroge lui aussi sur le rôle de Paris Biotech Santé, où travaille Stéphanie Lefèvre, la secrétaire générale de l’Arche de Zoé, et François Sarkozy le frère du président. Je cite « L’Arche de Zoé n’est pas une histoire d’amateurs. Ils sont très professionnellement organisés, et ne manquent pas de fonds et de soutiens, en tout genre. La soit disant « petite » association semble avoir préparé cette opération au Tchad, avec beaucoup de relations d’influence, et de moyens techniques et financiers. » Fin de citation. 

Pourquoi le président Sarkozy veut-il aller récupérer les militants de l’Arche de Zoé au Tchad ? Pourquoi a-t-il voulu aller récupérer les infirmières bulgares en Lybie ? Est-ce que c’est juste pour faire le beau, pour parader devant les caméras du monde entier, ou est-ce que tout en haut de l’état français, on redouterait que des choses finissent par se dire dans les geôles africaines. On évoque notamment des expérimentations humaines financées par de puissants labos de biotechnologie, sous couvert d’aide humanitaire. Non, non, bien sûr, çà se serait de la science fiction !    Fin de citation 

Voilà un quinquennat qui est reparti sur les chapeaux de roues comme les derniers septennats et quinquennats, dans les histoires de magouilles, de mafias, d’aide et de protection de la petite famille et des amis. Bref, écoeurant, une fois de plus !

De : L B

Envoyé : jeudi 3 avril 2008 09:39

Objet : TR: COLOMBIE – « Si Ingrid meurt, tout le monde sera perdant »

Bonjour tt le monde,

Soutien pour Ingrid.

Pour les intéressés, sachez que le dimanche 6 avril aura lieu une marche blanche sur Paris.

Pour information, ce matin j’ écoutais sur RMC, sa soeur Astrid, qui disait clairement que sa grève de la faim n’ était que pure fantaisie des FARC.

Car cesser de se nourrir pendant 5 semaines amène à la mort…

A bon entendeur.

B.L.

AVIS AU LECTEUR

issopha77.jpg

Au lecteur , trouvez ci-dessous un extrait de l’échange que j’ai eu avec un collègue sur le sujet de la possible libération de la franco-comobienne Ingrid Bettancourt , retenue par les Forces Armées de Libération Colombienne ( FARC ).

Issopha , administateur du Blog  http://issopha.unblog.fr

Manif de  soutien le 06 avril à Paris :

Ingrid Bettancourt ou le million et demi de victimes du génocide rwandais ? that’s the question !

 

De : Issopha

Envoyé : jeudi 3 avril 2008 11:30
 

À : L. B.

Objet : Manif de  soutien le 06 avril à Paris : Ingrid Bettancourt ou le million et demi de victimes du génocide rwandais ? that’s the question !

 

 

Laurent  , ah ! Laurent ,

Merci de ta sensibilisation , démarche honorable.

Toutefois , au risque de te choquer ,

Je ne me mobiliserai point pour cette cause ( Ingrid Bettancourt )

Que non !   je ne me mobiliserai point pour cette cause qui d’ailleurs m’apparait plus colombienne que française ( en dépit des origines de l’intéressée, ).

Mieux , je ne me mobiliserai pour cette cause  que :

  • lorsque justice aura été rendue aux victimes des zozos de Zoé…  ces 103 enfants d’abéché et Adré passés pour orphelins et  présentés comme voués à un destin malheureux sur la Terre d’Africa , guerre du Soudan oblige ! Des nèfles !

 

  • Lorsque les médias de France  auront au moins pris des nouvelles de ce que sont devenus ces enfants qui n’ont pas demandé ( contrairementr à ce que l’on vous sert ici  , à être exfiltrés pour un eldorado français qui n’existe d’aileuuers que dans les fantasmes de cveux qui n’y ont jamais vécu. Allez demander aux futurs virés d’Arcelor Mittal à Grandrange . Soulager les familles farnçaises sans enfants…non mais…L’afrique , ce n’est pas le Leader Price de l’enfance malheureuse à sauver  , hein !  .Au-delà de la précarité matérielle , il y fait mieux vivre en termes d’affect , et de lien social qu’ici ( France ).

Je ne me mobiliserai pour cette cause « ingridienne » que :

  • lorsque politiques et médias de France se seront enquis du sort de l’interprète tchadien qui lui n’a bénéficié d’aucune grâce , resté dans les geôles de Ndjamena ,  et pour lequel il n’y a eu aucune médiation de la part de quelque Arche de Zoé ( il était à leur service ) ou ONG pavées de bons sentiments humanitaires.

Mouais , il s’est mis la tête dans la m…et le voilà abandonné à la vindicte du régime Déby , à cause de ceux là même qui se faisaient joliment appeler «  Children Rescue ». Solidarité internationale vous dites  , les zozos de zoé étaient tant que ça sincères dans leur démarche ? Libérez donc l’interprètre , et ils auront fait acte de bravoure et de compassion.

Voilà. Revenons à …vos émotions !

Ingrid , on entend que ça à longeur de journée , le monde ne s’arrête pas de tourner aux portes de sa cellule  , nom de nom !  il y a de milliers de tas d’autres prisonniers politiques hautement plus prestigieux que bettancourt , et ayant eu une plus grosse influence sur la politique intérieure de son  , qui croupissent dans les prisons du monde  , sans quà ce jour personne ne s’en émeuvent , au pays supposé  des droits de l’homme…L’émotion de mode( Sarkozy l’a politiquement consacrée )  , les médias la construisent , à force de bassiner les oreilles avec cette histoire d’Ingrid et même de la violation des DH en Chine , , on en vient à oublier que les pbs sont encore autrement pire ailleurs , et bien plus encore , en France…

La dictature médiatique de l’émotion unidirectionnelle  , c’est sans moi. J’ai choisi de regarder …au-delà !

Ingrid Bettancourt ,

Ah la pauvre Ingrid qui ne fit jamais même 1%  d’intentions de vote en Colombie quelques mois avant son enlèvement par les Farc.

Ingrid qui ne fut pas à ce point là une bête politique que les médias de France nous dépeignent…Ecoutons les médias autres , d’Amérique latine par exemple, on en a pas la même lecture , même si on reste solidaire du malheur qui frappe la famille Bettancourt et tous les autres prisonniers nommément inconnus.

Le petit Kaiser ( Carlito )  veut en tirer des bénéfices politiques personnels  comme il l’a déjà fait avec l’affaire des infirmières bulgares , alors que l’Allemagne ( qui s’en est offusquée )  s’y activait depuis longtemps déjà , je ne participe pas de ce vaudeville de mauvais goût.

Idriss Déby au Tchad a fait enlever un opposant à son régime qui n’est tjs pas retrouvé à ce jour , peut-être mort déjà. La presse française , dans son élan ponctuel émotif  , en a fait une antienne qui a duré quelques jours. Et puis plus rien. Les lampions de l’épisode Arche de zozo se sont éteints , ou presque ! déby a été remis en selle par le cerbères du régime de Carlito , au grand dam du peuple tachdien qui ne demande qu’à se débarrasser de cette gangrèbne mis au pouvoir par le grand Mitterand lui-même.

De cet opposant enlevé ,  aujourd’hui , qui en parle ?  qui en parle ?

Nobody !

Alors , braves gens , sauf vos respects , je ne me sens guère concerné par le drame politico-médiatique qui se joue au fin fond de la forêt colombienne.

Mon indépendance de pensée , j’y tiens plus qu’à la prunelle des yeux d’Ingrid.

Cynique ? certains le penseront , et je leur reconnais ce droit.

Mais moi Je dirais…excédé et désabusé  de cette hiérarchisation qui se déploie , nauséabonde ,  sous mes yeux d’observateur extérieur . Hiérarchisation des causes bonnes , drames et malheurs humains qui se jouent des deux côtés de l’équateur.. Ce qui est humain  est universel. La distance  , la couleur de la peau , l’étrangéité d’une culture , le complexe de supériorité et de compassion  de certaines ONGs ne justifient guère que l’on privilégie un drame au détriment d’un autre.

Ça s’était déjà passé comme ça au Rwanda en 1994 , au Congo en  1997…des gens se sont tailladés à la machette sous le mutisme suspect et même parfois l’aide logistique de l’ancien colon français et belge…La communauté internationale ne s’en est émue que lorsque les bras , jambes  , têtes , et autre boyaux  de pauvres Tutsis essaimaient lesd rues de Kigali…

Le régime de Mitterand n’envoya jamais un avion chargé de bons sentiments humanitaires , sauver ce qu’il restait encore d’humanité dans ce coin du monde.

Alors Ingrid , messieurs , trop peu pour moi.

  • . Au fait  , le même 6 avril , de marche blanche sur Paris pour Ingrid , n’est ce pas Laurent , ce sera le 14e anniversaire du début du  génocide des Tutsis au Rwanda qui a fait 1,5 million de victimes , sous le regard complice des animateurs mitterandiens de la Françafrique.

  • Pour rappel ce génocide a commencé le 06 avril 1994. Les Hutus  au pouvoir , soutenus  , défendus et armés par la France sous Mitterand, défendaient leur pouvoir , fantasmagoriquement menacé par la minorité Tutsie. Il s‘en est suivi ce que tu sais.

Le savais tu ?

Penses tu que des mobilisations seront organisées devant la mairie de Paris pour se souvenir du 1,5 million de ces rwandais qui pourraient être autant d’Ingrid , de Bettancourt et de Lorenzo   ? Non , parce que , pour une fois , la France , pays des DH est impliquée manifestement dans ces événements là. Les vies ou plutôt morts d’1,5 million d’africains sont-elles moins importantes que celle d’1 Ingrid prétendument à l’article de la mort ?

Ah ! tu te sens mal tout d’un coup hein !

Ah oui , le 06 avril aussi , ce sera le 24e anniversaire du putsch manqué au Cameroun contre le régime Biya , qui a contraint l’ancien chef d’Etat Ahmadou Ahidjo à l’exil à Dakar ( précisons que lui aussi a bradé le pays aux pontes de la métropole française) …Depuis lors , le Cameroun est  devenu l’un des régimes les plus repressifs ( + de 100 morts à douala et yaoundé en février suite aux manifs contre la vie chère ) et les plus corrompus qui soient. Avec la bénédiction de Sarko et ses amis , ces investisseurs prédateurs à qui nos gouvernants illégitmes cèdent tout  , en échange d’espèces sonnantes et trébuchantes ou autres privilèges. 

Jean-Marie Bockel  , ancien SG d’Etat à la coopération , en a  eu pour son grade. Il a haussé le ton , le téméraire transfuge du PS , pour rendre la rupture sarkozyenne  réelle avec les caciques de la Françafrique  .Résultat :  foutu aux anciens combattants ! ça lui apprendra à fourrer son nez dans les affaires du petit kaiser et de  ses potes Bolloré et Bouygues.

En as-tu entendu parler ?

Les médias t’en ont-ils renseigné ? as-tu fait un effort d’investigation personnelle pour comprendre ce qui se passe en réalité , avec le jeu de la France dans son ancien pré-carré colonial , fut-elle représentée par d’officieux émissaires  ?  Ta réponse m’intéresserait !

Pourtant depuis plusieurs mois , on me bassine les oreilles avec Ingrid. Depuis la libération de Consuela  , sa collaboratrice , sais tu combien il y a eu de morts dans le monde  ? combien il y a eu  de pauvres gens enlevés et mis en prison ?

Des milliers et des milliers dont les vies valent autant que celles d’Ingrid Bettancourt…et entre ces victimes , beaucoup sont des prisonniers politiques.

Faisons gaffe à ne pas nous laisser enfermer dans les urgensces , les problématiques et les causes désespérées  que certains nourrissent eux-mêmes , politiquement ,  populairement , à grands renfiort de médias , dans l’optique d’en tirer eux-mêmes des bénéfices. Et Sarkozy , en perte de vitesse sur tous les fronts de sa politique intérieure , n’espère que ça : rehausser son prestige  en obtenant la providentielle libération d’Ingrid ( ce qui serait d’ailleurs la victoire de Chavez , mais tu connais Carlito , il prend tout ce qui n’est pas à lui ) . Il s’agit aussi de  divertir la masse , embrouiller certains médias sans caractère qui vont entonner « l’Hosanna Citoyen Carlito ! » . Et pendant ce temps , ses lieutenants de l’Elysée et du carré dirigeant de l’UMP ( Tiens! Xavier Bertrand rentre dans la bande ) vont orchestrer une belle campagne de passage en force de mesures qui seraient passées pour impopulaires , il faut donc occuper le peuple ,l’amuser ou l’émouvoir ,   par  médias interposés, lui mettre quelque chose sous la dent . En ce moment c’est la Chine et son non-respect des DH, Ingrid  et les FARC , et le ravissement des Anglais pour la leçon de style de Carla , la Bru ( nie ) de Dadou !

Une belle diversion se prépare …et ça semble marcher , comme d’habitude. Le peuple , accaparé par l’urgence de survivre pour beaucoup d’entre ces braves gens , ne voient rien venir. Au vu de la mobilisation qui « mobilise »  la France … de Sarkozy ( la millième pour Ingrid ! et  traditionnelles Banderoles …et Lorenzo son fils et  tralala et  tralala devant la mairie de Paris ).

Sans moi.

Sans rancune.

Sur ce  , je vous souhaite le bonjour.

Issopha ,

http://issopha.unblog.fr

L’humanitaire est un très gros business

Laure Lugon Zugravu Suite de l'AFFAIRE ARCHE DE ZOE : L'humanitaire est un très gros business.ECOEURANT ! dans MENSONGES D'ETAT puce2   puce2 dans MENSONGES D'ETAT
 

Laure Lugon Zugravu, journaliste, est partie couvrir des guerres. Dans un livre (Au crayon dans la marge), elle décrit les aspérités de son métier avec franchise et mordant.

 
Vos reportages en Irak, au Kossovo et en Afrique ont été publiés dans “L’illustré”. Pourquoi en faire un livre?C’était une nécessité, un besoin presque thérapeutique. Quand vous faites ce genre de reportages, vous prenez tout en pleine figure. On vous demande d’écrire une histoire excitante, un article “punchy”. Vous l’écrivez, mais vous n’avez pas de recul. Et que faites-vous de tout ce que vous avez vécu là-bas? Avec du temps, de la distance, les choses se sédimentent. Et un jour, elles ressortent différemment.

Votre livre s’intitule “Au crayon dans la marge”. Dans la marge de quoi?

De la guerre. Dans ces régions, les contacts humains se font plus vite et sont plus forts. Les gens que j’ai corisés là-bas m’habitent. Ce livre est une galerie de portraits, un hommage. C’est aussi une façon de poser mon sac. J’ai arrêté de voyager lorsque j’ai voulu avoir des enfants. C’est d’ailleurs à eux que je lègue ce livre.

Vous avez traversé des moments de doute, d’angoisse et de solitude. Pourquoi être repartie quand même?

Je crois qu’on fait des choses d’abord pour soi. On croit qu’on veut sauver le monde mais, au fond, c’est soi-même qu’on veut sauver. J’avais besoin de découvertes, d’aventures. Pour se connaître soi-même, il faut se confronter aux autres. Oser remettre ses valeurs en question. C’est une manière de se prouver qu’on existe, qu’on est capable de s’adapter. Et ça secoue! ON regarde, on est spectateur et, des fois, c’est dur de rester spectateur, de ne pas être partie prenante.

Qu’avez-vous retiré de ces reportages?

L’impression qu’il n’y a pas une vérité. Il n’y a pas les bons d’un côté et les méchants de l’autre. J’ai passé une excellente soirée chez un marchand d’armes et me suis copieusement ennuyée avec un humanitaire! Le monde n’est ni noir ni blanc, mais chaotique. Une guerre révèle le pire mais aussi le meilleur de l’être humain. A l’inverse, c’est difficile d’être un héros ici. J’ai plus d’admiration pour des mères célibataires qui se démènent pour joindre les deux bouts que pour des humanitaires qui vont se faire mousser au milieu du désert dans des 4 x 4 blindés!

Vous traitez certains confrères de «connards infatués, de prétentieux excités, d’ego surdimensionnés». Vous dénoncez ce «cirque médiatique». N’est-ce pas cracher dans la soupe?

Non. Dans mon bouquin, tout le monde en prend pour son grade, moi y comprise.

Les organisations humanitaires vous ont désabusée.
L’humanitaire est un très gros business. L’Unicef, l’ONU, le Programme alimentaire mondial sont des machines énormes. Ils créent des réflexes d’assistanat, de dépendance, et je pense qu’ils profitent davantage aux céréaliers américains ou à la pharma – qui touchent le pactole – qu’à ceux à qui ils sont censés bénéficier.
Quand une armada d’humanitaires et de médias débarque dans une région en crise, tout ce monde est logé dans les meilleures conditions. Cela provoque une flambée de l’immobilier. On amène des tonnes de nourriture par avion qui sont distribuées gratuitement. Ça fait baisser la production locale et encourage le marché noir. Bref, ça déstructure complètement le peu de tissu économique qui existe.

L’affaire de l’Arche de Zoé ne vous a donc pas étonnée.

Non. Si ça s’est vraiment passé comme on le découvre, alors c’est une bande de pieds nickelés. Je suis très méfiante vis-à-vis des opérations coup-de-poing. Il y a une nouvelle forme de prosélytisme de la part de ces gens qui veulent aider les pauvres qui s’apparente à une forme de néocolonialisme, même s’ils n’en sont pas forcément conscients.

Faut-il arrêter de soutenir les organisations humanitaires?

Je ne sais pas quoi dire. On fait des dons d’abord pour soulager sa conscience. On est riche, on est bien, on veut aider. Il faut y aller avec discernement, être très prudent. Avant de faire un don, il faudrait se poser la question de la finalité de l’aide. S’il y a le paquet de riz, mais rien après! Il ne faut pas habituer les gens qui vivent dans ces pays à être dépendants de cette aide, à tout attendre. C’est très compliqué. Mais moi, je ne donne pas.

Comment aider durablement ces pays?

Ce n’est pas l’aide au développement qui fera décoller ces pays de la pauvreté et de l’endettement. A mon avis, une amélioration à long terme passe par des mesures économiques à grande échelle…
[…]

D’où vient cette attirance pour l’Europe de l’Est?

Mon mari est d’origine roumaine, je parle roumain. Nos «cousins de l’Est» sont plus expansifs. On se sent vivre avec eux.

Source : Coop magazine
Laure Lugon Zugravu, Au crayon dans la marge, éditions Faim de siècle

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