Regards africains sur la « première guerre du siècle » , par Jean-Marc ELA in Le Monde diplomatique , septembre 2002

Posté par issopha le 19 décembre 2008

 

Regards africains sur la « première guerre du siècle »

par Jean-Marc ELA in Le Monde diplomatique , septembre 2002

 

« Après ce funeste 11 septembre, écrit un jeune Camerounais dans le journal Regard nouveau  (1), les Etats-Unis d’Amérique ont transformé leur ambassade à Yaoundé en véritable blockhaus. La descente qui côtoie le Centre culturel américain de même que les deux axes qui communiquaient avec le carrefour Abbia sont complètement obstrués, rayés de la circulation par l’Oncle Sam, paralysant du même coup l’activité commerciale dans cet important secteur de la capitale, et les automobilistes sont obligés d’effectuer de longs détours pour contourner le no man’s land américain. Difficile d’imaginer l’arrogante Amérique laisser quelque pays que ce soit ériger un mini-Etat au beau milieu de Washington… » Cette réaction exprime, en dépit des mythes fascinants que véhicule un cinéma de pacotille au fond des bidonvilles en expansion, le ras-le-bol des populations du Cameroun, considéré comme une « Afrique en miniature ».

Face à l’arrogance avec laquelle les Etats-Unis tentent d’imposer leur domination jusque dans le rapport au sol en territoire étranger, on comprend les « larmes de crocodile » des Camerounais : s’ils n’ont pas caché leur indignation devant la terrible tragédie du 11 septembre, ils y ont vu « un châtiment de Dieu », et ils se demandent si les Américains s’inquiètent, eux, « quand il y a des génocides en Afrique  (2) ». Dans la rue, au bureau, la perception des attentats de New York et de Washington est liée à la mémoire des horreurs que la puissance américaine a fait subir à de nombreux peuples : « Les Américains et leurs alliés, dit-on, ne se posent jamais de questions lorsque, au nom de la démocratie et de la liberté, les populations civiles sont prises pour cibles lors des bombardements punitifs »…

Il est vrai que ces attentats ont frappé le noyau central de la « civilisation occidentale », les Etats-Unis. Mais, après les bombardements américains en Afghanistan, peut-être le moment est-il venu de retrouver l’« honneur de penser ». Ce qui domine dans l’opinion mondiale, c’est le point de vue du Nord. Loin d’être innocent, il sert d’alibi aux pays riches pour imposer un système de sécurité de la mondialisation libérale. Il importe pourtant de procéder à l’inversion du regard à partir des « damnés de la terre », afin de repenser les relations internationales.

Au moment où l’Occident s’américanise  (3), il faut se demander s’il ne se réapproprie pas la culture de cow-boy qui ressurgit au pays de l’Oncle Sam, quand M. Bush s’engage dans la « première guerre du XXIe siècle », en réactualisant l’esprit du Far West pour traquer « partout où elles se trouvent » les forces du Mal  (4).

Les politiques sécuritaires élaborées sous la tutelle de Washington ne tolèrent aucune dissidence, sous prétexte de combattre le terrorisme. Ainsi, pour faire plaisir à l’Amérique et recevoir une aide économique, des dictateurs africains s’aplatissent, prétendant dénicher des « cellules d’Al-Qaida » après avoir « ben ladenisé » leurs rebelles locaux, cherchant ainsi à échapper aux critiques des organisations de protection des droits de la personne.

Au-delà du continent noir, ce défi pose la question de l’Etat de droit dans une ère de conquête des ressources stratégiques où les puissances hégémoniques et assoiffées d’or noir font la loi. Aussi, en rupture avec les références à la « nébuleuse islamique », qui ouvrent la porte à toutes sortes d’amalgames susceptibles de réveiller les vieux réflexes de l’histoire des croisades, il faut resituer les événements dans le contexte de la politique étrangère des Etats-Unis pour en saisir le sens et le message.

En fait, l’histoire doit retenir que les attentats de New York et de Washington ont fait voler en éclats le mythe de l’inviolabilité de l’Amérique, déjà mis à mal, en février 1993, lors de l’attentat d’Oklahoma City. Ce qui est ébranlé en profondeur, c’est la croyance à un imperium érigé par les Etats-Unis sur toute l’étendue de la terre. Dans l’après-guerre froide, les Américains étaient habités par la conscience d’être le « dernier empire ». Depuis le 11 septembre, « les gens apprennent à vivre avec le doute et la peur  (5)  ».

Après avoir détruit ailleurs des vies humaines plus qu’on ne l’aurait imaginé et semé la terreur dans les pays où, avec l’aide de la CIA, ils ont appuyé, armé ou mis en place des régimes militaires et des dictatures sanguinaires en humiliant des peuples entiers et en brisant avec violence les mouvements de lutte pour la liberté et la démocratie  (6), les Etats-Unis se retrouvent fragiles comme les autres peuples de la terre.

Tout indigène est suspect

Dès lors que le géant tremble et que le héros se comporte en victime, n’est-ce pas tout le monde occidental qui vit désormais dans l’inquiétude ? Mais face à l’ennemi invisible et sans territoire, l’avenir est-il dans le resserrement des frontières ? Dans un monde d’inégalités et de conflits où le flot d’immigrés et de réfugiés n’est pas près de se tarir, à qui profite le mur de Berlin qu’on reconstruit au sein de l’Occident ? Devant ce défi, il semble nécessaire de repenser le rapport à l’autre, en l’occurrence l’Africain ou l’Arabe, en rupture avec les mythes et les préjugés qui, comme le montre Edward Said, les ont vidés de leur humanité dans le contexte de l’expansion coloniale  (7). En outre, une question s’impose : les puissances politiques et économiques qui dépensent des milliards de dollars dans l’armement peuvent-elles résister à l’état de guerre, dès lors qu’elles s’installent dans la peur de voir s’écrouler les fondements de leur hégémonie ?

Secoués, les Etats-Unis, qui nourrissent la prétention de devenir le gendarme de la planète, risquent de sombrer dans une paranoïa contagieuse, avec la création de périmètres de sécurité destinés à enfermer les « barbares » dans leur enclos. En examinant les lois musclées adoptées dans la lutte contre l’« axe du Mal », on doit s’inquiéter des effets néfastes de ces mesures pour les pays du Nord eux-mêmes. Qu’il suffise de souligner la tendance à gouverner par l’inquiétude en entretenant un imaginaire de menace à travers les dispositifs sécuritaires qui portent atteinte aux libertés fondamentales. Remarquons aussi les pouvoirs accrus accordés aux policiers. On s’oriente vers un Etat répressif qui s’autorise à faire irruption dans la vie privée en justifiant le contrôle du courrier postal et électronique au nom de la lutte contre le terrorisme.

Les gens venus d’ailleurs risquent de se faire matraquer par des policiers qui agissent en toute impunité et se comportent comme s’ils étaient au-dessus des lois quand il s’agit de défendre l’ordre marchand. L’autre qui vient du Sud est la cible de l’arsenal répressif mis en place par les gouvernements qui lient crime et immigration. Pour les cerbères qui veillent à la porte du Temple, le soupçon est de rigueur sur tout indigène débarquant dans un aéroport européen et nord-américain, où porter le turban, le boubou ou la djellaba est devenu un risque énorme. Tout se passe comme si venir d’au-delà de la Méditerranée était synonyme d’appartenance à un réseau terroriste. On doit s’interroger sur le retour à la barbarie en Occident.

Au-delà des schémas usés, il faut poser les rapports du monde occidental et des pays du Sud en termes de peuples vieux et de peuples jeunes dont l’irruption dans l’histoire est un mouvement irréversible à l’ère des nouvelles mobilités. Dans cette direction, aucun Etat, si puissant soit-il, ne peut échapper à la nécessité de se regarder lui-même afin d’exorciser les monstres qui l’habitent. La véritable riposte aux attentats du 11 septembre, c’est la remise en question de l’attitude des pays riches à l’égard des humiliés de la terre.

Remarquons la fatigue des pays riches face à la clameur des pauvres. Malgré les cris d’alarme sur l’expansion du sida, le sort des pays contraints de vivre en bordure du monde demeure l’urgence oubliée. « D’abord le terrorisme, plus tard la pauvreté », ont, en substance, déclaré les ministres des finances du G 20 réunis le 16 novembre 2001 à Ottawa. Au sommet du G8 à Kananaskis (Alberta), les 26 et 27 juin 2002, le projet de voir les pays riches accorder à l’Afrique plus de la moitié de leurs nouveaux budgets d’aide s’est heurté au mur américain. Or toute alliance contre le terrorisme n’a de sens que si elle s’emploie à réduire l’immense terreau dont il se nourrit. Ce terreau est fait de pauvreté et d’injustice. On ne peut continuer à mener l’humanité vers de telles inégalités.

Si la puissance ne se réduit pas au pouvoir de polluer et de détruire, de tuer et de conquérir, de confisquer et de dominer, l’Occident ne doit-il pas inventer une autre manière de vivre en participant au relèvement des peuples longtemps crucifiés ? Il ne s’agit pas de transformer ces peuples en assistés mondiaux, mais de répartir les richesses de la planète en sachant que les « damnés de la terre » ne peuvent accepter de demeurer indéfiniment les « rien du tout ». Dès lors, la sécurité n’est pas l’affaire des policiers ou des gendarmes. Elle est un fruit de la justice. Cela exige de changer de paradigme et de retrouver le désir de faire sens dans les sociétés de la grande bouffe.

Jean-Marc Ela

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SCIENCES ET INITIATIVES POUR L’AFRIQUE : cycle de conférences du 04 au 18 octobre 2008

Posté par issopha le 2 octobre 2008

SCIENCES ET INITIATIVES POUR L’AFRIQUE :  

Cycle de conférences tous les samedis du 04 au 18 octobre 2008

  

COMMUNIQUE

SIA vous convie à participer à une initiative citoyenne. 

Comment ? En participant à l’éveil des jeunes africains du continent et de la diaspora aux sciences. 

L’objectif ? un développement maîtrisé POUR et PAR les peuples africains et leurs descendants.  

Dans l’immédiat, vous pouvez apporter votre soutien et contribution pour le financement de la caravane scientifique qui se déroulera très prochainement en Côte d’Ivoire, dès la fin octobre 2008. 

Les deux éditions de la caravane scientifique de SIA au Mali du 23 juillet au 11 août 2007 puis récemment du 26 juin au 28 juillet 2008 ont permis de passer de la parole à l’acte. 

Cette initiative concrète qui a rencontré un succès retentissant auprès des élèves, parents d’élèves, professeurs et des institutions éducatives est vivement souhaitée et désormais attendue sur place pour se poursuivre tout le long de l’année scolaire 2008-2009 en se basant sur l’implantation d’une maison de la science à Bamako et d’une maison de l’astronomie à Sangha en pays DogonAfin de poursuivre la caravane scientifique dans d’autres pays africains, dont Côte d’Ivoire, en cette fin d’année 2008, nous avons besoin de rassembler des fonds qui nous permettrons de disposer de moyens logistiques pour une durée de 2 semaines de caravane scientifique en Côte d’Ivoire.   SIA, dans un avenir proche, c’est aussi :  Construire des maisons des sciences bien équipées dans différents pays d’Afrique et de sa diaspora (à commencer par la maison de la science de Bamako dès l’année 2009), pour aboutir in fine à la création d’instituts de recherche panafricains.  

Participer ou favoriser le financement de recherches médicales (vaccins contre le paludisme, sida, drépanocytose…), archéologiques, …  Repérer les élèves les plus méritants (ce que permet aussi la caravane scientifique) et leur octroyer des bourses d’étude.  

Sciences et Initiatives pour l’Afrique
Association SIA, N° de compte à La Banque Postale : SCE 61 571 11 C
 

Conférence du 4 octobre 2008 SIA - La Science en Afrique
Conférence du 11 octobre 2008 SIA - La Science en Afrique

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Mugabe ou L’Esprit Zimbabwéen Contre l’Orage Qui s’Annonce

Posté par issopha le 21 juillet 2008

Mugabe ou L’Esprit Zimbabwéen Contre l’Orage Qui s’Annonce

 

Mugabe ou L’Esprit Zimbabwéen Contre l’Orage Qui s’Annonce dans AFRIQUE : Ceux qui luttent barre-africamaat

Molefi Kete Asante qui a enseigné au Zimbabwé et formé les premiers journalistes du pays, s’indigne du climat d’hostilité médiatique actuel contre Mugabe.

 Mugabe ou L’Esprit Zimbabwéen Contre l’Orage Qui s’Annonce

Avant-propos d’Africamaat

Comme vous avez pu le constater, depuis quelques mois, les média occidentaux ont accentué leur pression médiatique sur le régime de Mugabé en le présentant aux masses mondiales comme un dictateur sanguinaire tout en passant sous silence leurs agissements diaboliques contre l’Afrique et les Africains.

Compte tenu du fait, que des jeunes panafricains aux Antilles et ailleurs, pourraient tomber dans le piège occidental de l’embrigadement médiatique, contre les pères de l’indépendance africaine (au sens strict du terme) qui ont tous été liquidés par puissances impérialistes car ces derniers voulant une Afrique et ses richesses appartenant aux seuls occidentaux, nous allons donc faire sur africamaat.com de cette problématique « Mugabe », un cas d’école, un dossier d’étude, un exemple de l’imagination machiavélique impérialiste occidentale afin qu’à l’avenir, nous ne soyons plus les jouets des média du nord.

Nous redemandons encore à France 24 de diffuser et de mettre sur le web notre débat télévisé sur Mugabé tenu face à des personnalités américaines et anglaises toutes anti-Mugabé, que nous avons enregistré dans leurs locaux afin que le public soit bien informé. Car quand on a rien à cacher, on n’agit pas de la sorte !

Le mensonge aura beau courir une année, la vérité le rattrapera en un seul jour !

Allocution du frère Molefi Kete Asante sur son expérience au Zimbabwé et la cambale médiatique occidentale contre Zimbabwé…

asanteparis-2 dans DE LA PROPAGANDE

Le déploiement de l’initiative anti-zimbabwéenne de la Grande-Bretagne et du gouvernement des États-Unis est une partie de l’idéologie raciste de l’Occident contre le Zimbabwe libre et indépendant. En tant qu’Africain Américain qui a travaillé et a habité au Zimbabwe juste après le deuxième Chimurenga [1]je suis consterné par l’absence de discernement chez ceux des Zimbabwéens qui soutiennent les activités du Mouvement pour le Changement Démocratique (MDC ), un parti financé par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

En effet, Samora Machel disait que «  la lutte pour la libération est une université. » Le seul problème est que beaucoup de personnes ne sont jamais allées à la guerre pour leur libération. Harriet Tubman a dit qu’elle aurait pu sauver mille esclaves au lieu des 300 qu’elle conduisit à la liberté si elle eut pu les convaincre qu’ils étaient des personnes asservies.

En fait, ce que nous voyons au Zimbabwe est la tentative de la part des groupes conservateurs américains alliés à des groupes britanniques d’introduire un cheval de Troie au sein de la nation zimbabwéenne. Ceci est prévisible. C’est le modèle de la déstabilisation et c’est une honte que plusieurs de nos propres chefs aux Etats-Unis n’aient pas compris l’intention de sanctions contre le Zimbabwe.

Morgan Tsvangirai est une création des fermiers blancs du Zimbabwe. Par leur argent, comme on le voit avec l’appui que reçoit Tsvangirai du fermier blanc Roy Bennett, trésorier du MDC [2], et d’autres blancs, le MDC a pu acheter des voix, influencer les populations paysannes dans les secteurs ruraux, et créer le chaos.

J’ai formé des journalistes au Zimbabwe à ZIMCO dans les années 1980 et je fus responsable de sa première promotion de diplômés. J’ai été irrité par la propagande continue des médias occidentaux contre les libertés des Zimbabwéens.

Nous tous condamnons les actions des crétins qui attaquent les personnes innocentes, mais nous réservons notre plus grande condamnation aux crétins politiques qui sont comme des oncles Tom mendiant le pain à leurs anciens maîtres. Ils vendront leurs mères et l’héritage de leurs pères pour l’argent de l’Occident.

Le MDC est un instrument des impérialistes occidentaux dans leur plus concrète expression. Le MDC reçoit son argent, ses ressources, et son appui des éléments les plus réactionnaires dans les pays occidentaux et il s’est montré opposé aux intérêts généraux du peuple.

Les personnes éprises de liberté perçoivent la tentative des médias occidentaux de peindre le Zimbabwe comme un gouvernement escroc, déconnecté du peuple. Il n’y a aucune raison pour le peuple du Zimbabwe d’être découragé parce qu’il y a beaucoup d’amis de la liberté et de l’indépendance qui voient le battage des médias britanniques et américains comme partie d’une orchestration plus large de la tentative de l’entreprise impérialiste de miner l’agence africaine.

Sur CNN aux Etats-Unis, Jesse Jackson a dit le 24 juin que Robert Mugabe fut un héros mais ne l’était plus. C’est une hérésie.

Qu’a fait Mugabe pour être rétrogradé de sa stature de héros ?

Il a donné sa jeunesse et sa vie d’adulte pour lutter dans la jungle contre les occupants blancs de la terre de ses ancêtres. Mugabe sera toujours un héros aux yeux des Africains Américains épris de liberté. La réforme foncière de Mugabe pour redonner aux légitimes propriétaires la terre volée a causé une campagne orchestrée contre Mugabe et son gouvernement. Mais le catalogue ne s’arrête pas là. Il a capturé et a mis en prison un groupe d’aventuriers militaires qui planifiaient de renverser le gouvernement d’une nation africaine. Nombre de ces aventuriers ont des liens avec la communauté blanche en Grande-Bretagne.

Je vois la position de Jesse Jackson comme un élément de l’effort international de faire pression sur le peuple zimbabwéen pour qu’il se soumette à l’intervention et à la pression internationale. Même Nelson Mandela était en Grande-Bretagne où il a condamné Mugabe pour la tragédie du leadership. Cette condamnation est une preuve de la puissance du système politique occidental.

Quand Mandela était en prison, Mugabe a permis l’utilisation de son propre pays et de ses ressources propres pour faciliter les combattants de l’ANC dans leur tentative pour renverser le régime minoritaire en Afrique du Sud. Mandela a-t-il oublié ceci ou quelqu’un a-t-il manqué de le lui dire ?

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R. Mugabe et la Reine d’Angleterre en très bon termes durant la période où Mugabe acceptait le timing et la fourberie anglaise

Je pense que les éléments progressistes de la communauté Africaine Américain doivent rassurer le peuple zimbabwéen qu’il a beaucoup d’amis en Occident et dans le monde, qui comprennent vraiment la raison de la souffrance au Zimbabwe et savent que le MDC est employé pour raffermir les éléments raciste et orchestrer le racket de ce pays.

Les Zimbabwéens sont les seules personnes qui peuvent résoudre leurs problèmes ; cependant, le peuple zimbabwéen doit savoir que leurs ennemis travaillent vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour miner le fonctionnement légitime de leur gouvernement.

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Morgan Tsvangirai, opposant de R. Mugabé

Depuis le mouvement de réforme foncière, les éléments réactionnaires blancs et noirs aux Etats-Unis, en Australie, en Afrique du Sud, et en Grande-Bretagne cherchent un levier interne au Zimbabwe pour miner la volonté puissante, engagée et déterminée du peuple zimbabwéen.

Si le MDC se retire de l’élection, celle-ci doit continuer parce que le nom de Tsvangirai est déjà sur les bulletins. L’union africaine a des observateurs dans le pays et Mugabe a sagement maintenu hors du pays la nation les individus qui voulaient entrer au Zimbabwe pour espionner, miner ou pour créer le chaos en essayant de trouver des ennemis du gouvernement.

Le MDC se retire de l’élection parce qu’il sait qu’il ne peut pas gagner. Ils essayeront de convaincre le monde que les décisions des personnes sont forcées, mais les Zimbabwéens doivent se tenir debout, avec leur héroïque histoire et refuser de permettre aux forces extérieures de voler l’indépendance de leur pays. Longue vie aux héros du Chimurenga !

Honneur aux camarades qui ont donné leurs vies dans les montagnes et les vallées du beau Zimbabwe.

La danse européenne et américaine vers l’intervention à l’intérieur du Zimbabwe est une partie de la même hypocrisie que l’Afrique a éprouvée depuis toujours. Si Morgan Tsvangirai croit que son attachement à l’Occident et à ses intérêts dans le soutien des propriétaires fonciers blancs minoritaires au Zimbabwe l’amènera au pouvoir, il a absolument tort.

Les masses des Zimbabwéens comprennent que quand 4000 blancs ont tenu 75 % des terres arables au Zimbabwe il n’y avait aucun outrage de la part des Européens et des Américains.

Ces masses doivent pouvoir serrer leurs ceintures, restreindre leurs besoins matériels afin de maintenir leur liberté pendant que la Grande-Bretagne et l’Amérique activent leurs sanctions.

Au cas où le Zimbabwe succomberait aux intérêts de la minorité blanche contre les masses de ses propres personnes ce serait sûrement la plus mauvaise forme d’esclavage apparue en Afrique australe. Le fait que Mugabe, à la tête de la ZANU était un leader militaire signifie qu’il sait ce qu’était la situation dans son pays avant l’élévation du MDC-T et de ses défenseurs de la droite américaine et britannique.

Aussi longtemps que le peule élira le gouvernement du ZANU-PF il devrait rester au pouvoir comme avant-garde de la révolution. Si les Zimbabwéens, sans coercition de l’extérieur, choisissent un autre parti, le ZANU-PF devrait quitter le pouvoir.

Il n’y a aucune surprise qu’une enquête auprès de jeunes Africains il y a deux ou trois années a placé Robert Mugabe au premier rang du leadership devant tout autre dirigeant africain.

Vive Robert Mugabe ! [3]

Molefi Kete Asante

Président, Association of Nubian Kemetic Heritage

Auteur de The History of Africa

www.asante.net

A télécharger

Déclaration officielle de l’ONU Par rapport au Zimbabwe

PDF - 137.1 ko

Ecoutons notre prophète Bob Marley exprimer ses mots que les bouches zimbabwéennes muselés par l’occident ne peuvent plus prononcer (Titre : Zimbabwe).

Vie, Santé, Force Osiris Marley, Jah Rastafary !

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Références bibliographiques:

[1] Chimurenga est un mot de la langue Shona du Zimbabwe. Il signifie révolte ou rébellion. La première Chimurenga est la révolte des Zimbabwéens en 1896 et 1897 contre les agresseurs colonialistes anglais de la British South Africa Company. Les Zimbabwéens perdirent et la colonisation britannique reprit de plus belle, avec l’objectif clairement annoncé d’exterminer tous les Noirs que les colons anglais qualifièrent de « brutes », comme l’explique l’écrivain suédois Sven Lindqvist dans son livre « Exterminez Toutes Ces Brutes – L’odyssée d’un homme au cœur de la nuit et les origines du génocide européen » (Paris : Le Serpent à Plumes, 1998).

Le 4 mai 1898, au lendemain de la victoire des colonialistes britanniques, le projet d’extermination des Noirs est explicitement énoncé dans un discours du Premier Ministre anglais de l’époque, Lord Salisbury (né le 3 février 1830 ; décédé le 22 août 1903) de son vrai Robert Arthur Talbot Gascoyne-Cecil, troisième marquis de Salisbury.

La deuxième Chimurenga fut déclenchée par Robert Mugabe et ses camarades patriotes en 1966, exactement 70 ans après la première et seulement quelques mois après la Déclaration Unilatérale d’Indépendance de Ian Smith, faite le 11 novembre 1965. La deuxième Chimurenga dura 14 ans. Quatorze années de lutte acharnée, durant laquelle les Zimbabwéens, militairement sous-équipés et peu préparés, affrontèrent héroïquement l’armée de Ian Smith que soutenait directement ou indirectement tout l’Occident, ainsi que l’Afrique du Sud de l’Apartheid, Israël, et l’Iran du Shah. Malgré ces handicaps, les Zimbabwéens remportèrent victoire : la deuxième Chimurenga se solda par l’indépendance du Zimbabwe en 1980.

[2] Le MDC est le parti dirigé par l’opposant Morgan Tsvangirai.

[3] En 1960, R. Mugabe crée avec son ami Josuah Nkomo, le Zimbabwe African Peoples Union (ZAPU), qui fut immédiatement interdit par le gouvernement blanc de Ian Smith (1er Ministre) qui souhait appliquer l’apartheid sud-africain au Zimbabwe. En 1964, Mugabe est arrêté avec d’autres chefs de file nationalistes et jeté en prison pendant 10 ans. En 1966, on lui refuse une permission pour aller enterrer son fils décédé. Libre en 1974, il se réfugie au Mozambique où il prend la direction de la branche militaire de la ZANU, la ZANLA (Zimbabwe African National Liberation Army), pour préparer la guerre contre le gouvernement de Ian Smith qui extermine les Noirs. Après maintes tergiversations et tentatives de compromission de noirs initiées par Ian Smith pour conserver la main mise anglo-saxonne sur le Zimbabwe, en décembre 1979, le pays redevient la colonie britannique de Rhodésie du Sud. Les accords de Lancaster House de fin décembre 1979, finalisèrent l’octroi de garanties économiques et politiques pour la minorité blanche et des élections multiraciales prévues 10 ans après (1980). Après une campagne électorale agitée, Mugabé devint Premier Ministre en 1980. En 1987, Mugabe devint Président et mit un terme au rôle politique des blancs dans son pays. En 2008, Les Anglais, qui ont violé leur propre contrat sur 10 ans qui stipulait qu’il devait remettre les terres aux Zimbabwéens, refusent de dédommager les fermiers blancs et veulent même récupérer les terres agricoles et naturellement certains gisements de minerais stratégiques. Pour cela, ils recrutent le leader du MDC comme cheval de Troie. Aidé des USA qui l’offrent plus de 30 millions de dollars pour financer sa campagne contre Mugabe, le voila promut garant de la démocratie au Zimbabwe. Mais quelle farce !!!!

 

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Au lieu de l’Eurafrique, nous voulons la LibrAfrique

Posté par issopha le 21 juillet 2008

 Au lieu de l’Eurafrique, nous voulons la LibrAfrique

 

Au lieu de l’Eurafrique, nous voulons la LibrAfrique dans ACTIONS CITOYENNES barre-africamaat

Nous voulons que le monde nous accueille comme nous sommes, tels que nous sommes et non comme la France veut que nous soyons ou que l’Europe voudrait que nous soyons.

Au lieu de l’Eurafrique, nous voulons la LibrAfrique

Réponse de Mamadou Koulibaly à Sarkozy :

« Au lieu de l’Eurafrique, nous voulons la LibrAfrique »

Par

Mamadou KOULIBALY

Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire

Le président de la République française est venu, comme De Gaulle, et il a parlé aux Africains. Qu’a-t-il dit au juste ? Il nous a fait une série de propositions et d’analyses. Écoutons-le :

« Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est une alliance, c’est l’alliance de la jeunesse française et de la jeunesse africaine pour que le monde de demain soit un meilleur monde ».

Le nom de cette alliance est Eurafrique.

La France s’est mariée à l’Europe et nous vous apportons cette Europe de même que nous vous apportons à l’Europe. L’Afrique sera dans la corbeille de mariage de la France avec l’Europe et dans la corbeille de l’Europe avec le monde. Je suis venu vous proposer une place, comme la France sait le faire habituellement. Souvenez-vous, par exemple, des DOM-TOM.

Mais, comme vous le savez, l’Afrique est très différentiée. Il y a l’Afrique du Nord. Et il y a l’Afrique noire. En Libye, donc en Afrique du Nord où je suis passé, j’ai signé des contrats juteux d’exploitation de centrales nucléaires et d’uranium. Des contrats portant sur la défense et autres affaires hautement stratégiques pour mon pays. Avec l’Afrique du Nord, on ne parle ni de morale, ni de développement. On ne donne pas de leçons, mais on passe des contrats. On ne lance pas d’appels aux Libyens de l’étranger pour leur retour dans leur pays. On ne fait pas de promesses d’aides publiques françaises à la Libye. On parle affaires. Des contrats, des contrats et encore des contrats. Sur l’uranium, sur la défense, sur le nucléaire. Trade not aid, telle est notre règle.

Avec l’Afrique noire, avec vous, que dire ?

Je vous ai fait mal, mes bébés. Hum !

N’en parlons plus.

Mais ne me demandez surtout pas de repentance, puisque vous-mêmes, vous êtes coupables de vous être laissés battre par mes ancêtres. En plus, quand mes ancêtres arrivaient chez vous, vous vous décimiez vous-mêmes déjà sans notre aide. Vous êtes plus coupables que nous.

Nous avons commis des crimes contre l’Humanité. Oui, mais vous n’avez rien fait pour nous empêcher.

En tout cas pas suffisamment pour nous convaincre que ce que nous avions l’intention de faire était criminel. Vous êtes coupables de non-assistance à personne dangereuse et d’assassinat de caractères. Ne rêvez surtout pas à un retour en arrière pour rejoindre votre prétendu âge d’or qui aurait existé dans le passé. Vous n’avez jamais eu d’âge d’or. N’en rêvez pas. Le monde ne marche pas à reculons, mais progresse vers l’avenir. L’histoire a un sens.

La colonisation a été un crime contre l’humanité, mais mes parents ont proposé aux vôtres l’indépendance, qu’ils ont acceptée.

La colonisation c’était l’exploitation de l’homme par l’homme ; l’indépendance est exactement le contraire.

Vos historiens et autres anthropologues vous mentent. Je vous le dit ici à vous, les jeunes d’Afrique, à l’Université Cheikh Anta Diop.

Devant vos chefs.

Devant vos profs.

Devant votre classe politique, gouvernement et opposition réunis. Devant vous étudiants, hommes de maintenant et hommes de demain.

Arrêtez de rêver d’un futur qui puisse être le vôtre, à vous tout seuls. Maintenant, vous m’appartenez définitivement. Arrêtez d’avoir la nostalgie d’un passé qui n’a jamais existé.

Je vous propose l’Eurafrique.

Vous entrez avec moi dans les bonnes grâces de l’Europe.

Je vous apporte l’Europe comme hier je vous ai apporté l’Esclavage.

Je vous apporte l’Europe comme hier je vous ai apporté la Colonisation.

Je vous apporte l’Europe comme hier je vous ai apporté l’Indépendance.

Je vous vois stupéfaits, n’est-ce pas ? Mais je vous apporte aussi les moyens qui vous seront propres pour inventer, vous-mêmes, votre avenir. Oubliez le passé.

Maintenant, vous ne serez plus seulement à la France, mais à l’Europe. La France, c’est votre héritage occidental. La colonisation vous l’a apporté. Aid not trade. Telle est mon offre.

Ne vous coupez pas de cet héritage. La civilisation européenne vous appartient. A vous aussi.

Renoncez à la tentation de pureté comme nous le faisons en Europe.

Ne répondez pas au racisme de la France par le racisme.

Ne répondez pas à l’intolérance de la France par l’intolérance.

Je sais, je vous ai fait mal, mais laissez tomber.

Allons ensemble dans l’avenir.

Renoncez à la maladie de l’intelligence.

Si vous voulez venir chez nous, pas de problème, nous négocierons votre migration. Nous déciderons ensemble, pour vous, comment vous viendrez.

Pas en citoyens libres, mais en immigrés.

Vous rêvez de la Renaissance africaine ? Pourquoi pas ! Après tout, vous avez eu, semble-t-il, l’Egypte et d’autres brillantes civilisations que mes ancêtres ont battues à plate couture et soumises depuis des siècles. Oubliez le passé peu glorieux que vos ascendants vous ont laissé.

Nous vous aiderons à la bâtir, cette renaissance, si tel est votre désir.

Commencez déjà par prendre notre civilisation comme héritage.

Vous voulez la liberté, la démocratie ? Bien. Mais savez-vous que l’Europe est bâtie sur l’égalité, la justice, le droit, la liberté, la démocratie et la libre propriété ? Je vous apporte ces valeurs universelles. Et n’allez pas chercher ailleurs. Tout ce que vous voulez, commandez et je vous livre tout de suite. Nous sommes généreux, nous vous aimons. Ce n’est pas de la pitié, mais c’est notre intérêt.

Ainsi nous a parlé Nicolas Sarkozy, le président de tous les Français. Que lui dire ?

Merci Sarkozy.

Merci pour tes propositions.

Mais nous, on veut aller dans le monde par le marché et non sous la protection de qui que ce soit. Nous connaissons le chemin.

Le monde, ce n’est pas que la France ; le monde, ce n’est pas que l’Europe. Le monde, c’est aussi l’Afrique, c’est aussi l’Amérique, c’est aussi l’Asie. Le monde, c’est ailleurs. Nous voulons choisir librement notre méthode d’y entrer, notre façon d’y participer. Ce n’est pas par dégoût, mais c’est notre intérêt et rien que cela.

L’Eurafrique ? Très bien merci. Mais ça sera vraisemblablement comme par le passé.

Il y a déjà les sommets franco-africains.

Il y aura des sommets eurafricains.

Il y aura une bureaucratie eurafricaine, comme il y a celle des UE-ACP.

Nous n’avons plus du temps à perdre à négocier lors de sommets de chefs d’Etat.

Nous allons directement sur les marchés librement avec nos besoins et nos moyens.

Nous ne voulons plus être des marchés captifs de qui que ce soit.

Nous voulons redevenir libres.

Il ne s’agit pas d’un retour à un quelconque âge d’or. Il ne s’agit pas d’une option pour nous, mais de notre survie.

Il s’agit d’être simplement des humains, de vivre comme tels et d’être traités comme tels.

Nous ne voulons pas de traitement de faveur.

Nous voulons avoir notre liberté de choix.

Nous voulons tirer profit des droits imprescriptibles que nous avons d’être propriétaires de nous-mêmes en tant qu’humains.

Nous voulons être libres dans la mondialisation, comme nous ne l’avons jamais été sur les marchés des esclaves. Sur les marchés coloniaux. Dans le pacte colonial.

Nous ne voulons pas aller sur les marchés mondiaux enchaînés par des accords protectionnistes ; ni avec la France, ni avec l’Europe.

N’est-ce pas vous qui avez dit que l’Afrique ne comptait pas pour la France ?

N’est-ce pas vous qui dites aussi que le Niger, avec son uranium, compte énormément pour la France ?

Savez-vous que le Niger est un pays d’Afrique ?

La duplicité de votre langage ne nous rassure guère. Vous parlez d’amour là où le monde parle d’intérêt et d’intérêt là où le monde parle d’amour.

Nous ne voulons plus de cette protection infantilisante qui vous donne le droit de vouloir tout faire pour nous.

Tout faire avec nous.

Tout faire par nous.

Tout faire sans nous.

Et au bout du compte, tout faire contre nous.

Nous ne voulons plus des accords léonins qui, sous prétexte de vouloir nous aider, nous font plus de mal que de bien.

Nous voulons que Sarkozy nous laisse faire, nous laisse passer.

Nous voulons que la France nous laisse faire, nous laisse passer.

Nous voulons que l’Europe nous laisse faire, nous laisse passer.

Nous voulons que le monde nous accueille comme nous sommes, tels que nous sommes et non comme la France veut que nous soyons ou que l’Europe voudrait que nous soyons. Nous connaissons le mode d’emploi de la mondialisation. Aucun épouvantail ne nous fera renoncer sur la route de la liberté.

L’Eurafrique ? Pourquoi pas. Merci pour votre offre. Mais nous sommes déjà dans le monde sous le couvert de l’Europe qui agit par procuration de la France. Nous ne voulons pas de la mondialisation des servitudes.

Nous voulons celle des libertés.

Nous voulons simplement :
- de l’économie de marché.
- de la société ouverte.
- de la société de droit.

Ni plus, ni moins.

Sarkozy pourrait-il nous aider dans ce sens ?

A nous libérer des accords précédents ?

Ceux des indépendances ?

Pour enfin nous libérer du carcan post colonial ?

Nous ne voulons pas aller dans le monde comme hier nous sommes allés dans l’Europe par la France.

Nous ne voulons pas de votre liberté en double standard, et sous surveillance.

Nous ne comprenons pas que nos avoirs extérieurs nets en devises soient déposés au Trésor public de chez vous.

Nous ne comprenons pas que nous soyons perçus comme des contribuables par l’Etat français, alors que vous nous ressassez que la colonisation est terminée depuis belle lurette ?

Nous ne voulons plus de vos accords de coopération qui ne règlent rien, mais qui pillent tout.

Nous voulons être libres de choisir nous-mêmes notre destin.

Libres de choisir nous-mêmes qui nous accompagnera et pour quoi.

Merci de votre sollicitude.

Tu veux que je décide librement ? Soit.

Mais je ne veux pas que tu sois là.

Tu veux que je décide librement ? Mais soit.

Je ne veux pas décider avec toi. Je veux décider seul.

Tu veux que ma volonté se réalise pleinement ?

Oui, je le veux aussi. Mais je ne veux pas réaliser mon destin avec toi. Je veux le faire moi-même, sans guide, ni parrain, ni gourou.

Tu veux t’associer avec moi ? Oui, mais ne me demande pas d’être exclusivement à toi. D’être ta chose.

Je veux être libre de m’associer avec qui je veux et comme je le veux et quand je le veux.

La mondialisation telle qu’elle est faite pour moi ne me plaît pas. C’est vrai. Je veux la démocratie. Je veux le droit. Je veux la justice. Je veux la propriété libre. Je veux la liberté.

Mais je veux aussi la responsabilité.

Nous avons payé trop cher les mirages de la coopération franco-africaine depuis de longues années.

Cette coopération est étatiste.

Cette coopération est collectiviste.

Cette coopération est monopolistique.

Cette coopération est jacobine et rétrograde.

Je crois que l’échange libre est bénéfique et qu’il doit être la règle de mon jeu dans la mondialisation.

Je crois que la concurrence est un moyen et qu’elle est mon meilleur atout pour réussir à m’enrichir et à prospérer dans la mondialisation.

Les pires des prédateurs qui nous cachent de la mondialisation sont ceux qui viennent s’apitoyer sur mon sort et me considérer comme un grand naïf auquel ils proposent altruisme, protection, aide publique et humanitaire, mais jamais de commerce responsable.

Le plus grand des prédateurs pour nous est celui qui nous rassemble dans un enclos que l’on appelle le Pré-carré, ou le Champ et nous propose de jouer soit au loup et à l’agneau, soit au renard dans le poulailler.

Nous croyons que la liberté économique annonce et conditionne la liberté politique.

Nous croyons que les esclaves ne peuvent échanger que leurs chaînes. Que le marché est le propre de l’Homme. Que nous sommes des hommes et que nous voulons échanger autre chose sur des marchés libres d’accès et de sortie.

Nous croyons à l’économie de marché. Vous vous trompez à notre sujet lorsque vous affirmez le contraire.

Nous croyons au laisser faire et nous nous méfions de toutes les barrières à la concurrence.

Vous craignez l’immigration de la jeunesse africaine en France et en Europe ?

Vous avez tort.

L’immigration subie ou l’immigration choisie ?

Vous posez mal le débat.

L’immigration relève du droit individuel de circuler et est pour nous une des bases de la liberté que nous recherchons.

La France devrait se demander comment une telle liberté pour nous peut devenir un fléau social pour les Français.

Pour nous, l’étranger a droit au respect de sa vie, de sa dignité et de sa propriété.

Mais nous savons et nous admettons que l’étranger ne peut avoir tous les droits, car nous savons et admettons qu’il n’y a pas de droits sans devoirs.

L’étranger doit se soumettre aux règles sociales de la société qui l’accueille.

Vous avez le sentiment que certains étrangers ne respectent pas les règles de votre société et ont des comportements anormaux ?

Mais ce n’est pas notre faute à nous qui vivons ici dans les pays d’origines de ces immigrés. Les repousser à vos frontières, contrôler leur entrée et sortie de chez vous sont de fausses solutions coûteuses, humiliantes et inefficaces. Pour vous en sortir, laissez-nous vous donner des conseils d’amis et d’alliés.

Abandonnez votre Etat-providence, car c’est lui qui attire l’immigré que vous craignez. Les forces d’attraction de chez vous sont aussi fortes que les forces de répulsion d’ici.

De nombreux immigrés apportent à la France leur travail, leur talent, leur argent.

Nombreux aussi sont ceux qui fuient les dictateurs et les autres régimes liberticides que vous installez chez nous.

Mais les plus nombreux, ceux qui sont supposés vous faire le plus de mal, sont ceux qui arrivent chez vous, pour profiter comme de nombreux Français de souche, du parasitisme offert par votre Etatprovidence.

Je présume que vous le savez déjà.

Ceux-là vont en France pour toucher des allocations, pour se livrer à de petits et à de grands trafics, pour profiter des cadeaux qu’offre l’Etat français à ses propres parasites.

Les places sont gratuites chez vous et elles rapportent plus que chez nous, car votre Etat-providence est plus généreux que les nôtres, et plus riche aussi.

Nous croyons que par des relations de travail libre, par l’échange marchand, par le libre échange entre la France et nous, l’immigration trouvera solution. Or vous nous proposez de nous méfier du laisser-faire pour nous accrocher au protectionnisme offert par nos Etats-providence rentiers, pâles copies du vôtre.

Nous voulons que les immigrés qui arrivent chez vous vous donnent plus qu’ils ne vous prennent, mais votre Etat-providence leur propose la gratuité pour tout ce qu’ils peuvent avoir.

Nous aimons la France pour sa sécurité sociale. Elle nous épargne de faire de grands efforts d’adaptation au monde moderne, d’éduquer correctement nos enfants qui y naissent. Elle nous propose le RMI, les allocations logements, les prestations familiales. Elle nous propose des revenus à peine suffisants pour vivre de façon médiocre sans travailler chez vous. Mais tout cela, vous le savez déjà.

Parmi vos immigrés qui viennent de chez nous se trouvent les plus pauvres des immigrés, les plus mal éduqués, les plus délinquants, les plus mal aimés, les plus mal logés.

Votre Etat-providence nous offre une couverture sociale complète dans des ghettos, des foyers bruyants et violents que vous appelez “logements sociaux”.

Les enfants d’immigrés africains vont dans des écoles où l’on n’apprend presque plus rien, pas même la politesse et le savoir-vivre français que nous admirons de loin, nous qui sommes restés ici au pays.

L’école française ne leur apprend pas même la vertu du travail bien fait, pas même le respect des autres.

Nous voulons commercer avec une société française compétitive. Mais votre Etat nous propose des monopoles, des statuts figés, des services publics, des entreprises protégées.

Les Africains de qualité comprennent de plus en plus que vivre chez vous, sous la protection de l’Etatprovidence les sclérose ; ils vont ailleurs pour être plus compétitifs et faire face aux enjeux du monde actuel. Ça aussi, vous avez dû le constater.

Nous pensons que seules des relations marchandes entre la France et l’Afrique révèleront les opportunités d’embauches en qualité et en quantité chez vous comme chez nous. Mais vous semblez avoir peur du marché libre.

Nous ne pensons pas qu’il soit dans les prérogatives de l’Etat-providence de dire qui est qualifié pour entrer et s’installer en France pour bénéficier des droits sociaux. Nous croyons au partenariat direct entre les peuples, entre les jeunes, entre les entreprises. Vous aimez plutôt les rencontres au sommet.

Nous immigrons en grand nombre chez vous, parce que notre vie ici, du fait de votre protection bienveillante et providentielle, est misérable. Nous pensons que si vous nous donnez plus de liberté de choix, plus de libertés économiques, la source principale de cette immigration artificielle disparaîtra.

Pour vaincre l’immigration qui vous fait tant peur, brisez les enclos dans lesquels sont enfermés les peuples d’Afrique esclaves de votre générosité.

Un pays comme le Sénégal a perdu dans les mers plus d’hommes candidats à l’immigration que la Côte d’Ivoire avec sa guerre ces cinq dernières années.

L’immigration est aussi un fléau pour nous tant qu’elle sera organisée par votre Etat-providence.

Pour vaincre l’immigration, abandonnez les Etats-providence, abandonnez les accords de coopération rétrogrades et étatistes. Pour vaincre l’immigration, nous vous offrons la liberté économique. Au lieu de l’Eurafrique, nous voulons la Librafrique.

Dans la mondialisation, nous savons que les économies nationales sont en compétition. Nous envisagions d’aller en compétition avec ce que nous avons. Si vous le voulez bien, alors laissez-nous faire.

Nous envisagions de préciser les droits de propriété de base sur nos terres et nos entreprises d’Etat et les rendre aux entrepreneurs privés. Si vous voulez nous aider, alors laissez-nous faire.

Nous rêvons d’adopter des politiques macroéconomiques qui nous évitent les humiliations du surendettement et des déficits budgétaires insupportables. Si vous voulez le faire avec nous, alors laissez-nous faire.

Nous voulons arrêter de tourner nos vues vers le passé. Nous voulons regarder l’avenir avec sérénité.

Pour cela, nous rêvons de politiques de croissance fondées sur une épargne domestique capable de nous rendre aptes à financer nos besoins d’investissements risqués. Pour cela, nous rêvons d’un système bancaire moderne qui rompe avec la tradition protectionniste de contrôle des changes et des banques centrales non indépendantes des zones CFA. Si vous voulez nous aider, alors laissez-nous faire.

Nous voulons plus de flexibilité sur nos marchés du travail. Si vous nous aimez, alors laissez-nous faire.

Nous pensons que la lutte contre la corruption est primordiale mais qu’elle ne peut réussir qu’en prenant de vigoureuses mesures et en donnant des exemples qui ne mettent personne au-dessus du droit. Si vous voyez ce que nous voulons dire, alors laissez-nous faire.

Nous voulons que notre prospérité soit bâtie en amitié avec tous les peuples du monde et sans exclusivité. Si vous pensez que le monde est un village planétaire et que la mondialisation est beaucoup moins une affaire d’Etat qu’une affaire de liberté d’échanges, alors laissez- nous faire.

Si vous voulez un véritable discours de rupture, Monsieur le président de la République française, alors, en plus de définir la politique africaine de la France, il vous faudra désormais intégrer la politiquefrançaise de l’Afrique.

C’est de la rencontre de ces deux visions sous la contrainte de nos autres relations que naîtra le monde meilleur souhaité par la jeunesse africaine et pour lequel elle est prête à travailler avec toutes les jeunesses du monde. Pour cela, il faut que vous nous laissiez faire.

Les libertés et les Droits de l’Homme ne se négocient pas.

L’autodétermination des peuples est un droit.

Vous ne pouvez pas garder les démocraties pour vous et cultiver les autocraties chez nous. Arrêtez de le faire.

Le marché ne peut pas être pour l’Europe et les bureaucraties pour l’Afrique.

Arrêtez de le concevoir.

Encore une fois merci d’être venu et d’avoir parlé comme vous avez parlé.

Votre discours avorté de rupture donne une occasion de rupture effective à la jeunesse d’Afrique si discourtoisement interpellée par vous à Dakar le 26 juillet 2007. Les désirs de rupture d’avec les vues de vos prédécesseurs ne nous intéressent pas, d’autant qu’ils n’iront jamais jusqu’à la remise en cause des fondamentaux de la traditionnelle politique africaine de la France. Par contre, nous avons, avec la mondialisation, l’occasion de rompre avec le modèle de coopération que la France nous propose. Merci de nous avoir donné l’occasion de vous le dire. Parce que nous avons compris que, si pour le moment, la rupture, ce n’est pas pour vous, nous vous indiquons que c’est avec vous, nouvelles et anciennes élites françaises, que nous, jeunes d’Afrique, nous rompons.

Mamadou Koulibaly

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La Diaspora togolaise : De l’arbitre à l’effet de levier

Posté par issopha le 5 novembre 2007

La Diaspora togolaise :

De l’arbitre à l’effet de levier

Les élections législatives togolaises du 14 octobre 2007 ne manqueront pas de faire l’objet d’inévitables divergences sur la transparence. 3 500 observateurs nationaux et internationaux sont sur le territoire pour rendre un verdict de transparence qui reste à faire avaliser par les protagonistes eux-mêmes. Malgré tout, cela ne devrait pas empêcher la crédibilité de cette consultation d’être acceptée par la population, les dirigeants de tous bords, et les communautés africaine et internationale.

1. La Diaspora togolaise : besoin de reconnaissance officielle

Constituant la 6e région selon l’Union africaine, la Diaspora togolaise aura été la plus officiellement absente dans ces élections. Que l’on ne s’y trompe pas ! Que ce soit celle des Etats-Unis, de la France, de l’Allemagne, de l’Autriche, de la Belgique, d’Italie ou du Royaume-Uni, la Diaspora togolaise n’a pas ménagé sa peine pour envoyer de l’argent pour financer principalement les familles touchées par les inondations liées aux conséquences des changements climatiques, pour soutenir des députés en campagne et ne bénéficiant parfois d’aucun soutien financier ou pour soutenir certaines églises ou mosquées qui ont prié pour que ces élections ressemblent fortement à une véritable début de sortie de crise et un début de pacification effective entre des frères ennemis.

Faut-il rappeler que les sommes d’argent envoyées par cette Diaspora togolaise pour réduire les effets de la pauvreté sont passées de 27 millions de $ US en 1990 à 148 millions de $ US en 2005 et sont estimées autour de 170 millions en cette fin d’année de 2007. Les Togolais établis à l’étranger s’enrichissent-ils donc uniquement à l’extérieur du Togo pour avoir une telle capacité pour relever les leurs restés au pays ? Les Togolais de la Diaspora ne peuvent-ils s’épanouir que dans un système de démocratie, de respect des droits humains et de respect des institutions républicaines notamment le système judiciaire ? En fait, tous les peuples rencontrent ce problème et l’ont dépassé. Pourquoi pas le Togo sur son propre territoire ?

Les Togolais de la Diaspora qui disposent du savoir-faire, d’expertise, de talents, et de contacts avec des potentiels investisseurs, des bailleurs de fonds soucieux de soutenir l’éthique, des élus versés dans la coopération décentralisée et soutenant une migration négociée, etc. doivent-ils (elles) être sacrifié(e)s parce qu’ils ont eu le tort d’aller chercher fortune, santé, paix et bonheur à l’extérieur ? Il existe pourtant une censure bien réelle qui empêche cette Diaspora togolaise estimée à 1 million d’individus de ne pas pouvoir participer comme citoyen de la 6e région aux élections législatives togolaises. Les arguments liés à la difficulté d’organisation ne tiennent plus face aux exemples donnés par d’autres pays comme l’Algérie.

Les Togolais de la Diaspora qui sont de véritables accélérateurs de croissance économique, sociale et de développement ne peuvent pas participer aux élections législatives togolaises. Faut-il alors en déduire que lors de l’indispensable futur gouvernement d’union nationale qui devra se charger de faire une transition d’une durée variable de 18 mois à 5 ans, la Diaspora sera encore exclue ?

La rupture avec les pratiques nauséabondes du passé ne peut pas exclure de prendre connaissance de quelques volontés isolées de déstabilisation du pays qui restent à circonscrire si l’on veut stabiliser le nouveau consensus démocratique en devenir.

Le peuple togolais, entre prières diverses à savoir invocations des ancêtres, neuvaines, lecture de sourates, résistance passive ou directe et volonté d’exprimer clairement et massivement son choix, aura raison de toutes les manipulations qui ne manqueront pas de faire jour, pendant et après ces élections.

La Diaspora, absente mais prête à soutenir les alternatives pacifiques et dynamiques en cours, doit retrouver son rôle d’intermédiaire neutre, parfois désintéressé. C’est en cela que les Togolais et Togolaises de l’étranger, avec ou sans la double nationalité, doivent être considérés comme de véritables accélérateurs de croissance économique, de transfert de technologie et de productivité et bien sûr de bien-être durable.

2. L’après élection : transition, union nationale et retour de la dignité humaine

Comment y parvenir si aucun membre de cette Diaspora ne se retrouve dans le gouvernement de transition ? Homme et femme de la Diaspora, il importe d’affûter vos propositions pratiques, techniques et créatrices d’emplois décents pour soutenir la nouvelle équipe qui ne manquera pas d’ailleurs d’y faire appel dans un esprit de respect mutuel. Oui, la rupture, c’est aussi la volonté des présidents des pays de l’Union européenne de travailler de plus en plus avec des acteurs togolais sérieux, conscients de leur rôle au service de la création de richesses avec ses conséquences directes sur la réduction de la pauvreté alors que la pauvreté extrême toucherait plus de 50% de la population au Togo en 2007. Au-delà, avec des enfants de moins de 14 ans qui sont prêts de 70% à travailler d’une manière ou d’une autre pour aider leurs parents ou familles à subvenir à leurs besoins, l’avenir de la jeunesse togolaise est bouché si ces enfants ne vont pas à l’école dans des conditions dignes de ce nom. Les filles et les femmes sont particulièrement touchées et il ne faut pas oublier les handicapés, veuves et personnes âgées laissées pour compte.

Oui, un gouvernement de transition doit rétablir les grands équilibres de la dignité humaine. Il ne peut le faire qu’avec une Diaspora togolaise qui a un sens aigu des droits humains et de la dignité humaine. Avec une croissance de la population d’environ 2,4% au dessus de la croissance de 2% en 2006 et plus de 43,5% d’enfants de moins de 14 ans, l’avenir du Togo a besoin de levier et d’accélérateur de croissance économique. Ce ne sont pas simplement les 54,4% en âge de travailler de la population togolaise qui pourront venir à bout du véritable challenge de refondation-reconstruction du pays. Ce sont toutes les forces vives, volontaires et patriotes dans le cadre de l’intégration régionale et continentale qui pourront transformer les années d’adynamie en espérance constructive.

Une nouvelle sécurité sanitaire, une formation adaptée, une information libre et diversifiée, un effort soutenu pour relever la démocratie aux standards internationaux, un développement de l’entrepreneuriat et des capacités agricoles, productives et commerciales, une volonté de faire émerger la microfinance et des intermédiaires financiers d’appui au développement, une nouvelle prise de conscience de l’importance de l’éthique tant auprès d’une armée républicaine que d’une population ayant appris à pardonner si l’impunité est reconnue et corrigée… sont quelques-unes des compétences que le gouvernement de transition pourra trouver auprès d’une équipe de la Diaspora, prête à rendre service avec des dirigeants acquis à la cause de la sagesse africaine. Le travail, la probité et l’éthique feront alors bon ménage avec l’équité.

3. Diaspora, migration négociée et refondation-reconstruction

Non les absents n’ont pas toujours tort. Comme la Diaspora togolaise, l’aide financière de l’Union européenne s’est mise en marge du Togo du fait d’un déficit démocratique et de respect des droits humains que personne ne conteste aujourd’hui. Le budget de l’Etat n’arrive plus à satisfaire aux obligations d’investissements. Seules des élections législatives transparentes et démocratiques et acceptées comme telles pourraient anticiper la reprise pleine et entière de la coopération de l’Union européenne avec le Togo. La communauté internationale doit se rappeler que le Togo a été un protectorat et devrait transformer son aide en un véritable plan de relance du pays. A la suite des nombreuses années d’accroissement continue de la pauvreté extrême et de la méfiance des investisseurs étrangers et nationaux du fait d’un environnement des affaires peu propice, il est grand temps que la coopération avec l’Union européenne se décline autrement avec des acteurs de la Diaspora qui s’inscrivent dans la logique de la coopération décentralisée et de la migration négociée. Ce sont les politiques de migration européenne avec les régions africaines et le Togo en particulier qu’il faudra rediscuter dans une ambiance conviviale.

Un autre dossier qui reste sensible doit pourtant faire l’objet d’une consultation en direct. Avec quelques soutiens directs dans le domaine de l’infrastructure, une grande partie des serviteurs de l’Etat et de l’armée togolaise pourrait devenir des acteurs privilégiés d’une croissance économique accélérée laquelle passe par les travaux d’infrastructure, de construction d’habitats à loyers modérés et mise en place de système de communication et d’accès à l’eau et à l’énergie, de préférence renouvelable. Ce sera l’occasion de rappeler que les armées africaines pourraient aussi moderniser leur fonction pendant la période de transition et de refondation-reconstruction du pays pour servir de traits d’union entre les populations. Il suffit de créer des infrastructures avec l’appui financier des bailleurs de fonds prêts à nous accompagner pour que les craintes de ceux qui s’interrogent sur leur devenir disparaissent par enchantement. Ainsi ceux qui interpellent la Diaspora en répétant « que deviendrons nous ? » devront pouvoir être convertis en acteurs zélés du développement local. Les élections ne sont rien face à la volonté du peuple togolais de tourner la page de 40 ans où l’interdépendance togolaise et l’expression libre du peuple ont été considérées comme partie négligeable.

Si les autorités extérieures contribuent à donner une évaluation impartiale du déroulement des élections et que le peuple togolais face à ceux qui détiennent les instruments de la répression s’organise pour qu’il n’y ait pas d’effusion de sang, de désordre et de « bagarres de rues », alors les togolais, leurs dirigeants et la communauté auront enfin découvert les vertus de vivre en toute interdépendance. Il ne restera qu’à assurer un accompagnement intelligent en associant la Diaspora sous toutes ces formes.

4. Vers une gouvernance de l’interdépendance au Togo

Avec une estimation autour de 148 million de $ EU en 2005 de transfert financier de la Diaspora togolaise, ceci malgré les charges usurières liées à ce transfert, l’aide de la Diaspora est de loin supérieure à l’aide au développement s’élevant à 59,4 $ millions de $ US pour la même année. Il appartient à cette Diaspora éclairée d’introduire de la productivité

• dans le secteur primaire (agriculture et pêche) qui n’a atteint que 2,3% de croissance en 2006 ;
• dans le secteur industriel qui avec une croissance négative de -0.6% en 2006 affiche un désespérant -11,5% dans le secteur manufacturier (capacités productives), et
• un secteur tertiaire qui affiche 3,2% de croissance avec un service public défaillant avec une croissance négative de -2,6%.

Aussi, le produit intérieur brut (PIB) du Togo en 2006 atteint difficilement une croissance de 2% selon les sources du Fonds monétaire international (statistiques de 2007). Il n’est donc pas étonnant que le Togo n’ait pu répondre qu’à deux des critères de convergence (respect de moins de 3% du taux d’inflation et moins de 35% de revenu couvert par les efforts internes) de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine).

Avec un soutien intelligent de la communauté internationale et un rôle massif de la Diaspora en appui aux initiatives locales, le peuple togolais est capable de relever le défi de la croissance économique partagée et d’une gouvernance de l’interdépendance au service de tous les Togolais. La Diaspora ne sera pas simplement un arbitre mais un véritable catalyseur d’un développement à visage humain. Les conseils des anciens et la refondation de la tradition et du modernisme devraient faciliter une métamorphose d’un pays-frontière dont aucun de ses voisins proches ne peut se passer. Le Togo a besoin de spécialistes de la gouvernance de l’interdépendance. La Diaspora a de l’expérience à offrir dans ce domaine. Une vraie sécurité humaine en résultera.

14 octobre 2007

Dr. Yves Ekoué Amaïzo
Directeur du groupe de réflexion, d’action et d’influence – économiste à l’ONUDI
L’auteur intervient en sa capacité personnelle
 



Notes

Amnesty International, document public index AI : AFR57/013/1993/F : « Togo : les forces armées tuent impunément », 5 octobre 1993, 7 pages ; voir sur Internet : http://web.amnesty.org

Le Rapport sur les violations des Droits de l’Homme au Togo [Lire]

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Manifestations de rue en Afrique : Balles réelles et État de droit

Posté par issopha le 5 novembre 2007

 

 

Manifestations de rue en Afrique :

Balles réelles et État de droit

Fait paradoxal : la culture de la démocratie et de la bonne gouvernance tend à pénétrer le continent, mais de plus en plus de pouvoirs aux abois n’hésitent pas à tirer à balles réelles sur les manifestants.

Certes, les forces de défense et de sécurité du continent sont parfois autant de survivances de la période coloniale (exemple du Camp de Thiaroye) qui s’opposent à la construction de l’État de droit. Mais cette forme de violence, à l’opposé des valeurs qui constituent le socle des sociétés africaines, semble bien traduire la nature des régimes en place : démocratique ou dictatoriale.On oublie bien vite que les manifestations sont généralement consécutives aux revendications non examinées après des lustres. C’est un fait que dans les républiques bananières « la démocratie du plus fort est toujours la meilleure », comme le souligne si bien le chanteur Alpha Blondy.

Au fait, que peut-il bien se passer dans la tête de celui qui tire sur ses propres frères et soeurs, surtout des enfants ? Songe-t-il un instant à l’exaspération qui les conduits à défier les pouvoirs en place ? Pourquoi se refuser à considérer que le manifestant est avant tout un citoyen qui a des droits et, surtout, le droit de dire non face à l’oppression, à l’indignité, à l’impunité, aux crimes économiques et aux crimes de sang ? Sait-il que généralement en cas de renversement de la situation, en cas de procès, il sera seul devant la loi à payer de sa forfaiture pendant que celui dont il aura reçu les ordres ou qu’il aura défendu trouvera toujours les moyens de sa propre défense ? Et avec quel moral viendra-t-il profiter des largesses du citoyen, une fois le calme et la justice rétablis ?

A l’évidence, la répression démesurée et orchestrée par les gardiens du temple traduit bien souvent des comportements de peur. Elle révèle un surdimensionnement de l’égo et de l’instinct de conservation du régime visiblement aux abois. Mais la lutte des clans peut aussi inciter des éléments repus et décidés à en finir, à pousser le régime à bout et à hâter sa chute.

A cet égard, les agissements de certains régimes africains rappellent ceux du régime raciste de l’apartheid en Afrique du Sud. Notamment l’image du massacre des enfants de Soweto : un jeune éploré avec dans ses bras le corps sanguinolant d’un autre, suite aux tirs à balles réelles de la police raciste du temps des Botha et autres Voster de sinistre mémoire ! L’Afrique ferait-elle marche arrière ? Les gouvernants auraient-ils oublié que la vie humaine est sacrée, même dans les sociétés en transition ? Où sont donc les religieux et les coutumiers ?

Il existe pourtant des méthodes inoffensives et efficaces en Occident : pompes à eau, notamment qu’on utilise pour maîtriser les foules. La France, pourtant réputée pour ses multiples manifestations quotidiennes, ne nous donne pas l’image de forces de sécurité tirant à balles réelles sur des manifestants, comme tout récemment en Guinée ! Curieux, que des gouvernants qui aiment à singer ne songent point à s’inspirer de bons exemples ! Ils préfèrent jouir, dans le confort de leurs repaires, des souffrances et des contorsions de leur peuple. Parce qu’ils prennent toujours soin de garder sous protection leurs proches. Tant pis si ceux qu’ils envoient tirer sur les foules de manifestants n’ont aucune pitié pour leurs cibles dont parfois leurs propres parents. On a beau dire que l’intérêt d’Etat prime, il est scandaleux que les pays occidentaux, surtout la France, poursuivent leur coopération avec des régimes dont le haut degré d’homicide et d’infanticide est chaque jour décrié par l’opinion.

Certes, il sera toujours difficile de satisfaire à toutes les revendications des peuples en lutte. Toutefois, les gouvernants africains doivent savoir doser leurs réactions et, surtout, respecter les valeurs humaines, si chères à l’Afrique. D’autant que même s’ils feignent de les ignorer, la plupart des dirigeants africains se savent assis sur des poudrières.

La solution ? L’alternance au pouvoir en évitant les tripatouillages de Constitution pour se maintenir ad vitam aeternam. Autrement dit, une trop grande conservation du pouvoir finit par lasser et provoquer l’irréparable. Pour ce faire, organiser des élections transparentes, propres et équitables, opter pour une justice sociale véritable et un progrès social réel, préserver les libertés démocratiques, dont la liberté d’expression et le respect dû au citoyen-électeur et contribuable.

La liberté de manifester constitue un des critères de l’existence de tout régime démocratique, avec les limites que lui reconnaît la loi. A cet égard, le Sénégal demeure un exemple à imiter en Afrique, en dépit des dérives parfois constatées dans sa marche vers plus de droit et de justice. Egalement, il appartient à la société civile de ne jamais baisser la garde, et de s’organiser en encadrant ou en faisant encadrer les marches-meetings pour éviter l’intrusion de perturbateurs sur commande. Parallèlement, il faut travailler à enseigner le respect des droits de l’homme et du citoyen au sein des forces de défense et de sécurité, comme certains gouvernants le font déjà.

Ce qui se passe chaque jour sur le continent montre l’urgence de démocratiser au plus vite ! Et les dirigeants africains doivent comprendre que désormais, les choses changent à un rythme affolant. Rien ne peut arrêter un peuple affamé et qui aspire au changement. Ni le vol des urnes, ni les armes.

« Le Pays »
lundi 5 février 2007.

Manifestations de rue en Afrique : Balles réelles et État de droit dans AFRIQUE : Ceux qui luttent bl

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Thomas SANKARA : “ L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort ”

Posté par issopha le 23 octobre 2007

Thomas Sankara  

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“ L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas

que l’on s’apitoie sur son sort ”

Le 4 octobre 1984, Thomas Sankara prononçait à la tribune de la 39e Assemblée générale des Nations unies, un discours profondément émouvant, où l’Afrique parle au monde de ses souffrances cruelles, et reproche aux Africains de se rendre complices enchantés de leur perpétuel asservissement. 23 ans après, ce message reste étonnamment d’actualité et parle encore à nos consciences endormies. Puisse le poids de ces mots nous tirer de ce profond sommeil.



Permettez, vous qui m’écoutez, que je le dise : je ne parle pas seulement au nom du Burkina Faso tant aimé mais également au nom de tous ceux qui ont mal quelque part.
Je parle au nom de ces millions d’êtres qui sont dans les ghettos parce qu’ils ont la peau noire ou qu’ils sont de culture différente et bénéficient d’un statut à peine supérieur à celui d’un animal.
Je souffre au nom des Indiens massacrés, écrasés, humiliés et confinés depuis des siècles dans des réserves afin qu’ils n’aspirent à aucun droit et que leur culture ne puisse s’enrichir en convolant en noces heureuses au contact d’autres cultures, y compris celle de l’envahisseur.


Je m’exclame au nom des chômeurs d’un système structurellement injuste et conjoncturellement désaxé, réduits à ne percevoir de la vie que le reflet de celle des plus nantis.
Je parle au nom des femmes du monde entier, qui souffrent d’un système d’exploitation imposé par les mâles. Pour ce qui nous concerne, nous sommes prêts à accueillir toutes les suggestions du monde entier, nous permettant de parvenir à l’épanouissement total de la femme burkinabè. En retour, nous donnons en partage à tous les pays, l’expérience positive que nous entreprenons avec des femmes désormais présentes à tous les échelons de l’appareil de l’État et de la vie sociale au Burkina Faso. Des femmes qui luttent et proclament avec nous, que l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère et nous en appelons à toutes nos sœurs de toutes les races pour qu’elles montent à l’assaut pour la conquête de leurs droits.
Je parle au nom des mères de nos pays démunis, qui voient mourir leurs enfants de paludisme ou de diarrhée, ignorant qu’il existe, pour les sauver, des moyens simples que la science des multinationales ne leur offre pas, préférant investir dans les laboratoires de cosmétiques et dans la chirurgie esthétique pour les caprices de quelques femmes ou d’hommes dont la coquetterie est menacée par les excès de calories de leurs repas trop riches et d’une régularité à vous donner, non, plutôt à nous donner, à nous autres du Sahel, le vertige. Ces moyens simples recommandés par l’Oms et l’Unicef, nous avons décidé de les adopter et de les populariser.

Je parle aussi au nom de l’enfant. L’enfant du pauvre, qui a faim et qui louche furtivement vers l’abondance amoncelée dans une boutique pour riches. La boutique protégée par une vitre épaisse. La vitre défendue par une grille infranchissable. Et la grille gardée par un policier casqué, ganté et armé de matraque. Ce policier, placé là par le père d’un autre enfant qui viendra se servir ou plutôt se faire servir parce que représentant toutes les garanties de représentativité et de normes capitalistiques du système.
Je parle au nom des artistes (poètes, peintres, sculpteurs, musiciens, acteurs), hommes de bien qui voient leur art se prostituer pour l’alchimie des prestidigitations de show-business.
Je crie au nom des journalistes qui sont réduits soit au silence, soit au mensonge pour ne pas subir les dures lois du chômage.
Je proteste au nom des sportifs du monde entier dont les muscles sont exploités par les systèmes politiques ou les négociants de l’esclavage modernes.

“ Nous voulons être les héritiers de toutes les révolutions du monde, de toutes les luttes de libération des peuples du Tiers Monde ”

Mon pays est un concentré de tous les malheurs des peuples, une synthèse douloureuse de toutes les souffrances de l’humanité, mais aussi et surtout des espérances de nos luttes. C’est pourquoi je vibre naturellement au nom des malades qui scrutent avec anxiété les horizons d’une science accaparée par les marchands de canons. Mes pensées vont à tous ceux qui sont touchés par la destruction de la nature et à ces trente millions d’hommes qui vont mourir comme chaque année, abattus par la redoutable arme de la faim.
Militaire, je ne peux oublier ce soldat obéissant aux ordres, le doigt sur la détente, et qui sait que la balle qui va partir ne porte que le message de la mort.

Enfin, je veux m’indigner en pensant aux Palestiniens qu’une humanité inhumaine a choisi de substituer à un autre peuple, hier encore martyrisé. Je pense à ce vaillant peuple palestinien, c’est-à-dire à ces familles atomisées errant de par le monde en quête d’un asile. Courageux, déterminés, stoïques et infatigables, les Palestiniens rappellent à chaque conscience humaine la nécessité et l’obligation morale de respecter les droits d’un peuple : avec leurs frères juifs, ils sont antisionistes.

Aux côtés de mes frères soldats de l’Iran et de l’Irak, qui meurent dans une guerre fratricide et suicidaire, je veux également me sentir proche des camarades du Nicaragua dont les ports sont minés, les villes bombardées et qui, malgré tout, affrontent avec courage et lucidité leur destin. Je souffre avec tous ceux qui, en Amérique latine, souffrent de la mainmise impérialiste.
Je veux être aux côtés des peuples afghan et irlandais, aux côtés des peuples de Grenade et de Timor Oriental, chacun à la recherche d’un bonheur dicté par la dignité et les lois de sa culture.
Je m’élève ici au nom des tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils pourront faire entendre leur voix et la faire prendre en considération réellement. Sur cette tribune beaucoup m’ont précédé, d’autres viendront après moi. Mais seuls quelques-uns feront la décision. Pourtant nous sommes officiellement présentés comme égaux. Eh bien, je me fais le porte voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre. Oui je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».
Notre révolution au Burkina Faso est ouverte aux malheurs de tous les peuples. Elle s’inspire aussi de toutes les expériences des hommes depuis le premier souffle de l’Humanité. Nous voulons être les héritiers de toutes les révolutions du monde, de toutes les luttes de libération des peuples du Tiers Monde. Nous sommes à l’écoute des grands bouleversements qui ont transformé le monde. Nous tirons des leçons de la révolution américaine, les leçons de sa victoire contre la domination coloniale et les conséquences de cette victoire. Nous faisons nôtre l’affirmation de la doctrine de la non-ingérence des Européens dans les affaires américaines et des Américains dans les affaires européennes. Ce que Monroe clamait en 1823, “ L’Amérique aux Américains ”, nous le reprenons en disant “ l’Afrique aux Africains ”, “ Le Burkina aux Burkinabè ”. La Révolution française de 1789, bouleversant les fondements de l’absolutisme, nous a enseigné les droits de l’homme alliés aux droits des peuples à la liberté. La grande révolution d’octobre 1917 a transformé le monde, permis la victoire du prolétariat, ébranlé les assises du capitalisme et rendu possible les rêves de justice de la Commune française.

Ouverts à tous les vents de la volonté des peuples et de leurs révolutions, nous instruisant aussi de certains terribles échecs qui ont conduit à de tragiques manquements aux droits de l’homme, nous ne voulons conserver de chaque révolution, que le noyau de pureté qui nous interdit de nous inféoder aux réalités des autres, même si par la pensée, nous nous retrouvons dans une communauté d’intérêts.
Monsieur les Présidents,
Il n’y a plus de duperie possible. Le Nouvel Ordre Economique Mondial pour lequel nous luttons et continuerons à lutter, ne peut se réaliser que :
- si nous parvenons à ruiner l’ancien ordre qui nous ignore,
- si nous imposons la place qui nous revient dans l’organisation politique du monde,
- si, prenant conscience de notre importance dans le monde, nous obtenons un droit de regard et de décision sur les mécanismes qui régissent le commerce, l’économie et la monnaie à l’échelle planétaire.

“ La recherche de la paix va de pair avec l’application ferme du droit des pays à l’indépendance, des peuples à la liberté et des nations à l’existence autonome ”

Le Nouvel Ordre Economique international s’inscrit tout simplement, à côté de tous les autres droits des peuples, droit à l’indépendance, au libre choix des formes et de structures de gouvernement, comme le droit au développement. Et comme tous les droits des peuples, il s’arrache dans la lutte et par la lutte des peuples. Il ne sera jamais le résultat d’un acte de la générosité d’une puissance quelconque.
Je conserve en moi la confiance inébranlable, confiance partagée avec l’immense communauté des pays non-alignés, que sous les coups de boutoir de la détresse hurlante de nos peuples, notre groupe va maintenir sa cohésion, renforcer son pouvoir de négociation collective, se trouver des alliés parmi les nations et commencer, de concert avec ceux qui peuvent encore nous entendre, l’organisation d’un système de relations économiques internationales véritablement nouveau.

Monsieur le Président,
Si j’ai accepté de me présenter devant cette illustre assemblée pour y prendre la parole, c’est parce que malgré les critiques qui lui sont adressées par certains grands contributeurs, les Nations unies demeurent la tribune idéale pour nos revendications, le lieu obligé de la légitimité des pays sans voix.

C’est cela qu’exprime avec beaucoup de justesse notre Secrétaire général lorsqu’il écrit :
« L’organisation des Nations unies est unique en ce qu’elle reflète les aspirations et les frustrations de nombreux pays et gouvernements du monde entier. Un de ses grands mérites est que toutes les Nations, y compris celles qui sont faibles, opprimées ou victimes de l’injustice, (il s’agit de nous), peuvent, même lorsqu’elles sont confrontées aux dures réalités du pouvoir, y trouver une tribune et s’y faire entendre. Une cause juste, même si elle ne rencontre que revers ou indifférence, peut trouver un écho à l’Organisation des Nations unies ; cet attribut de l’Organisation n’est pas toujours prisé, mais il n’en est pas moins essentiel ».
On ne peut mieux définir le sens et la portée de l’Organisation.

Aussi est-il, pour chacun de nous, un impératif catégorique de consolider les assises de notre Organisation, de lui donner les moyens de son action. Nous adoptons en conséquence, les propositions faîtes à cette fin par le Secrétaire Général, pour sortir l’Organisation des nombreuses impasses, soigneusement entretenues par le jeu des grandes puissances afin de la discréditer aux yeux de l’opinion publique.

Monsieur le Président,
Reconnaissant les mérites mêmes limités de notre Organisation, je ne peux que me réjouir de la voir compter de nouveaux adhérents. C’est pourquoi la délégation burkinabè salue l’entrée du 159ème membre de notre Organisation : l’Etat du Brunei Darussalam.
C’est la déraison de ceux entre les mains desquelles la direction du monde est tombée par le hasard des choses qui fait l’obligation au Mouvement des pays non alignés, auquel je l’espère, se joindra bientôt l’Etat du Brunei Darussalam, de considérer comme un des objectifs permanents de sa lutte, le combat pour le désarmement qui est un des aspects essentiels et une condition première de notre droit au développement.

Le messager
Le 17-10-2007

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Les discours et correspondances secrètes de Um Nyobé et de ses compagnons

Posté par issopha le 23 octobre 2007

Culture-Livre

 

 

Les discours et correspondances secrètes de Um Nyobé

et de ses compagnons

Abraham Fossi Sighoko, fils d’un maquisard,

déballe le testament caché de l’Upc.

La bouteille jetée à la mer est tombée à bon port.“ Quelque temps après le deuil consécutif à la confirmation de la mort de mon père, ma grand-mère maternelle m’appela dans sa case pour me dire : “ Voici ce que ton père avait mis en sécurité dans mes mains.”[…]Je découvris de nombreux documents, dont certains étaient manuscrits et d’autres dactylographiés. Le sigle de l’Upc revenait pratiquement sur toutes les pages. Ma grand-mère venait-elle de me transmettre un document compromettant ou un trésor ?” Plus de cinquante années sont passées après la réception de ce colis légué par Jacob Fossi, martyr du nationalisme camerounais. Abraham Fossi Sighoko, son fils, a décidé de mettre sur la place publique cette espèce de testament des acteurs du nationalisme camerounais. L’ouvrage est simplement intitulé “ Discours politiques ”. Il est publié courant cette année aux éditions L’Harmattan en France. La couverture et illustrée par les portraits des cinq figures emblématiques de l’Union des populations du Cameroun. Il s’agit notamment de Ruben Um Nyobé, Ernest Ouandié, Félix Roland Moumié, Osendé Afana et Abel Kingué. Comme le souligne le philosophe Sindjoun Pokam dans la préface, l’originalité de ce recueil se fonde – outre les écrits de Um Nyobé déjà publiés par d’autres auteurs – sur les écrits de ses compagnons de lutte. En parcourant la compilation étalée sur 667 pages, le lecteur se fait rapidement une idée sur les motivations et les orientations des actions posées par les héros du mouvement nationaliste Camerounais. “ Que nous apprennent les discours politiques de Um Nyobé, Moumié, Kingué, Ouandié, Osendé Afana… dont Fossi Jacob s’est constamment nourri ? Ces discours politiques nous apprennent que de 1945-1955, la France a décidé d’annexer le Cameroun à son empire colonial. Ils nous apprennent que de 1948 à 1955, la France a décidé de liquider l’Upc en tant que conscience historique, politique et éthique du peuple camerounais. La France dans cette entreprise a décidé d’user de la violence la plus extrême ”, note-on dans la préface.

Tel père, tel fils
Une violence contre laquelle s’insurge légitimement Abraham Fossi Sighoko. Il se montre affecté par l’une des séquences les plus fortes de la répression coloniale face à la résistance des nationalistes camerounais. Dans son Avant-propos, il s’interroge : “ Connaît-on meilleure preuve d’amour que le sacrifice de soi pour une cause juste ?”
La scène héroïque figure dans les annales de l’histoire du nationalisme camerounais. Elle se déroule dans les années 1957 à la chute de la Metché, sur le fleuve Mifi. A cet endroit, la majorité des combattants de l’Upc étaient mis à mort par une méthode cynique. A partir du sommet de la chute de la Metché, ils étaient projetés au fond des eaux tumultueuse de la Mifi. Leur mort s’en suivait. Un jour, Jacob Fossi, conduit à cette potence insolite, décide, dans son for intérieur, d’être à la fois martyr et bourreau du colonialisme français à l’Ouest. Au moment de sa projection dans cette chute, il entraîne avec lui un agent du colonialisme français dans les eaux de la Mifi. Il s’agit du commandant Houtarde. Le décès de celui-ci, comme de milliers d’activistes upecistes de la région, vient mettre fin à cette pratique ignoble et triste. Grâce à cet acte héroïque, Jacob Fossi rentre dans le cercle des combattants immortels du nationalisme camerounais. Très jeune, l’auteur de cet ouvrage est orphelin. A l’âge de treize ans, sa grand-mère lui transmet cet héritage. “ Papa, j’ai reçu le colis. Il m’a servi tour à tour de piège et de gisement. J’en ai fait bon usage ”, conclut Abraham Fossi Sighoko.
 

Par Guy Modeste DZUDIE
Le 19-10-2007

 

 

 

Abraham Fossi Sighoko

Il fallait transmettre cet héritage au peuple camerounais

Auteur de l’ouvrage intitulé les Discours Politiques, il pense avoir achevé la mission que lui avait confiée son père, le martyr Jacob Fossi.


Vous avez reçu ces documents il y a une cinquantaine d’années. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour les publier ?
Rien ne justifie l’opportunité ou le contexte de la publication de cet ouvrage. J’ai simplement voulu donner au peuple camerounais certaines pages de leur histoire. C’est mon héritage. C’est mon père qui me l’a donné. Je l’adresse au peuple camerounais. Faut-il néanmoins noter que de 1958 à 1982, il n’était pas possible d’affirmer qu’on est upéciste sans se voir couper la tête. Maintenant que chacun peut déclarer son appartenance à l’Upc sans aller au maquis, je dis bien que je suis de l’Upc. C’est pourquoi je juge important de publier les communications des upécistes.

 

En parcourant l’ouvrage ? l’on note que vous avez procédé juste à une superposition des textes. Apparemment, cette compilation n’obéit à aucun schéma chronologique ou à une catégorisation thématique. Pourquoi avoir opté pour cette simplicité ?


Je crois que le plus important est de publier cet ouvrage pour que l’on le lise. C’est une histoire non tronquée. Ernest Ouandié, Ossendé Afana et autres n’ont pas eu le temps de publier leur pensée avant de mourir. Mais, ils ont toujours soutenu que l’histoire qui doit être enseignée au Camerounais ne doit pas être celle écrite à Paris, à Moscou ou à Londres. Elle doit être celle faite ici chez nous. Pour moi, le faire est un devoir de mémoire.
 

Croyez-vous qu’à partir de cet ouvrage, le mouvement nationaliste camerounais puisse renaître ou se consolider ?


Que le mouvement nationaliste camerounais renaisse ou pas, j’ai fait mon devoir. Celui de laisser au peuple camerounais ce que j’avais. Je pouvais mourir avec ça en main. Je l’ai remis au peuple camerounais, et j’en suis content. 

Par Propos recueillis par G.M.D
Le 19-10-2007

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TUNISIE :  » SI TU NE FAIS PAS ALLEGEANCE , TU SORS DE LA NORMALITE « .

Posté par issopha le 21 octobre 2007

Entrevue

«  SI TU NE FAIS PAS ALLEGEANCE ,

TU SORS DE LA NORMALITE « 

 

 

mercredi 17 octobre 2007 par Abou Idyl

Homme politique, opposant et tunisien, c’est encore possible : le docteur Mustapha Ben Jaafar le prouve, via cette interview parue dans le numéro d’octobre du journal l’Audace

 Comment se passe la « rentrée politique » en Tunisie ?

MBJ – Cette formule, traditionnellement reprise après le long repos estival, suppose l’existence d’un jeu politique qui obéit, certes, à un rapport de force mais surtout aux règles de l’Etat de droit. Or, nous ne connaissons rien de tout cela, nous vivons depuis longtemps sous le signe de la négation du politique. Tout est régi sur la base du seul rapport de force, la seule règle étant « Si tu ne fais pas allégeance, tu te mets hors de la normalité ». Les droits fondamentaux de s’exprimer, de s’organiser en parti, association ou syndicat, pourtant garantis par la Constitution, ne sont plus considérés que comme des privilèges octroyés aux proches et refusés aux autres, selon les procédés du marchandage à l’allégeance.

Ainsi le FDTL, légalisé depuis près de cinq ans, n’a aucun accès aux médias « nationaux », télévision, radio… pourtant financés par les citoyens. Les lieux de réunion, publics et privés, nous sont systématiquement refusés. Nos propres locaux sont sous surveillance policière permanente. Nos militants sont intimidés et certains de nos invités sont souvent empêchés de participer à nos réunions ou même de nous rendre visite. La situation est en train de s’aggraver quand, face à la détermination de l’opposition, on assiste à des actes inquiétants comme l’incendie criminel du cabinet de Maître Ayachi HAMMAMI ou l’expulsion du Parti Démocrate Progressiste de ses locaux conduisant ses deux leaders à une grève de la faim illimitée.

En un mot, le pouvoir veut jouer tout seul ou avec des comparses, ce qui revient au même… Comment, dans de telles conditions, peut-on parler de politique, de pluralisme, de compétition ?

N’est-ce pas le signe le plus patent de l’échec de l’opposition ?

MBJ – Peut-on vraiment parler d’opposition dans le contexte qui prévaut depuis plusieurs années et en l’absence des libertés élémentaires ? De même, si elle a sa part de responsabilité, compte tenu les conditions dans lesquelles elle milite, on ne peut pas l’accabler. Nous ne sommes pas en compétition avec les militants d’un parti majoritaire classique. Nous sommes confrontés à un Etat, avec tous les moyens dont il dispose. Nous nous trouvons presque toujours face à des policiers en civils qui agissent selon les « TAALIMETS », des instructions le plus souvent arbitraires. La responsabilité du RCD,« parti au pouvoir » devenu « parti du pouvoir », ne doit pas être occultée et il devra un jour rendre des comptes, ne serait-ce que devant l’Internationale Socialiste, organisation démocratique dont il se prévaut d’appartenir et dont il bafoue les valeurs.

Contre cet absolutisme du pouvoir étatique, n’y a-t-il rien à faire ?

MBJ – Bien sûr qu’il y a beaucoup à faire, et en premier lieu essayer, dans ce contexte d’asphyxie systématique, de s’organiser pour se développer. Nous avons, en dépit de nos modestes moyens, lancé un journal heddomadaire, Mouatinoun. En raison du verrouillage, nous trouvons d’énormes difficultés pour le diffuser et le rentabiliser aux fins d’assurer sa survie. Nous avons dû prolonger la pause de l’été, qui dura deux mois. Et c’est par défi que nous reprenons sa diffusion le 3 octobre avec un numéro bilingue. En deuxième lieu, il est nécessaire de rassembler l’opposition démocratique et crédible derrière un mot d’ordre clair qui viendrait s’ajouter aux revendications classiques des libertés fondamentales et l’amnistie générale…

A quoi pensez-vous précisément ?

MBJ – Je pense aux rendez-vous de 2009. Le pouvoir s’y prépare depuis un an. Une campagne fiévreuse d’allégeance est déjà en place pour appeler le président sortant à une nouvelle candidature pour un cinquième mandat. La campagne, censée être spontanée, frise le ridicule. Y sont mêlées des organisations à caractère syndical, des associations culturelles et même sportives, des assemblées informelles dont on ne connaît ni les initiateurs ni le lieu de réunion. Cela n’a aucun sens et consacre le mépris dans lequel on tient l’intelligence de notre peuple et ses élites. Et le candidat en a-t-il vraiment besoin ? Personne ne peut croire aujourd’hui à l’existence d’une vraie compétition. Mais qui nous empêche d’agir ensemble pour créer les conditions d’une vraie participation ? Qui nous empêche de nous rassembler pour des Elections Démocratiques en 2009 ?

Est-ce vraiment possible vu les divisions qui paralysent l’opposition ?

MBJ – Ces divisions sont réelles, mais elles sont trop souvent amplifiées par la propagande officielle. On peut également penser que certaines tentatives maladroites et inopportunes pour improviser un leadership de l’opposition par des coups médiatiques contribuent à créer malaise et défiance. Je pense, malgré tout, que la partie est jouable à condition que nous cessions, les uns et les autres, de nous comporter en donneurs de leçons comme si quelqu’un ou quelque parti détenait la vérité absolue et la solution miracle.

Plus concrètement, il y a un effort à faire pour que tous les acteurs s’accordent sur l’ordre des priorités du moment. Ce ne sera pas aisé mais c’est possible. Certains partenaires, en dehors du comité du 18 octobre pour les libertés, placent le projet de société à la tête de leurs préoccupations et, ce faisant, rechignent à mener des actions communes avec ceux qui ne partagent pas leurs idéaux. Ils ont des arguments qu’il faut prendre au sérieux et écouter. Ce ne sont pas des éradicateurs et ils ne veulent pas être des alliés objectifs du système répressif. Il faut les convaincre que la grave dégradation que connaît le pays implique une action urgente pour changer l’équilibre des forces outrageusement favorable aux tenants du pouvoir.

Comment le faire sans sacrifier le projet progressiste de modernisation de la société ? La question n’est pas insoluble et le FDTL fera tout ce qui est en son pouvoir pour rapprocher les points de vue, ou tout du moins créer un climat de sérénité qui nous évitera de nous enliser dans des querelles marginales de nature à affaiblir l’ensemble de l’opposition. Un dialogue sérieux est d’ores et déjà engagé avec nos camarades d’Ettajdid. Nous en attendons beaucoup et nous ferons en sorte que 2009 ne soit pas une occasion ratée. Il nous faudra pour cela éviter les erreurs et les malentendus de 2004.

Concrètement, quelles mesures préconisez-vous ?

MBJ – Nous allons en discuter ensemble mais certaines sont évidentes. D’abord, il nous faut conquérir nos droits élémentaires afin d’établir un lien avec la société – car tout est fait pour nous empêcher de communiquer avec les citoyens. Il faut que cela cesse. Il y a ensuite des règles à modifier pour que l’opposition puisse participer aux élections. Pensez que s’il y a aujourd’hui, pour une raison ou une autre, vacation au sommet du pouvoir, selon les lois en vigueur, seul le RCD est en mesure de présenter un candidat à l’élection présidentielle. Ce qui est évidemment une source de blocage et d’instabilité institutionnelle. Nous en sommes là parce que le pouvoir refuse de mettre en place une règle du jeu stable et connue longtemps à l’avance, qui soit susceptible de consacrer le pluralisme des candidatures. Il ne cherche qu’à se maintenir, qu’à s’assurer « le risque zéro » et pouvoir, à la dernière minute, concocter une loi exceptionnelle et transitoire qui vise essentiellement à éliminer ses adversaires de la course.

Quant aux élections législatives, le pouvoir, par une étrange règle de quotas, a mis en place un système électoral dont il maîtrise parfaitement les tenants et les aboutissants. Il assure pour lui-même 80% des sièges et déplace la compétition dans le champ de l’opposition, qui récolte les miettes. Il a ainsi pu intégrer au décor les moins farouches. Ce système, qui ne reflète en aucun cas l’image des composantes politiques, doit changer.

Reste le problème – probablement le plus délicat – de créer les conditions de la participation effective des citoyens : inscription sur les listes électorales, liberté et secret du vote… e.tc. A ce propos, l’idée d’une commission de contrôle indépendante me semble incontournable.

Si je comprends bien, vous êtes pour une participation aux élections prochaines ?

MBJ – Nous n’avons jamais été contre par principe. Jusque-là, nous avons refusé de participer à des pseudo élections dont les résultats sont précisément connus avant même qu’elles ne commencent. Nous avons deux ans pour tout faire afin que les conditions changent. A ce moment là, nous déciderons en fonction de l’évolution de la situation. Le meilleur scénario serait que l’opposition adopte une attitude commune. Il faut y travailler dès maintenant, calmement, méthodiquement. Rassembler implique des impératifs. En premier lieu l’humilité. Il n’y a pas d’un côté les bons intransigeants accrochés à leurs principes et prêts au sacrifice suprême et , de l’autre, les opportunistes qui, dans le meilleur des cas les faire valoir. Il faut certes de la clarté dans les choix. Il faut dénoncer les compromissions, pour des raisons morales, mais surtout parce qu’elles retardent l’heure de la délivrance. Il faut enfin se convaincre que, pour réaliser un objectif, il ne suffit pas d’avoir raison, il faut surtout que la raison soit celle de tous au bon moment, au moment de l’épreuve. Cela ne se fera ni par les incantations ni par les décrets.

Un dernier mot. Quelle issue voyez-vous à la grève de la faim entamée par Maya JRIBI et Néjib CHEBBI ?

MBJ – Je m’inquiète de leur état de santé. Je suis bien évidemment solidaire d’autant que ce qui arrive au PDP peut arriver à toute organisation, parti, ou personne, qui refuse l’allégeance. S’agissant d’un problème qui concerne toute l’opposition, j’aurais privilégié une démarche collective. Mais l’heure est à la solidarité. Cette histoire pathétique illustre bien notre sous-développement politique. Le rôle d’un Etat démocratique aurait été d’intervenir pour assurer aux organisations civiles leurs besoins vitaux : financement public, locaux, publicité dans leurs journaux. Seul le RCD dispose d’un budget illimité, de centaines de locaux gratuits et de milliers de fonctionnaires détachés aux frais de la communauté nationale. Un Etat de droit, un Etat juste, voilà ce dont la Tunisie a le plus besoin

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Pour comprendre la guerre au Congo , lisez John Le Carré

Posté par issopha le 15 octobre 2007

  

  

  

Pour comprendre

 la guerre au Congo,

lisez John Le Carré

 

 

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Chaque jour, je reçois un e-mail de la Coordination des affaires humanitaires des Nations Unies à Goma, dans la province congolaise du Nord-Kivu, m’informant de l’état des combats et des populations déplacées dans cette région de l’Est du Congo. Ces e-mails ont commencé à devenir obsédants alors que je terminais la lecture du « Chant de la Mission », le dernier roman de John Le Carré.

Les e-mails de l’ONU, c’est-à-dire la réalité, me parlent des combats qui opposent l’armée congolaise aux partisans du général tutsi Laurent Kunda et aux maï-maï, faisant quelque 350 000 personnes déplacées dans la région. Le dernier communiqué fait état de combats « substantiels » dans le district de Masisi, d’un quartier de Goma encerclé et fouillé par l’armée qui a trouvé des armes et arrêté quatre personnes, etc.

Le livre de John Le Carré, une fiction donc, me parle de la même chose, revue et corrigée par un romancier, maître du roman d’espionnage au temps de la guerre froide, recyclé dans les conflits de l’après-guerre froide. Un monde dans lequel les guerres du Congo ne sont plus le sous-produit des affrontements Est-Ouest, mais des conflits aux raçines ethniques ancestrales, doublées des appétits que suscitent les richesses du sous-sol.

Dans « Le Chant de la mission », les services britanniques fomentent, sous prétexte d’amener la démocratie et la paix, une entente avec un chef maï-maï, un prophète charismatique, et un chef de guerre banyamulenge, dans le but, évidemment, de livrer les minerais du Kivu à un consortium occidental…

Le romancier est le seul à raconter une guerre oubliée

Cet aller-retour entre la réalité et la fiction est assez fascinant. Non pas tant parce que Le Carré a placé son roman dans un contexte bien réel -il l’a toujours fait. Mais parce qu’il est le seul, aujourd’hui, à tenter de donner un éclairage à une guerre africaine oubliée. Cherchez bien, vous ne trouverez pas d’analyse dans vos grands quotidiens, et encore moins à la télévision, sur ce qui se passe au Kivu et qui affecte la vie de centaines de milliers de personnes.

L’espace consacré dans les médias aux enjeux internationaux se réduit d’année en année, et pas seulement en France. En revanche, John Le Carré, en raison de sa notoriété et de son talent, sera lu par des milliers de lecteurs qui auront sa grille de lecture, certes discutable, de ce conflit.

Plus troublant encore, je me trouvais ce weekend à Ferrara, magnifique ville d’Emilie Romagne, en Italie, pour le premier festival international du magazine italien Internazionale. Une grande réussite avec des débats de grande qualité sur les enjeux internationaux, comme on rêverait d’en avoir aussi en France…

A l’un de ces débats, quatre intervenants, des romanciers de pays « du Sud » (cette formule est devenue un peu désuette, non?), ont défendu l’idée que le roman était devenu le lieu privilégié pour décrire la réalité sociale et politique de leurs pays, plutôt que des médias décrédibilisés. L’indienne Arundhati Roy, la Turque Elif Shahak, la Marocaine (installée aux Etats-Unis) Laila Lalami, et le Colombien Efraim Medina Reyes, ont exprimé, chacun à sa manière et dans son contexte, cette idée du romancier qui remplace le journaliste. Le « modérateur » du débat, le critique italien Goffredo Fofi, a lui aussi enfoncé le clou: « le roman permet d’entrer dans la complexité d’une manière que le journalisme ne permet plus aujourd’hui », a-t-il dit.

« Les villageois avaient besoin d’un conteur pour raconter leur détresse »

Arundhati Roy est évidemment la plus connue des quatre auteurs présents, et la plus représentative de cet engagement. Elle a expliqué à Ferrara que le Prix Booker qu’elle a reçu en Grande Bretagne en 1997 pour son célèbre « Dieu des petits riens » lui a assuré une telle « plate-forme » dans son pays qu’elle a pris la parole pour ne plus la quitter. Elle s’est retrouvée en première ligne pour défendre les populations déplacées par la construction d’un barrage géant: « Les villageois avaient besoin d’un conteur pour raconter leur détresse », a-t-elle dit.

Le cas de John Le Carré n’est pas similaire à celui d’Arudhati Roy, évidemment. L’indienne est devenue militante et porte-voix des sans-voix, tandis que le romancier britannique reste dans son art traditionnel. Mais tous deux apportent du sens à des situations complexes.

On peut être en désaccord avec leur grille d’analyse, mais il faut leur reconnaître une contribution au débat pubic que les médias ont de plus en plus de mal à faire. Les communiqués qui me parviennent de Goma avec la réalité du Kivu n’ont plus le même écho depuis que j’ai lu le roman qui m’explique le Kivu.

► Le Chant de la Mission de John Le Carré – éd. du Seuil – 347p.,21,80€.

 

> Pour comprendre la guerre au

Oui… Le Carré fut aussi le premier à parler de l’Ingouchie en tant que « guerre oubliée » (par rapport à la Tchétchénie, s’entend)dès 1995 dans son roman « Our Game » (excusez-moi d’avoir oublié le titre français).
Et il est aussi exact que partout dans le monde, les voix des romanciers s’élèvent pour nous donner un aperçu critique des sociétés (je pense ici à des Chinois comme Murong Xuecun ou Dai Lai). Leur point de vue peut sembler partial, il est avant tout « interne » : nous nous retrouvons au centre, dans une position où il est impossible de ne pas comprendre.

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> Pour comprendre la guerre au

Curiosité. Quelqu’un sait-il si cette maison a gauche existe toujours et qui l’habite ?

http://www.geocities.com/newsociety_2000/630700-n.jpg

PJCA

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> > Souvenirs de Goma…

Mon intérêt pour cette maison est qu’on y avait accueilli, en 1963, les survivants de la patrouille italienne de l’ONU-Congo qui avaient été attaquée, lors d’une escale technique à Kindu. L’épisode avait été brutal et les survivants étaient très ébranlés.. Evidemment, si on pense à la suite…c’était le bon temps.

PJCA

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> Pour comprendre la guerre au

Ne vous moquez-vous pas un peu du monde Mr P. Haski?

Vous écrivez dans votre billet: « Cherchez bien, vous ne trouverez pas d’analyse dans vos grands quotidiens, [ ] sur ce qui se passe au Kivu [ ] et pas seulement en France. »
Surtout pas sur Rue89! Le jour même ou vous rêvassiez en Emilie Romagne, le Herald Tribune publiait (en une) un article de Jeffrey Gettleman
http://www.iht.com/articles/2007/10/07/news/congo.php sur le déferlement des violences sexuelles dont sont victimes des dizaines de milliers de femmes au Congo (dans la province du Kivu précisément). Il y est fait mention d’un gang très stylé, « les Rastas », miliciens hutus en rupture de bans qui massacrent tout ce qui se trouve sur leur passage et en particulier la sauvagerie avec laquelle ils s’en prennent aux femmes. Ce n’est pas du roman.
Autre exemple: il n’a fait aucun écho sur votre site à l’article de Marie Jégo
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-962404,0.html?xtor=RSS… sur la situation en Ingouchie et les massacres commis par les services spéciaux russes . Ce n’est pas non plus de la fiction non plus… et ces informations ne se trouvent pas dans la presse anglo-saxonne.
La recherche « Ingouchie » sur le site de Rue89 ne rapporte pas un seul résultat contre 370 pour la recherche Cécilia!

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> > Pour comprendre la guerre

Je n’ai pas vraiment le sentiment de me « moquer du monde », cher Courageux anonyme de 7h42. Vous m’avez sorti l’exception qui confirme la règle: le New York Times (qui possède l’IHT) est l’un des très rares journaux mondiaux à avoir un réseau de correspondants et d’envoyés spéciaux de cette ampleur. Presque partout ailleurs, sur dix ans, c’est la peau de chagrin: en France, le Monde a de beaux restes, mais des trous béants dans sa carte du globe; Libé a réduit la voilure internationale de plus de moitié en quelques années (rien que l’an dernier, les bureaux de Londres, Berlin, New York et Jérusalem ont été remplacés par des pigistes).
Concernant le Kivu, regardez bien les articles que vous sort Google: 99% sont des dépèches AFP avec les bilans des combats, des analyses originales et informées sont l’exception. Quant à votre recherche sur Rue89, je suis très flatté par votre exigence, mais savez vous que ce site n’a que cinq mois d’existence et, pour l’heure, des moyens financiers extrêmement limités. Non, nous n’avons pas encore de spécialiste du Kivu et de l’Ingouchie, hélas.
Nous construisons progressivement notre maison, et, de fait, l’Ingouchie nous est apparue moins pertinente d’entrée de jeu que Cécilia Sarkozy, allez savoir pourquoi? Mais sachez que c’est notre ambition de développer notre couverture internationale, à la fois avec des correspondants, notre réseau est embryonnaire mais il est appelé à se développer, mais aussi avec des partenariats comme ceux que nous avons déjà conclus avec Slate.com aux Etats-Unis, ou le quotidien La Liberté en Suisse. D’autres, là encore, suivront. Donc loin de me « moquer du monde », j’ai le sentiment de faire exactement l’opposé.

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> > > Pour comprendre la

Même si je ne suis pas toujours d’accord avec votre journal, j’apprécie que l’auteur prenne le temps de répondre ou d’intervenir publiquement dans les commentaires, pendant que Libé « vérouille » les débats en ne laissant subsister que des commentaires lénifiants.

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> > > > Pour comprendre

Idem…

Pas toujours d’accord avec Rue89 mais souvent les journalistes interviennent dans les commentaires de leurs propres articles et je trouve cela plutôt pas mal.

Le Monde, faut être abonné pour pouvoir aller sur le forum !
Libé c’est pas mal… (pas encore vu de sujet effacé)
Le Figaro malgré son excellente présentation…. aucun commentaire possible, aucun forum…..

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> > > Pour comprendre la

Bonjour

C’est bien de redécouvrir Zola, et qu’un journaliste n’est pas qu’un compilateur de dépêches. John Le Carré est un ancien des services secrets, il sait de quoi il parle. Allez encore quelques efforts, vous êtes bientôt mûr pour revisiter le 11 septembre qui s’apparente à un nouvel incendie du Reichtag, les morts en plus.

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> > > Pour comprendre la

Pour M. Haski et tout ceux qui souhaitent suivre les affaires de la RDC et des Grands lacs :
- congoindependant.com (le plus dense, avec récemment une longue interview de Nkunda en personne)
- le site du quotidien belge Le Soir
- le site de la MONUC
- radiookapi.net
- afriquecentrale.info
- cedric.uing.net
- lepotentiel.com
- jeuneafrique.com

Il y en a d’autres évidemment.

Par ailleurs, si Le Monde n’est pas toujours au top sur la RDC, leur Check List (newsletter matinale, pour les abonnés au monde.fr) signale régulièrement les articles intéressants du Soir ou du Potentiel sur les tensions congolaises.

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> Pour comprendre la guerre au

Une pièce s’est jouée cet été au Tarmac de la Villette à Paris, Africare, mais hélas c’était l’été et pendant Avignon. Elle tourne encore en Belgique pour le festival Yambi ( www.yambi.be ) Dans cette pièce de Laurant Wanson 5 comédiens dont un ancien enfant-soldat portent la voix et dialoguent avec les vidéos de 150 témoins de cette guerre. Prostituées qui mangent grâce à ces soldats blancs sur place, enfants des rues, enfants-soldats, démobilisés, rescapés… racontent comment ils vivent cette guerre. Le plus poignant est cette image où l’on traine un corps carbonisé et qu’un chant dit que le cadavre qui est trainé là est un homme, celui qui l’a brûlé est un homme, celui qui le tire maintenant est aussi un homme… aussi étrange que cela puisse paraitre, cette pièce porte tout de même l’espoir dans la résilience, l’espoir du peuple congolais.
Dans la cadre de Yambi également, l’artiste Freddy Tsimba a fait don d’une statue au quartier congolais de Bruxelles, Matonge, elle est faite de douilles d’armes qu’il est allé ramasser dans l’est du pays. D’autres de ses œuvres sont exposées en ce moment au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, en face de Beaubourg.
Tout ça pour dire que plutôt qu’un roman on peut aussi accéder à des expressions de Congolais qui parlent de leur chair, de leur peuple, de leur réalité.

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> Pour comprendre la guerre au

Bonjour,

je travaille pour EurAc, Réseau européen des ONGs pour l’Afrique centrale, et je peux dire que la RD Congo, ou encore le Burundi, que nous suivons aussi, sont des sujets qui intéressent peu, en France notamment. Je me souviens notamment la responsable « tribunes » du Monde, m’avoir répondu qu’il fallait que le Congo fasse l’actualité pour passer un texte dans ce journal. C’était en décembre 2006, je cherchais à faire passer un point de vue d’un spécialiste belge du monde des ONGs, sur les enjeux pour le président à peine élu, J. Kabila. Nous voulions publier ce texte pour le jour de son investiture, le 6 décembre 2006. Alors qu’elle surprise de me faire rétorquer « il faudrait que le Congo fasse l’actualité »…Ce même jour les tribunes du Monde ont concerné des figures de l’élite française et leur choix pour Bayrou….Cela dit, ni le Figaro, ni la Croix, ni Libé, n’ont montré un enthousiasme incroyable, alors que ce même texte était publié dans tous les grands journaux belges francophones et flamands…

voici un lien vers un des membres d’EurAc, International Rescue Committee, c’est eux qui ont fait l’estimation des 4 millions de morts pour la péridoe 98-06. Ce doc compare différentes crises récentes, tsunami, guerre au Kosovo, Congo, et le nombre de morts, l’aide internationale perçue, ainsi que le nombre d’articles de presse consacrés…Evidemment, il faut creuser un peu plus aussi, mais la comparaison par graphiques a le mérite de « parler ».
http://www.theirc.org/news/latest/inside-congo-an-unspeakable.html

Thibaud, à titre personnelle

(pour ceux qui veulent voir le site d’EurAc, analyses, informations, travail d’ong sur l’Afrique centrale)
www.eurac-network.org

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> Pour comprendre la guerre au

Pas lu le J. Le Carré. Mais comment font la plupart des romanciers pour ancrer leurs romans dans la réalité ? Ils compilent des articles de journalistes ! Le terme de « lieu commun » est alors particulièrement approprié. – le néo polar français s’est longtemps nourri de ça.

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> > Pour comprendre la guerre

En l’occurence, John Le Carré remercie un membre de l’International Crisis Group de l’avoir guidé lors de son séjour au Congo oriental. Il n’a pas fait que recopier des « lieux communs ». Mais qu’on ne s’y méprenne pas, je ne suis pas en train d’accabler les journalistes, mais plutôt le retrécissement de l’espace et des moyens consacrés aux questions internationales dans les médias. Il existe des tas de journalistes qui connaissent et font parfaitement leur métier, ce n’est pas ça qui est en jeu. Mais j’aime beaucoup la phrase de ce critique italien sur le fait que le roman permet parfois -pas toujours évidemment- de rendre la complexité d’une manière que la presse ne fait quasiment plus – pas toujours, là encore, heureusement.

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> L’oubli

< Le romancier est le seul à raconter une guerre oubliée >

qui possède les infos, ne les passe pas, donne les priorités, qui oublie ? la presse, qui se trouve toujours mille excuses pour justifier ces « absences », pour ne pas être responsable : pas la place, pas le temps, le public n’est pas intéressé (sous entendu, donc on ne va rien vendre), trop long, trop cher…

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> Pour comprendre la guerre au

Bonjour, je suis professeur de journalisme à Sciences Po, et je cherche à contacter Pierre Haski pour l’inviter à un débat, merci de lui transmettre ce mail et de lui demander de m’appeler, cordialement, Thierry Dussard 06 07 75 14 82

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Le roman permet d’approfondir

« le roman permet d’entrer dans la complexité d’une manière que le journalisme ne permet plus aujourd’hui »

Je me permets d’apporter mon grain de sel, car journaliste et romancière (et aussi lectrice avide Le Carré). Je me souviendrai toujours de ma stupéfaction, après la publication de ma première fiction, consacrée à un sujet très technique (le nucléaire), à un sujet que je couvrais pourtant pour Libération depuis des années sans la moindre censure: la concierge de mon immeuble m’a arrêtée dans la cour pour me demander des détails, curieuse de savoir « comment j’avais eu accès à tout ça », etc… (Elle aussi, d’ailleurs, pensait que j’avais compilé des articles de journaux pour « ancrer mon roman dans la réalité ».) Elle se fichait des journaux dans lesquels j’écrivais, ne se souvenait de rien de ce qu’elle entendait à la tété, mais elle lisait des romans.

L’expérience s’est renouvelée avec les romans suivants, consacrés à des sujets touchant à l’environnement: les lecteurs se sentaient cent fois plus concernés par ce qu’ils découvraient dans mes polars qu’après avoir lu les mêmes informations dans mes articles. Ils appréciaient d’avoir enfin accès au contexte, disaient-ils. Je n’en revenais pas! En tant que journaliste, moi, j’avais un respect immense pour, euh… la vérité, et je me sentais coupable d’inventer ne fut-ce que des situations pour mettre celle-ci en scène. Et voilà que mes romans étaient cependant plus efficaces que mes articles pour évailler les lecteurs à ce que je considérais comme important!

Donc, vive le roman!

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> Pour comprendre la guerre au

Sans être aussi virulent que le Courageux anonyme de 7h42, je suis d’accord avec son analyse : la presse française ne s’intéresse pas à la RDC, mais à l’étranger c’est différent… Bien sûr ce ne sont souvent que des bribes d’infos, les intérêts respectifs des pays occidentaux, notamment, y sont trop importants…
Et Mr Haski, lorsque vous écrivez que les conflits en RDC sont « des conflits aux raçines ethniques ancestrales, doublées des appétits que suscitent les richesses du sous-sol. », êtes-vous certain de cela. Cette grille d’analyse ‘ethnique’ a fait long feu, ce serait bien que certains journalistes qui ont voix aux chapitres, s’informent et ne sortent pas sans cesse de vieux clichés, sans doute faciles à faire passer, mais bon…
Cela frise la désinformation, ou le langage diplomatique…
http://reactions.unblog.fr

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> > Pour comprendre la guerre

L’analyse globale sur la baisse de la place réservée à l’international ne s’applique hélas pas seulement à la France. J’avais vu des chiffres spectaculaires sur les Etats-Unis (hors Irak évidemment). Je n’ai pas fait un traité définitif sur l’information et le roman, mais cette coincidence entre le roman de Le Carré et les développements de la guerre au Kivu qui ne passent pas l’écran radar des médias (le New York Times fait vraiment exception, ne généralisons pas les médias américains à partir de cet exemple, sur lequel, par ailleurs, il y aurait fort dire) m’a frappé. Et je suis heureux de voir que ça suscite un débat!

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> > > Pour comprendre la

Il n’y a pas Une mais Des presses. Il est donc un peu bizarre pour un connaisseur de parler, sur ce sujet, des Etats-Unis dans leur ensemble. La majorité (95%) des journaux EU sont des locaux qui ne se sont jamais intéressés au monde extérieur. Le peu qui reste tente de publier des papiers de politique intérieure qui ne déplairont ni à un camp ni à l’autre. On peut donc dire qu’une grosse dizaine aborde parfois des sujets « étrangers ».

Les meilleurs dans ce domaine restent les Britanniques.

selon un certain mot de Evans : « la presse britannique peine à faire des bénéfices, la presse américaine peine à faire du journalisme »

Ne parlons pas de la presse française qui cumule.

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> > > Pour comprendre la

Le nerf de la guerre demeure l’argent. Envoyer un journaliste pendant des semaines au Kivu, comme vient de le faire le New York Times pour son enquête poignante sur les violences sexuelles contre les femmes dans cette région, coûte cher. De moins en moins de médias, rachetés pour un grand nombre d’entre eux par des compagnies dont le but n’est pas l’information mais au  mieux le profit, au pire la mainmise sur l’information, sont prêts à dépenser l’argent nécessaire pour de longs reportages ou pour du journalisme d’investigation, lui-aussi en voie de disparition. Il y a certes le New York Times, journal encore indépendant, ou le New Yorker, voire la BBC, financée en grande partie par l’Etat. Mais pour combien de temps encore? On vient de voir comment Murdoch a englouti le Wall Street Journal. Ce sont de fait ces « nouveaux » médias, ou plutôt les compagnies qui les ont rachetés, qui sont en passe tuer la profession de reporters et le journalisme avec eux.

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> > > > Pour comprendre

les journalistes se sont suicidés tout seuls, en ne faisant pas leur travail, en s’acoquinant aux politiques et à la finance. Ils ont accepté tant d’ordres contraires à l’éthique et la déontologie qu’ils sont maintenant coincés.
seuls ceux qui ont refusé s’en sont sortis, ils mènent des enquêtes et écrivent des livres !
Où sont passés les pamphlétaires, les grands chroniqueurs, les « plumes » ?
Plus un seul ! Les autres sont devenus marchandises comme l’information.

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> > > > > Pour

bien dit!

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> Pour comprendre la guerre au

On me dit dans l oreillette que BHL avait deja tout inventé avec son romanquête sur l affaire Pearl…

Pour dire que vivement que les journalistes defendent becs et ongles la place qui leur revient, on est tjrs a la merci d un BHL… Malheureusement pas que des Le Carré.

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> Pour comprendre la guerre au

À la lecture de l’article de P. Haski, et des réactions qu’il a suscitées, deux réactions. La première c’est que nous avons, encore une fois, la confirmation que notre époque souffre du « toujours plus vite » en matière d’information, surtout quand la réactivité et la primeur sont devenues des ressorts de la distinction journalistique (ce ne sont pas les seuls, je le concède, mais elles sont là). Je ne parlerai pas des pratiques professionnelles (au sens sociologique) qui font que l’actualité dans les grands médias « tourne » autour de quelques thématiques ou événements. Il suffit de voir comment se passe des conférences de rédaction, et je pense que, pour la plupart d’entre nous, nous nous sommes déjà « amusés » à deviner les titres des journaux du 13h ou du 20h (télés et radios confondues) à partir de la une des journaux… Loin de moi l’idée de jeter la pierre car les journalistes doivent aussi composer avec des contraintes de temps et de format. Mais je crois que la profession devrait se poser plus souvent la question de savoir « ce qui fait une hiérarchie » en matière d’actualité. Quels sont les événements à couvrir en priorité? Pourquoi ? et surtout au nom de quel principe ?
Le roman peut être un support d’information. Mais attention aux effets de style et de sensation, sans parler des libertés que l’on prend avec la réalité, sous prétexte d’inspiration ou d’évocation. D’où le besoin de faire état des sources, autant que possible. Je sais, l’une des possibilités offertes par le roman est justement de s’affranchir, pour des raisons vitales parfois, du besoin de citer ses sources. Il ne s’agit pas d’un impératif en soi, mais plutôt de couper court à toutes sortes de critiques qui prennent la facilité de discréditer tel ou tel écrit au motif qu’il s’agit d’un roman.
Deuxième réaction: les combats dans le Nord-Kivu et le nombre effroyable de tueries et de massacres en Afrique. Bien que je partage l’opinion de Raymond Aron selon laquelle on ne peut pas exporter et imposer la démocratie, alors que celle-ci s’est développée selon des temporalités et des dynamiques historiques spécifiques en Europe, je pense que nos gouvernements sont, d’une certaine manière, complices de ce qui s’y passe. En effet, en Afrique, le pouvoir est perçu comme un moyen de s’enrichir. Les combats autour des ressources naturelles et les phénomènes de corruption trouvent ici leur principales raisons d’être, et cela, bien souvent aux dépens de la population civile. En jouant sur les rivalités locales, au nom d’une présence économique ou d’intérêts géopolitiques (après avoir fait le deuil des colonies), la plupart des gouvernements occidentaux ne font rien (ou très peu) pour arranger les choses.
Triste réalité…

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> Pour comprendre la guerre au

En même temps , difficile de réduire les crises de la région des Grands Lacs (Rwanda, Burundi, Ouganda et République démocratique du Congo) depuis bientôt 20 ans , au roman de John Le Carré .

Le pillage des ressources naturelles et les réseaux de trafic d’or et de diamants ne sont que la gestion d’une économie de guerre lié a l’effondrement de l’économie de la RDC . Il ne faudrait pas confondre les causes et les conséquences …

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> Pour comprendre la guerre au

Juste un petit complément par rapport à ce que je viens de dire plus haut et qui illustre, je crois, la tendance à la cécité médiatique.
Hier soir, en regardant le journal de France 2 de 20h, j’ai vu que pas moins de 15-20 minutes étaient consacrées à la victoire de l’équipe de France de rugby face aux néo-zélandais. Un tel événement mérite-t-il de prendre autant de place dans une édition? En voyant également la baisse tendancielle de la part réservée à l’international, ce qui donne au final un journal franco-français (je caricature à peine), j’en viens à penser que le contenu des éditions se construit à partir de ce qui est perçu ou pensé comme « devant intéresser les français » avec toutes les dérives et les arbitraires que cela peut provoquer. Et quand il s’agit de se « réjouir » (les guillements sont là pour rappeler que tout est relatif) des bonnes nouvelles du type victoire sportive, et bien on ne se prive pas.

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> Pour comprendre l’info

Apprendre et comprendre sont deux choses bien distinctes. Un article de journal a bien des handicaps :
- s’il est factuel, il ne raconte qu’un moment, est foncièrement partiel.
- si c’est une synthèse, il doit s’en tenir aux faits prouvables. Et dans les endroits où tuer pour cacher les choses est banal …

La liberté du romancier, c’est d’abord celle de la subjectivité, de l’improuvé ; au risque d’en abuser, et donc de mentir.

A 20ans, je n’ai compris la guerre d’Algérie que par les romans de Lartéguy : « Les Centurions », « Les Prétoriens » … Il était journaliste, correspondant du Monde. Dans un roman il pouvait parler de crimes de guerre, de torture, de désarroi des officiers …

Le roman permet de penser.

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> Pour comprendre la guerre au

Je viens de lire le livre de John Le Carré, auteur que j’aime bien. Son livre m’interressait particulièrement ayant de la famille partant pour deux ans à Bukavu. Effectivement on ne parle pas beaucoup des problèmes de cette région mais je tenais à vous signaler que le journal La Croix a publié deux articles (pleine page) le 5 septembre « A l’est de la RD-Congo la terreur régne à nouveau » et le 17 septembre « le Nord-Kivu congolais replonge dans la guerre ».D’ou l’utilité de lire plusieurs quotidiens ou autre.

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> > Pour comprendre la guerre

« Effectivement on ne parle pas beaucoup des problèmes de cette région »

http://fr.news.yahoo.com/afp/20071008/tts-rdcongo-violences-armee-insurg…

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> > Pour comprendre la guerre

« Effectivement on ne parle pas beaucoup des problèmes de cette région »

http://fr.news.yahoo.com/afp/20071008/tts-rdcongo-violences-armee-insurg…

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> > > Pour comprendre la

Le lien vers lequel vous nous dirigez conduit à une dépèche AFP. L’AFP est une grande agence, mais elle donne d’abord les faits bruts (je sais, j’y ai travaillé sept ans!). Ce qui manque, ce sont des mises en perspective plus large, à la fois en reportage, en analyse et en background, qui permettent de comprendre les enjeux. C’est tout ce que j’ai voulu dire avec cet article, et je vois que mon point a été entendu par plusieurs intervenants.

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> > > > Pour comprendre

Oui j’avais compris le sens de votre article ;) Mais les faits bruts peuvent aussi faire sens ; si ça amenait les journalistes a faire pression, dans l’immédiat, sur les hommes politiques qui pourraient arrêter cette guerre …

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Le génocide des femmes congolaises.

Un entretien audio/vidéo sur Democracy Now! sur le génocide des femmes au Congo par les divers milices:

http://www.democracynow.org/article.pl?sid=07/10/08/1340255

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> Pour comprendre la guerre au

« le roman permet d’entrer dans la complexité d’une manière que le journalisme ne permet plus aujourd’hui »

Il me semble que ceci ne s’applique pas seulement à la géopolitique. Je pense simplement au miroir sociétal que nous tendent des écrivains de polars, je veux dire ceux qui vont bien au-delà du « who done it » (qui est l’assassin ?).

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> Pour comprendre la guerre au

Merci, Pierre, pour cet article.
Je suis ravie de lire que la littérature est une autre manière de faire son métier de conteur du monde.
Alexandra

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> Pour comprendre la guerre au

J’ai été censuré parce que j’ai écrit « les emails de l’ONU c’est-à-dire la réalité? Vous rêvez? »
C’est moi qui rêve…

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> > Pour comprendre la guerre

Aucun commentaire n’a été censuré sur ce post. IL doit y avoir erreur, ressayez.

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> Pour comprendre la guerre au

Je ne comprends pas que pas une seule fois, le nom de Survie, de François-Xavier Verschave, de Jean Hatzfeld n’ont été cités ici. Ce sont des gens, ou une association, qui chacun dans leur domaine, ont donné leurs lettres de noblesse à cette région dévastée par la guerre.

http://fragilite.wordpress.com

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> Pour comprendre la guerre au

En tant qu’ancien responsable du Bureau de coordination des Affaires humanitaires au Congo (et à présent de nouveau en RDC dans le cadre d’une activité non gouvernementale destinée à mettre ensemble le top leadership congolais national et provincial dans des ateliers suscitant – plutôt que prêchant – la cohésion nationale, par des exercices de simulation), je confirme: « les emails de l’ONU (humanitaire en l’occurrence), c’est-à-dire la réalité ». Eh oui, il arrive que des onusiens tentent de servir les peuples en servant la Charte. A ce propos, mai 2003 a représenté un tournant dans la série de guerres du Congo: c’est là que, exaspérés par la hiérarchie des événements mondiaux opérée tant par les Etats membres permanents du Conseil de Sécurité que par les médias, – et conscients que les acteurs nationaux armés du conflit congolais, de la capitale comme des Kivu ou de l’Equateur indépedamment du degré d’influence extérieure sur eux, n’étaient pas capables d’un sursaut leur dictant de mettre fin à une situation abominable pour les civils congolais – nous avons décidé de témoigner physiquement en tant qu’acteurs humanitaires, en nous plaçant aux côtés des civils restés dans la ville de Bunia au beau milieu du carnage perpétré par les troupes de Thomas Lubanga (aujourd’hui au Tribunal de La Haye) et par celles des FNI-FRPI (forces essentiellement Lendu). Ayant eu accès par téléphone à CNN notamment, j’ai pu exhaler ma révolte face à la revanche post-11 septembre stupide et inutile que déployait le couple Cheney-Bush sur un ancien allié, Saddam Hussein, pour des fautes (graves certes) commises dans les années 80,…c’est-à-dire pendant la période d’alliance occidentalo-irakienne. Sans mentionner l’Irak, mais dans le désir de rééquilibrer la balance des urgences du monde à ce moment-là, j’ai simplement dit « nous avons témoigné depuis des années de la présence d’armes de destruction massive dans cette partie du monde, l’Est de la RDC, à savoir: les AK-47, les machettes et surtout l’absence d’Etat. Et ces armes tuent massivement ». De fait, les efforts conjugués des humanitaires, des militaires uruguayens de la MONUC (qui, malgré leur faible expérience et leur impuissance face à certains crimes commis tout près d’eux dans les premiers jours de guerre totale, ont eu le cran de rester aux côtés des civils), d’organismes comme Human Rights Watch, ont concouru à un sursaut. Comme cela a souvent été le cas récemment, ce sursaut s’est matérialisé en France, où le passé douloureux (Guerres mondiales, Indochine, Algérie) dicte un devoir d’agir plus impérieux qu’ailleurs, et tout à l’honneur de la société civile. C’est de France qu’est partie l’impulsion qui a apporté l’Opération européenne (et brésilienne) Artémis, elle-même permettant l’accouchement en douceur d’une nouvelle force MONUC de type Chapitre VII (emploi de la force contre les fauteurs d’abus, en particulier sur les civils) de la MONUC, en Ituri essentiellement. Et ce après des années de MONUC indigente pour cause d’absence d’appétit de la part des Etats forts pour des opérations anti-guerilla dans les forets du Kivu. Le fait que cette force MONUC chapitre VII ne se soit pas montrée capable de contenir les violences commises ensuite, en mai-juin 2004, à Bukavu au Sud-Kivu, est justement à imputer à l’absence totale de volonté des pays équipés en commandos et capacités d’intelligence militaire (en particulier les pays du Conseil), de s’impliquer dans une mission onusienne en Afrique depuis la débâcle américaine en Somalie en 1993.
Quant aux Kivu, je peux témoigner que la route est encore longue avant toute stabilisation, mais que les choses pourraient s’accélérer avec un simple surcroît du sens des responsabilités de chacun. Que chacun se regarde dans le miroir et se disent: aujourd’hui, je cherche la responsabilité, ou le défaut d’inertie, de verbiage, d’émotivité, chez MOI plutôt que le confort de l’accusation de mes compatriotes congolais ou du reste du monde.
1. Sur le plan économique, le roman de Le Carré traduit mal une réalité dérangeante: contrairement à ce qu’il décrit, c’est moins la multinationale occidentale qui est en cause dans ces marchés opaques (a t-on vu des grandes multinationales se satisfaire de milieux instables tant physiquement qu’en termes d’expropriation? L’image de grandes compagnies orchestrant les combats est un mythe, confortable parce que si pratique… Mais c’est un mythe. Les seuls qui ONT BESOIN d’un Kivu chaotique, ce sont les ex-FAR et miliciens Interahamwe. Même le régime rwandais actuel, qui pouvait dans le passé se satisfaire d’un repli durable de ses pires adversaires sur le sol congolais, sait qu’il ne peut être rassuré tant que ces miliciens et ex-soldats restent en position de veille, prêts à bondir en cas d’affaiblissement du régime rwandais), que la combinaison mortelle de quelques acteurs congolais de toutes les provinces (et pas seulement des Kivu) avides de gains faciles basés sur l’exploitation de leurs compatriotes non éduqués, et d’acteurs mercenaires économiques venant souvent des pays de l’ancien bloc soviétique, ou d’extrême Asie. La chance de la RDC est que ces combinaisons d’intérêts n’ont pu se contenter que de l’écorce des richesses, sans avoir recouru à des investissements massifs faute de stabilité. Ils ont fait travailler des enfants dans les petits couloirs miniers à la merci des eaux et des coups de grisou. Les multinationales qui se pressent maintenant dans les ministères de Kinshasa, mis à part les bakchichs en cash ici ou là j’imagine, ont une caractéristique qui me fait plaisir: elles ont PEUR DU SCANDALE chez elle. Elles ont peur des… RUE89. C’est pourquoi, chers amis de ce site que j’ai découvert avec plaisir et fierté, sachez que les Congolais « du bas d’en bas », sans le savoir, ont besoin de vous, de l’opinion publique mondiale, de celle qui sait s’émouvoir et réagir avec ses moyens pacifiques mais souvent efficaces (un autre enjeu, également fabuleux… c’est d’aider la société civile chinoise à parvenir à exercer une pression du même ordre, le plus rapidement possible, sur les compagnies et l’Etat chinois). Ces Congolais ont parfois besoin du reste du monde contre d’autres Congolais influents qui s’ingénient à dissimuler à eux-mêmes, à travers leurs critiques quasi-robotisées contre « la communauté internationale », leur manque total de patriotisme (notion non désuète s’agissant de pays jeunes sans service public établi) ou de sens du devoir auprès des vulnérables.
2. Un sursaut international est toujours attendu pour traiter de la question des soldats ex-FAR et miliciens Interahamwe auteurs du génocide au Rwanda en 1994. Eux et leurs frères et soeurs cadets ou civils, tous maintenant regroupés autour du FDLR, ont imposé depuis 13 ans à la population du Kivu, leur bras de fer mortel avec le pouvoir rwandais. La question n’est pas de savoir qui les a fait entrer au Zaire avec armes et bagages (la réponse est simple: c’est le chef de l’Etat souverain de l’époque, le Maréchal Mobutu qui, influencé par la veuve du président Habyarimana, voulait leur offrir des facilités royales, à deux pas de la frontière rwandaise, pour une contre-offensive plus facile). La question est de rendre impératif pour le chef de l’Etat rwandais Paul Kagame, un geste envers les jeunes FDLR non responsables de ce qui s’est passé en 1994. Ainsi invités par leur président à regagner le pays, ils trouveraient les moyens eux-mêmes de sortir des griffes de leurs aînés qui ont montré au fil des années leur incapacité à sortir de leur schéma de vengeance implacable). Je m’arrête là, mais vous remarquerez que les réponses aux crises du Kivu demandent des actions fortes, qui toutes coulent de sens: contrôler les trafics aériens internationaux, user de la persuasion et de discernement à propos des milices étrangères en RDC, ne pas se laisser aller dans les analyses xénophobes vaines qu’on entend souvent, écouter les besoins fondamentaux des gens, à commencer par la protection de tous.

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Merci de ce témoignage.

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Tout ça est intéressant, mais les seuls FDLR, ex-FAR ou Interahamwe ne sont pas seuls responsables de l’instabilité, je crois. Ces jours-ci, M. Nkunda en particulier semble être aussi en grande forme, non ?

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Les qualités de J. Le Carré

J. Le Carré a deux périodes, toutes les deux aussi bonnes l’une que l’autre.
La période « classique » de romans d’espionnage de guerre froide, magnifiquement écrit.
La période « moderne » de romans dénonçant le monde moderne (avec, il faut le reconnaître, une petite obsession contre les EU de Bush et la GB de Blair).
« La constance du jardinier » dénonce les essais thérapeuiques illégaux des industries pharmaceutiques en Afrique (articles récents sur le sujet), « Notre jeu » (Our game, 1995) traite effectivement de l’Ingouchie, « Une amitié absolue » (Absolute friends) parle à la fois des réseaux « alter » et de manipulations éventuelles de gouvernement (ici) la CIA pour justifier leur lutte contre le terrorisme, etc

Lire J. Le Carré permet effectivement d’apprendre beaucoup sur le monde actuel (même si ce sont des oeuvres de fiction et que la vision de l’écrivain est aussi une opinion).

http://photine.blog.lemonde.fr/

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