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Comment les penseurs du libéralisme, imprégnés des valeurs humanistes des Lumières, ont-ils pu justifier l’expansion coloniale européenne ?

Posté par issopha le 23 février 2009

Un Empire libéral ?

 

par Geneviève Verdo [16-02-2009]

Comment les penseurs du libéralisme, imprégnés des valeurs humanistes des Lumières, ont-ils pu justifier l’expansion coloniale européenne ? C’est à cette question que Jennifer Pitts tente de répondre dans le livre qu’elle consacre aux positions des libéraux anglais et français des XVIIIe et XIXe siècles sur la question impériale.

Recensé : Jennifer Pitts, Naissance de la bonne conscience coloniale. Les libéraux français et britanniques et la question impériale (1770-1870), Paris, Éditions de l’Atelier / Éditions ouvrières, 2008, 380 p.

Originellement paru en 2005 et traduit avec une rapidité qui mérite d’être saluée, ce livre est l’histoire d’une régression, celle qui amène les penseurs européens à passer d’une vision critique de l’impérialisme et d’une appréhension relativiste des peuples non-européens à une justification sans états d’âme de la domination coloniale, au nom de la supériorité incontestée des Européens.

Les libéraux et l’Empire : histoire d’une contradiction

Fondée sur l’étude de quelques auteurs représentatifs, la démonstration de Jennifer Pitts est intéressante à plusieurs égards : en premier lieu, elle porte sur une période charnière allant du dernier tiers du XVIIIe siècle à la première moitié du XIXe, trop rarement abordée par les historiens souvent prisonniers de la césure révolutionnaire et du cloisonnement entre histoire moderne et contemporaine. L’ouvrage aborde en outre la question de l’expansion impériale à un moment où celle-ci se pose assez peu, et en tout cas relativement moins qu’à l’époque de la colonisation triomphante (1870-1914) : il contribue ainsi à en éclairer de manière stimulante les prémices intellectuelles, souvent ignorées. Il a de plus l’intérêt de comparer des auteurs anglais et français et de faire ressortir sous ces plumes célèbres un intérêt, méconnu chez certains, pour la question de l’Empire. Autant on connaît l’attention portée par Tocqueville à l’Algérie, autant on ignore généralement les prises de position de Burke sur la question. De même, l’immixtion profonde des Mill, père et fils, dans les affaires de l’Empire (via la Compagnie des Indes) n’est pas toujours prise en compte, tandis que l’on caricature souvent, à cause de l’héritage autoproclamé des Mill, les idées de Bentham en la matière. De manière générale, comme le souligne Jennifer Pitts, l’étude de la question impériale chez les chantres de l’égalité entre les hommes, de la protection des libertés et la défense du pluralisme permet de mettre au jour bien des contradictions et des ambiguïtés, notamment dans le cas de Tocqueville.

Enfin, il est toujours stimulant de se confronter à des évolutions allant dans le sens inverse d’une conception progressiste de l’histoire. La littérature sur la colonisation a eu souvent tendance à incriminer les Lumières dans la sujétion culturelle des peuples non-européens, comme si le triomphalisme des philosophes mus par la raison universelle plaçait d’emblée aux marges de celles-ci les autres civilisations. Ce livre montre au contraire que les auteurs des Lumières, fidèles à leurs conceptions critiques et relativistes, étaient animés d’une grande tolérance et d’une prudence de bon aloi concernant ces peuples qui attiraient leur curiosité, mais dont ils savaient qu’ils n’étaient pas en condition de les connaître, de les comprendre et encore moins de les juger. Non qu’ils n’aient considéré que l’Europe avait atteint un stade de civilisation supérieur à celui des autres, mais ils estimaient que cela ne lui donnait aucun droit particulier, aucune autorité morale sur le reste du monde. De plus, leur approche des mœurs et coutumes exotiques était nuancée, tolérante, et n’impliquait en rien de considérer ces populations comme inférieures. Le tournant se produisit plus tard, dans les années 1830-1840, au moment où la Compagnie anglaise des Indes orientales achevait son expansion territoriale et où la France commençait la conquête militaire de l’Algérie. La démonstration bat en brèche une vision manichéenne selon laquelle de tout temps, mais particulièrement depuis les Lumières, les penseurs européens auraient justifié l’exploitation des autres peuples. La chronologie adoptée et le détour bienvenu que fait l’auteur au sujet de l’Irlande montre que cette position est bien plus complexe – et historique – que ne le prétend une certaine littérature confondant militantisme et approche scientifique.

Les visions changeantes du progrès

Histoire d’un raidissement, donc, d’une défiance progressive vis-à-vis des peuples non-européens et de leur capacité à se gouverner, d’une acceptation de plus en plus décomplexée d’une hiérarchie des peuples dans leur marche vers la civilisation, qui prépare le terrain à l’avènement du racisme biologique, dont il n’est pas encore ici question. Ce fil de trame croise en outre plusieurs fils de chaîne, parmi lesquels nous soulignerons l’évolution des conceptions morales quant à la vision du progrès ainsi que la question du pouvoir impérial et de ses retombées sur les sociétés démocratiques.

La première évolution que l’ouvrage met en évidence concerne la notion de progrès et les théories sur le développement des sociétés dans le temps. L’attachement des auteurs des Lumières à des normes universelles en matière de morale les fait s’élever contre les manquements à ces normes commis dans les territoires sous domination, au nom du droit de conquête et / ou de la supériorité européenne. Ils considèrent que les normes morales doivent être partout respectées et retiennent de l’histoire conjecturale écossaise que toutes les sociétés humaines sont douées de raison et capables de se gouverner. Ce respect du particularisme culturel, présent chez Burke et Smith aussi bien que chez Bentham ou Condorcet, est fondé sur une vision dynamique du progrès où chaque civilisation avance à son rythme. Smith considère en outre que la supériorité de l’Europe en la matière a un caractère fortuit et accidentel. S’y oppose la vision d’un Condorcet qui affirme au contraire que les Européens, moralement supérieurs aux autres, ont les moyens et le devoir de les civiliser de manière pacifique. S’il dénonce les violences coloniales, Condorcet amorce un tournant en proclamant sa certitude de la supériorité européenne et un certain dédain pour les autres cultures.

Cette dernière tendance l’a totalement emporté au milieu du siècle suivant. Le relativisme culturel a fait place à une dichotomie rigide entre les sociétés civilisées et progressistes, d’une part, et les sociétés barbares, arriérées et stagnantes, de l’autre. Chez James Mill, les peuples non-européens, prisonniers de leurs coutumes, sont dépourvus de jugement et incapables de se gouverner. Les Européens ont donc le devoir de le faire pour eux, fût-ce de manière despotique : le thème du « fardeau de l’homme blanc » fait ici son apparition. Peu importe qu’elle repose, chez John Stuart Mill, sur une théorisation plus fine fondée sur la notion de « caractère » individuel ou national : le fait est que ces libéraux britanniques ont dénaturé leur héritage intellectuel – celui de l’histoire écossaise et de l’utilitarisme benthamien – pour lui substituer cette vision réifiée et manichéenne du classement des sociétés, prélude au racisme biologique.

Les positions sont plus nuancées chez Tocqueville, plus fidèle aux Lumières écossaises et à Montesquieu. Son approche, plus relativiste et respectueuse de certaines pratiques culturelles, privilégie l’observation directe et se montre sensible au sort des populations, dont il reconnaît qu’elles possèdent une organisation politique, des droits de propriété, et parfois le caractère de nations. Néanmoins, son expérience américaine l’a convaincu que les peuples indigènes sont condamnés à disparaître et que le développement du libéralisme et de la démocratie ne peuvent qu’aller de pair avec l’expansion coloniale et la domination des peuples asservis.

Les justifications libérales du pouvoir impérial

La seconde évolution concerne justement cette dimension politique, qu’il s’agisse du jugement porté sur l’exercice du pouvoir dans les colonies ou de ses retombées sur la vie politique de la métropole. Les auteurs des Lumières se montrent plutôt critiques vis-à-vis de l’entreprise impériale, d’abord pour des raisons économiques : à la suite d’Adam Smith, les aventures coloniales sont considérées comme un gouffre financier empêchant le développement naturel de l’économie marchande. Mais les raisons politiques de cette réticence ne sont pas moins nombreuses et importantes. Ces auteurs estiment en effet qu’il existe des dangers liés à l’exercice du pouvoir impérial, dont le principal est la dérive vers le despotisme susceptible, à terme, d’atteindre la métropole. Burke, notamment, se montre particulièrement critique vis-à-vis de la politique impériale, en raison de l’exclusion morale et politique des sujets, pratiquée au nom d’une moralité à géométrie variable. Mettant sur le même plan l’Amérique, l’Irlande et l’Inde, il défend, au nom du droit naturel et des gens, l’idée selon laquelle les gouvernants ont des comptes à rendre aux gouvernés, voire que ceux-ci devraient être associés au gouvernement.

La volte-face est nette chez les auteurs libéraux, surtout britanniques. Alors que Benjamin Constant considère que l’expansion mène inévitablement à l’injustice et que celle-ci est grosse de menaces pour la liberté et les pratiques démocratiques, les Mill père et fils défendent sans états d’âme le caractère despotique du gouvernement exercé par la Compagnie anglaise des Indes orientales, considérant qu’il est seul à même de civiliser les sujets de l’Empire. Comme le note justement Jennifer Pitts, ceux-ci sont considérés comme faisant l’objet d’un processus administratif et non comme les acteurs d’un processus politique.

Quant à Tocqueville, il appuie l’expansion coloniale en Algérie au motif qu’elle sert les desseins de la démocratie libérale en France. Selon lui, celle-ci a en effet besoin d’un souffle épique, d’un grand projet national à même d’unir les citoyens et d’insuffler prestige et gloire au pouvoir. Les réticences de Constant sont ici envolées : la conquête coloniale est mise au service de la grandeur de la France, notamment dans sa rivalité incessante avec l’Angleterre. Tocqueville ne représente pourtant pas une opinion unanime puisque ses idées, notamment le lien entre aventure impériale et honneur national, sont vivement combattues par les libéraux de gauche tels Desjobert. Au-delà de ses ambiguïtés et de ses contradictions, Tocqueville n’en jette pas moins les bases de ce qui constituera l’un des principaux arguments de la justification républicaine de l’expansion coloniale.

Une évolution n’est jamais linéaire et l’auteur décrit ici une tendance de fond en sélectionnant les auteurs qui lui servent à appuyer sa démonstration. Mais le fond de sa thèse, et le principal intérêt de son livre, consiste à prêter attention au fondement anthropologique des théories libérales. De même que les travaux étudiant les doctrines et les pratiques libérales dans l’optique du genre, l’attention portée ici à une autre forme d’altérité, celle des peuples sur lesquels les Européens ont exercé leur domination, met à nu ce qui constitue, à notre avis, l’un des jalons intellectuels les plus importants du XIXe siècle : le passage d’une vision universelle de l’évolution des sociétés à une dichotomie rigide entre civilisation et barbarie, pour reprendre la formule célèbre de l’écrivain argentin Sarmiento. Jennifer Pitts livre donc ici un apport important à l’histoire de la modernité occidentale, qui devrait – souhaitons-le – encourager d’autres recherches.

par Geneviève Verdo [16-02-2009]

Comment quantifier les groupes sociaux ?

par Gianluca Manzo [03-02-2009]

Quantifier les groupes sociaux est un problème autant politique qu’épistémologique. La Revue Tocqueville publie un dossier qui inscrit la construction des « statistiques ethniques » dans la problématique plus générale de la quantification de concepts complexes qui renvoient tout à la fois à l’identité individuelle et sociale des acteurs et à certaines valeurs fondamentales des sociétés contemporaines.

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Recensé : « Statistiques ethniques comparées » / « Classifications professionnelles comparées », The Tocqueville Review/La revue Tocqueville, 2008, vol. XXIX, n° 1.

Sur le plan théorique, le concept d’ethnie possède une définition claire (et ancienne) en sociologie. Max Weber écrit : « nous appellerons groupes ethniques, quand il ne représente pas des ‘groupes de parentage’, ces groupes humains qui nourrissent une croyance subjective à une communauté d’origine fondée sur des similitudes de l’habitus extérieur ou des mœurs, ou des deux, ou sur des souvenirs de la colonisation ou de la migration, de sorte que cette croyance devient importante pour la propagation de la communalisation – peu importe qu’une communauté de sang existe ou pas » [1]. Du point de vue méthodologique, on possède en revanche moins de certitudes. En dépit de sa clarté théorique, la définition wébérienne se prête en effet à une pluralité de modes de collecte d’informations empiriques sur l’appartenance ethnique individuelle [2]. Le caractère multidimensionnel du phénomène en jeu, d’une part, et les conséquences politiques (réelles ou présumées) des informations collectées, d’autre part, expliquent en grande partie cette non univocité des stratégies d’opérationnalisation.

L’un des intérêts du dossier que La Revue Tocqueville (2008, 1) a consacré au thème des statistiques ethniques est de montrer que, même dans les pays où l’on classe la population en catégories ethniques depuis longtemps, considérations méthodologiques et politiques entretiennent des rapports complexes. D’autre part, il témoigne du mouvement lent que les chercheurs et les intellectuels français sont en train d’accomplir sur ce dossier délicat. D’un point de vue académique, ce numéro spécial apparait en effet à peu près à la même époque où la Revue Française de Sociologie (2008, 49, 1) en consacre un autre au même sujet [3], ces deux numéros thématiques poursuivant ainsi un débat commencé il y a dix ans dans la revue Population (1998, 53, 3). En dehors du monde académique, le dossier paraît ensuite dans une conjoncture où le thème de la diversité semble avoir gagné une place plus ou moins stabilisée dans l’agenda politique française. En témoigne, entre autres, le colloque que le Centre d’Analyse Stratégique a consacré en 2006 au thème des statistiques ethniques ainsi que le rapport sur la diversité récemment voulu par la ministre de l’éducation et de l’enseignement supérieur [4].

Signalons enfin un élément distinctif du dossier de La Revue Tocqueville  : le choix d’associer aux cinq articles traitant des statistiques ethniques un sixième article sur les débats relatifs à la construction d’une nomenclature européenne des occupations. Je reviendrai sur l’intérêt d’un tel rapprochement.

Roxane Silberman signe l’article qui ouvre et introduit le dossier. Son intérêt principal est de reconstruire l’enchainement d’événements – dont le non-spécialiste n’a eu que des aperçus à travers les nombreuses tribunes parues dans les principaux quotidiens français entre 2007 et 2008 – qui ont mis en relation deux faits à l’origine indépendants : d’une part, la construction de la part de l’INED et de l’INSEE de l’enquête « Trajectoire et origines » – contenant des questions sur la religion, l’origine ethnique et la couleur de la peau avec catégorisation préétablie – et, d’autre part, le dépôt d’un amendement à la loi sur l’immigration visant une modification du régime juridique de collecte des données sur l’origine des individus. C’est à la suite de la censure de cet amendement par le Conseil constitutionnel que l’INED et l’INSEE décideront de retirer leur question sur la couleur de la peau. Roxane Silberman invite cependant le lecteur à percevoir le changement sous la stabilité apparente. À cet égard, elle rappelle que : a) le Conseil constitutionnel reviendra sur son refus pour en atténuer la portée ; b) les questions sur la nationalité et le lieu de naissance des individus ainsi que de leur parents sont désormais largement acceptées ; c) des questions sur l’origine des acteurs et sur la perception subjective des facteurs de discriminations, tels que la race, se sont de fait répandues dans de nombreuses enquêtes ; d) le thème de la quantification des populations noires et des Juifs en France serait désormais au cœur du débat politique et du monde associatif ; e) certains intellectuels hostiles aux statistiques ethniques commencent à nuancer leur avis. Si l’on rajoute à cela, souligne l’auteur, que dans des pays tels que les États-Unis, le Canada et le Brésil, les débats sur la pertinence de la catégorisation ethnique sont de plus en plus vifs, on peut en conclure qu’« on assiste certes à une convergence, mais, nous semble-t-il, à une convergence où chacun à fait un bout de chemin et d’où émerge une approche nouvelle sur ces questions ».

Bien que Roxane Silberman semble sous-estimer quelque peu le fait que, en France, un système de catégories ethniques n’a toujours pas vu le jour au sein de la statistique publique, le bel article de Mary Waters montre en effet que les débats sur les « statistiques ethniques » aux États-Unis sont bien plus complexes que les représentations courantes ne le laissent entendre. Tout en rappelant que la collecte d’informations sur la race et l’origine ethnique est une activité administrative de routine aux États-Unis, elle note que, à chaque recensement, le débat académique et public se réactive pour discuter des arguments pour et contre les classifications ethniques publiques. De même, l’auteur insiste sur les réactions régulières tout au long du XXe siècle de la part d’acteurs exigeant telles ou telles rectifications aux systèmes des catégories publiques (elle évoque le cas des mexicaines, des Juifs et, plus récemment, des populations arabes).

Au-delà de cette mise en perspective, l’article de Mary Waters contient trois groupes d’informations fort utiles. Tout d’abord, l’auteure explique pourquoi les Américains tiennent à compter par race et par ethnie : il s’agit du besoin de données empiriques pour évaluer le niveau d’égalité des opportunités qui existent entre les différents groupes, et, d’autre part, pour construire des politiques publiques d’« affirmative action » (l’auteur insiste cependant sur le fait que ces politiques reçoivent peu de soutien quand elles sont implémentées sous la forme de quotas réservées aux minorités). Mary Waters précise, ensuite, qu’il existe à l’heure actuelle deux groupes de statistiques ethniques aux États-Unis. Il s’agit d’une part des catégories ethno-raciales mises en place en 1978 par le Federal Office of Management and Budget, revues, en 1997, après de longues discussions et d’importants mouvements sociaux, essentiellement pour permettre aux enquêtés de déclarer plus qu’une appartenance. D’autre part, l’on administre trois questions à chaque recensement : deux questions fermées sur la race et le type spécifique d’origine hispanique ainsi qu’une question ouverte (mais prévoyant une liste d’exemples de réponse) sur l’origine ethnique des ascendants. Enfin, Mary Waters livre une discussion claire des tensions multiples qui traversent ce système classificatoire : a) attaques idéologiques lorsqu’on prétend l’utiliser pour des politiques d’« affirmative action » ; b) pressions démographiques venant des flux migratoires et de l’augmentation des mariages mixtes ; c) support de la part d’acteurs qui y voient une forme de reconnaissance de l’identité des différents groupes ; d) défense de la part de la recherche biomédicale qui, après une longue période d’hostilité au concept de « race », a appris à s’y référer de plus en plus.

Selon l’analyse riche de Tamara De Oliveira, des pressions tout aussi variées traversent le dénombrement ethnique au Brésil. Par auto-déclarations, ce pays collecte des informations sur la religion, sur la nationalité et sur la couleur de la peau depuis au moins le recensement de 1872. L’auteur soutient que l’histoire des réponses montre que le principal critère de classification au Brésil est de type « chromatique-phénotypique », la couleur de la peau s’accompagnant à des traits tels que l’épaisseur des cheveux, du nez et de la bouche. Le lecteur apprend ensuite, et c’est là le principal intérêt de l’article, que ce « comptage chromatique-phénotypique à sens non-éthique » (pouvant contenir jusqu’à 200 catégories différentes) a servi de légitimation pour le projet d’une société démocratique multicolore où chacun aurait sa place. Les tentatives récentes de construction d’un classement officiel pour lutter contre les discriminations – depuis le recensement de 1991, l’intitulé de la question sur la « couleur de la peau » est devenu race – soulèvent des oppositions fortes. « La possible conversion du Brésil à un système de classification à sens ethnique-racial n’est pas facilement adéquat à la survie de son idéal métissé », conclut l’auteur.

Jean-Pierre Beaud et de Jean-Guy Prevost complètent le volet comparatif du dossier par une analyse fine et équilibrée du cas canadien. Ils discutent d’abord une question sur les « groupes de population » introduite dans le recensement en 1996. Sous l’impulsion d’une loi adoptée en 1986, cette intégration visait explicitement le dénombrement des « minorités visibles ». Les auteurs insistent sur les difficultés que Statistique Canada a éprouvées pendant prés de dix ans pour construire une question cohérente, sans finalement y parvenir. La formulation retenue fut en effet largement critiquée sur le plan méthodologique (ainsi déjà que sur le plan politique) : les catégories de réponse prévues mélangeaient des critères hétérogènes. Il ne pourrait pas en aller autrement, arguent Beaud et Prévost : le concept de « minorité visible » ainsi que les sentiments d’appartenance individuelle sont des phénomènes subjectifs complexes qui ne se laissent pas quantifier de manière univoque. Après avoir remarqué que, en dépit de ces problèmes, la question est toujours là, et qu’elle ne soulève plus beaucoup de débats, les auteurs posent une question importante : pourquoi a-t-on voulu introduire ex novo une question sur les « groupes de population » alors que le recensement canadien comportait déjà une question sur l’origine ethnique (et ceci depuis 1897) ? La réponse est riche d’enseignements pour ceux qui prônent les mesures subjectives de l’ethnicité : cette question n’était plus capable de détecter la fragmentation en groupes ethniques de la société canadienne car, sous la pression de mouvements hostiles aux statistiques ethniques, les enquêtés ont pris le parti de se déclarer de plus en plus fréquemment d’origine canadienne. Les auteurs pensent pouvoir reconnaître dans cette historie de la mesure de l’ethnicité au Canada une évolution générale de la statistique publique : la disponibilité de celle-ci à quantifier désormais aussi des phénomènes chargés de subjectivité.

Cette profondeur historique et cette finesse analytique font malheureusement défaut à la contribution qui reporte le lecteur en France. Louis-Georges Tin y traite du sondage sur les populations noires en France financé par le CRAN (réalisé par l’institut SOFRES) dont les résultats ont été rendus publiques en janvier 2007. Le lecteur ne trouvera cependant ici ni une analyse statistique de ces résultats (l’auteur le renvoie au site du CRAN), ni une discussion méthodologique des différentes stratégies de collecte d’informations sur les appartenances ethniques. L’article ne contient qu’une défense politique a priori des « statistiques de la diversité » (tombant parfois dans des glissements conceptuels fastidieux comme là où l’auteur distingue, sans discussion, « minorités visibles » et « invisibles », les Noirs faisant partie des premières, les Juifs et les homosexuels des secondes, les statistiques ethniques n’étant légitimes, selon le CRAN, dit-il, que pour les premières).

La qualité de la discussion remonte vers des standards convenant à une revue académique avec le bel article de Laurence Coutrot, qui porte non sur les statistiques ethniques mais sur les statistiques socioprofessionnelles. L’auteur y propose essentiellement de suspendre temporairement l’analyse du problème du classement des occupations pour se consacrer aux deux questions fondamentales qui se trouvent en amont de ce problème : qu’est-ce que classer ?, et, d’autre part, qu’est-ce qu’un groupe socioprofessionnel ?. Sur le premier point, Laurence Coutrot attire l’attention du lecteur sur l’importance que l’activité classificatoire a historiquement possédée dans les sciences de la vie. Elle insiste sur le fait que cette opération primordiale repose sur une longue activité descriptive et qu’elle présente un caractère intrinsèquement historique : les critères de classification dépendent constamment tout à la fois de valeurs extrascientifiques et de l’état de la connaissance scientifique. Si tel est le cas dans les sciences de la vie, comment cela pourrait être différent lorsqu’il s’agit de classer des êtres ayant la capacité de réagir aux classes construites par les chercheurs ?

Cette circularité entre observateur, classe et classé est au cœur de la réflexion de Laurence Coutrot sur le deuxième point : la nature des groupes socioprofessionnels. Ici, l’auteur mobilise des auteurs aussi différents que John Searle et Ian Hacking pour soutenir que : a) ces groupes sont ontologiquement subjectifs (ils ne sont que le produit de conventions sur certains critères de définition) ; b) ces groupes sont pourtant épistémiquement objectifs (une fois créés, leurs critères générateurs peuvent être étudiés) ; c) ces groupes fonctionnent, parfois de manière non perçue par l’acteur, comme des générateurs de comportements ; d) ces groupes ne sont jamais à l’abri des perceptions que les acteurs ont d’eux et des réactions que ces perceptions engendrent. La critique principale que Laurence Coutrot adresse aux projets récents de création d’une nomenclature européenne des occupations puise de cette double analyse : la nomenclature en question reposerait sur une activité classificatoire qui ignore certaines caractéristiques de base des sociétés européennes contemporaines (en particulière, la France) ainsi que sur une conception simpliste de ce qu’est un groupe social. Selon l’auteur, cela dérive du fait qu’aucun travail de recherche élargi à une pluralité de partenaires européens n’a été véritablement entrepris : la classification dite ESEC ne serait qu’un prolongement de la nomenclature progressivement mis au point par le sociologue anglais John Goldthorpe depuis les années 1980 [5].

Par-delà son intérêt propre qui ne peut pas être discuté ici, peut-on dire que les éditeurs ont fait un choix judicieux en insérant cet article à la suite des cinq précédents sur les statistiques ethniques ?

Ce choix me semble rendre un grand service au lecteur car il inscrit implicitement le problème de la construction des statistiques ethniques dans un contexte plus général : celui de la quantification de concepts complexes qui renvoient tout à la fois à l’identité individuelle et sociale des acteurs, et à certaine valeurs fondamentales des sociétés contemporaines. Ces concepts demandent au chercheur de faire face à des défis similaires : le caractère multidimensionnel de l’objet, sa transformation perpétuelle, les effets de rétroaction de la catégorisation savante sur la perception que les acteurs ont d’eux-mêmes, les effets de stigmatisation possibles découlant de ces catégories, l’incompatibilité éventuelle entre la classification de l’expert et celle, spontanée, de l’acteur ordinaire.

Il est certainement vrai que la construction et l’utilisation de nomenclatures socioprofessionnelles soulève moins de passions politiques que la catégorisation ethnique. Ce qui est du moins en partie lié, d’une part, au fait que l’histoire des discriminations sur une base raciale et ethnique a marqué durablement la mémoire collective de nos sociétés et, d’autre part, au fait que l’occupation est un trait, du moins en partie, acquis. L’histoire de la construction des Catégories Socio Professionnelles (CSP) en France ainsi que plus récemment leur refonte démontre cependant que le classement des individus en fonction de leur métier peut déclencher des passions et des conflits sociaux tout aussi violents [6]. Dans le milieu académique, les débats sont par ailleurs persistants [7].

Se référer aux nomenclatures socioprofessionnelles dans un dossier sur les statistiques ethniques est alors instructif car l’histoire des premières montre qu’il est possible et souhaitable de faire tous les efforts pour résister aux passions politiques privilégiant en revanche la réflexion méthodologique. Bien qu’elles soient loin d’être parfaites, les nomenclatures socioprofessionnelles permettent aujourd’hui de bien dessiner certains traits de fond de la structure des inégalités sociales de nos pays.

De ce point de vue méthodologique, les contributions contenues dans le dossier de la Revue Tocqueville montrent alors que la question essentielle est la suivante : des mesures subjectives qui visent l’opérationnalisation du concept complexe d’ethnicité permettent-elles de mieux cerner les inégalités ethniques qu’un faisceau d’indicateurs liés à la nationalité des enquêtés et de leurs parents ?

La première classe de mesure semble poser encore des problèmes méthodologiques considérables ; en France, peut-être plus qu’ailleurs, elle soulève aussi davantage d’interrogations extrascientifiques que la seconde classe d’indicateurs. Dès lors, on pourrait peut-être s’en tenir pour l’instant du moins lorsque la recherche s’approche de l’arène politique [8].

Faut-il pour autant abandonner les tentatives d’opérationnalisation du concept d’ethnicité ? Je ne le crois pas. Je pense plutôt qu’il faut laisser du temps aux chercheurs pour qu’ils puissent affiner ces mesures et établir leurs avantages comparatifs. À mesure que la recherche progresse sur ce point, l’on pourra ensuite revenir dans l’arène politique pour mieux informer et, éventuellement, rassurer. Ce retrait (temporaire) de la sphère politique motivé par des considérations méthodologiques est probablement inacceptable, voire insupportable, pour ceux qui croient que la sociologie ne peut, et ne doit, qu’être « publique » [9]. Je répondrais volontiers à cette objection avec R. K. Merton :

« Because war and exploitation and poverty and racial discrimination and psychological insecurity plague modern societies, social sciences must justify itself by providing solutions for all of these problems. Yet social scientists may be no better equipped to solve urgent problems today than were physicians, such Harvey or Sydenham, to identify, study, and cure coronary thrombosis in 1655. Yet, as history testifies, the inadequacy of medicine to cope with this particular problem scarcely meant that it lacked powers of development. […] It must be remembered that necessity is only the mother of inventions ; socially accumulated knowledge is its father ». [10]

par Gianluca Manzo [03-02-2009]

Aller plus loin

Sur La Vie des Idées :

Notes

[1] Weber M., 1995 [1922], Économie et Société (t. 2), traduction française sous la direction de Jacques Chavy, Éric de Dampierre, Paris, Plon. Sur l’apport de Max Weber à la naissance de la sociologie des relations ethniques, le lecteur peut utilement se reporter à Elke Winter, 2005, Max Weber et les relations ethniques. Du refus du biologisme racial à l’État multinational, Saint-Nicolas, Les Presses de l’Université de Laval.

[2] Voir Heath A., Cheung S. Y., 2007, Unequal chances : ethnic minorities in western labour markets, Oxford, OUP.

[3] Voir le compte rendu « L’usage des catégories ethniques en débat » de M. Safi sur La vie des idées.

[4] Voir, respectivement, le compte rendu « Avons-nous besoin de statistiques ethniques ? » de M. Vaillant (Esprit, 2006), et M. Wieviorka, 2008, Rapport à la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche sur la diversité, Paris, Robert Laffont.

[5] Le lecteur averti comprend vite que l’auteur continue ici une polémique aux origines anciennes : voir, par exemple, le texte de J. Goldthorpe publié dans la Lettre du Lasmas, 2001, n° 20.

[6] Voir Desrosières A., Thévenot L., 2002, Les catégories socioprofessionnelles, Paris, La Découverte.

[7] Voir, par exemple, le dossier de Sociétés Contemporaines, 2002, 45-46.

[8] Jean-Luc Richard semble défendre cette thèse dans « Statistiques ethniques et citoyenneté » (La vie des idées, 19-11-2008).

[9] Voir Burawoy M., 2005, “For Public Sociology”, American Sociological Review, 70.

[10] « Puisque la guerre, l’exploitation, la pauvreté, la discrimination raciale et l’insécurité psychologique chagrinent les sociétés modernes, les sciences sociales doivent prouver leur légitimité proposant des solutions à tous ces problèmes. Les chercheurs en sciences sociales pourraient toutefois ne pas être mieux armés aujourd’hui pour les résoudre que ne l’étaient en 1655 les médecins, tels que Harvey or Sydenham, pour identifier, étudier et soigner la thrombose coronarienne. Comme l’histoire en témoigne, le fait que la médicine n’était pas en mesure d’affronter ce problème n’a cependant pas signifié qu’elle ait été incapable de progresser. […] Il ne faut pas oublier que la nécessité n’est que la mère de l’inventivité : le cumul des connaissances en est le père ». Merton R. K., 1967, « On the sociological theories of the middle range », in On theoretical sociology. Five essays, old and new, London, The free press, p. 49-50.

 

 

 

Peut-on se fier à la « société de défiance » ?

par Éloi Laurent [13-01-2009]

La confiance s’est envolée : tel semble être le constat qui s’impose en ces temps de marasme économique et d’effondrement du système bancaire. Il est donc urgent de mieux définir les contours de cette notion floue et insaisissable, ce qu’Éloi Laurent propose à travers une critique serrée de La Société de défiance de Yann Algan et Pierre Cahuc.

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Recensé : Yann Algan, Pierre Cahuc, La Société de défiance : comment le modèle social s’autodétruit, Éditions de la Rue d’Ulm, coll. CEPREMAP, 2007.

La crise globale, financière et économique, déclenchée au printemps 2007 a placé au centre du débat public mondial le thème de la confiance : confiance dans les relations interbancaires, confiance des ménages et des entreprises dans l’avenir, confiance des marchés dans la signature de la puissance publique [1]. De cette profusion verbale émergent deux problématiques générales : l’importance, qui paraît considérable, de la confiance dans les « démocraties de marché » [2] se manifeste par la disparition de celle-ci ; il semble en outre assez difficile de savoir ce que recouvre exactement cette notion, dont l’usage plastique paraît masquer une grande confusion. La confiance se signale par son absence et demeurerait insaisissable quand elle existe. L’importance accordée par une recherche de plus en plus volumineuse à la notion de confiance est d’ailleurs inversement proportionnelle à la précision, en moyenne, des conceptions théoriques et des instruments empiriques mobilisés.

La recherche contemporaine sur la confiance en Europe s’est surtout, pour diverses raisons dont la plus importante est sans doute la force des contrastes régionaux, concentrée sur le cas italien. La question de l’état de la confiance dans la société française, même si elle est très brièvement évoquée par Putnam (1993) [3], n’avait pas, jusqu’à l’ouvrage d’Algan et Cahuc, La Société de défiance : comment le modèle social s’autodétruit, fait l’objet d’un véritable traitement. Cet ouvrage est donc une première tentative pour éclairer cette question et, à ce titre, son ambition mérite d’être saluée, car le sujet est d’importance. Mais l’étude d’Algan et Cahuc souffre d’importants défauts théoriques et empiriques qui rendent sa portée scientifique incertaine. On rappellera rapidement pour commencer l’argument de ce texte concis (et gratuit dans sa version électronique [4]) avant d’examiner son cadre d’analyse et la méthodologie utilisée par les auteurs.

Les trois étapes de la démonstration d’Algan et Cahuc

1. La France se distinguerait des autres pays développés par un niveau élevé de « défiance mutuelle » et « d’incivisme » qui « persistent depuis plusieurs décennies » ; cependant ces deux caractéristiques sociales « ne constituent pas un trait culturel immuable », mais seraient historiquement datées, la situation s’étant dégradée « après la Seconde Guerre mondiale ».

2. La cause de ces deux maux serait institutionnelle : il faudrait la rechercher dans « le mélange de corporatisme et d’étatisme du modèle social français » institué dans l’après-guerre, qui, du fait de sa nature hybride, donnerait lieu à un fort sentiment d’injustice, à un « dialogue social » réduit à la portion congrue et à une intervention constante de l’État. Celle-ci, loin d’apaiser la méfiance des Français les uns envers les autres et envers leurs institutions, l’aggraverait au contraire.

3. Au total, le modèle social français serait pris dans un cercle vicieux et menacé d’autodestruction, la défiance induisant une peur de la concurrence, favorisant la corruption et entretenant des rentes qui empêcheraient les réformes sociales utiles à la population de voir le jour. Le coût économique et social de cette « défiance mutuelle » s’avèrerait considérable, « le déficit de confiance et de sens civique » réduisant « significativement et durablement l’emploi et le revenu par habitant » ; le modèle social français risquerait à terme « d’éroder inexorablement la capacité des Français à vivre heureux ensemble ».

Le sens des mots : l’absence de confiance n’est pas la défiance

Partons du premier constat posé par les auteurs. La société française se caractériserait par un niveau de « confiance mutuelle » et « d’incivisme » exceptionnellement faible, la confiance étant mesurée principalement par les taux de réponses positives [5] à la question de confiance généralisée dans la World Values Survey (WVS). « La France […] se classe au 58e rang sur 82 pays, dépassée uniquement par des pays beaucoup plus pauvres ou ayant connu des conflits armés », écrivent les auteurs. Cette réalité indéniable est cependant décrite de manière incomplète : certes, la France se situe à un niveau moyen faible de confiance généralisée, mais elle se trouve en réalité proche, en 2000, année retenue par les auteurs, de la moyenne mondiale, dont elle n’est séparée que par un écart de 25 % (28,4 % en moyenne pour les soixante-dix pays de la quatrième vague de la WVS, contre 21,4 % pour la France).

Mais le problème central de l’étude, qui apparaît dès ses premières pages, n’est pas là. Parce que leurs analyses, hypothèses et recommandations en dépendent de manière critique, on aurait souhaité que les auteurs procèdent, en ouverture de leur démonstration, à deux démarches préliminaires : la première visant à prévenir le lecteur de la fragilité théorique du concept de confiance généralisée ; la seconde, le mettant en garde quant à des interprétations trop généreuses de résultats lourdement dépendants de la subjectivité, variable dans l’espace et le temps, d’individus dont on ne recueille que l’opinion au sujet d’une question dont la précision et la signification mêmes sont contestables et contestées.

Or le traitement que font les auteurs de la question de confiance généralisée est bien plus problématique qu’une absence de mise en garde. Tout au long de l’étude est en effet reproduite une traduction erronée de la question de la WVS : « En règle générale, pensez-vous qu’il est possible de faire confiance aux autres ou que l’on est jamais assez méfiant ? » La question posée par la WVS [6] est en anglais la suivante : « Generally speaking, would you say that most people can be trusted, or that you can’t be too careful dealing with people ? » Une traduction possible est la suivante : « D’une manière générale, diriez-vous que l’on peut faire confiance à la plupart des gens ou que l’on n’est jamais trop prudent dans ses rapports avec autrui ? » La traduction des auteurs est donc tronquée. Mais elle est de plus fautive.

La clé de l’erreur est la traduction en français du terme « careful », qui ne peut raisonnablement pas être traduit par « méfiant ». « Prudent », « avisé », « réfléchi », voire « réservé » sont des possibilités acceptables. Mais « méfiant » est à l’évidence une erreur de traduction [7]. La traduction française officielle que propose le questionnaire de la WVS, c’est-à-dire dans les faits la question à laquelle ont répondu les Français interrogés, est donc logiquement la suivante : « D’une manière générale, diriez-vous qu’on peut faire confiance à la plupart des gens ou qu’on n’est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres ? » Or cette méprise, entre « prudent » et « méfiant », imprègne toute l’étude. On la retrouve ainsi sous la forme du constat selon lequel « les Français sont plus méfiants, en moyenne, que la plupart des habitants des autres pays développés ». Parce que cette affirmation s’appuie sur une erreur de traduction, elle est elle-même entachée d’erreur, comme l’est chaque usage que les auteurs croient pouvoir faire des mots « méfiant », « défiant », « méfiance » ou « défiance », à commencer par le titre de leur ouvrage. Sauf à interpréter les opinions exprimées au-delà du sens des mots utilisés par les répondants.

Mais il semble qu’il est question là de plus que d’une simple erreur de traduction : il s’agit d’une erreur conceptuelle. Comme le soulignent de nombreux auteurs, et notamment ceux qui ont été engagés dans le projet de la Russell Sage Foundation sur le sujet, le contraire de la confiance n’est pas la défiance ou la méfiance : c’est l’absence de confiance. Et à supposer que la confiance généralisée soit un concept robuste et que la WVS puisse vraiment la mesurer (deux conditions discutables), l’interprétation correspondant à l’observation d’un faible taux de réponse positive à la question de confiance généralisée de la WVS est que la société étudiée se caractérise par une absence de confiance déclarée, ou une plus grande prudence. La France serait ainsi, éventuellement, à la lumière des réponses des Français, une « société de prudence », mais pas une « société de défiance », ce qui est sensiblement différent. Rien en tout cas dans les données portant sur la confiance des Français présentées par les auteurs ne soutient le constat de la « défiance ».

En outre, et toujours sur le thème du cadre analytique et de la rigueur conceptuelle, la confiance généralisée ne se confond pas avec la confiance dans les institutions. Or les auteurs rapprochent constamment les deux pour former le bloc de la « défiance mutuelle », auquel ils agrègent aussi à la fin de l’étude la défiance envers le marché ou la concurrence. « Il s’agit d’un phénomène global », écrivent-ils, mais ce phénomène de défiance sociale généralisée n’a jamais été repéré dans la littérature jusqu’à présent et il existe justement, en pratique, des nuances qu’il serait intéressant de décrire et d’analyser dans les réponses que font les Français aux questions des enquêtes de valeurs qui mettent en jeu la confiance. De plus, si la confiance dans les institutions, dans le Parlement, dans la justice et les syndicats est bien convoquée en introduction, elle s’efface ensuite au profit de corrélations bi-variées qui ne mobilisent pour la plupart que la confiance généralisée. La confiance généralisée est donc convoquée pour représenter tous les autres types de confiance, et notamment la confiance dans les institutions, alors même qu’elle s’en distingue théoriquement et empiriquement.

Civisme et confiance : distinguer les concepts

Supposons néanmoins, pour bien comprendre les auteurs, que le faible taux de réponse positive à la question de confiance généralisée de la WVS en France, qui est un fait, soit le signe d’une « défiance mutuelle » entre Français, d’où viendrait-elle ? La relation posée entre confiance (généralisée) et civisme paraît claire aux yeux d’Algan et Cahuc : « En toute logique, les informations disponibles indiquent donc que les Français se défient plus les uns des autres parce qu’ils respectent moins les règles de vie en société que les habitants des autres pays riches ». L’explication retenue pour justifier la faiblesse de la confiance généralisée en France est donc ici « l’incivisme » : les Français seraient moins civiques, donc moins confiants, au sens de la confiance généralisée. Cette relation est cependant d’emblée rendue floue par des formulations pour le coup prudentes : « La défiance constatée en France serait bien la contrepartie de comportements réellement moins civiques que dans les autres pays ». « Contrepartie » doit-il être compris au sens de « variable explicative » ?

Admettons cette imprécision pour en venir au fond : le cadre théorique retenu par l’étude. Dans la littérature qui porte sur la confiance généralisée, l’explication civique est la plus ancienne et la plus proche des travaux de Putnam (1993). Mais c’est aussi la moins assurée empiriquement, sans parler des critiques théoriques qui lui sont adressées, et d’abord par les partisans de la théorie de la confiance généralisée. Un examen rapide des corrélations multivariées des réponses faites dans la European Social Survey [8] en matière de confiance généralisée et de civisme indique que le civisme, en tout cas dans l’esprit des répondants, joue un rôle insignifiant par rapport à leur niveau de confiance [9]. Mais surtout, il n’existe pas aujourd’hui d’étude empirique globale, c’est-à-dire testant toutes les hypothèses en présence, de la confiance généralisée qui donne de l’importance ou de la significativité aux variables civiques. Pourtant, les auteurs affirment, à l’aide d’une seule corrélation bi-variée (figure 8) que « les personnes sont d’autant plus méfiantes envers les autres qu’elles vivent dans un pays où leurs concitoyens affichent un moindre sens civique » (on retrouve ici comme ailleurs l’erreur sur le terme careful) et que « la confiance est très fortement corrélée au sens civique ». Ce constat, qui repose sur des données très partielles, ne peut pas être compris comme impliquant que le civisme (ou l’incivisme) joue un rôle significatif dans le niveau de la confiance généralisée, en France ou ailleurs.

Il se peut que les Français soient moins civiques que d’autres, et les auteurs en rapportent des indices anecdotiques, mais, compte tenu des données présentées et en l’état actuel de la littérature, rien ne permet de dire qu’ils seront de ce fait moins confiants. Et pourtant, « défiance » et « incivisme » mêlés se voient rendus responsables de très graves maux : « La défiance et l’incivisme en France ne constituent pas une nouvelle donne. Ils persistent depuis au moins deux décennies. À ce titre, les déficits de confiance et de civisme accompagnent bien les médiocres performances de l’économie française depuis cette période ». Les auteurs laissent ici entendre qu’il y aurait un lien entre les « performances médiocres » de l’économie française et les « déficits de confiance et de civisme » qu’ils croient avoir identifié, mais ils ne proposent aucun dispositif empirique pour tester leur hypothèse et la confronter à des explications alternatives, hypothèse qui demeure du coup au stade de la pure spéculation. Le constat même de « performances médiocres » de l’économie française « depuis deux décennies » ne va pas du tout de soi.

L’histoire des variations de la confiance : l’incertitude de la mesure

Venons-en à présent à ce qui constitue sans doute l’innovation la plus grande de l’étude : l’analyse historique de la confiance française au long du XXe siècle. La thèse des auteurs est présentée sans conditionnel : « La confiance semblait beaucoup plus forte avant la Seconde Guerre mondiale ; elle s’est vraisemblablement dégradée depuis. La défaite française et le schisme de la collaboration ont sans doute favorisé cette évolution. Mais c’est surtout l’instauration d’un modèle social corporatiste et étatiste qui a sapé la confiance : en instaurant des inégalités statutaires, l’État français a œuvré à l’effritement de la solidarité et de la confiance mutuelle ».

Sur le plan historiographique, comme l’a noté Delalande, la thèse d’Algan et Cahuc s’oppose à la mémoire de la Libération comme « moment de reconstruction de la société » en le dépeignant au contraire comme d’un « épisode de destruction des relations sociales supposées “harmonieuses” de l’entre-deux-guerres ». Il est en effet tout à fait étonnant d’être invité à se représenter l’instauration des lois sur la Sécurité sociale, davantage inspirées d’ailleurs, contrairement à ce que soutiennent les auteurs, par le programme du CNR que par le régime de Vichy, comme plus néfastes pour la confiance mutuelle entre Français que, d’un côté, le marasme économique et politique des années 1930, et de l’autre, la défaite militaire et l’occupation allemande, marquée, faut-il le rappeler, par l’exclusion, la persécution et la déportation d’une partie de la population et des divisions civiles violentes et profondes. Et pourtant les auteurs soutiennent que la Libération et l’instauration des lois sur la Sécurité sociale auraient « surtout » sapé la confiance entre Français, là où « la défaite » et « la collaboration » auraient seulement « favorisé cette évolution ». Le retournement historique est sidérant. Ne faut-il pas plutôt abonder dans le sens de Delalande lorsqu’il écrit que « par le caractère consensuel qu’elles ont revêtu, les réformes de la Libération (nationalisations, Sécurité sociale, comités d’entreprises, etc.) ont permis à la France de “refaire société” ? »

Mais admettons encore. Comment les auteurs justifient-ils leur audace historiographique ? Ils utilisent pour ce faire une propriété déjà identifiée par Putnam, et qui paraît assurée à long terme : la relative stabilité des niveaux de confiance dans le temps qui serait due à leurs déterminants culturels et à leurs profondes racines historiques. Sans cette hypothèse, en effet, l’étude des niveaux de confiance généralisée dans le temps s’arrêterait pour la France là où commence la première vague de la WVS, c’est-à-dire au début des années 1980. Mais la General Social Survey (GSS) américaine permet de remonter plus loin, à la fin des années 1950. Ce qui permet aux auteurs d’avancer une interprétation des résultats de cette dernière étude qui les autorise à formuler des conjectures sur le niveau de confiance généralisée des Français depuis les années 1930.

Précisons donc bien d’emblée qu’au-delà des années 1980, on ne dispose d’aucune donnée d’enquête sur la confiance généralisée des Français, pas plus que sur la confiance généralisée des Américains au-delà des années 1950. Précisons également que les auteurs utilisent les données de la GSS sur la seule période 1977-2004. Mais que, selon eux, « il est possible de retracer l’évolution des attitudes sociales en France grâce à celles des descendants d’immigrés aux États-Unis originaires de différents pays ». « Si l’on trouve que les Français descendants d’immigrés arrivés au début du XXe siècle ont un niveau de confiance mutuelle plus élevé que les descendants d’immigrés provenant de pays différents à la même époque » écrivent-ils, « c’est vraisemblablement parce que les Français arrivés au début du XXe siècle étaient plus confiants que ceux d’autres pays ». Le procédé, baptisé « approche épidémiologique » de la confiance généralisée, paraît à première vue très improbable : il consiste à inférer du niveau de confiance généralisée d’Américains de la fin des années 1970 le niveau de confiance généralisée de Français des années 1930 pour en tirer des conclusions historiques sur l’évolution de la confiance en France au cours du XXe siècle. Le double brouillage du temps et de l’espace s’agissant de données aussi incertaines ne semble pas décourager les auteurs, bien au contraire.

Ils précisent d’ailleurs, au sujet de la GSS, que « cette enquête présente l’avantage de poser exactement les mêmes questions sur le civisme et la confiance mutuelle que celles que nous avons utilisées jusqu’à présent » [les données de la WVS]. Or cela n’est pas le cas pour ce qui concerne la confiance généralisée, la question de la GSS étant formulée différemment de la question posée lors de la dernière vague de la WVS [10] (la même approximation est d’ailleurs répétée dans les autres papiers des auteurs développant leur « approche épidémiologique » de la confiance généralisée ou du civisme [11]). La nuance peut paraître mineure voire négligeable, mais, dès lors que les données dont il s’agit ici sont des opinions empreintes de la subjectivité de la personne interrogée, « il faut être très prudent dans ses rapports avec autrui » et « on n’est jamais trop prudent dans ses rapports avec autrui » n’ont objectivement ni le même sens en français, ni en anglais, ni, on peut le supposer, dans les différentes langues [12] des pays où la WVS est conduite [13]. Ce qui veut dire que s’ajoute à tous les bruits déjà identifiés une différence de formulation dans la question posée.

L’analyse de la transmission intergénérationnelle des attitudes sociales par Algan et Cahuc

Au moyen de leur dispositif empirique, les auteurs entreprennent de mesurer « la transmission intergénérationnelle des attitudes sociales » en examinant « l’influence du pays d’origine sur les réponses aux questions : « En règle générale, pensez-vous qu’il est possible de faire confiance aux autres ou que l’on est jamais assez méfiant ? » (on retrouve ici encore le problème de traduction). Ils se focalisent alors sur les « personnes qui sont nées aux États-Unis mais dont les parents ont émigré du pays d’origine » et tiennent compte pour ce faire des « caractéristiques individuelles observables » pour « comparer le rôle du pays d’origine ». « Les attitudes sociales des immigrés » sont alors par eux « comparées avec celles en cours dans les pays d’origine, en exploitant les enquêtes du World Values Survey de 1980 à 2000 » (avec entre autres le problème de comparabilité des questions posées). Les résultats présentés montrent selon les auteurs « que les attitudes des personnes nées aux États-Unis sont influencées par leur pays d’origine » : ils relèvent ainsi une « corrélation systématique entre les attitudes des personnes nées aux États-Unis et celles des personnes vivant dans leur pays d’origine » qui « tend à démontrer qu’il existe bien une transmission intergénérationnelle des attitudes sociales et que les émigrés ont transplanté aux États-Unis une partie des attitudes en cours dans leur pays d’origine ». Ce constat a déjà été établi par d’autres études de manière plus rigoureuse. Mais l’innovation des auteurs n’est pas là.

Algan et Cahuc comparent ensuite les réponses des « Américains de la deuxième et de la quatrième génération » pour éclairer « l’évolution historique de la confiance mutuelle » et montrent que « la confiance héritée a significativement changé entre les vagues d’immigration. ». Les résultats indiqueraient en effet que « les Américains de la quatrième génération d’origine française ou allemande font beaucoup plus confiance à leurs concitoyens que les Américains de la quatrième génération d’origine suédoise ». Et les auteurs de conclure : « De telles évolutions suggèrent que la confiance mutuelle était plus développée en France au début du XXe siècle ». Ces résultats suggèrent peut-être quelque chose comme le disent les auteurs, mais il est très difficile de penser qu’ils démontrent quoi que ce soit : ils reposent sur une comparaison entre des réponses données par des Américains à la fin des années 1970 à une question de confiance généralisée à d’autres réponses données par des Français dans les années 1980 à une question différente de confiance généralisée, le tout étant censé nous renseigner sur le niveau de confiance entre Français dans les années 1930.

Après avoir conclu à l’évolution historique de la confiance mutuelle en France au XXe siècle, les auteurs s’interrogent : « À quand remonte précisément ce renversement des attitudes ? » Or l’affaire se corse un peu plus sur le plan méthodologique, car « l’enquête du General Social Survey n’indique pas l’année d’arrivée des parents des Américains de la deuxième génération ». Qu’à cela ne tienne, « il est possible d’identifier des périodes de rupture dans l’évolution des attitudes sociales en les mettant en relation avec des événements historiques », par exemple la Seconde Guerre mondiale. Mais rien ne précise sur quels travaux historiques s’appuient les choix des auteurs, qui à ce stade sont purement arbitraires. « Pour corroborer cette hypothèse », les auteurs comparent « les attitudes sociales des Américains de la deuxième génération nés avant la Seconde Guerre mondiale ou nés après la guerre » et affirment être ainsi en mesure de « reconstituer une grande partie de la confiance mutuelle qui prévalait dans le pays d’origine avant et après la guerre, et qui a été transmise par les parents en fonction de leur vague d’immigration ». Le moment charnière dans l’analyse est donc la « Seconde Guerre mondiale », sans autre forme de précision.

Le résultat fondamental des auteurs est alors dévoilé : « Une telle étude comparative fait apparaître une différence saisissante entre les deux vagues d’immigration d’avant et d’après la guerre ». En effet, « toute chose égale par ailleurs, les Américains dont les parents ont émigré avant la guerre ont une probabilité supérieure de 8 % de faire confiance à autrui lorsqu’ils sont originaires de France plutôt que de Suède. L’image s’inverse complètement pour les Américains dont les parents ont émigré après la guerre, le niveau de confiance mutuelle des Américains d’origine française étant de 13 % inférieur à celui des Américains d’origine suédoise ».

Analyse institutionnelle ou culturelle de la confiance ?

« Le manque de confiance et de civisme des Français n’est donc pas immuable », concluent Algan et Cahuc qui entreprennent dans la suite de l’ouvrage d’étayer leur théorie par l’analyse de « certaines caractéristiques des institutions françaises mises en place après la guerre » qui « ont vraisemblablement contribué à l’émergence et à la perpétuation de cet état de fait ». Ici les auteurs ont opté pour une interprétation qui ne doit rien à leur analyse économique ou à leur appareillage statistique, mais tout à leur intuition ou à leurs croyances, aucun des travaux historiques abondants sur la période des années 1930 et de la Seconde Guerre mondiale n’étant mobilisé pour faire de la Libération et des lois sur la Sécurité sociale le moment de la rupture dans la confiance des Français de préférence à un autre.

Le résultat présenté comme celui sur lequel repose tout l’édifice construit par les auteurs dans leur tentative de reconstituer l’évolution historique de la confiance généralisée en France au cours du XXe siècle se formule donc de la manière suivante : un différentiel de 21 % [14] entre deux groupes différents d’Américains de la fin des années 1970, dont les parents sont arrivés respectivement de France et de Suède avant et après-guerre, dans la probabilité de réponse positive à la question : « D’une manière générale, diriez-vous que l’on peut faire confiance à la plupart des gens ou que l’on n’est jamais trop prudent dans ses rapports avec autrui ? » Tout le reste de l’argumentation des auteurs découle de ce résultat, puisque c’est en son nom qu’ils entreprennent dans la suite de l’étude de comprendre la « rupture » de confiance qui date, selon eux, de la Libération (le choix de cette date, qu’ils s’efforcent de justifier a posteriori, étant purement discrétionnaire au moment de l’étude où il est formulé, sauf à inverser l’ordre logique de la démonstration). Dire que la solidité de leur hypothèse n’est guère assurée est en-dessous de la vérité.

Ceci ne signifie pas pour autant que l’idée de transmission intergénérationnelle du capital social, et plus précisément de la confiance, et plus précisément encore de la confiance généralisée, n’ait pas de fondement, pour peu que l’on adhère à l’approche culturelle de la théorie de la confiance généralisée. L’idée centrale de cette approche est que la confiance généralisée est une valeur stable dans le temps, qui varie peu. Uslaner soutient, dans la lignée de Putnam, que lorsque des « immigrants d’un pays où la confiance est forte arrivent dans leur nouveau pays, ils transportent avec eux leurs traditions culturelles et notamment leur rapport à la confiance plutôt que de s’adapter simplement aux nouvelles réalités de l’environnement qu’ils ont choisi » [15]. Mais l’ambition d’Uslaner est beaucoup plus modeste que celle d’Algan et Cahuc, même si, comme eux, il cherche à déterminer « ce qui compte le plus [dans la détermination du niveau de confiance généralisée des individus] : le fait que vos ancêtres venaient d’une société confiante ou le fait que vous viviez parmi des individus confiants ».

Il s’arrête en effet net devant l’obstacle de la disponibilité des données : « Il serait agréable de pouvoir rapprocher les niveaux de confiance dans les pays d’origine lorsque les grands-parents ont immigré aux États-Unis avec les estimations contemporaines de la confiance […] mais nous ne pouvons pas le faire car il n’y a pas d’enquêtes d’opinion dans les années 1890 ou 1920, il n’y a donc pas de moyen d’établir un lien direct entre l’expérience des grands-parents et les croyances de leurs successeurs aux États-Unis ». Et c’est le plus ardent partisan et le meilleur représentant de l’approche culturelle de la confiance généralisée qui s’exprime ainsi. Ce que Uslaner compare, et ce qui paraît en effet à première vue comparable, est l’influence de l’origine ethnique et celle du milieu social dans lequel les immigrants sont plongés à leur arrivée. En aucun cas il ne s’essaye à en inférer des conclusions socio-historiques sur un siècle d’histoire des pays d’origine des nouveaux Américains. Un des résultats d’Uslaner nous intéresse cependant ici : selon lui, l’examen des données de la GSS montre qu’il n’y a, contrairement à d’autres origines ethniques, pas d’effet significatif attaché à l’origine russe, italienne ou française. Autrement dit, selon son examen économétrique, les données de la GSS ne permettent pas de repérer le moindre effet sur le niveau de confiance généralisée de l’origine ethnique pour les Américains d’origine française. Ce qui affaiblirait un peu plus encore la thèse d’Algan et Cahuc.

Outre la grande incertitude qui entoure le dispositif empirique des auteurs pour estimer l’évolution de la confiance généralisée déclarée par les Français au cours du temps, leurs développements recèlent une contradiction interne : pourquoi, si la confiance entre Français est foncièrement stable, aurait-elle brusquement chuté pour ensuite se stabiliser à nouveau pendant cinq décennies à un niveau faible ? Deux approches de la confiance généralisée sont ici mélangées : l’approche culturelle (la transmission de la confiance se fait par la famille et les institutions ne jouent qu’un rôle limité, voire inexistant) et l’approche institutionnelle (la puissance publique au sens large a les moyens de faire varier le niveau de confiance généralisée dans la société, soit en l’augmentant, soit en la diminuant). Ce mélange théorique paraît ad hoc.

Il existe bien un parallèle historique dans la littérature qui a peut-être servi de référence aux auteurs : celui de l’Union soviétique. On ne sait rien du niveau de confiance généralisée antérieur à l’annexion par l’URSS dans certains pays d’Europe centrale et orientale, mais on sait que le niveau de confiance généralisée est particulièrement faible dans ces pays aujourd’hui encore et certains auteurs rapprochent cette situation des effets socialement destructeurs et persistants dans le temps du régime communiste. Mais, justement, ce rapprochement souligne l’invraisemblance de la thèse d’Algan et Cahuc : comment mettre sur un même plan quarante années de totalitarisme et les Trente Glorieuses françaises, période qui devrait être le point haut de la « société de défiance » si l’on suit la thèse des auteurs, le modèle social s’étant hybridé, en intégrant notamment des éléments universalistes ou en tout cas « béveridgiens », dans les années 1980, 1990 et 2000 ? Comment surtout expliquer les performances économiques et sociales de la France par exemple par rapport aux pays du modèle nordique au cours de cette période, alors que le modèle français était alors encore plus corporatiste et étatiste qu’il ne l’est aujourd’hui ? Ici, l’explication donnée par les auteurs s’altère : les Trente Glorieuses auraient « occulté » le coût social et économique de la défiance française, coût qui ne serait apparu qu’à partir du milieu des années 1970. Le recours bien tardif à l’idée convenue de la fin du « modèle fordiste » paraît très peu convaincant et surtout très loin du schéma d’analyse des auteurs.

De même, la description du modèle conservateur-corporatiste comme créateur de segmentations sociales et plus inégalitaire que le modèle universel béveridgien des pays nordiques et celle de l’État-providence français comme produit d’une logique hybride, où l’État et les partenaires sociaux sont dans une relation mal définie et à géométrie variable qui nuit à la qualité du dialogue social, est en conformité avec les travaux existants sur le sujet, mais le rôle joué par la confiance généralisée, à la fois en amont et en aval de ce processus, est tout à fait incertain.

Autrement dit, entre le début et la fin de l’étude, le modèle théorique des auteurs paraît avoir changé : si l’incivisme des Français était rendu responsable de leur défiance au début de l’ouvrage, c’est à son terme le modèle social français mis en place dans l’après-guerre qui explique cette défiance (« ce déficit de confiance est intimement lié au fonctionnement de l’État et du modèle social »). Sauf à considérer que le fonctionnement de l’État et du modèle social engendre l’incivisme des Français (ce que ne permet pas de déterminer les données présentées dans l’étude), il semble qu’il s’agisse d’une nouvelle contradiction interne. D’autant plus que, encore une fois, ces deux explications empruntent à deux modèles qui ne se recoupent pas dans la typologie de la littérature existante sur la confiance généralisée : l’explication par le civisme et l’explication institutionnelle. Si on ajoute le fait que le passage, entre les années 1930 et la Libération, à une « société de défiance » en France semble également mobiliser une explication culturelle, c’est le cadre de l’étude dans son ensemble qui devient douteux.

Les Français et le marché : sophismes et « moralisme économique »

La partie de l’ouvrage qui porte sur la difficulté des relations sociales françaises est sans doute la plus convaincante, mais on est tenté de la relier à des travaux existants, comme ceux de Thomas Philippon. Il s’agit là d’un sujet distinct, théoriquement et empiriquement, de celui de la confiance généralisée dans la société française. Mais un point au moins dans l’argumentation mérite discussion : celui de la nécessaire évolution du modèle social français vers le « modèle nordique », qui ici, comme dans nombre d’études, est affirmée. Indiquons simplement que celle-ci n’a rien d’évident et suppose notamment que soient prises en considération la taille des pays en question et la stratégie de croissance correspondante. En outre, Rothstein montre qu’à l’origine du « mystère » de l’adoption par les sociétés nordiques d’un modèle universel de protection sociale se trouve peut-être un modèle « néo-corporatiste », mélange d’étatisme et de corporatisme, le mélange même rendu responsable par Algan et Cahuc de tous les maux sociaux et économiques français [16].

Le passage consacré à la « peur du marché » et de « la concurrence » tombe dans les travers déjà identifiés d’affirmations fortes étayées par des éléments empiriques faibles et une grande indétermination théorique. Ainsi, l’idée que « l’efficacité du marché repose largement sur la confiance mutuelle » procède de la conception limitée ou particulière de la confiance, mais les auteurs tentent de la soutenir à l’aide de données sur la confiance généralisée. Les raccourcis théoriques des auteurs confinent parfois au sophisme, notamment lorsqu’ils écrivent : « La confiance mutuelle et sa contrepartie, la capacité à respecter ses engagements, semblent jouer un rôle décisif dans l’efficacité du marché. Il est donc logique que la défiance envers le marché soit plus forte dans les pays où la confiance mutuelle est peu développée. De ce point de vue, la défiance des Français envers le marché et la concurrence peut être reliée à la faible confiance des Français envers autrui ». En réalité, la logique du raisonnement est spécieuse et aucun des enchaînements de cette phrase n’est assuré, car confiance limitée et généralisée sont mélangées, et la défiance est interprétée comme le contraire de la confiance. Les auteurs semblent en effet dire que parce que le niveau mesuré de la confiance généralisée est faible en France, la défiance à l’égard du marché y serait forte, ce qui expliquerait que les transactions économiques interpersonnelles, qui justement reposent sur une confiance limitée, soient rendues plus difficiles. L’interprétation des réponses des Français au sujet du caractère bénéfique ou néfaste de la concurrence comme dénotant une « peur du marché » est également contestable.

Compte tenu des réserves exprimées jusqu’ici, les affirmations qui viennent clore l’étude, elles aussi fondées sur « l’approche épidémiologique » de la confiance généralisée à laquelle s’ajoute pour la circonstance l’incertitude d’une approche contrefactuelle du développement économique (de « l’économie-fiction » en quelque sorte) paraissent hyperboliques : « Ainsi, notre déficit de confiance explique 66 % de notre écart de revenu par habitant par rapport à la Suède. Le PIB français se serait accru de 5 % en France, soit une hausse de près de 1 500 euros par personne si les Français avaient la même confiance envers leurs concitoyens que les Suédois ». Il n’existe pas, à la connaissance de l’auteur, une seule étude empirique fondée sur un modèle de croissance attribuant les deux tiers d’un écart de développement à une seule variable identifiée (et non résiduelle), a fortiori pas à un écart du niveau de la confiance généralisée.

Le thème de l’étude d’Algan et Cahuc est sans aucun doute intéressant, mais l’application qu’ils font de méthodes empiriques partielles à des données incertaines dans un cadre théorique indéterminé pour en tirer des conclusions radicales amoindrit considérablement sa portée scientifique. Le sentiment tenace que les auteurs parlent en fait d’autres choses – au demeurant disparates – que de la confiance en France ne quitte pas le lecteur. Quoi qu’il en soit, au terme de cet examen, l’idée d’une société française rongée par la défiance généralisée, de Français méfiants de tout et de tous, ne semble avoir ni de sens théorique précis, ni de fondement empirique solide. Elle recèle en revanche un arrière-plan moralisateur paradoxal : la morale dont il s’agit ici de suivre le commandement a pour ultima ratio l’efficacité économique [17]. Il y a sans doute un mystère de la confiance française [18], mais il demeure largement entier une fois l’ouvrage de Algan et Cahuc refermé.

par Éloi Laurent [13-01-2009]

Aller plus loin

Sur le web :

- la version électronique de La Société de défiance de Yann Algan et Pierre Cahuc

- le programme de recherche de la Russell Sage Foundation sur la confiance

- la version électronique du célèbre article de Diego Gambetta, « Can we trust trust ? » paru en 1988

Sur La Vie des Idées  :

- l’article d’Eloi Laurent sur « Robert Putnam et la nouvelle indifférence américaine »

- l’article de Nicolas Delalande, « Une histoire de la confiance est-elle possible ? »

Notes

[1] Ce texte est un extrait de l’article d’Éloi Laurent, « Peut-on se fier à la confiance ? », Revue de l’OFCE, janvier 2009.

[2] L’expression est de Jean-Paul Fitoussi, La Démocratie et le Marché, Paris, Grasset, 2004.

[3] Robert D. Putnam, Making Democracy Work : Civic Traditions in Modern Italy, Princeton, Princeton University Press, 1993.

[4] Il faut d’ailleurs rendre hommage à la politique éditoriale du CEPREMAP, qui met en ligne sur son site les fichiers des opuscules de sa nouvelle collection dans le but louable de « rendre accessible à tous » les questions de politique économique.

[5] On appellera par commodité dans cet article la « réponse positive » à la question de confiance généralisée ou le « niveau de confiance moyen » le pourcentage de répondants qui déclarent « on peut faire confiance à la plupart des gens » à la question : « D’une manière générale, diriez-vous que l’on peut faire confiance à la plupart des gens ou que l’on n’est jamais trop prudent dans ses rapports avec autrui ? »

[6] Au demeurant seulement avant 2000 (cf. infra, note 13).

[7] Erreur de traduction d’ailleurs reprise de l’étude d’Algan et Cahuc par l’auteur de cet article dans Éloi Laurent, « Robert Putnam et la nouvelle indifférence américaine », La Vie des Idées, 24 octobre 2007.

[8] Dont l’édition 2004 permet de tester des variables civiques proches de celles utilisées par Algan et Cahuc.

[9] Éloi Laurent, Jean-Paul Fitoussi, « Hawk and Handsaws : What Can France Learn form the Nordic Model ? », CES Working Papers, Harvard University, 2008.

[10] La question de confiance généralisée originelle, celle que la GSS du National Opinion Research Center pose aux citoyens américains depuis la fin des années 1950, peut se traduire de la manière suivante : « D’une manière générale, diriez-vous que l’on peut faire confiance à la plupart des gens ou que l’on n’est jamais trop prudent dans ses rapports avec autrui ? » (« Generally speaking, would you say that most people can be trusted, or that you can’t be too careful dealing with people ?  ») ; cette question a été reprise dans la WVS, enquête de valeurs menée dans différents pays du monde depuis les années 1980, sous une forme légèrement différente, en tout cas dans le questionnaire d’enquête de la dernière vague datant de 2000 : « D’une manière générale, diriez-vous que l’on peut faire confiance à la plupart des gens ou qu’il faut être très prudent dans ses rapports avec autrui ? » (« Generally speaking, would you say that most people can be trusted or that you need to be very careful in dealing with people ? »).

[11] Yann Algan, Pierre Cahuc, « Civic Virtue and Labor Market Institutions », American Economic Journal : Microeconomics, à paraître.

[12] On peut ainsi imaginer qu’un répondant pense que l’on doive être « très prudent » sans pour autant aller jusqu’à penser « qu’on est jamais assez prudent » dans ses rapports aux autres.

[13] Il y a là une subtilité supplémentaire, car si la WVS utilise la forme « very careful » dans son questionnaire officiel de 2000, la European Values Study (EVS) utilise elle la forme « can’t be too careful ». La GSS et la WVS reprenaient également cette formulation avant 2000, comme les autres questions de l’enquête européenne. Ceci implique que pour les pays européens de l’étude, en 2000, il pourrait y avoir correspondance entre les deux questions mais pas pour les autres pays (pour être tout à fait exact, l’enquêteur a semble-t-il le droit de traduire « can’t be too careful » en « very careful » pour être sûr d’être bien compris du répondant). À l’inverse, les questionnaires de la première et de la deuxième vague de la WVS utilisent la forme « can’t be too careful ». Autre complexité : les données disponibles en ligne de la dernière vague des deux enquêtes ne semblent pas correspondre parfaitement. Ainsi, la France obtient 21,3 % de réponses positives à la question de confiance généralisée dans l’EVS, mais 22,2 % dans la WVS (il pourrait s’agir d’un problème de pondération). La figure 5 de l’étude d’Algan et Cahuc laisse entendre que les auteurs utilisent en fait les données de l’EVS.

[14] Précisons, à titre d’illustration, que l’écart de réponses positives à la question de confiance généralisée entre Islandais et Suédois, également nordiques, est en 2000 dans la WVS de 39 %.

[15] E. M. Uslaner, « Where You Stand Depends Upon Where Your Grandparents Sat : The Inheritability of Generalized Trust », à paraître dans Public Opinion Quarterly.

[16] Bo Rothstein, « Is the Universal Welfare State a Cause or an Effect of Social Capital ? », QoG Working Paper Series, 16, 2008.

[17] L’économie des attitudes culturelles a d’ailleurs souvent tendance à déboucher sur un curieux « moralisme économique ».

[18] On pense notamment ici aux indicateurs ambigus tels que le pessimisme des Français à l’égard de l’avenir (à nouveau, voir Fitoussi et Laurent, art. cit., 2008).

Publié dans COLONIALISME ET POST-COLONIAL : Questions en débats | Pas de Commentaire »

Election du colonialiste de l’année 2009.And the winner is…

Posté par issopha le 20 février 2009

Election du colonialiste de l’année 2009.

En clôture de la « semaine anticoloniale 2009 » (du 14 au 24 février),
ce mardi 24 février aura lieu au CICP (21 Ter, rue des Boulets 75011
Paris), le « banquet anticolonial »
où sera désigné le
« colonialiste de
l’année 2009 ».


Guerre à Gaza, grève générale en Guadeloupe, annexion illégale de l’île
Comorienne de Mayotte, amplification de la crise économique par l’usage
du Franc CFA en Afrique, cette année le colonialisme a continué à sévir.

Le collectif de plus de 50 associations et organisations participants à
la semaine anticoloniale et les internautes participants au sondage sur
le site anticolonial.net vont désigner celui ou celle qui aura par sa
cruauté, ses actes ou paroles colonialiste aura bien mérité le « prix du
colonialiste de l’année 2009 ».

Ainsi, parmi les nominés, on pourra retrouver des politiques comme le
secrétaire à l’Outre-mer Yves Jego, le « Béké » Alain
Huygues-Despointes, Brice Hortefeux, Tzipi Livni ou Avigdor Lieberman
mais aussi des entreprises comme Areva, Total, Suez ou encore de
nombreux autres colonialistes qui peuvent encore être proposés en ligne
sur le site anticolonial.net

Par  www.anticolonial.net

 

AND THE WINNER IS…

Les prix du « colonialiste de l’année 2009 »

Prix du «  massacre colonial de l’année » : Tzipi Livni

Pour le massacre perpétré par l’Etat d’Israël  à Gaza (plus de 1300 morts et 8000 blessés)

Prix « idéologue du colonialisme» : Henri Guaino

Pour sa rédaction des discours de Dakar et Toulon… ainsi que l’idée de la création d’un ministère de l’identité nationale.

Prix du « colonialisme français » :  Brice Hortefeux

Pour sa chasse aux sans-papiers et la mise en œuvre du ministère de l’identité nationale.

Prix « Nostalgie du colonialisme » :

Thierry Mandon ex aequo avec Alain Huygues-Despointes

Thierry Mandon, maire PS de Ris Orangis  pour l’inauguration de la stèle « Algérie Française »

Le Béké Alain Huygues-Despointes pour ses propos colonialistes sur le « maintien de la race »

Prix « Françafrique » : Omar Bongo, président du Gabon

Pour sa longue carrière au service des intérêts français en Afrique

Prix de « l’entreprise colonialiste de l’année » ; Bolloré

Challenger de la mise en œuvre de la Françafrique.

Prix de la lutte anticoloniale de l’année.

Le « mika d’or» ou la « godasse d’or »,  Prix  de la lutte anticoloniale  a été attribué au peuple guadeloupéen pour sa résistance à l’ordre colonial français.  

 

 

 

PARIS, 19 fév 2009 (AFP) – 14h14

Jégo s’interroge sur le maintien d’un secrétariat d’Etat à l’Outre-Mer .

Yves Jégo, secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer, s’est interrogé jeudi sur la nécessité de maintenir la fonction gouvernementale qu’il occupe, invoquant sur France 24 une nouvelle « gouvernance » de l’Outre-Mer.
« Il faut, a-t-il demandé, que les liens entre la métropole et ses directoires soient remis à plat. Est-ce qu’il faut garder, par exemple, un secrétariat d’Etat à l’Outre-Mer ? »
« Ce n’est pas que cela sert à rien », a-t-il poursuivi, ajoutant aussitôt: « Est-ce qu’on ne peut pas avoir une organisation plus moderne ? Est-ce que l’on ne peut pas avoir, à l’intérieur des grands ministères, des directions de l’Outre-Mer et puis quelqu’un qui, au sein du gouvernement, incarne l’Outre-Mer? »
La grève générale qui paralyse la Guadeloupe depuis un mois, a-t-il continué, a au moins pour vertu de « mettre à plat le modèle ».
Yves Jégo a aussi dit avoir ressenti « une double incompréhension » depuis le début de cette crise.
« Ce que je ressentais sur le terrain, la réalité profonde des douleurs, je n’arrivais pas à la faire percevoir à l’échelon métropolitain, y compris dans les médias », a-t-il témoigné.
Quant aux « difficultés du pays, les difficultés de la crise, les difficultés mondiales, je n’arrivais pas à montrer à nos compatriotes antillais quelles étaient ces réalités, parce qu’ils avaient le sentiment qu’à partir du moment où j’étais le ministre de l’Outre Mer, je pouvais tout ».

LES MINISTRES AFRICAINES DES AFFAIRES ETRANGERES ONT ADOPTE A L’UNANIMITE LA DECISION SUR L’ILE COMORIENNE
dimanche 1er février 2009 (16h37)

Le projet de décision soumis par les Comores sur la question de Mayotte a été adopté à l’Unanimité par les ministres africaines des affaires étrangères. Une note verbale préparée par les autorités françaises adressée à toutes les ambassades africaines pour plaider la position française sur l’appartenance de Mayotte à la France n’a obtenu aucune adhésion africaine. Malgré une campagne française, menée avec de gros moyens de pression, aucun pays africain n’a manifesté une quelconque opposition pour contrecarrer la décision. Au contraire, l’unanimité s’est dégagée sur la question de Mayotte démontrant ce que le journal Al-Watwan ne cesse de plaider,  »le processus de départementalisation de Mayotte n’est pas irréversible, il suffit d’y croire et d’engage le combat ».

DECISION SUR L’ILE COMORIENNE DE MAYOTTE

ex.cl/draft.38(xiV)

Le Conseil exécutif,

1. PREND NOTE du rapport du Gouvernement de l’Union des Comores sur la situation dans l’Ile comorienne de Mayotte ;

2. RAPPELLE toutes les résolutions antérieures de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) sur l’Ile comorienne de Mayotte. RAPPELLE EGALEMENT que le Peuple comorien, lors du referendum du 22 décembre 1974, a exprimé sa volonté d’accéder à l’indépendance dans l’unité politique et l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores ;

3. CONSIDERE que les référendums organisés les 8 février 1976 et 11 avril 1976 par l’ancienne puissance coloniale dans l’Ile comorienne de Mayotte constituent une violation grave de l’intégrité territoriale des Comores. CONSIDERE EGALEMENT que l’inscription de l’Ile comorienne de Mayotte dans la Constitution de la République française est contraire au droit international ;

4. CONDAMNE l’organisation, le 29 mars 2009, d’un référendum sur la départementalisation de l’Ile comorienne de Mayotte et EXIGE l’arrêt immédiat de ce processus ;

5. REAFFIRME l’appartenance de l’Ile comorienne de Mayotte à l’Union des Comores ;

6. DEMANDE l’instauration immédiate d’un dialogue entre l’Union des Comores et la France en vue de définir ensemble les modalités du retour de Mayotte dans l’Union des Comores ; et

7. DECIDE de réactiver le Comité ad hoc des sept sur l’Ile comorienne de Mayotte.

Source : Al-watwan 01 février 09 voir ici : www.wongo.skyrock.com/

APPEL À UNE GRANDE MOBILISATION UNITAIRE LE 21 FÉVRIER 2009 : RASSEMBLEMENT AU TROCADÉRO à 14H30

marche vers Champs de Mars (Place Joffre – Place de la Paix)

Puis jonction vers la Manifestation en soutien à la Guadeloupe (République – Nation)

DANS LE CADRE DE LA SEMAINE ANTICOLONIALE (EDITION 2009)

TOUS ENSEMBLE EN SOLIDARITE AVEC TOUS LES PEUPLES A DECOLONISER

RASSEMBLEMENT PLACE DES DROITS DE L’HOMME

(Métro : TROCADERO)

Le peuple français doit connaître les pratiques et le vrai visage du colonialisme français qui impose, par la force, la partition des Comores alors que l’Europe veut s’unir pour faire face aux enjeux du 21ème siècle.

Le gouvernement de Sarkozy, dans la logique coloniale érigée en loi, veut ancrer, encore plus, l’île comorienne de Mayotte dans la France, en organisant en mars 2009 «un référendum sur la départementalisation de Mayotte ». Pourtant Mayotte est comorienne, en vertu des résolutions des Nations Unies, notamment la résolution 3385 (XXX) du 12 novembre 1975, qui réaffirme «la nécessité de respecter l’unité et l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores, composées des îles d’Anjouan, de la Grande-Comore, de Mayotte et de Mohéli », comme le souligne la résolution 3291 (XXIX) du 13 décembre 1974 et d’autres résolutions de l’Assemblée générale.

Force est de constater que cette occupation illégale a conduit à son cortège de morts, de maltraitance et d’humiliations. En effet, depuis qu’en 1995, le gouvernement français a instauré un visa d’entrée à Mayotte pour entraver la libre circulation des Comoriens des autres îles. Les Comoriens qui veulent se rendre à Mayotte, à défaut de ce visa qui leur est impossible à obtenir, sont pourchassés et « noyés », ce qui s’est soldé par plus de 6000 morts dans le bras de mer séparant les îles d’Anjouan et de Mayotte (appelé le « plus grand cimetière marin »). Ceux qui ont survécu sont pourchassés et maltraités par la Police des frontières (PAF) : ils sont considérés comme des «clandestins» [chez eux] et représentent plus du tiers de la population vivant sur l’île de Mayotte !

Loi du plus fort contre le plus faible, au mépris du Droit International. Politique du chiffre et désastre humanitaire.

Depuis 33 ans, la France colonialiste développe dans l’île comorienne de Mayotte, une économie artificielle et une politique de l’assistanat ; la presse et les observateurs font état, jour après jour, du non respect flagrant du droit humain dans cette région (on a pu parler de «zone de non droit»).

Depuis 33 ans, La France colonialiste sème la terreur dans les 4 îles. Elle inflige à la partie indépendante des Comores, une déstabilisation chronique par une série de coups d’états organisés par des mercenaires français (conduits par le tristement célèbre Bob Denard).

En le cachant à son peuple, au nom de ses intérêts géopolitiques, ses intérêts supérieurs, elle continue de mettre en oeuvre une politique coloniale. Il s’agit d’un programme délibéré de partition, de « séparation » des Peuples d’un même pays, d’une même zone géographique, au nom de « sa place dans le monde ».

La France maintient sa présence, non seulement dans l’océan Indien, mais aussi dans l’Océan Pacifique contre les Peuples Kanak, Wallisiens, Futuniens, Polynésiens ; dans l’Océan Atlantique contre les peuples Antillais et Guyanais. C’est ce qu’elle appelle, avec fierté, sa «France des 3 océans » !

Tous nos peuples doivent s’unir pour arrêter le processus de «mayottisation» froidement mis en oeuvre depuis quelques décennies aux Comores; ce processus est destiné à être appliqué, par la suite, aux autres pays de l’empire colonial français.

Tous ensemble, disons NON au colonialisme, à l’occupation illégale de l’île comorienne de Mayotte, au référendum sur la départementalisation !

Nous appelons tous les anticolonialistes à venir manifester leur solidarité envers les peuples opprimés du 21ème siècle. Pour en finir avec ces pratiques colonialistes d’un autre âge !

soutien au peuple guadeloupéen en lutte

jeudi 19 février 2009

FRONT DEMOCRATIQUE DES COMORES

Département des relations extérieures

Message de soutien aux mouvements, organisations politiques et sociales du peuple guadeloupéen en lutte.

Chers camarades,

Voici pratiquement un mois, depuis que le peuple guadeloupéen s’est soulevé pour sa liberté. Depuis des nombreux jours, sous la direction juste et collective du LKP, les femmes et hommes de la Guadeloupe sont débout pour dire non aux politiques néolibérales, mais en même temps démontrer par le combat, que lutter contre les inégalités sociales, les injustices et l’exploitation, est un droit inaliénable, par conséquent un devoir pour tous les militants du progrès et de l’émancipation des hommes sur la surface de la terre.

Les militantes et militants du Front Démocratique des Comores, où qu’ils se trouvent, à l’intérieur des Comores comme à l’extérieur, partagent totalement votre combat. Le Front Démocratique des Comores, exprimant ici les aspirations révolutionnaires du peuple comorien, salue la mobilisation et la détermination du peuple frère de Guadeloupe mais aussi le sang froid de ses dirigeants en lutte.

Chers camarades,

Pendant que nous écrivons ces lignes, nous sommes attristés par le décès d’un camarade syndicaliste Jacques BINO, militant de la CGTG, du LKP et d’Akiyo, dont la mort mystérieuse entre dans la logique répressive de l’Etat français et de la collusion avec les intérêts occulte du Patronat. C’est encore l’Etat français qui a choisit, avec le patronat, le pourrissement de la situation, croyant ainsi pouvoir briser l’unité et la détermination de la Guadeloupe en lutte. Mais le contraire s’est produit : les masses et l’ensemble des travailleurs, instruits par l’histoire et notamment les événements de 1967, s’attendaient courageusement au pire et se sont préparés à faire face physiquement, politiquement et moralement.

Chers camarades,

En ces temps très durs pour les travailleurs et le peuple de la Guadeloupe, le Front Démocratique de Comores veut faire la démonstration que vous n’êtes pas seuls, que dans le monde entier et particulièrement aux Comores, votre combat est nôtre. En ce moment particulier où l’Etat français, voulant parfaire son œuvre colonial de partition de la Nation comorienne, organise un référendum pour la départementalisation de Mayotte, partie intégrante des Comores éternelles : le 29 mars 2009.

Comme d’habitude, l’Etat colonial, vend son projet de morcellement définitif des Comores, à travers une politique illusoire d’assistanat permanent et d’alignement hypothétique des prestations sur la Métropole, dans environs 25 ans.

Comme d’habitude, pendant que les peuples des Dom se soulèvent, à Mayotte, la classe politique des nantis et bourgeois profiteurs du système, verrouillent l’île pour qu’aucune voix discordante ne puisse être entendue. Les intimidations sont légion et le black out sur les événements en Guadeloupe est tel, qu’à Mayotte, la départementalisation est présentée comme un progrès social pendant que vous vous battez contre sa logique coloniale et discriminatoire.

Chers camarades,

Voilà pourquoi les pages de luttes que vous écrivez aujourd’hui sont pour l’humanité et en particulier à Mayotte source d’enseignement et de réconfort : rien n’est perdu tant qu’un peuple reste uni, combatif et fraternel.

Notre solidarité aujourd’hui va aux familles des camardes blessés et meurtri. Notre amitié va aux enfants véritables du peuple guadeloupéen pour leur dire ceci : votre lutte est juste, vous avez le soutien indéfectible du peuple comorien et plus particulièrement celui du Front Démocratique.

Vive la lutte du peuple de Guadeloupe !

Vive la solidarité internationale !

Moroni, ce mercredi 18 février 2009

DECISION SUR L’ILE COMORIENNE

lundi 2 février 2009

LES MINISTRES AFRICAINES DES AFFAIRES ETRANGERES ONT ADOPTE A L’UNANIMITE LA DECISION SUR L’ILE COMORIENNE

dimanche 1er février 2009 (16h37)

Le projet de décision soumis par les Comores sur la question de Mayotte a été adopté à l’Unanimité par les ministres africaines des affaires étrangères. Une note verbale préparée par les autorités françaises adressée à toutes les ambassades africaines pour plaider la position française sur l’appartenance de Mayotte à la France n’a obtenu aucune adhésion africaine. Malgré une campagne française, menée avec de gros moyens de pression, aucun pays africain n’a manifesté une quelconque opposition pour contrecarrer la décision. Au contraire, l’unanimité s’est dégagée sur la question de Mayotte démontrant ce que le journal Al-Watwan ne cesse de plaider, ’’le processus de départementalisation de Mayotte n’est pas irréversible, il suffit d’y croire et d’engage le combat’’.

DECISION SUR L’ILE COMORIENNE DE MAYOTTE ex.cl/draft.38(xiV)

Le Conseil exécutif,

1. PREND NOTE du rapport du Gouvernement de l’Union des Comores sur la situation dans l’Ile comorienne de Mayotte ;

2. RAPPELLE toutes les résolutions antérieures de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) sur l’Ile comorienne de Mayotte. RAPPELLE EGALEMENT que le Peuple comorien, lors du referendum du 22 décembre 1974, a exprimé sa volonté d’accéder à l’indépendance dans l’unité politique et l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores ;

3. CONSIDERE que les référendums organisés les 8 février 1976 et 11 avril 1976 par l’ancienne puissance coloniale dans l’Ile comorienne de Mayotte constituent une violation grave de l’intégrité territoriale des Comores. CONSIDERE EGALEMENT que l’inscription de l’Ile comorienne de Mayotte dans la Constitution de la République française est contraire au droit international ;

4. CONDAMNE l’organisation, le 29 mars 2009, d’un référendum sur la départementalisation de l’Ile comorienne de Mayotte et EXIGE l’arrêt immédiat de ce processus ;

5. REAFFIRME l’appartenance de l’Ile comorienne de Mayotte à l’Union des Comores ;

6. DEMANDE l’instauration immédiate d’un dialogue entre l’Union des Comores et la France en vue de définir ensemble les modalités du retour de Mayotte dans l’Union des Comores ; et

7. DECIDE de réactiver le Comité ad hoc des sept sur l’Ile comorienne de Mayotte.

Source : Al-watwan 01 février 09 voir ici : www.wongo.skyrock.com/

De : FRANCOISE

Dimanche 1er février 2009

http://bellaciao.org/fr/spip.php ?article79473

Le communautarisme d’Etat a encore frappé

 

Par La Zone d’Ecologie Populaire

mardi 15 juillet 2008

L’idéologie du ministère de l’identité nationale a fait des émules au Conseil d’Etat. Son arrêté du 27 juin a confirmé un décret de 2005 refusant la nationalité française à une Marocaine de 32 ans, sous prétexte que sa burqa était « incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française ».

Est-il besoin de rappeler que le salafisme, dont se réclame cette jeune femme, est un courant de l’islam que l’on peut avoir de très bonnes raisons de combattre, mais qu’y souscrire n’est pas un délit en soi ? Et que porter la burqa n’est pas un crime ? Cette décision, après les polémiques effarantes concernant le foulard d’élèves ou de parents d’élèves, dessine un climat de rejet et de stigmatisation de l’islam, des musulmans et de tout ce qui ressemble à autre chose qu’à soi-même.

Une vision oppressive de la laïcité

Cette décision s’est basée sur l’observation minutieuse des pratiques religieuses d’un individu. Or, dans un pays laïc, ce ne sont pas les individus qui sont « laïcs », ce sont les institutions. La vraie laïcité, c’est la neutralité de l’Etat, pas la neutralité des individus ! Le Conseil d’Etat n’a aucune légitimité pour s’immiscer dans la conscience et l’intimité des individus et porter sur eux des jugements sans appel. Ainsi a-t-on appris que « les services sociaux et la police » étaient allés jusqu’à s’enquérir du sexe du gynécologue de la dame !

Une vision coloniale de l’émancipation

Une fois de plus, au nom d’un certain féminisme, on plonge la tête sous l’eau de femmes qu’on s’échine pourtant à qualifier de victimes, et on exclut une femme sous le prétexte paradoxal qu’elle n’est pas assimilée. Faudra-t-il bientôt emprisonner les séropositifs coupables de s’être mal protégés, donner des amendes aux pauvres pour les inciter à la richesse ou punir les victimes d’agression pour leur apprendre à se défendre ? N’oublions pas qu’il y a encore 50 ans on asservissait des peuples pour leur apprendre la liberté et que le Parlement a encore voté en 2004 une loi sur les signes religieux pour émanciper les filles voilées en leur interdisant l’accès à la scolarité… A l’inverse de cette vision fétide, la ZEP défend une lutte contre toutes les discriminations qui ne peut se mener sans les discriminé-e-s, et encore moins contre elles et eux.

Une vision assimilatrice de la nation

Enfin, cette affaire révèle la dangerosité d’une conception nationaliste de la « nationalité » selon laquelle être, demeurer ou devenir français « se mérite ». Et nécessite un examen de passage, auquel les bons Français de naissance eux ne sont bien sûr jamais soumis (ironie de l’histoire, le mari qui est censé oppresser sa femme, lui, reste français). A l’heure où les responsables politiques de tout bord n’ont que le mot « diversité » à la bouche, cette vision ethno-culturelle de la « communauté française » prouve que la France a toujours un problème avec la différence !

L’explication du jugement, qui ne fait que reprendre les termes du code de la nationalité, vient d’ailleurs confirmer cette vision bien coloniale et bien française : la dame n’a pas prouvé son « assimilation » ! On est loin du « plébiscite de chaque jour » qui tient lieu de définition de la nation à la française… Mais très proche d’un « communautarisme national » ! La ZEP appelle donc à réformer le code de la nationalité et le code civil pour dissocier l’acquisition de la nationalité de toute idée de mérite. Pour que la France, à la veille du 14 juillet, ne se résume pas au rassemblement des « imbéciles heureux qui sont nés quelque part » (Brassens)…

La Zone d’Ecologie Populaire

Qu’est ce que la Zone d’Ecologie Populaire ?

La ZEP est un réseau politique réunissant des militants Verts et non-Verts qui se définissent comme :

• partisans d’une écologie de transformation : L’économie productiviste à outrance détruit la biodiversité, la santé, s’attaque aux peuples autochtones, pille les richesses du Sud, et recolonise son économie. Si les injustices environnementales et sociales, la crise climatique, énergétique, les OGM, le nucléaire, les pesticides, l’amiante… nous concernent tous, elles s’attaquent partout en priorité aux pauvres.

• partisans d’une écologie anti-discrimination qui lutte contre l’apartheid social. Nous refusons la stigmatisation des jeunes issus de l’immigration, la ségrégation des quartiers populaires, le contrôle policier à caractère colonial, la politique de l’immigration (ADN, expulsions des sans papiers, lois racistes…).

• partisans d’une écologie de libération qui lutte contre la guerre de civilisation et l’apartheid planétaire. De l’Irak à l’Afghanistan, de Palestine à la Tchétchénie, de l’Iran au Congo, nous refusons la guerre comme moyen d’imposition du modèle occidental. La Zone d’Ecologie Populaire

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