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Plaidoyer pour une politique de mobilisation des compétences au sein des collectifs ou fédérations d’associations subsahariennes de France et d’Europe

Plaidoyer pour une politique de mobilisation des  compétences au sein des collectifs d’associations subsahariennes de France et d’Europe

  Ma démarche de Recherche-Action pilote  dans la Région Rhône-Alpes

Issopha –  Paris, 22 Janvier 2016.

  1. 1.   Quelques préconisations  en faveur d’une politique de mobilisation des  compétences au sein des collectifs d’associations subsahariennes de France et d’Europe.

 

Isso cvMobiliser et valoriser les compétences des migrants et des diasporas pour le développement nécessite donc tout d’abord de :

  • Ÿ  Tracer un profil détaillé des compétences spécifiques des migrants subsahariens et plus globalement des  Nord-africains (acteurs socio-économiques, formateurs, ingénieurs, techniciens, médecins, agents de développement local, social, rural et urbain…)répertoriés par commune et exerçant leur métier ou résidant dans le département du Rhône ; étendre ensuite l’investigation à la région Rhône-Alpes dans son ensemble.

Les acteurs associatifs subsahariens du Rhône  et au-delà peuvent s’inspirer, du  point de  vue méthodologique, d’expériences significatives accumulées en la matière depuis quelques années en différents endroits du monde en identifiant dans le même temps les nombreux acteurs, institutionnels ou non gouvernementaux, actifs dans ces domaines dont l’AFD et l’OCDE qui viennent de réaliser un travail similaire(207). Le programme du TOTKEN Sénégal déjà évoqué, initiative co-parrainée par le PNUD et le ministère sénégalais des affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, offre à cet égard sur son site internet un exemple des plus instructifs(208). L’expérience identifiée la plus récente au cours de notre enquête est  un travail d’inventaire des experts réalisée par deux étudiants de Sciences Po Lyon pour le compte et sous la férule du réseau RESACOOP. La mission de ces étudiants consistait en l’identification dans le département des personnes hautement qualifiées de toutes origines et horizons professionnels(agronomes, vétérinaires, médecins, enseignants, universitaires, formateurs, ingénieurs, techniciens, etc.) ayant une certaine connaissance du terrain africain et susceptibles d’apporter leur contribution à l’accompagnement des projets de coopération décentralisée portés par les migrants au bénéfice des pays d’origine.

Le projet VITAR 2, une recherche-action conduite entre 2004 et 2007 à Bruxelles sous la houlette de l’organisme IRFAM(209) et financée par le fonds Social Européen, met par exemple  en  exergue  deux  types  de  compétences définies comme des habiletés non académiques essentielles à l’insertion socio-professionnelle des migrants en Belgique. En d’autres termes, des capacités « comme la participation sociale, l’insertion dans des réseaux,  la négociation, l’adaptation à des contextes nouveaux, etc. [Elles] revêtent une importance stratégique particulière dès lors que l’on envisage le cas des sociétés multiculturelles où la discrimination sur le marché de l’emploi n’est pas chose rare »(210).

Ces compétences clés, ce sont :

-         Les compétences citoyennes qui sont des capacités psychosociales transversales des individus ouverts sur le monde et la société.

-         Les compétences interculturelles, capacités citoyennes particulières qui « permettent aux personnes, aux groupes et aux  institutions de faire face à des situations complexes dues à la diversité des référents culturels dans des contextes inégalitaires ».

 

Une initiative d’envergure qui réaffirme la nécessité de la mise en place d’un département étude recherche action au sein de la fédération des collectifs des migrants qui mobiliserait le personnel, les sources d’informations, les outils, corpus théoriques et conceptuels et toutes autres ressources utiles la conduite de cette investigation. Et pour aller plus loin, la création des cabinets d’expertise spécialisés dans l’accompagnement au montage, au suivi et à l’évaluation des projets de développement et d’insertion/intégration, adossés à la fédération est fortement souhaité.

 

  • Ÿ  Dresser un inventaire des domaines d’actions ou des canaux de  mise  à  contribution  pour lesquels les compétences sont disponibles et mobilisables ; puis procéder par tout support accessible à la mise en circulation d’informations sur ces compétences (celles des membres et plus largement celles des non membres du réseau) auprès de l’ensemble de la communauté associative rhônalpine,  des professionnels et acteurs institutionnels intervenant directement ou subventionnant les actions dans le champ de l’intégration.

 

Pour rappel, les domaines qui nous paraissent « prenables » par les associations des migrants du fait des compétences individuelles et collectives identifiées au cours de notre enquête sont :  la  Formation  technique, civique, sociolinguistique ; la Structuration et gestion des associations ; l’Accompagnement à la création et suivi post-création d’entreprise ; le Soutien scolaire des descendants d’immigrés et immigrés mineurs récemment installés ; l’ Accompagnement des publics migrants à la recherche d’emploi, de logement, aux dispositifs spécifiques du droit commun ; le Soutien à la parentalité et l’ouverture de l’école aux parents ; la Médiation sociale et interculturelle.

 

  • Ÿ Dresser une cartographie(211) des associations clés, des acteurs publics et des opérateurs économiques locaux afin d’en solliciter les compétences le cas échéant, exploiter le potentiel productif, les normes, connaissances et savoir-faire, dans le cadre de partenariats stratégiques :
  • Fédération AEFTI du Rhône pour la Formation des travailleurs immigrés
  • Centre de ressources Ville Intégration École
  • ASSFAM Délégation du Rhône pour la formation et l’accompagnement des publics migrants
  • FIJI Villeurbanne pour la formation des femmes, la promotion et la défense de leurs droits
  • ALLIES pour la gestion du Plan Local d’Insertion et de l’Emploi dans l’Est et le Sud Rhône
  • URACA pour la prévention et l’accès aux soins de santé par la prise en compte de l’interculturel
  • CREFE – Centre Ressources enfance Famille École
  • DDCS – la Direction Départementale de la Cohésion sociale
  • DRJSCS – la Direction régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion sociale du Rhône, etc.

 

  • Ÿ  Renforcer la coordination entre les différents acteurs associatifs subsahariens de la région à travers la mise en place d’une plateforme de rencontre régionale et nationale (sur le modèle de l’Assemblée des Sénégalais de l’Extérieur) et la multiplication des occasions d’échanges d’expériences relatives à la mobilisation et la gestion des compétences.

 

  • Ÿ  Valoriser les compétences des migrants suppose également de consulter plus souvent, dans le cadre des réponses aux appels d’offres publics, les professionnels africains individuels et collectifs identifiés pour des actions d’appui aux projets d’insertion, d’intégration ou de développement solidaire portés par les associations de migrants ;

 

C’est le choix qu’a fait le cabinet AfriExperts à Montréal en associant prioritairement les experts d’origine africaine aux missions qu’il porte auprès de ses clients au Canada. Il serait souhaitable également de sensibiliser les associations de solidarité françaises membres du CADR et du RESACOOP par exemple à ce type de démarche qui pourrait contribuer à la fois à régler le problème de la déqualification professionnelle. Les jeunes diplômés subsahariens qui peinent à trouver leur place sur le marché du travail français pourraient y trouver, selon leurs spécialisations, prétexte à construire ou renforcer un projet professionnel, en optant soit pour le retour au pays dans le cadre des missions desdites associations soit pour la migration circulaire entre ici et là-bas. Dans l’optique de nourrir la réflexion et aller dans le sens de préconisations pertinentes, il serait souhaitable de consulter   des laboratoires de  recherche  (l’Institut de  Recherche,  Formation  et Action sur les Migrations-IRFAM Bruxelles par exemple) ou centre de ressources tel le REMISIS (212) ou encore le RESACOOP travaillant sur la problématique de la mobilisation des compétences en lien avec les migrants.

 

  • Ÿ  Identifier les étudiants immigrés ou descendants d’immigrés (tous cycles et cursus confondus), structurés en réseaux ou non, puis les sensibiliser aux avantages de l’engagement associatif et les associer aux opérations d’enquête de terrain, de production de l’information et des connaissances, de collecte de la documentation pertinente sur des problématiques sociales relatives aux migrants de France, l’animation du portail internet et rédaction de contenus éditoriaux sous la coordination de l’exécutif du réseau, l’accompagnement individuel ou collectif à l’insertion sociolinguistique et culturelle : soutien scolaire des mineurs et des parents ayant des difficultés de langue (compréhension, écriture et lecture), techniques de recherche d’emploi, aide à la rédaction administrative, etc.

 

  • Ÿ  Mettre en place un système coordonné et cohérent de reconnaissance  des  titres  et compétences acquises sans diplôme reconnu, hors du circuit formel donc, étant entendu que l’essentiel des migrants n’ayant pas de qualifications importantes ont pu au cours de leur vie professionnelle antérieure dans les secteurs informel ou formel mobiliser un ensemble de savoirs, savoir-faire et savoir-être qui mériteraient d’être valorisés et mis à contribution dans le cadre des actions d’intégration ici.

 

  • Ÿ  Développer au travers des réseaux des migrants identifiés une ingénierie de la formation professionnelle continue en vue du retour à l’emploi, la gestion administrative et managériale d’une association, le montage d’un projet d’insertion ou de développement, etc. Il s’agit clairement de faire d’une association, d’un collectif ou un réseau associatif  un lieu d’acquisition, de maintien, de renforcement et de développement des compétences, des capacités individuelles et collectives , du capital social et culturel, bref un cadre de développement et de valorisation de l’employabilité des immigrés compte tenu des risques importants que beaucoup courent en termes de désintégration du marché du travail, déqualification ou chômage de plus ou moins  longue durée.

 

  • Ÿ  Investir amplement dans les nouvelles technologies et notamment les réseaux sociaux virtuels populaires et professionnels (Facebook, Linkedin, Viadeo, Twitter, etc.), les outils collaboratifs et de communication instantanée à accès libre (gmail de google, skype, google talk, msn) en les alimentant avec de l’information pertinente (sociale, politique, administrative et culturelle des régions d’origine et d’accueil) de manière à toucher un public migrant large (y compris ceux sans qualifications spécifiques) tout en s’exemptant des coûts de communication importants.

 

Le recours à ces outils(213) pourrait permettre de recruter des bénévoles, repérer les compétences plus directement sur Linkedin et Viadeo par exemple, connecter les réseaux via leurs membres présents à titre individuel sur l’une ou l’autre plateforme, susciter et maintenir le lien entre membres, échanger des informations pertinentes via des réunions virtuelles par exemple, identifier les besoins propres à un réseau de migrants dans une zone géographique donnée dans la région afin d’y déployer des actions spécifiques, mobiliser les personnes  compétentes  afin  d’ effectuer des transferts de compétences et des connaissances à l’aide de ces outils, l’animation des formations à distance entre autres. Les migrants sont de plus en plus jeunes, plus familiers des nouvelles technologies, désireux de s’identifier à une communauté dynamique, plus impliquée et engagée sur les questions politiques et sociales des pays d’origine et du pays d’accueil et donc plus connectés. En témoignant  la présence massive des associations et autres campagnes de plaidoyer sur les réseaux sociaux et notamment Facebook qui sert à la fois de vitrine pour se faire connaître mais aussi une plateforme d’échanges où l’information est diffusée, discutée et répercutée instantanément.

 

  • Ÿ  la recherche de l’information pertinente est la pierre angulaire du processus d’intégration. L’accès aux informations pertinentes (procédurales ou d’intégration sociale, citoyenne et économique) constitue le cœur même de la démarche d’intégration professionnelle dans les pays hôte et le rôle des réseaux sociaux dans leur diffusion est à cet égard central.

 

Cela étant, nous pensons que le site internet de référence des actualités africaines du Grand Lyon  www.echosdafrique.net pourrait élargir ou enrichir ses rubriques d’informations et gagner en audience en multipliant des  informations pratiques et synthétiques  sur les sujets sociétaux qui impactent directement la vie des migrants (logement , emploi, cadre de vie, santé, droits sociaux divers, citoyenneté), les dispositifs et les acteurs des politiques locales d’accompagnement à l’insertion sociale , économique et professionnelle, les adresses utiles(publiques et privées), les procédures à suivre pour les démarches collectives des  migrants  en  ce  qui concerne les demandes de financement des projets d’insertion , bref en jouant le rôle d’interface entre acteurs externes (institutions, associations, entreprises, régies de quartier, réseaux professionnels…) et les réseaux des migrants par la mise en ligne de ressources informatives pertinentes.

 

Notons qu’au-delà de ces quelques préconisations,  il y en a beaucoup d’autres qui ont  été  formulées individuellement par les enquêtés au cours de nos investigations. Ce sont autant les responsables associatifs que les simples adhérents, acteurs institutionnels et partenaires privés qui ont leur avis sur les raisons des faiblesses organisationnelles et opérationnelles des associations des migrants et les solutions possibles à promouvoir pour pallier ce déficit. Les solutions émises touchent autant aux réformes impératives des structures qu’à l’émergence d’un nouveau type d’hommes, une génération nouvelle de subsahariens actifs, entre autres préconisations.

CORPUS DE PRÉCONISATIONS PAR LES ACTEURS ASSOCIATIFS SUBSAHARIENS

DU GRAND LYON AU TRAVERS DE LEURS PROPRES DISCOURS

 

Le présent chapitre consiste à énumérer les solutions et modèles relationnels féconds   esquissés par les acteurs associatifs subsahariens au travers de leurs discours, au cours de notre enquête,  dans l’optique de :

  • Ÿ  surmonter  les  tensions  politico-ethniques  et  luttes  internes  de  pouvoir  qui  fragilisent  d’ordinaire  les associations ;
  • Ÿ  renforcer les synergies entre groupes associatifs de toutes origines ;
  • Ÿ  accentuer les échanges de bonnes pratiques et les expériences porteuses des uns et des autres en matière d’insertion ici et de développement là-bas ;
  • Ÿ  assurer une plus grande visibilité du migrant subsaharien comme acteur économique et social avec lequel les pouvoirs publics, le monde économique et les partenaires de la société civile peuvent compter.
La question ainsi posée des solutions à promouvoir  appelle celle des compétences à mobiliser et à déployer dans le même temps.

1. Entamer une révolution copernicienne au niveau des mentalités et des comportements

 

  • Ÿ  La création d’un nouveau type d’hommes. Il faut y comprendre la nécessité pour l’Africain d’unifier sa personne autour de sa double appartenance culturelle (bi-culturalité). Pour l’ONG Passerelle Ngam qui porte cette revendication, il y a urgence à « construire une passerelle entre les deux mondes qui habitent en nous » pour réguler la tension et la désarticulation permanentes entre le soi africain et le soi européen et qui se soldent par un affaissement du lien communautaire au mieux, une perte de repères identitaires au pire.

 

  • Ÿ  l’adjonction entre la parole donnée qui relève de  l’oralité africaine et le contrat écrit  européen qui consacre une fois de plus la culture inédite de l’ « Afropéen ». C’est la conviction de l’association A2P Nord-Sud-Sud :

 

« Quand on est bi-culturel ou multiculturel et qu’on le vit comme une richesse et comme une ouverture, comme un renforcement, à ce moment-là on essaie de capter, de se passer le meilleur de toutes les cultures, en disant que ça permet de mieux être soi-même et de mieux être ensemble »,

 

  • Ÿ  La lutte contre les préjugés et la promotion de la transculturalité y compris et surtout au sein de la communauté africaine elle-même ;

 

  • Ÿ  Introduire une bonne dose d’interculturalité dans le management des organisations  associatives  en misant sur plus d’ouverture au monde associatif extérieur, celui des migrants d’autres origines et des non migrants, autre facteur de mobilisation des compétences utiles ;

 

  • Ÿ  S’emparer de la question de l’ingénierie sociale : « Cela veut dire mettre les choses en ordre de manière à ce que la vie puisse être gérée en commun. C’est ça le sens profond de l’ingénierie sociale. Les gens sont éparpillés ou nés en différents endroits. Mettons les structures pour que chacune réponde aux différents besoins que nous avons, même si nous ne sommes pas issus d’une même famille, dès lors que nous nous retrouvons dans un consortium qui s’appelle Nation. Il faut que chacun trouve sa place.», nous a par exemple confié une des promotrices de cette démarche.

 

  • Ÿ  Revisiter les concepts d’insertion, d’intégration,  de diversité ou de co-développement car en effet, dans le domaine que représentent les discours aussi bien que les pratiques, il y a à déconstruire aussi le langage souvent préfabriqué et qui ne va pas sans quelque arrière-pensée idéologique.
2.  Engager une transformation structurelle en profondeur

 

  • Ÿ  Favoriser l’émergence ou accentuer la consolidation des regroupements unitaires associatifs africains dans un cadre intégré, ouvert, sur le modèle du fédéralisme, chaque élément de l’ensemble disposant d’une certaine autonomie et ayant développé une expertise particulière à faire valoir dans le cadre des prestations délivrées pour le compte d’une collectivité territoriale suite à un appel d’offres ou un appel à projets ; ce cadre opérationnel est l’étape fondatrice qui conditionne les autres axes d’actions.

 

  • Ÿ  Changer de mode d’organisation interne en privilégiant des rapports de pouvoir horizontaux avec , en lieu et place d’une fonction de président aux pouvoirs parfois trop extensibles, un poste de secrétaire général, pour désengorger l’exécutif et désamorcer par avance des sources de conflit inhérents à la hiérarchisation des pouvoirs au sein des associations des migrants et au-delà d’ailleurs.

 

  • Ÿ  Favoriser l’ouverture : « C’est important de de nous ouvrir à d’autres expériences, dans d’autres pays, européens, américainsje sais qu’ il y a des choses assez significatives qui se livrent au Canada, etc. pour que nous puissions progresser sur ce double plan du renforcement des compétences individuelles et la construction des projets communs et des cadres qui nous permettent de mettre en place ces projets là… »,

 

  • Ÿ  Valoriser le bénévolat à travers les dispositifs génériques de valorisation des acquis de l’expérience associative (VAEA) aux fins de rentabiliser ces acquis professionnels ;

 

  • Ÿ  Lever le « tabou » de la salarisation dans les associations des migrants en misant sur la professionnalisation des prestations et leur rémunération ;

 

  • Ÿ  Améliorer le mode de management en intégrant les notions de motivation des bénévoles et la valorisation de leurs apports par un système de reconnaissance à définir ;

 

  • Ÿ  S’impliquer plus en amont dans la mise en œuvre des politiques publiques au sens de la gestion et la résolution d’une problématique sociale spécifique (emploi, scolarisation, logement, égalité des chances…) et  s’émanciper dans le même des querelles politiciennes et positionnements partisans ;

 

  • Ÿ  Promouvoir et généraliser la culture de l’évaluation et l’art de la critique constructive : Le vœu est fort justement exprimé à travers les propos de ce responsable associatif : « Il y a des circonstances qui ont fait que nous avons décidé de mettre en place Africa 50…mais le processus n’est jamais terminé. Le cadre est à construire en permanence ; Il faut évaluer son efficacité et puis il faut nous évaluer nous-même par rapport à l’implication, l’engagement, les compétences qu’il nous faut pour répondre aux défis que nous nous sommes fixés, au niveau de cette communauté d’intérêts qu’est Africa 50 ou le Cosim ».

 

3.  La valorisation et  la mobilisation des compétences au service des associations des migrants
  • Ÿ  Développer plus de partenariats stratégiques en établissant une cartographie précise des interlocuteurs privés et institutionnels pour des alliances fécondes et en identifiant des champs  d’expertise  pour lesquels les réseaux des migrants disposent de compétences particulières ou projettent d’en développer ; et en multipliant des occasions de mise en relation avec les acteurs publics et privés  les plus en vue sur le champ local de l’insertion(emploi, logement, linguistique, entraide et solidarité, formation) d’une part et de l’intégration de l’autre pour s’instruire mutuellement des  problématiques, dispositifs et pratiques ;
  • Ÿ  Promouvoir l’entrepreneuriat auprès des acteurs sociaux immigrés et particulièrement la création des entreprises d’insertion par l’économique et des structures d’insertion par la formation, la langue, le logement ou la culture ;
4.  Quel rôle pour les acteurs étatiques ?

Comme nous l’avons vu tout au long de cette réflexion, les groupes diasporiques  produisent  des  ressources sociétales non négligeables (avec entre autres l’impératif  de l’interculturalité et l’importance des compétences dites ethniques que nous n’avons pas suffisamment développées ici)  qui doivent être prise en compte dans la politique d’intégration des migrants dans leurs bassins de vie respectifs. Cela peut se faire par des partenariats de projet et par le dialogue constant avec les instances représentant les associations d’immigrés. Concluons cette partie par cette analyse fort pertinente dont les références ont été précédemment citées :

« Dans le but d’éviter une clôture communautaire, la politique d’inclusion sociale, économique et politique doit tenter de garder ces communautés ouvertes, tant par des offres de participation tant par des reconnaissances concrètes et symboliques de leur contribution à la construction de la société (…) Ces politiques, qui peuvent se caractériser par un respect de l’identité du migrants d’un côté et par la demande d’adaptation fonctionnelle de l’autre (respecter les lois, apprendre la langue pour améliorer les chances d’employabilité), se déploient par un État qui doit, pour être efficace dans sa gestion de la migration, construire les mesures sur les savoirs existant dans les terrain d’intervention. Il en ressort un État à l’action incitatrice, subsidiant des projets proposés par des acteurs proches du monde de la migration et donc à la recherche de partenaires notamment associatifs(…)Sans pouvoir demander dans une société pluraliste l’acculturation des migrants dans l’idée de remplacement identitaire, mais l’inclusion fonctionnellement compatible (acceptation du droit et apprentissage de la langue), les États d’accueil des nouvelles migrations sont dépendantes des ponts entre les migrants et les autorités que les associations représentent. Elles ont la crédibilité et la légitimation d’agir pour le bien du migrant dans un contexte ambivalent et deviennent – tel que les associations des homosexuels l’étaient dans la lutte contre le VIH/sida au début des années 1980 – des acteurs-clé dans la politique d’inclusion. Ce changement d’une orientation politique de méfiance à la nécessité de coopérer – des deux côtés – est probablement le plus grand défi dans la construction d’une société pluraliste à bas niveau de conflictualité destructive.» (214)

 

Issopha

Paris, 22 Janvier 2016

© Issopha 2016 – Tous droits réservés

 

Notes de bas de pages

207Voir  le  Rapport  2012  conjoint  AFD  et  OCDE  intitulé :  « Mobiliser  les  compétences  des  migrants  et  de  la  diaspora  en  faveur  du développement : quelques pistes stratégiques », discuté lors d’une conférence le 5 octobre 2012 à Paris avec la participation du FORIM sous le thème : « Connaître et mobiliser les compétences des migrants en faveur du développement ».

208http://www.tokten.sn/  On peut lire la mention suivante : « Même si son objectif générique n’est pas de promouvoir le retour et l’insertion des Experts de la Diaspora, il convient de noter qu’au cours de sa phase pilote, le TOKTEN a eu comme résultat dérivé le recrutement définitif de 10 experts ».

209 L’Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations (IRFAM) est « un organisme ressource et d’éducation permanente créé en 1996 par des intervenants et des chercheurs, au service des professionnels de l’action sociale, de l’éducation, du développement culturel et économique. L’institut vise, par une approche multidisciplinaire, à construire des liens entre la recherche et les interventions dans le domaine de l’intégration et du développement, ainsi que la lutte contre les discriminations ». Portail internet de l’Irfam.

210 Altay Manço, « Valorisation des compétences et co-développement : un projet du FSE pour migrants africains qualifiés », L’observatoire, Liège, n°57, p. 15-16.

211Une cartographie des compétences  à construire  sur le modèle du répertoire d’acteurs privés et institutionnels  réalisé par le réseau associatif  AIMS-Entreprendre  pour  la  Cité  intitulé  :  « Handicap :  vos  partenaires  pour  optimiser  votre  politique  en  faveur  de  personnes handicapées » dans le cadre du programme Equal et soutenu financièrement par le Fonds social Européen.

212 Le REMISIS est un réseau documentaire spécialisé sur les migrations internationales, les relations interethniques, l’intégration et la lutte contre les discriminations et le racisme et qui produit une base de données bibliographiques riche de plus de 26 000 notices. Son site internet http://www.remisis.org/ propose de faire connaître les documents sur les migrations et de les localiser. Il présente également « les centres de ressources membres et partenaires du réseau et travaillant sur le thème des migrations et de l’intégration. Il donne également accès à un ensemble d’informations sur le thème des migrations : – un agenda rassemblant des informations sur les colloques, journées et conférences ainsi que sur les nouvelle parutions(…) ».

213 À titre illustratif de l’importance du recours au web 2.0 par les organisations diasporiques dans le monde, Le Rapport conjoint OCDE-AFD sur la mobilisation des compétences des migrants cité plus haut  évoque ainsi  le projet e-Diaspora« qui a recensé plus de 8 000 sites web se référant à une trentaine de diasporas dans le monde, montre clairement la richesse et la vitalité de ce nouvel univers aujourd’hui pleinement investi par les migrants (www.e-diasporas.fr) ».

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