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La Francafrique et les Réseaux occultes pour les Elections présidentielles

Posté par issopha le 29 février 2008

La Francafrique et les Réseaux occultes pour les Elections présidentielles
06-02-2008
La Francafrique et les Réseaux occultes pour les Elections présidentielles dans FRANCE A FRIC EN AFRIQUE spacer
 

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Acte Politique de la Francafrique et les Réseaux occultes pour les Elections présidentielles et la Gestion Macroéconomique en Afrique.

De la manipulation de la vie des africains et à l’euthanasie sociale et politique. Un des traits les plus étonnant des penseurs de notre époque est qu’ils ne se sentent pas du tous liés ou du moins ne satisfait que médiocrement aux règles jusque-là en vigueur de la logique, notamment au devoir de dire toujours précisément avec clarté de quoi l’on parle, en quel sens on prend tel ou tel mot, puis d’indiquer pour quelles raisons on affirme telle ou telle chose etc.

En ce qui concerne chacun de nous, il n’y a pas de doute que, sur l’euthanasie, nous ayons tous une opinion, voire des certitudes qui sont fortes et à priori, toutes aussi respectables les unes que les autres.
Le sens du travail que je voudrais entreprendre avec vous ici, c’est un exercice pour tenter de sortir de l’ordre de l’opinion pour une contribution non dogmatique au problème.

Pourquoi ?
L’opinion depuis les anciens philosophes comme « Platon, Aristote » n’est pas porteuse de vérité. En plus une opinion en vaut une autre. Ce qui fait qu’à une opinion on a toujours opposé une autre notamment ce qui se passe aujourd’hui au Togo et partout en Afrique. Les dirigeants néofrancafrique avec la complicité d’autres pays de la région qui reçoivent les ordres de la Francafrique et ses réseaux peuvent donner leur contribution à rassembler dans les grandes villes africaines où leur candidat se déplace pour faire l’appoint du peuple manquant, l’envoi des populations en déplacement régulier, venant de Ghana, du Bénin, de la Côte d’Ivoire, de Niger, du Mali, du Togo, du Gabon, du Congo, du Tchad, de la Centrafrique, de l’Angola, etc etc pour sauver l’un des fils, un initié de leur milieu en perte de vitesse dans son district ou son pré carré.

Un noir c’est un noir qu’il soit de la sous région ou du Togo, c’est après tout un noir. On avait assisté à cette doctrine sous le général DE GAULLE au niveau des Nations unies pour le vote à l’assemblée onusienne. La France avec une seule voix se retrouve avec 16 voix en plus qui sont des votes systématiques des pays francophones de l’Afrique. Cela a permis à la France de parler d’égale à égale avec les Etats-Unis, la Chine, l’URSS et la Grande Bretagne.

Pour aller plus loin dans mon raisonnement, je voudrais proposer une pensée discursive, c’est à dire une pensée qui établit, qui démontre, qui prouve ce qu’elle en ce faisant nous installe dans l’ordre de l’objectivité.
Et à mon sens c’est le minimum que l’on peut attendre d’une délibération sur la pensée, les débats, sur comment éviter le naufrage de nos populations à travers la famine, la malnutrition, Les maladies, le défaut d’éducation, le manque de soins, le manque de la bonne gestion macroéconomique de nos états, et la non-réunification des états africains dans le processus mondial de regroupement.

Ce minimum de conclusion doit être autre chose qu’une profession de foi, aussi respectable soit-elle. Le travail doit être l’élément moteur de cette dynamique. Par conséquent un véritable travail de réflexion critique et exigent devrait convenir à une contribution exogène du traitement du mal africain.

POSITIONNEMENT :

Nous devons déterminer notre position en évitant de servir les intérêts des réseaux de la francafrique avant notre population. Tous les pays occidentaux, notamment la France cherche d’abord et en premier lieu le bien être de la population française. Il n’y a qu’en Afrique où nos dirigeants servent le reste de la nourriture à leur population quand les visiteurs sont rassasies à satiété et après avoir passé plusieurs fois aux « vomitoriums » comme autant des romains. Nos actions et nos productions doivent être en priorité au service de nos peuples.

Nos pensées doivent servir d’abord le bien-être de nos populations en matière de recherches scientifiques, de développement, d’intégration régionale, de culture pour la valorisation de nos patrimoines, du tourisme etc etc etc.

INTERROGEONS-NOUS SUR LA FRANCAFRIQUE.

D’aucuns prétendent que la francafrique est un acte d’euthanasie politique africaine, une solution sociale, mais pour d’autres ce serait une solution finale comme celle de Hitler.

En effet par une sorte de réminiscence historique de la néocolonisation, la formulation « solution sociale » fait écho à la « solution finale » raciale de Hitler à l’endroit des juifs, comme la francafrique à l’endroit des populations africaines.

De l’esclavage, à la colonisation, et de la néocolonisation à la francafrique, un problème récurrent d’accompagnement à la mort les populations africaines.
Tout a été essayé, la vente de l’être humain comme gibier sur les marchés, l’acculturation, l’humiliation, le mépris, et maintenant l’asservissement de nos populations par quelques-uns des nôtres appelés sur le vocable de « dictateurs » dont l’occident seul possède la clé de leur nomination à la tête de nos pays.

Ils ont une feuille de route :
*La satisfaction maximale de leurs intérêts.
*Maintenir les populations africaines dans le sous développement
*Refus de construction d’infrastructures(Hôpitaux, routes, écoles, usines)
*Refus de créer des centres de loisirs et de sports pour la jeunesse et la population
*Refus de créer des centre de formation, de stage pour valoriser les compétences
*Refus de transfert de technologies nouvelles
*Refus de politique d’agriculture conforme aux alimentations de base de nos populations
*Créer une politique de divisions sur le régionalisme afin de favoriser les guerres tribales.
*Arrestations arbitraires et assassinat des cerveaux africains nationalistes.

Les dictateurs qui ont accepté cette feuille de route oublient eux-mêmes qu’ils sont africains et meurent tous de maladies que les hôpitaux de leur pays ne peuvent pas guérir, parce qu’ils n’ont pas pensé former et construire des hôpitaux.

Heureusement pour les Africains, ils ont échoué tous à travers leurs plans vils et répréhensibles, mais continuent à voler les matières premières en Afrique et semer partout la division.

La conceptualisation des actes de la francafrique.

Réfléchir sur la francafrique avec ses réseaux, discourir sur la notion, tenter de la conceptualiser, en faire un objet de pensée et se rendre compte à bon escient que s’agissant de la mort des populations africaines ou du sous développement chronique des pays africains, quoi qu’on pense, on se trouve nécessairement devant un problème de société, de plans macroéconomiques de la France. Nos dirigeants choisis par nos populations doivent désormais penser à la souffrance de leur peuples.

La solution sociale et la solution finale.

On découvre depuis la guerre de BIAFRA. La solution finale proposée par la francafrique pour se donner une bonne conscience, après tant de morts dans une guerre initiée par la France pour le pétrole, en choisissant un officiant biafrais pour commettre ce génocide contre son propre peuple ou au RWANDA.
On voit à la télévision des médecins du monde, des pharmaciens du monde, des lancements de vivres par des hélicoptères à ces populations pour soulager leur souffrance momentanée, alors qu’ils savent qu’ils mourront tous dans le temps par des maladies atroces développées par la guerre et par manque de sanitaires et d’hôpitaux.

CONCLUSION :

L’acte de la francafrique comme solution finale, cela est incompatible avec le développement des nos états et les idéaux de ceux qui partagent l’humanisme comme un élément fondamental du développement humain dans le concert des nations. Est-il nécessaire de se poser la question sur cet acte d’euthanasie de la francafrique pour freiner le développement de l’Afrique ?
L’Afrique et notamment les pays francophones, doivent sortir de ce piège en permanence, pour trouver une solution aux maux tels que « la misère, la souffrance, la faim, la guerre, l’exploitation, le sida, le manque d’eau, l’absence du minimum vital, les routes, les écoles, la tolérance, » pour bâtir une société vivante et viable après tant de siècles de cruauté occidentale.

Par Jacob ATA-AYI

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Immigration en France

Posté par issopha le 28 février 2008

Immigration en France 

   

   

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre. 

  

 

Un immigré est en France, d’après la définition du Haut Conseil à l’intégration, une personne née étrangère à l’étranger et entrée en France en cette qualité en vue de s’établir sur le territoire français de façon durable. 

Par sa situation géographique qui en fait un lieu de croisement des commerces et des populations, puis par son histoire d’ancienne puissance coloniale, la France est un pays de migration de longue date. 

Cependant, depuis les années 1990,
la France présente un solde migratoire deux fois et demi inférieur à la moyenne des autres pays européens[1]

Selon Michèle Tribalat, démographe à l’Institut national d’études démographiques (INED), près de 14 millions de Français avaient en 1999 un parent ou un grand-parent immigré, soit 23 % de la population[2]

Sommaire 

// 

Définitions  

En France, jusqu’aux années 1870, les termes d’immigration et d’immigré n’existaient quasiment pas, les vocables juridique et sociologique utilisant le terme d’ « étranger », terme connaissant néanmoins pendant longtemps un véritable flou juridique. Avant de connaître une définition juridique, le concept d’immigration sera développé par les démographes et les statisticiens, sous
la IIIème République. 

En France, la première définition juridique [3] de l’immigré est donnée par une convention internationale :
la Convention internationale de Rome, en 1924 : « Est considéré comme immigrant tout étranger qui arrive dans un pays pour y chercher du travail et dans l’intention exprimée ou présumée de s’y établir de façon permanente ; est considéré comme simple travailleur tout étranger qui arrive dans le seul but de s’y établir temporairement ». 

Aujourd’hui, le Haut Conseil à l’intégration définit un immigré comme une personne née étrangère à l’étranger et entrée en France en cette qualité en vue de s’établir sur le territoire français de façon durable. Un immigré peut donc être français s’il a acquis la nationalité française après son entrée en France par naturalisation, par mariage ou par filiation ; inversement, un étranger né en France ne sera pas considéré comme immigré. 

Données statistiques sur l’immigration  

La population immigrée en 2004 

À la mi-2004,
la France métropolitaine comptait 4,9 millions d’immigrés d’après l’
INSEE[4], soit 760 000 de plus qu’en 1999 et 8,1 % de la population totale. 40% d’entre eux avaient la nationalité française, qu’ils ont pu acquérir par naturalisation ou par mariage : 

Immigrés : 4 930 000   

Français par acquisition nés à l’étranger :
1 970 000 

Étrangers nés à l’étranger :
2 960 000 

Étrangers nés en France :
550 000 

 

Étrangers : 3 510 000 

Ces chiffres proviennent des enquêtes annuelles de recensement de 2004 et 2005. 

Origine géographique 

  • 1,7 million d’immigrés, soit 35% des immigrés et 2,7% de la population totale étaient originaires d’un pays de l’Union européenne à 25. La baisse progressive du nombre d’immigrés italiens, espagnols ou polonais est compensée par l’arrivée d’immigrés en provenance d’autres pays, en particulier le Royaume-Uni. Le nombre d’immigrés portugais est stable par rapport à 1999. Les immigrés en provenance de pays européens extra-communautaires sont au nombre de 250 000, en forte hausse. 

  • 1,5 million d’immigrés, soit 31% des immigrés et 2,4% de la population totale, sont originaires du Maghreb. Ce nombre est en hausse de 220 000 par rapport à 1999. 

  • 570.000 immigrés, soit 12% des immigrés et moins d’1% de la population totale, sont en provenance d’Afrique sub-saharienne. Ce chiffre est en hausse de 45 % par rapport à 1999. 2 Africains sur 3 proviennent d’anciennes colonies françaises. À noter que sur les 15 millions d’Africains sub-sahariens qui vivent hors de leur pays d’origine, seulement un sur 30 vient en France. 

  • 830.000 personnes, soit 17% des immigrés et 1,3% de la population totale, viennent du reste du monde, principalement d’Asie. La part de l’Asie, Turquie comprise, dans la population immigrée est de 14 % contre 12,7 % en 1999 et seulement 3,6 % en 1975. 

Caractéristiques socio-démographiques des immigrés 

Le passage d’une immigration de travail, essentiellement masculine, à une politique de regroupement familial au milieu des années 1970 a entrainé une féminisation croissance de la population immigrée, au sein de laquelle hommes et femmes sont aujourd’hui en nombre égal. 

La population immigrée est un peu plus âgée que la population non immigrée, car ses membres sont arrivés en France pour la plupart après l’âge de 15 ans et leurs enfants nés en France sont comptés parmi les résidents non immigrés. L’afflux récent d’immigrés a contribué à maintenir égal l’âge moyen de la population immigrée (45 ans) tandis que l’âge moyen de la population non immigrée augmentait d’un an à 39,4 ans. 

Le niveau éducatif des immigrés est en progression nette. Aujourd’hui un quart des immigrés possède un diplôme de l’enseignement supérieur, soit quatre fois plus qu’en 1982. 

La majorité des immigrés résident en Île-de-France (40%) ou dans le Sud-Est. Un habitant de la région parisienne sur six est immigré. 

Flux d’immigration actuels 

Nouveaux immigrés hors EEE en France métropolitaine (source : INSEE) [5] 

Année 

Nombre 

2000 

97 083 

2001 

106 656 

2002 

123 477 

2003 

135 395 

2005 

134 800 

Pour 1 000 habitants, le nombre d’entrées est ainsi passé de 0,9 en 1995 à 1,6 en 2000, 2,3 en 2004 pour descendre à 2,2 en 2005 (OCDE, “Perspectives des migrations internationales”). 

Ces chiffres n’incluent pas l’immigration en provenance des pays membres de l’EEE, donc des pays de l’Union européenne. Ils sont donc partiels et excluent notamment l’immigration britannique assez importante ces dernières années. Selon des données standardisées publiées par l’OCDE, légèrement différentes des données nationales, les entrées permanentes totales d’étrangers sont passées de 173 900 en 2004 à 168 600 en 2005. [2] 

Les chiffres concernant l’immigration légale restent sujet à caution. Selon l’Observatoire statistique de l’immigration et de l’intégration, le nombre d’entrées d’immigrés légaux pour l’année 2003 était de 173 000, dont 136 400 hors Union européenne. 

Origine 

L’immigration vers
la France est principalement d’origine africaine (Maghreb et Afrique noire). Sur les 210 075 nouveaux immigrés de 2004 (même source : INSEE[5]) : 

La provenance des migrants évolue rapidement : près des deux tiers viennent d’Afrique, en particulier de l’Algérie et du Maroc, contre un peu plus de la moitié il y a cinq ans. Les principaux pays sources de flux migratoire vers
la France restent l’
Algérie, le Maroc et les anciennes colonies françaises d’Afrique. 

Motifs 

Sur les 185.000 titres de séjour délivrés en 2005, 94.500 l’ont été au titre du regroupement familial et 13.000, soit 7%, au titre de l’immigration économique. [3] 

Les données récentes révèlent une baisse des entrées pour motif familial, passant de 109 800 entrées en 2004 (soit 63,1 % du total) à 102 500 en 2005 (60,8 %). A l’inverse, les entrées pour raison de travail ont récemment augmenté, passant de 20 900 en 2004 à 22 800 en 2005, soit une répartition respective de 12 % à 13,5 %. [4] 

Malgré une diminution de 16 % des demandes d’asile en 2005 (42 000 nouvelles demandes),
la France est restée, cette année-là, le pays de l’OCDE qui a enregistré le plus grand nombre de demandes.
[5] 

Immigration illégale 

Les chiffres concernant l’immigration clandestine (immigration illégale) sont difficiles à évaluer. En mai 2005, Dominique de Villepin, alors ministre de l’intérieur, avance une estimation du nombre d’immigrés en situation irrégulière sur le territoire français : le chiffre serait de 200 000 à 400 000 personnes. 16 000 clandestins ont été reconduits aux frontières en 2004. 

Dans les DOM-TOM, l’immigration illégale tend à s’accroître : à Mayotte, sur les dix premiers mois de 2006, 11 392 reconduites à la frontière ont été exécutées, ce qui représente 25 % des reconduites sur tout le territoire de
la République française[6].
La Guyane a reçu en 2006 plus de 7206 clandestins[7] venant du Guyana, du Suriname ou du Brésil. 

Naturalisation des étrangers 

Si le chiffre des étrangers en France reste relativement constant au fil des ans, malgré une arrivée continuelle de plus de 100 000 immigrants étrangers (du moins ces dernières années), c’est que chaque année un nombre plus ou moins équivalent d’entre eux acquiert la nationalité française. Début 2007, les derniers chiffres publiés par l’INSEE remontaient à 2003 : 

Année 

1995 

1996 

1997 

1998 

1999 

2000 

2001 

2002 

2003 

Nombre
d’acquisitions 

92.410 

109.823 

116.194 

123.761 

147.522 

150.025 

127.548 

128.092 

144.640 

En 2005, le chiffre de 155 000 acquisitions de la nationalité a été atteint, ce qui porte leur nombre à plus d’un million depuis 1999[8]. En extrapolant quelque peu pour l’année 2006, et retenant le chiffre minimal de 120 000 naturalisations pour cette année, on constate que, depuis début 1999, date du dernier recensement, jusqu’au début de 2007, plus d’un million cent mille étrangers sont devenus Français. 

Source 

Causes et formes de l’immigration  

Causes 

La principale cause d’immigration en France a longtemps été l’immigration économique. L’immigration économique est due au besoin français de main d’œuvre, présent depuis le milieu du XIXe siècle jusqu’à une période récente, et au besoin du migrant de subvenir à ses besoins, celui-ci arrivant généralement d’un pays défavorisé. Pour
la France, l’immigration a aussi été vue comme une solution à la baisse de la natalité. 

De nos jours, l’immigration due au regroupement familial (qui permet à un immigré de faire venir sa famille sous certaines conditions) représente moins de 20% de l’immigration totale. En revanche l’immigration familiale, comprenant famille de Français, famille d’étrangers et mineurs de 18 ans, représentait en 2004, plus de 100.000 sur les 210.000 immigrants comptabilisés cette année-là par l’INED [9] (soit 26.065 pour les familles d’étrangers, 54.791 pour les familles de français et 19.330 pour les mineurs), et représentait ainsi de loin le motif le plus important invoqué par les migrants (47,7 %). Quant à l’immigration de travailleurs, elle ne représentait plus que 21.588 personnes, soit 10,25 % de l’immigration permanente totale. Le reste était constitué principalement d’étudiants (43.323 personnes, soit 20,6 %), de visiteurs, de malades, d’inactifs (retraités du nord de l’Europe venus se reposer sous le soleil de France), de réfugiés etc. 

La familiarité avec la langue française des populations de l’Afrique francophone et de certains pays européens où la langue française est ou a été populaire (Roumanie, Russie) peut également être un critère de sélection dans le choix de
la France comme pays de destination [10]. La
loi relative à l’immigration et à l’intégration du 24 juillet 2006 demande à l’étranger installé en France et souhaitant s’y maintenir durablement la « reconnaissance de l’acquisition d’un niveau satisfaisant de maîtrise de la langue française et la remise à l’étranger d’un document permettant de s’assurer de l’assiduité de celui-ci aux formations qui lui sont dispensées. »[11]

Formes de l’immigration 

  • En France, l’immigration est très ancienne. Elle a surtout concerné des personnes des classes supérieures jusqu’à
    la Révolution industrielle, venant notamment dans l’entourage des souverains. L’immigration de travailleurs se fait en réponse au malthusianisme des Français, sensible dès le milieu du XVIIIe siècle et les vagues d’immigration nombreuses suivent les phases de croissance économique : 1850-1873 (1,5 million de personnes), 1896-1930 (2,5 millions de personnes) et 1945-1975 (4 millions de personnes), soit 25 fois plus que durant les « Grandes migrations de la fin de l’Antiquité et du haut Moyen Âge[12]

  • Du milieu du XIXe siècle à 1914, les immigrés sont originaires des pays limitrophes de
    la France; principalement de
    Belgique et d’Italie, qui constituent les deux tiers des immigrants, mais aussi d’Allemagne, de Suisse et d’Espagne, qui constituent de 7% à 9% des immigrants en France alors qu’on compte moins de 5% de Britanniques, Russes et Austro-Hongrois et que la part des étrangers non européens est quasiment nulle. Le recensement de 1851 est le premier à faire apparaître la catégorie « étranger » qui représente alors 1% de la population totale, 2 % vers 1872. Les Belges représentent 40% de cette immigration. 

  • Durant l’Entre-deux-guerres, les Italiens constituent le groupe le plus important, alors que l’immigration des Belges, des Suisses et des Allemands s’atténue et que celle des Espagnols (réfugiés) et des Polonais s’intensifie. Ces derniers présentent une nouveauté : ils ne viennent pas d’un pays frontalier.
    La Seconde Guerre mondiale provoque de nombreux départs, environ 300 000 étrangers quittent
    la France entre septembre 1939 et juin 1940. 

  • Après
    la Seconde Guerre mondiale, jusqu’a la fin des années 1960, les tendances précitées se maintiennent alors que l’immigration en provenance du Portugal puis du Maghreb et de l’Afrique noire s’intensifie. En 1970, l’immigration connaît une forte croissance non européenne et maghrébine. En 1975, les Algériens sont le second groupe d’étrangers le plus important en France, avec un taux de 20% des immigrants. 

Conséquences [modifier] 

Impact économique et budgétaire de l’immigration [modifier] 

D’après le premier rapport annuel de
la Commission européenne sur la migration et l’intégration [13], il est difficile d’obtenir une estimation fiable de la contribution budgétaire nette des immigrants, bien que les immigrants soient soumis aux mêmes obligations fiscales que les Français. Dans son ouvrage le Creuset français (publié en 1988, mis à jour en 2006),
Gérard Noiriel indique, en se basant notamment sur les travaux de Georges Mauco (1977), que les immigrés ont depuis la deuxième Guerre mondiale construit 90% des autoroutes françaises, une machine sur sept, et un logement sur deux. [14] 

L’âge moyen relativement jeune de la population immigrée aurait théoriquement dû faire d’elle une population plus active, donc payant plus d’impôts et recevant moins de prestations sociales. Mais leur taux d’emploi faible annule l’incidence budgétaire bénéfique et produirait même des effets inverses. 

Les études d’Yves-Marie Laulan, Jacques Bichot et Maurice Allais [15] indiquent que l’immigration profite surtout aux immigrés eux-mêmes, ainsi qu’aux employeurs qui bénéficient de la présence d’immigrés non qualifiés (parfois de façon non déclarée). Les coûts pourraient être un peu plus élevés pour les autochtones non qualifiés, qui entrent en concurrence avec les immigrés. Toutefois les immigrés occupent souvent des emplois que les autochtones hésitent à accepter. 

Par ailleurs, la dépendance à l’égard de l’aide sociale est surtout importante pour les demandeurs d’asile, qui ne sont pas autorisés à travailler la première année de l’instruction de leur dossier. Si leur dossier tarde à obtenir une réponse de l’administration, alors ceux-ci peuvent être autorisés à travailler. Cependant les demandeurs d’asile ne constituent qu’une petite minorité au sein de l’immigration (10 228 réfugiés sur 210 075 migrants en 2004 [réf. nécessaire] ) et donc les frais d’aide sociale les concernant ne sont que marginaux. 

Yves-Marie Laulan, économiste et président de l’Institut de géopolitique des populations, estime le coût annuel de l’immigration en France à 36 milliards d’euros (soit l’équivalent de 80% du déficit public annuel) [16]. Son étude, qui prend en compte le différentiel entre les recettes et les dépenses apportées par les immigrés s’appuie notamment sur les travaux des professeurs d’économie Jacques Bicho et Gérard Lafay avec comme données principales les dépenses en maintien de l’ordre, de la justice, frais de scolarité, de santé, formation professionnelle, logement, coûts supplémentaires dans les quartiers dits « sensibles », les aides sociales diverses ou le regroupement familial. 

Selon une autre étude de Jacques Bichot pour l’Institut Thomas More, ce coût serait de 24 milliards d’euros pour l’année 2005 [17] [18]

Ces calculs rejoignent en partie ceux plus anciens de Maurice Allais, « Prix Nobel » d’économie 1988. Celui-ci a calculé que, lorsqu’un travailleur immigré entre dans un pays, il faut consacrer une épargne quatre fois supérieure à son salaire annuel pour construire les équipements (école, logement, hôpital…) dont il a besoin, charge relevant en France de la collectivité. 

Toutefois, de tels investissements de la part de l’État français produit des effets. Dans l’instruction, à la mi-2004, 24 % des immigrés étaient d’ores et déjà diplômés de l’enseignement supérieur, alors qu’ils n’étaient que 6 % en 1982[19]

Intégration des immigrés 

Difficultés de l’intégration 

Certains groupes d’origine étrangère ont été stigmatisés voire marginalisés (ghettos urbains) et concentrent aujourd’hui un grand nombre de problèmes économiques et sociaux (chômage, scolarisation, délinquance, criminalité). 

Ces difficultés ne sont pas nouvelles. La concentration d’immigrés dans certaines zones urbaines, près des frontières ou des bassins industriels, a toujours existé. Ainsi
la France de l’ouest et du centre compte peu d’immigrés alors que
la France de l’est et du midi en compte beaucoup plus. La présence de ces groupes d’immigrés a toujours suscité des problèmes d’
intégration tant sur le marché du travail que socialement, beaucoup d’immigrés ne parlant pas la langue nationale à leur arrivée et vivant uniquement dans leur communauté d’origine; d’autre part, des manifestations de xénophobie, ou de racisme, peuvent aussi se produire bien qu’elles tendent à s’atténuer dans leurs excès avec le temps. 

Immigration et délinquance  

Une étude du magazine Le Point publiée le 24 juin 2004 [20], basée sur les documents de la DCSP et de la DCPJ, estimait que 60 à 70% des délinquants étaient issus de l’immigration récente. Selon cette même étude : « Au 1er janvier 2004, les étrangers représentaient 12 241 détenus dans les prisons françaises, sur une population carcérale de 55 355 personnes» (les immigrés récents ayant acquis la nationalité française étant comptés comme français). 

Dans un article publié le 25 février 2006, Le Monde révélait un rapport des Renseignements Généraux indiquant l’origine des délinquants opérant en “Bandes” [21]

Selon ce rapport: «Les renseignements généraux ont établi un profil type des principaux délinquants dans ces groupes, à partir de l’étude de 436 meneurs, recensés dans 24 quartiers sensibles. Parmi eux, 87 % ont la nationalité française ; 67 % sont d’origine maghrébine et 17 % d’origine africaine. Les Français d’origine non immigrée représentent 9 % des meneurs, selon les RG.» 

À l’annonce de ces statistiques, le MRAP et SOS Racisme dénonceront un « fichage ethnique des délinquants » [22]. SOS Racisme portera plainte [23]

Facteurs de l’intégration [modifier] 

Toutes les populations anciennes d’immigrants ont réussi à s’adapter à la société française jusqu’à présent. 

Ces raisons sont dues : 

  • au travail industriel, qui constitua un puissant facteur d’intégration sociale ; 

  • à l’école, par l’éducation à travers les normes et les valeurs françaises et par la formation professionnelle ; 

  • aux associations de migrants, telles que les associations religieuses ou sportives, qui jouent le rôle d’intermédiaires entre les nouveaux arrivants et la société française. Ce facteur est d’ailleurs le plus important facteur de la réussite de l’intégration sociale des immigrants. 

  • à l’engagement social, politique et syndical. 

Ces facteurs sont dits en crise même s’il n’y a pas de crises des associations et que l’intégration est un processus de long terme. l est à noter qu’à chaque nouvelle crise économique, les différentes vagues d’immigrants (belges, les italiens, les polonais, ou les espagnols) furent l’objet de discours alarmistes présentant ces vagues migratoire comme un phénomène d’invasion par des personnes que leurs caracteres propres rendraient inassimilables (on considèrait par exemple que les Polonais avaient une manière étrange de pratiquer la religion chrétienne) au contraire des vagues anterieures s’est fait jour relayée par les journaux d’extrême droite et souvent bien au-delà par une presse qui se voulait républicaine. A la fin du XIXème siècle, ces mouvements xénophobes furent notamment attisés par les classes sociales aisées, comme les médecins ou les avocats, qui voyaient d’un mauvais oeil la concurrence que pouvaient constituer les immigrants qualifiés dans des circonstances économiques difficiles. Pour limiter les actions violentes xénophobes (lynchages), l’Etat met en place à la fin du XIXème siècle des lois destinées à surveiller les étrangers afin de calmer la population. [24] 

Langue française et intégration en France  

En 1992, une enquête de l’INSEE montrait que moins de 20 % des parents immigrés n’utilisent que leur langue maternelle, « ce qui montre le désir des parents de faire ce qu’il faut pour que leurs enfants réussissent ». Les Marocains et surtout les Turcs dépassent la moyenne (26 % et 56 %) De plus, à la troisième génération, il n’y a plus que 24 % des jeunes issus de l’immigration algérienne qui parlent l’algérien. 

Source : INSEE, Les Étrangers en France, 1994, Hachette. 

Politique d’immigration  

Avant
la Seconde Guerre mondiale
 

Le statut des personnes d’origine étrangère connaît des évolutions, en particulier en ce qui concerne l’acquisition de la nationalité. 

Pendant l’Ancien Régime, le statut des personnes d’origine étrangère est marqué par la prédominance du droit du sol. Le 23 février 1515, un arrêt du Parlement de Paris autorise ainsi le « droit de succéder » à toute personne née en France de parents étrangers. Le droit du sang s’y ajoute toutefois afin de permettre à un enfant né dans un pays étranger d’un père français de venir s’installer en France. Le Premier Empire restreint le droit du sol et fait dépendre la nationalité de la personne et non du lieu de résidence. Toutefois le droit du sol est rétabli en plusieurs étapes : une loi de 1851 déclare Français l’enfant né en France d’un étranger lui-même né en France, tandis que la loi du 26 juin 1889 assure la nationalité française à tous les étrangers nés en France et parvenus à leur majorité. Cette conception du droit de sol restera un fondement du droit de l’immigration en France jusqu’aux dernières années du XXe siècle (loi du 22 juillet 1993). 

Au XXe siècle
La France a en théorie toujours refusé le principe des quotas de nationalité tels que pratiqués dans les pays anglo-saxons (ce qui ne l’empêchait pas par ailleurs de pratiquer les quotas d’étrangers dans les entreprises industrielles, voir par exemple la loi du 10 août 1932), mais en pratique opérait une sélection des nationalités entrantes sur le territoire, en installant par exemple les bureaux de l’
Office national d’Immigration « plutôt à Milan qu’à Istanbul » [25]. Cependant l’État a demandé au patronnat (notamment via
la Société générale d’Immigration) de gérer les populations entrantes. Dans les années 1920, ce sont les patrons des usines qui organisent, par exemple, les trains faisant venir les Polonais en France par milliers. Ces habitudes ont perdurées jusqu’à ce que le gouvernement décide de la fermeture des frontières et de la politique du regroupement familial au début des années 1970. L’ordonnance du 2 novembre 1945 sous-tend une politique d’immigration durable, notamment via le regroupement familial, et l’acquisition de nouveaux droits au fur et à mesure de l’allongement la durée du séjour de l’étranger, supposée signifier son intégration. L’immigration est alors vue d’une façon ambigüe : durable, familiale et de travail dans le droit, ce qui n’empêche pas l’administration d’interrompre l’installation des travailleurs étrangers en juillet 1974, puis de tenter entre 1978 et 1980, sans succès, le retour forcé des travailleurs nord-africains vers l’Algérie. 

D’une immigration économique encouragée à la politique du regroupement familial 

Depuis le milieu du XXe siècle,
la France a mis progressivement en place une politique spécifique à l’égard de l’immigration. Le premier instrument normatif important est l’ordonnance du 2 novembre
1945 [26] qui crée l’Office national d’immigration et instaure les cartes de séjour de un, cinq et dix ans. 

Après une période au cours de laquelle les pouvoirs publics favorisent l’immigration afin de satisfaire aux besoins de l’économie française dans les années 1960, la crise économique des années 1970 les pousse à mettre en place un contrôle des flux migratoires. Ainsi les circulaires Marcellin - Fontanet, en 1972, lient l’attribution d’une carte de séjour à la possession d’un titre de travail et limitent les régularisations. Valéry Giscard d’Estaing, nouveau président de
la République, stoppe les nouvelles immigrations, sauf les regroupements familiaux qui formeront désormais la plus grande partie de l’immigration légale. Il propose également une prime au retour (le « million
Stoléru »). En 1980, la loi Bonnet, qui durcit les conditions d’entrée sur le territoire français et facilite l’expulsion des immigrés clandestins, déclenche des grèves de la faim et doit être partiellement suspendue. 

Enfin l’immigration contribue à retarder le vieillissement de la population, sans toutefois résoudre complètement ce problème à elle seule. 

Années 80 et 90 : tentatives de régulation du flux des immigrés 

En 1981, le nouveau pouvoir socialiste procède à une régularisation massive d’immigrés en situation irrégulière, assouplit les conditions de séjour des immigrés en annulant la loi Bonnet et supprime la prime d’aide au retour. Trois ans plus tard, la loi 84-622 instaure un titre unique de séjour de dix ans, dissocié du titre de travail. Dans le même temps le gouvernement propose à nouveau une aide à la réinsertion des travailleurs étrangers dans leur pays d’origine. 

Lors du changement de pouvoir en 1986, le ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, fait adopter par le Parlement la loi n° 86-1025 du 9 septembre 1986, relative aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France, qui restreint l’accès à la carte de résident et facilite les expulsions d’étrangers en situation illégale. Le 8 octobre, l’expulsion de 101 Maliens déclenche une vague de protestations. En 1988, l’Office national d’immigration devient l’Office des migrations internationales (en 2005 ses attributions sont reprises par l’Agence nationale d’accueil des étrangers et des migrations (ANAEM). 

En 1989, la loi Pasqua est en partie adoucie. Le premier ministre, Michel Rocard, déclare l’année suivante que « 
la France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais il faut qu’elle y prenne sa part ». Le gouvernement crée le
Haut conseil à l’intégration, organisme consultatif. 

Pendant l’été 1996, des manifestations en faveur de la régularisation des « sans-papiers » aboutissent à l’occupation de plusieurs bâtiments publics. En août, la police expulse par la force des Africains qui occupent l’église Saint-Bernard, à Paris. En avril 1997, la loi Debré est abrogée après un mouvement soutenu notamment par des réalisateurs de cinéma. 

Peu après, le nouveau gouvernement de Lionel Jospin lance un nouveau processus de régularisation d’étrangers en situation irrégulière

Un statut en perpétuelle évolution 

Alors que depuis la loi du 22 juillet 1993 un enfant étranger né en France devait « manifester sa volonté » pour être naturalisé à sa majorité, une nouvelle loi rétablit le 16 mai 1998 l’acquisition automatique de la nationalité et renforce le droit du sol

Le 26 novembre 2003, la loi relative à la maîtrise de l’immigration, au séjour des étrangers en France et à la nationalité modifie à nouveau le statut des étrangers en subordonnant la délivrance de la carte de résident à un critère d’intégration. Elle renforce également la lutte contre l’immigration clandestine et restreint l’application du système dit de la « double peine ». Pour de nombreuses associations, ce durcissement de la législation se fait au détriment des droits fondamentaux des étrangers (mauvais traitements, décès, état déplorable des centres de rétention et des zones d’attente,…), qui pour elles sont traités comme des criminels par l’administration, alors qu’ils sont dans de nombreux cas mis en situation irrégulière par un refus de cette même administration de régulariser leur situation ou de renouveler leurs titres de séjour. 

Pendant ce temps, l’immigration est traitée de plus en plus au niveau de l’Union européenne, qui adopte ainsi en 2003 une directive sur le regroupement familial et tente d’harmoniser les politiques d’immigration des pays membres. La directive 2003/9/CE du Conseil du 27 janvier 2003[27] fixe des normes minimales pour l’accueil des demandeurs d’asile dans les États membres, tout en leur laissant une grande marge de manœuvre. 

Immigration en France dans SUR L'IMMIGRATION DANS LE MONDEArticle détaillé : Politique de l’immigration dans l’Union européenne

En juillet 2006, la loi relative à l’immigration et à l’intégration, à l’initiative du ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy porte de 12 à 19 mois le délai au terme duquel un étranger en séjour régulier en France peut solliciter un regroupement pour les membres de sa famille proche. Cette loi autorise aussi le recours à de la main d’œuvre étrangère, suspendu depuis 1974, sans avoir à justifier qu’il n’y a pas de nuisance à des demandeurs d’emploi en France. Cette mesure est limitée à quelques professions telles que l’hôtellerie-restauration, la construction et les travaux publics, les travaux saisonniers, les professions commerciales. Le terme d’« immigration choisie », utilisé lors de la présentation du projet de loi, a été sévèrement critiqué par de nombreuses associations. 


La France, en 2007, étudie une loi visant à restreindre l’ immigration afin d’appliquer la volonté politique du président de
la République, d’avoir une immigration choisie. Cette loi est accompagnée d’un amendement concernant la maîtrise de la langue française, que le journal Le Monde trouve susceptible de créer des difficultés aux migrants et aux couples mixtes[28]

Le statut des immigrés et des étrangers aujourd’hui  

Le statut des immigrés est un domaine particulièrement complexe à cause des nombreuses modifications qui ont touché l’ordonnance du 2 novembre 1945 [29] : depuis 2004, le fondement du droit des 

Entrée sur le territoire français 

Des conventions internationales déterminent les papiers que doivent présenter les candidats à l’entrée sur le territoire français : passeport, visa [30]. Ils doivent aussi fournir le motif de leur venue et avoir les moyens financiers de revenir dans leur pays d’origine. L’entrée et le séjour irréguliers sont des délits qui exposent à des sanctions pénales. Les Centres pour les études en France (CEF), en cours d’installation dans plusieurs pays, organisent l’arrivée des étudiants étrangers en France. 

Séjour sur le territoire français 

Un voyage touristique ne peut excéder trois mois. Au-delà de trois mois, l’étranger doit bénéficier d’une carte de séjour temporaire, accordée pour moins d’un an, ou d’une carte de résident. La carte de résident, accordée pour dix ans, est renouvelable de plein droit et permet de travailler et d’étudier en France [31]. Un étranger possédant un titre de séjour français peut séjourner pendant trois mois dans l’espace Schengen. Le projet de loi relatif à l’immigration et à l’intégration, si la mesure est adoptée par le Parlement, créera un troisième type de titre de séjour : la carte « compétence et talents ». 

Dans le cas des travailleurs frontaliers, le règlement (CE) n° 859/2003 du Conseil du 14 mai 2003 vise à étendre les dispositions du règlement (CEE) n° 1408/71 et du règlement (CEE) n° 574/72 aux ressortissants de pays tiers qui ne sont pas déjà couverts par ces dispositions uniquement en raison de leur nationalité. 

Regroupement familial 

Un étranger peut demander à être rejoint par son conjoint et ses enfants mineurs s’il réside en France depuis au moins 18 mois sous couvert d’au moins un titre de séjour d’un an, et qu’il a des ressources suffisantes pour faire vivre sa famille [32]. Il ne doit pas être polygame. L’entrée des membres de sa famille ne peut intervenir qu’au terme d’une procédure de plusieurs mois. 

Acquisition de la nationalité française 

Le conjoint d’un Français peut acquérir la naturalisation par déclaration après un délai de quatre ans[33]. Toutefois, la communauté de vie « tant affective que matérielle » ne doit pas avoir cessé entre les époux et le conjoint étranger doit connaître la langue française. Le délai est porté à cinq ans dans certains cas où le couple a vécu hors de France. 

Un enfant né en France de parents étrangers acquiert la nationalité française à sa majorité s’il est demeuré en France[34]

La naturalisation peut aussi être accordée sur décret par l’autorité publique à un étranger majeur de bonnes mœurs et résidant en France depuis plus de cinq ans[35]. Contrairement à l’acquisition de la nationalité par mariage ou par filiation, la naturalisation n’est pas un droit mais une possibilité dépendant d’une décision de l’administration. 

Régimes spéciaux 

Les ressortissants algériens 

 dans SUR L'IMMIGRATION DANS LE MONDEArticle détaillé : Immigration algérienne en France

En 1962, les accords d’Évian, mettant fin à la guerre d’indépendance de l’Algérie, prévoient que « les ressortissants algériens résidant en France et, notamment, les travailleurs, auront les mêmes droits que les nationaux français, à l’exception des droits politiques ». Ils pourront aller et venir librement entre
la France et l’Algérie. Les autorités françaises pensaient que cette mesure faciliterait le retour au pays des travailleurs algériens après l’indépendance. Or, à l’inverse, elle a entraîné un mouvement migratoire de travailleurs algériens vers
la France. Dès 1964,
la France mettait en place un contingentement des arrivées de travailleurs algériens. 

Le statut des ressortissants algériens est aujourd’hui régi par un accord international franco-algérien signé le 27 décembre 1968 et plusieurs fois modifié par la suite [36]. Ce régime, au départ très privilégié par rapport à celui auquel sont soumis d’autres nationalités, s’est progressivement rapproché du régime général ; sur certains points, il a même être pu être plus restrictif : en 1998, par exemple, la loi Chevènement qui a assoupli certains points de l’ordonnance de 1945 n’a pu s’appliquer aux Algériens qu’après la signature d’un avenant à l’accord franco-algérien de 1968, en raison de la supériorité des accords internationaux sur la loi française. 

Les ressortissants algériens peuvent obtenir un titre de séjour spécifique, le « certificat de résidence » : 

  • le certificat de résidence d’un an renouvelable est délivré à des étudiants, des stagiaires ou des travailleurs en contrat à durée déterminée. 

  • le certificat de résidence de dix ans concerne les autres travailleurs, qui doivent justifier d’une résidence régulière en France d’au moins trois ans, d’un emploi stable et de ressources suffisantes et stables. Ce certificat peut aussi concerner d’autres catégories de personnes, par exemple dans le cadre du regroupement familial

Avis sur l’immigration  

 

Cet article, bien que respectant dans une certaine mesure la neutralité de point de vue, est jugé trop incomplet dans son développement ou dans l’expression des concepts et des idées. Son contenu est donc à considérer avec précaution. Pour toute information complémentaire, veuillez consulter sa page de discussion et la liste des articles incomplets. 

Front National (FN) 

Selon le programme officiel[37] pour l’élection présidentielle de 2007 du Front National, l’immigration en France s’insère dans un « déplacement mondial des populations pauvres du Sud vers le nord de la planète » ; les arrivées doivent être régulées. Le FN regrette les choix passés en matière de politique d’immigration (par exemple, la « première grande régularisation des clandestins » en 1981, l’institution progressive d’un « statut du clandestin » aidé (hébergement d’urgence, aide sociale à l’enfance,etc.), l’instauration d’un « droit du sol automatique » en 1994). Selon le Front National, ces décisions auraient été « un signal dramatique envoyé à tous les damnés de la terre que
la France était prête à accueillir toute la misère du monde ». Dès lors,
la France serait « culturellement menacée par l’immigration incontrôlée. » 

Les principales revendications du FN sont : 

  • mise en œuvre de l’immigration zéro (suppression du regroupement familial, arrêt total de l’immigration de travail). 

  • suppression des « pompes aspirantes » (arrêt des « aides inconditionnelles aux clandestins », instauration de la « préférence nationale ») 

  • gestion de l’immigration concertée avec les pays d’émigration par accords bi- ou multilatéraux. 

Parti Communiste Français (PCF) 

Selon le site officiel du Parti communiste français, « l’immigration est une chance fantastique pour le pays d’accueil. C’est la preuve qu’il fait encore rêver, qu’il peut séduire. »[38]. Le PCF souligne que l’immigration est aujourd’hui essentiellement une immigration familiale, et que les flux sont moins importants que par le passé.[39] 

Le PCF milite pour un accueil plus humain des immigrants, le renforcement des centres d’accueil « afin de répondre aux revendications immédiates et urgentes des migrants. » 

Le PCF revendique l’émergence « d’une nouvelle image de l’immigration dans l’opinion publique, la mise en place des moyens et des conditions équitables de vie au sein de notre pays, l’engagement des dispositifs permettant de construire et de réussir cet accueil, la valorisation de l’apport des migrants, de leur citoyenneté. » 

Parti Socialiste (PS) 

Le Parti Socialiste souligne l’augmentation récente du nombre de « sans papiers » en France, et la « dégradation de la réalité sociale et sanitaire » dans laquelle ils sont placés[40]

L’immigration choisie serait « une conception arrogante et unilatérale du co-développement. » Le PS juge « indispensable » le rétablissement de la règle des 10 ans pour une régularisation de plein droit des « sans-papiers »

Les dissensions internes rendent difficiles l’émergence d’une opinion unique sur l’immigration. Par exemple, Lionel Jospin affirme qu’une « politique de régularisation au cas par cas devra être mise en place. Elle devra être conduite avec intelligence pour permettre la régularisation du plus grand nombre sans créer un appel d’air. »[41] 

Jugement sur la délinquance 

Dans un livre intitulé Petit dictionnaire pour lutter contre l’extrême-droite et publié en 1995, la maire socialiste Martine Aubry et le juriste Olivier Duhamel, alors député européen socialiste, apportaient leur explication aux statistiques de la délinquance de l’année 1993[42]. Le pourcentage d’étrangers mis en cause dans la délinquance serait plus du double de leur proportion dans la population totale.
Les auteurs l’expliquent par une part des hommes dans la population étrangère nettement plus élevée que chez les Français, les hommes étant beaucoup plus délinquants que les femmes (96% des incarcérés sont des hommes). Les auteurs notent que le chiffre de la délinquance « demeure stable depuis 1976. » : 14%. 

Ils soulignent des raisons sociologiques à ce phénomène : « Placés en bas de l’échelle sociale, touchés le plus fortement par la crise économique, par quel miracle ne se retrouveraient-ils pas en plus grand nombre chez les délinquants ? » 

Mouvement démocrate (MoDem) 

Le Mouvement démocrate souligne que « la responsabilité des hommes d’État est [..] de maîtriser l’immigration, quantitativement et dans son rythme, pour éviter que se développe le racisme. »[43] 

Le concept d’immigration choisie serait « un leurre » : « l’immigration choisie s’ajoute à l’immigration subie et ne la remplace pas. » 

L’UDF souhaite « la maîtrise de l’immigration clandestine, en métropole et peut-être plus encore dans les Dom-Tom. » Elle affirme : « Il faut un ministre chargé de l’immigration et un seul. » 

Union pour un Mouvement Populaire (UMP) 

L’UMP veut renforcer l’intégration des immigrés en France (« Sortir les quartiers difficiles de l’engrenage de la violence et de la relégation »), et « maîtriser l’immigration. » 

En 2005, elle souhaite le renforcement d’une « politique d’immigration européenne à travers la mutualisation des moyens des cinq grands pays d’Europe (France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne et Italie) afin d’assurer le contrôle des frontières et lutter contre l’immigration clandestine. »[44]

En 2007, Thierry Mariani propose que les immigrants maîtrisent la langue française. 

L’UMP veut, notamment durant la compagne électorale début 2007 :[45] 

  • Mettre fin au détournement des procédures d’immigration légale 

  • « Encourager une immigration professionnelle et étudiante de qualité » 

  • Mettre en place les conditions d’une intégration réussie. 

En 2007, alors que l’UMP a conquis à la fois la majorité présidentielle et la majorité à l’assemblée nationale, l’UMP propose une loi et des amendements concernant les modalités d’immigration, que le journal Le Monde considère susceptible de créer des difficultés aux migrants et aux couples mixtes[46]

Enfin, en 2007, l’UMP souhaite engager
la France dans une politique de quota d’immigration [47] après avoir engagé
la France une politique d’objectifs de quotas visant à envoyer à l’étranger un nombre définit de personnes [48]

Littérature 

Annexes  

Notes et références 

  1. Entre 1991 et 2001,
    la France a présenté un solde migratoire d’environ 0,8 pour 1000 (parfois négatif de -0,3 pour 1000 à 1,1 pour 1000, tandis que les moyennes, suivant que ce soit l’Europe des 15, des 25 ou de la zone Euro variaient autour de 2,5 pour 1000, en allant de 1,2 à 5 pour 1000.
    Statistiques d’Eurostat au format Pdf 

  2. Une estimation des populations d’origine étrangère en France en 1999, M. Tribalat, dans Population 2004 n° 1, INED, (résumé

  3. Voir Gérard Noiriel, Le Creuset français, édition mise à jour, Seuil, p. 115, et Christian Nguyen Van Yen, Droit de l’immigration, PUF, 1987, p.25 

  4. Sauf indication contraire, les données dans cette section proviennent de l’article Enquêtes annuelles de recensement 2004 et 2005 – Près de 5 millions d’immigré à la mi-2004, INSEE Première, par Catherine Borrel. 

  5. ab Statistiques des flux d’immigration permanente (INSEE) 

  6. Xavier Ternisien, « L’outre-mer s’alarme de l’afflux d’immigrés clandestins », dans Le Monde du 22/11/2006, [lire en ligne

  7. Xavier Ternisien, « L’outre-mer s’alarme de l’afflux d’immigrés clandestins », dans Le Monde du 22/11/2006, [lire en ligne

  8. El Watan – janvier 2007 

  9. INED – Statistique des flux d’immigration en France, année 2004 (pages 5 et 46) [pdf] 

  10. Un rapport de l’Université Paris VIII, Les étudiants étrangers en France : l’état des savoirs, d’Alain Coulon et Saeed Paivandi, mentionne parmi les principaux critères de choix de
    la France pour les étudiants étrangers, la connaissance de la langue, la présence de parents sur le territoire et les politiques du Gouvernement français visant à attirer les étudiants. 

  11. Article 5 relatif au contrat d’accueil et d’intégration (texte de la loi Icons-mini-icon attachment.gifsur Legifrance). 

  12. Source : J. Verrière, Genèse de la nation française, Champs Flammarion, 2000 

  13. (fr)/(en) Premier rapport annuel de la Commission européenne sur la migration et l’intégration (2004) (version PDF

  14. Gérard Noiriel, Le Creuset français, éditions du Seuil, 1988, édition mise à jour en mars 2006, p. 312 ; Georges Mauco, Les Étrangers en France et le Problème du racisme,
    La Pensée universelle, 1977 

  15. Cf travaux dans les références suivantes. 

  16. Conclusion du colloque Immigration/Intégration par Yves-Marie Laulan, président de l’Institut de Géopolitique des populations [pdf] 

  17. Présentation de l’étude de Jacques Bichot pour l’institut Thomas More, 2005 

  18. Étude de Jacques Bichot pour l’institut Thomas More, 2005 ([pdf] direct) 

  19. INSEE Première n° 1098 – Enquêtes annuelles du recensement 2004 et 2005 (août 2006) 

  20. « Délinquance: Les statistiques qui dérangent » (Le Point, 24 juin 2004, n° 1658, p. 28) 

  21. Bandes : la spirale de l’ultra-violence“, Le Monde, Article publié le 25 février 2006 par Piotr Smolar [1] 

  22. http://www.mrap.fr/communiques/rg 

  23. « SOS Racisme accuse les RG », Le Monde, 23 août 2006 

  24. http://www.histoire-immigration.fr/main.php?period=0&sous_sequence=0 

  25. Voir le chapitre 1 de Patrick Weil, Immigration, Intégration, discrimination, Le Seuil, 2005 

  26. L’ordonnance du 2 novembre 1945 Icons-mini-icon attachment.gifrelative aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France (version consolidée sur Legifrance) 

  27. directive 2003/9/CE du Conseil du 27 janvier 2003. 

  28. http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-961894,0.html Les élites économiques victimes inattendues du projet de loi sur l’immigration LEMONDE.FR | 02.10.07 | 11h16 • Mis à jour le 02.10.07 | 11h16 

  29. Ordonnance du 2 novembre 1945 Icons-mini-icon attachment.gif, version consolidée sur Legifrance. 

  30. Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, art. L211-1. 

  31. Les dispositions relatives aux cartes de séjour sont précisées dans le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, art. L311-1 et suivants. 

  32. Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, art. L411-1. 

  33. Code civil, article 21-2 Icons-mini-icon attachment.gif, modifié par la loi relative à l’immigration et à l’intégration du 24 juillet 2006. 

  34. Voir les conditions précises de résidence aux articles 21-7 et suivants du code civil

  35. Code civil, articles 21-14-1 et suivants. 

  36. Accord franco algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles. Le GISTI propose une version consolidée de l’accord (2001). 

  37. programme officiel FN 2007 

  38. article PCF mars 2007 

  39. article PCF mars 2006 

  40. site officiel PS, mars 2007 

  41. PS, septembre 2006 

  42. Martine Aubry, Olivier Duhamel, Petit dictionnaire pour lutter contre l’extrême droite 

  43. UDF, février 2006 

  44. débat UMP immigration, juillet 2005 

  45. UMP février 2007 

  46. http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-961894,0.html Les élites économiques victimes inattendues du projet de loi sur l’immigration LEMONDE.FR | 02.10.07 | 11h16 • Mis à jour le 02.10.07 | 11h16 

  47. http://www.lemonde.fr/web/recherche_breve/1,13-0,37-1005570,0.html Le Monde Le chef de l’Etat réaffirme sa volonté d’instaurer des quotas Article paru dans l’édition du 22.09.07 

  48. http://www.lemonde.fr/web/recherche_breve/1,13-0,37-1004161,0.html Le Monde Brice Hortefeux convoque les préfets qui n’ont pas atteint leurs objectifs Article paru dans l’édition du 13.09.07 

Voir aussi  

Liens internes 

Liens externes 

 

 Portail de la sociologie 

Récupérée de « http://fr.wikipedia.org/wiki/Immigration_en_France » 

Catégories : Immigration en FranceImmigration dans l’Union européenneDémographie de la France 

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Le discours de Sarkozy au Cap, nouvelle promesse de rupture

Posté par issopha le 28 février 2008

  

  

  

Le discours de Sarkozy au Cap, nouvelle promesse de rupture

 

Le 28 février 2008, par Jean Denard,

Ce jeudi 28 février au Cap (Afrique du Sud), Nicolas Sarkozy a prononcé un discours qui promet de nouveau une modernisation de la politique de la France en Afrique. Le programme est alléchant : transparence, renégociation des accords militaires… reste à traduire ces promesses en actes. Cette fois-ci.

ALLOCUTION DE MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

DEVANT LE PARLEMENT SUD-AFRICAIN

Le Cap Afrique du Sud

Jeudi 28 février – 14h15

 

Madame la Présidente (Mme Speaker) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs,

Avec le recul, le vingtième siècle apparaît comme l’un des siècles les plus brutaux de l’histoire : il engendra deux guerres mondiales ; il inventa le génocide et la shoah ; il vit des régimes dictatoriaux mettre en place des systèmes répressifs sans précédent par leur ampleur et leurs victimes. Le nombre des réfugiés, des déportés, de ceux qui durent fuir leur patrie et s’exiler, fut immense.

Ce siècle de fer, l’Afrique en a subi dans sa chair toute la violence et toute l’horreur. Elle a enduré la colonisation ; les conséquences des grands conflits mondiaux ne lui furent pas épargnées puisque ses fils en payèrent aussi le prix en combattant pour les puissances coloniales. Puis vinrent les victimes des luttes de décolonisation et des conflits africains qui accompagnèrent l’affrontement Est-Ouest. Enfin, elle connut elle aussi le génocide.

En outre, plus que d’autres, l’Afrique fut victime du mépris et du racisme.

Or c’est pourtant de ce continent souvent humilié et bafoué, et précisément d’Afrique du Sud, qu’est venue à la toute fin du siècle une magnifique leçon d’humanité. Alors que régnaient ici l’apartheid et ses violences, alors que la vengeance et de nouvelles oppressions auraient pu naître de tant d’humiliations, le peuple d’Afrique du Sud, guidé par des hommes hors du commun, a voulu rompre cette longue chaîne de malheur.

Cette extraordinaire réussite humaine doit beaucoup à l’homme qui après 27 ans de prison a dit à ceux qui l’avaient si longtemps privé de sa liberté : « L’oppresseur doit être libéré tout comme l’oppressé. L’opprimé et l’oppresseur sont tous deux dépossédés de leur humanité. »

Les Sud-Africains ont délibérément choisi pour leur pays le chemin de la réconciliation et de la « transformation ». En décidant d’emprunter ce chemin, vous avez en quelque sorte aussi racheté le siècle ; vous avez permis qu’en dépit de ses atrocités, il puisse se clore sur un immense signal d’espoir pour l’humanité tout entière, et que ce signal vienne d’Afrique.

C’est donc empreint de respect pour votre Nation que je me présente devant vous, Mesdames et Messieurs, les Représentants de ce grand peuple d’Afrique du Sud, hérauts d’une société plus juste et plus humaine parce que plus fraternelle. C’est pour saluer, à travers vous ce peuple et l’espoir qu’il nous donne, que j’ai souhaité m’adresser à vous aujourd’hui et je vous remercie de l’avoir accepté.

Parce que l’Afrique a su faire naître cet espoir, nous voulons aujourd’hui travailler avec elle à le faire grandir. Notre monde s’appuie désormais sur cet exemple pour construire un système plus juste et plus humain. La France apporte à cette tâche sa propre foi dans la liberté, l’égalité et la fraternité dont elle a fait sa devise et qui lui vient de sa propre Révolution.

Partageant les mêmes valeurs, nourrissant les mêmes espérances, j’ai la conviction que la France et l’Afrique du Sud, agissant ensemble, peuvent mieux que d’autres contribuer à l’émergence d’un monde apaisé.

Ce défi commun, nous l’avons en partage d’abord pour que l’Europe et l’Afrique tissent enfin des liens nouveaux ; des liens qui ne soient plus ceux de l’inégalité, de l’exploitation ou du ressentiment, mais comme je l’ai dit en juillet dernier à Dakar, des liens d’égalité, des liens d’équité et de respect.

La relation entre la France et l’Afrique, vous le savez, est ancienne.

Cette relation a pu être douloureuse. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer les crimes et les fautes commises. Il ne faut pas les oublier.

Il ne faut pas oublier non plus ce que la France doit à l’Afrique. Je pense notamment à l’aide précieuse que l’Afrique nous a apportée dans les deux guerres mondiales. Je pense notamment à l’Afrique du Sud qui a combattu à nos côtés.

La force de ces liens n’appartient pas qu’au passé. Elle s’inscrit aussi dans l’identité française : près de 10% de la population française peut revendiquer son origine africaine.

Elle s’inscrit aussi dans l’identité africaine à travers la langue française qui est une des langues officielles de l’Union Africaine.

En dépit de la profondeur et de l’ancienneté de ces liens, la relation de la France avec l’Afrique, particulièrement avec l’Afrique sub-saharienne, se distend.

Le nombre de Français vivant en Afrique, les exportations et les investissements français vers l’Afrique ont baissé.

Il en résulte que nos partenaires traditionnels en Afrique ont parfois le sentiment d’un abandon et d’un désintérêt de la France à leur égard.

Cette relation est compliquée parce que s’y mêlent depuis toujours à la raison le sentiment et la passion, parce qu’elle est depuis toujours chargée d’une grande affectivité, mais aussi parce qu’elle est en décalage par rapport à ce que veulent les Africains et à ce que perçoivent les Français.

Aujourd’hui l’ancien modèle de relations entre la France et l’Afrique n’est plus compris par les nouvelles générations d’Africains, comme d’ailleurs par l’opinion publique française.

Je sais qu’au sein-même de cette Assemblée, certains d’entre vous, militants de la lutte de libération, perçoivent eux-mêmes encore ces relations de la France et de l’Afrique, à travers le prisme de la colonisation.

Nous nous trouvons dans une situation où notre engagement politique, militaire ou économique aux côtés de l’Afrique est perçu par beaucoup non comme une aide sincère, mais comme une ingérence néocoloniale ; mais où, dans le même temps, une indifférence, un retrait ou une absence d’engagement nous sont reprochés comme un abandon ou une ingratitude.

Les Africains en ont assez de recevoir des leçons de morale ou de bonne gouvernance. Ils les perçoivent comme arrogantes et condescendantes ; mais dans le même temps, les sociétés civiles et les opinions publiques d’Afrique nous interpellent : elles souhaitent notre implication directe à leur côté, par exemple pour dénoncer la corruption ou la mauvaise gouvernance.

Il existe aujourd’hui une sorte d’exception africaine dans l’opinion publique : ce qui est considéré comme normal avec d’autres régions du monde fait naître le soupçon quant aux intentions du gouvernement français dès qu’il s’agit de l’Afrique.

La jeunesse africaine entretient avec la France une relation ambivalente d’attirance et de contestation.

Actuellement, plus de 100.000 Africains font des études supérieures en France. Contrairement aux idées reçues, il n’y a jamais eu autant d’étudiants africains dans les universités françaises. Et cependant, la jeunesse d’Afrique éprouve le sentiment que la France se ferme à elle.

Ces malentendus et ces paradoxes trahissent une situation qui n’est évidemment pas satisfaisante. C’est pourquoi j’ai appelé à de nombreuses reprises à l’établissement de nouvelles relations équilibrées, transparentes et décomplexées. Des relations qui se fondent sur les réalités contemporaines.

Ma conviction est que la relation franco-africaine est pleine d’avenir si nous lui donnons un nouvel élan.

De même que l’Afrique du Sud incarne une Afrique nouvelle, la relation franco-sud-africaine doit inspirer une relation nouvelle entre la France et l’Afrique.

Il est vrai, notre relation ne porte pas le poids du passé. Notre histoire commune est limitée.

La France et l’Afrique du Sud n’ont pas la même langue, n’ont pas la même histoire, n’ont pas la même culture et pourtant elles se comprennent.

Dénués de présupposés, les rapports entre nos deux pays sont exemplaires ; équilibrés, transparents et décomplexés.

L’Afrique du Sud est devenue notre premier partenaire en Afrique dans de nombreux domaines.

Premier partenaire commercial, votre pays est également la première destination des investissements français. Près de 160 sociétés françaises y développent des partenariats industriels et créent des emplois.

Les accords que nous avons signés ce matin, dans les domaines de l’énergie, des transports, de la science et du tourisme témoignent de la diversité de ces liens.

Cette relation peut encore être renforcée.

Le niveau de développement atteint par l’Afrique du Sud n’explique pas à lui seul la nature de nos relations. Entre nous, il n’y a place que pour une relation équilibrée, un partenariat véritable ; c’est-à-dire fondé sur l’égalité, la transparence et l’intérêt mutuel.

C’est en ce sens aussi que notre relation commune doit inspirer celle que nous voulons établir avec l’ensemble des pays du Continent africain.

Monsieur le Président, Cher Thabo, vous avez coutume de dire que « l’Afrique du Sud ne peut être un îlot de prospérité au milieu d’un océan de misère ». A Paris, nous pensons la même chose.

Je réaffirme devant vous que la sécurité et la prospérité de la France et de l’Europe sont indissociables de la sécurité et de la prospérité de l’Afrique.

Les 14 kilomètres du détroit de Gibraltar font de l’Europe et de l’Afrique des voisins immédiats.

J’ai eu l’occasion de dire lors de mon précédent voyage en Afrique, en juillet dernier, qu’il ne saurait y avoir d’autres finalités pour notre politique en Afrique que l’unité de l’Afrique et la Renaissance africaine. Celle-ci déterminera en partie la stabilité de l’Europe et l’avènement d’un monde plus juste.

Cette Renaissance, la France la souhaite, elle la souhaite de toute son âme, elle la souhaite de tout son cœur, elle la souhaite au nom de tout ce qu’il l’unit à l’Afrique.

Cette Renaissance, l’Afrique du Sud la veut. Elle en a donné le signal. Elle en a montré l’exemple.

La Renaissance, ce n’est pas d’abord une affaire de moyens. C’est d’abord une affaire de mentalités. L’homme de la Renaissance est un homme qui croit que tout est possible. L’homme de la Renaissance est un homme qui croit en l’Homme, qui croit que l’homme peut changer le monde. C’est un homme dont les rêves sont plus grands que ce qu’il peut accomplir.

Pour travailler à cette Renaissance, la France veut refonder ses relations avec l’Afrique. Elle ne veut pas être en Afrique pour perpétuer sous d’autres formes des rapports inégaux qui appartiennent à un passé révolu. La relation entre la France et l’Afrique ne peut plus être fondée sur des accords et sur des politiques qui sont des survivances d’une époque où le monde était bien différent de ce qu’il est aujourd’hui.

Si la France veut refonder sa relation avec l’Afrique, elle doit commencer par reconnaître et assumer ses intérêts en Afrique.

La paix et la sécurité du Continent africain, la lutte contre la pauvreté, la croissance économique du continent, son insertion dans la mondialisation, sont pour nos deux pays des intérêts communs.

Oui, la France, comme l’Afrique du Sud, a intérêt au développement de l’Afrique. Le potentiel de croissance de votre continent, ses richesses naturelles, son marché prometteur en font une partie du monde que nous ne pouvons négliger.

Oui, la France, comme l’Afrique du Sud, a intérêt à la sécurité de l’Afrique. D’abord parce que la paix et la stabilité sont les conditions indispensables du développement. Ensuite, parce que les guerres, les pandémies, les trafics ou le terrorisme en Afrique ont des conséquences directes en France.

Enfin, la France, comme l’Afrique du Sud, ont un même intérêt à une meilleure régulation de la mondialisation. Qu’on en conteste les effets ou pas, la mondialisation est entrée dans notre histoire. Et il serait totalement illusoire et dangereux de prétendre gérer les grandes affaires du monde sans l’Afrique.

L’Europe et l’Afrique représentent ensemble près de la moitié des pays de la planète. C’est ensemble, et ensemble seulement, que les Européens et les Africains pourront peser sur la mondialisation.

L’Afrique a tout pour profiter mieux de la mondialisation et y entrer davantage. Elle est déjà mondialisée. Mais, à l’image de l’Afrique du Sud, elle doit devenir un acteur de la mondialisation plutôt que d’être perçue comme un sujet de la mondialisation.

L’Afrique du Sud est déjà pour nous un partenaire dans la mondialisation.

La déclaration commune que nous avons adoptée ce matin sur le changement climatique en offre une bonne illustration.

Je pense encore à notre approche commune sur la démocratisation de la gouvernance mondiale. Je pense au G8 qui a vocation à se transformer en G13 et au sein duquel l’Afrique du Sud a toute sa place. Je pense enfin au FMI et au Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Il ne nous appartient pas de décider qui représentera l’Afrique. Mais je constate que l’Afrique du Sud marche à l’avant-garde de ce continent ; qu’elle a tous les atouts pour faire entendre sa voix dans ces enceintes.

Le partenariat franco-sud-africain me semble donc solide.

Le Président Mbeki a par le passé gratifié la France du titre de « Citoyenne d’Afrique ». C’est à mes yeux un vrai compliment et je souhaite que la France le mérite.

Pendant la campagne présidentielle j’ai exprimé ma volonté de rénover la relation entre la France et l’Afrique. J’ai commencé à le faire.

D’abord en matière de sécurité.

Ainsi, il y a trois semaines au Tchad, alors que des mouvements rebelles tentaient de renverser par les armes les autorités légales du pays, la France, qui, vous le savez, a dans le pays un dispositif militaire, s’est interdit de s’immiscer dans les combats.

Ce changement était nécessaire, et la raison en est simple.

La présence militaire française en Afrique repose toujours sur des accords conclus au lendemain de la décolonisation, il y a près de 50 ans !

Je ne dis pas que ces accords n’ont pas été justifiés. Mais je dis que ce qui a été fait en 1960 n’a plus le même sens aujourd’hui. Leur rédaction est obsolète. Il n’est plus concevable, par exemple, que nous soyons entraînés dans des conflits internes. L’Afrique de 2008 n’est pas l’Afrique de 1960 ! La France en tirera toutes les conséquences avec ses partenaires africains.

Je souhaiterais, à cet égard, faire quatre propositions.

La première porte sur les accords de défense entre la France et les pays africains. Ils doivent refléter l’Afrique d’aujourd’hui, et non pas l’Afrique d’hier. Ils doivent reposer sur les intérêts stratégiques de la France et de ses partenaires africains. Je ne dis pas qu’il faille nécessairement faire table rase et tout effacer d’un seul trait de plume. Mais je dis que la France souhaite engager des discussions avec tous les Etats africains concernés pour adapter les accords existants aux réalités du temps présent et en tenant le plus grand compte de leur propre volonté. Elle sera également ouverte au dialogue avec tous ceux qui souhaiteront nouer avec elle un nouveau partenariat en matière de sécurité.

Deuxièmement, je propose de refonder nos relations sur le principe de transparence. La transparence, c’est la meilleure garantie pour des relations solides et durables, le meilleur antidote aux fantasmes et aux incompréhensions si complaisamment répandus lorsqu’on évoque les liens qui unissent la France aux Africains. Contrairement à la pratique passée, nos accords devront être intégralement publiés. Je compte également associer étroitement le Parlement français aux grandes orientations de la politique de la France en Afrique.

Troisièmement, je propose que la présence militaire française en Afrique serve en priorité à aider l’Afrique à bâtir, comme elle en a l’ambition, son propre dispositif de sécurité collective. L’Union africaine souhaite disposer de forces en attente à l’horizon 2010 – 2012 ? Que cet objectif soit aussi celui de la France ! La France n’a pas vocation à maintenir indéfiniment des forces armées en Afrique.

Il ne s’agit pas d’un désengagement de la France en Afrique. Je souhaite au contraire que la France s’engage davantage au côté de l’Union Africaine pour construire le système de sécurité collective dont l’Afrique a besoin car la sécurité de l’Afrique c’est d’abord naturellement l’affaire des Africains.

Enfin, ma dernière proposition vise à faire de l’Europe un partenaire majeur de l’Afrique en matière de paix et de sécurité. C’est le sens du partenariat conclu entre nos deux continents à Lisbonne en décembre dernier. Il appartient désormais aux Européens et aux Africains de le construire ensemble. C’est dans notre intérêt à tous, car une Europe forte a besoin d’une Afrique forte.

Mais la France a une conviction, et je sais que l’Afrique du Sud la partage : le meilleur garant de la paix et de la sécurité en Afrique comme partout ailleurs, c’est la démocratie et la justice. C’est vrai en Côte d’Ivoire où je souhaite la tenue d’élections libres, justes et reconnues. Il en va de même au Zimbabwe. C’est aussi vrai au Tchad où l’enracinement de la démocratie appelle dès maintenant de nouveaux efforts de la part de tous. La démocratie et les Droits de l’Homme ne sont pas une conditionnalité imposée de l’extérieur. La démocratie et les Droits de l’Homme n’ont rien d’étranger à l’Afrique. Ce sont des aspirations des populations africaines que la France partage.

En matière de développement, je souhaite que la France contribue plus activement à la lutte contre la pauvreté en Afrique.

Elle le fera en continuant à soutenir la réalisation des Objectifs de Développement du Millénaire. Elle maintiendra son engagement financier dans ce domaine.

J’ai également souhaité que la France intervienne de manière plus ciblée pour favoriser l’accélération de la croissance économique. Je souhaite qu’elle contribue directement à la création d’entreprises africaines génératrices d’emplois.

C’est pourquoi j’ai décidé de lancer une initiative de soutien à la croissance économique, ouverte à d’autres partenaires.

Cette initiative, qui sera mise en œuvre par l’Agence Française de Développement comporte trois composantes :

D’abord un fonds d’investissement de 250 millions d’euros prendra des participations dans d’autres fonds mixtes ou thématiques.

La deuxième composante est la création d’un fonds de garantie doté aussi de 250 millions d’euros. Il doit permettre de faciliter l’accès des PME africaines au crédit bancaire et au capital.

La dernière composante est le doublement de l’activité de l’Agence Française de Développement en faveur du secteur privé, soit un engagement de 2 milliards d’euros sur 5 ans.

Au total, cette initiative mobilisera deux milliards et demi d’euros en 5 ans ; qui financeront directement ou indirectement prés de 2000 entreprises, pour la création de 300 000 emplois.

En intégrant cette initiative, le total des engagements financiers français bilatéraux pour l’Afrique subsaharienne s’élèvera donc à 10 milliards d’euros sur les 5 prochaines années.

Le secteur privé français doit également participer activement à la croissance économique africaine.

Je ne saurais parler de l’avenir des relations entre la France et l’Afrique sans évoquer la question des migrations. 65% des 200 000 étrangers qui s’installent chaque année en France viennent du continent africain.

Cependant, il ne s’agit pas seulement d’un phénomène Nord-Sud. La grande majorité de ces mouvements migratoires est interne au continent africain.

L’Afrique du Sud accueille d’ailleurs à elle-seule près d’un quart des populations migrantes en Afrique.

La réalité de l’immigration n’est pas satisfaisante aujourd’hui. Elle ne l’est pas pour nous ; elle ne l’est pas davantage pour vous. Européens et Africains du Sud, nous sommes confrontés au même défi. Alors que 500 000 personnes entrent illégalement en Europe tous les ans, l’ampleur du phénomène vers l’Afrique du Sud l’oblige également à un très grand nombre d’expulsions.

Je ne dis pas que l’immigration est un phénomène qu’il faudrait combattre. J’ai toujours rejeté l’idée d’immigration zéro, une idée à la fois irréaliste et dangereuse. La France comme l’Afrique du Sud sont deux nations qui doivent une part de leur essor à l’apport des migrants.

Aucun pays au monde ne peut se permettre de recevoir une quantité de migrants qui excède sa capacité à les accueillir dignement, dans le travail, le logement, l’éducation et les soins. La rupture de cet équilibre entraîne des phénomènes de chômage massif des étrangers, d’exclusion et de ghettos. A terme, elle favorise la violence et la xénophobie.

C’est la responsabilité de tout Gouvernement de décider combien de migrants il est prêt à accueillir sur son territoire et dans quelles conditions. Le principe vaut autant pour les Européens que pour les Africains.

La France prépare une réforme capitale de sa politique de l’immigration. Un quota annuel de nouveaux migrants accueillis en France sera débattu et voté chaque année par le Parlement. Ce plafond chiffré comportera des sous-catégories par motifs d’immigration – travail ou regroupement familial. Il sera négocié avec les pays d’origine dans le cadre des accords de gestion concertés des flux migratoires.

Le temps est venu de construire un partenariat euro-africain sur les migrations, en particulier sur trois sujets essentiels :

D’abord le pillage des cerveaux. Un rapport de l’OMS de 2006 souligne ainsi que l’Afrique qui supporte 24% du fardeau des maladies ne possède plus que 3% du personnel médical. Cette situation n’est pas tenable. Il nous faut organiser des migrations d’allers-retours ; éviter le départ définitif des élites africaines.

Ensuite, la répression des filières : il est temps que la communauté internationale se mobilise contre cet odieux trafic.

Enfin le co-développement, c’est-à-dire la mobilisation des populations migrantes pour le développement des pays d’origine.

Ce nouveau chantier fait partie d’un large paquet de mesures adopté lors du 2ème Sommet UE Afrique à Lisbonne. Je me réjouis qu’il ait pu se tenir en décembre dernier. La France soutient cet engagement européen accru en Afrique.

Mais cette relation nouvelle ne rend pas obsolètes les liens spécifiques entre la France et l’Afrique.

Au-delà de la relation entre Etats, ces liens s’établissent aussi entre parlementaires, collectivités locales, syndicats, associations, universitaires ou opérateurs économiques.

Ces liens sont forts et me conduisent aussi à souhaiter la poursuite des Sommets Afrique-France. Certes, j’entends bien les critiques. Ces rencontres ont débuté en 1973, mais elles n’ont pas vocation à être une simple perpétuation du passé. Il y aurait un paradoxe à les abandonner, au moment même où leur modèle est copié par de nombreux autres pays.

Pour autant, il est nécessaire de les adapter quant à leur finalité et à leur déroulement.

Il est nécessaire d’en changer les méthodes et les objectifs. Leur préparation mériterait plus de concertation ; les débats gagneraient à être structurés différemment ; il y a lieu d’ajuster leur périodicité à celle d’autres rencontres, dans le cadre de l’Union Européenne ou de l’Organisation Internationale de la Francophonie. On peut songer enfin à leur conférer un caractère plus concret, tirer des bilans ou formuler des orientations.

Je propose que la prochaine réunion ministérielle de suivi qui précèdera le prochain Sommet déjà prévu au Caire en 2009 soit l’occasion de se prononcer en commun sur de nouvelles modalités.

Alors que débute le XXIème siècle, notre génération porte la lourde responsabilité de lui éviter les drames qu’a connus le précédent. Le message d’humanité et de réconciliation venu d’Afrique du Sud doit nous guider.

Dans mon bureau, il y a une photo de Nelson Mandela qu’il m’a offerte lorsqu’il est venu à Paris l’année dernière. Quand je regarde ce visage qui pour le monde entier est devenu celui du pardon, je pense toujours à deux choses qu’il a dites.

La première, c’était pendant la campagne de 1994. Ils disait à ceux pour la dignité desquels il s’était tant battu : « Si vous voulez vivre mieux, vous devez travailler dur. Nous ne pouvons le faire à votre place ; vous devez le faire vous-mêmes. »

La deuxième, c’est ce passage magnifique à la fin de ses mémoires, quand il dit : « Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de son passé, ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, on peut leur enseigner aussi à aimer. »

Votre histoire nous enseigne que les hommes ne sont pleinement humains que par et grâce à d’autres hommes. Votre pays en fait tous les jours la démonstration en faisant coexister les descendants des esclaves et ceux des maîtres ; les descendants des fermiers venus d’Angleterre, des Pays-Bas ou de France et ceux des conquérants zoulous et des guerriers khossas ; les descendants des métayers venus du Gujarat et ceux des mineurs venus de toute l’Afrique Australe.

Votre histoire démontre que les valeurs de votre révolution, comme celles de la Révolution Française, peuvent toujours permettre de transformer le monde. Ensemble, nous croyons à l’égalité des droits et à l’égalité des dignités.

Il nous dit que le monde, pour réussir, a besoin de l’Afrique et de sa voix, d’une Afrique debout, vivante et libre.

Vive l’Afrique du Sud,

Vive la France.

Publié dans AFRIQUE de SARKOZY | Pas de Commentaire »

Comprendre la dette odieuse ( Documents Word et PDF à consulter , d’urgence ! )

Posté par issopha le 28 février 2008

 

Comprendre la dette odieuse 

 Cliquer sur les documents WORD et  PDF ci-dessous pour plus d’infos sur la « Dette odieuse «  

Comprendre la dette odieuse ( Documents Word et PDF à consulter , d'urgence ! ) dans LE NOUVEL ORDRE MONDIAL doc comprendreladetteodieuse.doc

pdf dans PARFUMS DE SCANDALES detteodieuse1.pdf

pdf dans POLITIQUE ET BUSINESS biens mal acquis .doc travail ccfd 26 mars 2007.pdf  ( Biens mal acquis profitent trop souvent…)

LA DETTE ODIEUSE

  

1/ La dette des pays du Sud


- La dette : histoire d’une crise
- Illégitimité de la dette

2/ La dette odieuse, qu’est-ce que c’est ?


- Une doctrine de droit
- 3 critères pour définir la dette odieuse
- Une dette de dictateurs
- Combien représente la dette odieuse ?

3/ Peut-on annuler les dettes odieuses ?


- Des pays montrent l’exemple
- La jurisprudence
- Qui doit payer la dette odieuse ?

4/ Pourquoi faut-il annuler les dettes odieuses ?


- Abroger la double peine
- Reconnaître la responsabilité des créanciers
- Prévenir de nouveaux prêts odieux
 

La dette des pays du Sud 

La dette : histoire d’une crise 

Les pays du Sud s’endettent dans les années 60-70 pour financer leur développement. Le contexte économique et politique international y est favorable. D’une part la guerre froide pousse les blocs occidentaux et soviétiques à « acheter » le soutien des pays du Sud en leur prêtant massivement de l’argent, quitte à financer des régimes despotiques dans certains pays. D’autre part, après le choc pétrolier de 1973, les banques occidentales regorgent de « pétrodollars » et proposent des taux d’intérêt particulièrement bas. Entre 1970 et 1980, la dette des pays en développement est multipliée par 12.  

Mais à la fin des années 70, l’augmentation brutale des taux d’intérêts mondiaux et la chute du prix des matières premières plongent les pays du Sud dans une situation économique intenable.

Le 1er facteur augmente considérablement le coût des emprunts contractés ;

le 2ème diminue les recettes qu’ils peuvent consacrer au remboursement.

C’est le début d’une spirale infernale pour ces pays, contraints de contracter de nouveaux prêts pour rembourser les premiers. Ce phénomène aboutit en 1982 à l’annonce par le Mexique de sa situation de cessation de paiement. De nombreux pays suivront. Les plans drastiques imposés par le FMI et
la Banque mondiale provoqueront une crise sociale, sans pour autant résoudre la crise financière. En 1999 puis 2005, les pays du G8 promettent d’effacer la dette des pays les plus pauvres. A ce jour, seule une vingtaine de pays sont concernés. Environ 4% de la dette extérieure publique des pays en développement a été effacé. 
 

Illégitimité de la dette 

Seule une faible part des prêts accordés aux pays du Sud a bénéficié aux populations. La majorité a servi à renforcer des régimes despotiques et corrompus ou à financer des projets inadaptés et surfacturés. Par exemple la centrale nucléaire de Bataan aux Philippines, qui est à l’origine de la plus importante dette du pays. Achevée en 1984, pour un coût de 2,3 milliards $, elle n’a jamais été mise en service car elle a été construite sur une faille géologique au pied d’un volcan. Les créanciers continuent tous de percevoir le remboursement des Philippines. 

La notion d’illégitimité constitue une appréciation morale ou politique : elle n’a pas de définition en droit. Elle a été utilisée cependant en 2000, par la cour fédérale argentine pour qualifier la dette contractée par le régime dictatorial de 1976 à 1983. Plus récemment, le gouvernement norvégien l’a utilisé pour renoncer au remboursement de certaines de ses créances. On peut définir une dette illégitime comme contraire à la loi ou à la politique publique, injuste, inadaptée ou abusive. 

La dette odieuse, qu’est-ce que c’est ?  

Une doctrine de droit 

La dette odieuse est une doctrine de droit, théorisée en 1927 par Alexander Sack, ancien ministre russe de Nicolas II et professeur de droit à Paris. Selon lui, « si un pouvoir despotique contracte une dette non pas pour les besoins et dans les intérêts de l’Etat, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, etc., cette dette est odieuse pour la population de l’Etat entier. Cette dette n’est pas obligatoire pour la nation ; c’est une dette de régime, dette personnelle du pouvoir qui l’a contractée, par conséquent elle tombe avec la chute de ce pouvoir. » 

Cette doctrine cherche à formaliser la responsabilité des créanciers. Si ceux-ci connaissent les desseins de l’emprunteur, ils commettent « un acte hostile à l’égard du peuple » et s’exposent eux-mêmes au risque de non-remboursement si le régime est déchu. Ils ne peuvent donc réclamer leur dû. Certains préfèrent parler de « prêts odieux » plutôt que de « dette odieuse » pour insister sur la responsabilité des créanciers. 

3 critères pour définir une dette odieuse  

De nombreux auteurs ont cherché à rendre la doctrine de la dette odieuse opérationnelle au niveau juridique. La forme la plus aboutie définit une dette odieuse par la concordance de trois critères : 

> Absence de consentement : la dette a été contractée contre la volonté du peuple. 

> Absence de bénéfice : les fonds ont été dépensés de façon contraire aux intérêts de la population. 

> Connaissance des intentions de l’emprunteur par les créanciers. 

Si l’un des critères n’est pas respecté, on ne peut pas parler de dette odieuse. Il en est ainsi d’une dette utilisée par un despote pour construire des hôpitaux ou de créances détournées par un régime démocratique. On pourra débattre de leur caractère illégitime, mais non les définir comme odieuses.  

Une dette de dictateurs 

Les dettes odieuses sont généralement associées à des régimes dictatoriaux comme celui de Gnassingbé Eyadema au Togo, de Ferdinand Marcos aux Philippines, du régime de l’apartheid en Afrique du Sud, des juntes en Amérique latine ou encore de Saddam Hussein en Irak. Ces régimes liberticides ont tous contracté des dettes colossales auprès de pays et institutions internationales avertis, à des fins éloignées de l’intérêt de leur population. La doctrine de la dette odieuse aurait ainsi pu servir de fondement au Rwanda pour répudier la dette extérieure contractée par le régime responsable du génocide de 1994. 

Combien représente la dette odieuse ? 

Le montant de la dette odieuse est, par essence, malaisé à estimer. On se fie donc généralement à la dette contractée par des régimes dictatoriaux. Celle-ci est estimée entre 500 et 800 milliards $, soit 20 à 30 % de la dette totale des pays du Sud. La vente d’armes représente une part importante de ces dettes odieuses. Dans les années 80, les achats d’armes représentaient 15 à 20 % de la dette globale des pays du Sud.
La France figure, à cette période, parmi les principaux fournisseurs. Les avoirs détenus à l’étranger par les dictateurs du Sud, eux, sont estimés entre 100 et 180 milliards $ (cf.
l’étude du CCFD).    

Dette attribuable à quelques dictateurs (en milliards $) 

Indonésie   Suharto  126 
Brésil   Junte  100 
Argentine   Junte  65 
Philippines  Marcos  40 
Syrie    Assad  22  
Afrique du Sud   Apartheid   22  
Pakistan  Junte   14  
Soudan   Nimery/al-Mahdi   17  
Thaïlande    Junte   14  
Nigeria     Buhari/Abacha   14  
Chili         Pinochet   13  
Zaïre/ RDCongo  Mobutu   13  
Algérie           Junte   5  
Iran        Shah   5  
Kenya  Moi  4 
Ethiopie   Mengistu   4  
Bolivie    Junte   3  
Somalie    Siad Barre   2  
Paraguay     Stroessner   2  
Malawi  Banda   2  
Salvador   Junte   1  
Libéria  Doe   1  
Haïti  Duvalier   1  

Peut-on annuler les dettes odieuses ? 

Des pays montrent l’exemple 

La doctrine de la dette odieuse introduit une exception au principe de succession d’Etat, selon lequel tout gouvernement est légalement tenu de payer la dette héritée du gouvernement précédent. Mais plusieurs régimes, dont certaines puissances occidentales, ont déjà refusé d’honorer les engagements financiers de leurs prédécesseurs, invoquant le caractère odieux de la dette.   C’est le cas de la France qui, en 1878, a refusé d’assumer la dette de Madagascar après avoir annexé la Grande Ile. C’est également le cas des Etats-Unis et de Cuba deux décennies plus tard. En 1897, soutenant le peuple cubain et soucieux de leurs propres intérêts, les Etats-Unis entrent en guerre contre la couronne hispanique et obtiennent la souveraineté de l’île. L’Espagne, déchue, leur réclama le paiement des créances qu’elle détenait sur le peuple cubain. Selon les Etats-Unis, cette dette, imposée par la force des armes, constituait l’un des motifs de la rébellion cubaine. Ils déclarèrent que les créanciers devaient assumer les risques qu’ils avaient pris, en utilisant ces créances pour asservir un peuple. Ni les Etats-Unis ni Cuba ne remboursèrent la dette. 

Plus récemment, le cas de l’Irak a ravivé la rhétorique de la dette odieuse. Pressés de rendre solvable la nouvelle autorité irakienne pour financer la reconstruction, les Etats-Unis demandent l‘annulation totale de la dette irakienne. Selon le Secrétaire américain au Trésor John Snow, « le peuple irakien ne doit pas être accablé par des dettes contractées par le régime du dictateur déchu ». Puis, craignant de créer un précédent, ils obtiennent des principaux créanciers, en novembre 2004, une annulation de 80 % de la dette irakienne sans référence à son caractère odieux.  

En octobre 2006, c’est la Norvège qui a créé un précédent historique en annulant 65 millions d’euros de créances, qu’elle a reconnues comme illégitimes, envers 5 pays (Egypte, Equateur, Jamaïque, Pérou et Sierra Leone). Depuis, la Norvège a saisi la CNUCED (organe de l’ONU) et la Banque mondiale pour affiner le concept de dette odieuse et inciter d’autres prêteurs à assumer leurs responsabilités. 

La jurisprudence 

D’un point de vue strictement juridique, l’affaire entre le Costa Rica et la Grande-Bretagne constitue le principal élément de jurisprudence. En 1922, le Costa Rica dénonça la dette accumulée par le dictateur Tinoco (1917-1919).
La Grande-Bretagne accusa l’Etat costaricain de rompre ses engagements envers la banque britannique Royal Bank of Canada. Le président de
la Cour suprême américaine rejeta la prétention britannique, mettant en cause sa bonne foi et arguant qu’elle aurait dû « démontrer qu’elle a fourni l’argent au gouvernement pour un usage véritablement légitime. » 
 

Plus récemment, la sentence, prononcée par la Cour pénale de Buenos Aires en 2000 est également un élément de jurisprudence important. Au terme d’un processus d’audit judiciaire, la légitimité de la dette argentine est mise en cause. La Cour condamne fermement la dictature argentine et ses créanciers, dont les banques privées et le Fonds monétaire international. 

Cependant aujourd’hui, la doctrine de la dette odieuse n’est pas opposable aux créanciers : une doctrine n’ayant pas valeur de loi. Elle n’est qu’une source subsidiaire du droit. Cependant, les différents pays ayant invoqué avec succès la doctrine et les arbitrages qui ont été adoptés pourraient en faire une base pour la pratique du droit.    

Qui doit payer la dette odieuse ? 

Deux interprétations sont possibles. Si le contrat est jugé nul et non avenu, le poids de la dette retombe alors sur le créancier ; si on estime que le contrat ne lie pas le créancier à l’Etat mais au régime déchu, il appartient aux anciens dirigeants d’honorer ces dettes à titre privé.   Pour les créanciers, s’attaquer à la fortune amassée dans les pays occidentaux par les clans Mobutu (environ 6 milliards $), Marcos (10 milliards $) ou Suharto (environ 25 milliards $) ne serait pas un vain exercice. Non seulement la restitution de ces biens mal acquis représente un enjeu financier important, mais elle enverrait un signe très fort contre l’impunité. Mais la question se pose pour les entreprises et individus des pays du Nord qui ont bénéficié en connaissance de cause de ces créances odieuses. Dans les cas fréquents de prêts à des régimes autoritaires, destinés à promouvoir les exportations du pays prêteur ou pour des projets somptuaires accompagnés de généreux pots-de-vin et de rétro-commissions, les contribuables sont en droit de protester contre l’utilisation faite de l’argent public et de réclamer que les bénéficiaires complices de tels montages paient le prix de leurs forfaits.  

Pourquoi faut-il annuler les dettes odieuses ? 

Abroger la double peine des populations 

Il n’est pas acceptable de faire payer à des populations le prix de leur oppression. Ces populations ont subi la répression de régimes despotiques ; elles assument aujourd’hui le remboursement d’une dette, accumulée par ces derniers. Tout en étant les premières victimes des conditionnalités économiques drastiques imposées par le Fonds monétaire international, en contrepartie d’annulations ponctuelles de dettes. Il s’agit de rendre justice à des peuples qui héritent aujourd’hui de contrats d’endettement illégitimes ou illégaux. 

Reconnaître la responsabilité des créanciers 

Les créanciers portent une lourde responsabilité dans l’accumulation des dettes odieuses. Les pays occidentaux ont soutenu des régimes qu’ils savaient liberticides, liant leur soutien politique et financier à de juteux contrats commerciaux et au ralliement politique de ces pays. A travers l’annulation des dettes odieuses, il s’agit pour les pays riches d’en admettre le caractère illégitime, de reconnaître leur responsabilité et d’assumer le coût de leur politique passée. 

Prévenir de nouveaux  prêts odieux 

L’annulation des dettes  odieuses devrait jouer en faveur d’un meilleur discernement de la part des Etats et des organismes créditeurs dans l’octroi de nouveaux prêts, les encourageant à des pratiques responsables et transparentes. Elle permettrait de mettre un terme au système actuel qui garantit l’absence de risque pour les prêteurs, ces derniers étant assurés de recouvrer leurs créances,  aussi scandaleuses et illégitimes soient-elles. Les créanciers ne s’engageront pas à octroyer des prêts dont ils savent qu’ils ne seront pas remboursés. 

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Riggs Bank, blanchisseuse des dictateurs

Posté par issopha le 28 février 2008

Politik

Riggs Bank, blanchisseuse des dictateurs

  

Le réseau financier secret des banques américainesRiggs Bank, blanchisseuse des dictateursSi les Etats-Unis sont les premiers à dénoncer la corruption et l’argent sale quand ils veulent clouer au pilori un gouvernement qui ne leur plaît pas, ils restent très discrets quand il s’agit d’un pouvoir ami ou d’un Etat assurant leur approvisionnement énergétique. C’est ainsi que la banque américaine Riggs a pu, pendant des décennies, couvrir les détournements de fonds du général Augusto Pinochet au Chili ou du dictateur Teodoro Obiang Nguema en Guinée-Equatoriale.

Alors qu’il était au pouvoir entre 1973 et 1990, le dictateur chilien Augusto Pinochet s’était constitué une belle pelote pour ses vieux jours. Mais, finalement, ce sont des enquêteurs américains, chiliens et espagnols qui, désormais, en tirent les fils. Et l’ampleur de leurs découvertes ne manque pas d’étonner.

Le 16 mars 2005, deux sénateurs américains, le démocrate Carl Levin et le républicain Norm Coleman, ont présenté les résultats de leurs dernières investigations sur le blanchiment d’argent sale (1). Ils ont mis au jour un véritable « réseau financier secret » comprenant pas moins de 125 comptes bancaires dans divers établissements aux Etats-Unis et à l’étranger, au profit de l’ex-président chilien et de membres de sa famille. A elle seule, la Riggs Bank a géré près du quart des comptes de M. Pinochet. Bien que de taille moyenne, l’établissement financier « préféré des ambassades » de Washington se vantait, il y a peu encore, d’être « la banque la plus importante de la ville la plus importante du monde (2) ».

Grâce au savoir-faire et au dévouement de cette vénérable institution, un système financier complexe et illégal a été échafaudé en faveur de l’ex-caudillo, avec la complicité de banques de diverses nationalités : les américaines Citigroup et Bank of America, la britannique HSBC, la Banco de Chile, l’espagnole Banco Santander… Dans ses conclusions, le document sénatorial n’exclut pas l’existence d’autres comptes. Si les enquêteurs ne sont toujours pas parvenus à chiffrer la somme exacte accumulée pendant des années, leur estimation actuelle avoisine les 13 millions de dollars. En fait, explique M. Levin, « de nouvelles informations démontrent que le réseau financier de Pinochet aux Etats-Unis était bien plus développé, durait depuis plus longtemps et impliquait davantage d’établissements bancaires que ce que nous avions découvert précédemment (3) ».

Le précédent rapport du Sénat américain, datant de juillet 2004, ne mentionnait qu’une somme de 4 à 8 millions de dollars déposés, entre 1994 et 2002, sur neuf comptes de la Riggs (4). Il apparaissait déjà clairement que les divers revenus de M. Pinochet – ceux de général, de président de la République ou encore de sénateur à vie… – ne suffisaient pas à justifier de tels dépôts. Or, comme le précisera alors M. Levin, la banque « n’a averti ni la police ni la justice de leur existence (5) », alors que la loi des Etats-Unis l’y obligeait. Bien plus qu’une simple omission, l’implication active de la Riggs dans la gestion frauduleuse de ces fonds douteux était, de fait, accablante.

En effet, au cours de différents contrôles, la banque avait toujours refusé de révéler l’identité du titulaire, affirmant qu’il s’agissait d’un « professionnel en retraite réussie ». Alors que, entre octobre 1998 et mars 2000, l’ancien dictateur était retenu à Londres à la demande de la justice espagnole, qui instruisait contre lui des plaintes pour « génocide, tortures et disparitions », et alors que, selon le rapport du Sénat américain, « une cour avait ordonné de geler ses comptes bancaires, Riggs l’avait tranquillement aidé à transférer des fonds de Londres aux Etats-Unis ». Le transfert, effectué en 1999, portait sur la somme de 1,6 million de dollars. Lorsque la presse britannique avait évoqué les avoirs financiers de l’ancien dictateur, la banque avait aussitôt modifié le nom du titulaire ainsi que celui de sa femme, espérant brouiller les pistes.

La première enquête sénatoriale est tout de même parvenue à dévoiler l’existence de deux sociétés écrans, Ashburton Company Ltd. et Ashburton Trusty Althrop Investment Co. Ltd., montées de toutes pièces par la Riggs au bénéfice de M. Pinochet. Des cadres de l’établissement bancaire s’étaient obligeamment proposés comme prête-noms. Les deux sociétés ne possédaient ni bureaux ni employés. En revanche, ces coquilles vides étaient titulaires de comptes aux Bahamas, bien connues des amateurs de paradis fiscaux.

La seconde enquête sénatoriale affine la connaissance de ce réseau financier. Entre-temps, il est vrai, la Riggs avait fait preuve d’un plus grand esprit de coopération. Mais, cernée de toutes parts par les recherches, celles du Sénat, celles du Trésor américain et enfin celles de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse, la banque avait-elle vraiment le choix ? Cette coopération ne fut pas sans limites. L’établissement continua de fermer certains comptes sans avertir les autorités de la nature frauduleuse des capitaux concernés. Si bien que les agents américains échouèrent à en retracer les mouvements, comme le déplora M. Levin le 16 mars 2005 (6).

L’équipe sénatoriale est tout de même parvenue à établir que M. Pinochet avait eu recours à pas moins de dix fausses identités, ainsi qu’à des passeports diplomatiques falsifiés pour ouvrir des comptes. Au travers de la correspondance saisie, la commission sénatoriale a donné un aperçu du degré d’intimité qui avait fini par s’instaurer entre l’ancien dictateur et les plus hauts responsables de la banque, dont le PDG, M.Joe L. Allbritton (voir « Mon cher général Pinochet… »).
Liquidation précipitée

Voyant l’étau judiciaire se resserrer, les banquiers ont préféré un accord amiable avec la justice à un procès retentissant qui aurait ruiné la réputation d’une institution se targuant d’avoir, en cent soixante-neuf ans d’existence, « tenu les comptes de nombreux présidents américains ». Lorsque, en janvier 2005, le procureur fédéral du district de Columbia, M. Kenneth Wainstein, annonça le compromis, il se montra aussi sévère que le sénateur Carl Levin : « En dépit des multiples avertissements des contrôleurs, la Riggs a démarché des clients qui faisaient courir des risques élevés de blanchiment d’argent sale et les a aidés à protéger leurs opérations financières de tout examen détaillé. Ce comportement prolongé et systématique ne relevait pas seulement de la simple négligence aveugle ; c’était une violation criminelle des lois bancaires qui protègent notre système financier de son exploitation par les terroristes, les narcotrafiquants et autres criminels (7). » Les dirigeants de la Riggs ont donc accepté de plaider coupable, de soumettre leur établissement à une mise à l’épreuve de cinq ans, et de payer une amende de 16 millions de dollars.

L’addition peut paraître salée. Mais la banque y trouve son compte. D’abord, elle n’a plaidé coupable que pour un seul chef d’inculpation, celui de n’avoir pas informé dans les délais prévus les autorités de l’origine douteuse de certains fonds alimentant ses comptes. Ce qui la classe comme établissement fautif de simple négligence, et lui permet de sauver la face alors qu’elle a joué un rôle de premier plan dans les turpitudes financières de quelques-uns de ses clients.

Pour ce qui est de la mise à l’épreuve de cinq ans, la banque en est finalement dispensée. En effet, une clause de l’accord précisait que, en cas de rachat, la mesure serait levée. Or la Riggs a été vendue à la banque PNC Financial Services, vente négociée en juillet 2004 et devenue effective le 13 mai 2005. Dans le protocole de vente, l’établissement de Pittsburgh s’engageait à débourser 779 millions de dollars pour l’acquisition de sa consœur (8)… Fair Finance Watch (FFW), qui milite contre le blanchiment d’argent sale, a condamné cette « liquidation » précipitée (9). L’accord amiable présentait un double avantage pour la Riggs : mettre un terme à l’enquête ouverte pour blanchiment présumé d’argent et, surtout, prémunir la banque et ses filiales contre toute nouvelle accusation pour leurs activités internationales avec les ambassades ou leurs clients privés.

Enfin, en ce qui concerne l’amende de 16 millions de dollars, on ne peut s’empêcher de relever que c’est avec l’argent sale que la banque s’est blanchie. A-t-on jamais vu un cambrioleur s’acheter une nouvelle virginité pénale avec le butin de ses vols ? Quant au général Pinochet, il espérait disposer de l’argent déposé à la Riggs pour régler ses 5 millions de dollars d’arriérés fiscaux et amendes (10). Mais, en dépit des démarches de son avocat auprès du Trésor chilien, les autorités ont refusé de lever le gel de ses avoirs, propriétés comprises, ordonné en novembre 2004 par le juge Sergio Muñoz.

Trois semaines seulement après l’accord amiable avec la justice américaine, on apprenait que la Riggs avait également accepté une transaction avec les autorités judiciaires espagnoles (11) : elle avait payé 9 millions de dollars, reconnaissant avoir transféré 1,6 million de dollars illégalement, alors qu’un gel des avoirs financiers de l’ancien dictateur avait été ordonné. En contrepartie, Madrid s’était engagé à éteindre l’action judiciaire contre la banque et ses dirigeants. Les indemnités seront versées sur un compte administré par la Fondation Salvador-Allende, celle-là même qui, par le dépôt de ses plaintes pour génocide, avait permis l’arrestation du général Pinochet, alors en visite privée à Londres. Un million de dollars servira à couvrir les frais judiciaires, 8 millions seront destinés aux victimes de la dictature chilienne (12).

Le jour même où la transaction avec la justice espagnole était rendue publique, une indiscrétion révélait que la douzaine de hauts dirigeants de la banque s’étaient octroyé plus de 15 millions de dollars de « parachutes en or », un montant supérieur aux indemnités négociées pour les dizaines de milliers de victimes chiliennes (13).

M. Pinochet n’est pas le seul dictateur à avoir bénéficié des compétences de la Riggs. Le dictateur Teodoro Obiang Nguema, qui dirige la Guinée-Equatoriale d’une poigne de fer, y a déposé jusqu’à 700 millions de dollars. Ce qui fait de ce despote africain le premier client de la banque. Depuis son accession à l’indépendance, en 1968, la Guinée-Equatoriale n’a connu que la terreur, d’abord sous la férule de Macías Nguema, puis sous celle de son neveu, M. Obiang Nguema, qui, en 1979, à la faveur d’une révolution de palais, a renversé son oncle et l’a fait passer par les armes.

Le nouveau maître prit possession d’un pays qui, à la fin des années 1970, était l’un des plus pauvres du monde. Cela n’empêcha nullement M. Obiang Nguema et sa famille de s’emparer des meilleures exploitations agricoles, de prélever une dîme sur à peu près tout ce que la nation parvenait encore à produire. Le tyran fit de cet Etat confetti, aujourd’hui peuplé d’un peu plus de 500 000 âmes, sa propriété personnelle.

Au début des années 1990, les prospections pétrolifères conduites par des firmes américaines se révélèrent fructueuses. En quelques années, la Guinée-Equatoriale se hissa au troisième rang des producteurs subsahariens de pétrole, derrière l’Angola et le Nigeria, devant le Gabon et le Congo. Mais le pétrole ne métamorphosa pas pour autant le régime, ni le sort de la population. Sur le papier, par tête d’habitant, c’est l’un des pays les plus riches du continent. Dans la réalité, c’est l’un des plus misérables.

En 1992, la firme Walter International Inc. produisait les premiers barils de pétrole. Aujourd’hui encore, les compagnies américaines – ExxonMobil, Amerada Hess, Marathon Oil (14)… – conservent le monopole de la production équato-guinéenne. Selon le journaliste Peter Maass, ce pays « ressemble parfois à une caricature de kleptocratie pétrolière (15) ». Alors que les revenus du pétrole augmentent de manière exponentielle (3 millions de dollars en 1993, 210 millions en 2000, 700 millions en 2003) (16), 65 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour. Et tandis que les pétrodollars coulent à flots, l’eau courante manque toujours, de même que l’électricité. Ce n’est pas la richesse de la nation qui augmente, mais le pillage par le clan au pouvoir. Comme le reste de la production, la rente pétrolière est massivement détournée par le satrape et sa famille, avec la complicité active d’entreprises américaines et… de la Riggs Bank.

En 1995, la Riggs ouvrait un compte pour l’ambassade de Guinée-Equatoriale à Washington, le premier d’une longue série. Le rapport sénatorial américain fait apparaître que, entre 1995 et 2004, l’établissement a géré « plus de 60 comptes bancaires pour le gouvernement de Guinée-Equatoriale, ses membres et leurs familles (…) en fermant les yeux sur des indices laissant penser qu’ participait à des opérations de corruption (17) ».
Une petite partie du scandale

Les treize millions de dollars de M. Pinochet font quelque peu amateur comparés aux 700 millions de M. Nguema. Et pour cause : il y a confusion entre les revenus nationaux et les finances personnelles du dictateur. En Guinée-Equatoriale, une entreprise étrangère ne peut pas s’établir sans ouvrir son capital à des partenaires locaux, forcément issus du clan gouvernemental. Ce qui n’était qu’une pratique courante a été officialisé en 2004 par un décret présidentiel qui, pour le secteur pétrolier, impose une ouverture du capital à hauteur de 35 %.

Concernant la rente pétrolière, les compagnies américaines versent directement les revenus sur les comptes de la Riggs à Washington. Et quel que soit le compte officiel ouvert au nom de l’Etat de Guinée-Equatoriale, les signatures sont celles du président ou d’un membre de sa famille. L’enquête sénatoriale est parvenue à identifier quelques-uns de ces mouvements de capitaux. Florilège d’un bréviaire de la corruption : « Plus de 35 millions de dollars ont été versés par les compagnies pétrolières, virés à deux sociétés établies dans des paradis fiscaux, à partir d’un compte sur lequel le président Obiang, son fils, ministre des mines, et son neveu, secrétaire d’Etat au Trésor, avaient la signature. » [Riggs] « a permis entre 2000 et 2002 des dépôts d’argent liquide d’un montant total de près de 13 millions de dollars sur des comptes contrôlés par le président et son épouse. » La banque a accordé au couple présidentiel « des prêts pour l’achat d’un avion, de résidences de luxe aux Etats-Unis notamment ».

Lors de la présentation du rapport de juillet 2004, le sénateur Levin a souligné le peu d’empressement de la banque à coopérer. Il a ainsi expliqué qu’un responsable de l’établissement avait, lors de son audition, refusé de répondre aux questions. M. Simon Kareri, chargé des comptes équato-guinéens à la Riggs, aurait pourtant eu beaucoup à raconter. Selon le rapport, par deux fois au moins, ce haut cadre avait pris livraison, à l’ambassade à Washington, de valises « contenant 3 millions de dollars en coupures pour les déposer sur des comptes du président équato-guinéen ».

La Riggs s’est mise au service de M. Nguema à un moment où le dictateur avait été placé au ban de la communauté internationale. Pourtant, des organisations comme Amnesty International dénonçaient le recours systématique à la torture ; l’Observatoire géopolitique des drogues considérait la Guinée-Equatoriale comme « une des plaques tournantes du trafic de cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe »… Au point que tous les pays occidentaux, à l’exception notable de la France, avaient fermé leurs ambassades.

Ironie de l’histoire, la Riggs doit rompre avec le dictateur au moment où celui-ci est courtisé comme jamais par les chancelleries occidentales. Après les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont décidé de réduire leur dépendance pétrolière vis-à-vis du Proche-Orient et d’augmenter leurs importations de brut en provenance d’Afrique de l’Ouest. Dès lors, le golfe de Guinée est considéré comme une zone d’« intérêt vital » pour la politique américaine. Hier encore pestiférée, la Guinée-Equatoriale devient fréquentable par la grâce de ses prometteuses réserves de pétrole. Au cours de l’année 2002, le président Bush a rencontré à plusieurs reprises, à Washington, des chefs d’Etat africains pour discuter avec eux de la sécurité militaire et énergétique. Parmi ses interlocuteurs, M. Nguema. Huit ans après sa fermeture, l’ambassade des Etats-Unis fut rouverte à Malabo, la capitale. Les uns après les autres, les pays occidentaux ont emboîté le pas à Washington.

Après avoir menacé de poursuivre la presse internationale pour « ses commentaires tendancieux (18) », le président Nguema a fermé tous ses comptes à la Riggs. D’autres banques se sont aussitôt mises sur les rangs, notamment l’espagnole Banco Santander ou la britannique HSBC, deux établissements déjà cités dans l’affaire du dictateur chilien.

D’une certaine manière, MM. Nguema et Pinochet sont des « victimes collatérales » des attaques du 11-Septembre. Leurs fonds prospéraient en silence, quand la commission des affaires gouvernementales du Sénat décida d’enquêter sur le financement des organisations terroristes. L’Arabie saoudite se retrouva alors sur la sellette, au travers d’organisations caritatives et de personnalités telles que la princesse Haïfa Al-Fayçal, épouse du prince Bandar, ex-ambassadeur saoudien aux Etats-Unis (19). Les recherches conduisirent tout naturellement à la banque des diplomates. C’est en menant leurs investigations sur les 150 comptes saoudiens de la Riggs que les enquêteurs découvrirent des mouvements de capitaux frauduleux concernant d’autres clients. Le 14 mai 2004, les autorités américaines condamnaient l’honorable institution à payer une amende de 25 millions de dollars pour avoir violé la loi, de façon « délibérée et systématique (20) », comme l’affirmaient les contrôleurs fédéraux.

Les rapports officiels n’ont fait pour l’instant émerger qu’une partie de l’iceberg. De semblables recherches pourraient être menées à propos des comptes du président défunt du Togo, M. Gnassingbé Eyadéma, mais aussi de comptes en provenance du Mozambique ou du Bénin…

Les dirigeants de la banque eux-mêmes mériteraient une enquête, si l’on en croit la presse américaine. Depuis le début des années 1980, la Riggs est détenue majoritairement par son PDG, M. Joe L. Allbritton, ancien homme d’affaires de Houston et grand ami de la famille Bush. En 1997, la Riggs a d’ailleurs acheté, pour 5,5 millions de dollars, la petite société d’investissement fondée par M. Jonathan Bush, l’oncle de l’actuel président. Devenu l’un des hauts responsables de la banque, Jonathan a participé très généreusement au financement de la campagne présidentielle de son neveu. M. Allbritton, lui, se contente de figurer parmi les bailleurs de fonds de la Fondation du président George Bush.
Alain Astaud.

 

 

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UNE NEO-COLONIE NOMMEE GABON. GOUVERNEUR : OMAR BONGO

Confidentiel

Posté par: samemous

Publiée le : 6/7/2007 0:30:00

 

UNE NEO-COLONIE NOMMEE GABON. GOUVERNEUR : OMAR BONGO

 

« Omar Bongo.est pour moi un ami de longue date et qui a témoigné de sa fidélité à nos idéaux

communs et à notre engagement commun pour une certaine idée franco-africaine. » Jacques Chirac,

allocution à Libreville le 22 juillet 1995.

« Les flots d’argent qui se déversaient dans les sables d’une Afrique nominalement indépendante,

loin d’assécher l’ancienne métropole, l’irriguaient, voire arrosaient du  »beau monde ». Une bonne

partie des quartiers chics de Paris vivaient alors sur le miracle des liquidités repartant parfois

souterrainement, aux sources.Pour les happy fews, le taux de retour de l’aide au développement

 »tartinée » sur la rente, déjà bien onctueuse, du pétrole et des produits tropicaux, était mirifique. A la

limite de l’écoeurement.» (Antoine Glaser et Stephen Smith, L’Afrique sans Africains, Ed. Stock,

1994).

Omar Bongo Odimba qui dirige le Gabon sans partage depuis décembre 1967, ne s’est pas fait

prier pour changer la constitution en 2003. Ce qui lui confère désormais la possibilité de diriger ce

pays pendant de longues années encore, au grand dam de l’écrasante majorité des Gabonais plutôt

« fatigués de la même personne depuis quarante ans ».[6]

Omar Bongo en 7 dates, 30 décembre 1935 : Naissance officielle à Lewaï, Haut-Ogooué ; 1952 :

Certificat d’études à Brazza ; 1953 : Jeunesses SFIO ; 1958 : Service de renseignement de l’armée ;

1959 : Le Gabon demande à devenir un département français ; 1966 : Vice-président du Gabon aux

côtés de Léon M’ba ; 1967 : Il devient président de la République du Gabon.

Pour un peu plus d’un million d’habitants, le Gabon dispose de richesses exceptionnelles :

pétrole, uranium, bois, manganèse, lithium… Dès la pseudo-indépendance du 17 août 1960, la

France signe des accords de coopération qui laissent à Paris le droit de s’accaparer les richesses

minières du Gabon. Léon M’Ba président vassal de la françafrique n’hésite pas à promouvoir un

article faisant du Gabon une véritable chasse gardée de la France, un réservoir français de matières

premières .

Article 5 :

« La République française est tenue informée des programmes et projets concernant l’exploitation

hors du territoire de la République Gabonaise des matières et produits stratégiques.

« En ce qui concerne les matières premières et produits, la République gabonaise réserve par

priorité leur vente aux Etats de la Communauté après satisfaction des besoins de sa consommation

intérieure et s’approvisionne par priorité auprès de ces Etats ». Affaires africaines, p.43, [7]

http://www.afriquevision.net/vision/htdocs 28/2/2008 7:25:44 – 1

En février 1964 Léon M’Ba est démis suite à un coup d’état. Mais le 19 février 1964, les

parachutistes français rétablissent par un putsch Léon M’Ba, le président déchu, dans ses fonctions.

Bongo est nommé aux affaires étrangères, puis au cabinet du président Léon Mba. Très vite Bongo

est dans les petits papiers du  »seigneur des néocolonies » françaises : Jacques Foccart, tandis que

le président-général Charles de Gaulle le décrit comme un « type valable ». A tel point que Jacques

Foccart, conseiller de Charles de Gaulle, songe à lui pour succéder à Mba, miné par un cancer. Voilà

comment, en1967, après le décès de Léon M’Ba, et suite à un bricolage constitutionnel, le «type

valable» de 32 ans devient le plus jeune chef d’Etat du monde. C’est d’ailleurs à Paris, dans

l’enceinte de l’ambassade du Gabon, que l’élu des Français prête serment.

Albert Bongo est une pure création néocoloniale mis en place à la tête du Gabon par Jacques

Foccart sous la bénédiction du général de Gaulle pour assurer le relai militaire français dans la

guerre du Biafra qui fera 1 à 2 millions de morts. Dès lors la France peut accélérer ses livraisons

d’armes au Biafra via Libreville avec le soutien d’Houphouët Boigny. Durant cette période comme le

souligne Pierre Péan dans son livre, Affaires Africaines, Albert-Bernard Bongo n’est qu’une

marionnette dépendant des services de Foccart. Si Albert Bongo vient à faire une déclaration

erronée concernant le Nigéria et la sécession Biafraise, celle-ci est aussitôt rectifiée par les services

du SDECE ou/et de Jacques Foccart (Affaires Africaines [7], p.81-82).

Par la suite Bongo ne cessera d’être réélu par la fraude électorale cautionnée par ses mentors de

la Françafrique et fera assassiner ses opposants politiques comme Germain M’Ba assassiné par Bob

Denard le 18 septembre 1971, selon Pierre Péan dans Affaires Africaines ([7]p.13). Le Gabon sera

considéré par Foccart et ses successeurs comme une plate-forme pétrolière, militaire et financière. «

Les troupes françaises au Gabon sont constituées des 600 hommes du 6ème BIMa (Bataillon

d’Infanterie de Marine, ex-coloniale) et d’une compagnie tournante de l’armée de l’Air. Créée par Bob

Maloubier la garde présidentielle est encadrée par des militaires français plu sou moins détachés,

tels les généraux Roland Meudec puis loulou Martin. Equipée de blindés légers, renforcée par des

éléments marocains, c’est la meilleure unité combattante du pays. Quant à la DGSE, elle dispose

bien évidemment d’un chaperon auprès du président local. » (Noir Silence, [8] p.197).

« Le Gabon a été une excroissance de la République dirigée conjointement par Jacques Foccart,

le parti gaulliste et Elf.En 1993,.le président Bongo s’est maintenu au pouvoir grâce à un  »coup d’état

électoral », opéré avec la bienveillante neutralité du gouvernement français ». (Pierre Péan, Audition

par la mission d’Information sur le rôle des compagnies pétrolières. Pétrole et éthique, rapport cité,

t.I, p.158-159. cité par F.X Verschave dans Noir Silence, p.198).

Selon l’ancien directeur de la DGSE Pierre Marion ([8], p.201), Omar Bongo après plus de trente

années de règne va devenir le plus ancien homme politique françafricain et influencer en retour la

politique française par de nombreux pots de vins et moyens de pression :

« Les subsides de Bongo servent à tout le monde lors des élections françaises et créent un sorte

de colonialisme à l’envers ».

Ainsi les partis politiques et les compagnies françaises telles que ELF s’enrichissaient sur le dos

du peuple gabonais dont les conditions de vie étaient de plus en plus dramatique. Selon le PNUD : «

On ne compte (au Gabon) que 19 médecins pour 100.000 habitants, l’espérance de vie n’est que de

52 ans, seulement 38% des enfants sont vaccinés contre la rougeolle-contre une moyenne de 79%

dans les pays en développement. Un enfant sur sept meurt avant l’âge de 5 ans.le rang du Gabon à

l’indicateur du développement humain (IDH) le fait reculer de 71 places par rapport à un classement

http://www.afriquevision.net/vision/htdocs 28/2/2008 7:25:44 – 2

seulement basé sur la production par habitant » (PNUD, 1999).

Les valises d’argent frais ont certes atterri au RPR et à l’UDF, mais aussi au PS. Et les amitiés

maçonniques ont fait le reste. Pour apaiser le courroux du bienfaiteur, outré par un brûlot de Pierre

Péan (2), la France rose lui dépêche tour à tour le défunt François de Grossouvre, Roland Dumas -

«mon ami intime» – puis le Premier ministre Pierre Mauroy. On promet même au roi des Batéké, reçu

avec faste l’année suivante, une centrale nucléaire. Il compte aujourd’hui parmi ses plus ardents

avocats l’ex-ministre Catherine Tasca ou Michel Rocard. Bongo puise dans une fortune colossale,

bâtie avec le concours d’Elf, de quoi huiler les rouages de son pouvoir .

A tous les coups il gagne. Réélu président, Omar Bongo peut compter sur la bienveillance d’une

France à qui il doit tout et qui lui doit tant.

On ne s’étonnera pas de voir Bongo Odimba, le facétieux, être réélu grâce au trucage des

élections made in France :

« Pour la Saint-Nicholas, on ressort la machine électorale made in France. La machine vote

massivement Bongo. Le miracle informatique, rodé en maints pays d’Afrique, multiplie à volonté les

électeurs et les votants, transforme une minorité en majorité, une défaite ou un ballottage en victoire.

Avec 4 chiffres significatifs : 66,55%. Bingo pour Bongo ! Pourquoi lésiner ?

http://www.afriquevision.net/vision/htdocs 28/2/2008 7:25:44 – 3

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Altermondialisme. Etat des lieux.Evolutions.Défis.Perspectives.

Posté par issopha le 28 février 2008

  

  

Altermondialisme

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.

Le mouvement altermondialiste, souvent raccourci en altermondialisme est un mouvement social composé d’acteurs très divers qui proposent pour l’essentiel un ensemble de valeurs « sociales » et soucieuses de l’environnement comme moteur de la mondialisation et du développement humain, en opposition à ce qu’ils analysent comme les « logiques économiques de la mondialisation néolibérale ».

Assez hétérogène, le mouvement se rassemble autour du slogan « Un autre monde est possible » ou plus récemment, « D’autres mondes sont possibles »[1], mais oscille entre un réformisme (par exemple à travers la revendication d’une Taxe Tobin[2] par ATTAC) et un « imaginaire de la rupture ».

Néanmoins, on distingue des prises de position et des revendications communes à de nombreuses organisations concernant :

Ces thèmes se retrouvent d’une part dans un certain nombre d’ouvrages, de films ou encore de médias[8], d’autre part dans des textes de diverses organisations du

mouvement altermondialiste : plate-forme proposée par ATTAC, manifestes ou rapports élaborés durant les forums sociaux mondiaux, dont le manifeste de Porto Alegre, des textes de l’Organisation des Nations unies de déclarations de droit et d’autonomie dont les altermondialistes « réformateurs » veulent l’application concrète[9] (voir

aussi la partie Propositions).

Sommaire

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Historique et structure

Altermondialisme. Etat des lieux.Evolutions.Défis.Perspectives. dans ACTIONS CITOYENNES 15px-Searchtool-80%25 Article détaillé : Chronologie de l’altermondialisme.

Le mouvement a pris racine petit à petit tout au long du XXe siècle. Il commence à prendre de l’ampleur au début des années 1980 dans les pays du sud avec la lutte contre la dette du tiers monde, l’OMC et les plans d’ajustement structurels du FMI ; mais il reste alors inaperçu en Occident. Il apparaît en Europe, aux États-Unis et en Corée à partir de 1994, dans le cadre d’une critique du chômage, de politiques entraînant la précarisation du travail et la remise en cause de la protection sociale.[réf. nécessaire]

Les manifestations de Seattle en 1999 sont les premières manifestations médiatisées altermondialistes[réf. nécessaire]. Elles sont suivies par un premier Forum social mondial, alternatif au Forum économique mondial de Davos, et par le rassemblement de Gênes en 2001 (avec la mort d’un manifestant par balle lors d’affrontements avec la police italienne) contre le sommet du G8. Les Forums sociaux mondiaux ont lieu chaque année soit à Porto Alegre (de 2001 à 2003), à Mumbai en 2004 ou encore polycentrique. En novembre 2002 s’est également tenu le premier Forum social européen à Florence, au cours duquel 450 000 à 1 million de personnes ont défilé contre la guerre en Irak et « pour un autre monde ». En tant que lieux d’échanges et évènements médiatiques, les forums sociaux sont les espaces et les moments privilégiés du mouvement. Il s’est développé durant les dernières années plusieurs forum sociaux mondiaux, continentaux et locaux.

La ville d’Atlanta a accueilli le premier Forum social des États-Unis du 27 juin au 1er juillet 2007, à l’initiative du Forum social[10].

Composition

15px-Searchtool-80%25 dans ALTERMONDES Article détaillé : Organisations se revendiquant altermondialistes.

Le mouvement altermondialiste résulte de la convergence et de la multiplicité de mouvements. Il regroupe des personnes d’horizons très divers[11] : paysannerie, couches

populaires et petite bourgeoisie du Sud, pauvres et salariés précaires des pays industrialisés, syndicats ouvriers et enseignants, associations de consommateurs, de

chercheurs, de jeunes, mouvements écologistes, anti-militaristes, féministes, communistes, marxistes, nationalistes, keynésiens et anarchistes… Pour cette raison, cette mouvance est appelée parfois « le mouvement des mouvements »[12].

Cette diversité se reflète dans le grand nombre d’organisations se revendiquant altermondialistes. Le point de vue altermondialiste connaît également un écho parmi

certains dirigeants des PMA, ainsi que certains l’ont exprimé dans la déclaration de Dhaka ou dans leur appartenance au mouvement des non-alignés.

Convergence d’une multiplicité de mouvements et d’associations, la mouvance altermondialiste n’a pas d’organisation en elle-même. Elle constitue un réseau au fonctionnement « horizontal », refusant les hiérarchies verticales. Les associations réunies au sein du mouvement peuvent d’ailleurs être organisées suivant ce modèle (ainsi dans l’Union syndicale Solidaires en France), mais certaines organisations comme ATTAC France reproduisent dans leur structure une hiérarchie pyramidale en octroyant un pouvoir décisionnel important à une minorité, comme le collège des fondateurs d’ATTAC.

Les altermondialistes[précision nécessaire] cherchent à développer des réseaux internationaux (cf. la structure des mouvements ATTAC, ou Indymedia), notamment à

travers des forums mondiaux, tel le Forum social mondial de Porto Alegre, afin d’y développer des synergies internationales entre les différents mouvements.

Orientations

Le terme anti-mondialisation a été le premier utilisé par les journalistes pour désigner le mouvement contestataire. En 1999, le terme « altermondialisme » ou « altermondialisation », d’origine belge, fut introduit dans la francophonie pour mettre en avant le caractère favorable d’une partie du mouvement à une forme de mondialisation qui serait différente de la mondialisation actuelle[13]. Le terme lui-même est la reprise du slogan « Un autre monde est possible ».

La pluralité des orientations politiques au sein du mouvement est difficile à synthétiser. Il est possible de décrire un certain nombre d’orientations spécifiques au sein du mouvement :

  • Les communistes et marxistes. Les communistes se sont liés au mouvement altermondialistes sur des bases anticapitalistes et s’opposent traditionnellement à la mondialisation économique capitaliste, qui serait celle de la classe bourgeoise, et prônent la mondialisation de l’action des peuples (ou du prolétariat) selon un modèle social et solidaire. Tous les communistes ne se sentent pourtant pas altermondialistes : en France, si des partis comme le PCF ou la LCR se rapprochent de la mouvance, d’autres s’en éloignent…
  • Les anarchistes, opposés au capitalisme et à l’autorité, sont présents dans dans les grandes manifestations altermondialistes. Certains sont présents dans les black blocs bien que ceux-ci ne soit pas exclusivement constitués d’anarchistes.
  • Les antilibéraux qui critiquant le modèle du libre échange (cf. critique du libéralisme économique) veulent réformer en profondeur les principes de la logique économique, sur la base de critères sociaux et moraux. Certains proposent de taxer les flux de capitaux spéculatifs (taxe Tobin).
  • Les souverainistes ou nationalistes qui, ayant pour but déclaré de protéger la nation du néo-libéralisme des marchés et de l’insécurité sociale qui en découlerait (chômage, « dumping social », délocalisations), prônent des mesures protectionnistes d’intérêt national ou régional en matière d’économie. Cette dernière catégorie est clairement antimondialiste. Ces souverainistes ou nationalistes ne sont pas à confondre avec les nationalistes d’extrême droite qui ne prennent en aucun cas part au mouvement altermondialiste.
  • Les écologistes qui veulent préserver l’environnement (face à ce qu’ils estiment être les dangers de la société industrielle).

La plupart des tendances s’accordent sur un compromis que l’on retrouve aussi dans la tendance modérée, celle des « réformateurs modérés » qui sont partisans du libre-échange mais souhaitent que le marché soit régulé selon des impératifs sociaux et environnementaux, par exemple le principe de souveraineté alimentaire.

Positions

Positions présentées comme altermondialistes

Si la diversité du mouvement s’avère efficace en tant que front de contestation, son manque d’homogénéité empêche le mouvement de produire un programme politique clair et de canaliser ses partisans dans une voie unique. Cependant, une orientation commune se dégage sur des thèmes généraux comme la lutte pour le développement et les droits fondamentaux comprenant la souveraineté alimentaire et la paix voire la démocratie. Avec un discours souvent idéaliste, l’altermondialisme se veut un moteur de lutte sociale. Il a désigné comme son principal adversaire idéologique le néo-libéralisme.

L’idée de base des altermondialistes consiste à considérer que le processus de mondialisation économique, s’il n’est pas encadré politiquement, conduit à une augmentation des inégalités dans le monde : d’une part entre la population mondiale la plus riche et la plus pauvre, d’autre part entre les pays du Nord, principalement l’Amérique du Nord et l’Europe, et une majorité des pays du Sud dont l’Afrique subsaharienne et les PMA. Ce dernier point peut toutefois être contesté par l’analyse du P.I.B. par pays sur les 50 dernières années[14], un indicateur que les altermondialistes contestent en général.

Certains altermondialistes sont par ailleurs préoccupés par l’insécurité écologique qui est engendrée par la pollution industrielle, l’effet de serre, les OGM (voir Lutte anti-OGM), ou encore les armes chimiques et nucléaires.

D’autres accusent les grandes compagnies transcontinentales et les organes financiers et commerciaux internationaux de favoriser, directement ou indirectement, des intérêts privés plutôt que l’intérêt général par la recherche de profits au détriment des facteurs sociaux et écologiques (voir externalité négative et les difficultés à appliquer le protocole de Kyoto ou la Bourse du carbone).

La pensée altermondialiste veut, d’une part, faire prendre conscience de ce qu’elle considère comme les méfaits d’une forme de mondialisation trop centrée sur l’économie, et, d’autre part, proposer des réformes ou du moins des alternatives selon la formule « un autre monde est possible ».

Critiques

Critique du marché mondial

Les altermondialistes considèrent que la mondialisation par le marché n’est pas un synonyme de progrès humain, celle-ci ne profitant, selon eux, pas équitablement à tous.

Les altermondialistes dénoncent particulièrement l’inégalité croissante entre la proportion des plus riches et des plus pauvres de la planète, qui a augmenté depuis 1960, qu’ils attribuent à la mondialisation plutôt qu’aux causes internes à ces pays. Selon le rapport 2001 du PNUD, 1% des plus riches mondiaux disposent d’un revenu cumulé égal à celui des 57% les plus pauvres. De plus, pour 45 des 77 pays disposant d’une statistique sur l’inégalité de revenu, celle-ci a cru à l’intérieur des pays entre 1960 et 1990, renforçant les inégalités intra-nationales.

Ils pointent également que entre 1990 et 2000, malgré l’accroissement des forces productives, illustré par le doublement du PNB mondial, le nombre des victimes de la faim n’a pas évolué[réf. nécessaire] significativement (+/- 810 millions de personnes chaque année, soit plus de deux millions par jour).

Est également critiquée la libéralisation des flux financiers et monétaires mondiaux qui a, selon eux, un effet déstabilisateur sur les économies locales et des conséquences humaines néfastes. Ils attribuent par exemple la crise économique argentine et la crise économique asiatique du sud-est à la fin des années 1990 à cette libéralisation. De plus, les paradis fiscaux sont une des cibles des altermondialistes. Pareillement, la « spéculation » est régulièrement critiquée par le mouvement altermondialiste alors qu’à l’inverse elle est considérée par la majorité des économistes comme nécessaire à l’activité économique et à la constitution d’un marché efficient.

Position vis-à-vis des États et des organismes internationaux

Les altermondialistes considèrent que l’économie n’est pas régie par des lois économiques naturelles et immuables mais est le fruit de politiques conscientes des gouvernements qui concèderaient de plus en plus leur pouvoir au marché (voir Consensus de Washington).

De leur point de vue, le marché réduirait l’homme et la nature à sa valeur marchande. Ils voient comme contrepoids des instances externes aux marchés, comme les États, certaines organisations internationales ou, sans trop de précision sur sa représentation, la société civile. Bien que se disant favorables au développement d’organisations internationales, ils s’attaquent à celles qui cherchent à privatiser ou à réduire l’accès aux services publics, ainsi qu’à celles qui visent à libéraliser l’économie.

L’organisation ATTAC résume le souhait des altermondialistes de modifier les règles des grandes institutions internationales comme suit :

« Une réforme radicale des institutions financières internationales, fondée sur une remise en cause de l’organisation actuelle des pouvoirs au sein du système financier international, constitue une condition politique préalable à la construction d’un mondialisme alternatif fondé sur le pouvoir des peuples et sur une nouvelle conception du développement durable. »

Les altermondialistes souhaitent une plus grande démocratisation des institutions supra-nationales, non démocratiquement élues au suffrage universel direct, comme l’OMC, FMI, la Banque mondiale ou le G8 (voir également : Banque centrale européenne). Le manque de transparence de ces organisations est aussi souvent critiqué par le mouvement altermondialiste.

Critique de l’OMC

Tout d’abord, le mandat de l’OMC de réduire les obstacles au libre-échange est critiqué comme étant défavorable à certains pays du sud, particulièrement concernant l’agriculture. Ainsi le rapport de la plateforme d’ONG françaises Coordination Sud intitulé « La protection des marchés agricoles. Un outil de développement »[15] conclue que « associée à des mesures de soutien à la production » et « pendant une période de temps donnée », « la mise en place de mesures de protection (des marchés agricoles) apparaît clairement comme une condition nécessaire pour parvenir à développer la production locale et renforcer l’autosuffisance ».

Néanmoins, la Politique agricole commune, qui subventionne les exportations agricoles des pays riches et qui est dénoncée par les pays du sud comme concurrence déloyale, fait débat au sein du mouvement altermondialiste.

Les négociations en huis clos sont également pointées du doigt, ainsi que le système de négociation per se, géré par des comités techniques non élus démocratiquement et accusés de dissimuler des lobbies d’intérêt privés. D’autre part, la domination des pays industrialisés dans le commerce mondial est pointée comme raison de l’impossibilité pour les pays pauvres et les groupes minoritaires de s’opposer aux décisions de l’OMC. Ainsi, l’ONG Oxfam dénonce le fait que selon elle les intérêts des pays développés prennent le pas sur le développement dans les négociations commerciales[16].

Les altermondialistes, rejoint en cela par des auteurs et experts de tout bord, appellent à plus de démocratie, plus de transparence et un nouveau rapport de forces plus favorables aux pays en développement et aux politiques locales.

En outre, la gouvernance de l’OMC, basée principalement sur les ministres du Commerce des pays adhérents, est critiquée pour son manque de préoccupation dans les domaines sociaux et environnementaux qui sont pourtant influencés par ses décisions.

Les accords concernant la propriété intellectuelle comme les ADPIC sont également dénoncés lorsqu’ils sont relatifs aux biens « vitaux » (aliments, médicaments, eau) ou aux organismes vivants. Sont en particulier visés les OGM et le prix élevé de certains médicaments comme ceux contre le SIDA. Certains groupes[réf. nécessaire] ont par exemple développé le concept alternatif de brevet positif pour y remédier. Les altermondialistes sont généralement[réf. nécessaire] favorables aux logiciels libres.

Critique du FMI

Pour les altermondialistes, les politiques menées par le FMI ont contribué de façon dramatique à des échecs économiques, sociaux et politiques dans un grand nombre de situations : notamment la crise économique asiatique de 1997, les transitions des économies russes et est-européennes à l’économie de marché, les réformes sud-américaines et la gestion des pays africains.

Ces critiques des interventions du FMI sont en fait très répandues et développées par des économistes de tous bords[17], dont des défenseurs de la mondialisation. Sont mis en avant l’absence d’adaptations des politiques du FMI aux situations particulières, l’absence de recul quant au dogme du marché autorégulé, ou encore le dévouement de l’institution aux intérêt de certains acteurs du marché financier.

La critique du FMI n’est donc pas du tout propre au mouvement altermondialiste. Ainsi, paradoxalement, si les altermondialistes voient dans le FMI une instance du « néo-libéralisme », nombre de libéraux peuvent contester l’existence même du FMI, dont l’objet est la régulation étatique du marché, donc en contradiction avec le dogme de l’autorégulation.

Enfin, les altermondialistes critiquent le mode de fonctionnement du FMI, dans lequel les voix sont pondérées par la participation financière, et préconise un mode de décision démocratique.

Critiques des grandes firmes multinationales

L’altermondialisme s’oppose au grandes multinationales comme Monsanto (producteur de graines génétiquement modifiées, ou OGM), qui ont tenté d’interdire l’étiquetage sur les produits. La figure emblématique de cette lutte est José Bové. Plus généralement, les altermondialistes s’opposent à tous les brevets sur le code génétique (ADN), au motif qu’on ne saurait breveter les êtres vivants.

Ils s’opposent aussi aux multinationales du médicament (Roche, Pfizer, etc.), qui, par leurs brevets et le prix de vente de leur médicament, empêcheraient les pays pauvres d’avoir accès aux soins. Les médicaments Diflucan® ou Triflucan® notamment de Pfizer permettraient de sauver des dizaines de millions de personnes malades du SIDA en Afrique[18].

Ils dénoncent certaines multinationales qui, grâce à la libéralisation des échanges et aux avantages liés aux zones franches industrielles, délocalisent et sous-traitent à bon marché en violant les droits humains[19] ou en provoquant des désastres écologiques. Par exemple, Shell est accusé de refuser d’assainir le site du plus grand déversement souterrain d’hydrocarbures en zone urbaine, à Durban, en Afrique du Sud, où plus d’un million de litres de pétrole auraient été répandus.

Les politiques de délocalisations sont selon eux négatives à la fois pour les pays développés (car menaçant la stabilité et le volume de l’emploi, la sécurité sociale ou le minimum salarial) et pour les pays du Sud (car favorisant le dumping social et l’exploitation par le Nord plutôt que le développement local des pays du Sud).

Propositions

Les propositions concernant les droits de l’homme et de l’environnement sont également présentes chez beaucoup d’entre eux. En particulier, la question de la durée est posée par une grande partie du mouvement : à quoi sert de se développer en exploitant de plus en plus intensivement des ressources qui ne se renouvellent pas et dont l’épuisement est prévisible si ce n’est à « aller plus vite dans le mur » ? Le concept de développement durable est souvent employé, questionné et mis en débat en le comparant avec le concept de décroissance soutenable.

Les altermondialistes aspirent également à plus de démocratie mais les propositions concrètes sont très éparses, allant de la réforme des organisations internationales à l’instauration d’un parlement mondial par une mondialisation démocratique, une sorte de Nations Unies élues au suffrage universel, selon certains.

Les altermondialistes soutiennent souvent des idées réformatrices dans le domaine économique comme celles d’un allègement ou de l’annulation de la dette des pays pauvres, d’une taxation sur les transactions financières (taxe Tobin).

Plus précisément, une liste de propositions couramment avancées par les altermondialistes, dont particulièrement par le mouvement ATTAC[20], a été synthétisée dans le  

manifeste de Porto Alegre [4]. On distingue les :

Propositions liées à des réformes économiques :

  • Annuler la dette publique des pays du Sud. L’argumentaire altermondialiste consiste à dire qu’ils l’ont déjà remboursée plusieurs fois via les intérêts, qu’elles ont été souvent contractées par un gouvernement précédent non démocratique afin de maintenir son pouvoir ou qu’elles sont le pendant de la dette écologique ou coloniale.
  • Tirer un bilan exhaustif et indépendant des conséquences des décisions de l’OMC, du FMI et de la Banque mondiale.
  • Instaurer des taxes internationales sur les transactions financières, dont la taxe Tobin sur le marché des devises. D’autres variantes existent comme celles sur les investissements étrangers, sur les bénéfices consolidés des transnationales, sur les ventes d’armes ou sur les activités à forte émission de gaz à effet de serre.
  • Démanteler les paradis fiscaux afin de contrer les évasions fiscales et le crime financier.
  • Interdire toute forme de brevetage du vivant et de privatisation de biens communs de l’humanité, l’eau notamment.

Liées à la justice et à la paix :

  • Mettre en place un système international respecté de prévention et règlement des conflits (une sorte de Tribunal Pénal International ayant plus de pouvoirs).
  • Appliquer la charte des Droits de l’homme contre toute forme de discrimination, de sexisme et de racisme et condamner de manière égale les différents pays qui ne la respectent pas.

Liées au développement de la démocratie :

  • Garantir le droit à l’information par des législations mettant fin à la concentration des médias dans des groupes de communication géants, et garantissant l’autonomie des journalistes par rapport aux actionnaires.

  • Réformer et démocratiser en profondeur les organisations internationales régies par le consensus de Washington (FMI, Banque mondiale, OMC[22]) et y faire

  • prévaloir les droits humains, économiques, sociaux et culturels, dans le prolongement de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Incorporer également ces organisations dans le système et les mécanismes de décision des Nations unies.

Réalisations

  • Ils attribuent l’annulation d’une partie de la dette des pays les plus pauvres à ces pressions sur les gouvernements et les organisations comme le Club de Paris qui prennent habituellement en leur nom ces mesures en cas d’insolvabilité. Ils en donnent pour exemple l’aide supplémentaire accordée à l’Afrique lors du sommet du G8 en 2005. De plus, les altermondialistes ont mené des campagnes de pressions internationales dans les années 1990.

  • La revendication historique d’une taxation de certains capitaux patine ; la plus grande avancée a consisté en une initiative législative du Parlement européen, repoussée dès avant la première lecture grâce aux pressions de Tony Blair sur les députés travaillistes anglais, mais aussi aux abstentions ou votes contre des députés de LO/LCR[23].

  • Le rejet du référendum sur la Constitution européenne en France est en partie dû aux critiques altermondialistes, mais plus généralement des partis et mouvements politiques non-gouvernementaux. Ce résultat, supposé « satisfaisant » par les altermondialistes, lui vaut en revanche l’hostilité d’une partie des partis de gauche social-démocrates français (PS) et européens (SPD en Allemagne, Parti travailliste au Royaume-Uni notamment), ainsi que de la droite européenne modérée, ce que les altermondialistes interprètent comme une pensée unique pro-Union européenne libérale, nonobstant que leur courant de pensée soit loin d’être le seul à s’y opposer (conservateurs britanniques, souverainistes en France et ailleurs, droite religieuse en Espagne, en Bavière ou en Pologne, libéraux notamment anglais…).

  • Certaines boîtes à idées altermondialistes (comme le Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde) s’accordent à penser que les décisions de transformer des plans drastiques du FMI en FPRC (« facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance »), ou encore l’émergence de l’« initiative pour les pays fortement endettés » ont été favorisées par les pressions altermondialistes.

  • les actions des institutions financières internationales qualifiées par les altermondialistes de « néolibérales » feraient désormais l’objet de davantage de critiques.

  • Les altermondialistes considèrent que leurs actions et leur pression ont été en partie à l’origine de certaines avancées (telles que la mise à disposition à prix réduit des médicaments anti-sida).

Critique des thèses altermondialistes

15px-Searchtool-80%25 dans ALTERMONDIALISME Article détaillé : polémiques autour de l’altermondialisation.

Le mouvement a été énormément critiqué sur plusieurs fronts par des politiciens, des membres des think tanks ou des économistes favorables au libre marché. Ils reprochent au mouvement une mauvaise analyse des indicateurs économiques. Ils dénoncent également le fait que, au-delà d’un discours humaniste, la motivation réelle de certains activistes réside dans le repli national.

Concernant les réalisations, le politologue français Zaki Laïdi, dans son ouvrage La Grande Perturbation analyse la mondialisation comme une nouvelle expression du changement social[24].

Critique de l’analyse économique

Les détracteurs du mouvement affirment que les altermondialistes ne voient pas l’évidence des corrélations entre l’action du libéralisme et la croissance des richesses ou l’amélioration des indicateurs sociaux. Les altermondialistes dénoncent par ailleurs l’écart croissant des richesses entre pays pauvres et pays riches. Toutefois les pays pauvres ont connu une croissance économique supérieure à celle des pays riches tout au long des 50 dernières années marquées par cette mondialisation, alors qu’elle avait été largement inférieure jusque-là. Donc d’après les détracteurs des thèses altermondialistes, l’écart des revenus par tête entre pays du Nord et du Sud ne semble donc imputable qu’à une cause interne : l’explosion démographique.

Un argument souvent avancé par les opposants au mouvement est que le rapport de pauvreté entre les pays industrialisés et ceux du tiers monde peut être expliqué en termes de la Dégradation des termes de l’échange, des problèmes internes des pays du tiers monde et du manque de libre marché.

Ils soutiennent également que les différentes crises en Argentine ou dans les pays asiatiques peuvent être expliquées en partie en termes de déséquilibres internes et par les politiques économiques menées par ces pays.

Pour l’économiste indien Jagdish Bhagwati, les revendications altermondialistes contre le libre-échange sont liées à la chute du communisme, seul rival idéologique du capitalisme. Cet épisode aurait créé un vide pour les « idéalistes dont la conscience sociale se nourrit de la conviction que le capitalisme est source d’injustice ». Ces individus risquent selon lui d’accroître en réalité les sources d’inégalité et leur réaction face au changement est source selon lui d’immobilisme. À titre d’exemple, la plupart se focalisent sur les aspects négatifs de la mondialisation bien qu’ils en soulignent certains aspects positifs et remettent en question d’autres points positifs (en termes d’emplois par exemple, la destruction de ceux de l’industrie n’est pas mise en rapport avec la création d’emploi dans d’autres secteurs).

Effets sur l’environnement des restrictions à la mondialisation

Certains altermondialistes sont partisans de la décroissance afin de protéger les ressources naturelles de la planète et limiter le réchauffement climatique[25]. Selon certains économistes, la croissance économique serait nocive pour l’environnement dans les premiers stades du développement, mais à partir d’un certain seuil de revenu par habitant (déjà atteint par les pays développé) elle deviendrait de plus en plus profitable (voir Courbe de Kuznets). Cette idée repose sur le principe que l’environnement est donc un bien dit « supérieur » qui est davantage susceptible d’intéresser les riches, que des pauvres qui pensent avant tout à se nourrir. L’élévation du PIB permet par ailleurs de disposer de ressources accrues permettant des politiques environnementales[26]. L’idée de décroissance afin de protéger l’environnement est donc remise en question par certains analystes.

L’économiste australien Kym Anderson a analysé les effets de la politique agricole de l’Union européenne dont le caractère est protectionniste. Il note que la libéralisation des échanges provoquerait selon lui un déplacement de la production vers les pays en développement. Là encore, les freins à la mondialisation apparaissent, pour certains, comme nuisible à l’environnement.

Bien sur on trouve des exemples où le libre-échange a contribué à des problèmes environnementaux. Le développement d’activité économique est en soit cause de problème environnementaux : les économistes dénoncent souvent les propositions restrictives de certaines ONG remettant en cause l’implantation de certaines activités dans les pays en développement. À ce propos Jagdish Bhagwati prend l’exemple de la polémique sur l’élevage de crevettes en Asie du Sud-Est, effet de la libéralisation du commerce ayant de graves conséquences écologiques[27] dans les régions où il est pratiqué. Il explique que « de nombreuses organisations non gouvernementales ont argué de ce fait pour dénoncer ce commerce et réclamer sa restriction. Mais cela revient à jeter le bébé avec l’eau du bain, car le commerce est un puissant levier de prospérité et donc aussi bénéfique pour la société »[28].

Critique des motivations du mouvement

Pour certains des opposants à l’altermondialisme, la priorité du mouvement, loin de vouloir faire avancer la mondialisation dans des domaines positifs, est surtout de promouvoir une théorie économique et sociale proche du socialisme, voire nationalisme.

C’est ainsi que certains discours généreux pourraient être de simples rationalisations, couvrant d’un vernis éthique la défense corporatiste de catégories sociales apparaissant excessivement protégées et subventionnées. Par exemple :

  • les agriculteurs des pays du Nord, chercheraient, en utilisant cette plate-forme, à conserver des barrières douanières empêchant aux agricultures du Sud d’exporter, une voie essentielle de leur développement.
  • les membres du mouvement qui dénoncent les importations du Sud « non éthiques » (cf. les produits chinois), chercheraient à restreindre la concurrence des travailleurs du Sud à des « niches » très limitées et simplement symboliques, comme le commerce équitable.

Effets sur le commerce international critiqué

La diffusion des idées altermondialistes contribue peut-être par ailleurs à permettre à certains gouvernements de mettre en place des politiques mercantilistes visant à défavoriser les pays en développement dans leur effort de rattrapage. On voit par exemple le gouvernement américain tenter de freiner les importations de produits étrangers sur la base de revendications altermondialistes telles la protection de l’environnement[29] ou la lutte contre la pauvreté (les États-Unis et l’Union européenne dénoncent les conditions de travail dans certains pays pauvres afin, selon certains, de trouver un prétexte à la protection de leur marché national).

Sur la question des échanges mondiaux, les altermondialistes dénoncent ce qu’ils appellent la logique « ultra-libérale » du libre-échange. Toutefois les principes du libre-échange sont couramment admis et approuvés par la très grande majorité des économistes, libéraux ou non qui en soulignent les aspects positifs. Selon Paul Krugman[30], les confusions et la remise en cause du libre-échange auxquelles contribuent les revendications altermondialistes tendent à donner à l’opinion l’illusion d’un conflit commercial planétaire qui menacerait à terme le développement harmonieux des échanges mondiaux. Dans leur analyse de l’OMC, les altermondialistes sont accusés par certains de montrer une apparente incompréhension des principes du libre-échange car ils considèrent le libre-échange comme profitable uniquement lorsqu’il prend la forme de concessions réciproques.

Conséquences politiques selon les opposants

Les altermondialistes souhaitent par ailleurs refonder la logique économique sur des bases politiques, morales et sociales. Cette logique est celle qu’avait décrite Friedrich Hayek dans son analyse des régimes totalitaire avec son ouvrage La Route de la servitude en 1944 ou dans Droit, législation et liberté avec l’analyse du « mirage » de la « justice sociale » en 1978. Chercher à fonder l’activité économique sur une base morale ou sociale mène à un certain contrôle de l’État sur le travail des hommes et sur leurs consommations. Cette concentration de pouvoir dans les mains de certains, légitimée par des choix moraux et sociaux (arbitraires qu’ils soient démocratiques ou non) et propagés par la propagande, mène nécessairement au totalitarisme selon Hayek.

De même la dénonciation de la recherche des intérêts particuliers par les grands acteurs capitalistes de la mondialisation sous-entend qu’il pourrait exister un consensus sur l’intérêt général, qui justement, se manifesterait dans ce mouvement social et donc non représenté au plan politique. Cette idée que la plupart des acteurs de la mondialisation actuelle favorisent leurs intérêts tandis que les altermondialistes viennent offrir des propositions allant dans le sens de l’intérêt général peut être perçue comme démagogique et fausse en raison de l’impossibilité de définir cet « intérêt général ». Ainsi, l’économiste Milton Friedman écrivit il dans La Liberté du choix que « ceux qui croient agir en fonction de l’intérêt général sont en réalité conduits à favoriser des intérêts particuliers qui ne font pas partie de leurs intentions.»

De fait, on remarque que le langage altermondialiste s’enrichit régulièrement de concepts moralisateurs concernant les comportements, parmi lesquels celui de la « mal bouffe ». Par ce type de méthodes, le courant altermondialiste, bien que se disant parfois démocrate, apparaît remettre en cause les principes du libre choix et de la responsabilité individuelle.

Manipulation de l’opinion ?

Autre aspect qualifié de démagogique par les détracteurs, l’insistance, réelle ou supposée, de certains altermondialistes sur des phénomènes marginaux telles que les délocalisations. Celles-ci concernent selon la plupart des économistes des quantités tout à fait négligeables d’emplois au vu du chômage dans certains pays (inférieurs le plus souvent à 1% de la population active). Or ces délocalisations se font la plupart du temps en direction de pays riches et non des pays pauvres[31].

Enfin nombre d’économistes soulignent que les pays pauvres ne souffrent pas d’être exploités mais souffrent du protectionnisme des pays riches. Selon les libéraux, on retrouverait cet esprit dans certaines protestations, contre la directive Bolkenstein en Europe par exemple, qui selon les altermondialistes menacerait les conditions de travail des pays d’Europe occidentale. Les libéraux, qui défendent cette directive, dénoncent l’analyse qui consiste à faire de celle-ci un danger majeur alors qu’elle n’est, selon eux, susceptible de concerner que de rares activités du fait de la proximité nécessaire à la prestation de la plupart des services.

Médias, groupes de pression citoyens et autres structures

Les structures diversifiées constituant la mouvance altermondialisme sont organisées en réseau, où les médias qualifiés d’altermondialistes jouent un grand rôle. Parmi ces médias, on peut citer Le Monde diplomatique[32], Indymedia, Le Plan B, journal de l’association de critique des médias Acrimed, Bellaciao, ou encore Utopia.

15px-Searchtool-80%25 Article détaillé : Médias de l’altermondialisme.

Les documents des structures onusiennes comme les rapports du PNUD jouent aussi un rôle important, comme l’étude critique des documents produits par des institutions contestées (FMI, OMC, Banque mondiale).

Internet est également un élément important dans l’internationalisation, la constitution des réseaux d’associations altermondialistes. Le mouvement altermondialiste utilise largement Internet pour la publication d’informations (plus rapidement que par les médias papier), ainsi que pour la mobilisation, l’organisation pratique.

Débats internes du mouvement

Le mouvement altermondialiste est confronté aujourd’hui à des débats d’orientation en son sein.

Certains de ses acteurs s’interrogent sur la place du mouvement dans l’ensemble des luttes sociales d’émancipation. L’altermondialisme doit-il jouer un rôle antagoniste du néo-libéralisme comme l’était le communisme face au capitalisme, ou bien doit-il être une force d’opposition et d’adaptation à l’intérieur du système actuel ?

D’autre part, la question de la représentation politique est posée. La plupart des organisations altermondialistes refusant de créer un parti, le mouvement s’est axé comme un contre-pouvoir, un mouvement social et fait appel à l’opinion publique, créant des groupes de pression et organisant des mouvements citoyens.

La question des alliances est constante. Les affinités sont grandes avec les mouvements anti-guerre et anti-fascistes. Certains altermondialistes, plus radicaux, sont alliés aux anti-capitalistes, d’autres aux anti-productivistes, d’autres encore pensent qu’il faut multiplier les exemples d’alterdéveloppement local. Certaines organisations sont également proches de la pensée néo-keynésienne.

La question des résultats obtenus se pose aussi ; en quelques années d’existence les avancées obtenues sur les grandes propositions altermondialistes (dette du tiers monde, taxe Tobin, droit à l’existence d’autres régulations que le marché, etc.) paraissent peu satisfaisantes. Certains pensent que ce mouvement a une force qui se décuplera si le monde libéral d’aujourd’hui aggrave les choses mais que ce mouvement tendra à disparaître si le monde libéral s’adapte à certaines demandes des altermondialistes (celles des réformistes).

Questions ouvertes

La pensée altermondialiste constitue une importante réflexion intellectuelle sur le monde d’aujourd’hui. La réforme de l’ONU, le débat ouvert à la Banque mondiale par les néo-keynésiens (dont son ancien vice-président Joseph E. Stiglitz), la montée des opinions publiques des pays du Sud (notamment en Amérique Latine), et l’organisation d’un groupe de pression du Sud à l’OMC (G24) sont autant d’occasions de penser autrement la société moderne.

Quelques questions très générales alimentent les débats de fond :

  • Quels sens peuvent avoir les concepts de droits humains fondamentaux, de responsabilité mondiale, d’intérêt général mondial dans le respect et la non-discrimination des minorités ?
  • Comment mondialiser la démocratie, abstraitement définie comme la souveraineté populaire ?
  • Comment définir un patrimoine commun de l’humanité ? Faut-il mettre en place des instruments juridiques pour le protéger ?
  • Quelle est la place de l’économie dans la société ? Faut-il une régulation mondiale plus forte ? Les institutions existantes peuvent-elles servir à une régulation ou faudrait-il les renverser ?
  • Quel est l’avenir de la société civile que certains considèrent représentée par ses ONG et associations ?
  • Comment éviter que l’altermondialisation, en diabolisant la mondialisation, ne crée des replis identitaires nationaux et ethniques ?
  • Est-ce une alternative viable au néolibéralisme ?

Notes et références

  1. Slogan qui provient d’un vers de Paul Éluard : « Un autre monde est possible, mais il est dans celui-ci ».
  2. L’économiste James Tobin s’oppose au mouvement altermondialiste et s’est plaint du détournement de son nom et de sa proposition.
  3. Puisqu’il y a des réformistes, des anarchistes, etc., avec toutefois des textes communs dont le manifeste de Porto Alegre plaide pour la démocratisation des instances internationales et l’intégration de la BM/FMI et de l’OMC dans l’Organisation des Nations unies ; ATTAC demande une démocratisation de l’OMC, le FMI, et la Commission européenne par des élections démocratiques (bien que les processus électifs ne soient encore clairement décidés); la marche mondiale des femmes demande la mise sur pied d’une organisation politique mondiale avec une parité entre pays pauvres et pays riches, et avec une vraie représentativité des femmes.
  4. Voir, par exemple, cette déclaration au Forum social mondial de 2002
  5. Les revendications des peuples indigènes de l’EZLN, pour l’autonomie paysanne de Vandana Shiva et sa lutte pour le développement des semences libres en Inde, et contre les graines payantes des semenciers comme Monsanto.
  6. Par exemple, soutien du Protocole de Kyoto.
  7. Voir la proposition 4 de la Marche mondiale des femmes. Ces exemples sont illustrés par les reportages de Michael Moore sur les conditions de travail en Asie du Sud-Est dans les compagnies travaillant pour les grandes firmes multinationales occidentales, comme Nike.
  8. Voir les articles Bibliographie de l’altermondialisation, Filmographie de l’altermondialisme et Médias de l’altermondialisme.
  9. Voir notamment les propositions de la Marche mondiale des femmes.
  10. « Atlanta accueille le premier Forum social étasunien », dans Courrier International du 26 juin 2007, [lire en ligne]
  11. Voir un début de « recensement » dans l’article organisations se revendiquant altermondialistes.
  12. Voir samizdat
  13. Antimondialisation#Essai de distinction anti / alter.
  14. OCDE, PIB per capita sur les 50 dernières années.
  15. Publié le 23 février 2007 et disponible ici
  16. Communiqué Oxfam
  17. Voir par exemple Joseph E. Stiglitz dans son livre La Grande Désillusion (2002).
  18. Communiqué de presse de l’association Act Up du 13 mars 2000
  19. Un des ouvrages décrivant les effets néfastes des zones franches industrielles est No Logo, de Naomi Klein.
  20. Par exemple socle de 8 séries de mesures [1]
  21. texte de la déclaration et du programme d’action de Vienne (ONU)
  22. Série de propositions du CNCD concernant la démocratisation de l’OMC [2]
  23. Voir [3]
  24. Cyberscopie.com
  25. Même avec la décroissance ou un arrêt total des activités anthropiques, le processus est enclenché : les gaz à effet de serre sont présents pour des années, des siècles.
  26. La description de ce phénomène constaté dans les pays riches, voire certains pays en voie de développement comme la Chine récemment, est permise par une courbe en U inversé (pollution en ordonnée et revenu par habitant en abscisse) le plus souvent intitulé « courbe environnementale de Kuznets ».
  27. Destruction des mangroves, effets similaires à la surpêche, plus de détails dans élevage de crevettes#Effets environnementaux dans l’article élevage de crevettes.
  28. Jagdish Bhagwati, Éloge du libre échange, Éditions d’Organisation, p. 69.
  29. Les pêcheurs mexicains seraient moins respectueux des dauphins que leurs homologues américains.
  30. Paul Krugman, La Mondialisation n’est pas coupable, 1996.
  31. À titre d’exemple, selon l’INSEE, sur la période 1995-2001 « ce sont 13 500 emplois industriels qui auraient été « délocalisés » en moyenne chaque année, soit 0,35% du total de l’emploi industriel. Un peu plus de la moitié des emplois délocalisés l’auraient été à destination des pays développés, notamment des pays limitrophes de la France et des États-Unis. » L’Économie française, Comptes et dossiers 2005-2006, Rapport sur les comptes de la Nation de 2004, INSEE.
  32. Le Monde diplomatique est détenu à 51% par le groupe de presse La Vie – le Monde, pourtant le quotidien Le Monde ne se revendique pas de l’altermondialisme.

Voir aussi

Articles connexes

Des références et des liens utiles se trouvent dans l’article Médias de l’altermondialisme.

Bibliographie [

15px-Searchtool-80%25 Article détaillé : Bibliographie de l’altermondialisation.

Filmographie

15px-Searchtool-80%25 Article détaillé : Filmographie de l’altermondialisme.

Liste synthétique d’articles sur le mouvement altermondialiste

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre

Cette liste a pour but de répertorier quelques articles relatifs à la pensée altermondialiste et ses multiples facettes.

Organisations se revendiquant altermondialistes

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.

Les organisations altermondialistes [1] regroupent des personnes d’horizons très divers : paysannerie, couches populaires et petite bourgeoisie du Sud, pauvres et salariés précaires des pays industrialisés, syndicats ouvriers et enseignants, associations de consommateurs, de chercheurs, de jeunes, mouvements écologistes, anti-militaristes, féministes, communistes, marxistes, nationalistes, keynésiens et anarchistes…organisées en petites associations, ONG, coordinations nationales, internationales.

On peut plus ou moins les classer par catégorie, et certainement pas de manière exhaustive. Cela ne reflète pas tout à fait la réalité des organisations individuellement mais donne une première approche de l’hétérogénéité du mouvement altermondialiste :

Sommaire

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Les organisations ouvrières et syndicales

Situées en Amérique, Asie, Europe, elles renaissent depuis la manifestation mondiale de Seattle en 1999. Exemples:

  • les syndicats de l’Union syndicale Solidaires[2] (dont une majorité utilise l’acronyme Sud) en France.
  • le KCTU en Corée du Sud,
  • AFL-CIO* (EU) président John Sweeney
  • Teamsters** syndicat des camionneurs, le plus important en nombre aux EU, avec plus de 1 300 000 d’affiliés
  • IWW Industrial Workers of the World ** syndicat révolutionnaire d’orientation anarchiste

Les mouvements paysans

  • Via Campesina**  : organisation de coordination de 100 millions de paysans comprenant, parmi les organisations plus connues :
    • le Mouvement des sans-terre** Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra (Brésil)
    • la confédération paysanne** (France) (avec José Bové, François Dufour), [2]
    • la CPE, Coordination Paysanne Européenne
    • la CONAIE confédération des nationalités indigènes de l’Equateur
    • Union des fermiers du Karnataka (Karnataka State Farmers Union (KRRS)), 10 milllions de membres, connue pour ses actions anti-OGM
    • et parmi bien d’autres , quelques exemples de par le monde
    • Afrique ROPPA Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles d’Afrique de l’Ouest
    • Asie
      • Indonésie Fédération des Syndicats Paysans Indonésiens (FSPI)
      • Corée Korean Advanced Farmer Federation dont Lee Kyung-hae était un des porte paroles
    • Europe
      • Espagne COAG Coordinadora de Agricultores y Ganaderos « coordination d’agriculteurs et éleveurs de bétail »

Les associations, Organisations non gouvernementales (ONG)

Organisations, coordinations au niveau mondial

Organisation sur les rapports Sud-Nord

  • Terre des Hommes : Fédération internationale
  • Frères des Hommes « Aider ne veut pas forcément dire assister »
  • Enda Tiers-Monde
  • Survie, dénonçant les réseaux (pétroliers, etc.) d’influence française en Afrique [2]
  • Commerce équitable
  • Dette
    • Jubilé 2000 d’origine chrétienne pour l’abolition de la dette extérieure des pays du tiers-monde.
    • Third World Network réseau international, datant de 1996, pour l’abolition de la dette extérieure des pays du tiers-monde, ONG basée en Malaisie, dirigée par Martin Khor (présente au FSM, agréée ecosoc)
    • voir aussi CADTM comité pour l’annulation de la dette du Tiers-Monde

Organisations humanitaires

  • ACF de Paris
  • FIAN
  • Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD)
  • Assises chrétiennes de la mondialisation créées en France
  • KAIROS Initiatives canadiennes œcuméniques pour la justice, coalition d’Églises du Canada, d’ONG à base ecclésiale et d’organisations religieuses site de Kairos

Associations ou mouvements écologistes

Mouvements étrangers locaux

Sociétés « traditionnelles » : résistance culturelle, revendications de reconnaissance institutionnelle, peuvent aussi avoir des revendications socio-économiques de développement local

Coordination de mouvements :

  • Convergencia de Movimientos de los Pueblos de las Américas COMPA (membre de la coordination du FSM): convergence de mouvements des Peuples des Amériques; cette coordination comprend aussi bien des coordinations nationales (COMPA Bolivia, Canada, Equateur…. ) que des associations de terrain, des mouvements indigènes, de minorités …
    • Movimiento Indígena Nahua y Chorotega (Nicaragua)
    • Organización Nacional Indígena de Colombia
    • Proceso de Comunidades Negras (Colombia)

des conseils régionaux indigènes (Consejo Regional Indígena de Caldas (CRIDEC), del Cauca CRIC …) que des groupements pour le développement rural, local … des coopératives, des associations de femmes

Des ONG internationales, comme par exemple Survival International, soutiennent la lutte des indigènes pour leurs terres et l’environnement.

Organisations féministes

  • NAWO National Alliance for Womens Organisations, Alliance nationale pour les organisations de femmes, fondée en 89, basée en Angleterre
  • Amérique du Sud
  • AFM Articulación Feminista Marco Sur – réseau
  • REMTE Red Latinoamericana Mujeres Transformando la Economía
  • Red Mujer y Hábitat réseau latino-américain, femmes et habitat, siège en Argentine (?)
  • REPEM – Rede de Educação Popular entre Mulheres, réseau d’éducation populaire entre femmes
  • Amérique du Nord
    • Raging grannies, grand mères en colère réseau aux États-Unis, pour la justice sociale, dernière action : se présente au centre de recrutement pour l’envoi en Irak pour être enrolée plutôt que des jeunes recrues
  • Asie et Océanie
  • NFIW Fédération nationales des femmes indiennes (Inde)
  • Asia Pacific Forum on Women, Law and Development
  • Afrique
  • Coordination des associations féminines du Mali
  • APROFES Association de promotion de la femme sénégalaise, présidée par Binta Sarr (Sénégal)
  • Europe
  • Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception (France)[2]
    • et pour faire le tour du monde, quelques assos de terrain dans d’autres pays …
    • Mahila Dakshata Samiti : ONG, pour la prise de conscience des droits des femmes, soutien …(Inde)
  • Médias féministes
    • Les pénélopes site internet relaie les infos altermondialistes et féministes [2]

Organismes d’analyse théorique et de propositions

Associations plutôt orientées analyse, « boîtes à réflexion » (appelées Think tanks an anglais)

Organisations radicales

  • DAN direct action network **

quelques exemples par pays

Mouvements des sans, défense des précarisés

Et les organisations de défense des travailleurs sans emploi

Médias

Le rôle des médias est très important dans l’histoire du mouvement altermondialiste : en France, c’est l’appel du journal Le Monde diplomatique qui aide à la génèse d’Attac. Réciproquement, le premier centre Indymédia est créé pour coordonner la couverture du rassemblement de Seattle. Le rôle d’Internet est également primordial : les altermondialistes s’en servent largement pour aider à la communication entre organisations de thèmatique proche et de continents différents, pour coordonner des campagnes internationales, pour faire passer des informations que les médias classiques, accusés d’être ligotés de par leur appartenance à de grands groupes financiers ne diffuseraient pas.

Divers

  • Babels association internationale de volontaires pour la traduction des FSM

Une approche par l’organisation des premiers réseaux

// Essai de classement historique : en travaux Les organisations de l’altermondialisme ont commencé à être médiatisées et connues après Seattle, bien qu’il ne faille pas oublier la première rencontre intercontinentale organisée par les zapatistes en 1996. (voir chronologie de l’altermondialisme)

En préparation de catégorisation

Notes et références

** groupe présent à Seattle (1999)

  1. En travaux : donc dans un premier temps (!), il s’agit de rassembler (contributions bienvenues) des données sur les organisations, associations, pour dans un deuxième temps, quand les informations sont en nombre suffisant les regrouper selon des points communs, par exemple selon leurs préoccupations principales, leurs types d’organisation. Cela permet ainsi de mettre en évidence aussi les différences. cela pourrait d’ailleurs faire l’objet de nouvels articles sur les priorités des différents acteurs sur le long terme, les points de vue politique, économiques …) en prenant exemple sur la méthodologie de, par exemple Starr, Amory Naming the Enemy: Anti-corporate Movements Confront Globalization
  2. ↑  également membre fondateur (personne morale) d’Attac

Voir aussi

  • (es) wikipedia es:La batalla de Seattle pour la liste des associations, de syndicats, des groupes présents à Seattle (1999)

Liens externes

 

 

Mondialisation démocratique

 

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.

La mondialisation démocratique est une idée combinant les concepts de mondialisation et de démocratie, qui vise à instituer une démocratie à l’échelle mondiale. En pratique, le moyen principal proposé est de développer un ordre mondial dans lequel les organisations internationales auraient un grand rôle et fonctionneraient de manière démocratique, en se rapprochant progressivement du mode fédéraliste.

À la différence des antimondialistes, les mouvements orientés vers la mondialisation démocratique sont promondialistes. Ils ne veulent pas arrêter la mondialisation, mais souhaitent au contraire :

  • qu’elle progresse et pénètre dans plus de domaines, notamment celui des institutions
  • qu’elle soit plus démocratique, par un accès de tout citoyen du monde aux décisions.

Les altermondialistes souhaitent, eux, un changement du processus de mondialisation, notamment du point de vue économique.

Sommaire

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L’optique exclusivement institutionnelle

La mondialisation démocratique s’intéresse essentiellement au développement institutionnel nécessaire au fonctionnement d’une planète dont les acteurs sont de plus en plus interdépendants et les questions à gérer de plus en plus transnationales. Ce développement ne peut plus reposer sur le simple multilatéralisme et internationalisme qui reste soumis à l’écran des États-nations. Cette préoccupation rejoint certains thèmes de recherche en sciences politiques sur la gouvernance mondiale (global governance).

La mondialisation démocratique ne privilégie aucun domaine a priori, ni aucun choix de politique dans chaque domaine, considérant que les décisions doivent être prises par ces institutions mondiales selon un processus démocratique et non pas faire l’objet d’orientations préalables.

Visions politiques

Néo-conservatisme

Altermondialisme et mondialisation démocratique

L’altermondialisme se présente comme centré sur des principes moraux, écologiques, et éthiques dans les domaines sociaux et économiques plus que sur l’innovation institutionnelle en vue d’une mondialisation démocratique.

Les courants réformistes de l’altermondialisme privilégient notamment des textes de droit international existants, citons par exemple : les déclarations des droits de l’homme (Déclaration universelle des Droits de l’Homme), les conventions sur l’environnement, (Convention sur la Diversité Biologique), les droits des peuples (Conventions 169 de l’OIT)). Pour les altermondialistes, les mécanismes de mondialisation démocratique devraient tenir en compte ces « contraintes » supplémentaires[1] mais une option serait de vérifier l’application de ces dispositions dans le cadre des institutions existantes[2].

Citons ici les préalables idéologiques à la mondialisation démocratique vue par Susan George[3], vice-Présidente de l’association ATTAC dans le « Texte pour le Forum social mondial de Porto Alegre«  :

« Je voudrais parler des pas à faire ensemble si nous voulons atteindre notre but–que je définirais comme « une mondialisation démocratique, équitable et écologique ». Certains de ces pas sont intellectuels ou idéologiques; d’autres concernent davantage l’organisation, la tactique et la stratégie. »

Le mouvement altermondialiste soutient notamment, sans proposer de schéma particulier, la démocratisation des grandes instances décisionnelles internationales comme le FMI, et l’OMC, qu’ils accusent régulièrement d’être des instances déconnectées des citoyens.

Le processus envisageable

Cette structuration démocratique des institutions pourrait démarrer par

  • la création d’un petit nombre d’institutions mondiales démocratiques ayant des pouvoirs très spécifiques dans un nombre au départ restreint de domaines d’intérêt commun apparaissant insuffisamment couverts par les institutions existantes (démarche pragmatique).
  • et en parallèle l’ouverture aux citoyens mondiaux d’institutions internationales existantes à vocations plus larges, mais contrôlées pour l’instant par les États-nations,

Le but à long terme serait que ces diverses institutions se fédèrent ultérieurement dans un gouvernement mondial démocratique.

La Mondialisation démocratique et le Fédéralisme global

Le fédéralisme intégral ou global est une vision du fédéralisme qui dépasse la seule théorie de l’État fédéral mais en fait une philosophie politique à part entière. A. Marc recherche un équilibre entre universalisme et individualisme, entre autorité et liberté. Ses principes sont subsidiarité, autonomie et participation et coopération. Il s’oppose au jacobinisme et au nationalisme en contestant l’État-nation comme forme d’organisation politique.

Débats particuliers concernant certaines institutions existantes

L’un des problèmes est que l’ONU, que certains voient comme l’embryon de cette construction, est fragilisée par des États réticents à l’encontre de structures supérieures à eux. Mais surtout l’ONU n’a pas été crée comme instance démocratique mais comme un outil de négociation entre États souverains. Ainsi la représentation ne se fait pas en fonction de la population, et les régimes non démocratiques sont également représentés. L’ONU n’a donc ni dans son mode de fonctionnement, ni dans sa mission d’orientation démocratique. Sa recherche d’un intérêt commun supérieur aux intérêts nationaux n’est donc pas à confondre avec la démocratie.

Par ailleurs, des institutions comme l’OMC ne dépendent pas de l’ONU et certaines de leurs actions peuvent s’écarter des objectifs onusiens. Cette raison est avancée par les altermondialistes pour demander de placer l’OMC sous giron onusien, ce qui selon eux lierait davantage le développement du secteur économique à celui de la démocratie, de la justice, des droits de l’homme et de la protection de l’environnement.

A l’ONU, tous les États ne sont pas égaux, cinq d’entre eux ayant un pouvoir bien supérieur en étant permanents au conseil de sécurité et en disposant du droit de veto, ce qui constitue un déficit démocratique. Ces cinq États sont : Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie.

Critique

Selon certains critiques, les démocraties modernes se sont développées:

  1. au sein d’État-Nations
  2. par le « bas » et non par une volonté politique.

Références

  1. voir par exemple la proposition 5 de la marche mondiale des femmes
  2. par exemple le CNCD (ong) qui a fait une analyse détaillée d’institutions internationales : réformes de l’OMC
  3. Cité dans « Que faire à présent ? », Texte pour le Forum social mondial de Porto Alegre, 15 janvier 2001[1]

Voir aussi

 

 

Polémiques autour de l’altermondialisation

 

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.

Sommaire

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Critique de l’altermondialisme

L’altermondialisme fait face à diverses critiques tant sur les principes qu’il affiche que sur son bilan :

Le doute sur l’aspect démocratique

L’altermondialisme se présente comme visant la démocratie au niveau mondial, toutefois cette valeur passe après diverses préalables, tels qu’un certain égalitarisme social par exemple et une orientation économique prédéterminée (voir par exemple Citoyens du Monde (association). Bien que se disant favorable à la mondialisation démocratique, la vision alter est plutôt celle d’une démocratie sous condition d’acceptation d’un programme. D’ailleurs aucun processus précis pour une démocratisation du monde n’est présenté, à part de vagues intentions concernant par exemple l’OMC. Des doutes existent sur la légitimité citoyenne des organisations altermondialismes pour intervenir dans les négociations internationales, ainsi que sur le côté démocratique de leur fonctionnement interne, notamment concernant ATTAC. Enfin, certains régimes assez généralement considérés comme soumis à un pouvoir personnel sans partage, par exemple ceux de Cuba et du Vénuézuela, font l’objet d’une attitude bienveillante de ces organisations.

Les incohérences concernant la vision économique et des échanges [modifier]

Selon certains, le mouvement altermondialiste manquerait de cohérence dans ses objectifs, et les vues des différents membres seraient fondamentalement contradictoires. En effet, d’un côté les altermondialistes tiendraient un discours alarmiste sur l’impact dans les pays développés (le chômage, la perte d’industries, etc.) des délocalisations, alors que de l’autre, ils prétendraient défendre les pays les plus pauvres. Or, en matière de lutte contre la misère dans le tiers monde, l’OMC chercherait à abolir les barrières commerciales protectionnistes mises en place par les nations développées.

Les contre exemples

D’autres critiques mettent en avant les exemples significatifs de l’Inde et de la Chine, et plus généralement de tous les pays qui auraient décollé : loin d’être consécutifs à une forte ingérence politique dans l’économie (avec protectionnisme, investissements publics, caisse de « stabilisation », etc.), tous ces décollages auraient été observés avec la mise en place de politiques de libéralisation économique, moindre interventionnisme, désarmement douanier, etc. Comme pour la pauvreté, la thèse qu’une part importante de la population resterait exclue de ces progrès ne résisterait pas à la confrontation avec la réalité, et au demeurant une telle exclusion partielle ne serait pas un motif justifiant un statu quo pour tous.

Le contre-exemple le plus frappant est la ville indienne de Bangalore, qui, tout en ayant abrité une grande manifestation contre l’OMC en 1993, a acquis une fulgurante prospérité en se reconvertissant vers l’accueil des investissements étrangers, notamment des multinationales, dans les secteurs technologiques, et l’intégration dans la mondialisation des échanges commerciaux, au point d’être désormais surnommée la Silicon Valley de l’Asie.

L’ambivalence concernant le développement culturel

Sur le plan culturel, deux critiques des thèses alter-mondialistes existent. Selon la première, l’ouverture des frontières serait féconde, propice à l’émergence de cultures nouvelles, et le protectionnisme culturel ne conduirait qu’à une fossilisation de la culture au détriment de la culture vivante ; selon la seconde, si la libéralisation unifiait la culture mondiale ce serait plutôt une bonne chose, car des disparitions culturelles (langues, coutumes, etc.) seraient finalement plus à souhaiter qu’à regretter.

Le côté négatif et essentiellement abstrait

La Chronologie de l’altermondialisme montre que le mouvement, qui revendique une antériorité de 15 ans, s’ést centré sur des actions de protestation. Il reste ainsi toujours emprunt d’antimondialisation plus que tourné vers des actions concrètes d’amélioration de la vie des populations. Dans ce domaine, son bilan est quasi nul, d’autant que certaines initiatives privées sur le terrain (commerce équitable, microcrédit, logiciels libres, dont l’altermondialisme se présente parfois comme l’inspirateur et le promoteur, n’émanent nullement de ce mouvement.

Par ailleurs le fond doctrinal reste vague et semble tenir du slogan, voire de la langue de bois (« un autre monde est possible »). Il se décline en un catalogue de principes abstraits et très généraux, qui reflête le côté très disparate des mouvements se réclamant de – ou considérés appartenant à – la mouvance altermondialiste.

Les dangers pour la vie politique

Plus généralement, les libéraux estiment que toute ingérence politique serait moralement injuste, culturellement nuisible, et économiquement contre-productive, car les bonnes intentions politiques ne feraient qu’engendrer certains maux (corruption, prévarication, déplacement de la lutte du terrain économique vers le terrain électoral puis militaire, etc.), et que la question des relations internationales ne ferait pas exception. Ils estiment en général que les altermondialistes n’auraient en fait rien à proposer d’autre qu’un nouvel avatar du communisme, à l’échelle mondiale cette fois, qui serait aussi désastreux que ses manifestations locales déjà expérimentées.

Critique des critiques

Les altermondialistes ne pensent pas que ces critiques soient justifiées.

Selon certains d’entre eux, jusqu’à présent, l’OMC a très bien réussi à supprimer les barrières douanières et les « obstacles » à la libéralisation des services dans les pays les plus pauvres. Par contre l’organisation aboutit chaque fois à un échec lorsqu’il s’agit de supprimer les réglementations des pays les plus riches, concernant notamment l’agriculture et les textiles. Surtout, les pays les plus riches pratiquent des subventions aux exportations agricoles, qui aboutissent à un dumping de fait sur les cours agricoles mondiaux.

La croissance de l’Inde et de la Chine sont certes incontestables, mais elles s’accompagnent, surtout en Chine, d’un encadrement étatique fort. Il n’est pas prouvé, bien au contraire, que les plus pauvres en tirent profit. D’autres pays, autrefois développés, se retrouvent dans une situation économique catastrophique, selon eux pour avoir voulu suivre à la lettre les recommandations de l’OMC et des institutions financières internationales apportant des aides financières telles que le FMI. Ils y attribuent par exemple la crise économique de l’Argentine, dont le déclin a démarré en fait après la première guerre mondiale et qui fut accentué par des politiques nationalistes et interventionnistes (avec en particulier l’influence toujours réelle du péronisme. Les altermondialistes ne pensent pas à restaurer un système qui n’a pas marché (le socialisme à la soviétique). Ils pensent d’abord à mettre un frein à ce qu’ils considèrent comme un libéralisme sauvage, et à permettre aux États de conserver leurs prérogatives. Selon eux, le monde ne peut pas être régi par les seules lois du marché.

Il ne faut pas oublier que l’OMC ne s’intéresse pas qu’aux barrières douanières, mais aussi à tout ce qui est susceptible de faire l’objet d’une transaction commerciale, notamment les services. L’Accord général sur le commerce des services (AGCS), l’un des divers accords de Marrakech, doit aboutir à la libéralisation de tous les services publics dits marchands, la santé, la fourniture d’énergie, la poste, les transports ou l’éducation par exemple. Cette libéralisation (ouverture à la concurrence) entraînera à terme la privatisation des services publics, lorsque ce n’est pas déjà fait.

Le mode 4, dans l’AGCS, est encore plus pervers : il autorise un fournisseur de services venu d’un pays A à faire travailler dans un pays B du personnel venu du pays A, en lui conservant le statut qui est le sien dans le pays A. Autrement dit, et pour rester dans le seul cadre de l’Union européenne, une entreprise polonaise pourrait, selon l’interprétation des altermondialistes, faire venir travailler en Allemagne des employés polonais payés avec le salaire qui est le leur en Pologne, et selon le code du travail et les avantages sociaux polonais.(ce paragraphe est dépassé)

La question du bilan

La chronologie des actions altermondialistes montre que l’histoire de l’altermondialisme a été riche en protestations et de contestations de toutes sortes de la mondialisation, accompagnées souvent de perturbations de l’ordre public, et parfois de violences. Cependant, son insistance à se démarquer sémantiquement de l’ antimondialisation montre que cette doctrine entendait également apporter des idées positives et surtout des réalisations concrètes. De plus, les idées altermondialistes mettent en avant les plus gros défauts de la mondialisation. Les actions de ce mouvement ne sont pas à la hauteur des idées. L’altermondialisme ne serait donc, pour le moment, qu’une utopie.

Réalisations

Les réalisations concrètes que l’on peut citer depuis les manifestations de Seattle en 1999 :

  • Le thème de l’annulation de la dette des pays pauvres a été repris par les chefs d’États et partiellement mis en œuvre (dans le cadre du Club de Paris des pays créanciers qui accorde des allègements de dette depuis 1956)
  • En revanche, la revendication historique d’une taxation des capitaux patine ; la plus grande avancée a consisté en une initiative législative du Parlement européen, repoussée dès avant la première lecture grâce aux pressions de Tony Blair sur les députés travaillistes anglais, mais aussi et paradoxalement aux abstentions ou votes contre des députés de LO/LCR. Voir [1]
  • L’échec du référendum sur la Constitution Européenne en France est en partie du aux critiques altermondialistes. Ce succès lui vaut en revanche l’hostilité d’une partie des partis de gauche social-démocrates français (PS) et européens (SPD en Allemagne, Parti Travailliste au Royaume-Uni notamment), ainsi que de la droite européenne modérée, ce que les altermondialistes interprètent comme une pensée unique pro-Union Européenne, nonobstant que leur courant de pensée soit loin d’etre le seul à s’y opposer (conservateurs britanniques, souverainistes en France et ailleurs, droite religieuse en Espagne, en Bavière ou en Pologne, libéraux notamment anglais, parti populiste et xénophobe de Geert Wilders aux Pays-Bas, l’autre pays du NON, …)
  • à compléter

À noter aussi que le mouvement altermondialiste a essayé de s’approprier, pour se donner une image plus positive, la paternité de certaines intiatives de terrain dans lesquelles elle n’est objectivement pour rien : commerce équitable, microcrédit, logiciels libres… Le mouvement des logiciels libres (et ses applications dans d’autres domaines telles que Creative Commons ou Wikipédia) remonte par exemple à 1984 (voire rescucite l’état d’esprit qui régnait aux origines de l’informatique) et peut être considéré comme un pur produit tant de la mondialisation que du libéralisme : produit de façon décentralisée par delà les nations et les frontières, il est la conjonction du libéralisme politique d’un Richard Stallman et du libéralisme économique (et de l’intérêt bien compris) de ses sponsors tels que IBM, Sun Microsystems, Novell… et ne fait que rétablir une concurrence non faussée par le monopole de Microsoft.

Maigre bilan ?

Comparé à la passion et à la radicalité mise dans la contestation et l’opposition à la mondialisation, ces quelques réalisations restent selon de nombreux critiques rares et limitées ; et les améliorations apportées aux populations qu’elle prétend défendre discutables.

Ainsi, dans son ouvrage La grande perturbation analysant la mondialisation, le politologue français Zaki Laïdi consacre des pages d’analyse aux résistances à la mondialisation et sur les contradictions et les limites de la mouvance altermondialiste et arrive à la conclusion que « La capacité de la mouvance altermondialiste à proposer des solutions alternatives reste extrêmement limitée »[1]

Pascal Bruckner affirme que Ce n’est pas être insultant que de souligner la grande faiblesse théorique de la mouvance altermondialiste qui peine à dépasser le stade de la simple invective au moment où le système a plus besoin que jamais pour se régénérer d’un adversaire à sa mesure. [2]

Des réponses partielles à cet échec relatif peuvent être cherchés dans les manques suivants :

  • insuffisances dans les recherches de propositions cohérentes (ce qui peut être due à la forte disparité des acteurs « alter »)
  • les essais de collaboration avec les entités responsables dans les domaines politique, économique et social,
  • les coopérations concrètes améliorant sur le terrain le sort des populations concernées (fossé par exemple entre les ONG humanitaires et celles préférant le militantisme).

Sur le terrain, une réaction contraire en faveur de la mondialisation des échanges économiques a pu au contraire être observé, comme le montre l’exemple de Bangalore : cette ville où s’est tenue une grande manifestation anti OMC en 1993, est maintenant surnommée la Silicon Valley de l’Asie, car elle doit sa prospérité actuelle à s’être ouverte massivement aux multinationales du secteur technologique, aux capitaux étrangers et à la mondialisation des échanges.

En ce qui concerne l’Europe, les altermondialistes ne semblent pas, vu de l’extérieur, faire des efforts crédibles pour qu’un réel plan B voit le jour, ce qui signifierait qu’après avoir diabolisé la constitution européenne ils se satisferaient du statu quo des Maastricht-Nice. Au vu des principaux changements entre le traité de Rome de 2004 et le traité de Nice, certains comme Alain Lipietz en déduisent qu’une organisation comme Attac a des conceptions souverainistes, qu’elle serait plus préoccupée d’acquérir un poids politique pour peser à l’échelle de l’État-nation que de construire à l’heure de la mondialisation un espace politique européen où la souveraineté est partagée, et qui est dans l’intérêt du prolétariat européen selon Toni Négri[2].

Références

  1. La capacité de la mouvance altermondialiste à proposer des solutions alternatives reste extrêmement limitée – Interview avec Zaki Laïdi au sujet de son livre La grande perturbation
  2. Le nouveau prolétariat européen a intérêt à l’ Europe unieToni Negri prend le contre-pied de la pensée unique altermondialiste contre l’Union européenne

 

 

 

Zaki Laïdi : «La capacité de la mouvance altermondialiste à proposer des solutions alternatives reste extrêmement limitée»


Mars 2004 – Propos recueillis par Julien Nessi

Spécialiste des relations internationales et observateur attentif de la mondialisation, Zaki Laïdi vient de publier «La grande perturbation» aux éditions Flammarion. Dans son nouvel essai, il invite à penser la mondialisation comme une nouvelle expression du changement social dans son ensemble. Selon le politologue français, la mondialisation est aujourd’hui vécue comme une source d’anxiété qui tient au fait que celle-ci produit des perdants et des gagnants et que l’on ne sait pas comment prendre en charge ces perdants. L’auteur consacre également des pages d’analyse fort instructives sur les résistances à la mondialisation et sur les contradictions et les limites de la mouvance altermondialiste.

Cyberscopie – Qu’est-ce que  » la grande perturbation  » ?

Zaki Laïdi – «La mondialisation est vécue par les individus, les citoyens, les acteurs politiques et sociaux comme une perturbation de l’ordre social en raison des transformations, des remises en cause et de l’incertitude qu’elle suscite. C’est ce que j’appelle tout simplement la grande perturbation.»

Première caractéristique de cette grande perturbation : la souveraineté des Etats se transforme. Selon vous, nous entrons dans l’ère de  » la souveraineté opérationnelle « . De quoi s’agit-il exactement ?

Zaki Laïdi - « La souveraineté a perdu son caractère absolu. La souveraineté opérationnelle consiste à dire que la souveraineté des Etats n’existe que par rapport aux objectifs que ceux-ci cherchent à s’assigner. Il y a moins une souveraineté absolue, mais une souveraineté qui s’applique à des domaines particuliers, c’est-à-dire la capacité à agir pour le compte d’une collectivité politique. Ce qui signifie aussi que les Etats, pour renforcer leur pouvoir et leur autorité, sont paradoxalement de plus en plus amenés à partager leur souveraineté avec d’autres entités. C’est un peu le schéma de l’Europe : pour renforcer le pouvoir des Etats, chaque Etat doit le partager avec d’autres, mutualiser ses forces avec d’autres pour récupérer collectivement cette souveraineté. »

Deuxième caractéristique : la montée en puissance de la société civile internationale. Quel est, selon vous, le rôle aujourd’hui de la société civile internationale ?

Zaki Laïdi - « Elle a trois fonctions essentielles. La première, c’est une fonction d’alerte des pouvoirs publics sur l’existence d’un certain nombre de problèmes et d’enjeux. La deuxième, c’est une fonction de dévoilement des préférences collectives. Par exemple, lorsqu’une ONG met en évidence les problèmes d’environnement, elle sensibilise les Etats et les oblige à prendre en compte le respect de l’environnement. La troisième fonction, c’est la capacité d’influence. Selon moi, cette influence reste relativement limitée et très variable en fonction des domaines d’intervention : forte dans l’environnement, nul dans le domaine de la sécurité. »

Selon vous, l’altermondialisme est un radicalisme sans perspectives, prisonnier de la logique idéologique et incapable de faire des contre-propositions. Pour quelles raisons ?

Zaki Laïdi – « Il faut éviter de définir l’altermondialisme en des termes trop généraux parce qu’il renvoie à une pluralité d’acteurs, à une diversité de stratégies et d’intérêts, y compris au sein d’un même mouvement. Par exemple, au sein d’Attac, il y a plusieurs lignes politiques. A l’évidence, la capacité de la mouvance altermondialiste à proposer des solutions alternatives reste extrêmement limitée. Pour revenir à Attac, cette organisation s’en tient au totem de la taxe Tobin, tout en sachant que celle-ci a peu de chances d’être mise en place, mais c’est précisément parce qu’elle a peu de chances d’être mise en place que Attac surenchérit sur cette taxe. Cette taxe Tobin offre au mouvement une perspective d’action illimitée. Attac parle aussi de  » protectionnisme coopératif  » sans avoir jamais explicité le contenu de ce terme. La critique n’est pas erronée, loin de là, mais sa capacité à proposer des alternatives et un débouché politique restent extrêmement faibles. Le discours finit par être très incantatoire, extrêmement répétitif et au fond, extraordinairement idéologique à destination d’un public orphelin d’idéologies cohérentes et de prêts à penser politiques. Attac mord dans des franges de la population qui ont un niveau culturel relativement élevé et qui sont au fond les héritiers d’une pensée très classique, soit souverainiste-étatiste, soit socialisé par le programme communiste des années 70. Les principaux dirigeants d’Attac sont d’ailleurs issus très clairement du mouvement communiste. Si on parle de l’altermondialisme français, il faut le décomposer car lui-même n’est pas homogène. Une institution comme Attac n’est pas du tout homogène. Il y a des souverainistes anti-européens et nationalistes, inspirés par le chévenemento-communisme. Il y a aussi des libertaires et des révolutionnaires trotskystes qui ont une autre perspective. »

Quelles sont les limites de la mouvance altermondialiste ? Y-a-t-il un risque d’essoufflement sur le long terme de ces mouvements ?

Zaki Laïdi – « Il y a effectivement un risque d’essoufflement sur le long terme dans la mesure où ces mouvements sont dans l’incapacité de fournir une interprétation rassurante ou satisfaisante pour ses groupes et ses militants. L’altermondialisme français renvoie non pas à une condition sociale mais à une condition existentielle. Au fond, c’est assez paradoxale de voir que ce sont les groupes sociaux les moins exposés à la mondialisation qui sont les plus virulents dans l’altermondialisme. Les groupes les plus exposés à la compétition mondiale dans la société française sont les plus sous-représentés au sein d’un mouvement comme Attac, par exemple. »

Pourquoi la mondialisation est-elle une source d’inquiétude, un facteur anxiogène, comme vous le soulignez dans votre essai ?

Zaki Laïdi – «La mondialisation crée des gagnants et des perdants. Se pose la question de la prise en charge des perdants dans ce jeu social. C’est une première source d’anxiété, surtout pour les plus vulnérables. Seconde source d’angoisse : les coûts de la mondialisation sont très clairement et immédiatement identifiables tandis que ses gains apparaissent beaucoup plus diffus dans l’espace et dans le temps. Troisième raison : les règles de fonctionnement du système de l’échange mondial ne correspondent pas du tout à l’idée intuitive que les individus et les citoyens s’en font. Les opinions restent dominées par le paradigme mercantiliste : elles considèrent que dans l’idéal, il faudrait exporter plus et importer moins. Or, économiquement, ce principe est contraire aux règles de fonctionnement du commerce mondial. La quatrième raison vient aussi du fait qu’il y a un arbitrage entre le court terme et le long terme. Les effets négatifs à court terme sont compensés par les effets positifs à long terme. Mais, bien évidemment, on voit plus les effets à court terme. Par exemple, les délocalisations paraissent comme extrêmement négatives et comme une source d’appauvrissement alors qu’en réalité c’est une source d’enrichissement. L’erreur des altermondialistes est de considérer les délocalisations comme un mal. En réalité, c’est un processus inexorable. Il est parfaitement normal que des activités à faible valeur ajoutée se déplacent vers les pays en voie de développement. L’ajustement et la transition peuvent être plus ou moins longues et difficiles et c’est là que réside le cœur du problème. C’est une logique inéluctable. Refuser ce raisonnement, c’est refuser aux populations du Tiers-monde le droit de se développer. La clef de cet ajustement et de cette transition, c’est le relèvement des qualifications. C’est le seul moyen pour les pays riches de renforcer leurs atouts. C’est d’être sur des créneaux à forte valeur ajoutée. Cet objectif ne règle pas le problème de travailleurs non qualifiés que l’on ne peut pas requalifier facilement. Les désordres et les perturbations découlent de ce fait. »

Quelle place peuvent avoir les perdants de la mondialisation dans notre société ?

Zaki Laïdi – « Il y a une course de vitesse qui s’exerce entre l’entrée de ces nouveaux venus dans le jeu social mondial et l’adaptation des travailleurs peu qualifiés à cette nouvelle donne. Il n’y a pas de situation social figée. Nous sommes dans une période de déséquilibre plus forte parce qu’il y a des remises en cause et de nouveaux rapports de force. »

Quelle est l’évolution du rapport de l’Etat avec le marché ?

Zaki Laïdi – «L’Etat et le marché sont dans une relation conflictuelle et complémentaire. Il n’y a pas de mondialisation sans marché. La mondialisation se fait à la fois avec et contre l’Etat. Contre l’Etat car le marché cherche à se défaire de la régulation et des contraintes d’ordre publique. Avec l’Etat car le marché a besoin de lui pour faire valoir ses points de vue lors des négociations commerciales. Le marché a aussi besoin de l’Etat car il n’y a pas de développement possible mondialisé sans des infrastructures dont les Etats sont des garants essentiels. L’Etat continue a exercer des fonctions régaliennes (la sécurité) sans lesquelles les échanges ne sont pas possibles à l’échelle mondiale. L’idée selon laquelle la mondialisation se ferait uniquement contre les Etats ne correspond pas à la réalité des choses. Il faut donc penser le processus d’une manière dialectique. »

Propos recueillis par Julien Nessi
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Suspension du droit du sol à Mayotte.Un projet inconstitutionnel, discriminatoire et démagogique (Collectif Migrants Mayotte)

Posté par issopha le 28 février 2008

Collectif Migrants Mayotte

Suspension du droit du sol à Mayotte

Un projet inconstitutionnel, discriminatoire et démagogique

En liaison avec le Collectif Mom (Migrants Outremer) [1], le collectif Migrants-Mayotte s’est constitué en novembre 2007. Il est composé de nombreux travailleurs dans les secteurs sociaux, médicaux et enseignants oeuvrant à Mayotte, ainsi que d’une dizaine d’associations agissant pour la défense des droits des étrangers et l’appui moral, social, économique et/ou sanitaire des étrangers en situation irrégulière.


Le secrétaire d’Etat à l’Outre-mer Christian Estrosi a évoqué vendredi 22 février sur France 2 « une décision exceptionnelle » concernant l’île de Mayotte uniquement. Il envisagerait l’adoption d’une mesure qui ferait, selon lui, que « tout enfant né de parents en situation irrégulière » ne pourrait plus « réclamer » la nationalité française. Il s’agit tout simplement de la remise en cause du droit du sol. Le Collectif Migrants-Mayotte s’insurge contre cette mesure que le secrétaire d’Etat affirme vouloir proposer au printemps, et s’indigne de l’utilisation politique qui en est faite localement. Le Collectif dénonce vigoureusement cette annonce à plusieurs titres.

Une mesure inconstitutionnelle. En septembre 2005, après sa visite à Mayotte, le ministre français de l’Outre-mer de l’époque, François Baroin, avait affirmé « envisager » la remise en cause du droit du sol « pour certaines collectivités d’outre-mer » dont Mayotte. L’ambition de M. Baroin n’avait pas passé la barrière de la Constitution. Les constitutionnalistes semblaient unanimes à considérer qu’une révision éventuelle du droit du sol ne pouvait concerner que l’ensemble du territoire national. Cette remise en cause du droit du sol ayant été envisagée par un projet de la loi sur l’immigration en 2006, le président de la section du contentieux du Conseil d’Etat avait soulevé un risque d’inconstitutionnalité. « Les conditions d’accession à la nationalité française, dans notre tradition juridique, valent pour l’ensemble du territoire de la République », avait-il indiqué. D’où la conclusion d’une mission de la commission des lois de l’assemblée nationale : « Une telle modification devrait donc nécessairement concerner l’ensemble du territoire national. » En effet, les articles 73 et 74 de la Constitution excluent certains domaines des spécificités ultramarines, parmi lesquels la nationalité. Comment une mesure inconstitutionnelle en 2005 ne le serait plus en 2008 ?

Une mesure discriminatoire. En suspendant le droit du sol à Mayotte uniquement, M. Estrosi ferait de cette Collectivité départementale un territoire étranger au territoire français. Cela signifierait que tous les enfants ne sont pas égaux au sein de la République ; que certains sont plus valables que d’autres. Dans cette logique, un enfant de Malgaches qui naîtrait en Métropole pourrait sous certaines conditions être français, mais pas un enfant de Malgaches qui naîtrait à Mayotte ! Cette mesure serait d’autant plus néfaste qu’elle priverait certains enfants nés de parents en situation irrégulière à Mayotte il y a 8, 10, 12 ans et scolarisés dans l’école républicaine, de ce droit fondamental. Ces milliers d’enfants seraient dans une situation plus précaire encore qu’elle ne l’est aujourd’hui. Que ferait-on d’eux ?

Une mesure démagogique. Selon M. Estrosi, « nous avons aujourd’hui à Mayotte 30 % de la population qui est en situation clandestine, irrégulière, et dans 10 ans elle pourrait être majoritaire par rapport à la population franco-mahoraise ». En lisant les propos de M.Estrosi, on a l’impression que n’importe quel enfant né à Mayotte est d’office français. C’est faux. Selon la loi, un enfant né à Mayotte est français depuis sa naissance :

  • s’il est né depuis le 2 août 1975 avec un parent né à Mayotte (ou sur une autre terre française à la naissance du parent et restée française depuis) ;
  • s’il est né depuis le 2 août 1975 et avant le 1er août 1994 avec un parent né aux Comores avant le 31 décembre 1975 ou à Madagascar avant le 11 avril 1960.

A défaut de remplir l’une de ces exigences, il ne pourra devenir français que sous conditions de résidence et pas avant l’âge de 13 ans. Autrement dit : le droit du sol n’est pas exclusif et est soumis à d’autres obligations que semblent ignorer les responsables locaux et le secrétaire d’Etat. Il ne suffit pas d’être né à Mayotte pour être français !

Une mesure inefficace. Faire croire que le droit du sol et par extension l’obtention de papiers français est la principale raison qui pousse les Comoriens et Malgaches à entrer la plupart du temps illégalement à Mayotte relève du mensonge. Si les Comoriens viennent à Mayotte, c’est avant tout pour des raisons économiques, sanitaires, sociales, politiques ou familiales. Ils fuient la misère ou la répression politique de mise actuellement à Anjouan, cherchent à y accoucher dans des conditions acceptables ou à y scolariser leurs enfants, visitent de la famille – car les Comoriens ne sont pas à Mayotte des « étrangers » comme les autres, ils possèdent des liens familiaux et culturels jamais effacés malgré la séparation politique depuis 1975 de Mayotte avec les trois autres îles de l’archipel. Quiconque s’est rendu à Anjouan, en Grande-Comore ou à Mohéli peut affirmer que les raisons de l’émigration vers Mayotte ne sont pas liées à l’obtention de papiers. Ce n’est qu’une fois sur place, quand les « étrangers » y ont fait leur vie, y ont trouvé un travail, que la question de la régularisation se pose à eux. La suspension du droit du sol ne modifiera donc en rien les flux migratoires.
D’autre part, il convient de préciser que l’utilisation faite par certains responsables politiques mahorais de la déclaration de M. Estrosi emploie des arguments invalides. Selon nombre de ces derniers, les « Comoriens viennent à Mayotte car ils savent que s’ils ont un enfant ils ne seront pas expulsables ». Une argumentation que les chiffres officiels démentent : en 2007 en effet, sur 16.000 personnes reconduites à la frontière, la préfecture a recensé plus 2.000 mineurs, parmi lesquels des nourrissons, des bébés et des enfants accompagnés de leurs parents –ou pas. Parmi eux, beaucoup étaient nés à Mayotte… Être parent d’un enfant né à Mayotte ne rend en effet pas « inexpulsable ».

Une mesure inquiétante. L’outremer a toujours servi de ballon d’essai en France. La suspension du droit du sol à Mayotte ne serait qu’un préalable à ce qui se passera, dans les autres DOM-TOM d’abord, sur tout le territoire ensuite. Il y a donc tout lieu, partout ailleurs sur le territoire français, de s’inquiéter de « l’exception Mayotte ».

Dans ce contexte, le Collectif Migrants-Mayotte demande au secrétaire d’Etat à l’Outre-mer de revoir son projet qui n’aurait d’autre effet que de stigmatiser une fois de plus les populations « étrangères » vivant à Mayotte, et de tromper les Mahorais en leur faisant croire que la suspension du droit du sol ralentirait l’immigration clandestine. Cette mesure ne ferait que précariser des populations déjà très vulnérables, et mettre à mal un des fondements de la République.

Mamoudzou, le 24 février 2008

[1ADDE (avocats pour la défense des droits des étrangers) ; Aides ; Anafé (association nationale d’assistance aux frontières pour les étranger) ; CCFD (comité catholique contre la faim et pour le développement) ; Cimade (service œcuménique d’entraide) ; Collectif Haïti de France ; Comede (comité médical pour les exilés) ; Gisti (groupe d’information et de soutien des immigrés) ; Elena (les avocats pour le droit d’asile) ; Ligue des droits de l’homme ; Médecins du monde ; Secours Catholique / Caritas France

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« Charognards ». C’est le mot que Rama Yade…suivi de « Avis de recherche d’un contre-pouvoir indépendant » / Lu, vu, entendu N°6 : « Questions de morale ? »)

Posté par issopha le 27 février 2008

Lu, vu, entendu N°6 : « Questions de morale ? »

Johann Colin

   

« Charognards ». C’est le mot que Rama Yade, Secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, a utilisé pour qualifier les journalistes. C’était sur RTL, le 8 février à 7h50, au micro de Jean-Michel Aphatie – qui n’en espérait pas tant. Objet de la polémique : le traitement médiatique réservé à Nicolas Sarkozy et à sa vie privée [1]. Au moins, quand Rama Yade défend les droits de l’homme, on sait de quel homme il s’agit.

Sarkozy, proie des médias ?

Voici les propos exacts tenus par la Secrétaire d’Etat : « Ce qui me frappe, c’est l’extrême violence des attaques contre le Président de la république, des attaques personnelles, ciblées, que je trouve indignes, infâmantes. On a l’impression de voir des charognards qui ont humé l’odeur de leur proie et qui fondent sur lui , qui s’acharnent, parce que je trouve que c’est une véritable chasse à l’homme. Il n’y a plus de morale, personne ne recule devant aucune bassesse, aucun scrupule, personne n’a rien appris , tout oublié du choix démocratique des Français. Ceux qui veulent la peau de Nicolas Sarkozy sont des gens qui veulent leur revanche parce qu’ils n’ont pas accepté qu’il préside aux destinées de ce pays ». «  On est quand même tombé très bas  », concluait-elle.

Immédiatement relayés par l’ensemble des médias, ces propos ont quelque peu gêné la classe politique, qui s’est empressée d’enterrer la hache de guerre :
- Ainsi, François Fillon, en visite le jour même au Kazakhstan : « Je n’ai aucun mot dur à dire aux journalistes, je n’ai que des mots gentils ».
- Bernard Accoyer, sur radio J, le 10/02 : « Les propos que vous évoquez me paraissent être excessifs. Restons raisonnables ».
- Fadela Amara, sur Canal + : « Ah, moi je ne dirais pas ça ! Je n’utiliserais pas ces mots, pourtant Dieu sait que c’est ma spécialité, les mots ».
- Michèle Alliot-Marie, lors du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI du 10/02, assure que ce « sont des mots qu ’[elle] n’emploie pas  ».
- Enfin, Jean-François Copé, dans un entretien dans le Journal du Dimanche, déclare : « il est temps d’appeler au cessez-le-feu  » entre la presse et le président de la République.

Et tous, de François Hollande à Rachida Dati, d’en appeler à un plus grand respect de la déontologie. Le défaut de déontologie lorsqu’il ne porte pas atteinte à la vie privée du président, inquiète beaucoup moins nos dirigeants. Mais Rama Yade aurait-elle pris le risque de tenir de tels propos s’il n’existait déjà un sentiment de défiance envers les médias ? Et d’où vient cette défiance ?

Gardons en mémoire les termes utilisés par la secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme et confrontons-les à la réalité du monde médiatique…

« … des charognards qui ont humé l’odeur de leur proie… »

« S’il vous plaît, oubliez-moi ! ». C’est ainsi que se termine la lettre ouverte adressée par Abderrezak Besseghir à Christophe Hondelatte, l’animateur de l’émission « Faites entrer l’accusé » sur France 2 (lettre publiée sur le site Rue89.com).

Abderrezak Besseghir, c’est le « bagagiste de Roissy », accusé à tort de terrorisme en 2002. « À l’époque, résume-t-il, policiers, magistrats -et journalistes, la chambre d’écho des deux autres corporations- m’avaient unanimement accusé de préparer un attentat terroriste dans l’aéroport où j’étais employé. »

« Au moment de l’affaire, ma famille a dû s’exprimer dans les médias pour contredire les inepties énoncées par les « enquêteurs », et relayées, sans aucune vérification, par des journalistes. Nous avons dû laver notre honneur en concédant quelques -rares- interviews à des médias qui pourtant ne nous avaient pas épargnés. »

Les médias n’en ayant jamais assez, voilà qu’aujourd’hui France 2 le sollicite pour participer à l’émission « Faites entrer l’accusé ». Mais cette fois, Besseghir dit stop. Des micros et des caméras, il en a vu trop.

« En ce qui me concerne, c’est un devoir de mémoire malsain. Mais l’équipe qui travaille sur ce programme n’est pas du même avis. Excédés par mes refus catégoriques, ses journalistes ont haussé le ton : « Que vous participiez ou pas, nous la ferons, cette émission ! ». Le fait que ni moi ni mes proches ne donnions notre version des faits ne les arrêtera pas. A les entendre, je n’ai pas le choix. Je suis forcé de jouer le jeu des médias. Parce que, me dit-on, « tous les protagonistes vont s’exprimer ». Y compris les personnes qui ont placé des armes de guerre et des explosifs dans le coffre de ma voiture pour me faire accuser. Me voilà cerné ! »

« Ainsi la calomnie n’aura pas suffi, poursuit-il. Alors que je commence tout juste à retrouver un semblant d’équilibre, me voilà sommé, à nouveau, de m’expliquer aux micros de France 2. De me mettre au service de l’audimat. Si je ne contribue pas à l’émission ? On m’aura prévenu : les autres, tous les autres, eux, s’exprimeront… On marche sur la tête.
Qui osera accuser Christophe Hondelatte de faire du sensationnalisme à peu de frais ? Certainement pas les journalistes spécialisés dans les faits-divers, pourtant les mieux à même de comprendre ce que j’ai enduré. Ces derniers sont régulièrement invités dans l’émission pour commenter les affaires qu’ils ont -brillamment, cela va sans dire !- couvertes dans leurs propres médias. Pourtant, il y aurait beaucoup à dire sur les choix des affaires et les coulisses de la préparation de cette émission que les critiques de télé ont décidé d’épargner à jamais.

Quant à moi, n’est-ce pas mon droit le plus élémentaire que de décider de ce qui est bien pour moi et pour mon fils ? Car lorsque Christophe Hondelatte aura remonté le col de sa veste en cuir, que le téléspectateur aura éteint son poste, ma famille et moi, nous aurons à nouveau à supporter le regard des autres. Un regard toujours pesant, qu’il soit soupçonneux ou compatissant. »

Alors que certains font tout pour qu’on parle d’eux, Besseghir aimerait qu’on l’oublie : «  Je vous prie de m’oublier et je souhaite que la chaîne censée être au service du public (dont je fais partie) ne produise pas et ne diffuse encore moins le reportage qui est fait sur ma vie.
J’aimerais aussi que l’éditeur Michel Laffont cesse de vouloir faire de ma vie un film en me harcelant pour vendre les droits du livre paru au sujet de mon histoire. Je vous demande sincèrement quitte à vous supplier le droit à l’oubli, laissez moi vivre en paix ! »

En introduction de sa lettre, Abderrezak Besseghir précise : « Je ne connais personne. Je n’ai pas de pouvoir particulier et ne suis membre d’aucun réseau d’influence. » Dommage, Rama Yade aurait certainement pu lui venir en aide…

« … Il n’y a plus de morale… »

Christine Ockrent, épouse du Ministre Bernard Kouchner, reine des ménages facturait en 2003 certaines de ses interventions à 18 000 euros la demi-journée [2] . C’est le prix qu’elle faisait payer alors pour ce qu’elle estime être sa plus grande réussite : « la préservation de [son] indépendance ». Elle est désormais dans le collimateur de la Société des journalistes (SDJ) de France 3. Celle-ci a demandé, le 6 février, à la direction de la chaîne de sanctionner les « ménages » auxquels se livre la journaliste, et qui constituent une pratique réprouvée par la charte des devoirs professionnels des journalistes français.

La SDJ de France 3 explique qu’au cours des deux dernières années, Christine Ockrent a notamment animé la soirée de lancement de Microsoft Windows Vista, présidé un jury des « Trophées de l’intégration paysagère » des antennes relais SFR, animé à Bordeaux un Forum organisé par la Caisse des dépôts, ou animé, au mois d’août, l’université d’été du Medef. La SDJ ne précise toutefois pas le montant des honoraires perçus par Christine Ockrent.

La SDJ demande à la chaîne de « prendre rapidement les mesures disciplinaires qui s’imposent » à l’encontre de la journaliste. Elle déplore une «  confusion des genres » qui «  sape notre crédibilité, déjà entamée par une promiscuité affichée sans retenue par cette journaliste vis-à-vis du pouvoir politique ». Elle estime que ce comportement jette « un doute sur l’impartialité » de France 3. « Nous appelons par ailleurs notre direction à rappeler fermement les règles en vigueur à tous les journalistes », ajoute la SDJ. La direction de France 3 n’a pas souhaité faire de commentaire. La reine Christine vilipendée par le menu fretin de la Société des journalistes ? Il n’y a décidément plus de morale ! –(Source : nouvelobs.com, 8 février 2008).

« …personne ne recule devant aucune bassesse, aucun scrupule… »

Chritine Ockrent, toujours. Après avoir monnayé son talent en 2002 à Orange, puis à Métro [3], la « reine » qui a butiné un peu partout depuis, a jeté son dévolu sur France 24. Voici comment Le Canard enchaîné du 23 janvier 2008 résumait l’information et la situation  : « Mercredi 16 [janvier], Le Point a révélé, sur son site Internet, que la chroniqueuse de luxe de France 24, Christine Ockrent, embauchée depuis le 1er mars pour un “billet” politique hebdomadaire, émarge à une somme rondelette : 120 000 euros par an. Ledit billet ne durant que six minutes chaque semaine (deux fois trois minutes en français et en anglais), cela met la minute d’Ockrent à 416 euros. Mais c’est la qualité qui compte… Heureusement, l’info n’a pas eu trop d’échos dans la presse nationale. La solidarité de la profession vis-à-vis de la “reine Christine” a fait des miracles : cinq lignes dans Le Parisien (16/1), deux lignes dans Le Monde (19/1), rien de plus, et quasi rien sur les télés. Au siège de la CNN à la française, en revanche, la nouvelle a circulé et fait grincer quelques dents. D’autant qu’Ockrent n’y a pas que l’avantage du salaire. Elle y jouit également des commodités de la fonction : ce n’est pas dans les locaux de France 24, à Issy-les-Moulineaux, où elle ne met jamais les pieds, que la pacha Ockrent enregistre son billet. Mais dans la très chic « Closerie des Lilas », brasserie parisienne située à deux pas de son domicile et où doit se déplacer, chaque semaine, une équipe de production de France 24… ». Décidément Le Canard ne recule devant aucune bassesse, aucun scrupule…

« … On est quand même tombé très bas … »

Sur Nouvelobs.com, Claude Soula nous apprend cette anecdote intéressante concernant le journal Les Echos, récemment racheté par Bernard Arnault : « Dans la rubrique “Cribles” (…), un éditorialiste anonyme a écrit le 25 janvier dernier une analyse qui se voulait iconoclaste -et plutôt négative- sur la cession des parfums Saint-Laurent, par le groupe PPR à l’Oréal. Pour les non initiés, décryptons : PPR, c’est le groupe Pinault, et François Pinault, c’est l’hyper ennemi de Bernard Arnault. Les journalistes économiques ont donc lu à la loupe ce papier, pour voir si Les Echos restaient Les Echos, donc neutres, ou s’ils allaient essayer de faire plaisir à Bernard Arnault, voire au contraire, de le défier. Et malheureusement, c’est plutôt la pire des hypothèses qui a l’avantage : l’articulet souligne les faiblesses de la vente, et tous les problèmes du groupe PPR, alors que la bourse avait salué l’opération… Le titre de l’article est ’Emballement’ pour souligner à quel point les marchés et les analystes financiers se sont trompés sur l’analyse du deal. C’est simple : l’éditorialiste est moins critique sur la Société Générale que sur PPR ! »

Un point de vue tellement surprenant que Claude Soula en vient à se demander si Bernard Arnault n’a pas écrit l’article lui-même. Une chose est sûre en tout cas, selon lui : « Désormais, Les Echos, qu’ils le méritent ou pas, seront toujours suspects aux yeux de leurs lecteurs ».

La confiance aussi est au plus bas. Très très bas…

« …des gens qui veulent leur revanche… »

Bassesse ? Les derniers rebondissements de la crise du journal donnent l’occasion aux anciens dirigeants du Monde de régler leurs comptes [4]. Et ça n’est pas joli, joli. « Au-delà des questions de personnes, se joue actuellement le dernier acte d’un processus qui a commencé au moment où j’ai démissionné. Aujourd’hui, la rédaction tente avec courage d’éviter le pire, mais la vraie bataille a déjà été perdue avec la dilution du quotidien dans le groupe Le Monde. » Interrogé par Le Journal du dimanche (le 3 février 2008) au sujet de la « dernière crise » du journal vespéral, Edwy Plenel revisite – de manière très personnelle – l’histoire du titre qu’il a co-dirigé à partir de 1994. Il se désolidarise ainsi de ses anciens comparses Colombani et Minc et s’exonère de toute responsabilité quant aux difficultés que rencontre Le Monde.

Rappelons quand même que Plenel a défendu toutes les options de l’ancienne direction et même parfois avec grandiloquence. Arguant pour l’introduction du titre en Bourse en 2001, il expliquait ainsi : « Il faut en finir avec cette idée qu’un journal pur est un journal pauvre [5] ». Aujourd’hui, en raison des choix du trio Minc-Colombani-Plenel, Le Monde est pauvre et sous contrôle. Le nouveau patron de Médiapart aime penser contre lui-même, au risque de la contradiction. Et son goût des « petits faits vrais » souffre quelques exceptions. Comme l’a relevé Alain Minc dans le discours prononcé pour son départ de la présidence du conseil de surveillance du Monde  : « Du temps d’Edwy Plenel, le journal était chaud et souvent faux. Il est devenu désormais froid et toujours vrai [6] » Une violence inouïe qui laisse Rama Yade de marbre…

« … personne n’a rien appris… »

Revenons à la Secrétaire d’État aux droits de l’Homme et surtout, à son interviewer. Quelques heures à peine après la « sortie » de Rama Yade, Jean-Michel Aphatie réplique sur son blog.
« Sur le fond », s’agissant de la pipolisation de la vie politique, il commence par reconnaître : « Dans l’échelle de l’importance qu’ont toutes choses, mariage et remariage, divorce et sms, bisous et bijouterie, ont un intérêt moindre que l’augmentation des petites retraites, la capitulation devant les taxis, la presque capitulation devant les débits de tabac, le déficit budgétaire ou, fin du fin, la prochaine probable future bombe nucléaire iranienne. » Avant d’ajouter : « En même temps, le journalisme est un métier, pas un passe-temps. Ce qui se produit doit être restitué. Par exemple, quand un président de la République célibataire visite Eurodisney au bras d’un top model qui chante, c’est fatalement, indubitablement, une information. En France, un seul organe de presse a choisi de passer ce fait sous silence. Ce n’est pas lui, professionnellement, qui a eu raison. A partir de là, la machine s’est emballée. La love story a été couverte, largement couverte, d’autant plus largement couverte que le principal acteur lui même a encouragé la presse à le faire. Pour ne prendre que des exemples récents, quand le président visite le site sidérurgique de Gandrange, lundi, il évoque par périphrase son mariage survenu deux jours [plus tôt] et quand il est à La Rochelle, le mardi, pour le train supersonique d’Alsthom, il dit son amour de l’Italie. Mettre un sou dans la machine tous les jours n’est pas le meilleur moyen de la calmer. »

La pipolisation de la vie politique est donc une attitude tout à fait professionnelle, le problème ne se pose que quand la machine s’emballe. Et si la machine s’emballe, ce n’est pas dû au système médiatique dans son ensemble, mais c’est que certains font mal leur boulot : « Des journalistes, ici ou là, ont peut-être écrit n’importe quoi, des choses fausses au milieu des choses vraies, des bêtises ou des insanités. Mais ici, c’est la responsabilité individuelle qui doit être questionnée. (…) Parler de manière indifférenciée de la presse, en revanche, ne paraît pas tout à fait pertinent. (…) La presse n’accepterait donc pas l’élection de Nicolas Sarkozy et mènerait contre lui une véritable chasse à l’homme. Bon, après tout pourquoi pas. Il faut juste savoir que la “presse” n’existe pas . Chaque journal travaille dans son coin et il n’existe pas un centre névralgique organisant la contre offensive après la défaite du printemps dernier. Au demeurant, dans ce foutu pays où tout le monde se divise à propos de tout, la “presse” serait bien incapable d’organiser la suite au profit de qui que ce soit. »
Ouf, nous voici rassurés ! Comme il n’existe pas – il a raison, Aphatie…- de « centre névralgique », chaque mouton brouterait « dans son coin », même « les moutons noirs » et les « moutons de Panurge ». Car il en va de la vie privée de Sarkozy comme du reste : le système médiatique fonctionne à merveille, tout n’est qu’ « emballement » passager. Des emballements comme celui du RER D [
7], ou du bagagiste de Roissy.

« Mon truc, c’est la cuisine », proclamait Jean-Michel Aphatie pendant la campagne électorale de 2007 [8]. Par chance, ce n’est pas encore la chambre à coucher.

« … personne n’a rien appris… » (bis)

… Certes, depuis on n’a rien appris ou presque.

- Sur la situation au Tchad.

Sous le titre «  »Tchad : les Français… » – Les JT sont obnubilés par le sort des ressortissants » , Samuel Gonthier dans Télérama du 13 février 2008 relève … scrupuleusement : « C’est la figure obligée de toute crise africaine : le “ressortissant”. […] Ainsi s’impose le héros du journal télévisé quand, le 31 janvier dernier, des « rebelles » attaquent N’Djamena. Dans chaque édition, sur France 2 comme sur TF1, deux sujets consacrés au Tchad : l’un dédié aux ressortissants évacués, l’autre àla situation sur place”. C’est-à-dire à l’action de nos soldats en faveur… des ressortissants. […] Les télés […] n’ayant pas de reporters sur place, se satisfont des images fournies par les militaires. Elles en indiquent très scrupuleusement la provenance. Mais en tirent d’étranges conclusions : “Ces images tournées par l’armée française le prouvent : quand les forces tricolores croisent les rebelles, elles observent une stricte neutralité.” (France 2, 3 février). “Neutralité” de la France, “légitimité démocratique” d’Idriss Déby, le discours des autorités civiles et militaires n’est jamais mis en doute. En une semaine, chacune des deux chaînes ne consacre qu’un seul sujet d’à peine deux minutes à une sommaire explication de la guerre. […] En revanche, quand il s’agit des “ressortissants”, les JT rivalisent de précision. “397 ressortissants ont quitté N’Djamena. » « 839 étrangers ont été évacués du Tchad vers le Gabon.” “525 ressortissants français sont arrivés ce matin à Roissy”, etc. Et les Tchadiens ? Les Tchadiens ont un sacré handicap : ils ne sont pas “ressortissants”. Alors, ils sont simplement “des centaines”– des centaines de blessés. Ou “des milliers” – des milliers à fuir les combats, à se réfugier au Cameroun. Et c’est tout. Pas d’images, pas d’infos. Enfin, au bout de quelques jours, “ça semble plutôt se calmer au Tchad”, annonce Jean-Pierre Pernaut. L’occasion de mieux comprendre ce qui s’est passé ? Pas le temps […] »

- Sur les grèves générales en Grèce

Pas d’inquiétude en revanche sur les « ressortissants français en Grèce »…Le mercredi 14 février 2008, « toute l’économie grecque était paralysée par une journée massive de grève générale, la deuxième en deux mois. » rappelle le Lucky.blog qui relève : « Pas d’article depuis un an dans les archives du journal Le Monde avec les mots clefs “grève et Grèce” ou “grèves et Grèce”. Même recherche infructueuse (sauf erreur de ma part) sur le site de Libération. Mais voici un extrait de la correspondante de RFI à Athènes, Corinne Valois : “Comme si le temps avait été suspendu, tout le pays a été une nouvelle fois paralysé par la seconde grève générale de vingt-quatre heures du secteur public et privé, cela deux jours avant l’ouverture des débats parlementaires pour la modification du régime de sécurité sociale et des retraites (…) Un régime calqué sur le modèle français.” »

Dans ce cas, à quoi bon en parler, en effet ?

Johann Colin
- avec la documentation d’Acrimed

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[1] La même semaine, le 7 février, on lit en « une » des trois news magazines du jeudi : « Le Président qui fait pschitt… » (Le Nouvel Observateur), « La déception » (L’Express) et « Ce qui Cloche » (Le Point).

[2] Lire aussi : « Ockrent surmenée par les  » ménages «  » ; «  »Ménages » : Ockrent trahie en direct » ; « Christine Ockrent se recycle en Orange » ; « Les  » ménages  » des « stars » du journalisme (selon Capital d’octobre 2001) ».

[3] Lire : «  Christine Ockrent se recycle en Orange » et « Christine Ockrent « peaufine » son sens civique ».

[4] Pour un point sur ces rebondissements, lire « Les nouveaux maîtres du Monde. En attendant Lagardère ? ».

[5] Lire « Préparatifs pour un Monde boursicoté. (1) Les rédacteurs. ».

[6] Le discours est en ligne sur le site Nouvelobs.com.

[7] Voir le dossier d’Acrimed sur cette affaire.

[8] Lire : « Les grands entretiens de Jean-Michel Aphatie ».

 

 

Lu, vu, entendu n° 5 : « Avis de recherche d’un contre-pouvoir indépendant »

Johann Colin et Yves Rebours

   

Contes et légendes…

I. En quête d’indépendance

Etienne Mougeotte, en toute indépendance

On le sait, Etienne Mougeotte a pris la succession de Nicolas Beytout à la tête du Figaro. Interviewé par Guillaume Durand sur Europe 1 (A l’Air Libre, Europe 1, 20 novembre 2007), l’ancien directeur de TF1 vend son « produit » : « Je pense que de plus en plus, les marques, les grandes marques : Figaro, Europe 1, TF1, New York Times si on va à l’étranger, auront une valeur très forte dans un système où l’information arrive par de multiples canaux ».

Signe des temps, même Guillaume Durand, même sur Europe 1, se sent obligé d’évoquer le problème de l‘indépendance des journalistes qui travaillent pour la « grande marque ».
- Guillaume Durand : – « Les journalistes qui travaillent pour vous ils se sont souvent méfiés de leur patron, Serge Dassault qui voulait faire passer une sorte d’image politique, ils se méfient aussi de Nicolas Sarkozy dont on disait que M. Beytout, Nicolas Beytout était très proche, est-ce que vous leur garantissez en arrivant une indépendance ? »
- Etienne Mougeotte : – « 
Moi ce que je leur garantis, c’est à la fois l’indépendance politique bien sûr et une relation pacifiée vis-à-vis de l’actionnaire, c’est-à-dire un actionnaire qui fait son métier d’actionnaire mais qui ne prétend pas intervenir et qui n’interviendra pas dans la ligne éditoriale du journal. »

Quand Etienne Mougeotte se porte garant de l’indépendance des journalistes, on est prié de ne pas sourire. Quand il honore le dur « métier » [sic] d’actionnaire, en assurant que celui-ci n’aura pas à « travailler plus pour intervenir davantage », on se prend à penser qu’Etienne Mougeotte, choisi par l’actionnaire, fera son « métier » d’intermédiaire et de « pacificateur », sans qu’il soit utile que l’actionnaire se charge directement et quotidiennement de la « ligne éditoriale du journal » .

Mais Guillaume Durand, toujours pressé de passer à la question suivante, avant que la précédente ait été vraiment abordée, est inquiet :

- Guillaume Durand : – « Est-ce que Le Figaro est un journal de droite ?  » En voilà une question impertinente ! Demander si Le Figaro est un journal de droite, c’est un peu comme demander si Radio Vatican est une radio catholique… Mais Etienne Mougeotte ne se dérobe pas :
- Etienne Mougeotte : – « Le Figaro est un journal libéral, il défend… »
- Guillaume Durand : – « C’est-à-dire un journal de droite ! (…) Est-ce que tout ça, c’est organisé dans le bureau du Président de la République ? Parce qu’on a beaucoup parlé d’annonces qu’il aurait fait…  »

Et hop ! Puisque l’orientation éditoriale du Figaro n’est déterminée ni dans le bureau du propriétaire de la « marque », ni dans celui du Président de la République (et, ajoutons-le : que les journalistes pris individuellement n’ont pas jour après jour un fil à la patte), l’indépendance est garantie ! Sous couvert de poser des questions dérangeantes, Guillaume Durand a lavé Le Figaro de tout soupçon.

Et comme Europe 1 est suspecté de se prêter aux exigences de Sarkozy, Etienne Mougeotte défend les deux « marques » en une seule tirade :- Etienne Mougeotte : – « Attendez, attendez, attendez, attendez, Guillaume Durand , est-ce que les journaux d’Europe 1 se font dans le bureau du Président de la République ? Non ! Est-ce que les journalistes d’Europe 1 sont inféodés au Président de la République ? Non, et bah pour Le Figaro c’est pareil, c’est pareil et on raconte un certain nombre de choses, (…) en tout cas, moi je n’ai pas vu le Président, je n’ai pas eu de contact avec lui, je le respecte en tant que Président, il est le Président de la République mais ce n’est pas lui qui fera Le Figaro, croyez-moi, pas plus qu’il ne fait j’en suis sûr Europe 1 ».

Evidemment, Sarkozy ne fait pas Le Figaro  ! Evidemment, il ne fait pas Europe 1 ! Pourquoi se donnerait-il cette peine ? L’orientation éditoriale du quotidien est si bien ajustée à ses exigences qu’il peut se priver d’intervenir directement. Quant à la station de radio, média de consensus, elle épouse si bien le consensus dominant qu’il n’est nul besoin d’inféoder ses journalistes.

Consensus dominant ? Quelques secondes plus tard, Guillaume Durand pose cette question à son invité :
- Guillaume Durand - : « Etienne Mougeotte, que diriez-vous à ceux qui nous écoutent qui sont coincés aujourd’hui dans les voitures (…) ? Parce que nous sommes dans un pays qui est quand même assez coincé !  »

Avec des journalistes aussi « décoincés » que Guillaume Durand, Sarkozy n’a nul besoin de museler la presse. De tels journalistes ne risquent pas de mordre.

Nicolas Beytout, en toute indépendance

En tout cas, si Etienne Mougeotte promet d’assurer l’indépendance du Figaro vis-à-vis de ses actionnaires, il devra faire ses preuves. Pour convaincre en particulier son prédécesseur, Nicolas Beytout. Celui-ci assure avoir été « un grand résistant » face à Serge Dassault, propriétaire du quotidien : « Il m’appelait tous les jours, dit Beytout, pour m’imposer ses copains ou écrire dans le journal. Ce type est un nul qui ne connaît rien à la presse. J’ai tenu, mais je ne suis pas sûr que ce sera le cas avec Mougeotte » (Le Canard Enchaîné, 28 novembre 2007). Vu l’ampleur de la résistance en question sous Beytout, si celle-ci est encore moins grande sous Mougeotte, cela laisse songeur sur l’avenir du Figaro. Rappelons que Serge Dassault n’a pas attendu le changement de direction à la tête de « son » quotidien pour déclarer qu’un journal « permet de faire passer un certain nombre d’idées saines » (entretien accordé au magazine Entreprendre pour son numéro de décembre 2003, voir notre article « La presse selon Dassault (4) : les « idées saines »).

Vincent Bolloré, en toute indépendance

S’il dit les choses de manière plus élégante, Philippe Labro, conseiller du prince Vincent Bolloré, est tout à fait d’accord avec l’ami Serge : « Les médias, c’est profondément contemporain et synonyme d’influence », confie-t-il à Télérama (Emmanuelle Anizon, « Le raz de marée Bolloré », Télérama, n°3016, 31 octobre 2007).

Le prince en question, propriétaire entre autres de la chaîne Direct 8 et du journal Direct Soir, est encore plus… direct. C’est que les beaux discours sur l’indépendance des médias, c’est bon quand on est journaliste, voire même directeur. Mais quand on est LE Boss, on peut se lâcher. Toujours dans Télérama, on peut lire cet aveu : « Je ne suis pas un investisseur financier, je suis un investisseur industriel. Je dois donc avoir le contrôle de l’éditorial ». Le client, ajoute-t-il, « ce n’est plus seulement le lecteur, mais l’annonceur ».

Exactement l’inverse de ce que prétendait Mougeotte sur Europe 1. Quelles sont les qualités requises pour travailler au service de Bolloré ? L’une de ses anciennes salariées l’a confié à Télérama  : « Ce n’était pas désagréable de travailler avec lui, dit une ancienne salariée à Télérama. Il est très intelligent, charmant, élégant. Simplement, il faut oublier d’être journaliste ». On ose croire que cet oubli puisse gagner des salariés du Figaro et d’Europe 1…

II. A la recherche du contre-pouvoir

Si Le Figaro est un journal de droite, si les médias de Vincent Bolloré lui sont inféodés, heureusement il reste des médias de gauche rebelles et subversifs, comme… Libération  ! Vous souriez ? Vous avez tort, certains y croient.

Un contre-pouvoir de fréquentation ?

A commencer par Libé lui-même. Témoin, cette publicité :

Libération, le premier des contre-pouvoirs ? Pourtant… Pourtant, interviewé sur France Inter dans l’émission J’ai Mes Sources (22 octobre 2007), Laïd Sammari, journaliste à L’Est Républicain, auteur d’un article sur le divorce de Nicolas Sarkozy, a cette révélation : « Quand on est Parisien, on ne peut pas accepter l’idée que, dans une affaire aussi importante [le divorce des Sarkozy], aussi sensible, touchant au Président de la République, qu’un provincial vienne faire la nique. (…) Moi, à Libération, on m’a dit : « Mais, tu comprends, c’est pas possible. Nous, on les connaît tous à l’Elysée, on les voit tous les jours » ». Curieux argument (invoqué à propos d’une question subalterne, il est vrai…) qui suggère que pour certains journalistes de Libé le journalisme d’investigation se confond avec le journalisme de fréquentation.

Libération, contre le pouvoir… ou tout contre ?

Contre les pouvoirs ou tout contre ?

Au cours de l’émission « J’ai mes sources » (France Inter, lundi 22 octobre 2007, Albert Du Roy, auteur de La mort de l’information (Stock), nous en dit plus sur ce lien entre pouvoir et journalistes. Albert Du Roy est ancien directeur général adjoint de France 2 en charge de l’information, ancien rédacteur en chef du Nouvel Observateur, ex-journaliste à L’Express, Europe 1 et France Inter. On pourrait donc s’attendre de sa part à une certaine mansuétude. Et pourtant :

« D’une manière générale, explique-t-il, c’est vrai qu’en France, à l’égard des pouvoirs en général, du pouvoir présidentiel en particulier et du pouvoir de ce président-ci encore plus en particulier, il y a une prudence. Le mot prudence étant un euphémisme. C’est de la déférence ou c’est de la précaution ou c’est du calcul ou c’est de la connivence (…) C’est vrai que, dans le domaine politique, il y a une endogamie entre les journalistes qui couvrent la politique et les élus qu’ils devraient traiter d’une manière distanciée, que (…) c’est grave. Moi, j’en ai fait partie de ce système et donc je peux – avec la lucidité, peut-être, que donne le retrait – je peux dire à quel point c’est quelque chose qui peut aboutir, en matière d’information, à des conséquences graves. (…) Mais c’est vrai aussi dans tous les autres secteurs de l’information. Les connexions entre industriels et journalistes, entre fabricants de produits touristiques et les journalistes, entre restaurants et les journalistes gastronomiques, les connexions sont très nombreuses ».

« C’est ce système de connivence qu’il faut dénoncer, renchérit Pierre Haski, co-fondateur du site Rue89.com, invité lui aussi ce jour-là. Ce système de connivence, il est bien antérieur à l’apparition de l’internet. Il est à l’intérieur du système de l’information en France. Il y a plein d’autres exemples, dans son livre [celui d’Albert Du Roy], que tout le monde connaît. Pour essayer une voiture, on ne vous emmène pas, comme vous le racontez, dans le terrain d’essai du constructeur, on vous emmène aux Caraïbes ou au Mexique ou en Thaïlande, tous frais payés. Bon, l’objectivité du papier à l’arrivée est évidemment délicate. Et, tout ça, c’est un système qui touche l’ensemble de la chaîne de l’information. »

Connivence ou connivence ?

« Oui, et alors ? », se serait écrié Eric Zemmour s’il avait été là. Le chroniqueur d’On n’est pas couché a en effet expliqué dans l’émission de Laurent Ruquier (France 2, 10 novembre 2007) :- Eric Zemmour – « En fait, la connivence est un faux problème parce que… »
- Jean-Marc Morandini, invité ce jour là : – « Pas dans l’esprit des gens ! »

Jean-Marc Morandini reconnaît, lui, qu’il y a un vrai problème de connivence, mais seulement dans l’esprit des gens. Zemmour en convient, mais à condition qu’on s’accorde sur le fait que « les gens » sont bêtes et n’ont rien compris.

- Eric Zemmour – « Oui, je sais bien. Mais il faut leur expliquer. En fait, on peut être très copain avec un politique, on peut… On est des êtres humains et donc on peut bouffer ensemble, rigoler ensemble, parler du dernier match de foot, etc. et, après, sur un plateau ou dans un journal, poser des vraies questions, s’opposer vraiment. (…) C’est mon expérience personnelle ! ». Comme si cette dernière phrase pouvait l’aider à nous convaincre.

Alors d’où vient le problème de crédibilité des médias selon Zemmour ?
- Eric Zemmour – « Je pense que les journalistes sont responsables de ça. C’est-à-dire qu’ils ont tellement réduit le champ d’expression (politique, idéologique), en clair ils sont tellement tous sur la même ligne à 90% – une espèce de gauche bien pensante – et ils disent tous la même chose, que les gens ne se reconnaissent plus en ce qu’ils di[sent]. Naulleau [son complice chroniqueur dans l’émission] dit très pertinemment : « Ils [les gens] refusent la médiation. » Mais parce que la médiation ne leur ressemble plus. Ce ne sont plus des médiateurs [les journalistes – Zemmour est parfois difficile à suivre] puisqu’ils ne disent pas ce que les gens pensent ».

« Le problème, finit-il par résumer, c’est quand tout le monde vit dans le même monde et qu’en plus on partage tous les mêmes idées ». Surtout quand ces idées sont de gauche !

Pour Eric Zemmour, le problème ce n’est pas la connivence, mais la connivence ! Ce n’est pas la fréquentation assidue, mais l’appartenance à un même monde. De gauche ? Là, on peut en douter…

Et si on informait ?

Et puisque les citoyens (les « gens », dirait Zemmour) ne se reconnaissent plus dans les médias officiels, en toute bonne logique, ils créent les leurs et prennent en main l’information.

C’est ce que découvre Edwy Plenel, frappé par un éclair de lucidité. Dans un document vidéo diffusé sur le site de « Médiapart », le futur média qu’il impulse sur Internet, Plenel diagnostique : « L’actuelle révolution industrielle – celle que symbolise le Net et qui est marquée par l’avènement du média personnel –, elle fait descendre le journaliste de son piédestal. Au fond, nous nous étions appropriés un pouvoir indu. Comme si l’opinion, le jugement, l’analyse, le point de vue c’était notre privilège. Eh bien non ! Les citoyens, là, maintenant, peuvent nous rappeler que la liberté d’expression, ça appartient à tout le monde. Alors, du coup, nous sommes devant un défi : nous sommes sommés de reconquérir un continent que nous avons un peu laissé en friche : l’information ». C’est en effet assez fâcheux, pour des journalistes, d’avoir « un peu » laissé l’information en friche….

Et si on critiquait les médias ?

Comment les journalistes pourraient-ils surmonter la méfiance qu’ils inspirent ? Peut-être en écoutant un peu certaines critiques des médias…Daniel Schneidermann, auquel il arrive d’être mieux inspiré, a trouvé une autre solution. Adepte des arts martiaux, il préconise aux médias de se servir de leurs propres faiblesses comme d’une arme. Sur le site d’Arrêt sur Images, le 17 novembre 2007, il explique : « Cette méfiance des acteurs d’un conflit social à l’égard des journalistes, toujours accusés de le caricaturer, de n’en retenir que les slogans et le superficiel, cette méfiance est vieille comme les conflits sociaux. Elle est parfois justifiée, parfois non, à chacun de se faire une idée en…écoutant et en lisant, ce que disent les journalistes, justement ». Conclusion : si vous faites confiance aux journaux, achetez-les. Si vous ne leur faites pas confiance… achetez-les quand même ! L’idée est séduisante ! Ecouter et lire les journalistes pour savoir ce qu’il convient de penser de la couverture médiatique des conflits sociaux ? Eux d’abord ? Eux seulement ? Leur laisser le monopole de la critique des médias et renoncer à celle qui, comme dit Plenel qui ne devait pas penser à nous, contribue à faire « descendre le journaliste de son piédestal  ». … Du moins les journalistes qui s’étaient juchés dessus. Quant aux autres, ils aimeraient peut-être faire leur métier. En 2008, comme les années précédentes, Acrimed aidera les premiers à descendre et soutiendra les seconds.

Johann Colin et Yves Rebours

Grâce à la banque de données affectueusement recueillies par les associés d’Acrimed.

 

« Grands entretiens et petits journalismes »


   

Passage en revue de quelques interviews et de quelques questionneurs.


 

I. Grands entretiens

Interview scientifique

A distance de la politique polémique et des tensions sociales, l’actualité heureuse, glorieuse et valeureuse : un Français co-lauréat du prix Nobel de Physique. Sur France 5, la chaîne du secteur public consacrée à « la diffusion et au partage des connaissances », la venue d’Albert Fret, le 9 octobre 2007, sur le plateau de l’émission « C à dire » pouvait laisser augurer d’un échange de haute volée au centre duquel la recherche et les questions scientifiques occuperaient logiquement une place de choix et seraient traitées avec rigueur et hauteur. Las, il n’en sera rien. Redoutable maître de cérémonies [1], Thierry Guerrier préfère expédier les questions relatives à la recherche et à ses applications pour apprécier le point de vue de son invité sur « la fuite des cerveaux » ou le rugby.

Transcription [avec Amir]

- « Est-ce qu’un jour on peut imaginer qu’on ait une toute petite puce qui soit un mobile qui serait greffée sur soi ? »
- « AAAAAEH d’accord ! mais ça (en montrant un lecteur MP3) vous imaginez qu’il y a trente ans, on n’aurait pas osé l’imaginer !! Grâce à vos découvertes… ça existe… Rêvez-nous, faites-nous rêver un petit peu !!!  »
- « Alors, vos découvertes est-ce qu’elles vous ont permis par exemple de déposer un brevet ? Est-ce que ça vous a fait gagner de l’argent ? Vous êtes riche ? »
- « On parle de la fuite des cerveaux, est-ce que votre prix Nobel aujourd’hui est la preuve que la science française va bien ou qu’au contraire euuuh.. ça se….. ? »
- « Cette fuite elle existe, vous êtes fasciné par le Japon et vous dites vous-même que les doctorants s’en vont au Japon. »
- « Qu’est-ce qu’ils (les Japonais) ont de plus que nous puisque.. puisque ça va bien et puisqu’on est capables d’inventer des choses comme ça ? »
- « Qu’est-ce qu’ils ont de plus dans leur organisation qui fait… ? »
- « Vous avez fait du rugby pendant vingt ans. Est-ce qu’aujourd’hui vous avez le temps de suivre les bleus ? »
- « Vous allez aller au Stade de France ? »

Interview branchée

Il y a les questions ouvertes, il y a les questions fermées. Et puis il y a les questions verrouillées à double tour. Celles d’Arnaud Liévin, journaliste « branché » de Technikart, par exemple. Dans l’édition d’octobre 2007, il interviewe Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste. Pour parler comme Technikart, si la forme se veut « cool », le fond des questions est « mainstream ». En français, dans l’air du temps. Echantillon  :

- « Le rapport au militantisme est en train de changer, avec l’explosion d’Internet puisqu’on passe d’un rapport vertical à un rapport horizontal aux partis. Or, le PS semble encore résonner [sic] sur de vieux schémas … »
- « (…) il serait peut-être temps que la gauche sorte d’une approche postmarxiste du monde selon laquelle hors des classes sociales, point de salut ? »
- « Vous nous faites du bourdieusisme primaire … »
- « Quand on est de gauche, doit-on pour autant mépriser le monde de l’entreprise
en opposant sans cesse capital et travail ? »

Inviter les socialistes à se débarrasser de leurs oripeaux « archaïques » est aujourd’hui un réflexe pavlovien pour l’interviewer confronté à un cadre du PS. Les questions en forme d’exhortations se renouvellent indéfiniment, de médias en médias [
2].

Interview intelligente

De France Culture à Technikart, par exemple. L’émission « Les matins » de France Culture du 19 juillet dernier illustrait déjà cette entreprise interrogative de délimitation médiatique du « politiquement pensable ». Pour débattre de « la reconstruction du parti socialiste », Delphine Batho, députée PS, et Benoît Hamon, encore, étaient ce jour-là, les invités. Les journalistes et chroniqueurs de l’émission, Olivier Duhamel, Hervé Gardette et Olivier Pastré prendront une large part à la discussion.

De rénovation du parti socialiste et de la gauche en général, il ne sera réellement question que cinq minutes et huit secondes sur les trois-quarts d’heure de débat. Juste ce qu’il faut pour dresser le seul projet médiatiquement audible en la matière : celui d’un alignement toujours plus grand sur la vulgate néo-libérale. Cet escamotage du fond du débat est largement facilité par le primat de la personnalisation dans la représentation médiatique de la vie politique. Evoquant la participation d’Olivier Duhamel en tant qu’ « ancien député socialiste » au comité de réflexion sur la réforme des institutions récemment installé par le chef de l’Etat, Hervé Gardette demande ainsi aux invités s’ « il a eu raison d’y aller ». Ali Baddou leur oppose la « belle époque » d’un « parti […] très attractif » où s’illustraient des personnalités aussi « brillantes » que « Laurent Fabius, Jacques Delors, Michel Rocard, Jacques Atali »« Vous avez beaucoup critiqué Jack Lang […] ; Dominique Strauss Khan […], vous en pensez quoi, sa promotion future et probable au FMI », renchérit Olivier Pastré ; « ça vous concerne, c’est un socialiste », insiste Ali Baddou devant la lassitude de ses invités.

Faut-il s’étonner que ce ne soit que dans les cinq dernières secondes de l’émission qu’Ali Baddou observe « l’amorce d’un débat […] sur des questions de fond », quand la seule question de la participation de personnalités « de gauche » au comité de réflexions sur les institutions retient les intervenants huit minutes et vingt-six secondes ? Dans la portion congrue laissée au fond du débat, ne reste alors de place que pour une rénovation du parti socialiste comprise dans le sens univoque où l’entendent les médias dominants. «  On dit que le PS doit changer de logiciel  », qu’il doit tirer les leçons « de la chute du mur de Berlin […] de la fin de l’espérance collectiviste », explique ainsi Ali Baddou. Sollicitant l’avis des invités sur les notions de « lutte des classes », de « baisse tendancielle du taux de profit » et de « baisse de la durée du travail », Olivier Pastré demande, par ailleurs, aux invités de déterminer lesquels de ces concepts leur « paraissent ringards  ». On imagine aisément quelle image ce type de catégorisation projette mécaniquement sur le responsable politique qui ose se réclamer de telles théories… [Avec Damien Loup]

Interview « claire, simple, insusceptible d’interprétation »

À l’image de celle que nous a offert Olivier Pastré, la dimension éditorialisante des questions posées par les grands journalistes est le plus souvent explicite. Mais, au besoin, l’explication de texte est fournie par ailleurs. Sur le blog de Jean-Michel Aphatie, par exemple. Le 10 septembre, l’interviewer politique de RTL encense ainsi Manuel Valls en ces termes : « En préparant l’interview de ce matin, à 7h 50, sur RTL, je pensais que le député-maire socialiste d’Evry, Manuel Valls, tournerait autour du pot à propos de la réforme des régimes spéciaux de retraites ». Mais, quel soulagement : « (…) Au contraire, sitôt la première question posée, la réponse est venue, claire, simple, insusceptible d’interprétation. Oui, il faut réformer les régimes spéciaux, le pays attend cette mesure d’égalité. Voilà qui tranche avec le salmigondis habituel de la pensée socialiste ». Le salmigondis de la pensée journalistique, lui, n’est jamais politique.

Interview de combat

Ainsi, la nécessaire « modernisation » du PS n’est pas la seule obsession des grands journalistes comme Jean-Michel Aphatie. La réforme des régimes spéciaux, « mesure d’égalité », est aussi au centre de leurs préoccupations. Et le comportement des salariés en lutte suscite chez eux des réactions « insusceptibles d’interprétation ». Le 23 octobre, par exemple, Christian Mahieux, secrétaire fédéral de Sud-Rail subit le feu de Christophe Hondelatte sur RTL. Un florilège de questions où l’agressivité des commentaires le dispute à la grossièreté des insinuations :

- « Alors pour que les choses soient bien claires, Sud, votre syndicat, est avec Force Ouvrière, l’un des deux syndicats qui appelle encore ce matin à faire grève dans les transports publics et notamment à la SNCF d’Ile-de-France. Ca va durer jusqu’à quand ?  »
- « Je voudrais vous faire écouter ceci. C’est un extrait d’un reportage diffusé, hier matin, sur l’antenne de RTL : “Je suis gardienne d’immeuble. Et donc là, je travaille en Intérim en ce moment. Donc, je ne suis pas logée sur place. Je dois me rendre à mon lieu de travail à Aulnay-sous-Bois et ça fait deux jours que je ne travaille pas. Comme je suis en Intérim, eh bien je ne serai pas payée. Et là, ce matin, je suis levée depuis 5 heures. Sur la ligne RER B, c’est très, très compliqué… Et là, je ne suis pas encore arrivée, quoi ! » Voilà, elle n’est pas payée. Elle risque de perdre son job. Je me dis que l’homme de Gauche, pour ne pas dire le Gauchiste que vous êtes [Christian Mahieux précise qu’il est syndicaliste] Oui, comment pouvez-vous vous satisfaire de ça, de ce que vous entendez là ? »
- « Est-ce que vous ne craignez pas de passer pour de supers extrémistes absolument ingérables , au moment où une fenêtre s’ouvre pour vous puisque le ministre du Travail a dit qu’il était prêt à travailler sur une loi en faveur de la représentativité des syndicats ? Sud ne fait pas partie du club très fermé des grands syndicats en France. Donc, vous n’êtes pas habilité à signer les grandes conventions nationales, hormis dans le secteur de la Fonction publique. Donc, là, il y a quelque chose qui s’ouvre pour vous. Mais alors, du coup, vous apparaissez un peu comme des irresponsables . Moi si j’étais lui , je remettrais la réforme à plus tard. »
- « On ne peut pas dire : le ministre ne veut pas me recevoir et se comporter de manière, parfois, un peu irresponsable dans la négociation ? »
- « A Sud-Rail, on n’a jamais vu la couleur d’une enveloppe pour arrêter un mouvement ? J’ai l’impression que la réponse est déjà non ? »


On a surtout l’impression que l’insinuation dans la question est lourde sinon insultante pour le syndicat, ses adhérents et les militants syndicaux, en général [3].

II. Petits journalismes

Amnésie éditoriale

À l’occasion de la diffusion par France 2 du téléfilm Notable donc coupable, inspiré de l’« affaire Alègre », Marianne (6 octobre 2007) reproche au Monde de « flagelle[r] l’ensemble des médias  » quant à la mise en cause de Dominique Baudis. Le Monde a écrit : « Le journalisme est tombé bien bas cet été là. Tous les médias sont tombés dans la surenchère. » Non, réplique l’hebdomadaire, « Marianne et le Canard enchaîné ont refusé de participer au lynchage. Notre différence n’était pourtant pas passée, à l’époque, inaperçue. » Ce n’est pas en répétant un mensonge qu’il devient une vérité… Il suffit de lire ici même… un article daté d’octobre 2004 :
« Affaire Alègre » : un trou de mémoire de J.-F. Kahn

Flagornerie éditoriale

Il n’est pas encore Prix Nobel. Mais « Il y a un style Sarkozy, aussi reconnaissable que le phrasé de Miles Davis ou la voix de Sacha Guitry. Le style Sarko, c’est le sens du mouvement porté à un tel degré de frénésie qu’il lui confère le don d’ubiquité. Le “Sarko’s touch”, c’est cette manière de vous laisser discuter du plat sur la table alors qu’il est déjà en train de servir l’apéro sur le zinc du bistro d’à-côté. La griffe Sarko, c’est aussi cette façon de n’être jamais meilleur que lorsque tout va mal. » Philippe Waucampt, dans son éditorial du Républicain Lorrain, le 27 octobre 2007, porte la flagornerie éditoriale à un degré de frénésie admirative rarement atteint.

La faute au public (1)

Toutefois, à l’évidence, « Nicolas [Sarkozy] ne tient pas les médias ». C’est le mensuel Medias proche de Reporters sans frontière, qui l’affirme dans son éditorial de l’édition de septembre. Pourquoi alors une telle saturation de l’espace médiatique ? Par la faute des téléspectateurs, toujours d’après Médias  : « son omniprésence [de Sarkozy] fait sens et satisfait notre goût du spectacle ». Conclusion : « pour comprendre les médias, Debord est toujours plus utile que Bourdieu »…. Existe-t-il un titre plus galvaudé par le journalisme que La Société du spectacle, une référence devenue triviale et systématique ? Du Debord à l’usage de Médias et de quelques autres, il ne reste qu’un mot : « spectacle ». Et de Bourdieu, rien du tout. L’omniprésence de Sarkozy ? C’est simple : c’est la faute au public. Pour comprendre Debord, mieux vaut le lire que se le faire résumer par Médias. Pareil pour Bourdieu dont les concepts restent précieux, notamment dans la mesure où ils permettent de comprendre l’interdépendance des champs économique, journalistique et politique [
4] qui expliquent en grande partie l’omniprésence de Nicolas Sarkozy.

La faute au public (2)

Mais « la faute aux publics » semble être un argument de saison. Dans L’Express du 24 octobre 2007, le médiateur, Vincent Olivier se désole ainsi sur le thème « quand on oublie le people, nos ventes stagnent ».

Extraits :

«  Une photo à la fois belle et terrible : un moine emprisonné, mains accrochées aux barreaux, regard tendu vers le dehors. Un titre choc : “Le drame birman”, enrichi de plusieurs “appels” sur Aung San Suu Kyi, la dictature, le bouddhisme et son esprit de résistance. Une “Une” presque entièrement consacrée à ce sujet. Que demander de plus ? Y avait-il, dans la semaine du 4 au 10 octobre, actualité plus forte, plus prenante que cette révolte birmane ? Les événements internationaux, les grands reportages, les débats de fond, là réside l’identité de L’Express, nous expliquez-vous régulièrement. Parfois gentiment (“Nous aimerions tellement lire dans notre journal…”), parfois moins (“Votre presse de caniveau uniquement préoccupée de politique intérieure…”). Nous avions donc de bonnes raisons d’espérer des ventes favorables. Pas “le” tirage de l’année, bien sûr, comme l’élection de Sarkozy ou le Spécial Immobilier, mais au moins un résultat satisfaisant. (…)

Alors ? Eh bien, le résultat des ventes est… normal. Désespérément normal. En d’autres termes, nous n’avons constaté objectivement aucun effet spécifique, ni positif ni négatif. Et qu’on ne vienne pas invoquer la concurrence des autres hebdomadaires : cette même semaine, Marianne mettait en Une « Les imposteurs », Le Nouvel Obs titrait sur le dernier livre de Bernard-Henri Lévy et Le Point sur celui de Norman Mailer. Peut-être avons-nous, finalement, été victimes de ce que l’on peut appeler l’“effet Arte” : interrogés sur ce qu’ils attendent de la télé, la grande majorité des Français répond culture, théâtre, fictions hexagonales… tout en se précipitant sur TF 1 et ses séries américaines ! Ce n’est, bien entendu, pas une raison pour ne plus mettre à la Une de questions internationales : L’Express entend bien demeurer une référence en la matière. Mais, reconnaissez-le, vous ne nous y encouragez pas beaucoup . »


La « faute au public » ? Un argument qui a déjà beaucoup servi… En 2005, il inspirait le commentaire suivant à Serge Halimi :

« L’intérêt que nous éprouvons pour un sujet nous vient-il aussi naturellement que le prétendent les fabricants de programmes et de sommaires ? N’est-il pas plutôt construit par la place qui précédemment lui a été accordée dans la hiérarchie de l’information ? Lorsque la mort de Lady Diana fut annoncée (Le Monde y consacra trois « unes », TF1 un journal exceptionnellement prolongé qui, pendant 1 heure 31 minutes, ne traita que de ce seul sujet), comment quiconque aurait-il pu ne pas être “intéressé” ? Non pas que la nouvelle soit importante (la défunte n’avait aucun pouvoir, hormis celui de doper les ventes de la presse people), mais parce qu’à force d’entendre parler d’elle —de son mariage avec le prince Charles, de la naissance de chacun de ses enfants, de ses amants, des infidélités de son mari, de ses régimes alimentaires, de sa campagne contre les mines antipersonnel— la princesse était, qu’on le veuille ou non, entrée dans nos vies. On en avait appris davantage sur elle que sur bien des membres de notre entourage. Alors, forcément, sa mort nous “intéressa”. Peut-être se serait-on intéressés à d’autres sujets si les médias leur avaient consacré autant de temps et de moyens qu’à ce fait divers là. Car comment peut-on se soucier de ce qui advient en Colombie, au Zimbabwe ou au Timor-Oriental quand on ignore l’existence de ces pays ? Les libéraux insistent sans relâche sur le rôle économique de l’offre. Sitôt qu’il s’agit d’information et de culture, ils prétendent cependant tout expliquer par la demande… [5] »

Des journalistes prêts à servir

Lu sur le site Internet de Marianne,

« Le 24 septembre dernier, Nicolas Sarkozy a remis la légion d’honneur à Patrick Buisson, journaliste et chroniqueur pendant la campagne dans l’émission Politiquement show, sur LCI. Ce geste symbolique, accompli devant un parterre de sondeurs, s’est accompagné d’un florilège de compliments et d’un petit discours dans lequel le chef de l’Etat remerciait l’intéressé de lui avoir conseillé “d’aller au peuple” quand d’autres lui recommandaient de faire campagne au centre… Que ce nouveau chevalier ait fait ses premières armes à Minute et au Crapouillot il y a bien longtemps n’est pas en question, mais en lui remettant la rosette, Nicolas Sarkozy a officialisé une situation déjà connue des lecteurs de Marianne : la double casquette de Patrick Buisson, à la fois journaliste sur une grande chaîne de télévision et…conseiller d’homme politique ! En plus de ses émoluments journalistiques, Patrick Buisson perçoit en effet d’autres rétributions via Publifact, une société dont il est l’actionnaire principal.

Avant de se rapprocher du candidat de l’UMP, le journaliste avait déjà manœuvré auprès d’autres clients potentiels : Charles Pasqua, Alain Madelin et François Bayrou. Objectif : tenter de monnayer sa proximité avec de nombreux sondeurs pour proposer aux hommes politiques en difficulté de « redresser » leur cote. (…) Question : fort de cette proximité avec Nicolas Sarkozy, est-il bien normal que Patrick Buisson ait continué à “informer” les téléspectateurs pendant la campagne ? « “Un journaliste décoré, c’est un journaliste de moins”, dit l’adage. Qu’en pense LCI ? Contactée, la chaîne refuse de se prononcer sur cet étrange mélange des genres et se contente de signaler qu’elle a remplacé Patrick Buisson par Christophe Barbier dans le Politiquement show. L’ami du Président, lui, été promu par TF1 à la direction de la chaîne Histoire. Où il n’y a, bien sûr, aucune information. »

Buisson, un autre journaliste qui rejoint le pouvoir UMP après Catherine Pégard, Myriam Lévy, Jean-Marie Colombani, Eric Le Boucher… et Georges-Marc Benamou [6].

Des conseillers prêts à sévir

Ancien journaliste lui-même, celui-ci semble avoir une curieuse conception des rapports entre le pouvoir politique et les journalistes.

Lu dans Bakchich :

Benoît Delmas, journaliste au Nouvel Economiste, « qui prépare une “Une” de son hebdo sur France Télévision, téléphone à l’ami Georges-Marc. Benoît Delmas suit de près la carrière de ce dernier, rédigeant quelques gentillesses épisodiques sur Benamou sur son blog, “Le western culturel”, tenu sur le site de Courrier International. Delmas compose le numéro du portable de Benamou. “Je dis mon nom, pas même le temps d’indiquer mon support”, raconte-t-il à Bakchich, en révélant la conversation surréaliste échangée avec le conseiller de l’Elysée. “C’est vous qui avez un blog, qui écrivez des contre vérités sur moi. Sachez que vous êtes sous surveillance”, lui assène Benamou. “Nous sommes en démocratie ou en dictature ?”, questionne Delmas, interloqué. “Tant que vous ne retirerez pas ce que vous avez écrit sur moi, vous serez sous surveillance”, répond GMB. “Puis-je avoir le nom de votre avocat ?”, continue le journaliste. “Non. Il est chargé de surveiller tous vos écrits”. “Si j’écris des conneries, envoyez-moi du papier bleu, ça sera plus démocratique”, tente Delmas. « Vous êtes sous surveillance juridique, recommence Benamou. Redevenez un garçon sympathique, car nous avons des amis communs dans votre entourage professionnel ; ça vaudrait mieux pour vous”. « Je vous appelais à propos de France Télévision”, insiste Benoît Delmas. “Tant que vous n’aurez pas retiré vos écrits, je ne vous parle pas”, conclut Benamou. Il raccroche. Un témoin a assisté à l’échange : Patrick Arnoux, rédacteur en chef au Nouvel Economiste. »

Hersant, ce « grand homme ».

Le 6 octobre 2007, dans son émission « Masse critique » sur France Culture, Frédéric Martel recevait Nicolas Beytout, directeur du Figaro. L’occasion pour ce dernier de faire l’éloge plus qu’appuyé de Robert Hersant, dont le groupe a possédé le quotidien de 1975 à 2005.

- Nicolas Beytout : « Robert Hersant qui lui-même a un passé qui est très controversé – en tout cas qui sert de matière première à une controverse politique –, Robert Hersant, lui-même, est un acteur de la vie politique et donc, étant acteur de la vie politique et n’étant pas un propriétaire lambda au sens où, par exemple, les journaux anglo-saxons ont parfois des propriétaires qui sont simplement des hommes de presse, c’est-à-dire des gens qui font le métier de la presse… »
- Frédéric Martel : « Le New York Times par exemple… »
- Nicolas Beytout :
« … donc tout ça conduit effectivement Le Figaro, bien malgré lui je pense, dans des polémiques politiques ou politiciennes. Je pense malgré tout que ces polémiques ont probablement nui à la presse française dans son ensemble… Lorsque vous revenez une trentaine d’années en arrière, vous vous apercevez que Robert Hersant, en dehors des côtés polémiques qu’on évoquait, il y a un instant, Robert Hersant était un grand homme de presse, je veux dire par là qu’il était un grand industriel de la presse. C’était quelqu’un qui sentait que c’était un métier. C’était quelqu’un qui avait senti comment il fallait, comment on pouvait construire des groupes de presse. Au fond ce qu’on peut… – et encore une fois, je mets de côté la personnalité du personnage et les polémiques qu’il a suscitées, à tort ou à raison – la France aurait eu plusieurs Robert Hersant que probablement son industrie des médias se porterait beaucoup mieux. »

Pour mémoire, Robert Hersant a été condamné, à la Libération, à 10 ans d’indignité nationale. En contournant les législations sur la concentration de la presse, il bâtit un groupe très puissant dans la presse quotidienne régionale, notamment. La taille de son empire lui valut le surnom de « papivore ».

En 1984, il expliquait : «  Certains mènent le bon combat à la tête de partis politiques, moi à la direction d’importants moyens d’information (L’Expansion, 6 avril 1984). » Son groupe est devenu une force politique grâce aux liens l’unissant à d’anciens ministres et plusieurs parlementaires. Entre 1993 et 1997, neuf de ses dirigeants siégèrent à l’Assemblée nationale. Ce patron, qui se faisait volontiers le champion de la liberté de la presse savait faire les présentations entre l’équipe du Figaro et les candidats RPR/UDF : «  Mes journalistes sont à votre disposition. Pendant la campagne, demandez ce que vous voulez, ils le feront. Vous pourrez les appeler à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. » (Élizabeth Coquart et Philippe Huet, Le Monde selon Hersant, Ramsay, mars 1997) [7]

Tout va bien

Rassurés, nous le sommes par Médias mais aussi par Christine Ockrent et Philippe Ridet, journaliste au Monde chargé de suivre Nicolas Sarkozy. Invités le 20 septembre par Colombe Schneck à son émission « J’ai mes sources », sur France Inter, ils ont longuement débattu sur des rapports entre médias et politique. A la question « est-ce que cela [la proximité entre politiques et patrons de presse] vous inquiète ? » les deux journalistes répondent à l’unisson par la négative. Selon Christine Ockrent : « On peut estimer que c’est pas bien mais, encore une fois, c’est pas nouveau » ; pour preuve : « la presse écrite de l’entre-deux-guerres, au siècle dernier, était aux mains du Comité des forges ! C’était les grandes familles propriétaires ». Un argument pas très nouveau… et pas très convainquant, surtout. L’exploitation, le racisme et le sexisme aussi, « c’est pas nouveau ».


 

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[1] Pour un aperçu des capacités de l’animateur, on peut lire « “ C dans l’air ” se charge de “ réformer ” la France ».

[2] Sur cette pression éditoriale et la forme qu’elle a prise pendant la campagne présidentielle, lire ici même « Le parti de la presse, le Parti socialiste et l’orthodoxie libérale ».

[3] Sur le comportement des médias dominants à l’égard des mobilisations actuelles et sur l’usage de sondages dans ce même contexte, on peut lire « Préparatifs médiatiques des grèves du 18 octobre » et « Après les grèves du 18 octobre, faire la grève des sondages ? ».

[4] Pour une analyse un peu plus détaillée de cette interdépendance, lire ici même Sarkozy et les médias, les médias face à Sarkozy.

[5] Les Nouveaux chiens de garde, Raisons d’agir, 2005, p.77.

[6] Sur cette ouverture médiatique, lire « Le pouvoir UMP s’ouvre à la nomenklatura médiatique ».

[7] Précisions apportées par un lecteur papiphage. Que nous remercions.

Publié dans ACTIONS CITOYENNES, AU SUJET DES MEDIAS, LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY | 1 Commentaire »

Traité européen de Lisbonne : le débat démocratique médiatiquement censuré

Posté par issopha le 27 février 2008

Traité européen de Lisbonne : le débat démocratique médiatiquement censuré

Denis Perais


 

   

Le 8 février le Parlement approuvait définitivement la loi autorisant la ratification du Traité de Lisbonne. Sa publication au Journal Officiel le 14 février 2008 la rendait effective. Nous revenons ici une nouvelle fois sur les conditions dans lesquelles les médias dominants ont assuré le traitement de cet événement politique majeur. Cet article confirme les tendances déjà observées dans nos précédentes publications [1].

Un réveil tardif…

Le 15 janvier, Laurent Joffrin clame dans Libération qu’« il ne peut qu’exprimer une inquiétude devant cette occultation spectaculaire du débat  » [
2]. A trois semaines d’un vote parlementaire qui scellera une ratification d’un traité soutenu par Laurent Joffrin et l’ensemble des médias dominants, ce brutal réveil permet de se parer à peu de frais d’une robe démocratique. D’autant moins coûteuse qu’après cette « sortie » le débat européen retrouve dès le lendemain, la quasi-clandestinité dans laquelle il a été cloîtré pendant de longs mois.

Après une longue période de silence, donc, les émissions sur le thème font timidement leur apparition. Ainsi, après l’émission « Dimanche + » sur Canal+ le 27 janvier et « Ce soir ou jamais » sur France 3 le 31 janvier, c’est Serge Moati qui, le 3 février, sort de son coma prolongé dans « Ripostes » sur France 5. Le 4 février, Jean-Michel Aphatie et Jean-Pierre Elkabbach font ensuite cause commune pour ouvrir une grande partie de leurs interviews matinales sur RTL et Europe 1, respectivement à Jacques Delors et Valéry Giscard d’Estaing, dont les positions hostiles au « non » sont connues. Le lendemain, Jean-Pierre Elkabbach reçoit un acharné partisan du « deux fois oui à l’Europe », comme le dit lui-même l’invité du jour : Jack Lang. Le sujet sera abordé en … trois minutes environ.

Mais cette énumération ne doit pas masquer l’essentiel : depuis que le texte en est connu, et particulièrement depuis qu’il a été signé (comme le soulignait déjà notre précédent article « Le service après vente du Traité européen de Lisbonne »), les médias dominants ont dissimulé les enjeux du traité dit « de Lisbonne ». En janvier et février 2008, c’est encore pire. Pour s’en rendre compte, il suffit de préciser que l’ensemble des émissions d’information y compris les magazines et les interviews matinales radiophoniques (à l’exception des exemples mentionnés) n’ont pas traité spécifiquement cet évènement [3]. Aucune des principales chaînes de télévision ou de stations de radio n’a bouleversé ses programmes pour organiser de véritables confrontations d’idée : ni sur le contenu, ni sur la procédure retenue.

Les télévisions n’ont préparé ni reportages ni dossiers spéciaux, se contentant de « faire court », donc superficiel. Entre le 15 janvier, jour du premier débat à l’Assemblée nationale sur le Projet de loi constitutionnelle modifiant le titre XV de la Constitution et le 5 février, lendemain du vote favorable de la révision constitutionnelle par le Congrès, les journaux télévisés ont été d’une particulière discrétion. Le 15 janvier, seul le 19/20 de France 3 consacre un reportage d’un peu plus de deux minutes sur le sujet. Le 20 janvier sur France 2, Laurent Delahousse qui reçoit le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande pendant plusieurs minutes au 20 heures, ne trouve pas le temps nécessaire pour évoquer la question. Le 2 février, le 20 heures de TF1 et le Soir 3 lui accordent respectivement vingt et quinze secondes.

Les JT du 4 février 2008, jour du vote de la révision constitutionnelle, font un effort qui mérite d’être souligné pour son… étroitesse. Ainsi, TF1 consacre respectivement deux reportages d’une minute quinze secondes (13 heures) et une minute trente cinq secondes (20 heures), France 2, un reportage d’une minute vingt sept secondes (20 heures) et France 3, deux fois le même reportage d’une minute cinquante huit secondes (19/20 et Soir 3). Inutile de dire que le contenu s’en est largement ressenti et que les questions essentielles (mode de consultation et contenu) n’étaient pas au rendez–vous. Le 4 février, tous les reportages sont ainsi meublés de bribes d’interviews de parlementaires et évoquent plus ou moins longuement les divisions socialistes. Le 5 février, c’est déjà l’oubli…

Les hebdomadaires d’information ont continué leur sieste entamée depuis plusieurs mois, et, quand ils en parlent privilégient le jeu politique aux enjeux. Ainsi Le Nouvel Observateur consacre simplement un petit article relatant la cacophonie au PS et un bout de l’éditorial de Jean Daniel (le 7 février). Le Point imite son confrère en concédant ce même jour un article sur l’état des lieux de la ratification en Europe et une microscopique interview de Vincent Peillon sur… la division des socialistes. L’Express prend, lui, le temps d’y consacrer une chronique le… 17 janvier 2008. Paris Match se montre encore plus audacieux : aucun article entre le 20 décembre 2007 et le 6 février 2008. Si Marianne concède bien deux articles dénonçant l’absence de recours au référendum, ce n’est toujours pas au point d’y sacrifier ses « Unes » mercantiles principalement centrées sur le personnage de Nicolas Sarkozy [4].

Les quotidiens nationaux se sont contentés, eux aussi, d’une information sporadique n’abordant qu’à la marge les véritables enjeux du traité de Lisbonne. Entre le 16 janvier et le 6 février 2008, aucun gros titre n’est venu garnir leur une (à l’exception du journal La Croix le 4 février et bien sûr, de L’Humanité [5]). Durant cette même période, Le Figaro livre au total onze articles, dont quatre consacrés aux divisions internes au PS et une tribune relative à la nécessité d’organiser un référendum. Le Monde produit dix articles dont quatre relatifs à la division au sein du PS. Libération, après son « sursaut » du 15 janvier accuse ensuite un énorme coup de fatigue puisque huit articles (dont quatre sur la cacophonie au PS) viennent seulement compléter un démarrage en fanfare … Le Parisien concède lui sept articles, Les Echos sept également et La Tribune trois.

La presse quotidienne régionale n’est pas en reste. À titre d’exemple, seul le quotidien La Marseillaise affiche cette question européenne en une le 2 février 2008, trois quotidiens le font le 5 (Les Dernières Nouvelles d’Alsace, Ouest France et encore La Marseillaise) et deux le 11, le lendemain de l’allocution présidentielle (toujours La Marseillaise, imitée par Catalan. La Nouvelle République consacrant également un titre voyant en première page) [6].

Les chefaillons des rédactions ont naturellement trouvé les coupables de ce « désintérêt » qu’ils ont eux-même organisé. Laurent Joffrin précise dans Libération le 15 janvier 2008 : « Le “mini-traité” […] rencontre une indifférence massive  ». Alain Duhamel le paraphrase le même jour sur RTL : « Les Français ne sont pas en l’occurrence passionnés par l’enjeu du traité ». Michel Noblecourt leur fait écho dans Midi Libre le 5 février 2008 : « Ce qui frappe c’est l’indifférence autour de ce vote solennel sur un sujet […]. Aujourd’hui, les Français se préoccupent du pouvoir d’achat et de leur quotidien. Et l’Europe semble les intéresser encore moins que le mariage de leur Président ». Un mariage qui, malgré le « désintérêt » pour l’Europe, a pourtant fait l’objet d’une couverture médiatique nettement plus voyante que celle du traité de Lisbonne… Un prétendu « désintérêt » pour le Traité qui permet de masquer un choix politique majeur effectué depuis belle lurette par les médias dominants.

Un référendum à éviter ?

« Aux yeux de ces éducateurs du peuple qui, conseillers des gouvernements, enseignent une version singulière du droit et de la démocratie, le rejet du recours au référendum (pourtant demandé par certains partisans du “oui”…), est tellement évident qu’il convient de tout mettre en œuvre pour le rendre indiscutable », écrivions-nous déjà le 2 janvier dernier [
7]. Cette orientation reste la ligne d’horizon, mâtinée, pour certains, de convulsions démocratiques soudaines, qui ne les rendent que plus valeureux dans un exercice où ils excellent : « le mépris du peuple ».

Alain Minc, conseiller patronal et sarkozyste, nous rappelle une « évidence » dans Marianne du 15 décembre 2007 : « Sarkozy l’a annoncé pendant la campagne. Son élection ratifie la méthode ». Jean-Marie Colombani, longtemps complice du premier au Monde montre sa solidarité avec la ligne officielle. Le 18 janvier sur France Inter, il brille de mille feux : « Les Français ont tranché ! » en élisant Nicolas Sarkozy [8]. Porte-parole du gouvernement, c’est le rôle que joue Laurence Ferrari le 10 février à « Dimanche + » face à un Laurent Fabius qui affirme qu’une consultation populaire s’imposait. Récitant un communiqué de l’Elysée, elle précise que son locataire a été « largement élu à 53 % [et] qu’il l’avait annoncé pendant sa campagne ». Mais elle oublie de le préciser : Nicolas Sarkozy avait parlé de « traité simplifié »…

Le 7 février, dans Le Nouvel Observateur, Jean Daniel fait lui aussi apprécier l’étendue de son talentueux renoncement démocratique : « L’idée de refuser le choix de la procédure parlementaire - qui a fait partie du programme du candidat Sarkozy - n’était pas vraiment responsable . » [9]

Un référendum serait aussi illégitime pour une autre raison de bon sens : les Français ne savent pas lire. Favilla en tire immédiatement les conséquences qui s’imposent le 17 janvier dans Les Echos : « Il est étrange de vouloir soumettre à référendum un texte extrêmement technique de 400 pages ». Jules Clauwaert précise cette pensée dans Nord Eclair le lendemain, rappelant la débâcle de 2005 : « On sait comment quelques leaders, et une fraction de militants opposés au Traité, ont alors mené campagne avec les “nonistes” de tous horizons, pour faire échec au Traité : en réalité , non pas contre un texte, mais contre la politique alors menée par le gouvernement sur d’autres sujets  ».

Sylvie Pierre-Brossolette ne s’embarrasse de ces sous-entendus lors de son « Duel » avec Laurent Joffrin le 16 janvier 2008 sur France Info : «  Si on leur laisse la possibilité de dire “non”, comme on cumulera les “nonistes” et les gens qui sont anti-Sarko, on aura un “non” à l’arrivée. Est-ce que c’est vraiment ça qu’on souhaite ? » Ce n’est manifestement pas le souhait de cette journaliste… Dominique Reynié, l’expert « oui-ouiste », déjà traumatisé lui aussi le soir du 29 mai 2005, en convient le 3 février sur le plateau de l’émission « Ripostes » sur France 5  : « S’il avait été annoncé l’ouverture de négociation [sur le contenu du traité de Lisbonne] sous la menace d’un référendum », c’était le « non » qui l’aurait emporté non plus
« à 55 mais à 60 % ».

Jean-Yves Le Boulic récite la même poésie le 5 février dans Ouest France tout en y ajoutant une tape amicale sur l’épaule des « nonistes » : « Un référendum, en France, aurait rendu inévitable un référendum en Grande-Bretagne où Gordon Brown est soumis à la pression de ceux qui veulent torpiller l’Europe. L’échec, dès lors, était inéluctable ».

Une catastrophe dont on attend encore la concrétisation pourtant « prophétisée » par le quotidien La Croix le 22 février 2005 : «  Les ondes de choc d’un “non” français au référendum sur la Constitution européenne seraient violentes dans l’Hexagone ou en Europe ». Etienne Mougeotte s’adressant à Olivier Besancenot, le 6 janvier 2008 au « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI » invoque le même « péril » : « Vous souhaitez rouvrir la crise européenne qui est en train de se refermer ». Et dans La Croix du 4 février 2008, Guillaume Goubert explique : « En toute logique, il aurait fallu passer par la voie référendaire pour “effacer” la sanction de 2005. Mais ce risque d’une même réponse, qui serait extrêmement coûteuse pour l’Europe et pour la France ».

Jean-Yves Le Boulic, le lendemain dans Ouest France, convoque un mort au chevet de sa démonstration : « Raymond Aron avait l’habitude de dire qu’en politique, le choix n’est pas entre le Bien et le Mal, mais entre le préférable et le détestable » . Jean Quatremer confirme lui aussi dans Libération du 8 février que le recours au référendum était une… impasse pour le « oui » : « En outre, un nouveau référendum en France aurait contraint les Britanniques à faire de même, ce qui condamnait par avance le nouveau texte  ».

Sylvie Pierre-Brossolette professe avec une finesse exemplaire le 16 janvier 2008, sur France Info, qu’il faut laisser aux éditorialistes, quand la raison, dont ils sont eux dotés, l’impose, le soin de trancher à la place des gueux : « Est-ce qu’il ne faut pas violer dès fois les peuples un tout petit peu pour leur bien , on le fait pour d’autres questions ; la peine de mort, on l’a voté dans le dos des gens, ils n’en voulaient pas, l’Europe, c’est un peu pareil. »

Jacques Marseille ressort le 9 février 2008 sur Europe 1 une des diatribes préférées des procureurs des « nonistes » de 2005 : « J’étais pour le référendum [mais] organiser un référendum aujourd’hui sur le mini-traité, vu la cote de Sarkozy, serait criminel  ». Le choix de Jacques Marseille s’explique sans doute par sa volonté d’éviter la cour d’assises…

Que l’on ait été ou non favorable au recours au référendum, force est de constater que les arguments qui précèdent avouent tous leur caractère doublement anti-démocratique : d’abord et avant tout parce que ce sont presque les seuls que l’on entende ; ensuite, parce qu’ils émanent, non de responsables politiques, mais – liberté de la presse oblige… – de prétendus garants de la démocratie.

Un sursaut démocratique ?

Pourtant, à mesure que se rapproche la ratification, un quarteron de généraux-éditorialistes se découvrent subitement une fibre démocratique qui leur avait jusque-là fait défaut.

Ainsi Alain Duhamel fait mine de s’interroger le 5 février sur RTL : «  La question se pose, et ce serait donc hypocrite de ne pas la poser ». Et d’invoquer d’abord une raison de « bon sens », comme il le dit lui-même : « […] les Français ont pu voter directement en 2005, [...] pourquoi est-ce qu’ils ne le feraient pas cette fois-ci ? » Puis d’avancer un motif qu’il qualifie de « juridique » : « Est-ce que le « non », qui a été obtenu par un vote populaire direct, peut ensuite être renversé par un vote parlementaire, indirect ? » Après une longue réflexion, le verdict de « bon sens » de Duhamel tombe : « La vraie réponse, celle qui ne se dissimule pas, se résume en un seul mot, c’est le réalisme »… de ne pas recourir au référendum.

Laurent Joffrin, le 15 janvier 2008 dans Libération, se débat avec lui-même comme il peut : « On cherche en vain les arguments convaincants qui réfuteraient l’idée d’un référendum. Il faut maintenant poser avec force ce problème, dans la forme et sur le fond. Faute de quoi, les partisans de l’Union européenne donneront le sentiment qu’ils ont peur du peuple. » [10]

Le 8 février 2008 dans La République des Pyrénées, Jean–Marcel Bouguereau renvoie dos à dos, les partisans du référendum et ceux de la ratifcation parlementaire. S’il légitime d’abord les premiers, « Les parlementaires n’ont pas à « se substituer » au peuple, a lancé jeudi M. Fabius. A-t-il raison ? Formellement oui », c’est aussitôt pour s’approprier la thèse inverse : « Mais il est vrai que Nicolas Sarkozy avait clairement annoncé la couleur, avant d’avoir été élu et… qu’il a été élu. Par ailleurs, peut-être faut-il rappeler que les représentants de la nation [...] sont élus pour la représenter  ».

Le 5 février dans Libération, Bernard Guetta soutient que la demande référendaire est légitime : « Les nonistes n’ont pas tort. Ces nonistes de gauche […] ont raison de dire que, dès lors que sa première version avait été soumise à référendum, la seconde aurait dû l’être aussi. » C’est évidemment aussitôt pour réduire l’importance de cette concession : « Mais sur le fond ? Il a été trompeur, surtout, de faire croire aux électeurs de gauche que la victoire du non freinerait la libéralisation économique des pays européens alors même qu’elle n’est pas le fruit de l’Union mais de la mondialisation ».

Le goût du paradoxe est décidément très en vogue,… une fois que les dés ont été jetés. L’éditorial du Monde du 6 février en est une brillante illustration : « Entre le devoir européen et la passion démocratique, le devoir l’emporte donc.  » Curieuse alternative entre le devoir de faire « avancer » l’Europe vers plus de démocratie tout en en écartant les principaux intéressés, les citoyens européens !

Ensuite, le quotidien semble d’abord valider la ligne officielle : « Nicolas Sarkozy, en effet, avait joué cartes sur tables durant sa campagne : pour sortir l’Europe de l’ornière, il s’était engagé à tout mettre en oeuvre pour que les vingt-sept membres de l’Union négocient un nouveau traité, plus ou moins simplifié et censé permettre aux institutions européennes de fonctionner plus efficacement. Et il avait annoncé qu’il soumettrait ce nouveau texte […] à la ratification du Parlement pour éviter de se heurter une nouvelle fois aux aléas d’un référendum. C’est ce qu’il a fait ». Pour ensuite sembler valider la thèse contraire tout en s’essuyant au passage les pieds sur ceux qui lui avait fait échec en 2005 : « Le peuple avait refusé le projet de Constitution il y a trois ans ; il a soigneusement été tenu à l’écart de l’actuelle procédure[…]. En bonne logique démocratique - y compris pour faire la démonstration que « le plan B  » et la « relance démocratique  » de l’Europe promis par les partisans du non en 2005 n’étaient qu’un leurre habile, mais démagogique  ». Le Monde déplore en conclusion : « Ces trois années de débats et leur épilogue actuel n’ont pas rapproché l’Europe des peuples qui la composent [...]. Il faudra, demain, plus que des habiletés tactiques pour redonner sens et dynamique au projet européen ». Et d’arguties sémantiques…

En dernière analyse, un argument – à peine implicite – l’emporte de fait sur tous les autres : le choix des éditorialistes est, par principe, préférable à celui du peuple qui ne mérite, quand ils ne suivent pas leurs sages conseils, que le mépris…

… Un mépris, dont on vient de voir diverses variantes et qu’Eric Zemmour, une fois n’est pas coutume, a fort bien diagnostiqué sur le plateau de l’émission de Guillaume Durand sur France 2, « Esprits libres » [sic] du 18 janvier 2008 [11] : « Julliard [Jacques Julliard, du Nouvel Observateur], c’est intéressant, il dit, il parle de l’irruption des citoyens partout etc… Mais en même temps il m’amuse parce que les citoyens, parce qu’en même temps, les citoyens sont méprisés comme jamais . C’est-à-dire par exemple, ils votent « non » au référendum, on leur refait la Constitution et on la repasse devant les parlementaires, c’est quand-même du mépris démocratique comme jamais on a vu  ». Cette interpellation entraîne, on s’en doute, une réaction immédiate des gardiens scrupuleux de la démocratie que sont Guillaume Durand, Jacques Julliard (Le Nouvel Observateur), Olivier Mongin (Directeur de la revue Esprit). Sujet suivant.

Nos tartuffes de la démocratie n’avaient-ils pas à leur disposition des moyens pour donner une traduction concrète à ces hypocrites plaidoyers bien tardifs contre le risque d’un déni de démocratie ? Il suffisait d’organiser vraiment dans les colonnes des journaux, sur les antennes des radios et des télévisions, et sur les sites Internet des débats publics contradictoires équilibrés, à la fois sur la procédure la plus démocratique et sur le contenu du Traité. Il n’en a rien été.

Denis Perais

Avec Mathias et Henri

***

Annexes :

Quand Jean-Pierre Elkabbach et Valéry Giscard d’Estaing s’inquiètent de l’absence de débat

La dissimulation grandeur nature des enjeux a été l’occasion d’une scène fort cocasse le 4 février 2008 dans le studio Lagardère d’Europe 1. Nos deux « oui-ouistes » aux relations très anciennes se lamentent. Jean–Pierre Elkabbach, faisant référence à la plainte des socialistes sur l’escamotage de ce débat dans l’hémicycle, lance : « Est-ce que l’Europe ne mérite pas mieux qu’un débat de nuit ? » Valéry Giscard d’Estaing, professoral, répond : «  C’est un peu la même chose sur les médias . Si vous regardez les journaux du soir, on consacre à l’Europe trente secondes au maximum. C’est le grand problème de notre temps. C’est beaucoup plus important que les faits divers car c’est un fait divers collectif pour cinq cents millions de personnes. Je crois en effet qu’il faut prendre conscience que c’est un grand événement ».

Cette affirmation empreinte de lucidité épargne cependant l’hôte de l’ancien président de la République sur le sujet. Il faut savoir remercier celui qui a l’obligeance de lui réserver un accueil chaleureux et de ne pas le déranger avec des questions stupides telles que celle de son obligation de réserve en temps que membre du Conseil Constitutionnel, qui lui interdit d’afficher publiquement sa position [
12].

Jean-Pierre Elkabbach, scandalisé d’un tel crime de lèse-Sarkozy, demande alors à Valéry Giscard d’Estaing, ce qu’il pense des déclarations de Jean-Louis Debré le 3 février 2008 sur l’antenne de Radio J s’en prenant au mode (privé) de vie du président de la République : «  Qui le [Debré] rappellera à ses devoirs d’impartialité  ? Vous ? Jacques Chirac ? ».

- VGE :
« Vous ».

- JPE : « 
Voilà, on le fait. Merci de le dire. »

Les partiaux Jean-Pierre Elkabbach et Valéry Giscard d’Estaing au service de l’impartialité… des autres. D’autant plus magistral que Jean-Pierre Elkabbach dirigeait (avec Jean–Marie Cavada) l’information du temps de la présidence d’un certain…Valéry Giscard d’Estaing [13]. A l’époque, le contrôle de l’information se faisait sous le joug « terrifiant » de l’Etat. Aujourd’hui, ce joug n’existe plus, mais la censure demeure…


Les partisans du « non » toujours introuvables … ou presque

« Si la surface médiatique accordée à ce traité est déjà assez faible, la place dévolue à ceux qui s’opposent au mode de ratification retenu ou au contenu, est particulièrement réduite », écrivions-nous déjà dans notre article du 2 janvier dernier. Aucun changement n’est à signaler depuis. Aucune tribune dans la presse quotidienne depuis la dernière parue le 13 décembre 2007 dans Libération. Entre le 16 janvier et le 6 février, Libération égare un courrier des lecteurs fustigeant la position du PS très largement compensé par une chronique et une tribune « oui-ouiste » ; Le Parisien consent une squelettique interview à Nicolas Dupont-Aignan le 4, engloutie le même jour par celle largement plus abondante de Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes et de Valéry Giscard d’Estaing le 2 février ; Le Monde consacre un éditorial et Les Echos deux chroniques favorables au « oui ». Et de très rares articles qui évoquent principalement leurs difficultés à mobiliser et leurs divisions. Quelques secondes pour Marie-George Buffet et Jean-Luc Mélenchon et uniquement sur France 3, une poignée sur France 2 consacrée à l’attelage « hétéroclite » des partisans du « non » à la procédure référendaire, qui a nuit à l’efficacité de leur campagne. Le reportage montre à l’écran, le député UMP, Nicolas Dupont–Aignan, qui incarne « les souverainistes de droite » et Michel Charasse, sénateur socialiste. La suggestion de leur « ringardisme » est à peine voilée même si jamais explicitement formulée dans le reportage. Le qualificatif « souverainiste » n’est pas spécialement un compliment dans le langage journalistique. Hormis les parlementaires, les « nonistes » se voient « généreusement » accordés quelques secondes le 2 février par TF1 et France 3 à l’occasion de la journée d’action organisée pour un référendum et le 4 février (sur les trois chaînes) pour la manifestation devant les grilles du château de Versailles, lieu de réunion du Congrès.

Jean-Michel Aphatie, qui recevait Olivier Besancenot au « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI » explique pourtant très sérieusement le 6 janvier 2008 : « Tout le monde peut s’exprimer en France ». Sans doute, mais certains beaucoup plus que d’autres !

_________________________________________________

[1] Voir sur notre site, Quand la plupart des éditorialistes adoptent – sans référendum – le nouveau traité européen, Le service après vente du Traité européen de Lisbonne, Traité européen : le tardif et difficile réveil de Laurent Joffrin et de Libération et Traité de Lisbonne : la morgue de L’Est républicain.

[2] Voir l’article cité dans la note ci-dessus.

[3] Le sujet a certes pu être abordé ici et là comme au « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI » le 6 janvier 2008 avec Olivier Besancenot ou le 14 janvier avec Pierre Moscovici dans « Le Franc Parler » France Inter-Itélé-Le Monde.

[4] Le 16 février, l’hebdomadaire brocarde pourtant que la « Peopolitique [...] révèle un fondamental vide démocratique », auquel il a lui-même participé !

[5] Notable exception puisque ce quotidien a choisi depuis longtemps de faire du traité européen, un sujet majeur.

[6] D’après la page des « unes » de la PQR de leurs organes de presse respectifs, voire l’organisation sous leur égide. Le cas particulier du quotidien La Marseillaise pouvant vraisemblablement s’expliquer par son hostilité affichée au mode de ratification et au contenu.

[7] « Le service après vente du Traité européen de Lisbonne », déjà cité.

[8] Lire sur le site de Marianne : « Colombani, un sarkozyste de moins en moins caché… » (mis en ligne le 19/01/2008).

[9] Une variante plus insidieuse de cette constance à se défier du peuple qui vient de loin et qu’exprimait déjà avec arrogance Jean Daniel à l’occasion de la campagne de 2004 – 2005 : « Tout ce qu’à de bon la volonté générale, c’est la représentation populaire[sic] qui le canalise et le cristallise. La collectivité, elle, est plus sensible au caprice et surtout à la peur. Les partisans du « non » au référendum sont plus émotifs, plus passionnels  » . Cité dans Médias en campagne. Retours sur le référendum de 2005, Syllepse, p.7.

[10] Notons que Laurent Joffrin en particulier et Libération en général, n’ont jamais mis le quotidien au service d’une longue campagne réclamant ouvertement un référendum. Cela n’empêche cependant pas François Sergent, de Libération, de prendre quelques libertés avec cette réalité en affirmant le 18 février dans un article intitulé… « Vigilants » : « Nous nous sommes [...] associés à Marianne pour demander un référendum sur le traité simplifié européen ». En fait, liberation.fr s’est bien associé aux sites marianne2.fr et arretsurimages.net, mais simplement pour poser la question suivante aux internautes : « Traité de Lisbonne : Faut-il le ratifier par voie parlementaire ou par référendum ? ». Le 4 février, liberation.fr récidive en interrogeant les libénautes : « La ratification par voie parlementaire, un déni de démocratie ? La ratification du Traité de Lisbonne se fera par voie parlementaire et non par référendum. Qu’en pensez-vous ? » http://www.liberation.fr/actualite/….

[11] A l’occasion d’un débat non sur le Traité, mais sur l’omniprésence de Nicolas Sarkozy dans les médias.

[12] Le décret n° 59-1292 du 13 novembre 1959 relatif aux obligations des membres du Conseil Constitutionnel précise dans son article 2  : « Les membres du Conseil constitutionnel s’interdisent en particulier pendant la durée de leurs fonctions  : De prendre aucune position publique ou de consulter sur des questions ayant fait ou étant susceptibles de faire l’objet de décisions de la part du Conseil  ». Le Canard Enchaîné rappelle cette obligation le 6 février 2008 mais pour le seul Jean–Louis Debré.

[13] Voir Le Plan B dans son article « Le Procès de Jean-Marie Cavada », numéro 12, paru le 7 février 2008.

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Le PS s’engage à créer une commission nationale chargée du suivi de la diversité

Posté par issopha le 27 février 2008

Communiqué de presse
Paris, le 26 février 2008

Rencontre entre Patrick Lozès et François Hollande :


Le PS s’engage à créer une commission nationale

chargée du suivi de la diversité


Le président du CRAN, Patrick Lozès, a rencontré aujourd’hui François
Hollande, le premier secrétaire du Parti Socialiste (PS).

A travers son président, le CRAN a exhorté le parti socialiste à
reprendre
la main sur le thème de la diversité.

En réponse, le premier secrétaire du PS s’est engagé à créer une
Commission nationale chargée du suivi de la diversité après les
élections
municipales.
La création de Cette commission qui rappelle le Secrétariat national à
la
condition féminine présidé par Mme Yvette Roudy au cours des années
1980,
est demandée depuis plusieurs années par les socialistes de la
diversité.
Cette création serait immanquablement saluée comme un geste fort du PS
envers les minorités.

Patrick Lozès a signalé au premier secrétaire du Parti socialiste les
difficultés rencontrées par les socialistes de la diversité dans
plusieurs
municipalités de France, dont Etaples, Sarcelles, Roubaix et Marseille.

François Hollande a reconnu que la vingtaine de têtes de listes issues
de
la diversité présentées par le parti socialiste pour les élections
municipales des 9 et 16 mars prochains ne répondait pas à la demande
d’égalité exprimée par les français de la diversité.

Le premier secrétaire du PS a néanmoins estimé que des centaines de
français de la diversité feront leur entrée dans les conseils
municipaux
au soir du 16 mars 2008, marquant selon lui « une étape historique »
dans
l’accession des citoyens de la diversité aux responsabilités publiques.

Ces chiffres correspondent à ceux obtenus lors des pointages réalisés
par
le CRAN et le Comité national pour la diversité.
Ils sont, certes, historiques et en hausse par rapport à la dernière
mandature. Mais ils sont encore loin d’être satisfaisants, tant le
retard
pris par les partis politiques français dans ce domaine est important.
À
l’heure actuelle, on ne compte, par exemple, aucun Noir parmi les 163
conseillers de Paris, ni parmi les 101 conseillers de Marseille ni
parmi
les 73 de Lyon, ni parmi les 69 conseillers de de Toulouse et de Nice,
ni
parmi les 65 conseillers de Nantes et Strasbourg, ni parmi ceux de
Bordeaux, Montpellier, Nice etc.

Le CRAN sera extrêmement attentif au respect de la promesse faite par
le
premier secrétaire du parti socialiste de créer cette Commission
nationale
chargée du suivi de la diversité.

Contact :
CRAN
contact@lecran.org

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