Union Africaine : retour sur l’élection du « roi des rois… »

Posté par issopha le 8 février 2009

Union Africaine : retour sur l’élection du « roi des rois… »

Linternationalmagazine.com, publié le 04/02/2009

Mouammar Kadhafi, qui entend désormais se faire appeler « roi des rois traditionnels d’Afrique », a été élu lundi à la tête de l’Union africaine (UA) pour un an, lors d’un sommet de l’organisation à Addis Abeba.

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Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a été élu lundi, lors du 12e Sommet de l’Union africaine ( UA) ouvert dimanche à Addis-Abéba, à la tête de l’Union Africaine pour les douze prochains mois. Il succède au président tanzanien Jakaya Kikwete.

Selon la règle de l’organisation africaine, la présidence revenait cette année à l’Afrique du Nord, après l’Afrique de l’Est et Mouammar Kadhafi était le seul dirigeant d’Afrique du Nord présent à Addis Abeba. Certains pays ont tenté une promouvoir une présidence d’Afrique australe, d’autant que le prochain sommet se tiendra en juillet à Madagascar. En vain.

Des sources concordantes affirment que une fois promu, le Guide de la Jamahiriya libyenne a déjà fait passer à ses pairs un message demandant à être désormais officiellement appelé « roi des rois traditionnels d’Afrique« , après avoir été « adoubé » par un groupe de chefs traditionnels il y a quelques semaines en Libye.

Il était d’ailleurs accompagné au sommet par sept « rois » en costume traditionnel chamarré parfois couvert de métal brillant, qui ont toutefois eu du mal à rester dans son sillage en raison des mesures de la sécurité éthiopienne.

Le temps du travail commence

Bien que la volonté de Mouammar Kadhafi d’instaurer un « gouvernement de l’Union » conduisant à des « Etats-Unis d’Afrique » effraie bon nombre de chefs d’Etat du continent, les dirigeants africains l’ont élu à la présidence en exercice de l’UA.

Prenant la parole après son élection, Mouammar Kadhafi a « espéré que son mandat (serait) un temps de travail sérieux et pas seulement de mots« , insistant sur la nécessité « de pousser l’Afrique en avant vers les Etats-Unis d’Afrique. Je continuerai et insisterai pour que les Etats souverains (que nous sommes) parviennent aux Etats-Unis d’Afrique« , a-t-il martelé.

Dimanche, les chefs d’Etat et leurs représentants ont débattu à huis clos pendant une dizaine d’heures uniquement sur le « gouvernement de l’Union » cher à Kadhafi. Les débats se sont achevés sans grande avancée : les dirigeants ont simplement convenu de changer la dénomination de la Commission, organe exécutif de l’UA, en l’appelant « autorité africaine« , a rappelé M. Kikwete dans son discours avant de souligner que cela ouvre la voie à « une institution avec un mandat plus fort, de plus fortes capacités, qui nous dirige vers l’objectif du gouvernement de l’Union« .

Dans son discours d’adieu, le Tanzanien Jakaya Kikwete, a invité ses pairs à se consacrer davantage au développement du continent. « Nous consacrons beaucoup trop de temps à régler les conflits ou les partages de pouvoir entre nos politiciens. Il faut que nous redéfinissions nos priorités pour nous consacrer au développement de nos économies (…) pour nous libérer de la honte qui est la nôtre d’être le continent le plus pauvre du monde« , a déclaré le président tanzanien.

Mouammar Kadhafi élu président de l’Union africaine

Linternationalmagazine.com, publié le 02/02/2009

Mouammar Kadhafi va succéder au président tanzanien, Jakaya Kikwete, élu en janvier 2008, qui a déjà fait ses adieux à ses pairs, dans son discours lors de la cérémonie d’ouverture de la 12ème session de l’UA.

Mouammar Kadhafi élu président de l'Union africaine
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Le Guide libyen, Mouammar Kadhafi, sera le prochain président en exercice de l’Union africaine pour l’année 2009, a annoncé lundi à Addis-Abeba, en Ethiopie, le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, dans son discours lors de la cérémonie officielle d’ouverture de la 12ème session des chefs d’Etat et de gouvernement de l’organisation panafricaine.

Aussitôt après la cérémonie d’ouverture, les Chefs d’Etat et de gouvernement ont débuté leur séance à huis clos pour entamer les consultations sur la composition du Bureau de la présidence de l’UA et du Comité de rédaction de la conférence.

C’est au cours de cette réunion que le guide Kadhafi sera officiellement désigné président en exercice de l’UA. Ce poste devait revenir, au titre de l’année 2009, à l’Afrique du Nord, et il a été décidé à ce niveau de le confier au guide libyen.

Le roi des rois d’Afrique

Le passage de témoin devrait se faire rapidement, dès la fin de la séance à huis clos des chefs d’Etat et de gouvernement. Il reviendra au guide libyen, après le huis clos, de diriger les travaux de cette présente session.

Selon des sources concordantes, le chef de l’Etat lybien a fait passer à ses pairs présents au sommet un message demandant à être officiellement appelé « roi des rois traditionnels d’Afrique » après avoir été « adoubé » par un groupe de chefs traditionnels il y a quelques semaines en Libye.

Consensus autour d’un gouvernement africain

Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA) sont par ailleurs parvenus dimanche à un consensus sur la formation d’un gouvernement continental en décidant de mettre en lieu et place d’une Autorité dotée d’un mandat plus fort pour gérer les affaires africaines.

Ils ont accepté de dissoudre la Commission de l’UA et de créer à la place une Autorité qui, à titre provisoire, va joueur le rôle d’un gouvernement de l’Union dans la perspective de création des Etats-Unis d’Afrique. Cette Autorité exécutive de l’UA, qui remplacera la Commission, sera mise en place en juillet, lors du prochain sommet des chefs d’Etat et de gouvernement prévu à Madagascar.

Toutefois, les dirigeants africains n’ont pas voulu proclamer la formation d’un gouvernement panafricain de crainte que cela n’empiète sur la souveraineté de leurs Etats, se contentant de s’accorder sur la formation d’une Autorité avec des pouvoirs exécutifs plus importants.

Des Commissaires aux secrétaires

Les Commissaires actuels de la Commission seront remplacés par des secrétaires et la nouvelle Autorité sera dirigée par un président. « Nous sommes tombés d’accord pour nous décider sur les structures de la nouvelle Autorité de l’UA et la définition de ces nouvelles structures. Nous vous présenterons des structures claires« , a dit le président Kikwete.

Les dirigeants africains ont chargé les ministres des Affaires étrangères, qui siègent au Conseil exécutif, de choisir les dénominations des neuf « ministères » qui seront formés et de leur transmettre les noms. La formation de ces nouveaux « ministères » doit être achevée avant la fin du sommet ouvert dimanche matin pour durer trois jours.

La formation d’un gouvernement de l’Union, longtemps proposée par le Guide libyen, Moammar Khaddafi, est l’un des principaux points de l’ordre du jour du sommet.

Lire aussi

12e Sommet de l’UA : la « Commission » remplacée par une « Haute Autorité »

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Pierre Gouverneur

02.02.09 à 16:15

Le Guide lybien enfin devenu rois des rois du continent africain … ! Cette nomination, si convoitée par le Colonel, et si révélatrice, montre que le monde est prêt à toutes les aventures folles. L’Union africaine est sans doute souhaitable pour défendre ses légitimes intérêts, mais pas pour se mettre sous un gouvernement dont le chef prend, pour première décision, de se faire reconnaître « roi des rois » d’un continent dont la pauvreté se prête aux manipulations et au pire. Celui qui se prétend « roi des rois » a trop de vénération pour lui-même pour avoir du respect pour ses sujets

12e Sommet de l’UA : la « Commission » remplacée par une « Haute Autorité »

Linternationalmagazine.com, publié le 02/02/2009

Selon le chef de l’Etat tanzanien Jakaya Kikwete, président en exercice de l’UA, cette nouvelle Autorité, qui remplace la Commission de l’UA, doit entrer en fonction en milieu d’année.

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Les dirigeants de l’Union africaine (UA) réunis en sommet dimanche à Addis Abeba (Ethiopie) ont créé une nouvelle Autorité de l’UA, instance exécutive chargée de préparer un gouvernement d’unité qui réunirait les 53 pays du continent.

Bénéficiant de prérogatives élargies, cette Haute Autorité, remplace l’actuelle Commission de l’organisation continentale, présidée par le diplomate gabonais Jean Ping. La nouvelle Autorité exécutive de l’UA sera mise en place en juillet, lors du prochain sommet des chefs d’Etat et de gouvernement prévu à Madagascar.

Outre la préparation d’un « gouvernement d’unité » africaine, la « Haute Autorité » panafricaine aura aussi pour mission de traiter des questions telles que la pauvreté, les maladies infectieuses, l’éducation, la gouvernance et le droit, d’une importance cruciale en Afrique, selon M. Kikwete, président de la Tanzanie, et actuel président de l’UA.

A la recherche de neuf ministères clés

Les Commissaires actuels de la Commission seront remplacés par des secrétaires et la nouvelle Autorité sera dirigée par un président. « Nous sommes tombés d’accord pour nous décider sur les structures de la nouvelle Autorité de l’UA et la définition de ces nouvelles structures. Nous vous présenterons des structures claires« , a dit le président Kikwete.

Les dirigeants africains ont chargé les ministres des Affaires étrangères, qui siègent au Conseil exécutif, de choisir les dénominations des neuf « ministères » qui seront formés et de leur transmettre les noms. La formation de ces nouveaux « ministères » doit être achevée avant la fin du sommet ouvert dimanche matin pour durer trois jours.

Toutefois, les dirigeants africains n’ont pas voulu proclamer la formation d’un gouvernement panafricain de crainte que cela n’empiète sur la souveraineté de leurs Etats, se contentant de s’accorder sur la formation d’une Autorité avec des pouvoirs exécutifs plus importants.

Il faut encore attendre un peu

La formation d’un gouvernement de l’Union, longtemps proposée par le Guide libyen, Moammar Khaddafi, est l’un des principaux points de l’ordre du jour du sommet.

L’idée d’un gouvernement d’unité africain est discutée depuis des années par les dirigeants du continent mais des doutes se sont régulièrement élevés quant aux pouvoirs qu’aurait une telle instance sur les gouvernements nationaux.

« En principe, avons-nous dit, le but ultime est de fonder des Etats-Unis d’Afrique« , a déclaré Mr Kikwete, devant la presse à l’issue du sommet d’Addis Abeba, qui n’était pas ouvert aux journalistes.

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BREVES D’AFRIQUE par www.afrik.com + Ahmed Aboutaleb, maire marocain de Rotterdam

Posté par issopha le 8 janvier 2009

BREVES D'AFRIQUE par www.afrik.com + Ahmed Aboutaleb, maire marocain de Rotterdam dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE fleche_rubrique_1 titre_meta_breves dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE fleche_rubrique_2

BREVES D’AFRIQUE par www.afrik.com

 

TogoFrance
Brice Hortefeux en visite au Togo et au Benin

Le ministre français de l’Immigration, Brice Hortefeux, est attendu, ce mercredi soir, à Lomé pour une visite officielle. Il y rencontrera, jeudi, le président Faure Gnassingbé et le Premier ministre, Gilbert Houngbo avant de s’envoler pour Cotonou (Benin), indique Republic of Togo. « Il n’y a pas de difficultés de migration au Togo. Par conséquent, le rôle de la France est d’aider le pays à favoriser son développement par des actions concrètes sur le terrain. C’est ce que nous allons faire dans les mois qui viennent », avait affirmé Brice Hortefeux en novembre dernier. (Mercredi 7 Janvier – 13:19)

 

 

SénégalChine
La Chine accorde 27, 5 milliards de FCFA au Sénégal

Deux subventions de 27, 5 milliards d’euros soit 42 millions d’euros ont été accordées au Sénégal par la Chine, indique Le Soleil. Elles sont destinées au financement de deux projets importants : le renouvellement du parc automobile de transport public et le réseau de sécurité nationale du gouvernement. (Mercredi 7 Janvier – 12:38)

Mauritanie
La Mauritanie rappelle son ambassadeur en Israël

L’un des trois pays de la Ligue arabe à avoir des relations diplomatiques avec l’Etat hébreu a décidé, lundi, « de rappeler son ambassadeur en Israël, en réaction à l’offensive israélienne à Gaza en cours depuis le 27 décembre, rapporte Mauritanie-web. Il s’agit du premier rappel d’un ambassadeur mauritanien en Israël depuis l’établissement des relations diplomatiques en 1999. (Mercredi 7 Janvier – 12:35)

Afrique du sud
Mondial 2010 : un élu local assassiné après avoir dénoncé un scandale

Un élu local a été assassiné après avoir dénoncé un scandale de corruption autour de la construction d’un stade destiné à accueillir la Coupe du monde 2010 de football, rapporte Mail and Guardian. Jimmy Mohlala, membre du Congrès national africain (ANC, au pouvoir), a été abattu dimanche soir à son domicile de Nelspruit au nord-est de l’Afrique du Sud. (Mardi 6 Janvier – 12:49)

Côte d’Ivoire
Côte d’Ivoire : la pauvreté atteint le seuil critique de 48,9 %

En 2008, la pauvreté en Côte d’Ivoire a atteint un seuil critique de 48,9 % contre seulement 10% en 1985, écrit abidjan.net. Face à ce chiffre alarmant, le gouvernement ivoirien a mis au point un document de stratégie de la réduction de la pauvreté (DRSP) présenté, lundi, à Grand-Bassam, au Sénégal. Il révèle qu’un Ivoirien sur deux vit avec moins d’un euro par jour (660 FCFA). (Mardi 6 Janvier – 14:10)


Ahmed Aboutaleb, maire marocain de Rotterdam
Présenté comme un modèle d’intégration, il a été accueilli avec enthousiasme par la majorité des Néerlandais

arton16032Ahmed Aboutaleb, originaire du Maroc, a pris, ce lundi, ses fonctions de maire de Rotterdam, aux Pays-Bas. A 47 ans, c’est la première personnalité d’origine étrangère à accéder à un poste aussi prestigieux. De quoi susciter bien des passions.


lundi 5 janvier 2009, par Djamel Belayachi




C’est la première personnalité issue de l’immigration à être appelée à diriger une ville au Pays-Bas. Et quelle ville ! Rotterdam. Un important port européen, et la deuxième plus grande ville du pays. Ahmed Aboutaleb est un citoyen néerlandais d’origine marocaine (il possède la double nationalité). Il a été en installé lundi 5 janvier dans ses nouvelles fonctions de maire.

window.google_render_ad();A 47 ans, Ahmed Aboutaleb n’est pas ce qu’on appelle un bleu en politique. Valeur sûre du parti travailliste néerlandais, le PvdA, l’homme a occupé le poste de secrétaire d’Etat aux Affaires sociales, où il s’est forgé une solide réputation de sérieux et d’efficacité. Arrivé à 14 ans aux Pays-Bas, il a été tour à tour journaliste, porte-parole ministériel, puis conseiller municipal à La Haye et à Amsterdam, avant d’être sollicité aux Affaires sociales par l’actuel ministre des Finances Wouter Bos. Ahmed Aboutaleb est présenté comme un modèle d’intégration, et apprécié par la population autochtone qui a accueilli sa désignation par le conseil municipal de Rotterdam avec un réel enthousiasme. On se souvient surtout de ses nombreux appels au calme lorsqu’il y a trois ans l’islamiste Mohammed Bouyeri avait abattu en pleine rue le cinéaste et polémiste Theo Van Gogh.

Ses origines marocaines valent également au nouveau maire beaucoup de sympathie auprès de la communauté issue de l’immigration. Malgré la vague d’enthousiasme soulevée, l’homme reste conscient de la difficulté de la tâche qui l’attend. Pour rassurer sur sa loyauté envers son pays adoptif, il voudrait d’ailleurs bien se défaire de sa nationalité marocaine. Mais la législation du royaume chérifien ne le permet pas.

« Confiance » versus « méfiance »

Dans un discours prononcé à la mairie, il a indiqué qu’il y avait encore « beaucoup de crainte » et de « méfiance » chez les habitants de Rotterdam vis-à-vis des immigrés. Pour balayer les appréhensions qu’il suscite par ailleurs, il a choisi de miser tout sur la « confiance ». « La confiance est un ingrédient de la cohésion sociale mais elle est aussi le lubrifiant de notre économie. Instaurer la confiance est un investissement dans la croissance économique. Une société où les gens ont confiance les uns dans les autres est plus forte », a-t-il affirmé.

La confiance ? L’extrême droite, elle, n’y croit pas une seule seconde. Le député PVV d’extrême droite Geert Wilders a fait part de son souhait qu’Ahmed Aboutaleb soit nommé à Rabat ; et celle du parti Leefbaar Rotterdam, dans l’opposition, reproche au maire d’« avoir deux passeports ». On ne peut décidément pas plaire à tout le monde.

arton16035 Le vernis africain du Dakar s’écaille
La course automobile se déroule en Amérique du Sud pour ses 30 ans

Le rallye-raid Paris-Dakar, qui se déroule cette année en Amérique du Sud, a perdu en trente ans son point d’arrivée et son lieu de départ. Le Dakar, nouvelle dénomination de la course automobile, se déroule… en Argentine et au Chili. Que reste-t-il d’africain à l’épreuve créée en 1978 par Thierry Sabine ? Son nom peut-être.



mardi 6 janvier 2009, par Falila Gbadamassi




Le Dakar délocalisé en Amérique du Sud pour 2009 : cherchez l’erreur. La nouveauté constitue le dernier épisode de la vie d’une course automobile, qui bouscule ses fondamentaux. Surtout ses racines africaines. Partager sa passion pour l’Afrique et pour le sport automobile, telle était pourtant l’ambition de Thierry Sabine en créant en 1978 ce qui deviendra une course mythique. En 1977, alors qu’il participe à la course Abidjan-Nice en moto, il se perd dans le désert du Ténéré pendant trois jours. Cette mésaventure lui inspire l’itinéraire initial du Paris-Dakar : départ de Paris, puis arrivée à Dakar, au Sénégal, via Alger, en Algérie, et Agadez, au Niger. Le tracé va cependant évoluer au fil des éditions et les infidélités à l’intitulé de l’épreuve se multiplient. La première révolution arrive en 1992. Pour la première fois de son histoire, le rallye-raid Paris-Dakar finit sa course au Cap, en Afrique du Sud. La deuxième délocalisation survient trois ans plus tard. Le Dakar ne part pas de la France, mais de Grenade, en Espagne. En 2000, ce sont les pyramides de Gizeh, en Egypte, qui accueillent les participants en fin de parcours. Puis, c’est au tour de Lisbonne, au Portugal, d’abriter le départ de la course en 2007. L’avant-dernière incartade, en 2008, ne sera pas volontaire. La menace terroriste, notamment en Mauritanie où 4 touristes français sont assassinés fin décembre, conduit à l’annulation de l’épreuve.

Le Paris-Dakar, l’hommage de Sabine à l’Afrique

Le Dakar a donc décidé, pour son 30e anniversaire, de quitter l’Afrique pour les cieux, moins perturbés, de l’Amérique du Sud. Plébiscitée à son arrivée en Argentine, la course a été tout de suite adoptée par les Argentins dont la deuxième passion, après le foot, serait le rallye. Un nouveau départ, des fans sud-américains, mais il n’est toujours pas question de changer de nom à l’épreuve. Confirmation dans un entretien accordé à la chaîne française France Ô par Etienne Lavigne, le directeur du rallye. « Historiquement, il s’est appelé Paris-Dakar puis a changé pour simplement Dakar. Il a sillonné 30 pays, l’Algérie, l’Egypte, l’Afrique du Sud… Et comme on ne change pas le nom d’un bateau, le Dakar ne change pas de nom. Jamais je n’ai envisagé de changer le nom de l’épreuve. Je dirais même qu’il n’a jamais aussi bien porté son nom. C’est un événement extrême de sports mécaniques. Cette année, nous retrouvons même ce qui a fait son succès à savoir la découverte, l’aventure, l’inconnu. Tout est réuni pour qu’il s’appelle toujours comme cela. »

Le Dakar restera Le Dakar même s’il ne se déroule plus en Afrique. « C’est vrai que cela peut surprendre, reconnaît néanmoins Daniel Bilalian, le responsable des Sports de France Télévisions, qui retransmet la course en France. Le Dakar, qui est une marque et une affaire commerciale, correspond à un type particulier de compétition. L’organisateur a décidé d’en conserver le nom. Et puis il n’est pas impossible que le rallye revienne un jour en Afrique, même si ce n’est pas demain la veille ». L’organisation se veut néanmoins rassurante sur la dimension africaine de la course en mettant en avant les actions caritatives menées sur le continent africain par l’organisation, notamment en partenariat avec l’ONG Sos Sahel. Elles devraient se poursuivre en 2009. « Les liens qui ont été tissés avec l’Afrique, au cours des 30 ans de son histoire, amèneront le rallye à venir se ressourcer dans les eaux du Lac Rose (à Dakar, ndlr) dès que la situation géopolitique le lui permettra », peut-on lire sur le site officiel du Dakar.

Le Dakar, une marque

L’essence du Dakar se dilue malgré lui, et comme un écho, la contestation monte. La cinquantaine de personnes disparues (Thierry Sabine en 86 et ses compagnons de voyage, une trentaine de concurrents et 9 victimes africaines à la suite d’accidents) durant l’histoire de l’épreuve et les conséquences de cette course sur l’environnement y sont pour beaucoup. Les anti-Dakar, qui se sont aussi manifestés en Argentine, sont regroupés depuis 2006 au sein du Collectif pour les victimes anonymes du Dakar (Cavad), né à la suite de la mort de deux enfants durant l’épreuve. Sur le Net, c’est une pétition lancée en 2008 par le magazine spécialisé dans le trekking, Trek Mag qui alimente l’opposition à l’épreuve. La pétition « Non au Dakar 2009″ a déjà recueilli 10 000 signatures. Elle s’oppose à l’organisation de l’épreuve en Afrique et en Amérique du Sud. Le Dakar doit en effet traverser le désert chilien de l’Atacama, un autre bijou de la nature.

Afin de combler le vide laissé par Le Dakar, une course qu’il a remportée trois fois (1981, 1983 et 1992), Hubert Auriol, surnommé « l’Africain », a lancé Africa Race. Mais la course, qui se déroule actuellement, est frappée du sceau de l’illégalité. Le nouveau rallye-raid africain, qui relie Marseille à Dakar, a été interdit par une décision de justice prononcée le 5 décembre par le tribunal de grande instance de Paris, indique L’Equipe.fr. Elle a été confirmée par un deuxième référé, une action dont est à l’origine l’organisateur du Dakar, Amaury sport organisation (ASO).

Le Dakar ne devrait donc pas être de sitôt remplacé alors même que le retour de la course en Afrique reste encore très hypothétique. Interrogé sur cette possibilité par l’AFP, Etienne Lavigne n’a pas mâché ses mots. « L’actualité africaine est malheureusement terriblement dramatique. Année après année, le territoire d’expression du Dakar s’est réduit. L’Algérie est fermé depuis 1993, le Niger est fermé… Alors on verra ». Pour l’heure, l’Amérique du Sud continue de faire la fête au Dakar qui en est, ce mardi, à sa 4e étape. L’aventure a commencé le 3 janvier à Buenos Aires et s’achèvera le 18 janvier dans la capitale argentine. Les nostalgiques du Dakar devront se contenter des images du site Dakar d’antan (1978-1985) pour se rappeler du bon vieux temps où, sous les hauspices de Thierry Sabine, Dakar rimait avec Afrique.

 
Comment le Ghana est-il devenu une démocratie exemplaire ?
Le candidat de l’opposition, John Atta-Mils, est le nouveau président du pays

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John Atta Mils, le nouveau président ghanéen, est entré en fonction, ce mercredi, lors d’une cérémonie qui s’est déroulée à Accra. Un succès pour lui et la démocratie au Ghana, un exemple pour les autres Etats africains. Pourtant, tout n’était pas gagné pour ce pays du Gold Coast qui a subi, depuis son indépendance en 1957, deux putschs militaires. Afrik.com s’est penché sur les raisons de la réussite du Ghana en matière de transition démocratique. Analyse.



mercredi 7 janvier 2009, par Stéphanie Plasse




Le nouveau président ghanéen, John Atta-Mils, a pris ses fonctions, mercredi, à Accra. C’est la deuxième fois, en dix ans, qu’un chef d’Etat élu au Ghana transmettra le pouvoir à l’opposition à l’issue d’un scrutin. A 64 ans, l’ancien leader du parti de l’opposition (le Congrès national démocratique), peut se vanter d’être à la tête d’une nation érigée en modèle de démocratie pour l’Afrique.

Le Ghana, l’un des rares exemples de démocratie en Afrique

Le Ghana sert d’exemple aux autres pays africains qui n’ont pas réussi cette transition démocratique. « C’est un exemple rare de la démocratie en Afrique », expliquait à l’AFP, Raila Odinga, le Premier ministre kényan, après l’annonce de l’investiture du président sortant. Si les dirigeants des pays africains saluent la victoire de John Atta-Mils, ils ne minimisent pas le rôle de l’ancien chef d’Etat (2001-2009), John Kufuor, et du candidat malheureux du Nouveau parti patriotique, Nana Akufo-Addo, dans la tenue exemplaire de ces élections.

Selon Alpha Oumar Konaré, l’ancien président malien, interrogé par RFI, le Ghana a bénéficié du « leadership incontestable du président Kufuor qui, par sa déclaration, a amené tous les partis à accepter le verdict des urnes et de l’attitude de Nana Akufo-Adda qui n’a pas non plus contesté les résultats ». John Kufuor , un démocrate tenace dont les efforts en matière de démocratie et d’économie ont été régulièrement salués par la communauté internationale.

L’éducation, un atout pour le Ghana

Si en Afrique, plusieurs Etats peinent à organiser des élections libres après des putschs militaires, le Ghana fait figure d’exception. La raison ? Pour Prince Ofori-Atta, rédacteur en chef de la version anglaise d’Afrik.com et de nationalité ghanéenne, l’installation de la démocratie dans les mœurs est passée par l’éducation des masses. « Après l’indépendance, en 1957, l’objectif principal du gouvernement était l’éducation nationale. Cette vision contraste avec celle des autres pays comme la Côte d’Ivoire. Au Ghana, les présidents voulaient éduquer le peuple, en Côte d’Ivoire ils voulaient les nourrir, c’est là toute la différence. Une phrase du chef d’Etat Ghanéen, Kofi Bozia (1972-1978) illustre la politique de ce pays du Gold Coast : ’Donne à manger à quelqu’un et il reviendra te redemander de la nourriture, donne-lui des outils de développement et il ira se chercher lui-même à manger ‘ », explique-t-il. Selon Amnesty International, le taux d’alphabétisation au Ghana s’évaluerait à 57,9 % contre 48,7 % pour la Côte d’Ivoire, par exemple.

Jerry John Rawlings : un président qui a marqué le pays

Pour Christian Chavagneux, le rédacteur en chef adjoint d’Alternatives Economiques, la démocratie ghanéenne a émergé grâce au personnage du président Jerry Rawlings (1981-1996). « Ces quinze années au pouvoir ont été une période charnière pour le Ghana. Il y a eu une réelle refonte économique sous l’impulsion de Jerry Rawlings, qui s’est converti à l’économie de marché avec le soutien des institutions financières. Cette nouvelle stratégie a participé au changement politique, par exemple, des élections locales puis nationales ont été mises en place », affirme-t-il.

Néanmoins, Christian Chavagneux se veut prudent sur l’ancien président : « Rawlings n’est pas le symbole de la démocratie, il a réussi à amener son pays vers la démocratie, ce qui n’est pas la même chose. Il ne faut pas oublier qu’il est à l’initiative du coup d’Etat de 1981 ! ».

Le Ghana est l’exemple de la victoire de la démocratie en Afrique. Mais il aura fallu deux coups d’Etat, celui de Jerry Rawlings en 1981 et celui du colonel Ignatus Acheampong en 1972, pour qu’elle s’installe dans le pays.

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Zimbabwe : L’insoumis et le bouc emissaire , par Aminata TRAORE , ancienne ministre malienne

Posté par issopha le 3 janvier 2009

19/12/2008
 
Zimbabwe : L’insoumis et le bouc emissaire , par Aminata TRAORE , ancienne ministre malienne dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE artsubtitleleft transparent dans AFRIQUE PARADOXES
« Il n’est pas certain que l’extrême personnalisation du conflit et la diabolisation de l’un des principaux protagonistes – Robert Mugabé en l’occurrence – ait aidé en quoi que ce soit à clarifier les enjeux de la lutte sociale et politique en cours au Zimbabwe ». Achille Mbembe (Zimbabwe : le cynisme des nations)
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Par Aminata D Traore
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Zimbabwe : L’insoumis et le bouc emissaire

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1. Qui juge qui ? Pour quels crimes ?

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Le torrent de boue dont on couvre Robert Mugabé depuis de longs mois a quelque chose de nauséabond et de suspect. J’en souffre. »Qui le juge ? De quels crimes est-il coupable ? » sont parmi les questions que nous sommes nombreux à nous demander, ce 10 décembre 2008, à l’occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH).

« A 85 ans, pourquoi s’accroche-il tant au pouvoir ? » entendons nous dire. Est-ce une raison suffisante pour l’humilier ? Est-il le seul de cette génération, à occuper ce poste a un tel âge ?

« Il est au pouvoir depuis 28 ans. » En termes de longévité au pouvoir est-il le doyen en Afrique ?
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« La fraude électorale ? » A-t-on oublié les élections américaines de 2000 ?

Rares sont ceux qui, en dehors du continent, se doutent des enjeux véritables de cette campagne de dénigrement et de déstabilisation d’une rare violence contre cet homme tant le titre de dictateur sied aux dirigeants du Sud, plus particulièrement ceux du Continent noir. Il suffit de regarder du côté de la Cour Pénale Internationale pour s’en convaincre. Pendant ce temps les fauteurs de guerre en Irak et en Afghanistan se posent en défenseurs des droits de l’homme au Zimbabwe et partout ailleurs.

Puisqu’ils ne sont pas à une contradiction près, les puissants de ce monde élèvent par ailleurs des murs devant ceux dont ils prétendent défendre les droits lorsque ceux-ci tentent d’échapper aux effets destructeurs du capitalisme mondialisé. Le pacte européen sur l’immigration et l’asile dont la France a fait de l’adoption une priorité dans le cadre de sa présidence de l’Union Européenne est l’une des traductions de ce cynisme.

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2. L’indignation sélective

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L’indignation et la justice à géométrie variable qui jettent le discrédit sur les droits de l’homme tournent au scandale lorsque George W Bush se joint à Gordon Brown et Nicolas Sarkozy pour exiger la démission de Robert Mugabé, responsable selon eux des 600 personnes victimes du choléra. Toute perte de vie humaine est un drame. Mais alors, que dire des guerres en Irak et en Afghanistan qui ont fait près d’un million et demi de morts ?
Robert Mugabe aurait ruiné son pays dont l’économie était florissante et violé les droits des Zimbabwéens. En huit années d’une gestion calamiteuse George W Bush, a fait pire en conduisant l’économie la plus puissante de la planète au bord du gouffre avec des conséquences dramatiques et pour son pays et pour le reste du monde : accroissement du chômage, pertes de revenus, tensions sociales et violences en tout genre.

Que fait et que compte faire la fameuse communauté internationale dont George W Bush et ses alliés se réclament face au drame de l’Irak puisqu’il a enfin admis qu’il a commis une « erreur » tout en se défaussant sur des services de renseignements qui lui auraient présenté Saddam Hussein comme une menace pour les USA ? Ce mea-culpa tardif n’incite, visiblement, ni le Président américain, ni le Premier ministre britannique à changer de regard et de perspectives quant au Zimbabwe.

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transparent transparent Robert Mugabe
© AFP
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Le départ de Robert Mugabé, le Saddam Hussein de Tony Blair, est une obsession. Et, tant mieux, si la faim, le chômage, la maladie et la fuite des Zimbabwéens, provoqués par des années d’isolement et de sanctions économiques, peuvent être instrumentalisés en vue d’atteindre cet objectif. Un tel acharnement participe, bel et bien, à la criminalisation, la traque et l’élimination de la « racaille » dans les banlieues du monde globalisé.
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Ainsi va le monde, soixante ans après la déclaration universelle des Droits de l’Homme (DUDH). Le « plus jamais ça » est parfaitement valable pour les « civilisés » qui évitent la guerre chez eux et se serrent les coudes dans la mise au pas des « barbares ». Pillée et humiliée l’Afrique se doit de tirer le maximum d’enseignements de cette réalité en apprenant à distinguer les conséquences des actes de sabotage économique et de déstabilisation des dirigeants qui osent dire « non » de la mauvaise gestion que les démocraties occidentales savent, du reste, pardonner tant que leurs intérêts ne sont pas menaces

 

 

3. L’asphyxie économique
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transparent transparent Des partisans de  »Bob » Mugabe
© daylife
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Pèle mêle, les ennemis Robert Mugabe retiennent, contre lui, en plus de l’expropriation des fermiers blancs des terres agricoles, l’hyperinflation qui chasse les élites (médecins, avocats, enseignants, journalistes…) du pays, l’opération de déguerpissement des mal logés en 2005, la fuite de plus de trois millions zimbabwéens vers l’Angleterre et l’Afrique du Sud, la répression des opposants, le pourcentage élevé de personnes atteintes du SIDA, la faim et, à présent, l’épidémie de choléra.
Mais, la quasi-totalité des situations imputées à l’incapacité du dirigeant zimbabwéen à gérer son pays résulte d’abord du non respect d’engagements pris, l’une des caractéristiques de nos rapports avec les pays riches comme l’atteste, plus récemment, les fausses promesses d’aide du Sommet de Gleneagles. L’argent qui coule à flot ces derniers temps dans le cadre du sauvetage des banques a toujours fait défaut quand il s’agit d’honorer les engagements pris envers les peuples dominés. Le facteur déclencheur de la crise zimbabwéenne est plus précisément le non respect par la Grande Bretagne de l’accord de Lancaster House (signé en 1979) selon lequel elle devait dédommager les fermiers blancs dans le cadre de la réforme agraire.

La terre, – un enjeu central dans toutes les sociétés dont l’économie repose sur l’agriculture – est donc au cœur de la rupture. C’est en cela que le bras de fer entre l’ex Rhodésie du Sud et l’ancienne puissance coloniale est emblématique des tensions en Afrique Australe et des conflits à venir à l’échelle du Continent puisque l’ouverture au marché rime de plus en plus avec l’octroi de centaines de milliers d’hectares aux investisseurs étrangers au détriment des petits producteurs.

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transparent transparent Gordon Brown accusé d’être responsable de l’épidémie de choléra qui sévit dans le pays
© afp/getty
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L’économie zimbabwéenne était florissante et Robert Mugabé fréquentable tant que la minorité de fermiers blancs d’origine britannique pouvaient faire travailler des centaines de milliers d’ouvriers agricoles noirs sur les millions d’hectares de terres agricoles qui étaient en leur possession. Le héros de l’indépendance, est devenu l’homme à abattre à partir du moment où face au refus de Tony Blair de respecter les termes de l’accord de Lancaster House, il a dû récupérer les terres des fermiers blancs. Tout a depuis lors été dit à propos de la redistribution de ces terres qui n’aurait profité qu’aux proches de Robert Mugabé. La réalité est toute autre. Des milliers de familles sans terre jouissent aujourd’hui de leur droit à ce moyen de production. L’irrigation, les fertilisants, les prêts et la mécanisation sont autant d’efforts fournis dans le cadre de cette réforme agraire, avec les maigres moyens de l’Etat la priorité étant la couverture des besoins nationaux par l’agriculture nationale.
L’Europe, l’Amérique du Nord, l’Australie, la Nouvelle Zélande ont réagi dès la première procédure de retrait des terres, en 1997. Le dollar zimbabwéen a commencé à chuter et les sanctions économiques à pleuvoir : privation du pays de toute aide extérieure, de crédit, d’assistance de la part des institutions financières internationales et l’interdiction d’échanges commerciaux avec les entreprises américaines. Le pays de Robert Mugabé n’a bénéficié d’aucune aide en matière de balance des paiements depuis 1994 alors que jamais auparavant, il n’avait été privé d’apports extérieurs. Il a fallu, faute de prêts assortis de conditions favorables procéder à des émissions monétaires.

L’ingérence et la subversion à la base consistent dans ces circonstances à créer la pénurie en privant l’Etat souverain de moyens et à soutenir des ONG et des opposants politiques qui s’attirent la sympathie des populations auprès desquelles ils interviennent. Les conséquences de l’embargo et des sanctions économiques ont été aggravés par des sécheresses autrefois cycliques (à peu près tous les dix ans) mais désormais fréquentes du fait des perturbations climatiques.

 

 

4. L’alibi démocratique
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transparent transparent Gordon Brown
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La Grande Bretagne prendrait une sacrée revanche sur l’histoire et rendrait un immense service aux fermiers blancs qui attendent, si elle parvenait à porter au pouvoir dans son ancienne colonie, un dirigeant de son choix ou tout au mois acquis au libéralisme économique. Au-delà de la Grande Bretagne, les puissances coloniales et leurs alliés n’ont jamais eu autant besoin de renforcer leur présence en Afrique, l’avancée de la Chine étant une véritable menace pour eux. Ils y arrivent au prix de l’ingérence, de la subversion et de la guerre. C’est dire jusqu’à quel point le fossé est abyssal entre la rhétorique sur la démocratie, les droits de l’homme et les desseins des Etats libéraux d’Europe et d’Amérique sur le Continent noir.
Le débat houleux qui pendant longtemps a opposé les Occidentaux aux dirigeants des pays d’Asie dont la Chine quant à la primauté des droits économiques et sociaux sur les droits politiques ressurgit ainsi à la faveur de la mondialisation néolibérale sans être pris en charge de manière conséquente par les formations politiques africaines, la société civile et les médias. Il en est ainsi parce que les dirigeants africains savent que leurs pays seraient dans le même piteux état que le Zimbabwe s’ils s’avisaient, à l’instar de Robert Mugabe, à aller à l’encontre des intérêts dominants. La politique de la terre brûlée est réservée, comme ce fut également le cas pour la Guinée de Sékou Touré, à tous ceux qui s’écartent du « droit chemin ».

Pour l’heure, en dépit du satisfecit des Occidentaux pour certaines « transitions démocratiques », le vote ne sert qu’au renouvellement du personnel local du système-monde. Les électeurs locaux en deviennent, à leur propre insu des clients de la politique spectacle et les victimes des rapports marchands qui lui sont sous-jacents. Les sujets qui peuvent écorcher les oreilles du G8, de l’UE et les IFIS tel que le pillage des matières premières de l’Afrique, le diktat des grandes puissances, la dette extérieure, les réformes néolibérales sont soigneusement écartés du débat électoral quand débat il y a. Et gare aux esprits critiques (opposants, médias, citoyens avisés…) qui osent défier les dirigeants dirigés dans leurs comportements mimétiques et complaisants. Ils sont combattus, de manière sournoise ou ouverte. Par contre, les faux opposants, les médias aux ordres, les associations et ONG qui savent manier la langue de bois seront épargnés, récompensés et utilisés pour soigner l’image du pays.

 

 

5. Nous sommes tous zimbabwéens
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transparent transparent Morgan Tsvangirai, accusé d’être à la solde des occidentaux
© AFP
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Rien ne justifie l’humiliation de Robert Mugabé et les privations imposées à son peuple afin qu’il se soulève et le renverse. Il n’est pas paranoïaque puisque Gordon Brown et ses alliés après avoir poussé Morgan Tsvangiraï marchent à présent à visage découvert et sans complexe, lui demandant de démissionner. Nommer et défier ses agresseurs n’a rien à voir avec la haine des Occidentaux véhiculée par certains médias qui excellent dans le lavage des cerveaux quant a Robert Mugabe. Précisément parce qu’il se savait le dirigeant d’un pays composé de Blancs et de Noirs il a tenté de les fédérer en nommant des ministres zimbabwéens d’origine britannique dans gouvernement.
Robert Mugabé n’est en aucun cas ce bourreau qui affame son peuple et le condamne à mourir du cholera et de je ne sais pas quelle autre maladie. Les quinze années durant lesquelles il avait les mains libres il a réussi à réaliser le taux d’éducation le plus élevé du continent en plus des performances économiques enregistrées. On ne peut lui reprocher non plus de s’être enrichi personnellement ; à l’instar de la plupart de ses homologues même si certains excès son reprochés à son épouse.

La persécution dont il est l’objet augure en réalité des difficultés à venir chaque fois qu’un dirigeant africain voudra se démarquer de la pensée unique en revendiquant la souveraineté économique, politique et alimentaire. Nous serons faibles et vulnérables tant que, face a une telle situation les peuples conscients des enjeux et des dangereux rouages du monde actuel ne prendront pas leurs destins en mains et ne défieront pas eux-mêmes leurs dirigeants mais aussi l’Union Européenne, les IFIs les anciennes puissances coloniales en quête de lieux d’ancrage ; de matières premières et de parts de marchés.

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Nous sommes tous des Zimbabwéens face au défi de la nouvelle citoyenneté qui fera de nous les seuls et véritables responsables de l’alternance politique dans nos pays et de la défense de tous nos droits.Aminata D TRAORE
Ancienne ministre, Essayiste
Animatrice du Forum pour un Autre Mali (FORAM)

Bamako le, 10 décembre 2008

pucemenu Note de grioo.com : vous pouvez lire sur le même sujet l’article La faillite diplomatique de l’Afrique du Sud au Zimbabwe de J.C Shanda Tomne qui critique notamment l’attitude des intellectuels africains vis-à-vis du Zimbabwe

 

 

 REACTION A L’ARTICLE CI-DESSUS

 

Une défense honteuse de Robert Mugabe derrière une critique, pourtant, juste des régimes impérialistes européens

28/12/2008
 

Une paire d’auteurs réagit au dernier pamphlet écrit par Aminata Traoré, qui donnait son avis sur la persécution dont est victime, selon elle, le régime de Robert Mugabe de la part des chancelleries occidentales
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Par Cheikh KASSÉ et Modou Matar DIA
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transparent transparent Robert Mugabe
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Du dégoût, de la consternation, tels sont les sentiments qu’on éprouve à la lecture du texte d’Aminata Traoré daté du 10 décembre 2008 et intitulé «Robert MUGABE, l’insoumis et le bouc émissaire», pour peu qu’on soit, un brin, sensible à la tragédie du peuple Zimbabwéen.
Tout au long de ce document, la démarche de l’auteure consiste à défendre Mugabe et son régime en tentant de disqualifier ses détracteurs occidentaux du moment (Bush, Gordon Brown, Sarkozy etc.) au motif qu’ils sont coupables de crimes monstrueux dont l’ampleur dépasse de loin ce qu’ils reprochent, selon elle, au « pauvre » Mugabe.
Il est vrai que les régimes occidentaux ont une conception à géométrie variable des «Droits de l’homme». Il est vrai que ces régimes jugent la politique des autres États « non démocratiques » à l’aune de leurs intérêts. Il est que vrai que les preuves ne manquent pas pour étayer cela.
Ainsi :
pucemenu Quand dans les années 1980, la ZANU de Mugabe libéra par la guérilla contre le régime raciste de Rhodésie, un tiers du territoire, l’Angleterre, la France (aussi avec le PS et le P«C»F au pouvoir), les USA etc. menèrent une politique de «dialogue constructif, de détente » et entretinrent des relations économiques fructueuses avec les régimes d’apartheid d’Afrique du Sud et Rhodésie.

pucemenu Comme elle l’a dit, en étant responsables d’au moins un millions de morts en Irak et en Afghanistan, Bush et l’Amérique ne sont nullement au ban de la dite communauté internationale. Le droit d’ingérence humanitaire brandi au nom d’une lutte pour la défense de la « civilisation » contre la barbarie est un moyen hypocrite de protection d’intérêts stratégiques et d’accaparement des gisements du pétrole.

pucemenu De toutes les barbaries perpétrées par les pays « civilisés et libres » occidentaux et reconnus parfois par eux-mêmes comme «crimes contre l’humanité», il ne s’en est suivi jusqu’à présent ni jugement, ni condamnation des coupables, ni indemnisations des victimes.

pucemenu Henry Kissinger, secrétaire d’État américain, fut le lauréat du prix Nobel de la Paix en 1973 au même moment où les USA continuèrent à bombarder le peuple vietnamien. Un prix évidemment refusé par le co-lauréat le négociateur vietnamien Le Duc Tho.

pucemenu Frederick de Klerk ancien dirigeant de l’apartheid fut le lauréat du prix Nobel de la paix au même titre que les oppresseurs israéliens du peuple palestinien Shimon Pérès et Rabin. Tandis que de l’autre côté, les Saddam et Cauecescu sont fusillés avec l’aval ou sans les protestations de l’Occident. Alors que Saddam, avant d’être plus vorace en voulant mettre la main sur les gisements pétroliers koweitiens, fut un fidèle allié de l’Occident qui lui fournit tout le matériel pour gazer les Kurdes Irakiens et pour contenir la «révolution iranienne». Alors que des autocraties corrompues plus ou moins tribales ou moyenâgeuses d’Afrique ou d’Arabie Saoudite peuvent rester tranquilles !

quote_left Le fait que les critiques occidentaux sont des hypocrites ordures avec le sang dans les mains, ne peuvent nullement servir de caution à une innocence ou une immunité pour Mugabe et son régime quote_right

Toutes ces vérités, à savoir le fait que ces critiques occidentaux sont des hypocrites ordures avec le sang dans les mains, ne peuvent nullement servir de caution à une innocence ou une immunité pour Mugabe et son régime. La stratégie argumentative adoptée est la délégitimation des régimes impérialistes occidentaux, anciens alliés, aujourd’hui le lâchant et sa légitimation au simple registre de son passé de combattant anticolonialiste et de bouc émissaire pour couvrir ainsi les crimes de son régime, la dégradation continuée du niveau de vie des masses populaires. Ainsi le gouffre économique et social, la politique de prébendes, de copinage, de castes d’anciens résistants sont occultés.

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Les relations actuelles envenimées entre Mugabe d’une part et les Bush, Sarkozy, Merkel etc. d’autre part ne doivent faire illusion. Tout au contraire, ce fut presque une lune de miel entre eux durant longtemps dans le passé.
Dès sa prise du pouvoir, Mugabe prit toutes les mesures susceptibles de rassurer les pays occidentaux, la minorité blanche, les classes moyennes. Ainsi :
pucemenu Mugabe maintint à son poste l’ancien chef d’état major de l’armée du régime raciste d’Ian Smith pourtant coupable de massacres de populations civiles durant la guerre de libération. Celui qui usa de la phraséologie marxiste dans le maquis va jeter progressivement ses masques !

pucemenu Des représentants de l’aile gauche de son mouvement sont éliminés ou écartés. Tongogara, l’ancien chef militaire de la ZANU meurt dans un accident de voiture jamais élucidé en rentrant dans la capitale à la prise du pouvoir par la ZANU EN VOITURE alors que tous les grands dirigeants rentrèrent par avion. Tékéré, un autre dirigeant de l’aile gauche du mouvement fut écarté.

A l’extérieur de la ZANU, il marginalisa toute opposition, en particulier celle de son grand rival durant la guerre de libération Joshua Nkomo persécuté et mort dans des conditions humiliantes. Tant que Mugabe fut garant d’une paix sociale pour la continuation des bonnes affaires de l’impérialisme, l’Occident lui accorda son soutien. Et Mugabe continua d’être réélu plus ou moins régulièrement.

Le ton changea dans les années 2000, dès qu’avec l’usure du pouvoir, il n’arrivait plus à se faire réélire avec des critères acceptables pour les Occidentaux. C’est seulement à ce moment qu’il se rappela l’engagement de l’Angleterre de financer l’indemnisation des fermiers Blancs dans la réforme agraire programmée. Cette clause financière incombant à l’ancienne puissance coloniale britannique des accords de Lancaster House en 1979 pour l’indépendance du Zimbabwe ne fut jamais respectée par l’Angleterre.

En butte à une impopularité croissante, Mugabe s’empara d’une manière démagogique de la question de la terre pour jeter ses nervis contre les 4000 fermiers Blancs. Alors durant vingt années, il ne se préoccupa du sort désastreux des paysans sans terres, des anciens guérilléros démobilisés. Le régime chassa les fermiers Blancs des terres qui furent livrées à sa CLIENTELE. Avec la désorganisation du secteur agricole consécutive au départ des fermiers Blancs qui en furent les piliers, le Zimbabwe ne fut plus le grenier de l’Afrique australe qu’il était. Conséquences : chute brutale de la production agricole, baisse vertigineuse des recettes d’exportation, famine, exode rural, exode massif de la population vers l’étranger proche ou lointain. La seule mesure tangible prise par le régime face à cette situation fut la création monétaire, la planche à billets. Il en résulta une hyperinflation record devant laquelle l’hyperinflation allemande de 1923 fait pâle figure.

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transparent transparent Aminata Traoré
© universitadelledonne.it
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La répression ne fait que s’accroître contre toute opposition politique ou syndicale. Des bidonvilles habités par des couches populaires et des paysans fuyant la misère des zones rurales furent brulés par la police et ses bandes armées auxiliaires. Le gouvernement Zimbabwe gravit chaque jour des sommets de despotisme.
Les élections présidentielles étriquées, (la pression de la rue, la violence pour l’endiguer, le recul par l’acceptation du partage du pouvoir, La perte des élections législatives) ne peuvent être, en aucun cas, uniquement imputables au blocus économique occidental. Le blocus a bon dos pour expliquer la faillite du régime de Mugabe car il est largement contourné avec la complicité des pays limitrophes sans compter les relations économiques du Zimbabwe avec d’autres pays comme la Chine ou la Russie etc.

C’est ce gouvernement que défend Aminata Traoré, qui plus est, avec une méthode inélégante et avec malhonnêteté ! La seule critique formulée à son encontre le fut contre son entourage proche c’est-à-dire l’épouse de Mugabe dont le gout immodéré pour le luxe, les richesses matérielles spoliées est connu. Cette critique est de la même antienne que l’expression en langue Wolof : «Bour Ayoul, dakk ya ay ». Nous n’avons que faire de cette logique de servilité monarchique. L’ Afrique n’a pas seulement besoin d’un radicalisme bâti en termes de diatribes sévères contre la politique impérialiste de L’Europe mais aussi d’une critique sans merci contre les régimes pourris , dictatoriaux, capitalistes ou libéraux de L’Afrique.. Les intellectuels, les partis pour une réelle alternative ne peuvent plus se suffire d’une vieille rhétorique consistant en une simple vision victimaire de l’Afrique par des ennemis extérieurs. Ils veulent se débarrasser d’une oppression, d’une exploitation d’où qu’elles viennent, d’ailleurs et de sa classe dirigeante
C’est pour toutes ces raisons que nous appelons à ne pas signer ce plaidoyer d’Aminata Traoré en faveur du régime autoritaire, corrompu, anti-ouvrier, antipopulaire de Robert Mugabe. Au contraire de toute illusion sur un providentiel sauveur que serait l’Occident ou un Mugabe requinqué ou ragaillardi, le salut du peuple zimbabwéen ne viendra que de lui-même. Il passe par son soulèvement révolutionnaire en écho à la solidarité des peuples d’Afrique australe et des forces progressistes et démocratiques dans le monde entier. Le vrai slogan différent de celui d’Aminata Traoré est le suivant :

NOUS SOMMES TOUS DES ZIMBABWEENS. NOUS NE SOMMES PAS DES MUGABEISTES. NOUS SOMMES POUR DES POUVOIRS POPULAIRES AU SERVICES DES MASSES TRAVAILLEUSES.

Par Cheikh KASSÉ (seexkasse@yahoo.fr) et Modou Matar DIA (matar@pt.lu)* En français, «Le Roi n’est pas mauvais, c’est son entourage qui est coupable» ! A supposer qu’on soit d’accord avec l’institution monarchique non symbolique, le monarque est responsable en dernier des actes de son entourage. De deux choses l’une, soit il les a choisis dans ce cas il est incapable de bien choisir ses collaborateurs, soit ces derniers n’en font qu’à leur tête, dans ce cas, il n’est qu’un roi de pacotille qui sert uniquement d’alibi ou de décoration.

Publié dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE, AFRIQUE PARADOXES | Pas de Commentaire »

Les 50 ans de Bandoeng; le non alignement à l’ère du supraimpérialisme

Posté par issopha le 30 mai 2008

  

Les 50 ans de Bandoeng; 

le non alignement à l’ère du supraimpérialisme 

-Avril 2005-    

Aziz Salmone Fall 

Politologue 

                                                                                                         GRILA

  


                         Les 50 ans de Bandoeng; le non alignement à l’ère du supraimpérialisme  dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE les%20501

  

             Immeuble où se tint la conférence historique de Bandung 1955. http://www.geocities.com/bandungcity/aa.htm

  

  Dans un discours à Colombo Ceylon en 1954, le dirigeant indien Nehru  aurait forgé les termes «non-alignés».

  Nehru Addresses Crowd Nehru face à la foule. Photo Encarta  

« Bandoeng a proclamé l’émergence sur la scène internationale de plus de la moitié de la population mondiale»  clame un an plus tard le pandit Nehru à l’issue de la conférence de Bandoeng.  Le président Senghor qualifie la rencontre de moment « le plus important depuis l’époque de la renaissance»[i]. Les cinq pays du groupe de Colombo (Indonésie, Inde, Ceylan, Birmanie, Pakistan) qui en avaient été les initiateurs ne pourraient qu’être fiers des retombées de cette conférence afro-asiatique. Elle fut  le tremplin du non-alignement, un concept et une politique en réponse à la bipolarisation mondiale et qui lui a laborieusement survécu.

Le monde d’alors se relevait à la fois meurtri du second conflit mondial, et fracturé en deux blocs idéologiques: l’Est et l’Ouest. L’URSS escomptait que tous ces pays, qui en voulaient à la colonisation et à l’impérialisme, seraient à sa remorque dans son camp en rupture avec le capitalisme.  L’Ouest, le monde dit libre, maître contesté de l’essentiel de l’espace en décolonisation, s’ingéniait à s’y reproduire et faisait valoir que la reconstruction du plan Marshall légitimait sa croisade du développement style «Big Push» et «Take off». Ces paradigmes s’enracinaient déjà à l’ONU et ses institutions spécialisées. L’institutionnalisation du système multilatéral qui choisit d’assurer la reproduction internationale de l’ordre mondial, et les contradictions des accessions aux indépendances ne firent que raviver la bipolarisation.

Le vent de décolonisation, amorcé déjà avant le second conflit mondial, colportait néanmoins toujours le rêve des élites des nouveaux Etats et leur aspiration à la souveraineté et au développement. Ceux qui avaient obtenu l’indépendance, et ceux qui l’attendaient de manière imminente savaient que cette victoire politique devait être parachevée par la libération économico- sociale et culturelle. Et pour ce faire, il y avait une relative unanimité de vue sur le rôle dirigeant de l’Etat en la matière. Même ceux qui optaient pour le capitalisme le concevaient. Les conceptions néo-classiques de la main invisible du marché, en vogue aujourd’hui, étaient marginales d’autant plus que dans la reconstruction des économies d’après guerre,  l’Etat joua un rôle majeur. Aussi ces théories n’avaient aucune prise réelle sur ceux qui aspiraient à l’indépendance.  La majorité des jeunes Etats voulaient croire à l’intégration dans le capitalisme, mais la plupart d’entre eux ne voulaient pas d’une quelconque forme de néo-colonialisme, fut- il avec un nouveau parrain. D’autres acceptent de nouvelles alliances subordonnées ou la poursuite de l’allégeance, en participant à la tentative de containment du socialisme et en offrant de géo-stratégiques bases et accès aux ressources naturelles aux parrains. Une minorité ose rejeter ce marché et de fait s’était associée au bloc de l’Est et malencontreusement reproduit ses erreurs de développement. Dans les faits, ils furent rares ces régimes radicaux qui osèrent s’allier à l’URSS. Les autres qui ne lui étaient que sympathiques, ne basculèrent pas dans son camp. Mais ils en devenaient objectivement membres pour l’Ouest qui les bouda et les combattit en retour. Ces lignes de fractures firent qu’il y eut, dès le départ, une adhésion massive au concept de non alignement si attrayant par son  accent de neutralisme progressiste.

Politiquement, être non-alignés s’avérait tout aussi important pour ceux dont la nation existait que ceux où elle n’était pas encore cristallisée. Dans la réalité matérielle, au-delà de cette unanimité politique, une autre plus grande les unissait. Les jeunes Etats aspiraient tous au développement perçu innocemment comme technique, neutre et susceptible de générer la modernité, le progrès. Bien peu se préoccupaient du potentiel prédateur et destructeur du développement, et objectivement au fond, les antagonismes Est-Ouest, Nord-Sud ou non alignés importaient peu, en autant que ces aspirations soient enfin atteintes. Au fil des ans, malgré la dispersion des itinéraires, la cohésion du principe non-aligné s’est maintenue, malgré les lignes de fractures des alliances avec les blocs. Elle a permis le groupe des 77, la tricontinentale, un plaidoyer relativement cohérent avec les collectives aspirations pour un autre ordre économique mondial dans les instances multilatérales. Puis un grand essoufflement a commencé dans les années 80, suivi d’une traversée du désert. Aujourd’hui, un frémissement de relance du mouvement tiers-mondiste est observable, principalement en réaction à la mondialisation néo-libérale.

Cinquante ans plus tard, l’échec et/ou le succès  bien discutables de quelques exceptions de développement et de non alignement, nous obligent autour de la célébration de cette rencontre historique, de  revenir sur la genèse du mouvement non-aligné.

Il nous faut voir ensuite ce qui en reste, maintenant que s’instaure un nouvel ordre mondial. Ce dernier, qualifié de mondialisation, correspond à un brutal redéploiement du capitalisme, juste quelques années avant l’implosion du bloc de l’Est et la chute de l’apartheid. Cette extension et reproduction capitaliste, caractérisées par un enrichissement et un endettement démesurés aggravent la polarisation du monde. C’est dans ce contexte que s’impose la prétention unipolaire qui proclame TINA (there is no alternative). Pas d’alternative à un nouvel ordre bloqué sur la rationalité marchande et son darwinisme socio-économique et politico-culturel.  Ce semblant d’ordre impérial dans un « village global» prétendu,  qui escompte de tous leur alignement,  nous l’appelons le supra-impérialisme du mégaloensemble[ii]. Contre cette sorte d’apartheid mondial, et malgré la dispersion de trajectoires et des non-alignements tentés, l’essentiel de l’humanité compte, objectivement plus que jamais, sur ces valeurs acentriques, universelles et toujours potentiellement porteuses qui ont fleuri à Bandoung.   

Genèse du mouvement et évolution 

  

Au sortir du premier conflit mondial, les revendications égalitaristes des conscrits du tiers monde ont très vite été repoussées par les prétextes de la reconstruction de l’Europe détruite. Les soldats d’Afrique et d’Asie se sont combattus ou ont fraternisé sur les champs de bataille. Certains se sont imprégnés de valeurs libertaires de la révolution des soviets, de mouvements qui tentaient ailleurs de faire éclore des espoirs similaires. D’autres ont raffermi leurs liens avec les syndicats. Il en a résulté  qu’avait été démystifiée la supériorité coloniale, sans que pour autant l’aliénation et les complexes d’infériorité ne s’estompent réellement au sein des élites. En 1920, au second congrès de l’internationale communiste,  est abordée la possibilité, pour les pays dits retardataires, de passer au socialisme sans le détour du stade capitaliste.  Nath. M Roy, qui y soutient une ligne contraire,  est donc accusé de gauchisme et la vision de Lénine s’impose.

http://alain-leger.mageos.com/classic.htm Lénine leader de l’URSS 

Photo LaRZKP9HmTgJ:alain

  

C’est sans surprise que la prétention léniniste de transcender la phase capitaliste, et atteindre par une voie non capitaliste le socialisme, se perpétue au IV,  et V congrès. Cette conception aura beaucoup d’influence dans le courant socialisant des futurs pays périphériques. Dans les faits, pour la III ème internationale ou Komintern, la prétention de réunir les forces anti-impérialistes, anticolonialistes et révolutionnaires dans un sursaut fraternel sera freiné par l’avènement de Staline à la tête de l’URSS.

http://www.coranix.com/killers.htm Staline 

Photo coranix.

 Staline fera passer désormais tout après l’intérêt de l’Etat soviétique.  Ainsi au VI ème congrès du Komintern de 1928, la volonté de lutte anti-coloniale des révolutionnaires des pays dominés est  dénigrée et déclarée contre-révolutionnaire. L’essentiel se serait borné à abattre le capitalisme qui emportera dans son sillage son avatar le colonialisme.

 C’est donc ailleurs qu’il faut chercher, le creuset de Bandoeng. Probablement au congrès de la ligue contre l’impérialisme de Bruxelles en 1927, avec Lamine Senghor, Gorki, Nehru, Messali Hadj, Einstein… C’est là que se mirent en rapport des nationalistes africains et asiatiques et des progressistes européens déjà en attitude ambivalente à l’égard du Komintern. Au fil des années se raffermirent des liens, alors que la reconstruction des économies détruites et la reprise à maintenir repoussaient les échéances de la souveraineté.

L’embellie économique et la spéculation capitaliste eurent tôt fait de faire basculer le monde dans la crise de 1929. Ce fut un second prétexte pour repousser l’échéance de desserrer le corset colonial et éloigner une fois de plus les perspectives de souveraineté. Le négus Haïlé Selassié, devant la montée du fascisme, mit en garde, en 1935, les membres de la SDN- société des nations- de l’impératif de défendre la souveraineté. Il ne fut point écouté.

  les%20505 dans ACTUS ET DEBATS MONDE 

Hailé Sélassié Photo affellem/gifs.html 

Le banc d’essai internationaliste que fut la guerre d’Espagne et surtout l’horrible épreuve que constitua la seconde guerre mondiale vont permettre de rapprocher objectivement les vues des nationalistes progressistes des pays colonisés. La lutte contre le nazisme, sera un outil commode pour retourner le discours anti-fasciste contre le racisme colonial, alors que les lézardes de l’édifice colonial apparaissaient partout béantes.  Mais les tenants du l’ordre imposèrent Yalta, en février 1945.

Yalta contre Bandung  

  

                                         Allied Leaders at Yalta

                                                                                                Les alliés à Yalta.

                                                                                        http://encarta.msn.com/media_461522741/Allied_Leaders_at_Yalta.html

  

A Yalta s’instaure une division tragique du monde pour les colonisés. Voilà que tous ceux qui aspiraient à la dignité, à la souveraineté et au développement devaient choisir des sentiers d’émancipation gangrénés par la bipolarisation.  Roosevelt sort de Yalta confusé Mais il tient sur son chemin de retour  à rencontrer Farouk d’Égypte, Hailé Sélassié d’Éthiopie, et Ibn Séoud d’Arabie. Une diplomatie pour monarques cooptés, mais surtout privilèges à des exceptions indépendantes qui pourraient servir de modèles aux autres.  Roosevelt meurt peu après, et Truman qui le remplace est plus volontariste. Certes l’avènement de l’ONU apportait le gage d’un nouvel ordre fondé sur le droit et l’autodétermination.

  

Mais les instances de Bretton Woods, le plan Marshall et Mac Arthur favorisaient surtout le bloc de l’Ouest et la portion de l’Asie domptée. L’Amérique toujours ségrégationniste en son sein considérait le centre et le sud de son hémisphère comme sa zone naturelle d’influence. Les métropoles européennes tentaient-elles vainement de retenir la bride indépendantiste ou de la coopter en Afrique. Quant au Kominform qui s’instaure à l’Est, il laissait peu d’espoir de soutien réel, au delà du discours mythique de l’internationalisme prolétarien, aux colonisés ( quoique maints mouvements de libération n’auraient pu concrétiser leur lutte sans le soutien de Moscou).

 L’Inde, dès le lendemain de la seconde guerre mondiale, esquisse alors les termes d’un refus à un quelconque alignement. Elle élabore les fondements de l’option afro-asiatique mûrie depuis la conférence de Bruxelles. En 1947 à New Delhi, une conférence réaffirme le droit à la souveraineté, et la lutte de libération nationale. Deux ans plus tard, à  la répétition du même événement, se joignent au premier groupe des 12 pays asiatiques et arabes, le Libéria et L’Éthiopie. La période est déjà turbulente. Ho chi Minh avait proclamé unilatéralement l’indépendance du Viet Nam, deux ans plus tôt, ce qui exacerba la lutte.  La Palestine et l’Égypte secouent le joug britannique, et ne peuvent empêcher l’avènement d’Israël. La Chine, le pays le plus peuplé du monde, vient de gagner sa guerre de libération et bascule dans le communisme en 1949. En Amérique latine, en 1952 la révolution bolivienne, et suivie deux ans plus tard d’une autre au Guatemala. Truman prononce alors son fameux point IV et inaugure officiellement l’ère du développement. C’est désormais  partout la conceptualisation du sous-développement, et le rôle que s’arrogent les tenants de l’ordre mondial pour l’éradiquer. Pendant ce temps, l’Indochine s’enlise dans sa lutte de libération et la guerre de Corée éclate. Celle ci a un effet de catharsis pour le futur mouvement des non alignés. Car la Chine et l’URSS aussi s’y activent, et les États-Unis façonnent un chapelet d’alliances militaires régionales cooptant des pays de la zone, du Japon aux Philippines. Les relations internationales sentent le soufre et les grandes puissances accumulent leur arsenal nucléaire.

  Deadly Mushroom Cloud over Hiroshima (Hulton Deutsch)

Champignon nucléaire. Encarta   

 L’OTASE et le plan de Bagdad accélèrent la cooptation militaire de l’Asie.  Pendant ce temps, l’URSS louvoie entre soutiens aux mouvements de libération nationale du tiers Monde et atouts stratégiques.

  

 C’est donc de Belgrade, qui déjà en 1950 à l’ONU recommandait un fonds spécial des Nations Unies pour le développement, que viendra le soutien réel aux colonisés. Autant militaire qu’idéologique, ce soutien est personnalisé par Tito. C’est un camouflet à l’URSS, qui hormis sa puissance industriel et militaro-scientifique, demeure un vaste pays ayant certaines caractéristiques similaires aux autres. C’est ce qui la pousse à vouloir devenir membre du mouvement en formation.  Ce n’est donc pas d’elle, mais de Nehru, Soekarno Nasser et Tito que dépendra l’architecture du vaste mouvement des non alignés. Il n’y a pas d’appellation pour désigner l’immense ensemble qui aspire à la paix et à l’indépendance. Sauvy, un démographe Français, en référence au tiers état de la révolution française, forgeant en 1952 le mot Tiers monde écrit: «…le monde numéro un pourrait-il, même en dehors de toute solidarité humaine, ne pas rester insensible à une poussée lente et irrésistible, humble et féroce vers la vie. Car enfin ce tiers monde ignoré, exploité, méprisé, comme le tiers état, veut, lui aussi, être quelque chose»[iii]

Terme globalisant et à la fois réducteur, Tiers monde connaîtra une fortune réelle. Il sera brandi comme un étendard, alors qu’il représente en les nommant mal les ¾ de l’humanité. Ainsi prenait forme, avec la signature entre Tito et Nehru en 1954,  une politique de non-alignement active et constructive du Tiers monde, pour édifier la paix et la sécurité collective, hors des puissances antagoniques. L’accord de coexistence pacifique entre la Chine et l’Inde en 1954, la signature du pacte de Bagdad entre la Turquie et l’Iraq,  comme la défaite de la France en Indochine, obligent très vite Nasser à choisir définitivement son camp et à se joindre à Nehru et Tito, afin de consolider la politique de non- alignement prônée par l’Inde.

                                    Nasser, Tito, Nehru, (photo 1956) - 13.3 ko

    

 Soekarno, que les Hollandais détestaient et qu’ils accusaient de connivence avec les Japonais, était désormais au commande de la jeune Indonésie, devenue modèle pour tous les peuples ayant soif de liberté. C’est pourquoi, lorsque le quintet de Colombo y convoque  sur l’île de Java en 1955 la conférence de Bandoeng, le tremplin était irréversiblement dressé pour le mouvement des non alignés. Il deviendra, après celui de l’ONU, le plus grand forum des  pays en développement ( 114 le composent).

  

Non-alignement Monuments, les bustes de Nasser, Tito, Nehru, Nkrumah  dans un petit jardin de la Georgetown la capitale de la Guyane ou se tint le sommet de 1972; le monument au carrefour de Simpang Lima à Bandoung et le mémorial de la conférence de Bandoung à Beijing semblent être les rares monuments à la mémoire des illustres fondateurs. Pour la Chine  ce fut là le premier évènement multilatéral de la république populaire.

                                                   les%20509 dans VISAGES DE LA RESISTANCE 

                                                     Le monument Asie Afrique au carrefour de 5 rues au bout de l’avenue qui porte le même nom à Bandoung.

  

 Un romantisme révolutionnaire qui s’étiole vite

  

La ville de Bandoeng existe au moins depuis 1488. Les paysans sundanais auront vu y défiler les aventuriers et colons européens rivaux. Louis Napoléon, qui dirige aussi la Hollande, y intensifie le réseau d’infrastructures et fortifie ses défenses contre les Anglais en 1809. Au 19 ème siècle y sont introduits la culture de la quinine (essentielle aux expéditions militaires si exposées à la malaria), celles du café, du thé. Le boom économique et l’extension des réseaux ferroviaires y drainent une main d’œuvre chinoise qui resta. En 1906, une administration civile hollandaise remplace la militaire. La période du second conflit mondial permet aux citoyens de la ville de prendre davantage contrôle de leur ville. Juste à la fin du conflit, la révolte y gronde et les insurgés dirigés par Soekarno et Hatta proclament l’indépendance. Devant ce fait accompli, la riposte militaire hollandaise est massive et musclée. Déterminés à créer un Commonwealth néerlandais, malgré la désapprobation onusienne, les pays Bas, qui obtiennent de la Banque Mondiale dans la même époque un prêt de 195 millions de dollars, s’entêtent.[iv] Mais la perspective de voir s’y redéployer l’administration hollandaise poussa les citoyens à mettre le feu à leur ville. Ce fut Bandoeng Lautan Api, Bandoeng l’océan de feu. C’est sur ses cendres que se confirme l’indépendance du pays avalisée par l’ONU, alors que les Pays-Bas se rabattront sur la Nouvelle-Guinée où ils s’éterniseront jusqu’en 1963.

  

  

                                                         les%205010                                                            L’avenue de 1935 qui sera rebaptisée Asia Afrika Street 

                                                                             http://www.geocities.com/bandungcity/aa.htm

  

 On comprend que dans cet endroit symbolique, les rivalités et conceptions idéologiques hétéroclites se turent un moment, pour proclamer l’esprit de Bandoung. Soekarno y dépeignit le colonialisme comme «..un ennemi habile et décidé qui se manifeste sous divers déguisements ; il ne lâche pas facilement son butin. N’importe où, n’importe quand, et quelle que soit la forme sous laquelle il apparaisse, le colonialisme est un mal qu’il faut éliminer de la surface du monde»[v]

  

                                                Ceux de Bandoung - 120 ko

  

Bandoung fut un hymne à la décolonisation et à la coexistence pacifique, écrit et entamé par les 29 colonisés et jeunes Etats libres qui unanimes dans leur déclaration finale s’accordaient 

-         «pour déclarer que le colonialisme sous toutes ses formes est un mal auquel il doit être rapidement mis fin

-         pour affirmer que la soumission des peuples au joug étranger, à l’exploitation étrangère, constitue une violation des droits fondamentaux de l’homme, est contraire à la Charte des Nations Unies et est un obstacle à la consolidation de la paix mondiale».

    

Ils déclarent 10 principes :

  1. Le respect des droits de l’Homme fondamentaux et des objectifs et principes de la Charte des Nations unies.
  2. Le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de tous les États.
  3. La reconnaissance de l’égalité de toutes les races, l’égalité de tous les États, grands ou petits.
  4. La non-intervention ou non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays.
  5. Le respect du droit de chaque nation à se défendre par elle- même ou collectivement, conformément à la Charte des Nations unies.
  6. S’abstenir d’utiliser des arrangements de défense collective pour servir les intérêts particuliers d’une grande puissance, l’abstention par tous les pays d’exercer des pressions sur d’autres pays.
  7. S’abstenir de tout acte ou toute menace d’agression, ou tout usage de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tous les pays.
  8. Le règlement de tous les conflits internationaux par les moyens pacifiques, tels que la négociation, la conciliation, l’arbitrage ou le règlement judiciaire ainsi que d’autres moyens pacifiques choisis par les parties intéressées, en conformité avec la Charte des Nations unies.
  9. La promotion des intérêts et de la coopération mutuelle.
  10. Le respect de la justice et des obligations internationales. 

  

Derrière l’unanimité de façade, la lutte de décolonisation et les manœuvres des puissances autant bi-polaires que métropolitaines, tout comme les aspirations des élites, fragmentaient  l’alliance. Malgré leur brouille larvée Chine et Viet-Nam penchaient vers l’URSS ; le Pakistan et la Turquie lorgnaient vers l’Ouest. Seules l’Inde, l’Indonésie et l’Égypte étaient conséquentes avec le non- alignement. Dans l’euphorie du moment, on pouvait quand même percevoir les alignés potentiels, les neutralistes, les communistes non alignés, les nationalistes anticommunistes ou plus libéral protectionnistes. Alors que le trio fondateur savourait sa victoire et polissait ses différences en 1956  à Brioni, le véritable test du non alignement et de la souveraineté allait se jouer dans l’année même.

La nationalisation du canal de Suez démontre en effet que rien n’était joué quant au non alignement. Par contre, il sonne le glas du vieux système colonial sommé de s’ajuster aux exigences du renouveau impérialiste. L’Europe devait au plus vite, éteindre ses brasiers et procéder à des indépendances négociées pour coopter les nouveaux régimes naissants. La bi-polarisation allait quant à elle surdéterminer tout le champ politique des nouvelles formations sociales. Seules les luttes armées de libération nationale entretenaient un potentiel révolutionnaire comme à Cuba,  mais ne pouvaient s’extraire de l’attraction gravitationnelle bipolaire. Le secrétaire général de l’ONU meurt de manière suspecte au Congo, tout comme s’étiole le rêve de souveraineté et du panafricanisme avec l’assassinat de Lumumba.

    Dag Hammarskjöld (Culver Pictures)  

Dag Hammarskjöld sec. Gen ONU. Encarta.   

Le chapelet d’indépendances n’augure pas de souverainetés réelles. Les blocs militaires se succédaient partout. OTASE, CENTO, ASPAC, ANZUS en Asie; contraignants accords de défense et de coopération militaire entre les anciennes puissances tutélaires et les jeunes Etats proto- nations en Afrique; luttes anti-révolutionnaires et pactes contre-insurrectionnels en Amérique Latine. Que de fausses notes à l’hymne Halo Halo Bandung symbole des non-alignés.

    

L’essor et la croisade des non-alignés

  

La déclaration de Bandoung est un précurseur majeur des critères qui fondent le discours des catégories des  relations internationales contemporaines. A partir de ce moule historique de Bandoeng, et servi par une inclinaison favorable de l’ordre mondial pour l’État providence, autant dans les idéologies de droite que de gauche, le développement devient le cheval de Troie de l’édification de l’État nation. Le développement est –il une ruse de l’histoire pour occidentaliser le monde? Est-il plus cyniquement,  un paradoxal moyen de reproduction sociale qui requiert prédation écologique et sociale, pour assurer une production de biens et services toujours exponentielle aux fins de l’accumulation de classe ou d’Etat?  Les jeunes Etats n’ont pas le loisir de trancher le dilemme existentiel et idéologique, devant l’engouement et l’urgence de se doter en infrastructures et ainsi combler leur prétendu retard. Le mouvement des non alignés verra beaucoup de ses membres, et parfois lui-même, jouer le chantage de basculer d’un bord ou de l’autre des blocs bi-polaires. Mais plus il va se massifier, plus les revendications tendront à s’agglomérer dans les institutions multilatérales où ses préoccupations ont enfin été posées. Depuis qu’ils ont pu imposer la création de la CNUCED en 1964 les non-alignés sont conscients d’un certain pouvoir.

  

Bien des mouvements de libération du monde leur doivent la reconnaissance dans les instances multilatérales. On lui doit aussi les pressions de l’anti-impérialisme, de l’anti- racisme, de l’anti-apartheid, pour les droits des peuples et de disposer de leurs ressources naturelles; pour le droit au développement et un autre ordre économique etc. Bref le mouvement a vraiment été le moment marquant des relations internationales contemporaines.

  

Depuis, les sommets successifs des non- alignés seront autant d’occasions de revendiquer que de façonner un autre ordre international . Car le fonds du problème, on ne s’en rend compte peut être pas immédiatement, n’est pas le dilemme politique Est /Ouest ( au sommet de Belgrade de 1961 l’URSS n’est plus invitée), ni la coexistence Sud /Sud,( minée pourtant par les crises entre URSS et Chine, Inde/Pakistan, Chine/ Inde, Malaisie/ Indonésie, les zizanies du Proche-orient, la sécession biafraise, Soudan /Ethiopie, Algérie/ Maroc….) mais bien le fossé Nord-Sud. 

Pour consolider le fragile acquis politique des indépendances,  la conférence des non alignés du Caire de 1962, esquisse les termes d’une coopération essentielle entre le Nord et le Sud, au niveau économique. Cela permettra l’avènement, deux ans plus tard, de la CNUCED. L’ordre international s’avère de plus en plus pervers pour ces formations sociales périphériques. Certes, à sa faveur se dispersent, dans le prétendu Tiers monde, des itinéraires, selon que l’on dispose de certains atouts pour être intégré favorablement dans le marché mondial. Naturellement donc, les préoccupations du mouvement des non alignés se focalisent sur le dialogue Nord Sud. Ce fut davantage, et cela le demeure d’ailleurs, un monologue du Sud.

  

 La tentative d’un front tricontinental anti-impérialiste échoua en 1966 à la Havane. Graduellement le mouvement  est cependant parvenu, par ses pressions, votes collectifs et résolutions, à faire émerger une seconde et une troisième génération des droits de l’homme. À défaut d’avoir participé à rédiger la première déclaration des droits de l’homme et à y insérer leurs équivalents homéomorphes, c’est déjà une victoire pour les jeunes pays. En 1969, l’assemblée générale de l’ONU adopte la résolution 2542 « Déclaration sur le progrès et le développement dans le domaine social». Elle élargit le domaine de la sphère économique à d’autres pans du social notamment en terme de droits de l’homme et de justice sociale.  Dans les faits, la plupart de ces nouveaux droits et conventions ne sont pas assortis de devoirs et restent lettre morte. La conférence de Lusaka en 1970 introduit en plus des habituelles questions politiques les impératifs économiques de façon plus revendicative. « Stratégie pour la Deuxième Décennie des Nations Unies pour le développement» dans la résolution 2626 de 1970 traduit amplement les aspirations du mouvement.

  

Dès 1973-74, l’échec pour obtenir un NOEI (nouvel ordre économique international) et un NOMIC ( Nouvel ordre mondial de l’information et de la communication), sonne le réveil du rêve petit bourgeois de Bandoeng. Les demandes, relayées par le groupe des 77, étaient pourtant compatibles avec une intégration dans l’économie mondiale. Elles réclamaient entre autres, une intégration dans le marché mondial, mais avec des règles du jeu plus harmonieuses; la stabilisation des prix des matières premières; des codes de conduites pour les firmes multinationales; la levée des restrictions commerciales; une correction des termes de l’échange inégal; tenir la promesse des 0,7% à la coopération internationale non conditionnée; et le renforcement du pouvoir des pays non alignés au sein des institutions onusiennes.

  

Le non-alignement à l’ère du supra impérialisme 

  

L’échec de mettre en œuvre ces mesures, et qui reviennent encore comme des leitmotiv, a contribué à dévoiler et à amplifier l’émiettement du front tiers mondiste.  Ces rencontres se sont alors muées en kermesse institutionnalisée, un peu désabusée par l’impuissance à transformer efficacement l’ordre mondial.

Dans cet émiettement, deux groupes pour l’instant parviennent à se faire respecter moindrement par les tenants de l’ordre mondial. D’abord la périphérie utile, une quinzaine de pays émergents, subalternes  et industrialisant pour la mondialisation. S’y démarque un premier groupe des pays capitalistes de l’Asie de l’Est (Taiwan, Corée du Sud, Hong Kong et Singapour) et du Sud-Est (Malaisie, Thaïlande). A l’instar de la Chine, ils ont maintenu un fort taux de croissance, mais s’en sont différenciés par d’autres stratégies de plein emploi et de formation professionnelle, d’interventionnisme étatique; d’épargne et d’investissement, de dynamisme entrepreuneurial alliant culture famille et capital;  d’intégration régionale et d’importantes sollicitudes extérieures. Depuis la crise économique qui les a frappé en 1997, de nouveaux problèmes sociaux y ont fait surface.

  

Viennent ensuite des pays comme l’Inde et quelques exceptions latino-américaines ( Brésil- 8 ème économie mondiale-, Mexique) qui ont pu se doter d’un tissu industriel et qui sous-contractent des portions de biens et services du marché mondial. Le G20 défend principalement la place des pays émergents dans la mondialisation.

Viennent enfin les formations sociales, toujours captives de la division internationale du travail qui, malgré son évolution, les cantonne dans un rôle de fournisseurs de matières premières. Il s’agit de l’essentiel des pays arabes et d’Afrique. Malgré parfois quelques unités industrielles compétitives, ils ne parviennent pas à influencer la marche économique du monde et en subissent pratiquement passivement davantage les contrecoups, y compris même lorsqu’ils sont producteurs de pétrole. Beaucoup de ces pays ont perdu jusqu’ à leur statut déjà peu enviable de périphéries. Illustrations de la dévastation de l’expansion capitaliste, ils sont devenus des zones excentrées et /ou des mis en réserve.[vi] De plus en plus enclins à négocier une cooptation compradore,  ils sont laissés en pâture à l’instrumentalisation du désordre de firmes secondaires et de pouvoirs politiques prébendiers excellant dans le maquillage démocratique. Pour eux on a  réchauffé les besoins essentiels de Perroux, soit les objectifs de développement du millénaire. Ils ont peu de chance d’être atteints d’ici 2015. Les trois décennies de développement décrétées par l’ONU n’ont-ils pas été globalement des échecs, malgré des avancées spectaculaires dans plusieurs domaines.

  

Décennie d’errance où le développement sous perfusion par des prêts concessionnels est vite abandonné, lorsqu’on passe en 1973 du taux d’étalon or aux taux flottants. La chute du dollar qui s’en suit va grever les revenus d’exportation de ces pays dont l’essentiel des produits sont négociés en cette devise.  L’action des pays de l’OPEP conduira à un redéploiement de crédits vers les pays non- alignés appâtés par le slogan « acheter aujourd’hui payer demain», si important pour éviter la crise de surproduction des pôles avancés. Ils se sont très vite endettées et engluées dans les intérêts de cette dette. Une dette aussi due à l’enrichissement illicite d’élites qui rapatrient au Nord bien de leurs avoirs. Des avoirs qui emboîtent le pas au transfert de ressources, de biens et de fonds. Ceux ci sont toujours supérieurs aux flux d’aide internationale, d’ailleurs bien mal nommée.

  Au début 80, la récession au Nord entraîne la déliquescence de l’État providence, la hausse des taux d’intérêt et la morosité économique au sud. Le paiement de la dette et la nécessité d’accéder à d’autres crédits cèdent le pas aux ajustements structurels. Ils augmentent certes la production, mais sont en passe d’achever les malades. Les cures d’assainissement aggravent la paupérisation. 

    

Personnes vivant avec moins d’un dollar par jour

Personnes vivant avec moins d'un dollar par jour 

ACDI. Canadiangeographic.ca   

Dans les années 90, on s’acharne à accroître la productivité des pauvres et à reconfigurer l’État, en laissant le privé prendre les commandes de l’essentiel. La société civile est cooptée à ce service et la governance est appelée à la rescousse, comme dimension politique des ajustements, afin d’éviter que les États ne persistent à contourner les mesures draconiennes. Ces dernières tissent la révolte, au point de voir depuis deux ans  les tenants de Davos récupérer le discours alter mondialiste et desserrer l’étau de la dette. En même temps, les derniers bastions du bien commun sont investis par la rationalité marchande (de l’eau aux plantes, de la culture aux gènes…).  Tout cela exacerbe l’exploitation du travail. Compte tenu des différences de rémunération et de productivité par rapport aux pays avancés du centre, elle occasionne vers ces derniers toujours davantage de transferts de capitaux et de main d’œuvre sélective. Parallèlement, -par les zones de libre échange et autres formes d’intégration, de l’Union européenne à la ZLEA ou au NEPAD[vii]- la mondialisation procède à un laminage autant des économies des pôles dominants nationaux  autocentrés des centres capitalistes, que ceux des pôles dominés qui n’ont pu s’autocentrer. Elle les recompose en réseaux productifs mondiaux intégrés mais concurrentiels. A tous les autres de les imiter et de s’aligner à cette logique ou de péricliter. Et ce n’est pas les initiatives de coopération Sud /Sud  pourtant prometteuses, qui les en empêchent.

    

Quelle souveraineté ou l’alignement de tous devant l’Un

  

À l’équilibre de la terreur de la guerre froide, nous voyons se substituer la terreur du déséquilibre. Déséquilibre qui est celui de la mondialisation et de ses contestations. C’est un déséquilibre précaire, générateur de chaos, d’illusions et, à long terme si la tendance se maintient pour l’humanité, d’anomie.

  

Dans la mondialisation néo-libérale, le terme de supra-impérialisme pourrait caractériser la phase nouvelle que tente d’imposer le capitalisme effectif. Ce supra-impéralisme  (supra, du latin au-dessus, plus haut ) désigne les extensions multiformes de l’espace du capital dans lequel différents vecteurs oligopolistiques tentent d’infléchir l’économie mondiale. A titre d’illustration, le fait qu’une dizaine d’entreprises contrôlent quasiment la moitié du marché mondial. Ou que 350 les plus riches du monde accaparent un revenu égal à celui de 2,6 milliards de personnes. Cette mondialisation est une inflexion dans le sens de la construction d’un système monde particulier, que je nomme le mégaloensemble. Un système Monde, surestimant sa capacité et sa grandeur, et dont l’orgueil délirant, surfant sur des capitaux fictifs, bénéficie en priorité aux grandes entreprises et banques des premières puissances étatiques. Ces acteurs jouissent en premier lieu du marché des biens, services et capitaux, au détriment de la réalisation des droits économiques sociaux et culturels collectifs. Le marché mondial en restructuration par l’OMC qui conforte le statu quo peut très bien nous mener vers une impasse.

  

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                                                                                                               http://bellaciao.org/fr/IMG/jpg/omc2.jpg   

 Les 200 plus grandes entreprises, qui ne fournissent de l’emploi qu’à 0, 75 de la force active dans le monde, accaparent le quart du PNB mondial[viii]. Les transnationales monopolisent les transactions internationales du commerce. La moitié de ce commerce se déroule strictement entre elles. La dominance dans la mondialisation est donc la financiarisation de l’économie. Il est vrai que le caractère évolué du niveau de technologie, d’information et de communication  font revêtir à cette mondialisation néo-libérale un caractère sans précédent. Mais le processus n’est pas achevé et la mondialisation ne pourra s’arroger le titre de changement social. Ce dernier l’a précédé et lui survivra probablement. Issue de l’oligopolisation du processus transnational, alimentant les rythmes des percées technologiques et scientifiques tout en y étant assujettie, la mondialisation est un sursaut qualitatif de l’économie monde. Mais nulle part, elle ne procède à l’égalisation des chances et des économies. Au contraire, partout elle creuse et polarise les écarts.  Il s’agit dès lors d’un processus polarisant par essence, parce que asymétrique et  biaisé par les pouvoirs dominants dans les centres animés par la nécessité d’instaurer l’ordre supra-impérialiste. Cela aux fins de l’exploitation des richesses du globe à leur profit.

  

Partout pratiquement, beaucoup de ces classes dirigeantes disent oui à cette transnationalisation, parce qu’elles en sont avant tous les premiers bénéficiaires en terme de richesse, de prestige et de pouvoir. Les peuples sont les premières victimes de cette transnationalisation débridée. Même le développement durable a été récupéré par cette mondialisation, et au fond, l’équation devrait être celle d’un développement endurable!

  

L’uniformisation et l’homogénéisation du monde que fait miroiter la mondialisation restent une tendance. Le système mondial ne peut assurer à tous ce mode de vie (d’ailleurs biologiquement insoutenable pour notre planète). Les frustrations populaires s’aiguisent devant cette modernité, caractérisée par l’abondance dans la rareté. En réaction, des forces  anti-systémiques se dessinent, même dans les pôles de prospérité. De Kananaskis, à Seattle Gènes et Honk Kong les conjugaisons de luttes diverses, pacifistes, écologistes, féministes, tiers-mondistes, alter mondialistes, anarchistes, communistes, socialistes et libéraux.. sont un panorama de plus en plus holistique de la contestation du mégaloensemble. Il faut bien sûr à présent dépasser l’incantation et la revendication pour des constructions d’alternatives.

   les%205015                                                   émeutes anti G8                                              CD GE2001 - un'idea di Supporto Legale per raccogliere fondi sufficienti a finanziare la Segreteria Legale del Genoa Legal Forum                                                                                                                                                   

Tentes de manifestants altermondialistes la nuit au sommet OMC 2005 de Hong Kong. Photo L’En dehors   

Ailleurs dans bien d’endroits du Tiers monde, la même frustration et une sourde colère grondent. Mais aussi le désarroi, la quête de sens se manifeste par un retour du religieux et du culturel. Elles sont souvent des réponses inadaptées désespérées et anachroniques, mais surtout des désordres instrumentalisables par l’ennemi que l’on cherche à combattre.

Contre tout cela, la repolitisation politique et démocratique des masses des pays non alignés, et un nouvel élan d’unité et de solidarité démocratique seront essentiels.    

Le redéploiement de l’hégémonie états-unienne hypothèque la paix mondiale, le développement et la démocratie. Modèle de la mondialisation, la société civile américaine, qui débat de croisade anti-terroriste, de guerre préventive et de bouclier sidéral, compte quelque 220 millions d’armes personnelles.

 Les Européens tergiversent sur l’orientation de leur union en élargissement, sur les turbulences de leur portion Est, sur l’immigration et sur leurs politiques en remorque  à l’hégémonie américaine.

Les Asiatiques s’insurgent contre la construction des bases militaires de Menoko, Okinawa et des Philippines et on observe en maints endroits la montée des tensions dues au nouveau pavage étatique de l’Asie (Afghanistan et autres anciennes républiques soviétiques).

Les Africains s’organisent de plus en plus massivement pour une justice économique, la démocratisation, mais aussi contre la cooptation des armées et rebelles dans des plans militaro-stratégiques de maintien d’une certaine paix. Ils luttent contre leur fausse marginalisation économique sur fonds de pillage de leurs ressources.

Les latino-américains, élisant de plus en plus de régimes progressistes, luttent contre un encerclement militaro financier des luttes populaires. Un encerclement maquillé en lutte anti-narcotique et en promotion du libre-échange tout azimut.  Dans toute cette effervescence, partout la paranoïa sécuritaire et la rationalité marchande contribuent à instaurer un nouvel alignement économique et stratégique des pays du tiers monde devant le supra-impérialisme.

  

C’est donc contre cela que l’esprit de Bandoeng doit être revigoré. Afin aussi que les sociétés du Sud puissent lutter contre l’érosion de leurs valeurs de solidarité d’entraide et d’humanité[ix], si utiles au monde pour une autre mondialisation. Celle pour laquelle la nébuleuse alter mondialiste, qui a su synthétiser l’essentiel des revendications non-alignées, escompte le soutien de l’humanité, pour qu’elle lutte contre le risque de sa  propre cooptation et mène à bien sa mission. 

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affiche zapatiste pour le forum social mondial de Bamako   

C’est pour cela que le paysan coréen Lee Kyung Hue s’est sacrifié en septembre 2003 à Cancun. C’est aussi contre une mondialisation prédatrice et l’unilatéralisme belliciste de grande puissance que s’étaient prononcés les non-alignés à Kuala Lumpur  en février de cette  même année.  Lors de l’anniversaire du 50ème a été proclamé la déclaration pour  nouveau partenariat Asie-Afrique. 

  

Aujourd’hui, partout on semble reprendre conscience de l’ampleur des inégalités entre le Nord et le Sud. Probablement davantage depuis les attentats du 11 septembre, quand on sait comment la pauvreté et la frustration  sont les terreaux  de tels phénomènes. La renégociation en cours des rapports Nord-Sud est bien enclenchée. Mais dans les errements occasionnés par la mondialisation, elle n’est peut être pas suffisamment perceptible. Il y a, il est vrai, trop d’Etats qui sont docilement alignés. Soumission, compromission concussions.  Des semi-périphéries  requièrent toujours davantage de transferts de technologies du Nord, tout en s’autonomisant. Partout la réfection des codes miniers et l’arrêt des législations laissent en pâture des pans entiers aux multinationales.

  

 Mais ce jeu n’en vaut pas la chandelle pour l’essentiel des populations, de plus en plus meurtries par ces ajustements. Ce n’est pas pour rien que l’impérialisme desserre l’étau de la dette. Il y a donc un réveil perceptible au sud. Il faut encourager les mouvements qui demandent un retour au non –alignement. Il faut insister sur la préservation des biens communs, un développement responsable, le démantèlement des bases militaires étrangères, une réforme en profondeur du système monétaire et multilatéral, et des règles plus équitables du marché mondial. Il faut arrimer davantage ces préoccupations aux mouvements internationalistes dans les pays du centre, afin de donner globalement une chance à un autre monde, et à un développement endurable!

  

Le Tsunami endeuille encore dans cette zone de naissance du non alignement le  50 ème anniversaire. Les 300 000 disparus et les millions de victimes y demeurent ceux qui étaient déjà les plus vulnérables. Le 21 février 2005, un glissement de terrain dans un bidonville de Bandoeng fait plus de 150 morts. Non loin de là où les décolonisés s’étaient donnés rendez-vous, pour proclamer leur  liberté et leur développement, il y a 50 ans. Aujourd’hui une coopération internationale intéressée y capitalise de juteux contrats sur le terreau de l’humanitaire.

 Mais la condition infra humaine de ces populations de bidonvilles, jumelles de celles d’Amérique latine et d’Afrique, vient nous  rappeler une chose. Ouvert à Bandoung, l’agenda de liberté, de coexistence pacifique et de progressisme contre la barbarie, demeure toujours à l’ordre du jour! Halo Halo Bandoung! 

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                                              Vue de la salle de conférence célébrant le 50ème anniversaire le 24 Avril 2005   



[i] Berg Eugène, Non alignement et nouvel ordre mondial, PUF, Paris, 1980, p22

[ii] titre de notre ouvrage en préparation

[iii] Alfred Sauvy, Trois mondes, Une planète, L’observateur, 14 Août 1952

[iv] Toussaint Eric, La politique du FMI et de la Banque mondiale à l’égard de l’indonésie entre 1947 et 2003, CADTM, 24 juin 2004,  http://www.cadtm.org/article.php3?id_article=709

[v] . Soekarno in Le Monde diplomatique, « Les objectifs de la Conférence de Bandoeng », mai 1955, p.1.

[vi] On relira les analyses prémonitoires de Samir Amin, Les défis de la mondialisation, l’Harmattan- Forum du Tiers monde, 1996, et de Michel Beaud, Le basculement du monde, la Découverte- Syros, 1997

[vii] Qui bien que formulé selon les exigences des grands bailleurs ne sera visiblement pas visiblement financé à la hauteur voulue

[viii] Elles fournissent de l’emploi à un peu plus de 72 millions de travailleurs,  dont la moitié sont des emplois sous payés du tiers monde

[ix] Voir Anne Cecile Robert, L’Afrique au secours de l’occident, Les éditions de l’atelier-Ouvriéres, 2004

  Aziz Salmone Fall 

Politologue

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« L’or africain. Pillages, trafics & commerce international »

Posté par issopha le 4 février 2008

« L’or africain. Pillages, trafics & commerce international« 

 Dossier noir n°22, Agone, Survie Oxfam France-Agir ici.

Sortie le 12 oct. 2007. 12 euros.

Olivier
30 octobre 2007

 

L’or africain est un livre-enquête qui s’attache à dévoiler les dysfonctionnements chroniques et les aspects occultes de l’exploitation de l’or (à partir de l’exemple de Sadiola au Mali) pour les mettre en relation avec les caractères généraux et les enjeux de l’exploitation des ressources naturelles en Afrique.

Un éclairage particulier y est porté sur le rôle des paradis fiscaux et des multinationales européennes et américaines dans ce qui s’apparente à un véritable pillage.

L’ouvrage s’attache également à mettre en avant les mouvements de résistance qui, au Mali, dans le reste de l’Afrique et dans le monde, s’opposent à une exploitation incontrôlée des ressources de ce continent qui paye depuis trop longtemps le prix le plus fort de la mondialisation libérale, après avoir servi les empires coloniaux.

Sommaire

  L’or, un minerai névralgique 
  Stratégies occultes & services secrets

- I. Comment l’or ruine l’Afrique 
  Sadiola : cyanure, maladies & fausses couches 
  Méthodes d’exploitation héritées de l’apartheid 
  Détour par Morila 
  AngloGold & Randgold : bénéfices compris

- II. Multinationales de l’or 
  Les projets en or de la Banque mondiale 
  La ruée sur l’or ouest-africain 
  Mali : IAMGOLD, « Je suis l’or »

- III. Pillages, trafics, conflits armés 
  Lobbying minier & faucons à Washington 
  Tanzanie : Barrick Gold & monsieur Bush 
  Trafics & syndicats de la contrebande

- IV. Commerces de l’or africain 
  Rwanda, Ouganda : fuites de métaux précieux 
  Raffinage, ports francs & paradis fiscaux 
  Apartheid, banques suisses & famille Oppenheimer 
  Des affaires atomiques : or, uranium, CIA

- V. La part de la Françafrique 
  Razzias coloniales 
  De Gaulle & la ruée vers l’or 
  « Prêts au développement » & sous-traitance de l’or

- VI. Imposer la transparence 
  Grèves & mobilisations africaines 
  Paris, Montreuil, Sadiola 
  Transparence & campagnes internationales 
  Or, blanchiment des capitaux & terrorisme 
  Un processus Kimberley pour l’or ?

L’or oublié de l’Afrique

L’un des rares livres sur le sujet, L’or africain est une plongée vertigineuse dans un secteur de production qu’aucune règle ou presque ne régit et qui donne lieu à une véritable course contre la montre à qui s’enrichira le plus et le plus rapidement, que se mènent les compagnies d’extraction.

Ecrire un livre n’est pas toujours aisé. L’écrire collectivement l’est encore moins. Celui-ci a cette particularité qu’il a été rédigé à partir d’un premier projet de François-Xavier Verschave. Décédé en juin 2005, celui-ci n’avait pu mener son projet à terme. L’exercice n’était donc pas facile. Toutefois, Gilles Labarthe, journaliste et déjà auteur du Dossier noir n° 20 sur le Togo, a su exprimer sa propre plume, tout en faisant une place à celle de F-X Verschave, le citant et mettant ainsi en valeur le travail original de celui à qui ce livre tenait tout particulièrement à cœur.

A partir de l’exemple de la mine d’or de Sadiola au Mali et de l’enquête de la documentariste Camille ce Vitry sur les conséquences humaines et environnementales de son exploitation, ce livre propose un zoom arrière sur les acteurs de l’exploitation de l’or en Afrique, les réseaux et les circuits financiers qu’ils utilisent, afin de mettre à nu cet autre secteur du pillage des richesses du continent africain. Véritable livre-enquête, L’or africain repose sur un minutieux travail de recherche que Gilles Labarthe, journaliste spécialisé sur les questions de criminalité économique en Afrique, avait déjà abordé, pour avoir notamment enquêté à Morila, une autre cité minière du Mali.

Afrique, continent stratégique

Ce livre, l’un des rares sur le sujet, documenté, nous plonge donc dans l’exploitation de cet or africain qui, avec ses 600 tonnes par an, représente environ le quart de la production annuelle mondiale. Son exploitation (l’Afrique détient la moitié des réserves d’or mondiales identifiées) est quant à elle très juteuse : la part des recettes qui revient aux Etats est minime, parfois nulle ; la main d’œuvre est très bon marché ; les mouvements syndicaux vite réprimés et les normes environnementales, pas appliquées ou peu contraignantes ; sans compter la flambée qu’a connu le cours du minerai précieux ces dernières années.

Le livre nous amène ainsi à Sadiola et à Morila (Mali), au Ghana, en Afrique du Sud ou au Botswana, pour constater le cynisme des compagnies minières et leurs « méthodes d’exploitation héritée de l’apartheid ». Les conséquences environnementales liées à l’utilisation du cyanure et du mercure pour purifier le minerai sont « inhumaines ». L’auteur remonte ensuite les filières du commerce légal de l’or, pour découvrir les filières parallèles, les trafics transfrontaliers, les sociétés off shore et le rôle des paradis fiscaux dans le blanchiment de capitaux dont l’or est un des principaux vecteurs. Il nous apprend que la Banque mondiale (BM), censée œuvrer au développement des pays africains, constitue le plus gros investisseur dans l’extraction de l’or, livrant à une poignée de multinationales américaines (telle Newmont Minin), canadiennes (telle IAMGOLD), anglaises ou sud-africaines (telle AngloGold), 80% des ressources aurifères du continent.

La ruée vers l’or

Il faut dire qu’à partir des années 1990, avec la fin de la Guerre froide et la libéralisation des économies africaines sous les injonctions de la BM et autres Plans d’ajustements structurels du FMI, le secteur a littéralement explosé.

La France, elle, y apparaît quelque peu marginale. Après la « razzia coloniale », Gilles Labarthe montre dans le chapitre « la part de la Françafrique » comment le Bureau de recherche géologique et minière (BRGM) a quadrillé l’ensemble du pré-carré français pour permettre une exploitation qui a parfois alimenté les caisses de partis politiques. La présence d’Areva dans ce secteur révèle les passerelles avec le lobby nucléaire, tandis que des groupes comme Bouygues, offrent en sous-traitance leurs services aux grandes compagnies étrangères.

L’enquête nous mène également en République Démocratique du Congo où les conflits armés sont directement alimentés par le trafic de l’or. L’auteur consacre un gros chapitre aux opérations qu’y mènent les banques suisses. Il faut dire que Gille Labarthe est suisse lui-même, ressortissant de ce paradis fiscal en plein cœur de l’Europe, une des principales plaques tournantes des trafics d’or, mais aussi de diamant et autres pierres précieuses.

Comme pour boucler la boucle et ne pas laisser le dernier mot aux trafiquants, cette enquête se termine par un point sur les différentes mobilisations au Nord comme au Sud, pour une exploitation raisonnée et contrôlée de la ressource aurifère.

Au-delà de l’enquête de fond sur un sujet difficile, la grande force de ce livre est probablement dans le témoignage qu’il offre, pour les générations futures, de la mobilisation des ressortissants de Sadiola et de nombreuses autres villes minières d’Afrique.

L’exploitation de l’or en Afrique. Caractéristiques et enjeux socio-économiques.

Interview de Gilles Labarthe.

-  Quels sont les principaux pays producteurs d’or en Afrique ?

Il s’agit principalement de l’Afrique du Sud (une moyenne de 300 tonnes ces dernières années), du Ghana (plus de 75 tonnes), du Mali (50 tonnes en moyenne), de la Tanzanie (idem), de la Guinée et du Zimbabwe (de 10 à 20 tonnes selon les années), de la République démocratique du Congo… au total, plus de 34 pays africains produisent de l’or, réalisant une production totale de plus de 600 tonnes d’or par an – soit environ le quart de la production annuelle mondiale.

-  Pourquoi l’Afrique reste-t-elle un continent stratégique dans le secteur minier ?

Le continent noir détient la moitié des réserves d’or mondiales identifiées. Après le pétrole, l’or représente un des cinq premiers marchés mondiaux dans le secteur des minéraux : il “ pèse ” environ 65 milliards de dollars par an. L’Afrique est de plus en plus convoitée par les multinationales d’extraction : outre les réserves d’or importantes, la part des recettes d’exploitation qui revient à l’Etat a été minorée à l’extrême (20%, voire même 0% comme c’est le cas d’une mine d’or au Botswana). La main d’œuvre africaine est très bon marché, les mouvements syndicaux vite réprimés et les normes environnementales, pas appliquées ou peu contraignantes. Résultat : la marge de bénéfice réalisée par les grandes compagnies minières occidentales est plus importante que dans n’importe quel autre endroit de la planète. Depuis une dizaine d’années, avec la hausse spectaculaire du cours de l’or, les investissements étrangers montent en flèche dans le secteur aurifère, surtout en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.

-  Quelles sont les trois plus grandes multinationales de l’or opérant en Afrique ?

Ce livre d’enquête décrit entre autres les activités polluantes des trois plus grandes multinationales d’extraction (« majors ») qui se disputent la première place sur ce marché, et qui sont omniprésentes en Afrique : AngloGold (Afrique du Sud), Barrick Gold (Canada) et Newmont Mining (USA). Ces trois compagnies, soutenues par le gratin de la haute finance internationale, produisent elles seules chaque année plus de 500 tonnes de tout l’or extrait sur la planète. Elles sont régulièrement dénoncées pour pollution à large échelle et violation des droits de l’homme. Le dossier noir présente aussi les méthodes d’autres compagnies de dimension plus modeste (« juniors »), associées à ces géants de l’or, qui mènent sur place une politique de prospection et d’acquisition très agressive, souvent aux limites de la légalité.

-  Quels sont les principaux acheteurs sur le marché mondial ?

Les principaux acheteurs de la production d’or africain extrait par ces trois compagnies anglo-saxonnes sont des grandes banques commerciales comme la Royal Bank of Canada, J. P. Morgan, Union des Banques Suisses (UBS) ou la française Société Générale. Ces banques occidentales avancent aux multinationales précitées d’importants crédits finançant l’exploitation industrielle de l’or sur les plus importants gisements en Afrique. Ces crédits sont gagés sur la production d’or.

Pour les actionnaires comme pour les grands établissements bancaires, l’industrie de l’or représente un des placements les plus rentables. Valeur-refuge par excellence, l’or conserve un bel avenir. Son cours actuel a dépassé un de ses plus hauts niveaux depuis les années 1980, avoisinant 16 000 euros le kilo. La demande est importante, comme toujours en temps de crise. Les attentats du 11 septembre 2001 auraient contribué à relancer cette fringale. La demande est garantie par les marchés indien et chinois. La bijouterie et l’horlogerie de luxe absorbent une part considérable de la production.

-  Quels problèmes sociaux et environnementaux posent l’extraction de l’or ?

Ce livre part de l’exemple des communautés de Sadiola, au sud-ouest du Mali, qui dénoncent depuis dix ans la pollution effroyable causée par l’extraction industrielle de l’or par les multinationales. Déversement des eaux polluées, intoxications au cyanure, normes de sécurité mal appliquées, déplacement massif des populations locales… les mêmes ravages sociaux et environnementaux sont aussi dénoncés depuis longtemps au Ghana, comme en Tanzanie, notamment par l’Organisation de la société civile africaine, une coalition de vingt-neuf ONG représentant quinze pays, travaillant dans le secteur de l’extraction minière ou concernées par ses répercussions. Qui va payer la facture sociale et environnementale liée à l’exploitation industrielle de l’or ? Certainement pas les multinationales d’extraction, qui cherchent à se décharger du coût lié à la réhabilitation des sites. La somme des dégradations écologiques et des atteintes à la santé provoquées par l’exploitation des mines d’or à ciel ouvert – qui sont les plus polluantes – va ruiner les régions productrices pour des générations à venir. Un rapport américain avance déjà le chiffre de 55 milliards de dollars pour réparer les dégâts.

-  Que dénoncent aujourd’hui la société civile africaine et les ONG internationales ?

Outre les ravages causés sur l’environnement, il s’agit de lutter contre les injustices sociales. La mobilisation est très large. Le secteur de l’or concerne autant la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), qui s’insurge contre les conditions inhumaines d’exploitation – comme au Mali – qu’Amnesty International, qui a documenté de crimes commis en 1996 sur le site minier de Bulyanhulu en Tanzanie. L’exploitation de l’or, souvent associée à des activités de mercenariat, peut se révéler encore plus meurtrière dans des régions en conflit, comme dans les provinces de l’est en République démocratique du Congo. L’or risque de financer des mouvements armés, comme l’avertit l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW). Il représente aussi l’un des principaux vecteurs du blanchiment d’argent, au niveau international.

-  On a beaucoup parlé du “ processus Kimberley ” pour lutter contre les “ diamants du sang ”. Peut-on imaginer un processus de certification similaire, pour l’or ?

Les experts du Conseil de sécurité des Nations unies le recommandent. Ils y travaillent même depuis plusieurs années. Rien n’a encore abouti de manière officielle. En plus des phénomènes de contrebande, laquelle sert parfois à financer l’effort de guerre, l’origine de l’or est particulièrement difficile à contrôler : il peut être fondu et refondu, à l’infini… Vu la porosité des frontières, le manque de moyens de contrôle dont disposent les Etats africains, la corruption ambiante, le caractère instable ou kleptocrate de certains régimes (République démocratique du Congo, République centrafricaine, Guinée, pour ne citer que ces pays-là), on peut raisonnablement estimer qu’un quart, voire un tiers de la production totale issue de l’orpaillage africain – estimée à 50 tonnes – est exfiltrée par des réseaux de contrebande. Ces réseaux, qui alimentent les marchés asiatiques, européens et américains de l’or, parviennent aussi à détourner parfois une part significative de la production issue de l’extraction industrielle, comme en Afrique du Sud. En 1996, le gouvernement de Pretoria recherchait ainsi en Suisse plus de 7 tonnes d’or (soit une valeur actuelle avoisinant une centaine de millions de dollars) qui avaient été acheminés clandestinement vers l’entreprise suisse de raffinage Metalor. Le manque à gagner pour les Etats africains est considérable.

-  L’Afrique produit beaucoup d’or, mais reste pauvre. Pourquoi ?

Plus de 80% des sites aurifères ouest et centrafricains de grande envergure sont aujourd’hui aux mains d’une poignée de multinationales, qui prétendent avoir découvert les gisements, alors que la quasi-totalité de ces derniers était déjà connue des orpailleurs locaux depuis bien longtemps. Les réformes des codes miniers mis en place dans la plupart des pays africains producteurs depuis la fin des années 1980, sous la pression des institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale), ont conduit à privilégier les grandes compagnies d’extraction étrangères, aux dépens des petites sociétés minières d’État et, surtout, des mineurs artisanaux, qui pouvaient autrefois justifier de permis d’exploitation.

Le secteur de l’or reste très opaque et la question de la redistribution des revenus se pose, comme l’indique Oxfam. Un exemple : en dix ans, le Mali est devenu le troisième exportateur d’or en Afrique, après l’Afrique du Sud et le Ghana. Ses exportations d’or ont triplé, dépassant les 56 tonnes en 2006. Dans le même temps, le pays a dégringolé dans l’Indice de développement humain des Nations unies, tombant dans la catégorie des trois Etats les plus pauvres du monde. Les richesses sont mal redistribuées. Où vont les profits ? Où s’envole l’or ? Même les fonctionnaires maliens et responsables officiels du secteur des mines ont toutes les peines du monde à obtenir des informations complètes et transparentes de la part des grandes firmes occidentales sur les conditions d’extraction des ressources aurifères nationales. La campagne “ Publiez ce que vous payez ”, soutenue par trois cents ONG dans le monde entier, a pour principal objectif d’aboutir à ce que les compagnies extractives (pétrole, gaz et ressources minières) publient, de façon systématique et transparente, le montant des taxes et redevances de toute nature qu’elles versent aux États.



Retrouvez la revue de presse du livre L’or africain sur le site d’Agone



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Sommet de Lisbonne Afrique-UE : Une relation d’égal à égal

Posté par issopha le 24 janvier 2008

Une relation d’égal à égal

Le 2e sommet UE-Afrique a adopté dimanche à Lisbonne la « stratégie » qui doit permettre à 27 pays européens et à 53 pays africains d’ouvrir une nouvelle ère d’égal à égal dans leurs relations, a-t-on appris de source européenne.

Les chefs d’Etat et de gouvernement européens et africains ont approuvé une « stratégie conjointe » qui doit être « guidée par les principes de l’unité de l’Afrique, l’interdépendance de l’Afrique et de l’Europe, l’appropriation et la responsabilité conjointes, le respect des droits de l’Homme et des principes démocratiques et de l’Etat de droit, ainsi que le droit au développement ».Cette stratégie se décline en huit « partenariats » prioritaires à mettre en oeuvre d’ici le 3e sommet UE-Afrique prévu en 2010 sur le continent africain: « paix et sécurité », « gouvernance démocratique et droits de l’Homme », « commerce et intégration régionale », « objectifs du Millénaire pour le développement », « énergie », « réchauffement climatique », « migration, mobilité et emploi », et « science, société de l’information et espace ».

Cette ambition d’établir un partenariat d’égal à égal entre l’Europe et ses anciennes colonies n’a pas éclipsé lors de ce sommet de nombreux sujets de divergences entre les deux continents, notamment les négociations d’accords commerciaux, le passif colonial ou la politique menée par le président zimbabwéen Robert Mugabe.

Les huit « partenariats » prioritaires à mettre en oeuvre d’ici le 3e sommet UE-Afrique prévu en 2010

PAIX ET SECURITE
Européens et Africains veulent d’essayer d’établir des positions communes sur les questions de paix et de sécurité sur leurs deux continents et au-delà.
Ils veulent également mettre en place le « système continental d’alerte rapide » pour la prévention des conflits et rendre opérationnelle la « force africaine en attente » destinée à envoyer rapidement des soldats de la paix sur le terrain.
Pour ces opérations, ils appellent à la création d’un mécanisme financier « durable, flexible et prévisible » dans le cadre de l’ONU.

GOUVERNANCE DEMOCRATIQUE ET DROITS DE L’HOMME
Meilleure coopération pour lutter contre la corruption, meilleure gestion des ressources naturelles, progrès dans la lutte contre la torture, le trafic de drogue ou d’être humains…
Ils s’engagent également à entamer un « dialogue efficace » pour le retour des biens culturels acquis illégalement.

COMMERCE ET INTEGRATION REGIONALE
Les accords de partenariat économique en cours de négociations entre l’UE et l’Afrique doivent servir à renforcer l’intégration régionale.
Une attention particulière doit être apportée à la mise en place en Afrique des normes de qualité requises pour les produits qui veulent entrer dans l’UE.

OBJECTIFS DU MILLENAIRE POUR LE DEVELOPPEMENT
L’UE doit respecter ses engagements d’atteindre 0,56% de son PIB en aide au développement d’ici 2010 et 0,7% d’ici 2015.
Les deux continents se concentreront principalement sur l’amélioration de la sécurité alimentaire, de la santé et de l’éducation.

ENERGIE
Augmenter leurs investissements dans les infrastructures énergétiques, notamment pour améliorer le réseau électrique africain.
« Explorer les voies et les manières de lancer un dialogue sur les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire », en respectant les règles internationales.

RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE
Africains et Européens espèrent pouvoir réduire la déforestation et mieux préserver les écosystèmes, mettre en place des capacité de prévisions climatiques plus performantes, et combattre la progression du Sahara.

MIGRATION, MOBILITE ET EMPLOI
L’objectif est de créer plus d’emplois et de meilleurs emplois pour l’Afrique et de mieux gérer les flux migratoires.
Dans cette optique, ils veulent « prendre des actions pour lutter contre l’exploitation » des travailleurs migrants, faciliter l’envoi d’argent des migrants dans leur pays d’origine, prévoir des « incitations » au retour des immigrés ou encore promouvoir un « recrutement éthique » pour « minimiser » la fuite des cerveaux dans les secteurs sensibles comme la santé.

SCIENCE, SOCIETE DE L’INFORMATION ET ESPACE
L’objectif est de réduire la fracture numérique en Afrique notamment en investissant dans les infrastructures.
Ils espèrent aussi pouvoir utiliser des technologies spatiales existantes, comme le système européen de nativation par satellite Galileo, pour mieux gérer les ressources naturelles en Afrique.

Publié le 9 décembre 2007.

Bolloré bouge encore

Le groupe Bolloré que l’on disait moribond en Afrique francophone est loin d’être à l’agonie, c’est même le contraire. Si la société française a bien perdu la concession du port de Dakar au profit de Dubaï Ports World (Emirats Arabes Unis), Vincent Bolloré a de nombreux projets au chaud. Au Cameroun d’abord avec un vaste plan d’extension du port de Douala ; au Gabon ensuite où Bolloré construit le nouveau terminal à conteneurs du port d’Owendo en association avec Getma, Snta et Satram. La Côte d’Ivoire n’est pas oubliée. Le groupe dirigé par Vincent Bolloré va édifier le deuxième terminal à conteneurs à Abidjan.

Au Togo enfin où il lorgne sur la concession – juteuse- du port de Lomé (PAL). Une concession qui, selon la « Lettre du Continent », intéresse également Dubai Ports World, Getma, MSC et Maersk.

L’activité conteneurs est en grande partie assurée actuellement par l’Espagnol Progosa … ennemi juré de Bolloré.

Publié le 23 novembre 2007.

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Biens mal acquis… profitent trop souvent.

Posté par issopha le 26 novembre 2007

Biens mal acquis… profitent trop souvent.

Document de travail, mars 2007

CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement)

4, rue Jean Lantier – 75001 Paris – Tél. : 01 44 82 80 00 – www.ccfd.asso.fr

 

Bien mal acquis… profitent trop souvent

Principales conclusions

A en croire le président de la Banque Mondiale, l’Américain Paul Wolfowitz, la restitution des

avoirs détournés par les dirigeants des pays du Sud devrait démontrer l’engagement déterminé de la

communauté internationale contre la corruption, décrite comme le cancer du développement.

A combien peut-on estimer les sommes détournées et celles restituées ? De quels

instruments juridiques dispose un pays spolié et à quels obstacles doit-il faire face ? L’engagement de

la communauté international est-il sincère ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles tente

de répondre ce document de travail du CCFD. En voici les principales conclusions.

1. Les avoirs détournés et les biens mal acquis par les dictateurs des pays du Sud

représentent un vrai enjeu de développement.

Au niveau quantitatif, les avoirs détournés par des dictateurs au cours des dernièresdécennies représentent, au bas mot1, entre 100 et 180 milliards de dollars. Pour certains pays, la

ponction est massive : la fortune de 5 à 6 milliards de dollars amassée par Mobutu en RDC (ex-Zaïre)

équivaut au PIB du pays ! Ces chiffres, qui ne tiennent pas compte des détournements opérés par les

proches des dictateurs, ne donnent qu’un aperçu de l’ampleur de la corruption. Michel Camdessus,

l’ancien directeur général du FMI, a ainsi évoqué des chiffres dépassant 1.000 milliards de dollars.

Au niveau politique, la grande corruption mine la démocratie. Elle finance le maintien au

pouvoir de régimes autoritaires (arrangements avec l’opposition, clientélisme, achat d’armes). Elle

s’impose dans l’imaginaire de la population comme la clé de la réussite politique ou économique et

tend à s’ériger en système. En sapant les efforts entrepris par les citoyens pour la justice et la vérité,

elle peut ruiner les espoirs de démocratisation même des plus téméraires.

2. Les discours vertueux des bailleurs de fonds masquent mal la faiblesse des fonds

restitués (4 milliards de dollars) ou gelés (2,7 milliards de dollars)

Pour l’essentiel, les rares fonds restitués l’ont été récemment par la Suisse, notamment ceux

de Marcos (Philippines) et d’Abacha (Nigeria), et par les Etats-Unis concernant Saddam Hussein

(Irak). La France, qui s’enorgueillit d’être le premier pays du G8 à avoir ratifié la Convention des

Nations Unies contre la corruption (dite de Mérida), n’a procédé à aucune mesure de restitution.

3. Le pillage des richesses des pays du Sud s’est opéré avec la complicité ou à l’initiative des

gouvernements et des entreprises du Nord.

Soucieux de leurs intérêts géopolitiques et économiques, les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou

la France ont soutenu l’arrivée ou le maintien au pouvoir des régimes les plus despotiques et

corrompus, que ce soit en Asie (Suharto, Marcos), en Amérique latine (Duvalier, Pinochet) ou en

Afrique (Abacha, Houphouët-Boigny). Alors que Blumenthal, le représentant local du FMI, les avait

alertés par un rapport, en 1982, que le régime Mobutu était un puits sans fond, les pays occidentaux

ont délibérément poursuivi leur soutien financier. En 1997-98, la France et la compagnie Elf ont

financé la reprise du pouvoir au Congo-Brazzaville par Denis Sassou Nguesso, moins regardant sur

les conditions d’exploitation du pétrole de son pays.

Dès lors, on comprend le peu d’empressement des gouvernements du Nord à saisir et

restituer les avoirs et biens mal acquis des dictateurs en question. Au-delà même de l’activité

économique générée par ces apports de liquidités, sanctionner leurs alliés d’hier ou d’aujourd’hui les

exposerait à des révélations dont ils préfèrent se passer.

4. Les paradis fiscaux et judiciaires constituent un obstacle majeur au recouvrement des

avoirs d’origine illicite.

Les paradis fiscaux et judiciaires, qui offrent à leurs utilisateurs faible imposition et opacité

garantie, minimisent l’espoir que les pays spoliés recouvrent un jour les 100 à 180 milliards envolés :

Ils rendent très difficile la localisation des avoirs volés, car le secret bancaire et de

multiples entités juridiques (trust, fondations, special purpose vehicle

, etc.) permettent de

1 Faute de chiffres, la fortune présumée de certains dirigeants n’est pas prise en considération dans ce calcul.

Biens mal acquis… profitent trop souvent. Document de travail, mars 2007

CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement)

4, rue Jean Lantier – 75001 Paris – Tél. : 01 44 82 80 00 – www.ccfd.asso.fr

masquer le véritable propriétaire des fonds. Ils favorisent ainsi le blanchiment de l’argent

volé et son recyclage dans l’économie légale.

Ils permettent de transférer très rapidement les capitaux traqués (ou susceptibles de l’être)

dans des lieux où on pourra difficilement venir les chercher.

Or, ces paradis fiscaux et judiciaires n’existent qu’avec l’accord des grandes places

financières internationales. La moitié des territoires offshore dans le monde bat pavillon britannique ;

l’Etat du Delaware aux Etats-Unis a tout du paradis fiscal ; l’Europe abrite Luxembourg, la Suisse et le

Liechtenstein et la France, en particulier, tolère a ses portes deux des pires centres offshore au

monde : Monaco et Andorre2.

5. En dépit d’un arsenal législatif renforcé, l’identification, le gel et la restitution des avoirs

mal acquis se heurtent aux faiblesses de la coopération judiciaire.

L’arsenal législatif pour saisir et restituer les fonds d’origine illicite s’est considérablement

enrichi ces dernières années. Depuis dix ans, l’organisation des Etats américains, le Conseil de

l’Europe, l’Union africaine et l’Union européenne se sont dotés de conventions et autres protocoles

contre la corruption. Surtout, les Nations Unies ont adopté en 2003 la Convention de Mérida, entrée

en vigueur en décembre 2005 et qui, dans son chapitre V, érige le recouvrement des avoirs d’origine

illicite en principe du droit international.

Pour autant, ces normes resteront condamnées au rang de déclarations de principes tant

qu’elles ne s’accompagneront pas d’une coopération judiciaire effective. Pour un pays spolié, le

recouvrement des avoirs volés relève du parcours du combattant. Une fois soumise la demande

d’entraide judiciaire au pays qu’on soupçonne d’abriter les fonds volés, encore faut-il compter sur le

bon vouloir de l’administration sollicitée : la France a refusé au Nigeria une demande formulée en

anglais ; l’Angleterre refuse de coopérer si on ne lui donne pas la preuve que les fonds se trouvent

bien sur son territoire ( !) ; la Suisse ne cherche pas à identifier les comptes détenus sous de faux

noms ; le Liechtenstein dispose d’une quinzaine de voies de recours administratifs et judiciaires

rallongeant d’autant le processus ; certains pays ne répondent jamais. Dans le meilleur des cas, la

demande aboutit mais, comme pour les avoirs de Marcos en Suisse, après 17 ans de procédures !

Ces difficultés corroborent le triste constat des magistrats signataires de l’Appel de Genève en

1996 : les frontières n’existent plus pour l’argent sale, mais pour la justice, si.

2 Ils complètent, aux côtés du Liberia, du Liechtenstein et des îles Marshall, la liste de cinq pays identifiés en

2006 comme refusant les normes de transparence et d’échange d’information définies par l’OCDE (Organisation

pour la coopération et le développement économique).

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L’immigration africaine en France : une conséquence des dictatures qui sévissent sur le continent

Posté par issopha le 5 novembre 2007

L’immigration africaine en France

une conséquence des dictatures

qui sévissent sur le continent

La problématique de l’immigration africaine en France est un phénomène complexe, incompris et inexpliqué à l’opinion publique qui ne voit et ne comprend que le langage véhiculé par les médias à ce sujet. Le terme en lui-même est très ambigu à cause de ses nombreuses contradictions, et surtout chargé d’une connotation moqueuse envers celui qu’il désigne comme membre de la minorité venue en France pour se réaliser. Au delà de ce qui est apparent, et réellement désigné en tant que tel, s’agissant d’un Africain clandestin ou non clandestin en France, le phénomène d’une manière global, s’inscrit dans un courant inverse aux grands mouvements des explorateurs Français et Européens en Afrique à partir du 16ème siècle.

Ainsi, il y a lieu de remonter de quelques siècles dans l’histoire pour comprendre ce phénomène qui est devenu un sujet de polémique politique liée à l’existence humaine des masses africaines en France venues pour des raisons diverses dont les causes sont aujourd’hui pour la plus part, les politiques africaines de la France, du Général de Gaulle à la présidence de Jacques Chirac, soit 50 années de coopération hasardeuse avec les pouvoirs publics dictatoriaux africains.

Du temps des peuplements jusqu’au 16ème siècle, les Africains vivaient tranquillement chez eux, et ne demandaient rien à personne, leur mode de vie, leur culture, la religion, l’enseignement, l’organisation de la société, l’organisation de la production agricole, l’économie traditionnelle basée sur le système de troc, la médecine traditionnelle, étaient autant de domaines qui n’avaient rien à envier aux autres peuples des autres continents dont ils ignoraient l’existence et peu importe, les hommes ne se portaient pas si mal et le soleil brillait pour tous les Africains.

Ce continent jusque là paisible et tranquille va basculer son destin dans une phase d’agitation dont il perdra le contrôle à partir du débarquement des explorateurs européens à la recherche de la rente, dans une stratégie d’exploration sous forme de curiosité géographique, scientifique voir même religieuse. Car à partir de l’exploration, il se révèlera que l’Afrique regorge de « situations » intéressantes à exploiter vers l’Europe qui amorçait son industrialisation. Les découvertes seront très intéressantes à tout point de vue, du moment où, il y aura d’énormes profits à réaliser sur le dos des Africains.

Ainsi, de l’exploration, on arrivera à l’exploitation, et de l’exploitation, ce sera la colonisation, et à partir de la décolonisation, le système se transformera en néocolonialisme grâce à la collaboration des dictateurs Africains eux-mêmes….

L’Afrique sera pillée, appauvrit, des hommes seront déportés comme esclaves aux Amériques dans les champs de productions agricoles, et aujourd’hui, lorsque les Africains se mettent à fuir cette pauvreté qu’on leur a crée, ils seront traités tout simplement « d’immigrés »…..Pire, il sera préférable d’adopter à leur égard, une politique « d’immigration choisie » pour déterminer ceux ou celles qui sont aptes à venir vivre dans l’hexagone, car la carte de séjour est devenue une véritable agrégation des universités. Hier, on sélectionnait les plus musclés qu’on déportait vers les Amériques, aujourd’hui, les critères de sélections se porteront sur les capacités intellectuelles et les diplômes, ainsi, ceux qui moisissent dans le sud de l’Espagne à Ceuta ou à Melilla ne répondant pas aux critères de sélection peuvent toujours attendre.

Dès 1488, Barthélémy Diaz avait découvert le cap de bonne espérance, suivit de Vasco de Gama, tous deux explorateurs Portugais, avaient longé la côte orientale africaine, et très vite supplantés par les Hollandais. Bien avant cette date, le royaume de Carthage était bien connu des Européens en tant que grande et brillante civilisation africaine au bord de la Méditerranée.

Au 16ème siècle, plusieurs explorateurs français et européens sillonnaient l’Afrique, dont la représentation est une femme et à partir de « son abdomen rond », pénétraient à l’intérieur du continent par leur navire grâce aux grands cours d’eau, c’est ce qu’on appelle « les formes de pénétration du continent Africains », ce qui est un viol commis sur notre mère l’Afrique. Mungo Park, puis René Caillé croyaient découvrir le Tombouctou qui existait depuis bien longtemps en terme de civilisation au Soudan Français, c’est-à-dire l’actuel Mali, Faidherbe de Chaligny débarque au Sénégal, Michel Jojolé de la Courbe part en Afrique pour se faire une santé financière, parce que ruiné et endetté, Livingston pour le compte de l’Angleterre, Nachtigal mandaté par Bismarck, « la compagnie normande » affréta des navires qui partent en Afrique pour charger des esclaves et de la gomme avec la bénédiction de Gambetta et l’amiral de Richelieu ainsi que d’autres comme Galliéni etc.…

L’Afrique sera fouillée de fond en comble, exploitée et colonisée pendant plus de deux siècles durant, pour arriver aux indépendances vers les années 1960 après une longue galère de lutte contre les occupants Allemands, Français, Portugais, Espagnols et Belges. Pour autant, elle n’est pas libre, les forces occupantes ont laissé en place des systèmes de dictatures à travers lesquels ils continuent de piller le continent en créant l’insécurité alimentaire, l’insécurité politique, l’insécurité sanitaire et l’endettement du continent, bref une Afrique restée rurale à 90%.

L’Afrique est devenue une plaque tournante des réseaux criminels, une base des opérations illicites diverses, le trafic de la drogue, des êtres humains, un monde où règnent la corruption de la police, des tribunaux, des lourdeurs administratives entrainant ainsi la fuite des capitaux et mettant à mal sa difficile démocratisation. Investir en Afrique fait peur car aux hommes d’affaires étrangers ainsi que leurs homologues Africains, car l’Etat n’inspire aucune confiance. Tous les dictateurs se mettent systématiquement dans la poche les profits venant de l’exploitation des richesses du sous sol et des sociétés d’Etat.

Au Togo par exemple, les revenus du phosphate, du port autonome de Lomé, des produits agricoles du Togo, de la fameuse zone franche, la société des grands moulins ainsi que l’ensemble des sociétés d’Etat, y compris les revenus du football, arrivent tout droit à Lomé 2, qui est la résidence de la junte militaire des Gnassingbé au pouvoir illégalement depuis 1967.

L’Europe et la France doivent prendre la vraie mesure de leur responsabilité politique vis-à-vis de l’Afrique, en adoptant une politique réellement audacieuse de l’immigration, en traitant ce phénomène par leurs causes qui sont de deux sortes mais intimement liées : la lutte contre la pauvreté de masse, et déboulonner les dictatures qui créent et entretiennent cette pauvreté. Les Africains fuient l’Afrique parce que le continent s’appauvrit de plus en plus vite. Le taux de croissance de l’Afrique subsaharienne diminue chaque année de 0,8 %, en moyenne, un Africain vit avec moins de 0,6 dollars par jour.

Koffi Annan, Secrétaire Général de l’Onu déclarait dans le journal Le Monde du 27 septembre 1997 que « l’Afrique sera le seul continent du monde où la pauvreté va s’accroitre au prochain siècle » et nous y sommes depuis six ans.

La France et l’Europe n’ont pas les moyens d’adapter une réelle politique efficace de régulation des flux migratoires en provenance de l’Afrique, à moins de disposer des policiers et gendarmes tous les 5 mètres tout au long des frontières, en la matière l’Espagne est déjà à bout de souffle et les Africains finiront par passer un jour par centaines de milliers voir des millions. La misère créée et entretenue par les dictateurs en est la cause et c’est normal que toute personne tente tout au long de son existence d’échapper ou de fuir la misère et la pauvreté.

Ni les reconduites massives à la frontière, ni les accords signés avec tel ou tel autre gouvernement africain, et encore moins la stratégie de « l’immigration choisie et non subie » ne résoudront ce problème qui est un problème de pauvreté et de persécution politique à l’origine en Afrique.

L’aide publique au développement attribuée à l’Afrique par l’Union Européenne, et l’ensemble des institutions financières internationales, une fois encaissées par les trésors publics africains est captée par la stratégie du « syndicat vertical » en devenant la propriété personnelle des dictateurs.

Cette cagnotte permet d’abord aux dictateurs africains de s’approvisionner en armement, ensuite, de financer d’une manière occulte, certains partis politiques européens et enfin, leur propre investissement dans l’immobilier en Europe c’est-à-dire, l’achat des immeubles entiers, des châteaux, des grandes résidences, des appartements privés en France, en Angleterre, en Espagne, en Allemagne, en Belgique et autres pays européens, en un mot, le virement fait en faveur des populations africaines pour lutter contre la pauvreté, revient aussitôt en Europe sous forme de plusieurs enveloppes et détourné de son but initial. On s’étonne aujourd’hui partout en Europe et en France que la pauvreté continue de ravager l’Afrique à tel point que la masse des candidats à l’immigration clandestine devienne un phénomène de plus en plus inquiétant et nourrit les discours les plus extrémistes dans l’hexagone.

Ainsi, on se rend compte que du moment où la France continuera à soutenir les dictatures en Afrique, elle encourage de facto l’immigration clandestine chez elle, et contribue par la même occasion à renforcer l’extrême droite qui avance pas-à-pas, mais sûrement dans sa stratégie de conquête du pouvoir. Il faut se rappeler à ce sujet de la présence de Front national au second tour des dernières présidentielles en France.

LES DICTATURES AFRICAINES CREENT-ELLES UN TRANSFERT DE PAUVRETE VERS LA France ET L’EUROPE ?

La vraie solution serait d’aider les Africains à se débarrasser des systèmes dictatoriaux qui créent l’insécurité politique, économique, alimentaire et sanitaire partout en Afrique, et de les assister concrètement dans la construction de l’Etat de droit et la démocratie. Tout cela passe par une aide et assistance technique au niveau des élections transparentes s’agissant des présidentielles et législatives, et un apprentissage du jeu parlementaire.

Le jour où une chambre réellement élue en Afrique pourra débattre au cours d’une session parlementaire de la question du budget en toute clarté, pour définir les priorités de son action contre la pauvreté de masse et impliquer sa jeunesse, ainsi qu’une politique d’incitation de sa diaspora en Europe, à rentrer au pays pour prendre part au développement national, nous pouvons en tout état de cause parler d’une véritable lutte contre l’immigration africaine en France.

Pour que les 1.500.000 Togolais éparpillés aux Usa, au Canada, en Allemagne, en Belgique, en Suisse et bien sûr en France et ailleurs dans le monde, retournent au pays, il faut bien mettre hors d’état de nuire cette dictature héréditaire et grégaire de la junte militaire des Gnassingbé au Togo, c’est la seule solution pratique car les Africains sont prêts à abandonner leur cartes de séjour de dix ans, ainsi que leur naturalisation française pour retrouver leur soleil tropical, en apportant leur pierre à la construction nationale, à condition que règnent la sécurité, la démocratie et l’Etat de droit en Afrique.

La France dispose des moyens appropriés pour aider les Africains à relever ce grand défi de démocratisation du continent par lequel elle trouvera son compte dans la lutte contre l’immigration, elle dispose des bases militaires partout en Afrique.

Elle peut aider les Africains à chasser les dictateurs en sécurisant les élections par la présence de la coopération militaire pour cantonner les troupes nationales qui volent les urnes et qui organisent des coups d’Etats militaires, constitutionnels et électoraux en Afrique. Elle doit cesser de considérer des dictateurs minables à bout de souffle comme des « amis personnels ».

Si la France ne joue pas sincèrement et honnêtement le jeu de la démocratie en faveur des Africains, elle ne s’en sortira pas, car elle sera rattrapée par cette pauvreté et cette misère de masse grandissante en Afrique, ainsi, toute l’Afrique cherchera à s’installer en France dans les prochaines décennies et dans ce cas, nous assisterons à un phénomène nouveau. À l’instar du transfert des technologies, nous sommes en plein dans le transfert de pauvreté de l’Afrique vers la France et l’Europe grâce aux dictateurs Africains.

Ces dictateurs Africains de toute sorte, héréditaires, militaires, monarchiques, et dynastiques qui méprisent la loi et les libertés fondamentales, qui répriment les Africains dans le sang jour après jour, contribuent à renforcer les flux migratoires vers l’Europe en vidant le continent de ses forces vives. Nous sommes dans le processus de « l’africanisation » de l’Europe qui est le phénomène inverse à celui des explorateurs du 16ème siècle.

Ils sont nombreux, des centaines de milliers, ces jeunes Africains sortis des universités et nantis d’une maîtrise, d’un DEA, DESS, à attendre leur premier job qui ne vient pas depuis 10, 15, voir 20 ans, soit plus de la moitié d’un parcours professionnel. Face à cette désespérance, ils sont bien contraints de prendre des embarcations de fortunes en direction de l’Europe.

La solution est dans les mains des pouvoirs publics français, s’ils ne réagissent pas, il y aura des « Cachan », des églises Saint Bernard, et bien d’autres encore……

Par Tido BRASSIER

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Evitons de culpabiliser le pauvre :

Posté par issopha le 5 novembre 2007

Evitons de culpabiliser le pauvre :

Pour une autre Afrique

La pauvreté se caractérise par une réelle ou parfois apparente, privation matérielle, culturelle, politique et sociale du minimum vital permettant à un groupe humain de se stabiliser, d’espérer et d’organiser dignement son futur en toute indépendance. Elle se conjugue avec plusieurs registres. Elle peut être individuelle, collective et s’appliquer à des personnes physiques ou morales. La pauvreté est la conséquence d’une gouvernance mondiale qui s’organise localement avec des acteurs liés par un réseau fondé sur les non-dits de la capacité d’influence. Remettre en cause la légitimité et l’autorité de la pensée dominante devient alors difficile sauf si des contre-pouvoirs s’organisent collectivement en s’appuyant sur les échecs et les injustices criardes occasionnés en partie par ces mêmes politiques dominantes sur le terrain.1. Amérique latine réfractaire aux politiques économiques dominantes

Il suffit pour cela d’analyser la démarche en cours en Amérique latine où un front anti-libéral est en train de prendre forme non pas nécessairement contre les tenants du libéralisme, mais plus par rejet des conséquences des politiques libérales appliquées sans nuances et qui ont conduit à l’augmentation des inégalités et une accentuation de la pauvreté. S’agit-il d’une rébellion de l’Amérique latine ? Peut-être ! En réalité, il s’agit d’une prise de conscience qui se diffuse au niveau des couches populaires. Face aux soutiens à des dictateurs, aux épurations par la répression des opposants aux régimes militaires, l’impossible dialogue historique entre Cuba et les Etats-Unis pour ne citer que ces quelques points saillants de la rupture entre le modèle dominant et les nouveaux dirigeants d’Amérique latine et Caraïbes, certaines populations laissées pour compte ont parfois choisi de rejoindre des mouvements dits « révolutionnaires » pour améliorer leur quotidien. Ce mépris du pauvre ne pouvait pas se faire sans la complicité, voire parfois le soutien actif des tenants des positions dominantes qui influencent directement la structuration de l’ordre mondial…

Face à cela et avec des églises dites du « renouveau » qui n’arrivent pas toujours à offrir le paradis sur terre tout en prélevant soigneusement une dîme aux enchères, les solutions à la pauvreté ne peuvent se limiter pour beaucoup à la période paradisiaque et éphémère du carnaval. En réalité, des représentants des populations, paysan, intellectuel, membre de la Diaspora, militaire ou syndicaliste, conscients des enjeux, ont choisi de défendre le pauvre en misant sur une démocratie plus participative. Ils ont choisi de structurer l’essentiel de leur mode de gouvernance sur le transfert des fruits de la croissance économique vers les pauvres et les couches défavorisées, ce que le peuple ne fait que demander depuis belle lurette, mais que des dirigeants, de tous bords, feignaient d’entendre. Souvent ces revendications légitimes furent rapidement « re-emballées » sous forme de promesses électorales réalisables dans un futur lointain où certains médias politiquement corrects acceptent de se faire grassement payer pour entretenir le quiproquo.

Pourtant, une certaine résistance constructive s’est subtilement et discrètement diffusée en cercles concentriques auprès des populations. Restant de plus en plus à l’écoute de leur population, de nombreux dirigeants latino-américains ont adopté comme priorité une forme de gouvernance fondée sur la satisfaction des besoins essentiels des pauvres, des laissés pour compte et des exclus. Le Brésil et le Venezuela sont les émanations les plus représentatives de la volonté de s’approprier les ressources et les capacités nationales et d’en faire profiter directement les pauvres ou les exclus, Il s’agit là véritablement d’une démocratie représentative en action au service des pauvres. Ces exemples méritent de faire tâche d’huile en Afrique.

2. Pas d’avenir pour le NEPAD sans réviser les théories excluant les pauvres ?

La priorité des entreprises ne peut plus, ni ne doit exclusivement reposer sur le profit des actionnaires comme finalité quant on cherche à organiser la cohésion sociale dans un pays pauvre. Cette priorité d’une structure qui génère du profit « financier » doit se doubler d’une recherche de « profit pour la collectivité » en prenant en compte les externalités positives ou négatives occasionnées par la modification sur l’environnement de l’entreprise. Ce nouveau paradigme comprend la notion de « responsabilité sociale de l’entreprise » où les coûts additionnels directs ou indirects liés à une intégration harmonieuse de l’entreprise dans son environnement socio-écologique doivent pouvoir être incorporés « volontairement » comme dépenses dans la comptabilité des entreprises.

Sans d’ailleurs empêcher le profit de l’actionnaire de perdurer, les nouvelles priorités de nombreux dirigeants d’Amérique latine et des Caraïbes se résument de plus en plus souvent sans hypocrisie, à la création d’emplois, à la maîtrise des capacités productives à des fins de solidarité et de redistribution. Il s’agit, entre autres, d’assurer une meilleure intégration sociale, une sécurité alimentaire et une préservation de l’environnement. Bref, des arbitrages politiques et une gouvernance nationale et régionale sont en train de replacer le pauvre au centre d’un système de sécurité humaine et de la construction pérenne d’une « paix durable » dans leurs pays respectifs.

Dès lors que le mieux-être du pauvre devient une finalité, les effets se font sentir sur les migrations. Les pays d’Amérique latine où droits humains, paix, démocratie et croissance économique vont de paire, voient leur Diaspora repenser son avenir en intégrant le retour et la création de richesses dans le pays d’origine comme partie indissociable de leur futur proche. Les transferts de fonds de la Diaspora vers les pays d’origine augmentent, ceci d’autant plus que la pauvreté est grande dans le pays. Haïti est un exemple typique où les fonds transférés par la Diaspora dépasse de loin les autres ressources non génératrices d’endettement : 876 millions de $US en 2004 contre 208 millions de $US d’aide publique au développement . Il faut s’étonner que jusque là, cet effet mécanique sur la réduction de l’immigration n’ait pas trop effleuré l’esprit des dirigeants adeptes des méthodes répressives, voire punitives, envers les immigrés alors que le phénomène migratoire résulte fondamentalement des contradictions d’un système de libre-échange qui supprime ou bloque l’émergence des capacités productives compétitives dans les pays pauvres, pays d’origine d’une grande majorité d’immigrés allant vers les pays du nord.

Combien de pays, de régions africaines ont eu la présence d’esprit d’intégrer cela dans leur politique ? Au contraire, on a vu au cours de 2006 des concepts ségrégationnistes émerger comme l’ivoirité, la congolité ou leur variante nationaliste favorisant la bouc-émissairisation et la victimisation du non-national de « souche » continuer à se diffuser insidieusement. Il suffit pourtant de refaire l’analyse dans le cadre d’une impossible création de capacités productives et de distribution équitable des fruits de la croissance économique en Afrique pour chercher les solutions ailleurs.

En fait, la plupart des pays africains ont intégré sur papier la pauvreté. Les programmes de réduction de la pauvreté, savamment structurés par les institutions de Bretton Woods sont légions en Afrique. Mais la réalité est tout autre. Plus de la moitié des dirigeants africains sur le continent refusent d’adhérer au mécanisme d’évaluation des pairs du nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) où il est fondamentalement question de faire de la renaissance africaine, une rupture avec des modèles prônant l’usurpation ou la neutralisation des capacités productives africaines. Moins du quart des pays africains mettent réellement en pratique les objectifs de réduction de la pauvreté à l’horizon 2015 proposés par les Nations Unies et qu’ils ont religieusement accepté. Malheureusement, les fondements théoriques qui ont conduit à la signature du NEPAD lui-même n’ont pas remis en cause les dysfonctionnements et les effets collatéraux désastreux du système dominant sur les pauvres et la pauvreté en Afrique. Le NEPAD se trouve donc en contradiction avec lui-même et se doit de corriger ses fondements théoriques et méthodologiques en référence à ce qui se fait en Amérique latine ou en Chine.

Il faut donc bien repenser un nouvel avenir du NEPAD. Pour ce faire, il faut refonder le NEPAD avec les représentants des sociétés civiles et des personnalités ayant une légitimité auprès des pauvres et des exclus. En effet, tout programme pour la jeunesse africaine ne pourra pas se faire en refusant de parler à ceux-là même qui partagent la vie de ceux qui souffrent des excès des politiques dominantes et des dirigeants qui méprisent le pauvre. Plus de 44% de la population en 2004 de l’Afrique subsaharienne sont composés de jeunes africains (0-14 ans) et plus des trois quarts d’entre eux risquent de souffrir des arbitrages des dirigeants africains si les politiques, tant de ceux qui sont au pouvoir que des partis dits d’opposition, ne prennent pas en compte le besoin de remettre comme priorité, l’emploi, le pauvre et l’exclu dans les programmes des gouvernements africains.

3. Le pauvre au centre de la sécurité humaine

En Amérique latine et Caraïbes, il est question en fait d’organiser une forme d’intégration qui permet aux acteurs de prendre conscience de l’importance et la maîtrise des capacités productives comme source principale de création et de circulation de la richesse. Ainsi sans éducation, sans accès à la connaissance et au crédit, et en l’absence d’une prise de conscience collective, une grande partie des acteurs politiques et économiques globaux et locaux ne prête que peu d’attention au pauvre en tant qu’individu, en tant qu’entreprise, en tant qu’institution, en tant qu’agglomération, en tant que pays, région ou continent…

Ces mêmes acteurs semblent ne se rappeler du pauvre que lorsque ce dernier, en tant que potentiel électeur, pourrait ne pas les « choisir » comme gouvernant… Mais les promesses électorales sont là pour déjouer la manœuvre et « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». Pour ce qui est de l’Afrique, encore faut-il que les élections se déroulent en toute transparence, en toute sécurité et que les résultats correspondent à ce que les populations, dont une grande majorité pauvre, ont effectivement choisi. Sur ce plan aussi, l’Amérique latine et Caraïbes semblent avoir fait de plus grand progrès et les fraudes électorales ne sont pas aussi criardes qu’en Afrique où la communauté internationale finit par intégrer dans son approche le fait que la démocratie africaine s’accompagne de fraudes massives apparemment de plus en plus acceptables, compte tenu d’autres enjeux se jouant sur les interférences dans le jeu de trocs que se livrent les puissants au niveau des pré-carrés et des zones d’influence en Afrique. Cette approche reste fondamentalement risquée pour les pays où le pouvoir réel est aux mains de militaires anté-démocrates… Anté signifiant ici, non pas contre mais adepte de l’imitation, en l’occurrence celle de la démocratie.

Ces différents niveaux de caractérisation de la pauvreté font passer sous silence une réelle paupérisation ciblée qui tend donc à marginaliser à l’intérieur des espaces géographiques, des individus comme des entités morales, au point de faire d’eux, les victimes et les responsables d’un système de production et de commercialisation dominant. Ce système repose en fait sur un dogme que constitue des « espaces tampons » servant de variables d’ajustement pour les économies économiquement performantes. L’Afrique et ses dirigeants doivent s’organiser pour sortir de ce dilemme, bien plus insidieux que la postcolonie. Sa mise en cause peut parfois même conduire à une gouvernance mondiale qui accepte les guerres de basses tensions confinées géographiquement et permettant au système de perdurer comme des « variables d’ajustements » où se font le commerce des armes et des mines anti-personnelles tuant encore un nombre incalculable de pauvres. De là à penser aux tests en grandeur nature de nouveaux médicaments sur les pauvres, il n’y a qu’un pas qu’il ne faut pas franchir, y compris en Afrique du sud.

4. Vers un autre Etat africain : une solidarité nouvelle autour du pauvre

Il appartient à l’Etat contemporain et les structures qui le soutiennent de stopper le processus de paupérisation doublée d’inégalité et de marginalisation ciblée s’il veut éviter l’éclatement prévisible de rebellions et de contestations à tous les niveaux. Le durcissement de certaines oppositions africaines, le retour en arrière caractérisé par les coupures intempestives de l’électricité dans plusieurs grandes capitales africaines alors qu’entre autres, les services publics de l’électricité et de l’eau sont aux mains d’étrangers posent le problème de la volonté de fournir de l’énergie aux populations et aux sociétés pour développer les capacités productives. Ainsi, il appartient aux Africains eux-mêmes de cesser de se plaindre sur leur sort à l’instar des populations d’Amérique latine et de ce concentrer sur la maîtrise des outils de la création de la richesse qui va de pair avec le choix des dirigeants, épris d’éthique et de solidarité, prêts à relever le défi de la création de la richesse et non celle de la réduction de la pauvreté. En réalité, il s’agit pour le pauvre aussi d’accepter de ne pas verser dans la petite corruption qui rend floue les frontières entre l’éthique et le besoin d’assurer sa survie quotidienne sur le plan alimentaire. Un véritable défi !

C’est bien la richesse créée et répartie intelligemment qui permet la réduction de la pauvreté et non l’inverse. Il faut aussi que le slogan, selon lequel les Africains doivent résoudre eux-mêmes leur problème, ne se limite à pas à donner un chèque en blanc à des régimes ou personnalités épris de « dictature » et qui se réjouissent d’avance de pouvoir « résoudre eux-mêmes leur problème avec leur opposant ». Ils présentent souvent un visage angélique pour mieux mystifier les foules trop occupées à satisfaire leur besoin alimentaire au point de passer par pertes et profits les droits humains, l’impunité, la justice, la liberté, la démocratie, etc.

Il va de soi qu’une approche nouvelle basée sur l’économie de l’interdépendance, et non plus sur celle de la dépendance et de la vassalisation, devient indispensable. Cela suppose une refondation démocratique où les acteurs laissés pour compte devront nécessairement être écoutés, sans avoir un fusil sur la tempe ou subir des menaces personnelles contre leur famille et plus prosaïquement, la menace de leur faire perdre leur emploi. Avec une volonté de promouvoir une économie de proximité où le co-développement est synonyme de respect mutuel, il devient possible d’entrapercevoir une lueur d’espérance et une volonté réelle de créer des biens publics globaux africains et des infrastructures de bien-être demandées par les populations pour satisfaire en priorité leur besoin collectif. Car c’est là que le bât blesse car très peu sont-ils à vouloir créer et maintenir les biens publics sans nécessairement y voir là une source d’enrichissement rapide qui ne se fait pas sans une certaine complicité technique et efficace d’ailleurs.

L’engouement pour les infrastructures comme en témoigne la présence de plus de 41 chefs d’Etat et de gouvernement en Chine ne peut se limiter à faire, avec plus de 80 % des moyens chinois y compris le personnel, les équipements et parfois la matière première non locale, uniquement des stades de football, des palais présidentiels ou encore des routes dont le service de maintenance est laissé à un ministère africain sans moyens financiers… Pourquoi est-ce que les dirigeants chinois et africains n’ont pas pensé de choisir aussi un bien collectif africain ? Un hôpital régional ne ferait certainement pas de mal à personne ! Au lieu de cela, il semble qu’une grande salle de conférence pour le continent ait été « choisie » comme projet, « certainement » au service des pauvres. Oui, il faut une refondation démocratique pour l’Afrique et elle ne peut être laissée à ceux qui croient que le fait de gagner des élections démocratiques, avec ou sans usurpation, leur permet de s’adjuger automatiquement le droit inaliénable de décider au lieu et place du peuple, et plus particulièrement du pauvre, considéré comme quantité négligeable et sans capacité de nuisance. En ne respectant pas cette règle simple en périphérie des pays riches, ces derniers se retrouvent à cumuler les tensions imprévisibles sur le continent africain. Les revendications demeurent les mêmes qu’en Amérique latine.

Les relations entre l’aide au développement et l’amélioration du bien-être du pauvre et des laissés pour compte devront faire l’objet d’un nouveau critère de mesure où le pauvre puisse trouver une corrélation entre le chiffre statistique qui dit généralement que tout va mieux et la vie dans le village. Lorsqu’il est recommandé à un pauvre d’acheter une moustiquaire imprégnée en s’endettant et de trouver le crochet sur lequel il devra faire pendre cette moustiquaire ou encore de s’organiser en association pour acheter collectivement la moustiquaire fabriquée ailleurs et contenant parfois du pyrèthre nocif pour l’être humain, on peut se demander s’il est vraiment question de lutter contre les moustiques ou tout simplement de vendre des moustiquaires, qui au passage aurait pu être produites avec le coton africain « déloyalement » concurrencé par certains pays du nord. Non, l’Afrique n’est pas un tonneau sans fond. Plus des trois quarts des aides retournent aux pays donateurs sous la forme d’expertises, d’équipement et de projets glosant sur le développement des capacités productives et commerciales sans jamais véritablement se donner les moyens de la véritable mise en œuvre, laquelle suppose d’ailleurs d’y intégrer la maintenance. Voilà en fait le vrai défi !

Comment retrouver la confiance entre le riche et le pauvre car des pauvres, il en existe au nord et les Africains devraient se demander pourquoi un dirigeant du nord devrait d’abord envoyer une partie des impôts payés par les contribuables du nord pour satisfaire des pauvres du sud si le système économique dominant considère comme allant de soi un certain volant stable de chômeurs de longue durée que l’on cherche d’ailleurs à culpabiliser .

5. Emploi et capacité productive neutralisée

L’emploi devient alors le nœud du problème car une capacité productive qui fonctionne bien devrait permettre de créer des emplois décents. Une gouvernance qui fonctionne bien devrait permettre que ces emplois soient valorisants et qu’au gré du progrès, ces emplois soient détruits pour être reconvertis dans des emplois mieux qualifiés. Il est donc normal que des entreprises se créent et se ferment pourvu qu’un certain équilibre se réalise entre le nombre d’emplois détruits et ceux créés. Malheureusement, cette logique n’est pas souvent bien comprise en Afrique.

Plusieurs gouvernements s’arc-boutent sur le besoin de bloquer les emplois existant (souvent des vrais faux emplois dans les entreprises publiques en quasi-faillite) en oubliant d’intégrer la composante stratégique de création-destruction inhérente à tout progrès. D’autres avec le cynisme selon lequel certains les dépeignent, n’hésitent pas à tout brader pourvu que leurs comptes en banque personnels soient bien remplis, sur le dos du pauvre bien sûr. Dans les deux cas de figures, plusieurs dirigeants africains et de nombreux donateurs d’aide publique au développement, malgré les belles intentions, se sont spécialisés dans l’art d’ignorer superbement les pauvres . Ce sport national, que dis-je, continental, se pratique collectivement et tend à faire oublier les énormes privilèges et avantages régaliens que se sont octroyés ceux qui arrivent à s’accaparer une parcelle du pouvoir. Les roitelets ne sont pas simplement des dirigeants africains. Ce sont très souvent des personnes de « tous les jours » qui détiennent la clé d’un pouvoir, fusse-t-il minime.

Cette manière de voir permet alors de développer un système de clientélisme favorisant la patrimonialisation de l’Etat et un goût nouveau pour les délices de l’usurpation du travail des autres, soit en ne rémunérant pas à sa juste valeur la force du travail, du capital ou de la matière première, soit tout simplement en « oubliant » de réinvestir les ponctions de richesses prélevées à partir des matières premières africaines dans les infrastructure de bien-être au service de la population tout entière, les pauvres en priorité. Les nouveaux rapports entre les dirigeants africains et la Chine semblent présager du renouvellement des erreurs passées. Les nouveaux rapports entre l’Afrique et l’Asie ou l’Amérique latine ne peuvent se limiter à offrir sans contrepartie les ressources minérales au plus offrant ou à ceux qui posent le moins de conditionnalités. La contrepartie doit nécessairement se traduire par des engagements à favoriser la création de capacités productives jusqu’alors neutralisées afin de favoriser une approche systémique de la création et de la destruction d’emplois décents. Cela ne doit pas se faire aux dépens d’une solidarité dans les fruits de la croissance.

6. Insécurité économique et précarisation de l’emploi décent en Afrique

Pour revenir à l’emploi, on assiste de nouveau à une nouvelle forme d’ajustement de tout le continent africain. Non seulement, ce continent sert de variable d’ajustement pour les pays riches pour les ressources du sol et du sous-sol, mais il sert aussi comme variable d’ajustement pour déverser une partie des poubelles occidentales en Afrique contre monnaies sonnantes et trébuchantes. Dans ce contexte, le silence est d’or. L’emploi est alors structuré comme une sorte de précarisation généralisée sauf si l’on fait allégeance au pouvoir dominant ou en place. Une sorte de dualité du marché du travail se fait jour entre l’informel et le formel, les bien-payés et les sous-payés, les contrats à durée indéterminée et les contrats précaires à durée déterminée… Il va de soi que s’il devient rémunérateur d’enterrer des poubelles occidentales dangereuses pour la santé publique dans un pays, il se trouvera toute une chaîne d’individus peu regardants pour s’adonner à ce genre d’emploi de courte durée mais renouvelable. Comment alors trouver les vrais donneurs d’ordre ? Sont-ils réellement en Afrique ? Les déchets ne retournent-ils pas pour être détruits dans le pays d’origine, indépendamment de la nationalité du bateau transporteur ? Bref, l’insécurité économique permet aussi à ces genres d’emplois de se développer en Afrique.

On parle même maintenant de « contrat à durée incertaine » notamment dans certaines zones franches africaines où le droit du travail est aussi connu que la langue que parlent les habitants de Mars ou de Jupiter. Le système d’assistance en cas de perte d’emplois étant plus que rudimentaire en Afrique, il faut se rendre à l’évidence que les pauvres africains privés d’emplois sont donc bien les « dindons de la farce » sur un marché du travail où règnent la loi du silence et de l’allégeance dès lors que l’on souhaite faire un travail décent pour une durée illimitée. Le chômage volontaire n’existe pas puisque les subsides de l’Etat ne sont pas là pour pourvoir au minimum, ceci sur la base d’un système d’assurance-chômage. Il faut d’ailleurs s’alarmer sur de la hausse sur le plan mondial de plus de 15% du taux de chômage des jeunes des 15-24 ans en dix ans alors qu’en Afrique subsaharienne, ce taux a atteint 34% . Le système d’accumulation sans fin de certains petits patrons d’entreprises, le droit inaliénable de l’actionnaire sur celui de l’ensemble de la communauté et du salarié ne doivent plus faire l’objet d’un silence condescendant où les dégâts sur l’environnement et la santé publique des Africains sont considérés comme « acceptables » parce que ce sont des pauvres… Certains vont jusqu’à affirmer que le coût d’opportunité des pauvres est nul. Autrement dit, les « effacer » ne changerait rien aux conditions économiques… On approche des limites de la rationalité économique pour entrer dans celle de l’irrationalité sociale.

L’insécurité économique devrait être rapidement érigée comme une arme de destruction massive. La Chine l’a bien compris en oubliant d’être communiste. Ce pays rappelle que même un Etat conservateur, nationaliste et dirigiste fondant son pouvoir sur l’autoritarisme et la défense des intérêts supérieurs des pauvres peut trouver la voie royale permettant de garantir une stabilité sociale et le rehaussement rapide du mieux-être de plus de 1,3 milliards de chinois et chinoises. Les fruits de la croissance chinoise sont quasi automatiquement investis dans la santé, l’éducation et de plus en plus dans la protection de l’environnement. Cela s’est fait aux dépens de la démocratie et des droits de l’homme et des enfants, mais des progrès sont percevables sur ces derniers points.

Mais fondamentalement, le moteur de cette croissance reste le fantastique développement des capacités productives et commerciales qui a fait de la Chine, l’atelier industriel mondial qui se refuse à transférer une partie de cette capacité productive vers l’Afrique… Normal, me direz-vous ! Plusieurs dirigeants africains n’en n’ont pas fait la demande… D’autres oublient d’inscrire cette demande dans les contrats de ventes de matière premières en pensant que ces non-dits seront automatiquement pris en compte par les contractants. En réalité, les contrats africains comportent souvent un vide juridique sur les sujets touchant à la transformation locale de la valeur ajoutée avec des créations d’emplois en Afrique et pour des Africains ; est-ce qu’il ne s’agit pas là sur le plan de la responsabilité sociale des Etats et donc des entreprises publiques chinoises, car elles relèvent pour la plupart du domaine public, de signature de contrats léonins sur les matières premières ? Certains n’ont tout simplement pas conscience de la situation, faisant confiance naïvement au fait que le gouvernement chinois se refuse à poser des conditionnalités draconiennes à l’instar de celles posées par les pays occidentaux. D’autres responsables africains enfin s’en fichent éperdument… Pauvre des pauvres !

7. Le pauvre : victime et bouc émissaire

Le pauvre et les sans-voix sont la victime toute trouvée pour justifier les mutations fondamentales du droit à l’emploi et l’érection de la capacité productive africaine. Les réformes structurelles qui ont neutralisé la feuille de route africaine contenue dans le plan de Lagos de 1980, jamais réellement mis en œuvre, risquent à nouveau de bloquer l’émergence d’un marché du travail en Africain. Les autorités chinoises, en référence à leur approche gagnant-gagnant et de renouveau de la responsabilité sociale de l’entreprise, ne doivent plus signer des accords permettant des accès aux matières premières africaines sans libeller clairement la contrepartie en termes d’infrastructure et de capacités productives transférées avec l’utilisation d’intrants et de capital humain africain.

A défaut, à force d’organiser une société sur la baisse régulière des salaires et la précarisation de l’emploi, voire de l’absence d’emplois décents, l’Afrique risque simplement d’être incapable de relever le défi de la mise à niveau des compétences locales pour faire face à la concurrence mondiale et au système nouveau de segmentation de la production mondiale. Les actions tenant plus de la bonne conscience ici et là ne suffisent plus pour obtenir des résultats sur le terrain.

Les Nations Unies ne devraient pas être oubliées dans ce jeu où les blocages des réalisations concrètes sont plus l’œuvre des Etats membres qui refusent de donner les moyens à cette institution. En limitant les moyens, les Etats-membres prolongent régulièrement les délais de résolution des problèmes. Il convient donc d’être fair-play avec le bilan du
Secrétaire général sortant, qui finalement n’a pas manqué de mettre en œuvre ce qui été consensuellement adopté par les Etats-membres. A l’aube d’un nouvel élan des Nations Unies avec une « culture asiatique », il faut espérer que la démocratie, la paix, la croissance économique, l’emploi, les capacités productives et le respect du pauvre seront considérés comme une priorité des priorités. L’Union africaine l’a bien perçu en faisant de l’année 2007, une année de prise de conscience de l’importance de l’industrialisation comme facteur de réduction de la pauvreté en Afrique.

Pour une autre Afrique, évitons de culpabiliser le pauvre même si les responsabilités peuvent être partagées. Ils n’y sont pour rien dans la mondialisation et les règles de gouvernance éditées par des non-pauvres, bien influents. YEA

4 décembre 2006

Par Yves Ekoué Amaïzo


Directeur du groupe de réflexion, d’action et d’influence « Afrology »
Economiste à l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI).

Il s’exprime ici à titre personnel.



1. Manière de voir, n° 90, « Amérique Latine rebelle », décembre 2006 – janvier 2007.
2. World Bank, World Development Indicators 2006, p. 352.
3. Ibid, p. 48.
4. Yves Ekoué Amaïzo, De la dépendance à l’interdépendance. Mondialisation et marginalisation. Une chance pour l’Afrique, collection « interdépendance africaine », éditions l’Harmattan, Paris, 1998.
5. Laurent Cordonnier, « Economistes en guerre contre les chômeurs », in Le Monde diplomatique, décembre 2006, p. 1, 4 et 5.
6. John Kenneth Galbraith, « L’art d’ignorer les pauvres », in Le Monde diplomatique, octobre 2005.
7. Bureau International du Travail, Tendances mondiales de l’emploi des jeunes, 2006.

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Le droit du bon droit

Posté par issopha le 5 novembre 2007

 

Le droit du bon droit

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Ecrit par Alix Ducret   
03-11-2007

Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères françaises, co-fondateur de Médecins sans Frontières.

Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères françaises, co-fondateur de Médecins sans Frontières.

 

 

Depuis des années, certains politiques –parmi lesquels l’actuel ministre des Affaires étrangères français- se sont faits les chantres du droit d’ingérence. Un « droit » qui, par nature, implique de se substituer à une autorité existante, dans un pays autre, afin de lui dicter quelques mesures de bonnes conduites. Toute la question est alors de savoir quels sont les critères de bonne conduite, les bonnes valeurs ? Qui définit le bon du mauvais ?
L’affaire de l’Arche de Zoé met en exergue ce problème, au point que désormais nombre de politiques, journalistes ou faiseurs d’opinion se la posent ouvertement. Car même si, dans ce cas précis, les faits sont poussés à l’extrême, l’ensemble de cette affaire repose clairement la question de l’ingérence et surtout des critères justifiant cette ingérence. Des critères qui n’ont jamais été définis et qui, de fait, dépendent entièrement de l’interprétation que l’on fait du bien et du mal, du bon et du mauvais, du confort et de l’inconfort, de l’admissible et de ce qui ne l’est pas. Les déclarations du fondateur de l’Arche de Zoé sont, sur ce thème, un véritable cas d’école lorsqu’il justifie son action sur le « il n’y a qu’à voir comme ils vivent » ! On croit rêver. C’est exactement comme si un Américain débarquait dans une famille française et décidait d’enlever ses enfants aux parents sous prétexte que la maison n’est pas assez chauffée, les vêtements pas assez « mode » et les ados pas assez ronds.

La question est alors de savoir si le monde entier doit vivre sur les mêmes bases matérielles, intellectuelles et spirituelles. Actuellement, ce n’est pas le cas, mais l’uniformisation du monde et du mode de vie sont-elle nécessaires ? Comme le rappelait fort justement l’historien Jacques Marseille dans une émission de radio du 3 novembre au matin, la colonisation a commencé avec de bons sentiments. Avec le désir d’imposer à d’autres pays, d’autres cultures celle des occidentaux, sous prétexte que ces derniers la considéraient comme le summum de l’aboutissement intellectuel. Avec le désir de faire partager le savoir, les découvertes, la spiritualité…
Imposer, serait-ce la meilleure des valeurs, c’est nier aux autres tout système de pensée propre. C’est nier sa liberté d’être humain, exactement comme Robespierre et Saint-Just voulurent imposer leurs idéaux par la Terreur. Pourtant, ils ne rêvaient jamais que d’égalité…

Dernière mise à jour : ( 03-11-2007 )

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