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LE MIGRANT AFRICAIN DE FRANCE : L’ « AGIR » SOCIAL ET ECONOMIQUE RESTE À CONSTRUIRE

Posté par issopha le 22 janvier 2016

LE MIGRANT AFRICAIN DE FRANCE : L’ « AGIR » SOCIAL  ET  ECONOMIQUE  RESTE À CONSTRUIRE 

Enjeux, discours d’acteurs, pratiques, stratégies et cadres d’intégration, de  mobilisation et  valorisation des compétences des migrants sub-sahariens de l’agglomération lyonnaise

RAPPORT DE RECHERCHE   au   Centre Appui Conseil Formation(ACF) à Villeurbanne

Juillet à novembre 2012

Par Issopha NSANGOU

REMERCIEMENTS

Toute ma reconnaissance va à l’ensemble des responsables et acteurs associatifs qui m’ont accordé un peu de leur temps pour la réalisation de cette enquête.

Un merci tout particulier à mon Maitre de stage, M. Daniel KOUTIA, Directeur du Centre Appui Conseil Formation pour tout son appui logistique et ses précieux conseils.

SOMMAIRE

CONTEXTE DE PRODUCTION ET REALISATION DU RAPPORT DE STAGE 4

INTRODUCTION GENERALE 6

PARTIE 1. CONTEXTE MIGRATOIRE DES AFRICAINS SUBSAHARIENS EN FRANCE ET DA NS LE RHONE 28
Chapitre 1. MIGRATIONS SUBSAHARIENNES EN FRANCE ET DANS LE GRAND LYON 29
Chapitre 2. LE CADRE D’INTEGRATION DES MIGRANTS SUBSAHARIENS 53

PARTIE 2. LES ASSOCIATIONS DES MIGRANTS DU GRAND LYON, LA POLITIQUE D’INTEGRATION ET LA POLITIQUE DE LA VILLE. ANALYSE DES DISCOURS ET PRATIQUES DES RESPONSABLES ASSOCIATIFS 67
Chapitre 3. Données générales de l’enquête de terrain. Profil des associations migrantes subsahariennes du Grand Lyon 68
Chapitre 4. Les associations subsahariennes et l’insertion. Analyse des discours et des pratiques des associations de migrants subsahariens dans le Grand Lyon 88

PARTIE 3. LES ASSOCIATIONS SUBSAHARIENNES ET LES RESEAUX DIASPORIQUES. Logiques de construction et d’affiliation, coûts et bénéfices 108
Chapitre5. Les réseaux diasporiques subsahariens dans le Grand Lyon. Essai de caractérisation 109
Chapitre 6. Motifs d’appartenance aux réseaux associatifs selon les responsables associatifs membres des réseaux de migrants à Lyon 120

PARTIE 4. LES MIGRANTS SUBSAHARIENS DU GRAND LYON, LES ASSOCIATIONS ET LE CAPITAL HUMAIN 140
Chapitre 7. Discours et pratiques autour de la construction, la mobilisation et le développement des compétences des migrants ou « Capacity Building » dans le Grand Lyon 141
Chapitre 8 : Corpus des préconisations par les acteurs associatifs subsahariens au travers de leurs discours 165

CONCLUSION GENERALE 168

TABLE DES MATIERES 169
ANNEXES 174
BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE 179

CONTEXTE DE PRODUCTION ET REALISATION DU RAPPORT DE STAGE

La présente étude est une analyse qualitative qui s’inscrit dans une démarche située entre recherche et action. Les termes de référence ont été définis conjointement par la structure d’accueil : le Centre A.C.F. Rhône- Alpes (Appui, Conseil et Formation) à Villeurbanne et nous-mêmes, sensibles depuis toujours à la problématique de la force et de l’efficacité dans l’unité.

Il s’est agi pour cette étude de mener une réflexion sur un échantillon réduit d’organisations associatives de migrants, à propos des démarches à mettre en œuvre pour construire une plate-forme de collaboration qui permette de mobiliser de façon efficiente les compétences (savoirs, savoir-faire, savoir-être) très hétérogènes, dispersées et peu exploitées des migrants. L’objectif étant d’impliquer un peu plus la communauté immigrée subsaharienne dans les dynamiques économiques, entrepreneuriales, professionnelles et sociales du département du Rhône d’une part, et d’autre part de la région Rhône-Alpes et de la France à plus large échelle.

Les analyses qui vont suivre s’appuient sur l’idée qu’au-delà des transferts de fonds par lesquels les migrants s’illustrent avec un certain succès, les ressources non-financières (RNF) cognitives, relationnelles, organisationnelles, institutionnelles, symboliques des migrants peuvent contribuer autant sinon plus encore au développement des pays d’origine ; mais aussi et surtout à l’amélioration des conditions de vie (emploi, logement école, parentalité) et de participation citoyenne des migrants africains dans l’Hexagone. Ce d’autant que cette catégorie de la population (immigrés naturalisés ou étrangers) subit de plein fouet les contrecoups de la crise économique et financière internationale actuelle, la désintégration du marché du travail, la dégradation des conditions de vie, etc. Quelques chiffres permettront d’illustrer cet état de fait dans les prochains développements.

Notre étude ambitionne dès lors d’apporter un éclairage de plus sur la place et le rôle des organisations associatives des migrants dans le processus d’intégration nationale des immigrés subsahariens en France ( spécifiquement dans les champs économique et professionnel).

Ceci nous a amené tour à tour, au travers des discours des acteurs principalement concernés, à nous interroger sur les modalités pratiques de cet accompagnement (quand il y a lieu), leur spécificité, de même que le niveau d’ancrage des actions associatives des migrants africains dans les politiques publiques en place en matière d’accueil, d’insertion, d’accès à l’emploi et à la formation entre autres ( 1re Partie). Nous verrons également comment s’animent les synergies et les mises en lien entre les réseaux associatifs des migrants dans le Rhône : entre diasporas du savoir ou expertes (transculturelles), les associations professionnelles d’appui aux migrants et les associations communautaires constituées sur une base ethno-régionaliste (2e partie). Et enfin la mise en exergue des pratiques de mobilisation des compétences des migrants dans le département et au-delà (3e partie), toutes sections ponctuées de recommandations pratiques.

En clair, ce travail est une investigation autour de l’ensemble des préalables culturels, sociaux, techniques, cognitifs, organisationnels et opérationnels permettant une implication « réussie » des migrants subsahariens dans les dynamiques socio-économiques de leurs bassins de vie et d’emploi en France. Cela passe par la promotion du droit pour chaque immigré, quels que soient son niveau d’études ou de qualification, ses revenus, son statut vis-à- vis de l’emploi, à être acteur de son projet et de son développement, le droit à être acteur de la vie sociale. L’objectif final étant de développer une citoyenneté concrète, pleine et entière.

L’agglomération lyonnaise nous a servi de cadre d’observation et d’investigation, en raison de la configuration sociodémographique de la région dont elle est issue (Rhône-Alpes), démographiquement très diverse. Elle constitue la deuxième région la plus importante pour la population immigrée résidente (derrière la région Île-de- France) et celle où le maillage et le dynamisme associatifs afférents sont l’un des plus importants de France1.

1
Près de 60.000 associations officiellement déclarées dont environ 30.000 sont actives, et 9638 identifiées dans le Répertoire
départemental des associations du Rhône, tous secteurs confondus, hors les associations politiques.

Un protocole d’enquête (technique d’entretien individuel et de groupe) et un chronogramme ont été définis et l’investigation sur le terrain étalée sur environ deux semaines et demie auprès des responsables associatifs, acteurs institutionnels, migrants entrepreneurs et citoyens lambda ; principalement dans la ville de Lyon et dans sa très proche banlieue (Villeurbanne, Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Bron, Saint-Priest, Caluire-et-Cuire).

L’objectif de notre mission était de produire un rapport sur les résultats de l’investigation permettant de dégager quelques propositions concrètes et pratiques à soumettre aux organisations associatives concernées et les instances périphériques en lien avec elles, de façon à s’éclairer mutuellement sur le cadre juridico-politique de l’intégration et de l’insertion sociale en France aux niveaux départemental et communal. S’éclairer également sur les pratiques des unes et des autres en matière d’insertion en vue d’améliorer et diffuser celles-ci. Accentuer les échanges et capitalisations d’expériences, définir des orientations et des cadres d’action communs, mutualiser les moyens d’action via par exemple l’identification, la cartographie et la mobilisation des compétences des migrants et des non-migrants à l’échelle locale, puis régionale, pour que l’intégration économique et professionnelle assure une autonomisation économico-financière forte (surtout en situation de crise) dans l’optique du développement des pays d’origine.

C’est le prétexte du présent rapport. Il a bénéficié d’un accompagnement méthodologique, théorique et d’un appui logistique à toutes les étapes du Centre A.C.F, particulièrement de son directeur, Daniel KOUTIA. Qu’il en soit ici une fois de plus remercié.

INTRODUCTION GENERALE

MISE EN CONTEXTE ET JUSTIFICATION DE L’ETUDE 7

1. CONSTATS PREALABLES 8
2. PROBLEMATIQUE GENERALE 12
2.1. Questions de recherche 13
2.1.1. Question centrale 13
2.1.2. Questions secondaires 13
2.2. Corpus des réponses provisoires au moment du démarrage de l’enquête 13
2.3. Objectifs de l’étude 14
2.3.1. Objectif principal 14
2.3.2. Objectifs spécifiques 15
3. FONDEMENTS METHODOLOGIQUES DE L’ENQUETE 15
3.1. Cadre théorique opérationnel 15
3.2. Méthode et outils de collecte de données 17
4. METHODES D’ECHANTILLONNAGE 20
5. DELIMITATION DU CHAMP CONCEPTUEL 21

MISE EN CONTEXTE ET JUSTIFICATION DE L’ETUDE

A la faveur de « la prise de conscience croissante de l’importance de la connaissance dans les processus de développement, stimulée par l’émergence des systèmes nationaux d’innovation en même temps que l’ouverture de nombreux pays du Sud durant les années 1990 (Argentine, Chili, Chine, Colombie, Inde) »2, le renforcement et la mobilisation des compétences des expatriés tiennent désormais une place centrale dans les stratégies nationales
de développement au Sud. Si la question des transferts des fonds des migrants a fait l’objet de nombre d’études pluridisciplinaires, l’heure est de plus en plus à l’évaluation d’impact des transferts des ressources non financières principalement cognitives et techniques sur le développement des pays d’origine. D’où les initiatives diasporiques et étatiques qui se sont multipliées ces dernières décennies en faveur de l’agrégation des ressources humaines africaines dotées de compétences utiles à la construction des économies de ces pays. Mais au-delà, la préoccupation semble également se porter sur la nécessité de mettre cette mobilisation du capital cognitif et humain des migrants au service du processus d’intégration économique des « pairs » dans les pays d’accueil. Une préoccupation fortement exprimée par nombre de groupes diasporiques d’Europe (associations et fédérations d’organisations issues des migrants) tels le FORIM et tout récemment le RESACOOP3 en Rhône-Alpes en France ou le forum DAVOC4 en Suisse, à travers la constitution des fichiers de compétences, des annuaires de professionnels issus des migrations. Les associations des migrants, certaines du moins, ne font donc pas l’économie de cette ingénierie ou gestion des connaissances par laquelle passe le développement, au-delà de l’approche traditionnelle des facteurs de production.

Ainsi donc , la réaffirmation du statut du migrant africain en tant qu’acteur incontournable du développement invite les pouvoirs publics des pays d’accueil et de départ, la société civile, les réseaux d’acteurs de la solidarité internationale, les associations d’insertion des migrants dans les pays d’arrivée ainsi que le chercheur, à réfléchir aux voies et moyens permettant d’inciter, développer, faciliter et valoriser l’ « agir »5 social et économique des immigrés d’ancienne ou de fraîche installation en France. Disons le autrement : participer avec efficacité aux dynamiques de transformation sociale dans le Sud commande au migrant, quels que soient son statut et les motifs de l’émigration, de mobiliser d’importantes ressources (financières et immatérielles). Et cela implique une assise juridique et socio-économique solide dans le pays d’accueil, la France en l’occurrence.

Mais au-delà de l’urgence de « développer » et à rebours des « facilités » octroyées par les instances publiques en Europe dans le cadre du dispositif des aides au retour dans le pays d’origine (retour encadré ou volontaire géré par l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration), apparaît en filigrane le besoin pour l’immigré installé légalement de participer pleinement à la vie économique et citoyenne de son environnement social d’une part ; et d’autre part de jouir de son droit à circuler sans compromission de son projet migratoire. Cette participation peut-être multidimensionnelle, individuelle ou collective. La démarche entrepreneuriale, économique ou sociale, prend à cet égard une importance de plus en plus croissante au sein de la population immigrée de France6.

2 Jean-Baptiste Meyer, « La circulation des compétences, un enjeu pour le développement » in Migration et développement, un mariage arrangé, Annuaire suisse de politique du développement, vol.27, N°2, 2008.
3
Réseau Rhône-Alpes d’appui à la coopération internationale et qui depuis 1994 : « conseille et accompagne les organisations de la région
Rhône-Alpes, engagées dans des actions de coopération et de solidarité internationales avec les pays en développement et en transition
économique ». Portail du Résacoop.
4 DAVOC (Draw a vision of Cameroon) est un forum des compétences de la diaspora camerounaise qui s’est tenu pour sa 5e édition à Genève
du 11 au 12 octobre 2012, organisé par le réseau des expatriés camerounais hautement qualifiés , le réseau CASA-NET ( Cameroonian Skills Abroad – Network) basé en Suisse, soutenu par l’ONG Suisse OCAPROCE INTERNATIONAL et par L’État camerounais . Thème majeur du forum :
« contribution des migrants africains aux programmes de développement ». Occasion pour les migrants africains de venir discuter des axes concrets de leur participation à la définition et la mise en œuvre de politiques publiques de développement. Le cas du Cameroun, avec l’examen du récent DSCE (Document Stratégique pour la Croissance et l’Emploi) a ainsi été examiné.
5
Agir : c’est entrer ou être en action, adopter une attitude, exercer une action sur. Quelques synonymes identifiés de ce mot :
entreprendre, exécuter, intervenir, mettre à exécution, mettre en pratique, opérer, passer à l’acte, réagir, s’agiter, se remuer, s’occuper, travailler (Larousse des synonymes et contraires, Mai 2004).
6
Thierry LEVY-TADJINE, « L’entrepreneuriat immigré et son accompagnement en France », thèse de doctorat soutenue en octobre 2004,
Université du Sud-Toulon-Var.

L’ « agir » socio-économique du migrant africain qui va croissant se pose bien des fois comme une solution efficiente aux difficultés d’insertion socioprofessionnelle, avec évidemment, nous le verrons plus loin, des formes, des trajectoires et des fortunes diverses.

Dans l’optique d’appréhender au mieux la problématique de notre étude et d’en préciser par la même occasion son triple intérêt : scientifique, pratique et politique, nous proposons d’inventorier ici quelques constats de départ qui ont donné prétexte à ce travail de recherche.

1. CONSTATS PREALABLES

Constat n°1

Tout d’abord, les immigrés africains en France (travailleurs, réfugiés, naturalisés, illégaux…) n’ont pas tous vocation ou la volonté de devenir acteurs du développement7. En conséquence, ils n’envisagent pas tous systématiquement de retourner dans leur pays d’origine et encore moins d’y engager quelque investissement productif que ce soit. Si la notion si polémique de Co-développement (remorquée par l’impératif politique de la régulation des flux migratoires) s’est pour beaucoup appuyée sur l’hypothèse du retour du migrant volontaire ou forcé (migration temporaire donc) dans le pays d’origine aux fins de s’y réinstaller et de le « développer » , le phénomène même des migrations de retour a considérablement évolué et tend à céder le terrain aux migrations circulatoires. Le phénomène, quoi qu’il en soit, varie selon les espaces, les projets migratoires individuels ou collectifs, et les politiques publiques en la matière promues au Nord comme au Sud.8

Constat n° 2

L’expérience migratoire peut être fondatrice d’une perception alternative du développement par le migrant lui-même, capable à certaines conditions d’analyser un contexte, les enjeux, les intérêts, d’identifier les gains potentiels ou les risques liés aux actions entreprises, puis de développer des stratégies idoines. Selon son statut et les ressources disponibles (fonds, savoirs, compétences, réseaux), le migrant peut avoir recours à la mobilité interne ou externe au départ cette fois du pays d’accueil. Il est donc susceptible de s’installer et, partant, d’initier une activité économique dans un environnement qui lui paraitrait « viable » et stable, un investissement productif donc, dans une aire autre que celle du pays d’origine. Et c’est là tout l’intérêt du paradigme sur la circulation des compétences que nous évoquerons plus loin, et qui a peu à peu éclipsé l’obsessionnelle grille de lecture de la
« fuite des cerveaux ». Le patriotisme économique ou sociopolitique n’est plus une règle absolue dans un contexte où le désenchantement démocratique, l’instabilité politique (pour ce qui est de certains pays africains

7 Altay Manço, Valorisation des compétences et co-développement. Initiatives pour migrants africains qualifiés. La recherche-action VITAR, Irfam, Bruxelles, 2008.
8 Il est reconnu que les flux de retour occasionnés par les politiques publiques concernent de très petits effectifs, c’est ce qu’indiquent
Marie-Laure FLAHAUX et alii, in Partir, revenir : Tendances et facteurs des migrations africaines intra et extra-continentales : « les retours en provenance des pays du Nord sont à la fois moins nombreux et moins rapides. Après 10 années passées hors du Sénégal, environ 7 migrants internationaux sur 10 sont de retour d’Afrique, ils sont seulement 2 sur 10 parmi ceux qui avaient rejoint un pays du Nord. Et l’écart s’accroît encore légèrement avec le temps. Les migrations de retour des Congolais sont légèrement moins nombreuses et moins rapides, mais l’écart en fonction des destinations (pays du Nord vs. pays africains) demeure(…)pour les migrants, le retour au pays est associé à l’incertitude des conditions de réinsertion ; la possibilité de repartir en cas de difficultés lors du retour est une manière de pallier cette incertitude ; du coup, plus le coût du départ est élevé (en argent, en démarches, en risques divers), moins il est aisé de décider de rentrer. Dans d’autres contextes, des chercheurs ont ainsi montré que les migrations de retour des Mexicains sont devenues moins fréquentes lorsque les conditions d’immigration aux États-Unis sont devenues plus difficiles (Massey, Durand et al. 2002)».Pour rappel, le retour des étrangers est à l’ordre du jour en Europe et fait aussi partie de la politique des étrangers. Des initiatives de retour sont mises sur pied dans les différents états membres de l’Union Européenne (UE), et cela pour trois catégories d’étrangers: respectivement les demandeurs d’asile déboutés, les personnes déplacées et les autres migrants. Il s’agit tantôt d’initiatives à court terme ou de programmes ciblés sur un public spécifique, tantôt de services permanents destinés à une large catégorie de personnes, indépendamment de leur nationalité ou de leur statut. Depuis 1992 la plupart de retournants sont des demandeurs d’asile qui n’ont pas été reconnus comme réfugiés.

francophones), la crise économique sévère et son cheptel de conséquences dramatiques pour le niveau de vie des citoyens africains constituent des facteurs répulsifs l iimportants. Ils peuvent être d’ailleurs de nature à impacter
fortement les projets ou trajectoires de vie des migrants, leurs relations avec le pays d’origine, et l’intention d’y retourner, d’y investir ou non. Et à cet égard, nous verrons que les pratiques transnationales de développement de certains migrants en direction de leurs pays d’origine est fonction de la situation et de la configuration sociopolitique de ces derniers. En conséquence, et nous y reviendrons, une partie des migrants en France a vocation à acquérir la nationalité française, une autre à revenir dans le pays de départ et le dernier tiers à partir vers une autre destination.

Constat n°3

Peu de cas sont faits dans la littérature spécialisée des études sur les étapes en amont de la création d’entreprise et le processus d’accompagnement et de création proprement dit, ainsi que la spécificité gestionnaire des initiatives socio-économiques des migrants en France (Lévy-Tadjine, 2004). En effet, si les dimensions socioculturelles de l’entrepreneuriat immigré tiennent une large place dans les travaux scientifiques, il n’en est pas de même de l’ « approche processuelle » ou « approche HOW». Cette approche conduirait par exemple à étudier comment l’entrepreneur subsaharien dans sa démarche entrepreneuriale a recours aux ressources auprès des réseaux des migrants, la solidarité du groupe (pour trouver un financement, une garantie pour les banques, etc). Cette grille de lecture amènerait aussi à s’interroger sur les modalités de management de l’entreprise et l’accompagnement dont il bénéficie de la part des associations d’appui (issues des migrations au besoin), les dynamiques socioculturelles ou interculturelles qui s‘instaurent. En clair, en reprenant à notre compte l’expression de SCHMITT citée par Thierry Lévy-Tadjine (2004, p.17) : « l’étude processuelle de l’entrepreneuriat immigré concerne tout autant les entreprises en création que les entreprises de création ». Un focus sur l’entrepreneur immigré et son accompagnement, en somme. Il serait également intéressant de se pencher sur l’intégration sous l’angle de la finalité, pour évaluer si la création et la gestion d’une entreprise ont permis ou non une intégration, du point de vue de l’entrepreneur lui-même. L’analyse du discours des acteurs sur eux-mêmes et les autres est en ce sens particulièrement pertinent.

Constat n° 4

Les diasporas africaines du savoir (ou diasporas de la connaissance), les ONG de migrants experts10, les organismes d’appui opérationnel et de gestion issus des migrations11 se multiplient depuis quelques années en France, avec l’ambition affichée de mobiliser les ressources financières et non-financières (cognitives, relationnelles, institutionnelles, organisationnelles) des migrants en vue des transferts et du développement dans
l
les pays d’origine. Toutefois, quelques problèmes se posent et nous semblent majeurs:

10 Tel l’ONG de migrants professionnels hautement qualifiés basés en Suisse Afri-Experts International, qui : « offre une gamme de services variés dans les domaines du développement international, des technologies de l’information, des services financiers et de l’immigration. Ses activités s’appuient sur la formation de haut niveau et les compétences de son vaste réseau de consultants qui jouissent d’une excellente notoriété pour réaliser les missions qui leur sont confiées en rapport avec leurs différents champs d’expertises ». Portail Afri-Extperts http://www.afriexperts.com/index.php/notre-firme/mission
11
A l’instar du COSIM Rhône-Alpes qui est un Collectif né avril 2007 à l’initiative d’Organisations de solidarité internationale issues des
Migrations(OSIM) et spécialisé, entre autres missions, dans le renforcement des capacités de celles-ci, l’appui au montage et le suivi des projets de développement solidaire dans les pays d’origine (Afrique, Asie, Amérique latine).

1. La proportion des migrants africains faiblement qualifiés résidant en France, toute génération confondue, est aussi importante en comparaison du contingent des migrants hautement qualifiés, selon de nombreuses études en Europe notamment13. Elle subit plus que d’autres catégories de travailleurs les incidences socio- économiques de la crise économique et financière (taux de chômage élevé chez les hommes et davantage chez les femmes, non-reconnaissance des compétences quand il y en a, emplois peu ou sous-qualifiés et mal rémunérés) avec d’importantes implications sociales (baisse du revenu, mal-logement principalement). Pourtant, bien moindres sont les dispositifs recensés en France au niveau des politiques publiques en matière de (co)-développement et au niveau des OSIM expertes à destination de ce public. Nous entendons par là des dispositifs visant à développer les compétences et l’employabilité des migrants non-diplômés et sans qualifications particulières, au-delà des dispositifs génériques existants gérés par les agences publiques/privées pour l’emploi et la création d’entreprise : Pôle emploi, agences d’intérim, cabinets de recrutement.

Il en ressort parfois une difficulté pour les immigrés à allier aide aux leurs restés au pays et bien-être individuel ou collectif dans la société d’accueil car une partie conséquente des revenus du travail ou des prestations sociales va être dédiée aux transferts de fonds là-bas. Au niveau de la recherche, de ce qu’il ressort de nos investigations documentaires, bien peu de travaux ont été consacrés spécifiquement aux travailleurs migrants sans qualifications en France, si ce n’est indirectement au travers des associations communautaires de migrants, ce qui peut paraître fort réducteur. On sait par exemple peu sur les activités menées par ces groupes diasporiques pour faciliter l’intégration économique et socioprofessionnelle de cette catégorie de travailleurs : formation, réseaux d’information pour la recherche d’emploi, entreprises d’insertion par le travail et issues des migrations, etc. D’où l’intérêt majeur que nous apporterons à ceux-ci, sous l’angle professionnel et économique, dans le cadre de ce travail.

2. Pour faire face de façon plus efficace et coordonnée aux problèmes d’intégration et de développement qui se posent actuellement aux migrants en France, des regroupements d’OSIM (associations, fédérations, forums…) se sont accrus dans le courant des années 2000 (Forim, Fafrad)14 .Parallèlement émergent des tentatives de rapprochement entre membres des diasporas de la connaissance originaires des pays africains. Qu’elles soient l’initiative des migrants ou des non-migrants, l’optique de ces agrégations est d’assurer aux associations socioculturelles, de solidarité ou de développement des immigrés en France: une visibilité publique, administrative et politique, une coopération et une convergence des actions et l’accès aux ressources des instances publiques (subventions et aides en tous genres). Pourtant, en dépit de ces efforts de mutualisation des outils et actions, il n’existe pas à proprement parler de cadre opérationnel spécifique, national et cohérent, permettant des consortiums, des alliances fortes entre réseaux de migrants, des passerelles visibles ayant vocation à décloisonner ces organisations parfois

notes de bas de page
13 Voir la Base de données de l’OCDE sur les immigrés et les expatriés de 2004, in Louka T. Katseli et alii. (2006), « Politiques migratoires et développement : une perspective européenne », Cahier de Politique Économique, n° 30, OCDE. Il y est analysé que : « La migration de travailleurs peu et semi-qualifiés a en général un impact plus fort que l’émigration de professionnels sur la réduction de la pauvreté dans le pays d’origine(…)Trois raisons expliquent ce phénomène : tout d’abord, ces travailleurs sont originaires de familles et de communautés à faible revenu qui profitent donc plus directement de la migration ; ensuite, leur retrait sur les marchés de travail des pays d’origine ouvre la voie à d’autres travailleurs peu ou semi-qualifiés appelés à les remplacer ; enfin, ces migrants ont tendance à envoyer davantage de fonds que les professionnels hautement qualifiés, surtout s’ils ont laissé leurs familles au pays(…) La migration de travailleurs peu ou semi-qualifiés confère par ailleurs d’importants avantages à de nombreux pays d’accueil(…)dans les secteurs de l’agriculture, du BTP et des services aux particuliers »
14
On peut lire ceci à la Page d’accueil du site web du FORIM : « Le Forum des Organisations de Solidarité Internationale issues des
Migrations (FORIM) est une plateforme nationale qui réunit des réseaux, des fédérations et des regroupements d’Organisations de Solidarité Internationale issues de l’Immigration(OSIM), engagés dans des actions d’intégration ici et dans des actions de développement dans les pays d’origine. Le FORIM représente environ 700 associations intervenant en Afrique Subsaharienne, au Maghreb, en Asie du Sud Est, aux Caraïbes et dans l’Océan Indien. Créé en mars 2002 avec le soutien des pouvoirs publics français, il témoigne de la volonté de ses membres de s’associer à toutes les composantes de la société civile française, afin de favoriser l’intégration des populations issues des migrations internationales, de renforcer les échanges entre la France et les pays d’origine et de contribuer au développement de leur région d’origine. Il montre une image spécifique de la vie associative des personnes issues de l’immigration et met en évidence les aspects positifs de la double appartenance en faisant la promotion d’actions conduites en France autour de l’intégration, de l’échange culturel et d’actions de développement vers les pays d’origine » ; La FAFRAD ou Fédération des Associations Franco-Africaines de Développement est une ONG de solidarité internationale née en 2008 et basée à Bobigny en région Île-de-France, dont le but est de « Décloisonner l’espace et le domaine de la coopération Nord-Sud et en particulier, celle décentralisée et assurer une meilleure coordination des initiatives franco-africaine de développement en tirant un meilleur parti de toutes » (statuts de l’organisation)
murées dans un entre-soi qui à certains égards peut desservir.

Ce défaut de cadre commun d’action rend difficile certaines initiatives susceptibles de résoudre les problématiques d’insertion sensibles .Par exemple, construire un système cordonné de promotion des droits sociaux des migrants subsahariens les plus vulnérables qui, même s’ils sont différents par leurs origines ethno-géographiques, ont en partage les mêmes difficultés sociales. Nous pensons également à la mise en place par des structures d’insertion (par la formation) d’un système de certifications et des référentiels et normes professionnelles permettant la mise à contribution des compétences des migrants acquises sans diplôme reconnu (apprentissage non-formel et informel), utiles aux économies des pays source et d’arrivée . Ce système pouvant permettre par ailleurs d’harmoniser, en France en tout cas, les processus spécifiques de montage et valorisation des projets socio-économiques des migrants et les mécanismes de leur gestion. Quelques initiatives notables mais isolées existent, telles la mutuelle des Sénégalais de France15 ou des annuaires de compétences pour lesquels des modalités et cadres de mise en valeur sont définis et connus de l’ensemble des acteurs concernés. C’est le cas des communautés pakistanaise et subsaharienne dans les grandes provinces du Canada. Une telle plateforme opérationnelle pourrait servir de cadre de rapprochement et de coopération aux projets de développement ou d’intégration d’envergure entre fédérations d’associations professionnelles, techniques, scientifiques, financières, institutionnelles de migrants africains dans toute leur diversité. Nous songeons par exemple à la promotion de l’entrepreneuriat international entre autres opportunités.

Or, les interactions entre OSIM techniques, Diasporas africaines dites du savoir (en tant qu’initiatrices de réflexions, de débats et porteuses de propositions innovantes et pratiques) et les associations communautaires de migrants sont pour l’instant, nous le postulons, sinon inexistants, du moins très faiblement mises à contribution dans la démarche de mobilisation et valorisation des compétences des migrants africains. Ce déficit d’approche intégrative à large échelle, en tout cas de part et d’autre de ces 3 pôles d’acteurs diasporiques, pose un problème non-négligeable () d’accès à l’information des nouveaux arrivants au niveau de la France du moins. Cela concerne, par exemple, la connaissance du marché du travail local et national, les certifications requises pour intégrer certains segments du marché du travail, notamment ceux qui ne sont pas réglementés (85% du marché du travail au Canada), l’accès aux incubateurs pour l’entrepreneuriat, la formation professionnelle propre à un secteur d’activités particulier, au-delà bien sûr des dispositifs génériques existants dans le cadre des Plans régionaux d’Intégration redéfinis sous la mandature du Président Nicolas Sarkozy (Contrat d’accueil et d’Intégration, Programme de formations linguistiques, bilan de compétences, en partenariat avec l’Office Français de l’Intégration et de l’Immigration et Pôle emploi, etc.).

3. À l’échelle des instances gouvernementales, nous postulons que combler un tel manque aiderait les migrants organisés et structurés à peser de manière décisive sur l’appareil institutionnel, sur les politiques publiques de l’espace européen et de la France en matière de coopération, de développement, de conseils aux entreprises européennes souhaitant par exemple investir dans les pays africains ; ou plus encore, sur les politiques migratoires et d’intégration dans les pays d’accueil en l’occurrence.

En d’autres termes, il y a nécessité à construire des espaces de développement et de valorisation des capitaux humain et social des immigrés qualifiés et peu ou non-qualifiés ici pour mieux agir avec efficacité dans le long terme là-bas. Et c’est dans et à travers ce cadre opérationnel structuré, identifié, visible, qui se posera comme
« lieu d’investissement de l’action diasporique et son inscription plus élargie dans le cadre national ou continental » ( Babacar Sall , 2003) que serait mise en exergue et apprécié à sa juste valeur l’expertise opérationnelle des diasporas scientifiques et techniques, des OSIM d’appui et gestion des projets économiques des migrants auprès des publics porteurs d’une demande sociale particulière dans les pays d’accueil et dans les pays d’origine : État, entreprises, société civile, particuliers.

15
MECSEF : La Mutuelle d’Épargne, de Crédit des Sénégalais en France (MECSEF) qui ambitionne de « Participer à l’amélioration des
conditions de vie et d’insertion socio-économique des populations ici et là-bas. Permettre à tous Sénégalais vivant en France d’être Acteur Solidaire d’un Co développement économique durable et solidaire », entre autres missions. Voir sur son Portail web : http://www.mecsef.com/

Compte tenu du cheptel de constats qui précèdent, c’est l’exploration du volet insertion/intégration des migrants originaires de l’Afrique sub-saharienne (tous statuts) dans le circuit social et économique en France (mécanismes, dispositifs, acteurs, politiques) qui a mobilisé notre attention. De même que l’autonomie financière et les gains de nature technique qui, théoriquement du moins, leur sont corrélés.

La ligne directrice de cette étude consiste à porter un double regard à la fois sur la démarche individuelle et collective d’insertion des migrants au travers de la mobilisation et la valorisation des ressources ( sociales, culturelles, humaines et économiques) autant que sur la dimension sociale de l’entrepreneuriat immigré très peu exploré (maillage de réseaux de diasporas expertes avec des structures d’accompagnement et de formation et les associations d’insertion des migrants…).

Cette posture met en avant l’idée que les initiatives socio-économiques des migrants constituent une des étapes fondamentales d’accumulation des ressources et des compétences requises dans l’accomplissement des actions de développement. Ce n’est donc pas un hasard si les logiques de transferts et de circulation de fonds et des connaissances (savoirs et savoir-faire) vers les pays en développement ont fait l’objet de nombreux travaux scientifiques et qu’ils sont fortement encouragés par les acteurs politiques et de la solidarité internationale16. L’enjeu est en effet double : l’acquisition de la culture de l’investissement productif par les migrants, sans distinction de
qualification

. Puis le renforcement des capacités de ceux des immigrés les plus concernés par les situations de précarité socioprofessionnelle en France : déqualification, sous-qualification et leurs corollaires.

Aussi, tenterons-nous dans le cadre de ce travail d’esquisser des éléments de réponse à la problématique suivante :

2. PROBLEMATIQUE GENERALE

Si le constat de l’accès de plus en plus restreint au marché du travail en France aux migrants originaires de l’Afrique sub-saharienne est aujourd’hui globalement partagé, il importe d’identifier les mécanismes et les instruments pouvant permettre de reconnaître, développer, mobiliser et valoriser les compétences individuelles et collectives (associatives) des migrants subsahariens qualifiés et faiblement qualifiés en France ; afin d’améliorer leur employabilité, la prise d’initiatives socio-économiques efficientes, favorisant une intégration réussie en France, l’accumulation et la transférabilité de ces ressources financières et immatérielles dans les pays de départ.
Quels cadres organisés et quelles structurations efficaces des associations subsahariennes (tous champs d’actions confondus) pour opérationnaliser la mise en valeur des ressources humaines immigrées africaines, à l’instar de ce que font les diasporas marocaine, indienne et chinoise en France, Europe et Amérique ? Comment atteindre cet objectif et le reproduire à large échelle ?

notes de bas de page
16 Le programme TOTKEN (Transfer of Knowledge Through Expatriate Nationals) ou Transfert de connaissances par l’intermédiaire de nationaux expatriés), développé et conduit depuis 1977 par Le Pnud (Programme des Nations unies pour le développement) offre ainsi des voies alternatives aux pays ne disposant pas d’infrastructures locales viables pour accueillir leurs ressources humaines exilées les plus qualifiées (chercheurs, ingénieurs). Aussi, ce programme permet-il de soutenir des missions temporaires de consultance scientifique ou technique réalisées par des chercheurs expatriés dans leur pays d’origine. Voir par exemple le portail internet du Totken Sénégal adossé au Programme National pour la Mobilisation de l’Expertise de la Diaspora (PNMED) : http://www.tokten.sn/

18
En tout cas ceux qui sont les moins enclins à cette démarche en France, au-delà du financement des micro-réalisations dans les localités
d’origine.

2.1. Questions de recherche

2.1.1. Question centrale

Quels sont les discours, les positionnements et les pratiques des organisations associatives subsahariennes du Grand Lyon en matière de mobilisation des compétences (cognitives, techniques et culturelles), de ressources économiques, de construction des réseaux diasporiques et des alliances stratégiques en regard des champs de l’insertion socio-économique et professionnelle des migrants et du développement solidaire dans les pays source ?

2.1.2. Questions secondaires

- Quelles sont les pratiques des associations sub-sahariennes de l’agglomération lyonnaise en matière d’accueil, d’intégration et d’insertion des migrants (en vue de l’amélioration de leurs conditions de vie) ?

- Comment les organisations associatives appréhendent-elles les dispositifs institutionnels de la politique d’intégration des populations immigrées et des politiques de la ville à Lyon et ses alentours ? Quel est leur niveau d’investissement global dans la mise en œuvre de ces politiques publiques au niveau local ?

- Quel rôle les associations de migrants peuvent-elles jouer, au-delà des instruments génériques existants en France, dans le développement des compétences des travailleurs migrants dans un contexte économique tendu où l’employabilité exige de plus en plus des qualifications fortes, plus de flexibilité et de mobilité ?

- Quels facteurs expliquent que les associations africaines soient d’ordinaire moins bien structurées, moins inter-reliées et moins visibles institutionnellement que les organisations françaises d’insertion ou encore des diasporas maghrébines ? Quels sont du point de vue des acteurs eux-mêmes les facteurs de réussite et d’échecs des groupes diasporiques africains dans le Grand Lyon ?

- Quels solutions et modèles relationnels féconds les acteurs subsahariens esquissent-ils au travers de leurs discours afin de : surmonter les tensions politico-ethniques et luttes internes de pouvoir qui fragilisent d’ordinaire les associations, renforcer les synergies entre groupes associatifs de toutes origines, accentuer les échanges de bonnes pratiques et les expériences porteuses en matière d’insertion ici et de développement là-bas ? Comment formaliser l’influence d’une diaspora peu organisée au niveau institutionnel ici?

- Dans quelle mesure est-il possible d’inclure l’interculturalité dans les mesures spécifiques d’insertion et d’accompagnement à l’accès à l’emploi ou à la création d’entreprise ? les stratégies identitaires des organisations diasporiques africaines peuvent-elles constituer une réponse au processus d’intégration professionnelle et socio-économique des migrants en France ?

- Quelles pratiques développent les associations des migrants en matière de promotion de l’entrepreneuriat immigré ?

2.2. Corpus des réponses provisoires au moment du démarrage de l’enquête

2.2.1. Proposition provisoire de base

L’efficacité individuelle et collective des actions d’intégration sociale, professionnelle et économique des migrants africains regroupés en associations dans le Rhône ainsi que la mobilisation et la valorisation de leurs

compétences sont fortement déterminées et conditionnées par le niveau de structuration et de management de leurs organisations, l’intensité de leurs interactions, le niveau d’accès à l’information pertinente et leur niveau d’expertises respectives.

2.2.2. Propositions de travail

- En dépit des objectifs clairement stipulés dans leurs statuts, nombre d’OSIM et les fédérations auxquelles elles se rattachent n’investissent que très marginalement le champ de l’intégration et appréhendent faiblement les instruments institutionnels existants (Plan départemental d’intégration). Il en ressort que les migrants peu qualifiés par exemple sont les laissés-pour-compte des politiques de développement des compétences (avec ou au-delà des dispositifs génériques existants) et d’accompagnement à l’intégration socio-professionnelle aussi bien par les associations que par les pouvoirs publics.

- L’accompagnement à l’insertion des migrants primo-arrivants ou des migrants anciens se pratique par les associations communautaires de manière informelle et ponctuelle au travers de la mobilisation des ressources et réseaux de sociabilité traditionnels endogènes : hébergement, entraide matérielle et morale entre ressortissants de la même localité ou du même pays d’origine…

- Les lacunes stratégiques et organisationnelles des groupes diasporiques sub-sahariens du Rhône et les défections à l’égard des projets collectifs d’intégration des migrants par les associations qui les représentent résident pour beaucoup dans l’affaiblissement croissant du ferment unitaire national et du sentiment patriotique, la prépondérance des intérêts individuels contradictoires, des conflits de leadership, des irréductibilités ethno-régionalistes, des tensions politiques locales importées en France et des rapports politiques problématiques qu’entretiennent une frange importante des ressortissants africains avec les régimes politiques locaux. Il s’en suit des velléités de mise en réseaux sans consistance réelle et la dispersion accrue des membres de la diaspora et de leurs multiples capitaux (social, cognitif, économique, etc.) qui circulent certes mais sans cadre spécifique de mise à contribution et de valorisation.

- La situation socio-politique du pays d’origine et la réalité du « mieux vivre ensemble » au sein des associations dans le Rhône sont fortement imbriqués.

- Le succès d’une mobilisation et valorisation des compétences aux fins d’une intégration socio- professionnelle et économique forte passe surtout et avant tout par la structuration des groupes associatifs en réseaux alliant, selon les compétences et les apports potentiels, les diasporas de la connaissance, les OSIM d’appui et les associations culturelles, militantes et communautaires, autrement dit, un point de rencontre entre qualifiés, moyennement qualifiés et les sans qualifications.

2.3. Objectifs de l’étude

2.3.1. Objectif principal

Déterminer les pratiques actuelles des groupes diasporiques subsahariens dans le Grand Lyon (OSIM généralistes ou spécialisées) en matière de mobilisation et de valorisation des compétences des migrants qualifiés et faiblement qualifiés, de l’insertion économique et professionnelle et identifier ensuite les conditions et les modalités de mise en place d’un cadre opérationnel organisé permettant :

- de tirer le meilleur parti des savoirs et savoir-faire souvent épars, dévalorisés ou sous-employés des migrants ;

- d’encourager, accompagner et optimiser les initiatives socio-économiques immigrées en France et en Afrique.

2.3.2. Objectifs spécifiques

- Examiner un aspect particulier du processus d’intégration : l’accès des migrants qualifiés et sans qualifications au marché du travail en France et dans le Rhône et l’analyse des remèdes préconisées par le gouvernement français en ce sens et les résultats des mesures ayant eu pour but de favoriser l’intégration.

- Dresser un état des lieux du lien entre associations sub-sahariennes et l’intégration économique des migrants dans l’environnement local, l’importance de cette préoccupation dans leurs agendas d’activités, leur relation à la question du renforcement des compétences et des capacités des migrants au travers des cadres, politiques, intervenants spécialisés et des dispositifs génériques et/ou spécifiques publics : Validation et valorisation des acquis des antécédents professionnels, formation continue d’adultes (professionnelle, remise à niveau).

- identifier les organisations diasporiques africaines (intellectuelles, d’appui et communautaires) de la région lyonnaise et la nature des liens possibles qu’elles entretiennent, puis les pratiques des structures d’appui et accompagnement issues des migrants pour les migrants dans l’optique d’une implication forte et visible de ceux-ci dans les dynamiques économiques des bassins de vie.

- analyser ensuite les préalables nécessaires et les ressources à mobiliser afin qu’émerge un cadre opérationnel efficient, facilitant la collaboration entre groupes de migrants experts et non-experts ; ce cadre visant à développer l’employabilité des migrants africains ( tous statuts , niveau d’études et origines confondus) en tirant le meilleur parti de leurs aptitudes souvent éparses, inadéquates , dévalorisées et/ou sous-employées.

- Identifier les pistes pour associer les groupes diasporiques (OSIM communautaires et diasporas professionnelles et savantes) à la politique régionale de coopération décentralisée, de solidarité internationale et d’intégration socioculturelle, professionnelle et économique des immigrés.

- Identifier ce qui se fait avec réussite sur les plans opérationnel et organisationnel au sein des associations sub-sahariennes du Grand Lyon et les opportunités de leur réplication en d’autres endroits dans un cadre formel d’échanges de bonnes pratiques et capitalisation d’expériences.

3. FONDEMENTS METHODOLOGIQUES DE L’ETUDE

3.1. Cadre théorique opérationnel

Pour déterminer ses appuis méthodologiques, la présente étude a eu recours à :

 La Théorie de l’acteur stratégique (acteur et le système)

Centrale dans la sociologie des organisations, développée par Michel Crozier et Erhard Friedberg, elle nous a permis de saisir, à travers les discours et l’observation participative, les rationalités d’acteurs qui président aux choix d’adhésion ou non aux réseaux des pairs, les jeux et intérêts qui s’affirment , interagissent ou s’opposent, leurs impacts sur les actions collectives et l’efficacité ou non de celles-ci sur les objectifs de développement, solidarité ou d’intégration en France. Dit autrement, la démarche a consisté à analyser le fonctionnement et la structuration des organisations de migrants en partant des caractéristiques et des stratégies individuelles ou collectives propres aux membres qui les composent.

Cette théorie s’appuie d’ailleurs sur trois principes majeurs relatifs au concept de stratégie que nous avons repris à notre compte dans le cadre de cette étude :

- Renforcer la capacité d’action en aménageant dans le même temps des marges de manœuvre est le sens majeur des actions des acteurs dans une organisation ;

- Le comportement des acteurs a toujours un sens intrinsèque même si les projets peuvent parfois manquer de cohérence ou de clarté ;

- Tout comportement humain est actif dans la mesure où il résulte d’un choix et s’ajuste de façon opportune en fonction du comportement possible d’autrui.

À la lumière de ces principes, nous avons émis l’hypothèse que les stratégies du migrant membre de groupes associatifs s’élaborent au fur et à mesure eu égard à la situation dans laquelle il est impliqué, son statut, les actions engagées, les objectifs de l’organisation qui peuvent converger ou non avec ses intérêts propres, les ressources dont il dispose et tirent parti, les relations entretenues avec les uns et les autres, ici et là-bas, les rapports de pouvoir qui ne manquent pas dans une telle configuration sociale, les représentations individuelles. Ce qui revient aussi à analyser les « effets de composition » ( Raymond Boudon), ou la façon dont un processus social naît de l’agrégation des actions individuelles, l’issue du jeu, le décalage significatif entre le rôle et les actions et comportements de l’acteur. Ainsi, lorsque le sentiment d’appartenance au groupe, à une culture nationale sédimentée dans les objectifs et missions de l’organisation apparait faible, il s’en suit une difficulté pour les migrants pourtant issus du même pays et de sensibilités ethno-régionalistes et politiques semblables ou différentes à se fédérer en constituant une diaspora intégrée propre à ce pays, au sens où on parle de la diaspora russe ou indienne. Il restera néanmoins à comprendre comment en dépit de cette hétérogénéité qui traverse et affecte les groupes diasporiques africains, ceux-ci parviennent néanmoins à maintenir leur identité propre et à se pérenniser.

La grille d’analyse par la stratégie permet également d’éclairer les initiatives entreprises par les migrants, les logiques de leurs actions (approche compréhensive), en vue d’accroître leurs possibilités de s’insérer dans le tissu socio-économique en France ou d’intégrer durablement le marché de l’emploi, de s’y maintenir en sécurisant les parcours professionnels ou en optant pour la mobilité professionnelle qui peut s’accompagner de la mobilité résidentielle. Ce qui implique une lecture analytique de la situation (contexte historique et institutionnel, symboles, dispositifs…) qui participe à la formation des logiques d’action.

L’enquête de terrain est à cet égard un outil de collecte de données particulièrement indiqué. Par cette analyse empirique, nous rejoignons :
Le paradigme de l’individualisme méthodologique

Il est en usage dans les sciences économiques et sociales et explique par une approche ascendante les phénomènes collectifs à partir des attributs des individus (volonté, motivations, possibilité d’agir en acteur libre, dispositions, croyances, ressources, relations) et leurs actions.

Ainsi, pour comprendre les groupes diasporiques, ses forces et ses faiblesses, et leur capacité d’action, il faut analyser les buts, intérêts et actions des individus. En ce sens, ce paradigme s’oppose au holisme qui part du global pour expliquer le particulier (approche descendante).

Nous allons d’ailleurs introduire un fléchissement à la lecture individualiste des processus sociaux en indiquant l’importance des structures sociales comme lieux de socialisation et de construction de l’identité, de promotion des mécanismes identitaires, comme c’est le cas pour les associations de migrants constituées sur une base ethnique, professionnelle, institutionnelle, financière, technique ou scientifique. La sociologie bourdieusienne ne dit pas autre chose qui postule que les intentions et les individus sont globalement déductibles de la place qu’ils occupent

dans la société, bien au-delà de leurs motivations et intérêts propres. Ainsi Jean-Pierre Dupuy parle-t-il d’Individualisme méthodologique complexe (ou IMC) qui réconcilie les deux paradigmes sus-cités. En clair, les actions individuelles s’agrègent et modifient les structures sociales qui à leur tour « produisent des effets cognitifs sur les individus et déterminent en partie leurs actions. » (J-P Dupuy).En somme, une interdépendance entre action et structure.

Ce qui nous amènera ensuite à aborder la question de la conduite du changement en organisation, chère à la sociologie des logiques d’action, avec l’idée centrale que la réussite du changement dépend de la structuration d’une organisation en réseau. Autrement dit, une meilleure intégration socio-économique et professionnelle des migrants en France dépend pour beaucoup de l’organisation en réseaux intégrés des groupes diasporiques de même origine dispersés dans différentes régions du même pays d’accueil ou dans d’autres pays de destination. La multiplication des réseaux secondaires forts en clair (Natalie Buga, 2011).

Au final, la présente recherche pour l’action accorde une place centrale à :

 La sociologie des organisations

Elle agrège l’ensemble des paradigmes explicatifs évoqués plus haut. C’est une branche de la sociologie qui prend pour étude la manière dont les acteurs construisent et cordonnent des activités organisées, les modes de gouvernance des organisations et les interactions de celles-ci avec l’environnement socio-politique, technique, économique et culturel direct ou distant. Hiérarchie et relations de pouvoir, lien social et identitaire, phénomènes culturels, étude de la circulation de l’information et outils de communication, les situations conflictuelles sont autant d’angles d’étude abordés par la sociologie des organisations et que nous ferons nôtres dans l’analyse empirique des individus et des groupes diasporiques sub-sahariens dans le périmètre géographique du Grand Lyon en Région Rhône-Alpes.

Pour renforcer notre armature théorique, nous évoquons de façon marginale :

 Les théories générales des migrations (positives et normatives) : Elles font un focus sur les apports globaux des mouvements migratoires au développement des pays des départs ;

 Les approches socioculturelle, économique et processuelle permettant de saisir au mieux des pans de l’entreprenariat immigré dans notre zone d’investigation ;

 Les théories des réseaux sociaux et de l’acteur-réseau pour nous guider dans l’analyse des logiques et dynamiques de mise en réseaux des OSIM africaines dans le Grand Lyon spécifiquement.

3.2. Méthode et outils de collecte de données

Le présent travail est principalement axé sur une analyse qualitative et s’appuie sur un parti pris méthodologique qui est la démarche de recherche pour l’action. Qu’est-ce que cela implique pour notre travail d’investigation ?

3.2.1. La recherche-action

L’expression recherche-action est apparue dans les années 40 sous la plume de Kurt Lewin et repris au cours des années 50 par des psychosociologues américains et britanniques. En France, son usage est devenu fréquent à partir de 1977, devenant même une mode (Rémi HESS, 1983). Mais que recouvre pour chaque auteur le mot recherche et le mot action si l’on considère que la spécificité de toute démarche de recherche-action tient à la combinaison à de la dimension recherche et la dimension action ?

D’après Robert Rapoport, la recherche-action vise à « apporter une contribution à la fois aux préoccupations pratiques des personnes se trouvant en situation problématique et au développement des sciences sociales par une collaboration qui les relie selon un schéma éthique mutuellement acceptable. »19

Pour Guy Le BOTERF, « La recherche-action est un processus dans lequel les acteurs sociaux ne sont plus considérés comme de simples objets passifs d’investigation, deviennent de plus en plus des sujets conduisant une recherche avec la collaboration de chercheurs professionnels. Ce sont donc les groupes sociaux concernés qui vont identifier les problèmes qu’ils veulent étudier, en réaliser une analyse critique et rechercher les solutions correspondantes. »

Ces deux assertions font écho en gros à l’idée que les connaissances dérivent de l’action et connaître un objet, c’est agir sur lui et le transformer, en saisissant « les mécanismes de cette transformation en liaison avec les actions transformatrices elles-mêmes » (Jean PIAGET, 1969). En clair assimiler le réel en vue d’une coordination nécessaire et générale de l’action, une recherche pour l’action en somme.

Nous définirons la recherche-action comme une méthode de recherche qui permet l’interpénétration dans la même démarche de compréhension de la théorie et la pratique. C’est donc une rencontre entre chercheurs et praticiens. Elle a pour vocation d’ une part d’associer les acteurs sociaux à la démarche de la recherche et d’autre part de co-construire avec ces acteurs les connaissances qui irrigueront ou à tout le moins orienteront leurs actions. La recherche-action part généralement du constat d’une situation, de pratiques, de résultats vécus comme insuffisants ou insatisfaisants. Aussi porte-t-elle une volonté d’intervention aux fins d’une transformation, d’un changement dans le monde réel mais sur une échelle restreinte quoique tendant vers un projet plus général. Cette volonté est adossée à la compréhension du problème à résoudre, pour ce qui est des acteurs. Pour le chercheur en revanche, elle a une visée de connaissance qui, sur la base des informations collectées sur le terrain, peut esquisser une théorie.

Nous pouvons avec Jean Dubost20 dégager 4 caractéristiques de la démarche de recherche-action :

• C’est d’abord une recherche fondamentale ;
• Ensuite une recherche sur l’action ;
• Puis une recherche pour l’action, en raison de l’intérêt portée à son efficacité ;
• Enfin une recherche en action du fait de la participation des sujets de la recherche à la réflexion.

Signe particulier de cette démarche, les réponses particulières à un ensemble de problèmes particuliers n’ont pas nécessairement vocation à être reproduites autre part, sinon à certaines conditions. En clair, si la recherche-action apporte des réponses tout à la fois complexes et singulières à une problématique contextualisée, localisée, elle n’exclut pas non plus radicalement une reproduction en d’autres contextes.

À tout prendre , la recherche-action telle que la conçoit Lewin « a pour objectif de produire des connaissances en cherchant à comprendre ce qui se passe tout en impliquant les groupes concernés par la recherche dans une visée de changement voire de développement organisationnel », précise la sociologue Catherine TOURILHES21

À l’échelle de notre enquête, nous nous situons entre recherche et action. En raison du temps extrêmement court dont nous disposions pour ce travail et la difficulté à joindre et rassembler pour une réflexion commune les différents interlocuteurs, nous nous sommes bornés à mener un certain nombre d’entretiens approfondis, à recueillir des données auprès des acteurs ayant tout ou partie liée avec la relation immigration et intégration. Toutefois, la visée transformatrice a constitué notre ligne fondatrice car ayant noté dans le cadre de nos entretiens

19 Robert N. RAPOPORT in « Les trois dilemmes de la recherche-action. » Connexions n°7, 1973, p. 115.
20
« Les critères de la recherche-action. » Pour n° 90, 1983, p. 17
21 Catherine Tourilhes in « La recherche-action comme démarche de coopération sur un territoire. Expérimentation d’une formation-recherche intégrant étudiants, formateurs, chercheurs, professionnels, IRTS Champagne Ardenne, Laboratoire de recherche CIREL-PROFEOR, Lille 3.

exploratoires un certain nombre de problématiques formulées par les acteurs eux-mêmes et pour lesquelles il fallait esquisser des solutions, collectivement de préférence.

Il s’est donc agi de mener une enquête dans la Communauté urbaine de Lyon afin de comprendre le positionnement des migrants organisés en associations et réseaux d’associations sur la question de la mobilisation et la mise en valeur des compétences dans l’optique d’actions d’insertion socio-économique efficientes ici et là- bas. Au-delà de la place qu’occupe cet impératif dans l’agenda des diasporas en France, cette enquête visait également à identifier les actions menées collectivement pour atteindre cet objectif dans le périmètre rhodanien et les collaborations possibles entre groupes associatifs sub-sahariens. Ce qui nous a permis de recouper les informations en vue d’une rapide comparaison avec les diasporas asiatiques et afin d’en isoler les points de convergence et de divergence, les potentialités de succès ou d’échec, les constantes et les spécificités en la matière.

Pour ce faire, nous avons privilégié des outils permettant une collecte efficiente de données dites qualitatives, à savoir :

3.2.2. L’analyse documentaire et de contenus

À partir d’une revue de la littérature la plus pertinente possible sur ce thème, nous avons dressé un état des lieux sur les groupes diasporiques, leurs organisations, l’impact de leurs activités sur les économies du pays d’accueil et des pays d’origine, de même que les démarches entreprises visant l’intégration socio-économique de leurs membres dans la région lyonnaise et leurs pratiques en termes de mobilisation, développement et valorisation des compétences des membres de la communauté africaine de France et du périmètre d’enquête. À cet égard, nous avons exploité quantité de données statistiques officielles du type INSEE, et celles issues des travaux de recherche divers (articles de revues, mémoires, thèses de doctorat… ou encore des OSIM elles-mêmes). Ce sont entre autres données celles portant sur les associations identifiées de migrants de part et d’autre de la région Rhône-Alpes, le volume des transferts des ressources, la création d’entreprise par les immigrés en France (taux, résultats, post-suivi), les renseignements sociodémographiques de la population immigrée rhônalpine en général et rhodanienne en particulier.

3.2.3. Les Entretiens qualitatifs

Ils nous sont apparus comme la voie royale d’appréhension et de compréhension des représentations, croyances, attitudes et comportements, dits et non-dits, les pratiques ou non-pratiques au travers des discours des migrants engagés dans la situation ici concernée. Les entretiens menés selon le cas et les possibilités étaient principalement semi-directifs, directifs ou de groupe (focus group), le but étant de recueillir les points de vue des acteurs associatifs et non associatifs dans toute leur complexité et diversité, sur eux-mêmes, sur le sens qu’ils donnent à leurs actions, sur leurs relations aux autres et sur leurs environnements multiples. Nous nous sommes dotés pour cela d’un guide d’entretien, que nous avons adapté en fonction des catégories d’interlocuteurs (statut, fonction, origine, etc.) cibles de l’enquête. Ce sont pas moins de 20 responsables d’associations et réseaux d’associations de migrants du département du Rhône que nous avons rencontrés, de même que quelques institutionnels en mairie notamment (Bron, Villeurbanne). Nous y reviendrons dans le détail dans les prochains chapitres.

3.2.4. L’Observation participante

Au cours de notre enquête, il nous est arrivé de participer personnellement aux réunions, assemblées générales de certaines associations et manifestations d’OSIM de solidarité et du développement actives dans l’agglomération lyonnaise. L’objectif était de nous immerger et de nous imprégner de l’exercice démocratique ou des pratiques spécifiques en termes de prise de décisions, puis comprendre l’appréhension qu’ont ces dernières de la question de la mobilisation des savoir-faire et valorisation des compétences, du niveau de structuration des organisations de migrants, du niveau d’intégration de ceux-ci, des actions à envisager pour améliorer les capacités d’action et accentuer les marges de manœuvre. Nous avons ainsi pu assister à des séances de brainstorming en préparation de la Journée de solidarité (du 16 au 18 novembre 2012) co-organisée par un réseau d’associations de

solidarité et développement : le CADR ; ou encore à une réunion de préparation de cet évènement par le collectif des associations béninoises de Rhône-Alpes.

4. METHODES D’ECHANTILLONNAGE

4.1. L’échantillon

Si on ne dispose pas de chiffres précis du nombre d’associations issues des migrations sub-sahariennes dans le Rhône, il est possible de se faire une idée de celles qui en sont les plus représentatives en consultant les bases de données d’associations disponibles sur les sites internet des quelques rares réseaux associatifs de migrants de notre zone d’enquête. Aussi nous sommes nous procurés une liste non-exhaustive des OSIM membres du COSIM Rhône-Alpes, du Collectif Africa 50 et du CADR mais aussi en consultant les annuaires des associations édités par les collectivités territoriales : Mairie de Bron, Mairie de Villeurbanne, Hôtel de ville de Lyon et Mairie de Vénissieux pour ne citer que ces pôles d’informations. En les croisant, nous avons pu obtenir les coordonnées des responsables administratifs desdites OSIM.

La définition de la taille de notre échantillon d’enquêtés a été fonction de plusieurs facteurs, des impondérables avec lesquels il a fallu composer : tout d’abord la disponibilité des acteurs (coordonnées, temps) et du consentement à se laisser interviewer. Nous nous étions engagés au départ à assurer selon la méthode des quotas une représentativité parfaite de toutes les nationalités sub-sahariennes présentes sur le territoire rhodanien dans notre échantillon d’associations. Nous avions alors établi une liste précise de groupes associatifs de toutes origines à contacter, en nous appuyant sur notre base de données extraite du site du COSIM Rhône- Alpes. Nombre de ces associations sont restées injoignables. Après avoir défini une stratégie de prise de contact tout d’abord par la constitution d’une base de données des associations rhodaniennes de migrants identifiées par les réseaux et les mairies du périmètre de l’enquête, nous avons opéré en deux temps : e-mailing selon les adresses électroniques disponibles et les appels téléphoniques. Même si au final nous avons arraché quelques rendez-vous extrêmement intéressants par la qualité des échanges qui en ont suivi, le taux de retour de nos contacts a été plutôt faible : manque de temps de nombre de membres d’associations, peu de coordonnées à jour ( e-mails et numéros de téléphone erronés ), méfiance de certains acteurs vis-à-vis de notre démarche d’enquête, malgré toutes les précisions et précautions prises et les garanties données au travers de nos courriels et contacts téléphoniques. Au-delà de ces impondérables, l’enquête s’est déroulée essentiellement auprès des acteurs associatifs (responsables, membres actifs ou démissionnaires), des acteurs sociaux et institutionnels en relation avec les associations de migrants (ONG de solidarité internationale et de développement, réseaux des collectivités territoriales en charge de la coopération décentralisée…). Ce sont, dans le détail :

- Associations communautaires de solidarité (associations villageoises-rurales, régionales)

- Associations culturelles

- Association militante (santé)

- Associations féminines (transnationales, communautaires ou culturelles)

- Associations techniques d’appui aux projets et demande de financement des migrants

- Associations nationales (généralement des collectifs d’associations régionales ou culturelles)

- Fédérations régionales et nationales d’OSIM (du type COSIM, FORIM, FAFRAD, CADR, RESACOOP…)

4.2. Indicateurs d’analyse de l’enquête

Nous en avons défini quelques-uns en fonction des thématiques principales de l’enquête. Aussi, se mêlent variables explicatives et dépendantes, en fonction des catégories d’enquêtés : au niveau individuel, associatif et institutionnel. Elles portent tour à tour sur des données empiriques de diagnostic du phénomène associatif sub-saharien du département du Rhône, l’analyse objective d’un problème ou d’une situation singulière par les acteurs, puis les opinions personnelles émises en termes d’explication des logiques et causes des questions soulevées et leurs justifications, puis en termes de préconisation de solutions et moyens de mise en œuvre. Entre autres indicateurs de notre investigation déterminés au travers des opinions des acteurs associatifs :

- La taille de l’association, les champs et périmètre des actions et l’échelle des priorités des associations
- L’ancienneté des enquêtés sur le territoire national du pays d’accueil
- Le niveau de satisfaction du fonctionnement des Osim, de l’engagement associatif et de ses retombées concrètes au niveau individuel et collectif
- Les actions des associations en faveur de l’intégration et leur niveau d’investissement dans ce champ
- L’appartenance aux réseaux et les alliances stratégiques conclues avec différents acteurs, le degré d’ouverture, de connaissance mutuelle et d’interactions entre associations (migrants, français de naissance) et entre réseaux (capital social).
- Les actions déployées en matière d’accompagnement à l’insertion socio-économique, l’incitation et le soutien à la création d’activités génératrices de revenus ou l’entreprenariat (capital économique).
- Le niveau de connaissance des droits spécifiques aux migrants et droit commun, instruments et dispositifs existants en matière de soutien aux associations (subventions, formation, encadrement, fiscalité) et l’intégration des populations immigrées (PRIPI, PDI, Politique de la ville dans son volet insertion et lutte contre les discriminations). Nous le résumons au capital culturel.
- Les pratiques en termes de mobilisation, développement et gestion des compétences en vue des actions (capital humain)
- La nature des solutions préconisées pour faire face aux difficultés quotidiennes face aux problèmes identifiés comme constituant un obstacle à l’atteinte des objectifs visés.

5. DELIMITATION DU CHAMP CONCEPTUEL

La présente étude fait appel à un ensemble de concepts qui relèvent de plusieurs champs disciplinaires (socio- anthropologie, psychologie sociale, sciences de l’éducation, économie du développement…) et s’interpénètrent eu égard à nos thématiques de recherche.

Compétences

C’est un ensemble de connaissances théoriques et techniques acquises par la formation ou par l’expérience, mobilisables et surtout utiles à l’exercice d’une activité. À la lecture de diverses définitions proposées par les théoriciens français de la notion de compétence, dans le cadre notamment de l’économie des savoirs, des caractéristiques et dimensions multiples du concept peuvent être isolées. Ainsi, la compétence à la fois:

- Opératoire : En clair, elle permet d’agir, elle est « compétence à agir » d’après la délicieuse formule de Michel Parlier22, en ce sens qu’elle se repère et se rapporte toujours à une activité et à une situation professionnelle donnée. On la dit alors contextuelle (Sandra Bellier).

- Apprise : car elle s’acquiert par construction personnelle et sociale ;

22 Michel Parlier, « La compétence, nouveau modèle de gestion des ressources humaines », revue Personnel, N° 366, 1996.

- Structurée dans la mesure où elle regroupe un ensemble de « savoirs d’actions » (Philippe Zarifian) : le savoir proprement dit comme somme des connaissances théoriques et techniques, le savoir-faire qui renvoie aux habiletés de l’individu et le savoir-être qui en constitue les qualités personnelles.

La compétence combine d’autres attributs dont le savoir-agir qui est l’art d’assembler les ressources adéquates , le vouloir-agir et le pouvoir-agir qui allient un contexte (conditions sociales, organisations, etc.) qui rend possible ou non la prise de risques ou de responsabilité d’une part, et d’autre part la motivation de l’individu à agir.

En conséquence, le concept de compétence revêt les atours d’une attitude face aux situations qui commandent d’agir en visant la réussite, au besoin en mobilisant des réseaux d’acteurs qui, pour atteindre cet objectif, vont contribuer directement à la prise en charge de ces situations en y apportant en tout cas leur soutien (P. Zarifian).

Cette observation valide l’idée d’une participation des réseaux des migrants à la construction et au renforcement des savoir, vouloir et pouvoir agir ( les compétences donc) dans l’optique d’augmenter la valeur de la main d’œuvre du migrant, la compatibilité de ses aptitudes, traits de personnalité et connaissances acquises avec les attentes du marché du travail en mutation, lequel exige dans un contexte économique tendu une flexibilité, une adaptabilité à toute épreuve, une disponibilité immédiate et des compétences spécifiques. Ces compétences peuvent aussi être recherchées par les associations elles-mêmes qui font face à une crise sans précédent, ce qui tend à démobiliser les ressources humaines bénévoles.

Dans ce contexte, comme déjà évoqué plus haut, les communautés africaines de France peinent à identifier, inventorier, mobiliser et mettre en œuvre des cadres opérationnels de valorisation des compétences de ses ressources humaines de haute facture. Si quelques États des pays d’émigration ont mis en place des politiques visant à mobiliser les compétences de leurs expatriés pour les besoins du développement national, d’autres en revanche ne s’en sont guère préoccupés : « Il existe(…) un handicap de poids : c’est la méconnaissance des ressources humaines qualifiées dans les pays d’accueil. Les consulats africains en Europe ignorent jusqu’au nombre de leurs ressortissants et ne savent rien de leurs compétences. Dans ce cas, comment envisager, de manière efficace, la mobilisation des ressources disponibles à des fins de développement s’il n’y a pas au préalable d’identification, d’organisation et de rationalisation du potentiel diasporique ?» (Babacar Sall, 2003).

Les compétences sub-sahariennes de la diaspora se recrutent donc assurément dans divers secteurs d’activités et du savoir (sciences et techniques, management, enseignement, arts, finances, institutionnel, etc.). Et si la presse africaine célèbre régulièrement les plus emblématiques de ses représentants à l’étranger, ceux qui s’illustrent dans un domaine particulier23, des exemples d’organisations africaines défrayant positivement la chronique des médias
africains et occidentaux se font en revanche plus rares. Au-delà des réseaux diasporiques émergents, forts bien structurés et devenus modèles d’organisations des migrants hautement qualifiés tels les réseaux SANSA24 et SADN sud-africains, peu nombreux sont des mouvements diasporiques africains parvenus à un tel niveau d’organisation transnationale et de mobilisation de ses ressortissants les plus qualifiés. En dépit de quelques velléités d’agrégation
des ressources compétentes çà et là (l’annuaire des compétences du FORIM par exemple), la dispersion des
« sachant », des « exécutants » et des « performants »25 reste la règle.

Au-delà, la question des compétences pose aussi l’épineux problème des niveaux de qualification des migrants qui entrent ou aspirent à intégrer le marché du travail français. Or, il ressort des enquêtes de l’INSEE, et nous y reviendrons, qu’en considérant la population active immigrée dans son ensemble, la proportion des travailleurs

23 Voir le trimestriel Africa 24 Magazine, N° 7 d’août-Octobre 2012, sur les parcours élogieux de certains Africains de la diaspora à l’étranger.
24 SANSA : South African Network of Skills Abroad , SADN : South African Diaspora Network
25
Ces attributs résument les types de compétences qui résultent de l’interférence des trois sphères de savoir : le savoir, le savoir-faire et
le savoir-être. Ainsi par exemple, le « sachant » combine savoir et savoir-être, l’ « exécutant » résulte de la combinaison entre savoir-faire et savoir-être, le « performant » est celui qui maîtrise à la fois le savoir et le savoir-faire.

peu ou non qualifiés est conséquente. Cela pose la question de la formation de ces personnes, l’acquisition des compétences en lien avec la demande du marché, le développement de celles-ci ou leur remise à niveau, pour assurer aux demandeurs d’emploi par exemple un minimum de qualification requis pour prétendre à un emploi rémunéré dans une entreprise publique ou privée. En d’autres termes, par la formation continue les compétences des personnes semi qualifiées pourrait s’accroître et s’agréger aux aptitudes et habiletés acquises dans d’autres sphères du savoir. La présente étude sera aussi l’occasion d’évoquer l’utile réadaptation du dispositif de reconnaissance des titres de compétences acquises par exemple sans diplôme reconnu, parce que issu d’un apprentissage informel ou non formel, par l’expérience, comme c’est le cas chez bien des migrants non diplômés résidents en France.

Migrant ou immigré

Dans son rapport de 1991, le Haut Conseil à l’Intégration, s’appuyant sur les travaux de Michèle Tribalat (1989), a proposé d’appeler « immigrés » les personnes nées à l’étranger, entrées sur le territoire avec une nationalité étrangère et résidant en France depuis un an au moins. Un immigré en France, à différencier de l’étranger26, est donc une personne résidant en France mais née étrangère à l’étranger. Après son entrée en France, il peut soit quitter sa nationalité d’origine et devenir Français par acquisition, soit rester étranger. Le lieu de naissance et la
nationalité d’origine sont les principaux critères officiels de définition de l’immigré. La notion telle que définie par l’INSEE inclut donc à la fois les immigrés non-Français(ou immigrés étrangers) et les immigrés naturalisés français.

Les descendants d’immigrés pour la plupart nés en France ne rentrent pas dans la catégorie d’immigrés, par convention27.

Cependant pour les besoins de la présente étude, nous avons ajusté notre définition au travers d’une démarche inductive, autrement dit à partir des données recueillies sur le terrain. Pour l’essentiel, nous avons collé à la définition du migrant qu’en donne l’INSEE, ce qui a permis d’intégrer dans notre échantillon une population d’immigrés aux statuts juridiques et caractéristiques socio-culturelles diverses. Étant entendu que la question de l’intégration et des opinions émises à ce propos nous apparaissent pertinentes pour autant qu’elles sont portées par les acteurs concernés à différents niveaux du processus d’intégration. Ce qui logiquement nous a obligé à élargir notre champ d’investigation. Il s’est par conséquent agi des immigrés d’Afrique sub-saharienne appartenant à l’une des catégories suivantes :

• Immigrés naturalisés français avec ou sans double nationalité et résidant dans l’agglomération lyonnaise

• Des immigrés étrangers (d’ancienne ou de fraîche installation) munis d’un titre de séjour et donc ayant conservé leurs nationalités d’origine respectives.

Au total, ce sont donc à la fois des migrants à la retraite, des immigrés bénéficiant de la double nationalité, des migrants ayant conservé leurs nationalités d’origine, des travailleurs migrants très qualifiés, peu qualifiés ou sans qualifications, installés pour une longue durée, munis d’une autorisation de travail en bonne et due forme ; des migrants entrés en France suite au regroupement familial, des réfugiés politiques28, les déplacés, migrants forcés

26 La notion d’étranger est fondée sur le critère de la nationalité. Un étranger est une personne qui n’a pas la nationalité française. Les personnes nées en France de parents étrangers sont étrangères; à leur majorité la plupart d’entre elles acquièrent la nationalité française (INSEE, 1999).
27 Conséquence de cette définition, les enfants d’immigrés, s’ils sont nés en France, ne sont pas eux-mêmes immigrés. Des non-immigrés donc
dont un au moins des deux parents est né étranger à l’étranger. Notons que le terme d’immigrés est lui-même sujet à caution, puisque d’un point de vue purement juridique seule prévaut la notion d’étrangers. Il s’agit essentiellement d’une convention à des fins d’études (Héran, 2002).
28 Un réfugié est une personne dont la demande d’asile a été accordée par un pays tiers et qui obtient donc la protection de ce pays. La qualité
de réfugié est prévue par la Convention de Genève de 1951. Cependant, dans le cadre de cette étude, nous n’avons pas abordé la question des

et demandeurs d’asile, des étudiants régulièrement inscrits dans une école, institut universitaire, et dans une moindre mesure, pour les besoins d’illustration ou de comparaison avec leurs ascendants, des descendants d’immigrés souvent déjà Français.

À la notion de migrant, nous associons le concept de diaspora, qui évoque l’idée de dispersion des ressortissants d’un pays, d’une région dans diverses parties du monde, entretenant peu ou prou des liens avec le pays d’origine, par la conservation de la nationalité du pays en question, ou par des actions de nature variée : culturelle, économique , socio-politique … quand bien même les individus auraient renoncé à cette nationalité ou alors en auraient acquis une seconde.

Natalia Buga29, à la lecture des définitions différentes du concept, distingue les diasporas par l’étape de leur processus de structuration ou encore par leur niveau de structuration. Aussi, identifie-t-elle :

- les diasporas à maturité (diasporas chinoise et indienne) et
- les diasporas émergentes (la diaspora russe).
- Il existe toutefois une troisième catégorie aux contours flous, les diasporas en construction telle la diaspora sud-africaine.

Selon leur niveau de structuration, les diasporas sont structurées en :

- réseaux primaires : expatriés exclusivement et directement en lien avec le pays d’origine ;
- réseaux secondaires : expatriés en lien avec les ressortissants du même pays d’origine dans d’autres localités du pays d’accueil (type 1) et dans d’autres pays de destination (type 2).

Les diasporas à maturité se situent clairement dans cette seconde catégorie et ont souvent gardé un lien culturel fort avec le pays d’origine dans lequel ils engagent d’importants investissements productifs et effectuent de gros volumes de transferts de fonds et de technologies mais aussi de ressources non-financières (RNF) : cognitives, organisationnelles, institutionnelles, relationnelles.

Au regard de ces éléments, où peut-on placer le curseur sur l’échelle de construction des groupes diasporiques subsahariens dans le monde en général et en France en particulier ? Quelles logiques président aux rapports entre groupes issus d’un même pays ou de pays tiers ? Comment se structurent-ils et quels rapports et pratiques liées à l’intégration socio-économique, à la mobilisation des compétences et au développement des pays de départ ? Nous allons tenter au travers de la démarche empirique d’apporter des éléments de réponse à ces questions.

Intégration

On y entend généralement un processus qui implique d’une part, la personne qui entreprend de s’intégrer et d’autre part, la société qui s’efforce de contribuer à la réalisation de cet objectif, parce qu’il y va de son intérêt (W.R. Böhning, R. Zegers de Beijl : 2008). Cette notion renvoie aussi à un résultat final. En clair, un état généralement qualifié de réussi, bien que ce ne soit pas toujours le cas. Et cette situation, comme tout processus social peut être potentiellement réversible, aboutissant à une situation de désintégration comme nous le verrons en ce qui concerne une frange importante de migrants à l’égard du marché du travail en France.

Vue sous l’angle des migrants, l’intégration se rapporte à la jouissance pleine et entière d’opportunités de droit et de fait que l’on peut comparer à celles des Français de naissance, présentant des caractéristiques similaires

réfugiés et de leurs organisations qui, même s’ils sont autant concernés par les politiques d’intégration et d’insertion, représentent out de même une histoire à part, qui a des caractéristiques spécifiques qui ne permettent pas une généralisation.

29 Natalie Buga, Les diasporas comme ressources d’intégration à l’économie mondiale, thèse de doctorat soutenue en juillet 2011, université de Grenoble, faculté d’économie, 517 p.

d’âge, de sexe, d’éducation, etc. Autrement dit, leur participation réussie aux mêmes produits de la vie de la société dont les deux groupes font partie. Notons toutefois que l’intégration implique un certain laps de temps et n’est pas applicable, a priori, à certains types de migrants, notamment les travailleurs temporaires. D’où le critère de la durée ou la continuité de résidence du migrant en France pour juger de la pertinence d’un processus d’intégration de part et d’autre de l’immigré et de la société d’accueil.

Une précision s’impose tout de même concernant la dimension d’autonomie culturelle que comporte la notion d’intégration.

Si elle diffère de l’assimilation, l’intégration doit néanmoins autoriser les dissemblances sur le plan des perceptions culturelles et des pratiques de la famille ou de la société par exemple. Aussi, se pose la question de savoir si ces perceptions et pratiques culturelles doivent être prises en compte et fonder des mesures spécifiques dans la démarche d’accompagnement à l’intégration sociale, professionnelle ou économique, la création d’entreprise par exemple. En d’autres termes, favoriser l’inclusion professionnelle et sociale n’implique-t-il pas de développer des outils adaptés aux besoins des migrants et à leurs spécificités culturelles de même qu’à leurs pratiques en matière d’activités économiques, y compris dans une République française aux aveugles aux particularismes ethniques ? C’est sous ces atours que se posent la question et l’intérêt de la démarche interculturelle comme facteur ou facilitateur dans le processus d’intégration des immigrés.

Co-développement

Concept polémique à différents égards, il a pour cadre de naissance la sphère politique et non pas académique. Le concept est forgé sur « le constat d’une action positive des migrants sur le développement de leur pays d’origine » (Institut Panos Paris, 2009).

Il est cependant utile de distinguer dans une étude de 2009 sur le co-développement30 trois dimensions différentes que résume ce concept :

- Le co-développement par les migrants qui recouvre l’ensemble des pratiques spontanées des migrants en faveur des régions de départ: tels les transferts individuels en termes d’envoi d’argent et de biens aux proches ou à des causes solidaires, les transferts collectifs qui prennent la forme des projets de développement et enfin les investissements productifs (création d’entreprises, les coopératives, les groupements d’intérêt économique, etc..).

• Le co-développement pour les migrants. Il faut y voir « les politiques liant développement et contrôle des flux(…) conçues et mises en œuvre dans une optique de gestion globale des migrations, au niveau national ou international (politiques d’aide au retour volontaire, abaissement des coûts des transferts, aide à l’investissement et au transfert de compétences) » (Institut Panos Paris, 2009). Signe particulier de cette autre réalité du co-développement, les migrants sont absents de ces dispositifs, tout au plus y figurent – ils en tant que cibles.
• Le co-développement avec les migrants renvoie au regroupement des politiques destinées à soutenir les initiatives de développement au nombre desquelles : les dispositifs de cofinancement des projets, de programme de formation et de renforcement des capacités des organisations de migrants, la création de plateformes associatives et internet. « Ces dispositifs sont le plus souvent le fait d’autorités locales et incorporent des impératifs de bidirectionnalité (intégration). Les migrants sont souvent associés à leur mise en œuvre, notamment par le biais de consultation en amont.»(Institut Panos Paris, 2009).

30 Institut Panos Paris, « Migrations, Développement et Co-développement : quels discours pour quels acteurs ? », Paris, 2009, 25p.

Ces trois dimensions recouvrent pour notre étude une égale importance. Elles posent automatiquement la triple question de l’impact réel et mesurable de ces approches sur le développement et l’intégration, l’amélioration des résultats au travers des évolutions organisationnelles et structurelles, puis les relations avec l’environnement institutionnel direct. Disons le autrement : comment le co-développement par, pour et avec les migrants peut-il favoriser une meilleure intégration de ceux-ci dans les dynamiques socio-économiques en France et une transformation efficiente des sociétés d’origine vers un mieux-être et un mieux-avoir ?

La mobilisation, le développement, la valorisation par la mise à contribution des compétences des migrants est une piste entre autres , surtout dans une contexte international où l’économie de la connaissance occupe une place de plus en plus centrale dans les politiques et stratégies nationales de développement économique et social des pays du Sud, par la captation des ressources cognitives et techniques des expatriés très qualifiés.

Création d’entreprise

C’est tout d’abord un processus de création d’une organisation, d’une valeur, le fait d’innover, la détection et l’exploitation d’une opportunité31.

D’après l’INSEE, depuis le 1er janvier 2007, « la notion de création d’entreprise s’appuie sur un concept harmonisé au niveau européen pour faciliter les comparaisons ». Aussi, le concept recouvre-t-il 3 idées :

- La création proprement dite : créer une entreprise revenant à créer ou à mettre en œuvre de nouveaux moyens de production, tout statut juridique confondu.

- Créer une entreprise consiste également en « la reprise par une entreprise nouvelle de tout ou partie des activités et moyens de production d’une autre entreprise lorsqu’il n’y a pas continuité de l’entreprise reprise ».

- Le concept se réfère enfin au cas où après une interruption de plus d’un an, un entrepreneur (en général individuel), reprend une activité32.

Le migrant entrepreneur qui intéresse cette étude rentrera donc dans tout ou partie de ces 3 cas de figure.

Le Grand Lyon

C’est l’appellation populaire de l ‘agglomération lyonnaise ou Communauté urbaine de Lyon (son nom officiel). Identifié comme le plus important établissement public de coopération intercommunale français, le Grand Lyon désigne un regroupement de 58 communes de l’agglomération de Lyon , toutes localisées dans le département du Rhône. Intercommunalité créée par la loi 66-1069 du 31 décembre 1966 et devenue effective le 1er janvier 1969, cet ensemble de communes totalisait en 2009 selon l’INSSE 1.281.971 habitants, soit 80% de la population
du département du Rhône qui se concentre sur 15 % du territoire et une densité de population de 2484,6 habitants
/km2. Une population globalement jeune puisque les 15-29 ans, les 30-44 ans et les 0-14 ans représentent respectivement 23,7%, 19,5% et 17,1 % ; soit près de 60% de la population totale33.

31
Justin KAMAVUAKO-DIWAKOVA (2009), « Problématique de l’entrepreneuriat immigré en République Démocratique du Congo. Essai de
validation d’un modèle », Thèse de doctorat présentée et soutenue en juin 2009, École doctorale Sciences de l’Homme et de la Société, université de Reims Champagne-Ardenne.
32 On considère qu’il n’y a pas continuité de l’entreprise si parmi les trois éléments suivants concernant le siège de l’entreprise, au moins
deux sont modifiés lors de la reprise : l’unité légale contrôlant l’entreprise, l’activité économique et la localisation.
33 Source : Insee, Recensement de la population, 2009.

En plus de la ville de Lyon34 et ses 9 arrondissements, y figurent au nombre des communes de la très proche banlieue lyonnaise que cible la présente étude : Bron, Villeurbanne, Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Caluire et Cuire, Saint-Fons, Saint-Priest, Rillieux-la-Pape, etc.
En matière de coopération décentralisée, le Grand Lyon a élaboré un protocole de coopération qui le lie à la ville de Ouagadougou au Burkina Faso. D’où d’ailleurs le dynamisme remarqué de la coopération entre l’Association des Burkinabé de la région lyonnaise (ABL) et la communauté urbaine du Grand Lyon.
19 communes de cette agglomération comptent plus de 10.000 habitants et, signe particulier, 14 de ces communes souvent situées à l’est du territoire lyonnais concentrent l’essentiel des zones de précarité selon une étude de l’INSEE datant de 201035. Nous pouvons d’ores et déjà postuler à ce niveau de notre étude qu’en plus de leur forte
présence dans Lyon intra-muros, les immigrés africains et maghrébins se concentrent principalement dans les frontières correspondant globalement à ces zones identifiées comme abritant les phénomènes les plus accentués de la précarité (monétaire, emploi, familles en difficulté…) et éligibles aux actions de la Politique de la Ville (Insertion, Aménagement urbain, etc.).
Figure 1 : Carte du Grand Lyon et communes environnantes

Source : Wikipédia

34
Le quartier de la Part-Dieu à Lyon abrite les services de l’hôtel de la communauté. Le développement et l’aménagement économique,
social et culturel est de la compétence de la Communauté du Grand Lyon, de même que les services d’intérêt collectif, l’aménagement de l’espace communautaire, la gestion de l’habitat social, les transports urbains ou encore la politique de la ville dans le cadre duquel s’insèrent quelques-unes des politiques et dispositifs d’accompagnement des immigrés à l’intégration.
35
« Grand Lyon : la précarité reste concentrée à l’est de l’agglomération », étude réalisée par INSEE Rhône-Alpes, en partenariat avec la
Préfecture de Rhône-Alpes, septembre 2010.

Qui sont les migrants subsahariens en France et dans le Grand Lyon ? La présente section tente d’établir le profil socio-économique des immigrés d’Afrique subsaharienne résidant dans le périmètre géographique de notre recherche (Chapitre 1) et les justifications sociales des politiques publiques d’intégration et d’insertion dans l’emploi et le logement notamment et enfin le niveau d’ancrage des associations migrantes dans ces actions publiques (Chapitre 2) et les principaux enseignements qui en découlent au niveau de la nécessité d’une structuration plus efficace des réseaux diasporiques africains.
Chapitre 1. MIGRATIONS SUBSAHARIENNES EN FRANCE ET DANS LE GRAND LYON 29
Section 1 : Qui sont les migrants subsahariens de France et du Grand Lyon ? 29
Section 2 : Emploi, qualifications et insertion professionnelle des immigrés en France 42
Section 3 : Les immigrés et le marché du travail dans le département du Rhône et le Grand Lyon spécifiquement 49
Chapitre 2. LE CADRE D’INTEGRATION DES MIGRANTS SUBSAHARIENS 53
1. Un bref historique de la politique d’intégration en France 53
2. Nouvelles Orientations nationales de la politique publique d’intégration sous la houlette de l’Union européenne. 54
3. Mesures spécifiques d’insertion professionnelle des migrants au niveau départemental 58
4. Présentation sommaire du dispositif du Plan Local pour l’Insertion et L’Emploi 60
5. Politique d’intégration et politique de la ville : quelles convergences dans le Rhône ? 63

Chapitre 1. MIGRATIONS SUBSAHARIENNES EN FRANCE ET DANS LE GRAND LYON

Section 1 : QUI SONT les MIGRANTS SUBSAHARIENS de France et du Grand Lyon ?

1.1. Données générales sur l’immigration en France

1.1.1. Bref rappel historique de l’immigration subsaharienne en France

L’immigration en France est un phénomène ancien qui remonte au Moyen-âge (Laetitia Van Eeckhout, 2007). Toutefois, les immigrés dont il est question dans cette étude sont originaires des pays de l’Afrique sub-saharienne ayant ou pas des liens historiques avec la France. La première vague des migrants durablement installés est arrivée après la Grande Guerre, afin de pallier l’insuffisance de main d’œuvre au moment où la croissance
économique en France suscitait un appel à main d’œuvre principalement venue de l’Europe du Sud36 et du
Maghreb. Il s’est agi pour les pouvoirs publics d’encourager et d’organiser l’immigration de travail tout en mettant en place des dispositifs visant à la contrôler. Mais c’est clairement dans les années 60 que les mouvements de décolonisation en Afrique francophone vont alimenter une nouvelle vague de flux migratoires en provenance d’Afrique sub-saharienne (pour le travail dans l’industrie française ou les études pour ceux des étudiants qui parfois
de retour dans les pays d’origine occupaient d’importants postes à responsabilité). Après 1974, le 1er choc
pétrolier va donner un coup d’arrêt à l’embellie économique des Trente glorieuses. Le Gouvernement de Giscard d’Estaing va annoncer officiellement l’arrêt de l’immigration de travail, la substituant par l’immigration familiale (le regroupement familial)37 et ouvrant les frontières également aux seuls demandeurs d’asile. À partir de cette date,
on note en France un prolongement du séjour des immigrés du continent noir, une accentuation du regroupement familial et un impact limité des aides au retour. L’on note une diversification des flux migratoires avec une augmentation rapide de la part des originaires d’Asie (18%) et des sub-sahariens (17%). Une stagnation de même de l’immigration européenne (32%) et de l’immigration maghrébine (29%). En 1975, les immigrés représentent 7,5% de la population globale en France, avec respectivement 17% pour les sub-sahariens ce qui reste légèrement stable par rapport aux années antérieures. C’est toutefois entre 1999 et 2008 que l’on note une progression importante de la part des immigrés dans la population qui a crû de 22% à raison de 2% de croissance démographique annuelle.

En 2008, selon les derniers recensements officiels de l’INSEE au niveau national, publiés le 10 octobre 2012 et consultables sur son portail internet : « 16 % des enfants mineurs nés en France vivent avec au moins un parent immigré, contre 10 % en 1975. Cet accroissement est la conséquence de la hausse du nombre d’immigrés de la génération précédente en âge d’avoir des enfants. Il est aussi favorisé par l’existence des unions mixtes qui, à population d’immigrés donnée, augmente le nombre d’enfants ayant au moins un parent immigré ». Voir le tableau 1 ci-après.

36
Parmi les immigrés résidant aujourd’hui en France, 22 % sont arrivés avant 1974 : 57 % d’entre eux sont européens, principalement
portugais, espagnols et italiens, et 34 % sont maghrébins ; seuls 4 % sont originaires d’Asie (Turquie incluse) et 5 % d’Afrique subsaharienne .Voir recensement 2008 de l’Insee.
37
D’après l’Insee, cité par Van Eeckhout : « Cette procédure permet au ressortissant étranger régulièrement installé en France d’être
rejoint par les membres de sa famille proche, son conjoint et ses enfants mineurs, sous réserve de remplir certaines conditions (…) Pratiqué depuis toujours, le regroupement est longtemps resté un droit non réglementé. I n’a été reconnu qu’en 1976, par un décret de trente lignes. Depuis cette date, pour faire venir sa famille, un étranger doit justifier d’un certain temps de résidence préalable en France, disposer de ressources stables et suffisantes et d’un logement adapté. Ces règles n’ont cependant cessé d’être durcies, la réglementation ayant été modifiée pas moins de 14 fois» (op.cit.)

1.1.2. État des lieux de la population immigrée en France

Selon l’étude de l’Insee «Immigrés et descendants d’immigrés en France»38, la France comptait en 2008 plus de 5,34 millions d’immigrés dont les deux tiers sont natifs de pays hors UE (L’ancienneté des migrations de travail et les liens avec les anciennes colonies l’expliquent en grand partie), soit 8% de la population. D’après ces chiffres, 2,17 millions ont acquis la nationalité française (quatre immigrés sur dix naturalisés soit 41%) et 3,17 millions sont immigrés étrangers. Dans cette dernière publication de l’Insee, les descendants directs d’immigrés sont des personnes nées en France ayant au moins un parent immigré. Fin 2008, parmi les personnes âgées de 18 ans ou plus résidant en France, 4,5 millions de personnes correspondent à cette définition. Toutefois, pour un peu plus de la moitié, ils ont également un parent non immigré. Parmi les enfants mineurs nés en France, 2,1 millions vivent dans une famille dont au moins un des parents est immigré. Au total, on peut donc estimer à environ 6,7 millions de personnes le nombre de descendants directs d’immigrés nés en France, soit 11 % de la population vivant dans un ménage en France. Une proportion qui fait de la France le pays où la deuxième génération est la plus présente.

Tableau 1. Récapitulatif des derniers chiffres de l’INSEE sur l‘évolution de la population immigrée en France

38
http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/IMMFRA12_a_Sommaire.pdf ; voir également une synthèse de l’étude publiée dans l’édition du
quotidien Le Monde datée du 10 octobre 2012.

Tableau 2. Étrangers, immigrés et descendants d’immigrés en France

1.2. Données sociodémographiques de l’immigration dans la Région Rhône-Alpes

D’après la définition du Haut-Conseil à l’Intégration aujourd’hui reprise à son compte par l’Insee, un immigré est un individu résidant en France mais né étranger sous une nationalité étrangère, et peut avoir acquis la nationalité française (naturalisation) ou choisi de demeurer immigré étranger39. Selon les statistiques datant de 2008, ce sont 568 000 immigrés en situation régulière (515.000 en 2005) qui résidaient en Rhône-Alpes (soit une proportion de 9% de la population générale dans la région). Si la région a été traditionnellement considérée comme la 6ème la plus concernée par l’immigration40, après l’Île-de-France, les trois régions du sud-est méditerranéen et l’Alsace, en elle est cependant remontée à la 2e place en termes de proportion de personnes immigrées vivant de manière continue dans la région, avec environ 11% d’immigrés contre 8,2 % en 1999.

Les régions urbaines et frontalières sont plébiscitées par les immigrés qui s’y concentrent en grand nombre. Au 1er janvier 2005, note l’Insee « une majorité d’immigrés résidant en Rhône-Alpes est née en Europe (44 % contre 36 % en moyenne nationale) ou en Afrique (39 % contre 42 %). Algérie, Italie, Portugal et Maroc sont les principaux pays d’origine. 13 % des immigrés sont installés dans la région depuis moins de 5 ans. Les femmes sont désormais aussi

39
En 2005, 210 000 immigrés sont de nationalité française, soit 41 % contre 37 % en 1999 en région Rhône-Alpes (Insee 2008).
40 Voir l’Atlas des populations immigrées en Rhône-Alpes édité dans le cadre de l’élaboration du PRIPI 2010-2012.

nombreuses que les hommes et le vieillissement se stabilise. Les immigrés sont plus nombreux parmi les 30-59 ans. Ils sont plus diplômés qu’en 1999 mais moins que les autres rhônalpins ».

Ainsi donc, les natifs d’Italie et d’Espagne(au total, 23 % des immigrés rhônalpin)41, d’installation plus ancienne , sont deux fois plus représentés en région Rhône-Alpes que dans l’ensemble de la France, ils sont relativement âgés et comptent une proportion de femmes très importante mais se caractérisent par des tailles de familles assez modestes, un taux d’acquisition de logement supérieur à la moyenne des habitants de la région et sont plutôt globalement bien insérés sur le marché du travail, avec un taux de chômage inférieur au niveau régional, quoi que le nombre de cette catégorie d’immigrés tende à se réduire sensiblement du fait des décès au sein de leur population vieillissante et du faible effectif de nouveaux arrivants.

Les caractéristiques sociodémographiques sont sensiblement les mêmes pour les immigrés originaires de Suisse (les plus représentés dans la région, proximité géographique oblige), d’Allemagne ou du Royaume-Uni, souvent d’immigration plus récente et très minoritaires (7% de l’ensemble des immigrés), qui bénéficient d’une situation particulièrement favorable puisque très souvent propriétaires de leur logement souvent d’un grand confort. Ceux- ci exercent des professions intermédiaires, sont cadres, et sont beaucoup moins touchés par le chômage.

A contrario, les immigrés d’origine maghrébine (l’Algérie en est le pays le plus représenté)42 et turque relèvent d’une immigration de travail plus récente, qui remonte des années 60 aux années 80. Elles sont caractéristiques de familles nombreuses bien souvent logées en HLM. « Majoritairement ouvrières, elles sont particulièrement touchées par le chômage. En 1999, 38 % des immigrés de la région sont originaires d’un pays du Maghreb ou de Turquie, proportion supérieure à la moyenne nationale », note l’Insee dans son recensement de la population immigrée en région Rhône-Alpes de 2006.

Quant aux immigrés d’Afrique sub-saharienne, l’échantillon qui nous intéresse, ils sont plus nombreux en 2005 (39%) qu’en en 1999 (35 %). Une augmentation sensible est également constatée au sein de la population immigrée originaire d’Asie (13% en 1999 et 15% en 2005).

En gros, si l’Algérie, l’Italie, puis le Portugal(12%) et le Maroc(13%) sont les pays de provenance des immigrés les plus représentés en Région Rhône-Alpes, suivis de la Turquie (7 % des immigrés), la Tunisie (6 %), l’Espagne (6 %) et la Suisse(4 %), les plus fortes progressions au sein de la population immigrée rhônalpine sont tout de même le fait des populations africaines (hors Maghreb) et asiatiques .

Quant à la répartition géographique des immigrés, elle varie d’un département à l’autre suivant d’ailleurs autant la proximité frontalière des pays de provenance de certains immigrés que l’attractivité économique.

Ainsi L’Ain et la Haute-Savoie abritent-ils une proportion importante d’immigrés d’origine suisse tandis que l’Isère et la Savoie compte un grand nombre de ressortissants originaires d’Italie. Les immigrés d’origine maghrébine se concentrent surtout dans la Loire, la Drôme et le Rhône où ils constituent plus de la moitié de la population immigrée. Les Africains sub-sahariens plébiscitent davantage le Rhône et plus précisément l’agglomération lyonnaise (10% de la population immigrée rhodanienne). La configuration de l’implantation géographique est sensiblement la même en ce qui concerne les migrants venus d’Asie.

41 « Les personnes originaires d’Italie arrivent au deuxième rang dans l’immigration régionale et elles sont, proximité géographique oblige, presque » Insee 2006.
42 Les immigrés d’origine italienne et algérienne sont plus présents en Rhône-Alpes qu’au niveau national (respectivement 13 % contre 7 % et
18 % contre 13 % en 2005).

Figure 2. Répartition de la population immigrée par département dans la région Rhône-Alpes

Source : Insee, recensement de la population immigrée 2006

1.3. Caractéristiques de la population immigrée dans le département du Rhône

À quelques rares exceptions près, les caractéristiques sociodémographiques à l’échelle régionale et dans le département du Rhône sont sensiblement les mêmes.

Par son importance démographique, le Rhône est le 4e département français et regroupe plus du quart de la population rhônalpine.

1.3.1. Un peu d’histoire

L’immigration en provenance des principaux pays européens dans le département est ancienne. La préfecture estime que c’est vers les années 20 ou 30 qu’un peu plus d’un immigré italien sur 10 dans le Rhône est arrivé en France ; « la moitié s’est installée dans l’hexagone entre l’après-guerre et le milieu des années 60. Les natifs d’Espagne sont venus pour certains à la fin des années 30 (réfugiés au moment de la guerre civile espagnole) et pour beaucoup dans la première moitié des années 60. Les immigrés venant d’Algérie sont surtout arrivés en France depuis 1945, avec un pic dans les années 60, après la guerre d’Algérie » (Insee, recensement de la population 2006).

Les immigrés d’origine portugaise quant à eux sont arrivés sur le territoire entre 1965 et 1975 de même que Les natifs de Suisse, avec une forte accélération dans les années 90. Près de 60 % d’entre eux ont cependant élu domicile en Haute-Savoie et près de 30 % dans l’Ain, départements frontaliers du Rhône. Ce courant migratoire où se mêlent à la fois la migration de main d’œuvre et le regroupement familial ont également vu l’arrivée en nombre de personnes originaires du Maroc.

Entre les années 70 et 80, les origines géographiques des migrants dans la région et le département du Rhône vont se diversifier avec l’arrivée de Turcs, d’Asiatiques (Vietnamiens, Cambodgiens, Laotiens) et d’Africains sub- sahariens notamment dans le cadre des études supérieures et du regroupement familial.

1.3.2. Quelques données statistiques de la migration dans le département du Rhône

La population immigrée (naturalisés et étrangers) dans le département du Rhône s’élève en 2009 à environ 193.986 personnes identifiées par l’Insee Rhône-Alpes43, dont environ 19.130 immigrés d’origine sub-saharienne.
Avec un solde migratoire entre 1990 et 1999 de 0,17% par an44, un taux d’urbanisation d’environ 92% et 2 communes de plus de 100.000 habitants, le département du Rhône recense une population spécifiquement étrangère d’environ 117.000 personnes au 31 décembre 2008, d’après la préfecture. Les communes de Lyon et Villeurbanne regroupent à elles seules plus de 52% de la population immigrée du département avec respectivement 37% et 15%. Vaulx-en-Velin et Vénissieux comptent tous deux la même proportion d’immigrés étrangers (8%), puis viennent Saint-Priest (4%) et Villefranche-sur-Saône (3%), une des deux sous-préfectures avec
la commune de Lyon.45

Près d’une cinquantaine de nationalités sont représentées dans le département. Parmi les 15 les plus implantées en janvier 2009, la préfecture du Rhône recense environ 60.000 ressortissants Algériens (ils étaient 58.939 en 2005), ce qui en fait la population immigrée la plus importante en ce qu’elle constitue à elle seule près de la moitié de l’effectif global des étrangers. Viennent ensuite la Tunisie (20.634 en 2005), la Turquie et le Maroc dont l’effectif est compris entre 10.000 et 20.000 ressortissants. En clair, quatre nationalités représentent plus de 85% de la population étrangère du département. Ceci tient principalement à l’immigration familiale dans l’intervalle 1960- 1980 qui fit suite à la migration de la main d’œuvre encouragée par les pouvoirs publics français jusqu’à leur limitation à partir de 1974, à la suite des chocs pétroliers de 1973 et 1979.

Les 15 % restants de la population étrangère globale du département se partagent, en 2009, entre Chinois (2.551 individus), Sénégalais(1970), Comoriens(1704), Congolais de la RDC(1732), Vietnamiens(1356), Ivoiriens(1221), Japonais(962), Etats-Uniens(867), Libanais(717) et Malgaches(669). En gros, les ressortissants d’Afrique sub- saharienne représentent 9 % de l’effectif global des étrangers du Rhône et 6 % pour les contingents asiatique, américain et océanien.

Nous ne disposions pas au moment de l’enquête du nombre exact des ressortissants adultes étrangers d’origine camerounaise, pourtant très représentés au sein de la population associative sub-saharienne du périmètre rhodanien ; de même que celui des Béninois, Togolais, Ghanéens, Guinéens, Maliens, Burkinabé, Centrafricains, Tchadiens, Nigériens, Cap-verdiens, Rwandais, Djiboutiens et Burundais.

43
Le tiers de l’effectif immigré de la région Rhône-Alpes (environ 540.000 personnes).
44 Le solde migratoire c’est la différence entre le nombre de personnes venant résider dans le département et le nombre de personnes le quittant
45 Programme département d’Intégration de la Population Immigrée (Rhône) – 2010-2012. / On lit ainsi qu’ « en Rhône-Alpes comme en France,
la population immigrée est essentiellement citadine et très concentrée dans les grandes villes. Les motifs principaux de l’immigration sont d’ordre économique et familial. Les immigrés venus pour travailler ont souvent été embauchés dans l’industrie et ils ont donc majoritairement peuplé les villes. En 1999, 89 % des immigrés rhônalpins habitent ainsi dans une commune urbaine(…) Ces chiffres sont très proches de la moyenne nationale. Lorsqu’elle est citadine, la population immigrée vit à part presque égale entre la ville centre et la banlieue, comme la moyenne des Rhônalpins citadins »

Tableau 3 : Les 15 nationalités étrangères les plus représentées dans le département du Rhône et plus spécifiquement dans le Grand Lyon

1.3.3. Caractéristiques sociodémographiques de la population immigrée rhodanienne

Sur environ 194.000 immigrés en 2009, environ 33% sont naturalisés français et 130.000 sont étrangers, un taux de la population étrangère qui avoisine les 11 % de la population globale du département.

Si la population rhodanienne dans son ensemble se caractérise par sa jeunesse, laquelle se concentre essentiellement dans une vingtaine de communes de l’agglomération lyonnaise46, ce n’est pas le cas de la population immigrée qui apparait plus âgée que la moyenne : «les plus jeunes sont peu nombreux puisque les immigrés ne
naissent pas en France et que peu d’enfants ont été concernés par le regroupement familial, procédure plus souvent utilisée pour les conjoints. Ainsi, tous âges confondus, les immigrés représentent 8,9 % de la population des ménages mais seulement 2,5 % chez les moins de 15 ans » (Insee, RP : 2006). En effet, 96% de la population immigrée dans son ensemble est avant tout adulte avec une part forte parmi les 30-59 ans (55%), tranche qui correspond aux âges d’activité, d’où le taux d’actifs assez élevé, nous le verrons, au sein de la population immigrée du Rhône. Les25-54 ans sont les plus nombreux avec 102.070 individus recensés en 2009 contre 61.980 pour les 55 ans et plus, 21.036 pour les 15-24 ans, et 8.901 pour les moins de 15 ans.

1.3.3.1. Les primo-arrivants

Personnes étrangères présentes sur le territoire rhodanien depuis moins de 5 ans, les primo-arrivants sont environ
20.000 (ils sont près de 67.000 en 2005 au niveau régional). Il est recensé 4000 nouveaux entrant par an, cette estimation étant faite à partir du nombre de Contrats d’Accueil et d’Intégration (CAI)47 signés dans le Rhône (4050 en 2008 et 3555 en 2009 contre 8 700 dans la région Rhône-Alpes sur la période 2008-2009).

46 Le département du Rhône est surtout un pôle très attractif pour les étudiants de la région Rhône-Alpes (121.807 étrangers en 2006) et pour les étudiants étrangers (13.000 à Lyon).L’agglomération lyonnaise est en effet un des plus importants pôles européens en matière de santé, des bio-industries, de l’industrie chimique fine, pharmaceutique, agrochimique, de la recherche mais aussi pour la formation.
47 Selon la préfecture du Rhône, dans son Programme départemental de l’Intégration des Immigrés du Rhône 2010-2012 : « Ce contrat entre
l’État et le migrant, prévu à l’article L.311-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), est obligatoire depuis le 1er janvier 2007. Il est conclu pour une durée d’un an et peut être prolongé d’une année supplémentaire. Par ce contrat, le migrant s’engage « à suivre une formation civique et, lorsque le besoin en est établi, linguistique » (art L.311-9 CESEDA). Il bénéficie également d’un bilan de compétences professionnelles. En cas de non-respect des termes du contrat par l’étranger, le préfet peut refuser le renouvellement du titre de séjour ou la délivrance de la carte de résident ». En 2009, 97.736 CAI ont été signés en France (8.710 en Rhône-Alpes). 52% l’ont été par des femmes (4961 en 2009 dans la région) et 48% par des hommes, chiffres qui confirment la tendance observée depuis les 20 dernières années d’une augmentation constante des femmes dans la population immigrée en France. La tendance est globalement la même en Rhône-Alpes, dans le Rhône et dans le Grand Lyon. Le CAI est majoritairement délivré au titre de la migration familiale (73%) au niveau national. Suivent les migrants économiques (20.000 environ par an) et les réfugiés (10.00 par an). Moins d’un titre sur 10 est accordé pour motif professionnel.

Tableau 4 : Statut des primo-arrivants signataires du Contrat d’Accueil et d’Intégration en Rhône-Alpes

Source : Insee, RP, 2006.

Plus d’un immigré sur dix arrivé en France depuis 2000 d’après le recensement démographique 2006 de l’Insee s’est ainsi installé en Rhône-Alpes48. Parmi les nouveaux entrants, beaucoup sont Algériens (près de la moitié de l’effectif des signataires avec Tunisiens et Marocains), Sub-sahariens mais aussi Anglais.

1.3.3.2. Les femmes

Elles constituent le contingent le plus important des immigrés avec environ 52 % de la population rhodanienne, ce qui confirme la forte féminisation de la migration dans le département et plus largement dans la région Rhône- Alpes (51% de l’effectif global des immigrés)49. On y recense ainsi 98.520 immigrées (étrangères et naturalisées
confondues) et environ 95.466 pour les hommes. En 2009, note l’Insee, les femmes immigrées sont majoritaires parmi les 25-54 ans (52.774 contre 49.296 pour les hommes), et, du fait de leur mortalité plus tardive, parmi les plus de 75 ans. Mais dans la tranche d’âge des 55-74 ans, les hommes y sont plus nombreux (32.045 contre 29.935 pour les femmes). Elles sont 47% à n’avoir aucun diplôme (contre 42% pour les hommes) y compris au niveau de la région, ce qui peut expliquer en partie le taux de chômage particulièrement élevé au sein de cette catégorie de la population, toutes tranches d’âge confondues, avec néanmoins des disparités importantes selon les nationalités. Cet indicateur de la faible qualification peut également laisser entrevoir pour une bonne part d’entre elles les difficultés d’insertion sociolinguistique, d’où la multiplication des mesures et dispositifs institutionnels, au travers du PRIPI ou du PDI, visant à combler ces lacunes avec le concours de divers acteurs. Nous y reviendrons.

Tableau 5. Situation au regard de l’emploi des femmes selon le niveau de diplôme

Source : Insee, RP, 2006.

48
Insee, RP, 2006 : « La région se situe en deuxième position pour les nouveaux arrivants derrière l’Île-de-France, ce qui est conforme à son
poids démographique ».
49 On peut toutefois noter quelques différences selon les périodes d’arrivée, selon les données fournies par le PRIPI. Ainsi : « Les populations
parvenues en France avant 1990 sont composées pour deux tiers d’hommes et un tiers de femmes. Pour les populations arrivées en 1990 et après, le rapport est exactement inverse ». En 2008, au niveau national, 51 % des immigrés sont des femmes, contre 44 % en 1968.

1.3.3.3. Les migrants âgés50

Si la population immigrée es globalement jeune, tant chez les hommes que chez les femmes, dans le département du Rhône « la part des plus de 55 ans est plus importante dans la population immigrée (33%) que dans la population non immigrée (25%). 19% de la population immigrée est retraitée ou préretraitée »51.

Cet accroissement de la population des migrants âgés ne va pas sans poser quelques problèmes, notamment pour ceux des migrants vivant dans les foyers de travailleurs et dont une part importante, selon une étude du GRDR, est confrontée à une méconnaissance de leurs droits sociaux et font face à d’importants soucis de santé. L’accentuation des campagnes de sensibilisation sur le sort de cette catégorie de migrants a également amené les pouvoirs publics à prendre la question à bras le corps en intégrant les migrants âgés comme public prioritaire ( comme les primo-arrivants et les femmes migrantes ) dans sa politique globale d’accompagnement vers l’accès aux droits communs spécifiquement (accompagnement socio-sanitaire, accès à la prévention et aux soins) et plus largement vers intégration nationale.

Quant aux populations originaires d’Afrique sub-saharienne dans le Rhône, elles représentent 9,8% de la population immigrée totale avec près de 20.000 personnes dont 9.400 hommes et 9.800 femmes. Près de la moitié des sub-sahariens de la Région Rhône-Alpes se concentrent dans le département du Rhône, et plus spécifiquement dans les communes qui constituent l’agglomération lyonnaise. Cette population a considérablement cru en 6 ans. Ils étaient près de 34.000 au niveau régional en 2006.

1.4. Caractéristiques de la population immigrée du Grand Lyon, notre périmètre d’investigation

Créée le 1er janvier 1969 avec une superficie de 515,96 km2, la Communauté urbaine de Lyon est subdivisée en 58 communes et compte en 2009 1.281.917 habitants, avec une densité de 2485 habitants au km2. Cette communauté de communes regroupe plus de 80 % des habitants du département du Rhône alors qu’elle occupe à peine 15% du territoire départemental.

Parmi les communes les plus importantes en proportion du nombre de ressortissants étrangers adultes, arrivent en tête : Lyon avec 41.929 étrangers (soit 37,12% de la population globale du département) dont 19.346 femmes(46,1% des étrangers de la commune), puis Villeurbanne avec 16.992 étrangers (dont 44% des femmes), Vénissieux avec 9.981 individus dont 45% de femmes, suivent Vaulx-en-Velin (9.068 et 48,1% de femmes), Bron (5.129 dont 48% de femmes), Saint-Priest (4571 dont 47% de femmes) et Villefranche-sur-Saône (3.976 et 48% de femmes), Saint-Fons (3.612) , Rillieux la Pape (2.653 et 50% de femmes) et enfin Givors, Meyzieu, Caluire-et-Cuire, Decines, Oullins, Pierre Bénite, etc.

Toute la difficulté est cependant d’accéder aux données démographiques les plus récentes concernant la proportion des sub-sahariens dans la population immigrée globale de chacune des communes sus-citées du Grand Lyon.

Selon la préfecture du Rhône, dix-neuf des 20 communes les plus représentatives de la population étrangère du Rhône sont signataires d’un Contrat urbain de cohésion sociale (ou CUCS) qui fait la jonction entre politique de la

50 « Au 1er janvier 2008, 1,7 million d’immigrés âgés de 55 ans ou plus réside sur le territoire français dont 794 000 sont originaires des pays tiers. Cette population connait des conditions de vie plus difficiles que la population non immigrée du même âge. Les immigrés âgés originaires des pays tiers résident en HLM dans 42 % des cas contre 9,1 % de la population âgée non immigrée. Leur état de santé dépend de leur origine et de leur sexe. Globalement, les hommes immigrés sont plutôt en meilleure santé, les femmes immigrées en moins bonne santé, relativement à leurs homologues non immigrés », souligne Yannick Croguennec de l’Insee dans son article intitulé : « Qui sont les immigrés âgés ? », Infos Migrations, février 2012.
51 Document-cadre du Plan départemental d’Intégration des Immigrés 2010-2012 (PDI).

ville et politique d’intégration, pourtant officiellement séparée en 2009 par la loi de programmation de la cohésion sociale décidée par le gouvernement Fillon.

Tableau 6. Implantation géographique des ressortissants adultes étrangers dans le Rhône au 31 décembre 2008

Source : Document-cadre du PDI Rhône 2010-2012.

1.5. Caractéristiques sociodémographiques des migrants subsahariens du Grand Lyon à partir des données générales du recensement de la population au niveau régional.

Au niveau national, l’Insee note que 644 049 immigrés, soit 12 % des immigrés et 1 % de la population métropolitaine, sont en provenance d’Afrique subsaharienne en 2010. Un chiffre en hausse de 45 % par rapport à 1999. Deux Africains sur trois proviennent d’anciennes colonies françaises (75 000 Ivoiriens, par exemple). Un bémol cependant : Sur les 15 millions d’Africains sub-sahariens qui vivent hors de leur pays d’origine, seulement un sur 30 vit en France.

Au niveau local, ne disposant pas de données socio-économiques récentes sur la population immigrée sub- saharienne du Grand Lyon, nous nous sommes appuyés sur les données générales du recensement de la population de l’Insee de 2009.

1.5.1. Fécondité, structure et taille des ménages immigrés et conditions de logement

Sur 519.000 ménages identifiés en 2006, ce sont précisément 75% des immigrés rhônalpins qui vivent en couple dont 50% avec au moins un enfant. Les familles monoparentales y sont peu nombreuses (8%) de même que les ménages de personnes vivant seules (6% pour les hommes contre 7% pour les femmes).

Les caractéristiques socio-économiques se reflètent de manière générale dans la vie familiale et les conditions de logement. Il en découle que les immigrés ont un nombre d’enfants supérieur à la moyenne de la population nationale et les familles d’au moins trois enfants sont ainsi deux fois plus fréquentes dans la population immigrée que dans l’ensemble de la population régionale, souligne l’Insee dans son enquête démographique de 2006. Selon

cette étude nationale, cela est partiellement lié au fait que les immigrés appartiennent souvent à des groupes sociaux ayant une fécondité relativement élevée. On pense notamment aux femmes immigrées nées en Turquie, au Maghreb ou Afrique subsaharienne.

Plus spécifiquement au niveau des populations sub-sahariennes, les immigrés sont plus souvent installés en famille : 48 % de ménages sont un couple avec enfants, 14 % sans enfants et 16% de familles monoparentales52. Cette proportion importante de ménages familiaux n’est pas anodine car, en fonction de la taille du ménage et des contraintes des uns et des autres au sein de la famille, elle va influer sur le niveau d’implication des migrants
concernés dans la vie ou les obligations associatives. Et ce d’autant que nombre de migrants rencontrés au cours de notre enquête nous ont fait savoir que les obligations familiales étaient une des raisons principales du peu d’investissement dans certaines dynamiques qu’implique l’engagement associatif, la question migratoire et l’intégration qui leur est corrélée.

1.5.2. Les immigrés originaires de pays tiers occupent plus souvent les logements sociaux que les immigrés d’origine européenne.

Si nombre d’immigrés originaires de pays européens y compris la Suisse sont dans la majorité des cas propriétaires de leurs logements, il n’en est pas de même pour nombre d’immigrés hors Europe qui sont souvent locataires d’un logement vide ou meublé, HLM ou non, ou logés gratuitement.

En ce qui concerne les conditions de logement des ménages immigrés, Ils sont plus fréquemment locataires, en immeuble collectif et, surtout, habitent deux fois plus souvent en HLM vide dans la plupart des cas alors que les immigrés européens sont plus souvent propriétaires. En 2006, dans la région Rhône-Alpes, les logements HLM concernent 100.920 ménages et plus, alors que 145.206 ménages sont clairement identifiés comme propriétaires. Cela peut s’expliquer par le fait que « la population immigrée vit davantage dans les villes, où l’habitat collectif prédomine. Mais pour le logement HLM, l’écart persiste même si l’on considère uniquement les citadins. D’après des études nationales, les caractéristiques du parc HLM correspondent particulièrement au profil social et familial de la population immigrée, composée en grande partie de familles nombreuses à faibles revenus »53.

1.5.3. Niveau d’études, scolarisation et formation

Les immigrés des pays tiers sont en moyenne plus diplômés aujourd’hui que leurs ascendants

De manière générale, les immigrés ayant achevé leurs études et installés depuis moins de 5 ans dans la région sont en moyenne plus diplômés que les homologues d’ancienne installation. La moitié des nouveaux arrivants, plus jeunes et plus scolarisés selon une étude de l’Insee sont souvent bacheliers ou diplômés de l’enseignement supérieur contre le quart de l’ensemble des immigrés. Le niveau de formation est globalement plus élevé en 2012 chez les immigrés comme pour l’ensemble de la population française. En ce qui concerne les populations immigrées sub-sahariennes du Grand Lyon, cette évolution est sans doute le fait d’une proportion de plus en plus importante d’étudiants sub-sahariens dans les universités, écoles et instituts que compte la Communauté urbaine de Lyon. Si en 1999 ils sont 58% de non-diplômés ou tout au plus titulaires d’un Certificat d’Études Primaires, en 2005 ils sont 55% et sans doute beaucoup moins en 2008. Ils sont 26 % en 2005 à être titulaires du baccalauréat

52 En raison (entre autres causes) de la fécondité assez élevée, chez les femmes immigrées de Turquie, Algérie et Maroc, Les familles d’au moins trois enfants sont deux fois plus fréquentes dans la population immigrée que dans l’ensemble de la population régionale.
53 « Du point de vue des conditions de logement, il existe une différence notable entre les immigrés étrangers et les immigrés ayant acquis la
nationalité française. 54 % des seconds sont propriétaires de leur logement contre 35 % pour les premiers. Par ailleurs, les immigrés étrangers sont plus souvent locataires d’un logement HLM (34%) que les immigrés ayant acquis la nationalité française (26%) ». Préfecture de région- Rhône-Alpes, document-cadre du Programme Régional d’Intégration des Populations Immigrées, 2010-2012.

contre 20% en 1999. Environ 6 immigrés sur 10, âgés de 15 à 29 ans, sortent du système scolaire avec au moins un brevet de collège, et 2 sur 10 sont détenteurs du Bac, un sur dix parmi les plus de 60 ans.

Toutefois, ce taux de migrants diplômés dans la région reste en-deçà de la moyenne de la région. En 2005, 55% des immigrés sont non-diplômés contre 31% pour les non-immigrés, 26% sont titulaires d’un diplôme de niveau bac ou études supérieures contre 39% pour les non-immigrés (30% au niveau national). Le taux de non-diplômés est le plus élevé chez les femmes immigrées en particulier avec 58% (contre 52% pour les hommes), et inversement leur taux de diplômées est plus faible que celui des hommes (15% contre 16%). Dans la population globale cependant, les femmes sont plus diplômées que les hommes (24 % contre 23%).

La corrélation entre niveau de diplôme et niveau de qualification des immigrés explique, au moins en partie, les difficultés socio-économiques d’accès à un logement décent et à un emploi stable. D’où un taux de chômage particulièrement élevé, les bas niveaux de revenus et les incidences sur la qualité de la vie.

En effet, 47 % des actifs immigrés sont ouvriers en 1999 alors que la proportion n’est que de 27 % pour l’ensemble des actifs rhônalpins. Cette caractéristique a une incidence forte dans de nombreux domaines, comme les conditions d’emploi ou de logement. Ainsi, avec un taux de chômage de 19,8 % en 1999, la population immigrée apparaît davantage exposée au chômage que la moyenne des Rhônalpins (11 %).

Tableau 7. Niveau d’études des populations immigrées en Rhône-Alpes

Source : Atlas des populations immigrées 2010-2012

1.5.4. Revenus et Précarité les revenus des ménages, le patrimoine et précarité

En France, le taux de pauvreté est de 13,5% pour l’ensemble de la population en 2012. La pauvreté concerne 37% des immigrés et 20% de leurs descendants. Ceux-ci vivent donc mieux que leurs parents mais moins bien que les Français de souche.54
Selon une étude de l’Insee en 2010 autour de la pauvreté dans le Grand Lyon, la précarité reste très marquée principalement dans les communes de la banlieue Est et dans quelques arrondissements de Lyon , eux aussi majoritairement situés dans le sud-est de la ville.

Cette étude révèle en effet que la précarité atteint des sommets dans la commune de Vaulx-en-Velin et à moindre échelle à Vénissieux, Saint-Fons et Givors. Ce sont en tout 14 zones de précarité qui ont été définies sur les 19 communes de plus de 10.000 habitants où l’implantation des ressortissants étrangers et la population immigrée dans sa grande majorité est la plus forte. De nombreux quartiers de ces communes où se concentre le
plus fortement la précarité des ménages55 sont intégrés aujourd’hui comme quartiers prioritaires ou zones
d’action publique prioritaire par la politique de la ville du Grand Lyon. C’est ce qu’indique l’auteur de l’étude :

54
Charlotte Plantive (AFP), « Les descendants d’immigrés à la peine sur le marché de l’emploi, selon l’Insee », extrait du quotidien en ligne
Le Monde, du 10 octobre 2012.
55 La précarité est ici multidimensionnelle : précarité monétaire, précarité familiale, précarité liée à l’emploi

« Les espaces de précarité, identifiés dans cette étude, correspondent, la plupart du temps, aux quartiers prioritaires du Contrat urbain de cohésion sociale (Cucs), signé entre l’agglomération et l’État en 2007. Seulement trois quartiers ressortent en précarité, sans être classés parmi les quartiers en politique de la ville du Cucs »56.

Sur l’ensemble des dix-neuf communes de plus de 10 000 habitants du Grand Lyon, quatorze espaces de précarité conséquents apparaissent répartis sur onze communes : Bron, Décines-Charpieu, Meyzieu, Givors, Lyon, Rillieux-la-Pape, Saint-Priest, Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Saint-Fons et Villeurbanne. Ainsi, à titre d’exemple
« Vaulx-en-Velin est la commune où les neuf indicateurs atteignent leur valeur maximale. Dans cette ville, 25 % des allocataires perçoivent l’allocation de parent isolé (API) ou le RMI, 21 % des inscrits à la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) bénéficient de la CMUC et 6 % des actifs sont des chômeurs faiblement qualifiés contre respectivement 15 %, 9 % et 2 % dans le Grand Lyon. Vénissieux, Saint-Fons et Givors présentent les mêmes caractéristiques que Vaulx-en-Velin, à savoir une présence des trois types de précarité beaucoup plus importante que dans le reste de l’agglomération(…) Dans les autres communes, où la précarité des ménages est plus élevée que dans le reste de l’agglomération (Bron, Rillieux-la-Pape, Décines-Charpieu, Saint-Priest, Rochetaillée et Neuville-sur- Saône), la précarité familiale ressort systématiquement, à l’inverse des arrondissements de Lyon.».

Caractéristiques de ces espaces de précarité :
- Une concentration importante de la population des personnes en difficulté sociale
- un nombre élevé de personnes sans emploi y sont domiciliés (59% pour seulement 36% des actifs),
- 62% des habitants de ces espaces de précarité sont bénéficiaires de la CMUC.
- Regroupent 39% des personnes inscrites à la CNAM
- Une précarité familiale (par exemple la part des familles monoparentales avec bas revenus) et monétaire importante
Trois groupes de zones de précarité sont ainsi définis :

- Le groupe 1 : correspond aux communes de plus de 10.000 habitants qui concentrent les 3 types de précarité (précarité monétaire, précarité liée aux familles en difficulté et le chômage endémique). Ce sont les communes de Bron où l’on recense en 2009 5129 immigrés étrangers, puis 6 autres communes dont : Rillieux-la-Pape, Vénissieux (9.881 immigrés étrangers), Saint-Fons, Vaulx-en-Velin (9.068 immigrés étrangers), Givors et Lyon (7e et 8e arrondissement).

- Le groupe 2 concerne surtout les communes où la précarité monétaire est très marquée. « Ici Les personnes en difficulté sont plutôt des personnes seules qui cohabitent avec une population plus aisée. Ces espaces ont en commun d’être surtout concernés par la précarité monétaire. La précarité des familles y est aussi moins marquée. La part des familles monoparentales à bas revenus avec au moins deux enfants est même plus faible que sur l’ensemble des communes de plus de 10 000 habitants de l’agglomération » (M. Coudène, Insee : 2010, op.cit.). Ce groupe rassemble surtout les 8e et 9e arrondissements de Lyon.

- Le groupe 3 concerne les communes où la précarité familiale est la plus forte mais ne touche que que certains quartiers. Ce sont les communes de Saint-Priest, à Décines-Charpieu et à Meyzieu. Les autres types de précarité y sont moins importants.

56 Maud Coudène, « Grand Lyon : la précarité reste concentrée à l’est de l’agglomération », Insee, 2010.

Figure 3. Zones de précarité du Grand Lyon

Pour autant, il nous est difficile de déterminer de manière factuelle à quel niveau et à quelle échelle les immigrés sub-sahariens, naturalisés ou étrangers, objet de notre étude, ont partie liée avec ces zones de précarité. Ne disposant pas au moment de l’enquête de données précises sur les revenus des migrants subsahariens, nous avons postulé malgré tout qu’il existe une corrélation forte entre précarité et population immigrée, au regard des chiffres liés au chômage et à la configuration des ménages immigrés du Grand Lyon précédemment évoqués.

Section 2 : EMPLOI, QUALIFICATIONS ET INSERTION PROFESSIONNELLE DES IMMIGRES EN FRANCE

1. Contexte général de la relation Immigrés et Marché de l’emploi en France

L’emploi contribue naturellement à une intégration réussie de ‘aveu même des autorités préfectorales du Rhône. Or en France, du point de vue du marché du travail, il est aujourd’hui largement démontré que les immigrés, ainsi que les populations issues de l’immigration, sont globalement défavorisés comparativement au reste de la population active. Le taux de chômage57 des immigrés est deux fois plus élevé que celui des Français d’origine alors que celui de leurs descendants directs se situe à trois fois au-dessus de que la moyenne nationale58. Les

57
Le taux de chômage est la proportion des personnes sans emploi parmi les actifs , c’est-à-dire l’ensemble des personnes avec emploi et
sans emploi.
58
D’après les résultats de l’enquête 2012 de l’Insee sur les immigrés et leurs descendants en France, cinq ans après leur sortie du système
scolaire, 11% des descendants de Français de naissance sont au chômage contre 29% pour les descendants d’immigrés d’Afrique. Parmi ceux ayant un emploi, notent ce rapport, 74% des Français de souche ont un contrat à durée indéterminée(CDI) contre 67% des fils et filles

ressortissants du Maghreb sont les plus pénalisés : environ trois actifs sur dix, qu’ils soient immigrés ou issus de l’immigration (ayant leurs deux parents originaires de cette région) sont au chômage. Ceux d’Afrique subsaharienne présentent également des taux de chômage élevés, alors que les immigrés d’origine européenne se situent à un niveau proche de celui des natifs.

D’abord quelques chiffres.

1.1. Taux d’activité des immigrés tous genres confondus

Selon l’étude de l’Insee parue le 10 octobre 2012, déjà évoquée, sur les immigrés en France et leurs descendants, sont plus souvent au chômage que la moyenne de la population : leur taux s’élevait à 16 % en moyenne en 2010 pour la population immigrée dans son ensemble et à 20 % pour les immigrés originaires des pays tiers59.2,6 millions d’immigrés sont actifs en France dont deux tiers sont originaires des pays hors Europe, une progression d’actifs immigrés de 10% par rapport à 2006. Deux tiers des hommes et un quart des femmes immigrées sont en emploi et un tiers sont en recherche d’emploi60.

Les nouveaux détenteurs de titres de séjour nés en Asie ou en Europe sont plus souvent en emploi que ceux nés en Afrique ou dans le Maghreb.

Ainsi, par exemple, 42% des femmes asiatiques et 39% des femmes d’origine européenne sont en emploi contre 30% pour les femmes d’origine sub-saharienne et 14% pour les femmes d’origine maghrébine. Les femmes immigrées de pays tiers, note l’Insee, ont le moins souffert paradoxalement de l’augmentation du chômage à partir de 2007 (1,4 point pour l’ensemble de la population), et surtout celles ayant la nationalité française. Signe que la nationalité compte pour beaucoup dans l’accès des immigrés à l’emploi en France. Toutefois, apprend-on des statistiques 2010 de l’Insee : « le taux d’activité des femmes reste inférieur de plus de 10 points, atteignant seulement 28,7% chez les Turques et 48% chez les maghrébines(…) A noter que l’activité des femmes originaires
d’Afrique hors Maghreb (+ de 5 points) dépasse celle des Françaises de naissance »61
Pour les hommes, les écarts sont moins élevés : Asie (76%)62, Turquie (75%), Europe (67%), Maghreb (62%) et Afrique noire (60%). Il faut cependant noter qu’en 2010, le taux d’activité des sub-sahariens est de 73,3%, presque 3 points de plus que les Français de naissance dont le taux d’activité est à 70,5% dans leur ensemble et 2 points de plus par rapport aux immigrés d’origine algérienne.

d’Africains. Les raisons de ce taux de chômage élevé sont liées à 61% à la fois aux origines sociales nettement populaires des descendants d’immigrés (58% d’entre eux ont un père ouvrier contre 26% pour les descendants des natifs), mais également au niveau du diplôme des parents, le lieu de résidence, la structure familiale et la taille de la fratrie. La « par inexpliquée » du pourcentage restant pourrait correspondre aux discriminations ou à un certain « racisme de la société », même si les chercheurs de cette étude se gardent de la lui attribuer. Une nuance toutefois : dans le secondaire, la réussite des descendants d’immigrés est à égalité sinon meilleure que celle des descendants de natifs. On cite les filles d’origine tunisienne et marocaine qui décrochent davantage le Bac que les Françaises de souche.

59 Les immigrés qui sont étrangers sont exclus d’environ 5,3 millions d’emplois soit un poste de travail sur cinq. Il est logique dès lors que leur taux de chômage soit supérieur

60
Trouver un emploi est particulièrement difficile pour les réfugiés et les bénéficiaires du regroupement familial, en 2009, selon l’Insee.
61 Yves Breem, « L’insertion professionnelle des immigrés et de leurs descendants en 2010 », Infos Migrations, DARES, Insee, janvier 2010.
Toutes ces données sont issues de l’enquête Emploi en Continu (EEC) de l’INSEE, déclinaison française de l’enquête européenne Labor Force Survey (LFS
62 On notera une proportion conséquente d’immigrés originaires d’Asie en emploi, tous genres confondus. De même les descendants
d’immigrés asiatiques sont ceux qui obtiennent les meilleurs résultats à l’école ou dans le cadre des études supérieures. Comment expliquer cette prépondérance et cette exception asiatique ? Est-ce le fait de la structure des ménages ? De l’origine sociale des parents ? La socialisation à la culture du travail et de la réussite ? Un réseau de sociabilité et relationnel plus fort ? Un sens plus fort de la communauté et de la solidarité envers les siens ? Une meilleure prédisposition à l’intégration ? Quel parallèle peut-on faire entre intégration des asiatiques de France, leur dynamisme entrepreneurial et la force des réseaux associatifs ? Une réflexion plus approfondie sur cette question permettrait de comprendre le différentiel entre modes et moyens d’insertion des immigrés asiatiques et ceux des immigrés sub-sahariens par exemple.

1.2. Statut d’emploi des immigrés

Alors que 88,4 % des Français de parents nés français ont un statut à durée indéterminé ou sont non-salariés, seul 84 % des immigrés des pays tiers sont dans ce cas, une part en progression par rapport à 2007. Pour ce qui est de la situation des descendants des pays tiers, « elle est plus précaire puisqu’ils ne sont que 77,9 % à ne pas être en contrat à durée déterminée ou en intérim, même si la situation s’est améliorée ces dernières années(…) les descendants d’immigrés des pays tiers (…) ont, pour tous les diplômes, des niveaux de chômage supérieur, même à celui des immigrés de même origine. Ce taux atteint 40,5 % pour les non diplômés (45,6 % chez les hommes). Le niveau élevé du taux de chômage global des descendants d’immigrés des pays tiers résulte en partie de la part des jeunes de moins de 25 ans sans diplôme, qui sont trois fois plus nombreux au sein de ces descendants que dans le
reste de la population »63.
1.3. Temps de travail des immigrés

Les immigrés des pays tiers sont plus souvent en sous-emploi (contrat précaire, temps partiel subi, temps partiel contraint). Ils représentent 9% de la population active occupée concernée par le phénomène du sous-emploi. On évalue leur nombre à environ 1.4 million de personnes en France entre 2006 et 2008. Ainsi, un immigré non- européen a 77% de chances en plus d’être en sous-emploi qu’un Français de parents nés Français. Les femmes sont deux fois plus touchées par le sous-emploi que les hommes. Toutefois, avoir au moins le Bac diminue le risque d’être à temps partiel subi, car les diplômes les plus élevés conduisent souvent à l’obtention d’un poste qualifié à temps plein, même si les opportunités s’avèrent peu nombreuses pour des raisons que nous verrons plus loin. Autres chiffres illustrant la situation précaire des immigrés sur le marché de l’emploi en France : 3 immigrés sur 10 occupent un emploi non-qualifié. En région parisienne par exemple, dans les entreprises de nettoyage, 7 salariés sur 10.

1.4. Secteurs d’activité des actifs immigrés non-européens

Cela dit, au niveau national, les immigrés non-européens sont plus présents dans la construction et trois fois plus nombreux dans l’hôtellerie-restauration, les activités d’administration et de soutien (dans la sécurité et le nettoyage et majoritairement en intérim) que les Français de naissance. Néanmoins, avec l’élévation du niveau de diplôme des nouveaux arrivants, plus diplômés donc, la part des cadres supérieurs parmi les immigrés non- européens est passé de 9% en 2007 à 11% en 2010 des actifs, une progression bien plus forte que celle des natifs. En dépit d’un accès croissant des immigrés des pays tiers aux métiers très qualifiés en France, les 2/3 de cette catégorie d’actifs restent encore des employés (surtout les femmes) et ouvriers contre seulement un actif sur deux pour les natifs.

Tableau 8 : Secteur d’activités des actifs immigrés des pays tiers et des Français de naissance

Source : Insee, Infos Migrations, L’insertion professionnelle des immigrés et de leurs descendants en 2010.

63 Yves Breem, idem.

1.5. Lieu de résidence des actifs immigrés

Les actifs immigrés (naturalisés et étrangers) résident plus souvent en région parisienne pour 48% d’entre eux, ensuite viennent la région Provence-Alpes-Côte-D’azur et la région Rhône-Alpes à 9% puis le Languedoc Roussillon pour 4% de ces actifs.

2. Causes du chômage des immigrés étrangers et immigrés naturalisés

2.1. Le niveau de diplôme

2.1.1. Les difficultés d’accès au marché du travail tiennent pour beau coup au manque de qualifications.

Alors qu’en France le diplôme est un atout particulièrement déterminant dans l’accès à l’emploi, les immigrés sont en moyenne moins qualifiés que les personnes nées en France. Selon les statistiques du ministère du travail français, 48 % des immigrés de 15 ans et plus disposent au maximum du certificat d’études primaire ou aucun diplôme, contre 30 % pour l’ensemble de la population vivant en France. Chez les 20 à 24 ans, 31,5 % sont dans ce cas, contre 15,6 % pour la moyenne du pays. Et même à niveau de diplôme équivalent, le taux de chômage des immigrés demeure supérieur. Ainsi, pour les titulaires d’un bac par exemple, le taux de chômage est de 9 % pour les Français nés de parents français, contre 22,3 % pour les immigrés non-européens. Pour les titulaires d’une
licence et plus, les chiffres sont respectivement de 4,6 % et 16,3 % pour les immigrés étrangers ( 13% pour les immigrés naturalisés). Le taux de chômage va décroissant avec le niveau de diplôme64, certes, mais celui des immigrés des pays tiers est toujours supérieur d’au moins 10 points à celui des Français de parents nés Français, quel que soit le niveau de diplôme. Ce qui fait dire aux chercheurs que les diplômes protègent peu les immigrés du chômage, de même que leurs descendants65.

Tableau 9 : Taux de chômage de la population active selon le niveau de diplôme

Source : Insee, Infos Migrations, L’insertion professionnelle des immigrés et de leurs descendants en 2010.

64 Un immigré actif sur quatre est diplômé du supérieur en France. Proportion identique à celle des non-immigrés. Quant aux immigrés étrangers sans diplôme, leur taux de chômage s’élève à 27,1 % (dont 31,9% pour les femmes) contre 23,5% pour les immigrés naturalisés. Signe que la nationalité française des immigrés a un impact réel sur le taux de chômage.

65 Pour ce qui est des enfants d’immigrés en France, si à l’école ils améliorent leurs résultats, selon les chercheurs de l’Insee, ils sont trois fois plus au chômage que les descendants de Français de naissance.

2.1.2. Les diplômes obtenus sont peut-être de niveau identique, mais ne se valent pas

Pour un même niveau de diplôme, l’on observe un écart significatif entre immigrés et natifs, notamment pour les diplômés de l’enseignement supérieur, les premiers étant plus exposés au chômage. Une des explications réside dans le fait que les immigrés et leurs enfants dans leur grande majorité, particulièrement les filles, sont souvent orientées vers des filières qui ne conduisent pas aisément à trouver un emploi en France. En termes d’intégration professionnelle, un diplôme d’ingénieur dans le contexte tendu du marché du travail aura sans doute plus de poids qu’une licence en lettres modernes, précise l’étude.

Ajouté à cela le problème de la non-reconnaissance des diplômes66 et des qualifications67 acquises dans les pays d’origine ou le manque d’initiatives en la matière par les immigrés eux-mêmes. Des démarches, auprès d’un rectorat d’académie par exemple peuvent permettre d’obtenir une reconnaissance formelle des études menées à l’étranger ou du diplôme acquis. Or en 2008, selon l’Insee, « seul un immigré sur dix a fait ce type de demande. La principale raison invoquée de l’absence de cette démarche est le manque d’utilité. Les immigrés diplômés du supérieur sont beaucoup plus nombreux à bénéficier d’une reconnaissance formelle de leurs qualifications. Ceci traduit le fait qu’ils ont plus souvent terminé leurs études en France et que l’utilité de faire reconnaitre leurs diplômes apparait plus grande »68. Ainsi, autant les diplômes et les expériences professionnelles acquises en dehors de la France constituent les principaux « passeports » pour les nouveaux migrants mieux formés, autant ces mêmes passeports sont vite périmés faute d’être reconnus facilement , rapidement et équitablement une fois la
personne installée en France. Il découle de cette non-reconnaissance des acquis et des compétences de fâcheuses conséquences pour des personnes qui croyaient pouvoir intégrer le marché du travail : une augmentation du taux de chômage, une surreprésentation des migrants parmi les prestations des aides sociales, plus de migrants occupant des postes pour lesquels ils sont surqualifiés et les salaires perçus étant de beaucoup inférieurs à ce qu’ils pourraient recevoir : le phénomène du déclassement ou la déqualification69 qui concerne de nombreux migrants
diplômés qui ne trouvent pas d’opportunités correspondant à leur niveau de qualification et doivent par conséquent se « reconvertir » dans une autre activité, moins bien rémunérée. C’est le phénomène du sous-emploi. Plus de personnes se voient, comme au Canada par exemple, obligés de recommencer des programmes d’études qu’ils ont déjà effectués dans leur pays d’origine. Ces formations coûtent cher autant à l’État qu’au migrant lui- même qui se sent dévalorisé et frustré par ces contraintes et abandonne son programme d’étude. Les migrants concernés, semi-qualifiés ou très qualifiés en viennent à perdre ces qualifications par défaut d’exercice ou de pratique, ce qui va jusqu’à hypothéquer les capacités au développement des sub-sahariens de la diaspora « qui se trouvent en difficulté par rapport aux opportunités d’investissement dans les pays d’origine, lesquelles exigent un niveau de compétences que ces migrants ont perdues faite d’expériences(…)la déqualification est une perte pour le

66 En effet, seuls 13% des immigrés arrivés après 18 ans en France pour y effectuer des études ont obtenu leur plus haut diplôme
67
La reconnaissance des titres de compétences est un processus qui consiste à vérifier si les connaissances, les compétences, la
formation, le niveau d’études et l’expérience de travail acquis dans une autre pays respectent les normes établies pour les travailleurs en France et pour y exercer une profession ou un métier.
68
Voir Olivier Monso et François Gleizes, « Langue, Diplômes : des enjeux pour l’accès des immigrés au marché du travail », division
emploi, Insee, 2010.
69
Ce phénomène fait référence à une baisse du capital qualitatif due à un manque d’exercice professionnel adéquat. Babacar Sall
remarque dans un ouvrage collectif : Diasporas scientifiques, aux éditions de l’IRD, que : « un nombre significatif de migrants qualifiés (des ingénieurs, des médecins, etc.) font un travail qui n’a pas de lien avec leur formation d’origine : agents d’entretien, tâcherons…cela constitue un gâchis à la fois pour les pays d’origine et d’accueil. Ce sont ainsi 77% des femmes et 68% des hommes qui sont impliqués dans un processus de déqualification progressive dans quatre régions d’Italie (Toscane, Ombrie, Sardaigne, Latium) d’après une étude du CERFE. L’enquête souligne que, sur un échantillon de 979 immigrés, 53% avaient acquis une formation universitaire, et que sur ce nombre près de 28%, tous genres confondus, ont obtenu une formation postdoctorale. En dépit de l’importance de cette catégorie, il n’existe aucune archive administrative ni aucun centre de documentation public en mesure de fournir la moindre information sur la présence des immigrés qualifiés en Italie. Le même constat peut être également fait en France où il n y a pas de spécification de l’immigration qualifiée. Cette indifférenciation fonde une politique uniforme qui part de l’idée que l’immigration est un phénomène univoque, sans égard pour la diversité des compétences et des situations ». Le CERFE en Italie est une fédération de plusieurs structures de formation et de recherches intervenant dans plusieurs domaines du développement : »Entreprise, emploi, occupation », « Migration et fuite des cerveaux », « renforcement des capacités et formation », etc. Toutefois, à la décharge des pouvoirs publics français, et à rebours de cette analyse de Babacar Sall, des mesures ont été prises afin d’encourager et faciliter l’entrée sur le territoire des personnes très qualifiées actives dans différents domaines, à travers notamment l’octroi des visas « Compétences et talents ».

pays d’accueil(…) et pour les pays d’origine. Il y a donc une communauté d’intérêt à favoriser le renforcement des qualifications et à considérer les diasporas qui en sont porteuses comme une ressource » (Babacar Sall, 2003). En gros, des bénéfices de l’immigration qui sont de beaucoup inférieurs à ce qu’ils pourraient être ici et là-bas au final.

S’il est avéré que les sub-sahariens récemment arrivés en France ont plus souvent suivi des formations, les immigrés originaires d’Afrique et de plus ancienne installation recourent très peu aux dispositifs de la formation professionnelle continue ou de remise à niveau, nous entendons par là des formations post-scolaires, sous statut de chômeur ou formations suivies à titre individuel : « Les immigrés accèdent deux fois moins à la formation professionnelle continue que les Français d’origine. En revanche, les bénéficiaires qui sont dans ce cas suivent des actions plutôt plus longues et plus qualifiantes que la moyenne des stagiaires. Les personnes nées de parents
immigrés, quant à elles, accèdent dans des proportions proches de celles des non-immigrés aux dispositifs de formation. Seules celles dont les deux parents sont originaires du Maghreb apparaissent défavorisées »70.
2.2. L’insuffisante connaissance de la langue française pourtant vecteur de l’intégration et le poids des contraintes familiales

En 2008-2009, 55% des signataires du Contrat d’Accueil et d’Intégration dans le Rhône ne maîtrisent pas le français écrit71. Même si, de l’aveu certains chefs d’entreprises et immigrés eux-mêmes les difficultés liées à la langue ne sont pas fondamentalement gênantes pour le travail, elles influent de façon non-négligeable sur le taux de chômage des immigrés et notamment des femmes, très concernées. Ajoutées à cela les contraintes familiales qui sont une cause importante de l’inactivité professionnelle, particulièrement chez les nouvelles détentrices d’un titre
de séjour. Une proportion significative d’immigrées d’origine algérienne, turque et africaine est « femmes au foyer » dans le périmètre du Grand Lyon. Nous y reviendrons.

2.3. Les discriminations liées à l’origine ou à la couleur de peau

Elles restent difficiles à mesurer, en dépit des opérations dites de testing72 conduites par la HALDE ou des associations de lutte contre le racisme et les discriminations. Ces opérations ont conclu que l’effet de l’origine était loin d’être négligeable sur les chances d’être engagés par un employeur ou non. Le tabou des statistiques ethniques dans une France qui se veut aveugle aux différences et particularismes ethniques n’aide pas à se faire une idée de l’ampleur du phénomène et de son impact sur le taux de chômage des immigrés, et particulièrement ceux originaires du Maghreb et d’Afrique subsaharienne. Nous le verrons dans le détail un peu plus bas. Ces écarts sont encore plus importants en ce qui concerne les descendants d’immigrés, notamment ceux nés de parents originaires d’Afriques, qui déclarent eux aussi plus souvent avoir subi les discriminations dans l’emploi. Ils sont en Ile-de-France par exemple 18% à le déclarer contre 12% pour les Fran9ais de naissance. Les enfants d’immigrés maghrébins, note la DARES, déclaraient plus souvent en septembre 2012 « un refus injuste de promotion », 15% contre 7% pour les descendants de Français de naissance. Ces discriminations mal connues renforcent le phénomène de la déqualification des migrants très qualifiés sus-citée ou conduisent au départ de ceux-ci vers d’autres pays d’accueil, l’Amérique du Nord principalement (États-Unis, Canada). Certaines études font ainsi remarquer que l’Amérique du Nord absorbent les plus qualifiés des immigrés là où l’Europe en accueillent des moins ou semi-qualifiés.

70
Didier Grélot et Claude Minni, « Les immigrés accèdent moins à la formation professionnelle continue », in la Revue Formation &Emploi,
N° 94, 2006.
71
Document-cadre du Plan Départemental d’Intégration de la population immigrée dans le Rhône (PDI Rhône 2010-2012).
72 Opérations de testing via lesquelles on compare les résultats de candidatures qui ne se différencient que par le nom où la
couleur de la peau, voir le site www.discriminations.inegalites.fr

2.4. Le manque de réseaux sociaux stratégiques pour s’intégrer dans l’emploi

Selon une étude de l’Insee, parmi les immigrés ayant un emploi en 2008, 41% se sont appuyés sur les réseaux relationnels (famille, amis, proches) pour trouver un emploi, 46% n’ont eu besoin d’aucune aide et 13% sont passés par une agence publique ou privée de l’emploi. On apprend également que les immigrés originaires d’Afrique sub- saharienne particulièrement se distinguent par un recours assez fréquent aux agences de l’emploi (environ 18%) alors que les immigrés d’origine maghrébine se distinguent par une utilisation moindre des réseaux relationnels. Ce qui amène à penser que subsahariens et maghrébins pour une bonne part et leurs descendants ne disposent pas d’un réseau de relations assez étoffé ou stratégique et recourent donc plus souvent aux institutions comme Pôle Emploi pour accéder au marché du travail. Or rien de tel pour obtenir un bon stage ou un poste que de connaître
des personnes qui sont dans le même type d’univers professionnel.73 Ceci pose la double question de la structure
des réseaux auxquels recourent les migrants en recherche d’emploi mais aussi la qualité du capital relationnel proprement dit, dans la mesure où « la nature de ces relations influence le comportement et les stratégies des individus récepteurs d’informations »74.

En effet, « mal informé au sujet de l’accès aux réseaux aidant à l’intégration dans la société d’accueil, le nouvel arrivant a tendance à solliciter son propre entourage : un réseau ethnoculturel, qualifié d’informel par plusieurs études(…)le recours aux réseaux ethniques constitue la stratégie la plus souvent adoptée par les nouveaux arrivants dans la mesure où ces réseaux servent de soutien moral et parfois financier mais aussi de source d’informations sur le marché du travail (…)En passant presque systématiquement par des réseaux ethniques pour trouver un emploi, il arrive souvent que l’intégration professionnelle se fasse
dans ce qu’on appelle l’économie ethnique», souligne Karine BEGIN75. Une analyse que partagent d’autres chercheurs :
« Pourtant la nature du lien associant l’informé à l’informateur peut influencer sensiblement la recherche d’information. Le nouvel arrivant, chercheur de l’information pertinente, aura tendance à considérer l’information provenant du réseau ou du lien auquel il a le plus confiance »76 . Cette stratégie de captation d’informations est certes rapide et moins coûteuse,
mais elle peut conduire aux biais informationnels. Certains auteurs parlent alors de « pièges à relations »77 qui
sont de nature à décourager l’utilisation d’autres moyens de recherche d’informations plus variées et pertinentes. En conséquence, une piètre qualité du capital relationnel et la structure même du réseau social de recours peuvent être à l’origine de la « non-intégration socioprofessionnelle » de l’immigré en France.

2.4. Les lacunes informationnelles pour l’accès à l’emploi

L’information est un élément clé dans tout processus migratoire et joue un rôle central dans l’intégration sociale et professionnelle des nouveaux arrivants en particulier, à plusieurs niveaux. Aussi une information imparfaite peut accentuer les difficultés d’accès au marché de l’emploi.

Tout d’abord, l’accès à l’information pour le migrant passe (mais pas exclusivement) par la connaissance de la langue du pays d’accueil comme moyen de communication. Or, nous l’avons vu, une proportion importante des migrants éprouve de réelles difficultés avec la langue française. De plus, la reconnaissance des acquis et des compétences des migrants nécessite de leur part qu’ils disposent, au départ du pays d’origine, d’une information transparente et exhaustive concernant les démarches à entreprendre et les délais moyens pour faire établir les équivalences de leurs diplômes et compétences. Or, de ce point de vue, des études montrent que les migrants

73 Les conjoints de Français et les bénéficiaires du regroupement familial s’appuient davantage sur leur famille mais aussi sur l’accompagnement de Pôle Emploi.
74
Sandrine Vigel, « Flux informationnels et décisions stratégiques ». Thèse présentée à la Faculté d’économie appliquée d’Aix-en-
Provence, 2002.
75 Karine Bégin, « Les nouveaux immigrants et l’économie ethnique : une perspective longitudinale ». Mémoire en sociologie, Université
de Montréal, 2004.
76
Morten Hansen, “The Search-Transfer Problem: The Role of Weak Ties in Sharing Knowledge across Organizational Subunits”
Administrative Science Quarterly, 44, 1999, 82-111.
77 Rebecca Sandefur et Edward Lauman, « A Paradigm for Social Capital », in Rationality and Society, 10, 1998, 481-501.

déclarent avoir été induits en erreur par des informations inexactes78 même si depuis quelques années en France les instances gouvernementales informent davantage et bien mieux les candidats à l’immigration sur les démarches en question, notamment pour ce qui est de l’accès aux métiers et professions réglementés. Pour finir, ainsi que le rappelle Kamel BEJI et Anaïs PELLERIN dans un article co-signé, « les employeurs de leur côté n’ont souvent aucun repère ni les informations nécessaires leur permettant d’évaluer la valeur réelle d’un diplôme obtenu à l’étranger »79
D’où le rôle de vecteur, d’interface, d’espace de collaboration, de courroie de transmission entre employeurs immigrés ou non-immigrés et demandeurs d’emploi immigrés que pourraient jouer les associations de migrants, en fonction des ressources sociales (réseaux professionnels) dont elles disposent. La convergence des informations suppose une collaboration des partenaires impliqués dans l’intégration des personnes immigrées et par voie de conséquences la multiplication des passerelles entre ces différents partenaires et les réseaux sociaux et professionnels disposant des informations pertinentes.

Est-ce le cas au sein de la communauté subsaharienne du Grand Lyon ? Le partage d’informations relatives aux opportunités d’emploi dans le bassin de vie est-elle une pratique courante ? La question de l’insertion professionnelle de leurs membres et des subsahariens en général en recherche d’emploi est-elle une préoccupation fondamentale au sein des associations des migrants ? Jusqu’à quel point ?

Nous esquisserons à ce propos dans les prochains chapitres quelques éléments de réponses sur la base de l’observation des pratiques et des discours des acteurs associatifs subsahariens en la matière. Mais faisons un point de la situation des migrants et en particulier des subsahariens sur le marché de l’emploi dans le Rhône.

Section 3 : LES IMMIGRES ET MARCHE DU TRAVAIL DANS LE DEPARTEMENT DU RHONE Et LE GRAND LYON SPECIFIQUEMENT

Ainsi que nous l’avons noté précédemment, 80 % de la population du Rhône vit dans les 58 commune qui composent la Communauté urbaine de Lyon. À quelques exception près donc, les chiffres de l’emploi relatifs au lien Immigrés et marché du travail dans le Grand Lyon sont sensiblement les mêmes que ceux du département dans son ensemble.

1. Taux d’activité et chômage des immigrés dans le Rhône

Les chiffres détaillés au niveau départemental dont nous disposions relèvent du recensement annuel de la population 2009 de l’Insee. Et d’après celui-ci, la mesure du taux d’activité80 des immigrés sub-sahariens du Grand Lyon porte sur une population de 17.640 personnes (sur un effectif global de subsahariens d’environ 20.000 subsahariens). On y apprend que seuls 9.524 sont des actifs ayant un emploi (un taux d’activité de 53 % environ, hommes et femmes confondus, contre 37% pour les seuls Algériens). 3119 sont chômeurs, 808 sont femmes ou hommes au foyer, 679 sont retraités ou pré-retraités, 2.215 sont ou élèves ou étudiants et stagiaires et 1294 sont
inactifs.

78 Amel Belhassen, « La reconnaissance des diplômes et des compétences : difficultés et impact chez les femmes immigrantes », Rapport de recherche-action, Action travail des femmes, 2009 ; Martin Savard, « L’accès des personnes immigrantes aux professions et aux métiers réglementés », MICC, 2010.

79 Kamel BEJI, Anaïs PELLERIN, « Intégration socioprofessionnelle des immigrants récents au Québec : le rôle de l’information et des réseaux sociaux », in Revue Relations industrielles / Industrial Relations, Volume 65, numéro 4, 2010, p. 562-583.

80
Le taux de chômage correspond à la proportion d’actifs dans la population âgée de 15 à 64 ans. Les actifs c’est l’ensemble des
personnes ayant un emploi et des chômeurs.

Les hommes sont plus souvent en emploi que les femmes (on compte ainsi en 2009 5.131 immigrés sub-sahariens ayant un emploi dans le Rhône contre 4.400 pour les femmes, un taux d’activité de 49% en regard de la population active féminine sub-saharienne) et moins souvent au chômage (1.289 contre 1.830 ) et au foyer (15 contre 793 pour les femmes).On compte autant d’inactifs hommes et femmes au sein de la population immigrée sub- saharienne, respectivement 627 et 668 , et plus de retraités et préretraités hommes (433) que femmes (247) et presque autant d’étudiants, élèves et stagiaires hommes et femmes d’origine africaine ( 1.175 et 1.404).

En règle générale, par rapport à l’effectif global des immigrés ayant un emploi en 2009 dans le Rhône (82.362 dont
35.554 femmes), le taux d’activité des sub-sahariens se limite à 11,5 % et représente 15% des chômeurs sur les 20.614 immigrés sans-emploi recensés au cours de cette enquête. La situation des immigrés, au regard de l’emploi, est marquée par une forte inadéquation de la demande par rapport à l’offre.

2. Taux de chômage des immigrés dans le Rhône en 2009

1.387.234 personnes composent la population active du Rhône en 2009. Dont 1.202.117 pour les non-immigrés et
82.376 pour les immigrés.

Sur 86.500 chômeurs recensés en 2009 par l’Insee, 20.614 sont immigrés. La tranche d’âge d’actifs la plus touchée, hommes et femmes confondus, ce sont logiquement les 25-54 ans à 76%, suivie des 15-24 ans (ils sont près de 3000) et des 55 ans et plus (2000 seniors environ). Mais d’importantes disparités apparaissent selon les sexes.

Ainsi, parmi les immigrés, 9.864 chômeurs sont des hommes dont 7.456 individus rien que pour les 25-54 ans.

Les femmes restent les plus concernées par le chômage chez les immigrés dans leur ensemble avec un taux qui avoisine les 54 %. Elles sont ainsi 8.393 des 25-54 ans à être sans-emploi sur un effectif de 10.749 femmes. Puis viennent les 15-24 ans avec 1.555 personnes sans activité. Toutefois, les sub-sahariennes du Grand Lyon sont cependant beaucoup moins souvent femmes au foyer (793 contre 707 pour les Italiennes) que les immigrées d’origine algérienne (6592), tunisienne (2173), turque (2107) et marocaine(1516), mais aussi moins inactives (627 contre 1.718 immigrées algériennes) et sont plus souvent étudiantes ou élèves (1.040 contre 83 pour les immigrées portugaises et 335 pour les originaires de Tunisie).

3. Catégorie socio-professionnelle des immigrés dans le Rhône

Les immigrés en région Rhône-Alpes occupent plus souvent des emplois dans le secteur tertiaire (54% pour les hommes et 84% pour les femmes à presque égalité pour les non-immigrées, 85%), suivent des emplois dans l’industrie majoritairement occupés par des hommes (24% contre 14% pour les femmes) de même que le secteur de la construction. Cette configuration est sensiblement la même pour la population globale rhônalpine.

De manière générale, les immigrés rhodaniens, pris dans leur ensemble, sont dans leur majorité des personnes à la retraite (38.256, soit 19,6% sur un effectif total de 194.849 personnes en 2009), puis ouvriers à 18%, employés à 15%, exercent des professions intermédiaires à 8,3%, des professions intellectuelles supérieures et cadres à 5,7%, artisans, commerçants et chefs d’entreprise à 3,4% et sans activité professionnelle à 29% (56.163 immigrés dont 68
% des femmes). Tandis que les hommes exercent en tant qu’ouvriers, les femmes sont davantage employées dans les services à la personne, l’hôtellerie-restauration, commerce, etc. Elles sont peu nombreuses à être chefs d’entreprise. On les retrouve aussi, à une échelle moindre, dans les métiers d’ouvriers et les professions intermédiaires.

4. Quid de la population immigrée subsaharienne du Grand Lyon ?

SI beaucoup, hommes et femmes, sont sans activité professionnelle dans le Rhône (6.431 individus sur un effectif global de 19.305 personnes en 2009 dans le Rhône), les immigrés subsahariens sont majoritairement ouvriers (2.690 personnes) puis employés (1.467). Viennent ensuite les professions intermédiaires (1.070) et les professions

intellectuelles supérieures ( 765 personnes contre 611 pour les immigrés marocains, 311 pour les tunisiens et 938 pour les Algériens). Difficile cependant de savoir combien sont les immigrés sub-sahariens naturalisés et étrangers à exercer dans ces professions intellectuelles supérieures. Cette donnée pouvant permettre de comprendre si la nationalité joue ou influe sur le niveau d’études et la volonté de mettre à contribution son expertise au service des actions collectives portées par les associations de migrants sub-sahariens en regard de l’intégration nationale des primo-arrivants ou des missions de solidarité et développement dans les pays d’origine.

En ce qui concerne les métiers d’artisans , de commerçants et de chefs d’entreprise, sur une population active masculine d’origine sub-saharienne de 9.427 individus, l’Insee n’en a recensé que 320 individus, un taux relativement faible en comparaison par exemple des immigrés d’origine algérienne (967), portugaise (776), turque (735) et tunisienne (602), plus entreprenants. Peut-on voir à ce niveau-ci de notre étude la fréquence de créateurs d’entreprises au sein de la communauté maghrébine du Rhône comme un palliatif aux difficultés d’accès au
marché de l’emploi qui touche davantage cette catégorie de la population ? Un parallèle peut en effet être fait81 si
l’on s’en tient à la multitude d’études consacrées au sujet au niveau national.

La faiblesse de la présence des femmes subsahariennes du Rhône dans la dynamique de la création d’entreprises ou de l’auto-emploi ressort également de cette enquête, avec 179 personnes identifiées comme commerçantes, artisans ou chefs d’entreprise sur un effectif total de 9.878 immigrées. Ces femmes sont à presque égalité d’effectif sans activité professionnelle (3.758) et employées (3.821) dans le secteur tertiaire pour l’essentiel. Elles sont moitié moins nombreuses dans les professions intermédiaires (779) et les professions intellectuelles supérieures (359) que les hommes. Un écart important entre les métiers manuels et intellectuels qui fait apparaitre en filigrane les niveaux de qualification particulièrement faibles chez les immigrées sub-sahariennes et qui les assignent fatalement à des emplois globalement peu qualifiés et mal rémunérés.

La population des retraités et pré-retraités sub-sahariens approchent les 700 individus en 2009 dans le département. Les premières données de notre enquête de terrain ont laissé entrevoir que très peu ou pas de retraités, aux dires des responsables associatifs rencontrés, et notamment ceux ayant exercé des professions intellectuelles supérieures ou intermédiaires, ne donnaient de leur temps et ne mettaient leurs expertises et compétences diverses à disposition des associations de migrants enquêtées. L’échantillon de notre investigation étant réduite à une vingtaine d’associations, il est trop tôt pour tirer des conclusions générales. Il serait toutefois intéressant de voir à terme quelle est la proportion des retraités sub-sahariens du Rhône qui s’impliquent dans la vie associative de la communauté africaine du Grand Lyon, leurs pratiques associatives de manière générale en regard de celle des non-migrants, ainsi que les formes et leur niveau d’implication. Une étude d’autant plus importante à mener que de nombreuses enquêtes ont démontré que le bénévolat associatif, même s’il fait appel autant aux personnes actives qu’aux demandeurs d’emploi et étudiants (et surtout les 18-25 ans), repose pour
l’essentiel sur les retraités nationaux de bonne volonté82.

Au total, la situation de l’emploi dans le Grand Lyon est globalement peu favorable aux immigrés. Et cela entraine un certain nombre d’incidences sur le plan social : baisse de revenus, accès précaire au logement, conditions de vie peu enviables. Dans ce contexte, l’intégration devient problématique83. Or, l’intégration des migrants est un long processus qui nécessite la conjonction de 3 conditions :

- Les conditions socio-économiques d’insertion ( travail, logement, famille, scolarisation)

81
Voir Tadjine-Lévy, op.cit.
82
Voir sur le portail de l’association Recherches & solidarités, une étude de Cécile Bazin et Jacques Malet intitulée : « Le bénévolat selon
les générations, baromètre d’opinion des bénévoles », Cahier N°9, Juillet 2010. Voir aussi « le Panorama de la vie association dans le Rhône », publiée pour la direction des mêmes auteurs et de Marie Duros et Henitsoa Raharimanana en février 2012. Avec le concours de la Délégation départementale de la cohésion sociale du Rhône.
83 Voir le rapport du Haut-Conseil à l’Intégration : « la France sait-elle encore intégrer ses immigrés ? Bilan de la politique d’intégration en
France depuis vingt ans et perspectives », Avril 2011.

- Une identité culturelle affirmée sur laquelle les migrants s’appuient pour faire face aux adaptations nécessaires à leur vie quotidienne en France ;
- Des relations satisfaisantes avec des personnes extérieures au groupe d’origine et qui favorisent l’ancrage sur le lieu d’habitation et le développement d’une nouvelle identité.

Ainsi donc, l’intégration au niveau individuel suppose que le sujet atteint un état, un équilibre psychologique lorsqu’il élimine les tensions dues aux différences entre son groupe et l’environnement étranger tout en restant de façon variable dans ses anciennes références.

Quelles réponses les pouvoirs publics donnent-ils à la question de l’insertion sociale, professionnelle, économique et culturelle des migrants de manière à réduire les écarts importants existants entre immigrés étrangers, immigrés naturalisés et français de naissance ? Quelle politique d’intégration pour favoriser l’accès des migrants aux dispositifs du droit commun de façon à faciliter une intégration accomplie et assurer ainsi la cohésion sociale dans une société française caractérisée par une diversité ethnoculturelle et sociale importante?

Chapitre 2 : LE CADRE D’INTEGRATION DES MIGRANTS SUBSAHARIENS

1. Un bref historique de la politique d’intégration en France

Les immigrés considérés dans la présente étude sont pour leur quasi-totalité arrivés après la seconde guerre mondiale. L’impératif de la reconstruction puis de la reconstitution de la démographie française mise à mal par deux guerres amène les pouvoirs publics à encourager l’immigration. C’est ainsi qu’entre 1945 et 1974, la croissance économique va provoquer un appel d’air aux flux migratoires en provenance d’Europe du Sud et du Maghreb. Mais si l’immigration des travailleurs est encouragée, elle doit aussi être contrôlée, organisée. C’est dans cette optique que sont mises en place les premières politiques d’intégration au travers de structures ad hoc créées en vue de l’accueil des travailleurs immigrés, de leurs familles mais aussi afin d’encadrer les réfugiés qui commencent à affluer vers la France vers les années 1950. C’est le cas en 1945 de l’Office national de l’Immigration(ONI) et en 1952 pour l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA).Toutefois, en dépit de la naissance de ces structures, cette politique n’est pas appliquée dans l’optique d’admettre les étrangers non-européens en vue d’une installation définitive. Les étrangers ont reçu l’autorisation d’entrer dans le pays lorsque les ressortissants nationaux ne suffisaient pas à pourvoir à certains emplois vacants. Or, si l’admission à titre permanent peut requérir d’emblée une politique d’intégration, la question de l’intégration ne se pose pas
s’agissant de l’admission de travailleurs étrangers destinés à combler certaines lacunes sur le marché local de l’emploi, puisque la présence de migrants est appelée à rester temporaire.84 En clair, avant les années 1970, l’intégration n’a pas été un problème pertinent en France au sens où pour bien les travailleurs migrants, « l’emploi
était un phénomène à caractère temporaire(…) D’une certaine manière, les travailleurs migrants étaient en fait fort bien intégrés du point de vue du marché du travail ».
À compter des années 50, la population immigrée s’accroit et se diversifie. Et tandis que l’immigration européenne fléchit quelque peu, la part des ressortissants maghrébins s’accroit considérablement, tandis qu’une première vague de travailleurs migrants africains sub-sahariens et turcs commence à s’installer en France. Aussi, la politique d’accueil va-t-elle se concentrer sur l’aide sociale et l’accès au logement des travailleurs, notamment algériens. C’est dans cette mouvance que nait en 1958 le Fonds d’action sociale pour les travailleurs musulmans d’Algérie en métropole et pour leurs familles (FAS).
Avec les dynamiques de décolonisation qui agitent le continent africain, un afflux important d’immigrés du continent noir déferlent sur la France. Face à cette diversification qui tend à s’accentuer plus que jamais, les pouvoirs publics français décident d’étendre la politique d’intégration à l’ensemble des immigrés en définissant de nouveaux axes opérationnels d’intégration : accès à la formation, formation linguistique, action culturelle plus large.
Le premier choc pétrolier et ses répercussions sur la machine productive française inspireront aux pouvoirs publics des mesures de restriction à partir de 1974 et notamment la suspension de l’immigration de travail
permanente. Le flux d’immigration ralenti, s’en est suivi une diminution de la part des étrangers dans la population active qui décroit alors de 7,3% en 1975 à 6,4% en 1990 et à 6% en 200085. Se développe alors l’immigration familiale qui s’accélère dans les années 80 marquée à la fois par une féminisation croissante des mouvements
migratoires mais aussi des problèmes plus aigus d’insertion sociale et professionnelle des nouveaux arrivants d’une part. Et d’autre part des migrants travailleurs déjà présents sur le territoire français qui, désintégrés du marché du travail suite à la crise économique et la fermeture des frontières, décident pour une bonne part d’entre eux de

84 D’après R.W. Böhning dans un article intitulé l’Intégration des travailleurs migrants : « Dans le cas de l’Europe de l’Ouest et du Nord, bon nombre [de travailleurs migrants] n’ont jamais eu l’intention de se fixer à l’étranger de manière permanente ».
85
Voir sur le portail de la documentation française : « exode des compétences du Tiers-Monde vers les pays développés. Le cas des
Africains francophones de la France », 2002.

s’installer de façon permanente dans l’Hexagone, rejoints par leurs conjointes et autres membres de la famille. La crise économique a en effet considérablement réduit les débouchés professionnels.
La politique d’intégration va poursuivre son renforcement par l’octroi de droits supplémentaires aux étrangers mais sans plus connaitre de changement significatif jusqu’à l’orée de la décennie 1990.
Le tournant des années 1990 va en effet voir émerger une orientation nouvelle de la politique d’accueil et d’intégration nationale des étrangers avec un renforcement des dispositifs de formation linguistique face à la difficulté d’insertion professionnelle en raison d’une faible maitrise de la langue française par nombre de nouveaux arrivants ; une accentuation de la formation civique des étrangers récemment arrivés suite aux dérives
« communautaires » dénoncées par les pouvoirs publics et certaines mouvances politiques nationales.
Le point d’orgue de l’évolution de la politique d’intégration c’est l’introduction en amont dans le processus d’accompagnement à l’intégration d’un Contrat dit d’Accueil et d’Intégration (CAI) dont l’expérimentation a débuté en 2003, entré officiellement en vigueur et obligatoire à partir du 1er janvier 2007.

2. Nouvelles Orientations nationales de la politique publique d’intégration sous la houlette de l’Union européenne

La nouvelle politique d’intégration nationale des immigrés, même si elle relève de la compétence nationale, s’inspire depuis quelques années de 11 principes de base définis par les 27 États membres de l’Union en vue d’harmoniser leurs politiques en la matière et créer un espace commun d’action. Trois conférences ministérielles (2004, 2007 et 2008) fondatrices ont permis d’initier des réflexions et élaborer des outils86 permettant de renforcer
l’intégration des nouveaux arrivants sur le territoire des États membres, étant entendu que pour l’Europe, le processus de l’intégration s’achève avec la naturalisation.

2.1. Dispositifs spécifiques d’intégration des migrants en France et le PRIPI en Rhône-Alpes

À compter de 2005, une loi de programmation de la cohésion sociale invite les préfets à mettre en œuvre un Programme Régional d’Intégration de la Population Immigrée (PRIPI)87 qui s’inscrit dans le cadre de la politique nationale globale et qui ambitionne de renforcer les dispositifs d’accompagnement des migrants à l’intégration nationale. L’intérêt de ce programme qui s’inscrit dans la continuité des précédents mais avec des innovations
majeures et une plus grande diversification des publics cibles (primo-arrivants, femmes immigrées et migrants âgés) se veut tout d’abord une politique globale d’intégration qui, au-delà de la vocation du Contrat d’Accueil et d’intégration (acquisition par les primo-arrivants des savoirs de base nécessaires pour une bonne intégration dans la société française : apprentissage du français, connaissance des valeurs fondamentales de la république, droits et devoirs des citoyens…), vise à favoriser l’accès des immigrés étrangers en situation régulière aux dispositifs de droit

86 Parmi ces outils, le Fonds européen d’intégration (FEI) : outil financier créé en 2007, il permet de financer des actions destinées à promouvoir l’intégration des ressortissants des pays tiers, mais aussi les indicateurs d’intégration qui permettront d’apprécier les évolutions et résultats des politiques publiques de chaque État membre en la matière, un Forum européen sur l’intégration accessible via le lien suivant : http://ec.europa.eu/ewsi/fr/index.cfm, manuel destiné aux praticiens de l’intégration dans chaque pays, et un lien désormais fait entre intégration, emploi et éducation et le souhait de renforcer les dispositifs d’évaluation des politiques publiques d’intégration et d’implication de tous les acteurs à tous les échelons administratifs : national, régional, département .

87 Relancés par le comité interministériel à l’intégration (CII) réuni le 10 avril 2003 , les PRIPI sont en réalité « créés par le décret n° 90-143 du 14 février 1990 qui prévoyait l’établissement tous les ans, par les préfets de région, d’un programme d’insertion des populations immigrées(…) et généralisés par une circulaire du ministère des affaires sociales n°2003/537 du 24 novembre 2003(…)Elle a reposé également sur l’association des collectivités territoriales et locales à l’analyse des besoins et à la proposition de réponses adaptées(…) La circulaire du 28 janvier 2010 invite à la réalisation de nouveaux PRIPI pour la période 2010–2012. Elle dispose que ces programmes doivent être l’occasion de donner un nouvel élan à la politique publique d’intégration des migrants et d’y associer de façon plus large tous les acteurs locaux, à partir d’une analyse territorialisée des situations et des besoins. Ils seront financés à titre principal par les crédits déconcentrés du programme 104 « intégration et accès à la nationalité française » délégués aux DRJSCS.», Le programme 104 fixe les orientations de l’État en matière d’Intégration et accès à la nationalité française. Document-cadre du PRIPI Rhône-Alpes, 2010-2012.

commun et à répondre à l’ensemble des enjeux de l’intégration au niveau du logement, la santé , l’emploi, l’éducation , la formation, la langue française, etc. Ce programme dans le cas de la région Rhône-Alpes est élaboré et piloté par la Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) en association avec l’Office Français de l’immigration et de l’Intégration (OFII) et s’articule autour de cinq grands axes d’actions88 définis et détaillés par la circulaire ministérielle du 7 janvier 2009 (ministre en charge de l’intégration), suite aux engagements pris au niveau européen par la France et conformément aux impératifs de la révision générale des politiques publiques(RGPP) :

- La promotion de l’apprentissage du français à visée d’insertion sociale et professionnelle, un autre aspect du développement de l’employabilité des migrants ;

- L’accompagnement vers l’emploi des primo-arrivants dès l’accueil sur le territoire français, par exemple par une séquence d’information collective permettant d’acquérir la connaissance des outils d’accès à l’emploi : rédaction d’un CV, conduite d’entretien, recherche d’emploi. Mais aussi le soutien à la création d’activités, la promotion de la diversité dans les entreprises ;

- Faciliter l’accès à la prévention et aux soins et particulièrement pour les personnes âgés dont il ressort de certaines études que les immigrées âgées sont celles dont l’état de santé est le plus dégradé a contrario de celui des hommes 89 ;

- Soutenir les dispositifs d’accès aux droits par des actions d’accompagnement pour l’accès à un logement de droit commun et l’amélioration des conditions de vie et de logement des migrants vivant en logement foyer spécifiquement ;

- La connaissance des institutions, des valeurs de la république et le développement d’actions portant sur l’accès à la citoyenneté ;

- L’accompagnement des familles .

Pour mettre en œuvre ces mesures et afin d’en assurer la réussite, des dispositifs ont été élaborés d’année en année au gré des évolutions législatives entre 2003 et 2006 en s’appuyant sur 3 principes majeurs :

• « L’intégration est un processus qui se prépare dès le pays d’origine et se prolonge dans les années qui suivent l’arrivée sur le territoire national ;

• elle nécessite un engagement réciproque du pays d’accueil et du migrant, qui s’exprime dans le contrat d’accueil et d’intégration et, pour les bénéficiaires du regroupement familial, dans le contrat d’accueil et d’intégration pour la famille ;

• Elle s’organise dans le cadre d’un parcours d’intégration qui est conforté par l’obtention d’une carte de résident (10 ans) et peut se conclure par l’accès à la nationalité ».90

Au nombre des dispositifs nouveaux de la politique de l’intégration des immigrés en France depuis 2003 :

- le Contrat d’Accueil et de l’Intégration déjà évoqué, créé à la suite des réunions du Comité interministériel pour l’intégration (CII) de 2003 et 2006 en vue de personnaliser le parcours d’intégration des migrants, de manière à leur assurer un accompagnement optimum à toutes les étapes de ce

88 Les actions d’intégration, d’après le PRIPI, sont concentrées sur les cinq premières années de séjour.
89 « Qui sont les immigrés âgés ?», op.cit.
90 Voir PRIPI Rhône-Alpes, 2010-2012.

processus. Contrat désormais généralisé à tous les primo-arrivants par la loi du 24 juillet 2006 relative à l’immigration et à l’intégration pour une entrée en vigueur à partir de 2007 ;

- l’opération « ouvrir l’école aux parents », dispositif qui a pour objectif d’apporter une aide aux parents confrontés aux difficultés de la langue française et en incapacité de suivre la scolarité de leurs enfants puisque méconnaissant le fonctionnement de l’institution scolaire91 ;
- le « label diversité »92 ;

- les accords avec les branches professionnelles et les acteurs du monde économique (Entreprises, organismes collecteurs, chambres économiques, industries…) ;

- le réseau des agents de développement local pour l’intégration (ADLI)93 ;

- les prix de l’intégration et de soutien à l’intégration qui vise, à travers une série d’évènements et d’actions à promouvoir et valoriser des parcours d’intégration individuels ou collectifs de migrants en France.

2.2. Le PRIPI en Rhône-Alpes

Le Programme régional d’intégration de la population immigrée en région Rhône-Alpes s’inscrit et s’inspire des principes et dispositifs susmentionnés, lesquels sont déclinés, sous la supervision du Préfet de région, au niveau des 8 départements composant le territoire (Ain, Ardèche, Drôme, Haute-Savoie, Isère, Loire, Rhône, Savoie), en fonction des spécificités démographiques propres à chacun.

Au-delà de l’équipe-projet et du comité de pilotage composés des représentants des services administratifs régionaux et départementaux94, chargés d’organiser le diagnostic, le partage d’informations et de définir les priorités et les orientations régionales et départementales du PRIPI 2010-2012, notons que le secteur associatif actif dans le champ de l’intégration au niveau régional a été associé à titre consultatif à son élaboration :

 Association Rhône-Alpes pour le logement et l’Insertion sociale (ARALIS)
 Association Femmes Informations juridiques Internationales Rhône-Alpes (FIJIRA)
 Association Départementale d’Accueil des Travailleurs étrangers (ADATE)
 Centre Ressources Enfance Familles École (CREFE)
 Forum Réfugiés
 ADOMA

91 Qui a remporté un franc succès dans le Rhône depuis son lancement conjoint par les ministères de l’Éducation nationale et celui de l’Immigration et de l’Intégration.
92 « Le label diversité, propriété de l’État, a été créé par décret interministériel du 17 décembre 2008. Il est délivré à tout type d’employeur
public ou privé à la suite d’un audit et d’un rapport préalable d’un organisme certificateur (AFNOR-Certification), après avis favorable d’une commission de labellisation quadripartite (État, patronat, syndicats, experts), qui examine sur la base des exigences d’un cahier des charges les mesures mises en place pour prévenir les discriminations et favoriser la diversité à l’embauche et dans la carrière professionnelle. Actuellement, 364 entreprises, ministères, associations…ont obtenu ce label, concernant plus de 830.000 salariés (cf. fiche « label diversité »).Extrait de la rubrique « Intégration » du Portail internet du Ministère de l’immigration, de l’Intégration, de l’Asile et du Développement solidaire.
93 « Dispositif initié en 1996, les agents de développement local pour l’intégration interviennent en tant que personnes ressources et
médiatrices pour la mise en œuvre des actions prévues dans le cadre des PRIPI pour des publics particuliers sur des territoires spécifiques (promotion sociale et professionnelles des femmes, accès aux droits et à la santé pour les personnes âgées immigrées, soutien à la parentalité et à la réussite scolaire des enfants de migrants, informations sur les droits des primo-arrivants, médiation interculturelle…) ».Portail du Ministère de l’Immigration.
94
SGAR, DRJSCS, Préfecture, DIRECCTE, DREAL, HALDE, DDI, OFII, Préfectures du Rhône et de l’Isère, Pôle Emploi, délégation régionale
aux droits des femmes, Éducation nationale…

On notera l’absence d’une représentation des organisations associatives spécifiquement de migrants (européens ou des pays tiers) aux cours de ces assises. Signe d’une politique régionale d’intégration des migrants définie sans les migrants eux-mêmes ? Est-ce le déficit d’une plate-forme forte de migrants, portant des requêtes ou revendications particulières, au double niveau départemental et régional qui explique cette non-sollicitation des migrants directement ? Est-ce le principe même du travail d’élaboration d’une politique publique que de ne pas associer directement des représentants du public prioritaire à qui se destine ces politiques ? Qu’en est-il au plan départemental et spécifiquement dans le département du Rhône ?

2.3. Le Plan Départemental d’intégration de la Population Immigrée dans le Rhône (PDI)

Le PDI Rhône est une déclinaison du PRIPI dans le sens où l’essentiel des principes et des orientations sont repris et adaptés en fonction des réalités propres à la démographie immigrée du département. Aussi, suite à la circulaire préfectorale du 28 janvier 2010, le PDI Rhône a-t-il défini les axes d’intervention suivants :

 Dresser un diagnostic complet de la population immigrée du département : sa répartition géographique, son évolution démographique, l’accès au logement et à l’emploi ;

 Assurer et promouvoir l’apprentissage » du français en identifiant via une cartographie et en renforçant l’offre de formation linguistique de droit commun, avec un accent particulier sur l’apprentissage du français à finalité professionnelle. Objectif : développer l’employabilité du migrant primo-arrivant tout particulièrement ou des migrants d’ancienne installation ayant des difficultés de langue. L’organisation d’une « Journée départementale de l’apprentissage du français » est ainsi une des innovations proposées pour atteindre cet objectif ;

 Soutenir les dispositifs de connaissance des institutions et d’accès aux droits dans la droite lignée de la formation civique proposée dans le cade du CAI mais en mettant en place des modules complémentaires en raison de la brièveté de cette formation justement et pour les migrants installés sur le territoire avant la généralisation du CAI en 2007 ;

 L’accompagnement des familles, au-delà de l’opération « Ouvrir l’école aux parents pour réussir l’intégration » concerne également l’accès à un logement pérenne pour les primo-arrivants et les réfugiés ;

 L’accompagnement vers l’emploi dans une économie de sous-emploi est une gageure notamment pour les immigrés fortement touchés par la désintégration du marché du travail. C’est dans ce contexte qu’en 2010 une convention a été signée par le Ministère de l’immigration et de l’intégration avec la direction nationale de Pôle Emploi afin d’assurer aux primo-arrivants un suivi personnalisé. Au-delà, le PDI ambitionne surtout de soutenir des actions fortes en faveur des femmes dont beaucoup sont peu qualifiées et ont un difficile accès au marché du travail. Ainsi une des pistes proposées par le haut-Conseil à l’Intégration est qu’il convient de développer les modules courts permettant d’acquérir des « unités de valeur » pouvant déboucher sur une qualification. C’est, en outre, dans ce contexte professionnel que l’apprentissage du français se révèle le plus efficace ;

 Faciliter l’accès à la prévention et aux soins et l’accès aux droits les plus fondamentaux (droit à la retraite ) par des mesures spécifiques tout particulièrement pour les migrants âgés vivant en foyer (19% des plus de 55 ans dans le Rhône). Action qui, dans son volet santé, devrait être coordonnée à un niveau régional par l’Agence régionale de santé ;

 Valoriser les parcours d’intégration remarqués à travers la remise aux migrants distingués d’un « Prix de l’intégration » et l’animation d’une semaine de l’intégration dans l’optique de « sensibiliser le grand public

et les professionnels sur l’ensemble des facteurs d’intégration et des actions mises en place dans le Rhône »95.
3. Mesures spécifiques d’insertion professionnelle des migrants au niveau départemental

« L’accès à l’emploi est l’une des composantes majeure de l‘intégration des personnes immigrées dans notre pays, en ce qu’il permet l’autonomie économique et facilite la socialisation. Or les étrangers rencontrent de nombreux obstacles dans leur insertion professionnelle et sont plus que d’autres victimes du chômage. L’action du ministère de l’intérieur vise à promouvoir toutes les possibilités facilitant à la fois la recherche d’emploi dès l’arrivée en France et la création d’activités par les migrants, tout en incitant les employeurs à s’ouvrir davantage à la diversité », peut-on lire sur le site internet du Ministère de l’immigration, de l’intégration, l’asile et le développement solidaire. Dans le même esprit, le HCI fait le constat suivant : « La fonction intégratrice du travail, notamment pour les immigrés et leurs descendants directs, est devenue incertaine dans notre économie de sous-emploi marquée par la désindustrialisation »

Pour favoriser l’accès rapide à l’emploi des signataires du Contrat d’Accueil et d’Intégration, l’État français a mis en place un ensemble de dispositifs dont :

3.1. Le bilan de compétences professionnelles

Créé par la loi du 20 novembre 2007, sous la présidence Sarkozy, il est organisé par l’OFII dans le cadre du CAI et vise à « valoriser les expériences passées [des primo-arrivants], leurs diplômes et compétences professionnelles ou leurs savoir-faire dans la perspective d’une recherche d’emploi ». D’une durée de 3h seulement, le dispositif suffit-il au primo-arrivant candidat pour se faire une idée claire et précise sur le marché du travail local ? ou pour mobiliser les ressources nécessaires pour s’y insérer et faire valoir son capital compétences ?

3.2. Les accords de branches professionnelles

Afin de favoriser un accès rapide à l’emploi des signataires du CAI, le gouvernement (via la DAIC et l’OFII) a signé des accords avec :

• des représentants de branches professionnelles et des organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA). L’idée c’est de permettre aux migrants en recherche d’emploi, à l’issue du bilan de compétences, d’être recruté dans des secteurs économiques en développement ou à fort potentiel qui manquent de main d’œuvre locale : secteur des services à la personne, des transports, des entreprises de propreté, du travail temporaire, de l’hôtellerie… ;
• des réseaux économiques et chambres consulaires. « Ces protocoles d’accord ont pour objet d’expérimenter dans quelques départements l’adaptation de méthodes facilitant l’accès à l’emploi dans des entreprises : accès aux formations en alternance, forums d’accès à l’emploi, « job datings », coachings et parrainages, préparation de demandeurs d’emploi par des cadres ou chefs d’entreprises » ;
• de grands groupes industriels « pour tester des méthodes d’intégration de primo-arrivants, faciliter l’accès à des métiers en tension par la voie de l’intérim, permettre d’intégrer les métiers de la logistique ainsi que de préparer les demandeurs d’emploi primo arrivants à l’entretien collectif d’embauche »96.

95 PDI Rhône,op.cit.
96 Portail du Ministère de l’immigration, rubrique Intégration, op.cit.

En clair, la surreprésentation des migrants dans les secteurs d’activités du tertiaire et le recours massif à l’intérim et donc aux contrats de travail précaires sont organisés et soutenus par l’État lui-même97. La question étant de savoir si ces orientations répondent aux contraintes de la crise de l’emploi et une recrudescence du taux du chômage de la population active dans son ensemble ou à une politique d’insertion professionnelle résolument établie sur la durée.

3.3. Soutien de la création d’activités par les migrants

La création d’entreprise est un des vecteurs de plus en plus plébiscité de l’insertion socio-économique des migrants en France. Sans disposer de chiffres détaillés du taux de créations d’entreprises par les migrants dans le Rhône, on peut toutefois souligner que le lancement du régime de l’auto-entreprenariat a accentué la dynamique de l’entreprenariat au sein de la population immigrée de France. Pour autant, s’affichent d’importantes disparités selon les origines géographiques des migrants en France et dans le Grand Lyon en particulier. Il ressort ainsi des statistiques de l’Insee soulignées plus haut que les immigrés d’origine maghrébine sont deux à trois plus entreprenants que les subsahariens. L’entreprenariat constituant une alternative au marché de l’emploi dont l’accès semble de plus en plus restreint aux immigrés et aux turcs, maghrébins et subsahariens en particulier. Aussi l’État ambitionne- t-il d’encourager et soutenir la création d’entreprises par les immigrés (étrangers et naturalisés) à travers la mise en place « des outils et des méthodes pour sensibiliser et mobiliser plus efficacement les principaux réseaux d’appui et d’accompagnement à la création d’entreprise et de les faire mieux connaître par le public immigré. Dans ce but, des accords ont été signés avec les grands réseaux d’appui à la création d’entreprise ».

À ce propos, plusieurs dizaines de structures d’insertion par l’emploi et le logement ont été identifiées dans le Rhône dont quelques organismes spécialisés dans l’accompagnement à la création d’entreprise, en plus des structures publiques. Nombre d’eux sont ont un statut d’association de loi 1901. Se pose dès lors la question de savoir si certaines associations subsahariennes dans le Grand Lyon occupent ou envisagent d’occuper le créneau de l’accompagnement à la création d’entreprise ou de l’insertion par l’économique compte tenu du contexte tendu du marché de l’emploi dans le périmètre rhodanien et des facteurs d’exclusion de certains immigrés qui vont croissants ,quoi que non-mesurables, tels les discriminations à l’embauche en raison de l’origine ou la couleur de la peau. La présente étude tente de répondre à cette interrogation. Nous l’aborderons dans le chapitre consacré à l’analyse des discours des responsables associatifs rencontrés.

3.3. Promotion de la diversité dans les recrutements et les carrières

Le dernier des dispositifs élaborés par le gouvernement afin de garantir l’égalité des chances de tous devant l’emploi et dans le monde de l’entreprise au sein de laquelle nombre d’immigrés ou descendants d’immigrés font état de traitement différentiel et donc de discriminations dans l’octroi d’une promotion : 15% pour les enfants d’immigrés maghrébins contre 7% pour les descendants des natifs selon la dernière enquête Insee sur les immigrés et leurs descendants en France. L’État français fait globalement le même constat et reconnait que : « Les entreprises et les autres employeurs publics et privés ne reflètent pas suffisamment la composition de la population française (origine, âges, sexes, personnes handicapées…) dans leur population salariale et les discriminations à l’embauche et dans la carrière sont encore trop importantes ».

97 HCI, dans son rapport intitulé « Intégrer dans une économie de sous-emploi » fait en effet le constat suivant : « Les immigrés restent concentrés dans certaines professions. Ils sont proportionnellement trois fois plus nombreux que les Français de naissance dans l’hôtellerie- restauration, l’intérim, la sécurité et le nettoyage, et reste plus présent dans la construction (10% au lieu de 7% chez les Français de naissance) mais moins dans l’industrie (10% pour 16% de Français de naissance).Paradoxalement, les descendants d’immigrés des pays tiers, même s’ils accèdent plus fréquemment aux études supérieures, ont un taux de chômage supérieur à celui de leurs parents (24,2% pour 20,2%) qui est globalement le double de celui des Français de naissance ».

Dans l’optique d’assurer une cohésion sociale y compris au sein de l’entreprise, le Ministère de ‘l’immigration a mis en place deux instruments incitatifs pour la favoriser : la charte de la diversité et le label diversité.

Le Ministère s’en explique : « La Charte de la diversité a été créée fin 2004 et est maintenant signée par près de 3400 entreprises et autres structures publiques et privées. Elle constitue une première approche de la diversité par un employeur, celle de l’engagement volontaire à œuvrer pour la non-discrimination dans la gestion des ressources humaines (embauche, déroulement de carrière, rémunération) ».

On peut en effet déplorer que ces mesures manquent d’une dimension coercitive puisqu’elles ne relèvent finalement que du sens de la responsabilité et de la volonté des employeurs. En 8 ans de promotion de la diversité dans les entreprises, le chemin reste long si l’on en juge par le nombre relativement modeste d’entreprises ayant joué le jeu. C’est pour prévenir cette application à géométrie variable de la charte de la diversité dans les entreprises que le HCI émet un certain nombre de recommandations, à partir de l’observation suivante :

« L’accès à l’emploi est, avec l’orientation scolaire, le domaine où les descendants d’immigrés expriment le plus fréquemment un ressentiment lié à une discrimination réelle ou supposée. Depuis une dizaine d’années en France, les entreprises se sont engagées dans la lutte contre toutes les formes de discriminations, pour la promotion de l’égalité et de la diversité, avec en particulier un accord interprofessionnel du 12 octobre 2006 sur la diversité et l’égalité des chances dans l’emploi, étendu à toutes entreprises en 2008. Le Haut Conseil recommande qu’un bilan de cet accord soit établi et que le dialogue social sur ce sujet soit relancé. Sans attendre ce bilan, le Haut Conseil recommande que toutes les entreprises, qu’elles soient ou non signataires de la charte ou du label diversité utilisent les outils disponibles permettant de lutter contre les discriminations : recrutement par habiletés, CV anonyme, « Jobdating », parrainage. Enfin, pour mesurer que les procédures de recrutement et les différentes étapes des parcours professionnels ne sont pas discriminantes, le Haut Conseil recommande, à l’exemple de La Poste, de recourir aux indicateurs objectifs que sont le sexe, le lieu de naissance, de résidence, l’âge ou la nationalité, comme l’autorise d’ailleurs la Commission nationale de l’information et des libertés (CNIL). Ainsi, il réaffirme que cette mesure rend inutile le recours à des statistiques
ethniques »98.

4. Présentation sommaire du dispositif du Plan Local pour l’Insertion et L’Emploi

Mis en place par la Ville de Lyon en 1993 et cofinancé par le Fonds social Européen(FSE), Le Plan Local pour l’Insertion et l’Emploi (PLIE) est un dispositif de lutte contre l’exclusion et un outil conçu pour favoriser l’accès ou le retour à l’emploi des personnes en difficulté. C’est aussi une plateforme de coordination des acteurs de l’insertion et l’emploi lyonnais. En ce sens, le PLIE travaille à la mise en réseau des opérateurs d’insertion et constitue l’interface entre les acteurs économiques, les acteurs sociaux, les institutionnels et les personnes en situation d’exclusion.

Concrètement, le dispositif du PLIE, adossé aux critères énoncés par la loi de lutte contre les exclusions du 29 juillet 1998 en France, consiste en la mise en place des parcours individualisés et d’accès à l’emploi au bénéfice d’un public ciblé mais aussi au financement par le FSE des actions au sein des structures d’insertion par l’économique via des appels d’offres. La finalité de l’ingénierie portée par le PLIE c’est à la fois :

 le déploiement des actions permettant une requalification sociale et professionnelle des personnes durablement exclues du marché du travail et à qui vont être proposés des parcours qualitatifs et ciblés d’insertion ;

 l’identification et le développement des gisements d’emploi, de l’insertion et de la formation ;

 la gestion et la dynamisation des parcours d’insertion ;

98 Suzel Anstett et Michèle Laroque, « Intégrer dans une économie de sous-emploi », Haut-Conseil à l’Intégration, 2011.

 Pour ce faire, il mobilise et centralise les financements auprès d’acteurs institutionnels (FSE, Communauté urbaine de Lyon, État, Conseils régional et général) qui sont redistribués en direction de l’insertion aux gestionnaires des PLIE locaux.

À ce sujet par exemple, en ce qui concerne la commune de BRON, quelques associations gèrent au nom de la Communauté urbaine du Grand Lyon le programme du PLIE pour l’année 2012 :

 Association Pôle PIK pour la Mobilisation par l’action culturelle

 CIDFF pour l’accompagnement transversal des femmes99
 CEFI pour l’accompagnement renforcé et suivi de parcours100

 Multiservices développement (MSD) pour le diagnostic professionnel, l’acquisition et la validation des compétences

Tableau 10. Actions proposées dans le cadre du PLIE de l’est et sud lyonnais pour l’année 2012 à BRON

4.1. Critères d’éligibilité au PLIE

Pour ce qui est de la ville de Lyon, sont éligibles au PLIE les personnes domiciliées à Lyon et rencontrant les caractéristiques suivantes :

 Des personnes privées d’emploi depuis longtemps (Chômage de Longue Durée- 2 ans, bénéficiaires du RSA, jeunes primo-demandeurs d’emploi sans solution depuis 1 an…) ;
 Cumulant plusieurs type de difficultés rendant difficile leur insertion professionnelle ;

99 CIDFF : Centre national d’information sur les droits des femmes et des familles
100 CEFI : Culture Éducation Formation Individualisée

 Non autonomes dans leur démarche ;
 Souhaitant s’engager dans une démarche de retour vers l’emploi.

4.2. Composition du PLIE

L’organisation interne du PLIE est constituée de :

1. Le Conseil Lyonnais de l’Insertion ou CLI qui constitue le comité de pilotage.
2. Un Comité Technique de Coordination auquel participant les financeurs : Conseil Général, Pôle Emploi, Ville….
3. La Commission de validation qui est l’instance de validation des outils et de propositions de prescription101.
4.3. Un partenariat institutionnel fort et convergences avec la politique de la ville

En plus d’être fortement associé aux instances de Droit commun (de l’État, de la Région et du Département) ce qui lui confère en théorie une bonne connaissance des publics cibles, le PLIE participe aux Commissions d’insertion d’arrondissement (CIA).

Les points de convergence avec la politique de la ville se résument par exemple aux axes suivants :

 Le Contrat de Ville est associé à l’élaboration de la programmation du PLIE ;
 Le PLIE a délégation pour la partie insertion des Contrats de Ville ;
 En 2004, par exemple, L’adjointe à l’insertion était la Présidente de l’Association Lyonnaise pour l’insertion économique et sociale ‘(ALLIES), porteuse du PLIE qui constitue le volet emploi insertion de la Ville102.

Tableau 11. Répartition du public selon la mesure d’accompagnement renforcé (PLIE Rhône)

101 La Commission valide les entrées / sorties dans le PLIE, établit un lien avec les prescripteurs et puis est censée faire remonter les besoins des publics du territoire.

102 90% des crédits de la ligne insertion de la Ville sont dédiées au PLIE. Consulter le portail web de l’Association ALLIES.

Figure 4. Synthèse des orientations du PDI Rhône 2010-2012

Source : Document-cadre du Plan Départemental d’Intégration des populations immigrées du Rhône (2010-2012)

5. Politique d’intégration et politique de la ville : quelles convergences dans le Rhône ?

En juillet 2008, sous la présidence Sarkozy, dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP), les pouvoirs publics ont exclu les préoccupations de l’intégration dans le champ de la politique de la ville en dissociant tout bonnement politique de la ville et politique d’intégration. Cette décision a eu pour conséquence de réduire
les publics bénéficiaires de la politique d’intégration aux primo-arrivants (étrangers arrivés en France depuis moins de cinq ans) de même que le budget103 dont près de 40 millions ont été transférés à la politique de la ville, au titre de l’accès aux droits et de la lutte contre les discriminations.

103 « A l’occasion de cette nouvelle répartition budgétaire, près de 60 millions d’euros destinés à financer les actions d’intégration, ont également été supprimées par la direction du budget. Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, le Haut Conseil considère que le seuil budgétaire critique de 100 millions d’euros pour mener à bien une politique d’intégration est atteint ». Bernard Normand et Jean-Christophe Sintive, in « Investir dans les associations pour réussir l’intégration », Haut Conseil à l’Intégration, avis remis au ministre de l’Intérieur le vendredi 2 mars 2012.

Figure 5. Diagramme logique d’impact – PDI Rhône

Source : Document-cadre du PDI Rhône 2010-2012.

Dès lors, les politiques de la ville, pilotées entres autres par l’ACSE, s’inscrivent dans un cadre départemental. Elles sont territorialisées aux travers des contrats urbains de cohésion sociale (CUCS) alors que la politique d’intégration est pilotée depuis la région via le PRIPI.

Autres conséquences de cette dissociation :

 la fragilisation des associations intervenant antérieurement dans le champ de l’intégration avec une multiplication des interlocuteurs (DAIC, OFII, DJRSCS) ;
 leur retrait de certains quartiers prioritaires des politiques de la ville ;
 l’émergence des associations communautaires qui se substituent dès lors aux services de l’État et pratiquent la solidarité entre migrants de même origine, quoique de l’avis du HCI, la tentation du communautarisme est réelle ;
 la complexification des procédures de réponse à appels d’offres ou des appels à projets pour des associations, soumises depuis au code des marchés publiques comme toute entreprise classique et qui dès lors y renoncent.

Cette « séparation étanche » a été cependant dénoncée par le Haut Conseil à l’Intégration dans son rapport de février 2012104 qui fait valoir l’argument de la proximité des thématiques et des populations que visent ces deux politiques et cite pour appuyer son analyse une enquête de l’Insee d’octobre 2010105 :

« D’après l’enquête Trajectoires et Origines les immigrés, c’est-à-dire les personnes nées à l’étranger et de nationalité étrangère à la naissance, et les descendants d’immigrés, c’est-à-dire les personnes dont au moins un des parents est immigré, représentent plus de la moitié des personnes âgées de 18 à 50 ans vivant en ZUS (Zones urbaines sensibles). Dans les ZUS de l’agglomération parisienne, ils représentent même 64% de la population âgée de 18 à 50 ans ».Or, « Occultant cette réalité, les décisions budgétaires de 2008 ont centré les moyens financiers de l’intégration pour l’essentiel sur l’intégration des primo-arrivants dans le cadre du contrat d’accueil et d’intégration et les formations linguistiques gérées directement par l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII – soit près de 50 millions d’euros). Au-delà de l’accueil et de l’intégration des primo- arrivants, seules quelques actions ont été préservées en direction de publics jugés prioritaires comme les femmes immigrées ou les vieux travailleurs migrants, mais avec des moyens budgétaires très réduits (moins de 20 millions d’euros du programme budgétaire 104, géré par la Direction de l’Accueil de l’Intégration et de la Citoyenneté -DAIC- si l’on exclut les crédits destinés à la gestion des foyers de travailleurs migrants et des centres provisoires d’hébergement de réfugiés statutaires, auxquels s’ajoute une dizaine de millions du Fonds européen d’intégration) ».

Dans le Rhône toutefois, les autorités préfectorales ont fait le choix de collaborer avec les instances en charge de la politique de la ville et donc des questions d’insertion, tant les problématiques qu’elles portent s’imbriquent fortement. Aussi, l’équipe-projet ayant été chargée de l’élaboration du Plan départemental de l’intégration dans le Rhône pour 2010-2012 était composée d’un Inspecteur d’Académie, d’un représentant de l’OFII, de 2 délégués du Préfet délégué pour l’égalité des chances, d’un agent du développement local pour l’intégration et…d’un représentant de la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS).

Quant à la mise en œuvre effective et conjointe de ces deux politiques, nous ne disposions pas de suffisamment de données au moment de notre enquête pour en faire un développement conséquent. Quoi qu’il en soit, les populations immigrées du Rhône( y compris les naturalisés) dont une part significative réside dans les quartiers de la politique de la ville du Grand Lyon ( 14 zones de précarités précédemment définies ) font face à différentes problématiques qui recoupent les champs couverts par les contrats urbains de cohésion sociale(les politiques
d’insertion pour l’emploi par exemple )106 et l’intégration. Les politiques d’insertion s’appuient sur une logique de
discrimination positive même si elles ne sont pas désignées comme tel. Dans la mesure où elles ciblent des populations et des zones de vie particulières de l’espace social et déploient à leur intention des stratégies spécifiques. IL s’agit en clair d’un ensemble de mesures de mise à niveau visant à rattraper l’écart qui peut exister entre un migrant et ce que l’on considère comme une intégration accomplie : cadre de vie décent, scolarité normale, emploi stable, accès aux équipements urbains, relations sociales, émancipation personnelle. Toutefois les politiques d’insertion se destinent évidemment à tous les publics. La césure avec les politiques d’intégration tient à la spécification des mesures d’insertion à destination des populations immigrées primo-arrivantes ou des personnes installées d’ancienne date sur le territoire mais rencontrant des difficultés d’intégration particulière : langue, santé, emploi, revenus, logement. Ce sont entre autres les migrants âgés et les femmes. Entre politiques de la ville et politique d’intégration, la frontière reste mince sinon quasi inexistante. Les orientations de l’une et l’autre laissent plutôt entrevoir une complémentarité, une convergence de vues et d’objectifs.

C’est en ce sens que le Haut-Conseil à l’intégration a recommandé dans son rapport sus-indiqué que la politique nationale d’intégration devait être amplifiée et réinvestir les quartiers sensibles où les associations jouent un rôle d’interface efficace sur la question de l’intégration, mais finalement pas assez valorisé ni visible auprès des pouvoirs publics locaux, régionaux et nationaux.

Aussi l’État devrait-il investir davantage dans les associations pour réussir l’intégration, selon le HCI. Cela implique une exigence de reconnaissance et de légitimation des associations à travers un système de labellisation en

104
105

Bernard Normand et Jean-Christophe Sintive, « Investir dans les associations pour réussir l’intégration », op.cit. Trajectoires et origines, Enquête sur la diversité des populations en France, INED, INSEE, octobre 2010

fonction des champs d’intervention, des process et des résultats obtenus ; puis une exigence de stabilité des financements car , nous l’avons dit, la complexité des procédures d’appels d’offres et d’appels à projets de même que la multiplication des interlocuteurs pour les démarches de demande de financement sont des facteurs d’exclusion de nombre d’associations françaises ou de migrants qui n’ont pas toutes le même niveau de ressources : connaissance des procédures administratives, des politiques nationales en vigueur et du tissu associatif, bénévoles, salariés, fonds et subventions, assise territoriale, capitaux matériels, etc.

Tableau 12 : Politique de la ville. Géographie prioritaire en Rhône-Alpes

Cela étant, à l’issue de ce tableau général de la politique nationale d’intégration et ses déclinaisons locales, il convient de s’interroger sur la place qu’occupent réellement les associations et le rôle qu’elles jouent dans le cadre de ces politiques publiques d’intégration et de la ville.

Quelles sont les formes et le niveau d’investissement des associations subsahariennes (d’insertion, communautaires, de solidarité ou de développement) du Grand Lyon dans le cadre de la mise en œuvre des orientations locales du PDI et des CUCS dans les territoires où elles sont actives ? Quelles actions mènent-elles ou peuvent-elles mener en la matière ? Quel est le niveau de préoccupation des membres des organisations associatives africaines quant à l’insertion multidimensionnelle (emploi, logement, santé, scolarité, parentalité, participation citoyenne et politique) des migrants dans le périmètre de notre enquête ? La présente section tente d’y répondre.

Chapitre 3 : Données générales de l’enquête de terrain. Profil des associations migrantes subsahariennes du Grand Lyon p.68

1. Rappel des Termes de référence de l’enquête auprès des associations de migrants 68
2. Conditions du déroulement de l’enquête et méthodologie 68
3. Panorama des associations subsahariennes du Rhône et leur rapport aux activités d’insertion et d’intégration nationale 72
4. Données générales de la vie associative dans le Rhône 77
5. Panorama des associations d’insertion et d’intégration dans le Rhône 82

Chapitre 4 : Les associations subsahariennes et l’insertion. Analyse des discours et des pratiques dans le Grand Lyon p.88

Section 1 : Les migrants subsahariens du Grand Lyon et la question de l’inclusion sociale. 88

Section 2 : Causes de la non-implication des associations des migrants dans le champ formel de l’insertion/intégration dans le Grand Lyon 99

Section 3 : Comment inciter les migrants à se saisir plus collectivement des dispositifs institutionnels d’intégration et d’insertion et à se rapprocher des structures publiques et privées gestionnaires des politiques publiques en lien avec la question des migrants au niveau local ? 103

Chapitre 3 : Données générales de l’enquête de terrain. Profil des associations migrantes subsahariennes du Grand Lyon

1. Rappel des Termes de référence de l’enquête auprès des associations de migrants

Pour rappel, notre travail d’enquête s’inscrit dans une démarche d’initiation à l’exercice des études recherche- action, alliant donc la recherche et la pratique professionnelle sur le terrain, et relatives aux champs du développement social pour ce qui concerne notre spécialité propre. Les termes de référence ayant donc été de mener une courte investigation auprès d’associations de migrants « grand-lyonnais » aux fins de comprendre les raisons de la marginale implication de celles-ci, tous champs d’intervention confondus, dans le processus d’intégration nationale et spécifiquement d’insertion socio-économique des immigrés primo-arrivants ou d’ancienne installation, au-delà bien sûr de la traditionnelle entraide intracommunautaire souvent notée. L’objectif à atteindre était donc de fournir des éléments d’explications et un corpus de solutions par les acteurs associatifs eux-mêmes en termes de construction d’un ou des cadres et structures efficients et forts qui permettent de se constituer en interlocuteurs légitimes et privilégiés dans les partenariats avec les pouvoirs publics et les acteurs privés ; de construire des « hommes nouveaux », soucieux de mobiliser toutes les compétences nécessaires ( y compris « ethniques » et interculturelles) afin d’accompagner les migrants aussi bien dans les actions du développement solidaire avec les régions d’origine que dans le processus d’appropriation des dispositifs institutionnels existants en matière de politique publique d’intégration au niveau local et de politique d’insertion pour l’emploi, le logement , l’accès à la santé, aux droits sociaux divers, à la parentalité, à l’école, à la citoyenneté participative, dont nombre de migrants subsahariens sont ou se sentent exclus pour différents motifs. En clair, les clés de construction d’une ou des diasporas africaines entreprenantes.

Nous nous sommes cependant entrepris à stériliser la dimension militante d’une telle démarche pour nous centrer sur les fondements socio-anthropologiques et politiques des pratiques associatives, des discours et représentations de leurs membres, du sens qu’ils donnent aux différentes questions des compétences, de la force du réseau, de l’intégration/insertion socio-économique en France, du développement en Afrique, du sens et la place de soi dans une société multiculturelle (où la tentation du repli communautaire peut être très puissante) et du rapport de soi à l’autre : immigrés d’autres sensibilités ethno-régionalistes et non-immigrés.

2. Conditions du déroulement de l’enquête et méthodologie

Notre enquête s’est déroulée du 03 au 24 octobre 2012 dans le périmètre du Grand-Lyon. Nous avons été amenés à rencontrer nos interlocuteurs dans les communes de Lyon intra muros, Villeurbanne, Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Bron, Caluire-et-Cuire, Jonage, et Saint-Priest qui concentrent l’essentiel des associations et la population immigrée de la Communauté urbaine de Lyon et du Rhône.

2.1. Échantillonnage

Les associations dites de migrants étant nombreuses dans le périmètre d’enquête, environ 300 et plus d’après les estimations de l’annuaire des associations dans le Rhône édité par le Département, nous avons eu recours tour à tour aux bases de données des associations membres d’organisations spécialisées et en lien avec la communauté des migrants du Grand Lyon : COSIM, du RESACOOP, du CADR, mais aussi les communes via les services de la vie associative dont ceux de Lyon, Villeurbanne, Bron… Bases de données variées dont nous avons extrait après un

traitement sur le tableur excel un échantillon suffisamment représentatif des nationalités107 les plus présentes dans le périmètre de l’enquête par la démographie, le volume, la taille, l’ancienneté et les réseaux d’affiliation des organisations associatives africaines actives dans le Rhône.

En plus du Sénégal donc, population subsaharienne la plus forte en nombre dans le département (selon une estimation de la Préfecture), nous avons sélectionné principalement les collectifs associatifs de Côte d’Ivoire, du Bénin, du Togo, du Cameroun, du Congo-Brazzaville et du Congo-Kinshasa (RDC), de République centrafricaine, du Burkina-Faso, des Comores, du Mali, du Niger, du Ghana, de Madagascar.

2.3. Phase préparatoire de l’enquête

Une phase intense (plusieurs jours) d’e-mailing et de phoning aux associations figurant dans les fichiers de ces collectifs a suivi. Nous avons eu des retours qualitativement très positifs de responsables des associations les plus en vue opérationnellement, médiatiquement et « politiquement » dans le microcosme lyonnais. Ceux-ci se sont prêtés plaisamment et avec un intérêt soutenu au jeu de nos interviews approfondies (entre 45 minutes et 1heure environ) sur les thèmes principaux de notre enquête.

2.4. Déroulement de l’enquête

Les rencontres, pour un confort d’échanges, ont pu se faire en des endroits choisis par les enquêtés eux-mêmes : leur lieu de travail, les cafés (régulièrement), restaurants, etc.

Avec l’autorisation des enquêtés, durant l’ensemble des entrevues, l’entretien a pu être enregistré avec un enregistreur numérique afin d’exploiter le maximum de données qualitatives possibles, l’essentiel de notre enquête s’étant centrée sur la compréhension des motivations, des logiques d’action ou de non-action, les représentations personnelles et collectives des uns sur eux-mêmes et sur les autres, sur l’environnement, les solutions aux problèmes identifiés.

Ce sont donc au total une vingtaine d’entretiens qui ont été réalisés trois semaines durant à l’aide d’un guide d’entretien ouvert et semi-ouvert structuré autour de 4 thèmes indiqués plus bas. En plus des associations et des collectifs d’associations, nous nous sommes entretenus téléphoniquement avec des acteurs institutionnels en relation avec le monde associatif au niveau départemental et les politiques publiques de la ville et de l’intégration des populations immigrées du département du Rhône.

À tout prendre, ce sont en tout une vingtaine d’associations que nous avons rencontrées en vis-à-vis entre le 03 et le 24 octobre 2012108

A2P Nord-Sud-Sud (Actions Perspectives-Prospectives Nord Sud-Sud)
ABL (Association des Burkinabé de Lyon)
ABRA (Collectif des associations béninoises de Rhône-Alpes)
AFORMETROP (Association franco-togolaise spécialisés dans la formation en médecine tropicale)

107

Celles-ci sont principalement originaires des pays de l’Afrique francophone et anglophone (Afrique centrale et des grands lacs et

Afrique de l’ouest, y compris le Ghana).
108 Bon à savoir, malgré de multiples relances téléphoniques , nous n’avons pu, pour des raisons d’agendas décalés, convenir d’une plage
horaire de rencontre et d’entretien avec les associations CTRA ( Collectif des Togolais de Rhône-Alpes), FOJEP-D ( Forum des Jeunes entrepreneurs pour le développement – Congo), le CACRA ( Collectif des associations camerounaises de Rhône-Alpes ), l’Union des Comoriens de Vénissieux ( UCV), le SOPé ( Union des Sénégalais du Rhône ), le CODAE ( collectif des Guinéens dans le Rhône), ANAN-K (Collectif des Associations des Nigériens de Rhône-Alpes). Mais pas de retour en revanche des associations ghanéennes nombreuses à Villeurbanne, ni les maliennes, ni les associations étudiantes dont les cordonnées sont restées introuvables, notamment l’association des étudiants camerounais de Lyon, membre du réseau CASA-Net en Suisse pourtant.

AFRICA50 (Collectif des associations africaines et des amis de l’Afrique du Grand Lyon)
AIPES (Association ivoirienne pour la promotion de l’éducation et de la santé
ALPADEF (France-Sénégal)
Association des femmes de Malé (Comores)
Association Unité jeunesse africaine (France-Togo)
CADR (Collectif des associations de développement et solidarité internationale de Rhône-Alpes)
COSIM (Collectif des organisations de solidarité issues des migrations)
Djan Djé (Association française intervenant au Mali)
Émergences Sud (France-Cameroun)
FEDAM (France-Haïti-Bénin)
Haut-Nkam Nshu-Shu (Ouest-Cameroun)
Mac Mael Agri Togo (Formation agricole et promotion de l’agriculture et du maraîchage au Togo)
MIFERVAL (France)
Mutoto Africa (Centrafrique – Congo Kinshasa)
Passerelle NGAM (France – Cameroun)
SAAE (Solidarité Akpoussou-Akébou en Europe, France-Togo)

Nous avons assisté aux séances de travail de certaines d’entre elles, effectué une revue documentaire large en lien avec le sujet de l’enquête, et avons recueilli des opinions, représentations et croyances exprimées à titre officiel ou officieux (en « on » et en « off ») par les membres actifs, non-actifs(ou démissionnaires) et responsables associatifs interviewés. Quelques migrants commerçants, propriétaire de petites boutiques à Lyon nous ont également accordé quelques minutes d’entretien non enregistré, discussion à bâtons rompus.

Nous avons mené parallèlement une dizaine d’entretiens téléphoniques avec des acteurs institutionnels en lien avec la vie associative, l’insertion, l’intégration des immigrés en France :

 L’Espace associatif du Rhône
 L’adjoint-au maire de Villeurbanne en charge de la démocratie locale et la lutte contre les discriminations
 Le Centre Culturel Œcuménique Jean Lachaize à Villeurbanne
 Le centre culturel de la vie associative de Villeurbanne
 Le Resacoop
 L’Insee Rhône-Alpes
 Chef de projet PLI à la Mairie de Bron
 Une chargée de mission et formatrice à l’ASSFAM, délégation du Rhône
 Le service Insertion à la communauté urbaine de Lyon

Nous avons enfin visité et collecté des informations utiles sur les Portails internet de :

 La Préfecture de région (Rhône-Alpes)
 La Préfecture à l’égalité des chances
 Mairies de Villeurbanne, Lyon, Vénissieux (annuaire des associations)
 La Communauté Urbaine du Grand Lyon (Courly)
 Ministère de l’intérieur, de l’Intégration, de l’Outre-mer et des collectivités territoriales (Rubrique DAIC)
 Haut-conseil à l’Intégration
 Insee Rhône-Alpes et Rhône
 Résacoop, CADR, Cosim, Forim, Africa 50, Alpadef, Sopé, ABL, ABRA, ANAN, Passerelle Ngam, etc.

2.5. Phase de dépouillement

Nous avons alors procédé lors de la phase de dépouillement à la retranscription de ces entretiens en faisant ressortir les renseignements les plus significatifs pour la construction de l’analyse et en effectuant des recoupements afin d’isoler des constantes dans ces discours et mettre en exergue les variables explicatives. Le

temps court ne nous a pas permis d’effectuer un traitement statistique approfondi de certaines des données quantifiables que nous aurions pu articuler aux variables explicatives : âge, sexe, nationalité, ancienneté de résidence, statut au sein de l’association, réseaux d’appartenance, nature des interactions avec d’autres associations de migrants. Néanmoins, la quantification s’est faite de manière sommaire par l’application de la loi du grand nombre : la fréquence et le volume des occurrences ou des réponses similaires émises par les répondants. En clair, par exemple, pour comprendre si les positionnements politiques des membres d’une association se voulant apolitique pouvaient être de nature à fragiliser celle-ci, nous pouvions dégager des tendances, par l’affirmative ou la négative, en fonction de la fréquence de l’une ou de l’autre occurrence, avec bien sûr toutes les précautions méthodologiques qui sont de rigueur dans un travail de recherche fondamentale ou une recherche-action.

2.6. Indicateurs de l’enquête de terrain

Notre enquête ambitionnait de tirer des enseignements afin d’aider les acteurs migrants subsahariens à mieux s’organiser et à mieux se structurer afin d’asseoir leur légitimité, leur crédibilité, et partant, leur visibilité en s’ancrant davantage dans les politiques publiques et les dispositifs spécifiques afférents aux migrants, en matière d’intégration nationale particulièrement et d’insertion sociale corrélativement. Pour comprendre et agir, nous avons construit 4 thèmes ou items. Ce sont des variables dépendantes ou à expliquer et qui permettront de dégager des tendances. Et dans la mesure du traitement de nos données, nous confronterons ces variables à expliquer aux facteurs explicatifs : les champs d’action de l’association, la catégorie socio-professionnelle, l’activité, la situation familiale, la nationalité, l’âge, le genre, le niveau d’études et l’ancienneté de résidence en France des répondants :

1. Discours, représentations et pratiques liés à l’intégration nationale et/ou l’insertion socio-économique des migrants à Lyon et ses environs ; L’ancrage des actions des collectifs ’associatifs de migrants dans les politiques publiques d’intégration/insertion, les niveaux et modes d’appropriation des dispositifs institutionnels y relatifs ;

2. Les motivations, les logiques, niveau et modes d’affiliation des associations aux fédérations et réseaux, les pratiques d’interactions transculturelles avec les associations autres, les alliances stratégiques avec différents acteurs et les bénéfices tirés ;

3. Les discours et pratiques d’identification, mobilisation et développement des compétences des migrants et non-migrants en vue d’accompagner les immigrés (tous statuts confondus) dans le double processus de l’intégration/insertion et le développement solidaire des régions d’origine ;

4. Les corpus de solutions et les stratégies esquissés par les acteurs eux-mêmes afin de pallier les difficultés conjoncturelles, organisationnelles, relationnelles et opérationnelles auxquelles ils font face ; dans l’optique de renforcer les capacités techniques, les compétences diverses, les identités propres, la visibilité auprès des acteurs privés et institutionnels et les interactions fécondes entre les associations des migrants subsahariens du Grand Lyon et entre celles-ci et les associations des non-migrants.

2.7. Au chapitre des difficultés rencontrées

Les retours de nos contacts par mail et par téléphone étaient numériquement peu importants pour une raison principale : les données et cordonnées des associations contactées n’étaient pas toujours à jour (numéros de téléphone et e-mails erronés, changements à la tête de l’exécutif, inactivité de certaines…). Informations que nous nous sommes cru en devoir de remonter aux fédérations sus-citées.

De plus, nombreux sont les présidents d’associations qui n’ont pu se rendre disponibles en raison d’un agenda professionnel et familial chargé. Ce qui a permis quelques rares fois de conduire un entretien par téléphone ou via

des outils de vidéophonie en ligne tel « skype », notamment avec des acteurs de deux associations expertes en déplacement professionnel au Togo.

Cette enquête, commanditée par le Centre ACF se veut avant tout un outil d’aide à l’analyse des problèmes et à la décision en termes de recherche et d’administration de solutions efficientes. Le temps de la recherche sur le terrain étant trop court en raison des contraintes calendaires académiques qui nous étaient imposées, nous avons souhaité aller à l’essentiel : ce que pensent et ce que font et compte faire les acteurs associatifs pour être acteurs de leur propre développement social et économique en France et là-bas.

Les résultats de notre enquête, plus qualitatifs que quantitatifs, seront restitués tour à tour sous forme d’analyses des discours recueillis et des pratiques observées sous chacun des 4 thèmes ci-haut indiqués et leurs sous-thèmes dérivés, le cas échéant.

3. Panorama des associations subsahariennes du Rhône et leur rapport aux activités d’insertion et d’intégration nationale

« Connaître le milieu associatif, c’est aussi et sans doute d’abord savoir ce que ce milieu pense de lui-même, de sa situation, des conditions de son action, de son évolution… ».

Association « Recherches et solidarités », dans la Collection « L’opinion des responsables associatifs. Le baromètre des associations».

À travers ce chapitre, nous tentons de brosser un tableau général des associations actives dans le département du Rhône afin de comprendre les formes et l’ampleur des engagements des unes et des autres dans le double champ qui nous intéresse : intégration et insertion. Une arrière-pensée comparatiste guide notre démarche , nous le confessons, dans l’optique de mieux cerner les raisons du différentiel qui existe entre associations des migrants subsahariens et les autres quant à leurs implications respectives dans l’accompagnement des publics migrants rencontrant des difficultés particulières. Aussi, nous parait-il essentiel avant tout de faire un inventaire rapide des domaines d’actions des associations migrantes et non migrantes en relation avec les politiques de l’inclusion sociale.

3.1. Les champs de l’intégration et de l’insertion en France

Il s’est agi au moment de la phase préparatoire de notre enquête d’identifier les différents domaines d’action des associations ayant pour cœur de métier l’intégration ou l’insertion. Comme nous allons le voir, ces domaines s’imbriquent, se recoupent par la nature des problématiques sociales qui en émergent, par la nature des publics cibles et des acteurs institutionnels sous la supervision desquels sont déployées les mesures de résorption. C’est bien là la preuve de la proximité des politiques publiques d’intégration et d’insertion comme nous l’avons déjà vu, même si les publics prioritaires ne sont pas nécessairement les mêmes par définition, les unes portant sur un public
spécifique : les immigrés et l’autre sur l’ensemble de la population, mais dont une frange importante est d’origine immigrée109, nous l’avons souligné plus haut.

109 « le récent rapport de l’observatoire national des zones urbaines sensibles (ONZUS), met ainsi en évidence que sur les 4,4 millions de personnes résidant en zone urbaine sensible 52,6% sont immigrées ou descendantes d’immigrés et 64% pour la seule région parisienne, que leur situation socio-économique est sensiblement plus difficile que celle du reste de la population, notamment en étant plus exposées au chômage, en occupant plus souvent des emplois moins qualifiés et en touchant des salaires moins élevés. Conformément à l’analyse du Haut Conseil dans son avis remis au Premier ministre le 12 avril 2011, l’ONZUS estime que ces constats « invitent à croiser les politiques d’intégration individuelle et familiale avec les actions territoriales de la politique de la ville. Au niveau associatif, ce « croisement » existe déjà puisque dans les zones prioritaires de la politique de la ville, une partie des actions subventionnées par ces deux politiques s’avèrent similaires (soutien à la parentalité, accompagnement vers l’emploi, vers l’éducation, vers la santé, vers la culture) et ne se différencient réellement que par le public accueilli (toute population de la zone urbaine sensible (ZUS) ou population immigrée). Or cette distinction demeure très théorique pour les associations qui

3.1.1. Champs de l’intégration

Les domaines d’intervention découlent des orientations et objectifs opérationnels du PRIPI et du PDI Rhône. Les actions déployées dans ces directions pouvant bénéficier de subventions :

 du programme 104 de la politique de l’Intégration (OFII et DAIC notamment) et
 du Fonds Européen pour l’Intégration(FEI) entre autres sources de financement. Les champs d’intervention concernés sont :
soutien et accompagnement des parcours d’apprentissage de la langue française,
connaissance et promotion des valeurs de la société d’accueil,
intégration professionnelle et promotion de la diversité,
intégration des femmes immigrées,
accompagnement des familles immigrées,
accompagnement des personnes âgées immigrées,
valorisation de la mémoire et de l’histoire de l’immigration,
l’accès aux droits,
la prévention des discriminations,
la mixité dans l’habitat,
les projets culturels,
l’accès à la santé…

Les financements vont globalement vers les associations ayant une présence territoriale la plus étendue possible, un savoir-faire reconnu et un réseau d’expertises important.

La politique d’intégration territorialisée est mise en œuvre au travers des PRIPI, pilotée par la Direction Régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale (DRJSCS) en ce qui concerne la région Rhône-Alpes tandis que le PDI est élaboré et mis en œuvre sous la direction du Préfet à l’égalité des chances associé également au pilotage de la politique de la ville.

3.1.2. Champs de l’insertion

Ils relèvent principalement de la politique de la ville du Rhône dans sa dimension « insertion ». Les actions qui s’y déploient peuvent bénéficier de multiples subventions dont :

 Le programme 147 de la politique de la ville dans son volet insertion par l’emploi et le logement, médiation sociale et la lutte contre les discriminations notamment via l’ACSE ;
 Le programme 137 de la politique de l’« Egalite entre les hommes te les femmes » placée sous l’autorité du Directeur général de la Cohésion sociale ;
 Le programme 177 de la politique de la « prévention de l’exclusion et insertion des personnes vulnérables».
 puis les communes, le département et

obtiennent alors des subventions des programmes 104 et 147 pour des actions comparables. », Haut-Conseil à l’Intégration, Rapport 2012
« Investir dans les associations pour réussir l’intégration », op.cit.

 le Fonds Social Européen (FSE) au travers de divers programmes dont le programme EQUAL. Notons que le FSE est le levier financier de l’Union européenne pour la promotion de l’emploi110.

En voici quelques-uns de ces secteurs d’intervention :

- Retour à l’Emploi, insertion socio-professionnelle : services d’aide ou d’insertion par le travail et l’économique, entreprises d’insertion notamment ;
- Formation professionnelle, activités socio-éducatives ;
- Logement et cadre de vie
- Aides aux jeunes (fonds d’aides aux structures menant des actions dans les domaines du logement, hébergement d’urgence, mobilité …puis aides financières ponctuelles aux jeunes de subsistance, transports, hébergement, formation…)
- Prévention spécialisée (personnes âgées, protection infantile et maternelle, intégration sociale, personnes handicapées
- Défense des droits et intérêts et égalité des chances : médiation, droits civiques, assistances et conseils juridiques…

Dans les Zones Urbaines Sensibles(ZUS), les politiques d’insertion et d’intégration souvent se croisent de même que les actions subventionnées sont souvent similaires et ne se différencient que par le public accueilli : Immigrés ou population diversifiée de la ZUS. Les associations locales y sont très présentes étant donné l’importance de la demande sociale qui émane de ces zones de forte précarité.

3.1.2.1. Brève présentation de l’ACSE

L’Agence Nationale pour la Cohésion sociale et l’Egalite des Chances, (ex-FASILD) est l’opérateur central de la politique d’insertion territorialisée pour le compte du ministère de la Ville. Placée sous la responsabilité du Préfet à l’égalité des Chances dans chaque département, elle est chargée de la conduite et du financement des actions menées en faveur de la cohésion sociale et de l’égalité des chances, dans le cadre de la politique de la ville, ainsi que des actions pour la prévention de la délinquance et des discriminations. Elle finance et conçoit des programmes qui répondent aux besoins concrets et améliorer la vie des habitants des quartiers dits prioritaires de la politique de la ville (en raison de la multiplicité des difficultés socio-économiques, professionnelles et culturelles que cette catégorie de population cumulent). Ce sont donc environ 30 000 actions locales que finance et accompagne dans leur mise en œuvre l’ACSE avec l’appui des collectivités locales, établissements publics, associations, entreprises et habitants.

Artisan du « mieux vivre ensemble », l’ACSE a financé depuis le début de l’année 2012 environ 29500 actions sur l’ensemble du territoire national en faveur des habitants de ces quartiers pour un budget global de 392 millions d’euros. Ce sont 497 Contrats Urbains de Cohésion Sociale (CUCS) qui ont été appuyés et 10.900 opérateurs locaux employés.

3.1.2.2. Champs d’actions financés par l’ACSE

110 Portail web du FSE : « Le FSE soutient les projets des organismes publics ou privés visant les priorités suivantes :adapter les travailleurs et les entreprises aux évolutions économiques ; – favoriser le retour et le maintien dans l’emploi ; – intégrer les personnes défavorisées et lutter contre les discriminations dans l’emploi ; – améliorer le système d’éducation et de formation ; – promouvoir les partenariats et renforcer la capacité des services publics, des partenaires sociaux et des ONG en matière d’accès au marché du travail. Le FSE n’accorde pas d’aide directement aux personnes individuelles (les fonds sont versés aux organismes de formation, collectivités locales, associations) ».

La politique de promotion de la cohésion sociale sur le terrain recouvre des champs spécifiques qui font l’objet de subventions tant de l’ACSE, des partenaires communaux que des institutions européennes via le Fonds Social Européen.

Ces champs ce sont :
- La cohésion sociale et territoriale à travers :
o L’animation des Ateliers Santé Ville (267 en 2011),
o Le financement de 4231 postes d’adultes-relais111 (accompagnement et formation) pour la médiation sociale (l’accès des publics jeunes, âgés et des femmes aux droits, faciliter l’accessibilité géographique aux services publics, amélioration de la qualité de l’accueil et de l’information) et 780 postes pour les animateurs associatifs,
o Le soutien financier à la production de 130 œuvres audiovisuelles pour promouvoir la diversité en 2011 à travers le programme « Images de la diversité » ;

- L’insertion par l’emploi et l’économique
o En 2011, soutien à la création de 6000 entreprises dans les quartiers prioritaires,
o L’accompagnement de 11.000 stagiaires vers les Écoles de la Deuxième Chance (E2C) ;

- La prévention des discriminations
o La mise en place de 66 plans territoriaux de lutte contre les discriminations dont 52 dans le domaine de l’emploi, 13 pour le logement, 12 pour l’éducation et 10 pour la santé. À noter que 31 plans supplémentaires ont été mis en œuvre pour l’année 2012 ;
o La sensibilisation de 2100 acteurs locaux aux discriminations ;

- La citoyenneté et la prévention de la délinquance
o La prise en charge de 640.000 adolescents et pré-adolescents par l’opération Ville Vie Vacances dans 94 départements ;
o Le soutien financier de 4437 projets pour lutter contre la délinquance,
o Le partenariat avec environ 7500 associations actives sur le terrain,
o En tout 62 millions d’euros mobilisés pour ce pôle d’activités en 2011;

- L’Éducation
o Le programme Réussite éducative qui a bénéficié à 700.000 enfants et
o le financement en 2011 de 3600 places en internat d’excellence pour les jeunes des quartiers prioritaires,
o 312 Cordées de la réussite qui ont permis à 47 000 lycéens d’accéder aux filières d’excellence et aux grandes écoles de la fonction publique ;

- la Santé et l’accès aux soins
o L’ACSE a déboursé en 2011 environ 14,7 millions d’euros pour la santé et l’offre de soins
o Les Ateliers de Santé Ville sont financés à 51 % par l’ACSE ;

- l’Accès à la culture
o Accès aux équipements culturels, au patrimoine, manifestations culturelles (expositions, spectacles, art vivant), avec un encadrement et des parcours adaptés ;
o La valorisation du potentiel créateur de chacun la valorisation du potentiel créateur de chacun ;
o Développement de toutes les formes de pratiques artistiques : musique, danse, écriture, vidéo… (Ateliers ‘’Passeurs d’images’’) ;

111 Les adultes-relais sont âgés de plus de 30 ans, sans emploi (ou bénéficiant d’un contrat d’apprentissage ou d’un contrat d’avenir) et résidents d’un quartier prioritaire. Les employeurs sont généralement des associations ou des collectivités locales.

o L’ACSE soutient aussi les expositions et festivals qui rendent visibles les créations artistiques des résidents des quartiers de la politique de la ville et mettent en valeur la diversité culturelle ;
o Le programme « Médias et Diversité » permet à l’Acsé de soutenir des radios de proximité qui valorisent l’apport culturel et citoyen des habitants des quartiers populaires, ainsi que des sites Internet d’information locale permettant la participation des habitants ;

- l’Habitat et cadre de vie
o Promouvoir l’accès au logement en luttant contre toutes les formes de discriminations
o Améliorer le cadre de vie des habitants des quartiers à l’occasion des projets de rénovation urbaine.

3.2. Quelques associations bénéficiaires en 2011 des subventions du Fonds Sociale Européen dans le Grand Lyon

De nombreux acteurs associatifs interviennent dans le champ de l’insertion dans le Grand Lyon et plus spécifiquement dans les domaines de l’inclusion sociale, la créativité d’activités et l’emploi, la formation , l’innovation et nouvelles technologies de l’information et la communication(TIC), le tourisme, la culture, les transports et l’énergie.

3.2.1. Champ de l’Inclusion sociale

À titre d’exemple, pour l’année 2010-2011 :

Commune de BRON

Association Réussir l’Insertion à Bron (RIB)
- Accompagnement et tutorat des emplois aides de la ville de Bron (16.500€ pour un coût global de 23.500€),
- Expérimentation d’un service d’accompagnement innovant « Mobi seniors », contre l’isolement des personnes âgées et pour l’insertion professionnelle des publics en difficulté à Bron (17.250€ sur 23.000€),
- Intégration et suivi dans l’emploi 2012 (40.050 sur 90.000€),
- Accompagnement renforcé personnalisé (120.600€ sur 230.400€),

Association POLE PIK
- Défilé Biennale de la danse 2010 (5000€ sur 5005,12€), etc.

CEFI
- Accompagnement renforcé et suivi de parcours 2012 (60.520€ sur 126.700€)

Commune de VAULX-EN-VELIN

PRESTAL (Entreprise d’Insertion)
- Préparation à la mise à l’emploi de droit commun (10.000€ sur 10.730€)

Commune de VENISSIEUX

Régie de Quartier Armstrong

- ACI Jardinier dans la ville (14.000€ sur 14.000€)

F.C.2.E. Formation (Former et Construire autour de l’emploi et l’entreprise)
- Référent de parcours pour le Plan Local pour l’Insertion et l’Emploi (PLIE SOL) (12.474€ sur 12640€)

Commune de SAINT-PRIEST

Association San Priote pour l’Insertion et l’Emploi (ASPIE)
- Placement à l’emploi (18.652 € sur 81.600)

Arrondissement de LYON 7e

ECIDEC112
- création d’une offre de formation en Rhône-Alpes sur les enjeux de la microfinance et de la finance solidaire à destination des étudiants et des professionnels (15.750 € sur 21.000€)

Arrondissement de LYON 3e

UFCS/FR (Union Féminine Civique et Sociale – Formation Insertion)
- 2012 Atelier linguistique intégrant un atelier d’autoévaluation (15.000€ sur 15.007€)

URHAJ (Union Régionale pour l’Habitat des Jeunes Rhône-Alpes)
- Facilité la mobilité permettre la réussite du permis de conduire (25.000 sur 43.182€)

3.2.2. Champ de la Création d’activités

Association Planet ADAM Cré’Acteurs
- Entreprendre en banlieue – Programme de détection et d’accompagnement à la micro-entreprise dans les ZUS de Vénissieux (2010) (30.184€ sur 102.584€)

VIVEA
- Actions de développement de l’emploi et des compétences des agriculteurs (2012-2013) (463.868 € sur 1.030.817 €) ;

Association Pépinière CAP NORD
- aide au démarrage de la pépinière d’entreprises Cap Nord (12.605€ sur 120.035€)

4. Données générales de la vie associative dans le Rhône

La préfecture du Rhône estime à environ 60.000113 le nombre d’associations officiellement déclarées dont environ
35.000 seulement sont réellement actives114. Parce que les instances en charge de la vie associative n’ont pas

112 Ecidec, association de microcrédit, intervient en appui aux institutions de microfinance au Bénin et au Sénégal pour favoriser l’insertion sociale et économique.
113
Pour rappel, le monde associatif en France c’est à peu près 1,3 million d’associations ; 21,6 millions de membres de plus de 14 ans.
84% des associations fonctionnent sans salariés, 120.000 emploient 1,6 millions de salariés à temps plein ou partiel, soit 1 million à temps plein

toujours une visibilité claire sur les dynamiques d’actions des associations dans le périmètre rhodanien et afin de
« développer une meilleure connaissance des associations par le grand public et favoriser le rapprochement des responsables associatifs avec les partenaires institutionnels »115, le Département a mis en place un annuaire qui recense, sur la base de la volonté des celles qui souhaitaient y figurer , environ 9638 associations (d’après les dernières estimations du Conseil général du Rhône) dont les associations migrantes réparties dans divers secteurs :
action sanitaire et sociale, culture et socio-culturelle, défense des droits et intérêts, éducation et recherche, loisirs et animation sociale, relations internationales, emploi et économie, sports.

4.1. Quelques chiffres qui illustrent le dynamisme de la vie associative dans le Rhône

- 2052, c’est le nombre des associations créées dans le Rhône entre 2010 et 2011, un rythme de création soutenu selon les Services du Journal Officiel qui livre des données. En gros, sur une période de 10 ans, entre 2001 et 2011 donc, le département du Rhône s’illustre avec en moyenne 12 associations pour 1000 habitants, un ratio qui le place un peu plus au-dessus de la moyenne régionale (11,1 pour 1000) et nationale (10 pour 1000).

- Dans le Rhône, on déclare plus les nouvelles associations à la préfecture de Lyon (près de 9 créations d’associations sur 10) qu’à la sous-préfecture de Villefranche.

- Sur les 4 dernières années, 27,9 % des inscriptions se sont situées sous le thème « Culture » dans le département, 23,1 % dans la région et 22,6% en moyenne nationale. Ensuite viennent les Sports (11,7%), les Loisirs (9,3%), le Social (7,9%), l’Éducation-Formation (5,8%), la Santé (4,5%) et l’Économie (4,4%).

- En 2010, 5200 associations sont employeurs (dont 2000 sont spécifiquement lyonnaises soit 40%) contre 5100 l’année d’avant. Celles employant 1 à 2 salariées représentent 51 % de cet effectif, soit 2641 associations. 761 emploient 3 à 5 salariés (14%), 555 en emploient entre 10-19 (11%) et 465 entre 20 et 49 salariés (9% du total des associations employeurs).

- 13.000 c’est le nombre de nouveaux emplois créés par les associations entre 2000 et 2010, et qui correspondent aux nouvelles créations de postes (salariés à temps complet ou partiel, une croissance
soutenue de 25 %, plus rapide que dans l’emploi du secteur privé et à peu près au même niveau que la moyenne nationale, malgré un léger fléchissement au 4e trimestre 2010 au plan régional. Ce qui fait dire à l’association Recherches et Solidarités qui a réalisé le panorama dont sont tirées ces statistiques que :
« Avec plus de 63.700 emplois et plus de 1,25 milliard d’euros de salaires distribués en 2010, le secteur représente un enjeu économique important pour le département. Ces emplois, fortement ancrés au territoire, sont précieux car ils apportent du lien social, et ne peuvent généralement pas se délocaliser »116.

- 1525 associations en 2010 ont eu recours au Chèque Emploi Associatif(CEA) pour environ 4794 salariés. Le CEA est un dispositif institué en 2004 qui vise à simplifier et faciliter l’embauche et les formalités des employeurs du secteur associatif et spécifiquement pour les associations employant des salariés correspondant à 9 équivalents temps plein. Sur une année.

dont 380.000 dans le secteur social et celui de la santé, 167.000 dans le secteur éducatif. 7 emplois sur 10 sont occupés par les femmes. En France, les associations sont régies par une loi spécifique, la Loi du 1er juillet 1901 qui instaure 4 statuts d’associations : l’association de fait ou non déclarée, l’association déclarée, l’association agréée, l’association reconnue d’utilité publique.
114
Nous tenons ces chiffres du responsable de l’espace de la vie associative dans le Rhône avec qui nous nous sommes entretenus
téléphoniquement.
115

Rhône.

Extrait de l’annuaire des associations du Rhône. Propos introductif de l’élu en charge de la vie associative dans le département du

116 Recherches et Solidarités, « Panorama de la vie associative du Rhône », Février 2012

Tableau 13. Aperçu de l’activité salariée des associations dans le Rhône

Répartition des salariés des associations par secteur (%)

Employeurs associatifs et effectif des salariés par secteur

Masse salariale et salaire moyen annuel par secteur

- Au plan national, 45% des Français adhèrent à une association dont 6 millions sont bénévoles sur un mode hebdomadaire. 80% expriment des attentes fortes vis-à-vis des associations autant par les services qu’elles proposent, le soutien qu’elles portent et le lien social qu’elles créent

- En plus du besoin d’être utile, solidaire de son prochain et jouer un rôle actif de citoyen, les bénévoles s’engagent aujourd’hui portés par des motivations professionnelles (acquisition et développement des compétences, construction d’un projet professionnel, recherche de l’efficacité, besoins de conseils, d’accompagnement, de formation, accès aux nouvelles responsabilités, travail en équipe) et personnelles (épanouissement personnel)

- de nouvelles formes d’engagement bénévole émergent : mobilisation pour une mission précise et pour faire valoir un savoir-faire précis, la participation et le travail à distance « médié » technologiquement (la force des nouvelles technologies de communication), un mode d’engagement qui peut par conséquent pallier le manque de disponibilité des bénévoles qui sont souvent absorbés par leurs charges professionnelles (puisque dans la tranche de l ’âge actif : 25-55 ans) et familiales et régler l’épineux problème des ressources humaines disponibles sur les sites physiques des activités associatives.

4.2. Contexte économique difficile et contraintes budgétaires, techniques et humaines

- les associations en 2012 sont cependant globalement confrontées à un ensemble de nouveaux défis qui vont de manière variable affecter le niveau d’engagement des adhérents : déterminés et persévérants, révoltés ou définitivement résignés donc démobilisés. Ces défis tiennent tout d’abord à la pertinence et la cohérence du projet associatif dans un contexte de crise où les attentes des populations de naissance ou immigrées sont de plus en plus fortes et la qualité des prestations fournies par les associations dans le cadre de leur partenariat avec les instances administratives et l’État de plus en plus exigé. Les associations doivent donc pouvoir adapter leurs objets, statuts et fonctionnement au contexte socio-économique, à l’environnement institutionnel et la complexification des procédures des marchés publics, de même qu’à l’environnement technique et technologique compte tenu de la volonté pour les services centraux et déconcentré de l’État d’aller un peu plus loin dans la démarche de la dématérialisation (procédures administratives via le web principalement qui nécessitent la maîtrise des TIC).

4.2.1. Le financement public des associations en forte baisse

Le développement des marchés publics consécutif au besoin de l’État de sous-traiter un certain nombre de ses missions aux partenaires de la société civile a un impact important sur le monde associatif. Les associations sont de plus en plus soumises en la matière aux mêmes codes, règles juridiques, techniques, sécuritaires et de qualité qui s’imposaient jusqu’ici aux seules entreprises du secteur concurrentiel(privé). Le savoir-faire technique et la polyvalence des intervenants, salariés ou bénévoles, sont aujourd’hui une exigence et une nécessité compte tenu de ce contexte concurrentiel. Le niveau d’exigence a donc considérablement crû et accentue la tendance à la professionnalisation pour qui la salarisation, la rémunération des prestations n’est plus nécessairement un tabou. Conséquence : les petites associations locales, très utiles à la politique d’intégration par exemple, ne sont plus financées car certaines ne remplissent pas les critères de qualité requis, d’autres en revanche n’ont pas les moyens techniques, rédactionnels, financiers (sources de financement internes) pour répondre aux appels d’offres et à projets de l’État ou de l’Union Européenne. Et puis beaucoup ne sont pas assez visibles( car très atomisés ou communiquant fort peu ) pour être identifiés comme partenaires suffisamment compétents pour obtenir un financement.

En 2010 par exemple, l’État français a alloué un budget total de 249 Millions d’€ à la politique d’intégration dont 158 millions destinés à l’OFII. Environ 101 millions ont été affectés au financement des associations, soit pas subventionnement direct, soit par appels à projets ou par l’obtention des marchés publics. Mais seules 1300 associations identifiées comme partenaires de l’État aujourd’hui bénéficient cette manne en ce qui concerne la politique d’intégration. Les financements associatifs enregistrent certes une forte baisse mais les enveloppes allouées sont plus importantes qu’auparavant, passant de 30.000 € en moyenne par association en 2000 à 77.000 €

en 2010. Il y a évidemment de fortes disparités dans cette moyenne suivant la taille, les moyens de l’association, son assise territoriale, ses réseaux partenaires, etc.

4.2.2. Typologie des financements publics des associations

Les financements de la politique de l’intégration sont de deux types, selon les échelons administratifs des activités associatives. Dans le cadre des marchés publics étendus ou des appels à projets majeurs, ils émanent d’un trio institutionnel : la Direction de l’Accueil, de l’Intégration et la Citoyenneté (DAIC), le Fonds européen d’Intégration et l’OFII ; et sont majoritairement dirigés vers les associations régionales, fédérales ou nationales.

Les actions d’intégration et d’insertion très localisées, au niveau départemental ou communal par exemple, sont financées entre autres bailleurs fonds et dans le cadre de la politique de la ville par la Direction Départementale de la Cohésion Sociale (DDCS) et certains services préfectoraux de l’immigration (en ce qui concerne le PRIPI), avec un volume moyen d’enveloppe de 14.789 €, selon l’estimation du HCI dans son rapport sus-mentionné.

À contrario des contraintes budgétaires de la politique d’intégration qui réduit drastiquement le nombre de bénéficiaires des financements, la politique de la ville au niveau national finance et accompagne environ 9.000 associations. Les opérateurs principaux de cette politique au niveau des territoires en région étant l’Agence nationale pour la Cohésion Sociale et l’Egalite des Chances (ACSE) et le Secrétariat général du Comité Interministériel des Villes (SG-CIV). Pour simplifier, la politique d’intégration, plus générale, s’appuie sur des associations nationales ou fédérales, alors que la politique de la ville territorialisée s’appuie sur les associations locales.

4.2.3. Exemples de cofinancement s publics de 3 associations d’accompagnement des migrants en France.

Signalons qu’un grand nombre d’associations obtiennent des financements multiples autant dans le cadre de la politique de la vielle que la politique d’intégration. C’est le cas de :

4.2.3.1. L’Association pour l’Enseignement et la Formation des Travailleurs Immigrés (AEFTI)

L’AFTI a reçu pour la seule année 2011 un cofinancement du Fond Européen d’Intégration d’un montant avoisinant les 100.000 € via la DAIC pour des actions suivantes budgétées à hauteur de 180.000€ environ. Soit un cofinancement du FEI à plus de 55% du coût total. Dans le détail cela donne:

 Ateliers sociolinguistiques
- antenne départemental du 71 – 37.000 € sur un montant global de de 88.000€
- antenne départemental de Paris – 13.724 € sur un montant total de 27.449€
 Formation linguistique des migrants âgés
- Antenne départemental du 71 – 18.750 € sur un montant global de 25.000 €
- Antenne départementale du Nord Picardie – 29.000 € sur un montant global de 38.831 €

4.2.3.2. L’Association Service Social Familial Migrants (ASSFAM)
L’ASSFAM, association nationale spécialisée dans l’accompagnement des migrants en France depuis plus de 40 ans apparait deux fois sur la liste des bénéficiaires du FEI en 2011 117 :

 Financement d’un poste d’Agent de Développement Local pour l’Insertion (ADLI)
- Cofinancement FEI de 24.790 sur un montant total de 49.740
 Ateliers sociolinguistiques

117 http://www.interieur.gouv.fr/Le-secretariat-general-a-l-immigration-et-a-l-integration-SGII/Fonds- europeens/Le-Fonds-europeen-d-integration-FEI/Les-beneficiaires-du-Fonds-europeen-d-integration-FEI

- Cofinancement FEI de 243.325 € sur montant global de 528.325 €.

4.2.3.3. L’Association de solidarité avec les travailleurs immigrés (ASTI 93)
L’ASTI 93 actif dans le département de la Seine-Saint-Denis intervient dans le champ de la formation linguistique à visée d’insertion professionnelle en direction des femmes immigrées inactives ( femmes au foyer) et en recherche active d’emploi, souvent confinées à l’isolement en raison des difficultés de langue. L’association francilienne a obtenu régulièrement dans le cadre de ses activités :

 un soutien financier du Fonds social européen (FSE) via le CRAJEP (Coordination régionale des associations de jeunesse et d’éducation populaire)118, 23.000 pour les ateliers de formation
sociolinguistique entre 2006 et 2007 par exemple au bénéfice des femmes immigrées résidant dans le quartier du Haut-Clichy à Clichy-sous-Bois(92)119 ;
 un cofinancement du FEI en 2011 de l’ordre de 14.628 € sur un montant global de 29.256 € pour l’animation des ateliers sociolinguistiques.

4.2.4. La disponibilité des ressources humaines, premier souci des responsables associatifs

Aux impondérables liés aux finances internes, véritables zones d’incertitude que doivent prendre en compte et gérer les associations aujourd’hui, s’ajoute la situation socio-économique personnelle des bénévoles. La situation tendue du marché de l’emploi, les difficultés financières auxquelles sont confrontées certains bénévoles et adhérents (majoritairement de condition modeste en ce qui concerne les migrants subsahariens du Grand Lyon) tendent à les démobiliser. Aussi, les responsables associatifs doivent-ils trouver des ressources motivationnelles importantes et efficaces pour en recruter, remotiver et fidéliser. Or, le recours par exemple à l’engagement à distance (internet, téléphone, etc.) au sein de la communauté associative subsaharienne pour maintenir malgré tout une par une participation réelle des membres physiquement absents aux activités de l’association n’est pas chose courante.

Au total, ces défis multiples sont en effet de nature à susciter l’inquiétude dans l’exécutif d’une association qu’au niveau du moral des simples membres, si l’on ajoute à cela la réduction du nombre d’associations partenaires de l’État qui bénéficiaient jusqu’ici des subventions publiques locales, nationales et européennes.

Les associations subsahariennes du Grand Lyon ne font pas l’économie de ces évolutions multiples. Aussi, serait-il intéressant de voir comment elles s’adaptent à toutes ces contraintes, les réponses qu’elles apportent aux attentes fortes des Français concernant tant la question de l’insertion des publics en difficulté que l’intégration accomplie des populations immigrées nouvelles ou des générations antérieures.

5. Panorama des associations d’insertion et d’intégration dans le Rhône

5.1. Typologies des opérateurs des activités liées à l’Insertion socioprofessionnelle dans le Grand Lyon

Les associations actives dans le secteur de l’insertion dans le Rhône sont nombreuses. Dans la seule ville de Lyon, au vu des données disponibles sur le portail internet du Conseil général, nous avons identifié plus de deux cents structures d’insertion par l’emploi et la formation réparties entre :

118

Anciennement ARDEVA, le CRAJEP est une coordination volontaire des associations, unions, fédérations et mouvements régionaux de

jeunesse et d’éducation populaire qui se revendique des principes de l’éducation populaire. Ces principes s’appuient à la fois sur l’émancipation à tous les âges de la vie, la reconnaissance des capacités et des savoirs de chacun, et l’envie d’agir collectivement dans une perspective de transformation sociale. Le CRAJEP rassemble 28 réseaux associatifs franciliens intervenant sur différents champs (jeunesse, enfance, éducation, solidarité, insertion, logement, loisirs, culture, vacances…). Chacun de ces réseaux est lui-même constitué de multiples associations locales implantées dans les territoires au plus près des préoccupations des habitants franciliens. Au total, ce sont plus de 20 000 bénévoles et élus associatifs et près de 3 000 salariés qui composent le réseau de la CRAJEP sur l’ensemble de la région Île-de-France.
119
ARDEVA (rebaptisée CRAJEP), « Europe, Emploi, Insertion en Ile-de-France. L’expertise associative en faveur des projets locaux »,
préfacé par Nicole Deshayes alors présidente de la coordination, 2006-2007.

 Opérateurs d’alphabétisation ;
 Opérateurs de préformation ;
 Opérateurs de formation en alternance/formation ;
 Opérateurs de formation par le travail ;
 Opérateurs de formation qualifiante ;
 Associations intermédiaires de placement des travailleurs (agences d’intérim ou de travail temporaire par exemple)

Les associations actives sur le champ de l’insertion professionnelle dans le Grand Lyon ont en règle générale pour vocation à :
o permettre à des personnes en situation d’exclusion sociale de se doter d’une antériorité professionnelle, de rechercher un emploi, de se bâtir un projet d’insertion par des activités économiques et de formation. Exemple : AID’AUTO à Vaulx-en-Velin ;

o mettre à disposition de particuliers, collectivités et d’entreprises, du personnel formé et suivi dans le cadre de missions de courte et moyenne durée dans les domaines du nettoyage, de la restauration, du tertiaire…Exemple : ARIEL Services à Lyon ;

o Créer un réseau d’anciens cadres afin de s’épauler dans la recherche d’emploi ou de mission. Professionnels à disposition des chefs d’entreprises afin de mettre en place les solutions techniques, de gestion, de conseil…Exemple : Association des cadres, méthodes et techniques de gestion en entreprise à Ecully ;

o Accompagner et maintenir dans l’emploi en contrat saisonnier dans les stations alpines principalement dans le secteur de l’hôtellerie et restauration. Exemple : Association lyonnaise pour l’insertion par l’emploi saisonnier (ALPIES) à Villeurbanne ;

o Faciliter l’insertion sociale et professionnelle de personnes en difficulté par un travail salarié. Public: jeunes, personnes ayant des problèmes avec la justice, sans domicile fixe, sans formation, chômeurs de longue durée… .Exemple : Association pour l’Insertion des Jeunes par l’Économique (AIJE) à Vénissieux, etc.

5.2. Insertion sociale

Les associations rhodaniennes sont très fortement présentes dans le secteur de l’action sanitaire et sociale, sans qu’il soit aisé d’évaluer leur effectif total. On y distingue ainsi pêle-mêle des associations spécialisées dans :

o L’accueil, conseil, protection sociale, l’entraide et la solidarité
o L’accueil et l’hébergement d’urgence
o L’écoute téléphonique
o Les centres sociaux
o Les foyers de jeunes travailleurs
o L’aide à domicile
o L’enfance, accueil, protection et activités diverses
o La restauration sociale
o Les soins infirmiers, le paramédical à domicile
o Les mutuelles,
o Le logement
o L’accueil des retraités, personnes âgées et des personnes handicapées
o Les associations pour victimes…etc.

Cependant , sur la trentaine de structures associatives spécifiquement dédiées à l’entraide et à la solidarité identifiées dans l’annuaire des associations du Rhône, les 2/3 sont sinon d’origine immigrée du moins administrées par des personnes d’origine immigrée, maghrébine dans leur grande majorité.

5.3. Les associations subsahariennes du Rhône. Typologie et répartition géographique

Les données parfois parcellaires et non à jour recueillies lors de l’exploration documentaire et l’enquête de terrain ne nous ont pas permis d’avoir une évaluation précise de l’effectif des associations dites de migrants dont les membres sont originaires d’Afrique subsaharienne. D’autant que ces organisations se distinguent dans leur composition par la grande hétérogénéité de ses membres : immigrés étrangers et naturalisés, descendants d’immigrés, les migrants d’origine européenne en France (italiens, portugais, espagnols, suisses…), les non migrants (français de naissance), amis et sympathisants de la cause des immigrés que l’on retrouve, dans certains cas à Lyon, à la tête de structures migrantes d’importance120.

Cependant au vu de l’ensemble des bases de données consultées dont l’annuaire des associations actives dans le Rhône (qui rassemble donc environ 9638 associations), avec toutes les précautions d’usage qui s’imposent, nous estimons entre 250 et 300 le nombre d’associations composées de migrants d’origine subsaharienne et actives dans le Grand Lyon. Il s’en dégage globalement 5 catégories :

5.3.1. Associations d’insertion

Elles militent en faveur d’actions facilitant l’intégration nationale des populations immigrées en Rhône-Alpes de manière générale, et plus spécifiquement l’insertion de ces personnes (immigrés naturalisés ou primo-arrivants, hommes et femmes, descendants d’immigrés, personnes âgées) en regard des problématiques sociales elles aussi spécifiques :

o la prévention des discriminations et la promotion de l’interculturalité, la transculturalité et la multiculturalité, entendue comme le processus de connaissance de soi en vue d’une entrée en relation avec l’autre dans un espace culturel quasi-similaire (transculturalité) ou radicalement différent (interculturalité), lequel peut être multiculturel.
o la valorisation de la mémoire et l’histoire de l’immigration,
o la promotion de l’entrepreneuriat et particulièrement l’accompagnement à l’insertion socio- économique des femmes
o les activités socio-éducatives et la formation sur des thèmes socioculturelles

Moins nombreuses il est vrai que leurs consœurs françaises, les associations subsahariennes pratiquant l’insertion et l’intégration, au sens formel que leur donnent les administrations étatiques , ne figurent pas toutes dans l’annuaire des associations du Rhône consulté. De même que nous n’avons pas pu contacter, faute de disponibilité des uns et des autres, toutes celles que nous avions identifiées au départ, à savoir à peine une petite dizaine de petites associations, très souvent actives dans le champ de la création du lien de l’entraide et de la solidarité entre les générations, entre les anciens et les nouveaux arrivants…En revanche, les associations figurant dans notre échantillon et que nous présentons ici sont celles qui revendiquent formellement une activité d’intégration et d’insertion, largement dominée par son volet culturel comme nous le verrons. Parmi ces associations :

120

Il n’est en effet pas rare dans le Grand Lyon qu’un non migrant soit porté à la tête d’une structure représentative des migrants. C’est le

cas de l’ex-président du COSIM Rhône-Alpes, non migrant, français de naissance, élu par les responsables associatifs membres du collectif et majoritairement d’origine subsaharienne et. Il arrive aussi de voir des migrants d’origine européenne à la tête d’organisations dites de migrants, mais celles-ci seront bien souvent des associations transculturelles, émancipées des clôtures communautaristes.

 A2P Nord – Sud-Sud : Actions Perspectives-Prospectives Nord-Sud-Sud

 AFRICA 50, le Collectif des associations de culture africaine et caribéenne du Grand Lyon

 MIFERVAL

 FEDAM

5.3.2. Associations communautaires d’entraide dans le Grand Lyon

Souvent de taille modeste et sans avoir développé une expertise ou un champ d’expertise particulier dans le secteur du développement ou de l’intégration, elles ont pour vocation l’accueil, l’accompagnement dans le parcours d’installation, le soutien moral et matériel des anciens et nouveaux membres de la communauté pendant des périodes difficiles : deuil, chômage, difficultés financières, etc. Elles s’inscrivent dans le continuum des caisses de solidarité autour desquelles se structuraient la communauté et qui ont évolué vers une forme associative à partir de 1981 avec la loi autorisant les étrangers à créer et animer des associations. L’entraide permet ainsi de diminuer les charges financières du séjour en France. Ces associations mènent en parallèle des micro-actions de solidarité dans les villages d’origine des membres : transferts de fonds, envoi de médicaments, de livres et fournitures scolaires, financement des structures sanitaires, entre autres actions. Les associations communautaires sont le parent pauvre des octrois de financement pour des raisons que nous évoquerons plus loin.

Entrent dans cette catégorie par exemple :

Solidarité des Akpoussou-Akébou en Europe
Haut-Nkam Nshu Shu
Association des Burkinabé de Lyon
Le Collectif ABRA
Et hors de notre échantillon : Les Collectifs SOPE, CIRAL, ANAN…

5.3.3. Associations de développement et de solidarité internationale (OSIM)

Souvent transculturelles (c’est-à-dire réunissant les migrants originaires d’un même pays mais parfois de sensibilités ethno-politiques multiples), elles sont tournées principalement vers l’aide au développement des localités d’origine et porteuses de projet de plus grande envergure que celles des associations d’entraide. Elles sont plus souvent membres de collectifs et des réseaux d’appui technique aux projets des associations. Elles s’inscrivent volontiers dans une démarche de professionnalisation en termes de montage de projet et de demande de subventions, une de motivations d’ailleurs à l’affiliation aux réseaux d’acteurs de la Solidarité.

Ce sont entre autres associations de notre échantillon :

AFORMETROP : Association franco-togolaise spécialisée dans la formation en médecine tropicale et dont l’essentiel des activités sont localisées au Togo. Expertise en ingénierie de la formation et pratique médicale

ALPADEF: L’Alliance Panafricaine pour le Développement de l’Entrepreneuriat Féminin.

Mac Mael Agri Togo : active et intervenant elle aussi au Togo depuis plusieurs années, elle est une association spécialisée dans la Formation agricole et la promotion de l’agriculture et du maraîchage au Togo.

Passerelle NGAM (France – Cameroun) : Se veut avant tout, le point de rencontres et de réflexion de la configuration développementiste121 , la passerelle entre les hommes et femmes d’ici et ceux de là-bas, le trait d’union entre différentes cultures, celle du « développeur » et celle du « bénéficiaire » des actions de développement. Fort de la démarche d’ingénierie sociale développée à la suite des études théologico- anthropologiques préparatoires menées sur le terrain en lien avec l’objet des futures interventions, l’association conduit depuis une dizaine d’années des projets d’alimentation des villages en eau principalement dans le Sud Cameroun. Elle s’appuie sur une communauté mixte d’ingénieurs migrants et non-migrants de toutes nationalités, spécialisés dans les projets de forage, d’assainissement et d’adduction d’eau.

5.3.4. Associations dites opérateurs d’appui aux projets (OPAP) de développement ou d’insertion

Organisations souvent mixtes, composées d’hommes et de femmes migrants et non-migrants, disposant d’une expérience significative, plus ou moins experts dans un domaine lié au développement , à l’action humanitaire ou à la solidarité internationale :

o ingénierie sociale,
o ingénierie de la formation et de l’éducation au développement, à l’économie sociale et solidaire… ingénierie de la conception, du suivi et de l’évaluation des projets,
o ingénierie d’étude recherche-action
o ingénierie de la communication et du marketing : levée de fonds, évènementiel Les organisations de notre échantillon appartenant à cette catégorie sont :
Le COSIM Rhône-Alpes : Collectif des Organisations de Solidarité issues des Migrations, identifié comme un acteur d’appui au montage de projets de solidarité internationale122 . Labellisé OPAP, l’organisation portée par les migrants est considérée comme une « filiale » rhônalpine du FORIM, même si née à l’initiative des seuls migrants du Grand Lyon. À ce propos, plusieurs versions nous ont été délivrées qui
s’opposent. Pas moins de 3 membres influents de la vie associative africaine du périmètre lyonnais revendiquant la paternité du COSIM Rhône-Alpes.

ALPADEF-France

Le Centre Appui Conseil Formation (ACF) : basé à Villeurbanne et qui a développé une expertise en ingénierie de la formation (informatique, technique, linguistique, photovoltaïque …) et de l’accompagnement à la création d’entreprise depuis plus de 10 ans. Ses activités s’inscrivent dans le continuum de la politique locale du retour à l’emploi. Ouverte à tous publics dont les migrants et les non migrants, c’est la structure d’accueil de notre stage académique en études du développement social. Il est par ailleurs le principal commanditaire de la présente étude.

5.3.5. Les Associations dites de plaidoyer, de sensibilisation et d’éducation en revanche ne sont pas légion

Elle constitue une fausse catégorie dans la mesure où les associations subsahariennes sont rarement et ni exclusivement réductibles aux actions de plaidoyer. Les associations appartenant aux catégories susmentionnées peuvent, de façon variable et selon les capacités et ressources dont elles disposent, intégrer dans leurs activités une dimension plaidoyer et donc un aspect militant pour appuyer et légitimer leurs actions de terrain aux yeux de l’opinion publique et des acteurs institutionnels. Leur cœur d’activité réside dans la formulation de problématiques sociales, nationales ou internationales, en vue de participer à un débat ou de l’initier, mais toujours dans l’optique de sensibiliser l’opinion à toutes les échelles à la prise de conscience d’un problème et à la prise de mesures

121
122

Formule chère à Jean-Pierre Olivier de Sardan in Socio-anthropologie du développement, éditions Karthala.
Une réflexion collective et étude sont en train d’être menées par l’exécutif et les associations membres afin d’intégrer dans leurs

activités un pôle intégration avec soutien et accompagnement au montage des projets liés à l’intégration des immigrés dans le Rhône.

efficientes visant à le résoudre. En ce sens, elles se veulent aussi un groupe de pression désireux de peser sur les politiques publiques à travers souvent un catalogue de propositions d’actions. Ces démarches vont prendre les dehors de campagnes de communication (plaidoyer) autour d’une cause, d’un enjeu particulier lié :

o à l’intégration nationale ou l’insertion sociale d’une catégorie spécifique de la population immigrée : promouvoir l’entrepreneuriat auprès des femmes immigrées et dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, accompagner les migrants âgés (les plus de 55 ans) des foyers des travailleurs migrants vers les dispositifs du droit commun par exemple…

o au développement tels que : l’eau, le genre, la microfinance, l’accès au foncier pour les femmes, la décentralisation, le développement solidaire dans les en zones de guerre, etc.

C’est le cas par exemple de l’ONG Passerelle NGAM qui œuvre en France dans le domaine de l’éducation au développement.

Pour finir, si dans les annuaires consultés auprès des communes du Grand Lyon, les migrants sont majoritairement rangés dans la catégorie «Relations Internationales » ou « solidarité/actions humanitaires » même lorsqu’elles ces domaines n’occupent qu’une portion congrue dans leurs activités, certaines associations peuvent toutefois appartenir à une ou plusieurs de ces catégories, notamment les associations féminines que nous avons enquêtées, de même que les associations dites culturelles.

Chapitre 4. Les associations subsahariennes et l’insertion. Analyse des discours et des pratiques des associations de migrants subsahariens dans le Grand Lyon

Au terme de notre enquête de terrain et l’analyse approfondie du répertoire des associations du Rhône, il nous est apparu que très peu d’associations subsahariennes investissaient formellement le double champ de l’insertion et de l’intégration. Sur la vingtaine d’organisations interviewées en l’espace de 2 semaines, seules 4 se revendiquaient statutairement d’une démarche d’insertion en France et/ou dans les pays tiers.

C’est le cas majoritairement des associations féminines : ALPADEF, FEDAM et MIFERVAL, puis d’une association qui se situe dans le double espace culturel France et Afrique : A2P Nord-Sud-Sud basée à Jonage.

Section 1 : Les migrants subsahariens du Grand Lyon et la question de l’inclusion sociale

1. Insertion sociale « formelle » dans le Grand Lyon : Modalités, champs, discours, raisonnements, pratiques

Les associations de notre échantillon et celles figurant sur le répertoire des associations du Rhône pratiquant l’insertion privilégient 3 approches fondamentales :

l’insertion par les valeurs : prévention et lutte contre les discriminations dans l’espace public (école, administration, services publics) et privé (entreprises), promotion de l’interculturalité/transculturalité et soutien à la parentalité. Les descendants d’immigrés sont ici particulièrement concernés.

L’insertion par l’économique : soutien à la création d’activités génératrices de revenus au vu de l’autonomisation économique des migrants et migrantes, formation à la gestion et au suivi. Les femmes en sont le public prioritaire.

L’insertion par la pratique de l’art et l’artisanat : arts plastiques, artisanat, sculpture, poterie, broderie…très orientée vers les femmes également

Autrement dit, les associations de migrants sont peu présentes dans les champs de l’accompagnement à la recherche de logement et amélioration du cadre de vie des personnes précaires, l’accompagnement à l’insertion professionnelle et les questions de santé et la formation linguistique par exemple à visée professionnelle pour ceux des migrants ayant des difficultés particulières de langue. Avant d’en arriver aux causes, analysons dans e détails les activités des organisations sus-citées.

1.1. Organisations pratiquant l’insertion sociale et l’intégration nationale par les valeurs culturelles

Elles sont au nombre de deux dans notre échantillon de départ :

o A2P Nord – Sud-Sud : Actions Perspectives-Prospectives Nord-Sud-Sud est l’association par excellence qui porte la question de l’intégration par la culture et notamment l’interculturalité et la transculturalité au cœur des réflexions progressivement agissantes au sein de la communauté africaine du Grand Lyon. Avec à sa tête un président arrivé et installé depuis 1972, cette association est membre de collectifs associatifs tels Africa 50 au sein desquels elle anime des ateliers et porte des débats sur cette problématique. Elle se positionne comme un passeur ou médiateur de cultures et mène en ce sens des activités de promotion de l’interculturel, de l’Universel et des vertus des particularités ethniques. De l’aveu de son président, cette démarche est :

« La voie d’une meilleure connaissance de sa propre culture, de son histoire, de ses cultures, l’histoire des relations Afrique-Europe aussi. Pour dire que si nous sommes ici, c’est aussi à cause de l ‘histoire, de cette histoire-là. Si nous sommes là c’est nous sommes acteurs aussi de ce territoire français et que nous faisons partie de la communauté nationale et que l’identité française est riche des identités multiples et l’identité africaine entre autres. L’objectif c’est que nous soyons pleinement fiers de ce que nous sommes. Et pas seulement fiers d’une partie de nous-mêmes. Être fiers, nous reconnaître tels que nous sommes, la complexité de ce que nous sommes aujourd’hui. Nous sommes africains, mais nous sommes africains européens. Et c’est là que j’apprécie de nouveaux concepts tels que l’a forgé Léonora Miano, nous sommes des « Afropéens », pour dire qu’il est important que nous sachions nous poser pleinement dans toute notre complexité ; Et c’est important aussi que nous sachions résister à des assignations à résidence, à des simplifications, à des réductions de la part d’autres, selon les moments, selon ce qui les arrange , nous disant que nous sommes « irréductiblement africains », ou à d’autres moments :’’nous avons cessé d’être Africains, nous nous sommes complètement assimilés ‘’. Non ! Nous sommes tous là et nous n’avons pas à nier une part de nous. Il y a là aussi toute une dimension du savoir-être, du savoir-vivre(…) les cultures africaines, l’histoire africaine ont des choses à nous dire ».

Cette dialectique interculturelle implique la connaissance de soi, de ses propres culture, personnalité et société, y compris dans la relation des Européens au monde africain dans le cadre des actions de solidarité internationale ou de développement ; et surtout dans la relation entre Africains eux-mêmes. Et de ce point de vue, nombre de griefs ont été exprimés vis-à-vis de la communauté africaine du Grand Lyon dont la quasi-totalité des associations de notre échantillon qui sont en lien direct avec les migrants subsahariens.

A2P fait donc aussi de la lutte contre les préjugés et stéréotypes qui font le lit des discriminations, du racisme, de la xénophobie, du repli identitaire, de la fermeture de soi à l’autre un de ses chevaux de bataille :

« Les préjugés, les stéréotypes, ce n’est pas seulement celui qui vient de loin, entre hommes et femmes, entre voisins, entre nous. Nous parlions d’histoire. Il y a un véritable impact de l’histoire de la colonisation sur nous qui fait qu’il y a des personnes qui ont tendance à ne pas reconnaitre à leur juste valeur les africains qui ont fait les mêmes études. Cela tient des a priori que nous entretenons tous. L’un des domaines d’intervention d’A2P c’est de travailler précisément sur les représentations, les stéréotypes, en commençant par faire émerger à la conscience ces stéréotypes et puis après de travailler à les déconstruire et à s’engager dans un processus de connaissances ; Car ce qui explique ces préjugés c’est l’ignorance en fait. Et lorsqu’on consent à s’engager dans une relation à l’autre tel qu’il est et non pas tel qu’on voudrait qu’il soit, à ce moment-là, on peut gagner le combat de l’enrichissement des imaginaires et donc de la transculturalité, parce qu’on est capable d’aller au-delà des préjugés que l’on a vis-à-vis des autres. »

Et c’est fort de cette conviction et s’appuyant sur ce paradigme de la rencontre nécessaire de ’’ l’un et de l’autre’’ en terre de France et en terre africaine qu’A2P anime des ateliers, des conférences, des formations sur cette problématique au sein des structures de volontariat international dans le Rhône (notamment au Service de Coopération et de Développement où a longtemps officié son président), par exemple, afin de préparer les volontaires à la rencontre avec cette altérité africaine.

L’organisation s’est associée à deux ONG allemande et italienne afin de conduire, dans son versant français et lyonnais, un projet intitulé « Cross Community School» (auquel participe également la

structure qui nous accueille en stage, le Centre A.C.F.), consistant à recueillir les opinions des élèves, étudiants et enseignants afin d’évaluer l’ampleur du phénomène des discriminations en milieu scolaire, les modalités des actions de prévention, puis à faire en ce sens des recommandations spécifiques.

A2P porte ce projet au sein d’AFRICA 50 sous la houlette de laquelle elle mène ces activités, lequel projet bénéficie du label du collectif123. Ce qui nous permet de dire qu’au travers d’A2P, c’est AFRICA 50 qui porte ce projet en tant que faire-valoir du projet, au niveau local du moins.

o MIFERVAL : le Mouvement International des Femmes pour la Réhabilitation des Valeurs est un groupe de femmes issues de cultures différentes, mues par des objectifs communs qui se déclinent comme suit :

- la réhabilitation des valeurs humaines et le développement des échanges interculturels.
- La lutte pour le maintien de la place des parents dans la cellule familiale, leur responsabilité dans l’éducation des enfants ; le soutien à la parentalité dans une société égalitariste où le droit d’aînesse peut être mis à mal du fait de l’affirmation des droits de l’enfant, l’ouverture de l’école aux parents (un des axes du PRIPI d’ailleurs) afin de les aider à gérer au mieux la scolarité de leurs enfants, rempart contre l’échec scolaire qui frappe majoritairement les enfants d’immigrés au niveau de l’enseignement primaire et secondaire.
- La sensibilisation des jeunes face aux violences et facteurs de déviance.
- L’encouragement des jeunes à la (re) découverte de la richesse des cultures d’origine et la culture d’accueil, tout en développant la solidarité entre les peuples sans distinction de race, ni de religion.

En gros, MIFERVAL, née en 2008 et présidée par une femme, ancien fonctionnaire international d’origine mauritanienne, porte un discours quelque peu semblable à celui d’A2P et milite pour la rencontre des cultures, l’éducation à la diversité, la réhabilitation des valeurs culturelles des groupes d’origine et leurs transmissions aux jeunes descendants d’immigrés souvent en déshérence culturelle.

Ces démarches participent d’une stratégie identitaire d’insertion, mais qui se pose en s’opposant à la tentation du communautarisme, puisqu’elle promeut l’ouverture à l’autre et la connaissance approfondie par les migrants, jeunes et adultes, femmes, enfants, primo-arrivants, de la société d’accueil tout en développant la solidarité entre les peuples sans distinction de race ni de religion.

1.2. L’Insertion sociale par les pratiques artistiques et l’artisanat

o FEDAM (Femmes, Éducation, Développement artistique, Médiation) : De création très récente mais affichant déjà de grandes ambitions par l’originalité de sa démarche, le FEDAM développe une démarche d’accompagnement à l’émancipation socioculturelle et psychologique des femmes par la pratique de l’art comme mode de (re)construction de soi, de réappropriation de son identité, de réinsertion accomplie dans la société quoique fortement marquée par la domination sociologique et politique des hommes.

Aspirant à développer une assise territoriale tant en France qu’en Haïti, au Bénin et partout ailleurs, le FEDAM a pour objectifs :

o Le soutien international à l’Enseignement des Arts aux Femmes dans le Monde ;

123 La labellisation d’un projet analysé et intégré dans le programme annuel d’Africa 50 est essentielle pour les associations membres du collectif dont les projets peuvent bénéficier d’un appui technique et d’un financement à condition que ceux-ci rentrent dans les critères définis par le bailleur. Principal bailleur sollicité d’ailleurs par ce collectif : La communauté urbaine de Lyon qui aurait, selon un des coordonnateurs du collectif, identifié celui-ci comme partenaire technique pour ce qui concerne les projets portant sur les questions d’insertion/intégration et d’intérêt général dans le Rhône. Le principe de la labellisation est le même que celui en vigueur au sein du FORIM qui dispose d’un dispositif interne de financement des projets jusqu’à un certain seuil, 75% notamment du coût total du projet présenté. Ce dispositif est dénommé le PRA-OSIM (Programme d’Appui aux projets des Organisations de Solidarité Internationale issues de l’Immigration).

o La création de centres d’éducation ou de formation des pratiques artistiques et culturelles et la Promotion de l’Éducation Culturelle et Artistique auprès de Femmes ;
o Favoriser la diversité culturelle par l’échange de pratiques, d’expériences ou de savoir-faire ;
o L’appui des initiatives culturelles des femmes artistes issues de milieux marginalisés ;
o L’encouragement de toutes les formes de publication et de diffusion mettant en valeur les talents et la créativité des femmes.

Entre autres activités à mener : la Création d’ateliers et de centres de formation d’expression artistique et culturelle puis la Création et l’animation d’événements artistiques et culturels.

La démarche (artistique donc) de FEDAM fait appel au concept du genre, mais se veut avant tout une association féminine qui s’interdit toute inféodation à l’idéologie féministe.

Au-delà de la pratique de l’insertion sociale des migrants et non migrants aussi par les valeurs culturelles, une association, féminine elle aussi, a fait le pari de l’intégration des femmes en privilégiant l’approche économique et entrepreneuriale plus spécifiquement.

1.3. Insertion sociale des femmes dans le Grand Lyon : Une approche par l’économique

o ALPADEF –Sénégal et International : L’Alliance Panafricaine pour le Développement de l’Entrepreneuriat Féminin , association réunissant des femmes majoritairement d’origine immigrée, y compris sa Présidente124, a développé une expertise en matière de formations-action et d’accompagnement des femmes sénégalaises souvent sans emploi et sans qualifications particulières puis plus globalement d’Afrique de l’Ouest dans le montage et la prise en main de leurs projets de création d’activités génératrices de revenus. L’association, investie depuis 3 ans dans le double espace culturel
Afrique-France, a mobilisé pour cela un parterre de compétences de haute facture où se recrutent chefs d’entreprises, professeurs, journalistes, informaticiens, experts en ingénierie du développement local, étudiants d’écoles de commerce et de communication.

o ALPADEF-France, son versant français, porte les mêmes objectifs que ceux précédemment cités mais en direction cette fois des femmes immigrées avec ou sans emplois.

Née au Sénégal en 2008, l’association, en discutant avec les femmes, est partie du constat que :

- les femmes avaient besoin de formation au montage et la gestion d’activités génératrice de revenus afin de sortir de la logique de micro-crédit qui, de l’avis de la présidente de l’association :

«… Ne va pas trop loin et, de plus, crée une sorte de marginalisation des femmes et renforce un préjugé selon lequel, en Afrique, la Finance c’est pour les hommes et la microfinance pour les femmes…Au Sénégal par exemple, les chambres de commerce sont plus souvent fréquentées par les hommes que par les femmes. Parce que derrière, il y a un relai qui est celui des banques et dont l’accès est particulièrement difficile pour les femmes. Ce d’autant qu’en certains endroits du continent africain, les femmes ne peuvent ouvrir par exemple un compte bancaire sans l’accord du mari, de l’oncle, etc. Une situation socio- économique qui est en train de changer heureusement ».

- ce constat s’est accompagné d’une lecture socio-anthropologique sur la condition et l’attitude de certaines femmes migrantes en France, moins entreprenantes au demeurant. La présidente d’ALPADEF s’en explique en ces termes :

124

Universitaire en école de commerce et gestion, universités lyonnaises et corrélativement consultante internationale pour les

entreprises sur la diversité et le développement durable.

« La femme en Afrique est active, actrice. Et malgré la vision occidentale de la femme battue, soumise et autre, moi je vois que là-bas ce sont elles qui gèrent tout. Avec des formes culturelles différentes. Ici en France, en revanche, les femmes deviennent invisibles. Elles perdent totalement cette force. Quand elles viennent ici, très souvent c’est pour accompagner ou rejoindre leurs maris. Et quand elles sont ici, elles n’ont plus la force ou l’autonomie et je pense aussi à leur identité féminine africaine. Il y a une sorte de déperdition ici. Elles restent à l’ombre des hommes, en exerçant de petites activités de commerce …il y a à mon avis une sorte d’appauvrissement du potentiel de la femme africaine dès qu’elle arrive ici ; je pense qu’elle souffre encore plus du déracinement que l’homme. Ici, si la femme n’est pas ‘’éduquée’’, n’est pas cultivée, ne parle pas bien le français, alors qu’est ce qui lui reste à faire ? Vendre des boubous à la maison ! »

Il s’est donc agi pour l’association de créer des formations-actions dans les secteurs d’activités identifiés par les femmes : restauration, textile, services, agriculture (transformation des produits agricoles), d’organiser des conférences sur le thème des femmes migrantes et la création d’entreprise, où d’assister aux rencontres des réseaux professionnels des femmes, toutes origines confondues.

Néanmoins, au-delà du traditionnel problème de l’accès aux subventions, l’association se heurte aussi aux réticences des personnes cibles, ce qui pose un problème de mise en place et d’animation des dispositifs prévus pour l’accompagnement de celles-ci. La direction d’ALPADEF apporte à ce sujet quelques éclairages :

« Le problème du coup c’est qu’il faut faire du porte-à-porte. Pour arriver à dénicher les femmes et les faire venir à nos formations, il fallait faire du porte-à-porte, parce que les femmes spontanément ne viennent pas. Mais vu qu’il faut des financements pour faire ça, nous nous sommes limitées à l’objectif d’accompagner 6 à 7 femmes porteuses de projet de création
d’entreprise par an. Mais il y en a une qui a déjà laissé tomber, c’est donc vous dire… »125

Cela étant, ALPADEF, particulièrement sensible à la construction des consortiums, s’appuie stratégiquement sur un large réseau d’associations professionnelles et de promotion économique des femmes dans le Grand Lyon et au niveau national, parmi lesquelles : Résolink, Action’elles, Supplément dames, les Marianne de la République, etc. L’association est membre du conseil d’administration de l’ONG de développement Passerelle NGAM incluse dans notre échantillon, et membre cotisant des collectifs AFRICA 50 et SOPE (Solidarité pour exister, collectif des associations sénégalaises de Rhône-Alpes). Une pratique des alliances stratégiques qui permet ainsi à l’association d’être identifiée et d’avoir ses entrées dans des cercles professionnels et décisionnels fermés. Une pratique à promouvoir à l’échelle des associations de migrants dont la majorité souffre d’un déficit de ressources relationnelles ou capital social ? Nous y reviendrons dans le chapitre consacré aux réseaux des acteurs associatifs subsahariens du Grand Lyon.

Ce tableau des pratiques d’insertion effectué, notons que figurent dans le répertoire des associations du Rhône d’autres associations composées entièrement ou majoritairement de migrants et pratiquant l’insertion de manière formelle ou alors sous des formes alternatives tournées vers l’entraide intracommunautaire.

2. Formes communautaires des pratiques d’insertion : l’entraide et la solidarité sur la base de l’appartenance ethno-régionaliste

2.1. Les formes et les paliers de la communautarisation divergent

Les associations subsahariennes de France comme d’autres régions d’ailleurs sont communautaires au sens où :

- d’une part la majorité et parfois l’intégralité des membres appartiennent à la même communauté :

o nationale : elle se construit alors autour d’un sentiment partagé par les membres de l’appartenance à la communauté nationale. Exemple : le SOPE des Sénégalais, l’ABL des Burkinabés, ANAN pour les Nigériens, ou Fraternité Novissi pour les Togolais du Grand Lyon ;

125 Extrait de l’Entretien du 24 octobre 2012 avec ALPADEF

o continentale : promeut donc une vision panafricaine qui transcende les ethno-espaces, une posture transculturelle donc. Exemple : le collectif Africa 50 ;

o ethno-régionaliste : basée sur l’appartenance ‘’mécanique’’ à un même village, une même région dans le pays d’origine. Exemple : Solidarité des Akpossou-Akébou d’Europe, région du sud du Togo ;

- et d’autre part, elles ciblent leurs actions en direction des membres de la communauté d’origine principalement, en termes d’entraide ici ou de développement solidaire avec les localités d’origine.

2.2. Des problématiques sociales et sociologiques sensiblement identiques

Ces pratiques « grégaires » s’appuient sur le constat de la similitude des difficultés sociales rencontrées par les migrants subsahariens en termes d’insertion professionnelle, sociale, économique dans le pays d’accueil. Et rien de mieux que de se réunir pour y faire face ensemble. Or, si les immigrés à titre individuel ont souvent recours aux dispositifs et outils dédiés à l’insertion dans les domaines de l’emploi, du logement, la santé, de la citoyenneté, ou de l’accompagnement à la création d’entreprise, il reste qu’à titre collectif ou associatif, ces recours sont faibles, les dispositifs et les acteurs qui les promeuvent parfois méconnus. Il y a un déphasage manifeste entre difficultés sociales du groupe communautaire et la nature des solutions apportées à celles-ci, puisqu’ici priment l’entraide traditionnelle et la solidarité intracommunautaire : aides financières ponctuelles aux personnes désargentées, accueil des nouveaux arrivants, orientations et accompagnement dans les démarches administratives, hébergement, informations échangées pour la recherche du travail, les initiatives entrepreneuriales, dans un contexte économique et de l’emploi assez tendu, où les réseaux relationnels ne sont pas toujours très étoffés ni réellement stratégiques pour décrocher un emploi ( cf. chapitre consacré aux immigrés et le marché du travail dans le Grand Lyon).

2.3. Une communauté de l’entraide et de la solidarité par excellence : L’association des Burkinabé de Lyon (ABL)

L’Association des Burkinabé de Lyon estime entre 400 et 450 Burkinabés à Lyon et ses environs. Née en juillet 2005, cette association à but non lucratif s’est donné pour objectif principal la promotion de la culture du Burkina Faso dans le Rhône. Cela se traduit concrètement par l’organisation et l’animation chaque année d’une semaine culturelle à l’occasion de laquelle sont organisés forum économique126 et conférences en tous genres ouvrant une fenêtre sur les potentialités et toutes les opportunités économiques au Burkina favorables à l’investissement des
entreprises françaises ou les initiatives entrepreneuriales des Burkinabé, diplômés ou non , candidats au retour.

Le second objectif consiste en l’accueil des Burkinabé primo-arrivants (étudiants, migrants familiaux ou professionnels…) puis suivent un catalogue d’activités permettant leur insertion du point de vue de l’emploi et des démarches administratives en tous genres. :

« Faire en sorte qu’ils se sentent appartenir à la famille ABL, leur fournir les premières informations pour faciliter leur vie en France. Pour les étudiants s’ »inscrivant dans la même université que celle des anciens, l’objectif est qu’ils fassent connaissance et se passent des polycopiés afin que ces nouveaux puissent réussir leur année. Le travail, c’est pareil. C’est un système de

126

À l’instar du FEDDA, le Forum Économique pour le Développement Durable de l’Afrique, qui s’est tenu en mai dernier à la Chambre de

Commerce et d’Industrie de Lyon avec le concours de partenaires multiples, dont la Région Rhône-Alpes, la communauté du Grand Lyon , l’Insa, Lyon Latitude, etc. La finalité de cette rencontre était de : « faire en sorte que la diaspora africaine et ouest-africaine en particulier puisse apporter une contribution efficace et effective au développement des pays africains ». Ponctué par des réflexions sur les bases du développement en Afrique, la promotion de l’entrepreneuriat auprès des jeunes burkinabé de France, la mise en relation des entreprises françaises et burkinabé et les activités culturelles et sportives. Quatre volets qui avaient pour objectif de « créer une cohésion de groupe et faire en sorte que les gens, burkinabé et amis du Burkina Faso, apprennent à se connaitre, à travailler en ‘’task force’’ », rencontre qui fut parrainée entre autres par le Ministre burkinabé de l’environnement et du développement durable, qui a séjourné 4 jours durant dans l’agglomération lyonnaise pour cet évènement.

réseau. On essaye de se donner les contacts de professionnels. J’ai permis à certaines personnes d’avoir des stages là où je travaille (…) C’est vrai qu’avec le forum qu’on organise, nous avons une base de données qui est déjà constituée. On connaît à peu près les professionnels burkinabés dans la région. Et pendant le forum, il y a une rubrique qu’on appelle « carrefour des métiers ». Et ça permet de mettre ces professionnels en contact direct avec les étudiants et les stagiaires. C’est une plateforme d’échanges entre professionnels, jeunes professionnels et étudiants. Ce qui peut permettre de décrocher des stages ou un emploi et puis de développer leur réseau. Donc nous on a cette base de données là ».

Pour ce faire, l’ABL s’appuie sur un ensemble de leviers et un réseau communautaire fort pour atteindre ces objectifs:

o l’association est autant un lieu de construction de la cohésion qu’un espace de rencontre (entre demandeurs d’emplois et potentiels employeurs d’origine burkinabé) et de génération des compétences ;
o le forum économique de mai 2012 a été la concrétisation du renforcement du réseau des Burkinabé du Grand Lyon appuyé par le Consul du Burkina à Lyon et les autorités locales qui ont multiplié des initiatives visant à tirer parti des compétences des Burkinabé de l’extérieur ;
o L’identification et l’inventaire des professionnels d’origine burkinabé travaillant à Lyon ;
o Les Burkinabé ont décidé d’un commun accord de créer une seule instance associative représentant les burkinabé afin d’éviter les dispersions en tous genres. L’association s’est donnée à ce sujet en 2009 un objectif globalement atteint, nous confiait son actuel Président : fédérer tous les Burkinabé de Lyon autour des projets de l’association. Ils sont étudiants, professionnels, chômeurs, diplômés, très qualifiés, sans qualifications… ;
o Un lien communautaire national fort qui transcende les frontières ethniques et surtout politiques ;
o Un partenariat fort avec la Communauté Urbaine de Lyon facilité par l’accord de coopération décentralisée entre celle-ci et la ville de Ouagadougou ;
o L’ouverture de l’association à toutes les nationalités, amies du Burkina Faso ;
o Une chambre de commerce Franco-Burkinabé qui a la réputation d’être dynamique.

Cela étant , en dépit de cet investissement massif dans l’entraide et la solidarité intracommunautaire sur la base de l’appartenance nationale ( et transnationale), à la question de savoir si l’ABL s’appuyait aussi sur les dispositifs institutionnels d’accompagnement à l’intégration des primo-arrivants dans le département stipulés par le document-cadre du Plan départemental d’Intégration, la réponse a été sans ambiguïté : « c’est vrai qu’on ne pousse pas très loin, mais on prend certains aspects qui nous paraissent importants ».

Cet exemple illustre à suffisance le primat des pratiques traditionnelles (même si transculturelles) de l’entraide et la solidarité intracommunautaire. Les communautés africaines donnant par là le sentiment de se suffire à elles- mêmes en ne recourant que peu ou pas aux outils permettant des actions de plus grande envergure en termes de recherche d’emploi, de logement, de formation, etc.

La force et l’efficacité des réseaux traditionnels d’entraide, de solidarité, d’insertion restent très variables cependant, en fonction des communautés associatives en présence et dépendront de plusieurs facteurs :

- Le mode de gouvernance et les compétences managériales
- La personnalité du président
- La force du lien social ou communautaire et/ou la cohésion au sein de l’instance associative
- Le niveau d’implication des adhérents ou la force du bénévolat
- Le degré d’ouverture à d’autres cultures, d’autres apports ou emprunts, etc.

2.4. La communauté sénégalaise du SOPE, entre entraide traditionnelle et prélude à une pratique de l’insertion formelle

Solidarité pour Exister (SOPE). Cette appellation laisse entrevoir d’entrée de jeu toute la quintessence de l’idéal solidaire et la pratique de l’entraide qui a fait la réputation des Sénégalais de France et d’Italie notamment :

reconnaissance sociale, économique, politique et socio-anthropologique par l’importance de la littérature consacrée à ce sujet depuis une trentaine d’années.

Très impliquée dans la vie sociale et citoyenne par les activités (des professionnels et des élus communaux) de certains de ses membres, le SOPE a la particularité d’être une des rares associations du Rhône à disposer d’une Maison culturelle. C’est le cas dans la commune de Villeurbanne. Faut-il y voir le résultat d’un lobbying
« intelligent » et efficace pratiqué par le SOPE via un de ses membres influents, élu communal et actuel adjoint au Maire de cette ville en charge de l’Éducation ? Est-ce à mettre au crédit de la culture d’une communauté de migrants connue pour son réseau associatif d’envergure et très intégré, les pratiques transnationales de sa diaspora (dont celle des très qualifiés), son dynamisme socio-économique et sa mobilisation sur les questions cruciales ayant trait non seulement au développement des localités d’origine mais aussi et surtout, depuis quelques années, à l’intégration pleine et entière de ses ressortissants en France ?

Malgré de multiples relances téléphoniques, nous avons été en peine d’obtenir un rendez-vous avec le coordonnateur local des activités du SOPE. Nous nous sommes néanmoins entretenus brièvement avec le référent francilien de l’organisation qui nous a invité à consulter le Portail internet qui résume les actions menées par le collectif à Lyon, la Région Ile-de-France ou Bordeaux. Ce que nous avons fait.

Il en ressort quelques enseignements instructifs relatifs à notre questionnement de base : quelles pratiques de l’intégration/insertion par le SOPE dans le Grand Lyon.

2.4.1. La communauté africaine la plus novatrice sur les questions d’intégration et d’insertion ?

À la différence des Burkinabé réunis sous une seule bannière, le collectif SOPE fédère 16 associations sénégalaises du Grand Lyon représentées chacune au sein du conseil d’administration par deux membres.

Sa raison sociale porte fondamentalement sur l’intégration des populations immigrées d’origine sénégalaise (migrants et descendants d’immigrés), entendue au sens de l’amélioration des conditions de vie de celles-ci dans les champs de :

La protection et la promotion sociale
L’éducation
La santé
L’accompagnement scolaire
Le sport
La culture
L’humanitaire
La solidarité internationale

La structure du bureau de cette instance reste pyramidale, mais ce qui nous est apparu instructif ce sont les postes de secrétaires généraux en charge des problématiques sociales et des publics que recoupent les domaines et les populations-cible des politiques d’insertion de la ville et de l’intégration :

les femmes : celles notamment réunies en associations

les jeunes : question portée par deux secrétaires généraux, signe de l’importance accordée aux problématiques qui en découlent : échec scolaire, déshérence culturelle, déviance, parentalité, etc.

la valorisation de la mémoire et de l’immigration

Signe de l’intérêt particulier porté aux questions d’intégration de ses ressortissants en France, la communauté sénégalaise de l’Hexagone ( société civile, politiques, étudiants, cercles économiques…) s’est réunie en avril 2012 en région parisienne, à Saint-Denis, afin de débattre et de formuler des propositions allant dans le sens de la

promotion et la défense des droits sociaux, économiques et politiques des immigrés d’origine sénégalaise en France. Suite aux travaux des groupes de réflexion mis en place, des axes d’actions ont été dégagés qui devaient faire l’objet d’une saisine des autorités gouvernementales nouvellement installées depuis l’élection du nouveau Président de la république, M. Macky Sall. Ce sont entre autres axes :

Les droits sociaux des migrants sénégalais de France : retraites décentes, parité pour les allocations familiales des ayant-droits restés au Sénégal, revalorisation des pensions militaires

Vie familiale en migration : échec scolaire et phénomène de délinquance des descendants d’immigrés, reconnaissance de la double culture pour les enfants et les familles et la transmission culturelle aux enfants, meilleur accueil et assistance aux étudiants et stagiaires en France, régularisation des sans- papiers, insertion socio-professionnelle

Vie consulaire : amélioration des services consulaires de proximité pour le confort de tous les sénégalais (horaires, accueil, information au public…)

Maison des Sénégalais de l’extérieur : carrefour de rencontre et de partage entre associations, entrepreneurs, acteurs de la solidarité

Représentation dans les assemblées représentatives : sénat, assemblée nationale, Conseil économique et sociale, choix des députés représentant les sénégalais de l’extérieur, à l’instar de ce qui se fait au palais bourbon en France

Migrants, acteurs de développement et coopération décentralisée : entre redéfinition des programmes de co-développement France-Sénégal et la valorisation du rôle des associations comme actrices de développement

Transferts financiers : modalités de leur canalisation vers l’investissement productif

2.4.2. Une association communautaire comme une autre ?

La particularité de ces discussions c’est que les différentes actions promues appelle nécessairement un ancrage de celles-ci dans les politiques publiques en matière d’insertion et d’intégration. Difficile de dire quel serait l’ampleur du recours à ces dispositifs par les immigrés sénégalais dans leur ensemble. Il serait intéressant de suivre l’évolution de ces propositions afin d’en évaluer la mise en application et ses effets sur les conditions de vie des immigrés et descendants d’immigrés en France et dans le Grand Lyon.
Pour l’heure, ces mesures , la plupart en tout cas , ne faisant l’objet d’aucune application concrète formelle, l’intégration/insertion par le SOPE dans la région lyonnaise se pratique sur le mode informel, traditionnel à tout le moins, sans que l’on soit en mesure de dire à quel point la communauté sénégalaise pratique l’ouverture à d’autres communautés ,en termes d’accueil ou d’emprunt. Quoi qu’il en soit, le Portail internet du SOPE atteste d’une pratique de la solidarité communautaire, comme d’autres associations finalement, à travers le déploiement d’activités socio-culturelles aidant :

Au renforcement de la cohésion au sein de la communauté entre les générations (échange intercommunautaire et intergénérationnel »),
À l’accompagnement scolaire
À l’éducation à la santé
L’atelier informatique
L’atelier de cuisine

En clair, pas d’actions particulières, en tout cas manifestes, en direction de l’accès à l’emploi, la formation professionnelle, la formation linguistique à visée professionnelle, l’insertion par l’économique des hommes et des femmes.

3. Permanence des systèmes traditionnels d’entraide

Sur le plan collectif, l’entraide reste de mise dans la plupart des associations tournées spécifiquement vers le développement solidaire127 des localités d’origine de leurs membres, sans la préoccupation de s’installer en France.

Or, alors que dans les années antérieures le séjour en France était vécu comme une parenthèse entre deux étapes de la vie, les données semblent avoir changé depuis lors. Parmi les immigrés partis se réinstaller dans le pays source, il y en a qui reviennent en France après un échec connu : une entreprise qui dépose le bilan, l’environnement socio-économique et politique délétères, une stabilité précaire, toutes choses qui sont peu favorables à l’investissement productif. En conséquence, certains migrants ont opté pour une migration circulaire, des allers et retours entre le pays et la France, en confiant la gestion de petites activités génératrices de revenus à un proche (amis, famille) ou à une personne de la communauté villageoise.

Un responsable associatif, arrivé et installé en France depuis 1984, auto-entrepreneur et patron d’un espace de vente, nous confiait ainsi que :

«Au départ, c’était dans les 4 ans après mon arrivée ici que je prévoyais de rentrer au pays, mais plus ça avance et plus cet objectif s’est dissipé.(…) Dans mon cas, les conditions du retour.. ;euh.. ;je ne vois pas ce que je peux faire là-bas, et vu la façon
dont nos pays sont gérés ; Moi si je retourne là-bas aujourd’hui , je ne serai rien…Maintenant s’il faut partir , il faudrait que je le fasse avec mes moyens d’existence, or je ne suis pas issu d’une famille « élue »128(rires); et donc si j’y arrive, quelles que soient mes compétences acquises grâce à mes voyages, nos dirigeants je ne sais pas s’ils en sont conscients…Quoi que sur place on a
aussi des gens bien compétents, mais moi, si je rentre au Cameroun , je ne vois pas ce que je peux faire à part peut-être faire les affaires…mais le cadre institutionnel des affaires là-bas, je ne peux plus, je n’arriverai pas à m’insérer. Quand tu te lances dans
les affaires, c’est pour réussir. Étant un homme très objectif et très réaliste, j’y vais, j’observe, je vois que je ne pourrai pas(…) Aujourd’hui je suis à ma 28e année ici, et au début mon objectif était de repartir. J’ai essayé déjà, j’y ai fait des investissements, pourtant c’est comme si je n’avais jamais rien fait : Pas de rentabilité, pas de gens assez fiables. Comme j’y vais régulièrement,
j’observe avec la mentalité occidentale, je n’incrimine personne, c’est le système qui est en cause. Un entrepreneur là-bas, avec toute sa bonne volonté se lancera mais n’aboutira pas au résultat attendu parce qu’il y a trop des impondérables, des facteurs extérieurs qui jouent. Par exemple, cela fait deux mois que j’étais en contact permanent avec le propriétaire du local que je viens de reprendre ici. Les règles sont claires, vous savez que vous allez payer telle somme ici ou fournir tel papier ; alors que là-bas, si vous allez pour faire un papier vous allez y passer une semaine…Pour un papier à signer, on va vous dire que : ‘’non, le chef n’est pas là ! ’’. Alors naïf comme vous êtes, vous y croyez. Je n’ai aucune raison de douter de la parole de cette personne…Je demande : ‘’il sera là quand ?’ ; On me dit : ‘’demain’’, et après le lendemain quand tu reviens, on te dit que le ‘’chef a voyagé’’, et on vous balade pendant une semaine, jusqu’à ce que vous rencontrez quelqu’un qui vous dit : ‘’Mais…mais tu n’as rien compris ! Donne –lui 1000 francs CFA, tu verras, le chef sera là’’ ! (Rires)…Alors, vous aurez passé une semaine pour faire un document qui n’a même pas besoin d’une minute ici. Ce sont tous ces facteurs qui poussent les jeunes entrepreneurs à l’échec au pays. Je peux vous dire que la plupart des gens que j’ai connus ici, les anciens, et qui sont rentrés s’installer au pays, je peux vous dire que 90% sont revenus ou cherchent à revenir. Ah oui oui oui ! Mais dans le lot, il y a peut-être 10% qui ont réellement réussi
à se réintégrer au pays…Sinon…voilà quoi !»129.

Cela étant, la question de la réinsertion socio-professionnelle ou économique va se poser pour ces anciens candidats au retour dans le pays d’origine, qui ont parfois tout soldé au moment du départ. Il faut repartir de zéro.

4. La création d’entreprise, hors du champ des préoccupations des associations subsahariennes ?

De « retour dans le pays d’accueil », en France et à Lyon donc, notre entrepreneur a multiplié des initiatives entrepreneuriales, dans une démarche toujours individuelle, comme c’est le cas pour nombre d’entrepreneurs

127

Notons toutefois avec C. Daum la contradiction apparente existant entre le fait d’intervenir par des actions collectives centrées sur un

seul village ou une localité, portant sur des problèmes précis vécus là-bas et le développement au sens fort de ce mot. Et en particulier avec ce que ce concept implique de plans d’ensemble nécessairement régionaux et nationaux. Certaines associations, souligne DAUM, modulent d’ailleurs cette ambition dans leur intitulé en association d’aide au développement du village par exemple.
128
Cossue, dans le jargon populaire local…
129 Extrait de l’Entretien du 16 octobre 2012

africains rencontrés à la « rue de la Guillotière »130à Lyon, en l’absence de relais associatifs forts spécialisés dans l’accompagnement spécifique131 des migrants à la création d’activités génératrices de revenus au sein de la communauté des migrants de Lyon ; à l’exception notable de structures identifiées tel le Centre A.C.F à Villeurbanne qui nous a accueilli en stage ou les établissements publics ou privés tous publics qui abondent dans le département.

C’est dans cette optique que nous avons investigué quelque peu au cœur de cette artère marchande, recherchant une association d’entrepreneurs ou une fédération des patrons de boutiques subsahariens dans la ville de Lyon, en vain. Il n’en existait pas. De l’aveu même de deux propriétaires d’une boutique de commerce alimentaire de détail consultés, les soutiens ou l’accompagnement à la création d’entreprise dans le commerce de détail et les services en particulier relèvent des démarches et des réseaux d’entraide personnels (amicaux et familiaux) des entrepreneurs.

Un responsable associatif déplore en ces termes cet état de fait :

« En ce qui concerne l’entrepreneuriat immigré au sein de la communauté africaine du Grand Lyon, là aussi on retrouve les mêmes réalités culturelles et la primat de l’intérêt particulier sur l’intérêt général. C’est dommage qu’il n’y ait pas d’occasion de rencontres, d’échanges d’information. C’est vrai, il y a beaucoup d’initiatives lorsque vous allez à la ‘’rue de la Guillotière’’, à différents niveaux. Bon, je me dis, c’est dommage qu’il n’y ait pas de besoin de rencontres, d’échanges d’informations, de lobby. Cela peut aider par exemple à créer des synergies pour réussir ensemble, créer de l’emploi, des structures de formation. »

D’autant que la communauté africaine de Lyon compte des créateurs d’entreprises mais aussi des experts ayant des compétences en matière de gestion de projet, de management d’entreprises. Il ne nous a pas été possible de vérifier s’il pouvait y avoir une réticence de la part de ces experts à collaborer avec les associations souhaitant promouvoir l’entrepreneuriat auprès des migrants africains au niveau collectif, ou avec des porteurs individuels de projets de créations d’activités. Un acteur associatif confessait en effet que :

« À ma connaissance, je n’ai pas eu écho de prises d’initiatives dans ce sens-là… C’était l’un des objectifs d’une association que nous avions créée, faire l’inventaire de l’existant, orienter et puis pourquoi pas solliciter des contributions spécifiques pour le suivi et autre…. Il y a quelques chefs d’entreprises effectivement, Il y a des initiatives individuelles pour créer des activités mais qui restent isolées. Pour moi c’est un domaine qui reste un chantier à travailler, parce que notre présence c’est aussi par l’économique que nous pouvons l’affirmer »

Une analyse qui rejoint notre postulat de départ selon lequel pour être individuellement efficace là-bas au travers des projets de développement solidaire, encore faut-il que les migrants soient économiquement, socialement et politiquement solides ici. Or, au sortir de notre enquête, force est de constater que la question de l’insertion par l’économique reste très peu investie par les acteurs associatifs africains. Au point où en consultant les catalogues associatifs des communes, peu sont apparues les Entreprises d’insertion par l’économique ou les structures de formation spécialisées dans l’accompagnement pour le retour vers l’emploi ou la création d’entreprise. Le Centre ACF qui nous accueille en stage apparaissant ainsi comme une des rares structures créées et administrées par un migrant subsaharien et ayant ces vocations. D’où notre démarche d’étude visant à comprendre les raisons conjoncturelles, culturelles, organisationnelles, opérationnelles et individuelles de ce déficit dans le Grand Lyon.

À tout prendre, la pratique de l’ entraide et de la solidarité ne s’appuie que fort rarement sinon pas du tout sur les dispositifs d’insertion génériques existants en matière d’accompagnement à la création d’entreprise, de recherche d’emploi et de logement, de prévention spécialisée, bref d’intégration sociale, au vu des opinions recueillies au cours de notre enquête. Est-ce suffisant pour en faire une généralisation ? À notre sens, une enquête plus

130

Artère marchande lyonnaise célèbre pour ses vitrines alimentaires exotiques, salons de coiffures et son éclectisme fortement dominé

par les cultures africains subsahariens.
131
Lévy-Tadjine déjà cité insiste dans sa thèse de doctorat tout particulièrement sur la nécessité de prendre en compte et d’intégrer dans
le processus d’accompagnement les spécificités culturelles de l’accompagné, de même que le cadre culturel dans lequel il inscrit sa démarche entrepreneuriale : intégrationniste, ségrégationniste, assimilationniste.

approfondie sur le recours individuel ou collectif des immigrés subsahariens aux instruments d’accompagnement au retour vers l’emploi et la création d’activités de production permettrait d’évaluer l’ampleur du phénomène est les mesures à promouvoir. Ce que n’a pas permis le temps court de notre recherche.

5. Associations communautaire vs associations communautaristes

C’est en raison de l’exclusivisme, de la « quête du typique » communautaire, réelle ou supposée, des associations dites communautaires que le qualificatif « communautaristes » leur est quelques fois assigné. Une assignation à géométrie variable, selon les communautés en présence132et la catégorie socio-professionnelle et le statut de ceux
qui expriment ce discours.

Les critiques sont portées par des acteurs tant du monde institutionnel qu’associatif, y compris certains immigrés eux-mêmes, qui y voient les germes du cloisonnement ethnique, l’expression du repli identitaire, de la non-fluidité interculturelle dans une société culturellement plurielle, de la non-ouverture à d’autres communautés migrantes africaines ou autres et non-migrantes, et du risque réel du cloisonnement des associations de migrants. Ceci explique d’ailleurs en partie l’attitude frileuse des pouvoirs publics à subventionner les associations d’entraide et de solidarité intracommunautaires qui sont du coup le parent pauvre de l’octroi des financements publics. Sans doute en raison d’un préjugé fort tenace des instances politiques et administratives, que résume fort à propos un élu communal du Grand Lyon :

« Il y a une espèce de volonté de ne pas passer par les associations communautaires au nom de la lutte contre le communautarisme…moi je fais très clairement la différence entre communautarisme et l’existence des communautés. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Mais la réaction politique très fréquente est quand même d’assimiler les deux et donc de se méfier. Du coup, on a tendance à reléguer les associations communautaires dans un rôle d’entraide interne, dans un rôle folklorique…Elles participent aux fêtes et font la cuisine…Mais l’idée qu’elles peuvent jouer un rôle vraiment dans l’intégration est
beaucoup moins fréquente. Du coup ça se retrouve… .Euh…j’ai peu d’exemples à part les Sénégalais de l’association SOPE »133.

Ainsi, d’après ces acteurs, les associations d’entraide intracommunautaire ont plutôt mauvaise presse car, de l’avis de leurs contempteurs, elles ne rechercheraient pas de liens extérieurs, ni une ouverture à d’autres associations, ne serait-ce que par curiosité de ce qui s’y fait, et bien, et ils considèrent par conséquent qu’en dirigeant leurs actions exclusivement vers la communauté, elles ne mènent pas nécessairement des actions d’intérêt général et se disqualifient des chances d’obtenir des subventions.

Conséquence de ces réticences de politiques, les associations communautaires d’entraide fonctionnent pour l’essentiel sur des fonds propres, qui sont bien modestes du reste. D’où un taux d’activité annuel moyen relativement bas et la difficulté qu’elles ont à fournir des cahiers de compte et des rapports d’activités à jour, justifiant des actions réalisées, des capacités financières endogènes et des compétences fortes ; conditions extrêmement sélectives pour l’accès aux subventions publiques que ne remplissent pas toujours ces organisations, fatalement marginalisées.

Section 2 : Causes de la non-implication des associations des migrants dans le champ formel de l’insertion/intégration dans le Grand Lyon

132

La communauté burkinabé de Lyon bénéficie d’un crédit et d’un traitement différent. Appréciée pour son dynamisme socio-

économique et l’efficacité de son organisation. Le parallèle peut être fait de même avec l’association SOPE des Sénégalais. Pour autant, selon certains acteurs associatifs eux-mêmes, le phénomène de la non-ouverture et donc la non-interaction entre les associations subsahariennes concerne autant les Sénégalais que les autres. Les Burkinabés se défendant de ce cloisonnement en faisant valoir que l’association est ouverte tant aux burkinabé d’origine que les amis du Burkina Faso. Est-ce là que réside la recette du succès de l’Association des Burkinabé de Lyon qui jouit du même crédit auprès des migrants d’autres communautés ?
133
Notons que l’un des leaders de cette association, au moment de notre enquête est actuellement élu communal adjoint au Maire de
Villeurbanne, en charge de l’Éducation.

« Cela fait à peu près un an que nous formons les femmes de la diaspora. Avant on ne s’en occupait pas. Parce que d’abord on attendait d’avoir des aides qui ne sont pas venues du tout. Mais il se trouve qu’il y a beaucoup d’associations qui sont payées par l’État qui font ça. Disons que ce n’est pas notre cœur de business. Le nôtre, c’est le Sénégal. Ici, c’est du secondaire ». ALPADEF.

Ces propos résument à eux seuls l’essentiel des raisonnements exprimés par les responsables associatifs d’origine immigrée dans la région lyonnaise.

o « Ce n’est pas l’objet de l’association… »

C’est le principal argument avancé par les associations tournées vers le développement solidaire avec les pays d’origine, mais qui pourtant se positionnent statutairement sur l’accueil et l’entraide.

o Les migrants envisagent toujours un retour dans le pays d’origine pour y passer leur retraite et vivre leurs derniers jours

Le Président d’un important collectif d’associations nous expliquait ainsi que :

« Les immigrés n’ont pas définitivement déposé leurs valises et entretiennent toujours l’espoir d’un retour dans le pays d’origine pour y vivre paisiblement leur retraite ».

Cela justifie-t-il le peu d’engagement des personnes retraitées d’origine subsaharienne dans les associations rencontrées durant notre enquête ?

C’est aussi l’avis de cet autre responsable associatif (globalement partagé par les répondants) pour qui la projection du retour au pays natal explique le non-investissement des immigrés dans les champs officiels de l’insertion et de l’intégration dans leurs bassins de vie :

« Le problème ici c’est que les gens qui sont venus c’est pour être des Africains de passage. Et dans la tête de ceux qui sont là, ils se disent toujours tournés vers l’Afrique pour passer là-bas leur retraite. Les gens ne se voient pas mourir ici. Ils se projettent dans un retour de là où ils viennent. Et par rapport à ça, ils préfèrent économiser leurs sous pour aller mourir là-bas. Dans ce cas- là, même si tu dis à quelqu’un qu’il faut créer une structure de soutien ou d’accompagnement à l’intégration des migrants, il préfère faire ses économies dans l’optique du retour au pays ».

o Méconnaissance des problématiques sociales globales relatives aux migrants dans le département et la région ainsi que les catégories spécifiques des migrants concernés.

Cela nous a amené à plusieurs reprises, au cours de notre enquête, à fournir (à la demande de certains enquêtés) quelques renseignements statistiques collectés auprès des institutionnels et d’autres acteurs associatifs, autour des problématiques sociales, spécifiques aux migrants, de l’accès à l’emploi, au logement, à la culture, aux dispositifs de droit commun…Avec évidemment toute la précaution de rigueur tant les chiffres communiqués peuvent varier d’une structure à l’autre et selon les champs concernés.

o Méconnaissance des politiques publiques d’intégration nationale et d’insertion et de même que l’ensemble des outils existants permettant de réduire et rattraper les écarts entre les immigrés dans une certaine proportion et ce qu’est une intégration accomplie (cadre de vie décent, scolarité normale, parentalité normale, emploi stable, participation à la vie sociale et citoyenne).

Les ¾ des responsables associatifs interviewés134 nous ont confié n’avoir pas connaissance des axes d’actions, des publics prioritaires et aboutissants de la politique d’intégration locale énoncée dans le PRIPI et le PDI, et encore moins les quartiers prioritaires de la politique de la ville et leurs réalités sociodémographiques ; arguant qu’ il y a dans la communauté associative africaine un problème réel de circulation et de partage de l’information, du fait du cloisonnement des associations communautaires des migrants et de l’absence d’une structure représentative forte et rassembleuse en serait une des causes.

Parmi les outils les plus souvent promus permettant l’insertion des publics en difficulté, la formation continue d’adultes et jeunes adultes dans toutes ses variantes occupe une place centrale. Pourtant peu de migrants y recourent, y compris lorsqu’il s’agit de se former aux techniques de gestion administrative ou de management d’une organisation associative. La faute au manque de moyens135 et de temps.

En témoignent les propos de cet acteur associatif :

« C’est vrai, quand on voit la vie que nous menons ici, le travail, la famille…les moyens, il faut aller les chercher. Il y a un déficit de notre côté pour identifier tous les dispositifs qui nous permettraient de capter les moyens. Par exemple les fonds pour le développement de la vie associative et autres pour proposer ces formations-là de façon interne, et que ça soit institutionnalisé. En nous mettant ensemble, nous pouvons aussi peser pour négocier auprès des municipalités (Conseil général, région) pour avoir des crédits afin d’organiser ces formations, parce que ce sont des formations qui nous permettent d’être citoyens à part entière dans toute la complexité de notre parcours(…) C’est l’un des grands chantiers de mon point de vue. Il y a déjà quelques pas au niveau du Grand Lyon, notamment avec Africa 50, parce que ça fait 2 ans que nous essayons de négocier un budget global…».

Ainsi, malgré les facteurs socio-économiques et politiques qui poussent à prolonger son séjour dans le pays d’accueil ou à s’y installer définitivement tels que : les problèmes liés au monde du travail, la gestion des relations avec les responsables des foyers de travailleurs migrants, l’accroissement du taux de chômage des migrants et la dégradation de leur qualité de vie , pour ceux habitant les espaces dits de précarité136 où ils constituent la moitié de l’effectif des habitants, les difficultés liées aux cartes de séjour, la forte limitation des entrées de nouveaux
migrants sur le territoire…Malgré tous ces facteurs, les migrants apparaissent ici en peine de se saisir de manière collective des outils existants dans le cadre des orientations des politiques d’intégration ( soutien à la parentalité et à la scolarité des enfants d’immigrés, soutien à la recherche d’emploi pour les femmes et les primo-arrivants , l’aide
aux personnes âgées dans les foyers de travailleurs migrants…) et d’insertion pour faire valoir leurs droits sociaux137 et économiques. Alors même que le contexte devrait au contraire :

« …Ouvrir une nouvelle étape qui impose des rapprochements avec la société d’accueil, rapprochements rendus nécessaires car l’on ne peut plus se suffire à la seule structuration communautaire pour faire face aux conflits impliquant de nouveaux acteurs : sociétés gestionnaires de foyers, justice, avocats, comité de gestion et de soutien aux associations diverses »138 et aux
difficultés sociales manifestes.

À propos par exemple des immigrés âgés sans qualification, au chômage dans les années 90, rentrés dans leurs pays d’origine ou installés définitivement en France, Christophe DAUM note que :

134

À la rare exception de ceux pratiquant l’insertion de manière formelle et de quelques autres intervenants sur l’éducation à

l’interculturalité, à la transculturalité et au développement tels les associations Passerelle NGAM, ALPADEF, A2P, MIFERVAL, etc.
135
Le droit d’entrée à une formation dans les centres de la vie associative, comme à Villeurbanne, est souvent payant. Les fonds des
associations de migrants étant souvent modestes, le recours dans ces conditions à une formation visant le développement des compétences individuelles ou collectives devient par conséquent problématique.
136
Dont certains quartiers prioritaires de la Ville de Villeurbanne, Vaulx-en-Velin, Bron, Vénissieux, Saint-Priest, Caluire-et-cuire ou
encore les arrondissements du Sud-est de la ville de Lyon. Voir le rapport 2010 de l’ Insee sur les zones de précarités du Grand Lyon, déjà cité.
137
Institut Panos Paris, « Quand les immigrés du sahel construisent leur pays », synthèse de l’étude « Migrations et développement »
réalisée par Christophe DAUM, L’ Harmattan, 1993. : A propos des immigrés étant retournés dans leurs pays pour y faire valoir leurs expériences acquises durant la parcours migratoire, l’auteur de l’étude note : « le très faible nombre qui ont fait valoir les droits acquis pour la retraite, bien qu’ayant naturellement cotisé pendant leur temps salarié en France. On ne dénombre que de très rares retraités qui touchent effectivement une pension dans leur village ».
138 Institut Panos Paris, op.cit.

« Très rares sont ceux de cette génération qui ont réussi à acquérir une qualification professionnelle reconnue dans le monde industriel. La société française ne propose pas à ces catégories de travailleurs d’accéder aux filières de formation professionnelle, elle les exclut ainsi des possibilités de promotion sociale. En retour, il ne semble pas que ce fait ait constitué, à l’époque, une revendication des communautés. On ne constate en effet que rarement des stratégies personnelles affirmées. Plusieurs immigrés qui prenaient sur leur temps de loisir pour se former (alphabétisation en cours du soir, formations diverses…) témoignent en ce sens :’’les autres me disaient que j’étais fou de perdre mon temps ainsi’’ ».

Parmi toutes les raisons évoquées par nos enquêtés expliquant ce peu d’ancrage des associations subsahariennes dans les politiques d’intégration et d’insertion, il y a aussi :

o Une réticence de la part des administrations publiques locales et régionales à travailler avec les structures associatives morcelées et n’ayant pas une assise géographique importante au niveau régional ou national. Pour illustrer ce fait, voici ce que nous a rapporté un acteur associatif, membre d’un réseau d’OSIM :

« La DAIC139 lance tous les ans un appel à projets pour l’intégration des migrants en France. Mais ils ne s’intéressent qu’à des associations nationales, c’est-à-dire comme la Croix-Rouge. Or, le déficit de nos associations des migrants, c’est qu’elles ne sont pas nationales. Notre collectif a répondu il y a 3 ans à un appel à projets de la DAIC et c’est ce qui nous a été répondu. Nous voulions prendre en charge la formation des primo-arrivants. Nous pensions que ce sont les migrants qui peuvent mieux comprendre les migrants mais la réponse qui nous a été opposée c’était : « Vous êtes à Lyon , mais pas à Bordeaux, ni à Strasbourg. Et on a besoin d’une association qui recouvre l’étendue du territoire pour faire le même travail partout où il y a des primo-arrivants ».

Aussi nous sommes-nous demandé si le Forum des Organisations de solidarité issues des Migrations (FORIM) qui revendique 700 associations et collectifs d‘associations de migrants de France sur son portail internet (dont certains collectifs associatifs subsahariens du Rhône) n’était pas en capacité de porter des projets d’accompagnement à l’intégration des migrants à l’échelle nationale. Mais pour notre interlocuteur, la réponse était sans ambiguïté :

« C’est là même la faiblesse de ce genre de choses(…) Si vous voulez que le FORIM existe , il faut qu’il ait les pieds enracinés dans les régions(…)Or, même si au FORIM ils ont redéfini leur stratégie en 2010, en acceptant de travailler avec nous parce qu’ils ont vu là-bas à Paris que notre collectif ça marchait et qu’on ne leur faisait pas de l’ombre, eh bien vous voyez qu’ils peinent toujours à créer les COSIM [ Collectif des organisations de solidarité issues des migrations ] dans d’autres régions. Et aujourd’hui, c’est à peine s’ils ne demandent pas au COSIM Rhône-Alpes d’aller créer d’autres COSIM ailleurs(…) Tout ça c’est pour dire que nous les migrants nous sommes quand même porteurs de bonnes idées. Si aujourd’hui le FORIM marche, il le doit en partie à notre collectif(…) Pour autant, la faiblesse est là-dedans. Si on avait été des gens capables de comprendre que nous avons là un outil formidable et puissant, nous irions frapper à la porte de l’Union Européenne pour présenter un projet fort et lever des subventions(…) On a les personnes [les compétences nécessaires] mais on n’arrive pas à avoir le pouvoir. On ne peut pas que se contenter de la petite subvention que donne le Ministère de l’Intérieur…c’est vraiment lamentable !!! »

Or, dans le statut de ce collectif « national », au-delà de la coordination des actions de solidarité et de développement des pays d’origine, l’accompagnement à l’intégration est un des domaines dits prioritaires et ce

139 LA DAIC c’est La direction de l’accueil, de l’intégration et de la citoyenneté , chargée de « l’ensemble des questions concernant l’accueil et l’intégration des populations immigrées s’installant de manière régulière et permanente en France. Dans ce cadre elle assure l’élaboration, l’impulsion, la mise en œuvre ainsi que le suivi de mesures liées à l’intégration de ces personnes. Ainsi, elle veille à la prévention des discriminations liées à l’origine et à l’égalité des chances, et ce par des actions telles que l’apprentissage de la langue française comme facteur premier de l’intégration, l’accès à l’activité professionnelle et la lutte contre les discriminations, l’égal accès des populations d’origine immigrée aux services publics et aux droits sociaux ou le suivi de l’ensemble des conditions de logement des populations immigrées et notamment celles concernant les foyers de travailleurs migrants ». Portail internet du Ministère français de l’intérieur.

d’autant qu’aux yeux de certains responsables associatifs qui se sont exprimés dans le cadre de cette enquête, les axes d’intervention développés par le PDI du Rhône sont « prenables » par les associations des migrants subsahariens. Toutefois, pour un de nos répondants :

« (…) on ne le pourra que si nous sommes organisés. Nous ne sommes pas organisés. Moi, j’ai l’art d’aller chercher la bonne information. Quand la Mairie de Lyon et les autres nous disent ‘’Si vous voulez parler, organisez-vous’’, eh bien on comprend que c’est l’organisation notre point faible »

o Selon certaines administrations locales, le secteur de l’insertion apparait déjà trop saturé par un nombre important de structures d’insertion140. Par conséquent, certaines organisations associatives se sont recentrées uniquement sur le développement solidaire avec les pays d’Afrique. Un acteur associatif
d’origine immigrée à Lyon en témoigne :

« Moi, je me suis tourné vers l’Afrique. Une copine à moi, une immigrée africaine elle aussi, voulait créer une structure d’insertion comme ça. Et nous avons été voir la DDASS141 à Lyon et elle nous a répondu qu’elle était déjà submergée par des structures comme ça. Parce que nous on travaillait sur les nouvelles formes d’esclavage en ce qui concerne les femmes et en
particulier des femmes africaines. Donc nous avions cette idée là et c’est la DDASS qui nous répondu que même si nous procédions à la création de quelque chose maintenant, ce serait saturé et que nous n’aurions pas les moyens pour durer parce qu’il y en a trop. À force de créer encore et encore, à la fin, les gens ne veulent plus donner de l’argent pour tout ça . Tant qu’il n y a pas d’offre ou de demande, tu ne peux pas faire vivre une structure».

Or, il nous est apparu qu’il existait une demande forte en ce qui concerne notamment la prise en charge des migrants âgés dans les foyers de travailleurs migrants, mais est-elle connue des associations africaines du Grand Lyon dont une part importante du public âgé est originaire du continent ? En supposant que les retraités veuillent tous retourner dans le pays d’origine pour y passer leur retraite et y vivre leurs derniers jours, il se pose parfois la question de la transférabilité de leurs droits sociaux ( retraite y compris). L’Assemblée des sénégalais de l’Extérieur s’est par exemple penché sur la question en avril dernier en région parisienne et des propositions ont été soumises au gouvernement sénégalais nouvellement élu. Les retraités ou les migrants âgés qui font le choix du retour au pays de départ peuvent être confrontés à ce type de difficultés. Est-ce une préoccupation pour les associations de migrants dans le Grand Lyon ?

« Mais chacun endure sa galère pour le moment. Tant que quelque chose ne t’habite pas dans la tête, ça ne pourra pas venir dans les gestes. Dans la tête des gens, je suis né là-bas et j’irai mourir là-bas… », déplorait un des acteurs associatifs rencontrés.

Serait-il par conséquent exagéré de conclure que l’intégration des migrants subsahariens du Grand Lyon se fait sans les migrants eux-mêmes ?

Pour certains de nos répondants, cela ne fait pas de doute. Une des raisons évoquées étant qu’au sein des associations elles-mêmes : « Il y a une lutte acharnée entre les migrants pour la captation des ressources publiques et le pouvoir » et qui les éloigne des sujets essentiels. Ajoutés à cela un important problème structurel, opérationnel et une difficulté à identifier et mobiliser les compétences, d’où qu’elles procèdent : migrants, non-migrants, étrangers ou nationaux, au niveau local ou transnational. Aspects sur lesquels nous reviendrons dans le chapitre consacré aux réseaux diasporiques.

Section 3 : Comment inciter les migrants à se saisir plus collectivement des dispositifs institutionnels d’intégration et d’insertion et à se rapprocher des structures publiques et privées gestionnaires des politiques publiques en lien avec la question des migrants au niveau local ?

1. Corpus de solutions émises par les acteurs eux-mêmes

140

Nous en avons identifié près d’une centaine œuvrant à Lyon et les alentours. Voir l’annuaire des associations du Rhône.

141 Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales du Rhône

La question s’inscrit dans la ligne de celle du Haut-Conseil à l’Intégration : à savoir investir dans les associations pour réussir l’intégration, y compris les associations communautaires. Cela impliquerait la prise en compte des
« compétences ethniques »142 sur lesquelles nous reviendrons dans le même temps. Nous nous sommes enquis de
ce sujet lors de notre enquête auprès d’un élu communal pour qui :

« D’abord il faudrait casser ce préjugé bien français qui assimile associations communautaires et communautarisme(…), Après il faudrait qu’il y ait une politique de contact systématique avec ces associations ; et ça on ne le fait pas. Et je ne sais pas si ce sera toujours bien pris par elles. Parce l’idée du politique qui veut mettre son nez là-dedans, ce n’est pas forcément ce qui est apprécié…. »

Cela induit-il qu’il pourrait y avoir une méfiance systématique de la part de certaines associations de migrants si les politiques venaient à initier un contact avec elles ? Notre élu communal est affirmatif : « Oui, je crois. Puis il y a l’entre-soi qui joue. »

Une chargée de mission et formatrice pour l’ASSFAM143 interviewée lors de notre enquête déplorait aussi le fait qu’à propos de ces associations : « On ne leur laisse pas de place…il y a une gêne, elles sont taxées de communautaristes …à tort quelques fois».

En ce qui concerne la forme du contact à créer, selon cet adjoint au maire en charge de la démocratie locale et la lutte contre les discriminations, il pourrait prendre la forme d’ :

« Un soutien financier aux associations communautaires. Il y a la politique de la ville très générale, il est vrai, qui joue sur les quartiers où il y a beaucoup de migrants.

Ça passe aussi par des soutiens aux femmes , par exemple ce que fait FIJI Rhône-Alpes144 qui est une association qui fait de l’accompagnement, du soutien, de l’aide personnalisé et de la formation en direction des femmes immigrées, maghrébine ou africaines, en particulier sur tous les problèmes de droit privé souvent compliqué, de droit international privé. Et donc nous on les finance par exemple. Elles interviennent auprès des femmes migrantes et ce n’est pas communautaire ».

À propos de l’interculturalité, certaines communes ont engagé des réflexions sur la question, avant- gardiste sur les questions d’intégration/insertion des populations immigrées, la 2e la plus importante en termes d’effectif après Lyon, La Mairie de Villeurbanne par exemple a produit un texte intitulé «
Démocratie et Diversité » et qui :

« …Développe un point de vue qui n’est pas le plus courant en France, justement à partir de l’idée de l’existence des communautés, l’intérêt de cette multiculturalité, avec la nécessité de passer par cette interculturalité.. .On a réfléchi au moins là- dessus, oui…On a participé à l’enquête du CRAN145, une grande enquête sur la lutte contre les discriminations, donc on leur a
communiqué un rapport assez important sur ce texte et d’autres choses… »

142

On peut y voir les compétences qui sont développées en interne par les communautés associatives qui les mettent au service des

actions qui impliquent l’interculturalité.
143 Association Service Social Familial Migrants, Délégation du Rhône.
144 Vu sur le Portail internet de l’association : « Femmes Informations Juridiques Internationales est une association à vocation régionale qui défend les droits personnels et familiaux ayant une dimension internationale (mariages mixtes, déplacements illicites d’enfants, divorces prononcés à l’étranger). La structure née en 2002 d’un partenariat institutionnel et associatif (la Délégation régionale des droits aux femmes et à l’égalité-DRDFE, l’Agence pour la cohésion sociale et l’égalité des chances-ACSé, le Secrétariat général aux affaires régionales-SGAR, Femmes contre les intégrismes-FCI, Le Centre d’Information des Droits des Femmes et des Familles du Rhône-CIDFF), lutte contre les discriminations et vise à faire respecter l’égalité entre les hommes et les femmes. Elle offre des informations et des conseils juridiques relatifs au droit international de la famille au public comme aux professionnels. À ce titre des juristes assurent des permanences téléphoniques et accueillent le public sur rendez-vous. Par ailleurs, l’association offre des formations pour les professionnels et les sessions de sensibilisation pour le public». FIJI Rhône-Alpes. http://www.fiji-ra.com/
145 Conseil Représentatif des Associations Noires de France

De ce point de vue, la Mairie reste disposée à travailler avec les associations communautaires ; qu’elles portent des actions d’intérêt général national ou exclusivement au niveau local. Mais, une fois de plus, l’institutionnel souligne l’intérêt pour ces associations d’une intégration en réseaux, car :
« À l’époque où il y avait le CARA146, c’est sûr ça facilitait les choses, c’est clair. Moi je regrette qu’il n’y ait pas assez de
fédérations…Moi je préfèrerais qu’il y ait effectivement des regroupements qui permettent de parler un peu collectivement et de mobiliser aussi des associations différentes ».

De là à inciter formellement les associations de migrants africains à se constituer en collectifs pour « faciliter le dialogue », la Mairie de Villeurbanne n’a pas spécifiquement engagé de réflexion en ce sens, s’appuyant sur l’idée que ce n’est pas au politique d’organiser les associations subsahariennes du Grand Lyon, l’initiative devant venir des acteurs eux-mêmes. Le Collectif Africa 50 ambitionne, nous l’avons souligné, de porter cet impératif et d’incarner la vitrine principale de toutes les associations de culture africaine et caribéenne dans le Grand Lyon. Pour autant, d’après des renseignements collectés au cours de notre enquête, le collectif n’est pas suffisamment visible au sein de certaines mairies. C’est ce qu’indique l’élu communal de notre investigation :

« Tout ce que je vois c’est des mails que je reçois, mais je ne les connais pas…À ma connaissance il n y a pas eu de demande formelle [émanant du collectif Africa 50] qui nous ait été adressée, sinon je l’aurais su… ».

La situation est différente à l’échelle de la Communauté du Grand Lyon, partenaire institutionnel et financier central du Collectif Africa 50 qui fut très impliqué lors de la Célébration du Cinquantenaire des Indépendances africaines pilotée par le collectif. Un de ses coordonnateurs nous confiait ainsi que :

« Les associations qui vont au niveau du Grand Lyon de leur propre initiative, on les renvoie vers Africa 50. En ce sens, une partie du travail [de la visibilité institutionnelle et du positionnement en tant référent principal des organisations africaines] est réalisée. Maintenant il y a un travail de communication à faire en sorte que toutes les associations de culture africaine reconnaissent vraiment l’objectif du collectif, adhèrent et puis passent par le créneau qu’on a défini afin d’aller de l’avant ensemble(…) je pense que dans les trois années à venir, Africa 50 aura plus de portée, plus de voie ».

Difficile d’attester la pertinence de ces propos, nous n’avons en effet pas pu rencontrer toutes les associations ayant engagé une telle démarche, individuellement ou sous la bannière du collectif. Pour le moment, du reste, en matière d’ancrage dans les politiques publiques de la ville et d’intégration nationale, au vu des données recueillies sur le terrain et des observations faites ( rapport d’activités verbaux principalement), seuls le volet culturel ( la valorisation de la mémoire, la promotion de l’interculturalité, la prévention des discriminations le soutien à la parentalité, le soutien scolaire) et les débats autour de la relance des économies africaines et les initiatives entrepreneuriales à promouvoir sur le continent noir( à travers le FEDDA) semblent s’inscrire sur cette ligne. Encore que l’objectif majeur d’Africa 50 c’est principalement d’assurer la promotion de la présence de l’Afrique et la contribution des Africains à la vie de la cité lyonnaise et de ses environs.

L’appropriation par le collectif Africa 50 des dispositifs existants de la politique de la ville en matière d’Insertion, et de la politique d’intégration, permettant un accompagnement global des primo-arrivants, des femmes et des migrants âgés (publics prioritaires du PRIPI/PDI) reste donc pour l’heure marginale. Néanmoins, selon les principaux coordonnateurs qui reconnaissent ce déphasage avec les problématiques sociales et réelles des immigrés de manière générale et des subsahariens en particulier, des travaux de réflexion seraient en cours dans ce sens :

« Ça c’est l’objectif d’Africa 50. Nous sommes en train de travailler là-dessus. C’est vrai qu’aujourd’hui, toutes les structures d’insertion dont vous parliez, on n’a pas encore abordé ces aspects, mais on passera obligatoirement par ça, on en a parlé lors de nos deux dernières réunions. En fait pour nous, l’intégration va passer par la base, et ça va commencer par les femmes et les enfants en particulier ceux qui sont nés ici, qui sont perdus et qui ne connaissent pas bien leur culture. Il y a des activités qui sont en train d’être mises en place pour permettre l’insertion des jeunes puis des femmes ; Aujourd’hui on a ciblé le milieu scolaire. Nous sommes en train de voir l’association des parents d’élèves au niveau de Lyon, dans les écoles. Il y a une activité qui est

146

Collectif des associations des migrants africains dissous suite à de multiples dissensions internes. Des versions convergentes nous ont

été rapportées lors de notre enquête par des responsables d’associations anciennement membres de cette fédération.

prévue le 31 octobre pour inciter les parents par exemple à entrer dans tout ce qui est associations. Il y a aussi une activité sur l’éveil des enfants, dès l’âge de 4 ans. Aujourd’hui on le fait à Villeurbanne au sien des associations, et on fait en sorte que ces gens-là puissent faire venir les enfants. L’objectif à terme c’est de la faire dans chaque commune, d’aller vers ces populations. Mais tout ce qui est insertion des personnes âgées dans les foyers de travailleurs migrants par exemple, on n’a pas encore soulevé le problème. Mais effectivement sur ce plan-là, il y a du boulot à faire ».

2. Quelques préconisations pour une implication forte des associations des migrants dans la mise en œuvre du Plan départemental d’Intégration du Rhône

Les pistes que nous indiquons peuvent avoir déjà été explorées par certaines associations et mises en œuvre à moyenne et petite échelle ou pas du tout. L’ambition n’est pas d’être exhaustif ou de réinventer la roue. Elle est plutôt de mettre en exergue l’importance de ce qui existe, les acteurs associatifs et les acteurs institutionnels en présence qui animent les dispositifs d’intégration et d’insertion. Elle est surtout de mettre en lumière ce qui se fait déjà au sein des organisations associatives françaises des non migrants dans les champs qui pourraient interpeller les migrants du Grand Lyon.

 Le ou les collectifs d’associations de migrants pourraient faire de la pédagogie au travers des sessions d’information explicative à destination des associations membres, communautaires ou non, ayant un intérêt pour l’insertion sociale de ses adhérents et désirant porter des projets en ce sens. Pédagogie autour du PRIPI et du PDI local, ses enjeux, ses publics cible, la place dévolue ou à prendre dans ces espaces par les associations africaines organisées en réseaux, de même que les tenants et résultats attendus du Plan local pour l’Insertion et l’Emploi dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville et les actions prévues en matière d’amélioration du cadre de vie des habitants des espaces de précarité dans le Grand Lyon.

Cela suppose :

un travail de recueil de données : socio-économiques (taille et composition des familles, logement, emploi, revenus, santé), démographiques… par tous moyens accessibles pour une évaluation de l’importance des problématiques sociales, des ressources disponibles (fonds, compétences, personnel et temps) des collectifs associatifs subsahariens pour un espace à occuper, une partition à jouer à l’échelle communautaire et transcommunautaire dans l’agglomération lyonnaise.

La mise en place des bureaux d’études et d’expertise conseils par les migrants disposant de capacités techniques et opérationnelles et offrant de formation, d’études techniques et évaluation de projet, analyse des politiques publiques dans les domaines du développement social et économique local, accompagnement à des entrepreneurs migrants et non migrants à l’international, les TIC, les services financiers, l’ingénierie…

Un effort accru d’ouverture et de rapprochement avec les associations des migrants pratiquant déjà l’insertion de façon communautaire ainsi que les organisations transculturelles du type Passerelle Ngam ou Africa 50, dans une démarche intégrative (alliances stratégiques). Un cadre opérationnel intégré qui permette la mobilisation de toutes les compétences utiles, y compris les compétences
«culturelles » , avec des objectifs opérationnels et stratégiques clairs, pour les champs de l’accès à l’emploi, l’accès au logement, aux droits sociaux, aux dispositifs du droit commun, à la protection sociale de tous les migrants en situation régulière, tous âges, sexe et périmètres géographiques confondus.

 Développer des partenariats forts et féconds avec les acteurs associatifs non migrants actifs dans ces champs et reconnus d’utilité publique par les pouvoirs publics. Ces associations sont gestionnaires ou pas des dispositifs d’insertion ou d’intégration de l’État. Ces partenariats assureraient d’abord une plus grande visibilité politique, sociale et professionnelle des collectifs des migrants africains, puis la multiplication d’occasions d’échanges d’expériences et des pratiques ; et enfin une collaboration sur le terrain avec les professionnels de ces secteurs.

Les partenariats stratégiques peuvent se construire avec :

 Les régies de quartier pour des zones à forte présence des migrants (Villeurbanne, Lyon Sud-est, Vaulx-en- Velin, Vénissieux, Bron, etc.): Régie de Quartier de Bron (RQB), ou la régie de quartier Micro Initiatives Rilliarde (AMIR) pour l’insertion sociale et professionnelle, par exemple ;

 Les associations spécialisées dans l’accompagnement des migrants tels l’ASSFAM147 pour la formation civique linguistique et professionnelle des femmes et migrants âgés, ou l’ALPIL148 pour le logement des travailleurs immigrés dans le Rhône ;

 Les associations de migrants d’autres communautés souvent très implantées et actives dans le domaine de l’insertion (Marocains, Portugais, Arméniens …) en vue d’initier des débats, pratiquer du lobbying institutionnel sur des questions ayant trait à l’intégration. Cette ouverture pouvant permettre dans le même temps d’accéder aux réseaux économiques et professionnels, publics et privés, de ces autres organisations.

 Les associations généralistes et professionnelles impliquées dans la gestion locale du PLIE et autres dispositifs en faveur du retour à l’emploi dans des secteurs spécifiques (BTP, secteur hospitalier, services à la personne, commerces, formation, enseignement ; et l’accès au logement des familles et personnes isolées dans le Rhône, …) ; la formation sociolinguistique et professionnelle ; et pour des publics migrants spécifiques plus souvent exposés au chômage ou au travail précaire : jeunes en rupture
avec le milieu scolaire, jeunes diplômés, cadres au chômage, personnes sans qualifications, seniors migrants…149Nous pensons par exemple à l’association ALLIES qui gère le PLIE pour la partie Sud du Rhône.

 Les acteurs institutionnels départementaux et régionaux en charge de la mise en œuvre dans le Grand Lyon du Plan Départemental de l’Intégration pour le Rhône et la Politique de la ville : ACSE, DJRSCS, Préfecture à l’égalité des chances…

Le Répertoire des associations du Rhône est un outil accessible permettant d’identifier les acteurs clés de l’intégration/insertion pour les communes concernées.

Des mesures peuvent être déployées à l’infini et mériteraient une étude approfondie pour une plus grande implication de la communauté africaine dans la vie économique et sociale de l’agglomération lyonnaise. Promouvoir la présence de l’Afrique dans le Grand Lyon doit pouvoir prendre la forme d’une série d’actions en faveur de l’insertion sociale et économique formelle des migrants subsahariens, toutes générations confondues, en vue d’une intégration accomplie. Mais cela suppose de mobiliser des compétences fortes (déjà existantes mais non répertoriées) ; cela apparait possible par la constitution des réseaux associatifs intégrés et forts. Et c’est à ce jour loin d’être le cas en ce qui concerne la communauté africaine du Grand Lyon, au vu des avis et analyses recueillies auprès des responsables associatifs.

147

L’ASSFAM offre un catalogue de formations à destination du public migrant : ateliers sociolinguistiques (apprentissage du français),

accompagnement des migrants âgés vers l’accès aux droits, formation des professionnels, intégration professionnelle des femmes migrantes, des ateliers prévention santé et des séances d’échanges autour de la parentalité. Lieux : Vénissieux, Lyon 1er et 7e arrondissements.
148 ALPIL : Action pour l’insertion sociale par le logement a pour vocation d’ « Améliorer le logement des travailleurs immigrés et des catégories défavorisées de la population. Promouvoir leur intégration. »

149

Par exemple l’Association lyonnaise pour l’Insertion Économique et Sociale(ALLIES) qui porte bien son nom et travaille à l’insertion par

l’économique des publics en difficulté. Elle est gestionnaire du Plan Local pour L’Emploi et l’Insertion (PLIE) de la ville de Lyon.

 Pourquoi, comment et à quelle ampleur les organisations associatives subsahariennes du Grand Lyon pratiquent-elles l’ouverture aux réseaux associatifs ? À quel point tirent-elles parti de leur capital social en termes de mobilisation des compétences et de fabrique des acteurs socio-économiques en France et pour les pays d’origine ?

Notre enquête sur les réseaux associatifs des migrants africains tente de répondre à ce corpus d’interrogations. Nous abordons tout d’abord la question des réseaux diasporiques sous l’angle de la théorie des réseaux sociaux en tentant d’en dégager les principales caractéristiques (chapitre 5) et en faisant une analyse des pratiques d’affiliation des migrants aux réseaux, des stratégies à l’œuvre, les intérêts que font valoir les uns et les autres et les dynamiques relationnelles qui y ont cours (Chapitre 6).

Chapitre 5 : Les réseaux diasporiques subsahariens dans le Grand Lyon. Essai de caractérisation p.109

Section 1 : Les réseaux diasporiques à la lumière de la théorie des réseaux sociaux et la théorie des champs de Pierre Bourdieu 109
Section 2: Émergence de l’esprit diasporique panafricain à Lyon, entre détermination et échecs 116
Section 3 : Réseau social et Capital social. Pourquoi s’affilie-t-on à un réseau associatif de migrants subsahariens dans le Grand Lyon ?
117

Chapitre 6 : Discours et pratiques associatives subsahariennes autour de la mobilisation du capital social p.120

1. Les réseaux des migrants subsahariens du Grand Lyon 120
2. Des motifs d’adhésion multiples aux réseaux associatifs 122
3. Migrants subsahariens du Grand Lyon : la Force du réseau ? Inventaire des motifs de démobilisation des membres de l’engagement associatif 124123
4. Quelques Préconisations en faveur du regroupement fécond des associations des migrants en collectifs départementaux et en une fédération régionale 132
Chapitre 5 : Les réseaux diasporiques subsahariens dans le Grand Lyon. Essai de caractérisation

Les responsables associatifs enquêtés nous ont fait part de leurs sentiments et visions à propos du fonctionnement des réseaux des migrants, leur intérêt, les difficultés rencontrées, les solutions envisagées, les alternatives développées.

Il nous importe avant tout de revenir sur quelques données théoriques et conceptuelles générales, replacer la question des réseaux associatifs diasporiques dans leur contexte socio-anthropologique et historique.

Section 1 : Les réseaux diasporiques à la lumière de la théorie des réseaux sociaux et la théorie des champs de Pierre Bourdieu

À la base des réseaux associatifs des migrants , il y a des groupes de personnes originaires d’un même village, d’une même ethnie, d’une même région, d’un même pays , de la même sous-région, d’un même continent ou encore d’un ensemble de continents par rapport au continent du pays d’accueil. Cet ensemble de personnes selon les caractéristiques propres à chaque origine porte habituellement le nom de diaspora.

Natalia BUGA dans sa thèse déjà citée fait référence à un concept élastique, au départ employé pour désigner les seules diasporas historiques (telles les diasporas juive et arménienne) et qui a fait depuis lors l’objet de toutes sortes de définitions basées sur des critères ou trop restrictifs ou trop larges. Pour notre part, dans le cadre de ce
travail, nous avons souscrit à la définition revisitée qu’en donne l’auteure de cet intense travail intitulé : Les Diasporas comme ressources d’intégration dans l’économie mondiale150 . Pour Buga, en effet, est diaspora :

« L’ensemble des migrants originaires du même pays qui se sont installés pour une période longue, voire permanente dans plusieurs territoires de destination et continuant de garder des liens forts de nature diverse avec le pays source. Le noyau d’une diaspora est composée par des membres qui ont une forte nécessité et motivation à s’identifier à leur groupe d’origine qui préserve, développe et transmet les valeurs du pays de départ. Ils ont aussi la volonté d’apporter leur contribution au développement de la patrie en mobilisant les ressources générées par la diaspora, afin de mettre en œuvre des projets de développement adressés au pays de départ. »

En clair, les membres de la diaspora ont en partage un sentiment d’appartenance au groupe d’origine créé à la suite d’une dispersion générale vers différents territoires d’arrivée. Il existe des liens plus ou moins forts entre le groupe et le pays de départ, les membres s’identifient par nécessité ou par volonté au groupe et sont mus à différentes échelles et selon les ressources par l’objectif d’aider au développement économique et social, et

150

Thèse soutenue publiquement le 21 juillet 2011, sous la direction de Jean-Baptiste Meyer (Faculté d’économie de Grenoble), l’un des

auteurs de l’ouvrage Diasporas Scientifiques publié aux éditions de l’IRD.

politique parfois, de leurs territoires d’origine. Et pour assurer le transfert des ressources financières et non financières(RNF), la diaspora s’appuie sur un ou des réseaux diasporiques qui, en fonction de leur niveau d’évolution, vont tenter d’élargir les liens avec les communautés de même origine dispersés dans d’autres pays d’accueil.

1. Essai de caractérisation des diasporas

Ainsi, au vu de cette définition, la diaspora apparait d’abord et avant tout comme une dispersion spatiale, une
« dissémination dans un non-lieu » d’après la formule de Ma Mung151. C’est aussi une expérience sociale, une aventure qui peut être à la fois individuelle et collective.

La diaspora, c’est aussi le lieu de l’inventivité, de l’élaboration de stratégies identitaires permettant de s’insérer dans la société d’accueil. Toutefois, même si le réseau diasporique constitue aussi un lieu de fabrique de l’identité nationale, régionale, continentale, ethnique, la culture diasporique qui nait de l’expérience migratoire et des processus d’identification à un groupe n’est pas nécessairement soluble dans l’ethnicité elle-même. Elle ne s’y confond pas puisqu’elle peut être très éclatée, très hétérogène, ce qui est d’ailleurs le trait de caractère principal des réseaux diasporiques transculturels : ALPADEF, MIFERVAL, AFRICA 50, FEDAM, ACF, etc.

À Lyon, aujourd’hui, la diaspora panafricaine ne se vit plus comme « une condition pathologique, diminuée, faite de larmes et de souffrances » mais plutôt comme « un mode d’être légitime et positif »152. Elle revendique cette attitude positive quand elle valorise la mémoire ou l’histoire de l’immigration, quand elle promeut la présence de l’Afrique dans la cité, en mettant en avant les réussites individuelles et collectives des africains en situation de
migration. C’est d’ailleurs en ce sens que l’expérience migratoire apparait comme le lieu et l’occasion pour les groupes diasporiques ou les migrants à titre individuel, de se constituer un patrimoine composé d’un ensemble de ressources qui permettent à la diaspora d’apporter une contribution significative au développement du pays d’origine d’une part, et d’autre part à l’entraide, la solidarité entre membres d’une même communauté dans le pays d’accueil : ressources financières, cognitives, relationnelles, institutionnelles, organisationnelles, symboliques.

Par ce patrimoine dont une part conséquente est transférée dans les pays source, parfois au détriment du bien- être individuel et collectif dans le pays d’accueil, les diasporas ont engendré des externalités positives ou négatives, à la suite d’effets intentionnels ou non-intentionnels, en tout cas à un niveau tel que les pouvoirs publics tant dans les pays d’immigration que ceux d’origine s’activent à impliquer de manière formelle les immigrés dans les politiques nationales de développement, dans les stratégies de lutte contre la pauvreté. C’est le cas au Sénégal, au Mali, en Afrique du Sud ou Au Maroc par exemple, et bien avant ces pays, la Chine et L’Inde ont mis en place des politiques et dispositifs de soutien aux initiatives économiques et socioculturelles des leurs expatriés. Ce qui fait des diasporas de ses deux pays les plus dynamiques et entreprenantes au monde, de même que les diasporas juive et russe.

2. Typologie des diasporas

151 Emmanuel Ma Mung, « Non-lieu et utopie : la diaspora chinoise et le territoire », in Revue des migrations internationales, 1994. Cet auteur est l’initiateur du laboratoire d’études sur les migrations internationales, MIGRINTER, de l’université de Poitiers. Chargé de recherche au CNRS.
152 Voir Richard Marienstras, Être un peuple en diaspora, éd. Cahiers libres, 1975. Marienstras est un des pionniers du « diasporisme »,
fondateur du Cercle Gaston-Crémieux, cercle de réflexion qui fut notamment à l’origine de la revue Diasporiques.
,

En considérant la constitution des réseaux diasporiques comme un processus long fait d’étapes, Natalia BUGA distingue deux types de réseaux en fonction de la direction des relations entretenues :

Les réseaux primaires : Ils apparaissent à la première étape d’évolution de ce processus. Ce sont souvent des réseaux élémentaires qui ont pour vocation de relier les migrants avec leur pays d’origine mais « sans les relier entre eux dans le pays d’accueil à cause de l’absence d’une diaspora comme une entité bien structurée ». Le centre ( le pays d’origine) est à ce niveau-ci de l’évolution du réseau diasporique le seul horizon d’attachement ou d’atteinte, le seul point d’intérêt.

Les réseaux secondaires du 1er niveau : correspondent à l’étape d’après dans la mesure où la communauté des migrants s’agrandissant dans le territoire d’accueil, il va se constituer progressivement de petits regroupements de personnes qui cherchent à s’identifier au groupe d’origine :

« … Pour valoriser leur identité et même partager les mêmes valeurs, la même culture, la même langue, des éléments qui rendent le groupe différent de la société d’accueil (…) A ce stade, le niveau de structuration des communautés diasporiques est faible mais leur existence dénote l’apparition des prémices d’organisation de la diaspora. ».

C’est l’étape de la mise en lien (sous la forme d’un collectif, d’une fédération, d’un forum) des associations regroupant les membres d’une même communauté dispersés sur le même territoire donné. Les collectifs des Béninois, Burkinabé, Camerounais ou Congolais de Rhône-Alpes correspondant aux réseaux secondaires de niveau
1. De même que le FORIM qui se pose comme instance de coordination de toutes les associations de migrants de France.

Les réseaux secondaires du second niveau : C’est la troisième étape du processus d’évolution des réseaux diasporiques. Ils désignent les réseaux diasporiques dont les membres de même origine installés dans divers pays d’installation sont reliés et portent des actions collectives au bénéfice des migrants eux-mêmes dans les pays d’installation ou des populations dans les pays d’origine. On parle alors à ce niveau de diaspora structurée pour désigner ce système où les pôles de migrants au niveau international sont interreliés mais toujours dans une perspective de contact avec le pays d’origine. Ainsi par exemple, le réseau CASA-NET en Suisse, association qui interconnecte les Camerounais hautement qualifiés de tous les continents et qui compte dans ses rangs des associations d’étudiants camerounais d’Italie, de France (Lyon , Bordeaux), d’Allemagne, du Canada, d’Australie ou du Royaume Uni.

On retrouve également dans cette catégorie les réseaux d’expatriés de nature: scientifique, technique, institutionnelle, professionnelle, financière. Jean-Baptiste Meyer cite par exemple les réseaux suivants connus pour leur dynamisme et bénéficiant du soutien actif de leurs pays d’origine :

 « Le réseau Caldas qui possède quelques centaines d’inscrits dans plusieurs « nœuds » locaux aux États-Unis et en Europe ;
 Le réseau SANSA (South African Network of Skills Abroad) rassemble plus de 2500 membres répartis dans 65 pays du monde ;
 Les nombreuses associations indiennes et chinoises regroupant plusieurs milliers de membres (American Society of Engineers of Indian Origin, Chinese Association of Science and Technology-USA, par exemple) qui sont particulièrement actives aux États-Unis ;
 Les Marocains ou les Tunisiens ont également plusieurs associations d’expatriés hautement qualifiés, certaines francophones et d’autres présentes sur les campus nord-américains (Savoirs et Développement, Tunisian Scientific Consortium, Association des chercheurs enseignants tunisiens de France) ;
 Les biologistes algériens expatriés qui ont fondé un réseau disciplinaire (Algebio) ».

3. Comment s’organisent et se structurent les réseaux diasporiques africains du Grand Lyon ?

Le maintien des contacts avec les pays d’origine remonte aussi loin que les vagues successives de la migration africaine en France. Mais c’est à partir de 1981 que les premières associations villageoises verront le jour avec un statut juridique officiel, dans le prolongement des caisses de solidarité d’alors. La composition interne des communautés évoluant, avec l’accentuation de la migration familiale à la même époque (femmes et enfants venant rejoindre le mari ou le conjoint en France), les associations communautaires, habituellement repliées sur elles- mêmes, vont dans le même temps rechercher plus souvent l’ouverture vers des réseaux qui ne relèvent plus de la stricte logique villageoise.

Les contacts dès lors vont se multiplier grâce et à travers les réseaux diasporiques primaires et secondaires de niveau 1 au sens de la classification précédente : associations ethno-régionalistes, associations nationales, collectifs d’associations, associations professionnelles, étudiantes, diasporas scientifiques.

Dans le Grand Lyon, des diasporas, il en existe plusieurs, originaires d’une même région. Aussi, parler d’Une diaspora africaine parait inadéquat étant donné les caractéristiques sociologiques, socio-politiques, linguistiques et culturelles ainsi que les trajectoires historiques propres à chaque groupe de migrants, et à l’intérieur de chaque groupe.

Dans le cas de l’Afrique, plurielle par ses peuples et leurs cultures, la variété de ses trajectoires historiques, économiques et socio-politiques, les déterminants, les formes et les destinations, bref les dynamiques migratoires sont très différentes d’un groupe diasporique à l’autre. L’histoire de l’immigration en France depuis 1945 atteste de ces variations, nous l’avons vu. L’immigration maghrébine et subsaharienne en France, si elles ont été déterminées
à la fois par l’effort de guerre durant les deux conflagrations mondiales du 20e siècle, puis par les besoins de
l’industrie française en main d’œuvre durant les Trente Glorieuses, les formes et la temporalité ont quelque peu divergé. L’immigration subsaharienne en France s’étant accrue depuis les années 90, féminisée à souhait et a vu émerger des migrants africains venus de pays n’ayant eu aucun passé historique direct sinon de façon marginale avec la France. Ainsi note-t-on aujourd’hui dans le Grand Lyon par exemple une communauté importante de Ghanéens et de Congolais de la République démocratique.

Les cultures et sous-cultures propres à chaque groupe pays, les facteurs politiques et socio-économiques des pays d’origine de même que les projets migratoires collectifs ou individuels des migrants sont autant de marqueurs puissants qui soulignent la spécificité de chaque migrant ou chaque groupe de migrants, selon qu’ils seront

Camerounais, Malgaches, Burkinabés ou Centrafricains. Le contexte migratoire (ensemble des conditions socio- culturelles, politiques et économiques locales, nationales et internationales) influe également sur les comportements individuels ou collectifs et forge les représentations, les attitudes qui irriguent de façon complexe et variable (selon le lieu, le temps et le groupe) :

 la relation des migrants avec la communauté nationale du pays d’accueil,
 les contacts d’une communauté de migrants avec son pays d’origine
 la force des liens entre membres de la même communauté d’origine en France
 les relations entre communautés originaires du même pays mais dispersées dans différentes villes et régions de France et d’Europe : les Burkinabé de Lyon, Bordeaux, Paris, Londres…
 les rapports entre communautés ethnolinguistiques originaires des pays du continent africain : maghrébins et subsahariens par exemple.

3.1. Caractéristiques générales des organisations associatives de migrants dans le Grand Lyon : Entre lieu de stabilisation identitaire et émergence d’un ghetto identitaire

Le mouvement associatif migrant originaire de l’Afrique subsaharienne tant au niveau national que local s’est beaucoup transformé au cours de son histoire. De l’époque des caisses de solidarité villageoises à la constitution des 1981 des premières associations de migrants en France résolument tournées vers l’entraide des membres et les transferts des ressources financières, relationnelles et symboliques à la communauté villageoise dans le pays d’origine , les associations subsahariennes se sont aussi différenciées parallèlement, conjointement au changement de la société. En dépit du fait que nous disposions de peu de données sur le développement historique de la vie

associative des migrants africains, spécifiquement dans le périmètre lyonnais, nous nous sommes appuyés sur l’histoire récente de ce mouvement associatif pour dégager quelques grandes tendances générales toujours en vigueur aujourd’hui.

Figure 5. Synthèse des différents types de diasporas, inspirés de la classification proposée par Natalia Buga (inspirée de sa thèse sur les réseaux diasporiques).

Figure a. Réseau diasporique primaire Figure b. Réseaux secondaires de type 1

Figure c. Réseaux secondaires de type 2

Légende :
Figure a: Migrants sans aucun lien dans le pays d’accueil (dominante associations communautaires)
Figure b : Migrants inter reliés dans différents territoires du même pays d’accueil (type fédérations régionales ou COSIM)

Figure c : Faisceau de relations entre collectifs de migrants dans le même pays d’accueil et interreliés à d’autres collectifs de migrants dans différents pays d’installation.

3.1.1. Plus identitaires et communautaires que revendicatives

Par le socle communautaire (ethnique, national ou continental) sur lequel elles se constituent et par la nature des activités qu’elles mènent et des objectifs qu’elles s’assignent, les associations de migrants subsahariens sont plus souvent identitaires que revendicatives.

 Elles sont plus souvent Identitaires au sens où elles s’attachent, à quelque niveau que ce soit (association familiale, villageoise ou réseau continental) à maintenir un équilibre identitaire eu égard au contexte fragilisé qui tend à déstabiliser. Elles ont en ce sens pour vocation de répondre au besoin de s’individualiser par une appartenance, en jouant ainsi un rôle de stabilisation des mœurs et des valeurs dans ce contexte trouble , sans repères et l’ environnement pluraliste ; toutes choses qui forcent soit à l’assimilation pure et simple à la culture dominante ( nationale ou régionale) soit à la réaffirmation de sa spécificité culturelle, au requestionnement et à la réinvention de son identité. Dans le même ordre d’idées, Sandro Cattacin et Morena La Barba soulignent que : « Ces associations [identitaires communautaires] créent la confiance, de la sécurité ontologique, de l’estime de soi ; des archipels dans une
société plurielle »153.

 Elles sont moins revendicatives en Rhône-Alpes dans la mesure où très peu d’actions portées par elles, individuellement ou collectivement, s’orientent vers la promotion et la défense des droits sociaux spécifiques aux migrants ou encore l’accompagnement de ceux-ci vers les dispositifs de droit commun, ne serait-ce que pour ceux des publics ciblés par les politiques locales d’intégration et d’insertion. En clair, une implication collective et organisée fort marginale dans l’intégration sociale prise dans ses multiples dimensions.

 En revanche quelques prémices d’actions revendicatives commencent à se dessiner , nous l’avons souligné déjà, portées par le collectif Africa 50, fondée sur une base continentale donc transculturelle, tout au moins en ce qui concerne la valorisation de la mémoire et l’histoire des migrants dans la Région , leurs apports divers au développement de la cité lyonnaise, puis les actions de prévention et lutte contre les discriminations liées notamment à l’origine , d’où l’accent mis sur les démarches de sensibilisation à l’inter et à la transculturalité. De ce point de vue, les réseaux associatifs de migrants produisent des ressources
sociétales154 « qui doivent être prises en compte dans la politique d’inclusion des migrants dans les sociétés
d’accueil ». Cette position d’entre-deux confère au Collectif Africa 50 un caractère de réseau associatif communautaire, « politique » et social, fondé sur une base continentale et non plus seulement ethnique.

3.1.2. Une stratégie identitaire gagnante à petite échelle mais un risque réel d’auto-exclusion dans l’accès aux subventions publiques

153 Sandro Cattacin et Morena LA Barba : « Migration et Association : La vie associative des migrants – une exploration de leur rôle et développement en Europe occidentale », octobre 2007.
154 Au sens qu’en donnent les deux auteurs pré-cités : « la capacité de créer ponctuellement des liens sociaux et fonctionnels entre les différents
groupes et sous-systèmes d’une société territorialement précisée par des horizons communs de ses composants », op.cit.

Si elles apparaissent plus faibles dans leur poids social et politiques, elles restent néanmoins plus fortes dans leurs effets de stabilisation identitaire. Le marquage identitaire des associations subsahariennes du Grand Lyon a donc ses bénéfices en dépit des a priori négatifs qui découlent des discours des pouvoirs publics, souvent principaux bailleurs de fonds de ces organisations. Et comme nous le soulignions déjà, la société française, aveugle aux différences, a tendance à se méfier des regroupements spatiaux et ethno-régionalistes de personnes d’origine immigrée, même lorsqu’elle tend à les y enfermer du fait de préjugés tenaces qui fragilisent la cohésion sociale.

3.1.3. Les associations subsahariennes reflètent aussi une hétérogénéité interne du point de vue des statuts divers des membres

Il n’est par exemple plus possible de lire les associations dans une logique relativement cohérente du point de vue des motifs de migration ; on peut trouver dans la même association, par exemple, des requérants d’asile, des clandestins ou des personnes avec un statut de séjour stable. Des migrants primo-arrivants, des immigrés d’ancienne installation et des immigrés naturalisés, davantage d’hommes que de femmes dans les associations mixtes, toutes les générations aussi s’y côtoient, ce qui occasionne parfois un choc des valeurs, des cultures et amènent à des crises internes qui peuvent conduire au blocage au niveau de l’exécutif, comme nous le verrons plus loin.

3.1.4. Les associations des migrants cherchent des coalitions dans une logique plus pluraliste mais peu de partenariats stratégiquement forts

Les choix stratégiques des associations migrantes d’Afrique subsaharienne se trouvent ainsi ballotés entre clôture communautaire, inclusion de la population immigrée elle-même et partenariat avec les acteurs étatiques et de la société civile. Nos investigations nous ont permis d’identifier 3 types d’attitudes ou de réactions qui fondent les stratégies relationnelles des associations migrantes vis-à-vis du pays d’accueil. La classification à venir s’inspire des travaux de Sandro Cattacin et Morena La Barba déjà cités sur les associations de migrants dans l’Europe occidentale d’après-guerre. L’enjeu et les gains potentiels de chacune des stratégies varient d’un groupe à l’autre.

 la stratégie « Exit » ou d’auto-exclusion: Cette réaction caractérise particulièrement les associations communautaires qui relèvent des réseaux diasporiques primaires. Ici, tout tourne et s’oriente vers la communauté du pays d’accueil et du pays de départ. Les lieux de rencontre sont souvent homogènes (membres du groupe ethnique) et la visée de ces regroupements se résume à la stabilisation identitaire. Ce sont des associations globalement refermées sur elles-mêmes, même si leurs membres peuvent , à titre individuel, participer activement à la vie sociale de la cité et s’impliquer dans d’autres mouvements pour défendre par exemple certaines causes.

 La stratégie « Voice » ou de lutte de reconnaissance : les associations pluriethniques, nationales ou continentales, entrent dans cette catégorie et visent avant tout à affirmer la spécificité de leur identité, leur double culture, une particularité qu’elles souhaitent voir prises en compte dans les politiques publiques d’accueil et d’intégration des populations migrantes. Elles sont souvent engagées sur le front de la lutte contre les discriminations, la xénophobie et le racisme, réclament du respect et la reconnaissance citoyenne des immigrés anciens ou primo-arrivants, en déployant des actions à destination des populations concernées mais aussi des pouvoirs publics souvent peu regardants des particularismes. Cette catégorie d’associations pratiquent déjà une certaine ouverture vis-à-vis des acteurs extérieurs au groupe dans le pays d’accueil, multiplient des partenariats avec des acteurs multiples appartenant à d’autres réseaux : organisations de migrants et des non migrants, les administrations étatiques, le monde de l’entreprise et les fondations.

 La stratégie « Loyalty » ou stratégie de coopération ou de participation aux initiatives d’inclusion : une troisième stratégie consiste à « entamer par le regroupement de migrants un dialogue avec les autorités du pays d’accueil. Cette stratégie de coopération permet aussi de profiter de subsides pour

réaliser des mesures spécifiques d’inclusion et fait des associations de migrants des ponts entre les besoins des migrants et les options politiques ».

Si de manière générale l’augmentation en poids de la stratégie de coopération est caractéristique du monde associatif migrant contemporain, il reste que l’implication des associations migrantes africaines dans les mesures d’inclusion sociale dans le Rhône est marginale. Cela permet de penser que cette stratégie de coopération reste à construire, à renforcer, pour le bénéfice des populations migrantes mais aussi des administrations locales dont l’intérêt est de voir s’intégrer tous les migrants résidant sur son territoire pour une longue durée du moins, en dépit des résistances qui se manifestent de part et d’autre, et réaffirmer la cohésion sociale au niveau de sa population globale.

Section 2: Émergence de l’esprit diasporique panafricain à Lyon. Entre détermination et échecs

1. Genèse d’une diaspora panafricaine à Lyon

L’une des tentatives majeures de construction d’un réseau diasporique africain dans le Grand Lyon été la création du Collectif des associations Africaines de Rhône-Alpes, le CARA, qui marquait l’émergence d’une volonté des Africains de Lyon et de la région Rhône-Alpes de travailler ensemble et d’affirmer la présence de l’Afrique dans le territoire, à travers des projets de développement solidaire et des actions allant dans le sens du renforcement de la cohésion sociale au sein de la communauté et dans sa relation à la société d’accueil. Cette expérience inédite mobilisatrice a échoué au bout de quelques années du fait de nombreux blocages consécutifs aux dissensions internes : mauvaise gouvernance, conflits personnels pour le leadership, tensions latentes ethnico-politiques…avec pour conséquence une démobilisation des membres… La dissolution de cette instance associative a eu pour conséquence une balkanisation accentuée des associations subsahariennes du périmètre lyonnais et, fatalement, une perte de visibilité et de légitimité aux yeux du politique. Nous citions déjà plus haut les propos d’un élu communal qui a bien connu cette organisation. Un processus d’involution qui n’a pas facilité le maintien à flots de l’idéal panafricain dans la région.

Depuis lors, face à ce « trou structurel »155 de la communauté associative subsaharienne, des initiatives localisées d’agrégation des associations originaires du même pays se sont multipliées : le CIRAL pour les Ivoiriens, ANAN pour les Nigériens, ABRA pour les Béninois, Fraternité Togolaise Novissi et CTRA pour les Togolais, ACTRA pour les Tchadiens, le CACRA pour les Camerounais, SOPE pour les Sénégalais , l’ABL pour les Burkinabé de Lyon , etc. Des réseaux secondaires mais de type 1, au sens où ils sont apparus peu interconnectés avec les réseaux diasporiques des communautés d’origine dans d’autres pays d’installation.

2. L’AN II de l’émergence diasporique panafricain à Lyon

Il faut attendre l’année 2010 pour qu’émerge un souffle diasporique panafricain nouveau avec la Célébration du Cinquantenaire des Indépendances des pays anciennement sous colonisation française et dont les communautés 156sont quasiment toutes représentées dans l’agglomération lyonnaise : le lancement d’AFRICA 50, Collectif
d’Associations de Cultures Africaines et des Amis de l’Afrique, lancement qui a bénéficié d’un retentissement médiatique et politique bien au-delà des frontières de l’agglomération lyonnaise.

155 D’après la théorie des réseaux sociaux, les « trous structurels » correspondent aux « espaces vides » dans un réseau social où aucune arête ne relie deux sommets. En gros, dans le cadre de notre étude, ils renvoient aux zones inoccupées qui s’étendent entre les collectifs nationaux d’associations des migrants subsahariens dans le Grand Lyon. Toutefois, renchérissent les théoriciens des réseaux sociaux, « Les trous structuraux peuvent être stratégiquement remplis en connectant un ou plusieurs nœuds ensemble. Ils peuvent aussi être entretenus afin de maximiser la rentabilité d’un réseau ».
156 On dénombre environ 58 nationalités en tout dans le Grand Lyon, toutes origines confondues.

À l’issue de cette célébration s’est dès lors posée la question de sa pérennité et de sa vocation. Collectif d’associations pour quoi faire ? De l’intégration ? De l’Insertion ? Du plaidoyer exclusivement ? Du développement solidaire des pays d’origine ? Un outil de plus de promotion de la culture africaine dans le Rhône ?

Faut-il y voir au contraire l’amorce d’une révolution copernicienne de tous les membres de la communauté africaine du Grand Lyon désirant être acteurs à part entière de la vie économique, politique et culturelle de la cité
« grand lyonnaise » autant que des pays du continent africain dont ils sont issus?

Avant d’en revenir au portrait, aux missions, activités et les logiques partenariales qui ont cours au sein de ce collectif, un des rares à porter l’ambition de fédérer les communautés africaines, à l’échelle subsaharienne donc, il convient de revenir sur l’ensemble des constats faits par les acteurs africains eux-mêmes et desquels procèdent cette volonté de fédération. Quels raisonnements, quels manquements les responsables associatifs, solidaires de la démarche Africa 50 ou pas, font-il valoir qui justifient une action fédérative ?

Section 3 : Réseau social et Capital social. Pourquoi s’affilie-t-on à un réseau associatif de migrants subsahariens dans le Grand Lyon ?

Réfléchir aux motivations d’affiliation aux réseaux de coordination des actions des migrants c’est se poser la question à la fois du capital social dont ces groupes et réseaux disposent, leur efficience quant aux objectifs assignés, le degré de relations ou d’interactions qu’entretiennent les acteurs membres de ces réseaux, les rapports de forces qui s’y jouent, l’allocation des ressources et l’accès à l’information de toutes les forces en présence. En deux mots : La stratégie et les intérêts des uns et des autres. Procédons à une rapide exploration des points clés de la théorie des réseaux sociaux et la théorie des champs de Pierre Bourdieu, qui intègre le concept de capital social et mêle analyse macro (les structures) et analyse micro (choix individuels).

1. Approche « bourdieusienne » du capital social centrée sur les communautés

Pour le sociologue Pierre Bourdieu le capital social désigne « l’ensemble des ressources actuelles ou potentielles d’un agent qui sont liées à un réseau durable de relations plus ou moins institutionnalisées d’interconnaissance et d’interreconnaissance »157. Ainsi, lorsqu’un individu possède un capital social fort, c’est-à-dire l’ensemble de ses
relations situées à l’intérieur et à l’extérieur d’un réseau d’acteurs, il peut facilement mobiliser ses « contacts » pour atteindre ses objectifs (interconnaissance) ou encore « obtenir un appui nécessaire dans un contexte particulier (interreconnaissance), maximisant ainsi le rendement de son capital culturel, institutionnalisé ou non».

Alors que le réseau social s’appuie sur la construction individuelle des relations qui constituent un réseau, le capital social insiste lui sur la situation de l’individu qui s’inscrit dans une dynamique sociale où son capital est soit hérité, soit construit. De plus, la valeur de ce capital sera fonction de la « présence de ressources réticulaires potentiellement « utiles », mais aussi des ressources ou du capital détenu par les acteurs du réseau »158

En nous inspirant de la théorie des champs de Bourdieu, nous verrions dans la dynamique d’affiliation d’une association à un réseau un jeu, qui plus est, ouvert. Le milieu associatif dans le Grand Lyon et l’ensemble des relations qu’il entretient avec les bailleurs de fonds divers étant le champ où se déroule le jeu. Pour Bourdieu, chaque champ valorise un certain type de capitaux, et dans le cas d’espèce la levée des subventions publiques et

157 BOURDIEU P. (1980), « Le capital social », Actes de la recherche en sciences sociales.

158 LEVESQUE M. & D. WHITE (1999), « Le concept de capital social et ses usages », Lien social et politique-RIAC, 41, pp. 23-33

privées, l’entrée dans les réseaux d’importance permettant d’accéder aux informations les plus stratégiques (appels d’offres, circuit décisionnel, contacts utiles, etc.).

Dans cette veine, pour saisir les motivations qui portent les uns et les autres à adhérer ou non à un réseau, pour comprendre pourquoi les agents sociaux agissent comme ils le font, Bourdieu convoque deux concepts :

 L’intérêt : qui est une condition de fonctionnement du champ dans la mesure où il motive les gens à concourir pour l’enjeu : « En jouant le jeu, les agents investissent leurs capitaux dans le champ dans le but de recevoir un dividende et, par conséquent, d’augmenter la valeur des capitaux »159.L’intérêt d’adhérer à un réseau associatif peut donc être de plusieurs ordres : tout d’abord pouvoir mener le projet et atteindre les objectifs que l’association adhérente s’assigne ; ensuite l’accès à l’expertise des uns et des autres pour
la réalisation de ce projet , l’accès aux financements, la recherche d’une référence ou labellisation socio- professionnelle qui confère du relief à une candidature par exemple, la quête d’une visibilité auprès des acteurs publics et privés pourvoyeurs des moyens d’actions, et la participation aux activités du réseau qui peut servir la stabilisation identitaire comme nous l’avons déjà souligné mais aussi à la constitution d’un capital social utilisable ultérieurement dans une recherche de fonds : participation aux forums, salons, rencontres professionnelles en tous genres…Signe qu’il n’existe pas qu’un seul intérêt, il en existe plusieurs, variables selon le temps et les lieux.

 La stratégie qu’il définit comme: « un ensemble d’actions ordonnées en vue d’objectifs à plus ou moins long terme et non nécessairement posés comme tels » ou encore des : « Lignes d’action objectivement orientées que les agents sociaux construisent sans cesse dans la pratique et en pratique, et qui se définissent dans la rencontre entre l’habitus et une conjonction particulière du champ »160. Donc, la stratégie est possible quand un acteur possède les capitaux nécessaires et qu’il se trouve en présence d’une situation sociale à laquelle il a un intérêt à participer. Adhérer à un réseau illustre un intérêt à quelque chose mais exprime aussi une stratégie visant à s’appuyer sur son réseau relationnel pour accéder à plus de ressources : cognitives, financières, techniques, opérationnelles, relationnelles, organisationnelles.

Les réseaux diasporiques composés d’associations de migrants aux intérêts et objectifs multiples s’appuient sur la notion de réciprocité qui conduit vers le capital social. Autrement dit, ce sont les choix faits par les individus représentant les associations adhérentes à un réseau qui fondent les actions et les relations entre les individus. Celles-ci conduisent à la construction de relations durables. Ces relations deviennent par conséquent à la fois fondatrices du réseau social et ressources pour les individus membres d’une association ou d’un collectif d’associations.

2. Réseaux sociaux et qualité du capital relationnel

Selon d’autres auteurs, qui nuancent les positions bourdieusiennes ci-haut indiquées, les motifs individuels seuls ne suffisent pas pour conférer de la ressource. Encore faut-il qu’elles soient de qualité et surtout qu’elles soient rentables. La notion de qualité du capital social implique l’idée que le capital social possède des vertus à la fois quantitatives au sens où elles sont rattachées au nombre de relations susceptibles d’être mobilisées, et qualitatives dans la mesure où elles sont reliées aux positions sociales des agents engagés dans ces relations. C’est un point de détail qu’apportent Deschenaux et Laflamme sus-cités:

« Le volume de capital social que possède un agent est fonction de l’étendue du réseau de relations qu’il peut mobiliser, mais aussi du volume de capital (économique, culturel ou social) de chacun des membres du réseau de relations auxquelles il peut

159 Frédéric Deschenaux et Claude Laflamme : « Réseau social et capital social : une distinction conceptuelle nécessaire illustrée à l’aide d’une enquête sur l’insertion professionnelle de jeunes Québécois »
160 Bourdieu, op.cit.

faire appel(…) La possession d’un capital social suppose que l’agent aura mis en œuvre, de façon consciente ou non, des stratégies d’investissement social afin d’instituer ou de reproduire des relations sociales directement ou potentiellement utilisables ».

Le sociologue J.Granoveter va lui aussi dans le sens d’une étendue des relations qui confèrent du poids au capital social. Mais il met un accent tout particulier sur la notion des liens distendus qui, en dépit de leur apparente faiblesse, recèle un potentiel pour l’enrichissement du capital social :

« Un réseau se compose de liens forts issus de relations soutenues (par exemple des amis proches) et de relations plus distendues, donc potentiellement faibles, avec des connaissances. Une personne bien pourvue en capital social aura un réseau qui double les liens forts de liens faibles diversifiés, lui permettant de pénétrer d’autres réseaux. La force des relations étant
tributaire de l’investissement dans leur entretien »161.

En d’autres termes, un réseau fort et efficace c’est celui qui sait tirer parti de « la force des liens faibles ». Les liens faibles correspondent aux relations que l’on entretient se situant hors du réseau d’appartenance. On peut atteindre ce réseau extérieur ou réseau d’interreconnaissance au travers d’un membre ou des membres du réseau d’interconnaissance. C’est l’association des liens forts et des liens faibles qui confère de la qualité à un capital social et mène à l’élargissement de son champ de valorisation.

À tout prendre, la participation aux activités d’un réseau, l’ investissement d’un individu avec d’autres dans un réseau d’acteurs, le volume des acteurs impliqués en termes d’investissement, la réciprocité des échanges et la force des liens faibles sont autant de facteurs qui participent à la qualité et à la force du capital social. Celui-ci aidant à accéder aux ressources de nature diverse utiles à la réalisation du projet ou à la défense de la cause que l’on porte.

Ainsi, pour Frédéric Deschenaux et Claude Laflamme :

« Plus une communauté compte d’associations de bénévoles, plus elle est en bonne santé. Ses membres se font davantage confiance et le sentiment d’appartenance à la communauté grandit, se traduisant notamment par une plus forte participation électorale. »162

Ce point théorique des notions de réseaux social et capital social effectué, penchons-nous à présent sur les pratiques des associations des migrants d’origine subsaharienne en matière de mobilisation des ressources relationnelles et leur degré de rentabilité en regard des projets et causes à faire valoir.

161 On doit la notion de « force des liens faibles » au sociologue américain GRANOVETER qui publie en 1973 un article intitulé : « The strenght of weak ties », American Journal of Sociology, 78, dans lequel il développe ce concept.

162 Frédéric Deschenaux et Claude Laflamme, op.cit.

Chapitre 6. Motifs d’appartenance aux réseaux associatifs selon les responsables associatifs membres des réseaux de migrants à Lyon

Si toutes les associations des migrants subsahariens ne sont pas nécessairement affiliées à un réseau associatif dans le Rhône, une proportion importante de celles-ci s’en réclame. De taille, d’âge , domaines d’actions d’importance variables, les réseaux diasporiques identifiés au cours de notre enquête ont des pratiques d’ouverture aux associations quelque peu semblables. Ils sont en effet souvent composés par les mêmes associations membres, à quelques différences près.

1. Les réseaux des migrants subsahariens du Grand Lyon

Deux collectifs dans le Rhône et dont la réputation dépasse les frontières rhodaniennes regroupent l’essentiel des associations migrantes qui intéressent notre étude. Ce sont :

 Le COSIM Rhône-Alpes, un collectif des organisations de solidarité issues des migrations , créé en 2007 qui regroupe 31 associations (cotisantes) de migrants majoritairement subsahariens (en plus du Maghreb et l’Asie du sud-est), tournés vers le développement solidaire des pays d’origine et peu impliqués dans les actions d’intégration en Rhône-Alpes en dépit de ce qu’indique l’un de ses objectifs principaux :

renforcer la capacité des OSIM de Rhône-Alpes à participer au développement de leurs pays d’origine, par un appui individualisé au montage et au suivi de leurs projets ;
favoriser un mieux vivre ensemble ici en promouvant le «faire ensemble» et en réunissant ici et là-bas les acteurs de la société civile ;
faire connaître l’action des migrants en faveur du développement solidaire et de l’intégration de leurs diasporas.

Le COSIM est avant tout un opérateur technique d’appui aux projets et qui a une compétence reconnue en la matière par les instances institutionnelles autant que les associations qui y adhèrent afin de bénéficier des prestations d’accompagnement et de conseil : montage d’un projet, étude technique de faisabilité, diagnostic de terrain, montage d’un dossier de financement, bref toute la chaîne d’élaboration, d’exécution et de suivi du projet. Le COSIM est un partenaire du FORIM en région parisienne et les projets qu’il labellise peuvent bénéficier d’un appui technique et financier grâce au PRA-OSIM, le dispositif de subvention mis en place et lui- même financé par le Ministère de l’Intérieur français.

 Le Collectif Africa 50, collectif fédérant des associations de culture africaine et caribéenne de même que les « amis de l’Afrique », né en 2010 à la faveur de la célébration du Cinquantenaire des Indépendances des pays africains anciennement sous colonisation française. Il revendique aujourd’hui plus d’une trentaine d’organisations membres, dont l’objectif est « d’assurer la coordination des associations de

culture africaine et des amis de l’Afrique en vue de créer, animer et gérer un espace pour promouvoir la présence de l’Afrique et de la Caraïbe dans le Grand Lyon ».

S’il nous a été difficile d’identifier, comme dans le cas du COSIM, celui ou ceux qui sont effectivement à l’initiative de ce collectif ( migrants ou suggestion des instances institutionnelles du Grand Lyon ), tant de versions divergent à ce propos, tant à l’extérieur qu’au sein même de celui-ci, il apparait à ce jour comme l’organisation la plus importante, symboliquement du moins, fédérant l’essentiel des collectifs des organisations associatives africaines ; et celle qui a les faveurs du « politique » au niveau local pour deux raisons :

D’une part, la pertinence de la démarche privilégiée par le collectif, intégrative, transculturelle et émancipatrice, pour briser la clôture communautariste et/ou le cloisonnement conscient ou non de certaines OSIM africaines et pour porter ensemble des actions en termes d’intégration accomplie des populations immigrées ( telle en est l’ambition en tout cas ) et la pleine reconnaissance de leur contribution à la construction de la cité du Grand Lyon et au-delà.

D’autre part, cette visibilité, en construction du reste, tient au retentissement médiatique des conditions (très discutées donc) de son contexte de naissance : la célébration d’un événement historique ayant d’importants sous-entendus et implications politiques si l’on en juge par les avis de quelques-uns des acteurs associatifs enquêtés.

Africa 50 privilégie donc, en tout cas en l’état actuel de son évolution, l’insertion par la valorisation de la mémoire, la réappropriation de celle-ci par les descendants d’immigrés nés ici et parfois tiraillés entre méconnaissance de l’histoire de leurs origines et « vexations sociales » diverses (discriminations à l’embauche, déscolarisation, etc.) , et donc l’histoire de l’immigration, un des pans de la politique publique d’intégration nationale des populations immigrées en Rhône-Alpes.

L’avènement d’Africa 50 est l’expression de l’envie d’union d’une communauté subsaharienne traversée et caractérisée par tant de différences : historiques, linguistiques, socio-politiques, culturelles…mais qui tente la construction identitaire autour d’un socle commun : celui du lien originel avec le continent africain. L’expérience migratoire, disions-nous plus haut, peut être l’occasion de se réinventer, de fabriquer un espace culturel et social inédit qui permette d’unifier les deux mondes qui habitent en soi : la culture d’origine et la culture du pays d’accueil. Mais cette ambition portée par le collectif ne va pas sans sa cohorte de rapport de forces, de tensions que nous évoquons dans les lignes à venir.

Ce rappel fait, intéressons-nous à présent, certes dans une moindre mesure, à un troisième réseau d’acteurs associatifs qui compte lui aussi des associations de migrants, il est vrai, en petit nombre :

 Le CADR, Collectif des Associations de Développement en Rhône-Alpes, né en 1986 et revendiquant une cinquantaine d’associations de solidarité internationale actives sur les champs du commerce équitable, du tourisme solidaire, du soutien aux projets de développement, de la finance solidaire, de formation à la solidarité internationale. Il se veut avant tout une plateforme de réflexion et d’échanges d’expériences entres les associations membres, d’animation et de sensibilisation à la solidarité internationale puis de mise en réseau avec les acteurs institutionnels dont les collectivités territoriales.

Le CADR a développé une expertise dans les champs de la formation, de l’éducation au développement et à l’économie sociale et solidaire, initie des débats, des séances de réflexions et de production de connaissances théoriques et pratiques sur des thématiques en relation avec la solidarité internationale. Sa force tient à sa multiple connexion à d’autres réseaux dont : le Réseau Paix et développement, le Réseau Rhône-Alpes pour Haïti, le Réseau Commerce Équitable et économie solidaire, le Réseau Découverte et Partage.

 Le Réseau d’appui à la coopération décentralisée en Rhône-Alpes (RESACOOP)

À contrario du Cosim et du Collectif Africa 50, initiatives des migrants, le Resacoop est l’émanation des autorités intercommunales en Rhône-Alpes et regroupe les acteurs de la solidarité et la coopération internationales de la région dont quelques associations de migrants.

Ces trois réseaux ont donc en partage une poignée d’associations de migrants investies ou qui tentent de s’investir ici et là-bas en même temps. Mais ce commun dénominateur ne constitue pas pour autant, de notre analyse, un pont, une passerelle, une occasion de construire un partenariat fort entre ces trois pôles associatifs. À la suite de nos échanges avec les acteurs membres de ces trois instances, il est apparu nettement une absence de collaboration réelle sur des thématiques transversales touchant à la cause des migrants, tant en ce qui concerne le développement solidaire que les actions d’intégration en France.

2. Des motifs d’adhésion multiples aux réseaux associatifs

Il ressort de l’analyse des discours des acteurs associatifs rencontrés durant ces quelques jours d’enquête trois catégories de motivation. Adhérer à un réseau étant avant tout un moyen et non une fin. En effet, selon les associations et les projets qu’ils portent, le réseau associatif est :

2.1. Un moyen de se connaitre et de se reconnaitre

Lieu de construction ou du renforcement de l’identité d’origine et du lien communautaire, les réseaux diasporiques subsahariens sont le mécanisme qui confère aux diasporas nationales leur existence indépendante par rapport au pays d’accueil. Pour Georges Prévélakis, le réseau diasporique est ainsi « un des éléments fondamentaux de la survie des diasporas ; c’est ainsi qu’elles arrivent à combattre la tentation de l’assimilation, comme si le capital
iconographique se répartissait sur un grand nombre de centres connectés entre eux »163. À travers sa capacité à
former des réseaux, une diaspora acquiert son autonomisation, tant par rapport au pays d’accueil qu’au pays de départ. Vis-à-vis du pays de destination, l’autonomisation se manifeste par la résistance à l’assimilation mais aussi par la pérennisation des valeurs acquises dans le pays d’origine.

C’est tout le sens de la démarche du Collectif Africa 50 qui veut faire « exister » la communauté africaine du Grand Lyon, étape par étape, en revisitant dans un premier temps quelques pans de l’histoire des relations Afrique- France, du moins en ce qui concerne l’agglomération de Lyon. Le questionnement de l’identité des « Afropéens » du Grand Lyon en d’autres termes, exercice par lequel passe, de l’analyse des coordonnateurs du collectif, une intégration pleinement assumée et réussie des immigrés. La mémoire ici a donné occasion au réseautage et à la collaboration des subsahariens de la région. Une stratégie identitaire dont nous doutons qu’elle soit le motif principal d’adhésion de l’ensemble des membres du collectif.

2.2. Un moyen de connaître et d’être reconnu

Le réseau d’appartenance prend les formes d’un espace de fabrication, d’enrichissement et de mobilisation du capital social en vue de la captation de ressources diverses, une carte à posséder dans son jeu. Le réseau aide à identifier les partenaires stratégiques, les interlocuteurs institutionnels, les dispositifs de financement existants et d’autres ressources utiles à l’atteinte des objectifs d’une association membre. Mais nous avons constaté qu’à Lyon , au sein des organisations rencontrées, le capital social se limitait bien souvent à l’accumulation de contacts ou de relations qui permettent l’obtention privilégiée d’informations ou de subventions, consacrant par là le primat de la logique de subvention sur la logique de prestation de services en relation avec l’intégration ou l’insertion des populations immigrées dans le Rhône. Il nous est néanmoins paru difficile, en raison du mutisme de nos répondants sur la question, de décrypter comment fonctionnait le système d’interconnaissances et

163 Georges Prévélakis, Les réseaux des diasporas, L’Harmattan, Coll. Géographie et Cultures, 1996, 443p.

d’interreconnaissance au sens du contact direct d’un membre du réseau avec une personne bien placée eu sein d’une instance pourvoyeuse de fonds. Le silence sur la question était particulièrement de mise.

Toutefois, plusieurs témoignages concordants et l’observation des pratiques partenariales des associations enquêtées nous ont permis de noter une forme de planification stratégique en termes d’ expériences d’implication variées, de participation multiple à différents réseaux. Les réseaux COSIM et Africa 50 s’imbriquant, en apparence du moins, dans une sorte de mutuelle adhésion de l’une à l’autre. Mais, comme nous le verrons, le partenariat entre ces deux types de réseaux, émanations de migrants subsahariens, est loin d’être réel.

Au-delà du COSIM ou d’Africa 50, des associations, dans une démarche individuelle, ont souvent fait le choix stratégique d’adhérer à d’autres réseaux, selon leurs domaines d’intervention. C’est davantage le cas des deux associations féminines transculturelles dont ALPADEF. Cette Alliance panafricaine , présente sur le front français et ouest-africain , en plus d’être active au sein d’Africa 50 après être passée par le COSIM, est membre de trois réseaux féminins nationaux ou locaux : Supplément Dames, Résolink, Action’elles…qui bénéficieraient d’un certain crédit auprès des instances publiques. La présidente de cette association accorde une importance particulière à la constitution des consortiums. Construire des alliances stratégiques pour ALPADEF est donc un impératif majeur. Au-delà des compétences de haute facture la qui composent, l’association a une pratique de représentation, de promotion d’elle-même qui peut la rendre moins dépendante aux réseaux dont les droits de cotisation à l’année peuvent souvent constituer un motif démobilisateur pour les organisations associatives à petit budget.

2.3. Un moyen de participation

Participation que nous désignons ici avec M. Gauthier et J. Piché comme : « la capacité des individus et des groupes à influencer les orientations de la société et à investir les lieux de pouvoir, et cela, peu importe le palier d’activité où se dessinent et se prennent les orientations qui dictent la vie en société »164. La participation à la vie d’un réseau, la pleine implication dans sa dynamique de reconnaissance recèle une potentielle rentabilité. C’est en même temps
un moyen de se reconnaître et d’être connu. Elle peut aussi répondre simplement à un besoin de vivre un idéal, de défendre une cause, sans une arrière-pensée de rentabilité financière, relationnelle ou symbolique.

En marge de notre enquête, nous avons aussi découvert une pratique plutôt rituelle qui a cours au sein des collectifs de migrants, et sans doute autre part : gonfler superficiellement l’effectif des membres pour donner du poids au réseau et en démultiplier l’influence fictive, y compris lorsque les associations supposées membres ne se sont pas acquittées de leurs droits de cotisation. Plus le réseau revendique un nombre conséquent d’adhérents, plus légitime il semble apparaître au regard des bailleurs de fonds, notamment publics, qui incitent assez souvent les associations à se fédérer en réseaux en vue d’une meilleure traçabilité de l’usage des fonds alloués et un meilleur suivi des projets financés. Asseoir sa légitimité en tant que collectif ou réseau afin de lever plus facilement les subventions serait la motivation principale de cette pratique. Des responsables associatifs interrogés se sont d’ailleurs étonnés de figurer sur la liste des associations membres de ces réseaux alors qu’ils n’y siègeaint plus et ne s’acquittaient plus des droits de cotisation. Des associations sont-elles ainsi des membres fantômes de réseaux des migrants comme en témoigne ce responsable associatif :

« Le première année de notre adhésion, j’ai payé. J’ai pensé franchement avoir un grand retour. En vain. C’est ça le problème. En effet, on a présenté des projets, portés par ce réseau, même si ce n’était pas de sa faute. Pour nous ça devait être un gain total. Mais ils ont été tous rejetés. Alors je me suis dit :’’Je ne vois pas l’ »intérêt de payer une cotisation pour je ne sais pas trop bien quoi. Et puis, après 3 ans d’existence, je pense que notre association est bien connue. Donc pas d’intérêt d’en être toujours membre. Du coup, j’ai dit clairement aux dirigeants : ‘’Moi, je ne paye plus. Vous me radiez si vous le voulez ‘’. Eh bien ils n’ont pas du tout radié notre association. C’est donc toujours exactement comme avant mais sans payer. Et chaque fois que je

164 GAUTHIER M. & L. PICHE (2001), « Participation des jeunes aux lieux d’influence et de pouvoir », L’Action nationale, XCI(7), pp. 77-86

les vois, ils ne vont pas me demander de payer puisque j’ai dit non. Sinon, j’y vais et je donne ma contribution en termes d’idées ; c’est bizarre quoi ! ».

La démobilisation de certaines associations interrogées, leur désolidarisation des réseaux évoqués, de leurs démarches respectives, si pertinentes soient-elles, tiennent aussi à tout un complexe de facteurs d’ordre à la fois structurel, culturel, conjoncturel et personnel.

3. Migrants subsahariens du Grand Lyon : la Force du réseau ? Inventaire des motifs de démobilisation des migrants de l’engagement associatif

De l’aveu de l’ensemble des responsables associatifs interrogés (une vingtaine environ), s’il est un commun dénominateur à la balkanisation de la communauté associative africaine du Grand Lyon et les velléités de regroupement des communautés à l’échelle ethnique, nationale et continentale, c’est bien en raison du constat globalement partagé que les Africains, les Subsahariens du moins, peinent à composer et travailler ensemble, pour toutes sortes de raisons. Les plus communément évoquées pour expliquer la fragilisation des initiatives intégratives étant :

3.1. Le pouvoir

Autour du pouvoir que confère la position de Président, dont la réalité et l’importance des privilèges varient d’une association à l’autre, gravitent tout un ensemble de problématiques dérivées dont :

 « La malgouvernance »

Des cas de mauvaise gestion, de détournements de fonds, de non-traçabilité des investissements financiers effectués par l’exécutif, d’absence de cap défini par le « chef »…nous ont été rapportés, et qui ont justifié la démobilisation massive des membres, ou le démembrement ou pire, la dissolution pure et simple de certaines organisations associatives dont la plus emblématique et la plus mémorable est le Collectif des Associations Africaines de la Région Rhône-Alpes ( CARA).

 La personnalisation à outrance

Elle est subie dans le sens où toutes les responsabilités incombent ou sont laissées par les autres membres à la seule charge du président, souvent initiateur de l’association. Il est donc considéré comme légitime qu’il doive être sur tous les fronts. C’est souvent le cas pour les associations de moindre envergure. Mais l’identification de l’association à la personne du Président est souvent voulue et le pouvoir devenant monopolistique au-delà des limites qu’en fixe le statut165 ; ce fait d’abus de pouvoir a été régulièrement énoncé au cours de notre enquête.

 La lutte pour le leadership

165

Le président a pour attribution de convoquer le conseil d’administration et les assemblées générales. Les statuts précisent en temps

normal le pouvoir du président mais dans le cas contraire, ce dernier représente l’association dans tous les actes de la vie civile. C’est lui qui, en cette qualité, passe les contrats au nom de l’association : location, vente, achat, engagement de personnel, mise en œuvre d’une procédure de licenciement. De plus, l’article L.225-56 du code de commerce français précise que le président d’une association est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toutes circonstances au nom et dans l’intérêt de cette dernière. Cela lui donne le droit en particulier de prendre toute mesure conservatoire, en l’occurrence de suspendre de leurs fonctions, les membres du bureau, alors même que les statuts de l’association ne confèrent au président aucun pourvoir particulier. Le président a donc qualité pour agir devant les tribunaux au nom de l’association, que ce soit comme demandeur ou comme défendeur, sans qu’il soit nécessaire que les statuts le prévoient expressément. C’est à lui que devront être délivrées les assignations à comparaitre, les significations de jugement.

Corollaire du fait précédent, la lutte pour le pouvoir au sein des associations subsahariennes est perçue comme l’une des causes principales du délitement du lien communautaire et la démobilisation des bénévoles. Les associations sont lieux de débats, d’initiatives, mais aussi de tensions, de conflits parfois bloquants. Cela est dû en partie au modèle organisationnel de ces associations très hiérarchisé, vertical et qui accorde une place centrale à la fonction du Président ou à un comité restreint de personnes chargés de la définition et la mise en œuvre des orientations de l’organisation. Le pouvoir a tendance à y être contesté en raison de la non-reconnaissance par les contestataires de la légitimité ou de la représentativité de la personne élue ou alors de la non-reconnaissance d’une motion de démission du président initiée par une assemblée générale. Selon certains de nos répondants, ces conflits pour le pouvoir sont particulièrement exacerbées dans les associations ayant bénéficié d’importantes subventions et dont la gestion peut être perçue comme non-transparente par une partie de l’assemblée. Les cas de figure menant à la lutte pour le leadership sont légion, en dépit de la fonction finalement ingrate de présidente, particulièrement en période de crise.

 La désarticulation entre culture du pays d’accueil et la culture d’origine
Elle va se traduire par une appropriation insuffisante des outils et méthodes modernes de gestion et de management des organisations associatives, les modèles culturels du groupe d’origine (qui s’appuient sur la force du consensus, l’adhésion aux positions du chef en dépit des résistances souvent larvées) ayant tendance à prendre le pas sur la culture démocratique (la force de la majorité, la légitimité populaire, la transparence dans la gestion…) que prône le code juridique appliqué au management des associations en France.

Témoignage d’un membre d’un collectif d’associations issues d’un pays africain et qui illustre à suffisance le tiraillement permanent des migrants africains entre références à la culture d’origine et la culture du pays d’accueil, selon les situations et les contraintes :

« Nous avons toujours été une société basée sur l’unité. C’est-à-dire que lorsqu’on a un problème, on ne le règle pas tout seul dans son coin. Donc chaque membre vient et chacun discute. Au milieu, il y a ce qu’on appelle le chef du village, apparenté ici à un juge, et qui va donner tort ou raison à untel. Et lorsque le verdict tombe, personne ne le discute. Cela veut dire que l’autorité est installée. Or, aujourd’hui dans notre association, il y a un problème qui se pose. C’est que le chef n’a plus le rôle de juge. Il devient décisionnaire et a tendance à tout imposer. C’est lui dicte l’objectif à atteindre. Or, pour pouvoir définir un objectif, il faut où toi-même tu veux aller. Si c’est pour faire des soirées, nous on n’a pas besoin de chef pour faire les soirées(…) Notre association est une structure démocratique dans les textes mais pas dans la culture, parce que c’est la culture qui détermine l’être humain. Si l’être humain ne se reconnait pas dans sa culture et ne voit pas sa culture exprimée dans ce qu’il met en place, il est complètement en déphasage. Et c’est ce qui amène les guerres intestines. Donc la manière dont notre association est structurée ne correspond pas à notre culture. Parce que dans notre culture, on a le respect du chef. La manière dont nous avons parlé du chef la dernière fois [contestation des positions du président à propos d’une stratégie partenariale à engager avec des structures non migrantes], on n’aurait pas pu ».

Et cet autre président d’association, dépité, qui regrette que la personnalisation à outrance de la question du pouvoir, choisie ou subie, affecte des enjeux importants :

« C’est peut-être aussi un problème démocratique. Se dire que si nous mettons aujourd’hui telle ou telle personne à tel poste, c’est des mandats, 3 ans par exemple, puis on renouvelle une fois. C’est aussi important d’expérimenter d’autres personnes puis de faire en sorte qu’il y ait d’autres personnes qui prennent des responsabilités et qui se forment pour les prendre. Donc il y a ce travail qui à mon avis n’est pas suffisamment fait parce que cela relève du long terme bien entendu, du renforcement des compétences, des capacités. Mais on reste très souvent englué dans le quotidien, le montage des projets, la course aux moyens pour réaliser ces projets. Et on perd de vue finalement que chaque action que nous posons, nous devons la mettre en perspective avec les objectifs. Il y a ce décalage, ce déphasage, cette césure qui pose problème. C’est pareil aussi dans le domaine du développement. Les prêts, on finit par les considérer comme une fin en soi. Alors que pour moi, c’est des étapes, des moyens… »

 Le conflit entre les générations au sein des associations

La difficile communication entre les « anciens et les jeunes » est une des manifestations éloquentes du « choc des cultures » à l’œuvre dans les organisations associatives. Faisons parler cet acteur associatif qui rend bien compte de cette tension :

« Il y a dans nos associations, un problème de génération ; la génération qui est la mienne [trentenaire] n’est pas celle du président. Si tu veux, lui, sur certains points, il va avoir une position pas très souple, rigide, fermée. Moi je vais être plus souple. Je vais lui dire ‘’tu as tort’’. Or, dire cela au président, chez nous ça ne se fait pas. Ce n’est pas dans ma culture. Mais la culture occidentale veut que je dise à mon président tu as tort. Ce qui a fait que j’ai pu lui dire ça, c’est que j’ai été formaté. Je suis en France depuis 23 ans. J’en ai aujourd’hui 38. Mais celui qui n’a pas été formaté comme moi, qui est par exemple arrivé depuis 5 ou 10 ans, lui il ne va jamais comprendre pourquoi un ‘’petit’’, parce que je suis un ‘’petit’’, lui dit Non ! ».

Cette attitude est confirmée par un autre responsable d’association qui estime que : « Il y a cette difficulté de passer de l’implicite à l’explicite. Une difficulté à trouver les moyens ou les mots pour dire les choses à un aîné, à une femme, à un jeune, de façon respectueuse, en lui faisant comprendre que ce n’est pas contre sa personne mais pour viser l’objectif que nous nous sommes collectivement fixés »

 Les rapports hommes/femmes sont aussi en question

Une responsable d’association nous faisait ainsi remarquer que dans l’essentiel des organisations des migrants du Rhône, peu nombreux étaient les responsables femmes à la tête des associations mixtes, y compris des collectifs. Sexisme, non-intérêt ou non-disponibilité des femmes pour ces postes à responsabilité ? Une enquête plus approfondie permettrait d’en savoir un peu plus. Nous n’avons pas porté l’investigation plus loin sur ce champ-là, faute d’interlocutrices et de temps.

 Le contrôle de l’information comme facteur de renforcement des positions dominantes

Kamel Béji et Anaïs Pellerin soulignent que « la recherche d’informations pertinentes dépend : de l’accessibilité à l’information, de l’engagement et la volonté du détenteur de l’information de la diffuser et de la confiance accordée à l’informateur »166. Or, au vu du comportement des migrants, en règle générale, qui consiste à recourir
plus souvent aux informations provenant du réseau ou du lien auquel ils ont le plus confiance, le réseau communautaire, la détention et la rétention de l’information deviennent un attribut du pouvoir, comme en ont témoigné nombre de nos répondants ; et parfois sources de conflits entre le détenteur et les autres. Les informations pouvant être diffusées au compte-gouttes, partielles, avec des biais ou pas du tout selon les ressources en jeu. Parce qu’au sein d’un réseau les informations accumulées peuvent être convergentes, complémentaires, divergentes ou contradictoires, des théoriciens des réseaux sociaux tels Ronald Burt (1992) suggèrent de « bâtir des ponts entre les différents réseaux [qui] permettrait pour les nouveaux arrivants d’accéder à
une information de meilleure qualité et de réduire les possibilités d’émergence de biais informationnels »167. En
d’autres termes, les migrants récents en recherche d’emploi gagneraient à recourir à différents réseaux, ce qui permettrait d’accéder à plus d’informations pertinentes et utiles à l’intégration dans l’emploi, même si cette multiplication des réseaux ne va pas sans un risque de biais informationnels, c’est-à-dire « l’écart entre deux informations provenant de sources différentes, soit entre l’information reçue et l’information pertinente »168.

 La politisation latente des groupes associatifs des migrants participe aussi de cette démobilisation

Par politisation, nous entendons le processus par lequel pour des raisons d’intérêts personnels ou collectifs manifestes ou occultes, des acteurs d’une organisation associative vont prendre position sur des questions liées à

166 « Intégration socioprofessionnelle des immigrants récents au Québec : le rôle de l’information et des réseaux sociaux », 2010, idem.
167
Ronald Burt, “Structural Hole: The Social Structure of Competition”, Cambridge, Massachusetts: Harvard University Press, 1992.
168 Kamel Béji, Anaïs Pellerin, idem.

la confrontation politique entre professionnels de la politique dans le pays d’origine avec lequel l’association reste très en lien et/ou dans le pays d’accueil. L’engagement politique en faveur de tel ou de tel groupe, notamment en situation électorale, peut être pourvoyeur de ressources, ou en tout cas faciliter l’accès à celles-ci dès lors que les acteurs politiques soutenus, officiellement ou de manière voilée, arrivent aux affaires, généralement à la tête des instances administratives qui octroient les subventions (Mairie, communautés de communes, conseil général, conseil régional, etc.). Témoignage d’un acteur associatif africain :

« Effectivement, ça c’est réel hein, même si on est apolitique, on va forcément côtoyer des gens qui sont politiques. Parce que quand tu organises un forum, une conférence d’envergure et que tu présentes un dossier de subventions, il y a des politiques qui sont en face, ce sont des élus qui vont lire ton dossier ou en tout cas une partie et qui vont prendre la décision. Même s’ils ne lisent pas tout ton dossier, ils vont prendre la décision de t’accorder la subvention ou pas. Dans ce cas-là effectivement, il y a la politique qui intervient(…) Mais ça ne nous empêche pas de chercher d’autres subventions ou de réaliser ces activités qui nous tiennent à cœur par d’autres moyens ; Par les cotisations des bénévoles, nous on réalise ces projets… ».

Toutefois, de manière générale, les responsables d’organisations dites apolitiques se méfient de l’engagement partisan au sens de la politique politicienne :

« Les politiques ici, on connait leur capacité d’instrumentalisation. Ils veulent des adhérents, s’afficher :’’nous on est avec ceux- là… etc… .etc.’’ Afficher nos convictions c’est important. Mais ce qui est malheureux, c’est encore cette tentative de coloration pour bien se faire voir. Moi je dis qu’il faut absolument éviter cette instrumentalisation-là. Nous sommes ici pour réfléchir. » .

D’autres en appellent carrément à un apolitisme radical et s’en expliquent :

« Le fait d’être apolitique c’est pour que tout le monde se retrouve autour d’une table, bossent sur un projet….Faire sa journée culturelle, faire son forum, sans parler de politique. Parce que si tu parles…disons tu es de tel ou tel parti, ça va froisser les gens. Il ne faut pas parler de politique. Notre objectif n’est pas de faire de la politique. Par contre s’il y a une information qui concerne par exemple les élections , le vote des ressortissants de notre pays ici, c’est une information à passer qui n’est pas politique mais qui est un devoir…s’il faut passer par l’association pour donner ces informations sans prendre parti, on les donne…Après , au niveau du vote, chaque adhérent vote pour qui il veut. Voilà ! Nous on ne parle pas de politique au sens de la politique politicienne. Notre objectif n’est pas du tout ça ».

C’est le signe que certains responsables associatifs restent, en dépit des sollicitations de politiques, tout à fait lucides quant à la nécessité de prendre part au débat politique au sens de l’art de gérer la cité, du diagnostic, de l’analyse et la gestion des questions sociales ou sociétales. L’articulation Migration et Intégration en est. Telle est en tout cas la conviction de ce responsable associatif pour qui la résolution de la tentation du politique n’est possible que :
« …dans la mesure où on est capable de se poser des questions de confiance, de l’équilibre entre intérêts personnels et intérêt général, de la capacité à résister pour ne pas se laisser instrumentaliser. Être au clair pour ne pas se laisser solliciter par les politiques ici , y compris les politiques de nos pays, comme ces associations qui sont purement et simplement des relais ici de partis politiques locaux. Il faut rester vigilant ».

3.2. Les causes attitudinales et le poids des préjugés

 La crise de confiance mutuelle et la non-reconnaissance de l’expertise des Subsahariens par la
« clientèle africaine » ;

La valorisation des compétences des migrants est un axe que privilégient de nombreux acteurs par la promotion de la cartographie de ces compétences, leur mise en relation, leur mise en relief et leur mise à contribution dans les actions de développement là-bas et d’intégration ici. C’est une démarche d’autant plus impérative que les migrants ayant développé une expertise dans un domaine particulier souffrent parfois d’une double exclusion :

- la non-reconnaissance de leur expertise par la communauté nationale des experts et qui se manifestent par une sollicitation fort marginale des subsahariens de France dans les actions de coopération avec les

pays africains, ce fait ayant été confirmé par des associations de français engagées dans le champ de la solidarité internationale notamment avec le Mali.

- La non-reconnaissance par les migrants Subsahariens eux-mêmes qui auraient, de l’avis de certains de nos répondants, un a priori négatif de l’expertise africaine ; Pour des raisons qui sont difficilement cernables tant elles relèvent des croyances propres à chacun. Ce déficit de confiance entre membres qui sévit au sein de la communauté associative subsaharienne du Grand Lyon se nourrit du préjugé que « le goût du travail bien fait est l’apanage du Blanc », un préjugé tenace, stigmate psychoculturel des années de colonisation mentale et qui est aussi à la base de la fragilisation des réseaux d’acteurs associatifs migrants.

Cette situation selon certains responsables d’associations conduit ainsi nombre d’organisations de migrants à ne pas recourir aux savoir-faire et services des cabinets d’études par exemple (quand il en existe) administrés par des migrants subsahariens, car ceux-ci sont présumés « pas assez rigoureux ni compétentes dans leurs démarches d’accompagnement, ni ponctuels ni discrets ». Cela relève-t-il de la « jalousie » entre experts d’origine africaine livrés à une concurrence farouche dans un microcosme (tout le monde se connait dans le Grand Lyon) comme justifiait un de nos enquêtés ? Du manque d’ouverture et donc de la méconnaissance des capacités techniques et opérationnelles avérées entre experts ? Difficile à dire tant les avis sur la question divergent.

Un médecin africain interviewé officiant dans un grand hôpital de l’agglomération lyonnaise nous confiait ainsi que les patients immigrés qui prenaient rendez-vous avec son service préféraient consulter les médecins « blancs » et
« français ». Principale raison évoquée, réelle ou supposée: les Subsahariens ne seraient pas assez discrets et ne respecteraient pas assez le secret médical des patients. Le thérapeute interviewé évidemment s’en est défendu et a insisté sur l’importance de la réputation, de l’image, de la présentation de soi, du paraître chez l’Africain corrélée à la crainte de l’opprobre sociale. Aussi, peu de patients migrants de cet hôpital, venant consulter pour les tests de SIDA par exemple, éviteraient soigneusement les médecins subsahariens. Cet évitement est manifeste lors des salons locaux de la solidarité nationale ou internationale où l’association de prévention et de lutte contre le SIDA et les infections hépatiques que co-préside notre enquêté tient souvent un stand de sensibilisation avec distribution des moyens de protection (préservatifs notamment). Une situation qui rend difficile le travail d’information et de prévention contre les Maladies sexuellement transmissibles (MST) de cette association au sein de la communauté subsaharienne, nous confiait son co-président. L’adhésion à un réseau national d’acteurs associatifs et institutionnels de lutte contre les MST répond sans doute au besoin d’approcher par d’autres moyens cette communauté, au travers des campagnes de sensibilisation de l’association nationale AIDES, un de ses plus importants partenaires.

Au total, la crise de confiance entre Subsahariens affecte fortement la volonté de travailler ensemble y compris au sein d’une même communauté ethnique et occasionne une déperdition d’énergies et de compétences préjudiciable aux initiatives des migrants.

 Cette crise de confiance s’accompagne du déficit de la culture du contrat et du respect de la parole donnée

Ce qui pose la question de l’inscription des acteurs dans un double cadre de référence culturel qui suppose de prendre en compte autant les valeurs de la culture d’origine et celles de la société de résidence. Un des responsables associatifs rencontrés a fort bien résumé cette dialectique entre le contrat écrit moderne et la force de la parole donnée des sociétés africaines :

« Quand on donne sa parole, c’est très africain. La parole c’était le lieu de l’engagement. Elle était lourde de sens et elle était habitée. Il faut les deux. Il faut ma parole et le contrat. Le contrat renforce davantage cet engagement mutuel. Et la modernité de l’Afrique c’est de montrer que la parole, l’engagement, le poids que l’on donne à la parole c’est moderne, c’est d’aujourd’hui. Et que lorsque les contrats capotent, c’est tout simplement parce qu’elles étaient basées seulement sur le papier. Et qu’on n’avait pas travaillé suffisamment sur la dimension confiance, communication, relation…. ».

Une confiance déficitaire, comme on l’a vu, du fait des pré-jugements qui affectent les rapports entre acteurs sociaux de la même communauté panafricaine :

« …tout à fait ! Et c’est là que quand je parle de passeur de culture, c’est de dire :’’qu’est-ce qu’il y a de bon dans le papier qu’on signe ‘’, ‘’qu’est-ce que ça implique ?’’, ‘’qu’est-ce que cela représente ? ‘’ . Je dirais que quand on est biculturel ou multiculturel et qu’on le vit comme une richesse et comme une ouverture, comme un renforcement, à ce moment-là on essaie de capter, de se passer le meilleur de toutes les cultures en disant que ça permet de mieux être soi-même et de mieux être ensemble les uns les autres(…) C’est là aussi que les associations à travers les réseaux et les collectifs peuvent permettre des avancées, l’acquisition de cette culture de la parole donnée et du contrat. Il y a des manquements sur les deux plans : africain et européen. Le fait que quand on est un collectif on a un souci de se donner des règles».

 Une insuffisante incorporation des règles du code des associations en France, des règles de fonctionnement et des outils modernes de management des organisations associatives

Cette situation a conduit à des situations telles que l’incurie dans la gestion des fonds de l’association, la personnification de l’association souvent par le créateur, les blocages statutaires consécutifs à une interprétation à géométrie variable des dispositions des statuts et du règlement intérieur. La quasi-totalité des responsables associatifs interviewés ont déploré cet état de fait, sans jamais se mettre en cause eux-mêmes. Nous avons toutefois donné la parole à des membres simples de certaines associations qui nous ont fait part d’une liberté d’interprétation des dispositions des statuts de l’association selon la position au sein de l’organisation et selon la génération des acteurs concernés. Une des raisons du conflit des générations évoquées plus haut réside dans la difficile cohabitation des règles de la démocratie à l’occidentale et les règles coutumières de gestion des groupes et règlement des litiges. La jeune génération estimant que les anciens s’arcboutent sur le sacro-saint principe du droit d’aînesse pour ne pas avoir à engager l’association vers des actions plus progressistes, des actions d’ouverture par exemple ; les anciens estimant que les jeunes manquent de plus en plus de respect aux aînés et aux valeurs traditionnelles de la communauté d’origine.

D’où les préconisations émises par certains de nos répondants, notamment de promouvoir au sein des associations subsahariennes la culture de l’évaluation mais aussi de la critique positive qui permettent de progresser vers le mieux-faire. C’est le cas de ce responsable associatif pour qui, en plus de la restauration de la culture de confiance, du respect du contrat et de la parole donnée, des vertus du débat contradictoire, il faut aussi :

« (…) une culture de l’évaluation et faire une pédagogie afin de faire comprendre que ce n’est pas un contrôle ; la faire de façon positive. Il y a des gens qui voient souvent l’évaluation comme un contrôle ou une sanction mais il faut montrer l’évaluation dans son aspect positif et contributif à l’évolution, au progrès. On évalue pour progresser. Il faut intégrer ça ».

Cela dit, les conséquences logiques de la crise multiforme de confiance entre Subsahariens sont nombreuses :

 Le délitement du lien communautaire

L’expérience migratoire qui fonde ou renforce le lien communautaire peut, à certains égards, en provoquer son affaiblissement. Cela tient à la qualité et à la force des relations qu’entretiennent les acteurs au sein d’un réseau. Une qualité qui se déprécie au vu des clôtures communautaires qui persistent entre groupes diasporiques, ou des tensions qui agitent jusqu’aux micro-communautés qui jouissent habituellement d’un a priori positif pourtant trompeur. Nous avons ainsi assisté à de vives tensions entre membres de bureau d’un collectif d’associations de migrants d’origine ouest-africaine, migrants perçus de l’extérieur comme une communauté harmonieuse et très intégrée à l’image de la stabilité socio-politique du pays d’origine. La réalité en interne est évidemment toute autre.

D’aucuns ont mis cet affaiblissement du lien communautaire et le primat des individualités sur le compte de la guerre que se livrent groupes et individus pour la captation des ressources et d’autres l’expliquent par une identité culturelle qui se perd au contact de la culture du pays d’accueil et qui justifierait les sursauts panafricanistes visant à se prémunir contre toute tentation assimilationniste. C’est le discours et l’idéal de reconquête identitaire que revendique le collectif Africa 50.

 La démobilisation des adhérents et la faiblesse du bénévolat

Ce sont aussi une des caractéristiques des associations subsahariennes du Grand Lyon. Peu de disponibilité des bénévoles happés par les urgences et les charges professionnelles et familiales de la vie quotidienne ou ne voyant pas d’intérêt ou de gain direct à leur engagement. Ce que confirme Jean-Baptiste-Meyer et alii169, estimant que les organisations de migrants :

« (…) sont généralement de petites structures (en nombre de membres et en ressources) qui comptent principalement sur la disponibilité de chaque membre. Ces derniers consacrent le temps résiduel (hors temps de travail et hors temps familial) aux différentes tâches concernant tant le fonctionnement de l’organisation que les rapports avec les divers acteurs du pays d’accueil et du pays d’origine. Cela est à l’évidence un facteur de fragilité et attire l’attention sur la nécessité d’une professionnalisation, dépassant le simple volontariat, ce qu’une intégration de type fédératif peut permettre ».

À ce « temps résiduel » du bénévole s’agrègent les facteurs démobilisateurs soulignés plus haut, la faiblesse du bénévolat associatif subsaharien est une conséquence directe du lien communautaire qui se délite et de la prééminence des intérêts particularistes sur l’intérêt général qui se perd, nous ont confié, amers un répondant sur deux. Nous avons d’ailleurs noté dans la même veine un engagement très marginal des retraités qualifiés ou semi- qualifiés et les migrants âgés de manière générale dans les activités bénévoles des associations de développement solidaire et d’insertion en France, là où la situation dans les associations françaises est différente , avec une très forte implication des retraités ou personnes âgées dans la vie associative. Différences de culture ? Est-ce le fait de facteurs purement conjoncturels liés à la situation matérielle, familiale et socioprofessionnelle personnelle des migrants concernés ? Nous n’avons pas eu l’occasion de rencontrer individuellement les migrants âgés pour nous enquérir des causes de cette attitude.

 La notion de l’africanité des migrants d’origine subsaharienne en France et dans le Grand Lyon est elle-même en question

En effet, le délitement de ce lien communautaire trouve aussi explication dans la façon dont chacun vit son « africanité » et la reconstitution de l’idéal culturel africain par sa promotion dans le département du Rhône. L’africanité ici diffère selon les générations, les projets migratoires, les groupes communautaires, la situation socio- politique des pays de départ, le degré de mixité interculturelle des alliances familiales, etc.

L’africanité, dans notre entendement, c’est le sentiment d’appartenance d’une personne à un groupe d’individus liés « culturellement » par un ensemble de manières, conscientes ou non, de faire, d’agir, de sentir, d’être à soi et au monde, de penser, par la similitude des invariants liés aux us et coutumes des groupes ethniques et qui transcendent les frontières politiques et linguistiques. Les individus constitutifs de ce groupe culturel sont originaires (directement ou par leur ascendance immédiate) de l’Afrique subsaharienne. Ils sont conduits, volontairement ou non, à cohabiter plus ou moins pacifiquement, puis à construire et partager une vision, mieux, un regard endogène sur le monde, une philosophie de l’être et de la vie, et une relation à l’Autre influencée par moult facteurs.

L’africanité tient aussi au partage d’une mémoire commune construite autour des traumatismes et expériences douloureuses liés à la Traite négrière, l’esclavage, la colonisation, la participation de la « force noire » à l’effort des deux guerres mondiales et ses répercussions multiples sur les soldats africains et leurs descendants , les problématiques actuelles des économies en déliquescence , des situations d’anomies socio-politiques et de

169

Diasporas Scientifiques. Comment les pays en développement peuvent-ils tirer parti de leurs chercheurs et de leurs ingénieurs

expatriés ? (sous la coordination scientifique de J-B Meyer, Rémi Barré, Valéria Hernandez, Dominique Vinck), IRD, collection Expertise collégiale, Paris, 2003, p.62

profonde crise des valeurs morales , sociales et sociétales , de l’élargissement du fossé entre les élites politiques et le peuple ; des phénomènes qui drainent des transformations permanentes et en profondeur des sociétés africaines contemporaines et des personnalités individuelles.

Un essai de définition loin d’être parfait mais qui ne doit cependant pas minorer l’idée qu’au-delà de ses caractéristiques « objectives », l’africanité est avant tout une affaire de perception et d’appréciation personnelles, une notion à géométrie variable qui, par les manœuvres de l’Histoire , mute avec le temps, avec les gens , avec l’espace et les mouvements migratoires des populations, les réalités et conditions historiques propres à chacun selon ses origines, ses trajectoires de vie et son projet migratoire personnel170. L’africanité varie donc, c’est une dynamique, une dialectique, un état en mouvement, qui enfle ou désenfle selon les contextes.

Les subsahariens du Grand Lyon n’échappent pas à cette observation. Les acteurs entendus au cours de l’enquête ayant déploré le délitement de ce sentiment communautaire en dénonçant le primat des intérêts particularistes des uns et des autres sur l’intérêt général, le peu d’ouverture de certains acteurs associatifs à la culture démocratique de la société d’accueil, la tentation et la personnalisation à outrance du pouvoir au sein de quelques organisations , le manque de rigueur dans la gestion de la chose commune et plus encore les disensus ethno-politiques qui fragilisent le mieux vivre ensemble au sein même de la communauté associative subsaharienne du Grand Lyon.

Débattre de cette problématique (et notamment de la substance que chaque rhodanien se reconnaissant dans une quelconque origine subsaharienne veut bien donner à ce concept) est d’autant plus essentielle qu’elle influe directement sur le vouloir-agir des acteurs, les motivations, l’implication des uns et des autres dans le renforcement des liens communautaires, au sein et en dehors des associations et la réalisation des actions collectives de développement économique et social au bénéfice de l’ensemble des migrants et des non-migrants. Refermons cette section avec cette analyse ô combien pertinente du journaliste et sociologue Ndongo Mbaye:

« Une première réalité s’impose de manière flagrante : (l’africanité) est seule. Que véhiculent les concepts (si tant est qu’ils existent ?) d’européanité, d’américanité, d’asiaticité, d’océanité ? Rien. Ou en tout cas rien de palpable tant dans une dimension et une perspective historique, sociologique, économique que culturelle et politique. Dès lors, l’africanité ne serait-elle pas une sorte de monstre du Loch Ness, d’Arlésienne dont on parle, mais que personne n’a jamais vu ? N’est-elle pas une simple commodité lexicale dont la signification chercherait en vain son sens ? Et à supposer même qu’elle existe, il faudrait poser les fondements de la réalité de sa représentation et de son autoreprésentation (…) Étant entendu que la vision de l’Africain sur son ‘’Africanité’’ (supposée ou présupposée) ne sera sûrement jamais la même que celle dont on l’affuble, aussi riches et scintillants qu’en soient les oripeaux. Que peut signifier ‘’africanité’’ pour les paysans de l’Afrique profonde, pour les éleveurs des contreforts
du Fouta-Djalon, pour le commerçant dioula, pour le pêcheur Lebou ou pour le Dogon ? Parlez-lui de valeurs et de traditions africaines eu égard à son ethnie, à sa tribu, à son aire de vie, à son cercle d’us et coutumes : il vous comprendra mieux. »171

3.3. Les facteurs conjoncturels

 La faiblesse des ressources disponibles des associations explique pour une grande part le primat des logiques de subvention des activités menées sur les logiques de prestation

Il s’en suit que les associations de migrants s’engagent peu dans les champs où la concurrence pour l’accès aux subsides de l’État est particulièrement rude. C’est le cas dans les secteurs de l’intégration sociale et l’insertion par l’emploi, la langue et le logement où les organisations des migrants subsahariens sont si peu actives. La politique

170 C’est typiquement le cas des migrants âgés tiraillés entre le désir du retour dans le pays d’origine et la prolongation du séjour dans la société d’accueil.
171 Ndongo Mbaye, extrait de l’article « A la recherche de l’Africanité » in l’Africanité en questions, Revue Africultures, 2001.

d’intégration nationale est sous-traitée principalement aux associations françaises d’intégration sans les acteurs migrants eux-mêmes, en d’autres termes.

 La non-ouverture aux acteurs non migrants (associations, entreprises, groupes, pouvoirs publics) et le cloisonnement communautaire expliquent en partie ce peu de visibilité auprès des acteurs majeurs de la question migratoire et intégrative

C’est ce travail de décloisonnement que portent et animent de plus en plus des collectifs associatifs transnationaux tels Africa 50, le COSIM, le Forim. Les collectifs nationaux des migrants subsahariens restent pour autant encore très recroquevillés et pas toujours au fait des dispositifs et moyens disponibles pour accompagner les leurs dans le processus d’intégration économique et socio-professionnelle.

Au final, en raison de ces facteurs bloquants, les Subsahariens du Grand Lyon, pourtant désireux d’unité et d’action, peinent à construire un projet associatif global, cohérent, intégré, fédérateur qui serait suffisamment fort, légitime et visible pour susciter l’adhésion du grand nombre, mobiliser l’ensemble des compétences, même lointaines, engagées ou non dans la vie associative. Les raisons de la démobilisation ici évoquées ne sont pas exhaustives. Tout juste sont-elles les plus significatives au regard des discours exprimés par nos interlocuteurs durant la série d’entretiens que nous avons menés dans différentes communes de l’agglomération lyonnaise. La situation est-elle pour autant sans issue ?

Nombreuses sont celles qui restent déterminées, comme le Collectif Africa 50, Alpadef, le promoteur du Centre ACF, l’A2P Nord-Sud-Sud, Miferval, Passerelle Ngam, l’ABRA ou encore l’ABL portées par la conviction qu’une révolution peut se faire avec une poignée d’hommes et de femmes de « bonne volonté », dès lors qu’un premier pas est fait sur le chemin de ce que la communauté associative africaine du Grand Lyon voudrait être dans un monde culturellement complexe mais si riche d’occasions de rencontres et de partage. C’est fort de cette conviction que nous aussi nous hasardons à proposer quelques pistes d’actions, sans doute déjà envisagées par les acteurs susmentionnés…ou pas.

4. Quelques Préconisations en faveur du regroupement fécond des associations des migrants en collectifs départementaux et en une fédération régionale

Tout d’abord, un rappel des éléments justifiant et légitimant le renforcement des démarches intégratives : la fédération des groupes associatifs subsahariens du Grand Lyon, la mutualisation de leurs forces et moyens, la mise en commun et en cohérence de leurs actions dans le double champ du développement et de l’intégration :

 Le contexte difficile d’accès aux subventions de l’État en raison d’une forte baisse du financement des associations enregistrée depuis les 5 dernières années, sous la présidence Sarkozy notamment ;

 la forte réduction du nombre d’associations partenaires de l’État dans le champ de l’intégration ;

 le développement des marchés publics et des appels à projets qui a entraîné une augmentation du niveau d’exigence des pouvoirs publics et bailleurs de fonds en matière de professionnalisation des associations en plus de la qualité des réponses exigées ;

 la concurrence rude auxquelles sont confrontées les associations de migrants de petite taille et ne disposant que de très peu de moyens ;

 la concentration des subventions publiques sur des associations d’envergure et de modeste taille sélectionnées avant tout sur la base de l’ancienneté du partenariat avec l’État, les critères de qualité et de professionnalisme et qui disposent de moyens rédactionnels, techniques, financières pour répondre aux

appels d’offres, ceux qui leur assurent une certaine visibilité, gage de légitimité pour obtenir un financement ;

 la fragilisation et la non-visibilité des associations subsahariennes dans l’espace public qui résultent de leur extrême atomisation, trop souvent tentées qu’elles sont par l’isolement et l’exclusivité dans le portage du projet, démarches de collecte de fonds au succès pourtant limité comme en témoignent de nombreux responsables associatifs eux-mêmes ;

 la confusion régnant dans l’esprit des politiques, administrations étatiques et l’opinion publique entre associations communautaires et associations communautaristes ;

 l’absence criante des structures associatives issues des migrants au sein des instances de concertation et d’élaboration des politiques publiques d’intégration et d’insertion dans la région Rhône-Alpes et dabs le département du Rhône ;

 la trop faible proportion des associations des migrants ayant remporté un marché public dans le domaine de l’intégration/insertion et ce qui en ferait des partenaires de l’État…

Ce contexte peu favorable aux démarches individuelles nous amène à penser à la suite de l’ensemble des acteurs entendus durant cette enquête qu’une initiative fédérative ferait reculer les obstacles. Pour ce faire, quelques actions préalables nous apparaissent indispensables :

 Œuvrer à l’élaboration et la mise en place d’une seule et unique fédération172 des associations des migrants subsahariens, démocratique, disposant d’une assise départementale et régionale forte. Cette fédération s’appuierait sur une démarche doublement revendicative et partenariale avec les institutions ad hoc de l’État. Régionale, elle serait donc représentative de collectifs associatifs issus des 8 départements de Rhône-Alpes (un par département), disposant des compétences étendues puisque s’appuyant sur un réseau d’associations de migrants et non-migrants spécialisés dans des champs spécifiques (ingénierie de la formation, gestion de projets de développement, création/reprise d’entreprise, soutien scolaire des jeunes, insertion par l’emploi, le logement, accompagnement des migrants âgés, des femmes…), bref porteuse d’un projet associatif global régional structuré autour de deux axes principaux :

l’intégration et l’insertion multidimensionnelle des migrants dans la région en relation avec les objectifs du PRIPI Rhône-Alpes d’une part,
l’aide et le développement solidaire avec les pays d’origine d’autre part.

Construire une fédération de collectifs associatifs départementaux suppose en même temps une structuration au niveau local des organisations fédérées. Il serait souhaitable quelle que soit la configuration organisationnelle qu’elles conservent une part d’autonomie et une personnalité propre. Il s’agit de faire émerger Un et un seul collectif d’associations de migrants subsahariens par département, clairement identifié, aussi bien par les

172 Extrait de l’ouvrage collectif Diasporas Scientifiques (sous la direction de Jean-Baptiste Meyer), IRD, 2003, p.62 : « Le modèle de la fédération d’organisations locales, observé dans plusieurs cas, améliore la capacité de négociation avec le pays d’origine et d’accueil. L’émergence actuelle des fédérations d’organisations de migrants offre aux DST la possibilité de s’associer à d’autres pour le développement de projets (…) Cette modalité organisationnelle en fédération représente en effet un atout incontestable pour Les diasporas car elle permet de gérer une masse critique relativement importante d’expatriés et une pluralité de spécialisations professionnelles et de registres d’investissement(…)Ces fédérations ont pour vocation de doter Les associations de capacités d’action pour mener des projets de développement dans les pays d’origine. Voici Les objectifs de ce regroupement : la mutualisation des compétences et le partage de ressources techniques, le développement de la formation des membres et la professionnalisation de leurs actions, la capacité de négociation avec les institutions d’État (pays d’origine et d’accueil) et l’accès au financement de projets et à des fonds de coopération. Les fédérations, disposant de plus de ressources, d’infrastructure, de relations sociales, peuvent parfois embaucher du personnel administratif, permettant aux membres des associations de se concentrer sur les activités de coopération et de développement du pays d’origine et sur la création des liens entre ce dernier et le pays d’accueil.».

immigrés porteurs de projets que par les partenaires privés et institutionnels. Les collectifs départementaux pourraient ainsi bénéficier de l’appui de la fédération régionale ainsi constituée, laquelle pourrait à son tour intégrer une confédération nationale des fédérations régionales des migrants, sur le modèle des réseaux des AGEFIPH (Association de gestion du Fonds pour l’Insertion professionnelle des personnes handicapées)173 ou du CRAJEP déjà cité. L’enjeu ici étant de :

 Contribuer au développement économique et social des immigrés à l’échelle de la région tout en s’ancrant avec cohérence dans les initiatives de l’État qui vont dans le même sens ;
 Faciliter l’identification des organisations associatives des migrants par les pouvoirs publics et les partenaires privés multiples afin de consulter celles-ci dans le cadre de l’élaboration des politiques publiques en rapport avec l’intégration et l’insertion des immigrés (primo-arrivants, femmes, migrants âgés, descendants d’immigrés…) ;
 Porter un projet cohérent, collectif, lisible, des revendications et recommandations discutées et approuvées par les migrants, et la mise en œuvre par ceux-ci des actions de développement social en faveur des immigrés en butte aux difficultés d’insertion sociale et professionnelle ;
 Échanger des informations permettant d’optimiser et reproduire les bonnes pratiques, tirer profit des expériences des uns et des autres ;
 Aider à formaliser les réseaux informels préexistants ;
 Asseoir et renforcer la légitimité des organisations associatives des migrants en tant que partenaires viables, capables d’initiatives, de production de solutions, de co-construction ou co-gestion avec l’État et les partenaires tiers des actions d’accompagnement et d’insertion des publics en difficulté.

 S’appuyer pour ce faire sur un socle fédérateur particulier, une cause spécifique commune pour laquelle une mobilisation est identifiée par tous comme souhaitable et pertinente, une cause qui pourrait inciter les Africains de France, toutes origines confondues, à construire une diaspora forte, visible et entreprenante au sens où le sont diasporas chinoise et indienne. Promouvoir et renforcer l’esprit et l’identité panafricaine qui puisse irriguer les pratiques et les attitudes et inspirer des initiatives transnationales sur le continent africain ;

 Consolider les liens de confiance entre les migrants récents, anciens et les différents réseaux sociaux, formels et informels, que leur ouvrirait la fédération pour faciliter ou fluidifier le processus de l’intégration sociale, économique et professionnelle. Et donner enfin sens à la formule « Force du réseau » et l’appliquer légitimement aux subsahariens du Grand Lyon ;

 Faire reculer la logique de subvention au profit de la logique des prestations en concevant et développant des services divers (inspirés de la demande sociale ambiante) en direction des publics migrants en difficulté et répondant, entre autres besoins, aux impératifs des politiques publiques d’insertion et d’intégration ; la participation à ces politiques se concrétisant via la formalisation des offres et des candidatures aux appels à projets, appels d’offres et les subventionnements directs des structures administratives nationales et européennes en charge du suivi et du financement de ces actions:

o Offre de formation multi-champs : linguistique, civique, professionnelle, et développement de compétences individuelles, pour les membres du réseau manifestant ce besoin, et en direction

173

L’AGFIPH est une association nationale agréée par le ministère du travail, de l’emploi et la formation professionnelle qui œuvre pour

l’insertion ou le maintien de la personne handicapée dans l’emploi, la formation et l’octroi à ce public des aides spécifiques. Elle compte 20 délégations régionales. Elle est composée d’un conseil d’administration qui fixe les orientations, définissent la stratégie et les axes d’intervention, un comité de direction qui organise, met en œuvre et évalue la politique de l’Agefiph, et enfin 4 commissions dont les travaux alimentent les débats et inspirent les axes d’actions et les irriguent les pratiques : commission financière, commission politique d’intervention, commission Études des conventions nationales, commission Études et Évaluation et Communication. Elle compte de nombreux partenaires institutionnels et des opérateurs d’accompagnement et d’appui sur le terrain (réseau Cap Emploi, organismes d’accompagnement spécifique, chargés de mission information et sensibilisation…)

des acteurs hors réseau, dans ou hors du cadre du CAI (Contrat d’Accueil et d’Intégration) : primo-arrivants, femmes, jeunes, personnes handicapées, etc.
o Aides à la recherche d’emploi, accompagnement personnalisé à l’insertion socio-économique : par la promotion et le soutien des migrants pour la création des entreprises d’insertion par l’activité économique (EIA) dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville ; la sensibi- lisation et l’incitation des migrants anciens et primo-arrivants aux initiatives (auto)entrepreneuriales ; le soutien logistique, relationnel et financier aux projets d’investissement des migrants dans l’agglomération lyonnaise; en s’appuyant de même sur les dispositifs publics de soutien à la création d’entreprise telles que les exonérations fiscales substantielles octroyées aux opérateurs économiques implantées dans les zones franches urbaines et les zones urbaines sensibles (pour rappel, 27 ZUS dans le Grand Lyon).

 Bâtir de véritables alliances stratégiques dans l’optique d’une collaboration féconde et le partage d’expériences avec les coordinations régionales et nationales d’associations des migrants, des fédérations et mouvements associatifs nationaux spécialisés dans les champs de l’insertion par l’emploi (CRAJEP), le logement (ADOMA), la santé (URACA), de l’éducation populaire, de l’intégration (AEFTI, ASSFAM…) et le développement solidaire (RESACOOP, CADR…) ;

 Encourager les associations de migrants à se constituer en une série de petits réseaux basés non seulement sur des liens géographiques mais aussi sur des éléments d’identification tels que :

- le sexe : réseau des femmes. Nous verrions à ce sujet un réseau composé de toutes les associations féminines de migrantes du Grand Lyon avec à sa tête des organisations d’experts tels ALPADEF, MIFERVAL et autres ;
- la génération : réseau des jeunes migrants impliqués dans les actions d’insertion, d’intégration et de développement comme il en existe par centaine dans la seule communauté malienne de la région parisienne ;
- la profession : associations professionnelles, groupes d’experts, groupement de défense des intérêts des chefs d’entreprise d’origine immigrée par exemple ;
- la culture : de manière à réaffirmer une identité et construire des passerelles qui permettent une ouverture pleine et entière à d’autres cultures dont celle du pays d’accueil ;
- la combinaison de l’ensemble de ces éléments d’identification ;

 Inciter tout particulièrement à la constitution des réseaux professionnels des migrants (avocats, enseignants, chercheurs, médecins, aides-soignantes, chefs d’entreprise, auto-entrepreneurs, techniciens, etc.) afin d’assurer collectivement la visibilité de leurs expertises respectives auprès des publics migrants pour des actions d’accompagnement, de formation formelle ou non formelle, et auprès des institutionnels pour des actions ponctuelles.

 Encourager les petites associations de migrants à solliciter et intégrer des réseaux d’acteurs associatifs y compris dans d’autres communautés ethno-régionalistes et dans d’autres départements et régions de France de manière à enrichir leur capital social et leur capital informationnel. L’enjeu étant de se doter d’un avantage concurrentiel sur un champ, celui de la course aux financements, où les organisations se livrent une concurrence féroce.

 Dans l’optique de répondre aux appels d’offres et appels à projets départementaux (et régionaux à plus long terme) dans le cadre du PRIPI Rhône-Alpes, du PDI Rhône ou de la politique de la ville du Grand Lyon, il convient pour les associations et réseaux associatifs de migrants, qui disposent de manière éparse de compétences déjà exercées d’Investir, par le biais à travers des offres de services à destination des publics migrants de toutes origines, les champs d’intervention suivants:

Figure 5 (précédente) : Représentation d’un modèle de structuration d’un réseau sur la base des compétences spécialisées des associations membres174.

174

Les associations membres du collectif ou du réseau interviennent dans chaque pôle selon son expertise. Exemple : Pour ce qui est de

l’accompagnement des femmes migrantes du Grand Lyon, dans la configuration idéale de notre collectif départemental, l’association ALPADEF (et les réseaux féminins dont elle est membre) et le Centre ACF interviendraient conjointement dans le Pôle « insertion des femmes par l’économique » via le soutien à l’entrepreneuriat , FEDAM pour l’insertion par l’expression artistique, MIFERVAL et A2P pour le soutien à la parentalité et la médiation sociale et familiale, AIPES pour la santé des femmes, etc.

Figure 6 : Deux modèles de réseaux structurés .Extraits du support de cours de Rémi Bachelet (Centrale Lille) sur les réseaux sociaux.

- l’apprentissage des valeurs de la République et de la citoyenneté (une priorité d’intervention du PRIPI Rhône-Alpes)175,
- la médiation familiale et le soutien à la parentalité176 ;
- la médiation sociale et inter-trans-culturelle afin de faciliter la dimension culturelle et citoyenne de l’intégration177de même que la mise en réseau des associations de migrants, au-delà de leurs différences ethnolinguistiques ;
- le soutien scolaire178des descendants des migrants de la 3e génération et des migrants mineurs
récemment arrivés en France ; ces deux derniers axes étant d’ailleurs le point de rencontre et de complémentarité (axes d’intervention, objectifs, sources de financements) des politiques publiques de l’intégration et de la ville dans le Grand Lyon.

Autres champs d’intervention qui nous paraissent à la portée des compétences individuelles et collectives des associations de migrants subsahariens rencontrées au cours de notre enquête et ayant développé à titre individuel ou collectif une expertise particulière :

- les actions de formation des associations membres et non membres des réseaux de migrants : structuration, gestion, communication, collecte de fonds, ressources humaines, responsabilité juridique et sociale, création , ouverture et animation des réseaux associatifs, cartographie des acteurs essentiels pour les associations des migrants engagés dans les actions d’insertion, d’intégration, de solidarité communautaire ou de développement solidaire… ;
- l’interprétariat social et linguistique ;
- la réalisation d’études scientifiques de terrain : recherche-action, diagnostics, impact et d’évaluation de la politique locale d’intégration ou d’insertion menée…
- la conduite d’actions d’appui méthodologique à travers la diffusion des bonnes pratiques et la réalisation des guides.
- Aide administrative, morale, matérielle aux étudiants venant des pays d’origine pour les universités de la région (ce que fait l’ABL avec un certain succès)

 Œuvrer à construire au sein de la fédération une spécialisation sur le champ de la constitution et l’animation des réseaux (activité susceptible de bénéficier des financements du Fonds Européen d’Intégration) ; et procéder à l’organisation d’événements ponctuels de mise en réseau des migrants réunis en associations en multipliant des opportunités d’échanges à moyen et long terme ;

 Établissement d’une plate-forme de communication et d’information interactive qui permette la discussion sur de multiples thèmes, comprendre ce qui fonctionne bien et pourquoi, l’auto-évaluation collective des actions engagées, le partage sur les retours d’expériences autour de projets portés par les

175 Cet axe d’intervention consiste en la mise en place des actions de formation visant une meilleure connaissance des institutions, des lois et des valeurs de la République et des usages qui permettent de savoir vivre ensemble au sein de la société française. Il correspond par ailleurs à l’axe 2 de l’appel à projet DAIC 2012 : « connaissance et promotion des valeurs de la société d’accueil ».
176 De l’avis même du HCI dans son rapport 2011, les associations actives dans le champ de la médiation familiale et le soutien à la parentalité,
« reçoivent à ce titre près de 8 millions d’euros de subventions annuelles dans le cadre d’appels à projet nationaux ou déconcentrés dans le cadre du programme 106 ‘’actions en faveur des familles vulnérables’’. Sur ces financements, un tiers est déployé vers les zones prioritaires de la politique de la ville ». Ce champ d’intervention de la politique nationale d’intégration apparait largement à la portée des associations si on en juge par leurs actions massives, essentielles et reconnues par les pouvoirs publics. Les publics migrants constituent plus de la moitié de la population résidant dans les quartiers prioritaires de la ville, d’où toute l’importance d’investir ce champ pour les associations de migrants subsahariens dans le Rhône, pour autant qu’elles puissent être porteuses d’une offre de services forte, cohérente et s’appuyant sur un réseau de compétences identifié et solidaire.
177
Un domaine d’action investi principalement mais isolément sur l’interculturalité par deux associations de notre échantillon : Miferval et
A2P-Nord-Sud-Sud, toutes deux membres du collectif Africa 50.
178
Les actions de soutien scolaire s’ancrent en effet dans deux politiques publiques différentes mais complémentaires : d’un côté, les projets
de réussite éducative de la politique de la ville pilotés par l’ACSE et pour lesquels il a reçu en 2010 95 millions d’euros de budget. D’un autre côté, le PRIPI prévoit également ce type d’actions dans son volet territorial, en direction des enfants d’immigrés spécifiquement. Ces actions sont financées, quoique marginalement à hauteur de quelques centaines de milliers d’euros, par le programme budgétaire 104.

migrants ici et là-bas, la diffusion des bonnes pratiques, l’expression des besoins et la mise en exergue des expertises mutuelles des migrants afin d’y répondre : le « Networking ».

Cela passe entre autres médias par :

- l’élaboration d’un portail internet interactif concentrant et diffusant toutes informations pertinentes, officielles et utiles (actualités sociales, politiques, administratives et culturelles liées aux questions d’intégration/insertion en direction des migrants) facilitant le processus d’accueil et l’accompagnement à l’intégration et l’insertion des migrants récemment ou anciennement installés ; l’alimentation et la maintenance régulières de cet espace virtuel ;
- La création de supports matériels de liaison d’échanges du type lettre de réseau179 ;

 La création d’une Maison des subsahariens du Grand Lyon (par une acquisition ou location immobilière) qui servirait d’espace fédérateur des initiatives associatives, des rencontres et contacts en face à face, des échanges d’informations entre experts qualifiés, migrants semi ou non qualifiés, professionnels, étudiants, acteurs institutionnels dans la région Rhône-Alpes.

 L’initiation et la participation aux forums-débats, y compris via les forums de discussion sur internet, sur les questions ayant trait à l’intégration sociale, culturelle, économique et citoyenne des migrants, occasion de formuler et porter des requêtes auprès des acteurs institutionnels ;

 Participation au développement social et économique local des rhodaniens d’origine immigrée et les non migrants à travers :

- Les activités visant au renforcement de l’employabilité des migrants au travers de la création des structures de formation et d’accompagnement vers le retour à l’emploi, la création des entreprises d’insertion par l’activité économique et l’emploi ;
- Les activités de soutien ou d’accompagnement à l’aide à l’intégration des nouveaux arrivants dans le pays d’accueil ;
- Les activités de représentation des immigrés vis-à-vis des autorités du pays d’accueil et des pays de départ.

 Activités régulières, culturelles, civiques, de création des liens entre les migrants récents et les anciens (à l’image de ce que fait l’ABL) et entre les migrants et les non-migrants à travers une participation à la
« Semaine de l’Intégration » que prévoit le document-cadre du PRIPI Rhône-Alpes pour distinguer des migrants qui se seraient illustrés par un parcours d’intégration réussi.

 Créer les conditions de mise en place d’ un fonds d’investissement productif pour financer les projets d’intégration/insertion des publics migrants de France et les projets de développement des pays d’origine, à l’instar de ce qu’envisage de créer le réseau de migrants sénégalais de haut niveau, né il y a peu : le réseau DiaspoSen.

La mise en œuvre de ces actions implique tout d’abord la volonté d’agir, d’agir ensemble et d’agir dans ce sens, l’intérêt d’agir et surtout la mobilisation des acteurs-clés, migrants et non-migrants, dotés des compétences adéquates. Quel est l’état de la question en ce qui concerne la communauté associative subsaharienne du Grand Lyon ? Quelles pratiques y ont cours en termes de recrutement des compétences et leur valorisation ? Les réponses à ces questions font l’objet du prochain chapitre.

179 Il serait intéressant à ce sujet de consulter le Portail web d’une association professionnelle initiée par des migrants en région parisienne : l’URACA (Union de Réflexion et d’Action des Communautés Africaines), fondé par l’ethnopsychiatre Moussa Maman et ayant pour objectif la prévention sanitaire et sociale globale associée à la défense des cultures africaines. http://www.uraca.org/

Cette partie engage une analyse des discours et des pratiques des migrants réunis en associations autour de la question des compétences, leur construction , développement et mobilisation (chapitre 7) et enfin le corpus de solutions proposées par les migrants eux-mêmes pour aller vers la construction d’une diaspora forte, intégré, en dépit des spécificités culturelles propres à chacun, de manière à mobiliser toutes les ressources et compétences disponibles et utiles afin de s’accompagner soi-même et accompagner l’ensemble des publics migrants subsahariens vers une intégration pleine et réussie (Chapitre 8).

Chapitre 7 : Discours et pratiques autour de la construction, la mobilisation et le développement des compétences (ou
« Capacity building ») des migrants dans le Grand Lyon p. 141
Section 1. Les principales dimensions du concept de « compétence » 141
Section 2. Mobiliser les compétences des migrants pour réussir l’intégration 145
Section 3 : Pratiques et témoignages des associations des migrants subsahariens du Grand Lyon en matière de gestion des compétences des migrants pour le développement et l’intégration 155

Chapitre 8 : Pour une diaspora forte, intégrée et entreprenante. Corpus de Préconisations par les acteurs associatifs eux-mêmes p.165

1. Entamer une révolution copernicienne au niveau des mentalités et des comportements 165

2. Engager une transformation structurelle en profondeur 166

3. La valorisation et la mobilisation des compétences au service des associations des migrants 166

4. Quel rôle pour les acteurs étatiques ? 167

Chapitre 7. DISCOURS ET PRATIQUES AUTOUR DE LA CONSTRUCTION, LA MOBILISATION et le DEVELOPPEMENT DES COMPETENCES DES MIGRANTS OU « CAPACITY BUILDING » DANS LE GRAND LYON

Ce chapitre tente de mettre en lumière l’impact des pratiques de mobilisation des compétences multiples des migrants en France, puis celle des acteurs associatifs, des entreprises et des institutions sur le processus d’intégration professionnelle et socioéconomique des immigrés dans les régions d’installation et ses implications sur les retombées des actions de développement des localités d’origine.

À travers cette section, nous analysons les modes de mobilisation des compétences individuelles et collectives observés au cours de notre enquête ayant au cours au sein de la communauté associative africaine du Grand Lyon, le recours aux compétences externes au réseau des migrants, aux dispositifs génériques du développement des compétences et les pratiques en la matière puis l’état des discussions relatives à la constitution des bases de données des compétences et annuaires de professionnels subsahariens et réseaux d’origines diverses.

Revenons toutefois dans un premier temps sur quelques éléments théoriques du concept de compétences.

Section 1. Les principales dimensions du concept de « COMPETENCE»

Le concept de « compétence » a pour principale caractéristique son hétérogénéité. C’est un terme polysémique dont la définition varie suivant les auteurs et la diversité des champs d’application : organisation du travail, mobilité interne, externe, rémunération, mise en place de changements organisationnels, management développement, etc… Nous y voyons cependant la capacité à réaliser les activités professionnelles attendues d’une personne dans le cadre du rôle qu’elle doit remplir, dans une organisation ou dans la société.

1. Les Compétences et l’ « agir »

Pour les besoins de l’analyse de notre sujet d’enquête, dans la partie introductive de ce rapport, nous entendions par compétence un ensemble de connaissances théoriques et techniques acquises par la formation ou par l’expérience, mobilisables et surtout utiles à l’exercice d’une activité. En d’autres termes, l’ensemble des savoirs, savoir-faire et savoir-être mis en œuvre dans un contexte donné. Dans le détail, nous verrions dans la
compétence, avec certains auteurs dont Guy Le Boterf180, la combinaison de trois attributs :

- Le savoir-agir : c’est un savoir-faire opérationnel qui implique une capacité à rassembler les ressources adéquates pour accomplir avec succès une tâche ou une mission précise ;
- Le vouloir-agir qui relève plutôt de la motivation à agir, de l’attitude, du savoir-être ;
- Le pouvoir-agir qui se rapporte lui à un contexte qui peut être plus ou moins contraignant, un environnement, une conjoncture (une organisation de travail par exemple, un style de gouvernance…) qui vont influer sur le vouloir agir par exemple.

La compétence se situe à l’intersection entre les individus, leurs capacités, les structures organisationnelles et les activités à réaliser au sein, pour le compte et en dehors de celles-ci. Aussi, pour optimiser les compétences des

180 Guy Le Boterf, Professionnaliser. Le modèle de la navigation professionnelle, Paris, 2007.

migrants en vue de l’a réussite du processus d’intégration, faut-il prendre en compte à la fois la démarche individuelle au sens du développement des compétences individuelles , mais aussi la démarche organisationnelle au sens de la structuration associative la plus féconde possible au sens où l’organisation associative serait le lieu de génération et d’amélioration les capacités à agir socialement , professionnellement et économiquement des migrants.

2. Compétences, Performances et gestion des compétences

Les compétences sont l’essence même de la performance au sens où les premières contribuent à augmenter augmentent significativement les secondes. Si les compétences sont essentielles pour l’action, encore faut-il que celles-ci soient efficientes, d’où l’idée de de gérer mais aussi de développer les compétences de façon à produire des performances de meilleure qualité. De ce point de vue, les migrants disposant des compétences particulières peuvent être considérés comme des sources d’efficience et de richesse.

Les pratiques de gestion des compétences dans les organisations de travail telles les entreprises par exemple reposent traditionnellement sur différents types d’approches, selon Daniel Held et Jean-Marc Riss181, très souvent centrés exclusivement sur l’individu à travers sa formation de base, son savoir-faire opérationnel, sa personnalité ou sa manière d’aborder les problèmes. Or, la prise en compte de la notion de performance, qui ne va donc pas de soi, est indispensable. Held et Riss précisent ici la frontière de même que la corrélation existant entre les deux concepts : « La performance consiste à atteindre des résultats définis. La compétence pour sa part concerne la capacité à réaliser des d’activités, pour atteindre ces résultats. La compétence devient alors l’essence même de la performance et se situe au cœur de l’organisation apprenante ».

Le contexte concurrentiel au sein desquels évoluent les associations des migrants subsahariens dans le Grand Lyon est marqué par une réduction drastique du nombre d’associations partenaires de l’État dans la politique d’intégration et par la monopolisation des financements publics par les associations d’envergure régionale et nationale et par celles portant des offres de service aux publics en difficulté et reconnus d’utilité publique. L’efficience de ces services contribue à en assurer à la qualité. Ce contexte oblige par conséquent les associations des migrants à prendre en compte non seulement la nécessité de mobiliser l’ensemble des ressources disponibles et à en développer d’autres, mais aussi l’impératif de la performance qui tient à la qualité de l’action engagée. Il ne s’agit donc plus d’agir pour agir mais agir pour obtenir les résultats les plus efficaces possibles en termes de développement économique et social des publics visés.

Or la situation des associations des migrants rencontrées laisse davantage entrevoir une faiblesse des moyens humains et matériels, des capacités opérationnelles et de management stratégique. Ce déficit ne permettant pas d’accéder à la performance.

3. Déficit et Solutions de développement des compétences

Les causes des lacunes en matière des compétences au sein d’une organisation associative ou une entreprise, eu égard aux activités à réaliser et des résultats à atteindre, peuvent se rapporter selon les situations à :
- la non-identification et la non-mobilisation des acteurs individuels et collectifs qui en disposent, pour toutes sortes de raisons ;

181 Daniel Held et Jean-Marc Riss : « Le développement des compétences au service de l’organisation apprenante », Employeur Suisse, n°13, 1998. Les approches évoquées sont :
- Approche basée sur les savoir-faire
- Approche basée sur les connaissances, le savoir
- Approche basée sur les comportements
- Approche intégrant les savoir, savoir-faire et savoir-être
- Approche basée sur les « compétences cognitives »

- l’écart important entre les niveaux des compétences attendues et les compétences disponibles ;
- Le manque des savoirs : que l’on peut exprimer par la formule « je n’ai jamais fait cela, ni même abordé la question », ce que nous avons souvent entendu au cours de notre enquête concernant les pratiques d’accueil et d’intégration formelle des migrants par les associations des migrants subsahariens ;
- Le comportement indispensable non acquis eu égard au contexte économique, culturel et social : difficulté d’adaptation aux règles et normes de management, d’organisation, le déficit de la culture du contrat et de la parole donnée, la non-maîtrise des procédures ;
- Le déficit personnel plus profond : la peur d’aborder les conflits par exemple ou de sortir du connu, de sa zone de confort, la faible tendance à la prise de risques, à l’élargissement de son horizon opérationnel, partenarial, social …)182

Aussi, dans l’optique de maîtriser son activité, des mesures spécifiques et individualisées peuvent-elles permettre de développer les compétences manquantes des acteurs associatifs, au sein ou à l’extérieur du réseau, pour chaque action ou groupe d’actions :

- Améliorer les savoirs généraux, spécifiques et pratiques, la connaissance : pour en revenir à notre étude, il peut s’agir de donner accès aux acteurs, par la formation ou les sessions d’information collectives, à l’ensemble des renseignements (bien informationnel) dont il vaut mieux disposer pour agir plus efficacement dans un contexte qui apparait fortement concurrentiel. Ce sont entre autres données :

 Les dispositifs législatifs et opérationnels des politiques d’intégration et d’insertion au niveau national et leur déclinaison au niveau local,
 les publics, les champs d’intervention et zones géographiques prioritaires au sein du périmètre départemental d’action,
 les marchés des subventions publiques et privées et former à la pratique d’une veille stratégique (internet, presse, journal officiel, etc.) pour être au fait quand il y a lieu de l’ouverture des marchés publics à tous les échelons administratifs : commune, département, région, État, Europe, fondations, mécénat, etc. ;
 les problématiques et profils socio-économiques et culturels des publics cibles (migrants jeunes, âgés, femmes, résidants des quartiers prioritaires de la politique de la ville, etc.) ;
 les associations partenaires de l’État qui constituent la concurrence au niveau local, régional et national ;
 les méthodes et procédures efficientes de réponse aux appels d’offres et appels à projet, de même que les process de montage , suivi et évaluation et optimisation de l’efficacité des projets d’insertion en direction des migrants dans le Grand Lyon ;
 L’identification des acteurs clés (associations, entreprises, institutions, particuliers) pour construire des partenariats stratégiques gagnant-gagnant sur le long terme.

- Développer et renforcer les savoir-faire c’est-à-dire les méthodes appliquées pour la gestion d’un projet, la maîtrise des procédures institutionnelles et techniques, les recours aux expertises externes, les techniques de management, d’encadrement;

- Améliorer et gérer au mieux les savoir-être : les comportements individuels et collectifs, la motivation des membres de la communauté, la valorisation des ressources humaines, les « bonnes ou mauvaises raisons » qui poussent à agir ou pas ;

- Détecter et tirer parti du potentiel intellectuel et personnel des acteurs au sein de l’organisation. Ce point peut faire référence par exemple à la manière d’aborder les sujets et leurs enjeux (concepts, analyses et stratégie à mettre en œuvre…) et les problèmes concrets (adaptation aux situations nouvelles, équilibre personnel, valorisation, image et estime de soi…)

Ainsi, lorsque ces déficits sont comblés et le degré de maîtrise de l’activité dépasse les attentes, il peut en résulter
« des « réserves » de compétences, qui peuvent être utilisées pour d’autres projets ou missions, ou pour former d’autres collaborateurs »183.

Cependant, pour agir dans ce sens, encore faut-il que les acteurs cibles des actions du développement des compétences le veuillent. Le vouloir-agir est d’autant plus essentiel que les associations subsahariennes du Grand Lyon ont adopté quasiment toutes un modèle économique reposant essentiellement sur le bénévolat. Parmi toutes celles que nous avons enquêtées et ayant consulté différents supports répertoriant les associations qui salarient dans le Rhône, seule le COSIM salarie une très infime parti de son personnel.

Cela étant, le désir de combler un déficit de compétences relatives à une activité donnée ne peut émaner que du bénévole lui-même si cette initiative entre en résonnance avec ses objectifs professionnels ou personnels et si ceux-ci sont en adéquation avec ceux de l’organisation. L’initiative peut aussi résulter d’une action de l’organisation elle-même qui va amener le bénévole à améliorer ses compétences par la valorisation des atouts exprimés et non- exprimés, du potentiel (ses capacités virtuelles) de ce dernier, ou encore en lui confiant des responsabilités plus importantes.

Le développement des compétences individuelles s’accompagne d’une amélioration des compétences de l’équipe (salariés et/ou bénévoles) sur laquelle repose l’organisation associative ; l’équipe étant vue ici non plus comme une somme de compétences individuelles disponibles, mais comme une « dynamique créée par des individus, aux profils variés, mobilisés par le fait de réussir ensemble un projet, une mission». Et dans la perspective du développement des compétences de l’équipe, HELD et RISS déjà cités estiment qu’il faut :

« (…) obtenir l’adhésion de tous par rapport à la mission et aux objectifs, valoriser au mieux les complémentarités, par rapport à l’ensemble des activités à remplir dans le cadre de l’équipe, clarifier les règles du jeu, pour favoriser un feedback permanent, source de progression pour chacun. Connaître les profils individuels de chacun (compétences, potentiels et objectifs) se révèle alors essentiel pour la dynamisation des équipes. La performance des organisations en profitera directement ».

L’organisation elle-même n’échappe pas à cet impératif du renforcement des compétences dès lors qu’elle vise la performance, la pérennité et la participation de toutes les parties. En orientant l’organisation vers une politique de développement permanent des compétences, les migrants feraient alors de l’association un espace de construction et de génération du capital humain en même temps que de la construction et la reconnaissance identitaires. En somme l’acquisition des compétences supplémentaires est un avantage collatéral, un effet intentionnel qui va apporter à la structure associative des ressources complémentaires pour l’atteinte de ses objectifs. C’est par cet investissement massif et permanent sur le développement humain qu’une organisation dite « apprenante » définit les conditions de la performance.

En résumé, la mobilisation des compétences des migrants en vue contribuer à la construction de l’agir social et économique des immigrés en France et donc d’accompagner le processus pour une intégration réussie, implique de prendre en compte les Hommes, les Moyens de l’action et le Contexte de l’action, tryptique qui rejoint la triple dimension qui fonde l’ « agir » : le savoir-agir, le vouloir-agir et le pouvoir-agir.

Les associations des migrants subsahariens du Grand Lyon sont-elles motivées agir dans le sens de leur pleine participation aux actions publiques et privées d’accompagnement des immigrés à l’insertion socio-économique ? Si oui, disposent-elles des savoir-faire opérationnels pour ce faire ? Dans quelle mesure peuvent-elles agir en matière par exemple des mobilisations des ressources financières, relationnelles, cognitives, institutionnelles, culturelles dont pourraient disposer leurs pairs au niveau local ? Et comment agissent-elles en ce sens précisément.

Section 2. MOBILISER LES COMPETENCES DES MIGRANTS POUR REUSSIR L’INTEGRATION

1. Contexte et principes généraux

Les populations immigrées sont de plus en plus qualifiées, c’est le constat fait au travers de nombreuses études réalisées dans les pays d’immigration dont la France. Le niveau général d’éducation des migrants a augmenté, notamment ceux récemment installés dans les pays d’accueil184. En autres facteurs expliquant cette évolution
majeure, les politiques migratoires des pays d’arrivée devenues plus sélectives du fait d’une situation du marché du travail interne de plus en plus tendue. De plus , au-delà de la valorisation de l’épargne des migrants qui a fait l’objet de tant d’études, il y a de plus en plus une prise de conscience de l’importance du potentiel que représentent les migrants pour le développement des pays d’origine, en d’autres termes, le lien entre les ressources non financières principalement cognitives et techniques et le développement. De ce point de vue, l’agenda politique international accorde une place centrale aujourd’hui au line Migration et Développement. Ce qui n’est pas nécessairement le cas pour le dyptique Migration et Intégration, trop longtemps resté une prérogative des seules instances administratives des pays d’accueil avant que les associations ne fassent irruption dans le champ de la politique de l’intégration et de l’insertion. En outre, malgré cette hausse notable du niveau de qualification des immigrés qui arrivent dans les pays du Nord, leurs compétences ne sont pas nécessairement identifiées, utilisées et reconnues dans leur diversité et à leur juste valeur. Or, la question de la contribution des immigrés au développement économique et social des populations en France et la réussite de l’intégration des personnes nées étrangères à l’étranger et résidant dans le pays (les migrants) se pose avec la même acuité.

Aussi, avec le développement rapide de la vie associative en France et de la sous-traitance de certaines missions de l’État, de nombreuses associations ont investi les champs de l’intégration et de l’insertion. Depuis le début des années 80, de nombreuses associations de migrants on vu le jour mais peu jusqu’ici ambitionnaient de s’insérer dans ce créneau. Depuis quelques années, des collectifs voient le jour avec pour objectifs aussi bien de soutenir les projets de développement dans les pays d’origine que la solidarité et l’entraide entre membres de la même communauté puis la valorisation de la présence et l’apport des immigrés à la vie locale ici. C’est le cas à Lyon, nous l’avons vu, avec le collectif Africa 50 et d’autres collectifs d’associations représentant les ressortissants subsahariens par pays d’origine.

Si certaines de ces associations africaines envisagent de s’impliquer plus formellement dans le champs de l’intégration, au travers d’un partenariat avec l’État et les institutions locales, il se pose l’épineuse question des moyens disponibles et des compétences à mobiliser au niveau local afin de développer leurs capacités organisationnelles et opérationnelles qui permettront d’ asseoir leur crédibilité et lever des fonds pour l’exercice de leurs activités. Étant donné le modèle économique de celles-ci, reposant comme nous l’avons vu sur le bénévolat, la mobilisation reste faible, la disponibilité des bénévoles étant compromise par leurs propres activités professionnelles et engagements familiaux, puis les dissensions internes à certaines organisations qui débouchent sur une démobilisation massive des acteurs et la dilution de l’idéal unitaire et identitaire.

Dans ce contexte, comment engager et réussir la mobilisation ? Comment recueillir auprès des personnes, associations, des entrepreneurs, étudiants, acteurs institutionnels, enseignants, médecins, avocats, ingénieurs, techniciens, etc., les données permettant de connaître et mesurer l’importance et la nature des compétences utiles
, y compris celles qui échappent aux instruments de mesure disponibles : compétences ethniques , compétences acquises de manière informelle et non formelle ? Comment les associations subsahariennes mobilisent et gèrent- elles leurs ressources humaines ? Quel parti en tirent-elles réellement ?

Avant d’esquisser quelques réponses à ces questions en regard des résultats de notre enquête, nous proposons avant tout de faire un point sur quelques initiatives notables en la matière au niveau local, national et international.

184 Près d’un tiers des migrants récents dans les pays de l’OCDE sont diplômés du supérieur contre moins de 6% dans les pays d’origine.

2. Pratiques publiques de mobilisation des compétences

Le programme TOTKEN185, précédemment évoqué et initié par le Programme des Nations Unies pour le développement depuis 1977 avec un certain succès en Asie a été décliné au niveau national au sein de certains pays africains dont le Mali et le Sénégal pour les cas les plus connus du fait des retombées enregistrées au niveau de la mobilisation des ressortissants qualifiés de ces pays résidant à l’étranger.

2.1. Le Programme National pour la Mobilisation de l’Expertise de la Diaspora sénégalaise (PNMED)

Ce programme piloté par le Ministère des affaires étrangères sénégalaises s’est adossé au programme TOTKEN du PNUD avec pour objectif de « contribuer au développement national par le transfert de connaissances des Experts Sénégalais de la Diaspora et par la mise en relation entre les acteurs des secteurs publics et privés des pays d’accueil et ceux du Sénégal ». Les experts sont sollicités dans le cadre de ce programme pour intervenir dans des secteurs qui connaissent de réels besoins en expertise et considérés comme des vecteurs de croissance.
Entre 2002 (date du lancement de la phase pilote du TOKTEN Sénégal) et 2006, 200 experts ont été répertoriés dans la base de données du Projet, dont 76 sont intervenus (2267 jours de missions cumulés) dans l’enseignement supérieur, l’Administration, la Société Civile et le Secteur Privé au Sénégal, à l’occasion de missions de courte durée. Entre autres faits d’armes, Le PNMED a développé en 2010 un service qui apporte un appui aux entrepreneurs qui investissent dans la micro-finance et aux structures évoluant dans l’industrie de la mobilité
international : E-Diaspora, première agence indépendante de promotion de la microfinance basée au Sénégal186.

2.2. Unité de gestion du Programme Diaspora au Togo

Volet opérationnel du Programme national de mobilisation de la Diaspora togolaise, il a pour objectif de mettre en place des mécanismes permettant :
- d’optimiser la contribution de la diaspora à l’investissement privé au Togo
- la mobilisation de la diaspora scientifique et technique
- l’appui aux initiatives de la diaspora pour le développement local au Togo
- l’optimisation des transferts des fonds des togolais de ola Diaspora
C’est dans cette perspective qu’un appel à manifestation d’intérêt a été lancé en août 2011 par le Ministère togolais de la fonction publique et la réforme administrative afin de recruter 4 experts internationaux chargés de réaliser des études diagnostiques et faire des propositions afin d’opérationnaliser ce plan d’actions. Le programme est doté de fonds importants issus du Programme « d’Assistance Technique Ciblée Multisectorielle et de Renforcement des Capacités Institutionnelles de la Facilité des États Fragiles de la Banque Africaine de Développement » en faveur du Togo.

2.3. Le Programme Migrations pour le Développement en Afrique (MIDA)

Érigé sur les acquis et expériences du défunt Programme de retour et de réintégration de nationaux africains qualifiés (RQAN)187 lancé en 1983 par l’Organisation Internationale pour les Migrations(OIM), le MIDA, né en 2001 à

185 Rapport 2012 OCDE-AFD, déjà cité : « Ce programme permet aux expatriés de contribuer à des projets dans leur pays d’origine en y retournant pour une période de moins de trois mois. Au cours des 20 premières années d’exercice, environ 5 000 personnes ont participé à des projets dans près de 50 pays en développement »
186 http://www.entrepreneurship-diaspora.org/
187
MIDA, « La mobilisation des africains de la diaspora pour le développement de l’Afrique », OIM, 2004 : « Grâce à ce programme, plus
de 2000 nationaux africains hautement qualifiés et expérimentés ont reçu une aide au retour et à la réintégration dans 41 pays d’Afrique. 2565 étudiants boursiers ont aussi été assistés à travers d’autres programmes financés par l’Union européenne. Cette main-d’œuvre très qualifiée a

Libreville au Gabon, spécifiquement dédié aux pays africains, est un « programme[régional] de renforcement des capacités visant à développer les synergies potentielles entre les profils des migrants africains et les besoins des pays, en facilitant le transfert des compétences et des ressources vitales de la diaspora africaine dans les pays d’origine. Il s’appuie sur la notion de mobilité des personnes et des ressources et, de cette façon, offre des options de réinvestissement du capital humain, notamment sous la forme de retours temporaires, de longue durée ou virtuels »188.

Le MIDA s’adresse à l’ensemble des travailleurs qualifiés, mais cible tout particulièrement les cadres, les entrepreneurs et les experts africains de la diaspora « désireux et capables de contribuer par leurs compétences, mais aussi par leurs ressources, financières et autres, aux efforts de développement de leur pays d’origine ». En 2002, le MIDA estimait à 1.042.897 le nombre de non-nationaux subsahariens résidant en Europe dont 275.000 en France, 250.000 au Royaume-Uni et 150.000 en Allemagne. Le service de l’Immigration et des naturalisations aux États-Unis en revanche dénombrait 881.300 subsahariens travailleurs qualifiés dont 326.507 originaires d’Afrique centrale, la légion la plus importante des ressortissants africains d’Amérique du Nord, contre 190.500 pour l’Afrique australe et 27.000 pour les Ouest-africains.

Le MIDA dans une démarche partenariale avec les acteurs de la diaspora, les gouvernements des pays d’origine et d’accueil mène différentes activités dont :

- la Création de petites entreprises en facilitant l’accès aux ressources, animant des sessions de formation à la gestion des micro-entreprises et promouvant la création des co-entreprises communautaires axées sur le développement189 ;
- Des enquêtes d’évaluation et constitution des bases de données sur les compétences et les ressources multiples dont dispose la diaspora, l’étude des besoins spécifiques aux pays et la compilation des opportunités d’investissement dans les pays d’origine190 ;
- Le transfert des compétences par la promotion du télétravail, les apprentissages à distance191
« mediés » par les outils de communication, les séjours successifs et retours permanents ;
- Campagnes d’information et de sensibilisation des diasporas africaines au travers des sites internet dédiés ;
- La gestion des rapatriements des fonds via la canalisation des fonds transférés vers l’investissement productif…

ramené avec elle ses expériences, essentiellement dans les domaines de la gestion et de l’administration, des services sociaux et juridiques (27
%), des sciences et de la santé publique, de l’éducation (17 %), des sciences physiques et mathématiques, de l’ingénierie (15 %) et de la gestion de haut niveau (11 %), ont pu être mises à profit dans les secteurs socio-économiques clé des pays d’origine connaissant une pénurie en la matière ».
188
MIDA, idem.
189 Un projet a été mené en ce sens en Guinée sur la formation des femmes à la création et à la gestion des micro-entreprises par le transfert de connaissances et l’octroi de micro-crédits.
190
Dans le cadre d’un Projet pilote, le MIDA a contribué à l’élaboration d’un site Internet d’information financé par le gouvernement
italien pour les Ethiopiens de la diaspora et notamment ceux d’Italie: «Ethiopian diaspora.info », qui apporte à la communauté éthiopienne à l’étranger des informations utiles à la diaspora : procédure de création d’une entreprise, conseils d’investissement, annonces ciblées ; Un « questionnaire » en ligne permet également aux personnes intéressées de s’identifier et soumettre ces renseignements dans le but de constituer une base de données nationale des Éthiopiens vivant à l’étranger.
191 « Le programme MIDA, qui s’appuie sur les technologies de l’information et de la communication, a donné naissance, en septembre
2003, à une initiative pilote d’apprentissage à distance facilitant le transfert de compétences en permettant d’atteindre virtuellement un large auditoire. 700 étudiants en deuxième année de maîtrise ont bénéficié de ce projet auquel sont associés l’Université de Lubumbashi (UNILU) en RDC et l’Université libre de Bruxelles (ULB) en Belgique. Financés par le Gouvernement belge, les cours de formation sont élaborés dans le cadre d’accords de jumelage belgo-congolais, sélectionnés en accord avec le programme de l’UNILU et en fonction des compétences disponibles au sein de la diaspora congolaise. Il relie la diaspora aux instituts d’enseignement à l’intérieur des pays, et ces derniers les uns aux autres, et offre une formation et un développement professionnel dans des conditions rentables ».MIDA, idem.

3. Initiatives de mobilisation des compétences par les diasporas

3.1. L’expérience sénégalaise

L’expérience sénégalaise en matière de mobilisation des compétences, même si elle reste modeste en comparaison des initiatives indienne, chinoise ou latino-américaine, est tout de même une référence en ce qui concerne les diasporas africaines francophones.

3.1.1. DIASPOSEN

DIASPOSEN est le plus récent mouvement diasporique sénégalais connu en France. Fondé par Lamine Thiam et présidé par Ibrahim Guèye-Nago, il est né à Paris à la faveur de la dernière élection présidentielle au Sénégal. Ce mouvement rassemble des personnes de très haut niveau d’origine sénégalaise résidant en Europe et en Amérique du Nord notamment : chefs d’entreprises, fonctionnaires internationaux, cadres dans la finance, l’aéronautique, les multinationales… Ces cadres politiquement engagés, malgré le positionnement « apolitique » du réseau, affichent alors à la naissance du réseau l’ambition d’« apporter leur pierre à l’édification d’un nouveau Sénégal » en militant en faveur de l’alternance et en apportant leur soutien officiel au candidat Macky Sall de l’Alliance Pour la République (opposé à Abdoulaye Wade le candidat sortant) depuis élu nouveau président de la République du Sénégal. Des cadres et commerçants sénégalais basés en Espagne, Portugal, Italie, Suisse, au Canada et aux États-Unis ont d’ailleurs rallié le mouvement. Assiste-t-on aux prémices d’une diaspora structurée mettant en réseau les ressortissants d’un pays installés dans divers pays d’installation au sens où l’est la diaspora chinoise d’après la classification de Natalia Buga déjà citée ? Quel horizon d’activités au-delà de l’appui à l’accession de Macky Sall à la magistrature suprême ?

Le nouveau Président du Sénégal qui s’est engagé à « faire de la diaspora la quinzième région du Sénégal’’ a depuis lors reçu en audience une délégation du Diasposen durant laquelle il a été question « d’étudier les moyens d’inciter
la diaspora qui a souvent d’importants moyens financiers, un carnet d’adresses et de l’expérience dans différents secteurs d’activités à s’impliquer dans des projets et des actions au Sénégal’’192. En clair, les Sénégalais de la diaspora réunis sous la bannière du Diasposen souhaite s’impliquer plus activement dans la vie économique et
sociale du Sénégal.

Entre autres projets envisagés par le réseau dans le champs de l’aide au développement: ‘’ la création du Fond d’Investissement des Sénégalais de l’Extérieur qui aura pour objet de financer des projets de développements dans les domaines agricoles, industriels et écologiques orientés sur l’autosuffisance alimentaire, le plein emploi, la sauvegarde de l’environnement et l’amélioration du cadre de vie’’.

3.1.2. L’Assemblée des Sénégalais de l’extérieur (ASE)

En ce qui concerne la résolution des problèmes à l’intégration et l’insertion sociale et professionnelle que rencontrent les Sénégalais de France, des assisses se sont tenues le 15 avril 2012 en région parisienne sous la houlette de l’Assemblée des Sénégalais de l’Extérieur née à l’issue d’une série de rencontres de discussions entre membres de la diaspora sénégalaise de France en 2009. Ont assisté à ces assises les collectifs associatifs, les responsables politiques et différentes personnalités de la diaspora. Des propositions ont été faites, validées le 17 juin 2012 par la plateforme et soumises aux autorités sénégalaises. Au-delà des réflexions autour de la reconnaissance et la valorisation du rôle des associations sénégalaises comme actrices du développement durable local, la conception des conditions d’une valorisation(en termes d’investissements productifs) des transferts financiers des Sénégalais de l’extérieur dans l’économie nationale, ou encore de la définition des conditions de représentation des Sénégalais de l’extérieur à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Conseil économique et social,
« les organisations de la Diaspora sénégalaise proposent également leur expertise dans tous les champs de

192

Voir le portail internet du Collectif des associations sénégalaises du Rhône, Solidarité Pour Exister (SOPE) :http://www.sopeonline.net/

compétences relatifs à la coopération bilatérale et multilatérale et au renforcement des solidarités entre les peuples »193. Ce qui a davantage suscité notre attention, ce sont les réflexions d’ordre socio-économique portées par l’ASE fixant les conditions de réussite du processus de l’intégration des Sénégalais de France et les actions à mettre en œuvre pour atteindre cet objectif, au besoin avec l’appui du gouvernement sénégalais. Ces réflexions sont réparties sur 3 axes essentiels :

• Droits sociaux des migrants sénégalais de France
- Défense et garantie des retraites décentes intégrant le double espace Sénégal-France dans lequel sont inscrits les migrants ;
- la parité des allocations familiales pour les ayant-droits restés au Sénégal ;
- déperdition des droits pour les ayant-droits de migrants décédés liée au manque d’informations (allocation de veuvage, pension de réversion, capital-décès…) ;
- revalorisation des pensions militaires

• Vie familiale en migration
- difficultés inhérentes au regroupement familial (intégration nationale et insertion socio-professionnelle) ;
- échec scolaire et phénomènes de délinquance au sein de la seconde génération ;
- reconnaissance de la double culture pour les enfants et les familles,
- importance de la transmission culturelle aux enfants ;
- tarifs préférentiels pour les vacances familiales ;
- suppression de la surtaxe téléphonique ;
- améliorer l’accueil et l’assistance aux étudiants et stagiaires sénégalais en France ;
- actions autour de la régularisation des sans-papiers et la promotion de la solidarité communautaire …

• Maison des Sénégalais de l’Extérieur
- Création d’un espace fédérateur des initiatives des associations, organisations et opérateurs économiques;
- développement des solidarités (multiservices) et des échanges au sein de la communauté sénégalaise de France.

L’animation et le renforcement du réseau des sénégalais de la diaspora tiennent aussi à la création des espaces virtuelles d’échanges où sont discutées sujets de société, problématiques socio-économiques et politiques en lien avec le Sénégal et les sénégalais de l’extérieur. C’est précisément la vocation du site internet
« www.senediaspora.com», une web-agora qui revendique plusieurs milliers de membres.

Dans les organisations associatives transculturelles et transnationales en lien avec les migrants en France, on dénombre également quelques initiatives intéressantes de mobilisation des compétences des migrants.

3.2. L’expérience du Forum des organisations de solidarité issues des migrations (Forim)

Longtemps en marge des questions d’intégration et de la promotion du « mieux vivre ensemble » que stipule pourtant ses statuts, a mis en place sur son portail internet un formulaire ouvert à toute personne « issue de l’immigration » souhaitant apporter son expertise dans l’accompagnement à l’insertion économique et

193 Portail internet du Sope, idem.

professionnelle des migrants en France et dans les pays d’origine. Outil de collecte des informations sur les compétences individuelles et expertises techniques des migrants donc194 pouvant également aider à
la mise en réseau des migrants et des organisations de solidarité internationale ;
la valorisation de l’apport des migrants grâce à leurs compétences spécifiques.

Figure 7. Aperçu du portail web d’inscription dans la base de données des compétences individuelles des migrants (Forim)

Source : Site internet du Forim http://www.forim.net/

Il est cependant difficile de faire un état des lieux du recensement de ces compétences, d’analyser l’utilisation qui en est faite (les canaux et les zones géographiques d’affectation de celles-ci) et donc d’en mesurer l’efficacité pratique, les données recueillies n’étant pas accessibles sur le site internet de l’organisation, contrairement au portail internet du TOTKEN Sénégal où les statistiques des experts inscrits sont immédiatement disponibles. Une étude approfondie d’évaluation de cette initiative serait souhaitable et permettrait d’apporter différents ajustements ; ce d’autant que le Forim, en tant que structure représentative des migrants de France, du moins le versant majoritairement africain de cette population, pourrait inspirer des démarches similaires au niveau des régions et départements en y assurant appui méthodologique, conseil, coordination. Rien de tel ne nous est apparu au cours de notre enquête.

3.3. Le Resacoop et les experts « africanistes » du Grand Lyon

L’expérience de mobilisation des compétences la plus récente identifiée au cours de notre enquête est un travail d’inventaire des experts réalisé par deux étudiants de Sciences Po Lyon195 pour le compte et sous la férule du réseau RESACOOP. La mission de ces étudiants consistait en l’identification dans le Grand Lyon des personnes hautement qualifiées de toutes origines et horizons professionnels (agronomes, vétérinaires, médecins,
enseignants, universitaires, formateurs, ingénieurs, techniciens, etc.) ayant une certaine connaissance du terrain africain et susceptibles d’apporter leur contribution à l’accompagnement des projets de coopération décentralisée portés par les migrants au bénéfice des pays d’origine. En raison du caractère confidentiel des données recueillies, nous a-t-on fait savoir au niveau du Resacoop, il ne nous a pas été possible de consulter ce répertoire afin de déterminer le profil et l’effectif des experts inventoriés. Le rapport de stage insiste toutefois sur le fait que Sciences Po Lyon et le Réseau Resacoop « disposent désormais d’une base de données inédite sur le Grand Lyon (il n’existait pas à ce jour de recensement équivalent) ; les individus qu’elle recense sont par ailleurs mobilisables assez

194

Le portail est accessible à partir du lien suivant : www.forimcomptetences.net

195

Côme Nsika et Julie Depuydt, « Élaboration d’une base de données d’experts dans le domaine de la coopération avec l’Afrique Subsaharienne

et présents dans le Grand Lyon », Rapport de stage académique de 4e année, sous la codirection de Rose-Marie Di DONATO (Résacoop) et Xavier Alphaize (IEP Lyon), juin-juillet 2012.

facilement puisque les entretiens ont été l’occasion de leur présenter le projet et de les informer des suites prévues (tous nos interlocuteurs nous ont donné leur accord pour être sollicités via la base de données) : la base de données élaborée est donc ‘’prête à l’emploi’’ ». Notons que pour les auteurs du rapport le concept d’expertise, polysémique et « polémique », recouvre trois dimensions :

- les compétences techniques et spécialisées apprises par un individu ;
- les savoirs particuliers développés par les acteurs de la société civile (ONG, associations…) ;
- les connaissances nées d’une approche rationnelle, méthodologique et indépendante de scientifiques.

Aussi, ce sont au total 76 personnes classées par grade d’expertise selon l’ancienneté de l’exercice du métier (senior, junior expérimenté, junior) qui ont été recensées, représentant 9 nationalités différentes : française, américaine, sénégalaise, congolaise (RDC), congolaise (Brazzaville), rwandaise, burkinabé, béninoise et camerounaise et dont 44 maîtrisent au moins une langue étrangère, 24 au moins deux langues, l’ensemble de ces expertises couvrant 27 domaines de coopération différents parmi lesquels : 17 experts intervenant dans le domaine de la culture, 16 dans les études et la recherche, 15 experts dans la formation pour adultes, 12 dans l’éducation, 10 dans l’artisanat et l’économie, 9 dans la santé, 8 dans le développement rural, 6 dans l’ Eau et l’assainissement, 5 respectivement dans l’urgence humanitaire, l’action sociale et l’éducation à la citoyenneté et 4 dans l’appui institutionnel, la collecte et l’envoi de matériel , l’agriculture-pêche, etc.

L’intérêt d’une telle base de données de compétences, pour leurs auteurs, est à situer à différentes échelles :
- À l’échelle des associations, elle permet d’instaurer une « meilleure coordination entre les ONG lyonnaises travaillant avec l’Afrique. L’objectif étant de gagner en efficacité sur le terrain, notamment via une mutualisation des financements et des moyens humains » ;
- À l’échelle académique, l’outil permettrait « d’établir une spécialisation universitaire sur Lyon. Cet objectif pourrait se concrétiser au travers de la création d’un diplôme spécialisé sur l’Afrique (…) ou encore de co- diplômes avec des facultés africaines, voire même d’une école doctorale spécifique (permettant de répondre aux demandes, chaque année plus nombreuses, de doctorants africains) »196.

3.4. L’Unité de Réflexion et d’Action des Communautés Africaines (URACA)

Le mouvement est une association de loi 1901 basée en région en Ile-de-France, fondé par l’ethnopsychiatre Moussa Maman à la suite de la mobilisation d’un petit groupe d’étudiants africains suite au problème rencontré par l’un des leurs. La prévention sanitaire et sociale globale associée à la défense des cultures africaines est son cœur de métier depuis 1986 et elle s’appuie sur une démarche originale que résume la formule suivante : « être, faire et réfléchir ensemble », une démarche communautaire dans le sens où : « elle est basée sur la participation active des membres de la communauté concernée. Cette démarche aboutit à L’utilisation des éléments culturels comme points d’appui des stratégies d’intervention. Dans un contexte de migration, elle vise à rendre possibles, malgré les décalages, les liens entre les logiques de la société d’accueil et celles du pays d’origine. Cette fonction de lien est essentielle, entre communautés africaines et professionnels, entre pays d’origine et pays d’accueil, entre représentations occidentales et traditionnelles africaines, entre L’individu, sa communauté et la
société d’accueil, etc. »197. Cette démarche est également partenariale car l’URACA intervient sur le double terrain
de la France et de l’Afrique et s’appuie donc sur l’expertise à la fois d’une équipe de tradipraticiens africains et des professionnels hospitaliers parisiens, majoritairement africains. On y compte des psychologues, des médiateurs,

196

Nsika et Depuydt, idem.

197 http://www.uraca.org/

des animateurs, tous africains, et quelques compétences issues de la communauté française de souche : la secrétaire générale du mouvement et la coordinatrice de l’atelier Santé Ville de Paris 18e arrondissement.

L’URACA en France c’est d’abord un lieu d’accueil, d’écoute et d’accompagnement, ce sont des activités d’ethnopsychiatrie, de médiations, d’assemblées de femmes, la prévention du SIDA , la formation et les échanges, la solidarité communautaire, le soutien aux parents grâce à un projet né en 1999 : le groupe Relais-parents
originaires d’Afrique subsaharienne et dont « L’objectif principal est d’aider les parents originaires d’Afrique sub- saharienne dans leurs relations avec leurs enfants et avec les institutions liées à l’éducation »198.

La pertinence de son approche et de ses actions valent à l’URACA un soutien financier conséquent de la part de la Mairie de Paris mais aussi du Fonds Européen d’Intégration qui lui a octroyé une enveloppe de 75.000 euros pour l’année 2011 sur un projet annuel d’un coût total de 100.000 €199.

Cette crédibilité tient à la cohérence et la lisibilité du projet que porte l’URACA, la spécialisation de ses activités et leur circonscription à un champ spécifique du domaine de la santé (lutte et prévention du Sida), le professionnalisme de ses membres (hautement qualifiés), son option de la transculturalité (subsahariens et européens), sa démarche interculturelle ( prise en compte des invariants culturels d’ici et de là-bas), le ciblage d’un public déjà prioritaire dans les politiques publiques d’intégration et d’insertion par la santé, par l’éducation et la formation notamment (publics migrants, femmes, ,jeunes, parents). L’ancienneté apporte l’expérience et celle-ci a permis à l’URACA d’élargir son périmètre d’intervention à l’Afrique où sont parallèlement conduites des actions de santé communautaire, développement et de solidarité : création de centres de soins et de santé, tournée de médecine foraine, création d’une radio rurale, etc.

Autre atout force de L’URACA : en plus des multiples compétences permanentes dont elle dispose en interne, elle a noué des alliances stratégiques avec des partenaires clés et de proximité : les associations de quartier (Habiter au quotidien, les Enfants de la Goutte d’Or, l’Anneau d’Or, Aidda…), les associations locales, nationales et internationales de lutte contre le Sida (Centre Régional d’Information et de Prévention Sida Ile de France-CRIPS, Migrants contre le Sida, Migration Santé, Act Up, Fédération AIDES , ONUSIDA, OMS, Institut National de Prévention et d’Éducation pour la Santé-INPES, etc.), les Services hospitaliers parisiens : (Tenon, Saint-Louis, Avicennes, Lariboisière, Bichat), etc.

3.5. Autres exemples majeurs de réseaux transnationaux de migrants qualifiés dans d’autres régions du monde

En ce qui concerne l’Europe, nous retenons tout particulièrement :

3.5.1. Le réseau CASA-NET (Cameroonian Skills Abroad – Network)

Réseau des compétences de la diaspora camerounaise dont le secrétariat permanent est basé à Genève en Suisse. C’est une fédération d’associations née en 2008 à la faveur du premier forum des compétences de la diaspora

198

Il s’agissait pour l’URACA de « constituer des groupes de parents, animés par des leaders appartenant à la même communauté, et

d’interroger l’éducation des enfants, la situation d’être parents migrants d’enfants nés en France(…) Deux groupes se sont impliqués dans cette action : Un groupe de 13 pères (soninké, peul, bambara…) dirigé par Mr Mamadou DIARRA ; Un groupe de 33 mères (mandingue) dirigé par Mme Aïssatou GNABALY. En 2004, un troisième groupe est né, constitués de jeunes (16-25 ans) de la seconde génération qui apportent leur regard, leurs interrogations sur une situation particulièrement complexe ; groupe animé par Mr DIARRA ».
199 Pour plus d’informations, consulter le document disponible sur le site du Ministère de l’Intérieur français : « Liste des bénéficiaires du Fonds
Européen d’Intégration(FEI) pour l’année 2011 ». Cela dit, l’URACA bénéficie également de financements de la Mission Ville de la Ville de Paris, la Direction Régionale des affaires Sanitaires et Sociales (DRASS), la Direction Générale de la Santé (DGS), Le service des financements associatifs de « Ensemble Contre le Sida »(ECS) , la Direction de l’Action Sociale, de l’Enfance et de la Santé (DASES), la Caisse Régionale d’Assurance Maladie d’Ile-de-France (CRAMIF).

camerounaise, baptisé DAVOC 2008200 et regroupant universitaires et professionnels installés dans divers pays de l’OCDE principalement. Un réseau d’experts donc qui ambitionne de regrouper l’ensemble des migrants camerounais pour des échange d’idées, de ressources et de projets en vue de mener des actions multisectorielles d’accompagnement au développement du Cameroun, dans une démarche partenariale avec les institutions ( Casa- Net travaille avec les gouvernement camerounais et suisses notamment ) et des structures privées au niveau national et international. Nombreuses sont les associations étudiantes camerounaises d’Italie, Suisse, États-Unis, Allemagne, Chypre, Hollande, Belgique, Angleterre membres de ce réseau des compétences. En France en sont membres en l’état actuel de nos informations :

l’Association des Étudiants et Stagiaires de Lyon (AESCL)
l’Association des Stagiaires et Étudiants Camerounais de Bordeaux (ASECB)
l’Association des Étudiants Camerounais de Strasbourg (AECS)*

3.5.2. Le cabinet montréalais AfriExperts International

AfriExperts est avant tout un réseau d’experts consultants africains d’horizons géographiques multiples basé à Montréal au Canada et proposant des expertises en termes d’accompagnement, de réalisations de missions spécifiques pour une clientèle variée dans différents champs dont l’ entrepreneuriat et le développement des affaires, le développement international, les technologies de l’information, la coopération internationale, les services financiers, la conduite des projets de recherche, l’immigration. Parce qu’il a fait le choix d’accompagner les Africains de Montréal dans le processus d’insertion professionnelle et de reconnaissance de leurs compétences par la valorisation « du potentiel des compétences africaines dans le cadre des mandats qu’il réalise au Canada et ailleurs dans monde, AfriExperts International s’emploie à faire prioritairement recours aux services d’experts africains qui se démarquent par leurs expériences professionnelles et leurs aptitudes à agir avec diligence et
attention, pour répondre aux exigences de la clientèle »201.Pour ce faire , il s’appuie aussi sur son réseau d’associés
et partenaires installés au Canada, aux USA, en Europe et en Afrique. Parmi les services proposés à sa clientèle :

Création et la gestion d’entreprises
Conception, suivi et évaluation des projets
Analyse et évaluation des politiques
Réalisation des sites web et référencement
Déclarations fiscales et comptabilité
Services aux immigrants
Le consulting (TIC, développement international, services financiers, immigration) ;
 L’assistance sur mesure ;
Le placement en emploi ou l’interface entre candidats à l’emploi et employeurs potentiels : Ce 3e axe de service s’éclate en une multiplicité de prestations dont :
 la promotion du réseautage et du mentorat,
 la fourniture des informations sur le marché de l’emploi canadien,
 les conseils en relations interculturelles dans l’emploi,

200

La 5e édition de ce forum annuel s’est tenue à Genève les 11 et 12 octobre 2012 autour de la thématique : « contribution des migrants

africains aux stratégies de développement » avec la participation d’une importante délégation représentant le gouvernement camerounais. Au cours de ces assises a été examiné le Document Stratégique pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) proposé par l’État « pour faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035 » (Voir www.davoc.org). Le Réseau Casa-Net participe les 29 et 30 novembre à Genève au Forum mondial sur les migrations et le développement ou Global Migration and Development (GFMD) à l’invitation des Nations-Unies. En outre, dans la perspective de la mobilisation la plus large possible des compétences camerounaises de l’étranger, un observatoire des compétences de la diaspora camerounaise (OCDC) serait en cours de mise en place au Cameroun.

201 Voir le Portail internet du Cabinet AfriExperts International http://afriexperts.com/

 la recherche de potentiels employeurs et la mise en relation sur la base des objectifs professionnels définis avec les requérants.

Le Cabinet AfriExperts International, à travers son Directeur Général Guy Pascal Zambou, a publié en juillet 2012 La première édition de l’annuaire africain de Montréal, une manière de « contribuer au rapprochement interculturel et au renforcement des dynamiques d’intégration économique et socioculturelle des Africains dans la société québécoise et canadienne ». Ce répertoire recense majoritairement des adresses d’entrepreneurs africains de l’agglomération montréalaise, des renseignements utiles sur les services divers (emploi, associations, services financiers, etc.) mais aussi les adresses de Québécois dits de souche, dans une démarche de promotion des alliances stratégiques.

3.5.3. Le Réseau des Entrepreneurs et Professionnels Africains (REPAF)

Lui aussi basé à Montréal et né en 2005, le Repaf est un « réseau d’affaires dynamique d’entrepreneurs, de professionnels et de travailleurs autonomes majoritairement d’origine africaine »202, et dont les objectifs consistent à accroître l’influence des jeunes entrepreneurs africains à Québec promouvoir leur avancement professionnel. Pour ce faire, le réseau anime les actions suivantes dans le cadre de réseaux spécifiques spécialisés (« Clubs
Affaires », « Clubs professionnels », « Journée Carrière-Diversité », « Speedmeeting affaires », « rencontres Première action », « 6 à « 8, « Galas », « Caravanes »):

Développer un réseau dynamique d’entrepreneurs, de professionnels, de travailleurs autonomes et de dirigeants, et accroître leur influence;
Cultiver les habitudes de réseautage d’affaires comme outil de succès et de création de valeur;
Faire la promotion du professionnalisme et de l’entrepreneuriat comme outil de création de richesse et d’intégration;
Favoriser l’avancement professionnel des membres dans toutes les sphères d’activité;
Créer une relève d’affaires forte, diverse et engagée;
Outiller les membres dans leur cheminement vers des postes décisionnels.

À l’issue de ce tour d’horizon non-exhaustif qui consistait à mettre en exergue les initiatives notables de mobilisation des compétences par les migrants eux-mêmes et parfois avec l’appui des gouvernements locaux et des institutions internationales, nous tirons deux enseignements majeurs :

- Le relai qu’assurent aujourd’hui les associations et réseaux professionnels dans le processus d’accompagnement à l’insertion économique et professionnelle des migrants primo-arrivants et d’installation ancienne comme le montrent les deux exemples canadiens ;
- La nécessité pour les migrants de se structurer en réseaux régionaux, nationaux ou transnationaux, et à se fédérer autour d’ une « cause », d’un thème ou d’un champ spécifique d’engagement et pour lequel la démarche de mobilisation des compétences visant à apporter des solutions à la problématique posée doit être de la même manière préparée, structurée, planifiée. La crédibilité, la légitimité des organisations associatives subsahariennes vis-à-vis des partenaires institutionnels et privés et vis-à-vis des migrants eux- mêmes tiennent à cette capacité à penser et organiser l’action, puis à la rendre efficace par la manière et les moyens avec lesquels elle est conduite.

S’organiser, se compter pour mieux agir, influer sur le cours des évènements et donc compter, tel est l’horizon déjà atteint par certaines organisations de migrants subsahariens en Europe et en Amérique du Nord, nous l’avons

202

Voir le Portail internet du réseau à l’adresse suivante www.repaf.org/

vu. Qu’en est-il des pratiques de mobilisation et développement des compétences au sein de la communauté associative subsaharienne du Grand Lyon ?

Section 3 : Pratiques et témoignages des associations des migrants subsahariens du Grand Lyon en matière de gestion des compétences des migrants pour le développement et l’intégration

Le constat général d’une faible pratique de la mobilisation formelle des compétences des migrants dans le Grand Lyon a donné prétexte à la présente étude : comprendre les raisons d’une telle dispersion des compétences et la difficulté pour migrants à les agréger afin de porter collectivement des projets d’insertion dans la société d’accueil ou de développement des pays de départ.

1. Caractéristiques des compétences individuelles et collectives des migrants

Les opinions recueillies auprès de la vingtaine de responsables associatifs enquêtés sur la question des compétences des migrants font apparaitre quelques caractéristiques majeures :

1.1. Elles sont difficilement quantifiables en raison de l’absence de données globales pertinentes

À l’exception, du travail précédemment cité mené sous la direction conjointe de Sciences Po Lyon et du Résacoop, nous n’avons pas identifié de démarche formelle de mobilisation des mobilisation des compétences au travers de la constitution d’un répertoire d’immigrés portant une expertise particulière. L’association EKODAFRIK qui anime le site web www.echosdafrique.net propose néanmoins un annuaire en ligne des africains du Grand Lyon (avocats, experts comptables, élus communaux, entrepreneurs, associations, etc.) sans que l’on sache si ces données du reste pertinentes ont pu servir à susciter la mise en lien des professionnels recensés d’un même secteur d’activités ou la mise en réseau d’organisations associatives désireuses de mener des actions conjointes en mutualisant les moyens. Difficile également de savoir si les renseignements y sont mis régulièrement à jour (mobilité oblige) et enrichis au fur et à mesure des collectes de nouvelles données sur les profils professionnels des migrants nouvellement installés dans la région par exemple. Il serait d’ailleurs intéressant d’élargir ce répertoire aux professionnels subsahariens sur l’ensemble de la région Rhône-Alpes, de manière à susciter des liens, encourager les démarches de construction de réseaux professionnels et associatifs outre-Rhône. Pertinent serait aussi la mise en lien entre les collectifs d’associations des migrants du Grand Lyon et le Résacoop pour s’inspirer de la méthodologie d’inventaire des compétences « africanistes » mené par le second dans le périmètre rhodanien et identifier les experts subsahariens répertoriés dans cette base de données.

1.2. Elles sont dispersées et pas toujours clairement identifiées ni même reconnues par les associations qui en auraient pourtant bien besoin

En plus du déficit important d’informations pertinentes de nombres de petites associations de migrants concernant les interlocuteurs institutionnels chargés de piloter les politiques locales de la ville et de l’intégration, les dispositifs publics existant et l’octroi des ressources pour la conduite des actions, sévit aussi une méconnaissance ou un déficit de crédit à l’endroit des associations et structures professionnelles de migrants ayant développé une ingénierie particulière dans le montage et le suivi des projets d’insertion ou de développement, la formation
professionnelle, l’accompagnement en tous genres203. La crise de confiance entre migrants peut accentuer ce

203 Citons en exemple le cas du Centre Appui Conseil Formation, une des rares structures d’insertion économique et professionnelle des publics en difficulté , immigrés et non-immigrés, portée et administrée par des migrants. Né en 2001, les activités du Centre se structure autour de deux pôles : un pôle Conseil en création et reprise d’entreprise, suivi post-création, gestion, les TIC, les projets de santé, l’ingénierie des

phénomène, une crise de confiance des migrants subsahariens vis-à-vis de l’expertise de l’Africain. Les a priori positifs ou négatifs qu’ont les uns vis-à-vis des autres, répercutés par le bouche-à-oreille particulièrement efficace du point de vue des échanges d’informations dans les relations interpersonnelles, peuvent aider à l’identification et l’adhésion à une structure professionnelle ou une association d’experts africains ou au contraire susciter méfiance, réticence et discrédit qui renforcent la méconnaissance et les préjugés y compris au sein de la même communauté nationale ou ethno-régionaliste. Un phénomène assez courant au sein de la communauté subsaharienne et qui légitime la démarche d’une association comme l’A2P Nord-Sud-Sud qui a fait de la lutte contre les préjugés et stéréotypes au sein de la communauté africaine du Grand Lyon son cheval de bataille ; de même que la promotion de la transculturalité et sa traduction en actes par la pratique de l’ouverture et l’imbrication des associations subsahariennes toutes origines confondues au sein d’un collectif du type Africa 50 ou le Cosim. L’association s’appuie en effet sur le constat qu’en plus du déficit de confiance :

« …les préjugés font que l’on s’imagine l’autre comme un ennemi, un danger, alors à ce moment-là, on ne cherche plus à le connaitre, on cherche plutôt à lui barrer la route. Au lieu de travailler sur des objectifs communs et la mise en place d’outils qui nous permettent d’évaluer que nous tendons vers cet objectif commun, de manière à renforcer la confiance, cette confiance qui n’est pas donnée une fois pour toutes, qui est à construire et à reconstruire en permanence ».

Un autre responsable associatif nous confiait dans la même veine que : « l’expertise c’est important et pour valoriser certaines choses il faut que les gens en face donnent du respect et de la reconnaissance à l’expert sinon ça ne vaut rien »

La permanence des attitudes de défiance mutuelle, accentuée par le facteur concurrentiel pour la captation des ressources publiques et privées et l’acquisition du prestige social , met à mal le processus de professionnalisation des associations dont dépendent l’efficacité des actions, la visibilité et la légitimité des associations dans leur s quêtes partenariales.

Nous avons noté parallèlement la difficulté que rencontraient certains acteurs associatifs à identifier les organisations par thématiques ou champs d’intervention en raison d’une invisibilité sur l’espace public de nombre d’entre elles : absence de sites internet, coordonnées dans les annuaires associatifs des mairies pas toujours à jour, période d’activités très variables en fonction de la disponibilité des membres du mouvement…

1.3. Des compétences globalement peu disponibles

La non-disponibilité des compétences, corollaire de leur invisibilité, s’explique tout d’abord par la réticence de certains migrants à s’impliquer pleinement dans les activités associatives, même en sachant que ce cadre peut être pourvoyeur en termes d’aide et d’informations en tous genres : « Ce sont les conditions. Il y a beaucoup qui n’ont pas le temps de militer dans les associations et tout. Ce sont les conditions financières. La plupart des gens qui viennent ici ce sont surtout les étudiants. Les gens se cherchent. Les gens pour vivre au quotidien c’est un problème. Ça fait qu’il n’y a pas trop de motivation au niveau de l’association», justifie un acteur associatif rencontré.

Les charges familiales, les responsabilités professionnelles et différentes autres urgences auxquelles sont confrontés les immigrés de manière générale dans les pays d’accueil laissent en effet peu de place à l’engagement bénévole. La population au sein des associations des migrants se rajeunit, une génération nouvelle qui portent des idées parfois en rupture avec le système des « anciens », ce qui crée, comme nous confiait un membre d’un collectif d’associations originaires d’Afrique de l’Ouest, des conflits de génération qui peuvent conduire aux blocages et entrainent des risques de scission.

projets socio-économiques ; un pôle formation en création d’entreprise, aux métiers de l’informatique, en management des projets et ressources humaines, en installation et maintenance des systèmes solaires voltaïques et en ingénierie du développement local.
Voir http://www.centre-acf.fr/

À cela s’ajoute le peu d’investissement des migrants subsahariens à la retraite, « excusés » par la quasi-totalité des responsables associatifs enquêtés. Ceux-ci estiment en effet que les retraités, épuisés par une carrière parfois péniblement vécue, aspirent, pour certains en tout cas, au retour dans le pays d’origine. Aucune des études consultées durant notre enquête n’attestent de cette pratique. Au contraire, l’on assiste à une inversion de tendance avec la circulation régulière entre ici et là-bas mais la prolongation du séjour voire l’installation ou la réinstallation définitive dans le pays d’accueil204.

En conséquence, le cadre associatif dans ces conditions ne peut que très difficilement être un lieu d’échanges, de génération des compétences et de leur développement ; ou un espace de rencontre entre des entrepreneurs et des personnes qui mettent leurs compétences à disposition.

Toutefois, l’Association des Burkinabé de Lyon (ABL) a fait le choix de miser sur l’ensemble des burkinabé, quelles que soient leur niveau de qualification, l’étendue de leurs connaissances ou leur statut par rapport à l’emploi. La mobilisation des troupes et le bénévolat, d’après ce que nous en avons observé, marchent plutôt bien. Son président s’en explique : « L’association peut être l’espace pour trouver des ressources. C’est ce qu’on essaie de faire en tout cas dans notre association, par exemple à travers l’accueil des nouveaux. Pour dire aux gens, même si vous n’avez pas les moyens, Venez : on brasse les idées ensemble. On peut au moins apporter des idées ». Elle s’appuie aussi sur son réseau fort dense de partenaires institutionnels dont la Communauté urbaine du Grand Lyon et le Consulat du Burkina Faso associé au dernier Forum économique (le FEDDA) co-organisé par l’ABL et Africa 50 et qui a été l’occasion de la mise en relation entre employeurs et candidats burkinabé en recherche d’emploi ou d’opportunités d’affaires.

1.4. Les compétences sont plus souvent mobilisées en externe par les associations elles-mêmes

C’est une pratique courante que celle de l’adhésion aux réseaux associatifs dont nous avons indiqué précédemment qu’elle permettait, au-delà de la construction et le renforcement identitaires, d’accéder à la fois aux ressources et biens informationnels pour la conduite des projets des migrants, de bénéficier des services et prestations techniques et administratives proposées par les réseaux en termes de montage , suivi et évaluation des projets associatifs , procédure de montage de dossier de financement, étude de faisabilité, diagnostic, la représentation et défense de la cause des associations auprès des instances politiques et administratives, l’animation des formations pratiques et théoriques sur des thématiques spécifiques ; comme pratiquent le CADR autour de la solidarité internationale, le développement durable , le commerce et le tourisme équitables, ou encore le Resacoop et le Cosim sur la méthodologie de gestion et capitalisation des projets .

Cependant, les prestations de formations ou accompagnement au montage de projets sont peu pratiqués par et au sein des collectifs associatifs représentant des migrants issus d’un même pays, quoi que certains soient membre de

204 Voir Emmanuel Jovelin, « Le dilemme des migrants âgés. Entre le désir du retour et la contrainte d’une vie en France », in la revue Pensée plurielle, 2003, pp.109-117.
L’auteur, dans cet article, souligne que peu de migrants âgés sont satisfaits de leurs conditions de vie en France, pourtant le retour même s’il est envisagé et fantasmé est rarement effectué. Les causes identifiées du non-retour dans le pays d’origine étant : le « fainéantisme » du retour consécutif à la vie prolongée en France, « combiné aux difficultés financières, car pour rentrer au pays, il ne s’agit pas uniquement d’y aller pour rendre visite à la famille, il faut aussi « arroser » pour montrer le signe distinctif de la réussite sociale, sinon mieux vaut ne pas y aller (…)» ; Ensuite le rêve non réalisé : « venir en terre d’immigration c’est avoir des rêves. Or les problèmes économiques font qu’on ne peut rentrer chez soi en étant pauvre. Ce serait dans ce cas un échec inexplicable. Plutôt que de subir le regard du vaincu, on préfère rester en France en maintenant le « mythe de la réussite ». L’échec économique renvoie à un échec de la vie, de toute vie passée en dehors de chez soi. L’enrichissement rêvé au moment du projet du départ se transforme peu à peu en dettes inépuisables » ; et enfin les migrants âgés de retour se vivent comme étrangers chez eux : « vivre longtemps à l’étranger fait de vous un étranger chez vous et traité en étranger chez soi. Les personnes qui vivent à l’étranger sont quelquefois stigmatisées dans leur pays d’origine où l’intégration et les habitudes de vie ne sont pas évidentes. Pour les migrants âgés qui, pour certains, ont passé plus de temps en France que chez eux, le retour est quasiment impossible car cela les pousserait à faire le chemin inverse : réapprendre une nouvelle vie dans un pays qui jadis était le leur. Cette trajectoire à l’envers est inacceptable pour les migrants âgés qui préfèrent sacrifier leur vie dans le pays d’accueil ».

collectifs nationaux membres du Forim et labellisés Opérateurs d’Appui aux Projets (OPAP) de solidarité internationale. Aussi, avons-nous tenté de joindre les services du Forim en charge de cette question pour comprendre la procédure et les critères présidant au choix de labellisation des collectifs communautaires205 , mais en vain.

Les compétences individuelles et collectives externes au réseau peuvent être sollicitées également et puisées dans le vivier des relations interpersonnelles, du capital relationnel accumulé au gré des rencontres et collaborations.

Le constat que nous avons fait toutefois c’est qu’au-delà du réseau communautaire d’appartenance, peu d’organisations associatives subsahariennes recourent aux réseaux associatifs des non-migrants intervenant sur des champs spécifiques. Par exemple l’ASSFAM, FIJI Rhône-Alpes, le CADR ou les Centres Culturels de la Vie Associative (CCVA) tels ceux de Vénissieux et de Villeurbanne que nous avons joint et qui proposent dans leurs catalogues de services en direction des associations domiciliées dans leurs communes respectives des formations à la gestion associative ou des thèmes particuliers.

1.5. Typologie des compétences recherchées par les associations rencontrées

Elles sont de divers ordre mais leur mobilisation doit tenir compte du modèle économique de l’association qui repose principalement sur le bénévolat, comme déjà indiqué plus haut. Cela suppose la disponibilité en temps des bénévoles, leur adhésion aux valeurs et objectifs portés par l’association, et c’est pourtant loin d’être le cas dans certaines des organisations associatives du Grand Lyon. Des dissensions internes ont souvent engendré une démobilisation des membres et une dispersion des compétences, fatalement peu utilisées. Cela pouvant conduire à une situation de déqualification des migrants tant dans le champ associatif que professionnel.

Cela dit, les besoins exprimés par les acteurs associatifs en termes de compétences pour la conduite des projets recouvrent les domaines suivants :

205

Pour le Forim dont Le Renforcement du réseau des Opérateurs d’appui labellisés (OPAP) pour un meilleur suivi et accompagnement

des projets de Codéveloppement des OSIM constitue une des 4 activités menées par le PRA-OSIM, un « dispositif d’accompagnement, de cofinancement et de capitalisation des projets de développement local portés par les OSIM de base » , les missions d’une association labellisée OPAP c’est : le Conseil et l’orientation du porteur de projet, l’ Appui technique et méthodologique, le Contrôle de la qualité, de la pertinence et de l’éligibilité du projet, Appui à la recherche et mobilisation de partenaires techniques et financiers, Aide au suivi financier et opérationnel du projet, l’ Appui à la rédaction des comptes rendus d’emplois de subvention. Parmi les associations labellisées OPAP par le Forim on compte :
- L’Association des Marocains de France (AMF)
- Centre Kram Ngoy / Centre de Formation géré par la Diaspora cambodgienne (CKN-CEFODIA)
- Les COSIM Rhône-Alpes, Nord-Pas de Calais et Midi-Pyrénées
- Le Conseil des Béninois de France (CBF)
- Coordination des Associations Guinéennes de France (CAGF)
- Femmes Inter Associations – Inter Service Migrants (FIA-ISM)
- Haut Conseil des Maliens de France (HCMF)
- Migrations et Développement (M&D)
- Plateforme des Associations Congolaises de France (PACOF)
- Plateforme des Associations Franco-Haïtiennes (PAFHA)
- Réseau des Associations Mauritaniennes en Europe (RAME)
- Comité de Suivi du Symposium sur les Sénégalais de l’Extérieur (CSSSE)
- Touiza Solidarité (TS)
- Union Générale des Vietnamiens de France (UGVF)
- Union des Associations Burkinabé de France (UABF)

 Les compétences managériales : ce sont des compétences d’encadrement (organiser le travail, résoudre des problèmes…), de direction (manager l’association, mobiliser l’ensemble des membres et bénévoles, communiquer, anticiper les évolutions techniques, administratives…) ;

 Les compétences techniques : maitriser les procédures et les outils (informatiques, communication), assurer l’autocontrôle, connaitre le marché des financements associatifs, les dispositifs publics et les interlocuteurs clés, etc. Elles concernent particulièrement les chargés de mission au sein des associations, les consultants internes ou externes justifiant d’une expertise spécifique ;

 Les compétences scientifiques : effectuer des études, la recherche-action, produire des synthèses thématiques sur les migrants, conduire des enquêtes de terrain, des évaluations d’impact, la mobilisation des ressources documentaires utiles à l’action, articuler l’univers associatif au monde universitaire, les laboratoires de recherche et les centres d’information tel le REMISIS ;

 Les compétences interculturelles : former à s’adapter et évoluer sans encombre dans un environnement culturel différent y compris sur le champ de l’insertion professionnelle et l’univers éducatif, sensibiliser les acteurs sociaux associatifs, institutionnels et civils aux vertus de la bi ou multiculturalité… ;

 Les compétences linguistiques : la maitrise de la langue du pays d’accueil et des langues étrangères ;

 Les compétences pédagogiques : Former, informer, conseiller, écouter, prendre en compte les avis et évaluer ;

 Les compétences commerciales et de communication : gestion des activités évènementielles, levée de fonds, mobilisation de ressources non financières, prospection de « clients », partenaires, négociations fournisseurs, sous-traitants… ;

 Les compétences personnelles qui relèvent du savoir-être : capacité d’adaptation aux nouveaux outils et aux procédures, à l’environnement juridique et institutionnel, économique et socioculturel, capacité d’apprentissage, d’acquisition de nouvelles connaissances et d’élargissement des compétences, être actif dans le changement, tenir les délais, le goût du travail bien fait, assumer les aléas, prendre des initiatives, proposer des améliorations, être solidaire du groupe et faire primer l’intérêt général sur les intérêts particuliers…

Ces compétences non-exhaustives se situent donc à la confluence des trois dimensions que sont les savoirs, les savoir-faire et les savoir-être.

En ce qui concerne les associations rencontrées, nous avons noté que ces compétences pouvaient dans certains cas être :

disponibles mais pas suffisamment mises à contribution dans le cadre des activités menées

Un responsable dont l’association est membre d’Africa 50 nous confiait ainsi que ce sont moins les compétences qui manquent que la définition des missions et activités qui permettraient de les valoriser : management des projets dans l’habitat social par exemple, la formation à la création/reprise et la gestion des micro-entreprises, les compétences informatiques, etc. Les activités du Collectif à ce jour gravitent principalement autour de la
promotion de l’interculturel, la lutte contre les discriminations, le soutien scolaire ou encore la valorisation de la mémoire à travers l’animation de rencontres scientifiques auxquelles participent des panelistes de renom206, il est

206

La récente commémoration du massacre des soldats africains en 1940 par l’armée allemande dans les environs de la commune de Chasselay

(Rhône) où ils furent ensuite inhumés a vu la participation remarquée d’un historien spécialiste de l’histoire de l’Afrique et de l’esclavage, le Professeur Elikia Mbokolo.

vrai. Le Collectif totalise pourtant plus d’une trentaine d’associations membres et autant de compétences. Mais les profils et le potentiel des dépositaires de ces compétences au sein de ces organisations membres (dont la liste est consultable sur le site internet du collectif) ne nous sont pas apparus clairement établis.

Non-disponibles mais n’ayant fait l’objet, à notre connaissance du moins d’aucune démarche poussée de cartographie des compétences des migrants et de constitution d’une base de données
« prête à l’emploi ;

Dans l’optique de combler l’écart entre compétences recherchées par les associations et les compétences réellement disponibles mais si peu nombreuses. Au sein du Collectif Africa 50, l’on nous a tout de même assuré que : « C’est dans cet esprit que nous voulons constituer un répertoire des compétences ». Peut-on par exemple imaginer un réseau d’entrepreneurs d’origine subsaharienne de Lyon comme il peut en exister ailleurs, au Canada par exemple ? La coordination du Collectif nous a indiqué que :

« Ça peut être intéressant…on n y a jamais pensé mais effectivement un réseau de professionnels d’origine africaine, ça peut même faciliter la création du répertoire (…) le dernier FEDDA visait en fait la création de ce type de réseau. Cela existe donc sous une autre forme : les chambres de commerce et d’industrie. Ce sont des associations de loi 1901 qui réunissent des professionnels »

Le développement des compétences n’est pas une pratique courante au sein des associations des migrants subsahariens

Nous indiquions plus haut le recours faible aux ressources et dispositifs destinés au développement de la vie associative mis à la disposition des associations par les mairies notamment. À cela s’ajoute le fait que l’expérience associative n’est pas collectivement valorisée en dépit d’une sensibilisation faite auprès des acteurs associatifs par les pouvoirs publics autour de l’intérêt de la Validation des Acquis de l’Expérience associative dans l’élaboration d’un projet professionnel. La VAE pourrait théoriquement du moins contribuer à augmenter l’employabilité des migrants en recherche d’emploi, et notamment les jeunes sans expérience professionnelle. L’acquisition des nouvelles compétences au sein des associations de migrants n’est pas formalisée, le recours aux formations reste globalement faible en raison d’un coût forfaitaire d’accès aux sessions pédagogiques animées par les CCVA et qui ne sont souvent pas à la portée du budget des petites associations.

Un responsable associatif interviewé témoigne : « Il y a un déficit de notre côté pour identifier un peu tous les dispositifs qui nous permettent de capter les moyens. Par exemple, les fonds pour le développement de la vie associative et autres, pour proposer ces formations-là de façon interne, et que ça soit institutionnalisé. En nous mettant ensemble, nous pouvons aussi peser pour négocier auprès des municipalités pour avoir des crédits afin d’organiser ces formations parce que ce sont des formations qui nous permettent d’être citoyens à part entière dans toute la complexité de notre parcours

2. Quelques préconisations en faveur d’une politique de mobilisation des compétences au sein des collectifs ou fédérations d’associations subsahariennes

Mobiliser et valoriser les compétences des migrants et des diasporas pour le développement nécessite donc tout d’abord de :

 Tracer un profil détaillé des compétences spécifiques des migrants subsahariens et plus globalement des Nord-africains (acteurs socio-économiques, formateurs, ingénieurs, techniciens, médecins, agents de développement local, social, rural et urbain…)répertoriés par commune et exerçant leur métier ou résidant dans le département du Rhône ; étendre ensuite l’investigation à la région Rhône-Alpes dans son ensemble.

Les acteurs associatifs subsahariens du Rhône et au-delà peuvent s’inspirer, du point de vue méthodologique, d’expériences significatives accumulées en la matière depuis quelques années en différents endroits du monde en identifiant dans le même temps les nombreux acteurs, institutionnels ou non gouvernementaux, actifs dans ces domaines dont l’AFD et l’OCDE qui viennent de réaliser un travail similaire207. Le programme du TOTKEN Sénégal déjà évoqué, initiative co-parrainée par le PNUD et le ministère sénégalais des affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, offre à cet égard sur son site internet un exemple des plus instructifs208. L’expérience identifiée la plus récente au cours de notre enquête est un travail d’inventaire des experts réalisée par deux étudiants de Sciences Po Lyon pour le compte et sous la férule du réseau RESACOOP. La mission de ces étudiants consistait en l’identification dans le département des personnes hautement qualifiées de toutes origines et horizons professionnels(agronomes, vétérinaires, médecins, enseignants, universitaires, formateurs, ingénieurs, techniciens, etc.) ayant une certaine connaissance du terrain africain et susceptibles d’apporter leur contribution à l’accompagnement des projets de coopération décentralisée portés par les migrants au bénéfice des pays d’origine.

Le projet VITAR 2, une recherche-action conduite entre 2004 et 2007 à Bruxelles sous la houlette de l’organisme IRFAM209 et financée par le fonds Social Européen, met par exemple en exergue deux types de compétences définies comme des habiletés non académiques essentielles à l’insertion socio-professionnelle des migrants en Belgique. En d’autres termes, des capacités « comme la participation sociale, l’insertion dans des réseaux, la négociation, l’adaptation à des contextes nouveaux, etc. [Elles] revêtent une importance stratégique particulière dès lors que l’on envisage le cas des sociétés multiculturelles où la discrimination sur le marché de l’emploi n’est pas
chose rare »210. Ces compétences clés, ce sont :

- Les compétences citoyennes qui sont des capacités psychosociales transversales des individus ouverts sur le monde et la société.
- Les compétences interculturelles, capacités citoyennes particulières qui « permettent aux personnes, aux groupes et aux institutions de faire face à des situations complexes dues à la diversité des référents culturels dans des contextes inégalitaires ».

Une initiative d’envergure qui réaffirme la nécessité de la mise en place d’un département étude recherche action au sein de la fédération des collectifs des migrants qui mobiliserait le personnel, les sources d’informations, les outils, corpus théoriques et conceptuels et toutes autres ressources utiles la conduite de cette investigation. Et pour aller plus loin, la création des cabinets d’expertise spécialisés dans l’accompagnement au montage, au suivi et à l’évaluation des projets de développement et d’insertion/intégration, adossés à la fédération est fortement souhaité.

 Dresser un inventaire des domaines d’actions ou des canaux de mise à contribution pour lesquels les compétences sont disponibles et mobilisables ; puis procéder par tout support accessible à la mise en circulation d’informations sur ces compétences (celles des membres et plus largement celles des non membres du réseau) auprès de l’ensemble de la communauté associative rhônalpine, des professionnels et acteurs institutionnels intervenant directement ou subventionnant les actions dans le champ de l’intégration.

207

Voir le Rapport 2012 conjoint AFD et OCDE intitulé : « Mobiliser les compétences des migrants et de la diaspora en faveur du

développement : quelques pistes stratégiques », discuté lors d’une conférence le 5 octobre 2012 à Paris avec la participation du FORIM sous le thème : « Connaître et mobiliser les compétences des migrants en faveur du développement ».
208
http://www.tokten.sn/ On peut lire la mention suivante : « Même si son objectif générique n’est pas de promouvoir le retour et l’insertion
des Experts de la Diaspora, il convient de noter qu’au cours de sa phase pilote, le TOKTEN a eu comme résultat dérivé le recrutement définitif de 10 experts ».
209 L’Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations (IRFAM) est « un organisme ressource et d’éducation permanente créé
en 1996 par des intervenants et des chercheurs, au service des professionnels de l’action sociale, de l’éducation, du développement culturel et économique. L’institut vise, par une approche multidisciplinaire, à construire des liens entre la recherche et les interventions dans le domaine de l’intégration et du développement, ainsi que la lutte contre les discriminations ». Portail internet de l’Irfam.
210
Altay Manço, « Valorisation des compétences et co-développement : un projet du FSE pour migrants africains qualifiés », L’observatoire,
Liège, n°57, p. 15-16.

Pour rappel, les domaines qui nous paraissent « prenables » par les associations des migrants du fait des compétences individuelles et collectives identifiées au cours de notre enquête sont : la Formation technique, civique, sociolinguistique ; la Structuration et gestion des associations ; l’Accompagnement à la création et suivi post-création d’entreprise ; le Soutien scolaire des descendants d’immigrés et immigrés mineurs récemment installés ; l’ Accompagnement des publics migrants à la recherche d’emploi, de logement, aux dispositifs spécifiques du droit commun ; le Soutien à la parentalité et l’ouverture de l’école aux parents ; la Médiation sociale et interculturelle.

 Dresser une cartographie211 des associations clés, des acteurs publics et des opérateurs économiques locaux afin d’en solliciter les compétences le cas échéant, exploiter le potentiel productif, les normes, connaissances et savoir-faire, dans le cadre de partenariats stratégiques :

Fédération AEFTI du Rhône pour la Formation des travailleurs immigrés
Centre de ressources Ville Intégration École
ASSFAM Délégation du Rhône pour la formation et l’accompagnement des publics migrants
FIJI Villeurbanne pour la formation des femmes, la promotion et la défense de leurs droits
ALLIES pour la gestion du Plan Local d’Insertion et de l’Emploi dans l’Est et le Sud Rhône
URACA pour la prévention et l’accès aux soins de santé par la prise en compte de l’interculturel
CREFE – Centre Ressources enfance Famille École
DDCS – la Direction Départementale de la Cohésion sociale
DRJSCS – la Direction régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion sociale du Rhône, etc.

 Renforcer la coordination entre les différents acteurs associatifs subsahariens de la région à travers la mise en place d’une plateforme de rencontre régionale et nationale (sur le modèle de l’Assemblée des Sénégalais de l’Extérieur) et la multiplication des occasions d’échanges d’expériences relatives à la mobilisation et la gestion des compétences.

 Valoriser les compétences des migrants suppose également de consulter plus souvent, dans le cadre des réponses aux appels d’offres publics, les professionnels africains individuels et collectifs identifiés pour des actions d’appui aux projets d’insertion, d’intégration ou de développement solidaire portés par les associations de migrants ;

C’est le choix qu’a fait le cabinet AfriExperts à Montréal en associant prioritairement les experts d’origine africaine aux missions qu’il porte auprès de ses clients au Canada. Il serait souhaitable également de sensibiliser les associations de solidarité françaises membres du CADR et du RESACOOP par exemple à ce type de démarche qui pourrait contribuer à la fois à régler le problème de la déqualification professionnelle. Les jeunes diplômés subsahariens qui peinent à trouver leur place sur le marché du travail français pourraient y trouver, selon leurs spécialisations, prétexte à construire ou renforcer un projet professionnel, en optant soit pour le retour au pays dans le cadre des missions desdites associations soit pour la migration circulaire entre ici et là-bas. Dans l’optique de nourrir la réflexion et aller dans le sens de préconisations pertinentes, il serait souhaitable de consulter des
laboratoires de recherche (l’Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations-IRFAM Bruxelles par exemple) ou centre de ressources tel le REMISIS212 ou encore le RESACOOP travaillant sur la problématique de la mobilisation des compétences en lien avec les migrants.

211

Une cartographie des compétences à construire sur le modèle du répertoire d’acteurs privés et institutionnels réalisé par le réseau

associatif AIMS-Entreprendre pour la Cité intitulé : « Handicap : vos partenaires pour optimiser votre politique en faveur de personnes handicapées » dans le cadre du programme Equal et soutenu financièrement par le Fonds social Européen.
212
Le REMISIS est un réseau documentaire spécialisé sur les migrations internationales, les relations interethniques, l’intégration et la
lutte contre les discriminations et le racisme et qui produit une base de données bibliographiques riche de plus de 26 000 notices. Son site internet http://www.remisis.org/ propose de faire connaître les documents sur les migrations et de les localiser. Il présente également « les centres de ressources membres et partenaires du réseau et travaillant sur le thème des migrations et de l’intégration. Il donne également accès à

 Identifier les étudiants immigrés ou descendants d’immigrés (tous cycles et cursus confondus), structurés en réseaux ou non, puis les sensibiliser aux avantages de l’engagement associatif et les associer aux opérations d’enquête de terrain, de production de l’information et des connaissances, de collecte de la documentation pertinente sur des problématiques sociales relatives aux migrants de France, l’animation du portail internet et rédaction de contenus éditoriaux sous la coordination de l’exécutif du réseau, l’accompagnement individuel ou collectif à l’insertion sociolinguistique et culturelle : soutien scolaire des mineurs et des parents ayant des difficultés de langue (compréhension, écriture et lecture), techniques de recherche d’emploi, aide à la rédaction administrative, etc.

 Mettre en place un système coordonné et cohérent de reconnaissance des titres et compétences acquises sans diplôme reconnu, hors du circuit formel donc, étant entendu que l’essentiel des migrants n’ayant pas de qualifications importantes ont pu au cours de leur vie professionnelle antérieure dans les secteurs informel ou formel mobiliser un ensemble de savoirs, savoir-faire et savoir-être qui mériteraient d’être valorisés et mis à contribution dans le cadre des actions d’intégration ici.

 Développer au travers des réseaux des migrants identifiés une ingénierie de la formation professionnelle continue en vue du retour à l’emploi, la gestion administrative et managériale d’une association, le montage d’un projet d’insertion ou de développement, etc. Il s’agit clairement de faire d’une association, d’un collectif ou un réseau associatif un lieu d’acquisition, de maintien, de renforcement et de développement des compétences, des capacités individuelles et collectives , du capital social et culturel, bref un cadre de développement et de valorisation de l’employabilité des immigrés compte tenu des risques importants que beaucoup courent en termes de désintégration du marché du travail, déqualification ou chômage de plus ou moins longue durée.

 Investir amplement dans les nouvelles technologies et notamment les réseaux sociaux virtuels populaires et professionnels (Facebook, Linkedin, Viadeo, Twitter, etc.), les outils collaboratifs et de communication instantanée à accès libre (gmail de google, skype, google talk, msn) en les alimentant avec de l’information pertinente (sociale, politique, administrative et culturelle des régions d’origine et d’accueil) de manière à toucher un public migrant large (y compris ceux sans qualifications spécifiques) tout en s’exemptant des coûts de communication importants.

Le recours à ces outils213 pourrait permettre de recruter des bénévoles, repérer les compétences plus directement sur Linkedin et Viadeo par exemple, connecter les réseaux via leurs membres présents à titre individuel sur l’une ou l’autre plateforme, susciter et maintenir le lien entre membres, échanger des informations pertinentes via des réunions virtuelles par exemple, identifier les besoins propres à un réseau de migrants dans une zone géographique donnée dans la région afin d’y déployer des actions spécifiques, mobiliser les personnes compétentes afin d’ effectuer des transferts de compétences et des connaissances à l’aide de ces outils, l’animation des formations à distance entre autres. Les migrants sont de plus en plus jeunes, plus familiers des nouvelles technologies, désireux de s’identifier à une communauté dynamique, plus impliquée et engagée sur les questions politiques et sociales des pays d’origine et du pays d’accueil et donc plus connectés. En témoignant la présence massive des associations et autres campagnes de plaidoyer sur les réseaux sociaux et notamment Facebook qui sert à la fois de vitrine pour

un ensemble d’informations sur le thème des migrations : – un agenda rassemblant des informations sur les colloques, journées et conférences ainsi que sur les nouvelle parutions(…) ».
213 À titre illustratif de l’importance du recours au web 2.0 par les organisations diasporiques dans le monde, Le Rapport conjoint OCDE-
AFD sur la mobilisation des compétences des migrants cité plus haut évoque ainsi le projet e-Diaspora, « qui a recensé plus de 8 000 sites web se référant à une trentaine de diasporas dans le monde, montre clairement la richesse et la vitalité de ce nouvel univers aujourd’hui pleinement investi par les migrants (www.e-diasporas.fr) ».

se faire connaître mais aussi une plateforme d’échanges où l’information est diffusée, discutée et répercutée instantanément.

 la recherche de l’information pertinente est la pierre angulaire du processus d’intégration. L’accès aux informations pertinentes (procédurales ou d’intégration sociale, citoyenne et économique) constitue le cœur même de la démarche d’intégration professionnelle dans les pays hôte et le rôle des réseaux sociaux dans leur diffusion est à cet égard central.

Cela étant, nous pensons que le site internet de référence des actualités africaines du Grand Lyon www.echosdafrique.net pourrait élargir ou enrichir ses rubriques d’informations et gagner en audience en multipliant des informations pratiques et synthétiques sur les sujets sociétaux qui impactent directement la vie des migrants (logement , emploi, cadre de vie, santé, droits sociaux divers, citoyenneté), les dispositifs et les acteurs des politiques locales d’accompagnement à l’insertion sociale , économique et professionnelle, les adresses utiles(publiques et privées), les procédures à suivre pour les démarches collectives des migrants en ce qui concerne les demandes de financement des projets d’insertion , bref en jouant le rôle d’interface entre acteurs externes (institutions, associations, entreprises, régies de quartier, réseaux professionnels…) et les réseaux des migrants par la mise en ligne de ressources informatives pertinentes.

Notons qu’au-delà de ces quelques préconisations, il y en a beaucoup d’autres qui ont été formulées individuellement par les enquêtés au cours de nos investigations. Ce sont autant les responsables associatifs que les simples adhérents, acteurs institutionnels et partenaires privés qui ont leur avis sur les raisons des faiblesses organisationnelles et opérationnelles des associations des migrants et les solutions possibles à promouvoir pour pallier ce déficit. Les solutions émises touchent autant aux réformes impératives des structures qu’à l’émergence d’un nouveau type d’hommes, une génération nouvelle de subsahariens actifs, entre autres préconisations.

Chapitre 8 : CORPUS DES PRECONISATIONS PAR LES ACTEURS ASSOCIATIFS SUBSAHARIENS AU TRAVERS DE LEURS DISCOURS

Le présent chapitre consiste à énumérer les solutions et modèles relationnels féconds esquissés par les acteurs associatifs subsahariens au travers de leurs discours, au cours de notre enquête, dans l’optique de :

 surmonter les tensions politico-ethniques et luttes internes de pouvoir qui fragilisent d’ordinaire les associations ;
 renforcer les synergies entre groupes associatifs de toutes origines ;
 accentuer les échanges de bonnes pratiques et les expériences porteuses des uns et des autres en matière d’insertion ici et de développement là-bas ;
 assurer une plus grande visibilité du migrant subsaharien comme acteur économique et social avec lequel les pouvoirs publics, le monde économique et les partenaires de la société civile peuvent compter.

La question ainsi posée des solutions à promouvoir appelle celle des compétences à mobiliser et à déployer dans le même temps.

1. Entamer une révolution copernicienne au niveau des mentalités et des comportements

 La création d’un nouveau type d’hommes. Il faut y comprendre la nécessité pour l’Africain d’unifier sa personne autour de sa double appartenance culturelle (bi-culturalité). Pour l’ONG Passerelle Ngam qui porte cette revendication, il y a urgence à « construire une passerelle entre les deux mondes qui habitent en nous » pour réguler la tension et la désarticulation permanentes entre le soi africain et le soi européen et qui se soldent par un affaissement du lien communautaire au mieux, une perte de repères identitaires au pire.

 l’adjonction entre la parole donnée qui relève de l’oralité africaine et le contrat écrit européen qui consacre une fois de plus la culture inédite de l’ « Afropéen ». C’est la conviction de l’association A2P Nord-Sud-Sud :

« Quand on est bi-culturel ou multiculturel et qu’on le vit comme une richesse et comme une ouverture, comme un renforcement, à ce moment-là on essaie de capter, de se passer le meilleur de toutes les cultures, en disant que ça permet de mieux être soi-même et de mieux être ensemble »,

 La lutte contre les préjugés et la promotion de la transculturalité y compris et surtout au sein de la communauté africaine elle-même ;

 Introduire une bonne dose d’interculturalité dans le management des organisations associatives en misant sur plus d’ouverture au monde associatif extérieur, celui des migrants d’autres origines et des non migrants, autre facteur de mobilisation des compétences utiles ;

 S’emparer de la question de l’ingénierie sociale : « Cela veut dire mettre les choses en ordre de manière à ce que la vie puisse être gérée en commun. C’est ça le sens profond de l’ingénierie sociale. Les gens sont éparpillés ou nés en différents endroits. Mettons les structures pour que chacune réponde aux différents besoins que nous avons, même si nous ne sommes pas issus d’une même famille, dès lors que nous nous retrouvons dans un consortium qui s’appelle Nation. Il faut que chacun trouve sa place.», nous a par exemple confié une des promotrices de cette démarche.

 Revisiter les concepts d’insertion, d’intégration, de diversité ou de co-développement car en effet, dans le domaine que représentent les discours aussi bien que les pratiques, il y a à déconstruire aussi le langage souvent préfabriqué et qui ne va pas sans quelque arrière-pensée idéologique.

2. Engager une transformation structurelle en profondeur

 Favoriser l’émergence ou accentuer la consolidation des regroupements unitaires associatifs africains dans un cadre intégré, ouvert, sur le modèle du fédéralisme, chaque élément de l’ensemble disposant d’une certaine autonomie et ayant développé une expertise particulière à faire valoir dans le cadre des prestations délivrées pour le compte d’une collectivité territoriale suite à un appel d’offres ou un appel à projets ; ce cadre opérationnel est l’étape fondatrice qui conditionne les autres axes d’actions.

 Changer de mode d’organisation interne en privilégiant des rapports de pouvoir horizontaux avec , en lieu et place d’une fonction de président aux pouvoirs parfois trop extensibles, un poste de secrétaire général, pour désengorger l’exécutif et désamorcer par avance des sources de conflit inhérents à la hiérarchisation des pouvoirs au sein des associations des migrants et au-delà d’ailleurs.

 Favoriser l’ouverture : « C’est important de de nous ouvrir à d’autres expériences, dans d’autres pays, européens, américains…je sais qu’ il y a des choses assez significatives qui se livrent au Canada, etc. pour que nous puissions progresser sur ce double plan du renforcement des compétences individuelles et la construction des projets communs et des cadres qui nous permettent de mettre en place ces projets là… »,

 Valoriser le bénévolat à travers les dispositifs génériques de valorisation des acquis de l’expérience associative (VAEA) aux fins de rentabiliser ces acquis professionnels ;

 lever le « tabou » de la salarisation dans les associations des migrants en misant sur la professionnalisation des prestations et leur rémunération ;

 Améliorer le mode de management en intégrant les notions de motivation des bénévoles et la valorisation de leurs apports par un système de reconnaissance à définir ;

 S’impliquer plus en amont dans la mise en œuvre des politiques publiques au sens de la gestion et la résolution d’une problématique sociale spécifique (emploi, scolarisation, logement, égalité des chances…) et s’émanciper dans le même des querelles politiciennes et positionnements partisans ;

 Promouvoir et généraliser la culture de l’évaluation et l’art de la critique constructive : Le vœu est fort justement exprimé à travers les propos de ce responsable associatif : « Il y a des circonstances qui ont fait que nous avons décidé de mettre en place Africa 50…mais le processus n’est jamais terminé. Le cadre est à construire en permanence ; Il faut évaluer son efficacité et puis il faut nous évaluer nous-même par rapport à l’implication, l’engagement, les compétences qu’il nous faut pour répondre aux défis que nous nous sommes fixés, au niveau de cette communauté d’intérêts qu’est Africa 50 ou le Cosim ».

3. La valorisation et la mobilisation des compétences au service des associations des migrants

 Développer plus de partenariats stratégiques en établissant une cartographie précise des interlocuteurs privés et institutionnels pour des alliances fécondes et en identifiant des champs d’expertise pour lesquels les réseaux des migrants disposent de compétences particulières ou projettent d’en développer ; et en multipliant des occasions de mise en relation avec les acteurs publics et privés les plus en vue sur le champ local de l’insertion(emploi, logement, linguistique, entraide et solidarité, formation) d’une part et de l’intégration de l’autre pour s’instruire mutuellement des problématiques, dispositifs et pratiques ;

 Promouvoir l’entrepreneuriat auprès des acteurs sociaux immigrés et particulièrement la création des entreprises d’insertion par l’économique et des structures d’insertion par la formation, la langue, le logement ou la culture ;

4. Quel rôle pour les acteurs étatiques ?

Comme nous l’avons vu tout au long de cette réflexion, les groupes diasporiques produisent des ressources sociétales non négligeables (avec entre autres l’impératif de l’interculturalité et l’importance des compétences dites ethniques que nous n’avons pas suffisamment développées ici) qui doivent être prise en compte dans la politique d’intégration des migrants dans leurs bassins de vie respectifs. Cela peut se faire par des partenariats de projet et par le dialogue constant avec les instances représentant les associations d’immigrés. Concluons cette partie par cette analyse fort pertinente dont les références ont été précédemment citées :

« Dans le but d’éviter une clôture communautaire, la politique d’inclusion sociale, économique et politique doit tenter de garder ces communautés ouvertes, tant par des offres de participation tant par des reconnaissances concrètes et symboliques de leur contribution à la construction de la société (…) Ces politiques, qui peuvent se caractériser par un respect de l’identité du migrants d’un côté et par la demande d’adaptation fonctionnelle de l’autre (respecter les lois, apprendre la langue pour améliorer les chances d’employabilité), se déploient par un État qui doit, pour être efficace dans sa gestion de la migration, construire les mesures sur les savoirs existant dans les terrain d’intervention. Il en ressort un État à l’action incitatrice, subsidiant des projets proposés par des acteurs proches du monde de la migration et donc à la recherche de partenaires notamment associatifs(…)Sans pouvoir demander dans une société pluraliste l’acculturation des migrants dans l’idée de remplacement identitaire, mais l’inclusion fonctionnellement compatible (acceptation du droit et apprentissage de la langue), les États d’accueil des nouvelles migrations sont dépendantes des ponts entre les migrants et les autorités que les associations représentent. Elles ont la crédibilité et la légitimation d’agir pour le bien du migrant dans un contexte ambivalent et deviennent – tel que les associations des homosexuels l’étaient dans la lutte contre le VIH/sida au début des années 1980 – des acteurs-clé dans la politique d’inclusion. Ce changement d’une orientation politique de méfiance à la nécessité de coopérer – des deux côtés – est probablement le plus grand défi dans la construction d’une société
pluraliste à bas niveau de conflictualité destructive.» 214

214 Cattacin, op.cit.

CONCLUSION GENERALE

La tâche nous incombait dans le cadre de ce travail de comprendre les raisons de l’insuffisante implication des migrants dans les actions publiques d’intégration dans le Rhône et les solutions portées par les acteurs associatifs eux-mêmes de manière à créer un espace intégré de concertation, de collaboration, qui faciliterait la mobilisation des compétences des uns et des autres. L’un des horizons à atteindre étant de mettre ces compétences au service de la construction de l’ « agir » économique et social du migrant subsaharien dans le Grand Lyon.

Nous sommes partis du postulat que pour être suffisamment efficace là-bas et installer cette efficacité sur la durée, il convenait de créer les conditions d’accès aux ressources, de manière autonome. L’intégration socio-économique ici, en France, apparaissant comme une des clés du problème. Au terme de notre travail, force est de constater que le chantier reste vaste. Nous avons certes noté des velléités d’autonomisation des migrants subsahariens, mais essentiellement cantonnées au champ de l’interculturel et des valeurs. Peu d’initiatives économiques portées collectivement, si ce n’est quelques rares associations œuvrant à promouvoir l’entrepreneuriat auprès des femmes, sans une adhésion totale de celles-ci.

Les causes de cette non-implication sont réelles et connues de tous, à des échelles variables certes : dispersion des énergies et des compétences, démobilisation, guerres intestines et fragilisation de la cohésion sociale au niveau des associations africaines, difficulté à se parler et à parler d’une voix.

Chacun des acteurs que nous avons rencontrés y est allé toutefois de sa solution et au final, ces propositions émises pourraient faire office de manifeste, de programme d’actions pour les prochaines années. Des préconisations multiples où se recrutent pêle-mêle les conditions sine qua non de construction ou d’accumulation du capital social, les moyens de mobiliser les capitaux économiques et culturels et surtout les facteurs de fabrication du capital humain (compétences, capacités opérationnelles). Les obstacles sont énormes mais la détermination reste de mise et portée par une poignée d’acteurs très actifs et convaincus que le premier pas fait, quand il est sûr, provoque un effet d’entrainement et fait reculer les réticences, les atermoiements des uns et des autres. Une vision, un leader, une volonté d’agir, une capacité à agir, la mobilisation des moyens et outils pour ce faire et le contexte sont les ingrédients de la réussite, au regard de ce qui ressort globalement des discours des acteurs associatifs interrogés.

Toutefois, nous ressortons de cette enquête avec un enseignement principal et ceci nous a été répété à longueur d’interviews : Point de salut pour la communauté associative subsaharienne sans unité. Les modalités de cette union restent cependant à définir. Mais des constructions sont en cours avec les difficultés inhérentes au commencement d’un chantier d’envergure. Ces tentatives d’union, diversement appréciées, bénéficient tout de même d’un appui essentiel d’une partie importante des acteurs rencontrés, mais aussi d’un appui « politique » des acteurs institutionnels de l’agglomération lyonnaise, témoin de l’évènement qui a placé sur les fonts baptismaux l’un de ces ouvrages unitaires.

La relation Migration et Intégration, si peu souvent traité et discuté sous l’angle de la contribution des migrants installés dans les pays d’accueil, aurait mérité des approfondissements sur un certain nombre d’aspects. Sans doute est-ce là une occasion ouverte pour poursuivre la réflexion sur ce thème encore en friche.

TABLE DES MATIERES

REMERCIEMENTS 2
SOMMAIRE 3
CONTEXTE DE PRODUCTION ET REALISATION DU RAPPORT DE STAGE 4
INTRODUCTION GENERALE 6
MISE EN CONTEXTE ET JUSTIFICATION DE L’ETUDE 7
1. CONSTATS PREALABLES 8
2. PROBLEMATIQUE GENERALE 12
2.1. Questions de recherche 13
2.1.1. Question centrale 13
2.1.2. Questions secondaires 13
2.2. Corpus des réponses provisoires au moment du démarrage de l’enquête 13
2.2.1. Proposition provisoire de base 13
2.2.2. Propositions de travail 14
2.3. Objectifs de l’étude 14
2.3.1. Objectif principal 14
2.3.2. Objectifs spécifiques15
3. FONDEMENTS METHODOLOGIQUES DE L’ETUDE 15
3.1. Cadre théorique opérationnel 15
3.2. Méthode et outils de collecte de données 17
4. Méthodes d’échantillonnage 20
5. Délimitation du champ conceptuel 21
PARTIE 1. CONTEXTE MIGRATOIRE DES AFRICAINS SUBSAHARIENS EN FRANCE ET DANS LE RHONE 28
Chapitre 1. MIGRATIONS SUBSAHARIENNES EN FRANCE ET DANS LE GRAND LYON 29
Section 1 : QUI SONT les MIGRANTS SUBSAHARIENS de France et du Grand Lyon ? 29
1.1. Données générales sur l’immigration en France 29
1.1.2. État des lieux de la population immigrée en France 30

Section 2 : EMPLOI, QUALIFICATIONS ET INSERTION PROFESSIONNELLE DES IMMIGRES EN FRANCE 42
1. Contexte général de la relation Immigrés et Marché de l’emploi en France 42
1.1. Taux d’activité des immigrés tous genres confondus 43
1.2. Statut d’emploi des immigrés 44
1.3. Temps de travail des immigrés 44
1.4. Secteurs d’activité des actifs immigrés non-européens 44
1.5. Lieu de résidence des actifs immigrés 44
2. Causes du chômage des immigrés étrangers et immigrés naturalisés 45
2.1. Le niveau de diplôme 45
2.1.1. Les difficultés d’accès au marché d travail tiennent pour beau coup au manque de qualifications. 45
2.1.2. Les diplômes obtenus sont peut-être de niveau identique, mais pas similaires ou ne se valent pas 46
2.2. L’insuffisante connaissance de la langue française pourtant vecteur de l’intégration et le poids des contraintes familiales 47
2.3. Les discriminations liées à l’origine ou à la couleur de peau 47
2.4. Le manque de réseaux sociaux stratégiques pour s’intégrer dans l’emploi 48
Section 3 : Les immigrés et le marché du travail dans le département du Rhône et le Grand Lyon spécifiquement 49
1. Taux d’activité et chômage des immigrés dans le Rhône 49
2. Taux de chômage des immigrés dans le Rhône en 2009 50
3. Catégorie socio-professionnelle des immigrés dans le Rhône 50
4. Quid de la population immigrée subsaharienne du Grand Lyon ? 50
Chapitre 2 : LE CADRE D’INTEGRATION DES MIGRANTS SUBSAHARIENS 53
1. Un bref historique de la politique d’intégration en France 53
2. Nouvelles Orientations nationales de la politique publique d’intégration sous la houlette de l’Union européenne. 54
2.1. Dispositifs spécifiques d’intégration des migrants en France et le PRIPI en Rhône-Alpes 54
2.2. Le PRIPI en Rhône-Alpes 56
2.3. Le Plan Départemental d’intégration de la Population Immigrée dans le Rhône (PDI) 57
3. Mesures spécifiques d’insertion professionnelle des migrants au niveau départemental 58
3.1. Le bilan de compétences professionnelles 58

3.2. Les accords de branches professionnelles 58
3.3. Soutien de la création d’activités par les migrants 59
3.3. Promotion de la diversité dans les recrutements et les carrières 59
4. Présentation sommaire du dispositif du Plan Local pour l’Insertion et L’Emploi 60
4.1. Critères d’éligibilité au PLIE 61
4.2. Composition du PLIE 62
4.3. Un partenariat institutionnel fort et convergences avec la politique de la ville 62
5. Politique d’intégration et politique de la ville : quelles convergences dans le Rhône ? 63
Partie 2 . LES ASSOCIATIONS DES MIGRANTS DU GRAND LYON, LA POLITIQUE D’INTEGRATION ET LA POLITIQUE DE LA VILLE. ANALYSE DES DISCOURS ET PRATIQUES DES RESPONSABLES ASSOCIATIFS 67
Chapitre 3 : Données générales de l’enquête de terrain. Profil des associations migrantes subsahariennes du Grand Lyon 68

1. Rappel des Termes de référence de l’enquête auprès des associations de migrants 68

2. Conditions du déroulement de l’enquête et méthodologie 68

2.1. Échantillonnage 68

2.3. Phase préparatoire de l’enquête 69

2.4. Déroulement de l’enquête 69

2.5. Phase de dépouillement 70

2.6. Indicateurs de l’enquête de terrain 71

2.7. Au chapitre des difficultés rencontrées 71

3. Panorama des associations subsahariennes du Rhône et leur rapport aux activités d’insertion et d’intégration nationale 72

3.1. Les champs de l’intégration et de l’insertion en France 72

3.1.1. Champs de l’intégration 73

3.1.2. Champs de l’insertion 73

4. Données générales de la vie associative dans le Rhône 77

5. Panorama des associations d’insertion et d’intégration dans le Rhône 82

5.2. Insertion sociale 83

5.3. Les associations subsahariennes du Rhône. Typologie et répartition géographique 84

5.3.1. Associations d’insertion 84

5.3.2. Associations communautaires d’entraide dans le Grand Lyon 85
5.3.3. Associations de développement et de solidarité internationale (OSIM) 85
Chapitre 4. Les associations subsahariennes et l’insertion. Analyse des discours et des pratiques des associations de migrants subsahariens dans le Grand Lyon 88
Section 1 : Les migrants subsahariens du Grand Lyon et la question de l’inclusion sociale. 88
1. Insertion sociale « formelle » dans le Grand Lyon : Modalités, champs, discours, raisonnements, pratiques 88
1.1. Organisations pratiquant l’insertion sociale et l’intégration nationale par les valeurs culturelles 8988
1.2. L’Insertion sociale par les pratiques artistiques et l’artisanat 90
1.3. Insertion sociale des femmes dans le Grand Lyon : Une approche par l’économique 91
2. Formes communautaires des pratiques d’insertion : l’entraide et la solidarité sur la base de l’appartenance ethno-régionaliste 92
2.1. Les formes et les paliers de la communautarisation divergent 92
2.2. Des problématiques sociales et sociologiques sensiblement identiques 93
2.3. Une communauté de l’entraide et de la solidarité par excellence : L’association des Burkinabé de Lyon (ABL) 93
2.4. La communauté sénégalaise du SOPE, entre entraide traditionnelle et prélude à une pratique de l’insertion formelle 94
2.4.1. La communauté africaine la plus novatrice sur les questions d’intégration et d’insertion ? 95
2.4.2. Une association communautaire comme une autre ? 96
3. Permanence des systèmes traditionnels d’entraide 9796
4. La création d’entreprise, hors du champ des préoccupations des associations subsahariennes ? 97
5. Associations communautaire vs associations communautaristes 9998
Section 2 : Causes de la non-implication des associations des migrants dans le champ formel de l’insertion/intégration dans le Grand Lyon 99
Section 3 : Comment inciter les migrants à se saisir plus collectivement des dispositifs institutionnels d’intégration et d’insertion et à se rapprocher des structures publiques et privées gestionnaires des politiques publiques en lien avec la question des migrants au niveau local ? 103
1. Corpus de solutions émises par les acteurs eux-mêmes 103
2. Quelques préconisations pour une implication forte des associations des migrants dans la mise en œuvre du Plan départemental d’Intégration du Rhône. 106105
PARTIE 3. Les associations subsahariennes et les réseaux diasporiques. Logiques de construction et d’affiliation, coûts et bénéfices108
Chapitre 5 : Les réseaux diasporiques subsahariens dans le Grand Lyon. Essai de caractérisation 109

Section 1 : Les réseaux diasporiques à la lumière de la théorie des réseaux sociaux et la théorie des champs de Pierre Bourdieu 109

1. Essai de caractérisation des diasporas 110

2. Typologie des diasporas 110

3. Comment s’organisent et se structurent les réseaux diasporiques africains du Grand Lyon ? 111

3.1. Caractéristiques générales des organisations associatives de migrants dans le Grand Lyon : Entre lieu de stabilisation identitaire et émergence d’un ghetto identitaire 112

3.1.1. Plus identitaires et communautaires que revendicatives 114

3.1.2. Une stratégie identitaire gagnante à petite échelle mais un risque réel d’auto-exclusion dans l’accès aux subventions publiques 114

3.1.3. Les associations subsahariennes reflètent aussi une hétérogénéité interne du point de vue des statuts divers des membres 115

3.1.4. Les associations des migrants cherchent des coalitions dans une logique plus pluraliste mais peu de partenariats stratégiquement forts. Les choix stratégiques des associations migrantes d’Afrique subsaharienne se trouvent ainsi ballotés entre clôture communautaire, inclusion de la population immigrée elle-même et partenariat avec les acteurs étatiques et de la société civile. 115

Section 2: Émergence de l’esprit diasporique panafricain à Lyon, entre détermination et échecs 116

1. Genèse d’une diaspora panafricaine à Lyon 116

2. L’AN II de l’émergence diasporique panafricain à Lyon 116

Section 3 : Réseau social et Capital social. Pourquoi s’affilie-t-on à un réseau associatif de migrants subsahariens dans le Grand Lyon ? 117

1. Approche « bourdieusienne » du capital social centrée sur les communautés 117
2. Réseaux sociaux et qualité du capital relationnel 118

Chapitre 6. Motifs d’appartenance aux réseaux associatifs selon les responsables associatifs membres des réseaux de migrants à Lyon 120

1. Les réseaux des migrants subsahariens du Grand Lyon 120
2. Des motifs d’adhésion multiples aux réseaux associatifs 122
3. Migrants subsahariens du Grand Lyon : la Force du réseau ? Inventaire des motifs de démobilisation des membres de l’engagement associatif 124123
3.1. Le pouvoir 124
3.2. Les causes attitudinales et le poids des préjugés 127
3.3. Les facteurs conjoncturels 131
4. Quelques Préconisations en faveur du regroupement fécond des associations des migrants en collectifs départementaux et en une fédération régionale 132
Partie 4. LES MIGRANTS SUBSAHARIENS DU GRAND LYON, LES ASSOCIATIONS ET LES RESSOURCES HUMAINES 140

Chapitre 7. DISCOURS ET PRATIQUES AUTOUR DE LA CONSTRUCTION, LA MOBILISATION et le DEVELOPPEMENT DES COMPETENCES DES MIGRANTS OU « CAPACITY BUILDING » DANS LE GRAND LYON 141
Section 1. LES PRINCIPALES DIMENSIONS DU CONCEPT DE « COMPETENCE» 141
1. Les Compétences et l’ « agir » 141
2. Compétences, Performances et gestion des compétences 142
3. Déficit et Solutions de développement des compétences 142
Section 2. MOBILISER LES COMPETENCES DES MIGRANTS POUR REUSSIR L’INTEGRATION 145
1. Contexte et principes généraux 145
3. Initiatives de mobilisation des compétences par les diasporas 148
Section 3 : Pratiques et témoignages des associations des migrants subsahariens du Grand Lyon en matière de gestion des compétences des migrants pour le développement et l’intégration 155
1. Caractéristiques des compétences individuelles et collectives des migrants 155
2. Quelques préconisations en faveur d’une politique de mobilisation des compétences au sein des collectifs ou fédérations d’associations subsahariennes 160
Chapitre 8 : CORPUS DES PRECONISATIONS PAR LES ACTEURS ASSOCIATIFS SUBSAHARIENS AU TRAVERS DE LEURS DISCOURS 165
1. Entamer une révolution copernicienne au niveau des mentalités et des comportements 165
2. Engager une transformation structurelle en profondeur 166
3. La valorisation et la mobilisation des compétences au service des associations des migrants 166

4. Quel rôle pour les acteurs étatiques ? 167
CONCLUSION GENERALE 168
TABLE DES MATIERES 169
ANNEXES 174
BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE

ANNEXES 179

Annexe 1 : LISTE DES SIGLES ET ACRONYMES

ADLI : agent de développement local pour l’intégration ASL : ateliers sociolinguistiques
ADLI : Agent de développement local d’intégration

AEFTI : Association pour l’enseignement et la formation des travailleurs immigrés ASSFAM : Association service social familial migrants
CAI : Contrat d’accueil et d’intégration CUCS : contrat urbain de cohésion sociale
DAIC : direction de l’accueil, de l’immigration et de la citoyenneté DDCS : Direction départementale de la cohésion sociale
DRJSCS : direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale

FASILD : Fonds d’action et de soutien pour l’intégration et la lutte contre les discriminations FEI : Fonds européen à l’intégration
FSE : Fonds social européen HCI : Haut Conseil à l’intégration
HALDE : haute autorité de lutte contre les discriminations

INSEE : Institut national de la statistique et des études économiques

MIOMCTI : Ministère de l’intérieur, de l’outre-mer, des collectivités territoriales et de l’immigration OFII : Office français de l’immigration et de l’intégration
ONZUS : observatoire national des zones urbaines sensibles ORIV : Observatoire régional de l’intégration et de la ville PDI : Plan départemental d’intégration
PRIPI : Programme régional d’intégration des personnes immigrées SG-CIV : Secrétariat général du comité interministériel des villes SGAR : secrétariat général pour les affaires régionales
ZUS : Zone urbaine sensible

Annexe 2 – Liste des associations enquêtées

A2P Nord-Sud-Sud (Actions Perspectives-Prospectives Nord Sud-Sud) ABL (Association des Burkinabé de Lyon)
ABRA (Collectif des associations béninoises de Rhône-Alpes)

AFORMETROP (Association franco-togolaise spécialisés dans la formation en médecine tropicale)

AFRICA50 (Collectif des associations africaines et des amis de l’Afrique du Grand Lyon) AIPES (Association ivoirienne pour la promotion de l’éducation et de la santé
ALPADEF (France-Sénégal)

Association des femmes de Malé (Comores) Association Unité jeunesse africaine (France-Togo)
CADR (Collectif des associations de développement et solidarité internationale de Rhône-Alpes) COSIM (Collectif des organisations de solidarité issues des migrations)
Djan Djé (Association française intervenant au Mali) Émergences Sud (France-Cameroun)
FEDAM (France-Haïti-Bénin)

Haut-Nkam Nshu-Shu (Ouest-Cameroun)

Mac Mael Agri Togo (Formation agricole et promotion de l’agriculture et du maraîchage au Togo) MIFERVAL (France)
Mutoto Africa (Centrafrique – Congo Kinshasa) Passerelle NGAM (France – Cameroun)
SAAE (Solidarité Akpoussou-Akébou en Europe, France-Togo)

Annexe 3 – Indicateurs présélectionnés de l’enquête et profilage des enquêtés

 Discours, représentations et pratiques liés à l’intégration nationale et/ou l’insertion socio-économique des migrants à Lyon et ses environs ; L’ancrage des actions des collectifs d’associatifs de migrants dans les politiques publiques d’intégration/insertion, les niveaux et modes d’appropriation des dispositifs institutionnels y relatifs ;

 Les motivations, les logiques, niveau et modes d’affiliation des associations aux fédérations et réseaux, les pratiques d’interactions transculturelles avec les associations autres, les alliances stratégiques avec différents acteurs et les bénéfices tirés ;

 Les discours et pratiques d’identification, mobilisation et développement des compétences des migrants et non-migrants en vue d’accompagner les immigrés (tous statuts confondus) dans le double processus de l’intégration/insertion et le développement solidaire des régions d’origine ;

 Les corpus de solutions et les stratégies esquissés par les acteurs eux-mêmes afin de pallier les difficultés conjoncturelles, organisationnelles, relationnelles et opérationnelles auxquelles ils font face ; dans l’optique de renforcer les capacités techniques, les compétences diverses, les identités propres la visibilité auprès des acteurs privés et institutionnels et les interactions fécondes entre les associations des migrants subsahariens du Grand Lyon et entre celles-ci et les associations des non-migrants.

Annexe 4 – Liste des tableaux et figures

Tableaux

Tableau 1. Récapitulatif des derniers chiffres de l’INSEE sur l‘évolution de la population immigrée en France Tableau 2. Étrangers, immigrés et descendants d’immigrés en France
Tableau 3. Les 15 nationalités étrangères les plus représentées dans le département du Rhône et plus spécifiquement dans le Grand Lyon. Tableau 4 : Statut des primo-arrivants signataires du Contrat d’Accueil et d’Intégration en Rhône-Alpes
Tableau 5. Situation au regard de l’emploi des femmes selon le niveau de diplôme

Tableau 6. Implantation géographique des ressortissants adultes étrangers dans le Rhône au 31 décembre 2008 Tableau 7. Niveau d’études des populations immigrées en Rhône-Alpes
Tableau 8 : Secteur d’activités des actifs immigrés des pays tiers et des Français de naissance Tableau 9 : Taux de chômage de la population active selon le niveau de diplôme
Tableau 10. Actions proposées dans le cadre du PLIE de l’est et sud lyonnais pour l’année 2012 à BRON. Tableau 11. Répartition du public selon la mesure d’accompagnement renforcé (PLIE Rhône)
Tableau 12 : Politique de la ville. Géographie prioritaire en Rhône-Alpes

Figures

Figure 1. Carte du Grand Lyon et communes environnantes

Figure 2. Répartition de la population immigrée par département dans la région Rhône-Alpes Figure 3. Zones de précarité du Grand Lyon
Figure 4. Synthèse des orientations du PDI Rhône 2010-2012 Figure 5.Diagramme logique d’impact-PDI Rhône
Figure 6. Modèle d’un réseau structuré sur la base des compétences spécialisées des associations membres Figure7. Deux modèles de réseaux structurés
Figure 8. Portail d’inscription à la base de données des compétences individuelles (Forim) Figure 9 : Synthèse des différents types de réseaux diasporiques

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• Emploi et Solidarité : www.emploi-solidarité.gouv.fr
• Ministères de la ville : www.ville.gouv.fr
• L’union européenne en ligne : www.europa.eu.int
• Préfecture du Rhône : www.rhone.pref.gouv.fr
• CCI. Lyon : www.lyon.cci.fr
• Portail voilà Lyon : www.lyon.voilà.fr
• Lyon web : www.lyonweb.net
• INSEE : www.insee.fr

 

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