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DES CONSERVATEURS BIEN CONSERVES

Posté par issopha le 30 septembre 2007

Privilèges

  

DES CONSERVATEURS BIEN CONSERVES

mercredi 19 septembre 2007

Conservateurs des hypothèques : un terme bien ronflant pour des fonctionnaires qui le sont tout autant. En effet ces cadres supérieurs de la Direction générale des impôts, en charge de la tenue du fichier immobilier, sont des fonctionnaires privilégiés à qui, en échange d’une présence on ne peut plus formelle (2 jours par semaine suffisent amplement à remplir leur mission qui consistent principalement à apposer quelques centaines de signatures), on offre royalement, en récompense de leur dur labeur, de 60 000 à 120 000 € par an, voire plus pour les Conservations les plus rémunératrices. Mais comme toutes les questions touchant à la rémunération des hauts fonctionnaires des Finances, c’est un secret bien gardé !Au temps des réductions drastiques d’emplois à la Direction générale des impôts qu’on appelle évidement modernisation, les pontes de Bercy ont oublié bien opportunément de s’attaquer au chantier des Conservations des hypothèques.

Et oui, il faut diminuer le déficit et réduire les coûts mais comme ces cadres supérieurs et hauts fonctionnaires vont souvent finir leur belle carrière dans ces lieux douillets, ils veulent bien scier des branches mais pas celles où pendent ces belles liasses de billets qu’ils viendront cueillir avant de prendre une retraite bien méritée.

De plus ce passage par la Conservation aura aussi pour effet de rendre leur pension de retraite, déjà conséquente, encore plus juteuse. Et oui, c’est l’effet double gain : pendant 1 an, 2 ans et même plus pour les gros chanceux, on amasse un max et en plus on améliore sa retraite ! Mais quand on connaît le travail effectif des conservateurs, on peut affirmer qu’une seule Conservation suffirait dans la plupart des départements, deux ou trois dans les 15 plus gros et cinq à Paris ce qui nous donnerait au maximum autour de 140 conservateurs alors qu’à ce jour on en dénombre 344 soit aisément 200 de trop.

Mais M. le Ministre des Comptes publics et M. le Directeur général des impôts, dans leur grande sagesse, semblent plus enclins à sabrer des postes de vérificateurs fiscaux, ces aigris qui empêchent nos forces vives de s’enrichir en paix à l’abri des regards suspicieux. Qui les en blâmerait ?

Erratum : Il fallait bien lire « 60 000 à 120 000 € par an » et non « par mois ». Notre fiscaliste, qui le dit lui même dans les commentaires, s’excuse de la bourde.

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LA VALSE DES PDG A COMMENCE

Posté par issopha le 30 septembre 2007

Amitié

  

LA VALSE DES PDG A COMMENCE

mercredi 12 septembre 2007 par Matthieu Adenil

Sarko et les patron : « je t’aime, moi non plus »

Tout le monde l’a remarqué : le président de la République s’est rendu à l’Université d’été du Medef. Et c’est une première. Certes, Nicolas Sarkozy a tenu à préciser que jusqu’à présent, il n’avait jamais été invité au congrés de la CGT, mais on le voit mal s’y rendre, et surtout embrasser le secrétaire général de ce syndicat comme il l’a fait de la présidente du Medef. Mais après tout, Sarkozy se flatte d’être l’ami des patrons, symbole de la France qui gagne face à celle des porteurs de pancartes… Il faut dire aussi qu’il n’hésite pas à se mêler de la carrière des patrons. Alors que quand il intervient dans la gestion du personnel du PS, c’est plutôt en braconnier, pour le monde des affaires, c’est en chef de bande. Il va au-delà des prérogatives naturelles du pouvoir politique qui portent normallement sur le secteur public. Nul n’ignore plus que le jeune Lagardère se sent menacé dans son empire au point d’en rajouter dans la flagornerie. Comme un vulgaire cadre stalinien angoissé d’une purge prochaine, il a cru bon pour se maintenir d’imposer à ses collaborateurs de retoucher des photos de façon à donner au locataire de l’Élysée une nouvelle sveltesse médiatique… L’interrogation du moment concerne le rôle d’Alain Minc. Gourou auto-proclamé de la politique industrielle du quinquennat, il n’a pourtant pas obtenu que la fusion Suez/Gaz de France se termine par le départ de Gérard Mestrallet qu’il déteste. Celui qui va faire les frais de l’opération est Jean-François Cirelli, le PDG de Gaz de France.

Il va céder sa place à Stéphane Richard, le directeur de cabinet de Christine Lagarde. Dans les couloirs de Bercy, on se demande aujourd’hui si Christine Lagarde annoncera elle-même le nom de son nouveau directeur de cabinet. Qu’elle ne le choisisse pas relève de l’évidence, la seule question est : Guéant lui en parlera-t-il ? Quant aux patrons, ils attendent une autre décision : qui va prendre la tête d’Edf ? Pierre Gadonneix, l’actuel PDG, a beaucoup à se faire pardonner. Quand il était à la tête de Gaz de France, il n’avait pas remarqué tous les talents d’une de ses collaboratrices nommée Catherine Guaino : quel incompétent ! Le mari de Catherine, Henri bien sûr, va se charger d’envoyer l’impertinent vers une retraite bien méritée, d’autant plus qu’il s’y verrait bien, lui, à la tête d’Edf. Toujours est-il que Guaino n’a guère eu de mal à persuader Sarkozy qu’il fallait éviter de confier des entreprises à des énarques. Aux yeux du Président, le bilan de l’énarchie entrepreneuriale est calamiteux et il invite tous les reponsables d’entreprise qu’il rencontre à choisir leurs collaborateurs plutôt dans leurs couloirs que dans ceux de Bercy. Derniers en date de ses sarcasmes : ceux sur la façon dont la BNP risque de se faire racheter par la Société générale après ses déconvenues de l’été.

Voir en ligne : in Bakchich #45

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PHILIPPE JAFFRE MEURT 8 ANS APRES AVOIR ENTERRE ELF

Posté par issopha le 30 septembre 2007

In memoriam

PHILIPPE JAFFRE MEURT 8 ANS APRES AVOIR

  

ENTERRE ELF

lundi 10 septembre 2007 par Paul Héauduc

Un grand patron qui meurt ce sont des tonnes de secrets qu’on enterre

Le dernier président de la si amusante entreprise Elf, Philippe Jaffré s’en est allé, à 63 printemps. En cette fin d’été qui tourne à l’hécatombe du côté des grands de ce monde, l’ami patron n’occupe pas toute la place qu’il mérite. Et pourtant, le bonhomme mérité les louanges, tant il a alimenté les gros titres au milieu des années 90.

Le premier parachute doré d’un grand patron français, c’était lui quand même ! Fin 1999, Elf se fait manger tout cru par Total, « Philou », bon gré mal gré démissionne et empoche un pactole de 200 à 300 millions de francs, stock options incluses. Du bel ouvrage de la part d’un pionnier et une récompense fort méritée.

Le pédégé a tôt fait, sitôt nommé en 1993 de faire connaître au grand public la marque et la méthode Elf. La plainte qu’il a déposée contre son prédécesseur Loïk Le Floch-Prigent a véritablement lancé l’affaire Elf, qui dix ans durant secoua le petit monde politico-judiciaire. Détournements de fonds massifs, corruption tant de la classe politique française qu’africaine, droite, gauche et dépendances confondues, interférences dans les guerres civiles congolaises et de menus trafics d’armes.

Un immense déballage qui n’a forcément plus, au moins côté de Chirac et de ses petits copains de Libreville ou de Brazzaville.

Le président gabonais Omar Bongo eut tôt fait de l’affubler du sobriquet de « grand couillon ». Susceptible, le petit Omar a mal pris la prétention de Jaffré à laver plus blanc avec de l’or noir ; d’autant que les juges lancés par sa faute à la poursuite de Le Floch, Tarallo ou Sirven se mettent en tête de fouiller dans ses comptes bancaires suisses. Gênant et fort impoli.

Mais Jaffré a des circonstances atténuantes. D’abord c’est un balladurien dans l’âme. Ensuite l’Afrique l’effraie. A l’approche des grandes forêts du bassin du Congo, une angoisse le prend, que son avion se crashe et qu’il soit englouti à jamais… Plutôt New-York que Libreville donc, une phobie gênante pour le boss d’un groupe pétrolier dont deux tiers des réserves proviennent du golfe de Guinée.

Passé un petit temps d’adaptation à la maison, le garçon a mis toutefois un peu d’eau dans son vin. Nommé par Balladur en 1993, l’inspecteur des finances de formation n’hésite pas à solliciter Chirac dans un fort courtois courrier. « Je suis sûr que grâce à votre appui Elf-Aquitaine pourra continuer à oeuvrer en Afrique », écrit-il en 1996. Un acte d’allégeance en bonne et due forme au président d’alors, qui appellera d’autres compromissions avec sa ligne de rédempteur des bonnes mœurs chez Elf.

Les avocats de la compagnie, dont Jean Veil désormais au service du Chi, s’échinent à défendre le principe de l’immunité diplomatique des dirigeants africains durant toute la procédure Elf, Jaffré charge comme il se doit Loïk Le Floch Prigent lors des audiences du procès, nie toute corruption de la classe politique française et se montre compatissant envers Tarallo, énarque comme lui et surtout condisciple de Chirac sur les bans de l’auguste école. L’exercice de grand écart impressionne, au moins autant que ses qualités de stratèges et de meneurs d’hommes.

Sous son auguste présidence, Elf rate l’alliance avec le Norvégien Saga puis la fusion avec le belge Pétrofina du Belge Albert Frère, cette fois pour incompatibilité d’humeur. « Je ne pouvais admettre que ce monsieur Frère m’appelle par mon prénom ». Attaché à l’étiquette Jaffré s’en sera vu accolé quelques-unes, notamment par ses salariés. Au hasard « l’abruti », le « menteur », « le profiteur », le « cynique » pour sa propension à vouloir serrer les effectifs, satisfaire les actionnaires plutôt que les employés, ou à gaver de stock-options les hauts cadres de l’entreprise…

Une fois Elf avalé par Total, il aurait été dommage de se passer d’un tel talent. Bien heureusement, Pierre Bilger l’appellera à ses côtés pour renflouer Alstom. Jaffré renouera alors avec ses premières amours balladuriennes en négociant le sauvetage de l’entreprise avec le ministre des Fiances en poste Nicolas Sarkozy. Le boulot fait, l’aimable Philippe se laissera aller à la tentation de Bruxelles, au climat fiscal bien plus doux, tout en demeurant vice-président d’Alstom.

Toute une carrière synthétisée dans l’hommage que lui a rendu le Medef à l’annonce de son décès, le syndicat patronal déplorant la disparition « d’un grand serviteur de l’Etat », qui, c’est bien le moins, aura aussi su se servir.

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SARKO ENTERRE LES AFFAIRES

Posté par issopha le 30 septembre 2007

Rupture

SARKO ENTERRE LES AFFAIRES

 

 

lundi 17 septembre 2007 par Roger Caviardi

La dépénalisation des affaires ? Pendant quinze ans la droite en a rêvé. Sarko Ier veut le réaliser.

 

Ah, que les cieux seraient paisibles et l’horizon des grands patrons dégagé s’il n’y avait plus ces incessantes menaces de poursuites devant les tribunaux. Plus d’insupportables soupçons d’abus de biens sociaux, de présentation de faux bilans ou de diffusion d’informations trompeuses. Plus de juges d’instruction capables de les interroger des journées entières sur les comptabilités douteuses ou les caisses noires constituées dans de lointains paradis fiscaux. Plus de juges des libertés susceptibles d’envoyer ces honorables présidents mariner quelques mois en prison, au milieu des petits malfrats. Bref, quel bonheur si les dirigeants économiques pouvaient échapper à la justice commune, au droit pénal des affaires.

Ce monde patronal idéal, ce rêve de dépénalisation, auquel le Medef croyait à peine, Nicolas Sarkozy est en train de le mettre en chantier. Le président de la République veut inventer un nouveau paradis capitalistique, qui laisse enfin libre cours à l’esprit entrepreneurial, sans obstacles, ni bâtons dans les roues. En faisant disparaître certains délits financiers du code pénal, le coup de baguette serait magique : les juges n’auraient plus beaucoup de prises pour empêcher les patrons de faire ce que bon leur semble, y compris arroser leurs amis. Finis les ennuis judiciaires, finies la plupart des affaires politico-financières ! Du grand art !

Cet enterrement de première classe, digne d’un Berlusconi réformant la justice italienne pour que son clan échappe aux poursuites, a été annoncé en grandes pompes par Nicolas Sarkozy le 30 août devant l’université d’été du Medef. « La pénalisation de notre droit des affaires est une grave erreur, je veux y mettre un terme ». Applaudissements nourris dans la salle. Le président a enfoncé le clou le 6 septembre lors d’une visite au Tribunal de commerce de Paris : « Je n’ignore pas que, d’ores et déjà, le droit des sociétés a été débarrassé de nombre d’infractions formelles qui n’avaient pas de justifications. Mais il faut aller plus loin », a insisté Nicolas Sarkozy. Il a notamment cité le cumul, à ses yeux injustifié, entre des sanctions pénales et celles relevant des administrations, des autorités de régulation, ou de tribunaux civils et commerciaux. Curieuse démonstration en vérité ! Si l’on applique la pensée présidentielle de manière radicale, alors il n’y a plus qu’à jeter le code pénal en entier à la poubelle. La superposition des droits, dans bien des domaines (droit pénal, droit social, droit du commerce, droit de la concurrence, droit fiscal) n’est pas une aberration en soi. Elle n’a rien d’un luxe : le pénal sanctionne souvent les délits les plus graves, et garde, dans bien des cas, des vertus exemplaires. Sans cette menace, il n’est pas certain que certains patrons ne franchiraient pas plus aisément la ligne jaune de la voyoucratie. Si les délinquants en cols blancs ne risquent que de simples amendes fiscales ou des avertissements de l’Autorité des marchés financiers, il n’est pas sûr que cela suffise à les dissuader. Ancienne juge d’instruction à Paris, Éva Joly a réagi sur France-Info aux propos de Nicolas Sarkozy en disant ne pas comprendre « un pays qui responsabilise ses enfants et ses fous et qui irresponsabilise ses élites ».

Un conseiller bientôt jugé

Le conseiller pour les affaires judiciaires à l’Elysée, Patrick Ouart, saura bientôt de quoi il parle. L’heureux homme, qui fut vaguement magistrat il y a un bail, est mis en examen en Belgique depuis 2006. Il devrait être jugé dans les mois qui viennent par le tribunal correctionnel de Bruxelles. L’affaire démarre en 2004, alors que Ouart, ex-conseiller judiciaire d’Edouard Balladur à Matignon, un des seuls magistrats clairement étiqueté UMP, occupe le poste de secrétaire général du groupe Suez. Un mouchard découvert sur l’ordinateur d’un employé d’Electrabel, filiale à 51 % de Suez en Belgique, a entraîné l’ouverture d’une instruction judiciaire. L’enquête, menée au plat pays, avec quelques perquisitions en France, a démontré que Suez avait commandité des intrusions informatiques chez Electrabel. Autrement, dit, de l’espionnage…

Suez craignait visiblement que sa filiale belge, très rentable, veuille se détacher de sa maison mère. Pour se défendre, l’un des « plombiers » avait alors assuré, lors des investigations, qu’il était « en mission » afin de vérifier la fiabilité du système et de contrôler l’ordinateur d’un cadre suspecté de divulguer des informations à l’extérieur. Le parquet de Bruxelles, qui a demandé en 2006 le renvoi en correctionnelle de cinq responsables d’Electrabel et de Suez, dont le fameux Patrick Ouart, y voit plutôt « hacking, tentative de hacking et interception de communications privées ». De jolis mots qui n’ont pas empêché le nouveau président, Nicolas Sarkozy, de nommer Ouart à son cabinet. Certes, un chargé de mission lui a été adjoint en la personne de Christophe Ingrain. Au cas où Ouart serait empêché ?

Une chose est sure : la plupart des grandes affaires qui ont défrayé la chronique – du scandale Elf aux marchés truqués des lycées d’Ile-de-France, en passant par l’affaire Noir-Botton, le Crédit lyonnais ou les frégates de Taïwan – ont bien été instruites sur la base de délits financiers punis par le code pénal : abus de biens sociaux, faux bilans, blanchiment, corruption. Les investigations menées par les juges du pôle financier de Paris, avec des personnalités fortes comme Éva Joly ou Philippe Courroye, ont servi d’aiguillon à une justice plus indépendante, qui a fait irruption dans le monde économique et politique pour y imposer davantage de rigueur et de transparence. Les résultats judiciaires ont parfois été décevants à l’arrivée. Mais les enquêtes ont dérangé nombre de grands patrons mis en examen et certains de leurs amis politiques.

Le retour de manivelle n’a pas tardé. Depuis 2002, les enquêtes financières sont moins prioritaires. Les équipes de police judiciaire affectées à ces dossiers d’instructions ont été réduites à la portion congrue. Les juges broient du noir, comme l’a bien décrit Éric Decouty, dans Un fiasco français, histoire secrète du pôle financier (Denoël, 2006). La dépénalisation du droit des affaires constitue un autre volet de cet affaiblissement récent des juges. Voilà plusieurs années que le Medef, soutenu par quelques élus, travaille à « réformer » ce pan du droit pénal. Un rapport du sénateur Philippe Marini, en 1996, a conduit à supprimer progressivement plus de la moitié des 140 sanctions pénales contenues dans le droit des sociétés. La plupart concernait des délits mineurs ou inappliqués. Le porte-parole de l’actuel Garde des sceaux Rachida Dati assure d’ailleurs que le projet de réforme en cours d’étude ne vise, grosso modo, qu’à poursuivre ce simple toilettage des textes. Mais le groupe de travail constitué sur le sujet autour de la ministre de la Justice ne va probablement se contenter de cette version « minimaliste ». La suppression du délit d’initiés, du délit d’entrave au fonctionnement des comités d’entreprise, ou la prescription plus rapide des abus de biens sociaux, sont, par exemple, au menu des travaux de ce groupe de travail. Composé de magistrats et d’avocats bien en cour, il est présidé par Jean-Marie Coulon, premier président honoraire de la cour d’appel de Paris, peu connu pour ses idées gauchisantes.

Rachida Dati est déjà convertie aux thèses patronales de la dépénalisation. Elle a eu le temps de réfléchir sur ces questions, notamment comme magistrate au cabinet de Nicolas Sarkozy à Bercy, ou auprès de ses amis du CAC 40, dont Henri Proglio, le sémillant Pdg de Véolia Environnement, héritier de la vieille Compagnie générale des eaux, qui fut naguère engluée dans bien des affaires… Rachida, de toute façon, sera bien surveillée par Patrick Ouart, le conseiller Justice de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, qui a la haute main sur ce dossier sensible. Un véritable homme de l’art : ancien conseiller de Balladur, Ouart a fait une belle carrière dans le privé, chez LVMH et Suez, où il a écopé d’une malencontreuse mise en examen (voir encadré) qui doit prochainement le conduire devant un tribunal… belge. Proche du Medef, ce conseiller spécial est, lui aussi, partisan d’une dépénalisation assez radicale. Histoire que les méchants juges n’embêtent plus les gentils patrons. Ouart est également soutenu en coulisses par son ami Michel Dobkine, ancien magistrat détaché aux douanes à Bercy, ex-directeur de l’Ecole nationale de la magistrature jusqu’en juin dernier. Naguère tenté par le privé (Bolloré l’a approché), directeur de cabinet de la colérique Rachida durant quelques semaines, Michel Dobkine vient d’être nommé avocat général à la Cour de Cassation. Un poste d’observation idéal pour donner quelques conseils sur cette dépénalisation promise. Àl’enterrement des affaires, il y aura du beau monde, c’est promis…

Voir en ligne : in Bakchich #46

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TARALLO SQUATTE BONGO

Posté par issopha le 30 septembre 2007

Immobilier

 TARALLO SQUATTE BONGO

 

 

mardi 28 août 2007 par Xavier Monnier

 

Sous le coup d’une enquête préliminaire du parquet de Paris sur quelques uns de ses biens immobiliers dans la capitale française, le Président gabonais Omar Bongo n’en démord pas. Son amour pour la ville lumière et sa pierre est inextinguible. Celui qu’on a longtemps appelé le cannibale de Lewaï cherche même à récupérer un petit appartement au 55 quai d’Orsay pour sa fifille chérie Pascaline. Mais, oh horreur, il le sait squatté par une de ses vieilles connaissances : André Tarallo.

Le bon Dédé, personnage incontournable de l’affaire Elf et ancien directeur Afrique de feu la compagnie pétrolière use en effet régulièrement de ce petit pied à terre quand il vient à Paris. Seul petit souci, au cours du procès de l’affaire, le fin Dédé a affirmé à corps et à cri qu’en fait, cet appartement ne lui a jamais appartenu en totalité. La bicoque, achetée un peu plus de deux millions d’euros et ripolinée pour quelques 4 millions d’euros serait en fait un bien commun entre lui et le président Bongo. Tout comme la villa palais de Calalonga en Corse, 10 millions d’euros au bas mot, qui serait une maison d’amitié Corse-Gabon…

À l’époque, Dédé sort l’argumentaire histoire d’éviter que les juges ne l’accusent de trop de détournements de fonds dans l’affaire Elf. Mais le petit Omar, bien mouillé dans les combines pétrolières se vexe un peu. Et décide de prendre au mot l’ami Tarallo. Façon, si c’est à moi, qu’ils me les rendent ! Oublié l’accord à l’amiable obtenu en 2003 : à Tarallo les bicoques, à Bongo une compensation financière. Le litige, en souffrance depuis, passera devant les tribunaux dès septembre.

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LES LIBERAUX S’ATTENDENT AU CRASH DE SARKO

Posté par issopha le 30 septembre 2007

Économie

LES LIBERAUX S’ATTENDENT AU CRASH DE SARKO

 

mardi 25 septembre 2007 par Vanessa Serarien

 

Pour les libéraux, c’est mathématique, imparable : la politique menée par Nicolas Sarkozy conduit à une impasse. Comme le dit le secrétaire d’État chargé des entreprises et du commerce extérieur Hervé Novelli : « Entre politique de l’offre et politique de la demande, la question n’a pas été tranchée. Nicolas Sarkozy est persuadé qu’on peut agir sur les deux leviers. Faire baisser les prix, libérer du pouvoir d’achat avec les heures sup ou les baisses fiscales, et mener des réformes structurelles à moyen terme. » Offre ou demande. Quelle importance ? Sauf que – le secrétaire d’État au Commerce Extérieur est bien placé pour le savoir – redonner du pouvoir d’achat aux Français, avant d’avoir rendu l’appareil productif plus compétitif, aura pour principale conséquence d’accroître les importations, et donc d’aggraver le déficit du commerce extérieur !

« En relançant la demande, on subventionne les usines chinoises », grince le président de la commission des finances Jean Arthuis. Les libéraux sont convaincus que les faits leur donneront raison. À court terme, la France sera confrontée à une situation intenable : dette, déficits… Et Bruxelles ne laissera pas faire. Quand ? Entre le début 2008, et le printemps 2008. En attendant les avertissements ne servent à rien, le président n’en démord pas : il peut arracher un point de croissance supplémentaire avec les dents. N’a-t-il pas sauvé Alsthom, quand tout le monde lui disait que c’était plié ? N’a-t-il pas réussi à faire repartir la consommation avec la prime auto du temps où il était à Bercy ?

Tous ces débats sur l’offre et la demande, ne sont pour lui que des querelles d’experts qui se torturent les méninges inutilement. Le président de la République l’a répété à maintes reprises, il est un pragmatique. « Inutile de réinventer le fil à couper le beurre. Toutes ces théories économiques… moi-même, parfois je suis un peu perdu. Ce que je veux c’est que les choses marchent », déclarait-il à Lyon, le 29 juin dernier. En 2004, il avait déclaré au Time magazine : « Quand j’ai un dossier sur mon bureau je ne passe pas mon temps à me demander ce que Ricardo, Smith ou Hayek aurait fait ». Il est bien décidé à continuer à jouer cette petite musique en stéréo concoctée par Henri Guaino, qui lui a permis de conquérir le pouvoir. À l’Élysée, où libéraux et keynésiens se regardent en chien de faïence, chacun attend l’heure de vérité.

Voir en ligne : in Bakchich #47

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LOBBY OR NOT LOBBY ( Pro-israélien )

Posté par issopha le 30 septembre 2007

Polémique

  

  

 LOBBY OR NOT LOBBY

 

 

jeudi 27 septembre 2007 par Anaëlle Verzaux

 

Les récents propos guerriers de Bernard Kouchner à l’égard de l’Iran vont forcer les groupes américains pro-israéliens à réviser leurs points de vue sur la France. À partir de 2002, ces lobbies présentaient l’hexagone comme l’État le plus antisémite d’Europe et aimaient voir en Paris la « capitale de l’Europe antisémite aujourd’hui, comme sous la IIIe République » (Martin Peretz, in New Republic, le 22 avril 2002). Parce que ne pas s’aligner sur la politique Moyen-Orientale des États-Unis de même que s’opposer à la politique du gouvernement israélien signifie mettre en cause la légitimité d’Israël, c’est-à-dire ne pas souhaiter l’épanouissement du peuple Juif, donc être antisémite. Deux universitaires américains ont récemment fait l’amère expérience de cet amalgame, une des armes les plus puissantes du lobby pro-israélien, clef de voûte d’un processus d’intimidation particulièrement virulent depuis le printemps 2002.

Après la publication d’un long article sur ce lobby en mars 2006 dans la London Review of Books (LRB) puis mis en ligne sur le site de la Kennedy School of Government d’Harvard, John J. Mearsheimer, professeur de sciences politiques à l’Université de Chicago et Stephen M.Walt, professeur de relations internationales à Harvard, se voient taxés d’antisémitisme. Antisémites ! Il n’y a pas pire accusation sur le grand continent. De quoi briser définitivement une carrière. Il ne fallait pas pointer du doigt l’influence de groupes de pression américains pro-israéliens dans l’aide considérable que les États-Unis fournissent à Israël tant sur le plan économique que militaire. Chaque année, Israël reçoit 3 milliards de dollars d’aide américaine, soit un sixième de l’aide étrangère des États-Unis. Parmi leurs pourfendeurs : l’Anti-Defamation League (ADL), des chroniqueurs du Jerusalem Post, du New York Sun, du Wall Street Journal et du Washington Post, ainsi que le magazine New Republic, qui a consacré quatre articles à la condamnation de leur texte.

En complément de leur petit essai, les deux auteurs publient un livre intitulé Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, à paraître en France le 27 septembre aux éditions La Découverte. Un nouveau pavé dans la mare ! Mais pourquoi tente-t-on de marginaliser ces « dissidents » via cette insulte infondée ? « Si l’accusation porte, les médias, les membres du gouvernement et le reste de l’élite ne prêteront aucune attention aux arguments contre Israël. Et les groupes qui auraient été tentés de leur accorder un certain crédit se sentiront découragés. » (p.209). Pourquoi la tactique fonctionne-t-elle ? D’une part, « parce qu’il est très difficile de prouver de manière définitive que l’on n’est pas antisémite. » D’autre part, parce que « l’accusation est susceptible de recueillir un certain écho chez les Juifs américains, qui sont nombreux à croire que l’antisémitisme est encore un fait très répandu. L’histoire des Juifs de la Diaspora étant suffisamment édifiante pour nourrir cette angoisse, largement accentuée par le rôle que joue la mémoire de l’Holocauste chez beaucoup de Juifs américains. » (p.209) Un nouveau pavé dans la mare donc, dont le plouf n’a pas encore débordé des États-Unis…

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26 juillet 2007. Total, Areva, Bolloré et Dassault vainqueurs du Tour de Françafric

Posté par issopha le 29 septembre 2007

 26 juillet 2007. Total, Areva, Bolloré et Dassault vainqueurs du Tour

de Françafric

A l’occasion du déplacement du président de la république en Libye, au Sénégal et au Gabon, une action symbolique et visuelle a été organisée jeudi 26 juillet à Paris par des militants de Survie et de la Cellule Françafrique. Un « tour cycliste de Françafric » (tenues sportives, casques coloniaux et produits dopants de rigueur) a ainsi sillonné les hauts lieux de la Françafrique du 16ème arrondissement, sous le regard médusé des badauds. L’ équipe coachée par un Nicolas Sarkozy plus vrai que nature dans sa jeep militaire était composée de cyclistes aux couleurs de Total, Bouygues, Bolloré, Suez, Areva, Rougier, Dassault, entreprises françaises présentes en Afrique et qui ont beaucoup à attendre de la visite présidentielle sur ce continent.

La « course aux contrats » est passée devant plusieurs biens immobiliers possédés par Omar Bongo ou ses proches, résidences visées par la plainte pour recel de détournement de biens publics déposée par Survie, Sherpa et la Fédération des Congolais de la Diaspora. Le ravitaillement a eu lieu face à la rue Dosne, où Omar Bongo possède un hôtel particulier, à grand renfort de produits dopants autorisés par la Françafrique (valises de billets, allégements de dette et cargaison de pétrole non déclarées). Quelques minutes plus tard l’arrivée et la cérémonie de remise des maillots se sont déroulés avenue Foch, baptisée avenue de dictateurs il y a quelques mois par des militants de la Cellule Françafrique.

Le maillot jaune a été remis à Total, qui a accumulé un bénéfice record en 2006 et qui possède des intérêts pétroliers considérables au Gabon. Le maillot vert du meilleur sprinter a été remis à Vincent Bolloré, très présent lui aussi au Gabon, au Congo et au Cameroun, pour honorer sa magnifique course en tête au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy et le magnifique cadeau qu’a constitué le prêt de son yacht pour une croisière dans le paradis fiscal maltais. Le maillot à taches rouge sang a été remis au groupe Dassault, spécialiste des contrats d’armements, en particulier à la Libye. Un prix spécial a été remis à Areva pour l’énorme marché que Nicolas Sarkozy vient de lui décrocher suite à sa rencontre avec Muammar Kadhafi.

La caravane du tour de Françafric s’est ensuite réunie pour entonner son hymne. « des armes (bis), du pétrole(bis), nous voulons des marchés (bis), et nous allons les gagner (bis) allez allez Bongo, allez allez Sarko ! » L’équipée héroïque de la fine fleur du patronat français a été suivie par une dizaine de journalistes.

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Ni Putes Ni Soumises : un appareil idéologique d’Etat

Posté par issopha le 28 septembre 2007

  

  

Ni Putes Ni Soumises : un appareil idéologique

  

d’Etat

Par et

Coupée du terrain, sans base sociale réelle, politiquement opportuniste mais « bon client » médiatique, l’association présidée par Fadela Amara a gagné sa reconnaissance institutionnelle en produisant un discours stigmatisant des banlieues et de leurs habitants.

Non aux tournantes, non aux mariages forcés, non à la polygamie… Inlassable dénonciatrice du « sexisme de banlieue », la présidente de Ni putes ni soumises, l’association des filles des quartiers, est débordée. En photo dans les magazines avec Kate Barry, la fille de Jane Birkin, ou Arlette Laguiller…, Fadela Amara est partout. À Matignon, pour un petit déjeuner avec le Premier ministre, sur le plateau de TF1 pour une interview, place Beauvau où on la réclame. Son attaché de presse annonce qu’elle quitte la répétition d’un concert pour la mixité à l’Olympia pour s’envoler vers Genève. Car on la consulte aussi sur le règlement de la paix au Proche-Orient ! Le journaliste de l’agence Capa, qui brosse son portrait pour Arte, a du mal à la suivre.

Mais aucune cause ne la mobilise plus de deux heures d’affilée. Avec son agenda surchargé, impossible d’assumer les missions confiées par tous les ministres ! Au comité d’évaluation de l’Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU), dispositif clé de la politique de la ville de Jean-Louis Borloo où elle est censée siéger, personne ne la connaît. Excédé par ses absences, le président du comité, Yazid Sabeg, a décidé de sévir. La lettre qu’il lui adresse le 20 avril 2005 est sans ambiguïté : il la considérera comme démissionnaire si elle ne se manifeste pas dans les quinze jours. Sabeg avait senti l’erreur de casting avant même le premier conseil d’administration. Mais son ami Borloo tenait à la candidature de Fadela Amara, au motif qu’elle « connaissait le terrain »… « Pour lui, c’est elle qui a inventé l’expression “casser les ghettos” ! » soupire Sabeg. Dans le milieu feutré des institutions, l’agitation perpétuelle de Fadela Amara lui tient lieu de carte de visite. Tout le monde s’arrache « madame banlieue ». L’Observatoire de la parité ne peut se passer d’elle. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) l’auditionne à tout propos. En mars 2005, elle est nommée à la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde). Porte-voix du mouvement anti-voile, elle devient incontournable pour la commission Stasi sur les signes religieux à l’école, qui la reçoit en décembre 2003. Devant les sages, Fadela Amara use de tout son pouvoir de conviction pour contrecarrer le « retour de l’obscurantisme ». Dans sa bouche, les musulmanes voilées deviennent des « soldates du fascisme vert » et les bannir de l’école est encore une punition trop douce : « Il est urgent de réaffirmer la laïcité comme valeur centrale et de mettre fin à des pratiques archaïques qui oppriment les femmes. Dans les quartiers, les groupuscules islamistes sont de plus en plus puissants », assène-t-elle. Fadela Amara n’en est pas à une contradiction près. Deux mois plus tôt, dans sa biographie, elle se disait en effet opposée à ce qu’on « légifère à nouveau sur un thème si sensible » : « Le port du voile est devenu pour certains un nouvel argument politique permettant de stigmatiser les musulmans et les banlieues [1] . » Que s’est-il passé entre-temps ? Le 12 novembre 2003, la direction du bureau politique du PS, dont elle est membre, a décidé de soutenir la loi interdisant le foulard et de la voter à l’Assemblée.

Fadela Amara est une quadra dynamique, une entrepreneuse qui a tout compris. Elle adapte l’offre à la demande, se positionne sur le segment idéologique le plus porteur et rafle les parts de marché du nouveau féminisme. Elle est devenue la grande prêtresse des politiques et des médias.

Croisade médiatique

Car son ascension sera fulgurante. Tout démarre dans l’indifférence générale, en janvier 2002. Elle est encore une illustre inconnue, présidente de la Fédération nationale de la maison des potes [2] . Elle organise les états généraux des femmes des quartiers à la Sorbonne. Dix mois plus tard, à Vitry-sur-Seine, une jeune fille, Sohane Benziane, meurt dans un local à poubelles brûlée vive par un jeune beur de sa cité. Au même moment, Samira Bellil publie Dans l’enfer des tournantes [3] un témoignage bouleversant sur les viols qu’elle a subis. Deux faits divers sordides qui rebondissent sur le terrain médiatique. Car l’opinion publique est émue. C’est le moment, pour Fadela et son équipe, de partir en croisade contre les « machos de banlieue ». Entre février et mars 2003, la marche des femmes des quartiers passe par vingt-trois villes de France. Amara sait que pour exister il faut capter l’attention des journalistes. La communication est confiée à un pro, Franck Chaumont, recruté par la présidente en personne à la veille de la marche, en février 2003. C’est un membre de la « famille » : ancien de SOS Racisme Toulouse, il a été rédacteur en chef à Beur FM, employé au service de presse de la fondation Danielle Mitterrand, à la communication interne de la SNCF…. Bref, il a de la bouteille. Une ancienne porte-parole du mouvement, Ingrid Renaudin, a immédiatement mesuré le savoir-faire du communicant : « Après la marche, le discours s’est structuré. Chaumont, son boulot, c’était de nous recadrer : il faisait passer un message court, simple : “C’est la mort de Sohane qui a déclenché notre action.” [4] » Le slogan fait mouche. Elle, Le Monde, Le Figaro, Le Nouvel Obs…, tous les organes de presse et de télévision ouvrent leurs pages et leurs micros à la nouvelle association. « Le discours a été simplifié, poursuit Ingrid Renaudin. Le terrain, ça n’intéressait pas les médias, alors le message a perdu en nuance, explique la jeune femme, qui a quitté le mouvement. Très vite, le seul sujet, c’était le voile. Les médias et Fadela se sont cristallisés sur la dénonciation de l’islam radical, comme tout le monde après le 11 septembre [5] . » Premiers visés, les garçons des cités, machos et parfois même intégristes, qui voilent et violent les filles. Comme l’explique la sociologue Nacira Guénif [6] , NPNS (Ni putes ni soumises) désigne la figure détestable du « garçon arabe » à la vindicte médiatique. « Peu à peu une équation au simplisme effrayant s’est imposée : islam des Maghrébins = non-intégration + violence + antisémitisme + oppression de la femme, constate le sociologue Laurent Mucchielli. De sorte que ce sont progressivement toutes les valeurs que nous concevons comme le fondement de la civilisation occidentale qui seraient niées par ces populations perçues comme un autre bloc civilisationnel : l’Orient musulman [7] . » Baromètre de la psychose ambiante, NPNS reprend à son compte les reproches, vrais ou exagérés, faits aux jeunes Maghrébins.

À entendre les leaders du mouvement, pourtant issus eux-mêmes de l’immigration, ce qui devrait les inciter à la nuance, les banlieues ont le monopole du sexisme et l’islam celui de l’oppression des filles. À preuve, la conférence de presse du 2 mars 2005. Fadela Amara y annonce que NPNS ne manifestera pas avec le reste du mouvement féministe le 8 mars, car il accepte dans ses rangs des femmes voilées. En renfort, des VIP tout à fait insolites. Arlette Laguiller, d’abord, venue témoigner de sa « solidarité avec nos sœurs d’Algérie, d’Iran et d’Arabie Saoudite ». De quoi donner au débat une tournure dramatique… Elle défilera le 6 mars avec NPNS, ses nouvelles « alliées ». Dans la salle, personne ne tique sur le fait que Laguiller dirige un mouvement connu pour décourager toute mixité, au point de faire asseoir les hommes et les femmes séparément lors des réunions politiques, comme aux meetings de la très conservatrice Union des organisations islamiques de France !

Le micro tombe ensuite entre les mains de Hamida Labidi, avocate tunisienne responsable de l’association Aime, proche du régime de Ben Ali au point qu’elle n’hésite pas à prôner le « modèle tunisien » (dont les manquements aux droits de l’homme sont pourtant aujourd’hui établis) pour lutter contre l’intégrisme : « Nous avons un magazine électronique qui a pour but de critiquer l’islam et la communauté arabo-musulmane. Nous participons à la création d’une coalition internationale contre l’islam politique. En France, on assiste à un retour sans précédent de l’islam. Il y a des prédicateurs partout ! Le nouveau combat féministe consiste à dire non à l’islam ! » Quant aux banlieues françaises, Fatima Lalem, du Planning familial, les décrit comme « des quartiers où des petites filles sont violées tous les soirs par des messieurs choisis pour elles comme “maris” par leurs parents. Aujourd’hui, on profite de la République qui laisse les femmes voilées travailler… Mais ce sont des femmes qui portent des revendications politiques, qui se battent contre la démocratie ! » Dans un brouhaha de congratulations, Fadela Amara donne rendez-vous à l’assemblée le 6 mars, pour une manifestation interdite aux « voilées ». Ce dimanche-là, sous les banderoles, on entendait : « Ni burqha, ni charia, l’islam [sic] ne passera pas ! » « Les médias l’ont poussé à radicaliser son discours sur l’islam, admet Samuel Thomas, vice-président de SOS Racisme, maison mère, en quelque sorte, de NPNS. Mais elle a été formée à SOS, elle aurait dû savoir comment s’y prendre ! Il faut qu’elle se recentre sur le féminisme, les questions sociales [8] … »

Pour justifier des propos aussi violents à l’égard de l’islam devant les journalistes, les responsables de NPNS ont recours aux témoignages de jeunes femmes des quartiers, dont les parcours sont aussi violents que sordides. Il est vrai que les aggressions ne manquent pas dans les cités. Mais là, l’égérie en fait un système. Elle va à la pêche aux ralliements. Ainsi, Samira Bellil, auteure du récit poignant sur les viols dont elle a été victime adolescente, est happée par les filles et devient marraine de l’association. Loubna Méliane, une autre marcheuse, aujourd’hui vice-présidente de SOS Racisme, publie à son tour un livre racontant le mariage forcé qu’elle a subi à dix-neuf ans. Les journalistes sont comblés : grâce à l’association, qui se réclame à la fois du féminisme et des banlieues, ils ont accès à une source d’informations délicates à obtenir. Les filles de Ni putes ni soumises deviennent même des prestataires de service. Ainsi, lorsque le magazine Elle publie une enquête qui donne la parole à des jeunes femmes issues de l’immigration opposées au port du foulard à l’école [9] , la majorité des interviewées sont proches de NPNS. Quelques médias soutiennent activement le mouvement. L’Humanité offre une tribune à Loubna Méliane, une journaliste du Monde écrit le livre de Fadela Amara [10] . Le magazine Elle engage même un membre de l’association comme pigiste et l’une des reporters rédige une biographie de Safia Lebdi, la vice-présidente du mouvement, qui ne paraîtra jamais… D’autres, plus cyniques, en tirent profit en termes d’image, comme Canal+ qui offre pour la deuxième année consécutive [11] quelques heures d’antenne à l’association. Grâce à NPNS, la chaîne du foot et du porno s’achète une bonne conscience féministe à peu de frais.

Manifestement, le consensus médiatique est total. « Chez les journalistes comme chez les politiques, l’indignation tend de plus en plus à remplacer l’analyse, l’émotion à prévaloir sur la réflexion. Dès lors, tous les sujets qui semblent mettre en cause le civisme et la morale font l’objet d’un consensus immédiat. La sécurité en est un, la défense des femmes un autre [12] », conclut Laurent Mucchielli.

Des amis de toutes les couleurs… politiques

Avril 2003. Les statuts de l’association sont à peine déposés que NPNS est déjà le label de référence en matière de lutte contre les violences faites aux femmes. Le succès médiatique de la marche des femmes des quartiers rend le mouvement incontournable. « Pourtant, se souvient un conseiller de Jean-Pierre Raffarin, les notes des Renseignements généraux que je recevais tous les matins ne témoignaient pas d’un réel engouement populaire… Il n’y avait pas grand monde à leurs manifs, alors que le battage médiatique laissait supposer l’inverse [13] . » À Matignon, les conseillers du Premier ministre comprennent vite que l’association n’a guère d’audience sur le terrain. Quand Fadela Amara vient voir les responsables des secteurs jeunesse, intégration et affaires sociales pour obtenir des subventions, les fonctionnaires lui proposent le tarif propre aux associations dites « citoyennes », soit 40 000 euros par an. « Quand je lui ai dit que je ne pouvais pas monter plus haut, Fadela Amara, qui a toujours l’air de pleurer et d’être touchée par la grâce divine, s’est durcie, raconte un conseiller technique. Elle m’a dit qu’elle voulait 500 000 euros et que, dorénavant, elle ne parlerait qu’au Premier ministre. » Eh bien, Jean-Pierre Raffarin va la recevoir trois fois ! Lui fait de la politique, il comprend vite que le gouvernement et ce petit groupe réuni autour de Fadela ont tout intérêt à s’entendre. Au lendemain de la marche, une conférence interministérielle dirigée par Nicole Ameline, réunissant Jean-Louis Borloo, François Fillon et les conseillers de Matignon, doit accéder aux cinq revendications de l’association : création d’un Guide du respect [14] , mise en place de points d’écoute, accueil spécifique dans les commissariats, formation du personnel encadrant, mise à disposition d’appartements d’urgence.

Pour l’équipe Raffarin, le mouvement féministe prend les atours d’un allié aussi utile que totalement inattendu. Car jusqu’à la réunion de ce qui a été présenté comme les « états généraux des femmes des quartiers » en janvier 2002, NPNS interpellait plutôt les institutions en insistant sur la faillite des politiques d’intégration. Curieusement, un an plus tard, les membres de l’association soutiennent le discours sécuritaire et répressif du gouvernement. Pour NPNS, il faut désormais épauler celui-ci dans sa volonté de ramener l’ordre dans les territoires perdus de la République. Agnès Josselin, qui a côtoyé les militantes dans le cadre d’un mémoire de sociologie, note que lors de la marche, la question de la répression a été clairement tranchée par les marcheuses : « On n’est plus là pour comprendre, on est là pour sanctionner [15] . » Dès lors, les militantes semblent justifier les mesures les plus répressives. Elles répètent que les jeunes issus de l’immigration violentent les filles en les « soumettant à des règles archaïques » dans le « huis clos des ghettos », où « la loi du plus fort [aurait] remplacé celles de la République ». Ce n’est pas faux, même si, dans les cités, la brutalité n’épargne pas non plus les garçons. Mais tout devient caricatural avec l’association. Ce discours fait écho aux propos tenus par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, qui déjà prône la fermeté, notamment pour « protéger les gens qui n’ont pas la chance d’habiter Neuilly ». L’association est devenue un appareil idéologique d’État un peu particulier, puisque sa présidente fait de sa croisade un gage d’indépendance.

Car en réalité, c’est bien à gauche que le mouvement est né. « Comme pour SOS Racisme, Ni putes ni soumises avait vocation à former des cadres pour le parti socialiste [16] », tonne Abdelkader Souifi, du comité Rhône de SOS Racisme indépendant. Le CV des fondateurs ne présente d’ailleurs aucune ambiguïté : conseillère municipale socialiste à Clermont-Ferrand, Fadela Amara a fait ses classes à l’antenne clermontoise de SOS Racisme. Elle préside aujourd’hui la Fédération nationale des maisons des potes. Le secrétaire général de NPNS, Mohamed Abdi, quarante-six ans, traîne rue de Solférino depuis plus d’une décennie. D’origine marocaine, élevé dans une famille éclatée [17] , il est arrivé en France dans les années quatre-vingt pour faire ses études. Loubna Méliane, l’une des porte-parole du mouvement, a fait ses premières armes à la FIDL [18] (association lycéenne proche de la Fédération nationale de la maison des potes) avant d’intégrer le bureau national du parti socialiste en juin 2003. Architecte du mouvement, Julien Dray a endossé l’habit de porte-parole du PS en 2002. Ancien trotskiste, le député de l’Essonne est l’un des fondateurs de SOS Racisme. Non seulement les deux structures sont liées, mais l’origine de la start-up féministe est même étroitement subordonnée au déclin de l’association à la main jaune. « À partir des années quatre-vingt-dix, l’antiracisme tel qu’il avait été défini, à savoir le droit à la différence, ne fait plus recette, analyse le député de Paris socialiste Jean-Christophe Cambadélis, frère ennemi du fondateur de SOS. Julien Dray pressent que la question des femmes va devenir explosive. Il s’engage sur ce créneau. » Or, les liens de sang entre NPNS et le PS sont cachés avec soin, comme en témoigne une ancienne militante : « La dissimulation la plus flagrante a eu lieu lors d’une rencontre avec les habitants de Grigny, dans un local associatif. J’apprends plus tard que c’est la permanence du député socialiste de l’Essonne, Julien Dray. Les affiches du parti qui tapissaient les murs avaient toutes été recouvertes par celles de NPNS. Toutes les marques du PS ont été enlevées “pour ne pas effrayer les gens. Ce n’est pas la peine qu’ils sachent”, me disaient les responsables. » Gare à celui qui ose lever le masque. Les journalistes de Technikart, par exemple, ont fait les frais de leur curiosité. Après la sortie de leur article décrivant l’enracinement de l’association féministe dans la galaxie PS, ils ont essuyé en direct les pires insultes de la part de Fadela Amara et de Mohamed Abdi [19] . Ce dernier aurait été jusqu’à arracher le micro du journaliste qui enregistrait le face-à-face houleux, ce qui a donné lieu à une main courante dans un commissariat. Pourquoi tant de précautions pour camoufler cette affiliation politique ? Les dirigeants de l’association savent tirer les leçons du passé. « Ils touchent un milieu particulièrement rétif à la manipulation, depuis la marche des beurs [20] », remarque, en bon stratège, Jean-Christophe Cambadélis. Cette discrétion obéit à une stratégie de reconquête de l’électorat populaire par le PS. En tout cas de celui qui a voté Le Pen le 21 avril 2002.

« En soutenant une association de terrain au discours très ferme sur les questions d’insécurité et d’intégration, qui appellera à voter à gauche le moment venu, le PS prouve que le temps du “laxisme” est révolu », explique une habituée de la rue de Solferino. Mais en procédant de la sorte, selon le politologue Vincent Geisser, « la gauche démontre une fois encore qu’elle est déconnectée des réalités du terrain. Les leaders du PS créent des associations dites “représentatives des banlieues” qui, pour se faire entendre sur les plateaux de télévision, acceptent les termes du débat politico-médiatique des salons parisiens qui sont à mille lieues des réalités du terrain. Ainsi SOS Racisme ou Ni putes ni soumises, surfant sur les thèmes de la laïcité, de l’intégration et de l’islamisation, sont autant entendues par l’élite parisienne qu’elles sont marginales au sein des populations qu’elles sont censées représenter. Ces dernières se soucient davantage des discriminations à l’emploi, au logement et à l’éducation dont elles sont les premières victimes [21] ». Le silence remarqué de NPNS lors des violences urbaines de l’automne 2005 témoigne de ce fossé abyssal entre l’association et son public. En marge des émeutes, les jeunes des banlieues ont formulé des revendications politiques pour une société plus égalitaire. Sur ce terrain, NPNS, obsédée par la lutte contre l’islam, n’avait ni solution ni discours bien rodé.

Retour sur investissement

Et pourtant, en deux ans, quelle audience ! Les militantes anonymes sont devenues des interlocutrices privilégiées. Leur vie a basculé. Fadela Amara, Cendrillon de Clermont-Ferrand, a raccourci ses cheveux, remisé ses jeans made in Puy-de-Dôme troqués contre des tailleurs sombres. Elle ne se déplace qu’en taxi et ne répond jamais sur son portable : trop occupée ! Aujourd’hui, ses « amis » s’appellent Anne Sinclair, Christine Ockrent, Guy Bedos, Charlotte de Turckheim… Finalement, cette reconnaissance arrivée sur le tard a du bon : à plus de quarante ans, un CAP de bureautique en poche, l’égérie des cités pense même, le soir, en se couchant, à un portefeuille ministériel ! Sa jeune rivale, Loubna Méliane, qui fut l’une des porte-parole du mouvement avant d’être évincée taille aussi sa route. Elle a intégré le bureau national du parti socialiste en juin 2003 et anime chaque soir une émission sur Fun Radio.

La réussite de cette petite bande est le fruit d’une stratégie politique qui consiste à afficher son attachement aux valeurs républicaines sans jamais sortir du rang. Quand Fadela se dit musulmane, elle précise qu’elle est laïque, lorsqu’elle se présente comme arabe, elle ajoute « citoyenne ». Une posture qui rassure la France d’en haut. Symboles d’une intégration réussie, elles ont été récompensées. Grâce à l’initiative de Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée nationale, les filles de NPNS ont vu leurs visages placardés en 4 x 3 sur les murs du Palais-Bourbon en juin 2003 pour l’opération Les Mariannes d’aujourd’hui. Pour ces militantes issues des quartiers populaires, les galères ne sont plus que de mauvais souvenirs. Un problème de logement ? Désormais, on s’arrange entre « happy few ». Ainsi la marraine du mouvement, Samira Bellil, a-t-elle cru pouvoir compter sur une élue socialiste à la mairie de Paris pour obtenir un appartement et éviter ainsi de faire la queue avec les cent trois mille autres Parisiens qui attendent un logement social… « Un jour, Mireille Dumas m’a appelée pour que je trouve un appartement à Samira Bellil, raconte l’élue, à l’époque très proche de NPNS. Nous venions de reprendre la mairie, et nous voulions sortir du système Tiberi. J’ai donc lancé une procédure en urgence, certes, mais dans le respect de la loi, ce qui prend forcément un peu de temps [22] … » Trop, manifestement, pour la jeune femme qui préfère s’adresser directement au ministre de la Cohésion sociale. Celui-ci lui remet les clés d’un logement en un temps record. « J’ai appris que Samira disait que la gauche n’avait rien fait pour elle, alors que Borloo lui avait donné un logement, lui ! se souvient l’élue parisienne. J’étais très choquée. Qui sont ces gens qui n’ont que le mot République à la bouche, mais qui entendent jouir de passe-droits [23] ? ! »

L’attaché de presse du mouvement, Franck Chaumont, semble avoir eu plus de chance avec la Ville de Paris. Déjà locataire d’un logement social, il a obtenu une nouvelle HLM « à la suite d’un échange favorisé par l’intervention d’un maire d’arrondissement », selon le chef de cabinet de l’adjoint PS aux logements. La mairie de Paris a les idées larges ! Le pouvoir n’offre pas que des privilèges : il permet aussi de se refaire une virginité. Mohamed Abdi, secrétaire général de l’association, en sait quelque chose. Il parade aux côtés de Fadela Amara dans les cocktails et anime des conférences alors qu’il est en procédure judiciaire. Mohamed Abdi s’est pourvu en cassation. L’arrêt de la cour d’appel a été cassé mais il reste toujours sous le coup de sa première peine, qui s’élève à huit mois de prison avec sursis. Il se défend d’avoir agi de mauvaise foi. De 1994 à 1997, Mohamed Abdi est pourtant accusé par la justice d’avoir détourné des fonds publics. Membre du bureau de la maison des potes comme Fadela Amara, ce proche de Michel Charasse avait monté une société censée assurer des formations aux employés d’une entreprise de gardiennage, dont il était aussi salarié. Mais Abdi empoche les crédits formation… sans donner de formation. C’est Alia Zioni, responsable syndicale CFDT qui, en 1997, signale les faits. Son zèle va lui coûter cher. « Cette affaire n’a rien à voir avec Ni putes ni soumises, soutient Fadela Amara. On l’a sortie de l’ombre pour casser notre mouvement. C’est la rançon du succès [24] . » Pour sauver le soldat Abdi, Julien Dray le fait venir dans la région parisienne, deux mois après sa garde à vue, en 2000.

Un « terrain » si lointain

Bien implantée dans les partis et sur les plateaux de télévision, il semble que l’association NPNS ait pourtant du mal à se faire entendre par ceux auxquels elle prétend s’adresser. La faute, d’abord, à leur nom : en banlieue, le slogan choc qui émoustille les dames patronnesses heurte les filles comme les garçons. La formulation est jugée caricaturale et provocante. Quand on sait que le mouvement a failli s’appeler « Ni voilées ni violées », on se dit que Fadela Amara a, malgré tout, choisi le moindre mal… Dans les meetings de NPNS, le public est très largement composé de profs d’une cinquantaine d’années, souvent françaises de souche et plutôt proches de la gauche. Les jeunes filles de banlieue, elles, ne se bousculent pas. Du coup, l’association peine à monter des événements. Lorsqu’elle a voulu organiser un grand concert au Zénith, le 6 juin 2003, il a fallu l’annuler, officiellement à cause d’une grève des transports… En réalité, « trois jours avant le concert, à peine cent cinquante billets avaient été vendus [25] », confie l’un des organisateurs. Conscientes du décalage entre les jeunes filles des quartiers et les postures de l’association qui prétend parler en leur nom, les icônes du mouvement se sont vite mises en retrait.

Selon son éditeur et ami Olivier Rubinstein [26] , le patron de Denoël, Samira Bellil se sentait « récupérée » par Fadela Amara et refusait, dans les derniers mois de sa vie, d’être associée à NPNS. Quant à Kahina Benziane, la sœur de la jeune fille brûlée vive par un jeune d’origine maghrébine, elle est scandalisée par la récupération dont cette tragédie a fait l’objet et ne suit plus le mouvement depuis longtemps. Au moment du procès de l’assassin de sa sœur, elle a affirmé : « Le combat est noble. Mais l’association s’est servie de la mort de Sohane pour exister. […] Fadela Amara, la présidente de l’association, nous a donné rendez-vous. Mais les caméras étaient déjà là. Il n’y a eu aucun entretien en aparté. Fadela Amara n’a même pas présenté ses condoléances à mon père comme le veut la tradition. […] Je peux vous dire que ma sœur, si elle était vivante, ne serait pas une de leurs militantes [27] . » La rappeuse Diam’s – qui vend des centaines de milliers d’albums – s’est aussi très vite désolidarisée du mouvement : « Au début, elles m’ont plu. Et puis j’ai vu leur discours changer, et je me suis rendu compte qu’elles faisaient mal aux quartiers. Quand j’ai vu qu’elles posaient aux côtés de Raffarin et du PS, je me suis dit : “C’est foutu.” [28] »

Malgré l’éloignement de ses figures de proue, NPNS revendique cinquante-deux comités locaux et deux mille huit cents adhérents (en réalité, moins du tiers seraient à jour de cotisation). Une poignée d’entre eux sont réellement actifs sur le terrain. Le réseau des comités locaux de NPNS est la plupart du temps superposé à celui de la Fédération nationale de la maison des potes, qui existait avant l’association. Mal implantée et peu populaire dans les quartiers, celle-ci communique néanmoins « en direction des jeunes filles en danger ». Mais le bilan reste maigre : le projet de montage d’une maison itinérante des femmes dans l’Essonne était inabouti en 2006, plus d’un an et demi après sa définition, selon la conseillère technique chargée de l’égalité homme-femme au conseil général du département. L’autre priorité de NPNS était d’obtenir des appartements pour les femmes victimes de violences dans les cités. Le gouvernement a recensé une cinquantaine d’hébergements en dehors des quatre-vingt-dix mille lits d’urgence dont disposent les services sociaux. « Quelques femmes ont déjà pu bénéficier de ces appartements », assure-t-on prudemment au gouvernement. Quant au Guide du respect, il est enfin en circulation. Il a d’ailleurs eu un succès d’estime même s’il n’est pas validé par l’Éducation nationale, et n’est donc pas distribué dans les écoles. Par manque de rigueur. NPNS a manifestement du mal à organiser ses actions, comme en témoigne Anne Hidalgo, première adjointe à la mairie de Paris : « Courant 2004, elles cherchaient un local pour accueillir des filles. Un conseiller de Paris leur a déniché un bureau de 60 m2. Je me suis engagée à le financer. Elles n’ont pas donné suite [29] … » Le mouvement a beau brasser de l’air, il draine de colossales subventions. Pour l’année 2004, selon les sources officielles, NPNS a empoché 80 000 euros du Fonds d’action sociale, 240 000 du conseil régional d’Île-de-France, 75 000 du Sénat, 30 000 de la mairie de Paris, 60 000 de Matignon. Auxquels il faut ajouter les 24 000 euros de dons privés et les 25 000 euros de cotisations d’adhérents qu’elles assurent toucher. Soit un total de 534 000 euros (provenant à 90 % des pouvoirs publics).

Pour François Devoucoux du Buysson, auteur de Pariscide, une enquête sur la mairie de Paris, les pouvoirs publics ont attribué des subventions au mouvement sans vérifier où allait l’argent. En effet, l’étude des budgets prévisionnels de l’association pour 2003 et 2004 joints à la demande de subventions fait apparaître des anomalies flagrantes. Premier constat, l’association semble mener grand train : 15 000 euros pour le poste voyages, 53 000 euros pour l’hébergement, de lourdes factures de téléphone ainsi qu’une ligne énigmatique intitulée « Honoraires rémunération d’intermédiaires » de 35 000 euros… Qu’est-ce qui justifie un tel soutien de la part des pouvoirs publics ? Les 1 800 euros mensuels de téléphone ? La ligne était en réalité au nom de la Fédération nationale des maisons des potes, structure liée à SOS Racisme, elle aussi largement subventionnée. Les « dépenses d’hébergement et frais de déplacements » liés aux manifestations ? L’association avait obtenu le soutien de grandes entreprises qui avaient offert des nuits d’hôtel (Accor) et des billets de train (SNCF). La ligne « loyer » ? Ni putes ni soumises affirme payer 40 000 euros en 2003, puis 63 000 euros en 2004, alors que l’association n’a pas déménagé. Soit un montant équivalant au loyer annuel d’un appartement de plus de 200 m2 situé dans les quartiers chic… Pourtant, elle ne possédait que 80 m2 rue de Charonne, dans le 20e arrondissement, loués, là encore, au nom de la Fédération nationale des maisons des potes. La comptable de l’association [30] explique que ces 63 000 euros englobent non seulement les loyers, mais également le prix de location des salles destinées à accueillir les universités d’été du mouvement, ainsi que celui, à venir, de la maison itinérante de l’Essonne [31] .

Encore plus accablant : NPNS n’a même pas payé son loyer entre 2002 et 2004. Le centre culturel Confluences, qui sous-louait un étage à l’association, a traîné les responsables du mouvement devant les tribunaux et a obtenu gain de cause. En octobre 2004, les Potes et NPNS ont été relogés dans un nouveau local situé rue de Charenton, dans un immeuble de l’Opac appartenant à la mairie de Paris. Et ce grâce à l’intervention de Michel Charzat, maire fabiusien du 20e arrondissement et « vieil ami » de la famille. Dans ce nouveau lieu, les filles affichent de nouvelles ambitions. À l’université d’automne de son mouvement, en octobre 2005, Fadela Amara a annoncé qu’elle comptait établir un « vrai rapport de force » pour peser dans le débat politique à l’approche de l’élection présidentielle de 2007. À la veille du congrès du Mans, elle a clairement affiché son ralliement – sévèrement jugé par ses anciens amis proches de François Hollande – à Laurent Fabius, militant acharné, comme elle, de la lutte anti-voile. Mais, hélas, voilà Fabius en chute libre ! Le sens politique ferait-il maintenant défaut à Fadela et aux siens ?



Cet article est extrait du livre « Black, Blanc, Beur… » publiée par Stéphanie Marteau et Pascale Tounier en 2006 (Albin Michel).

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Avec l’autorisation des éditions Albin Michel.

© Albin Michel 2006 « Les droits de propriété littéraire et artistique de l’extrait auquel mouvements.info donne ici accès appartiennent aux éditions Albin Michel. L’accès au service ne donne droit qu’à la consultation de l’extrait, à l’exclusion de tout droit de reproduction ou de diffusion. Il est interdit de réaliser des copies à des fins autres que privées, quel que soit le support de ces copies, de diffuser tout ou partie de l’extrait par quelque moyen que ce soit, notamment sur un autre site, de modifier, ajouter, couper ou traduire le texte des extraits pour un usage quelconque. Tout acte accompli e méconnissance de ces conditions d’utilisation constitue une contrefaçon, délit défini par les articles L.335-2 et L335-3 du Code de la propriété intellectuelle, et puni de deux ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende. »

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17 Messages de forum

  • Ni Putes Ni Soumises : un appareil idéologique d’Etat

    22 juin 19:52, par Parano

    C’est l’effrayant visage, dans toute son horreur, de la construction et de la « manipulation » de l’opinion publique.

    Derrière le procès de l’organisation NPNS il y a celui de la machine médiatique et de la main invisible qui dirige ce système.

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  • Ni Putes Ni Soumises : un appareil idéologique d’Etat

    24 juin 09:25, par Ash.Gut.

    Décidément, il semblerait que soit réunie une véritable pensée dans cette petite revue.

    Cela me semble indispensable.

    Cet article renforce à mon sens, de façon différente, les articles de Bouteldja et de Tévanian, qui surtout pour la première se classe un peu aux extrêmes, celles qu’on n’aime pas trop comprendre ni toucher. L’article proposé ici me semble rejoindre totalement la radicalité de Bouteldja, mais comme il propose une analyse un tant soit peu fine et distanciée, factuelle et mettant en perspective d’un point de vue « froid » et « objectif » les enjeux du « problème Amara et Ni putes ni soumises », cela devrait mieux passer chez plus de gens « intelligents ».

    Réfléchir, et produire une contre-offensive à Ni putes ni soumises et à la nomination au gouvernement Sarkozy de Fadela Amara me paraissent non pas indispensables mais quasiment trop tard. C’est tout le problème avec Sarkozy ! C’est lui qui depuis 3 ans a la main ; c’est lui qui donne le ton ; qui assène les coups, annonce les coups médiatiques, frappe les coups sécuritaires ou les coups vers l’Etat ;

    on n’a plus qu’à prendre les coups, ne pas tomber, et ensuite il nous faut contre attaquer, mais pas comme si on établissait un terrain de lutte à suivre ! Le terrain de lutte a déjà été établi par l’adversaire, et nous nous meuvons en terre conquise.

    C’était la stratégie de Reagan, de Nixon avant lui, de Bush après, de Berlusconi, de Aznar (voyez l’article de Halimi « les recettes idéologiques de N. Sarkozy » dans le Diplo de juin). Sarkozy me semble un fidèle épigone de cette droite offensive et qui prend les devants de la scène politico-médiatique, n’ayant peur de rien, ou en tout cas pas d’exagérer.

    La récupération du symbole de la lutte des quartiers par un homme politique de l’ordre conservateur, d’autant plus, hasard du calendrier ?, pendant le Forum social des quartiers populaires (22/23/24 juin à Saint-Denis), représente non pas selon moi une excentricité politique, mais bien une méthode d’offensive idéologique, politique et maintenant étatique. D’autant plus que ce secrétariat à la ville se situe tout près d’u ministère d’un genre nouveau, de « l’immigration et de l’identité nationale ». Il y a de quoi accuser le coup… Continuez bien « Mouvements », il en faut des revues comme la vôtre.

    Bonne lutte, bonne réflexion, nous n’aurons pas fini de devoir résister…

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  • Ni Putes Ni Soumises : un appareil idéologique d’Etat

    25 juin 01:15, par Goudron kabyle

    Vous dîtes dans votre article que Fadela Aamara se présente comme  » arabe  » or elle n’est pas arabe. Elle est d’origine algérienne, on ne devrait pas en dire plus. Vous voulez plus, elle est kabyle. Y en a ras la moustache de votre discours qui nourrit l’image de l’arabe damné de la terre, sauce post-marxiste.

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  • Ni Putes Ni Soumises : un appareil idéologique d’Etat

    25 juin 16:45, par Christophe

    Laguiller dirige un mouvement connu pour décourager toute mixité, au point de faire asseoir les hommes et les femmes séparément lors des réunions politiques, comme aux meetings de la très conservatrice Union des organisations islamiques de France !

    Ca c’est du journalisme d’investigation ! Dire que cela fait 23 ans que je vais régulièrement à des meetings de Lutte Ouvrière avec ma compagne, et que nous ne nous étions encore jamais aperçu de cette séparation des sexes… Plus sérieusement, des journalistes ayant un minimum de déontologie devraient avoir honte d’écrire des énormités pareilles. Mais ce serait manifestement trop leur demander.

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  • article vraiment honnéte ?

    25 juin 23:51, par Gabriel

    « Dans la salle, personne ne tique sur le fait que Laguiller dirige un mouvement connu pour décourager toute mixité, au point de faire asseoir les hommes et les femmes séparément lors des réunions politiques, … » d’ou cela sort il ??? C’est un mensonge débile pour tout ceux qui ont assisté à des réunions et meeting de Lutte Ouvriére. Que vous détestiez cette organisation, c’est votre droit, mais mentir et calomnier d’une façon aussi grossière me fait douter de l’ensemble de l’analyse… dommage.

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  • Ni Putes Ni Soumises : un appareil idéologique d’Etat

    26 juin 15:45, par Djilali

    Un bien curieux article dont les sources sont souvent des « entretiens avec les auteures ». Il suffit de s’entretenir avec les auteures pour dire des choses « avérées ».

    Si les sources sont aussi sérieuses que l’affirmation sur la non mixité dans les réunions politiques de Lutte Ouvrière, cela laisse songeur.

    Des journalistes ne devraient avoir aucun mal à vérifier ce qu’il en est de cette allégation.

    Bien à vous mais ne publiez pas n’importe quoi et n’importe qui…

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  • Ni Putes Ni Soumises : un appareil idéologique d’Etat

    27 juin 21:06, par pedro

    Juste un petit commentaire : les auteurs de cet article, avant d’écrire, devraient tout de même faire un peu d’investigation. Ils apprendraient par exemple que, dans les meetings et autres réunions de Lutte Ouvrière, les hommes et les femmes s’assoient côte à côte, sans aucun problème, évidemment et militent ensemble. Sortir de telles âneries discrédite largement cet article, mais à LO, on commence à être habitué aux sottises, disons carrément aux calomnies pondues par certains « journalistes », sur notre compte.

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  • Ni Putes Ni Soumises : un appareil idéologique d’Etat

    28 juin 22:46, par sympathisant LO

    Laguiller dirige un mouvement connu pour décourager toute mixité, au point de faire asseoir les hommes et les femmes séparément lors des réunions politiques, comme aux meetings de la très conservatrice Union des organisations islamiques de France !

    N’importe qui peu venir dans les meetings et réunions de Lutte Ouvrière pour vérifier… et, surprise, des hommes et des femmes sont assis ensemble !! Il arrive même (attention, scoop !) qu’un militant de LO vende le journal ou distribue des tracts avec une militante de LO…

    Le reste de l’article est aussi sérieux que cet extrait ???

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  • Ni Putes Ni Soumises : un appareil idéologique d’Etat

    29 juin 12:19

    Je ne connais pas NPNS autrement que par la presse. Cependant, je crains de ne pas pouvoir faire confiance, sur un sujet que je ne connais pas, à des journalistes qui écrivent des énormités sur un sujet que je connais. Affirmer que le mouvement d’Arlette Laguiller « découragerait la mixité » et ferait assoir les hommes et les femmes séparément dans les réunions politiques est tellement ridicule qu’il discrédite l’ensemble de l’article, et les deux « journalistes » par la même occasion. Il suffit de se rendre à un meeting de ce parti pour s’en rendre compte. Toutes les activités de Lutte Ouvrière sont bien entendu mixte : les meetings, réunions d’entreprise, le congrès, la fête annuelle ou les caravanes qui sillonent la France chaque été.

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  • Ni Putes Ni Soumises : un appareil idéologique d’Etat

    6 juillet 03:58, par Pierre Petit

    Assez d’accord avec l’article, jusqu’au moment où je suis tombé des nues en lisant ce qui est dit de la mixité prohibée aux réunions de Lutte Ouvrière, ce qui constituerait la base d’accord avec NPNS. La moindre des choses serait quand même de vérifier ! En réalité la base d’accord serait plutôt à rechercher de la part de LO dans une certaine conception de la laicité. Un mot sur le titre : était-il nécessaire de convoquer les mânes de Louis Althusser pour qui l’école, par exemple, était un « appareil idéologique d’Etat » ? S’agissant de NPNS, il s’agirait plutôt d’un gadget ideologico-médiatique mutant. P. Petit

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  • Ni Putes Ni Soumises : un appareil idéologique d’Etat

    17 juillet 13:38

    Stéphanie Marteau, je viens de vous entendre sur l’émission de France Culture concernant le mouvement Ni Putes Ni Soumises.

    Dans cette emission et dans cet article, vous doutez et remettez en cause le travail et les actions de NPNS en disant que vous n’avez jamais vu et rencontré des militants sur le terrain.

    Soit vous mentez, soit vous ne vous êtes pas donné les moyens de rencontrer ces militants. En tout cas, vous n’avez jamais essayer de nous joindre, nous, militants nantais.

    Alors, nous vous invitons à nous rencontrer afin que nous puissions vous expliquer en toute transparence ce que nous faisons dans le département de Loire-Atlantique, et pourquoi pas vous envoyer notre rapport d’activités, afin de vous prouvez que l’on ne brasse pas que du vent contrairement à ce que vous écrivez.

    Cordialement,

    Lucie Davy,

    Présidente Comité 44 Ni Putes Ni Soumises

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  • Ni Putes Ni Soumises : un appareil idéologique d’Etat

    1er août 18:26, par Aloys

    Vient d’atterrir sous mes lunettes, non pas l’analyse, mais le réquisitoire de Stéphanie Marteau et de Pascale Tournier, intitulé : « Ni Putes Ni Soumises, un appareil idéologique d’état » (site Mouvements des idées et des luttes. fin juin 2007)

    Militant anti-raciste de longue date, ce texte ne peut pas me laisser indifférent. Les réactions suivantes n’engagent que moi, à titre strictement personnel.

    - 1) Je n’ai pas les moyens (ni trop l’envie d’ailleurs) de vérifier les diverses et nombreuses critiques adressées à NPNS dans ce texte. Certaines me paraissent très vraisemblables, d’autres franchement nouvelles.

    Je n’ai donc pas de légitimité à les contester. Une chose me gêne cependant : tout va dans le même sens négatif ; rien n’est présenté en contre point positif. Ce déséquilibre rend l’ensemble suspect. Le MRAP, le mouvement que j’ai choisi, a connu bien de telles attaques sans pesées objectives, donc…

    - 2) Mais qu’est-ce qui fait courir Fadela Amara ? Peut-être plus important, plus lourd que ce qui est dit, pourquoi c’est dit ? Fadela fait comme tout le monde : l’expérience, le vécu personnel expliquent toutes nos analyses, nos choix, nos actions. Si ça les limite toujours un peu, ça les explique toujours beaucoup. Personnellement, je ne suis pas au MRAP par hasard ; j’en ai l’explication dans le rétro de mon chemin personnel. Je ne doute pas, a priori du sale caractère de Fadela comme elle peut difficilement douter du mien. Je ne doute pas plus de son chemin de souffrance ; il lui donne droit à la parole. Que celle-ci soit, ici ou là, outrancière, un brin manipulatrice, d’un dogmatisme assez soutenu…en tout cas en inéquation avec mon vécu et mon analyse, cela me paraît évident. Mais elle est fondée à le dire comme je le suis à souhaiter en discuter. Continue de parler, Fadela ; mais écoute aussi de temps en temps. C’est quand tu veux…

    - 3) Enfin, nul ne doute, même en critiquant les stratégies d’actions, que le combat de Fadela et de NPNS est fondé. Il fallait y mettre les projecteurs plus que les combats précédents, ceux des mouvements féministes et humanitaires, n’étaient parvenus à les mettre.

    De là à les suivre dans les dérapages anti-jeunes des banlieues et anti-Islam qui semblent être les leurs, il y a un pas que je ne franchirai pas, que je ne franchirai jamais. De même que celui de certaines alliances politiques…

    Il est sans doute nécessaire, urgent, que vous calibriez vos analyses et vos actions mais merci d’avoir allumé la mèche.

    Au service de ce feu originel, vous me trouverez toujours à vos côtés.

    - 4) Enfin (et sur ce dernier point, je m’avance sur la pointe des pieds), si l’on sait ce qui fait courir Fadela, qu’est-ce qui fait courir Stéphanie et Pascale, signataires du texte qui me fait ainsi réagir ? Je ne le sais pas ; ne le sachant pas, je ne veux pas risquer quelque procès d’intention que ce soit. Mais, à dessein ou malgré vous, avez-vous conscience de à qui vous servez la soupe ? Tant d’autres, que nous connaissons trop bien, vous et moi, n’en attendaient pas autant pour alimenter d’autres feux qui, je veux le croire, ne sont tout de même pas les vôtres.

    Au MRAP, nous payons assez cher de tels dérapages, conscients ou pas, auxquels se brûlent les ailes certains même de nos militantes et militants et pas toujours des moindres.

    Comme j’aimerais une réécriture de ce texte de votre main, mieux pesée, moins acide, moins dangereuse au total pour le combat commun contre la « bête ».

    Merci.

    Voilà la petite réflexion strictement personnelle de moi, jeune homme de 73 ans, militant depuis un demi-siècle et toujours à vos écoute et service.

    Cordialement. Aloys

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    • Ni Putes Ni Soumises : un appareil idéologique d’Etat 6 septembre 18:46, par macha

      Il s’agit de savoir à qui profite ce type de position. Au nom de l’antiracisme, et de la non-stigmatisation des banlieues, faudrait-il donc ne pas parler de ce qui s’y passe ? Ou quand sous couvert d’humanisme, on met encore le couvercle sur des violences bien réelles subies par les femmes : qu’elles se taisent donc ! Des femmes que le féminisme blanc bourgeois n’avait jamais prises en considération. Un féminisme dont les victoires n’ont pas profité à toutes. On est toujours l’objet d’attaques quand on agit. Sans doute les auteures n’ont-elles pas eu à subir les violences dénoncées par Amara et son mouvement. Une étude sur le dépôt de plainte en cas de violences est d’ailleurs menée par un socilogue qui étudie notamment un grand corpus de courriers reçus à NPNS : ils disent le désarroi de nombre de jeunes filles des banlieues confrontées à des situations dont P. Tournier et S. Marteau feraient peut-être un topoï raciste. Que des courants politiques acceptent cette formation avec le sous-entendu que seules les femmes des banlieues seraient à sauver, c’est peut-être vrai. Que NPNS s’appuie sur des mouvements politiques , qui peuvent apporter leur soutien sous diverses formes, sans doute. Et alors ? Tout cela délégitime-t-il un mouvement ?

      Si on est réellement féministe -pas seulement par conviction molle assise sur un fauteuil-, je trouve qu’on ne peut qu’encourager la prise de parole des femmes. Les auteures de l’article se rendent à mon avis coupables du surmplomb raciste qu’elles dénoncent dans la société, en n’accordant pas un instant de mérite à l’entreprise NPNS. Pour tirer sur Amara et NPNS, il faut avoir vraiment peu d’ennemis, peu de critiques à faire sur l’état de la société, le machisme, les situations d’oppression des femmes.

      Que le silence se fasse !

  •  

  • Pascale Tournier


     

    Pascale Tournier est grand reporter à VSD.

    Stéphanie Marteau


     

    Stéphanie Marteau collabore au Point et au Figaro Magazine.

    Pourquoi ce texte?

    La nomination de Fadela Amara au sein du gouvernement Fillon comme secrétaire d’Etat chargée de la politique de la ville auprès de Christine Boutin vient conclure la fulgurante ascension politique et médiatique d’une militante associative entrée sur la scène médiatique avec la création de Ni Putes Ni Soumises en 2003. Ses liens avec le parti socialiste (membre de la direction du bureau politique, proche de Julien Dray) ont pu entretenir aux yeux de certains l’illusion d’un ancrage à gauche de NPNS. En réalité, dès le départ, l’association trouve des soutiens politiques de tous bords et porte un discours sécuritaire, obsédé par l’islamisme, et instrumentalisant la prétendue défense des droits des femmes au service d’une vision répressive des rapports sociaux. A ce titre, c’est moins l’entrée au gouvernement de Fadela Amara qui devrait susciter l’étonnement que le soutien sans faille que n’ont cessé de lui offrir les hiérarques socialistes. Cet article est extrait du livre « Black, Blanc, Beur… » publiée par Stéphanie Marteau et Pascale Tounier en 2006 (Albin Michel).

    Cet article est extrait du livre « Black, Blanc, Beur… » publiée par Stéphanie Marteau et Pascale Tounier en 2006 (Albin Michel).

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    Avec l’autorisation des éditions Albin Michel.

    © Albin Michel 2006 « Les droits de propriété littéraire et artistique de l’extrait auquel mouvements.info donne ici accès appartiennent aux éditions Albin Michel. L’accès au service ne donne droit qu’à la consultation de l’extrait, à l’exclusion de tout droit de reproduction ou de diffusion. Il est interdit de réaliser des copies à des fins autres que privées, quel que soit le support de ces copies, de diffuser tout ou partie de l’extrait par quelque moyen que ce soit, notamment sur un autre site, de modifier, ajouter, couper ou traduire le texte des extraits pour un usage quelconque. Tout acte accompli e méconnissance de ces conditions d’utilisation constitue une contrefaçon, délit défini par les articles L.335-2 et L335-3 du Code de la propriété intellectuelle, et puni de deux ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende. »

    Notes

    [1] Fadela Amara avec Sylvia Zappi, Ni putes ni soumises, La Découverte, 2003.

    [2] Un collectif d’associations fédérées par SOS Racisme.

    [3] Samira Bellil, Dans l’enfer des tournantes, Denoël, 2002.

    [4] Entretien avec les auteures, 7 mars 2005.

    [5] Id

    [6] Nacira Guénif avec Éric Macé, Les Féministes et le garçon arabe, éd. de l’Aube, 2004.

    [7] Laurent Mucchielli, Le Scandale des tournantes, La Découverte, 2004.

    [8] Entretien avec les auteures, juillet 2005.

    [9] Sondage publié le 8 décembre 2003 : « La majorité des musulmanes pour une loi ».

    [10] Fadela Amara avec Sylvia Zappi, Ni putes ni soumises, op. cit.

    [11] En 2005 et 2006.

    [12] Entretien avec les auteures, 2 mars 2005.

    [13] Entretien avec les auteures, 1er avril 2005.

    [14] Le Cherche Midi éditeur, 2005.

    [15] « L’engagement militant des jeunes femmes issues de l’immigration », maîtrise de sociologie, université de Paris-VII-Saint-Denis, octobre 2003.

    [16] Entretien avec les auteures, 3 octobre 2004.

    [17] Entretien avec les auteures en 2004.

    [18] Fédération indépendante et démocratique lycéenne, satellite du PS.

    [19] « Ni putes, ni soumises, ni très claires », Technikart, octobre 2004.

    [20] Entretien avec les auteures, 25 février 2005.

    [21] Vincent Geisser, La Nouvelle Islamophobie, La Découverte, 2003.

    [22] Entretien avec les auteures, 21 mars 2005.

    [23] Id.

    [24] Entretien avec les auteures dans le cadre d’une enquête pour VSD, septembre 2004.

    [25] Entretien avec les auteures, 9 mars 2005.

    [26] Entretien avec les auteures, 24 mars 2005.

    [27] Le Point, mars 2006.

    [28] Entretien avec les auteures, 14 décembre 2005.

    [29] Entretien avec les auteures, 21 mars 2005.

    [30] Entretien avec les auteures pour VSD, septembre 2004.

    [31] Qui n’a toujours pas vu le jour.

Publié dans LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY, MANIPULATIONS, MENSONGES D'ETAT, QUESTIONS DES MINORITES | Pas de Commentaire »

Dix intellos qui n’en ont pas

Posté par issopha le 28 septembre 2007

DOSSIER

  

  

Dix intellos qui n’en ont pas

Faut-il être un homme pour être un intellectuel ?

Par

Qu’ils veuillent « changer la gauche » ou qu’ils soient « tentés » par la droite, les « intellectuels français » ne se déclinent qu’au masculin.

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 Il faut beaucoup d’imagination, à ce stade de la campagne électorale, pour se dire qu’en France les intellectuels ne sont pas tous des hommes, et que, parmi les sociologues, philosophes, historiens, juristes, économistes, etc., aujourd’hui au travail, se trouvent aussi… des femmes. De couvertures du Nouvel Observateur en cartographies des conseillers supposés des candidats publiés dans la presse quotidienne, de plateaux de télévision en tribune radiophoniques, le paysage hexagonal de la pensée semble s’être brusquement rétréci à la moitié de lui-même, dans l’indifférence générale. Qu’ils veuillent « changer la gauche » ou qu’ils soient « tentés » par la droite, qu’ils soient des habitués des médias ou de leurs laboratoires de recherche, les « intellectuels français » ne se déclinent qu’au masculin. Cette évacuation quasi complète de toute figure féminine révèle l’identification de la fonction intellectuelle à l’élite masculine blanche. Et quand les intellectuelles sont sollicitées, c’est surtout comme expertes de leur identité de genre, de la même façon que les intellectuels noirs ne sont consultés que pour parler de discrimination, d’esclavage et de colonisation.

Parce qu’au sein de la revue Mouvements nous ne pensons pas qu’il faut « en avoir » pour mériter l’attention et se voir reconnaître une légitimité à intervenir publiquement, nous avons demandé à dix chercheuses et artistes quels étaient les thèmes de fond à leurs yeux essentiels à un débat sérieux sur les perspectives politiques, économiques, sociales, culturelles et intellectuelles de la société française, et pourtant absentes, tout comme elles, de la campagne électorale. Elles ont répondu à notre invitation par des contributions aussi diverses que leurs parcours. À l’occasion de la journée internationale des femmes, en ce 8 mars 2007, nous les rendons publiques : décoloniser les imaginaires culturels et politiques, politiser la notion de soins, repenser l’intermittence contre la société du risque, refonder l’Europe comme alternative au repli identitaire, s’ouvrir aux Suds, créer un tribunal pénal international sur le travail, passer en matière de droits et de justice des constats aux actes, redéfinir les contours d’une démocratie performative et émancipatrice, en finir avec l’intellectuel néo-con et potiche. Liste incomplète – car loin de faire le tour de tous les oublis béants du débat actuel- mais ambitieuse, qui rend saillantes les contradictions internes des discours et représentations invoquées par les candidats à la présidentielle, ainsi que les simplifications destructrices de sens véhiculés par les médias dominants. Toutes partagent une commune inquiétude face à la binarisation excessive du discours politique et du débat d’idées : la France contre les pays du sud, l’Europe contre la Turquie, la répression contre la prévention, le travail contre l’emploi, le compassionnel contre le sécuritaire, etc. Les intellectuelles sollicitées par Mouvements ne s’expriment pas ici au nom d’un supposé « éternel féminin ». Mais en tant que femmes, elles font l’expérience d’une même mise à l’écart que rien ne semble devoir perturber. En définitive, ce qui compte ce n’est pas qui elles sont mais ce qu’elles font – travailler sur le terrain de leurs recherches respectives- et ce qu’elles en disent. Dossier coordonné par : Florence Brisset, Joseph Confavreux, Elsa Dorlin, Sonya Faure, Hugue Jallon, Thomas Heams, Eléonore Lépinard, Jade Lindgaard et Dimitri Nicolaïdis. Certaines contributions ont été recueillies sous forme de propos retranscris et retravaillés par leurs auteurs (Nilufer Gole, Pascale Molinier, Bams, Annie Thébaud-Mony). Les titres et chapeaux introductifs ont été rédigés par le comité de rédaction.

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1 Message

  • Dix intellos qui n’en ont pas

    16 mars 20:03

    Bonjour,

    Si Mouvement souhaite ne pas faire partie des personnes oubliant 53 % de l’humanité, comme le dénonce si justement ce très intéressant article, il faudrait commencer, il me semble, le texte de présentation du site : Contre hégémonie, par : (par exemple) « Chercheur-es, journalistes et militant-es peuvent-ils s’essayer ensemble… » ou (encore mieux) : « Chercheures, journalistes et militantes… » Puisque tous ces noms féminins incluent les noms masculins de même définition, alors que l’inverse exclue les noms féminins de même définition.

    Si ce petit travail peut être fait, cela sera un grand pas pour Mouvement qui aura moins l’air immobile, et ses appels à contribution pourront certainement s’élargir à différentes personnes susceptibles de faire bouger les esprits dans tous les domaines, et peut-être même d’autres jours de l’année que le 8 mars, car toutes les personnes citées à la fin de cet article, et bien d’autres encore, produisent tout au long des ans, et pour certaines depuis fort longtemps, de très intéressants articles sur de très intéressants nombreux sujets, comme les politiques grammaticales, ou du langage, entre autres…

    En l’attente Cordialement

    Agathe

Publié dans LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY, QU'EST-CE QU'UN INTELLECTUEL ? | Pas de Commentaire »

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