l’illégitimité de la dette, renforcement des résistances et des alternatives

Posté par issopha le 18 octobre 2007

Déclaration finale

Atelier régional sur l’illégitimité de la dette, renforcement des résistances et des alternatives

Les peuples créanciers de la dette sociale, historique, culturelle et écologique observent avec espérance et joie le nouveau moment historique que vit aujourd’hui l’Equateur. Le gouvernement a réalisé un pas en avant inédit en proclamant sa décision de réaliser un Audit intégral du crédit public afin de déterminer la légitimité de la dette que continue d’acquitter le pays et mettre en place des actions destinées à mettre fin à la tyrannie qu’elle opère, sanctionner ses responsables et instaurer des mesures de réparations.

Les participant(e)s de cet atelier, issus de neuf pays de la région, nous joignons tous pour féliciter le gouvernement de l’Economiste Rafael Correa pour ce pas vers la dignité et la réaffirmation de la souveraineté nationale. Les peuples d’Equateur sont en train de récupérer la pleine souveraineté de leur territoire, ressources et cultures, et ce contre les modèles de production polluants et dégradants, les impositions discriminatoires et les prétentions de la banque et des corporations transnationales, les gouvernements des Etats-Unis, du Canada et de l’Union Européenne et les Institutions Financières Internationales de conserver leurs opérations rusées et illégitimes sur le sol équatorien. De cette manière, l’Amérique Latine et les Caraïbes peuvent peu à peu mettre fin au saccage et à la spoliation de nos ressources, rejeter la présence militaire étrangère dans toute Notre Amérique, incluant Manta et la noble nation haïtienne, particulièrement présente dans nos délibérations.

Nous concevons que l’injuste structure internationale du capitalisme résiste à la reconnaissance de l’illégitimité de la dette financière imposée aux nations exploitées du Sud, contre les intérêts et sans le consentement de leurs peuples. C’est pourquoi nous offrons notre solidarité et notre expérience à la complexe tâche abordée par l’état équatorien d’établir l’illégitimité de certains prêts et dettes précises et les supprimer du système. Cependant, nous ne pouvons cesser de réaffirmer l’évidence des activités criminelles et génocides perpétués par les pouvoirs et entreprises capitalistes. Et, à la lumière de la séculaire histoire de pillage qu’ont connus et connaissent encore les populations d’Equateur et du Sud dans son ensemble, ce sont bien eux les véritables créanciers. Ce sont bien eux, particulièrement les peuples autochtones, qui demandent le remboursement, comme condition de justice, de la véritable dette, produit de dols en majorité irréparables contre la vie, la nature et la culture.

Nous avons la conviction que toute dette financière légitimement constituée a déjà largement été payée, tant en termes financiers que par les nombreux impacts engendrés que tout Audit doit parvenir à établir ce qui doit être rendu à juste titre aux communautés et populations. Des Audits intégrales pour déterminer non seulement les responsables, mais aussi les coûts et pénalités correspondants. L’importance du pillage et de la destruction quotidienne de la terre et de toute vie sur elle ne tolère aucune impunité. Les responsables doivent être dénommés et doivent payer. De plus, ils doivent mettre fin au processus d’endettement qu’ils poursuivent, engendrant une accumulation de nouveaux passifs écologiques et sociaux.

Pour terminer, nous sommes convaincus que le gouvernement d’Equateur posera d’autres pas importants afin de parvenir à la reconnaissance juridique de l’illégitimité de l’endettement comme système dirigé par les pôles de pouvoir du Nord, avec la complicité de nos élites conspiratrices. Nous espérons également que les gouvernements des autres pays de Notre Amérique appuient cette action souveraine et fondamentale, en lançant des Auditoires similaires et en prenant des mesures pour assurer que la pleine valeur des droits humains et environnementaux aie la nécessaire priorité sur toute transaction financière ou économique. Nous lançons, dans ce contexte, un appel aux gouvernements afin qu’ils sachent que dans le cadre des nouvelles intégrations et alliances ne peut exister d’espace pour des modèles de développements de type « mégaprojet capitaliste ».

Sur base des nombreux cas examinés au cours de nos délibérations, sur base de données et d’études irréfutables, nous arrivons à la conclusion suivante :

- L’unique véritable et légitime dette est celle que le Nord et les classes dominantes doivent au Sud, aux classes des opprimés, à la nature et à la terre mère.

- La dénommée dette externe est un mécanisme, parmi d’autres, de contrôle et de saccage permanent des ressources du Sud, complétée toujours davantage par l’augmentation des dettes internes et le possible nouvel endettement via les traités d’investissement et de commerce et la cession de juridictions au CIRDI (Centre International pour le Règlement des Différends Relatifs aux Investissements), pour citer un exemple.

- L’illégitimité de ces dettes, à laquelle s’ajoute le refus de reconnaître les dettes écologiques, sociales et historiques de la part du grand capital, fait partie d’une stratégie complète incluant le libre commerce, les privatisations, la militarisation et la criminalisation des mouvements sociaux.

- Nous resterons ferme dans notre tâche d’éducation et de mobilisation afin de poursuivre la lutte pour une société égalitaire et souveraine basée sur une économie solidaire, la dignité et le respect de la Pachamama, comme alternative au modèle néolibéral capitaliste.

- Nous poursuivrons la construction de stratégies de protestation, invitant au soutien des forces sociales et entités du Nord qui adhèrent à notre cause.

- Seule une alternative de justice sociale et environnementale permettra de réparer les véritables dettes que les Institutions Financières Internationales, les entreprises transnationales, les gouvernements du Nord et leurs complices au Sud, comme part du système capitaliste, entretiennent face à nos populations.

Pour conclure, nous appelons tous les populations d’Equateur et de Notre Amérique à assumer avec force et unité les défis que nous vivons actuellement. Le succès de l’Audit intégral de la dette exigée à l’Equateur, mais aussi à chacun de nos pays, dépendra de notre capacité à renforcer et à profiter de leur condition d’outil politico-pédagogique, en additionnant les dénonciations et les réclamations qui y sont liées de même qu’en nous mobilisant afin d’assurer que les résultats de ces recherches puissent se transformer en un pas vers la justice, le non payement et la réparation.

Toujours dans cette même optique, nous appelons à effectuer des actions de soutien envers l’Audit mis en place en Equateur, de même qu’à la construction d’alternatives de financement autonome comme la Banque Solidaire des Peuples du Sud. En outre, nous invitons à promouvoir des actions lors de la Semaine de l’Action globale contre la dette et les Institutions Financières Internationales qui aura lieu du 14 au 21 octobre dans toutes les parties du monde.

Nous déclarons notre soutien aux mouvements et organisations populaires d’Amérique Centrale qui réclament la reconnaissance et la responsabilité des pays européens dans la Dette Ecologique, Sociale et Historique accumulée par les peuples de la région, comme pré-condition aux négociations et au dialogue politique que propose ce groupe dans le cadre d’un Accord d’Association. Dans un même élan, nous exprimons notre solidarité au peuple costaricien à l’occasion de sa lutte pour le « NON » au Référendum sur le Traité de Libre Echange avec les Etats-Unis.

Nous ne devons rien, nous ne payons rien –

Nous réclamons le paiement de la dette écologique -

Les créanciers, ce sont nous.

– Quito, Equateur, le 19 août 2007

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CAMEROUN. Le régime tue sous le regard indifférent de la France.

Posté par issopha le 11 octobre 2007

3 oct. 2007.

CAMEROUN. Le régime tue sous le regard indifférent de la France.

Communiqué de Survie.

Les 2 et 3 octobre le ministre français de la Coopération Jean-Marie Bockel est au Cameroun, pour s’entretenir avec le président Biya de coopération, notamment dans le domaine de la police.

Le lundi 17 septembre, dans la localité d’Abong Mbang, à l’Est du Cameroun, deux jeunes lycéens ont été tués et de nombreux autres blessés dans la répression d’une manifestation pacifique protestant contre la privation d’électricité dont cette localité souffre depuis des semaines.

Le pouvoir a qualifié ces faits d’ « incidents » et même de « geste d’humeur » de la part des autorités qui ont tiré. Non seulement les autorités françaises n’ont fait aucune déclaration à propos de ces événements, pour condamner l’usage de la violence dans la répression des légitimes revendications de la population, mais elles viennent, comme si de rien n’était, rencontrer le pouvoir en place. Ce silence et cette visite ne peuvent que servir de caution à un régime qui réprime régulièrement toute manifestation par la violence. Rappelons les 4 morts des manifestations étudiantes à Buéa, dans l’Ouest du Cameroun, en novembre 2006, les deux morts toujours à Buéa en mai 2005.

Alors que la répression des manifestations en Birmanie provoque à juste titre l’indignation internationale, aucune mention n’est faite dans les médias français des événements sanglants qui se sont déroulés au Cameroun, probablement parce que le régime autocratique du Cameroun est dans les meilleurs termes avec les dirigeants français qui y font des affaires fructueuses et qu’il importe de masquer la réalité sociale d’un pays dit « stable ».

Depuis 1960 le Cameroun n’a connu que deux présidents : Ahmadou Ahidjo, qui réprima férocement, avec l’aide de l’armée française, pendant plus de dix ans, la rébellion du parti nationaliste de l’UPC (Union des populations du Cameroun) et Paul Biya, premier ministre du précédent, qui lui succéda en 1982, et qui se succède à lui-même depuis, d’élections truquées en réformes constitutionnelles, réprimant toute contestation.

La répression d’une tentative de coup d’Ẻtat, en 1984, fit un millier de morts, celle des manifestations exigeant une conférence nationale, en 1990, plusieurs centaines de morts. En 2000 les agissements du commandement opérationnel institué pour lutter contre la criminalité à Douala se soldèrent par des dizaines d’exécutions extrajudiciaires. Tout cela dans la plus grande indifférence de l’opinion internationale.

Les jeunes qui meurent parce que leur ville est privée d’électricité sont les frères de ceux qui sombrent dans l’Atlantique ou la Méditerranée, de ceux qu’on met de force dans des avions pour les expulser. Tous ont voulu changer leur destin. Le moins que puisse faire le gouvernement d’un pays qui les renvoie chez eux c’est de ne pas être indifférent à la lutte qu’ils y mènent pour une vie décente et ne pas être complice de ceux qui les répriment.

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Françafrique : les médias complices ?

Posté par issopha le 11 octobre 2007

Un débat d’Acrimed de janvier 2001

Françafrique : les médias complices ?

   

Une contribution de François-Xavier Verschave

« Françafrique : les médias complices ? » Sous ce titre Acrimed a organisé, le 18 Janvier 2001, dans le cadre de ses « Jeudis » quasi-mensuels, un débat avec François-Xavier Verschave, président de l’association « Survie » et auteur du livre Noir Silence (éditions Les Arènes, 2000), poursuivi par trois présidents africains, Omar Bongo, Idriss Déby et Denis Sassou Nguesso (défendus par Me Jacques Vergès), qui ont déposé plainte pour « offense à Chef d’Etat étranger ». On lira ci dessous l’intervention de François-Xavier Verschave lors du débat.

Avant d’aborder le rôle spécifique des médias dans les relations françafricaines depuis quarante ans, je vais essayer de vous expliquer le contexte historique qui a rendu possible l’installation du système Françafrique [*].

Origines de la Françafrique

Le général de Gaulle, quand il accède à la présidence de la République, doit affronter une situation internationale nouvelle, celle où les colonies de la France du sud du Sahara affirment leur volonté d’accéder à l’indépendance. De Gaulle fait mine d’accepter. Mais dans le même temps, il charge, dès 1958, son plus proche collaborateur, Jacques Foccart, de créer un système de réseaux qui emmaillotent les anciennes colonies dans un ensemble d’accords de coopérations politique, économique et militaire qui les placent entièrement sous tutelle. Ainsi, il charge son bras droit de faire le contraire de ce qu’il dit, c’est-à-dire d’installer la dépendance par un certain nombre de moyens qui sont forcément illégaux, inavouables, occultes.

Quels moyens ? Citons notamment la sélection d’un certain nombre de chefs d’Etat amis, la guerre civile dissuasive (de 100 000 à 400 000 morts dans la guerre indépendantiste au Cameroun en 1960 : ce qui ne figure dans aucun manuel d’histoire) ; le meurtre (assassinat de Sylvanus Olympio, premier président élu au Togo) ; la fraude électorale, qu’on verra réapparaître dans les années 1990… Un seul chef d’Etat d’une ancienne colonie a échappé à ce système : Sékou Touré, en Guinée. Mais il a fait l’objet de tant de complots vrais en deux ans qu’il a fini par en voir des faux partout …

Pour veiller à ce que ce système tienne bien en place, Jacques Foccart a installé des réseaux : des moyens de tenir ces pays au bénéfice de la France grâce à une organisation barbouzarde sophistiquée. Là encore, quels moyens ? Des officiers placés auprès de chaque chef d’Etat, chargés de les protéger mais parfois aussi de les éliminer ; des entreprises faux-nez des services secrets (M Le Floch Prigent a ainsi avoué qu’Elf avait été créée pour servir d’instrument aux services secrets) ; tout un tas de petites entreprises de sécurité, enfin, dont les prestations surfacturées permettaient de payer les sociétés de mercenaires… Bref, un système élaboré d’installation de forces parallèles. Et puis il y a eu l’instauration du franc CFA, présenté comme un cadeau fait à l’Afrique, et qui est en réalité un instrument magnifique de convertibilité en Suisse d’un certain nombre de richesses africaines.

Comment donner une idée de cet enrichissement mutuel entre les commanditaires français et les potentats africains ? Pour cela, il suffit de chiffrer ce qu’a rapporté la rente pétrolière du Gabon en l’espace de quarante ans : peut-être 200 milliards de francs. Or le Gabon est aussi le pays qui a le plus mauvais système de santé en Afrique. On pense bien que ces 200 milliards ne sont pas allés aux Gabonais. Ils ont été partagés entre Omar Bongo, ses proches, et les commanditaires. Même chose pour les fortunes d’Houphouët-Boigny (60 milliards de francs), d’Eyadema, de Moussa Traore, de Mobutu … souvent égales à l’endettement de leurs pays respectifs.

Ce mécanisme d’économie de rente consiste à capter la différence entre les matières premières payées à très bas prix et leur prix de vente. A cela s’ajoute le détournement d’une bonne partie de l’aide publique au développement (au moins la moitié, l’autre servant à des objectifs géopolitiques, ou de « lubrifiant » à l’extraction de la rente : il faut bien faire tourner un minimum les Etats pillés par leurs régimes …). A tout cela, ajoutons encore le fardeau insupportable de la dette : la baisse du cours des matières premières a obligé les potentats à s’endetter à bas taux.

Tout de même, au bout d’un certain temps, les régimes n’ont pas pu continuer à dire : « Nous sommes là pour le développement ou le progrès de nos peuples. » Ils ont donc dû utiliser l’arme ultime du politique, qui est le bouc émissaire. Leur discours s’est adapté à cette situation. Il est devenu le suivant : « Je ne suis pas là pour le mieux être mais parce que si ce n’est pas moi, ce sera votre adversaire ethnique de toujours » …

On a vu comment ce discours ethnique, apparu à la fin des années 1980 dans des régimes en bout de course, a conduit au génocide au Rwanda. Aujourd’hui, la situation en Côte d’Ivoire est du même ordre : un régime en fin de parcours, en situation d’épuisement, de ruine économique, qui commence à utiliser l’arme ethnique avec tous les risques que cela peut avoir.

La nature de la dégradation des régimes « aidés » par la France peut tenir en une formule : l’aide publique au développement est devenue une aide secrète au contre-développement.

Elle s’est accompagnée d’une dégradation en France même. On est ainsi passé du réseau centralisé de Foccart, installé à l’Elysée, à la dispute entre Foccart et Pasqua, puis à l’apparition des réseaux Giscard, Mitterrand, Madelin, Rocard, etc. Soit 4 ou 5 réseaux politico-affairistes, mais aussi 3 ou 4 grandes entreprises menant leurs propres stratégies : Elf, Bouygues (qui gérait les services publics en Côte d’Ivoire), Bolloré (qui acquiert un monopole des transports et du tabac en Afrique, et qui est en train de remplacer Elf comme faux-nez des services secrets).

L’armée, elle aussi, a constitué son lobby, qui fait la politique de la France à Djibouti ou au Tchad. Sans oublier les différents services qui se bagarrent entre eux : la DGSE, bien entendu, première installée en Afrique auprès de chaque présidence, mais concurrencée par la DST notamment au Maghreb, au Soudan, au Burkina Faso, au Gabon…, qui au nom du danger de l’immigration se mêle des affaires intérieures d’un certain nombre de pays africains. Enfin la direction du renseignement militaire qui a joué un rôle majeur dans la désinformation au Rwanda, et la sécurité militaire, DPSD, chargée de contrôler les mercenaires et les trafiquants d’armes.

Voilà comment, après plusieurs années, on en est arrivé à une décomposition en une douzaine de réseaux et de lobbies. Avec des alliances conjoncturelles ou durables comme celle des réseaux Mitterrand et Pasqua, autour d’un certain nombre de motivations : chantage ; gestion des flux parallèles ; détournement de navires d’exportation ; constitution de l’empire des jeux de la « Corsafrique » qui est un vecteur de blanchiment important ; trafics de fausses monnaies, de drogues …

Si on remonte dans les motivations, il y a aussi le partage de la rente ou le copinage entre militaires africains ou français formés aux mêmes écoles. Et les schémas géopolitiques, très importants, comme ce qu’on a appelé le syndrome de Fachoda : la pensée selon laquelle tout ce qui peut arriver de mauvais pour la France en Afrique vient d’un complot des Anglo-saxons. Une obsession de Mitterrand, depuis l’assassinat d’Olympio au Togo jusqu’à l’affaire du Rwanda… Il y a aussi la grande politique arabe : on s’allie avec le Soudan, régime intégriste et raciste, responsable de la mort de près de 2 millions de personnes dans une guerre civile impitoyable.

Tout ce système compliqué, que j’appelle la partie immergée de l’iceberg, a eu tendance à s’enfoncer depuis 3 ou 4 ans. On est passé de la Françafrique à la « Mafiafrique », que révèlent les dernières affaires. Pour donner une idée de cet enfoncement, je passerai brièvement du Rwanda au Congo-Brazzaville.

De la françafrique à la mafiafrique

Au Rwanda, dans les années 1990, grâce à des commandos actions de la DGSE, soit à peu près un millier d’hommes, la France a formé des troupes d’élite capables d’opérer de manière déguisée, comprenez déguisées en mercenaires. Un commandement des opérations spéciales a été créé, dépendant directement de l’Elysée. C’est une sorte de garde présidentielle « à l’africaine », qui permet de mener des guerres secrètes en Afrique sans interventions officielles. C’est ce qui s’est passé au Rwanda, en 1992-93, comme l’a reconnu la mission d’information parlementaire.

Jacques Chirac, quand il accède à la présidence, hérite de cette garde présidentielle et l’utilise en 1997-98 dans la guerre civile au Congo Brazzaville. Là, nous avons vu des soldats français déguisés en mercenaires. Le ministre Charles Josselin l’a reconnu dans Jeune Afrique, en disant : « Il y a beaucoup de confusion au Congo-Brazzaville parce que trop de mercenaires français ont à peine eu le temps de quitter l’uniforme qu’ils portaient hier »…

Et puis il y a le recours croissant aux vrais mercenaires. Tous sont recrutés dans les milieux d’extrême-droite, notamment dans le DPS, la garde présidentielle de Le Pen, qui comportait un millier d’hommes, anciens militaires, gendarmes ou policiers pour l’essentiel, et qui s’est divisée en deux, à part égale avec le DPA pour Bruno Mégret. Ce sont deux réservoirs qui demeurent fonctionnels.

Je ne résiste pas ici au plaisir de vous raconter une histoire illustrative de la Françafrique, celle de Bernard Courcelle. Au début des années 1980, il est un officier de la sécurité militaire, la DPSD. Collègue de Bruno Gollnish, il est chargé du contrôle des mercenaires et du trafic d’armes. Pour mieux contrôler les mercenaires, il crée une société de mercenaires avec son frère. Ensuite, il passe à la sécurité du groupe Luchaire qui se livrait à des trafics d’armes avec l’Iran et l’Irak.

Peu après, de 1989 à 1993, Bernard Courcelle devient responsable de la sécurité du musée d’Orsay, en somme garde du corps de Mme Anne Pingeot, Mme  »Mitterrand bis », qui en était la conservatrice. Quand vous savez les millions dépensés par Mitterrand pour protéger l’intimité de sa vie privée, vous imaginez bien que cette fonction n’était pas attribuée à quelqu’un qui était éloigné du pouvoir. 1993, Courcelles est promu directeur de la garde présidentielle de Le Pen. Monsieur DPSD passe au DPS, où il y a mille hommes disponibles pour les aventures mercenaires. Il y reste jusqu’en 1999. Là il devient directeur de la garde présidentielle de Denis Sassou Nguesso, le dictateur rétabli par la Françafrique qui venait de commettre une série de crimes contre l’humanité. Et deux ou trois mois plus tard, Bernard Courcelles se retrouve à la direction de la sécurité des installations pétrolières du port de Pointe Noire, élément majeur de la politique pétrolière française en Afrique.

Ce circuit montre des mélanges qui ne peuvent s’expliquer que parce que les fonctionnements sous-terrains de la Françafrique n’ont rien à voir avec ceux présentés en surface. Autre exemple de ce décalage : à partir de 1990, on se met à parler de la Françafrique. La Coopération française va donc créer des zones de transparence pour que tout peuple africain puisse bénéficier des mérites de la démocratie. Dans une cinquantaine d’élections majeures, les gens se sont mobilisés d’une manière extraordinaire pour renverser leurs tyrans. Mais pendant ce temps, une autre coopération a été envoyée pour installer des logiciels de centralisation des résultats, une partie de ces coopérants étaient issus de la Mairie de Paris et tout à fait formés en la matière… Et dans cinquante élections majeures, à part 2 ou 3 au début où le système a été pris par surprise, et 2 ou 3 à la fin (Niger, Guinée Bissau, Sénégal) où les Africains ont commencé à trouver des parades, le résultat a été à l’opposé de la volonté des populations : les gens votaient pour éliminer le potentat, et ils se sont retrouvé au contraire avec une légitimation du potentat.

J’en viens à présent au Congo Brazzaville, objet du titre « Noir Silence ».

Au Congo Brazzaville

En 1990 un mouvement populaire renverse le dictateur Sassou Nguesso. Une constitution est votée presque à l’unanimité, un président est élu. Celui-ci a le malheur de demander 33 % de royalties sur le pétrole au lieu des 17 % de Sassous Nguesso : un quasi doublement. On peut dire que c’est un crime de lèse Françafrique. Dès lors, les réseaux s’activent pour préparer le retour au pouvoir de Sassou Nguesso, au terme d’une sanglante guerre civile.

Récemment, Jean-Charles Marchiani a fait un aveu époustouflant dans Le Monde : il a déclaré que la négociation qu’il avait menée au nom du ministre de l’Intérieur avec l’Angola avait pour but le renforcement de l’action de la France dans cette région et pour résultat l’intervention militaire de l’Angola dans les deux Congo. Autrement dit, alors que la France déclare une politique de non-ingérence, elle arme l’Angola pour intervenir dans deux des plus sanglantes guerres civiles d’Afrique. C’est extraordinaire, et je m’étonne qu’il n’y ait pas eu d’avantage de gens pour relever cet aveu fantastique.

Donc, via ses vrais faux mercenaires, via la présence d’un contingent angolais, d’un contingent tchadien jouant les tirailleurs sénégalais, via la présence de génocidaires du Rwanda et de résidus de la garde de Mobutu, la France a renversé le régime qui avait été installé au terme du processus démocratique. Tout cela est relativement commun. Mais comme le nouveau régime de Sassous Nguesso a recommencé son pillage et ses persécutions, la guerre civile a redémarré fin 1998. Entre la fin 1998 et la fin 1999, il y a eu au Congo-Brazzaville dans une guerre pilotée depuis l’Elysée, plus de morts et de viols qu’au Kosovo, en Tchétchénie et à Timor-Est réunis.

Regardez la couverture médiatique de ces trois événements, les milliers de pages qui y ont été consacrées, voyez à présent ce que vous avez pu lire sur le Congo Brazzaville… Durant cette guerre terrible, il y a eu aussi des dizaines de milliers de viols systématiques à caractère ethnique. Quasiment rien dans la presse. Pourquoi ? Tous les reporters ont été dissuadés de s’y rendre. Des équipes en ont été empêchées. Il s’est abattu un « noir silence » total sur une guerre qui a détruit un pays et qui a comporté au moins quatre crimes contre l’humanité successifs.

Passons à présent à l’Angola, brièvement.

Angola

Dans ce pays, on est en train de passer à la « Mafiafrique ». Depuis son accession à l’indépendance il y a 25 ans, règne une guerre civile épouvantable, qui a fait plus de 500 000 morts. Dans ce pays, Le Floch-Prigent a avoué, et on dispose de témoignages sur ce point, que l’on avait aidé les deux côtés de la guerre. Evidemment, dans ces conditions, une guerre peut durer longtemps.

L’Angola, c’est le Koweit du XXIe siècle, on y trouve les plus grands gisements d’Afrique. On se donne donc les moyens de les contrôler. Là il n’est plus questions de syndrôme de Fachoda : il y a 45 % pour Elf-Totalfina et 45 % pour une compagnie anglo-saxonne. Et puis 10 % pour une société qui va s’appeler, par exemple, Falcon-Oil. Monsieur Falcone, qui n’est pas plus pétrolier que vous et moi, enlève son « e », met « oil » à la fin, et il a 10 % d’un des plus gros gisements de la planète. Autrement dit, la vente des armes est programmée dans l’exploitation pétrolière.

Donc, aujourd’hui, la programmation des ventes de biens et services militaires est clairement liée à la découverte du pétrole. Quand vous regardez de près, quand vous observez qui sont ceux qui dirigent véritablement les compagnies pétrolières, vous vous rendez compte qu’il y a un mélange extrêmement troublant entre des vendeurs de pétroles et des gens qui sont en fait des vendeurs d’armes. C’est pourquoi l’affaire Elf est d’abord une affaire de ventes d’armes (Sirven était plus un vendeur d’armes que de pétrole). Et je pourrai vous donner tout un tas d’autres noms que vous connaissez moins : Pierre Lautier, Etienne Leandri, etc. Tout un tas de gens qui sont plus vendeurs d’armes, et qui sont aussi membres des services secrets ou honorables correspondants des services secrets.

Vous avez ainsi un triptyque : vente d’armes / vente de pétrole / services secrets. Avec lui, non seulement c’est une calamité de découvrir du pétrole, car l’argent du pétrole se convertit aussitôt en armes et entretient la guerre civile, mais en même temps, tout ça sert à constituer des cagnottes pour les services secrets, qui leur permettent de mener leurs guerres secrètes et de s’enrichir.

Comme dirait Alfred Sirven, dont on a découvert 3 milliards en Suisse qui sont une petite partie de l’argent brassé : « J’ai de quoi faire sauter vingt fois la classe politique française ». Au bout de quarante ans de méthodes de voyou mises en place dans le système Foccart pour contrôler l’Afrique, les gens sont devenus de vrais voyous, ils n’obéissent plus à la raison d’Etat. Ils commandent aux politiques en ayant les moyens de les faire chanter. On a complètement inversé la situation. Et je ne vous parle pas des journalistes, mais vous imaginez que ces gens-là ont les moyens de faire pression sur un certain nombre d’entre eux. Ils ont vraiment beaucoup d’argent. Falcone est milliardaire, Gaydamac multimilliardaire, etc.

J’en viens aux branchements de la « Mafiafrique », à savoir que ce système parallèle qui contribue au pillage de l’Afrique se croise maintenant dans des pays comme l’Angola avec des systèmes analogues américains, britanniques, sud-africains, brésiliens, russes, israéliens etc.
La Mafiafrique

Par exemple, M Gaydamac travaille étroitement avec les services russes et les services israéliens. A partir de 1985, le KGB et une partie de la Nomenklatura russe ont commencé à établir des comptes financiers en Suisse et à l’extérieur.

Après la chute du mur de Berlin, on a vendu à vil prix les stocks de pétrole, d’aluminium, d’engrais (gigantesques), les armes russes, les créances russes, les diamants…, on les a vendus parfois au dixième de leur valeur, et toutes ces ventes bradées ont constitué une cagnotte gigantesque à l’extérieur de la Russie qu’on peut chiffrer bien au-delà d’une centaine de milliards de francs.

Eh bien cet argent est en train de permettre à certains de prendre le contrôle d’une partie du marché des diamants, très lié aux guerres civiles. Il rentre ainsi en connexion, en Angola, avec les méthodes des services secrets français et américains.

Dans la Françafrique, il faut aussi noter l’importance de la Grande Loge Nationale Française, héritière des lobbies coloniaux. c’est une obédience franc-maçonne très à droite. Je précise que nous n’avons rien contre la franc-maçonnerie qui a joué un rôle éminent dans l’institution de la République et dans la conquête des droits sociaux en France. Mais il y a au moins une obédience qui a largement dérapé et il y a eu, dans les autres obédiences, des dérapages par intérêt personnel ou parce que les services secrets ont toujours été tentés d’infiltrer ce cercle d’initiés. Mais la plupart des potentats africains sont à la GLNF : Idriss Deby, du Tchad, Sassou Nguesso, du Congo-Brazzaville, Bongo, Compaoré, le général Gueï, etc. Le démocrate récemment élu au Niger va s’y faire initier sous peu – apparemment, il ne pourrait survivre sans cela -, Michel Roussin, comme Jacques Godfrain, ex-ministres de la Coopération, y sont aussi, de même que la plupart des grands corrupteurs français de ces derniers temps : Méry, Pacary, Crozemarie, Schuller. L’état-major de TF1 est aussi à la GLNF, nombre de responsables des services spéciaux français sont à la GLNF, Sirven y était aussi, on ne pouvait accéder au commandement des troupes coloniales marines qu’en y étant, etc.

Tout cela fait un croisement important. La GLNF se flatte sur son site d’avoir recruté les 200 principales personnalités gabonaises. C’est un peu le cœur de la Françafrique. Un certain nombre de médias, de juges, de magistrats, d’experts sont aussi sous sa coupe. Tout cela fait un petit peu problème pour la République. Alors j’avance…

On a un système parallèle qui a largement dégénéré : au lieu d’être centralisé, il est composé désormais d’une douzaine de réseaux et de lobbies fortement rattachés à l’appareil d’Etat, puisque les vrais faux mercenaires dépendent directement de l’Elysée et un certain nombre d’entreprises impliquées sont très fortement en lien avec les pouvoirs publics. Donc on a ce système parallèle qui en croise d’autres, dans d’autres pays, le tout facilité par la montée des paradis fiscaux et l’impunité totale de la criminalité financière.

Comme l’explique le juge Van Ruymbecke, un mafieux peut en 24 heures faire quatre virements par quatre paradis fiscaux. Il faut deux ans et demi en moyenne au juge pour remonter un virement, donc dix ans pour remonter ce qu’un mafieux a fait en 24 heures.

Par conséquent, aujourd’hui, devant la grande criminalité internationale, la justice est totalement impuissante. Ils sont assurés de l’impunité, ce qui ne vous apparaît peut-être pas puisqu’on ne parle que des affaires. Mais il ne faut pas oublier que comme dans toutes les mafias, un clan de temps en temps balance l’autre, et que si les juges s’en sortent, c’est parce qu’ils trouvent dans leur boîte aux lettres le numéro de compte de l’adversaire, sans quoi ils n’auraient aucune chance. Devant ce type de phénomène, les points de rencontre entre les développements considérables de ces cagnottes parallèles sont en train d’exploser, et ce ne sont plus les Etats qui gouvernent les services secrets, ce sont certains anciens des services secrets qui gouvernent les Etats. On est donc devant des défis extraordinaires pour la démocratie et aussi pour la presse. J’y viens maintenant.

La presse et la Françafrique

Au départ, c’est assez simple à comprendre. Cette Françafrique mise en place par des gens qui appartiennent aux services secrets est un domaine réservé, quasi militaire. Que fait-on dans les domaines militaires ? Depuis toujours, de la désinformation. C’est une arme essentielle de la guerre.

Depuis toujours, les responsables des services secrets sont chargés de contrôler étroitement ce qui se passe dans différents pays. Si vous lisez les mémoires de Claude Silberzahn ancien directeur de la DGSE, ou d’Yves Bonnet, ancien directeur de la DST, il y a plusieurs pages où ils nomment leurs amis dans la presse, certains dans le plus célèbre des quotidiens français. Et ils expliquent comment on peut faire ami-ami avec certains journalistes pour faire passer discrètement les thèses de leurs services. Il y a donc une stratégie permanente.

Certains ont ainsi fait l’étymologie du terme « khmers noirs », montrant comment à partir de 1993, les services ont distillé dans quelques médias choisis cette notion, qui visait à diaboliser le FPR et les Tutsis et qui a concouru à préparer le génocide. Vous avez donc une manipulation courante des médias.

La France est le seul pays démocratique, à ma connaissance, qui a une police des médias : il existe 57000 fiches de journalistes au RG. Je ne comprends pas que la presse tolère ça. C’est quelque chose d’insupportable. Dans ces fiches, on trouve évidemment tous les petits problèmes personnels des gens, leurs problèmes d’impôts… Moyennant quoi, un certain nombre de journalistes peuvent être discrètement tenus. Rappelez-vous un épisode formidable, il y a quelques jours, sur TF1. Quand PPDA a osé parler de blanchiment, Charles Pasqua a répondu : « M Poivre d’Arvor, si je n’étais pas votre ami, je vous répondrais sur un autre ton. Rappelez-vous que j’ai été deux fois ministre de l’Intérieur. » Publiquement ! Comprenne qui pourra !

Ces moyens de chantage sont importants. Une journaliste spécialisée sur les questions africaines me disait un jour : il y a trois moyens de tenir les journalistes spécialisés sur l’Afrique, qui sont relativement peu nombreux. Il y a l’argent, le sexe et l’alcool. Parfois les trois ensemble. Des moyens classiques, souvent les bons. Il en existe un quatrième : le dopage. Sachant qu’il est très difficile d’avoir des informations sur ces questions, vous procurez à des journalistes que vous choisissez des informations de premier ordre, des « scoops ». Ces journalistes deviennent des ténors de l’information, mais si vous ne leur fournissez plus d’informations, ils sont en manque.

Bien entendu l’un des principes de base de la désinformation, c’est qu’il faut avoir de la très bonne information. Donc les désinformateurs sont ceux chez lesquels on trouve en permanence la meilleure des informations.

Vous avez aussi les journalistes au service de tel ou tel clan de la Françafrique. Vous repérez à un moment donné qu’ils tirent toujours sur le même clan, ce qui signifie qu’ils sont alimentés par le clan adverse. C’est un peu comme pour l’affaire Elf. Il faut savoir que chacun des journalistes très bien renseignés a en fait accès au dossier par l’avocat de l’une des parties. Donc il va tout balancer sauf ce qui concerne sa partie. Dans un autre journal, vous avez un autre avocat, etc. Donc vous pouvez repérer un certain nombre de biais. Cela, c’est du décryptage élémentaire des médias.

Mais parfois, cela va plus loin. Comme dans l’affaire du Rwanda, où il y a eu des cas de désinformation extraordinaires [1]. Au Congo, cette désinformation est allée jusqu’à censurer quasiment une guerre civile. Seul un journaliste a réussi à s’y rendre, de Témoignage Chrétien, et quand il est revenu, on s’est arrangé pour faire sombrer son papier et l’étouffer de manière sordide. TF1 a voulu envoyer une équipe, elle a été décommandée à la dernière minute.

Autre cas bien connu. Mon éditeur Laurent Beccaria a travaillé avec une journaliste, Dominique Lorentz, qui a découvert que l’ensemble de l’affaire des prises d’otages et des attentats à Paris dans les années 1980 était un chantage permanent de l’Iran pour obtenir l’uranium enrichi promis au shah à la fin des années 1970 de manière à disposer de la bombe atomique. Elle explique comment Chirac et Mitterrand ont cédé au chantage, tandis que Michel Barouin, qui s’y opposait, a été supprimé pour cela. Dominique Lorentz, dans « Une Guerre », explique aussi comment l’uranium enrichi est parti du Gabon. Ce livre a reçu les éloges des plus grandsexperts.Quand Laurent Beccaria est arrivé chez son patron de chez Stock, Claude Durand, qui avait pris l’avis de Lagardère, il lui a dit : ce livre est imparable, mais impubliable. Il ne faut pas casser la machine. Donc Beccaria est parti imprimer ce livre en Espagne. Il a fondé sa maison d’éditions, les Arènes, il a tiré « Une Guerre » à 10 000 exemplaires partis comme des bouchées de pain : le tout Paris renseigné l’a lu. Eh bien il y a eu huit articles préparés dans les plus grands médias, ils ont tous été bloqués. Ce livre majeur pour comprendre un élément très important de l’histoire de France des années 1980 a été totalement censuré. A ma connaissance, seul un journaliste, Mathieu Aron, en a parlé sur France Info, ainsi qu’un journal féminin. Tout le reste a été censuré. Connaissez-vous une démocratie occidentale où, sur un livre aussi important, on est capable de faire un silence total ? On aurait pu très bien démolir ce livre. On aurait pu dire : ce livre ne vaut rien. Non. Le silence total ! On est face à une capacité de pression absolument exceptionnelle.

Pour finir, je voudrais faire un sort rapide à la presse franco-africaine : D’abord Jeune Afrique. Son directeur Béchir Ben Yahmed a avoué que depuis le début des années 1980, il mangeait tous les mois avec Jacques Foccart. Cela s’est tellement bien passé que Foccart a fait de Jeune Afrique le légataire universel de ses œuvres. Ça annonce la couleur… D’après ce que j’ai pu comprendre, Jeune Afrique est peut-être plus riche des articles qu’il n’a pas publiés que de ceux qu’il a publiés. C’est-à-dire que ces excellents articles étaient soumis à ceux qui étaient visés, et remisés, moyennant sans doute des compensations. Vous avez ainsi dans Jeune Afrique, en permanence, des publi-reportages extrêmement coûteux. Jeune Afrique a donc souvent été partie prenante dans les mauvaises causes. Mais ce magazine suit le mouvement, c’est-à-dire que, de temps en temps, il se pose en révolutionnaire : une tactique habituelle.

Africa international a été fondé par deux éminences de la Françafrique, Jean-Yves Ollivier, qui a joué et qui joue encore un rôle majeur dans toute cette histoire, et le colonel Léthier, ancien numéro deux de la DGSE, qu’on trouve au cœur d’un certain nombre d’opérations d’Elf.

Le nouvel Afrique Asie, journal révolutionnaire, doit parfois concéder à certains tyrans notoires car il faut bien vivre…

Donc c’est assez difficile de se faire une idée de ce qui se passe en Afrique dans la presse spécialisée.

L’activité de Survie

Et nous, à Survie, comment travaillons-nous ? Nous croisons quatre sources. D’abord l’ensemble de la presse et de la documentation française. Quand on connaît le pedigree et la généalogie de l’ensemble des journalistes, on repère qu’il y en a une quinzaine qui, malgré toutes ces conditions défavorables, malgré parfois leur rédaction, font magnifiquement leur travail. Les meilleurs articles sortis depuis dix ans sur la Françafrique ont été publiés par Patrick de Saint-Exupéry dans le Figaro. Car il ne faut pas faire de manichéisme : il y a des journalistes libres dans tous les médias. Un journaliste m’a accueilli pendant une heure sur LCI la chaîne de Bouygues, pour parler de la Françafrique. Au milieu j’ai parlé, parmi les réseaux, de Bouyues. Je me suis quand même excusé à la fin en lui disant que j’étais désolé parce que j’allais sans doute lui attirer des ennuis. Il m’a dit : « Bof ! Tant que je suis là, je suis là ». Il a fini par être viré, mais il y a des gens courageux. Donc ne soyons pas manichéens, car la liberté existe et il y a des gens qui l’exercent tous les jours et que l’on peut repérer.

On peut aussi repérer les désinformateurs. A condition d’y aller avec des pincettes, on trouvera aussi chez eux de la très bonne information. Quand M Silberzahn dit que Jacques Isnard, qui rend compte des questions militaires dans Le Monde et qui cite en permanence ses sources dans les services secrets, est un très bon ami, ce que dit Isnard n’est peut-être pas vérité d’évangile mais pour connaître le point de vue de la DGSE, c’est excellent.

Donc vous trouvez pas mal de choses dans la presse française, mais c’est insuffisant. Il faut la croiser avec la presse étrangère qui a d’autres biais. Il y a les presses belge, anglaise, américaine, sud-africaine, d’autres pays d’Afrique…

Nous avons aussi un réseau de correspondants que nous avons tissé : experts, journalistes, responsables d’associations à travers le monde avec qui nous confrontons nos informations. Et puis il y a une source énorme d’informations, c’est le millier d’Africains qui, eux, ne peuvent publier, sinon au risque de leur vie, et qui viennent auprès de ceux qui veulent parler, fournir un certain nombre de choses.

Bien entendu, ce n’est pas non plus une source entièrement fiable, mais quand vous la croisez avec les autres, vous repérez des informations viables. Et tout ça finit par faire une force d’informations non négligeable. Vous savez, bien que j’aie intitulé ce livre « Noir silence » en avril 2000, parce que nous étions persuadé qu’il y aurait un boycott total dans les médias, ce qui n’a pas manqué de se produire, à deux exceptions près (RFI et France Culture), eh bien quand les affaires ont éclaté, un certain nombre de journalistes non spécialistes de l’Afrique se sont rendus compte que c’était bizarre : la liste des mises en examens ressemblait à l’index de « Noir Silence » ! A partir de là, on a commencé à parler du livre un peu partout…

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[*] titres et sous-titres d’Acrimed

[1] cf. Le Monde, un contre-pouvoir ?, de Jean-Paul Gouteux, ed. L’Esprit frappeur, 1999.


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Relaxe pour « Noir silence » !

François-Xavier Verschave, président de l’association « Survie » et auteur du livre Noir Silence (éditions Les Arènes, 2000), était poursuivi par trois présidents africains, Omar Bongo, Idriss Déby et Denis Sassou Nguesso (défendus par Me Jacques Vergès), qui avait déposé plainte pour « offense à Chef d’Etat étranger. Ci-desssous l’épilogue de cette « affaire ».

Relaxe pour Noir silence !

Communiqué Survie – Les Arènes

Pas d’offense à chefs d’État dans cette dénonciation de la Françafrique !

Par une décision historique, la 17e chambre reconnaît le droit à une association (Survie) et un éditeur (les arènes) d’évoquer les crimes de 3 dictateurs africains. La 17e chambre, sous la présidence de Jean-Yves Montfort, a relaxé ce mercredi 25 avril l’auteur, François-Xavier Verschave (président de Survie) et l’éditeur, Laurent Beccaria (gérant des Arènes), du livre Noir silence. Ceux-ci étaient accusés d’ » offense à chef d’Etat  » par trois autocrates africains, le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Tchadien Idriss Déby et le Gabonais Omar Bongo. Le premier était qualifié, entre autres, de responsable de  » crimes contre l’humanité « , le second d’ » assassin invétéré « , familier du faux-monnayage, et le troisième de  » parrain régional « , à la tête d’une  » démocrature prédatrice « . Sans entrer dans le débat de fond, le tribunal a disqualifié cette plainte en considérant que le délit d’offense à chef d’État étranger était incompatible avec les articles 6 et 10 de la Convention européenne des droits de l’homme.

Il s’agit d’un jugement historique. Mussolini, Hitler et Duvalier ont gagné les procédures qu’ils avaient enclenchées contre les auteurs de semblables délits.  » L’offense à chef d’État  » est un héritage du crime de lèse-majesté. Instituée en 1881, par l’article 36 de la loi sur la presse, elle a toujours entraîné la condamnation des inculpés. Les avocats des accusés, Mes William Bourdon, Antoine Comte, Francis N’Thepe et Vincent Toledano, ont su brillamment inverser la tendance.

Au moment où la France vient de ratifier les statuts de la Cour pénale internationale, le tribunal a estimé qu’il devenait difficile d’empêcher des militants associatifs de désigner les responsables de crimes contre l’humanité. Ni les brasseurs d’argent sale alors qu’est universellement dénoncée la montée de la criminalité financière. C’est une décision courageuse, dans la grande tradition répu-blicaine. Les Africains qui, au péril de leur vie, sont venus exposer ce qui se passait dans leurs pays, se sentent moins seuls. Une condamnation aurait accru les menaces qui ont déjà pesé sur certains d’entre eux, ou leurs proches.

Déjà vendu à plus de 30 000 exemplaires, Noir silence va pouvoir continuer de susciter le débat, d’éclairer les citoyens français et africains sur l’arrière-plan des « affaires » en cours (Elf, Falcone, Gaydamak, Sirven, Pasqua, Mitterrand, etc.), et leur interconnexion. L’enregistrement sténotypé de ce procès historique paraîtra le 19 mai aux Arènes, sous le titre Noir procès (400 p., 128 F). Nul doute que ce nouveau livre se répandra en Afrique comme une traînée de poudre.

Décès de François-Xavier Verschave : nécrologies vindicatives

Daniel Sauvaget

   

Fondateur de l’association Survie, qu’il présidait depuis 1995, François-Xavier Verschave est décédé le 29 juin 2005. Les nécrologies vindicatives publiées par Libération et Le Monde ont suscité de nombreuses réactions. Nous publions successivement celles de la rédaction de « Billets d’Afrique » (mensuel de l’association Survie), de Daniel Sauvaget (d’Acrimed) et d’ Alain Deneault (un correspondant). [Acrimed]

Hommages
Par la rédaction de « Billets d’Afrique », mensuel de l’association Survie

Dans le concert des hommages spontanés, venus du cœur, qui ont salué la disparition de François-Xavier Verschave, président de Survie, auteur, entre autres, de La françafrique, le plus long scandale de la République et de Noir Silence, il y a eu deux couacs retentissants, qui sont le fait de deux journaux considérés comme importants, Le Monde et Libération.

Beaucoup de gens ont été choqués par le mauvais goût et même le caractère offensant du titre, dans Libération, de l’article de Christophe Ayad : Verschave plonge dans le noir silence (Vendredi 1er juillet 2005). Tout dans cet article est réducteur ou péjoratif. On y redit que Verschave n’a pas « inventé le concept » de Françafrique. Qu’importe puisque c’est lui qui l’a popularisé. On y affirme que son livre Noir Silence est « plus une compilation qu’une investigation ». On pourrait en dire autant du J’accuse de Zola. Et ce dernier n’a-t-il pas fait preuve d’un « activisme » de plus « parfois excessif », dans sa dénonciation de l’iniquité, comme le dit Ayad de celle que faisait François-Xavier Verschave des scandales françafricains ?

Selon Christophe Ayad, « la Françafrique agonise », assertion démentie en ce moment même au Togo, où le soutien de l’Élysée à un dictateur peut, comme d’habitude, être constaté. Mais pour agoniser il faudrait encore qu’elle ait existé. Or c’est bizarre nous n’en avons jamais entendu parler dans nos médias. François-Xavier Verschave, en nous instruisant sur son fonctionnement, n’aurait que « contribué à en finir avec une Françafrique déjà bien branlante », donc pas vraiment de quoi s’extasier sur un tel exploit. Pourquoi un tel besoin de dénégation, contre l’évidence ?

La nécrologie publiée par Le Monde, sous la plume de Jean-Pierre Tuquoi (Carnet, samedi 2 juillet 2005), paraît au début plus courtoise mais les derniers paragraphes sont d’une rare malveillance. Le travail de François-Xavier Verschave y est décrit de la façon suivante : il « découpait les articles glanés à droite et à gauche, écoutait ceux qui rendaient visite à l’association et, sans trop s’embarrasser de vérification, faisait de cette matière première la pâte de ses ouvrages ». Il est quand même stupéfiant qu’il ait ainsi triomphé, dans un procès pour « offense à chefs d’État », des présidents multimilliardaires qui l’ont traîné en justice. Mais Jean-Pierre Tuquoi ne fait que répéter ici complaisamment les allégations de leur défenseur, le ténor du barreau Jacques vergès. Le tribunal quant à lui jugea simplement son travail d’information « sérieux » et débouta l’accusation. Si ce verdict suscita « l’étonnement », ce ne fut pas évidemment celui de François-Xavier Verschave, comme l’écrit bizarrement cet article, mais bien celui des plaignants. François-Xavier Verschave le reçut, quant à lui, avec satisfaction.

« Se rendre en Afrique ne l’intéressait d’ailleurs pas. » Cette assertion est évidemment absurde. François-Xavier Verschave, qui travaillait bénévolement, n’avait pas les moyens de parcourir le continent. Mais il avait le courage et la liberté d’informer, qui sont plus rares mais plus nécessaires que les billets d’avion.

Pendant des décennies nos Rouletabille ont parcouru à grands frais le continent pour nous rapporter invariablement cette importante information : « Tout baigne », recueillie dans les palais exotiques. Ils ont suivi dévotieusement les grand messes du grand manitou blanc entouré de ses acolytes noirs. Ils ont été au couronnement de Bokassa, dans la cathédrale d’Houphouët et sur le navire de Mobutu. L’Afrique telle que les Français la voient, faite d’ignorance et de stéréotypes, c’est à eux qu’on la doit.

Quand François-Xavier Verschave s’est intéressé au sujet il a peint un tout autre tableau, on en conclut donc : « C’est dire que François-Xavier Verschave n’était pas un enquêteur, mais le militant d’une cause qu’il jugeait sacrée. » Non en effet il n’a pas fréquenté les présidents africains. Oui, le militant de la cause sacrée de l’information c’est lui, qui ne se contentait pas de reproduire les dépêches de l’AFP, sans les passer au crible de la réflexion. C’est bien la peine de se transporter à l’autre bout du monde pour épater le chaland, si on ne peut même pas enquêter pour savoir ce qui s’est passé dans le RER D. Sur certains sujets, en fait d’enquête, il est clair qu’il y a seulement l’info qui fâche et l’info qui plaît. François-Xavier Verschave – ce fut son mérite – en fâchait plus d’un.

La bizarre malveillance de ces nécrologies, la médiocrité mesquine qu’elles trahissent, donnent la mesure de ceux que Nietzsche nommait « les mouches de la place publique », que François-Xavier Verschave, homme libre, dans sa passion pour la vérité, a dérangés.

Le Comité de rédaction de « Billets d’Afrique », mensuel publié par l’association Survie
210, rue Saint-Martin, 75003 – Paris
www.survie-france.orgsurvie@survie-france.org

 

 

Nos chers disparus – ou l’art subtil de la nécrologie


Par Daniel Sauvaget

Lorsqu’une personnalité disparaît, la presse se fend d’une biographie, et tente de caractériser sa vie et son œuvre, recourant, selon les cas, au dithyrambe ou à un énoncé hypocrite de ses vertus. La nécrologie peut conduire à faire l’impasse sur les tares du défunt. Elle permet aussi de régler quelques comptes. Ce n’est donc pas un simple exercice de style.

Exemple récent : à l’occasion du décès de François-Xavier Verschave, Le Monde des 3 et 4 juillet 2005 (page 11) publie sous la plume de Jean-Pierre Tuquoi un petit texte révélateur sur ce spécialiste du néo-colonialisme (ou plutôt des « relations post-coloniales entre la France et ses anciennes possessions », comme dit Tuquoi, plus élégamment) et des réseaux plus ou moins mafieux qui agissent en Afrique. On connaît le militant, ce combattant, responsable de l’association Survie et du Bulletin d’Afrique, auteur de nombreux livres et articles documentés et dénonciateurs. Nous avions eu le plaisir de l’inviter lors d’un Jeudi d’Acrimed le 28 janvier 2001 et le lecteur trouvera ici même une présentation et le compte-rendu de son intervention : Françafrique, les médias complices [1].

Mais revenons à l’article publié par Le Monde. Le lecteur pourra apprendre que F.-X. Verschave fut « un des artisans de la campagne dénonçant le rôle joué par la France dans le génocide de 1994 au Rwanda ». Mais il lui faudra chercher ailleurs une information sur le combat qu’il menait contre la désinformation appliquée aux affaires africaines, rwandaises ou autres. Dans de nombreuses interventions, dans ses conférences et ses articles, Verschave disait souvent que ce qu’il exposait « avait beaucoup de mal à passer dans la presse française » et il se positionnait dans une véritable « bataille pour l’information, décisive mais difficile ». Sa critique des médias était impitoyable : « c’est la presse la plus libre qui est la plus convoitée par ceux qui ont en charge la désinformation » [2]. Il n’a pas été tendre avec Le Monde, encore récemment en 2004, à la suite des articles parus dans le quotidien pour le dixième anniversaire des massacres du Rwanda. Il accusait Le Monde, et il n’était pas le seul, de faire de la censure sur la responsabilité de la France au Rwanda. Il reprochait au Monde, mais aussi à d’autres journaux, une lecture ethniciste des évènements du Rwanda, une perception purement occidentale, et un loyalisme déplacé vis-à-vis des gouvernements français, notamment à propos de l’opération humanitaire-sic nommée Turquoise.

Comment rendre compte d’un tel personnage qui n’était manifestement pas un ami du journal lorsque le moment est venu d’alimenter la rubrique « disparitions » ? Les recettes sont simples.

- 1°/ Comme on vient de le voir, écarter de la biographie tout ce qui peut porter préjudice au journal qui la publie, voire aux médias en général.

- 2°/ Consacrer les trois quarts du texte à un éloge plus ou moins sincère et conclure par quelques nuances négatives sous couvert d’objectivité. C’est la conclusion, péjorative, qui fait mouche auprès du lecteur.

- 3°/ Glisser de l’éloge à la démolition : Verschave, homme de conviction, infatigable, etc. « pétitionnait à l’occasion » – noter ici l’ambiguïté des mots, une ambiguïté qui s’alourdit encore : il « signait des articles dans tous les journaux qui lui ouvraient leurs colonnes et fréquentait à l’occasion les plateaux de télévision » (on aimerait disposer d’un authentique inventaire des tribunes médiatiques qui lui ont été offertes). Ainsi passe-t-on de « doté d’une puissance de travail peu commune et d’une énergie rare », à « il lisait tout, découpait les articles glanés à droite et à gauche, écoutait ceux qui rendaient visite à l’association [Survie] et, sans trop s’embarrasser de vérification, faisait de cette matière première la pâte de ses ouvrages  ». Autrement dit : Verschave pas sérieux, adepte du copié-collé, ne vérifiant pas les sources. Le tout sous un intertitre comme « Militant plus qu’enquêteur ». Les lecteurs de L’Envers de la dette (Agone, 2001), par exemple, apprécieront.

- 4°/ En prime : la technique du coup de pied de l’âne. « Se rendre en Afrique ne l’intéressait pas  ». Verschave n’était pas un homme de terrain (il se contentait de collectionner les papiers découpés). C’est bien connu, pour accéder au concret, mieux vaut répondre aux invitations des chargés de communication, chasser le fauve ou interviewer un officier français en poste en Cote d’Ivoire – plutôt que d’organiser des réseaux d’information avec des africains risquant leur liberté ou leur vie, tenter l’impossible pour sensibiliser l’opinion des pays dominants, ceux dont dépendent malheureusement une grande part des solutions africaines…

- 5°/ Si contester fielleusement la rigueur intellectuelle ne suffit pas, on pourra tenter de ridiculiser le disparu : citation de Verschave, selon qui Fernand Braudel n’avait pas eu besoin de vivre dans la Méditerranée au XVIème siècle pour en reconstituer l’histoire. Commentaire implicite : le prétentieux ose se comparer à un aigle de la pensée. Et surtout inutile de mentionner l’ouvrage où Verschave s’appuie sur Braudel, publié en 1994 chez un éditeur universitaire [3].

Modeste échantillon des pratiques journalistiques, cette besogne est assurée par un « journaliste-expert du Maghreb » qui, six années plus tôt, dénonçait le silence de plomb des médias et des milieux diplomatiques sur l’état de la Tunisie dans un livre consacré à Ben Ali (écrit en collaboration avec Nicolas Beau).

Daniel Sauvaget

Libération enterre la Françafrique.

Le Monde recycle les arguments de Me Vergès.


Par Alain Deneault

Les quotidiens parisiens « de qualité » n’auront donc pas digéré que soit étayée leur complaisance envers le pouvoir.

L’annonce que fait Libération du décès de François-Xavier Verschave, dans son édition du 1er juillet 2005, en témoigne.

« Il est mort au moment où la Françafrique agonise », postule Christophe Ayad en page 10 d’un journal qui indique ainsi n’avoir résolument pas l’intention de comprendre et de faire comprendre les logiques qui persistent encore à ce jour dans un Togo ajoutant de la dictature à la dictature, un Gabon assommé par un Président soutenu par Paris contre tous égards, un Soudan écartelé entre différents groupes pétroliers mondiaux, un Congo dont les forêts disparaissent à vue d’oeil…

Associer le décès de François-Xavier Verschave à celui prétendu des réseaux mafieux et criminels de la Françafrique n’est pas seulement indécent, mais rigoureusement inexact. Loin de battre de l’aile, la Françafrique au contraire s’accomplit et se réalise dans une « mafiafrique » plus large, qui intéressait par-dessus tout l’auteur dont nous honorons ces jours-ci la mémoire et le sérieux. Les agencements et montages financiers, affranchis des logiques nationales, qui se développent aux fins de l’exploitation de l’Afrique, correspondent à une évolution logique de réseaux désormais « mondialisés ».

Mais voudra seulement l’entendre qui cherche encore à savoir.

Ce n’est pas non plus l’intention du quotidien Le Monde, qui réchauffe point par point les arguments que Me Vergès avait servis au procès que Verschave et son éditeur Laurent Beccaria avaient finalement gagné, en 2001, contre trois chefs d’État africains « amis de la France ». Le verdict était, il est vrai, tombé contre toute attente puisque ce vestige juridique contre les actes de lèse-majesté prévoyait la condamnation de quiconque offensait un chef d’État étranger indépendamment de la pertinence de son travail et de la rigueur de sa démonstration.

Le Monde ne le rappelle pas, préférant entretenir l’impression d’un étonnement ingénu de la part des accusés eux-mêmes. « Trois chefs d’Etat africains (ceux du Tchad, du Gabon, et du Congo) l’attaquèrent devant les tribunaux français pour ’offense envers un chef de l’Etat’. A l’étonnement de l’auteur de Noir silence, le tribunal de Paris les débouta de leurs poursuites en avril 2001, jugement confirmé par la cour d’appel l’année suivante.  »

On se souvient qu’en désespoir de cause, Me Vergès s’en était pris au physique de Monsieur Verschave en pleine plaidoirie, et au seul fait qu’il n’avait pas beaucoup voyagé en Afrique. Le Monde relaie l’argumentaire fidèlement, en résumant d’abord le disparu à son « visage austère » et son « corps d’ascète », tout en insistant sur son côté sédentaire, mine de ne pas comprendre que les problèmes d’Afrique trouvent en grande partie leurs sources à Paris, à Londres et à New-York, quand ce n’est pas dans les Îles anglo-normandes, à Genève et à Luxembourg.

« Il lisait tout, découpait les articles glanés à droite et à gauche, écoutait ceux qui rendaient visite à l’association et, sans trop s’embarrasser de vérification, faisait de cette matière première la pâte de ses ouvrages  », s’aventure à imaginer Jean-Pierre Tuquoi pour croquer le personnage, poussant la fiction jusqu’à en faire une figure médiatique, sans enquêter lui-même sur des sources justement trop peu souvent citées dans Le Monde. Verschave précisait pour sa part, le 29 avril dernier, quant au nombre de victimes relatives aux élections Togolaises : « Nous avons beaucoup d’informations qui remontent par nos contacts sur le terrain. Quand je dis « nos », ce sont les dizaines d’ONG françaises qui suivent la situation de très près et nous redoutons que le chiffre de victimes soit beaucoup plus élevé que le chiffre que vous avez annoncé.  »

Il n’y aura donc pas de trêve.

Alain Deneault


 

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[1] Lire : Françafrique : les médias complices ? (1), Françafrique : les médias complices ? (2) et Françafrique : les médias complices ? (3).

[2] France-Afrique, le crime continue, Editions Tahin Party, p.45.

[3] Initialement publié par les éditions Syros, La maison monde, libres leçons de Braudel a éé remis à jour et réédité début 2005 aux Editions diffusion Charles-Léopold Mayer.

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François-Xavier Verschave

Posté par issopha le 1 octobre 2007

  François-Xavier Verschave

  

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Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.

François-Xavier Verschave, (né à Lille le 28 octobre 1945 et décédé à Villeurbanne le 29 juin 2005), était un économiste de formation. Son père était un journaliste gaulliste et sa mère infirmière.

Il était depuis 1983 le responsable des questions d’économie, d’emploi et d’innovation sociale à la Mairie de Saint-Fons, une commune de la banlieue lyonnaise. Il était marié et père de trois enfants.

François-Xavier Verschave était membre fondateur de l’association Survie, qu’il présidait depuis 1995. Il était également directeur de publication de la lettre mensuelle de l’association : Billets d’Afrique et d’ailleurs.

Passionné des relations franco-africaines, François-Xavier Verschave a notamment forgé et décrit le concept de « Françafrique », terme parodiant l’expression la « France-Afrique » de Félix Houphouët-Boigny [1]. La « Françafrique » est ce volet occulte de la politique de la France en Afrique. Ses deux principaux ouvrages sur la question, La Françafrique (Stock, 1999) et Noir silence (Les Arènes, 2000), sont devenus des références pour l’association Survie. Ce dernier lui a valu un procès pour offense à chefs d’État étrangers (loi sur la liberté de la presse de 1881) qui l’a déclaré non coupable, compte tenu de l’absence d’« intention délictueuse » et du contexte juridique de l’affaire.

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Il a également fourni un important travail de recherche sur le concept de Biens Publics à l’Échelle Mondiale et les théories économiques de Fernand Braudel.

Il est décédé brutalement d’un cancer du pancréas fulgurant découvert quatre mois plus tôt.

Sommaire

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Coopérant en Algérie

François-Xavier Verschave travailla comme coopérant français en Algérie à la « Direction des transports terrestres ». Il travailla avec « un duo peu banal » : Djelloul Benlhadj, énarque algérien du FLN, et un pied noir, Jacques Lengrand, qui avait combattu le FLN et fut dépossédé de son héritage constitué d’une des principales entreprises de transport algériens (Les Autocars Blidéens). Ces deux personnalités « ennemies » avaient décidé d’unir leurs efforts pour « reconstruire » les transports algériens.

Président de l’association Survie (1995-2005)

Survie est une association de citoyens qui milite publiquement depuis 20 ans pour que :

  • la réorientation de l’argent de l’aide publique au développement,
  • soit mis un terme aux dérives qualifiée de souterraines et déshonorantes par l’association de la politique franco-africaine,
  • soient mis en place des mécanismes de prévention et de répression des crimes contre l’humanité et de génocide.

En 2005, elle compte 1650 adhérents et une vingtaine de groupes locaux en France.

Sous l’impulsion de François-Xavier Verschave, et de Sharon Courtoux, Survie augmentera son nombre d’adhérents. Ses livres Françafrique, le plus long scandale de la République et Noir silence furent vendus à plusieurs dizaine de milliers d’exemplaires selon ses éditeurs.

Ses admirateurs de Survie voit en lui une capacité de synthèse qui s’imposait naturellement, même s’ils lui reprochent parfois des discussions très tendues et longues au sein de l’association.

L’intégralité de ses droits d’auteurs ont été reversés à l’association Survie. Il considérait sa production d’écrivain comme une action consubstancielle à sa responsabilité dans le combat de Survie.

Il succède à la tête de Survie à Jean Carbonare

Co-fondateur d’une entreprise d’insertion

Avant d’écrire « Françafrique », François-Xavier Verschave avait fondé, avec un ami prêtre, à Villeurbanne dans les années 1970, une menuiserie composée pour moitié de travailleurs valides et pour l’autre moitié de travailleurs handicapés psychiques pour les aider à retrouver une dignité par le travail. L’entreprise de menuiserie Artibois fonctionne toujours. François-Xavier Verschave avait deux motivations personnelles dans cette entreprise : combattre l’injustice sociale qui frappe les malades mentaux et revenir à la racine d’une activité économique concrète à travers une petite entreprise.

À la suite d’un accident du travail, il réorienta sa vie professionnelle et revint vers une activité plus centrée sur ses compétences économiques à la Mairie de Saint-Fons (Cf. son ouvrage la Françafrique).

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Les Procès

Procès de trois chefs d’État

Ce procès lié au livre Noir silence et relaté dans Noir procès, fut intenté par trois chefs d’États africains « amis de la France », Omar Bongo, Idriss Déby, Denis Sassou-Nguesso, pour offense à chef d’État étranger contre François-Xavier Verschave et Laurent Beccaria, directeur de la maison d’édition qui publiait l’ouvrage.

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Défendus par Maître Jacques Verges, les trois chefs d’État durent s’incliner devant la justice française en première instance et furent déboutés en appel sur le fond et sur la forme. En effet, la cour a disposé que pour se conformer à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme, le délit d’offense à chef d’État étranger doit être constitué d’une intention délictueuse, qui n’a pas été démontrée. Néanmoins, la cour est restée prudente sur la véracité des faits rapportées par la défense, et notera dans ses attendus : « il apparaît que les documents versés et les témoignages recueillis au cours de la procédure, qui n’ont pas vocation à établir la preuve complète et parfaite des allégations contenues dans l’ouvrage, et qui doivent être accueillis avec la prudence qui convient aux analyses de personnes dont certaines sont ouvertement hostiles aux chefs d’État mis en cause, établissent non seulement l’importance et l’actualité des sujets évoqués mais aussi le sérieux des investigations effectuées. »

Les chefs d’États déboutés ne portèrent pas l’affaire en cassation.

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Procès de Charles Pasqua

Charles Pasqua gagna en 1999 un procès en diffamation contre François-Xavier Verschave qui fut condamné au franc symbolique pour son livre Françafrique où il accusait Charles Pasqua d’avoir couvert la livraison du terroriste Carlos contre « un appui aux opérations de « nettoyage ethnique » du régime soudanais ». Le tribunal notera dans ses attendus que Monsieur Verschave « a manqué à son obligation de prudence » en personnalisant « la responsabilité politique de la France et présentant Monsieur Pasqua, Ministre de l’Intérieur, comme complice des crimes les plus abominables ».

Reproches

François-Xavier Verschave écrivait ses livres notamment à partir de la presse. Il est assez peu allé en Afrique, ce qui, d’après le journaliste du Monde, ne l’intéressait pas. Le journal Le Monde du 2-3 juillet 2005, notera également qu’il « découpait les articles glanés à droite et à gauche, écoutait ceux qui rendaient visite à l’association et, sans trop s’embarrasser de vérification, faisait de cette matière première la pâte de ses ouvrages ». Ses amis font remarquer en réponse qu’il lui aurait été difficile d’être aussi dilettante et d’éditer des livres ayant un tel retentissement.

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François-Xavier Verschave reconnaît en effet dans le livre Noir Procès qu’il écrivait ses livres à partir de la presse, de la documentation et de témoignages d’Africains victimes des dictatures et généralement réfugiés en Europe. Son terrain d’investigation n’était pas d’abord l’ Afrique, mais la classe dirigeante française. L’objet de son investigation étant la politique française en Afrique il considérait que son combat devait se dérouler en France. Ses détracteurs lui reprochaient de ne pas faire d’enquête de terrain en Afrique.

D’après Survie en Alsace, Verschave aurait « voyagé en Afrique à plusieurs reprises », soit au Cameroun, au Rwanda et au Sénégal. Il s’agissait de voyages de courte durée. Il a également été coopérant en Algérie dans les années 1960 pendant deux ans.

François-Xavier Verschave reconnaîtra son peu de voyage en déclarant même : « Je n’ai pas besoin d’y aller (en Afrique noire) pour savoir ce qui s’y passe. Pas plus que Fernand Braudel n’a eu besoin de vivre dans la Méditerranée du XVIe siècle pour en reconstituer l’histoire ». Me Vergès, parlant de son manque d’expérience de terrain dira : «Monsieur Verschave est un Tintin qui ne va pas au Congo de peur de rencontrer le lion».

Dans son édition du 2-3 juillet 2005, le journal Le Monde publiera une nécrologie à laquelle réagira l’association Survie dont François-Xavier Verschave était président.

L’association Survie y voit une certaine rancœur face au procès gagné par François Xavier Verschave et perdu par l’avocat Me Vergès et les chefs d’États africains qui l’avait initié. (source citée par Acrimed)

La rédaction du mensuel Billets d’Afrique de cette association publie :

« La nécrologie publiée par « Le Monde », sous la plume de Jean-Pierre Tuquoi (Carnet, samedi 2 juillet 2005), paraît au début plus courtoise mais les derniers paragraphes sont d’une rare malveillance. [...] Mais Jean-Pierre Tuquoi ne fait que répéter ici complaisamment les allégations de leur défenseur, le ténor du barreau Jacques Vergès. »

Après sa mort, les journalistes Pierre Péan (Noires fureurs, blancs menteurs, éd. Fayard/Mille et une nuits, 2005) et Charles Onana (Les Secrets de la justice internationale, éd. Duboiris, 2005, deuxième partie, chapitre 6) ont vivement dénoncés les méthodes F.-X. Verschave, accusé de malhonnêteté intellectuelle, de manipulation, d’erreurs factuelles, de complaisance pour le Front patriotique rwandais, et d’une certaine forme de néocolonialisme (« le grand sorcier blanc » apportant la bonne parole aux Noirs). [1]

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Notes

[1] « J’ai exhumé ce terme en 1994 des antiques discours de l’ex-président ivoirien, Houphouët-Boigny pour tenter d’expliquer comment la France était capable de faire en Afrique l’inverse exact de sa devise républicaine, jusqu’à se faire complice du génocide rwandais. Le concept désigne la face immergée de l’iceberg des relations franco-africaines. En 1960, l’histoire accule de Gaulle à accorder l’indépendance aux colonies d’Afrique noire. Tout en proclamant cette nouvelle légalité internationale, immaculée, il charge son conseiller pour les affaires africaines, Jacques Foccart, de maintenir la dépendance, par des moyens forcément illégaux, occultes, inavouables. Il sélectionne des chefs d’État « amis de la France », par la guerre (plus de 100 000 civils massacrés au Cameroun), l’assassinat ou la fraude électorale. À ces gardiens de l’ordre néocolonial, il propose un partage de la rente des matières premières et de l’aide au développement. Les bases militaires, le franc CFA convertible en Suisse, les services secrets et leurs faux nez (Elf et de multiples sociétés) complètent le dispositif. » Libération du 19 janvier 2001 [2] Voir interview de Jacques Chirac en Angola à propos du « pré-carré français », le 30 juin 1998.

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Bibliographie

François-Xavier Verschave était l’auteur ou le co-auteur d’une vingtaine d’ouvrages dont :

  • Les télécommunications entre bien public et marchandise, collectif, 2005, Éditions Charles Léopold Mayer, 392 p., ISBN 2-84377-111-0;
  • La maison monde, 2005, Éditions Charles Léopold Mayer, 246 p., ISBN 2-84377-089-0;
  • Nord-Sud : de l’aide au contrat. Pour un développement équitable, 1991, Syros, 1991, 243 p.
  • L’aide publique au développement, avec Anne-Sophie BOISGALLAIS, 1994, Syros, 150 p.
  • Libres leçons de Braudel. Passerelles pour une société non excluante, 1994, Syros, 221 p.
  • Complicité de génocide ? La politique de la France au Rwanda, 1994, La Découverte, 178 p.
  • La Françafrique : Le plus long scandale de la République, 1999, Stock, 380 p.
  • Noir silence, 2000, Les Arènes, 595 p.
  • Noir procès : offense à chefs d’État, 2001, Les Arènes, 382 p.
  • Noir Chirac, 2002, Les Arènes, 310 p.
  • De la Françafrique à la Mafiafrique, 2004, Tribord, 72 p.
  • Au mépris des peuples : Le néocolonialisme franco-africain, entretien avec Philippe Hauser, 2004, La Fabrique, 120 p.
  • L’envers des la dette. Criminalité politique et économique au Congo-Brazza et en Angola, Dossier noir de la politique africaine de la France n° 16, 2001, Agone, 225 p.
  • Les Pillards de la forêt. Exploitations criminelles en Afrique, Dossier noir de la politique africaine de la France n° 17, avec Arnaud Labrousse, 2002, Agone, 192 p.
  • La santé mondiale entre racket et bien public, collectif, 2004, éditions Charles Léopold Meyer, 346 p., ISBN 2-84377-099-8;
  • L’horreur qui nous prend au visage : L’État français et le génocide, Rapport de la Commission d’enquête citoyenne sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda, avec Laure Coret, 2005, Karthala, 586 p.
  • Négrophobie, réponse aux « Négrologues », journalistes françafricains et autres falsificateurs de l’information, avec Odile Tobner et Boubacar Boris Diop, 2005, Les Arènes, 200 p.
  • « François-Xavier Verschave, l’homme qui voulait soulever les montagnes

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Sous la direction de Mehdi Ba » éditions « les arènes » et Pierre Laniray

François-Xavier Verschave coordonnait également la rédaction des Dossiers Noirs de la politique africaine de la France, publiés par Survie et Agir ici, aux éditions L’Harmattan puis Agone.

Liens externes

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Sources

  1. réponses de Survie à Pierre Péan

France à fric


A Rouen, à la fin des années 70, Mongo Beti, célèbre écrivain camerounais avait crée les éditions Peuples Noirs Peuples Africains, où il fit vivre tout un travail d’information, d’intelligence et d’échanges, en pionnier de la résistance à la Françafrique (cette partie immergée, hors-la-loi, de l’iceberg des relations franco-africaines).

Dans les années 90, sans le savoir, un autre grand personnage, François-Xavier Verschave s’attelait à la même tache. La rencontre entre ces combattants de l’écriture, bien des années après le succès de Main Basse sur le Cameroun (ouvrage de Mongo Beti, interdit en France, sous la présidence de l’atlantiste Georges Pompidou) fut donc l’occasion de réunir leurs compétences et de créer une émulation, au sein de l’association Survie qui milite pour des relations assainies entre la France et l’Afrique.

Avec la mort de Mongo Beti en 2001 (faute de soins suffisant au Cameroun) de nombreuses personnes engagées dans ce combat se sont senties comme orphelines. Il m’est alors apparu comme mon devoir de reproduire un tel élan. Très providentiellement, un autre grand homme, d’une même envergure, René Vautier s’est imposé à moi, suite à la lecture de son oeuvre autobiographique Caméra citoyenne. J’ai donc souhaité faire se rencontrer le fondateur du cinéma algérien, auteur du remarquable Afrique 50 (premier film anticolonial français) et François-Xavier Verschave, pourfendeur de la Françafrique, auteur notamment de Noir Silence (ouvrage courageux qui lui a valu un procès contre 3 dictateurs françafricains en 2001, dont il est ressortit victorieux, avec son éditeur Laurent Beccaria).

Cette rencontre entre René Vautier et François-Xavier Verschave (en compagnie de Soeuf Elbadawi, journaliste et auteur comorien) en octobre 2003 à Rouen est ainsi tout un symbole. France à fric œuvre citoyenne, réalisée à cette occasion, sans grands moyens, mais à force de courage et détermination (le fruit de 6 ans de travail) immortalise cet événement unique et précieux.

 

 

 

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