Dérive intellectuelle.Ces docteurs en doctorats qui abêtissent le Cameroun

Posté par issopha le 30 avril 2008

Dérive intellectuelle

Ces docteurs en doctorats

qui abêtissent le Cameroun

La génération « école supérieure » qui a gouverné le Cameroun après
l’indépendance, dont on disait qu’elle était limitée intellectuellement pour
véritablement élever le Cameroun vers les cimes qu’il mérite, a cédé la place
depuis 25 ans à la race des « Professeurs-Docteurs-Ingénieurs-Experts ». Mais
alors qu’on pensait que le pays allait emprunter le TGV du développement, il ne
s’est jamais aussi mal porté. Nos docteurs en doctorats, au contraire, donnent
du Cameroun aujourd’hui une image d’Etat idiot, qui ne sait pas où il va, et
dans lequel les valeurs nobles ont disparu. Ceux qui devaient être nos lumières
nous ont plongés dans les ténèbres de la bêtise humaine. Voici une petite
palette des tares de ces abêtisseurs du Cameroun.

Ils ont fait du diplôme une consécration
Ils usent leurs culottes à étudier, ils investissent les amphis d’ici et
d’ailleurs à accroître leur savoir, et ils engrangent de nombreux diplômes,
parfois brillamment. Mais dès qu’ils obtiennent un emploi, ils succombent aux
délices faciles du quotidien, caractérisés par le cycle travail-espaces
intermédiaires (circuits, restaurants, auberges)-maison (télé, dodo). Ils
affichent désormais leurs diplômes comme de simples médailles rappelant leurs
exploits scolaires passés. Ils ne lisent presque plus, ils n’apprennent plus,
ils ne se remettent plus en cause, ils ne font plus de la recherche. Les
diplômes leur ont servi à acquérir des strapontins sociaux, un point c’est
tout. Ne leur demandez surtout pas ce qu’ils peuvent apporter au pays avec les
connaissances qu’ils sont supposés avoir acquises, ils ne vous diront rien,
parce qu’ils n’y ont jamais pensé.

Ils ne sont que des consommateurs d’idées
Pour nos docteurs en doctorats, leur rôle se limite à énoncer les problèmes (et
encore !), les solutions venant de là où elles sont conçues d’habitude. Voyez
comment des gens qui sont supposés mieux connaître les réalités de leur pays,
se font dicter les mesures économiques par des jeunes cadres parfois sans
expérience du FMI et de la Banque mondiale ! « Là-bas » on en est au système
LMD à l’université, c’est bon, on l’adopte chez nous. Et quand quelques-uns
d’entre eux essayent de produire de la connaissance, ils sont carrément
raillés, comme le fut Pr Anomah Ngu avec ses essais de vaccin contre le
VIH/Sida. Seulement, en général, les solutions fabriquées ailleurs sont
inadaptables à notre pays, et comme nos docteurs en doctorats n’en produisent
pas, le résultat est celui que nous vivons.

Ils sont complexés
Un recteur à Douala visitait sa faculté de sciences avec son staff de grands
professeurs, et ce qu’il a relevé de grave c’est que les enseignants ne
s’habillent pas en costume et cravate. Et vous voulez que CICAM se porte bien
quand des dirigeants d’une université située dans la chaude capitale économique
du pays imposent des costumes trois pièces comme « tenue décente » à des
enseignants travaillant dans des amphis surchauffés? Parce que chez les «
autres », c’est ça la grande tenue, chez nous aussi ce doit être pareil.
Regardez ces « érudits » dans les débats (façon de parler), et observez que
leur argument massue préféré pour défendre une idée, c’est « même en France ou
aux USA, ça se passe comme ça ». Notre pays n’avancera jamais si nous pensons
que ce sont les « autres » qui doivent décider de ce qui est bon pour nous.
Dire que nous pensions que ce complexe était dû à l’illettrisme !

Ils renient leur savoir pour de la flagornerie
Lorsqu’un linguiste agrégé appelle l’épouse du chef de l’Etat « Madame la
présidente, Son Excellence… », on se demande si on ne rêve pas. Qui d’autre que
le linguiste devait tirer la sonnette d’alarme sur les abus de langage au
Cameroun ? C’est la même surprise désagréable qu’on a lorsqu’une « sommité » du
droit estime qu’on peut retoucher la Constitution chaque fois qu’on le désire,
comme un simple règlement intérieur d’association. Un « grand » politologue
officiant à l’IRIC s’invite à tous les plateaux TV du Cameroun pour démontrer
que la limitation des mandats présidentiels est « antidémocratique ». C’est
grave ! Nos docteurs en doctorats n’ont plus aucun garde fou dans leur
flagornerie à l’endroit du Prince : même les connaissances sont tronquées pour
ces bas desseins. Pas étonnant que les taux de croissance et de chômage (les
chiffres sur la population aussi) tiennent plus de l’affabulation que de la
statistique réelle. Un pays peut-il avancer quand la science est sacrifiée à
l’autel des lubies de ses dirigeants ?

Ils sont lâches et irresponsables
Leur posture favorite lorsqu’ils font semblant de critiquer le pouvoir en place,
c’est d’imputer tous les maux de notre pays à l’entourage du président. Couards
comme ils sont, ils veulent faire croire aux Camerounais qu’ils sont gouvernés
par Dieu Le Père lui-même (l’infaillible), simplement parce qu’ils redoutent
d’éventuels « coups de tête ». Nos agrégés en agrégations admettent volontiers
qu’ils ne pensent pas, chacun de leurs actes étant posé « sous la haute
impulsion de… ». Aucune de leurs interventions publiques ne peut s’achever sans
qu’ils citent « Le chef de l’Etat, Son Excellence… ». Quand ils se font
interviewer dans leur bureau, ils font tout pour que la photo de celui qui
parle à travers leur bouche apparaisse à l’image. Or, comme une seule personne
ne peut produire des idées géniales pour tous les secteurs de la vie du pays,
on se retrouve dans une situation où rien n’est fait nulle part. Et flop !

Ils se prostituent dans les sectes et réseaux
Pour accéder à des postes importants et/ou pour se garantir un « enrichissement
scandaleux », nos « longs crayons » adhèrent aux sectes et réseaux qui
pullulent (à découvert depuis l’avènement du Renouveau) dans notre pays.
Malheureusement pour eux, ils ne découvrent le vrai « mode d’emploi » de ces
cercles mystiques et maléfiques que lorsqu’ils sont déjà à l’intérieur, et les
voilà soumis aux pires humiliations : sodomie, cession d’épouses aux « maîtres
» pour besoins sexuels, etc. Ils roulent carrosse, ils ont l’illusion de
posséder un pouvoir puisqu’on se lève à leur passage, mais comme les
prostituées, ils souffrent dans leur chair et leur psychique. Ils deviennent
donc envieux de la liberté et de la tranquillité d’esprit des simples citoyens,
ce qui engendre la méchanceté. Pas question d’avoir le bien-être social en
restant propre, sans endurer les humiliations comme eux. On comprend ainsi
aisément pourquoi le bonheur du peuple est le cadet de leurs soucis. Mais
dites, comment à ce niveau d’instruction nos docteurs en doctorats ne
savent-ils pas que rien sur cette terre ne s’obtient sans contrepartie ?

Ils sont tribalistes
La déclaration des « élites » du Mfoundi après les émeutes de février 2008 au
Cameroun en est une illustration forte, qu’il n’est point besoin de commenter.
Dès que nos « savants » sont nommés à des fonctions de pouvoir sur le plan
national, ils courent festoyer au village natal. Comme pour dire qu’ils sont
ministres, députés, recteurs, DG ou autres pour leurs frères du village. Ils
soutiennent sans honte l’injuste système des « équilibres régionaux » au
détriment de la compétence, y compris dans les examens et concours, et lors des
recrutements et nominations à des postes de responsabilité. Ainsi, « the right
man at the right place » est purement une vue de l’esprit au Cameroun, et
l’évolution à reculons du pays est une conséquence logique.

Ils sont menteurs et fourbes
Quand on affirme, pince-sans-rire, devant les caméras de télévisions que les
morts lors des émeutes de février 2008 doivent leur triste sort aux bagarres
entre casseurs et pilleurs qui ne s’entendaient pas lors du partage du butin de
leurs forfaitures ; ou lorsqu’on déclare triomphalement qu’il y a eu « zéro mort
» à Bamenda pendant les années de braise, alors que des personnes sont mortes
sous les balles des forces de l’ordre, c’est grave. C’est grave parce qu’on est
parent d’enfants, et même (hélas !) enseignant, donc celui qui est supposé dire
aux jeunes que le mensonge est un vice. Le mensonge a tellement été banalisé
dans notre pays par ceux qui ont la charge de sa gestion, que le terme «
politique » est désormais synonyme de « mensonge ». Vous vous rendez compte
qu’on a donné des quitus de « bonne gestion » pendant des années à des DG
d’entreprises étatiques, alors qu’ils étaient en train de piller et tuer ces
structures ? SNEC, CAMAIR, CAMTEL, ONCPB, CNR, la liste est longue des
entreprises mortes au Cameroun à cause du mensonge et de la fourberie de nos «
experts ».

Ils sont amnésiques
Au début des années 1990, beaucoup de nos « érudits » sont montés au créneau
pour dire que le Cameroun n’était pas encore prêt pour le multipartisme.
Quelques semaines plus tard, les mêmes revenaient sans honte expliquer la
justesse du choix du chef de l’Etat de promulguer les lois qui consacrent le
multipartisme. En 1996, ils ont envahi les médias pour présenter la nouvelle
Constitution comme un modèle du genre en matière de démocratie. Il n’y avait
mieux nulle part : motions de soutien, marches triomphales. Aujourd’hui, voici
les mêmes qui reviennent, toute honte bue, décrier « l’une des meilleures
constitutions du monde ». Que dire de ce professeur qui, plus jeune, avait vécu
des grèves d’élèves au lycée à Bonabéri et à l’université de Yaoundé, qui vient
appuyer la thèse de la manipulation des jeunes dans leurs récentes
revendications. Il n’y a donc que la jeunesse du Cameroun qu’il faut manipuler
pour qu’elle réalise qu’elle a faim ? Au Burkina, au Sénégal et ailleurs, les
jeunes sont donc plus « mûrs » qu’au Cameroun ! Une telle amnésie ambiante
confine notre pays à l’éternel recommencement, donc à la stagnation et au
recul.

Ils sont faibles et manipulables
Il n’y a pas longtemps, on a dit aux Professeurs-Docteurs-Ingénieurs-Experts du
Cameroun qu’il fallait devenir chef de village pour montrer qu’on « maîtrise »
une portion de la population, et obtenir ainsi une meilleure part du gâteau
national. Alors ça a été la ruée vers les chefferies dans les villages du pays
: quand on était vraiment éloigné de la famille régnante, on mettait sa fortune
à contribution pour porter au trône « sa » personne. L’autorité traditionnelle a
été fragilisée, décrédibilisée.
Demandez à ces trouillards de marcher à quatre pattes en invoquant de « hautes
instructions », et ils vont faire mieux : ils vont ramper. De petits « indics »
leur extorquent ainsi de fortes sommes d’argent sous prétexte de pouvoir faire
avancer leur dossier en haut lieu. Le plus grave c’est que des maîtres d’EPS et
de petits informaticiens conçoivent des slogans et des arguments ridicules, et
nos « profs » les répètent comme des perroquets. Etre allé à l’école si
longtemps pour n’être que des marionnettes, c’est triste. Malheureusement
l’incidence de cette réalité n’est pas qu’individuelle ; le Cameroun en pâtit,
car ces grands diplômés qui nous dirigent sont tout autant manipulables par les
étrangers. Et nos entreprises, même de souveraineté, sont bradées ; les marchés
et contrats de dupes en notre défaveur sont légion.

Ils sont corrompus et voleurs
Jadis, on identifiait les gens qui avaient « beaucoup lu » par leur détachement
pour les biens matériels. Ils ne rêvaient que de reconnaissance pour leurs
performances dans leur domaine de connaissance. Aujourd’hui, les super diplômés
rêvent de grosses voitures, de châteaux, et de comptes bancaires obèses. Même au
sein des universités, on voit comment ils se battent comme des chiffonniers pour
décrocher des « missions juteuses ». Quand vous circulez dans nos grandes
villes, on vous montre les immeubles construits par tel agrégé, ou tel expert
avec l’argent volé à l’Etat. On s’est même servi de l’argent destiné à stopper
l’expansion du VIH/SIDA pour bâtir de colossales fortunes. Si la lutte contre
la corruption et les détournements était réelle dans notre pays, aucune
université au monde n’aurait une plus forte concentration de
Professeurs-Docteurs-Ingénieurs-Experts que nos prisons. Conséquence, comme
ceux qui devaient avoir assez de distance avec le quotidien pour penser le
devenir du pays sont absorbés par la recherche des gains faciles, le Cameroun
est sur pilotage automatique.
Il faut préciser que les tares relevées ici ne sont pas exhaustives. Ce qu’il y
a de plus inquiétant, c’est que cette race de « docteurs en doctorats » sans
consistance est en train de se renouveler, ce qui est normal, puisque beaucoup
d’entre eux sont assez cyniques pour continuer à enseigner. Une des preuves de
ce nivellement par le bas est le comportement des mototaximen : ils sont
discourtois, imprudents, ils ignorent le code de la route, pourtant on nous dit
qu’ils sont en grande partie titulaires de licences et de maîtrises.
Alors, quand les grands diplômés d’un pays donnent une telle image d’ignorance
de la vie en société, il y a de quoi croire que le peuple dont ils sont
supposés être les « éveilleurs de consciences » est d’une idiotie proverbiale.
Heureusement que cette déduction ne résiste pas à l’affirmation de cette
grand-mère qui disait toujours qu’il y a l’intelligence de l’école, et il y a
aussi l’intelligence humaine tout court qui ne se mesure pas au nombre de
diplômes. Il n’y a donc pas lieu de désespérer du Cameroun, car un pays ne se
construit pas uniquement avec des agrégés, et les couches moyennes qui portent
le pays à bout de bras, sont en train d’apprendre à satiété ce qu’il ne faut
surtout pas faire si on veut faire avancer un pays. Expérience qu’elles
mettront à profit lorsque l’alternance se fera dans la manière de penser et de
conduire le Cameroun.

Par Charles MONGUE chmongue@yahoo.fr

Publié dans CAMEROUN : laideurs et décadence | 1 Commentaire »

Projet de révision au Cameroun. La Constitution selon Biya.Par Serge BOLLE , lu sur le blog LA CONSTITUTION EN AFRIQUE

Posté par issopha le 8 avril 2008

Projet de révision au Cameroun.

La Constitution selon Biya

 

biya.jpg 

 

            Le 4 avril 2008, Paul Biya, Président de la République du Cameroun, a déposé sur le bureau de l’Assemblée Nationale, conformément à l’article 63 (1) de la Constitution de 1996, le projet de loi n° 819/PJL/AN visant à modifier et à compléter certaines dispositions de la constitution du 18 janvier 1996. Après des mois de controverse, le pouvoir de révision souverain va se prononcer sur le texte ci-après, publié par le quotidien « Mutations » et annoté par votre serviteur :

Projet de révision au Cameroun. La Constitution selon Biya.Par Serge BOLLE , lu sur le blog LA CONSTITUTION EN AFRIQUE  dans CAMEROUN : laideurs et décadence mutations


Article 6 :

Alinéa 2 (nouveau) : Le président de la République est élu pour un mandat de sept (07) ans. Il est rééligible.

La levée de la limitation du nombre de mandats présidentiels constitue l’objet principal de la révision à venir de la Constitution. Très controversée, considérée par les opposants comme un attentat contre la paix civile, la fin programmée du double septennat remet en cause l’un des acquis du néo-constitutionnalisme libéral de la décennie 1990 en Afrique et rouvre la possibilité pour Paul Biya, 75 ans, d’être indéfiniment réélu à la charge suprême.

Pour autant, l’abandon de la clause de l’alternance automatique au sommet n’est pas en elle-même antidémocratique : le Président de la République, dans ses vœux à la Nation pour 2008, a souligné qu’il s’agissait de supprimer « une limitation à la volonté populaire, limitation qui s’accorde mal avec l’idée même de choix démocratique ». Partisans et détracteurs de la clause avancent des arguments somme toute classiques, rappelés par Augustin Loada.

Mais le débat passionné et passionnel sur l’article 6 (2) de la Constitution camerounaise s’inscrit aussi et surtout dans une société politique de défiance mutuelle : « La Constitution de la République du Cameroun » d’Alain Didier Olinga (p. 72) enseigne qu’en 1996 « Le principe de la limitation des mandats (a) été acquis au terme d’une âpre bataille » et qu’il était « la contrepartie » du passage du quinquennat au septennat ; l’opposition fait valoir, en 2008, que le pouvoir RDPC n’a de cesse de « truquer » les élections concurrentielles  et que l’adoption de l’amendement garantira donc la réélection de Paul Biya en 2011. Le raisonnement n’est pas sans faille : à Constitution constante, Paul Biya, à l’instar de Vladimir Poutine en Russie et, peut-être demain d’Abdoulaye Wade au Sénégal, n’aurait-il pas pu faire élire son « dauphin » pour empêcher l’opposition de conquérir le pouvoir ? En réalité, tout alternance semble exclue tant que l’ancien parti unique, qui a remporté toutes les élections depuis le rétablissement du multipartisme intégral, sera en capacité de « surdéterminer » la Constitution, de la façonner à son gré, seul ou avec des alliés obligeants.

Alinéa 4 (nouveau) : En cas de vacance de la Présidence de la République pour cause de décès, de démission ou d’empêchement définitif constaté par le Conseil Constitutionnel, le scrutin pour l’élection du nouveau Président de la République doit impérativement avoir lieu vingt (20) jours au moins et cent vingt (120) jours au plus après l’ouverture de la vacance.

a) L’intérim du Président de la République est exercé de plein droit, jusqu’à l’élection du nouveau Président de la République, par le président du Sénat. Et si ce dernier est, à son tour empêché, par son suppléant suivant l’ordre de préséance du Sénat ;

b) Le Président de la République par intérim- le Président du Sénat ou son suppléant- ne peut modifier ni la Constitution, ni la composition du Gouvernement. Il ne peut recourir au référendum. Il ne peut être candidat à l’élection organisée pour la Présidence de la République ;

c) Toutefois, en cas de nécessité liée à l’organisation de l’élection présidentielle, le Président de la République par intérim peut, après consultation du Conseil Constitutionnel, modifier la composition du Gouvernement.

Deux amendements sont ici envisagés.

Il s’agit, d’abord, de réécrire la première phrase de l’article 6 (4) de la Constitution pour porter de 40 à 120 jours le délai maximum prévu pour la tenue d’une élection présidentielle anticipée. En décembre 2007, un député révisionniste RDPC faisait observer : « Tout le monde reconnaît que la période de 40 jours imposée au Président de la République par intérim est très courte, et que l’organisation d’un scrutin dans ces délais est irréalisable ». Si des considérations techniques, également avancées au Mali en 2001, peuvent amplement justifier le triplement du délai maximum, il y a lieu de s’interroger sur le maintien du délai minimum de 20 jours, évidemment « irréaliste ». A titre de comparaison, une élection présidentielle consécutive à une déclaration de vacance a lieu dans un délai de 30 jours au moins et de 40 jours au plus au Bénin (Constit. 1990, art. 50), de 45 jours au plus en Côte d’Ivoire (Constit. 2000, art. 40), de 30 jours au moins et de 60 jours au plus à Madagascar (Constit. 1992 révisée 2007, art. 47), de 3 mois au plus en Mauritanie (Constit. 1991 amendée 2006, art. 40), de 45 jours au moins et de 90 jours au plus au Niger (Constit. 1999, art. 42), de 60 jours au moins et de 90 jours au plus au Sénégal (Constit. 2001, art. 31) et en République Démocratique du Congo (Constit. 2006, art. 76). La réécriture de la première phrase de l’article 6 (4) de la Constitution camerounaise pose question : aurait-elle été conçue pour ménager plusieurs scénarios de succession constitutionnelle de Paul Biya, un scénario court de 20 jours au cas où le RDPC aurait un candidat « naturel », un scénario de 120 jours au plus dans l’hypothèse où le RDPC serait amené à choisir son candidat entre plusieurs prétendants ?

Le second amendement portant sur l’article 6 (4) c) de la Constitution est additionnel : il consiste à conférer au Président de la République par intérim le pouvoir de décider un remaniement gouvernemental, après avis simple du Conseil Constitutionnel, « en cas de nécessité liée à l’organisation de l’élection présidentielle ». La mesure fait partiellement droit à une préoccupation exprimée par un député révisionniste RDPC, en décembre 2007 : « un Président de la République par intérim qui ne pourrait modifier ni la constitution, ni le Gouvernement, ni organiser un référendum, n’aurait aucun pouvoir et ne saurait se faire obéir par qui que ce soit ». Mais, partout dans le monde, les attributions constitutionnelles du Chef de l’Etat intérimaire sont moindres que celles du titulaire ; et la loi fondamentale gèle souvent, pour la durée de l’intérim, la composition du Gouvernement, de manière à écarter, dans une période délicate, certaines manœuvres intempestives, susceptibles d’entraver le libre choix par le peuple souverain du nouveau Président de la République. Que vise donc l’amendement proposé au Cameroun ? S’agit-il de donner au futur Président de la République par intérim une base constitutionnelle pour s’imposer dans la course à la succession ? Dans l’affirmative, l’article 6 (4) c) nouveau de la Constitution contredirait l’interdiction faite au Chef de l’Etat provisoire par l’article 6 (4) b) maintenu de se porter candidat à l’élection présidentielle anticipée. Une autre hypothèse mérite attention : l’article 6 (4) c) nouveau de la Constitution permettrait à un Président de la République par intérim d’écarter du Gouvernement un ministre « gênant », qui se présenterait contre le candidat investi par le RDPC.

En toute hypothèse, la modification des règles constitutionnelles de succession ne sera pas anodine. Gageons que la discussion parlementaire de la révision en éclairera les ressorts !

Article 14 :

Alinéa 3 a (nouveau) : Les Chambres du Parlement se réunissent aux mêmes dates en sessions ordinaires chaque année aux mois de mars, juin et novembre sur convocation des bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat, après consultation du Président de la République.

Pour saisir l’intérêt de cette modification technique, il convient de se reporter à « La Constitution de la République du Cameroun » d’Alain Didier Olinga (p. 121) : l’ordre actuel de présentation des sessions ordinaires des chambres du Parlement (juin, novembre, mars) correspondait à l’année budgétaire « étalée du 1er juillet au 30 juin de l’année suivante » ; « Avec l’alignement de l’année budgétaire sur l’année civile, la situation change. C’est ainsi que le règlement intérieur [de l’Assemblée Nationale] tel que modifié par la loi du 2 décembre 2002 précise à son article 9 alinéa 2 : « L’année législative de l’Assemblée Nationale est arrimée à l’année civile. La première session ordinaire de l’Assemblée Nationale s’ouvre au mois de mars, la deuxième au mois de juin et la troisième au mois de novembre ». Le pouvoir de révision souverain est donc invité à actualiser la Constitution pour purger l’ordre juridique d’une disposition désormais caduque. Cette invite pose question au regard de la hiérarchie des normes, car l’Assemblée Nationale, auteur de la loi de révision constitutionnelle, devrait s’aligner, sur l’Assemblée Nationale, auteur de la loi infra-constitutionnelle portant règlement intérieur !

Article 15 :

Alinéa 4 (nouveau) : En cas de crise grave ou lorsque les circonstances l’exigent, le Président de la République peut, après consultation du Président du Conseil Constitutionnel et des bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat, demander à l’Assemblée nationale de décider, par une loi, de proroger ou d’abréger son mandat. Dans ce cas, l’élection d’une nouvelle Assemblée nationale a lieu quarante (40) jours au moins et cent vingt (120) jours au plus après l’expiration du délai de prorogation ou d’abrègement de mandat.

Il s’agit ici de doubler le délai maximum d’organisation d’élections législatives anticipées consécutives à la promulgation d’une loi exceptionnelle d’autodissolution de l’Assemblée Nationale ; l’échéance serait identique à celle fixée par la première phrase de l’article 6 (4) de la Constitution après sa modification. La révision pourrait permettre de résoudre les difficultés techniques inhérentes à l’organisation d’élections imprévues, comme cela avait été envisagé au Mali par le projet de 2001. Mais sa portée – politique et institutionnelle – mérite d’être appréciée au regard du projet de modification de l’article 6 (4) : le Président de la République, par intérim ou successeur constitutionnel de Paul Biya, n’aura-t-il pas la possibilité de provoquer la tenue d’élections législatives anticipées, pour que le Chef de l’Etat puisse s’appuyer sur une majorité parlementaire nouvelle construite sur son nom ?

Article 51 :

Alinéa 1 (nouveau) : Le Conseil Constitutionnel comprend onze (11) membres désignés pour un mandat de six (06) ans non renouvelable.

Paul Biya, dans ses vœux à la Nation pour 2008, a annoncé : « nous donnerons sa forme définitive au Conseil Constitutionnel ». Il ne s’agissait visiblement pas de procéder à l’installation de l’institution, licitement différée en vertu du principe de progressivité de l’article 67 (1) de la Constitution de 1996. Le projet de révision du 4 avril 2008 vise simplement de réformer la durée du mandat des membres d’un Conseil Constitutionnel toujours virtuel, malgré la promulgation des textes infra-constitutionnels qui le régiront (Loi N°2004/004 du 21 avril 2004 portant organisation et fonctionnement du Conseil constitutionnel et Loi n°2004/005 du 21 avril 2004 fixant le statut des membres du Conseil constitutionnel). Pourquoi faudrait-il en 2008 réduire de 9 à 6 ans cette durée ? Le sexennat envisagé n’exposera-t-il pas l’institution gardienne de la Constitution au risque d’une plus grande politisation, d’un moindre découplage avec la vie politique, rythmée par des élections législatives tous les 5 ans et une élection présidentielle tous les 7 ans ? L’indépendance du Conseil Constitutionnel et la continuité de sa jurisprudence ne risqueront-elles pas d’être durablement compromises par la perspective d’un renouvellement en bloc tous les 6 ans ?

Article 53 (nouveau) :

Alinéa 1 : La Haute Cour de Justice est compétente pour juger les actes accomplis dans l’exercice de leurs fonctions par :

- le Président de la République en cas de haute trahison ;

- le Premier ministre et les autres membres du Gouvernement et assimilés, les hauts responsables de l’administration ayant reçu délégation de pouvoirs en application des articles 10 et 12 ci-dessus, en cas de complot contre la sûreté de l’Etat.

Alinéa 2 : Le Président de la République ne peut être mis en accusation que par l’Assemblée nationale et le Sénat statuant par un vote identique au scrutin public et à la majorité des quatre cinquièmes des membres les composant.

Alinéa 3 : Les actes accomplis par le Président de la République en application des articles 5, 8, 9 et 10 ci-dessus, sont couverts par l’immunité et ne sauraient engager sa responsabilité à l’issue de son mandat.

Alinéa 4 : L’organisation, la composition, les conditions de saisine ainsi que la procédure suivie devant la Haute Cour de Justice sont déterminées par la loi.

Il est proposé de réécrire entièrement l’article 53 de la Constitution qui, dans sa version actuelle ne comporte que deux alinéas et qui renvoie à une loi d’application. Or, comme on peut le lire dans « La Constitution de la République du Cameroun » d’Alain Didier Olinga (p. 174) : « La Haute cour de justice est probablement la seule institution de l’histoire constitutionnelle camerounaise à n’avoir jamais accédé à l’effectivité. Figée dans un environnement institutionnel en mutation, elle semble ne survivre que du fait de la potentielle clameur civique qui naîtrait de l’impression d’irresponsabilité et d’impunité déduite de son inexistence ».

Le projet de révision est de nature à renforcer cette impression.

L’article 53 (1) confirmera le privilège de juridiction du Président de la République et, surtout, innovera en limitant le champ de sa responsabilité personnelle au cas de haute trahison, notion que ne définit pas le Constituant camerounais, contrairement à la plupart de ses homologues africains.

L’article 53 (2) rendra plus ardue la mise en accusation du Président de la République : l’exigence d’une majorité surqualifiée des 4/5 dans les deux chambres paraît exorbitante au regard des textes constitutionnels africains d’aujourd’hui.

Enfin, l’article 53 (3) créera une immunité absolue au bénéfice d’un ancien Président de la République : ce dernier sera mis à l’abri de toute poursuite pour tout acte accompli dans l’exercice de ses fonctions antérieures. Avec une telle innovation, le Cameroun surpasserait le Gabon, où la Constitution révisée en 2003 dispose en son article 78 in fine : « Le Président de la République qui a cessé d’exercer ses fonctions ne peut être mis en cause, poursuivi, recherché, arrêté détenu ou jugé pour les faits définis par la loi organique prévue à l’article 81 de la Constitution ».

Le projet de révision doit-il être compris comme permettant, à un terme indéterminé, une sortie de charge « sécurisée » du Chef de l’Etat actuel ? Dans l’affirmative, ce serait le « prix constitutionnel » à acquitter pour que s’ouvre au Cameroun une nouvelle page de la construction  d’un Etat de droit et de démocratie pluraliste. Il faut rappeler à ceux qui s’offusqueraient d’une telle perspective que la réussite de certaines transitions tient à la réconciliation nationale dans et par le pardon. C’est ainsi que le modèle béninois de transition repose, notamment, sur la loi n°91-013 du 12 avril 1991 portant immunité personnelle du Président Mathieu Kérékou. 

Titre 13 – Dispositions transitoires et finales

Article 67 :

Alinéa 6 (nouveau) : Au cas où la mise en place du Sénat intervient avant celle des Régions, le collège électoral pour l’élection des sénateurs est composé exclusivement des conseillers municipaux.

Cette disposition a pour objet d’appliquer au Sénat le principe de progressivité énoncé par l’article 67 (1) de la Constitution de 1996. Elle donne à penser que les élections sénatoriales pourraient avoir lieu avant les élections régionales, alors même que le Sénat apparaît avant tout comme une représentation des régions, à la lecture de l’article 20 (1) et (2) de la Constitution. La promulgation des lois d’application de la Constitution (Loi n° 2004/019 du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux régions, Loi n° 2006/004 du 14 juillet 2006 fixant le mode d’élection des Conseillers régionaux, et Loi n° 2006/005 du 14 juillet 2006 fixant les conditions d’élection des sénateurs) pourra continuer à apparaître comme un leurre, puisque le projet de révision confirme que c’est aux pouvoirs législatif et exécutif de déterminer librement l’agenda de mise en place des collectivités et institutions prévues par la Constitution.

Article 2 : La présente loi sera enregistrée, publiée suivant la procédure d’urgence puis insérée au Journal officiel en français et en anglais.

Le projet du 4 avril 2008 ne détermine pas les conditions d’application de la révision dans le temps. Par conséquent, il va sans dire que le texte, y compris l’article 6 (2) nouveau, entrera immédiatement en vigueur. C’est, en tout cas, la leçon de droit que le Conseil Constitutionnel du Burkina Faso a logiquement tirée en 2005 des silences de la Constitution Compaoré.  

Pour approfondir la réflexion engagée par cette note d’actualité constitutionnelle, vous pouvez lire avec profit les analyses contradictoires proposées, d’une part, par le quotidien progouvernemental « Cameroon Tribune » sous le titre « double enjeu »", d’autre part, par le quotidien indépendant « Mutations » sous le titre « Révision: Une nouvelle Constitution « taille patron »".

Commentez sans modération sur LA CONSTITUTION EN AFRIQUE !

SB

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Révision de la constitution camerounaise :Paul Biya poursuit son initiative

Posté par issopha le 6 avril 2008

CEEAC

Révision de la constitution camerounaise :

Paul Biya poursuit son initiative

Linternationalmagazine.com , publié le 05/04/2008

Révision de la constitution camerounaise : Paul Biya poursuit son initiative
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Le projet de révision constitutionnelle, prévoyant la suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels et pouvant donc permettre au président camerounais Paul Biya de se représenter en 2011, après 25 ans au pouvoir, a été déposé à l’Assemblée nationale.

Le président de l’Assemblée, Djibril Cavayé Yéguié a indiqué que le projet, déposé par le Rassemblement démocratique du Peuple camerounais (RDPC), le parti de M. Biya, était « recevable » et allait être transmis « pour examen à la commission des lois constitutionnelles », selon des propos retransmis par la radio nationale camerounaise.

Au pouvoir depuis 1982, le président Biya, 75 ans, tente de faire passer une révision constitutionnelle qui supprime la limitation des mandats présidentiels, et ainsi pouvoir se représenter en 2011.

Cette annonce a immédiatement soulevé la colère des 15 députés du principal parti d’opposition, le Social Democratic Front (SDF), qui ont alors occupé la tribune pour manifester leur mécontentement, selon le député SDF Jean-Michel Nintcheu, joint par l’AFP.

La séance devait initialement durer trois heures mais n’a duré que 15 minutes après l’interruption provoquée par les députés du SDF puis la levée de la séance annoncée par le président de l’Assemblée.

Selon M. Biya, l’article de la Constitution de 1996 interdisant un troisième mandat « apporte (…) une limitation à la volonté populaire, limitation qui s’accorde mal avec l’idée même de choix démocratique ».

L’opposition y est vigoureusement hostile et a organisé de nombreux rassemblements pour protester contre le projet gouvernemental.

Les manifestations dans la région du Douala, bastion de l’opposition, sont d’ailleurs interdites depuis la mi-janvier par le pouvoir afin d’éviter « un scénario à la kenyane », selon un responsable provincial. L’opposition a répété à plusieurs reprises qu’elle ne respecterait pas l’arrêté.

Des organisations de défense de la presse ont dénoncé la suspension de plusieurs medias opposé à la révision par le pouvoir.

Fin février, une personne était morte lors de la dispersion par la police d’une manifestation contre la révision à Douala. Puis, de violentes émeutes avaient éclaté en protestation de la vie chère. Ces émeutes qui ont secoué le Cameroun pendant plusieurs jours ont fait plus de 100 morts selon une ONG et 40 selon le gouvernement.

Le président Paul Biya, qui avait fait appel à l’armée, avait répondu à ces émeutes par un discours musclé parlant « d’apprentis sorciers qui dans l’ombre ont manipulé ces jeunes (émeutiers) » afin « d’obtenir par la violence ce qu’ils n’ont pas eu par la voie des urnes ». Il avait aussi fait part de sa « détermination » à poursuivre la lutte contre la corruption.

Le gouvernement avait ensuite pris des mesures pour amoindrir la hausse des prix avec notamment des baisses de TVA ou des coûts de l’électricité.

Constitution Camerounaise :

premieres fissures dans le camp de Paul Biya

Linternationalmagazine.com avec Xinhua , publié le 05/04/2008

L’opposition camerounaise ainsi que certains membres du parti au pouvoir ont vivement critiqué samedi un projet de réforme constitutionnelle visant à supprimer la limite du nombre de mandats présidentiels pour le président Paul Biya, au pouvoir depuis 26 ans.

Le gouvernement a présenté vendredi soir devant le parlement ce projet qui permettrait à Biya de se maintenir au pouvoir à l’expiration de son mandat de sept ans, en 2011.

Le pouvoir contrôlant 153 sièges sur 180 au parlement, le projet devrait être facilement adopté mais certains membres du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) estiment que cette initiative étouffera la vie politique.

« Cette idée d’un seul homme se maintenant au pouvoir n’est pas bonne pour notre pays. Ce n’est pas démocratique », a déclaré Paul Abine Ayah, un député du RDPC. « Si le projet est adopté, cela nous ramènera 200 ans en arrière. »

Il a affirmé que depuis deux mois, le gouvernement distribuait de grosses sommes d’argent aux membres du parti au pouvoir pour qu’ils votent en faveur de la réforme.

« Ils sont venus me vois plusieurs fois, même tard dans la soirée, mais j’ai refusé de prendre l’argent », a-t-il assuré. « Je ne vendrai pas ma conscience et mon pays pour de l’argent. »

D’autres membres du parti ont refusé de commenter ces allégations.

Dans un discours de Nouvel An, Biya avait confirmé son intention de briguer à nouveau la présidence, expliquant qu’il répondait ainsi à des appels à son maintien au pouvoir et que la limitation du nombre de mandats est selon lui antidémocratique.

La colère suscitée par ce projet avait toutefois été une des causes des cinq jours d’émeutes qui ont fait une centaine de morts dans le pays en février, selon un bilan des défenseurs des droits civiques.

« Il n’a pas de coeur. Il est insensible aux sentiments et aux pensées des Camerounais », a estimé John Fru Ndi, chef de file du principal parti d’opposition, le Front social démocratique. « Seul le pouvoir lui importe. »

Après avoir exercé le pouvoir pendant quatorze ans, Biya a fait réviser la Constitution en 1996, faisant passer la durée du mandat de cinq à sept ans, renouvelable une seule fois.

Il a obtenu un premier mandat de sept ans en 1997 et a été réélu en 2004.

10% des français installés au Gabon sont sans papier

selon le Gouvernement gabonais

Linternationalmagazine.com avec Xinhua , publié le 07/03/2008

10% des français installés au Gabon sont sans papier selon le Gouvernement gabonais
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« Beaucoup de Français » en situation irrégulière au Gabon pourraient être reconduits aux frontières, a affirmé mercredi le ministre gabonais de l’Intérieur en réaction à la reconduite par la France dans leur pays de deux Gabonais en février.

« Il y a beaucoup de Français en situation irrégulière au Gabon. Ils pourront être reconduits à la frontière si, au cours d’un contrôle de police, ils ne justifient pas de carte de séjour », a affirmé à l’AFP le ministre de l’Intérieur André Mba Obame.

Il a regretté que les « services français » n’aient pas « avisé les services » consulaires gabonais en France lors de la reconduite de ses compatriotes.

Selon le ministre, « 5 à 10% » des Français installés au Gabon ne seraient pas en règle avec la réglementation gabonaise. La communauté française au Gabon est estimée à environ 10.000 personnes.

Immigration France/Gabon :

Bongo décide d’appliquer la réciprocité contre la France

Linternationalmagazine.com avec Xinhua, publié le 05/03/2008

Immigration France/Gabon : Bongo décide d'appliquer la réciprocité contre la France
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Le gouvernement gabonais a décidé lundi d’appliquer la réciprocité contre la France ayant expulsé deux Gabonais en 10 jours, a annoncé le porte-parole du ministère gabonais des Affaires étrangères, Jean Claude Franck Mendome.

« Rappelant les principes d’égalité et de respect mutuel entre Etats, le gouvernement gabonais entend désormais appliquer la réciprocité », a annoncé le gouvernement dans une déclaration officielle.

Le gouvernement gabonais a estimé inadmissible les conditions d’expulsion de ses compatriotes qui étudiaient en France. Il s’agit de Raïssa Mengué Ondo et Léguy Mbira.

Raïssa Mengue Ondo, 29 ans a été expulsée de France le 19 février dernier alors qu’elle prépare une licence en droit. Arrivée en France en 2002, l’étudiante s’est vue refuser le renouvellement de son visa d’étudiant par les autorités préfectorales de la Haute-Garonne au motif qu’elle « n’est pas menacée dans son pays » et « manquerait de sérieux dans ses études ».

Son compatriote, Léguy Mbira, 32 ans a subi le même sort. Il a été mis de force dans un avion à destination de Libreville. Arrivé en France en septembre 1998, le jeune étudiant comptait préparer un doctorat. Le coût de cette formation était de 5 000 euros, le jeune gabonais ayant déjà obtenu une maîtrise en France avait conclu un contrat de travail à durée indéterminée pour espérer financer ses études de doctorat. La préfecture de Reims où il résidait a refusé de proroger son séjour en France d’où son rapatriement forcé.

Ces expulsions provoquent l’émoi au sein de la population gabonaise. Le directeur général des affaires consulaires au ministère gabonais des Affaires étrangères a révélé lundi que la France avait expulsé ou refoulé à l’entrée de son territoire 53 gabonais en 2007.

Libreville déplore aussi « la survivance de tracasseries et de nombreux refus de visas, parfois abusifs, au Consulat Général de France à Libreville ». Cette brouille intervient alors que les deux pays ont conclu en juillet dernier un accord « préférentiel » de gestion concertée du flux migratoire entre les deux Etats. L’accord qui doit être ratifié par les parlements deux pays n’est cependant pas encore applicable.

Environ 8.000 Français vivent au Gabon contre 7.000 Gabonais en France, rappelle-t-on.

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UN MAIRE CAMEROUNAIS DANS LA TOURMENTE POUR AVOIR CONSTATE UNE FRAUDE FISCALE MASSIVE DES ENTREPRISES FRANCAISES DE SA VILLE .

Posté par issopha le 13 mars 2008

UN MAIRE CAMEROUNAIS DANS LA TOURMENTE POUR AVOIR

CONSTATE UNE FRAUDE FISCALE MASSIVE DES ENTREPRISES

FRANCAISES DE SA VILLE .

 

On se croirait dans l’affaire Dreyfus .Le maire d’une commune après avoir constaté que les entreprises françaises de sa commune ne payaient pas d’impôts depuis 30 ans voit son existence devenir un calvaire.

Ces entreprises  par  des expatriés francais , exploitent la culture de la banane depuis des décennies sans payer la moindre taxe à la commune DE NJOMBE-PENJA.

c’est du fond de sa cellule que ce jeune maire volontaire pour le développement de sa commune écrit au Président de la République du Cameroun…

Un vrai désastre pour ces expatriés qui mettent la France en situation d’ingérence par leur comportements irresponsables car ils créent le sentiment de défiance souvent justifié que les populations africaines manifestent à l’egard d’une politique coloniale plus actuelle que jamais.

On ne peut pas rester sourd à l’appel de ce maire . Aussi  veuillez envoyer et répercuter cette infrmation  à tous vos contacts, afin que ce jeune maire retrouve son siège , sa fonction et contribue au développement de sa commune. C’est aussi cela lutter contre l’immigration et la fuite des cerveaux.

Par Anonyme. 

 
Lettre ouverte à Son Excellence Monsieur le Président de la République

 Excellence

Monsieur le Président de la République, C’est du fond d’une cellule infecte de la Brigade territoriale de Nkongsamba que je vous saisis, la peur dans l’âme. Je suis le Maire régulièrement élu de Njombé-Penja, depuis les dernières élections de juillet 2007. Dès ma prise de fonction le 25 septembre 2007 et après avoir constaté dans les livres comptables de la commune de Penja que les Sociétés Agro – industrielles exerçant dans cette localité ne payaient pas des impôts et taxes depuis bientôt trente ans (Patente, Impôts sur les Sociétés, enregistrement… ), j’ai saisi Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement pour dénoncer cette situation qui ne permettait pas à ma Commune d’asseoir une véritable autonomie financière.Il faut dire que le paradoxe dans lequel Njombé-Penja vit est déconcertant : une zone très riche, avec des populations très pauvres. C’est pour corriger cette injustice que j’ai décidé d’écrire à Son Excellence Monsieur le Premier Ministre Chef du Gouvernement. Heureusement, cette requête n’est pas restée sans suite car le 03 décembre 2007, le Directeur général des Impôts m’a saisi par courrier pour m’informer du bien fondé de ma requête. Dans ce courrier, le Directeur général des Impôts décidait de reverser au régime de droit commun ces entreprises (Php, Spm, Caplain) qui faisait perdre à la fois de l’argent à l’Etat du Cameroun et aussi à la Commune, au Feicom… Il est important de noter que les salaires des ouvriers de ces sociétés tournent entre 15.000 Fcfa et 25 000 Fcfa/mois.Dès que ces sociétés ont été notifiées par la Direction générale des Impôts de cette décision, j’ai reçu un coup de fil de monsieur François Armel, expatrié Directeur général de la Php, qui me jurait avoir ma tête à coup de millions. Quelques jours plus tard, c’est Mme Caplain et le Directeur général de la Spm qui me menaçaient à leur tour, de me faire assassiner ou emprisonner, après m’avoir fait déposer de mes charges de maire. Une fois la machine mise en branle, il m’a été collé sur le dos une sordide histoire incohérente de falsification de signature du Préfet du Moungo, qui vue de près, est ni plus, ni moins qu’un montage mal ficelé.D’enquêtes en enquêtes, il en est sorti que je ne suis ni de près, ni de loin impliqué dans cette mascarade. En fait, il n’y a jamais eu falsification à la Commune de Penja, de la signature du Préfet du Moungo. Cette affaire à ce jour, est pendante sur la table du juge d’instruction n°2 du Tribunal de Grande Instance de Nkongsamba, qui ne m’a même pas encore entendu. Toutes ces récriminations n’ayant pas abouti car non fondées, on a attendu le 11 février dernier, pour envahir de nouveau, les renseignements généraux de faux rapports dans lesquels il ressortait que pendant le défilé, j’étais assis au moment où on exécutait l’hymne national. La technique occidentale aidant j’ai fais tenir pour me justifier, les CD-ROM du défilé, dans le but de confondre les manipulateurs, qui se sont investis à me détruire.

Le 25 février dernier, lorsque se déclenchent les mouvements de grève avec des pillages que personne n’a cautionné, ils ont tôt fait de me faire porter sur le dos, la responsabilité de la grève de Penja alors que n’eut été mon implication personnelle, Njombé-Penja aurait connu un sort assez lourd. Le Colonel Kalsoumou et les éléments du Gmi de Douala présents sur le terrain m’ont félicité pour le courage et le rôle que j’ai joué pour maîtriser la colère des jeunes en fureur. (Je vous fais tenir un CD- ROM réalisé par Canal 2 sur le terrain pendant ces incidents). Je me vantais d’ailleurs d’avoir ramené le calme dans ma localité le 27 février alors que les autres villes étaient encore au fort de la crise.
Mais curieusement, après le séjour des expatriés de la bananeraie à Yaoundé, je me suis surpris entrain d’être appréhendé comme un chef de gang devant mes populations par des militaires et gendarmes transports dans six camions (Armée de terre) et 12 pick-up (de la Gendarmerie) . Sans explication, j’ai été amené au Groupement de gendarmerie de Nkongsamba où mes téléphones ont été retirés, la somme d’argent que j’avais dans ma poche également. Entendu ce même jour sur ordre du Procureur de la République auprès des Tribunaux de Première et Grandes Instances de Nkongsamba; il m’était reproché deux chefs d’accusation : Complicité de pillage en bande et incitation à la révolte.

Parce que je ne me reproche rien, j’ai subi sans crainte, l’interrogatoire musclé du Colonel Nguete Nguete (Co-groupement du Moungo). Il faut rappeler qu’avant mon enlèvement, le Ministre d’Etat à l’Administration Territoriale venait de procéder illégalement à ma suspension aux fonctions de Maire pour une période de trois mois sans respect de la procédure décrite dans la loi sur la décentralisation de 2004 Titre 3 portant sur la suspension et la cessation de fonction de maire. En son article 94 al 1, 2, 3 il est stipulé ce qui suit : en cas de violation de loi ou de faute lourde, le Maire, après avoir été entendu ou invité à fournir des explications écrites sur les faits qui lui sont reprochés, peut être suspendu par arrêté du Minatd pour une période n’excédant pas trois mois.

A ce jour, il m’est difficile de savoir ce qui m’est reproché avec exactitude. Le droit de la défense et de la contradiction ayant été bafoué, j’ai compris que la manœuvre des expatriés de Njombe-Penja est en marche. Là om le bât blesse, c’est que pendant le forum des maires tenu du 29 au 1er Mars 2008, le ministre d’Etat Marafa Hamidou Yaya informait mes collègues de ce qu’en ce moment, il a déjà déposé sur votre table, la proposition en vue de ma révocation ! Quel acharnement! Quelle diligence qu’on n’a jamais vu auparavant au Minatd ! Je n’en suis pas surpris, les expatriés de Njombe Penja ont promis de me démettre à coup de millions…

Ce qui est choquant, c’est que depuis ma garde à vue, aucune visite ne m’est permise, comme si j’avais porté atteinte à la sécurité d’Etat. Pourtant les motifs qui ont entraîné ma garde à vue relèvent du droit commun, et que je ne suis pas encore inculpé. Des perquisitions illégales dans mon domicile, mon bureau et mon véhicule. De ma cellule, le gendarme greffier m’a informé que ma maison, mon bureau et mon véhicule ont été perquisitionné s sur réquisition du procureur de la République sans que je sois présent sur les lieux alors que j’ai été enlevé et il sait bien où il m’a fait garder. Cette perquisition qui a eu lieu le samedi 1er mars me bouleverse car comment comprendre, Excellence Monsieur le Président de la République, qu’un magistrat de ce rang, fût-il soutenu par n’importe qui, ne comprenne pas que les dispositions du nouveau code de procédure pénale imposent que le mis en cause soit présent au moment où son domicile est perquisitionné ou alors un de ses représentants et deux voisins ? Le sous-préfet qui conduisait cette mission, était entouré des gendarmes venus de Nkongsamba à cet effet.

Telle que cette affaire est manipulée, l’ai peur qu’en l’absence de toute preuve contre moi (preuve qu’il n’arrive pas à réunir), jusqu’à ce jour que ce procureur de la République qui multiplie des abus, ne soit amené à me placer en détention préventive pour satisfaire ces manipulateurs occultes déterminés à me détruire.

Excellence Monsieur le Président de la République, l’Etat de droit que vous vous battez à conforter chaque jour, n’aurait plus un sens si chacun ne cherche qu’à satisfaire ses désirs personnels.

Excellence Monsieur le Président de la République, voici cinq jours qu’il ne m’a pas été permis de boire de l’eau, de manger ou de communiquer avec ma famille. Pourtant, je ne suis pas accusé de crime contre l’Etat. Après avoir tout donné au Rdpc en décapitant l’opposition à Njombé Penja, le sort qui m’est aujourd’hui réservé, mérite que vous y accordiez votre très haute attention, afin que de ces geôles, je ne disparaisse pas définitivement.
Je n’ai jamais participé aux violences survenues sur l’ensemble du territoire du 25 février au 1er mars 2008. Au contraire, ma contribution était plus déterminante pour ramener la paix dans ma localité, les Cd-room en ma possession servant de preuves.

Paul Eric Kingué
Maire de Njombe Penja
Président Sous-section Rdpc

Depuis sa cellule

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LE CAMEROUN N’EST PLUS LE CAMEROUN…Autopsie d’un soulèvement populaire

Posté par issopha le 3 mars 2008

LE CAMEROUN N’EST PLUS LE CAMEROUN…

Autopsie d’un soulèvement populaire

 

«  L’engagement de  Survie France ( dont je suis membre ) repose sur un constat :

Les problèmes de développement et la pauvreté dans les pays du Sud ont avant tout des causes politiques.

C’est donc dans le champ politique qu’il convient d’agir. » 

Sur le site http://survie-france.org

 

 

 

Amis visiteurs , amies lectrices ,

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Je vous souhaite le bonjour et me réjouis ( même si je n’en donne pas l’air , au vu de la gravité du sujet  ) de vous donner à vivre de l’intérieur  , au travers du récit ci-dessous , l »agitation populaire qu’ont connue  ces derniers jours quelques grandes villes du Cameroun  , dont les capitales économique  , Douala ( le coeur de la contestation )  et administrative , Yaoundé …annonce de modification d’une disposition de la constitution touchant à la non-limitation du mandat présidentiel , l’inflation têtue sur les produits de première nécessité , l’exclusion sociale , la paupérisation grandissante de toutes les couches la société camerounaise , le délitement de la cohésion sociale…la rupture de dialogue entre la classe dirigeante  , le peuple et le large éventail des acteurs de la société civile que caractérise le sentiment d’une démission  ,  tout au moins  d’une impuisance manifeste des pouvoirs publics  à résoudre  les problèmes lancinants et urgents des citoyens : pouvoir d’achat , santé , éducation , sécurité , développement  , etc. Tels sont les constats qui sous-tendent  , gouvernent  et légitiment ces actions malheureusement éparses , non-encadrés et politiquement aphones.

Une actualité qui s’ inscrit dans un contexte global d’ inflation fiévreuse qui a gagne  , sans exclusive , les marchés européens et spécifiquement français  , une hausse vertigineuse du prix des matières premières qui se répercute fatalement sur les prix en rayon des produits à forte demande , à quoi s’ajoute une tendance aux ententes illicites et autres mots d’ordre que se passent les grands producteurs et distributeurs pour pratiquer des marges arrières d’une scandaleuse illégalité sur ces produits.

Au Cameroun , les manifestations ont pris une autre tournure et une couleur particulière  par l’extrême jeunesse des manifestants et la démission des partis politiques dits de l’opposition, des syndicats et organisations professionnelles dont certains sont apparus « mous » et désarmés au regard des revendications sociales restées , hélas , lettre morte , à ce jour.

Au lecteur de s’en faire une opinion.

Le texte est souvent émaillé de quelques ajouts et retranscriptions pour les mots et expressions accompagnés du signe  » *  » , afin d’en faciliter la compréhension pour les lecteurs non-camerounais.

Nous avons décidé de tenir sécrète l’ identité de l’auteur de ces  édifiantes lignes pour des raisons évidentes de sécurité.

Je vous en souhaite bonne lecture.

 

Issopha , Administrateur du blog http://issopha.unblog.fr

 

 

 

 

 

Douala  , semaine 9 , février 2008.

« Hi J…

je t’écris aujourd’hui pour te tenir informé de la situation que nous vivons au Cameroun aujourd’hui, principalement à Douala. Des échos ont déjà dû vous parvenir, et je t’assure que la situation est vraiment inquietante. Tout est fermé depuis 3 jours , et la circulation est totalement arrêtée. j’ai du marcher jusqu’au bureau pour prendre service, et heureusement le net passe.

Tout est parti de rien, après toutes les tensions qu’on a vécu ces derniers jours avec l’interdiction de toute manifestation publique suite aux marches de Mboua massok et meetings des partis d’opposition pour protester contre la modification de la constitution. Après un meeting annulé du sdf  dans mon quartier, les policiers ont véritablement mis le feu aux poudres en essayant de disperser le peu de personnes, principalement des curieux, qui étaient sur les lieux. Il était 18h déjà, ce samedi, et Nitcheu était déjà passé dire aux gens que le meeting était annulé. Je ne sais pas ce qui a pris la foule, les échauffourées ont commencé, une balle est partie et a tué un jeune. La guerre était lancée. Je passais par là sur une moto de retour du travail, et à la Elf ( station de service ) la rue avait déjà pris ses droits. Le temps que la police s’organise, il n’y avait plus rien à faire pour arrêter çà.

Toute la nuit, j’ai vu des enfants de 10-12 ans ramasser des pierres et tout ce qui traînait pour les porter aux grands frères 16-25 ans tout au plus qui étaient au combat tout au long de l’axe lourd contre la police. Après leur « victoire », la police s’étant retirée, ils ont recuperé tous les pneus  – et tu sais que les magasins de vente de pneus d’occasion sont légion là-  et ont fait un brasier tous les 50m tout au long de la route sur près de 3km. Pour te dire que le bitume est totalement endommagé. Ensuite, c’était le pillage des grands magasins jusqu’au matin.

Le dimanche, on a pu se rendre au travail où on arrivait tout couvert de suie, tant le nuage de cendre qu’il y avait dans l’atmosphère était dense. Et on ne s’imaginait pas que ce n’était pas fini. LE GOUVERNEMENT *( Dont le Chef Ephraïm Inoni )  A REAGI AVEC BCP DE LENTEUR ET A MANQUE DE VISION; aucun communiqué, aucune sortie des dirigeants, rien n’a été mis en place pour prévoir une nuit tranquille aux citoyens après les émeutes de la veille. SURTOUT QUE LA GREVE DES TAXIS ETAIT PREVUE POUR LUNDI

Et à la nuit tombée, tout a recommencé. Agressions jusque dans les domiciles, le pillage des boutiques, casses … et le lundi, dans la journée c’était la guerre. A Bonaberi ( proche banlieue adossée à la capitale économique , Douala )  , des gendarmes qui voulaient faire du zèle-21 au total-ont été battus et déshabillés, puis humiliés par les jeunes qui les faisaient danser, parait il. C’est dans la nuit que 3 garnisons de para venus de Koutaba ont débarqué à Douala dans la nuit, et font ce qu’ils peuvent pour remettre de l’ordre. Mais même aujourd’hui, la sécurité n’est pas du tout garantie. Mon collègue s’est fait agresser hier soir en rentrant chez lui, et à cette heure-ci je préfère encore la sécurité de l’aéroport.

Ce qu’il y a de spécial pour moi dans cette affaire, c’est que , tacitement, la grande majorité de la population approuve les malfrats, car il faut l’avouer, ce n’est pas les partis politiques, ni un quelconque syndicat, mais bel et bien des agresseurs, des bandits qui mènent ce mouvement, qui s’est très rapidement propagé aussi bien ds les quartiers dits chics que dans les villes de Yaoundé et Bafoussam. ACTUELLEMENT LE GOUVERNEMENT NE SAIT AVEC QUI NEGOCIER, car il n’ y a pas de leader. Mme Foning ( Chef d’entreprise et membre influent du bureau central du parti au pouvoir ,  RDPC , politiquement active dans la partie littorale du pays )  en a eu pour son cholestérol, elle qui  a réuni les «  bend skineurs » ( moto-taximen) quelques  temps avant pour leur donner du pain et de la bière afin qu’ils ne participent pas à la grève des taxis. Ils ont mangé, puis lui ont brûlé sa mairie et la sous préfecture de Douala 5eme.

Mais au fait de quoi se plaint-on? De TOUT.

Vois-tu , dans notre pays, ils sont les plus nombreux, ceux là qui à 30 ans n’ont jamais travaillé, ne rêvent même plus de pouvoir se bâtir une vie un jour( femme, maison, enfants) et sont tellement fauchés que même une copine  , ils ne peuvent pas se permettre. J’ai un pote à qui dès que je trouve 1000fcfa *( environ 1,53 € )  il fonce à la « Rue de la joie »* ( sorte de  » Pigalle  » à la doualaise )  tirer un coup, car avec son call box* ( cabine téléphonique publique  , souvent itinérante ), il parvient juste à se nourrir. quand j’ai vu les gars se battre, j’ai eu le sentiment qu’ils n’avaient presque pas conscience de ce pourquoi ils luttaient, MAIS ILS ETAIENT ABSOLUMENT PRETS A MOURIR CAR AYANT SI PEU A PERDRE. Pour eux sur le coup ils allaient piller et se faire du beurre, et point !

J’ai cru étouffer quand l’un d’eux, un costaud ,  est passé près de moi avec quelques 100 feuilles de  tôles ondulées sur la tête en plein midi, qu’il tenait sans aucune protection. Et un peu parce que le soleil faisait chauffer le métal, un peu parce que c’était trop lourd, aussi parce qu’il était épuisé, il suppliait pour qu’on l’en débarrasse, car s’il laissait tomber c’est sûr, il se blessait. Il m’ a demandé de prendre la moitié pour moi, et je l’ai laissé là, tremblotant de douleur. Personne ne voulait l’aider, même malgré sa générosité. Les gars sont passés toute la journée avec des motos neuves, des pc, de la quincaillerie, et même des fers à béton. Où ils vont, si ce n’est à la maison remettre aux parents tout aussi démunis qui, malgré peut-être leur bonne foi, ne manqueront peut-être pas de profiter de la manne. Mon frère, la tôle coûte 10.000 fcfa*(environ 15,38€) pièce pour les 3m, et il ya plein de gens qui ne savent comment faire pour tôler leurs maisons. Ne sois pas surpris de voir des toits de paille et de raphia à ton retour, car beaucoup de gens ds les zones rurales y ont recours aujourd’hui.

A douala, on construit en briques de terre, car le ciment non seulement est rare, et très rare, mais en plus il est à 6500 fcfa *( 9,92€) , et donc 4000 fcfa (6,10 € ) de plus en 10 ans. Le carburant est monté à 700 fcfa ( 1.07 € ) juste après la victoire des Lions en demi-finale et je peux t’assurer qu’ on voulait même qu’on batte ces gars depuis le début de la can*  ( CAN de football , Ghana 2008 ), car on savait comment çà finirait en cas de victoire. Bref tous les prix ont été presque triplés depuis qu’on a divisé par 4 les salaires des fonctionnaires en 94, et les gens sont au bout du rouleau.

La question que je me pose, et que les gens semblent oublier, est que si on justifie la hausse des prix par celle du baril sur le marché mondial, que fait-on donc du pétrole que le Cameroun produit depuis la fin des années 70 ? En tant que producteur, nous sommes aussi avantagés par la hausse, je crois. Dans toutes leurs discussions les dirigeants disent que l’Etat supporte déjà 118 fcfa ( 18 cts d’€ ) sur le litre de super, alors que nous savons bien que ce carburant sort des pompes de la sonara à 287f/l( 43 cts d’€ ) et les supposés syndicalistes qui nous « représentaient » à ces assises de sortir de la salle des négociations cette nuit en brandissant fièrement ON A OBTENU UNE REDUCTION DE 6Fcfa ( en somme , moins de…0 cts d’€ ), VICTOIRE, RETOURNEZ AU TRAVAIL! Quelle moquerie, quand on sait que la dernière hausse était de 16fcfa ?(184-700) . HE BIEN, LES JEUNES VIENNENT DE DECIDER DE BRULER TOUS LES SYNDICATS! ET TOC.

Voilà notre pays, on ne fait plus confiance en personne. Et à travers la vitre je vois la population se diriger vers Bonanjo, et les militaires qui essayent de discuter avec eux. Nous sommes trop conscients de notre propre corruption pour accepter la médiation de qui que ce soit, et j’ai bien peur que ça ne dégénère, car à peine a-t-on l’impression que ça se calme à gauche que ça repart de plus belle à doite. Et dans la confidence, tous ces militaires en agissant disent eux même que TROP C’EST TROP!!!  ils obéissent juste aux ordres.

Rien n’est ouvert, la pénurie a commencé, et on ne sait pas qd tout ça va finir .

Prions.

bye « 

28/02/2008


Cameroun

www.fidh.org 

Cameroun : les manifestations contre la hausse des prix

tournent au drame La violence policière n’est pas la réponse

 


 

La FIDH et son organisation membre, la Maison des droits de l’Homme au Cameroun (MDHC), sont préoccupées par la tournure que prennent les manifestations contre la hausse des prix et condamnent les violences policières ayant déjà entraîné la mort d’une dizaine de personnes et fait de nombreux blessés.

Depuis cinq jours, les manifestations qui se déroulent au Cameroun en soutien à la grève des chauffeurs de taxi contre la hausse du prix des carburants ont donné lieu à de nombreux débordements dans plusieurs villes du pays, où des individus ont profité de l’agitation pour commettre des pillages et se confronter à la police.

C’est dans ce contexte que les forces de sécurité sont intervenues violemment, en faisant un usage disproportionné de la force, notamment en tirant à balles réelles. Il s’agit là d’une violation des Principes de base des Nations unies sur le recours à l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois, de septembre 1990. Par ailleurs, les forces de sécurité et l’armée multiplient les contrôles d’identité qui, selon plusieurs sources concordantes, donnent lieu à des arrestations et détentions arbitraires.

La FIDH et la MDHC :

- Condamnent l’usage disproportionné de la force par les services de sécurité ;
- Appellent les manifestants à mettre un terme immédiat à toute forme de violence ;
- Appellent les autorités camerounaises à :

Respecter les dispositions de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui disposent que nul ne peut être arbitrairement privé de la vie et que nul ne peut faire l’objet d’une arrestation ou d’une détention arbitraire ;

Veiller à ce que soient engagées des poursuites judiciaires contre les membres des forces de l’ordre qui se seraient rendus coupables de violations des droits de l’Homme.

 

 

 

3 mars 2008.

Cameroun.

Violences meurtrières : l’expression d’un « ras-le-bol » généralisé.

La répression brutale comme seule réponse.

 

Communiqué de Survie

http://survie-france.org

Depuis la fin du mois de janvier, les manifestations contre la réforme constitutionnelle supprimant la limitation des mandats présidentiels que projette Paul Biya se sont succédées à Douala.

En février, le pouvoir a fermé la télévision privée Equinoxe qui avait montré des images de ces manifestations. Le samedi 23 février, une manifestation interdite est dispersée mais l’embrasement spontané d’un quartier populaire de Douala tourne à l’émeute avec des barricades, des pillages et des destructions visant des édifices publics mais aussi, spécialement, les guérites du PMUC, société française gérant les paris sur les courses en France. Les forces de police tirent et font plusieurs victimes. Le lundi 25 février, la grève des taximen contre la hausse du prix de l’essence s’accompagne à Douala d’un redoublement des émeutes qui font encore plusieurs morts. La grève est totale dans les principales villes du Cameroun aussi bien pour les taxis que pour les motos-taxis. Le mardi, les taxis occupent les stations services pour empêcher l’approvisionnement des particuliers. Le mercredi 27, Yaoundé s’embrase à son tour. Le soir, le président Paul Biya fait à la télévision d’Etat une intervention pour menacer les émeutiers et dénoncer l’opposition qui serait derrière eux. Enfin, le 28, la police confisque tout le matériel de la radio Magic FM, qui avait le tort de donner la parole aux auditeurs.

Ces journées d’émeute ont fait officiellement une vingtaine de victimes. Le bilan réel dépasse certainement la centaine. L’armée a pris position en permanence aux principaux carrefours des grandes villes. Outre les rafles de manifestants, parmi lesquels de simples passants, la police traque les « meneurs » dans les quartiers. La répression est brutale et devrait inquiéter les organisations internationales des droits de l’Homme. La surveillance de la population se fait plus étroite. Tous les procédés de la dictature sont en vigueur. Les journaux ont été convoqués par le ministre de la Communication pour leur intimer l’ordre de ne pas «  jeter de l’huile sur le feu », c’est-à-dire de s’abstenir de toute opinion critique.

En réalité, derrière ces émeutes, il y a les 25 années de gestion calamiteuse, faite de gabegie et de corruption, du régime Biya. Appuyé d’abord sur un parti unique hérité des années Ahidjo, puis sur des élections régulièrement et scandaleusement truquées, le pouvoir, voué uniquement à la conservation de ses prébendes, a laissé pourrir une situation économique et sociale désastreuse, où 10 % de la population active a un emploi, le reste étant voué à l’économie informelle, où la hausse des produits de première nécessité rend chaque jour plus lourd le poids de la misère, tandis que l’enrichissement gigantesque de l’oligarchie au pouvoir s’étale impudemment.

Depuis des années, nombreux sont ceux qui ventent les mérites d’un régime « stable » pourvu de richesses : pétrole, bois, minerais, exploitées notamment par des multinationales françaises avec Total et Bolloré en tête. A partir de quel nombre de victimes consentira-t-on à s’intéresser au sort d’une population muselée par la force et spoliée de ses droits et de ses richesses ?

Face à la réalité incontournable de ce dont souffrent les populations camerounaises, la France officielle ne semble pas avoir d’indignation à exprimer. Notons que cela ne date pas d’hier. Et rappelons que le Burkina Faso, après 20 ans de pouvoir unique, connaît aujourd’hui une situation du même ordre. Les populations burkinabé qui en souffrent n’attirent pas davantage l’attention de Paris.

 

 

L’engagement de Survie repose sur un constat :

Les problèmes de développement et la pauvreté dans les pays du Sud ont avant tout des causes politiques. C’est donc dans le champ politique qu’il convient d’agir.

 

 

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Jeunes d’Afrique , nous sommes l’alternative à tout…

Posté par issopha le 5 février 2008

Amis Lecteurs , respectées amies lectrices ,

Je m’appelle Issopha.

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le 15 octobre 1987 ( j’avais alors 10 ans ) disparaissait sous le ciel d’Africa  un grand homme  , criblé de balles felonnes sur le perron du palais présidentiel burkinabè. 

Aujourd’hui , il se rappelle puissamment à mon bon souvenir et m’inspire ces mots. 

Nouvelle génération africaine dite consciente , chacun à notre rythme, à notre couleur, à notre échelle, nous prenons à coeur de restaurer l’œuvre et la mémoire de celui dont le titre de Grand Timonier ne rendrait pas compte de la grandeur , de la splendeur et du caractère messianique…

j’ai nommé le capitaine Thomas SANKARA. 

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Afin que nul n’en oublie, afin de préserver  et pérenniser cet héritage que les ennemis locaux de l’Afrique  tentent malgré tout de brader, il est important de garder l’esprit alerte, de se bétonner idéologiquement, et surtout de ne pas céder à quelque résignation  , au prétexte que les anciens ont échoué et que  fatalement la jeunesse essuiera les mêmes déconvenues. La révolution des mentalités, au rebours de toutes les idées reçues, est en marche. Les raccourcis temporels et technologiques ( Internet ) nous y aident. Conscient des obstacles protéiformes et surtout des pesanteurs liées à l’auto-disqualification choisie ou subie de l’Afrique des peuples ou à cette détestable résignation en raison d’échecs répétés ,  échecs qui succèdent  aux audaces démocratiques ; la résistance elle aussi se mondialise, de plus en plus les alternatives s’invitent au banquet des “puissants” et autres fossoyeurs de nos libertés et droits fondamentaux. Le temps mondial de la démocratie , celle du peuple , fait son chemin.

Quelle que soit la durée du temps à prendre  , les peuples d’Afrique, bon gré mal gré, finiront bien par « écrire leur propre développement, leur propre bonheur », pour reprendre des termes chers à SANKARA, à force d’éclairage et d’éducation des masses aux enjeux du pouvoir , aux mécanismes d’occultation et de prostitution des faits d’histoire, aux réalités cyniques de la ” Politics in Shadow “  , aux ignobles legs de la Françafrique , à l’affirmation pérenne de la Mafiafrique.

Qui a le pouvoir n’a pas nécessairement le savoir, et nos Chefs d’Etat (d’Afrique francophone surtout)  en savent long sur la question; mais qui a le savoir peut conquérir le pouvoir  , le pouvoir d’accélérer la MARCHE de cette Afrique sur le chemin de la modernité, la vraie modernité politique, celle qui s’affranchirait à jamais de la ventralité politique  , l’Afrique  enfin débarrassée des oripeaux des années de postcolonialisme infantilisant.  

Nul n’a le droit de renoncer à ses rêves, nous avons le devoir et le potentiel pouvoir de ressusciter politiquement, économiquement et culturellement cette Afrique là, reprenons déjà possession de nous, dans tous les sens du terme, une autonomie raisonnable  et pragmatique, est le gage d’une victoire; je ne doute pas une seule seconde de cette issue. Pourvu que tous nous le voulions. 

L’Afrique veut renaître, elle va renaître, par tous les moyens nécessaires. L’Afrique francophone  veut s’émanciper,  elle s’émancipe déjà par nos savoirs , par nos lumières , du joug de la détestable Françafrique. Nous y veillons, j’y veille. Les langues se délient , petit à petit , les mémoires se libèrent , s’épandent,  s’épanchent , Verschave à sa façon a bousculé les montagnes , comme l’avait déjà fait avant lui Mongo BETI , comme le fait encore aujourd’hui courageusement l’association SURVIE et de nombreux acteurs , loin des feux de la rampe. La complexité de la tâche , le caractère rude du combat appelle toutes les bonnes consciences , et elles sont là , rassemblées sous le chapiteau de l’humanité , de la solidarité,  de la paix entre peuples et braves gens. Blancs , Noirs , rouges , jaunes , la France des petites gens , le monde dans son entièreté redécouvre SANKARA , et toutes les voix héroïques tues par tant d’années d’impostures , d’occultation de la parole vraie , tant d’année de prostitution de l’Histoire.

La jeunesse africaine court sur tous les fronts. Elle bouge , elle se frotte à d’autres civilisations , à d’autres expériences , elle s’émancipe , elle mûrit , elle n’a pas manqué le train de la modernité politique , technologique , démocratique , elle évolue avec les enjeux majeurs de son temps , elle murmure , elle parle , elle hurle , elle est sage et souvent révoltée , impatiente et volontaire , elle s’éclaire à la lumière des anciens , ces jusqu’auboutistes de la liberté et de l’ordre juste qui ont pour nous payé de leurs vies.

 Cette jeunesse sémillante , vigoureuse et désireuse de changement  , dit sa présence au monde , parfois dramatiquement , frigorifiée dans les soutes à bagages des appareils d’Air France , éconduite aux portes de Ceuta , Melilla et Tripoli , noyée dans les eaux de Gibraltar ,  écharnée sur les barbelés de Lampedusa, fouettée sur le macadam d’Aubervilliers et des centres de rétention, aux limites marginales d’Ile-de-France , ces zones de non-droit …Mais une jeunesse négro-africaine qui s’illumine aussi et se grandit  des enseignements de Fanon , de Césaire , de Lumumba , de Malcolm X , de Sankara , de Nkrumah , de Cabral , de Nyerere , de Biko , de Mandela , d’Angela Davis , de Stokely Carmichael , d’Um Nyobe…sur les bancs d’amphithéâtres , dans le silence cogitant des bibliothèques , sur la Toile qui libère et nourrit de la parole alternative. Une jeunesse africaine en quête d’un nouvel ici, qu’impose souvent , hélas , un ” aller là-bas ” . L’aventure n’est plus seulement ambiguë , elle est conscience actante , elle prend sens , elle est déjà à elle seule un combat , un appel à l’autre monde possible.

Et cette jeunesse africaine qui se découvre progressivement sa vigueur, sa mouvante sève, a besoin de la sagesse des femmes et des Anciens , de tous les cadets et aînés sociaux.

   Nous avons besoin de toi, Femme.   

Ils s’appellent Bongo , Biya , Sassou , Déby , Obiang , Eyadéma Faure , Dos Santos… virus qui mettent à mal le système immunitaire de nos économies locales , ou en tout cas aggravent la fêlure , “gouverneurs à la peau noire” à la solde des anciens maîtres de France , gaullistes  sans conviction , “ces anti-héros” ,  ces antithèses du bonheur du peuple dont l’histoire ne retiendra jamais rien que les tristes fins ,  des Mobutu agonisants en puissance. Car nul prévaricateur de la souveraineté populaire n’échappera indéfiniment au glaive de la justice du peuple. Et si Bob Denard , Jacques Foccart , François Mitterand , Guy Penne et autres émissaires officieux de la glorieuse Lutèce n’ont pas méritoirement payé du sang versé sur la terre d’Africa , le Très-Haut s’en chargera.

Il est donc admis que les puissants ne nous ferons pas le cadeau de la liberté ou de quelque émancipation politique, cet impératif catégorique nous incombe donc à nous , jeunes , continuateurs de l’oeuvre et de la vision déjà matures de l’homme SANKARA. C’est lui qui avait raison. Au jusqu’auboutisme des autocraties africaines qui prennet plus que jamais de l’enflure, nous savons pouvoir opposer aujourd’hui plus que jamais un jusqu’auboutisme résistant   , intellectuel , idéologique et démocratique. Un jusqu’auboutisme intelligent et à toute épreuve.

A la question du COMMENT ? Je dis, LET’S GATHER OUR IDEAS, rassemblons nos idées,  nous en avons de bonnes , elles ont gagné en maturité par la confusion notable avec le temp mondial de la démocratie , le temps des peuples qui s’éveillent , au Kenya , au Tchad , au Niger , en Côte d’Ivoire , partout en Europe et en Asie , oui , ces révolutions sont portées , incarnées par la jeunesse , une jeunesse inédite , aujourd’hui à même de réconcilier vigueur et expérience , rêve , idéalisme , volonté  , pragmatisme et action. Ensemble , unis , nous sommes plus forts. Les vrais ennemis de nos républiques , ces chevaux de troies à toque de léopard et autres kleptocrates en mal de compassion , n’y pourront rien. De la discussion jaillit la lumière. Le disensus est une nécessité en démocratie , mais je me battrai jusqu’à la mort pour que s’exprime l’idée qui diffère de la mienne. Tant qu’elle participe d’une construction , d’une avancée sur le chemin de ce que nous voulons que les 53 Afriques soient.

Le temps a passé , les dictateurs sont toujours en place , soutenus et défendus par des puissances occidentales , comme c’est le cas en ce moment au Tchad où Dame France ne se cache de sa collusion ouverte avec le régime corrompu et aux abois de Déby. Mais les esprits se sont éclairés et le sentiment du devoir à accomplir s’affermit. Par tous les moyens nécessaires. Jusqu’à l’ultime recours. Il n’y a plus de choix. Les élections sont prises en otage , le seul moyen d’expression de la volonté populaire souffre de discrédit…On ne choisit plus les Chefs d’Etat en afrique ( francophone spécialement ) , les fraudeurs et leurs puissants moyens techniques ( dont les coopérants français ) aident à leur plébiscite. Le temps des mobilisations générales est arrivé. Le peuple en a marre  , comme dit la chanson , et le ras-le-bol ne se cantonnera plus seulement derrière son transistor , son écran LCD ou son journal papier…Erection d’un peuple qui en veut , du changement…Tête de proue de cette fronde pro-démocratique : La jeunesse , cette audacieuse à qui la chance  et la victoire sur les puissances du mal et de l’écrasement souriront.

L’avenir de cette Afrique qui , même démunie , nous a nourri , est entre nos mains. Nous avons tout à y gagner , en actant. Réécrire l’histoire  , dire la voix  des  » vaincus «   , vulgariser le savoir qui éclaire et qui libère , le préalable à l’action. Et si tous les jeunes  , toutes les femmes , tous les hommes d’Africa  , gagnés aux idéaux de changement et de justice et de respect de la République pouvaient se donner…la main et le coeur !

Je n’ai pas ce rêve , j’ai cette conviction que ça se fait…Car Une autre Afrique est Possible . A nous désormais de l’incarner.

Le voulez-vous vraiment  ?

Issopha.

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Le patrimoine des chefs d’Etat africains en France

Posté par issopha le 31 janvier 2008

Le patrimoine des chefs d’Etat africains en France

LE MONDE | 31.01.08 | 13h28  •  Mis à jour le 31.01.08 | 13h34 C‘est un monde enchanté où l’on vogue d’une villa de 9 pièces avec piscine à Nice à un hôtel particulier de l’Ouest parisien. Un univers surréaliste peuplé de Bugatti payées cash plus de 1 million d’euros. Un microcosme constellé d’une myriade de comptes bancaires. Oligarques russes? Rois du pétrole saoudiens? Stars d’Hollywood ? Non : chefs d’Etat africains producteurs de pétrole pour la plupart, mais dont les populations comptent parmi les plus pauvres de la planète. 

Le fait que des dirigeants du continent noir investissent dans l’immobilier en France, qu’ils séjournent à Paris dans un luxe inouï, que leurs familles bénéficient de largesses financées dans la plus grande opacité n’est pas une révélation. Mais, cette fois, l’inventaire de ce patrimoine vertigineux n’est pas dressé par des militants tiers-mondistes en lutte contre la « Françafrique ». Il se lit dans les 34 procès-verbaux rédigés entre juin et novembre 2007 par les policiers de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF).  Cette enquête policière, dont Le Monde a pu prendre connaissance, a été ouverte par le parquet de Paris en juin 2007. Elle faisait suite à une plainte pour « recel de détournement d’argent public » déposée en mars par trois associations françaises, visant cinq chefs d’Etat : le Gabonais Omar Bongo Ondimba, le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Burkinabé Blaise Compaoré, l’Angolais Eduardo Dos Santos, et le Guinéen Teodoro Obiang. Au fil des centaines de pages du dossier se dessine une singulière carte du Paris africain, sorte de Monopoly où les présidents auraient jeté leur dévolu sur les artères les plus huppées.

Foisonnant et cossu, le patrimoine immobilier est surtout localisé « dans des quartiers à forte valeur marchande, soulignent les policiers.

Paris 16e, 8e et 7e arrondissements pour Omar Bongo et son épouse,

Paris 16e et Neuilly-sur-Seine pour Jeff Bongo [un des fils d'Omar Bongo],

Le Vésinet pour le frère de Denis Sassou Nguesso,

Courbevoie pour Wilfrid Nguesso [neveu du président du Congo] ou

Paris 16e pour Chantal Compaoré [épouse du président burkinabé] »

La découverte la plus spectaculaire se situe entre les Champs-Elysées et la plaine Monceau, dans le 8earrondissement de la capitale. Là, un hôtel particulier a été acquis le 15 juin 2007 pour la somme de 18,875 millions d’euros par une société civile immobilière (SCI). Celle-ci associe deux enfants du président gabonais, Omar Denis, 13 ans, et Yacine Queenie, 16ans, son épouse Edith, qui se trouve être la fille du président congolais Denis Sassou Nguesso, et un neveu de ce dernier, Edgar Nguesso, 40 ans. Au total, sont répertoriés 33 biens (appartements, hôtel particulier et maisons) appartenant au Gabonais Omar Bongo ou à sa famille, et 18 autres dont le président congolais et ses proches sont propriétaires. Le patrimoine de loin le plus imposant concerne M.Bongo lui-même. Son nom est associé à pas moins de 17 propriétés immobilières, dont deux appartements avenue Foch (88 m2 et 210 m2) et un de 219 m2 lui aussi situé dans le 16e arrondissement.

A Nice,

une propriété « est constituée de deux appartements (170 m2 et 100 m2),

trois maisons (67,215 m2 et 176 m2) et d’une piscine », précise le procès-verbal.

« Un chef d’Etat, en fonctions depuis quarante ans dans un pays pétrolier

et qui a des revenus officiels  importants,

peut économiser suffisamment d’argent pour acheter plusieurs appartements à Paris,

explique Me François Meyer, avocat d’Omar Bongo et de sa famille.

Surtout avec les prix très bas de l’immobilier pratiqués il y a vingt ou trente ans. »  Selon les policiers, le président Bongo dispose de quatre adresses distinctes à Paris. Ali Bongo, qui est son fils et aussi son ministre de la défense depuis 1999, est également propriétaire avenue Foch tandis que son épouse Edith possède deux immenses logements dans le 7earrondissement, non loin de la tour Eiffel. De Nice à Neuilly-sur-Seine en passant – souvent – par le 16e arrondissement parisien,

 l’enquête recense aussi les propriétés de Jean Ping, ex-gendre d’Omar Bongo et actuel ministre des affaires étrangères,

 et d’autres fils du président gabonais comme Omar-Denis junior et Jeff, ainsi que de filles comme Audrey, Yacine Queenie, ou petite-fille comme Nesta Shakita. En comparaison de ce petit empire immobilier, les autres chefs d’Etat visés apparaissent comme de petits propriétaires.

Discret, le président congolais Denis Sassou Nguesso ne fait qu’« utiliser », selon les policiers,
la Villa Suzette du Vésinet (Yvelines). Cette coquette demeure de 485 m2 était juridiquement la propriété de
son frère Valentin, jusqu’à ce que, quelques semaines avant le décès de ce dernier à la fin 2004, elle soit cédée à une société de droit luxembourgeois aux actionnaires anonymes. 

Les enquêteurs ont également répertorié un appartement de 9 pièces acheté à Paris (17e) en 2007 pour

2470000 euros par l’épouse du président congolais Antoinette Sassou Nguesso.

Ils mentionnent aussi le logement de 10 pièces à 1 600 000 euros acquis en 2005 à Paris par leur fils Denis Christel, ainsi que l’hôtel particulier de 7 pièces avec piscine intérieure à Neuilly-sur-Seine acheté 3,15 millions d’euros en 2006 par Julienne, leur fille cadette. Les mêmes policiers n’ont découvert aucun bien immobilier appartenant au président angolais Dos Santos ni au Burkinabé Blaise Compaoré. Seule la déclaration d’impôt sur la fortune de Chantal, l’épouse de ce dernier, a montré qu’elle possède deux biens immobiliers à titre personnel dans le 16e arrondissement.

Dans le même quartier, le président guinéen Teodoro Obiang est propriétaire d’un appartement. Epluchant les fichiers fiscaux et bancaires, les enquêteurs de l’OCRGDF ont non seulement dressé la liste des biens immobiliers, mais aussi des comptes bancaires accueillant en France les avoirs de dirigeants africains et de leur famille.  Ainsi, Edgar Nguesso ne possède pas moins de 12 comptes dont 7 courants. Mais aucun n’apparaît au nom de son oncle, le président du Congo. Son homologue gabonais, lui, est titulaire de 11 comptes ouverts à Paris, Nice ou Créteil dont 6 comptes courants. Dans leur élan, visiblement ébahis par leurs découvertes, les policiers ont étendu leurs investigations au domaine des voitures de luxe, qui n’était pas explicitement visé par la plainte. Chez les concessionnaires Mercedes, Bugatti ou Aston Martin, ils ont retrouvé ce qu’ils n’avaient pas obtenu pour les appartements : les chèques et les virements ayant servi aux paiements. « Le financement de certains véhicules apparaît pour le moins atypique », notent les enquêteurs, maniant l’euphémisme à propos de « ce parc automobile conséquent ». Les deux Ferrari acquises pour près de 400 000 euros par Ali Bongo,
la Maybach à 424 477 euros d’Edith Bongo, les trois Bugatti à 1 million d’euros pièce fabriquées spécialement pour Teodoro Nguema Obiang, le fils du président de Guinée équatoriale, ont été payés au moyen de chèques tirés par des sociétés au profil opaque. 

De même, notent les policiers, Wilfrid Nguesso, neveu du président congolais, « règle le solde d’achat d’un véhicule Aston Martin type DB9 par un virement émis par Matsip Consulting », une société de droit luxembourgeois aux associés inconnus qui apparaît également comme propriétaire de
la Villa Suzette du Vésinet. 
Le fils du président de la Guinée équatoriale a, lui, acheté au total en France « une quinzaine de véhicules pour un montant estimé de plus de 5,7 millions d’euros », acquittés là encore par des virements de sociétés intermédiaires. Son nom, Teodoro Nguema Obiang, a été cité en 2004 dans un rapport du Sénat américain sur les transactions suspectes couvertes par la Riggs Bank qui, à Washington, gérait alors plus de 60comptes au nom des responsables de ce petit Etat pétrolier et de leur famille. 

En fait de « financement atypique », les enquêteurs français se sont vivement intéressés au chèque de 390 795 euros tiré en février 2004 par la « paierie du Gabon en France » pour régler la « Maybach 57″ (une marque allemande concurrente de Rolls-Royce) de couleur « bleu Côte d’Azur » destinée à « Madame
la Présidente Edith-Lucie Bongo-Ondimba »
. A en croire ce chèque, dont la copie figure au dossier, l’argent public gabonais financerait le véhicule de grand luxe de la première dame du pays, qui n’a pourtant aucune fonction officielle. 
Le même compte de la « paierie du Gabon » ouvert à la Banque de France et utilisé pour régler les frais de fonctionnement de l’ambassade à Paris a servi à financer la moitié d’une Mercedes à 75858 euros dotée d’un « toit ouvrant panoramique » achetée en septembre 2006 à Paris par Pascaline Bongo, la fille du président, qui est aussi sa directrice de cabinet.

Curieusement, le reliquat de 41 370 euros a été acquitté par un chèque signé de Me François Meyer, avocat

du président Bongo.

« Cela peut étonner, admet Me Meyer.

Mais je peux faire des cadeaux à la fille du président Bongo, que je connais depuis vingt ans. »

D’où vient l’argent? Au vu de ce somptueux état des patrimoines, la question de l’origine des fonds s’impose. L’apparente disproportion entre la richesse immobilière accumulée et les revenus publics des propriétaires aurait pu suggérer de poursuivre des investigations dans les comptes bancaires ayant permis pareilles transactions. 

Le salaire mensuel officiellement versé par l’Etat gabonais au président Bongo ne se limite-t-il pas à 14 940 euros, selon l’hebdomadaire Jeune Afrique? Celui du président Sassou Nguesso n’est-il pas de 30 000 euros, comme l’indiquent d’autres sources? Quant à Teodoro Obiang, ministre de l’agriculture et des forêts de son père, ne perçoit-il pas officiellement 5 000 dollars (3 400euros) par mois, d’après des sources américaines? Des investigations plus approfondies auraient dépassé le cadre de l’enquête préliminaire de police. Elles supposeraient l’ouverture d’une information judiciaire et la désignation d’un juge d’instruction. Une telle perspective a été écartée par la décision de classement, notifiée le 15 novembre par le parquet de Paris. Mais le dossier pourrait être rouvert si les associations parvenaient à déposer une nouvelle plainte, assortie cette fois d’une constitution de partie civile, comme elles en nourrissent le projet. Cette formule conduit automatiquement à la désignation d’un juge d’instruction, à condition que les plaignants prouvent leur « intérêt à agir » Même si un juge d’instruction était désigné, de sérieux obstacles surgiraient immédiatement sur sa route. Outre l’immunité dont peuvent se prévaloir des chefs d’Etat en exercice – mais pas leurs familles –, la difficulté résiderait dans la mise au jour des opérations à l’origine d’éventuels détournements. Il faudrait enquêter en Afrique, où des infractions auraient été commises, notamment dans les comptes publics. « La preuve que l’argent public a financé des dépenses privées se trouve dans le pays que contrôle précisément… le bénéficiaire », résume un spécialiste du dossier. Trois des cinq régimes concernés bénéficient du soutien indéfectible de Paris. Cet appui, renouvelé récemment par Nicolas Sarkozy, ne devrait pas fondamentalement être remis en cause par la récente sortie de Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la coopération, contre le « gaspillage des fonds publics » par certains Etats africains. Or une enquête destinée à faire la lumière sur d’éventuels « biens mal acquis » déborde rapidement les normes policières ou judiciaires. Elle suppose une véritable mise à nu de la relation franco-africaine. 

Philippe Bernard

La victoire de l’ »Afrique de Papa » sur le droit

  

LE MONDE | 31.01.08 | 13h38  •  Mis à jour le 31.01.08 | 14h05 

À l’origine de l’enquête de police inédite sur les biens acquis par cinq chefs d’Etat africains en France, se trouve une plainte pour « recel de détournement d’argent public ». Celle-ci a été déposée en mars 2007 à Paris par trois associations : Survie, spécialisée dans la dénonciation des turpitudes de la « Françafrique », Sherpa, groupement de juristes spécialisés dans la défense des droits de l’homme, et
la Fédération des Congolais de la diaspora, qui dénonce l’opacité financière du régime de Brazzaville. Leur objectif commun consiste à dénoncer la dilapidation des ressources de pays africains par des régimes soutenus ouvertement –pour trois d’entre eux – par
la France depuis des décennies. 
Ces trois plaignants ont puisé l’essentiel de leurs arguments dans un rapport intitulé « Biens mal acquis… profitent trop souvent », réalisé voici un an par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD). Ce document plaidait en faveur d’une « mobilisation des sociétés civiles en faveur de la restitution des biens mal acquis ». Il synthétisait une multitude de rapports officiels, de travaux d’ONG et d’enquêtes journalistiques décrivant la fortune accumulée en France par les familles de dirigeants africains et tendant à démontrer les origines douteuses de ces fonds. En écho, la plainte déposée à Paris estimait qu’un tel financement « n’[avait] pu intervenir du seul fait des rémunérations versées aux dirigeants des pays concernés » et avait pour conséquence « la réduction des ressources publiques en Afrique ». Les associations réclamaient l’application de la convention des Nations unies de 2003 contre la corruption. Signé par
la France, ce texte érige la restitution des biens détournés en principe du droit international. 

La plainte visant les « biens mal acquis », conçue comme un outil de propagande, a connu une destinée dépassant les espérances de ses promoteurs. A la mi-juin 2007, le parquet de Paris, au lieu de la classer discrètement, a ouvert une enquête préliminaire, confiée à l’Office central de répression de la grande délinquance financière (OCRGDF). Cette décision, intervenue quelques jours après l’élection de Nicolas Sarkozy, a été analysée par nombre d’observateurs africains comme le premier signe de la « rupture » avec la « Françafrique » promise par le candidat de l’UMP. L’éditorialiste du journal burkinabé Le Pays croit alors voir poindre « une nouvelle ère (…) pour
la France, qui veut manifestement que soit tournée la page des rapines pratiquées sur le continent par ses propres dirigeants »
. « La dialectique du pilleur-réparateur pourrait s’enclencher », s’enthousiasme un quotidien de Kinshasa, tandis que le Times de Londres insiste sur le caractère « sans précédent » de l’enquête. 
La douche froide viendra cinq mois plus tard, avec le classement sans suite notifié le 15 novembre 2007 pour « infraction insuffisamment caractérisée »Entre-temps, les chefs d’Etat visés ont signifié leur colère à Nicolas Sarkozy. Omar Bongo a protesté, a affirmé avoir empêché des manifestations antifrançaises « spontanées » à Libreville. Le 5 juillet, sur le perron de l’Elysée, après une visite au président français, Denis Sassou Nguesso a fustigé les « relents de néocolonialisme et de racisme » qu’évoque pour lui la plainte. « Tous les dirigeants du monde ont des châteaux ou des palais, qu’ils soient du Golfe, d’Europe ou d’Afrique », se défendait-il. Comme pour appuyer ces protestations, M. Sarkozy a multiplié les gestes montrant la continuité des bonnes relations entre
la France et les pays concernés. Lors de son premier voyage officiel en Afrique, en juillet, il a choisi de faire étape au Gabon, dirigé depuis quarante ans par Omar Bongo, et s’est montré plus généreux que le Trésor ne le proposait pour annuler la dette de ce pays. Reçu à l’Elysée, M. Sassou Nguesso a bénéficié, lui aussi, d’une aide française accrue pour le Congo. 
Pour les associations plaignantes, le doute n’est pas permis : le classement de la plainte résulte d’une consigne donnée au parquet par le pouvoir politique. A lire leur réaction, la décision judiciaire traduirait la victoire de « l’Afrique de Papa sur le droit ». « Par cette décision, estiment-elles,
la France envoie un signal désastreux à la population africaine »
, privant celle-ci de « ce qu’elle ne peut pas obtenir sur son sol, c’est-à-dire l’identification de ceux qui, par les détournements massifs d’argent public opérés, contribuent à son appauvrissement »
Philippe Bernard 

 

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CAMEROUN : La rectitude morale n’est pas pour demain

Posté par issopha le 24 janvier 2008

CAMEROUN : La rectitude morale n’est pas pour demain

La corruption ne semple pas avoir diminué depuis le déclenchement, en 2004, d’une opération mains propres au Cameroun estime le coordonnateur national du service Justice et paix de l’Eglise catholique camerounaise, le Pr Titi Nwel.

Pourtant, l’opération Epervier, lancée par Yaoundé sous la pression des bailleurs de fonds, s’est soldée depuis juin par de lourdes condamnations à l’issue de trois grands procès.Plusieurs anciens patrons d’entreprises publiques, dont un ancien ministre et deux ex-députés du parti au pouvoir, ont été reconnus coupables d’avoir détourné plusieurs milliards de FCFA par divers moyens: faux en écriture, missions fictives, marchés passés sans appels d’offre, décaissements sans pièce justificative, attribution de primes démesurées…

Ils ont écopé de peines allant de 10 à 50 ans de prison. Un quatrième procès-fleuve est en cours.

Pas de quoi, cependant, faire peur à leurs successeurs, selon le Pr Nwel. « On a certes attrapé quelques larrons mais tout continue comme avant », affirme-t-il.  » Cette opération de lutte contre la corruption dépend de la volonté du chef de l’Etat. Si on a des liens privilégiés avec lui, on n’est pas inquiété », ajoute-t-il.

« Nous avons surnommé notre ministre Rapetou », témoigne en riant un employé d’un ministère. « Il est entré au gouvernement en septembre mais il passe déjà pour plus gourmand que l’un de ses prédécesseurs qui aimait pourtant beaucoup l’argent », explique-t-il.

Le Cameroun a fait de réels efforts en matière de bonne gouvernance, assure pour sa part un ministre qui rappelle la création, en 2006, de la Commission nationale de lutte contre la corruption (Conac). Mais il peine à se souvenir du nom de l’Agence nationale d’investigation financière (Anif), créée en 2005. « Comment ça s’appelle déjà ? », demande-t-il.

Pour un diplomate européen, c’est la « petite corruption » pratiquée au quotidien qui est « la plus difficile à combattre ». Publié début décembre, le baromètre mondial de la corruption en 2007 de l’ONG Transparency international (TI) indique ainsi que 79% des personnes interrogées au Cameroun ont déclaré avoir dû verser un pot-de-vin pour accéder à un service public.

« Contre 3.000 FCFA (4,5 euros), un employé d’un ministère a retrouvé mon dossier qui avait +disparu+ au fond d’un tiroir », raconte un jeune enseignant. Déposé il y a plus de deux ans, ce document doit lui permettre de recevoir un jour son salaire.

Depuis quelques mois, un texte qui circule de manière anonyme embarrasse le ministère des Forêt et de la Faune: il dénonce et inventorie les dessous de table à débourser dans la filière forestière. Selon le document, il faut, par exemple, verser 700.000 FCFA (1.067 euros) pour introduire une demande de permis d’exploitation forestière.

« Lorsqu’on se donnera vraiment les moyens de lutter contre la corruption, il faudra au moins une génération avant que les choses ne changent tant les consciences sont infectées », soupire un syndicaliste.

« Notre jeunesse (..) est (..) de plus en plus convaincue que la réussite est moins dans l’effort et la recherche de l’excellence que dans la capacité d’user de son pouvoir et de son avoir pour corrompre », s’inquiétaient déjà en 2000 les évêques dans une lettre adressée aux Camerounais. La « rectitude morale », la « conscience professionnelle » sont méprisées tandis que les « tricheurs » apparaissent « forts, courageux et intelligents », avaient-ils déploré.

D’après l’enquête menée par TI, peu de Camerounais s’attendent à un changement: 61% des personnes interrogées par l’ONG pensent que les efforts du gouvernement pour lutter contre la corruption sont inefficaces et 65% que la corruption va augmenter au cours des trois prochaines années.

Publié le 19 décembre 2007.

Comment boucler les fins de mois ?

Après des années relativement fastes les fonctionnaires camerounais, qui ont subi des réductions drastiques de salaires il y a quinze ans, vivent avec difficulté, recourant parfois à une seconde activité pour boucler leur mois.

« Ce que nous touchons nous permet juste de survivre. Une fois que nous avons réalisé les dépenses de base pour la nourriture, le loyer, la scolarité des enfants, il ne nous reste plus rien », explique le président de la Confédération syndicale du secteur public (CSP), Jean-Marc Bikoko.

Il assure que la plupart des fonctionnaires sont aujourd’hui endettés.
Avec quelques collègues membres de la CSP, cet enseignant se souvient avec nostalgie de l’époque où son niveau de vie lui permettait d’envisager sereinement l’avenir.

« Personne ne songeait partir s’installer à l’étranger. Nous vivions très bien. Nous avions tous les moyens de construire notre maison », affirment-ils ensemble.

Mais tout a changé en 1993 : l’Etat camerounais, en faillite, a décidé de réduire les rémunérations de ses agents. Certains, comme les enseignants, ont vu leur traitement chuter de 70%. En 1994, la dévaluation de 50% du franc CFA a encore diminué leur pouvoir d’achat. Depuis, aucune augmentation.

« Aujourd’hui, je gagne 228.000 FCFA (347 euros). C’est pareil qu’en décembre 1992, avant les baisses de salaire je touchais 220.000 FCFA (335 euros). Or les prix ont été multipliés par cinq depuis », déplore M. Bikoko.

Pour s’en sortir, nombreux sont ceux qui ont une autre activité.

« Autrefois, les gens étaient assidus à leur travail. Ce n’est plus le cas. Beaucoup passent deux ou trois heures au travail, s’absentant même du bureau pendant une semaine », explique le président du Syndicat national autonome des travailleurs des télécommunications (Synattel), Noa Mvogo. « Et personne ne dit rien, l’employeur ne réagit pas », poursuit-il.

Corruption, racket des usagers font aussi partie de la panoplie pour améliorer le quotidien, dénonce la CSP.

« Chacun se débrouille comme il peut, en trichant au besoin », constate M. Bikoko. « Ceux qui gèrent des lignes de crédit se servent au passage.

Les autres s’arrangent pour soutirer de l’argent aux usagers contre le traitement de leur dossier », précise-t-il.

Le baromètre mondial de la corruption en 2007 de l’ONG Transparency international indique que 79% des personnes interrogées au Cameroun ont déclaré avoir dû verser un pot-de-vin pour accéder à un service public.

Pour que la situation change et que l’opération de lutte contre la corruption lancée en 2004 par le Premier ministre Ephraïm Inoni soit réellement efficace, une seule solution, selon la CSP: augmenter les salaires.

« Depuis la dévaluation du FCFA, tous les autres pays de la zone ont revalorisé les salaires. Pourquoi pas le Cameroun ? », demande M. Bikoko. Il souhaite que l’Etat camerounais ramène les salaires à leur niveau de décembre 1992 puis dans une seconde étape les augmente de 30%.

Si tel était le cas, l’employeur aurait enfin une « bonne raison » pour « sanctionner » ceux qui ne viennent pas travailler, note M. Mvogo.
Fin novembre, la CSP a organisé une grève et une manifestation pour réclamer cette augmentation. Le mouvement a été peu suivi. « Il est très difficile de mobiliser les gens ici: ils craignent tous d’être sanctionnés par leur hiérarchie s’ils manifestent », explique M. Bikoko.

Lui-même été arrêté lors de la manifestation du 28 novembre avant d’être relâché peu après. « Pourtant, il faut absolument mettre l’ensemble du système à plat. On ne va pas pouvoir tenir encore longtemps comme ça », ajoute-t-il.

Publié le 15 décembre 2007.

Les petites phrases de Paul Biya

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Deux phrases du président camerounais Paul Biya à l’occasion du Nouvel an ont suffi à relancer la polémique sur sa volonté de réviser la Constitution afin de pouvoir briguer un nouveau mandat en 2011.

« Nous allons (…) réexaminer les dispositions de notre Constitution qui mériteraient d’être harmonisées avec les avancées récentes de notre système démocratique », a déclaré, sans préciser de calendrier, le chef de l’Etat, qui a accédé à la tête du Cameroun il y a 25 ans.

Mais c’est la suite, portant sur l’article 6-2 de la Loi fondamentale, qui stipule que « le président de la République est élu pour un mandat de sept ans renouvelable une fois », qui a déclenché une levée de boucliers au sein de l’opposition.

Selon Paul Biya, cet article « apporte (…) une limitation à la volonté populaire, limitation qui s’accorde mal avec l’idée même de choix démocratique ».

Ces indications assez floues ont immédiatement été interprétées comme le signe de la volonté du président de s’autoriser à être une nouvelle fois candidat en 2011, ce qui lui est jusqu’ici interdit puisqu’il a déjà été élu à deux reprises depuis l’entrée en vigueur, en 1996, de l’actuelle Constitution.

Depuis le 6 novembre, date anniversaire de l’accession de Paul Biya, 74 ans, à la magistrature suprême, son parti, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), demande publiquement une telle révision.

A travers des « motions de soutien » publiées par le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune, il a tout au long des deux derniers mois plaidé pour l’instauration d’un quinquennat « renouvelable ».

Derrière cet intense travail de sape, des observateurs ont cru déceler une querelle de clans au sein du parti au pouvoir en vue de la succession de Paul Biya. D’autres y ont vu la main du président lui-même.

Jusqu’à son message du Nouvel an, l’intéressé avait laissé dire, sans intervenir directement dans le débat.

« De toutes nos provinces, de nombreux appels favorables à une révision me parviennent », a-t-il fini par déclarer, « je n’y suis évidemment pas insensible ».
Pour le quotidien privé La Nouvelle Expression, cela ne fait désormais aucun doute, qui titre mercredi, au sujet de l’inamovible chef de l’Etat: « le candidat du RDPC pour 2011″.

Mais selon une source proche de la présidence, le discours a été mal interprété. Les mesures annoncées sont « d’ordre général » et « ne le concernent pas forcément », assure-t-elle. « Cela ne veut pas nécessairement dire qu’il sera candidat en 2011″.

« En parlant de l’article 6-2, Biya fait, nous semble-t-il, de la provocation. Il tâte le terrain », réagit Joshua Osih, un vice-président du Social Democratic Front (SDF), principal parti d’opposition. « Nous sommes fondamentalement contre la manipulation de la Constitution pour garder quelqu’un au pouvoir ».

Tout en évoquant le risque de l’instauration d’une « quasi monarchie » et d’une « confiscation du pouvoir », l’opposant Adamou Ndam Njoya, chef de l’Union démocratique du Cameroun (UDC), estime pour sa part que rien n’est « joué d’avance ».

« Le président est resté flou dans son discours, comme à son habitude », explique-t-il. « Il a dit qu’il voulait tenir compte de l’opinion des Camerounais qui demandent une révision. Cela signifie qu’il devra aussi tenir compte de la position de ceux qui refusent la levée de la limitation des mandats présidentiels et qui sont très nombreux », ajoute-t-il.

Son parti a ainsi initié une pétition pour recueillir l’avis des Camerounais « qui ne sont pas membres du RDPC ».

Publié le 3 janvier 2008.

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CAMEROUN :Détournements au Pad , 30 ans pour Siyam, 15 ans pour Etondè Ekotto

Posté par issopha le 14 décembre 2007

Détournements au Pad: 30 ans pour Siyam, 15 ans pour Etondè Ekotto

CAMEROUN :Détournements au Pad ,  30 ans pour Siyam, 15 ans pour Etondè Ekotto  dans CAMEROUN : laideurs et décadence shim
DOUALA – 13 DECEMBRE 2007
© Le Messager

Le verdict est tombé comme un couperet, ce matin, jeudi. Quatre des treize accusés reconnus coupables. Le montant des supposés détournements passe de plus de quarante (40) milliards à près de douze (12) milliards.

 

Dans le cadre de l’affaire Etat du Cameroun et Port autonome de Douala (Pad) contre Alphonse Siyam Siwe, Edouard Nathanaël Etondè Ekotto et onze autres accusés, la salle d’audience du tribunal de grande instance (Tgi) du Wouri est pleine à craquer en ce mercredi 12 décembre. A l’entrée du palais de justice, sont stationnés des camions et pick-up des forces de l’ordre, et un camion anti-émeute communément appelé “ Belier ” ou “ Mammy water ”. La cour de la juridiction est tout aussi bondée de monde. Policiers et gendarmes puissamment armés sont postés de part et d’autre. Tout visiteur est minutieusement fouillé par ces hommes en tenue. C’est dans cette ambiance surchauffée que se déroule l’audience consacrée au délibéré sur les culpabilités et au verdict de cette affaire.

Arrivés dans la salle dès les premières heures de la matinée, douze des treize accusés (Simon Pierre Ewodo, actuel directeur général adjoint du Pad et accusé comparaissant libre, n’est pas présent à l’audience) échangent avec leurs avocats et des parents et amis. Les uns et les autres sont décontractés en apparence, jovials. La collégialité, conduite par Mounyol à Boussi, président du Tgi du Wouri, arrive dans la salle vers 12 heures. Installée, cette collégialité entame, par le biais de son président, la lecture de ses délibérations. Le juge Mounyol à Boussi procède au cas par cas, pour chacun des accusés. Pour chacune des infractions retenues par l’ordonnance de renvoi établie par le magistrat instructeur, il prononce la sentence du tribunal. A la grande satisfaction des uns, désolation des autres.

Un camouflet pour l’accusation

La longue lecture des délibérations du tribunal, effectuée par le juge Mounyol à Boussi s’achève vers 17 heures. L’assistance est priée de se lever pour le verdict sur les culpabilités. Très solennellement, le président du tribunal prononce l’acquittement de neuf (voir focal) des treize accusés. Pour faits non établis. Des cris de joie, poussés par des parents et proches des acquittés, se font entendre dans la salle et à l’extérieur, jusqu’à un rayon de plusieurs dizaines de mètres. Le tribunal ordonne au ministère public l’abandon des poursuites engagées contre ces acquittés. Dans la foulée, ils sont déclarés non coupables, dans certains importants volets de cette affaire : Sdca portant sur 14 milliards de francs Cfa, Safric portant sur 1 milliard de francs Cfa, Alpha Marine portant sur 480 millions de francs Cfa, Damen Shipyard portant sur un peu plus de 200 millions de francs Cfa, escroquerie foncière, honoraires de Me Abessolo…

A la suite du tribunal, le parquet (un collège de trois magistrats), par le biais du procureur de la République Amadou Souley, requiert l’emprisonnement à vie pour les quatre accusés reconnus coupables. Il demande aussi la confiscation de leurs biens et leur déchéance civique. S’ensuivent alors les plaidoiries de la partie civile sur les dommages et intérêts. Elle demande en tout un peu plus de 50 milliards de francs Cfa. Invités à plaider les circonstances atténuantes, les avocats de la défense restent campés sur l’innocence de leurs clients. Ils louent chacun le courage du tribunal pour avoir déclarer plusieurs faits non établis et prononcer l’acquittement de neuf des treize accusés. Ensuite, ils attirent l’attention sur “ l’acharnement et les élucubrations ” du ministère public et de la partie civile contre leurs clients.

Finalement, les accusés reconnus coupables de détournements des biens du Pad sont : 30 ans pour Alphonse Siyam Siwe (ex directeur général du Pad, détenu à la légion de gendarmerie du Littoral depuis février 2006), 15 ans pour Edouard Nathanaël Etondè Ekotto (ex président du conseil d’administration du Pad, comparaissant libre), 25 ans à Siéwé Nitcheu François Marie (directeur des infrastructures portuaires au Pad à l’époque des faits, comparaissant libre) et 10 ans pour Simon Pierre Ewodo Noah (actuel directeur général du Pad, comparaissant libre). Des seize volets de l’affaire pour lesquels il est poursuivi par le ministère public, Alphonse Siyam Siwe est déclaré non coupable à dix reprises. Sa culpabilité n’est retenue que pour six des seize volets mentionnés par l’ordonnance de renvoi.

Non coupables et coupables

Accusés déclarés non coupables : Dingana Faustin (comparaissant libre), Zibi François (placé sous mandat de dépôt le 28 février 2006), Tchekam Cylvianne épouse Tchatcho (placée sous mandat de dépôt le 21 mars 2006), Assan’a Mba Thompson (placé sous mandat de dépôt le 28 février 2006), Babila Tita Eric (placé sous mandat de dépôt le 28 février 2006), Kamdem Barthélemy (placé sous mandat de dépôt le 28 février 2006), Wensitcheu Mouga Jean Paul (comparaissant libre), Téguel Maurice (comparaissant libre), Me Abessolo Etienne (comparaissant libre).

Accusés déclarés coupables : Alphonse Siyam Siwe (détenu à la légion de gendarmerie du Littoral depuis février 2006), Edouard Nathanaël Etondè Ekotto, Ewodo Noah Simon Pierre et Siéwé Nitcheu François Marie (comparaissant libres).

Honoré FOIMOUKOM

L’insoutenable attente du verdict

Entre le moment où le tribunal s’est retiré, vers 20h00, pour aller délibérer et son retour en vue de prononcer le verdict, plus de quatre heures se sont passées. Une attente insoutenable pour les familles des accusés et la partie civile. Attente longue, trop longue aussi pour le public venu dès les toutes premières heures de la journée de mercredi pour voir, entendre et croire. Une journée qui s’est déroulée au rythme des émotions qui ont ponctué différentes phases des opérations.

Depuis l’arrivée des accusés, plutôt détendus, jusqu’au prononcé de leurs condamnations, en passant par les premiers acquittements et l’interminable attente du verdict final pour ceux qui ont été reconnus coupables. Pour ces derniers, il était écrit qu’ils boiront le calice jusqu’à la lie. Il n’est donc pas étonnant que leurs marges de manœuvres se soient réduites au fur et à mesure que l’heure fatidique approchait.

Entre le moment où la séance a été suspendue pour le délibéré du tribunal et la condamnation, rien ne leur était plus permis. Même pas de bouger de leur place. Les forces de l’ordre veillaient au grain. La gravité de l’heure n’était plus à démontrer ni à expliquer. La messe était dite. Pas de jugement à la Salomon pour les quatre personnes reconnus coupables. La sentence tombera vers minuit et 20 minutes! Dans une ambiance étrange, glaciale.

Comme si même dans le public, personne ne souhaitait vraiment plus une telle sentence : mandat d’arrêt décerné à l’audience pour Ewodo Noah et mandat de dépôt pour Edouard Etondè Ekotto et Siéwé Nitcheu. On comprend alors que les condamnés soient restés dignes, malgré la douleur de leurs proches et familles. Les biens saisis des condamnés sont confisqués, de même qu’à été prononcée la déchéance de leurs droits civiques. Ainsi va la vie, elle vous rend puissant aujourd’hui et pauvre hère demain. Les condamnés ont dix jours pour faire appel.

Jean-Célestin EDJANGUE

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Prostitution : les filières africaines décortiquées par Olivier Enogo

Posté par issopha le 10 décembre 2007

Prostitution : les filières africaines décortiquées

par Olivier Enogo
 

Après le documentaire, le livre



Dans son premier livre, « Les filières africaines de la prostitution. Mémoires d’une enquête » (Éditions Ccinia Communication), le journaliste et réalisateur Olivier Enogo revient sur les cinq années d’investigation effectuées pour réaliser son documentaire éponyme diffusé en 2005. Il montre les réalités d’un commerce méconnu, sordide, insidieux et brutal.



mercredi 7 novembre 2007




Par A. Mbono

Sauf à vivre coupé du monde, impossible de ne pas être au courant de l’existence de ces silhouettes féminines qui s’alignent toutes les nuits le long des chaussées bitumées des grandes agglomérations, avec pour objectif une expéditive consommation charnelle moyennant finance. De ces jeunes filles, on ne sait finalement que peu de chose. Le décor du livre Les filières africaines de la prostitution. Mémoires d’une enquête (éditions Ccinia Communication) est posé.

Dès la première ligne, le ton est donné avec la préface de Me Danielle Babin Kololo, avocate et présidente de Volte-Face, association fortement engagée dans la sensibilisation contre la prostitution. De suite, une seconde voie est ouverte. L’histoire d’Adèle, cette jeune femme ivoirienne en quête du Graal, qui semblait un peu banale de prime abord, se mue en cauchemar, poignardée en plein Paris par son proxénète. Sa maman retrouvée quelques temps après grâce à des appels lancés sur les ondes de RFI, dira : « Dans son malheur, ma fille a eu la chance de vous croiser ; je ne veux pas un film sur elle, faites-le pour toutes les autres. » Faire vivre le symbole Adèle en mémoire de toutes les prostituées sans-papiers assassinées dont on entendra jamais parler…

Puis le livre enchaîne les témoignages sous forme de dépositions récoltées. Claire Quidet, Rapporteuse à l’Onu sur la prostitution infantile parle de cercle vicieux : « On veut absolument protéger les victimes de trafic, mais on ne veut certainement pas que parce qu’on donnerait un statut aux victimes du trafic, qu’il y ait encore plus d’afflux de personnes qui arrivent à la prostitution. » Ce en quoi Me Constant Roger Mbongo, avocat au barreau de Paris et défenseur de proxénètes ajoute : « On a beau critiquer le G7, les pays occidentaux, nous avons maintenant une mentalité qui est d’une médiocrité qu’il faut dire. » L’Afrique justement n’est pas en reste. Suzanne Mbomback, ministre camerounaise de la Promotion de la Femme et de ma Famille esquisse une réponse embarrassée « Nous voulons avoir un ministère de la Femme, nous sommes capables de représenter notre pays à tous les niveaux, capables d’aller parler des autres femmes, capables de porter au loin les efforts que le chef de l’Etat fait, de les rendre visibles sur la scène internationale. »

L’ouvrage est découpé en deux parties. La première relate ses 5 années d’enquête, les contacts qu’il a noué avec les prostituées, proxénètes, clients, policiers rencontrés. Comment il a été affecté, ainsi que ses proches par ce travail de longue haleine. L’envers du décor également, toutes les péripéties non filmées ou coupées au montage. Sous le ton de la confidence, en reprenant ses notes intimes, le journaliste d’investigation flagelle son récit, déconcerte les dialogues. Son obsession : déblayer les voies et les chemins menant à la prostitution, des gros réseaux calqués sur les modèles des filières de l’Est aux micros structures gérés par les « Mamas », ces femmes proxénètes. « Il y a des Mamas peut-être qui continuent, mais le boss là-haut, ça doit être un plus fort. Les Mamas, c’est de l’intendance. Elles peuvent jouer les stars. Elles ont de gros salaires. C’est pour cela qu’elles élèvent des villas en moins d’une semaine. Bien sûr, c’est l’arbre qui cache la forêt », précise Claude Boucher, présidente du Bus des Femmes, association de défense créée en 1990 à l’initiative d’anciennes prostituées. « Quand un père ou une mère dit à son enfant débrouillez-vous, vous pensez à quoi ? Débrouillez-vous, vous n’avez pas les moyens, vous pensez à quoi ? Comment allez-vous faire pour faire venir la richesse ? La prostitution a beaucoup de degrés », se défend un étudiant doctorant en Droit.

L’un des plus grands défis de la prochaine décennier

Sexe business, cybermarché du mariage, sortilèges décochés, zoophilie , laxisme politiques, connivences administratives… Comme un chien profondément éclopé par ses découvertes, l’auteur n’a jamais autant montré les crocs et aboyé contre ce qu’il qualifie de « nouvelle traite des Noirs ». Des révélations enrichies par Carole Bartoli du Réseau international de lutte contre la prostitution. « Un trafic vient également des pays lointains, d’Afrique, et là c’est lié aux conditions politiques, aux difficultés de contextes de guerre de ces enfants-là. Ça continue encore et là, ce qui est constaté, c’est une prostitution qui est cachée. » Olivier Enogo entend placarder ce combat qui s’annonce selon lui, comme l’un des plus grands défis de la prochaine décennie. « Les candidats à l’aventure, attirés par le mirage européen sont de plus en plus nombreux. Au lieu d’attiser la polémique inutile, pour ma part, je préfère dépenser mon énergie aux côtés de ceux qui tentent de mettre le feu à la poudrière de l’exploitation sexuelle des êtres humains. Je ne peux pas croire qu’il n’existe aucun moyen pour remédier aux drames qui peuvent survenir de l’émigration des « Blackettes ». » Une vérité déclinée en allitérations martelées dans les 150 pages du livre qui se lisent presque d’une traite. Un combat qui dépasse largement son ouvrage. Non seulement par la complexité de l’univers de la traite des Êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle, mais aussi à travers les liens que cette pandémie a créés entre victimes et bourreaux.

Illustration sur le terrain : « Je suis tombée enceinte à deux reprises. Monsieur XXXXX m’a avorté lui-même en me donnant des pilules et lorsque l’avortement commençait, il prenait une lampe torche, me demandait d’écarter les jambes et il finissait de m’avorter avec des piques de brochettes. » Extrait du Procès verbal d’une affaire contre X au motif de viol, séquestration et vol. L’objet de la plainte : victime d’un avortement et de proxénétisme. « Moi j’ai des cas où on prend des effets souillés de la personne, on la rase, et quand on a la jeune fille dans le service, quand on l’entend, elle dit : Mais moi je ne peux rien vous dire, vous ne savez pas ce que c’est le maraboutage, je risque de mourir et si je ne meurs pas, je vais devenir folle » intercale le Commissaire divisionnaire J. M. Colombani, de la Direction de la police nationale française. « Au niveau de l’Union Européenne, ils commencent à trouver des termes Trafic des Êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle. C’est de la prostitution, point barre. Qu’on arrête de nous entourlouper ! » conclut Amely-James Koh Bela, présidente de l’association de lutte et de sensibilisation, Mayina.

Avec sa plume, le néo-écrivain ne prend aucun risque, mais déploie avec une grande facilité son style précis. Sous le brillant des reparties, malgré les commentaires acides des antagonistes, on découvrira entre les lignes la fêlure de l’auteur : « Les filières africaines de la prostitution resteront pour moi une enquête qui ne ressemble à aucune de celles que j’ai connues par le passé. Elle me pourchasse jusqu’à ce jour, harcelant la vie des miens. Je souhaite donc que ce livre, tout comme le film, soit un contrepoison pour susciter non pas de la compassion, mais l’éveil des consciences sur un fléau qui gangrène l’avenir de plusieurs générations. » L’enquête avait donné lieu à un documentaire, diffusé depuis sur Planète notamment et dans plusieurs festivals, dont la retranscription fait figure de seconde partie du livre. Au fond, sous couvert de confidences, Olivier Enogo installe le lecteur dans sa propre conscience avec la projection de toutes ses pensées tout au long de ses investigations. La séance vaut le détour, une expérience littéraire qui se révèle passionnante à condition d’être prêt à affronter des univers quasiment insoupçonnables mais bien réels.

- Olivier Enogo Les filières africaines de la prostitution. Mémoires d’une enquête, éditions Ccinia Communication, 150p, 2007.
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- Olivier Enogo passe sur RFI, interviewé par Christophe Boisbouvier le 8 novembre, 6h45 (8h45 GMT)

 

La prostitution masculine africaine en Europe 
 
 

Les dessous d’un domaine méconnu.

Témoignage d’Amely-James Koh Bela.

La prostitution africaine en Occident ne touche pas uniquement les femmes. Les hommes sont, eux aussi, touchés par le phénomène. Leur milieu revêt ses propres spécificités, comme le fait que des pères de famille s’adonnent plus ou moins clandestinement à ces activités ou que des hétérosexuels consentent à des pratiques homosexuelles. Amély-James Koh Bela, auteur du livre La prostitution africaine en Occident, nous plonge au cœur d’un système méconnu, tenu par l’argent, la drogue et les pressions familiales.



lundi 28 février 2005



Par David Cadasse et Koceila Bouhanik

Père de famille et prostitué, hétérosexuel et prostitué homosexuel, gigolo. Telles sont quelques-unes des spécificités de la prostitution masculine africaine en Occident, qui partage avec celle des femmes la même détresse et la même spécialisation dans les pratiques extrêmes, à l’image de la zoophilie. Amély-James Koh Bela, présidente de la cellule information, formation et du trafic humain au sein de l’Organisation non gouvernementale Aide Fédération et auteur du livre La prostitution africaine en Occident , trace les grands traits d’une branche méconnue mais pour le moins active : la prostitution des hommes.

Afrik.com : Quels types de pratiques retrouve-t-on dans la prostitution masculine africaine en Occident ?
Amély-James Koh Bela :
Comme pour les femmes, on retrouve beaucoup la zoophilie (rapports sexuels avec des animaux, ndlr), de même que les fantasmes pédophiles. Plus classiquement, on retrouve tous les types de pratiques homosexuelles, qui sont très développées. Le plus souvent pourtant, ces prostitués sont parfaitement hétérosexuels et même des pères de famille.

Afrik.com : On a du mal à concevoir que des hétérosexuels s’adonnent à une prostitution homosexuelle !
Amély-James Koh Bela :
Les hétérosexuels qui acceptent des pratiques homosexuelles n’ont qu’une seule et unique motivation : l’argent. Tous sont dans des situations économiques difficiles et la prostitution homosexuelle intervient alors en dernier recours. En effet, le métier de « gigolo » rapporte moins.

Afrik.com : Qu’est ce qui différencie un gigolo d’un prostitué ?
Amély-James Koh Bela :
Il existe bel et bien une différence : le prostitué peut avoir des rapports homosexuels, zoophiles, hétérosexuels, etc. Le gigolo, lui, ne s’occupe que des femmes.

Afrik.com : Quelle est la pratique la plus courante en matière de prostitution masculine africaine en Occident ?
Amély-James Koh Bela :
La mode en ce moment, et la pratique la plus répandue, c’est le jeune black que va payer un couple pour faire l’amour à la femme. Le fantasme du « black bien monté » perdure toujours. Il existe même maintenant des codes sur Internet, dans les journaux gratuits, dans les petites annonces où des couples recherchent un ou plusieurs jeunes Africains pour se payer leurs services. Un, deux, trois ou plus s’activent sur la femme pendant que le mari regarde. Dans cette relation se développe un rapport de maître à esclave : le mari dit quoi faire, comment faire, donne des ordres, mais interdit formellement au jeune de se finir dans sa femme ou sur elle. Cela est ressenti comme une humiliation par ces jeunes car l’homme devient une machine.

Afrik.com : Qu’en est-il des gigolos, dont on peut également considérer l’activité comme de la prostitution puisque les hommes se font payer pour leurs prestations sexuelles ?
Amély-James Koh Bela :
En ce qui concerne les gigolos à proprement parler, ils sont abondants en France où ils évoluent notamment dans les milieux bourgeois, là où les femmes aisées recherchent les « petits blacks ». Au fur et à mesure, des réseaux se forment. D’ailleurs, ce système connaît un tel succès que les salaires sont en augmentation depuis 2 ans. La passe est à 100 euros, mais il faut aussi compter l’entretien comme les voyages, où la femme emmène le jeune avec elle, par exemple. Beaucoup de jeunes Africains ont recours à ce système, car selon eux, ils font une bonne affaire. En effet, ils considèrent comme une aubaine de coucher avec des femmes et d’être payés pour.

Afrik.com : Et en ce qui concerne les pratiques zoophiles dans la prostitution masculine africaine ?
Amély-James Koh Bela :
C’est un secteur prospère, comme chez les Africaines. Des grilles de tarifs ont même été instaurées. Par exemple, il y a une différence entre les tournages vidéo commerciaux et privés de zoophilie. Les tournages privés (chez des particuliers, ndlr) se déroulent jusqu’à plusieurs fois par semaine et rapportent énormément au prostitué. Les tournages commerciaux, eux, sont ponctuels : une fois par semaine, par mois, ou autre.

Afrik.com : Les prostitués qui s’adonnent à ces pratiques sont-ils tous consentants ?
Amély-James Koh Bela :
Comment pensez-vous qu’un homme normalement constitué puisse se donner à un chien ? Ces gens se droguent car certaines pratiques sexuelles ne peuvent pas se faire sans, ne serait-ce que pour lutter contre la douleur ou se donner une raison de le faire. Et au fil du temps malheureusement, la dépendance s’installe. Il existe aussi une véritable dépendance financière. Ces hommes deviennent accros à l’argent en dépit de la destruction du corps et de l’esprit. Ils sont déprimés, ont honte mais continuent car l’apport économique est très important. Cela peut aller jusqu’à 5 000 euros par semaine au minimum pour certains. Comparativement au Smic (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance, aux alentours de 1 100 euros par mois, ndlr), il n’y a pas photo.

Afrik.com : Le facteur argent est omniprésent dans ce trafic ?
Amély-James Koh Bela :
Oui, c’est sur l’argent que tout repose, pour les prostitués comme pour les macs. Mais comme je vous l’ai dit, les raisons de cette prostitution sont avant tout économiques, car les conditions de vie européennes sont difficiles, surtout lorsque l’on n’a pas de papiers, pas de travail, pas de logement. Il faut dire que ces jeunes Africains ont souvent été lâchés à leur arrivée par leurs « frères », ceux-là même qui les avaient ramenés du pays.

Afrik.com : Existe-t-il des réseaux de prostitution masculine ?
Amély-James Koh Bela :
Bien sûr ! Cette prostitution fonctionne à l’identique de celle des femmes. C’est un cercle vicieux : plus les prostitués agrandissent leurs cercles de clientèle, plus ils ont besoin de « main-d’œuvre ». Pour cela, ils amènent directement des frères d’Afrique, ou c’est leur proxénète, s’ils en ont un, qui s’en occupe. Il fait des faux papiers, fait venir les prostitués par dizaines de tous les pays, briefe sur le travail à venir, forme par des séances vidéos de deux ou trois jours, trouve les clients, et bien entendu, prend sa part sur le salaire. Les violences peuvent être très graves si les jeunes se rebellent ou volent de l’argent. Cela peut même aller jusqu’à l’assassinat.

Afrik.com : Y a-t-il un profil type du prostitué africain ?
Amély-James Koh Bela :
Les plus jeunes ont entre 16 et 20 ans, et sont vieillis sur les papiers lorsqu’ils n’ont pas l’âge légal en France. Mais il existe tous les âges chez les prostitués. J’ai même vu des papas de 55 ans. Souvent, ils sont pères de familles, mais en général, la famille ne sait pas qu’ils se prostituent. Leur activité est souvent cachée par un « emploi » comme des petits travaux de jardinage, de ménage, de maçonnerie, etc. Ce qui permet de ne pas changer leurs habitudes de vie aux yeux de leur famille. Dans d’autres cas, les femmes assument le travail du mari et sont parfois elles-mêmes issues de ce milieu. L’ampleur de ce trafic est vraiment très grande et touche toutes les nationalités : Maliens, Camerounais, Ivoiriens, Congolais, Ghanéens, etc. Tous sans exception.

Afrik.com : Comment ces hommes en viennent à vous contacter ?
Amély-James Koh Bela :
Généralement, j’entre en contact avec eux après une délation. Mais les prostitués viennent aussi nous voir d’eux-mêmes après avoir été informés par des femmes prostituées. En effet, les deux milieux communiquent. Ils entrent parfois en contact avec les Organisations Non Gouvernementales, dont Aides Fédération, pour des problèmes de domiciliation ou de papiers et y découvrent au final un lieu d’écoute, de parole. Pourtant, les prostitués ont beaucoup de difficultés à se confier à moi car je suis une femme. La première réaction est souvent agressive, violente, du genre : « arrêtes de me faire la leçon, tu sais mieux que nous à quel point c’est difficile ». Alors j’essaie de me positionner en tant que mère ou grande sœur et les mots commencent à sortir. Les pleurs aussi. Tous refusent le mot « prostitution ». Pour eux, il s’agit d’un « sacrifice », de « débrouille », mais ils estiment ne pas avoir d’autre choix.

Afrik.com : Rencontre-t-on la même détresse chez les prostitués hommes que chez les femmes ?
Amély-James Koh Bela :
La détresse physique et psychologique est la même pour tous. Certes les violences au cours de l’acte et les mutilations physiques sont plus marquées chez les femmes, mais il faut reconnaître que la sodomie pour un hétérosexuel est aussi une forme de mutilation. Ajouté à cela les pratiques zoophiles, l’humiliation, la drogue et les conditions de vie terribles dans lesquelles ils vivent, tout cela rend ces gens très vulnérables, profondément atteints dans leur être. Ce sont des personnes en grande demande de soutien.

Afrik.com : Pourquoi ne décident-ils tout simplement pas de décrocher et de rentrer au pays ?
Amély-James Koh Bela :
Retourner au pays représenterait une grande honte pour la famille là-bas. D’ailleurs, celles-ci font peser une pression immense sur les enfants, dont certains ont des diplômes. Ce sont les aînés et ils ont des responsabilités devant leur famille qui les attend et compte beaucoup (trop) sur eux.

Afrik.com : Les familles sont-elles au courant de l’activité de leurs enfants ?
Amély-James Koh Bela :
Il y a quelque temps, les familles étaient dans le flou, certaines savaient, d’autres pas. Mais aujourd’hui, les familles sont, en majeure partie, au courant de l’activité des enfants. Le problème, c’est qu’elles ne voient que l’argent que cela rapporte les incitent soit directement, soit implicitement à continuer à se prostituer. La famille, à cause de cette complicité active ou passive qu’elle entretient, agit ici comme une sorte de proxénète.

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Prostitution : La nouvelle traite des Noirs


La prostitution en Europe et plus particulièrement en France est de plus en plus le fait d’étrangers. La filière de l’Est est dans ce contexte la plus connue. Moins médiatisée, celle issue du continent africain notamment de la région sub-saharienne contribue également à cette nouvelle configuration de l’industrie du sexe. Panorama d’un phénomène qui fait de la prostitution une pseudo alternative à la misère.



samedi 24 avril 2004, par F. G.




Les quartiers chauds du XVIIIe arrondissement de Paris, de la gare du Nord à la porte de Clignancourt, sont les sites privilégiés des péripatéticiennes africaines, pour la plupart originaires de la région subsaharienne. « À tel point que lorsque vous êtes noire et que vous parcourez ces rues, vous êtes systématiquement prise pour une prostituée », constate Amely James Koh Bela, présidente de la Commission de l’information et de la formation à la Fédération des agences internationales pour le développement, une organisation non gouvernementale (ONG) d’action humanitaire et d’aide au développement. La France compte entre 15 000 prostitué(e)s dont près de 7 000 à Paris. « 80 % sont étrangers, dont un peu plus de 40 % viennent des Balkans et 37 % sont d’origine africaine », pouvait-on lire dans l’Humanité du 20 décembre 2003.

« Les filles d’Afrique »

Ces chiffres (des statistiques récentes sont indisponibles au moment où nous écrivons cet article, ndlr) – datent de 1999. Ils ne reflètent évidemment pas la réalité mais témoignent du nouveau visage de la prostitution en Europe et en France, notamment en région parisienne : la place croissante des étrangères. Parmi elles, les « filles de l’Est », qui sont débarquées régulièrement sur les trottoirs français. Mais qu’en est-il des « filles du Sud, d’Afrique » ? « Nous sommes passés de la traite des Noirs à la traite des Blanches puis à la traite des Noires », constate Bernard Lemettre, président national du Mouvement du Nid qui milite contre la prostitution en France. « A Lille où je suis, je vois plus d’Africaines que de filles de l’Est. C’est également un constat qui a été effectué dans les 33 délégations dont nous disposons dans toute la France », ajoute le président de l’ONG.

Les femmes africaines seraient, en effet, de plus en plus nombreuses. En 1999, en France, « elles venaient du Maghreb (Algérie et Maroc), d’Afrique noire francophone (du Cameroun en majorité) ou anglophone (Ghana et Nigeria), indiquaient les statistiques de l’Office central pour la répression du trafic des êtres humains (OCRTEH). En région parisienne, elles sont également ressortissantes de pays en guerre comme la Sierra Léone et le Libéria. Par ailleurs, selon l’OCRTEH, plus de 50 % des prostituées africaines en Europe sont originaires du Nigeria. La filière ghanéenne est aussi bien connue par les polices européennes. La Suisse reste la chasse gardée des Camerounaises, et la Belgique le fief des ressortissantes des deux Congos.

Pratiques lucratives et malsaines

Famille, solidarité, désorganisation, pouvoir de l’argent sont des problématiques que l’on retrouve dans les filières africaines : leur organisation est à l’image du continent. Ainsi, la prostitution des Africaines en Europe diffère, dans une certaine mesure, de celle des pays de l’Est ou d’Asie. Et pour cause, elle est souvent d’origine familiale. Les femmes victimes ne sont pas kidnappées comme dans les pays de l’Est. Selon Amely James Koh Bela, c’est souvent un frère, une tante, une cousine éloignée ou même un mari qui amène ces jeunes femmes à la prostitution. Les moyens : le proxénète fait miroiter un avenir meilleur, la possibilité de faire des études etc. Des mensonges que la pauvreté rend vraisemblables.

Mais il dispose également de moyens de pression, outre la violence, pour maintenir son emprise sur les victimes qui découvrent bien assez tôt la supercherie. La sorcellerie, par exemple, est souvent utilisée dans le cas des Nigérianes. On les menace de jeter un sort aux membres de leur famille. Par ailleurs, les victimes deviennent souvent elles-mêmes des bourreaux notamment en ce qui concerne la filière nigériane en Italie. Les femmes – les « Mamas » – qui sont impliquées dans la traite sont souvent des anciennes victimes qui ont gravi les échelons. Quant aux femmes mariées, elles se prostituent souvent à domicile, comme certaines jeunes filles qui vivent avec des « pseudo » oncles et tantes. Bien des médecins le savent en France, indique Amely James Koh-Bela. Elles reçoivent aussi, dans des cars autour du bois de Boulogne (Paris), leurs clients avec la bénédiction de leurs époux. La chose serait souvent pratiquée dans la communauté camerounaise et certaines femmes viendraient spécialement du pays pendant la période estivale pour « travailler ». Les femmes se prostituent également dans les magasins de Château rouge (zone de Paris où l’on retrouve une forte communauté africaine, ndlr) en échange de produits vivriers.

La prégnance de l’argent est l’autre caractéristique de la filière africaine. Pourquoi ? Les prostituées africaines seraient impliquées dans les pratiques les plus abjectes et par conséquent les plus lucratives : zoophilie, scatologie (l’excrément est un accessoire sexuel, ndlr), fist-fuking (introduction des poings, pieds, objets de tous types : fruits, légumes, bouteilles dans les orifices génitaux, ndlr), ondinisme (l’urine est un objet de plaisir, ndlr), sado-masochisme, dracula (amateurs de menstrues, ndlr) etc. Copuler pendant une heure avec un chien rapporterait environ 4 500 euros. À noter que ce n’est pas un ouvrier qui pourra se payer ce genre de « gâterie ». « Si l’on arrêtait tous les clients (des prostituées, ndlr), il n’y aurait plus personne à la tête de l’Etat », affirmait, Mme Hoa, ministre vietnamien du Nord de la Santé en 1995 [1]. La prostitution est aussi d’une certaine manière une affaire d’Etat et de pouvoir, d’un côté comme de l’autre. Surtout quand on retrouve chez certaines prostituées des passeports diplomatiques. « La filière centrafricaine qui est constituée de Camerounais et de ressortissants des deux Congo [...] bénéficient d’immunité quasi-diplomatique », peut-on lire dans un document de l’ONG Aide sur la filière africaine de la prostitution.

Marginalisées et victimes du sida

Autre mine d’or : les cassettes pornographiques dont les instigateurs ne reculent devant rien pour satisfaire une clientèle de plus en plus perverse. La plus connue reste celle concernant le « Mapouka », la danse traditionnelle ivoirienne qui a été transformée en danse obscène à cause du déhanchement fessier qu’il implique. Sur le marché, c’est l’une des plus prisées : elle coûte 60 euros alors que les orgies sénégalaises ou camerounaises stagnent à 5 euros. Ces cassettes ont aussi cette particularité de stigmatiser une communauté. Leurs titres : Orgie camerounaise, L’amour à l’africaine.

Infections diverses, relâchement des muscles génitaux, mutilations corporelles deviennent le lot quotidien des travailleuses du sexe qui se réfugient dans la drogue et l’alcool pour subir l’intolérable. De plus, le sida guette : « Les Africaines sont connues pour accepter des choses que les autres n’accepteraient jamais », affirme Amely James Koh Bela. Comme d’avoir des relations sans préservatif. Elles deviennent ainsi, outre ces souffrances innommables, une proie facile pour le sida qui fait des ravages dans la communauté sub-saharienne en France mais plus particulièrement en région parisienne. De plus, les prostituées africaines sont souvent agressées ou assassinées par les filles de l’Est qui les accusent de casser les prix. Ce qui n’est pas faux. Le prix standard d’une passe est de 20 euros. A Château-Rouge, les Ghanéennes offriraient leurs services pour 8 euros.

À qui profite le crime ? Souvent à la famille

Selon l’OCRTEH, en 2001, le commerce du sexe rapportait, en France, aux proxénètes 80% des revenus générés par chacune de leurs prostituées, soit 1, 6 milliard d’euros et en 2002 ce chiffre a doublé et a atteint 3, 5 milliards. Cependant les proxénètes ne sont pas les seuls à profiter de cette manne financière surtout dans le cas des Africaines. Car la « solidarité africaine » a aussi ses effets pervers. Et la prostitution le démontre. Quand certains parents n’ont pas eux-mêmes livré leurs enfants sur les célèbres plages sénégalaises bien connues des pédophiles, d’autres continuent bien malgré eux à avilir leur progéniture sans le savoir. Les gains issus de la prostitution sont souvent rapatriés pour faire vivre une famille, investir dans l’immobilier ou dans des petites affaires. Ni les familles, ni l’entourage ne connaîtront jamais l’origine scabreuse de ces fonds. La honte ou la mort ont bien souvent raison des victimes qui elles-mêmes ou leurs souteneurs renvoient d’elles des images de la réussite.

Comble du malheur, certains parents accablés par la pauvreté, poussent inconsciemment à la débauche. Armés de « Toi, tu es là, tu bouffes ma nourriture tous les jours, mais rien ! Tu vois pas, elle a épousé un Blanc » ou « Elle a acheté une voiture ou construit une maison pour sa mère » Avec quel argent ? Et de poursuivre, « Toi tu ne peux pas aller te débrouiller aussi ! ». On comprend alors que certaines jeunes filles se ruent sur Internet à la recherche du « Blanc » qui les délivrera de la misère tel un prince sur son cheval. Beaucoup d’entre elles tombent sur des princes… mais du mal. Comme cette jeune Camerounaise qui a défrayé la chronique et qui, accablée par la honte, a fini par mettre fin à ces jours. Son contact européen lui avait demandé des photos d’elle nue. Ce qu’elle s’est empressée de fournir. Les photos, elle les retrouvera plus tard sur le Net : elles ont fait quasiment le tour du monde sinon d’Afrique. Le mannequinat, autre moulin à rêves, est un moyen de recrutement privilégié pour ces chasseurs de têtes du sexe.

Victimes innocentes et mâles consentants

Les prostitués africaines sont également de plus en plus des mineurs. « On a constaté, ces cinq dernières années, à côté des enfants de l’Est, de plus en plus de mineurs d’origine africaine notamment des jeunes filles qui ont entre 14 et 18 ans, indique Carole Bartoli, coordinatrice des programmes pour ECPAT France, un réseau international d’organisations travaillant ensemble pour éradiquer la prostitution enfantine, la pornographie enfantine et le trafic d’enfants à des fins sexuelles. L’Europe se protège en effet contre la pédophilie et par conséquent les regards se tournent, après l’Asie, vers l’Afrique.

Enfin les hommes ne sont pas en reste : d’honorables pères de famille se transformeraient ainsi en hardeurs auprès de vaches pour arrondir les fins du mois. Les visages de la prostitution sont multiples et leurs caractéristiques en font un véritable problème de société. Notamment en ce qui concerne les Africains. La grande pauvreté qui sévit sur le continent porte ceux qui y vivent à considérer, le plus souvent, l’Occident comme un nirvana. Et l’Afrique est en train, encore une fois de se vider de ses femmes, son essence, et de ses enfants, son avenir.

[1] in Les trafics du sexe, femmes et enfants marchandises de Claudine Legardinier aux Ed. Les Essentiels Milan

Dans l’enfer de la prostitution africaine en Europe

Amély-James Koh Bela,

ou l’engagement total d’une femme de terrain

Zoophilie, scatologie, pédophilie, prostitution familiale, drogue, règlements de compte, Amély-James Koh Bela aura tout vu en matière de prostitution africaine en Europe. Acteur social sur le terrain depuis plus de 12 ans, elle a dressé un état des lieux effrayant des pratiques et des réseaux à travers un ouvrage de référence. Mais comment a-t-elle traversé cet univers de perversion et de violence en tant que femme et qu’être humain ? Les séquelles psychologiques sont profondes mais son engagement intact. Interview.



lundi 8 novembre 2004, par David Cadasse



Voir des femmes faire l’amour avec des chiens, discuter avec des mères qui prostituent leurs enfants à domicile, être directement confrontée à la pédophilie, c’est ce qu’Amély-James Koh Bela a dû, entre autres, affronter pendant plus de douze ans dans le cadre de son enquête sur la prostitution africaine en Europe, titre de son ouvrage qu’elle a tout récemment publiée. Un travail de longue haleine, pour un cavalier seul courageux et militant. Peut-on sortir indemne d’une telle expérience ? Est-on hantée par les images chocs, de violence ou de douleur ? Comment fait-on pour aller au-delà et continuer la lutte ? Amély-James témoigne…

Afrik : Vous avez été témoin de choses très violentes pendant vos douze ans de travail et d’observation sur le terrain. Comment sort-on d’une telle expérience ?
Amély-James Koh Bela :
On ne sort pas de là sans séquelle. Je suis une femme meurtrie, choquée, blessée et qui regarde la gent masculine avec un peu de distance. J’ai été témoin de choses extrêmement dures. Ce ne sont pas des cassettes que j’ai regardées : c’est la vérité. J’ai des images qui me reviennent tout le temps. De jour comme de nuit. Il suffit que je sois seule pour que les choses remontent à la surface. Il n’y a pas un soir où je ne revois pas les filles. Celles qu’on a perdues dans les suicides ou les règlements de comptes entre filles, qui n’hésitent pas à se lacérer à coups de couteau. Je pense aussi à toutes celles avec des déchirements vaginaux ou anaux terribles. C’est comme si je revivais les situations. Chaque fois que je tombe sur une fille blessée, j’ai mal. J’ai l’impression que j’ai la même blessure qu’elle.

Afrik : Quel est le souvenir le plus émouvant que vous ayez ?
Amély-James Koh Bela :
Le souvenir le plus émouvant dont je me souvienne est celui d’un petit garçon qui était prostitué dans sa maison par sa tata. Le jour où je suis allée voir cette femme, le petit garçon de sept ans vient vers moi en larmes, me serre très fort en me demandant de dire à sa « maman » de me promettre que le Monsieur Blanc qui vient le soir ne le touchera plus. Nous étions tous en larmes. Et la « maman » me dit : « Si je prostitue encore cet enfant, il vaut mieux que tu me mettes à la police. Je te promets que je le toucherai plus ». Et je sais qu’elle ne l’a plus refait. Il avait déjà deux ans de prostitution derrière lui. Elle a demandé que l’enfant aille vivre chez un autre oncle. Cet enfant est maintenant dans un lycée, il a eu son BEP (Brevet d’étude professionnel, ndlr) avec mention.

Afrik : Et votre souvenir le plus difficile ?
Amély-James Koh Bela :
Je parle toujours de ce petit garçon qui refuse de me lâcher, qui m’attrape la main tellement il a mal. Il sort d’une passe et a les fesses en sang. Pour qu’il arrête de pleurer, je suis obligée de l’accompagner aux urgences à l’hôpital cette nuit-là. On a retrouvé dans son corps des petits morceaux de carotte. Tout ça pour 70 euros. Que l’enfant a même abandonnés sur le trottoir tellement il souffrait.

Afrik : Avez-vous déjà craqué sur le terrain ?
Amély-James Koh Bela :
Les pompiers sont plusieurs fois venus sauver une fille et moi j’étais à côté avec une perfusion. Aujourd’hui j’en parle avec détachement, mais croyez moi, les trois premières années, j’étais aussi malade que les filles. J’avais des malaises. Parfois je m’évanouissais.

Afrik.com : Comment trouve-t-on la force de continuer quand on est témoin de choses dont on sait qu’elles vont nous faire si mal ?
Amély-James Koh Bela :
Je ne parle pas beaucoup de ma vie, mais je suis quelqu’un qui a eu une enfance très difficile. Donc j’ai trouvé la force de continuer en me surpassant. J’utilisais mes douleurs pour aller au-delà. Et c’est le même schéma aujourd’hui. Chaque fois que j’ai une souffrance en face de moi, elle me donne du courage. Je surpasse la douleur. Je sors de là détruite, mais je sors quand même. Ce fut un énorme sacrifice, mais qui en valait le coup.

Afrik.com : Comment avez-vous réagi par rapport à certaines pornographies extrêmes, type scatologie ou zoophilie ?
Amély-James Koh Bela :
J’ai été extrêmement choquée par certaines pratiques dont je ne soupçonnais même pas l’existence, comme la scatologie (le fait de manger des excréments, ndlr). Au départ je mettais les discours que j’entendais sur le compte de la drogue ou de la folie. Je me suis infiltrée un jour sur le tournage d’un film zoophile, j’ai été traumatisée. Je n’arrivais plus à manger. Je suis tombée malade, j’ai été hospitalisée deux semaines. J’ai eu besoin d’un psy pendant six mois pour évacuer le choc. J’ai repris le dessus, mais je vous jure que pendant des années je n’ai pas pu regarder un homme dans les yeux.

Afrik.com : Est-ce que les filles qui font cela assument leurs actes ?
Amély-James Koh Bela :
Il y a une fille qui m’a envoyé un email pour m’engueuler après un passage sur la radio RFI. « Oui je mange de la merde et je bois même des urines. L’odeur dérange mais après on s’en fout. Je mangerai autant de merde que je peux, mais si vous pouviez voir les yeux de ma mère quand je lui envoie de l’argent, vous arrêteriez de gueuler à la radio comme vous le faites. »

Afrik.com : Le fait de parler, de dénoncer certaines pratiques extrêmes, n’a-t-il pas l’effet inverse, car en somme vous intriguez beaucoup de personnes avec, ou vous attirez même les pervers ?
Amély-James Koh Bela :
Malheureusement oui. Quand nous avons fait le dossier sur Afrik.com, j’ai fait l’erreur de donner le nom d’une cassette zoophile. En deux jours, le vendeur était en rupture de stock.

Afrik.com : Vous avez eu une large couverture médiatique sur votre travail. N’avez-vous pas peur que votre message soit perverti ?
Amély-Jales Koh Bela :
C’est vrai que tout le monde essaie de récupérer le sujet. Mais beaucoup de journalistes se focalisent uniquement sur les pratiques. Une approche un peu voyeuriste du sujet que je déplore un peu.

Afrik.com : Concernant votre travail d’enquête, quels étaient vos rapports avec les proxénètes pour les filles dans la rue ?
Amély-James Koh Bela :
Ils me toléraient. Ceux que j’ai rencontrés ne sont pas les gros bonnets, mais de simples surveillants. De toutes les manières je n’ai jamais été un problème pour les proxénètes, et ils me le faisaient bien comprendre en me narguant même parfois. Certains me disaient : « Continue d’aboyer, tu nous fais rire, continue de faire ta petite pub. Tu ne nous empêches pas de bosser, parce que si c’était le cas, tu ne serais plus là ». La personne me disait : « Demain je fais venir dix filles du Sénégal, juste pour te montrer que tu nous fait chier. Tous les gens que tu essaies d’alerter ce sont eux qui nous permettent de faire passer ces filles ». Il y en a qui n’hésitent pas dire qu’ils ont les téléphones portables de certains hauts responsables consulaires.

Afrik.com : N’est-ce pas là, dans ce cas, un combat illusoire que vous menez sur le terrain ?
Amély-James Koh Bela :
C’est vrai que c’est un combat vide, parce qu’il n’y a pas de volonté politique de lutter contre ça. Et tant qu’il y aura une telle complicité, la prostitution aura de beaux jours devant elle. Mon combat auprès des proxénètes est à un autre niveau. Je leur ai demandé de commencer par ne pas mettre les filles qui sont là de force, encore moins les mineurs et les enfants.

Afrik.com : Quels étaient vos rapports avec les femmes qui prostituaient leurs enfants à domicile ?
Amély-James Koh Bela :
Il faut bien remettre les choses dans leur contexte. Je ne suis pas chez les Albanais, mais dans un milieu africain. Je suis chez moi. Je suis parfois dans des maisons où je parle la langue. Donc quand je rentre dans une maison, je ne suis pas l’assistante sociale qui rentre avec ses cheveux blonds. Quand je parle à la femme qui prostitue ses enfants à domicile, je l’appelle maman ou mère. Je me place en tant que sa fille. Je ne la regarde pas dans les yeux. Je suis là comme une enfant qui implore sa mère de l’aider à sauver ses enfants.

Afrik.com : Comment étiez-vous au courant des différents cas ?
Amély-James Koh Bela :
Par les associations. La plupart de ces femmes militent dans des associations pour construire des écoles en Afrique, contre le sida, pour les enfants déshérités… J’ai très souvent été mise sur les pistes par des délations. Du genre « Elle a beaucoup de dons parce que ces filles couchent avec un Blanc… ». Alors je prends des rendez-vous. Il faut y aller franco mais en y mettant tout le respect autour pour les adoucir. Je lui dis que je ne viens pas pour rien et que la rumeur dit ceci. Donc je suis venue te voir maman pour voir si c’est vrai parce qu’on ne sait jamais…

Afrik.com : Il semble invraisemblable de pouvoir rentrer dans une maison pour discuter avec des femmes sur le fait qu’elles prostituent chez elles leurs enfants. Comme avez-vous fait ?
Amély-James Koh Bela :
C’est vrai qu’il faut au départ ruser pour entrer. Mais quand tu viens, la maman sait déjà qui tu es. Il y avait comme une sorte de pacte entre nous. Et c’est ce que beaucoup d’agents sociaux me reprochent. Ils considèrent cela comme de la collaboration. Je dis simplement que je fais un travail de sensibilisation. Il faut d’abord faire comprendre à la personne que ce qu’elle fait n’est pas bien. Ce travail là m’a permis de récolter de nombreuses informations sur le fonctionnement des pratiques. Ces informations seront mises à disposition des acteurs sociaux pour mieux surveiller des enfants d’origine africaine qui ont certains problèmes qu’on n’avait jamais pu comprendre jusqu’à présent. Et ils pourront mieux être pris en charge.

Afrik.com : Et quelles étaient les réactions des mères quand vous abordiez le sujet ?
Amély-James Koh Bela :
Elles sont souvent très violentes les cinq premières minutes. « On t’a raconté n’importe quoi. C’est de la jalousie. Les gens ne m’aiment pas… ». Elles se calment souvent après, même si pour certaines j’ai dû revenir deux ou trois fois.

Afrik.com : Quels sentiments ont-elles par rapport à ce qu’elles font ?
Amély-James Koh Bela :
Il y a comme un remords. Elles expliquent cela par une sorte de fatalité en pleurant qu’elles n’ont pas le choix. « Mais qu’est ce que tu veux que je fasse. Je suis dans un pays, je n’ai pas de papiers, mes enfants non plus, je fais les ménages, mais ça ne suffit pas. J’ai fait ça pour le bien de la famille, mais Dieu seul sait que je ne voulais pas le faire. » D’autres vous disent qu’elles préfèrent faire ça, parce que comme elles sont dans une cité chaude, elles disent qu’on va violer leur fille dans une cave et qu’elles préfèrent la protéger. Certaines sont carrément arrogantes. Elles vous disent qu’elles sont « fières parce qu’elles ont aidé 40 filles ». Toutes les femmes, quelles qu’elles soient, refusent le terme de « prostituer ». Il s’agit pour elles d’une aide.

Afrik.com : Un tel raisonnement concernant une adolescente pourrait tenir la route mais qu’est-ce qui amène des mères à prostituer des enfants cinq ans ?
Amély-James Koh Bela :
Tout simplement la cupidité. Les femmes qui font ça sont bardées d’aides sociales. Elles cumulent tellement d’aides qu’elles peuvent se faire jusqu’à 2 000 euros par mois. Ce n’est pas l’argent qui manque. Mais il y a une course effrénée vers le fric. C’est le besoin de paraître qui importe, d’entretenir une certaine image en Afrique. Elles prennent le prétexte de conditions de vie difficiles en Europe, comme la régularisation des papiers, les discriminations…Or la plupart de ces femmes sont régularisées, certaines sont même françaises. L’autre élément qui facilite la pratique est que bien souvent ce ne sont pas leurs enfants. Elles arrivent donc plus facilement à s’en détacher. C’est l’enfant de la sœur, de la cousine, des enfants des rues ramassés par des complices.

Afrik.com : Finalement est-ce qu’elles regrettent ce qu’elles font ?
Amély-James Koh Bela :
Certaines finissent en larmes, submergées par le remords. Elles veulent tout arrêter, recommencer une nouvelle vie. J’ai appris qu’il y en avait deux qui avaient demandé à ce qu’on place les enfants, parce qu’elles n’avaient pas la force d’arrêter. Beaucoup de femmes continuent malgré tout à prostituer les enfants. Le problème, encore une fois, est que dans leur tête, il ne s’agit pas de prostitution. Elles le font également pour défendre le statut qu’elles ont en Afrique.

Afrik.com : Certains acteurs sociaux considèrent que le fait que vous ne dénonciez pas les parents est un acte de collaboration. Au niveau de la loi, n’avez-vous pas une obligation de dénoncer ces mères proxénètes ?
Amély-James Koh Bela :
J’ai fait un rapport sur ce dont j’avais été témoin en matière de prostitution des enfants dans les maisons que je suis allée présenter au Procureur de Paris et à la Brigade des mineurs. La Brigade des mineurs m’a dit qu’elle n’était pas au courant de ce type de pratiques, et m’a donné un numéro pour leur signaler les cas. Mais ils m’ont rappelé qu’ils ne pouvaient intervenir que s’il y avait des preuves, des flagrants délits et une plainte. Or aucun enfant ne porte plainte. Donc soit ils sont rendus à la famille, soit ils sont directement placés à la Direction des Affaires sanitaires et sociales (Dass). Ce qui est loin d’être la meilleure solution. Je ne suis pas là pour faire de la répression mais de la sensibilisation. J’explique à ces femmes ce qu’elles risquent avec ce qu’elles font. Je leur rappelle le droit des enfants. J’estime tout de même que j’ai une responsabilité vis-à-vis des enfants, parce que partir après avoir découvert ce qu’ils subissent, c’est comme si je les laissais à leur triste sort. Pour certains d’entre eux, nous avons réussi à trouver une autre personne du cercle familial pour lui demander de surveiller ces enfants.

Afrik.com : Qu’espérez-vous avec des actions qui ne soient pas répressives et des discours de sensibilisation sur ces femmes ?
Amély-James Koh Bela :
J’espère premièrement toucher la conscience de ces personnes. Parce que je refuse de croire qu’elles en soient dépourvues. Si infime soit-elle. Je souhaiterais leur faire comprendre qu’aucune misère au monde ne justifie qu’on fasse violer une enfant tous les soirs à la maison. D’autant que les enfants ont en Afrique une dimension sacrée.

Afrik.com : Vous parliez des enfants africains qu’on envoie à la Dass, faute de solutions. Mais les enfants dans la même situation ne sont-ils pas tous, d’où qu’ils viennent, logés à la même enseigne ?
Amély-James Koh Bela :
Il y a une inégalité dans le traitement des dossiers d’enfants issus de l’espace non communautaire (Europe, ndlr), donc africains. Sous prétexte que les enfants africains ne veulent pas parler, ils ne bénéficient d’aucune assistance. Alors qu’aucun enfant du milieu ne parle, c’est bien pour ça que les autorités françaises refusent de reconnaître la prostitution des mineurs parce qu’elles n’ont pas de preuves, pas de plainte ou de flagrant délit. Au contraire, les enfants issus de l’Union européenne seront tout de même suivis par des psychologues, des éducateurs, des médecins. Cela peut même aller jusqu’au changement d’identité.

Afrik.com : Qu’attendez-vous des autorités ?
Amély-James Koh Bela :
Je voudrais que les autorités fassent une analyse médicale systématique de tous les mineurs de moins de 14 ans qui sont en situation de fugue, surtout de ceux qui habitent des maisons avec des tuteurs. Un enfant sexuellement exploité, ça se voit tout de suite. Dès lors, les enfants entreraient automatiquement dans le nombre des enfants dont on doit s’occuper prioritairement.

Afrik.com : Si les enfants ne portent pas plainte, comment expliquent-ils ce qu’ils font ?
Amély-James Koh Bela :
Ils ne parlent pas, mais restent très agressifs. Ils ne parleront jamais en mal de la personne qui les a amenés. Ils estiment qu’elle leur a rendu service. Ils tiennent tous les mêmes discours. Même les enfants de sept ans ! Ils récitent ça par cœur, ce qui témoigne de la longue préparation psychologique qu’ils ont subie. « Ils sont là pour m’aider. C’est pour mon avenir. Je dois réussir. Quoi qu’il arrive. C’est difficile, mais c’est pour la famille. Je dois aider ma mère… » J’estime que c’est un véritable viol mental qu’ils ont subi. Certaines filles de 15 ans vous rentrent dedans parce que vous parlez mal de leur tante, qu’il ne s’agit pas de prostitution, qu’elles vont elles aussi se marier…Certains ne comprennent même pas ce qu’elles font dans les locaux des services sociaux.

Afrik.com : Quels messages aimeriez-vous faire passer à travers votre ouvrage et votre engagement ?
Amély-James Koh Bela :
J’aimerai attirer l’attention sur le trafic d’êtres humains. L’Afrique, en matière de prostitution, est en train de prendre tout ce que l’Europe a de plus sale pour miser ses espoirs là-dessus. Il faut expliquer aux Africains que la vie est dure, mais que ce n’est que la solidarité qui nous fera dépasser les obstacles. Le deuxième message est pour nos parents qui ont démissionné de leur rôle. On fait un enfant en essayant de lui donner les moyens d’aller plus haut. Ce sont les valeurs qu’on donne à un enfant aujourd’hui qui feront de lui l’homme qu’il sera demain. Si on apprend à un enfant qu’il doit se prostituer pour avoir de l’argent, il pensera que son corps est sa seule source de revenu. Alors qu’il peut travailler. Même si c’est difficile. Il n’y a pas encore de mafia. Ces enfants, c’est nous qui les vendons, c’est nous qui les apportons. Nous pouvons encore arrêter les choses. Le message est aussi de demander aux gouvernements de trouver des solutions pour que les enfants aillent à l’école, parce que c’est quand ils traînent dans les rues qu’ils sont en danger. A partir du moment où l’on a protégé nos enfants, nous pouvons demander à Bruxelles de nous donner la liste des pervers que les pays européens ont interdit chez eux. Nous pouvons également leur interdire l’entrée chez nous en leur refusant le visa.

Prostitution : les filières africaines décortiquées par Olivier Enogo  dans CAMEROUN : laideurs et décadence pasteur

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L’Afrique en danger

Réflexions d’une femme engagée

7% des prostituées en France étaient africaines en 2000, 40% en 2005* ! L’Afrique est le nouvel or noir du sexe business dans l’Hexagone et dans toute l’Europe. Mirage plus ou moins instrumentalisé de l’Occident, Eldorado présumé d’une autre vie. Croyant les extirper du purgatoire africain, certaines familles jettent même leurs enfants directement dans la gueule du loup…



samedi 2 décembre 2006




Par Amely-James Koh Bela, secrétaire générale de l’association Label’VIE

7% des prostituées en France étaient africaines en 2000, 40% en 2005* ! L’Afrique est le nouvel or noir du sexe business dans l’Hexagone et dans toute l’Europe. Mirage plus ou moins instrumentalisé de l’Occident, Eldorado présumé d’une autre vie. Croyant les extirper du purgatoire africain, certaines familles jettent même leurs enfants directement dans la gueule du loup en les confiant à des proches, en Europe pour leur offrir la chance d’un avenir meilleur. Mais la réalité est souvent tout autre… Il y aurait beaucoup à dire sur une situation des plus dramatiques. Et j’en ai vu plus moi-même qu’on peut en voir à l’issue d’une enquête de 12 ans que j’ai menée pas à pas sur le terrain.

Mais le terrain pour moi est aujourd’hui l’Afrique. Plus que jamais. Invitée par le Centre international de la promotion et la création (Cipcré) à Bafoussam en juillet dernier pour une caravane de sensibilisation au Cameroun, qui avec le Nigeria fourni plus de 75 des prostituées africaines en Europe**, j’ai pu me rendre compte de l’ampleur de la tâche. Bafoussam, Ebolowa, Bamenda, Bertoua, Garoua, Douala et Yaoundé, j’ai pour ma part fait le déplacement dans cinq des dix villes d’un parcours de 21 jours (13 juillet-3 août). Cinq villes à raison de 2 conférences ou causeries éducatives par jour, regroupant à chaque fois entre 200 et 1 200 personnes. En français, en anglais et même en langues dialectales, j’ai révélé mes vérités. Celles que j’ai découvertes au cours de mon travail, celles des chiffres officiels, celles des pièges et des faux semblants.

« L’apparition des razzias d’enfants »

Ecole du donner et du recevoir, j’ai également beaucoup appris sur place à l’occasion de témoignages et de discussions avec la population. Comme l’apparition des razzias d’enfants, dans le sud ouest du pays dans les zones rurales, pendant que les parents sont aux champs. Ces propos ont été corroborés par des femmes de la communauté anglophone de Bafoussam pendant une causerie éducative. Comme les ravages des sectes, têtes de ponts de puissants réseaux de prostitution opérant en toute impunité. Avec toujours les mêmes victimes désignées : les enfants et les jeunes. Ce qui ne saurait dédouaner le Cameroun et les Camerounais de leurs propres responsabilités dans un état de fait qui stigmatise un pays miné par le phénomène.

Selon le rapport 2006 du Cipcré, 40% des enfants camerounais âgés entre 5 et 18 ans sont ou ont été de façon certaine sexuellement exploités en milieux scolaires ou familiaux. Des chiffres qui ouvrent une brèche béante dans un tabou jusque-là intouchable : celui de l’inceste. Pratiquement un enfant sur deux a ainsi été bafoué dans l’intégrité de son corps. Une innocence volée qui forcément laisse des traces, et prépare, chez certains, un terreau fertile pour accepter que leur corps n’est qu’une marchandise, et bien souvent leur unique richesse. Après une enfance où ils sont violés en permanence et à volonté par certains membres de la famille, des années de violences en silence, la prostitution se présente alors pour certains comme une délivrance pour échapper à cet univers cauchemardesque où les bourreaux sont les êtres les plus chers que possède un enfant.

Retrouver de vraies valeurs. Telles étaient, au-delà du besoin d’information, les attentes des milliers de personnes rencontrées durant mon périple. Sans distinction d’ethnies, de classes sociales ou de religion. Catholique, protestants, musulmans, animistes, nous avons rencontré toutes les instances religieuses du pays, incontournables organes de mobilisation de masse. Et partout le même vibrant accueil. Le cardinal Tumi nous a même reçu en personne pour s’entretenir avec nous de nos projets quant aux actions de sensibilisation à venir. Prêts à nous épauler et à lever l’ensemble des fidèles pour soutenir nos messages.

« Retrouver de vraies valeurs »

Il s’agit de demander aux parents de ne pas démissionner de leur rôle de gardiens, de transmetteurs et de garants des valeurs. Ces valeurs qui constituent un socle identitaire solide pour les Africains afin qu’aucune tempête discriminatoire ou raciste ne les jette par terre. Pour que, par tous les temps, ils restent debout et fiers et qu’ils n’oublient jamais d’où ils viennent et qui ils sont.

Les jeunes doivent se réconcilier avec le travail et apprendre que tout s’obtient par la persévérance, l’endurance. Quant aux dirigeants, le message qui leur est destinéest plus clair : un pays où les jeunes ne rêvent plus, et n’ont plus d’ambitions est un pays foutu.

Que faire alors pour lutter efficacement contre la prostitution ? Au sein de l’association Label’VIE, nous pensons qu’il vaut mieux s’attaquer aux causes plutôt qu’aux conséquences. Conséquences dont la prostitution fait partie. Raison pour laquelle, à la faveur d’une nouvelle prise de conscience des réalités de la problématique, l’association, initialement appelée Africa Prostitution, a changé de nom pour s’inscrire dans une dynamique plus large. Et travailler véritablement en amont et directement en Afrique pour montrer une Afrique prospère. Une Afrique qui n’a pas à aller chercher ailleurs ce qu’elle a pourtant à foison. Une Afrique fière et debout, consciente de ses forces et de ses potentiels. L’autosuffisance, objectif affiché par de nombreuses associations, ne nous suffit pas. Nous lui préférons la prospérité et l’excellence. L’excellence d’alternatives de poids à la prostitution. Des Alternatives personnelles tout aussi capables de faire vivre une ou plusieurs familles.

« Prendre le problème à la racine »

Prendre le problème à la racine, c’est montrer aux Africains qu’ils peuvent faire chez eux ce qu’ils entendent faire ailleurs. Prendre le problème à la racine, c’est par exemple s’intéresser au drame des immigrés clandestins qui bravent la mer sur des pirogues pour rejoindre le Vieux continent et dont plus de 20 000 ont déjà rejoint les côtes espagnoles depuis le début de l’année pour échouer dans des champs de rétentions sur les îles Canaries. Aussi, avons nous développé un programme spécifique d’actions sur cette question. « Les fils prodigues », décliné en quatre volets, de la sensibilisation directement sur place en Espagne à la préparation d’un retour et un accompagnement dans le cycle de vie de projet professionnel en Afrique, s’appuie sur une équipe de spécialistes en ethno culturel et en conduite de projet. Un travail de professionnels pour un résultat professionnel. Pour ériger des modèles de réussite, pour nous les meilleurs ambassadeurs de la dignité et de l’espoir pour l’Afrique et les Africaines.

Au-delà de la prostitution et de toutes autres formes de trafics, ce combat est un combat identitaire. C’est de l’avenir de l’Afrique et de son image en occident qu’il s’agit. C’est aussi et surtout ma lutte pour valoriser l’image de la femme africaine et de la femme noire que je suis moi-même dans le monde. Même si aujourd’hui une poignée de femmes noires ternissent notre image en vendant des enfants, ça ne reste qu’une minorité et nous devons nous insurger contre ce fait et montrer que l’Afrique c’est autre chose et que les Africains ne cautionnent pas ce trafic.

Egales aux autres femmes, la femme africaine est aussi belle et intelligente. Artisanes et détentrices du pouvoir économique en Afrique, elles sont les plus grandes ambassadrices du continent noir et exposent à travers le monde le savoir faire africain dans plusieurs domaines. Et ce sont ces compétences et ces qualités que nous allons nous évertuer à faire connaître à travers le monde en éduquant différemment nos enfants et en leurs apprenant le sens des valeurs qui feront d’eux des hommes fiers, ambitieux, qui relèveront la maman Africa agonisante et changeront le cours de l’histoire en faisant de ce continent une des grandes plaques tournantes économiques mondiale.

* Selon les chiffres de l’Office centrale pour la répression du trafic des êtres humains
** Selon l’Office International des Migrations

Amely-James Koh Bela : « Mon combat contre la prostitution »
 

La combattante acharnée des droits de l’homme

présente son nouveau livre

Amely-James Koh Bela milite depuis plus de 10 ans contre la prostitution africaine en France et en Europe. Dans son nouvel ouvrage, Mon combat contre la prostitution, publié aux éditions Jean-Claude Gawsewitch, elle dresse un constat terrifiant. Prostitution enfantine, prostitutions féminine et masculine… A travers de nombreux exemples observés sur le terrain, bien souvent au péril de sa vie, elle révèle des pratiques révoltantes et des vérités dérangeantes. Elle répond aux questions d’Afrik.com


vendredi 25 mai 2007, par Vitraulle Mboungou



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La couverture du livre

Certaines familles africaines vivant en Europe et en France en particulier prostituent des enfants, avec l’accord implicite des parents restés au pays que cet argent fait vivre. Tel est le constat qu’a fait Amely-James Koh Bela, originaire du Cameroun au hasard d’une enquête menée dans le milieu africain de France à la fin des années 1980. Dès lors, cette femme dont le courage n’est plus à démontrer, n’a cessé de se battre à travers son association Label’Vie devenue aujourd’hui Mayina, pour dénoncer cette odieuse exploitation sexuelle de ces enfants scolarisés dans ce pays, patrie des Droits de l’Homme et qui font des « passes » après le goûter et les devoirs. Des enfants mais également des jeunes femmes qui se retrouvent sacrifiés au prétexte d’aider leur famille à sortir de la misère. Grâce à dix ans d’investigations qui l’ont menée de ville en ville, de restaurants en bordels clandestins, très souvent au péril de sa vie, Amely-James Koh Bela a recueilli de nombreux témoignages de proxénètes, clients ou jeunes prostitués, des témoignages à la fois émouvants, bouleversants et troublants qu’elle a consigné dans ce livre qui lui sert de pont pour d’autres projets. Malgré ce sentiment de travail accompli, le combat continue pour cette infatigable battante.

Afrik : Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce roman ?
Amely-James Koh Bela :
Juste après mon arrivé en Europe à la fin des années 1980, j’ai décidé d’écrire un livre, L’enfer au paradis, un message aux jeunes Africains où je leur demandais d’envisager d’autres alternatives que le départ. J’essayais de leur faire comprendre que dans les années 2000 l’Europe se fermerait au Sud et s’ouvrirait à l’Est et qu’il y aurait dès lors toutes sortes de politiques pour qu’ils n’entrent pas. Je voulais qu’ils prennent conscience de cela mais surtout qu’ils comprennent qu’ils ont tout ce qu’il faut sur place pour se développer. Afin de mener ce projet à bien, j’ai décidé de faire une enquête dans le milieu africain de France. C’est ainsi que j’ai rencontré trente associations de trente pays différents. Et c’est en inquêtant dans ce milieu que j’ai découvert le trafic de petits garçons prostitués à domicile. Mon livre n’a pas été publié mais cela m’a permis de découvrir ce problème de la prostitution et d’en faire ma bataille.

Afrik : La prostitution des mineurs « dans l’intimité des appartements » est justement un des grands thèmes de ce livre…
Amely-James Koh Bela :
C’est l’une des premières choses qui m’a choquée : cette prostitution à domicile des petits garçons de 5 à 10 ans, qui font des passes entre le goûter et leurs devoirs. J’ai assisté à ce type de scène, c’est véritablement cela qui m’a fait réagir. C’est ahurissant que cela puisse arriver aujourd’hui en France, surtout quand on connaît le système social français.

Afrik : Justement, de ce fait, on a du mal à imaginer que les adultes autour de l’enfant, ne serait-ce que les maîtresses à l’école, ne parviennent pas à déceler quelque chose…
Amely-James Koh Bela :
Les maîtresses ne peuvent pas déceler quoi que ce soit parce que l’enfant est conditionné dès le départ. On lui a fait comprendre que c’était normal, tous les enfants font ça mais qu’il ne faut pas en parler. Quand je rentre dans une maison et qu’un enfant de 8 ans me dit pendant que je parle à sa mère : « ne fait pas du mal à ma maman, si je fais ça c’est pour que mes sœurs viennent, ce n’est pas grave ». A cet âge là, on ne sait pas ce que l’on raconte. Pour tomber sur ces enfants, il faut qu’il y ait un flagrant délit ou que l’enfant parle. A ce propos, je pense que chacun a sa responsabilité, notamment les pouvoirs publics et la Préfecture en particulier. Quand on régularise une femme qui soit disant vit dans un petit HLM et survit en faisant des ménages et que la même femme fait entrer quinze enfants dans le pays qu’elle reconnaît comme étant les siens et qu’on la régularise dans les deux ans, moi je demande des comptes à la Préfecture. Personne ne se pose la question de savoir où sont ces enfants, qu’est ce qu’ils font. Ce qui est vraiment dommage, c’est qu’aujourd’hui des personnes innocentes qui désirent faire venir leurs enfants payent pour ces comportements car elles ont bizarrement droit aux enquêtes sans fin. Puis, il faut dire qu’il y a des personnes qui n’hésitent pas marabouter ces enfants. J’ai eu des témoignages de certaines associations de Paris qui ont eu des enfants maraboutés, complètement traumatisés et effrayés car ils pensaient que s’ils disaient quelque chose, ils allaient devenir fou ou mourir.

Afrik : S’agit-il là des choses qui ont été vérifiées car en France et en Occident en générale, beaucoup doutent des pouvoirs des marabouts ?
Amely-James Koh Bela :
Je peux citer par exemple le cas de ce garçon qui avait été accueilli par une association de la région parisienne qui a d’ailleurs refusé que je la cite dans mon livre, chose que je regrette vraiment car elle a un vivier d’informations. Elle m’a cité des cas concrets d’enfants qui font des crises énormes de transe la nuit au point qu’il faut au moins quatre adultes pour les maintenir. Elle n’a pas voulu que j’en parle parce que ces enfants ne seraient pas officiellement répertoriés comme des enfants prostitués, et comme ils sont mineurs, il faut les protéger.

Afrik : Pourquoi ce livre arrive maintenant ?
Amely-James Koh Bela :
Ce second livre est différent du premier qui était le cri de douleur d’une femme, une révolte, un choc, et où je voulais interpeller les consciences et pour se faire j’ai choisi la manière violente, en rapportant les événement comme je les avais vécus durant mes enquêtes. Pour ce dernier livre, il y a donc beaucoup de témoignages sur les différents aspects de ce trafic. J’ai décidé de me mettre à côté et de donner la parole aux « victimes » parce que même les femmes qu’on traite de proxénètes, ont elles-mêmes subi des violences dans leur enfance. Elles sont aussi victimes en quelque sorte de ce système, même les clients sont victimes car ils sont convaincus que l’argent qu’ils donnent nourrit les parents des filles prostituées et non les milieux mafieux du monde. J’ai donc donné ici la parole à tous les acteurs de ce milieu, les proxénètes, les prostituées, les clients, les trafiquants, etc…

Afrik : Quelle a été votre démarche pour recueillir les différents témoignages ? Ce n’était pas trop dangereux ?
Amely-James Koh Bela :
C’était effectivement très dangereux, j’en parle d’ailleurs dans le livre. Il s’agit en réalité de témoignages que j’ai recueillis lors des enquêtes que j’ai faites à la fin des années 1980 et 1990, j’en ai près de 1000. J’en ai mis une partie dans le premier livre, une autre ici et les autres serviront pour d’autres causes. Beaucoup de ces témoins ne sont plus de ce monde aujourd’hui car j’avais pris des cas vraiment extrêmes, des gens qui portaient en eux les séquelles de ce trafic, par exemple des filles malades du sida en fin de vie, d’autres complètement droguées et d’autres avec des infections très graves, toujours dans cette optique de choquer afin de réveiller les consciences. Aujourd’hui j’ai encore des contacts avec d’autres filles qui restent dans ce milieu. C’est mon plus grand drame à l’heure actuelle, ne pas avoir réussi à les sortir de là parce que finalement, elles n’en sortent jamais. Soit elles deviennent proxénètes elles-mêmes en faisant venir des sœurs qu’elles font travailler à leur compte, soit elles deviennent serveuses dans un bar où elles se font tripoter les fesses, ou alors elles épousent des clients.

Afrik : Vous consacrez une grande partie du livre à ce que vous appelez les « mammas ». Qui sont-elles ?
Amely-James Koh Bela :
Les « mammas » sont les piliers de ces réseaux. Il faut savoir que les personnes qui organisent ces réseaux de prostitution sont des femmes africaines, il n’y a pas d’hommes. C’est la particularité des réseaux de prostitution africaine. En Afrique, ce sont les femmes qui dirigent tout. Elles gèrent la maison, éduquent les enfants et se débrouillent parallèlement pour tenter de gagner leur vie en faisant notamment des petits commerces. C’est donc naturellement qu’on les retrouve en train de trafiquer. Aujourd’hui lorsqu’on regarde ces femmes proxénètes on peut être choqué par leur comportement mais je voudrais qu’on les regarde autrement. Il faut tenter de les comprendre, comprendre comment on en arrive à vendre son enfant. Souvent elles ont elles-mêmes subies des choses terribles durant leur enfance et elles ne font que les reproduire. La société africaine tolère aujourd’hui ces pratiques parce que les gens sont dans une misère psychologique et économique mais aussi parce que cela vient de l’Homme blanc. Tout ce qui vient du Blanc est toujours beau même la pire des choses. Pour moi, si ces femmes peuvent construire ces réseaux, elles sont également les seules à pouvoir les détruire. C’est pourquoi la sensibilisation au problème de la prostitution passe par ces femmes, elles sont donc pour moi aujourd’hui des véritables partenaires et non des ennemies.

Afrik : C’est paradoxale ce que vous dites, surtout lorsqu’on lit cet extrait de votre roman : « les plus grandes violences faites aux femmes en Afrique sont faites par les femmes »…
Amely-James Koh Bela :
Tout est dans l’attitude parce que lors que vous rencontrez l’une de ces femmes et que vous lui dites qu’elle vend une enfant, elle ne comprend même pas ce que vous dites parce que dans sa tête elle est persuadée du contraire. C’est ça le pire. Il s’agit pour elle d’un processus normal de la tradition que la société africaine a toléré. Elle se dit : « j’ai une copine qui est en Europe, je lui envoie ma fille pour qu’elle ait des amants blancs dans l’espoir qu’elle puisse ainsi trouver un mari. Et la copine aide ma fille à s’en sortir, on n’est pas dans la prostitution ». Je suis déjà tombé sur des « mammas » qui me disaient : « proxénétisme, ça veut dire quoi ? Traduit-le moi en langue locale ». Et comme on n’a aucune explication à lui fournir, elle en conclut donc que si ce mot inventé par les Blancs n’existe pas dans nos langues locales, c’est que le proxénétisme n’existe pas. Ces femmes lorsqu’elles donnent leur enfant à un proxénète, considèrent que faire ce geste c’est exécuter la volonté de Dieu parce que l’enfant est venu sur terre pour sauver la famille, autrement il ne serait pas là. Elles sont vraiment dans cette logique. Elles ne ressentent aucune culpabilité parce qu’elles ne pensent pas faire quelque chose de mal, au contraire il s’agit pour elles d’un geste maternel, d’amour : elles aident leurs enfants à rencontrer un Blanc qui pourrait les épouser et aider ainsi leurs frères et sœurs à venir en France ou en Europe.

Afrik : Vous parlez également du manque de soutien des certaines associations et ONG à votre égard. Comment l’expliquez-vous ?
Amely-James Koh Bela :
J’ai effectivement souffert du manque de soutien de certaines associations de femmes qui ont mis en doute mes affirmations, juste par ignorance de ce problème ou parce qu’ils ne l’ont jamais vu. Heureusement beaucoup d’autres m’ont soutenu pendant toutes ces années. Au cours de certaines conférences, des femmes africaines sont venues à mon secours en disant à ces associations : « on vous interdit de dire qu’elle ment parce que c’est elle qui est dans la vérité que vous ne connaissez pas. Nos filles, lorsqu’elles viennent vous voir, il y a des choses qu’elles ne vous diront pas et qu’elles lui diront à elle, car vous n’avez pas la bonne couleur et aussi parce qu’elles la connaissent. Ce qu’elle dit, c’est vrai. Ce que nous ne voulons pas c’est qu’elle le dise en public. »

Afrik : Vous évoquez aussi le phénomène plus marginal semble-t-il des jeunes prostitués africains…
Amely-James Koh Bela :
Il n’est pas si marginal que cela parce qu’il est actuellement en plein boom. C’est juste que les gens n’y font pas attention. Ce phénomène constitue le moyen le plus facile pour les hommes mariés et parfois pères de famille, des étudiants, hétérosexuels ou non de se faire beaucoup d’argent aussi bien de manière occasionnelle que régulière. C’est un phénomène devenu très banal. Certains sont conscient et assument parfaitement ce qu’ils font, alors que d’autres refusent de le faire et considèrent qu’il s’agit juste d’un accident de parcours et se cachent.

Afrik : Dans ce roman, vous mettez surtout en garde les jeunes femmes africaines contre le danger des sites de rencontre sur Internet que vous qualifiez « d’armes de destruction massive »…
Amely-James Koh Bela :
Pour moi Internet tel qu’il est utilisé aujourd’hui est une arme de destruction massive. Beaucoup de jeunes femmes africaines se connectent sur ces sites où en à peine deux minutes, elles vont dévoiler leurs organes génitaux à des inconnus, juste parce qu’il s’agit d’hommes blancs qui leur promettent monts et merveilles. J’ai rencontré trop de filles qui ont été piégées ainsi, elles ont envoyé des photos d’elles nues à des inconnus qui sont partis les vendre. Aujourd’hui les proxénètes se mettent aussi au multimédia, ils utilisent la High-Tech pour leur bizness. Je demande aussi aux filles de respecter certaines valeurs, si elles commencent à se brader ainsi en livrant leur intimité après une minute de connexion sur Internet, aucun homme ne pourra les respecter. Si aujourd’hui ces hommes leur crachent, leur pissent dessus, bref n’ont aucune considération pour elles, c’est parce qu’elles ne leur ont donné aucune raison de les respecter. Mon but est avant tout de leur expliquer qu’Internet est un véritable nid de personnes très dangereuses. Nous avons à ce propos un grand projet qui s’appelle « Internet autrement » ; nous allons discuter avec tous les jeunes dans tous les pays subsahariens pour leur montrer qu’on peut utiliser Internet autrement.

Afrik : Maintenant que ce livre est sorti, quels sont vos projets à venir ? On suppose que le combat continue, que vous n’allez pas vous arrêtez là…
Amely-James Koh Bela :
Effectivement, le combat continue jusqu’au bout, je ne lâcherai pas. Ce livre était pour moi un pont. Ce livre dépasse aujourd’hui le domaine de la prostitution dans la mesure où on est vraiment dans un combat identitaire. Je passe de la prostitution aux conditions d’immigration des Africains parce qu’aujourd’hui la prostitution est seulement une conséquence de la situation africaine. Beaucoup de personnes partent du continent en espérant gagner dignement leur vie en Europe, mais une fois ici elles se retrouvent dans ce milieu sans vraiment le vouloir. Avec mon association Mayina, on va donc faire un bon pour tout simplement montrer qu’il ne suffit pas de traiter les conséquences mais il faut aussi voir les causes en utilisant par exemple nos traditions, nos cultures. Voir dans nos cultures ce qui nous prédispose dès le plus jeune âge à ces comportements. Dès lors qu’on aura réglé ces problèmes, l’africain pourra alors peut-être changer l’image qu’il a de lui-même, avoir confiance en lui. Le but de ce livre est d’amener les africains à avoir une autre image d’eux-mêmes qui ne soit pas dévalorisante et surtout d’amener les Européens à voir l’Afrique autrement qu’un continent de malheureux, d’incapables, de personnes qu’il faut aider tout le temps. Il sert aussi à dire aux jeunes Africains que l’Afrique a de l’argent, qu’elle est riche, s’ils veulent partir qu’ils préparent bien leur voyage afin de ne pas tomber dans ces réseaux de prostitution ou alors qu’ils restent et tenter de faire avancer les choses sur place. Voilà donc mes combats à venir, repositionner l’image de l’Africain et de l’Afrique dans le monde, changer l’image que les Européens ont de l’Afrique, amener ainsi des prises de conscience chez des Africains qui vont leur permettre de penser d’une nouvelle façon. Il faut miser sur les femmes en premier parce que je l’ai dis au début, ce sont elles qui tiennent ce continent. Le but ultime est de créer de véritables réussites africaines qui seront fêtées, médiatisées, pour montrer à tous sur le continent que nous pouvons réussir. Il y a également un autre grand projet avec les enfants à travers le continent et pleins d’autres choses après.

Afrik : Vous allez mener ces combats à travers votre association Mayina ? Pouvez-vous nous dire quelques mots à propos de cette association dont vous venez de changer de nom ?
Amely-James Koh Bela :
L’association qui s’appelait auparavant Label’Vie porte désormais le nom de Mayina qui veut dire en langue Boulou, une langue Bantou du Sud et Centre du Cameroun mais qu’on trouve aussi dans la forêt équatoriale en Afrique centrale, « Je veux que ». C’est au sein de cette association où il y a une grande équipe que nous avons décidé de dérouler ces projets dont je viens de vous parlez.

- Mon combat contre la prostitution, Amely-James Koh Bela, Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 224p, 2007
- 
Commander l’ouvrage en ligne
- Le blog de l’association
Mayina

Publié dans CAMEROUN : laideurs et décadence, VISAGES DE L'INHUMANITE | Pas de Commentaire »

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