Hervé Novelli obtient le retrait d’un podcast du JT de France 3 Centre. Voici pourquoi.

Posté par issopha le 22 mars 2009

Hervé Novelli obtient le retrait d’un podcast du JT de France 3 Centre

 

NOUVELOBS.COM | 21.03.2009 | 18:33

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Le secrétaire d’Etat au commerce, candidat à l’investiture UMP pour les régionales du Centre, n’aurait pas apprécié les références à son passé de militant d’extrême-droite.

Hervé Novelli

Hervé Novelli (c) Sipa

Une information du site internet de Libération fait état vendredi 20 mars du retrait d’un journal télévisé de France 3 Centre, après le dépôt d’une plainte pour diffamation par l’avocat d’Hervé Novelli, le secrétaire d’Etat au commerce.
Après vérification sur le site internet de France Télévisions, le podcast du journal télévisé du 18 mars 2009 n’est effectivement plus en ligne.
En cause, un sujet diffusé dans l’édition du 19/20 du mercredi 18 mars dans lequel le journaliste Xavier Naizet revenait sur le passé de militant d’extrême droite de l’actuel secrétaire d’Etat.

« On ne peut pas raconter tout et n’importe quoi »

Opposé à Serge Lepeltier dans la course à l’investiture UMP pour les régionales du Centre, Hervé Novelli, par la voix d’un de ses proches, a dénoncé selon Libération « une opération purement politique » estimant qu’il suffisait « de regarder le reportage complaisant sur Serge Lepeltier diffusé la veille pour le comprendre. Nous devons montrer que l’on ne peut pas raconter tout et n’importe quoi ».
Averti de la diffusion de ce reportage, l’avocat d’Hervé Novelli avait fait parvenir à la direction de France 3 Centre un courrier de mise en garde. Un courrier resté lettre morte puisque la direction de France 3 Centre avait finalement décidé de diffuser le reportage.

Une diffusion justifiée

Une décision justifiée par Xavier Naizet, l’auteur du reportage, pour qui « Le fait que Serge Lepeltier évoque publiquement le passé d’Hervé Novelli durant cette campagne a pleinement justifié cette diffusion ».
Selon un proche de la rédaction de France 3, joint par Libération, « Suite à la sommation de l’avocat, on ne trouve plus le journal télévisé du 18 mars 2009 sur le site de France 3″.

 

LA VIDEO EST VISIBLE SUR DAILYMOTION EN CLIQUANT SUR LE LIEN SUIVANT :

http://www.dailymotion.com/search/novelli/video/x8qgil_enquete-de-france-3-sur-le-passe-dh_news

 

 

Hervé Novelli

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Hervé Novelli
Parlementaire français
Groupe parlementaire UDFC (1993-1997)
UMP (depuis 2002)
Ve République

Hervé Novelli, né le 6 mars 1949 à Paris est un homme politique français, secrétaire d’État chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et moyennes entreprises, du Tourisme et des Services dans le second gouvernement de François Fillon depuis le 18 mars 2008.

Sommaire

[masquer]

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Carrière professionnelle [modifier]

Hervé Novelli est, depuis 1982, PDG d’une PME de vingt salariés spécialisée dans la fabrication de prothèses et orthèses à Richelieu (Indre-et-Loire).

Il a pour tout bagage un CAP de micromécanique.

Il sera successivement chargé de mission pour la Chambre syndicale de la sidérurgie française, puis conseiller du président de cette chambre. Son expérience lui vaut des missions dans le domaine de l’emploi, de la formation professionnelle et de la protection sociale.

Il a également occupé les fonctions de banquier d’affaires au sein de Drexel Burnham Lambert.

Parcours politique [modifier]

Il commença par militer à l’extrême droite : Fédération des étudiants nationalistes (1962-1964), Occident (1964-1968), puis Ordre nouveau (1969-1973), le Front national (1973-1974) et enfin le Parti des forces nouvelles (1974-1981). Avec d’autres cadres du PFN, il rejoint le Centre national des indépendants et paysans au début des années 1980, puis l’UDF.

Il fut le chef de cabinet d’Alain Madelin (son ancien compagnon d’Occident) au ministère de l’Industrie, des PTT et du Tourisme, entre 1986 et 1988. Après la défaite de la droite aux élections de 1988, ils fondent ensemble l’Institut Euro 92, qui a pour vocation de préparer l’entrée des entreprises françaises dans le Marché unique européen dont Hervé Novelli deviendra le secrétaire général.

Secrétaire général du Parti républicain en 1990, puis membre du Bureau exécutif du PR présidé par Gérard Longuet – autre « Occidental » – en 1993, il était chargé des relations avec les Assemblées territoriales et les élus.

Élu député d’Indre-et-Loire en mars 1993, son mandat parlementaire sera particulièrement marqué par son action auprès des entreprises. Il fondera ainsi le groupe Audace pour l’emploi, réunissant une cinquantaine de députés issus du milieu entrepreneurial. À la demande de Gérard Longuet, il coordonnera aussi de 1993 à 1995 l’action des députés membres du PR.

Chargé d’une mission interministérielle sur la création d’emplois dans les PME par MM. Longuet et Madelin, Hervé Novelli rédigera un rapport sur le développement économique local et l’emploi au sein des PME. Il sera également désigné par l’Assemblée nationale rapporteur de la Commission d’enquête sur les aides à l’emploi et rapporteur de la mission d’information sur l’application de la loi quinquennale pour l’emploi.

Après la dissolution de 1997 il ne retrouve pas son siège de député à l’Assemblée nationale. La même année il est élu conseiller général du canton de Richelieu puis vice-président du conseil général en mars 1998, jusqu’en 2001. En 1999, il est élu Député européen sur la liste d’Union RPR-DL, conduite par Nicolas Sarkozy et Alain Madelin. Depuis mars 2001, Hervé Novelli est maire-adjoint de la commune de Richelieu, président du Syndicat mixte du pays du Chinonais et président de la communauté de communes de Richelieu.

Il est élu député le 16 juin 2002, pour la XIIe législature (2002-2007), dans la 4e circonscription d’Indre-et-Loire. Il fait partie du groupe UMP. Il lance avec une trentaine de député un groupe informel intitulé Les Réformateurs, regroupant des députés libéraux venant de toutes les familles politiques de l’UMP.

Hervé Novelli est rapporteur spécial des crédits du budget de l’industrie et président de la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi d’initiative économique.

A l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP, le 28 novembre 2004, Hervé Novelli est nommé Secrétaire National chargé des fédérations en tandem avec Christian Estrosi, puis Roger Karoutchi.

Le 7 mars 2006, il officialise à la Mutualité la création du premier courant de l’UMP en annonçant la création de l’association « Les Réformateurs » regroupant environ 80 députés représentant la sensibilité libérale du mouvement. Il en est le fondateur et le premier président.

Le 17 juin 2007, Hervé Novelli est réélu député de la quatrième circonscription d’Indre-et-Loire avec 52,56 % des voix.

Fonctions gouvernementales [modifier]

Deux jours plus tard, le 19 juin 2007 tard, il est nommé secrétaire d’État chargé des entreprises (Industrie-PME-PMI-Artisanat et Commerce) et du commerce extérieur dans le gouvernement Fillon, auprès de la ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi.

Après le remaniement du 18 mars 2008, il est en charge du commerce, de l’artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme et des services.

il est à l’origine du statut statut d’auto-entrepreneur entré en vigueur le 1er janvier 2009.

Fonction Politique [modifier]

  • président du PR puis de DL d’Indre-et-Loire (1993-2002);
  • coordinateur des députés PR à l’Assemblée nationale (1995-1996);
  • membre du bureau politique de l’UDF (1996-1999); délégué *général de Démocratie libérale (1997-1998);
  • membre du comité exécutif de DL,
  • secrétaire national de l’UMP, chargé des fédérations et de l’animation (depuis décembre 2004.
  • vice-président du groupe UDF à l’Assemblée nationale (jusqu’en 1997);
  • membre du comité exécutif de DL, chargé de mission auprès du président, chargé des réseaux et des cercles professionnels (1998-2002); président de l’Institut de Touraine (1999-2001);
  • président du syndicat mixte du pays du Chinonais (2001-2008);
  • secrétaire national de l’UMP, chargé des fédérations et de l’animation (2004-2007);
  • vice-président du groupe UMP à l’Assemblée nationale (2005-2007);
  • candidat à la primaire UMP pour la désignation de la tête de liste en région Centre pour les régionales 2010.

Mandats politiques [modifier]

Mandat en cours [modifier]

  • Dépuis 2001: président de la communauté de communes du pays de Richelieu
  • Depuis 2008: maire de Richelieu

Voir aussi [modifier]

Bibliographie [modifier]

  • Frédéric Charpier, Génération Occident, éd. du Seuil, 2005

Liens externes [modifier]

Les réactions des lecteurs

norbert14
anormal
tres bientot toute la radio et tele publique n aura plus droit de parole et sa ce n est pas normal ce monsieur aurait il honte de son passe il faut dans la vie accepter la realite
22.03 à 16h00
Alerter
ALLALA1
MINUS CALIGULUS
Il est effectivement bien plus grave d’avoir ete de l’extreme droite que d’avoir été de l’extreme gauche,
l’extreme droite a tué dans notre pays bien plus de personnes que l’extreme gauche, l’extreme droite a soutenu petain et les nazis, ce que n’a pas fait l’extreme gauche, l’extreme droite soutient des lois raciales, ce que n’a jamais fait l’extreme gauche, l’extreme droite soutient des lois anti libertaires, ce que n’a jamais fait l’extreme gauche, l’extreme droite a soutenu les militaires tirant sur les grevistes, ce que n’a jamais fait l’extreme gauche, l’extreme droite soutient les expulsion indignes d’un pays qui se dit civilisés, ce que n’a jamais fait l’extreme gauche, l’extreme droite soutient que les personnes sont inégales entre elles, ce que n’a jamais fait l’extreme gauche, et on n’en finirait pas de decrire les ignominies de l’extreme droite, allant de la lutte contre la recherche à la lutte contre l’avortement.
22.03 à 14h21
Alerter
tapex
Cela explique bien des choses
Vu les « amis » de notre monarque on frémit à l’idée de qui tire les ficelles du pantin désarticulé.
Il est plus que temps pour la droite de se ressaisir avant qu’elle soit phagoyctée.
22.03 à 14h05
Alerter
caligula minus
liberté chérie
Seuls les passés d’extème droite sont ils critiquables ?
Et les passés trotskyste ou maoïstes de plusieurs leaders de gauche c’est de la rigolede ?
22.03 à 13h54
Alerter
liberté chérie
quand on voit
tous les mecs d’extrème droite au gouvernement, on n’est pas étonnés que le FN soit devenu marginal, car l’ump a repris les grandes lignes de ses chevaux de bataille : l’immigration, la sécurité, l’éducation, etc…
22.03 à 13h38
Alerter
ancien
C’est pas (ordre) nouveau c’est novelli.
Wikipedia :
« Il commença par militer à l’extrême droite : Fédération des étudiants nationalistes (1962-1964), Occident (1964-1968), puis Ordre nouveau (1969-1973), le Front national (1973-1974) et enfin le Parti des forces nouvelles (1974-1981). Avec d’autres cadres du PFN, il rejoint le Centre national des indépendants et paysans au début des années 1980, puis l’UDF. » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Novelli).
C’est fou ce qu’il réussit contre la crise, trouvez pas ?
22.03 à 13h06
Alerter
LucM
Maladroit dans ses bottes
Toujours assumer ses paroles et ses actes.
Seuls les lâches se défilent.
22.03 à 13h01
Alerter
la guepe
pas le seul au gourvenement
il est honteux que l’on censure un reportage, Mr Novellei aurait il honte de son passe d’extrème droite? pourtant in ne doit pas se sentir isolé à l’UMP, Sarko n’est pas Chirac. Il n’a pas anéanti le Front National, il a integre des frontistes.
Mais jusqu’ou France 3 va -t-elle etre aux ordres?
22.03 à 12h07
Alerter
B.BER
pour rafraichir les mémoires défaillantes..
pour ceux qui auraient oublié qui sont Novelli et ses amis, je vous propose une saine piqûre de rappel

http://www.chanvre-info.ch/info/fr/Sarkozy-a-de-mauvaises.html

22.03 à 11h34Alerter

gelinottedesbois
censure
Il me semble que la censure est de retour ?
22.03 à 11h18
Alerter
orroz
De quoi s’agit-il ?
J’ai beau lire et relire. Je ne vois rien que des : « revenait sur le passé », des  » n’importe quoi »; etc.
Je reste sur ma faim.Oui ou non, H. Novelli a-t-il fait parti d’un parti d’extrême derite ? Si oui, on a le droit de le dire. Sinon, on a le devoir de se taire.
22.03 à 11h17
Alerter
citoyen_beta
Se la mettre en veilleuse, non jamais ?
Le NET a cela de terrible c’est qu’il met tout le monde d’accord : tu veux que l’on parle de toi ? c’est sans problème et dans la seconde.Pour en revenir au débat :- Ce qui est étonnant c’est que cela se passe entre deux candidats à l’investiture de l’UMP. Ambiance…

- ce qui est encore plus étonnant c’est que le rapprochement de toutes les droites donc y compris ceux qui votent pour le FN a été le credo de la campagne présidentielle de l’UMP pour pouvoir gagner et personne n’a moufté à ce moment là.

- donc on ne comprend pas qu’un candidat UMP puisse s’offusquer que l’on dise qu’il ait appartenu à l’extrême droite puisque ces électeurs votent pour l’UMP.

Il faudrait alors que l’UMP dise aux français une bonne fois pour toute qu’elles sont les frontières de sa majorité actuelle comme cela il n’aura plus de lézard patron.
22.03 à 10h56Alerter

Toubib 53
Anastasie de retour ?
Merci à dazibaos pour le lien Daily motion.
Avoir honte de son passé au point de faire censurer une émission d’info cela dénote l’état d’esprit de nos  »gouvernants »
22.03 à 10h35
Alerter
lefrançais
@tocc
on voudrais la dire un peu plus la vérité mais ce n’est pas lumpfn comme vous dites qui verrouillent mais plutôt les médias et les gauchistes qui ne veulent pas entendrent les vérités camarades
22.03 à 10h32
Alerter
gife
comité des forges
pour prendre des nouvelles d’extreme droite d’hervé novelli d’alain madelin ecoutez sur le site de la bas si j’y suis recherchez COMITE DES FORGES c’est l’origine de l’iumm
22.03 à 10h32
Alerter
Tocc
Les FNUMPs verrouillent les médias
la vérité doit obligatoirement être cachée aux Français…Triste pays
22.03 à 10h26Alerter
Nelse
Comme c’est dommage !!!
Étre et paraître !!! ce monsieur préfère paraître que d’être, suivant les situations politiques il renie ses convictions, c’est bien dommage, mais c’est courant dans la politique.
22.03 à 10h23
Alerter
lerepublicainfrançai
mais quelle mentalite
il ne faut surtout pas avoir honte d’avoir appartenu au front national je ne comprend novelli
22.03 à 09h48
Alerter
dazibaos
Daily motion
Combien de temp la vidéo restera sur dailymotion ?? http://www.dailymotion.com/video/x8qgil_enquete-de-france-3-sur-le-passe-dh_newsbien sur les commentaires sont désactivés pour cette vidéo ils assurent grave sur dailymotion
22.03 à 09h26Alerter
Inser
info ou intox ?
Il commença par militer à l’extrême droite : Fédération des étudiants nationalistes (1962-1964), Occident (1964-1968), puis Ordre nouveau (1969-1973), le Front national (1973-1974) et enfin le Parti des forces nouvelles (1974-1981)
22.03 à 09h06
Alerter

jacks
wanted
je croyai m novelli secrétaire d etat à l industrie
mais vous dites qu il est au commerce
mais alors quel est le brillant
secrétaire d etat à l industrie
travaillant avec autant de discrétion
22.03 à 08h06
Alerter
Realisme
la liberté fout le camp
Un jour l’avocat aura des bottes, et d’autres moyens qu’un courrier de mise en garde. Quand la vérité n’est plus admise, c’est que la liberté est compromise.
22.03 à 07h02
Alerter
C’EST VRAI QUOI !
on peut avoir été nazillon ou fasciste
sans que ça veuille rien dire ! Regardez Devedjian, ou Balkany, comme ça se trouve très vieux « amis » de Charlatan 1er, élus du même département le plus riche de France comme ça se trouve ! Pas une seule gamelle accrochée au cul !
D’ailleurs, ce reflexe de censurer un reportage exposant tout simplement une réalité historique montre bien que Mr Novelli n’a plus rien d’un fasciste, et je suis définitivement rassuré sur la non-réalité de la soi-disant « dérive fascisante » de nos gouvernants.
22.03 à 02h21
Alerter
tit2009
bonnet blanc
si je comprend bien, c’est comme Jospin qui a été Stroskiste pendant plusieurs années ?
d’ailleurs je n’ai jamais compris pourquoi l’extreme droite était plus mal que l’extreme gauche (je crois qu’en nombre de mort le siècle dernier ça se tient non ?)
bizzz à tous
Thierry
22.03 à 00h03
Alerter
enzo
la censure
se met insidieusement, mais surement en place !!
Qu’attend-on pour bouter sarko’ et sa clique hors du gouvernement de la France??!!
21.03 à 22h44
Alerter
Conscience 45
Et une histoire de plus
Quel beau parti tout de même!!! Et quels beaux représentants !!! Ah si seulement le Maréchal pouvait voir çà!!!
21.03 à 21h51
Alerter
sigismonddemartenot
A droite, toute
M’enfin, si on en croit Wikipedia, ce sont quand même 20 ans d’encartement à l’extrême droite, ce n’est pas un simple « détail de l’histoire » tout de même!!Alors à côté de ce Monsieur, Serge Lepeltier fait figure de joyeux gauchiste.
21.03 à 21h08Alerter
aplatventre
sur le NET…
……On a tout sur cet homme (wikipedia) alors que l’on y avait pas attaché d’importance auparavant. Alors coup de pub involontaire pour le FN ou quoi ?
21.03 à 19h46
Alerter
baerat
la photo
par contre le monsieur se trompe de doigt sur la photo de l’article !
21.03 à 19h35
Alerter
obsith
écarter l’ électeur,
pour un homme politique des éléments relatifs à la
vie privée de celui -ci mais de ceux relatifs à la vie publique ? !!!un coup de pub râté ôu réussi? en tout cas ceci montre que que notre régime politique actuel »s’extrémise » !
21.03 à 19h33
Alerter
Bourgeois
bof
suffit de taper Novelli sur un moteur de recherche.
d’ailleurs il est en bonne compagnie au Gvt, Boutin, Devedjian, Hortefeux…
21.03 à 19h26
Alerter
regionale
Ridicule…
C’est d’autant plus ridicule puisque NS, candidat de l’UMP aux présidentielles, s’est félicité d’avoir rassemblé toutes les droites notamment celle du front national sans laquelle il n’aurait pas été élu. Alors on ne comprend pas cette indignation. De grosses pointures socialistes sont passées par la LCR sans pour cela renier leur passé bien au contraire. On ne peut pas à la fois avoir besoin de l’extrême droite pour remplir les urnes et en même temps en avoir honte.
21.03 à 19h11
Alerter
liberté chérie
honte de son passé ?
faut assumer, comme dirait l’autre !
du coup ça fait un buzz national
réussi
alors que s’il avait laissé, ce serait resté local
quelle intelligence, on en est baba !
21.03 à 19h00
Alerter

Publié dans AU SUJET DES MEDIAS, LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY, PARFUMS DE SCANDALES | Pas de Commentaire »

Sur la télévision. Parlons de ces débats sur l’immigration qui se font sans immigrés.

Posté par issopha le 15 mars 2009

« Ma chanson leur a pas plu »,

(A propos de l’émission « Ripostes », et d’un certain verrouillage du débat public en général et du débat sur l’immigration en particulier)

Par Pierre Tevanian, Octobre 2002

Introduction

Vendredi dernier, j’ai reçu un coup de téléphone qui m’a quelque peu perturbé. L’assistante de Serge Moati, interressée par certains de mes articles qu’elle avait lus sur internet, m’invitait à participer, le mercredi suivant, à l’enregistrement d’un débat d’une heure pour l’émission « Ripostes », autour des questions suivantes : « Le modèle français d’intégration est-il en crise ? » et « Y a-t-il une tentation du repli communautaire ? ». Ce coup de téléphone, la conversation qui s’en suivit, et son dénouement furent instructifs quant à la manière dont les grands médias envisagent « l’immigration » et « la jeunesse  » qui en est issue.

Article

L’assistante de Serge Moati me précisa que les autres invités de son émission étaient le dirigeant d’une association d’entrepreneurs noirs-africains, l’historien Benjamin Stora, le député de droite Yves Jégo, le président de SOS Racisme Malek Boutih et enfin Jean-Pierre Chevènement, qu’on ne présente plus… Je lui répondis que j’avais des choses à dire sur ces questions (et sur leur formulation), que la proposition m’intéressait, mais que la composition du plateau et les conditions du débat me semblaient difficiles ; je lui demandais donc de m’accorder deux jours de réflexion, ce qui ne lui posa pas de problème.

Après m’avoir fixé un rendez-vous téléphonique pour le lundi suivant à 11h, l’assistante de Serge Moati me demanda, à titre d’information, de lui dire en deux mots ce que m’inspirait le sujet de l’émission. Je lui répondis ceci : il n’y a pas de problème d’intégration, il n’y a qu’un problème de racisme et de discrimination. Par conséquent, si repli communautaire il y a, celui-ci n’a rien de « culturel » ou d’ « ethnique » : c’est un réflexe de défense parfaitement légitime, de la part de personnes qui sont constamment agressées, stigmatisées ou discriminées. Lorsqu’on est regardé comme des parasites, des bêtes curieuses, des « sauvageons » ou des intégristes, il est normal qu’on finisse par préférer rester entre soi.

J’ajoutais que le mot intégration, ce mot vide de sens, ne servait qu’à une seule chose : éviter de parler de racisme et de discrimination. En effet, parler d’intégration, c’est situer le problème au niveau de la population immigrée, alors qu’on ferait mieux de regarder du côté de la société française, et des mécanismes d’exclusion et de domination qui la traversent. J’évoquai par exemple la discrimination légale : un tiers des emplois sont interdits aux étrangers non-européens, soit un tiers de « préférence européenne ». J’évoquais la discrimination raciale sur le reste des emplois, illégale mais parfaitement tolérée : le taux de chômage des jeunes de 20 à 29 ans dont les deux parents sont nés en Algérie est de 40%, soit quatre fois plus que celui des autres jeunes du même âge… Quant à la réponse institutionnelle, elle n’est pas vraiment à la hauteur du problème : dix condamnations par an, et un numéro vert pour les victimes…

« Vous pensez donc que le modèle français d’intégration est en panne ? » me demanda l’assistante de Serge Moati. Je lui répondis que non, car parler de « panne » suppose qu’il fut un temps où ce « modèle français » a « fonctionné », en tout cas mieux qu’aujourd’hui, ou différemment. Or, il n’en est rien : être un Algérien en France n’était pas plus facile il y a vingt, trente ou quarante ans qu’aujourd’hui, et même les Italiens, les Polonais ou les Arméniens ont eu, dans le passé, à subir la xénophobie, le mépris et la discrimination.

Je m’en suis tenu là, conscient qu’un discours d’apparence trop « radicale » pouvait effrayer mon interlocutrice. Après tout, me disais-je après avoir pris congé d’elle, il serait toujours temps, une fois sur le plateau, d’aller un peu plus loin, et notamment de poser frontalement la question de la composition de ce plateau :

- Pourquoi inviter dans un « débat contradictoire » Jean-Pierre Chevènement et Malek Boutih, dont le regard et le discours sur l’immigration et les banlieues sont identiques et interchangeables ?

- Pourquoi les immigrés et leurs enfants ne sont-ils pas invités ? Pourquoi sont-ils toujours objets et non sujets de discours ? Pourquoi, par exemple, des sans-papiers n’auraient-ils pas quelque chose à nous apprendre sur le « modèle français d’intégration », ou sur leur supposé « repli communautaire » ?

- Pourquoi le « débat public » sur les immigrés et leurs enfants met-il hors-jeu les associations de terrain qui font de la politique au sens noble du terme, comme les Motivés, le Mouvement de l’Immigration et des Banlieues, Agora-divercité, Bouge qui bouge et tant d’autres ?

- Pourquoi fait-on mine de croire que la personne de Malek Boutih suffit à « représenter » la « jeunesse issue de l’immigration », alors que nombreux sont ceux qui ne se reconnaissent pas dans son discours sécuritaire ?

Je m’étais bien gardé, également, d’effrayer mon interlocutrice avec une liste exhaustive des violences qui sont faites aux immigrés ou à leurs enfants : privation du droit de vote, double peine, contrôles au faciès, tabassages ou crimes policiers, qui touchent presque toujours des jeunes noirs ou arabes. Mais une fois sur le plateau, il me faudrait parler…

Enfin, je m’étais bien gardé de manifester la moindre animosité à l’égard des autres invités, même si intérieurement je n’en pensais pas moins, et même si, dans un accès de ressentiment et de mégalomanie, il me prenait l’envie d’être le grand Vengeur, celui qui allait enfin faire payer à Malek Boutih et Jean-Pierre Chevènement tout le mal qu’ils ont fait. Car il fallait que cela soit dit : lorsqu’on est président d’une association qui s’appelle SOS racisme, c’est de la double peine qu’il faut parler, des « emplois réservés », du droit de vote des étrangers, des contrôles au faciès, des violences policières ; or, sur tous ces sujets, on n’entend pas Malek Boutih. En revanche, on l’entend à longueur de temps parler d’insécurité, de jeunes barbares et de viols collectifs, et entretenir ainsi des stéréotypes qu’il est censé combattre.

Les deux jours de réflexion passèrent. Certains de mes amis me conseillèrent de ne pas aller dans ce qu’ils considéraient comme un traquenard, à trois contre un, et même pas à domicile… D’autres me poussèrent à tenter ma chance, puisqu’après tout, je n’avais rien à perdre. Pour achever de me convaincre, un ami militant du MIB accepta de m’accompagner. Si Serge Moati acceptait, je serais donc moins seul face au « pôle républicain » que formaient Jean-Pierre Chevènement, Malek Boutih et Yves Jégo ; et s’il refusait, je consacrerais mon maigre temps de parole à la question cruciale de la composition du plateau, et de la mise hors-jeu des principaux concernés.

J’étais donc bien décidé à en découdre lorsque, le lundi suivant, à 11h, mon téléphone… ne sonna pas. Et il en fut de même durant toute la journée, puis le lendemain, puis le surlendemain : « j’ai attendu, attendu, elle n’est jamais venue ». Il fallut se rendre à l’évidence : malgré toutes mes précautions, malgré mes efforts d’autocensure, quelque chose n’était pas passé. Mais quoi ? J’en perdis mon sang froid : peut-être, tel Betty Elms dans Mullholland drive, m’étais-je vu évincé du plateau par une « Camilla Rhodes de l’intégration », imposée au malheureux Serge Moati par une quelconque Mafia. Mais quelle Mafia : l’Élysée, le PS, le Pôle républicain ? Et qui était cette « Camilla Rhodes » ? Pour connaître son identité, il me fallait attendre la diffusion de l’émission, le dimanche suivant.

Je me suis torturé l’esprit quelques minutes, puis je me suis ressaisi : « ma chanson leur a pas plu, n’en parlons plus ». Ou plutôt parlons-en, mais publiquement. Parlons de la question de « l’intégration » et du « repli communautaire », et de l’obligation d’en accepter les termes biaisés si l’on souhaite prendre part au « débat ». Parlons de l’intégration, et répétons que ce mot ne veut rien dire. Parlons de la discrimination, et de l’impossibilité d’en parler à la télévision. Parlons des autres grands tabous : racisme, emplois réservés, double peine, contrôles au faciès, brutalité et impunité policière.

Parlons, surtout, de la composition des plateaux dans les débats télévisés. Rappelons que ma petite mésaventure n’est qu’un exemple parmi une multitude d’autres, et qu’elle ne fait qu’illustrer un problème structurel, que Pierre Bourdieu avait parfaitement analysé dans son livre Sur la télévision. Parlons de ces débats sur l’immigration qui se font sans immigrés.

Parlons de l’OPA réalisée par Malek Boutih et SOS Racisme sur la « jeunesse issue de l’immigration », et de l’invisibilité dans laquelle les grands médias maintiennent les autres associations, celles qui sont vraiment sur le terrain et qui luttent vraiment contre le racisme et la discrimination.

Parlons de tout ça, et diffusons cette parole avec les moyens du bord : des tracts, des journaux, des livres, des radios associatives, en attendant que la télévision cesse d’être un instrument policier – j’entends par là : en attendant que, sur des questions comme le racisme et la discrimination, la télévision nous dise autre chose que le sempiternel « circulez y’a rien à voir ! ».

Textes de Pierre Tevanian

 

 

 

 

United Colors of Travail Famille Patrie, Anatomie d’une révolution conservatrice

Par Pierre Tevanian, Mai 2008

Introduction

En revisitant l’œuvre politique du ministre de l’intérieur Sarkozy, puis sa campagne électorale et sa première année de mandat présidentiel [1], Pierre Tevanian nous invite à relativiser la part de nouveauté et de « rupture » que marque le « style Sarkozy », mais aussi le génie politique que trop d’observateurs, y compris à gauche, se sont empressés de reconnaître au président au lendemain de son élection. Le sarkozysme est bel et bien, à ses yeux, une « révolution conservatrice » – il précise en quel sens.

Article

Sur la télévision. Parlons de ces débats sur l’immigration qui se font sans immigrés. dans DE La FABRIQUE DE L'OPINION ET DU CONSENTEMENT jacques_martin-2

Du point de vue de l’intelligibilité de ce qu’est « le sarkozysme » autant que du point de vue de la construction d’une résistance au-dit sarkozysme, un écueil principal me paraît devoir être évité, qui ne l’est malheureusement pas assez à gauche : la fascination. Il faut entendre par là une double surestimation : celle d’une part de la nouveauté, de la « rupture » que marquerait le « style Sarkozy », celle d’autre part du génie politique qu’on pourrait reconnaître au camp adverse – c’est-à-dire à la personne de Nicolas Sarkozy, mais aussi bien à ses conseiller-e-s, ses lieutenant-e-s, ses équipes de campagne, etc. En d’autres termes, l’hypothèse que je voudrais développer ici, c’est qu’avec ou grâce à Nicolas Sarkozy, la droite n’a pas tant changé que cela, et qu’elle n’est pas tant que cela « devenue intelligente ».

frankenstein-jj-001-3 dans LA TELEVISION selon PIERRE BOURDIEU Il ne s’agit pas pour autant de réduire la singularité du personnage Sarkozy, et de la situation politique particulière dans laquelle son triomphe électoral place le pays (et plus particulièrement la gauche), en se bornant à répéter que la droite reste la droite et qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Il s’agit au contraire, de saisir d’un même mouvement ce qui a changé et ce qui n’a pas changé, afin de comprendre la genèse de la situation présente – et notamment la responsabilité de la gauche dans l’actuel triomphe de la droite.

Une cohérence dans le « bric-à-brac »

Descartes le soulignait dans ses Méditations métaphysiques : les monstres sortis de notre imagination ne sont jamais de pures inventions, mais simplement des compositions inédites à partir de plusieurs êtres déjà existants – par exemple l’assemblage d’un corps d’homme et d’une tête de chien, d’oiseau ou de cheval. Il en va de même des monstres réels, notamment des monstres politiques. Le personnage Sarkozy – monstrueux à plus d’un égard – n’échappe pas à la règle : il apparaît comme une espèce de Frankenstein politique, composé de pièces rapportées les plus disparates et hétéroclites.

Il y a en lui reagan dans LE MALJOURNALISME : Le cas français 

- du Reagan (le « libéralisme autoritaire », et le slogan « la France est de retour », décalque du reaganien « l’Amérique est de retour »),

- du Berlusconi (le goût affiché pour l’argent et le luxe, les connivences avec les médias et le très grand patronat), berlu-2 dans QUESTIONS DES MINORITES

- du François Mitterrand (le recrutement intensif d’ « intellectuels de Cour », destinés à chanter les louanges du Président-Monarque),

- du Houphouët-Boigny (le phagocytage de l’opposition par le débauchage, la promotion ou l’éloignement de ses figures [2]),

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- du Mao (le culte de la personnalité, l’omniprésence de l’image du Président dans l’espace public, via notamment les devantures de kiosques),

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- du Pierre Poujade (l’anti-intellectualisme agressif, le dénigrement systématique de l’intellect, du raisonnement et des « raisonneurs », l’appel non moins systématique au « bon sens » et à « l’évidence » [3]), 

- du Michel Houellebecq (l’héroïsation du « petit-blanc » hétérosexuel médiocre et d’apparence disgracieuse) [4],

- du John Kennedy et du Tony Blair (l’imagerie du jeune leader, forcément « dynamique », qui « renouvelle » la vie politique),

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- du Superdupont (la rencontre passablement comique entre l’imaginaire américain du super-héros omniprésent et omnipotent – « Ensemble tout devient possible ! » – et une beaufitude franco-française absolument assumée) et quelque chose aussi d’Ubu Roi…

Le tout arrangé cosmétiquement par quelques références « progressistes », préalablement panthéonisées, c’est-à-dire vidées de toute leur consistance sociale et politique et de tout potentiel subversif [5] : Jaurès, Blum, Guy Môquet (cités ostensiblement dans les discours du candidat Sarkozy) ou Martin Luther King (dont le célèbre « J’ai fait un rêve » a été purement et simplement recyclé dans le discours sarkozien, sans mention de son auteur).

Sans oublier

- une « attitude » viriliste à la Tony Montana (le Scarface de Brian De Palma, petite frappe [6] ivre de puissance et de gloire),

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- mâtinée d’eau de rose télévisuelle (exhibition de sa vie privée, envolées lyriques sur « la vie », « le rêve » et « l’amour », sentences absconses et lyriques à la Pascal Obispo : « Aujourd’hui Cecilia et moi nous sommes retrouvés pour de bon, sans doute pour toujours »  [7] ; « L’amour, c’est la seule chose qui compte »  [8])

- et de velléités poético-philosophiques à la Jean-Claude Van Damme (« Vous avez de la chance d’être jeunes, car la jeunesse c’est la liberté », « Ne pas être capables de partager l’amour, c’est se condamner à être toujours seul », « La jeunesse, c’est la promesse des commencements, des soleils qui se lèvent sur les mondes endormis » [9]),

- et enfin une touche d’esthétique antiraciste à la mode United Colors of Benetton, célébrant la diversité sans se soucier d’égalité

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… et réaffirmant même avec force un ordre symbolique inégalitaire, dans lequel c’est le mâle blanc qui co-opte généreusement des femmes non-blanches, lesquelles ne manquent pas une occasion de l’en remercier publiquement. 

jpg_Dati2 Il ne faut toutefois pas se méprendre : si une certaine impression de bric-à-brac prédomine parfois, si le ridicule certain du personnage peut empêcher de prendre au sérieux les rodomontades biologistes, nationalistes, sécuritaires ou racistes les plus menaçantes du nouveau président, et si certaines figures de gauche ont été davantage citées que les habituels héros de la droite par le candidat Sarkozy, la matrice de l’ensemble est pourtant extrêmement cohérente, ouvertement idéologique et profondément de droite :

- les lois « sécuritaires » et « anti-immigration » élaborés par le ministre de l’Intérieur Sarkozy [10]

- la gestion des émeutes de 2005  [11],

- la ligne de campagne présidentielle (« travail », « autorité », « liquidation de mai 68 », « identité » et « fierté nationale »),

- les premières mesures de son mandat présidentiel (cadeaux fiscaux aux plus riches, démantèlement du droit de grève, réduction du nombre de fonctionnaires, instauration de « peines planchers » et destruction du statut spécifique du mineur délinquant, loi sur la « rétention de sûreté », verrouillage définitif du regroupement familial, intensification et radicalisation des rafles de sans-papiers),

- sans oublier quelques « chantiers » annoncés comme la castration chimique des délinquants sexuels ou la dépénalisation de la délinquance patronale…).

Droite de droite / Droite de la droite : le lepénisme intégré 

La manière Sarkozy ne se réduit d’ailleurs pas, comme certains commentateurs ont pu le soutenir, à une habile réunification des trois traditions légitimiste, orléaniste et bonapartiste auxquelles il est convenu « depuis René Rémond » de résumer la droite en France [12] – même si, à l’évidence, on pourra toujours trouver « du légitimisme », « de l’orléanisme » et « du bonapartisme » dans les discours, les stratégies ou les modes de gouvernement du président Sarkozy. La synthèse sarkozyste, si synthèse il y a, intègre aussi pleinement la quatrième tradition, la « part honteuse », celle qui de manière significative était refoulée dans la « bible » de René Rémond : la tradition maurrassienne, pétainiste, raciste et fascisante [13].

sarko_le_pen La sociologie électorale l’atteste : c’est en faisant le plein des voix d’extrême droite, et en mobilisant comme jamais les secteurs les plus à droite de l’électorat (les cadres supérieurs du privé, les personnages âgées, les patrons, commerçants et artisans) plus qu’en puisant à gauche ou au centre que Nicolas Sarkozy l’a emporté – même s’il reste à expliquer, nous y viendrons, pourquoi sa posture ultra-droitière ne lui a pas en retour aliéné la totalité de l’électorat de gauche et du centre. Et il n’y a là ni hasard, ni « récupération » louable de pauvres électeurs frontistes égarés : c’est bel et bien sur un discours lepéniste à peu de choses près – en tout cas beaucoup plus empathique qu’antagoniste – que Sarkozy a rallié les lepénistes : à ces électeurs, il n’a pas dit que Le Pen posait de mauvaises questions – dans les deux sens de non pertinentes et de malfaisantes et dangereuses – et il n’a pas même dit que, suivant la malheureuse formule de Laurent Fabius, Le Pen apportait de mauvaises réponses à de bonnes questions. Il leur a promis, au contraire, qu’avec lui, les bonnes réponses de Le Pen allaient enfin pouvoir être mises en œuvre. « Le Pen parle, moi je vais agir » : tel a été, très explicitement, le discours que le candidat Sarkozy a tenu pour rallier les électeurs lepénistes.

Un pétainisme light

Hormis cette promesse explicite, c’est toute la campagne qui a été organisée autour du triptyque lepéniste, et auparavant pétainiste, Travail, Famille, Patrie :

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- célébration du « travail », non contre le capital et les héritiers (bien au contraire, puisque deux des premières mesures annoncées et mises en œuvre ont été un abattement des taxes sur l’héritage et un abaissement du « bouclier fiscal » en faveur des plus gros patrimoines) mais contre les « oisifs » et les « assistés », en d’autres termes contre les plus pauvres ;

- éloge de « la famille » conçue comme « cellule de base de la société » et comme cadre exclusif de la solidarité, refus de l’homoparentalité, valorisation de « l’autorité » dans son sens le plus traditionnel et violents appels à la « liquidation » de Mai 68 ;

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- incontinentes déclarations d’ « amour de la France » (en seulement six discours, le mot Français revient 212 fois, et le mot France 395 fois !) [14], accompagnées de menaces extrêmement violentes contre tous ceux – notamment immigrés – qui ne le partageraient pas, reprise littérale du célèbre slogan lepéniste « La France on l’aime ou on la quitte ») [15], éloge du passé colonial [16], annonce d’un « Ministère de l’immigration et de l’identité nationale »

Sans oublier le retour, de sinistre mémoire [17], d’une combinaison entre vitalisme, anti-égalitarisme et nationalisme :

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« La politique de la vie, pour moi, c’est le contraire de l’égalitarisme et de l’assistanat »

« La haine de la France, c’est la haine de la vie »   [18])

Et la « sortie » typiquement lepéniste :

« Quand on veut vivre en France, on ne pratique pas l’excision, et on n’égorge pas le mouton dans sa baignoire »  [19].

Bref : en deçà de l’éclectisme des références historiques (Jaurès, Blum, Guy Môquet et Barrès) et du brouillage [20] opéré par quelques « coups » médiatiques (deux arabes et une noire au gouvernement, dont une à un ministère-clé, et un ministère « de l’immigration et de l’identité nationale » ; une ex-socialiste et Christine Boutin à la Politique de la ville), la campagne de Nicolas Sarkozy aura été, sur le plan idéologique, d’une grande cohérence, clairement, franchement, caricaturalement de droite, comme aucune autre depuis la fin du régime de Vichy.

Sarkozy n’est évidemment pas Pétain, et la France de 2008 n’est pas la France de 1942. Mais c’est un fait : Sarkozy aura été le premier présidentiable de droite à avoir aussi explicitement repris, en la mettant au goût du jour mais sans en subvertir le fond, une aussi grande part de la philosophie politique pétainiste et maurassienne, l’antisémitisme en moins – et l’imagerie de la Résistance et de l’antiracisme en plus. De Gaulle prétendait transcender le clivage gauche-droite, mener une politique intérieure un tant soit peu « sociale » et une politique extérieure « non-alignée », Pompidou mettait en avant la « modernisation » du pays, tout comme Giscard, qui tenta de promouvoir « le centre » ; la droite qui revint au pouvoir en 1986 avait focalisé sa campagne sur un seul thème droitier : le libéralisme économique, tout comme elle le fit en 2002 sur un autre thème droitier : « l’insécurité » ; quant au Chirac de 1995, c’est d’une thématique de gauche qu’il s’était emparé : « la fracture sociale ». Jamais entre 1945 et 2007, donc, un candidat de droite n’avait organisé sa campagne intégralement et exclusivement sur tous les fondamentaux de la droite la plus droitière.

Du nouveau avec de l’ancien

Ce qui est nouveau et ce qui ne l’est pas apparaissent donc d’un même mouvement : comme dans toute révolution conservatrice, il n’y a, d’un côté, rien d’absolument nouveau si l’on analyse séparément chaque segment idéologique ou imaginaire du programme, de la campagne et du personnage Sarkozy : nous avons affaire à de la « bonne vieille droite pure et dure » ; mais il y a bien, en revanche, quelque chose d’inédit dans la synthèse, dans l’assemblage de tous ces fondamentaux de la droite dure, et dans son caractère « décomplexé » – pour reprendre, dans le méta-discours que l’actuel président tient sur lui même, le mot qui dit le plus de la réalité de ce qui est en train de se passer.

Il y a, plus exactement, quelque chose d’inédit depuis la Libération. Après 1945, le triptyque « Travail Famille Patrie », le biologisme (du type : « la pédophilie est génétique »  [21]) et la pseudo-science ethnique (du type : « Le paysan africain ignore l’histoire » [22]) ont été durablement et profondément frappés d’infamie, au point non pas de disparaître, mais de ne pouvoir s’énoncer qu’indirectement, allusivement, fragmentairement ou marginalement – relégués dans l’extrême droite s’assumant comme telle (et s’incarnant notamment dans le Front National), dans les marges de la droite de gouvernement (quelques « personnages » locaux et quelques « ultra » du type Jacques Médecin, Robert Pandraud, Pierre Bernard ou Philippe de Villiers, quelques cercles de réflexion semi-confidentiels du type GRECE ou Club de l’Horloge) ou encore dans ses coulisses (les discussions « en privé », les « apartés » et autres propos de « buvette de l’assemblée nationale » rapportés par le Canard Enchaîné) ; au cours de la campagne de 2007, pour la première fois, cette « part maudite » a été assumée publiquement par un candidat à l’élection présidentielle devenu président, et même placée au cœur de sa communication politique.

À titre de comparaison, Jacques Chirac a bien tenu des propos semblables à ceux de Nicolas Sarkozy ; c’était en juin 1991, lors d’un banquet paraît-il trop arrosé : « overdose d’immigrés », « le bruit et l’odeur »… Mais, que ce soit en 1995 ou en 2002, sans pour autant s’excuser ni devenir progressiste et antiraciste, il avait dû policer son discours et faire oublier son « dérapage » de 1991. Le président actuellement en exercice correspond à un Chirac qui aurait, en 1995 et en 2002, fait campagne sur le bruit et l’odeur des immigrés africains.

On pourra toujours soutenir que cette « décomplexion » de la droite ne change pas grand chose puisqu’au fond, « même sans le montrer autant, la droite a toujours été comme ça ». On pourra même se réjouir de « voir enfin les masques tomber » et de vrais enjeux politiques, radicaux (politique sociale contre politique du patronat, libertés individuelles contre autoritarisme et familialisme, éducation contre répression, social contre génétique, antiracisme authentique contre racisme pur et dur…) se manifester enfin au grand jour. Mais il y a aussi matière à s’inquiéter si l’on songe à l’incroyable légitimation qui est ainsi apportée, sur le terrain idéologique, à des thématiques non seulement conservatrices, réactionnaires, mais également racistes et liberticides – en un mot : éminemment dangereuses pour la démocratie.

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Une droite devenue intelligente ?

À défaut d’avoir profondément innové ou d’avoir rénové l’idéologie de la droite, Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas au moins été un « inventeur de formes » politiques, ou un grand stratège ? Ne doit-on pas lui concéder une exceptionnelle intelligence, fût-ce dans la démagogie ? Le choix de décomplexer la droite n’est-il pas, en soi, un véritable « coup » qu’il fallait « oser » ?

Là encore, l’analyse me paraît non seulement mal fondée, mais aussi dangereuse pour la gauche. Il n’est certes pas inutile d’analyser de près la construction d’une communication politique, d’en reconnaître l’habileté, et de scruter les mille et uns ajustements qui ont permis de mettre au goût du jour de très anciens chevaux de bataille  [23] ; mais le succès d’un discours politique résulte d’un processus, qui dépend d’un certain état du champ de la communication politique et non d’une simple série de « bons choix » stratégiques.

Plus précisément, l’analyse qui consiste à attribuer le succès électoral de Sarkozy à son génie politique, tout comme celle qui attribue les échecs passés de la droite au fait qu’elle fut « la plus bête du monde », présente deux défauts : elle n’est pas assez matérialiste (elle mésestime, en se focalisant sur le contenu des discours, la question de la distribution et des conditions sociales de la parole publique), et elle n’est pas assez dialectique (en se focalisant sur un seul camp, elle mésestime le rôle qu’ont pu jouer les discours adverses et leurs faiblesses).

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L’appréciation du génie politique de l’équipe Sarkozy doit en effet être tempérée par la prise en compte de l’incroyable force de frappe médiatique dont a bénéficié un candidat lié comme jamais au monde des affaires, et plus spécifiquement aux patrons de presse, de télévision et de radio [24]. On le néglige trop souvent : une stratégie, même médiocre, peut être plus efficace, si elle bénéficie de relais médiatiques massifs, qu’une stratégie plus intelligente mais « désarmée ». Or, il est patent – et il y a là un immense champ d’investigation pour la recherche, et de lutte pour la construction de contre-pouvoirs – que Nicolas Sarkozy a bénéficié d’un arsenal médiatique plus qu’imposant, qui s’est non seulement mobilisé pendant la campagne pour le promouvoir et démolir ses adversaires, mais qui a aussi, sur le plus long terme, contribué d’année en année, progressivement, à véhiculer sa vision du monde social et à rendre recevable son discours. En d’autres termes, c’est au moins autant la quantité que la qualité qui a joué en faveur de Sarkozy, c’est pour une grande part « à l’usure » qu’il a conquis l’électorat.

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Survaloriser le rôle de l’intelligence tactique de l’équipe Sarkozy, c’est aussi faire comme si elle avait élaboré son discours et sa stratégie en vase clos, par une suite de choix rationnels, alors que ces options s’inscrivent dans un vaste mouvement idéologique au sein duquel le camp adverse, la gauche (à prendre dans sa plus large extension, et dans toute sa diversité) joue un rôle décisif. Pour le dire crûment : et si Sarkozy n’avait été fort que de la faiblesse de ses adversaires ? Le « que » est bien sûr excessif ; mais on ne peut écarter la part de responsabilité de la gauche dans le processus qui a rendu gagnante une stratégie « droitière décomplexée » qui n’aurait pas pu l’être quinze ans auparavant. La campagne « décomplexée » de Sarkozy a d’autant mieux fonctionné que le contre-discours de ses adversaires, et notamment de sa principale adversaire Ségolène Royal, était faible et « complexé », quand il ne s’alignait pas, en plus soft, sur le sien : autorité, sécurité, patriotisme, logique du « donnant-donnant, gagnant-gagnant » (en clair : abandon de logique des droits sociaux) [25].

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Mais le problème déborde largement la personne de Ségolène Royal et la séquence de la campagne présidentielle : à plus grande échelle, et sur le long terme, le succès de l’option droitière de Sarkozy ne peut s’expliquer sans prise en compte de l’évolution de la gauche, notamment socialiste, et d’une longue série de démissions, tant sur le terrain de la politique économique et sociale que sur les questions « d’immigration » et de « sécurité ».

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Pour ne s’en tenir qu’à ces dernières, qui ont été au cœur de la campagne de 2007, la liste est imposante des révolutions conservatrices qui se sont opérées à gauche depuis plus de vingt ans, et qui ont aboutit à une profonde anesthésie de l’opinion de gauche et du centre face à l’offensive Sarkozy 2007 :

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- alignement sur la problématique xénophobe du « problème de l’immigration », depuis le tristement célèbre « Le Pen apporte de mauvaises réponses à de bonnes questions » [26] jusqu’aux lois Chevènement-Guigou de 1998, qui conservaient l’essentiel du dispositif Pasqua-Debré  [27] ;

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- alignement sur la problématique « sécuritaire » de la droite, depuis le Colloque de Villepinte et les années Chevènement  [28] jusqu’au ralliement à la politique d’hyper-répression des émeutiers de novembre 2005  [29] ;

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- ralliement au consensus prohibitionniste contre les élèves musulmanes portant le foulard  [30], et plus largement au consensus islamophobe et à la stigmatisation des garçons arabes  [31]

ni_putes_ni_soumises Dans les années 80 et même 90, la droite n’était pas moins intelligente ou plus bête que celle de 2007 : elle avait simplement un choix plus difficile à faire. Un présidentiable de droite devait choisir entre deux options, qui du strict point de vue électoraliste présentaient toutes deux un risque considérable : soit droitiser et raciser son discours pour capter l’électorat FN, mais au risque de s’aliéner l’électorat centriste et de sur-mobiliser contre lui l’électorat de gauche ; soit chercher un supplément de voix au centre (beaucoup) et à gauche (un peu), au risque alors de s’aliéner l’électorat d’extrême droite et de droite extrême. La raison pour laquelle l’option ultra-droitière de Sarkozy n’a pas été pas spécialement géniale, intelligente ou « osée » est précisément que vingt ans de consensus libéral, sécuritaire, anti-immigration (et, plus récemment, anti-musulman) ont supprimé le risque de « sursaut humaniste » et « antiraciste » qui pesait sur cette option droitière.

Or, c’est un fait : ce consensus, cette anesthésie de la « France centriste » face à des positions naguère « extrémistes », s’est construit avec le concours – souvent suiviste, mais parfois aussi avant-gardiste – de franges non négligeables de la gauche, notamment des mouvances « sociale-libérale » et « nationale-républicaine », mais parfois aussi [32] de la « gauche de gauche ». lo_voile La droite n’est donc pas « devenue intelligente » : elle est devenue hégémonique. Ce qui appelle une autre question – comment ? – et déplace le problème : ce n’est pas seulement à la droite que la gauche doit s’intéresser, mais d’une part aux médias, d’autre part à elle-même. En d’autres termes : l’excès d’attention, d’intérêt voire de fascination pour Sarkozy ou le sarkozysme constituent une fuite en avant, un moyen commode, peu coûteux à court terme mais fatal à long terme, de s’épargner collectivement un examen de conscience urgent : celui des faiblesses de la gauche, de la manière dont elle s’est laissée gagner par des idées de droite. L’historien Gérard Noiriel a mis en lumière des « origines républicaines de Vichy »  [33] ; une tâche analogue s’impose aujourd’hui à toutes celles et ceux qui se veulent de gauche : du triomphe de Sarkozy, il nous faut assumer, répertorier et analyser les origines républicaines – sans en occulter la part proprement progressiste ou de gauche. Il nous faut admettre, en somme, qu’il y a bien des origines socialistes, communistes et trotskystes du néo-vichysme sarkozien.

Post-scriptum

Une première version de ce texte, plus brève, a été publiée en octobre 2007 par la revue Mouvements, dans un numéro consacré à la droite française, intitulé La New droite. Une révolution conservatrice ?.

Textes de Pierre Tevanian

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Notes

[1] Il est toujours délicat d’écrire l’histoire en temps réel. Nul ne peut aujourd’hui prédire avec certitude ce que sera la présidence Sarkozy, dans quelle mesure elle réalisera le programme annoncé par le candidat au cours de sa campagne, dans quelle mesure elle l’amendera ou le trahira, notamment parce que cette évolution dépend largement de la résistance que lui opposeront la gauche française d’une part (au sens large des partis de gauche, des syndicats et des mouvements sociaux), le contexte international d’autre part. Mais pour savoir « ce qui nous attend », des éléments sont toutefois à notre disposition : l’œuvre déjà accomplie par Nicolas Sarkozy d’une part, c’est-à-dire la marque qu’a laissée le passage de l’actuel président dans divers gouvernements de droite, principalement au ministère de l’Intérieur, en termes de lois, circulaires, pratiques politiques, modes de communication et de justification ; la campagne présidentielle, d’autre part, au cours de laquelle le candidat a pu manifester dans toutes ses dimensions et toute sa radicalité une vision du monde, un programme et une manière de faire de la politique, et construire ainsi un « personnage Sarkozy » ; les premiers actes du gouvernement Fillon, enfin, qui dessinent un cadre. De cet ensemble nous pouvons tirer quelques conclusions, qui permettent au moins de prévoir ce qui risque d’advenir si aucune résistance ne vient enrayer la machine.

[2] Eric Besson, Bernard Kouchner, Jacques Attali, Fadela Amara, Jack Lang, Claude Allègre, Michel Rocard, Dominique Strauss-Kahn… – une liste vouée à s’allonger.

[3] Par exemple : « Vous trouvez ça normal, vous, de violer une petite fille de sept ans ? ». Sur ce registre argumentatif, cf. Stéphane Palazzi, « Glissement progressif du langage », Libération, 17/08/2007. Sur l’anti-intellectualisme de Poujade, cf. Roland Barthes, « Quelques paroles de M. Poujade », Mythologies, Points Seuil, 1970.

[4] Sartre, dans ses Réfléxions sur la question juive, décrit l’antisémite classique, grosso modo le maurassien, comme un homme qui se complait dans sa médiocrité, et bâtit sur elle une « aristocratie des médiocres ». Celle-ci consiste à assumer sa propre nullité intellectuelle, sa paresse et sa veulerie, en les sublimant sous le nom de francité. En substance : « Je ne suis assurément pas aussi intelligent et entreprenant que tel intellectuel juif ou tel antiraciste enjuivé, mais l’intelligence est une vertu de seconde catégorie, une vertu juive, qui ne pèse rien face à la vertu cardinale qu’est la francité ». Nicolas Sarkozy, d’une manière assez semblable (mais sans l’antisémitisme), semble s’évertuer à assumer avec fierté – et comme Michel Houellebecq – la vision du monde la plus ringardement « dix-neuvièmiste », anté-anticoloniale – par exemple dans son incroyable « Discours de Dakar » sur « le paysan africain », digne de Tintin au Congo, ou encore son biologisme Alexis-Carrélien concernant le caractère génétique de la violence, de l’homosexualité ou du suicide, au mépris de toutes les réfutations scientifiques que l’une et l’autre ont subies depuis maintenant plusieurs décennies. Cf. Achille Mbembe, « L’Afrique de Nicolas Sarkozy ». Cf. aussi, sur lmsi.net, « Le cas Michel Houellebecq »

[5] Comme l’ont bien souligné les historiens du CVUH, dans « L’histoire par Nicolas Sarkozy : le rêve passéiste d’un futur national-libéral ». Sur un même corpus de discours de campagne, le CVUH recense 27 occurrences pour Jean Jaurès, 17 pour Jules Ferry, 7 pour Léon Blum, et 12 seulement pour De Gaulle.

[6] Sur la virilité agressive et le style « petite frappe » de Nicolas Sarkozy, cf. Elsa Dorlin et Catherine Achin, « J’ai changé, toi non plus. La fabrique d’un-e Présidentiable : Sarkozy/Royal au prisme du genre ».

[7] Nicolas Sarkozy, Témoignage, XO Editions, 2006)

[8] Nicolas Sarkozy cité par Yasmina Reza dans L’aube, le soir et la nuit, Flammarion, 2007. Sur ce registre « sentimental », cf. l’analyse du linguiste Damon Mayaffre dans l’émission « Là-bas si j’y suis ».

[9] Extraits de l’ahurissant « Discours à la jeunesse » du candidat Sarkozy

[10] Cf., sur lmsi.net, « Chronique du racisme républicain. 2002-2007 »

[11] Cf., sur lmsi.net, « Chronique du racisme républicain. 2002-2007 »

[12] Cf. René Rémond, Les droites en France, Aubier Montaigne, 1993

[13] Cf. Zeev Steernhell, La droite révolutionnaire, 1885-1914, Folio Histoire, Gallimard, 1997 et Ni droite ni gauche. Naissance de l’idéologie fasciste en France, Fayard, 2000.

[14] Comptage réalisé par le CVUH, op. cit.

[15] Discours du ministre Sarkozy en avril 2006

[16] Cf. Olivier Lecour-Grandmaison, « Sarkozy ou le triomphe d’une histoire apologétique de la colonisation ».

[17] Cf. Zeev Steernhell, op. cit.

[18] Discours de Bordeaux, 1er mars 2007

[19] Relire, aujourd’hui, Le Pen, les mots, l’étude de la langue lepéniste publiée à La Découverte en 1998 par Isabelle Cuminal, Maryse Souchard, Stéphane Wahnich et Virginie Wathier, est une expérience saisissante : des pans entiers de ce que les auteurs identifient comme la rhétorique spécifique de Le Pen correspondent rigoureusement à l’actuel « style Sarkozy ».

[20] Cf. Éric Fassin, « Sarkozy ou l’art de la confusion », Le Monde, 13/04/2007

[21] Propos de Nicolas Sarkozy tenus dans Philosophie magazine, et repris sur le site de la revue : www.philomag.com

[22] Cf. Achille Mbembe, « L’afrique de Nicolas Sarkozy ».

[23] Cf. Jade Lindgaard et Joël Confavreux, « L’hémisphère droit. Comment la droite est devenue intelligente »

[24] Cf. Marie Bénilde, « Nicolas Sarkozy, déjà couronné par les oligarques des médias ? », Le monde diplomatique, Septembre 2006

[25] Cf. Collectif Les mots sont importants, « Perdre son âme ne fait pas gagner les élections ».

[26] Formule du Premier ministre Laurent Fabius, en 1984

[27] Cf. Pierre Tevanian et Sylvie Tissot, Dictionnaire de la lepénisation des esprits, L’esprit frappeur, 2002, et sur lmsi.net, Sylvie Tissot et Pierre Tevanian, « La lepénisation des esprits ».

[28] Cf. Pierre Tevanian, Le ministère de la peur. Réflexions sur le nouvel ordre sécuritaire. Cf. aussi la chronologie publiée sur lmsi.net : « De Chevènement à Sarkozy. Généalogie du nouvel ordre sécuritaire » 

[29] Cf. notamment François Athané, « Ne laissons pas punir les pauvres ».

[30] Cf. Pierre Tevanian, La république du mépris, Editions La découverte, 2007, et sur lmsi.net, « Une révolution conservatrice dans la laïcité ».

[31] Sur l’ensemble de ces thématiques (droit des étrangers, politiques sécuritaires, islamophobie, instrumentalisation du féminisme) : « Chronique du racisme républicain. 2002-2007 » publiée sur www.lmsi.net.

[32] Notamment pour ce qui concerne la stigmatisation des femmes voilées et l’islamophobie.

[33] Gérard Noiriel, Les origines républicaines de Vichy, Hachette, 1999

 

 

 

Une parole étouffée ?, Présentation du livre Les filles voilées parlent, par ses auteur-e-s

Par Ismahane Chouder, Malika Latrèche, Pierre Tevanian, 15 mars

Introduction

« On a beau vouloir “tout dire”, il y a quelque chose en nous qui nous répète : “Attention, tout ce que tu vas dire pourra être retenu contre toi !” ; ça me rappelle un peu le discours de certaines femmes battues, ou des enfants victimes de maltraitances. »

Article

Pierre Tevanian : Tout, n’importe quoi et son contraire a déjà été dit et écrit à propos du voile et des femmes qui le portent. L’encre a coulé, les arguments se sont opposés, les invectives ont proliféré, mais dans ce déluge de paroles, une chose a manqué : la voix des principales concernées. Que ce soit dans les grands médias ou dans les débats internes au monde politique, syndical et associatif, et même à la « Commission Stasi »  [1], les femmes qui portent le foulard n’ont pas eu voix au chapitre – et les adolescentes encore moins ! Avant la loi du 15 mars 2004, prohibant le port du voile à l’école, et avant les centaines d’exclusions et de dévoilements forcés qu’elle a entraînée  [2], la première injustice est là : dans cette distribution inégale de la parole, dans cette discrimination entre ceux qui ont le droit de parler et celles qui ne l’ont pas. C’est de ce constat qu’est venue l’idée de ce livre…

lesfillesvoileesparlent-2 Ismahane Chouder : Le plus urgent était pour nous de reprendre la parole, ou plutôt de la prendre  [3] ! Dans ce procès qui nous est fait continuellement, il fallait redonner la parole non pas à la défense, mais à l’accusée elle-même. Mieux que ça : il fallait sortir de ce dispositif accusatoire, ou le renverser. Les femmes qui s’expriment dans ce livre savaient que nous ne les présumions coupables de rien : ni d’intégrisme, ni d’arriération, ni d’atteinte à la laïcité… Nous les avons invitées au contraire à parler en toute tranquillité, en toute confiance, et à dire tout ce qu’elles avaient à dire, ce qu’elles avaient sur le cœur, quitte à accuser ou interpeller à leur tour qui ou quoi bon leur semble. Notre objectif était que des femmes se réapproprient la parole, et qu’elles réaffirment par là même leur humanité et leur dignité. Qu’elles cessent d’être de purs objets de discours, pour s’affirmer comme sujets. Comme des sujets libres de leurs choix, et libres de leur parole.

Pierre Tevanian : Effectivement, toutes les femmes que nous avons rencontrées nous ont fait part de ce besoin de parler, de « témoigner » – c’est un mot qui est souvent revenu. Elles nous ont dit à quel point elles avaient souffert de cette confiscation de la parole, en particulier à l’époque où tout le monde sauf elles, passait son temps à parler d’elles dans les médias. Cela dit, beaucoup étaient partagées entre le besoin de parler, de « témoigner », de « vider son sac », et une très forte inhibition, qu’elles avaient parfois du mal à expliquer… Il faut savoir que pour chaque femme qui acceptait de témoigner, nous en avons approché une dizaine qui refusaient, tout en nous disant : « J’en aurais, des choses à raconter ! ».

Ismahane Chouder : Oui. Beaucoup ont refusé par peur de s’exposer, y compris sous couvert d’anonymat. Beaucoup, même parmi celles qui ont fini par accepter de participer au livre, ont exprimé d’emblée de la méfiance, ou en tout cas une peur de voir leur parole déformée. Pourtant, elles voyaient bien que nous ne leur étions pas hostiles, que Malika et moi portions le foulard, et que nous nous étions battues contre la loi anti-voile. Elles savaient, car nous le leur avons expliqué, que notre projet était justement de leur donner la parole, en leur laissant à la fois le temps, l’espace, le choix des questions abordées et, dans le cas des entretiens enregistrés, un droit de regard final sur les retranscriptions  [4]. Bref, tout le contraire du traitement médiatique ordinaire ! Eh bien, malgré cela, la méfiance l’a souvent emporté. Pas forcément une méfiance à notre égard, d’ailleurs. Ce qui leur faisait peur, ce n’était pas tant la manière dont leur parole allait être retranscrite, mais plutôt la manière dont elle risquait d’être comprise – ou incomprise.

Malika Latrèche : Pour moi, c’est le nœud du problème : nous vivons dans la peur permanente de la manière dont chacune de nos paroles peut être interprétée, ou plutôt mésinterprétée. C’est un sentiment diffus, mais très profond. Même moi, si j’ai accepté de m’exposer, et si me suis beaucoup investie dans l’élaboration de ce livre, j’ai dû lutter, par moments, contre une angoisse terrible contre la tentation de me désengager. Précisément à cause de cette peur. Peur qu’on me reproche de prendre la parole sur ce dossier, peur d’en avoir trop dit. Ce sont des dilemmes insolubles : par exemple, si j’exprime ma souffrance, on dira que je me « complais dans la victimisation », et si je la tais, on en conclura que je ne suis « pas à plaindre » !

J’ai aussi éprouvé une certaine gêne et une certaine appréhension en relisant certains témoignages de lycéennes exclues ou « dévoilées », qui exprimaient très vivement leur colère contre l’École, le corps enseignant, ou plus largement les institutions, ou même « la République », ou « la France ». J’avais pour ainsi dire peur de la peur qu’elles pourraient provoquer ! Alors qu’au fond, elles n’ont rien de si terrible : n’importe quel-le ado humilié-e réagirait de la même manière. Mais là, comme ce sont des musulmanes, et comme cette identité musulmane surdétermine la réception de ce qu’on dit, je redoute le pire : « On va nous prendre pour des marginales, des asociales, des inassimilables, des radicales, des extrémistes… » ; « Cela va donner raison à ceux qui opposent France et Islam ! » ; « On va encore dire que les musulmans sont l’anti-France ! », « ça va conforter l’idée que l’Islam n’est pas soluble dans la République ! ». Alors que chacune de ces filles exprime par ailleurs un attachement sans équivoque aux principes de liberté et d’égalité, ainsi qu’à la laïcité, et que leur colère, y compris dans sa radicalité, voire ses excès, est parfaitement compréhensible de la part d’ados qui viennent de se faire exclure de l’école.

Pierre Tevanian : Cela signifie donc qu’être une femme musulmane qui porte le foulard, dans la France de 2007, te force à intégrer, dans ton existence quotidienne, tous les stéréotypes qui pèsent sur ce foulard…

Malika Latrèche : Oui, même si je n’y adhère évidemment pas, ces stéréotypes sont d’une certaine manière en moi, « en mémoire », et ils interfèrent dans beaucoup de mes réactions. Je me sens enfermée dans un questionnement permanent sur chaque mot, chaque fait et geste, et la manière dont ils vont être perçus, ressentis, interprétés, jugés. Et je me retrouve de ce fait dans des situations complètement absurdes ! Par exemple, il m’arrive souvent de me faire insulter, et parfois même de me faire agresser physiquement, simplement parce que mon foulard est insupportable à certains. Comme dit Jacques Chirac, le foulard est « ressenti par beaucoup de Français comme une agression », si bien que m’agresser est quasiment vécu par l’agresseur comme de la « légitime défense » ! Eh bien, malgré cela, il m’arrive de me rendre à des débats organisés par des militants hostiles au voile, pour tenter d’ouvrir le dialogue et de changer l’image négative de la femme voilée, forcément « soumise », et de m’y rendre seule, alors que mon mari, craignant une agression, préfèrerait m’y accompagner ! Et pourtant, je sais d’expérience que le risque de me faire agresser est réel ! Ce n’est pas que je suis téméraire, c’est plutôt que ma peur d’être agressée s’efface derrière une peur encore plus forte : la peur d’apparaître comme « la » femme voilée soumise, illettrée, coincée, qui n’est bonne qu’à faire la cuisine ou à enfanter à la chaîne, et qui ne sort et ne parle que sous le contrôle de son mari…

Pierre Tevanian : C’est toujours la même chose : l’ombre du stéréotype, et la peur de dire ou faire quoi que ce soit qui puisse y faire penser.

Malika Latrèche : Oui, alors que je n’ai rien à prouver en termes d’indépendance ! Je n’ai vraiment pas le profil de « la femme d’intérieur » : je passe mon temps à militer « sur le terrain », contre toutes formes de discriminations, aussi bien la journée que très tard dans la soirée, sans mari, père ou frère comme garde du corps. Et dans cette histoire, la volonté de mon mari de m’accompagner n’avait rien d’islamique, ni de patriarcal ! On en vient donc même à refuser ce soutien que n’importe quelle femme agressée accepterait : se faire accompagner ! C’est cette normalité-là, cette spontanéité-là, qui nous est interdite par la stigmatisation : dire qu’on a été victime d’un préjudice quand on l’a effectivement été, piquer un « coup de gueule » un peu violent quand le préjudice était violent, accepter la compagnie de son mari quand on a peur d’être agressée…

Nous passons notre temps à nous débattre avec cette question : « Comment vont-ils l’interpréter ? Que vont-ils croire ? Que vont-ils dire ? Comment vont-t-ils réagir ? ». Bref : qu’est-ce que je risque ? C’est extrêmement angoissant, et c’est cela qui nous inhibe, même lorsque nous décidons, de manière très volontariste, de faire un livre pour parler ouvertement, librement, sans entraves ! On a beau vouloir « tout dire », il y a quelque chose en nous qui nous répète : « Attention, tout ce que tu vas dire pourra être retenu contre toi ! ». ça me rappelle un peu le discours de certaines femmes battues, ou des enfants victimes de maltraitances.

Ismahane Chouder : Parmi les réactions que nous avons rencontrées, et qui ont souvent motivé des refus, il y a aussi ce que Malika a appelé le fatalisme. Plusieurs interlocutrices nous ont dit en substance : « Vous êtes bien gentils avec votre livre, mais à quoi bon ? » À quoi bon parler, puisqu’on ne nous écoute pas ? À quoi bon maintenant, surtout, puisque la loi sur le voile est passée ? Et puis, il y a aussi ce que j’appellerais les réactions de « fierté » ou de « revanche » : « On n’a pas voulu nous donner la parole quand on la voulait, quand il le fallait, eh bien maintenant, on se tait ! » Ce genre de réaction est tout à fait compréhensible quand on voit dans quel mépris et quel abandon les femmes voilées se trouvent, et surtout quand on songe à la violence de cette situation qui prévalait dans les médias et un peu partout en 2003-2004 : tout le monde parlait de nous, sur nous, mais sans nous, et nous n’avions aucun moyen de répondre ! Dans de telles situations, le retrait volontaire est presque un réflexe vital : « Vous me méprisez, eh bien moi aussi je vous méprise, je fais ma vie dans mon coin. Je renonce même à revendiquer quoi que ce soit, car je ne daigne même pas m’adresser à vous ! »

Pierre Tevanian : C’est une réaction presque naturelle, que le sociologue anglais Richard Hoggart a bien décrit : un réflexe de repli et une posture de « je-m’en-fichisme » qui est une réponse au mépris social  [5]. Du coup, la parole n’est pas complètement absente, mais elle reste dans l’entre-soi. On se parle entre voilées, entre femmes qui partagent non seulement une conviction et une pratique religieuse, mais aussi un vécu social…

Malika Latrèche : C’est vrai qu’on se parle beaucoup entre nous. On se rend compte souvent qu’on a vécu les mêmes regards, les mêmes remarques, les mêmes exclusions, les mêmes souffrances, et on peut donc parler sans crainte d’être incomprise, d’agacer, ou de passer pour une « pleureuse ». On est sûre que la personne qui nous écoute nous comprend, car elle a vécu sensiblement la même chose. Heureusement, d’ailleurs, qu’il existe ces espaces de dialogue où l’on est sûre de ne pas être jugée, où l’on peut confronter nos expériences et s’échanger des conseils. Mais pour ma part, je ne m’en contente pas – et je pense que c’est le cas aussi de toutes celles qui ont finalement voulu témoigner. Je tiens à ce que tout le monde sache ce qu’on vit. Et je tiens surtout à pouvoir vivre et échanger avec tout le monde !

Ismahane Chouder : Et c’est cette envie qui nous pousse à prendre la parole, malgré les risques. Je sais par exemple que moi, même si parler, m’affirmer comme sujet, défendre mes droits, m’expose à des réactions de violence exacerbée, je ne peux pas y renoncer. Prendre la parole a un prix, mais pour moi, me taire aurait un prix encore plus lourd et insupportable ! Ce serait une véritable négation de soi. Ce serait renoncer à tout ce que je suis, ce à quoi je crois, ce à quoi j’aspire. Je préfère assumer les conséquences de ma visibilité que rester dans l’invisibilité à laquelle on veut m’assigner. Je ne supporterais pas de vivre repliée sur un cocon familial, ou sur une communauté ethnique ou religieuse : je le vivrais comme une asphyxie ! Je préfère sortir et prendre des coups que restée enfermée !

Malika Latrèche : Moi aussi, jusqu’à présent, je n’ai jamais pu me résoudre au silence et au repli. J’ai souvent pensé tout arrêter, mais à chaque fois je reviens ! Au fond, notre situation est un vrai casse-tête : parler est impossible, se taire est impossible ! Ou plutôt : j’ai peur de ce qui m’attend si je parle, mais j’ai peur aussi, plus encore, de ce qui m’attend si je me tais. Et ce qui rend le problème encore plus sensible et complexe, ce sont mes enfants. C’est une responsabilité supplémentaire : en prenant la parole et en me battant pour mes droits, ce n’est plus seulement moi que j’expose à un « retour de bâton », ce sont aussi mes enfants. J’ai souvent envie de tout arrêter parce que j’ai peur qu’il leur arrive quelque chose, qu’on leur fasse payer mes engagements. Et en même temps, c’est aussi en pensant à eux que je me dis qu’il faut continuer. Je repense à mes parents immigrés, qui sont venus travailler en France dans les années 50, et que j’ai vu subir l’injustice et les injures (« Sale arabe ! », « Bicot ! », « Retourne dans ton pays ! ») sans répliquer, sans se défendre, par peur des représailles, et je ne veux pas que mes enfants revivent ça : ces violences d’adultes que j’ai reçues en plein visage quand j’étais aux côtés de mes parents.

Pierre Tevanian : Toutes ces difficultés, ces doutes, ce balancement entre le besoin de parler et la peur de parler, peuvent paraître étranges, voire incompréhensibles, de l’extérieur. Mais dès qu’on vous écoute, toutes les deux, ainsi que les quarante femmes qui témoignent dans ce livre, dès qu’on entre dans votre quotidien, cela devient une évidence. La force de ces témoignages, c’est qu’ils rendent tangibles cette réalité concrète qui a été complètement occultée par les débats houleux sur « l’Islam », « la laïcité » ou « les valeurs de la République » : le poids des préjugés, l’angoisse et la violence qu’ils génèrent au quotidien. Pour ma part, je le soupçonnais avant de faire ce livre, mais j’étais loin d’en prendre toute la mesure. Au fond, les textes et entretiens que nous avons rassemblés nous racontent l’histoire du point de vue des vaincues : celles pour qui les mots d’ordre d’« interdiction des signes ostensibles » ou de « neutralité de l’espace public » n’ont été synonymes ni de « réaffirmation de la laïcité » ni d’« émancipation » ni de « promotion du vivre-ensemble », mais tout simplement, prosaïquement, d’humiliations, d’exclusions, d’injures ou même d’agressions. Pour une fois, écoutons-les.

Post-scriptum

Les filles voilées parlent, recueil de 45 textes et entretiens de femmes voilées vivant en France, coordonnés par Malika Latreche, Ismahane Chouder et Pierre Tévanian, Editions La Fabrique, 2008.

Textes de Ismahane Chouder

 

 

Inch Allah l’égalité ! (Première partie), Entretien avec Cécilia Baeza, Ismahane Chouder et Malika Latrèche, du Collectif des Féministes Pour l’Égalité

Par Cécilia Baeza, Ismahane Chouder, Malika Latrèche, 7 mars

Introduction

« Un féminisme non pas contre, mais avec l’Islam ». Cette formule de Christine Delphy (qui ajoutait : « Et pourquoi pas ? ») [1] peut résumer la démarche des femmes musulmanes, voilées ou non, qui, comme Ismahane Chouder ou Malika Latrèche, se retrouvent avec des « non-musulmanes » au sein du Collectif des féministes pour l’égalité. Dans une discussion à trois voix – extraite du recueil Les filles voilées parlent  – trois présidentes successives du collectif, Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Cecilia Baeza (« non-musulmane, mais souvent prise à partie comme ‘islamogauchiste’ ou comme ‘chienne de garde des voilées’ ») nous racontent les épisodes tantôt douloureux, tantôt cocasses, souvent les deux ensemble, qui ont accompagné l’improbable et pourtant nécessaire émergence de ce nouveau mouvement féministe. Nouveau parce que récent, et composé de femmes souvent jeunes, mais pas au sens d’une volonté de rupture : le collectif regroupe aussi des « anciennes » et même des « historiques » de la lutte des femmes, et il puise aux sources des grands combats féministes du passé… À commencer par un célèbre slogan : « Mon corps m’appartient ! ».

Article

AAAAAAAAAAAAIsmahane Chouder :

Tout a commencé aux réunions préparatoires de la « Marche des femmes 2004 », qui se sont tenues tous les mercredis soirs à la Bourse du Travail de Paris à partir de février. Il y avait des représentants de dizaines d’organisations féministes, des syndicats et des partis de gauche. Les réunions étaient dirigées par Maya Surduts et Suzy Rojtman du CNDF [2], et il s’agissait à la fois de définir le contenu des mots d’ordres et d’organiser la logistique : le trajet, l’ordre des cortèges, etc. Moi j’étais là avec d’autres copines du Collectif Une école pour tou-te-s) et quand nous sommes arrivées, il y avait moi et Sonia qui portions un voile, nous avons senti un grand froid dans la salle, et très vite les discussions se sont orientées vers le voile.

Le texte d’appel évoquait la loi sur le voile, qui était sur le point d’être votée, mais sans la soutenir ni la dénoncer. Il faut dire que les collectifs féministes étaient très scindés : certaines étaient contre le voile et pour la loi, d’autres étaient contre la loi mais aussi contre le voile, et elles avaient donc du mal à s’engager contre cette loi, et les organisations clairement engagées contre la loi étaient nettement minoritaires. Du coup, le texte commun était un compromis, ce qui fait que même s’il ne soutenait pas la loi, il allait dans le sens de la stigmatisation du voile, en le liant à des violences faites aux femmes, en précisant : « quel que soit le sens que lui donne celles qui le portent » ! Et pour moi qui porte le voile, me voir renvoyée du côté de ces violences n’était pas acceptable !

J’ai voulu parler, mais Maya Surduts m’a tout de suite coupé la parole en disant que j’avais assez parlé, alors que je venais seulement de commencer ! Je lui ai répondu qu’elle avait un comportement de phallocrate, ce qu’elle n’a évidemment pas apprécié ! Quelqu’un, je ne sais plus qui, a même dit qu’il était hors de question que des femmes voilées défilent à la Journée des femmes. Nous nous sommes dit : mais alors nous ne sommes pas des femmes ? Nous sommes quoi ? Il y a heureusement eu une militante des Panthères Roses qui a dit qu’on devait nous laisser la parole, qu’il était hors de question d’interdire à quelque femme que ce soit de participer à la manifestation, et que si on nous sortait du cortège, elles sortiraient avec nous.

Finalement, nous n’avons pas voulu signer le texte commun, et nous avons défilé avec notre propre tract, qui reprenait toutes les revendications du texte commun, mais avec un passage en plus contre la stigmatisation des femmes voilées et contre la loi anti-foulard, en disant que c’est une loi sexiste, qui prive des filles d’éducation.

Le jour de la manifestation, nous avons eu de grosses difficultés à nous insérer dans le cortège : nous avons dû faire face à des insultes, des bousculades, et même des tentatives de coups physiques. Il y avait des hommes qui nous bousculaient pour nous empêcher de rentrer dans le cortège, et des femmes qui nous insultaient :

« Vous n’avez rien à faire ici »

« C’est une honte ! »

« Rentrez chez vous »

« Retournez en Arabie, en Iran, en Afghanistan ».

Nous avons eu aussi un « comité d’accueil » particulièrement violent à l’arrivée de la manifestation Place de la Nation, sous les huées, les menaces, et même des crachats ! Tout cela de la part d’autres manifestants ! Ils ont même stigmatisé le « service d’ordre » qu’on avait constitué pour la manif, comme tous les autres services d’ordre d’ailleurs : comme il y avait des hommes, ils se sont retrouvés stigmatisés dans la presse ou dans les groupes militants adverses comme des « barbus » encadrant leurs femmes. Alors qu’il y avait des musulmans et des non-musulmans, des hommes et des femmes, et que surtout, beaucoup d’autres cortèges dans cette manif avaient eux aussi un « service d’ordre » masculin. À commencer par ceux qui nous ont fait barrage !

Cécilia Baeza :

C’est à ce moment que nous avons fondé le CFPE. Au départ, il y a des femmes qui se rencontrent au Collectif Une école pour tou-te-s, et qui décident de prendre à bras le corps la question féministe, parce qu’elles sont féministes, et que le féminisme a été un des principaux arguments qui a servi à justifier la loi anti-voile. D’autre part, comme les femmes qui portent le foulard sont toujours stigmatisées comme dépendantes de frères, de pères, d’intégristes, elles décident de fonder un collectif non-mixte, exclusivement féminin. Christine Delphy est choisie comme première présidente du CFPE, avec comme vice-présidente Zahra Ali, qui a 18 ans et qui est alors lycéenne en terminale, avec son foulard. Le collectif est fondé début 2004, mais nous nous organisons vraiment en juin 2004, avec une Charte, où sont affirmés notamment le droit de porter le foulard et de ne pas le porter ; la lutte contre les discriminations sexistes ; et le refus d’un modèle unique d’émancipation. À partir de ces principes, énormément de choses restaient à discuter, car nous ne nous connaissions pas, et nous avons donc eu beaucoup de débats internes, sur internet et dans des réunions, avec parfois des tensions. Notamment au moment du débat sur l’avortement, où il y a eu un peu un sentiment de « donnant-donnant », avec des féministes « non-musulmanes » qui disaient en substance :

« Nous nous sommes engagées pour vous défendre sur le voile, alors en échange , donnez nous votre soutien sur l’avortement ».

Il y avait un fond juste, qui consistait à dire : peu importe finalement qu’une pratique nous plaise ou pas, heurte ou pas nos convictions, que ce soit le port du foulard ou le recours à l’avortement ; il y a quelque chose de plus important et qui nous unit qui est le droit de choisir. Mais le débat était biaisé par autre chose : le fait qu’il y avait une parole considérée comme la parole féministe légitime, et qui semblait dire :

« Vous, non-féministes, venez nous rejoindre ».

Et puis nous étions piégées par l’agenda, le trentième anniversaire de la loi Veil qui arrivait, et le contexte général, le besoin de se positionner dans le champ féministe, et de prouver aux autres que nous étions bien des féministes. J’entends par là : un besoin de tout le collectif d’être reconnu légitime par les autres organisations féministes, ce qui a abouti en interne à une situation où les musulmanes voilées se sont aussi senties obligées de prouver aux autres copines qu’elles étaient bien féministes…

Malika Latrèche :

Il y a eu des tensions lors d’une réunion en octobre 2004 où des femmes à côté de moi disaient :

« Mais qu’est-ce qui va se passer quand il faudra se positionner sur le droit à l’avortement ? Est-ce que vous serez là ? »

Le trentième anniversaire de la loi Veil arrivait en janvier, et tout le mouvement féministe français préparait cet anniversaire. Mais moi, par exemple, je ne m’étais jamais posé la question, et je l’ai prise en pleine figure. Même entre femmes musulmanes, d’un point de vue religieux, nous n’avions pas eu de réflexion poussée sur la question. Nous nous retrouvions au milieu de ces questions :

« Est-ce que vous allez être là »

Et certaines répondaient à notre place :

« Non, c’est trop utopique ! ».

Et moi, au milieu, je répondais :

« Ben, oui, on sera là avec vous »

Mais la vérité, c’est que je n’avais pas du tout réfléchi à cette question, et que je ne me sentais mal à l’aise. Il y avait par exemple des féministes algériennes qui nous avaient soutenu contre la loi antivoile, mais qui donnaient l’impression d’avoir des doutes sur notre féminisme. Par rapport à leur vision ou leur connaissance traditionnelle de l’Islam, elles se disaient :

« Non, pour elles, ça doit être anti-islamique d’aller à cette manif, l’Islam l’interdit ».

Je savais au fond de moi que ce n’était pas vrai, et que nous devions soutenir le droit à l’avortement. J’étais tiraillée.

Ismahane Chouder :

Nous avions un peu l’impression de devoir valider notre « certificat de féminisme ». Mais ce qui nous a surtout fait violence, c’était la question de notre visibilité publique : quelle image allions nous renvoyer ? Il faut bien comprendre une chose : quand tu croises une femme voilée, tu ne vois pas seulement un individu. Tu vois forcément toute une communauté derrière : la communauté musulmane. Et ça, c’est piégeant. J’aurais pu aller manifester pour la loi Veil en tant qu’Ismahane, en sachant pourquoi j’étais là, car je n’ai pas de réticence personnelle par rapport au droit à l’avortement. Pour moi, c’est un droit acquis, qui se trouve reconnu et codifié avec précision dans les textes de référence islamique. Mais j’étais obligée de penser au regard des autres. Ce qui me posait problème était cette visibilité publique de femmes musulmanes dans une manifestation, où elles n’auraient pas la possibilité d’expliquer les raisons nuancées de leur présence : notamment la possibilité de souligner la différence entre être « pour l’avortement » et « pour le droit à l’avortement ». Surtout que ce débat-là n’a pas vraiment eu lieu dans la « communauté musulmane » française. Donc vis-à-vis de cette « communauté », je ne voulais pas donner un sentiment d’opportunisme, ou pire de trahison :

« Pour faire bonne figure, pour être acceptées comme féministes, elles ont bradé leurs principes religieux ! ».

C’est pourquoi certaines, comme moi ou comme Malika, n’y sont pas allées. Mais je sais que d’autres copines voilées y sont allées : Ndella, Sonia, Zahra…

Cécilia Baeza :

Nos débats internes ont abouti à un accord sur le droit de recourir à l’avortement, ce qui n’est pas une obligation pour celles qui ne veulent pas y recourir, mais laisse la liberté de le faire à celles qui le choisissent. Et nous avons donc décidé de nous associer à l’Appel à manifester pour défendre ce droit. Mais de toutes façon, quelle que soit notre position, on le retourne contre nous. En l’occurrence, nous prenons position pour le droit à l’avortement, mais évidemment on nous accuse de double discours et d’opportunisme.

Cette défiance s’est exprimée quand on a envoyé notre signature pour le texte d’appel à manifester : nous avions pris la peine d’écrire un courrier en bonne et due forme, mais la direction du CNDF n’a pas voulu intégrer notre signature, en prétextant un retard de notre part, alors qu’on était quinze jours avant la manif, que la plupart des tracts n’étaient pas encore imprimés, et qu’on pouvait parfaitement nous rajouter sur la liste des signataires. Nous avions même envoyé une représentante non-voilée, Suzanne, pour une espèce de mission diplomatique, parce que nous savions d’expérience que le voile attisait les passions ; nous avions aussi choisi exprès une représentante qui avait des liens avec le CNDF, qui les côtoyait depuis longtemps, pour faciliter les pourparlers.

Seulement voilà, parmi les moyens de nous écarter, il n’y a pas que le refus frontal : il y a aussi le fait de ne pas nous informer des réunions, de ne pas nous inscrire dans la liste de leurs contacts, de nous ignorer, de faire comme si nous n’étions pas dans le champ du féminisme – alors que nous clamons notre féminisme, et que malgré le désaccord sur le voile, pour les autres sujets, sur pratiquement sur toutes leurs luttes, nous sommes prêtes à joindre nos forces. Le même scénario s’est répété à la Journée des femmes de 2006 : nous ne sommes jamais informées des réunions. Nous sommes vraiment tenues à l’écart.

En 2005, l’exclusion est encore plus explicite. Nous décidons de ne pas nous investir en tant que CFPE dans la préparation de la Marche des femmes, mais de nous joindre au cortège Une école pour tous. Cette fois-ci, nous demandons expressément, et à l’avance, à signer le texte d’appel et à prendre part pleinement à la manif. Mais lors d’une réunion, à la demande de certaines organisations (Lutte ouvrière et le Planning familial), notre droit de participer est mis au vote, et rejeté à la majorité. La tension est au maximum parce que l’UFAL (Union des familles laïques) [3] et Ni putes ni soumises ont déjà annoncé qu’ils quittaient la coordination et montaient une marche concurrente deux jours avant, au motif que la coordination nous avait acceptées dans ses réunions préparatoires !

Cette fois-ci, l’exclusion est explicite, et assumée par la coordination : auparavant c’était nous qui refusions de signer leur texte à cause du désaccord pour le voile, ou bien il y avait le prétexte de notre signature arrivée trop tard ; là, nous sommes présents, dans les temps, nous acceptons le texte d’Appel, malgré son silence sur les ravages de la loi antivoile, et c’est la Coordination qui vote pour nous exclure.

Du coup, cette exclusion suscite plus de protestations que les précédentes, de la part d’individus, notamment certaines « Femmes solidaires », mais aussi de la part de certaines organisations, qui dénoncent officiellement notre mise à l’écart : les Panthères roses, les Verts, la confédération syndicale SUD-G10 Solidaires, la Ligue des droits de l’homme, le MRAP et la FSU… [4] Nous, de notre côté, nous commençons à avoir l’habitude de nous faire jeter, donc nous allons quand même à la manif sans nous démonter, et nous nous trouvons des complices pour ouvrir une « brèche » dans le cortège et nous offrir « l’asile » ! En 2004 c’étaient les JCR [5], en 2005 ce sont les Verts.

Ismahane Chouder :

Juste avant, Maya Surduts (présidente de la Coordination) est venue nous voir en nous accusant d’être responsables de la division du mouvement féministe, et en nous demandant un geste d’apaisement :

« Participez à la manif, d’accord, mais en queue de cortège, après les partis politiques ».

Sympa ! Il s’est aussi dit lors d’une réunion de la Coordination que, puisque nous ne sommes pas acceptées comme signataires et membres à part entière du cortège, le Service d’Ordre de la Coordination n’assurera pas notre protection si nous sommes agressées au cours de la manif ! « Venez, mais à vos risques et périls ! ».

Le jour de la manif, Place Clichy, nous avons pris place entre les Verts et les Panthères roses, avec qui tout s’est très bien passé. Bien entendu, il y avait toujours des gens sur le côté pour venir nous apostropher et nous dire que nous n’avons « rien à faire ici ». Mais c’était quand même moins violent qu’en 2004. D’une part parce que nous n’étions plus dans le climat explosif du vote de la loi, d’autre part parce les plus hostiles boycottaient la manif, et enfin parce que des grandes organisations comme la LDH ou la FSU avaient réagi : du coup, nos ennemis ravalaient un peu leur salive. D’année en année, notre présence se banalise : nous faisons peu à peu partie du paysage, même si l’accueil est encore loin d’être amical !

Et puis nous avons un cortège joyeux, animé, qui fait du bruit, et sans porte-voix ! En 2006, il y avait même le cortège PCF derrière nous, avec Marie-Georges Buffet, et ils ont repris tous nos slogans ! Et ça produit son effet : on voit des visages qui se dérident, des gens qui passent de l’inquiétude à l’amusement… Cela dit, ce qui était moins drôle, en 2006, c’est qu’il n’y avait plus personne : à peine quelques centaines de personnes. Et une femme est venue nous dire :

« Bravo ! Vous avez réussi votre coup ! ».

Comme si c’était de notre faute, et comme si notre objectif était de tuer le mouvement féministe ! Alors que justement, nous, nous étions encore là, et qu’il aurait plutôt fallu poser la question à tous ces gens qui étaient venus en masse en 2004 contre le voile, et qui, deux ans après, contre la discrimination au travail et l’inégalité salariale, n’étaient plus là.

Deuxième partie : La Journée mondiale des femmes du 29 mai 2005 à Marseille

Post-scriptum

Propos recueillis par Pierre Tevanian à Paris le 2 juillet 2006. Ce texte est extrait du recueil Les filles voilées parlent, dont nous avons déjà publié l’Introduction, et que nous recommandons vivement.

Publié dans DE La FABRIQUE DE L'OPINION ET DU CONSENTEMENT, LA TELEVISION selon PIERRE BOURDIEU, LE MALJOURNALISME : Le cas français, QUESTIONS DES MINORITES | Pas de Commentaire »

Grève générale en Guadeloupe : TF1 en panne d’essence, et privée de shopping

Posté par issopha le 19 février 2009

 

Lettre ouverte de journalistes martiniquais à leurs confrères de la presse nationale

Publié le 15 février 2009

Nous publions ci-dessous, sous forme de « tribune », une lettre ouverte d’un collectif de journalistes martiniquais, que nous avons reçue – la date compte… – le mercredi 11 février 2009. (Acrimed)

Lettre ouverte à nos confrères de la presse nationaleChers confrères, chères consœurs,

Nous journalistes martiniquais vivons aujourd’hui une période agitée en ces temps de crise. Vous n’êtes pas sans savoir – ou peut-être si ?- que de nombreux problèmes autres que la crise récurrente du tourisme gangrènent ces départements d’outre-mer que vous qualifiez parfois de lointains : vie très chère (quatre fois supérieur à la métropole), chômage endémique (cinq fois supérieur à la métropole), inégalités sociales criantes, monopole racial détonant…

Et pourtant inexorablement votre couverture de l’actualité reste la même : Pas un mot (hormis quelques offs) après trois semaines de grève générale en Guadeloupe : pas une question au président de la république et finalement une couverture qui arrive très tardivement avec l’envoi du secrétaire d’état à l’outre-mer :Yves Jégo. Et quelle couverture !!!

Une fois de plus vous vous engouffrez dans les clichés : le coup dur porté à l’économie de ces îles déjà concurrencée par les îles voisines ou la main d’œuvre est meilleur marché et l’accueil bien meilleur (dixit Eric Zemmour dans l’émission « l’hebdo » sur France 0 : « on connait la rudesse légendaire de l’accueil aux Antilles ») et ces éternels marronniers sur les annulations des tours opérators.

Nous autres frappés de plein fouet par la réduction de nos personnels, par la précarisation de nos emplois, regardons avec envie les moyens que vous déployez en temps de crise (banlieue, hopitaux, industrie…) pour informer vos téléspectateurs, auditeurs, lecteurs. Le nombre de sujets, de déclinaisons, d’angles différents donnés à vos reportages. Vous êtes soucieux de donner la parole aux uns et aux autres, de faire des portraits, d’investiguer pour une couverture qui se veut la plus objective possible.

Alors, nous sommes surpris que dans la situation très particulière dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, vous manquiez à ce point d’imagination. Peut-être parce que vous n’êtes pas sur le terrain ? Alors voici quelques suggestions d’angles si jamais vous vouliez vous intéresser autrement que par des clichés à nos réalités.

Concernant le tourisme…

Savez-vous que bien avant le déclenchement de la mobilisation, la situation était déjà catastrophique dans le secteur hôtelier de Martinique ? Des sites prestigieux martiniquais sont liquidés, livrés à la spéculation immobilière, des centaines de salariés sont jetés à la rue parce que les spéculateurs choisissent de remplacer les hôtels par des résidences qu’ils vendent à des prix exorbitants que très peu de martiniquais peuvent s’offrir.

Avez-vous déjà essayé de faire le portrait d’une retraitée en Martinique qui touche 800 euros et qui doit acheter un yaourt : 4 euros 99 contre 1 euros 50 en métropole (la même marque) ?

Avez-vous mis une de vos équipes sur ce rapport détonant paru dans Le Monde sur les profits extraordinaires faits par les compagnies pétrolières aux Antilles ?

Sur le nombre de chômeurs : 25% (contre 8% dans l’hexagone), obligés eux aussi d’acheter des produits cinq fois plus chers qu’en France hexagonale avec les mêmes allocations, certains avec bac+5, 6, 7, qui ne trouvent pas de travail en Martinique.

Sur les marges exorbitantes des distributeurs ?

Et il y en a des sujets à décliner !!! Embauche systématique de cadres européens au détriment des cadres locaux, bétonisation des terres, malaise social… Pourquoi pas un portrait de cet homme qui dirige le collectif à la tête de la grève en Guadeloupe, devenu un héros pour toute la population guadeloupéenne ? Qui est-il, d’où vient-il, pourquoi cette adhésion incroyable des Guadeloupéens de toutes classes à cette mobilisation ? Mais peut-être que tous ces sujets ne vous intéressent pas, ne font pas people dans vos JT ?

Alors laissez-nous finir en vous disant que nous autres journalistes martiniquais avons le sentiment que cette crise est bien plus profonde que tout ce que nous avons pu vivre précédemment. Que le documentaire de Canal Plus diffusé la semaine dernière sur les békés de la Martinique, une caste de blancs créoles qui vit en autarcie et qui détient une grande partie de l’économie et des terres en Martinique, a profondément remué et choqué nos compatriotes et nous-mêmes et qu’à l’évidence, il y a des blessures profondes qui se réveillent. Il se passe des choses qui méritent des analyses, des visions et des explications.

Nous essayons de faire notre métier d’information le plus justement possible mais nous n’avons aucune prise sur les médias nationaux. Vous seuls pouvez choisir les angles qui vous intéressent : la communication de Matignon (qui aujourd’hui craint plus que tout la contagion aux autres DOM et aux Français de l’hexagone), les annulations des tours opérators ou alors vous pouvez traiter tout le reste. Si jamais ça vous intéresse !!!

Bien fraternellement

Un collectif de journalistes martiniquais

Grève générale en Guadeloupe : TF1 en panne d’essence, et privée de shopping

Publié le 18 février 2009 par Olivier Poche

Comment vit et que vit la majorité des Guadeloupéens ? Et, plus généralement les habitants des DOM-TOM ? Pourquoi et sur quels objectifs une grève générale a-t-elle été déclenchée en Guadeloupe (et dure-t-elle encore au moment où nous écrivons), avant que le mouvement s’étende à la Martinique, la Guyane ou La Réunion ? Il ne faut guère compter sur les journaux télévisés pour nous l’apprendre, comme le montre le traitement par TF1 des trois premières semaines du mouvement : à déguster patiemment, même si c’est un peu long [1]. Les effets plutôt que les causes, des micros-trottoirs plutôt que des enquêtes : TF1, solidaire, fait la grève de l’information.

I. Première semaine : 1 minute 23 d’information

- Jeudi 22 janvier : Ce n’est que trois jours après le début du mouvement que TF1 propose un premier reportage – qui s’intéresse uniquement aux effets de la grève, sans s’intéresser une seconde aux faits qui auraient pu la déclencher, et sans même mentionner explicitement sa dimension de grève générale [2]. Voici comment les téléspectateurs découvrent la situation sociale en Guadeloupe : « Depuis vendredi, les cuves des pompes à essence sont vides et les stations sont fermées jusqu’à nouvel ordre. Impossible ou presque de se déplacer dans le département ». Des témoignages viennent aussitôt compléter cette première esquisse : « Les bus font la grève aussi, donc là ils parlent de couper l’eau », « je me suis organisée parce que je savais que c’était la grève ». Et après la question des transports, on en vient logiquement à celle de l’énergie : « La centrale électrique en service minimum fonctionne normalement en dépit d’un piquet de grève ; il n’en est pas de même partout, et les chefs d’entreprise s’inquiètent ».

Les motifs d’une telle situation ? TF1 préfère les ignorer, ou ne pas les faire savoir, et se contente de répertorier les conséquences d’un mouvement de grève apparemment sans causes ni revendications. Ce travail d’enquête effectué, il est temps de donner la parole à l’un de ses adversaires (un chef d’entreprise blanc, vraisemblablement un béké) : « Ce sont des actions que je qualifierai de coup de poing, de personnes qui veulent forcer les autres à suivre ce qu’ils veulent imposer aux Antilles, et qui ne correspondent absolument pas à la volonté de la population ». Un point de vue [3] qu’il serait superflu d’étayer par des chiffres, par exemple celui des mobilisations et des manifestations. D’autres chiffres en revanche retiennent l’attention du journaliste : « 2000 touristes en moins par jour, 3 navires de croisière déroutés hier car l’accueil ne pouvait pas être assuré en Guadeloupe, les commerçants de Pointe-à-Pitre commencent à s’interroger sur le bienfondé de la grève générale  [4]. » Et semble-t-il, il n’y a pas que les commerçants guadeloupéens… Dernière précision, à toutes fins utiles : « Se rendre à l’aéroport nécessite aujourd’hui d’achever le trajet à pied. Manifestants et forces de l’ordre se font face, spectacle surprenant pour ceux qui débarquent en Guadeloupe. » En 1 minute 23, tout est dit : une grève, menée par d’invisibles grévistes, sans raisons ni objectifs, , bloque le pays et inquiète chefs d’entreprise, touristes et commerçants, sans être soutenue par la population. Un « spectacle surprenant »…

II. Deuxième semaine : un peu de bruit pour pas grand-chose

- Le 27 janvier, après cinq jours de relâche, le surprenant spectacle est de nouveau à l’affiche, et pour la première fois au Journal de 20h, dans un reportage lancé en ces termes par Laurence Ferrari : «  La tension monte en Guadeloupe au 9ème jour de grève générale. Les négociations n’ont pas abouti hier et la vie quotidienne devient de plus en plus difficile pour les habitants comme pour les touristes. Parfois même les esprits s’échauffent et la situation devient explosive . Reportage… » Une « vie quotidienne difficile » ? A cause de la grève, bien sûr. Quant aux difficultés de la vie quotidienne qui sont à l’origine du conflit, elles ne seront même pas évoquées. Entre les « habitants » et les « touristes », TF1 a fait son choix…

… Comme le montre le reportage. Car ce qui vaut enfin au conflit social en Guadeloupe les honneurs du 20h le plus regardé de France, c’est une « vidéo amateur » que TF1 s’est procurée [5], une vidéo bien racoleuse qui remplace avantageusement une enquête sur le mouvement social en cours : on y voit une voiture forcer un piquet de grève. Ces images ouvrent le reportage, assorties d’un commentaire qui rappelle les grandes heures du Droit de Savoir du regretté Charles Villeneuve : « Confinés plusieurs jours sans eau, sans électricité, des touristes parfois exaspérés tentent de sortir coûte que coûte de leurs établissements hôteliers, défiant les piquets de grève. Affolé, aveuglé, pare-brise éclaté à coups de bâton, ce conducteur a même failli écraser sa propre famille sous une volée de projectiles divers. »

Les circonstances de cet incident qui a fait du bruit en Guadeloupe ont été controversées. Mais, au fond peu importe : le problème est qu’il est aussitôt généralisé [6] et présenté comme symptomatique d’un mouvement qualifié d’« explosif » – et dont on ne dira pas grand-chose de plus. On peut alors reprendre l’information là où on l’avait (dé)laissée : « Depuis 8 jours, les stations service sont fermées , seuls les véhicules d’urgence sont approvisionnés. Impossible donc de se déplacer pour se rendre au travail, car les transporteurs publics sont en grève également pour soutenir le mouvement contre la vie chère  ». Petite nouveauté, on apprend au passage, en termes très généraux, une des cibles du mouvement (qui va durablement éclipser toutes les autres), et grande nouveauté, on a droit à une apparition à l’écran d’un de ses leaders. Certes il est présenté comme Elie « Damota », au lieu d’Elie Domota, et on lui donne le titre original de « porte-parole des grévistes », alors qu’il est secrétaire général de l’UGTG [7] et porte-parole du collectif LKP [8], mais il faut savoir se contenter de peu – d’autant qu’il n’aura que quelques secondes pour souligner la différence des prix entre Guadeloupe et métropole et confirmer son appel à continuer le mouvement.

Car l’information n’attend pas, et l’on reprend : «  Les difficultés de la vie de tous les jours commencent à peser . Impossible en effet de se ravitailler dans les grandes surfaces ou les centres commerciaux cadenassés . Il faut avoir recours aux petits marchands et au système D. Les négociateurs devraient s’asseoir ce soir à la même table pour étudier les 149 revendications des syndicats et associations à la tête de ce vaste mouvement de protestation. » En une minute, cette fois, on aura appris l’existence d’un « vaste mouvement de protestation » dont on ne saura rien, et de 149 revendications, dont on peut imaginer que quelques unes d’entre elles portent sur « la vie chère ». Un indéniable progrès !

- Le lendemain, mercredi 28 janvier : Laurence Ferrari a cependant le sentiment de n’avoir pas tout dit. Aussi, un deuxième reportage tente-t-il de répondre, selon la description du site de TF1, à la question suivante : « Que se passe-t-il précisément en Guadeloupe » ? Mais, dès le lancement de la présentatrice, on apprend ce qui la tourmente :
« Situation plutôt préoccupante en Guadeloupe qui est entré aujourd’hui dans son deuxième jour de grève générale. Ecoles, magasins, administrations, stations-service, tout est fermé dans ce département des Antilles où l’eau est également coupée dans la journée. Difficile également de travailler pour les journalistes dans une situation qui est de plus en plus tendue  »

Et le reportage suit la voie toute tracée :

« La quasi-totalité des commerces et des grandes surfaces a baissé les rideaux . Seuls les petits marchés de petits producteurs récoltants restent ouverts. » Témoignage d’une passante. «  Quelques stations-service ont été réquisitionnées pour les seuls usagers prioritaires. Les files d’attente y sont interminables, car tous n’ont pas la même conception de la priorité » Témoignage d’un passant. « La grève générale contre la vie chère paralyse l’île depuis neuf jours et la tension monte , au point qu’il y a deux heures » Yves Jégo est intervenu à la radio : interview d’Yves Jégo (à qui sont consacrées 28 secondes, soit 42% du reportage) et conclusion rassurante : « Des réponses qui devraient pour l’essentiel augmenter le pouvoir d’achat des Guadeloupéens, faute de pouvoir faire baisser les prix. »

Besoin d’autres « précisions » ? L’enquête de TF1 est en cours…

- Jeudi 29 janvier, 13h : La journée de mobilisation – également appelée « jeudi noir » – en métropole [9] entretient l’intérêt des journalistes de TF1 pour le mouvement de grève en Guadeloupe. Le 13h de Jean-Pierre Pernaut propose ce jour-là un reportage consternant dont nous avions déjà rendu compte ici. Rappelons que celui-ci s’ouvrait sur une évocation poignante… des touristes métropolitains fuyant l’enfer, et brutalement chassés du paradis : « Ils avaient quitté au matin l’hiver parisien pour des vacances en manches courtes, et ils se réjouissaient de fuir sous les cocotiers guadeloupéens les grèves en métropole. Mauvaise pioche . Car à l’atterrissage à Pointe-à-Pitre, le paradis tropical avait baissé le rideau  »

La déception des fugitifs devait logiquement éclipser toute évocation du contexte ou des motifs de la grève, et seules les 29 dernières secondes du reportage (soit 35%) étaient vaguement consacrées aux Guadeloupéens [10].

- Jeudi 29 janvier, 20h : 16 minutes après le début du journal, Laurence Ferrari évoque à nouveau la Guadeloupe qui « est entrée dans son dixième jour de grève générale ». Et de reprendre le refrain de la veille : «  l’île est paralysée , le spectacle impressionnant, plus d’essence , les routes sont désertes, les magasins fermés , la tension reste vive . ». Avec cette information : « Ce soir le préfet a rompu les négociations avec les organisateurs du mouvement. Reportage… » Un « spectacle » dont TF1 ne se lasse pas, bien qu’il recoure aux mêmes ingrédients – les stations-service désertes, les magasins fermés, la « paralysie » –, et souffre des mêmes absences – le contexte social, économique, politique, et les revendications précises des grévistes. Pour avoir des détails, suivez la note [11].

- Le lendemain, vendredi 30 janvier : Jean-Pierre Pernaut, après son exploit de la veille, n’évoque pas la Guadeloupe. Mais au 20h, on veille au grain. Quatorze minutes après le début d’un journal (qui s’est ouvert sur la victoire des habitants de Gourdon dans le Lot, où le train s’arrête à nouveau), Claire Chazal, après les rappels d’usage, lance un nouveau reportage, « la Guadeloupe toujours paralysée par la grève depuis 10 jours. On constate des pénuries d’essence , les magasins sont fermés pour la plupart. Cet après-midi, plusieurs milliers de personne ont à nouveau manifesté dans les rues de Pointe-à-Pitre pour protester contre la vie trop chère . Pour l’industrie du tourisme c’est en tout cas un nouveau coup dur, la plupart des grands tour-opérateurs ont annulé leur voyage vers l’île ».

Le reportage (qui dure cette fois 1’16), est « en tout cas » entièrement consacré… au secteur touristique. La parole est d’abord donnée au directeur (blanc) « du plus bel hôtel de la Guadeloupe », et l’on compatit avec lui : « L’hôtel se vide donc, au rythme du départ de ses clients. Ceux qui restent peuvent encore profiter du soleil et du confort de l’hôtel à condition toutefois de ne pas en sortir ». Pourquoi ? Sans doute parce que les grèves empêchent aussi de profiter du soleil… Complément d’enquête : on s’intéresse ensuite aux « gîtes ruraux [qui] sont aussi touchés », et au témoignage d’une propriétaire (blanche) de l’un d’eux. Conclusion du journaliste, qui, retrouvant les réflexes de ses confrères métropolitains confrontés aux grèves épidémiques, soupire : « Et pourtant, il y a à peine quinze jours, l’Etat signait avec les compagnies aériennes un accord de baisse des prix vers les Antilles, précisément pour relancer cette destination touristique. Des efforts réduits à néant par cette dernière poussée de fièvre sociale en Guadeloupe . » En clair, les grévistes sont des saboteurs.

- Le samedi 31 janvier : rien à signaler, apparemment, en Guadeloupe. Et le dimanche 1er février : à 13h, TF1 n’a toujours rien à en dire. Mais le Journal de 20h évoque l’arrivée sur place du secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-Mer Yves Jégo. Une arrivée qui ne sera pas annoncée à l’ouverture du journal.. Il est vrai que l’actualité du jour est déjà bien chargée : l’équipe de France de Handball a gagné quelque chose, Michel Desjoyaux aussi, une alerte à la neige et au verglas est lancée dans certains départements, alors que des magasins de déstockage alimentaire, moins cher que le hard discount, font leur apparition en France (depuis deux ans), et que les restes du paquebot France sont vendus aux enchères. Voilà pour le sommaire.

14 minutes et 30 secondes après le début du journal, il est temps pourtant de se pencher sur l’île « paralysée ». L’arrivée d’Yves Jégo a visiblement galvanisé l’équipe, car Claire Chazal, après les incantations rituelles, annonce du nouveau : « Yves Jégo (…) va tenter de mettre un terme à la grève générale contre la vie chère qui paralyse l’île depuis treize jours. Plus d’essence , plus de circulation, l’activité est entièrement bloquée. Alors voyons ce qu’attendent les habitants , avec nos envoyés spéciaux… ». Et pour remplir ce programme alléchant, un reportage d’une longueur inhabituelle (bien que toute relative), 2’05 exactement. Malheureusement on attendra longtemps les « attentes des habitants ». Compte-rendu exhaustif :

Le reportage s’ouvre sur une file de voiture : « Chaos à la pompe à essence », commente le journaliste, dévoilant le véritable sujet du reportage. La seule « attente » qui sera évoquée sera celle… des automobilistes qui font la queue. Quelques images de la police qui contrôle. « A la pompe les pleins sont faits à ras bord, jusqu’à la dernière goutte. L’aubaine ne se représentera peut-être pas de sitôt. La tension monte et la police décide de stopper la distribution ». Interview d’une passante (blanche) : « Et ben mon mari depuis 6h30, il attend. Pour nous dire qu’on n’en a pas. Donc moi je retourne travailler, parce que moi j’ai un peu d’humanité [Le journaliste : « A pied ? »]Ben oui je retourne travailler à pied ». Retour à la file d’attente : « Les vols d’essence se multiplie. On vient de percer le réservoir de cette voiture, son propriétaire se précipite pour récupérer les dernières gouttes ». On quitte la station-service. Mais on ne lâche pas le « sujet » : « Sur le port, cet homme s’est résolu à siphonner son propre bateau ». Ce que « cet homme » confirme au micro – puis l’enquête continue : « D’autres plaisanciers partent acheter de l’essence dans les îles voisines, un approvisionnement parallèle qui alimente un marché noir où les prix s’envolent ». Un témoignage atteste de l’existence de ce marché parallèle, et le journaliste conclut, avec un soupçon d’agacement : « Les gérants de station-service ont pourtant obtenu du préfet qu’il n’y ait pas de nouvelle implantation sur l’île, c’était la principale de leur revendication. Ils pourraient donc rouvrir leur pompe dès demain. Mais pour cela il faudrait trouver du personnel, lequel participe encore à la grève générale. »

Un reportage censé s’intéresser aux « attentes des habitants », donc… et qui n’en dit pas un mot. Un reportage en réalité entièrement consacré à la pénurie d’essence, et qui ne dit pas non plus un mot du prix de l’essence en Guadeloupe, prix surélevé qui a pourtant joué un rôle non négligeable dans le conflit. Claire Chazal peut alors déposer la cerise sur ce gâteau, en enchaînant : « Et en politique Jean-Luc Mélenchon… » Une transition très… métropolitaine.

- Le lundi 2 février, Jean-Pierre Pernaut se souvient de « l’actualité sociale » en Guadeloupe. Mais s’il insiste, comme au 20h, sur la « paralysie » de l’île, JPP trouve un motif d’espoir dans le potentiel folklorique du mouvement. Et, à 13h15, on y retourne avec un sourire : « Toujours dans l’actualité sociale, la Guadeloupe qui reste paralysée par une grève générale depuis une dizaine de jours, toute l’économie est paralysée , on le voyait encore hier soir, mais ça n’empêche pas le carnaval de continuer . A Basse-Terre… »

A Basse-Terre, un reportage d’une minute : « Voilà une tradition antillaise qui ne souffre pas trop de la pénurie d’essence. Elle se pratique en effet en pied et en rythme. Les parades dominicales avaient pourtant pris un tour revendicatif hier après treize jours de grève générale. Et pendant que la jeunesse se déhanchait [images], les mères de famille évoquent les raisons du conflit. » Mais nous n’en sauront guère plus que ce que nous savons déjà : des yaourts hors de prix, et une vie très chère (« les Antilles ont doublé en prix »). La fin du reportage est consacré à Yves Jégo arrivé la veille, à sa conférence de presse, sa volonté « d’écouter tout le monde », et le journaliste conclut avec beaucoup d’indépendance d’esprit : « Le Secrétaire d’Etat ne partira que lorsque tous les problèmes seront réglés, dit-il. Il souhaite ainsi rompre avec les usages, qui voulaient que les ministres de la République viennent ici dans les Antilles avec une enveloppe, et repartent avec l’avion du lendemain. » Des usages d’une autre époque, dont on peut maintenant parler sans détours.

- Puis, pendant quatre jours, du 3 au 6 février, c’est le calme plat – plus aucun reportage dans les JT de métropole en tout cas. Le 4 février, on reparle bien d’une pénurie d’essence, mais c’est une fausse alerte : elle a lieu en Corse, à cause d’une grève dont on ne saura rien non plus. Il faut dire que l’exemple vient d’en haut : le 5 février Nicolas Sarkozy, qui intervient à la télévision n’aura pas un mot pour la Guadeloupe, ni pour la Martinique où vient de se déclencher un mouvement similaire. Et les quelques porte-micros prétendument triés sur le volet qui l’entourent respectueusement ne poseront aucune question à ce sujet. Le 6 février, Claire Chazal, avant un sujet sur la Martinique [12] fait tout de même un point sur la situation pétrolière en Guadeloupe (« 18ème jour de grève générale en Guadeloupe. La population proteste contre la vie chère , les distributions de carburants n’ont pas pu reprendre. L’accès à l’unique dépôt pétrolier a été bloqué . Le Secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer Yves Jégo doit débattre des modalités d’une éventuelle baisse du prix de l’essence »).

Mais le mouvement continue, s’étend, le ministre fait un aller-retour remarqué, et il faut bien en parler. De nouveaux reportages sont proposés, suggérant, très timidement, que la couverture médiatique d’un tel conflit pourrait ne pas se contenter de dresser la liste des stations-service ou des centres commerciaux fermés.

III. Troisième semaine : un « certain malaise »

- Le 7 février, rien au 13h, mais au 20h, nouveau reportage, que le site de TF1 intitule : « Poursuite des négociations ». Le lancement de Claire Chazal correspond davantage à son contenu véritable : « Les négociations se poursuivent en vue de trouver une issue à la grève générale qui affecte l’archipel depuis le 20 janvier . L’unique dépôt pétrolier est toujours bloqué et l’ensemble des stations service n’est plus réapprovisionné . Des coupures de courant ont même été signalées ».

Le téléspectateur apprendra pourtant l’existence d’un « collectif syndical contre la pwofitasyon, l’exploitation en créole », certes surtout au travers des « actions » qu’il mène « chaque jour, comme le blocage de la SARA, unique société pétrolière de Guadeloupe, cible privilégié des grévistes », mais il pourra même entendre son porte-parole évoquer le problème de l’essence sous un angle nouveau (« La Sara ne nous a toujours pas dit où elle achète l’essence qui est distribuée dans les réservoirs en Guadeloupe, personne ne sait à quel coût, ni à quel prix. Par contre aujourd’hui on sait qu’il y a un trafic d’essence qui est organisé par les compagnies pétrolières dans la Caraïbe pour nous faire payer l’essence au prix fort »). Après tant d’efforts, on comprend qu’il faille revenir en terrain connu : « Les stations service ne sont donc plus approvisionnées. Une façon pour le collectif de montrer qu’il garde la main et détient seul les clés du conflit. Les hypermarchés restent fermés , et des coupures d’électricité tournantes ont été constatées dans l’île aujourd’hui ». La fin du reportage évoque des « négociations sur les salaires [qui] se poursuivent » l’arbitrage attendu d’Yves Jégo, la proposition patronale de 200 euros annuels, et la revendication syndicale de 200 euros mensuels.

- Le 8 février, toujours rien au 13h. Mais le 20h nous réserve une information de première importance, dont tout le monde se doutait à vrai dire, mais que viennent de comprendre les « envoyés spéciaux » de TF1 : cette crise serait «  révélatrice d’un certain malaise  » [13]. Peut-être vaut-il mieux en sourire…

Et sans rien perdre de son aplomb, Claire Chazal, seulement 8 minutes 30 après le début de son journal, de lancer doctement le sujet : « En Guadeloupe la situation reste confuse, le patronat et les syndicats recherchent toujours un accord final sur une hausse des salaires et aussi sur le problème du prix de l’essence, trop élevé. Une crise qui illustre le malaise de la société guadeloupéenne où la précarité est grande, notamment parmi les jeunes . C’est ce qu’ont constaté nos envoyés spéciaux… »

Un reportage exceptionnellement « long », qui dure 2’25. Un indéniable progrès – et cette fois soit dit (presque) sans ironie. Mais on partait de si loin en dessous de zéro que le contraire aurait été difficile à concevoir. Et il reste de toute façon ce constat brut et sans appel : il aura fallu presque trois semaines de grève générale pour que TF1 daigne enlever ses lunettes de soleil et se rende compte d’un « malaise » dans la « société guadeloupéenne ».

En revanche, qu’on ne compte pas sur TF1 pour proposer la moindre analyse de ce « malaise » ; il faut s’y résigner, TF1 continuera à faire du TF1. L’ouverture du reportage est éloquente. Croyant pourfendre des clichés, le commentaire nous informe d’abord sur l’épaisseur des préjugés de ses « envoyés spéciaux » : « On les imagine sur la plage [images], au soleil, en grandes vacances perpétuelles. Avoir vingt ans aux Antilles, le rêve ! Voici, au revers de la carte postale, la vie des intéressés. » Suivent alors des témoignages de jeunes Guadeloupéens d’un quartier HLM au nord de Pointe-à-Pitre. Mais aucune donnée chiffrée, aucune mise en perspective ne viendront donner du sens à ces bribes d’expériences individuelles, ou permettre de les situer dans la réalité guadeloupéenne. Mais au moins, la précarité des jeunes est évoquée, ce qui est mieux que rien. Et le reportage aborde aussi la question raciale, en donnant la parole au LKP puis au patronat local. Avec une conclusion du journaliste : « L’exil, en métropole ou ailleurs, seule solution pour les mieux formés ». Et un petit cliché pour finir : « Aux autres, à la cité Lacroix, ne reste que le rêve d’un hypothétique succès musical », sur des images qui montrent les jeunes entrevus tout à l’heure en train de pousser la chansonnette. Quelques aperçus, donc, prisonniers d’une présentation anecdotique.

- Lundi 9 février, 13h : Le départ surprise du Secrétaire d’Etat, en pleine négociation, va provoquer un regain d’attention pour le conflit. Même JPP s’en mêle, et propose un reportage d’une minute sur… « le départ d’Yves Jégo » [14]. Colère des Guadeloupéens, assurances de Jégo, et quelques informations complémentaires : « Les routes restent bloquées , et des manifestants ont méthodiquement envahi des magasins. »

- 9 février, 20h : Pour la première fois depuis le début du mouvement, la crise antillaise fait la Une [15]. Il aura suffi pour cela du départ controversé d’un sous-ministre (« la crise en Guadeloupe et en Martinique : le brusque retour d’Yves Jégo provoque un malaise  »). Le « malaise » de la « société guadeloupéenne », péniblement identifié au bout de trois semaines d’un conflit historique, n’aura lui jamais eu les honneurs de la Une de Laurence Ferrari. Le reportage (1’30) ressemble à celui du 13h, avec des manifestants pas contents, de la communication gouvernementale (« toutes les demandes du collectif à l’origine du mouvement sont déjà satisfaites à l’exception des hausses salariales ») et une couverture médiatique qui « s’étend », à l’identique, sur la Martinique : « le mouvement s’est étendu à la Martinique sur cette zone d’activité commerciale, les manifestants bloquent les accès , et les grévistes exigent des patrons de magasins et supermarchés la fermeture de leur enseignes »

- 10 février, 13h : JPP est encore sur le pont. Il retransmet des extraits de la déclaration de François Fillon sur les mesures décidées pour les Antilles, puis lance un reportage sur les manifestations de la veille : « mobilisés comme au premier jour, 10000 personnes à Pointe-à-Pitre, 1500 au moins à Basse-Terre ». « Comme au premier jour »… Difficile à vérifier, pour le téléspectateur de TF1, car c’est la première fois que la chaîne donne des chiffres sur la mobilisation, et même l’une des première fois qu’elle évoque l’existence de « manifestations ». Du côté revendications, en revanche, on fait plus ou moins du sur-place : « Au cœur des revendications et de la lutte des Guadeloupéens contre la vie chère , toujours le prix des carburants, que le président du Conseil Général a qualifié de véritable scandale ». Quant à la Martinique, elle subit à peu de chose près le même traitement médiatique infligé à la Guadeloupe [16].

- 10 février, 20h : Les déclarations de Fillon et le retour prévu de Jégo sous escorte de deux médiateurs maintiennent l’intérêt de Ferrari pour le mouvement. Pour la deuxième fois, il est annoncé en Une ; c’est même le deuxième titre : « L’annonce du durcissement de la grève générale en Guadeloupe après le refus de François Fillon de subventionner les bas salaires. Yves Jégo doit retourner sur l’île accompagné de deux médiateurs », annonce la présentatrice, quand une incrustation indique, pour appâter le chaland, « Les Antilles sous tension  ». Près de onze minutes après le début du journal, un reportage est lancé. Dans l’ensemble rien de bien nouveau, à part l’envoyé spécial de TF1. Sans rien savoir des raisons qui ont conduit à ce remplacement, on notera un certain infléchissement du ton employé et du point de vue adopté [17], comme en témoigne cette interview :
- Elie Domota : – « Des milliers de Guadeloupéens souffrent depuis des années en silence, et qui aujourd’hui se sont rassemblés pour dire non à l’exploitation, non à la soumission. »
- Le nouvel arrivant : – «  Ils souffrent de quoi ?  »
- Elie Domota : « De tout, de la discrimination raciale, des bas salaires, de l’exploitation, de vivre dans la misère, de vivre dans l’ignorance… »

Il aura donc fallu attendre trois semaines pour que TF1 daigne poser et se poser ce genre de questions… sans pour autant se donner les moyens d’y répondre, au moins dans ses JT : presque aucune donnée chiffrée, aucune perspective globale, pas un mot sur le contexte historique, social, économique, pas une statistique sur le chômage, sur la précarité, la « vie chère », ou les inégalités – et pas davantage de tentative d’explication de ces phénomènes. Aucun temps de parole accordé à un gréviste, à part les quelques mots de leurs porte-parole, aucun autre point de vue sur le mouvement que celui de ses prétendues « victimes », ou celui de journalistes privés de plage. Des non-informations martelées jour après jour, et des informations essentielles passées sous silence ou mentionnées au détour d’une phrase. Une bouillie indigente et pourtant indigeste – et pour tout dire insupportable quand on met en regard de la gravité de la situation sociale, l’importance démesurée accordée à d’autres sujets, qu’on s’abstiendra de mentionner.

La fenêtre entr’ouverte sur les racines d’un mouvement exceptionnel, par son ampleur et sa nature, va-t-elle se refermer avec le « durcissement » annoncé du conflit ? Elément de réponse qui n’incite pas à l’optimisme : depuis le 10 février, on compte déjà quatre reportages consacrés à l’industrie du tourisme « mise à mal », et même « première victime de la crise » [18]

Olivier Poche, le 15 février 2009.

PS : Après les affrontements de la nuit du 16 au 17 février, à 20 h (heure de Paris), Harry Roselmack a respiré un « parfum d’insurrection ».

Notes

[1] NB : nous nous sommes intéressés ici aux reportages, sans tenir compte des brèves

[2] Seul le site de TF1 la mentionne, dans le titre qu’il donne au reportage : « Pouvoir d’achat : une grève générale paralyse la Guadeloupe ». Le lancement de Jean-Pierre Pernaut signale que « toute l’activité économique ou presque est paralysée depuis une semaine [sic], une grève contre la vie chère organisée par une cinquantaine de syndicats et d’associations. Magasins, écoles, entreprises ou stations-service sont fermés . »

[3] qui ne sera démenti que dans le 20h du 29 janvier, par « l’envoyé spécial » de TF1

[4] On notera au passage que le seul témoignage que notre journaliste a déniché pour illustrer cette assertion semble la contredire : « C’est surtout les menaces sur les bateaux en fin de compte, qui est un gros inconvénient, pas la grève en question mais surtout la menace sur les bateaux ».

[5] Selon un commentaire posté sur le site de dailymotion ; voici dans quelles conditions : « Au regret de vous annoncer que cette vidéo n’est pas truquée, car c’est moi qui l’ai filmée ! la scène se passe le 23/01/2009 au pierre & vacances de ste anne a l’heure de midi, […] j’ai contacté canal10 aucunes réponses, j’ai aussi contacté RFO qui m’a fait comprendre que ce n’était pas l’endroit idéal pour diffuser ce reportage ! Gérard Beaufils de TF1 à lui accepté le document, suite a cette vidéo le rédacteur en chef de TF1 a décidé d’envoyer un journaliste en Guadeloupe pour suivre la grève, sinon je pense que vous auriez pu attendre encore ! » (sic)

[6] « Des touristes parfois exaspérés tentent de sortir… » : c’est sans ambiguïté un présent de vérité générale, et non un présent de narration s’appliquant à la scène montrée à l’écran.

[7] Union Générale des Travailleurs Guadeloupéens, une des principales centrales syndicales de Guadeloupe.

[8] Collectif Lyannaj Kont Pwofitasyon, ou « Union contre l’exploitation », qui est à l’origine de la grève générale.

[9] et peut-être l’interpellation, la veille, de certains députés qui ont critiqué le silence d’Yves Jégo – mais pas le silence des médias.

[10] Dans des phrases témoignant de peu d’enthousiasme pour la grève : « la Guadeloupe vit au ralenti depuis maintenant plus d’une semaine de grève générale. Les guadeloupéens en sont réduits à suivre à la radio les interminables négociations qui opposent les syndicats locaux aux pouvoirs publics, sans grand espoir (un taxi : «  ça ne servira à rien du tout  ») Et effectivement , les discussions sont ce matin au point mort , tout comme la plupart des voitures de l’île. Les stations service ne servent plus depuis maintenant presque dix jours, et le nombre de ceux qui roulent encore diminue d’heure en heure. » Cf également le titre éloquent du reportage : «  la Guadeloupe, de l’île paradisiaque à l’île fantôme . »

[11] Le reportage s’ouvre sur des images de manifestants «  »La Guadeloupe est à nous » chantent ces manifestants sans craindre de sembler épouser les vues indépendantistes », commente lapidairement le journaliste, et « enchaîne » : « Sans oublier non plus le principal motif de colère dans l’île : la cherté de la vie » Ici, des témoignages sur le coût des œufs, des yaourts, de l’eau. Le journaliste reprend : « un collectif rassemblant presque tous les syndicats locaux est à l’origine de cette grève très dure, et ses porte-parole n’hésitent pas à désigner ceux qu’ils considèrent comme responsable : en un mot créole, la « pwofitasyon » », conclut-il en s’essayant au passage à l’accent créole. Apparaît alors Alex Lollia, secrétaire général CTU, qui a le droit à quelques mots : « Et bien c’est… le patron. Le patron qui licencie comme il veut, qui obtient des subventions [une coupe, manifestement]. C’est aussi l’Etat colonial, qui veut imposer par tous les moyens son pouvoir, et nous avons senti hier que nos élus étaient méprisés ». Des licenciements ? Des subventions ? Des élus méprisés hier ? Trop compliqué, changeons plutôt de sujet : « Après plusieurs jours très agités à Pointe-à-Pitre [images de palettes et de voiture brûlées] la situation était paradoxalement plutôt calme aujourd’hui. Dans une ville fantôme [bis], les habitants anticipaient la poursuite de la grève, et semblaient surtout soucieux de s’approvisionner en produits frais auprès des rares commerçants ouverts. » Après ce bilan de la « situation », Marc de Chevigny peut conclure en soufflant le chaud et le froid : « Les Guadeloupéens soutiennent largement les revendications [mais lesquelles ??] de ce mouvement social qui dure ici depuis dix jours. Certains craignent néanmoins que le débat ne se replace très vite sur la question identitaire, voire raciale. » Une « question identitaire, voire raciale », qu’il vaut mieux évoquer « très vite », et dont le téléspectateur, donc, ne saura rien. Il a cependant appris le « large soutien » des Guadeloupéens au mouvement. Mieux vaut tard que jamais. Mais à la différence des autres « informations » (stations-services, commerces fermés…), celle-ci ne sera presque jamais répétée.

[12] Un sujet d’une minute dans lequel le secrétaire général du syndicat de la grande distribution parle pendant 20 secondes, soit 33% du temps.

[13] Titre du reportage sur le site de TF1

[14] Selon le lancement de Pernaut, qui n’est pas homme à voir le mal partout, ce départ s’explique d’ailleurs très naturellement : « Une grève qui prend de l’ampleur aux Antilles : grève générale contre la vie chère en Guadeloupe depuis trois semaines, depuis 5 jours en Martinique, et le mouvement gagne maintenant la Guyane. Le secrétaire d’Etat à l’outre-mer qui était en Guadeloupe a regagné Paris cette nuit pour en parler d’urgence avec le premier ministre.  »

[15] Sans qu’on lui accorde une importance démesurée toutefois : elle ne sera abordée que 13 minutes après le début du journal

[16] « En Martinique aussi les manifestants étaient nombreux [...] 25000 personnes selon les organisateurs. Tee-shirt rouges et drapeau en tête de cortège , alors que les piquets de grève avaient pris position sur des sites stratégiques, comme l’unique raffinerie de l’île . Aujourd’hui Les négociations se poursuivent à Fort-de-France en préfecture, alors que les grandes surfaces et les stations-service demeurent bloquées jusqu’à nouvel ordre. »

[17] Sans que la perspective générale soit foncièrement différente, comme l’illustre la conclusion du reportage : « En attendant le retour d’Yves Jégo […] les manifestations et les piquets de grève continuent sur l’île. Actuellement, un quart de la population est mobilisée [information nouvelle], les rideaux des commerces sont baissés, les stations-services sont fermées, en fait la vie tourne au ralenti pour une période indéterminée [informations anciennes…] »

[18] Selon les titres de deux reportages sur le site de TF1, respectivement au 13h du 13/02 et au 13h du 11/02. Deux reportages portent en outre sur l’économie guadeloupéenne « victime de la grève ».

Qu’est-ce que la « mal info » ?

Un essai de 140 pages, tout à fait dans le format « léger » de notre époque qui n’a le temps de rien, enquête sur le système que forment les médias avec leur public. Car il s’agit bien d’un système, qui fonctionne de façon dialectique : tu me changes, je te change – et pousse la barbichette !

denis-muzet-la-mal-info.1234521497.jpgHier, l’information visait à informer – aujourd’hui, l’information est à consommer.

Hier, le lecteur adulte et citoyen cherchait à comprendre, à se faire une idée – aujourd’hui, l’infantile zappeur absorbe en boulimique et passe d’un fait à l’autre sans jamais s’arrêter.

Hier on prenait confiance dans le savoir et la compréhension – aujourd’hui, l’excès rend méfiant et mal-informé.  

Hier on pensait – aujourd’hui on se shoote.

Telle est l’analyse d’une équipe de sociologue dont Denis Muzet rend compte. Il n’y a plus de lectorat ou de téléspectateur : il n’y a plus que des médiacons (somme à toute heure) – des ‘médiaconsommateurs’. Je me demande s’il n’y aurait pas un lien entre la propension à l’obésité et cette propension à la consinformation. De la malformation à la malinformation, ce n’est après tout que la traduction directe du corps tordu dans l’esprit. Tous deux sont des comportements infantiles, de la névrose boulimique ; tous deux sont des excès dû au tout-consommation.

Comme dans le comportement de malbouffe, il s’agit de grignoter à tout moment. Là un chocolat marketé télé, ici une info formatée télé. Il faut que les deux soient brefs, faciles d’accès, et fassent plaisir. Rien ne doit arrêter le compulsif, à consommer tout de suite. Cela ne peut être que du superficiel – tout ce qui est compliqué, recette gastronomique ou analyse journalistique est trop indigeste ! Fast-food – fast news : l’anglais globish est merveilleux pour réduire les concepts à deux syllabes. Le bol médiatique ainsi traité comme un bol alimentaire s’ingurgite mieux dans les gosiers lassés.royal-mains-jointes.1234521507.jpg

Dès lors, l’info en continu est comme la bouffe en continu : une manie compulsive. Elle vise à se rassurer comme le loupiot qui tète son pouce, l’ado son Coca ou la pétasse sa clope. CNN comme Mars ou Smarties « calme une peur permanente » – celle de ne pas « en être », de ne pas ingurgiter comme les autres au même moment que les autres. Cela pour « appartenir », se sentir de la bande, bien au chaud dans l’infantilisme collectif où chacun se conforte dans ses préjugés et se réconforte du collectif.

Le monde est un « chaos global » et seul la raison humaine lui donne sens. A consommer plutôt qu’à penser, à avaler sans goût ni appétit, à absorber sans réfléchir, on ne comprend plus rien. Pas de quoi être « rassuré » par l’information ! Les médias institutionnels apparaissent peu crédibles – surtout en France où la démagogie des ventes a tiré vers le court, le partisan et le moral à prétention universal-socialiste. Les sociologues cités dans l’essai confirment que la défiance envers ces médias institutionnels est générale, profonde et durable. Chacun préfère son « bricolage » composé de rumeurs de blogs, de sites internet connus, d’encyclopédies ouvertes et de ce-qu’en-disent-les-autres. Rien de fiable pour qui réfléchit un peu…

Être coproducteur de l’information est pourtant un idéal utile. Surtout pour qui se veut adulte et citoyen, parent responsable et humaniste. Pour cela, il faut reprendre de la distance, ne pas écouter en boucle les mêmes scies en continu style CNN ou France-Info (qui finit par dire n’importe quoi à force de répéter le même texte toutes les 7 mn – testez !). Il faut se donner le temps de réfléchir tout seul, de rechercher sur le net des éléments dans des sites fiables, les recouper… En bref un travail – que la flemme ambiante n’encourage pas, de l’Éloge de la paresse d’une ex-fonctionnaire des Postes au je-m’en-foutisme affiché des employés de l’Emploi, de la démagogie nationale d’une Éducation qui nivelle les notations au bac au corporatisme affiché des enfeignants qui refusent d’enseigner parce qu’ils cherchent encore quoi chercher (« une très rare minorité » mais « d’environ 10% » quand même, dit-on « selon des sources proches de l’université »).

Combattre l’obésité qui guette par de l’exercice, de la diététique et un peu de musculation – c’est valable pour la nourriture comme pour l’information. Notre époque hypermoderne a bel et bien réduit le journalisme au marketing et l’info à la conso, sans que l’on s’en soit guère aperçu… C’est tout le mérite de cet essai que de le mettre en lumière.

Denis Muzet, La mal info, enquête sur des consommateurs de media, L’Aube Poche essai, 140 pages, 7.4€

L’internet, talon d’achille du gouvernment des pensées

 L’une des plus belles chansons de la chanteuse et poète brésilienne Adriana Calcanhoto contient ces mots : eu vejo tudo enquadrado / remoto controle ([je vois tout encadré / télécommande]. C’est comme ça que certains gouvernements aiment leurs citoyens : à vision encadrable (mais sans la conscience poétique qu’elle l’est). Ils ont à travers le temps développé un ensemble de moyens et de savoirs-faire auxquels beaucoup ne sont pas outillés pour résister. Le cœur de ces moyens est la capacité à concentrer l’attention pendant des périodes brèves mais intenses et répétées sur des événements, des images ou des mots chargés d’émotion de façon à frapper la pensée de stupeur, tout en laissant l’adhésion ou le rejet diriger les comportements et les opinions.

L’espace public moderne qui se construit sur internet est un antidote précieux dans cette situation. Après divers discours présidentiels récents, il était extraordinaire d’y observer la déconstruction des mensonges, arguments fallacieux, présentations tronquées et facilités émotionnelles. Internet n’est pas toujours le lieu d’origine de ces déconstructions, mais il est le lieu où elles s’amplifient, se perfectionnent et s’échangent. Ceux qui visent à gouverner la pensée par la stupeur l’ont compris, et ils ont engagé une guerre à plusieurs fronts contre le nouvel espace public. Le premier de ces fronts est la pollution, et le second le contrôle et la police.

La pollution consiste à installer dans internet une discrimination en faveur des flux des médias qui propagent la fascination et la stupeur. C’est une stratégie malaisée car internet a été conçu précisément pour être agnostique et équitable par rapport à ce qu’il transporte. Il faudra donc multiplier des stratégies techniques et légales pour parvenir à y installer la discrimination qui règne naturellement au pays de la télévision. Techniquement, on essayera de détruire la neutralité de l’internet en autorisant les opérateurs de télécommunication et les fournisseurs d’accès à des pratiques discriminant entre les types de sources, de contenus ou de protocoles. Fiscalement, on favorisera les sites bientôt labellisés des médias qui ne laissent parler la critique que lorsqu’elle est convenablement encadrée. Judiciairement on créera pour les internautes un régime de responsabilité de diffamation ou autre plus défavorable que celui qui s’applique aux sites de médias “officiels”.

Le contrôle et la police s’institueront par des canaux dérivés : en invoquant la protection des enfants, la lutte contre le terrorisme et last but not least, la défense de la “propriété intellectuelle”.

Chez nos amis italiens, qui ont un gouvernement également mal-intentionné à l’égard de l’espace public démocratique mais nettement moins astucieux, on fait tout ça d’un coup, dans de grandes lois sécuritaires. Chez nous on multiplie les petites touches, chacune liberticide et contraire aux droits, mais pas assez massivement pour mettre dans la rue. Le risque est sans doute plus grand chez nous. Il faudra que ceux qui défendent les libertés ou l’autonomie de la pensée dans d’autres champs, du traitement des étrangers qui est l’étalon des droits à l’indépendance universitaire et de recherche comprennent que leur capacité à gagner sur ses fronts dépend d’une ressource critique, l’espace public informationnel. Il faudra aussi que ceux qui font vivre cet espace public reconnaissent les valeurs communes qu’ils partagent avec d’autres acteurs.

Un journal de France Inter : la hiérarchie de l’information ? Disparue ou molestée…

Publié le 19 février 2009 par Grégory Salle

La guigne a débuté tôt ce vendredi 13 (février 2009) : dès 7h30 exactement, l’heure du journal d’Agnès Bonfillon sur France Inter. Celui-ci n’eut qu’un avantage : accélérer subitement le réveil de l’auditeur ensommeillé. Il assiste en effet médusé à une hiérarchie de l’information sens dessus dessous, noyant pendant douze minutes tout ce qui ressemble de près ou de loin à de l’information économique, sociale et politique sous une avalanche de faits divers crapuleux ou sordides, dont la surexploitation complaisante est à peu près inversement proportionnelle au volume d’informations proposé.

Les titres annoncés par la présentatrice donnent déjà le ton [1]. Dans l’ordre et sans coupure :

« Peut-être le dénouement dramatique dans l’affaire Ophélie, cette étudiante française disparue il y a deux mois à Budapest. Un corps a été retrouvé sur les berges du Danube hier, une autopsie est en train d’être pratiquée. Vingt ans de prison ferme pour l’agresseur de Shérazade, brûlée à 60% il y a trois ans. Il a été rendu coupable de tentative d’assassinat. « Matinale en direct de la Guadeloupe sur France Inter, vous le disiez Nicolas [Demorand] : Pointe-à-Pitre où les négociations ont été rompues hier soir avec les médiateurs. Quatre semaines de grève générale, qui s’étendent désormais à la Martinique et à la Réunion. Il n’y aurait aucun survivant : un petit avion de ligne s’est écrasé ce matin au nord de l’État de New York sur une maison de banlieue. Nous parlerons également dans ce journal d’un chantage fait aux cafetiers de Carpentras : un corbeau les menace de représailles s’ils servent des habitants d’origine maghrébine ».

Nul ne doute qu’il y ait là des drames affligeants ; reste que cet ordre du jour est déjà en soi fort discutable, d’autant que la seule information politique (sur cinq) est traitée dans l’ensemble de l’émission, cette édition spéciale du « Sept dix » ayant lieu à Pointe-à-Pitre. Ce ne sont pourtant pas les sujets intéressant la collectivité qui manquent, surtout lorsque l’on vit une crise historique du capitalisme dont les effets sociaux désastreux font plus que commencer à se faire sentir. Comme on va le voir, le développement de ces « accroches » n’arrange rien à l’affaire, bien au contraire.

1. L’affaire Ophélie (2’40)

Une retranscription quasi intégrale est ici nécessaire pour faire sentir l’insistance outrancière d’un traitement qui n’en finit plus. Agnès Bonfillon débute en jouant la corde sensible : « Depuis deux mois sa famille vit une attente insoutenable : ces dernières heures sont sûrement pires. Un corps a été retrouvé sur les rives du Danube hier. Il pourrait bien s’agir d’Ophélie, cette étudiante française disparue en décembre dernier ». Elle lance alors un reportage qui passe la parole à une consœur qui a manifestement été spécialement dépêchée pour l’occasion à Budapest :

« C’est jeudi soir à 18h heure de Paris que la police hongroise a été alertée. Des bateliers ont aperçu un corps de femme sur les bords du Danube, le long de l’île de Csepel, qui se trouve à environ 6 km au sud de Budapest. Selon la police, ce cadavre pourrait être celui d’Ophélie Bretnacher, l’étudiante française de 22 ans, disparue dans la nuit du 4 décembre dernier dans la capitale hongroise. Ophélie avait passé la soirée dans une discothèque du centre de Budapest avec des amis, et était repartie seule à pied. Selon les premiers éléments recueillis, il semblerait que les vêtements du corps retrouvé correspondent à ceux qu’Ophélie portait le soir de sa disparition. Mais la police ne peut rien confirmer pour l’instant. La seule chose visible, a déclaré le commandant de police Gabor Toth, c’est que le corps a séjourné dans l’eau pendant plus de deux mois. La police hongroise a demandé une autopsie à des médecins légistes, et des tests ADN vont être effectués pour déterminer si le corps retrouvé est bien celui d’Ophélie. »

Allant au-delà de ce qui est requis pour comprendre la situation, la journaliste ne nous épargne donc aucun élément circonstanciel, même le plus trivial au regard du drame. On verra par la suite que des informations d’une toute autre ampleur n’auront pas droit à une telle profusion de détails. La présentation n’évite pas non plus les redondances – cela ne fait pourtant que commencer – ce qui est d’autant plus problématique que le tout est largement gorgé de conditionnel.

Or, le dossier n’est pas clos. Pour bien se faire entendre des auditeurs sans oreilles ou sans cœur, Agnès Bonfillon reprend la parole pour rajouter une couche… d’émotion bien plus que d’information : « Attente insoutenable pour la famille d’Ophélie mais également pour ses amis, ses proches, et les étudiants de son école de Reims qui depuis deux mois se sont mobilisés pour retrouver la jeune fille. Tous attendent les résultats de l’autopsie avec une grande inquiétude ». La journaliste passe la parole à un autre journaliste, qui embraye : « À Budapest comme en France, pas de réactions définitives, mais beaucoup d’émotion. On reste dans le non-dit ; Guillaume connaît bien Ophélie, il est lui aussi étudiant Érasmus en Hongrie, il s’est beaucoup mobilisé. Il a distribué des photos de la jeune fille, affiché des portraits ; hier soir il restait très prudent  ». Prudente, la rédaction de France Inter l’est beaucoup moins : son filet d’information déjà incertain s’amenuise à vue d’œil.

C’est donc autour de l’amie de la victime putative (on l’a entendu, la chose n’est pas sûre ce matin-là [2]) de parler : « Ce que j’ai compris, c’est qu’il fallait bien faire une autopsie pour voir qui était la fille, c’est tout ce que je sais. Une jeune fille, donc, qui doit correspondre à la description à mon avis d’Ophélie, donc après j’en sais pas plus pour le moment [suit un extrait difficilement audible dans lequel on comprend que le jeune homme attend pour se prononcer] ». Aucune information supplémentaire donc.

Le journaliste reprend (« En France aussi on attend l’autopsie. Le comité de soutien d’Ophélie a multiplié les démarches : rassemblements à Paris, marches silencieuses, chaînes humaines, réseaux sur Internet ») avant de laisser s’exprimer le Président du comité de soutien d’Ophélie. Ce dernier livre en une phrase l’essence du reportage, celle d’un quasi vide : « Un petit peu comme tout le monde, on est un peu sous le choc de cette annonce, il y a pas plus d’informations pour l’instant que ça , mais on est clairement sous le choc. Le premier sentiment qu’on a, c’est que tout ça est bizarre, tout ça malheureusement est bizarre. Si d’aventure c’était elle, c’est clair que aujourd’hui notre première pensée va pour la famille, qui est dans l’attente depuis deux mois et demi et qui va encore l’être en attendant le résultat de l’autopsie. On continue quoi qu’il arrive d’espérer… ».

Alors que l’on tourne en rond depuis le début du reportage sur le même manque d’éléments concrets et confirmés, ce qui est étrange pour une affaire placée en « une », le journaliste répète à nouveau des choses qui ont déjà été dites : « Les faits sont troublants : la jeune fille retrouvée porte le même type de vêtements qu’Ophélie, son corps est resté plus de deux mois dans l’eau ; selon la police, il y a de grandes chances que ce soit l’étudiante rémoise  ». Agnès Bonfillon termine : « La police hongroise, qui a prévu de donner une conférence de presse dans la matinée ». On est alors saisi d’une idée incongrue : et si les journalistes avaient attendu cette conférence de presse avant de faire durer 2’40 sur un contenu si fragile ?

2. L’affaire Shérazade (12’’).

Le journal enchaîne sur la condamnation à vingt ans de prison ferme de l’agresseur de Shérazade. Le fait divers, même s’il a été largement médiatisé, n’est nullement anecdotique : l’homme avait arrosé d’essence puis brûlé la jeune femme, son ancienne petite amie parce qu’elle refusait de l’épouser. Mais on en saura pas plus : aucune information, si ce n’est le fait que les jurés ont suivi les réquisitions du procureur. Shérazade a donc droit, elle, à un peu plus de dix secondes, en deuxième position tout de même de l’information nationale.

3. Une « information France Inter » : gang et tortures (1’40)

Vient le tour d’une « information France Inter » – on sait qu’il faut parfois se méfier de se genre d’exclusivité [3]. À nouveau un fait divers… et à nouveau beaucoup de conditionnel : « Cinq personnes ont été arrêtées mardi dernier dans le 19e arrondissement de Paris : toutes sont soupçonnées d’appartenir à un gang qui aurait agressé neuf personnes depuis septembre dernier, à chaque fois dans ce quartier sensible de la capitale. Parmi les victimes, certaines ont été torturées… ». Viennent les précisions d’un journaliste, qui évoque surtout le pistage de la police judiciaire à partir de la plainte de deux victimes, avant de laisser la parole à l’une d’entre elles en précisant au préalable : « agressé alors qu’il sortait d’un cinéma du 19e arrondissement, il est traîné dans une cave d’un immeuble voisin. Objectif des agresseurs : voler sa carte bleue et obtenir par tous les moyens ses codes bancaires ».

C’est au tour du récit de la victime. En tendant l’oreille, on entend les coupures du montage : ce n’est donc pas tout à fait une parole brute qui s’exprime. Une nouvelle fois, on a droit aux détails éprouvants du passage à tabac [4] Récit légitime d’une victime ? Sans doute. Mais exposition complaisante, flattant une curiosité malsaine, tout autant.

On réentend le journaliste (« Bilan : colonne vertébrale abîmée, fracture du plancher orbital et quelques gros hématomes. De son côté le gang s’enfuit avec trois cents euros… »), puis on passe à l’avocat de la victime. Il évoque ce que l’auditeur avait déjà compris tout seul : une « série d’agressions en bande avec des violences qui sont absolument inouïes au regard du butin », révélant un « mépris manifeste pour l’intégrité physique et la vie d’autrui ». Le journaliste termine sur la garde à vue et la mise en examen probable des suspects. Pour l’instant, beaucoup de victimes et de policiers ; en revanche, aucune information économique, politique ou sociale.

4. Un nouveau fait divers… (22’’)

Après bientôt cinq minutes de faits divers criminels, peut-être allons nous passer à une information nationale d’ « intérêt général » ? Peine perdue. Le sillon est si bien tracé qu’Agnès Bonfillon continue sur sa lancée : « Nous vous parlions hier de la disparition d’une grand-mère et de son petit-fils de trois ans (…). Hier les deux corps ont été retrouvés dans la voiture de la septuagénaire (…). Aucune piste n’est écartée par les enquêteurs, y compris celui du suicide, sachant qu’il y a dix-neuf ans le fils de la famille s’était tué de la même façon, au même endroit, et que les gendarmes n’ont relevé aucune trace de freins ».

5. La grève générale en Guadeloupe et Martinique (2’40)

Après un petit jingle, sans doute pour se remettre de ses émotions après un tel déluge de cadavres, enfin une information : la grève générale en Guadeloupe. Bien évidemment, celle-ci « paralyse totalement l’île ». L’enlisement des négociations est évoqué, puis la vie chère « au cœur du problème », avant qu’un reportage précise, « pour comprendre l’équation », les spécificités d’une économie antillaise « sous perfusion ». Après le reportage, assez détaillé et qui a le mérite de traiter économiquement du problème en signalant notamment que « les richesses tiennent en peu de mains » (blanches), Agnès Bonfillon reprend : « Quatrième semaine de grève générale en Guadeloupe donc, de paralysie [5] ; idem en Martinique depuis une semaine (…) Autrement dit le mouvement commence à faire tâche d’huile… ». L’enjeu est donc de taille : va-t-on par conséquent avoir droit à la parole d’un protagoniste ?

Oui… et non. C’était trop beau : voilà qu’on nous fait pleurer sur le sort des professionnels du tourisme en métropole, « très inquiets ». À qui offre-t-on le droit de s’exprimer publiquement ? Pas à un gréviste, bien évidemment, mais au Président du syndicat national des agences de voyage. Qui entonne une complainte prévisible : « On ne connaît que des annulations et des reports. Autrement dit, c’est plus de 10000 ou de 15000 personnes qui sont retenues par… cette non possibilité de donner des services de qualité. Économiquement, c’est aussi dramatique parce que c’est une chute du chiffre d’affaires qu’on peut chiffrer entre 10 et 15 millions d’euros. Il faudra des mois pour rattraper cette image de marque. Pour le touriste potentiel, nos amis antillais sont en train de scier la branche du tourisme sur laquelle ils auraient pu reposer une part de leur avenir ». Sans commentaires. L’émission entière étant consacrée à cette question, espérons qu’il y ait eu quelques effets de compensation…

6. Au fait, un détail (52’’) : récession économique, licenciements et patrons voyous

C’est à une sixième position peu honorable qu’on retrouve ce qui pouvait légitimement prétendre au rang d’information majeure, méritant éclaircissements et approfondissement (le PIB français recule !) : la récession économique en France. « Christine Lagarde prononce désormais ce mot, jusqu’ici tabou », nous explique-t-on, pour mentionner ensuite la « baisse des prévisions » de la ministre, euphémisme poli pour désigner (et dénier) des effets d’annonce notoirement manipulateurs.

Si la question sociale n’est certes pas complètement évacuée, son cadrage est soigneusement contrôlé : « De nombreux secteurs sont touchés de plein fouet par la crise, et puis, comme ArcelorMittal, il y a des investisseurs étrangers qui malgré des bénéfices préfèrent retirer leurs billes. C’est le cas de l’américain Atmel : vingt millions d’euros de profits et le géant américain de composants électroniques veut se débarrasser de son site à Rousset dans les Bouches du Rhône. 1400 salariés sont concernés. Le groupe avait pourtant touché des subventions pour venir s’installer dans la commune et [fut] même exonéré de taxe professionnelle pendant dix ans, on en reparle dans le journal de 8h. Au chapitre plans sociaux, selon Le Parisien, Air France envisage la suppression d’au moins 1000 postes ». Certes, on ne s’attendait pas à un exposé percutant et encore moins subversif des dommages sociaux créés par l’accumulation du capital. Mais tout cela est un peu juste pour qui ne peut attendre « le journal de 8h », sans compter la banalisation de ces expressions dévoyées devenues faussement « naturelles » (« plans sociaux ») qui appellent un chat un chien. On ne parle ici ni de délinquance (économique), ni d’insécurité (salariale), termes dont on connaît par ailleurs la fortune médiatique. Et la chose ne mérite, semble-t-il, que 52 secondes. De plus, là encore, les licenciés n’ont pas voix au chapitre. Cette lacune est particulièrement flagrante quand on la rapproche de la pluralité des prises de parole au cours du premier sujet de la matinée.

7. Mais revenons à l’essentiel… les faits divers : « Un corbeau à Carpentras » (1’30)

Pour qui espérait un crescendo qualitatif dans le traitement de l’information, la déception est rude. C’est en effet un nouveau fait divers, assurément peu glorieux, qui prolonge cette tranche d’information déjà édifiante. Il s’agit cette fois d’un « corbeau raciste » à Carpentras. « Depuis plusieurs jours, des patrons de bar reçoivent des lettres de menaces, d’intimidation : on leur demande (…) de ne plus servir les clients d’origine maghrébine ». Reportage : «  »Pour l’identité française » : c’est le titre de cette missive rédigée dans un français châtié, entrecoupé d’injures racistes… ». La journaliste donne la parole à une patronne de bistrot qui a reçu une telle lettre : « Ben y avait beaucoup de propos malveillants, des menaces, que si on servait les magh… la société maghrébine, on devrait s’attendre à des représailles ». Puis – journalisme d’investigation oblige – on tend le micro au patron du café d’en face, légitimement choqué par les propos racistes qu’il a aussi reçu. Puis vient le tour d’Hakim, « un habitué », « accoudé au comptoir », lui aussi « indigné ».

On piste enfin « l’émotion » jusqu’à la mairie, dont le premier adjoint est « issu de l’immigration ». Il a lui aussi reçu des lettres anonymes. Mais son indignation, ou en tout cas ce qu’en ont conservé les journalistes, s’exprime en termes très peu politiques et très marchands : « C’est détestable que des gens n’aient pas évolué, c’est détestable dans le sens où la population issue de l’immigration, c’est une clientèle comme une autre et qu’elle consomme ». Discours marchand… redoublé d’un discours un tantinet policier, à propos des « mesures à prendre » : « On est attentifs. On va prendre des mesures spécifiques pour surveiller chaque bar, mais on surveille l’ensemble des commerces de la ville ». Surveiller les commerces pour combattre le racisme, voilà qui est novateur et promet d’être efficace. En complément, les lettres ont été envoyées à la police scientifique pour analyse. Tout ceci ayant déjà duré 1’30, on se demande bien combien durera le reportage le jour où les résultats seront connus.

8. Un crash aérien sur une maison de banlieue (15’’)

L’auditeur qui serait déjà en manque de chair fraîche peut se rassasier de l’information suivante : un crash aérien sur une maison de banlieue aux Etats-Unis. On ne sait pas combien de passagers comptait l’appareil, mais on sait qu’il n’y a aucun survivant. Cela fait donc beaucoup de morts, mais étrangers : ils comptent moins, la queue de peloton du journal suffira. Leur place est du reste plus enviable que celle concédée à la politique étrangère.

9. La politique étrangère ? Bien sûr ! Seize secondes.

Vraiment, trois fois rien : Abdelaziz Bouteflika est candidat à sa propre succession. Hélas, il n’y a « aucun suspense », sa réélection est « évidente ». Pourquoi donc perdre du temps en faisant davantage qu’expédier en une phrase le fait que l’opposition boycotte le scrutin ? Sans doute ne faut-il pas chercher querelle à un régime ami. Rien sur la situation politique en Algérie, donc. Il est bien plus important de traiter d’un sujet d’urgence, qui permet de boucler la boucle…

10. Déjà en manque de sang ? C’est l’heure de… « Crim’ expo »

… « Les séries télévisées sur la police scientifique font un tabac ! » exulte Agnès Bonfillon sans dissimuler son plaisir. Cette déclaration de la plus haute importance permet d’enchaîner sur l’exposition « Crim’expo » à la Cité des sciences. Incontestablement, depuis dix minutes de journal, le thème criminel avait été dramatiquement négligé. La journaliste est ravie : « Jusqu’en janvier 2010, vous pouvez, quel que soit votre âge, endosser le rôle d’un policier chargé de résoudre un meurtre…  ». Le reportage, placé sous le signe ludique de Sherlock Holmes et rythmé par des voix d’enfants, permet de faire passer la pilule policière.

Le journal se termine sur la musique de Psychose, pour accompagner une plaisanterie d’Agnès Bonfillon  : « Et dire qu’on est vendredi 13 ! Tremblez, tremblez, tremblez… ». Hélas, l’auditeur, croyant avoir composé le numéro de la police plutôt qu’écouté les informations sur une grande chaîne de radio publique, est trop hébété pour avoir envie de rire.

Grégory Salle

Notes

[1] Précisons que celle-ci n’est mentionnée ici que parce qu’elle incarne des routines dont elle est loin d’être la seule responsable.

[2] Depuis, les analyses ADN ont confirmé que le corps retrouvé est bien celui de la jeune femme française.

[3] Voir notamment « Tripatouillages sur « l’ultra gauche », en direct de France Inter », suivi des « excuses ».

[4] « Pour bien être sûr que je donnais les bons codes, ben ils m’ont torturé pendant ces deux longues heures, donc à trois sur moi, s’acharner, coups de crosse de revolver sur le crâne… Puis ils m’ont brûlé des cigarettes, enfin une cigarette sur la peau, ils m’ont tordu le doigt, ils ont failli le casser d’ailleurs, j’ai pas encore récupéré toute la mobilité de mon doigt. Ils m’ont aussi foutu quasiment à poil à quatre pattes… avec une tentative de viol. Ils ont simulé mon exécution à l’arme à feu en me pointant le canon du revolver sur la tête sur la nuque. Donc du coup au bout d’un moment, voilà on reçoit des centaines de coups, mais en fait on les sent plus vraiment quoi ; on est un peu un sac à patates au sol et puis on attend que ça se passe quoi.  »

[5] On pourrait discuter des connotations péjoratives de ce motif de la « paralysie », qui suggère l’inactivité ou l’inertie là où il se déroule au contraire, d’une certaine manière, une intense activité.

        

 

La journée du 29 janvier (3) : Et, bien sûr, Jean-Pierre Pernaut…

Publié le 10 février 2009 par Henri Maler

Pour tout savoir sur une « journée noire » finalement « plutôt gris clair », il suffisait de regarder les JT de 13 h. de TF1 et de suivre leur guide…

Mercredi 28 janvier, JT de 13 heures sur TF1
Tempête sous un crâne

Après la minute rituelle consacrée à la météo, Jean-Pierre Pernaut hiérarchise l’information : «  Dans un instant bien sûr les suites de la tempête dans le Sud-ouest avec tous nos envoyés spéciaux et une situation toujours aussi difficile ce matin pour des centaines de milliers de gens. Mais d’abord [sic – la suite, en détachant bien les mots] la question que se posent tous [re-sic] les parents d’élèves aujourd’hui : le service minimum d’accueil sera-t-il assuré comme le veut la loi demain matin dans les écoles. Journée noire avec la grève dans l’éducation et dans tous les services publics. C’est pas facile à organiser en tout cas ».

En deux reportages – que le site de TF1 intitule ainsi : « Un service minimum d’accueil pas facile à organiser » et « Grève : Comment se rendre à son travail jeudi ? » – Bref, tout ce que vous vouliez savoir sur la « journée noire ».

«  Mais d’abord la question que se posent tous les parents d’élèves aujourd’hui : le service minimum d’accueil sera-t-il assuré […] » Suit alors un reportage réalisé à Saint Sébastien sur Loire.

Que se passe-t-il à Saint Sébastien sur Loire ? Si vous voulez le savoir, suivez la note [1]et vous bénéficierez d’informations de portée nationale et peut-être même internationale.

Et JPP enchaîne : « Voilà en tout cas, pour demain. Renseignez-vous bien établissement par établissement, car la situation sera très différente d’un endroit à l’autre, car les employés municipaux seront peut-être en grève aussi. Tous les syndicats appellent à cette journée d’action, SNCF, Education bien sûr, mais SNCF, RATP, réseau d’autobus, Aéroports, Journée noire [bis – voir plus haut] aussi pour les transports en commun. Ca a commencé d’ailleurs ce matin à Nancy, journée de grève dans les transports en commun pour réclamer des augmentations de salaire […] pas plus de 20 à 30 % des bus étaient en circulation. Demain ce sera donc pire dans toute la France, pour l’ensemble des transports en commun, et il va falloir s’organiser pour aller travailler . » Quant aux grévistes…

Suit alors un second reportage (d’1 mn 45 environ) qui s’ouvre sur des témoignages de non-grévistes : « J’ai un employeur extrêmement compréhensif, qui m’a dit de bosser chez moi , j’ai de la chance » – « Ben moi, sincèrement, je pense que je vais prendre une journée de RTT » – - « Demain, je vais venir, je viens en voiture le matin, et j’essaierai de repartir le soir en train. »« J’y serai pas, j’ai pris des congés donc voilà ». Reportage suivi d’un long commentaire sur les difficultés attendues dans les transports. Il débute ainsi : « Ils ont pris leurs précautions et ils ont raison, la journée s’annonce noire dans les transports. » Commentaire enrichi, à grand renfort de tableaux chiffrés, de précisions sur toutes les « perturbations » attendues.

Jean-Pierre Pernaut : – « Et ce matin au conseil des ministres Nicolas Sarkozy a évoqué cette journée de demain. Le gouvernement, a-t-il dit, est attentif et à l’écoute des problèmes des Français, mais il est déterminé à poursuivre toutes les réformes engagées. Venons-en, je vous le disais tout à l’heure, aux suites de la tempête […]  »

Et c’est tout : PAS UN MOT sur les motifs et les objectifs de la journée de grève et de manifestations. [2]

« Venons-en, je vous le disais tout à l’heure, aux suites de la tempête […]  » La tempête dans le Sud-Ouest, pas la tempête qui secoue le cerveau de Jean-Pierre Pernaut à chaque mobilisation d’ampleur (Voir « Annexe »)…


Jeudi 29 janvier, JT de 13 heures sur TF1
Un « Jeudi pas si noir »

Après la météo – « comme d’habitude et ça reste très important » – JPP enchaîne : « L’emploi, le pouvoir d’achat, la défense du service public, une journée nationale de mobilisation de tous les syndicats, c’est rare. Dans un instant on fera le point sur les grèves et les manifestations. Une journée très particulière en tout cas dans tous les départements touchés par la tempête. A Eauze dans le Gers… »  :

JPP présente ainsi un reportage que le site de TF1 intitule « Dans le sud-ouest la solidarité l’emporte sur la grève » (durée : 1 minute 30). La place accordée à ce reportage – en début de journal et avant de « faire le point sur les grèves et les manifestations » n’a rien d’anodin : la solidarité malgré la grève vaut mieux que la solidarité dans la grève. Le reportage lui-même est un véritable conte moral. Pour en profiter suivre la note [3]

- Jean Pierre Pernaut : – « On reparlera bien évidemment dans quelques minutes de la situation dans le Sud-ouest. Mais sur cette grève ailleurs en France autre son de cloche, mais en tout cas pas de chaos dans les transports en commun, pas d’énormes bouchons dans les villes. En revanche [sic], des manifestations, plus de 200 sont prévues aujourd’hui pour réclamer de nouvelles mesures face à la crise… »

Suit alors un reportage que le site de TF1 intitule « Grève : paroles de manifestants »
En régions, les manifestants se sont donnés rendez-vous dès jeudi matin. Une grande mobilisation dans les villes comme Marseille : « crise économique, remise en cause de l’âge de la retraite, suppression de postes, tous partagent les mêmes inquiétudes et veulent faire entendre leurs revendications  ». Mais sur TF1 on n’en entendra pratiquement aucune…

Tournée en images, habituelle un jour de grèves et de manifestation, mais qui ne dissimule pas l’ampleur de celles-ci : « A Lyon la mobilisation est plus forte que prévue, inattendue au point qu’organisateurs et forces de l’ordre ont été débordés, le cortège est parti avec beaucoup de retard et personne ne se risque à une estimation – A Clermont-Ferrand, il faut remonter à 2003 pour voir une telle manifestationAutre fait marquant de ces défilés, la forte mobilisation des salariés du privé. »

« Paroles de manifestants », ainsi que l’annonce le site de TF1 ? Les voici en version intégrale :

- Un mégaphone : « Carla, une chanson, une chanson »
- Des manifestants chantent en rond : « Nicolas, si tu savais, ta réforme… »
- Un manifestant : « Aujourd’hui, il est plus que temps de se bouger, de se mobiliser, sinon, quand est-ce qu’on va les arrêter ? »
- Un autre : « Quand on mégote quelques centimes pour les salariés, et qu’on donne sans contrôle, sans contrôle aucun, quelques milliards de fonds publics aux banques, c’est de l’indécence »
- Des manifestants défilant en criant : « Sarko, ça se voit, on est dans la rue ! »
- Un manifestant : « Pour le mois de février je travaillerai 4 jours, et pour le mois de mars je travaillerai 6 jours. J’ai une perte de salaires de plus de 500 euros mensuels (le journaliste : « Depuis combien de temps ? »).
Ca fait 3 ans que je chôme »

Avec ce reportage de 2 minutes, tout est dit sur les grèves et les manifestations, leurs motifs et leurs objectifs. Tous les reportages qui suivent sont consacrés aux effets de la grève sur les « usagers ».

- Jean Pierre Pernaut : « Oui et des manifestations très suivies (…) dans les villes de l’Ouest (…) Quant à la manifestation parisienne elle devrait être la plus importante. (…) On y attend beaucoup de monde, des fonctionnaires, des enseignants, mais aussi des salariés du privé que les syndicats appellent à défiler. Je vous l’ai dit , pas de chaos dans les transports, mais d’autres services publics sont très touchés par le mouvement . Quels en sont les effets dans une petite ville, par exemple Orchies dans le Nord ? »Ici commence une série de quatre reportages, finement présentés par JPP, et consacrés aux effets de la grève dans les écoles dans et à l’organisation de la garde des enfants (3 reportages qui prennent ensemble 3 minutes 30), ainsi qu’aux effets de la grève dans les transports (1 reportage d’1 minute 45). Où l’on apprend qu’une quarantaine d’enfants ont été accueillis à Saint-Léonard-de-Noblat grâce au service-minimum-d’accueil-désormais-obligatoire, que « c’est vraiment galère » pour un couple de parents brestois, qu’une usagère du RER B ne sera pas payée et qu’une autre va rater son concours à cause des grèves. Pour ceux qui voudraient davantage de précisions, rendez-vous en annexe.

Après le quatrième reportage, et malgré l’absence de « scènes de panique » dans les aéroports, JPP n’est pas totalement soulagé : « Voilà puis je vous rappelle ce chiffre : 25% de gréviste à La Poste je vous l’ai dit, et 23% à EDF selon les directions [des chiffres pas « archaïques » ceux-là : voir plus loin]. Aucun chiffre pour l’instant de l’impact des appels à la grève dans les entreprises privées. Et puis il y a une autre grève qui continue, elle aujourd’hui, grève générale en Guadeloupe. »

JPP vient de lancer ainsi un reportage que le site de TF1 intitule, à l’usage des touristes métropolitains, « La Guadeloupe, de l’île paradisiaque à l’île fantôme ». Il commence par un commentaire qui va directement à l’essentiel : « Ils avaient quitté au matin l’hiver parisien pour des vacances en manches courtes, et ils se réjouissaient de fuir sous les cocotiers guadeloupéens les grèves en métropole. Mauvaise pioche . Car à l’atterrissage à Pointe-à-Pitre, le paradis tropical avait baissé le rideau (…) Ceux-ci arrivent, et ont encore le cœur à rire, quoiqu’un peu jaune. Ceux-là repartent »

Une fois encore, PAS UN MOT sur la situation économique ou politique de l’île, les causes ou les revendications de cette grève pourtant « générale ». Et pour cause, le reportage est presque entièrement consacré aux touristes (de métropole). Les quatre phrases de fin [4] se souviennent, certes, de l’existence de « Guadeloupéens », mais sans donner plus d’informations…

Et JPP peut enfin passer aux effets de la tempête dans le sud-ouest.


Vendredi 30 janvier, JT de 13 heures sur TF1
Ouf ! C’est fini.

Après la météo (40 secondes), une grave question d’actualité, agrémentée d’un reportage, ouvre le journal : la « disparition des billets de 100 F Delacroix ce soir » (2 minutes). Puis les conséquences de la tempêtes dans le Sud-Ouest bénéficient de plusieurs reportages qui totalisent près de huit minutes, suivis d’un autre sur les inondations d’avant Noël sur la côte d’Azur. (1 mn 52) [5]

Le journal est commencé depuis 12 minutes 30 quand il est temps d’évoquer : « les manifestations et la grève de la veille ». Une évocation de trente-sept secondes.

Jean-Pierre Pernaut : – « Un million de manifestants pour le ministère de l’intérieur, 2 millions et demi pour les syndicats : les années passent et ce vieil archaïsme des querelles de chiffres continue. En tout cas, une forte mobilisation contre la crise, et quelques incidents après la manifestation parisienne du côté de la place de l’opéra [La suite illustrée par des images], entre un petit groupe de casseurs et les forces de l’ordre, feu de poubelles, victimes brisées, et une douzaine d’interpellations. Des incidents aussi en fin de manifestation à Saint Nazaire, il y a eu 8 blessés. Hier soir après cette journée de grève Nicolas Sarkozy évoquait l’inquiétude légitime des Français sur l’emploi notamment. Le chef de l’Etat a confirmé qu’il rencontrerait les syndicats dans quelques jours en février. »

Nous le savions déjà : JPP n’aime pas les querelles de chiffres. Le mardi 28 mars 2006, journée de grèves et de manifestations contre le CPE, on avait déjà perçu un certain agacement : « Deux fois plus de manifestants en général que la semaine précédentes qu’il s’agisse des chiffres donnés par les préfectures ou de ceux des syndicats : des chiffres que je ne vous donnerai pas car ils sont très différents donc n’ont pas d’intérêt . [6] Na-na-nère…

Le commentaire de 2009 reprend et complète celui de 2006. Ces « querelles » seront donc décrétées « archaïques ». En quoi ? On se le demande encore, surtout quand c’est le spécialiste des traditions qui se perdent qui s’indigne. Mais un jour sans doute, les journalistes de TF1 disposeront des moyens de faire eux-mêmes leurs propres comptes On se contentera donc, pour l’instant, de cette évaluation : « forte mobilisations ». Mais encore ?

Et surtout, « forte mobilisations » sur quels objectifs  ? « Contre la crise ». Et pourquoi pas « contre le mauvais temps » ? L’expression choisie dépolitise soigneusement les enjeux du conflit, alors que les manifestants ont clairement exprimé par leurs pancartes, leurs slogans, leurs discours (non-entendus sur TF1), le rejet d’une politique. Pour le saisir, il aurait suffi de diffuser les bonnes images, et non celles des affrontements de fin de manifestation.

37 secondes dédiées à la journée de grèves et de manifestations de la veille. 37 mots sur la mobilisation, 51 mots sur les incidents : ce petit décompte est une contribution à « ce vieil archaïsme des querelles de chiffres ». Il est vrai que Nicolas Sarkozy n’a eu droit qu’à 31 mots.

Et, c’est tout.

***Dans son court traité de psychiatrie – Média paranoïa –, Laurent Joffrin (« l’un de nos plus grands professionnels », ainsi que le proclame la quatrième de couverture), félicite TF1 : « La chaîne emploie des journalistes nombreux et compétents. Ils rechignent à jouer les supplétifs du pouvoir ». Et il poursuit : « Quant aux présentateurs, Patrick Poivre d’Arvor, Claire Chazal, Harry Roselmack ou Laurence Ferrari, contrairement à une idée reçue, ils ne font pas profession de veulerie politique ». Avoir oublié Jean-Pierre Pernaut dans cet éloge est parfaitement désobligeant, voire insultant.

Henri Maler

- Grâce aux transcriptions d’Eric et Olivier.

P.S. En honneur de Jean-Pierre Pernaut, voir aussi _ – « 10 juin 2003, 13 heures : le Journal de TF1 pris en otage pas les usagers », 16 juin 2003. – La tambouille de Jean-Pierre Pernaut sur TF1 (20 et 21 mars 2006), 30 avril 2006. – Vous reprendrez bien un peu de Pernaut ? (JT des 27 et 28 mars 2006), 19 avril 2006.



Annexe
- 29 janvier 2009 : Un « jeudi noir » plutôt « gris clair »

Pour, un reportage consacré aux grèves et aux manifestations (2 minutes, voir plus haut), quatre reportages dédiés aux usagers « face à la grève » (5 minutes 15).

- Et c’est parti pour un premier reportage intitulé « Les petites communes face à la grève ».

Commentaire : « A Orchies, petite commune de 7000 habitants, la journée commence dans le froid, il fait moins deux degrés, et sur le quai de la gare. Coup d’œil sur les écrans : pour Lille, il y a un TER sur deux… » Témoignage : « J’en ai marre, parce que c’est constamment, parce que je le prends depuis 20 ans le train, et c’est constamment… » Commentaire : « 7h 21, le train arrive, mais les voyageurs ne savent pas comment ils vont rentrer ce soir. Côté école, certaines sont complètement fermées, d’autres sont ouvertes, mais à moitié ! (…) D’autres ont choisi la formule « grand-parent » pour garder les enfants. (…) En centre-ville, le trésor public compte 50% de gréviste, mais à La Poste, tout fonctionne. » Une passante « Oui, La poste… ça va, comme d’habitude quoi, toujours du monde, mais comme d’habitude quoi ». Conclusion : « Comme partout en France, une journée pas comme les autres à Orchies, mais pas de jeudi noir non plus »

- Jean Pierre Pernaut : « La Poste où selon la direction y’avait 25% de grévistes dans toute la France ce matin. (…) Et dans toutes les écoles en tout cas on se demandait si le service minimum d’accueil désormais obligatoire serait organisé, pourrait être organisé. Dans une commune de Haute-Vienne, Saint-Léonard-de-Noblat… »

- Et c’est parti pour un deuxième reportage que le site de TF1 intitule : « Quel service minimum dans les écoles ? » qui nous apprend que… certaines écoles sont fermées et d’autres ne le sont pas, avec ces précisions inoubliables : « Une école maternelle quasi déserte… [une classe reste ouverte] Pratiquement aucun élève non plus à l’école primaire …[3 élèves présents] Journée très calme également du côté du collège et du lycée [37 élèves sur 600 sont présents] »

- Jean Pierre Pernaut : « Et puis à noter qu’à Rodez dans l’Aveyron le maire de la ville était confronté au même casse-tête pour organiser un service d’accueil. Symboliquement, il avait réquisitionné le préfet, l’inspecteur d’académie, les élus locaux, pour garder les enfants, ça n’a pas vraiment marché et d’ailleurs y’avait très peu d’enfants. Dans beaucoup d’écoles en tout cas, surtout les écoles maternelles, des directrices elles-mêmes se sont organisées pour que les parents ne soient pas dans l’embarras , à Brest, par exemple… »  :

- Et c’est parti pour un troisième reportage que le site de TF1 intitule : « Grève : une directrice de maternelle improvise… ». On y apprend ce qui s’est passé dans une petite école maternelle : « Trois classes sur cinq touchées par la grève, difficile pour les parents de ces élèves de maternelle de s’y retrouver ce matin. A 9h00, plusieurs familles n’avaient toujours pas trouvé de solution de garde pour leurs enfants » – Témoignage : «  On n’a plus de jour d’enfant malade, on n’a plus rien (…) pour nous c’est vraiment galère quoi  ». Commentaire : « Alors la directrice improvise (…) Anne Noyer [Directrice] aurait bien rejoint ses collègues grévistes, pour protester contre les réformes, mais pas question pour elle de laisser les parents dans l’embarras . » La directrice parle : « On a choisi après une épidémie de grippe et de gastroentérite de ne pas en rajouter, quand les parents ne pouvaient pas faire autrement et d’accueillir leurs enfants et de dépanner ceux qui étaient vraiment dans la galère. » Emouvant…

- Jean Pierre Pernaut : – « Donc, on s’organise. Du côté des transports je vous l’ai dit, on s’attendait à une journée noire, elle est plutôt gris clair , certes il y a des perturbations […]  ». Et JPP d’égrener les pourcentages d’autobus, de TGV, de trains Corail, de trains régionaux en circulation, ainsi que le pourcentage de grévistes (selon la direction, mais cela n’est pas précisé). Exhaustif, JPP qui poursuit : « Même chose dans la région parisienne, 80% des métros, des bus et des tramways roulent normalement. Seule la ligne B du RER est bloquée. Le point… » :

- Et c’est parti pour un quatrième reportage que le site de TF1 intitule « Grève : un jeudi pas si noir sur l’Ile-de-France » : « Mauvaise surprise ce matin dans cette gare de banlieue parisienne, sur le RER B le trafic est presque paralysé » – Témoignages : «  On va encore perdre une journée, et on sera pas payé, pis voilà, c’est génial  », « de toute façon, je passe un concours, donc c’est raté pour cette année. J’ai pas de train, je peux pas aller au concours, et je ne pourrais pas passer la suite des épreuves  » « je me suis levé, il était 5h30, faut espérer qu’on va pouvoir rentrer, surtout, c’est ça » – Suit un résumé de la situation dans les TGV, les trains régionaux, le métro. Et pour finir : « Dans les aéroports, pas non plus de scènes de panique (…) et aux abords des grandes agglomérations pas de bouchons interminables ». Soulagement…

Notes

[1] « Ici demain et les parents d’élèves le savent grâce à cet affichage, aux journaux et aux mots distribués depuis quelques jours dans les cahiers, le service minimum d’accueil sera bien mis en place, pour les enfants n’ayant pas d’autre solution. Mais toutes les écoles maternelles et primaires de Saint Sébastien ne seront pas ouvertes, loin de là. Un regroupement a été organisé par la mairie dans quatre des dix écoles. » Pourquoi ? Parce qu’elle ne dispose pas de personnels municipal suffisant pour ouvrir un accueil dans toutes les écoles. Le reportage nous mène alors au « Service enfance ». Commentaire : « Les appels des parents concernent aussi les repas, ils seront chauds en maternelle, mais pour les plus grands prévoir un pique-nique. » Seulement, voilà : « En mairie, on avoue qu’appliquer cette loi de service minimum d’accueil est un exercice très compliqué ». Pourquoi ? Parce que la mairie ne sait pas combien d’enfants lui seront confiés. Commentaire final  : « Puisqu’il est obligatoire, le service minimum d’accueil va donc exister à Saint Sébastien avec du personnel municipal, non gréviste et habituellement habilité à s’occuper d’enfants. Lors de la dernière grande grève dans l’éducation, il avait été utile ici pour 20 pour cent des enfants scolarisés dans les écoles primaires publiques. »

[2] A comparer avec le JT du lundi 27 mars 2006, veille de la journée de grèves et de manifestations contre le CPE. Un JT également entièrement dédié à la prévision d’un « mardi noir : « Vous reprendrez bien un peu de Pernaut ? ».

[3] « Dans le sud ouest la solidarité l’emporte sur la grève » – « Cette école ouvre ses portes pour la première fois depuis la tempête, un soulagement pour les parents (…) Dans cette commune de 4000 habitants, il n’y a donc aucune grève, les professeurs des écoles sont présents, ils peuvent accueillir jusqu’à 170 enfants. “Je suis gréviste par rapport à la politique appliquée à l’Ecole publique, mais bon vu la situation d’Eauze, vu la situation catastrophique de certains parents, on est là pour aider les parents, les soulager, que les enfants puissent venir” A quelques km de là même constat il faut encore réparer, 25 km de lignes et 1500 transformateurs, dans le Gers, 13000 foyers n’ont toujours pas d’électricité. “On va faire le maximum pour envoyer le courant le plus rapidement possible. Il n’y aura pas du tout d’heures de grève aujourd’hui.” A la Poste les facteurs continuent aussi leur tournée, depuis samedi ils rendent visite aux personnes isolées. “ Le coin est très endommagé, on est tous très inquiet par rapport à ça. Après, la grève, on comprend hein, mais on a notre tête, notre estomac même, est vraiment localisé. Voilà.” “On était solidaire mais on est obligé de passer chez les gens, ils nous attendent un peu comme le messie, c’est triste à dire.” Au milieu de la matinée un rassemblement a tout de même eu lieu sur la place du marché, mais dans le Gers, la priorité aujourd’hui reste d’aider les personnes encore isolées. »

[4] « la Guadeloupe vit au ralenti depuis maintenant plus d’une semaine de grève générale. Les Guadeloupéens en sont réduits à suivre à la radio les interminables négociations qui opposent les syndicats locaux aux pouvoirs publics, sans grand espoir (un taxi : « ça ne servira à rien du tout »). Et effectivement, les discussions sont ce matin au point mort, tout comme la plupart des voitures de l’île. Les stations service ne servent plus depuis maintenant presque dix jours, et le nombre de ceux qui roulent encore diminue d’heure en heure. »

[5] Voici la liste de ces reportages selon les titres donnés par le site de TF1 : « Derniers jours pour échanger les billets de 100 francs » – « A Sabres, les habitants constatent encore les dégâts » – « Les artisans sont débordés en Aquitaine » – « Des élevages de volailles ont été décimés par la tempête » – « Les peupleraies de Haute-Garonne ont été ravagées » – « Le Lavandou pleure encore plus d’un mois après les inondations ».

[6] « Vous reprendrez bien un peu de Pernaut ? ».

Publié dans LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY, LE MALJOURNALISME : Le cas français | Pas de Commentaire »

Deux journalistes refusent la Légion d’honneur

Posté par issopha le 6 janvier 2009

Deux journalistes refusent la Légion d’honneur

 

 

NOUVELOBS.COM | 05.01.2009 | 16:58

Réagissez à l'article 129 réactions

Françoise Fressoz (Le Monde) et Marie-Eve Malouines (France Info) figuraient sur une liste établie par Roger Karoutchi, secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre.

Les journalistes politiques Françoise Fressoz et Marie-Eve Malouines (en photo) ont annoncé qu'elles refusaient la Légion d'honneur

Les journalistes politiques Françoise Fressoz et Marie-Eve Malouines (en photo) ont annoncé qu’elles refusaient la Légion d’honneur (sipa)

Les journalistes politiques Françoise Fressoz (Le Monde) et Marie-Eve Malouines (France Info) ont annoncé lundi 5 janvier qu’elles refusent la Légion d’honneur, après avoir découvert avec « étonnement » leur nom sur la promotion du Nouvel an de cet ordre.
Dans un communiqué à l’AFP, Françoise Fressoz, chef du service politique du Monde déclare avoir « découvert avec étonnement » qu’elle figurait sur la liste de la promotion du 1er janvier de la Légion d’honneur.
« Contrairement à l’usage, je n’ai été informée de rien avant la publication de cette liste », déclare-t-elle, avant d’ajouter: « rien, dans mon parcours professionnel, ne justifie pareille distinction. Je pense en outre que, pour exercer librement sa fonction, un journaliste politique doit rester à l’écart des honneurs. Pour ces raisons, je me vois dans l’obligation de refuser cette distinction ».
Marie-Eve Malouines, chef du service politique de France Info, fait elle aussi, dans un communiqué à l’AFP, part de son « grand étonnement » de trouver son nom parmi les promues.

« Parfaitement indépendantes »

Elle insiste par ailleurs sur le fait que « cette liste étant publique, je tiens à préciser que je n’ai jamais réclamé une telle distinction, ni même été sollicitée en vue d’une telle démarche ».
« Je ne vois vraiment rien, dans mon parcours, qui puisse justifier une telle distinction, c’est pourquoi je me vois dans l’obligation de refuser cette prestigieuse décoration », ajoute la journaliste.
Les deux journalistes figurent sur la liste présentée par Roger Karoutchi, secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le Parlement. Dans l’entourage de ce dernier, on souligne que les deux journalistes ont été « recommandées au titre de leur appartenance à l’association de la presse parlementaire ». On souligne également que la liste présentée par Roger Karoutchi regroupe des personnalités diverses et « parfaitement indépendantes », notamment plusieurs « anciens parlementaires de gauche ».

REACTIONS D’INTERNAUTES

Les réactions des lecteurs

adamjacques
Respect !
Vraiment, Mesdames, Respect !
J’ai cependant un peu peur que vous soyez « l’artbre qui cache la forêt » et qu’en général vos collègues n’aient pas vos scrupules.
Mais cela ne dénature en rien la justesse de votre démarche.
Puisse votre exemple inspirer le reste de votre profession
Respect
06.01 à 16h34
Alerter
mysterious
l’aspect positif
de cette affaire c’est qu’elles ont créé un précédent et que le Président Sarkozy saisira la balle au bond pour désormais restreindre considérablement le nombre des récipiendaires de la Légion d’Honneur ; c’est une bonne nouvelle en soi !

Il est en effet parfaitement incongru que cette distinction soit distribuée (depuis 81, il faut bien le dire…) à tout un « vulgum pecus showbiznessum » de plus en plus étoffé chaque année.

Les champions olympiques (attention, j’ai dit les champions, soit les médailles d’or…) pourquoi pas ?
Les prix Nobel, evidemment…
Les grands capitaines d’industrie, les fondateurs, les créateurs, bien entendu..
Toutes ces personnes répondent aux conditions d’obtention, à savoir :
celui ou celle qui par ses actes aura contribué au rayonnement de la France.

Reste la question concernant ces deux journalistes nettement marquées à gauche, aurait-elle refusé si Mitterrand les avait décorées ?
Personnellement, je suis persudé que non….
06.01 à 14h59
Alerter

Uscuaia
Légion… de quoi ??
Bonjour.
Mesdames les journalistes vous faites honneur à la République et à votre profession.
Autrefois offerte pour HAUTS FAITS COURAGEUX, on la brade à des « sportifs », des acteurs ,bref, à n’importe qui ! Pitoyable…!Créons une distinction de vanité suffisante…
Bye, bye…
Philippe.
06.01 à 14h58
Alerter
vick
cantalouse!!!
Quand aurez vous le courage de vous choisir un pseudo
06.01 à 14h39
Alerter
alexander-dlc
Peu importe
Pour moi peu importe de savoir si ces personnes agissent par calcul ou parti pris politique, l’essentiel est dans l’affirmation que l’indépendance du journaliste ne peut s’exercer quand il y a une possible attente de retour d’ascenseur.
Ceci est encore plus vrai aujourd’hui avec un Président qui veut nommer le patron de FT et qui a annoncé en son temps la nomination de H.Roselmack, qui a proposé la nomination de journaliste (à Europe 1 je crois), qui a envoyé des membres de son équipe de campagne à TF1 et qui est bien sûr copain avec les patrons de presse et de télévisions.
Que des journalistes aient pu accepter auparavant ne me paraît pas aberrant : le contexte était très différent et les breloques ne se distribuaient pas à tout le monde non plus.

Donc j’approuve ces journalistes.
06.01 à 14h10
Alerter

failebo
Bravo Mesdames
La liste des journamistes qui courent apres les » honneurs » est bien plus longue…n’est ce pas Mr Pernaud ?
06.01 à 13h39
Alerter
rigodon
Certes
Il ne suffit pas de refuser la légion d’honneur, encore faut-il ne pas l’avoir méritée.
Je comprends cependant ce refus: beaucoup trop de crapules ont reçu ce machin.
06.01 à 13h38
Alerter
Caminjel
@GUNS
Qui etes-vous pour traiter ceux qui ont un avis different du votre d’abrutis ?
Peut-etre sommes-nous naifs ?
Sommes-nous pour autant des abrutis ?
Je prefere penser positivement sur ce type de sujet. Il ne tue personne et permet de voir la vie sous un autre angle que le votre, qui parait quelque peu plus obtu !
06.01 à 13h30
Alerter
chris2008
rép à kaled
c’est quoi cette réflexion pourquoi un président doit aller museler la presse c’est ridicule votre réflexion!
bravo à ces deux journalistes
06.01 à 13h29
Alerter
naard63
bravo
bravo mesdames je savais qu’il y avait en France encore des personnes independantes de valeur
06.01 à 13h19
Alerter
Leod
Comme dit plus bas…
Comme dit plus bas… vous etes bien naifs… :(
06.01 à 12h59
Alerter
regardencoin
guns
parfaitement d’accord avec vous
06.01 à 12h46
Alerter
razibuzouzou
enfin des personne Dignes et Responsables.
les femmes sont souvent BEAUCOUP plus courageuses que les Hommes .A moins qu’elles aient le Pouvoir .

PIRES OU MEILLEURES elles ont la conscience CLAIRE .

Elle revalorisent le Vrai Métier de Journaliste au milieu d e carpettes qui sont des arrivistes Prèt à toutes les compromissions et non des journalistes d’investigation.
06.01 à 12h39
Alerter

GUNS
MERCI
Enfin des personnes refusent d’aller à la soupe ». Il existe encore des journalistes qui refusent le mélange des genres , c’est courageux. Les deux journalistes indiquent que rien ne justifie cette distinction si tel est le cas on peut se demander (ou plutôt demander à la personne qui les a proposé) quel était l’objectif souhaité? Heureusement pour ces journalistes la liberté de la presse à un sens, certains devaient l’ignorer. Alors encore merci et bravo.

Pour les teigneux et les sectaires sans cervelle,si elles avaient acceptées c’étaient des vendues,mais comme elles refusent elles se font de la pub.
J’ai quand même un peu de peine pour les abrutis.
06.01 à 12h15
Alerter

yannber34
Total respect
aux quelques blogueurs qui accusent ces deux femmes honnêtes d’avoir refusé ce hochet par calcul,sectarisme ou soif de publicité.Dans la conjoncture actuelle, eux en tout cas l’auraient parfaitement méritée!
06.01 à 12h10
Alerter
kaled
chiche….
Moi,je serai Sako je démisionnerai ces deux nanas;si on veux garder son indépendance on ne fait pas du journalisme,on devient SDF.
06.01 à 12h02
Alerter
cantalouse!!!
les mémères
le monde entier se contrefiche des roucoulades indignées de ces deux mémères qui ne veulent pas des breloques de la république, sans doute parce qu’elles ne sont pas assorties à leurs tailleurs.
On espère que ces dames, se sentant très indignes, refusent également de bénéficier des réductions d’impôts attribuées aux journalistes.
Pour le reste, les cris d’émerveillement de la gauchaille qui pollue le site sont complètement débiles
06.01 à 12h01
Alerter
Pat73
Enfin!
Enfin des journalistes qui en ont!Et ce sont des femmes!Allez les mecs,prenez en de la graine!
06.01 à 11h54
Alerter
CITOYEN
quel courage …
avec ce haut fait d’arme de résistance voila des journalistes qui font honneur à leur métier … j’espère que pour cela elles recevront la Légion d’honneur !!!

PS : à quand des rebelles qui refuseront de bénéficier de la niche fiscale concernant leur impôt sur le revenu !!!
06.01 à 11h53
Alerter

dranreb
apprendre à relire
@philos37
Prenez la peine de relire le post de zebus et le mien, avant d’écrire n’importe quoi!
Les réflexions « de bas niveau »sur les deux journalistes, c’est lui qui les fait et non moi, et si vous n’avez pas compris que mon but était de défendre la décision de ces journalistes, et par là de leur rendre hommage, contre les insinuations assez sordides de zebus, il n’y a plus qu’à jeter l’éponge!
Je maintiens que son intervention s’apparente à une manoeuvre politique. Et, au risque de paraître parano, je persiste à m’interroger sur le lieu d’où il écrit avec un clavier sans accent (pays anglo-saxon?)
06.01 à 11h49
Alerter

Caminjel
Bravo !
La legion d’honneur ne veut plus rien dire aujourd’hui. Avoir cette distinction au meme titre qu’yvette Horner, Zidane, Halliday et autres tanches de meme ordre donne davantage envie de la refuser que de l’accepter … quand on a de la valeur !
06.01 à 11h43
Alerter
orphee62
bien raison!
La Légion d’Honneur, tout comme le bac, ne vaut plus rien du tout! Autrefois offerte pour hauts faits courageux, on la brade à des « sportifs », des acteurs ,bref, à n’importe qui! Ecoeurant. Par contre, si ces journalistes l’acceptent plus tard sous un gouvernement de gauche alors là…..
06.01 à 11h38
Alerter
Patraig
Merci et Bravo !
Bravo a ces deux journalistes de ne pas participer a ce qui devient de plus en plus de la « tarte a la creme » !
Depuis que Mr Lang s’est mis a distribuer des legions d’honneur a n’importe qui pour n’importe quelle raison , cette decoration a perdu toute sa valeur aux yeux des Francais . Ajoutez a cela que d’authentiques « ripoux politiques » ont aussi ete decoress .. La liste de celles et ceux qui ne la meritent pas et l’ont eue et bien plus longue que la liste de celles et ceux qui la meritent vraiment ..
A ce titre je la reclame pour mes parents qui ont eleve leurs 11 enfants dans la dignite et le respect , sans jamais demander aucune aide ou aucune faveur .. Mais je suppose que cela ne compte pas aux yeux de ceux qui l’attribuent qui sont plus eblouis par les fastes du show-biz ….
06.01 à 11h35
Alerter
fredo
@marlène
La légion d’honneur n’a jamais été concçue pour les guerriers, qui ont deja tout ce qu’il faut comme breloques reservées a eux!
La légion d’honneur est destinée a tous ceux et celles qui par leur action contribuent au rayonnement de la france.
Etre décoré de l’ordre du mérite est nettement plus coton (sans meme parler du mérite agricole!!!)
En tous cas, il est faux de dire que des chanteurs, artistes, sportifs ou autres « dévoient » l’esprit de la légion d’honneur.
06.01 à 11h27
Alerter
silkis
Nelse
On est pas non plus ici pour faire un culte de la femme, c’est même déplacé
06.01 à 11h24
Alerter
virgile
donner la légion d’honneur
à tout le monde, people, journalistes, politiciens, c’est faire injure à tous ceux qui la reçurent pour de hauts faits et des réalisations de valeur, c’est vider la légion d’honneur de toute notion d’honneur.
06.01 à 11h23
Alerter
fredo
@le diable
Entierement d’accord! Dans le metier de journaliste, il y a beaucoup plus a gagner en refusant la légion d’honneur qu’en l’acceptant!
Reste juste a esperer, pour l’honneur de ces 2 journalistes, qu’elles continueront a refuser cette décoration, quelque soit le pouvoir en place!
06.01 à 11h22
Alerter
sertir
L’honneur c’est un devoir
Cela vaut toutes les médailles d’être intègre.Chapeau bas mesdames
06.01 à 11h20
Alerter
Jenny
LeDiable
Vu sous cet angle, ça change tout en effet :-)

Merci et bonne journée.
06.01 à 11h12
Alerter

Marl?ne
2 journalistes refusent la légion d’Honneur
Elles ont bien fait et nous les en remercions. Pauvre Napoléon (le vrai) qui avait créée cette distinction pour ses valeureux guerriers, maintenant voyez qui la reçoit, je ne citerais pas certaines phrases de « On ira tous au paradis… »
06.01 à 11h09
Alerter
baaderne
@ Le Diable
C’est sans doute naïf comme tous les gestes symboliques.

Mais c’est rassurant lorsqu’on voit où en sont arrivé des médias tellement cyniques que les journalistes ne font même plus semblant de cacher leur connivence avec les pouvoirs politiques et financiers.

Souvenez-vous par exemple d’Arlette Chabot se précipitant tout goitre dehors vers Sarkozy pour l’embrasser à la fin d’un débat politique.

Les femmes de ministres qui ne comprennent pas pourquoi elles ne devraient pas être journaliste – d’ailleurs, à ce niveau d’incompréhension de la déontologie on devrait sur le champs leur enlever leur carte de presse.

Et que dire d’un autre ministre qui place sa femme à la tête d’une télévision d’actualité…

Excusez-moi, mais dans un tel environnement médiatique corrompu et nauséabond un peu de naïveté n’est pas du luxe.
06.01 à 11h02
Alerter

alfy14
Chapeau, Mesdames !
En refusant la Légion d’Honneur, tellement galvaudée, vous vous couvrez d’Honneur ! Vous avez toute notre admiration et notre respect pour votre métier et votre indépendance. Quel exemple pour beaucoup de vos confrêres.
Chapeau, Mesdames LES JOURNALISTES !
Et mon admiration sincère.
06.01 à 11h00
Alerter
JUIPLE
BRAVO ENCORE BRAVO
Les journalistes ce ne sont pas des serpillières et des carpettes il distribue comme des bons points ce genre de distinction qui ne veut plus rien dire en temps de paix et même en temps de guerre.
06.01 à 10h58
Alerter
toutes
Voilà des femmes de caractères
Bravo de ne pas jouer le jeu du pouvoir.Laisser ce genre d’honneur à C Barbier .Les journalistes hommes voilà un belle exemple d’impartialité bravo MESDAMES
06.01 à 10h50
Alerter
leone
Exemplaire
Je comprends tout à fait ces 2 journalistes. Personnellement je n’ai jamais accepté de médailles ; ma réflexion était que l’on devait remplir sa fonction en toute conscience pour soi d’abord et puis pour les autres, et surtout tout faire pour ne pas perdre sa liberté. A la personne qui ne comprenait pas mon refus j’avais fait savoir que c’était un grand malheur que les français aient besoin de médaille pour être , 2videmment on voit le chemin qui reste à faire pour les demandeurs de médaille.qui nous coûte cher.
Ces 2 journalistes me réconcilient bien , ce sont 2 femmes.
06.01 à 10h45
Alerter
Nelse
ET CE SONT DEUX FEMMES…
Sans commentaires…les hommes décorés apprécieront …
06.01 à 10h42
Alerter
LeDiable
Jenny
Et bien lisez les posts de ceux qui tombent dans le panneau et vous comprendrez.
Ces deux journalistes ont percuté sur le fait qu’une légion d’honneur,ca devient vite un nid à poussière au fond d’une vitrine.
Qui se souvient de ceux qui ont été décorés ces dernières années.
Ca ne signifie plus rien, comme le titre de chevalier des arts à des lettres qu’on remet à n’importe qui.
En revanche, en refusant, on parle de vous, vous rejoignez la nouvelle légion, celle de ceux qui l’ont refusé, et ceux là, on ne les oublie pas.
« Elle a refusé la légion d’honneur » voila un truc qui pète sur votre CV le jour ou vous sortez un bouquin, par exemple.
Pas folles les guèpes!
C’est plus clair maintenant?
06.01 à 10h42
Alerter
Nelse
Bravo à ces journalistes.
Ils sont courageux et peu mombreux de refuser cette distinction,
c’est tout à leur honneur, et il faut souhait que cett information soit diffusée par les médiats !!! c’est beaucoup moins sûr…
06.01 à 10h37
Alerter
chalonnais
@ RAZIBUZOUZOU
Avant de te réjouir ainsi, demande toi, et demande à Jean Daniel, combien de journalistes du Nouvel Obs sont eux-mêmes décorés !
06.01 à 10h32
Alerter
chicot
Légion d’honneur à défaut d’Albert Londres
Tristan Bernard (ou serait-ce Pierre Dac ?) disait « Il ne suffit pas de ne pas avoir la légion d’honneur. Encore faut-il ne pas l’avoir méritée ».
Le problème des médias français, c’est que la plupart de ses journalistes méritent la légion d’honneur. Mais rares sont ceux qui mériteraient le Pulitzer ! Et cela ne date pas d’hier…
Voyez la connivence « off record » entre journalistes des médias et ministres (exemple Rachida Dati sur France 4), c’est consternant !
Qui parlait d’une classe politico-médiatique ?
Un bon journaliste est celui qui déplait au point d’être attaqué en justice, comme celui (un certain Denis Robert) qui a révélé l’entreprise de blanchiment Clearstream.
06.01 à 10h07
Alerter

Jenny
LeDiable
Naïveté touchante ?
Pouvez-vous développer, merci.
06.01 à 10h06
Alerter
Alouette88
J’ai une idée…
Que ne créeriez-vous un journal indépendant, avec tous les journalistes indépendants de ce pays, étouffés et baillonés dans leur journaux respectifs (faut bien bouffer) ?

Un journal sans ligne éditorial, un journal où l’on pourrait lire toutes les opinions, ce qui couperait court à toutes tentatives de rachat puisque les lecteurs viendraient de tous bords… Ainsi nous aurions enfin un journal découplé de toutes obédiences quelles qu’elle soient !

Mais ce n’est peut-être pas possible ?

Une utopie ? Ah bon !
06.01 à 09h51
Alerter

RAZIBUZOUZOU
MERCI L’Obs
enfin je peux me réconcillier avec la VRAIE PROFESSION de journaliste .
06.01 à 09h49
Alerter
Titiot
Bravo
Ca change de certains récipiendaires qui osent ou ont osé l’accepter sans aucune honte ni pudeur
Les « méritants » Zizou, Barbelivien, Leeb ..eux au moins, n’ont pas ces états d’âme et ne se sont pas fait prier
06.01 à 09h38
Alerter
ariane09
Exemplaire
Avons-nous quelques exemples d’une conduite aussi exemplaire de la part de confrères ?
06.01 à 09h33
Alerter
epicure
tout casser
dégradation de l’école, des institutions, des relations européennes, de la légion d’honneur, des services publics,de la justice
cet homme là détruit tout ce qu’il touche et avec plaisir.
06.01 à 09h28
Alerter
GUNS
MERCI
Enfin des personnes refusent d’ »aller à la soupe ». Il existe encore des journalistes qui refusent le mélange des genres , c’est courageux. Les deux journalistes indiquent que rien ne justifie cette distinction si tel est le cas on peut se demander (ou plutôt demander à la personne qui les a proposé) quel était l’objectif souhaité? Heureusement pour ces journalistes la liberté de la presse à un sens, certains devaient l’ignorer. Alors encore merci et bravo.

Pour les teigneux et les sectaires sans cervelle,si elles avaient acceptées c’étaient des vendues,mais comme elles refusent elles se font de la pub.
J’ai quand même un peu de peine pour les abrutis.
06.01 à 09h27
Alerter

philos37
attaque de danreb
votre attaque de zebus est aussi mesquine que bete. quand a vos reflextions sue les deux journalistes, sont de bas niveau, meme si journalistiquement je ne suis pas forcement en accord avec elles. je n en admire pas moins leurs refus, je leur en rend hommage, et tout cela sans accent
06.01 à 09h26
Alerter
silkis
Ces deux là
on ne les achètera pas au moins.
06.01 à 09h06
Alerter
Soph
Pas de légion et le pognon ?
Et dans un grand élan d’abnégation pour respecter les valeurs de la république elles ont aussi refusé leur abattement fiscal réservé aux journalistes… non ?
06.01 à 09h04
Alerter
LeDiable
Amusants
Je trouve ceux qui applaudissent à cette démonstration de « grandeur d’esprit » d’une naiveté touchante.
06.01 à 09h02
Alerter
razibuzouzou
rectificatif
………Qui ne se prostituent pâs !
06.01 à 09h00
Alerter
Alouette88
Merci
A toutes deux vous nous encouragez dans notre défense de notre droit à l’expression ! Le respect de votre corporation doit et sera votre vraie décoration !
Relativisons, cependant, vous savez, comme tout un chacun, que les médias pour lesquels vous travaillez n’ont pas vraiment le sens de l’objectivité ! Puissent-ils prendre conscience, grâce à votre probité, de la responsabilité que comporte le fait d’être un média LIBRE dans un pays LIBRE !

Merci à vous et chapeau bas…
06.01 à 09h00
Alerter

Laidmurien
Pub
Un simple coup de pub personnelle.
Ce sont des journalistes, ils savent bien qu’on parle davantage de vous si vous refusez que si vous acceptez.
La preuve!
06.01 à 09h00
Alerter
robin
Refuser la médaille en chocolat de nos jours est-c
Voilà 2 journalistes qui n’ont pas encore compris qu’en Sarkozye ce genre de caprice peut leur valoir la porte.
06.01 à 08h56
Alerter
Bienvenu
Fut un temps…
La légion d’honneur à l’heure actuelle n’a plus aucun sens, vous êtes un joueur de foot, vous y avait droit, vous chantez vous y avez droit, ce n’est plus qu’un hochet, le contexte historique est complétement galvaudé.
06.01 à 08h53
Alerter
HACHEL
Bravo !
Félicitations à ces deux journalistes pourtant membres d’une association qui ne manque pas de carpettes.
Ce refus les distingue du lot. A l’époque où nous vivons, savoir dire non est une vertu, assumer son refus et sa résistance mérite un total respect.
06.01 à 08h44
Alerter
RAZIBUZOUZOU
BRAVO
Enfin de Vrais Journaliste qui ne s’achètent pas.
06.01 à 08h41
Alerter
bob256
etrange
C’est a se demander dans quel but sont distribuées ces legions d’honneur…
Rien d’etonnant , ce n’est qu’un detail, et dans la logique de ce superbe gouvernement que j’adore incroyablement.
06.01 à 08h29
Alerter
al1-46
Bravo ! total respect Mesdames !!!
bon nombre de parvenus arrivistes décorés de la breloque devraient prendre exemple sur vous, vous faites honneur à votre condition, à votre métier et à vos lecteurs/auditeurs, nous !

poïpoïrogerkaroutchi devrait en prendre de la graine….
et encore merci de l’avoir mouché celui-là !
06.01 à 08h25
Alerter

LYON04
FELICITATIONS…
…à ces femmes journalistes.Elles honorent une profession dont certains membres ne sont que des faire-valoir du pouvoir..Souvenez-vous des rires gras et condescendants qui ont accueilli la diatribe de sarkozy contre « M’sieur Joffrin » lors d’une conférence de presse!…
06.01 à 07h45
Alerter
dranreb
commentaire de texte
@zebus

« qui auraient accepte tres volontiers qu’une decoration leur fut remise par Mitterand par exemple »
Cela, c’est la définition même du procès d’intention.

« On voit jusqu’ou le sectarisme et l’anti sarkozysme peut mener »
A quel moment ces deux journalistes ont-elles parlé de Sarkozy?

« Rien d’etonnant quand on voit aussi comment les choses se passent au(x) PS !!!  »
Quel rapport, SVP?

« Ce sont 2 femmes vindicatives. »
vindicatif=qui cherche à exercer une vengeance.
Qu’ont-elles à venger en refusant la Légion d’Honneur?

zebus = sous-marin UMP?
Au fait, d’où écrivez-vous avec un clavier qui ne fait pas les accents?
06.01 à 06h42
Alerter

ibez
Pauvre France !
On propose la médaille à n’importe qui maintenant !
Mais qu’ont-elle fait donc ces braves dames, à part gratter du papier pour mériter un tel honneur ! Gardez vos médailles mon cher nico pour celles et ceux qui sont entrain de risquer leur vies sur les terrains de conflits.
06.01 à 06h28
Alerter
mandrinTT
Fressoz
F/Fressoz, la fille du Fondateur du Canard? Bravo Mesdames , comme disait Bigeard de ses infirmières vous avez des couilles!
06.01 à 06h10
Alerter
BitenBerne
Partialité
La question est de savoir maintenant si elles auraient refusé si cela avait été un gouvernement de gauche. Si elles acceptent sous un gouvernement de gauche, ce serait pire encore !
06.01 à 02h55
Alerter
Atoca
non = oui
souvent quand une femme dit non c’est qu’elle veut dire oui…
05.01 à 23h57
Alerter
phptt
Bravo mesdames
Bravo de ne pas accepter ce qui ne se justifie pas
Bravo de nous rappeler qu’il n’y a pas obligation à être con dans un monde de cons
Merci
05.01 à 23h48
Alerter
RobLep
Mesdames … FOR ..MI..DA..BLE..
Félicitations à ces 2 « Femmes » journaliste . Les autres , et pas seulement les journalistes , devraient méditer sur cette courageuse action .
Elles n’ont fait que confirmer la grande risée de l’immense majorité de la population à l’annonce de la liste des récipendiaires .
05.01 à 23h38
Alerter
Ren?
L’HONNEUR N’EST PAS LEGION
La légion d’honneur est devenu une institution paradoxale :
si on la mérite on doit maintenant la refuser

sans doute l’air du temps

et bien même si je suis pupille de la nation ,
fils d’un réfractaire d’avant garde qui l’avait refusé en son temps , petit fils d’un chevalier de cet « ordre » prestigieux ,

je suis particulièrement heureux de lire cet article
le paradoxe je vous dis …
05.01 à 22h59
Alerter

xorg
@delize
Vous etes peut-etre de la famille……
05.01 à 22h55
Alerter
raouloubar
ben moi des filles comme ca
ca me fait bien plaisir « vous me donnez la légion d’honneur, non seulement je vous ai rien demandé mais je la mérite pas  » ca remet les technocrates en place, meme l’existence de ce truc foireuxqui sert à rien de rien. bravo les filles.
05.01 à 22h21
Alerter
angie75
Bravo
dans le contexte actuel de dignité à vendre pour un strapontin dans la Sarkozie, votre attitude vous honore mesdames.
05.01 à 22h21
Alerter
fgrosso
Nonce Paolini
Nonce Paolini lui ne l’avait pas refusé lui (en 2007).

Une décoration pour les copins et les coquins….
05.01 à 22h13
Alerter

Max13
ni putes ni soumises
contrairement à l’assos du même nom. Elles ne vont pas à la soupe
05.01 à 21h50
Alerter
rintintin
quelle affaire
elles ne seront pas les denières quant à moi si on me la propose je dirai oui chacun fait comme il veut mais attention rien ne sert de vouloir donner une leçon on dit oui on dit non et puis on ferme sa gueule
05.01 à 21h47
Alerter
Max13
3eme age
je pense que ces médailles il faut les garder pour le 3eme ou 4eme age comme récompense pour une oeuvre.

pas du copinage
05.01 à 21h47
Alerter

Tintin1
Michèle Audin fille de Maurice Audin a fait pareil
Voici sa lettre de refus :

http://www.lematindz.net/news/2305-la-lettre-de-michele-audin-a-nicolas-sarkozy.html

05.01 à 21h47Alerter

fgrosso
LA LEGION D’HONNEUR ON S’EN FOUT
CETTE « DISTINCTION » HONORE AUTANT DE CRAPULES QUE DE HEROS, DEPUIS QU’ELLE N’EST PLUS QUE LE MOYEN POUR LE POUVOIR DE RECOMPENSER LES COPAINS ET LES COQUINS A LA CHARGE DU CONTRIBUABLE FRANCAIS.

UNE MESURE D’EQUITE SOCIALE ET D’ECONOMIE EN PERIODE DE CRISE.

LA SUPRESSION DEFINITIVE ET RETROACTIVE DE LA LEGION D’HONNEUR ET LA RECONVERSION DU MUSEE DE LA LEGION D’HONNEUR EN REFUGE POUR LES SDF…
05.01 à 21h46
Alerter

corneille
Bravo
Ces femmes ont plus de dignité qu’un Wolinski.
05.01 à 21h44
Alerter
cons?quences
surveillons l’après
Ces deux journalistes ont agit en toutes responsabilité et dignité. Mais elles doivent d’attendre à des mesures en retour de la part des princes de notre république actuelle. Oui le prince n’aime pas que l’on ne soumette pas à son bon plaisir et là elles ont frustré le prince d’un plaisir. Il ne vont pas aimer à la cour.
05.01 à 21h44
Alerter

Grandchancelier
La Légion et le hochet
Il serait temps d’informer les anciens du RPR – notamment tous ceux qui ont gravité autour de la Mairie de Paris à la grande époque (celle atteinte par la prescription pénale) – que les temps ont changé.

Derrière les grands principes, il y a deux catégories de récipendiaires de la Légion. Celles et ceux qui ont fait honneur à la France, que l’Etat reconnaît comme tels et qui méritent le respect. Ils sont encore nombreux.

Et les autres. Ceux à qui on remettait le hochet « pour services rendus » dans des commissions de marchés publics, dans des offices HLM, dans certains organes de presse ou certains palais de justice et en tant d’autres lieux « chers » au Correzien, le quêteur de l’immunité pénale, le politicien sans Etat d’âme.

Dans un tel contexte, la décision de ces deux journalistes politiques les honorent. Ces deux femmes rejoignent bien des Français méritants qui questionnent avec lucidité des critères d’attribution de la Légion d’Honneur que l’on croyait révolus.
05.01 à 21h39
Alerter

Julien
Chapeau bas Mesdames
Ce gouvernement décernant une médaille de haute distinction à des personnes sans les mêmes prévenir,me paraît là encore,une façon de vouloir s’approprier la confiance des ces deux journalistes.
Tout est bon pour appâter le poisson pour ainsi mieux le noyer ,n’est ce pas monsieur Karoutchi ?
Sauf que là ,c’est sur un os que vous êtes tombé!!!
05.01 à 21h34
Alerter
zebus
rien d’etonnant
avec ces journalistes deja tres marquees à gauche ,qui auraient accepte tres volontiers qu’une decoration leur fut remise par Mitterand par exemple.On voit jusqu’ou le sectarisme et l’anti sarkozysme peut mener ….Rien d’etonnant quand on voit aussi comment les choses se passent au(x) PS !!! Ce sont 2 femmes vindicatives.
05.01 à 21h16
Alerter
cerbere
bravo
une seule réponse d’éthique : ni pute ni soumise.
05.01 à 21h07
Alerter
honagre
à l’UMP
… on croit toujours pouvoir attraper les fines mouches avec du miellat !
05.01 à 20h56
Alerter
onkele
Bravo
Un seul mot, bravo mesdames de vouloir redonner à cette distinction sa valeur. Peu de personnes sont capables d’un tel comportement, encore bravo et sans être un féministe virulent, quel homme est prêt à ce geste ?
05.01 à 20h51
Alerter
reks
Femmes je vous aime
Un grand bravo mesdames, car par les temps qui courent il semblerait que seules les femmes font preuvent de courage, et là Julien Clerc a raison…..Femmes je vous aime!!!!
05.01 à 20h37
Alerter
tcm34
Chapeau
CHAPEAU MESDAMES! Mes pour deux courageuses combien se couchent dans les médias !Cela en dit long sur les methodes de NS et ses comparses :o n achète par les honneurs ,l’argent les breloques .Ils connaissent bien la nature humaine en tout cas.
05.01 à 20h24
Alerter
ZOUZO
Bravo
Bravo! Vous faites honneur au métier. Si cela continue je vais recommencer à acheter Le Monde tous les comme je le faisais avant tous le soir. A cause colombani et compagnie j’avais arrêté d’acheter le monde.
05.01 à 20h09
Alerter
berruyer
Hypocrite
Ces journaliste très marquées à gauche ne veulent pas d’une décoration qui leur soit remise par la gouvernement de Sarkosy ce président honni, diabolisé quel sectarisme. Elles auraient bien acceptée si le gouvernement avait été de gôôôche. Vous avez fait élire Sarko en le diabolisant et vous continuez sur un autre
registre.
05.01 à 20h08
Alerter
ralph
Une tentative de forcer la main
pour mieux les contrôler, les guider, les asservir, les rendre complices de dispositions gouvernementales peu ragoûtantes.

Ca fait partie des mêmes méthodes qui consistent à nommer le président de la télévision publique.

Nous, électeurs, nous aurons à coeur, lors des prochains scrutins nationaux, d’élire une personnalité, chef de l’état, qui prendra les mesures nécessaires pour abolir ces dispositions scandaleuses et rétablir, au moins, les procédures antérieures.
05.01 à 20h04
Alerter

b?ber22
femmes d’honneur
tout simplement chapeau bas mesdames.que votre acte d’honneur fasse réfléchir tous ces pseudo opposants qui n’ont de cesse de courber l’échine devant le pouvoir en place ! n’est ce pas jack lang?
05.01 à 19h58
Alerter
JPML
distance et humour
Espérons que ces deux journalistes feront école : non seulement elles refusent un hochet qu’arborent beaucoup de gens peu recommandables, mais en plus elles précisent bien qu’elles n’ont rien fait pour le mériter … Bravo les filles !
05.01 à 19h56
Alerter
karima
@louis 1
Bien sur ce geste n’aurait pas eu de valeur réglementaire mais en le médiatisant cela aurait eu un impact. En plus la prestation annuelle de 6.10? aurait pu être versée aux restaurants du coeur.
Tient d’ailleurs une idée à creuser, que chaque récipendaire de la légion d’honneur reverse sa modique indemnité de 6.10? au restaurants du coeur. Beau geste et en plus déductible d’impots.
05.01 à 19h46
Alerter
felix
bravo
bravo pour votre courage et votre loyauté face à l’institution de la légion d’honneur, décorer sylvie vartan ou nathalie baye c’est bien la politique du copinage, j’espere que d’autres auront le même courage
05.01 à 19h36
Alerter
Dethomas
Bravo !
Ces deux journalistes sont à la presse française ce que fut Rosa Parks à la lutte des Noirs pour la lberté.
05.01 à 19h35
Alerter
honagre
du haut de cet inselberg
….j’ai bonne vue sur la canopée sarkozyenne et j’infère aisément sur la forêt primaire UMP!
05.01 à 19h27
Alerter
inouicandide
felicitation a ces deux journalistes
qui ont eu le cran de dire que rien dans leur vie ne relevait de la legion d’honneur ! Effectivement faire un travail et bien le faire ne se revele pas forcement un acte de bravoure meritant cet honneur! j’espere que ceux qui ne l’ont pas meritee se sentiront un peu genes d’avoir acquis des honneurs qu’ils ne meritaient pas ..sauf quelques rarisimes! mais j’en doute ..beaucoup sont trop vaniteux et megalos!
05.01 à 19h06
Alerter
jacquesmarseille
sursaut…
Petit sursaut de dignité dans le monde du journalisme,une preuve d’indépendance aurait été de soutenir Denis Robert .Mais par ces temps de disette hormonale vaut mieux deux paires de gonades féminine bien accrochées que celles des journalistes mâles lancés dans le marathon servile des honneurs.
05.01 à 19h04
Alerter
henri-pierre
La Beauté du geste
C’est beau et réconfortant de savoir que des valeurs comme le professionnalisme et l’honneur ne sont pas achetables.
Votre intégrité n’a d’équivalent que votre indépendance.
Merci et bravo Mesdames pour votre CLASSE !
05.01 à 18h48
Alerter

RobertVnt
Ca veut dire quoi « indépendante » ?
On attends avec intérêt un article de fond sur ce que veut dire « ‘indépendance ». Je ne vois pas comment on peut se prétendre indépendante lorsque l’on est journaliste au Monde ou au FI. Doit-on comprendre que ces médias sont eux aussi indépendants ?
Non pour aller jusqu’au bout de la démarche, et se déclarer indépendantes, ces journalistes devraient démissionner. On peut imaginer qu’au sein de leur entreprise, des pressions les ont conduit à refuser cette distinction.
05.01 à 18h46
Alerter
Deux
Honneur
Bravo.

Vous savez où est l?honneur, vous.

Les journalistes encore dans ce cas ne sont pas légion (!).
05.01 à 18h41
Alerter

RobertVnt
Une façon comme une autre d’exister !!!
Je ne connaissais pas ces personnes. Et je ne crois pas que leurs articles les auraient rendues célèbres avant longtemps. Après ce coup d’éclat : « on les connait ».
J. P. Sartre avait plus de classe devant son prix Nobel.
05.01 à 18h38
Alerter
bidon
Enfin des femmes debout !
Quand on voit la liste des légionnaires je m’interroge souvent sur la grandeur des exploits de certains, notamment dans le show bizz. Car à part se coucher tard que font-ils de plus que ceux qui se lèvent tôt ? Peut être un peu plus de calipettes ?

Avec un Président Blig Bling, ils ont de l’avenir. Le roi de la réforme devrait agir pour reconnaître les braves des braves. En somme, des vrais légionnaires !
05.01 à 18h37
Alerter

forumm
Si !SI !
Mesdames !

Rien que pour avoir refusé la légion , vous méritez par cela même la légion bien nommée pour une fois d’honneur.
05.01 à 18h37
Alerter

prataine
Alors là
Si ce sont de bonnes raisons, alors chapeau. La classe. Les gestes de dignité sont si rares ces temps-ci, dans l’espace public. cela nous change des épaves vaniteuses. RJP
05.01 à 18h34
Alerter
louis1
karima
principe noble et généreux mais sans valeur pour celui qui l’aurait reçue : qu’en pensez vous ?
05.01 à 18h32
Alerter
delize
@xorg
Vous ne devez pas lire les journaux ni écouter la radio, xorg, pour réagir aussi stupidement. Croyez vous sérieusement que des journalistes de ce niveau aient besoin de se « faire de la pub » ? On n’est pas chez les people,içi, vous ne connaissez décidément rien à la presse.
05.01 à 18h31
Alerter
vielsobs
lesions d honneur
mesdames ,vous etes legions et cela vous honore…
ca prouve vraiment que cette « broloque « ne veut plus rien dire
05.01 à 18h28
Alerter
marief
Bravo …
Quand être journaliste à un sens !!!
Bravo !
Un exemple à suivre pour beaucoup…
Cordialement.
05.01 à 18h26
Alerter
xorg
Les deux femmes journalistes
Si elles n’avaient pas refusé cette « breloque » qui aurait parlé d’elles, meme si c’est éphémère…..
Difficile de percer dans ce métier et au moins ça va faire plaisir a leur entourage familial ….maintenant bien sur il faut espérer que ce n’est pas une simple « coquetterie…. »
Il parait que pour etre sur une liste de la « légion deshonneurs » il faut au moins une fois dans sa vie l’avoir demandé….mais est-ce vrai ?
05.01 à 18h14
Alerter
sigismonddemartenot
Chapeau bas
bien sûr. Enormément.
05.01 à 18h06
Alerter
Lyeuse
Bravo
Vous faites honneur à votre profession.
05.01 à 18h01
Alerter
sparta-kuss
KEGION D’HONNEUR
FELICITATIONS A CES DEUX JOURNALISTES QUI POSSEDENT DE LA DIGNITE ET DE L’HONNEUR SANS TITRE HONORIFIQUE. CELA NOUS CHANGE DE TOUT CES COLLABOS DE LA POLITIQUE, TRANSFUGES DU PS ETC…SUIVEZ MON REGARD !!!!!!!!!!!!
05.01 à 17h57
Alerter
gloops
félicitations Mesdames !
en ces temps $arkozystes blingbling et fric-roi, il est encore des journalistes intégres qui préfèrent leur honneur aux honneurs….

cela mérite d’être souligné !!!!

on aimerait qu’il y en eût un peu plus….
05.01 à 17h57
Alerter

maxmo
Refuser la Légion d’honneur
Bravo Mesdames les journalistes !
Des Professionnelles qui ne se laissent pas acheter par le Pouvoir politique !
05.01 à 17h52
Alerter
majdad
bravo mesdames
Il ne suffit pas d’être un mâle pour avoir des couilles, la preuve……
05.01 à 17h47
Alerter
chga37
Comme quoi…
…il existe encore des journalistes qui veulent conserver leur pleine indépendance ; bravo à elles !
…il y en a tellement qui se sont laissés acheter par la sarkomédiasphère…
Ce Karoutchi, il devrait recevoir la médaille de l’UMP (Ubuesque Ministre du Parlement)…
05.01 à 17h47
Alerter
DaveCoco
Alors là!!
Les journalistes vont remonter dans mon estime.

Chapeaux bas mesdames!!!!!

De la légion d’honneur, vous n’avez choisi que l’honneur. Et vous avez parfaitement compris la vacuité de ces décorations qu’on offre maintenant comme s’il s’agissait de pin’s.

Encore BRAVO!!!!
05.01 à 17h39
Alerter

ppop
bravo
bravo !
au fait tous ces grands journalistes ? Hommes où sont-ils ?
encore bravo mesdames le journalisme retient à nouveau mon attention et vos articles seront lus avec délicatesse !!!
05.01 à 17h37
Alerter

karima
la grandeur eut été
La grandeur des ces deux journalistes eut été de l’accepter et ensuite de la remettre d’une façon symbolique à deux français méritant et modestes qui ne « risqueront » jamais d’être mis à l’honneur.
Par exemple des travailleurs sociaux qui vont le soir se dévouer pour les sans abris.
05.01 à 17h37
Alerter
lelandais40
Bravo
Bravo à ces 2 journalistes. Ce refus, motivé, les honore, à l’inverse de certaines personnes que par décence je ne nommerai pas.
Quand on sait les critères que doivent réunir les militaires, les policiers, les pompiers, les sauveteurs, tous ceux qui risquent leur vie dans l’exercice de leur métier pour le bien de la collectivité, pour être proposé dans cet ordre national, il y a de quoi être éc?uré de certaines nomination.
C’est vraiment n’importe quoi au niveau du gouvernement.
Le maitre mot : faire plaisir aux petits copains.
En un mot le fait du prince.
05.01 à 17h36
Alerter
enzo
et moi je découvre avec étonnement
qu’il existe un secrétaire d’Etat auprès du premier ministre !!! Mais à quoi peut-il bien servir, sinon vivre aux crochets de la République ????

Quant à ces dames, bravo à elles!!! Et bravo pour leur indépendance d’esprit !!! On ne peut en dire autant de nombre de leurs confrères ….
05.01 à 17h34
Alerter

nanard16
Merci napoléon
Jadis Napoléon donnait la légion d’honneur à ses valeureux guerriers. Aujourd’hui c’est pour les gens du show bizz. Vous savez ceux qui habitent à l’étranger pour échapper à l’impôts et qui malgré leurs revenus vous demandent sans cesse des dons pour les autres(et parfois pour des maladies qu’ils attrapent entre eux). Alors bravo à ces gens ordinaires, refusant la légion d’honneur, qui ont jugé ne pas avoir fait un acte extraordinaire. Le vrai honneur, c’est votre conscience et là, encore bravo.
05.01 à 17h30
Alerter
Biroquet
Bravo mesdames
Votre conscience professionnelle vous honore. Votre indépendance est à ce prix. Il n’y a que dans les républiques bananières que les journalistes et les juges sont décorés. Et dire que certains se vexent quand on leur dit cette vérité !
Encore bravo !
05.01 à 17h22
Alerter
NewChti
Respect
Chapeau, fallait le faire…
Est-ce un coïncidence si ce sont deux femmes ? Sont-elles moins sensibles aux flatteries de la République ?
05.01 à 17h20
Alerter
Traroth
Courage
Il y a encore des gens courageux, dans ce pays. Mais elles ne l’emporteront pas au paradis : il ne fait pas bon avoir l’esprit d’indépendance, en Sarkozie.
05.01 à 17h15
Alerter
olifan
Elles relèvent le niveau, enfin !
Ce cher Mr. Olivennes devrait en prendre de la graine… Au fait, qu’a fait ce Monsieur de si glorieux pour être décoré, lui, par la main du Maître ?
05.01 à 17h13
Alerter
dalai
je dis….
juste bRAVO, respect a vous, je vais racheter le monde tiens …
05.01 à 17h06
Alerter

Publié dans ACTIONS CITOYENNES, DU VRAI JOURNALISME, LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY | Pas de Commentaire »

Pour Newsweek, Sarkozy est au bord du précipice

Posté par issopha le 3 janvier 2009

vendredi 19 décembre 2008

Pour Newsweek, Sarkozy est au bord du précipice

 

Pour Newsweek, Sarkozy est au bord du précipice  dans DU VRAI JOURNALISME Sarko+Greenpeace

L’hebdomadaire Newsweek publie un article alarmiste sur le président français dans son édition datée du 22 décembre.

« Un Président au bord du gouffre. »

On ne saurait être plus clair. Alors que les commentateurs les plus variés célèbrent la présidence française du Conseil européen qui s’achève dans quelques jours, le magazine américain est prudent et sévère.

 Il est narcissique, et frise le culte de la personnalité
  »Quel autre politicien se permettrait de telles envolées lyriques et de faire montre d’un tel culte du moi? » (« Another politician might be pilloried for wretched rhetorical excess« )
« Habitué à voir triompher sa volonté, Sarkozy est cependant de plus en plus chatouilleux » (« But as Sarkozy grows accustomed to having just about everything his way, he appears to be growing more prickly, not less, about pointed criticism.« )

 Son pouvoir n’a plus de limite
« Par nature sûr de lui et peu enclin aux excuses, Sarkozy est essentiellement affranchi de tout contre-pouvoir chez lui. Le président français est aujourd’hui en quelque sorte Sarkozy sans limites, pour le meilleur et pour le pire. » (« By nature unabashed and unapologetic, Sarkozy is now, to all intents and purposes, unrestrained by domestic checks and balances. The French president has become Sarkozy Unbound, for better or worse. »)

Il a une ambition démesurée
« Chez Sarkozy, l’ambition prend à tel point le pas sur la diplomatie qu’il a semblé déterminé à garder la main sur le gouvernail de l’Europe, quelles que soient les conventions diplomatiques ou les partenaires qui pourraient se mettre sur son chemin. » (« Such is Sarkozy’s overt inclination to let ambition outweigh diplomatic amity that he has seemed determined to keep a hand on the helm of Europe, no matter what diplomatic conventions, or other leaders, stand in his way. »)

Le monarque du moment
« Qu’au bout du compte on se souvienne de Sarkozy comme d’un grand homme, ou d’un simple exemple d’obstination et d’arrogance, l’histoire (et éventuellement ses partenaires européens) nous le dira. Les Français, pour leur part, en ont fait… leur roi. » (« Whether, in the end, Sarkozy will go down as a man of destiny, or merely of obstinacy and arrogance, only history—and perhaps his fellow European leaders—can decide. The French, for their part, have given him free rein to—well, to reign. »)

Qui a dit que le Monarque avait bonne presse à l’étranger désormais ?

Lire aussi :

2 commentaires:

Kamizole a dit…
Les critiques de l’étranger ne son pas nouvelles (se souvenir d’El Païs). En tout cas, je ne l’ai pas choisi comme roi (ni rien, d’ailleurs). Beaucoup de ses électeurs du 6 mai 2007 doivent aujourd’hui se mordre les doigts. Mais il était éminmment « calculable » et prévisible… Il disait déjà qu’il avait changé : en pire ! Même dans son camp, il est loin de faire l’unanimité, sinon de façade… la preuve étant que « sa » réforme de l’audiovisuel n’est passé qu’à 50 voix ! une belle gifle… c’est pour cela qu’il recule sur le travail du dimanche, l’UMP ne se semblant pas de tout majoritariement favorable. Il est évident qu’à un moment ou un autre il prendra une claque sur une loi… de trop.

19 décembre 2008 14:52 icon_delete13 dans NICOLAS SARKOZY
Iceman a dit…
Et si on lui foutait un magistral coup de pompe dans le cul pour qu’il y tombe… Dans le gouffre ?
Ou une bonne tape dans le dos. Style : « Comment tu vas ? » Oups…. Il est tombé !

Bon débarras !

A trop se prendre pour le roi on finit comme Louis XVI (rire sarcastique)

20 décembre 2008 02:25

LA PRESSE AMÉRICAINE

Dans Newsweek : « Un président au bord du gouffre »

NOUVELOBS.COM | 17.12.2008 | 14:45

Réagissez à l'article 84 réactions

Sarkozy est un électron libre sans véritable opposition. Pour l’instant, ça lui a réussi. Mais ça pourrait changer.
> Cet article a été publié dans Newsweek daté du 22 décembre.

Nicolas Sarkozy (Sipa)

Nicolas Sarkozy (Sipa)

Depuis trois mois, le président français Nicolas Sarkozy avertit le peuple de France, d’Europe, et tous ceux qui veulent bien l’écouter, que le monde tel que nous le connaissons est voué à une fin prochaine. Empruntant au poète Matthew Arnold sa vision apocalyptique d’un monde  » sans amour, sans joie et sans lumière, sans paix ni certitude, où la douleur est reine », Sarkozy évoque une crise économique, sociale et politique si profonde qu’elle « va modifier l’équilibre du monde. Elle va modifier les comportements, les idéaux, les valeurs ». Et au cas où les auditeurs chercheraient quelqu’un pour les tirer de ce mauvais pas et les guider vers la lumière, Sarkozy se pose en recours : « Cette crise, nous ne devons pas nous y soumettre. Cette crise, nous devons l’affronter sans fléchir. Cette crise ne doit pas nous inciter à l’immobilisme. Elle doit nous inciter à agir, rapidement, et avec détermination ». Ce qui, on l’a appris, est précisément le style Sarkozy.

Quel autre politicien se permettrait de telles envolées lyriques et de faire montre d’un tel culte du moi? Il n’empêche, Sarkozy a pris la mesure du problème, et à la différence de bien des hommes politiques —voire de chefs d’état— en Europe, le président français n’a pas en face de lui de véritable opposition. L’extrême droite s’est écroulée avant son élection l’an dernier, suivie par le Parti socialiste, paralysé par des guerres internes qui ont culminé le mois dernier en un affrontement féroce pour le leadership. Qui, sur terre ou au ciel, pourrait demander des comptes à Sarkozy ? Pas l’Assemblée nationale, où Sarkozy jouit d’une confortable majorité. Et aucune élection importante n’est prévue avant trois ans.

Par nature sûr de lui et peu enclin aux excuses, Sarkozy est essentiellement affranchi de tout contre-pouvoir chez lui. Le président français est aujourd’hui en quelque sorte Sarkozy sans limites, pour le meilleur et pour le pire. Et justement, on pourrait se demander si, doté d’une telle personnalité et par les temps qui courent, il utilise cette liberté de mouvement pour le meilleur, ou pour le pire.
Tout bien pesé, c’est pour l’instant plutôt pour le meilleur. Le quotidien financier La Tribune annonçait la semaine dernière qu’un jury de journalistes internationaux couvrant les affaires européennes avait élu Sarkozy « meilleur leader européen » parmi 27 candidats. Pourtant, même quand Sarkozy fait preuve d’audace, l’excès n’est jamais loin, et avec lui le risque du désastre. À chaque instant de sa vie politique, dès que Sarkozy perçoit un déficit de leadership —réel ou imaginé—il se met lui-même aux commandes. Sarkozy déteste le vide, que ce soit dans son propre gouvernement, où il occupe souvent le fauteuil de son Premier ministre, dans la justice, où il s’implique parfois de façon obsessionnelle dans des affaires relevant des faits divers, et jusqu’à Washington, où il pressait le mois dernier une administration Bush sur le départ, d’organiser un sommet du G20, quelques jours à peine après l’élection présidentielle.

Au niveau européen, précisément, super Sarkozy s’est heurté à des partenaires bien décidés à ne pas bouger d’un iota. Ses manières turbulentes agacent la Chancelière allemande Angela Merkel, qui s’oppose encore plus fermement à l’appel de la France en faveur de mesures collectives face au désastre économique et à la menace de plus long terme du réchauffement climatique. Le Premier ministre italien Silvio Berlusconi (élu pire leader européen par La Tribune), théâtral à l’excès, tente par tous les moyens de souffler la vedette à Sarkozy, par une opposition systématique aux initiatives françaises. Quant aux nouveaux membres de l’Union Européennes, et notamment les Polonais, ils refusent de céder devant les assauts de Nicolas Sarkozy.

Il se trouve que ceux des leaders européens avec qui il aurait espéré faire cause commune sont les plus affaiblis politiquement. Gordon Brown, le Premier ministre britannique est un allié important, mais il est affaibli par l’usure du Parti travailliste, depuis trop longtemps au pouvoir, et un Parti conservateur plus que jamais revigoré. L’Espagnol Zapatero doit faire face aux attaques incessantes de l’opposition sur fond de miracle économique en déconfiture. Au lieu de travailler de front avec ses partenaires, Sarkozy les agace, en déclarant par exemple sans sourciller que les ministres des Finances réunis dans l’Eurogroupe n »étaient pas à la hauteur du défi posé par la crise internationale, suggérant à la place des rencontres régulières des chefs d’état et du gouvernement de la zone euro — à l’instar de celui qu’il pilota en octobre afin d’arriver à un accord sur le sauvetage des banques européennes. Une proposition retoquée par le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui ne manqua pas de souligner qu’il ne dirigeait pas l’Eurogroupe pour le « plaisir ou la gloire personnelle » et questionnant au passage l’ambition de Sarkozy pour autre chose que d’avoir la vedette.  » Si d’autres pensent qu’ils pourront mieux assumer ces tâches », déclarait Juncker, « qu’ils le fassent, mais qu’ils y appliquent la même intensité pour les années à venir que celle qu’ils donnent l’impression de vouloir appliquer au moment où nous sommes ».

Chez Sarkozy, l’ambition prend à tel point le pas sur la diplomatie qu’il a semblé déterminé à garder la main sur le gouvernail de l’Europe, quelles que soient les conventions diplomatiques ou les partenaires qui pourraient se mettre sur son chemin. Le Français est supposé abandonner à la fin de l’année à la République tchèque la présidence tournante de l’Europe, qu’il occupe depuis juillet. Dès le mois d’août, les diplomates français se demandaient tout haut, bien qu’en privé, si un pays plus petit que la France aurait pu affronter les défis internationaux avec autant de compétence.

Sarkozy — ce n’est pas un secret — a beaucoup apprécié être le président d’un continent en plus de son pays, et peut se targuer d’avoir agi là où d’autres auraient calé, et obtenu des résultats là où d’autres se seraient contentés de beaux discours. Lorsque la Russie a envahi la Georgie en août, par exemple, Sarkozy s’est embarqué lui-même pour Moscou puis pour Tbilissi sur le point d’être assiégée, afin de négocier un cessez-le-feu qui a peut-être sauvé le gouvernement du président Mikhail Sakashvili. En tout cas, c’est l’impression qu’a laissé Sarkozy aux Géorgiens, en les régalant d’anecdotes où le premier ministre russe Vladimir Poutine le prend par le revers de sa veste et grogne « je veux accrocher la tête de Sakashvili sur ce mur ». Les Georgiens considèrent que Sarkozy a permis de l’éviter. Pour Temur Iakobashili, membre influent du gouvernement Georgien, « Sarkozy est une personne extraordinaire, et ce qualificatif prend une signification différente selon celui qui parle: « fou », « héroïque », « téméraire » « versatile ». Mais « il ne faut pas sous-estimer le rôle qu’a joué Sarkozy », continue Iakobashvili. Il a pris la tête de l’offensive diplomatique visant à interrompre l’avancée militaire russe, et au final, il a « sauvé la Géorgie ».

Il ne fait aucun doute que les personnalités comme celle Sarkozy prospèrent en temps de crise. Quand le système financier international s’est enfoncé dans la crise avec la faillite de la banque d’investissement Lehman Brothers aux Etats-Unis le 15 septembre, Sarkozy rejeta paraît-il, le texte d’un communiqué qui aurait minimisé l’étendue du désastre. Au lieu de quoi il déclara à ses compatriotes 10 jours après la faillite de Lehman, « C’est la fin d’un monde ». Et sans opposition à gauche ou à droite, il a fait faire un demi-tour complet à sa politique économique. Élu sur un programme de réduction de l’intervention de l’état –le moins d’état, moins d’impôt qui fait figure de mantra pour le Parti Républicain aux Etats-Unis—Sarkozy s’est jeté à corps perdu dans l’interventionnisme, et soutient ces jours-ci un plan de relance de 26 milliards d’euros, qui alourdirait considérablement le déficit budgétaire français.

La pirouette est du pur Sarkozy. De fait, c’est l’une des raisons de son succès à éliminer les partis d’opposition. En dépit d’une longue carrière passée sous l’étiquette conservatrice du Gaullisme, son principal credo politique est ce que les Français appellent « volontarisme », la foi en la possibilité d’agir sur le cours des événements par la force de la volonté. À cette fin, il adopte la politique qui a la meilleure chance de fonctionner, et lui permettra de présenter le meilleur profil. Dans la course vers la présidence, Sarkozy a révélé un incroyable talent à faire siennes les idées politiques les plus populaires de ses opposants. Ministre de l’intérieur, il a montré qu’il pouvait exploiter la peur de l’immigration et le sentiment d’insécurité aussi bien que le leader du Front National Jean-Marie Le Pen —l’éternel empêcheur de tourner en rond de la politique française —mais sans l’antisémitisme. À gauche, il a recruté dans son gouvernement des personnalités socialistes telles que Bernard Kouchner. Sarkozy a également soutenu la candidature de Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre de l’économie socialiste, et concurrent potentiel pour la présidence, au poste de directeur du Fonds monétaire international.

Alors que la crise économique s’intensifiait, on n’a entendu depuis trois mois chez les socialistes que des critiques très timorées, voire des louanges, des politiques menées par Nicolas Sarkozy. De fait, celui-ci s’est fait l’avocat d’un plus de gouvernement et plus de dépenses plus convaincant encore que la gauche traditionnelle ne l’a jamais été. Comme le notait l’éditorialiste Françoise Fressoz dans Le Monde, la principale critique de son plan de relance de l’économie est qu’il met un accent trop important sur les investissements des entreprises, et n’en fait pas assez pour le revenu des ménages. Néanmoins, le Parti socialiste « n’en conteste guère l’utilité ».
Le 31 décembre, avec la fin programmée de la présidence français de l’Union Européenne, les penchants naturels de Sarkozy vont être contrariés. Dans un effort évident visant à préserver l’élan de sa présidence, Sarkozy accueillera Tony Blair et une horde d’intellectuels de classe internationale pour une conférence prévue pour la première semaine de janvier. Puis, en avril, la France est supposée rejoindre le commandement unifié de l’OTAN, plus de 40 ans après le retrait ordonné par le président De Gaulle, à l’occasion du 60e anniversaire de l’alliance, une occasion idéale de faire les gros titres pour Sarkozy, qui pourrait en profiter pour annoncer un renforcement du contingent français en Afghanistan. Le président est toujours partant pour un geste historique, et si celui-ci est impopulaire, il n’existe aucune opposition suffisamment organisée pour le faire changer d’avis.

Habitué à voir triompher sa volonté, Sarkozy est cependant de plus en plus chatouilleux. Il a curieusement entrepris de traîner devant les tribunaux les fabricants d’une « poupée vaudou », un jouet parodique à son effigie accompagnée d’aiguilles et d’un mode d’emploi sarcastique. En octobre, un juge a défendu le droit du fabricant à l’humour, mais Sarkozy ne l’a pas entendu de cette oreille, et a fait appel. Le mois dernier, un autre juge a rendu un arrêt en sa faveur, tout en autorisant la vente de la poupée. Le plus dérangeant reste la façon dont Sarkozy essaie de manipuler les médias grand public, dernier bastion de ses critiques. Lorsqu’il était ministre, ses coups de fils personnels aux journalistes qui avaient osé lui manquer de respect étaient légendaires. Son amitié avec les patrons de presse et de télévision est également de notoriété publique. Difficile de savoir le degré d’autocensure qu’elle engendre, mais pour prendre un exemple idiot, l’hebdomadaire Paris Match a gommé ses poignées d’amour sur les photos des premières vacances présidentielles.

Aujourd’hui, plus sérieusement, Sarkozy s’est attaché à réécrire les lois régissant la télévision française. Le patron du groupe de télévision publique France Télévisions sera à présent nommé par le président. Et en dépit du déficit massif du budget de la France, Sarkozy entend appliquer sa promesse faite plus tôt dans l’année, de supprimer la publicité sur les chaînes publiques. Certains n’ont pas manqué de dénoncer les recettes publicitaires qu’il offre ainsi aux chaînes privées détenues par ses alliés politiques. Mais l’explication fournie par Sarkozy lui-même est peut-être plus révélatrice: la gauche n’a jamais osé le faire. Comme l’a déclaré le président: « ils en ont toujours parlé, mais sans résultats ». Et de se vanter: cette décision montre ce dont est capable le gouvernement lorsqu’il s’est décidé à agir. Si le Parlement n’adopte pas la loi controversée avant le début de l’année prochaine, Sarkozy a prévenu que la loi serait entérinée par simple décret.
Qu’au bout du compte on se souvienne de Sarkozy comme d’un grand homme, ou d’un simple exemple d’obstination et d’arrogance, l’histoire (et éventuellement ses partenaires européens) nous le dira. Les Français, pour leur part, en ont fait… leur roi.


Par Christopher Dickey et Tracy McNicoll

Traduction de David Korn

> Lire la version américaine de l’article

Les réactions des lecteurs

emachedé
Magnifique!
Un article vérité à diffuser sur la toile, sur tous les blogs, tous les sites web.
Pour que les françaises et français sachent enfin, que vu de l’extérieur, Sarkozy est encore plus critiqué qu’à l’intérieur.
Logique! La censure s’arrête aux frontières françaises.
22.12 à 10h22
Alerter
rouletabille
A mes yeux…
la seule coupable, c’est l’opposition !

Doit-on rappeler que Sarkozy a été élu au suffrage universel à la majorité ?

L’opposition – ainsi qu’il est d’ailleurs souligné dans l’article – s’est pratiquement suicidée sous les yeux de la moitié des citoyens qui ne voulaient pas de Sarkozy, passant son temps en querelles intestines alors que l’heure était à l’union sacrée devant les dérapages constatés et les atteintes à la démocratie.

Elle en portera devant l’Histoire la responsabilité.
16.12 à 22h28
Alerter

BREIZ
Au bord du gouffre?
Il saura faire un grand pas en arrière.
16.12 à 21h56
Alerter
irreverence
messieurs les censeurs bonsoir
Bien sur,une réaction anti newsweek est impensable sur ce site dédié aux réactions épidermiques et aux insultes envers certaines valeurs,même de gauche….
16.12 à 19h59
Alerter
citoyennecolere
quand?
quand réagirons nous ?
combien de temps allons nous encore subir ?
combien de temps encore allons nous rien dire, courber le dos et continuer à payer pendant que d’autres, lui en particulier, s’en met plein les fouilles et en fait profiter ses amis ?

faut il attendre que les jeunes nous montre l’exemple ? c’est à nous parents, de leur montrer la voie.
16.12 à 18h52
Alerter

Unparun
Publicité mensongère
Le titre fait croire que NS va se faire flinguer. A l’arrivée, un article plutôt équilibré. Bien loin des attaques habituelles des media français type « service public », Libé, Nouvel Observateur, presse régionale (voir les revues de presse proposées par ce site) etc.
16.12 à 18h46
Alerter
hugoclement
AVEUGLES !!!! (SUITE)
Il est l?emblème d?une France arrogante et outrageante, se croyant tout permit.

Évidement, ne comptons pas sur l?opposition pour nous remettre les yeux en face des trous. Elle est en déconfiture ! Le PS préfère s?écorcher vif lui-même, plutôt que de penser au pays. Ségolène ou Martine ; Martine ou Ségolène ?
Pendant ce temps, Sarko agit?.LUI ! et il continue à étendre son pouvoir sur le pays et les medias.

Pauvre De Gaulle?Pauvre Mitterrand?..ils doivent se demander si cela valait autant le coup de se fendre le cu? (oups pardon) la tête pendant plusieurs décennies pour arriver à ce que nous vivons en ce moment : UN PAYS TOTALEMENT AVEUGLE !

J?ai vraiment honte d?être français, de constater qu?on a élu Sarko, qu?on ne fait rien pour le virer et surtout qu?il existe encore des gens pour le soutenir !
16.12 à 15h40
Alerter

hugoclement
AVEUGLES !!!!
Pour ma part, je me demande ce que la France attend pour réagir. Elle élu un petit chefaillon à sa tête, elle sait qu?elle a fait une bêtise, mais elle ne bouge pas.
Il n?y avait pas besoin d?être voyant pour comprendre que l?on ne pouvait faire aucune confiance à Sarkozy. Souvenons-nous de sa trahison en 1995. Malgré cela, notre peuple a fermé les yeux, ou bien volontairement oublié ce qu?il s?était passé.
Notre Président est un arriviste qui se fou éperdument du pays qu?il gouverne, pourvu que l?on parle de lui.

Va-t-il falloir attendre des années pour comprendre que l?équilibre de la France est en danger, et avec elle, ses Droits et ses Libertés. Peut-être même un second mandat ?
Les US ont élu Bush à deux reprises, ce qui a causé leur décrépitude aux yeux du monde. Ils furent la risée de la scène internationale et sont boudés partout où ils débarquent. Mais nous sommes en train de faire exactement la même chose avec Sarko.
16.12 à 15h39
Alerter

PolosGorgias
Sarkosite
Le jeu de mot de la dernière phrase en anglais (free rein ? to reign.) me paraît légèrement plus sarcastique que sa traduction, comme d?ailleurs le ton général de l?article. Même si notre fierté nationale doit en prendre un coup, on ne peut guère reprocher en effet à nos amis étrangers (car la presse américaine n?est pas la seule à souligner le fait) d?être légèrement irrités par l?activisme débordant mais un peu brouillon de notre bien-aimé président. Il faudrait être aveugle de naissance (ou particulièrement courtisant) pour ne pas s?en rendre compte. Curieux, chez ce peuple qui se veut libertaire, héritier direct des Lumières, qui a guillotinés sans remords excessifs non seulement son roi et toute sa famille mais, dans la foulée, un nombre non négligeable de ci-devant et autres « déviationnistes », cette irrépressible propension à se doter régulièrement de guides prophétiques ! Nostalgie d?une grandeur révolue ou? infantilisme ?
16.12 à 14h16
Alerter
nicolapoisse
c’est le pere noel
cool, génial, euh bon on va se calmer un peu ^^.
cher(e)s moutons et moutonnes. Il serait temps pour vous de demander un cerveau capable de réfléchir au papa noël. Je vous assure ça peut servir !!!
Quand je vois tous ces guignols bloquer les lycées ça me fait marrer, quand je vois vos commentaires anti-Sarko j’en pleure de rire aussi ( à vous seuls vous pourriez faire remonter le moral des français n’empêche.) S’il vous plaît arrêtez de passer pour des paranos illettrés incapables de comprendre l’actualité.
16.12 à 14h08
Alerter
Laars
Melitsa
Les francais ont fait une révolution pour leur droits, pas pour perdre leur identité.
Sarko fait le ménage et la roue est en marche, sovez-en persuadé.
PS: les plus génés s’en iront, l’époque n’est plus au discussions stériles.
16.12 à 13h03
Alerter
sfio
Pauvre France!
Un président au bord du gouffre, du précipice, de l’abime,…?
Beaucoup des nôtres en ont été prévenus mais l’esbroufe, la vertu du crétin qui consiste pour chacun à geindre cupidement de son nombril l’emporta sur l’entendement.
Qu’un frappa dingue, au pays de Descartes soit au bord de la rupture, qu’il soit sur le point de décompenser n’a rien d’exceptionnel. La surprise est qu’il s’agit ici du président, celui-là même qui « durcit » les principes d’hospitalisation sous contrainte.
Mais le pire, oui le pire, c’est une FRANCE par terre, à genou, à côté de ses pompes, sans dessus dessous, où tout a volé en éclat, une FRANCE en dehors de son Histoire, un machin aurait dit le Général.
L’opposition quant à elle, sur son versant PS est celle qui s’est la mieux convertie à la décrépitude. Comme chez les Rougon-Macquart, chacun court après la soupe, en offrant sa plus belle danse du ventre puis du bas ventre, avant de se coucher au coin du feu.
16.12 à 12h55
Alerter
sfio
Pauvre France!
Un président au bord du gouffre, du précipice, de l’abime,…?
Beaucoup des nôtres en ont été prévenus mais l’esbroufe, la vertu du crétin qui consiste pour chacun à geindre cupidement de son nombril l’emporta sur l’entendement.
Qu’un frappa dingue, au pays de Descartes soit au bord de la rupture, qu’il soit sur le point de décompenser n’a rien d’exceptionnel. La surprise est qu’il s’agit ici du président, celui-là même qui « durcit » les principes d’hospitalisation sous contrainte.
Mais le pire, oui le pire, c’est une FRANCE par terre, à genou, à côté de ses pompes, sans dessus dessous, où tout a volé en éclat, une FRANCE en dehors de son Histoire, un machin aurait dit le Général.
L’opposition quant à elle, sur son versant PS est celle qui s’est la mieux convertie à la décrépitude. Comme chez les Rougon-Macquart, chacun court après la soupe, en offrant sa plus belle danse du ventre puis du bas ventre, avant de se coucher au coin du feu.
16.12 à 12h53
Alerter
virgo
l’opposition face à Sarkozy
Si les partis politiques d’opposition sont peu actifs en France, c’est peut-être aussi parce qu’on les empêche de s’exprimer sur les chaînes d’Etat ou les chaînes privées des copains de Sarko ! Mais il est indéniable que c’est le peuple lui-même qui se rebelle ! Darcos a abandonné (provisoirement) sa réforme, poussé par Sarko qui chie dans son froc, sachant pertinemment que sa dictature va se terminer en révolution ! Et ce sont des lycéens et des étudiants, aidés par leurs profs et leurs parents, qui ont préparé cette révolte et obtenu gain de cause ! Le grand Sarko mis à mal par des gamins ! Zorro s’est vu obligé de remettre son épée au fourreau ! Une manifestation générale est prévue le 29 janvier, vous verrez s’il n’y a pas d’opposition en France !!!
16.12 à 10h16
Alerter
bofbof
le meilleur ?
Difficile à savoir. Aucune des crises n’est terminée. C’est quand tout sera rentré dans l’ordre que l’on saura si le job a été bien fait.
Pour l’instant NS a agi, et surtout il l’a fait savoir. Là où les autres ne communiquent pas ou peu, il affiche ; allant jusqu’à raconter ses conversations privées avec les autres chefs d’Etat !
De toutes façons toute comparaison est impossible : la France n’avait pas présidé l’UE, les crises importantes (Kosovo par ex) sont loin et personne ne s’en souvient, les crises économiques étaient traitées en interne ………
Tous les Présidents ont connu des crises graves.
C’est à la fin de son mandat que l’on saura si NS a BIEN agi ou non.
16.12 à 10h05
Alerter
kabel
Agir oui , s’agiter non, et 1m58 de quel côté est-
Rien à ajouter
16.12 à 09h47
Alerter
Melitsa
à Nicolas-1er
Vous avez raison les bras en tombent devant tant d’acceptation

Et ce peuple se vante d’avoir fait la Révolution et d’avoir porté au monde les notions de liberté fraternité égalité quand en moins de 18 mois il se vautre au sol, accepte un roy qui ne laisse aucune marge de manoeuvre à ceux qui sont sous lui

Quant au palmarès EuroTribune qui a désigné le meilleur dirigeant européen de l’année en la personne du roy, il avait jusque là élu Merkel, il a mis en second Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois, et en troisième Gordon Brown !!

Mettre en 3 ème position Gordon Brown en raison de la crise lui qui a été considéré comme eurosceptique jusque là, c’est dire que l’intelligence est volatile chez ces correspondants européens et qu’ils n’ont guère de vision de ce que doit être l’Europe
16.12 à 07h56
Alerter

Mark
Nicolas Sarkozy, un rival ?
Certains traits du présidents français sont effectivement bien décrits par le magazine US. On y trouve aussi, comme Alternaute vient de le signaler, des points positifs énoncés du bout des lèvres, comme pour ne pas paraître trop à charge.

Je crois en fait que ce qui horripile ce news bobo bon teint de l’Amérique bien pensante, est que ce français n’est pas français.
Je veux dire qu’il fait ou tente de faire quand ses prédécesseurs étaient en Europe des Rois faits néant, notamment Chirac. Quand on est habitué à cela, un Sarkozy hyper-président, énerve.

Ce qui énerve aussi la feuille de chou US, c’est c’est appétence française à mener le jeu, tout au moins à le vouloir. C’est aussi sa dénonciation de la responsabilité US dans l’actuelle crise financière.

Et là, Newsweek se fait particulièrement discret. Sur cette débandade des dirigeants US. A conséquence planétaire.

Comme quoi, quand on prétend se faire juge, on commence par se moucher et nettoyer ses écuries d’Augias.
16.12 à 07h06
Alerter

Ludo2
Bushisme.
Cet article a ete ecrit par un Republicain, pur et naif, une creature bushienne …
Il ignore en effet que la majorite des francais ne font pas allegeance a leur President, et ne font pas partie de la Cour du Roi.
Il ignore qu’en Georgie c’est Saatchvili qui, le 18 aout, a attaque le premier l’Ossetie en l’arrosant de missiles et provoquant la colere des Russes.
Il ignore que s’il a engage des socialistes au Gvnment c’est pour briser cette opposition.
Il ignore que si NS agace les autres puissances europeennes, c’est qu’il fait tout pour les agacer.
Cet article, debitant les idees recues a la sauce bushiste des americains sur les francais, ne vaut pas qu’on s’y attarde davantage.
16.12 à 04h04
Alerter
Royaloyal
@ Tous… surtout à gauche…
Vous les gauchistes, vous pouvez déblatérer ce que vous voulez au nom de la démocratie…
et de la « sanitude »…ooops… clin d’oeil…
mais, car il y a un mais…
Sarko est le meilleur à l’instant donné…
et pour quelques années encore…
heureusement…
j’ai dis le meilleur…
pas le parfait…
le meilleur à l’instant donné…
occupez-vous de votre (vos ?) parti(s) plutôt…
et de sa « RE »-construction…
et passez moins de temps sur ce pseudo forum à dépenser votre énergie pour quedalle…
AaaHhh ! L’internet et ses forums… le piège de la politique pour le « pseudo »-militant de base…
Restez confiant… Martine va vous arrangez cela à coup de 32 heures…
Qui dit mieux ?
15.12 à 23h55
Alerter

jena
au nouvel obs
je suis bani aucun de mes posts n est afficher .alors qu ils sont tres corrects !!!!!!!!!
15.12 à 23h38
Alerter
RealistiX
@alternaute
« Comme quoi on peut faire dire ce qu’on veut à un article… »

tout comme on peut comprendre ce que l’on veut à un article…
du nouvelobs… et seulement du nouvelobs.
15.12 à 23h00
Alerter

adnstep
A peine 57 réactions !
On les a connus plus vaillants, les antisarko pavloviens !
Sont peut être pas arrivés à lire jusqu’au bout.
15.12 à 22h59
Alerter
enzo
Nesweeck est trop généreux
en disant que pour le moment, nous avons le meilleur de sarkosy…. Ou alors son meilleur ressemble au pire de ce que nous puissions rêver pour la France ….
Pour le reste excellent analyse.
15.12 à 22h37
Alerter
RobertVnt
Combien de morts à cause de la révolution français
A vrai dire, je me demande bien quelle gloire il y a à faire l’éloge de la révolution française. Les pauvres ont piqué aux riches. Les riches se sont barrés. Les pauvres ont dû piquer aux plus pauvres. Enfin, au nom de la Démocratie on a tué beaucoup de monde, surtout ceux qui n’étaient pas d’accord. S’en ait suivi les guerres de Vendées, les guerres napoléoniennes, et peut_être la prise d’Alger… Vraiement je ne vois pas le rapport avec le Président Sarkozy. C’est sûr que des décisions sont prises et ça dérange. On était habitué à autre chose. Vous n’y pensez pas cette décision va me géner pour ma réélection, ah! bon on va faire une exception.
15.12 à 22h37
Alerter
ciceron
@ alternaute
Le plus voltairien des commentaires semble aride quelque peu. Arlos je dirais le plus gracieux et au-dessus de la mêlée.
15.12 à 22h36
Alerter
RobertVnt
Vaut mieux entendre parler de M. Madof et des orga
Voilà un article bien négatif comme on les aime. J’attend avec le plus vif intérêt un article positif sur M. Madoff, sur les organismes de contrôle, sur les subprimes, sur l’affaire EON, sur les US en Irack etc, etc. Là au moins on est entre nous.
15.12 à 22h25
Alerter
nigloo
Pas d’opposition??
Et le Peuple qui se rend compte qu’il a été berné??Ajouté à celui qui le savait déja, ça fera du monde dans la rue!!On ne peut pas prendre les gens pour des andouilles encore longtemps!!
15.12 à 21h57
Alerter
Turlute
Al1-46
Toi, t’as voté pour qui?……..non?……quand même pas?……pour………..Ségolène?…….pfffffmmmmmrrrrrrhihihihihihihihi……..houhouhouhouhouhouWAAAHAHAHAHA!!!!!!!!…arrêtes,
arrêêêêêêêêête!!!!!!!!!!!!!
15.12 à 21h41
Alerter
alternaute
@al1-46…
…c’est pas que je remets en doute tes capacités à lire un papier mais t’y as quand même vu ce qui suit , non? :

« …Tout bien pesé, c’est pour l’instant plutôt pour le meilleur. Le quotidien financier La Tribune annonçait la semaine dernière qu’un jury de journalistes internationaux couvrant les affaires européennes avait élu Sarkozy « meilleur leader européen » parmi 27 candidats. »…

Comme quoi on peut faire dire ce qu’on veut à un article…
15.12 à 21h37
Alerter

al1-46
enfin…..
….c’est moins de 53% de blaireaux prévenus, mais ça fait plaisir à lire d’autant plus que ça vient de l’extérieur…car il n’y a qu’au pays des aveugles que le borgne et roy et chez nous, en sarkozie, un borgne chasse l’autre…..
si vous voyez (d’un oeil) ce que je montre du doigt… l’index tendu de préférence !
15.12 à 21h27
Alerter
desk48
le pésident
oui, il se débrouille même très bien, notre président et je le constate sans vouloir le flatter ! je suis bluffée par son énergie et sa faculé de s’occuper de plein de choses en même temps, et de les réussir;;; non, on n’a pas à s’en plaindre à mon avis !
15.12 à 21h26
Alerter
Nicolas-1er
Newsweek
Le moins que l’on puisse dire est que le titre de l’article ne colle pas avec son contenu …
Mais là n’est pas l’essentiel.

Comment les français, qui n’ont qu’un mot à la bouche (République) pour définir leur pays, peuvent-ils vivre sous une Monarchie ?

L’opposition démocratique est en lambeaux.
L’Assemblée nationale est à la botte de Nicolas 1er.
Le Sénat est à la botte de Nicolas 1er.
Le Conseil constitutionnel est à la botte de Nicolas 1er.
Les médias grand public sont à la botte de Nicolas 1er.
Les grands patrons du CAC40 sont à la botte de Nicolas 1er.

L’hiver sera long.
15.12 à 21h15
Alerter

alternaute
Il arrive que certains…
…oublient qu’on se trouve sur le forum du Nobs…
Et que, d’un tel papier, le Point ou le Figaro auraient pu en faire une toute autre lecture et y donner un tout autre titre…

C’est une règle du jeu de base de la presse d’opinion….
15.12 à 21h12
Alerter

ciceron
Amha
Fin connaisseur du monde « anglo-saxon » dans lequel j’ai travaillé une grande partie de ma carrière, je dirais que cet article est aussi élogieux qu’il puisse être concernant un homme politique Français.

D’ailleurs mëme la photo du « Yes you must » est plutôt élogieuse présentée comme elle est dans l’article.
15.12 à 20h54
Alerter

marius_fadat
Sarkozy , c’est nous !!
Elu democratiquement par 53 Þs français ,il est notre volonté , notre enfant. Miroir de nos tares ,de notre inculture,de notre ethnocentrisme culturel et cultuel ,de notre médiocrité en tout domaine,de notre bouffonerie,de notre grande gueule,de notre petitesse intellectuelle qui au propre comme au figuré a besoin de talonettes pour paraitre plus grande,bref ,c’est pas sarko qui est au bord du goufre ,c’est nous .Sarko c’est notre embleme ,notre devise,notre drapeau ,notre histoire ,notre passé ,nos ancetres, les habitants de la gaule ,n’etaient pas des gaulois mais des gallinacés comme lui,comme nous ,bref comme tout le monde dans l’hexagone.
Sarkozy parsque je le veau bien…
15.12 à 20h45
Alerter
Laars
Dommage, c’est trop évident!
Cet article, de par son style est traduit du francais, si vous voyez ce que je veux dire.
Comme disent les américains: « nice try! »
15.12 à 20h45
Alerter
Laars
La preuve
qu’on est bien en France!
Ces deux journalistes n’aurait pas pu publier le quart de la moitié des conneries qu’ils ont raconté (ou qu’on leur a soufflé) s’il s’était agit de leur président.
En fait, j’ai un sérieux doute sur le créateur de cet article qui sonne d’une facon bien plus francaise qu’américaine.
Affaire à suivre………….
15.12 à 20h42
Alerter
Libouricou
fredo
tu sais pourquoi? et bien quand on ne trouve pas d’opposition chez soit, on va, en désespoir de cause en chercher à l’étranger.
15.12 à 20h37
Alerter
Leviathan
Melitsa
J’aime votre facon de parler au nom des Alsaciens.
A vous lire, vous représentez toujours une écrasante majorité et puis à chaque échéance, vous vous retrouvez dans le camps des perdants.
Ainsi vous aviez prédit la destitution, rien de moins, de Sarkozy et le triomphe de Royal.
Quand à l’article, il est étonnant que le fin linguiste que vous êtes ne s’indigne pas de l’interprétation très libre qui a été faite de l’article original.
il est vrai que toute vérité n’est pas bonne à dire.
15.12 à 20h35
Alerter

Noel
La chute de l’article me surprenait
qui disait : « Les Français, pour leur part, en ont fait? leur roi. »

L’original ne dit pas la même chose : « The French, for their part, have given him free rein to?well, to reign. »

Ce qui n’est pas tout à fait la même chose !
15.12 à 19h59
Alerter

fredo
jip13
Pas sur que l’avis des etrangers sur notre petit pays soit vraiment bien important, mis a part pour notre petite vanité personnelle?

Le cinéma américain continue a nous représenter avec le beret, la baguette et le litron; nous continuons a les décrire comme de cowboys bouffant du chewing gum!

Je ne sais pas si c’est une specialité francaise que de chercher a savoir comment les etrangers nous voient, mais tout de meme, je pense qu’on est dans le peloton de tete des peuples orgueilleux se prenant pour le centre du monde a bien des points de vues!
15.12 à 19h57
Alerter

skipy68
Certain rêve
A un monde selon leurs idéologies ou la place de la misère n’a rien à y faire!! Voudrait -il être la sagesse de Jésus sous une ironie de Judas???
15.12 à 19h38
Alerter
alternaute
Test…
…Y’en a n’en serait-ce qu’un qui a lu tout l’article ci-dessus ???
15.12 à 19h24
Alerter
levi-attent
@ médité !
le pouvoir n’a rien à gagner quand il pousse le peuple à comprendre qu’il n’a plus rien à perdre
15.12 à 19h19
Alerter
jip?13
La vrai question
A part le titre en français qui ne reflète pas la teneur de l’article, le contenu est assez pertinent.
Il est sain de savoir comment on est vus de l’étranger.
En attendant de connaître le jugement de l’histoire, il y a une conclusion qui est d’ores et déja bien évidente: nous ne sommes pas en République!
On aime à brandir le drapeau de 1789 et la gloire de nos grands hommes mais…
On n’est pas en république; seule différence avec les Bourbon: le monarque absolu est élu pour cinq ans. En principe, parce qu’on voit mal ce qui va l’empêcher de faire 10 ans…Ca fait long!
Et le fils est rentré dans la carrière! Il aura peut-être sa chance un jour?
15.12 à 19h05
Alerter
skipy68
daté du 22 décembre.
De quel année?????
15.12 à 19h01
Alerter
Melitsa
A President On the Precipice
Voici le titre en Anglais
« Precipice » se traduit tout bêtement par précipice, gouffre, abîme

Pour le reste, on ne cessera jamais de m’interroger sur ce bord qui sépare l’intelligence du gouffre
et ce pourquoi des fous arrivent à entraîner l’adhésion d’êtres pensants
Viktor Klemperer l’a tenté sans parvenir

Il y a l’effet de la tourmente, l’effet de la surprise mais une fois la poussière retombée que reste t il : un fou qui a subjugué et entraîné les autres

Il est minuit docteur Schweitzer car demain il vient en Alsace dans notre bonne ville de Strasbourg jouer encore les typhons
Nous porterons tous le bandeau noir qui s’apposa sur toutes les plaques de rue lorsque lepen vint à Strasbourg
15.12 à 18h44
Alerter

débabla
Ivresse des cîmes !?
En termes journalistiques, c’est une prédiction qui rejoindrait probablement l’analyse d’un psy…
Le seul danger actuel, pour Sarkosy, c’est lui!.

Plus d’opposition,
une cour à sa dévotion,
Un peuple résigné,
un pouvoir qu’il finit par croire sans limites, grisé par son succès dans la politique mode spectacle permanent.

D’où le risque de « pétage de plombs » potentiel, et imprévisible, en cas de mauvaise descente de son euphorie, qui doit se nourrir de doses chaque jours plus fortes.
15.12 à 18h37
Alerter

widerstand
de toutes les façons…
comme il est dit…je ne peux pas voir ce type en peinture.
15.12 à 18h20
Alerter
Leviathan
Les deux journalistes
….sont comme beaucoup de gens, ils sont dépassés par la personnalité de Sarko et le véritable changement et n’arrivent pas à prendre le train en marche, ils étaient moins effrayés par Bush, c’était beaucoup plus classique, ou par les derniers présidents francais, c’était beaucoup plus statique.
comme dit le proverbe. « On se moque toujours de ce qu’on ne comprends pas ».
Sarkozy n’est pas plus au bord du gouffre que n’importe quelle autre chef d’état et le Nobs a occulté une autre info, qui rapportait qu’un comité de journaliste européens l’a élu meilleur chef d’état européen (la tribune).
Il faut tout rapporter si on veut que le gens se fasse une opinion.
Sarkozy ne rencontre pas de réel opposition en France tout comme il en rencontrerait encore moins dans les autres pays d’Europe ou on ne passe pas son temps à tout contester en bloc comme le fait la gauche francaise qui sait si bien se faire hara-kiri.
Que ces deux journalistes regardent la situation économique de leur pays!
15.12 à 18h15
Alerter
anulus
E
Et si on traduisait:un président sur la brèche?Ah mais voilà!
15.12 à 18h09
Alerter
blogfinger
la paille et la poutre
excellente critique de notre president, la totale ne va pas avoir froid Sarko, mais que n’ont il pas fait le même costar au débile Bush, lors de la campagne us anti Française de la guerre d’Irak, et nous on ne se sent pas obligé de boycotter les Macdos pour offense( si quand même mais c’est permanent) , on en rigole( c’est tout ce qui nous reste n’ayant pas d’opposition credible)
15.12 à 18h08
Alerter
anulus
t
Traduction.Le mot gouffre n’apparaît nulle part.Il s’agit tout simplement du mot brink qui désigne le bord.Il y a d’ailleurs un terme Anglais brinkmanship,intraduisible,qui décrit l’art de longer un bord sans jamais tomber dans le trou.Faire preuve de brinkmanship,c’est être une espèce d’équilibriste,qui connaît l’extrême limite de ses limites.Le mot a une connotation plutôt positive.Il implique une grande maîtrise de soi,et dans ce domaine Sarkozy n’en est pas une bonne illustration.Reste que le titre est mal traduit,mais au bord du « trou »,ou un président « sur les bords »(!!!!!) aurait fait un peu fade et sans relief,ou tout simplement faux(ce n’est pas un président sur les bords même si on peut parfois le regretter) pour notre presse à la recherche d’émotions fortes.
15.12 à 18h07
Alerter
nonnon
HELP !
Réveillez-vous les Français idolatres de votre Roi…avant qu’il ne soit trop tard.

Car sinon, combien de temps faudra-t-il pour réparer la casse actuelle en France ?
Pendant ce temps là, le nombre de Français en souffrance augmente chaque jour.

Vous pourriez continuer tranquillement à baver d’admiration devant ce pseudo roi, si vous n’engagiez que vous dans votre inféodalité.
15.12 à 18h03
Alerter

ckikiviens
la bonne date
comment mettre en ligne un article de presse le 15 decembre,
daté du 22 cqfd
15.12 à 17h46
Alerter
honagre
au bord du gouffre
….poussons, poussons l’escarpolette!
15.12 à 17h41
Alerter
ciceron
Traduction du titre
Le titre de l ‘article en Anglais ne veut pas vraiment dire « Un Pésident au bord du gouffre ». La préposition employée devant le mot « precipice » n’est pas « near » or « by » or « at the edge » or « at the brink ». C’est « on ». Le titre en américain est pour moi un jeu de mot entre ‘Un Pésident au-dessus du précipice » (du genre Obama marche sur les eaux et Sarko vole au-dessus du gouffre) et « Un Président s’explique sur le gouffre au bord duquel se trouve le monde ».
15.12 à 17h39
Alerter
nicololo
laisser le temps au temps…
Un ancien président de la république, dans sagrande sagesse, n’en déplaise à beaucoup, avait l’habitude de dire qu’il falait laisser le temps au temps. Certes l’opposition, et principalement le PS, aprés le « sacre » de Sarko 1er, s’est trouvée fortement désemparée et c’est peut dire, surtout en constantant les façons de procéder du « kaiser » plutot nouvelles en politique, tou au moins à ce niveau de dirigeant ! Aprés bien des remous, des querelles et des bagarres, la démocratie au sein d’un parti s’est appliquée et le PS repart sur de nouvelles bases mais repart ! C’est vrai que dans le camp d’en face, il n’est nullement besoin de mouvement démocratique pour désigner le (?) les (?) chefs puisque le plus « grand d’entre-eux » (je plaisante) se charge de tout régenter jusqu’au moindre bouton de guettre ! Silence dans les rangs, je ne veux voir qu’une seule oreille, la mienne : c’est vous dire comment les autes se tiennent étant donné la taille du chef ! Attendons 2009, c’est dans 15 jours !
15.12 à 17h38
Alerter
anulus
O
On a beau ne pas aimer Sarkozy,ou l’aimer,il s’agit d’un article qui n’est ni négatif,ni positif,honnête,c’est tout.Ensuite,Newsweek est un bon hebdo,un peu à gauche de Time pour ce qui est de la politique étrangère.
Quand on lit cet article objectivement,on a l’impression qu’il y a 2 Sarkozy:celui de la vie privée,fier,autoritaire,puéril,vantard d’un côté et de l’autre celui de la vie politique qui réussit plutôt de qu’il entreprend,que ce soit à la tête de l’Europe ou à la tête de la France.Certes on pourrait rajouter inculte,grossier,bling bling pour décrire le personnage.Mais ce qui nous intéresse,c’est ce qu’il fait et nous verrons plus tard comment l’histoire le jugera.Ce qui sûr,c’est qu’il a réveillé le pays et que c’est un président comme nous n’en avons jamais eu.Et personnellement,je ne regrette ni Chirac,ni Mitterrand,ni De Gaulle,ni Pompidou,ni Giscard.
15.12 à 17h32
Alerter

bandingu?class=
sacha guidry
Un homme qui ne demande jamais de service à personne,finit par se faire la réputation d’un homme qui n’en rend pas.LUI N’ EST FAIT QUE PAR MOI MËME NO COM ???????????????????????
15.12 à 17h31
Alerter
AlexB.
La Tribune
« Le quotidien financier La Tribune annonçait la semaine dernière qu’un jury de journalistes internationaux couvrant les affaires européennes avait élu Sarkozy « meilleur leader européen » parmi 27 candidats. »

Evidemment, le site du Nouvel Obs n’en a pas dit un mot : seuls l’intéressent les articles de la presse étrangère critiquant Sarkozy. L’essentiel est de faire croire à ses lecteurs que le monde entier le déteste, ce qui est loin d’être le cas.
15.12 à 17h30
Alerter

Horsti
Ouvrez les yeux !
Ouvrez les yeux ! Le grand Horst Tappert est décédé ! Lui seul avait la clé du chemin du milieu vers un monde de paix !
15.12 à 17h27
Alerter
Yourii
date
mauvaise traduction:

Published Dec 13, 2008
From the magazine issue dated Dec 22, 2008
15.12 à 17h27
Alerter

VEAUDEFRANCE
Les vieux de la vieille
 » Comme quoi il faut toujours se méfier des apparences; lorsque tu vois un homme… mais qui a un bec de canard, des ailes de canard, des pattes de canard… Y a pas de doute; c’est un canard !… Et c’est la même chose pour les p’tits merdeux !  »

Réplique extraite du film « Les vieux de la vieille » avec Gabin, Noël Noël et Pierre Fresnay.

Dialogues de Mr. Michel Audiard que l’on pourrait prendre pour un extra-lucide à la lueur des exploits de notre « cher » Président.

Bonne soirée à Tous et Toutes.
15.12 à 17h26
Alerter

Youri
date
comment un article publié le 22 décembre comme indiqué dans l’article peut-il exister alors que nous somme le 15?
15.12 à 17h25
Alerter
AlfredoGarcia
Je lis
Qu’au bout du compte on se souvienne de Sarkozy comme d’un grand homme, ou d’un simple exemple d’obstination et d’arrogance,
Par l’instant je ne vois rien de grandiose, mais beaucoup d’arrogance et d’obstination
Ces Français qui, pour leur part, en auraient fait? leur roi. ils ne trainent pas dans les rues, peut-être dans la cour du roi nain
15.12 à 17h25
Alerter
ralph
Electron libre et instable
-
Un aperçu caricatural dans cette petite vidéo

http://www.fourre-tout.com/index.php/2008/12/12/918-le-clip-qui-dechire

15.12 à 17h18Alerter

Bindjouli
Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent
Article parfait

Nous ne sommes pas dupe et vous pouvez découvrir ce que je pense de tout ceci ;
Pour plus de détails, vous êtes invités à venir consulter mes contributions sur ce sujet et d?autres sur le Blog que j’anime sur le nouvel observateur.

http://critique-politique.blogs.nouvelobs.com

Cordialement
15.12 à 17h16
Alerter

amahane
sarko , pere fouettard
sarko a compris une chose , qu’il faut faire peur et sevir severement pour avoir la paix et faire comme bon lui semble
en ce moment personne n’ose lui tenir tete en france , donc il fait de ce qu’on lui a confié , ce dont il souhaite sans rien justifier à qui que soi
bien fait pour ses 53% d’electeurs
15.12 à 17h12
Alerter
Goliath
constat accablant!
Juste une petite rectification, c’est plutôt la France, ses institutions et ses valeurs qui sont au bord du gouffre… depuis un triste mois de mai 2007!

Quoiqu’il arrive, sarkozy aura eu ce qu’il souhaitait le plus au monde, à savoir diriger la France!
Maintenant, qu’il soit en disgrâce ou pas auprès des français et/ou de nos partenaires étrangers, son avenir est assuré… il a tellement déjà oeuvré pour ses amis les puissants… à moins qu’il ne termine comme César…
15.12 à 17h05
Alerter

henriette
@segolaide
L’article parle de Sarkozy, et non pas de la gauche, donc arrêtez de jeter votre venin, c’est vrai qu’à l’UMP, vous ne savez faire que cela.
15.12 à 17h03
Alerter
pipolette
Se sont les journalistes etranger qui osent dire l
Personne n’a réalisé à quel point cet homme était dangereux et entouré des pires ! Réveillez vous à gauche , allez tout casser au Ps afin qu’il cesse de prendre ce parti en otage, en laissant sarkozy et sa bande tout dessosser

Le président français est aujourd’hui en quelque sorte Sarkozy sans limites, pour le meilleur et pour le pire. Et justement, on pourrait se demander si, doté d’une telle personnalité et par les temps qui courent, il utilise cette liberté de mouvement pour le meilleur, ou pour le pire.
15.12 à 16h50
Alerter

damemarie
de quel royaume quel roi
la france est une nation .si ya un jour oposition elle viendra du peuple .la seul personne qui tient la route c est olivier besancenot .et ce jour la la france redeviendra une republique avec un president elu par le peuple .pas un roi pour ce qui es de la presse francaise ??????????
15.12 à 16h40
Alerter
nanou
Allez lire cette
interview de Sarko avant son élection:
Nouvel Obs du 26/04/2007
par Michel Onfroy (blog)
Titre: Dans la peau de Nicolas Sarkozy.
18 mois après l’interview, ça prend une tournure inquiétante…
15.12 à 16h35
Alerter
segolaide
La gauche médiocre
fait n’importe quoi pour détruire la France, heureusement Sarkozy vaincra ces déchets ! Il a déjà réduit à néant le PS… et s’en sort pas mal malgré la propagande de gauche !
15.12 à 16h31
Alerter
SYMON
Précisions
Pour information, les hebdomadaires anglo-saxons en général et américains en particuliers sont datés de leur échéance. En l’occurence 22 décembre pour une édition parue le 15.
Ensuite, on cherche en vain où le « ventilateur de l’Elysée » se trouve au bord du gouffre….
15.12 à 16h30
Alerter
guronsan
conscience
la prise de conscience des journalistes étrangers est plus pertinante voire osée, que la soupe tièdasse que servent nos journalistes bien de chez nous au maître qui les nourrit.
15.12 à 16h29
Alerter
fredo75
pas tellement d’accord
J’estime que cet article ne va pas absolument pas au bout de son raisonnement. Le titre est très fallacieux, car justement rien dans la « démonstration » ne vient étayer que Sarkozy serait « au bord du précipice », ce n’est pas l’impression qu’on retire. Donc on reste sur sa faim. Ce ne sont que des effets de manchette. D’ailleurs j’ai lu le texte en anglais, jamais la « chute finale » de l’article ne dit que les Français ont fait de Sarko leur roi, mais littéralement: « ils lui ont donné carte blanche, eh bien, pour régner ». Je trouve que c’est mal traduit, en plus.
15.12 à 16h29
Alerter
Movil
Bien vu !
Belle analyse que l’on aurait aimé lire sous la plume de journalistes de la presse française. Il est réconfortant de voir qu’à l’étranger Sarkozy ne fait pas illusion. Son caractère et ses actes sont très bien décortiqués.
15.12 à 16h19
Alerter

FPAILLE
Article du 22 décembre
neweek : nous sommes le 15 décembre, ce qui voudrait que cet article paraitra le 22 décembre ??
15.12 à 16h08
Alerter
lapinain
quel gouffre???
Je ne vois rien dans cet éloge du Sarkosysme ( gommant volontairement tous les aspects négatifs ) en quoi il est au bord du gouffre et qu’est ce qui pourrait « se retourner contre lui  » ??
15.12 à 16h07
Alerter
MELLY
rien compris
Vous,journalistes,n’avez rien compris aux Français qui n’ont pas fait de Sarkosy leur roi,mais regrettent cette erreur .Interrogez les Français,ne colportez pas la communication de l’Elysée!
15.12 à 16h06
Alerter
jaque
il a raison
sur toute la ligne,il n’a de compte a rendre à personne!!!,la critique est bonne,l’art est difficile!!!
15.12 à 16h04
Alerter

Publié dans DU VRAI JOURNALISME, LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY, NICOLAS SARKOZY | Pas de Commentaire »

« Médias : vecteurs de l’idéologie dominante » (Union syndicale Solidaires)

Posté par issopha le 13 décembre 2008

« Médias : vecteurs de l’idéologie dominante » (Union syndicale Solidaires)

 

 

Publié le 4 décembre 2008

A l’occasion de son Congrès qui s’est tenu du 3 au 5 juin 2008 à Saint-Jean-de-Monts en Vendée, l’Union syndicale Solidaires a introduit dans ses orientations et revendications un long chapitre sur les médias. Nous le publions ici intégralement (avec l’autorisation du bureau de l’Union) [1]. (Acrimed)

Médias : vecteurs de l’idéologie dominante- L’emprise médiatique sur le quotidien est de plus en plus présente dans notre société. Lire la presse ou passer plusieurs heures devant la télévision ne peut qu’avoir une influence sur le comportement général, les choix de mode de vie et de consommation quotidienne des individus. Il s’agit bien de formater les esprits pour réduire leurs capacités d’analyse autonome et leur faire admettre plus facilement les choix politiques comme de simples réponses techniques et sans alternatives. Les médias dominants formatent également le paysage politique en le personnalisant à outrance. Ils participent ainsi d’une simplification dommageable pour la démocratie. Dans le même temps, les instituts de sondage sont aussi vecteurs de l’idéologie dominante.

- Pour remplir une fonction démocratique, les médias devraient être diversifiés et soustraits à l’emprise directe des pouvoirs économiques et politiques. De par leur position dominante, ce sont avant tout les médias “ établis ” qui “ forgent l’opinion ”. Or, du point de vue économique comme éditorialiste, les principales entreprises médiatiques sont des vecteurs de l’idéologie dominante et des acteurs de la mondialisation néolibérale – ceci au mépris de la diversité des opinions et des aspirations de leurs lecteurs/trices, auditeurs/trices et téléspectateurs/trices. Pour autant, si de part la place qu’ils occupent dans la vie quotidienne des individus, les médias dominants ont une capacité d’influence significative (notamment par la voie audiovisuelle) sur leur comportement général, leur mode de vie et de consommation quotidienne, celle–ci n’est certainement pas absolue. L’exemple de la campagne référendaire sur le Projet de Traité constitutionnel européen en a été une parfaite illustration. Les médias sont donc souvent moins puissants qu’on pourrait le croire et la surface de leur pouvoir est aussi la conséquence du niveau de concessions que nous nous sommes finalement imposés nous mêmes jusqu’ici.

- Malgré une apparente surabondance de médias, la concentration de ceux-ci entre les mains d’une poignée de groupes industriels et financiers ne cesse de s’accentuer. Cette concentration intervient non seulement au sein de chacun des secteurs concernés (télévision, presse, édition…) mais aussi de façon transversale de par le développement de grands groupes multimédia eux-mêmes intégrés à de puissants groupes industriels (Lagardère, Bouygues, Bolloré, Dassault …). Les conséquences de cette évolution sont toutes aussi lourdes pour les salarié-e-s concernés que dangereuses pour le pluralisme et la qualité de l’information. Ces rachats ne peuvent que renforcer un contexte général où dérives déontologiques et pressions sur le contenu se multiplient. Pour l’Union syndicale Solidaires il est manifeste que les propriétaires des entreprises qui accaparent les médias et les « instituts de sondages » ne le font pas pour améliorer la diversité éditorialiste et favoriser le débat démocratique mais plus sûrement pour mieux imposer aux esprits comme inéluctables les contre-réformes sur mesure que lui tricote le gouvernement.

- Même si ce constat n’est pas nouveau, il a été exacerbé ces derniers mois sous l’effet d’une convergence d’intérêts entre le nouveau chef de l’Etat et celles et ceux qui détiennent les entreprises médiatiques. Les interventions intempestives, les pressions insistantes sur les patrons de chaînes, de radios, de journaux ou d’agences de presse et les placements de proches de N. Sarkozy, sont devenus des pratiques courantes. Dans le même temps, jamais l’information n’a été aussi uniformisée, calibrée dans un seul sens : celui du conformisme, de l’obéissance au patronat et de servilité à l’égard du pouvoir politique.

- Le secteur public de l’audiovisuel ne fait pas exception. Face aux chaînes et stations privées, il se borne à la concurrence dans la course à l’audience instantanée. L’annonce de la suppression de la publicité doit entraîner un débat sur la finalité et le fonctionnement du service public de l’audiovisuel.

- Aujourd’hui, en France comme dans la plupart des pays européens où régnait une certaine liberté des médias, la multiplication des pressions économiques, sociales et politiques, la marchandisation de l’information, le développement de l’autocensure rédactionnelle par des directions qui sont « dans la ligne », les dérives déontologiques, la remise en cause de la protection des sources, la précarisation de nombreux/ses salarié-e-s des médias, journalistes et non journalistes… font peser une réelle menace sur le droit pour tout-e citoyen-ne à pouvoir bénéficier d’une information pluraliste, indépendante et fiable.

- Au nom du respect de ce droit fondamental, notre Union syndicale porte un certain nombre de revendications relatives aux médias élaborées en lien avec ses organisations membres directement impliquées dans les champs concernés et avec divers réseaux engagés sur ces questions, tels l’Acrimed (Action critique médias) et les Etats généraux pour une information et des médias pluralistes.

- A ce titre, l’Union syndicale Solidaires revendique notamment l’adoption de dispositions visant :
- à lutter contre les effets conjoints de la concentration et de la financiarisation des médias avec en particulier un renforcement de la législation contre la concentration dans les médias ; une refondation des aides publiques à la presse, pour que celles-ci bénéficient en priorité aux médias sans but lucratif, aux médias d’information généraliste et à faibles ressources publicitaires… ;
- à soustraire les médias aux différentes pressions et chantages d’où qu’ils viennent avec en particulier l’interdiction pour des groupes bénéficiant de marchés publics de posséder des entreprises médiatiques ; la création d’une nouvelle instance de régulation des médias, quel que soit leur support de diffusion de l’information, plus démocratique que l’actuel CSA ; l’adoption d’une loi garantissant l’indépendance des rédactions et l’attribution de nouveaux droits collectifs aux rédactions et aux syndicats des salarié-e-s des entreprises médiatiques… ;
- à préserver et à développer un pôle public des médias et de l’AFP, avec en particulier un financement indépendant de la publicité à la hauteur de ses missions et des garanties démocratiques qui le soustraient au chantage politique des gouvernants ; l’arrêt de la concession des chaînes privées à des groupes dépendants de marchés publics ; la constitution d’un pôle public des médias… ;
- à favoriser l’essor des médias associatifs et à doter les médias à but non lucratif du statut et des moyens dont ils ont besoin. Les principales revendications portées par ces “ médias du tiers secteur ” doivent être satisfaites, en particulier leur représentation dans toutes les instances concernant les médias ; la pleine reconnaissance professionnelle des personnes contribuant à les faire vivre ; la protection du quota attribué aux fréquences associatives radiophoniques et l’instauration d’un quota équitable de fréquences hertziennes pour les télévisions associatives aux plans local comme national ; l’instauration d’aides spécifiques à la diffusion et la révision des conditions d’accès aux points de vente pour la presse écrite et l’édition indépendante et sans but lucratif ; la mise en oeuvre de mesures visant au développement d’un Internet solidaire et non marchand et la promotion des logiciels libres et des formats ouverts…
- à conditionner les aides publiques à la presse par l’adoption d’une charte sociale visant à résorber la précarité des salarié-e-s des médias concernés.

- L’Union syndicale Solidaires et les organisations qui la composent sont confrontées aux problèmes que soulève leur médiatisation. Pour permettre une appropriation collective de cette question, l’Union syndicale Solidaires organisera un débat sur les conditions de cette expression.

Notes

[1] En supprimant la numérotation des paragraphes.

Une critique des médias paranoïaque et sacrilège ?

 

Publié le 12 novembre 2008 par Henri Maler

Le Lundi de 11h à 12h, France culture diffuse « L’économie en questions », une émission produite et animée par Caroline Broué et Olivier Pastré [1].

Le 3 novembre 2008, Frédéric Lordon [2] était l’invité du jour. Plutôt bien accueilli. Mais à deux reprises, il fut question des médias…

… On entendit alors des réactions d’autodéfense de la position écrasante occupée par la vision « orthodoxe » de l’économie dans les médias qui la soutiennent. Des réactions d’autant plus significatives qu’on les entend dans une émission qui, à la différence de tant d’autres, laisse largement la parole à l’invité, fût-il, comme dans le cas présent, un « hétérodoxe ». La vacuité (quand ce n’est pas la grossièreté) des arguments opposés à Frédéric Lordon n’en ressort que mieux.

Tout se passe comme s’il existait, s’agissant de la critique des médias, particulièrement dans les médias, une ligne invisible qu’il est interdit de franchir sans déclencher les signaux d’alerte maximum.

… A commencer par l’agitation de quelques chiffons rouges : les accusations inusables de « paranoïa » et de « théorie du complot », destinées – de préférence sans le moindre argument – à disqualifier l’interlocuteur et à tenter de le dissuader d’aller plus loin.

Cette contestation France-cultivée et « rigoureuse » du diagnostic proposé par Frédéric Lordon mérite qu’on s’y arrête et, pour cela, qu’on la transcrive.

Paranoïaques et complotistes ?
Ainsi, il suffit que Frédéric Lordon compare les économistes qui « voulaient réintroduire dans le débat public de politique économique les différences premières et pas simplement les différences secondes » à une « réserve d’Iroquois parqués dans un coin », pour que son ironie mordante déclenche aussitôt cette réplique et cet échange :

- Caroline Broué : – « Frédéric Lordon, vous dites que vous avez été relégués dans un coin bien précis et que vous étiez peu sollicités, en tout cas jusqu’ à présent. Est-ce que ce n’est pas le complexe de celui qu’on sollicite moins ? Est-ce que ce n’est pas la théorie du complot ou de la paranoïa de votre part de dire que votre remarque, votre critique qui peut être vue comme une critique radicale a été peu entendue, voire jugée illégitime, à vos yeux ? »

- Frédéric Lordon : – « Ecoutez… On a toujours la solution, effectivement, d’en venir aux hypothèses soit de la paranoïa soit du délire de l’artiste maudit qui s’estime criant dans le désert et écouté de personne. A la vérité, il faudrait faire… Mais là ce serait un autre chantier : un chantier d’analyse du fonctionnement des médias et de tous les médiateurs qui structurent le débat public. Il y aurait des indicateurs statistiques extrêmement simples à reprendre. Vous prenez deux grandes émissions de débat public et de débat économique – les tranches d’information du matin (de France Inter, celle de France Culture, etc.) et vous faites la statistique de l’origine des invités. Je peux vous dire qu’à 90%…
- Caroline Broué : – « Origine professionnelle, s’entend ? »
- Frédéric Lordon : – « Non : origine idéologique et intellectuelle. A 90%, vous avez droit au “Cercle des économistes”, vous avez droit à la fondation “Terra Nova”… ».

Interruption d’Olivier Pastré :

- Olivier Pastré (membre du « Cercle des économistes » lui-même) : – « Ce n’est pas un péché, hein ? »
- Frédéric Lordon : – « Je n’ai pas dit que c’était un péché. Je suis en train de faire une analyse positive et objective des choses en réponse à la question qui m’a a été posée ‘D’où venaient les gens qui avaient accès à l’espace public et au débat public’. Je dis qu’ils venaient de ces horizons : le “Cercle des économistes”, l’ex-“Fondation Saint-Simon”, muée en “République des Idées”, transformée en “Terra Nova”, et cetera, et cetera. Donc quand un olibrius dans mon genre… »

Nouvelle interruption d’Olivier Pastré :

De la rigueur avant toutes choses…

- Olivier Pastré : – « Je plaide pour “Les matins de France Culture” pour y avoir participé (et Caroline Broué connaît mieux cette émission que moi). Si vous faites votre statistique de manière rigoureuse , vous verrez que c’était beaucoup plus divers en termes d’invitations sur les sujets économiques… »
- Caroline Broué (tentant de l’interrompre) : – « De toute façon, on ne va pas faire.. » Quoi donc ? On le saura plus loin…
- Olivier Pastré : –
« … À part France Culture, tout le reste, je suis assez d’accord avec vous. »

Tout le reste, à part France Culture ?

Pour « tout le reste », peut-être Olivier Pastré pensait-il à France Inter, par exemple, où chantent, quasiment à l’unisson, « Les voix enchanteresses de l’économie », analysées ici même.

Quant aux « Matins de France Culture », un rapide recensement des économistes invités entre le 1er janvier 2004 et le 3 novembre 2008, fournit de précieuses indications.

Ont été invités, du « Cercle des économistes », Daniel Cohen (9 fois), Elie Cohen (4 fois), Patrick Artus (4 fois), Pierre Cahuc (3 fois), Jean Pisani-Ferry (1 fois), Jacques Mistral (1 fois), ainsi que David Thesmar – Prix Le Monde-Cercle des économistes – 1 fois). Soit 20 invitations.

Auxquels il faut ajouter les dissidents patentés que sont Jean-Paul Fitoussi (4 fois), Nicolas Baverez (4 fois), Jean-Claude Casanova (membre du Conseil économique et social, puis du Conseil d’analyse de la société, 3 fois), Philippe Chalmin (2 fois), Thomas Philippon (2 fois), ainsi que, pour 1 invitation seulement, Thierry de Montbrial, Philippe Askénazy, Jacques Delpla, Erik Izraelewicz, et cetera. Soit au moins 19 invitations.

Sans compter la présence de ces redoutables adversaires de l’économie néolibérale que sont, sans être à proprement parler des économistes, Pascal Lamy (2 fois) et Alain Minc, ainsi que les George Soros, Denis Olivennes, Michel-Edouard Leclerc, Jean Peyrelevade (3 fois), Louis Schweitzer, Laurence Parisot, etc.

Face à eux, Frédéric Lordon (invité une première fois le 5 mai 2005) et Bernard Maris (que l’on hésite à classer parmi les « hétérodoxes ») : soit 2 noms et 3 invitations .

Ce recensement est tellement incomplet qu’il sous-évalue le nombre d’invités qui représentent les variétés de l’ « orthodoxie » économique. Nous promettons donc à Olivier Pastré d’effectuer une analyse plus rigoureuse, pour que notre article sur les voix enchanteresses de l’économie sur France Inter soit complété par un article sur les voix non moins enchanteresses entendues sur France Culture.

Economes en disqualifications psychiatriques, nous n’essaierons pas ici de diagnostiquer à quelle catégorie de délire s’apparente le déni de réalité qui permet de rester aveugle à la domination et de détecter partout des paranoïaques et des complotistes. D’ailleurs Caroline Broué clôt la parenthèse en déclarant sans objet la question qu’elle a elle-même posée !

- Caroline Broué : – « On ne va pas faire ici les statistiques… Ce qui est important, puisque vous avez la parole ici et pendant plus de ¾ d’heure, c’est qu’on s’arrête à votre diagnostic et à vos propositions […] »

Fin ? C’était sans compter avec un nouvel « incident ».

Profanateurs et sacrilèges ?

Quelques minutes plus tard, à l’occasion d’une réponse à une question sur les bienfaits éventuels des crises économiques, Frédéric Lordon évoque ce que l’on pourrait appeler « les mutations de la pensée de Laurent Joffrin ». Olivier Pastré et Caroline Boué sortent aussitôt les boucliers pour protéger l’immunité du haut clergé médiatique.

- Caroline Broué : – « Pourquoi vouloir en finir avec les crises qui, d’une certaine façon, font fonctionner le système ? Ma question est volontairement provocatrice. »
- Frédéric Lordon : – « J’avais compris… J’adore le “Vive la crise” de La Tribune qui offre une postérité à Laurent Joffrin dont manifestement il ne veut plus puisque dans la catégorie des tourne-casaques et des retournements de veste, je pense que Laurent Joffrin a une médaille à revendiquer vraiment très haut la main. »
- Olivier Pastré (l’interrompant) : – « Comme il n’est pas là pour vous répondre… C’est facile. »
- Frédéric Lordon : – « Oui. “Comme il n’est pas là”. Bien sûr, “c’est facile”. Mais, vous savez, quand il écrit ses éditoriaux, moi je ne suis pas là non plus. Donc je ne vois pas pourquoi je me priverais du plaisir de le dire. »
- Caroline Broué : – « Sortons de ces critiques ad hominem. »

Pourquoi faudrait-il « sortir » des critiques ad hominem, quand elles ne sont ni injurieuses ni fallacieuses ? Viser un adversaire en lui opposant ses propres paroles ou contester dans la personne non des caractéristiques physiques ou psychologiques, mais une position ou une fonction sociale qui éclaire ses prises de position est parfaitement légitime, même si cette critique ne dispense pas d’examiner les arguments eux-mêmes. Pourquoi faudrait-il taire le nom et les prises de position d’éditorialistes ou de chroniqueurs qui signent quasi quotidiennement leurs avis autorisés et, pour leur donner du poids, jouent de leur notoriété ? Les éminences médiatiques ne se privent pas de critiques ad hominem. Pourquoi faudrait-il s’en priver quand ce sont elles qui sont en question ? Et pourquoi faudrait-il les évoquer seulement en leur présence, alors qu’elles sont partout et que ceux qu’ils caricaturent ne sont nulle part dans les médias dominants ou presque ?

Une fois de plus, la preuve est faite qu’il est (presque) permis de tout dire et, le cas échéant sur n’importe qui (ou n’importe quoi), pour peu qu’il ne s’agisse ni du haut clergé médiatique, ni de ses économistes patentés, ni des médias qui les accueillent.

Henri Maler

Notes

[1] Présentation de l’émission sur le site de France Culture : « L’objectif de l’émission chaque lundi matin est de questionner l’économie pour tenter de comprendre l’évolution des sociétés contemporaines, de la rapprocher des préoccupations des citoyens en mettant en évidence les facteurs sociaux, de montrer son implication dans les choix des pouvoirs publics et dans les échanges internationaux de toutes natures, sans la diaboliser ni la sacraliser. A travers l’apport d’informations et les analyses des experts, il s’agit de fournir des éléments de réflexion pour juger des grands enjeux en cours ou à venir. »

[2] Economiste, directeur de recherches au CNRS et chercheur au Centre de sociologie européenne (CSE), auteur de Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières (Editions Raisons d’agir, novembre 2008)

Lire : La fabrication du consentement, de Noam Chomsky et Edward Herman (un extrait)

 

Publié le 26 novembre 2008

L’ouvrage de Noam Chomsky et Edward Herman, Manufacturing consent, vient de reparaître dans sa version intégrale sous le titre La fabrication du consentement : une nouvelle édition revue et actualisée, une nouvelle traduction [1] aux Editions Agone.

On lira ci-dessous, précédé d’une rapide présentation du livre, de très larges extraits (reproduits avec l’autorisation de l’éditeur) de l’analyse de l’un des filtres du « modèle de propagande » proposé par les auteurs : le filtre constitué par les sources d’information.

Présentation de l’éditeur

« Dans cet ouvrage, désormais un classique outre-Atlantique (1988, rééd. 2002), les auteurs présentent leur « modèle de propagande », véritable outil d’analyse et de compréhension de la manière dont fonctionnent les médias dominants. Ils font la lumière sur la tendance lourde à ne travailler que dans le cadre de limites définies et à relayer, pour l’essentiel, les informations fournies par les élites économiques et politiques, les amenant ainsi à participer plus ou moins consciemment à la mise en place d’une propagande idéologique destinée à servir les intérêts des mêmes élites.

En disséquant les traitements médiatiques réservés à divers événements ou phénomènes historiques et politiques (communisme et anticommunisme, conflits et révolutions en Amérique Latine, guerres du Vietnam et du Cambodge, entre autres), ils mettent à jour des facteurs structurels qu’ils considèrent comme seuls susceptibles de rendre compte des comportements systématiques des principaux médias et des modes de traitement qu’ils réservent à l’information. Ces facteurs structurels dessinent une grille qui révèle presque à coup sûr comment l’inscription des entreprises médiatiques dans le cadre de l’économie de marché en fait la propriété d’individus ou d’entreprises dont l’intérêt est exclusivement de faire du profit ; et comment elles dépendent, d’un point de vue financier, de leurs clients annonceurs publicitaires et, du point de vue des sources d’information, des administrations publiques et des grands groupes industriels. »

En attendant de proposer ici même une présentation plus détaillée, on se bornera à ajouter que La fabrique du consentement propose une modélisation de la propagande – ce que les auteurs appellent « Le modèle de propagande » – qui repose sur l’identification de cinq filtres : 1. Tailles, actionnariat, orientation lucrative – 2. La régulation par la publicité – 3. Les sources d’information – 4. Contrefeux et autres moyens de pressions 5. L’anticommunisme.

« Médias : vecteurs de l’idéologie dominante » (Union syndicale Solidaires) dans AU SUJET DES MEDIAS Chomsky-Herman-04381Extrait (sous-titres d’Acrimed)

Chapitre I. Un modèle de propagande 3. Troisième filtre : Les sources d’information
Les médias sont en symbiose avec de puissantes sources d’information pour des raisons économiques et du fait d’intérêts partagés. Ils ont impérativement besoin d’un flux continu et stable d’information brute. Ils sont confrontés à une demande d’information quotidienne et à une grille horaire qu’ils doivent remplir. Pour autant, ils ne peuvent se payer le luxe de maintenir en permanence reporters et caméras partout où un événement important peut se produire. Les limites de leurs budgets leur imposent donc de concentrer leurs moyens là où les événements significatifs sont les plus fréquents, où abondent fuites et rumeurs, et où se tiennent régulièrement des conférences de presse.

Des sources officielles

La Maison-Blanche, le Pentagone, et le département d’État à Washington sont des épicentres de ce type d’activités. Au niveau local, la mairie et le siège de la police jouent le même rôle. Les grandes entreprises et sociétés commerciales sont également des producteurs réguliers et crédibles d’informations jugées dignes d’être publiées. Ces bureaucraties produisent en masse un matériel idéal pour alimenter la demande d’un flux régulier et planifié d’information, qui est celle des salles de rédaction : selon ce « principe d’affinité bureaucratique, seules d’autres bureaucraties peuvent satisfaire aux besoins d’une bureaucratie de l’information [2] ».

Les sources proches du gouvernement ou des milieux d’affaires ont aussi le grand avantage d’être reconnues et crédibles sur la seule base de leurs statut et prestige – ce qui est très important pour les médias. Mark Fishman observe que « les travailleurs de l’info sont prédisposés à prendre les déclarations des bureaucrates pour argent comptant car ils participent au renforcement d’un ordre normatif accréditant les experts officiels de la société. Les journalistes se comportent comme si les personnes autorisées savaient ce qu’il est de leur responsabilité professionnelle de savoir. […] En particulier, un journaliste tiendra les allégations d’un responsable, non pour de simples allégations, mais pour des faits crédibles et établis. Cela revient à une division morale du travail : les responsables connaissent et communiquent les faits, les journalistes les relaient pour l’essentiel [3]  ».

Autre raison du poids considérable accordé aux sources officielles : les médias prétendent dispenser « objectivement » l’information. Afin de préserver cette image d’objectivité, mais surtout pour se mettre à l’abri de toute accusation de partialité et d’éventuelles poursuites pour diffamation, ils ont besoin de sources qui puissent être données comme a priori au-dessus de tout soupçon [4]. C’est aussi une question de coût : tirer des informations de sources tenues pour crédibles réduit d’autant les frais d’enquêtes ; tandis que les autres informations impliquent de minutieux recoupements et des recherches coûteuses.

La taille des services de communication des bureaucraties gouvernementales comme privées qui sont les sources primaires d’information est immense ; et elle assure un accès privilégié aux médias. Le service de presse du Pentagone, par exemple, emploie plusieurs dizaines de milliers de personnes et dépense annuellement des centaines de millions de dollars. En comparaison, les groupes ou individus dissidents sont des nains – pris individuellement mais également si on additionne les capacités de communication de toutes les organisations de ce type. Pour 1979-1980, au cours d’une très éphémère période d’ouverture (bien révolue), l’US Air Force (USAF) détailla l’ensemble de sa communication, soit :

- 140 journaux, tirant à 690 000 exemplaires par semaine ;
- Airman Magazine, mensuel tirant à 125 000 exemplaires ;
- 34 radios et 17 chaînes de télévision émettant principalement à l’étranger ;
- 45 000 communiqués de QG et d’unités ;
- 615 000 communiqués concernant des personnels [5] ;
- 6 600 interviews avec des médias d’information ;
- 3 200 conférences de presse ;
- 500 vols de repérage pour des journalistes ;
- 50 rencontres avec des rédactions ;
- 11 000 discours [6] .

Mais cela exclut encore de vastes domaines où s’exercent aussi les efforts d’information du public de l’USAF. En 1970, le sénateur J. W. Fulbright écrivait qu’en 1968 les services d’information de l’USAF employaient à plein temps 1 305 personnes, auxquels s’ajoutaient plusieurs milliers d’autres ayant « des fonctions de représentation parallèlement à d’autres responsabilités [7] ». À l’époque, l’USAF proposait aux télévisions une séquence filmée par semaine et enregistrait un programme destiné à être diffusé trois fois par semaine par 1 139 stations de radio. Elle produisit en outre cent quarante-huit films de cinéma, dont vingt-quatre furent distribués pour le grand public [8]. Selon des données plus récentes, l’USAF publiait deux cent soixante-dix-sept journaux en 1987 contre cent quarante en 1979 [9].

Encore ne s’agit-il là que de l’armée de l’air. Les trois autres armes sont dotées de moyens tout aussi énormes, auxquels s’ajoute un programme global d’information tous publics sous la responsabilité d’un secrétaire-adjoint à la Défense pour les relations publiques au Pentagone. En 1971, une enquête de l’Armed Forces Journal révéla que le Pentagone éditait au total trois cent soixante et onze magazines, dont le coût de publication se chiffrait à quelque cinquante-sept millions de dollars, soit un budget représentant seize fois celui du plus grand éditeur américain. Lors d’une remise à jour, en 1982, le même journal des forces armées indiquait que le Pentagone publiait 1 203 périodiques [10].

Pour donner une meilleure idée, comparons avec les moyens de l’American Friends Service Committee (AFSC) et du National Council of the Churches of Christ (NCC), soit deux des plus grandes ONG qui font entendre un point de vue défiant celui du Pentagone. Le secrétariat central des services d’information de l’AFSC disposait pour l’année 1984-1985 d’un budget inférieur à cinq cent mille dollars, pour une équipe de onze personnes. Annuellement, il publiait environ deux cents communiqués de presse, organisait environ trente conférences de presse et produisait un film et deux ou trois montages audiovisuels. Il ne proposait aucune séquence filmée ni programme radio préenregistrés aux médias. Le bureau d’information du NCC dispose, lui, d’un budget de quelque trois cent cinquante mille dollars, produit une centaine de communiqués et quatre conférences de presse par an [11]. Le ratio des communiqués de presse pour les deux ONG par rapport à l’USAF est de un pour cinquante (ou, si l’on compte aussi les communiqués sur les personnels de l’USAF, de un pour deux mille deux cents) ; celui des conférences de presse est de un pour quatre-vingt-quatorze – mais si on pouvait tenir compte de l’ensemble des services de communication du Pentagone, le différentiel se creuserait encore considérablement.

En matière de relations publiques et de propagande, seul le monde des affaires dispose des moyens de rivaliser avec le Pentagone et les autres services gouvernementaux. Ainsi, à la différence de l’AFSC et du NCC, Mobil Oil peut-il se permettre de dépenser des dizaines de millions de dollars pour acheter de l’espace dans différents médias et imposer ses vues [12].

En 1980, le budget relations publiques de Mobil Oil s’élevait à vingt et un millions de dollars et employait soixante-treize personnes. Entre 1973 et 1981, ce service produisit plus d’une douzaine de documentaires télévisés sur des sujets comme les fluctuations du prix de l’essence, allant jusqu’à payer des journalistes vedettes de la télévision pour interviewer les responsables de Mobil entre autres experts. Fréquemment diffusés à la télévision, ces documentaires l’étaient généralement sans aucune mention de leur financement par Mobil.

Le nombre d’entreprises qui disposent de budgets de communication et de lobbying excédant ceux de l’AFSC et du NCC se chiffre en centaines voire en milliers. Un regroupement d’entreprises comme la Chambre de commerce des États-Unis se prévalait d’un budget de recherche, communication et activités politiques d’environ soixante-cinq millions de dollars [13] . À partir de 1980, la Chambre publia le Nation’s Business, tirant à 1,3 million d’exemplaires, et un hebdomadaire comptant 740 000 abonnés. Elle produisait en outre une émission hebdomadaire dont quatre cents stations de radio assuraient la diffusion et sa propre émission de débats télévisés, retransmise par cent vingt-huit chaînes commerciales [14].

Mis à part ce célèbre organisme, des milliers d’autres chambres de commerce, régionales ou fédérales, et d’associations commerciales se sont engagées dans des activités de promotion et de lobbying. Le réseau qu’elles ont tissé avec les industriels « compte bien plus de 150 000 professionnels [15] » et les moyens qu’il réunit sont proportionnels aux revenus et bénéfices de l’industrie et au retour sur investissement des campagnes promotionnelles et du lobbying. Les profits avant impôt de l’industrie pour 1985 étaient d’environ 295,5 milliards de dollars. Lorsque la situation politique inquiète les milieux d’affaires, comme ce fut le cas dans les années 1970, ils ne manquent assurément pas de moyens de faire face. Les seuls fonds consacrés à la promotion de l’industrie et de ses objectifs sont passés de 305 millions de dollars en 1975 à 650 millions en 1980 [16]. Les campagnes directes par courriers, sous forme de concours et autres prospectus, la distribution de films éducatifs, de brochures, de pamphlets, les dépenses dans le cadre d’initiatives populaires et de référendums et les investissements dans les sondages, le lobbying politique et les think tanks ont suivi la même progression. Additionnés, les investissements promotionnels des entreprises et de leurs associations commerciales dans la publicité politique et visant les citoyens de base étaient déjà estimés à un milliard de dollars par an en 1978, et avaient passé le cap des 1,6 milliard de dollars en 1984 [17].

Des médias subventionnés

Afin de renforcer leur prédominance comme sources d’information, les fabricants gouvernementaux et commerciaux d’information se donnent beaucoup de peine pour faciliter la vie des médias. Ils mettent à leur disposition des locaux, font parvenir à l’avance aux journalistes les textes des discours et des rapports, ajustent les horaires des conférences de presse en fonction des délais de bouclage [18] ; rédigent leurs communiqués dans un langage qui peut être facilement repris ; veillent à la mise en scène de leurs conférences de presse et de leurs séances photo [19]. C’est le travail des chargés de communication que de « répondre aux besoins et à la temporalité journalistique en leur livrant un matériel préparé clés en main par leurs services [20] ».

Dans les faits, les grandes bureaucraties des puissants subventionnent les médias et s’y assurent un accès privilégié en réduisant les coûts des nouvelles brutes et de production de l’information. Elles deviennent ainsi des sources d’information « de routine » et ont libre accès aux médias tandis que les autres sources doivent se battre pour obtenir un accès et peuvent être ignorées pour cause d’arbitraire des gate-keepers [portiers de l’information].

S’agissant des largesses du Pentagone et du bureau de relations publiques du département d’État, ces subventions aux médias sortent de la poche du contribuable de telle sorte qu’en fin de compte ce dernier paye pour être endoctriné dans l’intérêt de puissants groupes d’intérêts comme ceux qui bénéficient de contrats d’armement et autres sponsors du terrorisme d’État.

Du fait des services qu’ils rendent, de contacts quotidiens et de leur dépendance réciproque, les puissants peuvent compter sur des relations personnelles, recourir à la carotte et au bâton pour influencer et contrôler un peu plus les médias. Ceux-ci se sentiront obligés de colporter les nouvelles les plus douteuses et de taire les critiques pour ne pas froisser leurs sources ou ternir des relations aussi privilégiées.

Le 16 janvier 1986, l’American Friends Service Committee publia une dépêche indiquant qu’on avait dénombré, entre 1965 et 1977, trois cent quatre-vingt-un accidents graves et « incidents » liés aux manipulations et fonctionnement d’armes nucléaires, un chiffre nettement supérieur à celui officiellement avancé jusque-là. Ces informations avaient été obtenues grâce à une requête s’appuyant sur le Freedom of Information Act. Les médias couvrirent ce sujet brûlant uniquement à travers la réponse des porte-parole de la marine américaine, qui firent de leur mieux pour minorer la portée significative de cette découverte et occulter ou noyer dans des généralités la majorité des faits mis à jour. Ainsi ce titre – particulièrement significatif – d’un article, « La Marine dresse la liste des dysfonctionnements nucléaires : selon ses services, aucun des six cent trente incidents ne mettait la population en danger » (Washington Post, 16.01.86).

Il est assez difficile, même lorsqu’elles soutiennent des énormités, de contredire les autorités dont on tire les mensonges quotidiens qui alimentent le journal du soir. Et les sources critiques peuvent être écartées non seulement parce qu’elles sont moins accessibles et plus difficilement vérifiables mais aussi parce qu’on pourrait froisser les sources primaires – qui pourraient même se faire menaçantes.

Ces sources puissantes peuvent aussi utiliser leur prestige et leur importance comme un levier pour interdire aux critiques l’accès aux médias. Le département de la Défense, par exemple, refusait de prendre part à des débats radiophoniques à propos de questions militaires si des experts du Center for Defense Information comptaient parmi les invités [21]. Elliott Abrams [22] refusait d’apparaître au programme d’une série de conférences sur les droits humains en Amérique centrale – à la Kennedy School of Government de l’université de Harvard – si l’ancien ambassadeur Robert White n’était pas exclu de la liste des intervenants. Enseignant à Harvard et superviseur l’émission, Harvey Mansfield déclara que, de toutes façons, inviter Robert White avait été une erreur car « c’était un représentant de la gauche ultra » tandis que le forum avait pour objet de lancer un débat « entre libéraux et conservateurs » [23]. La journaliste Claire Sterling refusait de participer à des débats télévisés au sujet de la « filière bulgare » où ses critiques auraient eu un droit de parole [24]. Dans ces deux derniers cas, les autorités et experts officiels parvinrent à monopoliser l’accès à l’espace public par la menace.

Plus essentiellement, ces sources puissantes tirent avantage des routines médiatiques (l’accoutumance et la dépendance à leur égard) pour pousser les médias à suivre un agenda et un angle prédéfini [25]– ainsi que nous pourrons le voir en détail dans les chapitres suivants. Ce mode de management consiste à inonder les médias de nouvelles qui peuvent servir à imposer une ligne particulière ou un angle spécifique (le Nicaragua supposé livrer illégalement des armes aux rebelles salvadoriens) ; ou, dans d’autres cas, pour concurrencer les nouvelles indésirables, voire les occulter purement et simplement (comme la prétendue livraison de Mig au Nicaragua la semaine des élections nicaraguayennes de 1984). On trouve trace de ce type de techniques au moins à partir du Committee on Public Information, chargé de coordonner la propagande durant la Première Guerre Mondiale : celui-ci « découvrit, en 1917-1918, que l’un des meilleurs moyens de contrôler l’information était de saturer les canaux de “faits” ou de tout ce qui pouvait ressembler à des informations officielles [26] ».

Des experts

La relation entre pouvoir et sources d’information dépasse le simple approvisionnement en nouvelles quotidiennes par les autorités et les entreprises incluant la livraison d’« experts ». La prédominance des sources officielles demeure vulnérable face à l’existence de sources non-officielles extrêmement respectables qui délivrent les points de vue dissidents avec une grande autorité. Le problème est contrôlé grâce à « la cooptation des experts [27] » – c’est-à-dire en les rémunérant comme consultants, en finançant leurs recherches, en organisant des think tanks qui les emploieront directement et aideront à diffuser leur message. De la sorte, on peut créer des biais structurels en orientant la mise à disposition d’experts dans la direction souhaitée par les autorités et « le marché » [28]. Comme le soulignait Henry Kissinger, dans cet « âge des experts » la « communauté » des experts est constituée par « ceux qui ont un intérêt particulier dans les opinions communément admises, élaborant et définissant ces consensus à un haut niveau ; c’est ce qui en fait, en dernière analyse, des experts » [29]. Une telle évolution est tout à fait logique pour permettre aux opinions les plus communément admises (à savoir celles qui servent au mieux les intérêts des élites) de continuer à prévaloir.

Cette technique de création d’une communauté d’experts a été mise en œuvre en toute connaissance de cause et à grande échelle. En 1972, le juge Lewis Powell (qui devait plus tard être nommé à la Cour suprême) écrivit un mémo à l’attention de la Chambre de commerce américaine, pressant les milieux d’affaires « d’acheter les universitaires les plus réputés du pays afin de crédibiliser les recherches des entreprises et de leur donner davantage de poids sur les campus universitaires [30] ». On les achète et on s’assure que – selon les propres termes d’Edwin Feulner, de la Heritage Foundation – le domaine des politiques publiques soit « inondé de solides études scientifiques » aux conclusions adéquates. Dressant le parallèle avec Procter & Gamble vendant du dentifrice, Feulner expliquait qu’on peut « le vendre et le revendre jour après jour, en gardant simplement le produit toujours présent à l’esprit du consommateur ». Par un effort commercial, notamment en disséminant les idées appropriées dans « des milliers de journaux différents », on peut limiter le débat « à des limites convenables » [31].

Conformément à cette formule, tout au long des années 1970 et au début des années 1980, on mit en place une série d’institutions, en réactivant de plus anciennes au passage, à seule fin d’imposer la propagande des industriels. Des milliers d’intellectuels furent attachés à ces institutions, qui financèrent leurs recherches et assurèrent la diffusion de leurs analyses dans les médias au travers d’un système de propagande très élaboré. Leur financement par les industriels et l’orientation clairement idéologique de la démarche d’ensemble ne nuisaient pas le moins du monde à la crédibilité de tels « experts » : bien au contraire, leurs soutiens financiers et la mise en exergue de leurs idées les catapultèrent dans les médias [32].

[…]

Enfin, les médias produisent aussi leurs propres « experts », lesquels ne font en général que reprendre à leur compte la version officielle. John Barron [33] et Claire Sterling devinrent des références maison faisant autorité en matière de KGB et de terrorisme dès que le Reader’s Digest eut financé, publié et vendu leurs ouvrages à grand renfort de publicité. De même le transfuge soviétique Arkady Shevchenko fut-il décrété expert en armement et services secrets soviétiques aussitôt que Time, ABC-TV et le New York Times eurent décidé de le tenir pour tel (en dépit d’une crédibilité sévèrement ternie) [34]. En mettant massivement en avant ces prosélytes de la version officielle, les médias consacrent leur statut et les qualifient indiscutablement pour donner leur opinion et leurs analyses [35]

Autre catégorie d’experts dont l’omniprésence tient en grande part à leur servilité au pouvoir : les anciens radicaux pour qui, un beau jour, « tout est devenu clair »… Les raisons qui les ont fait basculer d’une divinité à l’autre, de Staline ou Mao à Reagan et à la « libre entreprise » sont diverses. Mais aux yeux de l’industrie de l’information, la raison de ce changement tient seulement à ce qu’ils ont finalement eu la révélation de leurs erreurs. Dans un pays où les citoyens accordent de la valeur aux notions de révélation et de repentance, ceux qui retournent leur veste y gagnent une auréole de pécheurs pénitents. Il est intéressant d’observer comment ces repentis, dont les engagements antérieurs étaient sans intérêt (sinon l’objet de railleries dans les médias) se trouvent subitement promus au titre d’authentiques experts. On pourra rappeler comment, à l’époque du maccarthysme, transfuges et ex-communistes rivalisaient, entre autres affabulations effrayantes, d’absurdités au sujet de l’imminence d’une invasion soviétique [36] . Ils trouvaient dans les médias un job sur mesure, brodant à la demande sur les mythes du moment. Le flux ininterrompu d’ex-radicaux propulsés de la marginalité aux feux de la rampe médiatique montre que nous sommes témoins d’une méthode durable de production d’experts, prêts à dire tout ce que l’establishment souhaitera.

[…]

Noam Chomsky et Edward Herman

Notes

[1] La première traduction en français (souvent très fautive) sous le titre (inexact et trompeur) de La Fabrique de l’opinion publique. La politique économique des médias américains, était parue en 2003 aux éditions Le Serpent à plumes.

[2] Mark Fishman, Manufacturing the News, University of Texas Press, 1980, p. 143.

[3] Ibid., p. 144-5.

[4] Gaye Tuchman, « Objectivity as Strategic Ritual : An Examination of Newsmen’s Notions of Objectivity », American Journal of Sociology, 1972, 77/2, p. 662-4.

[5] Il s’agit de communiqués destinés à la presse locale concernant l’activité de personnels originaires de la région. [note de l’éditeur].

[6] United States Air Force, « Fact Sheet : The United States Air Force Information Program », mars 1979 ; « News Releases : 600000 in a Year », Air Force Times, 28 avril 1980.

[7] J. W. Fulbright, The Pentagon Propaganda Machine, H. Liveright, 1970, p. 88.

[8] Ibid., p. 90.

[9] « Newspapers Mustered as Air Force Defends BIB », Washington Post, 3 avril 1987.

[10] « DOD Kills 205 Periodicals ; Still Publishes 1,203 Others », Armed Forces Journal International, août 1982, p. 16.

[11] Les neuf bureaux régionaux de l’USAF mènent aussi quelques opérations de communication ; mais à ce niveau, les moyens sont très inférieurs à ceux du secrétariat central. Il en est de même pour les niveaux locaux des ONG, comme ceux du NCC, qui produisent aussi quelques articles, des magazines, des documentaires vidéo ou cinématographiques.

[12] A. Kent MacDougall, Ninety Seconds To Tell It All, Dow Jones-Irwin, 1981, p. 117 20.

[13] John S. Saloma III, Ominous Politics. The New Conservative Labyrinth, Hill & Wang, 1984, p. 79.

[14] A. Kent MacDougall, Ninety Seconds…, op. cit., p. 116-7.

[15] Thomas B. Edsall, The New Politics of Inequality, Norton, 1984, p. 110.

[16] Peggy Dardenne, « Corporate Advertising », Public Relations Journal, novembre 1982, p. 36.

[17] S. Prakash Sethi, Handbook of Advocacy Advertising, Strategies and Applications, Ballinger, 1987, p. 22 ; lire aussi Thomas B. Edsall, New Politics…, « The Politicization of the Business Community », chap. III, op. cit. ; John S. Saloma III, Ominous Politics…, « The Corporations : Making Our Voices Heard », chap. IV, op. cit.

[18] Ainsi le bombardement de la Libye par l’aviation américaine le 14 avril 1986 fut-il la première intervention militaire américaine spécialement programmée pour pouvoir être retransmise en direct au journal du soir.

[19] Sur la manière remarquable dont l’administration Reagan utilisa ces dernières pour manipuler la presse, lire « Standups », The New Yorker, 2 décembre 1985, p. 8 sq.

[20] Mark Fishman, Manufacturing the News, op. cit., p. 153.

[21] Fondé en 1972, le Centre pour l’information sur la défense (division du World Security Institute), est une organisation à but non lucratif composé d’universitaires et d’officiers supérieurs retraités qui produisent des analyses critiques sur les politiques de sécurité et de défense des États-Unis.

[22] Secrétaire aux affaires inter-américaines sous Ronald Reagan, Elliott Abrams était un farouche ennemi de tout plan de paix en Amérique centrale. Convaincu en 1991 d’avoir dissimulé des informations au Congrès dans le cadre de l’Irangate, il occupera toutefois, dans le premier gouvernement de George W. Bush (fils), le poste d’assistant spécial du Président et directeur senior du conseil national de sécurité au Proche Orient et en Afrique du Nord ; sous la seconde présidence, il fut nommé conseiller pour la sécurité nationale sur les stratégies de démocratie globale. [note de l’éditeur].

[23] Harvard Crimson, 14 mai 1986, p. 123-4.

[24] Lire Edward S. Herman et Frank Brodhead, The Rise and Fall of the Bulgarian Connection, op. cit., p. 123-4.

[25] Mark Hertsgaard, « How Reagan Seduced Us : Inside the President’s Propaganda Factory », Village Voice, 18 septembre 1984 ; lire aussi « Standups », art. cit.

[26] Stephen L. Vaughn, Holding Fast the Inner Lines, University of North Carolina Press, 1980, p. 194.

[27] Bruce Owen et Ronald Braeutigam, The Regulation Game : Strategic Use of the Administrative Process, Ballinger, 1978, p. 7

[28] Lire Edward S. Herman, « The Institutionalization of Bias in Economics », Media, Culture and Society, juillet 1982, p. 275-91.

[29] Henry Kissinger, American Foreign Policy, Norton, 1969, p. 28.

[30] Cité in Alex Carey, « Managing Public Opinion : The Corporate Offensive », University of New South Wales (document ronéotypé), 1986, p. 32.

[31] Citations tirées de communications données par Edwin Feulner en 1978 et 1985, ibid., p. 46-7.

[32] Pour une remarquable étude portant sur la plupart de ces organisations et sur leurs objectifs, financements, réseaux et autres programmes prospectifs, lire John S. Saloma III, Ominous Politics…, op. cit., chap. IV, VI et IX.

[33] Fondamentalement anticommuniste, journaliste au Reader’s Digest, John Barron fut notamment l’auteur du succès de librairie KGB : The Secret Work of Soviet Secret Agents, Reader’s Digest Press, 1974.

[34] Au sujet des qualifications d’expert de Claire Sterling, lire Edward S. Herman et Frank Brodhead, The Rise and Fall of the Bulgarian Connection, op. cit., p. 125-46 ; sur Arkady Shevchenko, lire Edward J. Epstein, « The Invention of Arkady Shevchenko, Supermole : The Spy Who Came In to Be Sold », New Republic, 15-22 juillet 1985.

[35] Au début de 2002 était lancé un « Programme des analystes militaires du Pentagone ». L’idée était de recruter des personnes-clés susceptibles d’influencer l’opinion en prévision d’une invasion de l’Irak. Huit mille pages de documents relatifs à ce programme ont été rendus publics à la suite d’une requête d’accès à l’information en mai 2008. Ces documents attestent que les analystes militaires recrutés pour la circonstance étaient considérés comme de potentiels « multiplicateurs » pour diffuser « les thèmes et messages » de l’administration à des millions d’Américains « en les faisant passer pour leur propre opinion ». Plus de soixante-quinze officiers à la retraite furent ainsi embauchés pour délivrer ces messages sur les plateaux de radio et de télévision, ainsi que sous forme de tribunes dans les journaux. Le succès du programme a conduit d’autres branches de l’administration à recourir au programme, notamment pour légitimer les écoutes téléphoniques illégales dans le cadre de la « lutte antiterroriste » ou donner une image positive de Guantanamo. Nombre de ces « experts » étaient aussi consultants pour des firmes sous contrat avec le Pentagone. Source : . [note de l’éditeur].

[36] Certains analystes ont mit l’accent sur le rôle crucial de l’« informateur menteur » ; d’autres sur cette pathologie maccarthyste de l’« hégémonisme soviétique » – leitmotiv maoïste – qui faisait apparaître ex nihilo la stratégie soviétique de conquête du bloc de l’Ouest par l’entremise de Cuba, des sandinistes et de divers mouvements de guérilla en divers endroits du globe. Lire David Caute, The Great Fear : The Anti-Communist Purge under Truman and Eisenhower, Simon & Schuster, 1978, p. 114-38 ; Robert Leiken, Soviet Strategy in Latin America, Praeger, 1982.

Congrès du Parti socialiste : Ce que les six motions disent sur les médias

 

 

Publié le 14 novembre 2008

Le 6 novembre 2008, en vue du Congrès de Reims, les adhérents du Parti socialiste étaient invités à choisir entre six motions. Dans chacune d’elles, on pouvait trouver trace de la question des médias. Le plus souvent, de manière vague et marginale.

La motion majoritaire

La motion E présentée par Ségolène Royal et Gérard Collomb est arrivée en tête avec près de 30 % des voix [1]. Sous le titre « Garantir la liberté de la presse », on peut lire cette déclaration de principe : « Les médias doivent pouvoir jouer leur rôle d’information en toute liberté. Leur financement doit être indépendant de toute autre puissance (des pouvoirs publics, mais surtout aujourd’hui des puissances d’argent). » (p. 133) Elle est suivie d’un vigoureux diagnostic : « La suppression de la publicité sur les chaînes publiques est un coup bas contre le service public destiné à le paupériser » (ibid.). Fort bien. Reste à savoir si les propositions sont à la hauteur de ces proclamations.

« Nous proposons de :
- Interdire à tout groupe privé vivant notamment de la commande publique de détenir plus de 25 % dans les grands médias.
- Intégrer le temps de parole du président de la République dans celui de la majorité parlementaire.
- Partager également le temps de parole de l’opposition avec celui de la majorité. » (ibid.)

Et c’est tout !

Ces propositions minimales ne disent rien (ou presque, comme on le vérifiera plus loin) ni des concentrations financiarisées et multimédias, ni des projets de la droite au pouvoir concernant la presse écrite, ni des solutions à apporter au financement de France Télévisions, ni des médias associatifs… De surcroît, chacune d’entre elles pose problème :

- Pourquoi maintenir un droit de participation (de 25 % !) des groupes privés vivant de la commande publique ?
- Pourquoi limiter la question du pluralisme politique à la répartition du temps de parole entre majorité et opposition, c’est-à-dire entre les formations politiques représentées au Parlement ?

Reste à parcourir les autres motions…

Vous avez dit « indépendance » et « pluralisme » ?

Le déficit d’indépendance des médias est souligné, d’une manière ou d’une autre, par toutes les motions. Parfois à travers des dénonciations virulentes.

Par exemple, la motion A (Delanoë) [2] souligne avec gravité l’importance de cette question : « Le combat pour les libertés n’est jamais achevé. Il demande, d’abord, une grande vigilance par rapport aux atteintes que porte ce pouvoir autoritaire à des libertés, en matière [...] d’influence sur les médias. Notre opposition doit être sur ces points, d’une totale fermeté. » (p. 20)

La motion C (Hamon) [3] insiste sur le fait que la dépendance des médias est à la fois économique et politique : « Le pluralisme est gravement mis en cause par une double soumission aux grands groupes économiques et à cette intrusion du pouvoir politique en place. L’affaiblissement et l’appauvrissement de la télévision publique en est l’illustration flagrante. Nous pensons, nous, que l’indépendance des médias, la transmission du savoir, la liberté de l’information et de la presse sont plus que jamais décisives. » (p. 107)

La motion D (Aubry) [4] parle de changer certaines règles afin de garantir une meilleure indépendance des médias …mais sans se montrer très explicite : « Nous développerons la transparence, à travers [...] une réforme des règles applicables aux groupes de presse et aux médias audiovisuels pour garantir leur indépendance vis-à-vis des puissances de l’argent, leur pluralisme. » (p. 106)

La motion F (Utopia) [5] souligne plus fortement que toutes les autres l’uniformité qui règne dans les médias et l’idéologie libérale qu’ils diffusent [6].

Reste à savoir quelles mesures permettraient de contrecarrer ces tendances.

Vous avez dit « temps de parole » ?

Selon la réglementation en vigueur, le temps de parole politique dans l’audiovisuel est régi par un certain nombre de règles. Celle dite « des trois tiers » conduit à donner deux tiers de la parole au pouvoir en place (un tiers pour le gouvernement, un tiers pour la majorité parlementaire) contre seulement un tiers à l’opposition parlementaire. Le temps de parole du Président de la République, quoique comptabilisé, n’est pas pris en compte par le CSA ; il peut donc s’exprimer aussi souvent qu’il le souhaite. Quant aux petits partis (ceux qui ne sont pas représentés au Parlement), les médias audiovisuels sont supposés leur accorder un temps de parole « équitable » [7]. La motion E (Royal) prévoit de revenir sur deux de ces règles (voir plus haut). Les autres ne semblent pas estimer que le système actuel est particulièrement injuste puisqu’elles n’en parlent pas.

Alors, répétons ce que nous avions déjà écrit ici même – sous le titre « Temps de parole : les angoisses de Nicolas Demorand, des démocrates du PS et des caniches du CSA » – en octobre 2007 : « La démocratie, dit-on, se juge au respect du droit des minorités. Qui nous dira en quoi il serait démocratique et “de gauche” d’appliquer au pluralisme audiovisuel les conséquences du scrutin majoritaire à deux tours ? »

Vous avez dit « concentrations » ?

Tous les textes (à l’exception de la motion B du pôle écologique [8]) abordent cette question [9] et proposent des mesures anti-concentrations.

Comme on l’a vu la motion majoritaire propose uniquement d’« interdire à tout groupe privé vivant notamment de la commande publique de détenir plus de 25 % dans les grands médias » (p. 133). Quant aux autres, force est de constater qu’elles s’en tiennent à une déclaration d’intention générale : « Le renforcement des règles anti-concentration » pour la motion A, l’adoption d’« une loi anti-concentration en France » pour la motion C ou encore « un refus de la concentration et la garantie du pluralisme par la loi » pour la motion D.

Seule la motion F (Utopia), moins floue et plus ambitieuse, prend la mesure des enjeux : « Nous proposons de réguler le marché de l’audiovisuel et de la presse de manière à limiter les concentrations capitalistiques [...]. Ainsi, dans la presse et l’audiovisuel, les parts détenues par un groupe privé ne pourront pas représenter plus de 30% du capital des plus grands médias et pas plus de 15% de l’audience dans chaque type de média (presse, télévision, radio). Les entreprises réalisant plus de 10% de leur chiffre d’affaires dans les marchés publics ne doivent pas être autorisées à prendre de participation dans les médias. » (p. 156)

Vous avez dit « liaisons dangereuses » ?

Sur les entreprises bénéficiant de commandes de l’État, quatre des six motions ont jugé important de prendre position en préconisant soit la limitation soit l’interdiction pure et simple.
- Limiter à 25% la participation d’un groupe privé au capital des grands médias bénéficiant de commandes de l’État pour la motion majoritaire ; interdire aux (seules) « sociétés tenant une part conséquente de leur revenu des marchés publics d’être en même temps éditeurs de médias » (p. 107) pour la motion Aubry.

- Interdire totalement. Motion C (Hamon) : « les socialistes doivent s’engager à mettre fin aux intérêts croisés entre l’industrie des médias et la commande publique en interdisant aux firmes vivant de la commande publique (bâtiment, armement, distribution de l’eau) de détenir des parts dans le secteur des médias. » (p. 81) [10]

Et l’audiovisuel public ?

Pour répliquer à la suppression de la publicité sur l’audiovisuel public, sans compensation effective ni moyens de développement, trois motions se contentent de déclarations d’intention :
- la motion E (Royal) se borne à constater que « la suppression de la publicité sur les chaînes publiques est un coup bas contre le service public destiné à le paupériser » sans avancer la moindre solution.
- La motion A (Delanoë) est à peine moins floue : « Nous devrons donc nous battre pour un audiovisuel public fort pour une télévision de qualité, disposant d’un financement réel et pérenne, et d’une nouvelle gouvernance, parties intégrantes de son indépendance » (p. 21).
- La motion D (Aubry) évoque plus vaguement encore « des moyens dignes de ce nom réaffectés à l’audiovisuel public » (p. 107).

Seules deux motions s’engagent sur le terrain des propositions.

- La motion C (Hamon) analyse : « La suppression de la publicité pour les chaînes publiques, décidée brutalement et sans contrepartie satisfaisante, est principalement motivée par le souci d’aider financièrement les chaînes privées dirigées par des proches du Président. À terme, cette réforme va menacer l’existence même du service public de l’audiovisuel et aggraver son assujettissement au pouvoir exécutif. » Est ensuite avancée une piste pour compenser le manque à gagner : « Nous proposons donc de compenser la perte des recettes publicitaires des chaînes publiques par une taxe sur les revenus de la publicité des chaînes privées et par une augmentation de la redevance dont les ménages modestes doivent rester exonérés. » (p. 81)
- La motion F (Utopia) propose une taxe encore plus étendue : « nous préconisons également la taxation de la publicité au niveau de l’achat d’espace. Un taux de 5% représenterait en France environ un milliard d’euros de recette. » (p. 157)

Et le soutien aux médias associatifs ?

Deux motions seulement ont apparemment conscience du fait que, pour garantir le pluralisme, les mesures anti-concentration sont certes nécessaires mais non suffisantes : il faut aussi, entre autres, soutenir le tiers secteur.
- Une seule motion fait vaguement référence à cet objectif : la motion A (Delanoë) en appelle ainsi au « développement des médias associatifs et coopératifs à l’échelon local et régional » (p. 21) …mais sans dire comment, concrètement, ce développement pourrait être réalisé.
- La motion D (Aubry) évoque uniquement le soutien aux télévisions locales, sans préciser s’il s’agit de télévisions associatives ou non : elle propose en effet d’« aider au développement et à la diversité des télévisions locales » (p. 106).

Et la réforme du CSA ?

À l’heure actuelle, les neuf membres du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel sont nommés par les pouvoirs exécutif et législatif (trois par le président de la République, trois par le président du Sénat et trois par le président de l’Assemblée nationale). Conséquence : depuis janvier 2007, les neuf membres ont été nommés par la droite

La motion D (Aubry) est la seule à s’en inquiéter : « nous devrons réformer le mode de nomination des membres du CSA afin d’empêcher que 100 % des personnalités chargées de veiller au pluralisme soient désignées, comme aujourd’hui avec l’UMP, par le parti majoritaire. » (p. 107). Quant à la motion A (Delanoë), elle évoque « la réforme du CSA » sans précision aucune (p. 21).

Et caetera

Au fil des textes, on peut lire d’autres déclarations et propositions : sur la diversité culturelle dans les motions E (Royal) et F (Utopia), sur l’éducation aux médias dans la motion F, sur les moyens de communications du PS et même l’éventualité d’une chaîne de télévision du PS [11].

On peut lire aussi des critiques du rôle des médias, des sondages et de la personnalisation. Ainsi, pour la motion D (Aubry), il est nécessaire de considérer les sondages avec méfiance : « Penser par nous-mêmes plutôt que par les sondages. Les sondages nous ont souvent donné des indications que nos concitoyens ont infirmées dans les urnes. Tirons-en des leçons ! Ce ne sont pas les instituts de sondage qui doivent fixer le cap du Parti socialiste, surtout quand, à l’instar de l’IFOP, ils sont présidés par la numéro un du MEDEF… » (p. 111) Dans le même ordre d’idées, la motion C (Hamon) dit ne plus vouloir « subir l’air du temps, la dictature de l’opinion et des médias » (p. 63).

Mais encore ?

***Des constats parfois pertinents. Mais aucune motion prise séparément ni leur ensemble n’apportent (si l’on excepte quelques propositions partielles et éparses) de réponses à la hauteur des enjeux.

Notes

[1] Outre Ségolène Royal (Présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes) et Gérard Collomb (sénateur), la motion E était soutenue notamment par Jean-Louis Bianco (député), Julien Dray (député), Louis Mermaz (sénateur), Vincent Peillon (député européen), Jean-Jack Queyranne (député), François Rebsamen (sénateur), Yvette Roudy, Manuel Valls (député)…

[2] La motion A était présentée par Bertrand Delanoë (maire de Paris) et soutenue notamment par François Hollande (Premier secrétaire du PS), Pierre Moscovici (député), Jean-Marc Ayrault (député-maire de Nantes). Elle a recueilli plus de 25 % des voix.

[3] La motion C était présentée par Benoît Hamon et soutenue notamment par Henri Emmanuelli (député), Gérard Filoche, Jacques Généreux, Liêm Hoang-Ngoc, Pierre Larrouturou, Marie-Noëlle Lienemann (députée européenne), Jean-Luc Mélenchon (sénateur), Paul Quilès (ancien ministre). Elle a obtenu environ 19 % des voix.

[4] La motion D était présentée par Martine Aubry (maire de Lille) et soutenue notamment par Claude Bartolone (député), Jean-Christophe Cambadélis (député), Laurent Fabius (député), Jean-Paul Huchon (Président du Conseil régional d’Île-de-France), Jack Lang (député), Marylise Lebranchu (députée), Martin Malvy (Président du Conseil régional de Midi-Pyrénées), Pierre Mauroy (sénateur), Arnaud Montebourg (député). Elle a recueilli près de 25 % des suffrages.

[5] Présentée par Franck Pupunat, la motion F n’a pas atteint 2 % des suffrages.

[6] « Par intérêt économique, par proximité avec les gens de pouvoir, par facilité, la plupart des organes d’information – et plus particulièrement audiovisuels – ont renoncé à ce qui devrait être leur mission, pour nous imprégner d’une idéologie libérale et lui donner un caractère universel. La diversité d’approche et d’analyse n’est pas la règle, l’espace pour des regards différents est extrêmement réduit. Tous les journaux télévisés sont construits sur le même modèle. L’uniformité domine. L’instantanéité règne. Là est bien le danger, d’autant que la plupart des médias sont directement la propriété de grands groupes privés ou sous influence du domaine marchand. Il est urgent de sortir de cette dictature des médias qui ont acquis un pouvoir excessif mettant en péril la démocratie elle-même. » (p. 156)

[7] Nous avions révélé ici même que c’était loin d’être le cas puisque, dans les faits, ils ont droit à environ 3 % du temps de parole alors que leur poids électoral est d’environ 15 % à 30 %.

[8] La motion B était soutenue notamment par Nicole Bricq (sénatrice) et Christophe Caresche (député). Elle a recueilli près de 2 % des suffrages.

[9] Ainsi, la motion A (Delanoë) estime que « la grande concentration des groupes à l’échelle mondiale est un danger » (p. 21) ; la motion C (Hamon) relève que le gouvernement libéral actuel « favorise les concentrations capitalistiques » (p. 85) ; la motion D (Aubry) évoque « une concentration de plus en plus poussée » (p. 106) ; et la motion F (Utopia) dénonce « les domaines trop concentrés de l’édition (édition et distribution) ou de l’audiovisuel » (p. 156).

[10] Autre proposition, celle de la motion F (Utopia) mentionnée plus haut : « Les entreprises réalisant plus de 10% de leur chiffre d’affaires dans les marchés publics ne doivent pas être autorisées à prendre de participation dans les médias. » Quant à la motion B (pôle écologique), elle se borne à évoquer l’absence de contrôle, sans autre précision : « Il faut interdire, ce que nous avons souvent proposé mais jamais réussi à faire, le contrôle des médias par les entreprises bénéficiant de commandes de l’État » (p. 45).

[11] Motion C (Hamon) : « Nous devons aussi nous atteler à l’émergence de nouveaux outils médiatiques du PS. Nous ne pouvons plus négliger l’état de l’espace médiatique actuel dans lequel nous ne maîtrisons correctement ni nos propres débats ni la portée de notre discours. [...] Les nouvelles technologies nous offrent la possibilité de bâtir des vecteurs de communication professionnels répondant à nos besoins d’indépendance. » (p. 88) Motion D (Aubry) : « De même, parce que nous sommes en démocratie médiatique, développons nos moyens de communication (pourquoi ne pas créer notre propre chaîne de télévision, « PS-TV », sur le Net voire sur la TNT ?) » (p. 113)

D’imaginaires « théories du complot » comme arguments de propagande

 

 

Publié le 20 août 2007 par Arnaud Rindel, Serge Halimi

Le texte dont nous publions ici une version écourtée est paru sous le titre « La conspiration : Quand les journalistes (et leurs favoris) falsifient l’analyse critique des médias » dans Jean Bricmont et Julie Franck (sous la direction de), Chomsky, Cahier de L’Herne, Paris, 2007, 356 pages, 39 €. Il est disponible dans sa version intégrale sur le site de l’Homme moderne (Acrimed)

hernechomsky-15f09 dans DE La FABRIQUE DE L'OPINION ET DU CONSENTEMENT

Pour expliquer le fonctionnement des médias de masse, nous ne recourons à aucun moment à l’hypothèse d’une conspiration. (Noam Chomsky et Edward S. Herman) [1]

[Les] pensées intentionnalistes et « conspirationnistes », de Chomsky à PLPL […] tendent à faire de l’intentionnalité malfaisante de quelques Puissants dans l’ombre (adossés aux Médias) le principal dans les modes d’oppression (Philippe Corcuff) [2]

J’avoue que depuis quelques temps il m’arrive parfois d’entendre et de voir des choses que personne n’a jamais vues ni entendues (Nicolas Gogol, Le journal d’un fou, 1835).

Vouloir transformer toute analyse des structures de l’économie et de l’information en « théorie du complot » ne constitue pas une falsification ordinaire. Elle s’inscrit dans une logique d’ensemble.

Depuis un quart de siècle, la contre-révolution néolibérale, la décomposition des régimes « communistes » et l’affaiblissement des syndicats ont concouru à la renaissance puis à l’hégémonie d’une pensée individualiste. Les institutions collectives sont démantelées ; celles que l’on édifie sur leurs décombres privilégient le consommateur désaffilié, l’« individu sujet ». Dorénavant perçues comme « marxistes » et donc dévaluées à l’égal des régimes qui se prétendaient tels, les analyses structurelles de l’histoire, de la politique et des médias sont par conséquent dédaignées. Le refus de postuler que la spontanéité des « acteurs » et l’élan impétueux des « droits de l’homme » seraient les principes essentiels guidant la mondialisation expose au risque d’être qualifié d’archaïque, d’extrémiste ou de paranoïaque. Et la trappe de la « fin des idéologies » condamne à la pendaison les « grands récits collectifs » construits autour d’une histoire sociale conflictuelle. […]

L’appétit à traquer partout les fragments d’une pensée individualiste en consonance avec l’air du temps, l’acharnement à secourir des penseurs prestigieux de leurs égarements supposés n’épargnent plus ni Marx ni Proudhon [3]. Certains intellectuels et journalistes, autrefois issus de la gauche contestataire et qui dorénavant convoitent d’autres espaces politiques, plus moelleux, n’ont en effet de cesse de reconstruire les références qui les ont structurés politiquement pour pouvoir ensuite prétendre être demeurés fidèles à leurs engagements passés, mais une fois ceux-ci compris avec un surcroît de maturité — et digérés. Néanmoins, quand les « classiques » de la contestation demeurent encore en vie, la relecture dé-radicalisée de leurs travaux requiert leur concours (Toni Negri, Jürgen Habermas). Chaque fois que l’assistance de ce dernier n’est pas acquise — ou quand il est certain que sa récupération sera impossible — le recyclage manipulateur doit céder le pas à l’opposition frontale. Et alors, à la guerre comme à la guerre : contre les pourfendeurs de la « complexité », la fin justifie les moyens.

C’est dans ce contexte général qu’il convient de replacer la stigmatisation de quiconque — Chomsky ou un autre — entreprend d’étudier un ensemble de contraintes systémiques, donc collectives, pour tenter d’en déduire le comportement vraisemblable des agents d’un champ donné (économique, culturel, médiatique) [4]

L’idée que des pesanteurs sociales produisent des effets distincts de ceux qu’enfanterait la seule volonté des individus incommode assez naturellement tous ceux qui privilégient des déterminations privées plus ou moins dépolitisées : choix du sujet, aptitude à l’« éthique » salvatrice qui protège le système contre ses « excès ». A travers cette grille de lecture strictement individualiste, la critique d’une institution ne peut qu’apparaître comme une mise en cause de la moralité des individus qui la compose ; un dysfonctionnement général – autre que ponctuel – ne saurait exister s’il n’a été intentionnellement et collectivement planifié. La multiplication des critiques formulées à l’encontre des grands médias a donc été traitée par ces mêmes médias comme un supposé « retour des théories du complot ». Leur intérêt affiché pour ce thème a, comme souvent, « spontanément » coïncidé avec une recrudescence des essais diffusés en librairie [5]. L’ensemble s’est traduit par l’assimilation de plus en plus fréquente de toute critique de l’institution médiatique à des conspirations imaginaires [6]

- I -D’emblée, il faut souligner le paradoxe de la plupart des attaques contre « Pierre Bourdieu » ou « Noam Chomsky » [7] . On reproche à ces deux auteurs de ne pas reconnaître le caractère presque spontané de la transformation économique du dernier quart de siècle, liée à des phénomènes posés comme « naturels » et détachés d’une intention politique et sociale (« mondialisation », « révolution technologique »). Néanmoins, on les pourfend simultanément pour avoir énoncé que des déterminations collectives contraindraient la volonté individuelle.

La juxtaposition de ces deux reproches aboutit à suggérer que l’homme serait autonome vis-à-vis de son groupe social, mais la société des hommes impuissante contre le marché. Déduire les comportements des particuliers de leur socialisation (y compris par l’information, plus ou moins biaisée, qu’ils reçoivent sur leur environnement) et chercher à expliquer des politiques économiques par les intérêts d’une classe au pouvoir oblige à devoir se défendre de croire en un « ordre né d’un complot à la manière d’un nouveau protocole des Sages de Sion » [8] .

C’est imputer une vision sociale bien naïve, pour ne pas dire enfantine à des intellectuels radicaux. Plutôt que née dans le cerveau de « Chomsky » ou de « Bourdieu », on la croit volontiers produite par celui d’un adolescent projetant sur eux ses fantasmes nés d’une fréquentation trop exclusive des romans d’espionnage et des séries télévisées [9].

En 1988, l’économiste Edward S. Herman et le linguiste Noam Chomsky publient un ouvrage devenu l’une des références de la critique radicale des medias, Manufacturing Consent. Political economy of the mass media (La fabrication du consentement. L’économie politique des médias de masse) [10]. Les auteurs y argumentent que les entreprises médiatiques, loin d’éclairer la réalité du monde social, véhiculent une image de ce monde conforme aux intérêts des pouvoirs établis (économiques et politiques).

Les réactions de la plupart des journalistes en vue sont à l’image du commentaire de Tom Wolfe, écrivain américain – et père du « nouveau journalisme ». Il tranche avec dédain : « C’est la vieille théorie de la cabale qui veut que quelque part autour d’un bureau feutré une bande de capitalistes tire les ficelles. Ces bureaux n’existent pas. Je regrette d’avoir à le dire à Noam Chomsky » [11]. Depuis lors, le linguiste n’a cessé de répéter que son analyse ne reposait sur aucune forme de conspiration. Et qu’il avançait « exactement l’inverse » de la caricature que Tom Wolfe lui prêtait.

Ce qui pouvait à la rigueur passer pour un malentendu en 1988 est devenu, en général sous des plumes infiniment moins talentueuses et divertissantes que celle de Tom Wolfe, un procédé de disqualification ordinaire. Il est d’autant plus courant quand ses utilisateurs, situés sur l’espace progressiste de la comète politique, perçoivent en Chomsky un empêcheur de moraliser en rond.

En France, pays où cette campagne ne paraît connaître aucun répit, ce sont donc surtout des périodiques et des intellectuels catalogués à « gauche » qui se sont acharnés à falsifier les travaux et les conclusions du linguiste américain afin de maintenir vivace sa « mauvaise réputation » [12] .

Dès la rédaction de Manufacturing Consent, Chomsky et Herman pressentaient l’orage à venir. « Les critiques institutionnelles, telles que celle que nous présentons dans cet ouvrage sont souvent discrédités par les commentateurs de l’establishment comme étant des “théories du complot” [13] ». Pour tenter d’y remédier, ils prenaient soin de préciser, dès la préface : « Pour expliquer le fonctionnement des médias de masse, nous ne recourons à aucun moment à l’hypothèse d’une conspiration ».

Cette double précaution aurait dû paraître inutile. Aux yeux d’un lecteur normalement constitué, l’analyse proposée dans Manufacturing Consent a en effet à peu près autant de chances de passer pour une théorie du complot qu’un champ de tournesols pour une batterie de casseroles. Le propos du livre souligne que les forces qui conduisent les médias à produire une information politiquement et socialement orientée, loin d’être enfantées par l’amoralité de certains individus, tiennent avant tout à des mécanismes inscrits dans la structure même de l’institution médiatique son mode d’organisation et de fonctionnement en particulier.

Selon Chomsky et Herman, ces mécanismes opèrent sous forme de « filtres », de «  facteurs institutionnels qui fixent les limites à ne pas franchir dans la diffusion des faits et leur interprétation, au sein des institutions à caractère idéologique [14]  ».

Le premier filtre tient à la nature des propriétaires des médias dominants. Détenus par des oligopoles privés, ces moyens d’information et de communication sont mus par la logique du profit maximum.
Le second filtre renvoie aux sources de financement des grandes entreprises médiatiques. Leurs recettes proviennent principalement de leurs clients les annonceurs auxquels elles vendent des taux d’audience.
Le troisième filtre concerne les sources d’information privilégiées par les journalistes.
Le quatrième correspond aux protestations adressées aux responsables de la presse, lesquelles contribuent à apprécier les limites de ce qui est diffusable sans risque.
Le dernier filtre est celui des présupposés idéologiques dominants, intériorisés par les journalistes et qui guident leur interprétation de l’actualité comme le compte rendu qu’ils en font. Dans les années 80, le présupposé dominant était l’idéologie anticommuniste. Il est désormais «  surpassé par une force idéologique plus puissante encore, celle de la croyance dans le “miracle du marché” (selon l’expression de Reagan) [
15]  ».

Ce cadre d’interprétation général détermine le traitement réservé aux politiques, gouvernements et interlocuteurs « orthodoxes ». Ils sont systématiquement valorisés et leurs erreurs, voire leurs crimes, paraissent toujours moins atroces que ceux que commettraient des « dissidents » au système de croyance dominant.

Ces cinq filtres ont une particularité commune. Tous favorisent le contrôle et l’orientation de l’information dans un sens conforme aux intérêts privés. «  Les mêmes sources de pouvoir sous jacentes qui possèdent les médias et les financent en tant qu’annonceurs, qui jouent le rôle de “définisseur primaire” des “nouvelles”, qui produisent les “tirs de barrage” et les experts orthodoxes, jouent également un rôle clé dans la définition des principes de base et des idéologies dominantes [16]  ».

- II -Sorti à Paris en 1993 sous le titre Chomsky, les médias et les illusions nécessaires, le documentaire de Peter Wintonick et Marc Achbar (Manufacturing Consent : Noam Chomsky and the media) a permis de constater que, malgré les précautions des auteurs, l’assimilation de leur travail sur les médias à une « théorie du complot » est aussi ancienne que récurrente. Pas une réunion publique filmée par les réalisateurs ne semble se tenir sans qu’un participant n’entreprenne de demander des comptes à Chomsky sur les délires paranoïaques qui lui sont imputées. Alors, de débats en conférences, le linguiste répète. « Une des données structurelles du capitalisme entrepreneurial est que les “joueurs” doivent accroître leurs profits et leurs parts de marchés – s’ils ne le font pas, ils seront éliminés de la partie. Aucun économiste ne l’ignore : ce n’est pas une théorie du complot de le souligner, c’est simplement prendre en compte un fait caractéristique de cette institution Noam Chomsky in Peter Mitchel et John Schoeffel, Understanding Power, op. cit., p.26.]]  ».

Mais rien n’y fait. En 2002, l’éditorialiste Philippe Val, patron d’un hebdomadaire satirique longtemps classé à gauche, Charlie Hebdo, inquiet de l’influence radicale de Noam Chomsky, entreprend de la contrecarrer dans trois éditoriaux successifs, d’autant plus vindicatifs qu’ils fourmillaient d’erreurs. La transcription en français d’une des conférences du linguiste, donnée onze ans plus tôt [17] a suffi à Philippe Val pour aboutir à ce verdict : «  Pour lui [Chomsky], l’information […] n’est que propagande [18] ». Une fois de plus, Chomsky rabâchera alors : « Je n’ai jamais dit que tous les médias n’étaient que propagande. Loin de là. Ils offrent une grande masse d’informations précieuses et sont même meilleurs que par le passé […] mais il y a beaucoup de propagande [19] ».

Il n’est pire sourd… Au même moment, Daniel Schneidermann, journaliste spécialisé dans l’observation des médias, « résume » à son tour « la thèse [...] du linguiste Noam Chomsky  » : « Asservis au lobby militaro industriel, obéissant au doigt et à l’œil à des consignes politiques, ils [les médias] n’ont de cesse de débiter des futilités au kilomètre, pour empêcher « la masse imbécile » de réfléchir à l’essentiel [20].  »

En 1996, Edward Herman avait pourtant lui aussi précisé les choses : « Nous avons souligné que ces filtres fonctionnement essentiellement par l’intermédiaire des actions indépendantes de nombreux individus et organisations, qui peuvent parfois, mais pas toujours, avoir des points de vue similaires et des intérêts communs. En bref, le modèle de propagande décrit un système de traitement et de régulation décentralisé et “non-conspiratonniste” s’apparentant à un système de marché, bien que le gouvernement ou un ou plusieurs acteurs privés puissent parfois prendre des initiatives et mettre en œuvre une action coordonnée des élites sur un sujet précis [21] ».

« Si je parlais de l’Union Soviétique, complétait Chomsky, et que je disais, “regardez, voici ce que le bureau politique a décidé, et ensuite le Kremlin a fait ça”, personne ne qualifierait cela de “théorie conspirationniste” – tout le monde comprendrait que je parle seulement de décisions planifiées. Seulement voilà, ironisait le linguiste, « ici, personne ne planifie jamais rien : nous agissons guidés uniquement pas une sorte de bienveillance universelle, en trébuchant de temps en temps ou en faisant parfois des erreurs. […] Dès que vous décrivez des réalités élémentaires, et attribuez une rationalité minimale aux pouvoirs en place […] c’est une théorie conspirationniste. [22]  »

C’est peine perdue. En 2004, Géraldine Muhlmann publie Du journalisme en démocratie. Le livre, qui lui vaut aussitôt un déluge de critiques louangeuses, résume les 400 pages de Manufacturing Consent en une douzaine de lignes attribuant doctement aux deux auteurs un « schéma public innocent / journalistes malfaisants, le premier étant pris en otage par les seconds [23]  ».

Au nombre des louanges que lui vaut ce résumé particulier, Géraldine Muhlmann reçoit ceux de Philippe Corcuff. Cet universitaire lyonnais a fait de la « complexité » une de ses marques de fabrique (au point qu’il est sans doute l’un des seuls au monde à avoir compris le sens et l’intérêt du concept, assurément complexe, de « social-démocratie libertaire » dont il est l’auteur). Il découvre pourtant à son tour en Pierre Bourdieu, en Noam Chomsky (mais aussi en Acrimed et en PLPL) une « rhétorique du “complot”  » qui valorise «  l’intentionnalité de quelques acteurs “puissants” » [24]. Il a fallu assurément que Philippe Corcuff empile tous ses talents de maître de conférences en science politique, de militant de la LCR et de membre du conseil scientifique d’Attac pour que l’analyse « structurelle » des médias se voit ainsi ramenée à la « rhétorique de quelques acteurs ». Cette prouesse lui a valu d’être à son tour encensé par Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde, qui désormais s’inquiète lui aussi de « cette vision du monde » dans laquelle « il n’y a place que pour des machinations individuelles  » [25].

- III -Ces charges incessantes présentent une caractéristique commune : elles se limitent toutes à déprécier les conclusions de Chomsky, sans jamais évoquer les preuves qui viennent les étayer.

Examiner les faits rapportés par les auteurs avant de prétendre trancher sur leur interprétation devrait constituer un préalable à toute discussion sérieuse. Mais on perçoit aussitôt le problème qui naîtrait de tels scrupules. Il faudrait alors se frotter à la masse d’observations – rigoureuses et détaillées – présentées par Chomsky et Herman pour fonder leurs analyses. Et si au terme d’un tel examen, on devait admettre la réalité des déformations rapportées, il ne suffirait plus de discréditer l’explication avancée par les auteurs : il deviendrait urgent d’en proposer une autre. La tentative de ramener cette désinformation ordinaire à des « emballements » extra-ordinaires ou à des « imperfections inévitables » ne saurait suffire – surtout après que chacun ait signifié à quel point le rôle de l’ « information » constituait un marqueur fondamental entre démocratie et dictature.

La dénonciation de la prétendue théorie du complot de Chomsky – et de ceux qui en France, recourent au même type d’analyse institutionnelle – se limite donc, sagement, à marteler un reproche infondé. Aux yeux de la masse des non-lecteurs des travaux incriminés, la répétition de la même imputation vaudra confirmation de sa véracité – et invitation à ne pas s’abîmer dans une lecture présentée comme aussi fruste.

Les assauts répétés contre la critique radicale des médias dévoilent par ailleurs une contradiction intellectuelle. D’une part, les assaillants reprochent aux deux critiques de défendre l’idée d’une conspiration ourdie dans l’ombre. Mais, au même moment, ils relèvent que cette « théorie du complot » a recours à des documents publics, à des citations de presse, preuve que cette critique se réfute d’elle-même, et que la couverture médiatique des sujets controversés serait en réalité adéquate.

Pourtant, dès lors que, de l’aveu même de ses adversaires, la critique radicale s’appuie sur des documents publics, des intérêts transparents et publiquement énoncés, comment pourrait-elle renvoyer à des comploteurs tapis dans d’obscurs « bureaux feutrés » ? La réponse est déjà trouvée : puisque que la critique des médias est une « théorie du complot », la transparence des logiques qu’elle éclaire… prouve son ineptie ! Nicole Bacharan, chargée de cours à l’Institut d’études politiques de Paris, explique ainsi, matoise : « Ce qui à mon sens [...] défait totalement la théorie du complot à cet égard, c’est que c’est très, très clair. Les intérêts [...] ne sont pas cachés, il n’y a pas besoin d’aller soulever des coins d’ombre [26] ».

Il vaut ici de noter que la chargée de cours est également une commentatrice, aussi omniprésente que peu reconnue par ses pairs universitaires, de la politique américaine dans les médias français. La surface journalistique est d’ailleurs en général proportionnelle à la disposition à fustiger… le simplisme de la critique radicale du journalisme. Qu’on ne cherche nulle « théorie du complot » dans cette remarque ancrée dans une observation psychologique tout à fait ordinaire : un système qui fait appel à vous (et qui vous rémunère, vous promeut) ne saurait jamais être tout à fait mauvais.

Odieux quand on croît le débusquer sous la plume de Chomsky (qui n’y a jamais recours), l’usage, usuel, d’un champ lexical « conspirationniste » ne provoque en revanche aucune protestation quand on le retrouve dans la bouche ou dans les textes des avocats du système social.

Ainsi, lors des grèves du printemps 2003, le ministre de l’éducation nationale français de l’époque, le philosophe médiatique Luc Ferry, s’indignait du comportement des enseignants en dénonçant à plusieurs reprises «  une campagne de désinformation [27] ». Deux ans plus tard, les lycéens en colère lui parurent « manipulés » par leurs professeurs [28] . Curieusement, nul ne reprocha à l’essayiste-ministre de propager une image simpliste et uniforme d’un corps de métier, ou une vision « conspirationniste » d’un mouvement social.

De même, Géraldine Muhlmann n’est pas souvent soupçonnée de défendre une théorie du complot, d’exagérer le caractère secret et les ressorts inavoués des dynamiques sociales quand elle s’interroge sur l’utilité du journalisme qui devrait davantage « aller voir où en général personne ne va, dans les lieux cachés [29] ». Le même reproche ne fut pas non plus opposé à Laurent Joffrin lorsqu’il s’exclama qu’« évidemment, les pouvoirs cachent les choses [30] », pas plus qu’à Daniel Schneidermann au moment où le chroniqueur du Monde écrivait : « Etre journaliste, c’est ne croire rien ni personne, savoir que tous mentent, qu’il faut tout vérifier en permanence [31] ». Désinformation, tromperies, vérités cachées, mensonges, complicité… quel critique des médias, même radical, emploierait impunément un tel vocabulaire ? [32]

Comme les pourfendeurs de l’« analyse institutionnelle » sont en peine – et pour cause – d’expliquer en quoi celle-ci constituerait une vision « conspirationniste », ils procèdent par amalgame. Si ce n’est toi, c’est donc ton frère… Ainsi, se penchant sur le terreau ayant favorisé l’irruption de Thierry Meyssan [33] sur la scène médiatique, Daniel Schneidermann a associé dans un même passage X-files, Michael Moore, David Vincent (héros d’une série télévisée des années 60 ayant pour thème l’invasion extra-terrestre), le film JFK d’Oliver Stone (attribuant l’assassinat de Kennedy à un complot) et « la thèse depuis de longues décennies du linguiste Noam Chomsky [34]  ».

Si le camp des paranoïaques est délimité avec énormément de générosité, les arrière-pensées qu’on lui prête sont plus étroites. Pour Géraldine Muhlmann, la critique radicale qui « n’est pas claire sur ses implicites [35]  », aurait tendance à «  glisser, parfois, sur une pente antidémocratique [36]  ». Nicolas Weill, journaliste au Monde, félicita aussitôt la philosophe amie des médias d’avoir perçu cette «  tendance non assumée à l’antidémocratisme  ». Il regrettait cependant que « L’analyse n’a[it] pas été poussée jusqu’au point où la critique du journalisme au XIXe et au début du XXe siècle épouse un autre phénomène : celui de l’antisémitisme [37] ».

On le voit, des élites intellectuelles et médiatiques reprochent à l’analyse institutionnelle tout et son contraire, exigent d’elle qu’elle respecte des principes qu’ils n’appliquent pas aux autres, la réduisent à une vague opinion en occultant toute la part d’argumentation rationnelle qui fonde sa légitimité, n’informent pas sur cette critique (et ne s’informent sans doute pas eux même à son sujet), limitent leurs seuls « arguments » à des amalgames enfantins, des insinuations diffamatoires et des imprécations sans réplique. Ces attaques recèlent par conséquent toutes les caractéristiques de la propagande…

Serge Halimi & Arnaud Rindel

janvier 2006

- Version intégrale sur le site de l’Homme moderne (Acrimed)

Notes

[1] Noam Chomsky et Edward S. Herman, Manufacturing Consent. The Political Economy of the Mass Media, Pantheon Books, New York, (1998) 2002, p.IX.

[2] Philippe Corcuff, « Gauche de gauche : le cadavre bouge encore », octobre 2004 . Philippe Corcuff est un universitaire français, par ailleurs chroniqueur à Charlie Hebdo au moment de ses attaques contre Bourdieu, Chomsky et, plus généralement, contre la critique radicale des médias – dont PLPL (Pour lire pas lu) était, avec le site Acrimed (Action Critique Média), l’un des principaux organes. Au nom d’Acrimed, le sociologue Patrick Champagne a répliqué au chroniqueur de Charlie Hebdo dans « Philippe Corcuff, critique “intelligent” de la critique des médias ».

[3] Voir par exemple la récente biographie de Karl Marx (Jacques Attali, Karl Marx ou l’esprit du monde, Fayard, 2005), de laquelle l’essayiste, ancien conseiller de François Mitterrand, puis banquier, retient surtout que l’auteur du Capital « écrit tout le temps qu’il est pour la mondialisation, qu’il est pour le capitalisme, qu’il est pour le libéralisme économique, qu’il est pour la bourgeoisie. » (France culture, 22 juin 2005). Une « lecture » martelée tout au long de son interminable tournée de promotion médiatique.

[4] Lire, pour d’autres exemples : « La critique des médias », Pour Lire Pas Lu (PLPL) n°20, Juin-Aout 2004 ; également la rubrique « Haro sur la critique des médias ».

[5] L’année 2005 vît ainsi fleurir les ouvrages, couvertures de presse et dossiers spéciaux consacrés à ce thème. Entre autres : Antoine Vitkine, Les nouveaux imposteurs, La martinière, Paris, 2005 ; Véronique Campion-vincent, La société parano. Théories du complot, menaces et incertitudes, Payot, 2005 ; Pierre-André Taguieff, La foire aux illuminés. Esotérisme, théorie du complot, extrémisme, Mille et une nuits, 2005 ; Frédéric Charpier, L’Obsession du complot, Bourin éditeur, 2005. La sortie de ces ouvrages fut accompagnée – au moins pour les trois premiers – d’articles de presse élogieux dans les principaux quotidiens et hebdomadaires et de multiples apparitions médiatiques de leurs auteurs. De son côté, le magazine TOC consacra un dossier à « La mode des complots » (mars 2005). Le magazine Littéraire fit de même avec « La paranoia » (juillet-aout 2005) avant que Le Monde 2 ne s’intéresse au « retour des théories du complot » (5 novembre 2005). L’année 2005 vit également la parution d’une bande dessinée de Will Eisner sur l’histoire des Protocoles des Sages de Sion (Le Complot, Grasset), ainsi que la sortie dans les salles de cinéma d’un documentaire du cinéaste américain Marc Levin sur le même thème (Les protocoles de la rumeur).

[6] L’émission « Arrêt sur images » en a fourni récemment deux exemples. Devant la mise en question de l’image que ses reportages véhiculent de l’Islam, le journaliste Mohamed Sifaoui répliqua aussitôt : « En gros, si je résume, c’est : depuis 30 ans, tous les médias français se sont mis d’accord, parce qu’il y a un énorme complot contre la communauté musulmane, […] cette démarche intellectuellement est totalement insensée et idiote, parce que elle repose déjà sur une question de complot » (France 5, 16 octobre 2005). Deux mois plus tard, interrogé sur les menaces de sanction des industriels envers les journalistes qui se risqueraient à critiquer leur produits, Alain Grangé-Cabane, président de la Fédération des industries de la parfumerie, rétorque à son tour : « Je me demande si c’est pas un peu aussi la théorie du complot qui surgit partout. Les horribles annonceurs seraient là pour essayer d’étouffer la vérité. » (France 5, 4 décembre 2005).

[7] Souvent il s’agit de noms génériques qui permettent d’affecter de ne pas répondre directement à d’autres intervenants envers qui on souhaite feindre le mépris.

[8] Site ultra libéral du Chat borgne, .

[9] Lire l’article de Laurent Joffrin, alors directeur de la rédaction de Libération, assimilant les analyses de Pierre Bourdieu et consorts à une « vision fantasmagorique, déstructurante et paranoïaque du monde », un « bizarre croisement entre X-files et Maurice Thorez » (Libération, 12 mai 1998). Maurice Thorez fut secrétaire général du Parti communiste français de 1930 à 1964.

[10] Noam Chomsky et Edward S. Herman, Manufacturing Consent, op. cit. Quinze ans plus tard, cet ouvrage a été (très approximativement) traduit en français sous le titre (incongru) de La Fabrique de l’opinion publique. La politique économique des médias américains (Le Serpent à plumes, 2003).

[11] Lire Mark Achbar, Manufacturing Consent. Noam Chomsky and the media, Editions Black Rose Books, Montréal, Québec, 1994, p.61.

[12] Lire Jean Bricmont, « Folies & raisons d’un processus de dénigrement. Lire Noam Chomsky en France », postface à Noam Chomsky, De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis, Agone, Coll. « Eléments », Marseille, 3e ed., (2001) 2004, p.227-257.

[13] Noam Chomsky et Edward S. Herman, Manufacturing Consent. The Political Economy of the Mass Media, Pantheon Books, New York, (1998) 2002, p.lx.

[14] Peter Mitchel et John Schoeffel, Understanding Power. The indispensable Chomsky, (The New York Press, New York, 2002) Vintage, Londres, 2003, p.26

[15] Noam Chomsky et Edward S. Herman, Manufacturing Consent, op. cit., p. XVII.

[16] Ibid, p.XI

[17] Noam Chomsky, Propaganda, Le Félin, coll. « Danger Public », Paris, 2002. Il s’agit de la conférence « Media Control : The Spectacular Achievements of Propaganda » (Seven Stories Press, New York, 1997) donnée par Chomsky le 17 mars 1991.

[18] Philippe Val, « Noam Chomsky dans son mandarom », Charlie Hebdo, 19 juin 2002.

[19] Noam Chomsky, Télérama, 07 mai 2003.

[20] Daniel Schneidermann, Le cauchemar médiatique, Denoël Impact, Paris, 2003, p. 121-122.

[21] Edward S. Herman, « The propaganda model revisited », Monthly Review, New York, juillet 1996.

[22] Understanding Power, op. cit., p.390.

[23] Géraldine Muhlmann, Du journalisme en démocratie, Payot, Paris, 2004, p.28.

[24] Philippe Corcuff, « De quelques aspects marquants de la sociologie de Pierre Bourdieu », octobre 2004, . Philippe Corcuff est coutumier de l’administration d’une preuve par voie de citation trafiquée. Il lui arrive ainsi régulièrement de résumer le discours de certains auteurs en encadrant de guillemets des termes (en l’occurrence, celui de « complot », ou de « grand complot néolibéral ») auxquels ceux-ci n’ont recours que pour en récuser l’usage[[Lire, pour plus de détails : Patrick Champagne, « Philippe Corcuff, critique “intelligent” de la critique des médias », avril 2004,.

[25] Edwy Plenel, Procès, Stock, 2005, p.78. Un an plus tôt, Edwy Plenel vitupérait déjà cette « critique destructrice et mortifère » et saluait avec enthousiasme la publication des essais de Géraldine Muhlmann (Le Monde 2, 9 avril 2004).

[26] Nicole Bacharan, « De quoi j’me mêle : Tous manipulés ? », Arte, 13 avril 2004.

[27] Luc Ferry, « Pièce à conviction », France 3, 5 juin 2003.

[28] « Ferry / Julliard », LCI, 12 février 2005.

[29] Géraldine Muhlmann, « Idées », RFI, 16 mai 2004, 0h10 TU (Temps Universel).

[30] BFM, 15 octobre 2004, 13h30.

[31] Daniel Schneidermann, Du journalisme après Bourdieu, Editions Fayard, 1999, p.41.

[32] Cela sans compter les périodiques qui titrent régulièrement sur des complots, des vérités cachées et des forces occultes de tous ordres. Voir à ce sujet le montage de « Unes » et de titres de presse réalisé par PLPL : « Leur théorie du complot », Pour Lire Pas Lu (PLPL) n°20, juin-aout 2004, p.12.

[33] Dans son ouvrage, L’Effroyable imposture (Carnot, Paris, 2002), Thierry Meyssan affirmait, entre autres, qu’aucun avion ne s’était écrasé sur le Pentagone le 11 septembre 2001.

[34] Daniel Schneidermann, Le Cauchemar Médiatique, op. cit., pp.121-122. On retrouve le même type d’amalgame dans l’essai d’Antoine Vitkine, Les nouveaux imposteurs (op. cit.). Notons au passage qu’il est assez paradoxal d’associer Chomsky à la théorie conspirationniste sur la mort de Kennedy qu’il a pourtant rejetée à plusieurs reprises très clairement, en argumentant de façon détaillée (voir Noam Chomsky, Rethinking Camelot. JFK, the Vietnam War and U.S. Political Culture, South End Press, Boston, 1993). Il l’a même qualifiée d’ « extrêmement improbable », soulignant que « personne n’a pu jusqu’à présent avancer ne serait-ce qu’une raison plausible ». Il ajoutait que « l’énergie et la passion qui sont mises dans ce genre de choses […] sont particulièrement auto-destructricse » et qu’il serait souhaitable de faire un « effort sérieux » pour « oublier tout cela » (Understanding Power, op. cit., p.326-331 et 348-351). De manière assez originale (et qui en dit long sur sa maîtrise des sujets qu’il traite), cet assassinat est justement pour Antoine Vitkine le « seul complot majeur » qui soit « encore non éclairci » (Les Nouveaux imposteurs, op.cit., p.17). Et c’est Vitkine qui accuse Chomsky, entre autres, de contribuer à maintenir vivace les théories du complot…

[35] Géraldine Muhlmann, « La critique en reste au coup de gueule  » (entretien avec Olivier Costemalle et Catherine Mallaval), Libération, 19 juin 2004.

[36] Géraldine Muhlmann, «  Le travail du regard chez le journaliste » (entretien avec Raphaël Enthoven), Lire, mai 2004.

[37] Nicolas Weill, « Le journalisme au-delà du mépris », Le Monde des livres, 2 avril 2004. Pour une analyse plus détaillée de ce texte, Lire Henri Maler, « Le Monde contre “les critiques antimédias”, antidémocrates et antisémites », 26 avril 2004].

Médias et censure. Les figures de l’orthodoxie (dir. Pascal Durand)

 

Publié le 20 juillet 2004 par Pascal Durand

Un livre qui se présente fort bien lui-même, notamment sur sa quatrième de couverture.

media_censure-fa75e dans LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY

Pascal DURAND (sous la direction de), Médias et censure. Les figures de l’orthodoxie , Liège, Editions de l’ULG, 2004.

Institution singulièrement complexe, investie de la fonction de parler toutes les autres institutions, l’appareil des médias exerce, par là, de multiples effets d’imposition sur le monde social, et d’autant plus puissants qu’ils passent le plus souvent inaperçus. Quels sont ces effets, leurs ressorts, et quelle en est la source ? Tel est le triple objet du présent volume où plusieurs spécialistes des médias de l’ULG (P. Durand, G. Geuens, H. Deleersnijder, C. Servais) sont associés aux noms prestigieux d’Alain Accardo, Serge Halimi, Armand Mattelart, Erik Neveu, Serge Rimbert ou encore Noam Chomsky.

La presse est libre, nous en sommes convaincus, et les journalistes les premiers. Le discours de presse n’en est pas moins subordonné à des enjeux de pouvoir, à des rapports de force, à des pressions de conformité diverses. Comme tel, ce discours est à la fois l’objet et le vecteur d’une « censure » spécifique, émanant à la fois des structures du champ journalistique et de la forte dépendance que celui-ci entretient à l’égard des champs politique et économique. Structurale, cette censure détermine un certain mode de construction de l’information ; produit de l’hétéronomie du champ journalistique, elle contribue à l’ajustement du discours médiatique à la Doxa ambiante. Lieux communs, stéréotypes et clichés ; information sélective en temps de guerre, de génocide ou dans la couverture de dossiers « sensibles » ; production spontanée d’un prêt-à-penser conforme aux intérêts des classes dominantes ; sécrétion d’une mythologie propice aux illusions rentables de la « société de l’information » ; neutralisation médiatique des forces de contestation sociale : c’est tout le spectre de ces effets d’orthodoxie que les quinze auteurs ici réunis entendent explorer, dans le souci de fournir au lecteur non seulement des analyses, mais des instruments d’analyse.

Affaire de journalistes ou de théoriciens critiques du discours journalistique ? Qu’on ne s’y trompe pas : les mutations de l’appareil médiatique, l’évolution de ses structures professionnelles, sa soumission croissante à l’emprise des intérêts privés ne concernent pas que ses seuls acteurs, au premier rang desquels les fractions les plus précaires du personnel journalistique ; au-delà, elles concernent tout l’espace public et, par conséquent, le devenir de nos sociétés démocratiques.

Pascal Durand est Professeur à la Faculté de Philosophie et Lettres de l’ULG.

Corcuff et la « théorie du complot »

Publié le 6 septembre 2006 par Gilbert Achcar

Cet article est paru dans le n° 17 de la revue ContreTemps, septembre 2006. Il répond à un article de Philippe Corcuff publié dans le même numéro et intitulé « Chomsky et le « complot médiatique » : Des simplifications actuelles de la critique sociale ». Comme ce dernier article est déjà largement diffusé par son auteur sur l’Internet (avec un post-scriptum auquel il n’est pas répondu ici) [1], j’ai jugé nécessaire de mettre également ma réponse à la disposition des internautes. Le texte ci-dessous est le dernier que j’ai soumis à ContreTemps après avoir dû plusieurs fois adapter mon texte aux modifications à répétition que Philippe Corcuff a introduites dans le sien, souvent pour parer à mes réponses. Je n’ai pas le temps de vérifier si la version de son article diffusée sur l’Internet contient de nouvelles modifications.

L’article de Philippe Corcuff auquel il m’a été demandé de répondre est bien frustrant : il appelle un type de discussion que je n’apprécie guère, puisqu’il s’agit de corriger une lecture hautement déformante, à coup de renvoi de citations. Puisse au moins cet exercice servir aux tierces personnes qui le liront, en leur permettant de mieux saisir ce dont il retourne.

Chomsky et les médias

La façon de procéder de Philippe Corcuff (PC dorénavant) me semble, en effet, très cavalière : il s’en prend à son propre fantasme, projetant sur Chomsky les idées qu’il lui a prêtées depuis qu’il a choisi de le prendre pour cible de prédilection, en essayant de s’ériger en pourfendeur attitré des critiques des médias les plus en vue [2].

La thèse que cherche à démontrer PC n’est rien de moins que la suivante : l’intérêt accordé à Chomsky dans les milieux altermondialistes serait un signe de « régression “pré-marxiste” de la critique sociale », le célèbre linguiste et analyste politique n’étant qu’un « révélateur d’un certain recul théorique des discours critiques les plus diffusés aujourd’hui ».

Lorsque l’on se fixe un programme d’une telle ambition, avec la prétention implicite que l’on détient soi-même l’étalon du progrès théorique de la critique sociale, et lorsque l’on a, par ailleurs, une exigence minimale de rigueur intellectuelle, la moindre des choses est de prendre toutes les précautions nécessaires afin de s’assurer que l’on ne déforme pas la pensée de celui que l’on prend pour cible.

Passons sur le procédé qui consiste à donner une suite de mots entre guillemets en guise de démonstration, comme lorsque PC parle de « généralisations hâtives portées par le vocabulaire choisi : “constante et généralisée” (p. 30), “totale” (p. 73), “toujours” (p. 75), “orientation structurelle systématique” (p. 109), etc. ». Le procédé se passe de commentaire.

Arrêtons-nous plutôt aux citations plus sérieuses, en apparence, que l’auteur nous assène copieusement. Elles sont toutes tirées d’un livre paru en 2003 sous le titre La Fabrique de l’opinion publique américaine. La politique économique des médias américains, traduction française d’un ouvrage très connu d’Edward Herman et de Noam Chomsky (H&C dorénavant), paru en 1988, dont le titre original anglais est Manufacturing Consent : The Political Economy of the Mass Media [3].

Or, il n’est pas besoin d’être diplômé en langue anglaise pour s’apercevoir d’emblée qu’il y a déjà un problème de traduction dans le titre français, ne serait-ce que la substitution flagrante de « la politique économique » à « l’économie politique » !

Ce livre, dont le titre correctement traduit aurait dû être : La fabrication du consentement. L’économie politique des médias de masse aux Etats-Unis [4], a pour objet l’étude de la structure des médias de masse (non des médias tout court) et leur rôle dans la production d’un consentement majoritaire aux actions du gouvernement américain en politique extérieure. Cela s’applique, bien sûr, comme l’ouvrage le précise et comme il va de soi, aux politiques qui font l’objet d’un consensus au sein des sphères dirigeantes de la classe dominante, que les auteurs désignent volontiers par « élite » (dans le sens élaboré qu’a donné à cette expression C. Wright Mills dans The Power Elite).

PC connaît certainement assez bien la langue anglaise pour avoir été en mesure de s’apercevoir que le titre original a été massacré. En tout état de cause, cherchant à polémiquer contre H&C comme il l’a fait – c’est-à-dire en privilégiant l’interprétation sémantique, quasi-psychanalytique, de quelques mots et phrases au détriment d’une intelligence d’ensemble de leurs thèses – il aurait dû, au moins, faire l’effort de vérifier ce que les deux auteurs ont vraiment écrit dans le texte original [5].

Le réquisitoire de PC est, en effet, essentiellement construit à coup de citations qui, comme par hasard, sont toutes déformées par la traduction et, de surcroît, détachées de leur contexte, lorsqu’elles ne sont pas coupées de façon arbitraire. Prenons juste les premières citations, à titre de démonstration et pour éviter d’être fastidieux.

Le premier passage que cite PC, à partir de l’introduction de 2002, se termine par :
« Nous pensons qu’entre autres fonctions, ces médias se livrent à une propagande qui sert les intérêts des puissantes firmes qui les contrôlent en les finançant et dont les représentants sont bien placés pour orienter l’information. » (C’est PC qui souligne à chaque fois.)

Voici, traduit plus correctement et complété, ce que disent H&C dans l’original (p.XI, je souligne) :
« Nous pensons que, parmi leurs autres fonctions, les médias servent les puissants intérêts sociétaux qui les contrôlent et les financent, et exercent de la propagande pour leur compte. Les représentants de ces intérêts ont d’importants programmes et principes qu’ils veulent mettre en avant, et sont en bonne position pour modeler et contraindre la politique des médias. Cela ne se fait pas normalement par une intervention grossière, mais par la sélection d’un personnel bien-pensant, ainsi que par l’intériorisation, de la part des responsables des rédactions et des journalistes en service, de priorités et de définitions de ce qu’il convient de rapporter qui sont conformes à la politique de l’institution. »

La phrase incriminée par PC apparaît ainsi d’une évidence presque banale : qui pourrait contester, par exemple, que Patrick Le Lay, PDG de TF1 et représentant de Bouygues, est en bonne position pour modeler et contraindre la politique de la chaîne par les voies indiquées – comme d’ailleurs, soit dit en passant, par des procédés bien plus « grossiers » !

Pour faire bonne mesure, PC cite ensuite une phrase de l’ouvrage de H&C récusant explicitement « la thématique du complot », qu’il croit cependant invalidée par la citation précédente. Puis il cite une phrase sur « l’intériorisation », similaire à celle qui vient d’être traduite ci-dessus, en y reconnaissant des « pistes stimulantes, mais relativement peu reprises par la suite, sur le rôle de stéréotypes intériorisés par les journalistes ». « Relativement peu reprises » ? Il s’agit pourtant de l’une des idées-forces récurrentes de l’ouvrage de H&C. Rien n’y fait : selon PC, la « corruption des personnes » serait « privilégiée par Chomsky »…

Citation substantielle suivante, choisie, soulignée et coupée par PC :
« Nous décrivons un système de “marché dirigé” dont les ordres viennent du gouvernement, des leaders des groupes d’affaires, des grands propriétaires et de tous ceux qui sont habilités à prendre des initiatives individuelles et collectives. Ils sont suffisamment peu nombreux pour pouvoir agir de concert (…) »

Ce que disent H&C en réalité, sans couper la citation et en la complétant (p.lX) :
« C’est un “système de marché orienté” que nous décrivons ici, les orientations [guidance] étant fournies par le gouvernement [ou l’État, government en anglais], les dirigeants de la communauté des firmes, les principaux propriétaires des médias et leurs administrateurs, et les divers individus et groupes qui ont la tâche ou la permission de prendre des initiatives constructives. Ceux-ci sont en nombre suffisamment limité pour être en mesure d’agir ensemble à l’occasion, comme le font les vendeurs dans les marchés où il y peu de concurrents. Dans la plupart des cas, cependant, les dirigeants des médias font des choses semblables parce qu’ils partagent la même vision du monde, sont sujets à des contraintes et des intéressements similaires, et programment ainsi des sujets, ou maintiennent le silence sur d’autres, ensemble, en une action collective et un comportement leader-suiveur qui restent tacites. »

Je ne poursuivrai pas plus loin la démonstration : toutes les autres citations de H&C qu’a produites PC sont à l’avenant de celles-ci. Son procédé aboutit à déformer profondément la pensée des deux auteurs, tant par manque de rigueur (la traduction non vérifiée) qu’en coupant, parfois, des citations et en ignorant toujours un contexte qui réfute ce que PC cherche à démontrer. Plutôt que d’infliger à celles et ceux qui nous lisent la correction, ainsi que la restitution en intégralité et en contexte de toute la série de citations données par PC, il me semble plus utile de présenter les grandes lignes de l’analyse de H&C.

Ce que les deux auteurs proposent dans leur ouvrage n’est pas à proprement parler « un modèle de propagande » comme cela est traduit dans l’édition française (où « modèle » pourrait être entendu au sens de la perfection, alors qu’il s’agit ici de « modèle » au sens de paradigme ou d’idéaltype). Il serait probablement plus clair de rendre leur formule par « un modèle axé sur la propagande » (A propaganda model) et par « le modèle de la propagande » (lorsque « modèle » est introduit par l’article défini). Autrement dit, un modèle d’analyse du rôle des médias de masse en tant qu’appareils performant une propagande politique et idéologique, ou, comme l’écrivent les auteurs, « un cadre analytique qui tente d’expliquer la performance des médias américains par les structures et relations institutionnelles de base dans le cadre desquelles ils opèrent » (p. XI).

Dans le résumé que H&C donnent eux-mêmes de leur analyse dans l’introduction à la seconde édition de leur ouvrage, après ce qui vient d’être cité et après avoir évoqué, dans la citation traduite plus haut, le rôle des représentants des grands intérêts propriétaires des médias de masse dans le conditionnement et la contrainte de ces médias, ils poursuivent :
« Les facteurs structurels sont les facteurs comme la propriété et le contrôle [
6], la dépendance à l’égard d’autres sources majeures de financement (notamment les annonceurs publicitaires) et les intérêts mutuels et relations entre les médias, d’une part, et ceux qui font les nouvelles et ont le pouvoir de les définir et d’expliquer leur signification, d’autre part. Le modèle de la propagande intègre également d’autres facteurs en rapport étroit avec les précédents, comme la capacité de protester contre le traitement des nouvelles par les médias (c’est-à-dire de produire des “critiques” [7]), celle de fournir des “experts” pour confirmer le point de vue officiel sur les nouvelles, et de fixer les principes et les idéologies de base qui sont tenus pour allant de soi par le personnel médiatique et l’élite, mais auxquels la population générale résiste souvent. [...] Nous pensons que ce que les journalistes font, ce qu’ils considèrent comme digne d’être rapporté, et ce qu’ils tiennent pour allant de soi en tant que prémisses de leur travail sont des choses qui s’expliquent bien, souvent, par les intéressements, pressions et contraintes intégrés dans une telle analyse structurale. »

Le premier chapitre de Manufacturing Consent est consacré à un exposé analytique des facteurs structurels évoqués ci-dessus. Afin de démontrer leur thèse du fonctionnement propagandiste des médias de masse dans le domaine de la politique étrangère – qui les concerne au premier chef parce qu’il est l’objet prioritaire de leur combat politique – les deux auteurs consacrent ensuite cinq chapitres à une démonstration très détaillée et très documentée de la façon dont les médias de masse américains ont traité une série de dossiers chauds des années 1970 et 1980 (l’ouvrage étant paru en 1988), de l’Indochine à l’Amérique centrale.

Précisons tout de suite, pour qui en douterait, que nos deux auteurs savent pertinemment que le rôle des médias de masse ne se réduit pas à ce qui précède [8]. Ils ne font que mentionner, par exemple, leur rôle d’industrie de la distraction et de l’abrutissement, dont la critique a été initiée par l’École de Francfort et son entourage. Et l’on pourrait, certes, ajouter bien d’autres rôles – certains positifs, même, du point de vue de la critique politique et sociale, surtout aux interstices. Les auteurs concluent d’ailleurs d’une façon qui confirme le sens d’idéaltype qu’ils donnent au terme « modèle » (pp.304-305) :
« Aucun modèle simple ne suffira, cependant, à rendre compte de chaque détail d’une question aussi complexe que le fonctionnement des médias nationaux de masse. Nous pensons qu’un modèle axé sur la propagande saisit des traits essentiels du processus, mais il laisse en dehors de l’analyse nombre de nuances et d’effets secondaires. Il y a d’autres facteurs qu’il faut identifier. Certains d’entre eux sont en conflit avec la “fonction sociétale” des médias, tels qu’ils sont décrits par le modèle de la propagande ; d’autres y contribuent. Dans la première catégorie, l’humanité et l’intégrité professionnelle de journalistes les poussent souvent dans des directions inacceptables pour les institutions idéologiques. On ne devrait pas sous-estimer le fardeau psychologique que représentent la suppression de vérités évidentes et la confirmation des doctrines requises au sujet de la bienveillance [du gouvernement] (qui a parfois mal tourné), des erreurs inexplicables, des bonnes intentions, de l’innocence lésée, etc., contre des preuves accablantes incompatibles avec ces prémisses patriotiques. Les tensions qui en résultent trouvent parfois une expression limitée, mais elles sont plus souvent supprimées consciemment ou inconsciemment, avec le secours de systèmes de croyance qui permettent la poursuite d’intérêts étroits, quels que soient les faits. »

Pressentant le dénigrement dont ils allaient être l’objet de la part des défenseurs intéressés du système médiatique, selon les déformations usuelles de l’apologie des médias, H&C avaient pris soin de souligner, dès la préface de la première édition de leur ouvrage (p.lX), ce qu’ils ont répété dans l’introduction à la seconde édition, déjà citée à cet effet, et qui est au cœur de leur analyse :
« Des critiques des institutions comme celles que nous présentons dans cet ouvrage sont habituellement récusées par les commentateurs de l’establishment comme relevant de “théories du complot”, mais cela n’est qu’une façon d’esquiver le débat. Nous n’utilisons aucune sorte d’hypothèse “conspirative” pour expliquer la performance des médias de masse. En fait, notre traitement du sujet est beaucoup plus proche d’une analyse de “marché libre”, les résultats étant largement le produit de l’action des forces du marché. La plupart des choix biaisés dans les médias proviennent de la présélection de personnes bien-pensantes, de préconceptions intériorisées, et de l’adaptation du personnel aux contraintes de la propriété, de l’organisation, du marché et du pouvoir politique. La censure est dans une large mesure autocensure, de la part de reporters et de commentateurs qui s’adaptent aux réalités des exigences organisationnelles des sources et des médias, ainsi que de la part de personnes situées à des échelons plus élevés au sein des organisations médiatiques, des personnes choisies afin de mettre en pratique les contraintes imposées par les propriétaires et autres centres de pouvoir du marché et de l’État, et qui ont généralement intériorisé ces contraintes. » [
9]

Comparez tout ce qui précède à ce que PC croit détecter dans l’ouvrage de H&C, sans peur de la contradiction et de l’inconsistance (selon PC, l’analyse chomskyenne serait à la fois systémiste, économiste, déterministe, intentionnaliste, élitiste et conspirationniste !) ; du détournement d’héritage (PC essaye de mettre Bourdieu de son côté, alors que les écrits consacrés aux médias par l’auteur de Sur la télévision présentent une analyse qui converge si bien avec celle de H&C qu’elle subit les mêmes accusations déformatrices, les mêmes causes produisant les mêmes effets [10] – quant à Marx, voir ci-dessous) ; voire de l’insinuation diffamante par association (l’invocation incongrue dans cette discussion de l’ouvrage consacré par Taguieff au faux antisémite intitulé Protocoles des Sages de Sion).

Selon PC, l’analyse de Chomsky est fondée sur :

- « un systémisme, ultra-fonctionnaliste et économiste, mettant en scène un “système” économique omniprésent et omniscient. C’est la logique économique des propriétaires et des publicitaires qui déterminerait d’abord et directement le contenu précis des messages médiatiques (pp.2-14), intégrant les “médias au marché” (p.5) et empêchant la moindre “autonomie” (p.4).

- « Mais cet économisme est souvent débordé par la tendance intentionnaliste de l’écriture : le retour subreptice du “complot”. »

- « Au bout du compte, nombre d’expressions [sic] suggèrent la primauté d’une action concertée et cachée associant les élites économiques, les dirigeants politiques et les journalistes, qui utiliseraient des mensonges conscients, bref nous ramènent à la figure du “complot”. »

- « Avec le fil intentionnaliste du texte chomskyen, on est paradoxalement plus proche du modèle du libéralisme économique, celui de l’homo œconomicus, pour lequel le calcul coût/avantages d’acteurs individuels est le point de départ de l’analyse, que de la théorie marxiste. Mais dans ce cas, il ne s’agit pas du calcul de tous les individus mais de quelques membres “peu nombreux” d’une élite et leurs calculs sont cachés. On cumule ici un schéma intentionnaliste (ce sont les intentions individuelles qui comptent principalement dans l’explication des processus sociaux) et un schéma élitiste (ce sont les intentions d’une élite). Si cette convergence avec les schémas libéraux n’est pas souvent perçue, c’est qu’elle tend à être effacée par la coloration critique que semble lui donner le dévoilement d’actions cachées. »

- « Ce qui nous éloigne également du modèle de sociologie critique proposé par Pierre Bourdieu : le croisement de la logique de l’habitus (l’inconscient social intériorisé par chaque personne au cours de sa socialisation) et de celle des champs sociaux (les structures sociales extériorisées, dans des dynamiques sociales s’imposant aux individus malgré eux) limitant la part attribuée aux volontés humaines dans l’explication des mouvements de l’histoire. »

- « Le conspirationnisme se présente donc comme une trame narrative inspirant largement la critique chomskyenne des médias, dans des croisements avec la trame narrative de l’économisme systémique. »

La rhétorique de PC est tellement en contradiction avec l’analyse véritable de H&C, présentée plus haut, qu’elle relève bel et bien du fantasme. En réalité, c’est la façon même dont Corcuff lit H&C – cherchant des indices cachés derrière les mots pour étayer une accusation que les deux auteurs, pourtant, prennent grand soin de réfuter à l’avance – c’est cette façon même qui relève de la « théorie du complot ».

PC croit achever de discréditer Chomsky in fine en invoquant « les sciences sociales critiques contemporaines, qui discutent d’ailleurs peu les analyses de Chomsky consacrées aux médias. Non pas, principalement, parce que leur supposée portée “critique” dérangerait “les chiens de garde” de l’Université, mais parce que leur pente manichéenne ne correspond pas à l’état d’avancement et d’affinement des outillages critiques. »

Pour preuve de ce mépris dans lequel la science critique avancée et raffinée qu’il représente tient les analyses de Chomsky, PC ne trouve à invoquer que le fait que le célèbre linguiste n’a pas été cité par l’auteur du volume Sociologie du journalisme dans la collection de poche Repères [11] ! Vérifions plus sérieusement si « les analyses de Chomsky consacrées aux médias » sont « peu » discutées dans les universités et par les sciences sociales critiques contemporaines. Il existe pour cela un indice beaucoup plus révélateur que la bibliographie d’un ouvrage de poche édité en France. En nous limitant ici à la langue anglaise, cherchons sur Google les mots « Chomsky+media+syllabus » [12]. Résultat : toujours largement supérieur à 35000 réponses [13].

Gageons que Corcuff aimerait beaucoup être aussi « peu » discuté dans les universités pour la totalité de ses écrits que ne l’est Chomsky au sujet des seuls médias !

Marx et… les « médias » !

En guise de conclusion, PC déplore « au sein de la gauche française » ce qu’il perçoit comme « un certain anti-intellectualisme » et « un recul de la culture théorique ». Cette accusation a été constamment rabâchée contre le mouvement social et la gauche radicale par les « autorités intellectuelles » consacrées et autres « experts » médiatiques.

L’originalité de la démarche de PC est toutefois que, selon lui, cette misère théorique serait liée à « la dévalorisation des exigences théoriques associées auparavant au marxisme », alors que, jusque-là, les pourfendeurs du mouvement des classes opprimées attribuaient la même prétendue misère au marxisme lui-même. C’est de bonne guerre : écrivant dans une revue à dominante marxiste, le « post-marxiste » PC cherche à mettre de son côté les « marxistes ». Il affirme : « Dans l’analyse marxienne comme dans la tradition marxiste, les mécanismes idéologiques ne se réduisent donc pas, dans les textes les plus rigoureux, à une logique de manipulation consciente. La manipulation consciente n’y joue même, tout au plus, qu’un rôle secondaire. »

Laissons ici de côté la « tradition marxiste » parce qu’une telle formule recouvre un champ théorique si vaste et contrasté qu’il serait absurde de vouloir l’examiner en quelques lignes [14]. Qu’en est-il de « l’analyse marxienne » ? PC cite une phrase de L’idéologie allemande afin de montrer que Marx et Engels estimaient que la bourgeoisie était elle-même victime de sa propre idéologie : loin donc de déformer consciemment la réalité, elle serait sincère en quelque sorte, se repaissant elle-même des illusions qu’elle propage.

Il faut bien mal connaître l’œuvre de Marx pour considérer L’idéologie allemande comme l’un de ses « textes les plus rigoureux » ! Dans le manuscrit en question, rédigé en 1845-46 et abandonné à « la critique rongeuse des souris » (Marx dixit), la théorie de Marx et Engels n’en était qu’à ses balbutiements – comme, du reste, le capitalisme lui-même, avec une bourgeoisie encore en phase ascendante et progressiste ! En outre, prendre un texte de 1846 comme source pour une analyse des médias en ce début du 21e siècle relèverait d’un dogmatisme « marxiste » quasi-religieux s’il n’émanait ici d’un « post-marxiste » affirmé.

L’autre écrit cité par PC a été rédigé en 1852, après un tournant majeur dans l’histoire de la lutte des classes : c’est Le 18-Brumaire de Louis Bonaparte. Une phrase est livrée à notre réflexion, dans laquelle Marx attribue à la petite-bourgeoisie cette auto-intoxication idéologique qu’il attribuait six ans auparavant à la classe dominante. Le déplacement du diagnostic est intéressant : c’est qu’entre-temps, la bourgeoisie avait connu une mue et perdu sa relative innocence.

« La bourgeoisie se rendait très bien compte que toutes les armes qu’elle avait forgées contre le féodalisme se retournaient maintenant contre elle-même, que tous les moyens d’instruction qu’elle avait institués se retournaient contre sa propre culture, que tous les dieux qu’elle avait créés l’abandonnaient. Elle se rendait compte que toutes les prétendues libertés civiques et institutions de progrès attaquaient et menaçaient sa domination de classe [...] Tant que la domination de la classe bourgeoise ne s’était pas complètement organisée, n’avait pas trouvé son expression politique pure, l’antagonisme des autres classes ne pouvait pas, non plus, se manifester nettement, et là où il se manifestait, prendre cette tournure dangereuse qui transforme toute lutte contre le pouvoir d’État en une lutte contre le capital. » [15]

Le rôle de la presse bourgeoise est déjà dénoncé : « La tribune et la presse célébrèrent dans l’armée la puissance de l’ordre opposée aux masses populaires, représentant l’impuissance de l’anarchie [...] » Mais l’époque ne connaît encore que des « médias » très rudimentaires, et il reste à la portée des différents partis de rivaliser dans ce domaine. La répression idéologique bourgeoise est encore fondamentalement une répression physique : la censure ou l’interdiction, que le Second Empire pratiquera amplement, l’une comme l’autre.

Les années suivantes, Marx, confronté au capitalisme le plus avancé de son temps, celui de l’Angleterre où il résida en exil, critiquera de plus en plus l’hypocrisie et le rôle mystificateur de la presse bourgeoise. Un exemple parmi beaucoup d’autres, que j’ai cité dans l’un de mes ouvrages en soulignant précisément la ressemblance avec la dénonciation par Chomsky de l’hypocrisie de son propre gouvernement :
« Le Times de Londres en rajoute, et non seulement par panique. Il fournit à la comédie un sujet auquel Molière lui-même n’avait pas pensé, le Tartuffe de la vengeance. [...] John Bull [l’équivalent britannique de l’Oncle Sam] doit être immergé dans des cris de vengeance jusqu’à ses oreilles, pour lui faire oublier que son gouvernement est responsable du mal qui couvait et des dimensions colossales qu’on lui a permis d’acquérir. » [
16]

La mue des rapports des classes entamée en 1848 fut achevée en 1871, au moment où le capitalisme s’engageait dans sa mutation impérialiste. La lutte des classes atteignit un apogée avec la Commune de Paris et sa terrible répression (25 000 morts). Le ton comme l’analyse de Marx évoluèrent nettement en conséquence :
« Le prétendu massacre de citoyens sans armes place Vendôme est un mythe dont M. Thiers et les ruraux n’ont absolument pas voulu dire un mot à l’Assemblée, s’en remettant exclusivement pour le diffuser à la valetaille du journalisme européen. » [
17]

La « valetaille du journalisme européen » (die « Bedientenstube der europäischen Tagespresse » [18])… jamais Chomsky ne se permettrait pareille formule !
Marx en rajoute :
« Dans la pleine conscience de sa mission historique et avec la résolution héroïque d’être digne d’elle dans son action, la classe ouvrière peut se contenter de sourire des invectives grossières des laquais de la presse et de la protection sentencieuse des doctrinaires bourgeois bien intentionnés qui débitent leurs platitudes d’ignorants et leurs marottes de sectaires, sur le ton d’oracle de l’infaillibilité scientifique. » [
19]

Comme on est loin de la tentative de PC d’annexer Marx à sa démarche ! Pourtant, Marx a vécu dans une époque où les médias de masse n’existaient pas encore, où il fallait beaucoup moins de capital pour fonder et entretenir le seul type de médium « de masse » qui existait, c’est-à-dire un imprimé, et où les instruments de propagande et de conditionnement idéologique à la disposition du capital étaient mille fois moins décisifs qu’ils ne le sont devenus au 20e siècle. Depuis le siècle de Marx, en effet, l’élévation du niveau d’éducation du salariat a rendu plus vitale que jamais la fonction mystificatrice des appareils idéologiques bourgeois. Le rôle relatif de la « violence symbolique », pour emprunter un concept à Bourdieu, par rapport à la violence physique, est devenu considérablement plus important. Ne pas voir le rôle décisif que jouent les médias de masse dans la perpétuation de l’ordre capitaliste – rôle qui est loin d’être seulement inconscient, à la manière de la prose de Monsieur Jourdain – c’est ignorer un rouage-clé de la domination de classe contemporaine.

Ajoutons que, par un ethnocentrisme fort courant au sein de l’intelligentsia française, PC ne tient pas compte du fait que les médias de masse aux États-Unis sont beaucoup moins ouverts aux critiques du système que ne le sont les médias de masse en France [20], ne serait-ce qu’en raison de l’absence outre-Atlantique de tradition de parti ouvrier de masse. Il ne situe pas l’analyse de Herman et de Chomsky dans son contexte véritable : au cœur de la principale puissance capitaliste et impérialiste du monde, dans le pays où l’argent est roi plus que nulle part ailleurs et où la « démocratie » est à son plus haut degré de vénalité – ce pays que le néolibéralisme ambiant, en France comme ailleurs en Europe, érige en modèle universel.

Le militant de la Ligue communiste révolutionnaire, Philippe Corcuff, se trompe singulièrement de combat.

Gilbert Achcar
Politologue et sociologue, Université Paris-VIII

Notes

[1] Sur les sites de Calle Luna et de Bella Ciao.

[2] Diabolisé en France pour des raisons qui illustrent bien sa critique des médias, Chomsky est une cible d’autant plus « facile » qu’il a bien d’autres chats à fouetter que de lire PC, et, à plus forte raison, de lui répondre. C’est bien pourquoi, d’ailleurs, j’ai accepté de prendre sa défense en réponse à PC, à la demande de la rédaction de ContreTemps. Je ne dirai rien, par contre, des critiques français des médias qui se défendent bien eux-mêmes, me contentant de renvoyer à leur sujet au site d’Action-Critique-médias (www.acrimed.org), ainsi qu’à l’article de Serge Halimi et Arnaud Rindel, « La conspiration. Quand les journalistes (et leurs favoris) falsifient l’analyse critique des médias », dans Agone, n° 34, 2005, pp. 43-65.

[3] Nouvelle édition avec une nouvelle introduction des auteurs, Pantheon Books, New York, 2002. Les pages citées dans cet article renvoient à cette édition. L’ordre des noms des deux auteurs, contraire à l’ordre alphabétique, est celui de l’édition originale, ce qui indique une prééminence de Herman dans la rédaction de l’ouvrage. Ce dernier est pourtant presque ignoré par PC, qui préfère s’en prendre exclusivement à la bête noire de certains médias français qu’est devenu Chomsky. Le nom de Herman n’est cité que deux fois dans son texte, contre quinze fois plus pour Chomsky.

[4] L’ajout de « aux États-Unis » s’impose, en France, en raison du fait que l’ouvrage est exclusivement consacré à l’analyse de la structure et du fonctionnement du système médiatique au pays des deux auteurs.

[5] Il ne pouvait échapper à PC que dans l’article de Halimi et Rindel, cité ci-dessus, après avoir mentionné l’édition originale de l’ouvrage de H&C, les auteurs ajoutent en note : « Quinze ans plus tard, cet ouvrage a été (très approximativement) traduit en français sous le titre (incongru) de La Fabrique de l’opinion publique américaine. La politique économique des médias américains. » (Note 10, p. 47-48 – les deux commentaires entre parenthèses sont, bien sûr, de Halimi et Rindel).

[6] « Contrôle » est à entendre ici au sens des paquets d’actions qui permettent de contrôler une entreprise, même lorsqu’ils ne sont pas majoritaires. Je fais cette précision afin que PC ne voie pas dans ce terme une autre confirmation de sa « théorie du complot ».

[7] Le terme anglais est “flak”, qui désigne une pratique usuelle aux États-Unis, à l’instar des messages de protestation qui inondent les organes médiatiques lorsque, par exemple, ceux-ci portent atteinte au « moral de nos troupes ».

[8] De même que Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron savaient pertinemment que le rôle du système de l’enseignement ne se réduit pas à la reproduction de la légitimité de la domination de classe. Par ailleurs, on peut illustrer le fonctionnement des médias de masse dans bien d’autres domaines que celui de la politique étrangère, bien entendu.

[9] Vient ensuite le passage déjà cité sur le « système de marché orienté ».

[10] On pourrait en dire autant d’ailleurs de la sociologie générale de Pierre Bourdieu, dont on retrouve plusieurs échos indirects dans l’ouvrage de H&C, n’en déplaise à PC et à sa tentative de lire « autrement » le sociologue, post-mortem.

[11] Cela serait plutôt un reproche qu’il faudrait adresser à l’auteur de ce volume, puisque, à supposer même qu’une analyse soit mauvaise, le seul fait qu’elle ait une grande popularité auprès du lectorat critique impose au sociologue, surtout s’il est lui-même critique, de la prendre en compte, ne serait-ce que pour la dénigrer à la manière de PC.

[12] « Syllabus » est le terme utilisé dans l’enseignement universitaire en anglais pour les plans de cours avec listes de lecture.

[13] Pour une étude importante récente qui poursuit et développe les analyses de H&C pour les États-Unis, voir Robert McChesney, The Problem of the Media : U.S. Communication Politics in the 21st Century, Monthly Review Press, New York, 2004. Pour une critique toute récente des médias britanniques, voir l’ouvrage des animateurs de l’observatoire Media Lens (www.medialens.org), David Edwards et David Cromwell, Guardians of Power : The Myth of the Liberal Media, Pluto Press, Londres, 2006. Il serait possible de citer encore plusieurs autres ouvrages récents de chercheur/es critiques analysant le comportement des médias sur diverses questions spécifiques, en affinité avec les thèses de H&C.

[14] PC pensait-il, par exemple, à Louis Althusser pour qui « l’information (presse, radio-télé, etc.) », y compris les médias privés, constitue un « appareil idéologique d’État »… ?

[15] Marx, Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, IVe partie, sur www.marxists.org/francais/ma… (je donne la référence Internet parce qu’elle est facilement accessible).

[16] Karl Marx, « The Indian Revolt », New York Daily Tribune, 16 septembre 1857, dans Marx and Engels, On Britain, Foreign Languages Publishing House, Moscou, 1953, p.453. Pour le contexte et mon commentaire, voir mon ouvrage Le Choc des barbaries, 10/18, Paris, 2004, pp.44-46. Les exemples du même type abondent dans les écrits marxiens de l’exil anglais, y compris Le Capital.

[17] Marx, La Guerre civile en France, IIe partie, Internet (même site).

[18] Marx, Der Bürgerkrieg in Frankreich, dans MEW, vol. 17, p.332.

[19] Marx, La Guerre civile en France, IIe partie, Internet, même site (die « Lakaien von der Presse », Marx, Der Bürgerkrieg in Frankreich, op. cit., p.343).

[20] C’est ainsi que Noam Chomsky, malgré son immense notoriété, est beaucoup moins présent dans les médias de masse états-uniens que certains membres du comité de rédaction de ContreTemps dans les médias français.

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L’actualité des médias n° 65 (3 mai-10 juillet 2008)

Posté par issopha le 21 juillet 2008

L’actualité des médias n° 65 (3 mai-10 juillet 2008)

William Salama

   

Casse sociale, cadeaux publicitaires et concentration intensive : les médias sous le règne de Sarkozy …

I. Presse écrite

1. Presse quotidienne nationale

- Plan social dans la presse. Le Figaro + Le Monde = 105 journalistes sur le carreau.
- Le Monde « vise 9,4 millions d’euros d’économies annuelles. Si ce chiffre n’est pas atteint, un plan social pourrait avoir lieu à la rentrée  » (Les Echos du 25 juin) selon « la commission fonds propres, présidée par Louis Schweitzer, qui doit éclairer le conseil de surveillance du Monde sur ses besoins en argent frais et sur le calendrier souhaitable d’une éventuelle recapitalisation ». On annonce déjà « 103 candidats au départ, dont 60 journalistes » (Les Echos, 2 juillet) parmi lesquels « plusieurs figures du journal  » : Daniel Vernet, directeur des relations internationales, Patrick Jarreau, ex-rédacteur en chef, Eric Le Boucher et Jean-Louis Andreani, éditorialistes, et Dominique Dhombres, chroniqueur télévision (CB News, 9 juillet 2008).
- Au Figaro, 71 salariés dont 45 journalistes, répondent également au plan de départs volontaires, ce qui représentera, selon Le Figaro, une « économie de l’ordre de 7 M€ sur la masse salariale.  » En outre : « Des économies de gestion supplémentaires porteront le total des économies à 12 M€ et devraient assurer l’équilibre du quotidien à compter de 2009 ». Le Figaro prétend par ailleurs garantir ainsi son « indépendance économique » (CB News, 27 juin).

- Le monde.fr aux enchères. Sans commentaires : « I-régie.com, la régie Internet du Monde met la page d’accueil du monde.fr, à paraître le 30 juin, aux enchères sur lemonde.fr/ebay pendant 7 jours, du 16 au 23 juin à 17 heures. La mise à prix est de 1 €. » (Newsletter Tarif Média, 18 juin).

2. Presse régionale

-  Le Crédit Mutuel mutualise ses quotidiens. Libération, le 30 juin, titre : « Le banco régional du Crédit mutuel » pour présenter la prise de contrôle capitalistique par la banque de 51 % du groupe l’Est Républicain [1]. Avec 9 titres dans son portefeuille (L’Alsace et Le Républicain Lorrain, L’est Républicain, les DNA, La Liberté de L’Est, le Bien Public, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Progrès et Le Dauphine Libéré), la banque couvre désormais 24 départements. Et Libération de poursuivre : « Les synergies déjà engagées au niveau des imprimeries, des services publicitaires et du contenu éditorial (suppléments et articles communs) devraient en tout cas s’accélérer. “On est inquiets pour l’emploi des journalistes et on est inquiets pour le pluralisme de l’information”, commente Laurence Rey, syndicaliste SNJ aux Dernières Nouvelles d’Alsace. Les plans de modernisation sociale enclenchés devraient entraîner une réduction totale des effectifs de 520 salariés sur les 3 500 que compte le groupe, selon Lignac. Et des aménagements sont aussi à prévoir dans les zones où les titres désormais contrôlés financièrement par le Crédit mutuel sont en concurrence. C’est déjà le cas dans les Vosges (75 suppressions de postes), et cela devrait l’être bientôt en Alsace, entre l’Alsace et les DNA. »

-  L’Yonne rachetée au prix fort. Le rachat par le groupe Centre France (La Montagne, Le Journal du Centre) de L’Yonne Républicaine « qu’ils détiennent » a été approuvé par ses salariés « réunis en assemblée générale » le 5 juillet « à la quasi-unanimité la vente des actions du journal »  : soit « en faveur de la transformation de la société coopérative ouvrière de production (SCOP) en société anonyme, dont les titres seront rachetés par Centre France ». Centre Presse y a mis les moyens, payant les actions « au double de leur prix d’achat » et « offert des garanties sur les conditions de reprise du personnel ». Une telle prodigalité devant une situation critique : « On n’avait pas le choix : c’était ça ou un dépôt de bilan imminent », selon Hubert Besson, délégué SNJ-CGT de L’Yonne Républicaine, qui montre le potentiel prévu de la presse régionale (Les Echos, 7 juillet).

3. Magasines

- Jacques Rosselin imprime le Net. Le « fondateur du magazine Courrier International prépare le lancement d’un hebdomadaire (« édité par la société Apache »), sorte de Courrier International de l’Internet », qu’il « destine à des personnes de quarante, cinquante ans curieuses » (Les Echos, 30 juin)

- Lagardère harponne Psychologies . Le mensuel Psychologies de Jean-Louis Servan-Schreiber « devient l’entière propriété la filiale Lagardère Active qui réalise un chiffre d’affaires de l’ordre de 23 millions d’euros » (Le Figaro, 13 juin)

-  Mondadori rationnalise. Motor Presse France achète 5 titres (Le Cycle, Golf Magazine, Golf Européen, Bateaux et l’Officiel du Cycle), et les guides de tourisme Bel Air pour « un chiffre d’affaires de l’ordre de 11 M€ » (Newsletter de CB News 2 juillet). Le groupe de Bersluconi pour se recentrer « sur les marchés haut de gamme et grand public » entend également céder à La pêche et les poissons et Pêche Mouche à « Sofimav […], un groupe de presse spécialisé dans le domaine des loisirs de plein air »(Newsletter de CB News 27 juin).

- Les Marie - Claire en lutte. Grève à Marie-Claire du 25 au 27 juin. Les salariés réclamaient une augmentation de salaire de 150 € par mois pour tous. Un accord salarial signé par la direction et FO prévoyait une augmentation collective de 2,5% pour les salaires inférieurs à 4.500 euros : même pas de quoi compenser l’inflation ! Alors que le groupe, a réalisé un bénéfice net de 26,7 millions d’euros en 2007, avec une marge de 16,5%.

4. NMPP

- Etats généraux de la presse – la distribution en ligne de mire. Les états généraux de la presse écrite devraient avoir lieu « fin octobre ou début novembre  ». Parmi les sujets qui seront abordés : « la distribution et la diffusion des journaux, le numérique, la sous-capitalisation des groupes de presse, et la problématique Internet  ». Le président de la République a confié Emmanuelle Mignon, son chef de cabinet à l’Elysée l’organisation et l’animation. Déjà, c’est bien la distribution qui risque d’être malmenée : Christine Albanel, estime que, «  »pour adapter l’offre à la demande, il pourrait être utile d’aménager la loi Bichet de 1947″, qui organise la distribution de la presse depuis l’après-guerre  ». (Les Echos, 9 juillet)

- Pfimlin droit dans sa réforme. Sous le titre « L’impérative [sic] refondation du groupe NMPP  », Le Figaro du 20 juin donne la parole à Rémy Pfimlin (ex-France 3), directeur Général des NMPP qui condamne au nom des « éditeurs » ce qu’il nomme des « actions irresponsables [2] » qui ont émaillé le plan de réforme dont il est le chantre. Il explique « pourquoi il est vital de réorganiser la distribution et la commercialisation dans ce secteur ».

-  Des soutiens de poids. A noter que l’Union nationale des diffuseurs de presse (UNDP) « apporte son soutien au plan de modernisation » (Newsletter de CB News, 20 juin). Quant à la ministre de la Culture, Christine Albanel, de trouver publiquement «  »choquant » le mouvement « extrémiste » des ouvriers du Livre » (Newsletter de CB News 18 juin).

-  Le Parisien anonce la couleur. Pour septembre, lors des « états généraux de la presse » voulus par le président de la République à la rentrée, la direction du Parisien prévient : « Nous sommes entravés par des lourdeurs, des rigidités, des conservatismes » et s’en prend à « un système de distribution à réformer », En ligne de mire, l’aide à La Poste : « 240 millions d’euros [qui] vont à La Poste chaque année pour subventionner une activité postale déficitaire et qui coûte une fortune aux éditeurs. ». Et les salariés des NMPP dont les grèves et actions auraient entraîné une « perte sèche de 2 millions d’exemplaires » pour l’ensemble des titres du groupe ( Newsletter de Cb News, 20 juin) (lire plus bas NMPP).

II. Audiovisuel

1. Télévisions

- Sous le règne de Sarkozy… la télévision publique est menacée d’asphyxie, pour le plus grand bénéficce des groupes privés à vocation multimédias. « Télévisions publiques sous le règne de Sarkozy] : notre rubrique réunit analyses et prises de position. Notre dernier article, daté du 9 juin, – « Mascarade pour un massacre ? Télévisions publiques en péril, pluralisme en danger->http://www.acrimed.org/article2912.html] – amplement confirmé, doit être complété en fonction du contenu officiel du rapport de la commission Copé, des décisions de Nicolas Sarkozy et des réactions qu’ils on suscité. En attendant, quelques brefs rappels…

- De Copé en Sarkozy. Le jour même de la remise officielle du rapport de la « commission-mascarade » qui porte désormais le nom de « Copé », Nicolas Sarkozy a donné ses propres décisions : nomination du président de France Télévisions par l’exécutif, avancement du calendrier de la suppression de la pub au 1er janvier 2009, au lieu du 1er septembre 2009 et taxation à 0,9 % des opérateurs de téléphonie mobile et fournisseurs d’accès Internet.

- Le président de France Télévisions nommé par le Président. « Sept Français sur dix estiment que la nomination du président de France Télévisions par l’exécutif est une « mauvaise chose » car elle « pourrait entraîner un contrôle politique des chaînes publiques » », (Aujourd’hui en France, 5 juillet). Sans doute une telle nomination aurait-elle valeur de symbole et serait d’autant plus dangereuse qu’il s’agirait de la nomination du PDG d’un groupe désormais fortement centralisé. Mais c’est aussi un bel arbre planté devant le nez de ceux qui ne s’indigne que de cette décision, alors qu’elle dissimule notamment, au titre de la « compensation », le sous financement d’une télévision déjà sous-financée et, au titre du « développement »,… des mesures d économie sur les emplois et les programmes. La reprise en main politique n’est pas seulement une affaire de nomination…Pour ne rien dire des cadeaux publicitaires distribués au secteur privé et des projets de révision des seuils de concentration. Où l’on voit que l’autoritarisme politique et le libéralisme économiques sont frères jumeaux en Sarkozie

- TF1/M6 gâtés. Les députés viennent de voter les règles anti-concentration… en « assouplissant les conditions pour qu’une même personne physique ou morale détienne 49% d’une chaîne de télévision (en relevant un seuil d’audience de 2,5% à 8% de l’audience totale », via « l’adoption d’un amendement de Frédéric Lefebvre (UMP)  » dans le cadre du projet de loi de modernisation de l’économie (LME). (Newsletter de CB News, 10 juin) Ce dispositif « pourrait permettre à Bouygues et à Bertelsmann, les propriétaires de TF1 et de M6, de renforcer leurs positions au capital  ». Merci qui ? L’assouplissement de la législation (examinée dans la loi sur l’audiovisuel) pourrait compenser le déclin des recettes publicitaires, si l’on en croit Christine Albanel, grâce à « une deuxième coupure publicitaire » et un « doublement, de 6 à 12 minutes, du nombre moyen de publicités par heure  » qui pour M6, abonderait ses caisses d’ « environ 20 millions d’euros pour un effet positif de 6,5 % sur le bénéfice  » (La Tribune du 4 juin). Merci qui ? (bis)

- La taxe sur les télévisions privées leur déplait. « Autre point fort du rapport de la commission Copé » (Valeurs Actuelles, 4 juillet) : « Prélever environ 3 % du surplus de ressources » des chaînes privées… Le lobbying (ne se cache plus. Une lettre au Président, avec copies au Premier ministre François Fillon et à la ministre de la Culture Christine Albanel coécrite par TF1, M6 et Canal+ (réunies sous la bannière de l’Association des chaînes privées) qui dénonce « une « mauvaise gestion structurelle » de France Télévisions » et «  »une concurrence de plus en plus déloyale » » pour rejeter ce projet de « taxation sur les recettes publicitaires supplémentaires des chaînes privées, évoquée par la commission Copé  » voulue par l’Elysée (Newsletter de CB News, 3 juin).

- La taxe sur les opérateurs heurte les positions de principe du libéralisme européen.. La taxe sur les opérateurs sera selon le bon vouloir de Sarkozy de 0,9%. Mais pour Viviane Reding, commissaire européenne à la société de l’information et aux médias, qu’on a connue moins clémente envers ces derniers, c’est « la dernière chose à faire  ». Alors pourquoi Madame ? « Le problème n’est pas le niveau de la taxe, c’est une question de principe  » (Les Echos, 30 juin). Rien que ça… Jean-François Copé prétendait faire entrer « dans ce club de la télévision les fournisseurs d’accès internet et de téléphonie mobile qui font un chiffre d’affaires extrêmement important  », en les taxant. Mais, prudemment, prévoyait une taxe «  très faible de l’ordre de 0,5% » (Newsletter de CB News 2 juin).

- Les sociétés de journalistes de France 2 et France 3 s’insurgent « Curieuse méthode que celle de Nicolas Sarkozy lorsqu’il met les mains dans le PAF : à la fois libérale au plan économique et autoritaire au plan politique. Dans un premier temps, on crée le désordre, on dérégule tout l’audiovisuel. Dans un deuxième, on reprend directement le contrôle. Sous le vernis de la modernité transpire l’archaïsme. » (Rebonds, Libération, 1er juillet par la société des journalistes de France 2 et la société des journalistes de la rédaction nationale de France 3.)

-  Le Point et la «  citadelle cégétiste  » de France 3. Reçus par des manifestants et bafoué par un technicien qui omet de le saluer, Nicolas Sarkozy avait perdu son flegme légendaire hors-antenne le 30 juin sur le plateau de France 3. Pourtant, il aurait reculé sur ses projets de démantèlement. Le Point le 3 juillet a proposé une analyse très fine ce ce recul : « Devant le monstre France 3, citadelle cégétiste, enchevêtrement de treize baronnies locales campées sur leurs acquis, le chef de l’Etat préfère prendre son temps… Plongée au cœur d’une machinerie infernale. »

- Les leçons de management de Copé. « Comment expliquer que les salariés de l’audiovisuel public persistent dans l’inquiétude ? » demande ingénument Aujourd’hui en France à Jean-François Copé. Réponse de l’intéressé : « Parce que c’est la France ! […] France Télévisions est une maison qui n’a pas reçu de message depuis des années et qui est livrée à ses doutes et ses angoisses. Pendant vingt ans, à part au moment des décrets Tasca, le pouvoir politique ne s’en est pas occupé parce qu’il en avait peur… » (Aujourd’hui en France, 2 juillet). Le pouvoir politique a désormais délivré son « message » … et curieusement « les salariés de l’audiovisuel public persistent dans l’inquiétude »

- Carolis se fâche « Nous n’avons pas les moyens de nos ambitions futures  » Sursaut de dignité ? Baroud d’honneur avant une éviction annoncée ? Défense convaincue de réelles convictions ? Patrick de Carolis en tout cas n’a pas brodé une dentelle à l’antenne de RTL le mercredi 2juillet. Pour mémoire :
- « Lorsqu’on dit qu’il n’y a pas de différences entre la télévision de service public et les télévisions privées, je trouve cela faux, je trouve cela stupide, et je trouve cela profondément injuste. »
- « A la fin de l’été, courant septembre, nous verrons si le compte y est, s’il n’y est pas, je prendrai mes responsabilités. J’estime aujourd’hui, d’après les déclarations des uns et des autres, que le compte n’y est pas »
- Et de préciser, le lendemain au Parisien  : « Mon intention n’est pas de démissionner, mais de prendre toutes mes responsabilités : je ne porterai pas un projet sous-financé, j’en tirerai toutes les conséquences pour moi » (Le Parisien, 3 juillet).

Réactions indignées dans les rangs du pouvoir, déclarations d’appui du côté des syndicats…

- Les financiers de France Monde. En chœur, « Alain de Pouzilhac, le PDG de l’audiovisuel extérieur de la France et de RFI, et Christine Ockrent, sa directrice générale déléguée, expliquent les enjeux de la constitution d’un holding unique regroupant France 24, TV5 Monde et RFI » au. Figaro. Quels enjeux ? « Mettre en place des outils de management au niveau du holding qui doit rester léger. […] C’est la raison pour laquelle il est urgent de résoudre la question de l’actionnariat de France 24. » Comment ? Par la « la reprise par l’État des participations de TF1 ». Et de souhaiter « que le dossier soit réglé d’ici à la fin juillet et en tout état de cause d’ici à la fin de l’été  ». Concernant le financement « mixte redevance-subventions publiques », le duo a « l’intention d’élaborer, comme cela se fait dans n’importe quelle entreprise, une stratégie financière à trois ans qui devra être validée par l’État dans le cadre d’un contrat d’objectifs et de moyens pluriannuels. […et] développer des recettes propres grâce aux produits dérivés, au développement de la distribution et du multimédia. » (Le Figaro du 8 juillet)

3. Radios

- Elkabbach ne se taira pas. Jean-Pierre Elkabbach qui présidait Europe 1 depuis avril 2005, quitte cette fonction (mais pas l’antenne,) pour la présidence de Lagardère News : , « une entité destinée à être un « desk numérique », capable de faire circuler et de mettre en valeur les informations des médias du groupe Lagardère (Le Journal du Dimanche, Paris Match, Europe 1, Newsweb…) » selon le Nouvelobs.com du 3 juin ()  » Et boursier.com (un site qui est la propriété de Lagardère), indique le même jour. [3]

- TF1 Publicité choisi par les Indépendants. Le Groupement d’intérêt économique (GIE) des Indépendants de 111 radios locales et régionales a choisi de confier la gestion des espaces publicitaires de ses stations à TF1 Publicité, suite à « un appel d’offres […] évalué à 200 M€ bruts environ » (Newsletter de CB News 9 juin).

- Radio numérique Terrestre : l’alerte des radios en lutte. Rappel : le collectif des « radios en lutte » lance une pétition que l’on peut lire ici même « Les radios libres au crible du numérique » A lire également sur le site de « Radios libres en lutte » où sont précisées les conditions dans lesquelles la péttions peut être signée et soutenue.

III. Web et convergence

-  Rue89 touche les fonds. Rue89 a levé, comme on le dirait dans d’autres circonstances, « 1,1 million d’euros ». Les quatre fondateurs, anciens de Libération, Arnaud Aubron, Pierre Haski, Laurent Mauriac et Pascal Riché conservent la majorité du capital, avec 51,3 % des parts , le reste étant réparti entre le fonds familial Halmahera ,le journaliste Khedaoudj Zemmouri, la société de production audiovisuelle Midi-Minuit, la régie publicitaire Hi-Media et le fonds personnel de Franck Ullman, Verdoso Média. (« Rue89 : des fonds pour la route », Libération, 30 juin). A suivre… Rue89 envisagerait « de se joindre à un projet de syndicat de médias indépendants alliant des sites d’information hors ceux des médias traditionnels.  » Mais que signifie « médias indépendants » ?

-  Agoravox se fait entendre. Le site participatif AgoraVox se mue en fondation et veut sa Société des rédacteurs : « Notre but est de garantir l’indépendance et l’autonomie de notre site en le préservant de tout type de pression ou menace potentielle ».

- La TMP pose les structures et tarifs de sa future tirelire. Les premières offres de télévision mobile personnelle (TMP) seront lancées durant le second semestre 2009. Une société gérera les 16 chaines réunies au sein d’un multiplex bien que « le modèle économique de la “TNT mobile” reste indéfinie : plusieurs chaînes gratuites pourrait servir de produit d’appel mais l’abonnement à un bouquet de chaîne reste le modèle privilégié par les opérateurs.  » Selon mediabb.com (6 juillet) : « les offres pourraient être comprises entre 50 centimes et 5 euros par mois. La seule solution pour absorber entre 3 et 7 millions de coûts de diffusion annuels  ».

- La guerre des opérateurs. Des nouvelles du front des opérateurs Neuf Cegetel- SFR, Bouygues Telecom ou encore Telecom Italia. Ces concurrents d’Orange l’attaquent sur son service baptisé Rewind qui « permet à ses abonnés d’accéder en direct et en différé aux principaux programmes de France Télévisions » (Newsletter de CB News 13 mai).

- Fusion Neuf-Sfr : l’UFC-Que Choisir avertit. « L’association de consommateurs UFC-Que choisir a déposé un recours au Conseil d’État pour protester contre le feu vert accordé par le ministère des finances au rachat de Neuf Cegetel par l’opérateur de télécoms SFR. Elle estime que ce rachat crée “ un duopole dans les télécoms et la télévision payante entre deux groupes : d’une part, France Télécom-Orange, d’autre part, Vivendi et ses filiales Canal +, SFR et Neuf Cegetel” ». L’association reproche aussi à Bercy de ne pas avoir tenu compte des marchés de la télévision sur mobile et de la fibre optique. » (La Croix, 8 juillet).

- Alliances M6 et Mondadori. A partir du 1er juillet 2008, les sites internet édités par Mondadori Digital (bibamagazine.fr, canalstars.fr, closermag.fr, fhm.fr, guidetele.com, pleinevie.fr, telepoche.fr, telestar.fr, topsante.com, addxonline.com, autojournal.fr, autojournal4×4.fr et sportauto.fr) viennent « renforcer l’offre web de M6 Publicité. » (mediabb.com, 30 juin)

- Le Web ne libère pas le journaliste. « Les conditions de travail du journaliste diffèrent largement entre un quotidien et un site Internet. Dans le premier cas, il organise son travail en fonction de l’heure du bouclage ; dans le second, il travaille vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Sans parler des écarts de rémunérations ni du nombre de jours de vacances  ». («  Le Web contraint les patrons de presse du monde entier à envisager une vraie révolution culturelle  », Le Monde, 7 juin). C’est dans ce contexte que «  les rédactions de Paris-Match et du Journal du Dimanche, journaux détenus par le groupe Lagardère, ont décidé […] d’arrêter de travailler pour les sites internet de leur titre respectif, dans l’attente d’accords définissant les conditions de ces collaborations  » (Newsletter de CB News du 19 juin) Même motif, autre conflit : l’intersyndicale CFDT-CGT-FO-SNJ du groupe NextRadioTV a protesté le 4 juillet « contre le projet de création de l’agence RMC Sport » qui « met en place deux nouveaux statuts de journalistes : radio/télé et surtout radio/télé/reporters d’images/monteur  » (Newsletter de CB News, 7 juillet)

IV. Et encore…

- Bolloré accroît son emprise. Le Groupe Bolloré a acquis, le 9 juillet 2008, 60 % du capital du Groupe CSA dont il détenait déjà 40 % depuis septembre 2006. L’institut d’études et de sondages CSA se présente comme l’un « des leaders sur le marché français, où il réalise des études marketing et d’opinion dans tous les secteurs économiques, aussi bien quantitatives que qualitatives.  »

- Financement : l’AFP livrée à elle-même. Répondant à une demande de la direction de l’AFP, Christine Albanel, annonce que « l’État ne financera pas l’intégralité des 20 millions d’euros nécessaires à la refonte du système informatique de l’AFP » que l’agence publique « avait demandé il y a quelques semaines, dans le cadre de la « négociation de son contrat d’objectifs et de moyens (COM) ». Le Figaro commente : « Voilà une réponse qui ne fera pas les délices de la plus grande agence de presse francophone et troisième mondiale derrière l’américaine Associated Press et la britannique Reuters  ». Et précise : « Même s’il est à la recherche d’argent frais, Pierre Louette a déjà indiqué qu’il n’était pas favorable à l’ouverture du capital de l’AFP à des capitaux privés » La raison invoquée ? « Le modèle économique du secteur n’étant pas de nature à attirer des partenaires privés » (Le Figaro, 9 juillet). Jusqu’à quand ?

- Népotisme. Bernard Arnault, magnat de LVHM a placé dans le « comité d’indépendance éditoriale  » du groupe Les Echos, Antoine, son fils… La société des journalistes avait arraché la création de ce comité qui a pour mission d’examiner les cas d’ingérence de l’actionnaire ou de ses représentants dans le contenu rédactionnel des publications des Echos à l’occasion du rachat laborieux l’année dernière. Face à la nomination d’Antopine Arnault, la société des rédacteurs a fait part de sa « surprise ». En effet, Antoine Arnault est désigné comme le dauphin de son papa et est déjà directeur de la communication pour Louis Vuitton. (Rue89, 6 mai).

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[1] Selon Le Nouvel Observateur du 30 mai, l’Est républicain a été « « contraint d’accepter cette opération capitalistique puisqu’il n’est pas en mesure de rembourser même partiellement les dettes accumulées avec la création du groupe », poursuit l’intersyndicale. Selon le communiqué, le Crédit Mutuel aurait jusqu’ici « lâché environ 400 millions d’euros sans aucun retour sur investissement »  »

[2] Ces dernières semaines, la distribution des quotidiens et des magazines assurée par les NMPP a été perturbée par de nombreuses actions, parfois violentes : blocage de tournées, exemplaires brûlés, quotidiens nationaux interdits de parution le 12 juin.

[3] «  Lagardère News s’inscrit dans le nouveau plan de « croissance active » du Groupe pour accompagner la mutation des métiers traditionnels, sous l’impulsion du développement du numérique, de l’évolution des usages et du métier de journaliste d’information

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Mascarade pour un massacre ? Télévisions publiques en péril, pluralisme en danger

Posté par issopha le 6 juillet 2008

*

Mascarade pour un massacre ?

Télévisions publiques en péril, pluralisme en danger

Grégory Rzepski et Henri Maler

   

Evoquant la suppression de la publicité sur les télévisions publiques, Nicolas Sarkozy l’avait implicitement proclamé le 8 janvier 2008 : « Avec moi, on décide d’abord, on réfléchit ensuite. » Pour asséner son refus de toute augmentation de la redevance, il vient de compléter cette règle de gouvernement (pas totalement inédite…) par une nouvelle maxime : « Avec moi, on réfléchit, mais ça ne sert à rien : j’ai déjà décidé ». A quelques jours de la grève appelée pour le 18 juin à France Télévisions, où en est-on ?

« Moi quand on me confie une mission, je ne recule jamais, je ne renonce jamais. » La forfanterie de Jean-François Copé [1] pourrait prêter à sourire… si, au sujet de l’audiovisuel, il ne disait la vérité. Depuis des mois, la « droite décomplexée » crache dans la soupe de la télévision publique… pour réserver au privé un festin de roi.

I. Télévisions publiques : mascarade pour un massacre ?

La Commission pour la Nouvelle Télévision publique dite « Commission Copé » est une mascarade [2] ; mais, au sein de cette entreprise de démolition, une mascarade qui a son utilité propre. Installée en février 2008 par Nicolas Sarkozy sous couvert de « refonder l’identité du service public audiovisuel, et réfléchir à son incarnation dans une offre de programmes renouvelés et adaptés [3] », elle amuse la galerie et verrouille les débats pendant que les décisions sont prises ailleurs, voire mises en œuvre.

Des estimations sur mesure

Les propositions, rendues publiques le 22 mai par le député-maire de Meaux pour le groupe qu’il préside, consistent à supprimer la publicité en deux temps. Du 1er septembre 2009 au 31 décembre 2011, la publicité ne serait supprimée qu’à partir de 20h. Elle le serait complètement à compter du 1er janvier 2012. La Commission estime le montant de la compensation à 450 millions d’euros par an durant la période transitoire et à 650 millions d’euros ensuite.

Ce chiffrage est indécent. Comme nous le relevions ici même, si l’on prend en compte les chiffres 2006, les seuls consolidés, « le groupe France Télévisions, déjà sous-financé par rapport à ses homologues européens, perdrait 833 millions d’euros de publicité et de parrainage, soit 30% de son budget de 2,85 milliards dont 1,87 milliard provenant de la redevance [4]. » Pour tenter de justifier le chiffre de 650 millions d’euros, l’estimation proposée décrète arbitrairement que les exceptions à la suppression comme le parrainage, la conservation des écrans publicitaires sur RFO ou, encore, le maintien de la publicité sur les antennes locales de France 3 et sur les sites Internet rapporteraient 150 millions d’euros au total. Or, rien n’est moins sûr

Ce qui est certain en revanche c’est que le chiffre retenu est conforme à celui des lobbyistes de l’audiovisuel privé [5].

Plus lamentable encore : le chiffrage s’en tient à la logique strictement comptable de la simple compensation et ne tient pas compte des 400 millions d’euros nécessaires au financement de la production de programmes supplémentaires destinés à remplacer les spots publicitaires à des heures de grande écoute (quelques 1000 heures par an) [6].

Et pour parachever le chef d’œuvre, les moyens à dégager pour financer la « nouvelle ambition » du service public ne sont pas chiffrés.

Bref, les estimations sont taillées sur mesure pour que le déshabillage du secteur public… permette d’habiller le secteur privé. Pour y parvenir, les « pistes » envisagées, notamment celles que l’on peut lire sur le site de la Commission – amoureusement intitulé « Ma télé publique »… – sont encore plus dérisoires et scandaleuses.

Des « scénarios » de « compensation »… pour films de série B ; des « scénarios » d’ « ambition » … pour films de science-fiction.

Compensations de série B : broutilles et Cie

Pour « compenser » les pertes sous évaluées de France Télévisions, le sieur Copé, ci-devant maire de Meaux, a avancé trois scénarios « ni exclusifs, ni définitifs » (qui ne seraient plus que deux, selon Libération du 5 juin,…).

1) Le premier scénario prévoit d’instaurer une taxe sur l’électronique grand public. Le lobby de ce secteur s’y oppose vigoureusement et il n’a ni les faveurs de Copé, ni celles de l’exécutif. Qu’on n’imagine pas qu’il y ait la moindre relation entre l’opposition du premier et l’opposition des seconds !

2) Le second scénario prévoit la mise en place d’une taxe sur les opérateurs de télécommunications et les Fournisseurs d’Accès à Internet (FAI) complétée par la taxation des recettes supplémentaires bénéficiant à l’audiovisuel privé [7] :

- Une « charge » qui ne devrait pas trop grever les comptes de TF1 ou de M6 puisqu’elles sont en passe d’obtenir une seconde coupure publicitaire dans les films et les fictions et le passage de l’heure glissante à l’heure d’horloge pour le calcul du volume maximal de réclame. Entre 300 et 550 millions d’euros [8] qui tombent dans l’escarcelle du privé quand il n’aurait à débourser que 80 millions d’euros [9] pour subvenir aux besoins du public.

- Une « charge » qui ne sera confirmée que si ce scénario est mis en œuvre contre les réticences de la Commission européenne qui les a d’ores et déjà, fait connaître. Viviane Reding, commissaire européenne à la société de l’information, aurait expliqué le 3 avril qu’une taxe sur les FAI et les opérateurs de télécoms serait « à contre-logique » [10].

3) La préférence de la Commission Copé (mais pas de Copé lui-même) irait à la troisième et dernière solution : une augmentation de la redevance et un élargissement de son assiette. Sarkozy soi-même [11] et son ministre du budget quelques jours plus tôt [12] l’ont pourtant écartée a priori, même si une indexation sur l’inflation pourrait finalement être acceptée par le Président ( selon Le Monde du 6 juin, notamment).

Ambition de science-fiction : bidouillages et économies

En résumé, Albanel puis Copé annoncent un cadeau de plusieurs centaines de millions d’euros à TF1 et à M6 quand les moyens nécessaires pour éviter le sous-financement du sous-financement ne sont toujours pas connus.

Les pistes envisagées pour dégager les ressources de la « nouvelle ambition » du service public sont encore plus fantaisistes et cyniques. Elles font pourtant l’objet d’une séquence au sein de chaque scénario, dont le « montage » ne manque pas d’être ingénieux. La preuve ? Si un « scénario » prévoit de compenser par une mesure (par exemple par la taxation des FAI, des opérateurs de télécoms et de télévisions privées), le même « scénario » prévoit de développer par une mesure de compensation envisagée dans un autre « scénario » (par exemple par le hausse de la redevance »). Vous avez compris la recette de cette tambouille à l’eau claire ?

Elle est complétée par

- les moyens provenant de la fin de la diffusion analogique (100 à 150 millions d’euros) ;

- les marges dégagées par la diversification, des économies et des gains de productivité.

Le veto présidentiel au sujet de la redevance combiné aux incertitudes au sujet des différentes taxes renvoient ainsi à l’autofinancement le poids d’un développement qui n’est même pas chiffré, pas plus d’ailleurs que les marges à réaliser pour le financer…

Bref, même pas de quoi compléter la compensation, mais, en revanche, de quoi réaliser des économies sur le dos des salariés de France Télévision, grâce à un généreux plan de rationalisation. Autrement dit, après le plan de sous-financement, le plan de sous-développement.

Exécutions avant la sentence

Alors, comme le dit Copé, « voyons les choses en évitant d’hyperdramatiser, essayons d’être moderne, regardons ensemble ce qu’on peut faire et en essayant d’éviter l’aspect juste idéologique [13]. » Pendant que les professionnels, les experts et les parlementaires de la Commission se conforment consciencieusement aux injonctions de leur président, les décisions sont prises ailleurs (à l’Élysée) et la réforme est déjà en application.

Le groupe France Télévision est, en effet, déstabilisé depuis l’annonce présidentielle du 8 janvier 2008. Les rentrées publicitaires s’amenuisent et la compensation « à l’euros près » (sous forme de capital) annoncée par Sarkozy se fait toujours attendre ; « dégradation du chiffre d’affaires publicitaire, mais aussi comme le souligne la CGT [14], désorganisation du groupe France télévisions, gel des investissements d’avenir, coup de frein sur les grilles nationales et régionales, plan social “silencieux” sur le dos des précaires, etc. ».

La restructuration de France Télévision est lancée. Avant même que la commission Copé ne rende son verdict et que la loi ne l’entérine, plusieurs dignitaires sont montés au créneau pour exiger de la télévision publique qu’elles consentent à des économies de structure afin, comme l’envisage la commission Copé, d’autofinancer son développement. En avril 2008, les ministres de l’économie, du budget et de la culture ont ainsi cosignés une lettre à Patrick de Carolis lui demandant « de réduire le déficit d’exploitation prévisionnel pour 2008 » (Les Échos, 18 avril 2008).

Drapé dans sa science de la « bonne gestion » (que les salariés du Monde peuvent vérifier, plan après plan), l’éditorialiste anonyme du « quotidien de référence », en … management, s’est employé à conforter ce discours, déplorant (le 29 mai 2008), certes que la méthode du gouvernement soit inadaptée, mais aussi que la télévision publique ne soit « pas un modèle de bonne organisation, tant ses structures sont empilées et stratifiées. » Et de poursuivre : « Pas davantage un modèle de bonne gestion, avec ses 11 000 salariés et son dédale de statuts et de “placards”. Beaucoup [sic] s’accordent sur la nécessité d’une profonde modernisation ».

Les ministres (et l’ éditorialiste du Monde  ?) se comportent , une fois encore, comme des porte-voix des dirigeants de l’audiovisuel privé puisque ceux-ci, dans une lettre à Jean-François Copé citée par Les Échos, arguent notamment, de « la mauvaise gestion structurelle » de France Télévisions pour refuser la mise en place de mesures compensatoires les défavorisant [15].

Sauve qui peut ?

Dans ce contexte, est-ce par ce qu’elle anticipe le maintien de la publicité avant 20 heures ou parce qu’elle veut sauver la part du gâteau publicitaire qui lui reste que la direction de France 2 recrute, en appliquant les « recettes » qui lui ont permis jusqu’alors…d’imiter TF1 [16] ? Sont ainsi prévues pour l’été et la rentrée les arrivées de Patrick Sabatier et de Julien Courbet. La rumeur annonce aussi le remplacement sur France 5 de Paul Amar par Jean-Marc Morandini.

Même les plus naïfs finissent pas se résoudre à l’admettre : la prétendue refondation de l’audiovisuel public a pour effet (si ce n’est son but) l’affaiblissement de France Télévision au bénéfice du secteur privé

II. Télévisions privées : les coulisses de l’exploit

En effet, pendant que la commission Copé – ou du moins ce qui en reste après la démission des sénateurs communistes et de représentants du Parti socialiste – tente désespérément d’occuper encore le devant de la scène, les projets prévus de longue date viennent à maturité.

Dès octobre 2007, Christine Alabanel avait dévoilé les grandes lignes de ses projets pour l’audiovisuel que nous avions analysée ici même . Depuis que Nicolas Sarkozy a annoncé la suppression de la publicité dans l’audiovisuel public le 8 janvier 2008, les dispositions déjà prévues se sont précisées, confirmant que cette suppression, piège redoutable pour le secteur public, n’est qu’une pièce – même si ce n’est pas la moindre – dans un puzzle qui se met rapidement en place [17].

Conjurer la fatalité ?

Un diagnostic alarmiste mobilise les docteurs Diafoirus du gouvernement : « La situation a radicalement changé, explique ainsi Christine Albanel dans une interview aux Échos le 3 juin 2008, et les chaînes privées sont fragilisées par l’érosion de leurs audiences consécutive à l’arrivée de nouveaux médias et au mauvais état du marché publicitaire. Les groupes audiovisuels français n’ont pas la taille critique au niveau international. Et si on les compare aux opérateurs téléphoniques, ce sont des nains. La valorisation boursière de Free dépasse aujourd’hui celle de TF1, et Orange dépense autant dans ses programmes que M6 dans sa grille. »

Ainsi, un double discours de la fatalité technologique (sur la fragmentation des audiences) [18] et économique (sur la concurrence des géants internationaux du Net ou des télécoms) légitime ainsi des mesures d’urgence dont le secteur public fait les frais [19]. Parce que la libéralisation du secteur des télécoms a créé un monstre comme Orange, il faudrait déréguler un peu plus encore l’audiovisuel pour « sauver » TF1 et M6… Tout pour les chaînes privées et, plus généralement,pour les groupes privés multimédias.

De la publicité… pour les chaînes privées

Parmi les chantiers de « modernisation de l’audiovisuel » annoncés par Christine Albanel figurait déjà la révision des règles relatives à la publicité avec la transposition de la nouvelle directive européenne et l’autorisation d’une deuxième coupure publicitaire dans les fictions et les films diffusés sur les chaînes privées qui la réclamaient depuis longtemps [20].

Le 29 mai 2008 Jean-François Copé, et Christine Albanel ont réaffirmé leur intention d’inscrire le débat sur la seconde coupure publicitaire dans le projet de loi audiovisuel de l’automne ». Le Figaro, du 30 mai, sous le titre « Vers une seconde coupure dans les films à la télé » publie cette information et précise : « C’est ce même texte qui entérinera la suppression progressive de la publicité sur les écrans de France Télévisions. » La logique est simple. Il faut faire en sorte que la publicité quitte les écrans de France Télévisions

Et Le Figaro de compatir et de pleurnicher : « Bien entendu, la deuxième coupure vient soulager les chaînes privées qui affrontent un contexte difficile. La chute du marché publicitaire début 2008 pèse sur les comptes de TF1 et M6. Paradoxalement, l’annonce de la fin de la publicité dans le secteur public ne leur a pas bénéficié. Car les annonceurs attendent de connaître le nouveau dispositif législatif avant d’investir. Ils veulent savoir comment va s’organiser la fin de la publicité sur France Télévisions qui représente une part de marché publicitaire de près de 20 % en télé et comment les chaînes privées vont pouvoir absorber cette manne. La crainte des annonceurs est que si de nouveaux espaces ne sont pas créés, on pourrait assister à une inflation des tarifs des spots. »

Comment les chaînes des groupes Bouygues et Bertelsmann ne seraient-elless pas satisfaites par des dispositions… entièrement destinées à les satisfaire ? Par cette « Action publique pour l’audiovisuel privé », comme nous l’écrivions ici même ?

Des seuils de concentrations revus… pour les groupes privés.

Et comme si le festin n’était pas assez complet, le meilleurs est pour la fin : la révision à la baisse les dispositions encadrant la concentration que Christine Albanel a annoncée ainsi : « si on garde la loi actuelle, les groupes audiovisuels seront obligés de vendre 51% du capital qu’ils détiennent dans les chaînes de la TNT dès qu’elles atteindront 2,5% de part d’audience nationale. Compte tenu du succès de la TNT, ce sera bientôt le cas de TMC et W9 par exemple. Et ce n’est pas ce que nous voulons pour le développement de grands groupes de médias français. D’ailleurs nous réfléchissons aussi à repenser la règle interdisant à un même groupe de détenir à la fois un journal national, une télévision et une radio.  »

***

Comme nous l’avions d’ailleurs montré dans un article au sujet de la crise actuelle au groupe Le Monde, cette politique de démantèlement-redéploiement légitimée par un discours de la fatalité est à l’œuvre dans l’ensemble du secteur des médias. Dans de nombreuses entreprises, en presse écrite, en radio (à Europe 1, par exemple) comme à la télévision, les conflits se multiplient, pour faire face, entreprise par entreprise, à des urgences défensives

Comment ne pas déplorer qu’à une offensive globale ne réponde pas une riposte d’ensemble ? Et qu’à une politique d’ensemble ne réponde pas une autre politique ?

Le réveil des syndicats, associations et forces politique qui, en dehors des médias, sommeillent… pendant que les salariés des médias et leurs syndicats, ainsi que les médias du tiers secteur, tentent de sauver ce qui peut l’être risque d’être douloureux. C’est maintenant qu’il faut tirer les conséquences de cette simple évidence : « Puisque l’information et le service public sont notre affaire, c’est l’affaire de tous, individuellement et collectivement, de se mobiliser pour défendre le pluralisme contre les attaques frontales qu’il subit et pour exiger son expansion. » (Déclaration finale de la deuxième session des Etats généraux pour le pluralisme, 17 mai 2008.)

Henri Maler et Grégory Rzepski.

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[1] Sur France Inter ,le 2 juin.

[2] La représentativité de cette commission est, en particulier, sujette à caution. En plus des parlementaires, siègent au collège professionnel : des hauts fonctionnaires (comme Laurence Franceschini, Directrice du développement des média au Ministère de la Culture et de la Communication), des « experts » proches du pouvoir (comme Catherine Clément, Pierre Giacometti ou Marcel Ruffo) et surtout des producteurs (sept sur seize). Les salariés ? Les spectateurs ? Les chercheurs ? Oubliés. Ou recalés. Quand il s’agit de « refonder » le service public, mieux vaut éviter la dispersion.

[3] Discours lors de l’installation de la Commission pour la Nouvelle Télévision Publique, le 19 février 2008.

[4] « La télévision publique mutilée », 28 janvier 2008.

[5] Conforme, par exemple, aux estimations du Club parlementaire sur l’avenir de l’audiovisuel et des médias (CPAA), groupe de pression animé par le député UMP Frédéric Lefebvre et dont TF1 ou M6 sont adhérents. Voir « Publicité à la télé : le lobbying s’active », Le Monde, 23 février 2008.

[6] « La télévision publique mutilée », op.cit.

[7] Et par une part de la redevance sur les fréquences radioélectriques. La taxe sur les recettes supplémentaires de l’audiovisuel privé financerait l’INA. La redevance allouée à l’Institut serait reversée à France Télévisions comme celle allouée à RFI dont les finances dépendraient du budget de l’État.

[8] Lire « Retour sur investissement pour le groupe Bouygues » sur le blog de Marie Bénilde.

[9] D’après Libération du 2 juin 2008.

[10] Citée par le site ZDnet.fr.

[11] Lors de son interview sur RTL le 27 mai 2008.

[12] Voir le site du Nouvel Observateur.

[13] Le 2 juin, sur France Inter.

[14] Dans un communiqué, le 21 mai 2008.

[15] Faut-il y voir plus qu’une anecdote ? Dans ce contexte délicat, on apprenait le 2 juin (dans Les Échos) que certaines sociétés de France Télévisions dont France 2 et France 3 vont faire l’objet d’un contrôle fiscal.

[16] Depuis des années, « avec en moyenne 36% de leurs revenus issus de la publicité, comme l’explique Marie Bénilde, France 2 et France 3 ont imité la Une, recrutant les mêmes animateurs, usinant les mêmes présentateurs, diffusant des programmes clones à la seule fin de soutenir la compétition sur le marché publicitaire » (Marie Bénilde, On achète bien les cerveaux. Médias et publicité, Raisons d’agir, 2007, p.86).

[17] lire « Double jeu : prétendre refonder le service public audiovisuel et renforcer les groupes privés ».

[18] La fatalité technologique est aussi au cœur du discours de la « méthode » adoptée par la Commission. Subordonner la question du financement à la définition d’un nouveau modèle de développement – la constitution d’un « média global » – et à la réinvention d’un « modèle culturel et de création » (selon les termes du rapport de méthode rendu le 16 avril 2008), revient à occulter la réalité du sous-financement de l’audiovisuel public français et à déplacer le débat dans les limbes de la spéculation technologique. Les rebouteux de la Commission Copé invoquent la manne de la « révolution numérique » pour esquiver le problème de l’indigence des ressources.

[19] Sur ces discours de la fatalité, leur entremêlement et leurs usages, lire ici même « Encore la fatalité de la technologie et de la financiarisation : “L’économie de l’immatériel” au rapport ».

[20] Voir, dans « L’actualité des médias n° 62 (octobre-décembre 2007) « Télévision sans frontières, publicité sans limites » et « Loi audiovisuelle (et publicitaire).

Traité de Lisbonne : ces Irlandais d’où vient tout le mal

Mathias Reymond et Denis Perais

   

Le Traité européen, dit « de Lisbonne », soulevait et soulève plusieurs questions : Quel est son contenu ? Faut-il ou non l’approuver ? Par quelle voie doit-il être approuvé ou rejeté ? Pendant plusieurs mois, ces questions ont été éludées par la plupart des médias français qui se sont bornés à entériner, d’un même mouvement quasi unanime, et le Traité et la procédure prévue pour obtenir sa ratification, comme nous l’avons observé ici même [1]. Tout allait bien… quand vint le « non » irlandais du 12 juin 2008.


 

On entendit quelques voix indiquer timidement que c’était peut-être le contenu de la Constitution européenne et la méthode suivie pour tenter de le faire avaliser qui étaient en cause. Quelques voix étouffées par un flot de commentaires qui rappellent, malgré eux, que ce que l’on nomme pudiquement le « déficit » de construction démocratique de l’Europe fait corps avec le déficit du pluralisme dans les médias dominants.

Inquiétudes (des médias)

Très démocratiquement méfiants à l’égard des consultations populaires, les journalistes préposés aux commentaires n’avaient, avant le scrutin, qu’une seule inquiétude : le sort que le peuple irlandais, consulté par référendum, allait réserver à ce Traité de Lisbonne. Un Traité que les mêmes journalistes avaient défendu (généralement sans préciser qu’il reconduisait, dans ses grandes lignes, le projet antérieur) et dont ils avaient apprécié la procédure dite « de ratification » (sans s’interroger outre mesure sur son caractère démocratique).

Cette anxiété focalisée sur une unique question n’a cessé de croître à l’approche du scrutin irlandais. Dès le 28 janvier 2008, Le Figaro s’inquiète de « l’indécision irlandaise [qui] met en danger le minitraité. » Le 14 février, Challenges retient son souffle : « Le traité de Lisbonne reste suspendu au choix irlandais . Si l’issue du référendum [...] semblait acquise il y a peu, un grand nombre d’indécis réveille le spectre du rejet du traité de Nice en 2001. » Et à partir du 23 avril, tout s’emballe et Le Monde commence à avoir des sueurs froides : « Les Irlandais, seuls à voter par référendum, menacent de rejeter le traité de Lisbonne. » Le 15 mai, c’est au tour du Nouvel Observateur de titrer : « Le référendum de tous les dangers. » Le 10 juin, La Tribune a une brusque poussée de fièvre : « L’issue du référendum irlandais tétanise l’Europe. » Le 12 juin, jour du vote en Irlande, Libération anticipe le pire en « Une » avec « La peur du non », et Les Echos sont troublés, et préviennent que « en cas de « non », une nouvelle crise politique menace l’Europe. »

Ingratitude (des Irlandais)

Une fois le résultat connu (victoire du « non » avec 53,4%), c’est donc une nouvelle catastrophe qui s’abat sur les crânes des gardiens du temple de l’Europe libérale.

Sur TF1, Claire Chazal a la mine des mauvais jours le 13 juin à 20 heures : « L’Union traverse une nouvelle crise . » Le 16 juin, même heure, même endroit, Patrick Poivre d’Arvor fredonne un refrain identique : « A Prague, Nicolas Sarkozy veut éviter une crise européenne. [...] Un déplacement qui s’effectue dans un climat assombri par le « non » irlandais au traité de Lisbonne. » Sur les radios, la tonalité est tout aussi catastrophée. Le 13 juin à 14 heures 52 sur France Info, Agnès Soubiran s’inquiète d’ « une nouvelle crise institutionnelle » en cas de confirmation du « non ». Franz-Olivier Giesbert n’est pas en reste sur RTL le 14 juin : « Avec le « non » irlandais à ce traité, l’Europe a fait une nouvelle chute et elle n’est pas prête de s’en relever. »

Franz-Olivier Giesbert, toujours dans sa chronique sur RTL, entonne ce qui sera le leitmotiv des médias français : les Irlandais sont des ingrats. « Avant qu’elle entre dans la Communauté européenne, c’était un des pays les plus pauvres du vieux continent, s’énerve-t-il. Aujourd’hui, elle figure au troisième rang des pays européens en matière de pouvoir d’achat. Mieux, [...] la richesse nationale par habitant, a augmenté de 264 % en quinze ans [...]. Et en plus, ils votent « non », cherchez l’erreur. Les Irlandais oublient tout, excepté d’être ingrats . » (14 juin) Ils auraient donc dû être plus mercantiles…

David Pujadas au 20 heures de France 2 avait toutefois prévenu : « Il faut savoir que grâce à l’ouverture européenne et les subventions de Bruxelles, l’Irlande est pourtant devenue le pays le plus riche de l’Union, après le Luxembourg. Mais, du coup, une certaine méfiance a remplacé la reconnaissance. » (10 juin) Pas avides d’euros, les Irlandais ? Et ce n’est pas normal ! Même incompréhension chez Maryse Burgot à 13 heures sur France 2, le 12 juin : « C’est vrai que c’est assez paradoxal cette Irlande qui doit tant à l’Europe, hésiter à ce point. Les subventions européennes ont vraiment permis à l’Irlande qui était autrefois plutôt très rurale et très pauvre de devenir cette puissance économique que l’on connaît. »

Pour Pascal Quinio, dans La Croix, « le paradoxe, c’est que l’Europe lui a très largement profité sur le plan économique, lui permettant d’atteindre un développement et un dynamisme à faire pâlir de jalousie nombre de ses voisins. » (11 juin) Yves Calvi utilise la forme interrogative pour masquer ses réprimandes aux Irlandais le 13 juin dans « C dans l’air » sur France 5  : « Est-ce qu’ils sont ingrats les Irlandais ? C’est quand même un peu la philosophie de ce qui ressort de ce reportage. » Reportage qui indiquait que l’Irlande avait grassement profité des subventions européennes pour se développer. La ritournelle est identique dans Le Point où Claude Imbert se fait poète : « La verte Irlande n’a dû qu’à l’Europe d’échapper à la séculaire infortune de ses tourbes et de ses embruns. Exemplaire, en tout cas, cette ingratitude des peuples ! » (19 juin) Jamais en panne d’une surenchère, Philippe Val dans Charlie Hebdo (18 juin) : « L’Europe leur a fait des routes, des hôpitaux, des écoles, et maintenant qu’ils ont des quatre-quatre et des écrans plats ils se cassent avec la caisse en faisant un doigt d’honneur. » Le directeur de l’ex-hebdomadaire impertinent semble ignorer que tous les Irlandais ne sont pas riches, et que les électeurs du « non » ne se saoulent pas au champagne en sa compagnie et celle de Bernard-Henri Lévy dans les salons du Festival de Cannes.

Cette « ingratitude » des Irlandais n’a d’égal en réalité que le mépris affiché par nos prescripteurs d’opinion pour la démocratie et pour le peuple. C’est d’abord Jean Daniel dans le Nouvel Observateur qui fustige ce pays, « celui qui a su le mieux profiter des avantages procurés par l’Europe. […] Un pays de 4 à 5 millions d’habitants comme l’Irlande ne peut pas tenir en otages des nations réunissant 490 millions de citoyens. » (19 juin) Dans les colonnes du même catalogue, Jacques Julliard acquiesce : « L’Irlande vient de dire non à un projet européen, sans craindre de paraître mordre la main qui l’a nourrie . » Et Claude Askolovitch, de concert avec ses supérieurs, consent : « Voici l’Irlande, ce pays sauvé : 4,3 millions d’habitants, qui bloquent tout un continent. Et il faudrait remercier ! » Mais le journaliste reconnaît néanmoins au détour d’une phrase – et il sera l’un des seuls à notre connaissance – que « le résultat était prévisible. [...] La prospérité a exacerbé les inégalités. » Quant à Jean-Pierre Elkabbach, recevant Sylvie Goulard, présidente du Mouvement européen, lors d’un long clip à deux voix sur Europe 1 (17 juin), il (s’)interroge… en affirmant : « Un seul pays qui bloque les autres, c’est pas démocratique. » Est-il seulement venu à l’idée d’Elkabbach qu’il n’est peut-être pas très démocratique de réserver aux seuls parlementaires le pouvoir de décider pour tous les peuples et aux seuls journalistes partisans du Traité le soin de commenter son contenu et son avenir ?

Les fulminants de 2005 le sont encore en 2008 [2]. Au premier rang d’entre eux, Alain Duhamel (dans Libération) : « Comme toujours dans les campagnes référendaires, c’est le triomphe des fantasmes les plus absurdes, des rumeurs les plus saugrenues, des mensonges les plus éhontés qu’Internet transporte, décuple, centuple et théâtralise à l’infini. On plonge de nouveau dans la démocratie d’opinion avec ses démagogues , ses populistes , ses affabulateurs et ses mythomanes . » Et de poursuivre, à grand renfort de stéréotypes : Une technique irrésistible dans une culture traversée de superstitions . [...] Le destin du traité de Lisbonne dépend de la mélancolie de quatre millions d’Irlandais aussi imprévisibles que sympathiques, aussi irrationnels que changeants, aussi téméraires que soupçonneux . » (12 juin). Cette rhétorique semble séduire ses collègues de RTL puisque Franz-Olivier Giesbert lâche en direct le 14 juin : « Là, on n’est plus dans les raisonnements logiques mais dans l’ irrationnel absolu, l’obscurantisme populiste , la preuve est faite par l’Irlande. » Et Jean-Michel Aphatie sur son blog de RTL est à l’unisson. Péremptoire, il assène : « En outre, le « non » ne possède aucun contenu . Des ultra libéraux l’ont prôné, au nom de la liberté sacrée qui doit être reconnue à chacun, et puis aussi l’extrême gauche irlandaise, au nom de la lutte contre le libéralisme. Plus idiot que cela , ça n’existe pas. » (19 juin)

Sur France Culture enfin, lors d’une matinale (16 juin) exemplaire en termes de pluralisme (en plus de l’invité Robert Badinter – partisan du Traité de Lisbonne -, les chroniques de Corinne Lepage, Alain-Gérard Slama, Alexandre Adler et Olivier Duhamel vont toutes dans le même sens : celui de l’Europe du marché), les auditeurs ont droit à un échange de haute volée en fin d’émission. Alors que Olivier Duhamel essaye de nuancer les propos de ses compères matinaux : « dans la réalité des choses ce ne sont pas les mêmes [partisans du non] : le non ultra nationaliste anti-européen, c’est pas la même chose que le non altermondialiste de gauche de bonne foi et qui se trompe (sic). » Riposte d’Alexandre Adler : « Mais si, c’est le même, bien sûr ! » Tout est dit.

Incompréhension (des peuples)

« L’Irlande torpille l’Europe ». Le titre donné par Yves Calvi à son émission « C dans l’air » le 13 juin sur France 5 résume assez bien le sentiment général des médias : les Irlandais ont ruiné l’Europe. Mais pourquoi ? Alain Duhamel tente une explication, quelques jours avant le referendum : « La tentation des électeurs, des citoyens, c’est évidement de répondre non pas à la question qui leur est posée , mais aux questions que eux, se posent. Or, il se trouve qu’en ce moment, les Irlandais sont de très mauvaise humeur et qu’un Irlandais de très mauvaise humeur, c’est quelque chose de terrible . » (RTL, 9 juin) Mauvaise humeur ? Christophe Barbier n’est pas d’accord. Pour lui, explique-t-il dans « C dans l’air », c’est une question de maturité : «  La constitution, c’était trop compliqué, trop obscur, trop ambigu, trop ambitieux peut-être, pour l’état de maturité des peuples. Le mini-traité [...], ça demeure encore problématique. »

Mais la maturité vient avec la pédagogie. Franz-Olivier Giesbert, le 14 juin sur RTL, traduit cette impression généralisée : « Il faudra [à Nicolas Sarkozy, à propos de la présidence française] qu’il fasse de la pédagogie , qu’il donne du sens. » Didier Pourquery approuve dans Libération  : « Cette Union [...] a besoin de démocratie, de pédagogie . Elle va certes devoir faire avancer les dossiers qu’elle souhaitait privilégier (immigration, climat, défense, Méditerranée) mais en y ajoutant une forte dose d’explication.  » (14 juin) Pascal Verdeau, dans le 19/20 de France 3 le 12 juin, résume en une phrase ce qui sépare la raison d’un « oui » pédagogue, de la déraison d’un « non » craintif : « Le camp du « oui » a été acculé à faire de l’information  ; alors que le camp du « non » faisait de la communication sur fond de craintes disparates [...]. Tout cela Audrey [Pulvar, présentatrice du journal] a un petit goût, un petit goût de remake du référendum français de 2005. » Le comportement des médias aussi…

Une fois la mission d’explication remplie, on pourra, comme toujours, faire revoter les Irlandais. C’est en substance ce que souhaite une partie de nos prescripteurs d’opinions. Ainsi Géraldine Mulhmann dans « On refait le monde » sur RTL, le 13 juin 2008 : « Dans la mesure où il y a beaucoup de passions qui nourrissent le vote noniste et parfois ces passions évoluent, il y a des gens qui disent qu’il faut faire revoter les Irlandais. J’ai pas donné mon avis ! Je dis que c’est un des scénarios possibles. Il se trouve en plus qu’en 2001, les Irlandais avaient déjà rejeté le Traité de Nice et en 2002, ils ont revoté et ils l’ont adopté. Hélas pour les gens qui sont contre ces méthodes, ce genre de précédent laisse penser que parfois on peut faire revoter quand même . »

Le directeur de Libération, Laurent Joffrin, semble rompre le consensus des donneurs de leçons anti-irlandaises : « Je trouve absolument incroyable cette manière dont les dirigeants européens [et non les médias…] réagissent à ce scrutin. [...] Si les gens votent « non », on peut dire que ce sont des idiots, ce sont des Irlandais etc. [...] Il y a quand même une responsabilité de ceux qui ont proposé ce traité. [...] Quel geste on a fait avant le scrutin pour faciliter les choses ? Zéro, rien du tout. On a laissé les Irlandais se débrouiller entre eux [...]. » Or non seulement il exonère ses confrères et compères en pédagogie du mépris, de toute responsabilité, mais il leur concède un adjectif (à lire au second degré ?) qui tempère sa critique  : « Il se trouve qu’en démocratie, le peuple est souverain, c’est très désagréable , mais le peuple est souverain. » (France Info, 16 juin)

Très désagréable, en effet… pour France Culture. Ce « non », « c’est 53,4% : ça ne veut pas dire grand-chose, ça représente 860 000 électeurs », conclut ainsi le journaliste Ludovic Pietenu, dont le journal de 18 heures fut aussi un grand instant de pluralisme. Ce vendredi 13 juin le journal est consacré au résultat du référendum irlandais. Les partisans du « non » ont pu s’exprimer pendant près de 3 minutes et les partisans du oui durant 10 minutes. [3] Pour les premiers, seuls se sont exprimés Declan Ganley, patron du groupe irlandais de réflexion Libertas, et Nicolas Dupont Aignan, ancien député UMP de l’Essonne. Pour les seconds, la liste est un peu plus longue : Ludovic Pat Cox, ancien président du Parlement Européen, Daniel Cohn-Bendit, député européen, affirmant au passage qu’ « un référendum national est un piège », Jean-Marie Cavada, député européen, expliquant que « les Irlandais ne sont pas mûrs », un journaliste relayant le point de vue de Nicolas Sarkozy et Sylvie Goulard, présidente du Mouvement européen, qualifiant le référendum de « défoulement national » et nous livrant cet étrange paradoxe : lors d’un référendum « ce qui manque c’est la démocratie »

Pour Bernard Henri-Lévy, toujours à contre-courant, la pédagogie n’est pas le problème. Dans Le Point du 19 juin : « L’Europe n’a pas besoin, comme on nous le serine depuis dimanche, d’explications, de pédagogie, de projets concrets, etc., mais de souffle. […] Mais on notera, d’ores et déjà, qu’on paie là le prix d’une erreur très simple et que nous sommes quelques-uns, serine-t-il, avec Philippe Val et d’autres, à dénoncer depuis des années sans relâche, mais dans le désert. Personne ne parle plus d’Europe. » Personne, excepté BHL et Philippe Val ? Ce n’est pas très aimable pour les autres partisans du Traité. Et c’est surtout témoigner d’une formidable ignorance volontaire pour ce qu’en disent les syndicats, ATTAC et la gauche extra-parlementaires. Mais BHL n’entend que sa propre voix (et celle de Philippe Val) dans le désert qu’il taille à la mesure de son règne.

Seule L’Humanité, dans la presse écrite quotidienne, n’a pas accompagné ce raz-de-marée. Et c’est déjà trop pour Charlie Hebdo. « L’Huma, retrouvant la tradition du pacte germano-soviétique, a titré en gros « Merci », est-il écrit dans l’éditorial de la page 3. Merci pour cette divine alliance des nationalismes de gauche et de droite qui a sauvé l’Irlande du péril immigré et de l’abâtardissement de la race irlandaise. » Merci à Charlie Hebdo de défendre avec tant de pugnacité le pluralisme de l’information et la diversité des opinions…

Mathias Reymond et Denis Perais

NB : Cet article n’aurait pas pu être rédigé sans le travail minutieux d’observation de la part d’une vingtaine d’adhérents d’Acrimed, trop nombreux pour les citer ici.

Olivier Besancenot devant ses juges médiatiques

Ugo Palheta

   

Compromis inévitable (qui permet de s’adresser à des millions de téléspectateurs) ou compromission inacceptable (qui contribue à dépolitiser la politique) ? Le passage d’Olivier Besancenot dans l’émission de divertissement du très sarkozyste Michel Drucker relance le débat sur les rapports entre les contestataires et l’ordre médiatique existant, auquel nous avons plusieurs fois contribué ici même [1]. Parce qu’elle permet d’éclairer ce débat, la réception médiatique de la prestation médiatique d’Olivier Besancenot, lors de l’émission « Vivement Dimanche », animée par Michel Drucker sur France 2, le samedi 11 mai 2008, mérite qu’on s’y arrête.


 

I. Des règlements de comptes politiques

Sous couvert de critique et de déconstruction du personnage médiatique d’Olivier Besancenot, de droite à gauche, les règlements de compte n’ont pas manqué.

Vu de droite : démasquer l’hydre révolutionnaire

Porte-parole d’une communauté invisible protégée par un « on » anonyme, Catherine Nay – journaliste politique à Europe 1 et « conseillère spéciale » de Jean-Pierre Elkabbach – ne s’est pas amusée : «  On s’est barbé . C’est que ce garçon là n’a aucune légèreté. Peut-être qu’en privé il a beaucoup d’humour, mais hier nada ». La raison de cette prétendue absence d’humour et de légèreté ? Besancenot appartient à une épouvantable engeance que tout distingue des bons serviteurs des opprimés : « Il est du côté des luttes et des opprimés, d’accord. Mais sœur Emmanuel elle aussi, qui leur avait consacré sa vie, était de leur côté. Et elle, qu’est-ce qu’elle était marrante sur les plateaux ! Car ce qui la guide, elle, c’est sa foi, qui du coup devient contagieuse. Tandis qu’Olivier Besancenot, attention mesdames et messieurs, c’est la révolution lui qui le motive ».

… Et qui lui interdirait, selon l’humoriste de la station d’Arnaud Lagardère de partager ses fous rires : «  Un révolutionnaire qui se respecte ne s’esclaffe pas . Par exemple, lorsque Anne Roumanoff débite ses facéties : ’’au PS dit-elle y a beaucoup de courants mais y a pas de lumière’’. Tout le monde rit, mais pas lui : il sourit à peine. Un révolutionnaire n’avoue pas non plus ses gourmandises  : serait-ce un péché bourgeois ? Pas même pour les crêpes, en souvenir de celles que sa grand-mère de Levallois devait lui faire le jeudi. Non, rien ! […] Lui vous dis-je, c’est la révolution  !  ».

Mais surtout, on n’est pas sinistre par hasard. Et Olivier Besancenot l’est pour une raison bien simple ; c’est que si l’on scrute ses modèles «  ça fait froid dans le dos  » : « Ce qui l’inspire lui par exemple, c’est la Commune de 1871. Après la révolution de 1789 ce fut la dernière guerre civile en France, qui fit tout de même 20 000 morts [dont la Commune elle-même serait responsable ?] du côté de ceux qu’il défend . Le bilan est effrayant. ’’Mais pour moi la révolution c’est pas une flaque de sang à chaque rue’’, précise-t-il. On se rassure, mais tout de même ! Ses idoles, ses modèles à lui, s’appellent Trotski, fondateur de l’Armée rouge et grand criminel devant l’éternel, dont son parti la LCR se prévaut ; et le Che Guevara, dont les discours l’enthousiasment. Il a même écrit un livre. Mais le Che, au beau visage christique, dont tous les libertaires romantiques se sont emparés, fut (il faut le savoir) un stalinien fanatique, insensible, cruel, qui éliminait lui-même ceux qu’il désignaient comme traîtres d’une balle dans la nuque ».

Et Catherine Nay, journaliste de la droite « décomplexée » comme c’est son droit, d’opposer, mot pour mot, au « programme aussi sympathique qu’utopique » de Besancenot, l’assertion péremptoire de Sarkozy  : «  les caisses sont vides . »

Vu de gauche : étaler son mépris du peuple

Vu de gauche – ou d’une gauche incertaine – la critique de la présence de Besancenot sur le plateau de Michel Drucker est l’occasion de faire passer le mépris de classe pour de la hauteur de vue… Comme le montre, par exemple, l’exercice auquel s’est livré le journaliste du Nouvel Observateur, François Caviglioli, dont l’ironie (faiblement comique au demeurant) masque difficilement une condescendance affichée dès le début de l’article : « L’homme qui fait la révolution à bicyclette était chez Drucker. Et si le vrai handicap d’Olivier Besancenot était d’être un homme heureux ? […] Il s’essuie les mains sur son pantalon, un reste de timidité prolétarienne . Mais il prend vite de l’assurance et nous raconte l’histoire de sa vie qui lui tient lieu de programme. […] C’est un bon jeune homme  ».

Un « brave gars », donc, mais qui, passéiste, parle d’un monde que Le Nouvel Observateur a englouti : « Olivier Besancenot a inspiré et mis en scène le documentaire qui a été projeté pendant l’émission sur le 18e arrondissement, le quartier où il vit.[…] . Mais c’est un quartier qui n’existe plus que dans son imagination et qu’il est le dernier à entendre. Il a tenté une reconstitution historique. Les personnages et les lieux que Besancenot nous présente sont les figures classiques de la vieille comédie parigote . Les copains avec qui on va jouer au foot le dimanche sur un terrain d’Asnières, la salle de boxe de Clignancourt où on s’entraîne ’’pour décompresser’’. […] Tout un petit peuple qu’on croyait disparu convoqué pour jouer dans une sorte de Puy-du-Fou révolutionnaire  ».

Sans doute le journaliste du Nouvel Observateur passe-t-il peu de temps dans le 18ème arrondissement de Paris. Peut-être imagine-t-il la Goutte d’Or ou la Porte de la Chapelle sur le modèle du quartier de la Défense ou du nouveau Bercy. Mais comment ne pas voir que François Caviglioli dissimule, derrière une prétendue analyse de clichés érodés par le temps, ses propres clichés de journaliste des « classes moyennes », refoulant dans un passé lointain ce que Paris refoule progressivement à sa périphérie : les classes populaires elles-mêmes ?

De l’ironie aux sarcasmes et du mépris à la morgue : sur le site d’information Bakchich, Jean-Baptiste Thoret surenchérit [2]. Le dispositif de l’émission « Vivement Dimanche », et l’habileté de son animateur, ont-ils neutralisé le message politique d’Olivier Besancenot ? A cette bonne question qu’il ne pose pas explicitement, Thoret répond… qu’elle est sans objet puisque toute radicalité est une illusion, et que Besancenot, Drucker et les téléspectateurs – des populistes et des beaufs – sont d’accord en tout.

Dans un genre journalistique balisé depuis des années par Philippe Val, Thoret (d’ailleurs lui-même chroniqueur dans Charlie-Hebdo ) s’approprie les thèmes de prédilection et le ton du taulier de l’hebdomadaire « satirique » : « Des ’’résistants’’ de tous poils s’enchaînent sur le canapé rouge et délivrent leurs doléances sociales dans une ambiance feutrée et cool, entre claquements de mains d’un public forcément acquis aux causes des opprimés, œil plissé et concerné de Drucker et rires complices : ’’Eh ben dites donc ! s’exclame une représentante des luttes sociales à qui Drucker rappelle que les patrons s’en mettent plein les fouilles, on nous prend pour des blaireaux !’’. Un frisson approbateur parcourt le public qui sent vibrer sa corde populiste . » [La formule magique, qui permet à « l’élite » de se consacrer en désignant son pire adversaire, est lâchée…]

« Vieux routard de la télévision comme machine à dépolitiser [de cela on conviendra sans peine…] , Drucker sait combien l’utopie révolutionnaire prêchée par son invité partage avec la France d’en bas qui regarde son show dominical, c’est à dire toute la France, une même passion pour le bon sens, les mêmes visions simplistes, les mêmes indignations, les mêmes engagements commodes  » [A quoi il faut évidemment opposer les visions complexes, les originales révulsions et les engagements incommodes du pamphlétaire].

« Au fond, on réalise combien le discours révolutionnaire, combien l’alter-attitude est non seulement parfaitement soluble dans l’eau médiatico-capitaliste mais qu’elle est symboliquement majoritaire. » [Où l’on comprend que Thoret appartient à une élite symboliquement minoritaire…] « Pour le Bien, contre l’exploitation, pour les gens qui travaillent dur et qui n’arrivent pas à boucler les fins de mois et contre les consortiums financiers iniques, pour les petits pots de terre qui s’opposent aux cuves de fer, contre le racisme, etc… [Toutes cibles méprisables aux yeux de l’élite éclairée]. Soit la longue litanie de la mauvaise conscience capitaliste  » [A laquelle il faudrait sans doute opposer sa bonne conscience…]

« La révolution Besancenot est un consensus quasi absolu qui s’ignore ou feint de s’ignorer. Pour autant, il s’agit de maintenir vivace l’illusion du militant engagé […] » [Dont il convient probablement de se débarrasser, au profit de la lucidité iconoclaste du penseur dégagé]. « Au fond, le spectacle druckerien révèle un malentendu sur lequel se fonde notre culture de la contestation : les résistants (de gauche, anti-Sarkozy, anti-racistes, anti-méchants loups) se croient ou font semblant de se croire minoritaires alors qu’ils sont symboliquement majoritaires. » [Un malentendu de taille, puisque les « résistants » sont au fond des dominants qui s’ignorent]

« Dans la seconde partie de l’émission, l’impayable Claude Sérillon a ce mot formidable à propos du leader de la LCR : “Il tient des propos qu’on entend rarement à la télévision !” . C’est vrai, sauf que ce sont des propos que l’on entend tout le temps, partout et sur toutes les chaînes [Les médias dominants seront heureux d’apprendre qu’ils diffusent en continu le message de la LCR] […] « Dur d’être révolutionnaire lorsque la maréchaussée pense comme vous. Lorsque l’on est seul à penser comme tout le monde (au moins 55 % pour le Non à l’Europe), autant devenir franchement populiste  » [Rien de plus commode que de s’inventer un ennemi « populiste » pour prétendre au brevet d’ « élite éclairée »].

Et de conclure : « Espérons qu’un jour Besancenot invite Drucker à un congrès de la Ligue. Après tout, ils sont si proches ». Alors que Thoret, cet aigle solitaire qui plane au-dessus de toutes les mêlées bassement ordinaires, continuera à nous abreuver de ses éminentes leçons – à Charlie-Hebdo ou sur France Culture.

On l’a compris : de même que, lors d’une confrontation télévisée entre des candidats à une élection, «  l’après-débat fait encore partie du débat dans la mesure où il s’agit, sous couvert de commenter la confrontation, d’imposer publiquement une certaine vision de celle-ci » [3], une prestation médiatique est l’enjeu d’une confrontation médiatique qui la prolonge et qui emprunte ici les voies traditionnelles et brutales du dénigrement.

Mais ce n’est pas tout…

II. Des leçons de critique des médias

A l’occasion de l’émission dédiée à Olivier Besancenot, on a pu observer l’agitation de quelques pontes du journalisme, se disputant les délices d’une critique médiatique des médias et le statut fort convoité de juge de la pureté révolutionnaire. Devenus en un jour des lecteurs avisés de La société du spectacle, ces « locataires mal logés du territoire de l’approbation » (selon l’expression de Guy Debord) accablent tout à coup Besancenot et les médias de leurs accusations. Recettes : personnaliser la critique de la personnalisation, pipoliser la critique de la pipolisation, récupérer la critique de la récupération.

Personnaliser la critique de la personnalisation

La couverture du numéro (8 mai 2008, n°2270) annonçait un « mystère  », qu’un solide journalisme d’investigation devait permettre de lever.

Mascarade pour un massacre ? Télévisions publiques en péril, pluralisme en danger dans CRITIQUE DES MEDIAS nouvel_obs_besancenot

Mais comme il fallait s’y attendre, l’ « enquête » promise consiste essentiellement en un assemblage convenu de banalités, de fausses révélations « pipolisantes » et de témoignages piochés auprès du Parti Socialiste ou du « vice-président délégué du sondeur OpinionWay »

« Peut-on être révolutionnaire et aller chez Drucker ? », se demande gravement Claude Askolovitch pour commencer son article. Venant d’un journaliste qui s’indigne que l’on puisse se présenter comme « révolutionnaire », cette interrogation, apparemment légitime, en dissimule en réalité une autre : « Besancenot est-il vraiment révolutionnaire ? ». Celui qui passe au Nouvel Observateur pour être un « spécialiste » de la gauche annonce d’emblée : « voici quelques questions qui fâchent , sur cet encore jeune homme en qui se reconnaissent tant de mécontents ». Quelles questions ? Des questions qui, pour la plupart, tournent autour de la personnalité de Besancenot, et permettent de matraquer quelques alternatives binaires, bien faites pour orienter l’attention du lecteur. Les intertitres de l’ « enquête » parlent d’eux-mêmes :
- « Au service du peuple ou de sa propre gloire ? »
- « Son nouveau parti est-il un bluff ? »
- « Le héros des prolos est-il un petit-bourgeois ? »
- « Est-ce un vrai facteur ? »
- « Son programme économique est-il bidon ? »
- « Est-ce un démagogue ? »
- « Nouvelle gauche ou vieux trotskisme ? »
-
« Est-ce un vrai sectaire ? »

Finalement, l’article est entièrement construit autour d’un seul et unique thème : Besancenot n’est pas celui qu’on croit.
- C’est d’abord un petit-bourgeois qui se fait passer pour un prolo : « Il vit dans le 18e arrondissement de Paris, avec sa compagne éditrice et leur fils, comme plein de foyers des classes moyennes intellectuelles . Mais il accompagne régulièrement des luttes entre Metaleurop ou Nestlé : il sait, comme aucun autre politique, être le copain des prolos qui combattent ».
- C’est ensuite un archaïque, qui met sa jeunesse au service du « vieux trotskisme » : « Besancenot a repris des trotskistes vétérans le culte de la longue patience. […] »
- C’est enfin un populiste, car loin de défendre les intérêts du peuple il ne fait guère que surfer sur une vague démagogique qui le rapproche de l’extrême-droite : « Depuis 2002, la LCR veut cristalliser à l’extrême-gauche comme le FN avait cristallisé à l’extrême-droite, dans un discours antisystème. […] Il enfourche le cheval populiste privé de cavalier depuis la chute de Le Pen
… au point d’avoir une bonne cote d’amour auprès des sympathisants du FN ! ».

C’est ce qu’on appelle le coup de pied de l’âne…

Cette critique, qui prétend défaire une image pour mieux réfuter une politique, contribue à la personnalisation qu’elle affecte de contester. Or – miracle de la concurrence et du pluralisme hebdomadaires – un pas de plus avait été franchi par L’Express.

Pipoliser la critique de la pipolisation

Le 6 mai 2008, quelques jours avant la diffusion de l’émission « Vivement Dimanche », on pouvait lire en couverture de ce vénérable hebdomadaire : « Révélations : Besancenot espionné ! ». Le temps de se rendre page 52 pour y lire l’article en question, le titre a changé et devient : « Besancenot. Le facteur people » En guise de révélation sur l’espionnage de Besancenot, un simple encadré de deux colonnes en quatrième page de l’article, reprenant des informations déjà publiées le 5 mai 2008 sur le site internet de L’Express. Bref, la « Une » recourt à la technique commerciale couramment employée par la presse à scandale : un titre choc, puis un article totalement différent.

Quant à l’article principal, il se flatte d’analyser le succès médiatique d’Olivier Besancenot et sa consécration en tant que « people ». Un article qui, en réalité, s’inscrit pleinement dans cette « pipolisation » de la vie politique, avec la mise en scène d’une « star » : « le facteur à bicyclette est la nouvelle icône des ouvriers en lutte, si starisé qu’il doit signer des autographes à chacune de ses sorties.  »

Le porte-parole de la LCR se voit ainsi réduit à l’image d’un « facteur à bicyclette », d’ailleurs comparé un peu plus loin au personnage de Dany Boon dans son film Bienvenue chez les Ch’tis. Besancenot : une icône médiatique que l’âge (et non telle ou telle propriété politique) différencie d’autres figures de la gauche radicale : « il humilie tous les autres , coincés sous la barre des 2%, notamment le trio des ’’vieux’’ : José Bové, 54 ans, Marie-George Buffet, 68 ans, et Arlette Laguiller, 68 ans  ». La photo a évidemment toute sa place dans cette mise en scène people de la « pipolisation » de Besancenot qui apparaît sur une demi page en compagnie du rappeur Joey Starr,

La majeure partie de l’article entend retracer le parcours de Besancenot et l’observer dans sa vie quotidienne. Résultat : un étalage digne des portraits les plus « people ». On apprend ainsi qu’enfant «  c’était un polisson, gai, amusant, avec beaucoup de copains  ». Pas moins de deux colonnes sur son enfance et sa scolarité. Conclusion… de premièrr importance : «  À part ça, l’élève est parfaitement normal  ». Mais Besancenot est-il vraiment un facteur « normal » ? Question cruciale, et pour le savoir, L’Express se livre alors, avec un luxe de détails (que nous vous épargnerons) à la description d’une journée type de ce facteur.

Besancenot n’est pourtant pas seulement facteur et militant, il est aussi un père de famille « avec les deux pieds dans son époque , qui interdit à la politique de bouffer sa famille ou ses loisirs ». Et voilà donc convoqués sur deux colonnes sa compagne, son fils, ses voyages, son soutien au PSG, le rap et ses activités les plus banales. Et, au détour de ce portrait savamment dépolitisé et pleinement people, cette question faussement naïve : «  Mais qui sait qu’il prône l’augmentation de tous les salaires de 300 euros, la réduction du temps de travail à 32 heures sans flexibilité, avec embauches obligatoires… et interdiction des licenciements ? » Probablement pas les lecteurs de L’Express

Car il ne faut pas se leurrer : toute cette existence apparemment normale et ordinaire est évidemment un instrument marketing mis en oeuvre par « le facteur people » annoncé dès le chapeau : « Besancenot a su gagner une vraie popularité, et compte bien s’en servir » : « ’’Je ne suis pas un professionnel de la politique’’. Cette originalité affichée lui sert d’ argument marketing . Facile dès lors d’ apparaître en boy-scout de la politique, sympathique ’’Monsieur Propre’’, qui sait parler aux plus modestes et apaiser la mauvaise conscience des autres. […] Besancenot refuse d’écorner son image par une participation à un quelconque exécutif ». Et pour couronner le tout, l’Express nous invite en bas de page à nous rendre sur le forum de son site internet, avec ce titre : « Besancenot et la ’’dérive people’’ ».

Ainsi, après avoir brossé de bout en bout un portrait people de Besancenot – dont les pipoleries seront d’ailleurs recyclées dans l’émission de Drucker –, L’Express affecte de s’étonner (et s’indignerait presque) de ce que l’hebdomadaire a lui-même contribué à construire avec ses confrères [4] : un « personnage médiatique » aux multiples « stratégies marketing ».

Ainsi, les médias dominants font spontanément peser sur les porte-parole d’organisations politiques ou syndicales la responsabilité de leurs propres tendances à la personnalisation des enjeux et à la neutralisation des messages politiques. Manière confortable, pour une presse qui s’imagine sérieuse, de se dédouaner de pratiques peu avouables [5].

Reste que ces médias le font d’autant plus aisément que les informations dont ils disposent ont préalablement été mises en circulation et en forme par le personnage politique lui-même – en l’occurrence Olivier Besancenot – et son organisation. Aux risques et périls d’une récupération… dont se réjouit d’avance Alain Duhamel.


Récupérer la critique de la récupération

Figure d’un journalisme politique prétendument « sérieux » [6] et zélateur imperturbable de l’ordre existant, Alain Duhamel profite de son billet hebdomadaire (Libération, 8 mai 2008) pour procéder préventivement à une critique des illusions médiatiques de Besancenot.

Comme il sied à une sommité du microcosme médiatique, notre éditorialiste commence par énoncer les hauts faits d’armes qui ont fait de lui ce qu’il est : « A l’époque mérovingienne, lorsque lui-même avait été l’invité de l’émission politique phare d’alors - elle s’appelait A armes égales et c’était un duel de deux heures – le très paranoïaque ministre de l’Intérieur, Raymond Marcellin, avait apostrophé les jeunes présentateurs [dont Alain Duhamel] et les avait mis face à leurs responsabilités : s’ils confirmaient leur invitation, ils porteraient l’entière responsabilité des violences qui pourraient survenir ». En quoi il se trompait…

… Car il y a loin de la théorie à la pratique : «  En théorie, Vivement dimanche offre sans doute l’espace le plus vaste pour une prédication réussie . […] Comme Georges Marchais l’avait si bien compris, une belle et bonne émission télévisée rassemble plus de monde qu’une année de meetings. »

« En théorie », soit. Mais en pratique ? En pratique, souligne notre chroniqueur politico-mondain pour rassurer ceux qui redouteraient une contagion de la subversion, le risque est limité : « Dimanche prochain, Besancenot s’évertuera naturellement à faire passer un message politique chez Drucker, lequel ne l’en dissuadera pas. Il est douteux qu’il y trouve l’occasion d’approfondir le programme et la méthode de la révolution du XXe siècle. Les triomphes ludiques de la télévision préparent rarement les changements de société. Le Minotaure Drucker dévorera paisiblement Besancenot, ce Thésée téméraire. »

En dépit de l’emphase et des visées de son auteur, le pronostic n’est pas dénué de pertinence. Mais cet éloge de la « récupération » est à l’exact opposé de sa critique : il permet d’empocher les bénéfices d’une posture contestataire (limitée au strict minimum puisque l’emprise des médias dominants sur le débat public n’est pas discutée), tout en continuant d’assurer – avec d’autres et par des pratiques quotidiennes – la gestion et la conservation du système médiatique tel qu’il est.

Mais on peut faire encore mieux, ou pire, comme le montre l’exemple de Francis Brochet. Empruntant un costume situationniste le temps d’un édito dans le Progrès de Lyon, il profite de l’émission dédiée à Olivier Besancenot pour mettre au service d’une défense du statu quo, une crique réduite à des banalités : « Les révolutions passent, Drucker reste, résiste, Bastille imprenable. Il a débuté sous De Gaulle, et se maintiendra sans doute après Sarkozy. Il a tout vu, tout avalé, tout banalisé, héraut de notre société qui, remarquait Debord, transforme tout en spectacle, même la révolte . La télévision avait fait d’Arlette une vedette, elle a maintenant le jeune Olivier dans le rôle du révolutionnaire télégénique. Au fond, la seule révolution de notre époque, c’est la télévision  ». Vacuité et grandiloquence destinées à célébrer la domination d’un système qui ne célèbre rien tant que les critiques insignifiantes.

***

La réception médiatique d’une prestation médiatique ne suffit sans doute pas à critiquer celle-ci. Mais elle confirme les effets délétères d’une communication politique soumise aux conditions fixées par les grands médias : des effets qui ne sont pas seulement mesurables à ce qui est dit, ou à ce qui n’est pas dit, lors de telle ou telle émission.

En effet, la construction et la déconstruction médiatiques du message d’un « personnage médiatique » s’opèrent, avant et après l’émission. Dans le cas présent, l’apparition de Besancenot dans l’émission dominicale de Michel Drucker a notamment fourni à des médias généralement peu critiques à l’égard de leurs mécanismes d’imposition et d’éviction, un prétexte commode pour se faire, à peu de frais, une virginité critique. Les éditorialistes patentés ont ainsi pu camper un rôle de contestataires de commande, qui ne leur sied jamais que provisoirement. Si leurs critiques n’engagent à rien et s’ils peuvent, à ce jeu de la contestation contestée, affirmer « pile je gagne, face tu perds », c’est dans la mesure où le champ médiatique continuera demain à fonctionner selon les mêmes lois : celles-là mêmes qui permettent aux détenteurs d’un quasi-monopole du discours médiatique de prétendre au monopole du discours sur les médias.

Ugo Palheta
- Avec Ryzard Tepay (pour la lecture de L’Express)


 

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[1] Voir notamment : « Contestation des médias ou contestation pour les médias ? » et « Se servir des médias dominants sans leur être asservis ? »

[2] Jean-Baptiste Thoret , « Besancenot chez Drucker ou l’illusion de la radicalité » sur le site de Bakchich. Pour l’analyse d’un autre fait d’arme du même, voir, sur le site de Vive le feu, « Le Safari Banlieusard De Charlie Hebdo ».

[3] Patrick Champagne, « Sondages : des interprétations scientifiquement infondées et politiquement nocives ».

[4] Pour une analyse similaire à propos d’un reportage diffusé sur France 2 dans l’émission Envoyé spécial, voir « Un portrait médiatique d’Olivier Besancenot en personnage médiatique ».

[5] Pour une réflexion critique sur la « pipolisation » et l’effacement progressif du clivage entre « presse sérieuse » et « presse people », voir « Vous avez dit “ peopolisation ” : ? (1) Querelles de clocher et questions de frontières et (2) L’art du portrait selon Le Monde.

[6] Voir « Alain Duhamel et les dérives du journalisme politique : le fond sérieux contre la surface “people ” ? ».

Publié dans CRITIQUE DES MEDIAS, LE MALJOURNALISME : Le cas français | Pas de Commentaire »

Quartiers populaires et médias

Posté par issopha le 2 juin 2008

Quartiers populaires :  

comment en parler pour se dédouaner,  

  

par Colombe Schneck 

  

  

  

Olivier Poche  

Publié le jeudi 29 mai 2008  

     

 

Le 4 décembre 2007, l’émission « J’ai mes sources », animée par Colombe Schneck sur France Inter, sobrement intitulée ce jour-là « Médias et banlieue », se penchait sur… Sur quoi au fait ? Sur les rapports entre les journalistes et les habitants des quartiers populaires ? Pas du tout : sur les rapports entre les« émeutiers » et les médias à l’occasion, comme il se doit, des « événements » de Villiers-le Bel. 

Les invités, cette fois-là, avaient pourtant des choses à dire, et certains de leurs propos méritent d’être retenus. Mais ce qu’on retiendra surtout, c’est le rôle de la présentatrice, et plus généralement le dispositif de l’émission, qui ont pour conséquence, sinon pour but, de rendre très difficile, voire impossible, de tenir un discours véritablement « critique » sur le travail journalistique. Les émissions de critique des médias, florissantes, ne vont guère au-delà de la défense et illustration de l’ordre médiatique qui les abrite. 

 

La « haine » 

Les quelques phrases d’introduction, lues à l’antenne par Nicolas Demorand, donnent le ton :
- Nicolas Demorand :- « Depuis les émeutes de 2005, de nombreux journalistes ont tenté de couvrir les banlieues autrement et pourtant… “Je n’ai jamais vu ça ! Il y a une haine contre l’extérieur, policiers, pompiers, élus et nous” déplore le journaliste Luc Bronner qui couvre les banlieues pour le journal Le Monde depuis deux ans. »
 

En deux phrases, le problème est circonscrit : une « haine » indistincte (et sans doute instinctive) contre « l’extérieur » habite les banlieues, et les journalistes en sont les victimes. De quoi seraient-ils alors responsables ? Le ton est donné et le cadre est fixé, comme le confirme aussitôt Colombe Schneck :
- Colombe Schneck : – « 
Une haine contre les journalistes de la part des émeutiers qui s’est développée depuis 2005, et parallèlement, un apprentissage des techniques de manipulation des médias de la part de ces mêmes journalistes [sic, pour « émeutiers », probablement], d’abord sur cette haine contre les journalistes, Luc Bronner, vous couvrez les banlieues depuis 2005, vous l’avez vu se développer ? » 

D’emblée, la question de la contestation des médias dans les quartiers populaires est rabattue sur la haine que manifesteraient les émeutiers. Ce qui permet de construire cette opposition : d’un côté une « haine » indifférenciée (doublée de techniques de manipulation) et de l’autre les progrès uniformes du travail des journalistes. 

Cette double introduction inaugure donc l’émission par l’affirmation d’une double « évidence » – une double pétition de principe qui en dit long sur la perception du problème à traiter : la « haine » et le « progrès ». En commençant pas cette « haine », qu’on pose d’emblée comme un fait général et indiscutable – et de fait, elle ne sera jamais discutée. « Haine » d’autant plus étonnante, pourtant, qu’on postule que les choses ont bien changé depuis 2005 (on « couvre autrement ») : le traitement médiatique des banlieues – thème de l’émission, dont on devrait débattre, sur lequel devrait porter la « critique » – est bien meilleur qu’avant. La question ne portera pas sur la qualité de ce traitement, mais sur le degré et la vitesse d’évolution vers le mieux, le bien, sinon la perfection. De là cette question implicite : comment peuvent-ils être si « haineux », alors qu’on fait tant pour eux ? 

Ce cadrage, voire ce cadenassage, du « débat » par Colombe Schneck le rend tout simplement impossible, comme on peut le vérifier chaque fois que les invités ont le mauvais goût de contredire son aveuglement. C’est ce que montre assez clairement le premier échange :  

- Colombe Schneck : – « […]