Archive de la catégorie ‘MENSONGES D’ETAT’

Enquête sur le patrimoine immobilier des chefs d’État africains en France – 13 ème législature

Dimanche 29 mars 2009
Enquête sur le patrimoine immobilier des chefs d’État africains en France 13 ème législature

Question orale sans débat n° 0169S de M. Thierry Repentin (Savoie – SOC)

  • publiée dans le JO Sénat du 14/02/2008 – page 270

M. Thierry Repentin appelle l’attention de M. le secrétaire d’État chargé de la coopération et de la francophonie sur la récente enquête de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) ouverte par le parquet de Paris et faisant suite à une plainte pour « recel de détournement d’argent public » ce dont la presse nationale s’est fait l’écho. Cette enquête met en évidence l’important patrimoine immobilier de cinq chefs d’État africains ou de leur famille ainsi que les conditions d’acquisition de ce patrimoine dans notre pays, alors que la gestion financière de leur pays d’origine reste d’une grande opacité et que le luxe affiché contraste outrageusement avec les conditions moyennes de vie sur le continent africain. Il lui demande quelles suites le Gouvernement entend donner aux révélations de cette enquête policière.

Réponse du Secrétariat d’État chargé de la coopération et de la francophonie

  • publiée dans le JO Sénat du 26/03/2008 – page 1179
M. le président. La parole est à M. Thierry Repentin, auteur de la question n° 169, adressée à M. le secrétaire d’État chargé de la coopération et de la francophonie. M. Thierry Repentin. Monsieur le secrétaire d’État, je souhaite vous interroger sur la récente enquête de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière, ouverte par le parquet de Paris et faisant suite à une plainte pour « recel de détournement d’argent public », dont la presse nationale a révélé l’existence fin janvier 2008.

Cette enquête officielle met en évidence l’immense patrimoine immobilier en France de cinq chefs d’États africains – congolais, guinéen, angolais, gabonais et burkinabé – ou de leur famille, ainsi que les conditions d’acquisition, qualifiées d’« atypiques », de ce patrimoine dans notre pays.

Bien que la plainte ait été récemment classée, un reportage diffusé lundi 3 mars dernier sur une chaîne du service public a fait l’étalage de ces nombreuses et luxueuses acquisitions – plusieurs dizaines d’appartements, villas et hôtels particuliers dans les plus beaux quartiers de la capitale, à Neuilly-sur-Seine et à Nice, véhicules de grandes marques aux prix mirobolants…-, et ce alors que la gestion financière des pays d’origine de certains de ces chefs d’État reste d’une grande opacité et que le luxe affiché contraste outrageusement – c’est le moins que l’on puisse dire ! – avec les conditions de vie sur le continent africain.

À l’heure de la télévision par satellite, le monde entier a notamment pu voir dans ce récent reportage l’immense patrimoine immobilier des chefs d’État du Congo et du Gabon, deux petits pays africains producteurs de pétrole comptant respectivement 4 millions et 1,2 million d’habitants, dont 70 % de pauvres dans l’un et 60 % dans l’autre vivent avec moins d’un dollar par jour. Dans ces pays, tout manque : routes, hôpitaux modernes, électricité et eau courante…

Or, l’enquête de la police a démontré que beaucoup de ces achats, dont l’unité de compte est le million d’euros, ont été réglés par des sociétés publiques.

La même enquête aurait révélé, au-delà de ce patrimoine immobilier et du parc de véhicules de luxe, l’existence de plusieurs dizaines de comptes bancaires ouverts au profit des chefs d’État ou de leur famille.

Monsieur le secrétaire d’État, dans le contexte actuel de critique contre l’ancien système couramment appelé « Françafrique » et alors que l’exhibition de tant de richesses aux origines douteuses ne peut qu’indigner nos concitoyens et les habitants des pays concernés, je vous demande quelles suites le Gouvernement entend donner aux révélations choquantes de cette enquête policière, sachant que, si le droit international protège – je suis tenté de dire « hélas » ! – les chefs d’État en fonction, il n’en est pas de même pour leur famille.

M. le président. La parole est à M. le secrétaire d’État.

M. Alain Joyandet, secrétaire d’État chargé de la coopération et de la francophonie. Monsieur le sénateur, les faits que vous évoquez ont fait l’objet d’une enquête préliminaire, ordonnée par le parquet de Paris le 19 juin 2007.

L’enquête préliminaire a été menée en toute indépendance par l’autorité judiciaire et le dossier a été classé le 15 novembre de cette même année.

Vous comprendrez qu’il n’appartient pas au Gouvernement de s’immiscer dans le domaine judiciaire en commentant cette décision.

S’agissant plus généralement de la relation entre la France et l’Afrique, je vous invite à vous référer au discours prononcé par le Président de la République au Cap, qui fixe la ligne que suivra le Gouvernement en matière de relations avec les pays africains.

M. le président. La parole est à M. Thierry Repentin.

M. Thierry Repentin. Les conditions de la nomination, voilà quelques jours, de M. le secrétaire d’État chargé de la coopération et de la francophonie ne me laissaient pas espérer une réponse très ouverte s’agissant des relations entre la France et certains pays d’Afrique noire.

Je regrette, monsieur le secrétaire d’État, que vous vous en teniez à une réponse que je qualifierai d’ « administrative », car ce n’est pas parce que le parquet a de lui-même classé cette affaire que notre État, qui est porteur d’un message de défense des droits de l’homme à l’échelle internationale, ne doit pas se sentir plus concerné par cet étalage de luxe sur son territoire. Et lorsqu’il s’agit notamment de propriétés appartenant non pas aux chefs d’État eux-mêmes mais à leur famille, il y a, me semble-t-il, matière à investigations.

J’aurais souhaité qu’une toute petite porte au moins s’entrouvre. Ce n’est hélas ! pas le cas.

Extension du secret défense : une menace sur les pouvoirs d’investigation des juges anti-corruption

 

 

Transparence-International (France) exprime ses vives inquiétudes quant aux conséquences que pourrait avoir le projet d’extension du secret défense sur l’action de la justice en matière de lutte anti-corruption.

Un article du projet de loi de programmation militaire prochainement débattu au Parlement prévoit en effet d’étendre la protection des informations classées secret défense aux lieux susceptibles d’abriter des informations classifiées.

Sans remettre en cause le principe de la réforme, TI France indique qu’il serait possible de modifier la procédure actuelle d’une manière qui n’entrave pas la liberté d’investigation du juge.

Enquête sur le patrimoine immobilier des chefs d'État africains en France - 13 ème législature  dans LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY shim

Si le texte est adopté en l’état, le juge d’instruction, qui envisage de perquisitionner un lieu susceptible d’abriter un secret de la défense nationale – la liste de ces lieux devant être arrêtée par décret –, devra en informer préalablement le président de la Commission Consultative du Secret de la Défense Nationale (CCSDN) et lui indiquer la nature de l’infraction poursuivie, les raisons de la perquisition et l’objet de sa recherche.

En supprimant l’effet de surprise, ce projet de loi pourrait donc porter un sérieux coup aux pouvoirs d’investigation des juges, et ce, au moment même où le secret défense a pu être invoqué dans des affaires de vente d’armes où la sécurité de la nation ne semblait pas engagée. Le non-lieu prononcé dans l’affaire des frégates de Taïwan a en effet montré qu’une invocation abusive du secret défense pouvait nuire gravement à la manifestation de la vérité. Renforcer encore la procédure de déclassification représente donc un réel danger pour la poursuite et l’instruction de faits de corruption.

Pour TI France qui a travaillé sur la question dans le cadre de son groupe de travail sur le secret défense, il devrait être possible de modifier la procédure actuelle d’une manière qui n’entrave pas la liberté d’investigation du juge, par exemple en accordant à la CCSDN un recours contre les actes de saisie du juge une fois accomplis et en confiant à la CCSDN la garde des objets saisis.

En finir avec « la malédiction des ressources »

L’industrie extractive (pétrole, gaz et minerais) génère des revenus considérables. En 2006, les seuls revenus du pétrole étaient estimés à 860 milliards de dollars. Cela représente environ 1,8% du Produit intérieur brut (PIB) mondial pour cette année là et plus de la moitié des PIB additionnés des 53 pays les plus pauvres de la planète pour la même période.

Les revenus colossaux des industries extractives ont souvent alimenté la corruption, les inégalités, la stagnation économique et les conflits. Ce paradoxe a été désigné sous le nom de « malédiction des ressources ». Pour inverser ce phénomène, l’un des leviers consiste à mettre en place une gestion plus responsable et transparente des revenus générés par les industries extractives.

Transparency International et TI France se sont associées en 2002 à la campagne « Publiez ce que vous payez » qui regroupe aujourd’hui plus de 300 organisations et dont le principal objectif est d’aboutir à ce que les compagnies extractives publient, de façon systématique et transparente, le montant des taxes et redevances de toute nature qu’elles versent aux Etats des pays dans lesquels elles sont présentes.

shim dans PARFUMS DE SCANDALES

Rapport de TI sur la transparence dans les industries extractives: performances des compagnies pétrolières et gazières

shim dans POLITIQUE ET BUSINESS

shim dans SECRETS DEFENSE

Le nouveau rapport de TI « Transparence des revenus: performances des compagnies pétrolières et gazières » évalue les politiques, les systèmes de management et les performances de 42 compagnies pétrolières et gazières, dont Total pour la France, et ce dans 21 pays d’opération. Publié le 28 avril, ce rapport a été présenté à Paris le 5 mai à l’occasion d’une conférence.

En savoir plus

Sur la base de ce rapport, TI France avec la plateforme Publiez Ce Que Vous Payez – France a transmis à différents membres du gouvernement des propositions visant à renforcer la réglementation en faveur d’une plus grande transparence. Suite à la réponse de Jean-Pierre Jouyet, ancien secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, la plateforme a ensuite adressé ces mêmes propositions à la Direction générale au marché intérieur de la Commission Européenne.

Lire la lettre adressée à Jean-Pierre Jouyet

Lire la lettre adressée à la DG Marché intérieur

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Autres ressources

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Interview de Christian Mounzeo
Christian Mounzeo est coordinateur pour le Congo de la coalition Publiez ce que Vous Payez et membre du comité de direction de l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE)

TI appelle les compagnies pétrolières et gazières à plus de transparence

Les revenus colossaux des industries extractives ont souvent alimenté dans les pays producteurs la corruption, les inégalités, la stagnation économique et les conflits. Pour inverser ce phénomène, l’un des leviers consiste à mettre en place une gestion plus responsable et transparente des revenus générés par les industries extractives.

TI publie un rapport intitulé « Transparence des revenus: performances des compagnies pétrolières et gazières », qui évalue les politiques, les systèmes de management et les performances de 42 compagnies pétrolières et gazières, dont Total pour la France, et ce dans 21 pays d’opération. Il a été présenté à Paris à l’occasion d’une conférence le lundi 5 mai.

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Groupe Total: encore des progrès à réaliser

Depuis le premier rapport publié en 2005, Total a fait quelques progrès en publiant sur son site web des informations sur 4 pays d’opération. Mais des efforts doivent encore être réalisés pour hisser les pratiques de l’entreprise au niveau des meilleurs standards identifiés dans le rapport.

 

          Le rapport fait quatre recommandations clés :

  • Les compagnies devraient rendre compte, de leur propre initiative, des paiements qu’elles font aux gouvernements pays par pays, sans attendre que des lois les y contraignent ;
  • Les gouvernements, bourses et organismes de régulation devraient sans plus attendre exiger la déclaration obligatoire des informations des compagnies opérant dans leur pays et à l’étranger ;
  • Les gouvernements des pays producteurs de pétrole et de gaz devraient introduire une législation obligeant les compagnies qui opèrent sur leur territoire à déclarer tous leurs  paiements ;
  • Les organismes de régulation et les compagnies devraient se mettre d’accord pour publier des informations dans un format uniforme et accessible, qui donne à la fois des clés de compréhension et des éléments de comparaison.

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Le rapport a été présenté à Paris le lundi 5 mai 2008 à l’occasion d’une conférence intitulée « Transparence des revenus: quelles performances des compagnies pétrolières et gazières? »

Cette réunion publique, organisée par Transparence-International (France), le Secours Catholique et la plateforme française « Publiez ce que vous payez », s’est déroulée de 17h30 à 19h dans les locaux de l’ENA, 2 avenue de l’Observatoire  75006 Paris.

Programme:

- Accueil par Jacques Terray, vice-président de TI France

- Présentation du rapport par Pierre Colmant, Secours Catholique

- Intervention de Francis Perrin, Amnesty International

- Point sur la campagne « Publiez ce que vous payez » par Michel Roy, Secours Catholique, directeur du plaidoyer international

Restituer les avoirs détournés aux Etats spoliés

La restitution des avoirs détournés est l’un des enjeux fondamentaux de la lutte contre la corruption. Cette procédure, prévue par la Convention des Nations unies contre la corruption (Convention de Mérida, 2003), doit résonner comme une menace aux oreilles des cercles dirigeants afin que cessent les détournements de fonds publics.

L’adoption d’instruments internationaux dans ce sens témoigne de la reconnaissance progressive de cet enjeu. Pourtant, les processus de recouvrement menés à leur terme restent très rares. Manque de volonté politique de la part des gouvernements spoliés, insuffisance de la coopération internationale, complexité des procédures. Les explications sont multiples.

Devant tel paradoxe, la mobilisation de la société civile est essentielle. Depuis 2001, la question du rapatriement des avoirs détournés est l’une des priorités de Transparency International. De même que TI se bat pour le bon usage de l’aide internationale, le retour dans le pays d’origine des biens spoliés doit être mis à profit pour le développement de ces Etats. En aucun cas, la restitution ne doit fournir l’occasion aux nouveaux dirigeants de répéter les travers de leurs prédécesseurs.

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Action en justice de TI France : restituer aux populations les biens détournés par leurs dirigeants

TI France, conjointement avec un citoyen gabonais, a engagé une action en justice à l’encontre de trois chefs d’Etat africains pour recel de détournements d’argent public. Avec cette action, TI France entend faire progresser la question de la restitution des avoirs détournés, l’une des priorités de Transparency International.
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Dossier de La Lettre de Transparence n°34 – octobre 2007

Dossier consacré à la restitution des biens mal acquis avec, notamment, une interviention de M° William Bourdon, président de l’association Sherpa, consacrée à la plainte déposée en France pour « recel de détournement de biens publics » contre les chefs d’Etats africains Omar Bongo et Denis Sassou N’Guesso.

Télécharger La Lettre de Transparence n°34.

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« Biens mal acquis profitent trop souvent. La fortune des dictateurs et les complaisances occidentales » : rapport du CCFD

Cette étude publiée en mars 2007 par le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD), met en lumière le paradoxe actuel entre l’importance des biens mal acquis et la faiblesse des montants saisis et restitués.

Télécharger le rapport sur le site du CCFD

Engagement de TI France en faveur des droits des victimes de la corruption

En droit français, la corruption est considérée comme une infraction à la chose publique. La victime est donc la société dans son entier, et non les individus pris séparément. TI France appelle à dépasser cette approche. Doivent être considérées comme victimes, toutes les personnes, physiques ou morales, qui subissent un préjudice du fait d’actes de corruption. La priorité doit porter sur l’identification et la protection des victimes ainsi que sur les moyens de faire valoir leurs droits.

Les droits des victimes de la corruption recoupent différents thèmes, de l’assistance juridique aux victimes au droit à la restitution des avoirs détournés et à l’indemnisation du préjudice, de la protection des victimes et des témoins à la possibilité pour des associations spécialisées comme TI d’engager des actions en justice.

Cette question est aujourd’hui au centre de l’action de TI France :

  • Cet engagement s’est illustré lors du vote de la loi du 13 novembre 2007 sur la lutte contre la corruption avec la proposition d’un amendement visant à permettre aux associations spécialisées d’agir en justice au nom de victimes de la corruption.
  • Avec son action en justice à l’encontre de trois chefs d’Etat pour recel de détournements d’argent public, TI France a mis en pratique cette proposition. Une action qui concrétise également l’engagement de Transparency International en faveur de la restitution des avoirs détournés au profit des populations, principe figurant à l’article 35 de la Convention des Nations unies contre la corruption.
  • Suite à un premier colloque organisé en 2007 sur les droits des victimes de la corruption, TI France a décidé d’y consacrer un deuxième colloque, organisé le 26 novembre 2008, afin d’approfondir la réflexion et encourager le développement de travaux de recherche sur ce thème.

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Colloques de TI France sur les droits des victimes de la corruption

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Colloque 2007 : « Agir contre la corruption – Quels droits pour les victimes de la corruption ? »

TI France a organisé en 2007 son premier colloque sur les droits des victimes de la corruption. Celui-ci a été marqué par la volonté de placer au centre de la lutte contre la corruption, l’identification et la protection des victimes ainsi que les moyens de faire valoir leurs droits.
Télécharger les actes du colloque

Colloque 2008 : « Agir contre la corruption – Comportements et moyens d’action des victimes »
Pour l’édition 2008, TI France a décidé d’approfondir la réflexion sur ce sujet en s’intéressant plus particulièrement aux comportements des victimes de la corruption. La première table ronde, d’orientation sociologique, a traité de phénomènes tels que la peur et le déni comme facteurs des comportements des acteurs économiques et sociaux confrontés à la corruption. La seconde table ronde, plus juridique, a eu pour objectif, sur la base des travaux du colloque 2007, d’approfondir les réflexions sur le statut juridique et les moyens d’action des victimes de la corruption.
Télécharger le programme du colloque 2008

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Thèmes liés

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Assistance juridique aux victimes de la corruption : les dispositifs ALAC de TI
Certaines sections nationales de TI ont mis en place des centres « ALACs » (centres d’assistance juridique et d’action citoyenne) qui apportent des conseils et une assistance juridique aux victimes et témoins d’actes de corruption.
Lire la fiche sur les ALACs

Le déclenchement d’alerte éthique : un moyen d’action pour les victimes de la corruption
Les victimes de faits de corruption doivent pouvoir alerter les autorités compétentes. TI France soutient activement la mise en place de systèmes de whistleblowing correctement encadrés pour prévenir les abus et assurant une protection efficace des déclencheurs d’alerte.

Renforcer les moyens d’action de la justice

st1:*{behavior:url(#ieooui) } En comparaison à d’autres pays, la France est bien avancée sur le plan de sa législation anti-corruption. Elle pèche en revanche dans les moyens à disposition de la justice pour que les normes soient réellement appliquées. Ce manque de moyens explique, par exemple, la lenteur de l’instruction des dossiers de corruption, objet de nombreuses critiques. Une entreprise peut être condamnée pour corruption 10 ans après les faits alors même que les dirigeants fautifs ne sont plus en place.

Des lacunes existent également en matière de détection de la corruption. L’une des solutions selon TI France serait de faciliter le signalement par les tribunaux administratifs aux juridictions financières des infractions économiques dont ils ont connaissance. Les magistrats enquêtant sur des affaires de corruption doivent par ailleurs faire face à deux obstacles majeurs : l’opacité des flux financiers transitant par les paradis fiscaux et judiciaires et la complexité des procédures de déclassification des documents « secret défense ».

TI France travaille activement sur les moyens de renforcer l’action anti-corruption des magistrats :

- TI France a mis en place en 2006 un groupe de travail sur les moyens d’action de la justice en France. Les thèmes de réflexion sur lesquels le groupe travaille actuellement sont la responsabilité du déclenchement des poursuites (ministère public, victimes, associations…) et les moyens pour les juges d’avoir connaissance de faits de corruption.

- Lors du vote de la loi sur la prévention de la délinquance de mars 2007, TI France a activement milité pour l’adoption d’un amendement visant à ajouter la corruption à la liste des délits justifiant l’emploi des méthodes d’investigation réservées à la criminalité et à la délinquance organisées (infiltration, écoutes, surveillances…). Cette mesure correspond d’ailleurs à l’article 50 de la convention des Nations Unies contre la corruption. La proposition a finalement été adoptée dans la loi du 13 novembre 2007 sur la lutte contre la corruption.

- TI France suit de près la mise en œuvre du processus de dépénalisation du droit des affaires et la réforme du statut du juge d’instruction.

- Enfin, les paradis fiscaux et la procédure du secret défense font partie des principaux domaines d’intervention de TI France.

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Projet de suppression du juge d’instruction : Transparence International (France) réagit

Suite à la déclaration de Nicolas Sarkozy le 6 janvier 2009 concernant la probable suppression du juge d’instruction, TI France a publié un communiqué faisant part de ses préoccupations.
En savoir plus
Voir également l’argumentaire développé par l’AFMI (Association Française des Magistrats Instructeurs).

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Conférence de TI France – « Les moyens de la justice française face à la corruption »

TI France a organisé le 12 juin 2007 une conférence en présence de Isabelle Prévost-Desprez, vice-présidente à la 15ème chambre (Délits économiques et financiers) de Nanterre. Cette ancienne juge d’instruction du pôle financier de Paris a exposé les difficultés rencontrées par les magistrats et montré leurs conséquences sur la lutte anti-corruption.
Télécharger le compte-rendu de la conférence

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Rapport mondial sur la corruption 2007 – « La corruption dans les systèmes judiciaires »

Télécharger le résumé du rapport
Télécharger le rapport complet

Autres ressources

Communiqué de presse sur la loi du 13 novembre 2007 sur la lutte contre la corruption
Télécharger le communiqué

Usage des techniques spéciales d’enquêtes pour les délits de corruption

En amont du vote de la loi sur la prévention de la délinquance en mars 2007, TI France a adressé une lettre aux parlementaires demandant l’extension de l’usage des techniques spéciales d’enquêtes aux délits de corruption.
Lire la lettre

Paradis fiscaux et judiciaires
TI France est très active sur la question des paradis fiscaux et participe, depuis 2006, aux travaux de la plate-forme d’ONG « Paradis fiscaux et judiciaires ».
En savoir plus

Procédure du secret défense
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Le « déclenchement d’alerte éthique » ou whistleblowing

Un individu, témoin d’actes illicites dans le cadre de son activité professionnelle, peut décider d’alerter les autorités ayant le pouvoir d’y mettre fin. On parlera alors de déclenchement d’alerte éthique, ou whistleblowing en anglais – littéralement « donner un coup de sifflet ».

Transparence International France considère que les systèmes de whistleblowing, s’ils sont correctement encadrés, constituent un outil important de lutte contre la corruption. Pour qu’ils soient crédibles et efficaces, deux principes doivent guider leur mise en œuvre :

- Protéger le déclencheur d’alerte contre d’éventuelles représailles
- Encadrer leur utilisation pour prévenir les abus (dénonciations calomnieuses)

Sur ce premier point, la loi contre la corruption de novembre 2007, qui instaure la protection des déclencheurs d’alerte dans les entreprises, représente une avancée importante. TI France estime néanmoins que le dispositif français doit encore être renforcé pour la fonction publique.

La prévention des abus passe elle par la mise en place de garde-fous permettant d’exclure les plaintes malveillantes exercées par vengeance, par dépit, ou encore destinées à favoriser la concurrence.

Au sein du réseau TI, la question du whistleblowing et de la protection des déclencheurs d’alerte est envisagée de manière plus large et concerne tous ceux qui donnent l’alerte, y compris en dehors d’une activité salariée professionnelle : citoyens, journalistes, militants de la société civile…
En savoir plus sur le travail de TI sur cette question

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Rapport du groupe de travail sur le déclenchement de l’alerte éthique

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Publié en octobre 2004, le rapport « Favoriser le déclenchement d’alerte en France » fait une série de recommandations pour la mise en place d’un système dans les entreprises et les administrations. Il insiste notamment sur la protection des déclencheurs d’alerte et les moyens d’éviter les abus.

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Télécharger le rapport.

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Intervention de Pierre-David Labani lors du colloque sur les droits des victimes de la corruption

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Administrateur de TI France et rapporteur du groupe de travail sur le déclenchement d’alerte éthique, Pierre-David Labani fait le point sur les mécanismes de whistleblowing en France.

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Télécharger les actes du colloque – Table ronde n°3.

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La Lettre de Transparence a consacré plusieurs de ses articles à ce sujet

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- LLT 35 : « La protection des déclencheurs d’alerte dans la nouvelle loi », par Pierre-David Labani

Télécharger La Lettre de Transparence n°35.

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- LLT 32 : Entretien avec le professeur Antonmattei, auteur du rapport « Chartes éthiques, alerte professionnelle et droit du travail français : état des lieux et perspectives »

Télécharger La Lettre de Transparence n°32.

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- LLT 28 : « Le whistleblowing est désormais explicitement autorisé en France », document d’orientation de la CNIL

Télécharger La Lettre de Transparence n°28.

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- LLT 26 : « Déclenchement d’alerte : les expériences étrangères », suite à la publication du rapport de TI France

Télécharger La Lettre de Transparence n°26.

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- LLT 23 : « Déclencher l’alerte – Un dispositif de prévention et de lutte contre la corruption », présentation du rapport 2004 sur le whistleblowing

Télécharger La Lettre de Transparence n°23.

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Autres ressources

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Fiche technique sur le whistleblowing
Accéder à la base de données juridique

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Loi du 13 novembre 2007 relative à la lutte contre la corruption
L’article 9 renforce la protection des déclencheurs d’alerte et rend nul de plein droit tout licenciement, sanction ou mesure discriminatoire, directe ou indirecte, dont ils pourraient faire l’objet pour avoir témoigné de bonne foi de faits de corruption dont ils auraient eu connaissance dans l’exercice de leurs fonctions.

Télécharger le texte de loi.

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« Chartes éthiques, alerte professionnelle et droit du travail français : état des lieux et perspectives »
Rapport Antonmattei-Vivien remis au Ministre du travail Gérard Larcher en mars 2007

Télécharger le rapport.

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Document d’orientation de la CNIL pour la mise en oeuvre de dispositifs d’alerte professionnelle
Publié le 10 novembre 2005, ce document précise les principales règles que la CNIL recommande aux entreprises d’adopter en matière d’alertes professionnelles, pour se conformer à la loi informatique et libertés.

Télécharger le document d’orientation.

Un ressort fondamental de la lutte contre la corruption

TI France considère que la problématique des paradis fiscaux et judiciaires (ou centres offshore – ci-après « PFJ ») est sans aucun doute l’un des ressorts fondamentaux de la lutte contre la corruption. Les centres offshore, jouent en effet un rôle central dans le blanchiment d’argent, les évasions fiscales et l’absence de transparence des flux financiers.

L’argent de la grande corruption, celle du pétrole et des armes, est notamment caché dans les comptes bancaires protégés des paradis fiscaux et judiciaires. TI France participe à des actions de plaidoyer envers les pays où se trouvent les grandes places financières internationales pour les pousser à avoir la volonté politique d’identifier et de suivre à la trace les transferts de fonds, pour rendre la vie des corrupteurs et des corrompus plus difficile et plus risquée.

TI France pense que pour combattre la corruption efficacement, il faut l’attaquer au porte-monnaie, et donc accentuer la pression là où se déroulent les transferts massifs de fonds criminels : les paradis fiscaux et judiciaires. La Convention de l’ONU de Merida, en 2003, semble apporter des premières avancées potentielles en la matière (via « la récupération des biens mal acquis » par exemple).

TI a constitué en 2003 un groupe de travail sur les abus des centres financiers offshore et participe aujourd’hui aux travaux de la plate-forme d’ONG « Paradis fiscaux et judiciaires ».

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Crise financière et paradis fiscaux et judiciaires

Face à la crise financière, TI France renouvelle son appel pour un renforcement du contrôle des paradis fiscaux et judiciaires et s’attaquer ainsi au « trou noir » de la finance mondiale.
En savoir plus

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Dossier de La Lettre de Transparence n°33 – juillet 2007

Dossier consacré aux PFJ avec, notamment, une interview de M. Jean-François Thony, responsable de la lutte anti-blanchiment au FMI.

Télécharger La Lettre de Transparence n° 33.

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Brochure « Paradis fiscaux et judiciaires – Cessons le scandale ! » – avril 2007

« L’expression « paradis fiscal » évoque une île enchanteresse, avec du soleil et des palmiers, située au bout du monde et où quelques milliardaires s’enrichissent en dormant : en un mot, rien qui semble nous concerner. Mais cette vision première est à la fois trompeuse et nocive car les capitaux qui se pressent vers les paradis fiscaux sont de plus en plus importants. La moitié des flux financiers internationaux transite désormais par ces places, leurs origines sont de plus en plus variées et les conséquences de cette situation sont dramatiques à maints égards. […] »

Cette brochure a été élaborée par la plateforme d’ONG du même nom à laquelle TI France a participé. Elle propose une définition et un historique des PFJ, démontre les conséquences désastreuses de l’absence de régulation en la matière, dresse un état des lieux des initiatives existantes et formule une série de recommandations pour prévenir les dommages imputables aux PFJ.

Télécharger la brochure « Paradis fiscaux et judiciaires – Cessons le scandale ! ».

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Propositions de TI France pour mettre fin aux abus des centres financiers offshore – octobre 2003

Télécharger les propositions de TI France.

Transparence-International (France) appelle à une consultation publique sur l’encadrement des activités de lobbying au Parlement

 

 

Alors que le règlement de l’Assemblée nationale devrait être modifié en 2009 pour plus de transparence en matière de lobbying, TI France transmet ses premières recommandations visant à renforcer l’encadrement des relations entre parlementaires et groupes d’influence.

Actuellement, le lobbying est une activité ni définie, ni réglementée. Aussi, la mise en place d’une règlementation en France est plus que jamais nécessaire afin de prévenir les dérives que peut entrainer cette absence d’encadrement et de transparence.

En tête de ses recommandations, TI France demande l’ouverture d’une consultation publique à laquelle l’ensemble des acteurs concernés par ce sujet pourraient contribuer.

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A la suite de différentes initiatives de l’Assemblée Nationale sur le lobbying, son président, Bernard Accoyer, a créé en mars 2008 une délégation spéciale de l’Assemblée Nationale chargée de la question des groupes d’intérêt. Présidée par Marc Le Fur, la délégation prépare des propositions.

Dans cette perspective, TI France a adressé aux Présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat ainsi qu’au Président de la délégation spéciale chargée des groupes d’intérêt, ses recommandations demandant notamment :

- Une consultation publique ouverte à l’ensemble des acteurs concernés ;

- La création d’un organe commun aux deux assemblées, chargé, notamment, de l’accréditation équitable des différents représentants d’intérêts et du respect d’un code de bonne conduite, que les parlementaires ou les citoyens pourraient saisir en cas de doute ou de litige ;

- L’instauration d’une empreinte législative afin de rendre publiques les positions communiquées par les représentants d’intérêts qui peuvent orienter les décisions des parlementaires prises au nom des citoyens et de l’intérêt de la Nation. Cette empreinte législative doit être collective – publication de la liste des groupes d’intérêts consultés en annexe des rapports parlementaires – et individuelle – compte-rendu des activités exercées par chaque parlementaire ;

- L’élaboration d’un rapport indépendant chiffré sur le lobbying pour permettre une appréhension plus objective de l’enjeu et mieux éclairer le débat public.

Le contexte international est marqué par des prises de position en faveur d’une plus grande transparence et de règles de bonne conduite en matière de lobbying, en particulier de la part de l’Union Européenne et de la nouvelle administration américaine. La France ne peut rester à l’écart de ce mouvement. Il en va de la crédibilité de notre démocratie.

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Télécharger le communiqué de presse.

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Télécharger les recommandations de TI France.

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Lire la lettre adressée à Bernard Accoyer, Président de l’Assemblée nationale

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Lire la lettre adressée à Gérard Larcher, Président du Sénat

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Lire la lettre adressée à Marc Le Fur, Président de la délégation spéciale chargée des groupes d’intérêts

Convention de l’OCDE

 

 

En collaboration avec toutes les autres sections de TI présentes dans les pays signataires de la convention de l’OCDE contre la corruption de 1997, TI France participe tous les ans à l’élaboration d’un rapport de progrès coordonné par le secrétariat international de TI.

Ce rapport fait le point sur la transposition de la convention dans les droits internes et sur le nombre d’enquêtes, de poursuites et de condamnations lancées en vertu de ses dispositions. Ces données constituent un bon indicateur pour estimer si un Etat a réellement la volonté politique de mettre en oeuvre ses engagements.

Avec les Etats-Unis et l’Allemagne, la France fait pour l’instant partie des Etats les plus diligents. En revanche, l’absence d’application de la convention au Japon, au Royaume-Uni et au Canada, pays pourtant membres du G7, est une nouvelle fois montrée du doigt dans le dernier rapport de TI, publié le 24 juin 2008.

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Rapports d’évaluation de la mise en oeuvre de la convention de l’OCDE

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24/06/2008 – 4ème rapport de progrès sur la mise en oeuvre de la convention de l’OCDE de 1997
Accéder au rapport

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18/07/2007 – 3ème rapport de progrès sur la mise en oeuvre de la convention de l’OCDE de 1997

Télécharger le communiqué de TI France.

Télécharger le rapport de progrès (document disponible en anglais uniquement).

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26/06/2006 – 2ème rapport de progrès sur la mise en oeuvre de la convention OCDE de 1997

Télécharger le rapport de progrès (document disponible en anglais uniquement).

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07/03/2005 – 1er rapport de progrès sur la mise en oeuvre de la convention de l’OCDE de 1997

Télécharger le rapport de progrès (document disponible en anglais uniquement).

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Evaluation de la mise en oeuvre de la convention en France

Des rapports d’évaluation sur la mise en oeuvre de la convention sont élaborés pays par pays. Pour la France, un premier rapport au titre de la phase 1 a été publié en décembre 2000. Il a été suivi par deux autres rapports, au titre de la phase 2 :
Rapport sur l’application de la convention et de la recommandation de 1997 – Janvier 2004
Rapport de suivi sur la mise en oeuvre des recommandations élaborées dans le rapport 2004 – Mars 2006

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Autres ressources

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29/10/2008 – Résolution de l’Assemblée Générale de TI face à l’échec de la Grande-Bretagne à appliquer la convention anti-corruption de l’OCDE

Revenant sur le jugement de la Haute Cour de Londres rendu le 10 avril 2008 déclarant illégale la décision du Serious Fraud Office (brigade policière spécialisée dans la lutte contre la corruption) de mettre un terme à l’enquête criminelle sur BAE Systems à propos du contrat Al Yamamah en Arabie saoudite, la Chambre des Lords a validé l’arrêt de l’enquête.

Lire la résolution adoptée lors de l’AG 2008

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28/06/2006 – « Comment l’OCDE assure-t-elle le suivi de la convention de 1997 sur la corruption d’agents publics étrangers ? Bilan et perspectives  » – conférence de Patrick Moulette, chef du service de lutte contre la corruption à l’OCDE

Télécharger le compte rendu de la conférence.

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Sofremi : 18 mois ferme requis contre Pierre Pasqua

Dimanche 22 mars 2009

JUSTICE

Sofremi : 18 mois ferme requis contre Pierre Pasqua

NOUVELOBS.COM | 20.03.2009 | 16:56

Réagissez à l'article 5 réactions

Accompagnée de 18 mois de sursis, la peine requise contre le fils de l’ancien ministre de l’Intérieur, accusé d’avoir reçu illégalement 1,5 millions d’euros, a été alourdie en appel.

Pierre Pasqua aurait détourné 1,5 millions d'euros (Sipa)

Pierre Pasqua aurait détourné 1,5 millions d’euros (Sipa)

Dix-huit mois de prison ferme ont été requis vendredi 20 mars à la cour d’appel de Paris contre Pierre Pasqua, dans le procès de la Sofremi, société para-publique qui lui aurait versé indûment quelque 1,5 million d’euros.
En outre, une peine d’un an ferme a été réclamée contre l’homme d’affaires Pierre Falcone, également accusé d’avoir détourné des fonds au préjudice de la Sofremi, société vendant du matériel de sécurité à l’étranger, placée sous la tutelle de Charles Pasqua dans les années 1993-95.

400.000 euros d’amende

Si la peine réclamée pour Pierre Falcone, assortie d’un an de sursis, est identique à celle infligée en première instance, l’avocat général Denys Millet a demandé un alourdissement de celle de Pierre Pasqua, le fils unique de l’ancien ministre de l’Intérieur Charles Pasqua.
En effet, la peine requise contre lui, passe de 18 mois de prison ferme et 6 mois de sursis en première instance, à 18 mois ferme et 18 mois de sursis. De même, l’amende requise est de 400.000 euros, soit 100.000 de plus que la sentence du 11 décembre 2007.

Charles Pasqua mis en examen

Pour l’accusation, la Sofremi a versé indûment des commissions d’un total de quelque 36 millions de francs (5,4 millions d’euros), lors de quatre marchés : au Koweït, en Colombie, en Argentine et au Brésil. L’argent, versé en échange de l’obtention de ces contrats, transitait principalement par Pierre Falcone ou Etienne Leandri, un proche de Charles Pasqua décédé en 1995, via des sociétés écrans dans des paradis fiscaux.
Cet argent « était redistribué à des fins personnelles et politiques », a déclaré Denys Millet, rappelant qu’une partie avait servi au financement du Quotidien du Maire.
« Sur la demande de qui ? c’est une autre histoire », a-t-il ajouté, sans mentionner le nom de Charles Pasqua, qui ne fait pas partie des prévenus de ce procès puisqu’il est actuellement mis en examen dans ce même dossier devant la Cour de justice de la République (CJR), seule habilitée à enquêter et à se prononcer sur des faits délictueux commis par un ministre en exercice.
Lors de l’audience, Pierre Falcone a assuré n’avoir « jamais en aucune façon détourné quelque centime que ce soit », tandis que Pierre Pasqua expliquait avoir « choisi très tôt de ne pas faire de politique », allant jusqu’à « éviter » dans ses affaires le département des Hauts-de-Seine, fief de son père.
La peine la plus lourde, quatre ans dont deux avec sursis, a été réclamée contre l’un des dirigeants de la Sofremi, Bernard Poussier.

 REACTIONS D’INTERNAUTES

BADABOOM
Papa va pas être content !
Enfin, les juges s’affranchissent de cette mafiat politico-financière … mais leurs peines restent en-dessous de leurs actes (cf. génocide africain … angolagate!
La pancarte rappelant les bons et loyaux services de papa du temps de DE GAULLE est du SAC ne protège plus tous ces malfrats de gauche (soi-disant avec le fils Mitterrand) comme de droite … cf. leruisseau
21.03 à 16h06
Alerter
Catégorie »C »
Et voilà…
Et voilà encore un pauvre bougre, victime d’une « persécution judiciaire ».
Il est vraiment temps de dépénaliser, les Codes du Travail, Commerce, Marchés Publics et aussi…. le Code « Pénal ».
Fermer les Tribunaux, mettre aux pas les Procureurs Généraux, supprimer les Juges d’instruction bien trop « fouineur » et surtout le plus important……que les Juges ne se laissent plus impressionner par des réquisitions de « prison ferme », cessons cette horreur de mettre des « innocents » en détention.
Ce qui m’attriste le plus c’est ce manque de réactions de nos éminents ou imminents « juristes de gauche » à la « casse » de notre système judiciaire par Mme DATI qui garde les Sceaux, celle qui a fait fuir 22 de ses conseillers qui étaient eux des juristes de qualité.(record d’Europe pour un Ministre de la Justice).
Mais n’y aurait t-il pas des intérêts convergents avec certains hommes politiques de « gauche »?
21.03 à 13h46
Alerter
Bépé
Expatriation
Et voilà, à cause de nos juges gauchistes et revanchards, nos chers (!) riches vont plus encore penser à s’expatrier. Décidément, la France est un pays ringard où on ne peut pas s’enrichir en paix.
20.03 à 22h11
Alerter
couillon
la gavade
ca vaut le coup 1.5million ? pour 18 mois ferme ca donne envie d escroquer
20.03 à 20h34
Alerter
rififi
BAGATELLES CINEMA
Et bientôt grâce à la dépénalisation du droit des affaires, LES AMIS DE SARKOZY LES pasqua et compagnie ne seront plus inquiétés
20.03 à 17h55
Alerter

Qui sont les terroristes ? Qui terrorise qui ? Quelques mots sur l’affaire Coupat

Dimanche 15 mars 2009

Qui sont les terroristes ?, Qui terrorise qui ?

 

Par Alain Badiou, Eric Hazan, Décembre 2008

Introduction

L’ex-Préfet pasquaïen Jean-Charles Marchiani, reconnu coupable de recel d’abus de biens sociaux – pour avoir touché illégalement des commissions à hauteur de 10 millions de francs – et mis en examen pour avoir pris part à un trafic d’armes avec l’Angola, vient d’être gracié par le président Sarkozy après seulement six mois d’emprisonnement, à l’heure où Julien Coupat croupit encore en prison sans jugement, sous prétexte qu’il est simplement soupçonné  [1] d’avoir saboté des caténaires SNCF [2]. Seulement voilà, ce sabotage présumé est élevé par l’Etat sarkozyste au rang d’acte terroriste, qualification qui justifie – elle ne sert qu’à cela – toutes les mesures préventives et tous les traitements d’exception… Alain Badiou et Eric Hazan reviennent, dans le court texte qui suit, sur ce mot de plus en plus important, dont le rôle est décisif dans la pensée et la rhétorique d’État de nos sociétés dites démocratiques : le mot terrorisme.

Article

« Entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ».

C’est la définition du terrorisme dans le code pénal. Une telle entreprise, concertée et de grande ampleur, est menée sous nos yeux depuis des mois. Pour l’intimidation, les moyens sont nombreux et variés : contrôles au faciès dans la rue, rondes menaçantes des GPSR (Groupes de protection et de sécurisation des réseaux) avec leurs chiens d’attaque dans le métro, filtrage des issues des cités par la police, surveillance des banlieues depuis le ciel par des drones à vision nocturne. Sans compter l’intimidation des journalistes, menacés de perdre leur place sur appel téléphonique d’en haut.

Pour ce qui est de la terreur, la récente irruption des forces spéciales cagoulées et surarmées, à l’aube, dans un petit village de Corrèze a été filmée et photographiée, si bien que la France entière a pu imaginer l’effroi des enfants devant le surgissement de ces extra-terrestres.

On n’a pas oublié la mort de Chulan Zhang Liu, cette jeune chinoise qui s’est jetée par la fenêtre, l’an dernier, tant elle était terrorisée par un contrôle de police à la recherche de sans papiers.

Ni les adolescents qui poussent l’indiscipline jusqu’à se pendre dans leur prison.

Ni les enfants du collège de Marciac terrorisées par les chiens renifleurs.

Sans oublier la terreur des malades mentaux qui peuplent les prisons et les bancs publics par grand froid, et auxquels le chef de l’État a promis des mesures techno-médicamenteuses appropriées à la menace qu’ils représentent.

La lutte antiterroriste, avec ses sœurs cadettes que sont la lutte contre l’immigration clandestine et la lutte contre la drogue, ces luttes n’ont rien à voir avec ce qu’elles prétendent combattre. Ce sont des moyens de gouvernement, des modes de contrôle des populations par l’intimidation et la terreur. Ceux qui tiennent aujourd’hui en mains l’appareil d’État ont conscience de l’impopularité sans précédent des mises à la casse qu’ils appellent des réformes. Ils savent qu’une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine. Ils mettent en place un système terroriste pour prévenir et traiter les troubles graves qu’ils prévoient. Les événements de Grèce viennent encore renforcer leurs craintes, dont on peut penser qu’elles sont assez fondées. Car, comme il est écrit à l’article 35 de la constitution de 1793,

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

Post-scriptum

Ce texte est paru dans Politis le 24 décembre 2008. Nous le reproduisons avec l’amicale permission de ses auteurs. Le sous-titre est rajouté par le Collectif Les mots sont importants.

Quelques mots sur l’affaire Coupat

 

Que ce soit en mail ou en commentaires, je reçois beaucoup de questions sur l’affaire Coupat, et plus largement sur l’affaire des sabotages des lignes TGV, imputés à un groupuscule d’extrême gauche, et qualifiés d’entreprise terroriste.

Voici juste quelques éclaircissement généraux qu’un juriste peut apporter. Je n’ai accès à aucune pièce du dossier et me garderai de me prononcer sur la responsabilité des personnes interpellées, même si la remise en liberté de certaines et le maintien en détention d’autres peut surprendre. Mais après tout, ces sabotages ne nécessitant pas une infrastructure élaborée, il est possible que seuls certains membres y aient été mêlés. Qui vivra verra.

Voyons donc le cadre général dans lequel se déroule cette instruction, avant de voir ce qui est arrivé à Julien Coupat.

Le cadre général : les infractions terroristes.

Le code de procédure pénale (CPP) pose les règles générales applicables aux instructions. Mais d’années en années, des réformes ont ajouté à la fin du code toute une série de règles dérogatoires au droit commun, jamais au bénéfice des personnes soupçonnées, mais, bien sûr, au nom de notre sécurité, l’alibi absolu avec la protection des enfants (ceux là même qu’il faut envoyer en prison dès 12 ans).

C’est ainsi que le CPP prévoit des règles de procédure spécifiques pour :

► Les actes de terrorisme (art. 706-16 à 706-25-1).
► Le trafic de stupéfiants (art.706-26 à 706-33).
► La traite des être humains[1] (art.706-34 à 706-40).
► Les infractions sexuelles (art. 706-47 à 706-53-12).
► Les infractions en bande organisée (art. 706-73 à 706-106).

Ajoutons à cela des règles dérogatoires pour les infractions commises par les personnes morales, les majeurs protégés, les déments, en matière sanitaire, économique et financière, et de pollution maritime, et vous comprenez que les larmes qui accueillent tant chez les avocats que les magistrats l’annonce d’une nouvelle réforme du CPP ne sont pas toutes de joie et de reconnaissance éperdue.

Revenons en à notre affaire.

En l’espèce, les actes de sabotage des lignes TGV ont été qualifiées d’actes de terrorisme.

Voilà qui peut surprendre quand d’habitude, le terrorisme évoque des bombes dans les transports en commun, des avions qui explosent, ou à tout le moins, des bâtons de dynamite dans une chasse d’eau. Mais une caténaire arrachée, ça fait petit joueur. Ça perturbe le trafic mais ça ne risquait pas de tuer quiconque.

Qu’est ce que la loi entend donc par acte de terrorisme ?

En principe, un acte de terrorisme n’est pas une infraction autonome. Il s’agit d’une infraction de droit commun dont le législateur fait la liste[2], mais commises « intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ».

À ces délits viennent s’ajouter, bien qu’elles soient présentées comme des infractions autonomes, l’introduction dans l’environnement d’une substance de nature à mettre en péril la santé de l’homme ou des animaux ou le milieu naturel dans le cadre d’une entreprise terroriste, l’association de malfaiteurs[3], le financement d’une organisation se livrant au terrorisme[4], ou le fait de ne pouvoir justifier de son train de vie quand on est en relation habituelle avec des personnes se livrant à du terrorisme[5], qui sont en faits des infractions existantes aggravées ou adaptées (la dernière s’inspire du proxénétisme).

Et à quoi ça sert ?

Tout d’abord, les infractions en questions sont toutes aggravées (sauf l’association de malfaiteurs, on touche déjà le plafond de 10 ans encourus). Les destructions volontaires en réunion, qui font encourir 5 ans de prison, en font encourir sept dans le cadre du terrorisme.

En outre, en présence d’une de ces infractions, le tribunal de grande instance de Paris est compétent, en concurrence avec le parquet local du lieu de l’infraction. Cela ne veut pas dire que deux instructions vont être menées en parallèle, le code prévoit les règles de l’éventuelle transmission du dossier à Paris. Pourquoi ? Parce que les juges et avocats de province sont trop mauvais Parce que le parquet de Paris est doté d’une section spécialisée, la section C1, et de juges d’instruction également spécialisés dans la matière, et qui connaissent bien les différents réseaux, leur fonctionnement, leur mentalité. C’est notamment là-haut, sous les toits, dans la galerie Saint-Éloi, qu’a exercé pendant plus de 20 ans le célèbre juge Bruguière. Enfin, les crimes sont jugés par une cour d’assises spéciale composée de 7 magistrats professionnels sans jurés, pour mettre les citoyens à l’abri des pressions et représailles des organisations terroristes.

Au stade de l’enquête, ce sont des services de police spécialisés (par exemple la Direction Nationale Anti-Terroriste, DNAT) qui sont saisis.

Enfin et surtout, puisqu’il s’agit de votre sécurité, n’est-ce pas, les droits de la défense sont mis au congélateur. La garde à vue peut durer jusqu’à 96 heures, voire 144 heures (oui, 6 jours) en cas de menace imminente (mais une menace non imminente est-elle une menace ?), le gardé à vue n’ayant droit à s’entretenir avec son avocat qu’au bout de la 72e heure. Car c’est connu, rien ne permet mieux de lutter contre le terrorisme que de priver des suspects de leurs droits de la défense, sauf peut être une prison militaire sur un bout d’île occupée.

Je précise que s’il s’avère que le quidam placé 6 jours en garde à vue n’a rien à voir avec le terrorisme, il ne peut même pas prétendre à un mot d’excuse.

Revenons en à nos anarchosaboteurs.

On leur impute des dégradations, détériorations et destructions en réunion dans le cadre d’une entreprise terroriste (puisqu’ils ont été commis intentionnellement dans le cadre d’une entreprise individuelle ou collective (collectiviste, en l’espèce) ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur, et une association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste[6]. Ce qui lui fait encourir 10 ans de prison.

Le fait de recourir à la procédure extraordinaire des infractions terroristes dans cette affaire est contesté dans son principe par des soutiens aux personnes interpellées, et quelques juristes. Sachez qu’en droit, s’il s’avérait que les faits ne relevaient pas de cette procédure dérogatoire car l’entreprise terroriste n’est pas caractérisée (de fait, bloquer des TGV trouble-t-il gravement l’ordre public ?), les faits seraient requalifiées en infraction de droit commun, mais les poursuites n’en resteraient pas moins valables, même avec une garde à vue plus longue que le maximum légal prévu pour ces délits.

Les déboires de Coupat.

Lexpress.fr nous apprend que Julien Coupat, présenté comme le chef des anarchistes (cherchez l’erreur) reste incarcéré malgré la décision de remise en liberté du juge des libertés et de la détention.

Un juge des libertés et de la détention (JLD) a signé vendredi une ordonnance de remise en liberté à la suite d’une demande déposée par son avocate, Me Irène Terrel, à l’issue d’un interrogatoire de Julien Coupat devant le juge d’instruction chargé de l’enquête le 12 décembre.

Situation classique. Le juge d’instruction interroge le mis en examen détenu. L’interrogatoire terminé, l’avocat a aussitôt le réflexe de demander la remise en liberté, puisque maintenant que le client a été entendu, un des motifs de l’incarcérer (prévenir une collusion avec les autres auteurs ou complice) a disparu. Le juge d’instruction peut décider d’office de remettre en liberté, ou l’avocat peut le lui demander. En cas de demande de mise en liberté (dite DML), que ce soit par l’avocat ou le détenu lui-même au greffe de la maison d’arrêt, le juge doit transmettre immédiatement la demande au parquet pour connaître son avis, et soit remettre le détenu en liberté, soit s’il estime qu’il faut rejeter la requête, la transmet avec son avis au JLD dans les 5 jours de la communication de la demande au parquet. L’article nous apprend sans le dire que le juge d’instruction était contre la remise en liberté puisque c’est le JLD qui a statué, et que le parquet s’opposait lui-même à cette remise en liberté, par la procédure spéciale qu’il a utilisée pour paralyser l’ordonnance du JLD..

Le JLD a alors trois jours ouvrables pour rendre une ordonnance motivée susceptible d’appel, par le détenu en cas de rejet de sa demande de mise en liberté, soit par le parquet en cas de remise en liberté. Bien que rien n’interdise au parquet de faire appel d’un refus de mise en liberté. Si, si. C’est déjà arrivé.

Le juge avait jusqu’à lundi pour statuer, mais il n’a pas attendu jusque là et vendredi, il a signé une ordonnance de remise en liberté. Le parquet n’est pas d’accord, le détenu n’étant pas un dignitaire d’une dictature amie de la France (qui a dit “pléonasme” ?) mais un simple citoyen français (anarchiste, certes mais citoyen quand même).

Le jeune homme de 34 ans n’a cependant pas été remis en liberté, le parquet ayant pris un référé-détention contre la décision du JLD. Cet appel doit être examiné mardi par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris, selon l’une de ces sources.

Référé détention ? Qu’est-ce donc, me demanderez-vous ?

En 1996, dans un de ces moments de grâce où une majorité de l’assemblée réalise l’importance des droits de la défense (c’était suite à l’affaire Botton…), a été institué une procédure de référé liberté. Quand un juge des libertés et de la détention place quelqu’un en détention, la personne concernée ou son avocat peut immédiatement faire appel et demander que le président de la chambre de l’instruction examine dans les trois jours ouvrables la demande. Il peut décider de remettre le détenu en liberté, ou renvoyer l’affaire devant la chambre de l’instruction dans le cadre de l’examen ordinaire de l’appel. Notons que c’est, à ma connaissance, la seule procédure d’appel qui peut se former immédiatement devant le juge qui vient de rendre la décision. Je vous garantis l’effet pour plomber l’ambiance. C’est l’article 187-1 du CPP.

En 2002, dans un de ces moments de disgrâce qui suit une campagne présidentielle sur le thème de l’insécurité, la même majorité va adopter la procédure inverse : le référé-détention. L’hypothèse est celle d’un JLD qui remet en liberté contre les réquisitions du parquet. Le JLD doit alors notifier sa décision au parquet qui a quatre heures pour faire appel en demandant un examen immédiat de cet appel. La logique aurait voulu que ce soit le président de la chambre d’instruction qui examine ce référé détention, tout comme il examine les référés libertés. Ce sera donc le premier président de la cour d’appel qui s’y collera. Des mauvaises langues, dont je ne suis certainement pas, vous me connaissez, diront qu’un premier président de cour d’appel est à un niveau tel de la hiérarchie (qu’on appelle hors hiérarchie, c’est dire…) que toute possibilité de promotion, qui ne peut se faire qu’en Conseil des ministres, suppose d’être bien vu par le gouvernement en place, donc rend plus… vigilant sur la teneur des décisions politiquement sensibles qu’il pourrait prendre. Heureusement, je ne suis pas mauvaise langue. C’est donc juste une simple incohérence législative.
Le premier président doit statuer au plus tard le deuxième jour ouvrable suivant la demande. Articles
148-1-1 et 187-3 du CPP.

Pour en revenir à notre ami qui n’aime ni l’économie de marché ni les caténaires (ce dernier point étant toutefois contesté), la décision de remise en liberté est paralysée par un référé détention qui doit être examiné mardi au plus tard. Cela provoque, et on la comprend, l’ire de son avocat. Las, soit la douleur l’égare, soit ses propos ont été mal compris par le journaliste.

« Il devrait être libre à l’heure où je vous parle », a affirmé son avocate, dénonçant cette « procédure exceptionnelle qui n’a pas lieu d’être ». « Tout est bloqué par un référé-détention, ce n’est pas normal. Julien Coupat a des garanties de représentation », a-t-elle estimé. « Un référé-détention à la veille de Noël, ça va trop loin, c’est lamentable », a déploré Me Terrel.

Un référé détention est aussi exceptionnel qu’un référé liberté. C’est une voie de recours tout à fait légale ouverte au parquet quand il le souhaite. Dieu sait que c’est frustrant pour un avocat de la défense de sauter sur le fax, lire « Ordonnance de remise en liberté », crier « Youpi », feuilleter les pages et tomber sur un avis de référé détention. Ça met une claque. Il demeure, c’est légal. Et c’est normal que tout soit bloqué par ce référé détention : c’est le but du référé détention. Et aucun texte ne s’oppose à ce qu’il soit exercé la veille (ou l’avant-avant-avant-avant-avant-veille de Noël, c’est pareil, ne jouons pas sur les mots) de Noël.

Voilà les quelques lumières que je puis apporter sur cette affaire. Je me garderai bien, j’insiste, de me prononcer sur le fond, et vous prierai de respecter cette même réserve en commentaire. L’instruction est en cours et nous ne savons rien ou si peu de son contenu. Entre ceux à ma droite qui crient au loup au couteau entre les dents, et ceux à ma gauche qui crient au coup monté contre d’innocents rêveurs qui pensent que la lutte contre l’économie de marché commence en ouvrant une épicerie dans le Limousin, je n’ai aucune envie de trancher et là n’est pas l’objet de ce billet.

Notes

[1] Rien à voir avec la production de lait maternel, il s’agit du proxénétisme.

[2] Les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l’intégrité de la personne, l’enlèvement et la séquestration ainsi que le détournement d’aéronef, de navire ou de tout autre moyen de transport, les vols, les extorsions, les destructions, dégradations et détériorations, ainsi que les infractions en matière informatique ; les infractions en matière de groupes de combat et de mouvements dissous ; les infractions en matière d’armes, de produits explosifs ou de matières nucléaires, le recel du produit de ces infractions ; les infractions de blanchiment et même les délits d’initié. Art. 421-1 du Code pénal.

[3] Ajouté par une loi votée au lendemain des attentats de 1995.

[4] Ajouté par une loi votée au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.

[5] Ajouté par une loi votée au lendemain de l’attentat de Bali.

[6] Le fait de participer à un groupement formé ou à une entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d’un des actes de terrorisme mentionnés aux articles précédents. Article 421-2-1 du code pénal

Les images pour le dire :: On l’a échappé belle

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Commentaires

1. Le samedi 20 décembre 2008 à 19:06, par DuasHabetEtBenePendentes

au moins, maintenant, on y voit plus clair que dans l’anus de Vittorio de Fillipis …

2. Le samedi 20 décembre 2008 à 19:31, par yves

C’est dommage que ça soit pas un journaliste, on aurait eu droit aussitôt à une anonce de réforme du référé-détention.

3. Le samedi 20 décembre 2008 à 19:41, par Escualdifargo

Et moi qui croyais que le juge Bruguière, après une impressionnante carrière politique, avait fait ses valises de la magistrature.

Eolas:
En effet, mais en 20 ans, sa présence a à ce point imprégné les murs que c’est comme s’il était encore là.

4. Le samedi 20 décembre 2008 à 19:55, par Basile Starynkevitch

Maitre Eolas,

J’ai cru déduire de vos explications que n’importe quel policier (s’il est autorisé à mettre quelqu’un en garde à vue) pourrait garder à vue n’importe quel quidam pendant 6 jours en prétextant une affaire de terrorisme…. J’ai surement mal compris…?

Donc ma question est: est-ce la seule conscience professionnel du policier ou gendarme qui l’empêche d’abuser du qualificatif d’affaire terroriste?

Par exemple, pourquoi le vol du scooteur du fils du Chef des Armées (et de l’Etat, je veux dire le Président de la République) n’est pas une affaire de terrorisme? Est-ce juste le sens du ridicule qui a empêché un policier ou un juge de le qualifier comme tel, ou il y a d’autres raisons?

5. Le samedi 20 décembre 2008 à 19:55, par Ferdydurke

Bonsoir,

J’ai -bien évidemment- souri à l’évocation du « chef des anarchistes ». Je me permets de revenir sur ce point au risque ( ou conscient… ) d’être hors sujet. Quand un encadrement ou un chef est nécessaire, afin de conduire une mission ou de structurer une organisation, les anarchistes pratiquent le mandat impératif.

Ils choisissent une personne (en général via la méthode du consensus) en fonction de ses compétences et de ses aptitudes, le temps d’accomplir une mission précise et délimitée, assortie d’un ensemble de consignes auxquelles il ne peut déroger, avec obligation de rendre des comptes et le retrait du mandat si ses termes ne sont pas respectés. Une sorte de chef de projet en mode collaboratif, le mandat n’étant pas assujetti à un quelconque statut professionnel du type cadre.

Le mandat impératif est à rapprocher de l’idée de souveraineté populaire définie par Rousseau dans le Contrat Social.

A titre d’exemple, c’est sur ce principe que la colonne Durutti fut commandée par Buenaventura Durutti durant la guerre d’Espagne et que se pratique l’autogestion en entreprise, au Lycée Autogéré de Paris, ou à l’école Bonaventure

Pour tenter de sauver ce commentaire du billot pour cause de hors-sujet, je le conclue par un peu de Droit (je demande votre grâce, Maître) en ajoutant que la Constitution Française déclare que le mandat impératif est nul… Tiens, tiens… Pourquoi ne suis-je pas étonné à l’idée que les parlementaires n’aient ni souhaité que leur mission fut définie et contrôlée ni risqué la perte de leur statut s’ils ne l’accomplissent pas au quotidien ?

6. Le samedi 20 décembre 2008 à 20:00, par Ferdydurke

Je le conclue conclus… Pardon…

7. Le samedi 20 décembre 2008 à 20:55, par Lûciole

Pas tout à fait un hors sujet mais plutôt une disgression : j’avais tiqué sur votre « sauf peut être une prison militaire sur un bout d’île occupée » parce qu’il me semblait que la base militaire de Guantánamo était en fait implantée suite à une location. Après quelques recherches, elle se monte en effet à 4 085 dollars par an depuis le 23/02/1903, payée par chèque (que Fidel Castro n’a encaissé qu’une seule fois, en 1959 pour être précise.) Mais cette « location » résulte du « Platt Amendment » qui a été incorporé de force dans la constitution cubaine (les troupes américaines occupaient alors militairement l’île, ce qui a dû aider à signer en bas à droite, merci). Donc on peut dire « occupée », par raccourci.

8. Le samedi 20 décembre 2008 à 20:59, par El Re

Excellent billet, je tiens cependant à ajouter, lorsque vous écrivez « le chef des anarchistes (cherchez l’erreur) », qu’il existe des courants anarchistes extrêmement organisés, et hiérarchises, au contraire de la connotation commune du mot, cette remarque ironique n’a donc pas lieu d’être… Merci encore pour votre billet instructif (ah ah ah).

9. Le samedi 20 décembre 2008 à 21:39, par EPR

Ah, la notion de « bande organisée »… Qui permet, parfois, de doubler les sanctions pour certains délits. Parmi lesquels, la contrefaçon de brevet. Or, il arrive que des brevets soient contrefaits par des entreprises tout à fait respectables et cotées en bourse. Peut-on les qualifier de « bandes organisées »? Parfois, le « tout répressif » devient ridicule…

10. Le samedi 20 décembre 2008 à 21:39, par EPR

Ah, la notion de « bande organisée »… Qui permet, parfois, de doubler les sanctions pour certains délits. Parmi lesquels, la contrefaçon de brevet. Or, il arrive que des brevets soient contrefaits par des entreprises tout à fait respectables et cotées en bourse. Peut-on les qualifier de « bandes organisées »? Parfois, le « tout répressif » devient ridicule…

11. Le samedi 20 décembre 2008 à 22:01, par Fabien

Je signale aux pas couche-tôt que Gérard Coupat, père dudit Julien, fait partie des invités de Laurent Ruquier ce samedi 20 décembre (diffusion vers 23h15 sur France 2, l’enregistrement ayant eu lieu jeudi). Parmi les éléments de la bande organisée, les amateurs reconnaîtront la potentiellement dangereuse Arlette L., ancienne employée du Crédit Lyonnais, aujourd’hui retraitée, qui a plusieurs reprises a tenté de prendre le pouvoir en France.

Eolas ne nous explique pas deux points qui me tarabustent :

- primo : comment se fait-il que le dossier de Julien soit examiné, et pas celui de Yldune, sa compagne ?

- deuxio : à propos de l’admirable, que dis-je de l’inoubliable Jean-Louis Bruguière, qui me fit en son temps l’insigne honneur de m’exclure de ses points-presse aux Antilles (de facto, tous ses off se trouvaient dans les colonnes du Monde, puisqu’il refusait la présence du représentant de ce quotidien à l’époque prestigieux), comment se fait-ce que le régime de DPS leur soit appliqué ? la circulaire de 2007 ne le prévoit pas expressément. Du temps de Bruguière, c’était surtout à l’encontre des Guadeloupéens, mais il y a eu l’amnistie du 3 juillet 1989 depuis, amnistiant les Antillais, les Corses… et les Cégétistes ! Par surcroît, s’agissant de deux personnes de sexe opposé, elles se trouvent par essence isolées, chacune dans une prison.

12. Le samedi 20 décembre 2008 à 22:11, par Citoyen mitoyen

Maître, juste pour vous signaler que la DNAT n’existe plus. Il s’agit désormais de la sous-direction anti-terroriste (SDAT) rattachée à direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).

Sinon, il y a aussi l’unité de coordination de la lutte anti-terroriste (UCLAT), basée dans le nouveau bâtiment du renseignement intérieur (DCRI) et qui synthétise toutes les actions entre les différentes directions (police, gendarmerie, douanes, DCRI, DGSE)

13. Le samedi 20 décembre 2008 à 22:27, par Cobab

Et quand ils n’ont pas de bande, ils l’inventent, comme dans le cas qui nous occupe : la « mouvance » a été inventée pour relier deux affaires séparée (possession de fumigènes dans un cas, de plans de prison pour mineurs dans un autre) ; ainsi pour relancer l’instruction il suffit de serrer un anar au hasard sur la base de ceci, et on peut éviter indéfiniment le procès.

(Pour ceux qui n’iraient pas ouvrir : c’est une note de la direction des affaires criminelles et des grâces, demandant « d’informer dans les plus brefs délais la section anti-terroriste du parquet de Paris pour apprécier de manière concertée l’opportunité d’un dessaisissement à son profit » pour les affaires « susceptibles d’être attribuées à la mouvance anarcho-autonome ». Sont visés, outre des « actions violentes » non précisées, des actes tels que vol à main armée, jets d’engins incendiaires sur des bâtiments publics, et, crime suprême, des inscriptions réalisées sur des bâtiments publics…

Écrire« Des papiers pour tous » sur un mur peut donc dorénavant entraîner l’application des lois d’exception décrites céans — surtout si on est en relation avec une personne elle-même soupçonnée de tenir une épicerie sans posséder de téléphone portable. On en est là.

Eolas:
Merci de respecter ma consigne de ne pas aborder le fond de l’affaire. Puisque vous voulez jouer à ce petit jeu, se baptiser comité invisible rend malvenu à nier par la suite qu’il y ait une quelconque mouvance collective.

14. Le samedi 20 décembre 2008 à 22:32, par Gilbert

{{Cela provoque, et on la comprend, l’ire de son avocat. Las, soit la douleur l’égare, soit ses propos ont été mal compris par le journaliste. « Il devrait être libre à l’heure où je vous parle », a affirmé son avocate, dénonçant cette « procédure exceptionnelle qui n’a pas lieu d’être ». « Tout est bloqué par un référé-détention, ce n’est pas normal. Julien Coupat a des garanties de représentation », a-t-elle estimé. « Un référé-détention à la veille de Noël, ça va trop loin, c’est lamentable », a déploré Me Terrel.}}

Je crois que vous vous méprenez sur les compétences professionnelles de votre consœur Irène Terrel. Vous savez très bien que lorsque des avocats répondent aux journalistes, ce n’est pas toujours pour délivrer une leçon de droit. M° Terrel sait parfaitement que la procédure maintenant Coupat au ballon est légale. Et ce n’est pas le genre a être égarée par l’émotion. Donc, soit c’est une réaction de personne humaine voulant faire partager au public un sentiment d’injustice (dans ce genre d’affaires, le rôle du comité de soutien et l’opinion publique, ça compte énormément), et dans ce cas il ne faut pas prendre sa déclaration bêtement au premier degré. Soit effectivement, c’est le journaliste qui n’a pas bien compris. Il

Il faut rappeler qu’un juge anti-terroriste comme le juge Thiel, qu’on ne peut pas soupçonner de laxisme, au même titre que les redoutables Irène Stoller ou Laurence Levert, ses anciennes collègues, critique (notamment dans cette interview dans Libération) à propos de ce sabotage, la propension de l’Etat, des politiques et du parquet à «étendre de façon insidieuse la notion de terrorisme».

15. Le samedi 20 décembre 2008 à 22:42, par Cobab

@ Fabien : le rapport d’interrogatoire, qui a « mystérieusement » filtré dans la presse, apporte peut-être des éléments de réponse à votre deuxio ; Julien et Yldune n’ont rien, mais vraiment rien dit aux policiers. pendant 96 heures. C’est je crois ce que vise le « contrôleur général, responsable de la lutte antiterroriste » Ch. Chaboud, quand il parle à Libé (11/12) de leur « attitude » (qui, associée à leur « mode de vie », « expriment leurs vélléités terroristes »). Il n’est pas impossible qu’on leur fasse payer cette « attitude ».

Eolas:
Ils n’ont rien dit durant 96 heures ? Bravo. C’est le seul moyen de faire échec à l’interdiction de fait de l’entretien avec un avocat. Mais ça a un prix : si on ne dit rien aux policiers, on est sûr d’aller voir un magistrat tout aussi curieux qu’eux. Et là encore on a le droit de se taire. Et celui-ci de demander le placement en détention en attendant un futur interrogatoire.

16. Le samedi 20 décembre 2008 à 22:58, par Axonn

@ Eolas

Petite erreur : On leur impute des dégradations, détériorations et destructions en réunion dans le cadre d’une entreprise terroriste (puisqu’ils ont été commis intentionnellement dans le cadre d’une entreprise individuelle ou collective (collectiviste, en l’espèce) ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur, et une association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste6.

Deux parenthèses ouvertes, une seule fermée — et d’ailleurs ouvrir une parenthèse dans une parenthèse ça tient du délire de matheux.

17. Le samedi 20 décembre 2008 à 22:59, par yellowrose

Maitre Eolas a écrit « de fait, bloquer des TGV trouble-t-il gravement l’ordre public ? »

Certainement. Un train TGV, 8 wagons, circa 100 personnes/wagon, cela fait 800 personnes. J’étais à la gare du Nord ce 8 décembre à attendre le TGV pour Cologne, 3 heures debout, dans un hall de gare ou il y avait facilement trois mille personnes, debout, puisque ce hall dispose en tout et pour tout d’une douzaine de places assises.

Le premier train parti pour Cologne à 14:55 n’était pas le mien, mais « nominal » à 11:55 – je me suis jetée dans le wagon bar, c’était mon unique chance d’une place assise pour 4 heures de trajet (la distance Paris – Cologne est de 480 km, cela prend 4 heures en Thalys, et 6 en train ordinaire qui faisait cela en 1969 – inimaginable de rouler aussi lentement en XXI siècle). Dans mon Thalys les gens ont été assis par terre dans les wagons. Bien sûr le wagon-bar n’a pas fonctionné, donc si vous n’aviez pas votre bouteille d’eau, vous pouviez avoir soif longtemps. Arrivée à Aachen, on nous a dit que le Thalys étant en retard, il n’avait pas le droit de circuler en Allemagne, et nous avons été invités de changer vers un train régional (roulant à la vitesse RER omnibus) pour Cologne. Je suis arrivée sur place à 19:30. Sans rien savoir ni sur la raison du retard, ni sur les horaires de mon train, ni sur l’heure d’arrivée à Cologne – très pratique pour les gens qui m’attendaient … . Pour compléter ce désastre – les gens en Allemagne n’avait aucune information par téléphone ni chez DB ni chez Thalys, rien sur les raisons de retards, rien sur les trains annulés, zéro sur les trains à l’arrivée.

Eolas:
Vous caractérisez fort bien le trouble grave à l’ordre de départ des trains et l’atteinte à la tranquillité nerveuse des clients de la SNCF. Mais la terreur et l’intimidation sont absentes et l’ordre public est intact, sauf à confondre l’intérêt privé d’un établissement public industriel et commercial avec l’ordre public.

18. Le samedi 20 décembre 2008 à 23:02, par Fabien

@ Cobab,

C’est certain qu’écrire des bouquins (même si celui-ci, que j’avais annoncé du temps où N. Sarkozy était à l’Intérieur n’est pas nécessairement co-écrit par Coupat) ou tenir une épicerie c’est avoir un mode de vie sortant de l’ordinaire.

Je n’ose pas imaginer les ravages que ferait ce génial contrôleur général dans mon quartier, où vivent les parents de Yldune. C’est bourré d’artistes, de petites librairies, et d’épiceries…

J’apprécie le sens de la litote (Il n’est pas impossible qu’on…), mais j’apprécie moins ce genre de foutage de gueule de la part des plus hautes autorités. Et de certains de mes confrères. Victor Hugo (le député) disait à la tribune «… et dans « confrères », il y a frères », mais on trouve peu d’écho à la revendication allemande ; or le dernier convoi Castor arrivé en retard en Allemagne le fut le 12 novembre, soit après le 11 novembre, jour de la vingtaine d’interpellations (dont une près de chez moi, je vous dis que c’est dangereux) qui donna lieu à dix gardes à vue et neuf mises en examen.

19. Le samedi 20 décembre 2008 à 23:02, par yellowrose

8 novembre ! (pas décembre), desolée pour le typo.

20. Le samedi 20 décembre 2008 à 23:08, par PrometheeFeu

@Eolas: S’il vous plais cher Maitre (ou l’un(e) des autres colocs) vous nous feriez un billet sur la garde a vue. Parce que franchement, a vous lire, si cela chante un proc, il peu vous coller en garde a vue pendant 6 jours (Ou tout du moins 3), et si il s’avère qu’en fait il n’y avait aucune raison de le faire (au moment de prononcer la GAV, je ne cautionne pas le raisonnement post hoc) et bien tant pis pour vous, vous n’aviez qu’a pas avoir l’air louche. J’espère que je me trompe.

21. Le samedi 20 décembre 2008 à 23:23, par Sans pseudo

PrometheeFeu, déjà fait : http://maitre-eolas.fr/2007/05/29/630-garde-a-vue

22. Le samedi 20 décembre 2008 à 23:58, par Derek

Avec tout le respect que je vous dois, Maître, on dit une caténaire.

23. Le samedi 20 décembre 2008 à 23:59, par Paul

@ Eolas : votre billet eût été parfait si vous aviez expliqué plus en détail le processus de qualification des faits (celui-là même qui rendent possibles les 6 jours de détention etc.). Car il semble que le législateur donne un arsenal aux juges, qui l’utilisent tout de même avec parcimonie… (Que risque un juge qui qualifierait de terrorisme un délit « normal » ? Y a t-il pour autant abus caractérisé de l’utilisation de cette qualification ?)

Eolas:
La loi est muette sur le processus de qualification. C’est le procureur en charge de l’enquête qui décide de basculer sur cette procédure, généralement au stade de l’enquête préliminaire (les flagrances sont rares en matière de terrorisme). La loi ne prévoit aucune sanction en cas de qualification erronée. Il en irait je pense différemment dans l’hypothèse, d’école car jamais réalisée à ce jour, où le parquet invoquerait une qualification terroriste pour profiter de la garde à vue rallongée et éloigner l’avocat en sachant pertinemment que les faits n’ont rien à voir avec le terrorisme. L’atteinte aux droits de la défense vicierait la procédure.

24. Le dimanche 21 décembre 2008 à 02:06, par Babette

@yellowrose Un petit truc qui me chiffonne : pas une journée sans que l’on n’entende parler de rupture de caténaire et de ces centaines, de milliers, de gens bloqués dans des TGV. Quid de la responsabilité de la SNCF qui, avec ces rupture inopinées, met chaque année, des milliers de gens en danger, surtout bien évidemment les bébés et les vieillards comme on dit dans le journal. C’est bien ce qu’affirme la ministre de l’Intérieur à propos de ces ruptures de caténaires. Ne faudrait-il enfermer ses dirigeants pour leur coupable négligence ? Ne trouvez-vous pas bizarre le silence de la SNCF sur cette affaire ? Deux lampistes en taule. Passez, muscade ! Fastoche, non ?

Eolas:
« Pas un jour… » ; vous ne croyez pas que vous exagérez un peu ? En outre, les sabotages sont dans cette affaire caractérisés. Si votre théorie est que la SNCF ourdit un complot avec la complicité du gouvernement pour jeter en prison des opposants innocents en leur imputant des actes de sabotages pour couvrir un défaut d’entretien du réseau ferré qui soit dit en passant ne lui appartient pas, vous souffrirez que je ne vous suive pas sur cette sente un peu trop tortueuse à mon goût.

25. Le dimanche 21 décembre 2008 à 02:14, par jul

Une petite épicerie tapie dans l’ombre Très bon moment de radio sur cette affaire par Daniel Mermet et son équipe: ici

26. Le dimanche 21 décembre 2008 à 02:15, par jul

le lien n’a pas marché …… le revoilà: http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1567

27. Le dimanche 21 décembre 2008 à 02:32, par Logos

@ Basile :D ’abord vous avez raison, n’importe quel policier ne peut pas placer en garde à vue. Ca doit etre un officier de police judiciaire. Ensuite, si un policier peut placer un individu en garde à vue, celle ci est de 24 heures. Sa prolongation doit être autorisée par le parquet (Art 63 & 77 CPP). Dans le cadre des infractions terroristes, les prolongations de 24 heures supplémentaires doivent etre autorisé, sur requête du parquet, par le Juge des libertés et de la détention ou le Juge d’instruction (Art 706-88 CPP).

28. Le dimanche 21 décembre 2008 à 04:40, par Marcel

Je ferais toujours le même reproche. Que le législateur donne des sens démesurément vagues (donc larges) aux mots, et offrent un arsenal démesurément privatif de liberté aux juges, c’est pas joli-joli, mais enfin, on pourra dire que c’est pour parer à toutes les situations. Ce qui me choque, c’est cette capacité inouïe des juges à manquer de discernement, à appliquer les possibilités offertes par la loi avec nettement plus de zèle que le minimum exigé par les textes, et quitte à faire dans l’injustice flagrante. Que les juges aient la possibilité de qualifier tout et n’importe quoi de « bande organisée » les oblige-t-il à le faire dans des circonstances où c’est manifestement du n’importe quoi, comme l’a montré et même démontré Cobab ?

On a parfois l’impression désagréable que les juges ne sont pas les derniers à représenter un risque démesuré pour les libertés individuelles sous des prétextes de « sécurité » et de « protection de l’enfance » ostensiblement fallacieux. (et dans le deuxième cas, je rajouterais « d’autant que les juges ne sont pas les derniers à enfermer des enfants aussi jeunes que le permet la loi tout en faisant la morale aux prévenus accusés d’avoir nui à leur bien-être »).

29. Le dimanche 21 décembre 2008 à 07:10, par machin

 »17 Le samedi 20 décembre 2008 à 22:59, par yellowrose

Maitre Eolas a écrit « de fait, bloquer des TGV trouble-t-il gravement l’ordre public ? »

Certainement. ….. Dans mon Thalys les gens ont été assis par terre dans les wagons. Bien sûr le wagon-bar n’a pas fonctionné, donc si vous n’aviez pas votre bouteille d’eau, vous pouviez avoir soif longtemps…. . Pour compléter ce désastre – les gens en Allemagne n’avait aucune information »

Ouf !! j’ai cru un moment que vous relatiez d’autres voyages en train Relativisez, voulez vous ?

30. Le dimanche 21 décembre 2008 à 07:18, par Citoyen mitoyen

l’article 421-1 du code pénal définit le terrorisme comme suit :

« Constituent des actes de terrorisme, lorsqu’elles sont intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur, les infractions suivantes :

1° Les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l’intégrité de la personne, l’enlèvement et la séquestration ainsi que le détournement d’aéronef, de navire ou de tout autre moyen de transport, définis par le livre II du présent code ;

2° Les vols, les extorsions, les destructions, dégradations et détériorations, ainsi que les infractions en matière informatique définis par le livre III du présent code ;

3° Les infractions en matière de groupes de combat et de mouvements dissous définies par les articles 431-13 à 431-17 et les infractions définies par les articles 434-6 et 441-2 à 441-5 ;

4° Les infractions en matière d’armes, de produits explosifs ou de matières nucléaires définies par les 2°, 4° et 5° du I de l’article L. 1333-9, les articles L. 2339-2, L. 2339-5, L. 2339-8 et L. 2339-9 à l’exception des armes de la 6e catégorie, L. 2341-1, L. 2341-4, L. 2342-57 à L. 2342-62, L. 2353-4, le 1° de l’article L. 2353-5, et l’article L. 2353-13 du code de la défense ;

5° Le recel du produit de l’une des infractions prévues aux 1° à 4° ci-dessus ;

6° Les infractions de blanchiment prévues au chapitre IV du titre II du livre III du présent code ;

7° Les délits d’initié prévus à l’article L. 465-1 du code monétaire et financier. »

-

L’article 450-1 définit l’association de malfaiteurs comme suit :

« Constitue une association de malfaiteurs tout groupement formé ou entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d’un ou plusieurs crimes ou d’un ou plusieurs délits punis d’au moins cinq ans d’emprisonnement. »

-

Dans le livre III, l’article 322-3-1, 1° définit la destruction, la dégradation ou la détérioration « en réunion » : « Lorsqu’elle est commise par plusieurs personnes agissant en qualité d’auteur ou de complice »

-

Le Parquet les a donc accusés d’avoir constitué une « association de malfaiteurs » et d’être responsables de « dégradations en réunion », le tout « en relation avec une entreprise terroriste ».

Dans cette affaire, la destruction, la dégradation ou la détérioration en réunion est avérée, et le fait que cette infraction soit punie de – pile-poil – 5 ans permet d’évoquer l’association de malfaiteurs.

En revanche, l’évocation du terme terrorisme (intimidation, terreur) tient de la fantasmagorie, alors on préfère parler « d’actes à vocation terroristes » (d’où ils sortent ça ?) ou encore « d’actes en relation avec une entreprise terroriste » (oui mais laquelle ? la leur ?).

Une mouvance ultra-gauche vivant en marge de la société (traduisez « ennemi du pouvoir »), animée par des personnes sur-diplômées et sur-cultivées (traduisez des « cerveaux »), les uns qui sont repérés par le FBI dans une manifestation à New York, d’autres qui font des voyages au Brésil ou dans le nord de la Sibérie (traduisez « organisation internationale »), et vous obtenez des terroristes.

Aussi, histoire de sortir de la redondance de la plupart des médias, je vous invite à regarder les 4 vidéos (env. 30 mn) réalisées par Médiapart (vive le journalisme debout). Benjamin Rosoux et Mathieu Burnel, tous deux désignés par la police comme faisant partie du « premier cercle » de la Cellule invisible, se sont longuement confiés sur leur mésaventure. Ils parlent ainsi de l’opération Taïga dont ils ont été la cible, ils parlent de leur arrestation par les hommes de la sous-direction anti-terroriste (SDAT) et les gendarmes de Limoges, de leur garde à vue dans les locaux de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) à Levallois-Perret , sans oublier le roman rapport rédigé par la Sdat qui révèle la parano ambiante.

Eolas:
L’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste n’est pas soumise au minimum encouru de 5 ans, c’est une infraction autonome. Et si des personnes interpellées disent à médiapart qu’elles sont innocentes, c’est que ça doit être vrai.

Enfin, sans vouloir diminuer le mérite des mis en examen, ils sont loin d’être sur-diplômés (il est doctorant à l’EHESS, c’est très bien, mais sur-diplômé… pour tenir une épicerie en Corrèze, soit, mais il n’a même pas eu sa thèse, et je ne suis pas sûr qu’il s’y prenne comme il faut pour l’obtenir) et sur-cultivés (la culture suppose une ouverture d’esprit dont la lecture de Tiqqun révèle l’absence).

31. Le dimanche 21 décembre 2008 à 07:20, par cyclomal

Pas de réaction brutalement pro « sévère mais juste application de la loi qui nous protège tous et pis on verrait si ç’avait été vous dans le TGV avec un enfant maladandicapé et le rôti au four », bizarre, non? L’opinion, cette catin, serait-elle saisie d’un doute ou occupée à faire ses grasses emplettes de Noël? Noël, tiens, c’était pas le nom d’une trêve ou bien?

J’opterais, avec les réserves d’usage alors qu’une ombre s’étend sur ce pays, pour une mesure de rétorsion genre « incarcération jusqu’aux aveux circonstanciés, à tout le moins pour entretenir l’illusion et justifier le déploiement policier d’importance », dans l’affaire qui nous occupe ici.

Si la morale est sauve après tout ça, et une incrimination obligée à venir pour faire bonne figure, j’espère qu’elle aura la décence d’apparaitre cagoulée, la prochaine fois.

Eolas:
Puis-je émettre une autre hypothèse que personne ne semble retenir. La DCRI qui surveillait les illuminés du Larzac croyait VRAIMENT avoir affaire à des activistes dignes d’action directe. D’où interpellation spectaculaire devant une presse ravie. Puis la baudruche se dégonfle et l’enquête révèle que nos épiciers révolutionnaires avaient plus de vocabulaire que de détermination. D’où embarras et empressement de parler d’autre chose au nom du secret de l’instruction, celui qui aurait voulu qu’on ne révélât pas le nom des personnes impliquées. Cela dit, il demeure que les sabotages ont cessé depuis cette interpellation.

32. Le dimanche 21 décembre 2008 à 08:53, par DM

@Yellowrose:

Certes, les voyageurs qui comptaient voyager ces jours-là, leurs familles, leurs employeurs etc. ont souffert de désagréments.

Il faudrait toutefois relativiser ceux-ci, selon deux aspects. Tout d’abord, les problèmes que vous citez (voyageurs bloqués en gare pendant des heures, trains bondés…) arrivent régulièrement pour des raisons diverses (accidents, mauvaise organisation, etc.).

Ensuite, les désagréments subis sont assez négligeables par rapport aux conséquences de ce que l’on qualifie habituellement de terrorisme : blessures graves, voire mort.

En 1995, j’ai voyagé dans des trains SNCF bondés, assis par terre dans des interculations au milieu d’autres voyageurs subissant le même sort. J’ai aussi pris le RER B à l’époque où la bande de Khaled Kelkal y a fait exploser des bombes. Il ne me serait pas venu à l’idée d’assimiler la première situation à la seconde.

33. Le dimanche 21 décembre 2008 à 09:36, par hello

le célèbre juge Brugière Ah il avait une sacrée réputation celui là: à part parader devant les caméras avec son sublimissime manteau et son beau cartable il savait faire quoi ce magistrat: laisser dormir des dossiers qui ne pouvaient pas servir sa gloire médiatique ? faut entendre Philippe Bilger en parler!!!!!!

34. Le dimanche 21 décembre 2008 à 09:37, par boratkehul

A votre remarque sur l’incompétence des provinciaux, je vous rétorquerais ceci : « et le parigot, Tu sais ce qu’ils te disent les ploucs de province ? »…. ;)

enfin, merci de vos explications…

35. Le dimanche 21 décembre 2008 à 09:45, par f3et

32, etc. Il me semble cependant que l’utilisation systématique de la notion d’ »usagers pris en otages par les mouvements revendicatifs  » est pour beaucoup dans cette perception du retard de TGV comme un « acte terroriste ». Qui a commencé ici, politiques ou médias? (quand à l’utilisation abusive de parenthèses (n’est-ce pas, Axonn), elle n’est pas seulement due aux mathématiciens (ni aux informaticiens) (et je me souviens que J.D. Salinger s’en excusait à l’avance (dans « Seymour, une introduction ») en offrant au lecteur ce bouquet de parenthèses précoces : (((((()))))) ))

36. Le dimanche 21 décembre 2008 à 10:16, par Citoyen mitoyen

@ f3et # 35 :

Justement, la « cellule invisible », puisqu’ils se nomment ainsi, n’a jamais rien revendiqué.

37. Le dimanche 21 décembre 2008 à 10:52, par Escualdifargo

A Eolas, réponse sous 23 :

« C’est le procureur en charge de l’enquête qui décide de basculer sur cette procédure, généralement au stade de l’enquête préliminaire (les flagrances sont rares en matière de terrorisme) ».

J’imagine que lorsque vous parlez de flagrances rares vous voulez parler d’interpellation des auteurs sur le fait; parce que sinon j’ai plutôt tendance à penser qu’en ces matières l’enquête de police ou de gendarmerie commence illico après la commission des faits et donc en flagrance.

Eolas:
Oui, vous avez raison. Mais l’enquête de flagrance aboutit rarement à des interpellations, et le procureur rapplique généralement promptement sur les lieux des faits, désaisissant du coup l’OPJ (art. 68 du CPP). Le terrorisme est une chose bien trop télévisée sérieuse pour le laisser aux policiers.

38. Le dimanche 21 décembre 2008 à 11:04, par walken

Une question, sans doute bete, pour maitre Eolas:

« Sachez qu’en droit, s’il s’avérait que les faits ne relevaient pas de cette procédure dérogatoire car l’entreprise terroriste n’est pas caractérisée (de fait, bloquer des TGV trouble-t-il gravement l’ordre public ?), les faits seraient requalifiées en infraction de droit commun, mais les poursuites n’en resteraient pas moins valables, même avec une garde à vue plus longue que le maximum légal prévu pour ces délits. »

Pouvez vous expliquer pourquoi ? Est-ce lie au fait que le prevenu aie ete initialement accuse d’actes terroristes, ou bien est-ce que cela s’appliquerait egalement a un prevenu qui n’aurait jamais ete accuse de tels actes ?

39. Le dimanche 21 décembre 2008 à 11:08, par Citoyen mitoyen

@ Eolas # 30 :

En tout cas, c’est comme cela que la presse les a présentés, comme de jeunes intellectuels subversifs. Après, chacun appréciera la qualification de « sur-diplômés » selon qu’il est avocat ou qu’il possède un CAP de vente.

La presse aime aussi employer le mot « sabotage » alors que cela reste un acte militaire et que des commandos de l’armée sont même spécialisés dans ce domaine. D’ailleurs, dans le code pénal le sabotage figure au chapitre « de la trahison et de l’espionnage » et il est considéré comme « une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation » dans le sens :

« (…) de son indépendance, de l’intégrité de son territoire, de sa sécurité, de la forme républicaine de ses institutions, des moyens de sa défense et de sa diplomatie, de la sauvegarde de sa population en France et à l’étranger, de l’équilibre de son milieu naturel et de son environnement et des éléments essentiels de son potentiel scientifique et économique et de son patrimoine culturel. »

Aussi, entre des dégradations commises en réunion passibles de 5 ans d’emprisonnement et des actes de sabotage qui encourent 15 ans de réclusion criminelle, il y a quand même une marge…

Sinon je ne sais pas si les deux personnes qui se sont confiées à Médiapart sont innocentes, en tout cas elles ont été relâchées.

Eolas:
Mes clients vous confirmeront que les deux n’ont rien à voir.

40. Le dimanche 21 décembre 2008 à 11:22, par Hubert Montjoie de Saint-Denis

Relativement au passage « Des mauvaises langues, dont je ne suis certainement pas, (…) vigilant sur la teneur des décisions politiquement sensibles qu’il pourrait prendre. »

Pourquoi les juges administratifs bénéficient-ils d’une réputation, vérifiée ce me semble, d’indépendance complète, à tous les niveaux de la hiérarchie, et pas les juges judiciaires ?

Taille du corps, puissance de ce dernier dans l’administration, autre chose ?

41. Le dimanche 21 décembre 2008 à 11:42, par Citoyen mitoyen

@ cyclomal # 31 :

Il ne faut pas oublier non plus que nous sommes entrés dans l’air de la télépolitique-réalité et que l’opération Taïga a été décidée par Michèle Alliot-Marie, aka MAM.

Comme l’explique l’un des gardés à vue, la Sdat fonde ses réflexions sur un schéma d’actes terroristes (c’est son boulot), et tout a été bon pour faire rentrer ces jeunes intellos dans ce schéma. Chaque information que la Sdat a pu obtenir d’eux (participation à un manif, etc…) les a conforté dans leur conviction. MAM, pour faire plaisir a Sarko, a voulu montrer l’efficacité de ses services, sa capacité à frapper sur tout le territoire, et c’est ce qui s’est passé. Résultat, le Président a été ravi et la Sdat a pu faire ses preuves, car n’oublions que son prédécesseur, la DNAT, a été supprimée à cause justement de son incompétence sa mauvaise organisation.

Et comme c’est toujours le cas en télépolitique-réalité, la presse était de la partie. D’ailleurs le porte-parole de la place Beauvau a lui-même déclaré que les interpellations avaient été précipitées le 11 novembre au matin en raison de fuites qui avaient rendu certains journalistes trop curieux. Et MAM a même dû faire une conférence de presse le matin même à 10h30 pour répondre aux questions trop pressantes de la presse, et surtout, fêter le succès son opération.

42. Le dimanche 21 décembre 2008 à 12:03, par Cobab

Citoyen Mitoyen (cpmm. 36) : « la “cellule invisible”, puisqu’ils se nomment ainsi» : non, c’est le procureur qui les a nommés ainsi.

Et pour répondre en même temps au Maître, sous mon comm. n° 13 : Je n’abordais pas le fond de l’affaire puisque je parlais d’autres affaires, déclenchées depuis l’hiver dernier, celles pour lesquelles on a inventée la fantomatique « mouvance anarcho-autonome » (lire un bref historique de la construction de cette notion). On notera que la note dont je donnais le lien date du 13 juin dernier…

Seulement maintenant en effet vous me forcez à enfreindre la consigne : « Comité invisible » est donc la signature (faisant référence à une conspiration lyonnaise et néanmoins républicaine de 1833) d’un livre anonyme paru chez La Fabrique, dont il n’est absolument pas établi que J. C. soit un des auteurs (même si c’est effectivement très probable). En tout état de cause, il est présomptueux d’affirmer que les inculpés « se soit baptisés ainsi ». (Bon, je pinaille.)

Et puis : sans nier « une quelconque mouvance collective », par exemple autour de la fermeture des CRA, laquelle est réelle et concrétisée entre autres par des manifestations, il y a quand même un fossé entre ça et « une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur », et c’est ce fossé que les RG ont comblé de mots, pour aboutir à la note du 13 juin. Je ne parlais que de cela.

Je vois votre réponse sous le comm. 30, et je vais peut-être surprendre, mais je considère votre hypothèse comme la plus probable (bien qu’il y ait eu un sabotage le 12 novembre, d’une part, et que les poses de fer à béton ait déjà été revendiquées par des Allemands au moment de l’arrestation), ceci n’excluant pas, au contraire, le coup de comm. et la volonté de faire peur (Ruquier cette nuit : « Mais alors, si on risque autant, on n’ira plos dans vos manifestations Arlette ! » ; c’est le but). L’autre hypothèse — pousser le groupe à la radicalisation, les harceler {pour} en faire des émules d’AD (ce n’est pas une hipothèse d’école ni un délire complotiste, ce sont des choses qui se sont faites et que, par exemple, des officiels italiens envisagent tout-à-fait ouvertement aujourd’hui) — l’autre hypothèse, donc, me semble peu compatible avec la médiatisation voulue par le ministère. Quoique.

43. Le dimanche 21 décembre 2008 à 12:17, par Citoyen mitoyen

@ Cobab # 42 :

Apparemment, le procureur de la république qui a ouvert l’information a déclaré :

La «cellule invisible», baptisée ainsi par ses membres, serait fondée «sur une sorte de philosophie d’insurrection contre les institutions» et aurait «pour objet la lutte armée», «atteindre l’organisation de l’Etat par la violence, pas par la contestation». La ferme du Goutaillou à Tarnac serait à ses yeux «un lieu d’endoctrinement» , «une base arrière» du groupe.

Bon c’est clair que « cellule invisible » (comme le « parti imaginaire ») ça fait plus classe terroriste que « la ferme du Goutaillou »… )

En tout cas, ce qui est sûr c’est que maintenant tout le village doit figuré sur le fichier Cristina de la DCRI !

44. Le dimanche 21 décembre 2008 à 12:17, par machin

 »Eolas: Cela dit, il demeure que les sabotages ont cessé depuis cette interpellation. »

S’ils ne sont pas les auteurs gageons que les « vrais fauteurs de troubles » se gardent d’attirer l’attention. Ce n’est que si l’arrestation avait été secrète que l’absence de sabotache prouvait quelque chose

Eolas:
Tant il est vrai que le principe des sabotages terroristes repose sur le fait de ne surtout pas attirer l’attention, et de se réjouir que quelqu’un d’autre puisse se voir attribuer le fruit du travail.

45. Le dimanche 21 décembre 2008 à 12:21, par Cobab

Citoyen mitoyen : eh bien, vous confirmez. Il semble que le proc soit encore plus mytho que J. Coupat, ce qui est balèze.

46. Le dimanche 21 décembre 2008 à 12:26, par Alex

@40 : Il y a plusieurs éléments.

En premier lieu, quand on parle des juges administratifs, on parle de deux magistratures : les membres du Conseil d’Etat, et les membres des tribunaux administratifs et cours administratives d’appel (TACAA). Tous ont en commun d’être des juges du siège (même le fameux « commissaire du gouvernement » ou « rapporteur public »), contrairement à l’ordre judiciaire dans lequel les magistrats exerçant au Parquet se trouvent sous l’autorité du garde des Sceaux. Surtout, il y a le Conseil d’Etat : ses membres accèdent (en grande majorité à la sortie de l’ENA) directement dans la juridiction la plus élevée de l’ordre administratif, et y poursuivent leur avancement strictement à l’ancienneté. Qu’ils soient fins juristes ou touristes, travailleurs acharnés ou qu’ils ne viennent jamais au Palais Royal, ils sont auditeurs, puis maître des requêtes, et enfin conseillers d’Etat.

Avantage : une indépendance absolue.

Inconvénient : un bon tiers des membres du Conseil d’Etat ne fait strictement rien au sein de la haute juridiction, jusqu’à n’y mettre jamais les pieds. Regardez ainsi les arrêts sur Légifrance et cherchez en vain le nom de telle célébrité membre du Conseil. Le Conseil doit ainsi accorder en plus d’un salaire déjà confortable pour tous une prime particulière, suivant le nombre de dossiers traités, à ceux de ces membres qui daignent participer à l’activité juridictionnelle…

Les membres des TACAA ont un statut qui se rapproche plus de celui de la magistrature judiciaire, avec deux différences :

-en premier lieu, « sociologique » : les juges de TACAA sont limités dans leur progression de carrière puisque l’accès au Conseil d’Etat se fait au compte-gouttes, de même pour les postes les plus élevés dans l’administration, alors que les magistrats judiciaires ont vocation à accéder à la Cour de cassation et à exercer des fonctions de directeur d’administration centrale au ministère de la Justice. De quoi raboter les ambitions vers la quarantaine dans un corps, à l’âge où elles commencent à s’exacerber dans un autre.

-surtout, juridique : le corps des TACAA est géré par le Conseil d’Etat, à travers le Conseil supérieur des tribunaux administratifs et cours administratives d’appel (le CSTACAA, que le dernier ferme la porte), composé majoritairement de magistrats de l’ordre administratif. Au contraire, la magistrature judiciaire est gérée par le Conseil supérieur de la magistrature, composé depuis la dernière réforme constitutionnelle d’une majorité de membres désignés par le pouvoir politique (le corporatisme, l’ouverture, Outreau, tout ça, vous vous souvenez ?), et les projets de nomination pour 90% des postes de juges sont établis par le ministère de la Justice, le CSM ne faisant que donner un avis, que le pouvoir politique doit respecter (siège) ou pas (parquet). Bref, dans l’ordre administratif, les juges du Conseil d’Etat gèrent les corps, quand le poids du pouvoir politique (ministère de la Justice + nouveau CSM) est très fort dans l’ordre judiciaire.

Le discours « anti-corporatiste » a atteint une telle force qu’il a fait céder nombre de protections pour l’indépendance des magistrats judiciaires, à tel point qu’on pourrait envisager un jour que la CEDH juge les garanties d’indépendance des magistrats français insuffisantes par rapport aux standards internationaux de l’Etat de droit. Wait and see.

Enfin, et peut-être surtout, un dernier point n’est pas à négliger. Annuler un décret, un arrêté, c’est parfois très dérangeant pour un élu ou un autre responsable public. Mais mettre en examen et juger ce responsable, avec prison et inéligibilité à la clef, c’est autrement plus dérangeant pour ces personnes.

Les actes que nous magistrats judiciaires (j’en suis) accomplissons sont hautement sensibles, fortement médiatisés, et de ce fait soumis à une critique bien plus violentes que ceux pris dans le cadre plus feutré d’un TA. Dès lors, même si je statue avec la même indépendance que mon collègue de TA, je dois m’attendre aux soupçons et aux mises en cause, ainsi qu’à un soutien, parfois réel mais exprimé un peu trop discrètement, d’une hiérarchie sur laquelle pèse fortement le pouvoir politique.

On va dire, comme certains, que l’indépendance c’est une question d’état d’esprit. Pas seulement : on ne juge l’esprit libre que si l’on est protégé statutairement contre les coups tordus derrière dans sa vie professionnelle.

Voilà, c’était le hors sujet du dimanche midi, à affiner et/ou amender par un membre des TACAA…

47. Le dimanche 21 décembre 2008 à 12:28, par cyclomal

@maitre eolas

« La DCRI qui surveillait les illuminés du Larzac croyait VRAIMENT avoir affaire à des activistes dignes d’action directe. »

D’où je conclus que l’illumination d’ultra-gauche serait contagieuse! Espérons que les juges sont mithridatisés depuis Outreau…

48. Le dimanche 21 décembre 2008 à 13:00, par jojo

les premiers présidents nommés en conseil des ministres?… ce sont les procureurs généraux qui vont être jaloux )

49. Le dimanche 21 décembre 2008 à 13:26, par didier Schneider

« La DCRI qui surveillait les illuminés du Larzac croyait VRAIMENT avoir affaire à des activistes dignes d’action directe. »

Tarnac dans le Larzac ? …tousse tousse….

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tarnac

Eolas:
Je précise que pour moi, dès qu’on a franchi le périph’, c’est le Larzac.

50. Le dimanche 21 décembre 2008 à 13:39, par Véronique

@ Alex (post 46)

« On va dire, comme certains, que l’indépendance c’est une question d’état d’esprit. Pas seulement : on ne juge l’esprit libre que si l’on est protégé statutairement contre les coups tordus derrière dans sa vie professionnelle. » écrivez-vous.

« Ce sera donc le premier président de la cour d’appel qui s’y collera. Des mauvaises langues, dont je ne suis certainement pas, vous me connaissez, diront qu’un premier président de cour d’appel est à un niveau tel de la hiérarchie (qu’on appelle hors hiérarchie, c’est dire…) que toute possibilité de promotion, qui ne peut se faire qu’en Conseil des ministres, suppose d’être bien vu par le gouvernement en place, donc rend plus… vigilant sur la teneur des décisions politiquement sensibles qu’il pourrait prendre. Heureusement, je ne suis pas mauvaise langue. C’est donc juste une simple incohérence législative. » (Eolas)

Mais enfin, un premier président de cour d’appel est statutairement protégé.

Ne pas savoir déplaire et/ou ne pas savoir assumer le risque de déplaire c’est tout de même très handicapant pour exercer votre métier avec et dans un état d’esprit d’indépendance.

Non ?

51. Le dimanche 21 décembre 2008 à 13:55, par villiv

@ Alex #46

Je ne suis pas membre des Corps en cause (ni Conseil D’Etat ni TA-CAA), mais j’ai 2 petites remarques tout de même :

Vous dites : « Inconvénient : un bon tiers des membres du Conseil d’Etat ne fait strictement rien au sein de la haute juridiction, jusqu’à n’y mettre jamais les pieds. Regardez ainsi les arrêts sur Légifrance et cherchez en vain le nom de telle célébrité membre du Conseil« 

« Ne fait strictement rien » ??!!…… j’en connais qui ne vont pas aimer… donc d’accord avec vous si et seulement si on ajoute  » en tant que juge, étant entendu que le Conseil d’Etat n’est pas que là pour juger, loin de là d’ailleurs ».

Par ailleurs, je pense aussi qu’il y a moins de publicité (parfois), mais c’est assez curieux de lire, surtout quand on sait tout ce qui sort de ces juridictions administratives, une phrase telle que « Les actes que nous magistrats judiciaires (j’en suis) accomplissons sont hautement sensibles, fortement médiatisés, et de ce fait soumis à une critique bien plus violentes que ceux pris dans le cadre plus feutré d’un TA »

Je pense que je comprends, comme beaucoup, ce que vous dites, mais il y a des affaires dont on parle sans que les sources ne soient citées… or, bien souvent, les « sources » sont : « une décision d’un juge administratif »

Exemples qui me viennent à l’esprit : – outre les annulations des nominations (pas d’exemple en tete, mais il y en a), et autres annulation de décrets plus ou moins passées inaperçu – annulation de la procédure de passation de la DSP « SNCM-corsica ferries », – idem sur les Vélib avec Decaux, – condamnation récente de l’Etat tout récemment après le suicide d’un jeune en prison… – annulation partielle du code des Marchés publics (idem pour d’autres Codes…) – euh, qu’est ce que j’ai encore : l’annulation du retrait de la « circulation », par le Gouvernement, d’un produit critiqué par le fait qu’il se présente comme un produit censé diminuer le degré d’alcool ou pas loin… – ah, j’ai aussi en tête la décision du tecknival, dans laquelle le Commissaire du Gouvernement a rappelé les principes de soumission des décisions administratives à l’autorité du juge (conclusions qui mériteraient d’être lues à tout fonctionnaire lors de sa prise de fonction : elles sont ) – etc etc… à compléter par tous

voila pour les ptites remarques ;-)

Sur ce, Merci encore Eolas pour tous ces billets de fin d’année (je sais, c’est pas fini ;-) )

et bonnes Fêtes à tous !

52. Le dimanche 21 décembre 2008 à 14:07, par Alex

@50: Un premier président (PP) est statutairement protégé, certes. Simplement, s’il a des ambitions (et quand on est déjà PP c’est qu’on en a déjà eu, avec une certaine constance, au cours des 25 premières années de sa carrière…), il voudra que son prochain poste soit au moins aussi élevé, et si possible plus encore. Or, que faudra-t-il à ce moment là? Séduire la formation du siège du Conseil supérieur de la magistrature, qui comprend notamment un magistrat du parquet (sous l’autorité du garde des Sceaux, donc), et 6 personnalités qualifiées désignées à hauteur de deux chacune par le président de la République, le président du Sénat et le président de l’Assemblée nationale. Donc 7 voix pour des personnes qui a priori vont se décider en fonction de critères politiques similaires.

Mais, même lorsqu’on ne veut pas faire carrière, que l’on prêt à déplaire et en assumer les conséquences en terme de mutations (dont les projets sont établis par le garde des Sceaux), ça ne pose aucun problème bien sûr… quand on a pas de conjoint muté (les règles de la fonction publique sur le rapprochement de conjoints ne sont pas applicables aux magistrats), d’enfant handicapé nécessitant de résider près d’un établissement spécialisé, de famille éloignée qui a besoin de votre aide, etc… Sinon, tout juge reste soumis aux décisions du garde des Sceaux en la matière, et à l’arbitraire toujours possible qui en résulte.

Dans quel autre pays démocratique les projets de nomination des magistrats du siège sont-ils transmis et parfois amendés par le cabinet du ministre avant transmission au CSM?

53. Le dimanche 21 décembre 2008 à 14:08, par Seb

@Eolas #30 « La culture suppose une ouverture d’esprit dont la lecture de Tiqqun révèle l’absence ». Cher Maître des lieux, voilà une sentence définitive et rapide d’un genre auquel vous ne nous avez pas habitués et qui me ferait presque douter que vous ayez réellement lu cette revue. On peut reprocher certaines choses aux fondateurs de Tiqqun (il n’y pas que Julien C.) mais certainement pas leur manque de culture. Merci pour votre éclairage… juridique.

Eolas:
Je maintiens, ne vous en déplaise. Je ne confonds pas savant et cultivé.

54. Le dimanche 21 décembre 2008 à 14:13, par Alex

«  »Ne fait strictement rien » ??!!…… j’en connais qui ne vont pas aimer… donc d’accord avec vous si et seulement si on ajoute  » en tant que juge, étant entendu que le Conseil d’Etat n’est pas que là pour juger, loin de là d’ailleurs ». »

Nombre d’écrivains à succès, d’anciens responsables politiques ou syndicaux, d’énarques sortis dans la botte mais ayant quelque peu levé le pied depuis ne viennent jamais au Palais Royal ni pour juger, ni même pour conseiller… Ce n’est pas une critique de l’institution, c’est au contraire un gros problème pour le Conseil d’Etat, auquel le vice-président essaie régulièrement d’apporter des solutions. L’intégration plus large d’anciens membres des TACAA permet d’ailleurs de professionnaliser le Conseil d’Etat en lui apportant des juristes expérimentés, bosseurs et motivés.

55. Le dimanche 21 décembre 2008 à 14:39, par Gascogne

« Des mauvaises langues, dont je ne suis certainement pas, vous me connaissez, diront qu’un premier président de cour d’appel est à un niveau tel de la hiérarchie (qu’on appelle hors hiérarchie, c’est dire…) que toute possibilité de promotion, qui ne peut se faire qu’en Conseil des ministres, suppose d’être bien vu par le gouvernement en place, donc rend plus… vigilant sur la teneur des décisions politiquement sensibles qu’il pourrait prendre. »

Il faut effectivement être bien mauvaise langue pour confondre les modes de nominations des procureurs généraux, en conseil des ministres, avec ceux des premiers présidents, par le CSM…

Eolas:
Ce que je ne suis pas. CQFD.

56. Le dimanche 21 décembre 2008 à 15:17, par cyclomal

Alors là, évidemment, si tout repose, au bout du compte, sur le mode de promotion d’un magistrat arrivé en bout de course et qui veut décrocher le pompon, c’est du tout bon pour l’épicier: il partage la même mentalité que son juge!

Je galége, c’est la magie de Noël, et c’est peut-être simplement pour décorer sa prison qu’on y laisse l’illuminé: Savant, même sans culture, ça doit pouvoir faire un peu brillant, non, je demande au spécialiste?

57. Le dimanche 21 décembre 2008 à 16:06, par Axonn

Retarder un train trouble-t-il gravement l’ordre public ?

Franchement, à partir du moment où ils ne font que reproduire à plus petite échelle ce qui se produit à la première intempérie venue (j’ai déjà eu 5 heures de retard et obligation de dormir ainsi à cause d’une pluie terroriste), le troube grave semble effectivement un bien grand mot.

58. Le dimanche 21 décembre 2008 à 16:08, par Nina

Bonjour,

Pourquoi n’est-il pas question d’Yldune ? Est-elle sous un régime différent ? « son cas sera traité plus tard » Quand ? Pourquoi ? Merci

Eolas:
Parce que son avocat a déposé une demande de mise en liberté mardi (16). Le JI a cinq jours pour transmettre son refus motivé au JLD. 16-5 = 21 : dernier jour aujourd’hui dimanche, reporté à demain. À compter de cette transmission, le JLD aura trois jours ouvrables pour statuer. Deux hypothèses : le JI a dit non vendredi. Le JLD a jusqu’à mercredi inclus. Le JI dira non lundi 22. Le JLD aura jusqu’à vendredi (jeudi n’est pas ouvrable) pour statuer.

59. Le dimanche 21 décembre 2008 à 16:23, par Citoyen mitoyen

@ Nina :

Grâce aux efforts concertés de l’unité de coordination anti-terroriste, de la sous-direction anti-terroriste, de la direction centrale du renseignement intérieur, et sans oublier les gendarmes de Limoges, nous savons maintenant qu’elle a obtenu son Master d’archéologie avec la mention « très bien ». Mais l’enquête avance…

60. Le dimanche 21 décembre 2008 à 16:24, par ramses

Tout en respectant le souhait exprimé par Me Eolas de ne pas se prononcer sur le fonds de l’affaire, il faut quand même se rendre à l’évidence que la Justice évolue progressivement vers une notion de soupçons, plutôt que de preuves, pour priver tel ou tel de sa liberté :

Pour ne parler que des affaires récentes :

  • M. de Filippis, soumis à deux fouilles corporelles et menotté dans le cadre d’un mandat d’amener
  • Me Achoui, condamné à 7 ans fermes aux Assises, sans aveux et sans preuves
  • M. Coupat, soumis à une GAV de plusieurs jours et incarcéré en préventive, sans aveux et sans preuves

Où en est la présomption d’innocence en France ?

En ce qui concerne l’affaire Coupat, son silence semble, aux yeux des Juges, s’interpréter comme un aveu… C’est inquiétant !

D’autre part, son appartenance à un mouvement d’ultra-gauche semble le désigner comme un coupable… D’un délit d’opinion ?

Enfin, on ne peut tirer du fait que les sabotages ayant cessé, après l’incarcération des auteurs présumés, ceux-ci en seraient responsables.

Eolas:
D’une part, l’ancien droit reposait sur le principe : pas d’aveu, pas de condamnation. Cela a conduit à instituer la torture pour pouvoir les obtenir. Le culte de l’aveu est un culte diabolique.

Vous affirmez que Karim Achoui a été condamné sans preuve. Quelles sont vos sources ? Me Szpiner ?

Quant à M.de Filippis, ce n’est pas le soupçon du juge mais son peu d’empressement à répondre à des convocations qui l’ont ainsi exposé à s’enrhumer.

61. Le dimanche 21 décembre 2008 à 16:28, par Véronique

@ Alex (post 52)

« Dans quel autre pays démocratique les projets de nomination des magistrats du siège sont-ils transmis et parfois amendés par le cabinet du ministre avant transmission au CSM? »

Je lis sur le site du CSM que pour les nominations comme celles des premiers présidents des cours d’appel, le CSM  » dispose d’un pouvoir d’initiative, recense les candidatures, étudie les dossiers des candidats, les reçoit et arrête les propositions qu’elle soumet au président de la République« 

Pour l’affaire qui nous occupe, au risque d’apparaître naïve et ridicule, je pense que malgré tout un premier président de cour d’appel est d’abord un magistrat.

Je n’ai aucune idée sur la décision qu’il peut prendre dans le cadre de cette affaire. Comme tous ici je ne connais que ce que la presse en rapporte. Mais il n’empêche qu’à mes yeux cette décision ne peut être motivée que par des arguments de droit.

ps: je sens que je vais vous déplaire… Quand quelqu’un a la gentillesse de répondre, si vous saviez combien je déteste quand ce quelqu’un fait l’économie d’écrire un nom, un prénom ou un pseudo à la suite d’un chiffre !

62. Le dimanche 21 décembre 2008 à 16:38, par Alex

@à Véronique (voyez, je vais vous plaire…): Je suis d’accord sur le fait qu’un premier président doit d’abord être un magistrat. Le mien l’est d’ailleurs pleinement, et c’est très sécurisant. Le CSM a un pouvoir d’initiative sur les postes suivants seulement: premiers présidents et présidents, magistrats du siège de la cour de cassation. Soit en gros 300 postes sur les 6 000 que compte le siège. Pour le reste, c’est la Chancellerie qui propose. Notamment, tous les postes de juge d’instruction ou de président de chambre de l’instruction sont pourvus par le garde des Sceaux, le CSM n’émettant qu’un avis conforme.

63. Le dimanche 21 décembre 2008 à 16:45, par machin

 »Eolas: Tant il est vrai que le principe des sabotages terroristes repose sur le fait de ne surtout pas attirer l’attention, et de se réjouir que quelqu’un d’autre puisse se voir attribuer le fruit du travail »

Vous venez donc de démontrer qu’il ne s’agit pas de terrorisme…pourriez en faire part à MAM?

Eolas:
Vous savez, le ministre de l’intérieur ne m’écoute jamais.

64. Le dimanche 21 décembre 2008 à 16:46, par Lumen tenebris

Le fait de lire l’Express, est-ce un signe de votre couleur politique ?

Eolas:
Non, un signe que je ne suis pas illettré.

65. Le dimanche 21 décembre 2008 à 17:40, par Lucas Clermont

Au pire on a bien à faire à des zozos qui jouent à la révolution, et qui ne sont pas bien dangereux. Au mieux, on est en présence de rien ou presque et d’un ministère de l’intérieur qui joue à la contre-révolution. Dans les deux cas c’est sans doute gratifiant pour les auteurs du jeu, jusqu’à se faire prendre par la justice ou par les médias selon le cas.

Un point positif qui surnage dans le ridicule : c’est encore une affaire avec des personnes bien intégrées, avec des défenseurs qui ne sont pas caricaturaux mais plutôt pédagogues et peut-être que cela permettra de faire évoluer la législation sur la garde à vue. Naturellement on a le droit de jouer à rêver. Mais, avec l’accumulation, qui sait ?

la réaction de Gérard Coupat dans l’émission de Ruquier du samedi soir.

66. Le dimanche 21 décembre 2008 à 18:19, par DMonodBroca

Effectivement le sabotage de caténaires est du sabotage, pas du terrorisme (quels qu’en soient les auteurs).

Ce que montre la précipitation, ici parfaitement mise en lumière, des pouvoirs publics à utiliser le terme de « terrorisme » (et à utiliser toute la batterie de lois ad hoc) c’est, une fois encore, comment le terrorisme est alimenté (et même ici créé ex nihilo) par la lutte contre le terrorisme.

Nous ne devrions modifier nos lois que les mains tremblantes, or nous les modifions à tire-larigot, pour un oui ou pour un non, encore et toujours… Nous savons que nous avons tort et nous recommençons sans cesse, comme un drogué se drogue. Au nom la sécurité nous nous enfonçons dans l’insécurité. Où cela va-t-il finir ?

67. Le dimanche 21 décembre 2008 à 18:19, par Yann

@Alex :

Je me permets de vous signaler une petite erreur : les membres des juridictions administratives ne sont pas exactement majoritaires au sein du CSTACAA, si l’on considère que le Vice-président du Conseil d’Etat, le secrétaire général et le chef de la mission d’inspection des juridictions administratives siègent en qualité de gestionnaires du corps des TACAA, le Conseil n’étant en aucun cas concerné par les travaux du CSTACAA. Le partage est le suivant : cinq représentants des conseillers, premiers conseillers et présidents de TACAA, trois représentants du CE, trois personnalités qualifiées désignées par le Président de la République et chacun des deux présidents des Assemblées parlementaires, et un représentant du ministère de la fonction publique. A vrai dire, ce Conseil est une instance hybride qui n’est plus tout à fait un CTP ou une CAP de la fonction publique mais pas encore non plus un CSM.

68. Le dimanche 21 décembre 2008 à 19:20, par villiv

@ Alex #54

« Nombre d’écrivains à succès, d’anciens responsables politiques ou syndicaux, d’énarques sortis dans la botte mais ayant quelque peu levé le pied depuis ne viennent jamais au Palais Royal ni pour juger, ni même pour conseiller… « 

ah oui, en fait vous parlez du Corps du Conseil d’Etat et pas de l’institution elle-même

un peu comme la préfectorale, qui réunit plus de monde qu’il n’y a de préfecture, préfecture de région, maritime et autres

OKéééééé , mais autant ça va mieux en le disant

moi, j’aimerai bien être membre de ce corps, même en disponibilité dans une entreprise, comme beaucoup (idem pour les Inspecteurs des Finances)

vive l’administration au sens large (les plus grandes banques et entreprises sont remplies de fonctionnaires de ce type là…)

69. Le dimanche 21 décembre 2008 à 19:33, par 18pelican

@ 66 Bien sûr, c’est la lutte anti-terroriste qui fabrique le terrorisme, comme c’est pratique. Ce genre de réflexion intéresseront les commanditaires de Bombay et, plus près de nous, les dirigeants de l’AQMI… Plus près de nous encore, les individus qui opèrent en leur nom sur le territoire français (mais ça ne fait pas la une des journaux, il faut s’y intéresser un peu). Quant au sabotage des lignes de TGV, il me semble que l’objectif (la déstabilisation de l’économie d’une nation par l’attaque de ses réseaux de communication) correspond à un trouble grave à l’ordre public, pas vous ?

Eolas:
L’objectif, mais pas le moyen, puisqu’un TGV n’est pas un réseau de communication mais un moyen de locomotion. L’acte vise la SNCF. Et éventuellement RFF. Mais inciter à prendre l’avion ou la voiture est-il un acte de terrorisme ? Si oui, qu’est-ce qui n’est pas un acte de terrorisme ?

70. Le dimanche 21 décembre 2008 à 19:54, par DMonodBroca

@ 69

Oui, terrorisme et anti-terrorisme s’alimentent l’un l’autre. C’est je crois incontestable.

Il y a un objectif vain, inatteignable, vaincre le terrorisme par la force, puisqu’on le renforce en pensant le combattre (voir la guerre en Irak, « mission accomplished » de Bush).

Eolas:
Juste une remarque : depuis septembre 2001, les États-Unis n’ont plus été visés par des attentats terroristes sur leur territoire (si on excepte le complot déjoué en août 2006). De ce point de vue, l’objectif, qui n’était pas de réduire le terrorisme, mais de le fixer et le combattre loin du territoire a été atteint.

Et il y a un autre objectif possible, sortir de l’engrenage de la violonce. Ce n’est pas un chemin facile, contrairement à ce que vous dites, tout au contraire, mais c’est le seul qui mène quelque part.

Ce chemin passe par la loi et le respect de la loi, pas par la promulgation continue de lois d’exception (et certaine scélérates)

Eolas:
Il suppose la sagesse des gouvernants, qui présuppose la sagesse du peuple. Qui a hélas plus peur du terrorisme (qui a tué en 2008 peut-être une dizaine de Français) que de la voiture (4.600 morts) ou du tabac (66.000 morts par an en France).

71. Le dimanche 21 décembre 2008 à 20:43, par siro

bonsoir, il est peut être malvenu dans ce sujet de vous poser une question qui me tiens depuis un moment:

depuis quand les procès dits « politiques » ont-ils cessés. Et si vous en connaissez la raison? Quand j’étais plus jeune , les mouvements séparatistes basques étaient plus actifs et certains des prévenus ne voulaient êtres jugés que si le procès était reconnu comme politique, j’imagine qu’ils niaient de ce point de vue être des droits communs; pourquoi donc pour eux était-il si difficile de se faire reconnaitre comme tels et qu’est-ce que cela représentait comme concession pour la justice de l’époque? merci a vous.

72. Le dimanche 21 décembre 2008 à 20:58, par DMonodBroca

@ 70 Eolas

Je suis d’accord avec vos commentaires à mes commentaires.

N’ayons pas peur…

73. Le dimanche 21 décembre 2008 à 21:10, par Alex

@ Siro (71): Il me semble qu’il n’existe plus de distinction entre les infractions dites « politiques » et celles dites « de droit commun ». Autrefois, cette distinction était importante car elle impliquait des différences notables entre le condamné politique et le condamné de droit commun pour les conditions d’incarcération. En gros, le régime était plus libéral pour le « politique », en ce qui concernait la tenue et la coiffure, le travail, les lectures.

Aujourd’hui, il demeure certes la distinction sémantique entre la « détention criminelle » pour les infractions de nature politique, et la « réclusion criminelle », mais qui sont vidées de leur substance (sauf erreur) pour les conditions d’incarcération. Seul demeure l’important article 696-4 du CPP, qui interdit l’extradiction pour les auteurs d’ infractions ayant « un caractère politique ».

74. Le dimanche 21 décembre 2008 à 21:29, par tinotino

@ Eolas sous 70 et DMonodBroca en 72

Je n’ai qu’une chose à rajouter à vos arguments en citant Alfred de Musset : « C’est que la sagesse est un travail, et que pour être seulement raisonnable, il faut se donner beaucoup de mal, tandis que pour faire des sottises, il n’y a qu’à se laisser aller. »…. CQFD

75. Le dimanche 21 décembre 2008 à 21:37, par siro

Merci pour votre réponse Alex. bonne soirée.

76. Le dimanche 21 décembre 2008 à 22:08, par DMonodBroca

@ 74 tinotino

Merci pour cette citation de Musset.

77. Le lundi 22 décembre 2008 à 00:21, par Kebra

Merci pour cette analyse. Vous semblez dans vos réponses ne tenir aucun compte de la revendication allemande.

Si elle est valable, elle explique pouquoi les sabotages avec ce mode opératoire ont cessé. Les médias sont quasi-silencieux sur cette piste. Il semble pourtant que les écowarriors anti-Castor aient déjà procédé à des dizaines de sabotages à l’étrier depuis le milieu des années 90.

Il doit exister une procédure allemande dans cette affaire, je n’ai pas une maîtrise suffisante de l’allemand juridique pour me lancer dans la recherche. Si un lecteur de ce fil peut le faire, cela sera une contribution très utile au débat, surtout si celle-ci n’a rien de terroriste…

78. Le lundi 22 décembre 2008 à 00:51, par Marcel

@Eolas : « Il en irait je pense différemment dans l’hypothèse, d’école car jamais réalisée à ce jour, où le parquet invoquerait une qualification terroriste pour profiter de la garde à vue rallongée et éloigner l’avocat en sachant pertinemment que les faits n’ont rien à voir avec le terrorisme. »

Si la qualification terroriste pour rallonger la garde à vue est un cas d’école, il me semble que les cas où le procureur invoque une qualification qu’il sait pertinemment fausse et dont il sait pertinemment qu’elle sera requalifiée pour obtenir les avantages procéduraux qui en découlent sont loin d’être des cas d’école. « Bande organisée » invoquée à tort et à travers, qualification criminelle pour des faits relevant ostensiblement du délit (ça a plein d’avantages du point de vue de la détention provisoire – surtout quand il s’agit de mineurs)… et les juges d’instruction qui font parfois mine de râler (entendu: « une qualification de bande organisée… si on voulait être sérieux sur cette qualification il faudrait que je centralise 200 ou 300 dossiers à travers tout le pays à moi tout seul, c’est techniquement impossible ») se montrent bien peu prompts à mettre rapidement les holà en requalifiant correctement. Ca permet, entres autres, d’arguer de la complexité du dossier pour excuser les lenteurs quand elles deviennent hallucinantes (4 ans d’instruction dans un dossier de correctionnelle – si si).

79. Le lundi 22 décembre 2008 à 01:07, par 18pelican

@eolas L’acte ne vise ni la Sncf ni Rff mais bel et bien l’économie française, c’est même inscrit noir sur blanc dans L’insurection qui vient, le livre-programme du groupe Coupat. Évidemment rien de mortel pour les usagers. Mais si vous voulez plus de 10 morts francais par an, c’est très facile, changeons la loi et les moyens des services de l’anti-terrorisme français et on verra…

80. Le lundi 22 décembre 2008 à 02:35, par juriste malgré lui

Éclairage sans prétention sur la notion de terrorisme :

Usée et abusée, la notion de terrorisme est politique et, lorsqu’elle pénètre le monde juridique, son imperfection sémantique laisse le champ libre à l’appréciation du juge. En somme, la sécurité juridique commande que le politique définisse clairement la notion de terrorisme puisque son emploi est si délicat, notamment en matière de droits de la défense, comme en attestent les précieux éclairages de Maître Eolas (la lèche c’est pour faire chic type, ce commentaire étant le premier du fait de ma plume). Or à force d’être employée à tort et à travers, la notion de terrorisme devient un de ces « détestables mots qui ont plus de valeur que de sens », pour reprendre l’expression consacrée par Paul Valéry à propos de…la Liberté.

En outre, si l’on considère une approche purement étymologique du mot terrorisme, il convient de mettre en avant la peur que le terrorisme cherche à inspirer, et c’est là l’acception originale du mot terreur. D’ailleurs, c’est le critère de moyen que retient le législateur (« par l’intimidation ou la terreur »), la finalité de l’infraction étant de « troubler gravement l’ordre public ». Autant dire qu’on ne peut pas faire mieux en matière de standard juridique.

En somme, cette affaire semble montrer une nouvelle fois que le terrorisme est dans les yeux de celui qui regarde, et en cela, je m’abstiendrai de tout jugement.

Pour conclure : ne serait-il pas souhaitable, à l’instar de l’agence de presse Reuters, d’éviter à tout prix d’employer le rudement chargé terme terrorisme pour lui préférer ceux d‘extrémisme ou de guérilla?

81. Le lundi 22 décembre 2008 à 09:43, par Minghella

à commentaire « juriste malgré lui »

Le premier commentaire du fait de votre plume ?

Non, de votre fait à vous…

Minghella

82. Le lundi 22 décembre 2008 à 10:02, par nonlu

Ce que je trouve effrayant dans l’histoire contemporaine, c’est la paranoïa des gouvernants à l’égard des libertaires de tous poils, crétins ou pas, illuminés ou sans illusions, utopistes ou pas, punks ou pas. Il y a eu certes des machines infernales, mais cela est bien vieux, et dans l’ensemble, ne peut-on associer ces mouvances ultragauchistes à des mouvements pro-démocratie et anti-fascistes ?

Bref, je trouve incroyable la disproportion entre la crainte que m’inspire la possibilité d’abus de pouvoir ou d’erreurs policières et la crainte qu’inspirent aux politiques des mouvements si ténus qu’ils sont souvent réduits à un individu et -dans l’ensemble gentillets.

Pour finir, hors sujet mais très éclairante, cette comparaison des dangers tels que perçus par le sondé moyen et le politique sondé moyen sur un blog scientifique.

83. Le lundi 22 décembre 2008 à 10:28, par Pim

je vous cite : après tout, ces sabotages ne nécessitant pas une infrastructure élaborée, il est possible que seuls certains membres y aient été mêlés. Ah ! bon ? Parce que, bien évidemment, les études de droit vous auront aussi conduit à être en mesure de vous prononcer sur les possibilités techniques de fabriquer, d’abord, de placer, ensuite, un fer tordu avec dispositif de verrouillage à 7 ou 8 m du sol sur un fil délivrant 25 000 kW sans infrastructure élaborée. Y’a pas à dire, c’est beau quand même les études. Et moi qui ai toujours pensé qu’elles étaient coupées des réalités de la vie … je comprends, maintenant, pourquoi tant d’avocats sont dans ce gouvernement.

Eolas:
Ah, oui, je la connais, cette blague : combien d’ingénieurs faut-il pour placer un fer à béton sur une caténaire ? Aucun : s’ils ont fait les Ponts et Chaussées, ils ne savent pas ce qu’est une caténaire, s’ils ont fait Centrale, ils ne savent pas ce que c’est que le fer ou le béton ; j’ai bon ?
Ah, et joyeux Noël à vous aussi.

84. Le lundi 22 décembre 2008 à 10:31, par Thau

@Eolas : »depuis septembre 2001, les États-Unis n’ont plus été visés par des attentats terroristes sur leur territoire (si on excepte le complot déjoué en août 2006). »

Donc les EU ont été visés (mais ratés) par des attentats terroristes depuis 2001.

De ce point de vue, l’objectif, qui n’était pas de réduire le terrorisme, mais de trouver Ben laden, détruire al qaïda, apporter la paix et la démocratie en Irak et en Afghanistan, le fixer et le combattre loin du territoire n’a donc pas été atteint.

Le tout au prix de quelques milliers de vies de soldats américains et de quelques centaines de milliards de dollars, sans oublier les milliers de vies de civils des territoires où le terrorisme aurait dit-on été fixé, victimes dont le sacrifice ne manque pas d’alimenter la colère et le terrorisme de demain, qui reviendra un jour sur le territoire américain, quand les EU n’auront plus les moyens de le fixer ailleurs.

Bref, cette War against Terror est bien évidemment une réussite et il faut être un satané anti-américain primaire pour dire le contraire.

Eolas:
Je ne crois pas avoir dit que la guerre en Irak était une réussite mais qu’un de ses objectifs a été atteint ; mais vous me permettrez de relever que le fait qu’une guerre tue des soldats et coûte beaucoup d’argent ne me paraît pas un bon critère pour juger de son succès ou non puisque c’est l’essence de la guerre. Mais puisque vous abordez ce point, la guerre en Irak a tué en 5 ans autant de soldats américains qu’Omaha Beach en une matinée. Donc le débarquement allié était une cuisante défaite, et surtout n’aurait pas dû être tenté, c’est ça, ou je fais de l’antiaméricanisme ?

85. Le lundi 22 décembre 2008 à 11:03, par Petruk

@Eolas 60: « Vous affirmez que Karim Achoui a été condamné sans preuve. Quelles sont vos sources ? » Vous nous avez appris que la procédure aux assises était orale et que les jurés ne disposaient pas du dossier donc s’il y avait eu des preuves, elles auraient dû être présentées à l’audience. Si vous avez eu connaissance de telles preuves, je suis intéressé, étant assez choqué par l’issue de ce procès.

Eolas:
Avec plaisir, bien que ce ne soit pas le sujet : l’accusation repose essentiellement sur un enregistrement de 59 secondes des propos échangés par les évadés dans les minutes qui ont suivi l’évasion, où le nom de Karim Achoui est cité comme pouvant leur fournir un médecin pour soigner l’en d’entre eux, dont l’œil a été arraché lors de l’explosion ayant permis leur évasion. Plus de détails ici. Je n’ai pas entendu l’enregistrement. Les jurés, oui. Et il est faux de dire qu’il n’y a pas de preuve. Vous pouvez discuter son caractère probant (est-ce bien le nom d’Achoui qui est prononcé ? La phrase « Il a un médecin, Achoui ? » veut-elle dire ce qu’on lui fait dire ?) Mais nier l’existence de cette preuve est une pauvre défense.

@Eolas 70: « Juste une remarque : depuis septembre 2001, les États-Unis n’ont plus été visés par des attentats terroristes sur leur territoire (si on excepte le complot déjoué en août 2006). De ce point de vue, l’objectif, qui n’était pas de réduire le terrorisme, mais de le fixer et le combattre loin du territoire a été atteint. « 

Vous êtes optimiste mais on peut présenter les choses différemment en disant que puisqu’il est possible pour les terroristes de tuer des soldats américains en Irak (Où les terroristes disposent de soutiens matériel et financier et peuvent recruter de nouveaux adaptes) il n’est plus nécessaire pour eux de monter des opérations complexes pour pouvoir frapper aux Etats Unis.

En 2001 ils ont du trouver 4 étudiants de niveau correct, financer leur séjour aux US et leurs cours de pilotage. Maintenant, en Irak n’importe quel fanatique, même illettré, peut être mis au volant d’une voiture piégée ou équipé d’une ceinture d’explosifs et aller semer la mort.

Eolas:
Et cela fait-il vivre les américains dans la terreur ?

86. Le lundi 22 décembre 2008 à 11:22, par Cobab

Petruk : Vous considérez qu’attaquer les soldats d’une puissance étrangère occupant son propre pays relève du terrorisme ?

(désolé pour le HS et nourrir le troll ; pas pu résister.)

87. Le lundi 22 décembre 2008 à 11:46, par Petruk

Non cela ne faut pas vivre les américains dans la terreur. Enfin il y a quand même un certain nombre de mères et d’épouses qui vivent avec la peur.

Mais sur le fond je vous accorde volontiers que l’absence d’attentats sur le sol américain est un point positif. De là à affirmer que l’un des objectifs de la guerre en Irak a été atteint…je ne suis pas de cet avis car cela revient à affirmer implicitement que la guerre en Irak a eu un impact positif sur la sécurité des américains sur leur sol. Je pense que c’est faux.

Les américains n’avaient jamais été auparavant confrontés au terrorisme moderne. Les premiers attentats ont étés celui d’Atlanta et la première attaque contre le WTC. Pas d’ETA, d’Action directe, de fraction armée rouge, d’IRA aux USA ni de groupes tels ceux de Munich, de Kelkal etc. La lecture du rapport américain sur le 11/09 et du bouquin de Rober Baer nous montre clairement que les américains étaient démunis et inorganisés face aux attaques terroristes en 2001. Un exemple parmi d’autres : les terroristes sont tous entrés aux US sous leur vrai nom alors que deux d’entre eux étaient recherchés!

Eolas:
Avant Atlanta (2 morts), il y a eu Oklahoma (168 morts). Tous les terrorismes ne sont pas religieux. Et le KKK faisait du terrorisme, je ne vois pas comment qualifier ça autrement.

Un meilleur fonctionnement des services de sécurité a heureusement permis d’empêcher de nouvelles attaques MALGRE la présence américaine en Irak et le fait que des fanatiques du monde entier vont en Irak affronter les troupes américaines et y apprennent des techniques utilisables ailleurs par la suite.

Eolas:
Ils vont en Afghanistan, plutôt.

88. Le lundi 22 décembre 2008 à 11:56, par Petruk

@Cobab 86. S’ils s’arrêtaient de tuer un moment, on pourrait voir si les troupes américaines partent d’Irak ou pas. Leurs actions permettent actuellement de justifier la présence américaine en Irak. Le gouvernement irakien n’est pas actuellement enthousiaste à l’idée de voir les troupes américaines quitter le pays.

Par ailleurs comme ces « résistants » ne font pas la différences entre les soldats et les civils, et font des exécutions pour dissuader les gens de collaborer avec le gouvernement mis en place, le terme de terroristes me parait quand même approprié.

89. Le lundi 22 décembre 2008 à 12:05, par Petruk

@Eolas 85. Je vous remercie pour l’info. Je pensai que seul le terme « baveux » était présent. Le fait que le groupe compte sur Achoui pour trouver un médecin ne signifie pas directement qu’il a participé à l’organisation de l’évasion. Mais l’équation « baveux »= Achoui semble crédibilisée.

Eolas:
En tout cas, jamais un client en cavale ne m’a demandé conseil sur le choix d’un médecin.

90. Le lundi 22 décembre 2008 à 12:56, par Philonous

Ce que je trouve regrettable, dans cette histoire, c’est la façon dont elle a été présentée par les médias. Un peu de retenue n’aurait fait de mal à personne. D’après un membre de ma famille, travaillant à la SNCF, des « sabotages » comme ça, il y a plusieurs dizaines par an, mais d’un seul coup, un groupe se retrouve accusé de manière lourde et est propulsé au centre des débats. Concernant les propos de l’avocate de M. Coupat, je pense qu’elle voulait simplement dire que l’application de la loi, dans le cas présent, avait été faite de manière très dure pour son client. Le terme « normal » ne me semble pas renvoyer à l’idée que ce qui est arrivé à son client en ces veilles de fêtes était illégal.

Eolas:
Par définition, en droit pénal, la loi est toujours trop durement appliquée à nos clients. Et même que des fois, c’est vrai.

91. Le lundi 22 décembre 2008 à 13:04, par Kebra

http://www.lexpress.fr/actualites/2/la-sncf-encore-victime-d-un-acte-de-…

Un nouveau sabotage contre une caténaire, certes avec un autre mode opératoire. Entre ce coup de carabine et la revendication allemande, le lien entre la détention et l’arrêt de la « terreur » me semble encore plus flou. Pas vous cher Maître ?

Eolas:
Après l’arrestation d’Action Directe, il y a eu encore des attentats. Étaient-ils innocents ?
Le mode opératoire est trop différent : les sabotages qui leur sont imputés sont faits avec des fers à béton usinés et mis en place lors des coupures de courant, sans jamais d’accident pour le poseur, ce qui fait penser à des spécialistes, en tout cas des gens éduqués (ou des anciens de la SNCF). Qu’un autre de ces fers soit posé, et là, oui, la piste tarnacoise en prendra un coup dans le caténaire (je ne dis pas que cette piste n’en ait pas déjà pris quelques uns ; si le dossier était accablant, je ne vois pas pourquoi le parquet se priverait de faire des communiqués accablés.

92. Le lundi 22 décembre 2008 à 13:14, par cyclomal

Quelques mots sur l’affaire Coupat, et on disserte pour savoir comment qualifier de terroristes les ennemis des Etats-unis, après être passé par le mode de nomination aux plus hautes fonctions de la magistrature: Pas à dire, l’épicerie, ça mène à tout, à condition d’y lire des livres et d’en sortir menottés.

En tous cas, le terrorisme, chez nous, il est fixé: à Tarnac sur outre-périphérique, dans les toilettes du printemps, chez les anti-américains primaires comme sur les belles certitudes de ses accusateurs.

Eolas:
Tant que les Français garderont ce goût de laisser vagabonder leurs discussions sur tout à partir de rien, les terroristes n’auront pas gagné.

93. Le lundi 22 décembre 2008 à 13:19, par Kebra

Je signale aussi l’article de Bakchich :

« Dénonciation calomnieuse, complicité de dénonciation calomnieuse, le comité de soutien aux « interpellés du 11 novembre » va déposer plainte contre la ministre de l’intérieur Michèle Alliot-Marie ainsi que contre plusieurs figures du monde de la sécurité. » dont Alain Bauer et Xavier Rauffer toujours d’après l’article.

Si cela est confirmé dans les actes, il semble que les défenseurs des inculpés du 11 novembre veuillent jouer la justice contre le cabinet noir. Est-ce médiatique ou bien cela pourrait-il devenir juridique ?

Eolas:
Sans hésitation : purement médiatique. Pour que l’infraction soit constituée, il faudrait une dénonciation aux autorités. Un commentaire public post-arrestation relève de la diffamation ou de l’atteinte à la présomption d’innocence. En outre, il faudrait la preuve que MAM savait en tenant ces propos que les invisibles étaient innocents. Enfin en tant que ministre en exercice, il faudrait la saisine de la cour de justice de la République.

94. Le lundi 22 décembre 2008 à 13:39, par obi

@83 je cite : »Ah ! bon ? Parce que, bien évidemment, les études de droit vous auront aussi conduit à être en mesure de vous prononcer sur les possibilités techniques de fabriquer, d’abord, de placer, ensuite, un fer tordu avec dispositif de verrouillage à 7 ou 8 m du sol sur un fil délivrant 25 000 kW sans infrastructure élaborée. »

C’est nettement plus facile d’élaborer un dispositif en neutralisant un autre – nettement plus évolué celui-ci. Déjà : quelle nécessité d’un dispositif de vérouillage ? Quand bien même il y en aurai un, il suffit de le mettre à la Terre ensuite pour neutraliser tout le réseau.

un cable et une perche suffisent pour neutraliser le réseau. Nul besoin d’avoir un bac+5. Branchez un fil dans votre prise électrique, vous obtiendrez le même résultat…

95. Le lundi 22 décembre 2008 à 13:40, par obi

Si Eolas avait la bonté de me rectifier : « Branchez un fil dans votre fil électrique, vous obtiendrez le même résultat… » -> « Branchez un fil dans une prise électrique, vous obtiendrez le même résultat… »

Désolé…

Eolas:
Je vous ai rectifié.

96. Le lundi 22 décembre 2008 à 13:43, par Obi

@84

Je me permet une autre observation : Quid des civils tués en Irak, des multiples atteintes aux droits de l’Homme, des détériorations volontaires qui ont été infligées à ce qui fut l’une des merveilles du monde ?

Eolas:
La statue de Saddam ?

Vous ne me ferez jamais croire que le nombre de soldat tués justifie une Guerre ou non. Les civils si.

Eolas:
Votre phrase n’est pas claire, je le crains.

97. Le lundi 22 décembre 2008 à 15:01, par Didier Fargeau

Comme d’habitude les explications de M° Eolas sont d’une parfaite exactitude. Je voudrais cependant apporter un complément sur un point, au risque de faire doublon avec un des commentaires puisque je n’ai pu les lire tous. Dans les termes, le « référé liberté » et le « référé détention » paraissent désigner des procédures équivalentes. C’est d’ailleurs l’argument développé lors de la réforme de 2002, il s’agissait d’instaurer entre le Parquet et la Défense l’égalité des armes en donnant au Parquet la possibilité qu’avait la Défense de former un appel à court délais contre une décision touchant à la détention. Il y a cependant une grande différence dans les effets pratiques de l’un et l’autre référé. 1) une personne, par définition libre jusque là, est placée en détention par le JLD. Son avocat forme un référé détention. La personne est écrouée et attend en prison la décision d’appel. 2) une personne détenue voit le Juge d’instruction ou le JLD ordonner sa remise en liberté. Le Parquet forme un référé détention. La personne reste en détention et attend en prison la décision d’appel. Lorsqu’il s’agit de placer en détention le référé de la Défense ne suspend pas la décision du juge, lorsqu’il s’agit de remettre en liberté, le référé du Parquet est, lui, suspensif.

98. Le lundi 22 décembre 2008 à 15:22, par Citoyen mitoyen

Pour en revenir à Me Achoui, j’aimerais avoir une confirmation s’il-vous-plaît :

Un avocat ne peut être poursuivi parce qu’il avait connaissance d’un projet d’évasion ou parce qu’il a n’a pas voulu révéler une planque, eu égard au secret professionnel. En revanche, selon l’art. 434-6 du CP il peut être poursuivi pour avoir aidé son client durant sa cavale (argent, appart, médecin, etc.), c’est bien cela ?

Eolas:
Oui ; ou comme complice de l’évasion, ce qui était le cas ici ce me semble.

99. Le lundi 22 décembre 2008 à 15:30, par DM

@obi: Je ne veux pas faire mon scientifique prétentieux, mais vous ne voulez pas écrire « 25000 kW » mais plutôt « 25000 V » ou encore « 25 kV », telle étant la tension (efficace, on est en alternatif) utilisée sur les LGV.

100. Le lundi 22 décembre 2008 à 16:28, par E-fred

Merci maître de nous avoir éclairés sur cette affaire.

Je n’ai juste pas trop compris à quoi servait encore la présomption d’innocence.

Je suis juste maintenant impatient de voir comment nos enquêteurs vont faire pour justifier une telle opération « anti-terroriste »…alors que les trains continuent de tomber en panne.

Bonne fêtes à tous.

101. Le lundi 22 décembre 2008 à 16:42, par Ferdydurke

Je crains que qualifier de « terrorisme » les actes visés par les poursuites en cours risque de produire les mêmes effets que traiter de « nazi » un membre du FN : l’altération du sens et de la portée des actes ou évènements auxquels ils se réfèrent, par conséquent la dépréciation, volontaire ou non, de leur gravité, et donc de l’attention qu’elle justifie.

Non, non, je n’ai pas atteint le point Godwin, sa définition énonçant qu’aucun débat n’est plus possible une fois celui-ci atteint. ;-)

102. Le lundi 22 décembre 2008 à 16:47, par Le_Pompiste

Eolas en 70 : « Il suppose la sagesse des gouvernants, qui présuppose la sagesse du peuple. Qui a hélas plus peur du terrorisme (qui a tué en 2008 peut-être une dizaine de Français) que de la voiture (4.600 morts) ou du tabac (66.000 morts par an en France). »
Cela me rappelle irrésistiblement la phrase du physicen James Hughes (Trinity College) : « The risk of an American dying of a terrorist attack is smaller than the risk of being hit by lightning. So why did we spend almost a trillion dollars over the last eight years on the war on terror, and not people getting hit by lightning ? »


103. Le lundi 22 décembre 2008 à 17:02, par valentin

Donc le fait de foutre des morceaux de ferrailles sur les caténaires, morceaux posés pendant la nuit et détectés par la locomotive qui « ouvre » les voies chaque matin est un acte de nature à provoquer la terreur dans la population ? La seule psychose que j’ai vu dans les gares samedi dernier, c’est celle de louper son train ou d’avoir oublié les cadeaux pour la mémé !!!

La SNCF a elle-même expliqué qu’il n’y avait aucun risque de déraillement, juste éventuellement quelques dizaines de mètres de câbles arrachés. Vous allez voir que mon voisin qui s’est emplafonné le panneau Stop en bas de la rue va être traité de terroriste.

Comme quoi, on peut utiliser n’importe quelle loi pour lui faire dire un peu ce qu’on veut si on y met la mauvaise foi qu’il faut.

Je ne sais pas si ce sont ces gens ou pas qui ont commis cet acte qui, à mon sens, tient plus du vandalisme que du terrorisme. Et qui que ce soit qui a fait le coup, ce n’est pas très malin. Mais on a franchement l’impression qu’on a pris un truc somme toute relativement banal, qu’on a trouvé quelques types un peu marginaux et qu’on l’a monté en épingle pour montrer que notre police agit.

104. Le lundi 22 décembre 2008 à 17:20, par marcel

Extraits de presse : Interview de Christophe Chaboud, responsable antiterroriste (Libération, 3/12/08)

Comment s’expriment leurs velléités terroristes ? De par leur attitude et leur mode de vie. Ces personnes recherchent une coupure totale avec la société. Ils souhaitent transcrire leurs pensées en actes violents tout en se préparant à une vie clandestine.

Coupat et sa bande avaient donc une attitude et un mode de vie « terroristes » ? Un juriste peut-il nous dire quel article du code pénal s’occupent de l’attitude et du mode de vie ? Et en fait, l’épicerie, c’était pour préparer des réserves de petits pois en vue du passage à une vie clandestine …

Comment la menace qu’ils représentent se manifeste-t-elle ? Se procurent-ils des explosifs ou des armes ? En l’occurrence, non. Cependant, dans le cas du groupe Coupat, ils ont organisé des sabotages concertés, dans le but de perturber tout un réseau de communication.

Tout un réseau de communication ? 15.000 kilomètres de lignes SNCF pour 9 « terroristes » (dont 7 remis en liberté). Bravo les gars ! Et pour les autoroutes, vous aviez prévu quoi ?

Ca serait drôle s’il n’y avait pas des gars en prison pour (probablement) pas grand chose

http://www.liberation.fr/societe/0101302669-la-gravite-des-faits-en-question

105. Le lundi 22 décembre 2008 à 17:22, par Citoyen mitoyen

@ valentin # 102 :

Si on s’en tient aux missions qui incombent à la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI), on obtient :

  • la prévention et la lutte contre les ingérences et les menaces étrangères (contre-espionnage) ;
  • la prévention et la lutte contre le terrorisme et de tout acte « visant à porter atteinte à l’autorité de l’État, au secret de la défense nationale ou au patrimoine économique du pays » ;
  • la surveillance des communications et la lutte contre la cybercriminalité ;
  • la surveillance des mouvements, groupes ou organisations subversifs violents et des phénomènes de société précurseurs de menaces.

Ce « précurseurs de menaces » nous fait donc entrer dans une politique de « répression préventive » ou de « prévention répressive », c’est au choix, et qui ouvre effectivement la porte à toutes sortes d’actions, pourvu que l’on puisse leur donner une légitimité aux yeux du public. C’est le cas je pense de l’affaire Coupat, pour laquelle on a attribué la qualification d’actes à vocation terroriste. Non seulement on fait cesser les actes répréhensibles, ce qui est légitime, mais en plus on neutralise les auteurs en leur imputant des actes beaucoup plus graves à venir ou des intentions, ce qui pour le coup devient très discutable.

106. Le lundi 22 décembre 2008 à 17:36, par Lambda

Maître Eolas Merci pour ce Blog. Mais « Tant il est vrai que le principe des sabotages terroristes repose sur le fait de ne surtout pas attirer l’attention » Ne pas oublier :  » plus je me sentais convaincu que le ministre pour cacher sa lettre avait eu recours à l’expédient le plus ingénieux du monde, le plus large, qui était de ne pas même essayer de la cacher. » La lettre volée de Edgar Allan Poe traduction de Charles Baudelaire

107. Le lundi 22 décembre 2008 à 17:47, par Charp

Article très complet sur l’aspect de cette affaire qui doit être traité ici: le droit, et qui permet d’isoler le problème.

La liste des « exceptions » aux procédures habituelles, liste croissante au fil des ans, montre que le vrai problème dans cette affaire n’est pas judiciaire, mais législatif, donc politique. Et dès lors pour comprendre ce fait, il faut le replacer dans l’évolution politique globale, actuelle et à venir.

Dans ce cas précis, il s’agit de prendre des boucs émissaires (coupables ou pas du fait incriminé n’y change rien,car il s’agit de les rendre coupables de bien plus que ce fait) pour criminaliser toute opposition radicale. De ce point de vue, l’essentiel n’est pas la culpabilité ou non, mais le glissement du sens du terme « terroriste », qui montre la parfaite malléabilité du concept aux besoins politiques du moment, comme ici, où un grain de sable dans la mécanique est assimilé à une bombe dans la foule.

Enfin, il faut rappeler que les problèmes à la SNCF vont bien au-delà des conséquences de ces sabotages: le manque de crédit est un outil autrement plus efficace qu’un fer à béton. C’est là aussi que joue la notion de bouc émissaire. Les saboteurs ont des complices haut placés…

Ensuite puisque vous ne respectez pas vous-même la règle fixée à l’origine, en @31, ce non-respect de la procédure de votre part me permet de casser votre interdit : votre hypothèse me paraît tout à fait plausible, mais n’est nullement contradictoire avec l’interprétation politique des faits. Que les policiers aient cru à la culpabilité, voire aux dangers de ces jeunes, ne change rien, ni au glissement du sens de « terroriste », ni à l’usage politique qui a été fait de cette affaire, et au rôle d’intimidation qu’elle peut jouer.

D’ailleurs, l’un des jeunes libérés semble aussi croire en la sincérité des policiers, dans le « reportage » de Mediapart. Reportage qui se contente de mettre face-à-face les deux versions: ministérielle et des inculpés. C’est mieux que l’essentiel de la presse (qui elle, contrairement aux policiers et aux juges, a l’avantage de n’avoir aucune procédure, même d’exception, à devoir respecter), mais enfin, appeler cela du journalisme.. Cette affaire n’est pas en soi scandaleuse, en ce sens que les règles ont été respectées, comme vous le soulignez. Comme le dit ce jeune lui-même, les policiers n’ont après tout fait que le boulot pour lequel ils sont payés. Ce qui est scandaleux, ou plutôt inquiétant, ce sont ces règles mêmes, et l’évolution politique dont elles sont l’expression.

108. Le lundi 22 décembre 2008 à 17:55, par grumlee

il portait une veste en jeans la Police n’a pas mis longtemps à trouver le Coupat bleu

désolé, je sors…

109. Le lundi 22 décembre 2008 à 18:00, par valentin

@Citoyen mitoyen 104 Les articles de Wikipedia, c’est bien, mais ce n’est pas la loi : le terme « précurseur de menace » n’apparaît pas dans le décret n° 2008-609 du 27 juin 2008 qui est rédigé ainsi : Elle participe également à la surveillance des individus, groupes, organisations et à l’analyse des phénomènes de société, susceptibles, par leur caractère radical, leur inspiration ou leurs modes d’action, de porter atteinte à la sécurité nationale.

Est-ce que « participer à la surveillance » veut dire « arrêter préventivement » ? Est-ce que le groupe Coupat a porté atteinte à la sécurité nationale ?

110. Le lundi 22 décembre 2008 à 18:11, par Thau

@Eolas sous 84 Mais puisque vous abordez ce point, la guerre en Irak a tué en 5 ans autant de soldats américains qu’Omaha Beach en une matinée. Donc le débarquement allié était une cuisante défaite, et surtout n’aurait pas dû être tenté, c’est ça, ou je fais de l’antiaméricanisme ?

Vous n’avez encore rien compris et êtes un piètre stratège militaire…. Les alliés auraient du débarquer en Irak, non en Bretagne… cqfd !

Eolas:
Omaha Beach en Bretagne ? Allons ! Le Mont Saint Michel, je veux bien, mais là, il faudrait que le Couesnon déconne sérieusement.

111. Le lundi 22 décembre 2008 à 18:12, par Pim

Maître Éolas, vos lumières nous sont d’un précieux secours dans l’opacité du droit du plus fort. Je vous en remercie.

Me permettrez-vous, cependant, de relever, en l’occurrence, une incohérence de votre part ?

Je vous cite : Je me garderai bien, j’insiste, de me prononcer sur le fond, et vous prierai de respecter cette même réserve en commentaire. L’instruction est en cours et nous ne savons rien ou si peu de son contenu.. Si vous ne savez rien ou si peu, pourquoi, alors ne pas résister à vous aventurer sur le terrain glissant de supposer ou laisser supposer que, je vous cite, ces sabotages ne nécessitant pas une infrastructure élaborée, il est possible que seuls certains membres y aient été mêlés. ?

De telles suppositions, dans le climat délétère dans lequel on prétend nous entraîner, c’est déjà prendre parti.

Je ne sais si vous avez fait Centrale ou l’ENA, mais en l’occurrence, merci d’en rester à votre spécialité. L’enjeu est trop grave, et cela vous évitera d’avoir à répondre par une pirouette, qui honore bien peu votre rigueur pourtant bien connue, afin de vous défendre des « attaques » de droite et de gauche …

Eolas:
Hélas, hélas, j’ai pour principe de répondre aux injonctions qui me sont faites de me cantonner au domaine juridique et de bien me garder de poser un orteil en dehors de ces terres, non par une pirouette, mais par le mépris.

112. Le lundi 22 décembre 2008 à 18:13, par Thau

je voulais dire en Normandie, pas en Bretagne…. que les Normands et les Bretons me pardonnent.

Eolas:
Ne vous en faites pas. Ils sont aussi orgueilleux que peu rancuniers.

113. Le lundi 22 décembre 2008 à 18:13, par Citoyen mitoyen

@ valentin # 108 :

Je pourrais presque vous soupçonner de vouloir insulter mon intelligence… )

Les missions de la DCRI que j’ai énoncées sont issues du conseil des ministres du 25 juin 2008 portant sur les missions et l’organisation de la DCRI, et dont vous retrouverez l’intégralité du communiqué en bas de cette page.

Par ailleurs, le décret dit la même chose dans des termes différents :

- « (…) précurseurs de menaces » – « (…) susceptibles de porter atteintes à la sécurité nationale »

114. Le lundi 22 décembre 2008 à 18:26, par Citoyen mitoyen

@ valentin # 108 (bis) :

Par ailleurs, je n’accrédite pas l’action de la Sdat qui, comme l’a rappelé Charp en 106, n’est pas de son fait mais de la volonté politique de MAM et de Sarkozy. La Sdat tout comme la DCRI ne font qu’obéir aux ordres.

Autant je loue l’action des services anti-terroristes ou du renseignement lorsqu’il s’agit de prévenir une réelle menace terroriste, laquelle doit être justifiée par des indices probants (écoutes téléphoniques, informations venant d’indicateurs, etc…), autant l’action menée dans l’affaire Coupat me paraît disproportionnée. Bien sûr, nous ne sommes pas dans le secret des dieux, mais à ma connaissance mais il « semblerait » que pour le moment la justice n’ait même pas d’éléments (aveu ou preuve matérielle) qui permettraient de démontrer la culpabilité de Coupat et de sa Cellule invisible dans cette affaire. Ce sont plutôt les preuves qui semblent « invisibles »…

115. Le lundi 22 décembre 2008 à 18:31, par Fantômette

@ E-fred

Il faut comprendre une chose assez simple, et pourtant assez rarement rappelée : le principe de la présomption d’innocence, au moins historiquement, règle une simple question de charge de la preuve.

Le principe de la présomption d’innocence répond à la question : sur qui pèse la charge de la preuve ?

La réponse, en matière pénale, est la suivante : la charge de la preuve pèse sur l’autorité de poursuite, c’est-à-dire, le parquet. Il lui revient de rapporter la preuve que tel ou tel suspect s’est rendu coupable des faits qui lui sont reprochés.

Votre innocence est présumée, c’est-à-dire que vous n’avez pas à en rapporter la preuve.

Si, aujourd’hui, ce principe a tout à la fois pris de l’importance et perdu de la netteté, il n’en demeure pas moins que cela reste son fondement. Il en découle qu’une enquête menée par les autorités de police ne saurait en tant que telle violer le principe de présomption d’innocence; elle en est au contraire la manifestation.

Ceci dit, il n’en demeure pas moins que les poursuites doivent trouver à s’exercer conformément aux règles de la procédure pénale, dont la présomption d’innocence n’est pas l’unique fondement.

116. Le lundi 22 décembre 2008 à 20:24, par Joel

Ce qui me choque le plus dans cette affaire, c’est la qualification de terrorriste qui est donnee par la justice a ses actes. L’innocence ou la culpabilite de Coupat et de ses amis est secondaire. S’ils sont innocents et reconnus comme tels apres quelques tracas, leur sejour en prison aura ete tres regrettable certes, mais somme toute une banale affaire de faux coupables, infiniment moins grave qu’Outreau par exemple. Mais qu’ils soient coupables ou innocents, c’est l’application de la legislation anti-terroriste qui est vraiment grave. Comme le rappelle Maitre Eolas, ces lois ont ete votees en reaction a, et justifiees politiquement par, des attents aveugles et meurtriers (en l’occurence tous islamistes).

La necessite de ces lois (qui abolissent le jury populaire, changent la procedure penale, etc) pour lutter contre ce genre de terrorisme me parait discutable (au sens ou l’on peut etre raisonnablement pour ou contre – moi je suis contre). Mais il est clair qu’elles ne sont absolument pas necessaire contre des actes et des gens comme ceux qui nous occupent. Croit-on serieusement que la bande de Coupat pourraient intimider un jury par leurs menaces? Meme l’application des lois anti-terroristes au proces Erignac (bien que ce soit un acte beaucoup plus grave que les sabotages de catenaires) est extremement choquante. Comment avons-nous pu accepter qu’a Yvan Colonna, qui clame son innocence, soit refuse le droit fondamental d’etre juge par un jury populaire ? Meme si il est coupable (je n’en sais rien, les comptes-rendus du proces n’entrainant pas la conviction), je ne crois pas que ce nationaliste en cavale retrouve avec quelques euros et un peu de fromage corse avait la possibilite de terroriser un jury. Ou alors il faut admettre que tout criminel peut le faire (apres tout ce sont souvents des assassins ou violeurs – presumes). Cela n’a rien a voir avec des islamistes fous (ou bien de l’ETA), ayant mis des bombes dans le metro ou dans la rue, qui revendiquent leurs actes et promettent represailles, et qui de plus risquent d’etre liberes par le pouvoir politique dans un obscur marchandage quelques mois apres leurs condamnations (cf les terroristes de Munich, ou ceux de 86 a Paris).

117. Le lundi 22 décembre 2008 à 21:19, par yves

Je trouve le législateur très petit bras, sur ce coup là. Pourquoi se limiter à 6 jours?

Une formulation telle que: « la garde à vue peut être prolongée sans avocat jusqu’à obtention des aveux détaillés. » serait plus en phase avec l’objectif de cette limitation des droits du justiciable.

118. Le lundi 22 décembre 2008 à 21:47, par Légisphère

A 109, il va falloir revoir vos cours de géographie et d’histoire, Omaha Beach est le nom de code donné à une plage normande, et non bretonne, sur la Manche, et d’une, et de deux, lorsqu’ils ont débarqués en Normandie, ils étaient déjà, les anglais tout du moins, en Irak depuis un certain temps, lequel ne fut réellement Etat Souverain qu’après cette guerre là )

Accessoirement, ils nous ont joliment sauvé la mise cette année là, non? Ils ne l’ont peut-être pas fait pour nos beaux yeux – quoique – mais ils n’ont lésinés ni sur les vies de leurs soldats ni sur la dépense. Et idem au passage pour nos presques voisins anglais et nos presques cousins canadiens qui étaient plutôt en force ce matin-là sur les plages normandes. Enfin, il y avait aussi 177 français…

Bon ceci dit, je préfère lorsque le maître des lieux nous cause procédure pénale que géopolitique car je crains que la guerre des américains en Irak ne soit réellement, en toute objectivité, un échec. Son but n’était pas de fixer le terrorisme, l’Afghanistan suffisait pour cela, et le régime de Saddam Hussein était suffisamment terroriste lui-même pour dissuader les « al qaida-istes ». Son but avoué était d’instaurer une démocratie arabe qui aurait pu rayonner, le prétexte étant les armes de destruction massive censées être préparées par Saddam Hussein.

Le résultat tangible, c’est une longue période d’instabilité de l’Irak, qui va peut-être éclater finalement, le renforcement de l’Iran en tant que puissance régionale, qui peut jouer les arbitres entre les différentes factions en Irak (et jeter un peu d’huile sur le feu en Afghanistan, tant qu’ils y sont), et enfin le renforcement d’Al Qaida qui s’est effectivement réorienté vers l’Afghanistan depuis quelques temps (mais pas si longtemps). Bref, c’était déjà pas simple avant eux, mais là, ça devient franchement compliqué, pire qu’une élection de premier secrétaire au PS… )

119. Le lundi 22 décembre 2008 à 22:13, par tinotino

@ Thau en 111

Pour cette erreur gravissime que de placer Omaha beach en Bretagne, et notre société actuelle étant résolument tournée vers le spectacle ou le sensationnel, vous aurez pour punition de recevoir la visite du Père Fouettard au lieu du Père Noël, lequel vous flagellera donc sur la place publique. )

120. Le lundi 22 décembre 2008 à 22:47, par Perrubu

En presque hors sujet, mais pas vraiment, je voudrais attirer votre attention sur ce procès

Qu’y voyons nous ? Un homme poursuivi pour « association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes », alors qu’il démontre être un indicateur de la DST ! Et encore mieux, quasiment kafkaien, trois des agents qui l’ont recruté interviennent à titre accusatoire « en vertu de la double casquette de la DST, à la fois police judiciaire et service de renseignement ».

Il me semble que ce genre d’info mérite d’être davantage connu, et juridiquement commenté. Pièger un homme ainsi, c’est le comble de cynisme. Et on peut aussi se demander pourquoi. Pour le faire taire ?

Ce genre de ragout judiciaire me donne la nausée.

121. Le lundi 22 décembre 2008 à 22:54, par Ingénieur

Pour la « complexité » du sabotage de lignes à très haute tension, nul besoin d’être ingénieur supélec. Jusqu’au 11/09 internet regorgeait d’informations et de manuels du parfait petit chimiste bricoleur terroriste, ça allait de la balle de tennis explosive ( véridique ) à la fabrication artisanale de drogues en passant par le sabotage d’infrastructures diverses : réseaux routiers, ferrés, réseaux informatiques spécifiques tels que ceux des hôpitaux… la liste des menaces potentielles est longue, la gestion des risques n’est pas une science pour rien, et non je ne donnerais pas de liens.

La frénésie anti-terroriste des années 2k a poussé les « militants de la liberté d’expression » qui proposaient ces recettes de grand mère manuels de terrorisme, vers des réseaux plus discrets ( là non plus pas de liens, petits joueurs. Je ne fraie pas dans ces eaux-là ) généralement anonymes et distribués ( certaines formes de P2p ou des hordes de « zombies » ). Toutefois google reste votre meilleur ami pour trouver ce genre de choses ( c’est plus facile quand on parle anglais ).

Un petit conseil avant de chercher à vérifier ces choses-là : protégez vous, sortez avec un bon système d’exploitation à jour et derrière un dispositif d’anonymat comme TOR dont certaines sorties sont « écoutées » vous n’êtes anonymes que jusqu’à ce que vous vous trahissiez-vous mêmes par un pseudo ou une autre indiscrétion, vous êtes prévenus….

@ Éolas en 83 Ces gens là des ingénieurs ? Ça me fait mal, vous me décevez fortement, des acrobates de la finance certainement, des futurologues, peut-être, des inanilogues, oui, mais des ingénieurs ! Ça va faire 180 ans bientôt que l’école centrale ne forme plus d’ingénieurs. Pour les mines je ne sais pas je n’ai jamais rencontré d’ingénieur des mines à un poste d’ingénierie ni même en bureau d’étude…

122. Le lundi 22 décembre 2008 à 23:03, par Ingénieur

Erratum : Je ne parlais pas des mines mais des ponts ( en même temps ces deux là font la paire et constituent le même groupe au concours d’entrée )

123. Le mardi 23 décembre 2008 à 01:24, par Charlie

Eolas : « le gardé à vue n’ayant droit à s’entretenir avec son avocat qu’au bout de la 72e heure. Car c’est connu, rien ne permet mieux de lutter contre le terrorisme que de priver des suspects de leurs droits de la défense, sauf peut être une prison militaire sur un bout d’île occupée. »

Il faut vraiment avoir le Code Pénal en tant que livre de chevet et être drogué à la consommation de votre blog pour voir du terrorisme dans cette affaire de sabotage. Toutefois on peut peut etre se réjouir de redecouvrir une tradition francaise au sabotage de lignes qui a in etremis sauvé l’honneur de la France de sa Collaboration.J’avoue que les G.I ont aidés aussi un petit peu…

En utilisant le terrorisme à toutes les sauces, les médias témoignent une fois de plus qu’ils ne ménagent pas leurs éfforts pour dépouiller le sens des mots de la langue francaise. J’en suspecte une partie d’avoir la nostalgie des résultats d’audimat aprés le 11 septembre mais les imbéciles risquent de manquer de mot aprés avoir discredité « terrorisme » dans des affaires dérisoires. Bref, les médias me dégoutent. Je les juge peut etre trop vite. Cherchent -ils sans doute à déconstruire des préjugés utiles qui veulent qu’un terroriste ressemblent forcement à un sarrasin.

Le terrorisme renvoie malheuresement à des images plus brutales.Et oui, il est tout à fait légitime de garder plus longtemps que prévu une personne en lui ôtant de voir directement un avocat si ca peut permettre de prevenir un attentat.N’allez pas nous raconter que durant ces quelques jours dans une geole francaise c’est la torture qui l’attends ou des sevices comparables à ceux de Guantanamo. J’éspère que cette comparaison avec les pratiques americaine n’était qu’une occasion de placer un bon mot (voir à nous prévenir de possible dérives) mais certainement pas à remettre en cause ce régime particulier d’interrogatoire nécessaire. A vouloir défendre à l’extreme les droits de la défense, vous adoptez une posture dangereuse pour l’interet général.

Soyons clair.Je ne vous demande pas de vivre dans la peur et de cautionner toutes les lois dîtes « sécuritaires » mais d’accepter le principe qu’il faille parfois diminuer les libertés individuelles (ou droit de la défense) dans le but de préserver ‘interet général.

Eolas:
Soyons clairs ? D’accord. Soyons clairs. Pourriez-vous m’expliquer en quoi le fait de lui permettre de s’entretenir avec un avocat pourrait faire obstacle à empêcher un attentat ?

124. Le mardi 23 décembre 2008 à 04:11, par Phory

A qui profite le crime?

Ainsi, Michèle espère ne plus partager le siège éjectable de Rachida. Aujourd’hui d’ailleurs elle simule une attaque terroriste sur la France : ça la hante…

Tout aussi opportunément Xavier calme les lycéens en se trouvant des copains pour les mouiller avec Julien.

Quand la réalité sociale commence à faire peur, alors vilains gauchistes et lycéens ça pourrait faire un cocktail à la grecque…

Quand à l’efficacité de l’anti-terrorisme, nos pieds nickelés sont très forts pour parader, déguisés en terroriseurs de terroristes : heureusement qu’au Printemps ce n’était qu’une grosse blague…

La justice? mais TF1 est là pour rapporter la vérité. c’est Nicolas qui anime le jeu : Michèle, vous êtes le maillon faible, au revoir…

125. Le mardi 23 décembre 2008 à 07:19, par Citoyen mitoyen

Coupat connaîtra la réponse à sa demande de mise en liberté à 14h. Celle de sa compagne a d’ores et déjà été refusée vendredi…

126. Le mardi 23 décembre 2008 à 08:00, par Pim

@Phory (123), je vous cite : N’allez pas nous raconter que durant ces quelques jours dans une geole francaise c’est la torture qui l’attends ou des sevices comparables à ceux de Guantanamo. et vous renvoie pour information (quand on délivre des informations, il n’est pas négligeable de s’informer un tant soit peu) à cet article du Canard enchaîné du 17 décembre, intitulé «Attendrir la viande»: «Depuis un mois, à la maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis, la nuit, toutes les deux heures, la lumière s’allume dans la cellule d’Ydlune Lévy, présumée d’“ultragauche” saboteuse de caténaires SNCF. (…) Officiellement, c’est “pour la protéger d’elle-même”. En réalité, comme le concèdent des juges en privé, il s’agit d’abord d’“attendrir la viande” de cette “dangereuse terroriste” promue par MAM ennemi public no 1 avec son compagnon Julien C. (…)

Renseignement pris auprès d’un vieil avocat, l’expression «attendrir la viande» est utilisée depuis toujours. Il s’agit d’en faire baver aux présumés coupables pour les pousser à coopérer.

C’est, probablement, ce que vous nommez, je vous cite, “accepter le principe qu’il faille parfois diminuer les libertés individuelles (ou droit de la défense) dans le but de préserver ‘interet général.”, en d’autres termes mettre un mouchoir sur l’humanisme fondateur de l’Europe pour en protéger les acquis matériels.

Vous avez raison. C’est aussi ce qu’ont dû se dire les nazis quand ils ont commencé à déporter les juifs, et c’est aujourd’hui, au final, ce que l’on fait sans état d’âme vis à vis de qui prétend prendre au pied de la lettre la publicité que fait partout l’Occident sur le bonheur de vivre en démocratie et librement. Voyez quelle réalité elle donne à ses principes dans ses centres de rétention.

Au secours ! Protégeons-nous de tous ces mécréants qui veulent nous prendre notre bonheur à nous, qu’on a payé même pour l’avoir !… Combien ? Euh ! Ben ! d’une vie perdue tiens ! …

Eolas:
Point Godwin atteint, félicitations.

127. Le mardi 23 décembre 2008 à 08:04, par Pim

Erratum : Désolé Phory (123). ce n’est pas à vous que mon commentaire s’adressait (yes ! errare humanum est !), mais au commentateur précédent, à savoir Charlie (122). Mea culpa ! Si ! Si !

128. Le mardi 23 décembre 2008 à 09:32, par Simplet

@ Charp 106

« Ce qui est scandaleux, ou plutôt inquiétant, ce sont ces règles mêmes, et l’évolution politique dont elles sont l’expression. »

Ne pensez vous pas qu’au lieu de considérations sur ce qui doit être défini ou pas comme acte terroriste, la règle suivie dans ce cas est surtout pour ceux qui se sont agités devant les caméras, de ne pas devoir se déjuger piteusement devant une affaire qui se déballonne à vue d’oeil?

129. Le mardi 23 décembre 2008 à 09:50, par Pim

Le commentaire précédent le 125 ayant été censuré (sans doute en ce qu’il était une critique du 122 par une mise en évidence des procédés actuellement employés en prison contre Mlle Y. Lévy – cf Le Canard enchaîné du 17/12/08), le commentaire 125 n’a plus de raison d’être.

Eolas:
Il n’a pas été censuré mais mis en quarantaine. Troll Detector™ est allergique au point Godwin.

130. Le mardi 23 décembre 2008 à 10:51, par toto

Le mot « terrorisme » est mis à toutes les sauces. De même que le mot « otages » par les médias pour qualifier les pauvres usagers bloqués sur les quais lors d’une grève SNCF.

A quand la qualification d’acte de terrorisme pour le vol à l’étalage ?

131. Le mardi 23 décembre 2008 à 11:04, par Fabien

@ Citoyen mitoyen (n°43)

Le terme de « Cellule invisible » est le terme employé par la police, relayé par MAM, et par la presse en cœur. Dans ce sujet que j’ai publié en février 2007, j’annonçais la sortie prochaine d’un livre signé du « Comité invisible » et intitulé L’insurrection qui vient lire ici pour les radins). Il se trouve que le rapport de police établi après les quatre jours de GAV en fait largement état (il occulte au passage la revue Tiqqun, qui n’a pas l’heur de plaire à Eolas, et je le comprends, mais c’est une histoire de goût, et sans doute d’époque –l’un en 1999 l’autre en 2007). L’éditeur n’a jamais été entendu par la police. Qui sait qu’elle est sur un terrain glissant. Il a rédigé cette chronique et déclaré qu’il ne confirmait pas qui étaient les auteurs du livre. A certains médias, même, qu’il ne savait pas.

@ Kebra (n°77)

Pour ce qui concerne la revendication allemande (dont j’ai fait état précédemment), je ne connais pas la procédure. Toutefois, on peut lire ICI qu’il s’agit du Castor du 11 novembre ou LA qu’il est arrivé à Gorleben le 12 novembre après 58 heures de voyage (y compris les arrêts pour cause de manifestations, comme d’habitude). Que dit le SDAT ? Il reproche au groupe Coupat un sabotage dans la nuit du 7 au 8 novembre, comme écrit dans ce rapport de police. Certains policiers ne sont pas forts en maths, mais que mes confrères suivent comme des moutons (sans les compter) me laisse parfois pantois… Qui va croire qu’aucun train n’a circulé sur cette voie fort fréquentée, alors que Julien et Yldune étaient sous surveillance constante (ils n’ont été « perdus » que quelques heures… étrangement).

L’AFP, dont les principales ressources viennent des abonnements des services de l’Etat (environ 60 %) remarque ICI que pour MAM il y a des ramifications partout, ce qui n’est pas le rôle d’une agence de presse, qui se doit d’être neutre, donc de donner de l’info, rien que de l’info, ce que fait l’ATS dans cette dépêche qui ne met pas en doute l’orthographe (allemande) d’un prénom et qui nous apprend qu’une personne est de Genêve. Tout comme les 11 et 12 novembre deux noms circulaient depuis la presse belge : ceux des deux gardés à vue nés en Belgique, ce afin de déterminer leur nationalité.

@ Kebra (n° 91)

Tour comme pour la caténaire de novembre, les soucis de ce week-end sur le TGV Atlantique sont le fait d’un chasseur. Non pas que le chevreuil fut volant, tel un rêne de père Noël (c’eût été de saison) mais que la caténaire n’était pas suffisamment en hauteur. Une erreur de tir est aussi vite arrivée qu’un séchage d’arme de service dans un four à plus de 200 degrés pour un gendarme. Il faut être un peu fondu.

@ Eolas, J’aimerais bien qu’un jour prochain vous puissiez m’éclairer (ainsi que vos lecteurs) sur ces quatre textes si discrètement publiés au JO :

1/Affaire Kieffer

2/Mort de Firmin Dahou

3/Attaque de Bouaké

4/Affaire JPK

Il se trouve que le frère cadet de l’intéressé de la première affaire n’était même pas informé (bien entendu, il est partie civile, je ne suis qu’un ami de vingt ans)… Quant à la dernière, la presse, en Polynésie, a mis quatre jours à retrouver le texte et ne comprend pas tout. Je tente d’expliquer à certains de mes lecteurs (hors blogue) que la Polynésie « française » est considérée en ce domaine comme un pays étranger, tout comme le Japon où a été présumé se trouver un compte bancaire occulte, mais j’ai du mal (merci d’ailleurs de me dire si je m’égare, mais il me semble que c’est le cas depuis les essais nucléaires).

Pour ce qui concerne la première affaire, sachez que j’y tiens particulièrement. Je connaissais l’intéressé de longue date : ma fille, qui aura vingt-et-un ans le 25/12/87, était en gestation et la sienne devait avoir environ un an.

132. Le mardi 23 décembre 2008 à 11:57, par C-Real

Rien à voir avec le sujet du post mais l’article ci-dessous intéressera à n’en point douter le Maître des lieux:

http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/12/23/trois-philosophes-interpelles-a-roissy-apres-l-expulsion-d-un-sans-papiers_1134327_3224.html

133. Le mardi 23 décembre 2008 à 12:07, par E-fred

à Fantomette

Merci pour votre post.

Je comprend mieux maintenant, effectivement, ce que signifie « présomption d’innocence »: « qu’une enquête menée par les autorités de police ne saurait en tant que telle violer le principe de présomption d’innocence; elle en est au contraire la manifestation. »

En fait toute l’enquête de police tend donc à disculper Julien et Yldune, injustement mis en cause et « filé » depuis que le FBI les a repéré ce printemps à New York…où, quelques jours après leur départ des States, une vitrine d’un centre de recrutement de l’armée a été prise pour cible par un cyclo-terroriste…qui a d’ailleur lâchement abandonné sa monture dans une poubelle…ce n’est pas très écologique.

La France sait donc mettre les moyens, plutôt que la forme, quand il s’agit de défendre d’honnêtes citoyens manifestant leur opinion.

134. Le mardi 23 décembre 2008 à 12:10, par PMB

Eolas vous écrivez : « Enfin, sans vouloir diminuer le mérite des mis en examen, ils sont loin d’être (…) sur-cultivés (la culture suppose une ouverture d’esprit dont la lecture de Tiqqun révèle l’absence) »

Il ne faut peut-être pas caricaturer, et déduire un déficit de sur-culture du seul fait qu’ils aient lu ce pensum plus ou moins ésotérique. Je viens de voir Madagascar2 (et on n’est pas prêt de m’y reprendre), cela ne fait pas de moi un sous-cultivé ;-) Il semble, pour ceux qui ne prennent pas leurs infos dans le seul Paris-Match, pour ceux qui fréquentent suffisamment les milieux néo-ruraux*, qu’ils aient un niveau de connaissances et de culture un peu plus élevé que la ménagère empernautée de 13 à14.

Eolas:
Si j’admets qu’ils sont sur-cultivés par rapport à une population sous-cultivée, arrêterez de faire subir ces sévices à cette pauvre mouche ?

Voir ce lien :

http://www.grainesdautomne.org/

Et vous ajoutez : « l’enquête révèle que nos épiciers révolutionnaires avaient plus de vocabulaire que de détermination »

Ils n’avaient fort probablement pas la détermination, au grand dépit de la Sharkozie, de faire sauter la société pourrie, eu. D’abord et surtout la détermination de changer concrètement leur vie et celle de leur entourage, bien au-delà du blabla extrémiste à quoi on prétend les circonscrire. Et le vrai danger il est là. Des gens qui inventent des procédés de consommation soft, qui refusent d’engraisser les plus grosses fortunes de France et de Belgique que sont les proprios des grandes surfaces, et qui ne désherbent pas leurs pelouses avec des m… vendues par Monsanto, et qui n’ont pas de portable, c’est affreux, la Bourse est en danger !

Eolas:
Absolument. Monsanto tremble en pensant aux gazons de Tarnac.

135. Le mardi 23 décembre 2008 à 12:17, par Kebra

« Sa compagne, Yldune Levy, elle, est sûre de passer la fin de l’année en prison. Sa demande de remise en liberté a été rejetée lundi par un juge des libertés et de la détention (JLD). Une décision justifiée par le juge qui estime que la présumé coupable n’a pas encore été entendue par le juge d’instruction chargé du dossier. » Le Parisien avec AFP 22 décembre par Google news.

http://www.leparisien.fr/faits-divers/sabotage-des-lignes-sncf-coupat-fi…

 » Présumé coupable », le juge a-t-il vraiment employé cete expression ? Est-ce un abus de l’AFP ou du Parisien ? Cette atteinte grave aux droits de la défense est-elle répréhensible ?

Ce n’est pas le seul contenu contestable de ce papier, il semble qu’un juge doive se prononcer sur le fond vendredi, donc le lynchage et la calomnie reste la base de cette affaire. La justice doit faire cesser ce cirque.

Je partage votre analyse sur la vacuité d’une plainte contre MAM en France, trop bien protégée par la haute cour de République. Par contre, Bauer et Cie ne disposent d’aucun statut légal. Si le comité de soutien dispose de preuves contre eux, je ne vois pas sur quelle base les autorités peuvent refuser d’instruire, à part le fait du prince.

De même, la neutralité de l’AFP est très contestable, je pense même qu’une plainte est recevable si l’agence est à l’origine de la « bourde » sur la présomption, il y a récidive après la diffusion comme information des communiqués de MAM, comme le démontre bien Fabien dans 128.

Et toujours pas de dossier sérieux sur la piste allemande et les convois Castor, la France espère faire des milliards avec le nucléaire comme solution au réchauffement, cela pue l’embago à plein nez, ou pire, la soumission totale des médias qui cachent leur honte dans la futilité et le sabotage du vrai travail journalistique. C’est de la résistance passive très bien cachée, de vrais héros ces journalistes !

136. Le mardi 23 décembre 2008 à 12:31, par PMB

« Eolas: Je précise que pour moi, dès qu’on a franchi le périph’, c’est le Larzac. »

Voilà qui a le mérite de la franchise, une franchise dont on vous souhaite qu’elle soit mariée avec l’ironie. Sinon ça sonne très parigot-tête-de-veau (humour, hein, humour) intimement persuadé que la civilisation s’arrête « dès qu’on a franchi le périph’ »;

Je vais donc vous informer de ceci, que vous ignorez peut-être :

- La province n’est plus un désert. Je vis dans une petite ville à 300 km de Paris, mais le TGV passe sous mes fenêtres, il s’arrête même, et j’ai trois minutes pour atteindre la gare. Quand je pense à la tripotée de Parisiens à qui il faut au bas mot trente minutes pour faire comme moi…

- Et je suis à trente minutes d’une ville où le problème n’est pas : va-t-on pouvoir sortir ce soir mais va-t-on réussir à choisir parmi tout ce qui nous est proposé (au passage : la Folle Journée, vous avez ça à Paris ?). Je suis allé un jour à Marly-le-Roi (sympa). Un soir, on a voulu aller au cinéma sur les Champzés. Il nous a fallu largement plus d’une heure. Le charme (réel) de Paris en avait pris un coup dans les précieuses ridicules.

- Le Larzac, ce fut le choc de ma vie. En une seconde, pas deux, je compris qu’on pouvait se battre pour défendre un paysage aussi fabuleux, et que je n’avais jamais vu ni même imaginé, contre les obus rouillés et les merdes de bidasses les uns et les autres aussi éparpillés dans la nature en compagnie de canettes de bière. Allez au Rajal del Guorp, vous n’en reviendrez pas !

(Bon, je digresse je digresse… Pas tant que ça)

Eolas:
Si, si, je vous assure, vous digressez tant que ça.

137. Le mardi 23 décembre 2008 à 12:49, par Kebra

@ 120

Je ne vois pas bien le rapport objectif entre la fabrication artisanale de drogues et le terrorisme. Les guerrillas se financent avec de la production/distribution industrielle de drogues et n’ont pas beoin du Net pour les recettes.

Les anars sociaux sont aujourd’hui devenus marginaux chez les truands, l’immense majorité des caïds sont des ultra-libéraux, les autres sont communautaristres sauce MDI, chacun chez soi. Leur financement par le bizz de dopes ou l’attaque aux produits stups sont des hypothèses peu crédibles.

Eolas:
Même la pègre est ultra-libérale ? Il fallait bien en arriver là un jour, remarquez. Je ne vois pas pourquoi l’État aurait le monopole de se fabriquer des gros méchants.

Par contre, les ultragauchos plaident pour l’autoproduction, y compris et surtout de drogues afin de résister à la prohibition et de ne pas participer au marché noir des dopes, encore plus pourri que le marché officiel.

Vous sombrez vous aussi dans la stigmatisation des usagers de drogues, surtout dissidents. Vous participez à une guerre civile qui dure depuis Nixon.

Je conteste fondamentalement le régime terroriste appliqué aux affaires de stups. War on drugs et war on terror sont les deux faces d’une même fausse pièce. Elle est utilisée avec habilité par le lobby militaro-industriel atlantiste pour nous hypnotiser, puis maintenir la narcose par la peur.

Ce sont des guerres sans fin, sans victoire possible, elles justifient un régime juridique d’exception et couvre ainsi l’arbitraire d’Etat, les magouilles barbouzardes, la privatisation abusive de la sécurité et du renseignement, en attendant la justice, surtout les taules.

Nous devons cesser d’avoir peur. Nous devons affronter la réalité avec des armes démocratiques et ne pas sacrifier nos libertés pour un sentiment insécurité entretenu par des magouilles de Com’ comme S’Tarnac. Depuis la fin du Vietnam, le marketing de l’industrie sécuritaire broie des millions de vies et dissimule le pillage de milliers de milliards dans les fonds publics.

Eolas:
Heureuse période avant 1975, où la prévarication était inconnue…

138. Le mardi 23 décembre 2008 à 13:14, par Charp

@126 Simplet: Ce dont je parlais, c’était la signification politique des règles mises en place, et que cette affaire souligne: la malléabilité de la notion de terrorisme face aux besoins politiques, orientés vers une criminalisation de toute opposition.

Maintenant, comme vous le soulignez, la différence entre les intentions politiques et leur application relève de l’efficacité des exécutants, et cette efficacité fut effectivement douteuse ici. C’est justement pour ne pas tout perdre de l’effet recherché, et/ou pour masquer cette inefficacité que les uns et les autres essaient de ne pas se déjuger.

Maintenant, et là je suis tout à fait d’accord avec Maître Eolas, sur la culpabilité même, on n’a pas les éléments pour juger nous-mêmes. Ce qui n’est pas incompatible avec l’exigence de leur libération: comme le disait encore Eolas (@39): libération et innocence ne sont pas liés.

Mais même si cela vous paraît, ainsi qu’à moi et beaucoup d’autres ici, assez « piteux », ce n’est pas le cas pour tout le monde, et au nom du fameux « pas de fumée sans feu », l’idée que certains opposants (et à terme tout opposant) sont des criminels en puissance peut faire son chemin dans l’opinion à travers ce genre de montage médiatico-politique. Et c’est là pour moi l’essentiel dans cette affaire.

139. Le mardi 23 décembre 2008 à 13:21, par E-fred

à maître Eolas à Fabien à PMB à Kebra à Fantomette à tous

Merci pour votre aide et vos commentaires. Je pense qu’avec cet article et ces posts, le citoyen moyen middle-cultivé dont je fait partie peut se faire un idée de l’extrême danger à ne pas intégrer le système.

Que nos ventes d’armes de ce jour soient bénies (au Brésil comme au ciel…).

http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2008/12/le-brsil-va-ach.html

Joyeux Noël.

Eolas:
Encore un qui a fumé le sapin sans enlever les décorations, tiens.

140. Le mardi 23 décembre 2008 à 13:53, par Guillaume

Heureusement, il reste quelques magistrats dont l’humanité ne fait pas de doute, et qui autorisent certains mis en examen sous contrôle judiciaire à rentrer chez eux pour les fêtes:

http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jBQx9h6DalTD6TQRI0ElFoTpY6Lg http://www.lexpress.fr/actualites/2/rose-kabuye-autorisee-a-rentrer-au-rwanda-pour-noel_727922.html

Ca c’est sympa! Il faut dire que les faits qui lui sont potentiellement reprochés sont beaucoup moins graves: il ne s’agit que de complicité d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste…

Bel exemple de… de quoi, au fait?

141. Le mardi 23 décembre 2008 à 14:22, par ramses

Un peu en marge de l’affaire Coupat, lire ici ce qui arrive lorsqu’on intervient lors d’une expulsion sur un avion de ligne. Bien lire la « notice d’information » de la PAF, pour découvrir les risques que l’on encourt…

A rapprocher de la « Trip attitude » pronée par Air France (« Découvrez les voyageurs présents sur votre trajet).

142. Le mardi 23 décembre 2008 à 16:25, par villiv

tiens, l’actualité vient concrétiser l’un des commentaires ci-dessus, en réponse à ALEX (voir #51)

et voila l’actualité juridique : « Judiciaire – 23/12/2008 Le Conseil d’État annule partiellement le décret relatif aux pôles de l’instruction « 

143. Le mardi 23 décembre 2008 à 17:07, par PMB

Les apparentements terribles : on apprend en même temps la grâce partielle du préfet Marchiani et le maintien en détention de Julien Coupat.

144. Le mardi 23 décembre 2008 à 18:43, par Leukie

Pour en revenir au sujet, je vois mal le terrorisme là-dedans… Est-ce que les usagers de la SNCF sont censés éprouver cette « terreur » à l’idée d’emprunter un TGV possiblement retardé?

Quant au trouble à l’ordre public, pour répondre à certains commentaires, des centaines d’usagers qui attendent leur train dans une gare, quand bien même durant quelques heures, ça ressemble davantage à l’activité normale d’une gare ferroviaire… La salubrité publique n’est pas compromise, la sécurité publique non plus (on est plus à l’abri dans une gare qu’à l’extérieur « grâce » à Vigipirate), la tranquilité publique non plus, à moins que l’exaspération conduise les usagers à creuser des tranchées avant de jeter leurs valises sur le personnel…

145. Le mardi 23 décembre 2008 à 18:48, par Citoyen

Julien Coupat, présenté comme le chef des anarchistes (cherchez l’erreur)

J’ai trouvé, si il est vraiment leur chef c’est qu’il n’est pas anarchiste, c’est bien connu les anarchistes ne supportent pas les chefs (normal qu’à L’Express ils ignorent cela), donc certainement pas de l’ultragauche … mais alors ? Serait-il de l’ultradroite ? Nul n’en parle … c’est donc que la piste est bonne, n’est-ce pas ?

146. Le mardi 23 décembre 2008 à 19:09, par Gilbert

Plusieurs membres du prétendu commando auquel appartiendrait Coupat ont été libérés mais restent inculpés pour des faits en liaison à une entreprise terroriste. Où est la cohérence ? C’est grave, le terrorisme. Ils devraient être en prison, non ?

147. Le mardi 23 décembre 2008 à 19:49, par Kebra

Cher maître, merci pour ce fil de bonne tenue qui permet effectivement au citoyen moyen de mesurer le danger de la dissidence dans notre pays.

J’ai une question liée à la libération de Marchiani et au statut pénal du Président. Si la suite de l’histoire permet de prouver que les conditions définies pour la grâce n’étaient pas réunies, de prouver que cette décision est une négociation pour acheter son silence dans une affaire pénale en procès, de prouver que notre président a statué en chef de la Firme du 92 et pas en chef de l’Etat français… Pourra-t-on déclencher une procédure à la fin de son mandat en 2012 ou pire en 2017 ?

Si cette libération très contestable provoque des émeutes et des suicides, la responsabilité autre que politique du président peut-elle un jour être engagée juridiquement ?

En d’autres termes, de quels moyens de contrôle dispose le peuple sur le chef suprême de la justice ? Pendant et après le mandat bien sûr.

148. Le mardi 23 décembre 2008 à 21:01, par Bertrand

PV de police de « synthèse »: Dès le début de sa garde à vue, Y.L faisait preuve d’un comportement totalement incohérent, simulant de nombreuses crises de tétanie puis la folie afin de ne pas avoir à s’expliquer sur les faits qui lui étaient reprochés. Examinée à de nombreuses reprises par des médecins attestant de la compatibilité de son état de santé avec une mesure de garde à vue et les membres de sa famille ayant attesté de l’absence de trouble psychiatrique la concernant, au troisième jour de sa garde à vue, elle consentait enfin à parler aux enquêteurs…

Peut etre les medecins devrait faire egalement une attestation de compatibilité avec des traitements dégradants et humiliants plutot qu’avec la détention en garde à vue ;)

On est rassuré que les traitements appliqués ont permis que la mise en cause renonce à son droit au silence… Dans les pays démocratiques, cela s’appelle de l’extorsion d’aveu et les déclarations n’ont aucune valeur..

Les crises de paniques (dite aussi de tetanie) ne sont pas simulables et peuvent etre générées par l’absence de sommeil, et la peur face à un danger ou des menaces… Elles peuvent etre une consequence de torture psychologique de moyenne intensité.

149. Le mardi 23 décembre 2008 à 21:18, par toto

Me Eolas

Un jour j’espère que vous publierai un bouquin qui parle des commentaires faits sur votre blog. Vraiment çà vaut le détour !

Joyeux Noel à vous.

150. Le mardi 23 décembre 2008 à 21:23, par NormalienEnPuissance

pfff moi personne ( oui parce qu’EOLAS est Tout le monde et personne à la fois ) , ne me demande de le contacter rapidement…

Joyeux noël quand même…

p.s : je tente le hors sujet au risque de me prendre du troll detector dans la g%¤$!e : Il y aura t’il quelque choses sur ce qui se passe avec l’avocat d’ Antonio Ferrarra , Karim Achoui; ou pas?

151. Le mardi 23 décembre 2008 à 21:39, par Fabien

@ Eolas (N°149),

je ne pense pas stricto sensu que E-fred a oublié d’ôter les boules (ou les guirlandes) du sapin. il me semble, à la lecture de son blogue et à ce qu’il me reste de la langue de Goëthe (gamin, lorsque je me rendais fréquemment dans le Niedersachsen, le site de Gorleben était déjà remis en cause…) qu’il a pigé un certain nombre de choses grâce à des commentaires, tout comme Bertrand, Kebra et Citoyen (au moins) qui ont relevé des choses que je ne voulais pas étaler par moi-même. Le lecteur minutieux sera capable de relever bien d’autres choses encore par les quelques pistes que j’ai lancées, en ne reprenant que la partie « jetée en pâture aux chiens », comme aurait dit un autre président. Le souci était que beaucoup de choses étaient éparses. Là, c’est plus concis (délayé par l’ex-6e section d’avant 1986, certes), et chacun y voit ce qu’il veut. J’ai connu l’avant-Pasqua, les années Pasqua-Bruguière-Pandraud, et je crains que la situation ne soit pire. Quelques jours après le Cour de Tarnac, alors que Yldune est du 20e, où avait lieu l’exercice antiterroriste ? Ici-même… Et après, on ose nous dire qu’il n’y a pas de provocation.

152. Le mardi 23 décembre 2008 à 21:41, par Fabien

OUPS ! je faisais allusion au commentaire n°139, pas 149… bien entendu. bonnes fêtes à ceux qui le peuvent.

153. Le mardi 23 décembre 2008 à 22:07, par Gascogne

@ PMB : Par pitié, ne tombez pas dans le panneau. Même moi qui suis selon un certain nombre de mes proches archi-susceptible, je ne réponds plus aux provocations parisiano- »provinciales » du maître de céans…
Bon, maintenant, il faut reconnaître que ça lui fait tellement plaisir…
Allez, juste pour le fun : les provinciaux sont tous des bouseux (surtout les avocats)…
Joyeux Noël !

154. Le mardi 23 décembre 2008 à 22:31, par Charlie

Eolas: »Pourriez-vous m’expliquer en quoi le fait de lui permettre de s’entretenir avec un avocat pourrait faire obstacle à empêcher un attentat ? »

L’éfficacité d’un interrogatoire repose sur la capacités des policiers à déstabiliser psychologiquement l’inculpé afin qu’il avoue (où il a caché sa bombe par exemple).Il doit être rythmé et manifesté un minimum d’hostilité, dans les limites bienheureuses du respect de l’integrité de la personne, si le prévenu ne se montre pas coopératif.Personne n’ose croire que c’est en proposant un sucre d’orge qu’on va trouver un dénouement heureux dans ce type d’affaires. Donc la version de l’inculpé doit être éprouvé.

L’avocat n’est pas vraiment la personne adequate pour maintenir la préssion sur le prévenu.Souvent représenté dans les films en acourrant dans la salle d’interrogatoire pour dans un soufle,qui semble être son dernier, inviter son client à garder le silence selon la formule consacrée.Je peux admettre que cette image soit caricaturale mais il demeure que l’avocat est une sorte de bouée de sauvetage, un rayon de soleil (j’en passe) qui casse le rythme de l’interrogatoire.Il ne manquerait plus qu’on invite maman et qu’on offre un grand bol de chocolat chaud à l’inculpé qu’on inviterait biensur à commenter les résultats du championnat.En outre, si votre intégrité et celle de votre profession ne fait pour moi aucun doute , il subsiste une crainte,marginale mais présente, d’une possible complicité que la condamation d’un de vos confréres (Karim ACHOUI)n’a pas éteinte.

Soyons sérieux.Il n’est pas question de laisser complétement les mains libres aux policiers dans la conduite des interrogatoires.La visite médicale permet de vérifier(certes a posteriori) qu’aucuns sévices n’aient été dispensés par la police.Félicitons nous tout de même qu’aucune loi ou autorités publique dans notre pays n’autorise des méthodes barbares d’interrogatoires.

Aprés pourquoi 3 jours et pas plus ou moins? J’avoue qu’il m’est impossible de proposer précisement où il faut mettre le curseur.Seulement 3 jours sans avocat dans ce type d’affaire ne me choque pas.Mais je ne suis pas contre à l’idée de la présence d’une personne neutre qui ,tout en veillant a ce que les droits du prévenu soit préservés , ne nuise pas au bon déroulement de l’interrogatoire et à son caractère inévitablement hostile.Mais je crois que cette personne existe…

155. Le mardi 23 décembre 2008 à 22:41, par Charlie

L’invitation du trés modeste « NormaliensEnPuissance » à lancer un débat sur l’affaire K.ACHOUI me semble être une idée opportune.

Le maître de ces lieux ne devrait pas négliger les répercussions négatives sur l’image de sa noble profession à cause des vissitudes d’un de ses menbres.

Eolas:
Je tremble en effet en pensant à l’effet qu’une telle affaire pourrait avoir sur l’image que vous avez de nous, quand je lis votre commentaire précédent. En fait, non, je ne tremble pas. J’espère que les gens comme vous auront la pire image possible de notre profession. Car en effet, son objet est d’être le pire cauchemar des cyniques qui voient dans les droits de la défense un obstacle à l’efficacité, cette efficacité sans avocat qui a permis d’obtenir en garde à vue les aveux circonstanciés de Patrick Dils, de Richard Roman, et qui ont conduit Alain Marécaux en prison. Cette efficacité qui envoie en prison des centaines d’innocents, sous les applaudissements des Charlie. Jusqu’au jour où c’est à votre porte qu’on viendra frapper par erreur. Et que le seul qui vous aidera à vous en sortir, c’est un avocat.

156. Le mercredi 24 décembre 2008 à 03:29, par OlivierJ

@Pim : si vous voulez critiquer Eolas dans ses compétences non-juridiques, en l’occurrence techniques, vous feriez mieux d’éviter de parler de « un fil délivrant 25 000 kW », ça ne veut pas dire grand chose ; vous pensiez sans doute à la tension, qui elle est de 25 000 V. Quant à la puissance consommée par une rame TGV, elle est bien inférieure à 25 MW, elle est comprise entre 6 et 9 MW.

157. Le mercredi 24 décembre 2008 à 06:35, par Véronique

@ Eolas

A relire votre billet il y a un élément que j’ai du mal à saisir.

Quand un JDL prononce une décision d’incarcération provisoire, pourquoi le référé liberté n’est-il qu’exceptionnellement utilisé par la défense ?

En rapport avec la décision d’hier concernant Julien Coupat.

J’ai compris que le magistrat a jugé le référé détention du Parquet sur la forme. Je comprends la question qui lui a été soumise ainsi: ce référé détention est-il fondé en droit ?

La réponse du juge est oui. L’analyse du fond n’interviendra que vendredi.

Pouvez-vous expliquer en quoi va consister l’analyse de fond ?

Eolas:
Je n’ai pas de chiffres concernant l’utilisation du référé liberté, mais il est vrai que ce n’est pas un automatisme (pas plus que la procédure d’examen immédiat, très rarement employée, qui réduit les délais d’examen par la chambre de l’instruction). Pour un avocat, ce n’est pas parce qu’une voie de recours existe qu’il faut nécessairement l’employer. On forme un réf’lib’ quand on a quelque chose à dire au président de la chambre de l’instruction, quand on peut apporter quelque chose dans le très berf laps de temps que nous donne cette procédure. Prenons par exemple mon dernier réf’lib’. Le JLD a placé mon client en détention en expliquant que ce qui lui posait problème est que tous les mis en cause dans ce dossier (stupéfiants) habitaient le même quartier, et que les laisser en liberté les amènerait à se croiser tous les jours, et une interdiction d’entrer en contact serait illusoire. Mon client me dit qu’il a un oncle en province qui serait prêt à l’héberger le temps nécessaire. Je forme donc un réf’lib’, et le surlendemain, je peux présenter au président de la chambre de l’instruction une attestation d’hébergement de l’oncle avec des justificatifs de domicile, pièces que je ne pouvais pas matériellement me procurer lors de l’audience devant le JLD. Pour la petite histoire, ça n’a pas empêché le président de rejeter mon réf’lib’ et la chambre de l’instruction de confirmer la détention provisoire. Ça aussi, ça décourage d’utiliser le réf’lib’.

158. Le mercredi 24 décembre 2008 à 08:42, par Clems

« Mais puisque vous abordez ce point, la guerre en Irak a tué en 5 ans autant de soldats américains qu’Omaha Beach en une matinée. »"

La quoi en Irak ?

ww

159. Le mercredi 24 décembre 2008 à 09:24, par didier Schneider

« Omaha Beach en Bretagne ? Allons ! Le Mont Saint Michel, je veux bien, mais là, il faudrait que le Couesnon déconne sérieusement. « 

Digression géographique :

Le Couesnon, qui prend sa source à Tarnac, dans le Larzac, a tendance à déconner sérieusement.

Eolas:
Maitre Eolas muni d'une batte de Base-ball poursuit un lecteur taquin

160. Le mercredi 24 décembre 2008 à 10:20, par Mathaf Hacker

Du point de vue d’un sous-cultivé : si Me Achaoui se ramasse en appel, ce sera Achoui-Parmentier.

161. Le mercredi 24 décembre 2008 à 11:01, par Petruk

@ Charlie. 155 « Le maître de ces lieux ne devrait pas négliger les répercussions négatives sur l’image de sa noble profession à cause des vissitudes d’un de ses menbres. »

C’est sur que par contre du coté de la police, l’image est au top. Les images qu’on peut ramasser en moins de trente secondes sur internet (à partir de la 55 seconde) ou ce genre d’histoire ne nuisent pas du tout à l’image de la police.

Je pense qu’Achoui s’est mal défendu. En effet dans le cas de Makomé abattu d’une balle dans la tête à bout touchant, le policier a pu prétendre que le coup était parti tout seul et il a eu 8 ans, presque la même peine qu’Achoui.

Achoui aurai du se défendre en disant qu’il avait informé par erreur Ferrara sur le médecin à contacter et sur la manière de procéder pour l’évasion. Les mots sont partis tous seuls….

162. Le mercredi 24 décembre 2008 à 11:43, par Freeachoui

Simple copier-coller H.S. supprimé.

163. Le mercredi 24 décembre 2008 à 11:48, par Pim

@Olivier (156) Merci de me rappeler aux réalités. L’injustice doit sans doute me survolter pour que je sorte de telles âneries.

@Me Eolas Merci pour votre précsion relative au commentaire 129. Mon commentaire, dites-vous, n’a pas été censuré mais mis en quarantaine. Est-ce à dire qu’il n’apparaîtra que dans quarante jours ?

Si vous le permettez, ainsi que le Troll (on se réjouit vraiment d’être ainsi en permanence sécurisé contre nous-mêmes et nos extravagances, tels des aliénés dans un asile, afin que nulle parole ne laisse apparaître qu’il y aurait conflit dans notre société, où TOUT ROULE, c’est manifeste), je souhaiterais ne pas faire attendre quarante jours les lecteurs de votre blog, je veux dire ceux qui n’ont pas la chance d’être abonné au Canard. Aussi je remets en ligne mon commentaire “contaminé” par de “mauvaises pensées”, purifié, aseptisé au possible, en espérant que je n’aurais surtout pas oublié une scorie de litige :

“@Charlie en 122, je vous cite : N’allez pas nous raconter que durant ces quelques jours dans une geole francaise c’est la torture qui l’attends ou des sevices comparables à ceux de Guantanamo. et vous renvoie pour information (quand on délivre des informations, il n’est pas négligeable de s’informer un tant soit peu) à cet article du Canard enchaîné du 17 décembre, intitulé «Attendrir la viande»:  »«Depuis un mois, à la maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis, la nuit, toutes les deux heures, la lumière s’allume dans la cellule d’Ydlune Lévy, présumée d’“ultragauche” saboteuse de caténaires SNCF. (…) Officiellement, c’est “pour la protéger d’elle-même”. En réalité, comme le concèdent des juges en privé, il s’agit d’abord d’“attendrir la viande” de cette “dangereuse terroriste” promue par MAM ennemi public no 1 avec son compagnon Julien C. (…). Renseignement pris auprès d’un vieil avocat, l’expression «attendrir la viande» est utilisée depuis toujours. Il s’agit d’en faire baver aux présumés coupables pour les pousser à coopérer. »

C’est, probablement, ce que vous nommez, je vous cite, accepter le principe qu’il faille parfois diminuer les libertés individuelles (ou droit de la défense) dans le but de préserver ‘interet général »., en d’autres termes mettre un mouchoir sur l’humanisme fondateur de l’Europe pour en protéger les acquis matériels.

Vous avez raison. (Seigneur Godwin, puis-je me permettre, misérable vermisseau que je suis, d’attirer l’attention de votre incomparable grandeur sur le fait qu‘un train peut en cacher un autre). C’est aujourd’hui, au final, ce que l’on fait sans état d’âme vis à vis de qui prétend prendre au pied de la lettre la publicité que fait partout l’Occident sur le bonheur de vivre en démocratie et librement. Voyez quelle réalité elle donne à ses principes dans ses centres de rétention. Au secours ! Protégeons-nous de tous ces mécréants qui veulent nous prendre notre bonheur à nous, qu’on a payé même pour l’avoir !… Combien ? Euh ! Ben d’une vie perdue tiens ! …

164. Le mercredi 24 décembre 2008 à 11:54, par Citoyen mitoyen

@ Freeachoui # 162 :

CEDHnow… on vous a reconnu ! )

165. Le mercredi 24 décembre 2008 à 12:11, par Kebra

@ Eolas pour 137 et 139

Tout à ma défense de soutier de l’information, celui qui gratte en fond de cale pour faire chauffer la machine, j’avais oublié la puissance de votre humour pas du tout cynique et surtout pas méprisant. Un vrai bonheur.

J’adooooore le sapin fumé avec les décorations, pas stigmatsant pour un sou avec les usagers de drogues, dont aucun avocat, c’est bien connu.

Surtout par moi, j’ai assuré le bizz en fac de droit, il y a plus de 20 ans, il y a prescription mais j’ai une bonne mémoire. C’est terrible comme l’interdiction de l’amphétamine avait influencé les résultats aux examens, il fallait sauver la filière en péril, je me suis sacrifié.

J’ai foiré ma licence, avocat est un métier si peu rémunérateur sans reprise du cabinet de papa ou « droit » des affaires. Pas motivé par l’esclavage en robe, j’ai préféré l’esclavage en agence de com/rédaction, un autre métier vierge de drogues.

Dans ce cadre, j’ai réalisé et publié de nombreux documents sur la War on Drugs puis sur sa petite soeur War on Terror. Puis, Je me suis investi pleinemen dans la réforme de la politique des drogues et le conseil en réduction des risques. J’ai siégé dans des commissions françaises et européennes.

Je suis un des usagers-experts consultés par plusieurs partis politiques européens, le principal auteur du projet de régulation publique de l’usage de stups intégré dans le programme du PS français aux dernières présidentielles et de la proposition de Malek Boutih sur un marché règlementé du cannabis. Vous reprendrez bien une taffe de guirlande.

A ces titres, j’ai une petite compétence pour exprimer une analyse sur ce sujet. Mais je vais vous donner de la référence plus facile à sourcer.

D’abord un juge, c’est au moins autant crédible qu’un avocat en matière de criminalité, moins souvent condamné pour mélange de genres. Jean de Maillard  » Un monde sans loi ». Un ouvrage, bien plus pédagogique que votre blog, sur les nouvelles formes de criminalité et leur imbrication totale dans l’économie néo-libérale. L’Appel de Genève renforce la théorie de Jean de Maillard, il est signé par de nombreuses personalités du monde judiciaire comme Bertossa ou Garcon.

A haut niveau, les organisations criminelles sont avant tout des empires financiers et économique, acteurs majeurs de la dérégulation et de la spéculation. Un rapport parlementaire italien de 2002 estime que la mafia réalise plus de 50% de son CA dans l’économie blanche ainsi salie. L’enquête sur le massacre de Duisburg (lire pa exemple un excellent papier sur l’Obs) a démontré que la N’Dranghetta avait largement blanchi dans la réunification allemande, sans parler de l’oligarchie mafieuse russe.

A bas niveau, vous n’êtes pas sans ignorer que le style bling bling vient du gangsta rap, une ode au profit à tout prix. Reste les indépendants du milieu de tableau où subsistent encore quelques rebelles. Voilà pour l’ultra-libéralisme.

Pour la concussion en bande organisée du lobby militaro-industriel, agravée depuis 1975, je vous conseille la fin du dernier discours du Président Eisenhower à la nation américaine puis le documentaire en deux parties de l’agence CAPA  » A qui profite la cocaïne ». Vous pouvez affiner ou grossir, selon votre parti pris, avec la lecture de Ziegler, Chomsky et Klein. Sans parler de Denis Robert ou de Verschave. Je suis sympa de vous ouvrir en grand la porte du procès en sorcellerie conspirationniste, non ?

N’y plongez pas trop fort, ce n’est vraiment pas un signe d’impartialité, ni de puissance de raisonnement. Des centaines dauteurs tout aussi respectables que vous travaillent sur ces thématiques depuis bien avant le 11, septembre ou novembre.

La stratégie du choc, appliquée ici à Yldune et Julien, s’appuye sur de nombreux ressorts. Je maintiens, persiste et signe que la War on Drugs et la War on Terror sont les principaux. Ne vous en déplaises ou paraisses ridicule.

Je comprend votre animosité à l’égard d’un combat qui risque de vous priver d’un quart de votre marché. Mais je vous en prie, restez dans le factuel documenté, les citoyens usagers ed drogues et/ou militants pour un autre monde en ont vraiment marre de la condescendance méprisante d’une pseudo-élite, très souvent complice des méfaits et injustices dont ils sont victimes.

Un monde dirigé par des avocats et des flics, nous voyons bien la catatrophe avec not’ bon Prince et sa clique.

166. Le mercredi 24 décembre 2008 à 12:30, par Citoyen mitoyen

Moi j’ai une question qui me vient avant de m’atteler aux paquets cadeaux : Les enquêteurs de la Sdat disent soupçonner Julien Coupat d’être l’auteur de l’ouvrage « L’insurrection qui vient » signé par le Comité Invisible aux éditions La Fabrique, et qui légitimerait les attaques contre le réseau ferré.

N’ont-ils pas les moyens de le savoir ? Ou est-ce que les éditeurs et imprimeurs ont le droit (comme les avocats ou les journalistes) de taire ce genre d’information…

Bon sinon, joyeux réveillon à tous !

167. Le mercredi 24 décembre 2008 à 13:35, par PMB

Eolas me propose ce marché : « Si j’admets qu’ils sont sur-cultivés par rapport à une population sous-cultivée, arrêterez de faire subir ces sévices à cette pauvre mouche ? »

Si dans votre esprit la « population sous-cultivée » ne l’est pas du seul fait de croître et embellir, si, si, du côté du périph’ où vous n’êtes pas, « cette pauvre mouche » aura droit à passer un noyeux Joël sans rien craindre pour son fondement !

168. Le mercredi 24 décembre 2008 à 13:51, par PMB

Au même qui aime Sissi autant que moi, j’ai certes digressé tant que ça, mais pas au point de voir mon post trappé.

Le vent de Nouel souffle sur ce blogue, et les zanges chantent tant coeur : paix sur la terre aux homme de bonne volonté !

Pour en revenir au sujet, j’ai bien aimé votre rappel sur cette sollicitude de la majorité obtenue en appuyant sur le Botton. Se souvenir que le livre de Vasseur sur les prisons en France avait dû une part de son succès au fait que plusieurs VIP, alors, goûtaient de la paille humide des cachots. Plus exactement, étaient pour quelques fâcheux mois voisins de ceux qui goûtent de la paille humide des cachots. Ce livre, in fine, n’a changé qu’une chose : Mme Vasseur est devenue députée. A l’UMP, parti de MM Bédier, Pasqua et Marchiani.

PS Nous ferez-vous un billet sur la GAV des trois philosophes ? C’est sûr que des philosophes, pour notre gouvernement, s’ils ne s’appellent pas Glucksmann…

169. Le mercredi 24 décembre 2008 à 14:03, par PMB

153. Le mardi 23 décembre 2008 à 22:07, par Gascogne

Si vous me relisez, cher provincial-comme-moi, j’imagine, vous verrez qu’il y a dans ma prose moins de colère que de sourire, sourire un rien moqueur. Dit autrement si je réagissais, c’est à cause de certain diablotin qui guide parfois mon clavier.

Les provinciaux complexés, c’est fini, et je me doute bien que ça doit en frustrer quelques uns (mais pas vous,cher Maître, pas vous…

Bon, là, je vous quitte, je vais réveillonner dans un petit village d’à peine 600 habitants*. Faut p’têt’ ben qu’j'avertissions Europ Assistance.

  • Non, il ne s’agit pas de Tarnac. Pas envie de me faire fourrer aux marrons par les bleus.

170. Le mercredi 24 décembre 2008 à 14:13, par noel

@eolas votre commentaire sous 155 Erreur maître:si l’on suit le raisonnement de CHARLIE il n’y aura plus personne pour le défendre. Souvenez vous: quand ils sont venu l’arrêté, je n’ai rien dit, je n’étais pas concerné….etc etc

171. Le mercredi 24 décembre 2008 à 14:21, par Charlie

Tout d’abord,je dois vous remercier de croire que lorsqu’on viendra frapper à ma porte,malgré le cruel cynisme que je dégage,ce sera par erreur.Vous êtes manifestement viscéralement attaché à la présomption d’innocence.Cependant,ne tombez pas dans la facilité en me caricaturant et osez croire que je partage cet acquis fondamental des droits de la défense.

Ensuite, je ne vois absolument pas ce qui vous a conduit à penser que j’execrais votre profession.Je crois même vous avoir comparé à un rayon de soleil.Mais peut être que le seigneur de la blogosphère aurait voulu qu’on parlât pour lui de Roi Soleil.Soit.

Le Roi Soleil est ici chez lui et il convient que l’humble commentateur s’essuye les pieds en entrant.Maintenant que j’ai accompli votre protocole je me dois de vous répeter que vous vivez dans un monde féerique pour imaginer qu’on puisse se passer d’interrogatoire éfficace.J’ai envie d’esperer que cette attitude est temporaire et n’est rien d’autre qu’un effet secondaire de ce qu’on apelle « la magie de noêl ».

Qu’il y ait des innocents en prison cela me révolte.Je n’idéalise pas le travail de la police au point de croire qu’aucune dérive n’existe.Je conçois aisement que des aveux puissent être extorqués à l’instar des noms que vous avez cités.Je désaprouve le comportement de ce genre de policier en interrogatoire qui confondent la recherche de la vérité et la recherche d’un coupable par tous moyens.

Mais je ne me laisserais pas persuader qu’il faille pour autant renoncer aux interrogatoires sans avocats qui aboutisent dans la plupart des cas à faire avancer l’enquête et in fine mettre des coupables en prison.

Conscient que les techniques d’interrogatoire sont faillibles, je pense qu’il est nécessaire de remettre en cause la place des aveux que l’on accorde dans notre monde judiciaire.La presse a sufisament montré d’erreur dramatiques pour qu’un aveux soit desormais entaché d’un soupçon sérieux.Néanmoins, nous aurions tort de nous en priver dans la mesure où des aveux ont pu faire avancer des enquêtes et confondre des coupables.J’ajouterais que lorsque des innocents finissent en prison, les Charlie applaudissent les avocats de la défense qui ont merveilleusement fait leurs boulot.

Permettez qu’à mon tour je vous dessine un scenario fictif.Un jour, un être cher vous est enlevé.Ne voudriez vous pas que l’on mette toutes les chances de son côté en menant un interrogatoire sans avocats?

172. Le mercredi 24 décembre 2008 à 14:49, par tinotino

@ Charlie

J’ai dû mal à vous suivre. Lors d’une garde à vue, l’avocat intervient à la demande du gardé à vue mais n’a pas accès au dossier. Il vient juste prendre attache avec celui-ci, voir si les règles du droit sont respectées et émet des observations s’il le juge nécessaire. Il s’assure que la personne qu’il visite ne fait pas l’objet d’une mesure arbitraire.

En aucun cas, l’avocat n’a accès à la procédure. Il ne sait juste que les raisons du placement en garde à vue. De ce fait, je ne vois pas en quoi son intervention mettrait un frein au déroulement des interrogatoires. Pour la stratégie de défense ? Comme il ne sait rien du dossier, comment pourrait-il construire une défense? En imaginant ce que les enquêteurs pourraient avoir ou savoir

173. Le mercredi 24 décembre 2008 à 14:53, par tinotino

pour mon commentaire précédent j’ai oublié ceci à la fin de la dernière phrase : . Sinon, je vous souhaite à tous de passer de joyeuses fêtes. Et à vous également Maître Eolas, merci pour votre blog et vos analyses très complètes et éclairées, enrichies de certains commentaires. Joyeux Noël !!!!!!

174. Le mercredi 24 décembre 2008 à 15:04, par Gavot

@ Charlie

Mais je ne me laisserais pas persuader qu’il faille pour autant renoncer aux interrogatoires sans avocats qui aboutisent dans la plupart des cas à faire avancer l’enquête et in fine mettre des coupables en prison.

En dehors du cabinet du Juge d’Instruction (de moins en moins fréquenté, hélas) aucun interrogatoire ne se fait en présence d’un avocat. De quoi parlez-vous donc ?

Conscient que les techniques d’interrogatoire sont faillibles, je pense qu’il est nécessaire de remettre en cause la place des aveux que l’on accorde dans notre monde judiciaire.La presse a sufisament montré d’erreur dramatiques pour qu’un aveux soit desormais entaché d’un soupçon sérieux.

Tout à fait. Vous allez donc tirer les conséquences logiques de ce constat…

Néanmoins, nous aurions tort de nous en priver dans la mesure où des aveux ont pu faire avancer des enquêtes et confondre des coupables.

… ah non. Je suis surpris.

J’ajouterais que lorsque des innocents finissent en prison, les Charlie applaudissent les avocats de la défense qui ont merveilleusement fait leurs boulot.

Donc, quand des coupables finissent en prison, c’est malgré les avocats, et quand des innocents finissent aussi en prison, c’est à cause des avocats. Et certains vont dire que nous faisons un métier facile.

Permettez qu’à mon tour je vous dessine un scenario fictif.Un jour, un être cher vous est enlevé.Ne voudriez vous pas que l’on mette toutes les chances de son côté en menant un interrogatoire sans avocats?

C’est Charles Bronson qui vous a dicté ce merveilleux scénario ? (désolé si mes références cinématographiques datent un peu, au moins c’était du parlant et en couleurs). S’il est bien votre maître à penser, je comprends mieux pourquoi vous ne souhaitez pas qu’un avocat vienne vérifier que les conditions de GAV sont respectées, que la personne soit réellement avertie de ses droits et, compte tenu de la nature des faits, de ce qu’elle risque vraiment.

175. Le mercredi 24 décembre 2008 à 15:44, par villiv

JOYEUX NOEL…
BON REVEILLON…

avec une pensée pour tous ceux qui ne le passeront pas comme ils l’auraient souhaité…

car il faut, en tout état de cause, les défendre tous

ou pour paraphraser quelqu’un d’autre

et au hasard… on va citer le Maître de ces lieux, histoire de rendre à César ce qui lui appartient (« lui » renvoyant bien évidemment à CésarEolas ;-) ) :

« Dans certains cas, le doute ne profite pas à l’accusé… Est-ce tellement immoral ?

Eolas: Oui. Toujours. De manière absolue. « 

176. Le mercredi 24 décembre 2008 à 16:57, par Rectif

@ PMB (n°168) : »Ce livre, in fine, n’a changé qu’une chose : Mme Vasseur est devenue députée. A l’UMP, parti de MM Bédier, Pasqua et Marchiani »

Après une défaite aux élections législatives (face à S. Blisko) puis municipales, Mme Vasseur a claqué la porte de l’UMP.

177. Le mercredi 24 décembre 2008 à 22:29, par Clems

@charlie « aux interrogatoires sans avocats qui aboutisent dans la plupart des cas à faire avancer l’enquête et in fine mettre des coupables en prison. J’ajouterais que lorsque des innocents finissent en prison, « 

En même temps un innocent jugé coupable, c’est un coupable un point c’est tout… Et si on vous enlève, je dirai « gardez le ».

178. Le jeudi 25 décembre 2008 à 08:19, par Véronique

Le Père Noël vient de passer dans le blog d’Eolas !

Notre cadeau:

…quand Eolas gagnait le concours de l’Eurovision…

Et puis, le blanc du costume lui va si bien. En plus, quand Eolas chante en italien, j’adore trop !

Joyeux Noël à Eolas et à tous !

179. Le jeudi 25 décembre 2008 à 10:57, par Cobab

Dans la série « les joies de la législation antiterroriste », on oublie fréquemment son aspect international. Où l’on voit qu’une fois suspecté, c’est pour la vie…

180. Le jeudi 25 décembre 2008 à 12:21, par Freeachoui

Me Achoui est en detention provisoire depuis le 15 décembre 2008. Ses avocats ont fait une demande de mise en liberté.

La jurisprudence de la C.E.D.H sur l’article 5§4 de la Convention dispose qu’un délai de plus de 2 semaines avant une audience est une violation de l’article 5§4.

Pour l’instant aucune audience à la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris n’est fixée pour statuer sur la légalité de la détention de Me Achoui à la maison d’arrêt de Nanterre.

J-7 avant une violation de l’article 5§4 de la Convention pour Me Achoui

J+21 apres la violation de l’article 5§4 de la Convention pour M. X de Tarnac

Nombre de requête en préparation pour la C.E.D.H : 0/2

181. Le jeudi 25 décembre 2008 à 23:51, par fred

Eolas:
Vous avez oublié méprisant, même si ce n’est qu’à votre égard.

Ni dieux Ni maîtres

Eolas:
Et surtout, ni drôle ni intéressant.
-->Maitre Eolas cachant une batte de baseball derrière son dos se trouve a coté d'un troll assommé, portant une longue bosse sur le sommet du cuir chevelu. Un texte “Commentaire modéré par troll détector™” surplombe l'image.

182. Le vendredi 26 décembre 2008 à 19:25, par Kebra

« La jurisprudence de la C.E.D.H sur l’article 5§4 de la Convention dispose qu’un délai de plus de 2 semaines avant une audience est une violation de l’article 5§4. »

Pouvez-vous confirmer ? Dans ce cas, la France est largement en infraction dans l’affaire de Julien et surtout d’Yldune.

Eolas:
Non, la cour a considéré dans une affaire qu’un délai de 23 jours entre le dépôt d’une demande et son examen violait l’article 5§4 de la CSDH (arrêt Rehbock c) Slovénie, n°29462/9). En l’espèce, le CPP français est à l’abri des foudres de la CEDH, puisque la demande de mise en liberté est examinée par le juge d’instruction dans les 5 jours puis par le JLD, autorité judiciaire indépendante, dans les trois jours ouvrables, ce qui est conforme à la CEDH. En outre, en cas d’appel, le CPP impose à la cour d’appel de statuer dans un délai de 10 jours pour un placement en détention et de 15 jours pour une demande de mise en liberté rejetée (délais augmentés de 5 jours si le détenu demande à comparaître devant la cour, ce qui est très fréquent en pratique). Le non respect d’un de ces délai, inférieur à la jurisprudence de le CEDH, entraîne une remise en liberté d’office. Méfiez-vous de ceux qui affirment doctement que la France viole la convention européenne des droits de l’homme sans étayer outre mesure.

Elle devra attendre le 8 janvier pour voir le juge d’instruction alors qu’elle est en préventive depuis le 15 novembre. Cette obstruction volontaire à l’exercice des droits de la défense et à la protection du prévenu est-elle dans le champ d’application de la jurisprudence de la CEDH ?

Eolas:
Quelle obstruction aux droits de la défense ?

On peut faire le parallèle avec la détention provisoire de plus de dix mois d’une présumée innocente dans l’affaire des fumigènes et du centre de rétention. Yldune a été très ative dans la défense de ce groupe de militant(e)s, c’est le début de cette manip.

Eolas:
Je ne sais pas de quoi vous parlez.

Son père m’avait alors affirmé sentir la pression des barbouzes et nous avions déjà discuté de la possible fabrication d’un nouveau AD pour servir d’épouvantail et refroidir les tièdes et les parents face à la montée de la contestation radicale.

La crise mondiale et la contestation de la jeunesse a forcé le gouvernement à faire feux de tous bois. D’où l’opération Taïga (qui concerne certainement bien plus de groupes et d’individus contestataires et dissidents),S’Tarnac, Dray, à qui le tour, à quand le Petit Clamart ou la rue de l’Observatoire de not’ bon Prince ?

Eolas:
Et je suppsoe que ça ne sert à rien que je vous réponde, vous avez dû déjà être arrêté par la police politique pour avoir tenu ces propos subversifs révélant le Grand Complot du Monde Mondial.

En attendant l’incendie de l’Assemblée ? (j’ai une grande cave pour la bouteille de good wine que je mérite un peu sur ce coup)

183. Le vendredi 26 décembre 2008 à 19:36, par slava

@118 Légisphère Accessoirement, ils nous ont joliment sauvé la mise cette année là, non? Il

Joliment HS pour mon premier post : C’est grâce aux russes (et à la résistance des anglais) que cette guerre à été gagnée… (dès 1943 le sort est joué, et cela finira avec 21 Millions de tués russes…). Même si l’aide US n’est, bien sûr, pas à négliger. Ce quasi révisionnisme devient systématique et est hérité de nos manuels d’histoire de la guerre froide.

Merci milles fois au seigneur de ces lieux et à ses visiteurs pour la qualité de l’ensemble des oeuvres ! ;-) (et bonnes fêtes de fin d’années)

Eolas:
1943, quand les américains n’étaient pas encore en guerre. Et le Pacifique, c’est aussi les Russes, qui l’ont gagné ?

184. Le vendredi 26 décembre 2008 à 23:07, par Kebra

@ Eolas 182

Point 1

D’abord un grand merci pour votre explication de la jurisprudence de la CEDH, j’ai fait une confusion minable entre audience et audition, je me félicite de vous avoir d’abord questionné avant de m’étendre sur cet argument dans d’autres colonnes.

Eolas:
Un plaisir. C’est un peu l’objet de ce blog.

Point 2

Comment organiser une défense sans documents d’instruction ? Sur la base du rapport de police, disponible dans la presse et pas pour les avocats ? N’y a-t-il pas un délai légal pour instruire ? Etes-vous si sûr que la France n’a pas été condamné par la CEDH pour utilisation abusive de la détention provisoire sans acte d’instruction ? De mémoire, moi pas… Je vais gratter ce soir.

Eolas:
La loi prévoit que l’avocat a accès au dossier et peut s’entretenir librement avec son client avant la mise en examen. Concrètement, la pression pour aller vite existe, d’autant qu’il y a un délai de 20 heures à respecter entre la fin de la GAV et la comparution devant le juge. Auquel cas le mis en examen peut refuser de répondre aux questions et se contenter de faire des déclarations qui seront notées ou se taire — mais c’est prendre le risque du mandat de dépôt. Qui a dit que le travail de la défense était facile ? Bref, les conditions ne sont pas idéales, mais on peut organiser une défense. On travaille à améliorer les choses. Il y a 15 ans encore, on n’avait même pas le droti d’aller aux gardes à vue.

Point 3

En janvier 2008, 3 personnes sont inculpées alors qu’elles se rendaient à une manifestation de lutte contre les centres de rétention, en possession de clous rouillés et de fumigènes : même traitement médiatique de l’affaire (« terroristes juniors »), même traitement judiciaire (inculpation sur intentions présumées et non sur faits, détention provisoire, liberté sous contrôle judiciaire, DNAT pour la perquisition infructueuse, instruction anti-terroriste).

Le réseau RESF est alors qualifié de « terroriste » par un membre du gouvernement. C’est le début du pilonage médiatique et de la surveillance renforcée.

Eolas:
RESf, des terroristes ? Hu hu…

https://rebellyon.info/article5237.html

http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article13960

Le père de Julien fait régulièrement référence à ces cas, c’est lui qui affirme qu’une détention provisoire est encore en cours, je gratte pour vérifier.

Eolas:
Yep, je ne connais pas cette affaire.

Point 4

Je vous rassure, je suis encore en liberté et depuis un certain 21 avril je ne suis pas souvent en France. Mais votre scepticisme grinçant vous font gagner le droit de me défendre, (à pas cher, je suis fauché ces temps) si je devais aussi goûter à l’hospitalité des prisons de ce royaume.

De votre position, je comprends votre réticence à qualifier Alain Bauer de barbouze présidentielle. Je vous conseille la lecture du dossier assez récent de Marianne sur les porte-flingues de Sarkozy, désolé pour la référence imprécise, ce numéro est à 800 km de ma position actuelle.

Quant au procès en conspirationnisme, je prend le parti d’en rire, un peu comme pour l’Amérique en paix en 1943, vous devez ignorer les rapports militaires et civils qui signalaient les intentions japonaises bien avant la date fatidique du 7 décembre 1941, notamment celui de Sorge à Moscou tranmis aux USA.

Contestez-vous aussi l’Opération Overlord, la liquidation de Lumumba par les services de Carlucci, jeune directeur exécutif des opérations noires de la CIA ou le plan Condor et les formations spéciales Aussaresses ???

Contestez-vous la proximité très troublante entre l’opération US Knockingbird et la caisse noire de l’IUMM ??? Elles expliquent très bien le choeur des railleurs en conspirationnisme, surtout pour les gens méfiants, informés et peu crédules…

Eolas:
Une proximité est une situation géographique. Je conteste qu’elle puisse être « troublante ». Et j’exècre ce genre de vocabulaire ambigü qui permet les insinuations et dispense des argumentations.

185. Le samedi 27 décembre 2008 à 14:41, par Cobab

Eolas : si si une proximité peut être troublante. En ce qui me concerne je ne laisse pas d’être troublé par la proximité avec certaine charmante personne dont le nom ne vous dirait rien.

Concernant les autres procédures artificiellement reliées par la « mouvance anarcho-autonome etc. », dont je parlais en 13: trois personnes sont encore en préventive (ceux dits « de Vierzon », arrêtés pour possession de plan de la prison pour mineurs de Procheville ; l’ADN de l’une d’elles aurait été retrouvé sur une dépanneuse de police incendiée à Paris). Bruno et Ivan (pseudos), arrêtés pour possession de fumigènes sur le chemin d’une manif devant le CRA de Vincennes, ainsi que Farid (pseudo aussi), arrêté parce qu’il les connaissait, sont dehors sous contrôle judiciaire et assignés à résidence.

Sans avoir besoin de remettre sur la table toutes les barbouzeries depuis la guerre froide, il est légitime de s’interroger sur la stratégie flicarde à l’œuvre (d’autant qu’en Italie aussi ils inventent des organisations fantômes pour les besoins d’inculpations antiterroristes). Ce ne serait pas du tout la première fois qu’un groupe serait poussé par les flics vers l’action armée clandestine (d’ailleurs, d’une manière générale, on trouve une organisation étatique derrière chaque groupe véritablement terroriste), et je ne serais pas plus surpris que ça si un coup tordu de ce genre était en cours avec, par exemple, des personnes emprisonnées pendant le mouvement contre le CPE. Mais en l’espèce, concernant Tarnac, ils s’y seraient vraiment pris comme des manches, et en choisissant très mal leur cible.

La visibilité médiatique, parfaitement délibérée, de leur arrestation conforte plutôt la double hypothèse associant l’auto-intoxication des RG (hypothèse présentée par le maître sous le comm. 31) et la volonté politique, flagrante et à l’œuvre depuis pas mal de temps, de criminaliser toute protestation. De même qu’on envoie l’armée contre les marins grévistes, on déchaîne l’antiterrorrisme contre les militants non encartés.

Il s’agit de « troubler gravement le mouvement social par l’intimidation et la terreur ».

186. Le samedi 27 décembre 2008 à 16:39, par Rectif

@ Kebra & Cobab :Bruno et Ivan (pseudos), arrêtés pour possession de « fumigènes » étaient surtout en possession d’un mélange de sucre et de chlorate de soude; il n’est pas faux de qualifier ce mélange de « fumigène », mais il convient de préciser que c’est aussi un explosif artisanal. La vision policière de l’Histoire, explicite dans vos commentaires, si elle est parfois pertinente (Irlandais de Vincennes), ne suffit pas à tout expliquer.

187. Le lundi 29 décembre 2008 à 11:17, par Cobab

Les dosages ne sont pas du tout les mêmes. (Et l’explosif nécessite un système de mise à feu, un « emballage » etc.) L’enquête a rapidement établi qu’il s’agissait bien de fumis, et de rien d’autre (d’où sans doute leur liberté surveillée). Ne demeure au dossier que le « lien avec une entreprise à vocation terroriste » inventée pour l’occasion.

188. Le vendredi 9 janvier 2009 à 19:38, par Chapoteau

C’est fou ce qu’on peut palabrer la dessus, sans que jamais il ne soit fait référence à un ouvrage du comité invisible, ex tiqqun, qui visiblement décrivait le processus différemment.

Il s’agissait de « neutraliser » les principaux axes de transport (les 3 axes TGV au départ de Paris, quand même), pour clairement troubler l’ordre public et semer les germes d’un grand soir visiblement attendu par quelques intellectuels illuminés.

Même s’il reste vrai que le mode opératoire est bien loin de la violence des extrémistes islamistes et autres indépendantistes basques ou corses, il n’en reste pas moins qu’on a bien affaire à un groupe qui s’est volontairement marginalisé et envisage sa « communication » avec la société à travers la mise en oeuvre d’actions plus ou moins violentes d’actions concrètes.

Ben moi aussi, j’appelle ça du terrorisme, mais bon, on pourrait élargir longtemps le concept !

Merci beaucoup pour la qualité et la densité de votre prose, je reviendrais !

Inculpés du 11 novembre

Le témoignage de Gérard Coupat, le père de Julien

Tarnac . La demande de libération de Julien Coupat doit être examinée aujourd’hui. Son père, Gérard Coupat, dénonce les raisons politiques de l’incarcération de son fils et de sa compagne

Aujourd’hui, Julien Coupat et sa compagne Yldune, les deux derniers inculpés de Tarnac encore incarcérés, pourraient être libérés. Le père de Julien, Gérard Coupat, médecin à la retraite, nous donne son analyse de ce qui n’est pour lui qu’une manipulation politico-policière.

Concrètement, que va-t-il se passer aujourd’hui ?
Gérard Coupat. Le juge des libertés s’est prononcé, vendredi, pour la remise en liberté de mon fils. Le parquet a aussitôt fait appel, invoquant un « référé détention » pour le maintenir en prison, ce à quoi Me Irène Terrel, l’avocate de Julien, s’est opposée. La chambre va donc se prononcer sur l’opportunité de ce « référé détention ». Si elle dit qu’il n’a pas lieu d’être, Julien sera libéré tout de suite. En revanche, si elle estime que ce « référé détention » est légitime, Julien ne pourra pas sortir tout de suite mais verra sa demande de remise en liberté examinée vendredi. Si elle lui est refusée, il passera la fin de l’année derrière les barreaux, malgré l’avis du juge des libertés, qui, contrairement au parquet, est un juge parfaitement indépendant du pouvoir politique. Comme c’est le politique qui a monté de toutes pièces cette affaire, peut-être que les blocages vont persister. Mais politiquement, justement, ce serait parfaitement stupide. Garder en prison Julien et Yldune sans aucune preuve alors qu’il va y avoir des mouvements sociaux en janvier, c’est prendre le risque d’en faire des icônes. Si j’étais à la place des ministres de l’Intérieur et de la Justice, je les remettrais tout de suite en liberté. Malheureusement, la clairvoyance ne semble pas être, jusque-là, la principale qualité de ces dernières…

Comment avez-vous réagi lorsque le juge des libertés s’est prononcé pour une remise en liberté de Julien ?
Gérard Coupat. Parler de soulagement serait exagéré parce que, depuis le début, je sais que cette affaire n’est qu’un montage politique. J’ai néanmoins apprécié qu’un magistrat indépendant, en son âme et conscience, dise, au vu du dossier, qu’on ne peut garder mon fils en prison, comme l’ont fait les précédents juges des libertés à l’égard des autres inculpés de Tarnac. Cela ne fait qu’infirmer la thèse de Michèle Alliot-Marie selon laquelle Julien serait un grand chef terroriste, comme si l’on avait affaire aux Brigades rouges ou à la Bande à Baader…

Depuis le début, vous dénoncez une manipulation politique ?
Gérard Coupat. Évidemment. Et pourtant, je suis tout sauf quelqu’un de politisé : à la dernière présidentielle, j’ai voté Bayrou puis Royal. Après avoir vu la ferme attaquée par une centaine de policiers et nous être demandé un instant, sous l’émotion, si notre fils avait viré de bord, on s’est dit : depuis quand une opération antiterroriste se fait sous l’oeil des caméras ? Depuis quand un ministre de l’Intérieur n’attend même pas la fin des perquisitions pour s’exprimer et crier victoire ? On a bafoué là toutes les lois de la République, et je suis encore étonné que des gens comme ça puissent être ministres. Après avoir vu fonctionner un mois durant le ministère de l’Intérieur et celui de la Justice, moi qui me suis toujours pensé comme un républicain, j’en suis arrivé à comprendre ces jeunes qui ne votent plus : ce personnel politique ne mérite pas qu’on vote pour lui ! Sans parler du temps qu’il a fallu à l’opposition – à l’exception de Noël Mamère, de Patrick Braouezec et Nicole Borvo, pour le PCF, ainsi que de quelques socialistes à titre individuel – pour s’exprimer et dénoncer ce qui n’est qu’une magouille.

Vous avez mené votre propre enquête ?
Gérard Coupat. Dans un premier temps, j’ai demandé à l’une de mes relations, haut placée dans les chemins de fer, de voir si des ingénieurs pouvaient enquêter sur la faisabilité de ce qui était reproché aux inculpés de Tarnac. Vu les prises de position du patron de la SNCF, ils m’ont dit que cela n’allait pas être possible. C’est donc grâce à des syndicalistes que j’ai pu rencontrer des techniciens qui m’ont expliqué combien il est farfelu d’imaginer que Julien et Yldune puissent arriver à arrimer des fers à béton sur une caténaire. C’est une manipulation qui ne peut être faite que par des gens très bien entraînés et en aucun cas à deux personnes. Sans parler des problèmes d’électricité résiduelle dans des câbles où circule du 25 000 volts. D’où l’hypothèse que la police n’a jamais retenue – parce qu’elle contrecarre ses plans : celle, connue depuis le début, des écologistes allemands qui utilisent cette technique depuis vingt ans. Autre hypothèse : tout cela n’est qu’une barbouzerie de plus. Cela ne me surprendrait guère car je ne vois pas d’où peuvent sortir les gilets pare-balles qui ont été retrouvés à la ferme de Tarnac. Une ferme qui, soit dit en passant, doit être la seule de Corrèze où il n’y a jamais eu d’armes à feu ! Heureusement que la personne à qui on a voulu faire signer les scellés a refusé de le faire.

À votre avis, que vise le pouvoir ?
Gérard Coupat. Depuis le 11 septembre 2001, on a affaire au marketing de la peur. C’est un mode de gestion politique. Et si, autour de la jeunesse de banlieue, a été dressé une sorte de « cordon sanitaire », là, à travers les jeunes de Tarnac, le pouvoir vise essentiellement les jeunes politisés issus de la classe moyenne, celle qui est en train de s’en prendre plein la gueule en ce moment. La classe politique sait qu’en janvier et en février, ça va péter. Parce qu’on ne peut pas accepter 150 000 chômeurs en plus et, dans le même temps, des milliards pour sauver les banques, ni des suppressions de postes dans l’éducation nationale alors que cela fait deux générations que l’école est en panne. Il va donc y avoir des manifestations dans lesquelles on trouve cette jeunesse issue des classes moyennes, qui commence à remuer parce que, ayant fait quelques études, elle sait qu’on est en train de l’envoyer dans le mur, qu’on est en train de mettre en place une société inacceptable pour elle. Comme le pouvoir ne veut surtout pas que cette jeunesse puisse être l’élément déclencheur d’une révolte, il la met en taule.

Vous avez pu voir Julien ce week-end, comment va-t-il ?
Gérard Coupat. Physiquement, il va bien. Mais il est comme un lion en cage. Parce qu’en prison, vous ne pouvez ni vous faire entendre ni vous défendre. D’autant que nous – ses proches, sa famille -, nous ne sommes pas des professionnels de la communication. La preuve ? Là dernière interview que j’ai accordée à la télé : alors que j’étais en train d’expliquer que mon fils, c’était tout sauf un terroriste, les images diffusées étaient celles d’émeutes d’une violence extrême. À votre avis, qu’ont retenu les téléspectateurs : mes explications ou les images ? Mais c’est presque normal : en France, la télé appartient soit à l’État soit à des copains du président de la République. Résultat : dès le premier jour, les jeunes de Tarnac ont été présumés coupables, et présentés comme tel. Toutefois, je n’en veux pas aux magistrats, je sais dans quelles conditions ils travaillent, et sous quelle pression. Car la première responsable de la situation dans laquelle on se trouve, c’est la ministre de l’Intérieur : elle a voulu monter un coup et, voyant qu’elle s’est plantée, depuis, elle sort ses griffes.

Entretien réalisé par Sébastien Homer
Dans l’Humanité du mardi 23 décembre 2008


Posté le mercredi 21 janvier 2009 par CRS

Le témoignage de Gérard Coupat, le père de Julien
Il me semble que le pouvoir dominant est au bord d’une jouissance sans pareil : il peut croire qu’il va abattre les dernières résistances à son extension malsaine. Il y a un désir volontaire de faire passer les opposants pour des terroristes, des gens qui sèment la terreur, de les diaboliser. La terreur est l’apanage du gouvernement, comme il est dit que la violence est la seule chose qui reste quelque soit le régime, il domine sans partage. Faire passer des gens révoltés pour le diable est compréhensible : le diable peut représenter la révolte, face à un dieu à qui l’on peut reprocher d’avoir fait un monde rempli de souffrance et de haine. A ce gouvernement qui sympathise avec les industries de la mort, qui recrute la misère, la bêtise , avec pour brosse à reluire le squelette, cynisme politique et hypocrisie de bon aloi, on ne peut qu’avoir une réaction de dégoût et de mépris délicat. Nous ne vivrons plus que dans l’exigence d’une vie secrète.

Posté le jeudi 8 janvier 2009 par Rachid de Saint denis

Le témoignage de Gérard Coupat, le père de Julien
On n’ enferme personne en France, sauf si il est JUGE coupable, pas avec des soupçons, non ?? La présomption d’innocence, sa vous dit quelque chose ? M. COUPAT défend son fils, comme chaque père l’aurait fait, et il a tous les honneurs. BRAVO.

Posté le dimanche 28 décembre 2008 par benoui

Le témoignage de Gérard Coupat, le père de Julien
bonjour Je n’y connais pas grand chose mais les organisations des droits de l’homme ne pourraient pas intervenir en faveur de votre fils et de son amie ? Que peuvent faire concrètement des simples citoyens comme nous ? En tout cas…courage.

Posté le vendredi 26 décembre 2008 par Pierre Peyrichout

Le témoignage de Gérard Coupat, le père de Julien
Monsieur, Le maintien on ne peut plus arbitraire en détention de votre fils n’est que la partie tout juste émergée d’un iceberg cancéreux dont on va s’apercevoir très vite du volume incommensurable. Les métastases diffusées par ce gouvernement prédateur des libertés premières, ont gagné peu ou prou toutes les sphères de la société. Pire ! Des citoyens applaudissent. Ce n’est pas pour rien que le FN régresse dans les indices d’opinion des mécontents : sa politique est au pouvoir. La France, ce pays des Lumières entre dans une zone de ténèbres dont on ne peut imaginer les tréfonds et les dégats. Hélas, j’espère grandement me tromper, mais je ne vois pas ce peuple béat, benêt, collaborationniste endémique, se lever dans un gigantesque sursaut, mener comme ce serait un devoir salutaire pour nous tous, une insurrection et une lutte sociale majeures. Ce Président nuisible au bonheur et ses affidés, ont dans leur vilénie, su inoculer le cancer de la peur. Il est installé là pour longtemps.

Posté le vendredi 26 décembre 2008 par rebasta

Le témoignage de Gérard Coupat, le père de Julien
…oui ! nous sommes dans état faciste ! .. le loup était caché dérrière le cochon !……… mais je crois qu’une grande partie des gens qui ont voté Sarxo, vont venir grossir les rangs de l’inssurection prochaine, à part les colabos….xom dab !! courage !!!! un artiste non retraité de 68ans, qui vit avec 630 E…….

Posté le vendredi 26 décembre 2008 par Perle

Le témoignage de Gérard Coupat, le père de Julien
Le lendemain de l interpellation de votre fills et ses amis , l UMP a applaudi a tout rompre a l Assemblée Nationale . L UMP a félicité MAM de la rapidité de l enquete , ou est passé la presemption d innocence ?? Elle s applique aux amis et proches de Sarko . Bon courage et tenez bon , on est derriere vous ! Carmen de Moselle

Posté le jeudi 25 décembre 2008

Le témoignage de Gérard Coupat, le père de Julien
Bonjour et courage. Complétement d’accord avec votre analyse. Ce monde va mal, très très mal ! Vers quoi il va ? je rêve du réveil de l’Homme…mais aujourd’hui il est dur de vouloir vivre autrement et certains le paient cher….. j’ai 53 ans et je dis non à l’aliénation, l’humanité veut un monde meilleur plus égal et plus libre…. Mais votre affaire (payée chère pour ces enfants privés de liberté) participe, j’espère, de réveiller les consciences qui ne seront pas toujours endormies dans le berceau de l’uniformité.

Posté le mercredi 24 décembre 2008 par Dan

Le témoignage de Gérard Coupat, le père de Julien
Bonsoir Monsieur. Père d’une fille de 24 ans je ne supporterais pas le traitement que l’on inflige à votre fils.Pour moi,le pouvoir agresse nos enfants,donc je vais me défendre. Courage et tenez bon

.

Posté le mercredi 24 décembre 2008 par Lou

Le témoignage de Gérard Coupat, le père de Julien
Bonjour Monsieur, Je suis tout à fait d’accord avec vous. Je suis juste une mère de famille, pas intello mais qui aime ces jeunes qui réfléchissent qui militent pour des causes juste. Les sans papiers, l’individualisme, le capitalisme, l’injustice ….. Leur dossier est vide…. Il faut dénoncer la législation antiterroriste qui permet aujourd’hui d’inculper pour « terrorisme » n’importe qui pour n’importe quoi. Demain ce sera peut-etre mes enfants… Bravo pour votre courage ! Ils n’ont rien fait c’est une injustice ! Il y a trop d’innocents en prison…Bon courage dans cette épreuve.

Posté le mercredi 24 décembre 2008

Le témoignage de Gérard Coupat, le père de Julien
trés beau témoignage bravo

Posté le mercredi 24 décembre 2008 par Sylvanor

Courage !
Courage monsieur Gérard Coupat. Votre fils n’est pas oublié, et même de la Finlande, où je réside on pense à lui et à sa compagne Yldune. Le pouvoir fasciste actuel commet une grande erreur en les gardant en prison : il en a fait des héros et des symboles de la révolution naissante. Le temps est venu pour le peuple d’agir contre un système qui ne vit que pour les riches et les puissants.

Posté le mardi 23 décembre 2008 par robert barnola

Le témoignage de Gérard Coupat, le père de Julien
bravo continuez pour leur liberation immediate

Kouchner: les passages contestables du livre de Péan

Jeudi 5 février 2009

mercredi, 04 février 2009

Kouchner: les passages contestables du livre de Péan

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Bernard Kouchner, que nous avons interviewé René Backmann et moi, ne mérite peut-être pas son image de « chevalier blanc ».

Oui, on peut s’interroger sur les contrats qu’il a passés avec des dictateurs africains.

Oui, on peut se demander s’il n’a pas abusé de son statut d’animateur d’Esther, un réseau public de coopération médicale, pour décrocher de juteux contrats.

Oui, on peut se demander si la nomination de sa femme, Christine Ockrent, à la tête de l’audiovisuel extérieur public, ne présente pas le risque d’un conflit d’intérêt majeur.

Donc, oui, dans son livre, Pierre Péan pose de très bonnes questions – auxquelles Bernard Kouchner répond cette semaine dans le Nouvel Observateur.

Mais, oui, le livre de Pierre Péan, « Le Monde selon K. » (Fayard), a des relents nauséabonds.

Dégagé de l’ »embargo » auquel nous étions tenus jusqu’à la sortie du livre (c’est à dire aujourd’hui), je souhaite que chacun puisse lire en entier certains de ces passages qui nous ont fait sursauter.

On y verra la haine que porte Péan au couple Kouchner-Ockrent.

On y verra aussi le parti pris idéologique pour le moins contestable.

-p.20: En ouverture du livre, Pierre Péan raconte que, lors d’un match de rugby France-Angleterre en 2007, Bernard Kouchner aurait chanté l’hymne britannique mais pas « la Marseillaise » (cela dit bien la tonalité générale du pamphlet).

Puis il écrit: « Que signifiait son garde-à-vous lors du « God Save the Queen » suivi d’une ostensible indifférence lors de l’hymne national? Pitrerie? Provocation? (…) Faut-il voir (…) dans cette attitude une forme de « haine de soi »?

- p. 22: « Bernard Kouchner constitue, à mes yeux, un danger public. (…) Bernard Kouchner rêve d’effacer cinquante ans de politique étrangère indépendante de la France. »

-p. 29: « Bernard Kouchner insiste sur sa « double judéité », affirmant paradoxalement qu’ »être à moitié juif, c’est être deux fois juif », comme s’il voulait indiquer qu’il faut chercher là le principal moteur de ses actes. » 

-p 231:  » Ockrent est la plus conformiste et la plus convenue de tous les journalistes français, strictement incapable d’une idée ou d’un angle journalistique original. »

-p 276-77: « Bernard, c’est bel et bien la haine du gaullisme et de la philosophie politique qu’il sous-tend: les valeurs de la Révolution française, de la Convention au Conseil national de la Résistance; celles d’une indépendance nationale honnie au nom d’un cosmopolitisme anglo-saxon, droit-de-l’hommiste et néolibéral (…). Objet d’une telle détestation, notre pays ne mérite plus, du coup, d’avoir une diplomatie ni une défense autonomes et souveraines. D’après cette « contre-idée de la France », notre vieux pays peut fort bien se passer d’un ministère des Affaires étrangères fort et indépendant, puisqu’il s’agit de suivre fidèlement les grandes impulsions venues de Washington. »

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Commentaires

Au secours Peantain est de retour…

Ecrit par : ariste | mercredi, 04 février 2009

pourquoi le petit texte ,signé de vous et de Backman,dans lequel vous écriviez que selon vos sources des conseillers de l’Elysées auraient communiqué des pièces à Pean a – t-il disparu du site?

Ecrit par : marina | mercredi, 04 février 2009

Ce commentaire de VJ n’apporte aucun contre argument à l’accusation principale qui , à mon avis, porte sur un fait précis : l’étude largement financée réalisée par BK était la contrepartie d’un investissement de la France en matière hospitalière. C’est cela qu’il faut éclaircir ! Si c’est vrai BK doit être démissionné même si juridiquement les 2 opérations sont « apparemment » étanches !

Ecrit par : Alioune | mercredi, 04 février 2009

un livre de plus ou de moins cela ne changera rien , de tout façon il ya bien longtemps que les français ne s’étonne de rien .

depuis sa conversion rapide vers le sarkozizme et son soutien inconditionnel de Bush il avait montré son vrai visage

news conservateurs comme la plus-part des ex-maoïste de l’autre côté de l’atlantique

Ecrit par : simar | mercredi, 04 février 2009

Reponse DE Pean sur le site Marianne :

L’auteur du «Monde selon K» (Fayard) en librairie aujourd’hui, est violemment attaqué par le ministre des Affaires étrangères sur le site nouvelobs.com. Il répond aux questions de Marianne2.

Marianne2 : Le Ministre vous accuse d’être un nationaliste. Il dénonce l’usage d’un mot comme «cosmopolite anglo saxon »
Pierre Péan : Je n’ai jamais écrit les mots de « cosmopolitisme » ou « d’américanolâtre », ces mots qui me valent l’accusation par le ministre d’avoir proféré une accusation « grotesque et nauséabonde ». Il est étrange et un peu décevant que des journalistes entament l’interview du ministre par des citations fausses.

Les journalistes du Nouvel Observateur parlent d’attaques aux relents nauséabonds. Ils vous accusent d’expliquer les actes du ministre par « sa double judéité »…
P.P. : Je n’ai fait que reprendre une interview de Bernard Kouchner lui-même. Il évoquait en fait le moteur principal de son action de citoyen, avant même de devenir un homme politique. Il expliquait son engagement par le traumatisme de la deuxième guerre mondiale, l’obsession de « Plus Jamais ça ». Je n’ai repris ces déclarations que pour expliquer le sens de son itinéraire, ainsi que sa psychologie. En l’occurrence, il ne s’agit pas d’un passage à charge du livre.

Bernard Kouchner se défend sur l’affaire des factures en expliquant qu’il n’a rien fait d’illégal…
P.P. : Je n’ai jamais rien écrit de tel. Mon propos ne se situe pas dans une optique judiciaire mais sur le plan de la morale républicaine, en montrant le contraste saisissant entre une image de « chevalier blanc » toujours prompt à défendre la veuve et l’orphelin, et celle d’un consultant vendant ses services à des chefs d’Etats africains. Dans son interview, le ministre nous informe d’ailleurs que le cas d’Eric Danon, évoqué dans mon livre, fera l’objet d’un examen par le comité d’éthique. N’est-ce pas reconnaître, au fond, qu’il y a un problème d’éthique, comme je le souligne dans mon livre ?

Bernard Kouchner évoque à la fin de son interview la détestation de « nostalgiques des années 30 et 40 », de « révisionnistes ». Vous vous sentez visé ?
P.P. : Il s’agit d’un autre amalgame très insultant : si l’on est pas d’accord avec la version du conflit rwandais de Bernard Kouchner, on est révisionniste avec toute la charge et le soupçon que cela génère quand on évoque les années 30 et 40 et que l’on parle de révisionnisme. J’invite les lecteurs à lire ce que j’ai écrit : ils ne retrouveront aucune de ces accusations.

Les journalistes du Nouvel Observateur disent que ce sont des gens de la majorité qui vous ont donné les factures gabonaises et congolaises.
P.P. : Je n’ai pas l’habitude de dévoiler mes sources et je ne vais pas commencer maintenant. Mais si toutefois, cette information se vérifiait, elle ne témoignerait pas d’une grande sérénité.

Ecrit par : fedydurke | mercredi, 04 février 2009

Puisque vous refusez de faire le « procès » de Kouchner, vous faites le « procès » de l’accusateur. Méthode classique.
Je trouve que vous passez vite sur ce qui est reproché à Nanard !
« Oui K. est un affairsite, oui il y a risque de conflit d’intérêt, oui il a passé des contrats avec des dictateurs africains, oui, oui , oui…mais quand même le plus grave c’est Péan »

Vous trouvez pas que ce qui est NAUSEABOND, ce sont les pratiques de MR K ?

Ecrit par : Léger | mercredi, 04 février 2009

Comment un homme de ce rang peut-il entretenir des bonnes relations avec tous ces dictateurs africains.ceux là memes qui empechent l’Afrique de se développer.Aujourd’hui nous comprenons que chez certains l’ argent passe devant l’humanitaire.L’habit n’a pas fait le moine.

Ecrit par : ekambo Dinis | mercredi, 04 février 2009

Un homme qui aime l’argent, les médias, la traîtrise, le riz et la médecine ne peut-être totalement mauvais. Mais il peut être détestable quand il conseillait à notre France d’envoyer nos jeunes en Irak pour les prétextes que l’on sait. Bravo l’artiste tu avais presque réussi la petite manip qui consiste à mettre un peu de vérité dans un très gros mensonge: Du bon sentiment et un peu d’humanisme dans une immense besoin de reconnaissance, de pouvoir et d’argent.

Ecrit par : âneternet | mercredi, 04 février 2009

-p 231:  » Ockrent est la plus conformiste et la plus convenue de tous les journalistes français, strictement incapable d’une idée ou d’un angle journalistique original. »

A 200% d’accord avec Péan. à 13 000 fois ou 20 000 fois par mois d’accord avec Péan.

Ecrit par : bernard Uguen | mercredi, 04 février 2009

Je relis attentivement les phrases incriminées, les réponses des uns et des autres. Très sincèrement, je pense que le souci de M. Péan de défendre un certain nombre de valeurs n’a rien de scandaleux. Ces valeurs sont respectables, deuis celles de la Révolution française jusqu’a celles du Conseil de la Résistance en passant par le droit pour la France d’avoir une politique nationale indépendante, ce qui ne veut pas forcément dire semeuse de troubes dans les alliances où elle est engagée. ce droiut à la différence de pensée diplomatqiue est une forme de démocratie internationle qui, pris positivement, peut être de nature à faire progresser les débats. Prendre le risque d’être désavoué fait partie du courage poilitique. Sincèrement, je ne ressens pas non plus de l’antisémitisme derrière ses propos – notamment vu le commentaire qu’il en fait. En revanche, savoir si les critiques que M. Péan énonce au nom de ces principes sont fondées ou non et une autre question. Si elles s’expriment sous une forme acceptable, cela relève de la démocratie et du droit de réponse. Si elles sont considérées comme injurieuses, cela relève de la plainte pour diffamation dans l’Etat de droit que la France est censée être dans la ligne des idéaux de Montesquieu, inspirateur de certains des principes de la révolution, et donc penseur qui doit certainement être du goût de M. Péan.

Ecrit par : gerard begni | mercredi, 04 février 2009

Je ne vois pas dans les citations extraites du livre de Péan par VJ en quoi elles exhaleraient des « relents nauséabonds ». Qu’elles soient de parti prix, oui, mais on ne peut reprocher à un auteur qui s’attaque à la renommée et au prestige bien usurpé d’un personnage public de faire preuve de sentiments hostiles. Ce que dit Péan de Christine Ockrent est parfaitement justifié même si cela va à l’encontre des pratiques habituelles de connivences propres à la corporation des « médiatiques » comme disait feu Guy Debord qui précisément égratignait sévèrement la « Reine Christine » dans son dernier film.

Ecrit par : Jean Pierre Marchau | mercredi, 04 février 2009

Kouchner a fait le gué toute une nuit pendant la guerre d’Algérie, dans les parages d’une prison pour aider des résistantes algériennes et françaises détenues à s’enfuir (la prison de Fresnes je crois). Je suis parent de l’une d’entre elles, pour cela Kouchner avait toute ma sympathie. Le reste, la vie politique use les ardeurs altruistes, plus on s’en sert, plus elle use encore et encore, c’est comme la pile Wonder. Faut pas trop demander à ceux qui sont entrés en politique, l’argent et le pouvoir mènent à la corruption. L’argent pue, l’argent n’a pas d’odeur, çà c’est les pauvres cons qui disent çà…car les grandes coupures çà sent bon, çà sent même très bon même, mieux que le jasmin et la lavande réunis. Le reste c’est des livres, moi je suis mon instinct dans ces choses-là : Tous pourris comme disait Coluche. Le fruit des bonnes actions c’est du cash, Bingo et BONGO…l’omar.

Ecrit par : l’algérois | mercredi, 04 février 2009

Que de mensonges et d’approximations dans la réponse de BK Le don des 25000 euros de Total n’est venu qu’après les articles! La relecture de ce qu’il a dit et écrit sur l’attaque de Bush en Irak prouve qu’il était en fait,malgré ses distorsions sémantiques,pour la guerre.Il serait interessant de savoir à quoi correspondent 6000 euros APRES IMPOTS! enfin que signifie la « MISE EN SOMMEIL » de BK consultant,pour ne pas avouer que c’était illégal!Quant à la tentative de présenter le livre de Péan comme une attaque antisémite,c’est scandaleux,et je peux le dire,moi qui suis juif 100%et qui ai pris beaucoup plus de risques que lui dans des missions hors de France!

Ecrit par : marcel francis kahn | mercredi, 04 février 2009

Que de mensonges et d’approximations dans la réponse de BK Le don des 25000 euros de Total n’est venu qu’après les articles! La relecture de ce qu’il a dit et écrit sur l’attaque de Bush en Irak prouve qu’il était en fait,malgré ses distorsions sémantiques,pour la guerre.Il serait interessant de savoir à quoi correspondent 6000 euros APRES IMPOTS! enfin que signifie la « MISE EN SOMMEIL » de BK consultant,pour ne pas avouer que c’était illégal!Quant à la tentative de présenter le livre de Péan comme une attaque antisémite,c’est scandaleux,et je peux le dire,moi qui suis juif 100%et qui ai pris beaucoup plus de risques que lui dans des missions hors de France!

Ecrit par : marcel francis kahn | mercredi, 04 février 2009

il n’y a pas de fumée sans feu.
Kourchner est avant tout un opportuniste, qui n’agit que pour lui depuis le début de son action médiatique n’hésitant pas à trahr ses amis et le sens de son engagement.

communiste à ses débuts, il deviendra socialiste puis sarkozyste et après, comme un de ses prédécesseur, il sert le France et non l’empire ou le roi. mais avant tout lui même et ses seuls intérêts.
Au revoir monsieur Kourchner.

Ecrit par : gilles74 | mercredi, 04 février 2009

Défense pitoyable de monsieur K.
Vous essayez de noyer le poisson. L’important est de savoir si ce sont des vérités et non l’amour ou la haine que porte Péan à monsieur K.

Ecrit par : belkacem | mercredi, 04 février 2009

Rassurez moi, ce monsieur est-il journaliste,à moins qu’il ne soit ironique;La plupart des citations décrivent parfaitement ce qu’est Mr Kouchner et son entourage. A aucun moment , cela s’apprend en prépa d’école de journalisme, les citations ne sont confrontés aux faits.
Sur la politique étrangère, M;Védrine ne moquait-il pas il y’a quelques semaines ces dérives là de M.Kouchner? L’accusation d’antisémitisme à l’égard de tous ses détracteurs, ne témoinge t-elle pas de l’obsession identitaire de ce monsieur etc…..Rien de tout cela ne sera dit au nouvel obs apparemment. Portez des sacs de riz, cela vous va mieux.

Ecrit par : saboun | mercredi, 04 février 2009

Peu de rapports avec la choucroute mais, tout de même… Je me souviens fort bien de M. Kouchner déclarer, quelques mois après avoir perdu son poste à l’issue de je ne sais plus quelle élection, qu’il n’y avait pas d’allocation chômage pour les ministres – eh non ! s’exclamait-il – et que c’était très malheureux pour lui et pour les autres « chômeurs » du même type que personne ne plaint jamais.
Aucune pudeur ! L’époux de la journaliste un temps la mieux payée de France ! Et qui, on l’apprend aujourd’hui, traficotait un peu partout pour améliorer son pauvre ordinaire.
La personnalité politique préférée des Français ? mais qui dit ça ? N’y-a-t-il aucun toubib qui ne se souvienne de la pagaille qu’il a mise dans l’organisation que par ailleurs – et c’est tout à son honneur – il avait créée pour finalement en créer une autre, concurrente, quand il a été désavoué ? N’y a-t-il personne qui se souvienne du ô combien ridicule demi-sac de riz porté pour les médias ?
Si « Koucouch » (il paraît que ce sont les députés qui l’appellent ainsi, pas la vox populi), traître à son parti, m’as-tu-vu grandiloquent, traficoteur international, est la personnalité politique préférée des Français, alors, ils ont bien le Président qu’ils méritent !

Ecrit par : Alain Bertrand | mercredi, 04 février 2009

Marc Nacht – Lettre ouverte à Bernard Kouchner
Mercredi, 04 Février 2009 16:54 Primo Europe

www.primo-europe.org/selection.php?numdoc=Do-678904194
Monsieur le Ministre, cher Bernard Kouchner,

Je m’autorise du temps de notre première rencontre à l’Événement, dont vous étiez rédacteur en chef sous la direction de d’Astier de la Vigerie, pour vous écrire.

Vous écrire à tous vents comme celui qui souffle sur Israël, vent mauvais s’il en est.

Ma question est simple, si simple qu’elle peut paraître naïve : pourquoi tant de précautions envers le Hamas dont ni vous ni le Président de la République n’ignorent le fond, clairement énoncé dans sa Charte ?

Pourquoi tant d’efforts pour prendre langue avec les tenants du djihad dont les buts avoués sont incompatibles avec ceux de Mahmoud Abas et de l’OLP pour la création d’un État palestinien ?

Et pourquoi contribuer à promouvoir (sans même exiger le « préalable » de la reconnaissance d’Israël, d’après vos dernières déclarations) ceux qui, tant par leurs discours que par leurs actes meurtriers, s’avèrent ennemis de tout ce qui se démarque de l’islamisme le plus conquérant et le plus rétrograde ?

Ecrit par : Roger | mercredi, 04 février 2009

Que faire devant les dérives d’un Bernard Kouchner prétentieux, qui voudrais parler avec le Hamas et donnez-lui ainsi une légitimité malgré le fait que le Hamas figure depuis deux ans sur sa «liste noire» des organisations terroristes, de l’Union Européenne. Dérives de pays, donneurs perpétuels de leçons et de blâmes à l’encontre de cette petite nation qui se voit contraint d’assurer en permanence une légitime défense que d’autres lui renient

Au lieu d’appeler le Hamas à renoncer de manière explicite et publique à la violence et à reconnaître l’existence de l’Etat d’Israël.

La Chine occupait toujours le Tibet…et qui s’en souciait ?

Soudan, Indonésie, Côte d’Ivoire pays envahis et massacrés…
Mugabe organisa la chasse ethnique…et vint rendre visite à Paris… Pas de manifestations!
Bouteflika réprimait les Kabyles et laissait égorger sa population
Il vint s’afficher avec arrogance à Paris… Pas de manifestations!

Hamas, Hizboullah, GIA, FIS, Djamaa Islamiya peu importe!!!

Ecrit par : ETABORI | mercredi, 04 février 2009

Dîtes Mr Jauvert, par hasard vous ne seriez pas juge et parti dans l’affaire ?

Jusqu’à plus ample informé, l’Obs’ défend Kouchner. Alors, quel mérite à votre article ? Vous voulez une augmentation ?

Ecrit par : Karpov | mercredi, 04 février 2009

J’étais un fidèle de ce blog. Je ne le serai plus jamais. Très déçu par la partialité et l’odieuse et lâche défense dans le terme « relents nauséabonds ». Une honte pour Vincent Jauvert que j’admirais jusqu’à lors.

Pourquoi systématiquement répondre à toute critique par une accusation de racisme. C’est une façon immonde de botter en touche.

Ecrit par : DecuparNouvelobs | mercredi, 04 février 2009

Il était question ce matin sur Inter d’un règlement de compte de Pean envers Kouchner, suite à l’affaire rwandaise.

Tout ça est petit, finalement.

Ecrit par : CR84 | mercredi, 04 février 2009

La mère de BK était protestante,il se serait donc converti au judaïsme?

Ecrit par : GADJO | mercredi, 04 février 2009

Il parle de morale, mais quelle garantie de probité peut nous fournir PEAN.
Qu’est-ce que cette haine?
Suffirait il de nos jour de balancer dans un bouquin pour salir et dézinguer un individu.
Nauséabond peut être…Pitoyable sans doute.

Ecrit par : consul33 | mercredi, 04 février 2009

Ben ! Oui ! c’est devenu la règle !
La première défense c’est toujours « relents nauséabonds » et « antisémitisme » … Que va-t-il se passer, qui est déjà en train de se passer : Confusion totale ! C’est quoi être JUIF ? C’est une nationalité ou une religion ?

Si c’est une religion ça n’intéresse personne si ce n’est que celui qui la pratique en toute liberté et sans ostentation en respectant les règles de la LAICITE !

Nous devons respecter ses engagements philosophiques et n’avons aucun commentaire à faire, et ce d’autant plus facilement qu’il ne nous en a pas informé ! S’il comprend la LAICITE !!!! Et s’il ne veut pas en faire un système de défense !!!!

Si c’est une nationalité, que je sache la double nationalité n’est pas reconnue par LA FRANCE, donc il faut faire un choix : pas un peu l’un et beaucoup l’autre… Au poste qui est occupé par KOUKOUCH TOUTOU il ne doit y avoir aucun doute sur celle qu’il a du embrasser !

J’espère qu’il n’y a aucun relent nauséabond dans ce que je viens d’écrire !!!! Va savoir ?

A part une ministre bidon, je n’ai jamais entendu en FRANCE un homme politique revendiquer qu’il était, catholique, protestant, boudhiste…. et qui plus est que c’était pour appartenance à la religion qu’il revendiquait qu’il était l’objet de « relents nauséabonds »….

Ecrit par : Briançon 03 | mercredi, 04 février 2009

PS Entendu sur France Info BHL incendier Péan et glorifier BK. Normal, ces deux aigles volent de conserve sous les yeux dûment sollicités du bon peuple dans les mêmes hauteurs… méphitiques. Magnifique hommage non de la vertu mais du vice au vice. Avec un ami pareil, Docteur K n’a pas besoin d’ennemis.

BHL, entre autres gracieusetés, traite Péan de jaloux. C’est sûr qu’un homme que j’ai croisé il y dix ans dans un petit (et fauché) festival de culture rurale novatrice où il était venu animer un débat sur « comment se faire publier » devant un public plus que local, un homme qui vient de faire élire conseiller municipal à Maumusson (44), village d’un peu plus de 800 habitants nettement moins glamour et jetset que Sperone ou Marrakech, cet homme doit être affreusement jaloux.

PS J’ai lu les réponses de Péan à BK sur Marianne2. Très calme…

Ecrit par : P-M.B. | mercredi, 04 février 2009

@ Gadjo
« A part une ministre bidon, je n’ai jamais entendu en FRANCE un homme politique revendiquer qu’il était, catholique, protestant, boudhiste…. et qui plus est que c’était pour appartenance à la religion qu’il revendiquait qu’il était l’objet de « relents nauséabonds »…. »

Gadjo, être juif c’est compliqué, c’est plein de contradictions, faut excuser Kouchner, cet homme est très sensible. On l’a vu l’autre jour chez Calvi au bord des larmes à propos de Gaza avec Daniel Shek et Leila Shahid. Vous verrez un jour il pleurera sur les frappes en Iran.

Ecrit par : Mikado | mercredi, 04 février 2009

Combien d’affaires a sorti Pean ?
Voila la reponse aux attaques de certains de ses confreres. Pean est un vrai journaliste, il pose des questions. Notre epoque pue salement.

Ecrit par : fedydurke | mercredi, 04 février 2009

Article sur Rue 89

Bruno Masure : « Les journalistes télé sont dans la révérence »
Par Augustin Scalbert | Rue89 | 02/02/2009 | 19H00
Pressions sur les journalistes, réforme de l’audiovisuel… l’ex-homme tronc du 20 heures a répondu aux questions des riverains.
CQFD

Ecrit par : fedydurke | mercredi, 04 février 2009

Mais oui, Péan est facho, puisqu’il attaque Kouchner, ou Mitterand, ou Le Monde !
Oui, mais c’est bien sûr !
La parole sacrée, ce sont les seuls journaux bobos parisiiens.
Continuez, les gars, Big Brother est avec vous !

Ecrit par : Alain Bertrand | mercredi, 04 février 2009

Un intéressant article de Marianne2, qui lui aussi reprend des extraits du livre de Péan

Ce qu’a vraiment écrit Pierre Péan

«Antifrance», «cosmopolite», «américanolâtre»… Bernard Kouchner attaque Pierre Péan sur certains termes soi-disant «nauséabonds». A ceci près que tous ne figurent pas dans le livre. Et que, lorsqu’ils y sont, ce n’est pas du tout dans le contexte mentionné par Kouchner. Le ministre a-t-il vraiment lu le livre de Péan?

A l’Asemblée nationale et dans le Nouvel Observateur, le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a développé l’idée que le ton et certaines expressions du livre de Pierre Péan rappelaient certains discours des années 30, ce qui renvoie, implicitement, à des courants xénophobes et/ou antisémites.
Pour éclaircir le débat, nous avons retrouvé -ou pas selon les cas – les expressions en cause :

- «Cosmopolitisme anglosaxon» : «Derrière la thèse visant à accréditer l’idée que toute la France se serait retrouvée derrière Pétain et sa révolution nationale, Lévy attaque l’indépendance du pays et ses velléités d’appartenance à une Europe politique qui affirmerait clairement son autonomie vis-à-vis des Etats-Unis d’Amérique. En définitive, ce qu’il ne cesse d’exprimer et de partager avec l’autre Bernard, c’est bel et bien la haine du gaullisme et de la philosophie politique qu’il sous-tend : les valeurs de la Révolution française, de la Convention au Conseil national de la Résistance ; celles d’une indépendance nationale honnie au nom d’un cosmopolitisme anglosaxon, droit-de-l’hommiste et néolibéral, fondements de l’idéologie néoconservatrice que nos « nouveaux philosophes » ont fini par rallier. Objet d’une telle détestation, notre pays ne mérite plus, du coup, d’avoir une diplomatie ni une défense autonomes et souveraines. D’après cette « contre-idée de la France », notre vieux pays peut fort bien se passer
d’un ministère des Affaires étrangères fort et indépendant, puisqu’il s’agit de suivre fidèlement les grandes impulsions venues de Washington. C’est plus simple et ça coûte bien moins cher. Le Quai d’Orsay n’a désormais plus grande utilité.»
Le lecteur jugera de lui-même le caractère infamant, insultant ou antisémite de ce passage….

- «américanolâtres» : «Du Sri Lanka à la Colombie en passant par le Sud- Soudan, Bernard-Henri a toujours souhaité enrichir sa biographie d’une visite, si possible réputée un peu « risquée », sur les lieux où pleuvent les balles, où les morts sont vraiment morts et restent à terre après le panoramique de la caméra. Sur l’intervention améri-caine en Irak, il est prudent : « Ni Saddam, ni la guerre », telle est l’option quelque peu « ficelle » qu’il souffle à son ami, plus favorable pour sa part à l’intervention américaine. Mais Kouchner se range à l’option BHL pour ne pas insulter l’avenir. Même si, après avoir signé un article en ce sens, il infléchit à de nombreuses reprises ladite position pour manifester son complet soutien à la politique de George Bush 1. Les deux Bernard partagent les mêmes vertiges américanolâtres.»
On trouverait facilement de nombreux textes et interventions publiques des deux Bernard montrant que le terme d’américanolâtre n’est pas une vue de l’esprit. Il n’y a par ailleurs rien d’infamant à aimer l’Amérique…

- «antifrance» : contrairement à ce qu’a déclaré le ministre à l’Assemblée nationale dans sa réponse à une question posée par le député socialiste Jean Glavany, cette expression ne figure pas dans l’ouvrage de Pierre Péan.

Ecrit par : Horacio | mercredi, 04 février 2009

Bernard Kouchner restera dans l’histoire comme le grand initiateur de l’ingérence humanitaire, c’est-à-dire du recours à l’action militaire en vue de résoudre une crise humanitaire.

Cette innovation n’a pas fait la preuve de son inocuité.

Le pouvait-elle ? L’homme de la rue, qu’émeut le prestige de l’uniforme et par qui la pompe des défilés est acclamée, aura vu là une belle idée, à la fois ferme et généreuse. Mais les personnes d’expérience argueront que les interventions militaires sont surtout SOURCES de crises humanitaires.

A partir de là, M Kouchner, dont personnellement je crois à la bonne foi, s’est exposé aux retours de flamme.

Car les militaires, commanditaires et équipementiers ont toujours eu BESOIN de belles causes pour réussir à se regarder dans le miroir au sortir de ces aventures où la poudre brûle et la tripe dégouline. Et ils n’ont jamais mégoté leur générosité pour ceux qui leur apportent cet onguent.

Sans même fouiller les poubelles à compromissions ou les arrières-cuisines, il était donc difficile d’imaginer un Bernard Kouchner privé des largesses et de la gratitude d’un environnement flatté côté vitrine.

Des réussites et des conquêtes, sanitaires ou médicales, il y en a eu, forcément. Ce sont elles qui furent récompensées.

L’ont-elles été outrageusement ? Un peu comme les fameux bonus des banquiers, il faudrait pouvoir en déduire les errements.

Fût-elle humanitaire, toute guerre gage sang contre sang et en cela constitue plus qu’un pari, un terreau pour les tragédies.

Toute une décennie durant, l’Irak de Saddam avait répandu le sang des iraniens et pris des habitudes d’impunité. Mais il avait aussi payé le prix du sang des irakiens et supporté une dette que l’on avait dissuadé son petit voisin koweitien d’alléger, de crainte que le savoir-faire de cette puissante armée ne se retourne contre l’horripilante épine israélienne.

Une nouvelle guerre après, suivie d’un blocus meurtrier, et la menace n’avait fait que s’exaspérer, s’envenimer. Le blocus lui-même avait tourné en tragédie humanitaire. Le pari d’une guerre supplémentaire allait naître en vue de l’abréger, entraînant B Kouchner dans ses rouages. Car cette guerre-là a tourné en tragédie, à la façon de toutes les guerres.

Les yeux de Bernard Kouchner n’ont cessé d’en être embués, mais l’esprit de guerre ayant trouvé dans la cause humanitaire son cheval de Troie.

Aujourd’hui Pierre Péan éclaire d’un cruel faisceau des valises un peu trop pleines, accordant sans doute trop peu de son attention à la destination finale, probablement désintéressée, des sommes perçues.

Faut-il y voir des relents nauséabonds ? Ce serait oublier trop vite que les corrosions made in Pierre Péan sont parfois myopes, mais n’ont jamais été tournées contre un seul camp.

Y voir de l’antisémitisme, c’est juste avoir les yeux un peu trop injectés de sang.

Si Bernard Kouchner est resté un bon médecin, espérons qu’il s’en rendra compte par lui-même.

Ecrit par : Opéricien | jeudi, 05 février 2009

Je ne vois rien de nauséabond dans les propos de Péan.
Ce qui est nauséabond, c’est de sous-entendre que Péan est antisémite, au lieu de le féliciter d’avoir démoli une imposture qui perdure depuis 30 ans et qui met en péril l’indépendance de la France.

Ecrit par : Albert | jeudi, 05 février 2009

Fidèle abonnée du Nouvel Obs, je suis extrêmement déçue par l’attitude des deux journalistes et leur parti pris.
Pour attaquer Sarkozy il y a du monde mais pas touche à Kouchner? Pourquoi? Parce qu’il s’agit d’un ancien socialiste?
Quant à la reine Christine, ces émissions n’ont jamais révolutionné le paysage médiatique et elle en a été bien remerciée.
Allons un peu de courage messieurs les journalistes ou j’irai respirer un air plus sain ailleurs, mons nauséabond…!

Ecrit par : arnaudies celine | jeudi, 05 février 2009

Exclusif: l’étrange diplomatie africaine de Bernard Kouchner + Plusieurs députés demandent à Kouchner de « s’expliquer »

Mardi 3 février 2009

Amis lecteurs bonjour , je m’appelle Issopha.

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Bienvenus à tous en République « françafricaine ».

 Oui , ainsi donc va le monde de la politique « françafricaine ».

« LE MONDE SELON K. »  de Pierre PEAN.

Comme beaucoup , j’ai parcouru avec intérêt  , puis rage , les bons billets de l’hebdo Marianne , ces quelques extraits du livre  à paraître de Pierre PEAN. Déjà un succès !

Et la lecture de ces  lignes m’ont inspiré une réflexion plus globales sur les survivances  des pratiques que l’on croyait d’un autre temps et sur les travers de cette Hydre de lerne  ici et là-bas que François-Xavier Verschave , à la suite de Félix Houphouet-Boigny  , premier président de Côte d’Ivoire ( mais dans un tout autre contexte , plus élogieux celui-là ) , avait appelé la Françafrique.

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UN PARFUM DE DEJA VU

L’Affaire K…voici une affaire emblématique de cette nébuleuse hors du commun dans l’histoire des  relations coloniales et post-coloniales de la nation française  et des ex-colonies  africaines ; une affaire symptomatique de ce que nous , ressortissants d’Afrique  » francophone » , nous échinons à faire entendre et comprendre à l’opinion publique française, souvent peu avisée sur ces sujets. 

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De Gauche ou de Droite , la politique africaine de la France est restée le domaine réservé de l’Elysée ,  incarnée par le président actuel et portée allègrement par ses plus proches ouailles  et acolytes africains ( Bongo , Biya , Sassou , Séby , Compaoré  , Gnassingbé, etc.) ; une politique de prédation des richesses nationales et de répression de la contestation citoyenne. Une logique diplomatique  qui s’inscrit dans le continuum des systèmes de réseaux inaugurés par Foccart  au lendemain de la Libération et poursuivis par  ses épigones ( Pasqua , Marchianni , Madelin , Mitterrand , etc).

De cette enquête  à paraître de Pierre PEAN , et des vives réactions , doutes et convictions qu’elle suscitera  et suscite déjà dans l’opinion française , je puis sans barguigner vous attester  de la réalité , chers lecteurs , de ces pratiques de mélanges de genres , de patrimonialisme , de clientélisme  , de népotisme  et  de synchrétisme  entre politique autoritaire et demie-portion de démocratie à tout va dont les « émissaires  officiels et officieux de la France »   et leurs  partenaires africains se sont fait experts.

« Emissaires d’un autre temps » , selon une exprssion d’un certain NS… ,  qui continuent de sévir dans les capitales de l’ancien pré carré colonial français , arpentant allègrement les couloirs des palais présidentiels , de Lomé à Yaoundé , de Brazzaville à Libreville , de Ouagadougou à Ndjamena ,  de Bangui à Lusaka ( même si cette dernière se situe hors de son champ traditionnel d’influence ).

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UNE POLITIQUE AFRICAINE AU SERVICE AVANT TOUT DES INDUSTRIELS

Les enquêtes minutieuses et ô combien sérieuses  de feu le président de l’Association SURVIE France , www.survie-france.org , François-Xavier VERSCHAVE , avaient déjà mis à jour les mécanismes de maintien et de perpétuation de cet ordre colonial   , dont les dividendes en termes d’espèces sonnantes , trébuchantes ou froufroutantes , ou encore de puissance  , d’accès aux matières premières stratégiques , de main mise sur les pôles sensibles des économies locales dans le cadre de privatisations à tour de bras ; dividendes  donc  qui profitent essentiellement aux  » Amis du Président » : Ils sont nommément connus , et les pratiques  malhonnêtes d’adjudication des marchés publics au Cameroun ou au Gabon par exemple , sont devenus monnaie courante et l’illustrent à suffisance. Une énormité au regard du droit devenu norme ,plus de 40 ans après les indépendances.

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Ce sont souvent les groupes industriels qui donnent en France une image noble d’elles-mêmes et qui financent bien généreusement les camapgnes présidentielles en France , pour lesquelles elles sont grassement rémunérées en retour, puisque l’Elysée leur facilite un accès privilégié aux affaires les plus rentables des économies africaines , contraintes à se laisser privatiser , ajustement structurel oblige. De ces groupes industruels ,  il y en a même qui se servent des organes d’expression comme Direct Matin ou Direct Soir  , TF1 et Cie , pour soigner leur image de marque ici et là-bas  et pour célébrer les bonns actions politiques de leurs partenaires d’affaires en Afrique  via des éditoraux fort complaisants , c’était déjà le cas il ya quelques mois , en 2007, lors d’une visite officielle du président Biya à son homologue de l’Elysée.

Ces industriels sont secrets de polichinelle :

  • Bolloré ( chemins de fer et port du Cameroun , un peu d’huile de palme par-ci par-là pour mariner tout cela… ) ,
  • le groupe Rougier et Sesam en d’autres temps  (le bois du Cameroun ) ,
  • Bouygues  ( mines et minerais )  ,
  • Areva ( uranium et autres énergies stratégiques)  ,
  • lafarge ( le ciment au Cameroun ),
  • Africa Security ( de Franck Turpin  , emblème de la privatistion de la force de maintien de l’ordre en Afrique , façon Balckwater aux USA ) , 
  • Le PMUC ( Pari Mutuel urbain camerounais par les réseaux corsa-africains  , emmenés par le pape du 9-2 , parrain à Neuilly d’un certain NS…) ,
  • TotalFinaElf ou ex-ELF  (Tout notre pétrole, quoi !), etc.

Arrêtons-nous un moment sur le cas  TotalfinaElf. 

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LE CAS TOTALFINA OU L’AUTRE DIPLOMATIE FRANCAISE

Le président actuel du Cameroun , Paul Biya , lui doit sa prise de pouvoir après un coup d’état médical  perpétré contre le premier président  du Cameroun en 1982  , lui-même imposé par Jacques Foccart à partir de 1958 comme  premier ministre du cameroun autonome : Ahmadou Ahidjo . Il fut  donc contraint, suite à ce putsch médical , de passer le témoin à son dauphin Paul Biya , alors son premier ministre  , depuis lors  au pouvoir (6 novembre 1982) , amenant  avec lui un slogan ronflant et creux du type :  « Rigueur et moralisation »  , j’avais alors 5 ans à ce moment-là , oui,  5 ans ,  et voici  27 ans  que ça dure , 27 ans que l’espérance de vie est passée à 55 ans en moyenne  et un taux moyen de  mortalité qui a presque doublé ; 27 ans que les Camerounais , gens de bonne volonté  élaborent des stratégies de contestation , de contournement du système monopolistique du pouvoir   , des stratégies de  survie toutes aussi nobles que  criminelles ( les Fey-men ); 27 ans  que ces braves gens  s’étouffent de Biyaisme de mauvais ton !  Et que dire du voisin gabonais ! 41 ans !

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Quant aux présidents Bongo et Sassou, TotalFina leur assure avec la complicité des armées françaises et des services secrets toutes  impunité et protections , et Sassou a d’ailleurs bénéficié  de l’ex-ELf , du financement de la guerre qui a opposé ses milices les Cobras aux Ninjas de Pascal Lissouba, alors chef d’etat du Congo-Brazza démocratiquement élu. Une guerre qui s’est soldée par un bilan lourd : des centaines de milliers de morts congolais et autant de déplacés , une destruction des infrastructures économiques et équipements dont le Congo peine encore aujourd’hui à se relever, malgré toutes les aides et subventions dont il bénéficie de la part de son protégé français.

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A  la fin de la décennie 90 , comme épilogue à  cette guerre fratricide nourrie et soutenue par les ambitons démésurées du groupe Total , avec , faut-il le préciser , la bénédiction de l’Elysée , l’on a assisté au  retour triomphal et jamais condamné  par la France de Denis Sassous Nguessou au pouvoir , après avoir été débarqué 7 ans plus tôt  par le vent des conférences nationales qui soufflaient alors sur l’Afrique francophone à ce moment-là , au plus fort de la dynamique des démocratisations. 

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La liste  des  faits criminels de ce système « françafricain » pourrait s’allooooooonger à l’infini.

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J’invite pour cela le lecteur soucieux d’appréhender  les logiques qui président à ces pratiques corruptrices et illégales  , cette criminalisation politique et économique galopante  , en accélération constante et bientôt vieille de plus de cent ans en Afrique francophone , je les invite à consulter la bibliographie de VERSCHAVE ,  Notamment  et par ordre de pertinence par rapport au présent article :

La Françafrique : le plus long scandale de la République , publié chez Stock,  en 1998 et 1999.

Le triste épisode de l’histoire de la démocratie en Afrique  , illustrée par la guerre du Congo ans les années 90 , est parfaitement relatée dans l’ouvrage majeur ci-dessous , avec forces témoignages des protagonistes, témoins directs , journalistes , memebres de la société civile congolaise : 

Noir Procès: Offense à chefs d’Etat , 2001, co-signé avec Laurent Beccaria , Editeur du livre aux Arènes

Et puis , the last but not the least

Noir Silence : Qui arrêtera la Françafrique ?  , les Arènes , 2000.

Ce livre est , à mon sens ,  le plus emblématique de sa bibliographie , tant elle démontre avec rigueur  et beaucoup de recherches et même d’intuition , les permanences actuelles de l’ordre supposément ancien de la colonisation française en Afrique.

Le lecteur y comprendra notamment pourquoi , en dépit du vent des démocraties qui a soufflé en Afrique dès le début de la décennie 90 , les pays sus-cités  et bien d’autres encores du giron francophone , sont restés empêtrés dans l’ornière des « démocratures » , ces objets politiques non-identifiés ( OPNI)  à mi-chemin entre une apparence trompeuse de démocratie puisque , se convainquent nos chefs d’Etat corrompus jamais en mal de justifications , existent une prétendue presse libre et des centaines de partis politiques sans âme qui nourrissent un multipartisme monolithique tout à fait spécial d’une part ; et d’autre part , la tenue d’élections  dites « libres », où nos régimes monarchiques  donnent pourtant  la pleine mesure de leurs imaginations politiques machiavéliennes : tribalisation des contestations politiques comme au bon vieux des temps colonies ( massacre en pays bamilékés au plus fort de la lutte contre l’Union des populations camerounaises de 1955 à 1971 ) , bourrage des urnes , manipulation des opinions publiques , trucages en tous genres avec l’appui  »technique » des coopérants français , tous aux ordres  , non du Quai d’Orsay , mais de l’Elysée…Et ça dure depuis plus de 40 ans !

A cela  , il faut ajouter la répression sanglante des oppositions politiques ou de la société civile , celle qui pense le changement  en vue d’un mieux-être ou d’un mieux-avoir.

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DESINFORMATION FRANCAFRICAINE OU LE ROLE DES INTELLECTUELS ORGANIQUES

Face à ces solutions alternatives inexistantes , pour pallier aux solutions politiques qui sont toutes restées lettre morte en rason d’une interprétation  bien personnelle des règles de la démocatie par ces chefs d’Etat , sous les conseils et bienveillances de leurs hiérarchies françaises ( Pour Chirac , la démocratie en Afrique est lontemps resté un « luxe » pour les africains ) ; face à cette vacuité de solutions de rechange , il n y a donc plus qu’à attendre que Les Lions meurent un soir (comme CONTé , le Lansana) , et que les populations,  otages de leurs Chefs aux Grandes ambitions , psalmodient tous ensemble , Awimboéééé Awimboééé Awimboééé…Vive la Liberté…

…Jusqu’à l’avènement d’une nouvelle dictature , militaro-civile ( Faure Gnassingbé au Togo , le nouveau régime Mauritanien , le capitaine Camara en Guinée , etc ), selon que les preneurs de pouvoir , sans le consentement populaire , auront le soutien de l’une ou l’autre des chancelleries européennes. Mais , statistiquement , il est observé que le nouveau venu par les armes est presque toujours  adoubé par l’Elysée , du moment  où les intérêts stratégiques des « Amis du Président » ne volent pas en éclats ,et surtout pas ceux du célèbre prêteur de Yacht au Président en vacances.

Je ne demande  d’ailleurs qu’à être contredit  par des faits de la récente et mouvementée histoire politique de l’Afrique francophone. Tellement j’ai entendu souvent des inepties à la télévision , déblatérées par de pseudo-spécialistes de l’Afrique , minimisant encore aujourd’hui l’influence des « émissaires officieux » de la France dans son ancien pré carré. C’est pourtant terriblement flagrant.

Tenez :

  • même dans le domaine de l’édition des livres scolaires , le groupe Hachette a un monopole historique incontesté au Cameroun , avec pour conséquence majeure :  l’élaboration de programmes scolaires sous contrôle  , qui passent donc sous silence des pans entiers de l’histoire de la colonisation  telle que enseignée dans nos écoles primaires. Le GénéralDe Gaulle y est donc forcément le héros qui offre généreusement aux pays Africains leur indépendance . »Ca y est, ils sont adultes maintenant! » pourrait-on résumer . Ce système, je l’ai connu écolier , ce système  éducatif  aujourd’hui encore perdure.

 

  • Et que dire du contrôle et de l’identification des citoyens…Nos cartes d’identité nationales  sont conçues  avec le concours bienveillant  de l’ancien maître colonial , qui peut donc aisément contrôler des citoyens d’un pays indépendant depuis le 1er janvier 1960 , consacrant une sorte de NSA  pour pays tropicaux à la française , sans que cela  ne choque personne ! Nom de nom !

 

  • Et le Franc CFA alors…le symbole par excellence du maintien des anciens colonies dans le giron français. Arme d’endettement massif qui rend délétère nos économieset nos politiques publiques. Et plus ça change , plus c’est la même chose. Le capitaine Thomas SANKARA  , président du Burkina-Faso , de 1983 à 1987 , lors de son célèbre discours  au sommet de l’OUA  au siège à Addis-Abeba ( Ethiopie ) le 27 juillet 1987 , osa s’élever contre tout règlement de quelque dette que ce soit , estimant au contraire que c’est l’Europe,  et partant la France , qui étaient redevables à l’Afrique de plusieurs siècles de razzias de ses richesses , matérielles  , immatérielles et même…humaines. Deux semaines plus tard , le 15 octobre 1987 , il était assassiné par son « fidèle » compagnon de lutte  et adjoint d’alors , ponte de la Françafrique actuellement au pouvoir, le sieur Blaise Compaoré. Ainsi va la Françafrique sous Mitterand et Guy Penne !!!

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Cette parenthèse faite  , revenons à nos intellectuels et journalistes du pouvoir. Une telle cécité intellectuelle mérite un update  au niveau des infos .D’audacieux journalistes et membres des sociétés civiles africaines et occidentales travaillent  , parfois au péril de leurs vies , à faire diffuser l’information. L’association Survie est de ceux-là , le CADTM , l’association des Congolais de la Diaspora , le CRID , le réseau RITIMO , etc.

 Nous , Africains , vivons ces situations criminelles  , nous le savons et le dénonçons pour peu qu’un espace de liberté d’expression est ouvert. Alors on ose…sans diffamation ni mensonge aucuns.

Alors Monsieur Antoine Glaser  de la Lettre du Continent  , avec tout le respect que je vous dois à vous et à votre compère Stephen Smith , autre  » grand connaisseur de la science françafricaine » , sachez la mettre en veilleuse de temps en temps. Je vous ai regardé et entendu dans une émission:   »ça vous regarde »( je l’ai enregistrée ) sur  La Chaîne Parlementaire , il y a presque 2 mois ,  lors d’un débat autour de  la rupture manquée de Sarkozy avec les partiques anciennes d’ »émissaires officieux » de la Françafrique ,  vous exposiez vos arguments en minimisant le rôle de la France dans les maux qui minent l’Afrique , au prétexte que les Africains en sont les premiers responsables.

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Eh bien Soit! mais quels Africains ? Nous, Africains du continent ou de la Diaspora ,  les avons-nous élus , choisis , mandatés pour brader nos biens aux K…, S…et autres hommes publics  mandatés par les peuple français , en totale méconnaissance de leurs noirs desseins françafricains ? Que non ! Ils se sont emparés du pouvoir  , ces mauvais Africains , au mépris de la volonté du peuple , et n’ont jamais consentis à redistribuer les richesses  nationales aux populations à l’agonie.  

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Et puis d’ailleurs , quelle France n’est pas responsable ?

Sarkozy en campagne présidentielle tonnait , toujours fier d’être français ( ça ne vous rappelle pas un conteur d’histoires ? ) , que les enfants (français) n’avaient pas à payer pour les fautes de leurs parents ( colons) …

Eh bien si ! Si , si Monsieur Sarkozy. Et pour cause , les enfants ( Amis du Président entre autres ) continuent de jouir sans vergogne  et satiété de l’héritage et des milles trésors entachés de sang des fouets et travaux forcés  , arrachés à nos terres par leurs ascendants. Je ne réclame pas la répentance , rien à braire !

Je réclame :

 

  • Respect  en souvenir des sacrifices douloureux arrachés aux Africains et domiens (citoyens français ressortissants des départements d’outre-mer ) souvent trahis et réduits à la portion congrue en leurs propres domaines.

 

  •  Respect , Monsieur le Président et affidés , des enfants immigrés , d’immigrés ou nés en France de ces parents dépouillés , dépossédés , souvent esclavagisés , humiliés , martyrisés , mais toujours debout , dans les HLM d’Aubervilliers , entassés devant les mairies de communes et d’arrondissements , dans les églises et autres gymnases , dans de miteux hôtels ( l’auteur de ces lignes  y a vécu ) et autres centres de rétention administrative , faute de logement décent. Ecrasés par la main invisible  mais tellement là de la DISCRIMINATION NEGATIVE, osons le pléonasme.

Mais le Président  Sarkozy , le 17 décembre 2008 , a opté pour une politique de discrimination positive sur un critère sociale , répugnant à intégrer une dimension ethnique de sa politique de lutte contre les inégalités , alors même que les discriminations subies , tout au moins par les populations immigrées le sont principalement sur des critères ethniques , qui entraînenet leru corpus de conséquences socio-économiques ( emploi , logement principalement ). Naaan ! surtout ne pas parler de  discrimination positive « ethnique » , mesure corrective et de justice sociale dont ont bénéficié des citoyens américains qui n’ont pas toujours joui des mêmes droits que la majorité blanche , jusqu’en 1968 !!! Et parmi ces bénéficiaires , le premier président noir des Etats-Unis , Barack OBAMA ,pour lequel le Président français voue , assure-t-il , une admiration sans borne…A pouffer de rire !!!  Ils diront que la France n’est pas l’Amérique. Que c’est triste , en effet ! Elle devrait peut-être songer à y prendre exemple dans le domaine de la gestion de la diversité , seul domaine de la vie publique où la France répugne à s’inspirer des politiques d’intégration souvent réussies de ses voisins.

Sarko fait croire  , et  l’infect Zemmour  à l’humour décalé avec , que les citoyens français qui l’ont élu ont dit non à la discrimination positive « ethnique »  , au prétexte des valeurs d’égalité des chances, qui s’appliquerait à tous  , sans exclusive. Voilà une belle invention qui témoigne  au moins d’une prise de conscience que la société française , dite d’égalité  , est en fait foncièrement inégalitaire. C’est déjà ça ! Mais quelle belle supercherie ! J’y vois un parrallèle avec  la politique de la diversité , un alibi politique et électoral sarkozyen qui lui a valu un sacré capital de sympathie , de la part des médias ronronnants de consensus. Aujourd’hui l’heure est à la liquidation de ces oripeaux de la politique d’équilibre ethnique. Victimes collatérales : Rachida Dati sur le départ , Rama Yade dans l’inconfort de l’incertitude. Je l’avais déjà préfiguré dans un de mes récents articles ( Voir  sur la page d’accueil  » Circulez, Sans-papiers ! »), ça ne durerait que le temps d’une fleur , comme d’ailleurs sa politique d’ouverture aux caciques de la Gauche dont on voit bien que le Président n’est pas si bon Responsable des Ressousrces Humaines que ça , contrairement à ce qu’il  prétendait devant le parterre des patrons du Medef début 2008. Et pour cause  , une petite enquête de moralité l’eût prévénu que K… , son homme des affaires étrangères , n’était pas homme à l’honnêteté légendaire que l’on a toujours cru.  En vérité  , je vousle dis , LIRE LE SOCIOLOGUE PIERRE BOURDIEU EST UN IMPERATIF CATEGORIQUE dans la France actuelle de Sarko. Les thèses bourdieusiennes sur la théorie des champs et la fameuse reproduction des élites reprennent une telle vigueur d’actualité…n’en déplaise à ses détracteurs !

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Revenons à nos croûtons , reprenons-nous ! Je l’ai précisé , la France responsable est celle des  » faux émissaires » . Et parmi ceux-ci , hélas , il y en a qui dispose d’un mandat électif de quelques citoyens français capables de discernement .Et en ce sens , ils engagent la responsabilité de la France puisque dans leurs menées françafricaines , ils se prévalent des titres , mandats et positions dont ils sont dépositaires au regard de la…République Française. Vous me suivez ?

Et c’est précisément ce que Pierre PEAN dénonce dans son livre à paraître concernant le mélange de genres dont il accable Monsieur K…Mélange qui peut prêter à confusion et confondre la France dans des affaires mafieuses qui ne devraient aucunement l’engager. Nous sommes dans un système mafiafricain dont beaucoup se repaissent aujourd’hui en France , ou en Afrique pour ceux qui ont fait le choix de la continuité des relations néo-coloniales.

L’affaire des zozos de  l’Arche de Zoé l’avait suffisamment démontrée pourtant.

Et si cette Affaire K…était avérée au regard de l’opinion publique française , car pour moi , il n y a aucun doute là-dessus , ce serait là le signe même que nous , militants africains pour un changement des pratiques  actuelles de la politique  et de l’ économie en Afrique , ne nous racontons pas des contes de ma mère l’oie !

LORSQUE LA MAUDITE SOIF DE L’OR TUE

Chez nos amis les anglophones , l’Histoire est en marche ( Ghana , Liberia , Afrique du Sud , Zambie…hormis quelques mauvais élèves), une nouvelle génération d’hommes…et de femmes politiques accèdent au pouvoir , avec du sang neuf , de nouveaux programmes , une vision originale de la gestion de la Cité en vue du bien commun , de nouvelles pratiques , plus en phase avec le monde de la bonne gouvernance, mieux , de la gouvernance globale , celle qui associe tous à l’oeuvre commune : la démocratie , en un mot. Rupture progressive avec les pratiques d’un autre temps, le temps de la Reine Victoria ou d’Elisabeth 2.

Il n y a encore guère que chez les rejetons de Foccart, dont Bongo est le symbole le plus fort, que l’Histoire begaie. Mais comme a dit un chanteur à succès de mon si Petit Pays , « même les Chefs d’Etat meurent… » Avis aux morpions du pouvoir éternel ! Le réveil ne sera pas brutal , puisqu’il se fera six pieds sous terre !

Mais revenons un moment à l’affaire qui nous intéresse : K…

L’ambition excessive tue ! Au propre  comme au figuré. Remarquez !

La voilà l’Europe  , à s’étonner (et à s’émouvoir aussi, rendons lui justice ) , à travers des images télévisées  , des scènes de luttes enragées pour la survie , euphémistiquement appelées ici  » émeutes de la faim » par nos journalistes  de l’Hexagone , peu soucieux de l’analyse profonde, pris  qu’ils sont dans le vertige de l’instantanéité et pressés par l’aiguillon terrible de la primeur de l’info et de l’audimat. Résultat : une lecture étriquée et sans consistance des événements. A l’exception de quelques uns.

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Soulèvements contre l’arbitraire quotidien et  prédations en tous genres qui affament donc et  qui ont valu au Cameroun en février 2008 son triste record de morts : environ 300 ( et encore…). Voilà la réponse qu’a choisi de donner le régime usé mais toujours vampirisant de Biya à la jeunesse cadavérique partie crier famine , suite à la démission des formations politiques et syndicales classiques. Des armes et des balles contre des cris d’enfants et d’adolescents en guenilles , réclamant juste un peu , un petit peu, un tout petit peu  seulement de pain , d’eau potable , d’antibiotiques , de  lumière d’AES Sonel (Electricité du Cameroun  privatisée par un opérateur américain , ouf ça change des français pour une fois ! ) pour apprendre à lire , à écrire, à lier le bois au bois comme qui dirait; à  étudier , pour changer  et relever demain peut-être ce pays à l’agonie. Dans l’Est du Pays donc  , les balles ont aussi fauché de jeunes et innocentes vies en quête de mieux, un léger mieux de rien du tout , vu les immenses richesses bradées à l’Etranger par la Bande à BAader , euh pardon  , à Biya , terroriste de son propre peuple. 

Police , Gendarmerie , Justice , toutes corrompues…Appareils répressifs d’Etat  en ordre de marche et de mort contre rêves adolescents et populaires d’une vie décente. Et pourtant  , juste ce qu’il faut , pour exister…subsister ,crénom de nom !

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Et voilà la jeunesse en baguy ou jupons courts , partie sur les sentiers des mers ,  océans et détroits , bravant l’adversité pour accoster les rives de l’illusoire eldorado européen. Et pour la génération perdue restée qui  au pays par trop de misère , l’heure est à la conquête de la toile et des sites de rencontre. «  Je cherche mon blanc non ?! » ;  ou encore   » Gars , je cherche une vieille veuve-là quelque part en province , je l’épouse et j’ai  les kaolos  » ( kaolos=papiers )…

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Ce sont là quelques discours qui illustrent la mort de nobles désirs d’avenir…Immigration choisie, vous avez dit ? Pas un mur de raz-de-marées n’arrêterait une horde de bouches affamées. Le Sud vient  au Nord récupérer quelques rogatons de son dû, comme le Nord a été et va encore au Sud , avec les complicités de quelques potentats locaux , pour nous vider de ce qui nous reste quand on n’a plus rien : l’espoir. Elevez des barrières sans réguler les injustices sociales , toujours ils reprendront le même chemin conscient du danger. Oui , car  »ventre affamée n’a point d’oreille »…

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Oui , l’ambition excessive  tue , celle d’industriels et hommes politiques ou administrateurs français  encore en activité , successeurs d’anciens parrains et animateurs de réseaux d’influence françafricains , possesseurs de business lucratifs en Afrique . Oui cette ambition tue comme tue l’entêtement de nos « Pères de la Nation » à ne pas vouloir  lâcher un peu…juste pour voir…

POLITIQUE ET BUSINESS EN AFRIQUE :QUID DE L’HISTOIRE DE FRANCE  ?

Ce sont, du camp africain comme du camp français ,  des  « émissaires officieux de la France » . Sarkozy nous les a présentés comme tels pendant la campagne  présidentielle , mais la RealPolitik est passée par là entretemps , et d’ailleurs ,  la politique africaine de la France , domaine réservé de l’Elysée  , a toujours été orientée RealPolitik (le pouvoir pour le pognon avant tout ) depuis que France a foulé les sols et flairé les sous-sols  riches de nos patries banania , loin des grands principes droitdelhommistes. Elle a de tout temps , la France , trahi ses valeurs de liberté  , d’égalité et de fraternité , d’humanisme et d’universalisme. Toute l’histoire coloniale suinte , nauséabonde , de ces paradoxes menteries tout à fait contemporaines. Pas étonnant que l’Histoire nationale de France soit obstinément dissociée dans l’imaginaire collectif des gouvernants français successifs de  l’Histoire de sa périphérie , l’histoire de ses colonies, disons , des barbares, ces « grands enfants ».

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Nos faux émissaires  en tout cas agissent sous l’étendard de la France , avec ses sceaux , ses décrets , ses lettres de mission , ses impôts , ses légitimités méritées ou usurpées , émissaires  tels K… et Cie ( je suis absolument certain des thèses de Péan  de ce point de vue ).

Et bien avant eux , Jacques Foccart , Guy Penne , Robert Bourgi ( pour qui Bongo est papa ) , Charles Pasqua  et aujourd’hui quelques envoyés discrets des  » Amis du Président » , souvenez-vous , nos industriels français qui font (ou défont ) l’opinion  ou l’énergie en France , et qui n’agissent qu’en leurs noms propres et pour leurs profits personnels , engageant par là même la responsabilité de tous les français , hélas , qui comprennent pas toujours grand chose à ce qui se passent sous les tropiques.

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L’Afrique du 20h de France 2 , de TF1, de France 24, d’Euronews…c’est trop loin , c’est trop chétif , c’est trop chaud , c’est trop maladif , c’est trop clandestin , c’est trop sauvage ,c’est trop pauvre , c’est trop peu… c’est trop rien…c’est trop…l’Afrique quoi !

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Entre paludisme et moustiques , tourisme sexuel et décimation du sida , entre SDF de Cachan et clandestins ouest et est-africains de Lampedusa , Marseille , Gibraltar et Sahara ; désinformés , sous-informés ou malinformés , vous voilà donc  , Français , et en cela par les médias de ceux-là mêmes qui tirent de juteux bénéfices de leur opaque et corruptrice  politique africaine.

Tenez, Direct 8 , ah Direct 8 , propriété de Bolloré , « Roi d’Afrique » , cette chaîne de télé , la voix officielle en France des dictateurs africains , dont conseillers et autres portes paroles sont reçus en grandes pompes par d’éminents journalistes , tel Philippe L… et  un ancien ministre à la coopération , confondu dans une affaire  du type K… , j’ai nommé Michel R… ; eh bien cette chaîne , pendant télévisuel de Direct Matin et Soir , ne vous dira rien de ce qui s’y passe, dans ces Afriques-là. Quid de la cellule africaine de l’Elysée ?   Quel PEAN nous la découvrira au grand jour cette officine sécrète où se jardinent à tout va les destinées des peuples d’Afrique francophone  ?  Ce ne sont pas des sujets vendeurs , disent-ils au pays de Zola où  pourtant de moins en moins est  belle la vie , puisse France 3 m’en pardonner !!!

 

Ah si les hommes d’affaires français pouvaient être autant dégoûtés , tout au moins désintéressés de cette Afrique (néocolonisée depuis les décolonisations) , comme le sont beaucoup de citoyens français  !  S’ils pouvaient s’en détourner  et le régime sarkozyen avec ,  et donc les armées françaises postées sur le continent prêtes à ! Si  et si seulement si c’était possible et  accessible , nous , société civile et citoyens de ce monde fou, nous débarrasserions sans peine de ces croûtons de chefs d’Etat arrimés à leur privilèges  et bien protégés par les armées nationales formées et équipées  par vos bases armées   à vous , contribuables Français , entretenues à vos  frais. Ils appellent cela au Quai d’Orsay la géostratégie. Elles sont bien là , ces bases armées françaises , témoins des misères des populations locales , postées au Tchad , au Gabon , au Sénégal , à Djibouti , au prétexte d’iniques accords de défense et assistance militaire jamais rediscutés (malgré les envolées lyriques de Sarko à Durban en Afrique du Sud il y a peu ), mais qui arrangent beaucoup , notamment l’aile conservatrice au pouvoir en Afrique et à Paris. Il faut bien que Dassault mange ! Oui , elles sont bien là à veiller au grain , faisant le guet et prêtes à porter secours aux voleurs de légitimité politique qui nous gouvernent…Dieu merci ,il paraît qu’on dégraisse  en ce moment le mammouth militaire français de Côte d’ivoire. Comme s’il pouvait en être autrement , les Ivoiriens ont dit non à la protection française. Il y a toujours eu et il y aura gtoujours un au-delà de la France et donc de la souffrance. Espérons que ce ne soit plus seulement un nouvel effet d’annonce bien sarkozyen.

Quand je me rappelle que le premier des français actuels  , alors qu’il était candidat à l’élection présidentielle de 2007, jurait , se tapant la poitrine en bon coq français , fier comme Artaban , que « la France n’a pas besoin économiquement de L’Afrique » , c’était à Lomé ( Togo ) en 2006.

 Alors , pour en revenir à l’affaire K… , se servir de ses positions privilégiés au sein d’un gouvernement français, qu’il fut de gauche ( et elle n’a pas été un modèle dans sa politique africaine )  ou de droite ;  se prévaloir de relations privilégiées avec le Prince ( NS ou JC ) ou de ses missions temporaires ( ESTHER avalisé par J-P R… ) pour siphonner 4,6 millions d’Euros et donc autant de milliards de FCFA à 2 pays africains ( Congo-Brazza et Gabon ) dont les populations , loin des fastes et excès   »Bongogiaques » ou « Sassousiens » , vivent avec moins d’1 euro par jour ( la moyenne c’est 50 centimes d’euros !!! ); franchement , pardonez-moi la trivialité de mon propos , c’est DEGUEULASSE !

Et d’autant plus regrettable que ces menées sont à mettre au compte d’un homme pour lequel j’ai toujours eu  , de par sa fibre humanitaire et certainement pas humaniste , on le voit bien ,  un respect sans borne.

Ma désillusion n’est tout compte fait que partielle , et pour cause : les socialistes au pouvoir de 1981 jusqu’à l’avènement Chirac enj 1995 , emmenés par François Mitterand, n’avaient pas fait mieux en matière de politique africaine. Je dirais même mieux , ils ont fait pire , en nous délestant , le 15 octobre 1987 ,  de l’un des plus grands espoirs d’une Afrique politique réinventée , Thomas SANKARA , (et pas seulement , que d’opposants à cette politique ravageuse ont perdu la vie !).Une afrique plus en phase avec ses réalités perverties par 100 ans de colonisation désatreuse , n’en déplaise aux chantres  français de la Réhabilitation de l’oeuvre coloniale outre-mer ( ils étaient presque toujours de droite  , ces gens-là, mais de plus en plus de gauche ) . Oui , une oeuvre coloniale que j’invite tout français à venir constater sur place , désastreuse à tous points de vue , même  des infrastructures : routes , ponts , écoles , hôpitaux …dont nos réhabilitateurs se sont particulièrement vantés. Une telle méconnaissance de l’Histoire , des réalités locales africaines  et du dévoiement de l’action coloniale est à blâmer. Je m’en expliquerai ultérieurement.

Tenez par exemple , au Cameroun , la société française SESAM , fin des années 90 , a  siphonné le bois camerounais  avec une voracité sans pareille , mais ne fut jamais  foutue de contribuer  à la réfection des ponts  et à  la réhabilitation d’anciennes routes coloniales construites pour permettre  et intensifier le transport de billes de bois  de nos si chères forêts sur de grands grumiers qui , à force , abîment l’asphalte à chaque passage. En 1998, un député d’une des  localités  où se coupe ce bois dans le sud du pays , René Bomokou Nkono (paix à son âme !) , dénonça ce fait en bloquant le passage de 15 de ces grumiers. La suite, c’est François-Xavier Verschave qui vous la conte en page 182 de son livre Noir Silence : Qui arrêtera la Françafrique ? :   « Il ( le député Nkono ) est mort subitement huit jours plus tard , le 27 mai 1998. Les grumiers ont pu repartir , sur les pistes défonçées. La Caisse française de Développement s’est ouverte à SESAM d’un prêt de 12,6 millions de francs… »

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Qui n’ a pas vécu cette Afrique-là ne comprendrait pas. Les médias français dans leur ensemble n’en diront rien. Et pourtant c’est monnaie courante. Depuis quelques années en France , je m’étonne du peu d’intérêt de la majorité des Français ( est-ce forcément leur faute  ?) de cette histoire , qui est aussi leur histoire , qui se joue dans les frontières africaines. Histoire nationale n’est pas  , que dis-je , n’est plus à dissocier de l’Histoire coloniale , néo-coloniale ou post-coloniale , comme elle l’a été jusqu’ici , qu’elle se jouat là-bas ou ici. Clin d’oeil à l’association des Chercheurs sur l’Histoire de l’Afrique Contemporaine ( ACHAC , co-présidée par les historiens Pascal BLANCHARD et Nicolas BANCEL) , qui le tambourine suffisamment depuis quelques années en France.

Et même si la horde baveuse d’ intellectuels révisionnistes  sarkozystes ,  emmenée par MAX le mégalo (fan de notre restaurateur de l’esclavage , Napoléon) , tend à taire cette Histoire Globale , car transcontinentale ( et c’est  pourtant la mode en ce moment dans le monde anglo-saxon  mais la France toujours à la traîne) , les enfants d’Africa dont les parents sont morts de ces excès du pouvoir autocratique soutenu par quelques « faux émissaires » de l’anciene Lutèce , eh bien ces enfants raconteront encore et encore , fut-ce sans écriture , ne fut-ce qu’avec la tradition orale et ses chants de griots , oui , ils la raconteront  cette histoire coloniale et post-coloniale  , cette histoire de Crimes et Châtiments. infligés par les colons et leurs « Blancs de remplacement » ( nos autocrates )…Crimes et Châtiments  toujours en train de se faire dans nos capitales africaines , « anciennement » françaises.

Ah j’oubliais…toujours  au sujet de cette affaire K…Il y a dans certains de ses aspects vaiment de quoi étonner…Je m’explique :

  • Lorsque les cabinets de conseil IMEDA et DANOMEX  (co-gérés , d’après PEAN , par les « amis » de K…alors président d’ESTHER , organisme public créé sous la primature de Jean-Pierre Raffarin pour apporter expertise et aide aux pays du Sud dans le domaine de la santé et de la lutte contre le SIDA) ,  encaissent des milliards de francs FCFA  de contibuables gabonais et congolais  ,  débloqués  par les trésoriers payeurs généraux sous les ordres de Bongo et Sassous , en toute bonne ou mauvaise foi  , sans même avoir consigné une seule ligne de ces audits , commandés en vue d’améliorer les systèmes de santé de ces pays , il y a là de quoi étonner !
  • De plus , un ambassadeur spécial de France en poste à Monaco nommé par Kouchner puis évincé par le Prince  , ^pour s’être livré à des pratiques pour le moins douteuses : M Eric D… donnait ordre par fax à un Trésorier payeur général d’un Etat indépendant , le Gabon , pour que lui soit viré les 816.000 € restants d’une facture globale d’environ 2,8 Millions d’€ , arguant avoir eu le soutien de Bongo ( cf. Péan ). En vérité je vous le dis , il y a de quoi étonner !
  • Le site web d’une société de conseil encore en activité ,  IMEDA , qui disparait du web comme par enchantement , fin 2008 , après le passage de l’enquêteur Pierre PEAN , il y a de quoi étonner !
  • Un Ministre de la Coopération , Jean-Marie Bockel (le pauvre !)  qui se jure en toute bonne foi ,  juillet 2007 ,  de signer l’acte de décès de la Françafrique  et de ses réseaux d’influence souterrains , mais qui est débarqué quelques mois plus tard ,  courant mars 2008  , et renvoyé aux Anciens Combattants , après moult pressions d’un trio de chefs d’Etat africains infatués d’eux-mêmes ,  sur l’Elyséen Sarko. Ce sont : Bongo , Sassou et Biya , choqués que ne leur aient  pas été ,  au contraire ,  rendus gloire pour tout le bien et  « loyaux » services rendus aux « faux émissaires » de Dame France…il y a , oooh oui , de quoi étonner !

Mais quel monde immonde !

Dieu ! quel monde !

Je suis ressortissant d’un de ces pays d’Afrique et je me meurs de tant de POURRITURES !!!

Issopha.

Paris , 04.02.2009.

 

 

 

GOUVERNEMENT

Exclusif: l’étrange diplomatie africaine de Bernard Kouchner

 

 

Pierre Péan se prépare à publier dans les semaines qui viennent un livre-portrait sans complaisance sur Bernard Kouchner. L’enquête, dont Marianne2 a pu avoir accès à certains extraits en avant-première, met en cause le désintéressement du «French doctor»: peu avant de devenir ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner aurait facturé, via une société créée par deux proches collaborateurs, plusieurs rapports à certains États, dont le Gabon.

Bernard Kouchner au Forum de Davos en 2008. (photo : World Economic Forum - Flickr - cc)

Bernard Kouchner au Forum de Davos en 2008. (photo : World Economic Forum – Flickr – cc)

Le paradoxe est énorme : l’homme qui incarne, auprès de millions de Français, la générosité, l’altruisme, la paix et le partage, l’homme qui truste tous les prix de popularité dans les machines à sondages, l’homme qui fait figure, depuis des années, de fils spirituel de l’abbé Pierre, cet homme-là se prêterait en réalité à des activités d’affairiste qui utiliserait son impact médiatique et surtout sa position de responsable public dans le cadre d’un commerce très privé. Telle est la démonstration que se prépare à publier, documents à l’appui, Pierre Péan dans un livre qui donne un éclairage cru à la carrière du french doctor.
On savait que Bernard Kouchner était resté gérant de la société BK Consultants, créée en 2004. Ce que l’on ignorait, c’est qu’il aurait ensuite fait passer ses prestations de conseil et d’audit sous l’égide de trois autres sociétés (IMEDA, Africa Steps et Danomex) créées par deux de ses proches collaborateurs, Éric Danon et Jacques Baudouin. Une fois devenu ministre des Affaires étrangères, en mai 2007, Bernard Kouchner fait nommer le premier ambassadeur extraordinaire à Monaco, le 8 août 2007. Quant au second, il lui avait confié dès sa nomination la direction de la Communication du Quai d’Orsay.Pierre Péan établit, preuves à l’appui, que Bernard Kouchner, bien avant ces deux nominations officielles, se serait fait le VRP de la société IMEDA auprès du Gabon d’Omar Bongo, alors qu’il occupe, avant même de redevenir ministre, une haute fonction à caractère public, puisque, nommé par Jean-Pierre Raffarin, il est à la tête d’un réseau international (ESTHER
) œuvrant pour l’amélioration des services de santé dans les pays du Sud.

Une facture de 2,65 millions d’euros!
« Au Gabon, précise Péan, le montant des contrats passés par IMEDA et Africa Steps est de 1 735 916 870 Francs CFA, soit 2 646 388 euros. Le premier versement, de 500 millions CFA, soit 762 245 euros, à IMEDA, a été effectué le 19 janvier 2004 ; le second, à Africa Steps, de 700 millions CFA, soit 1 067 143 euros. Fin 2006, le gouvernement gabonais devait encore 817 000 euros aux deux sociétés pour honorer complètement les contrats signés… » Le tout pour des prestations réalisées sous l’égide de l’actuel ministre des Affaires étrangères. Ce qui fait qu’au moment où Bernard Kouchner s’installe au Quai d’Orsay, l’État gabonais doit toujours le reliquat de 817 000 euros aux deux sociétés des collaborateurs du ministre. Qu’à cela ne tienne ! Il est vraisemblable que le ministre a demandé le règlement de facture lors d’un entretien officiel, comme l’écrit Péan :
« Le nouveau ministre des Affaires étrangères a eu l’occasion de remettre la question sur le tapis, le 25 mai 2007, lors de la première visite d’Omar Bongo au président Sarkozy, à Paris. C’est donc bien un ministre français en exercice qui peut suggérer au Président gabonais de régler une facture en souffrance qui le concerne directement ou indirectement. La preuve ? Le 3 août, soit cinq jours avant l’officialisation de sa nomination au Journal Officiel, Éric Danon, confortablement installé dans sa résidence du domaine Saint-Basile, à Mougins, envoie un fax à Blaise Loembe, Trésorier Payeur Général du Gabon, pour lui rappeler qu’ils (selon toute vraisemblance, il s’agit du ministre des Affaires étrangères et lui-même) ont obtenu toutes les assurances d’Omar Bongo concernant le règlement de cette facture. Il lui demande en conséquence de « bien vouloir (en) effectuer le paiement avec la plus grande diligence », précisant même : « Nous avons reçu le mois dernier de Son Excellence le chef de l’État l’assurance que notre dernière facture serait rapidement honorée. »

Sarkozy ignorait les activités africaines de Kouchner
Le cas du Gabon n’est pas, semble-t-il, isolé et Pierre Péan cite et détaille d’autres prestations facturées selon le même modèle pour d’autres États africains avec lesquels la France entretient des relations de grande proximité.Le livre de Pierre Péan précise que le président Sarkozy ignorait, au moment de la nomination de Bernard Kouchner, l’existence de telles prestations et de telles factures en souffrance.Bernard Kouchner pourra arguer qu’un homme politique a bien le droit de gagner sa vie lorsqu’il n’est plus en responsabilité, et qu’il n’est pas illogique qu’il le fasse dans les domaines de compétence qui sont les siens. A la fin des années 1990, Dominique Strauss-Kahn avait été mis en cause pour la facturation de ses honoraires d’avocat au groupe Vivendi. En droit, cette facture ne posait pas de problème, correspondant à un travail dûment effectué. Mais elle constituait néanmoins une pratique discutable en regard de la déontologie politique.

Plus récemment, le cumul, par Jean-François Copé de ses mandats politiques et de son activité d’avocat n’a pas suscité beaucoup de réprobation, alors qu’il aurait été impensable voici quelques années. Pourtant, conduire une activité d’avocat pourrait très bien le mettre, un jour ou l’autre, en position de conflit d’intérêt si la défense de son client a un rapport avec des dossiers qu’il gère en tant qu’élu du peuple. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que Nicolas Sarkozy lui-même a fini, à la suite d’enquêtes publiées dans la presse (notamment par Marianne et le Canard Enchaîné) par renoncer, peu avant l’élection présidentielle, à son intéressement aux bénéfices réalisés par le cabinet qu’il a cofondé.Les prestations de Bernard Kouchner, telles que décrites par l’enquête de Pierre Péan, semblent bien poser un problème d’une autre ampleur puisqu’il était en charge du groupement ESTHER au moment de la signature des contrats et que ses « clients », hommes d’états africains, pouvaient espérer, en lui commandant des rapports, bénéficier de l’appui de la France pour l’octroi de subventions internationales. La réaction du gouvernement à ce qui pourrait peut-être devenir « le dossier Kouchner » ne manquera donc pas d’intérêt.

Lundi 12 Janvier 2009 – 01:00

Philippe Cohen

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« LE MONDE SELON K. »

Les principales accusations de Pierre Péan

NOUVELOBS.COM | 03.02.2009 | 17:38

Alors que le ministre des affaires étrangères est en pleine polémique avec la publication mercredi 4 février du livre à charge « Le monde selon K. » (Editions Fayard) de Pierre Péan, en voici quelques extraits :

La principale accusation concerne de lucratives activités de consultant menées dans le secteur de la santé en Afrique, entre 2002 et 2007, après la défaite électorale du PS auquel il appartenait et avant sa nomination au gouvernement de Nicolas Sarkozy. Selon Pierre Péan, Bernard Kouchner a mené ces activités pour deux sociétés privées, Africa Steps et Iméda, dirigées par deux de ses proches, alors qu’il présidait en même temps un groupement d’intérêt public, Esther, consacré à la coopération internationale hospitalière.

Mélange des genres

« Le ministre Kouchner n’est pas directement actionnaire de la société Imeda qui a facturé ses prestation aux Etats gabonais et congolais (et sans doute à d’autres Etats). Il a cepedant lui-même favorisé ces contrats et exécuté certaines des prestations; surtout il a recruté au ministère dont il a la charge les deux fondateurs de la société en question.

Activités lucratives

« Au Gabon, le montant des contrats passés par Imeda et Africa Steps est de 1.735.916.870 francs CFA, soit 2.646.388 euros. Le premier versement, de 500 millions de francs CFA, soit 762.245 euros, à Imeda a été effectué le 19 janvier 2004; le second à Africa Steps, de 700 millions de francs CFA, soit 1.067.143 euros. Fin 2006, le gouvernement gabonais devait encore 817.000 euros aux deux sociétés pour honorer complètement les contrats signés.

Double casquette

« Bernard Kouchner, responsable d’un organisme public, nommé par le premier ministre, peut-il opportunément rendre visite à un ministre d’un pays étranger à la fois sous sa casquette officielle et sous celle de consultant privé ? Peut-il effectuer des prestations privées pour des pays avec lesquels son gouvernement entretient des relations de grand proximité ? »

Le goût du pouvoir

« Kouchner n’a pas renoncé à revenir au pouvoir, alors même que les sondages donnent Nicolas Sarkozy gagnant à la prochaine élection présidentielle. Dès le mois de décembre 2006, alors qu’il soutient Ségolène Royal, il annonce qu’il n’hésiterait pas à participer à un gouvernement d’union nationale si Sarkozy était élu président ! Bernard Kouchner, début avril 2007, espérait donc être ministre, quel que soit le vainqueur de l’élection… »

Télescopage entre activités privées et diplomatie française

Le secrétaire d’Etat français à la Coopération Jean-Marie Bockel, placé l’autorité de Bernard Kouchner, disait le 15 janvier 2008 vouloir signer l’acte de décès de la « Françafrique » :
« A eux d’eux, le Gabon et le Congo ont commandé pour près de 4,6 millions d’euros de rapports à Imeda et Africa Steps ! Ils en veulent beaucoup à Kouchner d’avoir laissé son secrétaire d’Etat tenir des propos qu’ils considèrent comme désobligeants. […] Bockel est débarqué le 19 mars 2008 et se retrouve au secrétariat d’Etat des anciens combattants ».

LIVRE DE PIERRE PEAN

Bernard Kouchner répond dans l’Obs

NOUVELOBS.COM | 03.02.2009 | 18:14

Bernard Kouchner répondra jeudi dans Le Nouvel Observateur aux accusations portées dans le livre de Pierre Péan. Dans un long entretien accordé aux journalistes du Nouvel Obs, le ministre des affaires étrangères revient sur les principaux points à charge contenus dans cet ouvrage.

A côté d’accusations concrètes portant sur le « mélange des genres » pratiqué par l’ex french doctor, le livre retient aussi l’attention par son inspiration nationaliste. Pierre Péan n’hésite pas à accuser Bernard Kouchner de détester la France et de se comporter en « américanolâtre » cosmopolite … Son caractère de règlement de comptes personnel est également souvent gênant. Tout en revenant dans la majeure partie du livre sur le passé de Bernard Kouchner sur lequel il porte une appréciation systématiquement négative, « Le monde selon K » qui paraît mercredi, aborde deux dossiers « financiers » potentiellement compromettants pour le ministre des affaires étrangères.
Il rappelle qu’après avoir dénoncé la « narco-dictature » en Birmanie, Bernard Kouchner a, en 2003, rédigé, pour 25.000 euros, un rapport justifiant la présence de Total dans ce pays (comme l’avait révélé alors le Nouvel Observateur).
Il rappelle aussi que le fondateur de MSF a travaillé comme consultant pour le potentat du Gabon, Omar Bongo ainsi que pour le chef d’Etat congolais, Denis Sassou Nguesso, accusé, devant la justice, de « crimes contre l’humanité ». Pierre Péan souligne qu’il y aurait confusion des genres entre son rôle à la tête d’organismes d’assistance médicale non lucratifs et ses missions de consultant privé et rétribué. Il accuse également Bernard Kouchner d’avoir utilisé sa position de ministre pour faire payer les factures africaines en souffrance.
Il revient enfin sur une autre affaire embarrassante : la nomination de la femme du ministre des Affaires étrangères à la tête de l’audiovisuel extérieur. En plein conflit d’intérêts, Christine Ockrent aurait, selon lui, licencié plusieurs journalistes qui auraient critiqué son mari.
Ce livre à charge déstabilisera-t-il le ministre ? Jusqu’à quel point ?
Tout dépendra de l’ampleur que les médias donneront à « l’affaire Kouchner » – et de la suite que lui apportera Nicolas Sarkozy. D’après nos informations, des proches de l’Elysée ont, eux-mêmes, fourni un certain nombre des documents à charge, notamment des factures, qui compromettent Bernard Kouchner.
L’ont-ils fait sur ordre de certains conseillers du président de la République qui voudraient se débarrasser du ministre des Affaires étrangères ? Ou ont-ils agi dans le cadre d’un de ces sombres règlements de compte dont la « Françafrique » a le secret ?

René Backman, Jean Baptiste Naudet, Vincent Jauvert  

« LE MONDE SELON K. »

Les réactions au livre sur Bernard Kouchner

NOUVELOBS.COM | 03.02.2009 | 16:38

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Voici les principales réactions sur le livre à paraître mercredi 4 février « Le monde selon K » de Pierre Péan (Editions Fayard), dans lequel Bernard Kouchner est accusé de mélange des genres entre activités publiques et privées : A DROITE

Claude Goasguen, député UMP : « On ne s’attendait pas quand même à ce genre de révélations sur Kouchner ». « Il faut d’abord que lui s’explique et après il faut voir s’il y a des poursuites ou s’il n’y en a pas. Cela étant, on est tombé des nues quand même. Moi je n’ai pas accès au dossier, j’espère que lui aura accès au dossier et que ce sera simplement une fausse analyse ou de faux bruits ». « C’est une mauvaise surprise ». (Déclaration, mardi 3 février)

A GAUCHE :

Martine Aubry, Premier secrétaire du PS : « Je crois que Bernard Kouchner est un homme honnête. Je pense qu’il aime un peu trop le pouvoir, c’est peut-être pour cela qu’il est là où il est ». « Je ne dirai pas un mot de désagréable sur lui sur cette affaire, dont je ne connais rien, et que je préfère ne pas croire, parce que je ne la crois pas ». « Vous n’entendrez pas un mot de ma part sur ce livre ».
Martine Aubry s’est dit « parfois étonnée des positions de Bernard Kouchner, lorsqu’il dit qu’on n’a plus besoin d’un secrétariat d’Etat aux droits de l’Homme dans notre pays. Je me dis, pauvre Bernard, tu as bien changé ! ». (Déclaration à la presse, mardi 3 février)

Arnaud Montebourg, député PS de Saône-et-Loire : « Les importantes révélations relatives aux multiples conflits d’intérêt et aux affaires d’argent dans lesquels se débat le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, constituent pour le moins de graves infractions à la morale publique ».
« Si Bernard Kouchner a encore un honneur, il doit enfin s’expliquer sérieusement devant l’opinion publique ». Le député relève que la Constitution « prohibe toute conservation d’intérêt quel qu’il soit, surtout d’ordre financier, pour un ministre en exercice, en relation avec les affaires publiques dont il a la charge ». (Communiqué, mardi 3 février)

Yves Cochet, député Vert : « Je crois qu’il doit être interrogé par la commission des Affaires étrangères, longuement, lors d’une audition ». « Kouchner, qui est un homme courageux et pas trop langue de bois (…), doit s’expliquer publiquement, avant même quelque procès que ce soit ». « Plus loin en arrière, M. Kouchner a fait quelquefois des opérations qui étaient douteuses entre l’argent et l’éthique. Par ailleurs c’est un homme très courageux qui a fait beaucoup de choses dans les années 60 juqu’aux années 80. Après, l’ivresse du pouvoir a dévié un petit peu son parcours militant ». (Déclaration, mardi 3 février)

Plusieurs députés demandent à Kouchner de « s’expliquer »

LEMONDE.FR | 03.02.09 | 18h29  •  Mis à jour le 03.02.09 | 18h44

 

Le livre de Pierre Péan sur Bernard Kouchner n’est pas encore dans les rayons de librairie qu’il déclenche déjà de vives réactions parmi les députés. Dans Le Monde selon K. (Fayard), qui doit paraître mercredi 4 février, l’écrivain et enquêteur critique lourdement le ministre des affaires étrangères pour avoir bénéficié de contrats avec le Gabon et le Congo, en tant que consultant pour deux sociétés privées entre 2002 et 2007. Selon Pierre Péan, ces sociétés auraient continué à toucher des sommes issues de ces deux pays après l’entrée en fonction au Quai d’Orsay de Bernard Kouchner, au risque d’un conflit d’intérêt.

 

Le Parti socialiste a annoncé qu’il envisageait de poser une question au gouvernement sur ce sujet. « Quand on aura vraiment lu le livre, on posera une question de façon vraiment pertinente », a déclaré le patron des députés PS, Jean-Marc Ayrault. « On ne laissera pas passer cette affaire. N’attendez pas de nous la complaisance ou le silence. Si Bernard Kouchner pense cela il se trompe. » Martine Aubry, première secrétaire, a toutefois affirmé que Bernard Kouchner était « un homme honnête ». « Je ne dirai pas un mot de désagréable sur lui sur cette affaire, dont je ne connais rien, et que je préfère ne pas croire, parce que je ne la crois pas, a insisté la maire de Lille, lors de la visite d’un centre de planning familial à Paris. Vous n’entendrez pas un mot de ma part sur ce livre. »

De son côté, Claude Goasguen, député UMP de Paris, a déclaré être « tombé des nues » en découvrant le contenu du livre, estimant que le ministre des affaires étrangères devait « s’expliquer » sur les accusations de conflit d’intérêt portées à son encontre. « On ne s’attendait pas quand même à ce genre de révélations », a déclaré le député de Paris dans les couloirs de l’Assemblée.

Les Verts, par la voix du député Yves Cochet, ont démandé que Bernard Kouchner s’explique devant la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale. « Kouchner, qui est un homme courageux et pas trop langue de bois (…), doit s’expliquer publiquement, avant même quelque procès que ce soit », a-t-il estimé.

Pour en savoir plus :

Les bonnes feuilles du livre de Pierre Péan (Marianne2.fr).

La réponse de Bernard Kouchner, sur le site du ministère des affaires étrangères.

Le Monde.fr avec AFP

CONFLIT D’INTERET

Bernard Kouchner est sommé de s’expliquer

NOUVELOBS.COM | 04.02.2009 | 09:20

Les réactions politiques se multiplient, alors que sort ce mercredi « Le monde selon K. », du journaliste Pierre Péan, qui accuse le ministre des Affaires étrangères de conflit d’intérêt entre activités publiques et privées.

Bernard Kouchner

Bernard Kouchner

Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a été sommé mardi 3 février par des responsables politiques de s’expliquer sur des accusations de conflit d’intérêt entre activités publiques et privées.
« Le monde selon K. » (Editions Fayard), du journaliste Pierre Péan, constitue l’attaque la plus violente jamais portée contre l’ancien « French doctor », personnalité politique la plus populaire en France.
Le livre contient ces accusations, mais aussi une attaque en règle de la politique de Bernard Kouchner, sur fond de désaccord idéologique majeur exprimé par l’écrivain, en particulier sur le génocide rwandais.

Après l’entrée en fonctions au quai d’Orsay

La principale allégation concerne de lucratives activités de consultant dans le secteur de la santé en Afrique, entre 2002 et 2007, après la défaite électorale de la gauche à laquelle il appartenait et avant sa nomination dans un gouvernement de droite.
Selon le journaliste, Bernard Kouchner a mené ces activités pour deux sociétés privées, Africa Steps et Iméda, gérées par deux proches, alors qu’il présidait en même temps un groupement d’intérêt public, Esther, consacré à la coopération internationale hospitalière.
Ces sociétés ont vendu pour près de 4,6 millions d’euros de contrats de conseil sur la réforme des systèmes de santé au Gabon du président Omar Bongo Odimba et au Congo de Denis Sassou Nguesso. Pierre Péan affirme qu’une partie de ces sommes n’a été recouvrée par les sociétés qu’après l’entrée en fonctions de Bernard Kouchner au Quai d’Orsay, le 18 mai 2007.
L’écrivain assure que l’un des proches du ministre, Eric Danon, gérant d’Iméda et alors ambassadeur auprès de Monaco, a démarché les autorités gabonaises pour obtenir des règlements jusqu’en septembre 2007. Mais il ne fournit pas la preuve d’interventions du ministre après sa prise de fonctions.
Dès le 12 janvier, Bernard Kouchner avait dénoncé « certaines allégations inexactes » du livre et affirmé se « réserver le droit d’engager des poursuites judiciaires ». Il s’est refusé mardi à tout commentaire.

« On ne s’attendait pas à ce genre de révélations »

L’opposition socialiste, son ancien camp, a indiqué qu’elle envisageait d’interpeller le gouvernement à l’Assemblée nationale. « Si Bernard Kouchner a encore un honneur, il doit enfin s’expliquer sérieusement », a dit le député PS Arnaud Montebourg. Mais pour la chef du parti, Martine Aubry, c’est un « homme honnête ».
Le député de la majorité Claude Goasguen (UMP) a confié qu’il était « tombé des nues ». « On ne s’attendait pas à ce genre de révélations sur Kouchner ».
Pierre Péan affirme que les activités de Bernard Kouchner au Congo et au Gabon se sont téléscopées avec le fonctionnement de la diplomatie française.
Au moment où, selon lui, ces deux pays payaient leurs dettes aux deux sociétés, le secrétaire d’Etat à la Coopération Jean-Marie Bockel disait le 15 janvier 2008 vouloir signer l’acte de décès de la « Françafrique », la relation privilégiée mais opaque entre la France et ses ex-colonies.
« A eux deux, le Gabon et le Congo ont commandé pour près de 4,6 millions d’euros de rapports à Iméda et Africa Steps! Ils en veulent beaucoup à Kouchner d’avoir laissé son secrétaire d’Etat tenir des propos qu’ils considèrent comme désobligeants », écrit Pierre Péan.
Jean-Marie Bockel sera remplacé en mars 2008.

« LE MONDE SELON K. »

L’UMP prend la défense de Bernard Kouchner

NOUVELOBS.COM | 04.02.2009 | 09:42

« Des socialistes ont décidé de régler leurs comptes avec Bernard Kouchner ». « Il y a chez eux beaucoup d’esprit de revanche », estime Xavier Bertrand, le secrétaire général de l’UMP.

Bernard Kouchner (Reuters).

Bernard Kouchner (Reuters).

Le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand a défendu mercredi 4 février Bernard Kouchner, estimant qu’ »il y a beaucoup d’esprit de revanche » de la part des socialistes contre le ministre accusé dans un livre de conflit d’intérêt entre activités publiques et privées en Afrique. « Je n’ai pas lu ce livre » mais « ce que j’en retiens, ce que je sais, c’est que c’est un livre à charge, très critique », a affirmé Xavier Bertrand sur LCI.
« Ce que je vois surtout, c’est que des socialistes ont décidé de régler leurs comptes avec Bernard Kouchner », ministre d’ouverture, et qu’ »il y a chez eux beaucoup d’esprit de revanche à l’égard de Bernard Kouchner, le socialiste le plus populaire », a-t-il expliqué.

« Attaques personnelles »

Sur le fond de l’affaire, le secrétaire général de l’UMP juge que pour les accusations portées contre le ministre par Pierre Péan, « les réponses ont été apportées » par Bernard Kouchner et son avocat. « On est avec un livre à charge avec des attaques, des affirmations » qui, selon le leader de l’UMP, ne sont pas étayées. « Est-ce que les choses sont dites précisément dans ce livre, visiblement ce n’est pas le cas ».
Xavier Bertrand estime qu’ »il y a la volonté de pouvoir attaquer personnellement Bernard Kouchner et ces attaques personnelles sont déplacées de la part des socialistes ».
Selon le livre du journaliste Pierre Péan, « Le monde selon K. », le ministre des Affaires étrangères aurait exercé de lucratives activités de consultant dans le secteur de la santé en Afrique, entre 2002 et 2007.  « Ca commence à bien faire la chasse à l’homme politique, de gauche comme de droite », a également affirmé le leader de l’UMP citant le député socialiste de l’Essonne Julien Dray, visé par une enquête préliminaire du parquet de Paris pour abus de confiance.

REVUE DE PRESSE

Bernard Kouchner

NOUVELOBS.COM | 04.02.2009 | 09:06

Les commentaires de la presse, mercredi 4 février, sur les accusations portées contre Bernard Kouchner dans le livre de Pierre Péan, « Le monde selon K. » :

SUD OUEST
Patrick Venries

« (…)L’ex-French Doctor ne manquera pas d’arguments, jusqu’à la personnalité contestée de Pierre Péan, pour se défendre. Mais, au delà de l’interview que publiera demain Le Nouvel Observateur dans laquelle figurera en bonne place le rappel de son engagement de tous les instants en faveur des droits de l’homme, l’ancienne personnalité préférée des Français choisira-t-elle d’attaquer Pierre Péan en justice ? Au risque d’affronter un procès qui mettra forcément à jour des éléments très embarrassants pour la morale politique d’un ministre dont beaucoup, à droite comme à gauche, attendent la chute. À commencer par une question dont chacun est en droit d’attendre la réponse : que faisait Bernard Kouchner et la société BK Conseil, entre 2002 et 2007, auprès d’aussi sinistres dictateurs que Sassou Nguesso et Omar Bongo qui se soucient de leurs peuples comme d’une guigne? Difficile d’admettre que l’actuel ministre des Affaires étrangères y était bien à sa place. »

LE COURRIER PICARD
Francis Lachat

« (…)Jouissant d’une grande popularité en France, plébiscité par les sondages de notoriété, il avait été appelé par Nicolas Sarkozy au poste de ministre des Affaires étrangères et européennes, qu’il occupe toujours, et pour lequel il continue de faire inlassablement le tour du monde. Désormais rejeté par ses anciens amis de la gauche, et en particulier du parti socialiste, le voilà maintenant dans une tourmente qu’il n’a sans doute jamais connue, car les accusations dont il est victime mettent le doigt, cette fois, sur de graves erreurs, et même sur des jeux d’influence douteux. S’il veut reprendre la main, et rétablir la vérité qui est la sienne, il lui faut réagir sans délai et apporter des données tangibles de sa bonne foi. Faute de quoi, il pourrait bien sombrer dans une disgrâce médiatique catastrophique, qui pourrait remettre en cause non seulement son poste de ministre, mais aussi toute la politique d’ouverture du président de la République. »

LE REPUBLICAIN LORRAIN
Philippe Waucampt

« (…)Le livre de Pierre Péan explore un aspect moins reluisant du personnage qui, à en croire son enquête, ne se serait pas gêné de pratiquer le mélange des genres au profit de nourritures bien terrestres. Notre diplomatie s’en serait trouvée embarrassée. Au point de provoquer l’éviction d’un secrétaire d’Etat et d’empêcher la liquidation des derniers vestiges de la Françafrique. Si elle se confirmait, l’image serait désastreuse au regard d’une opinion publique qui, pourtant, n’entretenait déjà pas beaucoup d’illusions sur la classe politico-médiatique. Alors que l’avalanche des plans sociaux resserre quotidiennement l’étau de la crise sur chacun de nous, la tache sur l’honneur d’une des dernières effigies du désintéressement et de la générosité, en confirmant l’opportunisme traduit par son ralliement à Nicolas Sarkozy, offrirait un angle d’attaque idéal aux démagogues que les temps difficiles qui s’annoncent ne manqueront pas de faire surgir. Un travail d’explication s’impose. Pour le moins. »

LE PROGRES
Francis Brochet

« Il doit se sentir bien seul, Bernard Kouchner. L’homme de tous les honneurs, les plus mérités comme les plus dérisoires, fait aujourd’hui face au soupçon. Le pire imaginable pour l’éternel French Doctor, l’infatigable moraliste: le soupçon d’affairisme au détriment des plus faibles, au service des plus forts. Il cherche ses amis, quand ses ennemis flairent le sang. ‘S’il a encore un honneur, il doit s’expliquer’, mord le socialiste Montebourg. Le Vert Cochet fait dans le compliment empoisonné, loue son courage mais rappelle des ‘opérations douteuses entre l’argent et l’éthique’. Aubry joue la copine sermonneuse, plaignant ce ‘pauvre Bernard’ qui ‘aime un peu trop le pouvoir’. Et la majorité ? Un député UMP, un seul, a déclaré ‘tomber des nues’ – cela doit sans doute s’entendre comme un soutien… Et le gouvernement ? Rien. Pas un mot. Pauvre Bernard, qui aimait tant le pouvoir. »

LA NOUVELLE REPUBLIQUE DU CENTRE OUEST
Hervé Cannet

« (…) La France n’en aura donc jamais fini avec l’Afrique. C’est encore ce tissu de relations privilégiées peut-être, mais pourries, viciées de l’intérieur par l’argent, qui pourrait, pour le moins, déstabiliser le très populaire ministre des Affaires étrangères. Pourrait. Car le livre-brulôt de Pierre Péan est aussi mâtiné de règlements de compte personnels. Il n’empêche que les accusations de ‘mélange des genres’ sont particulièrement graves et qu’il faudra bien que Bernard Kouchner s’en explique. Il y a, c’est une évidence, une lourde dissonance entre le rôle d’un médecin, qu’il soit du monde ou sans frontières, et celui d’un consultant grassement payé par des tyrans africains accusés de ‘crimes contre l’humanité’. Les grands personnages publics ont la fâcheuse manie de porter souvent plusieurs casquettes. Il y a ici manifestement un casque colonial de trop. Si c’est vrai, c’est fâcheux ! Si c’est vrai, c’est odieux! »

LE MIDI LIBRE
Philippe Palat

« (…) Le monde selon K., un livre signé Pierre Péan. On sait les dégâts que les écrits de cet auteur redouté peuvent provoquer. Et ne jamais réparer. Pire : avant même parution de l’ouvrage assassin, la victime expiatoire est déjà clouée au pilori. A commencer par certains de ses ex-amis socialistes qui, après l’avoir accusé de haute trahison le jour où il entra au gouvernement, lui reprochent à demi-mot son absence d’honneur. Profitant de l’aubaine, et parce que jaloux de la surexposition médiatique du transfuge, ses nouveaux ‘amis’ politiques ricanent, eux aussi, sous le manteau. Mais l’icône populaire à la mèche bien rangée et au sourire ravageur a l’estomac bien accroché. D’autant que le bouquin qui veut lui faire la peau tricote un procès sur la base de positions politiques, certes parfois anachroniques, mais qui ne justifient pas qu’on fasse de Kouchner un bandit de grand chemin. Il y a des cas K. parfois douloureux… »

LE JOURNAL DE LA HAUTE-MARNE
Patrice Chabanet

« (…)A droite également, l’arrivée des Besson et Kouchner n’a pas fait que des heureux, et cela d’autant plus que leur changement de camp n’a pas entraîné de mouvements de fond dans l’électorat. Bref, des deux côtés de l’arc politique, les adversaires de Bernard Kouchner ne lâcheront pas leur proie. Quoi qu’il en soit, le ministre des Affaires étrangères a intérêt à blinder son système de défense. Les accusations qui sont portées contre lui mettent à mal tout son discours, souvent grandiloquent, sur la morale. Oui, Bernard Kouchner joue très gros dans cette affaire, surtout dans une période cruciale où Nicolas Sarkozy a d’autres chats à fouetter. Si des parlementaires ont déjà sommé le locataire du Quai d’Orsay de s’expliquer, on imagine aisément que la même requête a été présentée par l’Elysée. »

LA REPUBLIQUE DU CENTRE
Jacques Camus

« (…)Au nom des bonnes causes qu’il défendait, on lui pardonnait son goût pour l’exposition médiatique et ‘l’humanitaire spectacle’. On répugne ensuite à rallier le camp de ceux qui, à gauche, tiennent leur revanche sur le ‘traître’ au PS et rêvent de l’achever. Pour tout cela donc, on éprouve de la gêne. Et pourtant, on redoute que Bernard Kouchner ne se trouve dans un très mauvais pas, en étant plus la victime de lui-même que des autres. En mal de cette reconnaissance que lui dispensait si chichement le PS, il n’a pas résisté aux sirènes sarkozystes, au prix de quelques tonitruants renoncements sur les principes. Rama Yade, secrétaire d’État si maltraitée aux droits de l’Homme, ne dira pas le contraire. Alors, il se peut que le Kouchner que les Français appréciaient ait changé, par goût du pouvoir autant que de l’argent. Du coup, il se pourrait bien aussi que Nicolas Sarkozy refuse d’entretenir le mythe. »

LE TELEGRAMME
Hubert Coudurier

« (…)Soyons justes : en déclarant qu’elle le considérait comme un homme honnête, Martine Aubry a désamorcé les attaques que son camp pouvait fourbir contre le ministre des Affaires étrangères. Ceux qui le connaissent savent que Kouchner, fondamentalement généreux, n’est pas un homme d’argent. ll reste néanmoins le sentiment d’un piètre politique dont la maladresse est parfois coupable au risque d’écorner sa popularité. Quand il donne le coup de pied de l’âne à Rama Yade en semblant abjurer ce combat pour les droits de l’Homme qui fut toute sa vie. Quand il s’en prend au journaliste Ulysse Gosset dont l’interview sur France 24, certes un peu critique, n’avait rien de choquante. Quand il fait mine de s’étonner que l’on puisse contester la nomination malsaine de Christine Ockrent à la tête de l’audiovisuel extérieur. Ou même quand Kouchner semble trépigner à l’idée que le président de la République décide en politique étrangère, une règle d’airain sous la Ve. Au fond, ce cabotin légèrement colérique ne serait-il pas un peu naïf? »

AFFAIRE UIMM : LE TRESORIER NATIONAL DE LA CGT EN PROCES

Dimanche 4 janvier 2009

LE TRESORIER NATIONAL DE LA CGT EN PROCES

 

 

4 janvier à 15h13

Le livre « L’argent noir des syndicats », dénonçant la paralysie des organisations à une époque où tout le monde devrait être dans la rue, refait parler de lui. Face aux révélations de cette enquête dévoilant les financements qui débordent très largement les « fluidifications » de l’UIMM, le trésorier national de la CGT avait tenté de discréditer l’un des auteurs en l’accusant d’être « un menteur », lors d’une émission télévisée. Il va devoir faire mieux, ce mardi 6 janvier 2009, au Palais de justice de Paris…

Traiter publiquement de menteur l’auteur d’une enquête accablante est un argument un peu court mais qui peut avoir de l’effet sur l’opinion. Il peut introduire un doute le temps que le livre soit relégué aux oubliettes… Mais il vaut mieux disposer d’éléments plus convaincants qu’une simple injure, surtout quand l’auteur visé n’est pas vraiment du genre à plier devant les dirigeants d’une organisation, aussi impressionnantes soient leurs rodomontades. C’est l’expérience que va faire Michel Doneddu, trésorier de la CGT, devant les magistrats de la célèbre 17ème chambre correctionnelle du Palais de justice de Paris, face à Jean-Luc Touly et son avocat Me William Bourdon qui l’attaquent en diffamation…

Militant cégétiste contre administrateur cégétiste

Coauteur avec Chistophe Mongermont et moi-même du livre L’argent noir des syndicats [1], le militant Jean-Luc Touly demandera au trésorier national de la CGT d’apporter la preuve du propos diffamatoire qu’il a tenu, lors de l’émission Pièce à conviction, présentée par Elise Lucet, sur France 3, le 23 mai 2008. le trésorier s’était en effet défendu contre le livre en accusant Jean-Luc Touly d’être « un menteur » et même « un falsificateur », notamment en niant que ce dernier fût à la CGT. Le propos était particulièrement inadapté puisqu’à la même époque, Jean-Luc Touly représentait la CGT au conseil de Prud’hommes de Créteil, et que les apports de notre enquête, en plein scandale de l’UIMM, appellent des réponses un peu plus éclairantes…

Un procès qui concerne tous les salariés

De nombreux journalistes et observateurs ont déjà fait savoir qu’ils assisteront à ce procès dont l’audience est prévue à 13 heures, ce mardi 6 janvier 2009. On y croisera sans doute aussi quelques émissaires des grandes entreprises et de fins limiers de l’investigation financière car ce procès pourrait se révéler très instructif dans le cadre d’autres procédures en cours. Surtout à la veille du procès qui opposera, le 19 janvier, Laurence Parisot aux anciens patrons du Medef l’ayant publiquement accusée d’avoir été au courant des « fluidifications des rapports sociaux » par le patronat avant l’explosion du scandale…

Le procès du 6 janvier concerne tous ceux qui refusent que l’injure remplace les vrais débats et la transparence. Il intéressera aussi ceux qui veulent encore croire aujourd’hui au syndicalisme, et restent prêts à se battre pour défendre les acquis sociaux face aux maîtres de l’argent.

Le juge Le Loire ne dort pas

Notes

[1] paru en 2008 chez Fayard

Mots clés : CGT France Justice syndicats

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Affaire UIMM

20 novembre 2008 à 09h41

L’enquête continue de progresser. Le juge n’a pas abandonné la piste du financement des syndicats. Ni les tractations qui ont entouré le départ de Denis Gautier-Sauvagnac de l’UIMM… A la veille du procès qui doit opposer, le 19 janvier prochain, Laurence Parisot à un ancien dirigeant de l’UIMM qui affirme qu’elle connaissait l’existence du système, il est bon de faire le point.

« L’enquête n’avance pas vite » entend-on ici et là. Les observateurs qui reprennent ce leitmotiv craignent que le temps joue, au final, pour un classement du dossier.

On peut les comprendre, mais il est encore vraiment trop tôt pour désespérer de la justice dans cette affaire. D’ailleurs, on a vu cent fois des investigations conduites à la hâte, dont le gouvernement se félicite aussitôt, suivies quelques mois plus tard de révisions et de mea culpa préparant plus sûrement une neutralisation des dossiers.

Pour l’heure, le juge Roger Le Loire ne donne pas l’impression de s’être endormi et franchement l’air de vouloir se faire oublier…

Les derniers progrès du juge

Le faisceau de présomptions sur les fluidités visant des syndicats s’est encore enrichi avec la découverte de versements à la CFTC et les dépositions de Jacques Gagliardi, ex responsable de l’organisation patronale, indiquant comment l’UIMM fournissait des « munitions » à un représentant du patronat afin qu’il calme des syndicalistes et des politiques. De même, une nouvelle piste à ce sujet vient de s’ouvrir avec les éléments apportés par l’ancien délégué général de l’UIMM Dominique de Calan, confirmant des enveloppes versées à des syndicalistes universitaires.

Sur le parachute doré de Denis Gautier-Sauvagnac (DGS), pactole soupçonné d’avoir été négocié en échange de son silence (notamment 1,5 millions d’euros et 300.000 euros d’indemnité « pour mise à la retraite obligatoire »), le juge n’a pas non plus montré qu’il travaillait avec des moufles. Le 16 octobre 2008, il a mis en examen l’UIMM en tant que personne morale, pour « subornation de témoin », après l’audition de son représentant, le nouveau président de la fédération de la métallurgie, Frédéric Saint-Geours (ancien directeur général de Peugeot). Rappelons que les conditions de départ de DGS avaient été négociées par Michel de Virville (secrétaire général de Renault) et Philippe Darmayan (vice-président exécutif d’ArcelorMittal), lesquels ont été mis en examen à la même date. De surcroît, un avenant à ce contrat avait été signé au lendemain de l’élection de Saint-Geours, par lequel l’UIMM prendrait en charge les sanctions fiscales (8 millions d’euros) liées à une possible condamnation de DGS.

Je ne reviens pas sur les nombreuses personnalités mises en examen avant le mois d’octobre (voir les articles précédents sur le blog), ni sur toutes celles qui ont été entendues comme témoins depuis le début de l’affaire (le plus récent est Ernest-Antoine Seillière, auditionné le 11 novembre 2008, qui a affirmé tout ignorer des pratiques de l’UIMM).

Le premier procès

Autre aspect du dossier : Laurence Parisot poursuivant en diffamation l’ancien président de l’UIMM, Daniel Dewavrin, qui a soutenu qu’elle était au courant des pratiques de DGS avant que le scandale explose dans la presse à la rentrée 2007. Le procès, qui doit se dérouler le 19 janvier 2009, verra DGS et Arnaud Leenhardt (ancien dirigeant de l’UIMM) venir apporter leur témoignage. Il serait étonnant que Daniel Dewavrin leur ait demandé de venir témoigner s’ils ne sont pas prêts à apporter des éléments favorables à sa version. Reste à savoir jusqu’où ils laisseront emporter face à la présidente du Medef qui semble peu résignée à laisser dire qu’elle savait…

Mais tout ça ne doit nous décourager. Bien au contraire. Cette affaire est l’occasion de retrouver le chemin du syndicalisme de lutte et de coordination, à l’heure où tout le monde devrait être dans la rue.

Roger Lenglet

Le trésorier national de la CGT en procès Que devient la cagnotte de l’UIMM ?

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17 Messages de forum

  • Le juge Le Loire ne dort pas

    21 novembre 2008 10:31, par zadiglevizir

    TANT MIEUX ROGER SI VOUS Y CROYEZ…. quant à nous bien évidemment il nous faudrait une sacrée dose d’optimiste pour croire en la justice de Sarkozy et pour s’en convaincre toujours lié à l’affaire de l’UIMM… une magnifique ORDONNANCE DE NON LIEU (inique) vient d’être rendu justement et concernant un zadig lanceur d’alerte qui mérite une enquête du très renomme André Ride de l’IGS …… ordonnance de non lieu rendue N° 2008/02934 le 7 novembre 2008 par la 5 chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris (celle dont les HAUTS magistrats sont soupçonnés d’être reçus en grande pompe(selon P chiron chauffeur de DGS le parisien du 23/11/2008) par DGS à l’UIMM chaque année pour fluidifier …) cette affaire que la justice étouffe visait des puissants du labo social de l’UIMM (pacte mafieux)qui de surcoit récidiviste…. L’ordonnance en elle même est un cas d’école… on refuse à la partie civile d’être reçue par le juge, interdiction de confrontation avec les composantes du pacte de corruption, commissions rogatoires partielles, refus des policiers de suivre les demandes du juge , falsification des faits et refus de prendre en compte des pièces comptables éminentes en conclusion une enquête menée uniquement à décharge violant littéralement l’article 175 du code de procédure pé nale et surtout l’article 18 alinéa 4 (pertes de preuves) sans parler de la longueur de l’enquête due à la carence de l’institution elle même (celle ci avait même la prétention de ce fait de coller une amende civile de 915 euros … aux parties civiles victimes non mais !) … 7ans … du jamais etc….. On conluera Roger en disant que la justice de notre pays est éffectivement au service de la caste dirigeante et qu’elle usurpe des décisions….. au nom du peuple français..et croyez moi Roger ça ne peut s’inventer !!!!ainsi va la France de Sarko !!!!!

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    • Le juge Le Loire ne dort pas 23 novembre 2008 09:23, par le conseil national de la résistance

      la fluidifiaction entre l’UIMM et ses ténors et la justice (la cour d’appel de Paris) :

      QUID de la valeur de cette ordonnance de non lieu haute en couleur et rendue au nom du peuple français et sérieusement entachée de disfonctionnements (voulus) révélant de facto une supicion bien légitime de la part des parties civiles victimes ????

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      • Le juge Le Loire ne dort pas 23 novembre 2008 19:09

        dans cette affaire intervient le I er Président de la Cour d’appel de Paris , JC MAGENDIE , le même qui le 7 novembre 2007 (1) sortait de la réserve naturelle qui devrait elle la sienne dans un démocratie normale et nous faisait par de son intention de pratiquer la chasse à courre , voulant classer les affaires des quérulents processifs autoproclamés justiciers … en clair éreintés les gens respectables qui dérangent ses potes de l’UIMM… au fait de quoi se mêle t’il l’homme de la magistrature couchée ???? (2) ne mérite t’il pas une sanction de son ministre ???? Au fait question : a t’il été reçu en grande pompe à l’UIMM par DGS ?????

        (1) interwiev Libération R. Lecadre (2) article marianne de juin 2008 e. Decouty

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        • Le juge Le Loire ne dort pas 24 novembre 2008 09:34

          dans de telles conditions comment pouvoir éviter une sérieuses enquête du très indépendant André Ride patron de l’inspection générale des services de la Chancellerie et pote de Rachida Dati ??????

          Une enquête loyale s’impose Mr Le Procureur ????

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          • Le juge Le Loire ne dort pas 24 novembre 2008 10:29

            Bien qu’en marge de l’affaire des caisses noires de l’UIMM, ce dossier que la cour veut étouffer à tout prix est révélatrice des pratiques nauséabondes utilisées conscieusement par l’UIMM et ses leaders qui sont reconnus comme des labos sociaux (dont Thalès qui n’a d’ailleurs jamais démentis à ce jour)… la corruption…cette scabreuse affaire doit obligatoirement intéresser le juge Leloire d’autant que la partie civile victime a été entendue comme témoin espress le 14 novembre 2007 ET DEVENU DEPUIS puisque jamais contesté donc crédible….dans le dossier ouvert par ce même juge.

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            • Le juge Le Loire ne dort pas 24 novembre 2008 17:29

              DEUX QUESTIONS ESSENTIELLES VIENNENT LOGIQUEMENT A L’ESPRIT avec ce qui est dit ci-dessus :

              1) Quid de la validité de tous les accords passés entre les syndicats et le patronat (UIMM ou MEDEF) depuis des lustres ?? et plus particulièrement avec la CFTC considérée comme un groupuscule …

              2) Les magistrats sont ils au dessus du droit et des lois républicaines ? Ont ils le droit de faire du passe droit ?

              3) Que fait on dans ces conditions des victimes si chères à Sarkozy et à Dati ??? Il faut une réponse claire à chaque problème (vous avez dit clair … !)

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          • Le juge Le Loire ne dort pas 25 novembre 2008 10:10

            le problème c’est justement le procureur qui manipule ce dossier, la justice s’est érigée comme la plus sure protection des fripouilles.face aux victimes.. magouille en tout genre félonnerie et passe droit

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        • Le juge Le Loire ne dort pas 25 novembre 2008 13:49, par Roger Lenglet

          J’essaye de vous suivre, mais vous courrez trop vite, mon bon Zadig ! Je comprends le sens général de votre propos mais vos ellipses m’échappent comme des ballons lancés trop haut. Pouvez-vous prendre le temps de développer un peu plus explicitement dans l’esprit de Voltaire dont vous chérissez la langue ?

          Roger Lenglet

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    • Le juge Le Loire ne dort pas 25 novembre 2008 13:37, par Roger Lenglet

      Aucun doute sur la volonté des gouvernements de disposer d’une magistrature corvéable. Aucun doute également sur l’asservissement de tous ceux qui, moyennant toutes sortes d’arrangements, font passer leur carrière et les avantages mondains avant l’éthique. Les exemples et les raisons de se révolter ne manquent pas. Reste à se mobiliser pour assurer la séparation des pouvoirs et dissuader les collusions.

      Dans cet article, il ne s’agit pas de croire, mais d’observer les décisions du juge, de s’y intéresser attentivement. Comme vous savez le faire vous-même, énergique Zadig.

      A bientôt !

      Roger Lenglet

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      • Le juge Le Loire ne dort pas 5 décembre 2008 18:59, par Mme DENIS nièce de Voltaire

        éffet immédiat de l’affaire UIMM sur les élections prud’homales… La CFTC disparait du paysage syndicale nous privant des hautes compétences de Crespo et de son Voisin… on a eu chaud on croyait qu’ils allaient nous revenir…. bonne nouvelle pour la démocratie syndicale que ce coup de karcher….amen

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        • Le juge Le Loire ne dort pas 8 décembre 2008 20:52, par Pangloss de Mr de Voltaire

          le temps passe et tout trépasse… plus rien ne vient troubler la quiétude de notre excellent ronfleur de juge… DGS est aux sports d’hiver, de Calan bricole l’appart de sa Tatie epouse de Pierre (dcd), Crespo fort de son succès aux prud’hommes vient de sabler la champ… avec son Voisin de foire…et l’UIMM continue comme si de rien n’était à fluidifier les rapports judiciaires et syndicaux etc… quant au vieux Ceyrac il s’apprête à rendre des comptes avec le divin …et Parisot est toujours dans le mensonge virtuel contre son plein gré d’office… inch allah !!!!

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          • Le juge Le Loire ne dort pas 10 décembre 2008 20:56, par zadiglevizir

            hier c’était la journée des droits de l’homme et notre ami le juge ne s’est par réveillé ce qui laisse augurer pour l’avenir de longues siestes et autres somnolence… décidément

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            • La plainte de Laurence Parisot 11 décembre 2008 20:04, par Roger Lenglet

              Difficile de ne pas partager votre impatience quand le silence et l’attente ressemblent au manteau de neige de l’hiver qui paralyse tout. Mais attention : instruire une affaire comme celle dont est chargé le Juge Le Loire nécessite, s’il veut amener ce dossier jusqu’au bout,de ne pas faire le moindre faux pas, et que nous fassions pression dans le bon sens, car il doit affronter bien des adversités… En attendant, je reçois toujours de nombreux témoignages de syndicalistes actifs qui luttent contre les paralysies de leur organisation. Et n’oublions pas le 19 janvier 2009, le procès en diffamation intenté par Laurence Parisot !

              Roger Lenglet

              Voir en ligne : Le juge Le Loire ne dort pas

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              • La plainte de Laurence Parisot 13 décembre 2008 15:11, par zadiglevizir

                Cher Roger, merci tout d’abord bien : on patiente et vous connaissant nous savons bien que pour votre philosophie (qui est la nôtre également)il n’est pas question pour nous de faire de l’anti syndicalisme primaire… seulement de dénoncer les dérives de ripoux syndicalistes qui ont un éffet contreproductif allant dans le sens… du medef qui est ravi de la division voulu et organisé par lui même… il ne s’agit pas de syndicalistes qui veulent nous faire croire qu’ils ont des valeurs mais de syndicalistes sans valeur ni foi ni loi que nous devons éjecter (CFTC par exemple)…. nous rappelons sur le sujet votre honorable prise de bec avec un des hommes de l’établissement Jacques Juilliard du nouvel obs…mais il y a des syndicalistes qui souffrent de ces injustices et qui veulent règler une bonne fois pour toutes leurs comptes… est anormale ??? nous sommes à la fin d’un cycle, la crise bancaire suivie de la crise financière obligatoire qui en découle celle de la confiance et de la morale débouche maintenant sur une crise politique l’explosion sociale est à notre porte…. et le Juge Leloire ne craint t’il pas désormais la crise judiciaire ? la justice s’éffondre sous le coup de buttoir de Sarko (c’est voulu)… toutes les affaires sensibles sont menées à décharge… On vient d’apprendre qu’un citoyen aussi élégant que Marchiani va être élargi, que Pierre Pasqua, malgré de la taule ferme se la coule douce à la maison de Môssieur Charly etc… comment faire confiance en la justice de ce pays c’est quasiment impossible ??? le prochain Tsunami… c’est la révolte comme les français savent à chaque fois le faire … c’est à dire bien… mais cette fois si il ne s’agira pas simplement de tondre quelques malheureuses à la libération en 1945… mais d’éradiquer le système qui est lié à la corruption et ça va faire très très mal….

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                • La plainte de Laurence Parisot 31 décembre 2008 16:18, par ZADIGLE MILLENAIRE

                  bon réveillon de fin d’année à Roger Leloire… bonne hibernation…. et souhaitons à tous les démocrates de ce pays (enfin ceux qui le restent….) une justice indépendante libre et de bonne moeurs… avec un gouvernement qui libère le corrompu (Marchiani), laisse courrir les casseroles (Santini, DGS , Thalés , Rodhia etc…) peu d’espoir sur la moralisation des affaires… la question qui se pose désormais : quel patrimoine moral notre génération de décrépitude va t’elle laisser à nos descendants ,, ????? Bonne année tout de même… citoyens intègres restez le !!!!

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                  • La plainte de Laurence Parisot 2 janvier 16:03, par ZADIGLEVIZIR

                    bonne année à Roger Lenglet, Jean Yves Touly, Christophe Montgermont… ainsi qu’à tout ceux qui malgré les vicissitudes de la vie ont du mal à combattre la corruption qui est le principal problème de la France….

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                    • Bonne année à tous ceux qui luttent contre la corruption ! 4 janvier 14:55

                      Bonne année Zadiglevizir ! Et à tous ceux qui, comme toi, empêchent l’opinion de s’endormir.

                      j’espère que tu seras présent au procès de mardi (6 janvier) où l’on verra le trésorier national de la CGT répondre aux magistrats qui vont lui demander de justifier ses propos injurieux !

                      Roger Lenglet

                  •  

              • Le conseil de l’UIMM vient de décider de l’usage de son trésor de guerre

                26 septembre 2008 à 11h43

                Alors que la justice enquête toujours sur les destinataires des prélèvements en liquide sur ses caisses noires, l’UIMM décide d’en conserver l’usage…

                C’est fait. Le Conseil de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) a décidé, ce jeudi 25 septembre, du sort qu’elle réservait à son faramineux trésor. Soit près de 600 millions d’euros (580 millions exactement).

                Les pauvres et les chômeurs peuvent aller se rhabiller, l’UIMM n’entend pas leur abandonner un sou. Au mépris de l’opinion, son conseil vient d’entériner la destination de ses fonds. Dans un communiqué, il vient d’annoncer officiellement que « L’UIMM, qui en est pleinement propriétaire, a souhaité pouvoir les affecter à des projets entrant dans son objet social et d’intérêt général ». Traduction : ils ne rendront pas le magot et entendent bien en user comme ils voudront (voir mon article d’hier).

                Au moment même où Laurence Parisot, présidente du MEDEF, vient d’annoncer qu’elle voulait mettre fin aux « parachutes dorés », les patrons de l’UIMM nous remettent les pieds sur terre.

                Roger LengleT 

        • 5 septembre 2008 à 18h52

          Quand l’affaire des « fluidifications sociales » de l’UIMM a éclaté, tous les leaders syndicaux se disaient propres et, paradoxalement, prêts à « assainir » le financement des organisations. Nous avons dénoncé cette hypocrisie en montrant que cette affaire n’est qu’une partie de ce qui constitue, en fait, un véritable sport national (Cf. « L’argent noir des syndicats », Fayard 2008). Les remous n’ont pas fini de faire des vagues. Des langues continuent de se délier…

          François Chérèque, le leader de la CFDT, vient de lancer le coup d’envoi de la rentrée sociale en déclarant dans Si on me cherche…, livre publié ce 3 septembre 2008, que Sarkozy a envisagé une loi d’amnistie pour les bénéficiaires des financements occultes après l’explosion de l’affaire Denis Gautier Sauvagnac. Le président de la République lui aurait dit : « Bien entendu, il faudra en passer par une loi d’amnistie comme ça a été le cas pour les hommes politiques avant la loi sur le financement public des partis ».

          Dès la publication d’extraits du livre dans L’Express, le 28 août, l’Elysée s’est aussitôt fendu d’un ferme démenti, sans attaquer toutefois le leader en diffamation ni demander l’interdiction du livre. Qu’y lit-on plus précisément ? François Chérèque y explique que cette conversation a eu lieu en présence de deux témoins et qu’il a immédiatement écarté cette perspective : « Il n’en est pas question, la CFDT s’y opposera très nettement. S’il y avait une loi d’amnistie, je la dénoncerais publiquement ». Le leader aurait ajouté : « S’il s’avérait qu’un adhérent ou un responsable de la CFDT, à quelque niveau que ce soit, a reçu de l’argent de l’UIMM, ce sera tant pis pour lui. Il devra être poursuivi et condamné le cas échéant. »

          Ces déclarations interviennent dans un contexte qui s’est tendu durant les vacances. Les progressions de l’enquête du juge Le Loir ont de nouveau attiré les regards vers les organisations syndicales. Le 4 juillet, il a entendu Jean Charbonnel, ancien ministre pompidolien, et Yvon Gattaz, l’ex-président du CNPF (ancêtre du Medef), lequel a toujours affirmé que les caisses noires du patronat financaient discrètement les syndicats. Parallèlement, le juge mettait en examen Henri de Navacelle (un dirigeant patronal). Les jours suivants, il plaçait François Ceyrac (ex dirigeant du CNPF) sous le statut de témoin assisté. Le 24 juillet, il interrogeait Jacques Gagliardi, un ancien responsable de l’UIMM (1985-1995) qui aurait évoqué des politiques et des syndicats, dont la CGT, comme bénéficiaires des « fluidités ». Le lendemain même, le 25 juillet, la CGT démentait vivement en déclarant que les déclarations de Jacques Gagliardi devant le juge n’était qu’une « stratégie de défense » de l’UIMM destiné à détourner l’attention des véritables utilisations des caisses. On est averti : si l’enquête menée par le juge fait apparaître des syndicalistes marrons parmi les destinataires des espèces, il ne faudra pas y voir une pratique « structurelle » ou générale que les leaders auraient eu a connaître. Soit. Mais il faudra alors affronter quelques questions, à commencer par celle-ci : quels accords ou quels compromis ont été obtenus par le patronat en échange de ces versements ? Et il faudra les revoir.

          Le mois de septembre sera-t-il chaud ? Le contexte devrait le rendre brûlant, mais le syndicalisme de négociation auquel nous assistons depuis des décennies ne nous laisse guère plus espérer de véritables luttes, alors que ces deux formes d’actions devraient être complémentaires. En attendant, Jean-Luc Touly, co-auteur du livre L’argent noir des syndicats, a lancé un procès contre le trésorier national de la CGT, Michel Donnedu (la première audience se déroulera le 25 septembre au Palais de justice de Paris). Mais on en reparlera d’ici là.

          Scandale de l’UIMM - Joyeux anniversaire ! Qui a peur de nos révélations ?

          Mots clés : CFDT CGT François Chérèque syndicats UIMM

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          8 Messages de forum

          • La rentrée syndicale sera… encore « fluidifiée »

            8 septembre 2008 20:26, par EUCLYDE

            bonjour Roger, comme toujours vous êtes actif pour le bien de tous et principalement pour nos syndicalistes qui n’ont de cesse de vous combattre alors qu’ils n’ont pas compris qu’au contraire que vous les défendez contre leurs propres turpitudes… enfin… Cependant puisque vous êtes au courant de ce qui s’est passé depuis la sortie de votre livre mi Mai 2008, force est de constaté que depuis cette date il y a eu l’interwiew de Mr Crespo (métallo CFTC) (16 mai) qui reconnaît avoir reçu de l’argent de l’UIMM pour son syndicat… il est d’ailleurs le seul syndicaliste à le reconnaître ajoutant que celà lui posait des problèmes d’indépendances (vis à vis de son donateur UIMM) Cher Roger, suite à cette révélation édifiante voir incongrue qui ne semble pas avoir marqué Mr Le Loir le juge chargé de l’instruction, plusieurs questions se posent :

            1) Les autres syndicats discriminés par cette généreuse donation vont ils réagir, y compris en justice pour discrimination ???

            2) Monsieur CRESPO peut il justifier sur quelle base légale s’est faite ces heureux versements.

            3) Dans ce cas précis peut il justifier la légalité de l’utilisation de ces fonds (ils ont dû certainement vue le caractère confessionnel de la CFTC à couvrir des frais d’avocat par exemple de discriminés pourquoi pas ça serait tout à son honneur n’est ce pas … voir à un anniversaire d’une personnalité de la CFTC…. tout ça inquiète beaucoup de monde vous le comprendrez…

            4) on sait aussi que cet argent a servi à règler des notes de restaurant.. un syndicaliste qui relatait « c’est le patron qui paie » après avoir été mis en doute scandaleusement par l’état major CFTC voit cette reconnaissance avec bonheur… et ce malgré les laborieuses dénégations de Mr Voisin/Crespo aux médias….

            5) Un article du figaro de juin 2008 (journal proche du patronat), relatait que Mr Crespo avait été assigné par 6 fois devant les prud’hommes ce qui n’est pas coutumier pour un chef syndicaliste…

            6) quant au syndicaliste qui a refusé la tentative de corruption de la part de l’UIMM, les explications de Monsieur CRESPO et son adjoint paraissent pour le moins fantaisistes et méritent débat avec témoignages contradictoires et pièces à l’appui. Mr CRESPO à cette époque n’était pas en fonction ce qui ne l’empêche nullement de s’exprimer sur le sujet … alors… !!!!

            7) le fait nouveau exploitable par le juge est le fait qu’à plusieurs reprises il dit que ces sommes d’argent perçues (à notre avis sans base légale), lui posait des problèmes d’indépendances et nous nous enfonçons le clou en disant mais également déontologique s’agissant d’un syndicat faisant référence à la morale chrétienne.

            Que de questions à poser à ce syndicaliste modèle ???

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            • La rentrée syndicale sera… encore « fluidifiée » 13 septembre 2008 15:27, par Pangloss

              aux dernières nouvelles, Roger Le loir qui est loin de s’endormir sur ses lauriers et suite aux commentaires assez déterminants de l’ensemble de la presse sur le sujet et particuliérement des investigations éloquentes sur backchich (interwiew de J. CRESPO) va faire une descente péremptoire à la CFTC métallo et faire les recoupements patrimoniaux et contradictoires nécessaires à l’établissement de la juste vérité… ça urge avant que certains dossiers ne disparaissent….ça va saigner …..

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            • La rentrée syndicale sera… encore « fluidifiée » 16 septembre 2008 10:31, par Roger Lenglet

              Juste une précision : Le livre L’argent noir des syndicats recueille déjà l’aveu de M. Crespo concernant les versements de l’UIMM à la CFTC. M. Crespo nous déclarait que 60 % des sommes versées sont d’un montant fixe et que 40 % sont variables et tiennent compte du bon état des relations entre le syndicat et l’organisation patronale… Par ailleurs, il affirmait que les autres syndicats bénéficiaient du même système. Les confédérations ont tenu à nier fermement avoir eu connaissance de tels versements. M. Crespo n’a pas été poursuivi en diffamation mais, bien sûr, cela ne suffit pas à prouver que ce qu’il a dit sur les autres syndicats est vrai. Notons que le même homme déclare depuis la sortie du livre qu’il s’agit de « versements légaux ». Le problème est que la loi de 1884 protégeant l’opacité des financements syndicaux rend à peu près tout légal.

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          • La rentrée syndicale sera… encore « fluidifiée »

            17 septembre 2008 14:38

            Bonjour Roger, un article du canard en chainé de ce jour 17 septembre met en exergue de nouvelles turpitudes du dénommé Crespo qui vire des syndicalistes de PSA qui avait eu l’outrecuidance de s’en prendre au DRH de cete société… ils ont été viré un peu dans le me^me style que des syndicalistes avaient été expédiés à la retraite à Thalès , toujours par le même individu CRESPO…. un étouffe chrétien certainement…..mais pour sur un corrompu…..

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          • La rentrée syndicale sera… encore « fluidifiée »

            20 septembre 2008 13:40, par Jean-Pierre

            Merci de lutter avec autant d’énergie, pour faire entendre la vérité au milieu de cette immense cacophonie de mensonges ! Quel dommage pourtant que les plus intéressés, du moins devraient-ils l’être, se bornent en majorité à vous faire front. Certes, le problème en est sans doute arrivé à un tel degré de gravité que les syndicalistes eux-mêmes ne savent plus qui les aide et qui les coule. Mais si seulement votre livre était davantage lu, et pas soigneusement écarté, toute cette fanfaronnade ne pourrait manquer de sauter aux yeux de tous. Continuez, le pavé dans la mare (de boue) n’a certainement pas finis d’éclabousser.

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          • La rentrée syndicale sera… encore « fluidifiée »

            3 novembre 2008 17:02, par contes de Mr de Voltaire

            POUR CRESPO C’est l’époque du fluide glacial depuis le 31/11 pour Voisin ça sera le 3 décembre chacun son tour comme à confesse … et la messe sera dite pour la CFTC….On s’emploie en ce sens pour ça…. prévision maxi 5 % merci les mickey et surtout ne voter pas CFTC dieu vous le rendra !!!

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        • A propos

            Ici, je vais prolonger et alimenter le débat sur le syndicalisme, soulevé dans le livre « L’argent noir des syndicats » (Fayard) que j’ai écrit avec Jean-Luc Touly et Christophe Montgermont. Notre enquête sur la corruption et les dérives financières du monde syndical révèle que des grandes sociétés multiplient les moyens pour s’acheter la complaisance de nombreux syndicalistes : versements discrets, cadeaux personnels, emplois fictifs, paiements en liquide, primes exubérantes, avancements et avantages indus, élections de délégués arrangées… Grâce à de nombreux témoignages et documents, nous dévoilons l’ampleur des pratiques destinées à neutraliser les syndicats en France. Le débat est maintenant ouvert.


Nouvelle mise en demeure de Barrick Gold

Mardi 28 octobre 2008

Nouvelle mise en demeure de Barrick Gold  dans FRANCE A FRIC EN AFRIQUE

Bulletin d’information

Nouvelle mise en demeure de Barrick Gold



Montréal, 27 octobre 2008

Les Éditions Écosociété et les trois auteurs de Noir Canada – Alain Deneault, William Sacher et Delphine Abadie – ont reçu le 19 septembre dernier une nouvelle mise en demeure de Barrick Gold les enjoignant de cesser, « dans le cadre de la campagne de financement ou de solidarité, de lobbying politique, d’événements promotionnels, d’entrevues médiatiques ou sur des sites Internet », de qualifier de « poursuite-bâillon » la poursuite qu’elle leur intente.
 
La lettre d’avocat avise les auteurs et l’éditeur de Noir Canada qu’ils s’exposent ce faisant à « davantage de dommages punitifs » et que leur « comportement rendra d’éventuelles rétractations, excuses publiques, ou actions réparatrices encore plus difficiles et embarrassantes ».

Rappelons que Barrick Gold, plus importante société aurifère du monde, intentait en mai dernier une poursuite en diffamation de 6 millions de $ à l’endroit des Éditions Écosociété et des auteurs de Noir Canada. Quelques semaines plus tard, une autre géante de l’extraction de l’or, Banro Corporation, venait à sa rescousse en déposant contre l’éditeur et les auteurs une seconde poursuite pour 5 millions de $.

Noir Canada : un simple cas de libelle diffamatoire?

Persistant à présenter les références bibliographiques de Noir Canada comme des « fausses affirmations », Barrick et Banro voudraient bien traiter Noir Canada comme un simple cas de libelle diffamatoire. Pourtant, les sources citées dans l’ouvrage, rapportant des écarts de conduite, des abus, voire des crimes de la part de compagnies canadiennes en Afrique, sont suffisamment nombreuses et crédibles pour justifier la tenue d’un débat public sur la question et la création d’une commission indépendante d’enquête. On ne saurait exiger d’auteurs et d’éditeurs qu’ils se substituent à la justice ou à l’appareil d’État et qu’ils administrent eux-mêmes des preuves in fine.

Une poursuite-bâillon a pour effet d’entraver le débat public et de restreindre la liberté d’expression, en contraignant les défendeurs à mobiliser toutes leurs ressources financières et humaines pour assurer leur défense. Aujourd’hui, Barrick voudrait nous interdire l’usage du terme « poursuite-bâillon », ce qui aurait pour effet de nuire à notre défense et de rendre difficile, voire impossible, notre campagne de solidarité et de financement. Cela risquerait en effet de nous priver des seules ressources nous permettant d’assumer les frais que supposent pareilles poursuites. Il s’agit d’une méta-Slapp, d’une Slapp au carré!
 
Écosociété et ses auteurs ne comptent pas reculer devant ce qu’ils ressentent comme des menaces. Ils poursuivent leur travail d’éditeur et d’auteurs engagés et continuent de dénoncer les poursuites-bâillons qui ont pour effet d’empêcher le libre accès de tous, et dans ce cas précis de chercheurs universitaires, au débat public.

Des universitaires appuient les auteurs de Noir Canada


Un collectif d’universitaires de l’Université de Montréal et de l’UQAM a publié dans Le Devoir le 29 septembre dernier une lettre d’opinion intitulée « Le discours orwellien de Barrick Gold », dans laquelle ils soutiennent que « la poursuite de Barrick Gold est une attaque directe contre la liberté de recherche universitaire et la quête de vérité, essentielles à toute société démocratique ». Pour lire cet article dans son intégralité, consultez notre revue de presse à l’adresse suivante : http://slapp.ecosociete.org/fr/revue_de_presse.

Pierre Noreau, président de l’Association francophone pour le savoir (Acfas), en appelle pour sa part à « l’élaboration des conditions d’un véritable débat public », parmi lesquelles « la reconnaissance de l’immunité dont doit être revêtu le monde de la recherche » et « la liberté de parole qui doit être reconnue au chercheur et au penseur dans notre société ». L’Acfas vous invite d’ailleurs à participer à la campagne de signatures de la lettre «Savoir et se taire? De la nécessité des chercheurs dans l’espace public » parue dans Le Devoir le 21 août 2008 et disponible sur notre site en cliquant ici: http://slapp.ecosociete.org/fr/node/9174.

Chronique juridique

Par Alain Deneault, auteur de Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique.
 
Une poursuite judiciaire suppose pour des auteurs  et un éditeur de se découvrir soudainement dans la position sociale de  « défendeurs », de devoir de ce fait même mobiliser énormément de temps et d’énergie pour constituer des dossiers et répondre obligatoirement à des interrogatoires hors cour qui peuvent s’étendre sur plusieurs journées. Une  poursuite contraint aussi les « défendeurs » à engager des frais judiciaires  considérables, qui sont de nature à les ruiner avant même que leur procès n’ait commencé, sitôt que la partie qui poursuit exige beaucoup de temps et de documents de leur part. Les « défendeurs » découvrent alors l’ampleur des droits qu’a soudainement sur eux la partie qui poursuit.

L’argent devient donc un élément fondamental de la lutte. On n’a accès à la justice que si on a les moyens de se payer les services d’un  avocat. Car un avocat ne défend pas un citoyen, mais nommément un « client ». La notion de « client » n’est dans son fondement ni juridique, ni civique, mais économique. Elle implique la possession de capitaux financiers. Or, on n’a vraiment accès à la justice que par le biais d’un avocat et un avocat défend en principe des clients, c’est-à-dire ceux qui ont les moyens de réclamer ses services. Les auteurs et l’éditeur de Noir Canada font aujourd’hui difficilement exception. Ils arrivent tout de même aujourd’hui à tenir tête aux deux sociétés qui les poursuivent pour un total de 11 millions $, essentiellement grâce au soutien que la population leur manifeste dans le cadre de leur campagne de financement ainsi qu’à la générosité proverbiale de leur avocat québécois et du service juridique ontarien Ecojustice . Ils seraient sinon déjà ruinés, avant même qu’un juge se soit concrètement saisi de leur dossier. Cela présage du pire : tout livre qui déplaît à une « personne morale » dont les fonds sont colossaux peut aujourd’hui entraîner à leur perte éditeurs et auteurs, même si le livre en question est fait en adéquation avec les méthodes de recherche qui prévalent dans l’institution universitaire et le milieu de l’édition. Cet état de fait dans notre administration du droit est de nature à faire craindre le pire, et donc à mobiliser le monde universitaire ainsi que  tous les citoyens qui ont à c¦ur la possibilité même du débat public.
 

Écosociété réclame l’adoption rapide du projet 99


Le 13 juin dernier, prenant acte du vaste consensus existant au Québec pour protéger la liberté d’expression, le ministre de la Justice du Québec, M. Jacques Dupuis, déposait le projet de loi 99 intitulé « Loi modifiant le Code de procédure civile pour prévenir l’utilisation abusive des tribunaux et favoriser le respect de la liberté d’expression et la participation des citoyens aux débats publics ».
 
Les Éditions Écosociété saluent cette initiative visant à garantir la liberté d’expression et à favoriser l’accès équitable à la justice pour l’ensemble des citoyens. Cependant, nous souhaitons voir le projet de loi 99 bonifié, notamment pour s’assurer qu’une poursuite puisse être déclarée abusive dès lors qu’elle a pour effet de nuire au débat public. Nous souhaitons, il va s’en dire, voir ce projet de loi amélioré et adopté le plus rapidement possible.

Pour connaître les revendications communes des Éditions Écosociété, de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), du Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE) et de la Ligue des droits et libertés, consultez notre site à l’adresse suivante : http://slapp.ecosociete.org/fr/node/10633.

Nous soutenir


Les Éditions Écosociété sollicitent à nouveau votre aide dans cette lutte pour la libre participation au débat public. Bien que nous bénéficiions d’un vaste réseau d’appuis et d’une équipe juridique bénévole, votre soutien financier est important afin de défrayer les coûts inhérents à ce type de poursuites.
 
Vous pouvez faire un don aux Éditions Écosociété via notre site Internet
http://slapp.ecosociete.org/fr/node/32 ou en envoyant un chèque à l’adresse suivante :

Les Éditions Écosociété
C.P. 32052, Comptoir Saint-André
Montréal (Québec) H2L 4Y5

Vous pouvez également :

1. Diffuser largement ce bulletin d’information en le transmettant à tous vos contacts et en les invitant à signer la pétition d’appui: http://slapp.ecosociete.org/fr/node/add/signature.

2. Acheter le livre Noir Canada: http://www.ecosociete.org/outrouverlivres.php.

3. Inviter un représentant d’Écosociété et/ou les auteurs de Noir Canada dans le cadre de vos activités/évènements pour présenter le livre Noir Canada, pour aborder la problématique du pillage de l’Afrique par les compagnies canadiennes, pour traiter de la question des poursuites-bâillons ou simplement pour tenir une table de vente et d’information.

4. Les Éditions Écosociété sont toujours à la recherche de traducteurs bénévoles pour assurer la traduction (du français vers l’anglais) de communiqués, bulletins d’information et courts textes apparaissant sur le site internet. Écrivez-nous!
 
LES ÉDITIONS ÉCOSOCIÉTÉ VOUS REMERCIENT DE VOTRE SOUTIEN !
L’équipe des Éditions Écosociété
C.P. 32052, Comptoir Saint-André
Montréal (Québec) H2L 4Y5
Téléphone: (514) 521-0913
Télécopieur: (514) 521-1283
Courriel:
amvoisard@ecosociete.org

 dans MENSONGES D'ETAT    


17 octobre 1961- 17 octobre 2005 – la banalisation d’un crime contre l’humanité par l’Etat français

Mercredi 15 octobre 2008

PRESSAFRIQUE  21.10.05 
17 octobre 1961- 17 octobre 2005 – la banalisation d’un crime contre l’humanité par l’Etat français

 Si les députés français souhaitent « que l’histoire mondiale ne confonde pas dans un même mépris le IIIè Reich et le régime issu de la Résistance française, ils feront bien d’aller en Algérie ouvrir tous les dossiers« .  Y a-t-il une Gestapo algérienne? Claude Bourdet. France Observateur, 6 décembre 1951 . 

« De quoi y a-t-il mémoire ? De qui est la mémoire ? »
Paul Ricoeur in la Mémoire, l’histoire et l’oubli. Paris : Éd. du Seuil, 2000.
L’indispensable « travail de mémoire » passe par  »l‘inlassable répétition de la représentation des choses passées », ce qui doit être transmis de génération en génération, contre l’oubli qui n’est pas l’absence de
souvenir mais l’oblitération par la banalisation
« .
  Paul Ricoeur cité par Florence Beaugé (dans Algérie, une guerre sans gloire p.54) in la Mémoire, l’histoire et l’oubli. Paris : Éd. du Seuil, 2000.


Le 17 octobre 1961, la France du général de Gaulle ordonne la répression criminelle d’une manifestation pacifique de franco-algériens dans les rues de Paris et en banlieue. Cette manifestation visait à dénoncer le couvre-feu raciste imposé aux « français musulmans d’Algérie ». Des dizaines voire des centaines de  Français musulmans d’origine algérienne furent massacrés en plein Paris et en banlieue par les forces de police sur ordre du préfet Maurice Papon. Certains furent jetés à la Seine après avoir été bastonnés, d’autres furent mitraillés, enfin les manifestants qui ne purent s’échapper furent rafler pour être envoyé dans des centres de rétention où ils furent torturés, certains furent même pendus dans des bois. C’est la plus grande rafle depuis les rafles du Vel d’hiv organisées avec le même savoir-faire Papon sous de Gaulle. Il montre une fois de plus la collusion étroite entre méthodes fascistes et coloniales au coeur de la République. Ces méthodes étaient particulièrement usitées dans le pré-carré africain francophone à cette époque  (Cameroun , Biafra, Algérie…). 

Cette gigantesque ratonnade organisée par l’Etat français dans le contexte des « évènements d’Algérie » est encore occultée. Officiellement l’Etat français ne reconnaît à ce jour que deux morts. Ce massacre n’est répertorié dans quasiment aucun manuel scolaire et ne fait preuve d’aucune reconnaisance. Il a fallu attendre  2001, suite au procès Papon ( Jean-Luc Einaudi, la bataille de Paris)  et à la mobilisation de nombreux intellectuels, historiens et témoins pour qu’une initiative privée de la mairie de Paris décide d’apposer une plaque commémorative sur le pont Saint-Michel, l’un des lieux d’où furent jetés dans la Seine des manifestants sévèrement amochés, évanouis ou déjà décédés (Survie).

C’est cette falsification constante de l’histoire à l’aide d’historiens serviles servant la propagande nationaliste qui permet de glorifier le fait colonial en occultant systématiquement tous les crimes contre l’humanité qui sont consubstantiellement liés à l’idéologie coloniale . En ce sens la loi du 23 février 2005 glorifiant la colonisation constitue une apologie de crimes contre l’humanité par omission dans un pays qui a cautionné un génocide dans le cadre de sa politique néocoloniale au Rwanda en 1994 et qui continue de soutenir dictatures criminelles, trucage des élections et assassinat d’opposants politiques dans son pré-carré africain (Outel Bono, Mehdi Ben Barka , Sylvanus Olympio, Felix Moumié, Ruben Um Nyombé …) . Un adoubement criminel remettant sérieusement en cause les principes fondamentaux de notre République. Un véritable  plébiscite pour une conception raciologique des droits de l’homme ne marquant pas de véritable césure avec les principes de Gobineau. « Vous savez dans ces pays là… » (le florilège d’ethnomanies). Le silence de l’ensemble de la classe politique et la glorification coloniale au travers du parlement français constituent une légitimation des idéaux et des méthodes d’extrême droite en Afrique. Une banalisation du crime au nom de la mère Patrie et de la sainte économie, une amnésie institutionnellement entretenue qui permet la reconduction. En ce sens le massacre du 17 octobre 1961 est une illustration paradagmatique de l’effet dévastateur d’une banalisation des crimes contre l’humanité en Algérie sur la politique menée en France dans le cadre de ce que l’on dénommait par euphémisme les  »évènements d’Algérie ». Gare au retour de la barbarie coloniale et néocoloniale si elle demeure impensée, banalisée ou glorifiée même de façon implicite. 

 CAMEROUN AUTOPSIE D’UNE INDEPENDANCE

Le 1er janvier 1960, le Cameroun accédait à l’indépendance et s’émancipait, officiellement sans heurt, de la tutelle française. Dans les faits, c’est une tout autre histoire qu’exhument Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf. Historiens, politiques et victimes d’une sanglante répression orchestrée depuis Paris témoignent.

Autopsie d'une indépendanceC’est une guerre dont on ne parle jamais. Du milieu des années 50 à la fin des années 70, la décolonisation du Cameroun s’est faite dans la violence… en silence.

Contrairement à l’Indochine ou à l’Algérie, rares sont ceux qui ont eu vent de la tragédie qui s’y est jouée, « comme s’il y avait une chape de plomb sur l’Afrique noire. Au fond, il ne s’est peut-être rien passé parce qu’il n’y a pas d’hommes là-bas. C’est une question que l’on peut vraiment se poser : on ne peut pas faire une tempête dans un verre d’eau parce que des nègres ont été massacrés… », pointe Moukoko Priso, secrétaire général de l’UPC (Union des populations du Cameroun).

Son parti, créé en 1948 par Ruben Um Nyobé, est le principal mouvement d’opposition au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Se dressant contre les petits arrangements qui laissent son pays sous la coupe française, ses hommes vont payer un lourd tribut.

Trente mille morts, cinq cent mille, peut-être davantage : les décomptes sont flous, même pour les historiens. En 1952, Um Nyobé part plaider la cause de l’indépendance à la tribune de l’ONU. A Paris, c’est la panique : pas question que cette partie de l’Afrique équatoriale ne bascule dans le camp communiste. L’UPC est dissous. Condamnés à la clandestinité, ses militants sont traqués, torturés, assassinés.

Um Nyobé tombe sous les balles de l’armée coloniale en 1958. Il sera interdit de prononcer son nom au Cameroun jusqu’en… 1991. Haut-commissaire de la République au Cameroun entre 1956 et 1958, Pierre Messmer, décédé depuis, se justifie face à la caméra : « Nyobé faisait régner la terreur. J’ai décidé de lui faire la guerre et de l’éliminer. Il refusait l’autonomie interne, il refusait la démocratie, donc il se mettait hors la loi et il le savait. »

Dans l’ombre, la main de la France…

La proclamation de l’indépendance n’a pas signé, loin de là, la fin des combats. En novembre 1960, Félix Moumié, le successeur de Um Nyobé, connaît le même sort : en exil à Genève, il est empoisonné par un agent des services secrets français. Aujourd’hui, sa veuve accuse : « Le général de Gaulle a tué mon mari. »

Autopsie d'une indépendancePendant des années, les indépendantistes de l’UPC sont pourchassés et abattus. Pour le général Pierre Semengue, ancien chef d’état-major de l’armée camerounaise, les choses sont claires : « Une partie de l’UPC n’a pas accepté cette indépendance et acontinué la lutte. Cette deuxième rébellion a été combattue par l’armée camerounaise. Encadrée au départ par les officiers français, puis au fur et à mesure par des officiers camerounais. »

Pour avoir le champ libre dans la brousse où les maquisards se cachent, l’armée va jusqu’à parquer quatre cent mille civils dans des camps. Comme au Vietnam, du napalm aurait été largué. D’un revers de main, Messmer dément mollement : « Ce n’est pas important… »

Pour ses richesses naturelles, son pétrole et ses forêts, il n’a, semble-t-il, jamais été question de laisser le Cameroun quitter tout à fait le giron français.

Si les deux journalistes n’abordent pas la situation d’extrême tension que traverse de nouveau le pays aujourd’hui, leur enquête a le mérite d’en éclairer, enfin, les causes.

Il faut voir le président Ahmadou Ahidjo (1960-1982) accueillir en grande pompe une poignée de chefs d’Etat africains pour le dixième anniversaire de l’indépendance. Parmi ses hôtes : Mobutu, Bokassa, Bongo. De grands amis de la France, emblématiques de la décolonisation à la française en Afrique subsaharienne…

Christine Guillemeau

Première diffusion : lundi 23 juin 2008 à 21:35 (câble, satellite et TNT). Durée : 52′
Réalisatrices : Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf
Production : France 5 / Program 33
Année : 2007

France-Cameroun : une si lourde dette (Le Messager 28/05/2008)

Dans l’euphorie des revendications indépendantistes, de milliers de Camerounais ont été tués par les forces colonialistes à travers le pays entre le 22 et le 30 mai 1955.

Mai 1955. Il y a 53 ans, des forces armées aux ordres du Haut-commissaire français, Roland Pré, mettaient des villes, villages et régions du Cameroun à feu et à sang. De milliers de Camerounais, pour la plupart des militants de l’Union des populations du Cameroun (Upc), tombèrent sous de balles réelles et jetés dans une dizaine de charniers à travers le pays. Douala, Yaoundé, Mbanga, Loum, Mombo, Ekite, Môm, Dibang, Song Simut, Songmbenge, etc. ont été le théâtre de vives tensions, répressions, brimades, tortures, attentats, incendies, arrestations et emprisonnements. Selon des témoignages concordants, ces massacres sur les nationalistes auraient été guidés par la seule volonté de l’administration française de museler l’Upc née de la volonté de constituer un vaste front nationaliste au Cameroun qui revendiquerait l’application des Accords de tutelle.

Sabotage électoral
En effet, ces Accords de tutelle signés de plein gré par la France en 1946 conféraient l’autonomie au peule camerounais à s’auto administrer 10 ans après leur signature. L’Upc qui veillait aux grains, y fonda son 2e programme politique remis le 27 avril 1954 au Haut-commissaire français André Soucadeaux. L’Upc revendiquait l’organisation d’un référendum populaire au sujet de la réunification, la création des organes législatifs d’envergure régionale et nationale, ainsi que la création d’un exécutif national à majorité camerounaise. La France qui ne voulait jamais se séparer du Cameroun qui était une mine d’or, n’a plus respecté sa parole. Mais elle a plutôt politisé des institutions administratives devenues presque une tribune officielle pour vendre les idées. L’Upc qui en était exclue par un sabotage électoral, axe son action sur l’agitation à travers le pays et au-delà qu’il transforme en tribune pour son combat. Des pétitions pleuvent aux Nations Unies sur tous les problèmes du Cameroun, notamment les abus et méfaits des colons français. Les nationalistes camerounais traînent l’image de « fauteurs de troubles », prêts à exploiter chaque fait à des fins politiques.

Responsabilités historiques
Malgré des courants d’air contraires, l’Upc tient le bon bout et a le vent en poupe. Dès 1954, à 2 ans, de la « fin de la tutelle », elle intensifie son organisation sociale dans la perspective d’un référendum qu’organiseraient les Nations Unies sur la question de l’indépendance ou de l’autonomie selon les Accords de 1946. Le gouvernement français se rend à l’évidence qu’il a échoué dans sa politique de phagocyter l’Upc depuis 6 ans. La décision de remplacer André Soucadeaux au Cameroun depuis 1949 est prise. Le 29 décembre 1954, Roland Pré arrive, alors que Ruben Um Nyobe (secrétaire général de l’Upc) est absent du pays. Il aurait été proposé et soutenu par Dr Louis Paul Aujoulat, ministre du Travail et des affaires sociales, malgré la contestation des délégués camerounais de toutes les assemblées à Paris et même de la communauté blanche au Cameroun. Ils le connaissent ainsi que ses méthodes. Roland Pré est réputé intraitable dans la répression des mouvements anticoloniaux. C’est un défenseur de la politique rude contre les nationalistes africains, disait-on. Il aurait fait ses preuves au Gabon, en Haute-Volta et surtout en Guinée Conakry.
Les cinq premiers mois de Roland Pré au Cameroun ont été marqués par un grave malaise socio-économique. Le nouvel Haut-commissaire français se montre alors habile administrateur de la politique de la carotte et du bâton. Il lance une série de réformes qui ramassent la plupart des revendications de l’Upc. Il multiplie des communes rurales (de 17 à 70) présidées par des locaux, créé des conseils de villages dirigés par des chefs traditionnels, instaure des communes mixtes urbaines présidées par des maires élus, créé des conseils de gouvernement, annonce des réformes dans la fonction publique, etc. Roland Pré entend ainsi couper l’herbe sous les pieds de l’Upc. Il embrasse les populations pour mieux étouffer le parti nationaliste. Il ramène tous les dirigeants de l’Upc émargeant à la fonction publique à Douala et ses environs pour mieux les surveiller et les traquer. « Quand Um Nyobe rentra à Douala le 5 mars 1955, après une séance aux Nations Unies, il fut immédiatement sommé de répondre à des accusations portées contre lui par un administrateur français nommé de Gélis, mais qui avaient été « mises en veilleuse » par Soucadeaux.»(Richard Joseph, Le mouvement nationaliste au Cameroun, Karthala, Paris, 1986).

Eglise Catholique
Un piège était ainsi tendu aux dirigeants nationalistes. Entre mars et mai 1955, l’administration multiplie des actes de provocation et organise des descentes musclées de la police dans les quartiers de Douala, devenue un bouillon de la contestation. Face à la montée de la contestation, l’Eglise catholique entre dans la danse. « Le dimanche de Pâques en 1955, une longue lettre rédigée par les cinq évêques européens du Cameroun fut lue dans toutes les églises du territoire » (dixit) pour encourager ses fidèles à se séparer complètement de l’Upc. Mais plus la campagne contre l’Upc s’accentuait, plus l’agitation anticoloniale s’intensifiait. Résultats des courses : les réunions de l’Upc sont perturbées sur l’ensemble du territoire ; ses bureaux perquisitionnés ; ses dirigeants, militants et sympathisants traqués. Bref, les incidents entre les forces armées et l’Upc se multiplient. La guerre froide qui s’était installée dans le Moungo, la Sanaga-Maritime, le Nyong-et-Sanaga, le Sud-Ouest, le Sud, le Centre, l’Ouest, etc. débouche finalement sur une série d’émeutes entre le 22 et le 30 mai 1955.
Le 25 mai 2008, l’Union des populations du Cameroun (Upc) dite « des fidèles » a honoré la mémoire des martyrs de mai 1955 à son siège à Douala Bali (Montagne Manga Bell).

Quelques dates en 1955
- Avril: Un groupe (Rassemblement du peuple camerounais) anti-Upc par 3 fois empêchent les dirigeants Upc (Um Nyobe et Abel Kingue) de tenir des réunions à Bafoussam.
- 22 avril: Upc publie Proclamation commune exigeant la fin de la tutelle du Cameroun, l’établissement d’une Assemblée nationale constituante avant le 1er/12/1955, la mise en place immédiate d’une commission exécutive devant tenir lieu de gouvernement provisoire et nomination d’une commission des Nations unies pour garantir le fonctionnement des institutions.
- 15 mai : Réunion de l’Upc dispersée à Mbanga par la police/militaire faisant de nombreux blessés dans les deux camps.
- 22 mai : Une autre réunion à Mbanga se solde par la mort d’un policier. “Victoire Upc” fêtée partout.
- 23 mai: Deux Upécistes tués à Nkongsamba, de nombreux blessés dans les rangs de Upc et de la police.
- 25 mai: nombreux blessés à Nkongsamba.
- 25 mai: Prisons et bureaux administratifs à Loum pris d’assaut par manifestants repoussés par grenades et armes à feu avec bilan 6 tués et 5 blessés côté manifestants.
- 25 mai: Route coupée entre Douala et Nkongsamba
- 29 mai: Réunion à Mombo (Moungo) dispersée par police suivie de nombreuses arrestations.
- 22 mai: Réunion du Front national (anti-Upc créée à Douala) interrompue par les militants Upc arrêtés par la police.
-23-24 mai : Patrouilles de l’Upc à New-Bell pour protéger leur siège s’opposent à la police soldées par de multiples incidents.
- 25 mai : Roland Pré demande des renforts aux territoires voisins l’Afrique équatoriale française (Aef).
- 25 mai : Prison et locaux administratifs de New-Bell attaqués par 1.500 personnes sur les 3 000 manifestants, voitures incendiées, barricades dressées, 2 morts chez les Blancs et de nombreux blessés, 7 morts et de nombreux blessés parmi les manifestants, et l’administration décrète le couvre-feu.
- 26 mai à l’aube : Siège de l’Upc à New-Bell perquisitionné, une vingtaine de militants arrêtés.
- 27 mai dans la nuit : Incendie au siège de l’Upc à New-Bell et immeubles voisins.
- 22 mai: Discours de Félix Roland Moumié à Yaoundé devant plus de 1 500 personnes, commissariat de police envahi et certains prisonniers libérées, avec 1 mort.
- 27 mai : Route Douala-Yaoundé bloquée, marche à Yaoundé, police ouvre le feu bilan: 3 morts et plusieurs blessés.
- 26-29 mai : Destruction siège de l’Upc à Bafoussam et Bafang.
- 22 mai : Drapeau national adopté à Yaoundé : crabe noir sur fond rouge

Par Noé Ndjebet Massoussi
Le 28-05-2008

© Copyright Le Messager

Jacques et le caillou Bamiléké

mercredi 21 février 2007 par Moussa Ka

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17 octobre 1961- 17 octobre 2005 - la banalisation d'un crime contre l'humanité par l'Etat français dans LA FRANCE ET SON PASSE COLONIAL ic-courrier Recommander à un ennemi

 dans MENSONGES D'ETAT
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Les vieux ont toujours des belles histoires à raconter. Par exemple celle d’une répression féroce et oubliée, subie par les Bamiléké, au Cameroun au temps béni et glorieux de l’indépendance.

« Le Cameroun s’engage sur les chemins de l’indépendance avec, dans sa chaussure, un caillou bien gênant. Ce caillou, c’est la présence d’une minorité ethnique : les Bamiléké » [1] . La phrase, écrite par le Colonel français Jean Lamberton trois mois après la proclamation de l’indépendance du pays, bourdonne encore dans de nombreuses oreilles. La « race » Bamiléké donc, serait par nature allergique au pouvoir de Yaoundé, capitale qui unifie et illumine le reste du pays. Une analyse qui, hier comme aujourd’hui, est aussi trompeuse qu’un camouflage vert kaki. D’abord parce que les Bamiléké ne furent pas les seuls à résister au pouvoir colonial – et à ses successeurs [2] . Ensuite parce que de nombreux Bamiléké participèrent eux aussi à la répression gouvernementale qui, sous prétexte de lutte contre « les subversifs », saccagea le pays jusqu’à la fin des années 1960 [3] . Le Cameroun eut, lui aussi, ses harkis.

Souvenirs, souvenirs…

C’est le cas de Jacques, la soixantaine, qu’on rencontre dans le bar paumé d’un village paumé, entre Dschang et Bafoussam. Il parle sans difficulté de cette époque sanglante. « On nous a appelés, on était encore des enfants, se souvient-il. Et on nous a dit d’aller en guerre ». Il y est allé. Il est entré dans la « Garde civique », la force supplétive – plusieurs milliers d’hommes – de l’armée coloniale. Jacques se souvient précisément de la date de son incorporation : « le 30.11.59 », un mois tout rond avant l’indépendance. Une époque troublée : alors que beaucoup rejettent la fausse indépendance et le gouvernement fantoche que Paris leur impose, certains s’organisent militairement au sein de l’Armée de Libération Nationale Kamerounaise (ALNK), très active en pays dit Bamiléké. Pour lutter contre ces excités, les instructeurs français forment Jacques, vite fait bien fait, et l’envoient gambader entre les arbres pour zigouiller les grands frères du maquis. Petits meurtres entre amis du village, et en catimini. Clic, clac ! Merci Kodiak de n’avoir pas immortalisé cette page « positive » de la décolonisation française.

Peu d’images, donc. Mais ceux qui aiment fouiller trouveront tout de même quelques photos : celles, par exemple, des têtes coupées que l’armée exposait sur les places des villes et des villages pour apprendre la politesse aux gens du coin. C’est efficace, en plus d’être décoratif. Les autorités néo-coloniales utiliseront la méthode pendant des années et dans toute la région. La question gratte la langue : « Qui coupait les têtes des rebelles ? ». Réponse de l’ancien Garde civique : « Ben… c’est nous ». Ben oui. Jacques n’a pas l’air rongé par le remords. Il s’amuserait presque en se remémorant le bon vieux temps. Ben quoi ? Si j’avais pas été de ce côté-là, j’aurais dû me réfugier dans l’autre camp qui ne faisait pas mieux…

Le truc qui le gêne, Jacques, c’est le sentiment persistant de n’avoir pas été justement récompensé de ses bons et loyaux services. À l’époque, il gagnait 3.000 Cfa par mois [4] . C’était maigre. Et quand le petit jeu rébellion-répression a pris fin, ça été encore pire. Il s’est retrouvé sur la paille, jusqu’à aujourd’hui. Le vieil homme prend à témoin sa chemise crasseuse et ses groles en lambeau. Et, réflexion faite, arrête net de répondre aux questions. « J’ai plus rien à dire », lance-il, bourru. Le remords qui remonte enfin ? Non. Il demande juste un petit billet en échange de son témoignage. Il y en a garde la tête sur les épaules. On payera sa consommation, en l’honneur de la France.

[1] Les Bamiléké dans le Cameroun d’aujourd’hui , Revue de la Défense Nationale, Paris, Mars 1960, pp 161-177.

[2] Le Colonel Lamberton est bien placé pour le savoir : c’est lui qui fut chargé de « pacifier » la région Bassa, entrée en rébellion à la fin des années 1950. Il convient, expliquait-il alors, de « corriger la mentalité revendicatrice et l’esprit individualiste (orgueil et égoïsme) du bassa »

[3] Plusieurs dizaines de milliers de morts, au bas mot.

[4] Sans compter les primes qu’on donnait, dit-on, pour chaque tête rebelle rapportée au supérieur…


Comment le Cameroun est passé de la colonisation à la dictature (Le Monde 23/06/2008) Que sait-on aujourd’hui en France des circonstances dans lesquelles le Cameroun est devenu indépendant en 1960 ? Si de grandes figures africaines assassinées pour leur combat anticolonial, tel le Congolais Patrice Lumumba, sont connues, les leaders camerounais qui ont subi le même sort sont tombés dans l’oubli. Deux dictateurs ont régné sur le Cameroun depuis l’indépendance du pays : Ahmadou Ahidjo (1960-1982) et son successeur, l’actuel président Paul Biya. Ce dernier est peu désireux de voir exhumée la mémoire d’opposants populaires depuis longtemps disparus. Quant aux archives militaires françaises, elles ne sont pas toutes ouvertes.

Le film de Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf (Program 33 et France 5), revient sur ce passé enfoui. Les réalisatrices ont enquêté au Cameroun, auprès d’anciens militants de l’indépendance, et en France, interrogeant des dirigeants gaullistes – Pierre Messmer, ex-premier ministre, et Jean Foyer, ministre de la coopération (1960-1962).

Aujourd’hui, dans les rues de Yaoundé, la capitale du pays, une publicité de la marque Total clame : « Nos chemins se croisent et ça fait 60 ans que ça dure. » M. Foyer confirme… Il raconte les négociations menées en 1960 : « Nous avons passé des accords sur les matières premières stratégiques (…) (qui contraignaient) les Camerounais à nous proposer, en priorité, les concessions. » Pendant la période de transition, la préoccupation des autorités françaises était de s’assurer le contrôle des richesses naturelles.

TERREUR

La France choisit le futur président Ahidjo, non sans avoir tout fait pour écraser le principal parti d’indépendance, l’UPC (Union des populations du Cameroun). Dans les années 1950, l’UPC, dirigé par Ruben Um Nyobé, recueille un fort soutien populaire. L’heure est alors aux indépendances. Le tiers-monde est marqué par des personnalités comme Nasser, Tito ou Nehru. Ruben Um Nyobé exprime aussi cette aspiration jusqu’à la tribune des Nations unies. Mais la France dissout son parti en 1955 et en pourchasse les militants. En 1958, il est assassiné. La répression contre l’UPC est d’une extrême violence : torture, assassinats, exposition des têtes coupées des victimes, bombardements.

Malgré les persécutions, l’UPC continue de combattre, après 1960, le régime d’Ahmadou Ahidjo, accusé d’avoir confisqué l’indépendance. Epaulées par l’armée française, les forces camerounaises appliquent ses méthodes. Dix années de terreur et des centaines de milliers de morts seront nécessaires pour venir à bout de l’opposition. Aujourd’hui, Paul Biya, héritier du régime Ahidjo, conserve le soutien de la France.

Pierre Auguste Messmer

Comment Messmer a massacré les Camerounais

La mort de cet homme est presque passée inaperçue au Cameroun. Alors que le pays vit encore aujourd’hui les séquelles des horreurs commis pendant qu’il était à la tête du Cameroun sous tutelle de la France. 1956. Pierre Messmer foule le sol camerounais, comme haut-commissaire de la France. On est en pleine période de lutte pour l’indépendance. Celle-ci est principalement menée au pays par l’Union des populations du Cameroun (Upc), parti politique de l’opposition dont Ruben Um Nyobé est le secrétaire général. La formation est désormais sous maquis. Ses leaders, contraints à l’exil pour la majorité, poursuivent la lutte alors que le parti a été interdit un an plus tôt (1955) par le prédécesseur de Messmer, Roland Pré.
Sous une double tutelle (française dans partie orientale et anglaise dans la partie occidentale), le pays de Martin Paul Samba connaît une grande agitation. Les revendications, formulées par l’Upc avant son interdiction, sont plus que vivaces dans l’esprit des nationalistes. Les deux premières sont : l’indépendance immédiate et la réunification des deux parties du territoire. C’est, en tout cas, ce qui a été défendu à la tribune des Nations unies par les plénipotentiaires de l’Upc dont Félix Roland Moumié, le président du parti.
Quand Pierre Messmer arrive donc, il a pour mission de mâter toute velléité de contestation. Il doit surtout extirper la fibre nationaliste que l’Upc et les mouvements syndicaux travaillent à susciter au sein du peuple depuis une dizaine d’années. Pour la France, pas question que l’indépendance apparaisse comme le fruit d’une revendication nationaliste. “ Nos ancêtres les Gaullois ” estiment qu’elle doit être considérée comme “ donnée ” par la seule volonté de la France. Messmer va employer toute son énergie à consolider les acquis de la “ mère patrie ” au Cameroun pour qu’au moment de l’indépendance, le pays soit confié aux gens avec qui la métropole aura composé.

Ennemi des nationalistes
Frank Garbely, auteur du documentaire “ L’assassinat de Félix Moumié ”, déclare dans ses commentaires, que Messmer transforme la plus grande victoire de Moumié, en une défaite cinglante. “ Son arrivée est une journée noire pour Moumié ”, affirme-t-il. Dans ce film, Messmer, interrogé dans les bureaux de l’Institut de France dont fait partie l’Académie française, affirme d’entrée de jeu son inimitié pour les nationalistes camerounais.
Parlant de Moumié, il déclare : “ Lui n’était intéressé que par le combat pour le pouvoir, il n’accepte aucune élection. ” Il explique de quelle façon, dès son arrivée, il prend à contre pied les nationalistes camerounais, en leur accordant la contrefaçon de ce qu’ils réclament, à savoir l’indépendance. “ J’ai tout de suite dit que la France acceptait l’indépendance du Cameroun, et la réunification du Cameroun français au Cameroun britannique. Une chose que personne n’avait osé dire avant, parce que cela ne faisait pas plaisir aux Anglais. J’étais le premier à oser le dire, et à partir de ce moment-là, l’Upc se trouve dans une situation extrêmement difficile, parce que c’était sa revendication. ”
Les leaders de l’Upc ne veulent pas de cette indépendance piégée. Pierre Messmer prend très mal cette réticence et les considèrent comme des ennemis. “ A partir de ce moment-là, l’Upc est obligé, ou bien de rentrer dans le système, parce qu’il doit y avoir des élections, ou bien alors, comme ils le décident, de rester dans la rébellion. Mais à partir de ce moment là, ça prouve que ce n’est pas un parti indépendantiste, mais un parti révolutionnaire ”, dit-il.
Les leaders de l’Upc sont désormais dans l’axe du mal et traité comme tels. Il n’est pas question de laisser la situation s’embraser au Cameroun, car une révolution réussie ici pourrait donner des idées aux autres pays du pré carré français. Dans un document secret, publié dans le documentaire de Frank Garbely, cette volonté est clairement affichée : “ La position de la France au Cameroun conditionne la position de la France dans toute l’Afrique centrale ”, indique le document.
L’Upc organise une manifestation à Massock, dans la Sanaga Maritime. L’armée française intervient énergiquement. Le bilan est effroyable, selon un témoin qui relève des viols, des tueries et des déportations. Pierre Messmer justifie l’intervention de l’armée française : “ En effet des unités de simple gendarmerie ne pouvaient pas combattre effectivement une rébellion, surtout dans ce pays de la Sanaga Maritime qui est un pays de grande forêt, en pleine forêt équatoriale. J’ai à ce moment là demandé l’intervention de l’armée. On a dirigé sur le Cameroun des unités africaines, d’ailleurs venues du Tchad. La mission de ces unités était de faire disparaître le maquis, et ils y sont arrivés d’ailleurs. ”
Après avoir exterminé la population, il faut maintenant attaquer le mal à la racine. Les colons entreprennent donc de dessoucher le parti. La recherche des leaders est plus active. Pour les coincer, les colons obligent les villageois à se regrouper dans des camps, question d’isoler les leaders. “ Um Nyobé et ses complices, qui n’étaient pas très nombreux, et qui vivaient dans ce maquis, étaient un petit peu dans le pays Bassa comme des poissons dans l’eau…L’armée s’est efforcé de pomper l’eau, pour que les poissons soient au sec. C’est-à-dire que l’armée s’est efforcée de ramener vers les grandes routes qu’elle contrôlait, des petits villages qui étaient à l’intérieur de la forêt ”, affirme Messmer.
Il est évident que l’armée française ne suppliait pas les villageois pour qu’ils rejoignent les camps, comme le témoigne dans la documentaire André Nguimbous, agriculteur dans la région : “ Pour vous obliger à venir habiter ici, on brûlait même votre maison. Et surtout dans la nuit, on vous faisait embarquer dans les camions pour venir vous laisser ici. ”

Le travail à partir de Paris
Messmer, après ces loyaux services rendus à sa patrie, est récompensé en 1960 (année de l’indépendance du Cameroun sous tutelle française), quand il est nommé ministre des Forces armées à Paris. Il occupe ce poste pendant neuf ans. Un record de longévité expliqué par la situation particulièrement délicate que devait gérer la France à l’époque : administrer les colonies qui manifestent les velléités d’indépendance. Et pour mieux contrôler cette situation, il fallait un “ homme de la situation ”, comme Messmer.
Désormais, c’est depuis la métropole qu’il sévit sur les rebelles africains, ou, pour parler comme eux, c’est de là qu’il “ prépare ” l’indépendance des colonies françaises d’Afrique. De cette position, il “ suivra ” également l’évolution de ces colonies après 1960, années des indépendances. Il tisse à partir de là un réseau plus large pour traquer les leaders nationalistes même hors de leurs frontières. Au Cameroun en particulier, sont installées des marionnettes locales, téléguidées à distance pour faire le sale boulot commencé plus tôt.
En 1966, Maurice Delaunay est nommé à la tête de la région Bamiléké, à Dschang, avec pour mission de briser l’Upc et réduire la résistance à néant. Ce dernier fait son travail avec méthode, et suivant les instructions de sa hiérarchie. “ Une tuerie en masse ”, témoigne Sa majesté Jean Rameau Sokoudjou, chef supérieur Bamendjou. Ce dernier a été assigné à résidence surveillé dans son propre palais pendant deux ans, pendant que d’autres chefs traditionnels bamiléké hostiles à la colonisation étaient martyrisés, envoyés en prison ou simplement remplacés. Delaunay avoue avoir fait un camp dans les montagnes, au dessus de Bafoussam, où il y avait 800 personnes gardées pas des soldats français et camerounais restés fidèles.
A Batcham, un camp militaire est aussi installé. C’est de là que sont dirigés les bombardement aériens. Ici aussi, comme en Sanaga Maritime, on a forcé les populations à se regrouper dans les camps. Tous ceux qui ne viennent pas ici sont considérés comme faisant partie des maquisards, à éliminer. De l’autre côté, ceux qui ont refusé d’aller dans les camps considèrent ceux qui y sont comme des traîtres. La population est désormais liguée contre elle-même. Une situation que le colon ne pouvait que souhaiter.
Dans toute la région, les tueries succèdent. Jacques Verges, un avocat français, pense même que du Napalm, une arme de destruction massive, a été utilisée sur des populations civiles, que les prisons étaient des mouroirs, où des gens étaient torturés, tués. Une fois de plus, Messmer justifie ce déploiement impitoyable de l’armé sur ces zones du pays : “ L’Upc était un parti communiste, dirigé par des chefs communistes impitoyables. Um Nyobé, et surtout Moumié, étaient des gens impitoyables. Alors quand vous êtes impitoyables, vos adversaires ne vous font pas de pitié non plus, ils ne vous font pas de cadeau. ”

La malédiction Messmer
Impitoyable, Messmer, du haut de son ministère des Forces armées l’aura été. Les leaders nationalistes camerounais, pour ne parler que d’eux, sont victimes d’attentats. Ruben Um Nyobé, le secrétaire général de l’Upc, est assassiné le 13 septembre 1958 dans la forêt de Boumnyebel en pays Bassa. Félix Roland Moumié, le président, est empoisonné au thallium à Genève en Suisse le 3 novembre 1960. Ossendé Afana est fini en mars 1966. Ernest Ouandié, le dernier verrou, est fusillé à Bafoussam en janvier 1971. “ Il semble peu douteux que Moumié a été effectivement exécuté. A mon avis, la France s’en moquait éperdument. Cela arrangeait surtout le nouveau président, monsieur Ahidjo ”, déclare pour finir, Messmer. Messmer présente ces “ bons ” résultats à ses chefs, et comme récompense pour travail bien fait, il accède à la Primature française, à Matignon, en 1972.
Voilà l’image que les Camerounais, qui n’ont pas la mémoire courte, gardent de cet homme qui a rendu l’âme le 29 août 2007. Aujourd’hui encore, ils continuent de subir le régime néocolonialiste imposé par lui qui, dans sa “ préparation ” des indépendances, a tout fait pour que la main lourde du colon continue de peser sur la population. Fatalement.
 

Par Roland TSAPI
Le 03-09-2007

Pierre Messmer, un soldat que le Cameroun n’a pas oublié

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A chaque disparition, la coutume veut que l’on oublie les zones d’ombre de la vie d’un homme. Pourtant, lorsque celle-ci fut celle, très publique, d’un « grand serviteur de l’Etat », il est nécessaire de ne rien omettre. Le récit de la vie de Pierre Messmer, décédé mercredi à 91 ans, n’échappe pas à la règle. « Soldat » pour La Tribune, « Légionnaire » du gaullisme pour Le Figaro ou encore un « homme de combat » pour Le Monde. Il y a, dans toutes ces expressions, la marque de ce que fut Pierre Messmer, toute sa vie, avec résolution : un soldat de métier. Et ce, dans une période, la guerre froide, qui supposait parfois de mettre de côté certaines convictions humanistes.

Tirailleur, légionnaire, administrateur colonial…

Alsacien d’origine, Pierre Messmer fut soldat bien avant la guerre. Dès 1937, jeune diplômé de l’Ecole nationale de la France d’Outre-mer, il est nommé sous-lieutenant du 12e Régiment de Tirailleurs sénégalais. Quand survient la déroute de l’hiver 1939-40, il fait un choix courageux et minoritaire à l’époque, celui de Londres où il s’engage dans la 13e Demi-brigade de Légion étrangère. Cette unité occupe une place particulière dans la légende gaulliste. Elle est la première à incarner l’espoir de la reconquête contre les troupes du IIIe Reich en partant d’Afrique. Sénégal, Gabon, Libye, Tunisie, Londres à nouveau puis la Normandie et Paris où le capitaine Messmer entre en vainqueur le 25 août 1944.

La suite est moins connue. Promu commandant en janvier 1945, le jeune Messmer -il a alors 29 ans- choisit le front indochinois pour continuer le combat. Le 27 août 1945, il est parachuté sur le Tonkin et immédiatement capturé par le Viet-Minh. Il s’échappe au bout de deux mois de captivité. Une expérience traumatisante, après laquelle il retrouve le chemin de l’administration coloniale. Il passe alors cinq ans en Indochine, à Hanoï dans les arcanes du Haut commissariat. La suite figure dans toutes les biographies, comme celle établie par La Tribune :

« Administrateur du cercle de l’Adrar mauritanien (1950-1952), gouverneur de la Mauritanie (1952-1954), de la Côte d’Ivoire (1954-1956), directeur de cabinet du ministre de la France d’Outre-mer Gaston Defferre (1956), Haut commissaire de la République au Cameroun (1956-1958), en Afrique équatoriale (1958) et en Afrique occidentale française (1958-1959), Pierre Messmer joue un rôle primordial dans le processus de décolonisation douce qui voit la France se séparer sans drame de ses colonies africaines. »  

Au Cameroun, la première opération de pacification en Afrique sub-saharienne

Je ne suis pas sûr que l’on puisse parler de « processus de décolonisation douce » en évoquant le passage de Pierre Messmer au Cameroun. Les bribes d’histoire filtrant depuis les pays Bassa et Bamiléké nous disent même exactement le contraire. Depuis 1955, la France fait face dans ce territoire administré sous tutelle de l’ONU à une rébellion de l’Union des populations du Cameroun (UPC) emmenée par Ruben Um Nyobé, fils de sorcier Bassa et syndicaliste proche des communistes. Officiellement interdite depuis un décret de juillet 1955, l’UPC entretient un climat de guérilla dans le pays. Attentats, actions de sabotage, assassinats… Dans la nuit du 18 au 19 décembre 1956, pour appuyer son mot d’ordre de boycottage aux élections de l’Assemblée territoriale, elle opère une série d’attentats qui coûtent la vie à 96 « valets du colonialisme ». En Sanaga maritime, les opérations de vote sont suspendues, tandis que 80% des électeurs s’abstiennent à Douala.

Le Haut-commissaire Messmer va alors changer de stratégie. Au dialogue politique, il substitue une vaste manoeuvre contre-insurrectionnelle, directement inspirée de la doctrine de la « guerre révolutionnaire » théorisée en Indochine et appliquée en Algérie. A Paris, il rend visite au général de Gaulle, qui est alors en pleine traversée du désert, dans son bureau de la rue de Solférino :

« Je lui expose la situation au Cameroun, écrit Messmer dans ses mémoires, et la politique arrêtée par le gouvernement sur ma proposition. Il m’écoute attentivement et me répond par des généralités car il s’interdit alors de se prononcer sur l’action gouvernementale. Mais je comprends que, sur ce point précis, il n’y est pas hostile. »  

Quelle est cette nouvelle politique ? Réponse de l’intéressé :

« Désormais, ma stratégie sera simple : ayant réussi à contenir la révolte de l’UPC dans son berceau du pays bassa, je l’y étoufferai. Et j’y parviendrai, remportant l’un des deux succès français de l’après-guerre contre des insurrections outre-mer (l’autre étant Madagascar). »  

Pour mémoire, rappelons que l’insurrection de 1947 fit environ 40  000 morts.

Quadrillage et recensement

La suite ? Rien moins que la première opération de pacification lancée en Afrique sub-saharienne, selon les principes de la « guerre révolutionnaire ». Les manoeuvres sont racontées -un peu- par Messmer, mais surtout par un mémoire du commandant Jean Le Guillou, stagiaire de la 73e promotion de l’Ecole supérieure de guerre, « Une pacification réussie : la réduction de la rébellion upéciste en Sanaga maritime (Cameroun 1957-1958). » Le 9 décembre 1957 est créée la Zone de pacification du Cameroun (Zopac) : 7  000 km2 contrôlés par sept compagnies d’infanterie qui vont quadriller l’espace. « Ce découpage, écrit le commandant Le Guillou, s’adapte à peu près à celui des rebelles tel qu’on le connaît alors et se conforme naturellement à l’ossature du terrain. »

Le tout est articulé à un puissant appareil de renseignement mixte civilo-militaire, mêlant policiers, gendarmes et soldats, français et camerounais. Sans oublier des patrouilles de bons citoyens. L’état-major mixte a donc prévu, dans un premier temps, de séparer l’eau du poisson. Autrement dit, d’éloigner la population des principaux foyers de la rébellion. Pour cela, les soldats regroupent tous les habitants de la région autour des axes routiers dont l’armée est sûre de garder le contrôle. Ces villages sont gardés, entourés de palissades avec un mirador et pourvus d’une équipe de surveillance chargée d’alerter la troupe en cas d’attaque nocturne. A l’entrée, une liste des habitants recensés, quartier par quartier, foyer par foyer, liste tenue par les chefs traditionnels. Régulièrement, de nuit comme de jour, l’autorité fait l’appel des habitants, exactement comme dans n’importe quel camp de prisonniers. Dans certains villages, ils reçoivent une carte de recensement avec photographie qui sert à la fois de carte d’identité et de permis de circulation.

Traque et ralliement

A partir du 1er avril 1958, le remède devient une cure de choc. Le but : « Pourchasser inlassablement les formations rebelles, tandis qu’une action particulière de propagande incitera les maquisards à se rallier. »
La traque aux rebelles dans la forêt se déroule comme une partie de chasse : quatre à six hommes, un officier et un pisteur local. L’objectif consiste à désorganiser les liaisons de l’ennemi et surtout à créer un climat d’insécurité qui incite les séparatistes à abandonner la lutte armée. Dès le 7 juin 1958, le général Nyobé Pandjock, chef militaire de l’UPC, est abattu au « cours d’un raid monté sur renseignement ». Le 13 septembre, Ruben Um Nyobé est victime d’une opération similaire, son corps est immédiatement coulé dans un bloc de béton pour éviter d’avoir un martyr. Commence alors la phase de « ralliement » : journal destiné au milieux ruraux, « agents de propagande » dans les villages et séances de rééducation concoctées par les officiers de l’action psychologique.

Combien de victimes derrière cette ultime réaction du pouvoir colonial ? Dans un témoignage non démenti, Max Bardet (OK Cargo ! , Editions Grasset, 1988), ancien pilote d’hélicoptère français présent au Cameroun entre 1962 et 1964, avance comme bilan des bombardements au napalm effectués cette fois-ci en pays Bamiléké le chiffre de 300  000 à 400  000 morts. Tous les Camerounais savent que pendant les années 1960 et 1970, on exposait sur les marchés de la région les têtes coupées des maquisards de l’UPC. L’histoire reste donc à écrire.

Pierre Messmer ne verra pas la fin des massacres. Dès l’automne 1958, il a été promu à Brazzaville, Haut-commissaire pour l’Afrique équatoriale française. Il continue son ascension vers les sommets du pouvoir : ministre des Armées (neuf ans, un record sous la Ve République), Premier ministre (deux ans) et enfin, l’immortalité de l’Académie française.

La pacification camerounaise fut une politique d’Etat, et Messmer n’en est certainement pas le seul architecte. Mais si l’on évoque la figure de l’autorité, n’oublions pas sa face la plus dure, celle de l’exercice de la violence légitime de l’Etat. Violence dont tout homme d’Etat doit pouvoir un jour rendre compte devant l’Histoire.

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Ehim

22H03 30/08/2007

Vous avez oublié, dans votre historique de la 13ème DBLE l’épisode de Narvik. Mais ce n’est q’un détail de l’histoire. Messmer y était-il ?

Cela dit, voilà un beau parcours gaulliste qui montre aux nostalgiques du Grand Con comment se sont construites la grandeur et la décadence de l’Empire.

http://ehim.over-blog.com

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ira

22H12 30/08/2007

Messmer n’était pas à Narvik (13av40). Il n’est entré à la 13e qu’après avoir rejoint Londres en détournant un cargo.
C’était un soldat. L’Histoire jugera.

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Ehim

10H49 31/08/2007

Encore une erreur de jugement, Alviano. Une de plus.
Si la Résistance n’avait pas existé, nous serions sous domination américaine ou la France serait devenue une colonie anglaise. Mais certainement pas nazie ni communiste.

Et puis cessez de commenter les commentaires des uns ou des autres pour les embarquer dans d’interminables polémiques stériles qui n’intéressent personne. Les gens sont assez grands pour juger sans vous de la valeur des commentaires. Et ils peuvent voter pour ou contre.

Si vous tenez absolument à vous faire remarquer, essayez de le faire de manière intelligente. Commentez plutôt les articles, ou essayez …

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Gérard Gastaud | Photographe à Paris

22H22 30/08/2007

Il serait bien d’evoquer le role de Messmer dans les essais nucleaires, au Sahara. De nombreux appeles qui ont ete malades a cause des radiations, ont tente par la suite d’amener en vain, ce scandale devant la justice.

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David Servenay | Rue89

23H10 30/08/2007

D’accord avec vous, l’affaire des irradiés du Sahara est passionnante à bien des égards. Nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir, car elle vaut plus qu’une simple mention.

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Olhiver

23H02 30/08/2007

Effarant.
Merci pour la remise à l’heure.

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David Servenay | Rue89

23H56 30/08/2007

Pouvez-vous sourcer cette information? Que signifie des dossiers « rachetés »? Je n’ai jamais eu vent de ce genre de pratique, surtout que l’armée a jusqu’à l’an dernier soigneusement opposé le secret-défense sur toutes les données médicales des 150 000 militaires et civils ayant eu un contact avec les sites nucléaires, au Sahara et en Polynésie.
Dans ces conditions, je ne vois pas bien l’utilité de faire disparaître des « preuves compromettantes ». Si vous souhaitez nous en dire plus, hors forum, utilisez le formulaire
contact@rue89.com

Merci.

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moanaura walker

08H49 31/08/2007

j’ai eu cette information lors d’une conférence donnée il y a 10 ans par mr Jean-Marc Régnault professeur d’histoire à l’université de Polynésie, le thème portait sur le transfert des essais nucléaires vers le pacifique suite à l’accession de l’algérie à son indépendance, ce monsieur a également écrit quelques livres sur la situation politique en Polynésie française.
De par les postes de ministre qu’il occupait vers les années 60-70, P.Messmer était l’un des artisans de l’installation du CEP (centre d’expérimentation du pacifique).
mais je suis désolé de ne pouvoir en dire plus sur cette curieuse procedure d’achat d’archives à titre personnel.

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puerta13

23H48 30/08/2007

R89 ! Si tu savais comme je t’aime…

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galeazzo

23H50 30/08/2007

Bonsoir,
Serait-il possible que Rue89, en temps utile, nous dise si l’ambassadeur du Cameroun a assisté à l’enterrement du sus-dit ?

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David Servenay | Rue89

00H02 31/08/2007

Vous avez tout à fait raison, c’est d’ailleurs précisément pour cette raison que le parcours de Pierre Messmer est intéressant au regard de l’Histoire.

Soldat, résistant, administrateur colonial et enfin homme politique, où il applique -peut-être avec des états d’âme, mais ce n’est pas ce qu’il donne à voir dans ses mémoires- des doctrines militaires dont l’inspiration puise à la fois dans la vision militariste de la société d’un Lénine et dans les idées de « la guerre totale » du maréchal Ludendorff, théoricien nazi de la guerre.

Etonnant, non, comme cheminement? En filigrane, cela pose la question des hommes d’Etat: peuvent-ils échapper à la part d’ombre qu’offre immanquablement l’exercice du pouvoir?

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David Servenay | Rue89

11H48 31/08/2007

Sur Ludendorff…

1/ D’abord, mea culpa, cet ex-général en chef des armées allemandes rejetta à la fin de sa vie la proposition de Hitler de l’honorer du grade suprême. Erich Ludendorff était donc bien, seulement, général. Il faillit devenir maréchal…

2/ J’ai entre les mains la traduction française de son dernier ouvrage, « la guerre totale », publiée en 1937 chez Flammarion (on peut trouver le livre chez les bouquinistes). Cet ouvrage, publié l’année précédente en Allemagne, détaille sur 138 pages l’architecture doctrinale de la pensée militaire du IIIème Reich.
En résumé, reprenant les thèses de Clausewitz, il explique qu’une guerre moderne ne peut se concevoir que par un engagement total de la société dans le conflit: des forces économiques, en passant par les forces armées, le peuple (hommes, femmes, enfants) ayant pour vocation de suivre à tout prix le chef qu’il s’est choisit.
Au passage, notez que Ludendorff s’en prend alors aux catholiques, aux franc-maçons, aux juifs, bref, tout ce qui n’est pas -racialement et politiquement- fiable. Le tout sous l’égide de « l’âme » allemande, l’esprit volkisch si vous préférez dans le texte.
La suite des événements: invasion de l’Est pour étendre l’espace vital du peuple allemand, opération Barbarossa, extermination menée par les Einsatzgruppen sur les arrières de la ligne de front et industrialisation du processus dans les camps de la mort… Tout cela est une parfaite application des idées explicitées dans cet ouvrage, qui sera d’ailleurs interdit par la censure en France, avant 1939. Voilà pourquoi je crois que l’on peut parler de « théoricien nazi de la guerre ».

3/ Toutes ces thèses vont être récupérées, après-guerre, à partir de 1947-48 par de brillants esprits qui, dans l’armée française, s’interrogent sur les raisons de la défaite et, corrélativement, de la victoire militaire -au moins dans un premier temps- des nazis. Or, la doctrine de la « guerre révolutionnaire » élaborée par le colonel Lacheroy ou la « guerre moderne » pour le colonel Trinquier, n’est rien d’autre qu’une adaptation de la « guerre totale » de Ludendorff.

Le processus décrit ci-dessus pour le Cameroun: recensement, concentration, chasse aux maquisards, exécutions extra-judiciaires de civils, propagande, ralliement… ressemble trait pour trait au processus mené par les troupes SS en 1941-42, l’ultime phase d’extermination en moins. Je répète, en l’état actuel de nos connaissances.

C’est ce qui est inquiétant dans cette histoire: pourquoi et comment des résistants qui avaient combattu les nazis pendant la guerre ont pu, quelques années plus tard, récupérer un savoir-faire militaire qu’ils ont alors utilisé contre d’autres ennemis, dans les colonies.

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Bebert Cassandre

12H42 31/08/2007

C’est pourtant simple!
Parce que tout homme a son sous-homme…

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Prolo du livre

13H36 31/08/2007

« C’est ce qui est inquiétant dans cette histoire: pourquoi et comment des résistants qui avaient combattu les nazis pendant la guerre ont pu, quelques années plus tard, récupérer un savoir-faire militaire qu’ils ont alors utilisé contre d’autres ennemis, dans les colonies. »

De la même manière une partie importante des premiers pieds-noirs étaient issus des milieux socialistes, communistes et anarchistes, de la commune de 1871, exilés, en algérie. Comment une partie de ces gens a-t-elle put devenir « colonisatrice » en ayant prôné l’auto-détermination et l’auto-gestion de paris ?
Un paradoxe que l’on peut souvent retrouver dans l’histoire.

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PonG | rationaliste fondamentaliste à Paris

00H18 04/09/2007

« C’est ce qui est inquiétant dans cette histoire: pourquoi et comment des résistants qui avaient combattu les nazis pendant la guerre ont pu, quelques années plus tard, récupérer un savoir-faire militaire qu’ils ont alors utilisé contre d’autres ennemis, dans les colonies. »

Pour ma part, je m’étonne qu’on s’étonne. Que je sache, en combattant les nazis, Mesmer (comme les autres) n’a pas combattu une doctrine militaire. Il a même au contraire pu en mesurer toute l’efficacité. Qu’il la recycle ensuite à d’autres fins est donc pour le moins normal, militairement parlant, c’est le contraire qui serait curieux.
S’il s’agit bien d’efficacité militaire, rien à dire donc.
En revanche, s’il s’agit des fins….

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philgood75

00H54 31/08/2007

sans vouloir en aucune façon dédouanner Mitterrand de ses responsabilités je ne pense pas qu’à Vichy celui-çi ait eu le moindre pouvoir décisionnaire donc je ne vois pas bien comment on peut encore retrouver ce genre d’arguments lorsqu’on parle de Messmer … Casseroles contre casseroles ,ok ,mais parlons plutôt alors du Miterrand ”algérien ” ça me semblera plus en rapport avec l’article …

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David Servenay | Rue89

09H08 31/08/2007

@ CA de 1h23 et aux autres

1/ Si vous trouvez que les rapports de renseignements du colonel Lamberton, responsable militaire de la ZOPAC, cités par le commandant le Guillou, ne sont pas des « éléments probants », alors je ne sais pas ce qu’il vous faut lire…

Peut-être une récente publication du Collège Interarmées de Défense (CID). Le chef de bataillon Alexandre, stagiaire à l’Ecole supérieure de Guerre, cite le bilan réalisé lors de la visite de la mission des Nations unies en novembre 1958.
Pour la période de septembre 1957 à octobre 1958, il y aurait eu : 75 civils tués, 90 blessés et 91 enlevés ; 200 maisons incendiées ; 371 rebelles tués, 104 blessés et 882 arrêtés in « La campagne oubliée : les opérations de rétablissement de l’ordre au Cameroun entre 1957 et 1959, » publié dans La Tribune du Collège Interarmées de Défense, n° 34, décembre 2004.

Voilà pour les chiffres que j’ai pu retrouver, mais qui ne semble pas conforme à la réalité des exactions de ce dispositif de « pacification ». C’est ce que j’écris: cette histoire reste à écrire.

2/ Bien sûr, on ne peut pas rendre Messmer (ou de Gaulle) responsable de la politique menée au début des années 60 par un Cameroun indépendant. Pourtant, le président Ahidjo apparaît alors comme un chef d’Etat étroitement contrôlé par le secrétaire aux Affaires africaines et malgaches, le tout puissant Jacques Foccart. Et cette politique répressive menée chez les Bassa et les Bamilékés ne peut avoir échapper à la vigilance de Paris.

3/ Je ne crois pas que l’on puisse sérieusement qualifier -en l’état actuel des connaissances- de génocide les événements dont nous parlons. D’abord, parce que la volonté d’extermination d’un groupe n’est pas prouvée. Ensuite, parce que la qualification de génocide se faisant a posteriori, il faudrait avoir beaucoup plus de connaissances sur cette période historique que nous n’en avons aujourd’hui pour voir si les faits correspondent à la définition Lemkin de 1948 et à un processus génocidaire.
Or, à part un livre du romancier Mongo Beti et un récent (et bon) mémoire d’un groupe d’étudiants de l’IEP Paris, je ne connais pas d’autres travaux précis sur le sujet. En dehors des documents militaires cités ici, qui sont loin d’être exhaustifs, vous l’aurez compris.
Si c’est votre cas, signalez-le nous. Sinon, il faudra attendre l’ouverture des archives…

4/ Pour notre internaute belge, les informations lues ici ont été publiées avant la mort de Pierre Messmer, en janvier 2007, dans un livre dont j’ai la faiblesse d’être le co-auteur ;-)

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Mbombock | ing Agronome

15H44 10/10/2007

Ci joint les références du livre d’Achille MBEMBE sur le sujet qui nous occupe.

La naissance du maquis dans le Sud-Cameroun
Achille Mbembe
ISBN : 2-86537-600-1
Prix : 30 €

Les éditions Karthala
22-24, boulevard Arago – 75013 Paris
Tél. : (33) 01 43 31 15 59 – Fax : (33) 01 45 35 27 05

M MBEMBE a réalisé un travail très précis et documenté même si certains commentaires laissent apparaître les rancœurs d’un crypto UPCiste un peu aigri par 50 ans de défaite de ses idéaux.
C’est un livre qui donne de la consistance, de l’épaisseur à ce qui c’est produit au Cameroun après guerre. Il montre aussi, que comme en Algérie, il s’agit d’une guerre civile entre pro et anti français. Enfin, 50 ans plus tard, les traces de cette guerre sont encore palpables. On ne remue pas ces événements sans éveiller de vielles rancœurs et relancer des règlements de comptes.

Ce qui est sur, c’est que M MESMER à bien fait son travail, lui et toute l’administration coloniale qui au sortir de la guerre 14 18 hérita de son morceau de Cameroun sous « Protectorat ». Cette question dépasse les clivages Gauche Droite.

Enfin il me semble que c’est d’abord aux Camerounais que revient le droit d’inventaire sur ce qu’ils ont vécu. Et plus encore que la France avec l’occupation et la guerre d’Algérie, c’est un travail qui s’annonce difficile voir douloureux.

PS : A lire également dans un article paru dans le Courrier International la réaction de M MBENBE au discourt de Dakar prononcé par le nouveau président français.

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Servais-Jean | Psychanaliste orphelin

01H57 31/08/2007

Je ne pense pas que Messmer soit vu en héro mais il faut avouer qu’il a fait des choses pas si mal que ça, ne serai-ce que sa période 39-45.
Pour ce qui est de l’accident nucléaire en Algérie
j’ai vu un film documentaire d’ARTE il y a moins d’un an qui traitait de ce sujet.
Il en ressortait que c’était une erreur de conception du tir souterrain qui a débouché causant une panique générale. Ceux qui ont vu cet accident, Messmer en était, ont pu s’enfuir, mais les soldats français ou autres, n’ayant pas été avertis sont restés sur place.
L’état a fait et fait encore obstruction pour reconnaitre tous ces malades ou morts d’irradiations, que ce soit en Algérie ou dans le Pacifique.

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addresseur

02H34 31/08/2007

l’homme dont on parle a eu une vie d’aventurier…
il a apparemment été formé aux responsabilités avant ses 30 ans ( envoyé par de gaulle aux antilles en 1943 qui étaient alors gouvernées par un amiral dépendant de l’état français …affaire trés complexe qui impliquait également les allemands, les américains, des navires de guerre et les réserves d’or de la france … le ralliement des antilles à la france libre est un modèle de transition « pacifique » )…
il est de toute manière difficile de juger ce parcours politique dans la perspective stratégique :
1 -de la guerre froide…
2 -de la volonté de de gaulle de s’en extraire et de créer une 3ème voie…
il donne l’impression d’avoir été un « romantique »…

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stefan.agemian

07H00 31/08/2007

N’oublions pas qu’il fût le 1° Ministre tout nuclèaire des centaines de centrales était son voeux le plus cher.Ceux qu’il à fait dans l’armée être un inconditionel au service de la France: comme napalmlisateur? guettolisateur? au Cameroun ,et atomisateur au Sahara ,le sang impur verçer pas dans nos sillons ne lui répugner pas .Je comprend Sarkosy de l’avoir eu prés de lui ,il est lui aussi un destructeur interrieur de la FRance ces lois Françaises . J’en a prend de rue 89 merci .
p.s:mon parrain de baptème chasseur alpins ARméniens fils de génocider par les ottomans était allait a Narvik,ouf y avait pas Messmer

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Thorgal46 | Informaticien dans le Lot

09H55 31/08/2007

Une question et une suggestion pour Rue89 (que j’apprécie de plus en plus) :
Pourquoi attendre la disparition de tel ou tel homme politique pour nous éclairer sur le parcours de sa vie ?
On a souvent l’impression que les politiques n’ont pas de passé, qu’ils sont le fruit de l’instant présent.
Il serait je crois, très instructif et éclairant de connaitre les parcours de ceux qui souhaitent nous gouverner ou prétendent nous montrer la voie…

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Prolo du livre

13H26 31/08/2007

« Fier d’être français »…

On retrouve ce slogan assez souvent chez, en vrac, le F.N., les skinheads d’extrême droite (R.A.C., N.S., et souvent apo), Amel Bent, le Pe-Timonier, le K.O.P. de Boulogne, et Max Gallo, pseudo historien squattant les étals librairie des marchands de culture foireux comme la FNAC, Carrefour, Virgin, avec des bouquins sur les dynasties égyptiennes romancés, les fastes et grandeurs de la vieille france (renaissance, moyen-âge, etc.).
Ne fait-il pas partie de cette bande d’intello racistes : Hélène Carrère d’Encausse, Finkielkraut, etc. ?
« L’équipe de france est black-black-black, nous sommes la risée de toute l’europe ».

« Car citez moi une seule personne ayant participer activement à la création des nations du monde entier qui n’ait pas dans son passé un côté sombre ! »
Effectivement, mais le moindre mal est d’assumer son passé.

Non, pas fier d’être français, ne me pardonnez pas de ne jamais mettre de majuscule à france et français, surtout quand les deux sont réunis dans la même phrase…

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brogilo | in angulo

17H56 01/09/2007

Le cheminement de Max Gallo est assez gerbant.
Personnellement, ça tourne au prurit.

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intrepide77

13H29 31/08/2007

j’ai écrits un long texte sur les évènements au cameroun que j’ai vécu et je n’ai pas été publié too bad !

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philgood75

13H40 31/08/2007

cette vieille histoire  » , »non au masochisme occidental  » « assez de repentance »
quelle hypocrisie ! ouvrez un manuel d’histoire justement et voyez ou est la repentance ,ou sont les excuses à l’Afrique colonisée dans son ensemble et surtout regardez à la lumière des 30 dernières années quelles leçons en avons nous tirer ; qui exploite les richesses ,qui soutient les dictateurs ,qui tire les ficelles des trafics d’armes sur le continent tout entier ,qui méprise l’Afrique jusque dans les mots qui blessent par leur mépris à peine voilé :
” Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.”(N.S ,Dakar 26 juillet 2007)
Non decidement ce n’est pas une vieille histoire (c’était quand déjà le Rwanda ?)c’est tout les jours qu’il nous faut oublier notre supériorité d’homme blanc méprisant et regarder enfin un jour l’ Afrique et les africains d’égal à égal.Nous en sommes loin et nous n’avons pas fini d’en payer le prix jusque dans nos banlieues .

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enediol

13H45 31/08/2007

Un éclairage utile et indispensable quand la politique officielle prétend restituer la mémoire exacte d’un serviteur de l’Etat. Ne pas taire les zones d’ombre est son devoir, par simple respect de la vérité historique.

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enediol

14H01 31/08/2007

Un éclairage utile et indispensable quand la politique officielle prétend restituer la mémoire exacte d’un serviteur de l’Etat. Ne pas taire les zones d’ombre est un simple devoir de respect de la vérité historique.

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enediol

14H04 31/08/2007

Un éclairage utile et indispensable quand la politique officielle prétend restituer la mémoire exacte d’un serviteur de l’Etat. Ne pas taire les zones d’ombre est un simple devoir de respect pour la vérité historique.

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enediol

14H12 31/08/2007

Un éclairage utile et indispensable quand la politique officielle prétend restituer la mémoire exacte d’un serviteur de l’Etat. Ne pas taire les zones d’ombre est un simple devoir de respect de la vérité historique.

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enediol

14H17 31/08/2007

Un éclairage utile et indispensable quand la politique officielle prétend restituer la mémoire exacte d’un serviteur de l’Etat. Ne pas taire les zones d’ombre est un simple devoir de respect de la vérité historique.

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enediol

14H32 31/08/2007

Un éclairage utile et indispensable quand la politique officielle prétend restituer la mémoire exacte d’un serviteur de l’Etat. Ne pas taire les zones d’ombre est un simple devoir de respect de la vérité historique.

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enediol

14H35 31/08/2007

Un éclairage utile et indispensable quand la politique officielle prétend restituer la mémoire exacte d’un serviteur de l’Etat. Ne pas taire les zones d’ombre est un simple devoir de respect de la vérité historique.

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krisskomicks

08H30 01/09/2007

Pourriez vous éteindre la lumière en sortant ?
Merci !

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brogilo | in angulo

17H46 01/09/2007

Cet humour-là, j’aime bien.
Merci krisskomicks.

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Simius | from France

01H46 01/09/2007

La presse alternative. Bravo :) Il est important d’avoir une intégrité historique.
Par contre comme l’on dit beaucoup le pouvoir rend tout sauf gentil. C’est sur la base de « saloperies » que s’est batie la richesse de l’Occident. La « Fable des Abeilles » reste éternelle malheureusement.

Lutte d’indépendance

Les vétérans camerounais exigent des réparations

L’association des vétérans du Cameroun, Asvecam, entend regrouper les anciens combattants nationalistes encore en vie traqués par l’armée française au plus fort des revendications indépendantistes, dans le cadre d’une action de lobbying en faveur d’une reconnaissance officielle par la France de son rôle dans ce qu’ils considèrent comme un génocide

Le poids de l’âge et les séquelles qui marquent à jamais leurs corps décharnés n’ont pas entamé leur verve. Même si la nostalgie a tendance à hanter encore, de temps en temps, leur vision, leur combat d’aujourd’hui se décline autrement pour les anciens combattants nationalistes. Après avoir risqué leur vie au nom de la nation, ils aspirent à la reconnaissance. Las d’attendre le geste d’un peuple camerounais amnésique qui semble plus préoccupé par la sauvegarde du pain quotidien, les héros parfois anonymes de la résistance nationale, viennent de s’organiser en force de lobbying. “ Aucun livre d’histoire ne rapporte cette lutte au cours de laquelle de valeureux fils et filles de notre peuple ont péri. C’est pour la réhabilitation de la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour la liberté des Camerounais que les survivants, enfants, veufs et veuves de ces combattants et combattantes ont décidé de créer cette association, pour sortir ce pan de notre histoire de l’oubli ”, a expliqué le président Mathieu Njassep au cours de la conférence de presse que l’association a donné lundi 29 mai à Douala.
La quête de reconnaissance interne de leur action est donc le premier objectif de l’Asvecam. Certes, les leaders de la lutte anti-coloniale que sont Ruben Um Nyobé, Félix-Roland Moumié et Ernest Ouandié ont été réhabilités par le gouvernement. Mais cette réhabilitation ressemble beaucoup à un simple acte de façade. Sinon comment comprendre que cela ne se soit pas accompagné de leur intégration dans l’histoire du pays ? “ Pas une rue, pas un monument ne porte leur nom ”, constate l’Asvecam qui s’assigne la tâche de rétablir la mémoire de ceux des combattants qui sont morts et n’ont toujours pas de sépulture digne de ce nom. Pour les survivants, l’association veut “ rassembler et recenser tous les vétérans de la lutte de libération afin de mettre sur pied un réseau de solidarité pour leur restituer la dignité et les honneurs qu’ils méritent pour avoir mené la lutte d’indépendance. ” Selon les statistiques de l’association, ils sont déjà environ 200 à avoir été recensés.
Mettre la France devant ses responsabilités
Le devoir de mémoire et de reconnaissance poursuivi par l’Asvecam entraîne un corollaire : “ des réparations, pour panser les plaies d’un lourd contentieux historique. ” Certaines statistiques estiment à un million, le nombre de Camerounais tombés sur le champ d’honneur, repartis dans les zones de guerre du pays bassa, bamiléké, dans le Moungo, le Sud, etc., qui abritent selon les survivants, de nombreux charniers. Visée par cette demande de réparations, la France est coupable d’avoir réprimé dans le sang et ce illégalement, une lutte nationaliste légitimée par l’Onu qui assurait alors la tutelle du Cameroun. “ Le rôle de la France mérite que les responsabilités soient établies. Elle doit, ainsi qu’en Algérie (seul pays d’Afrique coloniale française avec le Cameroun, à avoir subi une répression sanglante de la lutte de l’indépendance) reconnaître officiellement son génocide ”, exigent les anciens combattants nationalistes.
Pour conduire avec succès cet ultime combat, une mission conduite parallèlement par le vice-président, le jeune François Nyétam dont le père fut l’un des héros de la lutte de libération et le président Mathieu Njassep a récemment séjourné en Afrique australe, notamment en Angola et en Afrique du Sud pour s’inspirer de l’expérience de ces pays. Dans ce dernier pays par exemple, l’ancien président Nelson Mandela vient de lancer un appel de fonds pour soutenir les milliers de personnes qui ont combattu le régime raciste de l’apartheid et qui vivent aujourd’hui dans la misère. Sur place, l’Asvecam s’emploie actuellement à cet effet, à rassembler la documentation, les témoignages et les photos de cette période noire afin que nul n’en ignore. Surtout les jeunes générations qui ont le droit de connaître la vérité. Ce devoir de vulgarisation, précise l’association, va se faire sans esprit de revanche ni amertume, mais avec responsabilité et sérénité pour que l’histoire de notre pays au siècle dernier, soit enfin complétée par cette partie importante de la mémoire collective. 

Par Frédéric BOUNGOU
Le 02-06-2006

 

 

 

8 octobre 2008 – « 17 octobre 1961 – 17 octobre 2008″ 47ème anniversaire « Vérité et justice »

Rassemblement le 17 octobre 2008 à 18h30 au Pont Saint-Michel à Paris

Le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d’Algériens manifestaient  pacifiquement à Paris contre le couvre feu discriminatoire qui leur  avait été imposé par Maurice Papon, Préfet de police de Paris. Ils défendaient  leur droit à l’égalité, leur droit à l’indépendance et le droit des peuples  à disposer d’eux-mêmes. Ce jour-là, et les jours qui suivirent, des milliers de ces manifestants furent arrêtés, emprisonnés, torturés ou, pour nombre  d’entre eux, refoulés en Algérie. Des centaines, victimes d’une violence et d’une brutalité extrêmes, perdirent la vie aux mains des forces de police, suivant les ordres de leurs  supérieurs.

47 ans  après,
la Vérité est en marche. Cependant,
la France n’a toujours pas  reconnu sa responsabilité dans les guerres coloniales qu’elle a menée -, en  particulier
la Guerre d’Algérie – non plus que dans le cortège de drames et  d’horreurs qu’elle a entraînés ou dans ce crime d’Etat que constitue le 17  octobre 1961. Certains osent encore aujourd’hui continuer à parler  des ‘bienfaits de la colonisation’ et des honneurs ‘officiels’ sont rendus  aux criminels de l’OAS. Malgré un discours, parfois ambigu et contradictoire, sur le passé colonial de
la France, la politique menée par le Président de
la République témoigne d’une réelle volonté de sa réhabilitation.

Le gouvernement a annoncé la création d’une ‘Fondation pour la  mémoire de
la Guerre d’Algérie’, en application de l’article 3 de cette loi  du 23 février 2005 dont un alinéa de l’article 4, aujourd’hui disparu, voulait initialement inciter les enseignants à présenter les ‘aspects  positifs de la colonisation’. Une telle Fondation risque de se retrouver sous la  coupe d’  associations nostalgiques qui voudraient pouvoir exiger des historiens qu’ils se plient  à la mémoire de « certains » témoins. Or, pour être fidèles à leur mission scientifique, les historiens ont  besoin de pouvoir accéder librement aux archives, échapper aux contrôles des pouvoirs  ou des groupes de pression et travailler ensemble, avec leurs homologues, entre les deux rives de 
la Méditerranée. Or la nouvelle loi sur les archives votée en 2008 fixe des délais de consultation aux dossiers judiciaires qui retardera en particulier les recherches sur l’organisation criminelle de l’OAS que certains, au sein même du parti du Président de
la République, cherchent à réhabiliter.

La recherche de la vérité s’impose pour cette période sombre de notre  histoire comme elle s’est imposée pour la collaboration vichyste avec  l’Allemagne nazie. Ce n’est qu’à ce prix que pourra disparaître la  séquelle la plus grave de la guerre d’Algérie, à savoir le racisme dont sont  victimes aujourd’hui nombre de citoyens ou de ressortissants d’origine maghrébine ou des  anciennes colonies.

Un certain nombre de collectivités locales ont baptisé des places à la mémoire des victimes du 17 octobre 1961 et nous appelons au développement de ces lieux de mémoire ainsi que la mobilisation de la population devant ces lieux déjà existant.

Pour exiger :

- la reconnaissance officielle du crime commis par l’Etat français les 17 et 18 octobre 1961

- la liberté d’accès effective aux archives pour tous, historiens et  citoyens

- le développement de la recherche historique sur ces questions dans un  cadre franco-algérien et international

Rassemblement : Vendredi 17 octobre à 18h30 au Pont Saint Michel à  Paris

Là où tant de victimes furent jetées à
la Seine il y a 47 ans.

Organisations signataires : 17 Octobre contre l’Oubli, A.L. (Alternative Libertaire), ACCA (Agir Contre le Colonialisme Aujourd’hui), ACU (Association des Communistes Unitaires), AMF (Association des Marocains de France), Au Nom de la Mémoire, Les Alternatifs, APCV (Association de Promotion des Culture et du Voyage), ARAC (Association Républicaine des Anciens Combattants), ATF (Association des Tunisiens en France), ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins en France), Droits Devant, FTCR, GISTI, Les Oranges, LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire), LDH (Ligue des Droits de l’Homme), L.O. (Lutte Ouvrière), MJCF (Mouvement de la Jeunesse Communiste de France), Mouvement de la Paix, MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples), Panthères Roses, PCF (Parti Communiste Français), PCOF, SUD Education, Union Syndicale Solidaire, Les VERTS.

7 octobre 2008 – Ni 1.0., ni 2.0. : le 16 octobre, nous dirons tous « Non à EDVIGE »

Communiqué du Collectif « Non à EDVIGE »

À Paris comme dans toutes les régions de France, citoyens et élus diront « Non à EDVIGE » au cours de rassemblements organisés par le Collectif national et par un nombre croissant de Collectifs locaux. 

Le Collectif a pu avoir connaissance de l’ensemble des documents transmis à
la CNIL pour avis par le gouvernement. Un projet de texte portant retrait du décret EDVIGE en fait bien partie, malgré les petites cachotteries mesquines du ministère de l’Intérieur qui n’avait transmis sciemment qu’une partie des documents aux organisations syndicales membres du Collectif. 
Cette nouvelle version est le résultat de la première vague d’une formidable mobilisation citoyenne. Cette mobilisation va se poursuivre et se manifester avec force le 16 octobre pour dire « Non à EDVIGE », parce que la version 2.0 n’est pas plus acceptable que la version 1.0. 

Plusieurs aspects importants et tout aussi dangereux demeurent dans la version 2.0. Deux finalités très différentes sont toujours amalgamées : enquêtes administratives et suspicion de risques pour la sécurité publique. Par ailleurs rien n’indique que le fichage départemental des « personnalités » sera dénué de tout danger puisqu’aucun texte n’est encore paru à ce sujet. 

Les enfants sont toujours fichés, dès 13 ans, avec un « droit à l’oubli » en trompe l’oeil.
La Défenseure des enfants souligne d’ailleurs dans son avis sur le projet EDVIGE 2.0 que, « tant par le contenu des informations qui seront conservées, que par la durée de conservation des données et leur droit de vérification ainsi que d’éventuelle rectification par le mineur ou ses parents ou représentants légaux », ce texte lui parait « encore en contradiction avec les exigences de
la Convention internationale des droits de l’enfant notamment en ce qui touche la protection de leur vie privée et le droit d’accès et d’opposition aux données les concernant ». 
Les enfants comme les adultes sont toujours fichés sur de simples suspicions, sans avoir commis aucune infraction, et sans même que ces suspicions reposent sur « le recours ou le soutien actif apporté à la violence » qu’ils manifesteraient, comme le spécifiait la formulation du décret de 1991. 

Des données extrêmement sensibles sont toujours collectées et traitées : origines « raciales » ou ethniques, opinions philosophiques, politiques ou religieuses et appartenance syndicale. Le scandale des services de renseignement cherchant à savoir si « des gens de confession autre que chrétienne » font partie du personnel d’une collectivité locale, récemment dévoilé par la Région Rhône-Alpes, vient confirmer s’il en était besoin que les inquiétudes exprimées par les signataires de l’Appel « Pour obtenir l’abandon d’EDVIGE » sont loin de relever du fantasme. La ministre de l’Intérieur s’en défend maladroitement, invoquant une « initiative individuelle ». Mais de telles initiatives sont toujours à craindre, avec l’étendue des personnels pouvant consulter le fichier, couplée à la « culture du chiffre » d’une logique techno-policière qui ne reconnaît plus aucun garde-fou. 

Des représentants du Collectif « Non à EDVIGE » seront reçus par le président de
la CNIL le 8 octobre prochain et lui exposeront leurs arguments sur tous ces points avant que
la Commission rende son avis au gouvernement sur le projet EDVIGE 2.0. 
Le Collectif national tiendra une conférence de presse le 14 octobre pour annoncer les manifestations du 16 octobre, journée nationale de l’expression du « Non à EDVIGE ». 

Au-delà du 16 octobre, la mobilisation se poursuivra pour élargir la réflexion des citoyens à la question du fichage des personnes sous toutes ses formes et de l’atteinte aux libertés individuelles, éternelles sacrifiées sur l’autel de la sécurité.

La mission civilisatrice , Par Dino Costantini / Extrait du site www.lmsi.net ( Collectif lesots sont importants )

Mercredi 15 octobre 2008

La mission civilisatrice (Première partie),

Généalogie de l’idée coloniale

 

Par Dino Costantini, 7 septembre

Introduction

Dino Costantini propose dans le texte qui suit de revenir sur le lien ambigu qu’ont entretenu la théorie des droits de l’homme et le pouvoir colonial. Il montre comment la question coloniale a influencé en profondeur la construction de l’identité politique française, comment la République française a régulièrement violé dans ses colonies les principes démocratiques et humanistes dont elle se réclamait dans sa patrie, et comment, grâce à l’idée de « mission civilisatrice », elle a progressivement transformé ces principes en un instrument de justification de la domination. Ce texte est extrait du livre Mission civilisatrice. Le rôle de l’histoire coloniale dans la construction de l’identité politique française [1], que nous recommandons vivement.

Article

La mission civilisatrice , Par Dino Costantini / Extrait du site www.lmsi.net ( Collectif lesots sont importants ) dans LA FRANCE ET SON PASSE COLONIAL DINO_-8 « Pourquoi donc suis-je ici ? Ai-je le droit d’y rester et d’y parler en maître ? L’acte de conquête qui m’a fait place en ce lieu n’est-il pas, en vérité, un acte de spoliation qui laisse une marque de tare originelle sur toute chose que j’accomplis ? Citoyen de la France républicaine, fils du pays qui fut le héraut de la justice, du pays qui, pendant un demi-siècle, ne cessa de protester contre la violation du droit commise sur lui en 1871, ne suis-je pas ici l’instrument de la force contre le droit d’autrui, et quelque sacré que me soit l’intérêt de ma Patrie, puis-je effacer devant lui la pensée qu’au regard de la morale supérieure cet intérêt n’a pas de fondement légitime ? »

Albert Sarraut, Grandeur et servitude coloniales

Jules Harmand, dans un classique de la littérature coloniale du début du XXe siècle intitulé Domination et colonisation, soutient que le phénomène historique du colonialisme moderne possède une base biologique ou sociobiologique qui le place dans la continuité d’une série de phénomènes observables dans les règnes végétal et animal. Jules Harmand construit sa thèse autour de l’usage que la langue fait du terme « colonisation ». En français, il peut désigner l’établissement d’un groupe biologique dans un lieu diffèrent de son lieu d’origine. Un groupe animal qui trouve refuge dans un lieu différent de celui qui l’a vu naître est en effet défini, comme une « colonie ». En biologie cellulaire, une colonie de micro-organismes désigne un ensemble de bactéries réunies pour former un individu de niveau supérieur.

Le terme « coloniser » renvoie alors à la multiplication et à l’installation de groupes de bactéries dans plusieurs parties du corps. Dans cette optique, la « colonisation » apparaît comme un phénomène naturel de dislocation et de prolifération des organismes vivants, exprimant le besoin de conservation et d’expansion uniformément partagé par toutes les espèces.

« Le besoin d’expansion se rencontre partout dans la nature. Il se montre si intimement lié aux instincts départis à tous les êtres que l’on peut y voir une des manifestations essentielles de la vie  [2]. »

Le besoin d’expansion se concrétise à travers des stratégies de dissémination diversifiées, par lesquelles les différentes espèces poursuivent le même objectif : la conservation par l’extension des espaces occupés. Cette interprétation du colonialisme puisant dans la biologie rend superflue toute justification. Dans les règnes animal et végétal, la capacité de coloniser révèle la vitalité relative de chaque espèce. Il en va de même dans les sociétés humaines. Toutes tendent à l’expansion, mais seules les plus fortes, les plus vives, les plus adaptées à la vie la réalisent. L’expansion peut prendre des aspects violents et engendrer la destruction de sociétés moins vives, mais elle ne peut être condamnée pour autant ; par l’expansion s’accomplit en effet la sélection des énergies meilleures de l’espèce humaine, qui améliore ainsi ses chances de survie.

Le phénomène historique du colonialisme trouve sa raison d’être dans cette loi de la nature, nécessaire et éternelle, qui pousse les espèces les plus fortes à augmenter leur espace vital au détriment des espèces les plus faibles. Pour Jules Harmand, la domination occidentale du monde ne nécessite donc aucune justification au-delà de sa propre existence. Le colonialisme, qui dépend d’un instinct naturel, recèle son bon droit : si l’Occident domine le monde c’est parce que les populations qui l’habitent sont naturellement adaptées à le faire.

La théorie de Jules Harmand évoque de près les Principes de colonisation et de législation coloniale d’Arthur Girault, publiés pour la première fois à Paris en 1895. Ce livre remporta un grand succès, devenant un véritable classique de la littérature coloniale, et participa à la formation de générations de fonctionnaires. Selon Olivier Le Cour Grandmaison, le livre de Arthur Girault représente une synthèse accomplie des connaissances de l’époque :

«  Ici, c’est l’absence d’originalité du texte qui fait pour nous son intérêt majeur en ce qu’il révèle, de façon sans doute assez fidèle, l’état des savoirs en cette fin de siècle et celui de leur diffusion au sein de la société par un universitaire dont l’ouvrage, devenu un classique, a été plusieurs fois réédité  [3]. »

Dans l’édition de 1895, Arthur Girault s’inspire directement de l’évolutionnisme social de Spencer :

«  C’est une loi générale non seulement à l’espèce humaine, mais à tous les êtres vivants, que les individus les moins bien doués disparaissent devant les mieux doués. L’extinction progressive des races inférieures devant les races civilisées ou, si l’on ne veut pas de ces mots, cet écrasement des faibles par les forts est la condition même du progrès [4]. »

Le point de vue d’Arthur Girault trouve dans l’évolutionnisme la clé pour résoudre scientifiquement les dilemmes moraux soulevés par la conquête coloniale :

« Sans doute, il faut plaindre les sauvages détruits par les Blancs, mais est-ce que tout progrès n’entraîne pas des souffrances, avec lui ? Seulement les souffrances sont passagères et le progrès est définitif. Voyez l’Australie : là où quelques milliers de sauvages végétaient misérablement, plusieurs millions d’Anglo-Saxons vivent dans l’abondance. Les nouveaux Australiens ont plus de bien-être que les anciens, ils sont plus civilisés et plus éclairés. Le résultat définitif est donc bon [5]. »

La théorie de l’évolutionnisme social, bien qu’encore influente dans les milieux coloniaux français des années 1930, ne satisfait pas le besoin de moralité incarné par les défenseurs du « nouveau discours colonial ». La pleine continuité proposée par Arthur Girault et Jules Harmand entre fait colonial et fait biologique présente le colonialisme comme un fait naturel, mais n’en cache pas le caractère tendanciellement violent.

Dans cette mesure, cette théorie n’est pas adaptée pour incarner les nouvelles stratégies de légitimation que les milieux coloniaux perçoivent comme nécessaires, des stratégies ne se contentant pas de revendiquer la nécessité du fait colonial, mais entendant argumenter en faveur de son bon droit. Cette nécessité s’exprime dans le curieux destin du livre d’Arthur Girault à travers ses éditions successives. Republié en 1943 sous la forme d’une édition revue et condensée par Maurice Besson, sous-directeur au ministère des Colonies et directeur de l’Agence économique des colonies françaises, le texte d’Arthur Girault est significativement épuré de toute référence à l’évolutionnisme social, et devient le véhicule de la nouvelle doctrine officielle de la colonisation.

Cette nouvelle version représente ainsi la volonté de renouvellement que les milieux coloniaux se sont appropriée durant ces années, une volonté qui passe par l’abandon de l’analogie biologique et vise à la progressive moralisation des arguments coloniaux.

L’un des partisans de la moralisation est Georges Hardy, historien, géographe et sociologue, également recteur de l’académie d’Alger pendant dix ans et directeur honoraire de l’École coloniale. Selon lui, insister sur le caractère naturel de la colonisation risque d’empêcher de saisir la spécificité de la colonisation contemporaine. Ce qui compte pour comprendre le phénomène historique de la colonisation n’est pas ce qui ce qui le lie à la colonisation végétale et animale, mais ce qui l’en sépare toujours plus. Pour comprendre la spécificité de la colonisation contemporaine, Hardy conseille de

« ne pas confondre la colonisation avec les différents modes de l’expansion ou de la dissémination primitive : invasion, migration, refoulement, conquête  [6] ».

Le simple transfert spatial d’une population – qu’il soit volontaire ou forcé, comme dans le cas du « refoulement » – ne produit pas en soi du colonial, mais correspond à un mécanisme instinctif que les groupes humains partagent avec les lichens et les fourmis. La colonisation en tant que phénomène historique, pour autant qu’elle puisse s’appuyer sur un instinct partagé par l’homme et tous les autres êtres vivants, est le fruit de l’évolution de cet instinct, une évolution qui en modifie la nature et rend inadéquat à sa compréhension tout réductionnisme de type biologique.

La colonisation du XXe siècle ne peut donc pas être comprise comme la réplique, à l’intérieur des communautés humaines, de mécanismes naturels partagés par une myriade d’autres formes de vie. Elle ne peut pas être réduite au naturel, et tendanciellement violent, besoin d’expansion de tous les êtres vivants. L’émigration est une forme primitive de colonisation, une forme qui reste en deçà du seuil de la conscience, car elle ne représente pas un choix délibéré et partagé, un acte de conscience s’inscrivant dans une politique constructive. La colonisation contemporaine relève en revanche de l’acte conscient : elle est à l’expansion « naturelle » ou « primitive » ce qu’est l’action consciente à l’instinct et à l’inconscience.

Mais que doit-on entendre exactement par colonisation consciente ? Ou plutôt, de quelle façon la colonisation contemporaine s’éloigne-t-elle des modes primitifs de l’expansion, de la dissémination et de la conquête ?

La colonisation consciente est la forme que prend l’instinct d’expansion au terme d’un long processus évolutif par lequel les formes primitives de la dissémination – liées au besoin naturel de diffusion et de conservation des espèces – sont complètement transcendées. Dans la colonisation consciente, l’instinct naturel d’expansion se transforme en un acte délibéré et rationnel, l’action consciente d’une communauté politique réflexive, comme cela apparaissait déjà clairement à Arthur Girault :

« La colonisation […] est un fait voulu, raisonné, propre aux seuls peuples civilisés  [7]. »

D’un acte semblable – conscient, car il relève à la fois de la volonté et de la raison, et politique parce que propre à un groupe et non à un individu – aucune espèce végétale ou animale n’a jamais été capable. Et, même à l’intérieur de l’espèce humaine, seuls les peuples les plus évolués peuvent devenir les sujets de pareille action. Georges Hardy parle d’expansion « civilisée  [C’est là que la colonisation se distingue de l’invasion et de la conquête. Selon Joseph Folliet, docteur en philosophie thomiste, et défenseur d’une justification du colonialisme construite à partir des instruments du droit naturel, la colonisation est un « mode particulier des relations internationales », qui, réduit à sa plus simple expression, « consiste dans l’action autoritaire d’un peuple sur un autre peuple  [« [d’une part, en ce que] les deux peuples demeurent distincts et ne s’incorporent pas dans une même entité nationale, d’autre part en ce que l’un des peuples, supposé de civilisation plus parfaite, entend amener l’autre à un niveau matériellement et moralement supérieur   [11]. »

La colonisation est donc un acte politique rationnel, différant essentiellement de la conquête parce qu’il n’a pas pour but l’intégration du peuple conquis mais sa progressive « civilisation ».

Deuxième partie : Coloniser, civiliser

Post-scriptum

Ce texte est extrait du livre Mission civilisatrice. Le rôle de l’histoire coloniale dans la construction de l’identité politique française, publié par Dino Costantini aux Éditions La Découverte.

Textes de Dino Costantini

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Notes

[1] Publié aux Éditions La Découverte en février 2008

[2] J. HARMAND, Domination et colonisation, Flammarion, Paris, 1910, cité dans G. HARDY, La Politique coloniale et le partage de la terre aux XIXe et XXe siècles, Albin Michel, Paris, 1937, p. 3.

[3] O. LE COUR GRANDMAISON, Coloniser exterminer, op. cit., p. 130.

[4] A. GIRAULT, Principes de législation coloniale, Larose, Paris, 1895, p. 31, cité dans O. LE COUR GRANDMAISON, Coloniser exterminer, op. cit., p. 130.

[5] Ibidem.

[6] G. HARDY, La Politique coloniale…, op. cit., p. 9.

[7] A. GIRAULT, Principes de colonisation et de législation coloniale. Les colonies françaises avant et depuis 1815. Notions historiques, administratives, juridiques, économiques et financières (6e édition entièrement revue et condensée par Maurice Besson), Sirey, Paris, 1943, p. 24. C’est à cette édition du texte, considérée comme une expression significative du nouveau discours colonial, que l’on fera désormais référence.

[8] G. HARDY, La Politique coloniale…, op. cit., p. 4.

[9] Ibidem, p. 13.

[10] J. FOLLIET, Morale internationale, Paris, Bloud et Gay, 1935, p. 48. Le livre replace dans le contexte global des relations internationales les arguments que J. Folliet avait développés plus longuement dans Le Droit de colonisation : étude de morale sociale et internationale, Bloud et Gay, Paris, 1930.

[11] Ibidem, p. 48.

La mission civilisatrice (Deuxième partie), Colonisation e(s)t civilisation

Par Dino Costantini, 9 septembre

Introduction

Pour que le terme de « colonisation » en arrive à la signification qu’il prend au début du vingtième siècle, il faut que soit postulée l’existence de populations pleinement évoluées et capables de se faire les sujets conscients d’une expansion civilisée. Pour mieux saisir le sens de la colonisation en tant qu’expansion civilisée, revenons à la définition du mot « civilisation ».

Article

Première partie : Généalogie de l’idée coloniale

DINO_-7 dans MENSONGES D'ETAT Le Vocabulaire technique et critique de la philosophie, dirigé par André Lalande et édité à Paris pour la première fois en 1926, en recense deux acceptions jusque dans sa dixième édition (1968). Dans la première, « civilisation » se confond avec « culture » :

« A. Une civilisation est un ensemble complexe de phénomènes sociaux, de nature transmissible, présentant un caractère religieux, moral, esthétique, technique ou scientifique, et communs à toutes les parties d’une vaste société, ou à plusieurs sociétés en relations : “La civilisation chinoise ; la civilisation méditerranéenne  [1] ».

Cette définition renvoie à celle, classique, de Tylor qui, dans Primitive Culture en 1871, avait rapproché en ces termes culture et civilisation :

« Le mot culture, ou civilisation, pris dans son sens ethnographique le plus étendu, désigne ce tout complexe comprenant à la fois les sciences, les croyances, les arts, la morale, les lois, les coutumes et les autres facultés et habitudes acquises par l’homme dans l’état social [2]. »

Dans cette optique, la civilisation occidentale ne représente que l’une des nombreuses et diverses civilisations ou cultures peuplant le globe terrestre et faisant sa pluralité et sa richesse. Chacune de ces sociétés, de ces cultures a donc une civilisation, c’est-à-dire un mode caractéristique d’organiser matériellement et symboliquement sa vie collective.

La seconde acception du mot, plus restreinte, a une dimension absolue ; c’est évidemment celle qu’ont en tête Georges Hardy et Arthur Girault lorsqu’ils pensent à la colonisation comme l’œuvre des seuls peuples civilisés :

« B. La civilisation (opposée à l’état sauvage ou à la barbarie) est l’ensemble des caractères communs aux civilisations (au sens A) jugées les plus hautes, c’est-à-dire pratiquement celle de l’Europe et des pays qui l’ont adoptée dans ses traits essentiels. […] Le mot, en ce sens, présente un caractère nettement appréciatif : les peuples “civilisés” s’opposent aux peuples sauvages ou barbares, moins par tel ou tel trait défini que pour la supériorité de leur science et de leur technique, et pour le caractère rationnel de leur organisation sociale [3]. »

Cette seconde définition fait de « civilisation » un concept excluant : il exclut que toutes les cultures soient des civilisations.Dans cette perspective, Joseph Folliet peut dénoncer l’existence de peuples totalement privés de « civilisation » :

« Le concret présente des civilisations, les unes au sens plein du mot, qui se rapprochent plus ou moins de la civilisation, les autres, au sens large, qui s’en éloignent plus ou moins. Enfin, on peut envisager l’hypothèse de peuples si misérables et si dénués qu’on doive refuser de leur appliquer le terme de civilisation [4]. »

Le terme utilisé au singulier contient donc implicitement l’idée d’une hiérarchie entre les différentes civilisations ou cultures, construite à partir de la distance qui les séparent de la définition absolue. Cela signifie que, pour reprendre encore une fois les mots de Joseph Folliet,

« les civilisations données sont inégales, se hiérarchisent entre elles selon qu’elles reflètent purement la civilisation [5]. »

Seuls les pays les plus avancés, ceux scientifiquement et techniquement plus développés, organisés socialement de la façon la plus rationnelle, en pratique, seuls les États occidentaux – ou ceux qui ont adopté les « traits essentiels » de l’Occident, parmi lesquels la capacité de se faire l’acteur d’une expansion de type colonial est certainement décisive – participent, selon cette définition, de la véritable civilisation et peuvent donc se dire civilisés.

Seuls les pays occidentaux doivent ainsi être pensés comme capables de colonisation en tant qu’expansion civilisée. Ils détiennent donc le monopole à la fois de la civilisation et de la colonisation. Selon Arthur Girault, la capacité de coloniser est en effet le signe distinctif permettant de reconnaître les sociétés humaines les plus accomplies :

« Il semble que les nations supérieures en civilisation ont colonisé comme poussées par une force naturelle [6]. »

Le fait que les pays occidentaux soient les seuls à être historiquement capables de « colonisation » fonctionne comme une confirmation du fait que la civilisation occidentale est la plus avancée, ou même qu’elle représente la seule civilisation digne de ce nom car seule capable d’expansion civilisée. La définition de ces concepts présente une circularité évidente, qui démontre comment les thèses de base de la pensée coloniale ont pénétré en profondeur notre vocabulaire.

Le concept de civilisation ne peut être épuisé seulement en relevant son caractère excluant. La définition absolue rapportée ici a le défaut de faire apparaître la civilisation comme un état plutôt qu’un processus. Elle ne dit rien du rapport entre les peuples civilisés et les peuples sauvages ou barbares, qui représente l’objet de la relation coloniale. Elle ne nous aide donc pas à comprendre le lien que la « colonisation » en tant que « civilisation » pose d’emblée entre ces deux termes, à savoir la pleine équivalence entre « colonisation » et « civilisation ».

Dans la tentative d’aborder cette équivalence problématique, il n’est pas inutile de se reporter à la brève étude que le linguiste Émile Benveniste consacre à la genèse du terme civilisation dans ses Problèmes de linguistique générale. « Civilisation » lui apparaît comme l’« un des termes les plus importants de notre lexique moderne […] un de ces mots qui inculquent une vision nouvelle du monde [Le mot apparaît vers la moitié du XVIIIe siècle, plus ou moins en même temps en Angleterre et en France. En 1732, son seul usage connu relève du droit, désignant « un acte de justice, ou un jugement qui rend civil un procès criminel » ; l’usage moderne, dans lequel il devient synonyme de « passage à l’état civilisé », est plus tardif [8].

Le premier texte public dans lequel on le trouve est le Traité de la population de Mirabeau en 1756. Il s’agit, selon Benveniste, d’une recension curieusement tardive car depuis longtemps « civiliser » et « civilisé » étaient employés couramment. Le linguiste explique ce retard par :

«  la nouveauté même de la notion et les changements qu’elle impliquait dans la conception traditionnelle de l’homme et de la société. De la barbarie originelle à la condition présente de l’homme en société, on découvrait une gradation universelle, un lent procès d’éducation et d’affinement, pour tout dire un progrès constant dans l’ordre de ce que la civilité, terme statique, ne suffisait plus à exprimer et qu’il fallait bien appeler la civilisation pour en définir ensemble le sens et la continuité. Ce n’était pas seulement une vue historique de la société : c’était aussi une interprétation optimiste et résolument non théologique de son évolution qui s’affirmait [9]. »

Comme le souligne Benveniste, le terme de « civilisation » a un sens dynamique. Il ne se limite pas à décrire un état – comme le faisait déjà efficacement « civilité » et comme le fait la définition absolue que nous venons d’exposer –, mais fait allusion à un processus, à un déroulement historique orienté vers la réalisation d’un but. C’est ainsi que le terme est compris par exemple par Guizot dans son Histoire générale de la civilisation en Europe publiée en 1838 :

« L’idée du progrès, du développement, me paraît être l’idée fondamentale contenue sous le mot “civilisation” [10] ».

« Civilisation » relève donc d’une philosophie optimiste et progressiste, qui considère l’histoire universelle selon un schéma pseudo-évolutioniste [11], à l’intérieur duquel l’homme progresse, de la barbarie et du primitivisme des origines vers la plénitude de la civilité. La suite de la définition de « civilisation » dans le Vocabulaire technique et critique de la philosophie nous aide à préciser le caractère de ce processus :

« Civilisation, ainsi entendu, implique aussi, dans une assez large mesure, l’idée que l’humanité tend à devenir plus une et plus semblable dans ses différentes parties : “L’histoire nous montre la civilisation s’étendant peu à peu à tous les pays et à tous les peuples” [12]. »

L’évolution du monde vers la civilisation est un processus de progressive unification ou simplification du monde, d’extension de la civilisation à la totalité planétaire. Le terme de « civilisation » ne fait donc pas seulement allusion à l’existence de sociétés culturellement supérieures, mais aussi à la nécessité d’étendre progressivement leurs habitudes culturelles, morales, politiques, religieuses, scientifiques à l’ensemble du genre humain.

La colonisation en tant qu’expansion civilisée est l’acte politique par lequel un peuple évolué prend en charge la civilisation du monde. Selon Georges Hardy, la colonisation est :

« avant tout le principal organe de transmission des acquisitions de l’esprit humain aux parties de la planète que leur situation géographique ou leur volonté d’isolement tenaient à l’écart des courants de civilisation  [13]. »

Il s’agit d’une définition lourde d’implications que nous allons tâcher éclaircir.

Tout d’abord, il convient de souligner le fait que définir le processus de colonisation comme équivalent à un processus de civilisation signifie produire, par une simple définition, une première et complète justification de l’entreprise coloniale, une justification qui non seulement peut être posée comme congruente avec l’universalisme dont la France se vante, mais peut s’appuyer sur lui pour affirmer sa propre nécessité.

Si l’universalisme républicain représente en effet, comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, la quintessence de la civilisation française [14], c’est seulement en référence à la tradition universaliste et républicaine que l’on peut comprendre correctement l’équation posée par la pensée coloniale entre civilisation et colonisation.

Selon Raymond Betts, cette équation constitue le produit le plus spécifique du discours colonial français :

« Aucune théorie coloniale n’a accentué l’idée d’une mission civilisatrice comme l’ont fait les Français en posant la nation comme réformatrice de sociétés elles-mêmes incapables de tout changement significatif  [15]. »

La colonisation en tant qu’instrument de la civilisation du monde se présente donc, par définition, comme l’instrument de la diffusion des valeurs universelles typiques de la tradition française au monde entier. Ainsi défini, le colonialisme français apparaît, non seulement être juste, mais être un devoir : en effet si l’on veut croire en la vocation universaliste de la France – si l’on veut penser que la tradition républicaine compose une part décisive de ce qui se définit comme la civilisation française – l’équivalence entre civilisation et colonisation ici proposée montre que le colonialisme s’estime non seulement congruent avec la vocation à l’universel du pays, mais un instrument fondamental de sa réalisation.

Selon Albert Sarraut [16], le représentant le plus important du « parti colonial », et l’un des théoriciens les plus subtils du colonialisme, seule la disposition à l’universel de la France peut expliquer de façon adéquate la spécificité de la « vocation coloniale française » :

« Le Français est altruiste, son génie a le goût de l’universel, son humanisme, son sens du bien et du bon, son esprit d’équité fomentent les conceptions altruistes qui débordent le cadre national pour étendre sur l’humanité entière un rêve de justice, de solidarité, de bonté fraternelles [17]. »

La nature spécifique du génie français impose à la France, plus fortement qu’aux autres nations européennes, le caractère moral de l’entreprise coloniale. Sa mission est celle les « lumières » de la civilisation française, afin d’« éclairer les chemins où trébuchent douloureusement les races moins fortunées que la sienne [« tout autant l’esclave que le maître de sa conquête [19] » !

Dans son rapport aux colonies, la France, dupée par ses propres mythes fondateurs, risque de se retrouver emprisonnée dans le carcan de la démocratie et du droit républicain. Et pourtant, elle ne peut, selon A. Sarraut, « avoir deux visages, celui de la liberté, tourné vers la métropole, celui de la tyrannie, tendu vers ses colonies [21].

Une thèse analogue est soutenue par Albert Bayet (universitaire) et Maurice Viollette (parlementaire), tous deux membres influents du Parti radical, lors du congrès national de la Ligue des droits de l’homme de 1931, organisé sur le thème de « la colonisation et les droits de l’homme » :

« La colonisation est légitime quand le peuple qui colonise apporte avec lui un trésor d’idées et de sentiments qui enrichira d’autres peuples ; dès lors la colonisation n’est pas un droit, elle est un devoir […] Il me semble que la France moderne, fille de la Renaissance, héritière du XVIIe siècle et de la Révolution, représente dans le monde un idéal qui a sa valeur propre et qu’elle peut et doit répandre dans l’univers. […] Le pays qui a proclamé les droits de l’homme, qui a contribué brillamment à l’avancement des sciences, qui a fait l’enseignement laïque, le pays qui, devant les nations, est le grand champion de la liberté, a, de par son passé, la mission de répandre partout où il le peut les idées qui ont fait sa propre grandeur  [22]. »

Troisième partie : La théorie de l’assimilation

Post-scriptum

Ce texte est extrait du livre Mission civilisatrice. Le rôle de l’histoire coloniale dans la construction de l’identité politique française, publié par Dino Costantini aux Éditions La Découverte.

Textes de Dino Costantini

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Notes

[1] A. LALANDE (dir.), Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, Paris, 1968, pp. 141-142.

[2] E. B. TYLOR, La Civilisation primitive, Reinwald, Paris, 1876 (E. B. TYLOR, Primitive Culture, 1871), p. 1. Le titre de la traduction française montre à quel point l’équation paraissait parfaite. Avoir formulé une telle définition n’empêcha pas Tylor de développer une doctrine anthropologique férocement ethnocentrique, élaborée à partir d’une impropre extension au domaine social de l’évolutionnisme biologique (voir M. HARRIS, The Rise of Anthropological Theory : a History of Theories of Culture, Routledge et Kegan Paul, Londres, 1968.

[3] Vocabulaire technique et critique de la philosophie, op cit., p. 142.

[4] J. FOLLIET, Morale internationale, op. cit., p. 202.

[5] Ibidem.

[6] A. GIRAULT, Principes de colonisation et de législation coloniale, op. cit., p. 24.

[7] E. BENVENISTE, Problèmes de linguistique générale, Gallimard, Paris, 1966, p. 336.

[8] F. BRAUDEL, Grammaire des civilisations, Arthaud-Flammarion, Paris, 1987, p. 33.

[9] E. BENVENISTE, Problèmes de linguistique générale, op. cit., p. 340.

[10] F. GUIZOT, Histoire générale de la civilisation en Europe depuis la chute de l’empire romain jusqu’à la Révolution française, Lacrosse, Bruxelles, 1838.

[11] Raymond Betts, pour qui l’équivalence entre colonisation et civilisation représente l’aspect le plus spécifique du discours colonial français, note que ce processus peut être défini comme « involutif », en rapport avec la définition de l’« évolution » donnée par le Vocabulaire technique (« Transformation faisant passer un agrégat de l’homogène à l’hétérogène, ou du moins hétérogène au plus hétérogène [Spencer]. S’oppose à dissolution ou involution »), Vocabulaire technique et critique de la philosophie, op. cit., p. 281). Voir R. BETTS, « The French Colonial Empire and the French World-View », in R. ROSS, Racism and Colonialism, Leiden University Press, Leiden, 1982.

[12] Vocabulaire technique et critique de la philosophie, op. cit., p. 142.

[13] G. HARDY, La Politique coloniale…, op. cit., p. 19.

[14] Pour R. Betts, « aucune autre nation que la France ne fit de l’universalité d’attitude et de principe un élément aussi significatif de son idéologie séculière » (R. BETTS, The French Colonial Empire and the French World-View, op. cit., p. 65).

[15] Ibidem, p. 68.

[16] Né en 1872, membre de l’Assemblée nationale à trente ans, Albert Sarraut fut une personnalité politique de premier plan dans la France du début du siècle. Radical socialiste, défenseur convaincu du « parti colonial », il fut deux fois gouverneur général de l’Indochine française (de 1911 à 1914 et de 1916 à 1919), sept fois ministre des Colonies, et deux fois Premier ministre (en 1933 et en 1936). Il poursuivit sa carrière politique après la guerre, devenant en 1959 et 1960 président de l’Union française.

[17] A. SARRAUT, Grandeur et servitude coloniales, op. cit., p. 79.

[18] Ibidem, p. 79.

[19] Ibidem, p. 102.

[20] Ibidem, p. 102.

[21] Ibidem, p. 103.

[22] Ligue des droits de l’homme. Le Congrès national de 1931, Ligue de droits de l’homme, Paris, 1931, cité par R. GIRARDET, L’Idée coloniale en France, op. cit., p. 183. Sur la position ambiguë de la Ligue – qui lutte pour le respect de la dignité personnelle des colonisés mais ne parvient jamais à une condamnation de principe de la colonisation, pensant qu’elle puisse être réformée dans un sens démocratique –, voir G. MANCERON, Marianne et les colonies, op. cit.

La mission civilisatrice (Troisième partie), La théorie de l’assimilation

Par Dino Costantini, 10 septembre

Introduction

La spécificité du « génie » colonial français trouve son expression la plus caractéristique dans la théorie de l’assimilation, équivalent colonial de la théorie républicaine de l’intégration.

Article

Première partie Deuxième partie

DINO_-6 Dans sa théorie de la colonisation, qui demeure un classique de la pensée coloniale malgré les modifications subies, Arthur Girault distinguait trois modèles de colonisation, qu’il plaçait le long d’une ligne d’évolution allant du processus le plus primitif au plus parfait : le premier basé sur l’assujettissement, le deuxième favorisant l’autonomie et le troisième construit sur l’assimilation. L’assujettissement est le modèle de relation le plus primitif et autoritaire. Il est fondé sur la priorité absolue des intérêts de la Métropole. C’est le modèle le plus ancien, désormais inadapté, qui trouve son expression la plus classique dans le « pacte colonial » :

«  Ce contrat léonin, fort connu, fut en somme le régime du commerce colonial jusqu’au XIXe siècle. Il se résume en ces termes : intercourse coloniale réservée au pavillon national ; défense faite aux colons de vendre leurs produits à l’étranger, dans l’intérêt des consommateurs métropolitains ; défense aux colons d’acheter à l’étranger, dans l’intérêt des producteurs nationaux [1]. »

Ce contrat a caractérisé l’aube de l’histoire du colonialisme européen dans le nouveau monde. Selon Arthur Girault, il n’a été pratiqué par les Français que de façon minoritaire, « en raison de la générosité naturelle de notre race [Ainsi, il contient pour Arthur Girault « une idée saine », « à savoir » :

« la nation qui colonise sème, aussi est-il juste qu’elle récolte [3] ».

L’autonomie est le modèle de relation le plus libéral, qui renvoie directement au caractère pédagogique de l’entreprise coloniale :

« De même que le but de l’éducation est de faire des hommes capables de se conduire eux-mêmes et destinés à sortir de la puissance paternelle à leur majorité, de même le but de la colonisation est de former des sociétés aptes à se gouverner elles-mêmes et à se constituer une fois mûres en États indépendants [4]. »

Le principe de l’autonomie caractérise en particulier la politique coloniale britannique. Lui aussi contient, selon Girault, une idée juste, qui est que personne ne peut mieux veiller à ses propres affaires que l’intéressé, c’est-à-dire le colon. Elle présuppose cependant que la population du territoire dépendant soit homogène. C’est pourquoi elle ne peut fonctionner que dans les colonies de peuplement, où les populations indigènes ont été totalement supplantées par les colons.

L’« assimilation » constitue la voie spécifiquement française de la colonisation, que la France prétend pratiquer depuis le XIXe siècle. Le sens premier d’« assimiler » est de « rendre semblable à ». Pratiquer une politique coloniale ordonnée selon les principes de l’assimilation signifie étendre le principe de l’intégration républicaine au territoire colonial. La politique coloniale vouée à l’assimilation n’a pas en effet comme idéal « la séparation, mais tout au contraire, une union de plus en plus intime entre le territoire colonial et le territoire métropolitain [5] ».

Selon Arthur Girault, elle s’inscrit dans la droite ligne de la tradition républicaine, qui impose de penser la nation dans un sens rigoureusement unitaire. Dans la logique d’une politique d’assimilation, et conformément au principe républicain selon lequel la loi doit être unique et valoir uniformément pour tous les membres de la nation, toutes les lois approuvées par la mère patrie doivent valoir aussi dans les colonies :

« Dans le système de l’assimilation, colons et habitants de la Mère-Patrie sont traités de la même manière, ont les mêmes droits, le même statut [6]. »

Le processus de civilisation sur lequel repose la colonisation passe par l’assimilation des colonies à la mère patrie, instrument nécessaire de la construction patiente et progressive de l’unité du genre humain. La voie de l’assimilation est une voie que le discours colonial reconnaît comme difficile et constellée d’obstacles. Ce sont ces obstacles que nous devons maintenant considérer attentivement.

Quatrième partie : Unité et différences du genre humain

Post-scriptum

Ce texte est extrait du livre Mission civilisatrice. Le rôle de l’histoire coloniale dans la construction de l’identité politique française, publié par Dino Costantini aux Éditions La Découverte.

Textes de Dino Costantini

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Notes

[1] A. GIRAULT, Principes de colonisation et de législation coloniale, op. cit., p. 36.

[2] Ibidem, p. 31.

[3] Ibidem, p. 36.

[4] Ibidem, p. 31.

[5] Ibidem, p. 32.

[6] Ibidem, p. 35.

La mission civilisatrice (Quatrième partie), Unité et différences du genre humain

Par Dino Costantini, 10 septembre

Introduction

Si le but affiché de la colonisation est la nécessaire unification du genre humain à travers la civilisation du monde, cela implique que celui-ci soit préalablement divisé…

Article

Première partie Deuxième partie Troisième partie

DINO_-3 La juxtaposition de populations différentes est – par exemple selon René Maunier – considérée comme le fait fondamental de la colonisation contemporaine :

« Les anciens occupants, les nouveaux habitants ; les dominés, les dominants, les gouvernés, les gouvernants, les tyrannisés, les tyrannisants, comme on dit parfois. Deux groupements, deux corps sociaux, qui sont appelés à coexister, et à suivre donc, par l’effet du temps, un ordre commun, un progrès commun. C’est là le fait social, disons le fait humain qui constitue la colonisation [1]. »

Georges Hardy souligne le fait que cette juxtaposition est en même temps une opposition :

« La colonisation juxtapose et, bon gré mal gré, oppose deux sociétés, deux civilisations, deux conceptions de l’existence en général fort différentes [2]. »

Une situation de type colonial se crée lorsque des populations dotées de conceptions différentes de l’existence, qui ne peuvent donc pas être immédiatement intégrées ensemble dans un tissu national unique, entrent en contact. La colonisation est ainsi comprise comme une relation binaire unissant et séparant à la fois deux populations jugées différentes, les colonisateurs et les colonisés. Pour René Maunier, cette différence se maintient dans toute situation coloniale et représente l’une de ses caractéristiques les plus significatives :

«  Il y a donc toujours en pays colonial, deux sociétés vivant sous un ordre commun, qui restent distinguées, et restent séparées, du moins autant qu’on peut ; et qui pourtant, bon gré, mal gré, ont des pouvoirs communs et des devoirs communs [3]. »

La relation entre ces différentes populations soumises à un pouvoir commun est conçue dans les termes d’une relation explicitement hiérarchique :

«  Deux groupes inégaux, superposés, hiérarchisés, puisqu’il y a, jusque aujourd’hui, au point de vue du droit, un groupe supérieur et un groupe inférieur, un groupe dominant, un groupe dominé ; et nous dirions aussi légiférant, légiféré, administrant, administré ; mais deux groupes régis par un pouvoir commun, ayant un droit commun, et un progrès commun. La société demeure cependant subdivisée ; les deux groupements demeurent distincts ; s’ils ont des rapports, même au sens du droit, ainsi que nous dirions, ce sont des rapports entre non-pareils, et non pas du tout entre pareils : entre dissemblables et entre inégaux [4]. »

La colonisation unit ces populations dans l’obéissance à un pouvoir commun et les sépare par la production de statuts différentiels. Mais comment une semblable affirmation peut-elle cohabiter avec la méfiance envers les « communautés », typique de la pensée républicaine ? De quelle façon les populations peuvent-elles être distinctes et hiérarchisées sans offenser la tradition révolutionnaire, construite sur la déclaration de l’unité du genre humain et de l’égalité de droit de tous ses membres ?

Pour demeurer en cohésion avec cela, la pensée coloniale ne peut abandonner le présupposé de l’unité du genre humain. Cela signifie que la différence entre colonisateur et colonisé ne peut être rattachée à un état de nature, et donc éternisée, comme le permettrait le postulat d’une infériorité raciale. Penser à la différence des populations colonisées comme à une différence racialement déterminée – naturelle et définitive – signifierait retomber dans la logique de la distinction des couleurs et rendrait impossible l’objectif déclaré de la colonisation, la civilisation du monde.

Le nouveau discours colonial doit donc réaffirmer l’unité de l’espèce humaine, c’est-à-dire le caractère universellement civilisable des êtres humains. D’autre part, comme nous l’avons vu, l’existence de peuples dotés de valeurs différentielles doit être posée pour que soit créée la situation coloniale. Le nouveau discours colonial a donc besoin de penser à la fois l’unité (tendancielle) du genre humain et l’existence d’un différentiel entre les populations qui la composent. Ce différentiel ne peut être conçu comme éternel, mais comme suffisamment durable, toutefois, pour que l’action coloniale trouve un sens et une stabilité.

La pensée coloniale de l’époque ne pose donc pas à l’origine de la situation coloniale une question raciale, un déterminisme biologique, une différence d’essence entre les populations colonisatrices et colonisées. Mais elle s’appuie sur une reconnaissance préliminaire et pragmatique du décalage des situations de départ. La description pittoresque du colonisé donnée par Albert Sarraut nous permet d’appréhender le pragmatisme particulier de la pensée coloniale :

«  L’indigène, surtout en pays noir, est en général paresseux, indolent, imprévoyant. Il aime à bavarder ici sous le banian, là sous le baobab, à chanter, à danser, à fumer, à dormir surtout. [5] »

La différence que représente le non-civilisé – sa paresse proverbiale, son indolence, son incapacité à organiser rationnellement sa propre existence – n’est pas imputable à la couleur de sa peau, mais à un ensemble de conditions spécifiques :

« une longue hérédité, le climat, la sous-alimentation [6] ».

Partant de raisons de type socioculturel et non biologique, la différence qui sépare les populations civilisées de celles qui ne le sont pas est par principe temporaire et remédiable, rendant plausible l’idée de la « mission civilisatrice ».

Et pourtant, même en se fondant sur des explications culturelles, la différence entre colonisateurs et colonisés n’en apparaît pas moins profonde. Selon Albert Sarraut, elle trouve son expression la plus caractéristique dans les « tares morales » typiques des populations colonisées – paresse, dissimulation, improbité, absence de conscience –, qui, bien qu’elles puissent être « d’une gravité inégale suivant les races et les individus », apparaissent en général « profondément ancrées dans le tempérament [Les tares que l’attachement à leur culture d’origine produit chez les indigènes comme un précipité moral multiplient les difficultés de la colonisation-civilisation. L’habitude de l’incivilité semble produire une corruption atteignant la nature même des populations colonisées, au point de les empêcher de sortir de la barbarie par l’apprentissage. La différence entre civilisés et non-civilisés est d’ordre culturel, mais l’évocation de la culture des seconds s’apparente à la description d’un état de nature, réglé selon une loi éternelle et immuable et faisant des non-civilisés des êtres naturellement immoraux, imparfaits, incapables de réflexion, de conscience ou d’honnêteté.

Cette description ambiguë du colonisé s’illustre, par exemple, dans le pamphlet à succès de Raoul Allier, Le Non-Civilisé et nous. Différence irréductible ou identité foncière ? (1927). Raoul Allier y met en discussion la thèse républicaine issue des Lumières selon laquelle la différence entre civilisés et non-civilisés peut être comblée par l’éducation et ne compromet pas l’unité du genre humain. Pour lui, affirmer l’identité de tous les hommes est un « aphorisme banal » :

« L’humanité n’est pas un corps simple et ne peut pas être traitée comme telle. […] Dans la réalité, on est plus ou moins homme, plus ou moins fils de Dieu. On a de Dieu et de la Vérité ce dont on est capable et ce qu’on mérite [8]. »

Selon lui, l’unité foncière du genre humain, au-delà des différences produites par l’appartenance à une société particulière, a été affirmée sur la base de compte-rendus de voyage tout à fait dépourvus de systématicité. Pour Raoul Allier, les affirmations de Fontenelle, d’Helvétius, de Hume ou de Buffon ont en réalité comme seul horizon le monde européen et civilisé. L’idéalisation du bon sauvage, dont la tradition remonte à Montaigne, et qui trouve dans l’Origine de l’inégalité de Rousseau sa formulation la plus accomplie, lui semble être le prétexte à une critique de la société européenne plutôt qu’une description faite dans les règles de la science.

L’idée de la pureté de la condition naturelle, qui n’a jamais cessé de caractériser le sauvage, se fonde sur une erreur psychologique, liée à un certain esprit missionnaire, qui contribue à diffuser à la fois l’idée du sauvage honnête, pur et juste, et la croyance privée de sens critique en l’unité du genre humain. Mais aux philosophes du XVIIIe siècle manquait l’expérience dont un homme du XXe siècle comme Raoul Allier peut se vanter et qui contraint à remettre en discussion la thèse issue des Lumières à partir des résultats de l’anthropologie et de l’expérience coloniale.

L’anthropologie est invoquée par Raoul Allier comme capable de fournir, contrairement à l’approche tendanciellement idéologique des philosophes des Lumières, un point de vue scientifique sur la question. À ce sujet, les études de Lucien Lévy-Bruhl sur la mentalité primitive sont décisives. Elles soutiennent avec force la thèse de la radicale hétérogénéité entre mentalité civilisée et mentalité primitive, cette dernière se distinguant par son indifférence face à la contradiction, par son caractère prélogique et mystique.

L’expérience coloniale fournit selon Raoul Allier une confirmation significative des thèses développées par Lucien Lévy-Bruhl. Les populations colonisées se distinguent par une « inaptitude prodigieuse à l’attention » et une « inaptitude déconcertante au raisonnement logique », qui empêchent tout effort éducatif d’agir efficacement. L’incivilité, sa pratique millénaire par des sociétés par définition privées de tout dynamisme, finit par imprégner le corps lui-même des non-civilisés, conditionnant leur moralité et orientant profondément leur vie et leurs actions. L’habitude de la barbarie se sédimente dans les corps, ordonnant et gouvernant toute perception, tout souvenir, tout jugement, tout raisonnement :

«  La cristallisation de sentiments que l’être porte en lui-même sans en convenir, sans le confesser à lui-même, crée un despotisme d’autant plus brutal qu’il est moins reconnu. Elle crée un prisme à travers lequel la réalité n’apparaît plus que déformée, et qui suggère des excuses supposées décisives pour les abdications les plus hypocrites, pour les paresses les plus honteuses, pour les lâchetés les plus avilissantes [9]. »

Inconsciemment conditionnée par les habitudes d’une société incivile, la mentalité du non-civilisé semble « cristallisée », incorrigible. La culture particulière à laquelle les populations colonisées appartiennent corrompt les capacités intellectuelles et donc celles d’apprentissage, empêchant ainsi toute possibilité d’en sortir. Le non-civilisé vit donc dans une condition définie par Raoul Allier comme une « vraie désagrégation spirituelle » :

« Cette désagrégation, dont les origines remontent à des dates incalculables et qui est faite essentiellement d’abdication presque machinale devant le fait, d’une passivité à peu près radicale devant les événements moraux qui constituent la vie intérieure, d’une absence complète d’initiative, est la cause profonde de cette ankylose intellectuelle et morale qui a rivé chacune de ces peuplades aux stades qu’elle n’a jamais pu dépasser [10]. »

L’ankylose créée par l’habitude de l’incivilité enferme les non-civilisés dans leur condition d’infériorité. Passifs par définition et ne possédant aucun esprit d’initiative, ceux-ci demeureraient, sans la providentielle intervention d’une nation évoluée, enfermés dans le cercle de leur barbarie, destinés à le parcourir éternellement : « depuis des millénaires, [ils] sont esclaves d’une mentalité déterminée qui les empêche de monter plus haut [11] ».

Raoul Allier cite Hermann Dieterlen, qui, dans le Journal des missions évangéliques, se prête à une confirmation bien informée des thèses sur l’hétérogénéité formulées par L. Lévy-Bruhl :

« Nous, les Européens, gens de réflexion et de raison, nous éprouvons un besoin irrésistible de tout comprendre, d’être logiques, de tout réduire en système, d’écarter toute contradiction dans nos idées et dans nos croyances. Et nous procédons de la même manière quand nous cherchons à comprendre et à expliquer les notions religieuses – ou soi disant telles – des nègres. Nous échouons : quoi d’étonnant ? Le nègre se contente d’idées plus vagues et ne se laisse pas incommoder par les contradictions flagrantes qui s’y trouvent. Il ne précise pas, il ne raisonne pas, il n’a pas de logique : il n’y regarde pas de si près […] ces nègres n’ont pas de théories. Ils n’ont même pas de convictions, ils n’ont que des habitudes, des traditions [12]. »

Les non-civilisés ne possèdent ni logique ni pensée, n’ont aucune idée qui ne soit vague et contradictoire. Comme ils ne sont pas logiques, n’éprouvent aucun besoin d’ordonner leurs connaissances dans un système et se montrent incapables de transcender les faits sur le plan constructif de la théorie, leur vie se déroule éternellement identique à elle-même dans le cercle fermé de l’habitude et de la tradition. L’incapacité à s’améliorer par l’apprentissage, marquant l’immobilité absolue des cultures non civilisées, est une particularité qui, insiste R. Allier, a étonné des générations de colonisateurs et de missionnaires, lesquels, à partir des allégations très théoriques des Lumières, s’étaient préparés à les mener à la raison, à combler leur retard par une patiente œuvre d’éducation.

L’expérience coloniale démontrerait donc le caractère largement idéologique de la pensée des Lumières et le caractère théorique de l’affirmation de l’unité essentielle de l’espèce humaine. La pratique coloniale et l’échec auquel conduisent invariablement les tentatives de civilisation imposent à toute réflexion future sur le statut des non-civilisés de « poser comme un fait qu’ils sont peu disposés à la réflexion, au raisonnement abstrait, en un mot à l’effort intellectuel [Toutefois, si l’imperméabilité des non-civilisés à l’éducation devait se révéler complète, si la différence était véritablement immuable, la principale ambition des civilisateurs, le but même de la colonisation – faire entrer à l’intérieur de la famille humaine ses fils dits attardés, conduire les populations prétendument arriérées le long du chemin de la raison et de la civilisation –, ne pourrait être atteinte.

Dans le fil de ce raisonnement, Raoul Allier, après avoir douté un moment de la légitimité de l’ambition civilisatrice, rappelle comme elle a de tout temps été utile aux conquistadores pour justifier leurs entreprises d’exploitation ou d’extermination et affirme encore plus solennellement la noblesse du devoir de civilisation, d’autant plus élévée que ce devoir est ardu. L’affirmation de l’unité du genre humain, typique de la tradition universaliste, ne peut donc être abandonnée mais doit être précisée dans le sens que :

« cette identité foncière est bien réelle, mais qu’elle n’apparaît pas dans les faits, que deux humanités semblent bien être en face l’une de l’autre, aussi différentes que possible, si différentes que les efforts pour transformer la seconde à image de la première semblent utopiques et vains [14]. »

L’affirmation de Raoul Allier est pour le moins obscure, témoignant bien de l’ambiguïté de la pensée coloniale. D’un côté, il affirme que l’unité du genre humain est réelle, de l’autre, que cette unité ne trouve pas d’écho dans les faits, qui démontrent au contraire l’existence de deux humanités, tellement différentes que tout effort d’unification semble vain. Comment dépasser cette ambiguïté ? Comment penser à la fois l’unité réelle et la division factuelle du genre humain ?

Pour Raoul Allier, l’unité du genre humain est réelle, tout comme l’est, dans la tradition républicaine, l’unité de la nation, fondée sur l’égalité humaine. Cette dernière précède dans un sens théorique l’institution du corps politique, constituant le but de sa réalisation et la raison de sa légitimité. Dans un autre sens, cependant, elle trouve une concrétisation dans l’institution de l’État, précisément capable de réaliser l’égalité et de défendre les droits de l’homme en les transformant en droits du citoyen.

Ainsi, l’unité du genre humain précède par principe sa réalisation concrète mais n’est pas confirmée par les faits, qui montrent encore une humanité divisée entre ceux qui ont eu accès à la raison civilisatrice et ceux qui l’attendent encore. Dire que les hommes sont égaux par principe, mais que cette égalité n’est pas encore concrète signifie que tous sont également capables de s’acheminer sur la voie de la civilisation, qui conduit à la pleine humanité de l’homme, mais que tous ne l’ont pas encore fait, que tous sont civilisables mais pas encore civilisés.

De la même façon que l’État opère l’unité de la nation en transfigurant l’homme dans le citoyen, le colonialisme réalise l’unité du genre humain en transformant le non-civilisé en un homme accompli, unifiant ainsi l’humanité divisée. Raoul Allier résume ainsi le devoir fondamental du colonialisme :

« Le problème est de faire de tous ces indigènes des hommes véritables, des hommes complets, des hommes capables de tous les progrès qui viendront à leur heure [15] »

Les ambiguïtés de Raoul Allier se comprennent ainsi comme une tentative de fonder la nécessité du colonialisme sur le plus universel des principes de la tradition française, l’unité du genre humain, dont la colonisation se propose comme instrument fondamental de réalisation.

Cinquième partie : Une mission tutélaire

Post-scriptum

Ce texte est extrait du livre Mission civilisatrice. Le rôle de l’histoire coloniale dans la construction de l’identité politique française, publié par Dino Costantini aux Éditions La Découverte.

Textes de Dino Costantini

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Notes

[1] R. MAUNIER, Introduction générale, in A. GIRAULT, Principes de colonisation et de législation coloniale, op. cit., p. 13.

[2] G. HARDY, La Politique coloniale…, op. cit., p. 335.

[3] R. MAUNIER, Introduction générale, op. cit., p. 18.

[4] Ibidem.

[5] A. SARRAUT, Grandeur et servitude coloniales, op. cit., p. 138.

[6] Ibidem.

[7] Ibidem, p. 159.

[8] R. ALLIER, Le Non-civilisé et nous. Différence irréductible ou identité foncière ?, Payot, Paris, 1927, p. 27.

[9] Ibidem, p. 278.

[10] Ibidem.

[11] Ibidem, p. 288.

[12] H. DIETERLEN, cité dans R. ALLIER, Le Non-Civilisé et nous, op. cit., p. 35.

[13] R. ALLIER, Le Non-civilisé et nous, op. cit., p.36.

[14] Ibidem, p. 289.

[15] Ibidem, p. 287.

La mission civilisatrice (Cinquième partie), Une mission tutélaire

Par Dino Costantini, 10 septembre

Introduction

La colonisation conçue comme processus de civilisation se distingue des formes primitives et tendanciellement violentes de la dissémination, comme l’action rationnelle se distingue de l’action instinctive. La colonisation apparaît comme l’expression de la faculté humaine à diriger le besoin instinctif d’expansion au-delà de tout déterminisme utilitariste, de le moraliser, de plier sa nécessité au service de l’idéal de la production de l’unité du genre humain.

Article

Première partie Deuxième partie

Troisième partie Quatrième partie

DINO_-2 La colonisation en tant que civilisation

« s’écarte avec netteté des conceptions d’autrefois qui étaient limitées aux intérêts du négoce et qui, par suite du manque de tout horizon humain, aboutissaient à une exploitation systématique et presque impitoyable des populations administrées  [1]. »

Cette « nouvelle »  [2] doctrine de la colonisation reconnaît, à côté des sacro-saints droits de la puissance colonisatrice, ses devoirs envers les populations soumises, des devoirs qui deviennent chaque jour plus précis et urgents et apparaissent d’autant plus méritoires que leur réalisation est estimée difficile. Selon Georges Hardy :

« le mot de Colonisation […] risquerait de perdre tout sens vraiment précis, si l’on n’y voyait, en fin d’analyse, non point tant l’établissement de colons en pays soumis ou la subordination d’un pays à un autre que la prise en charge d’un groupement momentanément faible par un organisme plus fort, avec le dessein, plus ou moins égoïste, plus ou moins altruiste, de développer les ressources de ce groupement et d’élever son niveau de vie  [3]. »

La colonisation en tant que civilisation naît du constat de l’existence de populations dotées de niveaux de « force » différents, lequel impose comme devoir à la société plus forte, plus avancée ou plus civilisée la prise en charge de celle plus faible. La colonisation se conçoit donc comme l’action tutélaire exercée par les populations civilisées pour prendre en charge le retard des groupes humains les plus faibles. Selon Arthur Girault, cette action tutélaire est l’objet d’un savoir spécifique, d’un véritable « art de la colonisation [qui] peut se comparer à une œuvre d’éducation  [« Coloniser c’est […] éduquer les indigènes, les faire évoluer vers le stade de notre civilisation, […] peut-être faire naître des difficultés imprévues pour eux mais, en tous les cas, la barbarie primitive aura cédé devant la civilisation  [5]. »

La colonisation est l’acte par lequel les sociétés plus évoluées se font sujets actifs et conscients du procédé éducatif qu’est la civilisation du monde, en prenant en charge les responsabilités dérivant directement de leur degré supérieur d’évolution.

Le caractère tutélaire constitue l’aspect majeur de la relation coloniale de cette période et la raison de sa supériorité morale sur la colonisation des origines. Selon René Maunier, le colonialisme ancien se distinguait par son caractère de domination violente, d’imposition d’une « autorité illimitée, impartagée, intempérée » :

« Dans l’ancien temps, les colonies avaient ce but de dominer, de régenter ces pays éloignés, ou leurs populations, pour nous exprimer mieux : de les subjuguer sans contrôle aucun  [6]. »

Selon lui, le type de domination exercé par le colonialisme des origines avait comme modèle le pouvoir paternel tel que défini par le droit romain, c’est-à-dire la soumission absolue des fils au pater familias. L’ancienne domination coloniale, construite sur le modèle d’une « paternité puissance » dotée d’un pouvoir sans réserve et sans entrave, se réduisait à l’exercice d’un pouvoir sans autre but que lui-même et sa reproduction.

Au cours de son histoire, la colonisation s’est de plus en plus éloignée de ce modèle primitif. Toutefois selon René Maunier, l’analogie avec le pouvoir paternel n’a pas disparu, mais s’exprime dans une tonalité différente :

« Aujourd’hui, l’idée de la paternité a pris un autre tour ; il faut parler non plus de la paternité puissance, mais bien de la paternité tutelle, usant du mot, parfaitement, au sens qu’il a en droit civil  [7] »

L’institution de la tutelle est définie par le droit civil comme une mesure de protection, qui intervient à partir de la reconnaissance de l’incapacité d’agir d’une personne. La tutelle des mineurs s’exerce en cas de carence du pouvoir parental – lorsque les parents sont décédés ou pour toute autre raison empêchant son exercice. Dès lors, les fonctions du tuteur sont de protéger la personne du mineur, de le représenter dans tous les actes civils et d’administrer ses biens. Le passage du droit du père, qui dans l’Antiquité exerçait le pouvoir dans son propre intérêt, au concept moderne de fonction est l’un des développements marquants de l’évolution du droit civil  [8].

De la même manière, le passage de la « paternité puissance » à celui de la « paternité tutelle » est considéré par René Maunier comme caractéristique de la relation coloniale de cette période. Modelé sur le modèle de la paternité tutelle, le pouvoir colonial ne peut être considéré comme une fin en soi, mais comme mû par une finalité de caractère éminemment moral :

« Car de nos jours le dominant, qui reste dominant, qui se prétend toujours le maître et le seigneur, qui croit toujours régner, ou tout ou moins régir, tient pourtant que son pouvoir a pour raison de remplir un devoir : de procurer à ses sujets ou le salut, ou le bonheur, ou le confort  [9]. »

Comme le pouvoir tutélaire, le pouvoir colonial est un « pouvoir devoir  [10] », un pouvoir tempéré, qui trouve sa limite dans la nécessité de satisfaire sa fonction, celle de pourvoir au bien du sujet en tutelle :

« pouvoir pour le devoir, moyen d’un but, ou instrument d’une fonction ; pouvoir ayant pour rôle et pour mission l’éducation des peuples subjugués. Pouvoir-tutelle donc, car la tutelle aussi a pour raison l’éducation de l’enfant “gouverné”, dans le vieux sens du mot  [11]. »

L’analogie entre pouvoir paternel et pouvoir colonial se fonde sur l’équivalence, d’une part, entre les peuples colonisateurs et l’adulte, pleinement rationnel et capable de maîtrise de soi, et, d’autre part, entre les peuples colonisés et l’enfant, être encore immature, irrationnel, incapable d’agir de manière autonome. L’incapacité d’agir ne concerne par les colonisés en tant qu’individus – auxquels peut-être reconnue une maturité plus élevée – mais l’ensemble du groupe.

Penser le pouvoir colonial à travers le modèle du pouvoir paternel signifie donc considérer les peuples colonisateurs comme des « peuples adultes », pouvant agir librement et rationnellement, et les peuples colonisés comme des « peuples enfants », incapables d’agir collectivement de façon rationnelle et nécessitant donc un pouvoir tutélaire pour les diriger vers leur propre bien.

L’illustration la plus évidente de l’immaturité des « peuples enfants » est la misère proverbiale prévalant avant l’intervention de la puissance colonisatrice :

« Un peu partout, avant notre installation, l’indigène menait une vie misérable, inconfortable au possible  [12]. »

La raison de cette misère est politique. Ces peuples ne connaissent pas ce qui pour la tradition française est la « seule » forme politique légitime et rationnelle : l’État-nation. Les sociétés non européennes (dont on reconnaît la pluralité et la différence) peuvent ainsi être présentées comme un tout indistinct, uni par le dénominateur commun qu’est leur incapacité politique. Quand elles ne vivent pas dans la plus complète anarchie, les populations non civilisées ne sont capables de développer que des structures politiques primitives et despotiques, qui les condamnent à une insécurité endémique :

« Avant l’occupation européenne, nulle colonie ne connaissait ce qu’on entend ici par indépendance. Toutes vivaient sous la poigne de dynasties despotiques ou dans une anarchie qui permettait simplement aux forts de tyranniser les faibles. Elles étaient continuellement ravagées par des guerres, des massacres, des pillages, des enlèvements en masse, et c’est cette inquiétude même, plus encore que les conditions du milieu naturel, qui, de siècle en siècle, les a maintenues dans l’infériorité et la misère »  [13].

Le caractère tyrannique des structures politiques préexistantes à l’occupation européenne est à l’origine d’un droit d’intervention des pays civilisés et démocratiques, un droit que Joseph Folliet interprète comme un devoir envers l’humanité :

« L’un des principaux motifs qui permettent l’exercice de ce droit, c’est la présence, chez un peuple, d’une tyrannie intolérable écrasant la masse ou une notable partie des citoyens. Chez certain peuples “sauvages”, il arrive que cette tyrannie se rencontre sous différentes espèces : sacrifices humains, anthropophagie, traite des esclaves, ainsi de suite. Dans ces conditions, la charité fait un devoir aux peuples mieux évolués de prendre la défense des faibles, de les secourir et de les libérer, même par la force si des résistances injustes dressent leurs obstacles  [14]. »

L’existence de sociétés tyranniques impose la colonisation comme un droit-devoir aux sociétés qui ont développé une structure politique légitime. Les structures politiques tyranniques semblent destinées, en l’absence d’intervention coloniale, à reproduire l’infériorité et la misère, car elles sont incapables de garantir ce qui, depuis Hobbes, est le devoir minimum de toute société politique, la pacification. Celle-ci constitue la première et plus fondamentale prestation des sociétés colonisées, justifiant à elle seule l’entreprise :

« Pour tant de crimes dont on l’accuse et dont elle n’est pas toujours innocente, la colonisation contemporaine a du moins le mérite d’avoir établi, dans des pays dévorés de guerres intestines, de razzias et d’invasions, la paix. La pacification était la première de ses besognes, la condition même de son action. Rien que par là, elle faisait déjà œuvre de moralisation et se montrait supérieure aux autorités qu’elle remplaçait  [15]. »

L’incapacité politique des populations « non civilisées » a pour corollaire leur invisibilité sur le plan du droit international. N’étant pas en mesure, en raison de leur immaturité, de constituer un corps politique légitime, les populations non organisées politiquement selon le modèle de l’État-nation, sont considérées comme inexistantes et leurs territoires comme « inoccupés ».

Louis Le Fur, dans un influent Précis de droit international public, publié à Paris en 1936, considère les terres occupées par les populations non civilisées comme des « territoires sans maître », disponibles à l’appropriation. Par l’expression « territoires sans maître », Louis Le Fur ne veut pas indiquer des espaces sans habitants, mais des territoires non organisés, qui, ne connaissant pas une organisation politique comparable à celle prévalant en Occident, peuvent être considérés comme ouverts à l’occupation coloniale :

« L’existence de territoires sans maître, c’est-à-dire non organisés, telle est la première condition d’une occupation régulière  [16]. »

Cette doctrine ne remonte pas aux années 1930. L’idée que les terres habitées par des tribus « barbares » ou « sauvages » – c’est-à-dire des populations non européennes – doivent être considérées, du point de vue du droit international, comme terrae nullius avait déjà trouvé une expression canonique de la part des puissances coloniales lors de la conférence de Berlin de 1885. Jules Ferry, à l’époque ministre des Affaires étrangères, l’exprime en ces termes :

« D’après la doctrine communément admise par les auteurs, un État peut acquérir, par la seule prise de possession, la suzeraineté de territoires, soit inoccupés, soit appartenant à des tribus sauvages  [17]. »

Les territoires sans habitant et les territoires habités par des populations « inférieures » peuvent, sur la base de ce principe, être considérés de la même manière. Selon Frédéric de Martens, l’un des plus grands juristes français de la fin du XIXe siècle, c’est chose possible en vertu de l’asymétrie caractérisant, en liaison avec le concept clé de « civilisation », toute relation coloniale :

« Le droit international européen n’est point applicable aux relations d’une puissance civilisée avec une nation demi-sauvage  [18]. »

La relation coloniale ne met pas en rapport des pairs, mais des populations relevant de niveaux de développement si différents que ceux-ci rendent impossible l’application d’un droit uniforme. Les « peuples enfants », incapables d’action politique, ne peuvent être considérés comme des sujets juridiques dans le cadre du droit international :

« Le droit international n’est pas applicable à tout le genre humain. Comment saurait-on appliquer ce droit, qui est le produit de la civilisation et une conséquence de la communauté des idées morales et juridiques des nations civilisées, aux peuples qui n’ont aucune conscience des devoirs qui en découlent  [19] ? »

Définir les populations colonisées comme politiquement irresponsables rend les relations coloniales étrangères au cadre du droit international. Les terres occupées par des populations « arriérées » peuvent ainsi être légitimement occupées par des peuples adultes, rationnels et industrieux, seuls capables, comme nous le verrons, de les faire fructifier de façon adéquate.

Le pouvoir colonial en tant que pouvoir tutélaire – de même que le pouvoir paternel qui s’arrête lorsque le mineur atteint la majorité et acquiert la capacité d’agir – doit être pensé comme limité dans le temps, puisque dès le départ son but est de disparaître :

« Il vient un temps où le tuteur se sent tenu d’émanciper l’enfant mineur, où la loi à la fin fait de lui un majeur  [20]. »

C’est pour cette raison que la prise de possession d’un pays ne peut que de façon impropre être comparée à une expropriation. Selon Joseph Folliet une comparaison semblable ne tient pas compte du caractère nécessairement temporaire de la tutelle coloniale :

« Sans dépouiller les indigènes coloniaux de leur propriété sur leur territoire et les biens qu’il abrite, l’État colonisateur tirera parti de ces ressources, en attendant qu’ils soient capables d’y suffire par eux-mêmes. Il agira comme en curateur à l’égard d’un mineur : il gérera leurs possessions en “bon père de famille” et il les éduquera pour les rendre, au plus tôt, aptes à la gestion de leurs biens  [21]. »

Reste à évaluer le temps nécessaire pour mener à bien l’émancipation des peuples colonisés, un temps qui, de par la difficulté de l’entreprise, ne peut jamais être établi de façon précise. Il coïncide, en définitive, avec le temps qui doit être concédé aux « populations enfants » des colonies pour qu’elles puissent réaliser, sous la tutelle du colonisateur, le long chemin qui les sépare de l’âge adulte, de l’acquisition de la raison, de la conscience et de la capacité politique.

Selon Hardy, l’émancipation des peuples colonisés devra advenir de façon prudente et progressive du fait qu’« un peuple ne change pas ses instincts en quelques années  [« Si la domination européenne disparaissait, le passé resurgirait du jour au lendemain. Ce serait le recommencement des luttes sanglantes, des tyrannies de clans et de classes, des poursuites féroces et des refoulements ; ce serait aussi l’abandon de toutes les entreprises de relèvement et de progrès – en somme, la plus désastreuse faillite qu’on puisse imaginer  [23] »

Concéder aux populations colonisées une liberté et un pouvoir ne correspondant pas à leur degré de développement et qu’ils ne sont pas capables d’exercer car leur « dressage moral » n’est pas adéquat, signifie selon Arthur Sarraut risquer de les faire retomber « dans l’anarchie d’où nous les avons tirées », abdiquant ainsi le devoir moral fondamental de la colonisation (« Nous n’avons pas le droit de les rejeter aux ténèbres, après avoir illuminé leurs fronts des aurores d’un avenir nouveau  [Pour cela, Albert Sarraut se déclare fermement hostile à toute hypothèse de concession de droits politiques aux populations colonisées :

« Je repousse les systèmes de naturalisation en masse, comme les systèmes de self-government ou de suffrage universel conféré collectivement aux populations indigènes. Ce serait à mon avis la pire démence que d’imposer à des races hétérogènes, dont les stades d’évolution sont au surplus infiniment différents, l’uniformité rigide des directions sociales et politiques auxquelles nous n’avons abouti qu’après de longs siècles d’études et d’éducation  [25]. »

L’âge de la maturité des colonisés est ainsi renvoyé à un futur indéterminé mais suffisamment lointain pour rendre nécessaire une présence tutélaire stable.

Dernière partie : Différence coloniale et histoire universelle

Post-scriptum

Ce texte est extrait du livre Mission civilisatrice. Le rôle de l’histoire coloniale dans la construction de l’identité politique française, publié par Dino Costantini aux Éditions La Découverte.

Textes de Dino Costantini

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Notes

[1] Ibidem, p. 280.

[2] Comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, l’équation entre colonisation et civilisation ne constitue en aucun cas une nouveauté dans le panorama de la pensée coloniale française. La conception morale de la colonisation, culminante dans l’idée de la « mission civilisatrice », est explicitement proclamée par la France républicaine depuis l’époque de J. Ferry (voir R. GIRARDET, L’Idée coloniale en France, op. cit.).

[3] G. HARDY, La Politique coloniale…, op. cit., pp. 18-19.

[4] A. GIRAULT, Principes de colonisation et de législation coloniale, op. cit., p. 24.

[5] Ibidem, pp. 23-24.

[6] R. MAUNIER, Introduction générale, op. cit., p. 10.

[7] Ibidem, p. 11.

[8] Voir A. TRABUCCHI, Istituzioni di diritto civile, CEDAM, Padoue, 1998, pp. 83-84.

[9] R. MAUNIER, Introduction générale, op. cit., p. 11.

[10] « La protection des mineurs est un devoir, mais est aussi un droit des parents ; elle peut être définie comme un devoir-pouvoir, une fonction d’important intérêt public » (A. TRABUCCHI, Istituzioni di diritto civile, op. cit., p. 84).

[11] R. MAUNIER, Introduction générale, op. cit., p. 11.

[12] G. HARDY, Nos grands problèmes coloniaux, op. cit., p. 14.

[13] Ibidem, p. 208.

[14] J. FOLLIET, Morale internationale, op. cit., p. 201.

[15] G. HARDY, La Politique coloniale, op. cit., p. 395.

[16] L. LE FUR, Précis de droit international public, Dalloz, Paris, 1936.

[17] Lettre de Jules Ferry, ministre des Affaires étrangères, au baron de Courcel, ambassadeur de France à Berlin, cité dans G. MANCERON, Marianne et les colonies, op. cit., p. 146.

[18] F. DE MARTENS, « La Russie et l’Angleterre dans l’Asie centrale », Revue de droit international et de législation comparée, organe de l’Institut de droit international, t. 11, 1879 ; cité dans G. MANCERON, Marianne et les colonies, op. cit., p. 147.

[19] Ibidem.

[20] R. MAUNIER, Introduction générale, op. cit., p. 12.

[21] J. FOLLIET, Morale internationale, op. cit., pp. 200-201.

[22] G. HARDY, Nos grands problèmes coloniaux, op. cit., p. 208.

[23] Ibidem.

[24] A. SARRAUT, Grandeur et servitude coloniales, op. cit., p. 171.

[25] Ibidem, p. 167.

La mission civilisatrice (Sixième partie), Différence coloniale et histoire universelle

Par Dino Costantini, 10 septembre

Introduction

La différence entre peuples civilisés et non civilisés n’est pas conçue, dans la pensée coloniale telle que la formule par exemple un Albert Sarraut, en termes de différence de nature, mais en termes de différence d’évolution ou de développement – c’est-à-dire en termes essentiellement temporels. Pour le nouveau discours colonial français, colonisateurs et colonisés se situent à des étapes ou à des stades différents par rapport à une même ligne évolutive. Cela lui permet, alors qu’il reconnaît leur commune humanité, de sanctionner l’existence d’une hiérarchie. « Peuples adultes » et « peuples enfants » appartiennent à la même espèce, mais se trouvent à différents moments de la hiérarchie ordonnée de son évolution.

Article

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DINO_ Les différences qui séparent les populations françaises et indigènes empêchent temporairement l’application rigide du principe d’égalité de tous les groupes humains. Mais quant à l’unité du genre humain, Albert Sarraut veille à maintenir une cohérence avec ce postulat républicain :

« L’honneur de la France est d’avoir compris, la première, la valeur d’humanité des races attardées et l’obligation sacrée de respecter et d’accroître cette valeur. La grande pensée de justice qui imprègne la tradition du pays de la Déclaration des droits de l’homme a repoussé le dogme cruel qui décrétait l’infériorité définitive de certaines races. Elle constate à coup sûr le retard de leur évolution, mais s’employant à en corriger les effets, elle s’efforce d’accélérer les étapes ; et dans l’argile informe des multitudes primitives, elle modèle patiemment le visage d’une nouvelle humanité [1]. »

La distance entre colonisateurs et colonisés n’est donc pas celle absolue qui sépare deux races, mais celle temporelle qui oppose un groupe « attardé », « primitif », « archaïque » ou « non-civilisé » à un groupe « avancé », « moderne » ou « civilisé ». L’œuvre de civilisation de la colonisation a pour fin de combler cet abîme temporel et de conduire les « peuples enfants » jusqu’à leur pleine maturité, c’est-à-dire à leur pleine humanité. L’humanité de l’enfant n’est qu’une humanité potentielle, qui a besoin du soin et de la tutelle de l’adulte pour se réaliser complètement.

Au bout du chemin de l’évolution de l’enfant se trouve l’homme. Le devoir de l’homme est de faciliter le parcours de ce chemin, en aidant l’enfant à développer ses capacités de raisonnement et de maîtrise de soi – progressivement, sans brûler les étapes, en attendant le temps naturellement nécessaire à sa maturation. Le devoir moral suprême que le colonialisme se fixe est celui de ressouder la fracture évolutive qui divise le genre humain, en rétablissant son unité et en réalisant l’égalité naturelle de tous ses membres.

Pour ce faire, il doit modeler l’« argile informe » des populations primitives « à l’image » des sociétés civilisées. Alain Ruscio, dans une importante étude sur l’idéologie coloniale, Le Credo de l’homme blanc, décrit ainsi la relation existant entre « peuples enfants » et « peuples adultes » :

« Ce qu’ils sont, nous (= nos aïeux) le fûmes. Ce que nous sommes, ils le seront. Un jour lointain. Les sociétés européennes des XIXe et XXe siècles apparaissent ainsi […] comme un achèvement, comme un but ultime vers lequel toutes les sociétés devraient, devront se rapprocher. Peuples européens, peuples adultes. Les autres, tous les autres, peuples enfants, à des degrés divers d’évolution vers la maturité [2]. »

Une telle vision relève d’une interprétation évolutionniste et monologique de l’histoire, reposant sur l’utilisation du terme « civilisation » dans son acception singulière et absolue et posant la civilisation occidentale comme la fin inéluctable et unique de l’histoire du genre humain.

Si le modèle social, économique et culturel incarné par l’Occident représente l’« achèvement » naturel de l’histoire humaine, son destin, alors, tout ce qui échappe au grand récit de la civilisation – usages, coutumes, traditions, structures communautaires, conceptions de la propriété autres que celle de la propriété bourgeoise, etc. – est nié dans sa fonction historique, conçu comme facteur de retard développemental, comme une variation stérile, ou encore comme une dangereuse déviation sur le chemin linéaire qui mène à la vérité du monde et à la plénitude de l’histoire.

Les nations civilisées, détentrices du monopole de la modernité, sont donc les seules à appartenir au présent de l’histoire. Les peuples colonisés se situent, au contraire, dans le passé, aux échelons les plus reculés de l’histoire humaine, à des niveaux dépassés et destinés inévitablement à disparaître.

La colonisation se présente comme « un devoir plutôt qu’un droit [4]. »

Les spécificités culturelles des populations colonisées rendent l’œuvre de colonisation non seulement méritoire et juste mais nécessaire. En effet, le retard des non-civilisés est dû à leur culture, qui, comme nous l’avons vu, corrompt leurs capacités intellectuelles en les condamnant à l’état de minorité plus encore que ne le ferait une cause biologique.

C’est uniquement par l’intervention providentielle des nations civilisées que ces populations, maintenues par leurs infantiles habitudes culturelles dans le cercle fermé de la reproduction de la tradition, peuvent s’acheminer vers la maturité, la rationalité et la paix. En son absence, la distance entre colonisateurs et colonisés tend à s’agrandir. Selon René Maunier, l’opposition entre populations « attardées » et « avancées » correspond aussi au clivage entre groupes vivant selon la « tradition » et groupes privilégiant l’« invention » :

« Le groupe attardé vit communément par la tradition : coutumes établies, conceptions ancestrales, et vit dans le passé. Il s’adresse à ses morts pour découvrir ce qu’il faut faire en cas de doute ou de danger. Hommes du passé et non du futur, ainsi que le sont tous ces conquérants, tous ces dominants, les Occidentaux, qui sont allés dans les pays de l’outre-mer pour les gouverner et les exploiter. Ceux-ci, ce sont les gens de l’invention ; hommes du futur et non du passé, cherchant du nouveau, voulant le progrès, et le poursuivant opiniâtrement ; en quête toujours de révolution ou d’évolution [5]. »

Colonisateurs et colonisés n’ont pas, selon la pensée coloniale, la même relation au temps. Les seconds restent bloqués dans l’« imaginary waiting room of history [7].

La colonisation en tant que civilisation est la rencontre spatiale de populations appartenant à des temporalités différentes. Elle se produit en effet, lorsqu’un groupe cosmopolite, appartenant au présent de l’histoire universelle, rencontre un groupe endémique, enfermé dans la reproduction du passé, c’est-à-dire dans la répétition de ses traditions. Dans la différence qu’il établit entre civilisés et non-civilisés, le colonialisme s’appuie presque invariablement sur un discours allochronique, confinant les différentes populations à l’intérieur de régimes temporels distincts et hiérarchiquement organisés.

En ce sens, le discours colonial ne fait que reproduire – en l’amplifiant – ce qui, pour Johannes Fabian, constitue les limites de la réflexion anthropologique depuis les origines :

« L’anthropologie est apparue et s’est instituée sous la forme d’un discours allochronique (allochronic discourse) ; c’est une science d’hommes différents dans un Temps différent [8]. »

Pour Johannes Fabian, cette dimension du discours anthropologique ne peut être correctement appréhendée que si on la lie directement à la question coloniale :

« Parmi les conditions historiques de l’apparition de notre discipline, qui ont influencé son développement et sa différenciation, il y eut la montée du capitalisme et son expansion impérialiste et colonialiste dans les sociétés mêmes qui sont devenues l’objet de notre enquête. Pour cela, les sociétés expansionnistes, agressives et oppressives, que nous appelons collectivement de façon inexacte l’Occident, avaient besoin d’Espace à occuper. De façon plus profonde et problématique, elles avaient besoin de Temps pour y calquer les schémas d’une Histoire à sens unique [one-way history] : progrès, développement, modernité (et leurs reflets en négatif : stagnation, sous-développement et tradition). Bref, la géopolitique fonde ses racines idéologiques [ideological foundations] dans la chronopolitique [chronopolitics] [9]. »

L’impérialisme en tant que phénomène historique exigeait comme corollaire fondamental une opération de type culturel, sans scrupule, capable de monopoliser le savoir sur le temps et son véritable déroulement, c’est-à-dire un « chronopolitique » adéquate. La production de cette chronopolitique est, selon Johannes Fabian, la préoccupation spécifique du savoir anthropologique depuis ses origines.

L’anthropologue a le monopole du savoir sur le temps, il a la connaissance de son véritable déroulement. C’est à partir d’une telle présomption que l’objet du discours anthropologique – l’Autre – est invariablement projeté dans un autre temps. L’anthropologie apparaît ainsi comme :

« un discours dont le référent a été effacé du présent du sujet parlant/écrivant. Cette “relation pétrifiée” est un scandale. L’Autre de l’anthropologie coïncide, au bout du compte, avec d’autres personnes qui sont nos contemporains [10] ».

Pour Johannes Fabian, le scandale de l’anthropologie réside dans le « denial of coevalness » entre l’anthropologue et l’objet de son étude, c’est-à-dire dans la négation systématique de la contemporanéité entre observateur et observé. Cette négation apparaît dans toute sa complexité à travers la pratique ethnographique, où la contemporanéité de l’anthropologue et de son objet ne peut être niée.

Le même scandale et la même problématique traversent la pensée coloniale, qui, si elle confine idéologiquement les colonisés dans le passé de l’histoire humaine, ne peut pas éviter de les reconnaître comme contemporains au moment de sa mise en œuvre : en tant qu’objet de pouvoir, l’« autre » colonial ne peut qu’être reconnu comme étant présent.

Face à l’évidence dramatique de la contemporanéité du colonisateur et du colonisé, l’allochronie du discours colonial n’est pas simplement un fait linguistique, mais un acte immédiatement politique. Son résultat est double : d’un côté, il permet la production d’une cosmologie politique (« political cosmology [11] »), fondée sur la relégation des populations colonisées à un niveau hiérarchiquement inférieur ; de l’autre, il permet de soutenir que cette même cosmologie se base sur l’idéal de l’unité du genre humain.

Textes de Dino Costantini

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Notes

[1] Ibidem, p. 115.

[2] A. RUSCIO, Le Credo de l’homme blanc, op. cit., p. 56.

[3] G. HARDY, La Politique coloniale…, op. cit., p. 338.

[4] G. HARDY, Nos grands problèmes coloniaux, Armand Colin, Paris, 1929, p. 196.

[5] R. MAUNIER, Introduction générale, op. cit., p. 16.

[6] Voir l’introduction de D. CHAKRABARTY, Provincializing Europe. Postcolonial Thought and Historical Difference, Princeton University Press, Princeton/Oxford, 2000.

[7] Pour une critique du concept monologique et eurocentrique de modernité, que l’on pourrait remplacer par le concept pluriel et dialectique de « entangled modernities », voir S. EISENSTADT, « A Reappraisal of Theories of Social Change and Modernization », in H. HAFERKAMP et N. J. SMELSER (dir.), Social change and Modernity, California University Press, Berkeley/Los Angeles, 1992 ; S. EISENSTADT, Comparative Civilizations and Multiple Modernities, Boston Brill Academic Publishers, Leiden, 2003.

[8] J. FABIAN, Time and the Other : how Anthropology Makes its Object, Columbia University Press, New York, 1983, p. 143.

[9] Ibidem, pp. 143-144.

[10] Ibidem, p. 143.

[11] Ibidem, p. 152.

Commission d’enquête citoyenne sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda

Lundi 11 août 2008

Commission d’enquête citoyenne

sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda 

 Dossier réalisé par l’association SURVIE FRANCE

Plaintes visant des militaires français

 Compte rendu de la Conférence de presse organisée le 10 Mai 2006 à la LDH 

Six personnes qui s’estiment victimes d’actes accomplis au Rwanda, en 1994, par des militaires français de l’opération « Turquoise » se sont constituées parties civiles devant le Tribunal aux Armées de Paris. La LDH et la FIDH se sont constituées parties civiles à leur côté. 

Le 10 mai 2006, les avocats (M. Antoine Conte, M. Michel Tubiana, et M. Antoine Bernard) de ces parties civiles ont tenu une conférence de presse au siège de la LDH. Ils ont dénoncé le comportement du Parquet militaire qui cherche à paralyser l’instruction de ces plaintes – conformément à la volonté manifeste du Gouvernement. Le déroulement de la procédure témoigne de cette volonté. 

Les plaintes avaient été déposées le 16 février 2005 entre les mains du Juge d’instruction militaire. 

Dès le 27 avril, le ministère de la Défense faisait connaître son avis : tout en niant toute participation de militaires français à des crimes internationaux, le Ministère se disait disposé à apporter toute l’aide requise par la Justice. Cependant, le 7 juillet 2005, le Parquet militaire faisait savoir qu’il trouvait les plaintes peu vraisemblables et, conformément aux dispositions de l’article 86 du Code de procédure pénale, il demandait qu’avant toute ouverture de l’instruction, le Juge d’instruction entendît les plaignants pour vérifier leur crédibilité. Les plaignants personnes physiques ont donc été convoqués à Paris. 

Or, ceux-ci se trouvaient dans l’impossibilité absolue de se rendre en France n’en ayant pas les moyens financiers. En conséquence, le 6 octobre 2005, le Parquet militaire prenait des réquisitions demandant à ce que le Juge d’instruction  - soit délivrât une commission rogatoire internationale aux autorités rwandaises pour que ces autorités entendent à sa place les plaignants ; - soit se transportât sur les lieux, au Rwanda, afin de les entendre lui-même dans les conditions prévues à l’article 86 du Code de procédure pénale. On notera que, l’instruction n’étant pas encore ouverte puisque l’on en était encore à vérifier la « crédibilité » des plaignants (v. art. 86 Code de procédure pénale), ce Juge ne pouvait pas délivrer de commission rogatoire (v. art. 151 Code de procédure pénale). 

Dans ces conditions, il ne lui restait que le second terme de l’alternative – le transport sur les lieux – pour satisfaire le Parquet militaire. Le Juge d’instruction a donc décidé, par une ordonnance du 12 octobre 2005, de se rendre sur les lieux, conformément aux demandes du Parquet. Le Juge d’instruction s’est rendu au Rwanda entendre les plaignants au cours du mois de novembre 2005, malgré les mises en garde que le ministère de la Défense lui avait adressées en invoquant les « dangers » auxquels sa personne s’exposerait à Kigali. 

Enfin, le réquisitoire du Parquet militaire qui permettait l’ouverture effective de l’information a été pris le 23 décembre 2005. 

Toutefois ce réquisitoire ne concernait que deux des six plaintes. En effet, dans le même acte, le Parquet militaire requérait du Juge d’instruction qu’il déclarât les quatre autres plaintes « irrecevables » car le « préjudice » invoqué par les plaignants n’aurait pas été suffisamment caractérisé. Passant outre à cette partie du réquisitoire, le Juge d’instruction déclarait par une ordonnance du 16 février 2006, que les six constitutions de partie civile déposées par les six plaignants individuels, étaient recevables. 

Depuis lors, le Parquet militaire a lancé deux sortes d’offensives. D’abord, il a fait appel de l’ordonnance du 16 février 2006 en ce qui concerne les quatre constitutions de partie civile qu’il estime irrecevables. Son argument essentiel contre la recevabilité – à savoir l’absence de préjudice caractérisé  - est incompatible, en droit, avec la jurisprudence de la Cour de cassation. 

De plus il est scandaleux de contester que des personnes réchappées d’un génocide puissent éprouver un préjudice en raison de la perte de leurs proches et de leurs blessures personnelles. L’appel a été plaidé devant la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris qui rendra son arrêt le 29 mai. Si, par extraordinaire, la Chambre de l’instruction devait suivre le Parquet militaire et déclarer les quatre constitutions de partie civile irrecevables, il ne serait plus question d’instruire ces quatre plaintes. Ensuite, le Parquet militaire a requis la nullité du transport du Juge d’instruction à Kigali. 

Il vise, de la sorte, à remettre en cause toutes les constitutions de partie civile individuelles – et non pas seulement les quatre dont il conteste, par ailleurs, la recevabilité. En effet, le Parquet espère sans doute que, dans l’hypothèse où il aurait gain de cause, il lui serait possible de solliciter l’annulation de toute la procédure consécutive à la descente sur les lieux de novembre 2005. Au soutien de sa requête, il fait valoir qu’en territoire étranger et en l’absence de convention internationale d’entraide judiciaire, le Juge français n’avait pas le pouvoir d’entendre lui-même les plaignants, n’hésitant pas à se contredire, lui même en ayant fait la demande au Juge. Son argumentation n’est pas sérieuse car, en l’absence de traité, le consentement de l’État étranger suffit à lever l’obstacle que la souveraineté de cet État oppose à l’accomplissement de la mission du Juge d’instruction français. 

Ce consentement n’a pas à revêtir de formes particulières. Or, en l’espèce, on ne peut pas sérieusement contester que les autorités rwandaises aient consenti puisque le Juge d’instruction, après les avoir informées de sa mission, a obtenu leur visa et a été reçu par elles, à plusieurs reprises, à Kigali. Cette question devrait être plaidée fin mai devant la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel qui rendra son arrêt à une date encore inconnue. 

Les avocats ne se sont pas contentés de décrire les étapes de la procédure en pointant les faiblesses et les incohérences de l’argumentation du Parquet militaire. Ils ont également insisté sur deux points. D’abord, ils ont souligné le refus du Gouvernement – auquel est subordonné le Parquet – de voir, non seulement jugés, mais même simplement instruits à charge et à décharge, les faits reprochés aux forces françaises. 

Tout continue de se passer comme si les autorités civiles et militaires françaises redoutaient que la moindre lumière puisse être faite sur le soupçon d’implication française dans le génocide et les crimes qui l’ont accompagné. Ensuite, ils ont effectivement rappelé que les militaires qui sont immédiatement visés par les plaignants ont agi dans le cadre des missions que leur avaient assignées leurs supérieurs conformément aux décisions arrêtées au sommet de l’État. C’est donc à ce niveau que se situe la responsabilité première des faits dont le Tribunal aux Armées de Paris est saisi. 

C’est sans doute pour cela que le Parquet militaire met tant de zèle à paralyser le déroulement de l’instruction. 

Survie France  http://survie.org/Genocide-des-Tutsi-au-Rwanda-Revue 

Génocide des Tutsi au Rwanda (Revue de presse Nov 2005-Janv 2006) mercredi, 1er février 2006 

La france au Rwanda : exercice d’autodéfense Des témoignages accablants pour l’armée française lors de l’Opération Turquoise, en 1994 qui déclenchent une offensive médiatique. Le Soir, 21 janvier 2006 Kigali, envoyée spéciale 

Pierre Péan n’était pas un tireur isolé. Son pamphlet (1) faisait partie d’une offensive médiatique généralisée, prenant pour cible le régime de Kigali et son président, Paul Kagame. En effet, une demi douzaine de livres ont été publiés quasi simultanément, (2) reprenant tous les mêmes thèmes, la responsabilité du FPR dans l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, présenté comme l’élément déclencheur du génocide, les massacres commis par le FPR à l’encontre des Hutus, ce qui mène à la thèse du double génocide. Tous ces auteurs, qui visiblement se connaissent, s’épaulent et s’inspirent, puisent aux mêmes sources, l’enquête du juge anti- terroriste Bruguière, présentée comme achevée depuis deux ans et qui n’est connue que par des « fuites » privilégiées et le témoignage d’un transfuge du FPR, Abdul Ruzibiza, qui se définit comme un membre du « network », le commando tutsi qui aurait abattu l’appareil présidentiel et qui a été amené de Kampala à Paris par les services français qui l’avaient rencontré lors de l’Opération Artemis en Ituri en 2003. A Kigali on se demande quelle est la raison de ce tir groupé, onze ans après la fin de la guerre. Une tentative de déstabilisation serait-elle en préparation, précédée par un lynchage médiatique en bonne et due forme ? Essaierait-on de miner la légitimité du régime en assurant que, désireux de conquérir tout le pouvoir, Kagame et les siens auraient délibérément sacrifié les Tutsis dits de l’intérieur ? La raison de ce déchaînement révisionniste est peut-être plus simple, et plus embarrassante pour une armée française désormais sur la défensive. En effet, le procureur du Tribunal aux armées de Paris, seule instance habilitée à juger les militaires en mission à l’étranger, a ouvert une information judiciaire pour « complicité de génocide ». C’est l’aboutissement d’une plainte déposée en février dernier par six Rwandais victimes du génocide, qui ont mis en cause le comportement de l’armée française entre juin et août 1994. A ce moment, l’Opération Turquoise, autorisée par les Nations Unies, avait permis aux Français de créer une « zone humanitaire sûre » (ZHS) dans le sud-ouest du pays. L’objectif officiel était de protéger les Tutsis victimes du génocide. En réalité, cette opération fut contestée dès le départ, le FPR la considérant comme un ultime soutien aux forces gouvernementales en déroute, qui se rassemblèrent d’ailleurs dans la ZHS avant de traverser la frontière en direction des camps du Kivu. Aujourd’hui les langues se délient au Rwanda et les témoignages se multiplient, décrivant les ambiguïtés de l’attitude des militaires français. La juge d’instruction du Tribunal aux armées de Paris, Brigitte Raynaud, s’est rendue au Rwanda en décembre dernier pour y auditionner des plaignants. Les témoignages portent plus particulièrement sur la tragédie qui s’est déroulée sur les collines de Bisesero, où les militaires français auraient attendu trois jours avant de venir secourir des Tutsis survivants et à Murambi, où l’une des plaignantes, Auréa Mukakalisa a assuré à la juge que « des miliciens hutus entraient dans le camp et désignaient des Tutsis que les militaires français aidaient à sortir du camp ». L’information judiciaire ouverte en France ne concerne que deux des six plaintes déposées, les autres n’ayant pas été jugées recevables par le procureur. Ce premier pas a déjà suscité de vives réactions en France : la Ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, a jugé « inadmissibles » les dénonciations du comportement des militaires français, l’un des responsables de Turquoise, le colonel Hogard a publié un ouvrage défendant l’action de ses hommes (3) et le général Lafourcade, qui dirigeait l’Opération Turquoise, s’est également justifié dans la presse. La juge Raynaud, bien que démissionnaire, poursuivra cependant ses investigations, même si, avant de se rendre au Rwanda le Ministère de la Défense lui avait fait savoir qu’il jugeait ce déplacement inopportun pour des raisons de sécurité, invoquant la publication imminente de deux ouvrages qui allaient remettre le Rwanda sous les feux de l’actualité (ce qui démontre d’ailleurs que la publication de ces livres n’était pas fortuite). 

Au Rwanda, des rescapés se pressent désormais devant le bureau du Procureur, désireux de faire entendre leur version de l’histoire. Nous livrons ici quelques uns de ces témoignages, dont certains ont été communiqués à la juge française lors de son séjour à Kigali et dont d’autres sont inédits. Colette Braeckman (1) Pierre Péan, Noires fureurs, blancs menteurs, édition Mille et une nuits (2) Lieutenant Abdul Joshua Ruzibiza, Rwanda, l’histoire secrète, éditions du Panama, 

(3) Charles Onana, avec préface de Pierre Péan, Les secrets de la justice internationale, enquêtes truquées sur le génocide rwandais, éditions Duboiris, Sous la direction du même auteur : Silence sur un attentat, le scandale du génocide rwandais, éditions Duboiris, Jacques Hogard, Les larmes de l’honneur, 60 jours dans la tourmente du Rwanda, éditions Hugo.doc Alors que la France célèbre avec émotion le 10eme anniversaire de la disparition de François Mitterrand, le génocide au Rwanda, qui eut lieu à la fin de son « règne » suscite une étrange fièvre éditoriale. Certes, aucun commentateur n’a le mauvais goût de rappeler que le défunt chef d’Etat, vénéré des Français, défendit jusqu’au bout le régime Habyarimana, envoyant même un avion spécial à Kigali pour ramener à Paris sa veuve et ses enfants, qu’il fut l’un des premiers à évoquer « le double génocide », thème favori des révisionnistes et que c’est le Premier Ministre Balladur qui, à l’époque de la cohabitation, freina les ardeurs guerrières d’un chef d’Etat qui voulait à tout prix empêcher le FPR de conquérir Kigali.  Cependant, si le Rwanda est biffé de toutes les cérémonies du culte mitterrandien, il est curieusement présent sur le plan éditorial. Comme si, onze ans après, il était urgent d’allumer des contre feux. Pour quel incendie ? Car enfin, si la juge des armées vient à conclure que des soldats français engagés dans l’Opération Turquoise se sont mal comportés et doivent être sanctionnés, pourquoi toute l’institution militaire devrait elle se sentir visée ? On ose croire que, lorsque certains militaires fraternisaient ou collaboraient avec les extrémistes hutus, ils agissaient à titre individuel et non pas sur ordre de leurs supérieurs. Rappelons que, lorsqu’il se confirma que des militaires belges avaient commis des exactions en Somalie en 1993, ces hommes furent sévèrement sanctionnés mais sans que l’armée belge ou l’Etat ne se sentent ébranlés pour autant. (Il en alla autrement lors de la mort des Casques bleus en 1994 et de l’abandon du Rwanda par la Belgique officielle…) Faut il croire que lorsqu’un militaire français est mis en cause, c’est la France, en tant qu’Etat, qui se sent attaquée ? Si tel était le cas, notre grand voisin ne différerait guère des Etats-Unis, qui refusent pour leurs soldats la juridiction de la Cour pénale internationale… En dressant des rideaux de fumée pour masquer ses ambiguïtés au Rwanda ou ailleurs, en refusant de regarder en face les compromissions du passé, en refusant toute forme d’excuse, la France s’enfonce dans son malentendu avec l’Afrique. Ce n’est pas une loi qui dira les bienfaits de la colonisation, cette reconnaissance là doit venir des peuples eux-mêmes. Les Africains devraient, sans arrière pensées, pouvoir rejoindre Paris dans son légitime combat pour l’exception culturelle et contre l’uniformisation du monde. Mais en se solidarisant avec les erreurs commises hier au Rwanda, la France d’aujourd’hui donne le sentiment qu’elle n’a pas changé et fournit elle-même des arguments à ses rivaux en Afrique. Constater cela, avec tristesse, ce n’est pas être hostile à notre grand voisin. C’est croire, au contraire, que ce pays là vaut mieux que ceux qui le défendent aujourd’hui si maladroitement.  Colette Braeckman 

Des témoins parlent et accusent la France 

  • Bernadette Mukonkusi, violée par le domestique des militaires français 

En 1994, je vivais à Kigali. Dès les premiers jours du génocide, mon mari avait été assassiné. Je m’étais cachée et j’avais été séparée de mes deux enfants. Après la victoire du FPR en juillet, lorsque je sortis de ma cachette, on me dit que les enfants avaient fui en direction de Gikongoro et se trouvaient dans la zone Turquoise, contrôlée par les Français. Lorsque je suis arrivée à Gikongoro, des Interhahamwe m’ont encerclée, interrogée. Une femme qui travaillait avec eux est allée chercher deux militaires français. Ils ont commencé par me poser beaucoup de questions, d’où je venais, ce que je faisais là. Entretemps, un des Interhahamwe m’a dit que mes enfants se trouvaient dans le camp de Kibeho. Les Français m’ont demandé où je comptais passer la nuit. Ils avaient établi leurs quartiers dans les installations de SOS Villages à Gikongoro. Ils ont accepté de m’embarquer dans leur jeep après avoir terminé la bière qu’ils prenaient avec les Interhahamwe. En arrivant, ils m’ont désigné une espèce de trou, un abri dans lequel on se cache en cas d’attaque. En me jetant une natte, ils m’ont dit que je pouvais dormir là. J’y suis restée jusqu’au soir, le camp était très éclairé. Soudain un Rwandais est venu me rejoinder dans l’abri et il a commencé à se déshabiller. J’ai eu peur, je suis sortie, mais les Français m’ont dit de retourner d’où je venais. Le type était sur la natte, il a voulu me prendre de force, je l’ai repoussé, j’ai crié. Un Français est venu voir ce qui se passait mais il n’est pas intervenu. L’homme m’a violée, avec brutalité, puis s’est endormi. Moi, je me suis enfuie, pendant que le Français me criait » mais où vas tu ?  » J’ai alors compris que mon violeur était le domestique des militaires français et qu’ils lui avaient fait un « cadeau ». 

  • Jean-Marie Vianney Nzabakurikiza 

En 1993, j’étais à Kibuye et je voyais que les Français étaient aux barriers pour contrôler les Rwandais. En 1994, je les ai vus donner des grenades offensives aux Interhahamwe. Ces derniers s’en servaient pour débusquer les Tutsis : ils lançaient ces grenades vers les bois, les massifs où nous étions cachés, et les rescapés étaient alors obligés de sortir de leur cachette, ce qui permettait de les tuer facilement. A Kibuye, avant de fuir vers le Congo, les Interhahamwe o,t systématiquement pillé la ville, ils ont tout détruit, et les Français qui étaient présents ont laissé faire, ils ne sont pas du tout intervenus pour les empêcher. 

  • Nshiyimana Gilbert 

Moi aussi je suis de Kibuye, né à Ruhengeri. J’étais présent lors de l’opération Turquoise et honnêtement, je ne peux pas dire que j’ai vu des Français sauver des gens. Lorsqu’ils découvraient des rescapés cachés dans les bois, ils les prenaient c’est vrai, mais c’était pour les confier ensuite aux Ihterhahamwe, pas pour les mettre en lieu sûr. Car les Interhahamwe tuaient ceux qu’on retrouvait. Depuis le début, lorsque j’avais vu les Français trier des gens aux barriers et arrêter avec l’artillerie l’offensive du FPR, je me suis dit que ces gens là n’étaient au Rwanda que pour servir de bouclier à Habyarimana, pour mener la guerre au FPR ; Moi, ma maison a été entièrement détruite à Kibuye, sous le regard des Français qui n’ont absolument pas bougé. Et vous voudriez me faire dire qu’ils étaient là pour le protéger ? 

  • Kayumba Bernard, ancien séminariste : à Bisesero, les Français nous ont désarmés 

En avril 1994, je me suis dirigé vers Bisesero. Nous marchions de nuit, allant de cachette en cachette. Bisesero est un endroit sur la hauteur, où d’où les Tutsis n’ont jamais été délogés. A mon arrivée, il y avait là plus de 50.000 personnes. Nous avions des armes traditionnelles, des arcs et des flèches, des lances, des couteaux, et nous tentions ainsi de repousser les Interhahamwe venus de Kibuye envoyés par le préfet Clement Kayishema. Nous avions même 13 fusils mais puisque personne ne savait s’en servir nous avions préféré les enterrer. Les Interhahamwe montaient vers nous avec des chiens, pour débusquer ceux qui se cachaient dans les buissons. Nous avons tenu jusqu’au 27 juin, nous avions faim, les blessés étaient nombreux. Le 27 juin, les Français sont arrivés, guidés vers nous par les Interhahamwe. Ils nous ont dit d’appeler ceux qui étaient cachés. Les gens sont sortis et ont demandé aux Français de les emmener. Les militaires français ont refusé, car ils n’étaient pas assez nombreux, et ont promis de revenir dans trois jours. En réalité, ils étaient venus avec une dizaine de camions, ils avaient des communications radio, et Kibuye n’était qu’à 30 km de là. Je leur ai alors demandé de nous tuer tout de suite, proprement, au lieu de nous abandonner aux Interhahamwe qui attendaient de nous massacrer à l’arme blanche. Après leur départ, la population a convergé vers nous : les Interhahamwe, avec des renforts venus de la ville, les civils avec des machettes. On devait entendre les cris, les explosions, les coups de feu jusque Kibuye. Nous avons perdu beaucoup de monde car au moment de l’assaut nous étions déjà très affaiblis. Lorsque les Français sont revenus le 30 juin, ils ont enlevé leurs armes traditionnelles à ceux qui survivaient encore. Arraché les arcs et les flèches, pris les lances, les bâtons et même les 13 fusils enterrés. C’étaient des armes auxquelles nous tenions, elles venaient de nos parents. A ce moment, nous n’étions plus que 1300 survivants, nous étions comme des animaux. Les Français nous ont alors donné à manger et nous ont emmenés vers Kibuye. Durant le trajet, j’ai vu qu’ils laissaient les Interhahamwe filer vers la forêt de Nyungwe avec leurs armes, pour qu’ils puissant s’y réorganiser. Lorsque nous avons choisi de rejoindre les lignes du FPR, notre évacuation s’est faite dans l’hostilité ; on nous a entassés dans des camions bâchés, nous manquions d’air et avons failli étouffer. On sentait bien qu’ils nous en voulaient. 

  • Nsengyumva Hamada, ancien militaire, actif dans les services de renseignement 

Alors que tous les Français étaient censés avoir quitté le Rwanda en décembre 2003, en mars 1994 il y avait encore trois Français au camp Bigogwe. Ils nous apprenaient l’usage de fusils de chasse et de lunettes de vision nocturne.  J’ai appris à tirer avec l’aide des Français. Dans nos exercices, il y avait des cibles en carton. Cela, c’était classique et normal. Mais sur les collines où avaient lieu les exercices, on nous pénalisait si nous visions ces cibles en carton. Les vrais objectifs, qui nous valaient des points et de l’avancement, nous devions les atteindre sur les vaches des pasteurs Bagogwe (un groupe de bergers apparentés aux Tutsis) Le sport pour nous, c’était d’avancer, couverts par les tirs de mortier des Français, de nous approcher des vaches et de leur tirer une balle entre les deux yeux… A la fin de l’Opération Turquoise, j’ai fui avec toute l’armée. Les Français nous ont laissés passer au Zaïre et là j’ai fait le grand tour du pays : je suis allé du Kivu jusque Tingi Tingi près de Kisangani, un camp de réfugiés qui abritait également des militaires, puis nous sommes allés à Lubutu, Obiro, Opala, Ubundu. Puis de Mbandaka, la capitale de l’Equateur nous sommes passés au Congo Brazzaville. La tactique était toujours la même : nous devions garder avec nous des populations civiles, comme une sorte de bouclier. Tout au long de notre odyssée à travers le Congo, lorsque nous fuyions les forces de l’AFDL (Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Congo) soutenues par le Rwanda, il y avait des Français avec nous, ils nous donnaient des habits militaires et des armes. 

  • Samuel Zirimwabagabo, ancien gendarme à Kibuye 

En 1994, j’étais gendarme à Kibuye, sur les bords du lac Kivu. Lorsque les Français arrivèrent à bord d’hélicoptères, c’était la joie, la population chantait et dansait, les autorités célébraient l’évènement. Travaillant à l’état major, je participais à des factions devant l’entrée du camp. Je voyais les Interhahame qui circulaient avec des épées, des houes, ils étaient vêtus de feuilles de bananiers, portaient des plumes de coqs. Ils cherchaient les Tutsis qui se cachaient encore aux alentours de la préfecture. Les troupes françaises se sont entretenues avec les chefs de la gendarmerie, afin de voir comment organiser la collaboration et maintenir la sécurité. Pour la journée, on cherchait des gendarmes qui parlaient bien le français, ils triaient les prisonniers selon leur région d’origine, puis on emmenait ces gens à l’économat technique ou dans un hangar. On les laissait là durant la journée et on leur donnait de l’eau. Quelques gendarmes entraient parfois pour les battre mais c’était tout. Après une semaine, nous avons vu des rescapés que l’on amenait, attachés par des cordelettes militaires, très solides. Le sous-lieutenant Emmanuel Ndajagimana collaborait souvent avec un militaire français appelé Sartre, qui venait boire avec lui dans le mess. Vers minuit, les lieutenants et sous lieutenant Ndagajimana et Masengeso étaient appelés . Ils amenaient au camp des gendarmes Abakiga (originaires du Nord, la région du président Habyarimana) Ces derniers commençaient alors à tuer les prisonniers. Nous on restait à l’extérieur et on suivait ce qui se passait. Tout allait vite, un seul cri et c’était fini : ils tuaient les déplacés en un seul coup sur la tête, avec des crosses, des bâtons. Les corps étaient évacués dans des camions couverts d’une sorte de toile de tente, pour camoufler le chargement. Les Français étaient aussi postés aux barrières, ils participaient au contrôle des gens. Les Interhahamwe étaient derrière eux et lorsqu’un Tutsi était attrappé, ils s’en chargeaient. Au retour, ils étaient couverts de sang. Avant leur départ de Kibuye, fin août 1994, les Interhahamwe ont commencé à piller la ville, à tout détruire. Les Français n’ont rien fait pour s’y opposer…Au contraire, ils levaient le pouce comme pour saluer leurs alliés et ils leur donnaient des habits, des morceaux d’uniforme. Sartre leur a même donné des armes, des munitions. 



Ce qui a manqué à l’opération « Turquoise », par Patrick May Point de vue 

LE MONDE 12.01.06 Le général Jean-Claude Lafourcade signe dans Le Monde du 5 janvier une défense des soldats de l’opération « Turquoise » au Rwanda en 1994, dont il était le commandant. Le général ne se trompe pas de cible, il se trompe de combat. Sans doute, l’opération « Turquoise » ne fut pas parfaite et elle a comporté des lacunes, comme l’affaire de Bisesero entre les 27 et 29 juin 1994, où des Tutsis sont morts faute d’un secours des Français, pourtant informés du danger qu’ils couraient. On peut deviner que ce n’est pas le seul endroit du Rwanda où l’armée française a fait preuve d’un manque de rigueur. Ce qui ne veut pas dire « complicité de génocide », sauf si l’on devait découvrir que c’est sciemment que les Français ont abandonné les Tutsis de Bisesero. L’honneur des soldats français n’est donc pas, dans l’état actuel du dossier, à mettre en cause ici. En revanche, ce que le général omet de dire, lorsqu’il cite les faits, c’est que la France a voté le 21 avril 1994 la résolution 912 du Conseil de sécurité des Nations unies, préconisant le retrait des casques bleus du Rwanda, s’alignant ainsi sur la lâcheté de la Belgique et des Nations unies et abandonnant les Tutsis à leurs bourreaux. Alors, un procès des défaillances de l’ONU et de ses responsables, comme le suggère le général ? Oui, si l’on inclut la France dans ces derniers. Ce que le général omet également de dire, c’est que l’opération « Turquoise » fut décidée en fin de génocide, dans la troisième semaine de juin 1994, lorsqu’il est apparu que le FPR, contrairement à toutes les prévisions, pourrait gagner la guerre (l’aéroport de Kigali était tombé depuis un mois). 

Ce que le général omet encore de dire, c’est que la France avait un passé chargé de coopération militaire avec le régime d’Habyarimana, lequel a imaginé, organisé et préparé le génocide des Tutsis. Dans ces conditions, l’ambiguïté de l’opération « Turquoise » était patente. Alors, venir affirmer que « seule la France a eu la volonté politique et militaire d’intervenir pour arrêter les massacres » relève de la farce de mauvais goût. Sans doute le général et ses soldats étaient-ils sensibilisés par le drame des Tutsis, mais il n’est pas crédible que la diplomatie française l’ait été. Laisser faire un génocide pendant deux mois et demi après avoir retiré les casques bleus et s’arroger les lauriers de la sensibilité humanitaire parce que l’on a monté tardivement une opération tampon entre belligérants, quoi de plus cynique ? On peut certes, avec Hubert Védrine, refuser de croire que la France ait eu la moindre intention de soutenir le génocide des Tutsis, mais elle a soutenu des gens qui l’ont orchestré, même si elle a exhorté – vox clamans in deserto – le régime Habyarimana à s’ouvrir à la démocratie. Le devoir de la France, depuis la création de la Radio-télévision libre des mille collines, la radio de haine anti-Tutsis du pouvoir, au printemps 1993, soit un an avant le génocide, aurait été d’avoir la lucidité de comprendre que le régime Habyarimana était sur le point de commettre l’irréparable et d’essayer de s’y opposer. Ce qu’elle n’a pas fait – pas plus que quiconque – alors qu’elle était la nation la mieux placée à l’époque au Rwanda pour le faire. (D’après certains témoins, elle aurait même fait le contraire, équipant les FAR longtemps après le début du génocide, faits qui ne sont pas absolument établis mais sur lesquels la France ne s’est jamais expliquée.)  Si la France avait eu des préoccupations humanitaires, elle aurait mis son veto à la résolution 912 et, le cas échéant, aurait monté son opération « Turquoise » fin avril et non fin juin. En mélangeant diplomatie et action militaire, le général Lafourcade espère peut-être atténuer, par la vertu de ses soldats, la responsabilité de la France politique dans les événements tragiques du Rwanda en 1994. Patrick May est le coauteur, avec Yolande Mukagasana, de La mort ne veut pas de moi (éd. Fixot, 1997). 



Enquête sur les « bavures » des soldats français au Rwanda Journal l’Humanité Rubrique International 

Article paru dans l’édition du 26 décembre 2005. Génocide . Le procureur du Tribunal aux armées de Paris a ouvert vendredi une information judiciaire pour complicité dans les massacres de 1994.  « La manifestation de la vérité, s’agissant du comportement de certains militaires français pendant le génocide, est maintenant possible », a estimé samedi William Bourdon, avocats de six plaignants rwandais. Après des mois de tergiversations, le procureur du Tribunal aux armés de Paris (TAP), seule instance habilitée à juger des militaires en mission à l’étranger, a ouvert vendredi une information judiciaire contre X… pour « complicité de génocide ». Cette décision est l’aboutissement d’une plainte déposée en février dernier par six Rwandais victimes du génocide de 1994, dans lequel ont péri près d’un million de Tutsi et de Hutu modérés. Les plaignants mettent en cause le comportement de l’armée française entre juin et août 1994. À cette époque, les Français sont retournés sous mandat onusien au Rwanda, pour créer au sud-ouest du pays une zone humanitaire sûre (ZHS). C’est l’opération « Turquoise », dont l’objectif officiel était la protection des victimes des tueries. Une version réfutée par les plaignants qui accusent les Français d’avoir laissé des miliciens hutu massacrer les Tutsi et même dans certains cas d’avoir eux-mêmes exercé des violences contre les rescapés. Les plaintes portent tout particulièrement sur les collines de Bisesero, où les témoins racontent que les militaires français ont assisté sans bouger au massacre de rescapés en fuite. L’autre cas est celui du camp de Murambi. Dans ce lieu présenté comme un refuge pour les survivants, « des miliciens hutu rentraient et désignaient des Tutsi que les militaires français obligeaient à sortir », a raconté une des plaignantes, Auréa Mukakalisa. L’ouverture de l’information judiciaire n’est pourtant qu’une « demi-mesure », a précisé Me Bourdon. Ce dernier parle d’information « pour l’instant incomplète » et de « dernières résistances incompréhensibles du procureur » qui n’a jugé recevables que deux des six plaintes déposées. Les quatre autres plaignants « ne peuvent se prévaloir d’un préjudice personnel et direct », a expliqué le procureur Jacques Baillet pour justifier sa décision. Mais au-delà de l’argument juridique, force est de constater que l’État français et son représentant, le procureur Baillet, ont tout fait pour stopper l’avance de la procédure. La juge d’instruction du TAP, Brigitte Raynaud, n’a été autorisée qu’au début d’octobre par le procureur à se rendre au Rwanda pour y auditionner les plaignants. Et quinze jours avant son départ, elle recevait encore une note du ministère de la Défense jugeant son déplacement à Kigali inopportun alors que la publication de deux ouvrages (voir ci-dessous) remettait le Rwanda sous les feux de l’actualité médiatique. En décembre, la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, était même personnellement montée au créneau en jugeant « inadmissible que les militaires français puissent être accusés de cette façon et de choses qui la plupart du temps sont farfelues ». Puis il faudra attendre encore un mois entre le déplacement de la juge fin novembre et l’ouverture de l’information judiciaire, entraînant les protestations pour « déni de justice » de Me Comte, deuxième avocat des plaignants. Camille Bauer 



Un exemple caricatural de « négationnisme » Journal l’Humanité  Rubrique International/Article paru dans l’édition du 26 décembre 2005. Dans son livre Noires fureurs, Blancs menteurs, Pierre Péan déclare la guerre à tous ceux qui mettent en doute le discours élyséen sur le génocide. Présenté comme le livre qui établit enfin « la » vérité historique sur le génocide de 1994 et l’opération« Turquoise » au Rwanda, l’ouvrage de Pierre Péan (aux éditions des Mille et Une Nuits) vise essentiellement à faire contrefeu aux révélations publiées ces dix dernières années concernant les jeux plus que troubles de l’Élysée entre 1990 et 1994. La thèse structurant l’ouvrage est issue du discours officiel de Paris, celui là même que Monique Mas, auteur de Paris-Kigali 1990-1994 (Éditions L’Harmattan), résumait par cette formule en sous-titre : « Lunettes coloniales, politique du sabre et onction humanitaire pour un génocide en Afrique »… Seulement cette « onction » a désormais du plomb dans l’aile et ne peut plus servir comme vérité d’évangile. Pierre Péan choisit donc une autre tactique, héritée de l’extrême droite française d’avant-guerre, celle d’un Léon Daudet ou d’un Lucien Rebatet, multipliant les sous-entendus personnels à l’encontre de tel ou tel adversaire afin de déconsidérer son discours et, si possible, de le déshonorer personnellement.  Quelques exemples tirés de cet indigeste pavé aux relents racistes. Deux auteurs français, François Dupaquier et Jean-Paul Gouteux, sont déclarés hors jeu par cette « révélation » se voulant assassine : « marié avec une Tutsi ». Jean Carbonare – qui avait, l’année précédant les massacres, dénoncé la préparation méthodique de ceux-ci par les autorités alors en place à Kigali, sous les yeux des coopérants militaires français – « a recouvré d’anciens réflexes, ceux qu’il avait quand il militait pour le FLN et contre la France ». Bref un homme venu de « l’anti-France », jadis vitupérée par Michel Debré. Le chercheur Jean-Pierre Chrétien, « idéologue pro-Tutsi », n’est rien d’autre que « le cachet universitaire des sornettes du FPR ». François-Xavier Verschave (récemment décédé), un « paranoïaque ». Un délire qui s’étend aux institutions : RFI est-elle bien toujours « la voix de la France ou (celle) de Kagamé ? », s’interroge Pierre Péan, relevant que, outre Monique Mas, y officient « deux Rwandais d’origine tutsi ». Jusqu’au général des casques bleus Roméo Dallaire, dont on insinue qu’il ne restait pas insensible au charme des femmes tutsi. Il est vrai que l’officier canadien a publié un témoignage où il se montre critique sur le rôle de Paris comme sur les complaisances et hésitations onusiennes… La seule raison de parler ici d’un tel livre ne tient pas à son contenu (une compilation de ragots et de rumeurs distillés par des personnes proches de divers services occidentaux), mais à la campagne de promotion accompagnant son lancement. Sans doute n’est-ce pas seulement une coïncidence si celle-ci survient à un moment où la vie politique est agitée par certaine loi vantant les « bienfaits » de la colonisation française. Jean Chatain 



La France accusée de complicité de génocide au Rwanda Une information judiciaire contre X ouverte au Tribunal des armées de Paris.  Par Christophe AYAD, samedi 24 décembre 2005 La France n’en a pas fini avec le génocide rwandais de 1994 qui lui colle aux doigts comme un mauvais sparadrap. Le procureur du Tribunal aux armées de Paris (TAP), Jacques Baillet, a ouvert vendredi soir une information judiciaire contre X pour « complicité de génocide » à la suite d’une plainte de rescapés rwandais visant l’armée française. Six Rwandais tutsis avaient porté plainte contre X, par l’entremise de Me Willaim Bourdon et Me Antoine Comte pour « complicité de génocide et/ou complicité de crime contre l’humanité » en février 2005 devant le TAP. Témoignages. Dans un premier temps, le procureur avait jugé les plaintes insuffisantes pour ouvrir une instruction. Fin novembre, la juge d’instruction du TAP Brigitte Raynaud s’était déplacée au Rwanda pour compléter leurs témoignages. Ces derniers avaient accusé des soldats français d’avoir commis des viols, des meurtres, et laissé des miliciens hutus enlever des réfugiés dont ils avaient la protection, lors du génocide de 1994 qui a causé 800 000 morts, surtout tutsis. La plainte vise l’opération Turquoise, durant laquelle 2 500 militaires français, sous mandat de l’ONU, ont formé une zone humanitaire sûre dans le sud-ouest du pays. Couteaux. Dans son réquisitoire introductif, le procureur rejette la recevabilité de quatre des six plaignants, considérant qu’ils « ne peuvent se prévaloir d’un préjudice personnel et direct ». Auréa Mukakalisa, 27 ans au moment des faits, avait indiqué : « Des miliciens hutus entraient dans le camp et désignaient des Tutsis que les militaires français obligeaient à sortir du camp. J’ai vu les miliciens tuer les Tutsis qui étaient sortis du camp (…) Je dis avoir vu des militaires français tuer eux-mêmes des Tutsis en utilisant des couteaux brillants d’une grande dimension. » Innocent Gisanura, 14 ans en 1994, a évoqué les exactions commises à Bisesero : « Nous avons été assaillis et pourchassés par les miliciens [hutus], et j’affirme que les militaires français assistaient dans leurs véhicules à la scène sans rien faire. » La juge Raynaud va désormais enquêter. 



PARIS (AFP) – 24/12/2005 10h32 - Me William Bourdon, avocat des six rescapés rwandais qui accusent des militaires français, notamment de viols et de meurtres durant le génocide, estime que l’information judiciaire ouverte vendredi « est incomplète » du fait de l’irrecevabilité de 4 des 6 plaignants. « C’est une demi-mesure. Cette information reste pour l’instant incomplète du fait des dernières résistances incompréhensibles du procureur à permettre des investigations sans réserve », a expliqué samedi matin à l’AFP Me Bourdon, défenseur avec Me Antoine Comte des six plaignants. « Mais c’est un pas important et l’élargissement des investigations aux faits dénoncés par les quatre autres plaignants est inexorable », a ajouté l’avocat. 

Concernant la date d’ouverture de cette information, à la veille de Noël, l’avocat juge que « la volonté caricaturale de discrétion est assez dérisoire ». « Ce qui est important c’est que la manifestation de la vérité s’agissant du comportement de certains militaires français pendant le génocide est maintenant possible », a également indiqué Me Bourdon.  L’avocat ne juge « pas pensable » le recours au secret-défense. « Chacun sait que les travaux de la mission parlementaire (en 1998, ndlr) ont buté notamment sur le secret défense. La gravité des faits dénoncés et l’exigence de vérité ne rend pas pensable que le secret défense soit opposé à l’autorité judiciaire lorsqu’il sera question, et c’est nécessairement pour bientôt, d’avoir accès à l’ensemble des archives militaires et civiles pertinentes ». Le procureur du tribunal aux armées de Paris (TAP) a ouvert vendredi soir une information judiciaire contre X pour « complicité de génocide » confiant l’enquête à la juge Brigitte Raynaud. Six personnes, membres de la minorité tutsie du Rwanda, rescapées du génocide de 1994, âgées de 25 à 39 ans, ont porté plainte contre X pour « complicité de génocide et/ou complicité de crime contre l’humanité » en février 2005. Entendus fin novembre au Rwanda, ils avaient accusé des militaires français d’avoir, lors du génocide, commis des viols, des meurtres, et laissé des miliciens hutus enlever des réfugiés dont ils avaient la protection. 



Rwanda : la juge Raynaud va enquêter sur le rôle de l’armée française Par Emmanuel PARISSE 

PARIS, 23 déc 2005 (AFP) – Le procureur du tribunal aux armées de Paris (TAP) a ouvert vendredi soir une information judiciaire contre X pour « complicité de génocide » à la suite d’une plainte de rescapés rwandais visant l’armée française, confiant l’enquête à la juge Brigitte Raynaud. Six personnes, membres de la minorité tutsie du Rwanda, rescapées du génocide de 1994, âgées de 25 à 39 ans, ont porté plainte contre X pour « complicité de génocide et/ou complicité de crime contre l’humanité » en février 2005 devant le TAP. Les six plaignants entendus fin novembre au Rwanda par la juge d’instruction du TAP Brigitte Raynaud avaient accusé des militaires français d’avoir, lors du génocide de 1994, commis des viols, des meurtres, et laissé des miliciens hutus enlever des réfugiés dont ils avaient la protection. Dans son réquisitoire introductif, le procureur Jacques Baillet s’est prononcé contre la recevabilité de quatre des six plaignants, considérant que ces « personnes ne peuvent se prévaloir d’un préjudice personnel et direct, d’après l’exposé qu’elles ont fait devant la juge », a indiqué à l’AFP la même source judiciaire. 

« Elles ne peuvent se prévaloir de faits, à les supposer avérés, susceptibles de constituer le crime de complicité de génocide », a précisé cette source. Seuls les cas de deux rescapés du génocide, Innocent Gisanura et Auréa Mukakalisa, respectivement âgés de 14 et 27 ans en 1994, sont recevables aux yeux du parquet du TAP. Brigitte Raynaud est l’unique juge d’instruction du tribunal aux armées de Paris, dont les locaux se trouvent dans la caserne de Reuilly à Paris (XIIe arrondissement). Cette juridiction est la seule habilitée à instruire et juger des affaires impliquant des militaires français à l’étranger. 

La plainte vise l’opération militaro-humanitaire Turquoise (2.500 hommes, fin juin à fin août 1994), au cours de laquelle l’armée française, sous mandat de l’Onu, avait été chargée de former une zone humanitaire sûre (ZHS) dans le sud-ouest du Rwanda. Le génocide a fait près de 800.000 morts, selon l’Onu, essentiellement au sein de la minorité tutsie mais aussi parmi les opposants hutus.  Dans son témoignage recueilli par Mme Raynaud, Auréa Mukakalisa indiquait notamment : « Des miliciens hutus entraient dans le camp et désignaient des tutsis que les militaires français obligeaient à sortir du camp. J’ai vu les miliciens tuer les Tutsis qui étaient sortis du camp ». « Je dis et c’est la vérité, avoir vu des militaires français tuer eux-mêmes des Tutsis en utilisant des couteaux brillants d’une grande dimension », poursuivait-elle. Peu après le retour de la juge d’instruction du Rwanda, les avocats des plaignants, Mes William Bourdon et Antoine Comte, avaient dénoncé « un déni de justice » en l’absence d’ouverture d’information judiciaire.  Selon une source judiciaire à Paris, « l’affaire nécessitait une analyse juridique précise, et un examen précis de la plainte et donc du temps pour aboutir à une décision ». emp/sst/sd AFP 232122 DEC 05 



Les protestants et le Rwanda 

Réforme n°3156, 22 déc 2005 – 4 janv 2006. Non à la désinformation A propos de « Rwanda : protestants interpellés » (Réforme n° 3155, 15-21 décembre). La réponse de Jacques Maury, ancien président de la Fédération protestante de France, et de Marcel Manoël, actuel président du Conseil national de l’Eglise réformée de France. Tous deux démentent quelque implication des Eglises que ce soit. Non, Pierre Péan, pas cela ! 

Dans son dernier livre Noires fureurs, blancs menteurs, Pierre Péan prétend défendre l’honneur de notre pays, mis en cause à propos du rôle du gouvernement français et de notre armée lors du génocide de 1994 au Rwanda. La France s’en serait rendue complice par son soutien prolongé au régime du président hutu Habyarimana, dont l’assassinat fut le signal du déclenchement du génocide des Tutsis et des opposants hutus. Et lorsque, devant l’ampleur du drame et pour protéger les victimes, elle décida l’envoi d’un détachement militaire sous le nom d’opération Turquoise, des lenteurs inexpliquées dans le déploiement de ces troupes auraient encore alourdi sa responsabilité. Dans le développement de son « enquête », Pierre Péan ne craint pas de mettre en cause les institutions du protestantisme français. Par l’intermédiaire de Jean Carbonare, elles se seraient laissées manipuler par le gouvernement tutsi et son président, M. Kagamé, au point de faire partie d’un véritable complot « anti-France ». L’accusation pourrait faire sourire si elle n’était pas aussi insensée. C’est pourquoi, avec l’accord et le soutien des présidents actuels de la Fédération protestante de France, de la Cimade, de l’Eglise réformée de France et du Département français d’action apostolique (Defap), je tiens à exprimer cette sévère protestation contre des insinuations aussi malveillantes que gratuites.  Nos Eglises et institutions, lorsqu’elles sont interpellées sur des questions politiques et sociales, ont certes l’habitude de donner la parole à ceux qui veulent les voir dénoncer des injustices, mais de ne se prononcer, éventuellement, qu’après les avoir écoutés. En ce qui concerne le Rwanda, elles ont assurément entendu des témoins des réalités effrayantes du génocide. Mais on ne trouve dans le livre de Pierre Péan aucun texte les engageant officiellement, qui puisse corroborer les accusations de l’auteur. Mais il y a plus grave encore : Pierre Péan ne recule pas devant la mise en question de l’honneur de bien des personnes, et notamment de deux chargés de mission de nos Eglises et institutions : 

  • en premier lieu, Jean Carbonare (fidèlement assisté de son épouse), ancien équipier de la Cimade et du Conseil œcuménique des Eglises affecté à la direction du chantier de reboisement du Constantinois en 1962, immédiatement après la fin de la guerre d’Algérie ; il a été ensuite et pendant des années personnellement engagé au service du développement agricole de l’Afrique, en particulier au Sénégal. C’est alors qu’envoyé au Rwanda au début des années 1990, comme membre d’une équipe d’enquête de la Fédération internationale des droits de l’homme, il est devenu un partisan passionné de ceux qui lui paraissaient les plus menacés dans les conflits de cette période, comme l’a, hélas, confirmé le génocide des Tutsis. Je ne peux accepter que cet homme généreux soit mis au pilori comme il l’est, de manière acharnée, dans le pamphlet de Pierre Péan ; 
  • également accusé, sans preuve et à coup d’insinuations aussi malveillantes qu’absurdes : Gérard Sadik, chargé par la Cimade des relations avec l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), c’est-à-dire de l’accompagnement et de la défense des demandeurs d’asile devant cet organisme. Tâche dont il s’acquitte avec une compétence, une honnêteté et une persévérance exemplaires. Pierre Péan ne craint pas de l’accuser, avec deux autres, de porter une attention toute particulière à ce que l’OFPRA ne délivre pas le statut de « réfugié à des Rwandais qui n’ont pas leur agrément » (c’est-à-dire l’agrément des maîtres actuels du Rwanda). Avec cette mise en cause d’une intégrité professionnelle, dans un domaine aussi lourd de conséquences que celui des demandes d’asile, on est vraiment au niveau de l’insulte. On comprendra assurément que je m’en tienne là et me refuse à entrer dans une polémique généralisée sur tous les détails d’une « enquête » qui prétend défendre l’honneur de la France mais qui, par ses procédés, ne fait guère honneur à son auteur. 

Jacques Maury, pasteur, président d’honneur de la Cimade 

Rien dans les archives de l’Eglise réformée Puisque Pierre Péan, dans son livre, accuse nommément l’Eglise réformée de France d’avoir participé à une campagne de désinformation antifrançaise, j’ai parcouru nos archives à la recherche de ce qui pourrait motiver – déclaration synodale ou du Conseil national – cette affirmation.  Pendant la période incriminée, 1997-1998 : rien. Au lendemain du génocide, au synode régional 1994 Centre-Alpes-Rhône, un témoignage de Marguerite Carbonare – membre du synode – qui a été transmis aux Eglises locales de la région. Ni une prise de parti, ni une quelconque accusation antifrançaise, mais le tragique constat de la participation active aux massacres des Eglises rwandaises et de beaucoup de leurs membres, avec un appel à la vigilance et à la prière. Bref, si quelqu’un fait là de la désinformation, c’est Pierre Péan.  Le seul regret que j’éprouve, c’est de ne pas avoir suffisamment écouté les témoins courageux qui tentaient de nous alerter sur un génocide dont nous n’arrivions pas alors à réaliser la terrible dimension. Marcel Manoël, président du Conseil national de l’Eglise réformée de France. 



Rwanda Réforme n°3155, 15 – 21 déc 2005. Depuis quelques jours, la consternation se répand dans les institutions protestantes. Habitués à la discrétion, voilà que les protestants se trouvent interpellés et malmenés par le dernier livre de Pierre Péan, Noires fureurs, blancs menteurs. Eléments de la controverse. 

Des protestants interpellés Selon le journaliste et essayiste Pierre Péan, contrairement à l’idée communément admise, le Front patriotique rwandais (FPR) et son chef, Paul Kagamé, portent une responsabilité dans le déclenchement du génocide qui a frappé les Tutsis pour avoir programmé l’assassinat du président Habyarimana, l’événement qui suscita la répression hutue. Plus spécifiquement, Pierre Péan réévalue le rôle de l’armée française et de l’opération Turquoise, récusant l’idée que la France se serait rendue complice des responsables du génocide. Et dénonce, dans le même mouvement, des courants d’opinion qui, dans notre pays, pratiqueraient une véritable « haine de la France ». Au titre de ces derniers, des protestants et, en premier lieu, Jean Carbonare, fondateur et président de l’association Survie, qui aurait, selon Pierre Péan, entraîné les institutions protestantes – le Defap, la Cimade et même la Fédération protestante de France – dans une escalade politique visant à accréditer l’idée que la France se serait rendue complice du génocide au moyen de l’opération militaire baptisée « Turquoise ». Une situation complexe Soucieux de vérifier les allégations de Pierre Péan, nous avons sollicité les représentants de diverses institutions protestantes. Et là, surprise, peut-être peu habitués à être ainsi durement mis en question, nos interlocuteurs ont d’abord paru tétanisés, sinon très hésitants à se prononcer et nous renvoyant à une réponse collective et officielle à venir. Reprenons, en attendant, les faits. 

Il s’agit tout d’abord de l’honneur d’un homme qui paraît mis en cause. Jean Carbonare, paroissien de l’Eglise réformée de Dieulefit, est très vivement attaqué. Considéré par Pierre Péan comme un agent du FPR et, à ce titre, manipulateur capable de retourner et de manipuler une opinion trop crédule et sensible. Cet homme de conviction se tait pour l’instant, bouleversé, ne sachant comment répliquer. André Honneger, pasteur à Dieulefit au début des années 90, se souvient d’un militant très actif depuis qu’en 1992 la Fédération internationale des droits de l’homme l’avait désigné comme l’un des membres de la commission d’enquête sur la situation au Rwanda. « Lorsque le génocide a eu lieu, rappelle-t-il, Jean Carbonare et son épouse Marguerite ont multiplié les voyages là-bas. Chaque fois qu’ils revenaient, horrifiés par ce qu’ils avaient découvert, ils nous faisaient partager leur émotion. Ils défendaient la cause des Tutsis mais aussi celle des Hutus modérés, eux aussi massacrés par les escadrons de la mort. » Et le pasteur de souligner que les époux Carbonare ont toujours privilégié le dialogue au rapport de force, cherchant, certes, à mobiliser l’opinion, mais pour favoriser une aide humanitaire plutôt que pour encourager les conflits. « Jean et Marguerite Carbonare vivent leur engagement avec intensité mais aussi avec sincérité, confirme François Cassou, actuel pasteur à Dieulefit. Même si l’on peut comprendre que chacun d’entre nous ne soit pas capable de partager leur profonde implication, leur engagement mérite le respect. » Jacques Küng, secrétaire général de l’Eglise de Suisse romande, qui a formé des pasteurs au Rwanda pendant les années 80 et côtoyé les époux Carbonare, évoque leur dévouement, leur énergie à apporter une aide aux populations menacées. Mais pas question pour lui de les soupçonner d’être des agents du FPR, comme le laisse entendre Pierre Péan. Emportés par la force de leur conviction, Marguerite et Jean Carbonare auraient-ils cependant sous-estimé la complexité de la situation ? « Il est très difficile, quand la tragédie de l’Histoire est en marche, de garder l’esprit froid », réplique Jacques Küng. Du côté des instances protestantes Une telle implication a-t-elle pu emporter l’adhésion des instances protestantes ? Jean Tartier, président de la Fédération protestante de France au moment du génocide, reconnaît le rôle déterminant des époux Carbonare – et de leur collaborateur François-Xavier Verschave – dans la diffusion des sources : « C’est eux qui nous informaient sur la situation au Rwanda, dit-il. J’ai très vite eu le sentiment qu’ils avaient des convictions, mais pas au point de les considérer comme des partisans aveuglés. » La Fédération protestante aurait-elle été manipulée ? Ou au moins usé de naïveté dans cette affaire rwandaise, comme le suggère Pierre Péan ? « Certainement pas, souligne Jean Tartier. Lorsque j’ai pris connaissance de ce qui se passait là-bas, j’ai insisté sur la nécessité d’une concertation avec les protestants belges et suisses, très présents au Rwanda, afin de recouper les renseignements que nous recevions. Il est ressorti de nos échanges que la situation n’était pas aussi manichéenne que voulait le dire la presse, même si la responsabilité de Hutus dans le génocide ne faisait aucun doute. De la même façon, la responsabilité de l’armée française dans cette affaire me paraissait obscure. Elle méritait, selon nous, de faire l’objet d’une enquête. Cependant, nous sommes restés extrêmement prudents dans nos affirmations. » 

Jacques Maury, ancien président de la Fédération protestante, ne dit pas autre chose, qui réfute catégoriquement l’idée que les institutions protestantes auraient pu être manipulées par Marguerite et Jean Carbonare. Et auraient pris parti pour le FPR et Paul Kagamé. Il apporte aussi le plus vif démenti à l’idée que la Cimade, par l’intermédiaire d’un de ses équipiers dénoncés par Pierre Péan, aurait refusé d’accueillir des réfugiés hutus. Plus nettement encore, il s’insurge contre l’hypothèse d’une dénonciation de l’armée française par les instances protestantes. « Je mets au défi quiconque de trouver, parmi les déclarations officielles de nos représentants, de telles insinuations », souligne-t-il. Reste l’appui moral indéfectible que l’ancien président de la Fédération protestante continue d’apporter à Jean Carbonare, que Jacques Maury qualifie de « chargé de mission » pour les Eglises protestantes. Il conteste là aussi les hypothèses de Pierre Péan qui s’emploie en effet sur de longues pages à discréditer Jean Carbonare en soulignant les failles personnelles de celui dont il conteste les idées. Cette méthode n’éclaire pas le débat sur la responsabilité de Paul Kagamé dans la guerre civile au Rwanda ou sur le rôle qu’y jouèrent certains militaires français. Mais elle atteint profondément le cœur d’un militant sincère de la cause des droits de l’homme, selon Jacques Maury. Une atteinte à laquelle les protestants ne sauraient être indifférents. Frédérick Casadesus