Regards africains sur la « première guerre du siècle » , par Jean-Marc ELA in Le Monde diplomatique , septembre 2002

Posté par issopha le 19 décembre 2008

 

Regards africains sur la « première guerre du siècle »

par Jean-Marc ELA in Le Monde diplomatique , septembre 2002

 

« Après ce funeste 11 septembre, écrit un jeune Camerounais dans le journal Regard nouveau  (1), les Etats-Unis d’Amérique ont transformé leur ambassade à Yaoundé en véritable blockhaus. La descente qui côtoie le Centre culturel américain de même que les deux axes qui communiquaient avec le carrefour Abbia sont complètement obstrués, rayés de la circulation par l’Oncle Sam, paralysant du même coup l’activité commerciale dans cet important secteur de la capitale, et les automobilistes sont obligés d’effectuer de longs détours pour contourner le no man’s land américain. Difficile d’imaginer l’arrogante Amérique laisser quelque pays que ce soit ériger un mini-Etat au beau milieu de Washington… » Cette réaction exprime, en dépit des mythes fascinants que véhicule un cinéma de pacotille au fond des bidonvilles en expansion, le ras-le-bol des populations du Cameroun, considéré comme une « Afrique en miniature ».

Face à l’arrogance avec laquelle les Etats-Unis tentent d’imposer leur domination jusque dans le rapport au sol en territoire étranger, on comprend les « larmes de crocodile » des Camerounais : s’ils n’ont pas caché leur indignation devant la terrible tragédie du 11 septembre, ils y ont vu « un châtiment de Dieu », et ils se demandent si les Américains s’inquiètent, eux, « quand il y a des génocides en Afrique  (2) ». Dans la rue, au bureau, la perception des attentats de New York et de Washington est liée à la mémoire des horreurs que la puissance américaine a fait subir à de nombreux peuples : « Les Américains et leurs alliés, dit-on, ne se posent jamais de questions lorsque, au nom de la démocratie et de la liberté, les populations civiles sont prises pour cibles lors des bombardements punitifs »…

Il est vrai que ces attentats ont frappé le noyau central de la « civilisation occidentale », les Etats-Unis. Mais, après les bombardements américains en Afghanistan, peut-être le moment est-il venu de retrouver l’« honneur de penser ». Ce qui domine dans l’opinion mondiale, c’est le point de vue du Nord. Loin d’être innocent, il sert d’alibi aux pays riches pour imposer un système de sécurité de la mondialisation libérale. Il importe pourtant de procéder à l’inversion du regard à partir des « damnés de la terre », afin de repenser les relations internationales.

Au moment où l’Occident s’américanise  (3), il faut se demander s’il ne se réapproprie pas la culture de cow-boy qui ressurgit au pays de l’Oncle Sam, quand M. Bush s’engage dans la « première guerre du XXIe siècle », en réactualisant l’esprit du Far West pour traquer « partout où elles se trouvent » les forces du Mal  (4).

Les politiques sécuritaires élaborées sous la tutelle de Washington ne tolèrent aucune dissidence, sous prétexte de combattre le terrorisme. Ainsi, pour faire plaisir à l’Amérique et recevoir une aide économique, des dictateurs africains s’aplatissent, prétendant dénicher des « cellules d’Al-Qaida » après avoir « ben ladenisé » leurs rebelles locaux, cherchant ainsi à échapper aux critiques des organisations de protection des droits de la personne.

Au-delà du continent noir, ce défi pose la question de l’Etat de droit dans une ère de conquête des ressources stratégiques où les puissances hégémoniques et assoiffées d’or noir font la loi. Aussi, en rupture avec les références à la « nébuleuse islamique », qui ouvrent la porte à toutes sortes d’amalgames susceptibles de réveiller les vieux réflexes de l’histoire des croisades, il faut resituer les événements dans le contexte de la politique étrangère des Etats-Unis pour en saisir le sens et le message.

En fait, l’histoire doit retenir que les attentats de New York et de Washington ont fait voler en éclats le mythe de l’inviolabilité de l’Amérique, déjà mis à mal, en février 1993, lors de l’attentat d’Oklahoma City. Ce qui est ébranlé en profondeur, c’est la croyance à un imperium érigé par les Etats-Unis sur toute l’étendue de la terre. Dans l’après-guerre froide, les Américains étaient habités par la conscience d’être le « dernier empire ». Depuis le 11 septembre, « les gens apprennent à vivre avec le doute et la peur  (5)  ».

Après avoir détruit ailleurs des vies humaines plus qu’on ne l’aurait imaginé et semé la terreur dans les pays où, avec l’aide de la CIA, ils ont appuyé, armé ou mis en place des régimes militaires et des dictatures sanguinaires en humiliant des peuples entiers et en brisant avec violence les mouvements de lutte pour la liberté et la démocratie  (6), les Etats-Unis se retrouvent fragiles comme les autres peuples de la terre.

Tout indigène est suspect

Dès lors que le géant tremble et que le héros se comporte en victime, n’est-ce pas tout le monde occidental qui vit désormais dans l’inquiétude ? Mais face à l’ennemi invisible et sans territoire, l’avenir est-il dans le resserrement des frontières ? Dans un monde d’inégalités et de conflits où le flot d’immigrés et de réfugiés n’est pas près de se tarir, à qui profite le mur de Berlin qu’on reconstruit au sein de l’Occident ? Devant ce défi, il semble nécessaire de repenser le rapport à l’autre, en l’occurrence l’Africain ou l’Arabe, en rupture avec les mythes et les préjugés qui, comme le montre Edward Said, les ont vidés de leur humanité dans le contexte de l’expansion coloniale  (7). En outre, une question s’impose : les puissances politiques et économiques qui dépensent des milliards de dollars dans l’armement peuvent-elles résister à l’état de guerre, dès lors qu’elles s’installent dans la peur de voir s’écrouler les fondements de leur hégémonie ?

Secoués, les Etats-Unis, qui nourrissent la prétention de devenir le gendarme de la planète, risquent de sombrer dans une paranoïa contagieuse, avec la création de périmètres de sécurité destinés à enfermer les « barbares » dans leur enclos. En examinant les lois musclées adoptées dans la lutte contre l’« axe du Mal », on doit s’inquiéter des effets néfastes de ces mesures pour les pays du Nord eux-mêmes. Qu’il suffise de souligner la tendance à gouverner par l’inquiétude en entretenant un imaginaire de menace à travers les dispositifs sécuritaires qui portent atteinte aux libertés fondamentales. Remarquons aussi les pouvoirs accrus accordés aux policiers. On s’oriente vers un Etat répressif qui s’autorise à faire irruption dans la vie privée en justifiant le contrôle du courrier postal et électronique au nom de la lutte contre le terrorisme.

Les gens venus d’ailleurs risquent de se faire matraquer par des policiers qui agissent en toute impunité et se comportent comme s’ils étaient au-dessus des lois quand il s’agit de défendre l’ordre marchand. L’autre qui vient du Sud est la cible de l’arsenal répressif mis en place par les gouvernements qui lient crime et immigration. Pour les cerbères qui veillent à la porte du Temple, le soupçon est de rigueur sur tout indigène débarquant dans un aéroport européen et nord-américain, où porter le turban, le boubou ou la djellaba est devenu un risque énorme. Tout se passe comme si venir d’au-delà de la Méditerranée était synonyme d’appartenance à un réseau terroriste. On doit s’interroger sur le retour à la barbarie en Occident.

Au-delà des schémas usés, il faut poser les rapports du monde occidental et des pays du Sud en termes de peuples vieux et de peuples jeunes dont l’irruption dans l’histoire est un mouvement irréversible à l’ère des nouvelles mobilités. Dans cette direction, aucun Etat, si puissant soit-il, ne peut échapper à la nécessité de se regarder lui-même afin d’exorciser les monstres qui l’habitent. La véritable riposte aux attentats du 11 septembre, c’est la remise en question de l’attitude des pays riches à l’égard des humiliés de la terre.

Remarquons la fatigue des pays riches face à la clameur des pauvres. Malgré les cris d’alarme sur l’expansion du sida, le sort des pays contraints de vivre en bordure du monde demeure l’urgence oubliée. « D’abord le terrorisme, plus tard la pauvreté », ont, en substance, déclaré les ministres des finances du G 20 réunis le 16 novembre 2001 à Ottawa. Au sommet du G8 à Kananaskis (Alberta), les 26 et 27 juin 2002, le projet de voir les pays riches accorder à l’Afrique plus de la moitié de leurs nouveaux budgets d’aide s’est heurté au mur américain. Or toute alliance contre le terrorisme n’a de sens que si elle s’emploie à réduire l’immense terreau dont il se nourrit. Ce terreau est fait de pauvreté et d’injustice. On ne peut continuer à mener l’humanité vers de telles inégalités.

Si la puissance ne se réduit pas au pouvoir de polluer et de détruire, de tuer et de conquérir, de confisquer et de dominer, l’Occident ne doit-il pas inventer une autre manière de vivre en participant au relèvement des peuples longtemps crucifiés ? Il ne s’agit pas de transformer ces peuples en assistés mondiaux, mais de répartir les richesses de la planète en sachant que les « damnés de la terre » ne peuvent accepter de demeurer indéfiniment les « rien du tout ». Dès lors, la sécurité n’est pas l’affaire des policiers ou des gendarmes. Elle est un fruit de la justice. Cela exige de changer de paradigme et de retrouver le désir de faire sens dans les sociétés de la grande bouffe.

Jean-Marc Ela

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SCIENCES ET INITIATIVES POUR L’AFRIQUE : cycle de conférences du 04 au 18 octobre 2008

Posté par issopha le 2 octobre 2008

SCIENCES ET INITIATIVES POUR L'AFRIQUE :  

Cycle de conférences tous les samedis du 04 au 18 octobre 2008

  

COMMUNIQUE

SIA vous convie à participer à une initiative citoyenne. 

Comment ? En participant à l'éveil des jeunes africains du continent et de la diaspora aux sciences. 

L'objectif ? un développement maîtrisé POUR et PAR les peuples africains et leurs descendants.  

Dans l'immédiat, vous pouvez apporter votre soutien et contribution pour le financement de la caravane scientifique qui se déroulera très prochainement en Côte d'Ivoire, dès la fin octobre 2008. 

Les deux éditions de la caravane scientifique de SIA au Mali du 23 juillet au 11 août 2007 puis récemment du 26 juin au 28 juillet 2008 ont permis de passer de la parole à l'acte. 

Cette initiative concrète qui a rencontré un succès retentissant auprès des élèves, parents d'élèves, professeurs et des institutions éducatives est vivement souhaitée et désormais attendue sur place pour se poursuivre tout le long de l'année scolaire 2008-2009 en se basant sur l'implantation d'une maison de la science à Bamako et d'une maison de l'astronomie à Sangha en pays DogonAfin de poursuivre la caravane scientifique dans d'autres pays africains, dont Côte d'Ivoire, en cette fin d'année 2008, nous avons besoin de rassembler des fonds qui nous permettrons de disposer de moyens logistiques pour une durée de 2 semaines de caravane scientifique en Côte d'Ivoire.   SIA, dans un avenir proche, c'est aussi :  Construire des maisons des sciences bien équipées dans différents pays d'Afrique et de sa diaspora (à commencer par la maison de la science de Bamako dès l'année 2009), pour aboutir in fine à la création d'instituts de recherche panafricains.  

Participer ou favoriser le financement de recherches médicales (vaccins contre le paludisme, sida, drépanocytose…), archéologiques, …  Repérer les élèves les plus méritants (ce que permet aussi la caravane scientifique) et leur octroyer des bourses d'étude.  

Sciences et Initiatives pour l'Afrique
Association SIA, N° de compte à La Banque Postale : SCE 61 571 11 C
 

Conférence du 4 octobre 2008 SIA - La Science en Afrique
Conférence du 11 octobre 2008 SIA - La Science en Afrique

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Mugabe ou L’Esprit Zimbabwéen Contre l’Orage Qui s’Annonce

Posté par issopha le 21 juillet 2008

Mugabe ou L’Esprit Zimbabwéen Contre l’Orage Qui s’Annonce

 

Molefi Kete Asante qui a enseigné au Zimbabwé et formé les premiers journalistes du pays, s’indigne du climat d’hostilité médiatique actuel contre Mugabe.

 Mugabe ou L’Esprit Zimbabwéen Contre l’Orage Qui s’Annonce

Avant-propos d’Africamaat

Comme vous avez pu le constater, depuis quelques mois, les média occidentaux ont accentué leur pression médiatique sur le régime de Mugabé en le présentant aux masses mondiales comme un dictateur sanguinaire tout en passant sous silence leurs agissements diaboliques contre l’Afrique et les Africains.

Compte tenu du fait, que des jeunes panafricains aux Antilles et ailleurs, pourraient tomber dans le piège occidental de l’embrigadement médiatique, contre les pères de l’indépendance africaine (au sens strict du terme) qui ont tous été liquidés par puissances impérialistes car ces derniers voulant une Afrique et ses richesses appartenant aux seuls occidentaux, nous allons donc faire sur africamaat.com de cette problématique “Mugabe”, un cas d’école, un dossier d’étude, un exemple de l’imagination machiavélique impérialiste occidentale afin qu’à l’avenir, nous ne soyons plus les jouets des média du nord.

Nous redemandons encore à France 24 de diffuser et de mettre sur le web notre débat télévisé sur Mugabé tenu face à des personnalités américaines et anglaises toutes anti-Mugabé, que nous avons enregistré dans leurs locaux afin que le public soit bien informé. Car quand on a rien à cacher, on n’agit pas de la sorte !

Le mensonge aura beau courir une année, la vérité le rattrapera en un seul jour !

Allocution du frère Molefi Kete Asante sur son expérience au Zimbabwé et la cambale médiatique occidentale contre Zimbabwé…

Le déploiement de l’initiative anti-zimbabwéenne de la Grande-Bretagne et du gouvernement des États-Unis est une partie de l’idéologie raciste de l’Occident contre le Zimbabwe libre et indépendant. En tant qu’Africain Américain qui a travaillé et a habité au Zimbabwe juste après le deuxième Chimurenga [1]je suis consterné par l’absence de discernement chez ceux des Zimbabwéens qui soutiennent les activités du Mouvement pour le Changement Démocratique (MDC ), un parti financé par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

En effet, Samora Machel disait que «  la lutte pour la libération est une université. » Le seul problème est que beaucoup de personnes ne sont jamais allées à la guerre pour leur libération. Harriet Tubman a dit qu’elle aurait pu sauver mille esclaves au lieu des 300 qu’elle conduisit à la liberté si elle eut pu les convaincre qu’ils étaient des personnes asservies.

En fait, ce que nous voyons au Zimbabwe est la tentative de la part des groupes conservateurs américains alliés à des groupes britanniques d’introduire un cheval de Troie au sein de la nation zimbabwéenne. Ceci est prévisible. C’est le modèle de la déstabilisation et c’est une honte que plusieurs de nos propres chefs aux Etats-Unis n’aient pas compris l’intention de sanctions contre le Zimbabwe.

Morgan Tsvangirai est une création des fermiers blancs du Zimbabwe. Par leur argent, comme on le voit avec l’appui que reçoit Tsvangirai du fermier blanc Roy Bennett, trésorier du MDC [2], et d’autres blancs, le MDC a pu acheter des voix, influencer les populations paysannes dans les secteurs ruraux, et créer le chaos.

J’ai formé des journalistes au Zimbabwe à ZIMCO dans les années 1980 et je fus responsable de sa première promotion de diplômés. J’ai été irrité par la propagande continue des médias occidentaux contre les libertés des Zimbabwéens.

Nous tous condamnons les actions des crétins qui attaquent les personnes innocentes, mais nous réservons notre plus grande condamnation aux crétins politiques qui sont comme des oncles Tom mendiant le pain à leurs anciens maîtres. Ils vendront leurs mères et l’héritage de leurs pères pour l’argent de l’Occident.

Le MDC est un instrument des impérialistes occidentaux dans leur plus concrète expression. Le MDC reçoit son argent, ses ressources, et son appui des éléments les plus réactionnaires dans les pays occidentaux et il s’est montré opposé aux intérêts généraux du peuple.

Les personnes éprises de liberté perçoivent la tentative des médias occidentaux de peindre le Zimbabwe comme un gouvernement escroc, déconnecté du peuple. Il n’y a aucune raison pour le peuple du Zimbabwe d’être découragé parce qu’il y a beaucoup d’amis de la liberté et de l’indépendance qui voient le battage des médias britanniques et américains comme partie d’une orchestration plus large de la tentative de l’entreprise impérialiste de miner l’agence africaine.

Sur CNN aux Etats-Unis, Jesse Jackson a dit le 24 juin que Robert Mugabe fut un héros mais ne l’était plus. C’est une hérésie.

Qu’a fait Mugabe pour être rétrogradé de sa stature de héros ?

Il a donné sa jeunesse et sa vie d’adulte pour lutter dans la jungle contre les occupants blancs de la terre de ses ancêtres. Mugabe sera toujours un héros aux yeux des Africains Américains épris de liberté. La réforme foncière de Mugabe pour redonner aux légitimes propriétaires la terre volée a causé une campagne orchestrée contre Mugabe et son gouvernement. Mais le catalogue ne s’arrête pas là. Il a capturé et a mis en prison un groupe d’aventuriers militaires qui planifiaient de renverser le gouvernement d’une nation africaine. Nombre de ces aventuriers ont des liens avec la communauté blanche en Grande-Bretagne.

Je vois la position de Jesse Jackson comme un élément de l’effort international de faire pression sur le peuple zimbabwéen pour qu’il se soumette à l’intervention et à la pression internationale. Même Nelson Mandela était en Grande-Bretagne où il a condamné Mugabe pour la tragédie du leadership. Cette condamnation est une preuve de la puissance du système politique occidental.

Quand Mandela était en prison, Mugabe a permis l’utilisation de son propre pays et de ses ressources propres pour faciliter les combattants de l’ANC dans leur tentative pour renverser le régime minoritaire en Afrique du Sud. Mandela a-t-il oublié ceci ou quelqu’un a-t-il manqué de le lui dire ?

R. Mugabe et la Reine d’Angleterre en très bon termes durant la période où Mugabe acceptait le timing et la fourberie anglaise

Je pense que les éléments progressistes de la communauté Africaine Américain doivent rassurer le peuple zimbabwéen qu’il a beaucoup d’amis en Occident et dans le monde, qui comprennent vraiment la raison de la souffrance au Zimbabwe et savent que le MDC est employé pour raffermir les éléments raciste et orchestrer le racket de ce pays.

Les Zimbabwéens sont les seules personnes qui peuvent résoudre leurs problèmes ; cependant, le peuple zimbabwéen doit savoir que leurs ennemis travaillent vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour miner le fonctionnement légitime de leur gouvernement.

Morgan Tsvangirai, opposant de R. Mugabé

Depuis le mouvement de réforme foncière, les éléments réactionnaires blancs et noirs aux Etats-Unis, en Australie, en Afrique du Sud, et en Grande-Bretagne cherchent un levier interne au Zimbabwe pour miner la volonté puissante, engagée et déterminée du peuple zimbabwéen.

Si le MDC se retire de l’élection, celle-ci doit continuer parce que le nom de Tsvangirai est déjà sur les bulletins. L’union africaine a des observateurs dans le pays et Mugabe a sagement maintenu hors du pays la nation les individus qui voulaient entrer au Zimbabwe pour espionner, miner ou pour créer le chaos en essayant de trouver des ennemis du gouvernement.

Le MDC se retire de l’élection parce qu’il sait qu’il ne peut pas gagner. Ils essayeront de convaincre le monde que les décisions des personnes sont forcées, mais les Zimbabwéens doivent se tenir debout, avec leur héroïque histoire et refuser de permettre aux forces extérieures de voler l’indépendance de leur pays. Longue vie aux héros du Chimurenga !

Honneur aux camarades qui ont donné leurs vies dans les montagnes et les vallées du beau Zimbabwe.

La danse européenne et américaine vers l’intervention à l’intérieur du Zimbabwe est une partie de la même hypocrisie que l’Afrique a éprouvée depuis toujours. Si Morgan Tsvangirai croit que son attachement à l’Occident et à ses intérêts dans le soutien des propriétaires fonciers blancs minoritaires au Zimbabwe l’amènera au pouvoir, il a absolument tort.

Les masses des Zimbabwéens comprennent que quand 4000 blancs ont tenu 75 % des terres arables au Zimbabwe il n’y avait aucun outrage de la part des Européens et des Américains.

Ces masses doivent pouvoir serrer leurs ceintures, restreindre leurs besoins matériels afin de maintenir leur liberté pendant que la Grande-Bretagne et l’Amérique activent leurs sanctions.

Au cas où le Zimbabwe succomberait aux intérêts de la minorité blanche contre les masses de ses propres personnes ce serait sûrement la plus mauvaise forme d’esclavage apparue en Afrique australe. Le fait que Mugabe, à la tête de la ZANU était un leader militaire signifie qu’il sait ce qu’était la situation dans son pays avant l’élévation du MDC-T et de ses défenseurs de la droite américaine et britannique.

Aussi longtemps que le peule élira le gouvernement du ZANU-PF il devrait rester au pouvoir comme avant-garde de la révolution. Si les Zimbabwéens, sans coercition de l’extérieur, choisissent un autre parti, le ZANU-PF devrait quitter le pouvoir.

Il n’y a aucune surprise qu’une enquête auprès de jeunes Africains il y a deux ou trois années a placé Robert Mugabe au premier rang du leadership devant tout autre dirigeant africain.

Vive Robert Mugabe ! [3]

Molefi Kete Asante

Président, Association of Nubian Kemetic Heritage

Auteur de The History of Africa

www.asante.net

A télécharger

Déclaration officielle de l’ONU Par rapport au Zimbabwe

PDF - 137.1 ko

Ecoutons notre prophète Bob Marley exprimer ses mots que les bouches zimbabwéennes muselés par l’occident ne peuvent plus prononcer (Titre : Zimbabwe).

Vie, Santé, Force Osiris Marley, Jah Rastafary !

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 Au lieu de l’Eurafrique, nous voulons la LibrAfrique

 

Nous voulons que le monde nous accueille comme nous sommes, tels que nous sommes et non comme la France veut que nous soyons ou que l’Europe voudrait que nous soyons.

Au lieu de l’Eurafrique, nous voulons la LibrAfrique

Réponse de Mamadou Koulibaly à Sarkozy :

« Au lieu de l’Eurafrique, nous voulons la LibrAfrique »

Par

Mamadou KOULIBALY

Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire

Le président de la République française est venu, comme De Gaulle, et il a parlé aux Africains. Qu’a-t-il dit au juste ? Il nous a fait une série de propositions et d’analyses. Écoutons-le :

“Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est une alliance, c’est l’alliance de la jeunesse française et de la jeunesse africaine pour que le monde de demain soit un meilleur monde”.

Le nom de cette alliance est Eurafrique.

La France s’est mariée à l’Europe et nous vous apportons cette Europe de même que nous vous apportons à l’Europe. L’Afrique sera dans la corbeille de mariage de la France avec l’Europe et dans la corbeille de l’Europe avec le monde. Je suis venu vous proposer une place, comme la France sait le faire habituellement. Souvenez-vous, par exemple, des DOM-TOM.

Mais, comme vous le savez, l’Afrique est très différentiée. Il y a l’Afrique du Nord. Et il y a l’Afrique noire. En Libye, donc en Afrique du Nord où je suis passé, j’ai signé des contrats juteux d’exploitation de centrales nucléaires et d’uranium. Des contrats portant sur la défense et autres affaires hautement stratégiques pour mon pays. Avec l’Afrique du Nord, on ne parle ni de morale, ni de développement. On ne donne pas de leçons, mais on passe des contrats. On ne lance pas d’appels aux Libyens de l’étranger pour leur retour dans leur pays. On ne fait pas de promesses d’aides publiques françaises à la Libye. On parle affaires. Des contrats, des contrats et encore des contrats. Sur l’uranium, sur la défense, sur le nucléaire. Trade not aid, telle est notre règle.

Avec l’Afrique noire, avec vous, que dire ?

Je vous ai fait mal, mes bébés. Hum !

N’en parlons plus.

Mais ne me demandez surtout pas de repentance, puisque vous-mêmes, vous êtes coupables de vous être laissés battre par mes ancêtres. En plus, quand mes ancêtres arrivaient chez vous, vous vous décimiez vous-mêmes déjà sans notre aide. Vous êtes plus coupables que nous.

Nous avons commis des crimes contre l’Humanité. Oui, mais vous n’avez rien fait pour nous empêcher.

En tout cas pas suffisamment pour nous convaincre que ce que nous avions l’intention de faire était criminel. Vous êtes coupables de non-assistance à personne dangereuse et d’assassinat de caractères. Ne rêvez surtout pas à un retour en arrière pour rejoindre votre prétendu âge d’or qui aurait existé dans le passé. Vous n’avez jamais eu d’âge d’or. N’en rêvez pas. Le monde ne marche pas à reculons, mais progresse vers l’avenir. L’histoire a un sens.

La colonisation a été un crime contre l’humanité, mais mes parents ont proposé aux vôtres l’indépendance, qu’ils ont acceptée.

La colonisation c’était l’exploitation de l’homme par l’homme ; l’indépendance est exactement le contraire.

Vos historiens et autres anthropologues vous mentent. Je vous le dit ici à vous, les jeunes d’Afrique, à l’Université Cheikh Anta Diop.

Devant vos chefs.

Devant vos profs.

Devant votre classe politique, gouvernement et opposition réunis. Devant vous étudiants, hommes de maintenant et hommes de demain.

Arrêtez de rêver d’un futur qui puisse être le vôtre, à vous tout seuls. Maintenant, vous m’appartenez définitivement. Arrêtez d’avoir la nostalgie d’un passé qui n’a jamais existé.

Je vous propose l’Eurafrique.

Vous entrez avec moi dans les bonnes grâces de l’Europe.

Je vous apporte l’Europe comme hier je vous ai apporté l’Esclavage.

Je vous apporte l’Europe comme hier je vous ai apporté la Colonisation.

Je vous apporte l’Europe comme hier je vous ai apporté l’Indépendance.

Je vous vois stupéfaits, n’est-ce pas ? Mais je vous apporte aussi les moyens qui vous seront propres pour inventer, vous-mêmes, votre avenir. Oubliez le passé.

Maintenant, vous ne serez plus seulement à la France, mais à l’Europe. La France, c’est votre héritage occidental. La colonisation vous l’a apporté. Aid not trade. Telle est mon offre.

Ne vous coupez pas de cet héritage. La civilisation européenne vous appartient. A vous aussi.

Renoncez à la tentation de pureté comme nous le faisons en Europe.

Ne répondez pas au racisme de la France par le racisme.

Ne répondez pas à l’intolérance de la France par l’intolérance.

Je sais, je vous ai fait mal, mais laissez tomber.

Allons ensemble dans l’avenir.

Renoncez à la maladie de l’intelligence.

Si vous voulez venir chez nous, pas de problème, nous négocierons votre migration. Nous déciderons ensemble, pour vous, comment vous viendrez.

Pas en citoyens libres, mais en immigrés.

Vous rêvez de la Renaissance africaine ? Pourquoi pas ! Après tout, vous avez eu, semble-t-il, l’Egypte et d’autres brillantes civilisations que mes ancêtres ont battues à plate couture et soumises depuis des siècles. Oubliez le passé peu glorieux que vos ascendants vous ont laissé.

Nous vous aiderons à la bâtir, cette renaissance, si tel est votre désir.

Commencez déjà par prendre notre civilisation comme héritage.

Vous voulez la liberté, la démocratie ? Bien. Mais savez-vous que l’Europe est bâtie sur l’égalité, la justice, le droit, la liberté, la démocratie et la libre propriété ? Je vous apporte ces valeurs universelles. Et n’allez pas chercher ailleurs. Tout ce que vous voulez, commandez et je vous livre tout de suite. Nous sommes généreux, nous vous aimons. Ce n’est pas de la pitié, mais c’est notre intérêt.

Ainsi nous a parlé Nicolas Sarkozy, le président de tous les Français. Que lui dire ?

Merci Sarkozy.

Merci pour tes propositions.

Mais nous, on veut aller dans le monde par le marché et non sous la protection de qui que ce soit. Nous connaissons le chemin.

Le monde, ce n’est pas que la France ; le monde, ce n’est pas que l’Europe. Le monde, c’est aussi l’Afrique, c’est aussi l’Amérique, c’est aussi l’Asie. Le monde, c’est ailleurs. Nous voulons choisir librement notre méthode d’y entrer, notre façon d’y participer. Ce n’est pas par dégoût, mais c’est notre intérêt et rien que cela.

L’Eurafrique ? Très bien merci. Mais ça sera vraisemblablement comme par le passé.

Il y a déjà les sommets franco-africains.

Il y aura des sommets eurafricains.

Il y aura une bureaucratie eurafricaine, comme il y a celle des UE-ACP.

Nous n’avons plus du temps à perdre à négocier lors de sommets de chefs d’Etat.

Nous allons directement sur les marchés librement avec nos besoins et nos moyens.

Nous ne voulons plus être des marchés captifs de qui que ce soit.

Nous voulons redevenir libres.

Il ne s’agit pas d’un retour à un quelconque âge d’or. Il ne s’agit pas d’une option pour nous, mais de notre survie.

Il s’agit d’être simplement des humains, de vivre comme tels et d’être traités comme tels.

Nous ne voulons pas de traitement de faveur.

Nous voulons avoir notre liberté de choix.

Nous voulons tirer profit des droits imprescriptibles que nous avons d’être propriétaires de nous-mêmes en tant qu’humains.

Nous voulons être libres dans la mondialisation, comme nous ne l’avons jamais été sur les marchés des esclaves. Sur les marchés coloniaux. Dans le pacte colonial.

Nous ne voulons pas aller sur les marchés mondiaux enchaînés par des accords protectionnistes ; ni avec la France, ni avec l’Europe.

N’est-ce pas vous qui avez dit que l’Afrique ne comptait pas pour la France ?

N’est-ce pas vous qui dites aussi que le Niger, avec son uranium, compte énormément pour la France ?

Savez-vous que le Niger est un pays d’Afrique ?

La duplicité de votre langage ne nous rassure guère. Vous parlez d’amour là où le monde parle d’intérêt et d’intérêt là où le monde parle d’amour.

Nous ne voulons plus de cette protection infantilisante qui vous donne le droit de vouloir tout faire pour nous.

Tout faire avec nous.

Tout faire par nous.

Tout faire sans nous.

Et au bout du compte, tout faire contre nous.

Nous ne voulons plus des accords léonins qui, sous prétexte de vouloir nous aider, nous font plus de mal que de bien.

Nous voulons que Sarkozy nous laisse faire, nous laisse passer.

Nous voulons que la France nous laisse faire, nous laisse passer.

Nous voulons que l’Europe nous laisse faire, nous laisse passer.

Nous voulons que le monde nous accueille comme nous sommes, tels que nous sommes et non comme la France veut que nous soyons ou que l’Europe voudrait que nous soyons. Nous connaissons le mode d’emploi de la mondialisation. Aucun épouvantail ne nous fera renoncer sur la route de la liberté.

L’Eurafrique ? Pourquoi pas. Merci pour votre offre. Mais nous sommes déjà dans le monde sous le couvert de l’Europe qui agit par procuration de la France. Nous ne voulons pas de la mondialisation des servitudes.

Nous voulons celle des libertés.

Nous voulons simplement :
- de l’économie de marché.
- de la société ouverte.
- de la société de droit.

Ni plus, ni moins.

Sarkozy pourrait-il nous aider dans ce sens ?

A nous libérer des accords précédents ?

Ceux des indépendances ?

Pour enfin nous libérer du carcan post colonial ?

Nous ne voulons pas aller dans le monde comme hier nous sommes allés dans l’Europe par la France.

Nous ne voulons pas de votre liberté en double standard, et sous surveillance.

Nous ne comprenons pas que nos avoirs extérieurs nets en devises soient déposés au Trésor public de chez vous.

Nous ne comprenons pas que nous soyons perçus comme des contribuables par l’Etat français, alors que vous nous ressassez que la colonisation est terminée depuis belle lurette ?

Nous ne voulons plus de vos accords de coopération qui ne règlent rien, mais qui pillent tout.

Nous voulons être libres de choisir nous-mêmes notre destin.

Libres de choisir nous-mêmes qui nous accompagnera et pour quoi.

Merci de votre sollicitude.

Tu veux que je décide librement ? Soit.

Mais je ne veux pas que tu sois là.

Tu veux que je décide librement ? Mais soit.

Je ne veux pas décider avec toi. Je veux décider seul.

Tu veux que ma volonté se réalise pleinement ?

Oui, je le veux aussi. Mais je ne veux pas réaliser mon destin avec toi. Je veux le faire moi-même, sans guide, ni parrain, ni gourou.

Tu veux t’associer avec moi ? Oui, mais ne me demande pas d’être exclusivement à toi. D’être ta chose.

Je veux être libre de m’associer avec qui je veux et comme je le veux et quand je le veux.

La mondialisation telle qu’elle est faite pour moi ne me plaît pas. C’est vrai. Je veux la démocratie. Je veux le droit. Je veux la justice. Je veux la propriété libre. Je veux la liberté.

Mais je veux aussi la responsabilité.

Nous avons payé trop cher les mirages de la coopération franco-africaine depuis de longues années.

Cette coopération est étatiste.

Cette coopération est collectiviste.

Cette coopération est monopolistique.

Cette coopération est jacobine et rétrograde.

Je crois que l’échange libre est bénéfique et qu’il doit être la règle de mon jeu dans la mondialisation.

Je crois que la concurrence est un moyen et qu’elle est mon meilleur atout pour réussir à m’enrichir et à prospérer dans la mondialisation.

Les pires des prédateurs qui nous cachent de la mondialisation sont ceux qui viennent s’apitoyer sur mon sort et me considérer comme un grand naïf auquel ils proposent altruisme, protection, aide publique et humanitaire, mais jamais de commerce responsable.

Le plus grand des prédateurs pour nous est celui qui nous rassemble dans un enclos que l’on appelle le Pré-carré, ou le Champ et nous propose de jouer soit au loup et à l’agneau, soit au renard dans le poulailler.

Nous croyons que la liberté économique annonce et conditionne la liberté politique.

Nous croyons que les esclaves ne peuvent échanger que leurs chaînes. Que le marché est le propre de l’Homme. Que nous sommes des hommes et que nous voulons échanger autre chose sur des marchés libres d’accès et de sortie.

Nous croyons à l’économie de marché. Vous vous trompez à notre sujet lorsque vous affirmez le contraire.

Nous croyons au laisser faire et nous nous méfions de toutes les barrières à la concurrence.

Vous craignez l’immigration de la jeunesse africaine en France et en Europe ?

Vous avez tort.

L’immigration subie ou l’immigration choisie ?

Vous posez mal le débat.

L’immigration relève du droit individuel de circuler et est pour nous une des bases de la liberté que nous recherchons.

La France devrait se demander comment une telle liberté pour nous peut devenir un fléau social pour les Français.

Pour nous, l’étranger a droit au respect de sa vie, de sa dignité et de sa propriété.

Mais nous savons et nous admettons que l’étranger ne peut avoir tous les droits, car nous savons et admettons qu’il n’y a pas de droits sans devoirs.

L’étranger doit se soumettre aux règles sociales de la société qui l’accueille.

Vous avez le sentiment que certains étrangers ne respectent pas les règles de votre société et ont des comportements anormaux ?

Mais ce n’est pas notre faute à nous qui vivons ici dans les pays d’origines de ces immigrés. Les repousser à vos frontières, contrôler leur entrée et sortie de chez vous sont de fausses solutions coûteuses, humiliantes et inefficaces. Pour vous en sortir, laissez-nous vous donner des conseils d’amis et d’alliés.

Abandonnez votre Etat-providence, car c’est lui qui attire l’immigré que vous craignez. Les forces d’attraction de chez vous sont aussi fortes que les forces de répulsion d’ici.

De nombreux immigrés apportent à la France leur travail, leur talent, leur argent.

Nombreux aussi sont ceux qui fuient les dictateurs et les autres régimes liberticides que vous installez chez nous.

Mais les plus nombreux, ceux qui sont supposés vous faire le plus de mal, sont ceux qui arrivent chez vous, pour profiter comme de nombreux Français de souche, du parasitisme offert par votre Etatprovidence.

Je présume que vous le savez déjà.

Ceux-là vont en France pour toucher des allocations, pour se livrer à de petits et à de grands trafics, pour profiter des cadeaux qu’offre l’Etat français à ses propres parasites.

Les places sont gratuites chez vous et elles rapportent plus que chez nous, car votre Etat-providence est plus généreux que les nôtres, et plus riche aussi.

Nous croyons que par des relations de travail libre, par l’échange marchand, par le libre échange entre la France et nous, l’immigration trouvera solution. Or vous nous proposez de nous méfier du laisser-faire pour nous accrocher au protectionnisme offert par nos Etats-providence rentiers, pâles copies du vôtre.

Nous voulons que les immigrés qui arrivent chez vous vous donnent plus qu’ils ne vous prennent, mais votre Etat-providence leur propose la gratuité pour tout ce qu’ils peuvent avoir.

Nous aimons la France pour sa sécurité sociale. Elle nous épargne de faire de grands efforts d’adaptation au monde moderne, d’éduquer correctement nos enfants qui y naissent. Elle nous propose le RMI, les allocations logements, les prestations familiales. Elle nous propose des revenus à peine suffisants pour vivre de façon médiocre sans travailler chez vous. Mais tout cela, vous le savez déjà.

Parmi vos immigrés qui viennent de chez nous se trouvent les plus pauvres des immigrés, les plus mal éduqués, les plus délinquants, les plus mal aimés, les plus mal logés.

Votre Etat-providence nous offre une couverture sociale complète dans des ghettos, des foyers bruyants et violents que vous appelez “logements sociaux”.

Les enfants d’immigrés africains vont dans des écoles où l’on n’apprend presque plus rien, pas même la politesse et le savoir-vivre français que nous admirons de loin, nous qui sommes restés ici au pays.

L’école française ne leur apprend pas même la vertu du travail bien fait, pas même le respect des autres.

Nous voulons commercer avec une société française compétitive. Mais votre Etat nous propose des monopoles, des statuts figés, des services publics, des entreprises protégées.

Les Africains de qualité comprennent de plus en plus que vivre chez vous, sous la protection de l’Etatprovidence les sclérose ; ils vont ailleurs pour être plus compétitifs et faire face aux enjeux du monde actuel. Ça aussi, vous avez dû le constater.

Nous pensons que seules des relations marchandes entre la France et l’Afrique révèleront les opportunités d’embauches en qualité et en quantité chez vous comme chez nous. Mais vous semblez avoir peur du marché libre.

Nous ne pensons pas qu’il soit dans les prérogatives de l’Etat-providence de dire qui est qualifié pour entrer et s’installer en France pour bénéficier des droits sociaux. Nous croyons au partenariat direct entre les peuples, entre les jeunes, entre les entreprises. Vous aimez plutôt les rencontres au sommet.

Nous immigrons en grand nombre chez vous, parce que notre vie ici, du fait de votre protection bienveillante et providentielle, est misérable. Nous pensons que si vous nous donnez plus de liberté de choix, plus de libertés économiques, la source principale de cette immigration artificielle disparaîtra.

Pour vaincre l’immigration qui vous fait tant peur, brisez les enclos dans lesquels sont enfermés les peuples d’Afrique esclaves de votre générosité.

Un pays comme le Sénégal a perdu dans les mers plus d’hommes candidats à l’immigration que la Côte d’Ivoire avec sa guerre ces cinq dernières années.

L’immigration est aussi un fléau pour nous tant qu’elle sera organisée par votre Etat-providence.

Pour vaincre l’immigration, abandonnez les Etats-providence, abandonnez les accords de coopération rétrogrades et étatistes. Pour vaincre l’immigration, nous vous offrons la liberté économique. Au lieu de l’Eurafrique, nous voulons la Librafrique.

Dans la mondialisation, nous savons que les économies nationales sont en compétition. Nous envisagions d’aller en compétition avec ce que nous avons. Si vous le voulez bien, alors laissez-nous faire.

Nous envisagions de préciser les droits de propriété de base sur nos terres et nos entreprises d’Etat et les rendre aux entrepreneurs privés. Si vous voulez nous aider, alors laissez-nous faire.

Nous rêvons d’adopter des politiques macroéconomiques qui nous évitent les humiliations du surendettement et des déficits budgétaires insupportables. Si vous voulez le faire avec nous, alors laissez-nous faire.

Nous voulons arrêter de tourner nos vues vers le passé. Nous voulons regarder l’avenir avec sérénité.

Pour cela, nous rêvons de politiques de croissance fondées sur une épargne domestique capable de nous rendre aptes à financer nos besoins d’investissements risqués. Pour cela, nous rêvons d’un système bancaire moderne qui rompe avec la tradition protectionniste de contrôle des changes et des banques centrales non indépendantes des zones CFA. Si vous voulez nous aider, alors laissez-nous faire.

Nous voulons plus de flexibilité sur nos marchés du travail. Si vous nous aimez, alors laissez-nous faire.

Nous pensons que la lutte contre la corruption est primordiale mais qu’elle ne peut réussir qu’en prenant de vigoureuses mesures et en donnant des exemples qui ne mettent personne au-dessus du droit. Si vous voyez ce que nous voulons dire, alors laissez-nous faire.

Nous voulons que notre prospérité soit bâtie en amitié avec tous les peuples du monde et sans exclusivité. Si vous pensez que le monde est un village planétaire et que la mondialisation est beaucoup moins une affaire d’Etat qu’une affaire de liberté d’échanges, alors laissez- nous faire.

Si vous voulez un véritable discours de rupture, Monsieur le président de la République française, alors, en plus de définir la politique africaine de la France, il vous faudra désormais intégrer la politiquefrançaise de l’Afrique.

C’est de la rencontre de ces deux visions sous la contrainte de nos autres relations que naîtra le monde meilleur souhaité par la jeunesse africaine et pour lequel elle est prête à travailler avec toutes les jeunesses du monde. Pour cela, il faut que vous nous laissiez faire.

Les libertés et les Droits de l’Homme ne se négocient pas.

L’autodétermination des peuples est un droit.

Vous ne pouvez pas garder les démocraties pour vous et cultiver les autocraties chez nous. Arrêtez de le faire.

Le marché ne peut pas être pour l’Europe et les bureaucraties pour l’Afrique.

Arrêtez de le concevoir.

Encore une fois merci d’être venu et d’avoir parlé comme vous avez parlé.

Votre discours avorté de rupture donne une occasion de rupture effective à la jeunesse d’Afrique si discourtoisement interpellée par vous à Dakar le 26 juillet 2007. Les désirs de rupture d’avec les vues de vos prédécesseurs ne nous intéressent pas, d’autant qu’ils n’iront jamais jusqu’à la remise en cause des fondamentaux de la traditionnelle politique africaine de la France. Par contre, nous avons, avec la mondialisation, l’occasion de rompre avec le modèle de coopération que la France nous propose. Merci de nous avoir donné l’occasion de vous le dire. Parce que nous avons compris que, si pour le moment, la rupture, ce n’est pas pour vous, nous vous indiquons que c’est avec vous, nouvelles et anciennes élites françaises, que nous, jeunes d’Afrique, nous rompons.

Mamadou Koulibaly

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La Diaspora togolaise : De l’arbitre à l’effet de levier

Posté par issopha le 5 novembre 2007

La Diaspora togolaise :

De l’arbitre à l’effet de levier

Les élections législatives togolaises du 14 octobre 2007 ne manqueront pas de faire l’objet d’inévitables divergences sur la transparence. 3 500 observateurs nationaux et internationaux sont sur le territoire pour rendre un verdict de transparence qui reste à faire avaliser par les protagonistes eux-mêmes. Malgré tout, cela ne devrait pas empêcher la crédibilité de cette consultation d’être acceptée par la population, les dirigeants de tous bords, et les communautés africaine et internationale.

1. La Diaspora togolaise : besoin de reconnaissance officielle

Constituant la 6e région selon l’Union africaine, la Diaspora togolaise aura été la plus officiellement absente dans ces élections. Que l’on ne s’y trompe pas ! Que ce soit celle des Etats-Unis, de la France, de l’Allemagne, de l’Autriche, de la Belgique, d’Italie ou du Royaume-Uni, la Diaspora togolaise n’a pas ménagé sa peine pour envoyer de l’argent pour financer principalement les familles touchées par les inondations liées aux conséquences des changements climatiques, pour soutenir des députés en campagne et ne bénéficiant parfois d’aucun soutien financier ou pour soutenir certaines églises ou mosquées qui ont prié pour que ces élections ressemblent fortement à une véritable début de sortie de crise et un début de pacification effective entre des frères ennemis.

Faut-il rappeler que les sommes d’argent envoyées par cette Diaspora togolaise pour réduire les effets de la pauvreté sont passées de 27 millions de $ US en 1990 à 148 millions de $ US en 2005 et sont estimées autour de 170 millions en cette fin d’année de 2007. Les Togolais établis à l’étranger s’enrichissent-ils donc uniquement à l’extérieur du Togo pour avoir une telle capacité pour relever les leurs restés au pays ? Les Togolais de la Diaspora ne peuvent-ils s’épanouir que dans un système de démocratie, de respect des droits humains et de respect des institutions républicaines notamment le système judiciaire ? En fait, tous les peuples rencontrent ce problème et l’ont dépassé. Pourquoi pas le Togo sur son propre territoire ?

Les Togolais de la Diaspora qui disposent du savoir-faire, d’expertise, de talents, et de contacts avec des potentiels investisseurs, des bailleurs de fonds soucieux de soutenir l’éthique, des élus versés dans la coopération décentralisée et soutenant une migration négociée, etc. doivent-ils (elles) être sacrifié(e)s parce qu’ils ont eu le tort d’aller chercher fortune, santé, paix et bonheur à l’extérieur ? Il existe pourtant une censure bien réelle qui empêche cette Diaspora togolaise estimée à 1 million d’individus de ne pas pouvoir participer comme citoyen de la 6e région aux élections législatives togolaises. Les arguments liés à la difficulté d’organisation ne tiennent plus face aux exemples donnés par d’autres pays comme l’Algérie.

Les Togolais de la Diaspora qui sont de véritables accélérateurs de croissance économique, sociale et de développement ne peuvent pas participer aux élections législatives togolaises. Faut-il alors en déduire que lors de l’indispensable futur gouvernement d’union nationale qui devra se charger de faire une transition d’une durée variable de 18 mois à 5 ans, la Diaspora sera encore exclue ?

La rupture avec les pratiques nauséabondes du passé ne peut pas exclure de prendre connaissance de quelques volontés isolées de déstabilisation du pays qui restent à circonscrire si l’on veut stabiliser le nouveau consensus démocratique en devenir.

Le peuple togolais, entre prières diverses à savoir invocations des ancêtres, neuvaines, lecture de sourates, résistance passive ou directe et volonté d’exprimer clairement et massivement son choix, aura raison de toutes les manipulations qui ne manqueront pas de faire jour, pendant et après ces élections.

La Diaspora, absente mais prête à soutenir les alternatives pacifiques et dynamiques en cours, doit retrouver son rôle d’intermédiaire neutre, parfois désintéressé. C’est en cela que les Togolais et Togolaises de l’étranger, avec ou sans la double nationalité, doivent être considérés comme de véritables accélérateurs de croissance économique, de transfert de technologie et de productivité et bien sûr de bien-être durable.

2. L’après élection : transition, union nationale et retour de la dignité humaine

Comment y parvenir si aucun membre de cette Diaspora ne se retrouve dans le gouvernement de transition ? Homme et femme de la Diaspora, il importe d’affûter vos propositions pratiques, techniques et créatrices d’emplois décents pour soutenir la nouvelle équipe qui ne manquera pas d’ailleurs d’y faire appel dans un esprit de respect mutuel. Oui, la rupture, c’est aussi la volonté des présidents des pays de l’Union européenne de travailler de plus en plus avec des acteurs togolais sérieux, conscients de leur rôle au service de la création de richesses avec ses conséquences directes sur la réduction de la pauvreté alors que la pauvreté extrême toucherait plus de 50% de la population au Togo en 2007. Au-delà, avec des enfants de moins de 14 ans qui sont prêts de 70% à travailler d’une manière ou d’une autre pour aider leurs parents ou familles à subvenir à leurs besoins, l’avenir de la jeunesse togolaise est bouché si ces enfants ne vont pas à l’école dans des conditions dignes de ce nom. Les filles et les femmes sont particulièrement touchées et il ne faut pas oublier les handicapés, veuves et personnes âgées laissées pour compte.

Oui, un gouvernement de transition doit rétablir les grands équilibres de la dignité humaine. Il ne peut le faire qu’avec une Diaspora togolaise qui a un sens aigu des droits humains et de la dignité humaine. Avec une croissance de la population d’environ 2,4% au dessus de la croissance de 2% en 2006 et plus de 43,5% d’enfants de moins de 14 ans, l’avenir du Togo a besoin de levier et d’accélérateur de croissance économique. Ce ne sont pas simplement les 54,4% en âge de travailler de la population togolaise qui pourront venir à bout du véritable challenge de refondation-reconstruction du pays. Ce sont toutes les forces vives, volontaires et patriotes dans le cadre de l’intégration régionale et continentale qui pourront transformer les années d’adynamie en espérance constructive.

Une nouvelle sécurité sanitaire, une formation adaptée, une information libre et diversifiée, un effort soutenu pour relever la démocratie aux standards internationaux, un développement de l’entrepreneuriat et des capacités agricoles, productives et commerciales, une volonté de faire émerger la microfinance et des intermédiaires financiers d’appui au développement, une nouvelle prise de conscience de l’importance de l’éthique tant auprès d’une armée républicaine que d’une population ayant appris à pardonner si l’impunité est reconnue et corrigée… sont quelques-unes des compétences que le gouvernement de transition pourra trouver auprès d’une équipe de la Diaspora, prête à rendre service avec des dirigeants acquis à la cause de la sagesse africaine. Le travail, la probité et l’éthique feront alors bon ménage avec l’équité.

3. Diaspora, migration négociée et refondation-reconstruction

Non les absents n’ont pas toujours tort. Comme la Diaspora togolaise, l’aide financière de l’Union européenne s’est mise en marge du Togo du fait d’un déficit démocratique et de respect des droits humains que personne ne conteste aujourd’hui. Le budget de l’Etat n’arrive plus à satisfaire aux obligations d’investissements. Seules des élections législatives transparentes et démocratiques et acceptées comme telles pourraient anticiper la reprise pleine et entière de la coopération de l'Union européenne avec le Togo. La communauté internationale doit se rappeler que le Togo a été un protectorat et devrait transformer son aide en un véritable plan de relance du pays. A la suite des nombreuses années d’accroissement continue de la pauvreté extrême et de la méfiance des investisseurs étrangers et nationaux du fait d’un environnement des affaires peu propice, il est grand temps que la coopération avec l’Union européenne se décline autrement avec des acteurs de la Diaspora qui s’inscrivent dans la logique de la coopération décentralisée et de la migration négociée. Ce sont les politiques de migration européenne avec les régions africaines et le Togo en particulier qu’il faudra rediscuter dans une ambiance conviviale.

Un autre dossier qui reste sensible doit pourtant faire l’objet d’une consultation en direct. Avec quelques soutiens directs dans le domaine de l’infrastructure, une grande partie des serviteurs de l’Etat et de l’armée togolaise pourrait devenir des acteurs privilégiés d’une croissance économique accélérée laquelle passe par les travaux d’infrastructure, de construction d’habitats à loyers modérés et mise en place de système de communication et d’accès à l’eau et à l’énergie, de préférence renouvelable. Ce sera l’occasion de rappeler que les armées africaines pourraient aussi moderniser leur fonction pendant la période de transition et de refondation-reconstruction du pays pour servir de traits d’union entre les populations. Il suffit de créer des infrastructures avec l’appui financier des bailleurs de fonds prêts à nous accompagner pour que les craintes de ceux qui s’interrogent sur leur devenir disparaissent par enchantement. Ainsi ceux qui interpellent la Diaspora en répétant « que deviendrons nous ? » devront pouvoir être convertis en acteurs zélés du développement local. Les élections ne sont rien face à la volonté du peuple togolais de tourner la page de 40 ans où l’interdépendance togolaise et l’expression libre du peuple ont été considérées comme partie négligeable.

Si les autorités extérieures contribuent à donner une évaluation impartiale du déroulement des élections et que le peuple togolais face à ceux qui détiennent les instruments de la répression s’organise pour qu’il n’y ait pas d’effusion de sang, de désordre et de « bagarres de rues », alors les togolais, leurs dirigeants et la communauté auront enfin découvert les vertus de vivre en toute interdépendance. Il ne restera qu’à assurer un accompagnement intelligent en associant la Diaspora sous toutes ces formes.

4. Vers une gouvernance de l’interdépendance au Togo

Avec une estimation autour de 148 million de $ EU en 2005 de transfert financier de la Diaspora togolaise, ceci malgré les charges usurières liées à ce transfert, l’aide de la Diaspora est de loin supérieure à l’aide au développement s’élevant à 59,4 $ millions de $ US pour la même année. Il appartient à cette Diaspora éclairée d’introduire de la productivité

• dans le secteur primaire (agriculture et pêche) qui n’a atteint que 2,3% de croissance en 2006 ;
• dans le secteur industriel qui avec une croissance négative de -0.6% en 2006 affiche un désespérant -11,5% dans le secteur manufacturier (capacités productives), et
• un secteur tertiaire qui affiche 3,2% de croissance avec un service public défaillant avec une croissance négative de -2,6%.

Aussi, le produit intérieur brut (PIB) du Togo en 2006 atteint difficilement une croissance de 2% selon les sources du Fonds monétaire international (statistiques de 2007). Il n’est donc pas étonnant que le Togo n’ait pu répondre qu’à deux des critères de convergence (respect de moins de 3% du taux d’inflation et moins de 35% de revenu couvert par les efforts internes) de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine).

Avec un soutien intelligent de la communauté internationale et un rôle massif de la Diaspora en appui aux initiatives locales, le peuple togolais est capable de relever le défi de la croissance économique partagée et d’une gouvernance de l’interdépendance au service de tous les Togolais. La Diaspora ne sera pas simplement un arbitre mais un véritable catalyseur d’un développement à visage humain. Les conseils des anciens et la refondation de la tradition et du modernisme devraient faciliter une métamorphose d’un pays-frontière dont aucun de ses voisins proches ne peut se passer. Le Togo a besoin de spécialistes de la gouvernance de l’interdépendance. La Diaspora a de l’expérience à offrir dans ce domaine. Une vraie sécurité humaine en résultera.

14 octobre 2007

Dr. Yves Ekoué Amaïzo
Directeur du groupe de réflexion, d’action et d’influence - économiste à l’ONUDI
L’auteur intervient en sa capacité personnelle
 


Notes

Amnesty International, document public index AI : AFR57/013/1993/F : « Togo : les forces armées tuent impunément », 5 octobre 1993, 7 pages ; voir sur Internet : http://web.amnesty.org

Le Rapport sur les violations des Droits de l'Homme au Togo [Lire]

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Manifestations de rue en Afrique : Balles réelles et État de droit

Posté par issopha le 5 novembre 2007

 

 

Manifestations de rue en Afrique :

Balles réelles et État de droit

Fait paradoxal : la culture de la démocratie et de la bonne gouvernance tend à pénétrer le continent, mais de plus en plus de pouvoirs aux abois n’hésitent pas à tirer à balles réelles sur les manifestants.

Certes, les forces de défense et de sécurité du continent sont parfois autant de survivances de la période coloniale (exemple du Camp de Thiaroye) qui s’opposent à la construction de l’État de droit. Mais cette forme de violence, à l’opposé des valeurs qui constituent le socle des sociétés africaines, semble bien traduire la nature des régimes en place : démocratique ou dictatoriale.On oublie bien vite que les manifestations sont généralement consécutives aux revendications non examinées après des lustres. C’est un fait que dans les républiques bananières “la démocratie du plus fort est toujours la meilleure”, comme le souligne si bien le chanteur Alpha Blondy.

Au fait, que peut-il bien se passer dans la tête de celui qui tire sur ses propres frères et soeurs, surtout des enfants ? Songe-t-il un instant à l’exaspération qui les conduits à défier les pouvoirs en place ? Pourquoi se refuser à considérer que le manifestant est avant tout un citoyen qui a des droits et, surtout, le droit de dire non face à l’oppression, à l’indignité, à l’impunité, aux crimes économiques et aux crimes de sang ? Sait-il que généralement en cas de renversement de la situation, en cas de procès, il sera seul devant la loi à payer de sa forfaiture pendant que celui dont il aura reçu les ordres ou qu’il aura défendu trouvera toujours les moyens de sa propre défense ? Et avec quel moral viendra-t-il profiter des largesses du citoyen, une fois le calme et la justice rétablis ?

A l’évidence, la répression démesurée et orchestrée par les gardiens du temple traduit bien souvent des comportements de peur. Elle révèle un surdimensionnement de l’égo et de l’instinct de conservation du régime visiblement aux abois. Mais la lutte des clans peut aussi inciter des éléments repus et décidés à en finir, à pousser le régime à bout et à hâter sa chute.

A cet égard, les agissements de certains régimes africains rappellent ceux du régime raciste de l’apartheid en Afrique du Sud. Notamment l’image du massacre des enfants de Soweto : un jeune éploré avec dans ses bras le corps sanguinolant d’un autre, suite aux tirs à balles réelles de la police raciste du temps des Botha et autres Voster de sinistre mémoire ! L’Afrique ferait-elle marche arrière ? Les gouvernants auraient-ils oublié que la vie humaine est sacrée, même dans les sociétés en transition ? Où sont donc les religieux et les coutumiers ?

Il existe pourtant des méthodes inoffensives et efficaces en Occident : pompes à eau, notamment qu’on utilise pour maîtriser les foules. La France, pourtant réputée pour ses multiples manifestations quotidiennes, ne nous donne pas l’image de forces de sécurité tirant à balles réelles sur des manifestants, comme tout récemment en Guinée ! Curieux, que des gouvernants qui aiment à singer ne songent point à s’inspirer de bons exemples ! Ils préfèrent jouir, dans le confort de leurs repaires, des souffrances et des contorsions de leur peuple. Parce qu’ils prennent toujours soin de garder sous protection leurs proches. Tant pis si ceux qu’ils envoient tirer sur les foules de manifestants n’ont aucune pitié pour leurs cibles dont parfois leurs propres parents. On a beau dire que l’intérêt d’Etat prime, il est scandaleux que les pays occidentaux, surtout la France, poursuivent leur coopération avec des régimes dont le haut degré d’homicide et d’infanticide est chaque jour décrié par l’opinion.

Certes, il sera toujours difficile de satisfaire à toutes les revendications des peuples en lutte. Toutefois, les gouvernants africains doivent savoir doser leurs réactions et, surtout, respecter les valeurs humaines, si chères à l’Afrique. D’autant que même s’ils feignent de les ignorer, la plupart des dirigeants africains se savent assis sur des poudrières.

La solution ? L’alternance au pouvoir en évitant les tripatouillages de Constitution pour se maintenir ad vitam aeternam. Autrement dit, une trop grande conservation du pouvoir finit par lasser et provoquer l’irréparable. Pour ce faire, organiser des élections transparentes, propres et équitables, opter pour une justice sociale véritable et un progrès social réel, préserver les libertés démocratiques, dont la liberté d’expression et le respect dû au citoyen-électeur et contribuable.

La liberté de manifester constitue un des critères de l’existence de tout régime démocratique, avec les limites que lui reconnaît la loi. A cet égard, le Sénégal demeure un exemple à imiter en Afrique, en dépit des dérives parfois constatées dans sa marche vers plus de droit et de justice. Egalement, il appartient à la société civile de ne jamais baisser la garde, et de s’organiser en encadrant ou en faisant encadrer les marches-meetings pour éviter l’intrusion de perturbateurs sur commande. Parallèlement, il faut travailler à enseigner le respect des droits de l’homme et du citoyen au sein des forces de défense et de sécurité, comme certains gouvernants le font déjà.

Ce qui se passe chaque jour sur le continent montre l’urgence de démocratiser au plus vite ! Et les dirigeants africains doivent comprendre que désormais, les choses changent à un rythme affolant. Rien ne peut arrêter un peuple affamé et qui aspire au changement. Ni le vol des urnes, ni les armes.

“Le Pays”
lundi 5 février 2007.

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Sois nègre et tais toi! de Jean-Baptiste Onana

Posté par issopha le 2 novembre 2007

Livre : 'Sois nègre et tais toi!' de Jean-Baptiste Onana
16/10/2007
 

Retour sur le livre de Jean-Baptiste Onana, dans lequel il revient sur les questions d'immigration, la marginalisation de la communauté noire, les rapports entre communautés en France
 
Par Liss Kihindou

 

 
© amazon.fr  


La question de l’immigration est une question permanente en France. Question majeure pendant les élections, elle fait régulièrement la “une” de l’actualité à la faveur d’un fait divers, d’une crise : expulsions, incendies meurtriers d’immeubles parisiens, crises de banlieue, discrimination quotidienne à l’embauche, pour le logement… les exemples sont nombreux.

Mais, en parlant de discrimination, Jean-Baptiste ONANA constate une chose : tous les immigrés ou, de façon plus générale, toutes celles et ceux qui ne sont pas de “souche française” ne sont pas traités en France de la même manière : il y a comme une hiérarchie parmi eux qui place le Noir au plus bas de l’échelle ; ce dernier souffre plus cruellement que d’autres du racisme, du fait de sa “visibilité”. “A l’échelle du monde, c’est certainement la créature la plus discriminée et la plus honnie de l’espèce humaine.” (1)
Voici donc un livre dédié en général « à tous ceux qui subissent la discrimination et sont couverts d’opprobre au quotidien parce qu’ils sont différents”. (2)

 

 

Il convient de saluer ce livre de Jean-Baptiste ONANA, qui se distingue par deux qualités essentielles. Tout d’abord Sois Nègre et tais-toi ! résulte d’un travail considérable de recherche, de documentation, d’observation. L’auteur n’avance pas un propos sans l’étayer par des exemples précis, par des arguments : actualité, ouvrages, discours d’hommes politiques, témoignages…consolident son analyse qui épouse au plus près le vécu des Noirs en France.

Ensuite cet essai est écrit dans un style qui le rend accessible à tous, la lecture en est véritablement aisée. Alors que dans ce genre particulier qu’est l’essai, il est courant que le lecteur ne s’intéresse qu’à des chapitres en particulier, on se prend à lire Sois Nègre et tais-toi ! comme un roman, du début à la fin.

Que dit donc ONANA ? Rien que des vérités sur les comportements des Blancs (et des autres races) à l’égard des Noirs, ceux des Noirs sur le territoire européen : leurs causes, leurs conséquences. Il y a à la base la perception du “noir”, communément négative : “Année noire, série noire, pensées noires, idées noires, liste noire, jour noir, travail au noir, humeur noir…La négativité de la couleur noire est une universalité fort bien partagée par le genre humain.” (3)

 
© R.V  


Cette perception négative fait que le Noir est combattu, sinon rayé dans les médias, en politique, dans certaines filières universitaires, bref dans toutes les fonctions valorisantes, exception faite pour certaines catégories comme le sport de haut niveau où il s’avère que “la France a besoin de ses nègres pour gagner” (4). La France est de fait multiraciale, mais elle le dénie.

Mais pourquoi donc cette discrimination ? J.B. ONANA étudie un à un tous les cas avérés, tout en démontrant leur illégitimité, j’ai envie de dire aussi leur grossièreté : des chercheurs n’ont-ils pas dernièrement “découvert” que la polygamie serait la cause de la violence ?

“Et que dire de la pédophilie, triste avatar de la liberté sexuelle infinie prônée par les partisans du tout-sexe et du tout-genre-de-sexe qui gangrène la société française ? (…) A titre personnel, je suis contre la polygamie, mais aussi contre toutes les formes de sexualité déviantes. Mais à tout prendre, j’aime mieux avoir deux épouses adultes, légitimes et consentantes que forniquer avec des bambins de cinq ou huit ans. Qu’on ne s’y trompe pas : la République a plus à craindre de ses pédophiles en col blanc, qui essaiment dans les milieux socioprofessionnels prétendument respectables (…) que d’un ou deux bigames africains dans une tour HLM.

Est-ce pour parachever son œuvre civilisatrice en Afrique qu’elle s’est récemment mise à y exporter massivement son trop plein de prédateurs sexuels, que l’on voit déambuler aux abords des hôtels de classe internationale et des sites touristiques, le sexe à la main, le portefeuille dans l’autre ?” (5)


Voilà comment ONANA répond aux découvertes “ingénieuses”, aux préjugés qui pèsent sur les Noirs. Le ton est volontiers ironique, jamais haineux, car ce n’est que pour une “une France plus tolérante et plus respectueuse de l’humain, quel qu’il soit et d’où qu’il vienne” (dédicace) qu’il écrit ce livre.

Et les Noirs donc ? c’est avec sévérité qu’ONANA les interpelle et les secoue, pour qu’ils se décarcassent, qu’ils réagissent, qu’ils se prennent en mains. Cela ne saurait se faire en cherchant “à paraître ce que nous ne sommes pas”. Il constate tristement que “jamais une race ne s’est autant reniée, abâtardie et prostituée culturellement que la nôtre.” (6) Et il s’attaque à “ceux qui les véhiculent et les symbolisent le mieux : l’élite et l’intelligentsia noires.” (7)

J’aurais voulu mettre tant d’extraits sous les yeux du lecteur pour qu’il juge de leur pertinence, je ne peux que vivement recommander de se procurer le livre. En vérité, toute personne qui voudrait être au fait de la question noire en France, de celle des immigrés en général, devrait absolument lire ce livre. On se souvient de Je suis noir et je n’aime pas le manioc, de Gaston Kelman, qui avait amorcé la question. Voici Sois nègre et Tais-toi dont la couverture, entièrement noire, annonce la couleur. Je recommande particulièrement les chapitres “La tolérance, une vertu française ?” ;

“Singeries nègres et mystifications blanches” et “Les relations intercommunautaires” où l’on voit que, si l’on peut s’étonner de l’inimitié entre les euro-étrangers et les Noirs, entre les Africains et les Maghrébins (qui parfois partagent la même religion – mululmane – ), on trouve encore plus insolite la ‘”vieille rivalité afro-antillaise”. Pourtant, au regard des autres communautés, cela ne fait aucune différence (un Noir est un Noir), même si l’Antillais s’échine à se distinguer de l’Africain. Mais y a-t-il vraiment une différence ?

 
 


“Le seul réel avantage des Antillais sur les Africains est leur citoyenneté française, qui leur ouvre les portes de la fonction publique. Encore, n’y occupent-ils généralement que des postes subalternes : à la Poste, dans les établissements hospitaliers, dans la police et l’armée. Alors, d’où vient cette promptitude à s’en prendre aux originaires d’Afrique plutôt qu’au commun des Français ? La vérité c’est que les ressortissants d’outre-mer sont directement confrontés à la concurrence des Négro-Africains pour les petits boulots. Il est d’ailleurs révélateur que d’une élection à l’autre, ils soient de plus en plus nombreux à voter Front National” (8)

Tous les Noirs, qu’ils viennent d’Afrique ou des DOM-TOM, devraient unir leurs forces s’ils veulent être entendus, s’ils veulent réagir efficacement contre les misères qui leur sont réservées. D’une façon générale, Jean-Baptiste ONANA déplore le fait que :

« les différentes communautés présentes sur le sol hexagonal s’ignorent royalement (…) Quand ils daignent se rencontrer, c’est généralement dans un cadre professionnel, confessionnel ou événementiel obligé et rarement dans celui d’une convivialité délibérément souhaitée. Ainsi, pour le commerçant chinois, turc ou pakistanais, un Africain méritera d’autant sa considération qu’il se révélera client ou acheteur. Le reste du temps, mieux vaudrait pour lui qu’il aille se faire voir ailleurs. (9)


Trois voix retentissent en écho dans cet ouvrage : celle de l’auteur de Peau noire, masques blancs ; celle du Général de Gaulle et enfin celle de toutes les personnes dont Jean-Baptiste ONANA a recueilli le témoignage dans le cadre de cet ouvrage, et dont la lecture est éminemment édifiante.

Jean-Baptiste ONANA, Sois Nègre et tais-toi ! Editions du Temps, 2007.
256 pages.
14,90 €.
Un livre à lire absolument.

L’auteur
Juriste de formation, Jean-Baptiste ONANA est Docteur en aménagement et enseignant universitaire en Géopolitique. Il a également été un membre actif de SOS Racisme.

Notes

1. Sois Nègre et tais-toi !, p. 57
2. Dédicace du livre
3. p. 52
4. p. 54
5. p. 73
6. p. 103
7. p. 104
8. p. 151
9. p. 118

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Thomas SANKARA : “ L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort ”

Posté par issopha le 23 octobre 2007

Thomas Sankara  

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“ L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas

que l’on s’apitoie sur son sort ”

Le 4 octobre 1984, Thomas Sankara prononçait à la tribune de la 39e Assemblée générale des Nations unies, un discours profondément émouvant, où l’Afrique parle au monde de ses souffrances cruelles, et reproche aux Africains de se rendre complices enchantés de leur perpétuel asservissement. 23 ans après, ce message reste étonnamment d’actualité et parle encore à nos consciences endormies. Puisse le poids de ces mots nous tirer de ce profond sommeil.



Permettez, vous qui m’écoutez, que je le dise : je ne parle pas seulement au nom du Burkina Faso tant aimé mais également au nom de tous ceux qui ont mal quelque part.
Je parle au nom de ces millions d’êtres qui sont dans les ghettos parce qu’ils ont la peau noire ou qu’ils sont de culture différente et bénéficient d’un statut à peine supérieur à celui d’un animal.
Je souffre au nom des Indiens massacrés, écrasés, humiliés et confinés depuis des siècles dans des réserves afin qu’ils n’aspirent à aucun droit et que leur culture ne puisse s’enrichir en convolant en noces heureuses au contact d’autres cultures, y compris celle de l’envahisseur.


Je m’exclame au nom des chômeurs d’un système structurellement injuste et conjoncturellement désaxé, réduits à ne percevoir de la vie que le reflet de celle des plus nantis.
Je parle au nom des femmes du monde entier, qui souffrent d’un système d’exploitation imposé par les mâles. Pour ce qui nous concerne, nous sommes prêts à accueillir toutes les suggestions du monde entier, nous permettant de parvenir à l’épanouissement total de la femme burkinabè. En retour, nous donnons en partage à tous les pays, l’expérience positive que nous entreprenons avec des femmes désormais présentes à tous les échelons de l’appareil de l’État et de la vie sociale au Burkina Faso. Des femmes qui luttent et proclament avec nous, que l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère et nous en appelons à toutes nos sœurs de toutes les races pour qu’elles montent à l’assaut pour la conquête de leurs droits.
Je parle au nom des mères de nos pays démunis, qui voient mourir leurs enfants de paludisme ou de diarrhée, ignorant qu’il existe, pour les sauver, des moyens simples que la science des multinationales ne leur offre pas, préférant investir dans les laboratoires de cosmétiques et dans la chirurgie esthétique pour les caprices de quelques femmes ou d’hommes dont la coquetterie est menacée par les excès de calories de leurs repas trop riches et d’une régularité à vous donner, non, plutôt à nous donner, à nous autres du Sahel, le vertige. Ces moyens simples recommandés par l’Oms et l’Unicef, nous avons décidé de les adopter et de les populariser.

Je parle aussi au nom de l’enfant. L’enfant du pauvre, qui a faim et qui louche furtivement vers l’abondance amoncelée dans une boutique pour riches. La boutique protégée par une vitre épaisse. La vitre défendue par une grille infranchissable. Et la grille gardée par un policier casqué, ganté et armé de matraque. Ce policier, placé là par le père d’un autre enfant qui viendra se servir ou plutôt se faire servir parce que représentant toutes les garanties de représentativité et de normes capitalistiques du système.
Je parle au nom des artistes (poètes, peintres, sculpteurs, musiciens, acteurs), hommes de bien qui voient leur art se prostituer pour l’alchimie des prestidigitations de show-business.
Je crie au nom des journalistes qui sont réduits soit au silence, soit au mensonge pour ne pas subir les dures lois du chômage.
Je proteste au nom des sportifs du monde entier dont les muscles sont exploités par les systèmes politiques ou les négociants de l’esclavage modernes.

“ Nous voulons être les héritiers de toutes les révolutions du monde, de toutes les luttes de libération des peuples du Tiers Monde ”

Mon pays est un concentré de tous les malheurs des peuples, une synthèse douloureuse de toutes les souffrances de l’humanité, mais aussi et surtout des espérances de nos luttes. C’est pourquoi je vibre naturellement au nom des malades qui scrutent avec anxiété les horizons d’une science accaparée par les marchands de canons. Mes pensées vont à tous ceux qui sont touchés par la destruction de la nature et à ces trente millions d’hommes qui vont mourir comme chaque année, abattus par la redoutable arme de la faim.
Militaire, je ne peux oublier ce soldat obéissant aux ordres, le doigt sur la détente, et qui sait que la balle qui va partir ne porte que le message de la mort.

Enfin, je veux m’indigner en pensant aux Palestiniens qu’une humanité inhumaine a choisi de substituer à un autre peuple, hier encore martyrisé. Je pense à ce vaillant peuple palestinien, c’est-à-dire à ces familles atomisées errant de par le monde en quête d’un asile. Courageux, déterminés, stoïques et infatigables, les Palestiniens rappellent à chaque conscience humaine la nécessité et l’obligation morale de respecter les droits d’un peuple : avec leurs frères juifs, ils sont antisionistes.

Aux côtés de mes frères soldats de l’Iran et de l’Irak, qui meurent dans une guerre fratricide et suicidaire, je veux également me sentir proche des camarades du Nicaragua dont les ports sont minés, les villes bombardées et qui, malgré tout, affrontent avec courage et lucidité leur destin. Je souffre avec tous ceux qui, en Amérique latine, souffrent de la mainmise impérialiste.
Je veux être aux côtés des peuples afghan et irlandais, aux côtés des peuples de Grenade et de Timor Oriental, chacun à la recherche d’un bonheur dicté par la dignité et les lois de sa culture.
Je m’élève ici au nom des tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils pourront faire entendre leur voix et la faire prendre en considération réellement. Sur cette tribune beaucoup m’ont précédé, d’autres viendront après moi. Mais seuls quelques-uns feront la décision. Pourtant nous sommes officiellement présentés comme égaux. Eh bien, je me fais le porte voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre. Oui je veux donc parler au nom de tous les “laissés pour compte” parce que “je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger”.
Notre révolution au Burkina Faso est ouverte aux malheurs de tous les peuples. Elle s’inspire aussi de toutes les expériences des hommes depuis le premier souffle de l’Humanité. Nous voulons être les héritiers de toutes les révolutions du monde, de toutes les luttes de libération des peuples du Tiers Monde. Nous sommes à l’écoute des grands bouleversements qui ont transformé le monde. Nous tirons des leçons de la révolution américaine, les leçons de sa victoire contre la domination coloniale et les conséquences de cette victoire. Nous faisons nôtre l’affirmation de la doctrine de la non-ingérence des Européens dans les affaires américaines et des Américains dans les affaires européennes. Ce que Monroe clamait en 1823, “ L’Amérique aux Américains ”, nous le reprenons en disant “ l’Afrique aux Africains ”, “ Le Burkina aux Burkinabè ”. La Révolution française de 1789, bouleversant les fondements de l’absolutisme, nous a enseigné les droits de l’homme alliés aux droits des peuples à la liberté. La grande révolution d’octobre 1917 a transformé le monde, permis la victoire du prolétariat, ébranlé les assises du capitalisme et rendu possible les rêves de justice de la Commune française.

Ouverts à tous les vents de la volonté des peuples et de leurs révolutions, nous instruisant aussi de certains terribles échecs qui ont conduit à de tragiques manquements aux droits de l’homme, nous ne voulons conserver de chaque révolution, que le noyau de pureté qui nous interdit de nous inféoder aux réalités des autres, même si par la pensée, nous nous retrouvons dans une communauté d’intérêts.
Monsieur les Présidents,
Il n’y a plus de duperie possible. Le Nouvel Ordre Economique Mondial pour lequel nous luttons et continuerons à lutter, ne peut se réaliser que :
- si nous parvenons à ruiner l’ancien ordre qui nous ignore,
- si nous imposons la place qui nous revient dans l’organisation politique du monde,
- si, prenant conscience de notre importance dans le monde, nous obtenons un droit de regard et de décision sur les mécanismes qui régissent le commerce, l’économie et la monnaie à l’échelle planétaire.

“ La recherche de la paix va de pair avec l’application ferme du droit des pays à l’indépendance, des peuples à la liberté et des nations à l’existence autonome ”

Le Nouvel Ordre Economique international s’inscrit tout simplement, à côté de tous les autres droits des peuples, droit à l’indépendance, au libre choix des formes et de structures de gouvernement, comme le droit au développement. Et comme tous les droits des peuples, il s’arrache dans la lutte et par la lutte des peuples. Il ne sera jamais le résultat d’un acte de la générosité d’une puissance quelconque.
Je conserve en moi la confiance inébranlable, confiance partagée avec l’immense communauté des pays non-alignés, que sous les coups de boutoir de la détresse hurlante de nos peuples, notre groupe va maintenir sa cohésion, renforcer son pouvoir de négociation collective, se trouver des alliés parmi les nations et commencer, de concert avec ceux qui peuvent encore nous entendre, l’organisation d’un système de relations économiques internationales véritablement nouveau.

Monsieur le Président,
Si j’ai accepté de me présenter devant cette illustre assemblée pour y prendre la parole, c’est parce que malgré les critiques qui lui sont adressées par certains grands contributeurs, les Nations unies demeurent la tribune idéale pour nos revendications, le lieu obligé de la légitimité des pays sans voix.

C’est cela qu’exprime avec beaucoup de justesse notre Secrétaire général lorsqu’il écrit :
“L’organisation des Nations unies est unique en ce qu’elle reflète les aspirations et les frustrations de nombreux pays et gouvernements du monde entier. Un de ses grands mérites est que toutes les Nations, y compris celles qui sont faibles, opprimées ou victimes de l’injustice, (il s’agit de nous), peuvent, même lorsqu’elles sont confrontées aux dures réalités du pouvoir, y trouver une tribune et s’y faire entendre. Une cause juste, même si elle ne rencontre que revers ou indifférence, peut trouver un écho à l’Organisation des Nations unies ; cet attribut de l’Organisation n’est pas toujours prisé, mais il n’en est pas moins essentiel”.
On ne peut mieux définir le sens et la portée de l’Organisation.

Aussi est-il, pour chacun de nous, un impératif catégorique de consolider les assises de notre Organisation, de lui donner les moyens de son action. Nous adoptons en conséquence, les propositions faîtes à cette fin par le Secrétaire Général, pour sortir l’Organisation des nombreuses impasses, soigneusement entretenues par le jeu des grandes puissances afin de la discréditer aux yeux de l’opinion publique.

Monsieur le Président,
Reconnaissant les mérites mêmes limités de notre Organisation, je ne peux que me réjouir de la voir compter de nouveaux adhérents. C’est pourquoi la délégation burkinabè salue l’entrée du 159ème membre de notre Organisation : l’Etat du Brunei Darussalam.
C’est la déraison de ceux entre les mains desquelles la direction du monde est tombée par le hasard des choses qui fait l’obligation au Mouvement des pays non alignés, auquel je l’espère, se joindra bientôt l’Etat du Brunei Darussalam, de considérer comme un des objectifs permanents de sa lutte, le combat pour le désarmement qui est un des aspects essentiels et une condition première de notre droit au développement.

Le messager
Le 17-10-2007

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Les discours et correspondances secrètes de Um Nyobé et de ses compagnons

Posté par issopha le 23 octobre 2007

Culture-Livre

 

 

Les discours et correspondances secrètes de Um Nyobé

et de ses compagnons

Abraham Fossi Sighoko, fils d’un maquisard,

déballe le testament caché de l’Upc.

La bouteille jetée à la mer est tombée à bon port.“ Quelque temps après le deuil consécutif à la confirmation de la mort de mon père, ma grand-mère maternelle m’appela dans sa case pour me dire : “ Voici ce que ton père avait mis en sécurité dans mes mains.”[…]Je découvris de nombreux documents, dont certains étaient manuscrits et d’autres dactylographiés. Le sigle de l’Upc revenait pratiquement sur toutes les pages. Ma grand-mère venait-elle de me transmettre un document compromettant ou un trésor ?” Plus de cinquante années sont passées après la réception de ce colis légué par Jacob Fossi, martyr du nationalisme camerounais. Abraham Fossi Sighoko, son fils, a décidé de mettre sur la place publique cette espèce de testament des acteurs du nationalisme camerounais. L’ouvrage est simplement intitulé “ Discours politiques ”. Il est publié courant cette année aux éditions L’Harmattan en France. La couverture et illustrée par les portraits des cinq figures emblématiques de l’Union des populations du Cameroun. Il s’agit notamment de Ruben Um Nyobé, Ernest Ouandié, Félix Roland Moumié, Osendé Afana et Abel Kingué. Comme le souligne le philosophe Sindjoun Pokam dans la préface, l’originalité de ce recueil se fonde – outre les écrits de Um Nyobé déjà publiés par d’autres auteurs – sur les écrits de ses compagnons de lutte. En parcourant la compilation étalée sur 667 pages, le lecteur se fait rapidement une idée sur les motivations et les orientations des actions posées par les héros du mouvement nationaliste Camerounais. “ Que nous apprennent les discours politiques de Um Nyobé, Moumié, Kingué, Ouandié, Osendé Afana… dont Fossi Jacob s’est constamment nourri ? Ces discours politiques nous apprennent que de 1945-1955, la France a décidé d’annexer le Cameroun à son empire colonial. Ils nous apprennent que de 1948 à 1955, la France a décidé de liquider l’Upc en tant que conscience historique, politique et éthique du peuple camerounais. La France dans cette entreprise a décidé d’user de la violence la plus extrême ”, note-on dans la préface.

Tel père, tel fils
Une violence contre laquelle s’insurge légitimement Abraham Fossi Sighoko. Il se montre affecté par l’une des séquences les plus fortes de la répression coloniale face à la résistance des nationalistes camerounais. Dans son Avant-propos, il s’interroge : “ Connaît-on meilleure preuve d’amour que le sacrifice de soi pour une cause juste ?”
La scène héroïque figure dans les annales de l’histoire du nationalisme camerounais. Elle se déroule dans les années 1957 à la chute de la Metché, sur le fleuve Mifi. A cet endroit, la majorité des combattants de l’Upc étaient mis à mort par une méthode cynique. A partir du sommet de la chute de la Metché, ils étaient projetés au fond des eaux tumultueuse de la Mifi. Leur mort s’en suivait. Un jour, Jacob Fossi, conduit à cette potence insolite, décide, dans son for intérieur, d’être à la fois martyr et bourreau du colonialisme français à l’Ouest. Au moment de sa projection dans cette chute, il entraîne avec lui un agent du colonialisme français dans les eaux de la Mifi. Il s’agit du commandant Houtarde. Le décès de celui-ci, comme de milliers d’activistes upecistes de la région, vient mettre fin à cette pratique ignoble et triste. Grâce à cet acte héroïque, Jacob Fossi rentre dans le cercle des combattants immortels du nationalisme camerounais. Très jeune, l’auteur de cet ouvrage est orphelin. A l’âge de treize ans, sa grand-mère lui transmet cet héritage. “ Papa, j’ai reçu le colis. Il m’a servi tour à tour de piège et de gisement. J’en ai fait bon usage ”, conclut Abraham Fossi Sighoko.
 

Par Guy Modeste DZUDIE
Le 19-10-2007

 

 

 

Abraham Fossi Sighoko

Il fallait transmettre cet héritage au peuple camerounais

Auteur de l’ouvrage intitulé les Discours Politiques, il pense avoir achevé la mission que lui avait confiée son père, le martyr Jacob Fossi.


Vous avez reçu ces documents il y a une cinquantaine d’années. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour les publier ?
Rien ne justifie l’opportunité ou le contexte de la publication de cet ouvrage. J’ai simplement voulu donner au peuple camerounais certaines pages de leur histoire. C’est mon héritage. C’est mon père qui me l’a donné. Je l’adresse au peuple camerounais. Faut-il néanmoins noter que de 1958 à 1982, il n’était pas possible d’affirmer qu’on est upéciste sans se voir couper la tête. Maintenant que chacun peut déclarer son appartenance à l’Upc sans aller au maquis, je dis bien que je suis de l’Upc. C’est pourquoi je juge important de publier les communications des upécistes.

 

En parcourant l’ouvrage ? l’on note que vous avez procédé juste à une superposition des textes. Apparemment, cette compilation n’obéit à aucun schéma chronologique ou à une catégorisation thématique. Pourquoi avoir opté pour cette simplicité ?


Je crois que le plus important est de publier cet ouvrage pour que l’on le lise. C’est une histoire non tronquée. Ernest Ouandié, Ossendé Afana et autres n’ont pas eu le temps de publier leur pensée avant de mourir. Mais, ils ont toujours soutenu que l’histoire qui doit être enseignée au Camerounais ne doit pas être celle écrite à Paris, à Moscou ou à Londres. Elle doit être celle faite ici chez nous. Pour moi, le faire est un devoir de mémoire.
 

Croyez-vous qu’à partir de cet ouvrage, le mouvement nationaliste camerounais puisse renaître ou se consolider ?


Que le mouvement nationaliste camerounais renaisse ou pas, j’ai fait mon devoir. Celui de laisser au peuple camerounais ce que j’avais. Je pouvais mourir avec ça en main. Je l’ai remis au peuple camerounais, et j’en suis content. 

Par Propos recueillis par G.M.D
Le 19-10-2007

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TUNISIE : ” SI TU NE FAIS PAS ALLEGEANCE , TU SORS DE LA NORMALITE “.

Posté par issopha le 21 octobre 2007

Entrevue

“ SI TU NE FAIS PAS ALLEGEANCE ,

TU SORS DE LA NORMALITE “

 

 

mercredi 17 octobre 2007 par Abou Idyl

Homme politique, opposant et tunisien, c’est encore possible : le docteur Mustapha Ben Jaafar le prouve, via cette interview parue dans le numéro d’octobre du journal l’Audace

 Comment se passe la « rentrée politique » en Tunisie ?

MBJ - Cette formule, traditionnellement reprise après le long repos estival, suppose l’existence d’un jeu politique qui obéit, certes, à un rapport de force mais surtout aux règles de l’Etat de droit. Or, nous ne connaissons rien de tout cela, nous vivons depuis longtemps sous le signe de la négation du politique. Tout est régi sur la base du seul rapport de force, la seule règle étant « Si tu ne fais pas allégeance, tu te mets hors de la normalité ». Les droits fondamentaux de s’exprimer, de s’organiser en parti, association ou syndicat, pourtant garantis par la Constitution, ne sont plus considérés que comme des privilèges octroyés aux proches et refusés aux autres, selon les procédés du marchandage à l’allégeance.

Ainsi le FDTL, légalisé depuis près de cinq ans, n’a aucun accès aux médias « nationaux », télévision, radio… pourtant financés par les citoyens. Les lieux de réunion, publics et privés, nous sont systématiquement refusés. Nos propres locaux sont sous surveillance policière permanente. Nos militants sont intimidés et certains de nos invités sont souvent empêchés de participer à nos réunions ou même de nous rendre visite. La situation est en train de s’aggraver quand, face à la détermination de l’opposition, on assiste à des actes inquiétants comme l’incendie criminel du cabinet de Maître Ayachi HAMMAMI ou l’expulsion du Parti Démocrate Progressiste de ses locaux conduisant ses deux leaders à une grève de la faim illimitée.

En un mot, le pouvoir veut jouer tout seul ou avec des comparses, ce qui revient au même… Comment, dans de telles conditions, peut-on parler de politique, de pluralisme, de compétition ?

N’est-ce pas le signe le plus patent de l’échec de l’opposition ?

MBJ - Peut-on vraiment parler d’opposition dans le contexte qui prévaut depuis plusieurs années et en l’absence des libertés élémentaires ? De même, si elle a sa part de responsabilité, compte tenu les conditions dans lesquelles elle milite, on ne peut pas l’accabler. Nous ne sommes pas en compétition avec les militants d’un parti majoritaire classique. Nous sommes confrontés à un Etat, avec tous les moyens dont il dispose. Nous nous trouvons presque toujours face à des policiers en civils qui agissent selon les « TAALIMETS », des instructions le plus souvent arbitraires. La responsabilité du RCD,« parti au pouvoir » devenu « parti du pouvoir », ne doit pas être occultée et il devra un jour rendre des comptes, ne serait-ce que devant l’Internationale Socialiste, organisation démocratique dont il se prévaut d’appartenir et dont il bafoue les valeurs.

Contre cet absolutisme du pouvoir étatique, n’y a-t-il rien à faire ?

MBJ - Bien sûr qu’il y a beaucoup à faire, et en premier lieu essayer, dans ce contexte d’asphyxie systématique, de s’organiser pour se développer. Nous avons, en dépit de nos modestes moyens, lancé un journal heddomadaire, Mouatinoun. En raison du verrouillage, nous trouvons d’énormes difficultés pour le diffuser et le rentabiliser aux fins d’assurer sa survie. Nous avons dû prolonger la pause de l’été, qui dura deux mois. Et c’est par défi que nous reprenons sa diffusion le 3 octobre avec un numéro bilingue. En deuxième lieu, il est nécessaire de rassembler l’opposition démocratique et crédible derrière un mot d’ordre clair qui viendrait s’ajouter aux revendications classiques des libertés fondamentales et l’amnistie générale…

A quoi pensez-vous précisément ?

MBJ - Je pense aux rendez-vous de 2009. Le pouvoir s’y prépare depuis un an. Une campagne fiévreuse d’allégeance est déjà en place pour appeler le président sortant à une nouvelle candidature pour un cinquième mandat. La campagne, censée être spontanée, frise le ridicule. Y sont mêlées des organisations à caractère syndical, des associations culturelles et même sportives, des assemblées informelles dont on ne connaît ni les initiateurs ni le lieu de réunion. Cela n’a aucun sens et consacre le mépris dans lequel on tient l’intelligence de notre peuple et ses élites. Et le candidat en a-t-il vraiment besoin ? Personne ne peut croire aujourd’hui à l’existence d’une vraie compétition. Mais qui nous empêche d’agir ensemble pour créer les conditions d’une vraie participation ? Qui nous empêche de nous rassembler pour des Elections Démocratiques en 2009 ?

Est-ce vraiment possible vu les divisions qui paralysent l’opposition ?

MBJ - Ces divisions sont réelles, mais elles sont trop souvent amplifiées par la propagande officielle. On peut également penser que certaines tentatives maladroites et inopportunes pour improviser un leadership de l’opposition par des coups médiatiques contribuent à créer malaise et défiance. Je pense, malgré tout, que la partie est jouable à condition que nous cessions, les uns et les autres, de nous comporter en donneurs de leçons comme si quelqu’un ou quelque parti détenait la vérité absolue et la solution miracle.

Plus concrètement, il y a un effort à faire pour que tous les acteurs s’accordent sur l’ordre des priorités du moment. Ce ne sera pas aisé mais c’est possible. Certains partenaires, en dehors du comité du 18 octobre pour les libertés, placent le projet de société à la tête de leurs préoccupations et, ce faisant, rechignent à mener des actions communes avec ceux qui ne partagent pas leurs idéaux. Ils ont des arguments qu’il faut prendre au sérieux et écouter. Ce ne sont pas des éradicateurs et ils ne veulent pas être des alliés objectifs du système répressif. Il faut les convaincre que la grave dégradation que connaît le pays implique une action urgente pour changer l’équilibre des forces outrageusement favorable aux tenants du pouvoir.

Comment le faire sans sacrifier le projet progressiste de modernisation de la société ? La question n’est pas insoluble et le FDTL fera tout ce qui est en son pouvoir pour rapprocher les points de vue, ou tout du moins créer un climat de sérénité qui nous évitera de nous enliser dans des querelles marginales de nature à affaiblir l’ensemble de l’opposition. Un dialogue sérieux est d’ores et déjà engagé avec nos camarades d’Ettajdid. Nous en attendons beaucoup et nous ferons en sorte que 2009 ne soit pas une occasion ratée. Il nous faudra pour cela éviter les erreurs et les malentendus de 2004.

Concrètement, quelles mesures préconisez-vous ?

MBJ - Nous allons en discuter ensemble mais certaines sont évidentes. D’abord, il nous faut conquérir nos droits élémentaires afin d’établir un lien avec la société - car tout est fait pour nous empêcher de communiquer avec les citoyens. Il faut que cela cesse. Il y a ensuite des règles à modifier pour que l’opposition puisse participer aux élections. Pensez que s’il y a aujourd’hui, pour une raison ou une autre, vacation au sommet du pouvoir, selon les lois en vigueur, seul le RCD est en mesure de présenter un candidat à l’élection présidentielle. Ce qui est évidemment une source de blocage et d’instabilité institutionnelle. Nous en sommes là parce que le pouvoir refuse de mettre en place une règle du jeu stable et connue longtemps à l’avance, qui soit susceptible de consacrer le pluralisme des candidatures. Il ne cherche qu’à se maintenir, qu’à s’assurer « le risque zéro » et pouvoir, à la dernière minute, concocter une loi exceptionnelle et transitoire qui vise essentiellement à éliminer ses adversaires de la course.

Quant aux élections législatives, le pouvoir, par une étrange règle de quotas, a mis en place un système électoral dont il maîtrise parfaitement les tenants et les aboutissants. Il assure pour lui-même 80% des sièges et déplace la compétition dans le champ de l’opposition, qui récolte les miettes. Il a ainsi pu intégrer au décor les moins farouches. Ce système, qui ne reflète en aucun cas l’image des composantes politiques, doit changer.

Reste le problème - probablement le plus délicat - de créer les conditions de la participation effective des citoyens : inscription sur les listes électorales, liberté et secret du vote… e.tc. A ce propos, l’idée d’une commission de contrôle indépendante me semble incontournable.

Si je comprends bien, vous êtes pour une participation aux élections prochaines ?

MBJ - Nous n’avons jamais été contre par principe. Jusque-là, nous avons refusé de participer à des pseudo élections dont les résultats sont précisément connus avant même qu’elles ne commencent. Nous avons deux ans pour tout faire afin que les conditions changent. A ce moment là, nous déciderons en fonction de l’évolution de la situation. Le meilleur scénario serait que l’opposition adopte une attitude commune. Il faut y travailler dès maintenant, calmement, méthodiquement. Rassembler implique des impératifs. En premier lieu l’humilité. Il n’y a pas d’un côté les bons intransigeants accrochés à leurs principes et prêts au sacrifice suprême et , de l’autre, les opportunistes qui, dans le meilleur des cas les faire valoir. Il faut certes de la clarté dans les choix. Il faut dénoncer les compromissions, pour des raisons morales, mais surtout parce qu’elles retardent l’heure de la délivrance. Il faut enfin se convaincre que, pour réaliser un objectif, il ne suffit pas d’avoir raison, il faut surtout que la raison soit celle de tous au bon moment, au moment de l’épreuve. Cela ne se fera ni par les incantations ni par les décrets.

Un dernier mot. Quelle issue voyez-vous à la grève de la faim entamée par Maya JRIBI et Néjib CHEBBI ?

MBJ - Je m’inquiète de leur état de santé. Je suis bien évidemment solidaire d’autant que ce qui arrive au PDP peut arriver à toute organisation, parti, ou personne, qui refuse l’allégeance. S’agissant d’un problème qui concerne toute l’opposition, j’aurais privilégié une démarche collective. Mais l’heure est à la solidarité. Cette histoire pathétique illustre bien notre sous-développement politique. Le rôle d’un Etat démocratique aurait été d’intervenir pour assurer aux organisations civiles leurs besoins vitaux : financement public, locaux, publicité dans leurs journaux. Seul le RCD dispose d’un budget illimité, de centaines de locaux gratuits et de milliers de fonctionnaires détachés aux frais de la communauté nationale. Un Etat de droit, un Etat juste, voilà ce dont la Tunisie a le plus besoin

Publié dans AFRIQUE : Ceux qui luttent, ACTUS ET DEBATS AFRIQUE | Pas de Commentaires »

Pour comprendre la guerre au Congo , lisez John Le Carré

Posté par issopha le 15 octobre 2007

  

  

  

Pour comprendre

 la guerre au Congo,

lisez John Le Carré

 

 

 kivu.jpg

Chaque jour, je reçois un e-mail de la Coordination des affaires humanitaires des Nations Unies à Goma, dans la province congolaise du Nord-Kivu, m'informant de l'état des combats et des populations déplacées dans cette région de l'Est du Congo. Ces e-mails ont commencé à devenir obsédants alors que je terminais la lecture du “Chant de la Mission”, le dernier roman de John Le Carré.

Les e-mails de l'ONU, c'est-à-dire la réalité, me parlent des combats qui opposent l'armée congolaise aux partisans du général tutsi Laurent Kunda et aux maï-maï, faisant quelque 350 000 personnes déplacées dans la région. Le dernier communiqué fait état de combats “substantiels” dans le district de Masisi, d'un quartier de Goma encerclé et fouillé par l'armée qui a trouvé des armes et arrêté quatre personnes, etc.

Le livre de John Le Carré, une fiction donc, me parle de la même chose, revue et corrigée par un romancier, maître du roman d'espionnage au temps de la guerre froide, recyclé dans les conflits de l'après-guerre froide. Un monde dans lequel les guerres du Congo ne sont plus le sous-produit des affrontements Est-Ouest, mais des conflits aux raçines ethniques ancestrales, doublées des appétits que suscitent les richesses du sous-sol.

Dans “Le Chant de la mission”, les services britanniques fomentent, sous prétexte d'amener la démocratie et la paix, une entente avec un chef maï-maï, un prophète charismatique, et un chef de guerre banyamulenge, dans le but, évidemment, de livrer les minerais du Kivu à un consortium occidental…

Le romancier est le seul à raconter une guerre oubliée

Cet aller-retour entre la réalité et la fiction est assez fascinant. Non pas tant parce que Le Carré a placé son roman dans un contexte bien réel -il l'a toujours fait. Mais parce qu'il est le seul, aujourd'hui, à tenter de donner un éclairage à une guerre africaine oubliée. Cherchez bien, vous ne trouverez pas d'analyse dans vos grands quotidiens, et encore moins à la télévision, sur ce qui se passe au Kivu et qui affecte la vie de centaines de milliers de personnes.

L'espace consacré dans les médias aux enjeux internationaux se réduit d'année en année, et pas seulement en France. En revanche, John Le Carré, en raison de sa notoriété et de son talent, sera lu par des milliers de lecteurs qui auront sa grille de lecture, certes discutable, de ce conflit.

Plus troublant encore, je me trouvais ce weekend à Ferrara, magnifique ville d'Emilie Romagne, en Italie, pour le premier festival international du magazine italien Internazionale. Une grande réussite avec des débats de grande qualité sur les enjeux internationaux, comme on rêverait d'en avoir aussi en France…

A l'un de ces débats, quatre intervenants, des romanciers de pays “du Sud” (cette formule est devenue un peu désuette, non?), ont défendu l'idée que le roman était devenu le lieu privilégié pour décrire la réalité sociale et politique de leurs pays, plutôt que des médias décrédibilisés. L'indienne Arundhati Roy, la Turque Elif Shahak, la Marocaine (installée aux Etats-Unis) Laila Lalami, et le Colombien Efraim Medina Reyes, ont exprimé, chacun à sa manière et dans son contexte, cette idée du romancier qui remplace le journaliste. Le “modérateur” du débat, le critique italien Goffredo Fofi, a lui aussi enfoncé le clou: “le roman permet d'entrer dans la complexité d'une manière que le journalisme ne permet plus aujourd'hui”, a-t-il dit.

“Les villageois avaient besoin d'un conteur pour raconter leur détresse”

Arundhati Roy est évidemment la plus connue des quatre auteurs présents, et la plus représentative de cet engagement. Elle a expliqué à Ferrara que le Prix Booker qu'elle a reçu en Grande Bretagne en 1997 pour son célèbre “Dieu des petits riens” lui a assuré une telle “plate-forme” dans son pays qu'elle a pris la parole pour ne plus la quitter. Elle s'est retrouvée en première ligne pour défendre les populations déplacées par la construction d'un barrage géant: “Les villageois avaient besoin d'un conteur pour raconter leur détresse”, a-t-elle dit.

Le cas de John Le Carré n'est pas similaire à celui d'Arudhati Roy, évidemment. L'indienne est devenue militante et porte-voix des sans-voix, tandis que le romancier britannique reste dans son art traditionnel. Mais tous deux apportent du sens à des situations complexes.

On peut être en désaccord avec leur grille d'analyse, mais il faut leur reconnaître une contribution au débat pubic que les médias ont de plus en plus de mal à faire. Les communiqués qui me parviennent de Goma avec la réalité du Kivu n'ont plus le même écho depuis que j'ai lu le roman qui m'explique le Kivu.

► Le Chant de la Mission de John Le Carré - éd. du Seuil - 347p.,21,80€.

 

> Pour comprendre la guerre au

Oui… Le Carré fut aussi le premier à parler de l'Ingouchie en tant que “guerre oubliée” (par rapport à la Tchétchénie, s'entend)dès 1995 dans son roman “Our Game” (excusez-moi d'avoir oublié le titre français).
Et il est aussi exact que partout dans le monde, les voix des romanciers s'élèvent pour nous donner un aperçu critique des sociétés (je pense ici à des Chinois comme Murong Xuecun ou Dai Lai). Leur point de vue peut sembler partial, il est avant tout “interne” : nous nous retrouvons au centre, dans une position où il est impossible de ne pas comprendre.

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> Pour comprendre la guerre au

Curiosité. Quelqu'un sait-il si cette maison a gauche existe toujours et qui l'habite ?

http://www.geocities.com/newsociety_2000/630700-n.jpg

PJCA

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> > Souvenirs de Goma…

Mon intérêt pour cette maison est qu'on y avait accueilli, en 1963, les survivants de la patrouille italienne de l'ONU-Congo qui avaient été attaquée, lors d'une escale technique à Kindu. L'épisode avait été brutal et les survivants étaient très ébranlés.. Evidemment, si on pense à la suite…c'était le bon temps.

PJCA

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> Pour comprendre la guerre au

Ne vous moquez-vous pas un peu du monde Mr P. Haski?

Vous écrivez dans votre billet: “Cherchez bien, vous ne trouverez pas d'analyse dans vos grands quotidiens, [ ] sur ce qui se passe au Kivu [ ] et pas seulement en France.”
Surtout pas sur Rue89! Le jour même ou vous rêvassiez en Emilie Romagne, le Herald Tribune publiait (en une) un article de Jeffrey Gettleman
http://www.iht.com/articles/2007/10/07/news/congo.php sur le déferlement des violences sexuelles dont sont victimes des dizaines de milliers de femmes au Congo (dans la province du Kivu précisément). Il y est fait mention d'un gang très stylé, “les Rastas”, miliciens hutus en rupture de bans qui massacrent tout ce qui se trouve sur leur passage et en particulier la sauvagerie avec laquelle ils s'en prennent aux femmes. Ce n'est pas du roman.
Autre exemple: il n'a fait aucun écho sur votre site à l'article de Marie Jégo
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-962404,0.html?xtor=RSS… sur la situation en Ingouchie et les massacres commis par les services spéciaux russes . Ce n'est pas non plus de la fiction non plus… et ces informations ne se trouvent pas dans la presse anglo-saxonne.
La recherche “Ingouchie” sur le site de Rue89 ne rapporte pas un seul résultat contre 370 pour la recherche Cécilia!

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> > Pour comprendre la guerre

Je n'ai pas vraiment le sentiment de me “moquer du monde”, cher Courageux anonyme de 7h42. Vous m'avez sorti l'exception qui confirme la règle: le New York Times (qui possède l'IHT) est l'un des très rares journaux mondiaux à avoir un réseau de correspondants et d'envoyés spéciaux de cette ampleur. Presque partout ailleurs, sur dix ans, c'est la peau de chagrin: en France, le Monde a de beaux restes, mais des trous béants dans sa carte du globe; Libé a réduit la voilure internationale de plus de moitié en quelques années (rien que l'an dernier, les bureaux de Londres, Berlin, New York et Jérusalem ont été remplacés par des pigistes).
Concernant le Kivu, regardez bien les articles que vous sort Google: 99% sont des dépèches AFP avec les bilans des combats, des analyses originales et informées sont l'exception. Quant à votre recherche sur Rue89, je suis très flatté par votre exigence, mais savez vous que ce site n'a que cinq mois d'existence et, pour l'heure, des moyens financiers extrêmement limités. Non, nous n'avons pas encore de spécialiste du Kivu et de l'Ingouchie, hélas.
Nous construisons progressivement notre maison, et, de fait, l'Ingouchie nous est apparue moins pertinente d'entrée de jeu que Cécilia Sarkozy, allez savoir pourquoi? Mais sachez que c'est notre ambition de développer notre couverture internationale, à la fois avec des correspondants, notre réseau est embryonnaire mais il est appelé à se développer, mais aussi avec des partenariats comme ceux que nous avons déjà conclus avec Slate.com aux Etats-Unis, ou le quotidien La Liberté en Suisse. D'autres, là encore, suivront. Donc loin de me “moquer du monde”, j'ai le sentiment de faire exactement l'opposé.

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> > > Pour comprendre la

Même si je ne suis pas toujours d'accord avec votre journal, j'apprécie que l'auteur prenne le temps de répondre ou d'intervenir publiquement dans les commentaires, pendant que Libé “vérouille” les débats en ne laissant subsister que des commentaires lénifiants.

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> > > > Pour comprendre

Idem…

Pas toujours d'accord avec Rue89 mais souvent les journalistes interviennent dans les commentaires de leurs propres articles et je trouve cela plutôt pas mal.

Le Monde, faut être abonné pour pouvoir aller sur le forum !
Libé c'est pas mal… (pas encore vu de sujet effacé)
Le Figaro malgré son excellente présentation…. aucun commentaire possible, aucun forum…..

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> > > Pour comprendre la

Bonjour

C'est bien de redécouvrir Zola, et qu'un journaliste n'est pas qu'un compilateur de dépêches. John Le Carré est un ancien des services secrets, il sait de quoi il parle. Allez encore quelques efforts, vous êtes bientôt mûr pour revisiter le 11 septembre qui s'apparente à un nouvel incendie du Reichtag, les morts en plus.

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> > > Pour comprendre la

Pour M. Haski et tout ceux qui souhaitent suivre les affaires de la RDC et des Grands lacs :
- congoindependant.com (le plus dense, avec récemment une longue interview de Nkunda en personne)
- le site du quotidien belge Le Soir
- le site de la MONUC
- radiookapi.net
- afriquecentrale.info
- cedric.uing.net
- lepotentiel.com
- jeuneafrique.com

Il y en a d'autres évidemment.

Par ailleurs, si Le Monde n'est pas toujours au top sur la RDC, leur Check List (newsletter matinale, pour les abonnés au monde.fr) signale régulièrement les articles intéressants du Soir ou du Potentiel sur les tensions congolaises.

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> Pour comprendre la guerre au

Une pièce s'est jouée cet été au Tarmac de la Villette à Paris, Africare, mais hélas c'était l'été et pendant Avignon. Elle tourne encore en Belgique pour le festival Yambi ( www.yambi.be ) Dans cette pièce de Laurant Wanson 5 comédiens dont un ancien enfant-soldat portent la voix et dialoguent avec les vidéos de 150 témoins de cette guerre. Prostituées qui mangent grâce à ces soldats blancs sur place, enfants des rues, enfants-soldats, démobilisés, rescapés… racontent comment ils vivent cette guerre. Le plus poignant est cette image où l'on traine un corps carbonisé et qu'un chant dit que le cadavre qui est trainé là est un homme, celui qui l'a brûlé est un homme, celui qui le tire maintenant est aussi un homme… aussi étrange que cela puisse paraitre, cette pièce porte tout de même l'espoir dans la résilience, l'espoir du peuple congolais.
Dans la cadre de Yambi également, l'artiste Freddy Tsimba a fait don d'une statue au quartier congolais de Bruxelles, Matonge, elle est faite de douilles d'armes qu'il est allé ramasser dans l'est du pays. D'autres de ses œuvres sont exposées en ce moment au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, en face de Beaubourg.
Tout ça pour dire que plutôt qu'un roman on peut aussi accéder à des expressions de Congolais qui parlent de leur chair, de leur peuple, de leur réalité.

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> Pour comprendre la guerre au

Bonjour,

je travaille pour EurAc, Réseau européen des ONGs pour l'Afrique centrale, et je peux dire que la RD Congo, ou encore le Burundi, que nous suivons aussi, sont des sujets qui intéressent peu, en France notamment. Je me souviens notamment la responsable “tribunes” du Monde, m'avoir répondu qu'il fallait que le Congo fasse l'actualité pour passer un texte dans ce journal. C'était en décembre 2006, je cherchais à faire passer un point de vue d'un spécialiste belge du monde des ONGs, sur les enjeux pour le président à peine élu, J. Kabila. Nous voulions publier ce texte pour le jour de son investiture, le 6 décembre 2006. Alors qu'elle surprise de me faire rétorquer “il faudrait que le Congo fasse l'actualité”…Ce même jour les tribunes du Monde ont concerné des figures de l'élite française et leur choix pour Bayrou….Cela dit, ni le Figaro, ni la Croix, ni Libé, n'ont montré un enthousiasme incroyable, alors que ce même texte était publié dans tous les grands journaux belges francophones et flamands…

voici un lien vers un des membres d'EurAc, International Rescue Committee, c'est eux qui ont fait l'estimation des 4 millions de morts pour la péridoe 98-06. Ce doc compare différentes crises récentes, tsunami, guerre au Kosovo, Congo, et le nombre de morts, l'aide internationale perçue, ainsi que le nombre d'articles de presse consacrés…Evidemment, il faut creuser un peu plus aussi, mais la comparaison par graphiques a le mérite de “parler”.
http://www.theirc.org/news/latest/inside-congo-an-unspeakable.html

Thibaud, à titre personnelle

(pour ceux qui veulent voir le site d'EurAc, analyses, informations, travail d'ong sur l'Afrique centrale)
www.eurac-network.org

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> Pour comprendre la guerre au

Pas lu le J. Le Carré. Mais comment font la plupart des romanciers pour ancrer leurs romans dans la réalité ? Ils compilent des articles de journalistes ! Le terme de “lieu commun” est alors particulièrement approprié. - le néo polar français s'est longtemps nourri de ça.

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> > Pour comprendre la guerre

En l'occurence, John Le Carré remercie un membre de l'International Crisis Group de l'avoir guidé lors de son séjour au Congo oriental. Il n'a pas fait que recopier des “lieux communs”. Mais qu'on ne s'y méprenne pas, je ne suis pas en train d'accabler les journalistes, mais plutôt le retrécissement de l'espace et des moyens consacrés aux questions internationales dans les médias. Il existe des tas de journalistes qui connaissent et font parfaitement leur métier, ce n'est pas ça qui est en jeu. Mais j'aime beaucoup la phrase de ce critique italien sur le fait que le roman permet parfois -pas toujours évidemment- de rendre la complexité d'une manière que la presse ne fait quasiment plus - pas toujours, là encore, heureusement.

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> L'oubli

< Le romancier est le seul à raconter une guerre oubliée >

qui possède les infos, ne les passe pas, donne les priorités, qui oublie ? la presse, qui se trouve toujours mille excuses pour justifier ces “absences”, pour ne pas être responsable : pas la place, pas le temps, le public n'est pas intéressé (sous entendu, donc on ne va rien vendre), trop long, trop cher…

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> Pour comprendre la guerre au

Bonjour, je suis professeur de journalisme à Sciences Po, et je cherche à contacter Pierre Haski pour l'inviter à un débat, merci de lui transmettre ce mail et de lui demander de m'appeler, cordialement, Thierry Dussard 06 07 75 14 82

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Le roman permet d'approfondir

“le roman permet d'entrer dans la complexité d'une manière que le journalisme ne permet plus aujourd'hui”

Je me permets d'apporter mon grain de sel, car journaliste et romancière (et aussi lectrice avide Le Carré). Je me souviendrai toujours de ma stupéfaction, après la publication de ma première fiction, consacrée à un sujet très technique (le nucléaire), à un sujet que je couvrais pourtant pour Libération depuis des années sans la moindre censure: la concierge de mon immeuble m'a arrêtée dans la cour pour me demander des détails, curieuse de savoir “comment j'avais eu accès à tout ça”, etc… (Elle aussi, d'ailleurs, pensait que j'avais compilé des articles de journaux pour “ancrer mon roman dans la réalité”.) Elle se fichait des journaux dans lesquels j'écrivais, ne se souvenait de rien de ce qu'elle entendait à la tété, mais elle lisait des romans.

L'expérience s'est renouvelée avec les romans suivants, consacrés à des sujets touchant à l'environnement: les lecteurs se sentaient cent fois plus concernés par ce qu'ils découvraient dans mes polars qu'après avoir lu les mêmes informations dans mes articles. Ils appréciaient d'avoir enfin accès au contexte, disaient-ils. Je n'en revenais pas! En tant que journaliste, moi, j'avais un respect immense pour, euh… la vérité, et je me sentais coupable d'inventer ne fut-ce que des situations pour mettre celle-ci en scène. Et voilà que mes romans étaient cependant plus efficaces que mes articles pour évailler les lecteurs à ce que je considérais comme important!

Donc, vive le roman!

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> Pour comprendre la guerre au

Sans être aussi virulent que le Courageux anonyme de 7h42, je suis d'accord avec son analyse : la presse française ne s'intéresse pas à la RDC, mais à l'étranger c'est différent… Bien sûr ce ne sont souvent que des bribes d'infos, les intérêts respectifs des pays occidentaux, notamment, y sont trop importants…
Et Mr Haski, lorsque vous écrivez que les conflits en RDC sont “des conflits aux raçines ethniques ancestrales, doublées des appétits que suscitent les richesses du sous-sol.”, êtes-vous certain de cela. Cette grille d'analyse 'ethnique' a fait long feu, ce serait bien que certains journalistes qui ont voix aux chapitres, s'informent et ne sortent pas sans cesse de vieux clichés, sans doute faciles à faire passer, mais bon…
Cela frise la désinformation, ou le langage diplomatique…
http://reactions.unblog.fr

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> > Pour comprendre la guerre

L'analyse globale sur la baisse de la place réservée à l'international ne s'applique hélas pas seulement à la France. J'avais vu des chiffres spectaculaires sur les Etats-Unis (hors Irak évidemment). Je n'ai pas fait un traité définitif sur l'information et le roman, mais cette coincidence entre le roman de Le Carré et les développements de la guerre au Kivu qui ne passent pas l'écran radar des médias (le New York Times fait vraiment exception, ne généralisons pas les médias américains à partir de cet exemple, sur lequel, par ailleurs, il y aurait fort dire) m'a frappé. Et je suis heureux de voir que ça suscite un débat!

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> > > Pour comprendre la

Il n'y a pas Une mais Des presses. Il est donc un peu bizarre pour un connaisseur de parler, sur ce sujet, des Etats-Unis dans leur ensemble. La majorité (95%) des journaux EU sont des locaux qui ne se sont jamais intéressés au monde extérieur. Le peu qui reste tente de publier des papiers de politique intérieure qui ne déplairont ni à un camp ni à l'autre. On peut donc dire qu'une grosse dizaine aborde parfois des sujets “étrangers”.

Les meilleurs dans ce domaine restent les Britanniques.

selon un certain mot de Evans : “la presse britannique peine à faire des bénéfices, la presse américaine peine à faire du journalisme”

Ne parlons pas de la presse française qui cumule.

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> > > Pour comprendre la

Le nerf de la guerre demeure l'argent. Envoyer un journaliste pendant des semaines au Kivu, comme vient de le faire le New York Times pour son enquête poignante sur les violences sexuelles contre les femmes dans cette région, coûte cher. De moins en moins de médias, rachetés pour un grand nombre d'entre eux par des compagnies dont le but n'est pas l'information mais au  mieux le profit, au pire la mainmise sur l'information, sont prêts à dépenser l'argent nécessaire pour de longs reportages ou pour du journalisme d'investigation, lui-aussi en voie de disparition. Il y a certes le New York Times, journal encore indépendant, ou le New Yorker, voire la BBC, financée en grande partie par l'Etat. Mais pour combien de temps encore? On vient de voir comment Murdoch a englouti le Wall Street Journal. Ce sont de fait ces “nouveaux” médias, ou plutôt les compagnies qui les ont rachetés, qui sont en passe tuer la profession de reporters et le journalisme avec eux.

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> > > > Pour comprendre

les journalistes se sont suicidés tout seuls, en ne faisant pas leur travail, en s'acoquinant aux politiques et à la finance. Ils ont accepté tant d'ordres contraires à l'éthique et la déontologie qu'ils sont maintenant coincés.
seuls ceux qui ont refusé s'en sont sortis, ils mènent des enquêtes et écrivent des livres !
Où sont passés les pamphlétaires, les grands chroniqueurs, les “plumes” ?
Plus un seul ! Les autres sont devenus marchandises comme l'information.

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> > > > > Pour

bien dit!

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> Pour comprendre la guerre au

On me dit dans l oreillette que BHL avait deja tout inventé avec son romanquête sur l affaire Pearl…

Pour dire que vivement que les journalistes defendent becs et ongles la place qui leur revient, on est tjrs a la merci d un BHL… Malheureusement pas que des Le Carré.

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> Pour comprendre la guerre au

À la lecture de l'article de P. Haski, et des réactions qu'il a suscitées, deux réactions. La première c'est que nous avons, encore une fois, la confirmation que notre époque souffre du “toujours plus vite” en matière d'information, surtout quand la réactivité et la primeur sont devenues des ressorts de la distinction journalistique (ce ne sont pas les seuls, je le concède, mais elles sont là). Je ne parlerai pas des pratiques professionnelles (au sens sociologique) qui font que l'actualité dans les grands médias “tourne” autour de quelques thématiques ou événements. Il suffit de voir comment se passe des conférences de rédaction, et je pense que, pour la plupart d'entre nous, nous nous sommes déjà “amusés” à deviner les titres des journaux du 13h ou du 20h (télés et radios confondues) à partir de la une des journaux… Loin de moi l'idée de jeter la pierre car les journalistes doivent aussi composer avec des contraintes de temps et de format. Mais je crois que la profession devrait se poser plus souvent la question de savoir “ce qui fait une hiérarchie” en matière d'actualité. Quels sont les événements à couvrir en priorité? Pourquoi ? et surtout au nom de quel principe ?
Le roman peut être un support d'information. Mais attention aux effets de style et de sensation, sans parler des libertés que l'on prend avec la réalité, sous prétexte d'inspiration ou d'évocation. D'où le besoin de faire état des sources, autant que possible. Je sais, l'une des possibilités offertes par le roman est justement de s'affranchir, pour des raisons vitales parfois, du besoin de citer ses sources. Il ne s'agit pas d'un impératif en soi, mais plutôt de couper court à toutes sortes de critiques qui prennent la facilité de discréditer tel ou tel écrit au motif qu'il s'agit d'un roman.
Deuxième réaction: les combats dans le Nord-Kivu et le nombre effroyable de tueries et de massacres en Afrique. Bien que je partage l'opinion de Raymond Aron selon laquelle on ne peut pas exporter et imposer la démocratie, alors que celle-ci s'est développée selon des temporalités et des dynamiques historiques spécifiques en Europe, je pense que nos gouvernements sont, d'une certaine manière, complices de ce qui s'y passe. En effet, en Afrique, le pouvoir est perçu comme un moyen de s'enrichir. Les combats autour des ressources naturelles et les phénomènes de corruption trouvent ici leur principales raisons d'être, et cela, bien souvent aux dépens de la population civile. En jouant sur les rivalités locales, au nom d'une présence économique ou d'intérêts géopolitiques (après avoir fait le deuil des colonies), la plupart des gouvernements occidentaux ne font rien (ou très peu) pour arranger les choses.
Triste réalité…

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> Pour comprendre la guerre au

En même temps , difficile de réduire les crises de la région des Grands Lacs (Rwanda, Burundi, Ouganda et République démocratique du Congo) depuis bientôt 20 ans , au roman de John Le Carré .

Le pillage des ressources naturelles et les réseaux de trafic d’or et de diamants ne sont que la gestion d'une économie de guerre lié a l'effondrement de l’économie de la RDC . Il ne faudrait pas confondre les causes et les conséquences …

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> Pour comprendre la guerre au

Juste un petit complément par rapport à ce que je viens de dire plus haut et qui illustre, je crois, la tendance à la cécité médiatique.
Hier soir, en regardant le journal de France 2 de 20h, j'ai vu que pas moins de 15-20 minutes étaient consacrées à la victoire de l'équipe de France de rugby face aux néo-zélandais. Un tel événement mérite-t-il de prendre autant de place dans une édition? En voyant également la baisse tendancielle de la part réservée à l'international, ce qui donne au final un journal franco-français (je caricature à peine), j'en viens à penser que le contenu des éditions se construit à partir de ce qui est perçu ou pensé comme “devant intéresser les français” avec toutes les dérives et les arbitraires que cela peut provoquer. Et quand il s'agit de se “réjouir” (les guillements sont là pour rappeler que tout est relatif) des bonnes nouvelles du type victoire sportive, et bien on ne se prive pas.

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> Pour comprendre l'info

Apprendre et comprendre sont deux choses bien distinctes. Un article de journal a bien des handicaps :
- s'il est factuel, il ne raconte qu'un moment, est foncièrement partiel.
- si c'est une synthèse, il doit s'en tenir aux faits prouvables. Et dans les endroits où tuer pour cacher les choses est banal …

La liberté du romancier, c'est d'abord celle de la subjectivité, de l'improuvé ; au risque d'en abuser, et donc de mentir.

A 20ans, je n'ai compris la guerre d'Algérie que par les romans de Lartéguy : “Les Centurions”, “Les Prétoriens” … Il était journaliste, correspondant du Monde. Dans un roman il pouvait parler de crimes de guerre, de torture, de désarroi des officiers …

Le roman permet de penser.

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> Pour comprendre la guerre au

Je viens de lire le livre de John Le Carré, auteur que j'aime bien. Son livre m'interressait particulièrement ayant de la famille partant pour deux ans à Bukavu. Effectivement on ne parle pas beaucoup des problèmes de cette région mais je tenais à vous signaler que le journal La Croix a publié deux articles (pleine page) le 5 septembre “A l'est de la RD-Congo la terreur régne à nouveau” et le 17 septembre “le Nord-Kivu congolais replonge dans la guerre”.D'ou l'utilité de lire plusieurs quotidiens ou autre.

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> > Pour comprendre la guerre

“Effectivement on ne parle pas beaucoup des problèmes de cette région”

http://fr.news.yahoo.com/afp/20071008/tts-rdcongo-violences-armee-insurg…

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> > Pour comprendre la guerre

“Effectivement on ne parle pas beaucoup des problèmes de cette région”

http://fr.news.yahoo.com/afp/20071008/tts-rdcongo-violences-armee-insurg…

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> > > Pour comprendre la

Le lien vers lequel vous nous dirigez conduit à une dépèche AFP. L'AFP est une grande agence, mais elle donne d'abord les faits bruts (je sais, j'y ai travaillé sept ans!). Ce qui manque, ce sont des mises en perspective plus large, à la fois en reportage, en analyse et en background, qui permettent de comprendre les enjeux. C'est tout ce que j'ai voulu dire avec cet article, et je vois que mon point a été entendu par plusieurs intervenants.

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> > > > Pour comprendre

Oui j'avais compris le sens de votre article ;) Mais les faits bruts peuvent aussi faire sens ; si ça amenait les journalistes a faire pression, dans l'immédiat, sur les hommes politiques qui pourraient arrêter cette guerre …

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Le génocide des femmes congolaises.

Un entretien audio/vidéo sur Democracy Now! sur le génocide des femmes au Congo par les divers milices:

http://www.democracynow.org/article.pl?sid=07/10/08/1340255

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> Pour comprendre la guerre au

“le roman permet d'entrer dans la complexité d'une manière que le journalisme ne permet plus aujourd'hui”

Il me semble que ceci ne s'applique pas seulement à la géopolitique. Je pense simplement au miroir sociétal que nous tendent des écrivains de polars, je veux dire ceux qui vont bien au-delà du “who done it” (qui est l'assassin ?).

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> Pour comprendre la guerre au

Merci, Pierre, pour cet article.
Je suis ravie de lire que la littérature est une autre manière de faire son métier de conteur du monde.
Alexandra

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> Pour comprendre la guerre au

J'ai été censuré parce que j'ai écrit “les emails de l'ONU c'est-à-dire la réalité? Vous rêvez?”
C'est moi qui rêve…

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> > Pour comprendre la guerre

Aucun commentaire n'a été censuré sur ce post. IL doit y avoir erreur, ressayez.

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> Pour comprendre la guerre au

Je ne comprends pas que pas une seule fois, le nom de Survie, de François-Xavier Verschave, de Jean Hatzfeld n'ont été cités ici. Ce sont des gens, ou une association, qui chacun dans leur domaine, ont donné leurs lettres de noblesse à cette région dévastée par la guerre.

http://fragilite.wordpress.com

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> Pour comprendre la guerre au

En tant qu'ancien responsable du Bureau de coordination des Affaires humanitaires au Congo (et à présent de nouveau en RDC dans le cadre d'une activité non gouvernementale destinée à mettre ensemble le top leadership congolais national et provincial dans des ateliers suscitant - plutôt que prêchant - la cohésion nationale, par des exercices de simulation), je confirme: “les emails de l'ONU (humanitaire en l'occurrence), c'est-à-dire la réalité”. Eh oui, il arrive que des onusiens tentent de servir les peuples en servant la Charte. A ce propos, mai 2003 a représenté un tournant dans la série de guerres du Congo: c'est là que, exaspérés par la hiérarchie des événements mondiaux opérée tant par les Etats membres permanents du Conseil de Sécurité que par les médias, - et conscients que les acteurs nationaux armés du conflit congolais, de la capitale comme des Kivu ou de l'Equateur indépedamment du degré d'influence extérieure sur eux, n'étaient pas capables d'un sursaut leur dictant de mettre fin à une situation abominable pour les civils congolais - nous avons décidé de témoigner physiquement en tant qu'acteurs humanitaires, en nous plaçant aux côtés des civils restés dans la ville de Bunia au beau milieu du carnage perpétré par les troupes de Thomas Lubanga (aujourd'hui au Tribunal de La Haye) et par celles des FNI-FRPI (forces essentiellement Lendu). Ayant eu accès par téléphone à CNN notamment, j'ai pu exhaler ma révolte face à la revanche post-11 septembre stupide et inutile que déployait le couple Cheney-Bush sur un ancien allié, Saddam Hussein, pour des fautes (graves certes) commises dans les années 80,…c'est-à-dire pendant la période d'alliance occidentalo-irakienne. Sans mentionner l'Irak, mais dans le désir de rééquilibrer la balance des urgences du monde à ce moment-là, j'ai simplement dit “nous avons témoigné depuis des années de la présence d'armes de destruction massive dans cette partie du monde, l'Est de la RDC, à savoir: les AK-47, les machettes et surtout l'absence d'Etat. Et ces armes tuent massivement”. De fait, les efforts conjugués des humanitaires, des militaires uruguayens de la MONUC (qui, malgré leur faible expérience et leur impuissance face à certains crimes commis tout près d'eux dans les premiers jours de guerre totale, ont eu le cran de rester aux côtés des civils), d'organismes comme Human Rights Watch, ont concouru à un sursaut. Comme cela a souvent été le cas récemment, ce sursaut s'est matérialisé en France, où le passé douloureux (Guerres mondiales, Indochine, Algérie) dicte un devoir d'agir plus impérieux qu'ailleurs, et tout à l'honneur de la société civile. C'est de France qu'est partie l'impulsion qui a apporté l'Opération européenne (et brésilienne) Artémis, elle-même permettant l'accouchement en douceur d'une nouvelle force MONUC de type Chapitre VII (emploi de la force contre les fauteurs d'abus, en particulier sur les civils) de la MONUC, en Ituri essentiellement. Et ce après des années de MONUC indigente pour cause d'absence d'appétit de la part des Etats forts pour des opérations anti-guerilla dans les forets du Kivu. Le fait que cette force MONUC chapitre VII ne se soit pas montrée capable de contenir les violences commises ensuite, en mai-juin 2004, à Bukavu au Sud-Kivu, est justement à imputer à l'absence totale de volonté des pays équipés en commandos et capacités d'intelligence militaire (en particulier les pays du Conseil), de s'impliquer dans une mission onusienne en Afrique depuis la débâcle américaine en Somalie en 1993.
Quant aux Kivu, je peux témoigner que la route est encore longue avant toute stabilisation, mais que les choses pourraient s'accélérer avec un simple surcroît du sens des responsabilités de chacun. Que chacun se regarde dans le miroir et se disent: aujourd'hui, je cherche la responsabilité, ou le défaut d'inertie, de verbiage, d'émotivité, chez MOI plutôt que le confort de l'accusation de mes compatriotes congolais ou du reste du monde.
1. Sur le plan économique, le roman de Le Carré traduit mal une réalité dérangeante: contrairement à ce qu'il décrit, c'est moins la multinationale occidentale qui est en cause dans ces marchés opaques (a t-on vu des grandes multinationales se satisfaire de milieux instables tant physiquement qu'en termes d'expropriation? L'image de grandes compagnies orchestrant les combats est un mythe, confortable parce que si pratique… Mais c'est un mythe. Les seuls qui ONT BESOIN d'un Kivu chaotique, ce sont les ex-FAR et miliciens Interahamwe. Même le régime rwandais actuel, qui pouvait dans le passé se satisfaire d'un repli durable de ses pires adversaires sur le sol congolais, sait qu'il ne peut être rassuré tant que ces miliciens et ex-soldats restent en position de veille, prêts à bondir en cas d'affaiblissement du régime rwandais), que la combinaison mortelle de quelques acteurs congolais de toutes les provinces (et pas seulement des Kivu) avides de gains faciles basés sur l'exploitation de leurs compatriotes non éduqués, et d'acteurs mercenaires économiques venant souvent des pays de l'ancien bloc soviétique, ou d'extrême Asie. La chance de la RDC est que ces combinaisons d'intérêts n'ont pu se contenter que de l'écorce des richesses, sans avoir recouru à des investissements massifs faute de stabilité. Ils ont fait travailler des enfants dans les petits couloirs miniers à la merci des eaux et des coups de grisou. Les multinationales qui se pressent maintenant dans les ministères de Kinshasa, mis à part les bakchichs en cash ici ou là j'imagine, ont une caractéristique qui me fait plaisir: elles ont PEUR DU SCANDALE chez elle. Elles ont peur des… RUE89. C'est pourquoi, chers amis de ce site que j'ai découvert avec plaisir et fierté, sachez que les Congolais “du bas d'en bas”, sans le savoir, ont besoin de vous, de l'opinion publique mondiale, de celle qui sait s'émouvoir et réagir avec ses moyens pacifiques mais souvent efficaces (un autre enjeu, également fabuleux… c’est d’aider la société civile chinoise à parvenir à exercer une pression du même ordre, le plus rapidement possible, sur les compagnies et l’Etat chinois). Ces Congolais ont parfois besoin du reste du monde contre d'autres Congolais influents qui s'ingénient à dissimuler à eux-mêmes, à travers leurs critiques quasi-robotisées contre “la communauté internationale”, leur manque total de patriotisme (notion non désuète s'agissant de pays jeunes sans service public établi) ou de sens du devoir auprès des vulnérables.
2. Un sursaut international est toujours attendu pour traiter de la question des soldats ex-FAR et miliciens Interahamwe auteurs du génocide au Rwanda en 1994. Eux et leurs frères et soeurs cadets ou civils, tous maintenant regroupés autour du FDLR, ont imposé depuis 13 ans à la population du Kivu, leur bras de fer mortel avec le pouvoir rwandais. La question n'est pas de savoir qui les a fait entrer au Zaire avec armes et bagages (la réponse est simple: c'est le chef de l'Etat souverain de l'époque, le Maréchal Mobutu qui, influencé par la veuve du président Habyarimana, voulait leur offrir des facilités royales, à deux pas de la frontière rwandaise, pour une contre-offensive plus facile). La question est de rendre impératif pour le chef de l'Etat rwandais Paul Kagame, un geste envers les jeunes FDLR non responsables de ce qui s'est passé en 1994. Ainsi invités par leur président à regagner le pays, ils trouveraient les moyens eux-mêmes de sortir des griffes de leurs aînés qui ont montré au fil des années leur incapacité à sortir de leur schéma de vengeance implacable). Je m'arrête là, mais vous remarquerez que les réponses aux crises du Kivu demandent des actions fortes, qui toutes coulent de sens: contrôler les trafics aériens internationaux, user de la persuasion et de discernement à propos des milices étrangères en RDC, ne pas se laisser aller dans les analyses xénophobes vaines qu'on entend souvent, écouter les besoins fondamentaux des gens, à commencer par la protection de tous.

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> > Pour comprendre la guerre

Merci de ce témoignage.

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> > Pour comprendre la guerre

Tout ça est intéressant, mais les seuls FDLR, ex-FAR ou Interahamwe ne sont pas seuls responsables de l'instabilité, je crois. Ces jours-ci, M. Nkunda en particulier semble être aussi en grande forme, non ?

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Les qualités de J. Le Carré

J. Le Carré a deux périodes, toutes les deux aussi bonnes l'une que l'autre.
La période “classique” de romans d'espionnage de guerre froide, magnifiquement écrit.
La période “moderne” de romans dénonçant le monde moderne (avec, il faut le reconnaître, une petite obsession contre les EU de Bush et la GB de Blair).
“La constance du jardinier” dénonce les essais thérapeuiques illégaux des industries pharmaceutiques en Afrique (articles récents sur le sujet), “Notre jeu” (Our game, 1995) traite effectivement de l'Ingouchie, “Une amitié absolue” (Absolute friends) parle à la fois des réseaux “alter” et de manipulations éventuelles de gouvernement (ici) la CIA pour justifier leur lutte contre le terrorisme, etc

Lire J. Le Carré permet effectivement d'apprendre beaucoup sur le monde actuel (même si ce sont des oeuvres de fiction et que la vision de l'écrivain est aussi une opinion).

http://photine.blog.lemonde.fr/

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95 % des MAROCAINS N’ONT PAS VOTE

Posté par issopha le 9 octobre 2007

Bide

  

 jeudi 4 octobre 2007 par La princesse enchantée

En fait, le vrai taux de participation aux dernières législatives marocaines est de 5 %. Très loin du déjà petit 37 % annoncé par les autorités…

 

Souvenez-vous… À la mi-septembre, le ministre marocain de l’Intérieur, Chakib Benmoussa, roulait des mécaniques devant les télévisions du monde entier accourues en nombre pour couvrir les législatives. Et qu’elles sont belles ces élections, et qu’elles sont transparentes ces élections, et qu’elles marquent le couronnement du modèle pseudo-démocratique voulu par le roi Mohammed VI… Après avoir tergiversé pendant quelques jours et dans un souci de transparence, les autorités marocaines ont même reconnu que le taux de participation frôlait le ridicule : à peine 37 %. Or, selon une source proche du Palais royal marocain (c’est une exclue Bakchich), le vrai taux est de… 5 % ! Ce qui signifie en clair que 95 % des Marocains en âge de voter se sont dispensés d’aller aux urnes. Pourtant, pour la première fois de son histoire, le royaume enchanté du Maroc avait multiplié les efforts pour inciter les citoyens à voter : campagnes de sensibilisation sur les plages, spots passant en boucle sur les deux chaînes de TV nationales, possibilité de s’inscrire sur les listes électorales jusqu’à la dernière minute. Plus louable encore, le ministère de l’Intérieur, réputé pour son savoir-faire en matière de tripatouillage électoral, a même donné son feu vert à la création d’un site web récapitulant les résultats des élections circonscription par circonscription. Du jamais vu au royaume enchanté même si les statistiques par bureaux de vote (il y en a un peu plus de 38 800) restent une énigme plus de trois semaines après le vote. Pas de panique toutefois : on attend toujours celles des élections de 2002. Un système politique en fin de course.

Si le régime de M6 peut, dans une certaine mesure, se gargariser d’avoir organisé les élections les plus propres de son histoire (du chemin reste toutefois à faire pour atteindre les standards démocratiques), il ferait bien de méditer le message envoyé par les électeurs… Celui-ci a le mérite d’être limpide : « voter ne sert à rien car nous savons pertinemment que le roi détient tous les pouvoirs. De plus, notre classe politique est inintéressante au possible ». Dire que dans un discours prononcé à la mi-août Mohammed VI n’hésitait pas à déclarer qu’« eu égard à l’inviolabilité des élections et au rôle déterminant qu’elles jouent dans le choix que tu porteras, cher peuple, sur celles et ceux qui auront à charge de gérer et de contrôler les affaires publiques, en l’occurrence, la majorité et l’opposition. Par la libre expression de ta volonté, ces élections contribueront aussi à dégager et cerner les priorités de la nouvelle législature »

Un message que le Palais fait mine d’ignorer. En effet, Mohammed VI a nommé au poste de Premier ministre un homme méprisé de tous y compris de Sa majesté : Abbas el Fassi, le leader usé du parti de l’Istiqlal, mouillé dans une escroquerie aux chômeurs pour laquelle son entreprise a été condamnée (comme par hasard, le bonhomme s’en est tiré). Avec des décisions royalement abracadabrantes de cet acabit, c’est sûr, les Marocains ne sont pas prêts de retourner aux urnes.

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la France et l’Afrique : décoloniser sans s’auto-décoloniser , par Achille MBEMBE

Posté par issopha le 25 septembre 2007

la France et l’Afrique :

décoloniser sans s’auto-

décoloniser, par Achille

Mbembe

article de la rubrique histoire et colonies > la France et son passé colonial
date de publication : lundi 3 octobre 2005


 

Une des raisons majeures de la dégradation des relations entre la France et l’Afrique francophone a trait à la question coloniale et son corollaire, l’immigration.

Achille MBEMBE est Professeur de sciences politiques et d’histoire à l’Université de Witvatersrand de Johannesburg. Cet article est paru dans le journal camerounais Le Messager, le 27 septembre 2005.


Révisionnisme

Aujourd’hui, la tentation chez beaucoup, en France, est de ré-écrire l’histoire de la colonisation en faisant une histoire de la “ pacification ”, de la “ mise en valeur de territoires vacants et sans maîtres ”, de la “ diffusion de l’enseignement ”, de “ fondation d’une médecine moderne ”, de la “ création d’institutions administratives et juridiques ”, de la mise en place d’infrastructures routières et ferroviaires. L’on retrouve, dans cet argument, tous les ingrédients du vieux paradigme de la colonisation comme entreprise humanitaire et de modernisation de vieilles sociétés primitives et agonisantes qui, laissées à elles-mêmes, auraient fini par se suicider.

En traitant ainsi du colonialisme, l’on prétend que les guerres de conquête, les massacres, les déportations, les razzias, les travaux forcés, les expropriations et toutes sortes de destructions - tout ceci ne fut que “ la corruption d’une grande idée ” ou, comme l’affirme Alexis de Tocqueville, “ des nécessités fâcheuses ” [1].

Réfléchissant sur l’espèce de guerre qu’on peut et doit faire aux Arabes, le même Tocqueville affirme que “ tous les moyens de désoler les tribus doivent être employés ”. Et de recommander en particulier l’interdiction du commerce et “ le ravage du pays ”. “ Je crois, dit-il, que le droit de guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit tous les temps en faisant des incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux ”.

Comment s’étonner, dès lors, qu’il finisse par s’exclamer : “ Dieu nous garde de voir jamais la France dirigée par l’un des officiers de l’armée d’Afrique ! ”. La raison en est que l’officier qui “ une fois a adopté l’Afrique, et en a fait son théâtre (y) contracte bientôt des habitudes, des façons de penser et d’agir très dangereuses partout, mais surtout dans un pays libre. Il y prend l’usage et le goût d’un gouvernement dur, violent, arbitraire et grossier ”.

Telle est, en effet, la vie psychique du pouvoir en régime colonial : brutalité, arbitraire et grossièreté. Il s’agit, non pas d’une “ grande idée ”, mais d’une espèce bien déterminée de violence au centre de laquelle figure la guerre des races.

C’est la raison pour laquelle des penseurs tels que Hannah Arendt ou Simone Weil ont, après avoir examiné en détail les procédés des conquêtes et de l’occupation coloniales, conclu à une analogie entre celles-ci et l’hitlérisme. L’hitlérisme, dit Simone Weil, “ consiste dans l’application par l’Allemagne au continent européen, et plus généralement aux pays de race blanche, des méthodes de la conquête et de la domination coloniales ” [2]. Et de citer à l’appui de sa thèse les lettres écrites par Hubert Lyautey de Madagascar et du Tonkin.

La médiocrité des performances économiques coloniales est aujourd’hui largement admise. Après s’être longtemps appuyée sur les sociétés concessionnaires dont personne de sérieux ne nie aujourd’hui la brutalité et les méthodes de prédation, la France vécut longtemps dans l’illusion qu’elle pouvait bâtir son Empire à peu de frais. Elle avait, dès 1900, rejeté l’idée de programmes d’investissement dans les territoires coloniaux qui auraient bénéficié de fonds métropolitains et qui auraient fait un usage intensif des ressources africaines.

Le concept, surtout à partir des années vingt, était que chaque territoire colonial devait subvenir à ses propres dépenses. En d’autres termes, les colonisés devaient financer eux-mêmes leur propre servitude. Et c’est ce en quoi consista, pour une très large part, l’idéologie de la “ mise en valeur des colonies ”. Ce n’est qu’après 1945 que l’idée d’un colonialisme développemental se fit jour - et encore ne s’agissait-il que d’une économie d’extraction, fragmentée et opérant sur des marchés captifs à partir d’enclaves plus ou moins disjointes.

Ce projet fut vite abandonné pour au moins deux raisons : et d’abord lorsqu’il s’avéra qu’il serait coûteux ; d’autre part lorsqu’on se rendit compte du fait que la logique impériale était intenable parce qu’elle tendait, à long terme, à faire des indigènes des citoyens à part entière de la république.

Papiers ! Papiers !

C’est ce refus de faire des indigènes des citoyens à part entière (et donc de bâtir une nation véritablement multi-raciale) que l’on retrouve dans les pratiques actuelles concernant l’immigration.

Au cours des vingt dernières années, la France a décuplé ses efforts visant à contrôler les flux migratoires en provenance de l’Afrique. Cet effort s’est traduit par la multiplication, par l’État, de structures parallèles destinées à pratiquer un droit fondé sur la discrimination entre citoyens et étrangers. Cet effort s’appuie également sur la montée de divers types de populismes et une logique de stigmatisation, de mise à l’écart des étrangers et d’enfermement des migrants.

En Afrique francophone, deux aspects de cette politique ont particulièrement frappé l’imagination et contribué à la détérioration de l’image de la France : la politique des visas et la politique des charters (mesures d’éloignement). Ces deux politiques revêtent, plus que les autres (réforme du code de la nationalité) un caractère raciste.

Depuis quelques années, le gouvernement a établi des objectifs quantifiés aux polices aux frontières. Elles doivent expulser, chaque année, un nombre déterminé d’étrangers. Ainsi, en 2004, on en a expulsé près de 15 000. L’actuel ministre de l’Intérieur, Monsieur Nicolas Sarkozy veut expulser 23 000 étrangers en 2005. “ On expulse à tour de bras, on fait les fonds de tiroir. On va chercher tout ce qui peut traîner comme étranger en situation irrégulière. On “fait” beaucoup de familles. Une famille, ça peut faire six personnes ”, confiait récemment Roland Gatti, 52 ans, et gardien de la paix à la police aux Frontières de Metz [3].

Comme on peut l’imaginer, cette politique du chiffre va avec son cortège de brutalités. Les contrôles d’identité et les rafles dans les quartiers à population immigrée sont devenus un aspect structurel de la vie urbaine. A Paris, il n’est pas rare de voir des cars de police stationnés, portes ouvertes, tandis qu’au bas de l’escalier d’un métro, des CRS serrent de près et cueillent les Africains qu’ils mènent au “ dépôt des étrangers ”, puis vers des centres de rétention, le juge, la zone d’attente et le charter.

Le plus grave, c’est désormais la “ chasse aux jeunes ” et la destructuration des familles. Pour faire du chiffre, le gouvernement expulse de plus en plus de familles et des jeunes que la police vient attendre à la sortie des lycées. Lorsqu’il le faut, elle n’hésite pas à utiliser des gamins comme interprètes.

Ces pratiques sont de plus banalisées en France. Après la plantation sous l’esclavage, puis la colonie aux dix-neuvième et vingtième siècles, le pays est en passe de se transformer en un immense laboratoire d’expérimentation de logique de répression, d’enfermement et de mise à l’écart d’humains jugés indésirables et qui se trouvent être de race noire. Par la voie d’une coopération asymétrique, la France cherche, d’autre part, à imposer aux pays africains la sous-traitance des opérations de traque et d’enfermement des migrants et exilés.

P.-S.

Cet article est le second d’une série de trois, dans lesquels Achille Mbembe se propose d’analyser les raisons qui ont conduit, du côté africain, à la fin de ce qui donne de plus en plus l’impression d’un ” mariage forcé ” [avec la France]. Il expose, d’autre part, les conditions d’un ” divorce à l’amiable “.

Vous pouvez lire le premier article intitulé Je t’aime moi non plus

Notes

[1] Voir Tocqueville et la conquête de l’Algérie.

[2] Un internaute fait remarquer sur le site du Messager qu’Aimé Césaire dit la même chose dans son Discours sur le Colonialisme :

« Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’un Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique. »

[3] Voir reconduire à tour de bras et sans état d’âme.

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le passé colonial entre histoire et mémoire

Posté par issopha le 25 septembre 2007

le passé colonial entre

histoire et mémoire,

 

 

 

par Catherine

 

Coquery-Vidrovitch

article de la rubrique histoire et colonies > la France et son passé colonial
date de publication : jeudi 8 mars 2007


 

 

 

 

Communication de Catherine Coquery-Vidrovitch à la journée organisée par le CVUH (Comité de vigilance face aux usages publics de l’Histoire), le 4 mars 2006 : “Sur les usages publics de l’histoire. Polémiques, commémorations, enjeux de mémoire, transmission et enseignement” [*].

[Première publication, le 9 août 2006,
complétée le 8 mars 2007.]


Il me revient de traiter un des sujet les plus brûlants aujourd’hui : celui du passé colonial pris entre Mémoire et Histoire. Comme vous connaissez évidemment, au moins par la presse, tout ce qui se passe, et en particulier l’itinéraire du fameux article 4 qui a provoqué l’éveil et l’indignation des historiens, depuis sa gestation jusqu’à sa suppression, je vais attaquer, sur ce cas très actuel, un point sur lequel nous n’avons sans doute pas suffisamment parlé, sinon au niveau de la discussion de ce matin : l’historien élabore et/ou transmet l’histoire, mais il n’est pas un ange, il n’est pas lui-même en dehors du débat, et il participe donc, à titre personnel autant qu’à titre collectif, à ce va-et-vient permanent entre présent et passé, passé et présent, ce qui est le propre du politique. Cela est particulièrement évident aujourd’hui dans le domaine de la colonisation.

Enfin, autre remarque générale, l’historien est un spécialiste, comme le disait Nicolas Offenstadt ce matin, c’est un professionnel, habile dans un métier spécialisé. En tant que tel, il est indispensable à l’élaboration du savoir ; mais l’historien exerce une science sociale, donc non exacte : il faut y distinguer d’une part l’établissement, la construction du fait - qui ne souffre pas d’à peu près, qui est rigoureux et peut devenir indiscutable, et d’autre part l’interprétation de ces faits qui, elle, exige la pluralité et implique la complexité des facteurs explicatifs. Cette complexité même risque d’entraîner parfois certains raccourcis. Ceux-ci sont souvent mal compris par les journalistes qui ont, eux, de par leur métier, la tâche de transmettre à leur public, de façon intelligible, résumée et simplifiée, des choses compliquées. D’où le risque fréquent de caricaturer de ce qu’ont voulu signifier les historiens, ce qui peut alors se prêter à tous les amalgames.

Je voudrais donc en quelques mots aborder trois points :

  • Le premier point est le fait que l’histoire de la colonisation est à la fois histoire du passé (ce qui est en somme une redondance) et histoire immédiate, même si les colonisations politiques ne sont plus, en qualité de fait historique, qu’un souvenir (en tous les cas pour la France, à laquelle je me limite ici).
  • Le deuxième point est que, dans le domaine colonial, l’histoire est vraiment inséparable d’une mémoire encore en partie au moins vivante et non reconstruite a posteriori.
  • Il en découle, et c’est mon 3e point, que nous nous trouvons en face non pas d’un duo : Histoire et mémoire, mais d’un trio qui brouille les pistes : Histoire, mémoire et politique.

Je m’explique.

1. Grosso modo, l’histoire coloniale française a pris fin avec les indépendances en Afrique noire, (1960) et l’indépendance algérienne (1962)

Encore ne faut-il pas oublier que Djibouti n’est devenue indépendant qu’en 1977, et que depuis 1945 où les Antilles ont été départementalisées, il a existé, et il existe encore dans les départements outre-mer, notamment en Nouvelle Calédonie où ce courant participe officiellement au gouvernement de l’île, des mouvements indépendantistes.

Par conséquent les décolonisations sont toutes récentes, d’autant plus qu’elles sont parfois considérées comme encore inachevées.

Nous sommes donc, au moins pour une partie de la population française y compris historienne, dans l’histoire immédiate. Certes, cela dépend des générations, beaucoup de vieillards, mais aussi d’adultes raisonnables, sont nés sous la colonisation. Qui plus est, aux Antilles, l’esclavage est encore proche car, à la différence des colonies d’Afrique ou d’Indochine, la colonisation y a été esclavagiste jusqu’en 1848. Il peut encore exister -faites le calcul !- des vieillards dont les grands pères (même pas les arrières grands pères !) sont nés en esclavage. ce qui rend compte de l’immédiateté relative du phénomène de la traite négrière. Mutatis mutandis, pour certains vieux de Guadeloupe ou de Martinique, parler de l’esclavage de leur arrière grand père, c’est un peu comme, pour un jeune juif d’aujourd’hui, savoir que son grand père ou arrière grand père, qu’il n’a pas nécessairement connu, est revenu d’Auschwitz.

Si je dis cela d’emblée avec cette impudence - que je peux me permettre sans complexe ayant été dans mon enfance une petite juive clandestine cachée dont le grand père n’est pas revenu-, c’est pour faire sentir immédiatement la normalité de l’affectivité exprimée à ce propos. Attention ! je ne cherche en aucune manière à la juger, à la justifier ou au contraire à la condamner : je dis simplement que cette affectivité est inévitable, parce que nous sommes dans l’histoire immédiate. Et cette histoire immédiate ne concerne pas seulement les jeunes qui la ressentent comme telle aujourd’hui : elle demeure vraiment immédiate pour beaucoup de Français. j’ai, à 20 ans, connu l’Algérie en guerre, puisque mon mari a été un jeune conscrit mobilisé pour la guerre d’Algérie, et que pour le rejoindre un moment, je suis allée accoucher à Oran. Certes je suis une vieille dame, mais pour moi, c’est vraiment de l’histoire immédiate.

Ce premier point est important. Car nous allons nécessairement nous trouver en présence de mémoires chaudes contrastées, et tout aussi respectables les unes que les autres. En outre, si l’on reste en Afrique, cette histoire ne concerne pas que des Français : elle concerne tout autant d’autres citoyens, ceux des États devenus indépendants, Algériens, Ivoiriens, etc.

A partir de ce constat, il est impossible d’en faire de l’histoire franco-française : on doit s’interroger, si on en fait l’histoire, sur tous les aspects, et sur tous les points de vue. On doit aussi, en historiens responsables, respecter le point de vue de l’Autre. Autrement dit, par exemple, autant il serait légitime de concevoir un musée de la colonisation, ou des colonisations, qui n’existe pas encore, et qui n’est même pas apparemment prévu, autant il est offensant pour le point de vue de l’autre de concevoir ce qu’on appelle ces temps-ci des mémoriaux. Je suis tout à fait pour un musée des migrations, ou plus exactement une Cité de l’histoire de l’immigration, ce peut être une initiative passionnante, qui devrait permettre de démontrer de facto à quel point le Français de souche n’existe pas : Gérard Noiriel nous rappelle qu’un tiers des Français environ sont liés à l’immigration si on remonte à leur arrière grand père… Mais un musée de la colonisation, ce n’est pas du tout la même chose qu’un mémorial (regardez le dictionnaire) qui a pour objet de célébrer la mémoire et les hauts faits d’un camp, sans s’occuper de l’autre. C’est ce qu’on faisait pour les conquérants à l’égard des colonisés, parce qu’ils étaient des sujets qui n’avaient pas, ou avaient peu leur mot à dire : allez voir par exemple le long bas-relief en l’honneur du Commandant Marchand qui se trouve en face de l’ancien musée des Arts africains et océaniens à la Porte Dorée : le vaillant explorateur, accompagné d’une série de non moins vaillants mais néanmoins dominés tirailleurs, y est représenté de Pointe-Noire à Fachoda … où d’ailleurs les Britanniques brillent par leur absence.

Mais ce qu’on faisait aux colonisés, il est devenu insultant de le faire à l’égard de citoyens comme nous, qui ont droit, en tant que tels, à notre respect. D’où, l’exemplarité, au contraire, de l’œuvre sortie récemment sur l’Histoire de la guerre d’Algérie, entreprise conjointement sous la direction de Benjamin Stora et de Mohamed Harbi et avec la collaboration d’historiens aussi bien français qu’Algériens [1], dont il est d’ailleurs normal qu’ils n’aient pas nécessairement le même avis sur tout. Autre exemple : les équipes de regards croisés franco-malien dirigées conjointement par Pierre Boilley à Paris-I et Doulaye Konaté à l’université de Bamako, de façon à écrire sur les épisodes douloureux de cette histoire coloniale non pas nécessairement la même chose, mais une histoire qui tienne compte des divers points de vue sans pour autant s’écharper [2].

Ça, c’est le premier point.

2. Le deuxième, c’est justement l’évidence de mémoires contrastées, et de mémoires brutes, qui existent encore : celle des témoins oculaires, et des acteurs de cette histoire

Raison de plus pour se rappeler qu’il s’agit d’une histoire aussi ancienne qu’immédiate. Je signale par exemple, l’incorrection ,à mon avis, de l’avis exprimé dans Le Monde par un historien réputé, qui s’en est allé déclarer que l’histoire de la traite et de l’esclavage, vieille de cinq siècles, ne nous concernait plus - en qualité d’affect-. Elle ne concerne plus, peut-être, les historiens blancs qui s’intéressent à l’histoire de l’hexagone : même si je ne suis même pas d’accord avec cette affirmation, car non seulement la culture hexagonale est elle-même, évidemment, sans le savoir ou sans vouloir le savoir, imprégnée de culture coloniale qui commence d’ailleurs à être étudiée en tant que telle [3] ; mais en sus la culture coloniale de l’hexagone concerne très directement et consciemment beaucoup de Français qui sont loin d’être tous d’origine immigrée récente..

Le fait est qu’en France, la mémoire de la colonisation est très complexe. Pour un certain nombre d’historiens, comme Marc Ferro, ou Pierre Nora, qui ont à des époques différentes enseigné l’histoire au lycée d’Oran à l’époque coloniale (Pierre Nora en a rapporté en son temps un beau livre, intitulé Les Français d’Algérie [4]), ou moi-même, qui ai décidée donc à 25 ans, à la suite de mon passage dans cette même ville, de renoncer à une thèse sur le Moyen Âge pour privilégier un travail sur l‘histoire de l’Afrique, il est évident que nous avons eu, d’une certaine façon, la chance de pouvoir travailler avec des souvenirs de visu, c’est à dire une part de vécu. Ce vécu vaut ce qu’il vaut, il doit être confronté et naturellement corrigé et amendé par les recherches historiques proprement dites, mais c’est une forme de document comme un autre, à soumettre comme les autres à une analyse critique forte. Je reprends l’exemple donné précédemment de l’histoire de Vichy : j’ai vécu une enfance clandestine, et, croyez-moi, cela s’imprime très fort et pour la vie : compte tenu de ces souvenirs de fer, j’ai parfois été en désaccord avec la façon dont les meilleurs historiens, nés après cette période, en ont écrit l’histoire : qui a raison, qui a tort, entre deux historiens s’entend, entre le vécu et le regard froid ? C’est ma foi bien difficile à départager…

Car le cas n’est pas le même pour les jeunes qui n’ont pas vécu cette histoire - je reviens ici à la colonisation -, mais qui l‘ont entendu raconter, ou du moins en ont compris ou entendu des bribes transmises par leurs parents ou leurs grands parents, et aujourd’hui par des hommes politiques de tout bord. Là, le vécu a disparu, Michèle Riot-Sarcey en a déjà dit un mot ce matin ; on a une mémoire doublement, ou triplement reconstruite : d’abord par la transmission des récits, et ensuite par la façon dont ces récits sont entendus. C’est une mémoire à la fois manipulée et manipulable. Cela reste aussi bien sûr, aussi, une source exploitable par les historiens, avec toutes les prudences d’usage sur la façon d’exercer l’esprit critique sur les documents, quels qu’ils soient, qui sont à notre disposition.

Ce sont ces manipulations actuelles de mémoires traumatisées que nous voyons aujourd’hui s’agiter dans tous les sens, qu’il s’agisse de celle des anciens colonisés comme de celle des anciens colonisateurs : Les Français blancs, qui s’estiment (à tort à mon avis) les moins concernés donc à leurs propres yeux les plus objectifs, les Français noirs, les Français d’ascendance harki, ou dont les parents ont été porteurs de valise pro-FLN, ou au contraire pro-OAS. Tout le monde et chacun s’est construit un peu là-dessus. Rajoutez à cela la mémoire coloniale française officielle : le fameux Petit Lavisse, manuel d’histoire élémentaire plus que centenaire, construction volontaire de la nation française, objectif qui se comprenait tout à fait à l’aube de la troisième république, et à nouveau tout à fait au lendemain de la 2e guerre mondiale où le régime de Vichy avait véritablement établi en France une situation réelle de guerre civile.

J’ai eu, en cours moyen 2e année, en 1946-47, entre les mains le Petit Lavisse (né dans les années 1890 je vous rappelle), dont j’ai toujours conservé l’exemplaire, le voici : et voici la partie du résumé de la page 245 consacré à l’empire (édition de 1929, ressortie sans doute pour éviter les éditions révisées sous Vichy) : c’était donc le texte à apprendre par cœur par les enfants, résumant les quatre pages du chapitre consacrées à l’empire colonial :

« La République a augmenté notre empire colonial : en Asie, du Tonkin ; en Afrique, de la Tunisie, du Maroc, du Soudan, de Madagascar, etc. Les colonies françaises, dont la population est de 60 millions d’habitants, rendent de grands services à notre commerce et à notre industrie »

Au moins, on ne s’en cachait pas ! Vous connaissez aussi presque tous, au moins de réputation, ces cartes murales de la plus grande France, ces larges tâches roses des atlas couvrant l’Afrique occidentale et la péninsule indochinoise…

Bref notre passé colonial a collé à la peau de beaucoup de Français toujours en vie aujourd’hui, et ce depuis l’enfance !

Car plus grave peut-être, en 1967 encore, ma fille aînée était en cours élémentaire, et son cours de géographie de la collection Perpillou (il y avait un manuel de géographie à l’école à cette époque), présentait en illustration double page sur l’Afrique noire une caravane dans la forêt dense, en tête se trouvait un administrateur colonial en uniforme blanc, casque colonial inclus, et derrière lui, torse nu, en file indienne, toute une file de porteurs noirs. Bon, l’édition datait d’une dizaine d’années auparavant, les écoles publiques françaises étaient déjà pauvres y compris dans le 14e arrondissement, mais quand même, près de dix ans après l’indépendance……

Nous sommes donc en France encore pétris d’histoire, ou plutôt de mémoire coloniale. Là-dessus, néanmoins, les idées de décolonisation, d’aide aux pays sous développés, à l’époque le courant tiers-mondiste, aujourd’hui la démocratie et les droits de l’Homme ont bien entendu fait leur chemin depuis longtemps, elles ont travaillé dans toutes les têtes ; les mémoires ont été exploitées, trafiquées, manipulées, et le résultat arrive maintenant, et c’est un phénomène nouveau : celui du heurt de ces mémoires, heurt d’autant plus violent que pour des raisons complexes qui sont à étudier, il y a eu, dans les 20 ans qui précèdent, une sorte d’oubli de la question. Elle devenait trop gênante, on a fait l’impasse. Cette impasse est maintenant devenue impossible, les faits nous remontent à la figure violemment, et dans un terrible charivari.

Alors j’insiste là dessus : cette dichotomie, ce que certains appellent aujourd’hui d’un mot évocateur la fracture coloniale [5], c’est effectivement un phénomène tout à fait nouveau.

Ou plutôt, je m’explique, le fait que l’histoire de la période devienne une arme aux mains mêmes des historiens, c’est cela qui est nouveau. Le fait que des historiens se prêtent à mesurer les bienfaits ou les méfaits de la colonisation et se disputent là-dessus, ou cherchent à démontrer que telle ou telle autre traite était pire qu’une autre, c’est absolument renversant : les historiens ne sont pas des moralistes, la colonisation n’a pas été un bien ou un mal, elle a été, et le boulot de l’historien, c’est de comprendre pourquoi, comment, quels en ont été les résultats sur les sociétés, aussi bien colonisées que colonisatrice. Mais pas de poser les faits sur une balance pour les peser ! ceci n’a pas de sens.

Contrairement à ce qu’on entend trop souvent, ce n’est pas une résurgence de ce que d’aucuns appellent, avec une nuance péjorative, l’anticolonialisme supposé primaire des années 1960. Cela n’a rien à voir. Dans les années 50 ou 60, le politique et le scientifique étaient beaucoup plus distincts l’un de l’autre. D’ailleurs de grands historiens y veillaient : Charles André Julien pour l’Afrique du Nord, et un peu plus tard Henri Brunschwig pour l’Afrique noire. Relisez la masse de ces « chef d’œuvres » à l‘ancienne qu’étaient les thèses d’État qu’ils ont dirigées, je vous y défie d’y trouver des plaidoyers politiques. En dépit des luttes coloniales de l’époque, la dichotomie entre politique et savoir était jalousement respectée. Le fait est que les intellectuels « anticolonialistes » étant minoritaires et surveillés de près, ils ne pouvaient espérer être entendus qu’à la condition de se retrancher derrière des analyses aussi précises et documentées que possible. La plupart des travaux scientifiques de cette époque évitaient donc au maximum toute intrusion de nature politique.

Ces historiens d’aujourd’hui qui se mettent à discuter sérieusement du pour et du contre, c’est donc une innovation, du moins avec cette ampleur. Ils ne se rendent pas compte qu’en fait, ils plaident un dossier, l’exemple le plus classique étant celui « des bienfaits de l’enseignement, ou de la médecine française » parce que dans leur enfance leurs parents ont exercé, d’ailleurs le mieux du monde, outre-mer, ou parce que eux-mêmes ont été coopérants. C’est humain, c’est touchant, mais ce n’est pas nécessairement objectif.

3. Alors, 3e et dernier point, Pourquoi ?

Parce que nous ne sommes pas juste dans un face à face entre histoire et mémoire -sur lequel on a tant écrit que je ne reviens pas là dessus- nous sommes en face de l’instrumentalisation à la fois de l’histoire et de la mémoire par le politique ; les historiens sont pris dans le jeu, en qualité de citoyens, comme les autres, précisément parce que, comme il s’agit d’histoire immédiate, leur affect est engagé comme celui des autres. J’insiste là dessus : ce que d’aucuns appellent des « visions idéologiques obstinées et concurrentes » de la colonisation, de la traite ou des guerres coloniales ne sont pas une résurgence : c’est, au contraire, l’émergence d’un phénomène actuel, immédiatement contemporain, parce qu’il est né d’un amalgame de mémoires concurrentes travaillées par des affrontements politiques qui se présentent ouvertement comme idéologiques. En principe, la mémoire relève de l’affectif et installe le souvenir dans le sacré tandis que l’histoire s’attache à l’analyse et à l’explication des évolutions et aux rapports des choses : c’est pourquoi Pierre Nora qualifie l’histoire de belle machine [je cite] « purement intellectuelle, laïcisante, qui appelle analyse et discours critique », et en conclut que c’est aux historiens - [je cite à nouveau] de « dire à tous- et pour tous - ce que le passé autorise et ce qu’il ne permet pas [6] ». Or la société n’est pas que de raison et les historiens non plus. Le politique est toujours là, c’est à dire aussi la totalité du social, prompt à brouiller les cartes et à confondre les genres. Il n’est jamais exactement là où il s’annonce. Marc Bloch a démontré qu’il « imprègne, à toutes les époques, les rapports entre individus, qui sont à la fois des rapports de sens, d’intérêts et de pouvoir [7] », pour les historiens comme pour les autres.

C’est tout à fait vrai ces temps-ci : d’abord c’est le politique (la loi), qui a provoqué les historiens, qui ont donc apporté - contrairement à ce que certains d’entre eux pensent avec candeur sinon un certain manque de modestie - d’abord une réponse immergée dans le politique. Les mémoires coloniales sont à vif et prêtes à toutes les romances. Alors nous, historiens, interrogeons-les avec respect mais prudence, et restons vigilants. Car la construction (ou la consolidation) de la communauté politique est toujours présente ; l’analyse rigoureuse et critique des documents du passé (qui est le processus idéal de construction scientifique du fait) ne peut être isolé de la mémoire qui est en revanche un processus de construction subjective du fait ; L’historien est sans doute un peu plus protégé que les autres, par son obligation de l’analyse critique, par rapport au rôle que les forces sociales dominantes du moment veulent lui faire jouer. Mais il ne pense et il ne travaille pas hors du champ politique.

Or ce qui se passe aujourd’hui, c’est qu’en matière de colonisation, nous sommes dans une phase d’affrontement brutal de deux courants historiographiques de nature politique : pour simplifier de façon trop schématique, un courant « de droite » (ou plutôt nationaliste jacobin) et un courant « de gauche » (ou plutôt ouvert sur la complexité sociale). Naturellement, ces courants ont toujours existé. Mais le second restait minoritaire, ou plutôt n’était guère sorti de la tour d’ivoire académique, où d’ailleurs il était marginalisé, dans le cadre d’une situation assez amorphe et pour tout dire conservatrice, ou au moins traditionaliste dans l’école historique dominante. Un cas exemplaire le démontre : Les lieux de mémoire de Pierre Nora, qui en sept volumes et tant d’années (1985 à 1993) n’ont évoqué la colonisation que dans un article (excellent d’ailleurs) du premier volume sur l’Exposition coloniale internationale de 1931. Ce n’était pas mauvaise volonté mais indifférence, qualifiée aujourd’hui par les historiens de processus de « deuil » ou d’ « oubli ». En présentant l’ouvrage à l’époque, Nora avait affirmé lors d’une conférence à l’EHESS qu’il n’y avait rien d’autre sur les lieux de mémoire coloniaux, parce qu’il « n’en avait pas trouvé » : il ne répondrait certainement plus de même aujourd’hui, même s’il a essayé de trouver trois raisons (dont le deuil) à cet oubli dans un ouvrage récent [8]. Car il y a renversement brutal de tendance : en histoire de l’esclavage comme en histoire de la colonisation, tout à coup il y a incertitude sur le courant dominant, chacun affirmant que c’est l’autre qui l’emporte. Bref la bataille scientifique en arrive à un point culminant, ce qui est plutôt positif et prometteur pour l’avenir : car si nous savons bien travailler, en historiens, ce tournant est sans doute irréversible ; mais le combat scientifique sera rude, car il est étroitement tributaire de la bataille politique.

Nous sommes tous d’accord, je pense, nos collègues l’ont démontré toute la journée, sur les qualités et les limites des sciences sociales en général et de l’histoire en particulier. Nous pratiquons le contrôle et la critique dite externe et interne de nos documents et de nos données : nous nous assurons de leur authenticité, et nous nous efforçons de décrypter ce qu’ils signifient, compte tenu de la date, du lieu, de l’auteur présumé (qu’il s’agisse d’un vestige archéologique, d’un texte, d’une source orale ou de tout autre document). Ceci dit, en dépit de notre volonté de rigueur, nous avons, chacun d’entre nous, un point de vue, fonction à la fois de l’espace et du temps où nous nous situons, ce qui fait qu’à peine effectué, un travail devient déjà source pour les autres, qui doit à son tour être décrypté pour ce qu’il vaut. Autrement dit l’historien ne détient pas LE savoir, mais un savoir soumis à bien d’autres variables. C’est pourquoi une vertu majeure de l’historien, apparemment un peu oubliée ces temps-ci, est le doute scientifique, qui fait du plus grand chercheur le plus modeste des chercheurs.

Le fait même que les historiens les plus sérieux et les plus sincères, à partir des mêmes « faits historiques [9] », peuvent tirer de façon argumentée des conclusions nuancées, contrastées, et même parfois contradictoires suggère à quel point l’histoire est insérée dans le politique. Pour donner un exemple lapidaire, cette lapalissade est démontrée par les interprétations radicalement différentes données de la Révolution française par des historiens aussi renommés que Michel Vovelle et François Furet. Chacune fut insérée dans son temps, et ni l’une ni l’autre n’apparaissent désormais tout à fait convaincantes [10]. Il serait d’ailleurs temps qu’un historien d’aujourd’hui s’y attaquât. Cela commence d’être fait, Michel Dreyfus ce matin a évoqué le travail entrepris par l’italien Domenico Losurdo [11].

Plus récemment, ce qu’on a qualifié d’ « affaire Pétré-Grenouilleau » (sur son histoire des traites négrières), souligne une fois de plus à quel point l’histoire est une science contingente [12].

C’est ce qui me gêne dans les textes de beaucoup d’historiens aujourd’hui, à commencer par les signataires du texte dit des 19 : l’absence apparente, dans le débat actuel, du doute, révélé par leur indifférence au politique, alors que toutes les positions affirmées ces temps-ci (et pas seulement par les acteurs) sont d’abord et avant tout politiques. C’est évident pour les « pieds-noirs » ou les députés qui défendent leur point de vue, mais cela l’est tout autant pour les historiens : c’est pourquoi je suis interpellée par les attaques contre l’ « anticolonialisme » jugé en somme dépassé, ou par les reproches d’ «  idéologie ». Pourquoi ne sommes-nous pas d’accord avec l’idéologie de l’autre ? Parce que nous relevons d’une autre idéologie, voisine ou opposée, car qu’est-ce que l’idéologie, hors la compréhension dévalorisante en vogue en France aujourd’hui ? C’est, voyez le Petit Robert, « un système d’idées, une philosophie du monde et de la vie » : nous avons, heureusement, tous des idées parce que, comme le dirait Descartes, nous pensons -en particulier nous avons tous des idées politiques, c’est-à-dire, au sens large, une conception du monde tel qu’il est, et tel qu’il nous semblerait souhaitable qu’il soit ou devienne, et comment nous pourrions faire pour y contribuer, aussipeu que ce soit : alorspourquoi faire comme si ce politique n’existait pas ou, au mieux, comme s’il ne comptait pas, comme si les réactions au monde des historiens étaient les seules à ne pas en être affectées ? Les problématiques même de la réflexion historique et l’écriture de l’histoire qui en découle sont tributaires des opinions et des luttes sociales ou politiques auxquelles prennent part les historiens, peu ou prou, en tant que citoyens. La réflexion historique n’est pas au-dessus de tout soupçon. En revanche, peut-être davantage que les autres spécialistes en sciences sociales, l’historien est menacé d’une certaine schizophrénie : il est sensé analyser l’ensemble du passé sans passion ni sentiment, mais en même temps il est inséré dans un présent impliquant idées, convictions, voire croyances participant à sa compréhension du monde. Certes, ce qui fait la qualité de l’historien est « l’exercice critique » ; certes aussi, le fait établi par la recherche rigoureuse est, lui, intangible, mais c’est en fonction de nos affects du moment que nous l’interprétons dans notre exposé du processus historique. J’affirme donc hautement que les historiens sont ni plus ni moins passionnés que les autres gens, et que, comme tout un chacun, chaque historien relève d’un contexte idéologique : mieux vaut le reconnaître honnêtement que de faire comme si cela n’existait pas. Au moins, de cette façon, sommes-nous mieux armés pour en éviter les excès ! L’historien moderniste Pierre Goubert écrit, dans l’introduction de son Histoire de France, qu’il s’arrêtait à la Première Guerre mondiale parce que, ensuite, étant lui-même partie prenante de l’histoire du XXè siècle (il est né en 1915), il ne pouvait être sûr d’échapper à la passion [13]. Et nous prétendrions traiter sans passion de la colonisation qui tient aujourd’hui de l’histoire quasi immédiate, sans même parler des Français des Caraïbes pour lesquels ce passé est si proche ?

Je m’arrêterai là, pensant ainsi avoir suffisamment semé le doute en vous, et confirmé, de ce fait, l’importance du travail collectif du Comité de vigilance sur l’usage public de l’Histoire coordonné par Gérard Noiriel !

Catherine Coquery-Vidrovitch
Professeure émérite, Université Paris-7 Denis Diderot

P.-S.

Catherine Coquery vient de publier sur le site du Cvuh une critique du dernier ouvrage de Daniel Lefeuvre, Pour en finir avec la repentance coloniale. Nous vous en recommandons la lecture.

« En qualité d’historienne, je récuse absolument ce terme de repentance, qui n’a été utilisé par aucun historien sinon pour en attaquer d’autres et qui est injurieux à l’égard de collègues dont la conscience professionnelle est indéniable mais dont, pour des raisons diverses, à mon avis essentiellement politiques (mais qu’il est de bon ton d’appeler « idéologiques ») on ne partage pas certaines des interprétations » la suite.

Notes

[*] Vous trouverez un compte-rendu complet de ce colloque sur le site internet du CVUH : http://cvuh.free.fr/4mars/journee.p….

[1] Mohammed Harbi et Benjamin Stora (sous la dir. de), La guerre d’Algérie, Paris, Hachette, 2005, 1039 p.

[2] Mali-France : regards sur une histoire partagée, (org. par le GEMDEV et l’université du Mali) Bamako : Éd. Donniya ; Paris : Éd. Karthala, 2005, 280 p.

[3] Voir entre autres lesdeux volumes publiés par Autrement, et dirigés par Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire : Culture coloniale, la France conquise par son empire 1871-1931 (Paris, 2003, 245 p.), et Culture impériale 1931-1961. Les colonies au cœur de la République (Paris, 2004, 237 p.).

[4] Pierre Nora, Les Français d’Algérie , avec une Introduction de Charles-André Julien, Paris, R. Julliard, 1961, 255 p.

[5] Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire (sous la dir. de), La fracture coloniale. La société française au prisme de l’héritage colonial, Paris, La Découverte, 2005, 311 p.

[6] Pierre Nora et le métier d’Historien, Le Monde 2, 18 février 2006, pp. 23 & 24.

[7] C’est d’avoir compris cela, et aussi la force du recours à l’éclairage réciproque du passé et du présent, qui rend compte, selon André Burguière, de la redécouverte actuelle de l’historien Marc Bloch. « Bloch historique », Le Nouvel Observateur, 2-8 février 2006, p. 90.

[8] Perry Anderson, Une pensée tiède. Un regard critique sur la culture française, suivi de « La pensée réchauffée » de Pierre Nora, Paris, Seuil, 2005, 136 p.

[9] Cf. la définition de ce qu’est un fait historique in François Furet, « De l’histoire-récit à l’histoire-problème », Annales, 1976.

[10] Cette opposition n’a rien de nouveau : déjà, au début du siècle dernier, les deux spécialistes d’alors de la période, Mathiez et Aulard, se provoquaient en duel à propos des Montagnards et des Girondins …

[11] Domenico Losurdo, Le révisionnisme en histoire. Problèmes et mythes, Paris, Albin Michel, 2006, 318 p. (traduit de l’italien 1996).

[12] L’affaire a été largement exploitée en dehors du cercle des historiens et ceux-ci ont été unanimes à condamner l’interférence irresponsable de l’appel (avorté) à la justice en matière de « thèse scientifique ». Il n’empêche qu’entre spécialistes les critiques sur ses conclusions sont nombreuses et argumentées (en dépit des prix attribués à l’ouvrage par des jurys où d’autres historiens étaient nombreux). Cf. par exemple, outre les comptes-rendus de Pap Ndiaye et de Marcel Dorigny consultables sur le WEB, le Bulletin, supplément 2005 de la Revue d’Histoire moderne et contemporaine, n° 52-4 bis (4 articles sur 5 sont fort critiques). Olivier Pétré-Grenouilleau, Les traites négrières, essai d’histoire globale, Paris, Gallimard, 474 p. On constate les mêmes interprétations extrêmes à propos de l’exemple déjà donné du Livre noir du colonialisme qui a incité des historiens à exprimer leur désaccord en projetant un débat (prévu au printemps 2006) sur « Cinq questions posées à la colonisation ? ».

[13] Pierre Goubert, Initiation à l’histoire de la France, Paris, Hachette, 1986, 490 p.

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Quand Sarkozy déclare la guerre à l’Afrique

Posté par issopha le 22 septembre 2007

Quand Sarkozy déclare la guerre à l'Afrique 


 

Transmis par adminKMM2 le 18 septembre 2007 à 11:59:10 CEST
Contribution de
Anonyme

Le 26 juillet 2007, à Dakar (Sénégal), le Président Français Nicolas Sarkozy prononçait un discours injurieux sur l’Afrique. Le président Sarkozy, prétextant avoir le langage de vérité, a osé  dévoiler  le fond d’une pensée qui semble être  la parole officielle française. Un mois après, ce discours continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive en Afrique. Pour certains comme  Jean François Bockel, secrétaire d’Etat à la francophonie, le discours du président français, permet de réactualiser le débat sur l’Afrique. Quant à  Dominique de Villepin, ancien Premier ministre français, critique vis-à-vis de la politique africaine de Nicolas Sarkozy, trouve  que certains propos « tenus à Dakar sur l’homme africain qui n’entrerait pas suffisamment dans l’avenir »[i] sont affligeants. Au surplus, les vives réactions des intellectuels africains et l’émoi suscité par ce discours vont incontestablement le ranger dans les annales de l’histoire. L’arrière plan du discours au goût raciste,  très  nombriliste et plein de mépris mérite une réponse claire et musclée de la Nouvelle Jeunesse Africaine (NJA). Pour la France, l’Afrique est sous-développée à cause des nombreux conflits, de la corruption et du manque de savoir faire. Au regard de ce discours qui s’inscrit dans une anthropologie raciste où la France de Sarkozy méprise les africains, il convient de relever la gravité des allégations et les dispositions à adopter.

Le substrat idéologique du discours du 26 juillet

L’émotion passée, on se rend compte que le discours oh combien injurieux du président Français a un fond idéologique. Prétextant s’adresser aux “jeunes d’Afrique”, Sarkozy, sans contrition, dans l’amphithéâtre de l’université Cheikh-Anta-Diop décide de proclamer ironiquement son amour du continent : “J’aime l’Afrique, j’aime et je respecte les Africains”, a-t-il dit. La vérité c’est que  le président Sarkozy ne respecte pas les africains, à commencer par notre culture. En choisissant  de parler de « l’homme africain » dans une université qui porte le nom du savant africain, Cheikh-Anta-Diop, le Président Sarkozy tentait ainsi à travers des sentences définitives et globalisantes, à forte teneur culturaliste, voire essentialiste, remettre en question l’œuvre de ce savant. Or déjà Cheikh-Anta-Diop démontrait, avec brio, que l'Égypte antique était peuplée d'Africains noirs et que la langue et la culture égyptiennes se sont ensuite diffusées dans l'Afrique de l'Ouest. Ainsi, pour le professeur Jean Vercoutter[ii] : « l'Égypte était africaine dans son écriture, dans sa culture et dans sa manière de penser ». Le professeur Leclant a reconnu ce même caractère africain dans le tempérament et la manière de penser des Égyptiens. Selon Günter Bräuer[iii], les fossiles humains sont d'autant plus anciens qu'ils se trouvent en Afrique, au cœur de l'Afrique. Si l'Afrique est « le berceau de l'humanité », alors non seulement l'Afrique a un passé, mais aussi l'histoire de l'Afrique serait inaugurale, voire matricielle. L'homme d’aujourd’hui y a expérimenté les plus anciennes techniques culturelles avant d'aller conquérir la planète. C'est ainsi que la fabrication d'outils (lithiques), la poterie, la sédentarisation, la domestication, l'agriculture, la cuisson, etc. sont attestées en Afrique antérieurement à tout autre endroit du monde. L’Afrique était au cœur de l’histoire lorsque les puissances esclavagistes d’Europe (Portugal, Espagne, Angleterre, France, Hollande, etc.) ont connu l’Afrique. Nous étions au cœur de l’histoire lorsque  l’Europe, par une occupation coloniale, a balkanisé et émietté  notre continent.

 En affirmant : que « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire (…). Jamais il ne s’élance vers l’avenir (…). Dans cet univers où la nature commande tout (…), il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. », C’est sous estimer les africains et leur riche histoire. Se peut-il que le président Sarkozy n’ait pas une vision nette de l’histoire de l’Humanité car notre histoire n’est pas celle qui est enseignée dans les écoles occidentales mais celle qui est écrite par les africains.

La justification de la colonisation

Avec habileté, le président Sarkozy insulte la mémoire de nos ancêtres, en justifiant son refus de repentance. Pour lui, « Le colonisateur est venu, il a pris, il s'est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail.

Il a pris mais je veux dire avec respect qu'il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu fécondes des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir. Je veux le dire ici, tous les colons n'étaient pas des voleurs, tous les colons n'étaient pas des exploiteurs ». Dans son discours aux allures ostentatoires, superfétatoires, au delà des fastes cérémonials et du caractère  incantatoire, c’est la volonté de tronquer et de travestir l’histoire qui irrite.

En  falsifiant l’histoire, le président français, par un effort dont lui seul a le secret, arrive à transformer la victime en coupable, le bourreau en bienfaiteur. Cette manière indigne et malhonnête de traiter la colonisation finie par convaincre sur les motivations d’un personnage aux discours, parfois superficiels. Le président Sarkozy a oublié de citer Jules Ferry, pour qui, « la colonisation est fille de l’industrialisation ». La colonisation a permis à l’Europe de satisfaire ses besoins en matières premières et de trouver de marchés et d’espace d’investissement. L’Afrique devenait ainsi un réservoir de matières premières et un déversoir de produits manufacturés. C’est grâce à cette colonisation que le Sénégal se spécialisa  dans la production de l’arachide pour alimenter les huileries et savonneries de Marseille.  C’est la colonisation qui a fait de la Côte d’Ivoire, un pays producteur de café et de cacao, les matières premières indispensables à la fabrication du chocolat.

L’objectif premier de la colonisation n’était pas de construire des écoles et des hôpitaux à des  « indigènes » mais de piller leurs ressources naturelles et minières. Pour transporter les ressources pillées, il fallait construire des ponts, des routes etc.  Pour éduquer les traitres, les relais entre le colon et les populations locales, il fallait construire des écoles pour leur instruction.  Pour donner les premiers soins aux colons sur place et leurs auxiliaires, le colonisateur construisit des dispensaires et des hôpitaux. S’il est vrai qu’après le départ des colons, ces infrastructures ont bénéficié aux populations locales, le terme  d’effet positif de la colonisation est impropre. Dans ce cas, on parle plutôt d’externalité positive. Il est temps que monsieur Sarkozy laisse aux historiens la responsabilité d’évaluer l’impact de la colonisation sur le développement de la France et de l’Afrique, au regard des mutations sociales, politiques et culturelles qu’elle a induite dans les progrès économiques respectifs. Personne ne peut écrire l’histoire de l’Afrique à la place des Africains. L’heure est venue de repenser l’Afrique autrement qu’avec des rapports condescendants. Le locataire de l’Elysée gagnerait à lire Paul Bairock[iv], pour qui le sous-développement est un phénomène historique car « jusqu’à la fin du 17e siècles, les écarts dans les niveaux de développement économiques et techniques des divers pays étaient peu important ». C’est la colonisation qui a désarticulé et retardé notre développement. Mieux vaut peut-être méditer sur les leçons de l’histoire car le voile des verbiages pleutres et intéressés est levé.

Les vraies causes du retard de l’Afrique

Nul ne peut contester,  que l’Afrique a sa part de responsabilité dans son retard toutefois, les occidentaux n’ont pas de leçon à donner aux africains. Pour Sarkozy, l’Afrique est en retard parce que : « Le paysan africain [.] dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. ». Une telle affirmation serait peut-être la preuve d’une ignorance complète de l’histoire économique et politique de l’Afrique. Pour Sarkozy, l’Afrique est la terre des « génocides » de la « corruption », de la « violence » et des « guerres ethniques ». Il est vrai que les conflits constituent une entrave importante au développement socio-économique des pays africains. Selon les spécialistes, l’Afrique a connu depuis 1945 environ 80 conflits et 53 coups d’états depuis 1952 ; au nombre des causes, il convient de noter que la décolonisation et la balkanisation de l’Afrique n’ont engendré que des micro-Etats, des États artificiels, sans cohésion, sans viabilité. Monsieur Sarkozy  a oublié que les multinationales françaises instrumentalisent des conflits régionaux ou locaux pour obtenir ou conserver des marchés et des concessions. Coups d’Etat en Guinée-Bissau (septembre 2003) et à Sao-Tomé-et-Principe (juillet 2003), tentatives de putsch au Burkina Faso et en Mauritanie (octobre 2003), renversement de M. Charles Taylor par une rébellion au Liberia (août 2003), remous politiques au Sénégal (année 2003), déstabilisation de la Côte d’Ivoire (depuis septembre 2002)… Le président français a peut-être oublié qu’au nom des prétendus accords de défense signés au moment des indépendances ,dans  le cadre de la coopération militaire entre la France et huit pays(Côte d’Ivoire (Avril 1961), Centrafrique (Août 1960), Djibouti (Juin 1977), Gabon (Août 1960), Sénégal (1960 et mars 1974), Cameroun (novembre 1960 et février 1974), Comores (1973 et novembre 1978), Togo (juillet 1963)), ses soldats agissent comme des mercenaires, pour imposer la majorité des satrapes au pouvoir en Afrique. Depuis des décennies, les compagnies pétrolières interviennent dans la vie politique et économique des pays concernés. Si ce n’est pas la mise en place ou le cautionnement des régimes responsables de violations massives des droits humains ou l’alimentation et encouragement des circuits de corruption, à l'étranger (surtout en France). Qu’a t-il à redire de la corrélation entre la volonté des nigériens de contrôler leur Uranium et la rébellion subite, étrange du nord du pays ? Qu’a t-il à redire de la guerre que la France fait subir à la Côte d’Ivoire ?

En imposant des présidents corrompus au pouvoir, ces derniers qui n’ont de cesse de piller les ressources financières de l’Afrique au profit de comptes occultes et biens immobiliers somptueux, la France ne peut se placer en donneuse de leçon. Le président français a t-il oublié que le pillage organisé de nos ressources naturelles et minières nous prive de moyens de financement de nos économies ? Ne sait-il pas qu’Elf et le nouveau groupe TotalFinaElf tirent respectivement environ 70 % et 40 % de sa production sur le continent africain ? Le président est-il devenu amnésique au point d’occulter que les stars du CAC 40 s’enrichissent en Afrique ? Est-il besoin de rappeler que le  monstre industriel Total-Fina-Elf est surtout actif en Asie (notamment en Birmanie) avec Total, en Afrique du Nord (particulièrement en Libye) avec Fina et en Afrique noire (Angola, Congo, Gabon, Cameroun, Tchad…) avec Elf. Alors que leurs richesses sont honteusement pillées, selon le classement des Nations unies, le Nigeria et l'Angola, les deux principaux producteurs africains de pétrole se trouvent actuellement au rang des nations les plus pauvres, plus précisément les plus appauvries par trois décennies d'exploitation pétrolière.

Sarkozy, défenseur de la Françafrique et de la Mafiafrique

Peut-on encore croire à monsieur Sarkozy qui, la main sur le cœur jurait en finir avec les réseaux occultes entre l’Afrique et la France. Lors de la présentation de son programme en matière de politique étrangère, monsieur Sarkozy déclarait : «   L'Afrique n'est pas notre pré-carré ” et  ” Il nous faut les (Africains) débarrasser des réseaux d'un autre temps, des émissaires officieux qui n'ont d'autres mandats que celui qu'ils s'inventent. Le fonctionnement normal des institutions politiques et diplomatiques doit prévaloir sur les circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés, notamment avec nos partenaires africains et arabes ». Ses liens d’amitié avec M. Bongo, défenseur des intérêts pétroliers français mais peu soucieux de transformer les richesses de son pays pour son développement, accrédite le constat d’une certaine inertie de la politique africaine de la France, loin de la rupture revendiquée. Ses accointances avec M. Sassou  Guesso, le dictateur congolais inquiète autant que ses relations avec M. Kadhafi. Les jeunes africains ne sont pas dupes, Sarkozy s’inscrit dans la Françafrique, cette coalition hétéro*****e composée de présidents africains et de multinationales dont le but final est de maintenir au pouvoir des dirigeants corrompus afin d’orchestrer le pillage systématique des fabuleuses richesses de l’Afrique. Ce système d’origine réactionnaire, droitière, conservatrice, arrière-gardiste, qui est en vérité un instrument de la stratégie néocoloniale française, a la sympathie du Zorro français.

La nécessité d’un divorce entre l’Afrique et la France 

Si les allégations du Président français ne témoignent pas d’une méditation attentive, il n’en demeure pas moins qu’elles doivent permettre à l’Afrique de prendre ses distances vis-à-vis de la France.  Celui qui ose dire que « l’africain ne s’élance jamais vers l’avenir » a sans doute oublié que depuis l’aube de l’humanité jusqu’à l’orée du 3e millénaire et cela en passant par les grandes étapes de l’histoire et l’évolution des civilisations, « l’homme africain » n’a jamais fait l’économie de son génie. Certes, il faut négliger les observations pittoresques et les analyses simplistes d’un homme au caractère agité et impulsif toutefois, c’est l’occasion pour les Etats africains de montrer à la France qu’elle ne pèse pas un grain de sénevé sans l’Afrique. Dans sa volonté d’agonir l’Afrique d’injures, monsieur Sarkozy oublie de reconnaître que le pillage de nos ressources nous empêche d’investir dans l’éducation, la santé, la recherche et développement, facteurs essentiels à la croissance et le développement. Depuis les indépendances, l’élite africaine, cette élite à la conduite licencieuse, de connivence avec les milieux d’affaires français ont détourné les ressources financières  destinées au développement. C’est donc le moment pour les pays africains, de remplacer les sociétés pétrolières et minières occidentales, par des sociétés nationales ou les nationaliser le cas échéant.  C’est ce qu’ont fait les pays d’Amérique Latine, appelés aujourd’hui pays émergents. C’est ainsi qu’en dépit des prédictions apocalyptiques de monsieur Sarkozy, l’Afrique se positionnera durablement sur le chemin du développement. C’est en tournant le dos à la France que les pays africains établiront l’acte de naissance de leur développement. Il suffit de comparer les pays anglophones d’Afrique à leurs homologues francophones pour  se rendre compte que leur mariage avec la France n’a apporté que  désolation  et malheur. L’Afrique doit aujourd’hui prouver son existence en marchant et non en regardant marcher, en se réappropriant de façon péremptoire son système de production, aux mains des nébuleuses occidentales.

Vive l’Afrique libre et prospère !

Prao Yao Séraphin

Président du MLAN

www.mlan.fr

contact@mlan.fr
 


[i] Entretien avec la radio Europe 1, le Lundi 3 septembre 2007

[ii] Jean Vercoutter est un égyptologue français, né le 20 janvier 1911 et mort le 16 juillet 2000

[iii] Günter Bräuer, paléo-anthropologue de l'Université de Hambourg (Allemagne)

[iv] Paul Bairock, Le tiers-monde dans I ‘impasse. (Paris 1971) pp. 172-3
les extraits du discours du 26 juillet 2007 sont sur le site suivant : http://www.elysee.fr/elysee/elysee.fr/francais/interventions/2007/juillet/allocution_a_l_universite_de_dakar.79184.html

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Discours du Guide de la révolution devant le peuple sénégalais

Posté par issopha le 22 septembre 2007

Discours du Guide de la révolution

 devant le peuple Sénégalais
 

Transmis par adminKMM2 le 31 août 2007 à 11:49:11 CEST
Contribution de
Chaka

Il m’est agréable et je suis heureux d'être parmi vous et de rencontrer les frères au Sénégal, vous qui représentez la force vive de l'Afrique.

Je m’adresse ici au Président Wade qui est un professeur avant d’être homme politique ou Président. Il est parmi les sages d’Afrique. Je salue le peuple sénégalais, je le remercie car il a accordé une nouvelle fois sa confiance à son Président. J'en profite aussi pour vous dire sincèrement que l’Afrique dispose de moyens considérables sur le plan humain mais elle reste peu riche sur le plan matériel.

Le colonialisme a pillé les richesses de l’Afrique et les colons ont traité les Africains comme des animaux. Ils nous ont colonisés, ils nous ont divisés et réduits comme leurs marchandises. Ils ont donné des noms européens à nos villes et à nos villages, ils nous ont séparés sans aucunement nous permettre de progresser. Et ils ne cessent de piller nos richesses.

L’Afrique a connu des périodes difficiles dans son histoire et peu d’Africains ont pu progresser et apprendre comme KWAME NKRUMA. Certains comme LUMUMBA, MODIBO KEITA, JAMAL ABDEL NASSER, AHMED BEN BELLA, SEKU TOURE et SENGHOR eurent la possibilité d’apprendre et de progresser.

Ce groupe a pu diriger l’Afrique vers la libération et l’indépendance, qu’en est-il après? Le colonialisme a tenté de liquider cette élite de dirigeants Africains ; il se trouve qu’il n’y avait aucune alternative d’une indépendance réelle sur le plan économique et politique je veux dire d'une indépendance sous les hégémonies occidentales. Ce qui fit que Lumumba fut liquidé, N'krumah et Modibo Keita renversés; il eut 60 tentatives d’assassinats contre Jamal Abdel Nasser. Il y avait donc tout un complot et tout un plan pour liquider et renverser ces dirigeants qui avaient une vision future pour l'Afrique. Ce qui entraîna le continent africain dans une phase d’instabilité et de coups d’Etat militaires.

A partir de cet instant, il y a eu une faillite sur le plan politique car les putschs avaient emmené au pouvoir des généraux et des officiers fascistes sans idéologie ni culture dont les mœurs n'étaient que répréhensibles. Les peuples étaient incapables de faire face à cela et il s’en était suivi des dictatures militaires dominant l’Afrique des années 60.

Durant des décennies, l’Afrique a vécu des moments difficiles au bord de la faillite politique et idéologique du fait de la mainmise des putschistes. Nul d'entre eux à cette époque ne pensait ni au développement, ni à la transformation ni encore moins au progrès économique, social, à l’enseignement et à la santé. L’Afrique était livrée à elle-même, des enfants sans vaccinations, des maladies et des populations qui servaient de cobayes à des blancs pour expérimenter leurs nouveaux médicaments. Les Africains étaient considérés comme des animaux sur lesquels on expérimente les nouvelles techniques thérapeutiques. […] Le virus du SIDA est également le résultat d’une expérimentation sur des noirs. La CIA a fabriqué dans ses laboratoires des armes bactériologiques, ils ont créé un virus qu’ils ont expérimenté sur des noirs en Haïti et en Afrique ; pour preuve, ils ne peuvent affronter cette réalité et détourne l'attention du monde en disant que ce sont les singes africains qui ont transmis cette maladie dans le monde. C'est dissimuler des actes abominables… ils ont expérimenté le virus du SIDA en Afrique, ils ne peuvent pas nier aussi qu’ils ont exterminé les peaux rouges en Amérique, les populations autochtones de ce pays. Ils voulaient également exterminer la race noire en Afrique pour laisser place à la race blanche afin de réaliser leurs objectifs abominables et diaboliques. Ils ont tout fait pour permettre à leurs agents africains de gouverner les peuples Africains par les putschs et les complots.

Vous suivez actuellement le tapage fait autour du Zimbabwe… et pourquoi, car Mugabe veut récupérer la terre pillée par les blancs aux noirs. C’est cela le problème! Ils le prennent pour fou, dictateur, terroriste, ennemi de l’humanité, ils l’ont qualifié de tous les noms, ils veulent qu’il soit un président qui laisse le colon faire ce qu’il veut au Zimbabwe et qu’il soit un simple et formel président. Mais c’est un président qui veut libérer son pays. C’est pour cela qu’on l'en veut ; ils ont soutenu des présidents qui ont fait des coups d’état, qui ne pensent nullement pas à leur pays, ce qui montrent qu'ils ne veulent pas de réels présidents qui ont la volonté de faire face au colonialisme et à l’impérialisme.

Nous faisons face en Afrique à ce groupe d’ouvriers au service du colonialisme qui veut seulement gouverner pour gouverner. Ce sont ces agents qui sont à l’origine des guerres civiles et des problèmes dont souffre l’Afrique. Cette politique colonialiste néfaste a conduit à la faillite de l’Afrique. Il n’est pas possible de trouver des hommes comme Jamal Abdel Nasser, Ben Bella, Kwame N’krumah, mais on trouve des généraux et des officiers sans idéologie ni culture politique. Depuis la mort de Lumumba, le Congo continue à traverser une période difficile. Lumumba voulait de son vivant, libérer le pays de l’emprise colonialiste européenne. Le Congo vit toujours dans un état d’instabilité… heureusement, il y a des hommes comme le Président Abdoulaye Wade, digne de diriger son pays. Je remercie le peuple Sénégalais de l’avoir re-voté pour un nouveau mandat présidentiel.

Je vous dirai que peu à peu, commence à apparaître des dirigeants plus valables que les présidents précédents, car le peuple africain est plus conscient, en plus, nous sommes entrés dans la révolution informatique. Les chaînes satellitaires transmettent des informations en direction des populations africaines où leur degré de conscience s’élève. Les dirigeants, malgré eux sont contraints de suivre le progrès de leur peuple ainsi que leurs exigences.

Je vous dirai que l’intervention colonialiste persiste encore pour entraver la marche de l’Afrique pour preuve, depuis 1963, avec la présence des élites dont j’ai parlé et des pères fondateurs et libérateurs qui fondèrent l’OUA jusqu'à l’avènement de l’Union Africaine à Syrte le 09/09/1999, l’Afrique est toujours dans le même état. Ce qui veut dire que l’on se réunit périodiquement mais sans réaliser quoi que ce soit. Pendant 40 ans, l’Afrique n’a pas progressé. N'krumah avait préconisé l’Union Africaine, mais on ne l’a pas pris au sérieux, d’où la faillite de l’organisation de l’unité africaine (OUA). Ensuite il eut son renversement ainsi que les autres leaders.

En 1963, nous n’avons rien réalisé. Pas d’unité Africaine alors que l’Europe s’est unifiée. Il y a eu la révolution de l’informatique, l’ère de l’espace, de l’atome et l’Afrique demeure toujours dans la même situation. C’est pourquoi nous avons envisagé de transformer l’OUA en Union Africaine. J’ai même proposé un gouvernement fédéral africain doté d’institutions Africaines. Certains dirigeants n’écoutent que les colonisateurs et ne reçoivent que des ordres de l’extérieur. Ils ont dit d’accord pour mettre en place l’Union Africaine pour remplacer l’organisation de l’unité Africaine avec des institutions telles que les parlements etc… Afin que cette union joue son rôle et accomplisse sa mission. Puis vint l’union Africaine en 1999, suivie de la banque centrale, du fond monétaire Africain, de la cour africaine, du conseil exécutif, de défense africaine, etc…

Chaque fois qu'il m'est donné l'occasion de rencontrer les dirigeants africains, je souligne la nécessité d’appliquer ce que nous avons décidé tels que l’acte constitutif. Ils ont donné leur accord à cet égard, mais jusqu'à nos jours, les amendements de cet acte n’ont pas été approuvés. J’ai réuni les présidents des parlements à Tripoli et je leur ai dit pourquoi n’avez-vous pas approuvé ces choses-là. Ils ont donné des réponses évasives. Imaginez un parlement qui, depuis trois ans n’a pas tenu une seule de ses sessions…

Je vous dis des choses réalistes. Les pays africains disposent de moyens énormes ayant des liens avec l’extérieur, des intérêts avec l’Amérique, l’Europe, la Chine, l’Inde. Mais ces pays africains ne sont pas enthousiastes quant à la réalisation de l’unité africaine, ils nous font perdre notre temps. Voyez depuis 1999 à Syrte jusqu’en 2007, huit ou neuf ans se sont écoulés et rien n’a été réalisé. Les Institutions que nous avons prévues sont en panne, telles que la Banque centrale nous n’avons pas réalisé notre monnaie à l’instar de l’Europe qui a réalisé l’Euro. Il en est de même du parlement africain toujours en crise, nous avons proposé la création d’une armée africaine commune pour dissuader les ennemis, mais rien ne s’est réalisé.

Nous avons proposé les Etats-Unis d’Afrique à l’instar des Etats-Unis d’Amérique. Ils ont donné leur accord mais nous attendons encore la réalisation de cet objectif. Nous avons également proposé la mise en place d’une armée Africaine de deux millions de soldats au plus pour défendre l’Afrique. Ils dépensent 14 milliards pour cinquante armées africaines. C’est pourquoi j’ai proposé la mise en place d’une seule armée pour toute l’Afrique mais ils ont peur de cette idée.

Lorsque des journalistes me posent la question : quelle est votre position par rapport à l’Afrique ? Je leur réponds que lorsqu’un véhicule tombe en panne dans le sable, il faudrait le pousser par derrière afin de le redémarrer, je suis parmi ceux qui poussent ce véhicule afin qu’il avance quel que soit le chauffeur. Evidement, grâce à ces efforts, nous avons décidé à Addis-Abeba que le seul ordre du jour du prochain sommet africain sera la possibilité de mettre en place un gouvernent fédéral africain. Nous devons y parvenir dans quelques mois nous allons nous réunir à Accra, capitale du Ghana pour expliquer cette mission historique en tant que peuples et forces vives, hommes et femmes, jeunes, intellectuels nous devons faire entendre notre voix auprès de nos gouvernements pour mettre en pratique notre objectif. Dès lors, nous mettons sous pression tout pays africain qui entrave la marche de l’Afrique et qui s’oppose à l’unité. Il faut que nous mettions en place un gouvernement africain fédéral à Accra. Nous faisons entendre cette voix au Sénégal.

J’ai eu l’honneur d’assister l‘année dernière à la célébration du 46ème Anniversaire de l’indépendance du Sénégal, j’ai dit qu’il faillait mettre en place des ligues et des associations des victimes du colonialisme et qui combattaient dans l’armée française afin de faire valoir les droits de ces victimes en les dédommageant devant les pertes matérielles et morales subies.

Depuis l’avènement de la révolution en Libye, nous n’avons pas cessé de réclamer des compensations à l’Italie pour sa période coloniale en Libye, cependant l’Italie actuellement est l’amie de la Libye et elle est contre le fascisme, contre la période coloniale. Ses positions envers la Libye sont bonnes dans les instances internationales. Toutefois, nous avons rappelé que l’Italie a colonisé la Libye de 1911 jusqu' à la fin de la deuxième guerre mondiale. Elle a tué de centaines de milliers et déporté de milliers de Libyens en dehors de la libye. Nos ancêtres ne savent pas ce qui est devenu des libyens déportés et disparus en Italie coloniale, elle a présenté des excuses officielles pour cette période du colonialisme. Ainsi, l’Italie est le premier pays à présenter officiellement ses excuses à la Libye puis il a été convenu que l’Italie dédommage le peuple libyen pour les pertes et les préjudices subis durant cette période.

Elle est plus ou moins embarrassée, elle craint que la France vienne lui dire : vous avez commis une précédente grave erreur en acceptant de dédommager votre période coloniale. Ainsi les pays Africains vont réclamer des dédommagements à la France pour sa période coloniale. Nous sommes parvenus avec eux à une formule de dédommagement : construction d’hôpitaux moderne par l’Italie au profit des libyens, nous allons signer un traité avec l’Italie pour ce faire. J’aimerais que se constitue au Sénégal des ligues des victimes de la période coloniale afin que chaque famille de ces victimes puisse réclamer son droit à la compensation pour les préjudices subis. Il faudrait que vous vous constituiez en ligues et associations pour réclamer des dédommagements.

Actuellement, ils nous disent que l’immigration est illégale, des ministres des Affaires étrangères de l’Union Européenne sont venus à Tripoli et on s’est réunis. Ils ont dit que les Africains envahissent l’Europe clandestinement. Je leur ai dit que vous êtes venus en Afrique, vous avez pris l’or, le diamant, l’argent, nos richesses… vous devez nous les restituer sinon on ira les chercher en Europe.

Il faut pour cela que l’Afrique ait un gouvernement africain avec ses ministres et ses représentants qui parlent en son nom. J’aimerais que vous commenciez dès maintenant à travailler dans les ligues et les associations pour exiger des dédommagements et pour que vous encouragiez les peuples Africains ex-colonisés à en faire de même. J’aimerais que la pression commence au Sénégal et démarre de ce pays et de la Libye avant le sommet d’Accra pour qu’il y ait un gouvernement fédéral Africain, un marché commun africain, une banque centrale d’Afrique, une monnaie africaine, des ministères africains du commerce et des affaires étrangères. Nous ne devons pas perdre le temps!

Certains gouvernements souhaitent que les peuples s’endorment, ce qui satisfait l’Europe et que nos enfants meurent de faim et des maladies, ils veulent nous créer des problèmes pour nous envoyer des forces d’intervention pour nous recoloniser.

Je remercie le président Abdoulaye Wade qui m’a donné cette occasion et merci beaucoup pour l'honneur que vous m'avez accordé en m'écoutant.

Le frère camarade Moammar Al Kadhafi.

Source : news.abidjan.net/article/

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Sarkozy: la réponse de Boubacar Boris Diop!

Posté par issopha le 22 septembre 2007

Sarkozy: la réponse de Boubacar Boris Diop!

 
Transmis par adminKMM2 le 27 août 2007 à 08:32:49 CEST
Contribution de
Anonyme

boris2_diop.jpgLe discours inacceptable Nicolas Sarkozy

Il est peut-être écrit quelque part qu´entre Paris et ses anciennes colonies d´Afrique noire rien ne doit se passer selon les normes admises par le reste du monde. La brève visite de Nicolas Sarkozy au Sénégal aurait pu passer inaperçue: elle lui a au contraire servi de prétexte à un discours inacceptable, que jamais il n´aurait osé tenir hors du pré-carré, devant le plus insignifiant de ses pairs. En Tunisie et en Algérie, il a bien compris qu´il ne lui serait pas permis de se comporter comme en pays conquis. Il n´a d´ailleurs pas eu droit au Maghreb à l´accueil populaire, folklorique à souhait et dégradant, qui lui a été réservé à Dakar. Dans cette atmosphère rappelant le temps des commandants de cercle, il a prononcé une sorte de discours sur l´état de l´Union… française, sans même qu´on puisse lui reprocher de s´être trompé d´époque. Car il ne faut pas s´y laisser prendre: bien qu’il ait prétendu s´adresser à l´Afrique entière, Sarkozy n´est pas naïf au point de s´imaginer que la voix de son pays porte aussi loin que Johannesburg, Mombasa ou Maputo. Si les intellectuels de cette partie du continent ont, pour une fois, prêté attention aux propos d´un président français, c´est parce qu´on leur en avait préalablement résumé le contenu. Depuis quelques jours, ils le découvrent par eux-mêmes avec stupéfaction en même temps que les réalités de la Françafrique.

On comprend leur colère : même dans les pays francophones où on croyait avoir touché le fond depuis longtemps, tout le monde est d´avis que cette fois-ci la mesure est comble.

sarko.jpgEtre un chef d´Etat relativement jeune et inexpérimenté ne donne à personne le droit d´être aussi puéril. Lorsqu´on dirige un pays important, on ne peut pousser trop loin le jeu du “moi-je-ne-suis-pas-comme-les-autres”. Ce manque d´humilité d´un homme que l´on dirait encore choqué d´avoir si aisément atteint son but l´a amené à aligner, devant un auditoire particulièrement averti, les plus désolants clichés de l´ethnologie coloniale du dix-neuvième siècle. La science politique s´intéressera peut-être un jour à ce cas de figure unique : un président étranger faisant, du haut de son mètre soixante quatre, le procès de tous les habitants d´un continent, sommés d´oser enfin s´éloigner de la nature, pour entrer dans l´histoire humaine et s´inventer un destin. Remises au goût du jour par des auteurs français surtout soucieux de flatter la négrophobie ambiante, ces thèses servent à conforter une lecture révisionniste de la colonisation, du génocide des Tutsi du Rwanda et de la Traite négrière. La phrase “Ce sont des Africains qui ont vendu aux négriers d´autres Africains” est d´une colossale ineptie, elle est tout simplement indigne d´un président de la République. C´est une insulte à la mémoire des victimes et une infâme relativisation de la violence fondamentale du commerce triangulaire. Jamais, dans toute l´histoire de l´humanité, une nation n´en a opprimé une autre sans avoir bénéficié de la complicité, voire du zèle des élites du pays conquis. Aux dires de Robert Paxton – dont le travail sur Vichy est une référence absolue – Adolf Hitler n´était pas spécialement intéressé par l´occupation totale de la France: il lui suffisait de la neutraliser et d´en faire une simple base arrière. Ce sont les autorités étatiques françaises de l´époque qui l´auraient vivement pressé de se montrer un peu plus ambitieux, que diable. Et qui donc, sinon l´écrivain Charles Maurras, a salué comme une “divine surprise” l´entrée des chars allemands dans Paris le 14 juin 1940? Le constat vaut pour d´autres parties du globe. Sans les coupables hésitations de Moctezuma – un homme de faible caractère à la tête du puissant empire aztèque – et le concours des caciques de nombreuses tribus indiennes, Hernàn Cortès et sa poignée de conquistadors n´auraient pas réussi à soumettre à leur loi la quasi-totalité de l´actuelle Amérique latine.

Le président francais a dépassé les limites du tolérable et – bien au-delà des fameux “pays du champ “ – beaucoup de descendants d´esclaves vont se demander comment on en est arrivé à une situation oú un responsable européen peut se permettre de tenir publiquement, sur le lieu même du crime, de tels propos sur la Traite négrière. La référence à Césaire n´y changera rien. Comparaison n´est certes pas raison mais Sarkozy n´a pas de chance : au moment même où il évoquait avec une émotion feinte “ le bruit d´un qu´on jette à la mer”, un Nègre – ou un Arabe - était enchaîné et roué de coups à l´aéroport de Roissy.

A Dakar, le président de la République française a refusé d´appeler l´université par son nom, parce qu´il lui en coûtait sans doute de prononcer celui de Cheikh Anta Diop. Cette attitude ne le grandit pas, pour dire le moins. Elle met à nu les limites d´un homme pourtant visiblement décidé à montrer ce jour-là qu´il était capable de parler d´autre chose – et sur un autre ton – que de “racaille” et de “karcher”. Son désir de proximité avec un public qu´il devait savoir hostile l´a peut-être un peu perdu. Le rôle de composition qu´il s´est inventé (“Je suis jeune et je te parle à toi, jeune d´Afrique“) témoignait de toute façon – soit dit au passage – d´un réel manque de délicatesse à l´égard de son vénérable hôte.

On n´aura pas la cruauté de faire remarquer à Sarkozy que le tutoiement nous rappelle, a nous autres, de bien mauvais souvenirs. Cela importe en définitive moins que son recours répété a un “je” plein de présomption. Il en faut pour s´imaginer que ni la vie, ni leurs parents ou leurs professeurs n´ont jamais rien appris aux jeunes Africains, qu´il y a toujours eu un abîme entre la Vérité et eux et que, lui Nicolas Sarkozy, allait une fois pour toutes le combler ce 26 juillet 2007. Mais l´étudiant le moins averti de l´assistance avait déjà maintes fois décortiqué Discours sur le colonialisme et entendu Césaire y réfuter l´un après l´autre, avec clarté et précision, les arguments servis par Sarkozy. Ce dernier ne le sait peut-être pas mais son discours de Dakar est bien plus vieux que lui-même. On peut se croire résolument tourné vers l´avenir alors qu´on a seulement les yeux rivés sur le rétroviseur de sa propre histoire.

Nicola Sarkozy a en outre cru devoir inviter son auditoire à distinguer entre les “bons” et les “mauvais” colonisateurs. Admettrait-il qu´un Allemand applique la même grille de lecture à l´histoire de son pays ? La France n´a été occupée par l´Allemagne que pendant cinq ans – et dans des conditions infiniment moins cruelles que la colonisation – mais on attend le jour où, au lieu de réfléchir sur un système de domination étrangère, violent et illégitime par sa nature même, quelqu´un aura l´audace de faire le tri entre les nazis de bonne volonté et les autres.

Dressant la liste des fléaux du continent, Sarkozy fait une discrète mention, “des génocides” dont la colonisation n´aurait en rien été “responsable”. Il faut s´y arrêter, comme chaque fois que l´on voit le mot “génocide” utilisé au pluriel par un représentant de l´Etat français. Le nouveau président est arrivé au pouvoir dans un contexte de très forte tension entre Paris et Kigali. L´implication de la France dans le génocide des Tutsi du Rwanda est si avérée que l´on sent parfois chez certaines autorités de l´Hexagone comme une tentation de passer aux aveux. C´est en réalité la seule option rationnelle dans ce difficile dossier. Malheureusement Paris court le risque, en créant un tel précédent, de voir s´ouvrir la boîte de Pandorre des sanglantes dérives de la Francafrique. Pour se tirer d´affaire, on essaie d´accréditer l´idée que le Rwanda n´était, tout bien considéré, qu´un génocide africain de plus et qu´on aurait tort d´en faire une grosse histoire. Avant Sarkozy, François Mitterrand et Dominique de Villepin – pour ne citer que ces deux-là – avaient essayé de se débarrasser, d´un haussement d´épaules désabusé, du million de morts rwandais. Or, cette étrange théorie des solutions finales quasi routinières en Afrique ne résiste pas à l´examen. Il se trouve en effet que le génocide, perçu comme le crime absolu par la communauté des nations, a été défini de manière particulièrement stricte par la Convention de Genève de 1948. Et au sens où l´entend celle-ci, le seul génocide sur le continent, au vingtième siècle, est celui des Tutsi du Rwanda en 1994. Les deux autres – la Shoah et le génocide arménien – ont eu lieu en Europe et le quatrième au Cambodge. Sarkozy ne pouvait ignorer cela. C´est donc à dessein qu´il a tenté de semer la confusion sur ce sujet douloureux, qui mérite mieux qu´un dérisoire traitement politicien.

Plus soucieux, curieusement, d´évoquer notre passé le plus lointain que le présent, l´orateur s´est gardé de la moindre allusion à la Françafrique, “le plus long scandale de la République”, selon le mot du regretté Francois-Xavier Verschave. Sarkozy était pourtant très attendu sur le sujet, car il aurait eu bien des choses à dire sur la politique africaine de la France depuis le début des années soixante. Il sait bien qu´après des independances de façade Paris a continué, entre coups d’Etat, soutien à des régimes dictatoriaux et contrôle total des leviers économiques et du personnel dirigeant, à faire la loi dans ses anciennes colonies. Il en est ainsi depuis le temps du général de Gaulle et ses successeurs, de gauche ou de droite, s’en sont toujours tenus à une ligne de conduite en fin de compte si profitable : langue de bois lénifiante sous les ors des palais et, dans l’ombre, le langage de la force avec son lot de coups tordus de divers réseaux et services, d’interventions militaires et d’assassinats ciblés de personnalités politiques.

On n’attendait certes pas de Nicolas Sarkozy qu’il regrette publiquement l´implication de son pays – qui ne fait plus l’ombre d’un doute – dans le génocide des Tutsi du Rwanda ; il n’allait pas non plus, dans un brusque accès de sincérité, se laisser aller à des états d’âme sur le rôle d’Elf et de certains grands groupes financiers – auxquels on le dit très lié – dans le pillage des ressources du continent. Personne, même dans ses rêves les plus fous, n’a jamais espéré le moindre aveu de cette nature : dans le monde tel qu’il va, les choses ne se passent pas ainsi. Qui ne s´est malgré tout surpris à guetter, ces dernières semaines, l´indice d´un début de changement ? La relation françafricaine a atteint, au sommet, un tel degré de putréfaction qu´elle se sait condamnée à terme. Du Rwanda à la Côte d´Ivoire – en passant par les péripéties de la succession d´Eyadéma – les avertissements n´ont pas manqué depuis bientôt quinze ans. Il eût été habile pour Sarkozy de se donner une aura de réformateur hardi en faisant de nécessité vertu. Mais même ce petit pas en avant, dicté par une prise en compte lucide des réalités du monde et des mutations de l´Afrique dite francophone, a paru d´une audace inouïe aux parrains de la Françafrique. Le candidat Sarkozy avait cru pouvoir déclarer que “la France n’a pas besoin de l’Afrique” mais il n´a pas dû être difficile de démontrer au président l´imprudence de tels propos. Son mutisme remarqué sur la Francafrique montre clairement qu´il n´a pas l´intention d´opérer une rupture qui mettrait dans l´embarras Idriss Deby, Sassou Nguesso et surtout son vieux complice Omar Bongo. Sans parler des amis qu´il ne va pas tarder à se faire : présidents en poste et jeunes dauphins encore imberbes se bousculent, paraît-il, au portillon…

Ceux-là l´ont entendu écarter toute idée de repentance le soir même de son élection et ils n´oseront jamais le fâcher par l´évocation de ce sujet, délicat entre tous. De toutes les anciennes puissances européennes, la France est la seule à avoir ce rapport quasi obsessionnel à son passé colonial. Le parlement y vote, avec une incroyable candeur, des lois négationnistes et sa classe politique semble faire de la question de la repentance une affaire d´Etat d´une importance exceptionnelle. On a envie d´inviter toutes ces personnes à plus de sérénité. Regretter les crimes de ses ancêtres est un acte que seule sa conscience peut dicter à un être humain. C´est, par ce fait même, un acte qui perd toute valeur s´il résulte d´une injonction extérieure. Il ne pourra certes jamais ressusciter les morts ou même guérir complètement les blessures de jadis mais il peut grandir celui qui est capable de s´élever à une telle hauteur et aider, parmi les nouvelles générations, à la réconciliation des coeurs et des esprits. Mais si on n´a pas la force de se repentir, on doit au moins avoir la décence de se taire. Lorsque Nicolas Sarkozy lance : “Jeunes d’Afrique, je ne suis pas venu vous parler de repentance”, il commet une grave inversion des rôles. C´est le privilège de la victime et non du bourreau de décider s´il faut évoquer ou non des crimes si abominables. La réaffirmation constante par le second de son refus du repentir est une véritable maladie de l´âme. Une société dont les dirigeants et tant de citoyens n´ont avec leur passé que ce rapport de dénégation, compulsif et grimaçant, révèle à son insu le malaise qui le tenaille et mérite, en vérité, plus de compassion que de haine.

A entendre Nicolas Sarkozy en prendre ainsi à son aise avec la Traite négrière, on peut perdre de vue qu´elle a fait, sur plusieurs siècles, au moins deux cents millions de victimes. Ce dernier chiffre est donné par Senghor - dans l´important ouvrage qui lui est consacré par l´universitaire américaine Janet G.Vaillant. Peu porté à l´exagération en la matière, l´ancien président sénégalais explique très sobrement dans une lettre à sa biographe en quoi le “trafic de bois d´ébène” continue à peser à la fois sur le présent et sur le destin de l´Afrique.

dessinsenghor3.jpgLe poète de Joal a été cité à plusieurs reprises par Nicolas Sarkozy en des termes élogieux. Le plus ironique c´est que, quoi que l´on puisse penser de Senghor, il n´est pas certain qu´il aurait laissé un invité du Sénégal dire de telles énormités ce 26 juillet sans lui porter la réplique d´une façon ou d´une autre. Etre un habile politicien ne l´empêchait pas d´avoir, lui, de la fierté et le sens de l´Histoire.

Au-delà des rapports de suzerain à vassal que Sarkozy peut entretenir avec ses obligés de la Françafrique, ce qui est arrivé à Dakar interpelle aussi une certaine intelligentsia africaine francophone. Les désillusions nées des Indépendances – partis uniques, Guides-Infaillibles-de-la-nation. épidémie de coups d´Etat militaires et corruption – ont amené certains auteurs à soumettre l´Afrique à une critique sans complaisance. A partir de la fin des années 80 de nombreux textes ont été publiés par nos sociologues, historiens ou philosophes, avec l´intention louable de diagnostiquer le mal africain et de susciter les conditions psychologiques d´un sursaut. De façon moins élaborée mais souvent mus par la même volonté de favoriser un électrochoc, les romanciers faisaient de leur côté, avec la démesure et les effets de dilatation que seule autorise la fiction, le procès des systèmes politiques post-coloniaux. Les uns et les autres avaient malheureusement tendance à confondre Etat africain et société africaine. Celle-ci était soupconnée de couver, par le simple fait qu´elle restait elle-même, les germes de sa propre destruction, plusieurs fois annoncée à l´époque – puis aussitôt reportée sine die. C´était là l´exemple achevé d´une vision purement essentialiste de la réalité africaine, tournant autour d´elle-même, comme le serpent qui se mord la queue, avec une lassante monotonie. Négligeant les rapports de force politiques réels et l´impact décisif de l´Etat francais sur les luttes de pouvoir dans chaque pays de son ex-Empire d´Afrique subsaharienne, la réflexion se polarisait, avec une singulière obstination, sur les effets visibles du désastre au détriment de ses causes profondes, moins spectaculaires il est vrai. Cette littérature, en principe destinée aux Africains, a été en fait beaucoup plus lue par les Occidentaux. Ceux-ci en ont fait leurs délices et elle leur a procuré un exquis sentiment d´innocence. Ces auteurs balisaient à leur insu la voie à une négrophobie que l´on voit chaque jour un peu plus paisible et décomplexée mais qui sait être vulgaire et injurieuse à l´occasion. En quelques années, l´afro-pessimisme a été pour ainsi dire racialisé et vidé de l´énergie libératrice dont elle était potentiellement porteuse. En France et dans le reste de l´Occident, des essayistes africanisants s´en sont largement servis pour donner une seconde vie aux préjugés les plus incongrus sur le continent. Et très souvent ils se sont abrités derrière ces ouvrages pour convaincre de la pureté de leurs intentions un public assez peu averti. Il était en effet difficile de les accuser de racisme puisqu´ils ne faisaient que reprendre les analyses de leurs homologues de Dakar, Yaoundé ou Abidjan.

Les propos de Nicolas Sarkozy viennent en droite ligne de cet univers vaguement africanisant, si prompt à fustiger la concurrence mémorielle et une soi-disant tendance des Nègres à se présenter comme d´éternelles victimes des autres. Son meeting d´Agen le 25 juin 2006 est particulièrement révélateur de cette intime filiation. Sarkozy y avait été très dur contre : « ceux qui ont délibérément choisi de vivre du travail des autres, ceux qui pensent que tout leur est dû sans qu’eux-mêmes doivent rien à personne, ceux qui veulent tout tout de suite sans rien faire, ceux qui, au lieu de se donner du mal pour gagner leur vie, préfèrent chercher dans les replis de l’histoire une dette imaginaire que la France aurait contractée à leur égard et qu’à leurs yeux elle n’aurait pas réglée, ceux qui préfèrent attiser la surenchère des mémoires, pour exiger une compensation que personne ne leur doit, plutôt que de chercher à s’intégrer par l’effort et par le travail, ceux qui n’aiment pas la France, ceux qui exigent tout d’elle sans rien vouloir lui donner, je leur dis qu’ils ne sont pas obligés de rester sur le territoire national.» Quatre jours plus tôt, il était l´invité de Franz-Olivier Giesbert à l´émission “Culture et dépendances”. Il y disait textuellement ceci : « J’ai reçu le père malien et le frère [d’un des deux jeunes électrocutés dans un transformateur EDF, origine des émeutes de novembre 2005]. Le père, qui est depuis trente ans en France, ne parlait pas français. Le fils, qui est né en France et va au Mali seulement pour les vacances, était en boubou.»

Que ce leader politique ait pu en vouloir à des émigrés maliens en train de faire le deuil de leur enfant d´être “en boubou” ou de ne pas parler français, donne la mesure de son mépris pour les Africains et pour leur culture. On aurait cependant tort d´oublier que cette façon de penser est aujourd´hui assez répandue en France. La sortie dakaroise de Sarkozy a retenu l´attention parce qu´il est un chef d´Etat mais il n´a rien dit que l´on n´ait lu ou entendu, au cours de la décennie écoulée, de la part de nombre d´intellectuels européens mais aussi, il faut bien le dire, de la part des penseurs africains eux-mêmes. Pour l´afro-pessimisme, qui a d´ailleurs toujours été un courant philosophique diffus et quasi insaisissable, l´heure devrait être à une révision déchirante. D´une partie de l´Afrique à une autre, voire d´un pays à un autre, des processus historiques singuliers et complexes sont à l´oeuvre. Il n´est pas raisonnable de s´en interdire l´examen minutieux, loin des a priori réducteurs. Autrement dit, le choix n´est pas seulement entre une glorification béate du continent africain et sa diabolisation à outrance. Ce sont là deux façons identiques de s´enfermer dans un tête-à-tête pernicieux avec un monde occidental trop souvent pris à témoin – au nom de quoi ? – de nos “temps glorieux” ou de notre “malédiction”. Instruire le procès des sociétés africaines est légitime mais il est essentiel de savoir très précisément à qui l´on parle. Et si l´on ne trouve pas un moyen sûr de s´adresser en priorité aux Africains, les choses resteront encore longtemps en l´état, au grand dam de nos populations.

On aimerait bien connaître le bilan que le président francais lui-même a fait, en son âme et conscience, de sa visite à Dakar. Se peut-il qu´il n´ait pas compris à quel point nous nous sommes sentis insultés ? D´un point de vue rigoureusement politique, son discours est une faute. Il ne tardera pas à s´en rendre compte : les Africains et les Nègres de la diaspora ne le lui pardonneront jamais. La bonne vieille langue de bois aurait mieux servi les intérêts de son pays. Elle lui aurait en outre évité ces effets oratoires si empruntés qu´ils en étaient parfois un peu pathétiques. A l´arrivée on a presque envie de remercier Nicolas Sarkozy d´être venu nous apporter, bien malgré lui, la bonne nouvelle : en Françafrique, depuis le 16 mai 2007, le Roi est nul.

©Boubacar Boris Diop

Source : togopages.net/blog/

 

Publié dans AFRIQUE : Ceux qui luttent, LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY | 1 Commentaire »

LES AFRICAINS EN EUROPE AVANT LE 20e SIECLE , Par Dieudonné GNAMANKOU

Posté par issopha le 18 septembre 2007

LES AFRICAINS EN EUROPE AVANT LE

XXe SIECLE

par Dieudonné GNAMMANKOU

  

in Le Courrier ACP-UE, Juillet-Août 2001


LES AFRICAINS EN
EUROPE AVANT LE XXe SIECLE

Dieudonné Gnammankou*

Il est impossible de dater les premières migrations de l'Afrique vers l'Europe. En fait, aussi loin que l'on peut remonter dans l'histoire de l'Europe, de l'époque antique au Moyen Age, l'on trouve des témoignages d'une présence africaine.
Au VIIIe siècle, avec la conquête musulmane de l'Europe du Sud, la population noire devient plus nombreuse et plus visible : ce sont des soldats ou des mercenaires mais aussi des chefs militaires.
Au IXe siècle commence la traite transsaharienne de captifs africains vers le monde arabo-musulman, de la Méditerranée à l'Euphrate. Une main d'œuvre servile africaine sera ainsi périodiquement acheminée vers les ports européens riverains de la Méditerranée. Dans les actes notariés, dès cette période, apparaissent des références à la couleur de la peau des esclaves achetés ou vendus. Il faut cependant avoir à l'esprit que les Noirs ne sont pas les seuls à être vendus comme esclaves en Europe à cette époque. Jusqu'au XV et XVIe siècle au Portugal, pour ne citer que ce pays, il y avait parmi les esclaves des Blancs, en particulier des Européens de l'Est, des Juifs et aussi des Arabes. Mais progressivement les Noirs esclaves jusque là minoritaires deviennent plus nombreux.
On estime que de 1450 à 1500, entre sept cents et neuf cents prisonniers africains étaient vendus chaque année dans les ports et villes du Portugal. Mais au XVIIe siècle, ils sont plus de cent mille à vivre dans les villes et les campagnes portugaises. Rien qu'à Lisbonne on estime qu'ils sont 10 470 en 1620. Un nombre non négligeable était cependant libre car il existait des procédures d'affranchissement ou de rachat de la liberté. Au total, on estime à environ cent cinquante mille le nombre de Noirs présents dans la péninsule ibérique à compter du XVIe siècle .

Extension de la présence noire à toute l'Europe :
De Lisbonne située sur la côte atlantique de l'Europe à l'Oural dans l'empire russe, les Africains sont partout : en Espagne, au Portugal, en France, en Angleterre, en Hollande, en Allemagne et dans les pays scandinaves. En Europe ottomane (Bosnie, Serbie, Monténégro…) et dans l'Empire russe. Sait-on par exemple, qu'une petite communauté africaine “de langue haoussa existe encore dans l'ex-Yougoslavie” à Ulcinj au sud-ouest du Monténégro? Ivo Andric (prix Nobel de littérature en 1961) rappelle l'histoire d'un de ces Africains dans son roman Sur le pont de la Drina (1945).

Ambassades africaines en Europe : de nombreuses missions diplomatiques ont été envoyées par des rois africains en Europe. Par exemple, en 1670, le roi Kpayizonoun d'Allada, Dahomey (Bénin), a envoyé son homme de confiance, don Mateo Lopez en France. Lopez est arrivé à Dieppe le 3 décembre 1670, en compagnie de ses trois femmes, de trois de ses fils, d'un trompettiste et de quatre serviteurs. A Paris, il a été reçu par Louis XIV aux Tuileries le 19 décembre1670. De nombreux corps de troupes et la garde d'honneur avaient été mobilisés pour l'accueillir. L'ambassadeur et sa suite furent logés dans le somptueux hôtel de Luynes. Il proposa à Louis XIV une alliance commerciale avec le roi d'Allada. Cette mission fut interprétée en France comme un hommage de l'Afrique au Roi-Soleil.

L'impact de la traite négrière atlantique
Du XVIe au XIXe siècle, le développement de la traite négrière vers les Amériques est à l'origine d'une arrivée plus importante d'Africains en Europe surtout via l'Amérique mais aussi directement de l'Afrique vers l'Europe.
En dehors des esclaves, il y a également des Noirs libres. Au XVIIIe et surtout au XIXe siècle, de jeunes Africains sont envoyés en France ou en Angleterre par leurs familles pour faire des études, recevoir une formation militaire ou tout simplement pour apprendre la langue française ou anglaise et retourner chez eux. Par ailleurs, des Noirs libres quittaient parfois les colonies pour s'installer en métropole ou y envoyaient leurs enfants pour études.
En France, on dénombre en 1738 quelques quatre mille esclaves noirs bien que les lois interdisent l'esclavage sur le sol français. Vers la fin du XVIIIe siècle, ils sont environ une dizaine de milliers auxquels il faut ajouter quelques milliers de Noirs libres. Un millier d'entre eux servent dans l'armée, dans le Bataillon de Pionniers Noirs - créé sur arrêté de Bonaparte en 1802 - et rebaptisé en 1806 le Régiment Royal Africain.
En Angleterre en 1787 environ vingt mille Noirs vivent à Londres. Ils sont nombreux dans l'armée, en particulier dans le Royal Fusiliers.

Combattants de la liberté : les droits des Noirs en Europe
Au XVI et XVIIe siècle au Portugal et en Espagne, les esclaves africains se regroupent en fraternités religieuses et en associations culturelles. Ils créent des institutions de défense de leurs droits, de rachat de leur liberté et pour la protection des esclaves en fuite.
Etant donné que la législation interdisait la pratique de l'esclavage sur le sol anglais, français ou hollandais, les esclaves qui accompagnaient leurs maîtres en métropole n'hésitaient pas à intenter des procès à ces derniers. Le cas le plus célèbre est celui de James Somerset qui a gagné en 1772 un procès contre son maître.
En France, des Noirs de condition servile qui avaient épousé des Françaises réclamaient et obtenaient parfois leur liberté malgré l'opposition farouche des lobbies de colons. Dès 1716, le maire de Nantes réclame l'interdiction aux Noirs d'épouser des Françaises. Le Conseil Royal d'Etat expose alors la position du gouvernement dans un Edit d'octobre 1716 sur l'entrée des Noirs en France. D'importantes concessions sont faites aux colons. Le mariage mixte n'est pas interdit mais il subit de sérieuses restrictions : aucun esclave ne peut se marier sans le consentement de son maître. Et si le maître consent, l'esclave doit être libéré aussitôt. Mais la Déclaration de 1738 finira par supprimer le droit de l'esclave de se marier en France même avec l'accord du maître.

Les Noirs libres d'Europe furent les premiers à dénoncer l'iniquité de l'esclavage ainsi que l'aberration des préjugés raciaux. A l'exception du théologien Jacobus Capitein, un Africain diplômé en 1742 de l'Université de Leyde, qui fit l'apologie de l'esclavage. Selon lui, l'état de servitude n'était pas en contradiction avec la liberté chrétienne!
Les Noirs libres ont aidé à réveiller les consciences européennes en apportant une contribution politique directe au mouvement abolitionniste. En Angleterre, Olaudah Equiano, ancien esclave, publia en 1789 son autobiographie, The Interesting Narrative of Olaudah Equiano…, révélant les horreurs de la traite négrière et de l'esclavage. Déjà en 1729, le philosophe africain de Halle (Saxe), Anton Amo, avait présenté un texte sur un sujet au titre prémonitoire : Du Droit des Noirs en Europe (1729).

Préjugés raciaux
Aussi surprenant que cela puisse paraître, il semble bien que les Noirs avaient plus de droits en Europe avant la proclamation des droits de l'homme. Au XVIIIe et au XIXe s., on assiste à une dégradation de leurs droits en Europe et à une véritable régression dans les Amériques : en France, un décret royal de 1777 interdit l'entrée du territoire aux Noirs et aux mulâtres libres et esclaves en raison d'un manque chronique de main d'oeuvre dans les colonies. En 1778, un autre décret interdit les mariages entre Noirs (libres ou esclaves) et Blancs en France. Après la libération de St Domingue par les esclaves environ six mille colons français retournent en métropole où ils vont mener une véritable guerre contre les Noirs. Ainsi, la France qui avait été la première à abolir l'esclavage en 1794 peu après la Révolution le rétablit en 1802 sur décision de Bonaparte.
En Angleterre à la même époque, au lieu de mener une véritable politique d'intégration de la population noire qui vit dans des conditions misérables, on préfère les faire partir en Sierra Leone. Cependant le poids politique des Noirs y était plus important qu'ailleurs en Europe.

Avant le XVIIIe s. le fait que des Noirs soient vendus comme esclaves en Europe ne pouvait pas constituer en soi un facteur d'infériorité raciale de ceux-ci dans la mesure où Blancs et Noirs partageaient la même condition servile. Le fait nouveau qui apparaît dès le XVIIe s. et qui devient absolu au XVIIIe et au XIXe s. est que la totalité de la population esclave dans les colonies américaines et antillaises est noire. Tandis que les propriétaires d'esclaves sont des Blancs. Au XIXe s., pour justifier l'institution esclavagiste et préserver la prétendue “pureté raciale”, des thèses pseudo-scientifiques sur l'infériorité congénitale des Noirs seront diffusées en Amérique et en Europe. Des intellectuels africains vivant en Europe à l'image d'Edward Blyden ou d'Africanus Horton combattront fermement ce qu'ils appelaient “les fausses théories des anthropologues”.
Mais le racisme antinoir prit de l'essor et ne disparut pas avec les différentes abolitions au XIXe siècle. La liberté retrouvée, les Noirs devaient faire face à toutes sortes de discriminations en Europe, dans les Amériques et aussi en Afrique. L'entreprise coloniale qui succéda à l'esclavage dans la seconde moitié du XIXe siècle avait hérité d'un grand nombre de travers nés au cours des siècles précédents. L'Europe qui était plus forte militairement et industriellement s'autoproclama supérieure à tous les autres peuples. Et les rapports qu'elle a entretenus en tant que puissance impérialiste avec l'Afrique furent inégalitaires.

On a donc réussi à faire oublier que des Africains ont vécu en Europe au cours des siècles antérieurs et qu'ils ont apporté des contributions remarquées à différents époques aux arts et aux sciences. Les Anglais d'aujourd'hui ignorent que plus de trois cents ans avant la seconde guerre mondiale, la population africaine en Grande Bretagne était considérée comme trop nombreuse. L'hostilité contre les Noirs était telle que la reine Elisabeth Ire (1533-1603) ordonna leur expulsion du pays en 1601. La politique d'exclusion et d'expulsion des Africains d'Europe n'est donc pas une invention du XXe siècle. Pourtant, vers 1790, toujours à Londres, la danse africaine allait devenir très populaire. Mais en 1850, un écrivain anglais jugeait impensable l'idée qu'une lady britannique puisse épouser un Noir. Or Othello de Shakespeare avait été écrit près de 250 ans auparavant!
L'étude de l'histoire des Africains en Europe révèle donc de nombreuses contradictions. Elle montre que l'évolution des idées et des attitudes européennes envers les Noirs n'a jamais été linéaire. Et qu'on peut parfois trouver des modèles d'avenir dans le passé.

De toutes conditions sociales.

On le voit, les Africains d'Europe n'étaient pas réduits à la seule condition servile. Des milliers d'entre eux étaient des citoyens européens à part entière. Ils appartenaient à toutes les couches sociales : serviteurs, maîtresses, ouvriers, artisans, galériens, soldats, marins, officiers, généraux, étudiants, philosophes, musiciens, écrivains, peintres, ingénieurs, riches propriétaires terriens, ducs, princes, religieux, saints, sportifs, etc.
Parmi eux, des figures d'excellence ont émergé dans toute l'Europe : ils sont des centaines à avoir été de véritables célébrités à leur époque, du XIIIe s au XIXe s. Et tous ne sont pas connus car la recherche sur ces Africains célèbres de l'histoire européenne ne fait que commencer.
En Angleterre
En 1997 la National Portrait Gallery de Londres a consacré une exposition et des conférences à Ignatius Sancho, ancien esclave africain devenu un homme de lettres célèbre en Angleterre au XVIIIe siècle. Sancho fut dramaturge, critique d'art et de théâtre, compositeur et protecteur de jeunes écrivains. Il a écrit Theory of Music et sa correspondance avec des personnalités anglaises publiée après sa mort en 1780 - Letters of the Late Ignatius Sancho, An African - a été un succès de librairie.
En Italie
Au XIIIe siècle, un Africain, Jean le Noir, protégé de Frédéric II, fut vizir du royaume de Sicile.
Au début du XVIe siècle à Venise, Anne, une femme noire surnommée la Cléopâtre italienne pour sa très grande beauté, fut la maîtresse du cardinal de Médicis (futur pape Clément VII). De cette liaison naquit un fils, Alexandre de Médicis dit le Maure, qui devint le premier duc de Florence.
En Espagne
L'Africain Juan Latino (1516 - vers 1595) était l'un des plus grands poètes et érudits de l'Espagne du XVIe siècle. Il enseigna le latin et le grec à l'Université de Grenade. Son poème en latin l'Austriade, dédié à son protecteur et ami don Juan d'Autriche, vainqueur des Turcs à Lépante (1571), est considéré comme “un des monuments de la littérature espagnole du XVIIe siècle”.
En Allemagne
Originaire de l'actuel Ghana, le philosophe Anton Amo a vécu au XVIIIe siècle en Allemagne. Amo a publié trois ouvrages de philosophie et enseigné dans les Universités de Halle, Wittenberg et Iéna. Il fut conseiller à la cour de Berlin avant de retourner vers 1753 en Afrique.
En Russie
Abraham Petrovitch Hanibal (1696-1781) né à Logone au Cameroun, est l'Africain le plus célèbre de l'histoire russe. Ingénieur savant, auteur en 1725-1726 des traités Géométrie Practique et Fortifications, il fut directeur technique et général en chef de l'armée impériale russe. Il a dirigé pendant de nombreuses années tous les grands travaux en Russie et est le fondateur de la ville d'Elisabethgrad, (Kirovograd, Ukraine). Le plus grand poète de Russie, Alexandre Pouchkine, est son arrière-petit-fils .
En France
Le célèbre Alexandre Dumas était le petit-fils d'une Africaine, esclave à Saint Domingue.

ILLUSTRATIONS

1- Abraham Hanibal, portrait présumé, XVIIIe s. (J.B. van Loo?, Collection privée de Me Meille, Paris) : Hanibal fut général de l'armée russe et le bisaïeul de Pouchkine
Source : Livre de l'auteur Abraham Hanibal, l'aïeul noir de Pouchkine, Paris, Présence Africaine, 1996 (couverture)
2- L'Ambassadeur du roi du Congo Dom Garcia II auprès du gouverneur hollandais du Brésil en 1643, par Albert Eeckout (?). National Museum of Denmark, Department of Ethnography, Copenhagen.
Source : Blacks in the Dutch World, de Allison Blakely, Indiana University Press, 1993, page 122.
3- Un Africain d'ex-Yougoslavie dans les années 1950. Source : Man 58 (revue) année 1958, illustration de l'article de Lopashish
4- Paul, un Noir vivant à Orléans, France au XVIIIe siècle par J.B. Pigalle, 1760
5-Ignatius Sancho, homme de lettres, Angleterre, XVIIIe s., par Gainsborough. Source: Couverture du livre, Letters of the Late Ignatius Sancho, An African, Edition de 1998, Penguin Books

6- La poétesse Phyllis Wheatley, XVIIIe s. (The Moorland-Spingarn Research Center, Howard University, Washington)
Source : General History of Africa, Unesco, vol V, 1992.
7- Dido, une Noire de Londres par J. Zoffany
Source : couverture du livre Black London de Gretchen Holbrook-Gerzina, Rutgers University Press

*Maître de conférences en Etudes Slaves. Sa thèse de doctorat en histoire et civilisation a porté sur l'histoire des Africains en Russie de 1670 à 1917. Il a publié en 1996 une biographie, Abraham Hanibal, l'aïeul noir de Pouchkine (traduite en russe) et dirigé en 1999 l'ouvrage collectif, Pouchkine et le Monde Noir.

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Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy. Plusieurs écrivains africains se joignent à …

Posté par issopha le 13 septembre 2007

Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy. Plusieurs écrivains africains se

joignent

à Raharimanana pour répondre au président français. (Libération,

vendredi 10 août 2007)  

http://www.liberation.fr/rebonds/27…

Antananarivo, le 3 août 2007

Monsieur le Président, 

Vous étiez venu dites-vous à Dakar nous parler - nous les Africains -, avec franchise et sincérité, vous étiez donc venu avec tout le fond de votre pensée, car c’est ainsi je crois qu’on qualifie la franchise et la sincérité, un échange sans fard et sans arrière-pensée. Nous prenons donc acte de la conception que vous avez de ce continent et de ses habitants. Vous étiez venu dites-vous pour nous assurer que
la France s’associera à nous si nous voulons la liberté, la justice et le droit, mais permettez-moi d’être franc et sincère également.

Au lendemain de votre discours, que faisiez-vous donc avec Omar Bongo, quarante ans de règne dans la dictature, un doyen dites-vous, et quel doyen dans la corruption et l’aliénation de son pays ! De quelle liberté, de quelle justice, de quel droit parlez-vous ? Je n’ose même pas vous poser la question concernant votre sourire à cet autre grand dictateur africain : Muammar al-Kadhafi ! Que dire du don nucléaire que vous lui promettiez ? Il serait maintenant fréquentable ? Sincèrement ? Mais soit… Nous les Africains manquons un peu de raison et ne comprenons pas ces subtilités qui nous éloignent de la nature et de l’ordre immuable des saisons.

Vous étiez donc venu - vidi vici complétera l’autre, regarder en face notre histoire commune. Fort bien ! Votre posture tombe à propos pour une génération d’Africains et de Français avides de comprendre enfin ces drames continuels frappant l’Afrique. Il nous reste simplement à tomber d’accord pour définir le sens de ce mot histoire. Car quand vous dites que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire, vous avez tort. Nous étions au cœur de l’histoire quand l’esclavage a changé la face du monde. Nous étions au cœur de l’histoire quand l’Europe s’est partagé notre continent. Nous étions au cœur de l’histoire quand la colonisation a dessiné la configuration actuelle du monde. Le monde moderne doit tout au sort de l’Afrique, et quand je dis monde moderne, je n’en exclus pas l’homme africain que vous semblez reléguer dans les traditions et je ne sais quel autre mythe et contemplation béate de la nature. Qu’entendez-vous par histoire ? N’y comptent que ceux qui y sont entrés comme vainqueurs ? Laissez-nous vous raconter un peu cette histoire que vous semblez fort mal connaître. Nos pères, par leurs luttes sont entrés dans l’histoire en résistant à l’esclavage, nos pères par leurs révoltes, ont contraint les pays esclavagistes à ratifier l’abolition de l’esclavage, nos pères par leurs insurrections - connaissez-vous Sétif 1945, connaissez-vous Madagascar 1947 ? ont poussé les pays colonialistes à abandonner la colonisation. Et nous qui luttions depuis les indépendances contre ces dictateurs soutenus entre autres par
la France et ses grandes entreprises - le groupe de votre ami si généreux au large de Malte par exemple, ou la compagnie Elf.

Savez-vous au moins combien de jeunes Africains sont tombés dans les manifestations, les grèves et les soulèvements depuis cette quarantaine d’années de dictature et d’atteinte aux droits de l’homme ?

Fait-on partie de l’histoire quand on tombe dans un coin de rue d’Andavamamba, les bottes des militaires foulant votre corps et vous livrant aux chiens ? Croyez-vous vraiment que jamais l’homme (africain) ne s’élance vers l’avenir, jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin ? Jamais dites-vous ? Devons-nous l’interpréter comme ignorance, comme cynisme, comme mépris ? Ou alors, comme ces colonisateurs de bonne foi, vous vous exprimez en croyant exposer un bien qui serait finalement un mal pour nous. Seriez-vous aveugle ? Dans ce cas, vous devriez sincèrement reprendre la copie nous concernant. Vous avez tort de mettre sur le même pied d’égalité la responsabilité des Africains et les crimes de l’esclavage et de la colonisation, car s’il y avait des complices de notre côté, ils ne sont que les émanations de ces entreprises totalitaires initiées par l’Europe, depuis quand les systèmes totalitaires n’ont-ils pas leurs collaborateurs locaux ? Car oui, l’esclavage et la colonisation sont des systèmes totalitaires, et vous avez tort de tenter de les justifier en évoquant nos responsabilités et ce bon côté de la colonisation. Mais tout comme vous sûrement, nous reconnaissons qu’il y a eu des « justes ». Or vous savez fort bien que les justes n’excusent pas le totalitarisme. Vous avez tort de penser que les dictateurs sont de nos faits. Foccart vous dit peut-être quelque chose ? Et les jeux des grandes puissances - dont
la France évidemment, qui font et défont les régimes ? Paranoïa de notre part ? Oui, nous devons résister, et nous résistons déjà, mais
la France est-elle franchement de notre côté ? Qui a oublié le Rwanda ? Vous appelez à une « renaissance africaine », venez d’abord parler à vos véritables interlocuteurs, de ceux qui veulent sincèrement et franchement cette renaissance, nous la jeunesse africaine, savons qu’ils ne se nomment pas Omar Bongo, Muammar al-Kadhafi, Denis Sassou Nguesso, Ravalomanana ou bien d’autres chefs d’Etat autoproclamés démocrates.

Nous vous invitons au débat, nous vous invitons à l’échange. Par cette lettre ouverte, nous vous prenons au mot, cessez donc de côtoyer les fossoyeurs de nos espérances et venez parler avec nous. Quant à l’Eurafrique, en avez-vous parlé à Angela ?

Sincèrement et franchement à vous.

Raharimanana et les écrivains Boubacar Boris Diop (Sénégal), Abderrahman Beggar (Maroc, Canada), Patrice Nganang (Cameroun, Etats-Unis) Koulsy Lamko (Tchad), Kangni Alem (université de Lomé), et l’éditrice Jutta Hepke (Vents d’ailleurs). 

Publié dans AFRIQUE : Ceux qui luttent, AFRIQUE de SARKOZY, NICOLAS SARKOZY | Pas de Commentaires »

 

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