« L’or africain. Pillages, trafics & commerce international »

Posté par issopha le 4 février 2008

« L’or africain. Pillages, trafics & commerce international« 

 Dossier noir n°22, Agone, Survie Oxfam France-Agir ici.

Sortie le 12 oct. 2007. 12 euros.

Olivier
30 octobre 2007

 

L’or africain est un livre-enquête qui s’attache à dévoiler les dysfonctionnements chroniques et les aspects occultes de l’exploitation de l’or (à partir de l’exemple de Sadiola au Mali) pour les mettre en relation avec les caractères généraux et les enjeux de l’exploitation des ressources naturelles en Afrique.

Un éclairage particulier y est porté sur le rôle des paradis fiscaux et des multinationales européennes et américaines dans ce qui s’apparente à un véritable pillage.

L’ouvrage s’attache également à mettre en avant les mouvements de résistance qui, au Mali, dans le reste de l’Afrique et dans le monde, s’opposent à une exploitation incontrôlée des ressources de ce continent qui paye depuis trop longtemps le prix le plus fort de la mondialisation libérale, après avoir servi les empires coloniaux.

Sommaire

  L’or, un minerai névralgique 
  Stratégies occultes & services secrets

- I. Comment l’or ruine l’Afrique 
  Sadiola : cyanure, maladies & fausses couches 
  Méthodes d’exploitation héritées de l’apartheid 
  Détour par Morila 
  AngloGold & Randgold : bénéfices compris

- II. Multinationales de l’or 
  Les projets en or de la Banque mondiale 
  La ruée sur l’or ouest-africain 
  Mali : IAMGOLD, « Je suis l’or »

- III. Pillages, trafics, conflits armés 
  Lobbying minier & faucons à Washington 
  Tanzanie : Barrick Gold & monsieur Bush 
  Trafics & syndicats de la contrebande

- IV. Commerces de l’or africain 
  Rwanda, Ouganda : fuites de métaux précieux 
  Raffinage, ports francs & paradis fiscaux 
  Apartheid, banques suisses & famille Oppenheimer 
  Des affaires atomiques : or, uranium, CIA

- V. La part de la Françafrique 
  Razzias coloniales 
  De Gaulle & la ruée vers l’or 
  « Prêts au développement » & sous-traitance de l’or

- VI. Imposer la transparence 
  Grèves & mobilisations africaines 
  Paris, Montreuil, Sadiola 
  Transparence & campagnes internationales 
  Or, blanchiment des capitaux & terrorisme 
  Un processus Kimberley pour l’or ?

L’or oublié de l’Afrique

L’un des rares livres sur le sujet, L’or africain est une plongée vertigineuse dans un secteur de production qu’aucune règle ou presque ne régit et qui donne lieu à une véritable course contre la montre à qui s’enrichira le plus et le plus rapidement, que se mènent les compagnies d’extraction.

Ecrire un livre n’est pas toujours aisé. L’écrire collectivement l’est encore moins. Celui-ci a cette particularité qu’il a été rédigé à partir d’un premier projet de François-Xavier Verschave. Décédé en juin 2005, celui-ci n’avait pu mener son projet à terme. L’exercice n’était donc pas facile. Toutefois, Gilles Labarthe, journaliste et déjà auteur du Dossier noir n° 20 sur le Togo, a su exprimer sa propre plume, tout en faisant une place à celle de F-X Verschave, le citant et mettant ainsi en valeur le travail original de celui à qui ce livre tenait tout particulièrement à cœur.

A partir de l’exemple de la mine d’or de Sadiola au Mali et de l’enquête de la documentariste Camille ce Vitry sur les conséquences humaines et environnementales de son exploitation, ce livre propose un zoom arrière sur les acteurs de l’exploitation de l’or en Afrique, les réseaux et les circuits financiers qu’ils utilisent, afin de mettre à nu cet autre secteur du pillage des richesses du continent africain. Véritable livre-enquête, L’or africain repose sur un minutieux travail de recherche que Gilles Labarthe, journaliste spécialisé sur les questions de criminalité économique en Afrique, avait déjà abordé, pour avoir notamment enquêté à Morila, une autre cité minière du Mali.

Afrique, continent stratégique

Ce livre, l’un des rares sur le sujet, documenté, nous plonge donc dans l’exploitation de cet or africain qui, avec ses 600 tonnes par an, représente environ le quart de la production annuelle mondiale. Son exploitation (l’Afrique détient la moitié des réserves d’or mondiales identifiées) est quant à elle très juteuse : la part des recettes qui revient aux Etats est minime, parfois nulle ; la main d’œuvre est très bon marché ; les mouvements syndicaux vite réprimés et les normes environnementales, pas appliquées ou peu contraignantes ; sans compter la flambée qu’a connu le cours du minerai précieux ces dernières années.

Le livre nous amène ainsi à Sadiola et à Morila (Mali), au Ghana, en Afrique du Sud ou au Botswana, pour constater le cynisme des compagnies minières et leurs « méthodes d’exploitation héritée de l’apartheid ». Les conséquences environnementales liées à l’utilisation du cyanure et du mercure pour purifier le minerai sont « inhumaines ». L’auteur remonte ensuite les filières du commerce légal de l’or, pour découvrir les filières parallèles, les trafics transfrontaliers, les sociétés off shore et le rôle des paradis fiscaux dans le blanchiment de capitaux dont l’or est un des principaux vecteurs. Il nous apprend que la Banque mondiale (BM), censée œuvrer au développement des pays africains, constitue le plus gros investisseur dans l’extraction de l’or, livrant à une poignée de multinationales américaines (telle Newmont Minin), canadiennes (telle IAMGOLD), anglaises ou sud-africaines (telle AngloGold), 80% des ressources aurifères du continent.

La ruée vers l’or

Il faut dire qu’à partir des années 1990, avec la fin de la Guerre froide et la libéralisation des économies africaines sous les injonctions de la BM et autres Plans d’ajustements structurels du FMI, le secteur a littéralement explosé.

La France, elle, y apparaît quelque peu marginale. Après la « razzia coloniale », Gilles Labarthe montre dans le chapitre « la part de la Françafrique » comment le Bureau de recherche géologique et minière (BRGM) a quadrillé l’ensemble du pré-carré français pour permettre une exploitation qui a parfois alimenté les caisses de partis politiques. La présence d’Areva dans ce secteur révèle les passerelles avec le lobby nucléaire, tandis que des groupes comme Bouygues, offrent en sous-traitance leurs services aux grandes compagnies étrangères.

L’enquête nous mène également en République Démocratique du Congo où les conflits armés sont directement alimentés par le trafic de l’or. L’auteur consacre un gros chapitre aux opérations qu’y mènent les banques suisses. Il faut dire que Gille Labarthe est suisse lui-même, ressortissant de ce paradis fiscal en plein cœur de l’Europe, une des principales plaques tournantes des trafics d’or, mais aussi de diamant et autres pierres précieuses.

Comme pour boucler la boucle et ne pas laisser le dernier mot aux trafiquants, cette enquête se termine par un point sur les différentes mobilisations au Nord comme au Sud, pour une exploitation raisonnée et contrôlée de la ressource aurifère.

Au-delà de l’enquête de fond sur un sujet difficile, la grande force de ce livre est probablement dans le témoignage qu’il offre, pour les générations futures, de la mobilisation des ressortissants de Sadiola et de nombreuses autres villes minières d’Afrique.

L’exploitation de l’or en Afrique. Caractéristiques et enjeux socio-économiques.

Interview de Gilles Labarthe.

-  Quels sont les principaux pays producteurs d’or en Afrique ?

Il s’agit principalement de l’Afrique du Sud (une moyenne de 300 tonnes ces dernières années), du Ghana (plus de 75 tonnes), du Mali (50 tonnes en moyenne), de la Tanzanie (idem), de la Guinée et du Zimbabwe (de 10 à 20 tonnes selon les années), de la République démocratique du Congo… au total, plus de 34 pays africains produisent de l’or, réalisant une production totale de plus de 600 tonnes d’or par an – soit environ le quart de la production annuelle mondiale.

-  Pourquoi l’Afrique reste-t-elle un continent stratégique dans le secteur minier ?

Le continent noir détient la moitié des réserves d’or mondiales identifiées. Après le pétrole, l’or représente un des cinq premiers marchés mondiaux dans le secteur des minéraux : il “ pèse ” environ 65 milliards de dollars par an. L’Afrique est de plus en plus convoitée par les multinationales d’extraction : outre les réserves d’or importantes, la part des recettes d’exploitation qui revient à l’Etat a été minorée à l’extrême (20%, voire même 0% comme c’est le cas d’une mine d’or au Botswana). La main d’œuvre africaine est très bon marché, les mouvements syndicaux vite réprimés et les normes environnementales, pas appliquées ou peu contraignantes. Résultat : la marge de bénéfice réalisée par les grandes compagnies minières occidentales est plus importante que dans n’importe quel autre endroit de la planète. Depuis une dizaine d’années, avec la hausse spectaculaire du cours de l’or, les investissements étrangers montent en flèche dans le secteur aurifère, surtout en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.

-  Quelles sont les trois plus grandes multinationales de l’or opérant en Afrique ?

Ce livre d’enquête décrit entre autres les activités polluantes des trois plus grandes multinationales d’extraction (« majors ») qui se disputent la première place sur ce marché, et qui sont omniprésentes en Afrique : AngloGold (Afrique du Sud), Barrick Gold (Canada) et Newmont Mining (USA). Ces trois compagnies, soutenues par le gratin de la haute finance internationale, produisent elles seules chaque année plus de 500 tonnes de tout l’or extrait sur la planète. Elles sont régulièrement dénoncées pour pollution à large échelle et violation des droits de l’homme. Le dossier noir présente aussi les méthodes d’autres compagnies de dimension plus modeste (« juniors »), associées à ces géants de l’or, qui mènent sur place une politique de prospection et d’acquisition très agressive, souvent aux limites de la légalité.

-  Quels sont les principaux acheteurs sur le marché mondial ?

Les principaux acheteurs de la production d’or africain extrait par ces trois compagnies anglo-saxonnes sont des grandes banques commerciales comme la Royal Bank of Canada, J. P. Morgan, Union des Banques Suisses (UBS) ou la française Société Générale. Ces banques occidentales avancent aux multinationales précitées d’importants crédits finançant l’exploitation industrielle de l’or sur les plus importants gisements en Afrique. Ces crédits sont gagés sur la production d’or.

Pour les actionnaires comme pour les grands établissements bancaires, l’industrie de l’or représente un des placements les plus rentables. Valeur-refuge par excellence, l’or conserve un bel avenir. Son cours actuel a dépassé un de ses plus hauts niveaux depuis les années 1980, avoisinant 16 000 euros le kilo. La demande est importante, comme toujours en temps de crise. Les attentats du 11 septembre 2001 auraient contribué à relancer cette fringale. La demande est garantie par les marchés indien et chinois. La bijouterie et l’horlogerie de luxe absorbent une part considérable de la production.

-  Quels problèmes sociaux et environnementaux posent l’extraction de l’or ?

Ce livre part de l’exemple des communautés de Sadiola, au sud-ouest du Mali, qui dénoncent depuis dix ans la pollution effroyable causée par l’extraction industrielle de l’or par les multinationales. Déversement des eaux polluées, intoxications au cyanure, normes de sécurité mal appliquées, déplacement massif des populations locales… les mêmes ravages sociaux et environnementaux sont aussi dénoncés depuis longtemps au Ghana, comme en Tanzanie, notamment par l’Organisation de la société civile africaine, une coalition de vingt-neuf ONG représentant quinze pays, travaillant dans le secteur de l’extraction minière ou concernées par ses répercussions. Qui va payer la facture sociale et environnementale liée à l’exploitation industrielle de l’or ? Certainement pas les multinationales d’extraction, qui cherchent à se décharger du coût lié à la réhabilitation des sites. La somme des dégradations écologiques et des atteintes à la santé provoquées par l’exploitation des mines d’or à ciel ouvert – qui sont les plus polluantes – va ruiner les régions productrices pour des générations à venir. Un rapport américain avance déjà le chiffre de 55 milliards de dollars pour réparer les dégâts.

-  Que dénoncent aujourd’hui la société civile africaine et les ONG internationales ?

Outre les ravages causés sur l’environnement, il s’agit de lutter contre les injustices sociales. La mobilisation est très large. Le secteur de l’or concerne autant la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), qui s’insurge contre les conditions inhumaines d’exploitation – comme au Mali – qu’Amnesty International, qui a documenté de crimes commis en 1996 sur le site minier de Bulyanhulu en Tanzanie. L’exploitation de l’or, souvent associée à des activités de mercenariat, peut se révéler encore plus meurtrière dans des régions en conflit, comme dans les provinces de l’est en République démocratique du Congo. L’or risque de financer des mouvements armés, comme l’avertit l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW). Il représente aussi l’un des principaux vecteurs du blanchiment d’argent, au niveau international.

-  On a beaucoup parlé du “ processus Kimberley ” pour lutter contre les “ diamants du sang ”. Peut-on imaginer un processus de certification similaire, pour l’or ?

Les experts du Conseil de sécurité des Nations unies le recommandent. Ils y travaillent même depuis plusieurs années. Rien n’a encore abouti de manière officielle. En plus des phénomènes de contrebande, laquelle sert parfois à financer l’effort de guerre, l’origine de l’or est particulièrement difficile à contrôler : il peut être fondu et refondu, à l’infini… Vu la porosité des frontières, le manque de moyens de contrôle dont disposent les Etats africains, la corruption ambiante, le caractère instable ou kleptocrate de certains régimes (République démocratique du Congo, République centrafricaine, Guinée, pour ne citer que ces pays-là), on peut raisonnablement estimer qu’un quart, voire un tiers de la production totale issue de l’orpaillage africain – estimée à 50 tonnes – est exfiltrée par des réseaux de contrebande. Ces réseaux, qui alimentent les marchés asiatiques, européens et américains de l’or, parviennent aussi à détourner parfois une part significative de la production issue de l’extraction industrielle, comme en Afrique du Sud. En 1996, le gouvernement de Pretoria recherchait ainsi en Suisse plus de 7 tonnes d’or (soit une valeur actuelle avoisinant une centaine de millions de dollars) qui avaient été acheminés clandestinement vers l’entreprise suisse de raffinage Metalor. Le manque à gagner pour les Etats africains est considérable.

-  L’Afrique produit beaucoup d’or, mais reste pauvre. Pourquoi ?

Plus de 80% des sites aurifères ouest et centrafricains de grande envergure sont aujourd’hui aux mains d’une poignée de multinationales, qui prétendent avoir découvert les gisements, alors que la quasi-totalité de ces derniers était déjà connue des orpailleurs locaux depuis bien longtemps. Les réformes des codes miniers mis en place dans la plupart des pays africains producteurs depuis la fin des années 1980, sous la pression des institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale), ont conduit à privilégier les grandes compagnies d’extraction étrangères, aux dépens des petites sociétés minières d’État et, surtout, des mineurs artisanaux, qui pouvaient autrefois justifier de permis d’exploitation.

Le secteur de l’or reste très opaque et la question de la redistribution des revenus se pose, comme l’indique Oxfam. Un exemple : en dix ans, le Mali est devenu le troisième exportateur d’or en Afrique, après l’Afrique du Sud et le Ghana. Ses exportations d’or ont triplé, dépassant les 56 tonnes en 2006. Dans le même temps, le pays a dégringolé dans l’Indice de développement humain des Nations unies, tombant dans la catégorie des trois Etats les plus pauvres du monde. Les richesses sont mal redistribuées. Où vont les profits ? Où s’envole l’or ? Même les fonctionnaires maliens et responsables officiels du secteur des mines ont toutes les peines du monde à obtenir des informations complètes et transparentes de la part des grandes firmes occidentales sur les conditions d’extraction des ressources aurifères nationales. La campagne “ Publiez ce que vous payez ”, soutenue par trois cents ONG dans le monde entier, a pour principal objectif d’aboutir à ce que les compagnies extractives (pétrole, gaz et ressources minières) publient, de façon systématique et transparente, le montant des taxes et redevances de toute nature qu’elles versent aux États.



Retrouvez la revue de presse du livre L’or africain sur le site d’Agone



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Le patrimoine des chefs d’Etat africains en France

Posté par issopha le 31 janvier 2008

Le patrimoine des chefs d’Etat africains en France

LE MONDE | 31.01.08 | 13h28  •  Mis à jour le 31.01.08 | 13h34 C‘est un monde enchanté où l’on vogue d’une villa de 9 pièces avec piscine à Nice à un hôtel particulier de l’Ouest parisien. Un univers surréaliste peuplé de Bugatti payées cash plus de 1 million d’euros. Un microcosme constellé d’une myriade de comptes bancaires. Oligarques russes? Rois du pétrole saoudiens? Stars d’Hollywood ? Non : chefs d’Etat africains producteurs de pétrole pour la plupart, mais dont les populations comptent parmi les plus pauvres de la planète. 

Le fait que des dirigeants du continent noir investissent dans l’immobilier en France, qu’ils séjournent à Paris dans un luxe inouï, que leurs familles bénéficient de largesses financées dans la plus grande opacité n’est pas une révélation. Mais, cette fois, l’inventaire de ce patrimoine vertigineux n’est pas dressé par des militants tiers-mondistes en lutte contre la « Françafrique ». Il se lit dans les 34 procès-verbaux rédigés entre juin et novembre 2007 par les policiers de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF).  Cette enquête policière, dont Le Monde a pu prendre connaissance, a été ouverte par le parquet de Paris en juin 2007. Elle faisait suite à une plainte pour « recel de détournement d’argent public » déposée en mars par trois associations françaises, visant cinq chefs d’Etat : le Gabonais Omar Bongo Ondimba, le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Burkinabé Blaise Compaoré, l’Angolais Eduardo Dos Santos, et le Guinéen Teodoro Obiang. Au fil des centaines de pages du dossier se dessine une singulière carte du Paris africain, sorte de Monopoly où les présidents auraient jeté leur dévolu sur les artères les plus huppées.

Foisonnant et cossu, le patrimoine immobilier est surtout localisé « dans des quartiers à forte valeur marchande, soulignent les policiers.

Paris 16e, 8e et 7e arrondissements pour Omar Bongo et son épouse,

Paris 16e et Neuilly-sur-Seine pour Jeff Bongo [un des fils d'Omar Bongo],

Le Vésinet pour le frère de Denis Sassou Nguesso,

Courbevoie pour Wilfrid Nguesso [neveu du président du Congo] ou

Paris 16e pour Chantal Compaoré [épouse du président burkinabé] »

La découverte la plus spectaculaire se situe entre les Champs-Elysées et la plaine Monceau, dans le 8earrondissement de la capitale. Là, un hôtel particulier a été acquis le 15 juin 2007 pour la somme de 18,875 millions d’euros par une société civile immobilière (SCI). Celle-ci associe deux enfants du président gabonais, Omar Denis, 13 ans, et Yacine Queenie, 16ans, son épouse Edith, qui se trouve être la fille du président congolais Denis Sassou Nguesso, et un neveu de ce dernier, Edgar Nguesso, 40 ans. Au total, sont répertoriés 33 biens (appartements, hôtel particulier et maisons) appartenant au Gabonais Omar Bongo ou à sa famille, et 18 autres dont le président congolais et ses proches sont propriétaires. Le patrimoine de loin le plus imposant concerne M.Bongo lui-même. Son nom est associé à pas moins de 17 propriétés immobilières, dont deux appartements avenue Foch (88 m2 et 210 m2) et un de 219 m2 lui aussi situé dans le 16e arrondissement.

A Nice,

une propriété « est constituée de deux appartements (170 m2 et 100 m2),

trois maisons (67,215 m2 et 176 m2) et d’une piscine », précise le procès-verbal.

« Un chef d’Etat, en fonctions depuis quarante ans dans un pays pétrolier

et qui a des revenus officiels  importants,

peut économiser suffisamment d’argent pour acheter plusieurs appartements à Paris,

explique Me François Meyer, avocat d’Omar Bongo et de sa famille.

Surtout avec les prix très bas de l’immobilier pratiqués il y a vingt ou trente ans. »  Selon les policiers, le président Bongo dispose de quatre adresses distinctes à Paris. Ali Bongo, qui est son fils et aussi son ministre de la défense depuis 1999, est également propriétaire avenue Foch tandis que son épouse Edith possède deux immenses logements dans le 7earrondissement, non loin de la tour Eiffel. De Nice à Neuilly-sur-Seine en passant – souvent – par le 16e arrondissement parisien,

 l’enquête recense aussi les propriétés de Jean Ping, ex-gendre d’Omar Bongo et actuel ministre des affaires étrangères,

 et d’autres fils du président gabonais comme Omar-Denis junior et Jeff, ainsi que de filles comme Audrey, Yacine Queenie, ou petite-fille comme Nesta Shakita. En comparaison de ce petit empire immobilier, les autres chefs d’Etat visés apparaissent comme de petits propriétaires.

Discret, le président congolais Denis Sassou Nguesso ne fait qu’« utiliser », selon les policiers,
la Villa Suzette du Vésinet (Yvelines). Cette coquette demeure de 485 m2 était juridiquement la propriété de
son frère Valentin, jusqu’à ce que, quelques semaines avant le décès de ce dernier à la fin 2004, elle soit cédée à une société de droit luxembourgeois aux actionnaires anonymes. 

Les enquêteurs ont également répertorié un appartement de 9 pièces acheté à Paris (17e) en 2007 pour

2470000 euros par l’épouse du président congolais Antoinette Sassou Nguesso.

Ils mentionnent aussi le logement de 10 pièces à 1 600 000 euros acquis en 2005 à Paris par leur fils Denis Christel, ainsi que l’hôtel particulier de 7 pièces avec piscine intérieure à Neuilly-sur-Seine acheté 3,15 millions d’euros en 2006 par Julienne, leur fille cadette. Les mêmes policiers n’ont découvert aucun bien immobilier appartenant au président angolais Dos Santos ni au Burkinabé Blaise Compaoré. Seule la déclaration d’impôt sur la fortune de Chantal, l’épouse de ce dernier, a montré qu’elle possède deux biens immobiliers à titre personnel dans le 16e arrondissement.

Dans le même quartier, le président guinéen Teodoro Obiang est propriétaire d’un appartement. Epluchant les fichiers fiscaux et bancaires, les enquêteurs de l’OCRGDF ont non seulement dressé la liste des biens immobiliers, mais aussi des comptes bancaires accueillant en France les avoirs de dirigeants africains et de leur famille.  Ainsi, Edgar Nguesso ne possède pas moins de 12 comptes dont 7 courants. Mais aucun n’apparaît au nom de son oncle, le président du Congo. Son homologue gabonais, lui, est titulaire de 11 comptes ouverts à Paris, Nice ou Créteil dont 6 comptes courants. Dans leur élan, visiblement ébahis par leurs découvertes, les policiers ont étendu leurs investigations au domaine des voitures de luxe, qui n’était pas explicitement visé par la plainte. Chez les concessionnaires Mercedes, Bugatti ou Aston Martin, ils ont retrouvé ce qu’ils n’avaient pas obtenu pour les appartements : les chèques et les virements ayant servi aux paiements. « Le financement de certains véhicules apparaît pour le moins atypique », notent les enquêteurs, maniant l’euphémisme à propos de « ce parc automobile conséquent ». Les deux Ferrari acquises pour près de 400 000 euros par Ali Bongo,
la Maybach à 424 477 euros d’Edith Bongo, les trois Bugatti à 1 million d’euros pièce fabriquées spécialement pour Teodoro Nguema Obiang, le fils du président de Guinée équatoriale, ont été payés au moyen de chèques tirés par des sociétés au profil opaque. 

De même, notent les policiers, Wilfrid Nguesso, neveu du président congolais, « règle le solde d’achat d’un véhicule Aston Martin type DB9 par un virement émis par Matsip Consulting », une société de droit luxembourgeois aux associés inconnus qui apparaît également comme propriétaire de
la Villa Suzette du Vésinet. 
Le fils du président de la Guinée équatoriale a, lui, acheté au total en France « une quinzaine de véhicules pour un montant estimé de plus de 5,7 millions d’euros », acquittés là encore par des virements de sociétés intermédiaires. Son nom, Teodoro Nguema Obiang, a été cité en 2004 dans un rapport du Sénat américain sur les transactions suspectes couvertes par la Riggs Bank qui, à Washington, gérait alors plus de 60comptes au nom des responsables de ce petit Etat pétrolier et de leur famille. 

En fait de « financement atypique », les enquêteurs français se sont vivement intéressés au chèque de 390 795 euros tiré en février 2004 par la « paierie du Gabon en France » pour régler la « Maybach 57″ (une marque allemande concurrente de Rolls-Royce) de couleur « bleu Côte d’Azur » destinée à « Madame
la Présidente Edith-Lucie Bongo-Ondimba »
. A en croire ce chèque, dont la copie figure au dossier, l’argent public gabonais financerait le véhicule de grand luxe de la première dame du pays, qui n’a pourtant aucune fonction officielle. 
Le même compte de la « paierie du Gabon » ouvert à la Banque de France et utilisé pour régler les frais de fonctionnement de l’ambassade à Paris a servi à financer la moitié d’une Mercedes à 75858 euros dotée d’un « toit ouvrant panoramique » achetée en septembre 2006 à Paris par Pascaline Bongo, la fille du président, qui est aussi sa directrice de cabinet.

Curieusement, le reliquat de 41 370 euros a été acquitté par un chèque signé de Me François Meyer, avocat

du président Bongo.

« Cela peut étonner, admet Me Meyer.

Mais je peux faire des cadeaux à la fille du président Bongo, que je connais depuis vingt ans. »

D’où vient l’argent? Au vu de ce somptueux état des patrimoines, la question de l’origine des fonds s’impose. L’apparente disproportion entre la richesse immobilière accumulée et les revenus publics des propriétaires aurait pu suggérer de poursuivre des investigations dans les comptes bancaires ayant permis pareilles transactions. 

Le salaire mensuel officiellement versé par l’Etat gabonais au président Bongo ne se limite-t-il pas à 14 940 euros, selon l’hebdomadaire Jeune Afrique? Celui du président Sassou Nguesso n’est-il pas de 30 000 euros, comme l’indiquent d’autres sources? Quant à Teodoro Obiang, ministre de l’agriculture et des forêts de son père, ne perçoit-il pas officiellement 5 000 dollars (3 400euros) par mois, d’après des sources américaines? Des investigations plus approfondies auraient dépassé le cadre de l’enquête préliminaire de police. Elles supposeraient l’ouverture d’une information judiciaire et la désignation d’un juge d’instruction. Une telle perspective a été écartée par la décision de classement, notifiée le 15 novembre par le parquet de Paris. Mais le dossier pourrait être rouvert si les associations parvenaient à déposer une nouvelle plainte, assortie cette fois d’une constitution de partie civile, comme elles en nourrissent le projet. Cette formule conduit automatiquement à la désignation d’un juge d’instruction, à condition que les plaignants prouvent leur « intérêt à agir » Même si un juge d’instruction était désigné, de sérieux obstacles surgiraient immédiatement sur sa route. Outre l’immunité dont peuvent se prévaloir des chefs d’Etat en exercice – mais pas leurs familles –, la difficulté résiderait dans la mise au jour des opérations à l’origine d’éventuels détournements. Il faudrait enquêter en Afrique, où des infractions auraient été commises, notamment dans les comptes publics. « La preuve que l’argent public a financé des dépenses privées se trouve dans le pays que contrôle précisément… le bénéficiaire », résume un spécialiste du dossier. Trois des cinq régimes concernés bénéficient du soutien indéfectible de Paris. Cet appui, renouvelé récemment par Nicolas Sarkozy, ne devrait pas fondamentalement être remis en cause par la récente sortie de Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la coopération, contre le « gaspillage des fonds publics » par certains Etats africains. Or une enquête destinée à faire la lumière sur d’éventuels « biens mal acquis » déborde rapidement les normes policières ou judiciaires. Elle suppose une véritable mise à nu de la relation franco-africaine. 

Philippe Bernard

La victoire de l’ »Afrique de Papa » sur le droit

  

LE MONDE | 31.01.08 | 13h38  •  Mis à jour le 31.01.08 | 14h05 

À l’origine de l’enquête de police inédite sur les biens acquis par cinq chefs d’Etat africains en France, se trouve une plainte pour « recel de détournement d’argent public ». Celle-ci a été déposée en mars 2007 à Paris par trois associations : Survie, spécialisée dans la dénonciation des turpitudes de la « Françafrique », Sherpa, groupement de juristes spécialisés dans la défense des droits de l’homme, et
la Fédération des Congolais de la diaspora, qui dénonce l’opacité financière du régime de Brazzaville. Leur objectif commun consiste à dénoncer la dilapidation des ressources de pays africains par des régimes soutenus ouvertement –pour trois d’entre eux – par
la France depuis des décennies. 
Ces trois plaignants ont puisé l’essentiel de leurs arguments dans un rapport intitulé « Biens mal acquis… profitent trop souvent », réalisé voici un an par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD). Ce document plaidait en faveur d’une « mobilisation des sociétés civiles en faveur de la restitution des biens mal acquis ». Il synthétisait une multitude de rapports officiels, de travaux d’ONG et d’enquêtes journalistiques décrivant la fortune accumulée en France par les familles de dirigeants africains et tendant à démontrer les origines douteuses de ces fonds. En écho, la plainte déposée à Paris estimait qu’un tel financement « n’[avait] pu intervenir du seul fait des rémunérations versées aux dirigeants des pays concernés » et avait pour conséquence « la réduction des ressources publiques en Afrique ». Les associations réclamaient l’application de la convention des Nations unies de 2003 contre la corruption. Signé par
la France, ce texte érige la restitution des biens détournés en principe du droit international. 

La plainte visant les « biens mal acquis », conçue comme un outil de propagande, a connu une destinée dépassant les espérances de ses promoteurs. A la mi-juin 2007, le parquet de Paris, au lieu de la classer discrètement, a ouvert une enquête préliminaire, confiée à l’Office central de répression de la grande délinquance financière (OCRGDF). Cette décision, intervenue quelques jours après l’élection de Nicolas Sarkozy, a été analysée par nombre d’observateurs africains comme le premier signe de la « rupture » avec la « Françafrique » promise par le candidat de l’UMP. L’éditorialiste du journal burkinabé Le Pays croit alors voir poindre « une nouvelle ère (…) pour
la France, qui veut manifestement que soit tournée la page des rapines pratiquées sur le continent par ses propres dirigeants »
. « La dialectique du pilleur-réparateur pourrait s’enclencher », s’enthousiasme un quotidien de Kinshasa, tandis que le Times de Londres insiste sur le caractère « sans précédent » de l’enquête. 
La douche froide viendra cinq mois plus tard, avec le classement sans suite notifié le 15 novembre 2007 pour « infraction insuffisamment caractérisée »Entre-temps, les chefs d’Etat visés ont signifié leur colère à Nicolas Sarkozy. Omar Bongo a protesté, a affirmé avoir empêché des manifestations antifrançaises « spontanées » à Libreville. Le 5 juillet, sur le perron de l’Elysée, après une visite au président français, Denis Sassou Nguesso a fustigé les « relents de néocolonialisme et de racisme » qu’évoque pour lui la plainte. « Tous les dirigeants du monde ont des châteaux ou des palais, qu’ils soient du Golfe, d’Europe ou d’Afrique », se défendait-il. Comme pour appuyer ces protestations, M. Sarkozy a multiplié les gestes montrant la continuité des bonnes relations entre
la France et les pays concernés. Lors de son premier voyage officiel en Afrique, en juillet, il a choisi de faire étape au Gabon, dirigé depuis quarante ans par Omar Bongo, et s’est montré plus généreux que le Trésor ne le proposait pour annuler la dette de ce pays. Reçu à l’Elysée, M. Sassou Nguesso a bénéficié, lui aussi, d’une aide française accrue pour le Congo. 
Pour les associations plaignantes, le doute n’est pas permis : le classement de la plainte résulte d’une consigne donnée au parquet par le pouvoir politique. A lire leur réaction, la décision judiciaire traduirait la victoire de « l’Afrique de Papa sur le droit ». « Par cette décision, estiment-elles,
la France envoie un signal désastreux à la population africaine »
, privant celle-ci de « ce qu’elle ne peut pas obtenir sur son sol, c’est-à-dire l’identification de ceux qui, par les détournements massifs d’argent public opérés, contribuent à son appauvrissement »
Philippe Bernard 

 

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« MALJOURNALISME A LA FRANCAISE , LE SUJET QUI FACHE »

Posté par issopha le 30 janvier 2008

«  MALJOURNALISME, LE SUJET QUI FACHE »

 

 

Publié le lundi 7 octobre 2002

 

 

A propos de Bévues de presse 

 

de Jean-Pierre Tailleur (ed. Félin, 2002). 

 

La presse française est souvent médiocre, parce que les journalistes travaillent mal. C’est l’implacable constat dressé par un journaliste, Jean-Pierre Tailleur. Entre l’enquête journalistique et la recherche documentaire, Bévues de presse décortique de nombreux cas de manque de professionnalisme dans – et non pas “de”- nos entreprises.

Lancé en 1998 sous la direction de Christine Ockrent, avec le soutien du Monde, l’hebdomadaire L’Européen repose ” essentiellement sur des travailleurs précaires ou intérimaires, dont la raison d’être (écrire sur l’Europe) est louable mais floue “. Sa courte existence a pourtant bénéficié d’une invraisemblable complaisance de la part des journalistes médias des grands journaux.

Cet exemple illustre la première plaie de la presse française : elle privilégie les “ grandes signatures ” et les ” articles d’opinion “, au détriment des informations pertinentes sur les faits [1]. Mais, ajouterons-nous, la presse française méprise peut-être trop le lecteur pour le croire capable de se forger une opinion.

Encore faudrait-il lui en donner les moyens. La plupart des articles épinglés pèchent par le manque de faits, ” ces “hard facts” concrets à la base du journalisme, qui distinguent cette discipline de la littérature ou de la confection de rapports de synthèse. “

Titré ” Le petit journalisme des grandes institutions “, le deuxième chapitre est accablant. Oui, une certaine presse a étouffé le scandale de l’Association pour la recherche sur le cancer (ARC), dont l’un des administrateurs était Jean Miot, alors président de
la Fédération nationale de la presse française (FNPF [
2]) et dirigeant du Figaro. Les ” reportages ” d’une autre figure de ce quotidien, lauréat puis juré du prix Albert Londres [3], maltraitent volontiers les faits au profit des mêmes diatribes qu’alignent ses essais.

Quelques journaux n’ont pas tu qu’un des rédacteurs du Monde chargé de couvrir l’affaire du sang contaminé ” pigeait ” pour une société de Michel Garetta, une des principales personnes mises en cause. Mais la ” commission ” d’enquête diligentée par la direction du Monde n’a pas vu la ” trace d’une influence “ de cette collaboration extérieure dans les ” textes publiés par Le Monde à propos du sang contaminé. Après enquête, le journaliste américain Mark Hunter estime pourtant que le ” pigiste ” de Garetta ” a pris le parti du docteur Garetta tout au long du scandale ” (Médias Pouvoirs, 2e trim. 1998).

Les développements sont fréquemment étayés d’une comparaison avec les pratiques en vigueur dans d’autres pays. Quand on découvre qu’une journaliste du Washington Post a ” bidonné ” le reportage qui lui a valu le prix Pulitzer, le Post rend compte de ses fautes, en publiant une auto-enquête de 18 000 mots. Le médiateur est recruté hors du journal. ” Les conclusions du médiateur ont ensuite été validées dans un document de cinquante pages du Conseil national de la presse “.

Autre ” vache sacrée “, le Canard enchaîné est l’objet d’un tir nourri, pour sa “ passivité face à des pans entiers de l’actualité “ et ses ” approximations fréquentes “. Le volatile, indulgent pour un Roland Dumas (ex-avocat du Canard…) au cœur de la tourmente judiciaire, peine aussi à se démarquer quand un de ses reporters est mis en cause pour avoir, dans le livre L’Affaire Yann Piat, proféré de graves accusations contre deux personnalités politiques. Le contenu de ce livre se situe dans le prolongement d’articles publié dans Le Canard, démontre Jean-Pierre Tailleur.

Nous ne nous attarderons pas sur
la Presse quotidienne régionale (PQR), pour laquelle l’auteur est sévère : ” aux antipodes du journalisme d’investigation, elle collectionne les erreurs jamais sanctionnées “ ni corrigées (citations tronquées, altération des noms propres, approximations, articles promotionnels…).

Le 16 août, Libération réussissait à rappeler les louanges dont les médias gratifiaient il y a encore quelques mois Jean-Marie Messier, sans que l’article contienne un nom de journal ou de chaîne radio ou télé ! A contrario, Jean-Pierre Tailleur produit les pièces de sa démonstration, et les noms des journaux fautifs. Sa franchise n’est peut-être pas étrangère au silence qui a entouré la parution de Bévues de presse [4], alors que le moindre essai insipide d’un médiacrate connu est volontiers plébiscité.

Parmi les contributions épinglées dans le chapitre sur la ” stérilité des débats publics “, un rapport présenté en 1999 au Conseil économique et social [5], qui tente de noircir les médias nord-américains : on peut y lire à propos du “Monicagate” que ” le très sérieux Newsweek “ a repris ” sans vérification aucune, la rumeur diffusée sur le Net par un internaute indépendant “. En fait, c’est exactement l’inverse qui s’est produit… [6]

Les ” garde-fous ” sont ” défaillants “, regrette Jean-Pierre Tailleur. Il reproche aux écoles de journalisme la quasi-absence de la déontologie dans leurs programmes, et aux syndicats de se concentrer ” sur les revendications salariales et statutaires. On ne les entend pas inviter les délinquants de la profession à changer de métier “.

La fin de l’ouvrage pèche par l’approximation dont l’auteur se désole ailleurs. Il regrette que
la Commission de la carte [
7] ne soit pas ” dotée de véritables pouvoirs de sanction “, de ” moyens “ pour ” évaluer l’honnêteté professionnelle des détenteurs “, mais se contredit quelques lignes plus loin : ” ce n’est pas sur la base de critères déontologiques “ que la carte est attribuée. Pourquoi donc s’étonner que le site Internet de
la Commission ” ne parle nullement d’éthique “ ? Ses compétences étant édictées par la loi, elle ne saurait devenir de son propre chef un ” ordre des journalistes “. L’auteur prétend également que la carte de presse ” permet de bénéficier “ des ” fameux 30 % d’abattement “.

Souhaitons que ce livre joue un rôle fondateur, tant l’analyse du travail journalistique n’est pas courante en France, à l’exception de quelques ” affaires ” impliquant des ” stars ” de la télé. Mais au-delà du diagnostic, la thérapie nécessaire prescrit que la presse fasse preuve de ” plus de volontarisme pour reconnaître ses insuffisances et traquer ses fautes “.

PS : Article paru dans “SNJ Info”, journal de la section Région parisienne du Syndicat national des journalistes (SNJ), septembre 2002.

_________________________________________________

[1] Lire “Deuil national” (Note d’Acrimed, janvier 2003).

[2] Le patronat de la presse (Note d’Acrimed).

[3] Pour en savoir plus sur ce Prix (Note d’Acrimed).

[4] « Bévues de presse. L’information aux yeux bandées », de Jean-Pierre Tailleur. Editions du Félin, février 2002, 239 pages, 19,80 euros.

[5] Pour en savoir plus sur le CES. Note d’Acrimed.

[6] A ce sujet, lire les remarques d’Ignacio Ramonet dans La fin du journalisme, par Ignacio Ramonet, un débat d’Acrimed. Note d’Acrimed.

[7] Pour en savoir plus sur la “Commission de la Carte de presse”. Note d’Acrimed.

Un débat d’Acrimed de février 1999

 

 

La fin du journalisme 

 

Ignacio Ramonet

février 1999

Le 16 février 1999, Action Critique Médias recevait Ignacio Ramonet, universitaire, directeur du Monde diplomatique, auteur de
La Tyrannie de la communication (éd. Galilée). Voici des extraits (parus dans le Bulletin n° 5 d’Acrimed) de l’intervention d’Ignacio Ramonet et du débat qui a suivi.

Trois sphères sont en train de fusionner : la sphère de l’information, celle de la communication (le discours publicitaire, la propagande, le marketing, les relations publiques…), et celle de la culture de masse, c’est-à-dire une culture soumise par définition aux lois du marché, et qui se soumet à la sélection du marché. Plus précisément, l’une de ces sphères, celle de la communication, absorbe les deux autres. Il est de plus en plus difficile de distinguer ce qui relève de l’information, de la communication ou de la culture de masse. De plus en plus, un discours publicitaire et un titre de journal sont imaginés sur le même principe : accrocher, prendre des licences parfois importantes par rapport au contenu. L’effet de communication compte plus que l’effet d’information. Ce qui compte c’est d’avoir un contact ? qu’il soit visuel ou sémantique, etc. ? avec celui qui lit.

1. Trois qualités de l’information

Dans l’information, la communication ou la culture de masse, trois qualités sont recherchées : la simplicité ; la rapidité (des textes courts, des spots…) ; la distraction, l’amusement.

Ces trois qualités traditionnelles de la culture de masse ont colonisé peu à peu le discours du marketing, de la publicité et aujourd’hui les médias d’information, même les plus sérieux, gagnés par l’idée de séduire. Il faut faire le beau pour attirer le public. Sur le plan industriel, cette fusion correspond à la concentration. Quand, au début des années 70, le concept de communication a été rendu grand public par Mac Luhan, la communication était un domaine circonscrit. Aujourd’hui, on ne sait pas, au plan industriel, quelles sont les limites de la communication. Parce que sont venus dans le domaine des industries de la communication des industriels qui n’avaient pas une culture de la communication. Parmi les trois principaux groupes de communication, il y a un marchand d’armes (Matra), un marchand d’eau (Vivendi) et un marchand de béton (Bouygues). Aujourd’hui la communication se fait en grande partie à l’échelle planétaire et par les satellites, donc toutes les industries qui ont à voir avec les satellites font de la communication. L’espace de l’industrie de la communication s’est étendu. Trois machines à communiquer fusionnent en raison de la révolution numérique : téléphone, ordinateur et téléviseur. Les industries qui appartenaient à l’informatique relèvent de la communication. Sur le même écran, vous pouvez avoir à la fois du texte, du son, et de l’image, les trois éléments que le numérique transmet.

2. Trois autres caractéristiques de l’information

La surabondance : il n’y a jamais eu autant d’information à notre portée.

Mais la surinformation peut provoquer de la désinformation. Il existe une censure démocratique. La censure est une donnée structurelle de tout pouvoir. Actuellement, le système censure par surproduction, par asphyxie de celui qui consomme.

Dans la tradition humaniste et démocratique, on établit un lien entre la quantité d’information et la quantité de liberté. Au fur et à mesure que je réclame le droit de communiquer, que j’ajoute de l’information, cela va favoriser la liberté. Désormais, ajouter de l’information n’augmente pas la liberté. Peut-être allons-nous vers une société ou infinie information égale à zéro liberté. Cette surinformation agit comme une nouvelle forme de violence. On ne la voit pas comme cela car les sociétés occidentales sortent de périodes d’obscurantisme. Je pense que la communication est devenue une idélogie et un impératif : il y a obligation de communiquer. La communication remplace le paradigme du progrès. Le progrès avait pour objectif de pacifier les sociétés, c’est aujourd’hui la communication. C’est un lubrifiant social. Communiquer est un verbe intransitif dans la réalité : on ne communique pas pour dire quelque chose, on communique. L’objectif est de communiquer et le contenu est devenu très secondaire. Ce que les machines à communiquer nous enjoignent de faire, c’est de les utiliser. Donc la société accepte l’idée que la communication va prendre la place du progrès.

La vitesse : C’est un des paramètres traditionnels de l’information. Une information rapide est toujours plus intéressante qu’une information lente. Aujourd’hui, nous avons atteint la vitesse maximale : celle de la lumière, c’est l’instantanéité. Quand on dit que le journaliste est l’analyste d’un jour, il y a encore dans ce mot un délai de 24 heures. Mais aujourd’hui les journalistes sont devenus des instantanéistes. Le journaliste est déjà de trop. Car la relation informationnelle était triangulaire, entre l’événement, le médiateur, et le citoyen. Mais dans le système actuel, les caméras de captation de l’information suffisent. Il n’y a plus que l’événement et le consommateur. L’information n’est plus une construction intellectuelle mais une transmission. Informer ce n’est pas répondre à des questions, c’est faire assister à l’événement. Le média pense faire de l’information contemporaine quand il donne à celui qui le consomme l’illusion d’assister à l’événement. CNN par exemple prétend nous montrer les événements en direct-live qui n’ont pas forcément du contenu. En presse écrite aussi on multiplie les reportages de terrain.

L’information est essentiellement une marchandise. Donc elle est davantage soumise aux lois du marché qu’aux lois de l’information. La valeur d’une information ne dépend pas de la vérité mais du nombre de personnes susceptibles de s’y intéresser, de son marché. Cette loi est la vraie trieuse de l’information.

3. Trois fausses affirmations

Voir égale comprendre : plus un média me proposera en direct de l’information, plus je serai satisfait parce que j’aurai le sentiment d’avoir été moi-même le témoin de ce qui se passe. Jusqu’à présent, on essayait de faire de l’information en respectant un certain nombre de règles. Si l’information n’est pas une science, elle est censée s’appuyer sur des sciences humaines, comme par exemple la sociologie et l’histoire, qui permettent une approche construite.

Désormais, si l’information, c’est faire assister à l’événement, on s’appuie sur un genre télévisé : le sport en direct. On informe comme on montre un match, sur le même principe.
Voir c’est comprendre, c’est l’équation contre laquelle se sont élevés les rationalistes. Voir c’est comprendre, c’est le procès de Galilée, c’est l’illusion des sens. D’où tous les malentendus possibles, surtout à l’heure du virtuel, des images de synthèse, où voir du faux ne peut pas être distingué de voir du vrai.

Y être suffit pour savoir  : D’où l’idée qu’on n’a pas besoin des journalistes. Il suffit d’y être pour pouvoir témoigner. Un témoin est un journaliste, le bon journaliste est un bon témoin. Quand les radios en continu veulent agir sur l’instant, elles se précipitent sur le téléphone, trouvent quelqu’un qui parle français là où ça s’est passé, et lui demande. Et souvent la personne qui parle fait écho de ce qu’elle a elle-même entendu dire. Or un témoin ( ce terme vient d’un mot grec qui veut dire martyr ) n’est pas forcément un bon transmetteur de l’information. Dans un de ses films, Kurosawa montre comment cinq personnes vivant exactement le même événement, en proposent cinq versions totalement différentes. Etre témoin c’est être impliqué, happé par l’événement, donc c’est ne pas avoir de distance suffisante. Le temps médiatique est instantané, le temps de la réflexion est plus éloigné.

Répéter c’est démontrer : Quand à propos d’un événement, tous les médias disent la même chose, c’est que c’est vrai. On l’a vu avec la guerre du Golfe, Maastricht ou l’euro.



 

 

Questions et réponses

Va-t-on vers la fin du journalisme ?

Ignacio Ramonet : Le système n’a plus besoin de journalistes. Les journalistes ont perdu leur spécificité. Il faut se fermer les yeux pour ne pas le voir. Entre 1850 et la fin du 19e siècle, c’était la seule profession qui avait le monopole de l’information de masse. Cette spécificité a disparu.

Aujourd’hui, toutes les institutions produisent de l’information, mais aussi tous les individus peuvent produire de l’information à l’échelle planétaire, avec Internet. Rien ne vous empêche d’ouvrir un site web chez vous ( si l’on excepte la limite économique, mais 20 000 francs vous suffisent pour pouvoir être relativement bien équipé ) et vous avez un média qui vous permet de parler au monde entier. Après tout, l’affaire Clinton-Lewinsky c’est Matt Drudge qui l’a sortie, et il n’était pas hyper-équipé, en tout cas moins que Newsweek [1] …

Les institutions, de tous ordres, politiques, économiques, culturelles, sociales, syndicales, etc. produisent de l’information. Très souvent cette information est pré-digérée pour les journalistes. Ce qui leur reste, c’est de diffuser cette information, mais seulement dans certains milieux, parce que, dans d’autres, les institutions s’en chargent. Les publications faites par des annonceurs, relativement bien, se multiplient. Les groupes qui possèdent les médias contrôlent les médias, non pas de façon primitive et primaire, pour faire de la communication sur ce qu’ils font, mais indirectement aussi pour ne pas nuire à ce qu’ils font. Déjà, beaucoup de journalistes travaillent pour des groupes. Ces groupes sont en mesure de contrôler la communication à la source. Le journaliste est là pour donner la caution d’une certaine objectivité pour un public innocent.

Non seulement ils sont en voie de disparition mais c’est souvent des alibis pris en otage pour diffuser une information qui sert les intérêts de tel ou tel groupe. C’est une vision noire mais je pense qu’on est dans le vrai. Je complète : dans de nombreuses capitales il y a déjà plus de journalistes qui travaillent pour des médias d’entreprises, de marques, d’institutions, d’annonceurs, des médias institutionnels, que de journalistes qui travaillent dans les grands médias.

Dans un souci de productivité, le temps fait de plus en plus défaut aux journalistes. Pourquoi les grands groupes industriels dépensent-ils des fortunes colossales pour acheter telle entreprise d’information, alors qu’ils accordent aussi peu de temps aux journalistes ?

Ignacio Ramonet : Les groupes qui cherchent à contrôler les médias en sont encore à croire que l’influence dans les esprits est proportionnelle à l’importance du média. Leur connaissance de ce qu’on appelle les effets en matière de réception est assez primitive et archaïque. Ils pensent qu’il peuvent gagner en capacité à manipuler les esprits. En réalité, l’expérience montre que c’est plus difficile.

Deuxièmement, posséder un média produit un prestige non négligeable. Dans TF1 un pouvoir, Pierre Péan a bien montré quel était l’objectif de Bouygues quand il a racheté TF1. A un moment, il négociait avec Balladur, entouré de ses conseillers. Ils avaient fait un audit de TF1, qui chiffrait la chaîne à telle somme. Les services du gouvernement en étaient arrivés à peu près à la même somme. Et Balladur avait dit à ses conseillers “ce sera ça, plus 20 %”. Les conseillers de Balladur eux-mêmes avaient trouvé que c’était excessif. Quand on annoncé la nouvelle à Bouygues, les conseillers ont dit : “laissez tomber !”. Bouygues a dit ” c’est offert, c’est très bon marché, j’achète. Ce n’est pas une télé que j’achète, c’est un instrument d’influence “ [2].

LCI a été créée sur le même objectif. 365 journaux télévisés du soir c’est insuffisant pour les milliers de décideurs qui font appel à beaucoup de béton. Il fallait une chaîne de télévision qui ne fasse que les recevoir.

Tout cela n’a rien à voir avec la communication mais avec l’idée que les décideurs se font de l’influence des médias. Des groupes peuvent comprendre qu’ils n’ont pas besoin des médias. Des groupes industriels ont des médias comme une danseuse. Un groupe médiatique (Murdoch, Time-Warner…), lui, fait de l’argent avec des médias, à condition de lui imposer les conditions de rentabilité qu’on applique à l’industrie. Aujourd’hui, les pratiques dans la communication sont exactement les mêmes que dans l’industrie : fusions entraînant licenciements, synergie… Ce n’est plus une industrie protégée comme faisant partie des acquis gagnés par la démocratie. Autrefois, c’était une sorte de pouvoir opposé aux pouvoirs obscurantistes, comme l’Eglise. Qui pense aujourd’hui que la presse c’est le contraire de l’Eglise ?

Plutôt que de disparaître, le journalisme n’est-il pas plutôt amené à muter ? Plutôt que transmettre l’information, à la lire et à la relier ?

Ignacio Ramonet : Le journalisme est un métier qui se transforme. Tout ce qui consiste à fuir dans l’instantanéité est apprécié par le public, mais quelle dimension de public ? Il faut accepter l’idée qu’on n’est pas obligatoirement un média de masse.

Certaines d’activités se pensent automatiquement comme devant être planétaires, permanentes, immédiates, immatérielles, ce que j’appelle le système 2p2i. Ce n’est peut-être pas nécessaire. Au moment où tout s’accélère, on a le droit de ralentir. C’est peut-être ce que demande une partie du public, un ralentissement, non pas par paresse mais pour prendre le temps de réfléchir. Le paradoxe est qu’on vit dans une société les plus cultivées de l’histoire de ce pays. C’est la même chose pour l’immense majorité des pays du monde. Jamais il n’y a eu autant de populations scolarisées, jamais il n’y a eu autant de diplômés dans toutes les disciplines. Pourquoi dans le même temps avons-nous les médias les plus médiocres ?

Une partie du public cherche un autre type d’information. Je pense par exemple qu’il y a beaucoup d’avenir, un vivier de production journalistique, pour tout ce qui est l’information sur l’information. La communication au sens large nous opprime tellement que quand on lit un livre comme celui de Serge Halimi [3], quand on regarde une émission de Schneidermann qui démonte un bidonnage ou un trucage, on est libéré, on se dit “ce texte ou cette émission me venge”. Parce qu’on m’a trompé, pendant très longtemps, et que je ne peux pas me défendre. Pourquoi a-t-on créé tant de médiateurs ? D’ici dix ans il n’y aura pas un média sans médiateur, il faudra donc réfléchir à la fonction des médiateurs. Qui surveille les médiateurs ?

La crédibilité s’est effondrée, comme un régime qui n’est plus cru. Aujourd’hui la démocratie médiatique ne fonctionne pas.

Dans l’audiovisuel on peut distinguer trois phases historiques de la crédibilité.

1. Les actualités cinématographiques fonctionnaient sur le principe du documentaire à commentaire. Un commentaire est pléonastique par rapport aux images que chacun voit : ” le maréchal Pétain est en train d’inaugurer ” et on voit Pétain en train d’inaugurer. J’ai pris l’exemple de Pétain mais dans les régimes démocratiques c’était la même chose. On croit parce que la voix qui nous parle est anonyme. C’est la voix d’une allégorie, c’est la voix de l’information. Elle pénètre en moi, c’est la voix de Jeanne d’Arc, elle a une fonction théologique, la divinité information.

2. Le journal télévisé. C’est le contraire : la voix anonyme laisse la place à la suridentification. C’est un monsieur ou une dame qui nous parle les yeux dans les yeux, on nous dit qui il est en sous-titre. Je le connais très bien parce que les journaux spécialisés nous racontent sa vie. D’ailleurs les enquêtes montrent qu’on choisit de voir tel ou tel journal télévisé en fonction du dégré de sympathie qu’on a avec le présentateur ou la présentatrice. C’est donc parce que j’ai un rapport d’intimité avec le présentateur ou la présentatrice que je crois ou je ne crois pas, parce que je me dis lui qui vient chez moi depuis dix ans ? vingt ans ? il ne peut pas me mentir. Il me dit qu’il parle avec Castro, je le crois ? ! [Rires dans l’assistance]. Mais, aujourd’hui, il y a la troisème phase, parce que ça ne marche plus. Poivre d’Arvor, dès qu’il me regarde, on se dit quel hypocrite. Il ose encore me regarder après ce qu’il a fait… ?

3. Aujourd’hui on croit CNN alors qu’elle ne me dit rien. On la croit parce qu’on a à faire à une sacrée machine technologique. Cette machine m’en met littéralement plein les yeux, elle dit “maintenant nous allons nous connecter avec Dhahran”, et on voit Dhahran, “nous allons connecter avec Jerusalem”, et on voit Jérusalem, et Washington, etc. On se dit : cette machine-là, qui a des caméras partout, qui a la puissance d’ubiquité de Dieu, il est évident qu’elle dit la vérité, on est obligé de la croire.

Donc, en quarante ans, on est passé par trois formes de crédibilisation, ce qui prouve que des crédibilités s’effondrent, et aujourd’hui nous sommes devant l’effondrement massif de la crédibilité des médias, parce qu’il n’ont pas changé de registre. Et c’est pourquoi les journaux télévisés vont disparaître tels qu’ils existent, et ils disparaissent déjà, remplacés par des chaînes d’information continue.

Quelle est la marge de manoeuvre du Monde diplomatique par rapport au groupe Le Monde ?

Ignacio Ramonet : Le Monde diplomatique fait partie du Groupe Le Monde. Le Monde est le seul grand journal qui appartienne majoritairement à son personnel et à ses lecteurs. C’est donc au sens propre du terme un journal indépendant. Il est l’actionnaire majoritaire du Monde diplomatique SA.

Actuellement Le Monde possède 57 à 58 % du capital, le reste est détenu à peu près à parts égales par le personnel du Monde diplomatique et par les lecteurs regroupés dans l’association des Amis du Monde diplomatique. Le personnel et les lecteurs ont une minorité de blocage, c’est-à-dire que si Le Monde venait à perdre son indépendance, s’il était racheté par un grand groupe, il aurait beaucoup de difficultés pour intervenir sur la ligne du journal, qui est protégée par ses statuts. Ils protègent en particulier la nomination du directeur, qui est le garant de la ligne.Nous sommes un journal très indépendant. Le contenu du journal est décidé en comité de rédaction sans influence d’aucun ordre, ni politique, ni confessionnel, ni industriel. Chacun des membres du comité de rédaction a ses convictions. Mais il n’y a pas de militant de parti politique chez nous. Ce n’est pas interdit mais ça n’existe pas. Nos relations avec Le Monde sont bonnes. Nous sommes des journaux différents. mais nous avons été fondés par la même personne, Hubert Beuve-Méry, un homme unanimement respecté par les journalistes, et qui a toujours voulu que Le Monde diplomatique ait sa propre personnalité, sa propre singularité. Ces relations ont connu des hauts et des bas, elles n’ont jamais été déplorables ou détestables, et en tout cas, avec la direction actuelle, du point de vue des entreprises, c’est une très bonne relation. C’est d’ailleurs la direction actuelle qui a encouragé la création de cette filiale que nous sommes aujourd’hui.

Mais ce sont des journaux très différents. Le Monde prend position sur mille et une questions, revient en arrière après avoir affirmé une chose, donne la parole à d’autres qui disent le contraire. De notre côté, nous sommes davantage partisans d’un journalisme non pas de débat au sens facile du terme mais d’un journalisme de conviction, on ne sacrifie pas à des formules faciles qui viennent du journalisme oral, par exemple il n’y a pas d’entretien. On a plus de temps, notre journal se lit sur un mois. Certains lecteurs dramatisent excessivement les différences, en réalité les relations sont bonnes.

Est-ce que vous n’êtes pas rattrapés par les grands groupes ? Le Monde Interactif est passé dans le giron de Grolier, et donc de Hachette (marchand d’armes).

Ignacio Ramonet : Le Monde possède les deux tiers du capital du Monde Interactif, il est majoritaire et compte le rester. L’objectif du Monde interactif est de se tenir très au courant, d’avancer en fonction des transformations qui se produisent. Le Monde diplomatique réfléchit ( je vous le dit en primeur ) à la possibilité d’entrer dans le capital du Monde interactif, à un petit niveau ( car les investissements sont très importants en la matière ), et également dans cet objectif. Je vous rappelle que nous avons été le premier journal de France à créer un site Internet.

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[1] La rédaction de Newsweek disposait des premiers éléments d’information sur l’affaire mais elle avait décidé de ne pas les publier immédiatement pour se laisser le temps de les vérifier. Matt Drudge a récupéré ces informations et les a publiées sur son site Internet (note d’Acrimed).

[2] TF1, un pouvoir, Pierre Péan, Fayard, 1997.

[3] Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, ed. Liber Raisons d’agir, 1997.

 

 

« Bévues de presse », de Jean-Pierre Tailleur : une critique qui substituerait à d’autres ? 

 

Henri Maler

juillet 2002

 

 

Paru dans “Le Monde Diplomatique” de juillet 2002 

 

Les ” maladies dédaignées du journalisme français “.  

« Rares » sont les ouvrages qui s’attardent sur la ” qualité ” de la presse française, notamment quand elle se prévaut de ses enquêtes. C’est un tel travail d’investigation qu’effectue Jean-Pierre Tailleur [1], en prenant pour objet la presse elle-même : des enquêtes faussées des ” grandes institutions ” aux reportages minimalistes ou bâclés des quotidiens régionaux. Cet inventaire empirique, conforté par une comparaison internationale avec la presse espagnole et la presse anglo-saxone, permet à l’auteur de diagnostiquer avec précision certaines des ” maladies dédaignées du journalisme français “. Ce dédain explique à ses yeux l’insuffisance des thérapies proposées – qu’il s’agisse, par exemple, du ” métajournalisme ” pratiqué par les ” médiateurs “, des émissions sur les médias ou du rôle des instances corporatives. Mais le sombre constat des ” bévues” vaut-il vraiment comme une critique qui substituerait à d’autres ? Le ” maljournalisme ” à la française n’est peut-être que la version française des effets de la marchandisation de l’information et du prêt-à-penser qui lui correspond.

Henri Maler

26/07/2004 

 

Jean Pierre Tailleur : l’interview 

 

Une interview de Jean-Pierre Tailleur, dont ses enquêtes ont été publiées dans des journaux très divers. Auteur d’un brillant essai sur le ” maljournalisme” français, Bévues de presse , ce journaliste y explore le déclin français à travers ses principaux symptômes: la qualité contrastée du journalisme en France, voire la sous-information.  

 

Le Grain de sable: Vous venez d’écrire un ouvrage très critique sur le journalisme en France ; que reprochez-vous le plus aux journalistes?  

Jean-Pierre Tailleur: D’une part, des autocritiques inexistantes ou biaisées, et d’autre part, des critères de qualité des reportages trop souvent nébuleux. L’introspection des médias, lorsqu’elle existe, se limite à des considérations générales qui minimisent la responsabilité individuelle des journalistes. On évite la critique factuelle en se focalisant par exemple sur la pression économique que connaît cette profession, comme toutes les autres. Un peu comme si au lieu de juger les plats, les traqueurs de malbouffe que sont les chroniqueurs gastronomiques ne s’intéressaient qu’aux contraintes commerciales de la restauration. Je m’étonne, aussi, que des reporters extrêmement médiocres travaillent dans des rédactions prestigieuses et soient même encensés, parfois, sans que cela ne fasse débat.

LGDS: Le «maljournalisme» français n’est-il pas dû au manque de pluralité de nos journaux? 

JPT : Oui, bien sûr. Serge Halimi l’a souligné justement dans son pamphlet «Les nouveaux chiens de garde». Mais avant de chercher les causes du maljournalisme, il faut juger sur pièce les journaux. Regardez ce qui se passe dans l’Aude, où
La Dépêche du Midi est en concurrence avec Le Midi Libre et L’Indépendant, tous deux contrôlés par Le Monde. On ne peut pas dire que les Narbonnais soient mieux informés sur les enjeux démocratiques locaux, que dans les habitants des villes de province où domine un seul journal.

LGDS : Vous attaquez particulièrement la médiocrité de la presse quotidienne régionale (PQR); est-ce un cas typiquement français? 

JPT : Il n’y a aucune étude scientifique qui puisse permettre de répondre catégoriquement à cette question. Mais une comparaison internationale – terrain non exploré par nos «médiologues» – permet de constater que notre PQR est relativement mauvaise. Notre jacobinisme n’est pas la seule cause de ce sous-développement: les directions de ces journaux ne s’intéressent pas assez au contenu éditorial et à la hiérarchisation des informations locales.

Q : Quelles ont été les réactions de vos confrères à la sortie de ce livre?  

JPT : Pour résumer en deux mots, corporatisme et couardise, y compris de la part des écoles de journalisme. A quelques exceptions près comme Le Point, Le Monde diplomatique ou France Culture. Mon éditeur a envoyé cet essai, qui est très argumenté, à plus de 200 journalistes. Mais ils ont refusé d’en débattre, en très grande majorité. Ils ont préféré s’intéresser plutôt au livre de Thierry Meyssan, qui soutient qu’il n’y a pas eu d’avion sur le Pentagone le 11 septembre 2001… Le contenu de «Bévues de presse» est pourtant au cœur des discussions sur la coupure entre l’élite et le peuple, dont on nous a tant parlé avec le «raffarinisme». Si quelques personnalités m’ont félicité, en privé, beaucoup de confrères journalistes m’ont tenu des propos du genre «De quel droit vous nous critiquez et donnez des leçons?». Comme si la dénonciation des moutons noirs de leur profession était un crime!

Q : La revue Marianne a réalisé un sondage démontrant que la majorité des journalistes votent à gauche. Que pensez-vous de ce sondage ? 

JPT : Il est intéressant, bien qu’il ait été basé sur un échantillon très réduit d’une centaine de réponses si je me souviens bien. Mais il s’agit d’un faux problème, qui permet de cantonner l’autocritique de la presse dans un débat idéologique, type «pensée unique contre antilibéralisme». J’attends que les médias écrivent sur les journaux à travers le prisme du professionnalisme des reporters. Marianne, dont beaucoup de reportages respirent l’à peu près, serait alors obligé de reconnaître ses faiblesses.

Q : Un journaliste doit-il s’engager ?  

JPT : Oui, s’il est éditorialiste et si sa plume est principalement le fruit de sa matière grise. Non, s’il fait du reportage de terrain, l’activité qui contribue le plus à la valeur ajoutée des journaux. Sa seule préoccupation doit alors être de multiplier les sources, et de rapporter honnêtement les informations recueillies dans les documents et chez les informateurs sollicités.

Q : Que pensez-vous de la presse satirique ou alternative tels que Charlie-Hebdo, PLPL ou Le Canard Enchaîné? 

JPT : Ces journaux jouent un rôle qu’il ne faut pas négliger. Si l’on met de côté son ton sarcastique, «Pour Lire Pas Lu» a par exemple l’énorme mérite de dénoncer régulièrement la petitesse de certains grands médias. Mais comme je l’ai montré dans mon livre, «Le Canard» n’a pas la rigueur et la fiabilité que l’on peut attendre du journal d’investigation qu’il prétend être.

LGDS : Y a-t-il des sujets que les médias n’osent pas couvrir ?  

JPT : Oui, en premier lieu les fautes entièrement attribuables à des journalistes politiquement corrects. C’est pour cette raison que les questions soulevées dans mon livre sont largement ignorées. Je crois aussi qu’on a trop tardé à informer sur l’islamisme dans les banlieues françaises. Pour prendre un autre exemple, lié à mes origines argentines, je regrette que notre presse ait si peu expliqué les raisons pour lesquelles l’ancien dictateur Videla ou son collègue chilien Pinochet bénéficient encore d’un courant de soutien dans leur pays. Le journalisme, c’est aussi un combat contre le manichéisme.

Q : Quel est votre plus beau souvenir de journaliste ?  

JPT : J’en ai plusieurs, mais j’en citerai un qui m’a aidé à être moins manichéen justement. Il s’agit d’un reportage sur les Juifs d’Iran, publié en 1999 dans «L’Événement du jeudi». J’avais beaucoup de préjugés sur l’antisémitisme des Ayatollahs, mais de mes propres yeux, j’ai vu que l’on peut pratiquer le judaïsme dans le pays chiite. Malgré l’hostilité contre Israël, les dirigeants iraniens font une distinction entre antisionisme et antisémitisme en effet. J’ai eu un gros regret, cependant, qui m’a incité à poursuivre l’étude qui a abouti à mon livre: L’Evénement a voulu faire un coup en titrant l’article «50000 juifs menacés de mort», alors que je racontais l’inverse!

LGDS : Quels sont vos références en matière de journalisme?  

JPT: Le New York Times, le médiateur du quotidien espagnol El Paìs, les journalistes qui, comme Christophe de Ponfilly avec le Commandant Massoud, on fait des enquêtes de longue haleine. Je lis aussi, souvent, des bijoux de reportage dans des journaux comme L’Express, Le Nouvel observateur ou Le Monde.

LGDS : Comment voyez-vous l’avenir de la presse française ?  

JPT : Je n’ai pas de réponse à cette question.

LGDS : Pensez vous qu’Internet puisse contribuer à améliorer la qualité du traitement de l’information ? 

JPT : Oui, mais il ne faut pas que les sites Web servent à combler les trous noirs de l’actualité délaissés par les medias traditionnels. Il ne faut pas qu’Internet soit un diffuseur de vérités essentielles, mais peu reprises par les médias grands publics.

LGDS : Vous avez beaucoup parlé des points faibles de la presse française. Quels sont ses points forts?  

JPT: La richesse de ses magazines télévisés ou écrits, la profondeur de beaucoup d’analystes. J’apprécie en particulier les débats d’idées publiés dans Libération ou Le Monde, l’émission «L’Esprit public» de Philippe Meyer sur France Culture, ou les reportages du mensuel «Capital» ou du magazine télé homonyme. Leur niveau de pertinence a probablement peu d’équivalents dans le monde.

LGDS: Selon vous, est-on mieux informé qu’il y a 30 ans?  

JPT: J’étais trop jeune, à l’époque du président Pompidou, pour pouvoir apprécier la qualité des informations. Mais je viens de lire un essai sur la presse écrite de Daniel Toscan du Plantier, publié en 1974: il faisait déjà certains des constats présentés dans «Bévues de presse»! Il y a certainement eu beaucoup de progrès, depuis, ne serait-ce que grâce à la multiplication des radios et des chaînes de télévision.

LGDS : Quelles mesures éventuelles faudrait-il prendre pour améliorer le journalisme français?  

JPT : Avant de demander des aides, il faut balayer chez soi. Les journalistes doivent inviter la minorité de mauvais reporters qui squattent colonnes de journaux et temps d’antenne à changer de métier! Tant que la profession refusera de débattre du manque de professionnalisme dans ses rangs, les discussions sur les moyens de l’améliorer resteront vaines.

 

 

Jean-Pierre Tailleur, Bévues de presse: l’information aux yeux bandés, Félin (2002 

Le site : Bévues de presse

 

Ardisson, Kieffer et Routier : ils ont tué le journalisme 

Qu’est-ce qu’il y a de pire que le maljournalisme, dénoncé entre autres et avec brio par Jean-Pierre Tailleur ?
C’est dénoncer le maljournalisme, pour cacher ses propres errements de journaliste.
J’ai analysé cette technique de communication, appelée “se cacher dans la lumière”, dans mon livre “
Ils ont tué la télé publique“, car Thierry Ardisson en a usé et abusé pendant des années au sein du service public.C’est une technique très subtile, et quasiment indétectable : comment se douter que la personne qui dénonce le plus un errement en est lui-même / elle-même la première supportrice ?
Pour Ardisson, j’explique comment il a tant et plus parlé du plagiat de Pondichéry pour mieux cacher qu’il mentait à son sujet, en minorant son ampleur. J’explique aussi qu’il dit qu’il respecte les noirs, les homosexuels, les femmes, les juifs, entre autres, alors qu’il adopte par ailleurs des attitudes qui pourraient faire penser le contraire. C’est tout un art, le fait de se cacher dans la lumière.Or Ardisson a trouvé un excellent élève en la personne de Philippe Kieffer, qui se prétend journaliste.
Parce qu’il aurait passé douze ans à Libération, au service “médias”, il en serait forcément un.
Il oublie qu’on juge un journaliste sur les faits, or ceux-ci ont plutôt tendance à démontrer le contraire pour ce qui est de Kieffer. Celui qui n’a a priori aucun lien avec Tina (qui fut un temps dans l’équipe de Frou-frou, émission produite par Ardisson) avait accepté en 2003, à la demande d’Ardisson, de devenir l’intervieweur attitré, pour ne pas dire nègre officiel, pour son livre de souvenirs “Confessions d’un baby-boomer” (qui ressort ces jours-ci en poche). Ardisson était sans doute trop pris par le montage de ses émissions pour avoir le temps d’écrire des souvenirs de sa pauvre vie. 

En fait, Kieffer a servi de faire-valoir à l’homme en noir, qui ne demandait que ça comme je le démontre dans le livre. Kieffer a avalé les pires couleuvres de l’ex-pape du PAF, des 6 pages de Pondichéry à ses mensonges sur Thierry Meyssan (écrivant lui-même ce qu’Ardisson n’a même pas pu avouer, et qui en plus est faux : Meyssan n’était pas un dérapage, son interview était planifiée, préparée la plus scrupuleusement possible, et Ardisson, tout en reconnaissant que c’était “la plus grossière erreur de sa vie”, cachait dans la lumière le fait qu’il avait bien entendu fait exprès de l’inviter et de lui dérouler le tapis rouge), etc. 

On apprend dans l’Express du 8 juin 2006 que Philippe Kieffer, nègre de luxe donc, “s’est attelé au tournage d’un documentaire sur la crise de la presse française.” Il fallait oser : l’un de ceux qui participent à cette crise, en ne posant même pas à Ardisson les questions élémentaires que tout journaliste digne de ce nom aurait dû poser, en n’enquêtant même pas un minimum sur les assertions de son interviewé de luxe, l’un des pires journalistes donc va se charger de nous dire, à nous pauvres téléspectateurs, pourquoi la presse est en crise. C’est la même chose qu’Airy Routier qui, dans un dossier du Nouvel Observateur consacré au maljournalisme, se plagiait lui-même 4 ans avant, dans ce même Nouvel Observateur.En dénonçant, j’éloigne la critique, et je deviens le chevalier blanc. Ardisson, Kieffer et Routier l’ont bien compris, malheureusement ils ne sont pas les seuls en France aujourd’hui, il suffit de s’intéresser aux médias pour le savoir, et nul besoin de regarder le futur documentaire fait par l’un des fossoyeurs de la presse sur la crise la presse pour le comprendre.  

 

 

« Ravi » de mieux nous connaître

Par leravi – 1er/07/2004

Décidemment le « mensuel provençal et satirique » ne fait rien comme les autres. Au Ravi, qui souffle sa première bougie cet été, tous les rédacteurs sont invités à exprimer haut et fort leur point de vue. Parfois, lorsqu’ils suivent des études, ils consacrent même un mémoire de sociologie à notre journal. En voici une courte synthèse.

« Fort du parti pris du rire, on tient bon le cap : celui d’une presse libre, résolument critique, ni complaisante ni cynique », écrivait le Ravi dans son édito de janvier 2004. Parler de presse “indépendante” ou de médias « libres » implique que les médias dits dominants ne seraient ni libres ni indépendants. De fait, de nombreuses pratiques contestables en matière d’information ont été dénoncées en France, en Italie, aux Etats-Unis, qui mettent à mal une réelle expression de la démocratie. Cependant, la situation de la liberté de l’information dans ces pays reste toujours fort enviée par leurs confrères de pays plus répressifs. Selon le rapport 2003 de Reporters Sans Frontière, 25 journalistes ont été tués en 2002, près de 400 médias ont été censurés et 121 journalistes se trouvaient en prison. Dans les pays dits « en transition », les experts de
la Banque mondiale soulignent que « la “bonne gouvernance” d’un pays requiert l’existence de contre-pouvoirs. Une presse indépendante est l’un de ces nécessaires contre-pouvoirs » (2). Des pays comme
la France souffrent plus d’un « maljournalisme » (3) que d’une éventuelle mort du 4e pouvoir.

Pour autant, ce maljournalisme justifie pleinement l’existence d’un contre-pouvoir sous la forme de médias (revues, « webzine », télévisions, radios) qui se revendiquent libres et indépendants, en opposition aux médias dits « dominants ». « Médias qui dominent à double titre : par la place qu’ils occupent et par la fonction qu’ils remplissent. Et à ce double titre, médias de la domination. » (4) Lesquels, de plus en plus soumis aux exigences du marché, au diktat de l’audimat, appartenant souvent à de grands groupes financiers, acteurs parfois inconscients d’un mécanisme de domination qui les dépassent, ne remplissent effectivement pas toujours ce rôle d’agents de la démocratie. Dans le contexte local, où l’on parle aussi à juste titre de « gouvernance », un journal libre comme le Ravi, « qui prend la parole plus qu’il ne milite » (5) peut être ce nécessaire contre-pouvoir. Même si c’est un peu prétentieux, faut bien se motiver pour quelque chose…

« Le rire est la meilleure arme contre les pisse-froids » écrivait encore le Ravi, en juillet 2003. Parce que la sociologie sans le rire, ça peut vite devenir pénible. Comme disait Bourdieu, la sociologie c’est bien pratique pour « minimiser la violence symbolique qui s’exerce dans les rapports sociaux et en particulier dans les rapports de communication médiatique » (6). Mais quand même, faut pas pousser : « le travail critique… ne déroge en rien aux exigences de la rigueur et de la précision parce qu’il recourt à l’humour et au trait satirique », précise Patrick Champagne, l’un de ses disciples. Mieux comprendre les manipulations permet de mieux les énoncer, même en riant. Au Ravi, on ne peut nier l’aspect « rire et sociologie ». L’avantage pour le lectorat, c’est que les médias dominants manquent des deux. Souffrant d’une très dommageable « ignorance sociologique » (7), flagrante par exemple sur le cas de la délinquance juvénile ou de l’urbanisme, ces médias nous infligent en outre un sérieux mélodramatique sans compétence qui ne sert de fait plus à rien. Autant en rire. Et travailler. Car les journalistes incompétents laissent un sacré travail à qui se piquerait de vérifier le leur. Sur le sujet, il ne faut pas hésiter à jeter un coup d’oeil à PLPL, efficace décortiqueur de « conneries » médiatiques, et lire régulièrement son Ravi…

Combien de temps peut durer une pareille histoire ? Tout dépend des lecteurs et d’éventuels procès… Les journaux comme le Ravi ont en effet un délicat talon d’Achille : un effarant manque d’argent. Une survie précaire qui arrange bien ceux que l’existence d’une telle presse irrite. Comme le soulignait le Monde diplomatique, en juin 2004, « les procès sont devenus un moyen courant pour tenter d’intimider les animateurs souvent bénévoles, de projets rédactionnels un peu dérangeants ». Ainsi, après le Fakir, poursuivi par Le Courrier Picard, après CQFD, poursuivi par
la Croix-Rouge, c’est au tour d’un nouveau journal parisien, Tant pis pour vous, de subir un procès à propos d’un article corrosif sur le chanteur Renaud. Quant au Ravi, il vient juste d’être mis en examen dans le cadre d’un procès en diffamation l’opposant à la mairie de Menton (lire page 4 et l’édito)…

Valérie Patte

(1) Petit manuel de l’observatoire critique des médias, supplément à PLPL. (2) Reporters sans Frontières, rapport 2003. (3) Acrimed (Observatoire critique des médias), www.acrimed.org. (4) Jean-Pierre Tailleur , Bévues de presse, éd. du Félin. (5) Gilles Mortreux, journaliste au Ravi. (6) Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Libre raisons d’agir, 1996. (7) L’expression est de Loïc Wacquant, autre disciple de Bourdieu.

 

 

 

Génération « altermédias »

Dans les années 80, Jello Biafra, chanteur du groupe punk Dead Kennedy’s lançait son mot d’ordre : « Don’t hate the media, become the media », mais il n’a pas pensé à nous proposer un nom. La terminologie de la presse « libre » pose effectivement un problème. Par définition, toute la presse est libre et indépendante. On sait ce qu’il en est dans les faits, mais quand même. Presse d’opinion, ça ne va pas non plus, le Ravi par exemple représentant plutôt une presse d’opinions, avec un “s”. Presse « alternative », c’est sympa mais un peu trop rock’n roll. Presse de « proximité », c’est pas mal, mais le magazine mensuel municipal est aussi de proximité. Reste l’intéressant « altermédia », utilisé surtout à l’étranger, qui présente le double avantage de regrouper en un seul terme les éléments disparates de la presse « différente » et de souligner dans le même temps le lien entre le développement rapide de cette presse et l’émergence du mouvement altermondialiste. « Le système indépendant de communication est déjà très répandu et très actif. A tel point qu’en Italie par exemple, des évènements comme ceux de Gênes ou du Forum social de Florence ne pourraient pas être autrement expliqués. » (P. Sullo, rédacteur en chef de Carla, revue italienne indépendante, novembre 2003.)

 

 

Le grand bazar de l’info Yves Agnès  

 

Un livre de plus sur les média. Un livre de trop ! Yves Agnès a eu le toupet de sous-titrer ce livre « Pour en finir avec le maljournalisme » Maljournalisme : un mot emprunté à Jean-Pierre Tailleur , qu’il omet de signaler, auteur d’un des plus brillants ouvrages sur la presse française Bévues de presse. Assez étonnant  car il explique par ailleurs d’où provient le terme malinformation.
Son constat sur les médias sonne comme une rengaine usée : « Les bavures médiatiques se sont banalisées », « La vérification des informations est aujourd’hui de moins en moins pratiquée »…
 
Yves Agnès souligne qu’« on peut à l’inverse se réjouir  de la prudence et de la modération dont ont fait preuve les médias écrits et audiovisuels après les incidents survenus lors de la manifestation lycéenne du 8 mars 2005 ».  Les médias ne se sont pas emballés sur le » racisme anti-blancs » « pouvant donner du grain à moudre à une extrême droite ». C’est sans doute pour cela que les médias français ont fait preuve d’une très grande retenue vis à vis des dernières émeutes en banlieue. Les média français se sont bien auto-censurés comme le confirme Jean-Claude Dassier, le directeur général de LCI  dans  
The Gardian  qui a admis avoir volontairement censuré la couverture des émeutes de banlieues, et ce afin de « ne pas favoriser l’extrême droite ».
 
Yves Agnès a l’air d’être réticent vis à vis d’Internet , repère de « pédophiles, maquereaux, racistes ou négationnistes ». Il note que 10 000 dépêches d’agences sont produites chaque jour. Pourtant il omet de signaler que les médias français répercutent les mêmes informations. C’est ici qu’Internet est intéressant car il permet de signaler des informations passées inaperçues comme les nombreux actes de vandalismes visant des églises, temples ou cimetières chrétiens (voir le site
indignations.org). 

Deux églises ont été attaquées lors des émeutes pendant la nuit du 6 novembre 2005. De nombreux médias étrangers s’en font l’écho mais étrangement

  *

la presse nationale – télévisions, radios et journaux – reste muette.  

Un autre point positif d’Internet que cet auteur a oublié : les débats grâce aux nombreux sites  sur la toile à propos du traité constitutionnel européen.
Yves Agnès s’inquiète de l’omniprésence des patrons de grosses société dans la presse écrite et audiovisuelle. C’est un problème mineur ; d’ailleurs les groupes TF1 et Lagardère sont entrés dans le capital de l’Humanité sans que la ligne éditoriale infléchisse.
 
Face à ces médias classiques, il propose  des sites militants proche du milieu alter-mondialiste et donc très subjectifs comme Uzine, Acrimed…Il fait aussi l’éloge
d’Ignacio Ramonet  qui n’a jamais eu  de scrupules à se présenter avec Fidel Castro que je considère plutôt comme un dictateur.
 
A la lecture de ce livre on ressent un profond malaise : les journalistes sont tès politiquement correct, ils ne sont pas prêt à combattre la censure qui sévit en France.
J’oubliais : Yves Agnès a été rédacteur en chef au Monde, et directeur général du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ)

Nos liens  

Médias, observation des médias, recherches universitaires, blogs de journalistes, collectifs et associations… 

 

 

Sites de grands médias  

 

Le Figaro
Quotidien généraliste de couleur “droite libérale”Le Parisien
Quotidien dit “populaire” à déclinaison locale (le Parisien/Aujourd’hui en France)
La Croix
Quotidien généraliste de couleur “démocrate chrétien”. Nouvelle formule depuis le 20 novembre 2006.Le Monde
Quotidien généraliste dit “de référence” de couleur “centre-gauche”Libération
Quotidien généraliste de couleur “nouvelle gauche” 

l’Humanité
Quotidien généraliste communiste 20minutes
Quotidien gratuit 

Métro
Quotidien gratuitOuest France
Quotidien régional 

Le Télégramme de Brest  

Observation des médias 

L’actu des médias
Un site d’étudiants en journalisme à l’IUT de Bordeaux qui traite, comme son nom l’indique, de l’actualité des médias.

Acrimed
Le site de référence de la critique bourdieusienne des médias. Indymédia
Portail de référence du journalisme indépendant et altermondialiste. 

Bigbangblog
Le blog d’une partie de l’équipe d’Arrêt sur images.

David Abiker fût l’invité du septièmeCafé de l’info de juin 2006. Daniel Schneidermann fût notre invité du 3 octobre 2006.maljournalisme
Site de Jean-Pierre Tailleur, auteur de Bévues de Presse : l’information aux yeux bandés et inventeur du concept de maljournalisme. Il a également été notre invité du Café de l’info en 2 mai 2006 sur le thème : La presse étrangère est-elle de meilleure qualité que la presse française ? 

Media-ratings
Agence de notation des médias. Nous avons reçu son directeur, Philippe Karsenty, lors de notre Café de l’info du 3 janvier 2006, autour du thème : peut-on noter les médias ?

Le dernier pouvoir
Site web mettant à disposition quelques émissions parmi les plus marquantes du Premier Pouvoir d’Elisabeth Lévy. Ce site a été mis en place par des auditeurs de France Culture après la décision de David Kessler de supprimmer cette émission cet été. 

Autour des médias 

L’OJD
L’OJD est l’organisme de référence pour la certification des chiffres de tirage, de diffusion et de distribution de la presse française. L’OJD certifie également la fréquentation des sites Internet.

Commission de la Carte de Presse
Créée par la loi du 29 Mars 1935,
la Commission a pour objet de délivrer une carte d’identité de journaliste professionnel aux postulants qui remplissent les conditions fixées par cette même loi (notamment dans son article L 761-2).  Thomas Zlowodzki  

 

 

 

La nouvelle émission politique de TF1 signe la faillite du journalisme à la française 

Mis en ligne le 16 février 2007 

TF1 a diffusé sa nouvelle émission politique « J’ai une question à vous poser », présentée par Patrick Poivre d’Arvor, le 5 février 2007. Les candidats à l’élection présidentielle y sont interrogés, en direct, pendant deux heures par cent Français sélectionnés par l’institut d’étude d’opinion TNS-SOFRES. 

Cette émission a provoqué de nombreuses polémiques. Nicolas Sarkozy, qui était l’invité du premier numéro de cette émission, entretient de bonnes relations avec Dominique Ambiel. Or, ce dernier dirige la société A Prime qui produit ce programme. M. Ambiel est également l’ancien collaborateur de Jean-Pierre Raffarin qui lui-même soutient le président de l’UMP.

Nous n’avons pas les moyens de vérifier si ces critiques sont pertinentes. A savoir, si les questions posées par les Français au président de l’UMP lui ont été communiquées au préalable. En revanche, Media-Ratings trouve choquant que les deux candidats en tête dans les sondages, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, bénéficient, durant leur campagne d’émissions qui leurs sont entièrement consacrées tandis que les autres candidats doivent partager leur temps de parole. Néanmoins, il apparaît que ce type d’émission annonce la faillite du journalisme politique à la française, fait de connivences, de coucheries et compromissions. En observant le paysage journalistique français, à cette veille d’élection présidentielle, on constate que deux présentatrices continuent à travailler jusqu’à la limite de la décence. Elles partagent leur vie avec deux membres du gouvernement actuel. Pour l’une d’elles, c’est la révélation de cette liaison par les médias, et non la liaison elle-même, qui a donné lieu à son retrait futur de l’antenne. De plus, si les medias français avaient moins de pudeur et révélaient les relations qui unissent certains journalistes à des postes de haute responsabilité avec le personnel politique, les rédactions de certaines chaînes et autres médias seraient décimées. De plus, aux liens intimes s’ajoutent les liens amicaux qui lient certains politiques français à de nombreux journalistes français.  

Comment peuvent-ils ensuite poser les questions qui fâchent ? Ces journalistes se voient alors contraints de déléguer cette fonction à des Français anonymes issus de panels de sondeurs. Prenons l’exemple des liens qui unissent le porte-parole du gouvernement, Jean-François Copé, au groupe France Télévisions. Deux proches collaborateurs de M. Copé, Bastien Millot et Damien Cuier, ont été nommés à des postes de direction au sein du groupe de télévision publique. Libération avait publié un très bon article à ce sujet. En voici un extrait :  

« Mais c’est la filière Copé qui fait jaser. Quelques jours à peine après son élection, Carolis s’est trouvé un directeur de cabinet en la personne de Damien Cuier, issu du cabinet du porte-parole du gouvernement et ministre délégué au Budget. A l’ANPE-Copé, Carolis recrute aussi Bastien Millot. A 33 ans, ce jeune homme (qui a connu le ministre à Sciences-Po comme prof avant de devenir le directeur adjoint de son cabinet) réalise son rêve : entrer à la télé. C’est Millot qui habitait l’appartement personnel de Copé, alors que celui-ci occupait un dispendieux logement de fonction. Plus grave, Millot a été condamné fin 2004, alors qu’il était adjoint au maire de Beauvais, à une amende de plus de 30 000 euros ¬ toujours pas réglée ¬ pour « faux en écriture publique et abus de fonction » : des heures supplémentaires indues à un chauffeur de la ville. Mais tout ça, c’est du passé, jure Millot, bombardé « directeur délégué en charge de la stratégie, de l’innovation et de la communication », directement sous les ordres de Carolis. Le poste lui permet d’avoir l’oeil sur les programmes, et ce, sans aucune expérience télévisuelle ! Enfin, l’entourage de Sarkozy l’accuse d’être le rédacteur des argumentaires anti-Sarko, pour le compte de

la Chiraquie. Millot dément. Comme il dément avoir fait circuler la photo d’un certain Richard Attias, « l’ami » de Cécilia Sarkozy.
» 
L’Humanité a aussi publié un excellent article sur ces nominations. En voici quelques lignes : « Plus inquiétant, après l’appel en tant que directeur de cabinet de Damien Cuier, membre du cabinet de Jean-François Copé au ministère du Budget, Patrick de Carolis pourrait, selon certaines sources, à nouveau puiser dans « le vivier » du porte-parole du gouvernement en s’assurant les services de Bastien Millot jusque-là directeur adjoint du cabinet du ministre délégué au Budget et à

la Réforme de l’État et connu pour avoir été l’occupant de l’appartement de 160 mètres carrés de Copé dans le 16e arrondissement de Paris. Bastien Millot a été directeur de cabinet de Copé à la mairie de Meaux. Le porte-parole du gouvernement semble placer ses amis avec application.
» Pour illustrer la connivence qui existe entre le porte-parole du gouvernement à la directrice de l’information de France 2,
Arlette Chabot, nous vous invitons à découvrir leur fameuse bise.  

Pour conclure cette analyse sur les nouvelles émissions politiques, on observe que le service public suit la même pente populiste que TF1. En effet, cette connivence politiques-journalistes a aussi conduit France 2 à faire poser des questions d’« A vous de juger », par des internautes munis de webcam. Ainsi, cela permet à la chaîne de faire poser certaines questions délicates, sans avoir à se brouiller avec le politique interviewé. Notons toutefois que les relations entre les journalistes et les politiques n’étaient pas plus saines auparavant. Pour illustrer ce propos, il suffit de se remémorer l’interview de François Mitterrand par les femmes de deux de ses ministres, Anne Sinclair et Christine Ockrent. Envoyer  

 

 

Pourquoi nous ne soutenons pas Charlie Hebdo  

Mis en ligne le 8 février 2007  

Charlie Hebdo est poursuivi en diffamation par
la Ligue islamique mondiale,
la Mosquée de Paris et l’UOIF pour « injures publiques à l’égard d’un groupe de personnes en raison de leur religion
» après avoir diffusé en février 2006, en plus d’un dessin de Cabu, les fameuses « caricatures de Mahomet » dont les manipulations ultérieures ont soulevé le monde musulman. 

Le 17 février 2006, nous avions consacré une perle à cet épisode médiatique dans laquelle nous défendions vigoureusement le droit de diffuser ces caricatures : Caricatures danoises : l’intolérable manipulation face à l’inacceptable capitulation

Pour autant, même si nous ne soutenons absolument pas leurs adversaires, nous ne rangeons pas aux côtés de Charlie Hebdo car nous estimons que ce journal a publié ces caricatures pour faire un coup médiatique plus que pour défendre la liberté d’expression ou pour s’opposer à l’extrémisme musulman. En effet, après analyse du contenu de cet hebdomadaire, nous avons observé que Charlie Hebdo se moquait très souvent des chrétiens, rarement des juifs et quasiment jamais des musulmans, sauf dans le cas précité. De plus, on y observe une tendance régulière à la mise en équivalence des religions, quels que soient leurs agissements. Pour ce qui concerne les caricatures danoises, ce sont les dessinateurs danois qui ont pris tous les risques. La posture de Charlie Hebdo dans cette affaire n’était-elle alors pas plutôt destinée à réaliser un coup médiatique et à redresser des ventes en perdition ?  

On notera l’unanimisme démagogique et suspect de tous les bien-pensants et des politiques qui se rejoignent pour défendre l’hebdomadaire attaqué. Il nous apparaît que ce procès est uniquement un événement médiatique destiné à aveugler le public et à faire croire que la liberté d’expression est défendue en France. En fait, cette dernière est bien plus menacée par la toute puissance et la connivence qui existent entre les groupes de communication privés et publics que par des organisations islamistes extrémistes. On observera que Charlie Hebdo n’a jamais osé affronter les véritables puissances médiatiques françaises. Alors, Charlie Hebdo, debout face à quelques islamistes déboussolés et, couché face à France Télévisions ? 

Il est vrai que pour être invité sur leurs plateaux de télévision et y faire sa promotion, il vaut mieux être docile…

Bien évidemment, indépendamment de notre analyse du contenu régulier de Charlie Hebdo, nous espérons que les plaignants seront déboutés de leur plainte. Cela semble être en bonne voie puisque le Procureur de
la République a réclamé la relaxe
de Charlie Hebdo. Cependant, rien n’est sûr car dans
le procès qui nous a opposé à France 2 et Charles Enderlin, le Procureur avait demandé notre relaxe et nous avions été condamnés.  

 

 

 

Pourquoi les medias entretiennent-ils le mythe que Jacques Chirac a  véritablement lutté contre l’antisémitisme ?  

Mis en ligne le 15 mars 2007 

Jacques Chirac a annoncé le dimanche 11 mars 2007 qu’il ne se présenterait pas aux prochaines élections présidentielles françaises. 

Au cours de son allocution, il a beaucoup insisté sur la lutte contre l’antisémitisme.

Dans son sillage, les médias français ont répété que le président aurait mené vigoureusement ce combat. Pourtant, ceux qui observent

la France avec recul savent que c’est sous sa présidence que, la première fois en France depuis la fin de


la Seconde Guerre mondiale, des synagogues ont été incendiées et que
des juifs ont été assassinés en raison de leur religion. La mort d’Ilan Halimi en est le triste rappel. Jacques Chirac aurait-il alors échoué sur ce dossier par incompétence, comme sur d’autres tels que le chômage ou la « réduction de la fracture sociale » ? A moins que l’affirmation de son combat contre l’antisémitisme n’ait été qu’une posture ?  

De nombreux observateurs ont longtemps été trompés par certains discours et réactions de Jacques Chirac. Ainsi, sur la scène intérieure française, Jacques Chirac a toujours combattu Jean-Marie Le Pen et l’extrême droite. En juillet 1995, il a reconnu la culpabilité de l’Etat français dans la déportation des juifs pendant la seconde guerre mondiale Pour autant, est-ce que ces attitudes justifient que l’on accorde à Jacques Chirac un brevet de « lutteur contre l’antisémitisme » ou de non-antisémitisme ? Nous ne le pensons pas, bien au contraire. 

En effet, quand on analyse la carrière politique de Jacques Chirac sur la durée, on observe qu’il a eu comme alliés politiques les ennemis les plus déterminés et les plus dangereux du peuple juif ; notamment ceux qui ont promis de réaliser un nouvel holocauste. Jacques Chirac a même tenté de les aider à atteindre leurs objectifs. Par exemple, il a offert à Saddam Hussein les moyens de produire l’arme atomique en 1975 au travers de la centrale Osirak que certains appelaient « Ochirak ». Les Israéliens ont détruit cette centrale nucléaire en 1981. On n’ose imaginer comment aurait tourné la guerre du Golfe de janvier 1991 si Saddam Hussein avait possédé la bombe atomique. Jacques Chirac a aussi été l’ami du dictateur libyen Kadhafi jusqu’à que ce dernier se convertisse à la realpolitik et abandonne ses armes de destructions massives. Paradoxalement, Kadhafi s’affirmait comme le premier des sionistes. Il disait qu’il souhaitait que tous les juifs de la planète se réunissent en Israël afin de pouvoir les anéantir en une seule fois avec une arme atomique. Le président français a aussi protégé contre les sanctions internationales le président syrien défunt, Hafez El Assad, qui hébergeait à Damas de nombreux groupes terroristes décidés à détruire l’Etat d’Israël. Il en fut de même avec le Hezbollah libanais qui a longtemps été défendu par Jacques Chirac personnellement, et par les diplomates français sous ses ordres. Il s’est toujours opposé à ce que ce groupe soit placé sur la liste européenne des organisations terroristes alors qu’il est responsable, entre autres, de l’attentat du Drakkar qui a tué plus de 50 soldats français en 1983 à Beyrouth.  

La diplomatie chiraquienne a aussi permis à l’Iran de gagner du temps ces trois dernières années pour parvenir à détenir l’arme nucléaire. En somme, il apparaît que sur la scène internationale, Jacques Chirac a été l’allié de tous ceux qui voulaient rayer de la carte l’Etat d’Israël et tuer tous ses occupants. Pour mémoire, rappelons aussi qu’il avait comme secrétaire général de l’Elysée, entre 1995 et 2002, Dominique de Villepin qu’il a nommé Premier ministre en 2005. Or, si les médias se sont offusqués de la volonté du président iranien de « rayer Israël de la carte », peu se sont souvenus que l’actuel premier ministre français expliquait en 2001 au directeur du Monde, Jean-Marie Colombani, qu’Israël était une parenthèse de l’histoire qui serait amenée à disparaître. Les anticipations de Villepin rejoignaient alors la volonté du président iranien. En fait, au fil du temps, il est apparu que l’amour des juifs de Jacques Chirac s’est concentré sur les seuls juifs morts ou affaiblis.  

Toutefois, il a utilisé de nombreux collaborateurs juifs autour de lui car il avait besoin de leurs compétences. Ces derniers se sont comportés en collaborateurs inconditionnels du pouvoir qu’ils ont épaulé. En 2003, Jacques Chirac a voulu rétablir, notamment en Israël et aux Etats-Unis, sa réputation ternie par les images de synagogues brûlée. Il a essayé de faire croire que l’antisémitisme n’existait pas en France.  Il a donc employé quelques juifs de cour pour organiser un voyage de journalistes israéliens à Paris, tous frais payés. Ces derniers se sont comportés comme leur mécène s’y attendait : ils sont rentrés chez eux en décrivant une France idyllique. Un peu à la manière de ceux qui visitaient l’URSS sous Staline à qui on ne montrait que des scènes de fictions fabriquées spécialement pour eux. Jacques Chirac a aussi créé ce qui est apparu comme son ministère aux affaires juives en 2003. Il l’a nommé « secrétariat d’Etat aux Droits des Victimes » car c’est ainsi qu’il aime voir les juifs. Et pour que son message soit bien compris, il l’a attribué à celle qu’il tenait pour la représentante des juifs de France, Nicole Guedj. Jacques Chirac est aussi un homme qui vit avec l’imaginaire de la première moitié du 20ème siècle. Il a ainsi été fortement marqué par l’idéologie que véhicule le Protocole des Sages de Sion. Ainsi, nombre de ses actions montrent qu’il est persuadé qu’une assemblée de juifs américains contrôle le monde. Tout en méprisant souverainement les représentants de la communauté juive française du CRIF, il a choyé les messagers des organisations juives américaines, chaque fois qu’ils venaient en France. A certains, il a offert des photos en sa présence à montrer à leurs généreux donateurs. A d’autres, plus craints, il a remis des décorations.  Pour illustrer le mépris et la méfiance que Jacques Chirac entretenait à l’égard des juifs de France, rappelons que le discours que le président du CRIF devait prononcer chaque année à son dîner annuel devait être visé par les autorités françaises. Au regard de cette analyse, il nous semble évident que les éloges reçus par Jacques Chirac pour sa lutte contre l’antisémitisme ne sont pas mérités, bien au contraire.  

Autre exemple accablant à mettre au bilan du président français : la couverture qu’il a offerte à France 2 pour perpétuer le mensonge au sujet de l’affaire Al Doura, qui est la plus grande incitation à la haine antisémite de ces dernières années.

Enfin, il est clair qu’après le départ de Jacques Chirac de l’Elysée, un assainissement sera nécessaire sur ce point, comme sur d’autres, afin de restaurer les institutions démocratiques.  

 

 

Meurtre d’Ilan Halimi : Youssouf Fofana serait-il le responsable idéal ?  

Mis en ligne le 9 mars 2006  

Cet article est disponible en anglais : The Murder of Ilan Halimi : Is Youssouf Fofana the ideal culprit? Depuis la mort d’Ilan Halimi, les médias ont changé leurs versions des faits à de nombreuses reprises, suivant ainsi docilement les interprétations fournies par les autorités françaises.  

Il semble toutefois que le traitement médiatique de ce crime ne permette pas d’en saisir l’importance et en dissimulent les vrais responsables.

Bien évidemment, loin de nous l’idée de disculper Youssouf Fofana et les membres de son gang : ils ont enlevé Ilan Halimi, l’ont torturé et l’ont abandonné mourant sur la voie publique. Personne ne naît raciste, antisémite ou antifrançais.  Ces perversions s’apprennent et s’entretiennent. Ceux qui alimentent ces sentiments auront des comptes à rendre aux citoyens qui en sont aujourd’hui les victimes. Chacun prend aujourd’hui conscience que ces violences extrêmes peuvent frapper partout, et tout le monde. Ainsi, rappelons le lynchage de Jean-Claude Irvoas, en octobre 2005, devant sa femme et sa fille, alors qu’il photographiait du mobilier urbain en banlieue parisienne. Un crime antisémite  

De nombreux médias ont longuement tergiversé afin d’éviter de reconnaître le caractère antisémite de ce crime.

Au regard de l’identité de la victime, des autres tentatives d’enlèvements qui visaient principalement des juifs ainsi que des informations recueillies auprès de la famille d’Ilan Halimi, il semble évident que ce crime est antisémite. Pour que les médias l’admettent, il aura fallu, d’une part, attendre la diffusion, le 20 février 2006, d’une interview de Mme Halimi dans le quotidien israélien Haaretz, article qui a provoqué la colère du Quai d’Orsay et d’autre part, que le procureur retienne comme circonstance aggravante l’antisémitisme. Dans une moindre mesure, ajoutons notre modeste contribution à l’éclosion de la vérité avec l’envoi de notre newsletter du 17 févrierA ce stade de l’analyse, une première question se pose : pourquoi a-t-il fallu exercer des pressions extérieures pour que la vérité soit révélée ? Malgré ces informations concordantes, de nombreux médias ont tenté de minimiser le caractère raciste de ce crime. Ainsi, l’émission Arrêt sur Images du 5 mars 2006 a rassemblé un plateau inéquitable. En effet, le présentateur de l’émission, Daniel Schneidermann – qui avait minimisé le caractère antisémite de l’affaire dans Libération du 24 février 2006, a invité pour appuyer sa thèse un journaliste du Monde, Piotr Smolar ainsi qu’Esther Benbassa qui s’est illustrée dans L’Humanité du 22 février 2006 – « J’appelle à la prudence » – avant, sur le plateau de France 5, de parler de « ce bonhomme » pour évoquer Ilan Halimi.  

Pour apporter la contradiction à ce trio, Arrêt sur images avait invité Michel Zerbib de Radio J. Notons un des arguments phares défendu par les tenants du crime crapuleux : puisque certains de ceux qui ont été menacés par les barbares n’étaient pas juifs, le meurtre d’Ilan Halimi n’était pas motivé par une haine antisémite.  Très bien, alors, si nous suivons ce raisonnement, Hitler n’était pas antisémite puisque la grande majorité de ceux qu’il a tué n’étaient pas juifs… De leur côté, les médias internationaux n’ont pas eu la même pudeur pour qualifier l’évidence : le site de

la BBC a titré « Le chef du gang anti-juif arrêté » tandis qu’El Pais annonçait « Barbarie antisémite à Paris »
Pourquoi certains ont-ils voulu nier le caractère antisémite du crime ? Nier l’existence de l’antisémitisme en France est important pour la diplomatie française au moment où elle est contestée à l’étranger.  

Or, notre diplomatie, mais aussi les principaux dirigeants politiques français fantasment sur le lobby juif mondial, censé influer la politique internationale, et basé selon eux aux Etats-Unis. C’est pour cela que les dirigeants politiques français reçoivent avec déférence, même s’ils les méprisent, certains dirigeants communautaires juifs américains.

Notons enfin que ce meurtre n’est pas, contrairement à ce que tout le monde affirme, le premier de ce genre en France. Ainsi, en novembre 2003, un jeune français de confession juive, Sébastien Sellam, avait été égorgé par son voisin, Adel, qui lui avait crevé les yeux et s’était exclamé : « J’ai tué mon juif, je vais aller au paradis ». Le meurtrier avait été placé en hôpital psychiatrique et devrait être libéré prochainement.  A l’époque, les médias avaient dissimulé le caractère antisémite de ce crime. Le meurtre d’Ilan Halimi est aussi un crime antifrançais et antioccidental 

Ce crime est antisémite, mais il est aussi antifrançais et antioccidental.

La volonté des kidnappeurs de faire subir à Ilan Halimi des tortures, ou lui faire revivre des scènes vues à la télévision dans le cadre des informations diffusées par les médias français concernant l’Irak, renvoie ce crime à une forme de vengeance absurde. Pourquoi les médias français s’échinent-ils à appeler « tortures » les traitements des prisonniers d’Abou Ghraib alors que ce ne sont que des humiliations, abjectes certes, mais juste des humiliations ? Ces dérapages sémantiques et ces fausses interprétations n’ont-ils pas donné des idées de revanche aux tortionnaires d’Ilan Halimi ?  Les tortures et l’assassinat d’Ilan Halimi sont devenus acceptables pour certaines personnes abreuvées d’informations mensongères sur ce qui se passe en Irak, en Afghanistan, en Israël, mais aussi en France. La victimisation des musulmans, aidée en cela par la diffusion de fausses informations dans les médias, a déclenché une haine antifrançaise et antioccidentale qui se répand et qui n’en est probablement qu’à ses prémices. Par ailleurs, la capitulation de Jacques Chirac face aux menaces islamistes dans le cadre de la polémique sur les caricatures danoises, de même que le mea culpa permanent de
la France vis-à-vis de ses anciennes colonies a alimenté un sentiment antifrançais.  Comment justifier les campagnes de presse qui ont abouti à assimiler Napoléon à Hitler et amener nos « courageux » président et premier ministre à ignorer le bicentenaire de la bataille d’Austerlitz et à célébrer avec les anglais la défaite de Waterloo ?  

 

 

 

Les falsifications de l’interview de Youssouf Fofana 

sur i-TELE 

Le 27 février 2006, i-TELE, qui est la chaîne d’information du groupe Canal + visible sur le câble, le satellite et
la TNT, a diffusé une interview de Youssouf Fofana dans laquelle ce dernier s’exprimait librement.

Nous ne nous attarderons pas sur les explications qui ont été données par la chaîne d’information pour justifier cette diffusion. Ceux qui se sont exprimés à ce sujet se sont contredits à plusieurs reprises. Toutefois, une de nos lectrices nous a signalé qu’i-TELE a falsifié cette interview. En effet, alors que Youssouf Fofana s’exprimait en français et que ses propos étaient parfaitement compréhensibles, l’interview était sous-titrée de façon mensongère. Journaliste d’i-TELE : « Qu’est ce que vous avez à dire à la famille d’Ilan ? »  

Youssouf Fofana : « Que leur enfant s’est battu. » Pourtant, i-TELE a sous-titré : « Que leur enfant, je ne l’ai pas tué. » Pour voir l’extrait de l’interview falsifiée, cliquez ici.  

 

 

Pourquoi i-TELE a-t-elle dénaturé le message de Fofana ? 

Le plus étonnant est que les médias qui ont commenté cette interview n’ont pas relevé ce sous-titrage mensonger. Cela rappelle le faux sous-titrage de Canal + (groupe auquel appartient i-TELE) qui avait, lors des émeutes françaises de novembre 2005, falsifié les insultes proférées contre Nicolas Sarkozy.  A l’époque, Nicolas Sarkozy était traité de « sale juif » et cela s’entendait parfaitement à l’antenne. Le Vrai Journal de Canal + avait préféré sous-titrer : « Sarkozy fasciste ». Pour voir, et écouter, ces images, cliquez iciLa manifestation du 26 février 2006  

Suite au meurtre d’Ilan Halimi, une manifestation a eu lieu à Paris le 26 février 2006.

Ce défilé a donné lieu à de nombreuses récupérations politiques qui ont entaché ce rassemblement. On a ainsi pu y voir certains hommes politiques qui n’y avaient pas leur place.  Comment, par exemple, accepter de défiler avec Renaud Donnedieu de Vabres qui s’emploie depuis plus d’un an à empêcher la révélation de la vérité sur l’affaire Enderlin – France 2 et qui a menti à l’Assemblée Nationale pour couvrir cette imposture ? Rappelons que cette mise en scène a alimenté une campagne d’antisémitisme planétaire, et notamment dans les banlieues françaises. Pourquoi avoir laissé le Parti Socialiste, et ses satellites tels que SOS Racisme ou l’Union des Etudiants Juifs de France, perturber le rassemblement en ostracisant Philippe de Villiers qui n’a jamais tenu de propos antisémites ou racistes ? Le scandaleux traitement de la mort d’Ilan Halimi par L’Humanité 

Dans l’ensemble, les médias français ont, après une période de flottement, correctement traité la mort d’Ilan Halimi, Le Parisien ayant été le journal le plus complet sur cette affaire.

Tel n’a pas été le cas de L’Humanité qui a évité le sujet pendant plusieurs jours avant de finalement l’aborder sous un angle pour le moins contestable. Ainsi, l’un des premiers articles consacré à ce meurtre était intitulé « Itinéraire d’un enfant gâché ». Il était consacré à… Youssouf Fofana et tentait d’expliquer sa dérive. Vint ensuite un éditorial de Pierre Laurent « Jusqu’aux racines de la haine » qui s’achevait ainsi : « Condamner les haines, les violences, les racismes, c’est bien. Ne pas les alimenter, c’est beaucoup mieux ». A la lecture de cet éditorial et du quotidien L’Humanité en général, pourquoi ce journal ne s’applique-t-il pas ces conseils à lui-même ?  

 

 

Pourquoi la famille d’Ilan Halimi a-t-elle le même avocat que Jacques Chirac ?  

L’avocat de la famille d’Ilan Halimi est Francis Szpiner. 

 

  Or, si l’on en croit les informations diffusées sur la famille Halimi, celle-ci n’a pas les moyens de s’offrir les services de M° Szpiner qui est un des ténors du barreau de Paris. C’est alors qu’il faut rappeler que M° Szpiner est un des avocats personnels de Jacques Chirac.  

Est-ce que cet avocat a été mis à disposition de la famille par Jacques Chirac ? Si tel est le cas, pourquoi ? Que craint le président français d’un avocat qu’il ne contrôlerait pas ? Pourquoi l’action de la police n’est-elle pas remise en cause par les médias ? 

La police a été déficiente dans cette affaire puisqu’elle n’a pas réussi à localiser les kidnappeurs et n’est pas parvenue à remonter jusqu’à eux pendant les trois semaines qu’a duré l’enlèvement.

Pourquoi les médias n’ont pas remis en cause du travail de la police ? Lorsque la police avait été accusée d’avoir poursuivi les deux jeunes qui ont été retrouvés morts dans la centrale EDF de Clichy sous Bois, les médias ont poussé la police dans ses retranchements pour obtenir la vérité. Pourquoi la police française a-t-elle dissimulé cet enlèvement pendant trois semaines ?  Est-ce que la discrétion de la police a obéi à des motivations politiques ? Les responsables  

Au regard du drame que représente la mort d’Ilan Halimi, il semble qu’il faille chercher à trouver les responsables de ce déferlement de haine.

Qui a bien pu faire entrer dans la tête de Youssouf Fofana et de sa bande que l’on pouvait s’en prendre à un juif pour obtenir de l’argent ? 

Qui a bien pu faire entrer dans la tête de cette clique de barbares que torturer et tuer un français, juif ou non juif, était acceptable ?

La réponse est simple : ce sont certains médias, aux ordres du Quai d’Orsay et/ou gangrenés par l’extrême gauche alliée aux islamistes, qui ont, depuis de nombreuses années, menti sur de nombreux sujets au point de développer la haine antisémite et antioccidentale en France. Comment s’offusquer de l’influence grandissante des mouvements islamistes les plus dangereux en France quand on se souvient que c’est l’actuel ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, qui a offert à l’UOIF la vice-présidence du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) ? Pourquoi le gouvernement Raffarin, et principalement Dominique Perben qui était alors ministre de

la Justice, ont-ils refusé d’appliquer les recommandations du rapport Rufin qui proposait, notamment, de pénaliser les propos antisionistes ? Que dirions nous si, dans un pays étranger, les médias donnaient régulièrement la parole à des personnages qui prônaient la destruction de


la France ?  

Les falsifications de médias tels que L’Humanité ou France 2 sur des sujets comme l’Irak ou le Proche-Orient n’ont-ils pas conditionné les esprits des tortionnaires d’Ilan Halimi ? Pourquoi les médias n’enquêtent-ils pas sur la terreur au quotidien qui frappe les banlieues françaises ? Est-ce ce terrorisme qui a conduit les habitants de Bagneux à taire ce qu’ils ont probablement vu ou entendu lors de la détention d’Ilan Halimi ? Notons que certains médias ont osé parler d’omerta pour l’évoquer. Que dire alors de la conduite de ces mêmes médias qui taisent la vérité sur le principal faux antisémite et antioccidental qui a été diffusé par France 2 et qui a alimenté, de façon planétaire, la haine du monde musulman depuis le 30 septembre 2000 ?  

La désinformation est criminelle, et ceux qui la couvrent en sont les complices. Rayer Israël de la carte » : Ahmadinejad le souhaite, Villepin l’a envisagé Mis en ligne le 31 octobre 2005 Le président iranien a déclaré mercredi 26 octobre, lors d’une conférence – «Le monde sans le sionisme » – qu’il fallait « rayer Israël de la carte ». Ces propos ont été réitérés le vendredi suivant avant d’être, dès le lendemain, amoindris par la diplomatie iranienne. 

Cette déclaration a été condamnée par tous les médias français et toutes les diplomaties occidentales.

Une indignation aussi tonitruante qu’hypocrite et artificielle, le président iranien n’étant ni le premier, ni le seul à faire ce genre de déclaration. Rappelons pour mémoire que le Hamas (articles 11 et 15 de sa charte) appelle depuis longtemps à la destruction de l’Etat d’Israël. De même, l’OLP, dont le président palestinien Mahmoud Abbas est toujours le numéro 2, et dont est issue l’Autorité Palestinienne, n’a jamais abrogé les articles de sa charte qui appellent à la destruction de l’Etat d’Israël. Notons d’ailleurs que des représentants du Hamas ainsi que de l’Autorité Palestinienne étaient présents lors de la conférence où M. Ahmadinejad a prononcé ses propos exterminateurs. Aucune condamnation n’est venue de leur part. Plus surprenant, en 2001, l’actuel premier ministre français, Dominique de Villepin, a pronostiqué la disparition de l’Etat d’Israël lorsqu’il était secrétaire général de l’Elysée quand il a déclaré que « l’Etat d’Israël était une parenthèse de l’histoire » et qu’il serait amené à disparaître. Pour ceux qui n’avaient pas connaissance de cette anticipation, rappelons qu’elle a été rapportée par Jean-Marie Colombani dans son livre paru en février 2002, « Tous Américains ? », propos qu’il attribuait à « l’entourage du président Chirac ». Interrogé en privé pour savoir à qui il faisait référence, le directeur du Monde a répondu qu’il s’agissait de Dominique de Villepin. Questionné en juin 2002 pour savoir s’il reconnaissait avoir effectué cette déclaration, celui qui était alors devenu ministre des Affaires étrangères ne l’a pas formellement démentie.  

Il peut alors sembler étrange de constater toutes ces récriminations à l’encontre du président iranien et cette soudaine perte de mémoire des médias français lorsqu’il s’agit de leurs propres et actuels dirigeants. Notons que les déclarations de Jacques Chirac viennent corroborer cette analyse. En effet, le président français a certes condamné les propos de M. Ahmadinejad, qualifiés « d’insensés et irresponsables », mais pour la seule raison que le président iranien « a fait courir le risque à son pays, qui est un grand pays, d’être mis au ban des nations ».  L’analyse précise des phrases prononcées par Jacques Chirac montre que ce dernier ne se soucie que des risques que M. Ahmadinejad fait courir à son pays, mais aucunement du risque de voir un autre Etat être rayé de la carte. A l’appui de cette analyse, la tribune qui a été publiée dans Le Figaro du vendredi 28 octobre 2005 par Pascal Boniface mérite qu’on s’y attarde, le président de l’IRIS étant bien souvent le porte-parole officieux du Quai d’Orsay dans les médias. Le seul titre de l’article – « Quand le président iranien fait du tort à l’Iran » – montre où se trouvent les préoccupations de cet analyste stratégique qui rejoignent d’ailleurs celles du président français.  Enfin, pour mieux apprécier la teneur des propos qui ont été exactement tenus par Mahmoud Ahmadinejad, et que les médias français n’ont pas jugé utile de diffuser, en voici quelques extraits édifiants pour ceux qui pensent que la cible unique du président iranien est l’Etat d’Israël : « La création du régime qui occupe Al-Quods (Jérusalem) a été une manœuvre significative du système globalement dominant et de l’Occident contre le monde islamique. Un combat historique est en train d’être mené entre le Monde Oppresseur et le monde Islamique et les racines de ce conflit ont des centaines d’années.  

L’Etat occupant (Israël) est la tête de pont du Monde Oppresseur au cœur du monde islamique. Ils ont construit une base pour pouvoir étendre leur domination sur tout le monde islamique. Il n’y a aucune autre raison d’être pour cette entité sans cet objectif.

La bataille qui se joue en Palestine aujourd’hui est donc celle de la ligne de front du conflit entre le monde islamique et le Monde Oppresseur. Aujourd’hui, la nation palestinienne combat le Monde Oppresseur pour la communauté islamique toute entière. » ————- Suite à la publication de cette « perle », de nombreux lecteurs ont souhaité disposer d’une version anglaise de celle-ci afin de la faire circuler auprès de leurs contacts anglophones.  

La voici : “Wipe Israel off the map”: Ahmadinejad wants it, French PM Villepin thought about it 26/01/2007  

 

 

Mise au point nécessaire suite aux contrevérités diffusées, de façon répétitive, par
la MENA
 

Nous venons de constater que, suite à la publication de cette perle,

la MENA a rendu son site inaccessible à ses non-abonnés.

Nous avons donc retrouvé sur d’autres sites le contenu des articles de
la MENA que nous citons dans cette perle. 

————— Cela fait plusieurs mois que le rédacteur du site de
la MENA, Stéphane Juffa, diffuse des informations erronées concernant Media-Ratings et l’affaire Enderlin – France 2.
Cela a eu pour effet d’induire de nombreuses personnes en erreur et de dénaturer, auprès de certains, la production de Media-Ratings. Jusqu’à présent, nous avions choisi de ne pas répondre pour ne pas faire le jeu de France 2. Toutefois, face à la persistance de ce comportement, voici notre mise au point.  

Stéphane Juffa répète, article après article, que Media-Ratings n’a fait que diffuser des articles de la MENA.
Cela est faux, nous n’avons jamais publié d’article de
la MENA. Tout ce que publie Media-Ratings est issu de sa propre rédaction. Si nous insistons sur ce point, c’est que l’affirmation fausse qui voudrait que Media-Ratings ne fasse que diffuser les articles de
la MENA a été
un des arguments que la justice française a utilisé pour nous faire condamner. Rappelons la chronologie de l’affaire Enderlin – France 2.
La mise en scène diffusée par France 2 le 30 septembre 2000 a été découverte par le chercheur israélien Nahum Shahaf qui en a révélé toutes les invraisemblances et les incohérences. C’est pour cela que lorsque
la MENA parle de « son enquête », il convient de la réapproprier à M. Shahaf.  

C’est le psychanalyste français, Gérard Huber, qui s’est ensuite saisi du travail de Nahum Shahaf. Il l’a apporté à
la MENA, et a publié un livre en janvier 2003 : « Contre expertise d’une mise en scène » aux éditions Raphaël.
Le rôle important de
la MENA dans cette affaire a été de populariser le travail de MM. Shahaf et Huber auprès du public francophone. La partie israélo-palestinienne de cette enquête ayant été réalisée par Nahum Shahaf, il a bien fallu que quelqu’un se charge de sa partie française, notamment de rencontrer les principaux responsables médiatiques et politiques français. C’est Media-Ratings qui s’en est chargé comme le montre
le dossier Enderlin – France 2 qui se trouve en page d’accueil de Media-Ratings. Cela sera aussi démontré dans le livre qui sera publié prochainement et qui sera consacré au volet français de cette affaire.
Au départ, nous avons collaboré avec
la MENA qui nous a remis un documentaire que nous avons utilisé. Nous en avons extrait ce qui nous paraissait pertinent, et lors du procès qui nous a opposé à France 2, nous n’en avons fait diffuser que quelques minutes seulement. Il faut toutefois regretter que ce documentaire, qui était le premier à montrer clairement certaines mises en scène de France 2, n’ait pas été mis à la disposition du grand public, sur Internet par exemple. Notons que bien que
la MENA dispose des preuves de Nahum Shahaf depuis plus de 4 ans, elle n’a pas été en mesure de faire évoluer les autorités officielles israéliennes.  

Il aura donc fallu que Richard Landes organise une grande conférence à Herzliya, en Israël, en décembre 2006, pour que des officiels israéliens se saisissent fermement de cette affaire et prononcent des propos accablants contre France 2, Talal Abou Rahma et Charles Enderlin. Pourquoi
la MENA n’en a-t-elle pas informé ses lecteurs ? Pourquoi
la MENA n’a pas informé ses lecteurs du
reportage que Fox News avait réalisé sur cette affaire ?
C’était pourtant des avancées significatives dans l’affaire Enderlin – France 2. A trois jours de notre procès, pourquoi
la MENA a-t-elle fait
référence à un pseudo « Prix Goebbels » qui aurait été remis à Charles Enderlin et à France 2 ? Stéphane Juffa sait pertinemment que cela est faux (voir la photo au bas de la perle) et que ce prix s’appelait le « Prix de la désinformation ». Il sait aussi que c’est un faux argument que France 2 utilise pour diaboliser ses contradicteurs. Etonnamment, une fois que notre procès était passé,

la MENA s’est souvenu de la correcte dénomination de ce prix.
Comment expliquer que
la MENA se soit toujours limitée, lorsqu’elle abordait notre procès, à ne parler que de « Karsenty » (et de ne jamais proposer de lien vers notre site à ses lecteurs) alors que c’était bien Media-Ratings qui était en cause ? Etait-ce pour empêcher les lecteurs de
la MENA de pouvoir observer les discordances entre ce que publie
la MENA et la réalité ? De notre côté, nous avons souvent cité
la MENA et renvoyé vers leur site.
Pourquoi la MENA n’a pas publié de correctif après avoir publié ceci : « … le président Jacques Chirac et l’actuel maire de Paris M. Delanoë, ont remis chacun une lettre – spécifiquement rédigées à cette occasion – au tribunal, faisant l’éloge des qualités de Charles Enderlin… »
Cette information est fausse comme
cela peut être observé en cliquant ici, et décrédibilise celui qui la publie. Il est très facile ensuite aux détracteurs de
la MENA d’en tirer profit.
Comment reprocher à France 2 de ne pas avoir corrigé une fausse information si l’on n’est pas soi même capable de rectifier ses erreurs ?  

Alors qu’au départ,
la MENA a fortement contribué à populariser l’enquête de Nahum Shahaf, son comportement actuel est de plus en plus préjudiciable car, non contente d’avoir fait fuir les meilleures volontés par ses insultes répétées (voir notamment les
propos tenus contre Denis Jeambar et Daniel Leconte), voici maintenant que Stéphane Juffa se déclare être l’inspirateur de traités de paix entre l’Etat d’Israël et la Syrie.
Ce type de propos mégalomaniaques finissent par décourager toutes les personnes qui accordaient encore un peu de crédit à
la MENA. Concluons en rappelant que le véritable découvreur de l’affaire Enderlin – France 2, Nahum Shahaf, n’a pas eu ces attitudes autodestructrices de sabotage et s’est toujours appuyé sur d’autres pour faire avancer la vérité.
Le plus triste dans cette affaire est que ces comportements ne servent que les falsificateurs et leurs supporters. Tous ceux qui connaissent les détails de cette affaire savent que c’est une chaîne de bonnes volontés et de coopérations qui fera éclore la vérité. Ajoutons enfin que
la MENA diffuse parfois des articles remarquables de rédacteurs externes, tels que Luc Rosenzweig, Laurent Murawiec, Guy Millière ou Raphaël Lellouche. Ces auteurs ne sont bien évidemment pas visés par cet article.  

 

 

 

Les déclarations d’officiels israéliens contribueront-elles à faire

éclater la vérité dans l’affaire Enderlin-France 2 ? 

Mis en ligne le 10 janvier 2007 

Le 22 novembre 2004, nous avions publié un article : France 2 : Arlette Chabot et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions immédiatement. Le 19 octobre 2006, nous avons été condamné pour diffamation à l’encontre de France 2 et de Charles Enderlin, malgré les réquisitions du procureur qui avait demandé notre relaxe. Nous avons bien évidemment fait appel de ce « jugement ». Dans son jugement, le Président Joël Boyer avait écrit, puis répété, que l’argument qui plaidait en faveur de France 2 était que jusqu’à présent, aucune autorité officielle n’avait jamais demandé à voir les images ou contesté le reportage de France 2. 

Cette affirmation était inexacte, comme de nombreuses autres contenues dans ce jugement. Ainsi, Raanan Gissin, alors qu’il était le porte-parole d’Ariel Sharon, avait demandé en mai 2005 les 27 minutes d’images de France 2. Pour lire la lettre officielle de Raanan Gissin, cliquez ici. Charles Enderlin avait, sans justification, refusé de lui remettre les images. Voici maintenant que certaines autorités officielles commencent à s’exprimer publiquement au sujet de l’équipe constituée du caméraman, Talal Abou Rahma, du commentateur Charles Enderlin, et du diffuseur, France 2. C’est ainsi que nous vous invitons à découvrir le reportage «
LA FIN D’UN MYTHE » sur la chaîne de télévision en ligne Infolive.tv. Le nouveau rebondissement de l’affaire Enderlin –France 2 est présenté comme suit :  

« L’affaire Al-Doura refait surface et six ans après les faits, les langues se délient. De hauts responsables israéliens dénoncent en exclusivité devant les caméras d’Infolive.tv une manipulation médiatique qui avait fait beaucoup de tort à Israël. » Pour voir le reportage en français, cliquez ici. Pour voir le reportage en anglais, dont le sous-titrage est plus précis, cliquez ici. Ce reportage a été réalisé lors de la conférence d’Herzliya, le 18 décembre 2006. Lors de cet événement, Philippe Karsenty, président de Media-Ratings, a présenté l’affaire Enderlin – France 2 aux officiels israéliens.  

Dans ce reportage, vous pourrez notamment voir Daniel Seaman, directeur du Bureau de Presse Gouvernemental israélien, s’exprimer ainsi : « Cette histoire de Mohamed Al Doura ne repose sur aucun des critères requis en journalisme professionnel. Les images ne corroborent pas ce que le journaliste français [Charles Enderlin] dit. C’est-à-dire qu’on ne voit pas de soldat israélien tirer dans la direction de l’enfant. Les seules balles que l’on voit dans le film partent dans la direction opposée à celle où se trouvent les soldats. Plus grave encore, le journaliste français ne se trouvait pas physiquement sur les lieux où se seraient déroulés les actes qu’il impute à l’Etat d’Israël. Il a fondé toutes ses informations sur les propos de son caméraman Talal Abou Rahma alors que nous disposons d’assez d’informations pour dire que cet homme est un menteur, qu’il a trafiqué les images et que son unique but était de diffamer l’Etat d’Israël.  

Dans leurs images, on voit des séquences mises bout à bout par Talal Abou Rahma dans lesquelles on voit des palestiniens se faire soi-disant blesser par des soldats de Tsahal. Ensuite, dans une autre image, on voit la famille Al Doura [Mohamed et Jamal Al Doura] qui patiente avant d’entrer en spectacle, et j’insiste sur le mot spectacle qu’a mis en scène Talal Abou Rahma pour accuser les forces de Tsahal. Il y avait sur places des images, des rushes pris par l’Associated Press et Reuters qui sont très intéressantes. Leurs journalistes étaient sur place et personne n’a vu cet événement. Un événement où se serait déroulé une scène aussi tragique, ils ne l’auraient pas vu. Aucun autre caméraman ne l’a vue. Si c’est sur cela que la télévision française construit son reportage, elle est criminelle. »  

Avant de poursuivre : « Il y a quelques années, Charles Enderlin a exigé que nous nous rétractions et que je me rétracte personnellement et que je retire les propos que j’avais tenus dans Libération. Il a menacé que si l’Etat d’Israël ne faisait pas quelque chose à ce sujet, il me poursuivrait. Il a même demandé pourquoi l’Etat d’Israël ne l’avait pas poursuivi. Nous nous sommes réunis avec les conseillers juridiques du bureau du Premier ministre et nous sommes arrivés à la conclusion qu’il ne valait pas la peine que le gouvernement poursuive un média.  

Mais nous avons décidé que nous ne nous rétracterions pas. Et si Charles Enderlin se sent blessé, il peut prendre les recours juridiques qui lui semblent bons. C’est-à-dire que s’il souhaite poursuivre l’Etat d’Israël, qu’il en fasse ainsi. Mais nous ne reviendrons pas sur le fait que l’histoire de Mohamed Al Doura n’est pas exacte comme elle a été présentée par les médias et France 2. » L’ancien porte-parole d’Ariel Sharon, Raanan Gissin, s’exprime aussi dans ce reportage : « Si le gouvernement israélien exige que les rushes de la chaîne française lui soient transmis, alors il va s’agir d’une autre histoire.  

Maintenant, on ne peut pas modifier le « mythe Mohamed Al Doura ». Mais au moins, nous rétablirons la vérité qui a été détournée depuis 2002. » Parallèlement à ces déclarations, certains officiels israéliens, bien représentés en France, continuent leur travail de soutenir Charles Enderlin. Mais de nombreux scandales, de corruptions notamment, émaillent la vie politique israélienne actuelle. Il semblerait donc que les « protecteurs » de l’envoyé spécial de France 2 ne resteront plus très longtemps en fonction.  C’est pourquoi, lors du procès en appel qui se déroulera le 12 septembre 2007, les juges d’appel devront imaginer d’autres arguments, s’ils veulent confirmer notre nous condamnation face à France 2, tandis que Jacques Chirac et ses collaborateurs qui soutiennent Charles Enderlin, ne seront probablement plus en poste. Alain Duhamel écarté de France 2 : vive l’hypocrisie ! Mis en ligne le 16 février 2007 Alain Duhamel commente la vie politique française depuis plus de 30 ans.  

Il collabore régulièrement à France 2, Libération et RTL.

Toutefois, suite à la révélation d’une vidéo tournée à Science Po, en novembre 2006, dans laquelle il affirmait qu’il allait voter pour François Bayrou, il a été suspendu de France 2 et a choisi de se retirer temporairement de sa fonction d’éditorialiste sur RTL pendant la période électorale. On appréciera pour commencer la différence de réaction entre France 2 et RTL. Toutefois, le média le plus vertueux n’est pas celui que l’on croit. En effet, France 2 n’a aucune leçon de déontologie à donner à quiconque car c’est probablement le média qui respecte le moins l’éthique journalistique dans la paysage médiatique français. Que ce soit en politique étrangère où la ligne éditoriale est dictée par la raison d’Etat et le Quai d’Orsay, mais aussi en politique française où la rédaction a régulièrement fait la preuve de son inféodation au pouvoir politique en place. Si vous en doutez, tapez « France 2 » ou « Arlette Chabot » dans notre moteur de recherche.  

Rappelons aussi que le président de France Télévisions est Patrick de Carolis qui fut le porte-plume de Bernadette Chirac pour son livre de confidences publié en 2002. De l’autre côté, se trouve RTL qui possède en son sein le journaliste politique le plus indépendant de France, Jean-Michel Apathie. Il suffit de l’écouter tous les matins à 7h50 interviewer ses invités pour entendre ce que doit être une interview politique non complaisante. On peut malgré tout se demander si Alain Duhamel méritait cette sanction. En effet, est-il souhaitable de connaître ouvertement la sensibilité politique d’un éditorialiste ou est-il préférable qu’il la cache et cherche à nous influencer de façon insidieuse ?  

Il est vrai que dans certains cas, la question ne se pose pas tellement le biais est flagrant. Ainsi, comment justifier le maintien à son poste d’Arlette Chabot quand on observe la différence de traitement qu’elle réserve à ses invités politiques ? Comment se fait-il que Marie Drucker ait dû quitter son poste alors que Mme Chabot continue à travailler au sein de France Télévisions ? On peut alors se poser une question : Alain Duhamel a-t-il été suspendu de France 2 pour avoir affirmé voter pour François Bayrou ou parce qu’il n’est pas de gauche ou qu’il ne soutient pas le candidat favori de ses patrons ?  

Alain Duhamel est-il le seul journaliste de France 2 à n’avoir pas le droit de soutenir ouvertement un candidat ? Pour lever toute ambiguïté, rappelons qu’Alain Duhamel avait déjà été suspendu en 2002 pour avoir coécrit le livre de campagne de Lionel Jospin et qu’il nous était arrivé de le critiquer : « Les médias, la manipulation des esprits, leurres et illusions » de Pierre-Yves Chereul  Mis en ligne le 1er février 2007 Nous vous recommandons un livre qui permet de décrypter les dérives de l’information, dans une société où les messages sont pensés pour manipuler le citoyen-consommateur :  

« Les médias, la manipulation des esprits, leurres et illusions » de Pierre-Yves Chereul aux éditions Lacour.

Pierre-Yves Chereul y dénonce les discours construits pour obtenir le comportement attendu de l’individu. Au travers de nombreux exemples illustrés, l’auteur démontre comment les mots et les images déforment la réalité, et par là même, l’information qui est diffusée. Il nous donne des astuces pour ne plus être une « media victim » et nous apprend à décoder les messages et les intentions cachées. La notion de l’information est étudiée dans sa globalité. Tous les paramètres sont pris en compte (sa définition, son développement économique, son influence sur les relations sociales,…) pour expliquer comment chacun de nous est susceptible d’être leurré par les médias.  

Pour avoir une meilleure compréhension des pièges tendus par les médias, l’auteur en propose plusieurs approches : thématique (le conformisme, l’humanitaire, le sexe), linguistiques et visuels (figures de styles, tonalité, omission de faits, amalgames, utilisation des mythes pour construire un discours…). Précisons toutefois que ce livre est destiné à des personnes averties sur les problématiques de diffusion de l’information. Il souffre parfois d’un manque d’accessibilité dans les terminologies employées mais représente cependant un manuel précieux pour développer un esprit critique face aux messages qui sont diffusés par les médias. Et surtout il aide à ne plus se laisser manipuler… Pour vous procurer ce livre, vous pouvez contacter directement l’auteur à l’adresse mail suivante : pierre.chereul@wanadoo.fr  

Envoyer cet article à un « Le marketing politicien » de Michel Bongrand Mis en ligne le 13 décembre 2006 Dans la période électorale qui commence, un livre permet de prendre le recul nécessaire pour comprendre les différentes stratégies de communication qui vont se mettre en place :  

 

 

Le marketing politicien – Grandeur et décadence des stratégies de pouvoir

de Michel Bongrand aux éditions Bourin.

Face à l’avalanche de livres politiques qui s’annonce, l’ouvrage de Michel Bongrand est un voyage dans le temps qui retrace l’évolution de la communication politique, depuis la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’à nos jours. Michel Bongrand, qui fut un Résistant de la première heure, l’est encore et toujours face aux manipulations actuelles de certains politiques et de quelques médias. Michel Bongrand a ensuite été un des principaux acteurs des premières campagnes électorale de la cinquième République, ce qui lui a valu le titre de « pape de la communication politique ». A travers son livre, il nous en fait découvrir les dessous et les pratiques. Michel Bongrand a aussi initié en France les premières campagnes contre l’alcoolisme et pour la sécurité routière. En cela, il est probablement un de ceux qui a sauvé le plus de vie en France.  

« Le marketing politicien » nous permet d’apprendre, notamment, comment, en 1981, Jacques Séguéla s’est approprié un slogan – « La force tranquille » – qui avait été inventé par les équipes de Michel Bongrand pour le candidat Giscard qui l’avait refusé (chapitre 19). Notons enfin que ce livre est dédié à Jacques Chaban-Delmas, qui est le premier homme politique d’une longue série à avoir été « éliminé » par un Jacques Chirac en début de carrière.  Envoyer Rapport de l’IGS sur la mort de Zyed et Bouna : les médias occultent l’élément déclencheur de la course poursuite Mis en ligne le 12 décembre 2006 Les émeutes françaises de l’automne 2005 (près de 10 000 voitures brûlées et 3 000 interpellations en 21 jours) furent déclenchées par la mort de deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traore, dans un transformateur EDF le 27 octobre 2005.  

Nous avons déjà analysé les errements de certains médias lors de ces émeutes urbaines.

Récemment, un rapport de l’IGS (Inspection Générale des Services) a été rendu public. Les médias français ont commenté ce rapport et tous ont insisté sur la responsabilité des policiers dans la course poursuite qui a conduit au drame : - L’Humanité : « Au final, l’IGS qualifie le comportement de certains policiers « d’une légèreté et d’une distraction surprenantes », - Libération : « le comportement des forces de l’ordre a été «d’une légèreté et d’une distraction surprenante» »,  

        Le Figaro : « ce document de quatorze pages souligne que certains fonctionnaires ont, ce soir-là, « fait preuve d’une légèreté et d’une distraction surprenantes », - Le Monde : « Dans ses conclusions, l’IGS établit qu’il y a bien eu une course-poursuite, et critique sévèrement le comportement, “d’une légèreté et d’une distraction surprenantes”, de certains policiers. », - 20 Minutes : « Après la publication, jeudi, d’un rapport de l’IGS évoquant la «légèreté» de la police, dans la mort de deux jeunes, le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois, le patron de la police des polices Eric Meillan a affirmé qu’au vu de l’enquête disciplinaire menée après la mort de Zyed et Bouna, «aucun manquement à ce jour n’est établi» de la part de la police ». Etonnamment, l’élément déclencheur de la course poursuite rappelé dans le rapport de l’IGS a été ignoré par la quasi-totalité des médias : « Deux ou trois jeunes seraient entrés sur un chantier privé, un autre faisant le guet. Pour l’IGS, ” la tentative de vol était bien constituée dans la mesure où ses auteurs n’avaient renoncé à leur action concertée et organisée, non pas de leur propre fait, mais suite à l’intervention rapide et efficace des policiers de
la BAC 833 “
»  

On observe que seuls Le Figaro et le Monde ont expliqué à leurs lecteurs pourquoi les deux adolescents ont été poursuivis et pourquoi ils ont trouvé « refuge » dans un transformateur EDF. Toutefois ces deux quotidiens ont titré leurs articles sur la « légèreté des policiers ». Serait-ce une façon pour Le Figaro et Le Monde de minimiser l’élément déclencheur de la course poursuite, le vol sur un chantier ? Il s’avère donc que la quasi-totalité des médias a enfreint le critère suivant de la méthode PHILTRE :  

        Exhaustivité : non-occultation et non-omission d’éléments essentiels à l’intelligibilité de l’information présentée. Enfin, tout lecteur intéressé par l’affaire regrettera que la totalité du rapport ne soit pas en accès libre. Il aurait pu se faire une idée par lui même de son contenu. Pour lire des extraits du rapport dévoilé par Le Figaro cliquez ici.  

 

 

 

 

L’UMP, productrice de l’image Sarkozy 

Article publié le 08 Novembre 2006
Par Raphaëlle Bacqué et Philippe Ridet
Source : LE MONDE
Taille de l’article : 1096 motsExtrait : Les meilleures prises de vue des meetings du ministre de l’intérieur sont gracieusement fournies aux télés par la société ETC, employée par le parti gaulliste. Beaucoup se laissent tenter. Cohue de photographes, cameramen jouant des coudes, gardes du corps aux aguets, conseillers écrasés les uns contre les autres : Nicolas Sarkozy entre en scène. Ces images diffusées dans les journaux télévisés de 20 heures ne sont plus d’actualité. Depuis septembre, tout a changé. C’est désormais un Sarkozy seul qui se présente devant les militants de l’UMP, comme à Marseille le 3 septembre. Quelles relations entretient Nicolas Sarkozy avec les médias ?  

Mis en ligne le 24 novembre 2006 Depuis quelques temps, les relations qu’entretient Nicolas Sarkozy avec les médias sont au cœur de l’actualité.  

Certains accusent le ministre de l’Intérieur de chercher à les manipuler et/ou de les avoir sous ses ordres.

Le licenciement d’Alain Génestar du magazine Paris-Match et un article récent du Monde ont replacé la relation Sarkozy-médias à la une. Ainsi, Alain Génestar a affirmé, dans un entretien donné au Monde daté du 17 novembre 2006, que Nicolas Sarkozy est directement responsable de son licenciement. Le 30 juin 2006, nous avions publié une perle – « Alain Genestar viré de Paris-Match : Lagardère ne fait visiblement pas la chasse aux anti-Sarkozy » – où nous expliquions que si Arnaud Lagardère souhaitait vraiment se débarrasser des anti-Sarkozy, ses regards devaient se tourner vers d’autres magazines de son groupe. Nous avions aussi publié en octobre 2005 cette autre perle concernant Alain Genestar : « Alain Genestar (Paris Match) & Maurice Szafran (Marianne) : le divorce du naïf et du donneur de leçons ».  

Il faut donc probablement percevoir dans les propos récents d’Alain Genestar plus d’amertume qu’autre chose. En revanche, un autre aspect de la relation de Nicolas Sarkozy aux médias pose problème. Ainsi, Le Monde a publié une enquête le 8 novembre 2006 sur la politique de communication de l’UMP vis-à-vis des journalistes et de la télévision : L’UMP, productrice de l’image Sarkozy. Cet article explique comment les communicants de l’UMP ont su imposer une image contrôlée aux télévisions en leur fournissant gratuitement des images préformatées.  

Cette enquête nous apprend que, depuis environ un an, la société audiovisuelle ETC (Etudes, techniques et communication) « produit et diffuse les images des meetings du futur candidat ». Grâce à une organisation logistique savamment orchestrée, la société de production dispose de l’exclusivité « du filmage des images de l’entrée en scène » de Nicolas Sarkozy. Elle offre également un point de vue privilégié sur le président de l’UMP et le public. Les cameramen qui souhaitent fournir des images à leur chaîne se retrouvent en difficulté pour exercer leur travail puisqu’ils « sont relégués sur des praticables, de chaque côté de la scène où se tient le candidat ». Il apparaît donc que les images fournies par l’UMP sont une bonne alternative pour les chaînes de télévision. Le Monde explique que ces images étaient « initialement [destinées] aux seuls spectateurs des meetings » mais qu’elles sont maintenant utilisées abondamment par les chaînes de télévision. Les raisons de l’utilisation intensive des images sont multiples : les nouvelles chaînes manquent de moyens, la qualité inégalable des images, leur gratuité et le savoir-faire des équipes de communication de Nicolas Sarkozy.  

Le Monde s’interroge sur l’indépendance de l’information en raison de cette mise à disposition d’images « made in UMP ». Selon Arnaud Boutet, président de la société des journalistes de France 2, « la frontière entre propagande, publicité et journalisme peut être assez fine » tandis que Paul Nahon, directeur de l’information de France 3 reconnaît qu’« il est évident, que nous allons devoir régler ce problème avant que la campagne ne soit trop avancée ». Toutefois, il est intéressant de noter que l’UMP assume parfaitement son choix de communication et rappelle que les chaînes sont libres d’utiliser ces images ou non. Notons que ces images « de qualité » produites par l’UMP soulèvent aussi le problème de l’uniformisation des sources d’information. L’acceptation et l’utilisation de ces images par les chaînes encourageront l’UMP – mais peut-être bientôt aussi les autres partis politiques ? – à persévérer ou à suivre dans cette voie.  

Les syndicats de journalistes ont peut-être trouvé la parade à ces manipulations médiatiques en suggérant de boycotter les meetings de Nicolas Sarkozy si les journalistes n’ont pas la possibilité d’effecteur leur travail dans de bonnes conditions. On notera que cette analyse des images préfabriquées de l’UMP a été succinctement traitée dans une dépêche AFP du 9 novembre et dans une brève de Libération du 10 novembre 2006.  Le journalisme politique est-il en train de se muer en journalisme de communication ? Le Monde, au travers de ces articles, interpelle ses confrères journalistes à ne pas cautionner et entretenir l’influence politique sur les médias. Il est de la responsabilité de chaque professionnel de l’information d’effectuer son travail de manière indépendante. Pour éviter à quelque homme politique de « contrôler le travail des médias », les journalistes ont un devoir éthique : objectivité et indépendance dans la recherche et l’élaboration d’une information. Envoyer cet article à un ami  

 

 

Alain Genestar (Paris Match) & Maurice Szafran (Marianne) : le

divorce du naïf et du donneur de leçons  Mis en ligne le 11 octobre 2005 Le 22 septembre 2005,  

Paris-Match a consacré sa couverture, ainsi qu’un reportage de 20 pages, au mariage de la fille de Bernard Arnault, propriétaire du groupe LVMH. 

Marianne s’est alors indigné de ce reportage paru dans Paris-Match. Pourtant, ce magazine nous a habitué à couvrir les mariages des princes et des personnes riches ou célèbres.

Dans son éditorial du 6 octobre 2005 – « Chère Marianne » – à lire absolument, c’est Alain Genestar, directeur de publication de Paris-Match, qui répond à son confrère- pour justifier son choix « d’être là où ne sont pas les autres et qu’il voit ce que ne voient pas les autres ». Au service de ses lecteurs, bien sûr : « Couvrir ce très grand mariage, élégant et rarissime, était un reportage dans un monde que les lecteurs ignorent ». Si Alain Genestar en était resté là, sa défense aurait été honorable et respectable. La suite de son propos mérite qu’on s’y attarde. Alain Génestar fustige l’attitude de Marianne :  

« Jamais à Match nous ne critiquons la presse » « Je suis surpris, toujours surpris, de voir que
la France est le seul pays au monde où la presse surveille la presse, où le talent de journalistes s’accomplit aux dépens d’autres journalistes
, où ce métier difficile est sans cesse brocardé par ceux-là même qui l’exercent, et s’en excusent sitôt qu’on leur parle en tête à tête, loin de leurs chefs.
» « La presse française est sous double surveillance
. Celle des magistrats qui sifflent ses audaces. Et celle de journalistes qui assurent sa police. De ces deux surveillances, c’est la seconde qui, ici à Match où nous respectons tous les journaux et magazines, même vous chère « Marianne », de loin nous surprend le plus. Et nous navre. » Jamais aucun média n’avait osé publier un tel hymne à l’autocensure, à la connivence, au corporatisme et surtout à la primauté accordée au copinage plutôt qu’au droit du public à être informé correctement.  

Si aucun média ne critique la presse, sachant qu’aucun pouvoir n’ose la confronter, qui va dénoncer ses dérapages ?

C’est précisément ce contre quoi nous nous élevons jour après jour dans Media-Ratings :

la France est le seul pays démocratique au monde où les médias se serrent les coudes face à leurs erreurs et fautes répétées. Et jour après jour, le public sanctionne ces connivences en se détournant de la presse quotidienne qui connaît aujourd’hui de grandes difficultés. A la faveur d’un reportage anodin sur un mariage princier, Alain Genestar met en lumière une ligne de conduite inacceptable dans une démocratie digne de ce nom : l’existence d’un pouvoir sans contrepouvoir, celui des médias. L’éditorial d’Alain Genestar aurait pu rester lettre morte.  

Mais Maurice Szafran lui a répondu dans le Marianne du 8 octobre 2005 : « Réplique au gentil Genestar ». M. Szafran a commencé par critiquer « l’indécente fiesta de milliardaires organisée par Bernard Arnault » et a poursuivi sur « l’exhibition de consanguinité entre pouvoir économique et pouvoir politique ». Il a voulu ensuite donner une leçon d’éthique journalistique à son confrère : « Qu’en vertu d’une omerta corporatiste, la presse aurait le droit de critiquer tout un chacun, profs, fonctionnaires, policiers, artistes, écrivains, syndicalistes, responsables politiques.  

Tout le monde, oui, sauf la presse et les journalistes. Le problème est précisément là : à cause de ce refus du débat contradictoire, le fossé ne cesse de se creuser entre le pouvoir médiatique et l’opinion ; à cause de cette conception élitiste d’un discours médiatique uniforme dont Paris-Match est l’un des distingués porte-voix, la presse hélas est en crise. Une crise terrible. Cela nous navre. »

Nous partageons pleinement l’analyse de Maurice Szafran qui affirme que le débat contradictoire est nécessaire dans une presse libre. 

Que ne s’applique-t-il à lui-même cette pétition de principes ?

N’est-ce pas précisément une attitude corporatiste qui l’a conduit à publier dans Marianne du 27 novembre 2004 un article mensonger : « Pour l’honneur du journalisme. Charles Enderlin ne cèdera pas à la chasse aux sorcières ». Cet article signé « M.S. » était un condensé de fausses informations, d’éléments tronqués et d’insinuations trompeuses destinés à couvrir l’imposture de Charles Enderlin diffusée sur France 2 le 30 septembre 2000. Devons-nous rappeler au complice d’Enderlin que cette imposture médiatique a coûté la vie à de nombreuses personnes dans le monde entier ? On s’étonne alors que Jean-François Kahn, personnellement informé par Media-Ratings de l’imposture d’Enderlin, continue à laisser son lieutenant Szafran ternir la réputation de son journal en ne révélant pas la vérité sur ce scandale médiatique d’un tout ordre que 20 pages qui n’ont tué personne. Pourquoi ?  

Au nom de l’amitié ? Du corporatisme ? Du discours médiatique uniforme ? Précisons que nous sommes prêts à répondre devant la justice de tout ce que nous affirmons.  

Enfin, si M. Szafran milite pour le débat contradictoire, nous sommes prêts à l’avoir avec lui. Preuves à l’appui. Et en toute bonne foi. Il se pourrait qu’il ait été abusé par son « ami ».

 

MALJOURNALISME (
La Suite )
 

  « Puis la rhétorique « entourbillonne » tel le courant d’un fleuve grossi, dont on ne peut approcher la berge sans qu’il ne vous entraîne au cœur même de ses eaux ». Carlo Michelstaedter,
La Rhétorique et
la Persuasion
 

Je commence, avec ce premier texte, à reproduire ici le long témoignage de Jean-Pierre Tailleur, intitulé Maljournalisme à la française, publié par l’association culturelle de Vouillé, en Poitou-Charente, et, partiellement extrait d’une version antérieure, par le site de la revue Technikart qui, sans doute pour une fois, a su sortir son nez morveux du bidet dans lequel elle aime plus que tout patauger. Ce commentaire, cela va de soi, n’engage que moi… Je n’ai pas encore lu ce livre qui crânement eût dû s’intituler Maljournalisme plutôt que, dans une trouvaille que l’on devine éditoriale, Bévues de presse mais j’ai rencontré, je l’ai dit, Jean-Pierre Tailleur dans un bar huppé du Trocadéro où nous avons bavardé assez longuement. Il ne nous aura fallu pourtant que quelques minutes pour nous rendre compte que le mal que décrit le livre de Jean-Pierre est endémique et nullement cantonné aux médias, fussent-ils aussi vérolés que la verge de Casanova. La même gangrène pourrit à l’évidence la littérature contemporaine, en tous les cas les tristes moignons de ces auteurs qui fréquentent davantage les salles de rédaction que le cloître intérieur du silence, sans l’expérience duquel, aussi douloureuse qu’on le souhaitera, une œuvre n’est rien de plus qu’une trace de bave sur une feuille sale (c’est le cas de le dire avec toute cette malpresse qui nous gouverne…). Déjà d’habiles rumeurs et de judicieux indices, pour qui sait flairer les délicieux fumets de la décomposition, nous indiquent quel sera le degré de fermentation du cirque médiatico-littéraire prochain : les augures nous annoncent un excellent cru et, comble de l’originalité, les plus autorisés s’aventurent à conjecturer, selon l’affreux lieu commun, que la surprise pourrait bien venir de là où on ne l’attend point, peut-être même, allez savoir, la proclamation d’un puissant Veni foras venu d’on ne sait quel puits de ténèbres, seul capable en tous les cas de faire se dresser le cadavre de la littérature française… Je parlai d’une universelle pourriture, d’une mascarade et d’une chute médiatico-littéraire qui n’ont absolument rien à envier à leur cousine parlementaire… Quoi d’étonnant d’ailleurs puisque le langage est un, qu’il soit royal ou prostitué, putain et vérolé sous la plume sale de Pierre Marcelle et de ses risibles clones pornographes, royal et éminent sous celle de… De qui… ? Je ne sais, ne me traversent l’esprit, immédiatement, que quelques noms d’hommes depuis longtemps réduits en poussière, comme si notre âge tout entier était décidément (à tout le moins le devenait de plus en plus) incapable à mes yeux de susciter une parole haute et claire ou bien comme s’il ne parvenait pas à s’oublier pour sonder l’Impénétrable, à se taire pour, selon le commandement de Heidegger habilement repris aux Pères de l’Église, écouter bruire le Verbe…   ***    

Autopsie d’un boycott médiatique et voyage dans l’édition 

Un an, jour pour jour, après la sortie de Bévues de presse, mon essai sur le manque d’autocritique et de rigueur dans nos journaux – sur le maljournalisme en France –, notre pays a été saisi par un vent de remise en cause des médias. Il s’est déclenché avec la parution d’un témoignage de Daniel Carton sur les rapports incestueux entre journalistes et politiciens français, suivi de peu par un brûlot contre le conformisme au Centre de formation des journalistes de Paris[1][1]. Quelques semaines plus tard, le pamphlet-enquête de Pierre Péan et Philippe Cohen dont les meilleures pages étaient parues dans L’Express, La face cachée du Monde[2][2], transformait le vent en bourrasque. Ces quatre livres avaient en commun la critique médiatique mais le premier était autant boycotté que les autres médiatisés.  Bévues de presse montre comment, indépendamment de leur ligne éditoriale, les médias de notre démocratie ne remplissent pas suffisamment leur fonction citoyenne – ou civique, pour prendre un mot moins galvaudé. Il demande pour quelles raisons beaucoup de journaux américains et même espagnols exercent davantage un contre-pouvoir et sont souvent plus crédibles que les nôtres. En effet, contrairement à ce que laisse entendre la démonstration partiale du duo Péan-Cohen, la plupart des reproches faits au Monde concernent d’autres publications. Notamment celles qu’ils ménagent beaucoup dans leur essai, du Figaro à L’Express (pour cause…) et au Canard enchaîné. A l’occasion de ce feu de paille polémique de février 2003, deux radios hispanophones et une suisse romande ont sollicité mes commentaires. La plupart des journalistes français susceptibles de parler de Bévues de presse –  dans les rubriques livres, médias, société ou dans les émissions-débats – ont affiché le même désintérêt qu’un an auparavant. Pourquoi tant de bruit d’un côté et de silence de l’autre ? Probablement parce que le champ critique de mon essai ne se limite pas à une institution ou à un microcosme. Parce qu’il revient en détail sur la médiocrité de certains articles de journaux sans échappatoires et sans fausses excuses, et parce qu’on peut difficilement lui attribuer un parti-pris idéologique. L’attitude de Daniel Mermet, sur France Inter, illustre cette forme de censure au sujet d’un livre au cœur des débats sur la démocratie. Ce commentateur souvent virulent des phénomènes de société a consacré au moins quatre heures d’émission à la critique des médias en février 2003, en effet. Il a cité à plusieurs reprises toutes sortes d’ouvrages sur le thème, mais en se gardant de mentionner celui qui est particulièrement consacré au manque d’ambition ou de professionnalisme dans notre journalisme[3][3]. Cette façon de cacher l’existence de Bévues de presse, que le rebelle de France Inter n’a pas été le seul à pratiquer, d’ailleurs, me rappelait les photos soviétiques où l’on effaçait les visages que le régime totalitaire voulait rayer des mémoires. Il n’y a pas mort d’hommes mais la mécanique intellectuelle est la même et elle s’est remise en marche ailleurs. Le Nouvel Observateur fera de même fin 2003 à l’occasion d’un dossier d’une dizaine de pages sur la face cachée du journalisme, tout en se corrigeant peu après[4][4].    

Le suivisme journalistique    

Essai plus argumenté et pas moins polémique que ses cadets d’un an, Bévues de presse a fait seulement l’objet de rares critiques acerbes ou de quelques éloges, généralement succincts et confiés en privé. L’indifférence à laquelle il a eu droit publiquement illustre d’abord la faible curiosité des journalistes pour les travaux d’auteurs et d’éditeurs dont ils ne sont pas familiers ou qu’ils ne peuvent pas attacher à une famille de pensée. Elle traduit, aussi et surtout, leur réticence à réfléchir en profondeur, de façon dépassionnée et par l’analyse des contenus, sur les mauvaises pratiques de la presse écrite, celle qui est à la base de l’information civique. L’attention requise pour la lecture d’un texte plutôt dense, mon manque de notoriété ou bien nos maladresses d’éditeur et d’auteur expliquent peu ce relatif silence. Dans les mois qui ont suivi la sortie de Bévues de presse, j’ai pourtant bénéficié d’un contexte extrêmement favorable. L’actualité mettait au grand jour la menace islamiste ou lepéniste, la gestion controversée de Vivendi ou la coupure entre
la France d’en haut et d’en bas, des thèmes sur lesquels je m’attarde à travers leur (mauvais) traitement journalistique. La crise de la représentation citoyenne rendue visible le 21 avril 2002 tient aussi de l’incapacité de nos rédactions à briser l’indifférence devant certaines réalités sociales, en effet. Un problème de courroie de transmission qui dépasse largement le cas du Monde, d’une école de journalisme ou de la connivence des journalistes avec la classe politique. Mais l’autoflagellation dans les médias, suite à l’échec imprévu de Lionel Jospin, s’est limitée à la rengaine juste mais insuffisante et convenue des journalistes amplificateurs du sentiment d’insécurité. On observe une réticence à se remettre vraiment en cause dans beaucoup d’autres professions mais la dissimulation des vrais problèmes y est plus difficile car par définition, elles ne contrôlent pas l’information. Nos intellectuels, nos médiacrates, ont du mal à s’interroger sur les déficits spécifiques de la presse française par manque de courage ou de clairvoyance. Pierre Bourdieu et ses adeptes, fers de lance de la critique des médias en France, ont eu raison de s’inquiéter de la spectacularisation, des conflits d’intérêt ou de la précarité dans le métier d’informer. Mais on entretient avec ce discours assez univoque une critique biaisée de notre culture journalistique, trop people, parisienne ou politiquement correcte. Les attaques ciblées contre le magazine Voici ou contre le journalisme carpette et cumulard d’un Alain Duhamel sont nécessaires mais insuffisantes. Elles procèdent de considérations idéologiques, morales ou matérielles qui occultent certaines questions qui dérangent davantage la corporation des journalistes. De même, lorsque l’on considère que tel journal est mauvais uniquement parce qu’il est d’un bord opposé ou parce qu’il manque de moyens, on néglige la responsabilité individuelle et professionnelle de ses rédacteurs. Les fautes de quelques figures du journalisme sont parfois dénoncées à juste titre, comme la fameuse interview de Fidel Castro par Patrick Poivre d’Arvor ou bien, depuis peu, les scoops dopés d’Edwy Plenel. Mais ces critiques prennent une tournure si personnelle et démesurée que ces derniers ont beau jeu de crier au lynchage.  

Pourquoi certains journaux français sont-ils pires que leurs équivalents étrangers à contexte néo-libéral égal ?[5][5] Pourquoi nos quotidiens régionaux couvrent-ils si mal
la France profonde ? Les agissements aujourd’hui décriés du Monde sont rendus possibles dans un pays où les standards de qualité dans l’enquête ne sont pas assez définis et partagés. Un contexte que, jusqu’à aujourd’hui, Bévues de presse est le seul essai à décrire dans son ampleur. L’accueil qui lui a été fait offre une série d’illustrations, désolantes ou désopilantes, sur ce maljournalisme aux conséquences parfois dramatiques.   I – UN DÉFICIT DÉMOCRATIQUE MAL DÉBATTU    

La genèse et l’accueil fait à mon essai illustrent de façon éclatante son contenu. Il devait en effet être publié par Le Seuil au début de l’automne 2001 sous le titre d’Erreur à
la Une
, dans la collection L’épreuve des faits co-dirigée par Patrick Rotman. Cet éditeur, par ailleurs essayiste et documentariste reconnu m’avait proposé de signer un contrat d’exclusivité en février de cette année, moyennant une avance correcte pour un auteur débutant (plus de 2000 €). Il me demandait de réduire de moitié le manuscrit afin de le rendre plus concis et agressif, ce que j’acceptais volontiers. Mais après quatre mois de collaboration, une fois les modifications effectuées et entièrement approuvées, Le Seuil a rompu le contrat sans s’expliquer véritablement. Mon essai pouvait entraîner 115 poursuites en justice, selon un rapport juridique de 60 pages rédigé par un avocat de la maison. Le Seuil ne semblait pourtant pas remettre en cause le contenu d’un texte dont le lancement était programmé. Un de ses photographes venait de me mitrailler avec une quinzaine de pellicules aux Buttes Chaumont, et on avait convenu de m’envoyer les épreuves par courrier express en Argentine, où je devais me rendre fin juin. La lecture finale du manuscrit par l’avocat ne devait être qu’une simple formalité devant déboucher sur quelques demandes de précision ou de reformulation. « C’est la première fois, dans ma carrière d’éditeur, qu’on abandonne un projet de publication si avancé » m’a confié Patrick Rotman au téléphone. Mais il a refusé de me recevoir et de me montrer des extraits de cet obscur rapport-de-60-pages. Je n’ai pas eu droit à des éléments d’explication consistants pour comprendre ce changement d’avis qu’il ne semblait pas partager. Le livre ne contient aucune attaque personnelle, en effet, et se base sur des faits incontestables comme mon interlocuteur l’avait souligné à maintes reprises les mois précédents. J’y montre simplement comment des journaux respectés, du Monde à Télérama et à
La Dépêche du Midi, et comment des instances de la profession ou des médiologues estimés font parfois preuve de beaucoup de légèreté sans que cela n’émeuve personne. Le Seuil a probablement changé d’avis après avoir subi des pressions, internes ou externes. Mes propositions de nettoyer le texte de tous les propos qui pouvaient paraître diffamants ont été rejetées. Patrick Rotman a admis que son invitation à rendre le manuscrit plus incisif a peut-être également contribué à cette rupture, mais je n’ai pas de regrets sur ce plan. Grâce à ses recommandations, ce qui pouvait ressembler à une thèse de doctorat, trop longue et lourde, est devenu un texte destiné à tout public intéressé par la thématique du mal français. Cette mésaventure m’a cependant mis dans une situation difficile car j’ai perdu une activité salariée en partie à cause du temps consacré à réduire le manuscrit. Elle m’a aussi confirmé que dans notre pays, on peut s’invectiver dans des pamphlets mal argumentés sur la presse ou bien multiplier les discussions sur la malbouffe tout en ignorant la question du maljournalisme.  

Après cette première expérience des milieux de l’édition et sur les conseils dépités et défaitistes de Patrick Rotman, je me suis tourné vers des maisons plus modestes. Elles ont répondu favorablement pour la plupart durant tout l’été 2001, via un courriel dépaysant CAR consulté dans un cybercafé au pied des Andes ou dans la rue Florida, la principale artère piétonne de Buenos Aires. Elles étaient convaincues du caractère pertinent et non diffamant d’Erreur à
la Une
, ou bien plus prosaïquement intéressées de prendre la relève d’un grand confère. De retour en France, j’ai failli signer avec les éditions Carnot. Leur sympathique patron s’est fait beaucoup connaître, depuis, en publiant L’Effroyable imposture, essai délirant de Thierry Meyssan sur les attentats du 11 septembre 2001. Mais mon choix s’est finalement porté sur Le Félin, un éditeur qu’Alain Woodrow, ancien journaliste du Monde et auteur de deux livres sur les médias, m’avait présenté et recommandé. Son catalogue d’ouvrages historico-journalistiques me paraissait plus convaincant que celui de Carnot, en effet. On y trouvait des livres de mon mentor (qui a ensuite rédigé une des postfaces de Bévues de presse), de Paul Webster, autre journaliste anglais reconnu, de Christophe de Ponfilly et même de Jacques Ellul et de Voltaire !   Un alibi juridique qui tient mal  

  Après bientôt deux ans de présence en librairie, je constate que nous n’avons pas reçu la moindre plainte, la moindre assignation, contrairement aux craintes ou au mensonge du Seuil. On imagine mal le lauréat du prix Albert Londres dont je montre les négligences, par exemple, contester ce qu’il a publié sans aucun scrupule dans des enquêtes annoncées en première page du Figaro. Bévues de presse n’est pourtant qu’un clone d’Erreur à
la Une
, allégé de certains adjectifs mordants ou de quelques bévues qui m’avaient échappé (eh oui !). J’ai également actualisé le texte avec plusieurs lignes sur le 11 septembre, notamment, car les événements de New York nous avaient fait changer de siècle. Le cas de Zacarias Moussaoui me permettait d’illustrer de façon assez spectaculaire la mauvaise couverture de la menace islamiste en France mais il n’était pas question d’aller au-delà de quelques rajouts ou modifications d’ordre cosmétique. Je savais, à l’instar des éditeurs consultés, que l’essai était plus nuancé et documenté que la plupart des ouvrages polémiques proposés en librairie. Quelques milliers de personnes ont eu connaissance de son contenu, le livre s’étant vendu à environ 2 000 exemplaires (un chiffre normal pour un auteur inconnu mais inacceptable pour un livre qui soulève des questions qui intéressent des millions de Français). La plupart des lecteurs qui m’ont fait part de leur réaction ont jugé la démonstration sévère mais modérée. Ceux qui l’ont trouvée virulente ont généralement confondu le ton mesuré du récit avec la gravité des pratiques dénoncées. Je suis sûr, pourtant, qu’une lecture critique permettrait de me retourner quelques bévues à la figure. Mais c’est trop demander à ceux qui pourraient s’y atteler dans les pages livres ou médias des journaux, en termes de travail et de disposition à débattre de maljournalisme. C’est l’empirisme qui m’a orienté vers cette recherche hors des sentiers habituels… et permis de dissiper les peurs des éditeurs qui pouvaient s’interroger sur le désistement du Seuil. La qualité d’un journal procédant moins de sa ligne éditoriale que du sérieux de ses enquêtes, j’ai choisi de tester la production journalistique française à travers ce dernier critère avant tout. Un restaurant n’est pas mauvais parce qu’il est chinois ou mexicain, en effet, mais parce qu’il sert des plats avariés ou insipides. D’autre part, je ne me suis pas intéressé aux trains qui arrivent à l’heure, de nombreux traités descriptifs sur la presse française ayant déjà été publiés. Il m’a semblé plus pertinent d’opérer comme beaucoup de journaux lorsqu’ils couvrent une problématique, en portant mon regard sur les locomotives en retard, ou mieux, sur les navires qui dégazent incognito en pleine mer.  

Cette approche m’a conduit à critiquer des magazines qui, à l’instar des hebdomadaires Marianne ou Valeurs Actuelles, jouent plus sur la rhétorique que sur la substance journalistique. Elle m’a également permis de constater qu’il y a des rédacteurs respectés qui respectent très peu les règles professionnelles de base. Le fait que cela s’effectue trop souvent ouvertement mais dans une indifférence généralisée montre qu’il y a un malaise, des dysfonctionnements profonds dans la production de l’information. Les grands journaux nationaux tels que Le Monde et Le Figaro, L’Express et Le Nouvel Observateur, sont généralement d’un bon niveau bien entendu. Cela ne les empêche cependant pas de commettre des fautes graves, parfois, sans les reconnaître et sans offusquer leurs confrères. Au début du livre, je reviens par exemple sur le scandale du sang contaminé qui a éclaboussé des journalistes du quotidien du soir au début des années 90. L’essai L’Omerta française co-écrit par Sophie Coignard a rappelé trente mois avant le mien certaines compromissions répréhensibles avec le docteur Michel Garretta. Mais Bévues de presse montre comment malgré les affirmations de Bruno Frappat, son directeur à l’époque, Le Monde ne s’est pas expliqué sur les accusations portées contre ses collaborateurs. Il faut comparer cette pusillanimité avec l’attitude de la presse américaine, du Washington Post en 1981 au New York Times en 2003. Lorsque leurs rédacteurs, Janet Cooke et Jayson Blair respectivement, ont été pris en flagrant délit de bidonnage, les deux quotidiens ont lancé une véritable investigation interne, publiée sur de nombreuses pages. Du jamais vu en France. Je dénonce aussi les enquêtes du Canard enchaîné mal ficelées, bâclées ou biaisées, et excessivement focalisées sur le microcosme politico-parisien. Ces défaillances d’un hebdomadaire considéré à tort comme un modèle d’investigation me semblent cependant moins inquiétantes qu’un delta: le décalage passé sous silence entre une réputation et une réalité journalistique. Il en est ainsi, comme je le souligne aussi, parce que les instances de la profession ne s’occupent pas ou très peu de la qualité des articles. A l’instar des intellectuels qui critiquent le contenu des journaux en ne considérant que l’orientation des enquêtes et en dédaignant les questions de méthodologie. Lorsqu’un sociologue s’inquiète de la surmédiatisation de la délinquance dans une catégorie de population, la question est de savoir si le sujet correspond à la réalité et si la collecte d’information a été faite correctement. Le reste n’est que conjecture et posture. Le niveau de qualité des quotidiens régionaux français sort du radar des observateurs des médias, curieusement. Leurs colonnes retranscrivent imparfaitement la réalité démocratique des quatre cinquièmes du pays, pourtant. Ce déficit d’informations alimente beaucoup d’incompréhensions, qui se concrétisent par des chocs électoraux comme celui du 21 avril 2002. Le rédacteur en chef d’un journal national, un ancien localier, m’a d’ailleurs confié que cela le préoccupe, mais en privé.  

 

 

 

LE MONDE / POLEMIQUE

vendredi 28 février 2003

Maljournalisme au Monde : réaction de Jean-Pierre Tailleur

par Jean-Michel Pinon

Présent le 21 mars prochain à Bourges dans le cadre de
la Fête de l’internet 2003, Jean-Pierre Tailleur, auteur de l’ouvrage « Bévues de presse : l’information au yeux bandés », n’a pas manqué de réagir à la sortie de « La face cachée du Monde » écrit par Pierre Péan et Philippe Cohen.

« Bévue de presse, l’information aux yeux bandés » est sans aucun doute le premier essai sérieux écrit sur le maljournalisme en France. Dans son ouvrage, Jean-Pierre Tailleur aborde pour la première fois la question du sous-développement de notre presse régionale, démontre le manque de professionnalisme de certains « grands reporters » ainsi que le manque de sérieux des enquêtes « d’investigations », terme, estime-t-il par ailleurs, souvent galvaudé.

La sortie tonitruante de « La face cachée du Monde », écrit par Pierre Péan et Philippe Cohen à propos des dérives du quotidien français supposé le plus sérieux et professionnel, lance à nouveau le débat sur la qualité souvent discutable de nos journaux d’ordinaire bien réticents à faire leur autocritique. Jean-Pierre Tailleur dont la réputation de rigorisme n’est plus à faire, se retrouve alors en première ligne pour apporter ses commentaires éclairés dans la tempête médiatique du moment.

Et c’est toujours avec la même absence de complaisance qu’il s’exprime. Soulignant que « Le Monde reste un grand journal, malgré les reproches faits à ses dirigeants », et qu’il « n’a pas à rougir si on compare sa rigueur d’ensemble avec celle de Marianne », magazine pour lequel travaille l’un des auteurs de La face cachée du Monde, Jean-Pierre Tailleur concède néanmoins que ce pavé – le livre compte environ 600 pages – dans la mare aux canards « est très pertinent et percutant ».

« Ce débat risque d’être assez vain s’il se confine dans des luttes de personnes, de pouvoir et évite des questions qui concernent l’ensemble de la corporation », estime-t-il avec justesse puisque l’essentiel de la polémique actuelle semble se réduire au travers des médias sur la personne des dirigeants du quotidien du soir. Au point que l’on puisse s’interroger sur une volonté délibérée des médias de brider le débat sur les fautes journalistiques mises en évidences dans ce livre et qui ne concernent bien évidemment pas que Le Monde.

L’ancien journaliste du Monde Diplomatique pose ce qui devrait être selon lui la problématique centrale du débat : « la presse française est-elle assez rigoureuse ? Est-elle trop indulgente avec ceux qui publient des enquêtes médiocres ? ». Et Jean-Pierre Tailleur de renvoyer tout le monde dos à dos : « Le Monde ne doperait pas certaines informations si en France le maljournalisme que d’autres pratiquent plus que lui indignait davantage ! »

Il peut paraître en effet curieux que l’ensemble de la presse hexagonale mette en lumière au travers d’un battage médiatique sans précédent sur le sujet, l’ouvrage de P. Péan et P. Cohen, alors que celui de Jean-Pierre Tailleur publié un an plus tôt, qui se penche sur les bévues de nombreuses publications françaises – dont le Canard Enchaîné et L’Express qui a publié en exclusivité plusieurs pages de La face cachée du Monde – a fait l’objet d’une véritable omerta. « L’Express est un magazine de qualité dans l’ensemble. Mais il se targue de critiquer Le Monde tout en ayant passé sous silence « Bévues de presse » ou « La lettre ouverte à Joseph Kessel sur l’Afghanistan », autre critique des médias parue récemment, par Christophe de Ponfilly. Pourquoi ? », interroge Jean-Pierre Tailleur, perfidement.

Alors que la presse européenne regarde avec un œil amusé les média français « laver leur linge sale en public » (Magazine La liberté – Suisse), il est hélas probable que l’on se contente ici de quelques réponses indignées, d’accusations de calomnie et de diffamation, sans aller vraiment au fonds du problème puisque cela remettrait en cause la crédibilité de l’ensemble de la presse hexagonale. Mieux vaut montrer du doigt Le Monde comme un mauvais élève que l’on doit mettre en quarantaine, plutôt que d’avouer que c’est toute la classe qui mériterait d’aller au piquet…

PS : « Bévues de presse – L’information aux yeux bandés », par Jean-Pierre Tailleur, Editions du Félin, 240 pages. Site web : maljournalisme.com 

Journaliste-essayiste-traducteur né en 1961 à Buenos Aires. Jean-Pierre Tailleur est diplômé de
la Columbia Graduate School of Journalism (New York, “Master of Science” 1993) et de l’Ecole de Management de Lyon (1986). A la sortie de « SupdeCo Lyon », il entre à
la Société Générale qui l’expatrie à New York. Après six années de banque, il suit sa vocation pour le journalisme en présentant sa candidature à la « Columbia J School ». Jean-Pierre Tailleur a écrit des articles dans les trois langues qu’il maîtrise (français, espagnol et anglais), pour des publications aussi diverses que Le Nouvel économiste, El País, Le Monde diplomatique, El Periódico de Catalunya, Le Midi Libre, The Free Press, Phosphore, France-Amérique, Hommes et migrations. Entre 1994 et 1998, il a également été journaliste économique salarié de l’hebdomadaire L’Usine nouvelle et du mensuel Management. Il s’est ensuite consacré à l’écriture de « Bévues de presse » (intitulé « Erreur à
la Une » initialement par les éditions du Seuil) à partir de recherches initiées dès 1993, tout en collaborant avec une agence de presse de Barcelone. Il a également été traducteur d’espagnol-français, chargé de communication associative, et est intervenu dans différentes écoles et universités (Sciences Po Paris, Barcelone/Columbia et Paris StDenis, Ecole de journalisme de Toulouse, HEC).

Jean-Pierre Tailleur sera à Bourges le Vendredi 21 mars 2003, dans le cadre de
la Fête de l’internet, à l’invitation de L’Agitateur de Bourges pour la conférence « Internet et information de proximité », qui se déroulera dans l’amphithéâtre de l’ESTACOM à 18h30.

« La face cachée du Monde », par Pierre Péan et Philippe Cohen, Fayard, 640 pages.

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Areva aime le Niger , pas les Nigériens. Lauréate 2008 du César de la honte.

Posté par issopha le 25 janvier 2008

  

AREVA

 

Lauréate 2008 du César de la honte

 

Areva aime le Niger , pas les Nigériens. Lauréate 2008 du César de la honte. dans FRANCE A FRIC EN AFRIQUE pdf groupearevasa.pdf

 pdf dans MENSONGES D'ETAT rapportcriiradniger.pdf

pdf dans PARFUMS DE SCANDALES rapportsherpaniger05.pdf

pdf rapportgabonsherpacrdmdm.pdf

 

 

Dans le nord du Niger, Areva extrait de l’uranium par l’intermédiaire de deux compagnies dont elle est l’actionnaire majoritaire : Somaïr et Cominak. Alors que des analyses ont démontré la contamination radioactive de l’air, de l’eau et des sols et que du matériel contaminé est entreposé à ciel ouvert, les mineurs et leurs familles sont insuffisamment informés sur les risques de santé liés à l’extraction de l’uranium. Les médecins de l’entreprise pratiquent régulièrement de faux diagnostics sur les employés pour ne pas avoir à supporter les frais de traitements. Si tout cela était connu en Suisse, on présume que personne ne serait indifférent à ce que le combustible utilisé dans les centrales nucléaires de Mühleberg et de Gösgen soit fourni, au moins en partie, par les mines d’Areva…

 

 

Shortlist 2008

Public Eye Global Award www.publiceye.ch

Nominé pour le Public Eye Global Award 2008

par la Fondation suisse de lénergie (FSE):

Groupe AREVA S.A.

Siège social : Paris, France

Branche : nucléaire civil et militaire (tous les secteurs)

Chiffre daffaire / bénéfice net : 10,863 milliards / 649 millions (2006)

PDG : Anne Lauvergeon

En possession de : Etat français, Commissariat à lÉnergie Atomique, ERAP (84%)

Collaborateurs : 61’111 dans 41 pays (2006)

En bref

Saviez-vous que le sida peut sattraper par contamination radioactive ? Non ? Cest pourtant ce

que peut laisser croire le groupe nucléaire français Areva, dont les médecins du travail

diagnostiquent le virus mortel chez des mineurs atteints de cancersCela se passe dans le nord

du Niger, où Areva extrait de luranium par lintermédiaire de deux compagnies dont elle estl

actionnaire majoritaire : Somaïr et Cominak. La raison de ces diagnostics fantaisistes est simple :lentreprise française ne veut pas prendre en charge les soins dont ses anciens employés ont

besoin.

Alors que des analyses ont démontré la contamination radioactive de lair, de leau et des sols et

que du matériel contaminé est entreposé à ciel ouvert, les mineurs et leurs familles sont

insuffisamment informés sur les risques de santé liés à lextraction de luranium.

Si cela était connu en Suisse, on présume que personne ne serait indifférent à ce que le

combustible utilisé dans les centrales nucléaires de Mühleberg et de Gösgen soit fourni, au moins

en partie par les mines dAreva

Un comportement irresponsable

Au Niger, la production totale délectricité serait à peine suffisante pour préparer un repas chaud

par personne et par jour. Ceci, bien que le Niger soit un des pays les plus riches au monde en

gisements duranium ! Car les richesses du Niger profitent essentiellement à des sociétés

étrangères et le pays reste un des plus pauvres du monde. Le consortium Areva y extrait de

luranium depuis près de 40 ans et a fait construire deux villes au coeur du désert pour loger les

mineurs et leurs familles. Arlit et Akouta comptent aujourdhui au total 80

000 habitants, quibénéficient des soins gratuits dun hôpital établi par le groupe minier. Ils en ont bien besoinLesconditions de sécurité à la mine sont catastrophiques et les procédures de décontamination dune négligence coupable : ainsi les travailleurs sont priés de laver eux-mêmes leurs habits de travail à

domicile. Des millions de tonnes de déchets radioactifs sont stockés à lair libre, des gaz radioactifs

rejetés dans latmosphère, et de la ferraille contaminée est mise sur le marché

Les analyses effectuées entre 2003 et 2007 par la Commission de Recherche et dinformation

Indépendantes sur la Radioactivité la CRIIRAD – démontrent la contamination radioactive des

eaux, de lair et des sols, ceci pour plusieurs générations encore. Areva le sait mais ne fait rien.

 

 

Les conséquences

Bien au contraire, le groupe minier tente de dissimuler la situation désastreuse des mines et des

villes adjacentes. Selon un rapport de l’organisation de défense des droits humains SHERPA, des

médecins du travail de ces complexes miniers ont avoué faire sciemment de faux diagnostics : par

exemple, annoncer à des travailleurs souffrant de troubles liés à lexploitation de luranium quils

sont atteint dautres maladies graves, telles que le sida ou la malaria. Un médecin-chef avoue qu

il ninforme correctement que les patients qui peuvent payer ensuite les soins appropriés. Le principe de gratuité des soins dont se vante Areva semble ainsi très relatifMais malgré toutes lesdénonciations de la CRIIRAD, de SHERPA et de lorganisation environnementale nigérienneAghirinman, les partenaires commerciaux dAreva ne se sentent toujours pas concernés. Parmi ceux-ci figurent les exploitants des centrales nucléaires suisses. Ainsi, Areva livre du combustible aux réacteurs de Mühleberg, Gösgen, Beznau et Leibstadt.

Situation actuelle et revendications

SHERPA, la CRIIRAD et Aghirin’man réclament sans relâche des analyses indépendantes. Mais

toujours sans succès. Le calcul dAreva est simple : dans 10 ans, les gisements seront épuisés et

le problème régléComme le destin des deux villes minières dArlit et dAkouta ?

Lexemple de la mine duranium de Mounana, au Gabon, fermée en 1990 par Areva est parlant :

7000 personnes, pour beaucoup sans travail, vivent désormais sur des sols encore contaminés et

subissent massivement les conséquences de la politique dAreva. La moitié des ancienstravailleurs dAreva y

souffre de graves problèmes de santé aux poumons, aux yeux ou du système cardio-vasculaire.

Pour plus dinformations

- http://www.criirad.org/actualites/dossiers%202007/uranium-afriq/rapportcriirad-niger.pdf

- http://www.criirad.org/actualites/dossiers%202007/uranium-afriq/rapportsherpa-niger05.pdf

- http://www.criirad.org/actualites/dossiers%202007/uranium-afriq/rapportgabon-sherpacrdmdm.pdf

 

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L’UNITE 731 : UN EXEMPLE DE LA GUERRE BACTERIOLOGIQUE

Posté par issopha le 14 décembre 2007

L'UNITE 731 : UN EXEMPLE DE LA GUERRE BACTERIOLOGIQUE dans PARFUMS DE SCANDALES Image128

Un exemple de la guerre bactériologique

 

 

 

TPE

2003/2004

HISTOIRE & SVT

 

 

L’UNITE 731

Un exemple de la Guerre Bactériologique

TABLE DES MATIERES

Introduction

I – La Seconde Guerre Mondiale, un contexte particulier

1) Un Japon en plein changement

2) Un conflit mondial

3) Les débuts flatteurs d’un savant fou

II – Les expérimentations japonaises

1) Les maladies utilisées

2) La mise en application des recherches

III – Les conséquences de 1945 à nos jours

1) L’après-guerre

2) L’enjeu actuel : le bioterrorisme

3) Lutte contre les attaques bioterroristes

Conclusion

Bibliographie

Annexes 1 – Des cobayes humains dès l’Antiquité

Annexes 2 – Le serment d’Hippocrate

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 INTRODUCTION

Au cours des nombreuses guerres qui font son histoire, l’homme développa plusieurs techniques dans le but de nuire et d’éliminer ses ennemis. L’une d’elles consiste à provoquer des pathologies infectieuses. Ainsi les guerres modernes connaissent aujourd’hui une façon différente d’aborder les conflits armés. Un aspect qui pourtant n’est pas si récent : la Guerre Bactériologique

Déjà vers 400 avant J.C., des bactéries et des virus étaient utilisés contre l’ennemi lors de sièges ou autres batailles. Avant même la découverte de ces pathologies, l’Homme avait une relation de mise en échec des adversaires par une contamination directe ou indirecte des troupes. Les nombreux exemples – des flèches trempées dans des cadavres en décomposition, des eaux polluées délibérément et de nombreuses autres atrocités – témoignent de l’importance qu’occupe cet aspect de la guerre depuis des siècles.

Plus récemment, durant la Seconde Guerre Mondiale, de 1931 à 1945, le bactériologiste Shiro Ishii créa, pour l’empire japonais, l’Unité 731 afin de mettre au point une arme biologique infaillible. La question suivante se pose donc : En quoi les expériences japonaises de l’Unité 731 sont un exemple de guerre bactériologique ?

Nous étudierons tout d’abord le contexte historique de ce projet sinistre à travers un Japon conquérant, en plein renouveau, se tournant vers le plus grand conflit mondial du XXème siècle. C’est durant cette période qu’émergea Shiro Ishii, expert japonais en bactériologie, et son projet d’arme biologique ultime. Dans cette optique, nous nous intéresserons à ses expérimentations à travers l’étude de maladies infectieuses utilisées comme armement militaire ainsi que leurs interventions confirmées ou officieuses dans le Pacifique et l’Asie. Enfin nous verrons les conséquences de cet événement au sortir de la guerre, l’enjeu actuel que représente le bioterrorisme, ainsi que sa prévention.

I) La Seconde Guerre Mondiale, un contexte particulier

Les plus grandes avancées techniques et scientifiques pendant notre ère, ont toujours eu lieu durant des conflits armées. La guerre biologique et chimique ne fait pas exception à cette règle. Mais le cas particulier de l’Unité 731 japonaise de guerre biologique basée en Mandchourie pendant la Seconde Guerre Mondiale est un cas délicat. C’est pourquoi nous nous efforcerons d’étudier le contexte d’un pays en plein changement, ainsi que le conflit mondial où enfin nous situerons les travaux macabres de l’armée impériale japonaise.

 

1) Un Japon en plein changement

Sous le règne de l’empereur Mutsuhito, le Japon subi la restauration Meiji. Cette ère marqua la réunification du pays et la fin des Shogouns. Elle marqua également le début d’une industrialisation et d’une modernisation de l’empire nippon. Cette révolution culturelle venue du sommet de la pyramide sociale a permit au Japon d’éviter le sort de la Chine et des autres pays d’Asie colonisés ou réduits à l’état de protectorats par les puissances occidentales. En trente ans, le pays atteignit le rang de puissance mondiale. L’une des principales préoccupations de l’empire japonais après l’industrie fut de posséder une armée solide, puissante et expérimentée. Des officiers français furent engagés pour réformer l’armée de terre, tandis que des Britanniques réorganisèrent la marine et le service militaire obligatoire fut institué en 1872. Après l’étude de nombreux systèmes politiques occidentaux, le Japon adopta en 1889 une première Constitution, ainsi qu’un nouveau Code pénal basé sur le modèle français.

Image103 dans VISAGES DE L'INHUMANITE

Situation de la Mandchourie dans le Nord-Est de la Chine

Durant cette période de transition le Japon dut affronter plusieurs guerres avec la Chine (1894-1895) et la Russie (1904-1905). Deux conflits qui furent remportés brillamment. Après le conflit avec la Russie, le Japon hérita du contrôle économique de la Mandchourie. Cette région du Nord-Est de la Chine comprend les provinces de Heilongjiang, Jilin et Liaoning et possède une superficie de 778 000 km².

Avec l’arrivée de l’Empereur Taisho Tenno sur le trône en 1912, les militaires prennent de plus en plus de poids dans le gouvernement. Lors de la Première Guerre Mondiale (1914-1918), le Japon se rangea du côté de l’Entente et occupa les colonies asiatiques de l’Allemagne dont elle hérita à la fin de guerre. Sur le plan intérieur, après le terrible tremblement de terre qui dévasta Tokyo et Yokohama en 1923, les militaires qui subissaient un regain d’influence, proclamèrent la loi martiale et favorisèrent le mouvement de retour aux traditions et à la xénophobie.

En 1926, Hirohito, le petit-fils de l’empereur Mutsuhito, accéda au trône et choisit Showa (« la Paix éclairée » ou « brillante harmonie ») comme nom officiel de règne. Né le 29 avril 1901 et principalement éduqué par des militaires de haut rang, l’empereur Hirohito fut le dernier souverain japonais à maintenir officiellement, pendant la première partie de son règne, le shintoïsme, religion dans laquelle sont exaltées des divinités personnifiant les forces de la nature, l’empereur et la nation japonaise. C’est ainsi que le général Tanaka Giichi devint Premier ministre en 1927, confirmant le rôle prépondérant des militaires.

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Caricature flétrissant les atrocités japonaise contre la population chinoise lors de l’invasion de la Mandchourie en 1931

 A la fin des années 1920, le Japon avait fait de la Mandchourie un protectorat de fait. Les troupes chinoises durent se retirer. Sans approbation officielle de la part de l’empereur et du gouvernement japonais, et dépassant souvent les désirs de l’état-major impérial, l’armée étendit le théâtre de ses opérations à toute la Mandchourie et, en l’espace de cinq mois environ, se rendit maîtresse de l’ensemble de la région. Imprégnés de l’idéal expansionniste prôné par des sociétés ultranationalistes comme la société du Dragon noir, les officiers assurèrent avec zèle la protection des intérêts nationaux par la conquête, sans se soucier des directives des politiciens. La Mandchourie devint un Etat pantin sous le nom de Mandchoukouo. Après enquête, la Société des Nations engagea, en 1933, le Japon à cesser les hostilités en Chine. Le Japon décida simplement de quitter la SDN, un retrait qui devint effectif en 1935. Sous la pression militaire japonaise, la Chine reconnut officiellement les conquêtes nippones.

Les initiatives prises par l’armée montraient bien le pouvoir qu’exerçaient les chefs militaires sur la vie politique japonaise : l’armée menait véritablement la politique étrangère du Japon en pratiquant systématiquement la politique du « fait accompli ». L’orientation totalitaire du régime se manifesta encore davantage après le retrait du Japon de la SDN. Prenant prétexte d’un assassinat politique, les militaires suspendirent la vie parlementaire. Les partis démocratiques et libéraux virent leurs activités entravées, et les opposants furent jetés en prison. En 1937, plus un seul membre du gouvernement n’était issu de la société civile. En outre, le Japon se rapprocha de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste.

2) Un conflit mondial

Avec un gouvernement composé dans une énorme majorité de militaires conservateurs, nationalistes et xénophobes, il est compréhensible de voir le Japon se rapprocher de l’Italie fasciste du Duce Benito Mussolini et de l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler. Ces trois pays présentent un fort sentiment de nationalisme et la xénophobie est alors exacerbée au Japon, en particulier envers les Chinois, les Coréens et les Russes ce qui n’est pas pour déplaire aux théories racistes du nazisme. Cette triple alliance fut renforcée par le pacte Antikomintern en 1936 et le pacte d’Acier en 1939. Alors que la Seconde Guerre Mondiale commença en Europe en 1939, les Japonais engagèrent les combats dès 1937 en déclarant la guerre à la Chine. Se basant sur la forte croissance économique et donc démographique, le gouvernement militaire japonais réussi, sans trop de contestation interne, à faire entrer l’empire dans une politique agressive expansionniste partant du principe qu’il y avait plus d’habitant et qu’il fallait donc plus d’espace. Le sud-est asiatique fut ainsi déclaré comme espace vital, une sorte de « Lebensraum japonais ».

La guerre en Europe allait obliger le Japon à faire un choix concernant sa politique belliciste : la terre ou la mer. Choisir la terre revenait à persévérer dans la guerre avec la Chine et éventuellement attaquer l’URSS. Opter pour la mer signifiait une extension dans le Pacifique et tout le sud-est asiatique ce qui amènerait sûrement à une guerre avec les Etats-Unis. L’armée de terre et la marine se disputèrent chacune ces deux options. Mais un échec de l’armée de terre contre les Russes en Mongolie (1939) favorisa la voie des mers. En septembre 1940, l’Axe fut scellé par une alliance tripartite entre Rome, Berlin et Tokyo. Puis le Japon signa un pacte de neutralité avec la Russie en 1941. Les conquêtes japonaises en Asie attisèrent des tensions entre Tokyo et Washington qui décréta plusieurs embargo. L’arrivé aux postes de Premier ministre et de ministre de la guerre, du très fortement anti-américain, général Hideki Tojo en octobre 1941 signa la décision d’entrer en guerre alors que les négociations se poursuivaient.

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Général Hideki Tojo, ministre de la guerre en 1941

Le 7 décembre 1941, sans aucun avertissement, les Japonais attaquèrent la principale base navale américaine dans le Pacifique : Pearl Harbor. Cette opération d’envergure propulse les Etats-Unis dans le conflit qui devient à ce moment là mondial.

Avec leur entrée de plein pied dans cette guerre touchant tous les continents, la course à l’armement devient prioritaire. Toute la population japonaise soutient sa nation et surtout son empereur. Pourtant ce dernier ne parvient pas à s’imposer face à des militaires qui disent faire la guerre en son nom et sa gloire. La science soutient également pleinement l’effort de guerre en concevant de nouvelles armes ou techniques dont la plus brillante réussite est le célèbre chasseur japonais « Zéro » imbattable sur la vitesse, la maniabilité et l’équipement. D’autres instruments de guerre un peu plus farfelus sont également mis au point comme des ballons montgolfières explosifs et incendiaires capables de couvrir de grandes distances. Avec la population et la science participant au soutient de l’armée, la guerre devient totale.

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Cette montgolfière en papier, destinée à provoquer des incendies dans le camp adverse, est l’une des armes secrètes mises au point par les techniciens japonais de l’armement

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Mi-saxophones, mi-tubas, ces instruments insolites sont les détecteurs de son utilisés par les Japonais pour déceler l’approche des avions. Ils font partie de la défense antiaérienne de Tokyo qu’inspecte l’empereur Hirohito.

Jusqu’en 1942 les batailles dans le Pacifique se succédèrent et furent autant de victoire. En effet grâce à l’épisode de Pearl Harbor, l’armée impériale eut durant quelque temps l’initiative dans cette partie du globe, obligeant les Alliés à reculer sur de nombreux front. Les capitulations sont nombreuses et les prisonniers aussi. Mais il n’est pas bon être prisonnier de guerre chez les Japonais qui se préoccupent peu des conventions internationales et de la notion d’individus, surtout quand il s’agit de vaincus. C’est durant cette période qu’eut lieu le tragique épisode de la « marche de la mort de Bataan » où 76 000 prisonniers de guerre américains et philippins parcoururent 88 kilomètres de route à pieds. Sous un soleil de plomb, l’humidité de la région et les coups des japonais, 2 330 américains et entre 7 000 et 10 000 philippins perdirent la vie. Quelques-uns des survivants de cette marche finiront leurs jours en Mandchourie dans les tristes camps de détentions japonais. Il faut savoir que 30% des prisonniers occidentaux moururent dans ces camps pendant toute la guerre alors que dans les camps allemands en Europe seulement 4% des Alliés perdirent la vie durant leur détention. Le trop grand coût de ces détentions explique en partie ce chiffre, en effet la très grande quantité de prisonniers chinois devenait ingérable. Mais la conception de l’individu était également très différente, autant que les soldats nippons se sacrifiaient au nom de l’empire sans se rendre, autant ces prisonniers n’étaient pas vraiment considérés comme humains. Un des exemples le plus incroyable et ignoble est que dans certaines unités, les soldats s’exerçaient à la baïonnette sur des prisonniers vivant sous le prétexte que cela améliorait leur force et la précision de leurs coups.

Mais il y eut des sorts encore moins enviables. Certains prisonniers américains de cette marche finirent leur jour dans les camps de l’unité 731 en Mandchourie sous les expérimentations du général Ishii qui rechercha l’arme bactériologique ultime.

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Des prisonniers britanniques sont rassemblés avant d’être évacués vers les sinistres camps japonais

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Quelques photos du tragique épisode de la « Marche de la mort » qui coûta la vie à 2330 prisonniers américains et à 10 000 philippins après la capitulation de Bataan

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 3) Les débuts flatteurs d’un savant fou

L’Unité 731 est avant tout l’œuvre d’un homme : Shiro Ishii. Né le 25 juin 1892 dans une famille de riches propriétaires terriens, Shiro Ishii suivi des études de médecine à l’Université impériale de Kyoto. Elève brillant et passionné, il étudia jour et nuit dans les laboratoires de l’école. Peu porté sur les relations humaines, ses professeurs le considérèrent comme flamboyant et audacieux mais sans aucun égard pour les autres. Ensuite, il s’engagea dans la Garde impériale en tant que chirurgien militaire. A partir de 1924, Shiro Ishii se spécialisa dans la recherche bactériologique, la sérologie, la médecine préventive et la pathologie. En 1928 il entreprend un voyage d’étude des laboratoires occidentaux. A son retour, il fut promut commandant et fait désormais partie du Service de la prévention des épidémies de la nouvelle Ecole de médecine de l’armée qui fut construit à Tokyo. En 1931, Ishii inventa un filtre à eau révolutionnaire capable de débarrasser une eau croupie de tous ses bacilles. Après quelques perfectionnements, ce filtre fut adopté en 1936 par l’ensemble de l’armée et de la marine japonaise. Couvert par ses supérieurs hiérarchiques, Shiro Ishii se mit alors à étudier les bacilles les plus dangereux en secret se servant de ses recherches relatives à la prévention des épidémies et à la filtration de l’eau. C’est aussi le début présumé de ses expériences sur cobaye humain.

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La population civile subit égelement la préparation à la guerre. Ici deux moines bouddhistes protégés par un masque à gaz apprennent à évacuer un blessé.

Aussitôt après la Première Guerre Mondiale, les puissances européennes soulevèrent la question morale des armes chimiques et biologiques. Quand l’hostilité de l’opinion publique à ce type d’armement se fit le plus fort au cours de 1925, le 17 juin de cette même année, un protocole de la SDN interdisant les armes à caractères chimiques et biologiques est voté. Les Etats-Unis et le Japon ne le ratifièrent pas. A l’époque, Ishii était déjà un théoricien de la guerre biologique à l’intérieur du ministère de la guerre. Il insistait toujours sur le rôle futur de la guerre bactériologique. Mais l’état-major restait hostile aux idées de Ishii. Après son voyage à travers le Monde et surtout l’Europe, il fallait, pour lui, que le Japon prenne immédiatement de l’avance dans ce genre de guerre totalement nouveau au sens moderne. Prendre de l’avance en prenant en compte l’horreur avec laquelle le corps médical européen, fidèle au serment d’Hippocrate, considérait l’expérimentation sur l’homme. Il alla donc jusqu’à suggérer de recourir à l’expérimentation humaine pour obtenir des renseignements plus précis. Le but de Ishii était de mettre au point l’arme bactériologique ultime suivant ainsi les traces des armes chimiques. Le prix Nobel de 1919 fut attribué à Fritz Haber, l’inventeur de l’arme chimique, pour ses travaux sur la synthèse de l’ammoniac. Dans l’indignation générale, Haber déclara à la remise du prix : « Dans aucune des guerres futures, les militaires ne pourront ignorer les gaz toxiques. Il s’agit d’une façon plus scientifique de tuer. » Ce concept fut suivi par Ishii dans ses recherches.

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Général Shiro Ishii, chef de l’unité 731

Les liens de Ishii dans différents ministères lui permirent d’approfondir ses travaux. Pour mieux en assurer le secret, il décida d’installer un laboratoire en Mandchourie, que le Japon contrôle totalement depuis 1931. C’est ainsi que Ishii fonda son premier laboratoire dans les faubourgs de Harbin dont la population comptait 240 000 Chinois, 81 000 Russes et 4 700 Japonais. Il était installé dans une ancienne fabrique de sauce de soja. Ce lieu fut déterminé par le quartier général de l’armée japonaise de Kwantung. Shiro Ishii avait pour objectif de mettre au point une arme bactériologique offensive. Il se faisait affecter les meilleurs chercheurs du Laboratoire pour la prévention des épidémies de Tokyo.
Après deux ou trois années d’activité, les effectifs de l’unité de Shiro Ishii s’élevaient à trois cents personnes, dont une cinquantaine de médecins.
Peu avant 1936, l’unité de Shiro Ishii s’est installée en pleine ville de Harbin, dans un immeuble de deux étages. Shiro Ishii avait alors déjà construit et expérimenté une bombe biologique. Le nombre de ses collaborateurs a augmenté pour atteindre le millier.
Le 1er août 1936, Shiro Ishii a été nommé officiellement chef de l’unité qu’il avait créée. En 1938, Shiro Ishii devint colonel. L’effectif de son unité est passé à trois mille hommes.

Le 30 juin 1938, l’armée de Kwantung a commencé à préparer un nouveau cantonnement pour l’unité de Shiro Ishii, à Pingfan, à vingt-quatre kilomètres au sud de Harbin. Cette nouvelle installation occupait 3 km² de terrain. Elle se dissimulait derrière une haute muraille entourée d’une douve sèche et surmontée de barbelés électrifiés à haute tension. Elle comprenait environ cent cinquante bâtiments, divers aménagements, un embranchement de chemin de fer, un incinérateur, une centrale électrique, un bâtiment pour les animaux, un insectarium, un grand bâtiment administratif, un terrain d’exercices et une construction carrée appelée « bloc Ro « . Le bloc Ro était carré vu de l’extérieur, mais derrière la construction principale se trouvaient deux autres bâtiments : les blocs 7 et 8, où étaient enfermés les cobayes humains.

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Le service bactériologique de l’unité était divisé en une douzaine de sections dont chacune étudiait, dans l’éventualité d’une guerre, les possibilités de toute une variété de maladies contagieuses ainsi que les vaccins et le sérum sanguin. On y examinait également les agents propagateurs de ces maladies, de nouveaux produits chimiques toxiques et les effets du froid sur les êtres humains. Shiro Ishii était particulièrement intéressé par la peste. Ce n’est qu’à partir de 1941 que cette unité a été désignée par le No 731.

Ses premiers cobayes étaient des prisonniers condamnés à mort et détenus à la prison de Harbin. Par la suite, les victimes étaient également des soldats chinois, des Russes communistes, des intellectuels, des ouvriers coupables d’agitation ou simplement des individus soupçonnés de « déloyauté « , puis, ultérieurement, également des prisonniers de guerre américains détenus au camp de Moukden. Ces cobayes humains étaient appelés « marutas », ce qui, en japonais, signifie « bûche » ou « bille de bois « . A leur arrivée à l’unité 731, on leur attribuait un numéro et ils n’étaient plus considérés comme des êtres humains. La plupart avaient entre vingt et quarante ans. Tous semblaient au courant de leur sort.

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Vue aérienne de Pingfan, le bloc Ro

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Photos des ruines du camp de l’Unité 731 à Pingfan

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 Après la mutation rapide de toute sa société, le Japon sombra dans le totalitarisme sous le joug des militaires. Ceux ci ont besoin d’armes et de techniques nouvelles pour assouvir leur soif d’expansion. Malgré les interdictions des réglementations internationales établis à la fin de la Première Guerre Mondiale, le Japon étudie les possibilités offensives des armes chimiques et biologiques. Pour le biologique, Shiro Ishii, fraîchement promut colonel établit une unité de recherche en Mandchourie afin de mettre au point une arme bactériologique infaillible. Pour ce faire, il contourne toute règle morale et pousse l’horreur à son comble en utilisant l’expérimentation humaine pour les maladies les plus infectieuses et mortelles du globe.

II) Les expérimentations japonaises

Au cours de la seconde guerre mondiale, le Japon mit en œuvre une grande campagne de développement d’armes bactériologiques, utilisant de nombreuses maladies ainsi que de nombreuses techniques pour répandre celle-ci ; et ainsi mettre en place la « manière plus scientifique de tuer  » évoqué par Haber.

Nous étudierons d’abord les maladies utilisées lors expérimentations japonaises, puis dans une seconde partie nous étudierons les armes bactériologiques mises au point par les Japonais, et notamment l’Unité 731, durant cette période.

  

1) Les maladies utilisées

a) Fonctionnement des expérimentations

Afin de mettre au point des armes biologiques efficaces, les Japonais eurent recours à l’expérimentation de maladies sur des cobayes humains, prisonniers de guerre et opposants appelés « marutas  ». Ces expérimentations commencèrent dès 1932, et on estime à environ 3000 le nombre de personnes sacrifiées à Pingfan, au bloc Ro, centre d’expérimentation de l’unité de Shiro Ishii à partir de 1938. Dans ce centre, le service bactériologique de l’Unité 731 était divisé en une douzaine de sections dont chacune étudiait les possibilités d’utilisation militaire de toute une variété de maladies contagieuses :

Peste, Anthrax, Dysenterie, Typhus, Typhoïde, Paratyphoïde, Choléra, Botulisme, Brucellose, Gangrène gazeuse, Morve, Grippe, Méningite cérébro-spinale, Salmonellose, Variole, Tétanos, Encéphalite, Tuberculose, Tularémie, Fièvre hémorragique, etc.

On y étudiait également les vaccins et le sérum sanguin, ainsi que les agents propagateurs de maladies comme les insectes, et que de nouveaux produits chimiques, toxiques, etc.

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Expérience de l’Unité 731 – vivisection

Les conditions d’emprisonnement à Pingfan étaient des plus atroces. 200 prisonniers peuplaient les cellules du bloc Ro, et deux ou trois mouraient chaque jour. Quand un détenu survivait à une expérience, il était soumis à une autre, jusqu’à ce qu’il finisse par mourir. Sur certains d’entre eux étaient pratiqué des vivisections, d’autres étaient bouillis vif, ou encore brûlés au lance-flammes, congelés, électrocutés, tués dans des centrifugeuses géantes, soumis à une exposition prolongée aux rayons X, etc. D’autres ont subi des transfusions de sang de cheval ou d’eau de mer, d’autres ont été complètement déshydratés, desséchés jusqu’à ce qu’ils meurent et ne pèse plus que le cinquième de leur poids, ou affamés et privés de sommeil jusqu’à la mort, ou encore beaucoup d’autres atrocités…

Mais quelles sont les caractéristiques des principales maladies expérimentées par l’Unité 731 à cette époque ?

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Une équipe de l’Unité 731 durant une vivisection

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Charnier de « Marutas »

b) Descriptions des maladies et des symptômes

- La Peste :

La peste est due à une bactérie, Yersine Pestis, et a été responsable de 200 millions de décès au cours de grandes épidémies en Europe, telles que « la peste noire  » au XIV ème siècle. La contamination humaine résulte d’une morsure de puce infectée, ou par inhalation de gouttelettes respiratoires d’animaux infectés, c’est le cas lors de contaminations interhumaines. La peste se dérive sous trois principales formes cliniques : la peste pulmonaire, la peste bubonique, et le peste septicémique.

La peste pulmonaire a un temps d’incubation de 1 à 6 jours, et se manifeste par des symptômes violents tels que des mots de tête intenses, des malaises, une fièvre élevée (supérieure à 40°C), des nausées, des douleurs abdominales, et une prostration importante. En l’absence de traitement antibiotique, la mort survient en deux à trois jours.

La peste bubonique, la plus fréquente (75 à 97 % des cas) a un temps d’incubation de 2 à 8 jours. Les symptômes apparaissent brutalement : fièvre élevée, maux de tête, nausée, malaise, asthénie intense et prostration, en plus de l’apparition d’un bubon en 24 heures à l’endroit de la morsure de la puce. La mortalité varie de 15 à 60 % en l’absence de traitements.

La peste septicémique est souvent une complication d’un bubon, ou d’une pneumonie primitive non traitée, mais elle peut également se développer sans indices préalables. Les symptômes sont : un choc septique, une coagulation intra vasculaire et de larges ecchymoses, et possibilité de gangrène des régions acrales (extrémités du nez, des doigts, des orteils, etc.)

- L’Anthrax :

L’anthrax ou maladie du charbon est due à une bactérie : B. anthracis. C’est une maladie rare dans les pays industrialisés, mais endémique dans les pays en voie de développement (Afrique, Asie, Pays de l’Est, Amérique du Sud, etc.) Dans le monde chaque année, environ 2000 personnes présentent une maladie du charbon, le plus souvent sous sa forme cutanée, et la plus grande épidémie humaine a été observée de 1979 à 1985 au Zimbabwe, où 9445 personnes furent contaminées, et dont 141 moururent. Les maladies du charbon se dérivent en trois formes : la forme inhalée, la forme cutanée, et la forme digestive.

La forme inhalée : Le temps d’incubation peut varier entre 1 à 15 jours, proportionnellement à la quantité de spores inhalées, et les symptômes sont biphasiques :

Une première phase : fièvre légère, frisons, asthénie, toux, maux de tête, douleurs thoraciques et abdominales, nausées, etc. Certaines rémissions sont constatées à la fin de cette phase.

Une seconde phase brutale : fièvre élevée, frissons, douleurs rétro sternales, détresse respiratoire aiguë, cyanose, choc septique, et dans 50% des cas une hémorragie méningée. Lors de la phase brutale, un traitement antibiotique se révèle déjà inefficace car trop tardif, le décès survient alors en 2 à 5 jours dans 90% des cas.

La forme cutanée : Cette forme de la maladie du charbon représente 90 à 95 % des cas, en dehors d’attaques biologiques. Elle se contracte par contact avec un animal

Infecté, et nécessite une lésion cutanée préalable telle qu’une plaie ou une abrasion (égratignure). Le temps d’incubation est de 1 à 5 jours, et se manifeste par l’apparition d’une vésicule en 24 à 36 heures, entouré d’un œdème et de nombreuses autres vésicules 2 à 6 jours après. La mortalité est inférieure à 1 % sous traitement, mais peut atteindre les 20 % si aucun remède n’est appliqué.

La forme digestive : Elle survient après une ingestion de spores, et 2 à 7 jours après cette ingestion apparaissent des nausées, des pertes d’appétit, des malaises, des fièvres et des douleurs abdominales. Ensuite apparaissent diarrhées sanglantes et état septique. En 2 à 5 jours, elle conduit vers un syndrome toxinique, un choc septique, et le décès dans 50 % des cas.

- La Variole :

La variole à été éradiquée dans le monde en 1980. Elle se transmet de manière inter humaine, sa période d’incubation et d’environ 10 à 12 jours, et les symptômes sont nombreux : maux de tête, fièvre élevée, anxiété, puis apparition de tâches rouges au niveau de lèvres, et des lésions sur le visage et les avant-bras, qui s’étendent vers le tronc et les jambes en 24 heures. Les complications apparaissent fréquemment, tel que des bronchites, des pneumopathies, et des œdèmes pulmonaires. La mort survient entre 4 à 15 jours, dans 30 % des cas chez les individus non vaccinés. La variole présente également des formes dérivées, telles que la variole hémorragique mortelle dans 99 % des cas, la variole coalescente mortelle dans 95 % des cas, ou encore la variole atténuée, ou il n’y a pas apparition de pustules.

- Le botulisme :

Le botulisme est une maladie causée par des toxines produites par le C. botulium, gros bacille anaérobique strict, capable de sporuler. La toxine botulique est une des toxines les plus violentes, elle est facile à produire et peut provoquer de nombreux décès, néanmoins il n’existe pas de transmission interhumaine possible. La période d’incubation varie en fonction de la toxine de 12 à 72 heures, et les symptômes apparaissent de manière brutale : troubles de la vision, photophobie, paralysie faciale, dysphonie, faiblesses musculaires, paralysie motrice débutant à la tête pour gagner le tronc, les membres, et les muscles respiratoires, nausée, diarrhée, constipation, etc. Il n’y a pas de troubles de la sensibilité, de la conscience, ni de fièvre. La récupération est lente et certains symptômes peuvent rester plusieurs années, et la récupération motrice complète s’effectue et 3 à 6 mois.

Le japon et l’Unité 731 ayant, pendant plus de dix ans, expérimenté toutes ces maladies savent alors, à l’aube de la seconde guerre mondiale, comment exploiter au mieux celle-ci à des fins militaires, et connaît les moyens de les rendre plus contagieuse et plus mortelles. Il est donc prêt à mettre en application ses recherches.

2) La mise en application des recherches

Au cours de la seconde guerre mondiale, le Japon utilisa, notamment en Mongolie et en Chine, des armes chimiques et bactériologiques mise au point au cours des dix années de recherches à Pingfan par l’Unité 731. Nous verrons quels types d’armes furent mise au point, ainsi que des exemples d’utilisations de ces armes.

a) Les armes bactériologiques mise au point

À la veille de la seconde guerre mondiale, le Japon s’est procuré tout un arsenal d’armes biologiques, et la production de bacilles était potentiellement suffisante pour tuer plusieurs fois la population de toute la planète. De plus, l’Unité 731 a mit au point diverses méthodes pour propager toutes ces maladies : bombes spéciales, similaires à celle utilisées pour le lancement des tracts ; bombes en papier qui s’autodétruisent après avoir libéré des rongeurs infectés ; largages de plumes infectées ; contamination de légumes, de chocolats ou de gâteaux ; bouteilles lâchées au fil des rivières ; largage de ballons géants pouvant parcourir de grandes distances, capable d’aller d’Asie en Amérique, etc.

Shiro Ishii était particulièrement intéressé par la peste, et lors de l’apogée de l’Unité 731, il était théoriquement possible de produire 300 Kg de germes de peste par mois. Afin de répandre la peste, Shiro Ishii eut l’idée de se servir des puces, de qui nécessita de créer un élevage de rats, ce qui monopolisait les activités du « bâtiment des animaux  » de Pingfan.

b) Exemple d’utilisation de ces armes

Dès 1940, Shiro Ishii déclenche des épidémies de peste en Chine, à l’aide de l’aviation japonaise : Le 4 Octobre, le 22 Octobre, et le 28Novembre, des avions japonais disséminent des grains de riz et des graminées infectées, mélangés avec des puces porteuses, au-dessus de Chu Hsiens, de Ningpo, et de Kinghwa. La peste éclate à Nigpo, et dans les provinces chinoises de Suiyuan, Ninghsia, et Shensi. L’Unité 731 réitérera ce même type de raid en automne 1941, au-dessus de Changteh.

En 1942, le Japon organise une opération massive contre la Chine, en Chekiang, où les japonais utilisent de l’Anthrax, le Choléra, la Dysenterie, la Typhoïde, la Paratyphoïde, et la Peste. 2 millions de Chinois, civils comme militaires, sont ainsi massacrés.

En mai 1944, l’Unité 731 devait fournir des armes bactériologiques à l’armée japonaise, pour le conflit dans le Pacifique, mais après la capture de la piste d’envol de l’île de Saïpan par les américains, Shiro Ishii envoi un détachement pour « arroser  » de bacilles de la peste cette piste ; mais le navire transportant le détachement est coulé par un sous-marin américain, et le projet tombe à l’eau.

En février 1945, alors que les américains ont conquit Iwo Jima, Shiro Ishii propose de contre attaquer à coup d’arme bactériologiques, mais son plan est rejeté par un médecin général, Hiroshi Kanbayashi, parce qu’il est préférable de ne pas contaminer le sol japonais avec des armes chimiques, et parce que le plan n’aurait de toute façon en rien changé la finalité de la guerre, et la défaite japonaise.

Durant les dix années précédant la seconde guerre mondiale, l’Unité 731 a donc testé toutes sortes de maladies sur des cobayes humains, à travers toutes sortes d’expériences atroces afin de déterminer le moyen le plus efficace de tuer. Les résultats de ces expériences ont par la suite été utilisés afin de créer toute une panoplie d’armes bactériologiques qui contribuèrent à créer un nouveau type de guerre, la guerre bactériologique.

III) Les conséquences de 1945 à nos jours

Après la deuxième guerre mondiale, le peuple chinois apporta un grand nombre d’accusations sur les atrocités japonaises. Des éléments touchaient en particulier l’Unité 731. Ceux-ci concernaient essentiellement des contaminations et épidémies de Peste et de Choléra. Le Japon a toujours nié ces agissements, seulement un grand nombre de preuves établirent sa culpabilité. A la suite du conflit mondial c’est constitué un tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient afin de juger les criminels de guerre.

Néanmoins, cet exemple de guerre bactériologique projeta le monde dans une situation nouvelle, remettant en cause l’approche de la guerre ainsi que les enjeux des prochains conflits internationaux. La guerre bactériologique est qualifiée de « guerre nucléaire du pauvre », ainsi tout pays peut utiliser ce système de dissuasion à petite ou grande échelle. D’autre part, dans une société plus contemporaine, cette mutation de la guerre peut entraîner le problème du bioterrorisme.

1) L’après-guerre

a) Les procès de l’après-guerre

En 1946, à Tokyo c’est ouvert le procès international des criminels de guerre japonais. On comptait 28 inculpés. D’autres procès pour crimes de guerre avaient eut lieu dans des pays qui furent soumis à l’occupation japonaise. Il est fort probable qu’un grand nombre de faits furent dissimulés aux enquêteurs de la section internationale. Toutes les atrocités décrites par la Chine n’étaient pas confirmées par les accusés. Il a fallut de nombreuses enquêtes pour donner raison au peuple chinois. Même Shiro Ishii, la tête pensante de l’Unité 731, n’a comparut devant aucun tribunal international. Ce n’est qu’en novembre 1948 que les verdicts furent rendus.

De même, à la suite du conflit, les expérimentations de pathologies, soit disant réalisées sur des cobayes humains, n’étaient pas reconnues par l’armée impériale. Officieusement, on pouvait se douter que des prisonniers de guerre américains et chinois permettaient à l’Unité 731 de tester de nouvelles armes biologiques.

L’armée américaine, durant la même période, interrogeait le protagoniste principal de cette affaire dont le nom n’a jamais été mentionné lors du procès. Shiro Ishii devait relater toutes ses connaissances des expérimentations bactériologiques aux experts américains en échange d’une protection, pour sa famille et lui-même, d’une quelconque inculpation ou emprisonnement de l’URSS ou du tribunal international. Cependant le secrétaire d’Etat américain à la défense ne reconnaissait pas en 1950 que les prisonniers américains avaient pu servir de cobayes. Parallèlement une usine bactériologique américaine se développait en Arkansas, on suppose qu’elle fut le théâtre de production industrielle d’armes bactériologiques. Les Etats-Unis auraient trouvé dans la guerre de Corée, le parfait terrain d’expérimentation pour ces nouvelles armes.

b) la guerre de Corée : terrain d’essai des Etats-Unis ?

La guerre de Corée débuta le 25 juin 1940. D’après de nombreuses enquêtes, l’armée américaine, qui officiellement ne possédait pas d’armes biologiques, menait une guerre secrète en Corée dont l’objectif premier était la préparation d’une guerre bactériologique. Dès 1952, Chinois et Coréens du Nord accusaient les Etats-Unis de propager des maladies infectieuses pas l’intermédiaire d’insectes porteurs. D’ailleurs, on note les déclarations de quatre aviateurs américains après leur capture, qui affirmaient avoir largué des bombes de bactéries. La commission d’enquête internationale, avec l’appui des différents indices recueillis, confirma que ces actes de guerre biologique américaine étaient soulignés par une flagrante ressemblance avec les atrocités japonaises de la seconde guerre mondiale.

De nombreux historiens comme Stephen Endicott et Edward Hagerman apportèrent des preuves sur les agissements des américains en Corée et en Chine entre 1951 et 1953. D’après eux, c’est pour éviter la défaite annoncée par une bataille aérienne difficile, que les Etats-Unis utilisèrent des armes bactériologiques mais aussi chimiques. L’arme bactériologique était à l’époque déjà bien connue par les américains, cependant leur capacité au niveau armement n’était pas suffisamment compétitive. Ainsi la base de Fort Detrick n’a eu de cesse de mettre la main sur les expériences que les japonais utilisèrent contre la Chine. On apprenait par la suite que le général japonais Shiro Ishii fut retrouvé par la délégation secrète du colonel Sanders. Tous ces éléments mènent à penser que le général japonais divulgua des informations cruciales aux américains et ainsi le projet 731 connu un successeur durant la guerre de Corée. Le fait le plus marquant de cette guerre est que le peuple américain n’était pas du tout informé des agissements de leurs militaires, c’est seulement après diverses déclarations d’aviateurs que le problème fut soulevé. On peut penser que les Etats-Unis cachaient certains détails sur les actes de l’Unité 731, afin de développer, de leur côté, une organisation similaire. On releva même que certains cadres de l’unité japonaise furent intégrés à l’armée américaine. Fort Detrick profitait donc pleinement de l’avancé technologique japonaise.

Dans l’ouvrage de Williams et Wallace, on apprend que le chef d’Etat Major des Etats-Unis ordonna le 30 juin 1950 « la production des agents infectieux et la détermination de la valeur offensive de l’armée américaine ».

C’est seulement en 1982 que le gouvernement japonais a révélé l’existence de la fameuse Unité 731, cependant son fonctionnement et ses activités restent soit disant inconnus.

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Manifestation chinoise pour l’indemnisation des victimes après la reconnaissance par le Japon de ses actes de guerre biologique durant la Seconde Guerre Mondiale

Malgré tous ces secrets de guerre et toutes ces informations non officielles, le monde voit aujourd’hui son approche de la guerre en pleine transformation. L’utilisation d’armes biologiques, durant les conflits mondiaux de certains pays les plus faibles, au niveau de l’armement laisse présager un danger civil : le bioterrorisme.

2) L’enjeu actuel : le Bioterrorisme

Aujourd’hui la guerre bactériologique peut prendre une toute autre importance, un enjeu qui dépasse la contamination des militaires. Le bioterrorisme vise la population civile elle-même, en effet depuis les fameux événements d’octobre 2001 aux Etats-Unis qui concernent des lettres pourvues de spores de la maladie du Charbon, le monde a été conduit à reconsidérer le bioterrorisme. Toute société actuelle se trouve totalement vulnérable dans de tels cas, cet élément de la guerre est passé de fiction idéologique à réalité menaçante.

a) Qu’est-ce que le bioterrorisme ?

Le bioterrorisme est traduit par l’utilisation de bactéries ou de virus contre un organisme vivant afin d’induire une maladie. Il fait partie des risques NBC. Contrairement au nucléaire et au chimique, l’attaque biologique est plus difficile à reconnaître dans son état initial, ceci explique donc l’incapacité constante de relater des faits précis et ponctuels d’une guerre ou d’une simple attaque impliquant des armes bactériologiques. Ceci souligne le principal moyen de lutte contre le bioterrorisme : la prévention.

De nombreux pays se sont trouvés confrontés à l’envoi massif de colis suspects. En France on comptait plus de 4 000 alertes entre fin 2001 et 2002, durant la même période l’Europe comptait 11 000 alertes. Aux Etats-Unis, 22 patients étaient atteints de la maladie du Charbon, 5 d’entre eux sont décédés. Un état d’anxiété et de panique c’est installé dans de nombreux pays avec des canulars de lettres contenant de la poudre blanche. Sachant qu’une alerte vaut environs 1 500 €, cette période fut éprouvante pour l’Etat d’une part au niveau de la sécurité et d’autre part au niveau financier.

L’assemblée générale des Nations Unis a proposé avec la Conférence du Comité de Désarmement une nouvelle convention internationale dès 1972. La fabrication et le stockage d’armes bactériologiques furent interdits. Aujourd’hui même au niveau national, certains groupes ou sectes sont capables d’utiliser le bioterrorisme, le Japon et les Etats-Unis portent de nombreux exemples de ces actes. On compta durant les trente dernières années une dizaine d’attaques criminelles liées à la transmission de pathologies.

Aujourd’hui la lutte contre le bioterrorisme est de rigueur et est souvent basée sur une collaboration internationale. Cependant il n’est pas si facile d’utilisation, ses effets ne sont pas non plus d’un impact certain, la seule valeur sûr reste la peur que cette menace suscite. De plus, si un Etat tente de prévenir une attaque terroriste de cet ordre les mesures à prendre sont très importantes au niveau des moyens.

b) Le caractère du bioterrorisme

L’utilisation d’armes bactériologiques présente plusieurs avantages : tout d’abord les actes peuvent rester anonymes puisque le temps de contamination peut jouer sur la durée, ensuite les armes bactériologiques peuvent être simples d’accès et sont de moindre coût. Enfin l’impact psychologique sur la population, dût à la capacité d’atteindre une grande échelle, entraîne une déstabilisation du pays ou du groupe concerné.

Le diagnostique d’un virus est très difficilement réalisable surtout si la population se trouve dans une période de grippe ou autre. En plus de sa propagation pathologique à grande échelle, l’acte bioterroriste se développe aussi fortement au niveau psychologique de la population interne ou externe à la contamination. C’est de cette manière qu’un pays se trouve en état de crise totale, limitant ainsi sa capacité de réplique lors d’un conflit.

Aujourd’hui on compte 180 agents microbiologiques ou toxines pouvant être utilisées à des fins bioterroristes. On en apprend chaque jour plus sur la valeur de l’intérêt de chacun de ces agents, ils sont répertoriés d’après leur capacité de production et de diffusion, le degré d’infection, la virulence, la possibilité d’une transmission interhumaine, l’impact sur la population, le coût des moyens qui permettent de lutter contre cet agent, leur développement militaire et leurs vaccins existants.

Néanmoins l’utilisation de ces agents entend de la part des utilisateurs une connaissance et une maîtrise de la microbiologie bactérienne afin de produire en laboratoire une grande quantité de l’agent infectieux le plus rapidement possible. Ceci annonce tout à fait la nécessité d’une connaissance des sciences dans la guerre. Ainsi, seul un groupe possédant des capitaux suffisamment importants pour se doter de scientifiques qualifiés et d’installations technologiques avancées, peut envisager une attaque bactériologique. La principale technique consiste à aérosoler un agent biologique, provoquant ainsi une dissémination. Il est nécessaire de prendre en compte les données historiques de ce type de contaminations pour que les gouvernements prennent conscience du risque biologique.

3) Lutte contre les attaques bioterroristes

a) Stratégie vaccinale avec l’exemple de la Variole

Pour la plupart des agents bactériens, il existe des traitements antibiotiques curatifs, seulement le virus de la variole n’en fait pas parti. C’est en isolant les patients infectés et en leur administrant un vaccin au fil des années que l’éradication de l’infection est apparue sur tous les territoires mondiaux.

En France, on stoppa la vaccination chez les enfants dès 1978 et de manière générale pour les sujets jusqu’à 21 ans en 1984. On remarque alors une prédisposition de la maladie pour les sujets de moins de 25 ans. En effet, des études ont prouvé que des sujets, ayant subit au moins une vaccination, gardent dans leur organisme une certaine immunité à la variole. Les gouvernements se posent donc la question de devoir vacciner une partie de la population pour contrer une éventuelle attaque bioterroriste. Le problème étant que des effets secondaires ne sont pas exclus pouvant même être mortels chez des patients dont le système immunitaire est altéré.

On note trois types de vaccins selon la connaissance qu’on a de leurs actions curatives et indésirables. Ainsi ceux de la première génération sont les plus connus. L’OMS a employé dans sa campagne mondiale de vaccination, tous les vaccins de première génération dans les années 1970. Tous les vaccins de première génération ont été fabriqués à partir d’animaux, leur efficacité est connue, cependant des effets secondaires réels ne sont pas maîtrisés.

On compte parmi les principaux effets indésirables :

- Eczéma vaccinal

- Vaccine progressive

- Vaccine généralisée

- Encéphalite post-vaccinale

De plus on peut noter des effets probables mais jamais publiés comme la contamination des souches vaccinales par des agents infectieux d’animaux. Les stocks de vaccins sont situés dans les grands pays industriels et pharmaceutiques comme les Etats-Unis, dans des sites militaires hautement sécurisés.

Les vaccins de seconde génération sont synthétisés à partir des souches virales de première génération. Les seules données sont celles de la souche la plus connue, celle du NYCBOH. L’avantage réside dans une meilleure qualité de reproductivité et des souches elles-mêmes. Un seul vaccin secondaire a été mis en fonctions à ce jour, un dérivé du NYCBOH : le « ACAM 1000″. Les tests sur des animaux montre une virulence moins importante que l’initiale. Aujourd’hui aucun effet secondaire indésirable n’a été détecté.

Les vaccins de troisième génération cherchent à être efficace avec un minimum d’effets secondaires (les souches obtenues ne sont pas réplicatives). Les effets secondaires qui limitent l’utilisation de ces vaccins sont en rapport à ceux de première génération. Aujourd’hui le nombre de patients immunodéprimés est bien supérieur, de plus on remarque que les complications sont plus nombreuses lorsque l’organisme n’est pas habitué au vaccin (lors de la première vaccination). Aux Etats-Unis en 1968, une campagne de vaccination à grande échelle sur 14,2 millions de personnes a entraîné la mort de neuf sujets (on compta 16 encéphalites post-vaccinales, 11 vaccines progressives, 126 eczémas et 146 vaccines généralisées).

Le virus de la vaccine est un virus vivant et peut être transmis de manière interhumaine. On suppose de même que les vaccins vieux de plus de vingt ans peuvent contenir des antibiotiques et entraînent donc des réactions allergiques.

En général, les effets secondaires sont associés à des fièvres, des vertiges, des nausées et autres états de malaises qui disparaissent sur deux semaines. La vaccination dépend des sujets, il est formellement contre-indiqué aux sujets immunodéprimés, aux femmes enceintes et aux sujets allergiques à certains médicaments de subir un vaccin antivariolique.

Su l’échelle de la population française, on a calculé qu’une vaccination totale engendrerait 320 décès et 20 000 personnes souffrant d’effets indésirables. Ainsi les suspicions d’actes bioterroristes montrent un enjeu destructeur qui prouve la nécessité de la prévention.

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b) Un plan pour contrer le bioterrorisme – Le plan Biotox

Face à l’éventualité d’attaques bactériologiques, plusieurs gouvernement ont mis en place des plans d’interventions (Biotox). En France, des préparations sont élaborées en cas d’attaque ou de suspicion d’attaque bioterroriste. Depuis juin 2000, les ministères de l’Intérieur, de la Défense, et de la Santé ont mis en place une cellule d’experts. Cette lutte s’appuie sur des centres référants. La répartition des zones de défense permet d’homogénéiser les prises en charge en France.

Dès qu’une alerte est déclenchée, une cellule de crise (composé des médecins experts et autres personnels administratifs) est chargée de s’occuper de patients susceptibles d’être infectés. Sur le territoire français, plusieurs équipes peuvent faire face à une contamination pathologique. Tout d’abord une équipe est composée dans chaque région d’un personnel qualifié prêt à être vacciné, et en particulier contre la variole. A un plus haut niveau, une équipe nationale doit agir sur tout le territoire pour diagnostiquer ou isoler un sujet atteint.

Depuis les contaminations d’anthrax signalés aux Etats-Unis en octobre 2001, l’alerte n’a jamais été autre que partielle en France. L’efficacité du plan Biotox est basée sur la rapidité du déclenchement de l’alerte, pour cela on dispose de différents moyens :

- Les médecins généralistes

- Les laboratoires de microbiologie

- Les instances hospitalières

- Le SAMU, les pompiers

- Les informations en provenance de l’étranger

La prise en charge du bioterrorisme en France ainsi que dans l’ensemble des pays européens est certes hypothétique, mais certaines mesures restent indispensables. Les nations actuelles sont donc préparées à tout problème de contamination mais leur réalisation reste théorique.

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CONCLUSION

Après avoir étudié l’ensemble des caractères de l’Unité 731 qui opérait durant la deuxième guerre mondiale, nous avons pu en tirer différents éléments qui tendent à montrer que ce groupe faisait parti d’un programme de guerre bactériologique. Ainsi dans un premier temps nous fûmes amenés à nous informer sur le contexte qui favorisa l’apparition de cette nouvelle manière de faire la guerre. En effet, la société japonaise subissait alors un changement radical dans ses idéaux. Ainsi ce pays vit Shiro Ishii, un homme dont les principes dépassaient toute règle d’éthique, apporter l’horreur en Asie par l’intermédiaire de son unité d’expérimentation scientifique et guerrière. Ceci montre tout à fait la mutation des guerres modernes vers la science.

Notre second axe de recherche illustre parfaitement l’enjeu des conflits actuels, en décrivant une grande partie des maladies et des armes que cette fameuse unité 731 utilisa, et qui pourraient être encore exploités de nos jours.

La période d’après guerre a finalement été le théâtre des condamnations de ces actes « scientifiques ». Cependant, la dénonciation de ces événements a surtout permis de développer l’importance de l’aspect scientifique des guerres contemporaines et pose ainsi le problème du bioterrorisme. L’unité 731 a donc été un exemple tout particulier de guerre bactériologique survenu durant la Deuxième Guerre Mondiale.

Aujourd’hui certaines nations, comme la France, prennent des mesures pour contrer ce genre de problème et ainsi favorisent la survie des victimes de ces types attaques.

 

Bibliographie

Ouvrages Généraux

  • Williams (Peter) et Wallace (David) La guerre bactériologique (Les secrets des expérimentations japonaises) Editions Albin Michel 1990
  • Courtois (Stéphane) et Wieviorka Annette L’état du monde en 1945 Editions La découverte
  • Garçon (François) La guerre du Pacifique Editions Casterman
  • L’agression de Pearl Harbor Collection La seconde guerre mondiale, Editions Christophe Colomb

Ouvrages spécialisés

  • Bricaire (François) et Bossi (Philippe) Bioterrorisme Collection Médecine des risques Editions scientifiques et médicales Elsevier, 2003

Articles

  • Le Monde Diplomatique

Les Etats-Unis et la menace biologique de Wright (Susan) 29 janvier 2002

Double langage et guerre bactériologique de Wright (Susan) Novembre 2001

Les crimes de l’armée impériale Octobre 2001

Quand le Japon « oublie » ses crimes de Pons (Philippe) Octobre 2001

Les armes biologiques de la guerre de Corée de Endicott et Hagerman Juillet 1999

  • Manière de voir N°70

La guerre froide août-septembre 2003

  • Science et Vie N°884 Mai 1991 de Messadié (Gerald)
  • Science et Avenir N°682 Décembre 2003

Les armes spéciales des guerres antiques de Arnaud (Bernadette) P106-104

Sites Internet

Japon : reconnaissance de la guerre bactériologique menée en Chine, mais refus de dédommagement. De Xinhua, 28 août 2002

Encyclopédies & Dictionnaires

  • Encyclopédie Microsoft Encarta 1998
  • Encyclopédie Microsoft Encarta 2002
  • Encyclopédie Universalis
  • Dictionnaire Encyclopédique le Petit Larousse, Editions Larousse, 1992

ANNEXE 1

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Des cobayes humains dès l’Antiquité

On les croit d’apparition récente, concoctées dans des laboratoires ultrasophistiqués. En réalité, les armes chimiques et biologiques sont aussi vieilles que les guerres comme on le voit sur cette peinture. Mithridate VI du Pont, grand ennemi de Rome, était toxicologue à ses heures. En compagnie de ses grands prêtres, il aimait tester les poisons les plus virulents et leurs antidotes sur des prisonniers. Les effets de l’arsenic, de la ciguë, de l’aconit ou d’autres plantes étaient alors mesurés. Il est intéressant de voir que plusieurs centaines de siècles plus tard, Ishii n’a finallement rien inventé.

ANNEXE 2

Hippocrate était un médecin grec, considéré comme un des plus grands médecins de l’Antiquité. Dans de nombreux pays, le serment d’Hippocrate est prêté par les médecins avant de commencer à exercer.

Le Serment d’Hippocrate

Je jure par Apollon, médecin, par Esculade, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l’engagement suivants: je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon savoir, et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins; je tiendrai ses enfants pour des frères, et, s’ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement.

Je ferai part des préceptes, des leçons orales et du reste de l’enseignement à mes fils, à ceux de mon maître, et aux disciples liés par un engagement et un serment suivant la loi médicale, mais à nul autre.

Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice.

Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif.

Je passerai ma vie et j’exercerai mon art dans l’innocence et la pureté.

Je ne pratiquerai pas l’opération de la taille, je la laisserai aux gens qui s’en occupent.

Dans quelque maison que j’entre, j’y entrerai pour l’utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves.

Quoi que je vois ou entende en société pendant l’exercice ou même hors de l’exercice de ma profession, je tairai ce qui n’a pas besoin d’être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas.

Si je remplis ce serment sans l’enfreindre, qu’il me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais parmi les hommes; si je le viole et que je me parjure, puis-je avoir un sort contraire!

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Nicolas Sarkozy perçoit toujours son salaire …de ministre de l’Intérieur

Posté par issopha le 14 décembre 2007

  

Nicolas Sarkozy perçoit toujours son salaire …

de ministre de l’Intérieur

 

 



publié le mercredi 12 décembre 2007 à 16h53

Par  » Le Canard Enchaîné « 


 Après la polémique sur l’augmentation de salaire du président de la République, voici que le Canard Enchaîné nous apprend que Nicolas Sarkozy cumule en ce moment son salaire de président de la République et celui de ministre de l’Intérieur. L’information est sure puisqu’elle a été confirmée par l’Elysée. C’est du jamais vu. Décryptage.



La double augmentation de Sarko (Le Canard Enchaîné, 12 décembre 2007)

Dans son édition du mercredi 12 décembre 2007, le Canard Enchaîné publie une brève explosive. On sait que Nicolas Sarkozy a obtenu une augmentation de salaire de 172% il y a quelques semaines en demandant l’alignement de sa rémunération sur celle du Premier ministre. Ainsi, le chef de l’Etat percevra un salaire mensuel de 19 331 euros net. Mais cette augmentation ne sera effective que le 1er janvier 2008. D’ici là, le chef de l’Etat est censé percevoir le même salaire que celui de son prédécesseur, soit 7 500 euros net. Or, Nicolas Sarkozy a demandé à continuer de percevoir son salaire de ministre l’Intérieur jusqu’au 31 décembre 2007, soit 11 500 euros net.



Salaire des ministres : la règle des 6 mois

Pour permettre à un ministre qui vient de quitter le gouvernement de retrouver un emploi, ce dernier perçoit son traitement intégral pendant les six mois qui suivent son départ du gouvernement. Nicolas Sarkozy a démissionné de son poste de ministre de l’Intérieur fin mars, pendant la campagne présidentielle. Il a donc perçu son salaire de ministre jusqu’en septembre dernier. Mais il a demandé que soit prolongé ce versement jusqu’en décembre 2007, avant l’entrée en vigueur de son augmentation de salaire au 1er janvier 2008.



Le salaire de Sarkozy depuis le 6 mai 2007 : 7 500 + 11 500

Résumons : au nom de l’équité et de la transparence, le chef de l’Etat a demandé à ce que son salaire soit aligné sur celui du Premier ministre. Dont acte. A partir du 1er janvier 2008, le président de la République percevra un salaire mensuel de 19 331 euros net.
Mais en demandant de continuer à percevoir son salaire de ministre de l’Intérieur en plus de son salaire de président de la République, Nicolas Sarkozy a réussi à anticiper sa hausse de salaire… dès le 6 mai 2007. Entre le 6 mai 2007, jour de son élection, et le 31 décembre 2007, Nicolas Sarkozy aura donc perçu un total de 19 000 euros net… au lieu des 7 500 euros prévus.
*** Source
- « La double augmentation de Sarko », Le Canard Enchaîné, mercredi 12 décembre 2007, page 2

Le budget de l’Elysée a été multiplié par 9

sous Jacques Chirac



publié le mardi 27 mars 2007 à 07h21

Le budget de l’Elyse est un sujet tabou. Quel est son montant ? Quel est le salaire de Jacques Chirac ? Pourquoi est-il si difficile d’en connaître le montant exact ?



Budget formel et budget réel de l’Elysée

En 2007, le budget officiel de l’Elysée est de 31 783 000 euros. Selon René Dosière, qui vient de publier « L’argent caché de l’Elysée », le budget réel est trois fois supérieur. Voici le budget :
- 17 millions d’euros pour les frais quotidiens (téléphone, carburant, etc.)
- 15 millions d’euros pour le personnel (contractuels, attachés de presse, etc.)
- 7 millions d’euros pour les primes de personnel
- 101 500 euros pour le salaire annuel brut du président, montant aligné sur le salaire des hauts fonctionnaires de catégorie G.



Un budget en trompe l’oeil

Au cours du premier mandat de Jacques Chirac, le budget de l’Elysée affichait une hausse modeste afin de montrer l’exemple dans le cadre d’une politique de baisse des dépenses publiques. Mais, au cours de l’année, l’Elysée demandait une rallonge au gouvernement au titre de « dépenses accidentelles ». La cour des comptes a dénoncé cette manœuvre budgétaire qui n’est plus pratiquée depuis 2002.



Des dépenses multipliées par 9 depuis 1995

Le budget total de l’Elysée a été multiplié par 9 entre 1995 et 2007. Les services de l’Elysée confirment ce chiffre mais le justifient par des arguments techniques : la disparition des fonds secrets (l’Elysée reçoit chaque année en compensation environ 6 millions d’euros) et la prise en charge de dépenses qui étaient financées auparavant par d’autres ministères ou des entreprises. Malgré cet effort de transparence, beaucoup de dépenses demeurent inconnues et les services de l’Elysée continuent à entretenir le flou sur ces chiffres.



*** Sources

- René Dosière, L’argent caché de l’Elysée, Seuil
- Hors série Le Monde 2, « L’Elysée, anatomie d’un lieu de pouvoir (1958-2007) »



*** Liens

Présidentielle 2007

Zapping Radio : Le budget de l’Elysée (France Info)



publié le samedi 13 janvier 2007 à 16h37

La question du budget de l’Etat nous concerne tous et pourtant, avant le député socialiste de l’Aisne, René Dosière, aucun homme politique n’avait encore osé s’attaquer à ce sujet. En 2001, Arnaud Montebourg, alors député de Saône et Loire, avait déposé un amendement supprimant une partie des crédits de l’Elysée. Selon lui, les fonds attribués à la présidence, entre 1995 et 2002, auraient augmenté de 406% sans explication valable. Les proches du Président s’étaient défendu en montrant que la transparence était désormais de mise : ainsi les ministères ne financeraient plus certains frais de l’Elysée comme auparavant. La présidence règlerait elle-même les frais de téléphone ou de poste ! Un amendement gouvernemental, voté par l’Assemblée nationale en 2001, prévoit de distinguer les fonds spéciaux destinés aux services secrets des autres dépenses. Telle était la situation en 2001. Depuis, la situation n’a guère changé, si ce n’est que le budget de l’Elysée n’a cessé d’augmenter. René Dosière vient de publier aux éditions du Seuil une vaste enquête sur le budget de l’Etat intitulé L’Argent caché de l’Elysée.



Le budget de l’Elysée

Jeudi 11 janvier, René Dosière était invité sur France Info pour évoquer son livre qui fait le bilan du budget de l’Elysée entre 1995 et 2006. Il constate que les dépenses de l’Etat ont été multipliées par 9 ! Elles étaient de 3 millions d’euros en 1995, elles sont aujourd’hui de 32 millions. Néanmoins, il faut soustraire 5 millions d’euros qui font partie des fonds spéciaux apparents, depuis 2002, dans le budget. Celui-ci a donc augmenté de 798%.



Les raisons de cette augmentation

Selon René Dosière, il y aurait trois raisons à cela : d’abord, les dépenses ont tout simplement fortement augmenté, ensuite on a réintégré des dépenses qui étaient prises en charge par des ministères ou organismes extérieurs même s’ils financent encore les deux tiers des dépenses de l’Etat. Enfin, il y aurait toute une partie du budget qu’on ne peut pas justifier. René Dosière a donc interrogé le Premier ministre pour comprendre d’où venaient ces dépenses.



Les fonds secrets

A l’époque de François Mitterrand il existait bien sûr des fonds secrets ainsi que des crédits non publiés au Journal Officiel. Mais selon le député, ce serait Chirac qui aurait commencé à augmenter son budget, en cours d’année, par des décrets non publiés. C’est à partir de ce constat qu’il a pris la décision d’enquêter sur les dépenses de l’Elysée car « avant, on ne faisait pas ça ».



« Nous sommes en pleine monarchie absolue »

Ce qui est étrange, c’est que le Président Chirac perçoit un revenu brut de 6594 euros par mois, tandis que le Premier ministre en perçoit le triple. Or, c’est le Président lui-même qui fixe le montant de son budget et non la loi. Pour René Dosière, « nous sommes en pleine monarchie absolue. Il faut que nous arrivions à une présidence citoyenne ». Il demande donc plus de contrôle et de transparence des dépenses afin d’obtenir un budget plus rationnel.

Les résidences du président de la République



publié le mardi 15 mai 2007 à 22h30



 La passation de pouvoir entre Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac aura lieu mercredi à l’Elysée. Le palais de l’Elysée, rue du Faubourg Saint Honoré à Paris, est le coeur du pouvoir : le président vit sur place et il y travaille. Mais officiellement, ce n’est pas la seule résidence du chef de l’Etat. Château de Rambouillet, grands domaines, fort de Brégançon : revue de détails des autres lieux de résidence.



Le palais de l’Elysée

Cet hôtel particulier, situé au 55 rue du Faubourg Saint Honoré, a été construit au début du XVIIIe siècle. Depuis 1875, c’est la résidence officielle du président de la République.
A sa prise de fonction en 1958, De Gaulle a envisagé de déménager la résidence du président de la République aux Invalides ou au château de Vincennes. Il trouvait le lieu inadapté à l’exercice du pouvoir. Finalement, il préféra abandonner le projet. Depuis, tous les chefs d’Etat qui s’y sont succédé ont procédé à des aménagements. L’intérieur du palais de l’Elysée a donc considérablement évolué depuis le début du siècle.



L’hôtel de Marigny à Paris

Méconnu du grand public, l’hôtel de Marigny est situé juste à côté du palais de l’Elysée. Propriété de l’Etat depuis 1972, il sert de résidence d’accueil des chefs d’Etat étrangers.



Le château de Rambouillet

Le château de Rambouillet devient officiellement résidence présidentielle le 23 février 1886, sous la IIIe République. Félix Faure en fait notamment sa résidence d’été. Sous Pompidou et Giscard d’Estaing, des chasses présidentielles ont été organisées dans le grand parc de 800 hectares.
En 1975, Giscard d’Estaing choisit ce lieu pour le premier sommet des pays industrialisés. En 1978, lorsque le risque d’une cohabitation apparaît au moment des Législatives, Giscard d’Estaing envisage de s’y installer pour se tenir à l’écart de Paris, prévoyant de se rendre à l’Elysée uniquement pour le conseil des ministres. Finalement, les Législatives ont été remportées par la droite et le président est resté à l’Elysée.
Depuis les années 1980, plusieurs sommets ont eu lieu dans cette résidence paisible. En 1999, les négociations sur le Kosovo ont eu lieu au château de Rambouillet.



 Le fort de Brégançon, résidence d’été

Situé sur la commune de Bormes-les-Mimosas entre Hyères et Le Lavandou, le Fort de Brégançon se dresse sur un piton rocheux de 35 mètres d’altitude. Depuis janvier 1968, c’est la résidence d’été officielle du président de la République. Tous les présidents y ont séjourné régulièrement : Pompidou pendant l’été, Giscard d’Estaing y allait aussi à la Pentecôte, Mitterrand y a reçu le chancelier allemand Helmut Kohl, Jacques Chirac y a séjourné très régulièrement l’été et à Pâques.



De grands domaines dans les Yvelines et l’Essonne

La présidence de la République possède un domaine de 400 hectares à Marly-le-Roi dans les Yvelines depuis 1932. Le général de Gaulle y a séjourné quelques jours en 1946 après s’être retiré du pouvoir.
Le domaine de Souzy-la-Briche se trouve quant à lui dans l’Essonne. Pendant longtemps, cette résidence privée est restée inconnue du grand public. Mitterrand y séjournait pourtant le week-end. C’est le journal Libération, en 1994, qui a révélé l’existence de cette résidence en cherchant la trace du cheval offert par le président du Turkménistan à François Mitterrand et qui se trouvait au domaine de Souzy-la-Briche. Après la mort de Mitterrand, on a également appris que la confidentialité de cette résidence était liée à la présence de sa fille, Mazarine Pingeot, certains week-ends.

Publié dans LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY, NICOLAS SARKOZY, PARFUMS DE SCANDALES | Pas de Commentaire »

Prostitution : les filières africaines décortiquées par Olivier Enogo

Posté par issopha le 10 décembre 2007

Prostitution : les filières africaines décortiquées

par Olivier Enogo
 

Après le documentaire, le livre



Dans son premier livre, « Les filières africaines de la prostitution. Mémoires d’une enquête » (Éditions Ccinia Communication), le journaliste et réalisateur Olivier Enogo revient sur les cinq années d’investigation effectuées pour réaliser son documentaire éponyme diffusé en 2005. Il montre les réalités d’un commerce méconnu, sordide, insidieux et brutal.



mercredi 7 novembre 2007




Par A. Mbono

Sauf à vivre coupé du monde, impossible de ne pas être au courant de l’existence de ces silhouettes féminines qui s’alignent toutes les nuits le long des chaussées bitumées des grandes agglomérations, avec pour objectif une expéditive consommation charnelle moyennant finance. De ces jeunes filles, on ne sait finalement que peu de chose. Le décor du livre Les filières africaines de la prostitution. Mémoires d’une enquête (éditions Ccinia Communication) est posé.

Dès la première ligne, le ton est donné avec la préface de Me Danielle Babin Kololo, avocate et présidente de Volte-Face, association fortement engagée dans la sensibilisation contre la prostitution. De suite, une seconde voie est ouverte. L’histoire d’Adèle, cette jeune femme ivoirienne en quête du Graal, qui semblait un peu banale de prime abord, se mue en cauchemar, poignardée en plein Paris par son proxénète. Sa maman retrouvée quelques temps après grâce à des appels lancés sur les ondes de RFI, dira : « Dans son malheur, ma fille a eu la chance de vous croiser ; je ne veux pas un film sur elle, faites-le pour toutes les autres. » Faire vivre le symbole Adèle en mémoire de toutes les prostituées sans-papiers assassinées dont on entendra jamais parler…

Puis le livre enchaîne les témoignages sous forme de dépositions récoltées. Claire Quidet, Rapporteuse à l’Onu sur la prostitution infantile parle de cercle vicieux : « On veut absolument protéger les victimes de trafic, mais on ne veut certainement pas que parce qu’on donnerait un statut aux victimes du trafic, qu’il y ait encore plus d’afflux de personnes qui arrivent à la prostitution. » Ce en quoi Me Constant Roger Mbongo, avocat au barreau de Paris et défenseur de proxénètes ajoute : « On a beau critiquer le G7, les pays occidentaux, nous avons maintenant une mentalité qui est d’une médiocrité qu’il faut dire. » L’Afrique justement n’est pas en reste. Suzanne Mbomback, ministre camerounaise de la Promotion de la Femme et de ma Famille esquisse une réponse embarrassée « Nous voulons avoir un ministère de la Femme, nous sommes capables de représenter notre pays à tous les niveaux, capables d’aller parler des autres femmes, capables de porter au loin les efforts que le chef de l’Etat fait, de les rendre visibles sur la scène internationale. »

L’ouvrage est découpé en deux parties. La première relate ses 5 années d’enquête, les contacts qu’il a noué avec les prostituées, proxénètes, clients, policiers rencontrés. Comment il a été affecté, ainsi que ses proches par ce travail de longue haleine. L’envers du décor également, toutes les péripéties non filmées ou coupées au montage. Sous le ton de la confidence, en reprenant ses notes intimes, le journaliste d’investigation flagelle son récit, déconcerte les dialogues. Son obsession : déblayer les voies et les chemins menant à la prostitution, des gros réseaux calqués sur les modèles des filières de l’Est aux micros structures gérés par les « Mamas », ces femmes proxénètes. « Il y a des Mamas peut-être qui continuent, mais le boss là-haut, ça doit être un plus fort. Les Mamas, c’est de l’intendance. Elles peuvent jouer les stars. Elles ont de gros salaires. C’est pour cela qu’elles élèvent des villas en moins d’une semaine. Bien sûr, c’est l’arbre qui cache la forêt », précise Claude Boucher, présidente du Bus des Femmes, association de défense créée en 1990 à l’initiative d’anciennes prostituées. « Quand un père ou une mère dit à son enfant débrouillez-vous, vous pensez à quoi ? Débrouillez-vous, vous n’avez pas les moyens, vous pensez à quoi ? Comment allez-vous faire pour faire venir la richesse ? La prostitution a beaucoup de degrés », se défend un étudiant doctorant en Droit.

L’un des plus grands défis de la prochaine décennier

Sexe business, cybermarché du mariage, sortilèges décochés, zoophilie , laxisme politiques, connivences administratives… Comme un chien profondément éclopé par ses découvertes, l’auteur n’a jamais autant montré les crocs et aboyé contre ce qu’il qualifie de « nouvelle traite des Noirs ». Des révélations enrichies par Carole Bartoli du Réseau international de lutte contre la prostitution. « Un trafic vient également des pays lointains, d’Afrique, et là c’est lié aux conditions politiques, aux difficultés de contextes de guerre de ces enfants-là. Ça continue encore et là, ce qui est constaté, c’est une prostitution qui est cachée. » Olivier Enogo entend placarder ce combat qui s’annonce selon lui, comme l’un des plus grands défis de la prochaine décennie. « Les candidats à l’aventure, attirés par le mirage européen sont de plus en plus nombreux. Au lieu d’attiser la polémique inutile, pour ma part, je préfère dépenser mon énergie aux côtés de ceux qui tentent de mettre le feu à la poudrière de l’exploitation sexuelle des êtres humains. Je ne peux pas croire qu’il n’existe aucun moyen pour remédier aux drames qui peuvent survenir de l’émigration des « Blackettes ». » Une vérité déclinée en allitérations martelées dans les 150 pages du livre qui se lisent presque d’une traite. Un combat qui dépasse largement son ouvrage. Non seulement par la complexité de l’univers de la traite des Êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle, mais aussi à travers les liens que cette pandémie a créés entre victimes et bourreaux.

Illustration sur le terrain : « Je suis tombée enceinte à deux reprises. Monsieur XXXXX m’a avorté lui-même en me donnant des pilules et lorsque l’avortement commençait, il prenait une lampe torche, me demandait d’écarter les jambes et il finissait de m’avorter avec des piques de brochettes. » Extrait du Procès verbal d’une affaire contre X au motif de viol, séquestration et vol. L’objet de la plainte : victime d’un avortement et de proxénétisme. « Moi j’ai des cas où on prend des effets souillés de la personne, on la rase, et quand on a la jeune fille dans le service, quand on l’entend, elle dit : Mais moi je ne peux rien vous dire, vous ne savez pas ce que c’est le maraboutage, je risque de mourir et si je ne meurs pas, je vais devenir folle » intercale le Commissaire divisionnaire J. M. Colombani, de la Direction de la police nationale française. « Au niveau de l’Union Européenne, ils commencent à trouver des termes Trafic des Êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle. C’est de la prostitution, point barre. Qu’on arrête de nous entourlouper ! » conclut Amely-James Koh Bela, présidente de l’association de lutte et de sensibilisation, Mayina.

Avec sa plume, le néo-écrivain ne prend aucun risque, mais déploie avec une grande facilité son style précis. Sous le brillant des reparties, malgré les commentaires acides des antagonistes, on découvrira entre les lignes la fêlure de l’auteur : « Les filières africaines de la prostitution resteront pour moi une enquête qui ne ressemble à aucune de celles que j’ai connues par le passé. Elle me pourchasse jusqu’à ce jour, harcelant la vie des miens. Je souhaite donc que ce livre, tout comme le film, soit un contrepoison pour susciter non pas de la compassion, mais l’éveil des consciences sur un fléau qui gangrène l’avenir de plusieurs générations. » L’enquête avait donné lieu à un documentaire, diffusé depuis sur Planète notamment et dans plusieurs festivals, dont la retranscription fait figure de seconde partie du livre. Au fond, sous couvert de confidences, Olivier Enogo installe le lecteur dans sa propre conscience avec la projection de toutes ses pensées tout au long de ses investigations. La séance vaut le détour, une expérience littéraire qui se révèle passionnante à condition d’être prêt à affronter des univers quasiment insoupçonnables mais bien réels.

- Olivier Enogo Les filières africaines de la prostitution. Mémoires d’une enquête, éditions Ccinia Communication, 150p, 2007.
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- Olivier Enogo passe sur RFI, interviewé par Christophe Boisbouvier le 8 novembre, 6h45 (8h45 GMT)

 

La prostitution masculine africaine en Europe 
 
 

Les dessous d’un domaine méconnu.

Témoignage d’Amely-James Koh Bela.

La prostitution africaine en Occident ne touche pas uniquement les femmes. Les hommes sont, eux aussi, touchés par le phénomène. Leur milieu revêt ses propres spécificités, comme le fait que des pères de famille s’adonnent plus ou moins clandestinement à ces activités ou que des hétérosexuels consentent à des pratiques homosexuelles. Amély-James Koh Bela, auteur du livre La prostitution africaine en Occident, nous plonge au cœur d’un système méconnu, tenu par l’argent, la drogue et les pressions familiales.



lundi 28 février 2005



Par David Cadasse et Koceila Bouhanik

Père de famille et prostitué, hétérosexuel et prostitué homosexuel, gigolo. Telles sont quelques-unes des spécificités de la prostitution masculine africaine en Occident, qui partage avec celle des femmes la même détresse et la même spécialisation dans les pratiques extrêmes, à l’image de la zoophilie. Amély-James Koh Bela, présidente de la cellule information, formation et du trafic humain au sein de l’Organisation non gouvernementale Aide Fédération et auteur du livre La prostitution africaine en Occident , trace les grands traits d’une branche méconnue mais pour le moins active : la prostitution des hommes.

Afrik.com : Quels types de pratiques retrouve-t-on dans la prostitution masculine africaine en Occident ?
Amély-James Koh Bela :
Comme pour les femmes, on retrouve beaucoup la zoophilie (rapports sexuels avec des animaux, ndlr), de même que les fantasmes pédophiles. Plus classiquement, on retrouve tous les types de pratiques homosexuelles, qui sont très développées. Le plus souvent pourtant, ces prostitués sont parfaitement hétérosexuels et même des pères de famille.

Afrik.com : On a du mal à concevoir que des hétérosexuels s’adonnent à une prostitution homosexuelle !
Amély-James Koh Bela :
Les hétérosexuels qui acceptent des pratiques homosexuelles n’ont qu’une seule et unique motivation : l’argent. Tous sont dans des situations économiques difficiles et la prostitution homosexuelle intervient alors en dernier recours. En effet, le métier de « gigolo » rapporte moins.

Afrik.com : Qu’est ce qui différencie un gigolo d’un prostitué ?
Amély-James Koh Bela :
Il existe bel et bien une différence : le prostitué peut avoir des rapports homosexuels, zoophiles, hétérosexuels, etc. Le gigolo, lui, ne s’occupe que des femmes.

Afrik.com : Quelle est la pratique la plus courante en matière de prostitution masculine africaine en Occident ?
Amély-James Koh Bela :
La mode en ce moment, et la pratique la plus répandue, c’est le jeune black que va payer un couple pour faire l’amour à la femme. Le fantasme du « black bien monté » perdure toujours. Il existe même maintenant des codes sur Internet, dans les journaux gratuits, dans les petites annonces où des couples recherchent un ou plusieurs jeunes Africains pour se payer leurs services. Un, deux, trois ou plus s’activent sur la femme pendant que le mari regarde. Dans cette relation se développe un rapport de maître à esclave : le mari dit quoi faire, comment faire, donne des ordres, mais interdit formellement au jeune de se finir dans sa femme ou sur elle. Cela est ressenti comme une humiliation par ces jeunes car l’homme devient une machine.

Afrik.com : Qu’en est-il des gigolos, dont on peut également considérer l’activité comme de la prostitution puisque les hommes se font payer pour leurs prestations sexuelles ?
Amély-James Koh Bela :
En ce qui concerne les gigolos à proprement parler, ils sont abondants en France où ils évoluent notamment dans les milieux bourgeois, là où les femmes aisées recherchent les « petits blacks ». Au fur et à mesure, des réseaux se forment. D’ailleurs, ce système connaît un tel succès que les salaires sont en augmentation depuis 2 ans. La passe est à 100 euros, mais il faut aussi compter l’entretien comme les voyages, où la femme emmène le jeune avec elle, par exemple. Beaucoup de jeunes Africains ont recours à ce système, car selon eux, ils font une bonne affaire. En effet, ils considèrent comme une aubaine de coucher avec des femmes et d’être payés pour.

Afrik.com : Et en ce qui concerne les pratiques zoophiles dans la prostitution masculine africaine ?
Amély-James Koh Bela :
C’est un secteur prospère, comme chez les Africaines. Des grilles de tarifs ont même été instaurées. Par exemple, il y a une différence entre les tournages vidéo commerciaux et privés de zoophilie. Les tournages privés (chez des particuliers, ndlr) se déroulent jusqu’à plusieurs fois par semaine et rapportent énormément au prostitué. Les tournages commerciaux, eux, sont ponctuels : une fois par semaine, par mois, ou autre.

Afrik.com : Les prostitués qui s’adonnent à ces pratiques sont-ils tous consentants ?
Amély-James Koh Bela :
Comment pensez-vous qu’un homme normalement constitué puisse se donner à un chien ? Ces gens se droguent car certaines pratiques sexuelles ne peuvent pas se faire sans, ne serait-ce que pour lutter contre la douleur ou se donner une raison de le faire. Et au fil du temps malheureusement, la dépendance s’installe. Il existe aussi une véritable dépendance financière. Ces hommes deviennent accros à l’argent en dépit de la destruction du corps et de l’esprit. Ils sont déprimés, ont honte mais continuent car l’apport économique est très important. Cela peut aller jusqu’à 5 000 euros par semaine au minimum pour certains. Comparativement au Smic (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance, aux alentours de 1 100 euros par mois, ndlr), il n’y a pas photo.

Afrik.com : Le facteur argent est omniprésent dans ce trafic ?
Amély-James Koh Bela :
Oui, c’est sur l’argent que tout repose, pour les prostitués comme pour les macs. Mais comme je vous l’ai dit, les raisons de cette prostitution sont avant tout économiques, car les conditions de vie européennes sont difficiles, surtout lorsque l’on n’a pas de papiers, pas de travail, pas de logement. Il faut dire que ces jeunes Africains ont souvent été lâchés à leur arrivée par leurs « frères », ceux-là même qui les avaient ramenés du pays.

Afrik.com : Existe-t-il des réseaux de prostitution masculine ?
Amély-James Koh Bela :
Bien sûr ! Cette prostitution fonctionne à l’identique de celle des femmes. C’est un cercle vicieux : plus les prostitués agrandissent leurs cercles de clientèle, plus ils ont besoin de « main-d’œuvre ». Pour cela, ils amènent directement des frères d’Afrique, ou c’est leur proxénète, s’ils en ont un, qui s’en occupe. Il fait des faux papiers, fait venir les prostitués par dizaines de tous les pays, briefe sur le travail à venir, forme par des séances vidéos de deux ou trois jours, trouve les clients, et bien entendu, prend sa part sur le salaire. Les violences peuvent être très graves si les jeunes se rebellent ou volent de l’argent. Cela peut même aller jusqu’à l’assassinat.

Afrik.com : Y a-t-il un profil type du prostitué africain ?
Amély-James Koh Bela :
Les plus jeunes ont entre 16 et 20 ans, et sont vieillis sur les papiers lorsqu’ils n’ont pas l’âge légal en France. Mais il existe tous les âges chez les prostitués. J’ai même vu des papas de 55 ans. Souvent, ils sont pères de familles, mais en général, la famille ne sait pas qu’ils se prostituent. Leur activité est souvent cachée par un « emploi » comme des petits travaux de jardinage, de ménage, de maçonnerie, etc. Ce qui permet de ne pas changer leurs habitudes de vie aux yeux de leur famille. Dans d’autres cas, les femmes assument le travail du mari et sont parfois elles-mêmes issues de ce milieu. L’ampleur de ce trafic est vraiment très grande et touche toutes les nationalités : Maliens, Camerounais, Ivoiriens, Congolais, Ghanéens, etc. Tous sans exception.

Afrik.com : Comment ces hommes en viennent à vous contacter ?
Amély-James Koh Bela :
Généralement, j’entre en contact avec eux après une délation. Mais les prostitués viennent aussi nous voir d’eux-mêmes après avoir été informés par des femmes prostituées. En effet, les deux milieux communiquent. Ils entrent parfois en contact avec les Organisations Non Gouvernementales, dont Aides Fédération, pour des problèmes de domiciliation ou de papiers et y découvrent au final un lieu d’écoute, de parole. Pourtant, les prostitués ont beaucoup de difficultés à se confier à moi car je suis une femme. La première réaction est souvent agressive, violente, du genre : « arrêtes de me faire la leçon, tu sais mieux que nous à quel point c’est difficile ». Alors j’essaie de me positionner en tant que mère ou grande sœur et les mots commencent à sortir. Les pleurs aussi. Tous refusent le mot « prostitution ». Pour eux, il s’agit d’un « sacrifice », de « débrouille », mais ils estiment ne pas avoir d’autre choix.

Afrik.com : Rencontre-t-on la même détresse chez les prostitués hommes que chez les femmes ?
Amély-James Koh Bela :
La détresse physique et psychologique est la même pour tous. Certes les violences au cours de l’acte et les mutilations physiques sont plus marquées chez les femmes, mais il faut reconnaître que la sodomie pour un hétérosexuel est aussi une forme de mutilation. Ajouté à cela les pratiques zoophiles, l’humiliation, la drogue et les conditions de vie terribles dans lesquelles ils vivent, tout cela rend ces gens très vulnérables, profondément atteints dans leur être. Ce sont des personnes en grande demande de soutien.

Afrik.com : Pourquoi ne décident-ils tout simplement pas de décrocher et de rentrer au pays ?
Amély-James Koh Bela :
Retourner au pays représenterait une grande honte pour la famille là-bas. D’ailleurs, celles-ci font peser une pression immense sur les enfants, dont certains ont des diplômes. Ce sont les aînés et ils ont des responsabilités devant leur famille qui les attend et compte beaucoup (trop) sur eux.

Afrik.com : Les familles sont-elles au courant de l’activité de leurs enfants ?
Amély-James Koh Bela :
Il y a quelque temps, les familles étaient dans le flou, certaines savaient, d’autres pas. Mais aujourd’hui, les familles sont, en majeure partie, au courant de l’activité des enfants. Le problème, c’est qu’elles ne voient que l’argent que cela rapporte les incitent soit directement, soit implicitement à continuer à se prostituer. La famille, à cause de cette complicité active ou passive qu’elle entretient, agit ici comme une sorte de proxénète.

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Prostitution : La nouvelle traite des Noirs


La prostitution en Europe et plus particulièrement en France est de plus en plus le fait d’étrangers. La filière de l’Est est dans ce contexte la plus connue. Moins médiatisée, celle issue du continent africain notamment de la région sub-saharienne contribue également à cette nouvelle configuration de l’industrie du sexe. Panorama d’un phénomène qui fait de la prostitution une pseudo alternative à la misère.



samedi 24 avril 2004, par F. G.




Les quartiers chauds du XVIIIe arrondissement de Paris, de la gare du Nord à la porte de Clignancourt, sont les sites privilégiés des péripatéticiennes africaines, pour la plupart originaires de la région subsaharienne. « À tel point que lorsque vous êtes noire et que vous parcourez ces rues, vous êtes systématiquement prise pour une prostituée », constate Amely James Koh Bela, présidente de la Commission de l’information et de la formation à la Fédération des agences internationales pour le développement, une organisation non gouvernementale (ONG) d’action humanitaire et d’aide au développement. La France compte entre 15 000 prostitué(e)s dont près de 7 000 à Paris. « 80 % sont étrangers, dont un peu plus de 40 % viennent des Balkans et 37 % sont d’origine africaine », pouvait-on lire dans l’Humanité du 20 décembre 2003.

« Les filles d’Afrique »

Ces chiffres (des statistiques récentes sont indisponibles au moment où nous écrivons cet article, ndlr) – datent de 1999. Ils ne reflètent évidemment pas la réalité mais témoignent du nouveau visage de la prostitution en Europe et en France, notamment en région parisienne : la place croissante des étrangères. Parmi elles, les « filles de l’Est », qui sont débarquées régulièrement sur les trottoirs français. Mais qu’en est-il des « filles du Sud, d’Afrique » ? « Nous sommes passés de la traite des Noirs à la traite des Blanches puis à la traite des Noires », constate Bernard Lemettre, président national du Mouvement du Nid qui milite contre la prostitution en France. « A Lille où je suis, je vois plus d’Africaines que de filles de l’Est. C’est également un constat qui a été effectué dans les 33 délégations dont nous disposons dans toute la France », ajoute le président de l’ONG.

Les femmes africaines seraient, en effet, de plus en plus nombreuses. En 1999, en France, « elles venaient du Maghreb (Algérie et Maroc), d’Afrique noire francophone (du Cameroun en majorité) ou anglophone (Ghana et Nigeria), indiquaient les statistiques de l’Office central pour la répression du trafic des êtres humains (OCRTEH). En région parisienne, elles sont également ressortissantes de pays en guerre comme la Sierra Léone et le Libéria. Par ailleurs, selon l’OCRTEH, plus de 50 % des prostituées africaines en Europe sont originaires du Nigeria. La filière ghanéenne est aussi bien connue par les polices européennes. La Suisse reste la chasse gardée des Camerounaises, et la Belgique le fief des ressortissantes des deux Congos.

Pratiques lucratives et malsaines

Famille, solidarité, désorganisation, pouvoir de l’argent sont des problématiques que l’on retrouve dans les filières africaines : leur organisation est à l’image du continent. Ainsi, la prostitution des Africaines en Europe diffère, dans une certaine mesure, de celle des pays de l’Est ou d’Asie. Et pour cause, elle est souvent d’origine familiale. Les femmes victimes ne sont pas kidnappées comme dans les pays de l’Est. Selon Amely James Koh Bela, c’est souvent un frère, une tante, une cousine éloignée ou même un mari qui amène ces jeunes femmes à la prostitution. Les moyens : le proxénète fait miroiter un avenir meilleur, la possibilité de faire des études etc. Des mensonges que la pauvreté rend vraisemblables.

Mais il dispose également de moyens de pression, outre la violence, pour maintenir son emprise sur les victimes qui découvrent bien assez tôt la supercherie. La sorcellerie, par exemple, est souvent utilisée dans le cas des Nigérianes. On les menace de jeter un sort aux membres de leur famille. Par ailleurs, les victimes deviennent souvent elles-mêmes des bourreaux notamment en ce qui concerne la filière nigériane en Italie. Les femmes – les « Mamas » – qui sont impliquées dans la traite sont souvent des anciennes victimes qui ont gravi les échelons. Quant aux femmes mariées, elles se prostituent souvent à domicile, comme certaines jeunes filles qui vivent avec des « pseudo » oncles et tantes. Bien des médecins le savent en France, indique Amely James Koh-Bela. Elles reçoivent aussi, dans des cars autour du bois de Boulogne (Paris), leurs clients avec la bénédiction de leurs époux. La chose serait souvent pratiquée dans la communauté camerounaise et certaines femmes viendraient spécialement du pays pendant la période estivale pour « travailler ». Les femmes se prostituent également dans les magasins de Château rouge (zone de Paris où l’on retrouve une forte communauté africaine, ndlr) en échange de produits vivriers.

La prégnance de l’argent est l’autre caractéristique de la filière africaine. Pourquoi ? Les prostituées africaines seraient impliquées dans les pratiques les plus abjectes et par conséquent les plus lucratives : zoophilie, scatologie (l’excrément est un accessoire sexuel, ndlr), fist-fuking (introduction des poings, pieds, objets de tous types : fruits, légumes, bouteilles dans les orifices génitaux, ndlr), ondinisme (l’urine est un objet de plaisir, ndlr), sado-masochisme, dracula (amateurs de menstrues, ndlr) etc. Copuler pendant une heure avec un chien rapporterait environ 4 500 euros. À noter que ce n’est pas un ouvrier qui pourra se payer ce genre de « gâterie ». « Si l’on arrêtait tous les clients (des prostituées, ndlr), il n’y aurait plus personne à la tête de l’Etat », affirmait, Mme Hoa, ministre vietnamien du Nord de la Santé en 1995 [1]. La prostitution est aussi d’une certaine manière une affaire d’Etat et de pouvoir, d’un côté comme de l’autre. Surtout quand on retrouve chez certaines prostituées des passeports diplomatiques. « La filière centrafricaine qui est constituée de Camerounais et de ressortissants des deux Congo [...] bénéficient d’immunité quasi-diplomatique », peut-on lire dans un document de l’ONG Aide sur la filière africaine de la prostitution.

Marginalisées et victimes du sida

Autre mine d’or : les cassettes pornographiques dont les instigateurs ne reculent devant rien pour satisfaire une clientèle de plus en plus perverse. La plus connue reste celle concernant le « Mapouka », la danse traditionnelle ivoirienne qui a été transformée en danse obscène à cause du déhanchement fessier qu’il implique. Sur le marché, c’est l’une des plus prisées : elle coûte 60 euros alors que les orgies sénégalaises ou camerounaises stagnent à 5 euros. Ces cassettes ont aussi cette particularité de stigmatiser une communauté. Leurs titres : Orgie camerounaise, L’amour à l’africaine.

Infections diverses, relâchement des muscles génitaux, mutilations corporelles deviennent le lot quotidien des travailleuses du sexe qui se réfugient dans la drogue et l’alcool pour subir l’intolérable. De plus, le sida guette : « Les Africaines sont connues pour accepter des choses que les autres n’accepteraient jamais », affirme Amely James Koh Bela. Comme d’avoir des relations sans préservatif. Elles deviennent ainsi, outre ces souffrances innommables, une proie facile pour le sida qui fait des ravages dans la communauté sub-saharienne en France mais plus particulièrement en région parisienne. De plus, les prostituées africaines sont souvent agressées ou assassinées par les filles de l’Est qui les accusent de casser les prix. Ce qui n’est pas faux. Le prix standard d’une passe est de 20 euros. A Château-Rouge, les Ghanéennes offriraient leurs services pour 8 euros.

À qui profite le crime ? Souvent à la famille

Selon l’OCRTEH, en 2001, le commerce du sexe rapportait, en France, aux proxénètes 80% des revenus générés par chacune de leurs prostituées, soit 1, 6 milliard d’euros et en 2002 ce chiffre a doublé et a atteint 3, 5 milliards. Cependant les proxénètes ne sont pas les seuls à profiter de cette manne financière surtout dans le cas des Africaines. Car la « solidarité africaine » a aussi ses effets pervers. Et la prostitution le démontre. Quand certains parents n’ont pas eux-mêmes livré leurs enfants sur les célèbres plages sénégalaises bien connues des pédophiles, d’autres continuent bien malgré eux à avilir leur progéniture sans le savoir. Les gains issus de la prostitution sont souvent rapatriés pour faire vivre une famille, investir dans l’immobilier ou dans des petites affaires. Ni les familles, ni l’entourage ne connaîtront jamais l’origine scabreuse de ces fonds. La honte ou la mort ont bien souvent raison des victimes qui elles-mêmes ou leurs souteneurs renvoient d’elles des images de la réussite.

Comble du malheur, certains parents accablés par la pauvreté, poussent inconsciemment à la débauche. Armés de « Toi, tu es là, tu bouffes ma nourriture tous les jours, mais rien ! Tu vois pas, elle a épousé un Blanc » ou « Elle a acheté une voiture ou construit une maison pour sa mère » Avec quel argent ? Et de poursuivre, « Toi tu ne peux pas aller te débrouiller aussi ! ». On comprend alors que certaines jeunes filles se ruent sur Internet à la recherche du « Blanc » qui les délivrera de la misère tel un prince sur son cheval. Beaucoup d’entre elles tombent sur des princes… mais du mal. Comme cette jeune Camerounaise qui a défrayé la chronique et qui, accablée par la honte, a fini par mettre fin à ces jours. Son contact européen lui avait demandé des photos d’elle nue. Ce qu’elle s’est empressée de fournir. Les photos, elle les retrouvera plus tard sur le Net : elles ont fait quasiment le tour du monde sinon d’Afrique. Le mannequinat, autre moulin à rêves, est un moyen de recrutement privilégié pour ces chasseurs de têtes du sexe.

Victimes innocentes et mâles consentants

Les prostitués africaines sont également de plus en plus des mineurs. « On a constaté, ces cinq dernières années, à côté des enfants de l’Est, de plus en plus de mineurs d’origine africaine notamment des jeunes filles qui ont entre 14 et 18 ans, indique Carole Bartoli, coordinatrice des programmes pour ECPAT France, un réseau international d’organisations travaillant ensemble pour éradiquer la prostitution enfantine, la pornographie enfantine et le trafic d’enfants à des fins sexuelles. L’Europe se protège en effet contre la pédophilie et par conséquent les regards se tournent, après l’Asie, vers l’Afrique.

Enfin les hommes ne sont pas en reste : d’honorables pères de famille se transformeraient ainsi en hardeurs auprès de vaches pour arrondir les fins du mois. Les visages de la prostitution sont multiples et leurs caractéristiques en font un véritable problème de société. Notamment en ce qui concerne les Africains. La grande pauvreté qui sévit sur le continent porte ceux qui y vivent à considérer, le plus souvent, l’Occident comme un nirvana. Et l’Afrique est en train, encore une fois de se vider de ses femmes, son essence, et de ses enfants, son avenir.

[1] in Les trafics du sexe, femmes et enfants marchandises de Claudine Legardinier aux Ed. Les Essentiels Milan

Dans l’enfer de la prostitution africaine en Europe

Amély-James Koh Bela,

ou l’engagement total d’une femme de terrain

Zoophilie, scatologie, pédophilie, prostitution familiale, drogue, règlements de compte, Amély-James Koh Bela aura tout vu en matière de prostitution africaine en Europe. Acteur social sur le terrain depuis plus de 12 ans, elle a dressé un état des lieux effrayant des pratiques et des réseaux à travers un ouvrage de référence. Mais comment a-t-elle traversé cet univers de perversion et de violence en tant que femme et qu’être humain ? Les séquelles psychologiques sont profondes mais son engagement intact. Interview.



lundi 8 novembre 2004, par David Cadasse



Voir des femmes faire l’amour avec des chiens, discuter avec des mères qui prostituent leurs enfants à domicile, être directement confrontée à la pédophilie, c’est ce qu’Amély-James Koh Bela a dû, entre autres, affronter pendant plus de douze ans dans le cadre de son enquête sur la prostitution africaine en Europe, titre de son ouvrage qu’elle a tout récemment publiée. Un travail de longue haleine, pour un cavalier seul courageux et militant. Peut-on sortir indemne d’une telle expérience ? Est-on hantée par les images chocs, de violence ou de douleur ? Comment fait-on pour aller au-delà et continuer la lutte ? Amély-James témoigne…

Afrik : Vous avez été témoin de choses très violentes pendant vos douze ans de travail et d’observation sur le terrain. Comment sort-on d’une telle expérience ?
Amély-James Koh Bela :
On ne sort pas de là sans séquelle. Je suis une femme meurtrie, choquée, blessée et qui regarde la gent masculine avec un peu de distance. J’ai été témoin de choses extrêmement dures. Ce ne sont pas des cassettes que j’ai regardées : c’est la vérité. J’ai des images qui me reviennent tout le temps. De jour comme de nuit. Il suffit que je sois seule pour que les choses remontent à la surface. Il n’y a pas un soir où je ne revois pas les filles. Celles qu’on a perdues dans les suicides ou les règlements de comptes entre filles, qui n’hésitent pas à se lacérer à coups de couteau. Je pense aussi à toutes celles avec des déchirements vaginaux ou anaux terribles. C’est comme si je revivais les situations. Chaque fois que je tombe sur une fille blessée, j’ai mal. J’ai l’impression que j’ai la même blessure qu’elle.

Afrik : Quel est le souvenir le plus émouvant que vous ayez ?
Amély-James Koh Bela :
Le souvenir le plus émouvant dont je me souvienne est celui d’un petit garçon qui était prostitué dans sa maison par sa tata. Le jour où je suis allée voir cette femme, le petit garçon de sept ans vient vers moi en larmes, me serre très fort en me demandant de dire à sa « maman » de me promettre que le Monsieur Blanc qui vient le soir ne le touchera plus. Nous étions tous en larmes. Et la « maman » me dit : « Si je prostitue encore cet enfant, il vaut mieux que tu me mettes à la police. Je te promets que je le toucherai plus ». Et je sais qu’elle ne l’a plus refait. Il avait déjà deux ans de prostitution derrière lui. Elle a demandé que l’enfant aille vivre chez un autre oncle. Cet enfant est maintenant dans un lycée, il a eu son BEP (Brevet d’étude professionnel, ndlr) avec mention.

Afrik : Et votre souvenir le plus difficile ?
Amély-James Koh Bela :
Je parle toujours de ce petit garçon qui refuse de me lâcher, qui m’attrape la main tellement il a mal. Il sort d’une passe et a les fesses en sang. Pour qu’il arrête de pleurer, je suis obligée de l’accompagner aux urgences à l’hôpital cette nuit-là. On a retrouvé dans son corps des petits morceaux de carotte. Tout ça pour 70 euros. Que l’enfant a même abandonnés sur le trottoir tellement il souffrait.

Afrik : Avez-vous déjà craqué sur le terrain ?
Amély-James Koh Bela :
Les pompiers sont plusieurs fois venus sauver une fille et moi j’étais à côté avec une perfusion. Aujourd’hui j’en parle avec détachement, mais croyez moi, les trois premières années, j’étais aussi malade que les filles. J’avais des malaises. Parfois je m’évanouissais.

Afrik.com : Comment trouve-t-on la force de continuer quand on est témoin de choses dont on sait qu’elles vont nous faire si mal ?
Amély-James Koh Bela :
Je ne parle pas beaucoup de ma vie, mais je suis quelqu’un qui a eu une enfance très difficile. Donc j’ai trouvé la force de continuer en me surpassant. J’utilisais mes douleurs pour aller au-delà. Et c’est le même schéma aujourd’hui. Chaque fois que j’ai une souffrance en face de moi, elle me donne du courage. Je surpasse la douleur. Je sors de là détruite, mais je sors quand même. Ce fut un énorme sacrifice, mais qui en valait le coup.

Afrik.com : Comment avez-vous réagi par rapport à certaines pornographies extrêmes, type scatologie ou zoophilie ?
Amély-James Koh Bela :
J’ai été extrêmement choquée par certaines pratiques dont je ne soupçonnais même pas l’existence, comme la scatologie (le fait de manger des excréments, ndlr). Au départ je mettais les discours que j’entendais sur le compte de la drogue ou de la folie. Je me suis infiltrée un jour sur le tournage d’un film zoophile, j’ai été traumatisée. Je n’arrivais plus à manger. Je suis tombée malade, j’ai été hospitalisée deux semaines. J’ai eu besoin d’un psy pendant six mois pour évacuer le choc. J’ai repris le dessus, mais je vous jure que pendant des années je n’ai pas pu regarder un homme dans les yeux.

Afrik.com : Est-ce que les filles qui font cela assument leurs actes ?
Amély-James Koh Bela :
Il y a une fille qui m’a envoyé un email pour m’engueuler après un passage sur la radio RFI. « Oui je mange de la merde et je bois même des urines. L’odeur dérange mais après on s’en fout. Je mangerai autant de merde que je peux, mais si vous pouviez voir les yeux de ma mère quand je lui envoie de l’argent, vous arrêteriez de gueuler à la radio comme vous le faites. »

Afrik.com : Le fait de parler, de dénoncer certaines pratiques extrêmes, n’a-t-il pas l’effet inverse, car en somme vous intriguez beaucoup de personnes avec, ou vous attirez même les pervers ?
Amély-James Koh Bela :
Malheureusement oui. Quand nous avons fait le dossier sur Afrik.com, j’ai fait l’erreur de donner le nom d’une cassette zoophile. En deux jours, le vendeur était en rupture de stock.

Afrik.com : Vous avez eu une large couverture médiatique sur votre travail. N’avez-vous pas peur que votre message soit perverti ?
Amély-Jales Koh Bela :
C’est vrai que tout le monde essaie de récupérer le sujet. Mais beaucoup de journalistes se focalisent uniquement sur les pratiques. Une approche un peu voyeuriste du sujet que je déplore un peu.

Afrik.com : Concernant votre travail d’enquête, quels étaient vos rapports avec les proxénètes pour les filles dans la rue ?
Amély-James Koh Bela :
Ils me toléraient. Ceux que j’ai rencontrés ne sont pas les gros bonnets, mais de simples surveillants. De toutes les manières je n’ai jamais été un problème pour les proxénètes, et ils me le faisaient bien comprendre en me narguant même parfois. Certains me disaient : « Continue d’aboyer, tu nous fais rire, continue de faire ta petite pub. Tu ne nous empêches pas de bosser, parce que si c’était le cas, tu ne serais plus là ». La personne me disait : « Demain je fais venir dix filles du Sénégal, juste pour te montrer que tu nous fait chier. Tous les gens que tu essaies d’alerter ce sont eux qui nous permettent de faire passer ces filles ». Il y en a qui n’hésitent pas dire qu’ils ont les téléphones portables de certains hauts responsables consulaires.

Afrik.com : N’est-ce pas là, dans ce cas, un combat illusoire que vous menez sur le terrain ?
Amély-James Koh Bela :
C’est vrai que c’est un combat vide, parce qu’il n’y a pas de volonté politique de lutter contre ça. Et tant qu’il y aura une telle complicité, la prostitution aura de beaux jours devant elle. Mon combat auprès des proxénètes est à un autre niveau. Je leur ai demandé de commencer par ne pas mettre les filles qui sont là de force, encore moins les mineurs et les enfants.

Afrik.com : Quels étaient vos rapports avec les femmes qui prostituaient leurs enfants à domicile ?
Amély-James Koh Bela :
Il faut bien remettre les choses dans leur contexte. Je ne suis pas chez les Albanais, mais dans un milieu africain. Je suis chez moi. Je suis parfois dans des maisons où je parle la langue. Donc quand je rentre dans une maison, je ne suis pas l’assistante sociale qui rentre avec ses cheveux blonds. Quand je parle à la femme qui prostitue ses enfants à domicile, je l’appelle maman ou mère. Je me place en tant que sa fille. Je ne la regarde pas dans les yeux. Je suis là comme une enfant qui implore sa mère de l’aider à sauver ses enfants.

Afrik.com : Comment étiez-vous au courant des différents cas ?
Amély-James Koh Bela :
Par les associations. La plupart de ces femmes militent dans des associations pour construire des écoles en Afrique, contre le sida, pour les enfants déshérités… J’ai très souvent été mise sur les pistes par des délations. Du genre « Elle a beaucoup de dons parce que ces filles couchent avec un Blanc… ». Alors je prends des rendez-vous. Il faut y aller franco mais en y mettant tout le respect autour pour les adoucir. Je lui dis que je ne viens pas pour rien et que la rumeur dit ceci. Donc je suis venue te voir maman pour voir si c’est vrai parce qu’on ne sait jamais…

Afrik.com : Il semble invraisemblable de pouvoir rentrer dans une maison pour discuter avec des femmes sur le fait qu’elles prostituent chez elles leurs enfants. Comme avez-vous fait ?
Amély-James Koh Bela :
C’est vrai qu’il faut au départ ruser pour entrer. Mais quand tu viens, la maman sait déjà qui tu es. Il y avait comme une sorte de pacte entre nous. Et c’est ce que beaucoup d’agents sociaux me reprochent. Ils considèrent cela comme de la collaboration. Je dis simplement que je fais un travail de sensibilisation. Il faut d’abord faire comprendre à la personne que ce qu’elle fait n’est pas bien. Ce travail là m’a permis de récolter de nombreuses informations sur le fonctionnement des pratiques. Ces informations seront mises à disposition des acteurs sociaux pour mieux surveiller des enfants d’origine africaine qui ont certains problèmes qu’on n’avait jamais pu comprendre jusqu’à présent. Et ils pourront mieux être pris en charge.

Afrik.com : Et quelles étaient les réactions des mères quand vous abordiez le sujet ?
Amély-James Koh Bela :
Elles sont souvent très violentes les cinq premières minutes. « On t’a raconté n’importe quoi. C’est de la jalousie. Les gens ne m’aiment pas… ». Elles se calment souvent après, même si pour certaines j’ai dû revenir deux ou trois fois.

Afrik.com : Quels sentiments ont-elles par rapport à ce qu’elles font ?
Amély-James Koh Bela :
Il y a comme un remords. Elles expliquent cela par une sorte de fatalité en pleurant qu’elles n’ont pas le choix. « Mais qu’est ce que tu veux que je fasse. Je suis dans un pays, je n’ai pas de papiers, mes enfants non plus, je fais les ménages, mais ça ne suffit pas. J’ai fait ça pour le bien de la famille, mais Dieu seul sait que je ne voulais pas le faire. » D’autres vous disent qu’elles préfèrent faire ça, parce que comme elles sont dans une cité chaude, elles disent qu’on va violer leur fille dans une cave et qu’elles préfèrent la protéger. Certaines sont carrément arrogantes. Elles vous disent qu’elles sont « fières parce qu’elles ont aidé 40 filles ». Toutes les femmes, quelles qu’elles soient, refusent le terme de « prostituer ». Il s’agit pour elles d’une aide.

Afrik.com : Un tel raisonnement concernant une adolescente pourrait tenir la route mais qu’est-ce qui amène des mères à prostituer des enfants cinq ans ?
Amély-James Koh Bela :
Tout simplement la cupidité. Les femmes qui font ça sont bardées d’aides sociales. Elles cumulent tellement d’aides qu’elles peuvent se faire jusqu’à 2 000 euros par mois. Ce n’est pas l’argent qui manque. Mais il y a une course effrénée vers le fric. C’est le besoin de paraître qui importe, d’entretenir une certaine image en Afrique. Elles prennent le prétexte de conditions de vie difficiles en Europe, comme la régularisation des papiers, les discriminations…Or la plupart de ces femmes sont régularisées, certaines sont même françaises. L’autre élément qui facilite la pratique est que bien souvent ce ne sont pas leurs enfants. Elles arrivent donc plus facilement à s’en détacher. C’est l’enfant de la sœur, de la cousine, des enfants des rues ramassés par des complices.

Afrik.com : Finalement est-ce qu’elles regrettent ce qu’elles font ?
Amély-James Koh Bela :
Certaines finissent en larmes, submergées par le remords. Elles veulent tout arrêter, recommencer une nouvelle vie. J’ai appris qu’il y en avait deux qui avaient demandé à ce qu’on place les enfants, parce qu’elles n’avaient pas la force d’arrêter. Beaucoup de femmes continuent malgré tout à prostituer les enfants. Le problème, encore une fois, est que dans leur tête, il ne s’agit pas de prostitution. Elles le font également pour défendre le statut qu’elles ont en Afrique.

Afrik.com : Certains acteurs sociaux considèrent que le fait que vous ne dénonciez pas les parents est un acte de collaboration. Au niveau de la loi, n’avez-vous pas une obligation de dénoncer ces mères proxénètes ?
Amély-James Koh Bela :
J’ai fait un rapport sur ce dont j’avais été témoin en matière de prostitution des enfants dans les maisons que je suis allée présenter au Procureur de Paris et à la Brigade des mineurs. La Brigade des mineurs m’a dit qu’elle n’était pas au courant de ce type de pratiques, et m’a donné un numéro pour leur signaler les cas. Mais ils m’ont rappelé qu’ils ne pouvaient intervenir que s’il y avait des preuves, des flagrants délits et une plainte. Or aucun enfant ne porte plainte. Donc soit ils sont rendus à la famille, soit ils sont directement placés à la Direction des Affaires sanitaires et sociales (Dass). Ce qui est loin d’être la meilleure solution. Je ne suis pas là pour faire de la répression mais de la sensibilisation. J’explique à ces femmes ce qu’elles risquent avec ce qu’elles font. Je leur rappelle le droit des enfants. J’estime tout de même que j’ai une responsabilité vis-à-vis des enfants, parce que partir après avoir découvert ce qu’ils subissent, c’est comme si je les laissais à leur triste sort. Pour certains d’entre eux, nous avons réussi à trouver une autre personne du cercle familial pour lui demander de surveiller ces enfants.

Afrik.com : Qu’espérez-vous avec des actions qui ne soient pas répressives et des discours de sensibilisation sur ces femmes ?
Amély-James Koh Bela :
J’espère premièrement toucher la conscience de ces personnes. Parce que je refuse de croire qu’elles en soient dépourvues. Si infime soit-elle. Je souhaiterais leur faire comprendre qu’aucune misère au monde ne justifie qu’on fasse violer une enfant tous les soirs à la maison. D’autant que les enfants ont en Afrique une dimension sacrée.

Afrik.com : Vous parliez des enfants africains qu’on envoie à la Dass, faute de solutions. Mais les enfants dans la même situation ne sont-ils pas tous, d’où qu’ils viennent, logés à la même enseigne ?
Amély-James Koh Bela :
Il y a une inégalité dans le traitement des dossiers d’enfants issus de l’espace non communautaire (Europe, ndlr), donc africains. Sous prétexte que les enfants africains ne veulent pas parler, ils ne bénéficient d’aucune assistance. Alors qu’aucun enfant du milieu ne parle, c’est bien pour ça que les autorités françaises refusent de reconnaître la prostitution des mineurs parce qu’elles n’ont pas de preuves, pas de plainte ou de flagrant délit. Au contraire, les enfants issus de l’Union européenne seront tout de même suivis par des psychologues, des éducateurs, des médecins. Cela peut même aller jusqu’au changement d’identité.

Afrik.com : Qu’attendez-vous des autorités ?
Amély-James Koh Bela :
Je voudrais que les autorités fassent une analyse médicale systématique de tous les mineurs de moins de 14 ans qui sont en situation de fugue, surtout de ceux qui habitent des maisons avec des tuteurs. Un enfant sexuellement exploité, ça se voit tout de suite. Dès lors, les enfants entreraient automatiquement dans le nombre des enfants dont on doit s’occuper prioritairement.

Afrik.com : Si les enfants ne portent pas plainte, comment expliquent-ils ce qu’ils font ?
Amély-James Koh Bela :
Ils ne parlent pas, mais restent très agressifs. Ils ne parleront jamais en mal de la personne qui les a amenés. Ils estiment qu’elle leur a rendu service. Ils tiennent tous les mêmes discours. Même les enfants de sept ans ! Ils récitent ça par cœur, ce qui témoigne de la longue préparation psychologique qu’ils ont subie. « Ils sont là pour m’aider. C’est pour mon avenir. Je dois réussir. Quoi qu’il arrive. C’est difficile, mais c’est pour la famille. Je dois aider ma mère… » J’estime que c’est un véritable viol mental qu’ils ont subi. Certaines filles de 15 ans vous rentrent dedans parce que vous parlez mal de leur tante, qu’il ne s’agit pas de prostitution, qu’elles vont elles aussi se marier…Certains ne comprennent même pas ce qu’elles font dans les locaux des services sociaux.

Afrik.com : Quels messages aimeriez-vous faire passer à travers votre ouvrage et votre engagement ?
Amély-James Koh Bela :
J’aimerai attirer l’attention sur le trafic d’êtres humains. L’Afrique, en matière de prostitution, est en train de prendre tout ce que l’Europe a de plus sale pour miser ses espoirs là-dessus. Il faut expliquer aux Africains que la vie est dure, mais que ce n’est que la solidarité qui nous fera dépasser les obstacles. Le deuxième message est pour nos parents qui ont démissionné de leur rôle. On fait un enfant en essayant de lui donner les moyens d’aller plus haut. Ce sont les valeurs qu’on donne à un enfant aujourd’hui qui feront de lui l’homme qu’il sera demain. Si on apprend à un enfant qu’il doit se prostituer pour avoir de l’argent, il pensera que son corps est sa seule source de revenu. Alors qu’il peut travailler. Même si c’est difficile. Il n’y a pas encore de mafia. Ces enfants, c’est nous qui les vendons, c’est nous qui les apportons. Nous pouvons encore arrêter les choses. Le message est aussi de demander aux gouvernements de trouver des solutions pour que les enfants aillent à l’école, parce que c’est quand ils traînent dans les rues qu’ils sont en danger. A partir du moment où l’on a protégé nos enfants, nous pouvons demander à Bruxelles de nous donner la liste des pervers que les pays européens ont interdit chez eux. Nous pouvons également leur interdire l’entrée chez nous en leur refusant le visa.

Prostitution : les filières africaines décortiquées par Olivier Enogo  dans CAMEROUN : laideurs et décadence pasteur

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L’Afrique en danger

Réflexions d’une femme engagée

7% des prostituées en France étaient africaines en 2000, 40% en 2005* ! L’Afrique est le nouvel or noir du sexe business dans l’Hexagone et dans toute l’Europe. Mirage plus ou moins instrumentalisé de l’Occident, Eldorado présumé d’une autre vie. Croyant les extirper du purgatoire africain, certaines familles jettent même leurs enfants directement dans la gueule du loup…



samedi 2 décembre 2006




Par Amely-James Koh Bela, secrétaire générale de l’association Label’VIE

7% des prostituées en France étaient africaines en 2000, 40% en 2005* ! L’Afrique est le nouvel or noir du sexe business dans l’Hexagone et dans toute l’Europe. Mirage plus ou moins instrumentalisé de l’Occident, Eldorado présumé d’une autre vie. Croyant les extirper du purgatoire africain, certaines familles jettent même leurs enfants directement dans la gueule du loup en les confiant à des proches, en Europe pour leur offrir la chance d’un avenir meilleur. Mais la réalité est souvent tout autre… Il y aurait beaucoup à dire sur une situation des plus dramatiques. Et j’en ai vu plus moi-même qu’on peut en voir à l’issue d’une enquête de 12 ans que j’ai menée pas à pas sur le terrain.

Mais le terrain pour moi est aujourd’hui l’Afrique. Plus que jamais. Invitée par le Centre international de la promotion et la création (Cipcré) à Bafoussam en juillet dernier pour une caravane de sensibilisation au Cameroun, qui avec le Nigeria fourni plus de 75 des prostituées africaines en Europe**, j’ai pu me rendre compte de l’ampleur de la tâche. Bafoussam, Ebolowa, Bamenda, Bertoua, Garoua, Douala et Yaoundé, j’ai pour ma part fait le déplacement dans cinq des dix villes d’un parcours de 21 jours (13 juillet-3 août). Cinq villes à raison de 2 conférences ou causeries éducatives par jour, regroupant à chaque fois entre 200 et 1 200 personnes. En français, en anglais et même en langues dialectales, j’ai révélé mes vérités. Celles que j’ai découvertes au cours de mon travail, celles des chiffres officiels, celles des pièges et des faux semblants.

« L’apparition des razzias d’enfants »

Ecole du donner et du recevoir, j’ai également beaucoup appris sur place à l’occasion de témoignages et de discussions avec la population. Comme l’apparition des razzias d’enfants, dans le sud ouest du pays dans les zones rurales, pendant que les parents sont aux champs. Ces propos ont été corroborés par des femmes de la communauté anglophone de Bafoussam pendant une causerie éducative. Comme les ravages des sectes, têtes de ponts de puissants réseaux de prostitution opérant en toute impunité. Avec toujours les mêmes victimes désignées : les enfants et les jeunes. Ce qui ne saurait dédouaner le Cameroun et les Camerounais de leurs propres responsabilités dans un état de fait qui stigmatise un pays miné par le phénomène.

Selon le rapport 2006 du Cipcré, 40% des enfants camerounais âgés entre 5 et 18 ans sont ou ont été de façon certaine sexuellement exploités en milieux scolaires ou familiaux. Des chiffres qui ouvrent une brèche béante dans un tabou jusque-là intouchable : celui de l’inceste. Pratiquement un enfant sur deux a ainsi été bafoué dans l’intégrité de son corps. Une innocence volée qui forcément laisse des traces, et prépare, chez certains, un terreau fertile pour accepter que leur corps n’est qu’une marchandise, et bien souvent leur unique richesse. Après une enfance où ils sont violés en permanence et à volonté par certains membres de la famille, des années de violences en silence, la prostitution se présente alors pour certains comme une délivrance pour échapper à cet univers cauchemardesque où les bourreaux sont les êtres les plus chers que possède un enfant.

Retrouver de vraies valeurs. Telles étaient, au-delà du besoin d’information, les attentes des milliers de personnes rencontrées durant mon périple. Sans distinction d’ethnies, de classes sociales ou de religion. Catholique, protestants, musulmans, animistes, nous avons rencontré toutes les instances religieuses du pays, incontournables organes de mobilisation de masse. Et partout le même vibrant accueil. Le cardinal Tumi nous a même reçu en personne pour s’entretenir avec nous de nos projets quant aux actions de sensibilisation à venir. Prêts à nous épauler et à lever l’ensemble des fidèles pour soutenir nos messages.

« Retrouver de vraies valeurs »

Il s’agit de demander aux parents de ne pas démissionner de leur rôle de gardiens, de transmetteurs et de garants des valeurs. Ces valeurs qui constituent un socle identitaire solide pour les Africains afin qu’aucune tempête discriminatoire ou raciste ne les jette par terre. Pour que, par tous les temps, ils restent debout et fiers et qu’ils n’oublient jamais d’où ils viennent et qui ils sont.

Les jeunes doivent se réconcilier avec le travail et apprendre que tout s’obtient par la persévérance, l’endurance. Quant aux dirigeants, le message qui leur est destinéest plus clair : un pays où les jeunes ne rêvent plus, et n’ont plus d’ambitions est un pays foutu.

Que faire alors pour lutter efficacement contre la prostitution ? Au sein de l’association Label’VIE, nous pensons qu’il vaut mieux s’attaquer aux causes plutôt qu’aux conséquences. Conséquences dont la prostitution fait partie. Raison pour laquelle, à la faveur d’une nouvelle prise de conscience des réalités de la problématique, l’association, initialement appelée Africa Prostitution, a changé de nom pour s’inscrire dans une dynamique plus large. Et travailler véritablement en amont et directement en Afrique pour montrer une Afrique prospère. Une Afrique qui n’a pas à aller chercher ailleurs ce qu’elle a pourtant à foison. Une Afrique fière et debout, consciente de ses forces et de ses potentiels. L’autosuffisance, objectif affiché par de nombreuses associations, ne nous suffit pas. Nous lui préférons la prospérité et l’excellence. L’excellence d’alternatives de poids à la prostitution. Des Alternatives personnelles tout aussi capables de faire vivre une ou plusieurs familles.

« Prendre le problème à la racine »

Prendre le problème à la racine, c’est montrer aux Africains qu’ils peuvent faire chez eux ce qu’ils entendent faire ailleurs. Prendre le problème à la racine, c’est par exemple s’intéresser au drame des immigrés clandestins qui bravent la mer sur des pirogues pour rejoindre le Vieux continent et dont plus de 20 000 ont déjà rejoint les côtes espagnoles depuis le début de l’année pour échouer dans des champs de rétentions sur les îles Canaries. Aussi, avons nous développé un programme spécifique d’actions sur cette question. « Les fils prodigues », décliné en quatre volets, de la sensibilisation directement sur place en Espagne à la préparation d’un retour et un accompagnement dans le cycle de vie de projet professionnel en Afrique, s’appuie sur une équipe de spécialistes en ethno culturel et en conduite de projet. Un travail de professionnels pour un résultat professionnel. Pour ériger des modèles de réussite, pour nous les meilleurs ambassadeurs de la dignité et de l’espoir pour l’Afrique et les Africaines.

Au-delà de la prostitution et de toutes autres formes de trafics, ce combat est un combat identitaire. C’est de l’avenir de l’Afrique et de son image en occident qu’il s’agit. C’est aussi et surtout ma lutte pour valoriser l’image de la femme africaine et de la femme noire que je suis moi-même dans le monde. Même si aujourd’hui une poignée de femmes noires ternissent notre image en vendant des enfants, ça ne reste qu’une minorité et nous devons nous insurger contre ce fait et montrer que l’Afrique c’est autre chose et que les Africains ne cautionnent pas ce trafic.

Egales aux autres femmes, la femme africaine est aussi belle et intelligente. Artisanes et détentrices du pouvoir économique en Afrique, elles sont les plus grandes ambassadrices du continent noir et exposent à travers le monde le savoir faire africain dans plusieurs domaines. Et ce sont ces compétences et ces qualités que nous allons nous évertuer à faire connaître à travers le monde en éduquant différemment nos enfants et en leurs apprenant le sens des valeurs qui feront d’eux des hommes fiers, ambitieux, qui relèveront la maman Africa agonisante et changeront le cours de l’histoire en faisant de ce continent une des grandes plaques tournantes économiques mondiale.

* Selon les chiffres de l’Office centrale pour la répression du trafic des êtres humains
** Selon l’Office International des Migrations

Amely-James Koh Bela : « Mon combat contre la prostitution »
 

La combattante acharnée des droits de l’homme

présente son nouveau livre

Amely-James Koh Bela milite depuis plus de 10 ans contre la prostitution africaine en France et en Europe. Dans son nouvel ouvrage, Mon combat contre la prostitution, publié aux éditions Jean-Claude Gawsewitch, elle dresse un constat terrifiant. Prostitution enfantine, prostitutions féminine et masculine… A travers de nombreux exemples observés sur le terrain, bien souvent au péril de sa vie, elle révèle des pratiques révoltantes et des vérités dérangeantes. Elle répond aux questions d’Afrik.com


vendredi 25 mai 2007, par Vitraulle Mboungou



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La couverture du livre

Certaines familles africaines vivant en Europe et en France en particulier prostituent des enfants, avec l’accord implicite des parents restés au pays que cet argent fait vivre. Tel est le constat qu’a fait Amely-James Koh Bela, originaire du Cameroun au hasard d’une enquête menée dans le milieu africain de France à la fin des années 1980. Dès lors, cette femme dont le courage n’est plus à démontrer, n’a cessé de se battre à travers son association Label’Vie devenue aujourd’hui Mayina, pour dénoncer cette odieuse exploitation sexuelle de ces enfants scolarisés dans ce pays, patrie des Droits de l’Homme et qui font des « passes » après le goûter et les devoirs. Des enfants mais également des jeunes femmes qui se retrouvent sacrifiés au prétexte d’aider leur famille à sortir de la misère. Grâce à dix ans d’investigations qui l’ont menée de ville en ville, de restaurants en bordels clandestins, très souvent au péril de sa vie, Amely-James Koh Bela a recueilli de nombreux témoignages de proxénètes, clients ou jeunes prostitués, des témoignages à la fois émouvants, bouleversants et troublants qu’elle a consigné dans ce livre qui lui sert de pont pour d’autres projets. Malgré ce sentiment de travail accompli, le combat continue pour cette infatigable battante.

Afrik : Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce roman ?
Amely-James Koh Bela :
Juste après mon arrivé en Europe à la fin des années 1980, j’ai décidé d’écrire un livre, L’enfer au paradis, un message aux jeunes Africains où je leur demandais d’envisager d’autres alternatives que le départ. J’essayais de leur faire comprendre que dans les années 2000 l’Europe se fermerait au Sud et s’ouvrirait à l’Est et qu’il y aurait dès lors toutes sortes de politiques pour qu’ils n’entrent pas. Je voulais qu’ils prennent conscience de cela mais surtout qu’ils comprennent qu’ils ont tout ce qu’il faut sur place pour se développer. Afin de mener ce projet à bien, j’ai décidé de faire une enquête dans le milieu africain de France. C’est ainsi que j’ai rencontré trente associations de trente pays différents. Et c’est en inquêtant dans ce milieu que j’ai découvert le trafic de petits garçons prostitués à domicile. Mon livre n’a pas été publié mais cela m’a permis de découvrir ce problème de la prostitution et d’en faire ma bataille.

Afrik : La prostitution des mineurs « dans l’intimité des appartements » est justement un des grands thèmes de ce livre…
Amely-James Koh Bela :
C’est l’une des premières choses qui m’a choquée : cette prostitution à domicile des petits garçons de 5 à 10 ans, qui font des passes entre le goûter et leurs devoirs. J’ai assisté à ce type de scène, c’est véritablement cela qui m’a fait réagir. C’est ahurissant que cela puisse arriver aujourd’hui en France, surtout quand on connaît le système social français.

Afrik : Justement, de ce fait, on a du mal à imaginer que les adultes autour de l’enfant, ne serait-ce que les maîtresses à l’école, ne parviennent pas à déceler quelque chose…
Amely-James Koh Bela :
Les maîtresses ne peuvent pas déceler quoi que ce soit parce que l’enfant est conditionné dès le départ. On lui a fait comprendre que c’était normal, tous les enfants font ça mais qu’il ne faut pas en parler. Quand je rentre dans une maison et qu’un enfant de 8 ans me dit pendant que je parle à sa mère : « ne fait pas du mal à ma maman, si je fais ça c’est pour que mes sœurs viennent, ce n’est pas grave ». A cet âge là, on ne sait pas ce que l’on raconte. Pour tomber sur ces enfants, il faut qu’il y ait un flagrant délit ou que l’enfant parle. A ce propos, je pense que chacun a sa responsabilité, notamment les pouvoirs publics et la Préfecture en particulier. Quand on régularise une femme qui soit disant vit dans un petit HLM et survit en faisant des ménages et que la même femme fait entrer quinze enfants dans le pays qu’elle reconnaît comme étant les siens et qu’on la régularise dans les deux ans, moi je demande des comptes à la Préfecture. Personne ne se pose la question de savoir où sont ces enfants, qu’est ce qu’ils font. Ce qui est vraiment dommage, c’est qu’aujourd’hui des personnes innocentes qui désirent faire venir leurs enfants payent pour ces comportements car elles ont bizarrement droit aux enquêtes sans fin. Puis, il faut dire qu’il y a des personnes qui n’hésitent pas marabouter ces enfants. J’ai eu des témoignages de certaines associations de Paris qui ont eu des enfants maraboutés, complètement traumatisés et effrayés car ils pensaient que s’ils disaient quelque chose, ils allaient devenir fou ou mourir.

Afrik : S’agit-il là des choses qui ont été vérifiées car en France et en Occident en générale, beaucoup doutent des pouvoirs des marabouts ?
Amely-James Koh Bela :
Je peux citer par exemple le cas de ce garçon qui avait été accueilli par une association de la région parisienne qui a d’ailleurs refusé que je la cite dans mon livre, chose que je regrette vraiment car elle a un vivier d’informations. Elle m’a cité des cas concrets d’enfants qui font des crises énormes de transe la nuit au point qu’il faut au moins quatre adultes pour les maintenir. Elle n’a pas voulu que j’en parle parce que ces enfants ne seraient pas officiellement répertoriés comme des enfants prostitués, et comme ils sont mineurs, il faut les protéger.

Afrik : Pourquoi ce livre arrive maintenant ?
Amely-James Koh Bela :
Ce second livre est différent du premier qui était le cri de douleur d’une femme, une révolte, un choc, et où je voulais interpeller les consciences et pour se faire j’ai choisi la manière violente, en rapportant les événement comme je les avais vécus durant mes enquêtes. Pour ce dernier livre, il y a donc beaucoup de témoignages sur les différents aspects de ce trafic. J’ai décidé de me mettre à côté et de donner la parole aux « victimes » parce que même les femmes qu’on traite de proxénètes, ont elles-mêmes subi des violences dans leur enfance. Elles sont aussi victimes en quelque sorte de ce système, même les clients sont victimes car ils sont convaincus que l’argent qu’ils donnent nourrit les parents des filles prostituées et non les milieux mafieux du monde. J’ai donc donné ici la parole à tous les acteurs de ce milieu, les proxénètes, les prostituées, les clients, les trafiquants, etc…

Afrik : Quelle a été votre démarche pour recueillir les différents témoignages ? Ce n’était pas trop dangereux ?
Amely-James Koh Bela :
C’était effectivement très dangereux, j’en parle d’ailleurs dans le livre. Il s’agit en réalité de témoignages que j’ai recueillis lors des enquêtes que j’ai faites à la fin des années 1980 et 1990, j’en ai près de 1000. J’en ai mis une partie dans le premier livre, une autre ici et les autres serviront pour d’autres causes. Beaucoup de ces témoins ne sont plus de ce monde aujourd’hui car j’avais pris des cas vraiment extrêmes, des gens qui portaient en eux les séquelles de ce trafic, par exemple des filles malades du sida en fin de vie, d’autres complètement droguées et d’autres avec des infections très graves, toujours dans cette optique de choquer afin de réveiller les consciences. Aujourd’hui j’ai encore des contacts avec d’autres filles qui restent dans ce milieu. C’est mon plus grand drame à l’heure actuelle, ne pas avoir réussi à les sortir de là parce que finalement, elles n’en sortent jamais. Soit elles deviennent proxénètes elles-mêmes en faisant venir des sœurs qu’elles font travailler à leur compte, soit elles deviennent serveuses dans un bar où elles se font tripoter les fesses, ou alors elles épousent des clients.

Afrik : Vous consacrez une grande partie du livre à ce que vous appelez les « mammas ». Qui sont-elles ?
Amely-James Koh Bela :
Les « mammas » sont les piliers de ces réseaux. Il faut savoir que les personnes qui organisent ces réseaux de prostitution sont des femmes africaines, il n’y a pas d’hommes. C’est la particularité des réseaux de prostitution africaine. En Afrique, ce sont les femmes qui dirigent tout. Elles gèrent la maison, éduquent les enfants et se débrouillent parallèlement pour tenter de gagner leur vie en faisant notamment des petits commerces. C’est donc naturellement qu’on les retrouve en train de trafiquer. Aujourd’hui lorsqu’on regarde ces femmes proxénètes on peut être choqué par leur comportement mais je voudrais qu’on les regarde autrement. Il faut tenter de les comprendre, comprendre comment on en arrive à vendre son enfant. Souvent elles ont elles-mêmes subies des choses terribles durant leur enfance et elles ne font que les reproduire. La société africaine tolère aujourd’hui ces pratiques parce que les gens sont dans une misère psychologique et économique mais aussi parce que cela vient de l’Homme blanc. Tout ce qui vient du Blanc est toujours beau même la pire des choses. Pour moi, si ces femmes peuvent construire ces réseaux, elles sont également les seules à pouvoir les détruire. C’est pourquoi la sensibilisation au problème de la prostitution passe par ces femmes, elles sont donc pour moi aujourd’hui des véritables partenaires et non des ennemies.

Afrik : C’est paradoxale ce que vous dites, surtout lorsqu’on lit cet extrait de votre roman : « les plus grandes violences faites aux femmes en Afrique sont faites par les femmes »…
Amely-James Koh Bela :
Tout est dans l’attitude parce que lors que vous rencontrez l’une de ces femmes et que vous lui dites qu’elle vend une enfant, elle ne comprend même pas ce que vous dites parce que dans sa tête elle est persuadée du contraire. C’est ça le pire. Il s’agit pour elle d’un processus normal de la tradition que la société africaine a toléré. Elle se dit : « j’ai une copine qui est en Europe, je lui envoie ma fille pour qu’elle ait des amants blancs dans l’espoir qu’elle puisse ainsi trouver un mari. Et la copine aide ma fille à s’en sortir, on n’est pas dans la prostitution ». Je suis déjà tombé sur des « mammas » qui me disaient : « proxénétisme, ça veut dire quoi ? Traduit-le moi en langue locale ». Et comme on n’a aucune explication à lui fournir, elle en conclut donc que si ce mot inventé par les Blancs n’existe pas dans nos langues locales, c’est que le proxénétisme n’existe pas. Ces femmes lorsqu’elles donnent leur enfant à un proxénète, considèrent que faire ce geste c’est exécuter la volonté de Dieu parce que l’enfant est venu sur terre pour sauver la famille, autrement il ne serait pas là. Elles sont vraiment dans cette logique. Elles ne ressentent aucune culpabilité parce qu’elles ne pensent pas faire quelque chose de mal, au contraire il s’agit pour elles d’un geste maternel, d’amour : elles aident leurs enfants à rencontrer un Blanc qui pourrait les épouser et aider ainsi leurs frères et sœurs à venir en France ou en Europe.

Afrik : Vous parlez également du manque de soutien des certaines associations et ONG à votre égard. Comment l’expliquez-vous ?
Amely-James Koh Bela :
J’ai effectivement souffert du manque de soutien de certaines associations de femmes qui ont mis en doute mes affirmations, juste par ignorance de ce problème ou parce qu’ils ne l’ont jamais vu. Heureusement beaucoup d’autres m’ont soutenu pendant toutes ces années. Au cours de certaines conférences, des femmes africaines sont venues à mon secours en disant à ces associations : « on vous interdit de dire qu’elle ment parce que c’est elle qui est dans la vérité que vous ne connaissez pas. Nos filles, lorsqu’elles viennent vous voir, il y a des choses qu’elles ne vous diront pas et qu’elles lui diront à elle, car vous n’avez pas la bonne couleur et aussi parce qu’elles la connaissent. Ce qu’elle dit, c’est vrai. Ce que nous ne voulons pas c’est qu’elle le dise en public. »

Afrik : Vous évoquez aussi le phénomène plus marginal semble-t-il des jeunes prostitués africains…
Amely-James Koh Bela :
Il n’est pas si marginal que cela parce qu’il est actuellement en plein boom. C’est juste que les gens n’y font pas attention. Ce phénomène constitue le moyen le plus facile pour les hommes mariés et parfois pères de famille, des étudiants, hétérosexuels ou non de se faire beaucoup d’argent aussi bien de manière occasionnelle que régulière. C’est un phénomène devenu très banal. Certains sont conscient et assument parfaitement ce qu’ils font, alors que d’autres refusent de le faire et considèrent qu’il s’agit juste d’un accident de parcours et se cachent.

Afrik : Dans ce roman, vous mettez surtout en garde les jeunes femmes africaines contre le danger des sites de rencontre sur Internet que vous qualifiez « d’armes de destruction massive »…
Amely-James Koh Bela :
Pour moi Internet tel qu’il est utilisé aujourd’hui est une arme de destruction massive. Beaucoup de jeunes femmes africaines se connectent sur ces sites où en à peine deux minutes, elles vont dévoiler leurs organes génitaux à des inconnus, juste parce qu’il s’agit d’hommes blancs qui leur promettent monts et merveilles. J’ai rencontré trop de filles qui ont été piégées ainsi, elles ont envoyé des photos d’elles nues à des inconnus qui sont partis les vendre. Aujourd’hui les proxénètes se mettent aussi au multimédia, ils utilisent la High-Tech pour leur bizness. Je demande aussi aux filles de respecter certaines valeurs, si elles commencent à se brader ainsi en livrant leur intimité après une minute de connexion sur Internet, aucun homme ne pourra les respecter. Si aujourd’hui ces hommes leur crachent, leur pissent dessus, bref n’ont aucune considération pour elles, c’est parce qu’elles ne leur ont donné aucune raison de les respecter. Mon but est avant tout de leur expliquer qu’Internet est un véritable nid de personnes très dangereuses. Nous avons à ce propos un grand projet qui s’appelle « Internet autrement » ; nous allons discuter avec tous les jeunes dans tous les pays subsahariens pour leur montrer qu’on peut utiliser Internet autrement.

Afrik : Maintenant que ce livre est sorti, quels sont vos projets à venir ? On suppose que le combat continue, que vous n’allez pas vous arrêtez là…
Amely-James Koh Bela :
Effectivement, le combat continue jusqu’au bout, je ne lâcherai pas. Ce livre était pour moi un pont. Ce livre dépasse aujourd’hui le domaine de la prostitution dans la mesure où on est vraiment dans un combat identitaire. Je passe de la prostitution aux conditions d’immigration des Africains parce qu’aujourd’hui la prostitution est seulement une conséquence de la situation africaine. Beaucoup de personnes partent du continent en espérant gagner dignement leur vie en Europe, mais une fois ici elles se retrouvent dans ce milieu sans vraiment le vouloir. Avec mon association Mayina, on va donc faire un bon pour tout simplement montrer qu’il ne suffit pas de traiter les conséquences mais il faut aussi voir les causes en utilisant par exemple nos traditions, nos cultures. Voir dans nos cultures ce qui nous prédispose dès le plus jeune âge à ces comportements. Dès lors qu’on aura réglé ces problèmes, l’africain pourra alors peut-être changer l’image qu’il a de lui-même, avoir confiance en lui. Le but de ce livre est d’amener les africains à avoir une autre image d’eux-mêmes qui ne soit pas dévalorisante et surtout d’amener les Européens à voir l’Afrique autrement qu’un continent de malheureux, d’incapables, de personnes qu’il faut aider tout le temps. Il sert aussi à dire aux jeunes Africains que l’Afrique a de l’argent, qu’elle est riche, s’ils veulent partir qu’ils préparent bien leur voyage afin de ne pas tomber dans ces réseaux de prostitution ou alors qu’ils restent et tenter de faire avancer les choses sur place. Voilà donc mes combats à venir, repositionner l’image de l’Africain et de l’Afrique dans le monde, changer l’image que les Européens ont de l’Afrique, amener ainsi des prises de conscience chez des Africains qui vont leur permettre de penser d’une nouvelle façon. Il faut miser sur les femmes en premier parce que je l’ai dis au début, ce sont elles qui tiennent ce continent. Le but ultime est de créer de véritables réussites africaines qui seront fêtées, médiatisées, pour montrer à tous sur le continent que nous pouvons réussir. Il y a également un autre grand projet avec les enfants à travers le continent et pleins d’autres choses après.

Afrik : Vous allez mener ces combats à travers votre association Mayina ? Pouvez-vous nous dire quelques mots à propos de cette association dont vous venez de changer de nom ?
Amely-James Koh Bela :
L’association qui s’appelait auparavant Label’Vie porte désormais le nom de Mayina qui veut dire en langue Boulou, une langue Bantou du Sud et Centre du Cameroun mais qu’on trouve aussi dans la forêt équatoriale en Afrique centrale, « Je veux que ». C’est au sein de cette association où il y a une grande équipe que nous avons décidé de dérouler ces projets dont je viens de vous parlez.

- Mon combat contre la prostitution, Amely-James Koh Bela, Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 224p, 2007
- 
Commander l’ouvrage en ligne
- Le blog de l’association
Mayina

Publié dans CAMEROUN : laideurs et décadence, VISAGES DE L'INHUMANITE | Pas de Commentaire »

CHOCOLAT CHAUD :COMMENT LE CACAO A ALIMENTÉ LE CONFLIT EN CÔTE D’IVOIRE. UN RAPPORT DE GLOBAL WITNESS, JUIN 2007

Posté par issopha le 27 novembre 2007

CHOCOLAT CHAUD :

 

COMMENT LE CACAO A ALIMENTÉ LE CONFLIT EN CÔTE D’IVOIRE.

UN RAPPORT DE GLOBAL WITNESS, JUIN 2007

 

Consulter le rapport sous format pdf ,

en cliquant sur le lien ci-dessous :

CHOCOLAT CHAUD :COMMENT LE CACAO A ALIMENTÉ LE CONFLIT EN CÔTE D’IVOIRE. UN RAPPORT DE GLOBAL WITNESS, JUIN 2007 dans AFRIQUE PARADOXES pdf rapportglobalwitnesssurlargentsaleducacao.pdf

Bonne lecture !!!

Issopha, Administrateur du blog.

 

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La France a transfusé l’Afrique avec du sang contaminé

Posté par issopha le 26 novembre 2007

 La France a transfusé l’Afrique avec du sang contaminé


Le Dr Claude Samuel, qui a révélé le scandale du sang contaminé en France, accuse

Le scandale du sang contaminé français a éclaboussé l’Afrique. Selon le Dr Claude Samuel, qui a révélé l’affaire en France, les autorités françaises ont sciemment laissé exporter vers le Continent du sang infecté par le virus du VIH/sida. Interview.



mardi 7 septembre 2004, par Habibou Bangré




Avec la collaboration de John Dossavi

Le scandale du sang contaminé ne s’est pas limité aux frontières de l’Hexagone. Dans les années 80 en France, des milliers de patients avaient été transfusés avec du sang qui était infecté par le virus du VIH/sida. C’est le Dr Claude Samuel qui avait révélé l’affaire. Ce qui lui a valu d’être radié à vie de l’ordre des chirurgiens dentistes et maintes fois menacé de mort pour avoir fait éclater le scandale en France et dans le monde. Aujourd’hui président fondateur de Dentistes sans frontières et de l’Association de défense des victimes de l’affaire du sang contaminé, il affirme que du sang contaminé a été sciemment envoyé en Afrique, surtout du Nord.

Afrik : Quels sont les pays africains où la France a exporté du sang contaminé ?
Claude Samuel :
De part les informations dont je dispose, on peut dire que les exportations ont surtout concerné l’Afrique du Nord, comme la Tunisie, la Libye et peut-être l’Algérie. Pour ce qui est de la Tunisie, de hauts responsables du corps médical français et tunisiens savaient depuis longtemps que les concentrés (mélange d’extraits de sang de plusieurs milliers de donneurs) vendus à prix d’or pour soigner les hémophiles étaient contaminés.

Afrik : Du sang contaminé a-t-il été exporté en Afrique noire ?
Claude Samuel :
C’est possible, mais je n’ai pas de preuves pour l’affirmer. En revanche, un professeur agrégé de médecine a déclaré lors d’une émission télévisée, il y a une dizaine d’années, que des expérimentations humaines étaient faites sur une partie de la population d’un hôpital de la République Démocratique du Congo. Selon lui, des équipes médicales sont venues injecter du sang infecté, peut-être pour étudier comment la maladie se développait chez l’être humain. Les expérimentations humaines sont une spécialité française. La France en a notamment fait pour l’hépatite C et pour la mise au point du vaccin contre l’hépatite B.

Afrik : Comment expliquer que certains pays africains aient eu besoin d’importer du sang ?
Claude Samuel :
Ils importaient surtout des concentrés, un sang qui est très difficile à obtenir en raison des étapes d’extraction qui sont complexes. S’ils se sont retrouvés à en importer, c’est probablement parce qu’ils n’avaient pas les équipements nécessaires pour les fabriquer.

Afrik : Des familles de victimes de sang contaminé exporté ont-elles porté plainte ?
Claude Samuel :
Plusieurs plaintes ont été déposées, mais jusqu’à présent, elles dorment. Nous invitons nos frères africains qui seraient concernés à nous contacter.

Afrik : Les autorités des pays concernés ont-elles réagi face à cet « empoisonnement » ?
Claude Samuel :
Si les autorités ont découvert ce qui se passait, elles ont étouffé l’affaire pour ne pas nuire à leurs relations avec la France. Les hauts dirigeants africains n’étaient probablement pas au courant, mais de hauts conseillers médicaux étaient au courant. De hauts responsables de la Croix rouge et du Croissant rouge aussi étaient au courant, à l’inverse d’une partie du personnel qui traitaient les malades sur place.

Afrik : Comment des personnels de santé, sensés avoir pour unique préoccupation le bien-être de leurs patients, peuvent-ils les empoisonner ?
Claude Samuel :
En France, des « blouses blanches » (personnel de santé, ndlr), et notamment avec le soutien de hauts conseillers ministériels, ont contaminé en pleine connaissance de cause et sciemment donc empoisonnés des patients français ou résidents ; alors pour des habitants d’un autre pays, pour des anciennes colonies… Il est impossible de savoir combien d’Africains en France, ou de passage en France, ont été contaminés par transfusion et, ne se doutant de rien, ont involontairement contaminés leur conjoint ou leur 2ème bureau (la maîtresse d’un homme, ndlr).

Afrik : Quand les exportations de sang contaminé de la France vers l’Afrique ont-elles cessé ?
Claude Samuel :
Elles ont dû s’arrêter, espérons-le, au plus tard en 1987. Mais lorsque la distribution a été interdite en France, elle se poursuivait vers l’Afrique. Le sang représente une très importante manne. Pour en savoir plus il faut notamment interroger l’Association française des donneurs de sang bénévoles et la Fédération internationale des donneurs de sang bénévoles.

Afrik : La France est-elle la seule à avoir exporté du sang contaminé en Afrique ?
Claude Samuel :
La France est un cas particulier, car en général ce sont des firmes pharmaceutiques qui fabriquent et vendent les dérivés du sang. Et certaines ont continué à exporter du sang qu’elles savaient contaminé par le VIH/sida.

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Réforme des retraites : et si les élus montraient enfin l’exemple ?

Posté par issopha le 23 novembre 2007

Réforme des retraites : 

Et si les élus montraient enfin l’exemple ?

  Par Anonyme 

Bonne retraite Monsieur Chirac ! 

De tous les régimes spéciaux, le régime de retraites des élus mérite la palme. 


Il accorde tous les avantages :  

Des pensions aux petits oignons : après seulement un mandat, 

  

Les parlementaires peuvent toucher une retraite de 1 548 euros par mois, 

C’est-à-dire le montant de la retraite moyenne perçue par les retraités du privé 

après une carrière complète (40 annuités)1. 


Un rendement sans équivalent : l’élu cotise souvent double les premières années de son mandat 

Mais, une fois à la retraite, il perçoit 6 fois sa mise 

Alors que, dans le régime général des salariés du privé, le rapport est seulement de 1 ou de 1,5. 

Un cumul illimité : en plus de sa retraite parlementaire, l’élu a la possibilité de percevoir 

Les retraites liées à sa profession ou aux autres mandats qu’il a exercés : 

Retraite de maire, retraite de conseiller général ou régional, retraite de fonctionnaire, etc… 


Des pensions souvent également servies par des régimes spéciaux. 

Summum des privilèges, les droits à la retraite du fonctionnaire élu au 

Parlement continuent à courir comme si son traitement lui était effectivement payé.  

Arrivé à 60 ans, il touche ainsi une retraite à taux plein !  

Dans ces conditions, pas étonnant que 

la pension du nouveau retraité, Jacques Chirac, crève les plafonds : 

 chirac.jpg

Président de la République : 5 250 euros 

Député : 5 000 euros 

Magistrat à la Cour des comptes : 3 500 euros 

Maire de Paris, conseiller général de Corrèze : 5 000 euros 

Plus de 18 000 euros auxquels il faut ajouter 12 000 euros au titre des indemnités perçues 

En tant que membre de droit du Conseil Constitutionnel. 

30 000 à 31 000 euros mensuels, 

C’est un peu plus que les 29 000 euros de Valéry Giscard d’Estaing…

 Réforme des retraites : 

Et si les élus montraient enfin l’exemple ? 

  

PS : Je compte sur vous pour diffuser cette newsletter auprès du plus grand nombre. 

C’est en diffusant l’information que nous pourrons faire avancer 

La transparence sur notre régime retraite afin de gagner notre combat 

Sur sa réforme en profondeur pour un système plus juste et plus responsable. 

D’après le ministère de l’Emploi et de la cohésion sociale, 

Le montant moyen de la pension des retraités affiliés au régime général était, fin 2004, 

Pour une carrière complète, de 1 871 euros pour les hommes et de 1 131 euros pour les femmes.  

Avec des retraites comme Chirac cela est normal que l’on trouve des moyennes pareilles. 

Publié dans LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY, PARFUMS DE SCANDALES | Pas de Commentaire »

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